Mémoires et compte-rendu des travaux de la société des ingénieurs civils
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- SOCIÉTÉ
- INGÉNIEURS CIVILS
- DE FRANCE
- ANNÉE 1915
- Bull.
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- CÿCC<\
- C {9. i O t)
- MÉMOIRES
- ET
- COMPTE RENDU DES TRAVAUX
- DE LA
- SOCIÉTÉ
- INGÉNIEURS CIVILS
- DE FRANCE
- FONDÉE LE 4 MARS 1848
- RECONNUE D’UTILITÉ PUBLIQUE PAR DÉCRET DU 22 DÉCEMBRE 1860
- AMEE 1915
- PREMIER VOLUME
- PARIS
- HOTEL DE LA SOCIÉTÉ
- 19, RUE BLANCHE, 19
- 1915
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- La Société n’est pas responsable des opinions de chacun de ses Membres, même dans la publication de ses bulletins (art. 34 des Statuts).
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- MEMOIRES
- ET
- COMPTE RENDU DES TRAVAUX
- DE LA
- SOCIÉTÉ DES INGÉNIEURS CIVILS DE FRANGE
- BULLETIN
- DE
- JANVIER-MARS 1915
- Nos 1 à 3
- OUVRAGES REÇUS
- Pendant les mois de janvier, février et mars 1915, la Société a reçu les ouvrages suivants :
- Agriculture.
- Almanach de la Société des Agriculteurs de France, 25e année, 1915 (in-16, 150 X 105, de 232 p.). Paris, Siège de la Société. 48972
- Carte relative au Colmatage des Polders de Hollande. Zierikzee. 2. (une feuille 690 X 550). (Don du Ministerie van Waterstaat.) 48958
- Astronomie et Météorologie.
- Faris (R. L.). —Results of Magnetic Observations mode by the United States Coast and Geodetic Survey between July 1, 1911 and December 31, 1912, by R. L. Faris (Department of Commerce. U. S. Coast and Geodetic Survey. O. H. Tittmann, Superintendent. Ter-restrial Magnetism. Spécial Publication. N° 15) (in-8°, 285 X 195, de 102 p.). Washington, Government Printing Oüice, 1913 . 48952
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- OUVRAGES REÇUS
- Hazard (D. L.'). — Resiclts ofObservations made ai the United States~Coast and Geodetic Survey Magnetic Observatory at Süka, Alaska 4911 and 4942, by Daniel L. Hazard (Department of Commerce. Û. S. Coast and Geodetic Survey. O. H. Tittmann, Superintendent) (in-8°, 290 X 225, de 400 p-, avec 17 fig.). Washington, Government Printing Office, 191 4 . 48953
- Construction des Machines.
- Association Parisienne des Propriétaires d'Appareils à vapeur. Bulletin annuel, 39 Exercice. 1913 (in-8°, 240 X loo, de 152 p.). Paris, Siège de l’Association, 1914. • 48973
- Économie politique et sociale.
- Catalogo de Exportadores espanoles. Katalog Spanischer Exporthausers.
- Catalogue d’Exportateurs Espagnols. Catalogue of Spanish Exportées (Centro de Informaciôn Comercial del Ministerio de Estado) Tercera Ediciôn (in-8°, 220 X 160, de xlvi-118 p.). Madrid, Establecimiento Tip, « Sucesores. de Rivadeneyra », 1914. (Don de Centro de Informaciôn Comercial del Ministerio de Estado.) ? 489G1
- Tableau général du Commerce et de la Navigation. Année 1913. Premier Volume. Commerce de la France avec ses Colonies et les Puissances' Étrangères (République Française, Direction générale des Douanes) (in-4°, 360 X 275, de 128-924 p.). Paris, Imprimerie Nationale, 1914. (Don de la Direction générale des Douanes.)
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- Législation.
- American Institute of Electrical Engineers. Year Book, 4945 (in-8°, 230 X 150, de 393 p., avec 1 photog.). New-York. Published by the American Institute of Electrical Engineers. 48959
- Syndicat professionnel des Industries électriques. Annuaire 1915 (in-8°, 215 X 130, de 474-xxiv p.). Paris, 9, Rue d’Edimbourg. 48971 The American Society of Mechanical Engineers. Year Book containing Lists of Members arranged Alphabetically and Geographically. Corrected to Januar 1, 1915 (in-8°, 185 X'115, de xxv-518 p., avec photog.). New-York, 29 West 39 th Street, 191 5 . 48980
- The Society of Chemical Industry. List of Members, 1915 (in-8°, 270 X 195 de lv p. à 2 col.). London, Vacher and Sons, Ltd. 48970 Turpin (E.). — Projet de Loi sur les Brevets d’invention, par Eugène Tur-pin, Inventeur de la Mélinite, du Canon à, tir rapide, etc., 1900-1909. Pontoise (Extraits du Bulletin de la>Chambre syndicale de l’Invention publié dans la Revue Technique et Industrielle de 1909) (in-4°, 305 X 240> de 20 p. à 2 col.). (Don de l’auteur, M. de la S.) . 48962
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- OUVRAGES REÇUS
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- Métallurgie et Mines.
- Note préliminaire sur la Statistique minérale de la Province de Québec pour Vannée 4914 (Province de Québec, Canada.. Ministère de la Colonisation,. des Milieu et des Pêcheries. Service des Mines) (in-8°, 250 X 165, de 8 p.). Québec, E.-E. GinqrMars, 1915. 48975
- Transactions of the Institution- of Mining and Metallurgy. Twenty-third session. 4913-1944. Vol. XXIII (in-8°, 215 X 140; de lxvhi-578:p., avec xlv pl.). London, Published at the House of the Institution, 1014. 48960
- Navigation aérienne, intérieure; et maritime.
- Corthell (E. L.). — Correct Mèthods of Grealing and Maintaining Chan-nels at the Months of Fluvial and Tidal Rivers, and at the Outlets of Inclosed Tidal Areas. Presented before Section D of the American Association l'or the Advancement of Science at the Philadelphia Meeting, December 30-31,1914, by El mer L. Corthell (in-8°, 235 X160, de 12 p.). (Don de l’auteur, M. de la S.)
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- Lisbôa (A.). — Relatorio sobre o Estudo de portos de mar ao abri go de quebra mares na Europa. Apresentado ao Exmo. Sr. Dr: José Barbosa Gonçalves, Ministro de Xiaçào e Obras Publicas, por Alfredo Lisbôa (im8°, 240X165, de 234 p., avecxixpl.). Rio de Janeiro,
- Tmprensa National, 1914. (Don de l’auteur, M. de la S.) 48977
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- Michau (E.). — L’Ornithoptère. Théorie, Plans et Brevets en diverses langues, par Félix Michau. Nouvelle Edition corrigée (in-8°, 275 X 175, de xii-104 p., avec 36 fig. et 3 pl.). Paris, Asselin et Houzeau, 1915. (Don de l’auteur.) 48954
- Périodiques divers*
- Tables du Journal officiel de la République Française. Année 4944 (in-4°, 330 X 240, de 69-1-7-24-88-10-16 p., à-3:col.). Paris, Imprimerie des Journaux officiels. 48969
- Sciences morales. — Divers.
- Documents diplomatiques. 4944. La Guerre Européenne. 1. Pièces relatives aux négociations qui ont précédé les déclarations de guerre de l’Allemagne à la Russie ( 1er Août 4914) et à la France (3 Août 19/4). Déclaration du 4 Septembre 4944 (Sixième Edition) (Ministère v des Affaires Étrangères) (in-8°, 230 X 155, de 196 p.). Paris, Hachette et Gie, 1915. 48963
- Le Livre bleu Anglais. Les Pourparlers diplomatiques (Pourquoi les Anglais ' font la guerre). Texte officiel complet. Édition populaire (in-8°, 240'X 155, de 36 p*. à 2 col..). Paris, Imprimerie Centrale de la Bourse, 191 5 . 48964
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- OUVRAGES REÇUS
- Le Livre bleu Serbe. Correspondance diplomatique (Comment a éclaté lé Conflit Européen). Texte officiel complet. Édition populaire (i-n-80, 240X155, de 24 p. à 2 col.). Paris, L. Pemjean, 1915.
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- Le Livre orange Russe et le Livre gris Belge. Les Pour parlas diplomatiques. Texte officiel complet (Comment la Russie fut provoquée. Pourquoi la Belgique fut envahie). Edition populaire (in-8°, 240 X 155, de 56 p. à 2 col.). Paris, Imprimerie Centrale de la Bourse, 191 5 . 48966
- Mémoires de la Société académique d’Agriculture, des Sciences, Arts et Belles-Lettres du Dépai'tement de l’Aube. Tome LXXVII1 de la Collection. Tome LL Troisième série. Année 1914 (in-8°, 250 X 105, de 350 p.). Troyes, J. L. Paton. 48974
- Technologie générale.
- Coi-OMU (J.). — Exposition internationale des Industries et du Travail do Turin 1911. Groupe XV111-A. Classe HO. Chaux, Ciments, etc. Rapporteur: M. J. Colomb. (République Française, Ministère du Commerce et de l’Industrie) (in-8°, 275 X 190, de 144 p., avec illustr.). Paris, Comité Français des Expositions à l’Etranger. (Don de l’auteur, M. de la S.) 48957
- Evers (E.). — Compte rendu du Congrès Anglo-Français delaBrilish Association et de VAssociation Française pour l’Avancement des Sciences, tenu au Havre du 27 juillet au 1eT août 1914, par M. Émile Evers (Manuscrit, 270X210 de 28 p.). (Don de l’auteur, M. de la S.) 48951
- Minutes of Proceedings of the Institution of Civil Engineers ; with other selected and abstracted Papers. Vol. CXCV11, 1913-14, Part. 111 (in-8°, 215X135, de vm-450 p., avec 4 pl. et 1 photog.). London, Published by the Institution, 191 4 . 48955
- Minutes of Proceedings of the Institution of Civil Engineers ; with other selected and abstracted Papers. Vol. CXCVIII, 1913-14. Part IV (in-8°, 215 X 135, de vm-4-68 p., avec 5 pl.). London, Published by the Institution, 1915. 48981
- The Journal of the lron and Steel Institute. Vol. XC. N° II. 1914 (in-8°, 220 X 1-10, de xxn-448 p., avec xv pl.). London, S. W. Published at the Offices of the Institute, 191 4 . 48950
- The Society of Engineers. Transactions for 1914 (in-8°, 220 X 140, de 353 p.). London, Published by the Society of Engineers, 1914.
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- Travaux publics.
- Annuaire d’Adresses des Fonctionnaires du Ministère des Travaux publics, des Chemins de fer, de la Navigation, des Mines, de l’Industrie et / des Banques. 1915 (in-12, 175 X '110, de 465 p.). Paris, Au
- Bureau des Huissiers du Cabinet du Ministre. 48956
- Annuaire du Ministère des Travaux publics. Année 1914 (in-8°, 215 X 135, de 882-24 p.). Paris, A. Dumas, 1914 . 48970
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- LISTE COMPLÈTE des ouvrages remis par M. A. Mallet, le 9 décembre 1913, qui figurent en bloc sous le titre : Ouvrages divers. Auteurs divers, dans le Bulletin de Décembre 1913, page 608.
- 4-8 527 et 48528. — Traité élémentaire de Chimie, par Lavoisier. T. I et II (1801).
- 48 529 4 48 551. —Schweizerische-Eisenbahn Statistik (Statistique des Chemins de fer Suisses). Années 1887 et 1888, 1890 à 1910 (Manque l’année 1889).
- 48 552. — Railivays : their Capital and Dividends, by E. D. Chattaway (1855-6).
- 48 553. — Railway Construction, bv Sir Macdonald Stephenson (1861).
- 48554. — Calculs et Tableaux sur l'Avance du tiroir, les Tuyaux d'échappement, les Conduits de vapeur et de fumée dans les Machines locomotives, par E. Flachat et J. Petiet (1839).
- 48 555 4 48 572. — Statistik des Rollmaterials des Schiveiserischen Eisen-bahnen (Statistique du Matériel roulant des Chemins de fer Suisses). Années 1893 et 1894, 1896 à 1911 (Manque l’année 1895).
- 48 573. — Description des Machines à vapeur, .par M. Nicholson (Traduit de l’Anglais, par T. D^verne) (1826).
- 48 574. — Instruction générale pour les Chefs d'Etablissement, Conducteurs ! ou Chauffeurs d'Appareils à vapeur, par M. Tremtsuk (1842).
- 48 575. — Machines à vapeur, à gaz et à air comprimé, par M. Legris (1828).
- 48 576. — Histoire des Machines à vapeur, par M. Hachette (Mars 1830).
- 48 577. — Manuel de l'Ingénieur-Mécanicien, Constructeur de Machines à vapeur, par Oliver Evans. Traduit de l’Anglais, par I. Doo-little (1821).
- 48 578 et 48 579. — Des Machines à vapeur aux États-Unis d'Amérique. Traduit de l’Anglais de R. Hodge, du D’Renwick et de David Stevenson, par Ed. Duval (1842). Texte et Atlas.
- 48 580. — Power of Water, by Joseph Glynn (1853)!
- 48 581. — Construction of Crânes, and Machinery, by Joseph Glynn (1854).
- 48582, — Eléments of Mechanism, by T. Baker (1858-9).
- 48 583. — Cas-Works, by Samuel Hughes (1853).
- 48 584. — Essai sur la Marine des Anciens, et particulièrement sur leurs Vaisseaux de guerre, par M. Deslandes (1768).
- 48 585. — Marine Engines and Steam Vessels, by Robert Murray (1858).
- 48 586. — Ship-Building, by James Peake (1855).
- 48587. — Ships and Boals, b y W.- Bland (1856).
- 48 588. — Modem Workshop Practice, by John G. Winton (1869).
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- OUVRAGES REÇUS
- 48 589. — Masting, Mast-Making andïiigging of Ships, by Robert Kipping' (1866).
- 48 590. — Marine Ehgines and Steam Vessels, by Robert Murray (1868). 48 591. — Embanking Lands front the Sea, by John Wiggins (1852).
- 48 592. — Opuscules Physiques et Chimiques, par Al. Lavoisier (1801).
- 48 598. — Steam and Locomotion, by John Sewell (1852).
- 48 594. — Regolo Calculatore per Quintino Sella (1859).
- 48 595. 1— Hydraulic Engineering, by G. R. Burnell (1858).
- 48 596. — Cours complet de Dessin des Machines, par Robinet (1842).
- 48597. — Cours de Lavis appliqué à l'Enseignement du Dessin d’Architecture et des Machines, par Robinet aine (1842).
- 48 598. — Civil Engineering, by Henry Law and G. R. Burnell (1862). 48 599. — Civil Engineering of North àmerica, by David- Stevenson (1859). 48 600. —Erection of Dwelling-Houses, by S. H. Brooks (1870).
- 48 601. — Les Ruines de Ralbec, par Robert Wood (1757).
- 48 602. — Mormora Oxoniensia (1763)..
- 48 603. — Waterworks for the Supply of Cities and Towns, by Samuel Hughes (1859).
- 48 604. — Bricks and Mes, .by Edward Dobson (1868).
- 48 605. — Tubular and other Iron Qinde1" Bridges, by G. Drysdale < Dempsey (1850 .
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- MEMBRES NOUVELLEMENT ADMIS
- Les membres admis, pendant les mois de janvier à mars 1915, sont
- Gomme Membres Sociétaires Titulaires, MM. :
- M. Chadeefaud, présenté par MM. L. Mercier, J. Plichon, Pralon.
- A. Norton, — Favrel, Inglebert, Léonard.
- R. Penberthv-Roberts, — A. Petersen, — A. de Riva-Berni, — F. Saint-Macary, — L. Waltispurger, — Cahen-Strauss, Hanning, de Dax. Davidsen, Guyon, Hart. G ail, Couriot, Guillet. J. Grosselins, Fougerolle, Barrés. Bocquet, Guelpa, Rivoal.
- Gomme Membre Associé, M. :
- Bourguet, présenté par MM. Barré, Blanchard, Voelck.
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- RÉSUMÉ
- DES
- PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES
- «
- DES MOIS DE JANVIER, FÉVRIER ET MARS 1915
- PROCÈS-VERBAL
- DE LA '
- SEANCE DXJ 22 JANVIER 1015
- Présidence de M. H. Gall, Président.
- La séance est ouverte à 17 heures.
- Le procès-verbal de la précédente séance est adopté.
- M. le Président a le regret d’annoncer le décès de MM. :
- A. Coville, ancien élève de l’Ecole Centrale (1874), membre de la Société depuis 1874, Ingénieur en chef honoraire des Forges et Chantiers de la Méditerranée.
- * Georges Lévy, ancien élève de l’Ecole Centrale (1900), membre de la Société depuis 1911, directeur du journal « La Machine moderne ». Mort au champ d’honneur à l’âge de trente-cinq ans.
- A. Considère, inspecteur général des Ponts et Chaussées en retraite, membre de la Société depuis 1905, correspondant de l’Académie des Sciences, études de constructions en béton armé et fretté, lauréat de ,1a Société d’Encouragement pour l’Industrie Nationale, Officier de la Légion d’honneur.
- G. Danois, membre de la Société depuis 1893, a été Secrétaire' de M. Paulin-Talabot, pour diverses études de chemins de fer, mines et métallurgie. S’est occupé d’exploitation de mines en Espagne et de travaux de chimie minérale.
- *A. de Romeu, ancien élève de l’Ecole Centrale (1898), membre de la Société depuis 1900, docteur de l’Université de Paris. Mort au champ d'honneur à l’âge de quarante ans.
- M. le Président adresse aux familles de nos regrettés Collègues l’expression des sentiments de profonde sympathie de la Société tout entière. . "
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- PROCÈS-VERBAL DE LA SÉANCE DU 22 JANVIER 1915
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- M. le Président prie les Membres de la Société, connaissant le décès de Collègues morts au champ d’honneur, de bien vouloir les signaler au Secrétariat.
- Il en est de môme pour les Croix de la Légion d’-honneur, Médailles Militaires, Citations à l’ordre du jour de l’armée dont ils pourraient avoir connaissance et concernant des Collègues.
- La Société, en effet, a le désir de,conserver d’une façon plus particulière le souvenir de ceux de ses Membres qui sont tombés pour la Patrie ou qui se sont distingués au cours de la guerre actuelle.
- M. le Président adresse ses félicitations aux Collègues dont les noms suivent et qui ont été l’objet de décorations et distinctions diverses, savoir :
- Officier de la Légion d’honneur : M. E. Yuillaume.
- Chevaliers de la Légion d’honneur : MM. Y. Boilève, F. Cellerier.
- MM. Lucien Arbel et André Couder ont été cités à l’ordre du jour de l’armée.
- M. le Président dépose sur le bureau la liste des ouvrages reçus depuis |a dernière séance. Cette liste sera insérée au Bulletin.
- M. E.-A. Bourdonnay a déposé, à la date du 8 janvier, un pli cacheté qui a été enregistré sous le n° 85 et déposé dans les archives.
- M. le Président donne lecture de la délibération qui vient d’ètre prise par le Comité, concernant les Membres de la Société appartenant aux pays en guerre avec la France.
- Cette délibération est ainsi conçue :
- « Vu les circonstances actuelles, tous les sujets des nations actuelle-» ment en guerre avec la France sont rayés de la liste des Membres de » la Société.
- M. le Président donne avis que le Congrès des Sociétés Savantes, qui, devait avoir lieu le mardi 6 avril prochain, à Marseille, est remis à une date ultérieure.
- L’ordre du jour appelle la discussion de la communication de M. E. Barbet sur les Brevets d’invention internationaux.
- M. Michel Pelletier, qui avait bien voulu prendre la parole à la dernière séance, et qui a été interrompu par l’heure, reprend la suite de son exposé.
- M. Michel Pelletier. — A votre dernière réunion, M. Barbet, dans sa communication, a traité deux questions tout à fait distinctes. Il s’est occupé tout d’abord des brevets au \point de vue international ; ensuite, il a étudié au point de vue national notre loi du 5 juillet 1844, pour signaler ses erreurs ou ses lacunes, et, ne voulant pas se livrer à une critique stérile, il a indiqué quels étaient selon lui les meilleurs moyens de réparer les erreurs et les vrais procédés pour combler les lacunes.
- J’avais, comme vient de vous le rappeler M. le Président, commencé, sur l’aimable invitation qui m’en avait été faite, à répondre à M. Barbet ; j’avais dit que nous étions pleinement d’accord, lui et moi, en ce qui concernait, ses conclusions dans la première partie de sa communication,
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- mais j’avais le regret de constater que cet accord cessait en ce qui concernait la seconde partie.
- Qu’avait donc dit tout d’abord M. Barbet? Emu, comme beaucoup de personnes, par la campagne de presse qui s’était produite il y a quelques semaines, et dans laquelle on réclamait l’abolition soudaine des brevets allemands en France, en s’inspirant surtout du prétendu exemple qui avait été donné par l’Angleterre, M. Barbet avait démontré que cette campagne était regrettable, qu’en réalité il ne fallait pas se laisser aller à la passion, même la plus' naturelle et la plus légitime, et qu’il y aurait grand dommage à supprimer d’un trait de plume, en France, les brevets austro-allemands, les inconvénients devant se manifester aussi bien au point de vue matériel qu’au point de vue purement moral.
- Au point de vue matériel, supprimer les brevets allemands en France, aujourd’hui, ce serait d’abord provoquer d’immédiates représailles abolissant de l’autre côté du Rhin nos brevets, nos marques de fabrique, qui sont un élément important de notre richesse nationale, nos dessins et modèles industriels et meme notre propriété littéraire et artistique. •Ce serait de plus ressusciter le prestige du secret de fabrique, permettant aux Allemands sans être brevetés chez nous, d’y exploiter tout de même leurs inventions, en en gardant jalousement la véritable formule pour la sauvegarde de leurs propres intérêts, sans s’exposer sérieusement à la réciprocité, leur mentalité leur permettant, ils l’ont prouvé, d’utiliser facilement l’espionnage auquel nous sommes loin d’exceller.
- Au point de vue moral,‘il était facile aussi d’établir que la France, qui s’est mise à la tête depuis longtemps de toutes les entreprises tendant à la protection au point de vue international, de la propriété industrielle, ne pouvait pas, sans manquer à sa propre mission, sans se démentir, sonner aujourd’hui le glas de cette môme propriété industrielle à la défense de laquelle elle avait si efficacement concouru. Etait-il décent que la France qui, il y a quelques semaines encore, faisait demander, par notre Officiel National de la Propriété industrielle à Berne, quels étaient les moyens efficaces et réels de protéger nos inventions en Allemagne, s’en vînt ellp-même jeter bas les brevets allemands en France ? Enfin, il y a quelques années à peine, à la Conférence de La Haye, la France avait signé l’engagement de reconnaître que, même en temps de guerre, la propriété privée était chose sacrée et qu’on ne devait jamais y porter atteinte.
- Quand on a pris de si nobles initiatives, on ne peut pas, sous la poussée momentanée de considérations éphémères* se donner un semblable démenti, et quand on a l’honneur, • comme la France, d’avoir attaché son nom à une œuvre si féconde, on la défend, on ne démolit pas de ses propres mains l’édifice qu’on a si largement contribué à bâtir.
- Voilà pourquoi les conclusions qui ont été apportées ici par M. Barbet ne pouvaient rencontrer de notre part aucune objection, et nous avons été heureux de nous y rallie]’.
- Quittant ce terrain, JVL Barbet s’est préoccupé de la loi de 1844 au point de vue purement national.
- M. Barbet croit que la supériorité industrielle de certains pays étrangers est due en grande partie à l’infériorité de notre régime légal de la pro-
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- PROCÈS-VERBAL DE LA SÉANCE DU 22 JANVIER 1915
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- jpriété industrielle. Aussi, toutes les,premières propositions queM. Barbet nous a soumises étaient-elles inspirées par cette considération que les brevets :en. France jouissent d’une protection très imparfaite, surtout à raison du peu de durée de cette protection. G’est ainsi que M. Barbet nous a proposé la suppression du § 6 de l’art. 30 de la loi du 5 juillet 1844 relatif à la nullité, des brevets dont les descriptions seraient insuffisantes. Il a ensuite proposé de;supprimer l’art. 2 de la loi du 14 juillet 1909 sur les dessins et modèles industriels, désirant que la protection qui est donnée actuellement aux dessins et modèles pour la forme extérieure d’un objet puisse être étendue au résultat industriel obtenu par ce même objet.
- M. Barbet, dans le même esprit, voudrait assimiler la loi de 1844,sur les brevets d’invention et .la loi de 1793 sur la propriété littéraire et artistique, laquelle, je vais vous le rappeler dans un instant, donne une protection beaucoup plus prolongée à l’auteur d’une arnvre littéraire ou à l’auteur d’une œuvre artistique que ne l’est celle assurée à un.inventeur en vertu de la loi de 1844.
- Enfin, M. Barbet voudrait reculer, dans tous les cas, la date à partir de laquelle court l’existence d’un brevet d’invention durant quinze années ; dans son esprit, ayant pris son brevet, l’inventeur pourrait ne faire courir sa durée que du moment où il serait arrivé à une .réalisation effective et réelle de son invention, après une mise au point ultérieurement obtenue.
- Reprenons chacune des propositions de M. .Barbet, et vous allez voir qu’elles s’inspirent bien toutes de cette idée qui m’est apparue à l’examen de son intéressante communication : la nécessité selon lui de prolonger la durée des brevets d’invention.
- Dans une autre partie de sa conférence, M. Barbet s’est inquiété de la suppression de l’obligation d’exploiter des brevets dans tous les pays où ils sont pris, considérant que l’exploitation'dans un seul pays, le pays d’origine, devrait suffire. Puis, M. Barbet a entendu assimiler les colla- ’ borateurs de l’inventeur à l’inventeur lui-même et les faire bénéficier de la même protection que lui. Enfin, M. Barbet souhaiterait, au point de vue de la protection des inventions, l’établissement d’un brevet international qui produirait ses effets dans tous les pays par une sorte d’automaticité.
- Voilà, Messieurs, le résumé succinct des différentes observations que vous avez entendues il y a un mois.
- Tout d’abord, qn ce qui concerne l'augmentation de la durée de la protection, posons, si vous le voulez bien, un point de départ sur lequel nous allons être, je crois, facilement d’accord. Il faut une durée limitée à un brevet ; il est impossible que le brevet assure à son auteur une protection sans terme. Pourquoi ?
- Messieurs, les théories se sont succédé, se sont heurtées en ce qui concerne le véritable caractère des brevets d’invention. Les uns ont voulu y voir une sorte de propriété naturelle aussi respectable que toutes les autres propriétés immatérielles. D’autres y ont découvert une sorte de contrat social ; il ne s’agissait plus pour eux d’un droit naturel, mais d’une convention intervenue entre la société bénéficiaire de l’invention
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- au bout d’un certain temps et celui qui l’a imaginée, contrat par lequel l’auteur de l’invention est protégé, armé efficacement contre la contrefaçon pendant un temps déterminé, contrat par lequel la Société, qui a ainsi donné le moyen de se défendre à l’inventeur, reprend, à l’expiration du privilège qu’elle lui a consenti, la libre disposition de l’invention désormais tombée dans le domaine public. Qu’il s’agisse d’un contrat social, qu’il s’agisse de la reconnaissance d’un droit naturel, dans tous les cas la limitation de ce. privilège, de ce monopole, de ce droit particulier s’impose. J’en trouve l’indication dans les quelques lignes que je vais emprunter au discours de M. de Boufflers, qui a pris une part si considérable à l’élaboration de la première loi sur les brevets d’invention en France, la loi de 1791. Voici ce que je lis :
- « La forme la plus naturelle du partage — partage entre l’inventeur » et la Société— sera que l’inventeur jouisse pendant un intervalle » donné, sous la protection du public, et qu’après cet intervalle expiré, » le public jouisse du consentement de l’inventeur. »
- Cette limitation du droit de l’inventeur, ce n’est pas seulement en 1791 qu’on l’a proclamée comme une sorte de nécessité, tous les auteurs, à l’étranger comme en France, sont revenus sur cette idée et l’ont exprimé avec une force singulière. Un ingénieur de brevets, qui a écrit un ouvrage fort remarquable sur ces matières, M. Joseph Bonnet, s’exprime à cet égard de la manière que voici :
- « L’idée n’est pas susceptible d’une appropriation durable au service » d’un seul. Ainsi pour l’invention. Il est dans sa mission et dans sa » destinée, si elle est née viable, de se répandre de plus en plus par le » monde jusqu’à devenir le patrimoine commun de l'humanité. »
- Et dans le même ouvrage je vois citer ces quelques lignes empruntées à l’un des théoriciens les plus considérables en la matière, Koliler :
- « Ce qui n’a été d’abord que la conception du seul créateur devient » l’alphabet d’une partie de la technique telle qu’on l’enseigne aux dé-» butants, mais par cela môme l’idée s’évade du domaine de l’individu » et il serait contraire à sa nature économique de la plier sous la domi-» nation du seul créateur, alors qu’elle est déjà entrée dans la chair et » dans le. sang des générations nouvelles et devenue pour elles comme » un élément de vie. »
- La vérité, c’est que l’inventeur bénéficie de l’œuvre qui l’a précédé ; il puise dans le réservoir commun, il met à profit les conquêtes de ceux qui, déjà, se sont attachés aux mômes travaux, à de semblables rechB'-ches ; il apporte sa contribution à l’œuvre commune, et il faut, par conséquent, qu’une fois cette œuvre accomplie en ce qui le concerne, qu’il cède sa place à d’autres; d’où la précarité de son monopole.
- Vous souvenez-vous de cette allégorie saisissante, imaginée, je crois, par Platon ? Il raconte la fête des lampadophores, à Athènes ; à travers la ville, des hommes sont placés d’endroit en endroit, l’un d’eux, le premier, s’en va allumer le flambeau — le flambeau de la Vérité — à l’autel des Dieux, puis il court le remettre à un second ; le sçcond le transmet au troisième, et ainsi de main en main. Et pendant que la course/ s’effectue, ceux qui se sont dessaisis du flambeau le suivent du regard, ne
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- voyant plus au loin que la fuite de l’étoilement sacré, l’escortant, du moins par leurs yeux, de toute leur anxiété impuissante, de tous leurs vœux superflus.
- C’est l’image même de l’inventeur qui a, lui aussi, allumé le flambeau à l’autel de l’éternelle Vérité, et qui, une fois son œuvre accomplie, en transmettra la garde à ses successeurs, appelés à en achever l’exécution. Donc, protection de l’inventeur, mais protection temporaire et limitée.
- La seule question qui puisse se poser est de savoir ce que sera cette limite. Pourquoi quinze ans? (
- C’est pour la première fois, dans notre loi de 1791, que ce délai a été fixé. Il ne semble pas qu’il y ait eu de discussion là-dessus. Avant le brevet tel que nous l’avons connu depuis 1791, il y avait des privilèges concédés par l’autorité du prince. C’était ainsi en France, également en Angleterre où, pour la première fois, on voit intervenir, au xvne siècle, une législation nouvelle. Toujours quinze années. Ces quinze années semblaient être fixées par une sorte de commun accord entre les besoins de l’inventeur et les exigences du domaine public, et il n’apparaît pas que personne ait contesté la légitimité de ce délai.
- C’est depuis notre loi de 1844 qui, elle aussi, a adopté ce délai de quinze années, que la plupart des législations de l’Europe ont codifié cette même matière, et presque partout c’est le délai de quinze années qui a été adopté. Tel pays a adopté vingt ans, tel autre a adopté quatorze années; tel enfin a adopté dix-sept ans, mais presque tous les pays ont considéré que ce délai de quinze années était un délai suffisant. Pourquoi ? C’est que les statistiques qui ont été dressées un peu partout ont démontré qu’il y avait bien peu de brevets qui allaient jusqu’au bout de leur carrière normale et bien peu d’inventeurs qui épuisaient les quinze années pendant lesquelles le privilège leur était concédé sur leur invention. Je prends une de ces statistiques au hasard et je vois qu’en 1888, 322 brevets existent encore au bout de quinze ans, sur les 10 700 brevets pris la première année.
- On s’est demandé s’il était bien intéressant de modifier le délai de quinze ans, puisque la pratique semblait démontrer que très rares étaient les brevets à qui cette durée était insuffisante. En réalité, il ne faut pas oublier, quand on s’occupe de brevets d’invention, l’aspect bilatéral que présente toujours la question. A côté de l’inventeur, il y a l’intérêt du domaine public, ce n’est pas contestable, et si le brevet a été imaginé pour soutenir l’inventeur, et en définitive pour accroître notre richesse industrielle, il ne faut pas perdre de vue que cet accroissement de richesse ne peut être obtenu qu’à la condition que le brevet ne reste pas dans le domaine privé de l’inventeur pendant un temps trop prolongé, et que l’industrie, qui a besoin de s’emparer du brevet pour marquer un pas en avant dans la voie du progrès, attend patiemment le moment où elle pourra l’utiliser.
- Par conséquent, je crois qu’on peut dire que lè brevet ne peut durer que pendant un temps déterminé, et qu’on peut conclure que si le délai de quinze ans n’est pas un délai fatidique, intangible, non modifiable, ce ne serait jamais que dans une proportion peu sensible que cette modification pourrait se faire; mettons, si vous voulez, qu’on pourrait Bull. 2
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- atteindre la limite de vingt années, qui est le maximum existant à l’heure actuelle dans les diverses législations, et vous voyez que la modification ne serait pas considérable.
- Énumérant tout à l’heure les différentes questions qui ont été traitées par M. Barbet, je vous disais que le premier point qui l’a préoccupé a été la suppression du paragraphe 6 de l’article 30 de la loi de 1844. Qu’est-ce que dit ce paragraphe 6 ? L’article 30 vise les cas de nullité des brevets ; le paragraphe 6 exige qu’à peine de nullité la description d’un brevet soit complète, soit loyale, soit sincère. Pourquoi ? A raison évidemment de cette idée de contrat qui pour bien des gens domine la matière du brevet d’invention et qui veut que la Société puisse s’emparer du brevet à l’expiration du délai de protection. Comment s’en emparerait-elle si la description du brevet n’était pas sincère, loyale et complète ? Si elle manquait de ce triple caractère, certainement l’inventeur pourrait conserver par devers lui l’invention d’une façon indéterminée, illimitée, ce qui serait fausser complètement et l’esprit et la portée du contrat.
- M. Barbet a cautionné l’avis qu’il a fourni à cet égard de l’autorité d’un nom particulièrement recommandable ; il a mis en avant le nom d’un j uriste qui connaît merveilleusement ces questions et qui est l’auteur d’ouvrages particulièrement autorisés en cette matière, j’ai nommé notre ami le très distingué Président de l’Association des Inventeurs, M. Mainié, ici présent. Et M. Barbet nous a dit que M. Mainié semblait être partisan de la suppression du paragraphe 6 de l’article 30. La vérité est que M. Mainié a donné et donne encore un conseil qui est excellent. Il souhaite que les rédacteurs des brevets ne soient pas prolixes. Il veut le brevet court, mais la brièveté n’est pas nécessairement l’obscurité ; on peut être laconique sans être incomplet. Et M. Mainié est si bien convaincu de la nécessité d’une description qui soit complète, loyale et sincère, que j’emprunte à son excellent livre les quelques lignes que voici, qui vont être, si vous le voulez bien, notre régie en la matière. « Ce sont les termes de la description qui déterminent et l’objet et » l’étendue du monopole du breveté, qui déterminent par conséquent » l’objet du contrat passé entre l’inventeur et la société. On ne saurait » donc la rédiger avec trop de précision, avec trop de soin. L’inventeur » s’y appliquera d’autant plus que, comme elle est rédigée par lui, elle » doit s’interpréter contre lui. La description devra donc exposer l’in-» vention de manière à la faire comprendre, à en montrer le ' fonction-» nement, à permettre la mise en œuvre. Il ne suffirait pas qu’on pût » avoir l’intelligence, il faut en outre qu’on puisse l’exécuter en suivant » les indications contenues dans la description, car lors de l'expiration » du monopole, il est nécessaire que le domaine public soit'à même » d’exploiter le procédé breveté; il faudra que la description soit claire, « il faudra que la description contienne et précise les véritables moyens » mis à contribution par l’inventeur. Si ces conditions sont remplies, » les limites du domaine public et du domaine privé, ainsi que les droits » du breveté sont nettement définis, et les tribunaux pourront, le cas » échéant, les faire respecter. »
- On ne peut pas mieux dire. Notre auteur veut une description loyale.
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- Est-ce bien la pensée de M. Barbet? Il donne à l’inventeur ce conseil : Dites ce qu’est votre invention, mais diies-en le moins possible, gardez par devers vous le secret de votre tour de main, la vraie manière d’utiliser votre procédé ; épaississez le mystère derrière lequel vous allez dissimuler lè fond même de votre pensée, de telle façon qu’au cours de votre brevet, si on lit la description, il sera impossible d’exécuter, comme vous le feites vous-même, votre propre invention,-et après, quand, la protection, n’existant plus, l’invention sera tombée dans le domaine public, vous conserverez par devers vous, dans l’ombre de votre atelier, le moyen d’exécuter votre invention, de prolonger indéfiniment votre monopole, au grand détriment de la concurrence, qni s’en ira chercher fortune ailleurs.
- Le conseil est ingénieux. Je comprends qu’il puisse tenter un certain nombre d’inventeurs, mais il ne trouverait pas grâce devant les tribunaux chargés d’interpréter la loi après s’être bien pénétrés de son esprit et en en connaissant bien les termes. La loi et la jurisprudence sont impitoyables pour les brevets obscurs. On ne peut pas offrir une prime au manque de sincérité, parce que ce serait consacrer le monopole éternel alors que nous venons de rappeler que le brevet ne peut avoir qu’une existence limitée.
- C’est dans le môme esprit que M. Barbet nous fait sa seconde proposition relative à l’extension de la loi du 14 juillet 1909 sur les dessins et modèles de fabrique. 11 y a un certain nombre d’inventions qui, se manifestant par leurs résultats industriels., affectent aussi, pour frapper nos yeux, une forme originale. Prenez, si vous le voulez, un moteur. L’inventeur de ce moteur peut se faire protéger, en vertu de la loi du 5 juillet 1844, pour le mécanisme intérieur, et par la loi du 14 juillet 1909, pour la forme, pour l’aspect extérieur de ce même objet; mais il y aura entre les deux protections cette différence que, la première étant réglée par la loi dé 1844, n’aura que la durée de quinze années, tandis que la seconde, dominée par la loi de 1909, sera prolongée pendant cinquante ans. Distinction arbitraire, pense M. Barbet. Il voudrait la supprimer, non pas pour ramener à quinze ans la durée de protection accordée par la loi de 1909 à la forme extérieure, mais bien pour porter à cinquante ans la durée de la protection accordée par la loi de 1844 au mécanisme intérieur.
- Je pense, au contraire, que cette distinction doit être maintenue ; vous en avez déjà saisi la raison. S’il n’y a pas d’intérêt pour [le domaine public à ce que l’on ne prolonge pas pendant cinquante ans la protection d’une forme extérieure qui ne donne pas de résultats et qui n’est, après tout, qu’une manifestation plus ou moins esthétique de la pensée de l’inventeur, il y a, au contraire, un intérêt considérable à ce que la protection au point de vue de l’invention soit limitée. Par conséquent, que l’inventeur jouisse de la. protection pendant cinquante ans pour tout ce qui sera la manifestation artistique et extérieure de sa pensée, mais continuons à limiter la protection de l’invention dans lés termes de la loi de 1844.
- Toujours dans le même ordre d’idées, une réforme sur laquelle insiste
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- particulièrement M. Barbet, c’est le recul du point de départ du délai de quinze ans jusqu’à la mise au point de l’invention, et voici le raisonnement qui se trouve dans la pensée de M. Barbet, sur ses lèvres et sous sa plume. Il nous dit : Voyez comme c’est injuste ! L’inventeur est protégé pendant quinze ans, mais à partir dé quel moment? A partir du moment où, pour ainsi dire, le premier germe de son invention est apparu. Il n’a pas eu le temps de la laisser grandir; son invention n’a pas encore donné son plein développement ; il n’en connaît pas la portée, il n’en sait pas les limites, il ne peut pas en mesurer les bienfaits et vous le contraignez, au moment môme où l’invention vient ainsi d’apparaître à son esprit, à la faire protéger, alors que pendant plusieurs années il lui sera nécessaire de l’étudier encore, de la pousser, pour arriver à une mise au point définitive, de telle sorte que ces travaux complémentaires se trouveront singulièrement restreindre la durée de la protection. Si, pour arriver à la mise au point, quatre ans, cinq ans sont nécessaires, en réalité la protection effective ne durera plus que onze ans ou que dix ans. C’est tout à fait illusoire !
- C’est en s’inspirant d’une pensée analogue à celle de M. Barbet que le législateur a décidé, en 1902, qu’un inventeur peut réclamer l’ajournement de la délivrance de son brevet pendant une année, de telle sorte que pendant cette année il va être protégé sans môme faire connaître son invention. On pensait que cette innovation apportée à notre régime légal en cette matière allait être saluée par les inventeurs comme une conquête particulièrement intéressante. L’événement n’a pas confirmé cette supposition. En effet, quand on jette les yeux sur les statistiques, qui ont bien leur intérêt dans cette sorte de matière, on voit qu’il y a très peu de brevets dont on demande l’ajournement, dont la délivrance est différée, par rapport au chiffre total des brevets demandés. Voulez-vous un exemple? Je prends l’année 1911. C’est la statistique de cette année-là qui m’est tombée sous les yeux. J’ai vu qu’on avait demandé 15 593 brevets en 1911. Savez-vous combien de brevets ont été demandés avec ajournement? 1964 seulement. Et il semble que la proportion diminue au fur et à mesure qu’on s’éloigne de la loi de 1902. Il ne parait donc pas qu’il y ait un gros intérêt pour les inventeurs, jugeant bien par eux-mèmes ce qui leur convient, à retarder ainsi la divulgation de leur invention. Au surplus, à quel signe particulier faudrait-il donc s’attacher pour reconnaître la perfection de la mise au point ? Qu’est-ce que la mise au point parfaite? L’expérience ajoute tous les jours au bagage de l’inventeur. Une invention qui lui parait être mise au point aujourd’hui, pourra lui sembler, après une année d’études, très imparfaite. A quel moment trouvera-t-il qu’il est nécessaire, au point de vue de ses intérêts, de faire la demande du brevet? C’est fort difficile à dire, et si l’inventeur estime longtemps qu’il n’est pas arrivé à la mise au point, voyez les conséquences bizarres qui vont se manifester. Il peut être contrefait impunément pendant tout le temps où il n’a pas pris son brevet ; il n’est pas protégé, et par conséquent, indiscrétion ou môme simplement hasard, voilà un contrefacteur qui va pouvoir installer son usine à deux pas du véritable inventeur et ce dernier se trouvera complètement désarmé puisqu’il n’a pas de brevet; ou bien un concurrent
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- pourra primer le véritable inventeur en prenant le premier un brevet d’invention.
- Autre hypothèse : le véritable inventeur n’est pas. je le suppose, contrefait ou dépossédé par un. autre inventeur venant se substituer à lui : le véritable inventeur pourra prolonger indéfiniment son brevet — c’est bien là le vœu de M. Barbet — à la condition de garder le mystère tout autour de son usine et de veiller à ce qu’aucune indiscrétion ne soit commise. Il jouira de son brevet, pour ainsi dire, par anticipation, et il en jouira encore à partir du moment où il aura jugé la mise au point suffisante.
- Là encore, la loi et le principe de protection de l’invention se trouvent viciés dans leur essence môme.
- Enfin, toujours mû par la même pensée, sollicité par le même désir, M. Barbet va demander l’assimilation entre la loi de 1793 et la loi de 1844.
- La loi de 1793, c’est la loi qui régit la propriété littéraire et artistique. Elle protège cette propriété pendant toute la vie de l’auteur. Une œuvre d’art, une œuvre littéraire va rester dans le domaine privé de son auteur pendant toute la vie de ce dernier. Ce n’est pas tout. En 1866, une autre loi a accordé encore cinquante ans de protection aux héritiers de l’auteur, de telle façon que si un auteur, écrivant à l’àge de vingt-cinq ans et vivant jusqu’à celui de soixante-quinze,f doit être protégé pendant cinquante ans, quand il viendra à mourir cette même protection de cinquante ans va être acquise à ses héritiers. Et voilà un monopole de cent ans qui est créé. Personne ne proteste en ce qui concerne la propriété littéraire et artistique. Je dis personne, quoique cependant, en 1793, et même en 1866, de célèbres discussions se soient élevées entre ceux qui s’étaient faits les apôtres de la protection illimitée de l’auteur, de l’écrivain ou de l’artiste, et ceux qui revendiquaient pour le domaine public la libre possession de l’œuvre sortie de l’esprit qui l’avait conçue. Si actuellement l’apaisement semble être fait, c’est qu’il n’apparaît pas qu’il y ait un gros dommage pour la société à ce que cette protection, pouvant durer tout le temps que j’ai dit, soit assurée soit à l’auteur de l’œuvre de l’esprit, soit à ses successeurs. Mais voyez-vous un inventeur qui, lui aussi, créérait son œuvre à vingt-cinq ans et qui, lui aussi, vivrait jusqu’à soixante-quinze ans, et qui, soit pour lui-même, soit pour ses héritiers, serait assuré au total d’une protection d’un siècle ! Quelle est donc la marche du progrès en un siècle ? Quelles sont les conquêtes réalisées ? Il est absolument impossible de monopoliser entre les mains d’un seul soit un procédé, soit un moyen, soit un produit pendant un temps aussi prolongé, sans barrer la route à tous ceux qui veulent enrichir le patrimoine du progrès et confirmer ses conquêtes. .
- Voilà pourquoi on a considéré qu’il n’était pas possible d’assimiler à la loi de 1793 la loi de 1844. Voilà pourquoi je pense que la proposition de M. Barbet n’aurait pas de grandes chances de trouver un accueil favorable auprès de nos législateurs.
- Se plaçant en face d’un tout autre ordre d’idées, M. Barbet aborde alors une seconde proposition. Il propose la suppression de l’obligation d’exploiter une invention en pays étranger quand elle a déjà été brevetée et exploitée en France.
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- Posons l'hypothèse, si vous le voulez bien. Voici un inventeur qui prend un brevet d’invention en France. Il veut également être protégé dans d’autres pays. Il prend donc son brevet dans tous les pays où il pense que son invention peut trouver accueil. D’après la loi actuelle, l’exploitation doit être faite dans chaque pays. Eh bien,, dit M. Barbet, l’exploitation dans un ,seul, la France, devrait suffire. Et M. Barbet y trouve toutes sortes d’avantages. Par exemple, le Français qui aura pris son brevet en France, et qui l’exploitera en France, a tout intérêt à ce que le même brevet pris par lui dans les pays étrangers y soit dispensé de l’obligation d’exploiter; ayant en France le siège de son unique exploitation, il va avoir sous la main la matière première, les ouvriers ; il va organiser son usine, il en surveillera la production sans grands frais et sans grandes difficultés ; il arrivera en France à une perfection singulière dans la fabrication, sans compter qu’il trouvera une main-d’œuvre beaucoup plus habile, lui permettant d’accroître la réputation qui s’attache à sa maison, le bien-être des ouvriers qu’il va faire travailler et le renom d’une fabrication française, qui apparaîtra dans tous les pays comme l’expression définitive et parfaite du fini le plus soigné.
- On pourrait répondre à cela, en se plaçant à de nombreux points de vue. Je signale seulement ceci : êtes-vous bien certain qu’il y ait intérêt pour l’inventeur à ne fabriquer que dans un seul pays, dans le sien? Êtes-vous bien certain qu’il ne va pas grever sa fabrication de frais particuliers, qu’à l’étranger il ne trouverait pas les matières premières et la main-d’œuvre à meilleur compte? Est-ce qu’il ne va pas aussi, en expédiant toute sa fabrication de France à l'étranger, charger cette fabrication de frais de transport, de frais de douane qui peuvent être considérables ?
- Il est souvent à souhaiter pour lui qu’il puisse établir dans chaque pays un centre de fabrication. Gela sera la meilleure sauvegarde de son intérêt,, sans compter que la même invention pourra revêtir des formes plus ou moins variées, selon le pays où elle sera exploitée, en s’inspirant dans chacun d’eux du goût spécial qui y règne.
- Mais il y a une considération qui, pour ma part, domine toutes celles-là :: ce n’est pas la première fois que la demande formulée par M. Barbet voit le jour ; elle a été déjà mise en avant et soutenue non pas par des Français, mais par des Allemands,
- Les Allemands, qui sont entrés dans notre umon de 1883, n’y sont rentrés que tardivement, en marchandant le prix de leur entrée, en ne cédant aux sollicitations que contre des concessions ;. c’est ainsi qafiils ont tout particulièrement insisté sur la suppression de l’obligation d’exploiter dans les pays où ils auraient pris dos brevets et qui seraient autres que l’Allemagne. Leur insistance a eu, en partie,, raison des résistances qu’on leur opposait et ils ont fait modifier une dos règles de notre loi du 5 juillet 1844, qui exigeait l’exploitation, à peine de nullité du brevet, dans un délai de deux ans; ils ont obtenu que le délai fut porté à trois ans, de telle sorte qu’un Allemand qui prend son brevet d’abord en son pays, puis ensuite chez, nous, peut, rester trois ans en France en laissant son brevet au fond de son tiroir sans commencer
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- aucune exploitation, en interdisant la contrefaçon, en forçant les maisons rivales à fermer leurs portes et en jouissant d’un privilège exclusif sans se soumettre à l’obligation d’alimenter notre industrie nationale, de faire travailler nos ouvriers, d’employer nos matières premières, arrivant ainsi à se soustraire à toutes les obligations et à toutes les charges de la loi du 5 juillet 1844.
- Parmi les nombreuses industries sur lesquelles portent les brevets des Allemands, il en est une où, hélas ! il faut le reconnaître, ils sont parvenus à une maîtrise toute particulière, c’est l’industrie de la chimie. Pour les produits chimiques — est-ce à cause du mécanisme de leurs lois? Est-ce à cause de leurs méthode de travail ? Je crois que c’est surtout à raison des primes qu’ils savent oilrir aux inventeurs — ils sont arrivés à fabriquer des produits, qui sont’de bons produits, à des prix très rémunérateurs pour les fabricants et cependant très abordables pour le consommateur. Alors, vous voyez le mécanisme de leur opération : ils prennent un brevet pour des produits chimiques en Allemagne, ils fabriquent en Allemagne ; ils prennent le brevet en France, ils ne fabriquent pas en France; ils restent trois ans en France assurés contre toute espèce de concurrence ; je dis mieux, dominant le marché et lui faisant subir leur loi. Iis voudraient même que ces trois ans fussent un délai beaucoup plus long, puisque, s’inspirant de cette idée qui était exprimée par M. Barbet, ils voudraient la suppression pure et simple de l’obligation d’exploiter dans le pays qui n’est pas le pays d’origine. C’est la proposition <j,e M. Barbet. Si dans nos rapports internationaux avec les pays qui ont accepté la convention de 1883, nous entendions nous assurer l’avantage de fabriquer chez nous et de ne pas fabriquer ailleurs, par une réciprocité inévitable, les Allemands fabriqueraient chez eux et ne fabriqueraient pas chez nous, au plus grand dommage de notre marché, de nos industriels, de nos vendeurs et aussi des consommateurs.
- Il ne faut pas, en ces matières, rester hypnotisé par l’intérêt le plus immédiat; il faut toujours songer aux répercussions; il ne faut pas voir les choses au point de vue exclusivement unilatéral, il faut les considérer au point de vue de tous ceux qui ont un intérêt à faire valoir et à défendre.
- M. Barbet a cité, à titre d’exemple, l’Angleterre comme étant entrée dans la voie où il voudrait aller d’un bond jusqu’au bout. Qu’il me permette de lui rappeler, bien que le moi soit haïssable, qu’il y a quelques années nous avons traité cette question de la législation anglaise, et notamment de la jurisprudence anglaise en ces matières, dans une revue que je relisais ces jours-ci. Loin de favoriser l’exploitation dans un seul pays pour tenir lieu de l’exploitation dans tous les autres, les Anglais se sont montrés extrêmement sévères sur l’obligation d’exploiter chez eux un brevet pris aussi dans un pays different, notamment en Allemagne. J’ai sous la main cette jurisprudence et les commentaires auxquels elle a donné lieu. Je me contente de résumer ce point en ces quelques mots : ne cherchons pas exemple en Angleterre, les Anglais ont fait tout juste le contraire de ce qu’on nous proposerait de faire chez nous. Yoilà pourquoi je crois qu’il ne faut pas s’arrêter à cette proposition de supprimer l’obligation d’exploiter dans les pays autres que le
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- pays d’origine. Maintenons à cet égard la loi internationale telle qu’elle a été faite. Nous y avons intérêt.
- M. Barbet passe à un tout autre sujet. Il dit : il est injuste qu’à côté de l’inventeur, du cerveau duquel l’invention est sortie, on ne protège pas les collaborateurs qui, à des titres divers, se sont joints à lui, les uns en faisant par leurs relations d’utiles démarches, les autres en mettant des capitaux au service de l’inventeur qui, souvent, était pauvre. Ils sont les co-auteurs de l’invention et, par conséquent, comme l’auteur principal lui-même, ils doivent être protégés.
- Je réponds : Il ne s’agit pas, en cette matière, d’innover. Actuellement, rien dans la loi ne s’oppose à ce que plusieurs personnes voient leur nom figurer dans un brevet d’invention, et s’il convient àun inventeur de demander appui à des collaborateurs à des titres divers, rien ne s’oppose à ce que les noms de ces collaborateurs soient associés au nom de d’inventeur, et nous voyons souvent dans des brevets, à côté du nom du technicien, les noms des différentes personnes au concours desquelles il a cru bon de faire appel. Laissons donc à cet égard la loi telle qu’elle est et les usages tels qu’ils sont. Je ne voudrais pas, pour ma part, ouvrir la porte plus large qu’elle ne l’est actuellement aux collaborateurs de l’inventeur et je vais vous dire pourquoi : Il faut protéger l’invention, nous sommes bien d’accord à cet égard. Croyez-vous que c’est la protéger efficacement que de mettre sur le même rang l’inventeur et ceux qui lui ont prêté concours, surtout quand il s’agit de ces concours spéciaux auxquels, plus particulièrement, M. Barbet fait allusion, c’est-à-dire le concours du financier et, permettez-moi cet abominable mot, le concours du démarcheur. Mettre ses relations au service d’un inventeur, c’est lui être utile, évidemment ; mais si appréciable que soit cette aide, elle ne peut pas créer, au profit de celui qui la fournit, des droits identiques à ceux de l’inventeur lui-même. Par conséquent, laissons les collaborateurs au rang qu’ils doivent avoir et ne les mettons pas sur la même ligne que l’inventeur lui-même, sous peine d’arriver à diminuer le prestige de celui-ci, ce à quoi nous ne songeons ni les uns ni les autres.
- Enfin, et c’est la dernière proposition de M. Barbet, M. Barbet voudrait un brevet international, c’est-à-dire un seul brevet pris à la fois dans tous les pays, à la suite d’une unification complète des formalités pour la demande et pour la délivrance des brevets dans chaque pays. Cette question du régime international des brevets n’est pas nouvelle dans notre législation. La convention de 1883, dont j’ai à plusieurs reprises évoqué le souvenir, s’en est préoccupée en établissant, dans un article 4 dont il a été bien souvent question, le système d’un délai de priorité. Qu’est-ce à dire ? Voici : celui qui, dans un pays de l’union, prend un brevet d’invention, ne va plus être obligé, comme avant 1883, de prendre son brevet à la fois pour la même invention dans tous les pays où il voudra être protégé ; tout au contraire il va avoir maintenant un délai d’un an pendant lequel il pourra successivement prendre ses brevets dans les différents pays sans se voir opposer comme antériorités les brevets déjà pris.
- Si on n’est pas allé plus loin dans cette voie, si on a cru jusqu’à présent nécessaire de s’en tenir à ce délai de priorité, c’est qu’on s’est
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- heurté pour la réalisation du brevet international à des difficultés actuellement insurmontables. Pour concevoir un brevet international, tout comme on a pu concevoir et réaliser une marque de fabrique internationale, il faudrait arriver à unifier les législations en matière de brevets dans tous les pays. C’est possible, à la rigueur, en matière de marque de fabrique, parce que les marques de fabrique ne se heurtent pas, au point de vue de cette unification, à des différences de législation basées sur des différences fondamentales, caractéristiques, essentielles au point de vue des mœurs, au point de vue des intérêts, au point de vue de l’organisation économique et commerciale des pays, tandis qu’au contraire, en ce qui concerne les brevets, il y a des différences profondes entre les législations de chaque pays, parce que chaque pays a précisément organisé sa protection des brevets d’invention en tenant compte et des traditions et des besoins économiques. Par exemple, pour arriver à avoir un brevet international, il faudrait mettre d’accord toutes les législations sur la durée, sur la nature de la protection, sur les charges fiscales imposées à chaque inventeur, sur les juridictions qui seraient saisies des litiges en matière de propriété industrielle, sur les règles relatives à ce qui constitue l’ordre public. 11 y a aussi des pays dans lesquels il y a seulement le grand brevet, la France ; il y a des pays dans lesquels il y a, à côté du grand brevet, le petit brevet, le modèle d’utilité, l’Allemagne. Comment arriverez-vous à faire fléchir la législation’ d’un pays au profit de la législation du pays voisin ? Je crois qu’on peut dire que, en ce qui concerne le brevet international, il faut s’en tenir à l’œuvre qui a été jusqu’à présent réalisée. C’est un vœu, qui a été voté dernièrement — il y a deux ans — à Washington, lors de la réunion d’une conférence chargée de modifier le régime international existant de par la convention de 1883 entre les différents pays. On a émis ce vœu. Cela n’éngage à rien actuellement. Gela n’est pas d’une réalisation immédiate, ni môme prochaine. C’est évidemment une indication donnée pour l’avenir, c’est une ouverture sur les horizons lointains, mais sans sanction.
- Dans cette mesure nous pouvons nous associer à la pensée de M. Barbet, mais dans cette mesure seulement.
- Vous voyez, Messieurs, que j’avais raison de dire que j’aurais le regret de ne pouvoir me ranger aux conclusions de M. Barbet sur les innovations à apporter à la loi de 1844. Est-ce à dire que je considère la loi de 1844 comme intangible ?
- Est-ce à dire que je ne crois pas qu’on puisse y apporter des modifications et même des modifications fort intéressantes? Loin de là. Depuis longtemps un grand nombre de groupes, d’associations, se sont préoccupés de modifier cette loi. On a,'par exemple, proposé de porter à vingt ans le délai de quinze ans ; on a proposé d’enlever la compétence de tous les litiges en matière de brevets d’invention et.de contrefaçon aux tribunaux civils pour l’attribuer aux tribunaux de commerce. Ces modifications, proposées à la Commission technique qui fonctionne auprès du Ministère du Commerce, n’ont pas été acceptées par elle; elle a considéré qu’à l’heure actuelle il était difficile de porter à vingt ans le délai de quinze-ans ; elle a considéré surtout que, en ce qui concernait les tri-
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- bunaux de commerce, quel que soit le recrutement des plus heureux du tribunal de commerce dans certaines grandes villes, il était difficile de confier à tous les tribunaux de commerce de France l’examen et la solution des litiges en matière de contrefaçon, parce que, sans vouloir formuler la moindre critique contre les tribunaux de commerce, on a pensé que leur recrutement n’offre pas partout la même garantie et qu’il serait peut-être imprudent de leur donner dans tonte la France à juger ces délicats procès. On a également demandé la suppression de ce qu’on appelle la possession antérieure, c’est-à-dire j un privilège reconnu, non pas par la loi, mais par la jurisprudence, à ceux qui, n’étant pas brevetés, auraient fabriqué le produit, employé le procédé plus tard inventé par un autre, privilège grâce auquel ils peuvent, sans faire tomber le brevet postérieur qu’on voudrait leur opposer, s’assurer une immunité personnelle les mettant à l’abri de l’atteinte de.ce brevet. Supprimer le privilège de la possession personnelle antérieure incarnant une idée d’équité, ce serait consacrer une injustice.
- De même, nous avons repoussé les tentatives de transformation de notre législation en ce qui concerne l’examen préalable. Vous savez ce que je veux dire. Il y a des pays dans lesquels les brevets ne sont délivrés quaprès avoir été examinés ; d’autres — c’est la France — où, au contraire, le brevet est délivré avant toute espèce d’examen. Les partisans de l’examen disaient : Examiner, c’est supprimer les brevets absurdes ; pourquoi ne pas faire examiner le brevet par des techniciens avant leur délivrance, puisqu’on trouve bon de les faire examiner après leur délivrance par des juges ? Pourquoi ne pas leur assurer le bénéfice d’une sérieuse étude? Gela donnerait une plus grande valeur aux brevets et cela permettrait par conséquent de les exploiter avec plus de facilité. Et on cite l’exemple des pays qui, comme l’Allemagne et les États-Unis, sont des grands pays industriels, et chez lesquels l’examen préalable est en honneur. Les partisans du statu quo répondaient : l’examen préalable ne donnerait pas plus de garantie légale au brevet qu’il en a sans examen ; l’erreur est possible de la part des examinateurs ; comment, au surplus, être toujours sûr de leur impartialité ? Quel système adopter pour l’examen? Quelle sanction pour les projets qui n’apparaîtraient pas comme brevetables, pour les inventions ainsi brevetées à tort? Faut-il les annuler, comme en Allemagne ? Faut-il donner seulement un avertissement, comme en Suisse ? Faut-il donner un avertissement avec obligation pour ceux qui résistent à cet avis d’indiquer sur leur brevet les antériorités qui sont opposées, comme en Angleterre? Et puis, y aura-t-il appel de.cette décision ? Y aura-t-il opposition? Quels sont les délais dans lesquels les oppositions ou les appels devront être formulés ? Graves difficultés devant lesquelles on a reculé, de sorte que l’examen préalable proposé est rejeté et nous maintenons sur ce point la loi de 1844.
- Au point de vue de la brevetabilité, les projets qui sont sortis des mains de la Commission technique ne changent pas sensiblement les choses ; on considère que sont non brevetables les plans de finance, les inventions contraires à l’ordre public et les inventions relatives à la pharmacie ; on a modifié légèrement les formalités des demandes de brevets, les formalités de délivrance.
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- Mais<ce n’est pas là qu’a eu lieu la manifestation intéressante d’une innovation sensible; c’est en ce qui concerne les taxes.
- Depuis longtemps les taxes ont été critiquées. Vous savez qu’à l’heure qu’il est on fait payer par l’inventeur 100 fr par an, 1 500 fr pour quinze ans. C’est, avec quelques modifications, la reproduction de ce qui existait dans notre législation de 1791, où l’on payait 300 livres pour cinq ans, 800 livres pour dix ans et 1500 livres pour quinze ans. C’était, par conséquent, une taxe progressive. On a vivement critiqué la taxe dans son principe même et en dehors même de son chiffre. On a considéré que les brevets devaient être délivrés sans aucune espèce d’impôt, parce que la protection doit être assurée à la propriété industrielle tout comme à l’administration de la justice et qu’il n’y avait aucune raison de faire payer les brevetés, puisqu’on est protège pour toutes les autres propriétés sans un droit spécial.
- En vérité, on semble bien considérer que, comme le disait Couhin' un des auteurs les plus écoutés, un des avocats les plus autorisés en ces matières, c’est une peine inouïe et barbare que d’imposer une taxe à l’inventeur, et cependant cette ‘taxe ne peut pas être supprimée, parce que, si lourde qu’elle soit pour l’inventeur, elle est considérée comme une ressource fiscale à laquelle fie Ministère des Finances se déclare absolument dans l’impossibilité de renoncer; il considère que la taxe doit être maintenue à son taux actuel, et cependant l’intérêt d’une modification apparaît comme pressant. En effet, j’ai dit qu’on pouvait prendre un brevet pendant un an dans tous les pays qui sont des pays unionistes. En Belgique, la loi prescrit une taxe qui commence à la somme tout à fait modique de 10 fr par an et qui s’élève progressivement. Vous voyez, par conséquent, le calcul très simple qui vient à l’esprit de l’inventeur français : Au lieu de prend re son brevet en France et de payer 100 fr, il prend son brevet en Belgique en payant 10 fr, et pendant un an il gardera intact son droit de prendre un brevet en France, ayant ainsi réalisé une économie notable. Veut-il, au lieu de faire une économie, avoir une consultation, un bon conseil, il prend son brevet en Allemagne où il y aura un examen préalable, et pendant un an il pourra réfléchir sur l’opportunité de prendre son brevet en France renseigné par le résultat de cet examen. De telle façon que, à cause de ces fuites et pour les éviter, on a considéré que, puisque la gratuité était impossible à réaliser, il fallait au moins organiser la diminution de taxe, et on a proposé une taxe de 25 fr Ja première année, 50 fr la seconde, et ainsi de suite ; on considérait que si cette réforme entraînait une diminution’de recette immédiate pour le Trésor, cette diminution serait largement compensée par le plus grand nombre de brevets qui seraient pris et ensuite par l’élévation de la taxe qui serait établie sur les brevets vivant- dix ans, douze ans et quinze ans. Des calculs ont été faits. Je n’ai pas le loisir de vous faire connaître les résultats de ces calculs, je dirai seulement que dans le dernier état des négociations et des transactions tentées entre le Ministère du Commerce et le Ministère des Finances, c’est vers le chiffre de 50 fr pour la première année, 4 payer soit d’un coup, soit en deux fois, que semble orientées les recherches de ceux qui voudraient modifier la taxe.
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- Voilà la principale modification qui est sortie des travaux de la Commission technique, qui a voulu montrer ainsi son vif désir de maintenir la loi de 1844 tout en la modifiant. L’heure avancée m’oblige à laisser de côté les autres innovations proposées par la Commission technique.
- J’en ai fini. Au début de mes observations, je vous rappelais la pensée de M. Barbet, qui attribuait en grande partie à l’insuffisance de notre législation sur les brevets le fléchissement de notre industrie. Je le crois trop sévère pour la loi de 1844. Je crois que si certaines critiques peuvent être dirigées contre notre organisation industrielle, c’est d’un autre point de vue qu’il faut examiner ses défauts ; ce n’est pas dans les vices de notre loi de 1844, une des meilleures lois que nous possédions, qu’il faut rechercher la cause de notre relative faiblesse. Cette cause existe plutôt dans l’insuffisance de nos méthodes de travail, de notre organisation industrielle en général. Nous venons de donner, nous donnons encore, dans les graves événements que nous traversons, un singulier exemple de vitalité, de vigueur ; nous savons reconnaître nos erreurs, et quand nous nous 'sommes quelque peu endormis dans une trompeuse confiance, nous montrons au moment du réveil ce qu’il y a en nous de volonté tenace et d’héroïque intransigeance, quand il s’agit de défendre les intérêts sacrés de notre pays. Transportons dans le domaine des choses de la paix, et notamment pour réaliser les conquêtes industrielles nécessaires, un peu de cette énergie, et la voie des réalisations fécondes s’ouvrira largement devant nous.
- Cela, Messieurs, c’est l’œuvre de demain, c’est l’œuvre que nous entreprendrons quand nous aurons déposé l’épée pour reprendre l’outil. Après la gloire, la richesse. (ApjJlaudissements.)
- M. le Président remercie vivement M. Michel Pelletier pour le commentaire très instructif qu’il vient de présenter si magistralement.
- L’heure avancée empêche M. Barbet de répondre, dès aujourd’hui, ainsi qu’il en avait l’intention, aux questions multiples soulevées par M. Michel Pelletier et il prie ses Collègues de l’autoriser à remettre sa réponse à la prochaine séance, qui aura lieu le 26 février prochain.
- M. le Président rappelle que c’est à l’initiative de M. Barbet, auquel il renouvelle ses remerciements, que nous devons d’abord une communication des plus intéressantes et plusieurs interventions qui ont apporté les renseignements les plus précieux sur cette question des brevets d’invention internationaux.
- M. le Président signale, en outre, que plusieurs lettres sont arrivées avant l’ouverture de la séance. Comme elles peuvent apporter à la discussion des éléments nouveaux, elles sont reproduites ci-après :
- « Paris, le 20 janvier 1915.
- » Mon cher Président, .
- » Il ne me sera pas possible d’assister à la séance d’après-demain de la » Société des Ingénieurs Civils de France, et conséquemment de prendre » part à la discussion de la communication de M. Barbet, du 18décembre. » Voulez-vous bien me permettre de résumer ce que j’aurais voulu y » dire, en vous priant de donner lecture de ma lettre, dont un des points
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- » traités est de nature à élargir peut-être la discussion sur la question » principale posée, celle des brevets d’invention internationaux.
- » Évidemment, je suis d’accord avec Messieurs Barbet, Taillefer et » Michel Pelletier sur la nécessité de respecter en France les droits de » propriété industrielle des Allemands et des Austro-Hongrois. Je base » mon opinion sur le respect de la propriété privée que nous professons » en France,* êt sur le maintien de l’oéuvre, française surtout, de la » protection internationale de la propriété industrielle et littéraire;
- » mais non sur la crainte de représailles de la part de l’Allemagne.
- » Il ne faut pas perdre' de vue que toute demande de brevet est » suivie, en France, de la délivrance du titre sans aucun examen, et » qu’il n’en est pas de même en Allemagne, où l’examen préalable est » pratiqué par l’administration avec d’autant plus de rigueur que le » postulant appartient à telle ou telle nationalité. Sont peu nombreux » les Français qui obtiennent une patente allemande et qui, l’ayant » obtenue, arrivent à se faire rendre justice vis-à-vis des contrefacteurs. » L’inventeur allemand, au contraire, jouit de la protection de la loi » française au même degré que les nationaux.
- » Nous aurions donc, nous Français, moins à craindre que les Alle-» mands, de l’exercice de représailles réciproques.
- » La question soulevée de l’uniformité des législations et de la création » du brevet international est bien loin d’être résolue, si j’en juge par » le faible chemin qu’elle a parcouru depuis trente-sept ans. Le Congrès » international de la Propriété industrielle, à. l’Exposition universelle » de 1878, à laquelle tous les pays, sauf l’Allemagne, ont participé, a » été saisi de l’uniformité de législation concernant le brevet d’inven-» tion. Trois séances ont été consacrées à cette discussion, au cours de » laquelle les partisans de l’examen préalable, d’une part, et de la loi » française de 1844, d’autre part, ont fait valoir les avantages et les » inconvénients des deux régimes.
- ». Finalement, c’est sur une proposition que j’ai déposée que le Con-» grès, à la presque unanimité, a voté la résolution dont voici à peu » près les termes, énoncés de mémoire :
- « La délivrance d’un brevet d’invention ne sera pas subordonnée à un » examen préalable; mais un avis préalable et secret sera donné à tout » postulant, à la suite duquel il sera libre de maintenir, de modifier ou » d’abandonner sa demande de brevet d’invention. »
- » Les différents pays ont négocié sans aboutir à une législation uni-» forme ; toutefois, de ces négociations sont sorties la convention inter-» nationale de 1883, et, plus tard, une série de conférences qui ont » amené l’accord sur un certain nombre de points.
- » La création du brevet international est encore bien lointaine, si » elle se réalise. '
- » Veuillez croire, Monsieur le Président, à mes sentiments les plus » dévoués.
- S. Périssé,
- » ancien Vice-Président de la Société.
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- « Bourges, le 20 janvier 1915. -
- » Mon cher Président,
- » La lecture du résumé de la très intéressante communication de » M. Barbet me suggère quelques réflexions que je m'excuse de vous » envoyer encore par lettre, puisque je suis privé, par les circonstances, » du plaisir d’assister aux séances de notre Société.
- » M. Barbet est partisan de l'atténuation des dispositions du § 6 » de l’art. 30 de la loi de 1844, qui exige,, à peine de nullité, une » description complète des moyens de l’inventeur. Gela semble difficile » à concevoir.. Il fauf, en effet, que le brevet, et. c’est ce qui le distingue » nettement du secret de fabrique, fasse connaître à tout le monde ce » qui caractérise l’invention et donne les moyens de l’exécuter. Mais » point n’est besoin pour cela d’entrer dans des détails infimes d’exé-» cation et d’indiquer les « tours de main » du constructeur. D’accord » sur ce point avec M. Barbet, je pense que les brevets les plus courts, » pourvu qu’ils, soient sincères, sont les meilleurs.
- » Où je ne puis suivre M. Barbet, c’est quand il réclame la. suppres-» sion, dans la loi du 14 juillet 1909 sur les dessins et modèles, de la » restriction qui exclut de la protection si large de la loi nouvelle les » objets qui présentent un aspect, une physionomie propre et nouvelle, » lorsque cet aspect ou cette physionomie sont inséparables d’un résultat » industriel. Cette restriction me parait, au contraire, indispensable b pour maintenir la distinction, à mon sens fondamentale, entre l’in-b vention proprement dite, donnant un résultat industriel, et la simple b création de la forme. Il est très rare, en pratique, que l’aspect soit lié » indissolublement au résultat industriel. Le plus souvent, une inven-» tion donnant un résultat industriel peut, sans que ce résultat dispa-b raisse, revêtir des formes extérieures multiples, des aspects très variés. b Si ces aspects sont caractéristiques,, il y a matière à la fois à la protec-b tion de la loi des brevets pour ce qui constitue l’invention technique b proprement dite et à celle des dessins pour jes mille aspects propres » et caractéristiques qu’il convient au constructeur de donner à l’objet b qui matérialise l’invention, et cette dernière protection, de portée » limitée, survit au brevet. Up exemple de cette dualité de protection a été » fourni, dans ces dernières années, par le poêle dit « La Salamandre », » dont le mécanisme (dispositif de foyer, etc.) a fait l’objet d’un brevet » et la forme extérieure l’objet d’une série de dépôts de modèles, qui b même après l’expiration du brevet assurent encore la protection de b ces formes spéciales au profit du constructeur. Si la forme et le résultat » sont indissolublement unis (par exemple dans un soc de charrue de » forme nouvelle présentant des avantages pour l’effort de traction de la » charrue, la division de la terre retournée, etc.), il est raisonnable et » juste que ce soit la seule loi des brevets qui assure la protection de » l’inventeur ; décider le contraire serait assurer ,,à cet inventeur, par b suite du caractère particulier de son invention, une protection d’une b durée incomparablement supérieure à celle dont profitent les inven-» dons en général.
- » Quant au parallèle souvent fait entre la générosité de la loi proté-.» géant les créations littéraires et artistiques et la parcimonie de la
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- » protection accordée aux inventions industrielles, il n’est pas exact. On » ne peut, en effet, et c’est là une vérité banale, comparer que des objets » de même nature. Or, la création industrielle et la simple création de » la forme sont de nature essentiellement différente. Tandis que la » création de la forme (création littéraire, création artistique) est, au » point de vue de la vie sociale, sans utilité, qu’elle ne procure que « l’agrément, et que par suite sa protection pourrait presque sans incon-» vénients être perpétuelle, la création industrielle marque un progrès » industriel qui exerce sa répercussion sur la situation économique de » l’industrie à laquelle elle se rapporte, et il est dès lors nécessaire » qu’au bout d’un temps limité, la société puisse en profiter librement. » Augmenter la protection dès inventions au delà d’une certaine durée, » vingt ans par exemple (projet de révision de la loi des brevets), serait » risquer de paralyser l’industrie et de nuire à la prospérité économique )> du'pays. La distinction entre l’invention et la création de la forme » doit donc subsister : cela justifie la disposition écrite dans la loi de » 1909, qui, à mon sens, ne peut disparaître.
- » Croyez, mon cher Président, à mes sentiments les plus distingués » et les plus dévoués.
- » A. Tajllefer. »
- Paris, le 20 janvier 1915.
- » Mon cher Président,
- » Je regrette vivement de ne pouvoir assister à la séance du 22 courant, étant obligé de m’absenter pour quelques jours de Paris, car j’aurais désiré présenter certaines observations au sujet de l’intéressante communication de M. Barbet.
- » En ce qui. concerne les modifications à apporter à la loi de 1844, j’approuve entièrement les remarques de M. Taillefer et partage son avis. Il faut mettre en garde les inventeurs contre le « brevet court » : le brevet est, en effet, la base et pour ainsi dire la pierre d’achoppement de l’exploitation de l’invention qui en fait l’objet. Aussi l’inventeur ne met jamais trop de soin à bien déterminer la portée et l’étendue de son invention, car lorsqu’il a négligé de le faire (et c’est ce qui arrive souvent quand la description n’est pas suffisamment explicite, il éprouve de cruelles déceptions si son brevet vient à être discuté devant les tribunaux, déboires qu’il aurait pu souvent éviter en rédigeant sa description avec plus de soin et de clarté.
- » J’aurais voulu, d’autre part, signaler à la Société que beaucoup d’inventeurs ont, à l’heure actuelle, des préoccupations beaucoup plus importantes que celles des modifications à apporter à la loi de 1844 : il s’agit de la situation des brevets étrangers appartenant à des français. » J’ai signalé cette situation dans une lettre que j’ai adressée à M. le ministre du Commerce et de l’Industrie, le 28 décembre dernier, et dont voici les conclusions (1) :
- » Pour sauvegarder les intérêts des Ingénieurs, Négociants et Inventeurs français qui vont se trouver lésés dans leurs droits à 1’étranger par suite des hostilités, nous pensons :
- il) Copie de cette lettre est déposée aux archives de la Société.
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- » 1° Que le Gouvernement devrait demander au Conseil Fédéral » suisse de solliciter des pays adhérents à l’Union pour la Protection de » la Propriété industrielle une prolongation du délai de priorité fixé » par Particle 4 de la Convention du 20, mars 1883 ;
- » 2° Que le Gouvernement devrait prendre l’initiative de négociations » avec les pays alliés et neutres en vue d’obtenir un délai d’un an ou de » six mois au moins, à partir de la signature du traité de paix, pour » remplir les formalités concernant les brevets déposés avant le 1er août » 1914, afin d’éviter toute déchéance ayant pu être encourue pendant la » durée des hostilités, et pour verser les annuités de brevets échues de-» puis le 1er août 1914 et non encore payées ;
- » 3° Que le Gouvernement devrait promulguer le décret prévu à l’ar-» ticle 5 du décret du 27 septembre 1914, dans lequel il serait stipulé que » les dispositions du décret du 14 août 1914 ne seront applicables aux » sujets d’Allemagne, d’Autriche-Hongrie et de Turquie que si ces pays » maintiennent en vigueur les brevets, modèles et dessins industriels » et marques de fabrique des français, en leur permettant d’accomplir, » après la conclusion de la paix, les formalités qui auraient dû être » remplies pendant la durée des hostilités, et de verser les annuités » dont les échéances sont postérieures au 1er août 1914.
- » J’espère que M. le Ministre du Commerce et de l’Industrie va » étudier la question sur laquelle j’ai eu l’honqeur d’attirer son atten-» tion et qu’il prendra les mesures nécessaires pour' sauvegarder les » droits de nos inventeurs nationaux. Mais je crois désirable que les » Membres de la Société des Ingénieurs Civils de France (dont un grand » nombre sont titulaires de brevets étrangers) soient appelés à donner » leur avis sur cette question après l’avoir examinée : c’est pourquoi je » vous serais reconnaissant, mon cher Président, de vouloir bien la » faire discuter en même temps, que la communication de M. Barbet. » Je suis persuadé que si les idées que j’ai développées sont approuvées > par notre Société, cet appui sera des plus utiles pour arriver a un » résultat favorable ; à la suite de cette discussion, mes propositions » pourront peut-être aussi ôtrq améliorées ou complétées.
- » Veuillez agréer, mon cher Président, l’expression de mes senti-» ments tout dévoués. '
- » Emile Bert ».
- Paris, le 22 janvier 1915.
- » Monsieur le Président et cher Collègue,
- » Dans sa communication sur les brevets d’invention, M. Barbet a » examiné diverses questions ; il a tout d’abord exposé qu’il y avait lieu, » selon lui, de respecter les droits de propriété industrielle des Alle-» mands et des Austro-Hongrois, et sur ce point il s’est trouvé d’accord » avec l’opinion exprimée par M. Taillefer et par Me Michel Pelletier. » Il semble du reste que ce soit là l’avis à peu près unanime de tous » ceux qui se préoccupent de ces questions.
- » Ensuite M. Barbet a présenté certaines critiques visant la loi du
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- PROCÈS-VERBAL DE LA SÉANCE DC 22 JANVIER 1915
- .)) 5 juillet 1844 sur les brevets (j.’invention, et il a émis notamment le » vœu de voir créer le brevet international.
- » Dans la séance du 22 courant, M. Michel Pelletier a réfuté avec » l’autorité et la compétence qu’il a en ces matières, les propositions de » M. Barbet. Dans une prochaine séance nous devons entendre plusieurs » orateurs qui ont manifesté le désir de répondre aussi à M. Barbet. .
- » On peut se demander si vraiment le moment est bien choisi pour » ouvrir un débat sur les perfectionnements à apporter à notre légis—
- » lation sur les brevets d’invention. Depuis longtemps les diverses asso-» ciations qui s’intéressent à ces questions, les ont étudiées ; elles ont » fait connaître leurs vœux à la Commission technique de l’Office » National de la Propriété industrielle qui, ainsi que l’a rappelé Me Mi-» chel Pelletier, a présenté à M. le ministre du Commerce et de l’In-» dustrie un projet de révision de la loi de 1844, projet mûrement étudié, » qui est actuellement soumis au Parlement. Il semble donc que la » question soit épuisée, et il ne parait pas y avoir grand intérêt à la » remettre à l’étude en ce moment surtout. Les observations que pour-» rait présenter à ce sujet, la Société des Ingénieurs Civils de France, » risqueraient d’arriver un peu tardivement.
- » Mais il est une question très importante, et toute d’actualité, qu’il -•» serait fort utile d’examiner, question que prochainement la Coinmis-» sion technique de l’Office National, sera sans doute appelée à étudier, » et sur laquelle elle devra donner son avis.
- » Lorsqu’à la cessation des hostilités, interviendra le Traité de Paix, » il y aura lieu de prévoir les mesures à prescrire pour protéger en y> Allemagne, en Autriche et en Hongrie, les droits des inventeurs » français qui auront été lésés par la guerre, et dont les brevets auront » ôté radiés ou seront considérés comme déchus, par suite, de non pàie-» ment d’annuités ou de défaut d’exploitation. Il y aura lieu aussi » d’examiner la situation des inventeurs français qui n’auront pu, par » suite de la guerre, présenter en temps utile des demandes de brevets » dans ces pays. Enfin il faudra se préoccuper du sort des demandes de » brevets pendantes en Allemagne, en Autriche et en Hongrie, au » moment de l’ouverture des hostilités, demandes qui auront été écartées » ou rejetées dans ces pays par le motif que dans les délais impartis » les intéressés n’ont pas répondu aux objections formulées. On peut « se demander aussi quelles seront les mesures à prendre pour sauve-» garder la propriété industrielle dans les territoires qui passeront d’un •» pays à un autre.
- » Voilà une série de questions très importantes pour nos inventeurs » et industriels, qui vont se poser avant qu’il soit longtemps, et sur les-» quelles il serait tout à fait nécessaire d’éclairer la Commission tech-» nique de l’Office National, afin qu’elle puisse, lorsqu’elle sera con-'» sultée, émettre un avis en parfaite connaissance de cause.
- » Si la communication de M. Barbet avait pour résultat d’amener la » Société des Ingénieurs Civils de France à étudier ces questions, il y » aurait lieu d’en être reconnaissant à son auteur et je suis certain que » MM. Barbet, Michel Pelletier et Mainié, mes Collègues à la Commission » technique de l’Office National, seraient heureux comme moi de con-Bull. 3
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- » naitre à cet égard les vœux de la Société des Ingénieurs Civil s de France.
- ». Veuillez croire, Monsieur le Président et cher Collègue, à l’assu-» rance de mes meilleurs sentiments. »
- » G. de Mestral »
- . MM. M. Chadeffaud, A. Norton, R. Penberthy-Roberts, A. de Riva-Berni, L. Waltispurger sont admis comme Membres Sociétaires Titulaires ;
- M. E. Bourguet est admis comme Membre Associé.
- La séance est levée à 19 heures.
- Le Secrétaire Administratif,
- A. de Dax
- PROCÈS-VERBAL
- DE LA
- SÉANCE X>XJ 26 FÉVRIER 191S
- Présidence de M. H. Gall, Président.
- La séance est ouverte à 16 h. 30 m.
- Le procès-verbal de la précédente séance est adopté.
- M. le Président a le regret d’annoncer le décès de MM. :
- A. Dubois, ancien Elève de l’Ecole Centrale (1861), membre de la Société depuis 1876, Ingénieur civil.
- A. Duprat, membre de la Société depuis 1897. Membre de l’Institution of Civil Engineers, de l’Institut Polytechnique brésilien et du Club du Génie de Rio de Janeiro, ancien Directeur Général du chemin de fer Rio Grande do Sul. M. Duprat était depuis plusieurs années membre correspondant de la Société à Buenos Ayres, fonctions dont il s’acquittait avec le plus grand dévouement.
- L.-V. Fournier, ancien Elève de l’École Polytechnique (1849), membre -de la Société depuis 1876, Ingénieur civil, Président du Conseil d’Administration de la Société des Plâtrières réunies.
- F. Honoré, ancien Elève de l’Ecole Centrale (1862), membre de la Société depuis 1863, membre du Comité en 1897, 1898, 1899. Administrateur de la Société du Louvre, membre du Conseil de surveillance de l’Assistance publique, Conseiller du commerce extérieur, officier de la Légion d’honneur.
- P.-M. Guérard, ancien Elève de l’École Centrale (1846), membre fondateur de la Société en 1848. Ingénieur honoraire de la .traction au Chemin de fer du Nord. M. Guérard était le dernier survivant de cetje pléiade d’ingénieurs qui, en 1848, fondèrent la Société des Ingénieurs Civils de France et, en 1898, lors des fêles du soixantenaire, M. Reu-maux, alors Président, avait été des plus heureux de lui remettre personnellement la médaille commémorative de son entrée à la Société, M. Guérard, en effet, assistait avec quatre autres membres fondateurs,
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- encore vivants à cette époque, aux fêtes qui furent données dans notre immeuble polir célébrer le soixantième anniversaire de la fondation de notre Société.
- , A.-H. Kreglinger, membre de la Société depuis 1853. A débuté comme Ingénieur aux Établissements Cockerill, puis chef de la locomotion à la Compagnie de l’Ouest sous les ordres de M. Poncelet. A été ingénieur chef de l’Arsenal de Malines. S’est occupé d’éclairage des villes et a dirigé, à Anvers, un établissement d’affinage de cuivre. Chevalier de la Légion d’honneur. Lors des fêtes du soixantenaire, M. Krelinger avait reçu la médaille commémorative de cette cérémonie. Bien que très âgé, les malheurs qui se sont abattus sur la vaillante Belgique ont certainement hâté sa lin. ^
- En outre, sont morts au Champ d’Honneur, MM. :
- *G. d’Âmbrières, ancien Elève de l’Ecole Centrale (1899) et de l’École supérieure d’Electricitô (1904), membre de la Société depuis 1912, Ingénieur chef du service électrique et des ateliers mécaniques de la Com-jjagnie Huanchaca de Bolivie.
- ' E. Kiener, membre de la Société depuis 1905, industriel, filature et tissage “de coton.
- M. le Président adresse aux familles de nos regrettés collègues l’expression des sentiments de profonde sympathie de la Société tout entière.
- Il adresse également les condoléances émues de la Société à ceux de nos collègues qui ont été frappés dans leurs plus chères affections par la perte de leurs fils, tombés pour la patrie et, en particulier, àM. Lamy, Président de la Ve Section dont le fils est mort au Champ d’Honneur.
- M. le Président est heureux de signaler les distinctions et récompenses suivantes obtenues par des membres de la Société auxquels il adresse les vives félicitations de la Société.
- Ont été cités à l’ordre du jour :
- M. F. Cellerier etM. J. Dumontant (2 citations), P. Galbais, F.-G. Samuel.
- Notre Collègue G. Lévy, dont la mort glorieuse a été annoncée à la séance de 22 janvier, avait été également l’objet d’une citation à l’ordre du jour.
- M. Mailing a été nommé officier d’Académie.
- M. A. Mallet a reçu de l’Institution of Mechanical Engineers une médaille d’or pour son travail sur la locomotive compound articulée.
- M. le Président remercie M. H. Dufresne qui a fait à la Société un don au profit du fonds dé secours.
- Une souscription a été ouverte'entre les Présidents, anciens Présidents, Membres et anciens Membres du Comité, en vue de constituer un fonds dit « Fonds de Guerre » destiné spécialement à aider les Collègues victimes de la guerre et de ses conséquences, et dont la situation serait portée à la connaissance du Comité.
- Les membres de la Société qui le désirent peuvent se joindre à leurs Collègues du Comité.
- M. le Président dépose sur le Bureau la liste des ouvrages reçus depuis la dernière séance. Cette liste sera insérée au Bulletin.
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- M. le Président dit que l’Union des Sociétés d’ingénieurs, représentant l’American Society of Mining Engineers, l’American Society of Mechanical Engineers, l’American Institute of Electrical Engineers et l’American Society of Civil Engineers, a invité la Société des Ingénieurs Civils de France à assister, le 27 janvier, à l’inauguration de la « Fondation des Ingénieurs » dans la salle des séances de l’Hôtel des Sociétés d’ingénieurs, à New-York.
- Cette invitation est parvenue trop tardivement pour qu’il soit possible de déléguer un de nos Collègues habitant les Etats-Unis pour représenter la Société à cette inauguration mais des* remerciements et des vœux ont été adressés à l’Union des Sociétés d’ingénieurs pour son aimable invitation.
- M. le Président est heureux de signaler qu’il a reçu d’un grand nombre de Collègues habitant les pays neutres, et principalement l’Amérique du Sud, des lettres où sont exprimés d’une façon très cordiale des sentiments de sympathie et d’attachement envers notre Société, accompagnés de vœux pour le triomphe de la juste cause que défend notre pays et ses alliés. M. le Président renouvelle à ces Collègues les remerciements de la Société pour, ces témoignages d’estime qui nous sont des plus précieux.
- M. le Président déclare ouverte la suite de la discussion sur la première communication que nous a faite M. Barbet sur les Brevets d’invention internationaux.
- Plusieurs orateurs ont bien voulu se faire inscrire et, dit M. le Pré-dent, « nous sommes obligés, en raison de notre ordre du jour de la » séance prochaine, de vous demander de terminer ce soir ce débat. Les » différents orateurs ne m’en voudront pas si je me permets d’insister » auprès d’eux pour que les délais qu’ils ont bien voulu faire connaître » avant la séance soient respectés, et que nous.puissions ainsi épuiser » le débat en terminant à une heure qui soit conforme à vos désirs ».
- Notre Collègue, M. Bert, a bien A^oulu nous informer qu’il avait une communication à faire, communication de nature à éclairer le débat. Il s’agit du texte du nouveau projet de loi sur les brevets. M. le Président lui donne la parole pour faire cette communication, mais auparavant il tient à signaler que nous avons le plaisir d’avoir parmi nous, siégeant au bureau, M. Drouets, directeur de l’Office national de la Propriété industrielle, qu’il remercie d’avoir bien voulu assister à cette séance.
- M. Émile Bert expose qu’à la date du 28 janvier dernier, le Gouvernement a déposé à la Chambre des dçputés un projet de loi concernant uniquement les brevets français appartenant à des Allemands et à des Austro-Hongrois, ce qui n’a pour nous qu’un intérêt bien secondaire et relatif, sans se préoccuper de l’importante question des brevets étrangers appartenant à des Français qu’il avait signalée à M. le Ministre du Commerce et de l’Industrie dans une lettre dont les conclusions sont reproduites au procès-verbal de notre séance du 22 janvier.
- Il indique que la Commission de la Chambre des députés chargée de l’examen de ce projet a non seulement apporté quelques modificatiôns au texte proposé par le Gouvernement relativement aux brevets appar-
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- tenant à des nationaux des pays ennemis, mais qu’elle y a ajouté .trois articles (les articles 6, 6, 7) qui permettront aux Français d’obtenir à l’étranger des avantages analogues à ceux qu’accorde aux étrangers, comme aux Français, le décret du 14 août 1914. En édictant par l’article 6 que le bénélicè de ce décret ne sera octroyé qu’aux étrangers dont le pays donne aux Français le même avantage, la Commission a très heureusement rectifié l’erreur que l’on avait commise, dans ce décret, en accordant aux étrangers les mêmes avantages qu’aux Français sans leur imposer la moindre réciprocité. — L’article 6 libère nos nationaux des hésitations qu’ils avaient au sujet du paiement des annuités de leurs brevets allemands, autrichiens, hongrois et turcs; il leur permettra aussi d’obtenir la réforme des décisions des Patentamt de Berlin et de Vienne frappant de déchéance des brevets appartenant à des Français qui n’ont pu verser leurs annuités ou exécuter certaines formalités en temps utile. Pour faire bénéficier leurs nationaux des avantages de l’article 7, les Etats de l’Union pour la protection de la propriété industrielle accorderont certainement aux Français une prolongation des délais de priorité semblable à celle qui est concédée à leurs ressortissants en cas de réciprocité.6'
- Pour mettre les membres de la Société au courant de ce projet, dont le rapport a été déposé hier et doit venir en discussion jeudi prochain, M. Emile Bert en donne lecture (1). Il est ainsi libellé :
- PROJET DE LOI
- établissant des règles temporaires en matière de propriété industrielle, notamment en ce qui concerne les brevets d’invention appartenant aux ressortissants des empires d’Allemagne et d’Autriche-Hongrie.
- Article premier. — A raison de l’état de guerre, pendant la durée des hostilités et jusqu’à ce qu’il en soit autrement ordonné, l’exploitation, en France, de toute invention brevetée, par des sujets ou des ressortissants des empires d’Allemagne et d’Autriche-Hongrie, ou par toute autre personne pour le compte des susdits sujets ou ressortissants, est et demeure interdite.
- Art. 2. — Les cessions de brevets et les concessions de licences régulièrement faites, par des sujets ou des ressortissants des empires d’Allemagne et d’Autriche-Hongrie, à des Français, protégés français ou ressortissants des pays alliés ou neutres, produiront leurs pleins effets à condition que les cessions aient acquis date certaine antérieurement à la déclaration de l’état de guerre, ou qu’il soit dûment prouvé que les concessions de licences ont été réellement effectuées avant ladite déclaration.
- Toutefois l’exécution, au profit des sujets ou ressortissants des empires d’Allemagne et d’Autriche-Hongrie, des obligations pécuniaires résultant de ces cessions de brevets ou concessions de licences est interdite
- (1) Ce projet a été voté par la Chambre des Députés, dans sa séance du 18 mars, avec diverses modifications qui le complètent heureusement, notamment en plaçant les marques de fabrique dans les mêmes conditions que les brevets. 11 faut espérer que le Sénat le votera sans modifications nouvelles, et que la loi sera prochainement promulguée.
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- pendant la période visée à f article premier, et déclarée nulle comme contraire à l’ordre public.
- Les bénéficiaires de ces cessions et concessions seront tenus, dans le mois de la promulgation de la présente loi, de faire ail Secrétariat de la préfecture, dans le département où ils sont domiciliés, la déclaration des redevances échues aux propriétaires des hrevets. La déclaration des redevances ultérieures devra être faite aux époques prévues par les conventions.
- Art. 3. — Si l’une des inventions brevetées dont l’exploitation est interdite aux termes de l’article premier présente un intérêt public ou est reconnu utile pour la défense nationale, son exploitation peut être, en tout ou en partie et pour une durée déterminée, suivant les conditions et formes fixées à l’article 4 ci-après, soit réservée à l’État, soit concédée à une ou plusieurs personnes de nationalité française ou protégés français on ressortissants des pays alliés ou neutres qui justifieront pouvoir se livrer à cette exploitation.
- Art. 4. — L’exploitation par l’Etat de l’invention brevetée est confiée au service public compétent, par arrêté concerté entre le Ministre du Commerce, de l’Industrie, des Postes et des Télégraphes, le Ministre des Finances et le Ministre intéressé.
- L’exploitation par les particuliers est concédée par un décret rendu sur la proposition du Ministre du Commerce, de l’Industrie, des Postes et des Télégraphes, aux clauses et conditions d’un cahier des charges y annexé.
- Les décrets arrêtés ne peuvent être pris qu’après avis conforme d’une Commission ainsi composée :
- 1 conseiller d’État, président ; 2 représentants du Ministère du Commerce, de l’Industrie, des Postes et des Télégraphes ; 1 représentant du Ministère de la Justice : 1 représentant du Ministère de la Guerre ; 1 représentant du Ministère de la Marine ; 1 représentant du Ministère des Affaires étrangères ; 4 membres choisis parmi les membres du Comité consultatif des Arts et Manufactures, de la Commission technique de l’Office national de la Propriété industrielle, du Tribunal de Commerce de la Seine et de la Chambre de commerce de Paris.
- Le Directeur de l’Office national de la Propriété industrielle remplit les fonctions de rapporteur général avec voix délibérative.
- Des rapporteurs techniques peuvent être adjoints à la Commission par arrêté ministériel avec voix consultative.
- Le transfert de la concession à un tiers est nul et de nul effet, s’il n’a pas été autorisé dans la forme ci-dessus prescrite.
- Art. 5. — Les dispositions du décret du 14 août 1914, suspendant à dater du 1er août les délais en matière de brevets d’invention et de dessins et modèles, ne bénéficient aux sujets et ressortissants des pays étrangers qu’autant que ces pays ont concédé ou concéderont, par réciprocité, des avantages équivalents aux Français ou aux protégés français (1).
- Art. 6. — Les Français ou protégés français peuvent, soit directement, soit par intermédiaire, remplir toutes formalités et exécuter toutes obligations en vue de la conservation ou de l’obtention des droits de propriété industrielle en pays ennemi.
- fl) Article adopté sans changement.
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- De même — et sous condition de complète réciprocité — les sujets et ressortissants des empires d’Allemagne et d’Autriche-Hongrie peuvent conserver en France tous brevets d’invention et certificats d’addition, ou déposer toutes demandes concernant de nouveaux brevets et certificats moyennant l’acquit des droits, taux ou annuités nécessaires.
- Toutefois, il ne sera délivré aucun brevet d’invention ou certificat d’addition dont la demande aura été effectuée depuis la déclaration de guerre par des sujets ou ressortissants des empires d’Allemagne et d’Autriche-Hongrie, si la législation du pays du demandeur ne relève pas les Français et ressortissants de France dé toute déchéance ayant pu être prononcée contre eux depuis le 1er août pour inobservation de délais et si cette législation ne leur accorde pas un délai d’un an après la fin des hostilités pour : a) acquitter sans aucune surtaxe, amende, production de justification ou formalités spéciales, les annuités de brevets leur appartenant échues depuis le 1er août 1914; b) poursuivre la délivrance des brevets dont les demandes étaient en cours d’instance à la même époque en reprenant ces demandes dans l’état où elles se trouvaient à cette date, sans qu’aucune déchéance puisse être opposée pour des causes nées depuis le 1er août 1914; c) renouveler les marques et modèles d’utilité dont les dépôts sont expirés depuis le 1er août 1914.
- Art. 7. — Les délais de priorité prévus par l’article 4 modifié de la Convention d’union internationale de 1883 sont supendus à dater du 1er août 1914 pour la durée des hostilités et jusqu’à des dates qui seront ultérieurement fixées par décret.
- Le bénéfice de cette suspension ne pourra être revendiqué que par les ressortissants de l’Union dont le pays a accordé ou accordera le même avantage aux Français et protégés français (1).
- Art. 8. — Les dispositions de la présente loi ne sont pas applicables aux brevets exploités en France par des Alsaciens-Lorrains, des Polonais ou des Tchèques, sujets des empires d’Allemagne ou d’Autriche-Hongrie, à charge pour eux de produire les justifications qui seront déterminées par décret.
- Art. 9. — Les dispositions de la présente loi'sont applicables à l’Algérie. Il sera statué par décrets spéciaux en ce qui concerne les colonies et pays de protectorat.
- M. Emile Bert croit que ce projet est de nature à donner satisfaction aux intérêts français : il faut espérer qu’il sera prochainement transformé en loi. Il lui semble cependant que le dernier paragraphe de l’article 2 est regrettable et qu’il serait bien préférable de le supprimer.
- M. le Président remercie M. Bert de la communication qu’il a bien voulu nous faire et qui constitue une primeur.
- M, Drouets, Directeur de l’Office national de la Propriété industrielle, est obligé de constater que le projet dontM. Bert vient de donner lecture diffère assez sensiblement de celui qui avait été, après une longue et sérieuse étude, présenté par le Gouvernement, et qu’il contient certaines dispositions qui ne sont pas, à son avis, sans soulever quelques objections.
- (lj Article adopté sans changement.
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- Il se permet seulement de renouveler le vœu que les intéressés fassent généralement plus confiance à l’administration, et en particulier à l’Office national de la Propriété industrielle, qu’ils trouveront toujours disposé à examiner avec la plus grande attention leurs desiderata et à s’efforcer d’y donner satisfaction, afin de sauvegarder aussi efficacement que possible les intérêts bien entendus de nos inventeurs et de nos industriels.
- Sous le bénéfice de ces très justes observations, M. le Président croit répondre aux sentiments de tous en priant M. Barbet de prendre la parole. ,
- M. E. Barbet dit que, dans les deux séances du 18 décembre et du 22 janvier, ses collègues de la Société ont entendu deux sons de cloche bien différents au sujet de la loi de 1844 sur les brevets d’invention. Pour sa part, il regrette de ne pouvoir partager la satisfaction de M° Michel Pelletier, ni celle des ingénieurs-conseils dont les lettres ont été insérées au procès-verbal, et il s’excuse de maintenir son point de vue. ^ i '
- Contrat bilatéral, dit Me Pelletier, entre le domaine public et les inventeurs.
- M. Barbet proteste que c’est rapetisser le débat et proclame comme intérêt supérieur aux deux autres celui de la Nation. Les merveilleuses inventions du Génie Civil constituent un joyau inestimable, d’une valeur encore supérieure à celui de la littérature et des arts. La Nation lui doit une protection efficace, tandis que la loi de 1844 aboutit, par ses formalités brutales et injustifiées, à une véritable spoliation de la propriété industrielle.
- C’est à ce point de vue que M. Barbet va réfuter les objections for11 mulées par Me Pelletier.
- M. Barbet n’a nullement réclamé pour l’inventeur une protection sans terme. La mesure de quinze ans lui semble insuffisante, surtout, pour les brevets de grande industrie.
- L’argument tiré du fait que sur 10 700 brevets déposés dans une année, 322 seulement survivaient au bout de leurs- quinze ans (soit 3 0/0) ne lui semble hullement péremptoire. Ces 322 constituent une élite dans laquelle on trouverait les noms, des plus grands inventeurs, tous dignes de la sollicitude des pouvoirs publics.
- Relativement au § 6 de l’article 30 de la loi de 1844 exigeant une description complète et détaillée de l’invention, M. Barbet n’a nullement demandé la suppression de toute description, ce qui serait absurde. Il a demandé une atténuation, et plaidé que, dans son intérêt, l’inventeur doit plutôt pêcher par insuffisance que par excès de description pourvu que l’invention soit convenablement caractérisée. Mp Mainié recommande le « brevet court ». Dans sa lettre, M. Taillefer s’est rallié à cette opinion.
- M. Barbet se demande pourquoi, dans une loi de protection des inventeurs, se manifeste une telle sollicitude en faveur des imitateurs, tendant à leur éviter toute espèce d’effort personnel et à leur épargner toute déconvenue, le jour où ils s’emparent d’une invention périmé
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- Dans toutes les créations intellectuelles le servile imitateur a toujours été un être odieux.
- M. Barbet n’a pas été mieux compris au sujet de la loi de dessins et modèles de 1909. Il n’a nullement confondu la loi de 1844 (protection industrielle justiciable du tribunal civil) avec la loi de 1909 (protection commerciale justiciable des tribunaux de Commerce). Il a prétendu que souvent les inventions industrielles pourraient être protégées simultanément par les deux lois, le galbe extérieur de l’appareil inventé étant en général la propriété du constructeur.
- M. Taillefer donne dans sa lettre un exemple (la Salamandre) montrant que la jurisprudence admet ce cumul des deux protections, industrielle pour l’invention, commerciale pour la forme extérieure. M. Barbet invite les inventeurs à en faire leur profit, mais il proteste à nouveau que le deuxième alinéa de l’article 2 de la loi de 1909 semble dire tout le contraire, et devrait être supprimé.
- «M. Barbet ayant demandé que l’inventeur industriel bénéficiât de quinze ans nets à partir du moment où son invention est au point, Mfi Pelletier croit que le bénéfice du secret d’un an répond à ce desideratum. Non, car ce délai d’un an est presque toujours insuffisant, et parce que pendant ce temps les quinze ans courent toujours.
- Un inventeur industriel honnête ne peut pas proposer son appareil ou son procédé, ni garantir les résultats qu’il donnera tant que l’épreuve de la pratique ne s’est point prononcée. Jusqu’à cette date, il lui est interdit de commencer toute propagande ; obtenir d’une usine qu’elle consente à attacher le grelot est déjà très long. En outre, il n’est guère d’exemple d’invention industrielle d’une certaine allure qui ait réussi sans de nombreuses et coûteuses retouches. Plus on a fait d’efforts, plus on a eu de persévérance, et plus on mérite d’avoir entière la période de quinze ans de protection.
- Faire les essais sous le bénéfice du secret de fabrication, et ne breveter qu’une fois qu’on est au point, est une méthode très dangereuse pour la propriété de l’inventeur qui sera ou trahi ou devancé.
- M. Barbet avait, après beaucoup d’autres, comparé la générosité de la loi de 1793 avec la parcimonie de la loi de 1844.
- M. Taillefer a objecté que la création artistique ou littéraire ne produit que de l’agrément, c’est-à-dire une superfluité ; tandis que la création industrielle exerce sa répercussion sur la vie matérielle : « il est donc nécessaire qu’au bout d’un temps limité la société puisse en profiter librement ». M. Barbet' discute le mot « librement ». Il est tout prêt à concéder au domaine public cette liberté d’exploitation, pourvu que ce soit une <;< liberté payante », procurant à l’inventeur des droits d’auteur, tout comme les œuvres musicales ou littéraires.
- Or, l’équivoque contre laquelle il faut protester, c’est la prétention du domaine public de ne pas vouloir attendre et de ne pas vouloir payer. La loi de 1844 a créé des masses de formalités, tendues sous les pas de l’inventeur comme des réseaux de fil de fer barbelé, en vue de le faire trébucher et de le dépouiller prématurément et sans indemnité de son droit de propriété..
- M. Barbet démontre que la propriété industrielle est intangible
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- •comme toutes les propriétés privées, que ces dernières ne peuvent sombrer par l’inaccomplissement d’une formalité, qu’il doit en être de même pour l’invention. La loi de 1844, à ce point de vue, loin d’être une de nos meilleures lois, comme l’a dit Mu Michel Pelletier, fait tache dans notre Gode civil. C’est un anachronisme, elle est en opposition avec la Déclaration des Droits de l’homme, elle dépouille arbitrairement l’inventeur de son bien.
- Contrairement à la lettre de M. de Mestral, qui juge la discussion actuelle inopportune, M. Barbet dit qu’il y a toujours urgence à poursuivre la suppression d’une iniquité, jusqu’à satisfaction.
- M. Barbet signale que sa thèse lui a valu plusieurs lettres suggérant des solutions du plus haut intérêt.
- M. Patoureau demande qu’après les quinze ans de privilège, le domaine public ait toute liberté d’exploitation, mais moyennant le versement de droits d’auteur.
- M. Eug. Turpin, tout en admettant certains cas de monopolisation d'une invention, serait disposé à ce que la période de libre exploitation commençât tout de suite, mais naturellement sous bénéfice de redevance de tant pour cent.
- M. Julien Bernard demande une assimilation, encore plus complète, avec les usages de la Société des Auteurs. Les ingénieurs-conseils seraient chargés de la perception des droits d’auteur, et l’on ferait de ces redevances trois parts inégales : une pour l’inventeur, une pour la mutuelle de perception des droits, la troisième pour le fisc. C’est une élégante manière de résoudre la question fiscale, en basant l’impôt sur des revenus réels, et non pas sur la misère de tant d’inventeurs.
- Exonérer l’inventeur du souci de monnayer lui-même sa création et de surveiller les contrefacteurs, ce serait une bonne action.
- Ces conceptions, qui toutes trois reposent sur un môme principe, méritent d’être sérieusement étudiées. Plus l’usage immédiat d’une invention est désirable pour le domaine public, et plus celui-ci doit être tenu d’en rémunérer l’auteur ; tandis que les défenseurs de la loi de 1844 — qui ne se montrent guère les défenseurs des inventeurs — disent au contraire « ... plus on doit s’efforcer, par des formalités sournoises, de faire vite sombrer l’invention dans le domaine public-, c’est-à-dire de détrousser l’inventeur ».
- M. Barbet regrette que les-défenseurs attitrés des inventeurs aient en toute occasion les yeux tournés complaisamment vers le domaine public. C’est la faute de la loi de 1844, dont l’esprit général et la lettre mentent à son titre de « Loi de protection de la propriété industrielle ».
- M . Barbet maintient sa thèse relative à la suppression de l’obligation de faire construire à l’étranger, même au prix de la réciprocité accordée aux autres pays. Les motifs qui ont dicté au législateur de 1844 le troisième cas de déchéance (§ 3 de l’article 32 : « Est déchu le breveté qui aura introduit en France des objets fabriqués en pays étrangers et semblables à ceux qui sont garantis par son brevet »), paraissent tout à fait illusoires. « Ce serait, dit Me Pelletier, au plus grand dommage de notre marché, de nos industriels, de nos vendeurs et aussi des consommateurs. » Pourtant les Allemands tournent la difficulté en construi-
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- sant en France, des usines appropriées, avec leurs capitaux, leurs ingénieurs, leurs chimistes, et tout leur personnel technique ; plus c’est allemand du haut en bas de l’entreprise, plus ils mettent en grosses lettres « Société Française; » et le tour est joué.
- Dans l’opinion de M. Barbet, un pays n’a d’intérêt à élever des barrières protectionnistes que pour les articles où il soutient difficilement la concurrence étrangère. Les créations industrielles étant, bien au contraire, une des spécialités où la France montre une suprématie incontestable, nous avons tout intérêt à être résolument libres-échangistes sur ce chapitre.
- Nos appareils brevetés, construits en France, jouiraient à l’étranger de l’avantage d’une construction irréprochable et élégante, ce qui doublerait leur chance de succès, et favoriserait considérablement nos industries de construction.
- La loi anglaise, bien plus libérale que la nôtre, n’admet la possibilité de révoquer un brevet que si, dans un délai de quatre ans à partir de la date du brevet, l’invention est exécutée exclusivement ou principalement en dehors de la Grande-Bretagne.
- M. Barbet signale des cas d’impossibilité pratique de construction en temps voulu à l’étranger : exemple, une invention de tourelle cuirassée car il faudrait créer des usines telles que le Creusot ou Krupp.
- Il cite encore le cas d’appareils faisant partie de l’ensemble d’une grande industrie, telle que sucrerie, distillerie, usine métallurgique, etc. Un constructeur de sucrerie est forcé de repousser un inventeur qui lui offre un appareil breveté par lui dans tous les pays, car lorsque le constructeur recevrait la commande d’une sucrerie complète, il se trouverait obligé de renoncer à la fourniture de l’appareil breveté pour ne pas faire tomber le brevet. Il ne faut pas lui demander un tel esprit de sacrifice.
- Et si, par hasard, il s’y pliait, alors ce serait le client qui retirerait la totalité de la commande, car il est payé pour redouter la construction indigène-. Il veut une construction entièrement française et plus encore il exige que l’entrepreneur de la totalité du matériel lui donne une garantie d’ensemble pour la production journalière, pour la qualité du sucre, le rendement, l’économie de combustible, etc., toutes choses auxquelles le constructeur-entrepreneur ne peut souscrire que s’il fournit tous les postes de l’usine sans exception.
- Il faut donc rendre à l’inventeur la liberté absolue de faire construire là où son intérêt lui commande de le faire.
- Au sujet des collaborateurs, M. Barbet proteste qu’il n’a nullement l’intention de considérer les financiers comme co-inventeurs.
- Quant au brevet international, du moment qu’il est reconnu désirable pour les inventeurs, il est incompréhensible que l’on résiste à en entreprendre l’étude et à en chercher la solution. Les difficultés que signale Me Pelletier ne sont pas de celles qu’on ne peut résoudre. h
- Pour obtenir l’abrogation des lois « d’examen préalable », dont M. Périsse dans sa lettre n’a pas encore dit assez de mal, nous aurons d’abord, il faut l’espérer, l’ascendant de ta victoire. En outre, la promesse de supprimer dans notre loi française la déchéance du paragraphe 3, article 32, servira de monnaie d’échange.
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- M. Barbet fait remarquer que cet article 32 est eu opposition avec l’article 5 de la Convention internationale de 1883 et demande quelle est notre vraie situation à ce point de vue.
- Pour l’argument fiscal, nouveau sophisme, page 16 du compte rendu, « C’est une peine inouïe et barbare, dit Me Couhin, que d’imposer une taxe à l’inventeur ».
- Or, la loi de 1844 est une loi de protection de l’inventeur ;
- Donc maintenons la taxe inouïe et barbare pour faire plaisir au mi nistre des Finances !...
- Tous les articles de la loi de 1844, dit M. Barbet, sont dans ce goût-là ; on proclame la nécessité de protéger l’inventeur et l’on conclut invariablement contre lui. Il reconnaît pourtant quelques circonstances atténuantes : il y a 70 ans il n’y avait pas de chemins de fer ; le trafic international était presque nul, l’industrie n’existait pour ainsi dire pas. Quoi d’étonnant à ce que cette vieille loi de 1844 ' soit désuète, et ne réponde plus aux conceptions modernes ?
- Aujourd’hui l’on pose en axiome qu’un pays ne s’enrichit véritablement que par l’exportation ; il faut donc qu’on restitue à l’inventeur et à ses' constructeurs-concessionnaires, la faculté légale d’exportation des appareils brevetés.
- La lettre de M. E.Bert a objecté à M. Barbet qu’il y avait des questions plus urgentes à solutionner pour les brevets internationaux, notamment le sort des inventeurs en instance de brevets et placés par l’état de guerre dans l’impossibilité soit de payer les taxes ou annuités, soit de se défendre dans les pays d’examen préalable, soit de se conformer aux délais de mise en exploitation.
- M. Bert a lu au début de la séance le projet de loi déposé à cet effet sur le bureau de la Chambre.
- M. Barbet voit une solution plus simple à la situation actuelle : vu la généralisation de la conflagration dont tout le monde souffre, même dans les pays neutres, réclamer au Bureau international do Berne la neutralisation pure et simple de toute la période de guerre plus un délai de un ou deux mois après la paix signée. Remettre toutes les choses de brevets sans exception au point où elles en étaient à l’époque de la déclaration de guerre, comme si toute la période néfaste de la guerre n’avait pas existé. Il en résultera une prolongation d’autant de la validité des brevets, et ce sera justice car tous les inventeurs auront perdu leur temps, même ceux des pays neutres qui sont dans l’impossibilité d’exploiter dans les pays belligérants.
- Dans ses Conclusions, M. Barbet insiste énergiquement pour faire disparaître de la loi de 4844 l’expropriation de l’invention, sans indemnité. Viciée dans son principe, cette loi n’a pas une seule- pensée généreuse en faveur de ceux qu’elle est censée protéger.
- M, Barbet adjure qu’on rende aux -inventeurs la latitude d’exporter leurs machines construites à la mode française, en toute élégance et en toute perfection, sans que cela fasse tomber leurs brevets étrangers.
- Réciproquement les inventions étrangères, construites dans les pays d’origine, trahiront au premier coup d’œil leur nature exotique et mettront les acheteurs français en défiance. *
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- 11 faut examiner de près les élégantes solutions qui ont été proposées par divers collègues pour donner au domaine public toute liberté, mais moyennant droits d’auteur, de s’emparer des bonnes inventions. Il faut aussi diminuer les taxes « inouïes et barbares » qui ruinent l’inventeur et lui rendent les brevets internationaux inaccessibles comme trop coûteux.
- Enfin, il importe d’étudier en hâte ces problèmes avant la conclusion de la paix, en prenant tout d’abord la résolution d’effacer les contre-protections de la loi de 1844 vis-à-vis des inventeurs.
- Gela représente beaucoup de difficultés à solutionner, mais l’effort ne doit pas être considéré comme supérieur au talentet .au dévouement des juristes qui sont les conseillers ordinaires des inventeurs.
- M. le Président est certain d’ètre l’interprète de la Société en félicitant M. Barbet de sa communication nouvelle. Lorsqu’il a fait la première, il a bien voulu dire qu’en s’adressant à lui, on s’était adressé au cadre de réserve ; il semble qu’en l’entendant, en constatant avec quelle jeunesse et avec quelle énergie il à pris la défense des Ingénieurs Français, on ne peut douter un instant que M. Barbet était en mesure de défendre vos intérêts-comme un véritable soldat de l’active. M. le Prédent l’en remercie et donne là parol^ à Me H. Allart, avocat. .
- M. li. Allart. — Parmi les questions qu’a posées M.- Barbet et qu’il vient de discuter avec une chaleur, avec une jeunesse, comme le disait M. le Président, à laquelle nous rendons tous hommage, il en est une, la première, qui est toute d’actualité. M. Bert estime qu’elle n’est pas intéressante. Je ne suis pas de son avis. 11 s’agit des brevets pris par nos ennemis, en France, c’est-à-dire par les Allemands, par les Autrichiens, par les Hongrois, je ne cite les Turcs que pour mémoire,^car je crois qu’on peut les considérer comme quantité négligeable. Il s’agit de savoir quel est, à l’heure actuelle, le sort de ces brevets. Vous savez •qu’on a demandé leur annulation dans un mouvement de colère qui s’explique très bien, en présence de toutes les exactions, de toutes les violations des droits de propriété et des conventions dont les Allemands se sont rendus coupables.
- M. Barbet a dit au début de sa communication que cette thèse était insoutenable, Maître Pelletier est de son avis ; je partage leur opinion. Il est évident, en effet, qu’il n’appartiendrait pas à la Frqnce, qui a pris l’initiative des conventions internationales protégeant la propriété industrielle, de déchirer, comme de simples chiffons de- papier, des brevets délivrés à des Allemands ou à des Austro-Hongrois, en vertu de la loi française et en vertu de conventions internationales.
- Mais, est-ce qu’il n’y a rien à faire ? M. Barbet et Me Pelletier estiment qu’il faut rester dans le statu quo. Je ne suis pas de cet avis, et j’estime au contraire qu’il y a là une question intéressante et qui demande une solution.
- Voici, par exemple, un brevet qui intéresse au plus haut degré notre industrie et môme la défense nationale. Je suppose qu’avant les hostilités ce brevet n’a fait l'objet d’aucune cession ; il est, par conséquent, non exploité en France ; il ne peut pas l’èfre par le titulaire, puisque
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- c’est un ennemi et que la loi lui interdit tout commerce et, par conséquent, toute exploitation de BreveLen France. D’un autre côté, il est impossible à un Français ou à un allié, ou même à un neutre, d’obtenir une licence permettant d’exploiter le brevet, puisque le contrat qui serait fait avec un ennemi serait également nul. Voilà doue une invention intéressante, qui est protégée par un brevet en France, que personne ne peut exploiter ; le titulaire ne le peut pas, parce qu’il est sujet d’une nation en guerre avec nous, et un licencié ne peut pas se substituer à lui, la loi le défendant. Qu’est-ce qui va se passer ?
- On a proposé une solution élégante qui consiste à dire : que les industriels exploitent l’invention sans se préoccuper du brevet ; sans doute ils commettront ainsi une contrefaçon, mais une fois la guerre terminée, si les Allemands saisissent la justice française de cette atteinte à leur droit, les tribunaux auront des trésors d’indulgence pour une contrefaçon qui aura été commise dans de pareilles conditions, par un industriel français qui se trouvait dans l’impossibilité de demander une licence.
- C’est un conseil extrêmement dangereux qui serait donné à l’industriel. Celui-ci va faire des frais d’installation, engager une somme plus ou moins considérable de dépenses ; puis, la guerre étant terminée, l’Allemand dont on a, disons le mot, usurpé le brevet, lui fait un procès en contrefaçon ; le Tribunal se mo&trera indulgent et condamnera peut-être à des dommages-intérêts peu élevés, mais il condamnera pour le principe et, à partir de ce moment, l’industriel ne pourra plus continuer son exploitation et il perdra le bénéfice d’une installation onéreuse. L’opération serait donc dangereuse et peu digne, car lorsqu’on a proclamé qu’il fallait maintenir les brevets, il n’est pas très reluisant de dire immédiatement après : nous allons les maintenir, c’est entendu, mais, nous ne les respecterons pas et nous ferons de la contrefaçon pendant la durée des hostilités.
- Cependant il y a quelque chose à faire. Le projet de loi que M. Bert nous a fait connaître tout à l’heure répond précisément à nos désirs et donne la véritable solution.
- Le Gouvernement s’est dit : il existe, en effet, une impossibilité, matérielle et légale, d’exploiter les brevets pris par nos ennemis en France ; il faut faire disparaître cette impossibilité ; il a songé alors qu’il y avait dans toutes les législations, notamment dans la nôtre, le principe d’expropriation pour cause d’utilité publique, et que l’occasion était bonne d’appliquer ce principe aux brevets qui nous occupent. Il a donc institué ce que l’on appelle « la licence obligatoire ». Quand celui qui veut exploiter l’invention ne peut pas s’adresser au titulaire qui, normalement, serait le seul pouvant lui donner une autorisation,' il s’adresse à une Commission qui lui dira : vous allez pouvoir exploiter à des conditions déterminées par un cahier des charges et vous paierez une redevance. Ce sera une expropriation pour cause d’utilité publique. Bien entendu, vous n’enverrez pas la redevance aux Allemands, c’esidéfendu, vous la verserez entre les mains du séquestre. Voilà }a véritable manière de concilier le respect du aux brevets avec les intérêts de l’inventeur. J’estime que le Parlement n’hésitera pas un instant à voter ce projet.
- Permettez-moi d’examiner encore une question et rassurez-vous, je
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- veux avoir la coquetterie d’un, avocat qui ne retiendra pas longtemps son auditoire. Je désire seulement, en terminant, examiner une question d’un ordre général qu’a soulevée M. Barbet M. Barbet n’est pas tendre pour la loi de 1844 ; il part en guerre contre elle, et avec quelle ardeur ! Avec quelle conviction !
- Je ne suis pas tout à lait de son avis. J’estime que la loi n’est pas parfaite, mais j’estime aussi qu’elle ne mérite pas non plus les critiques nombreuses et assez vives de M. Barbet, et parmi ces critiques il en est une qui m’a, tout particulièrement, étonné.
- M. Barbet nous dit: je n’admets pas qu’on n’accorde pas à l’inventeur à qui une protection de quinze ans est parcimonieusement octroyée par le Gouvernement qui le protège, une prolongation lorsqu’il lui a fallu un certain temps pour obtenir — c’est l’expression dont il se sert — le succès de la mise au point.
- Véritablement, j’ai trouvé cette thèse extraordinaire. Elle consisterait à introduire dans notre législation des brevets à durée variable à l’infini; vous auriez des brevets de quinze ans, des brevets de dix-liuit ans, des brevets de trente ans, et ce serait une véritable anarchie dont nos industriels souffriraient.
- •Je sais bien que mon ami Mainié a un projet tout prêt ; il a inventé — car il est le Président de la Société des inventeurs — il a inventé un système et il vous dira, après M. Barbet : Mais regardez l’inventeur, voyez..comme il est malheureux ; il lui faut un certain temps pour mettre son invention au point, surtout lorsqu’il s’agit d’une grande invention, d’une invention intéressante, et si, pour arriver à ce résultat, il perd un an, deux ans, cinq ans, dix ans. vous n’allez lui donner qu’un brevet de cinq ans seulement. Est-ce juste ?
- .le répondrai à M. Barbet, et par la même occasion à mon ami Mainié : la jurisprudence, à défaut de la loi, a prévu la situation et l’a tranchée. En effet, la jurisprudence permet à l’inventeur, avant de prendre son brevet — et c’est un bon conseil qu’il lui donne — de faire des essais, de se rendre compte que son invention est susceptible de donner le résultat industriel qu’il attend. Il peut faire ces essais aussi prolongés -que possible, et les tribunaux, extrêmement indulgents, le protègent contre des divulgations qui pourraient en résulter, à moins bien entendu, que l’inventeur n’ait pris aucune précaution lorsqu’il fait ces essais et qu’il les ait rendus publics.
- Mais il y a mieux. L’inventeur, s’il le veut, peut s’adresser à la protection du secret de fabrique, et s’il estime que son invention doit être mise au point pendant plusieurs années, il peut pendant ces années, conserver son invention secrète. Maître Pelletier disait que ce n’était pas possible. Mais M. le Président connaît, comme Desjardin et comme moi, un brevet qui a été validé alors qu’il avait été exploité pendant six ou huit années, Desjardin me dit quatre; mettons quatre ans, avant la demande, parce que l’inventeur, au cours d’un procès — l’inventeur qui fait une bonne invention a toujours un procès — a établi que pendant cette exploitation qui avait précédé la prise du brevet, il avait eu la sage précaution de s’entourer de tout le secret compatible avec une exploitation industrielle.
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- Voilà donc l’inventeur rassuré. La jurisprudence lui reconnaît le droit du faire des essais qu’on ne lui opposera pas comme moyen de divulgation, et la loi lui permet aussi de garantir son invention par le . secret de fabrique. Qu’est-ce qu’il demande de plus ?
- Voyez donc les conséquences du système qu’on propose. Voilà un inventeur qui prend ùn brevet. J’ai le plus grand intérêt à savoir quand son invention tombera dans le domaine public. Qui donc va me renseigner ? C’est la date de la prise du brevet. J’ai besoin de savoir combien de temps j’ai à attendre pour pouvoir exploiter l’invention après l’expiration d’un brevet ; je consulte le brevet et je vois qu’il a été pris à telle date. Je me dis : au bout de quinze ans, il sera dans le domaine public.
- Il en sera autrement avec le système de M. Barbet. Celui qui, très jaloux de respecter les droits d’autrui, aura attendu avec impatience l’expiration des quinze ans, et qui exploitera, verra se dresser devant lui l’inventeur qui lui dira : Pardon ! mon brevet parait bien avoir quinze ans, mais il ne les a pas, ou tout au moins il a été prorogé, je l’ai prorogé moi-môme. Vous ignorez peut-être vous, industriel, qui exploitez mon invention après les quinze ans, que pour obtenir le succès de la mise au point, il m’a fallu cinq ans, dix ans ; or, ce n’est qu’au bout de vingt ans, de vingt-cinq ans que mon invention tombera dans le domaine public.
- Voilà la théorie. J’entends que M. Mainié va vous dire: mais nous allons donner toutes sortes d’apaisements au domaine public et aux industriels. L’inventeur qui voudra bénéficier de cette prolongation de protection le dira dans son brevet, et lorsqu’il aura pris cette précaution, il ira trouver le directeur de l’Office de la propriété industrielle, au bout de cinq ans, de dix ans, et lui dira : je viens vous faire une communication intéressante. Vous avez bien voulu me délivrer un brevet à telle date ; mais voyez comme j’ai été malheureux: pour obtenir le succès de la mise au point, il m’a fallu cinq ans, dix ans, et je viens vous en aviser. Monsieur le directeur, je ne vous demande pas de contrôler; parce que vous n’avez pas les documents nécessaires, mais vous allez recevoir ma déclaration, vous allez l’enregistrer. Je vous dis qu’il a fallu cinq ans, dix ans pour mettre mon invention au point, pour obtenir le succès de la mise au point, suivant l’expression employée par M. Barbet, je viens, vous prévenir — je ne vous demande pas votre avis — que le brevet de quinze ans se trouve prolongé de dix ans et devient donc un brevet de vingt ans !
- Quel désordre ! quelle anarchie !
- Et lorsque M. Barbet disait tout à l’heure : mais on parle toujours du domaine public, j’ai bien le droit d’en parler, car j’estime que s’il faut protéger l’inventeur, dont'l’intérêt est éminemment respectable, il ne faut pas compromettre complètement ni oublier tout à fait les intérêts, respectables eux aussi du domaine public.
- Voilà pourquoi j’estime que cette thèse est inadmissible. Et j’en ai fini.
- Avant de m’asseoir, voulez-vous me permettre de remercier votre éminent président de la gracieuse pensée qu’il a eue de vouloir , bien associer quelques membres du Barreau à cette discussion intéressante,
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- et voulez-vous me permettre aussi de vous féliciter tous de continuer pendant les hostilités, en quelque sorte au bruit du canon, vos paisibles travaux, montrant ainsi la sérénité, la confiance inébranlable avec laquelle vous attendez l’heure de la victoire finale et de la justice imma-mente.
- M. le Président dit qu’accepter les remerciements de Me Allart serait intervertir les rôles. C’est nous qui devons lui en adresser et remercier aussi les distingués représentants du Barreau d’avoir bien voulu s’intéresser à nos travaux.
- Il prie Me Desjardin, qui, par suite d’une erreur, n’a pas été inscrit à sa place, de vouloir bien prendre la parole.
- Me Desjardin. — A l’heure où je me lève devant vous, tout a été dit sur les questions en discussion, et je n’ajouterai que quelques mots, afin de répondre à la gracieuse invitation de votre distingué Président.
- En ce qui concerne la première partie de la discussion, il semble que nous soyons tous d’accord. Aussi bien la question n’a pu se poser qu’à la faveur d’une confusion. Vous vous souvenez comment, au début du mois de septembre, un journal annonçait qu’un décret anglais venait d’annuler tous les brevets pris par nos ennemis dans le Royaume-Uni, et comment plusieurs journaux reproduisaient telle quelle l’information de leur confrère ? Or, vous savez que cette information était inexacte et que jamais nos alliés n’avaient songé à décréter une semblable mesure. Il doit en être de môme chez nous et l’émotion suscitée à la suite de cètte information erronée s’est heureusement évanouie.
- Cependant, si une formule précise était utile pour résumer le débat soulevé devant vous, je n’irais pas la chercher bien loin, car je la trouve dans l’ordre du jour présenté à notre première réunion par l’honorable M. Barbet, Écoutez, Messieurs, cette magistrale formule, expressive et concise à souhait : « La Propriété industrielle doit être intangible comme toute Propriété privée ».
- On ne saurait certes mieux dire, en des termes plus parfaits, et je me permets d’adresser mes bien sincères compliments à M. Barbet.
- Seulement je voudrais que rien ne fût ajouté à la concision de cette formule qui se suffit à elle-même. Pourquoi donc y ajouter cette idée de la crainte de représailles ? Est-ce donc une pareille terreur, qui pourrait nous déterminer nous autres Français ? Non, certes, et la seule raison déterminante de notre décision se trouve en puissance dans la formule de notre ordre du jour, que je me plais à répéter :
- « La propriété industrielle doit être intangible, comme toute propriété privée. »
- C’est qu’en effet, la propriété - industrielle est une propriété comme une autre, régie par les mêmes règles et dérivant de la même source, la loi. Or, personne ne prétendra qu’on peut porter atteinte à la propriété d’autrui, et qu’on tpeut usurper le bien qui n’est pas le nôtre, ce bien serait-il celui de nos pires ennemis, Notre vieux proverbe Français : « A chacun le sien ! » exprime la vérité la plus évidente avec une clarté parfaite, en reproduisant la loi romaine sur le droit de propriété : Jus suum cuique tribuere. Est-ce à dire cependant que nous ne puissions Bull. 4
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- songer à protéger notre Industrie nationale contre les emprises audacieuses des Allemands? Non, certes; mais cela ne peut être l’œuvre d’aujourd’hui. Ce sera l’œuvre de nos Plénipotentiaires, lorsqu’ils seront amenés, comme nous en avons tous la certitude, à réviser l’abominable traité de Francfort, et a le remplacer par le nouveau et triomphal traité international qui assurera la paix du monde, basée sur la victoire du Droit.
- En ce qui concerne l’autre partie de la discussion, au sujet des critiques adressées par M. Barbet à notre vieille loi de 1844, je serai très bref également. Aussi bien suis-je tenté de me rallier à l’avis exprimé par M. deMestral dans sa lettre à M. le Président, imprimée à la page 21 de notre procès-verbal : « On peut se demander si vraiment le moment » est bien choisi pour ouvrir un débat sur les perfectionnements à » apporter à notre législation sur les brevets d’invention. Depuis long-» temps les diverses associations, qui s’intéressent à ces questions, les » ont étudiées ; elles ont fait connaître leurs, vœux à la Commission j) technique de l’Ofïice national de la Propriété industrielle... et un » projet de révision de la loi de 1844 est actuellement soumis au Parle-» .ment. » On ne saurait mieux dire à mon sens et j’estime que M. de Mestral a tout à fait raison. C’est également l’avis de M. Emile Bert qui me fait un signe d’assentiment, et qui avait écrit lui aussi à M. le Président, à la page 20 de notre procès-verbal : « J’au.rais voulu, d’autre » part, signaler à la Société que beaucoup d’inventeurs, ont à l’heure » actuelle, des préoccupations beaucoup plus importantes que celles des » modifications à apporter à la loi de 1844. Il s’agit de la situation des » brevets étrangers appartenant à des Français... »
- Laissons donc de côté, Messieurs, pour l’instant du moins, ces critiques à la loi de 1844, qui, sans doute, est perfectible comme toutes les choses humaines, mais qui cependant a rendu et rendra encore bien des services à la cause de la propriété industrielle.
- Avant de terminer cependant, permettez-moi une réflexion qui me hante l’esprit depuis que j’ai eu le plaisir d’entendre l’honorable M. Barbet. Il m’a semblé que ce qui le préoccupait le plus dans ses critiques de la loi de 1844, c’était l’obligation pour l’inventeur d’énoncer dans la description de son brevet la véritable portée de son invention. Mais cette obligation est une nécessité inéluctable : tous mes confrères et moi, tous sans exception, y compris Mainié, sommes d’accord pour le reconnaître. Le fait d’une pareille unanimité entre avocats, est assez rare pour être enregistré. C’est que cette nécessité imposée à l’inventeur de décrire exactement et de faire loyalement connaître l’objet de son invention, est l’essence môme et la raison d’être de la loi des brevets d’invention. Qu’est-ce donc qu’un brevet d’invention ? Vous le savez aussi bien que moi. Notre grande loi nationale du 5 mars 1791, en supprimant les maîtrises et les jurandes, a établi définitivement, dans notre Société française, le régime de la liberté commerciale et industrielle. Libre chez nous est le commerce, libre l’industrie. C’est par exception à ce grand principe de liberté, qu’un' privilège temporaire est accordé à l’inventeur qui prend un brevet d’invention, et qui pendant quinze années peut, à de certaines conditions, jouir d’un véritable mo-
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- nopole sur l’objet de son invention. Mais il est trop évident que la Société qui, par exception, confère à l’inventeur un pareil monopole, un pareil privilège, ferait un marché de dupe, si elle ne pouvait à son tour, à l’expiration du brevet concédé, profiter et jouir de l’invention. Il est donc nécessaire, d’une nécessité absolue, que l’invention soit décrite exactement dans le titre même constituant le privilège et qui s’appelle le brevet d’invention. Rien certes n’est plus juste et plus normal. Mais la réflexion que j’avais faite, en écoutant M. Barbet, c'est que j'ai toujours remarqué dans ma vieille pratique professionnelle, que les inventeurs qui étaient le plus troublés par cette obligation nécessaire de la loi des brevets, sont ceux qui veulent prendre leurs brevets eux-mêmes, sans recourir aux bons offices de ces Ingénieurs Conseils émérites, dont beaucoup font partie de votre Société et qui sont pour nous autres avocats les collaborateurs les plus autorisés et les plus précieux. Je n’ai pas d’avis à donner ici aux inventeurs qui m’écoulent. Je leur rappellerais seulement, s’ils me le permettaient, cet autre proverbe français : qu’on n’est jamais bon juge dans sa propre cause, et je les mettrais volontiers aussi en présence de ces lignes si caractéristiques du livre magistral de notre ancien confrère Pouillet :
- « ... Il faut bien mal connaître les inventeurs pour ne pas savoir » combien, en général, ils s’abusent sur les vrais caractères de leur >' découverte, comment éblouis souvent par le résultat qu'ils poursui-» vent, ils placent leur invention où elle n’est pas et ne la voient pas » où elle est. »
- Xe voyez-vous pas, Messieurs, que Pouillet avait la même préoccupation, à savoir : que l’inventeur voulant prendre un brevet devait s'adresser à un liomme compétent et désintéressé, tel qu'un Ingénieur-Conseil. Il pourra même arriver, Allart vient de nous le rappeler en évoquant un souvenir qui m’est aussi cher qu’à lui-même, il pourra même arriver parfois, qu’un Ingénieur Conseil expérimenté fasse comprendre à l’inventeur qu’il n’a pas intérêt provisoirement, à prendre un brevet, et à conserver son invention à titre de secret de fabrique, ce qui est possible et parfaitement légal dans notre législation.
- Le souvenir évoqué par Allart me cause une grande satisfaction, puisqu’il me rappelle un procès qui marquera dans ma carrière d’avocat. Il s'agissait des intéressants perfectionnements apportés par un des vôtres dans la fabrication électrolytique du sodium et du peroxyde de sodium. Lien guidé par un Ingénieur Conseil dont la mémoire nous est toujours chère, le tant regretté Camille Chassevent, l’inventeur ne prit pas de brevet et conserva pendant quatre ou cinq ans le secret de ses procédés perfectionnés, et pendant ce laps de temps relativement considérable, des quantités de sodium et de peroxyde de sodium, fabriqués par les nouveaux procédés secrets, furent expédiés dans toutes les parties du inonde. Au bout de ces quatre ou cinq années de fabrication, des fuites se révélèrent et firent craindre une divulgation possible. Que faire? Quelle conduite tenir ? Était-il encore loisible à l’inventeur de déposer un brevet valable ? N’allait-on pas lui objecter qu’après avoir joui pendant cinq ans du privilège assuré par le secret * de fabrique, il ne pouvait jouir d’un nouveau privilège de quinze ans, assuré par un brevet d’in-
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- vention ? La question fort délicate était alors assez nouvelle en juris-jirudence. Ghassevent n’hésita pas et se trouva avoir donné à son client le plus excellent des conseils, puisque son brevet fut validé par le tribunal, malgré les cinq années d’exploitation antérieure à titre de secret de fabrique.
- Camille Ghassevent a disparu malheureusement, mais il laisse descollègues et des émules, également compétents et toujours prêts à donner aux inventeurs les mômes excellents conseils et surtout à les guider dans la description nécessaire et obligatoire de leur découverte.
- J’ai fini, Messieurs, pardonnez-moi d’avoir été peut-être un peu plus long que je l’avais annoncé. C’est que je me suis laissé entraîner au charme de cette discussion et au plaisir d’être écouté avec tant de bienveillance. Gomme Allart, et avec lui, je veux vous remercier, je veux remercier votre président de votre si. gracieux accueil.
- M. le Président remercie vivement Mc Desjardin de son intéressante,-intervention dans la discussion en cours et donne la parole à M. Jean Rey dont le tour de parole est arrivé.
- M. Jean Rey fait remarquer que l’heure est bien avancée et qu’il' serait préférable de remetrre la suite de la discussion à une prochaine séance.
- Cette proposition est adoptée.
- M. le Président fait remarquer que la séance du 26 mars devant être-consacrée entièrement à une communication de M. Laubeuf sur les sous-marins allemands et leur rôle dans la guerre actuelle, communication dont l’intérêt et l’opportunité ne sauraient échapper à personne, la suite de la discussion sur les Brevets d’invention internationaux sera inscrite pour la séance d’avril.
- Par suite de ce renvoi, M. Barbet, désireux de ne pas laisser aussi longtemps sans réponse les exposés de Mes Allart et Desjardin, a l'ait remettre à M. le Président la lettre suivante :
- « Monsieur le Président,
- » La discussion relative aux brevets d’invention étant reportée à deux » mois, je vous demande la permission de ne pas rester si longtemps » sans faire une courte réponse à Me Allart.
- » J’ai demandé pour l’inventeur de grande industrie, dont les inven-» tions sont souvent longues à mettre au point, une durée nette de » quinze ans de privilège.
- » Qu’il soit d’autant plus équitable de maintenir la durée favorable » intacte que l’inventeur aura eu plus de persévérance, plus de difficul-» tés à surmonter pour aboutir au résultat, personne ne contestera que » ce soit une pensée de simple équité et de juste protection en faveur'de-» l’inventeur méritant !
- » Mais voyez combien j’ai eu raison de dire qu’un dieu malin s’amu-» sait à transfigurer les bonnes intentions des juristes à l’égard des in-» venteurs, et à leur dicter des articles de loi diamétralement opposés à » leur sacerdoce de Protecteurs de la propriété industrielle!
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- » Quel est l’argument invoqué par Me Allart contre la juste revendi-« cation ? Toujours le même, le domaine public ! Ce n’est pas l’inven-» leur qu’il faut protéger, c’est le domaine public, dont la rapacité insa-» tiable n’aime pas attendre. Sacrifions l’équité envers l’inventeur, pour » apaiser le domaine public !
- » Or, la façon dont Me Allart cherche à défendre le domaine public,
- » et à satisfaire son impatience de jouir librement des succès chèrement » achetés par l’inventeur, ne me semble pas répondre à son intention.
- » Si l’inventeur a perdu cinq ans à, se mettre au point avant de pou-» voir offrir et garantir ses procédés à l’industrie, j’ai demandé qu’on » lui octroyât quinze ans nets à partir de son succès, ce qui donne en » apparence vingt ans- de durée au brevet.
- » Première objection : Difficulté pour l’imitateur du domaine public,
- » qui est aux aguets, de savoir au juste à quelle date il pourra s’emparer » des dépouilles de l’inventeur.
- » Réponse : Il n’aura qu’à consulter le brevet, au Conservatoire, pour » voir l’inscription que l’on aura mise en tète de l’original officiel. La » difficulté est vraiment mince.
- » Deuxième objection : M° Allart conseille à l’inventeur de faire ses » essais sous la protection de l’ancienne loi sur les Secrets de fabrica-» tion, et de ne déposer son brevet qu’au bout des cinq ans de mise au » point, si ce délai lui a été nécessaire. Comme cela il aura quinze ans » nets.
- » Réponse : Dans mon système, il y a cinq ans d’essais au grand jour » plus quinze ans de protection ; total vingt ans.
- » Dans le système de Me Allart, il y a cinq ans d’essais secrets plus » quinze ans de protection, total vingt ans.
- » Ce pauvre domaine public, dont l’impatience est si digne d’intérêt, « va donc se morfondre vingt ans dans un cas comme dans l'autre, sans » que la sollicitude de Me Allart lui ait obtenu aucun avantage.
- » S’il n’y a aucun bénéfice pour le domaine public, en revanche le » préjudice pour l’inventeur serait bien difficile à éviter.
- » Il faut que pour une première installation l’inventeur trouve l’hos-» pitalité dans une usine. Pour amener la conviction, le voilà obligé de » donner beaucoup de détails sur son procédé, ses éléments de succès, » sa facilité d’exécution. Il sera parfois obligé de frapper à quatre ou » cinq portes successivement avant de trouver l’usine complaisante; il » aura dû faire intervenir des amis. Ce sera donc le secret de polichi-» nelle.
- » Le voilà tout de même installé. Son appareil occupe une aile de »’ bâtiment. Sont dans le secret : le constructeur; ses ingénieurs; les « ouvriers monteurs, le propriétaire de l’usine, son nersonnel de direc-» teurs, chimistes, contre-maitre, ouvriers...
- » Comment conserver un secret qui a tant de témoins ?
- » Admettons pourtant cette improbabilité. Il transpirera au moins » ceci, c’est qu’à tel endroit on fait des essais dans tel ou tel but. Ne se » trouvera-t-il pas un autre inventeur pour chercher, lui aussi, une ') solution, et pour déposer un brevet qui ruinera les espérances de celui » qui ne s’est pas protégé ?
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- )) Ce sont ces éventualités-là que je cherche à épargner d’une façon » légale au premier inventeur, tout comme le savant protège ses recher-» ches par le dépôt d’un pli cacheté.
- » L’inventeur doit être protégé au même titre pendant ses coûteux » essais. J’ai proposé une solution ; il y en a peut-être de meilleures, » mais ce qu’il y a de certain, c’est qu’il en faut une, si l’on veut vrai-» ment s’intituler Protecteur de la propriété industrielle.
- » Songez enfin, Monsieur le Président, que si les essais d’un inven-» teur durent cinq ans, tous ses brevets étrangers tombent ipso facto, » faute d’exploitation dans ces pays dans le délai exigé par les diverses » législations. Ai-je tort de protester contre ces dispositions légales qui » aboutissent toutes à dépouiller l’inventeur ?
- » Me Desjardin a daigné me complimenter de ma formule « La Pro-» priété industrielle doit rester intangible comme toute propriété privée ». » Si l’on m’accorde la légitimité du but, plaise jà nos éminents défen-» seurs d’y harmoniser les articles de la loi. N’ai-je pas démontré à » quel point la Loi de 1844 est antiprotectrice et môme sournoisement » spoliatrice? Ne peut se proclamer défenseur des inventeurs que celui » qui portera résolument la main sur ce tissu de contre-protections.
- » Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’expression sincère de ma » considération la plus distinguée.
- » E. Barbet. »
- Il est donné lecture des demandes d’admission en première présentation de MM. de Saint-Macary et Pétersen, comme membres Sociétaires titulaires.
- La séance est levée à 19 heures.
- , Le Secrétaire Administratif, A. de Dax.
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- PROCÈS-VERBAL
- DE LA
- SÉANCE DU 26 MAJRS 1915
- PRÉSIDENCE DE M. H. GaLL, PRÉSIDENT.
- La séance est ouverte à 17 heures.
- Le procès-verbal de la précédente séance est adopté.
- M. le Président a le regret d’annoncer le décès de MM. :
- Le comte S. Witte, membre d’honneur de la Société depuis 1890. Ancien ministre des Travaux publics et des Finances et ancien Président du Conseil des ministres de Russie, Grand-croix de la Légion d’honneur.
- J. Semichon, membre de la Société depuis 1907, directeur de la Société industrielle d’articles d’éclairage.
- P. Tihon, membre de la Société depuis 1901, Ingénieur, Administrateur de la Société linotype française.
- M. A. Warin, membre de la Société depuis 1897, Ingénieur Directeur d’une fabrique de cellulose.
- P. Zens, membre de la Société depuis 1882, ancien Elève de l’École Centrale (1858), Président de la Compagnie des Chemins de fer dôpar-mentaux, Officier de la Légion d’honneur.
- M. le Président adresse aux familles de nos regrettés collègues l’expression des sentiments de profonde sympathie de la Société tout entière et adresse également nos condoléances émues à M. J. Grosselin, président de la VIe Section du Comité, et à M. Rabut, Membre de la Ire Section, qui viennent d’avoir la douleur de perdre leurs fils, tombés glorieusement pour la patrie.
- M. le Président a la satisfaction d’annoncer que deux de nos Collègues ont ôté l’objet de citations :
- M. L. Raichlen a été cité à l’ordre du jour de l’Armée, et M. R. Gros-didier, Sénateur de la Meuse, a été l’objet d’une citation au titre civil.
- Il leur adresse les vives félicitations de la Société.
- M. le Président annonce le dépôt de deux plis cachetés qui ont été selon l’usage, déposés aux archives :
- L’un de M. le docteur Bréchot, enregistré sous le n° 87,
- L’autre de M. E. Rousselot, enregistré sous le n° 88.
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- M. le Président dépose sur le bureau la liste des ouvrages reçus depuis la dernière séance et qui sera insérée dans le prochain bulletin.
- Le Service de la voirie de la Ville de Reims nous a fait parvenir une note sur les plans de reconstruction de certains quartiers de la Ville de Reims.
- Cette note est à la disposition des membres de la Société à la Bibliothèque.
- M. le Président profite de cette occasion pour adresser à la Municipalité de Reims ainsi qu’à ses habitants le témoignage de notre admiration pour le grand courage dont ils font preuve dans les circonstances actuelles.
- M. E. L. Corthell, Membre d’Honneur et Correspondant de la Société à New-York, nous a fait parvenir une lettre dans laquelle il fait part de ses sentiments envers notre pays et notre Société et où il exprime ses voeux les plus sincères pour la victoire de notre « Belle France » et l’espoir que tous ses Collègues et amis de la Société des Ingénieurs Civils de France seront épargnés au cours de la guerre actuelle.
- M. le Président remercie vivement M. Corthell des sentiments qu’il exprime et auxquels nous sommes des plus sensibles.
- M. le Président est heureux d’annoncer que la souscription ouverte entre les membres et anciens membres du Comité, auxquels se sont joints déjà quelques membres de la Société, dépasse aujourd’hui 10 000 fr.
- Il rappelle que cette souscription a pour but de venir en aide aux membres de la Société victimes de la guerre et de ses conséquences.
- M. le Président dit que M. Kestner, membre du Comité, en ce moment à Londres, avait bien voulu se charger de s’occuper de la question de l’adoption du système métrique par l’Angleterre.
- Il vient d'envoyer des renseignements d’où il résulte que le monde des commerçants lui est favorable.
- En effet, M. Kestner a obtenu le concours de la Chambre de Commerce française de Londres qui a présenté une motion aux Associations de Chambres de Commerce anglaises, concurremment avec la Chambre de Commerce anglaise et cette motion a eu l’unanimité, alors que quelques années plus tôt, une motion analogue avait été battue.
- M. Kestner estime que c’est là un résultat important et il pense que le-Parlement anglais ne peut actuellement se refuser à reprendre la loi qui aurait en ce moment beaucoup de chances de passer.
- M. le Président donne ensuite la.parole à M. Laubeuf pour sa communication sur Les sous-marins allemands et leur rôle dans la guerre actuelle.
- M. Laubeuf commence par donner quelques renseignements sur le nombre des sous-marins allemands, leurs dimensions principales, leur vitesse, leur armement.
- Il fait remarquer que, la Marine allemande ayant conservé le plus grand secret sur ses sous-marins, les renseignements indiqués sont seqlerrient 'probables, mais non certains.
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- Au commencement de 191*4, d'après les statistiques publiées par l’Amirauté anglaise, l’Allemagne possédait 24 sous-marins armés et 14 en construction. Parmi ces derniers, 8 ont pu être terminés.
- Les six derniers, nos 33 à 38, commencés en 1913, n’étaient certainement pas terminés au commencement de la guerre. Il est douteux qu’ils «oient tous en service maintenant malgré l’activité fiévreuse déployée par les chantiers allemands depuis le mois d’août, 1914.
- Les sous-marins allemands sont désignés par la lettre U suivie d’un numéro d’ordre (U voulant dire Unterseeboot).
- D’autre part, l’Allemagne a ajouté à ses propres bateaux 5 submersibles construits pour l’Autriche et 1 pour la Norvège, qui étaient presque achevés dans les chantiers de la Société Germania-Krupp, à Kiel.
- La Marine allemande a donc pu avoir 38 sous-marins en tout au début de la guerre.
- Le premier submersible allemand l’U, a été lancé à Kiel, dans les chantiers de la Société Germania-Krupp, le 30 août 1905. Il est fortement imité des submersibles français type Aigrette commencés en 1902.
- Les données des bateaux allemands peuvent être résumées par le tableau suivant :
- DÉSIGNATION G l «, a L s Uij 3. L> j 2 Uiak Go ^ ^32 t 83 àt 38
- Date de la mise en chantiers. 1903 190(1-07 1908 I909-10 1914-12 1913
- Déplacement à la surface . t 185 237 450 650 675
- — en immersion. . t 240 300 550 800 . 835
- Longueur m 39,10 43,20 V> 65 ))
- Largeur m 3,60 3,75 )) 6,10 »
- Tirant d’eau m 2,80 2,95 O )) 3,60 ))
- Puissance effective des moteurs B<
- à pétrole de surface. . . ch 400 600 r/2 c 1200 1 800 2 500
- Puissance effective des moteurs C3
- électriques de plongée . ch 240 320 X 600 800 ))
- Vitesse maximum à la sur-
- face nœuds 11 12 O 15 16 17
- Vitesse maximum eu plongée. . . nœuds 8 8,5 c 9 10 ))
- Rayon d’action à la surface . D 1200 mil. U) 1 500 mil.
- à 9 nœuds à 42 nœuds
- — en plongée. . » 50 milles 70 milles
- à 9 nœuds à 6 nœuds
- 1 tube 2 tubes 2 tubes 2 ou 3 4 tubes
- Lance- tubes
- , torpilles
- Armement 3 torpilles •i torpilles 4 torpilles 4 ou 6 8 torpilles
- de 450 mm de 4110 mm de 450 mm torpilles de 500 mm
- t canon 2 canons
- de 37 de 88 mm
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- PROCÈS-VEllBAL DE LA SÉANCE. DU 26 MARS 1915
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- Les cinq bateaux autrichiens que l’Allemagne a conservés, ne pouvant les livrer à son alliée, auraient les mêmes dimensions que U3S-U38.
- Le sous-marin norvégien sur lequel l’Allemagne aurait mis l’embargo serait à peu près analogue au U9.
- On aurait mis, parait-il, 20 nouveaux sous-marins en chantiers à la fin de 1914. Il faut espérer que nous serons vainqueurs avant qu’ils soient achevés.
- Au milieu de 1907, l’Allemagne avait donc un seul sous-marin armé, le U* et 7 bateaux en construction, soit 8 en tout. La France en possédait 85.
- Cette belle avance a été peu à peu perdue pour les raisons suivantes :
- a) Arrêt complet de la mise en chantiers de sous-marins en France pendant les années 1907-1908-1909 ;
- b) Déclassement des unités vieillies et démodées, très nombreuses dans notre Marine en raison des tâtonnements que nous avons dû faire, étant les premiers à construire des sous-marins ;
- c) Importance des crédits consacrés à la construction des sous-marins en Allemagne.
- Ces crédits ont été én augmentant rapidement dans les premières années et ils ont atteint les chiffres suivants :
- 1907 ......................... 6 250 000 fr
- 1908 ......................... 8 750 000
- 1909 .......................... 12 500 000
- 1910 ................... : 18750000
- 1911 .......................... 18 750 000
- 1912 .......................... 18 750 000
- 1913. ....................... 25 000 000
- 1914........................... 23 750 000
- Cette augmentation constante des crédits alloués montre bien que depuis 1906 la Marine allemande avait compris toute l’importance militaire des sous-marins.
- L’Allemagne est donc entrée bien tardivement dans la voie des constructions des sous-marins puisque son premier submersible le U-1 lancé en août 1905, n’est entré en service qu’en février 1907.
- Cette manière de procéder a présenté des avantages et des inconvénients :
- La marine allemande a pu profiter de l’expérience acquise ailleurs. Ce n’est pas ici le moment de rechercher jusqu’à quel point et par quels moyens les submersibles allemandes se sont inspirés des submersibles français. Constatons simplement que* l’avantage de cette mise en train tardive a été que l’Allemagne a eu en main, rapidement et sans tâtonnements, de bons bateaux : les douze premiers se rapprochant de notre type français Aigrette ; les huit suivants, plus grands, très voisins de notre classe Pluviôse (avec quatre ans de retard) ; les derniers enfin, encore plus grands. Constatons aussi avec plaisir qu’à tonnage égal et à âge égal nos sous-marins ont de meilleures qualités nautiques une vitesse plus grande à la surface et un armement plus puissant.
- Mais, en regard de ce précieux avantage, il y a un grave inconvénient,.
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- qui apparaît en pleine lumière aujourd’hui : c’est que, malgré l’activité déployée par l’Allemagne depuis 1907, malgré l’importance des crédits consacrés à la navigation sous-marine, elle n’a pas eu le temps de construire assez de sous-marins. Son programme comportait la constitution en 1917 d’une llottille de 72 sous-marins. Gomme nous venons de le voir, elle n’a pu avoir pour la guerre qu’un peu plusxle la moitié de ce nombre, (lui est du reste beaucoup trop faible.
- Ce qui a été dit pour l’Allemagne s’applique aussi à l’Autriche-Hongrie. Celle-ci n’a commencé à construire des sous-marins qu’en 1907. Lorsque la guerre a éclaté, elle en avait 6 armés Ul à Ue de faible tonnage (environ 300 t) et 4 en construction dans son arsenal de Pola, sur les plans de Krupp, qui en construisait 5 pareils en Allemagne U~ à Uu. Ces quatre bateaux ont pu être successivement terminés depuis le commencement des hostilités. Ils portent les nos bi2 à Ul6. C’est YUVJ, qui a torpillé le Jean-Bart dans l’Adriatique.
- Malgré leur nombre trop faible, les sous-marins allemands et autrichiens ont bien travaillé, et on ne peut que rendre hommage à la hardiesse manœuvrière et à l’audace de leurs commandants.
- Dans la seconde partie de sa communication, M. Laubeuf étudie l’action des sous-marins allemands.
- Le rôle du sous-marin d’une puissance qui a à lutter contre un ennemi plus fort qu’elle — c'est le cas de l’Allemagne opposée à l’Angleterre et de l’Autriche contre la France — est multiple.
- Il y a d’abord un emploi défensif :
- a) Le sous-marin doit s’opposer au bombardement des ports et des rades de son pays. Il doit empêcher un débarquement.
- Ce rôle a été bien rempli par les sous-marins allemands et autrichiens. Aucun port allemand n’a été bombardé, aucune forteresse côtière non plus. L’attaque de Guxhaven par une escadre légère anglaise ne fut qu’une simple reconnaissance. Dans l’Adriatique, l’escadre française a lancé, sans grand etlet d’ailleurs, des obus sur Cattaro. Elle n’a bombardé aucun autre port de la côte austro-hongroise ;
- b) Le sous-marin doit aussi empêcher le blocus immédiat des ports. Il oblige les forces bloquantes à s’éloigner considérablement des ports bloqués. Ici encore le succès des sous-marins à été complet: la « Grande Flotte » anglaise bloque la côte allemande, mais à une telle distance qu’une division allemande a pu sortir de l’Elbe, venir bombarder Scarborough, Hartlepool et Whitby le 16 décembre et rentrer dans les eaux allemandes sans avoir été attaquée. Il est vrai que sa seconde tentative a été moins heureuse, puisque le 24 janvier un nouveau, raid tenté par les croiseurs cuirassés allemands se terminait mal pour eux : le Biücher était coulé, le Derflinger et le Seydlitz sérieusement avariés.
- Il n’en reste pas moins que les bateaux allemands peuvent sortir aisément de leurs ports. Ils ont récemment saisi deux bateaux marchands hollandais entre les côtes de Hollande et les ports anglais. Lorsque les Anglais ont voulu établir, au début de la guerre, un blocus plus rapproché, les sous-marins allemands leur ont fait payer cher leur
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- erreur : le Cressy, le Hogue et Y Aboukir ont été coulés le 23 septembre, avec perte de 1 500 hommes. Le fait que ces trois croiseurs cuirassés de 12000 t ont été envoyés au fond par un seul sous-marin, le U-9, petit bateau de 300 t, en dit plus long, que bien des discours sur la valeur des sous-marins comme arme de combat.
- Le 16 octobre 1914, un autre croiseur anglais, le Rawke, de 7 500 t, était coulé dans la mer du Nord avec 500 hommes.
- Dans l’Adriatique, c’est la même chose : notre escadre est obligée de bloquer les ports autrichiens à grande distance. Le Jules-Ferry a failli être torpillé par un sous-marin à la lin d’août ; le Waldeck-Bousseau a été attaqué par deux sous-marins le 16 octobre près de Cattaro et n’a évité le torpillage que grâce à sa grande vitesse ; enfin le vaisseau-amiral, le Jean-Bar t, a été attaqué par un sous-marin autrichien le 21 décembre 1914 dans le sud de l’Adriatique, c’est à-dire fort loin des ports bloqués : une torpille a passé à l’arrière, l’autre a frappé l’ayant. On peut s’estimer heureux de l’issue de la rencontre entre un de nos plus beaux cuirassés de 23 000 t et un sous-marin de 800 tx ; si la torpille qui a frappé l’avant du Jean-Bart avait touché 25 ou 30 ni plus en arrière, notre cuirassé-amiral était probablement coulé.
- Le résultat de cette action des sous-marins autrichiens dans l’Adriatique, c’est que notre escadre est à une telle distance des ports ennemis que les navires autrichiens peuvent sortir à leur aise de Pola et de Cattaro et qu’on vient d’apprendre que le 2 mars 1915 Antivari a été bombardé, le yacht du roi de Monténégro coulé, un magasin de vivres incendié.
- Voilà les résultats de l’action défensive des sous-marins. Ils ont déjà surpris bien des gens. Quant à leur action offensive, niée par tant d’autorités navales, elle a été bien démontrée aussi par l’attaque de navires ennemis soit en pleine mer, soit près de leurs côtes.
- Le croiseur anglais Pathfinder, de 3 000 t, a ôté torpillé et coulé le 5 septembre 1914 à l’entrée du Fortli, en vue de la côte d’Écosse. avec perte de 200 hommes.
- Le croisseur russe Pallada a été coulé dans la Baltique le 11 octobre 1914 avec tout son équipage de 550 hommes.
- Le croiseur Hermes, dans le Pas-de-Calais, le 1er novembre 1914.
- La canonnière anglaise Niger, à 2 milles de la côte anglaise, près de Deal, le 11 novembre 1914.
- Le cuirassé anglais Formidable, dans la Manche, près de Plymouth, le 1er janvier 1915, avec perte de 550 hommes.
- Le croiseur auxiliaire Bayano, le 11 mars 1915, sur la côte d’Ecosse avec perte de 200 hommes.
- Les sous-marins allemands ont aussi cherché à gêner les opérations de la flotte anglo-française sur la côte belge. Ils n’y ont pas beaucoup réussi en raison du peu de profondeur de la mer sur la côte de Flandre.
- Il faut encore noter que dans le combat naval du 24 janvier 1915 dans la mer du Nord le rapport officiel de l’amiral Beatty dit textuellement que la poursuite des croiseurs allemands a dû être arrêtée lorsqu’on a atteint la zone où il y avait danger de rencontrer des sous-marins. Les sous-marins allemands, s’ils n’ont pas pu participer au combat, qui ne
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- fut qu’une fuite éperdue des Allemands devant l’escadre anglaise, ont cependant empêché les Anglais de compléter leur victoire et d’envoyer le Derflmger et le Seydlitz, déjà gravement avariés, rejoindre au fond de la mer le Blücher.
- On peu* aussi faire remarquer que si les Turcs avaient seulement possédé une demi-douzaine de sous-marins bien commandés l’attaque actuellement conduite contre les fortifications des Dardanelles par l’escadre franco-anglaise aurait été rendue bien difficile sinon impossible.
- *
- Enfin les sous-marins allemands, depuis la déclaration du 4 février 1915, ont entrepris un autre genre d’opérations : la guerre aux bateaux de commerce ennemis (et même aux neutres) et le blocus de toutes les côtes des Iles britanniques. C’est une action que je n’avais jamais envisagée en construisant mes submersibles, d’abord parce que la destruction de navires marchands n’a qu’un effet absolument négligeable sur l’issue des opérations militaires, ensuite parce que les sous-marins ne peuvent pas faire la guerre de course en se conformant aux règles du droit international.
- Que disent ces règles ? Qu’un bateau de guerre belligérant a le droit de visite et de capture des bâtiments de commerce de nationalité ennemie ou des bâtiments neutres portant de la contrebande de guerre.
- ’ Le capteur a le devoir d’amener sa prise dans un port ami, où un tribunal des prises apprécie la validité de la capture. Il est cependant admis que si le corsaire ne peut pas mettre un équipage de prise sur le navire capturé, ou s’il ne peut le prendre en remorque, il a le droit de le couler, mais après avoir.mis en sécurité l’équipage, les passagers et les papiers du bord. C’est ainsi que YEmden a coulé presque toutes ses prises,en mettant de temps en temps abord de l’une d’entre elles, qu’il laissait ensuite libre, les équipages des navires coulés.
- Ceci est conforme au droit des gens. Mais le sous-marin, s’il peut à la rigueur arrêter un navire de commerce et le visiter, est dans l’impossibilité d’y mettre un équipage de prise ou de prendre à son bord l’équipage et les passagers. Dans plusieurs cas, un sous-marin allemand a arrêté un bateau de commerce en le menaçant des canons de 88 m/m dont il est armé (et dont l’adoption m’avait paru inutile, parce que je n’ai jamais envisagé que l’action du sous-marin contre des bâtiments de guerre). Puis un officier et quelques hommes du sous-marin ont visité le navire, ont donné quelques minutes à l’équipage pour mettre les chaloupes à la mer et s’y embarquer, enfin ont coulé le bateau au moyen d’explosifs placés à bord.
- Ceci n’est déjà pas conforme au droit des gens, car on est loin d’assurer la sécurité d’un équipage en l’abandonnant ainsi au milieu de la mer dans de frêles embarcations.
- Mais l’action des sous-marins torpillant directement un navire de commerce sans l’arrêter ni le visiter est en dehors de toutes les conventions. C’est un simple acte de piraterie, qui devrait valoir la corde à ceux qui le commettent, de môme que le torpillage, heureusement manqué des navires-hôpitaux. '
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- Quoi qu’il en soit, l’Allemagne voulait bloquer toutes les côtes des Iles britanniques et une partie des côtes de France. Or, les conventions maritimes déclarent qu’un tel blocus ne peut être reconnu que s’il est effectif: les sous-marins allemands sont en bien trop petit nombre pour qu’il en soit ainsi. Du reste, on peut constater qu’ils manifestent de l’activité pendant une quinzaine de jours. Puis, la quinzaine suivante, on n’entend plus parler d’eux : ils sont rentrés dans leurs ports pour se réapprovisionner en combustible, en eau, en vivres, pour reprendre de nouvelles torpilles et enfin pour donner du repos à l’équipage, car leurs croisières doivent être terriblement fatigantes.
- , *.
- Les sous-marins allemands avaient aussi un autre but, bien plus grandiose. Ils devaient couler une partie des cuirassés anglais, rétablissant ainsi l’équilibre des forces navales et permettant à la flotte cuirassée allemande de vaincre le reste de la « Grande Flotte » anglaise ; alors la mer devenait libre pour le débarquement des armées allemandes en Angleterre. M. Laubeuf donne ici lecture d’un passage d’une brochure qu’il a publiée en 1908, sous le titre : Les luttes maritimes futures et dans laquelle il étudie les possibilités d’une guerre maritime entre l’Angleterre et l’Allemagne. Il constate avec regret que les idées qu’il a émises il y a sept ans ont été appliquées par nos ennemis. Cependant on peut se consoler en constatant que ce but-là aussi est manqué ; il ne peut être poursuivi à cause de l’insuffisance du nombre et de la puissance offensive des sous-marins allemands.
- C’est là le fait qui domine tout : la préparation de l’Allemagne sur terre avait été formidablement étudiée dans tous ses détails. 8a préparation sur mer était incomplète et aurait eu encore besoin de quelques années de travail.
- Si on posait au kaiser la question suivante : « Vous avez dans lu canal de Kiel de fort beaux cuirassés modernes. Voulez-vous échanger les quatre plus récents, valant ensemble 300 millions, contre 150 sous-marins ayant la même valeur totale ? » que pensez-vous qu’il répondrait? Je suis persuadé qu’il accepterait avec enthousiasme.
- Dans la troisième partie de sa communication, M. Laubeuf indique le moyen de défense contre les sous-marins: emploi des filets métalliques, au mouillage seulement.
- En mer, il faut soit prendre chasse devant le sous-marin, en faisant des changements de route pour rendre incertain le tir des torpilles, ou bien, si on est très près, foncer droit sur le sous-marin .pour tâcher de le couler en l’éperonnant.
- M. Laubeuf indique la nécessité de munir les bâtiments de commerce de deux canons pour tirer sur les sous-marins : c’est ce qui se faisait au temps de la marine à voile.
- L’attaque par les aéroplanes paraît assez peu efficace. Aucun aéroplane n’a jusqu’ici détruit, ou même avarié, un sous-marin en marche.
- Il faut tâcher de surprendre,, avec des bâtiments rapides, les submersibles lorsqu’ils sont en émersion et alors les canonner ou les éperonner.
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- PROCÈS-VERBAL 1)E LA SÉANCE DU 26 MARS 1916
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- M. Laubeuf compare les pertes de sous-marins avec les pertes qu’ils ont fait subir à leurs adversaires.
- Il ne croit pas que les sous-marins détruits soient aussi nombreux qu’on a bien voulu le dire. A en croire diverses informations, les Anglais auraient coulé 8 ou 10 sous-marins, les Russes 6, les Français 3 ou 4. Les avions en auraient gravement avarié 2 ou 3 à Zeebrugge; un autre aurait sauté, etc. Gela eu ferait au moins une vingtaine.
- Chaque fois qu’un navire tire quelques coups de canon sur un submersible naviguant à la surface, on dit que le sous-marin est coulé. I)e même chaque fois qu’un sous-marin, qui plonge laisse une tâche d’huile à la surlace, ce qui signitie.simplement qu’une soute à pétrole n’était pas complètement vidée. C’est probablement très exagéré.
- Les pertes officiellement constatées' sont les suivantes:
- I/15, coulé parle croiseur Birmingham le 9. août 1914 ;
- Un, éperonné par le destroyer anglais Garry le 24 novembre 1914 ;
- UH, coulé par les destroyers de la Manche Gourka et Maori le 2 mars 1915 ;
- U12, coulé par le destroyer anglais Ariel le 9 mars 1915 dans le Pas-de-Calais ;
- U.,ÿ, coulé le 25 mars.
- On peut y ajouter vraiseinblement un sous-marin éperonné par le vapeur de commerce Tliordis le 28 février 1915, un autre par un contre-torpilleur français et un troisième par les Anglais. Soit en tout 8 bateaux. Dans trois cas, l’équipage a été fait prisonnier.
- Ces 8 bateaux représentent environ 3 600 t et la perte d’une centaine d'hommes.
- En laissant de côté les bateaux de commerce, les sous-marins allemands ont coulé 9 navires de guerre anglais et / russe, d’un déplacement global de 75 000 tx, et causé la perte de 3 500 hommes.
- Dans la quatrième partie, M. Laubeuf donne lecture des opinions ('mises sur les sous-marins et leur rôle militaire par diverses autorités maritimes : M. le Vice-Amiral Fournier et le Commandant Daveluy en France, l’Amiral Lord Fisher et l’Amiral Sir Percy Scott en Angleterre.
- Sa conclusion est la suivante :
- Le sous-marin a déjà pris une. place importante dans la composition des flottes de guerre. Cette importance ne fera que s’accroître dans l'avenir. Il sera impossible dé ne pas tenir compte des enseignements actuels dans la composition des flottes futures. Il est persuadé que la guerre de 1944-1915 marque une date capitale dans l'évolution du matériel naval.
- Au cours de. la conférence, une vingtaine de projections ont été faites. A la fin, on a fait passer un film cinématographique donnant le lancement d’un sous-marin, différents exercices à bord, sa marche à la surface, la prise de la plongée et le retour.
- Le submersible dont il s’agit est 1 eXiphias, construit par MM. Schneider et Cie pour le Gouvernement grec.
- M. le Président demande si quelqu’un désire prendre la parole sur la communication qui vient d’être faite.
- Personne ne demandant la parole, M. le Président exprime à M. Lau-
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- beuf tous nos remerciements poui le lumineux exposé qu’il vient de-présenter.
- Le grand nombre de ceux d’entre nous qui sont venus l’entendre, la profonde attention qui lui a été témoignée, montrent combien nous lui en savons gré.
- M. le Président croit que l’avis de tous est que le moment n’est pas opportun pour dégager les leçons que l’on peut déduire des choses qui nous ont été dites. Il rappelle simplement qu’au mois de février 1910, M. Laubeuf avait bien voulu exposer devant notre Société l’état des connaissances relatives aux sous-marins dans une séance qui avait été organisée par M. Bergeron, alors président de la Société, avec le concours de la Ligue maritime française, séance qui fut présidée par M. Pierre Baudin.
- M. Pierre Baudin, avec toute l’autorité qui lui appartient, avait alors indiqué la part prépondérante prise par M. Laubeuf à l’établissement des sous-marins. M. Laubeuf faisait tout à l’heure une spirituelle allusion à un héros de Rabelais : on ne sait trop, en effet, s’il faut féliciter M. Laubeuf de ses créations ou se plaindre du parti que l’ennemi a su en tirer.
- M. le Président désire ajouter un dernier mot : nous sommes heureux dit-il, de penser que M. Laubeuf fait partie de notre Comité. Nous sommes fiers de le compter parmi nos membres et nous souhaitons de tout cœur que ceux qui ont la lourde responsabilité de la défense nationale sachent recueillir les avis d’un homme de l’expérience de M. Laubeuf.
- Il est donné lecture des demandes d’admission en première présentation de MM. D. Fenouil et L. Pelieu comme Membres Sociétaires Titulaires.
- MM. F.-M. Saint-Macary et A. Pétersen sont admis comme Membres Sociétaires Titulaires.
- La séance est levée à 19 heures.
- Le Secrétaire Administratif,
- A. de Dax.
- DISCUSSION
- BUR LES
- BREVETS D’INVENTION INTERNATIONAUX
- Conformément à la décision prise à la séance du 26 février, la suite-de la discussion sur les Brevets d'invention Internationaux a été remise au 23 avril.
- Sont inscrits pour cette discussion : M. Jean Rev, Me Mainié, MM. G. Jaubert et Émile Bert, dont l’intervention occupera toute la séance.
- Les ordres du jour des séances suivantes étant actuellement arrêtés,
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- PROCÈS-VERBAL DE LA SÉANCE DU 26 MARS 1915
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- il est indispensable que la discussion puisse être terminée à la prochaine séance.
- Dans ces conditions, le Bureau, a décidé de publier dès maintenant les quelques lettres ci-après, reçues de plusieurs de nos Collègues.
- Cette publication permettra d’apporter par avance des éléments à la discussion qui pourra ainsi, être définitivement close à la séance du 23 avril prochain.
- « Vincennes, le 31 Décembre 1914.
- » Monsieur le Président,
- » N’ayant pu prendre la parole dans l’une des précédentes séances,
- » j’ai l’honneur de vous exposer ci-après ce que j’avais l’intention de » dire au sujet des brevets d’invention, comme suite à la communica-» tion de notre distingué Collègue M. Barbet et à la discussion de cette » communication.
- » A la suite d’une expérience d’efforts soutenus pendant plus de dix » années pour faire pénétrer dans la pratique courante une amélio-» ration reconnue, je suis persuadé qu’il est nécessaire, dans l’intérêt » de la collectivité, de modifier la loi du 5 juillet 1844 sur les brevets * » d’invention et d’insérer quelques prescriptions dans les cahiers des » charges.
- » I. — Modification a apporter a la loi du 5 juillet 1844
- » SUR LES BREVETS D’INVENTION.
- » Le but de la loi sur les brevets d’invention devant être d’aider à » l’application la plus large possible des appareils ou des moyens qui » réalisent des améliorations, c’est évidemment dans ce sens que doivent » concourir les efforts du législateur et de l’inventeur.
- » Favoriser l’application des améliorations, c’est améliorer le sort de » la collectivité qui en profite. Pour cela il est indispensable de donner à » l’inventeur l’autorité et le temps nécessaires pour parachever son ». œuvre dans tous les détails d’application et pour la suivre assez long-» temps dans la pratique courante.
- » Or, l’expérience a démontré que la loi du 5 juillet 1844 ne donne » pas des moyens suffisants à l’inventeur, que ses efforts et ses sacri-» fices, quoique judicieusement faits, n’aboutissent pas le plus souvent » à faire pénétrer sérieusement son amélioration dans la pratique. Il » arrive même que l’inventeur se ruine tout en travaillant bien, alors » que toute personne équitable reconnaît que toute invention réelle-» ment utile à la collectivité devrait faire vivre son auteur.
- » Il serait injuste de dire qu’il est inutile de mieux protéger les inven-» teurs puisque beaucoup d’entre eux ne paient les taxes que pendant » une partie de la durée de la protection que leur accorde la loi, alors » qu’on sait pour quelles raisons tant de brevets ne sont pas exploités. 1 » Lorsque, dans un pays, une amélioration brevetée ne peut être fabri-» quée que par quelques usiniers syndiqués, ces usiniers peuvent en » priver leur pays, plus ou moins ouvertement, dans la mesure qu’ils » veulent, ce qui est inadmissible. En ce qui me concerne, en présence Bui.l. 5
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- » des ententes des syndicats d’usiniers, j’ai dû renoncer à exploiter » dans plusieurs pays étrangers. En France môme, la plupart des usi-» niers ne veulent pas sortir de la routine : ceux qui se disposaient à » combattre mon système de conduite m’ont laissé entendre au début » que je n’arriverais pas à le mettre sur pied. Il m’a fallu éviter bien » des obstacles et être toujours vigilant pour le faire vivre. On a employé » et on emploie encore de nombreux moyens pour l’étrangler. Des spé-» ciabstes m’avaient averti qu’il fallait plus de quinze ans pour faire » prendre un'système de conduite comme le mien. Effectivement, des » Compagnies importantes, qui ont commencé à appliquer mes con-» duites en 1905, en sont encore à la période d’essais. D’autres Compa-» gnies attendent le résultat des applications des Compagnies qui ont » commencé pour savoir si elles devront les imiter.
- » Qui ne connait des inventions qui n’ont guère donné que des peines » à leurs auteurs pendant leurs quinze premières années et qui ont » ensuite fait réaliser de gros bénéfices à ceux qui, grâce à leur situa-» tion, s’étaient opposés efficacement à l’entrée de ces inventions dans .» la pratique ? Qui ne connait aussi les difficultés qu’ont les inventeurs » pour faire fabriquer et appliquer convenablement leurs appareils, » pour en éviter le sabotage ou la contrefaçon pendant la durée du
- » brevet? Enfin, n’est-il pas contraire à l’intérêt général et profondé-
- » ment décourageant pour l’inventeur de voir qu’aprés ses quinze pre-» mières années d’efforts, ceux-là mêmes qui ont retardé l’entrée dans » la pratique d’une invention utile puissent, si prématurément, faire » concurrence à l’auteur de cette invention, lui enlever tout ou partie
- » de son industrie, de - son fonds de commerce, et saboter à leur aise
- » l’invention et ses perfectionnements ?
- » Déjà nos législateurs ont proposé de tenir compte des efforts faits » par le commerçant pour se créer un fonds de commerce : ils ne >• peuvent guère se désintéresser de l’inventeur qui, en outre dû fonds » de commerce de ses appareils brevetés, crée une amélioration utile à » la collectivité, tout en versant dans la caisse de l’Etat des taxes sou-» vent trop lourdes pour lui.
- » Il conviendrait de donner un avis officiel gratuit sur les antériorités » à l’inventeur au, moment où il dépose son brevet, de réduire la taxe » de moitié au moins pendant les dix premières années et d’ajouter à la » loi que de 10 à 50 ans à partir de la date du dépôt du brevet les tiers » constructeurs ne pourront que faire des applications ayant une valeur » au moins égale aux applications les plus perfectionnées des appa-» reils de l’inventeur, que l’inventeur ou ses ayants droit auront un » droit de contrôle sur la fabrication et la pose de leurs appareils par » des tiers et qu’en outre ils auront droit à une redevance, par exemple » de 10 °/0 du montant des factures de leurs appareils posés ou vendus » par des tiers. A cet effet, les tiers constructeurs qui voudraient faire » des applications d’appareils brevetés devraient le faire connaitre à l’in-». venteur ou à ses ayants droit assez longtemps à l’avance pour leur per-» mettre d’exercer utilement leur contrôle. Lorsque les tiers ne se con-» formeraient pas aux conditions ci-dessus indiquées, ils seraient pas-» sibles de payer à l’inventeur ou à ses ayants droit une redevance de
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- » 20 % au lieu de 10 °/0. Le taux de la redevance pourrait être fixé par » le ministre du Commerce et de l'Industrie. La redevance pourrait être » astreinte au même impôt que les revenus industriels. La durée du » droit de contrôle et de redevance ne devrait être réduite qu’au cas où » le contrôle serait reconnu inutile et après que l’inventeur aurait été >) suffisamment rémunéré de ses efforts. L’inventeur ou ses ayants » droit auraient le droit de faire détruire aux frais des tiers construc-» teurs toute application de leurs appareils, ou faite sous le nom de » l’inventeur sans se soumettre à son contrôle, qui serait reconnue de » qualité inférieure aux applications les plus perfectionnées faites par » l’inventeur. Il ne devrait pas y avoir de déchéance pour non-exploi-» tation, ni pour non-paiement de la taxe, ni pour introduction en » France d’appareils fabriqués en pays amis. La loi devrait prévoir 'C que les droits de douane pourront être abaissés dans une juste pro-» portion par le ministre du Commerce et de l’Industrie lorsque les » constructeurs français ne voudront pas fabriquer les appareils brevetés « dans des conditions normales. Les taxes impayées devraient rester » dues, mais payables seulement par prélèvements convenables sur » les bénéfices résultant des appareils vendus. Le mieux serait de ne » faire payer au début qu’une taxe représentant les frais d’adminis-» tration pour la délivrance des brevets et ensuite un tant pour-cent. » sur les bénéfices provenant des applications faites.
- » Le bénéfice.de la présente modification s’appliquerait exclusivement » en France, dans les colonies et pays de protectorat français, aux » brevets dont les titulaires sont Français, ou sont, par leur nationalité,
- » ressortissants d’un Etat qui assure la réciprocité. Elle entrerait en »\ vigueur le jour de sa promulgation pour les nouveaux brevets. A dater »'de cette époque, les brevets antérieurs qui seraient encore valables » seraient soumis aux dispositions de la présente modification.
- » IL — Prescriptions a insérer dans les Cahiers des Charges »' pour l’emploi des Appareils brevetés.
- » En outre-de la modification à apporter à la loi du 6 juillet 1844 sur » les brevets d’invention, il conviendrait d’inviter les administrations à » -insérer dans leurs cahiers des charges que l’entrepreneur devra re-» mettre, sinon avant l’adjudication, du moins dans un délai opportun, » les dessins des appareils brevetés prescrits, lesquels dessins devront » être approuvés à cette date par l’inventeur ou ses ayants droit, que » l’entrepreneur devra se conformer exactement aux instructions qui lui » seront données pour la fabrication et la pose desdits appareils brevetés »-de manière à faire bénéficier l’administration de l’expérience de l’in-» venteur et des derniers perfectionnements que celui-ci aura apportés » dans l’application de ses appareils ; enfin, que l’entrepreneur devra » remettre au directeur des travaux dans le délai fixé pour présenter » son certificat exigé pour concourir à l’adjudication, l’autorisation » signée par l’inventeur ou ses ayants droit pour l’emploi des quantités » d’appareils brevetés prescrits qui seront nécessaires pour le, travail » prévu.
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- PROCÈS-VERBAL DE LA SÉANCE DU 26 MARS 1915
- » Ces mesures permettraient d’éviter toute surprise au point de vub » de la propriété industrielle et d’exiger de l’entrepreneur de véritables » appareils brevetés, fabriqués et posés d’après ce que l’expérience aura » révélé de mieux à l’inventeur à la suite d’une longue période d’efforts.
- » On s’imagine difficilement combien il faut être averti pour éviter la » malfaçon et la contrefaçon des appareils brevetés. Une usine qui ne » serait pas en permanence sous le contrôle de l’inventeur, se relâcherait » vite, comme le prouvent les rapports des réceptionnaires. Pour éviter » la mise au point de son matériel, elle fabriquerait avec un outillage » de fortune. Au surplus, les ouvriers négligeraient d’apporter des soins » nécessaires. Il en résulterait des appareils défectueux ou des rebuts » qui, retarderaient l’exécution des commandes et en augmenteraient le » prix. La nécessité de veiller à la bonne exécution de mes tuyaux m’a » été amplement démontrée par les usagers (Compagnies de Chemin de » fer, de Gaz et Eaux, Directeurs de travaux, etc.). Leurs réceptionnaires » ne parviendraient pas à éviter des défauts importants, parfois visibles, » parfois invisibles ou cachés.
- » Il en serait de même pour la pose des appareils brevetés : sans le » concours de l’inventeur ses recommandations spéciales ne seraient » pas données, ni suivies par conséquent. Il pourrait en résulter un ' » amoindrissement sensible de l’amélioration provenant de l’emploi des » appareils brevetés dans les applications faites d’accord avec l’in-» venteur.
- » Si ces mesures étaient prises, les inventeurs ne se décourageraient » plus aussi facilement pour payer les taxes ni pour faire pénétrer leurs » améliorations dans la pratique, comme beaucoup le font en voyant » arriver le terme de leur protection. Les constructeurs ne pouvant plus » aussi aisément contrecarrer leurs efforts seraient plutôt amenés à les » aider. Il en résulterait un plus grand nombre d’améliorations mieux » appliquées et par suite plus de bien-être pour la collectivité, en même » temps qu’un revenu plus important pour l’Etat.
- » J’estime que nous devrions faire aboutir ces mesures pour faciliter » la reprise du travail à tous les travailleurs en général et en particulier » à nos vaillants combattants qui sont les travailleurs de demain. Ils » seraient sans doute heureux d’apprendre que nous leur avons évité » beaucoup de difficultés, de déceptions, des pertes de temps et d’argent; d ils méritent bien cet effort de notre part.
- » Au surplus, en outre des mesures à prendre pour la protection des » inventions françaises à l’étranger, il conviendrait de demander par . » réciprocité la suppression de certaines formalités comme les dépôts de » modèles, les refus de brevets pour des raisons plus ou moins fondées » par des fonctionnaires qui ne sont pas assez spécialisés pour se « prononcer dans nombre de cas ou qui peuvent se trouver influencés » par les industriels de leur pays, comme ceux du Patent Amt, et la réin-» tégration dans leurs droits des inventeurs évincés parce Patent Amt » ou par l’application de mesures excessives:
- » Enfin, il conviendrait de proposer de modifier dans le sens ci-après » l’article 5 de la Convention internationale :
- » Art. 5. — Le breveté de l’un des pays contractants de l’Union peut
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- >) importer des objets brevetés dans ces pays, mais n’est pas obligé d’y » exploiter son brevet. Toutefois, après un délai de 10 à 50 ans, comptés » à partir du dépôt de la demande dans un pays de l’Union, il ne peut » refuser licence d’exploitation de son brevet aux industriels de ce pays » qui lui offriront redevance égale à celle qu’il prélève dans un pays de » l’Union et qui prendront l’engagement de construire ses appareils sous » son contrôle de façon identique à ceux qui auront été construits préa-» lablement par lui ou sous son contrôle. Les licences ainsi données ne '> retireront pas au breveté le droit d’importer ses appareils dans ce pays. » Le licencié qui s’est imposé au breveté ne peut, sans l’autorisation » expresse du breveté, exploiter son brevet pour d’autres pays que le » sien. Le licencié qui appliquerait des appareils brevetés dans son pays » sans prévenir l’inventeur ou sans se soumettre à son contrôle sera » passible de payer à l’inventeur une redevance double pour chaque » application ainsi faite. Le breveté aura le droit de faire détruire aux » frais du constructeur toute application de ses appareils, ou faite sous » le nom de l’inventeur, sans se soumettre à son contrôle, qui serait » reconnue de qualité inférieure aux applications les plus perfectionnées » faites par l’inventeur.
- » D’une manière générale, le moyen le plus efficace pour arriver au » brevet international serait de n’accorder les avantages de notre loi » aux étrangers*que contre réciprocité. En accordant aux étrangers des » libéralités qu’ils ne nous accordent pas, nous plaçons nos nationaux » dans un état d’infériorité par rapport à celui des étrangers qui tra-» vaillent chez nous, ce qui est injuste.
- » Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’expression de mes’ senti-» ments très dévoués. » J. Gilbert. »
- « Paris, le 15 février 1915.
- » Monsieur le Président,
- » Il a déjà ôté beaucoup disputé et discuté sur la question des brevets » français et étrangers, mais, dans toutes ces longues dissertations, il » n’apparait pas nettement que les inventeurs et la société en général, » c’est-à-dire les intéressés principaux,'aient obtenu des satisfactions » normales; mais par contre certains exploitants d’inventions et d’in-» venteurs ont fait des fortunes rapides dont une part aurait dû être » justement acquise aux inventeurs.
- » L’inventeur, qui a un esprit d’analyse, d’art, de philosophie, d’ôco -» nomie, ne pense qu’à doter la société d’un perfectionnement ou d’une » nouveauté, qu’il voudrait voir répandre à profusion, mis à la portée ». de tout le monde. Il s’adonne et s’acharne au travail avec cette idée » dominante de mieux-être général, c’est-à-dire de progrès. Il reste » entendu que, pour l’inventeur, comme pour tout ce qui existe, « les » sacrifices ont pour mobile l’EspéranGe » et qu’il ffense bien tirer un » parti économique de son travail souvent considérable, ce qui d’ail-» leurs ne serait que justice, car l’économie devrait toujours être le ré-» sultat, l’auréole du travail. L’inventeur fait donc quelque chose pour ».la Société, môme celui qui ne réussit pas, parce que « les individus
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- ne valent pas seulement parce qu’ils ont réussi, mais aussi par ce :> qu’ils ont entrepris ».
- » Que fait la société pour les inventeurs ?
- » Actuellement, trop peu, et c’est en riant et avec une pointe de > pitié que les légistes, les financiers, les industriels, les consomma-» leurs eux-mêmes songent à eux. Les employeurs ou consommateurs » directs des inventions ne demanderaient pas mieux qu’une part de » leur dépense (prix d’acliat) aille à l’inventeur.
- » Comment se lait-il donc que les principaux intéressés, ne deman-» dant qu’à s’entendre, qu’à s’aider, qu’à réaliser les désirs mutuels, il s y ait de part et d’autre si peu de satisfaction? C’est qu’entre l’inven-» teur et l’employeur, il existe forcément toute une série d’intermé-» diaires qui sont tous plus ou moins animés de cet esprit dit de » finesse? qui croit avoir atteint l’apogée, quand il a fait une répartition »' très inégale et très arbitraire de la monnaie mise en jeu pour l’exploi-» talion de l’invention. — Les esprits mathématiques, d’ordre, de mé-» tliode, d’analyse impartiale, de précision, seront presque toujours des partisans du progrès, de l’évolution, de l’invention, et par suite de » l’inventeur, et ne trouveront rien d’extraordinaire à ce que celui-ci V bénéficie de son travail dans une mesure un peu plus équitable que » celle actuelle imposée par la loi plutôt ancienne de 1844. Les législa-» leurs de cette époque qui savaient bien que « les lois ne valent et ne » durent qu'autant. qu’elles sont des rapports nécessaires à la nature » des choses », ne pensaient pas régir le progrès industriel soixante-dix » ans plus tard.
- » Comment pourrait-on encourager le progrès, c’est-à-dire l’inven-» teur qui en est la cause? Du jour où celui-ci sera traité avec une » • considération très souvent méritée, ce ne sera plus de la pitié qui lui sera témoignée, mais de l’intérêt. En économie, pour donner de la » considération, il faut assurer l’indépendance, l’initiative, qui sont » deux formes de la Liberté et, pour le faire, il est indispensable de » donner une assurance vraisemblable d’avenir. Or, actuellement, le » brevet est délivré à l’inventeur contre une taxe annuelle de 100 francs ». sans aucune garantie et pour une durée dérisoire de quinze années, » à peine le temps de commencer à vaincre la tenace routine, après »,- avoir ruiné l’inventeur très souvent peu fortuné.
- » Il a été fait bien des comparaisons entre les diverses propriétés, » pourquoi tant de diversité? La belle simplicité perd-elle ici ses » charmes et ses droits, elle qui est toujours prête à remplir son de-» voir? — La propriété peut être classée en valeur matérielle (meubles » et immeubles) et en valeur immatérielle (santé, connaissances ;> acquises, travail), jusqu’ici les législateurs n’ont pas voulu se soucier » . des analogies de ces deux propriétés, et de la grandeur de la seconde, ». toujours maintenue en sujétion sous la première souvent beaucoup » moins honorable. — Notre capital « connaissances acquises » consti-» tue notre propriété intellectuelle (artistique, industrielle, littéraire); »• est-il juste de traiter différemment les fruits du travail? Certains » discoureurs se sont basés sur l’utilité matérielle possible d’une réali-», sation industrielle, podr dérober du temps à l’inventeur, soi-disant
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- » au profit de la généralité, ce qui est absolument faux. Mais si la » possession d’un droit peut dans certains cas dégénérer en abus, il est » possible d’y apporter des restrictions légales, sans pour cela abolir le »• droit. — Que la durée d’exclusivité d’un brevet, d’une forme, d’une » pensée, soit limitée, cela se conçoit très bien, mais déposséder l’in-» venteur ou l’auteur de son travail, c’est établir l’injustice.
- » La solution des licences obligatoires après quinze ans par exemple » d’exclusivité semble acceptable, s’il y a contrat légal de cession de » licence et rémunération de l’inventeur ou de ses ayants droit. La » durée adoptée actuellement pour la propriété littéraire : la vie de » l’auteur, plus cinquante ans pour les héritiers ou ayants droit, est-elle » bonne? Cela peut être discuté; peut-être une période de moindre » durée n’aurait-elle que des avantages économiques et philosophi-» ques. Ne serait-il pas possible, dans la reconnaissance légale de » propriété industrielle, d’octroyer contre taxe annuelle une exclusivité » de quinze années1 par exemple, au bout desquelles les propriétaires » pourraient exiger un renouvellement de protection de quinze années, » contre taxe double, mais sans exclusivité et avec l’obligation de ces-» sions rémunérées de licences. Les quinze années de protection sans >/ exclusivité pourraient être renouvelées une troisième et une quatrième » fois contre taxe triplée et quadruplée. Dans cette conception il semble » que les devoirs et les droits de chacun sont tracés et peuvent être » suivis sans dommage pour aucun.
- » L’avantage de la modification pourrait être : l’unité pour la » propriété intellectuelle, et, en particulier, pour la propriété indus-» trielle actuellement en défaveur, un état plus normal dans lequel le » temps étant plus justement dévolu, l’argent serait aussi mieux réparti.
- » Est-il possible d’indiquer la forme des compensations en valeurs » matérielles des cessions de valeurs immatérielles? Là encore de » nombreuses propositions ont été faites. C’est peut-être dans la rédac-» tion générale d’un contrat légal de travail que se trouverait une bonne » solution. Une cession de droits demande une compensation immé-» diate (donnant-donnant) et uné compensation à terme fonction du » chiffre d’affaires. Afin d’éviter l’équivoque, les objets brevetés conser-» veraient pendant la protection le nom indiqué dans le brevet ainsi que » le numéro du brevet et sa date; le nom du constructeur concessionnaire » serait aussi mentionné.
- » La recherche des vols industriels serait évidemment la même que » celle actuelle des contrefaçons ; avec le temps de protection augmenté, » l’invention pouvant se diffuser, les vols pourraient devenir nom-» hreux ; mais si la répression est très sévère et bien appliquée loyale-» ment, les délinquants seront rares.
- » Dans tous les cas la procédure ne sera pas différente de ce qu’elle » est actuellement pour les contrefacteurs, que ce soit le breveté qui » poursuive ou ses ayants droit. — Si les vols industriels possibles » peuvent devenir plus nombreux par la diffusion d’une invention, » cela augmentera le travail des Ingénieurs et avocats conseils, des » experts et arbitres; quant aux tribunaux, afin de ne pas les encom-» brer pour des temps infinis, il y aurait lieu d’étudier et de mettre au
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- » point une procédure rapide, ce qui serait une heureuse innovation,
- » car. la justice très lente et coûteuse .n’est plus la justice, le temps étant » l’un des principaux facteurs de toute résolution économique. Il ne » faut pas toutefois s’exagérer le nombre de brevets qui seraient légale-» ment contrefaits, en effet au bout de quinze ans environ 5 0/0 seule-» ment des brevets pris subsistent. Ce pourcentage serait peut-être » augmenté avec la plus grande durée de protection, qui donnerait de » l’importance économique à l’invention et engagerait les capitaux à » s’intéresser à des affaires de longue haleine. Faisons une large place , » à l’esprit d’invention, la cherté croissante de la main-d’œuvre et les » exigences raisonnées de la clientèle devraient être un stimulant » puissant en faveur des inventeurs et de la protection de ^propriété » industrielle. Si nous sommes justes et que nous ne méconnaissions » pas, par irréflexion, la valeur du génie d’invention français, nos » inventions n’auront plus besoin d’aller solliciter la bonne volonté en » dehors de nos frontières pour nous revenir après avec le cachet de » l’étranger. Savoir bien utiliser ce que l’on a à profusion sous la » main devrait être un but pour les dirigeants. Peut-être serait-il inté-» ressant aussi à tous égards de réduire la taxe de 100 fr pendant les » premières années d’application de l’invention, qui sont une époque » de mise au point et de dépense pour les inventeurs. Peut-être pour-» rait-on demander par exemple 50 fr pendant cinq ans ou même mieux » 20 fr la première année, 4-0 fr la deuxième, 60 fr la troisième, 80 fr » la quatrième, 100 fr la cinquième et les dix années suivantes.. Les » causes de déchéance seraient les mêmes qu’aujourd’hui, l’exploitation » serait donc obligatoire. Les cessions de licences obligatoires pourraient » être avancées dans certains cas de nécessité.
- » Une des questions qui intéressent aussi vivement les inventeurs et » les exploitants est celle de la validité du brevet eu égard aux antécé-» dents. Faut-il une Commission d’examen préalable, après le dépôt et » le paiement d’une partie de la taxe ? A titre consultatif il semble que » cet examen soit souhaitable, afin de guider les inventeurs. Les » analogies seraient mentionnées sur le brevet. Pour retrouver faeile-» ment ces analogies, il faudrait établir des nomenclatures et classifica-» tions très nettes et très complètes, ce. qui n’est pas impossible.
- » Une autre question, sur laquelle l’attention est aussi appelée, est » celle des brevets étrangers et du brevet international. Est-il possible,
- » avec les législations si diverses des divers Etats, comment faire » concorder des directions si différentes? Il faut beaucoup de temps,
- » mais il faut d’abord et surtout un bon exemple, suivi un certain » nombre d’années dans une grande nation industrielle ; si le résultat » est probant, les économistes de toutes les nations feront adopter le » même système,, et alors le brevet international sera la conclusion de » l’unification des législations. Que la France donne l’exemple de la » reconnaissance et de la protection de la propriété industrielle, c’est la » chose qui semblera le plus naturel au monde; n’avons-nous pas tou-» jours été, par nos artisans, nos économistes, nos philosophes, à la tète » du mouvement intellectuel ; ne serons-nous pas toujours des défen-» seurs et des propagateurs de la Vérité et de la Liberté, cherchant à
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- PROCÈS-VERBAL RE LA SÉANCE DU 26 MARS 1915
- » bien faire comprendre à tous que la base de l’existence sociale est la » réciprocité?
- » Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’expression de mes sen-» timents les plus distingués.
- » J. Patoureau. »
- » Monsieur le Président,
- » Paris, le 20 février 1915.
- » La discussion de l’intéressante communication de notre ancien » Président, M. E. Barbet, offre un gros attrait d’actualité et me fait » sentir vivement le regret que j’éprouve de ne pouvoir en suivre les » débats en séance : je suis obligé de m’en tenir au résumé de nos )> procès-verbaux et j’aurai gardé le silence en voyant le sujet traité de » façon magistrale par des personnes' autorisées; cependant certaines ». affirmations me semblent par trop catégoriques et je ne puis partager » cette .opinion que la loi du 5 juillet 1844 sur la propriété industrielle,
- » soit une loi réellement tutélaire et protectrice de l’invention.
- » .Je ne puis admettre la différence plutôt subtile, que l’on fait » ordinairement entre l’invention artistique et l’invention industrielle,
- » justifiant ainsi pour l’une et l’autre de ces propriétés intellectuelles,
- » deux régimes si opposés : comme beaucoup d’entre nous je guis,. de » façon fort modeste il est vrai, un créateur de l’une et l’autre ma-» nières, aussi je puis affirmer en connaissance de cause qne la fatigue » cérébrale d’élaboration sera la môme ; il y a plus, la création artisti-» que sera en général plus-aisée, en tous les cas beaucoup moins » onéreuse, car nous n’avons pas à nous préoccuper de la résistance » des pièces de notre agencement oà de la possibilité de mise en mou-» vement de l’œuvre rêvée : ainsi suppression, pour l’œuvre artistique-» des essais onéreux précédant toujours la mise au point définitive :
- » pourquoi donc la garantie à peu près gratuite et internationale dans » le. premier cas; la garantie incertaine, quoique payée à un tarif » excessif, dans le second? presque prohibitif pour le chercheur génial,
- » généralement sans fortune?
- » Dira-t-on que ceci est légitime, parce que notre œuvre indhstrielle » va profiter à toute la collectivité humaine, apportera à chacun de » nous, dans l’avenir, une petite part de plus dans' le bien-être et les » commodités de l’existence, parce que l’invention industrielle est en » quelque sorte prolétarienne, alors que, d’autre part, l’œuvre artis-» tique s’adressera seulement à une élite de connaisseurs, qu’elle va » distraire et charmer, prenant ainsi de séduisantes allures aristocra-* tiques : et c’est la seconde qui aura le maximum de garantie avec le » minimum de débours pour la réalisation et l’exploitation.
- » Est-ce logique et juste?
- » Il me paraît bien osé de prétendre que quinze années sont*un large » délai de protection, dans tous les cas possibles et pour toutes les » inventions imaginables. Si souvent l’inventeur abandonne dès la » deuxième ou la troisième année, cçla né prouve pas que l’invention » est médiocre, mais seulement que son profit annuel demeure infé-» rieur au coût des taxes imposées : beaucoup d’entre nous ont vu leur
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- PROCÈS-VERBAL DE LA SÉANCE I)U 26 MARS 1915
- » création ne devenir rémunératrice que quinze ou vingt années après,
- » alors que la garantie officielle n’existait plus.
- » Ne savons-nous pas par des exemples multiples que toute invention » géniale sera l’œuvre d’un précurseur ; c’est dire qu’elle viendra .avant » l’heure, à une époque où le milieu économique ne saurait assurer son » développement rapide : alors, beaucoup plus tard, d’autres personnes » reprendront l’idée, l’époque étant plus favorable elles réaliseront une » fortune avec la conception du malheureux précurseur tombé parfois » dans la misère en poursuivant la réalisation de son rêve : — souvent, » avec subvention de l’État, on lui élèvera une statue pour perpétuer » l’image de cette grande infortune, — puis la durée de quinze années » sera officiellement déclarée intangible !
- » Je persiste à croire que la loi de 1844, dont les auteurs, à ce point » de vue, ont manqué tout à fait de psychologie, reste défectueuse en la » présente hypothèse; une magistrale révision de son texte désuet » s’impose aujourd’hui et peut-être pourra-t-on songer à reprendre » cette utopie de 1866, à créer le crédit intellectuel préconisé par le » père Enfantin. — N’avons-nous pas vu se créer successivement le » crédit commercial, le crédit industriel, le crédit immobilier, le crédit » agricole... Les songes creux, les rêves icariens de 1840, époque où » s’élabora notre loi de protection industrielle, ne sont-ils pas pour )> partie réalisés aujourd’hui?
- » Nous faut-il donc conserver une loi créée à une époque où la vie » industrielle moderne était à son enfance, où les rrîoyens rapides de » transport par emploi de mécanismes restaient à l’état de curiosité; le » développement magistral de toutes les industries, qui a marqué la « seconde moitié du dix-neuxième siècle, ne cesse de croître de façon *» régulière, ne va-t-il pas nous imposer bientôt une conception tout à » fait autre pour la législation industrielle internationale?
- » Malgré tous mes efforts, je ne puis trouver légitime cette taxe » uniforme frappant indistinctement des inventions disparates, d’une » réalisation plus ou moins facile, d’un rapport très variable; ainsi, par » exemple :
- » a) L’agencement nouveau d’une fibule antique comme épingle de » sûreté, que je réaliserai par l’emploi d’un fil de fer et d’une pince à » branches rondes.
- » b) Un nouveau mouvement d’horlogerie, qu’avec un peu d’habileté » manuelle je pourrai établir à peu de frais en mécanique de bois, de » cartonnage, de ficelle, sans outils ou presque, par clouage et collage.
- » c) Une turbine à explosion de'gaz ou un nouveau système de » construction navale, dont les recherches comme la mise au point » exigeront Je concours de la grosse industrie, seraient coûteuses et de »' longue durée.
- » Un certain classement par catégorie, une certaine progressivité » pour la taxe, apparaissent choses judicieuses en l’espèce.
- » Je n’insisterai pas sur les points faibles de la loi du 5 juillet 1844, » des personnes autorisées les ont établis et mis en relief bien ayant » moi ; il est donc nécessaire de lui substituer une autre conception.
- » Nous sommes en ce moment à un tournant économique, à l’aurore
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- PROCÈS-VERBAL DE LA SÉANCE DU 26 MARS 1915 75
- » d’ une transformation professionnelle mondiale, dont il n’existe aucun » précédent dans l’histoire des peuples.
- »> Souvenons-nous de ce fait considérable : après la secousse de notre » première Révolution, la vie politique et la vie économique européenne » se sont établies sur des bases tout à fait nouvelles, s’appuyant sur une » législation qui a dû paraître insensée et folle aux partisans de l’an-» cien régime.
- » Le conflit actuel, en raison de ses causes, de son ampleur, des » conséquences possibles qu’il aura sur la production générale, donnera » un élan d’ampleur insoupçonnée aux recherches scientifiques et » industrielles : nous assisterons certainement a une modification » économique mondiale dont il est difficile d’entrevoir les limites et )> l’importance : le brevet international, tout au moins pour le groupe » Etats alliés ou confédérés, n’est plus une utopie à la réalisation loin-» taine; il sera la conséquence de cette mise en commun des forces » militaires, financières et économiques, se dessinant à l’heure actuelle.
- * J’estime donc qu’il y a lieu, en présence de la nouvelle situation » industrielle mondiale qui va naître et dont nous ne pouvons prévoir » aujourd’hui toute l’importance, de songer à l’avenir en nous plaçant » à un point de vue plus élevé, plus philosophique, et de là nous » pourrons concevoir une législation industrielle mondiale d’un esprit » plus large, d’un souffle vraiment puissant et créateur.
- » Ceci, les législateurs de 1844 ne pouvaient en avoir la prescience, » d’où je conclus que leur œuvre est périmée et il y aurait tout honneur » pour notre Société des Ingénieurs civils de France, comme conclusion » des intéressants débats actuels, à jeter les hases d’un avant-projet » pour cette loi future r nous ferions ainsi œuvre utile et généreuse.
- » Veuillez croire, Monsieur le Président, âmes sentiments distingués » et dévoués.
- » Jules Pillet. »
- » Monsieur le Président,
- « Paris, le 27 février 1915.
- » N’ayant pu assister à la séance du 26 février, je viens vous deman-» der de vouloir bien faire insérer la présente lettre comme contribution » à la discussion sur les brevets d’invention.
- » On oublie parfois, il me semble, qu’il y a inventeurs et inventeurs, » brevets et brevets.
- » Il ne faut pas raisonner pour l’inventeur peu fortuné comme pour » l’industriel puissant qui prend des brevets pour des perfectionne-» rnents de fabrication dont il a l’application immédiate par ses moyens » industriels et commerciaux.
- » Il ne faut pas raisonner pour un brevet s’appliquant aux travaux » publics, à de grosses machines ou à des navires, dont l’exploitation » dépend du bon vouloir d’administrations ou de capitalistes puissants » comme pour des brevets de choses faciles à fabriquer et à vendre.
- » Il y aurait bien d’autres distinctions à faire.
- » Il semble que l’intention du législateur ait été de soutenir les in-
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- » venteurs peu fortunés, et certainement la loi ne les'protège pas comme » le législateur a pu le rêver.
- » Il ne faut pas, de peur de trop favoriser certains -brevetés puissants, » établir ou maintenir des conditions rendant par trop difficile le i » succès des inventeurs peu fortunés.
- » Il est certain que le législateur de 1844 ne supposait pas ce que » serait pour les inventeurs peu fortunés de l’avenir la difficulté de » mettre au point leqrs inventions, de les lancer et d’en tirer profit.
- » Nous devons désirer voir faciliter les voies au génie français, » auquel il arrive si souvent de voir ses idées enrichissant l’étranger » alors qu’il n’a pu en tirer parti à temps pour en profiter.
- » Sans insister sur des cas illustres comme celui de Tellier et des » navires'frigorifiques, nous citerons le cas d’un brevet d’application du » béton armé à la mer, pour lequel certains Ingénieurs déclarent qu’on » ne pourra envisager une application étendue qu’après vingt-cinq ans » de succès d’un premier essai.
- » Et cependant, pour une application précédente de ce genre, un » brevet a été déclaré nul faute d’exploitation trois ans de suite.
- » Il faut que les améliorations nécessaires à la loi des brevets soient » tellement simples qu’elles ne puissent pas conduire à des doutes » d’interprétation et, par suite, à des litiges pouvant être horriblement » coûteux et impossibles à supporter par un inventeur peu fortuné.
- » On pourrait tout d’abord :
- » 1° Supprimer l’obligation d’exploiter, en lui substituant, pour » répondre aux objections exposées notamment par M. Michel Pelletier, » le régime de la licence obligatoire.
- » 2° Porter les brevets à vingt ans, et prévoir une prolongation » éventuelle de cinq ou dix ans s’il .est établi par l’inventeur que pen-» dant ce temps il n’a pu réaliser, convenablement la mise au point, y et exploiter commercialement son invention.
- » 3° Tout en laissant à chaque pays sa loi de brevets : réduire les » frais de prise des brevets étrangers, en admettant, comme valable » pour le dépôt du brevet dans un pays quelconque, le simple envoi » par pli recommandé, ou le dépôt chez un consul par l’inventeur lui-» même, avec la taxe légale, d’qne copie du brevet initial, à son choix, » dans l’une des trois langues admises généralement pour l’impression » des mémoires scientifiques des Congrès internationaux : français, » anglais, allemand; et admettre que toutes les formalités accessoires » (variables suivant les Etats), se rapportant au dépôt du brevet, à son .» examen, à la licence obligatoire, à la constatation d’exploitation, etc... » puissent être accomplies par l’inventeur par correspondance recom-» mandée dans la langue choisie par lui pour le dépôt du .brevet.
- » Les deux premières mesures, sauf la prolongation éventuelle du » brevet au delà de vingt ans, ne feraient que généraliser, avec le » tempérament de la licence obligatoire, ce qui existe déjà aux- États-» Unis, avec des effets très heureux, si l’on en juge par la prospérité de « leur industrie.
- » Il existe déjà des embryons de la troisième mesure proposée en » Italie, où on admet le dépôt des brevets en français, et en Égypte où
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- » on admet le simple enregistrement des brevets des pays d’origine.
- » On pourrait encore étendre les facilités pour les brevets d’addition » comme suit :
- » On abandonnerait le régime de l’addition tombant avec le brevet » principal.
- » Le brevet d’addition aurait la vitalité et la durée d’un brevet prin-» cipal, mais son dépôt ne coûterait que 20 francs, et il ne donnerait » lieu à paiement d’annuité que quand il n’en serait plus payé pour le )> brevet principal.
- » En ce qui concerne la licence obligatoire, on a dit qu’elle n’était » pas bien intéressante, étant donné que dans les pays où elle existe » elle est très rarement appliquée. Gela ne diminué pas son intérêt » principal, qui est de supprimer pour les inventeurs le risque de » déchéance pour non-exploitation, et les chicanes pouvant en résulter.
- » M. Michel Pelletier a dit que l’utilité de prolonger la durée des » brevets n’était pas bien évidente, étant donné que sur 10.700 brevets » pris une année, au bout de quinze ans il n’en avait été entretenu que 322.
- » Cela parait surtout provenir, d’une part du non-examen, qui fait » que beaucoup d’inventeurs ne reconnaissent leur brevet non valable )> qu’après en avoir obtenu la délivrance, d’autre part du fait qu’on n’a » intérêt'à payer les annuités que pour les brevets rapportant; or, le » nombre des brevets pouvant rapporter ayant leur expiration augmen-» ferait si on augmentait la durée des brevets et si on améliorait d’une » façon générale les conditions si fâcheuses faites aux inventeurs par la » loi de 1844.
- » On a objecté à-la proposition de M. Barbet, de tenir compte du » jour de la mise en exploitation de l’invention, que les inventeurs » avaient depuis 1902 la faculté de réclamer l’ajournement de la déli— » vrance de leur brevet pendant une année, et qu’ils n’en profitaient » guère, mais, sauf des cas particuliers assez rares, je ne vois pas » quelle facilité supplémentaire les inventeurs peuvent trouver à » maintenir leur brevet secret pendant un an pour le mettre au point, » étant donné d’ailleurs que cette année est comptée sur la durée légale » du brevet, et qu’au contraire en maintenant le brevet secret pendant » une année on est gêné pour sa mise - en œuvre en France et encore » plus à l’étranger.
- » En ce qui concerne la proposition ci-dessus présentée pour faciliter » la prise des brevets étrangers, je me bornerai, pour en montrer l’in-» térêt, à rappeler que pour beaucoup de pays la taxe officielle du dépôt » du brevet est très inférieure à la moitié ou même au quart de ce que » coûte la.prise des brevets au tarif en usage, et que des formalités qui » pourraient ne coûter à l’inventeur qu’une simple correspondance, » notamment pour les questions de constatation d’exploitation, de » déclaration d’acceptation de licence obligatoire, etc..., lui coûtent des » honoraires par centaines de francs s’il s’agit de pays lointains.
- » Il faudrait que les facilités accordées fussent largement publiées, » pour que chacun sût en profiter.
- » Il serait désirable que la Société des Ingénieurs Civils de France » et les Sociétés étrangères analogues soutinssent énergiquement les
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- » inventeurs pour leur permettre d’obtenir une aussi forte réduction » de leurs frais en menant leurs affaires eux-mêmes quand ils sont » capables de le faire.
- » Il ne faut pas laisser trop d’influence dans le réglement de la » question à ceux qui touchent les honoraires, dont l’économie, dans » beaucoup de cas, aiderait singulièrement les inventeurs.
- » Les conseils techniques conserveraient d’ailleurs un rôle important » et peut-être augmenté en raison de la plus grande prospérité des «^inventeurs, par leur intervention dans les questions pour, lesquelles » les inventeurs ont réellement besoin de leurs conseils.
- » Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’expression de mes"seuli-» ments très distingués et dévoués. » L. Ravier, » *
- « Ezanville, 22 mars 1915.
- » Monsieur le Président et Cher Collègue,
- » C’est aujourd’hui seulement que j’ai pu prendre connaissance du » Procès-Verbal de la Séance du 22 Janvier et de l’intéressante com-» munication faite par M. Michel Pelletier, à la suite de celle de notre » ancien Président M. E. Barbet.
- » Étant mobilisé, je n’ai pu assister à la séance du 26 février, au cours » de laquelle la discussion a continué et où le sujet doit avoir été épuisé.
- » Il est donc probablement bien tard pour revenir sur la question ; je » vous demande cependant la permission de vous présenter encore quel-» ques observations, en. vous priant, si vous le jugiez possible, de les » joindre à la publication du prochain procès-verbal.
- » Comme M. E. Barbet le demande, il me semble qu’il y aurait quel-» que chose à faire pour assurer à l’inventeur une juste rémunération » de ses efforts, de ses dépenses et de son travail ; mais, comme le dit » M. Michel Pelletier, je crois que ce n’est, ni dans la prolongation du » délai de validité du brevet, ni dans une description succincte et incom-» plète de l’invention, ni dans le recul de la. date, à partir de laquelle » doit commencer la validité du brevet qu’il est possible de trouver une » solution.
- » Cependant il est arrivé, dans bien des cas, que l’inventeur n’a pu » tirer aucun avantage de l’exploitation de son invention, alors que » celle-ci, après l’expiration de la durée de validité du brevet, a fait la » fortune de tel ou tel industriel ou de telle ou telle Société qui aura su » la mettre en valeur.
- )) Soit que la mise au point ait absorbé la plus grande partie de la » durée de validité, soit que les capitaux lui aient manqué, soit même « qu’un défaut de sens pratique, qui caractérise beaucoup d’inventeurs » l’ait empêché de réaliser en temps opportun ce qu’il avait conçu, ». l’inventeur aura donc travaillé en pure perte. Il paraît cependant » difficile de prolonger beaucoup là durée dé validité des brevets, car, » comme le fait remarquer M. Michel Pelletier, s’il ri apparaît pas qu’il » y ait un gros dommage pour la Société à protéger, même d’une façon » excessive, la durée de la propriété littéraire et artistique, et de risquer » ainsi d’en perdre la jouissance collective, la moindre invention peut
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- » avoir pour la môme Société une importance considérable ; elle doit » donc s’assurer cette propriété collective dans un délai raisonnable.
- » Elle doit aussi dans toute, la mesure possible, provoquer les inventions » en assurant, sinon à l’invention elle-même, du moins à l’inventeur » une protection et une rémunération efficaces.
- ». Cette protection, je la verrais, non pas dans les dispositifs préconisés » jusqu’ici, mais dans une rémunération un peu spéciale, qui nejoue-» rait qu’en cas de réalisation pratique de l’œuvre, de l’esprit ou de la » science de l’inventeur.
- » Tout en n’établissant donc pas une comparaison trop absolue, entre. » l’invention littéraire ou artistique d’une part ; l’invention industrielle » et scientifique de l’autre, il convient tout de môme de rapprocher la » question qui nous occupe de celle qui a été soulevée, il y a peu de » temps, au sujet des droits éventuels que pourraient avoir, mômelong-» temps après la mort de l’auteur, ses héritiers, lors de la cession d’une » œuvre d’art. . '
- » Une proposition de loi, soumise au Parlement, demandait qu’une » redevance minime fut prélevée pour ces héritiers, sur le prix des » cessions qui pourraient être faites des œuvres d’art ou môme de leurs » reproductions. Par analogie, ne pourrait-il être spécifié qu’une rede-» vance, une royalty, môme infime, serait attribuée à l’inventeur ou à » ses héritiers, pendant un laps de temps à déterminer, par les exploi-» tants de ses brevets, après l’expiration de leur validité légale ?
- » Je ne me cache pas que l’application d’une règle de cette nature ne » soit assez difficile, cependant elle n’a rien d’impossible et nombreux » sont les contrats industriels et commerciaux qui spécifient pour tel ou » tel collaborateur une participation grande ou petite sur les bénéfices » ou les recettes d’une exploitation.
- » Néanmoins le problème envisagé sous cette forme ne soulève plus » aucune des objections qui ont été présentées jusqu’ici ; l’entrée de » l’invention nouvelle dans le domaine public n’est en rien retardée et » la rémunération de l’inventeur qiii n’aura pu mettre lui-mème en » valeur son invention, rémunération qui, après l’expiration du brevet » devra, en tout état de cause être très minime, ne pourra gêner en rien » l’exploitation industrielle de l’invention. Il va sans dire que le mon-» tant de cette rémunération devrait être fixé par le législateur et non » pas laissé à l’appréciation de l’inventeur.
- » Au moment où, après un trop long sommeil, notre Commerce et » notre Industrie vont reprendre dans le Monde l’une des premières » places, il convient de favoriser l’esprit inventif de nos compatriotes et, » par une amélioration sans cesse renouvelée de nos procédés indus-» triels de préparer la victoire technique, après la victoire militaire.
- » Le procédé que je me permets de vous soumettre me semble faci-» liter cet essor et devoir, dans une forme nouvelle, assurer l’intérêt » simultané de la collectivité nationale et des inventeurs qui viendront » collaborer à sa prospérité..
- » Veuillez agréer, Monsieur le Président et cher Collègue, l’assurance » de mes sentiments dévoués.
- » Henry Casevitz. »
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- DANS LA
- DIRECTION DES AUTOMOBILES
- PAR
- >1. Rodolphe SOREAU
- Du virage correct. — Le virage est correct si, à tout instant, les axes des fusées mobiles convergent sur l’essieu arrière, le point de concours C étant le. centre instantané de rotation (fig. 4).
- Fig.l.
- Soient : |
- (3 l’angle dont a tourné la fusée extérieure au virage,
- Y l’angle dont doit tourner la fusée intérieure, pour que le virage soit correct,
- d la distance des pivots O, 0; des fusées, e l’empattement de l’automobile,
- k le rapport ,
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- CALAGE DES LEVIERS SUR LES FUSÉES
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- On a la relation :
- ècotg [3 —ecotgy ~ d
- d’où :
- cotg£ — cotg y = k. ' (1)
- Telle est la condition du virage correct.
- Divers dispositifs ont été proposés pour réaliser ce virage. Dans la 'Technique automobile du 15 juillet 1914, M. Pol Ravigneaux rappelle, entre autres, ceux de Carlo Bourlet et d’Amédée Bollée. Je signalerai, en passant, le dispositif suivant, théoriquement fort simple :
- Les fusées F et F', mobiles autour des pivots O et O', seraient', suivant la construction habituelle, solidaires de deux leviers OA, O'B reliés par une barre de connexion AB articulée en A et en B, mais cette barre, au lieu d’être rigide, serait aussi articulée en son milieu I. A toute rotation (3 de O'F' amenant l’extrémité B de la barre en un certain point B' correspond une rotation correcte y, donnée par la relation (1), qui amènerait l’extrémité A en un point AL Dès lors, l’articulation I doit être à l’intersec-
- AB
- tion des deux circonférences de centres A', IL, et de rayon
- u
- Choisissant l’une de ces intersections, on construit, par une épure facile, le lieu géométrique du point I; pour obtenir en toutes circonstances un virage correct, il suffirait de guider le pivot vertical dont l’axe est projeté en I dans une coulisse horizontale (ou mieux dans deux coulisses identiques superposées) dont la ligne médiane serait le lieu de I.
- Du DEGRÉ D’INCORRECTION d’üN VIRAGE AVEC RARRE DE CONNEXION
- rigide. — Dans tout ce qui suit, je considère le dispositif habituel avec barre de connexion rigide, d’une construction plus simple et plus robuste (fig. 2); au demeurant, ce dispositif donne satisfaction si l’angle de calage AOF = BO'F' des leviers sur les fusées mobiles est convenablement choisi.
- Je définis le virage d’une voiture par l’angle a dont tourne la fusée intérieure au virage.
- A une rotation ,3 de la fusée O'F' correspondent un virage réel a et un virage correct y dont la valeur est donnée par la relation (1). En général, a diffère de y, et l’on peut prendre a — y comme mesure du degré d’incorrection du virage a.
- L’écart a — y est fonction de l’angle de calage, et il convient
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- Bull.
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- CALAGE DES LEVIERS SUR LES FUSÉES
- de chercher quel est, pour une application déterminée, le meilleur angle de calage à donner aux leviers sur les fusées.
- Avec le calage à 90°, on aurait constamment a --- p, et la relation (1) ne saurait être satisfaite. Aucun virage ne serait donc correct; le degré d’incorrection augmenterait même très rapidement à mesure qu’on s’éloignerait de la marche en ligne
- droite : c’est ainsi qu’avec- une Lor-raine-Diétrich 16 HP, pour laquelle k = 0,4 environ, a — y varierait, en chiffres ronds, de 0 à — 2° quand a croîtrait de 2 à 10°, et de —2 à —10° quand a croîtrait de 20 à 45°; l’écart serait inadmissible pour les virages courts.
- Avec des calages supérieurs à 90°, soit de 90° + X, il est possible d’atténuer, dans une forte mesure, le degré d’incorrection du virage si X est convenablement choisi : c’est que, entre certaines limites de X, la valeur absolue de a — y croit assez peu à mesure qu’on s’écarte de la direction en ligne droite; elle arrive même à décroître jusqu’à s’annuler (fie/. 4) : on peut alors choisir X de façon à obtenir des virages quasi corrects dans toute la gamme des valeurs pratiques de a.
- Le but de la présente Note est de donner une méthode rapide permettant de fixer ce choix, pour une automobile donnée, suivant l’application à laquelle on la destine.
- Diagramme des courbes d’incorrection. — Le rapport r entre la lôngueur des leviers et celle de la barre de connexion étant tou-
- jours petit, on peut négliger la rotation i de cette barre. On a alors (fig. 3) :
- Projoo'A'A = Projoo- B'B
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- CALAGE DES LEVIERS SUR LES FUSÉES
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- et, par suite :
- OA'sin(x + a) — OA sin a = O'BsinX + O'B'sin — a), d’où la relation (*) :
- _ sin a — sin (3
- ^ ’ ~~ 2 — (cos a + COS 13) “ ^
- Il est commode de poser tg a = nk, et de définir le calage par la valeur de n, qui a cette signification très simple : projetons ortliogonalementf/n/. %) les pivots O, O' en P, P'sur l’essieu arrière;
- PM
- la ligne OA prolongée coupe PP' en un point M tel que pp = n.
- Pour une voitur^ caractérisée par la valeur de k, les équations (1) et (2), — dans lesquelles [3 n’intervient que comme angle auxiliaire, — permettent de calculer les angles corrects v qui correspondent à des virages a, pour un calage défini par la valeur n — n0. Portant a en abscisses, a — 7 en ordonnées, nous obtiendrons ainsi un diagramme formé de courbes cotées n0, ?q, n2...; à la simple inspection de ce diagramme, il sera aisé de choisir la [valeur de n la plus favorable, eu égard aux applications qu’on a en vue.
- Abaque auxiliaire. — Mais la construction du diagramme par une telle méthode de calcul serait pénible : aussi me suis-je proposé d’établir un abaque à points alignés qui permet de le dessiner rapidement. La particularité de cet abaque auxiliaire est qu’il peut servir quelle que soit l’automobile considérée.
- A cet effet, j’écris la relation (2) sous la forme :
- 0
- 1
- 1
- — nk 1
- sin a cos a
- sin [3 2 — cos
- Fixons les limites entre lesquelles Avarient nk et a. Je démon -
- (*) La relation exacte, facile à établir en projetant sur OO' les contours OABO', OA'B'O', est la suivante :
- r sin'ù
- sm a — sin 3 2
- t°’ ) —- —------------——----------------------
- D ' 2 — (cosa -j- cos B) . a , . 3 •
- sin*--|-sin*-
- L’adoption de la relation (2) revient donc à considérer une valeur de X très légèrement supérieure à sa valeur vraie; cet excès est d’ailleurs tout à fait négligeable dans les virages peu accentués, et faible dans les virages courts.
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- CALAGE DES IeVIEIIS SUR LES FUSÉES
- trerai plus loin que les valeurs de n qu’il y a lieu de considérer sont comprises entre 0,7 et 4 ; or, en pratique, le rapport k est compris entre 0,35 et 0,45 : les limites de nk sont donc 0,35 X 0,7, soit 0,25 en chiffres ronds, et 0,45. Quant à a, il convient de le faire varier entre 10°, valeur au-dessous de laquelle a — y est négligeable, et l’angle pour lequel la roue intérieure au virage vient heurter le longeron; je. prendrai pour limites 10° et 45°.
- Gela étant, j’ai transformé le déterminant de façon que les extrémités des courbes nk et a de l’abaque projeté, extrémités correspondant aux limites ci-dessus, soient sensiblement les sommets d’un rectangle, ce qui donne la meilleure utilisation de la feuille de dessin. J’ai été ainsi conduit à prendre :
- 0 3,6 — Snk
- 1 8 sin a 4- 3,6 cos a — 5
- '1‘ 8 sin t3 — 3,6 cos -j- 2,2
- 1
- 1.28 + COS a
- 3.28 — cos|3
- = 0,
- qui se déduit du premier déterminant en combinant les colonnes, multipliées par des coefficients convenables. Le nouveau déterminant exprime l’alignement des 3 points cotés :
- i æ = 0
- ( y = 3,6“ — 8 nk
- 1
- 1,28 + COS a
- 8 sin a -f- 3,6 cos a — 5 1,28 -f COS a
- 1
- 3,28 — cos (3
- 8 sin |3 — 3,6 c.os (3 -f 2,2'
- 3,28 — cos (3
- Il suffit maintenant de multiplier les abscisses et les ordonnées par des modules convenables, suivant les dimensions de la feuille de dessin. J’ai choisi les modules 500 et 200 mm : les coordonnées des 3 systèmes de points cotés sont alors exprimées en millimètres.
- L’échelle
- y - 1 000 (1,8 — 4 nk) est rectiligne et régulière.
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- CALAGE LES LEVIERS SCR LES FÜSÉES
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- L’échelle curviligne a est fournie par les deux faisceaux de droites :
- 500
- x
- 1,28 + COS'a
- 8 sin a 4- 3,6 cos a — 5 '> = "-----------îfi-----'-----
- Cette dernière équation représente des radiantes issues de l’origine, qu’on construit aisément en les coupant par la transversale x = 250; on a sur cette transversale l’échelle
- y 100 (8 sin a + 3,6 cos a — 5).
- On construit l’échelle |5 de la même manière.
- C’est ainsi que j’ai dessiné l’abaque de la planche 52 (*), avec lequel le tracé du diagramme des courbes d’incorrection est extrêmement facile.
- n étant, comme il a été remarqué, une fraction comprise entre 1 et 0,7, on construira le diagramme pour les 4 courbes de cotes n = 1 ; 0,9; 0,8; 0,7. La marche à suivre est la suivante : faire pivoter une règle sur l’abaque autour du point-de cote nk, en la
- faisant passer successivement par les points a — 5°, 10°, 15°...
- 45°; lire la cote cotg [3 qui se trouve sur chaque alignement, et en retrancher k ; chercher le point de l’échelle des cotg qui a pour cote cette différence (*), et lire en regard la valeur de y-On a ainsi très rapidement les ordonnées a — v de la courbe n du diagramme.
- Application et conclusions. — J’ai établi de la sorte le diagramme de la figu re 4, relatif'aux automobiles dans lesquelles k — 0,4, bonne valeur moyenne de k pour les voitfures de tourisme.
- L’examen de ce diagramme conduit aux conclusions suivantes :
- •Le calage n == 1, qui est très généralement adopté, a l’avan-
- (*) Les équations à 3 variables susceptibles d’être représentées par un abaque à points alignés se différencient d’après ma notion de l'ordre nomographique, devenue classique en homographie. Elles sont d’ordre 3, 4, 5 ou 6.
- Pour les ordres 3 et 4, les exemples techniques abondent. Pour l’ordre 5, les seule applications faites jusqu’ici étaient relatives au cas particulier de formules symétriques par rapport à 2 variables, auquel cas les % échelles curvilignes ont même supports L’abaque de la planche 52 est, à ma connaissance, le premier exemple technique générai relatif à l’ordre 5. Quant à l’ordre 6, la technique n’en donne pas d’exemple.
- (*) Si cette cote n’est pas sur l’échelle des cotangentes, une table de cette fonction trigonométrique donnera la valeur de y.
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- Degré d'incorrection a. - ^
- S33SM s:n vins stiaiAai saa aovivo
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- CALAGE DES LEVIERS SUR LES FUSÉES
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- Lage de donner des virages presque rigoureusement corrects jusqu’à a =15°, c’est-à-dire dans la zone des virages de beaucoup les plus fréquents ; c’est avec lui qu’on réalise le minimum d’incorrection, et par suite le minimum de fatigue dans les légères sinuosités sur la marche en ligne droite, sinuosités qui se produisent constamment : en effet, la courbe n = 1 est, comme je le démontrerai plus loin, osculatrice en O à l’axe des abscisses, alors que les autres courbes y sont simplement tangentes. Par contre, des quatre calages n = 1 ; 0,9 ; 0,8 ; 0,7, c’est le calage n — 1 qui, au delà de a = 30°, est le moins correct ; dans les virages extrêmement courts, il peut provoquer le dérapage des voitures marchant en vitesse, ou, avec des voitures très chargées, produire une trop grande fatigue des organes intéressés à la correction des virages, notamment des leviers et de leurs articulations. Pour a = 45°, le degré d’incorrection atteint 3° 20' avec k — 0,4.
- Des quatre courbes du diagramme, la courbe n = 0,7 a l’avantage de fournir le miniiéum d’incorrection générale ; cette incorrection n’atteint jamais 1° dans toute la zone comprise entre 0 et 45°. Le calage n = 0,7 atténue donc fortement, pour les virages courts, les chances de dérapage en vitesse et l’usure des organes intéressés à ce que les virages restent suffisamment corrects. Mais il donne des virages un peu moins corrects que le précédent avec les faibles sinuosités.
- Les calages intermédiaires participent, à un degré moindre, des avantages et des inconvénients de ces virages extrêmes, suivant qu’ils se rapprochent plus ou moins de l’un ou de l’autre.
- Un diagramme comme celui de la figure 4, bien facile à construire avec l’abaque général que j’ai établi, permettra donc au constructeur de fixer le calage n qui convient le mieux à une automobile de caractéristique k, suivant l’usage auquel il la destine (*). Ce choix est d’ailleurs un peu affaire d’appréciation personnelle : dans l’exemple considéré de k = 0,4, je conseillerais volontiers, pour une voiture de tourisme rapide, le calage n = 0,8, avec lequel OA prolongé coupe Ply aux 8/10e à 'partir du 'point P, et non au point P\ comme il d'usage. En tout cas, k calage n ~ 0,9 est toujours préférable à ce calage usuel.
- (*) Rappelons ici cette remarque : en négligeant l’obliquité de la barre de connexion, on attribue à tg / des valeurs très légèrement supérieures à ses valeurs vraies, l'excès n’étant d’ailleurs appréciable que pour des virages accentués. Les ordonnées des courbes.» devraient donc être très légèrement diminuées pour de tels virages.
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- CALAGE DES LEVIERS SUR LES FUSÉES
- Note complémentaire sur quelques propriétés des courbes n. — Je vais maintenant démontrer, à titre de documentation complémentaire, quelquès. intéressantes propriétés mentionnées au cours de cette Note.
- 1° Étudions d’abord les courbes n aux environs de l’origine U. Les relations (1) et (2) peuvent alors être remplacées par les suivantes :
- 1g X =
- 2(« ~ g)
- a2 + 2 '
- Or, le coefficient angulaire de la tangente aux courbes n est, aux environs de l’origine :
- d(a — y) _ , _ dy d?. dy
- On a, d’ailleurs :
- ch = fi d& = (l +
- dy =
- -tgX
- 1
- a tg À
- d’où :
- ± - (1 -U - alg';-
- dx K : V 1 + gtgX’
- et, en négligeant les puissances supérieures de a, {3, y : dy __
- dy
- 1 -f 2 ky — (a + t3) tg X.
- En remplaçant 2y. et a + (3 par leur terme principal 2x, il vient finalement :
- T> = %(n — l)kx. (3)
- Le coefficient angulaire tend vers* zéro avec a : toutes les courbes n sont donc tangentes en O à l’axe des abscisses, et par suite tous les virages sont corrects pour un écart infiniment petit sur la marche en ligne droite. Cette propriété, attribuée par M. Pol Ravigneaux à la courbe n = \, est donc générale.
- Pour n > 1, les courbes n sont, aux environs de l’originë,
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- CALAGE DES LEVIERS SUR LES FUSÉES
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- au-dessus de l’axe des abscisses. Pour n •< 1, elles sont au-dessous. Quant à la courbe n = 1, elle coupe l’axe, non plus en 2, mais en 3 points confondus à l’origine; elle est donc oscu-latrice en O à l’axe des abscisses : telle est la véritable caractéristique de cette courbe.
- 2° Je vais démontrer maintenant que les seules courbes n susceptibles de couper l’axe des abscisses positives sont telles que n < 1, la limite n = 1 correspondant, comme il vient d’être établi, au cas où le point d’intersection vient en 0.
- L’abscisse de ce point satisfait aux relations (1) et (2) où l’on fait y = a- En éliminant alors [E, il vient :
- tg*
- (Il — 1) sin a
- R(2 — COS a) — (k sin a -f COS a)’
- (4)
- avec
- R = \/l -j- tk sin a cos a -f k* 2 sin2 a. Or, pour a positif, on a :
- 1 + k sin a cos a < R < 1 + fe sin a. On peut donc poser :
- R — 1 4- km sin a,
- avec
- cos a < m < 1. La relation (4) devient alors :
- m sin2 a
- (1 — cos a) (2 + km sin a) — k sin a + km sin a
- Remplaçons m par cos a dans le dernier terme du dénominateur :
- n «C
- (1 — cos a) (2 — k sin a 4- km sin a)’
- puis supprimons haut et bas le facteur 2 sin2^ ; il vient :
- 2m cos2
- n <
- 2 — k sin a + km sin a’
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- CALAGE DES LEVIERS SUR LES FUSÉES
- -Or, 2 — k sin a est au moins égal à 2 cos2^ — k sin a, et, a fortiori, à m (2 cos2^ — k sin a). De cette relation
- 2 — k sin a > m (2 cos2| — k sin a),
- on déduit :
- 2 m cos2| <2 — k sin a -J- km sin a, d’où finalement :
- »< 1. (5)
- Ainsi donc, la relation (4) résultant de y = a ne peut être satisfaite par des valeurs positives de a, et par suite les courbes n ne sont susceptibles de couper l’axe des abscisses positives, que si n est au plus égal à 1, ce que je me proposais d’établir.
- 3° On pourrait démontrer par des moyens analogues qu’une courbe n ne peut couper l’axe des abscisses positives que si n est supérieur à une certaine limite, évidemment inférieure à 1 (*) : c’est ainsi que pour n = -0 (calage à 90°), toute la courbe serait au-dessous de l’axe des abscisses. Les seules valeurs intéressantes de n sont donc comprises entre 1 et une fraction de I. Je n’étudierai pas autrement cette dernière limite théorique, et la remplacerai par une limite pratique basée sur cette considération que l’angle x, limité par la butée de la roue intérieure au virage contre le longeron, ne dépasse pas 45°. Il n’y a donc pas lieu, d’après la relation (4), d’envisager des valeurs de n inférieures à
- ’ ----------~ 1_____________________. (6,
- k R45 <2\/2 - 1) - (K + 1)
- Or
- 1 II,:;/.’ < Dw < 1 -f 0,707 k.
- En prenant la valeur moyenne 1\K) = i pour (6)
- 0,6
- 0,6 k, on obtient
- 0,828 -f 0,097 k ’
- soit 0,7 environ.
- Ainsi se trouve démontrée la propriété admise plus haut sur les limites pratiques 1 et 0,7 de n.
- {*) Cette limite est —---------—.
- v ; (2 H- /c)2
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- LES SOUS-MARINS ALLEMANDS
- LEUR RÔLE DANS LA GUERRE ACTUELLE 0
- PAR
- M. M. LAUBEÜF
- I. Nombre des sous-marins allemands.
- Dimensions. Armement. Mode de construction.
- La marine allemande a gardé très secrètes toutes les informations concernant ses sous-marins. Aussi dois-je faire quelques réserves sur les renseignements qui suivent. Ils sont probables, ils ne sont pas certains.
- Au commencement de 1914, d’après les statistiques publiées par l’Amirauté anglaise, l’Allemagne possédait.24 sous-marins armés et 14 en construction. Parmi ces derniers, 8 ont pu être terminés. Les 6 derniers (nos 33 à 38), commencés vers la fin de 1913, n’étaient certainement pas terminés au commencement de la guerre. Il est même douteux qu’ils le soient tous maintenant, malgré l’activité fiévreuse déployée par les chantiers allemands, qui travaillent jour et nuit depuis le 1er août.
- D’autre part, l’Allemagne a ajouté à ses propres bateaux cinq submersibles construits pour l’Autriche et un pour la Norvège, qui étaient presque achevés dans les chantiers de la Germania-Krupp, à Kiel.
- La marine allemande a donc pu avoir 38 sous-marins en tout vers le début de la guerre.
- Les sous-marins allemands sont désignés par la lettre U, suivie d’un numéro d’ordre, U signifiant Unterseeboot (bateau sous-marin).
- Le U-4, premier submersible allemand, a été lancé le 30 août 1905, à Kiel, dans les chantiers Germaiiia-Krupp. C’était un bateau d’essai, qui fut accepté par l’Amirauté allemande. Il était imité des submersibles français type Aigrette,' mis en chantier
- (1) Voir Procès-verbal de la séance du 26 mars 1915, page 56.
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- LES SOUS-MARINS ALLEMANDS
- en mai 1902, trois ans auparavant. Il est entré en service en février 1907.
- Il a servi de prototype à tous les submersibles allemands. Ses caractéristiques sont les suivantes : longueur, 39 m, 10; largeur, 3 m, 60; tirant d’eau, 2 m, 80; déplacement à la surface, 183 t; en immersion, 240 t. Il est pourvu de deux moteurs Kœrting, de 200 ch chacun, à pétrole lourd, de deux moteurs électriques de 120 ch chacun, et la vitesse est de 11 nœuds à la surface et 8 nœuds en plongée. Il est pourvu d’un tuhe de lancement et de trois torpilles de 450 mm de diamètre.
- Ce n’est qu’après les premiers essais de YU-i que la marine allemande mit en chantiers, en 1906, la deuxième série de bateaux, composée des trois bateaux £7-2 à £7-4; puis, en 1907, les quatre bateaux U-5 à U-8. À cette même date, milieu de 1907, nous avions 83 sous-marins et submersibles armés ou en construction, chiffre qui n’a fait depuis que diminuer, par suite de l’arrêt complet de la construction des sous-marins en France en 1907,1908 et 1909, et du déclassement des unités vieillies et démodées. Notre belle avance a diminué d’année en année, non seulement à cause de cet arrêt, mais à cause de l’importance des crédits alloués à la marine allemande pour les sous-marins. Ces crédits ont été en augmentant rapidement dans les premières années et ils ont atteint les chiffres suivants :
- 1907 . . . . . . 6 250000
- 1908 . . 9 750 000
- 1909 . . . . . . 12 500000
- 1910 . . . . . . 18 750000
- 1911 . . . . . . 18 750000
- 1912 . . . . . . 18 750 000
- 1913 . . . . . . 25 000 000
- 1914 . . . . . . 23 750 000
- Cette augmentation constante des crédits alloués montre bien que, depuis 1906, la marine allemande avait compris toute l’importance militaire des sous-marins.
- La deuxième série de submersibles allemands a les dimensions suivantes : longueur, 43 m, 20 ; largeur, 3 m, 75; tirant d’eau, 2 m, 95 ; déplacement à la surface, 237 t ; en plongée, 300 t. Ils sont munis de deux moteurs à pétrole de 300 ch chacun et de deux moteurs électriques de 160 ch chacun ; la vitesse est de 12 nœuds en surface et de 8,5 nœuds en plongée; ils portent
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- LES SOUS-MARINS ALLEMANDS
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- deux tubes lance-torpilles et quatre torpilles de 450 mm. Leur rayon d’action est de 1 200 milles à la surface et 50 milles à 5 nœuds en immersion.
- Cette deuxième série fut entièreriient terminée et armée dans le courant de 1910.
- En 1906, quatre du type U-9 (U-9 à U-42) furent commencés; deux entrèrent en service en 1910, les deux autres en 1911. Ils sont un peu plus grands que les précédents. Le sous-marin norvégien, sur lequel l’Allemagne a mis l’embargo, est à peu près semblable.
- En 1909 et 1910, huit bateaux du type U-43 sont commencés [U-13 à U-%0). (Ceux-ci sont plus grands; ils déplacent probablement 450 t à la surface, 550 t en plongée. 11$ sont imités de notre type Pluviôse et de notre type Brumaire, mis en chantiers l’un en 1905, quatre ans auparavant, et l’autre en 1906, et qui déplacent 400 t à la surface et 550 t en plongée ; mais commencés quatre ans plus tard, ils profitent des derniers perfectionnements des moteurs à pétrole, ils ont des moteurs plus puissants : deux moteurs de 600 cli chacun ; ils filent environ 15 nœuds à la surface et 9 nœuds en immersion. Notre type Brumaire a deux moteurs de 420 ch chacun. Il donne 13 nœuds à la surface, 9 nœuds en immersion.
- Le type U-24, commencé en 1911 et entré en service au milieu de 1913, marque un nouveau pas dans la voie des augmentations de déplacement. Douze submersibles de ce type ont été construits (U-%4 à U-32). Ils ont comme dimensions : longueur, 65 ni; largeur, 6 m, 10; tirant d’eau, 3 m, 60; déplacement, 650 t en surface, 800 t en immersion. Leur vitesse est de 16 nœuds en surface et 10 nœuds en plongée (et non, comme on l’a. dit, 18 nœuds et 12 nœuds) ; ils sont armés de deux tubes avant, deux tubes arrière et huit torpilles ; ils ont deux canons de 88; ils comportent deux moteurs à pétrole de 900 ch chacun et deux moteurs électriques de 400 ch. Le rayon d’action est de 1 500 milles, à 12 nœuds en surface (et non 3 000 milles comme <m l’a dit. Il est possible qu’on puisse avoir ce rayon d’action de 3)000 milles, mais en embarquant du pétrole en surcharge au départ), et de 70 milles à 6 nœuds en plongée.
- Les cinq submersibles construits par Krupp pour l’Autriche, et que l’Allemagne a gardés, ont des dimensions analogues : déplacement à la surface, 675 t; déplacement en immersion, 835 t; deux moteurs de surface de 1150 ch chacun et une
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- LES SOUS-MARINS ALLEMANDS
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- vitesse probable de 16 à 17 nœuds en surface et de 10 nœuds en immersion.
- La dernière série des submersibles allemands porte les nos 33 à 38. C’est celle qui a été commencée en 1913. Elle a, paraît-il, le même déplacement que les Autrichiens, deux moteurs de 1 230 ch chacun à la surface. Cette dernière série va probablement entrer bientôt en ligne. On travaille à leur achèvement avec la plus grande activité.
- Enfin, on aurait mis en chantier à la fin de 1914, c’est-à-dire pendant la guerre, vingt nouveaux sous-marins, ce qui prouve l’importance que la marine allemande attache à l’action militaire de ces bateaux. On peut se demander si ces bateaux seront terminés avant la fin de la guerre. J’exprime l’espoir que nous aurons remporté une victoire définitive avant leur entrée en service.
- On ne connaît pas la dimension de ces bateaux. Je sais seulement que leurs moteurs à pétrole sont de 450 ch chacun, et il est probable que ces bateaux ont des déplacements voisins de 330 à 400 tx à la surface, si chacun d’eux a deux moteurs. Peut-être sont-ils encore plus petits, pour être construits plus vite, chacun n'ayant qu’un seul moteur et une seule hélice. Dans ce cas, ils auraient environ 200 tx seulement à la surface.
- Moteurs. — Les Allemands ont toujours placé sur leurs sous-marins des moteurs à pétrole lourd., qui n’offrent pas les dangers des moteurs à gazoline ou à benzine (essence de pétrole) employés sur les sous-marins anglais et américains pendant longtemps.
- Torpilles. — On remarquera que sur les derniers types (U-24 et suivants) les torpilles sont de 500 au lieu de 450 mm de diamètre. Ces torpilles contiennent 123 kg de charge au lieu de 105 kg. Leur vitesse est de 42 nœuds sur 1 000 m.
- Artillerie. — Enfin, il faut noter l’apparition de l’artillerie sur les sous-marins. Elle a commencé avec le type U-iS allemand, qui a reçu un canon de 37 mm. Le U-2i a deux canons de 88. Ils servent pour le tir contre les aéroplanes et pour le tir sur les bateaux marchands.
- Disons en passant que les sous-marins ne comportent aucune des inventions américaines à la Jules Verne qu’on leur a attribuées : roues pour rouler sur le fond de la mer, sas pour scaphandriers, etc.
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- LES SOUS-MARINS-ALLEMANDS
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- Mode de construction. — Les sous-marins allemands ont une double coque partielle, et le water-hallast se trouve entre les coques; ils ont une forte flottabilité. Ce sont les caractéristiques du type submersible qui a été créé en France en 4897. Là encore, le génie de contrefacteur qui caractérise les Allemands s’est donné libre carrière.
- Il ne m’appartient- pas de rechercher les moyens employés par la marine germanique pour se procurer les renseignements nécessaires. Les faits presque incroyables d’espionnage relevés à la charge des Allemands peuvent permettre à chacun de vous de se faire une opinion à ce sujet. Il me suffit de constater que le premier submersible français a été lancé le 21 octobre 1899 et le premier submersible allemand le 20 août 1905.
- Je suis encore très heureux de pouvoir affirmer que les modifications apportées par les Allemands au type de submersible français, pour en faire un type national, ont* été peu heureuses. A tonnage égal et à âge égal, les submersibles français ont plus dé vitesse à la surface, un armement composé d’un nombre plus grand d’appareils, et de meilleures qualités nautiques.
- D’autre part, je puis donner comme preuve du démarquage allemand que, à la lin de l’année 1905, un attaché militaire fiançais informa de l'offre à la Roumanie, par Krupp, de submersibles système français.
- Le récit d’une croisière d’un sous-marin allemand de Dantzig à Héligoland, écrit par un officier de la marine germanique, a paru dans la presse allemande en 191 h Une traduction a été publiée dans le journal anglais Motor S bip and Motor Bout du 51 décembre 1914. Il s'y trouve la phrase textuelle suivante :
- « Le bateau est du type à double coque construit sur le prii.i-» cipe Laubeuf, qui est un dessin moderne et le type générale-» ment adopté pour tous les bateaux destinés à la haute mer. »
- Je me contente d’enregistrer cet aveu assez cynique. Passons !
- L’Allemagne est donc entrée très tardivement dans la voie des sous-marins, puisque nous venons de dire que son premier bateau, le U-4, a été lancé seulement le 30 août 1905 et est entré en service en février 1907.
- Il y a, à cette mise en service tardive, des avantages et des inconvénients. L’avantage a été que l’Allemagne a eu en mains, rapidement et sans aucun tâtonnement, de bons bateaux ; comme je l’ai dit, les douze premiers se rapprochent de notre
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- LES SOUS-MARINS ALLEMANDS
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- type français Aigrette ; les huit suivants, plus grands, sont voisins de notre classe Pluviôse (avec quatre ans de retard) ; les derniers, enfin, sont encore plus grands.
- L’Allemagne a évité les essais que nous avons été obligés de faire au début, essais comparatifs entre les différents types de sous-marins. Profitant de nos écoles, elle s’est bien gardée de construire des sous-marins purs, à faible flottabilité ; elle n’a jamais mis en chantier que des submersibles, bateaux à grande flottabilité.
- Mais, en regard de ce précieux avantage, il y a-un grave inconvénient, qui apparaît, en pleine lumière aujourd’hui, c’est que, malgré l’activité déployée par l’Allemagne depuis 1907, malgré l’importance des crédits consacrés à la navigation sous-marine, elle n’a pas eu le temps de construire assez de sous-marins. Son programme comportait la constitution, en 1917, d’une flottille de 72 sous-marins. Comme nous venons de le voir, au moment où la guerre a éclaté, elle n’avait guère que la moitié de ce nombre, qui est, du reste, bien insuffisant pour les différents objectifs que l’Allemagne voulait viser.
- Ce que je viens de dire pour l’Allemagne s’applique également à l’Autriche-Hongrie. Elle n’a commencé à construire des sous-marins que plus tard, en 1907 seulement. Lorsque la guerre a éclaté, elle en avait six armés, de petit tonnage, environ 300 Lx en immersion (U-4 à U-6), et quatre en construction dans son arsenal de Pola, sur les plans de Krupp, qui en construisait cinq pareils en Allemagne. Les quatre autrichiens portent les numéros 6-/2, U-13, U-H et U-45, et les cinq allemands, les numéros U-7 à U-44. C’est le premier des quatre bateaux construits par l’Autriche, le C-42, qui a torpillé notre cuirassé amiral le Jean-Bart, dans l’Adriatique, le 21 décembre 1914. Ces quatre bateaux autrichiens ont pu être successivement terminés depuis le commencement des hostilités. L’Autriche a donc eu, en tout, 10 sous-marins.
- Malgré leur nombre, beaucoup trop faible, les sous-marins allemands et autrichiens ont bien travaillé, et on ne peut que rendre hommage à la hardiesse manœuvrière et à l’audace de leurs commandants.
- Nous allons voir maintenant ce qu’ils ont fait.
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- II. — Action des sous-marins allemands.
- Le rôle du sous-marin d’une puissance qui a à lutter contre un ennemi plus fort qu’elle — c’est le cas de l’Allemagne, opposée à l’Angleterre, et de l’Autriche, contre la France — est multiple.
- H y a, d’abord, l’emploi défensif. Le sous-marin doit s’opposer au bombardement des ports et des rades de son pays. Il doit empêcher un débarquement. Ce rôle a été bien rempli par les sous-marins allemands et autrichiens. Aucun port allemand n’a été bombardé ; aucune forteresse côtière, non plus. L’attaque de Cuxhaven par une escadre légère anglaise ne fut qu’une simple reconnaissance. Dans l’Adriatique, l’escadre française a lancé, sans grand effet d’ailleurs, des obus sur Cattaro. Elle n’a bombardé aucun autre port de la côte autrichienne.
- Le sous-marin doit aussi empêcher le blocus immédiat des ports. Il force les escadres bloquantes à s’éloigner considérablement des ports bloqués. Ici, encore, le succès des sous-marins a été complet. La flotte anglaise bloque la côte allemande, mais à une telle distance qu’un,e division allemande a pu sortir de l’Elbe, venir bombarder Scarborough, Hartlepool et Whitby le 16 décembre 1914, et rentrer dans les eaux allemandes sans avoir été attaquée. Il est vrai que sa seconde tentative a été moins heureuse, puisque, le 24 janvier 1915, un nouveau raid tenté par les croiseurs cuirassés allemands se terminait mal pour eux: le Blücher était coulé; le Derflinger et le Seydlitz, sérieusement avariés. Ils étaient cependant arrivés à 30 milles de la côte anglaise.
- Vous voyez que les bateaux allemands peuvent sortir aisément de leurs ports. C’est ainsi que, ces jours derniers, ils ont capturé deux vapeurs hollandais entre la Hollande et l’Angleterre.
- Lorsque les Anglais ont voulu, au début de la guerre, établir un blocus plus rapproché de la côte, les sous-marins leur ont fait payer cher leur erreur: le Cressy, le Hogue et Y Aboukir ont été coulés le 23 septembre, dans la mer du Nord, avec perte de 1 500 hommes. Le fait que ces trois croiseurs cuirassés de 12 000 t ont été envoyés au fond par un seul sons-marin, le U-9, petit bateau de 300 t, en dit plus long que bien des discours sur la valeur des sous-marins, comme arme de combat.
- Bull.
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- Le 16 octobre 1914, un autre croiseur anglais, le Hawke, de 7 500 t, était coulé dans la mer du Nord, avec 500 hommes.
- Dans l’Adriatique, c’est-la môme chose: notre escadre est obligée de bloquer les ports autrichiens à grande distance. Le Jules-Ferry a failli être torpillé par un sous-marin à la fin d’aoùt; le Waldeck-Rousseau a été attaqué par deux sous-marins
- 16 octobre, près de Cattaro, et n’a évité le torpillage que grâce à sa vitesse ; enfin, le vaisseau amiral, le Jean-Bart, a été attaqué par un sous-marin, le 21 décembre 1914, dans le sud de l’Adriatique, c’est-à-dire fort loin des ports bloqués: une torpille a passé à l’arrière ; l’autre a frappé l’avant, remplissant les trois premiers compartiments étanches de l’avant et crevant les deux flancs, tribord et bâbord, du cuirassé. On peut s’estimer heureux de l’issue de la rencontre entre un de nos plus beaux cuirassés de 23 000 t et un sous-marin de 800 tx ; si la torpille qui a frappé l’avant du Jean-Bart avait touché 25 ou 30 m plus en arrière, notre cuirassé-amiral aurait été probablement coulé.
- Le résultat de cette action des sous-marins autrichiens dans l’Adriatique, c'est que notre escadre est obligée de se tenir à une grande distance des ports bloqués ; les navires autrichiens peuvent sortir, à leur aise, de Pola et de Cattaro, et on vient d’apprendre, par exemple, que le 2 mars 1915, Antivari a été bombardé, le yacht du roi de Monténégro coulé, un magasin de vivres incendié.
- Si la marine autrichienne avait disposé de 30 bons submersibles, le blocus de l’Adriatique aurait été rendu impossible.
- Il faut remarquer que cette action des sous-marins, pour empêcher le blocus, a été soulignée et reconnue officiellement, car, lorsque l’Angleterre et la France ont fait leur réponse à la note allemande du 4 février 1915, en déclarant qu’elles saisiraient toutes les marchandises allemandes, les objections présentées par les neutres, et en particulier par les Etats-Unis, ont uniquement porté sur ce que nous ne faisions pas un blocus effectif et que nous voulions faire ce qu’un blocus seul permet d’accomplir dans l’état actuel des règles internationales.
- La réponse des États-Unis dit textuellement ceci (1) :
- « D’un côté, apparaît l’intention d’intervenir êt d’arrêter tous » les navires en provenance ou à destination de l’Allemagne;
- » ce qui, en réalité, constitue un blocus des ports allemands.
- » D’autre part, on n’afïirme pas la règle du blocus, d’après
- (1) Journal Le Temps, 20 mars 1915.
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- » laquelle un navire, essayant d’entrer dans un port allemand » ou d’en sortir, quel que soit le caractère de son charge-» ment, peut être condamné.
- » Le texte de la déclaration porte que les « Gouvernements » français et anglais se considèrent comme libres d’arrêter et de » conduire dans leurs ports les navires portant des marchan-» dises présumées de destination, provenance ou propriété ». ennemie; ces navires et ces cargaisons 11e seront pas coin-» fisqués, à moins qu’ils ne soient sujets à être condamnés pour » d’autres motifs ».
- » La première phrase énonce un droit qui n’existe qu’en cas » de blocus. La seconde propose de traiter navire et cargaison » comme s’il n’en existait aucun. Les deux ensemble aboutis-» sent à proposer un système, jusqu’ici, inconnu du droit » international. »
- Et, dans la fin de la note, le Gouvernement des États-Unis reconnaît que les sous-marins ont véritablement changé quelque chose à ce qui existe, car il dit :
- « Tandis que le Gouvernement des États-Unis admet parfaite-» ment la possibilité que les méthodes de la guerre navale » moderne, 'particulièrement dans l’usage des sous-marins, à la fois » pour les opérations d'attaque et de défense, puissent rendre maté-» riellemenl impossibles les anciens moyens de maintenir un » blocus, il n’en conçoit pas moins que l’on puisse pré-» tendre, etc... »
- Vous voyez que l’action des sous-marins peut empêcher un véritable blocus, un blocus effectif, c’est-à-dire la présence devant un port d’une force suffisante pour interdire aux bateaux l’entrée et la sortie. Ges résultats ont surpris bien des gens.
- Quant à l’action offensive des sous-marins, niée par tant d’autorités maritimes, elle a été bien démontrée par l’attaque de bâtiments de guerre, soit en pleine mer, soit sur leurs propres côtes.
- Le Pathfinder, croiseur auglais de 3000 tx, a été coulé le 5 septembre, à l’entrée du Forth, en vue des côtes d’Ecosse, avec 220 hommes.
- Le croiseur russe Pallada a été coulé en pleine mer, dans la Baltique, le 11 octobre 1914, avec tout son équipage de 530 hommes.
- Le croiseur anglais Hermès, dans le Pas-de-Calais, le 1er novembre 1914.
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- La canonnière anglaise Niger, à 2 milles de la côte anglaise, près de Deal, le 11 novembre 1914.
- Le cuirassé Formidable', dans la Manche, près de Plymouth, le 1er janvier 1915, avec perte de 550 hommes.
- Le croiseur auxiliaire Bayano, sur la côte d’Ecosse, le 11 mars 1915, avec près de 200 victimes.
- Les sous-marins allemands out aussi essayé de gêner les opérations de la flotte anglo-française sur la côte belge. Leur action, ici, a été fort peu efficace, à cause de la faible profondeur de la mer sur la côte de Flandre.
- Il faut encore noter que dans le combat naval du 24 janvier 1915 dans la mer du Nord, le rapport ofFiciel de l’amiral Beatty dit en propres termes que la poursuite des croiseurs allemands a dû être arrêtée lorsqu'on a atteint la zone où il y avait danger de rencontrer des sous-marins. Les sous-marins allemands, s’ils n’ont pas pu participer au combat, qui fut une fuite éperdue des croiseurs cuirassés allemands devant l’escadre anglaise, ont cependant empêché les Anglais de compléter leur victoire et d’envoyer le Derflinger et le Seydlitz, déjà gravement avariés, rejoindre au fond de l’eau le Blücher.
- Enfin, on peut encore dire que si les Turcs avaient seulement possédé une demi-douzaine de sous-marins bien commandés, l’attaque actuellement conduite contre les fortifications des Dardanelles par l’escadre franco-anglaise aurait été rendue bien difficile, sinon impossible.
- Le que je viens de dire constitue l’action des sous-marins contre les navires de guerre. Mais les sous-marins allemands, depuis la déclaration du 4 février 1915, ont entrepris un autre genre d’opérations : la guerre aux bateaux de commerce ennemis (et même aux neutres) et le blocus de toutes les côtes des Iles Britanniques, et de la partie Nord-Ouest des côtes de France. C’est une action que je n’avais jamais envisagée en construisant mes submersibles, d’abord parce que la destruction de bateaux de commerce est une opération d'un ordre tout à fait secondaire et qui ne peut avoir aucune influence sur l’issue des opérations militaires, ensuite, parce que les. sous-marins ne peuvent pas faire la guerre de course en se conformant aux règles du, droit international.
- Que disent ces règles ? Qu’un bateau de guerre belligérant a le droit de visite et de capture des bâtiments de commerce de nationalité ennemie, ou de bâtiments neutres portant de la contrebande de guerre.
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- Le capteur a le devoir d’amener sa prise dans un port ami, où un tribunal des prises apprécie la validité de la capture. Il est cependant admis que si le corsaire ne peut pas mettre un équipage de prise sur le navire capturé, ou s’il ne peut le prendre en remorque, il a le droit de le couler, mais après avoir mis en sécurité l’équipage, les passagers et les papiers du bord. L’est ainsi que le corsaire allemand Emden a coulé presque toutes ses prises, en mettant de temps en temps à bord de l’une d’entre elles, qu’il laissait ensuite libre, les équipages des navires coulés.
- Ceci est conforme au droit des gens. Mais le sous-marin, s’il peut à la rigueur, arrêter un navire de commerce et le visiter, est dans l’impossibilité d’y mettre un équipage de prise ou de prendre à son bord l’équipage et les passagers. Dans plusieurs cas, un sous-marin allemand a arrêté un bateau de commerce en le menaçant des canons de 88 mm dont il est armé, et dont l’adoption m’avait paru inutile, parce que je n’ai jamais envisagé que l’action du sous-marin contre des bâtiments de guerre. Puis, un officier et quelques Jiommes dn sous-marin se sont rendus à bord du navire, l’ont visité, ont donné quelques minutes à l’équipage pour mettre les chaloupes à la mer et s’y embarquer, en lin ont coulé le bateau au moyen d’explosifs placés à bord.
- Ceci n’est déjà plus conforme au droit des gens, car ce n’est pas assurer la sécurité d’un équipage que de l’abandonner en pleine mer dans de frêles embarcations. Mais l’action des sous-marins torpillant directement un navire de commerce sans l’arrêter ou le visiter est en dehors de tontes les conventions. C’est un simple acte de piraterie qui, dans les temps passés, aurait valu à‘ceux qui le commettaient d’être pendus au bout de la grande vergue. Il en est de même du torpillage, heureusement manqué, des navires-hôpitaux. On devrait, pour ce genre d’exploits, remettre en vigueur l’ancien châtiment des pirates.
- Quoi qu’il en soit, l’Allemagne voulait bloquer toutes les côtes des Iles Britanniques et une partie des côtes de France. Elle ne pouvait pas le faire avec sa flotte de haut bord, qui est impuissante vis-à-vis de l’escadre anglaise et n’ose pas sortir de ses ports. Seuls les sous-marins pouvaient agir.
- Or, la déclaration de Paris du IG avril 1856, dit que le blocus, « pour être obligatoire, doit être maintenu par une force suffisante pour empêcher l’accès du littoral ennemi » ; autrement dit, il doit être effectif. Les sous-marins sont en beaucoup trop petit nombre pour qu’il en soit ainsi, et la menace de blocus ne
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- constituait qu’un bluff dont l’Angleterre, avec raison, ne s’est pas émue un seul instant. Du reste, on peut constater que les sous-marins allemands manifestent de l’activité pendant une quinzaine de jours, puis, la quinzaine suivante, on n’entend plus parler d’eux : cela tient uniquement à ce qu’ils ne sont pas assez nombreux pour établir une relève régulière des navires destinés à croiser devant les endroits qui doivent être surveillés. Les bateaux qui ont agi sont rentrés dans leurs ports pour se réapprovisionner en combustible, en eau, en vivres, pour reprendre de nouvelles torpilles, et enfin pour donner du repos à l’équipage, car leurs croisières doivent être terriblement fatigantes.
- Pour faire le blocus, non pas de toutes les côtes des Iles Britanniques, mais seulement de leurs principaux ports, il aurait fallu avoir 300 sous-marins. Ils auraient pu se relever à des intervalles réguliers, et le blocus aurait pu avoir des conséquences graves. On tourne en dérision aujourd’hui la menace allemande. On ne réfléchit pas qu’elle n’est vaine qu’en raison du trop faible nombre de ses Sous-marins.
- Enfin, les sous-marins allemands avaient aussi un autre but, bien plus grandiose. Ils devaient couler une partie des cuirassés anglais, rétablissant ainsi l’équilibre des forces navales et per-mettànt à la flotte cuirassée allemande de vaincre le reste de la flotte anglaise et de rendre ainsi la mer libre pour un débarquement allemand en Angleterre.
- Ici, je vais m’excuser de me citer moi-même.
- Dans une brochure intitulée « Les luttes maritimes prochaines », et qui a paru en mars 1908, c’est-à-dire il y a exactement sept ans, j’étudiais la possibilité d’un conflit sur mer entre l’Angleterre et l’Allemagne, en supposant que nous n’y prenions pas pas part, et je disais :
- « L’Allemagne est-elle prête pour ce conflit grandiose ?
- » Pas encore. Il n’y pas que des bâtiments de guerre à cons-» truire. En même temps que le programme actuel de construc-» tion qui doit s’achever en 1920, mais qui donnera une puissante » escadre dès 1913, il y a d’autres mesures à prendre : élargis-» sement et approfondissement du canal reliant la Baltique à la » mer du Nord.
- (Ceci est fait.)
- » Construction de nouveaux bassins de radoub.
- (Ceci est également fait.)
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- » Enfin transport de Kiel à Wilhelmshafen du centre d’action » de la marine allemande.
- » Kiel est, en effet, à la fois sur une mer trop fermée, et trop » loin du lieu probable de lutte. »
- (Ceci était en train d’être fait.)
- ». Tout eela prendra du temps et impose une politique de » temporisation.
- » Admettons que l’Allemagne ait le loisir de terminer com -»• plètement ses préparatifs. Quelle sera la tactique qu’elle va » suivre ? et comment va-t-elle parer à son infériorité numé-» rique en cuirassés ? Car cette infériorité existera toujours ; » quel que soit l’effort allemand, un effort anglais supérieur » opposera aux cuirassés allemands des cuirassés plus nombreux » et probablement plus forts.
- » Pour moi, la clef de la future tactique allemande est donnée » par les crédits affectés aux sous-marins : 5 millions de marks » en 1907, 7 millions en 1908, 10 millions en 1909, 15 millions » les années suivantes.
- » L’Allemagne construit d’ailleurs non des sous-marins purs, » bateaux dont le rôle est réduit à la défense rapprochée des » ports et des côtes, à cause de leurs médiocres qualités nau-» tiques, mais des submersibles qui permettent l’offensive dans » des mers peu étendues comme la mer du Nord ou la mer Bal-» tique..L’exposé des motifs du projet de loi navale dit : Nous » construirons des submersibles de grandes dimensions, les seuls » qui puissent rendre les services que l’on attend d’eux.
- » L’unique sous-marin en service, le U-4, a 240 t. Les sui-» vants en ont 300. Il est possible qu’avec les crédits prévus, » l’Allemagne aie 60 submersibles prêts en 1915. »
- En réalité, elle en a eu 38 seulement. Cela provient de ce qu’elle a construit des bateaux de 800 t et non pas seulement, comme je le pensais en 1908, des sous-marins de 300 et 500 t ; naturellement, pour un même prix et une dépense fixée d’avance, elle a eu moins de bateaux.
- » Leur rôle sera certainement de partir des ports allemands, » dès la déclaration de guerre, et d’aller attaquer sur les côtes » anglaises les cuirassés britanniques. Quelques torpillages lieu-» reux rétabliraient l’équilibre et la flotte allemande pourrait » alors venir disputer à l’escadre anglaise la maîtrise de la mer » et rendre le passage libre pour un débarquement en Angle-» terre.
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- » C’est la tactique que j’avais préconisé pour la France, lors-» que, au moment de l’affaire de Fachoda, une guerre parais-» sait sur le point d’éclater entre la France et l’Angleterre.
- » Aujourd’hui, je pense que je verrai mes idées appliquées de » l’autre côté du Rhin. »
- Ceci était écrit il y a sept ans. En effet, comme je le craignais, mes idées ont été appliquées de l’autre côté du Rhin.
- Vous vous rappelez sans doute que Gargantua, au moment de la naissance de son fils Pantagruel, naissance qui avait coûté la vie à sa femme Badehec, ne savait trop s’il devait se réjouir de la naissance de Pantagruel ou pleurer la perte de sa femme. Je me trouve un peu dans la même situation ; si j’ose dire que je trouve une certaine satisfaction à voir triompher les idées que j’ai défendues- depuis dix-sept ans, j’éprouve un profond regret à voir que ces idées sont adoptées et mises en pratique par nos ennemis.
- Cependant mon regret se trouve atténué lorsque je constate que le but allemand a été manqué, et il l’a été pour la cause que j’indiquais tout à l’heure, [c’est-à-dire à cause du nombre totalement insuffisant des sous-marins allemands pour le poursuivre. C’est là le fait qui domine tout : la préparation de l’Allemagne sur terre avait été formidablement étudiée dans tous ses détails. Sa préparation sur mer était incomplète et aurait eu encore besoin de quelques années de travail.
- Il lui fallait beaucoup de sous-marins, elle n’en avait qu’un petit nombre.
- III. — Moyens de défense contre les sous-marins.
- Le premier moyen de défense est constitué par les filets pare-torpilles. Ce sont des filets doubles et même triples, à mailles assez serrées en fil d’acier, de quelques millimètres de diamètre, qu’une torpille lancée vient heurter, et ne peut pas franchir. Je parle ici des filets du dernier modèle, car ceux des premiers modèles pouvaient être percés par une torpille.armée de pinces coupant les mailles du filet. Mais ces filets ne peuvent être utilisés que lorsque les bateaux sont à l’ancre. Dès qu’ils se mettent en marche, on est obligé d’enlever les filets, d’abord parce qu’ils retarderaient la marche du navire, ensuite, parce qu’au lieu de rester dans la verticale, ils se couchent obliquement, et enfin
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- parce que, si on les laissait en place, ils pourraient être démolis par les projectiles et, tombant à l’eau, venir dans les helices et immobiliser le navire devant l’adversaire.
- Le filet n’est donc qu’un moyen insuffisant.
- En pleine mer, lorsque le sous-marin est vu, soit que l’on aperçoive le sillage de son périscope, soit que le bateau soit à Heur d’eau, son kiosque et une partie de sa superstructure dépassant la surface de la mer, le bateau qu’il veut attaquer, n’a que deux partis à prendre : si le sous-marin est hors de la bonne portée de torpille pour ce genre de bateau (1), c’est-à-dire à plus de 1 000 m, il faut faire route pour s’éloigner de lui avec la plus grande vitesse possible et en faisant des zig-zags de façon à rendre son tir incertain. Si, au contraire, le bateau attaqué est dans le voisinage du sous-marin, cette manœuvre serait dangereuse, car on n’aurait pas le temps de s’éloigner suffisamment avant que la torpille ne soit lancée, et on présenterait le flanc du navire à l’attaque pendant l’évolution. Alors, il faut au contraire courir droit sur le-sous-mariu, et chercher à l’éperonner en visant son kiosque de commandement. C’est ce qui a été fait par le cargo Thordis, qui pense avoir coulé le sous-marin qui l’attaquait. Par l’une ou l’autre de ces manœuvres, on présente l’arrière ou l’avant à la torpille, c’est-à-dire une cible de surface réduite, et en même temps des surfaces fuyantes, et telles que les remous dus à la marche du navire peuvent dévier la trajectoire de la torpille.
- Il est bien entendu que si le navire attaqué est un bateau de guerre, il se sert en même temps de son artillerie pour tirer sur le sous-marin. Mais il faut bien remarquer qu’un but comme un périscope est bien difficile à atteindre ; non seulement sa surface est très faible, puisqu’il a 120 à 140 mm de diamètre, à peu près le diamètre d’une bouteille, mais encore il disparaît de temps en temps et ne remonte que lorsqu’on a besoin de rectifier la route. On ne cite jusqu’ici qu’un coup heureux du. croiseur anglais Birmingham,, dont un projectile a coupé le périscope du U-f5 au combat du 9 août. Le bateau, rendu aveugle, est alors revenu à la surface, et a été coulé par une bordée qui a crevé son kiosque.
- (1) Bien que les torpilles des derniers modèles portent à 5000 m, le tir à grande distance par un sous-marin serait tout à fait inefficace, en raison delà vision défectueuse de celui-ci. On considère que la bonne portée de lancement pour un sous-marin est de 300 à 600 m.
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- Dans plusieurs occasions, un navire ayant tiré quelques coups de canon sur un submersible naviguant à la surface, on a dit que le bateau était coulé. C’est probablement exagéré. Le sous-marin a plongé pour éviter le canon, voilà tout. Par exemple, le U-2'l a été canonné par un yacht-patrouille anglais; le navire anglais est rentré en disant qu’il l’avait coulé, et trois semaines après on a appris que le U-21 était rentré à Cuxhaven.
- Lçs navires de commerce n’ayant pas de canons n’ont, comme ressource, que la fuite ou l’éperonnage. Dans l’ancienne marine, tout bâtiment de commerce recevait au moins deux caronades, qui lui permettaient de se défendre contre un corsaire faible-. ment armé. On devrait faire de même actuellement. Dans plusieurs occasions, les bateaux de commerce auraient pu tirer efficacement contre les sous-marins allemands naviguant à la surface. Il serait donc urgent de les munir de deux canons, qui n’auraient pas besoin d’être d’un gros calibre : du 7b de marine suffirait.
- Dans le cas d’éperonnage, il faut remarquer que le fait, pour le bateau qui cherche à éperonner, d’avoir senti un choc, ne prouve pas qu’il a coulé le sous-marin ; la coque résistante du sous-marin est à plus de 4 m de la surface; ainsi, un contre-torpilleur peut passer au-dessus d’un sous-marin sans le toucher. Si le sous-marin est plus près de la surface ou que le bateau a un tirant d’eau plus fort, la superstructure peut être touchée sans que la coque soit détériorée. Je pourrais citer une quinzaine d’exemples d’abordages en temps de paix, dans notre Marine, entre des grands bâtiments et des sous-marins, desquels il n’est résulté aucune avarie grave.
- Ainsi, à plusieurs reprises, on a pu annoncer la destruction de sous-marins allemands par éperonnage et on a appris ensuite que ces sous-marins étaient rentrés avec des avaries légères.
- Ce que je viens de dire de l’éperonnage ou du tir contre, le sous-marin s’applique au cas où l’on voit le sous-marin.
- Bien souvent on ne voit pas le sous-marin, et l’attaque se produit avant que la présence d’un sous-marin ait été signalée. Si on se trouve dans une région ou l’on peut penser être attaqué par un sous-marin, il faut faire route à toute vitesse avec des changements de route fréquents et brusques.
- On a proposé bien des moyens de détruire les sous-marins et l’imagination des inventeurs s’est donné libre carrière : l’un a proposé de les attirer avec des aimants 'puissants ; un autre, de
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- les pêcher avec des filets métalliques très solides remorqués par des chalutiers à grande vitesse, etc. Je ne vois pas des chalutiers remorquant à grande vitesse un filet d’un ou deux kilomètres de longueur.
- Je n’insisterai pas sur ces élucubrations; elles sont malheureusement trop souvent prises au sérieux dans la presse et dans le public.
- Un autre mode d’attaque qui a été préconisé, c’est l’attaque par les aéroplanes. Un sous-marin en plongée n’est pas vu par un bateau ordinaire, mais est vu par un aéroplane, à la condition expresse que l’aéroplane soit dans le voisinage de la verticale du sous-marin, car autrement l’effet de la réfraction et surtout du clapotis qui brouille les rayons lumineux fait que très rapidement on ne voit plus rien. L’aéroplane est le seul engin qui puisse faire une chasse efficace au sous-marin et reconnaître sa position. Mais peut-il le détruire? La question est un peu délicate. Je ne crois pas que l’aéroplane, en raison de sa grande vitesse, soit assez sûr de son tir pour pouvoir toucher facilement un sous-marin. On m’a dit que les aéroplanes avaient déjà assez de difficultés pour faire tomber un projectile dans un rectangle mesurant 100 m sur 25, soit l’emplacement pris par un bataillon en formation serrée. Si un aéroplane a déjà du mal à envoyer une bombe sur une surface de 2 500 m2, il en aura davantage à l’envoyer sur un sous-marin dont les plus grands échantillons ont actuellement 65 m de longueur sur 6 m de largeur, c’est-à-dire moins de 400 m2, soit six fois moins, et qui, de plus, est protégé par une couche d’eau de 3 à 4 m d’épaisseur, qui fera éclater la bombe de l’aéroplane avant qu’elle ne touche.
- On peut citer le raid du 12 février 1915, où 34 avions anglais et français ont bombardé les côtes de Flandre sans apercevoir un seul sous-marin, et cependant on est certain qu’il en existait dans la région.
- En somme, jusqu’ici aucun aéroplane n’a détruit ou même avarié un sous-marin en marche.
- A mon avis, la meilleure manière de détruire un sous-marin est basée, sur la remarque suivante : les submersibles ayant un faible rayon d’action en plongée, sont obligés de faire route à la surface pour se rendre du port qui constitue leur base, au point où ils doivent agir. Ils marchent à la surface la nuit, et, profitant du peu de profondeur de la mer du Nord, ils vont probablement se reposer au fond pendant le jour, ce qui économise leur pro-
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- vision-d’électricité. Mais il y a deux circonstances- où ils sont particulièrement vulnérables ; c’est le moment où, naviguant à la surface, ils vont prendre leur plongée, et le moment où, remontant à la surface, ils peuvent être trouvés dans cette émersion. Il faut donc que la mer soit sillonnée, de jour et de nuit, par des bâtiments rapides, afin de surprendre le sous-marin à la surface et de le canonner, ou de l’éperonner à ce moment. C’est ce qui a été fait dans la mer du Nord par les destroyers anglais et français et ils sont arrivés à un certain résultat, mais en somme le nombre des sous-marins détruits n’est pas encore considérable et cela prouve la difficulté de cette chasse.
- En résumé, on n’a pas pu empêcher les submersibles allemands de quitter leurs ports d’attache et de se rendre dans la mer du Nord, la Manche et la mer d’Irlande.
- Les sous-marins allemands n’ont évidemment pas pu accomplir les opérations dont j’ai parlé sans subir des pertes. Ce serait évidemment trop facile de faire la guerre sans courir aucun risque. A en croire diverses informations, les Anglais auraient coulé 8 ou 10 sous-marins, les Russes 5, les Français 3 ou 4. Les avions en auraient gravement avarié 2 ou 3 à Zeebrugge; un autre aurait sauté, etc. Cela en ferait au moins une vingtaine-Si tout cela était vrai, il n’en resterait plus guère. Malheureusement, je ne crois pas, pour les raisons que je viens de vous indiquer, que les pertes soient aussi élevées.
- Les pertes officiellement constatées sont les suivantes :
- U-id, coulé par le croiseur Birmingham, le 9 août 1914, dans la mer du Nord;
- U-18, éperonné par le destroyer anglais Garry, le 24 novembre 1914, sur les côtes d’Écosse;
- U-8, coulé par les destroyers anglais Gourka et Maori, dans la Manche, le 2 mars 1915;
- U-i%, coulé par le destroyer anglais Ariel, le 9 mars 1915, dans le Pas-de-Calais.
- Et probablement, d’après les journaux d’aujourd’hui même, le U-%9, détruit également par les Anglais. Cela fait 5.
- On peut y ajouter vraisemblablement un sous-marin.éperonné par le vapeur de commerce Thordis, le 28 février 1915, un'autre, probablement le U-2, détruit par un contre-torpilleur français, et un troisième par les Anglais, soit en tout 8 bateaux. Dans trois cas, l’équipage entier ou une .partie de l’équipage a été fait prisonnier.
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- Ces huit bateaux, sauf le U-29, semblent appartenir tous à la classe des petits ou moyens submersibles allemands. Le U-29 est le premier, coulé de la série des grands. Ces bateaux représentent environ 3 600 tx de déplacement et la perte d’une centaine d’hommes. D’aulre part, si nous mettons en regard ce que les sous-marins allemands ont fait, nous trouvons qu’ils ont coulé 9 navires de guerre anglais et 1 russe, d’un déplacement global de 75 000 tx, et causé la perte de 3 500 hommes. De plus, ils ont coulé, à la date du 15 mars 1915, 25 navires de commerce anglais, 5/rançais..., et plusieurs neutres par dessus le marché.
- La comparaison des pertes subies des deux côtés me paraît impressionnante. Ce sont là des faits précis contre lesquels aucun ergotage n’est possible. Il n’est donc pas exact d’écrire que « l’action des sous-marins allemands est un énorme échec matériel et moral » (1). Il est plus conforme à la vérité fde dire que la menace allemande de blocus n’a pas pu obtenir de résultats importants parce que les opérations sont exécutées par un nombre beaucoup trop faible de sous-marins. C’est là une grave erreur de la Marine allemande .
- Mais à mon avis, elle en a commis une bien plus grave encore, qui est une erreur de principe : c’est de détourner les sous-marins de leur véritable but, qui est l’attaque des navires de guerre pour leur faire jouer un rôle de corsaire et de destructeur de bateaux de commerce. C’est les employer à une besogne secondaire dont l’effet sur l’issue de la guerre est négligeable.
- J’ai eu l’honneur d’entendre défendre ce que je viens de dire par quelqu’un qui aune autorité bien plus grande que la mienne, par M. le Vice-amiral Fournier, qui a été le chef de notre Marine pendant plusieurs années et auquel j’ai été heureux d’entendre soutenir la même thèse. Le vice-amiral Fournier la rendait plus tangible encore par la comparaison suivante :
- » Combien les bateaux allemands (croiseurs ou sous-marins) » ont-ils coulé de bateaux de commerce ? L’Amirauté anglaise a « fait le compte. Au milieu de mars, le chiffre s’élevait à » 135 bateaux. Or, d’après les statistiques anglaises, le nombre » des bateaux de commerce du Royaume-Uni s’élevait au 31 dé-» cembre 1912 à 20892 navires. Qu’est-ce que peut faire sur le » commerce anglais la perte de ces 135 bateaux! Au contraire? » si on considère les navires de guerre, on voit que la liste des
- il) Jpurnal Le Temps, 11 mars 1915.
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- » navires de guerre anglais comporte environ 300 unités. La » perte de neuf bateaux n’est pas négligeable. »
- Les sous-marins allemands avaient bien commencé : en s’attaquant aux navires de guerre, ils remplissaient leur véritable rôle. Il fallait continuer, Ce qu’ils font actuellement n’a aucune importance sur l’issue de la guerre. Avoir détourné les sous-marins de leur objectif militaire pour leur faire détruire sans gloire et sans utilité d’inoffensifs bateaux de commerce, « c’est plus qu’un crime, c’est une faute », aurait dit Talleyrand.
- Opinions diverses sur le rôle militaire et l’avenir des sous-marins.
- Le rôle militaire si important des sous-marins a été longtemps méconnu. Il l’est encore dans beaucoup de milieux.
- En 1899, Mr Goschen, premier lord de l’Amirauté britannique, questionné à la Chambre des Communes par Mr Mac-Laren, répondit :
- « L’idée des sous-marins n’est pas une idée saine. Il n’y a pas » à tenir compte des sous-marins dans une guerre navale. »
- Bien des Amirautés partageaient cette manière de voir. On traitait couramment les sous-marins de « poussière navale », sans aucune utilité, hors d’état d’agir dès qu’il y avait un pèu de mer. On les regardait comme des instruments de laboratoire incapables de rendre des services pratiques.
- Dans la conférence que je citais tout à l’heure, M. l’Amiral Fournier rappelait que le grand chef de la Marine allemande, l’Amiral von Tirpitz, .les raillait en 1902, avec une lourdeur toute germanique, alors qu’aujourd’hui il regrette fort probablement de n’en avoir pas davantage.
- La guerre actuelle s’est chargée de donner un démenti retentissant à ces assertions. Les sous-marins ont montré d’une manière irréfutable ce qu’ils étaient en réalité: de très redoutables instruments de combat. Il est encore trop tôt pour faire l’histoire de leurs exploits. Ce n’est que plus tard, après la guerre, lorsqu’on possédera les rapports officiels des belligérants, qu’on pourra l’écrire. Je me bornerai à vous citer diverses opinions émises, avant la guerre, sur les sous-marins.
- Il y a 17 ans, en 1898, j’avais écrit :
- « Les submersibles pourront prendre une offensive hardie et
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- » aller porter la guerre dans les eaux de l’adversaire, même si » cet adversaire a par ses escadres une supériorité écrasante, » même si l’empire de la mer lui appartient sans conteste ; ils » entreront dans une rade ennemie malgré les lignes de mines et » pourront y attaquer les navires qui, s’y croyant en sûreté, se » ravitailleraient tranquillement en charbon, projectiles, etc. » (1).
- En 1907, dans une note présentée au Congrès international d’Àrchitecture, navale tenu à l’Exposition de Bordeaux, sur Le présent et l'avenir de la navigation sons-marine, je disais:
- « 11 me parait pleinement démontré que l’emploi des sous-» marins permet :
- » 1° de défendre les côtes, d’empêcher le bombardement des » ports ;
- » 2° de rendre impossible tout blocus efficace :
- » 3° d’empêcher une escadre ennemie de mouiller sur la côte » et d’y tenter un débarquement ;
- » 4° dans les mers resserrées, d’aller porter l’attaque sur la » côte ennemie et de faire craindre aux escadres ennemies à » chaque sortie et à chaque entrée dans leurs propres ports un » torpillage difficile à éviter ;
- » 3° enfin, dans les mers europénnes3 et dans certaines con-» ditions géographiques, de couper la plupart des grandes routes » maritimes ;
- » Les trois premiers buts peuvent être remplis indistinctement » par des sous-marins purs ou par des submersibles. Les deux » derniers, au contraire, ne peuvent l’être que par des submer-» sibles, car il faut de toute nécessité pour cela des bateaux » tenant bien la mer, ce que ne sont pas les sous-marins purs. »
- Et je concluais:
- « Le développement des sous-marins a déjà amené et amènera » surtout dans l’avenir des modifications importantes dans la poli-» tique navale, les constructions maritimes, la constitution des » flottes des divers Etats, surtout des puissances secondaires. » Il amènera aussi des changements importants dans la stratégie » et la tactique navales.
- » En résumé, le sous-marin assurera, dans un avenir prochain, » la liberté des côtes et même celle des mers étroites. »
- Je crois que la guerre actuelle a bien montré que ces prévisions étaient exactes.
- 11 ) Les sous-marins et la guerre contre VAngleterre.
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- Mais mon opinion peut être mise en doute, parce que je suis inventeur et constructeur de submersibles.
- On m’a déjà reproché de n’ètre pas un appréciateur impartial dans cette question.
- J’arrête donc ici l’exposé de mes. idées personnelles, et je citerai pour terminer les réflexions faites-par divers auteurs.
- En 1800, l’Amiral Lord Saint-Vincent, examinant les projets de sous-marin que Fulton avait remis*au Gouvernement britannique et que celui-ci avait transmis à l’Amirauté, s’écriait :
- « Pitt est le plus grand des sots qui aient jamais existé d’en-» courager un genre de guerre inutile à ceux qui sont les » maîtres de la mer et qui, s’il réussit, les privera de cette » supériorité.- »
- C’était là une vue bien claire d’un avenir encore bien lointain.
- Plus près de nous, le lieutenant Kimball, de la Marine américaine, a écrit en 1896, au début même de la navigation sous-marine :
- « Les sous-marins doivent leur inappréciable utilité à ce fait » qu’ils peuvent se cacher sous l’eau comme les troupes de terre » se cachent au moyen de retranchements ou d’abris naturels.
- » Bénéficiant de cette protection et de cette invisibilité, ils » possèdent dans certaines conditions une puissance offensive » qui ne peut être négligée. En outre, en attendant que leur » puissance soit connue, ils agiront énormément sur le moral de
- l’ennemi. Toutefois, bien qu’ils aient un vaste champ d’action, » ils ne peuvent remplacer les bâtiments de combat. Ils sont » particulièrement nécessaires à une nation n’ayant qu’un » nombre inférieur de cuirassés à opposer à une puissance navale » supérieure. Ceci s’applique aux sous-marins tels qu’ils peuvent » être construits aujourd’hui. Mais si leurs progrès marchent » parallèlement à ceux des autres navires de guerre, leur champ » d’utilisation est appelé à grandir dans de vastes proportions. »
- Voilà une idée très nette et très claire du rôle des sous-marins. Nous voyons aujourd’hui les perfectionnements apportés dans la construction donner raison à la prophétie du lieutenant Kimball.
- Je vais prendre maintenant une autorité française et je ne peux pas en choisir une meilleure que celle de l’éminent amiral Fournier, dont j’ai parlé tout à l’heure. Il a été non seulement le chef de notre armée navale pendant plusieurs années, mais il a été aussi l’inspecteur général des flottilles de torpilleurs et
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- sous-marins. C’est dire que son opinion est basée sur une connaissance profonde du matériel naval tout entier, aussi bien des gros bateaux que des petits. Il a été atteint, il y a quelques années, par l’inexorable limite d’âge qui l’a obligé à prendre sa retraite alors qu’il était encore dans la plénitude de ses moyens physiques et moraux. Ce fut une grande pertè pour notre Marine.
- Il disait, dans un livre intitulé : Notre Marine de guerre par un marin (1904) :
- « L’usage des sous-marins, en se généralisant par ,1a force » des choses, rendra, sinon impossible, du moins très péril-» leuse, à cause des risques énormes que ces petits bâtiments » invisibles feraient courir à l’assaillant, toute opération de » blocus, de bombardement, d’attaque de vive force ou d’action » combinée d’une flotte de haut bord avec des armées d’inva-» sion contre une côte ennemie quand celle-ci sera couverte, » en avant de ses lignes de défense, par une flottille suffisam-» ment nombreuse de sous-marins. »
- Plus tard, le vice-amiral Fournier disait, devant la Commission parlementaire d’enquête (juillet 1904) :
- « Si des submersibles avaient été construits en nombre suffi-» sant, s'ils étaient répartis logiquement sur les côtes de la » métropole et des possessions françaises, ils pourraient couper » toutes les grandes routes commerciales ou militaires liabi-» tuellement suivies, aujourd’hui, dans toutes les mers où la » France aurait chance de rencontrer l’ennemi.
- » Si la France avait à son service le nombre de submersibles » qu’elle devrait posséder, elle n’aurait rien à craindre d’une » puissance maritime comme l’Angleterre. La valeur combat-» tante d’un nombre assez'considérable de submersibles aurait » rétabli l’équilibre entre les deux nations. »
- Enfin, dans son livre intitulé : La Politique navale et la flotte française, publié en 1910, l’amiral Fournier disait:
- « On peut se rendre compte de l’avantage qu’aurait donné à » la flotte russe la présence d’une demi-douzaine seulement de » submersibles du type Pluviôse à Port-Arthur. Cette petite » flottille, bien commandée, eût suffi à torpiller les meilleurs » vaisseaux de l’amiral Togo, au besoin à grande distance, ren-» dant ainsi à la flotte russe la . maîtrise de la mer, ce que ne » purent faire le reste de ses navires de haut bord, et chan-» géant ainsi la face des choses.
- .» Le torpilleur submersible, à grand rayon d’action, est
- Bull.
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- » aujourd’hui le sous-marin offensif par excellence. C’est l’ad-» versaire le plus redoutable du cuirassé, dans les mers resser-» rées, parce qu’il peut s’en rendre invisible et rester invulné-» rable en plongée, s’il est bien conduit dans ses manœuvres » d’approche et d’attaque. Alors il arrive à le frapper avec ses » torpilles automobiles, de manière à le couler d’un seul coup, » ou à le mettre hors de combat au moins pour la durée de la » guerre.
- » Des torpilleurs submersibles de cette espèce, distribués » judicieusement dans les mers d’Europe, avec le concours de » nombreux contre-torpilleurs et de quelques éclaireurs extra-» rapides, rendraient ces mers intenables à la flotte de haut » bord ennemie et la mettraient dans l’impuissance de tenter » un bombardement, un blocus, un débarquement de troupes, » en somme de faire toute opération de «guerre exigeant, pour » être menée à bonne fin, la maîtrise de la mer. »
- Le capitaine de vaisseau Daveluy, un de nos écrivains maritimes les plus appréciés, a dit :
- « Pour ce qui est du blocus direct, il ne faut pas y songer ; » même, si les cuirassés se trouvent suffisamment protégés des » torpilleurs par les contre-torpilleurs, ils doivent compter » aujourd’hui avec les sous-marins, qui vont les chercher beau-» coup plus loin qu’on ne pense. Ceux-ci auront d’autant plus » de facilité à prouver leur puissance que, le blocus étant une » opération de longue haleine, il leur sera loisible d’attendre les » circonstances de temps les plus favorables pour attaquer.
- » Non, les blocus ne nous feront plus peur le jour où notre » flottille de sous-marins aura atteint son développement » normal. »
- Yoici, maintenant, deux opinions anglaises :
- L’amiral Lord Fisher disait à Londres, en 1905, à l’amiral français Fournier, qui l’a rapporté dans son livre La Politique navale,, les paroles suivantes :
- « L’intervention des sous-marins entraîne une véritable révo-» lution dans les conditions de la guerre navale. »
- Enfin, tous ceux qui s’occupent, de près ou de loin, du matériel naval n’ont pas pu ignorer l’article retentissant que l’amiral Sir Percy Scott a publié récemment dans le Times. Cet article a paru révolutionnaire à beaucoup d’autorités navales. Il faut, d’abord, dire ce qu’est l’amiral Sir Percy Scott : c’est le spécialiste, en Angleterre, de l’artillerie navale. C’est lui qui a renou-
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- vêlé lès méthodes de tir anglaises, principalement pour les gros calibres, donnant ainsi le maximum d’efficacité au matériel d’artillerie des cuirassés. Il était donc considéré comme partisan convaincu du navire cuirassé de gros déplacement formidablement armé.
- L’amiral Percy Scott, une fois à la retraite, a publié, dans le Times du S juin . 1914, c’est-à-dire quelques semaines avant la guerre, une lettre dans laquelle on trouve énoncées les idées suivantes :
- « L’introduction des sous-marins a, à mon avis, entièrement » détruit l’utilité des navires naviguant à la surface...
- » Les sous-marins et les aéroplanes ont totalement révolu-» lionne la guerre navale; aucune flotte ne peut se soustraire à » l’oeil de l’aéroplane, et le sous-marin peut faire une attaque )> mortelle, môme en plein jour...
- » Les sous-marins sont difficiles*-à détruire, en raison de la » difficulté d’attaquer un ennemi qu’on ne voit pas. Une puis-• » sance qui ferait sortir ses cuirassés pour chercher et détruire » les sous-marins ennemis courrait à un désastre. Si des sous-» marins sont signalés dans le voisinage, il faut s’éloigner d’eux » et non les chercher...
- » Ce qu’il nous faut, c’est une énorme Hotte de sous-marins, » de dirigeables, d’aéroplanes et quelques croiseurs rapides.
- » Si nous avons la guerre avec un pays situé dans le rayon » d’action des sous-marins, je pense que ce pays n’aura qu’à » tenir ses Lreadnouglits dans un port sûr. Nous ferons de même.
- » Une île avec beaucoup de ports et'beaucoup de bateaux est » un désavantage si l’ennemi possède des sous-marins. »
- Et Sir Percy Scott termine ainsi :
- « Je pense que l’importance des sous-marins n’a pas encore » été pleinement reconnue. Je pense également qu’on n’a pas » encore compris combien leur apparition a révolutionné la, « guerre navale.
- « A mon avis, le sous-marin chassera le cuirassé de la mer » comme la voiture automobile a chassé le cheval de la route. »
- J’avoue que je n’aurais pas osé en écrire autant. C’est alors que l’on aurait dit que j’étais de parti-pris et que je manifestais une évidente partialité. Mais je suis heureux devoir un marin aussi éminent que l’amiral Sir Peréy Scott se rallier aux idées que je défends depuis si longtemps.
- Il y a bien encore quelqu’un dont j’aurais voulu avoir l’opinion
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- sincère. C’est celui qui a dit autrefois : « Notre avenir ést sur mer! ». Ce quelqu’un, c’est le Kaiser. Je crois qu’en ce moment une interview serait plutôt difficile. J’imagine cependant qu’on lui pose la question suivante :
- « Vous avez dans le canal de Iviel de fort beaux cuirassés » modernes. Voulez-vous échanger les quatre plus récents, des » bateaux de 25 000 tx,* valant ensemble 300 millions, contre 150 » sous-marins ayant la même valeur totale ? »
- Que pensez-vous qu’il répondrait? Je suis certain qu’il accepterait avec empressement.
- * Je crois que, de tout ce qui précède, je puis tirer la conclusion suivante :
- Le sous-marin a déjà pris une place importante dans la composition DES FLOTTES DE GUERRE ; CETTE IMPORTANCE NE FERA QUE S’ACCROITRE DANS l’avenir. Il SERA IMPOSSIBLE DE NE PAS TENIR COMPTE DES ENSEIGNEMENTS ACTUELS DANS LA CONSTITUTION DES FLOTTES FUTURES. Je SUIS PERSUADÉ QUE LA GUERRE DE 1914-1915 MARQUE UNE DATE CAPI-, TALE DANS L’ÉVOLUTION DU MATÉRIEL NAVAL.
- (Il est ensuite passé un lilm cinématographique relatif au lancement d’un sous-marin et à divers exercices de marche à la surface et de plongée. Il s’agit du sous-marin grec Xiphias. Le film appartient à. MM. Schneider et Cie, constructeurs de ce submersible, qui l’ont fort obligeamment prêté pour cette communication.)
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- INTERNATIONAUX <>
- PAR
- NI. E. BARBET
- L’industrie française, un moment surprise et enrayée par la mobilisation générale et le moratorium, s’est remise au travail, et l’observateur impartial admirera certainement avec quelle promptitude et quelle facilité d’adaptation nos Usines se sont transformées en peu de semaines pour fabriquer toutes les fournitures, armes et munitions nécessaires à l’armée. Comme me le disait, il y a peu de jours, notre ancien Président Hillairet, c’est un spectacle vraiment beau et réconfortant que de voir toute une nation hypertendue dans un effort surhumain pour les besoins de sa défense, et parvenant à réparer en quelques journées tout le retard, toutes les défaillances de tant d’années d’imprévoyance aveugle.
- Parallèlement à cette lièvre réparatrice, les manifestations du travail intellectuel jaillissent de toutes parts. Toutes les Sociétés savantes reprennent leurs réunions, et les Ingénieurs Civils de France se devaient à eux-mêmes de n’étre pas les derniers. C’est sous l’empire de ce sentiment que notre Président, dont on ne saurait trop louer la clairvoyance pour les intérêts de la Société, a proposé au Comité de reprendre les séances habituelles.
- Les conférenciers qui s’étaient fait inscrire pour notre lin d’année étant mobilisés, Monsieur Gall a dû faire appel au cadre de réserve ; c’est ce qui me vaut l’honneur de reparaître à cette tribune avec un sujet d’intérêt général, mais pourtant bien difficile à rendre intéressant.
- La Propriété industrielle pourrait ne pas paraître à vos yeux
- (l) Voir Procès-Verbaux des séances des 18 décembre 1914, page 39; 22 janvier 1915, page 13; 26 février 1915, page 36; 26 mars 1915, page 64; 23 avril 1915.
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- un sujet d’actualité, car la guerre la respecte peu. Mais l’espoir de temps meilleurs, dont nous commençons à apercevoir les signes avant-coureurs, doit nous inciter à étudier dès aujourd’hui ce qu’il faudra faire demain, afin de libérer au plus vite notre industrie et' notre Génie Civil français de la situation secondaire et humiliée dans laquelle ils étaient confinés depuis lu traité de Francfort.
- Gomment se fait-il qu’avec les qualités primesautières de notre race, avec cette fertilité d’esprit inventif qui a créé sur notre sol autant et plus de merveilles dans les dernières années qu’avant nos défaites, nous n’ayons pas su conserver dans le monde une maîtrise industrielle incontestée ?
- Il y a à (fêla plusieurs causes. Pourquoi ne reconnaîtrions-nous pas comme une des plus redoutables d’entre elles, les qualités commerciales des Allemands, basées sur un esprit d’organisation et de discipline qui, dans toutes les branches de l’activité industrielle, a transformé la nation en une seule et colossale maison de commerce, dont le gouvernement et la diplomatie sont les directeurs-gérants ?
- Ce gouvernement n’a pas hésité à fausser les ressorts de la concurrence internationale au profit de son pays, en jetant dans la balance l’arme quelque peu déloyale des cartels et des draw-backs.
- Mais ce n’est pas tout. L’on a coutume de répéter, et malheureusement avec quelque raison, que le Français invente, mais qu’il ne sait ni exploiter ni profiter.
- Ma communication va tendre à démontrer qu’il ne faut pas conclure à une insuffisance spéciale du cerveau de l’inventeur français. Ne voyons-nous pas précisément en ce moment critique avec quelle promptitude nous avons su créer et adapter l’outillage, exploiter en un mot, et produire journellement de quoi satisfaire aux effroyables consommations de la guerre ?
- Non, Messieurs, si en temps de paix nos inventeurs voient leurs idées créer É& la fortune chez les étrangers plutôt qu’eu France cela tient en majeure partie aux défectuosités et aux lacunes de la loi qui régit la Propriété Industrielle, de la loi du •5 Juillet 1844.
- Je vais donc m’efforcer aujourd’hui de jeter quelques aperçus personnels sur cette grave question, me faisant fort de vous démontrer qu’elle touche nos grands industriels tout autant et même plus que les inventeurs eux-mêmes.
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- Faut-il supprimer les Brevets Austro-Allemands ?
- L’on s’est demandé si le caractère d’odieuse barbarie que les Allemands ont donné à la guerre n’exigeait pas la radiation de ce pays du nombre des nations civilisées, et par conséquent la suppression de toute relation industrielle et commerciale avec eux, même après la signature de la paix.
- ' En ce qui concerne la période actuelle, le décret du 27 Septembre dernier a interdit tout commerce, tout contrat, ou l’exécution de toutes obligations avec les sujets Austro-Allemands. L’article Y de ce décret fait une réserve pour les brevets d’invention, disant qu’il serait statué par décrets spéciaux.
- Peu après, une circulaire ministérielle en date du 13 Octobre 1914 invita les autorités compétentes à faire saisir et à mettre sous séquestre l’actif des maisons de commerce allemandes et autrichiennes sises en France, mesures que le public a faussement interprétées comme réalisant une spoliation pure et simple.
- L’Angleterre a édicté dans les « Acts » des 7 et 28 Août certaines dispositions temporaires à l’égard des brevets d’invention. Là aussi notre opinion publique — ou du moins la presse politique — s’est fourvoyée, s’imaginant que d’un trait de plume l’Angleterre avait supprimé les brevets anglais appartenant à des Allemands ou à des Autrichiens, et elle a réclamé du Gouvernement français une mesure identique.
- Cette question intéresse au plus haut point les Ingénieurs et les Industriels de notre Société, et bien que l’éventualité de mesures aussi révolutionnaires n’aient guère dû trouver créance auprès de nos collègues, il a paru intéressant au Comité et à Monsieur le Président que des précisions vous fussent données et que simultanément fut examinée à cette occasion la question si complexe des brevets internationaux.
- Est-il besoin de défendre l’Angleterre d’une mesure aussi irréfléchie et aussi sectaire que le serait une atteinte à la propriété industrielle ? En quoi les titres de propriété des inventeurs seraient-ils moins respectables que ceux de la propriété privée ? Nos alliés et amis ont déclaré la guerre à l’Allemagne parce qu’elle ne respectait pas la signature mise par elle au bas des traités internationaux ; comment pourrait-elle donc se rendre coupable d’une forfaiture du même genre, elle qui a apposé sa signature au bas de la Convention Internationale pour la proteo
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- tion de la Propriété industrielle (20 Mars 1883), convention complétée depuis à Bruxelles (1900) et à Washington (1911) ?
- Non, l’Angleterre n’a pas renié sa signature ; ses décrets ont eu seulement pour but de suspendre ou d’annuler toutes procédures relatives aux brevets d’invention pendant la, durée de la guerre, et notamment elle a ajourné toute délivrance du brevet. Mais même pour les Allemands et Autrichiens elle n’a nullement suspendu le droit de déposer des demandes de brevets. Elle permet tous les paiements par et pour les ennemis, et les dates de dépôts des brevets conserveront toute leur valeur ; mais elle réclame et elle a tout à fait raison, le droit de surseoir pour la délivrance même du brevet, le moment étant mal choisi pour faire à un ennemi de Sa Majesté le cadeau d’un titre de propriété.
- Un brevet est un contrat entre l’État et l’inventeur; or notre décret français du‘27 Septembre a interdit tout contrat avec nos ennemis ; il faut donc que l’État soit le premier à respecter ses propres décisions et qu’il s’interdise de signer le contrat de propriété dé l’inventeur ennemi. Cela découlevd’une façon irréfutable du décret de Septembre.
- Voilà pour les brevets nouveaux que l’on dépose actuellement ; mais quel est le sort des brevets antérieurs à la guerre et en exploitation ?
- Les commentaires anglais des décrets du mois d’Août ont déclaré catégoriquement qu’on n'avait aucunement la prétention de détruire les brevets appartenant aux ennemis, mais uniquement de les mettre temporairement « hors vigueur » afin qu’ils ne fussent pas l’occasion d’actes commerciaux avec les ennemis. Et comme conséquence, le décret anglais en est pour la « licence obligatoire », ce qui est une forme de la « réquisition en temps de guerre ». En effet, le Gouvernement anglais réclame le droit, s’il y voit un intérêt général pour le prys, de réquisitionner l’exploitation des brevets mis par lui « hors vigueur ».
- Tout cela est très loin d’une spoliation, et j’ai tout lieu de croire que, refusant d’écouter les incitations inconsidérées de quelques journalistes animés de bonnes intentions mais fort mal éclairés, le Gouvernement français prendra pour les brevets des mesures presqu’identiques à celles de l’Angleterre, et rien autre chose.
- D’ailleurs ne tombe-t-il pas sous le sens que toute mesure de spoliation appellerait aussitôt des représailles de la part de nos
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- ennemis ? Or personne ne contestera que le trésor inventif de la France ne soit d’une valeur bien supérieure à celui des ingénieurs austro-allemands. Nous aurions tout à perdre dans cette lutte qui serait de notre part la négation de tous les principes dont nous nous sommes faits les champions.
- Nous ne devons pas oublier que nous avons été les initiateurs et les principaux auteurs de la Convention Internationale de 1883 ; comment pourrions-nous nous en libérer ? Nous ne sommes pas de ceux qui répudient leurs''engagements.
- Au lendemain de la guerre, le 8 Août dernier, le Gouvernement français s’est adressé au Bureau International de Berne pour lui demander de faire accorder aux inventeurs dans les pays belligérants des délais pour explications, paiement ou exploitation; comment pourrait-il changer d’attitude aujourd’hui ? Comment enfin ne se souviendrait-il pas que la Convention de la Haye du 18 Octobre 1907, à laquelle il acquiesça, a déclaré que « la propriété privée ne peut-être confisquée ».
- Le décret du 27 Septembre pourra-t-il continuer son effet au delà des hostilités ? Cela semble impossible.
- Nous avons déjà vu bien des exemples de boycottage, mais ils n’ont jamais tenu bien longtemps, et surtout ils n’étaient pas institués par actes gouvernementaux. Notre haine et notre mépris pour nos sauvages ennemis durera longtemps et c’est dans notre raisonnement autant que dans notre ressentiment que nous puiserons individuellement la résolution de diminuer nos relations avec les Allemands. En effet, les affaires commerciales sont basées sur le respect des contrats et des signatures, or les Allemands ne déguisent pas que les engagements pèsent peu sur leurs déterminations lorsque leur intérêt les sollicite en sens inverse. Quelle que soit notre générosité native et notre facilité à pardonner les offenses, l’oubli cette fois-ci sera long à.venir ; nous avons appris à nos dépens que bien des commerçants allemands sont doublés d’un espion, et rien ne répugne davantage à notre caractère que ces raflinements de trahison dont nous avons eu tant de stupéfiantes révélations.
- .Sans qu’il y ait besoin de sanctions pénales, nous nous ferons à nous-mêmes une loi — et nos alliés aussi — d’annihiler autant qu’il est possible toute relation quelconque avec les Germains.
- Qu’adviendra-t-il donc, dans ces conditions, des brevets que les Alliés possèdent en Allemagne, et réciproquement des brevets que les Austro-Allemands exploitent en France ? Faut-il nous en
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- remettre purement et simplement aux lois respectives qui régissent actuellement la Propriété industrielle, ou bien le moment n’est-il pas venu, en raison même de ce que la question a été posée, de solliciter des pouvoirs publics quelques modifications indispensables ?
- N’y a-t-il pas pour nous »un danger très grave dans le fait que l’on a imposé à l’inventeur l’obligation d’exploiter d’une façon effective dans chacun des pays où il a pris brevet, sous peine de déchéance de ses droits ?
- Si, dégoûtés de tout rapport avec les Teutons, nous cessons d’exploiter nos brevets en Allemagne, par ce seul fait les brevets tomberont. Les Allemands auront les mains libres pour continuer l’exploitation sans nous, non seulement pour en bénéficier gratuitement chez eux, mais encore pour aller nous faire concurrence avec les objets contrefaits dans les pays où l’on n’a guère l’habitude de prendre des brevets.
- Bien regrettants seront alors ceux de nos inventeurs qui auront commencé avant la guerre une exploitation de leur invention en Allemagne. S’ils m’avaient pas réussi à obéir à la loi, s’ils • n’avaient pas commencé à exploiter au-delà du Rhin, au moins les Allemands ignoreraient-ils les tours de mains de l’inventeur et auraient-ils de la peine à imiter sa perfection. Tandis que la mise en route a été faite par eux-mêmes et, ardents à montrer la supériorité de leurs innovations, ils ont sans marchander dévoilé tous les résultats de leur expérience professionnelle ; ils ont donné des verges pour se faire battre.
- Voilà ce qui est déplorable, et je vais m’efforcer de montrer l’intérêt qu’auraient non seulement nos inventeurs mais également nos constructeurs français leurs concessionnaires, à obtenir quelques modifications à la loi du 5 Juillet 1844.
- Le Paragraphe 6 de l’Art. 30.
- Je veux particulièrement démontrer que dans cette loi il y a une injonction excessive et dangereuse dont il faut réclamer la suppression ou tout au moins une grande atténuation, et qu’en revanche il existe une lacune non moins préjudiciable à ceux que la loi prétendait prendre sous sa protection.
- L’obligation à faire atténuer, c’est celle du paragraphe 6 de l’Art. 30.
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- « Art. 30. — Seront nuis et de nul effet les brevets délivrés » dans les cas suivants, savoir :
- « 1°..............................................................
- » 6° Sija description jointe au brevet n"est pas suffisante » pour l’exécution de l’invention, ou si elle n’indique pas d’une » manière complète et loyale, les véritables moyens de l’inven-» teur. »
- Voilà pour l’inventeur un dilemme redoutable : S’il ne cache rien des moyens d’ensemble ou de détails qu’il emploie pour obtenir le succès, il prête le liane au contrefacteur.
- Si cet inventeur n’a pas de fortune, s’il n’est pas en situation de déposer des brevets dans les autres pays, tous ces autres pays seront mis en situation de jouir de l’invention.
- Faisons l’hypotbèse inverse : l’inventeur, redoutant les plagiaires, n’a donné qu’un dessin schématique, .des proportions fausses, et des détails trop sobres, peut-être par ignorance des règles du dessin et de la construction. Un bon avocat démontrera que le paragraphe 6 de l’Art. 30 est applicable, et que l’inventeur a encouru la nullité de son brevet.
- Donc que l’inventeur se conforme ou non à la loi, son sort risque d’être le même.
- Des deux maux quel est le moindre? M° Mainié, Président de l’Association des Inventeurs et des Artistes Industriels, disciple de Pouillet, et bien connu par sa compétence spéciale en matière de Brevets d’invention, m’a répondu :
- « Vous me demandez quelle est la précision, quels sont les » détails d’exécution à insérer dans les descriptions jointes aux » dépôts des demandes de brevets d’invention, en ce qui con-» cerne l’habillage, les proportions, la régulation des appareils. » La loi veut que l’invention soit décrite d’une manière suffi-» santé pour pouvoir être exécutée ; voilà tout, elle n’en » demande pas plus et l’intérêt de l’inventeur est, à coup sûr, » de ne pas faire bénéficier le public, en outre de l'invention » même, de son habileté personnelle de constructeur', il n’y est nulle-» ment tenu. Donc être très sobre sur les détails d’exécution. Je » l’ai toujours enseigné et j’ai toujours prêché pour le brevet » court. »
- Voilà qui est bon à savoir. En effet, il est bien difficile à un juge ou à un expert de déterminer la limite précise jusqu’où l’inventeur aurait dû aller pour ne pas tomber sous le coup du paragraphe 6. Ne doit-il pas être suffisant que l’invention soit
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- réputée exécutable par un professionnel, non pas ordinaire ou quelconque, mais spécialisé dans cette branche d’industrie en même temps que d’une compétence convenable en matière de construction ?
- Et puis enfin un inventeur peut avoir eu une inspiration d’une très haute portée sans être pour cela bon dessinateur et sans être rompu à la technique de la construction. Faut-il lui interdire de déposer un brevet valable ?
- Le droit de propriété des Collaborateurs.
- Ceci m’amène à la seconde critique que j’adresse à la loi de 1844.
- Le législateur de l’époque a dû avoir devant les yeux l’inventeur ingénieux des objets d’usage journalier ou le chimiste créateur d’un produit nouveau, plutôt que l’innovateur des grandes industries, ou bien alors il s’est trop facilement imaginé que cet inventeur devait toujours avoir une instruction encyclopédique, le rendant capable à lui seul de réaliser et de mettre au point son invention.
- Cela arrive quelquefois en effet; mais, lorsqu’il s’agit de grandes inventions industrielles, non seulement il faut connaître les ressources de la mécanique en même temps que la technique de l’industrie en question, mais il faut encore se faire cautionner vis-à-vis des industriels par des collaborateurs pondérés autant qu’expérimentés, par des constructeurs influents pour se faire ouvrir les portes des usines et souvent enfin par des financiers pour les dépenses à engager.
- Avoir une bonne idée, féconde et originale, est quelque chose, mais l’habiller, la rendre viable, la discipliner, en faire en un mot un progrès vrai, désirable et incontesté, c’est souvent un rôle bien plus méritoire encore que celui de l’inventeur initial.
- Eh bien ! la part du succès qui revient aux collaborateurs est inexistante aux yeux du législateur de 1844, qui a complètement omis de, leur ménager une protection spéciale. J’estime que c’est là une lacune bien regrettable ; je désire montrer que c’est là un déni d’équité ; que si l’on définissait légalement une propriété industrielle de collaboration, cela ne diminuerait en rien les droits de l’inventeur, et que, bien au contraire, il est de l’intérêt bien compris de celui-ci de faire rendre justice à
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- ceux dont le concours a été le gage de son succès, d’après le principe : « A chacun selon son œuvre ».
- Je n’hésite pas à dire qu’il y a là une des raisons pour lesquelles « le Français invente, et l’étranger exploite et profite ».
- Prenons un exemple : Un inventeur, très savant sur les lois de l’évaporation des liquides, dépose une demande de brevet d’invention pour un appareil destiné à multiplier les effets de la vapeur et par conséquent à procurer aux industriels une grande' économie de combustible.
- Ira-t-il offrir directement son invention à un fabricant de sucre ou de produits chimiques? Non. Il faut qu’il passe par l’intermédiaire d’un constructeur habitué à faire des appareils d’évaporation, qui prendra sous sa responsabilité les calculs des surfaces de chauffe, le type et la puissance de la pompe à faire le vide, les appareils de sécurité pour éviter les entraînements de jus, l’adaptation d'instruments de réglage automatique d’alimentation, d’introduction de vapeur, d’extraction des gaz incondensables, des eaux condensées, des produits concentrés, etc., etc... toutes choses qui constituent l’habillage obligatoire de ces sortes d’appareils et sans lesquelles l’appareil ne fonctionnerait pas, quelque remarquable que serait la base nouvelle de l’invention. Tout cet babillage n’est pas identique d’un appareil à l’autre, il faut des calculs et des études d’adaptation. Il y a à étudier un groupement favorable des satellites, à leur créer des dénivellations convenables, à les placer sur planchers et supports, à déterminer la place de l’ouvrier pour réunir sous sa main les leviers et robinets de manœuvre, et sous ses yeux les manomètres, thermomètres et tous instruments de contrôle, à prévoir la façon de mettre en route, d’arrêter, et à se préoccuper des nettoyages aussi bien que des facilités de démontage et de réparations...
- Cette adaptation doit être intelligente, car il ne faut pas que le principe de l’invention, reconnu vrai et fécond, vienne à périr par une faute de construction ou de proportion. Le premier constructeur de l’invention fait donc là œuvre intellectuelle et personnelle, et il fait profiter, comme dit Me Mainié, l’inven-fion de son habileté personnelle de constructeur.
- Son rôle ne se borne pas là : il assume une grosse responsabilité vis-à-vis de l’industriel à qui il parvient à persuader qu’il faut faire l’essai. Or quelle est l’invention qui n’a pas péché par certains détails ou même par de grosses lacunes lors
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- de sa première application? Le succès peut tenir à peu de chose, et avant qu’on ait trouvé le remède, on peut faire perdre beaucoup d’argent à l’industriel. C’est presque toujours le constructeur qui endosse cette responsabilité et non l’inventeur souvent peu fortuné.
- Voici donc la situation : Si l’invention ne réussit pas, l’inventeur ne perd guère que ses illusions, tandis que le plus gros dommage est pour le constructeur. Si, au contraire, elle finit par réussir après retouches, réfections ou pertes, l’inventeur met à profit toute l’œuvre onéreuse de collaboration qui lui a été accordée, pour porter son invention à d’autres constructeurs,, si ce n’est du même pays, du moins des autres nations dans lesquelles il s’est fait breveter, car la plupart des pays contractants de la Convention Internationale de la Propriété industrielle exigent que l’invention profite à leur industrie, à leurs nationaux, et soit fabriquée chez eux.
- Il y aura des redevances payées à l’inventeur, et généralement il aura été stipulé une part pour le collaborateur qui a mis au point et qui a forcé le succès. Mais, j’estime que cela ne suffit pas à tous les cas, tant s’en faut.
- Le constructeur peut-il se douter, au moment où l’inventeur lui apporte son invention, des risques qu’il encourt et de la pari, de collaboration qui lui incombera pour rendre l’idée viable? Alors, faute de moyens pour faire reconnaître ultérieurement et rétribuer à sa valeur sa part de collaboration, il manifeste souvent des exigences qui désolent et rebutent l’inventeur, lequel est placé devant l’obligation d’exploiter dans un délai déterminé et par une construction française.
- Je ne veux faire pencher la balance ni du coté des constructeurs, ni du côté de rinventeur. Ma thèse c’est : « A chacun son dû ».
- Durée effective de quinze ans pour le brevet
- J’ai déjà dit ailleurs (à l’Association des Inventeurs et des Artistes industriels) que les inventeurs de grande industrie devraient avoir droit légalement à un délai très libéral pour l’exploitation et la mise au point de leurs innovations, soutenant en particulier la prétention que le délai de protection de quinze ans ne devrait commencer à courir que du jour de la mise au point réelle. Combien avons-nous en effet d’exemples d’inven-
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- lions remarquables qui ont exigé cinq ou dix ans d’efforts et de sacrifices de toutes sortes avant d’arriver au succès? Que ce soit par une mesure de ce genre, ou bien que, par un nivellement qui demanderait peu d’efforts de réflexion aux législateurs, ou prolonge pour tout le monde indistinctement la durée des brevets, il est bien certain que quinze ans ne suffisent pas dans bien des cas, et que l’inventeur aurait d’autant plus droit à ses quinze ans nets qu’il aurait eu plus d’entraves et plus de peines de toutes sortes pour atteindre au but.
- Aujourd’hui, je le répète, tout en ayant l’air de vouloir favoriser le constructeur-collaborateur, je plaide en réalité pour l’intérêt bien compris de l’inventeur. Quand une législation ne tient pas un compte relatif convenable des intérêts en présence, c’est tant pis pour les deux.
- L'a première fois que j’ai dit à des juristes compétents qu’à mes yeux une invention industrielle ne prenait naissance que du jour où elle prouvait sa réalité parle succès* j’ai ôté fort mal reçu. J’avais eu l’imprudence de dire qu’au jour du dépôt du brevet, la plupart du temps l’invention n’était encore qu’un concept de l’esprit, et qu’entre cette première conception et l’enfantement définitif il fallait souvent (dans le domaine de l’industrie, je ne parle que de celui-là pour le moment), beaucoup plus que les neuf mois réglementaires d’incubation.
- Ce qui. pour vous tous paraît certainement l’expression de la réalité, n’est qu’une hérésie formellement condamnée par la loi de 1844, et l’on m’a répondu victorieusement :
- — Un concept de l’esprit? Vous n’y pensez pas. La loi ne reconnaît pas les abstractions, et vous tombez sous le coup de nullité des paragraphes 3 et 6 de l’Art. 30. Attendez, avant de prendre votre brevet, que vous puissiez habiller votre conception de tout ce qui lui est nécessaire pour la rendre exécutable. Si elle n’est pas exécutable, telle que vous la décrivez, nullité !
- Ces Messieurs parlent d’or. Mais avant d’aller quêter les concours pratiques qui lui sont souvent indispensables pour rendre exécutable son invention, l’inventeur juge prudent de mettre son idée en sécurité par le dépôt du brevet.
- Je n’ai guère été plus heureux lorsque j’ai voulu essayer d’établir une certaine analogie entre le dépôt hâtif du brevet, protecteur de l’idée, et le pli cacheté utilisé avec profit par les savants pour se réserver la priorité d’une recherche.
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- Le savant, lui aussi, a besoin de collaborateurs ; il redoute, et avec raison, de publier un travail avant de l’avoir étayé de toutes les preuves expérimentales qui consacreront sa valeur définitive ; mais d’autre part, il se précautionne contre l’effet des indiscrétions ou même des petites trahisons. Il se couvre par le pli cacheté avant de pousser à fond ses essais et sa documentation.
- À ce point de vue-là, la loi du 7 Avril 1902 a apporté à l’inventeur une facilité qui n’est pas négligeable :
- Art. 11. « . .(.......La délivrance n’aura lieu qu’un an
- après le jour du dépôt de la dèmande, si ladite demande renferme une réquisition expresse à cet effet. »
- On sait en outre que la demande reste ainsi secrète, et que pendant cette période d’un an l’inventeur s’efforce d’établir la valeur réelle de son invention avant de faire les frais qu’exige le dépôt des brevets dans les autres pays. On sait enfin qu’il peut parler de son invention, chercher à en faire l’essai, sans que cette demi-publicité lui retire la faculté de déposer valablement les brevets étrangers, du moment qu’il reste dans le délai d’un an qui lui est imparti.
- Pendant cette période, il peut encore, s’il a la conviction qu’aucun dépôt de brevet analogue ne s’est produit, et si ses essais sont demeurés suffisamment secrets, retirer sa première demande pour la- remplacer par une autre modifiée et plus exécutable.
- C’est certainement une disposition avantageuse que l’inventeur a obtenue là, et elle n'est pas encore suffisamment appréciée et mise à profit. Mais elle n’est pas suffisante au point de vue de ma thèse actuelle, non seulement parce que le délai d’un an est souvent bien trop court — particulièrement pour les industries qui n’ont qu’une brève saison par an — mais parce que l’inventeur qui se croit libre d’exposer toute sa pensée à un constructeur n’est réellement pas protégé d’après les exigences de la loi, si sa description initiale n’est pas suffisante pour que l’on puisse réaliser l’exécution. Or, c’est justement cela qui lui manque la plupart du temps.
- Les juges adopteront-ils toujours pour ce cas de nullité l’interprétation indulgente développée tout à l’heure? Ils n’y sont pas obligés par le texte de l’Article, et c’est là le danger.
- Pourtant l’on pourrait logiquement invoquer à l’appui- de ma thèse le fait même de la légalité des certificats d’addition. Les
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- Articles 16, 17 et 18 reconnaissent, à l’inventeur « le droit » d’apporter à l’invention des changements, perfectionnements » ou additions ». N’est-ce pas admettre que l’invention première n’était pas suffisamment exécutable, ou n’arrivait pas bien au but telle qu’elle était décrite en premier lieu? N’est-ce pas reconnaître que les inventions, lorsqu’on arrive à la pierre de touche de la mise en pratique, ont souvent besoin de changements, perfectionnements et additions »? Donc le brevet initial n’était pas « suffisant pour l’exécution de l’invention »; donc ce brevet serait nul; donc le certificat d’addition rattaché à un brevet nul suivrait son.sort et tomberait lui aussi...
- Ce serait décourageant.
- Dans la pratique, l’inventeur, talonné par la crainte de nullité du § 6 dont on le menace, s’empresse par des additions de bien expliquer le détail des moyens qui lui ont permis de rendre son invention viable : il le fait aussi par crainte qu’un tiers n’aperçoive les imperfections de l’idée première et ne vienne lui barrer la route par le dépôt d’un brevet de perfectionnement.
- Toute cette pratique courante constitue un réel danger pour celui qui a fini par triompher des difficultés et par faire ainsi une vraie invention. Et voici pourquoi ;
- La mise au point a été souvent d’autant plus longue et plus onéreuse que l’invention innovait davantage sur les errements ancièns, car c’est toute une technique nouvelle qu’il a fallu mettre à jour. Il peut ne plus subsister que cinq ou six ans de validité au brevet lorsque l’on a enfin obtenu le succès.
- Est-il juste que le jour où le brevet se termine les concurrents puissent bénéficier sans aucun risque de ce qui a coûté si cher à l’inventeur et à ses collaborateurs ?
- Qu’on abandonne au domaine public l’idée initiale telle qu’elle était exposée dans le brevet du début, soit ! Que les nouveaux venus y mettent à leur tour leur note personnelle pour arriver à un but analogue par des moyens un peu différents, soit encore! Mais pourquoi leur permettre de s’emparer de l’invention dans toute sa configuration raffinée, dans son groupement, dans ses détails d’exécution, dans ses moyens de contrôle, en un mot sous la forme précise où elle a conquis la clientèle manufacturière ? Bien plus, certains pays comme l’Autriche permettent au concurrent de s’emparer du nom de l’inventeur pour rendre la spoliation plus facile et plus lucrative.
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- Ne peut-on pas légitimement dire que l’appareil breveté de Un Tel, une fois qu’il a affirmé sur son nom et sur sa forme d’ensemble le succès de l’invention, constitue même après la •chute du brevet, un « dessin industriel » ou un « modèle de fabrique » pouvant légitimement être protégé par une disposition convenable de la Loi du 14 juillet 1909 sur les Dessins et Modèles ?
- N’est-il pas monstrueux de voir les concurrents, après la chute du brevet, se servir du cliché même de l’inventeur initial pour prôner l’appareil qu’ils construisent sans y avoir changé un iota ?
- La législation y autorise les imitateurs puisque l’article 2 de la loi de 1909 dit :
- « Mais si le même objet peut être considéré à la fois comme un dessin ou modèle nouveau et comme une invention brevetable et si les éléments constitutifs de la nouveauté du dessin ou modèle sont inséparables de ceux de l’invention, ledit objet ne peut être protégé que conformément à la loi du 5 juillet '1844 ».
- Il y a une chose indéniable : « Même une fois qu’un brevet est périmé, la clientèle préfère s’adresser au constructeur qui a fait réussir l’appareil et qui s’en est fait une spécialité, qu’aux nouveaux venus qui se contentent de le copier ; c’est une légère atténuation pour l’inventeur, quelquefois pour son collaborateur seul, à la péremption de son brevet. L’acheteur craint toujours que les imitateurs ne fassent pas identique au modèle, qu’ils n’aient pas bien saisi l’importance de détails en apparence insignifiants, et que leurs légères modifications loin d’être anodines soient désastreuses.
- Cette faveur qui survit au brevet, cette confiance et cette préférence pour la maison qui a fait triompher le brevet seraient une compensation d’une certaine importance si le « dessin ou modèle » ne pouvait plus être servilement copié, grâce à une protection empruntée à la loi de 1909. Mais on voit, qu’au contraire, cette loi dénie toute protection, et la loi de 1844 a exigé sans restriction « tous les véritables moyens de l’inventeur ».
- Alors, voici la singulière conséquence qui en découle : le fabricant d’un savon ou d’un biscuit d’un « modèle » personnel peut se réserver la propriété de ce modèle — qui n’a souvent demandé pour sa création ni beaucoup de peine ni beaucoup de mérite — pendant cinquante années.
- Tandis que l’inventeur qui -a beaucoup peiné, qui a englouti
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- •des capitaux, couru de grands risques et qui, lorsqu’il a réussi, y a eu un mérite indéniable, cet inventeur, dis-je, n’a quelquefois que cinq ou dix ans de protection réelle, et assiste ensuite impuissant au développement de son œuvre par d’autres que par lui, ces concurrents ayant en mains, de par la loi, tous les plus minutieux renseignements nécessaires pour faire absolu ment semblable et ne pas courir le moindre risque,
- Autre conséquence lorsqu’il s’agit de licences d’exploitation données à l’étranger.
- Il est à peu près impossible à un inventeur français de faire adopter à l'étranger la machine inventée par lui s’il ne l’a pas préalablement amenée en France jusqu’au succès complet. Il y a cîonc fatalement un déchet de plusieurs années pour les primes de l’inventeur.
- De plus, d’un pays à l’autre, il est bien rare que l’invention n’exige pas quelqu’adaptation aux coutumes ou aux conditions du marché de ce pays. Nouvelles études patientes dont on fait profiter son concessionnaire.
- Enfin, l’inventeur est obligé de faire le professeur vis-à-vis de ce concessionnaire, car par suite des difficultés dues à la langue, à la distance, aux relations, on aie peut pas faire de ce constructeur un simple façonnier. Il faut qu’il soit l’apôtre de l’invention, qu’il l’installe lui-mème et la mette en bon fonctionnement; on se trouve donc dans l’obligation de lui donner encore plus de documentation que l’on n’en confie à la description du brevet ou de ses perfectionnements.
- Menue l’échéance du brevet initial, un constructeur concessionnaire peu scrupuleux profite, à l’encontre du breveté qui l’a enrichi, de là science technique qu’il lui a infusée : ou bien il tourne avec facilité les quelques détails de perfectionnement encore en vigueur, ou bien il lance délibérément ces perfectionnements par dessus bord — ainsi que l’inventeur — déclare dans ses prospectus que c’est sa maison qui a rendu les appareils viables dans son pays, qu’il y a acquis une expérience bien plus grande et plus pratique que celle de l’inventeur — tous les inventeurs étant réputés utopistes — et il exploite désormais l’invention à son seul profit en abusant du nom de l’inventeur, et poussant même l’audace jusqu’à exporter les appareils fabriqués par lui dans le pays même de cet inventeur.
- La déchéance ffe nos brevets étrangers faute d’exploitation est une cruauté inexcusable..
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- De deux choses l’une : ou l’invention ri’a pas' de valeur ou elle en a.
- Si elle n’a pas de valeur, à quoi bon la déclarer déchue? Personne ne la ramassera, faites-lui donc la pitié du silence sur son insuccès.
- Mais si elle a de la valeur, croyez bien que l’inventeur-pos-sesseur a toutes sortes de raisons pour désirer en tirer proüt. Pourquoi ne le fait-il pas ? C’est généralement parce qu’il ne parvient pas, faute de fortune, de relations et d’appui, à organiser sa mise en exploitation.
- Cet homme souffre non seulement dans ses intérêts, mais aussi dans son amour-propre généralement très chatouilleux, et la loi de protection de la propriété industrielle, mise à profit par l’étranger, lui donne le coup de grâce en proclamant sa déchéance. Libres désormais de toiite vassalité et. de toute entrave, nos concurrents étrangers ont réussi à détrousser l’inventeur et s’écrient : Le Français invente, mais ne sait pas exploiter ! — J’appelle cela du brigandage.
- On m’objectera que parfois l’inventeur ne trouve pas de concessionnaire parce que ses prétentions sont trop hautes, Mais de quoi vous mêlez-vous? Pourquoi faudrait-il, dans cette occasion, troubler le libre jeu de l’offre et de la demande, qui est la loi salutaire de toute transaction, et vouloir imposer une « licence obligatoire ». Ce seul terme ne signifie-t-il pas l’intention manifeste de déposséder le propriétaire, en lui imposant des conditions de redevance' inacceptables? Laissez-le donc s’acheminer d’année en année vers la dépossession légale si tel est son bon plaisir. Il ne peut pas ignorer que chaque année perdue diminue rapidement la valeur de son titre; laissez-le néanmoins juge de vendre ou de ne pas vendre. Le monde a bien su exister avant l’éclosion de cette invention ; il saura bien patienter quelques années de plus, cela ne chiffre pas dans l’éternité ; et au moins les principes supérieurs de la propriété individuelle seront respectés.
- Songez enfin que si, soucieux de ne pas déprécier ses mérites, l’inventeur français se refuse à donner à l’étranger pour une maigre obole ce à rquoi il attribue une grande valeur, par com-peiïsason sa patrie profite seule pendant quelques années, de son invention et prend l’avance sur le marché mondial. Comment pouvez-vous donc le blâmer, et qui plus est l’immoler et jeter son bien aux pieds de nos concurrents?
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- Voilà des abus qu’il faut rendre impossibles parce qu’ils sont intolérables.
- Quels sont les moyens qui pourraient y mettre une entrave efficace ?
- 1° L’abolition du deuxième alinéa de l’article 2 de la loi de 1909 s’impose, et il faudrait au contraire faire explicitement bénéficier l’inventeur ou son collaborateur de cette loi le jour où son brevet est périmé.
- On à peine à comprendre l’extrême libéralité du législateur pour le « dessin ou modèle », ou encore pour la propriété litté-taire ou artistique, et son injuste parcimonie lorsqu’il s’agit de la propriété industrielle, certainement plus méritoire et plus intéressante.
- Combien de fois ne m’a-t-on pas dit pour certaines revendications contenues dans mes brevets :
- — Halte-là ! Ce que vous revendiquez en ce moment ce n’est pas une invention proprement dite. De quel argument de nouveauté vous serviriez-vous contre celui qui l’imiterait? Il n’y a là’qu’un « emploi plus intelligent de la matière », et, de jurisprudence, cela n’est pas brevetable.
- Mais alors, la pente est glissante : lorsque je ferai une combinaison nouvelle de moyens tous connus, l’on pourra souvent par extension me rétorquer que j’ai fait simplement un « emploi-plus intelligent de matériaux et d’organes du domaine public ».
- Que cela ne mérite pas le nom d’invention, soit ! Mais pourtant . il y a eu une œuvre intelligente et personnelle, qui peut donner des résultats industriels avantageux. Pourquoi ne serait-elle pas protégée, sinon comme un brevet, du moins à l’égal des productions littéraires, qui ne se lassent pas d’accommoder à des sauces peu variées des études psychologiques toujours les mêmes ?
- Le galbe nouveau donné à un ensemble de satellites pour constituer un appareil sous une forme qui conquière la faveur des industriels est un genre de propriété que renie l’article 2 de la loi du 14 juillet 1909 sur les Dessins.et Modèles, alors que, selon moi, il a des droits indiscutables, faute d’être protégeable par la loi de 1844, à être couvert par celle de 1909.
- Je dis même que dans le cas où l'inventeur se trouve simultanément bon dessinateur et bon ingénieur-constructeur, il est équitable que ses constructeurs-concessionnaires aient une protection légale et nettement affirmée pour les améliorations qu’ils
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- sont susceptibles d’apporter par un emploi plus intelligent des métaux, par l’addition de moyens de réglage et de contrôle, par le groupement des organes, par toutes sortes de commodités nouvelles. Le Français est essentiellement individualiste et ne veut pas « travailler pour le roi de Prusse ». Plus d’un constructeur se refuse à construire un appareil breveté même déjà mis au point de peur d’être amené à introduire des améliorations de détails qui profiteraient aux autres licenciés; ce particularisme n’aurait plus sa raison d’être si une. disposition de la loi des « Dessins et Modèles » était apte à protéger la collaboration.
- Prenons un exemple sur les automobiles. De loin et à première vue tout connaisseur ne se trompe pas sur la marque de l’automobile qui passe en vitesse devant lui. Chaque maison a donné à ses châssis un galbe personnel facilement reconnaissable. Ce galbe est-il brevetable? Non? Est-il susceptible d’être protégé comme « Dessin et Modèle » ? Non encore, dit le deuxième alinéa de l’article 2 de la loi de 1909.
- Alors que diriez-vous d’une maison peu scrupuleuse qui copierait servilement le galbe d’une Renault ou d’une Panhard pour pouvoir dire à ses acheteurs : « Quand vous passerez devant vos amis, tout le monde croira que vous avez acheté une •Renault; moi je puis vous vendre nia voiture meilleur marché' parce- que j’ai commencé ma construction lorsque les brevets étaient périmés, lorsque toutes les combinaisons mécaniques, après tant de coûteux déboires, ont été bien assises et bien éprouvées par la pratique. Plus d’une grande maison s’y est à demi-ruinée et cherche à se dédommager, mais moi je suis le domaine public ; j’exploite et je profite et je vous fais profiter non seulement de tarifs bien plus favorables, puisque je n’ai pas de déceptions à amortir, mais je vous donne un châssis qui, à s’y méprendre, vous donnera l’air d’avoir une première marque ».
- Serait-ce acceptable? Ne serait-ce pas une concurrence déloyale ? Je demande en somme que l’on donne au constructeur une arme précise lui permettant de se défendre contre cette éventualité. , '
- Naturellement, lorsque l’inventeur assumerait tous les risques et toutes les difficultés de la mise au point de son invention, il aurait droit à compléter la protection due au brevet par celle du <c Dessin et Modèle », ce dernier survivant au premier, et obli-
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- géant les imitateurs du brevet tombé à ne pas cîipier servilement, afin d’éviter les confusions et les concurrences de mauvaise foi.
- Si l’inventeur apportait au constructeur non seulement le brevet, mais aussi l’assurance de posséder, après terminaison du brevet, la jouissance du « Dessin et Modèle » avec son nom et sa marque, il serait certainement beaucoup mieux accueilli par le constructeur, beaucoup plus désiré qu’il ne l’est aujourd’hui.
- En résumé, dans mon idée, une invention amenée au succès comporterait deux litres de 'propriété distincts, le brevet d’invention et un titre de « Dessin et Modèle », celui-ci pouvant appartenir, suivant les cas, soit à l’inventeur, soit au constructeur concessionnaire initial. Il pourrait même dans la suite être demandé par les divers constructeurs licenciés, ou encore par les constructeurs concurrents une fois le brevet périmé, des titres nouveaux de « Dessin et Modèle » pour leur réserver le bénéfice des agencements et configurations dus à leur initiative.
- Pour ce second titre, j’estime qu’on doit avoir le droit à l’occasion de conserver le secret, comme la loi de 1909 l’autorise, sous les conditions relatées aux articles 6 et 7 de cette loi. Gela encore constituera une protection d’une certaine efficacité pour rinventeur et pour son concessionnaire et l’on rendra ipso facto plus difficile l’imitation de l’invention. Les imitateurs seront, dans une certaine mesure, obligés d’ajouter leur note personnelle, et n’ayant pas l’expérience du premier exploitant, ils auront eux aussi à mettre au point leur modifications pour conquérir leur clientèle. La loi leur livrera la propriété de l’idée première, c’est entendu, mais rien que cela.
- Tandis qu’aujourd’hui la loi, . en obligeant l’inventeur à publier tous ses moyens, le désigne d’avance à la spoliation non seulement dans son pays d’origine, mais surtout dans tous les pays étrangers où, faute d’une fortune suffisante, il n’a pas déposé ses brevets à cause des dépenses que cela représente.
- Il faut que la loi, au lieu de rendre la divulgation intégrale et obligatoire, prenne au contraire sous sa sauvegarde le fruit du labeur persévérant des inventeurs et de leurs collaborateurs-concessionnaires. Gela me semble l’équité.
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- Suppression de l’Obligation D’Exploiter.
- Je passe maintenant à un autre point d’une grande importance. Je voudrais, à J’encontre des dispositions de la Convention Internationale de 1883 (Art. 5) libérer l’inventeur de l'obligation qui lui est faite de fabriquer et d’exploiter son invention dans les pays où il a déposé brevet.
- Voici cet Article 5. « L’introduction par le breveté dans le » pays où le brevet a été délivré, d’objets fabriqués dans l’un » ou l’autre des pays de l’Union, n’entraînera pas la déchéance. » Toutefois, le breveté sera soumis à l’obligation d’exploiter son » brevet conformément aux lois du pays où il introduit les » objets brevetés, mais avec la restriction que le brevet ne » pourra être frappé de déchéance pour cause de non-exploita-» tion dans un des paxs de l’Union qu’après un délai de » trois ans comptés à partir du dépôt de la demande dans ce » pays et seulement dans le cas où le breveté ne justifierait pas » des causes de son inaction. »
- On aperçoit tout de suite que cet article a beaucoup tempéré la rigueur de notre ancienne loi de 1844 :
- Art. 32. — « Sera déchu de tous ses droits:.................
- » 3° Le breveté qui aura introduit en Francei des objets » fabriqués en pays étrangers et semblables à ceux qui sont » garantis par son brevet. »
- Cet article, maintenu par la loi du 7 Avril 1902, semble en discordance avec l’adhésion donnée par la France à la Convention Internationale, et particulièrement avec l’Article 5 reproduit ci-dessus. Peut-être doit-on ne l’appliquer qu’aux Français qui, possesseurs d’un brevet français, feraient fabriquer à l’étranger pour importer en France.'Mais les étrangers, possesseurs d’un brevet Français, doivent pouvoir se prévaloir de la stipulation formelle de l’Article 5 : L’introduction d’objets fabriqués à l’étranger ri entraînera pas la déchéance.
- Seulement, il n’en faut pas moins se soumettre pour l’exploitation aux lois de chaque pays pour la protection de la Propriété Industrielle.
- Que faut-il entendre au juste par cette obligation d’exploitation? Les textes sont un peu trop amphigouriques à ce sujet.
- Reprenons l’exemple donné plus haut d’un brevet relatif à un
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- appareil d’évaporation produisant une grande économie de combustible. Pour qui cet invention est-elle utile ?
- En premier lieu pour les industries oi'i l’on fait de l’évaporation, sucres, sels de toutes sortes, extraits végétaux, gélatines, etc.
- Mais si l’invention est excellente et se propage, elle sera aussi profitable aux ateliers de construction qui se chargeront de fabriquer l’appareil. Suffît-il aux termes de la loi qu’il y ait « dans le pays où le brevet a été délivré » des usines qui fassent usage dudit appareil d’évaporation, quel que soit le pays où l’on ait fabriqué cet appareil?
- Ou bien faut-il que l’appareil soit fabriqué dans ce pays, sans qu’il y ait nécessité ou obligation d’en introduire l’usage dans les industries du pays qui font de l’évaporation?
- Ou bien enfin faut-il à la fois qu’il y ait fabrication et usage dans ce pays?
- Dans beaucoup de pays, il faudra bien se contenter de « l’usage » de l’appareil dans les industries auxquelles il est destiné pour la bonne raison qu’on ne trouverait pas dans ces pays d’ateliers de construction assez bien outillés . pour en entreprendre la « fabrication ».
- Les formules de « l’obligation d’exploitation » varient beaucoup d’un pays à l’autre, et il y aurait vraiment un intérêt de premier ordre pour les inventeurs à voir l’Union Internationale pousser plus loin ses premiers accords, et uniformiser les lois sur la Propriété Industrielle.
- L’Espagne dit : .... Il faut que l’invention ait été mise
- en exploitation sur le territoire Espagnol. » Ne parle pas de la fabrication.
- Le Portugal au contraire déclare déchu : ... « le breveté qui n’aura pas exploité en fabriquant ou en faisant fabriquer au Portugal les objets ou produits brevetés. ...» C’est bon à dire, mais où sont les Ateliers de construction?
- La formule des Pays-Bas est longue, mais néanmoins imprécise Si le breveté n'exploite pas dans le royaume un
- établissement industriel servant de bonne foi et dans une mesure suffisante à la fabrication dm produit, ou à l’application du procédé ou du perfectionnement pour lequel le brevet a été délivré. ...» Donc on admet ou fabrication ou usage, me semble-t-il.
- Danemark :«.... Lorsque l’invention n’a reçu aucune
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- application. » Voilà qui me semble très libéral et conforme à ce que je réclame; l’usage d’un appareil importé suffit.
- Brésil : « . . . . si le breveté ne fait pas un usage effectif. »
- La formule du Canada est peut-être la plus claire de toutes, mais aussi la plus dure pour le breveté étranger ; « L’importation au Canada de l’objet breveté n’est permise que pendant les douze mois qui suivent la délivrance du brevet. . . . On peut accorder un nouveau délai d’un an. »
- L’Allemagne dit : « Après l’expiration de trois ans, le breveté peut être obligé d’accorder des licences au tiers, et si l’invention est exécutée exclusivement ou principalement en dehors de l’Allemagne, le brevet peut être révoqué. »
- Même formule en Angleterre, -mais après quatre années au lieu de trois.
- Si l’on fait abstraction de ce principe quelque peu draconien de la « licence obligatoire » qui 11e cadre pas avec l’esprit général de notre Code, on voit qu’en somme ces deux pays, tous deux si essentiellement industriels, tolèrent la fabrication à l’étranger; et ne se sont conservé la faculté de regimber — sans que ce soit obligatoire — que si l’importation est exclusive ou principale.
- La Législation des Etats-Unis est la plus libérale de toutes pour les inventeurs. Non seulement elle accorde à l’inventeur une durée de dix-sept ans, plus un boni initial de deux ans pour mettre l’invention au point avant de déposer le brevet, mais encore elle ne lui impose aucune obligation d’exploitation, et aucune annuité à payer.
- Elle va bien plus loin que moi qui me contente de demander qu’on 11’oblige pas l’inventeur à faire fabriquer l’appareil dans le pays, étant bien entendu que c’est une simple latitude, et qu’il sera libre de faire ou de ne pas faire, selon ce qui sera préférable pour son cas particulier.
- C’est là France qui est parmi les plus intolérantes à ce sujet.
- Le point de départ de cet exclusivisme a été le raisonnement suivant : « L’État accorde sa protection à l’inventeur pendant quinze ans; lui seul peut profiter de sa découverte pendant cette période. Mais en échange de cette faveur qui empêche les tiers d’en profiter eux aussi, l’État exige que tout au moins l’industrie française seule bénéficie de la construction des appareils brevetés. »
- C’est là une de ces nombreuses formules de sentimentalité
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- devant lesquelles nous nous inclinons de génération en génération sans jamais aller au fond des choses, sans oser les soumettre à un examen rationnel !
- Eh! bien, cette formule, sous son étiquette de juste compensation et de sage patriotisme, est aussi creuse et aussi inopérante que tant d’autres !
- Presque toutes, les nations ayant pris notre Loi de 1844 comme point de départ, l’on a presque partout copié notre exclusivisme, n’eut-ce été que par représailles. Parmi les plus ardents à nous imiter, nous voyons les Canadiens, dont l’origine est en partie française.
- Mais on vient de voir que l’Allemagne et l’Angleterre ont infiniment mitigé le principe, sans qu’on puisse pourtant accuser ces pays d’être moins bons patriotes que nous. Ne sont-ils pas tout simplement plus avisés et plus clairvoyants?
- Et de fait, agissons comme dans nos habitudes journalières industrielles, et faisons le bilan des avantages et des inconvénients de la mesure avant de conclure.
- 1° Point de vue des Ateliers de construction.
- Nos ateliers seuls ont la faveur de construire pour la France tous les appareils brevetés soit par des Français, soit par des étrangers.
- Mais par représailles les pays étrangers refusent l’importation chez eux d’appareils brevetés construits chez nous ; nous perdons toute cette exportation.
- Y a-t-il exacte compensation? Non pour deux raisons; d’abord parce que notre pays est particulièrement fécond en inventions, et ensuite parce que nous perdons ainsi une occasion de faire apprécier par l’étranger notre construction si consciencieuse et si élégante à la fois, et de la faire comparer aux productions des autres pays.
- Nous laissons échapper l’occasion de faire entrer nos maisons en rapports suivis avec les étrangers.
- Or, c’est une vérité économique devenue élémentaire que de pousser tous les producteurs d’une nation à faire de l’exportation. La loi de 1844 au contraire nous confine dans la clientèle indigène.
- Enfin dès que le brevet est périmé, il n’y a aucun contre-poids
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- à la contrefaçon étrangère, puisque les constructeurs français ont été dès la première heure exclus du marché.
- 2° Point de vue des Inventeurs..
- De ce côté-là les résultats sont exclusivement néfastes.
- Sachant que l’inventeur français est assujetti à passer par ses conditions, le constructeur ne se fait pas faute d’en profiter.
- Il accueille l’inventeur avec d’autant moins d’entrain qu’il ne lui apporte en espérance que la clientèle française,, et qu’il lui interdit de faire de l’exportation puisque cela amènerait la nullité de ses brevets étrangers. Le constructeur a souvent bien plus d’avantage à se lancer à fond de train sur la ‘construction d’appareils du domaine public, qui ont jeté leur gourme, dont la faveur est bien établie, et pour lesquels on peut faire une vaste réclame dans tous les pays sans avoir aucun procès à redouter ni aucune redevance à prélever.
- L’Article 32 a été imposé à l’inventeur français comme une sorte de rançon du privilège qu’on lui accordait à l’encontre du domaine public ; ce-fut une véritable faute économique puisque l’on a porté préjudice simultanément * à l’inventeur et à la construction française.
- J’irai plus loin.
- Je ne crains pas de dire que l’obligation pour l’inventeur de se mettre d’accord avec un constructeur étranger est généralement le pire des cauchemars. Quelle appréhension de faire un mauvais choix et de se créer un nid à difficultés et à procès! Quel chagrin d’être obligé de se confier à cet étranger, de lui faire la leçon sur l’importance de chaque détail, sur toutes les précautions de construction, de montage, de mise en route, de réglage, en se disant qu’on dresse ainsi contre soi pour l’avenir le plus sournois des concurrents !
- Que d’échecs parce que, malgré cette documentation, la construction est moins intelligen te et moins soignée que chez nous ! Non seulement cela porte préjudice au succès de l’invention, mais il faut bien arriver à expliquer à d’étranger en quoi il a commis une faute pour qu’il n’y retombe plus. Aussi le jour où le brevet est terminé, le constructeur étranger se trouve-t-il tont-à-fait instruit et à point; il va pouvoir voler de ses propres ailes et sans risquer de sé casser les reins.
- Au contraire quoi de plus agréable pour l’inventeur — et en
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- même temps pour son constructeur ! — que les pays où il peut envoyer ses appareils construits sous ses yeux et à la française ? Pas de faute de matière ou de - construction, de sorte que cela va toujours bien, sans aucune réclamation des clients. C’est le rêve ! La marque et le nom sont si solidement établis qu’une fois le brevet périmé les affaires continuent comme devant et que la concurrence met très longtemps à devenir gênante.
- Autrement dit, pour que l’invention française brille à l’étranger avec toute sa supériorité technique, il importe qu’elle soit présentée par la construction également française; le succès d’invention se double du succès de construction et c’est une force considérable.
- En échange, laissons les inventeurs étrangers nous importer leurs appareils construits par leurs constructeurs ; nous n’aurons pas à perdre par cette réciproque autant que nous y gagnerons. En tout cas, c’est plus simple et plus équitable. En outre, nous n’assisterons pas à ce spectacle affligeant d’inventions étrangères informes, redressées, corrigées et mises au point par des constructeurs français. Que chaque pays ait la latitude de se débrouiller seul, par ses propres moyens, et d’apporter son œuvre complète sur le marché mondial, voilà^ la situation à laquelle nous devons aspirer.
- Le Brevet-International.
- Je terminerai cet exposé en disant que l’Union Internationale pour la protection de la Propriété Industrielle, dont l’œuvre a déjà été féconde, méritera une reconnaissance profonde des inventeurs et de leur§ constructeurs-concessionnaires en établissant une Législation- unique des brevets, couronnée par la création du Brevet International qui simplifierait dans une grande mesure cet autre cauchemar de l’inventeur : la discussion de sa demande de brevets dans les pays étrangers, et qui réduirait à des proportions plus raisonnables les frais de dépôts ou d’annuités accumulées que cela réprésente.
- Conclusion.
- En résumé, à Dieu ne plaise que j’usurpe le rôle des juristes et que j’aie l’outrecuidance de traduire mes desiderata en articles de loi. Je me suis borné à montrer un certain nombre
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- (Terreurs et de conséquences fâcheuses de la vieille loi de 1844, qui a incontestablement besoin d’être rajeunie.
- Avant d’aller plus loin ne devais-je pas m’assurer de votre' assentiment pour tout ou partie de mes propositions, vous qui comprenez en si grand nombre des inventeurs émérites de grande industrie et des constructeurs habitués à donner leur collaboration si éclairée aux inventeurs ? A vous d’apprécier si mes critiques, tout au moins pour les bçevefâ de la grande industrie, sont exactes, et si mes remèdes paraissent susceptibles d’être favorables aux deux parties, inventeurs et constructeurs.
- Etant à la fois inventeur et ingénieur-constructeur, possédant des constructeurs-concessionnaires français et étrangers et des débouchés dans presque tous les pays du monde, j’ai été à même de connaître à mes dépens les entraves de toutes sortes et les inconvénients très graves dus aux législations actuelles. Mon point de vue ne sera peut-être pas celui des avocats professionnels des inventeurs. Qu’ils daignent néanmoins prendre en considération mes principales objurgations. A eux de les amender et codifier pour les rendre acceptables par tous les intérêts en cause et par les différents pays contractants. Je crois avoir démontré qu’il n’y aurait aucun conflit, si l’on adoptait mes propositions, entre l’inventeur et ses collaborateurs, et que je favoriserais à la fois les uns et les autres. J’ai la conviction de servir par surcroît notre intérêt national, car nous avons une élite remarquable de semeurs d’idées neuves et souvent géniales. Venons leur en aide, faisons une réforme démocratique, et tâchons d’effacer dans l’avenir cette réputation si fâcheuse que « l’inventeur français irest pas capable d’amener ses conceptions au succès ».
- Cette situation, malheureusement assez exacte à ce jour, ne résulte pas de ce que le cerveau de l’inventeur français soit mal équilibré ou incomplet. Elle est surtout imputable aux lois qui régissent la protection de la Propriété Industrielle, voilà la vérité, et par conséquent elle est réparable et il faut étudier les moyens d’y remédier.
- Les propositions que j’ai eu Thcnneur de'soumettre à vos réflexions ne sont que des avant-projets, appelant certainement de sérieux remaniements si l’on veut faire quelque chose de complet et d’équitable. Ils se résument comme suit :
- 1° Demander l’atténuàtion légale de T obligation contenue dans le 6° de l’article 30 de la loi -du 3 juillet 1844, et en attendant
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- appeler la sérieuse attention des inventeurs sur l’opportunité du « brevet court ».
- 2° Obtenir que la durée de 15 ans du brevet soit nette, c’est-à-dire qu’elle prenne date du jour où l’invention produit réellement les résultats espérés.
- 3° Faire abolir le deuxième alinéa de l’article 2 de la loi du 14 juillet 1909 sur les « Dessins et Modèles », et au contraire faire admettre formellement au bénéfice de cette loi les appareils industriels, qu’ils soient ou non brevetés ou brevetables.
- 4° Faire supprimer dans les pays contractants de l’Union pour la protection de la Propriété Industrielle l’obligation de fabriquer l’appareil ou les produits nouveaux dans le pays où le brevet a été délivré (modification de l’article 5 de la Convention Internationale de 1883 et suppression du 3° de l’article 32 de notre loi du 4 juillet 1844). C’est chose faite aux Etats-Unis, et à mi-chemin en Allemagne et en Angleterre.
- 5° Créer le Brevet International unique, avec taxe très diminuée, en prenant pour modèle la loi des Etats-Unis.
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- EXCURSION
- A
- L’EXPOSITION DE LYON ET DANS LA RÉGION
- du 19 au 23 Juin 1914 (1).
- COMPTE RENDU
- PAR
- 3V1. L. BARTHÉLEMY
- • Du 19 au 23 Juin, la Société des Ingénieurs Civils de France, la Société Internationale des Électriciens, la Société Technique de l’Industrie du Gaz en France et le Syndicat Professionnel des Usines d’Électricité ont fait une excursion collective qui, à peine contrariée par le temps, a fort bien réussi grâce au talent d’organisation déjà maintes fois épro'uvé du Secrétaire Administratif de la Société des Ingénieurs Civils de France, aidé, dans la /circonstance, par nos Collègues lyonnais qui ne sauraient être trop remerciés pour tout le mal qu’ils se sont donné dans l’intérêt commun.
- Le train spécial mis par la Compagnie P.-L.-M. "4 la disposition des excursionnistes quitta la gare de Lyon le Vendredi 19 Juin à 15 h. 15 m. emmenant cent voyageurs dont quinze dames. Un arrêt d’une heure et demie permit de dîner tranquillement au buffet de Dijon et l’arrivée à Lyon eut lieu à 23 heures.
- Le Samedi matin, on se retrouva dans la Salle des Concerts du Palais Municipal des Arts, quai de Bondy, où M. Bethenod fit une savante conférence sur Les Machines électriques à haute fréquence; leur théorie et leurs applications. Après cette conférence, qui fut applaudie comme elle le méritait et dont chacun des auditeurs avait reçu un exemplaire imprimé, on se transporta en masse à l’Exposition à l’aide des voitures-salons de la Compagnie des Tramways. Cette première visite était surtout
- (1) Les circonstances n’ont pas permis de.faire [paraître plus tôt le présént compte rendu. '
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- EXCURSION A L'EXPOSITION DÉ LYON ET DANS LA RÉGION
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- une visite de reconnaissance sous la conduite de nos Collègues lyonnais. Elle permit de constater, dès l’abord, que l’Exposition était loin d’être'terminée.
- L’Exposition de Lyon est installée dans les bâtiments à peine achevés devant servir aux nouveaux abattoirs, dans le quartier de la Mouche, près du confluent du Rhône et de la Saône. Avec ses annexes (colonies, horticulture, etc.) elle s’étend sur une superficie totale de 75 ha.
- Ce qui frappe tout d’abord à l’arrivée, c’est la façade du grand hall qui doit, paraît-il, servir ultérieurement de marché aux bestiaux. Avec ses immenses verrières et ses pignons étagés, elle est d’une conception nouvelle, absolument originale, qui fait le plus grand honneur à son architecte, M. Tony Garnier. Le hall lui-même, non moins remarquable, est long de 220 m, large de 80, avec 22 m de hauteur. Bien entendu, c’est sous ce hall,que sont installées les sections qui demandent le plus de place: éclairage, automobilisme, aviation, mines et métallurgie. Après avoir admiré de jour le hall et son contenu, il faut revenir le voir le soir, dans l’apothéose d’une véritable orgie de lumière, au milieu de laquelle les tubes à néon de notre Collègue, M; G. Glaudê, produisent leur effet décoratif accoutumé. Non loin de là, dans une large allée, située entre deux bâtiments, qu’on a couverte pour la circonstance, se trouve la merveilleuse exposition de la soierie lyonnaise, accompagnée d’une rétrospective du vêtement et du mobilier pour laquelle le garde-meubles national a été largement mis à contribution pour l’émerveillement des visiteurs. Cette partie de l’Exposition, à elle seule, vaut le voyage. Quant au reste, il n’offre qu’un intérêt relatif ; l’Allemagne elle-même, malgré un pavillon d’une architecture dont elle a seule le secret, n’a rien exposé d’intéressant.
- Le déjeuner ad libitum à l’Exposition fut plutôt difficile par suite d’une grève des garçons de restaurant succédant aux nombreuses grèves qui ont rendu si pénible la période des travaux.
- A 3 heures, on se trouva du nouveau réuni au Palais Municipal des Arts pour entendre la conférence de M. le Sénateur Herriot, maire de Lyon, sur son Exposition; car, M. te Maire de Lyon ne veut pas qu’on l’ignore, l’Exposition de Lyon est son oeuvre personnelle. Seul il l’a décidée, sans même consulter son Conseil municipal, et, seul, il en a poursuivi l’exécution. M. Herriot a l’air extrêmement jeune, aussi met-il une certaine
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- Î46 EXCURSION A L’EXPOSITION DE LYON ET DANS LA RÉGION
- coquetterie à souligner qu’il est Sénateur pour qu’on se souvienne qu’il a l’âge canonique. Il rappelle également, en s’appliquant la devise : Audaces fortuna jurai, qu’il fut Professeur de latin et il est bien certain que s’il avait été un tant soit peu praticien, il n’aurait pas osé décider, le 1er Janvier 1913, qu’une Exposition Universelle s’ouvrirait en Mai 1914. Et pourtant, s’il n’avait pas eu contre lui un hiver notoirement inclément, peut-être aurait-il été presque prêt à temps, ce qui prouve que l’audace a parfois du bon.
- Quoi qu’il en soit, avec son éloquence charmeuse, M. Herriot expliqua qu’il avait eu tout d’abord l’intention de faire une exposition urbaine, c’est-à-dire exclusivement bornée aux nécessités de la cité moderne, qui a surtout besoin d’hygiène, de lumière, de moyens de transport, etc., mais que, à l’examen, on s’était aperçu que tout rentrait dans le cadre de .la cité moderne, de sorte que l’Exposition, d’urbaine, était devenue universelle. Il ajouta, aux applaudissements unanimes de l’auditoire, qu’il avait supprimé l’absinthe dans l’intérieur de l’Exposition, et qu’il s’était contenté de faire encadrer la lettre de protestation des fabricants d’absinthe ainsi que sa réponse.
- A la fin de sa conférence, M. Herriot lit appel à la générosité des assistants en faveur de la statue du lyonnais Ampère. « S’il avait été seulement Conseiller Général, dit-il, il aurait depuis longtemps sa statue ; mais il n’était qu’Ampère... et les souscriptions se font attendre ».
- Au nom des quatre Sociétés, M. Gall remercia le Maire de Lyon pour son éloquent plaidoyer en faveur de son œuvre et le félicita du résultat obtenu envers et contre tout et tous, après quoi on se dirigea vers le Palais de la Chambre de Commerce, où se trouve le célèbre Musée des Tissus, au seuil duquel les Congressistes furent reçus par notre Collègue, M. J. Coignet, président de la Chambre de Commerce.
- C’est M. Cox, l’érudit conservateur de ce musée unique au monde, qui dirigea la caravane malheureusement trop nombreuse pour que tous puissent profiter de ses savantes et lumineuses explications. Autant qu’il nous a été donné d’entendre, M. Cox expliqua que, tandis qu’en Orient l’origine de la soie se perd dans la nuit des temps, en Occident, elle se divise en trois périodes principales : romano-byzantine, musulmane (à laquelle se rattache la période italienne et espagnole du xive au xvne siècle) et moderne, cette troisième période commençant à
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- EXCURSION A L’EXPOSJTÏON UE LYON ET DANS LA RÉGION
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- Louis XIV. Après ce préambule, on traversa successivement les salles contenant des tissus égyptiens et coptes de liante antiquité ; celles de la période musulmane où l’on nous fît remarquer deux arts bien différents : celui de l’Est comportant des reproductions d’animaux et de Heurs alors que les Musulmans de l’Ouest recherchaient de préférence les dessins géométriques. On parcourut ensuite les salles consacrées à l’Extrême-Orient (Chine et Japon) ; la grande salle d’honneur . dans laquelle se trouve un merveilleux tapis persan dont la seule dépense de main-d’œuvre, si on voulait le reproduire, représenterait plusieurs centaines de mille francs. Dans cette même salle se trouve un inestimable joyau dont le roi d’Espagne a offert une fortune: c’est la chape offerte par Isabelle la Catholique à l’évèqu-e de Grenade après la défaite du dernier roi maure Boabdil. Enfin, on arriva à l’époque de .Louis XIV qui représente la suprématie de l’industrie lyonnaise, suprématie qu’elle a su conserver depuis cette époque, comme on peut le constater à l’Exposition,
- Du Musée des Tissus, oh se rendit dans la superbe salle des séances de la Chambre de Commerce où, une coupe de champagne en mains, le Président, M. Jean Coignet, souhaita la bienvenue aux Congressistes dans les termes suivants :
- « La Chambre de Commerce de Lyon est heureuse de vous » souhaiter la bienvenue aujourd’hui dans ce Palais du Coin « mer.ce, témoin de ses travaux et elle est heureuse de vous » avoir montré le musée des tissus.
- » Ce peut être le désir, puisque vous avec quelques dames » dans votre Congrès, de leur procurer une distraction qui vous » a fait inscrire dans le programme une visite au musée des « tissus.
- ». Néanmoins, ce peut être une autre idée qui a guidé votre » organisateur à vous faire visiter notre musée. C’est que, je le » crois, la carrière d’ingénieur n’est pas étrangère aux choses » de l’art.
- » Il est certain que nous, Ingénieurs, car, en ce moment, je » parle en vieux camarade, dans notre situation, il nous arrive » à tous moments, quand nous construisons des usines, à faire » un peu le métier d’architecte. Et quand nous construisons des » machines, nous ne devons pas oublier que la considération de » l’esthétique doit nous forcer à perfectionner et à conserver les » proportions harmonieuses des machines ou des bâtiments que » nous construisons. Par conséquent, je crois qu'une visite à
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- » notre musée des tissus n’était pas inutile pour que vous ayez » une connaissance plus complète de l’industrie lyonnaise.
- » Notre grande industrie de la soierie,, j’espère, vous aura » intéressés. A l’Exposition, vous avez vu les soieries nouvelles :: » Ici, vous avez vu les soieries anciennes.
- » Je pense aussi que, dans la visite de notre musée, vous avez; » dû remarquer quelques modèles de métiers.
- » Il est évident que la production de la soierie ne peut se » faire sans la collaboration de la Mécanique et vous me per-» mettrez de formuler ici un vœu : c’est que les Ingénieurs-» Civils puissent apporter leur concours à l’industrie de la. » construction des métiers un peu plus qu’ils ne l’ont fait » jusqu’ici en France.
- » Nos industriels font, en effet, venir de l’étranger la plupart » des métiers dont ils ont besoin et je souhaiterais qu’il y ait » un peu plus de constructeurs français pour fournir ces métiers à » soierie.
- » Puisque la Société des Ingénieurs Civils de France, la Société » des Électriciens, la Société du Gaz et le Syndicat Professionnel » des Usines d’Électricité sont ici réunis, vous me permettrez de-» dire que l’industrie de la soierie a profité de vos efforts, à la » suite des progrès de l’éclairage qui sont nés de la concurrence » de l’éclairage à l’électricité. Vous avez apporté la lumière à » profusion dans les appartements et vous savez que rien ne » profite plus que la lumière aux toilettes de soie. Vous avez; » donc été un facteur de la prospérité de cette industrie.
- » A l’Exposition, vous avez vu, en outre, les industries » diverses : Mécaniques, produits chimiques, photographie, etc..
- » Je suis donc très heureux que ces grands groupements » d’ingénieurs soient venus à Lyon et que notre Exposition ait » pu les intéresser. J’espère qu'ils emporteront la connaissance » complète de notre industrie lyonnaise.
- » Je bois à la santé des dames qui ont bien voulu accompagner » les Congressistes.
- » Je bois à vos Sociétés et à la prospérité du commerce-» français. »
- M. Gall, Président, répondit en remerciant M. Jean Coignet et la Chambre de Commerce de leurs souhaits de bienvenue auxquels les excursionnistes avaient été des plus sensibles.
- Il ajouta que la visite qui venait d’être faite au merveilleux musée des tissus laisserait dans l’esprit de tous ceux qui avaient
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- pu y prendre part un souvenir ineffaçable, tant par la beauté -des collections qu’il leur avait été donné d’admirer que par les belles et savantes explications qui leur avaient été données par le très distingué Conservateur du Musée, M. Cox.
- Le soir, un banquet de 150 couverts réunit les excursionnistes et leurs invités dans la salle Rameau. Il était présidé par M. Gall, Président de la Société des Ingénieurs Civils de France, entouré de MM. Chazette, Adjoint à la Mairie centrale remplaçant le Maire ; Brylinski, Président delà Société internationale des Electriciens ; Coignet, Président de la Chambre de Commerce ;
- 1 Boutan, Président de la Société Technique du Gaz; Rouland, Administrateur-Délégué de la Société du Gaz de Paris ; Marqui-san, Président du Syndicat'professionnel de l’Industrie du Gaz ; •Godinet, Ingénieur ; Bussy, Président du Conseil d’Administration •et Guillon, Directeur général de l’O. T. L. (Tramways lyonnais) ; Léo Vignon, Directeur de l’École de Chimie Industrielle ; Masse,
- . Administrateur-Directeur de la Société d’Eclairage, Chauffage •et Force motrice; Damour, Vice-Président du Conseil d’Administration de la Compagnie du Gaz de Lyon ; Boissonnas, Administrateur-Délégué, et Graff, Directeur de la Société Générale de Force et Lumière ; Dumont, Ingénieur en Chef de la Société Française des Câbles Électriques; Rigollot, Directeur de l’École •Centrale lyonnaise; Laurain, Ingénieur-Conseil de la Société du ' jGaz de Paris; Cox, Directeur du Musée des Tissus ; Barbillon, Directeur de l’Institut électro-chimique de Grenoble, etc., etc.
- De nombreuses dames apportaient à cette brillante assemblée le charme de leur présence.
- Il est bien certain qu’avec une pareille assistance l’éloquence •devait couler à flots autant et plus que le champagne. C’est, bien entendu, M. le Président Gall qui ouvrit la série des discours (1).
- Ses premiers mots sont pour remercier MM. Boutan et Bry-linsld, M. Daniel Berthelot, « lequel, continuant la tradition de son illustre père, a ouvert à l’étude des rayons violets des horizons qui font le plus grand honneur à la science française ».
- (1) Au moment où l’on préparait, en juillet dernier, la rédaction du présent compte rendu, de graves événements se sont produits, et la sténographie de certains discours, •dont nous ne possédions qu’un seul exemplaire, s’est trouvée égarée. La mobilisation d’une partie du personnel delà Société n’a pas'permis de la reconstituer intégralement, et c’est pour cette raison que les paroles prononcées par M. Gall, Président de la Société, à la Chambre de Commerce de Lyon et au banquet de la salle Rameau n’ont pu être reproduites in extenso dans ce compte rendu.
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- Ensuite, il salue les personnalités lyonnaises, MM. Herriot, Jules Courmont, Louis Pradel, Chalumeau, Jean Coignet, Cox, Vignom Rigollot, Barbillon, Ch. d’Aubenton, Sarroléa, Godinet, Bois-sonnas, Vautier et Dumont. 11 a un mot particulièrement aimable pour M. Boutan, qui «a mérité de la part de ceux qui le connaissent d’être placé parmi les plus éminentes personnalités gazières».
- Parlant au nom de la Société des Ingénieurs Civils de France et en celui des Sociétés qui avaient bien xmulu se joindre à. elle, il remercia vivement la Municipalité de Lyon, ainsi que-tons les groupements, administrations et collègues de la région lyonnaise qui, avec une compétence et un dévouement inlassable, ont élaboré le programme si bien compris de l’excursion.
- Au cours de cette première journée, dit-il, les excursionnistes ont à peine pu commencer à étudier cette ville de Lyon dont un membre de la Société des Ingénieurs Civils de France, M. Victor Cambon, dans le bel ouvrage qu’il a consacré à la région, dit si justement:
- « Qu’elle est, depuis plus ’de vingt siècles, la métropole
- incontestée du Sud-Fst de la France. Sa position géogra-» pliique lui a primitivement créé cette suprématie, l’intelli-» gence et l’activité de ses habitants Pont maintenue. »
- C’est à ces remarquables qualités qu’elle doit le développement, des institutions dont les visites d’aujourd’hui ont donné une faible idée, et notamment cette Chambre de Commerce, sous le patronage de laquelle devaient être créées, après le Musée des Tissus, l’Ecole centrale lyonnaise, et cette École de Chimie industrielle, que l’Université n’a cessé de favoriser depuis sa création !
- La principale industrie de Lyon, l’industrie de la soie, a peut-être, en raison même de sa nature spéciale, occupé moins directement les ingénieurs : elle n’en est pas moins digne de fixer leur attention; sur une production totale de la France de 600 millions, la fabrique lyonnaise a représenté 450 millions, résistant aux terribles assauts que lui livrent la Suisse, l’Allemagne et l’Italie.
- M. Gall dit qu’il a le sentiment de son incompétence pour parler des merveilles de l’industrie de la soierie qu’il a été donné d’admirer.
- « Fort heureusement, Mesdames, ajoute-il, en vous joignant » à nous, vous apportez le goût délicat qui saura louer comme
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- » il convient les choses incomparables qui figurent à Lyon. » Vous saurez, en dignes et charmantes Françaises, tirer un » parti élégant de ces superbes tissus, et peut-être contribuerez-» vous, en intervenant à un moment donné, à soutenir ces fabri-» cations trop souvent sacrifiées à des caprices irraisonnés. »
- Comme représentant des industries chimiques, il fiemande la permission de rappeler que c’est à Lyon qu’ont été accomplies ces étapes mémorables : la découverte du bleu Guimet, qui devait être un des premiers triomphes de la chimie. La remarquable usine de Fleurieu devait être portée à un haut degré de perfectionnement par M. E. Guimet, qui joint à une grande valeur industrielle les connaissances éclairées qui ont doté la France de collections inestimables. C’est à Lyon que F. Goignet, dont le nom reste si justement honoré, crée en 1845 la Société industrielle du Phosphore, etc. Il rappelle le nom de Michel Perret et formule des vœux pour le parachèvement de, la navigation du Rhône.
- M. Gall termine en levant son verre à la prospérité de la ville de Lyon et au succès de son Exposition.
- Après M. Gall, M. T. Vautier prit la parole au nom du Comité d'organisation et des Collègues lyonnais.
- DISCOURS de M. VAUTIER, au nom du Comité d’Organisation et des Collègues Lyonnais.
- « Monsieur le Président,
- » Au nom du Comité d’Organisation et de nos Collègues lyon-» nais, j’ai le très grand honneur d’adresser. nos meilleurs » souhaits de bienvenue à la Société des Ingénieurs Civils de » France, à la Société Technique de l’Industrie du Gaz en France, » à la Société Internationale des Electriciens, au Syndicat Pro-« fessionnel des Usines d’Electricité, à leurs Présidents et à leurs » Membres, au moment où ils viennent visiter notre grande cité, » qui, fidèle à ses lointaines et ^glorieuses origines, n’a cessé j> de travailler au développement de son çommerce et de ses » industries, à l’extension de ses relations dans le monde.
- » Les grandes institutions d’ingénieurs que vous représentez » et auxquelles nous nous rattachons nous-mêmes ônt compté » assez d’hommes éminents pour acquérir une incontestable » autorité dans notre pays. Elles ont rendu assez de services
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- » pour mériter la reconnaissance de plusieurs générations ; les » nombreux Ingénieurs qui leur appartiennent ont pu apprécier » leur bienfaisante influence à des titres divers tels que fon-» dation de bibliothèques, création de subventions, de journaux » techniques et plus encore organisation de réunions pério-» diques et publications offrant un terrain particulièrement » favorable à la'manifestation des résultats acquis ainsi qu’à » l’éclosion d’idées nouvelles. Des liens précieux se sont établis » ainsi entre les hommes qui, par un travail persévérant, par » d’intelligentes initiatives concourent efficacement au déve-» loppement de l’industrie française dans notre pays et à » l’étranger.
- » Mais si chacune de nos Sociétés rend les services les plus » considérables dans son propre domaine, leur union n’est pas » moins utile pour l’obtention d’un but déterminé dans certains » cas. Ce n’est pas le lieu de rechercher les occasions qu’elles » ont eues dans le passé d’associer leurs efforts ; je veux sim-» plement rappeler l’heureux résultat obtenu dans des circons-» tances récentes par leur entente à laquelle est due la forma-» tion du Comité National Français de l’Eclairage.
- » Ce Comité a été formé par la coopération immédiate des » grandes institutions techniques qui représentent en France » l’Industrie du Gaz et celle de l’Electricité : la Société Technique, » le Syndicat Professionnel de l’Industrie du Gaz, la Société Inter-» nationale des Electriciens et l’Union des Syndicats d’Electricité ; » d’autres Sociétés d’ingénieurs et de Savants y comptent aussi des » délégués, notamment la Société des Ingénieurs Civils de France, » la Société Française de Physique, la Société des Acétylénistes » français, la Société Française de Photographie, la Société Fran-» çaise d’Ophtalmologie, et plusieurs de ces Sociétés sont repré-» sentées par leur Président ou ancien Président, tels que » MM. Brylinski, Daniel Berthelot, Boutan, Marquisan, Rouland. » Ce Comité présidé par M. Violle, membre de l’Institut, a » réussi comme vous le voyez à grouper sur le terrain scien-» tifique et techniqne des industries dont les moyens de produc-» tion sont tout à fait différents et qui sont parfois elles-mêmes » en concurrence sur le terrain commercial dans le but d’étu-» dier toutes les questions ayant trait à l’industrie de l’éclairage » et aux sciences qui s’y rapportent; il vient de mettre à l’ordre » du, jour de ses travaux plusieurs questions importantes parmi » lesquelles l’achèvement d’un système rationnel de définition
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- » des unités et grandeurs pliotométriques qui rendra de grands » services à tous ceux qui s’occupent d’éclairage, surtout s’il* » reçoit une sanction internationale comme on peut l’espérer,
- » grâce au concours de la Commission Internationale de l’Éclai-» rage qui est l’émanation directe de Comités Nationaux analogues » aux nôtres, formés dans les neuf principaux pays d’Europe,
- » ainsi qu’aux Etats-Unis d’Amérique.
- » Ceux d’entre vous qui commenceront leur visite de l’Expo-» sition Lyonnaise par la porte principale verront ’à l’entrée du » grand hall sous un faisceau de drapeaux des dix nations parti-» cipantes un panneau consacré à l’Exposition de la Commission » Internationale de l’Eclairage contenant les statuts des divers » Comités Nationaux, les noms de leurs membres, l’indication » des Laboratoires nationaux de Washington, Londres, Berlin » et Paris qui lui sont associés.
- » Dans le même panneau se trouve l’Exposition du Comité » National Français et celle de la Commission Internationale de » Photométrie qui, fondée en 1900, expose les travaux importants » effectués par ses soins. Ces divers Comités ont reçu des groupes » lyonnais un appui assez important pour que leur première « Exposition se trouve bien à sa place dans notre grande mani-» festation lyonnaise.
- » La Commission Internationale de l’Eclairage, le Comité » National Français seront de nouveaux et utiles instruments de » progrès pour la science et Fart de l’éclairage entre les mains »' des hommes qui sauront en tirer parti. Leurs conclusions » appuyées sur des travaux compétents s’imposeront par l’auto-» rité technique et scientifique de ces Institutions plus encore » que par la recherche de mesures législatives qui risqueraient » parfois de paralyser d’utiles initiatives.
- » Les résultats qu’on peut attendre de ces institutions sont » assez importants pour qu’on doive apprécier les collaborations » qui ont rendu leur création possible et je dois féliciter les » Sociétés adhérentes de l’entente cordiale qu’elles ont fait » passer dans les pourparlers qui ont précédé ces créations.
- » Je suis heureux de profiter de cette réunion pour adresser » les hommages de leurs Collègues lyonnais au Président des » Sociétés réunies dans ce banquet : à M. Gall, Président de la » Société des Ingénieurs Civils de France qui a su allier de belles « recherches de chimie à des travaux administratifs importants;
- » parmi les affaires d’électrochimie dont il est administrateur
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- » délégué ou Président, il en est dont les centres de production •» sont assez près de notre région, pour que nous considérions » M. Gall comme des nôtres et pour que nous le félicitions de » l’iiommage que la Société des Ingénieurs Civils de France lui » a rendu en' le portant à sa présidence et en honorant en sa » personne un de nos grands industriels français.
- » M. Boutan arrive au terme de sa présidence de la Société » Technique de l’Industrie- du Gaz, j’en prends l’occasion pour » le féliciter hautement de la manière exceptionnellement dis-» linguée dont il l’a remplie ; vous en serez d’autant moins » surpris que vous savez la grande place que lui ont value .dans » notre industrie à Lyon et à Paris, ses rares qualités d’adminis-» trateur et d’ingénieur qu’il a particulièrement eu l’occasion » de montrer comme administrateur délégué du Gaz de Lyon » dans une des phases les plus importantes du développement « de cette Société.
- » Je suis particulièrement heureux aussi d’adresser nos » hommages à M. Brylinski, Président de la Société Interna-» tionale des Électriciens dont son prédécesseur disait récem-» ment que personne ne pouvait mieux symboliser le double » aspect de la Société Internationale qui fait une part égale à la » spéculation scientifique et aux applications industrielles, car » dans les importants mémoires de M. Brylinski la science » théorique la plus élevée s’allie à l’appréciation la plus exacte ». de la pratique.
- » Messieurs,
- » Le Comité Lyonnais chargé d’organiser votre commune » excursion a cherché à utiliser le mieux possible le peu de » temps dont vous disposez afin de vous permettre de visiter » quelques-unes de nos principales usines productrices de force » et de lumière et notre Exposition Lyonnaise, dont M.. le Séna-» teur-Maire Herriot vous a parlé aujourd’hui même avec son » éloquence habituelle, en vous en exposant les principales » caractéristiques; nous ne saurions trop rendre .hommage à » l’intelligence et inlassable activité qu’il a déployée pour » attirer des concours intéressants, les grouper de la manière la » plus instructive, et remercier aussi les hommes éminents qui » ont collaboré au succès de cette grande entreprise, et parmi » lesquels nous devons citer au premier rang MM. les Gommis-» saires généraux Courmont et Pradel qui appartiennent à deux
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- grandes Institutions lyonnaises dont notre cité est justement fière : la Chambre de Commerce et l’Université.
- » Vous me permettrez d’exprimer aussi notre reconnaissance aux Sociétés dont vous visiterez bientôt les usines, et aux Directeurs de ces Etablissements pour l’obligeance qu’ils ont mise à faciliter la tâche du Comité d’Organisation dont MM. Go'dinet et Dumont ont été les collaborateurs les plus actifs et les plus dévoués. Enfin, le Comité d’Organisation a l’agréable devoir d’adresser tous ses remerciements à la Société des Ingénieurs Civils de France, à la Société Technique de l’Industrie du Gaz, à la Société Internationale des Electriciens pour l’aimable attention qu’elles ont eue d’inviter leurs membres au banquet de ce soir.
- » Nous espérons, Messieurs, que votre visite vous laissera d’agréables souvenirs et nous serions heureux de penser que Lyon et sa région vous attireront de nouveau dans un avenir prochain. C’est à la réalisation de ce vœu que je vous demande la permission de lever mon verre ainsi’ qu’à l’union toujours plus grande des Sociétés qui groupent les forces vives de l’Industrie Française. »
- DISCOURS de M. L. CITAZETTE. Adjoint au Maire de Lyon.
- « Mesdames, Messieurs,
- » Une fois de plus, je dois à la bienveillance de M. le Maire de Lyon la faveur de le représenter ce soir. Nul ne peut apprécier plus que moi le prix de cette mission. Nul aussi ne doit redouter davantage le poids d’un pareil honneur; en effet, à l’instant, où nous sommes, je comprends que s’élève en vos âmes le regret de ne pas l’entendre encore. Permettez-moi cependant de vous adresser quelques mots en son nom ; et, si ' vous me trouvez un peu égaré parmi vous et que je sois mal préparé par ma profession à vous parler de l’art de l’Ingénieur, permettez-moi au moins de compter tout à la fois et sur votre aimable indulgence et sur votre affectueuse sympathie.
- » Au surplus, quand je me trouvais, il y a un instant, à la recherche des idées et que je me demandais avec inquiétude quel serait l’objet de mon toast, une comparaison me venait à l’esprit, comparaison entièrement à votre honneur.
- » Il y a vingt siècles, vous devinez sans doute ce que pouvait
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- » être Lyon. Ici même, à l’endroit précis où nous sommes, sur » la rive gauche de cette Saône toujours lente, s’élevait une bour-» gade de misérables pêcheurs. Un grand conquérant parcourait » la Gaule. La pauvre population le laissait indifférent. Sans » doute, il avait pu voir en passant la colline qui, plus tard, » serait à jamais célèbre sous le nom de Fourvières ; mais ses » « Commentaires » ne nous permettent pas de conclure qu’un » jour, il viendrait y planter sa tente et y bâtir un forum. Plus » habile à détruire qu’à construire, le conquérant volait à la » victoire.il laissait à un autre le soin de fonder les murs d’une » Cité nouvelle. Il négligeait les huttes des pauvres pêcheurs et » réservait ses légions et leurs efforts pour les villes qui résis-» taient.
- » Ainsi, pendant que César parcourait notre pays, Home dési-» gnait un administrateur pour pacifier chaque partie du grand » territoire; et, peu après la conquête, les fonctionnaires et les » Ingénieurs arrivaient.
- » Que de travaux alors étaient à accomplir ! Que de progrès
- vos ancêtres avaient à réaliser !
- » Sans faire œuvre d’érudition, vous me permettrez bien, à » l’heure où nous sommes, de rappeler à votre souvenir les » ouvrages des anciens Ingénieurs et en particulier les aqueducs » romains.
- » Comme ils savaient déjà, ces Ingénieurs, aujourd’hui incon-» nus, perdus dans l’oubli, mais grands par les œuvres qu’ils » ont laissées, comme ils savaient déjà construire, faire grand » et beau tout à la fois ! Comme ils étaient déjà des maîtres en » l’art d’embellir et de parer les cités ! Les uns construisaient » des routes; les autres construisaient des ponts, —c’étaient les » Chalumeau de l’époque (M. Chalumeau, vous le savez tous, » étant le grand pontife du Lyon moderne). Comme ils savaient » aussi construire les aqueducs ! Comme ils les construisaient » solides ! Alors que le ciment armé n’était pas encore à leur » disposition, ils avaient au moins quelque chose de semblable » puisque, malgré les siècles et les siècies, l’œuvre subsiste » toujours et semble défier les années.
- » Ces Ingénieurs d’un autre âge étaient donc utiles à la cité » antique. Et j’ai lu quelque part que leur prévoyance était » extrême, puisque, pour atténuer une pression qui, parfois, » était' formidable, il leur arrivait, lorsque leurs aqueducs, » épousant les plis du terrain, allaient plonger dans le fond de
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- » la vallée, d’atténuer le poids résultant de la chute au moyen » de petits tuyaux de plomb qui partageaient le courant.
- » Tels étaient les ingénieurs qui travaillaient pour nos pères.. » Ils avaient su amener l’eau. Ils n’avaient pu amener ni la » force, ni la lumière.
- » Mais, que de progrès accomplis en vingt siècles !
- » Si la Ville de Lyon, Itère de son passé, admire encore les » œuvres des anciens, elle s’enorgueillit à juste titre des ingé-» nieurs modernes et des écoles où ils se forment.
- » Aujourd’hui, c’est l’Université ; c’est la Faculté des Sciences » et son doyen, M. le professeur Depéret; c’est la jeune et bril-» lante Ecole de Chimie qui poursuit ses destinées sous le direc-» tion de M. le professeur Léo Vignon ; c’est l’École Centrale-» lyonnaise qui n’a pas, sans doute, la prétention d’éclipser sa » sœur de Paris, mais qui arrive, cependant, sous la direction » de M. le professeur Rigollot, à mettre à la disposition des-» grands industriels de jeunes ingénieurs et d’excellents esprits.
- » Notre Ville peut donc se rejouir. Mais si les progrès sont » manifestes, nous savons, d’autre part, tout ce que nous devons » à Paris.
- » Sans doute, c’est ici ou du moins près d’ici qu’a vu le jour » l’illustre Ampère ; c’est ici, dans une des chaires de l’ancienne « Ecole de Médecine, qu’enseignait Claude Bernard, cet autre » grand savant.
- » J’ai peut-être tort d’insister, mais, au risque de m’aventurer » sur un terrain bien dangereux, j’ai le devoir de citer ces » hommes qui, travaillant pour la science, travaillaient pour » l’humanité. Claude Bernard m’est plus connu. Déjà, sur les « bancs de la Faculté de Droit, nos maîtres nous exposaient » l’intérêt social de son enseignement. A côté des théoriens du » Moyen âge qui n’admettaient, comme mode de raisonnement, » que le syllogisme et la déduction ; — à côté de Bacon et de » ses élèves qui, par réaction, ouvraient les yeux et les oreilles, » constataient des faits et toujours des faits, et procédaient par » voie d’induction ; — Claude Bernard arrivait à une synthèse1. » Il disait en quelque sorte à ses disciples que, de même que, » pour marcher, l’homme devait se servir de ses deux jambes,. » de même, pour bien raisonner et pour parvenir. aux sources » de la vérité, l’homme devait combiner et employer tour à » tour la déduction et l’induction.
- Une telle doctrine méritait d’être citée.
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- » Mais, si Lyon a la fierté de pouvoir revendiquer Claude » Bernard et Ampère, c’est de Paris surtout que devait jaillir le » progrès. Du haut des chaires de son enseignement supérieur, » Paris a fait entendre au monde les Pasteur, les Poincaré, les » Berthelot. Je rends donc à la capitale l’hommage que tout » Français doit à la capitale ; et, puisque je viens de citer le » nom du grand chimiste, je suis très heureux de saluer ici le » représentant de ce savant illustre et respecté.
- » Avec de tels éléments, l’art de l’Ingénieur devait marcher » à pas de géant. A son tour, la Cité moderne devait profiter de » toutes les découvertes, et c’est par l’intermédiaire de l’Ingé-» nieur que la théorie de l’homme de science allait trouver son » application à l’industrie.
- » Aujourd’hui, Messieurs, vous êtes arrivés à asservir la » Nature au moment même où ce savant obligeait cette dernière » à lui découvrir ses secrets.
- » C’est vous, Messieurs, qui, par vos travaux et par vos efforts, » avez fini par nous donner la force et la lumière. Pour la force, » vous avez déjà utilisé la houille blanche. Mais vous nous » parlez aussi de faire emploi de la houille verte et même, » est-ce possible? du flux et du reflux de la Mer. Quant à la » lumière, il suffit de se présenter à notre Exposition et de par-» courir le grand hall pour deviner que, les années s’ajoutant » aux années, vous arriverez à faire concurrence au Soleil.
- » Sans vouloir aborder la discussion de tous vos projets, nous » savons, du moins, les uns et les autres, les transformations » économiques qui doivent résulter de l’entrée de la grande » clarté, de la belle et éclatante lumière dans l’humble loyer » de l’ouvrier.
- » C’est l’idée que nous formulions, il y a quelques années, » entre étudiants d’une même Faculté. Et, justement, je vois, » tout près de moi, un de ces étudiants d’alors, toujours disposé » à faire ce que nous appelions jadis de l’activité sociale. Tel je » l’qvais connu au Lycée, tel je l’ai retrouvé sur les bancs de la » Faculté de Droit. Un temps même, il fut un de mes confrères » au barreau de Lyon, mais, un beau jour, il délaissa le temple » de Thémis pour la grande industrie. C’est la Compagnie du » Gaz de Lyon qui se l’est attaché, tant il est vrai que, de plus » en plus, les grandes Sociétés recherchent la collaboration de » jeunes jurisconsultes. Dans notre passé d’étudiants, à un moment. » où nous ne soupçonnions ni l’un ni l’autre que, le 20 juin 1914,
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- » il nous serait donné de nous retrouver à cette table, lui » comme Secrétaire général d’une grande Compagnie et moi-». même comme Adjoint d’une grande Ville,, nous avions, du » moins, le pressentiment que la lumière au foyer serait une » source de joie, de bien-être et de santé.
- » L’industrie s’est donc attelée à cette tâche, et si' elle faisait » appel à de jeunes juristes, elle vous demandait surtout votre. » collaboration et vos conseils.
- » La grande industrie s’est donc développée, et vous, savants » et hommes d’expérience et de pratique, vous vous ôtes liés à » elle. De votre collaboration naissent de jour eq jour les progrès » dans la Cité moderne.
- » Aujourd’hui encore, peut-être l’avez-vous constaté, de » grandes 'affiches jaunes annonçaient au public que la Com-» pagnie du Gaz diminuait le prix de la marchandise qu’elle » nous fournit.
- » Aujourd’hui surtout, vos Associations respectives vous ont » invités à tenir vos assises dans une Aille qui offre au voyageur » et à ses hôtes l’occasion de visiter une grande Exposition.
- Dans cette hardie et liàtive entreprise, le Maire de Lyon » voulait aborder le problème de la Cité moderne. Or, la cité » moderne, — cellule do l’Univers, — a besoin de force ; elle » a besoin de lumière. Comme Goethe mourant, tous les Admi-» nisirateurs des grandes et petites villes réclament à leur tour:
- » « La Lumière ». Votre rôle, Messieurs, consiste à nous la » donner, — et vous nous la donnerez.
- » Aussi, comme vous les êtes les artisans de ce grand pro-» blême, mais que le progrès se fait de jour en jour seulement » et n’est que la résultante de recherches opiniâtres et de longs » et patients efforts, nous vous faisons confiance. Nous consta-» tons maintenant le grand chemin parcouru. Nous savons que,
- » grâce à vous, nous irons plus loin, encore et toujours plus » loin.
- » En tout cas, puisque j’ai eu la bonne fortune d’être des » vôtres ce soir, je ne veux pas terminer saus remplir mon » dernier devoir. En vous remerciant de votre accueil, je vous » demande la permission de boire à votre santé, à la santé qui » nous est à. tous nécessaire, à vos progrès dans l’art de Flngé-» nieur, à vos succès enfin, succès qui viendront apporter à » votre persévérance et à vos efforts les récompenses qui’ leur » sont dues et que, tous, vous méritez. »
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- EXCURSION A L’EXPOSITION DE LYON ET DANS LA RÉGION
- DISCOURS de M. J. COIGNET
- « Mesdames, Mon Cher Président, Messieurs,
- » Cet après-midi, en ma qualité de Président de la Cham-.» bre de commerce, j’ai eu l’honneur de vous faire visiter notre-» beau musée des tissus et notre industrie de la soierie.
- » Ce soir, puisque les Collègues ont mis à leur tête l’un des » vôtres, un Ingénieur Civil, vous me permettrez de vous-» parler en camarade et de vous entretenir des préoccupations »• d’un Ingénieur Civil.
- » Le choix que nos Collègues ont fait indique dans leur »' esprit qu’à côté de l’industrie fondamentale de Lyon, la » soierie, les autres industries avaient pris un grand déve-» loppement appelant la préoccupation de la Chambre de-» commerce.
- » Il est certain qu’avec une marchandise du prix de S0 fr le-» kilogramme, les questions de transport à la tonne sont peu » importantes, tandis qu’avec l’industrie métallurgique, les-» produits chimiques, ces questions de transport sont primor-» diales ; il convenait donc d’incliner les efforts de la Chambre » de Commerce dans cette voie.
- » Ainsi, pour la question de navigation intérieure, qu’avec » beaucoup d’esprits en France, je considérais comme d’une » importance capitale pour le transport des matières, pour cette » question, je trouvais des traditions sentimentales à la Cham-» bre de commerce, qui, de tous temps, a aimé unanimement » le Rhône; je trouvais aussi à cette Chambre des économistes » comme M. Edouard,Aynard, qui, en hommes pratiques ne » cherchaient pas ce qui valait le mieux du Chemin de fer ou de » la navigation, mais disaient qu’en face du monopole des » Chemins de fer, il était nécessaire, pour maintenir la con-» currence, de soutenir la navigation intérieure.
- » C’est dans cet esprit que la Chambre de commerce a dirigé » ses études sur les travaux à entreprendre sur les voies » navigables. " t -
- » Nous nous sommes trouvés, à Lyon, en face d’une réponse » négative du Conseil général des Ponts et Chaussées qui était » d’avis que cela coûtait trop cher de faire un canal latéral du ». Rhône.
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- » Nous avions constitué 'l’Office des Chambre de commerce » du Sud-Est des Transports. Nous avons institué à cet Office » un concours sur les améliorations à apporter à la navigation » du Rhône, faisant ainsi appel à l’initiative privée.
- » Nous nous sommes adressés à la Société des Ingénieurs » Civils de France qui pouvait, étant données la haute compé-» tence et la haute indépendance de son Président, nous aider » à constituer un Jury capable de discerner parmi les idées » émises celles qui pouvaient être pratiques.
- » Je vous remercie, Messieurs, d’avoir désigné deux de vos » Collègues, MM. de Marchena et Ravaud, pour faire partie de ce » Jury.
- » Parmi les projets présentés, quelques-uns ont été pris en » considération par le Ministère des Travaux publics.
- » Messieurs, en présence du développement de l’électricité » produite par les chutes d’eau de nos Alpes qui sont à nos » portes, Lyon doit forcément jouer un rôle important comme » capitale administrative et un peu financière de ce grand mou-» veinent qui doit révolutionner notre région.
- » A la Chambre de commerce, nous favorisons de toutes nos » forces ce mouvement et là, nous avons eu le plaisir de » rompre des lances en faveur de la libre circulation de l’élec-» tricité.
- » Nous nous sommes, en effet, trouvés en présence de doc-» trines locales, s’inspirant d’idées protectionnistes.
- » Nous avions l’exemple de Saint-Étienne qui, au commence-» ment du xixe siècle, ne voulait pas vendre son charbon à I/yon » pour que l’Industrie de Lyon ne puisse pas faire concurrence » à l’industrie stéphanoise.
- » Mais lorsqu’il s’est agi d’instituer une force gigantesque » pour l’envoyer à Paris, nous avons admis le principe de la » libre circulation de l’électricité.
- » Je suis heureux d’être au milieu de vous et de reprendre « contact avec vous, de boire à la 'prospérité de vos groupe-» ments.
- » Vous me permettrez, en terminant, de rappeler le rôle de » la Chambre de commerce comme protectrice de tous les » Instituts techniques de notre Ville : L’Ecole Centrale Lyonnaise, » qui a droit à toute notre sympathie de camarades, qui est » dirigée par le distingué professeur de l’Université, M. Rigollot, » et qui^i de plus à sa tête, un de nos doyens, que je regrette
- Bull.
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- * de ne pas voir ici ce soir, M. Ancel, Président du Gonseil « rd’administeàtion de l’Ecole Centrale, à laquelle il a donné » tant de preuves de dévouement pendant une grande partie de » sa vie. Tous me permettrez, Messieurs, de rappeler ici que le k Gouvernement vient de lui accorder la décoration de la Légion » d’honneur. Nous l’en félicitons tous en buvant à sa santé on
- même temps qu’à la prospérité de toutes nos Associations. »
- Le dimanche, à 10 heures et demie du matin, au Cinéma de la Soierie, rue Couverte, à l’Exposition, on écouta les conférences successives des Directeurs des Secteurs, savoir : MM. Maréchal et Pelissier pour la Compagnie du Gaz ; M. Boissonnas pour « Force et Lumière » et M. Sarolea pour Jonage,.
- A midi, la Compagnie du Gaz de Lyon qui, fondée en 1832, est, parait-il, la doyenne des Sociétés similaires, donnait, ,au Restaurant des Nations, à l’Exposition, un banquet en l’honneur des Membres de la Société Technique de l’Industrie du Gaz en France. Elle y avait convié de nombreux invités parmi lesquels le Président de la Société des Ingénieurs Civils de France qui, en réponse au toast deM. Damour, Président du Banquet et Vice-Président du Conseil d’Administration de la Compagnie du Gaz de Lyon, prononça les paroles suivantes :
- DISCOURS DE M. H. GALL, Président.
- « Messieurs, . '
- » Depuis notre arrivée à Lyon,' la Société des Ingénieurs a Civils de France est l’objet de tant d’attentions que son Pré-» sident ne sait comment exprimer les sentiments qu’il en s éprouve.
- » J’ai été particulièrement sensible à l’honneur que m’ont » fait les invités de la Compagnie du Gaz, en me chargeant de » dire en leur nom à ses représentants toute leur gratitude pour » la belle réception qui nous est faite.
- » Je sais, Messieurs, pour en avoir souvent entendu parler s par nos Collègues Gaziers que nous avons vus avec tant de » plaisir figurer à notre bureau et à notre Comité, quelle haute » participation dans la situation si prospère revient à l’éminent a Président de la Compagnie. Nous entendions hier soir une des « voix les plus autorisées de .votre Cité nous parler de son noie
- * dans la création de l’Ecole Centrale Lyonnaise, qui ta fait si
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- » grand honneur à ses efforts. Il est à juste titre parmi les » représentants les plus honorés de rindustrie du Gaz et je lui » adresse les compliments les plus respectueux de la Société » des Ingénieurs Civils de France.
- » Il a la satisfaction si rare de trouver autour de lui une » collaboration qui garantit l’avenir de la Société. Dans son » Conseil même, M. Damour, Yice-Président: de la Compagnie, » dont j’ai entendu unanimement louer les aptitudes et la valeur, » les Administrateurs, parmi lesquels vous me permettrez de
- donner un salut cordial à. nos Collègues, MM. Kaeuffer et » Ailliers, contribuent à faire de votre entreprise une des plus » intéressantes., une des plus dignes de ces créations lyonnaises, » pour lesquelles nous éprouvons depuis notre arrivée des •» sentiments si sincères d’admiration.
- » Les circonstances, qui ont été si agréables à la Société des » Ingénieurs Civils de France, m’ont mis particulièrement en rap-» port avec le Président de la Société Technique de l’Industrie » du Gaz, M. Boutan. Qu’il me permette de lui dire combien j’ai » apprécié l’homme distingué et eourtois que ses Collègues ont si » justement mis a leur tète, rendant ainsi l’hommage qu’il con-» venait à des qualités de tout ordre, que son éminent successeur » mettait jeudi dernier en lumière d’une façon telle que je ne » saurais rien y ajouter. En nous révélant la juste appréciation » formulée lors du passage de M. Boutan au Gaz de Paris, M. Ttou-» -land nous a montré que, comme toujours, les Lyonnais savent » frapper à la bonne porte. Qu’il me permette de regretter que » son éloignement de Paris nous prive d’une collaboration plus » active au Bureau de la Société des Ingénieurs Civils de France, » où sa place eût été marquée.
- » Sous sa haute direction, la Compagnie du Gaz a développé » toutes ses installations. le sais, Messieurs, qu’elle me per-» mettra de citer avec M, Boutan ses collaborateurs, M. d’Àuben-» ton, MM. Chenal et Mouchât, qui dirigent ses services tecli-» niques et font face â toutes les exigences de la grande Cité.
- » Nous permettrez à un homme de Houille Blanche de dire à » la Compagnie du Gaz combien ( il est heureux de constater »' l’appel qu’elle fait de plus en plus à l’énergie hydraulique. Je » n’ai pas à rappeler que c’est presque un devoir national que » de diminuer, puisqu’aussi bien nous ne saurions nous suffire » à nous-mêmes, les achats en charbon que nous faisons à » l’étranger. Je souhaite aux installations actuellement en cours
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- » sur le Fier tout le succès que mérite une Compagnie, qui, dès » les premières années de l’électricité, a su s’appliquer à en » faire profiter la ville de Lyon.
- » Messieurs, on a dit spirituellement que le Gazier est à Lyon » un personnage, qui croit à la puissance du Gaz d’éclairage » tout autant qu’à la chaleur du soleil, mais qu’il fallait recon-» naître que le gaz l’avait amplement récompensé de sa dévo-» lion. Oui, Messieurs, la prospérité de votre industrie a arrondi » ou édifié de nombreuses fortunes lyonnaises et vos concitoyens » y ont engagé des centaines de millions. Mais aussi combien » vous devez ce résultat à votre seul mérite. On parle beau-» coup, à Paris, de faire quelque chose, de développer l’influence » française à l’étranger, et l’on n’emploie pas toujours de bons » moyens pour cela. Moi, qui me sens un peu des vôtres, non » pas tant par cet acétylène dont vous voulez bien entendre » parler quelquefois, mais par les liens de toute sorte qui » m’unissent à votre région ; je sais, Messieurs, la haute valeur » de l’effort réalisé par bientôt plusieurs générations de Lyon-» nais, nos Collègues pour la plupart.
- » Vos bureaux de gaz, où je trouve tout d’abord trois émi-« nents Collègues, M. Th. Vautier, qui a lui aussi la satisfaction » de continuer la tradition paternelle, dont la science est » l’honneur de notre Industrie gazière, MM. de Lachomette et » Villiers, secondés de M. Godinet, M." Rateau, dans ces Bureaux » ont fait preuve d’un esprit d’organisation, d’une compétence, » et, disons-le aussi, d’une prudence qui devaient assurer leur » succès. Aussi, Messieurs, combien, à mesure que je les connais » mieux, puis-je comprendre pourquoi les Industries plus jeunes » ont tant à gagner à faire appel à leur expérience et à leur » esprit de tradition.
- » Dans le passé, il leur a permis de faire une active propa-» gande française, en créant ces multiples Sociétés étrangères » dirigées par des Ingénieurs Français. Il leur permettra, j’en » suis sûr, de faire beaucoup dans l’avenir.
- » Messieurs, je lève mon verre en l’honneur de la Compagnie » du Gaz de Lyon, de son Conseil d’Administration, de son » éminent Administrateur Délégué et des Gaziers lyonnais. »
- A 14 heures, les Congressistes se retrouvèrent Place Bellecour où ils prirent d’assaut les superbes auto-cars, produits de l’Industrie lyonnaise, qui se dirigèrent d’abord, à travers l’interminable
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- faubourg de Villeurbanne, à l’usine de Jonage, de la Société des Forces motrices du Rhône, située à quelques kilomètres de la ville. On visita successivement les dynamos, les turbines, l’écluse et l’usine thermique de secours. Après le verre de champagne obligatoire, on se rendit à l’usine toute proche de la Société « Force et Lumière », à l’entrée de laquelle on recommanda aux dames — et aussi aux Messieurs — de se méfier des pointes de leurs parapluies. C’est que, en effet, il peut être dangereux de faire voisiner des pointes métalliques avec les appareils qui reçoivent des Alpes le courant à des milliers de volts pour le transformer au voltage requis par les besoins de la cité lyonnaise.
- Après être remonté dans les autos-cars, on traversa de nouveau les faubourgs de Lyon pour se rendre à l’usine à-gaz de « La Mouche » qui possède aussi une superbe station centrale, de sorte que gaziers 'et électriciens pouvaient faire également leur profit de cette visite.
- De retour à Lyon, vers 7 heures, comme on était libre pour dîner, chacun s’empressa de profiter des renseignements donnés par les aimables Collègues locaux pour aller déguster l’excellente cuisine lyonnaise dans les Établissements réputés : Farge, Baptiste, Garcin et autres lieux également recommandables. On ne put toutefois pas se livrer trop longtemps aux douceurs de la gourmandise car l’on devait se retrouver à 9 heures à l’Exposition où les Congressistes étaient reçus par la Municipalité. Ce fut une occasion d’admirer l’orgie de lumières qui embrasait la passerelle du Rhône, faisait resplendir la façade du grand hall, et dessinait ses armatures intérieures. Quant à la réception elle-même, elle fut réduite à sa plus simple expression par suite de l’absence du Maire, retenu par ailleurs et qui avait envoyé un Adjoint pour l’excuser. Cela n’empêcha pas M. Gall, avec sa bonne grâce coutumière, de répondre aimablement aux excuses de l’Adjoint, qui, à lui seul, représentait la Municipalité.
- DISCOURS de M. L. CHAZETTE, Adjoint au Maire de Lyon.
- « Mesdames, Messieurs,
- » Je viens de recevoir, aujourd’hui encore, une mission de » M. le Maire de Lyon.
- » Jusqu’à la dernière minute, il espérait pouvoir se rendre » parmi vous et vous adresser les souhaits de. bienvenue.
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- » M., le Maire:, ce soir encore, s’aperçoit que s’il lui arrive » bien souvent de proposer, les circonstances disposent de lui et » il lui est bien souvent difficile, de répondre aux invitations-» auxquelles il aura plus particulièrement de plaisir à se » rendre.
- » Ce soir, dans cette salle qui n’a pas l’aspect de la salle de: » l’ilùtel de Ville, M. le Maire aurait voulu vous recevoir, mais » il se trouve retenu par une délégation d’Espagnols qui viennent » visiter notre Ville et, en même temps, ce soir, organiser un » concert.
- » C’est ainsi, Mesdames et Messieurs, que je me vois-chargé » d’une mission toute nouvelle et que j’ai le grand plaisir de » prendre de nouveau la parole devant vous.
- » Vous me permettrez., au. moment où, les uns et les autres,. » nous allons nous séparer pour reprendre nos occupations, de » vous dire combien nous avons été heureux de voir que quatre » grandes Associations, aient choisi l’Exposition de Lyon comme » but de leur excursion.
- » Bien que le temps n’ait pas été très clément, aujourd’hui » encore, il vous a été permis de faire cependant dans la région » une excursion dans nos grandes: usines. Ne croyez; pas que » nos cœurs aient été comme le temps, nous avons été;, au con-» traire, très, heureux de vous faire connaître tout ce qui, dans » la Ville de Lyon, mérite d’être vu.,
- » Mais, Mesdames, si votre présence; parmi nous, a été de » courte durée, à l’exemple des fleurs qui disparaissent rapide-» ment, après avoir jeté un bel éclat,,p;ermettez-moi de vous dire » que les Lyonnais conserveront de vous le meilleur souvenir.
- » Et quant à moi, je conserverai, Messieurs, du bienveillant » accueil que vous m’avez fait hier soir et des quelques minutes » que je viens encore de passer avec vous, un agréable souvenir » qui ne s’éteindra jamais-. Je bois, par conséquent, Messieurs,. » à votre santé et je me permets d’espérer que la Ville de Lyon » aura encore le plaisir de vous voir. »
- DISCOURS de M. H. GALL, Président.
- « Monsieur l’Adjoint,
- » Rien ne pouvait nous être# plus agréable que de nous » trouver en présence de la Municipalité, de Lyon qui nous » reçoit d’une, façon si cordiale. ‘
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- » Nous n’avons* plus de voeux à former pour votre Exposition v et nous pouvons dire, ce soir, que personne ne doute plus de » son succès et; que le but que nous exposait, hier, Monsieur le » Maire, est atteint.
- » En entrant, nous avons entendu les; accents de la Marseil-»* laise entonnée par des'visiteurs étrangers, c’est pour nous une » preuve du succès d'ans vos efforts pour assurer à la France » beaucoup d’amie et je vous félicite de ce résultat.
- » Jte' tiens à vous dire également, Monsieur l’adjoint, que » nous avons été extrêmement frappés de voir l’harmonie qui »• existe entre la Municipalité de Lyon et les Ingénieurs.
- » Nous avons été très heureux, aujourd’hui, de visiter les » trois: grandes sociétés qui fournissent à Lyon i’éleetricité et le » gaz et nous ne savons pas s’il faut féliciter davantage ou nos » Collègues ingénieurs qui ont su mériter la bienveillance de » la Municipalité, ou la Municipalité elle-même qui a su se » montrer si bienveillante.
- » Je suis donc particulièrement l’interprète de- tous les Ingé-»' nieurs en portant la santé de la Municipalité- de Lyon qui & » su si bien remplir son rôle. »
- Le lundi matin, il pleuvait à verse, mais- comme la matinée était consacrée aux visites individuelles a l’Exposition, la pluie ne fut pas trop gênante.
- Rendez-vous général était donné à 2 heures, Place Bellecouiy pour une excursion collective à Yzeron, localité située dans un joli site des montagnes' lyonnaises. Les organisateurs lyonnais avaient passé la matinée à téléphoner à Yzeron pour demander lu temps qu’il y faisait et on leur avait répondu d’une façon désespérante qu’Yzeron était plongé dans* le brouillard. Ils se résignèrent donc à décider que l’excursion serait purement et simplement supprimée, de sorte que les Congressistes su trouvèrent* quelque peu désappointés lorsque, au fur et à mesure de leur’ arrivée au rendez-vous, ils apprirent qu’on ne partait pas. Quelques-uns s?en allèrent de suite où bon leur1 sembla, mais le plus grand nombre était resté sur place ne sachant que faire. Comme le ciel s’était découvert, ils prirent le parti de faire l’excursion quand même et, puisque les autos-cars étaient décommandés, ils louèrent purement et simplement des taxis-autos1 sur la place; l'e temps1 leur fut clément et la promenade ainsi repêchée fut charmante.'
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- Le mardi, dernier jour de l’excursion, comportant une longue randonnée en ‘auto-cars à travers le massif de la Grande-Chartreuse, nécessitait absolument le beau temps, aussi est-ce avec joie que l’on constata, en se levant, que le soleil brillait de tout son éclat. On partit à 7 b. 50 m. du matin de Lyon-Perrache, toujours par train spécial, pour arriver à 9 h. 55 m. à Saint-Béron. Là attendaient de superbes auto-cars Saurer dans lesquels on s’installa rapidement et on partit pour la Grande Chartreuse par les gorges du Guiers, Les Echelles, Saint-Laurent-du-Pont, axrec l’arrêt classique au Pont de Saint-Bruno à la grande joie des photographes. On arriva vers midi à la Grande Chartreuse qu’on dut visiter un peu à la hâte, car, non seulement le temps pressait, mais, le grand air aidant, les estomacs criaient déjà famine. On put du moins constater que l’état de délabrement dans lequel on axrait laissé la Chartreuse après le départ des Pères avait pris fin depuis peu et que les bâtiments étaient, maintenant entretenus d’une façon décente.
- A une heure, ' on était à Saint-Pierre-de-Chartreuse et, au nouvel et confortable hôtel du Grand-Som, on accueillit avec la faveur qu’il méritait le classique saumon sauce verte accompagné de l’obligatoire gratin dauphinois. La seconde partie de l’excursion.fut encore, si possible, plus admirable que la première. Tournant le dos au pic de Chamechaude, qui rappelle le Cervin, on gravit le col du Cucheron, au pied du Grand-Som, puis on redescend sur Saint-Pierre-d’Entremônt pour escalader le col du Frêne au pied de l’immense falaise du Mont Grenier. Au col du Frêne, une halte permit d’admirer plus longuement le merveilleux panorama des Abîmes de Myans. Peu après, on traverse un tunnel, le décor change subitement, et on aperçoit à ses pieds Chambéry axrec le lac du Bourget comme fond de tableau. On avait eu tant de choses à admirer qu’on arriva avec une heure de retard à l’Usine de la Société de l’Aluminium français. Le Maire de Chambéry, accompagné d’une partie de son Conseil Municipal, avait attendu les Congressistes pendant un long-moment pour leur souhaiter la bienvenue, mais une indisposition l’avait obligé à se retirer ax^ant leur tardive arrivée. Du fait de ce retard, la visite de l’Usine fut quelque peu écourtée, ce qui est d’autant plus regrettable que ce qu’on y voyait était aussi nouveau qu’intéressant, mais l’heure du dîner, fixée elle-même par l’heure du train, ne pouvait être retardée. On eut néanmoins le temps d’entendre une courte, mais fort documentée
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- EXCURSION A L’EXPOSITION DE LYON ET DANS LA RÉGION
- et fort instructive conférence de M. Dusaugey, Ingénieur-»Gonseil de la Société de l’Aluminium français.
- Le diner, offert à l’Hôtel de la Paix par la Société de P Aluminium français, était présidé par M. Yieilhomme, Président de ladite Société, entouré de M. l’Adjoint de Chambéry, remplaçant le Maire indisposé.
- Au dessert, M. Yieilhomme prononça les paroles suivantes très applaudies par les auditeurs :
- TOAST de M. YIEILHOMME,
- Président de la Société de l’Aluminium Français.
- « Mesdames, Messieurs,
- » Je lève mon verre en l’honneur- des dames françaises qui » honorent la réunion et qui ont bien voulu accompagner leur » mari.
- » Cette amabilité n’a rien d’extraordinaire pour les dames » françaises.
- » Depuis que j’appartiens au monde de l'électricité, j’ai vu » merveilles sur merveilles et toutes ces merveilles sont dues à ». des Ingénieurs.
- » On dit à l’étranger qu’en France il n’y a rien de colossal. » Mais, en France, il y a quelque chose de génial que l’on ne » trouve nulle part au monde.
- » J’ai 70 ans et j’ai le droit de dire la vérité : Nulle part au » monde, on ne trouve des Ingénieurs valant les Ingénieurs » français. Que ce soit dans l’électricité, que ce soit dans toutes » les sciences, ils ne sont dépassés nulle part.
- » On nous dit aussi que les idées des Ingénieurs français » n’étaient pas mises à profit parce qu’en France on ne trouvait » plus l’argent qu’il fallait pour travailler.
- » C’est encore une erreur : si les Ingénieurs sont bons, les » capitaux viennent.
- » On peut s’en rendre compte en voyant le développement » industriel de la Savoie, des Pyrénées et des Alpes.
- » Je ne veux pas être bien, long, mais je veux boire d’abord à » la prospérité de l’Industrie électrique qui. nous donne la » lumière. »
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- Ptiis,' M. Brylinski, Président de la Société Internationale des Électriciens prononça les paroles suivantes :
- « Mesdames, Messieurs,
- » Je tiens tout d’abord à exprimer à la Municipalité de Cham-» béry, qui a bien voulu donner une nouvelle preuve1 du vif » intérêt qu’elle porte à l’Industrie électrique en se faisant » représenter à ce dîner, nos bien sincères remerciements. La » présence de M. le Délégué de la Municipalité nous est parti-» culièrement agréable. Je lui demande, en votre nom, d’être » auprès de la Municipalité l’interprète de notre gratitude.
- » Permettez-moi maintenant d’exprimer à la Société de l’Alu-» • minium français, et tout particulièrement au Président de son » Conseil d’Administration, M. Vieilhomme, les plus sincères » remerciements de la Société des Ingénieurs Civils de France, » de lu Société Internationale des Électriciens et de la Société » Technique de l’Industrie du Gaz en France pour l’intéressante » visite de leurs ateliers de laminage d’aluminium dans laquelle » ils viennent de nous diriger et aussi, car la technique ne doit » pas nous faire oublier des sujets plus prosaïques mais qui » savent se rappeler à notre attention, pour l’aimable hospitalité » que cette Société nous offre ici ce soir.
- » Je vous demande la permission de joindre dans l’expression » de notre gratitude au nom de M. Vieilhomme, ceux de » M. Aubié, directeur, qui a bien voulu nous conduire très » aimablement dans la visite des ateliers, et de M. Dusaugey » qui vient de nous faire une conférence particulièrement inté-» ressante sur les emplois actuels de l’aluminium.
- » Notre voyage en commun de quatre jours, si rempli d’ensei-» gnements utiles et de réceptions agréables avec intermèdes » de magnifiques spectacles naturels, est dignement couronné » par la visite que nous venons de faire, et nous regagnerons » cette nuit nos pénates avec la conscience d’avoir bien employé » notre temps. Mais si ce temps a été, conformément au pré-» cepte du poète antique, judicieusement mélangé d’utile et » d’agréable, nous le devons à quelques-uns de nos Collègues » auxquels il me sera particulièrement agréable d’adresser » encore une fois en votre nom nos très chaleureux remercie-» ments. Et tout d’abord, en ce qui concerne la réception de ce » soir, nous devons également une particulière gratitude à l’un » des Administrateurs de l’Aluminium français, que son extrême
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- EXCURSION. A L-EXPOSmON DE LYON ET DANS LA RÉGION
- » modestie a fait s’effacer une fois dé plus; j’ai suffisamment » désigné M. Gall, Président de la Société des Ingénieurs Civils » de France.
- » Nous sommes redevables à M. Gall pour une grande part,
- » j’en ai l’intime conviction, de la très aimable réception qui » nous est faite ce soir par l’Aluminium français. Nous devons » également reporter sur lui une part très importante de la » bonne réussite de notre voyage.
- » Il est toujours un peu angoissant d’organiser un voyage en » commun de trois Sociétés d’importance comparable. Si les » effets d’un pareil voyage; .sont particulièrement' heureux,: » lorsque, comme dans le cas présent, tout se passe pour le » mieux grâce à l’amabilité de tous, la tâche des bureaux des » Sociétés pourrait devenir lourde s’il se produisait des événe-» ments imprévus.
- » Des circonstances particulières ont d’ailleurs marqué ce » voyage : le Président dé l’une de nos Sociétés a estimé que » sa qualité de Lyonnais, si elle l’obligeait à redoubler d’efforts » envers- ses hôtes,, lui imposait un effacement relatif, et: le » président d’une autre des Sociétés se trouvait tenu par un » deuil récent à une réserve assez grande, de telle sorte que » M. Gall a eu à supporter seul la charge de représenter les » trois Sociétés dans toutes les réceptions officielles. Vous avez » tous apprécié l’exquise bonne grâce- avec laquelle il s’est » acquitté de cette tâche, et je suis certain d’être votre interprète » à tous en lui exprimant nos remerciements les plus chaleu-» ceux.
- » Si notre voyage a réussi d’une maniéré aussi parfaite, le » mérite en revient pour la plus grande part à nos Collègues » lyonnais qui nous ont préparé avec tant de soin et réservé » avec une cordiale sollicitude de tous les instants une réception » dont le souvenir restera toujours gravé dans nos cœurs. Je » m’excuse de ne pouvoir les citer tous, car ils sont nombreux » ceux qui n’ont pas épargné leur propre peine pour nous en » éviter, et pour nous rendre notre séjour parfaitement attrayant. » Je leur exprime à tous notre profonde reconnaissance, mais je » tiens tout particulièrement à proclamer notre vive gratitude » envers M. Boutan, Président sortant de la Société Technique » de l’Industrie du Gaz en France, et M. Godinet, qui n’a » accepté, dans le Comité Lyonnais d’organisation que le titre » de Vice-Président, mais en a été l’âme, ainsi qu’à M. Dumont
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- » qui a été dans ce Comité le bras droit de M. Godinet et à » M. de Dax auxquels nous sommes redevables de l’impeccable » organisation générale de ce voyage. Permettez-moi d’ajouter » à ces noms celui de M. Ivaeuffer qui a eu l’idée de la belle » excursion qui a si heureusement complété aujourd’hui notre » voyage.
- » Je conserverai, pour ma part, et je suis certain d’étre votre » interprète en disant que nous conserverons tous un impéris-» sable souvenir de ce voyage et des attentions de tous les » instants dont nous avons été l’objet.
- » Je vouà invite, Messieurs, à lever vos verres en l’honneur » de la Société de l’Aluminium français, et de MM. Vieilhomme, » Gall, Boutan, Godinet et de Dax, ainsi que de tout le Comité » Lyonnais d’Organisation. »
- A 21 heures, on retrouva ses valises dans le train spécial qu’on avait quitté le matin à Saint-Béron, et le lendemain, à 6 h. 45 m., les excursionnistes arrivaient à la gare de Lyon remplis de gratitude pour tous ceux, parisiens ou lyonnais, qui avaient si bien organisé cette belle et instructive randonnée.
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- CHRONIQUE
- N° 418.
- SOMMAIRE
- A. — Appareils de transport pour chemins de fer, navigation, automobilisme, etc. — Les. locomotives à vapeur aux Etats-Unis. — Bateaux à roues et bateaux à hélices à turbines.— Transmission mécanique et transmission électrique pour les turbines marines. — Les moteurs à combustion interne dans la marine. — Services automobiles en Italie. — L’avenir des autobus.
- B. —Mécanique, moteurs, machines diverses. — Utilisation comparative des gaz brûlés sous des chaudières ou employés dans des moteurs à explosion. — Application aux Etats-Unis des appareils du genre des turbines.
- G. — Construction, travaux publics. — Percement du tunnel du llauenstein. — La navigation maritime sur le Saint-Laurent. — Le montage du pont de Québec. — Le pont sur le port de Sydney. — Communication par rail entre l’Inde et l’ile de Ceylan.
- D. — Mines, métallurgie, physique, chimie et électricité. — La détérioration et la combustion spontanée des charbons à gaz. —" Les minerais de fer d’Espagne. — Nouveaux gisements de platine. — Emploi du courant électrique dans la cémentation du fer. — Extinction des liquides enflammés (suite cl /in). — Constatation de la présence de l’oxyde de carbone au moyen des petits animaux.
- E. —' Questions diverses. — La bibliothèque des Sociétés américaines d’ingénieurs. — Une nouvelle arche de Noé. — La grêle dans l’Afrique du Sud. — L’industrie de l’huile de poisson.
- A. — Appareils de transport pour chemins de fer, Navigation, Automobilisme, etc.
- Ues locomotives à vapeur aux États-Unis. — Le Sous-Comité des Chemins de fer a présenté à la dernière réunion annuelle de l’Ame-rican Society of Mechanical Engineers un remarquable rapport dont nous croyons devoir donner ici. un résumé succinct.
- Les progrès réalisés récemment dans l’effet utile et la puissance des locomotives à vapeur*sont de telle nature qu’il est utile de les faire connaître dans les proceedings de la Société.
- La rivalité entre la locomotive à vapeur et la locomotive électrique est un sujet favori de discussion au sein des sociétés techniques et les partisans de chacune ne sont pas embarrassés pour trouver des arguments en faveur de leur partie. La première devra-t-elle ou non finalement céder la place à sa rivale, c’est une question qui sera tranchée un jour par le juge souverain dans toutes les questions de ce genre, le prix de revient. Pour le moment, et pour un avenir proohain sans doute, c’est toujours à la locomotive à vapeur qu’incombe presque exclusivement le service. Si elle conserve jamais ce monopole, ce sera grâce à ce qu’elle aura été perfectionnée jusqu’à la dernière limite; si elle est destinée à disparaître, ce ne sera également qu’après qu’elle aura été amenée au degré d’efficacité le plus parfait. Le présent rapport se borne à exposer
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- les progrès récents de la locomotive à vapeur et ses modifications possibles dans un avenir prochain.
- Les auteurs rappellent d’abord que le premier essai d’une solution systématique consistant à obtenir le maximum de puissance d’une locomotive dans des conditions de poids et de gabarit déterminées remonte à vingt dns seulement. Cette solution a été réalisée sur une machine à quatre essieux du type dit American livrée en janvier 1895, à une ligne de l’Est des États-Unis. Cette locomotive pesait 51 500 kg avec 33 800 kg sur les deux essieux accouplés et son effort de traction était de 9650 kg, soit 1/3,5 du poids adhérent.
- Bien -que cette locomotive ne fût pas 'la. machine à voyageurs la plus pesante de l’époque, elle peut être considérée comme le premier maillon d’une chaîne formée par des locomotives à voyageurs de plus en plus fortes, construites par la même maison et dont le dernier terme est le type Mountain le plus puissant des machines de ce genre de l’époque actuelle. .On sait que ce modèle est porté sur* un bogie à deux essieux disposé à l’avant et sur quatre essieux accouplés et un porteur à Lanière. Les plus fortes locomotives de ce type pèsent 152 600 kg dont 109 000 sur les essieux accouplés ; reffort de traction s’élève à 26 200 kg soit 1 /4,2 du poids adhérent et presque trois fois l’effort de la machine construite il y a vingt ans et dont il a été question plus haut.
- En 1898, l’attention du monde des chemins de fer a été appelée sur l’apparition de la plus puissante machine à marchandises construite jusqu’alors. C’était une locomotive du type Consolidation, c'est-à-dire ayant quatre essieux accouplés et un bissel à l’avant. Ce fut pendant quelques années la plus forte machine à marchandises du monde. Elle pesait 104 000 kg dont 94 000 servant à l’adhérence ; son effort de traction était de 24 000 kg soit environ 1/4 du poids adhérent.
- Actuellement, la plus puissante locomotive à marchandises de l’époque est une locomotive articulée à deux essieux porteurs dont un à chaque extrémité et douze essieux moteurs divisés en trois groupes actionnés chacun par une paire de cylindres, soit six cylindres en tout il). Le poids total est de 370000 kg et l’effort de traction atteint 72000 kg. La machine a remorqué un "tram de 251 wagons pesant 161001 sans la machine et d’une longueur de 2 500 m ; la vitesse maxima a été de 22 km, 5 à l’heure. Le travail représente un effort moyen de 59 000 kg.
- On a récemment construit une locomotive à marchandises à deux cylindres ayant les essieux moteurs formant un seul groupe. Elle peut développer un effort de traction de 40 000 kg. *
- Le progrès, comme on voit, a été rapide '; on pourrait même dire qu’il l’a été trop en ce qu’il a précédé d’autres améliorations nécessaires dans les autres branches de l'exploitation des chemins de fer. Ce progrès a été rendu possible par des développements correspondants dans le rendement des machines et des chaudières. Ces développements dans les vingt dernières années et surtout dans les cinq dernières ont été des pins remarquables et peuvent être avantageusement comparés avec • les améliorations correspondantes dans les machines fixes et marines.
- (1) No.us .avons donné qaelques détails sur cette madame dans la Chronique a0 ‘4lf». Bulletin de juillet-décembre 1911, page 3(54„
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- En Europe, à cause du. prix relativement élevé du combustible, ces questions avaient plus attiré l’attention qu’aux États-Unis, mais, dans les premiers pays, on était limité par les conditions de poids et de gabarit. En Amérique, il était naturel* de profiter des conditions plus favorables pour arriver d’abord au maximum de poids et de puissance et pour en * retirer 1e. ma.^unum d’effet utile.
- Pendant longtemps, la capacité de la locomotive en tant que vitesse a été limitée par la quantité de charbon que le chauffeur pouvait introduire dans le foyer dans un temps donné. L’emploi des appareils mécaniques a supprimé cette limitation et on peut charger 6 t et plus de charbon par heure. Dès lors la question se posait sur le maximum de calorique à extraire de ce combustible et son utilisation dans les cylindreson doit chercher à tirer tout l’effet utile possible de chaque kilogramme de charbon et de métal.
- Les améliorations à étudier portant sur les points suivants :
- Etude de la chaudière notamment en ce qui concerne la .surface de chauffe ;
- Etude du foyer ;
- Boîte à fumée, tuyère et détails relatifs au tirage ;
- Cendrier et. passages d’air ;
- Appareils de surchauffe ;
- Compoundage ;
- Chauffage de l’eau d’alimentation ;
- Voûte en briques dans le foyer et tubes d’eau pour la supporter ;
- Distribution de la vapeur et ses appareils de commande ;
- Réduction du poids des pièces en mouvement alternatif ;
- Emploi d’aciers à haute résistance pour réduire le poids des pièces;
- Appareils de chauffage mécanique ;
- Dispositions pour simplifier le travail du mécanicien et du chauffeur ;
- Amélioration de l’équilibrage pour permettre d’arriver à de plus grands poids sur les roues motrices en réduisant les efforts dynamiques.
- On pourrait ajouter des recherches sur l’emploi du charbon en poudre progrès dont l’importance est énorme ; il permettrait, en effet, d’obtenir les mêmes avantages qu’avec le combustible liquide et avec plus d’économie qu’avec celui-ci.
- Il est intéressant d’observer les résultats obtenus en effet utile il y a dix ans et aujourd’hui.
- A .l'Exposition de Saint-Louis, en 1904, on constatait qu’il était possible d’obtenir une vaporisation à 100 degrés centigrades de 80 kg d’eau par mètre, carré de surface de chauffe et par heure avec une combustion très active ; par contre, la vaporisation tombait à 50 ou 60 kg avec une combustion modérée'. Ces résultats sont bien supérieurs à ceux qu’on obtient avec des générateurs fixes dans lesquels la vaporisation ne dépasse pas 20 à 30 kg par mètre carré de surface de chauffe et par heure.
- Au point de vue de la consommation rapportée au travail effectué, les essais faits à l’Exposition de Saint-Louis ont fait voir une dépense minimum de 7 kg, 6 de vapeur par cheval indiqué et par heure et une de 0 kg, 82 de combustible pour la même unité; la consommation de combustible par cheval mesurée au dynamomètre était de 0 kg, 97.
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- Ces essais avaient été exécutés sur une locomotive inunie d’un surchauffeur de vapeur et sont affectés par l’emploi de ce perfectionnement dont c’était une des premières applications.
- „ On a fait récemment de nombreux essais à l’atelier d’expériences du Pennsylvania Railroad, à Altoona ; on a notammentconstaté que la consommation minimum en combustible par cheval indiqué, et par heure s’abaissait à Okg, 815 et la dépense la plus faible en vapeur sèche à 6 kg, 6, alors qu’on trouve très fréquemment des chiffres de 7 et 7 kg, 2.
- La valeur minimum donnée ci-dessus ai été obtenue sur une locomotive du Pensylvania Railroad de la classe E 6 S tandis qu’elle fonctionnait à 320 tours de roues par minute en développant 1 245 ch indiqués. La même locomotive a donné une consommation de 0 kg, 86 par cheval indiqué et par heure à la même vitesse et en développant 1 751 ch indiqués. La consommation la plus réduite a été trouvée sur une machine de la classe K 2 S du Pennsylvania Railroad marchant à 320 tours et développant 2 033 ch indiqués.
- Quant à la puissance de vaporisation, il est intéressant de noter que la production maximum de vapeur constatée aux ateliers d’essais d’Altoona, a été de 113 kg, 5 par heure et par mètre carré de surface de chauffe.
- Si on considère que les locomotives à vapeur sont des stations de production de force motrice ambulantes ; qu’on est limité par diverses considérations, notamment d’espace et de poids et qu’on ne peut se servir de la condensation, on admettra volontiers que les résultats obtenus sont extrêmement remarquables et font le plus grand honneur aux constructeurs de ce genre de machines.
- Ces perfectionnements ont eu des conséquences énormes sur le déve-, loppement du trafic des chemins de fer, conséquences que font connaître les rapports financiers de ces entreprises. Des documents publiés récemment font voir que, sur 45 lignes importantes, 16 ont augmenté le tonnage moyen des trains de marchandises de plus de 30 0/0 dans les cinq dernières années ; la plus grande partie de ce progrès est attribuable aux améliorations apportées aux locomotives. Le dernier mot de ces améliorations n’est pas encore dit.
- Bateaux à roues et bateaux à hélice à turbines. — Une
- expérience intéressante est faite en ce moment par la Liverpool and North Wales SteamshipC0. Cette Société possède un assez grand nombre de vapeurs à roues qui font le service entre Liverpool, Llandudno et le pont de Menai. Elle a vendu l’année dernière un de ces bateaux à la ligne Hambourgeoise-Américaine pour faire un service d’allège à Sou-thampton et, pour le remplacer, elle a commandé à la maison écossaise A. et J. Inglis un nouveau bateau, le Saint-Seiriol qui sera mû par des turbines Parsons actionnant les hélices au moyen d’engrenages. Ce bateau doit avoir 73 m, 20 de longueur èt ses machines développant 2 000 ch, lui donneront une vitesse de 18 nœuds ; il pourra recevoir 1 000 passagers. Il sera très intéressant de comparer ce bateau avec les bateaux à roues dont la valeur pour un service comportant des arrêts fréquents est universellement admise.
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- On les considère comme supérieurs aux bateaux à hélice à turbines ; reste à savoir s’ils le seront aux bateaux où l’hélice est actionnée par des turbines avec engrenages interposés.
- Les bateaux à roues n’ont pas encore été entièrement remplacés sur les services de la Manche et les Compagnies qui exploitent ces services continuent à en faire construire.
- Un fait curieux à ce sujet est le suivant. MM. Campbell, de Bristol, viennent de lancer ces jours derniers pour une Société qui fait un service entre Bristol, Newport et llfracombe, un bateau à roues le Glenll.sk et cette mise à l’eau a eu lieu, à un jour près, cinquante ans après le lancement du vapeur bien connu le Vivid affecté au même service. Les dimensions sont plus considérables, l’ancien vapeur n’a que 58 m de longueur tandis que le moderne a 68 m, 30, mais les machines sont les mômes sauf les modifications apportées par la pratique dans les machines marines depuis un demi-siècle. Cette fixité, dans les types consacrés par une expérience prolongée, est un fait digne d’attention.
- Transmission mécanique et transmission électrique pour les turbines marines. — Un certain nombre de navires de la Marine des États-Unis possèdent des transmissions mécaniques entre les turbines et les propulseurs, ce sont des transmissions par engrenages. Le premier navire qui ait reçu une installation de ce genre est le charbonnier Neptune. Malheureusement le type choisi pour les turbines n’était pas économique et, si la transmission fonctionna bien, le résultat de l’ensemble ne fut pas satisfaisant, étant très inférieur à celui donné par un navire semblable le Cyclops portant une machine alternative attaquant directement l’hélice. On a remplacé les anciennes turbines par des nouvelles avec un condenseur d’un nouveau système et on espère une très sérieuse amélioration.
- On a adapté des transmissions dentées aux turbines de croisière des destroyers nos 55-57-58-59-61 et 62 et aux turbines principales des destroyers 60 et des sous-marins Bushnell et Melville.
- Les mêmes transmissions ont été mises sur les turbines de croisière du cuirassé Pennsylvania. Ce système a fort bien réussi sur des paquebots rapides construits en Angleterre. Il permet de réaliser une économie très appréciable sur les machines alternatives et les turbines commandent directement les hélices. Toutefois il ne s'est pas montré supérieur au point de vue économique au système consistant à accoupler des machines alternatives et des turbines, ces dernières fonctionnant à basse pression par la vapeur provenant des premières machines, disposition usitée en dernier lieu sur le Britannic. Il serait possible d’employer une turbine à basse pression avec engrenages pour actionner 'l’hélice et accouplés à une machine alternative, mais ce dispositif n’a pas encore été essayé.
- Le but de ces diverses transmissions est surtout la réduction du poids et des dimensions des turbines en. permettant de leur donner une plus grande vitesse de rotation. -
- La marine anglaise a introduit l’emploi des transmissions dentées dans les croiseurs légers du type 1912-1913. On ne sait rien de leur
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- application aux grandes turbines des cuirassés, sinon qu’on l’étudie actuellement.
- Yoici quelques renseignements sur les transmissions dentées Westinghouse en fabrication aux Etats-Unis. Celles du Melville sont à deux pignons ayant leurs axes sur la même ligne horizontale, ces pignons tournant à 1 400 tours par minute, alors que la roue dentée du propulseur placée entre les deux tourne à 110 tours; chaque pignon transmet 2000 ch. Le cuirassé Pennsylvania a deux pignons avec leurs axes en ligne horizontale ; la réduction a lieu dans .le rapport de 1 785 â 119 tours, chacun transmet 1 400 ch ; il y a deux transmissions semblables avec des embrayages pour mettre les turbines de croisière au repos lors de la marche à. toute puissance.
- La Westinghouse Machine C° a actuellement des commandes de transmissions dentées pour 50 000 ch, alors que des transmissions de même puissance collective sont déjà en Service.
- La De Laval Turbine G0 fait depuis vingt-cinq ans des transmissions dentées pour turbines ; elle en établit actuellement pour les turbines de quelques navires de la Marine des Etats-Unis. Des transmissions semblables sont aussi en cours de fabrication aux ateliers de la Fallu G0 de Milwaukeei On voit donc que ce genre de transmissions est en train de se développer aux Etats-Unis.
- On trouve un exemple de transmission électrique sur le Jupiter de la Marine des Etats-Unis et un de la transmission hydraulique Fôttinger sur le paquebot allemand Konigin Luise (1) dont les résultats économiques remarquables sont peut être dus en grande partie aux turbines et chaudières à rendement très avantageux.
- La transmission électrique et 3 a transmission Fôttinger ont toutes deux l'avantage de ne pas nécessiter de turbine spéciale pour la marche en arrière. Comme les turbines marchent toujours dans le même sens, on n’est pas exposé à avoir des avaries dans les aubages.
- Les avantages de l’emploi de transmissions entre les turbines et les propulseurs sont les suivants ;
- Réduction de poids. — On peut estimer à 10 ou 150/0 du poids total de l’appareil mécanique la réduction opérée. L’avantage est plus grand sur les navires rapides à forte puissance que sur ceux à puissance modérée.
- Économie de fonctionnement. — L’économie se fait surtout sentir aux vitesses de croisière, on peut l’évaluer à 10 ou 15 0/0 ; il est difficile de donner des chiffres précis, mais l’économie est réelle.
- Réduction des dimensions. —- ïl y a là un avantage très sérieux au point de vue militaire. Gette réduction permet de prendre des pièces de rechange en vue de la réparation d’accidents toujours possibles.
- Un des inconvénients des turbines reliées directement aux hélices est, pour les grands navires, l’énorme diamètre des enveloppes et les dimensions excessives des appareils de levage de ces enveloppes. Un examen des parties intérieures des turbines nécessite un mois et plus pendant
- (1) Ce paquebot, appartenant à la Hamburg-Amerika Linie, a l'ait dans PhiVer 1913-1914, le service de voyageurs sur la lliviera éhtre Nice, Monte-Carlo, Menton, San Itemo-et Gênes. .
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- lequel le navire reste indisponible et cette visite ne peut guère se faire que dans un arsenal.
- Réduction de l’espace occupé. — H y a là également un avantage très appréciable ; cette réduction dans l’emplacement occupé et le moindre volume des appareils facilite grandement la circulation autour de ceux-ci et, par suite, la surveillance et l’entretien.
- Le succès d’une installation dépend surtout du système de la turbine. Le type à impulsion se propage considérablement ; on l’emploie dans les turbines Westinghouse, dans celles de la General Electric C° et dans celles de l’A. E. G. à transmission Fcittinger. En Angleterre, on trouve ce type dans les turbines Parsons, Brown-Gurtiss. Les turbines ainsi disposées sont plus courtes et plus légères ; on peut y employer des pressions plus élevées et de la vapeur surchauffée ; les aubages sont moins sujets à se déranger.
- Avec une surchauffe de 40 degrés centigrades et une pression de 14 kg, on peut obtenir une dépense de 4 kg, 53 de vapeur par cheval, ce qui correspond à 5 kg par cheval sur l’arbre de l’hélice avec une transmission par engrenages et 5,50 environ avec une transmission électrique.
- Un essai récent fait sur une grande turbine Curtiss commandant une dynamo marchant avec.de la vapeur à 14 kg de pression, 50 degrés de surchauffe et un vide de 0 m, 735 de mercure a donné une consommation d’eau de 5 kg, 16 par kilowatt-heure.
- Avec une transmission électrique, cette turbine pourrait donner le cheval sur l’arbre de l’hélice avec une dépense de 4 kg, 1 d’eau, correspondant à 0 kg, 44 de charbon brûlé dans de bonnes chaudières marines.
- Un avantage du type à impulsion est de ne pas exiger l’emploi de turbines à haute et à basse pression juxtaposées.
- Ce qui a surtout fait le succès de la turbine Parsons est qu’elle a été minutieusement étudiée dans tous ses détails. C'e n’est pas le cas des systèmes analogues essayés en Amérique et la plupart des difficultés éprouvées avec eux tient à des défauts dans les détails mécaniques : ces inconvénients ont aujourd’hui en grande partie disparu.
- Si on compare les transmissions dentées et les transmissions électriques, on peut dire que les premières présentent une supériorité plus ou moins marquée, au point de vue du poids, de l’espace occupé, de l’économie de combustible et de la facilité de surveillance.
- Par contre, la transmission électrique supprime la turbine de marche en arrière, rend la machine indépendante de l’emportement du propulseur, facilite la manœuvre, permet la variation des vitesses relatives du moteur et de l’hélice et enfin a le grand avantage de placer les moteurs et les génératrices à l’endroit le plus favorable sans qu’on ait à se préoccuper de les rapprocher des propulseurs.
- Si on tient compte des avantagés et des inconvénients de chacun des. deux systèmes, on est amené à conclure qu’ils ont leur place indiquée, l’un sur les destroyers où le poids et l’espace doivent être ménagés et où l’économie aux grandes vitesses est à considérer, parce que la com-, binaison de ces avantages permettra d’accroitre très notablement le rayon d’action à grande vitesse. L’autre système, la transmission électrique, conviendra aux cuirassés qui ont à naviguer souvent aux vitesses
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- de croisière et pour lesquels les questions de poids et d’encombrement ont moins d’importance.
- L’emploi de la transmission électrique ouvre d’ailleurs de nouveaux horizons à la navigation surtout pour les navires de guerre. On peut imaginer une combinaison de moteurs Diesel et de turbines à vapeur qui satisferait à des conditions de pratique journalière (1). Supposons, en effet, pour une puissance de 36 000 ch, sur les arbres des propulseurs :
- Deux arbres portant les hélices et des réceptrices électriques ;
- Deux turbo-généralrices de 12 000 ch chacune ;
- Une génératrice mue par un moteur Diesel de 12 000 cli ;
- Des chaudières pour fournir la vapeur aux machines et aux auxiliaires.
- Le Diesel serait en deux unités actionnant la même génératrice et comportant en tout 12 cylindres, soit 6 par moteur, ce qui donne 1 000 ch par cylindre. La chaleur perdue recueillie dans l’eau de circulation serait utilisée pour la production de la vapeur ; on en obtiendrait probablement une économie de 10 0/0 sur ce chapitre.
- Aux vitesses réduites, soit 15 à 16 nœuds, on se servirait du moteur Diesel dont la consommation par cheval sur le propulseur ne dépasserait pas 0 kg, 180 par heure, soit du tiers à la moitié de la consommation d’un moteur à vapeur chauffé à l’huile. Aux grandes vitesses les deux systèmes de moteurs uniraient leur travail et la dépense pourrait être évaluée à 0 kg, 400 par cheval-heure sur les hélices, dépense qui pourrait être un peu réduite par l’utilisation de la chaleur perdue du Diesel.
- Il semble n’y avoir là rien que de très réalisable. Cette combinaison présenterait sur l’attaque directe des hélices par les turbines les avantages suivants :
- 1° Doubler le rayon d’action du navire à des vitesses au-dessous de 16 nœuds ;
- 2° Augmenter de 23 0/0 le rayon d’action au-dessus de 16 nœuds ;
- 3° Permettre au navire de continuer à fonctionner à la moitié de sa vitesse normale, les deux tiers de sa puissance étant immobilisés, par suite d.’accident, de visite ou de réparation ;
- 4° Réduire de 25 0/0 le personnel des machines ;
- 5° Pas d’augmentation sensible de dépenses d’installation par rapport aux turbines attaquant directement les propulseurs ;
- 6° Réduction de moitié des dépenses de combustible, à la condition qu’on puisse se procurer les huiles convenables pour les moteurs Diesel.
- Nous résumons ce qui précède d’un article du lieutenant-commandant II. C. Dinger, de la Marine des Etats-Unis, paru dans le numéro de mai 1914 du Journal of the American Society of Naval Engineers.
- Le§ moteurs à combustion interne dans la marine. —
- L’emploi des moteurs à combustion'interne dans la marine fait des
- (1) Une combinaison de ce genre est, paraît-il, employée sur des cuirassés italiens en construction actuellement et comporte un moteur JDiesel de 12000 ch et deux turbines de 20000 actionnant trois hélices.
- Le NewYork Herald du 1er mars, dit que le cuirassé Queen Elisabeth, qui prit une si' grande part au bombardement des Dardanelles, est un bâtiment d’un type nouveau actionné par des moteurs à combustion interne. Si c’est exact, ce serait un bien grand pas fait en quelques mois.
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- progrès sensibles; nous avons déjà donné des exemples de cette application. En voici d’autres empruntés à la pratique écossaise. La maison bien connue Harland et Wolif vient de lancer de ses chantiers de Glasgow un second navire à moteur, le Falstria, destiné à la Compagnie de l'Extrême-Orient, de Copenhague ; le premier, le Mississipi, avait été mis à l’eau en février 1914 pour l’Atlantic Transport Line. Le Falstria jauge 4730 tx et le Mississipi 4 500 tx ; ces deux navires doivent recevoir des moteurs Diesel à deux hélices construits par Barmeister et Wain, à Glasgow.
- Les mêmes constructeurs ont sur chantiers, dans un grand état d’avancement, le Bostonian, pour le Leyland Line; les moteurs Diesel seront fournis également par Barmeister et Wain, qui installent actuellement des moteurs semblables sur le navire de la Compagnie de l’Extrême-Orient Bandon, en remplacement de moteurs à vapeur ; la même opération de changement de moteurs se fait sur le Champon et le Pangan à Glasgow et les moteurs à vapeur enlevés de ces navires doivent être installés sur le Transvaal, en construction à Leith, sur le Rhodesia, en chantier à Low Walker, Newcastle, et sur le Natal, en construction au même endroit. Comme les nouvelles coques sont plus grandes d’environ 900 tx que les anciennes, la vitesse sera sensiblement moindre ; on doit en conclure que les anciennes coques, viéilles seulement de trois ans environ, sont plus appropriées au service de l’Extrême-Orient, pour lequel la propulsion par moteurs à huile leur assure un service économique.
- Il a été fait à Glasgow, à propos des moteurs à huile, une série d’expériences par l’initiative du Board of Trade. Une enquête avait été faite à l’occasion d’uïi incendie qui, au mois d’août dernier, avait causé la perte du petit navire à moteur Scout, à Loch Leven, et il avait été décidé de faire quelques expériences dans le but de reconnaître si des gouttes d’huile projetées par le volant du moteur de ce bateau sur les tuyaux d’échappement portés à une haute température étaient susceptibles de s’enflammer et, par suite, de mettre le feu au bateau.
- On reconstitua, dans la mesure du possible, la chambre du moteur du Scout et on reconnut que, lorsque le volant du moteur tournait à la vitesse de 450 tours par minute, il projetait sur le tuyau d’échappement l’huile qui pouvait se trouver dans le fond du bateau; si c’était de l’huile de graissage pure, cette huile projetée sur une surface très chaude se vaporisait en fumée très épaisse, mais ne s’enilammait qu’au contact d’une flamme nue. Si toutefois il y avait sur le tuyau d’échappement des parcelles de coton incandescentes, l’huile s’enflammait, mais diffi. -cilement. Avec de la paraffine, dans les mêmes conditions, l’inflammation se produisit immédiatement. La conclusion fut que l’incendie à bord du Scout était due à ce qu’on n’avait pas pris les précautions nécessaires pour empêcher la projection d’huile de graissage dans les fonds du bateau.
- Cette question intéresse surtout les propriétaires de petits bateaux à moteurs pourvus de Volants, mais ellè a un intérêt plus général en appelant l’attention sur la possibilité d’accidents provenant de la projection de gouttes d’huile sur des parties très chaudes des moteurs.
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- Services, automobiles en. Italie. — Les lignes desservies par automobiles pour service public, subventionnées par l’Etat et en exploitation au 31 décembre 1913, comptaient un développement total de il 898 km, o.
- La province la plus favorisée à ce point de vue était celle de Pérouse, avec 753 km, et la moins favorisée celle de Girgenti, avec 3 km seulement.
- A l’époque indiquée, les provinces de Bergame, Mantoue, Pàdoue, Rovigo, Venise, Vérone, Massa Carrara et Pise n’avaient pas un seul kilomètre de ligne automobile subventionnée.
- Actuellement, le premier rang est occupé par l’Emilie avec 1075 km, 8 et le dernier par la Lombardie avec 164 km. Entre ces deux extrêmes, on trouve les Abruzzes avec 1 074 km, 5, les Marches avec 1071, la Sicile 912,5, l’Umbrie 753, la Basilicate 751, la Calabre 601, la Campanie 595, Lagio 585, le Piémont 534, la Sardaigne 529, la Toscane 467, les Pouilles 305, la Ligurie 219, et la Vénétie 181..
- Le tableau ci-dessous donne quelques renseignements complémentaires :
- Lignes
- Subveiitiunnées “Son subventionnées
- nombre. longueur. nombre, longueur.
- En exploitation...............
- Concédées, mais non ouvertes. .
- En voie de concession...........
- Demandées.....................
- 241 10 036 22 394
- 17 554 » »
- 34 ' 1 035 »> «
- 124 4 794 » »
- Idavci&ii* «les autobus. — Il n’v a pas encore longtemps qu’il était admis que les tramways électriques constituaient le dernier progrès dans l’évolution du transport des voyageurs dans les villes.
- Dans toute cité américaine de quelque importance, des lignes électriques s’établissent sur les voies offrant suffisamment de trafic pour rémunérer le capital à. immobiliser.
- En Angleterre, la victoire du tramway électrique sur les moyens de transport plus anciens n’a pas été aussi complète, à cause surtout des obstacles posés par la loi à l’emploi des rues par des voies ferrées ; -aussi le public a-t-il continué longtemps à donner sa clientèle aux omnibus à chevaux ; mais, au cours des dernières années, l’autobus â très rapidement supplanté le véhicule à traction animale et les progrès du nouveau moteur ont été si rapides que celui-ci constitue actuellement un très sérieux concurrent pour les tramways.
- En Angleterre, de même qu’en Amérique, le nombre des autobus a crû dans des proportions considérables au cours des deux dernières années. Mais le succès de-ce mode de transport tient surtout à la question financière.
- Il parait bien établi que. les autobus circulant actuellement à Londres coûtent de 0,435 à 0 fr, 50 par kilomètre parcourii, ce qui est fort peu.
- U Engineering News fait remarquer _ qu’en Amérique, on comprend difficilement comment un autobus londonien, transportai] tune trentaine
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- de voyageurs et même davantage, peut être exploité aux prix indiqués -ci-dessus, alors qu’aux Etats-Unis une voiture ordinaire servant au tourisme coûte de 0,62 à 1,55 le kilomètre. Gette grande divergence de prix tient surtout à la disproportion des salaires dans les deux pays.
- Pour la ligne d’autobus fonctionnant à New-York, le coût d’exploitation est triple de'celui des autobus londoniens ; si l’on comparait les salaires payés aux mécaniciens de locomotives ou aux chauffeurs d’automobiles en Angleterre et aux Etats-Unis, on verrait qu’ils varient dans la même proportion. Il est probable cependant qu’il faut tenir compte aussi d’une certaine différence dans le mode de construction des véhicules.
- La tare des autobus de Londres ne dépasse pas 2 500 kg, avec une capacité de chargement de 6 t ; le poids mort est donc très faible par rapport à la charge, ce qui influe favorablement sur les frais d’exploitation.
- Les problèmes relatifs à la caisse de la voiture et au type de moteur ont été résolus de façon à donner toute satisfaction au public.
- Il est intéressant de signaler que les frais de réparation sont remarquablement peu élevés pour les autobus de Londres. Pour une série d’autobus observés pendant neuf mois, les dépenses d’entretien et de réparation, à l’exclusion des bandages, ne se sont élevées qu’à 1,5 cen-, time environ par kilomètre. Les bandages ont coûta un peu plus de 6 centimes par kilomètre.
- Une autre question très intéressante est celle qui concerne l’usure des chaussées par les véhicules. Il est parfaitement démontré par de nombreuses observations que, pour une exploitation économique des autobus ou des véhicules automobiles, il est essentiel de disposer d’une bonne voirie; de même, il n’est pas douteux que la circulation des lourdes voitures automobiles occasionne de sérieux dommages aux chaussées macadamisées.
- Mais sur une voie urbaine établie en lions matériaux résistants sur une fondation solide, les autobus ne causent pas plus de. détériorations que n’importe quel autre véhicule et, sans doute, en produisent-ils moins que les lourds fardiers à traction animale.
- On peut dire, en faveur des autobus qu’ils n’occasionnent pas l’accaparement d’une partie de la chaussée par les rails et que la voie reste entièrement libre pour le trafic ; mais ce qui séduit avant tout dans l’exploitation par autobus, c’est la faible mise de fonds qu’elle nécessite^
- Les tramways électriques, au contraire, par suite de l’augmentation du poids des véhicules et de l’accroissement correspondant du poids des rails, des dimensions des traverses, etc., coûtent de plus en plus cher. Nous sommes bien loin des voies rudimentaires de jadis sur lesquelles circulaient les tramways à chevaux ; à cette époque, on pouvait, sans grands frais, étendre les lignes et donner satisfaction au public ; de même, les constructeurs des premiers tramways électriques qui utilisaient des voitures à peine plus lourdes que des voitures à chevaux, circulant sur des voies légères, pouvaient faire leurs installations à des prix extrêmement faibles si on les compare aux coûts des tramways actuels. >
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- Si on étudie aujourd’hui la construction d’une ligne destinée à recevoir les puissantes voitures modernes ou même les voitures à circulation interurbaine, si l’on tient compte de'la nécessité de maintenir les voies en alignement et de niveau sous les effets des variations de température, on arrive à un coût de 95000 à 180000 fr par kilomètre en y comprenant l’équipement électrique et les usines de production et de distribution du courant. De plus, l’entretien et l’amortissement d’une pareille installation sont des éléments très importants.
- Dans une exploitation par autobus, aucune dépense n’est à faire pour l’établissement de la voie ; le coût du matériel roulant, par place offerte, est, sans doute, à peine supérieur à celui de la voiture de tramway de capacité égale.
- Les risques financiers sont donc de beaucoup moins grands dans l’entreprise des lignes d’autobus ; en cas d’insuccès, les voitures sont utilisées ailleurs.
- La souplesse des itinéraires est un autre élément favorable aux autobus.
- Dans toutes les villes, il existe des rues oû le trafic est très dense à certaines heures de la journée. Des avenues conduisent à des endroits oû se porte un grand concours de monde à certaines époques de l’année, soit en hiver, soit en été. Des rames d’autobus peuvent être dirigées vers les qp droits oû la grande affluence se produit à certaines époques de l’année. En cas d’accident, le trafic par autobus est facilement détourné. Combien de fois n’arrive-t-il pas qu’un incendie, une excavation dans le sol, un véhicule brisé, immobilisent de longues files de tramways, occasionnant des interruptions de service dont les effets se répercutent pendant des heures sur une notable étendue du réseau ? Les autobus sont à l’abri des inconvénients de ce genre, attendu qu’ils peuvent contourner l’obstacle. 4
- Qu’on ne perde pas de vue non plus le grand avantage d’un système composé d’unités absolument indépendantes, sur un autre dont les unités sont toutes dépendantes d’une centrale électrique d’oû peuvent résulter des interruptions parfois assez longues dans le fonctionnement du service.
- A ce dernier argument, on peut objecter que les autobus sont, eux aussi, exposés à subir des avaries. Il y a cinq ou six ans, on se moquait agréablement de ceux qui prétendaient que l’autobus pouvait devenir un concurrent sérieux du tramway électrique et cependant cette concurrence.devient de plus en plus réelle grâce aux perfectionnements des véhicules à traction mécanique.
- • Le public accueillera favorablement tout concurrent des tramways électriques qui réalisera un service convenable à des tarifs modérés. Le public américain a enduré si longtemps des voitures surchargées, sales, mal ventilées et manquant de tout confortable qu’il se fera une joie de circuler dans des véhicules miçux aménagés.
- Le capital minimum nécessaire à la création [de lignes d'autobus n’exige pas de concours financiers importants ; le concessionnaire est donc dispensé de passer par l’intermédiaire des grandes banques.
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- Les autobus de Londres coûtent, dit-on, 12500 frpièce; une vingtaine de ces derniers exigerait donc une mise de fonds de 250 000 fr.
- Ces vingt autobus circulant dans les rues d’une petite ville bien pavée feraient une concurrence désastreuse aux tramways qui ont à rémunérer le capital très important immobilisé dans la voie, l’équipement électrique, etc.
- Les autorisations pour l’établissement des autobus seront obtenues aisément si le roulement se fait sans chaos, puisqu’elles ne comportent aucun travail à exécuter dans les rues ; pour le même motif, elles s’accommodent d’une durée de concession assez courte.
- De ce qui précède, on peut conclure que l’avènement des autobus réserve de grands avantages au public et qu’il doit fixer l’attention des ingénieurs qui s’occupent de la question des transports en commun.
- Nous reproduisons cette note qui nous parait présenter un sérieux intérêt des Annales des Travaux publics de Belgique, d’août 1914.
- B. — Mécanique, Moteurs,' Machines diverses.
- Utilisation comparative des gax brûlés sous des chaudières ou employés dans des moteurs. — Un article de M. H. Ortmann, paru dans le Stahl uiul Eisen, traite une question très discutée et sur laquelle règne encore une certaine obscurité. Les gaz des hauts fourneaux sont depuis longtemps employés pour la production de la vapeur et on ne possède pas encore de données bien exactes sur le rendement de ces installations. Il ne manque pas, dans les ouvrages de métallurgie, de chiffres relatifs à cette question, mais il ne semble pas que ces chiffres s’appuyent sur des résultats d’expériences; ainsi on voit souvent indiquée la valeur de 50 0/0 pour le rendement des chaudières chauffées au gaz, et on est parti de là pour affirmer la supériorité de l’utilisation des gaz de hauts fourneaux dans les moteurs à combustion interne.
- L’auteur, dans le but d’élucider le sujet, a fait des expériences directes sur deux chaudières Lancashire, l’une de 90 m2 de surface de chauffe, chauffée aux gaz dè hauts fourneaux, l’autre de 86, chauffée aux gaz de fours à coke, les deux chaudières étant munies de surchauffeurs et de réchauffeurs d’eau d’alimentation. On parait à la difficulté résultant delà connaissance imparfaite du volume de gaz brûlés par l’emploi d’un gazomètre de.capacité connue; on se servait, pour les deux chaudières, de brûleurs Torbeck.
- Nous donnons dans le tableau I, les chiffres les plus intéressants pour le chauffage au gaz de fours à coke, et dans le tableau II, les chiffres correspondants pour les chaudières chauffées aux gaz de hauts fourneaux.
- Le tableau I fait voir qu’on a pu, avec des gaz de fours à coke,/Obtenir des rendements de 74,9 et 80,2 0/0 dans les chaudières. Le volume des gaz était d’ailleurs insuffisant dans ces essais, la pression s’élevait seulement à 5,2 millimètres d’eau, et la vaporisation par mètre carré de-surface de chauffe n’était que de 12,3 kg. Dans les trois essais faits avec
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- des gaz de hauts fourneaux hrûlés sous une chaudière Lancasliire à foyer ondulé, des mêmes dimensions ou à peu près, mais avec un surchauffeur, les rendements se sont élevés à 79,5-76",8 et 82 0/0 (voir tableau II). Les variations élevées tiennent surtout à des modifications dans les proportions d’air et de gaz introduits. Ainsi, avec un excès de 3,4 0/0 d’oxyde de carbone, on a eu un rendement 79,4, tandis qu’avec un excès de seulement 0,2 0/0 le rendement est monté à 82,7. On peut compter sur un rendement moyen de 78 à 80, à condition d’avoir une surveillance convenable du foyer ; il est bon d’avoir un régulateur de pression sur la conduite d’arrivée des gaz.
- Tableau I.
- DATE DES ESSAIS DURÉE CONSOM- MATION d’eau PRESSION de la VAPEUR PRESSION DU GAZ en eau DÉPENSE DE GAZ RENDE- MENT POUR CENT
- 12 Août 1912. 2 Mai 1913.. h. m. 2 40 2 35 m3 22,304 24,191 kg/cm2 5,13 4,82 m 0,508 0,508 m3 044,9 046,4 74,9 80,2
- Tableau II.
- ESSAI 1 ESSAI 2 ESSAI 3
- Durée de l’essai en heures ! 1 1
- Valeur calorifique du gaz en calories . . . 946 897 895
- Pression du gaz en millimètres d’eau. . . 48,8 25,4 25,4
- Volume en mètres cubes 1408,45 1 498 1 337,25
- Consommation d’eau en mètres cubes. . . 1513,9 1 275,6 1375,3
- Vaporisation par mètre carré de surface de chauffe et par heure à 100°. . . . . 17,8 14,1 15,7
- Pression de la vapeur en atmosphères. . . 5,3 5,6 5,6
- Température de surchauffe •. )) » ))
- Eau vaporisée par même poids de gaz. . . 1,02 0,85 1,01
- Chaleur utilisée pour la vaporisation . . . 04,7 61,0 62,0
- — — pour la surchauffe .... 9,7 7,8- 10,3
- ’ — — pour le rechauffage de l'eau 3,2 8.,Ü 9,4
- Rendement : réchauffage compris 79,4 76,8 82,7
- — réchauffage non compris . . 74,2 68,8 73,3
- Le professeur Stauber, qui admet 55 0/0 pour le rendement des chaudières chauffées au gaz, reprenait ses calculs avec, les chiffres qui viennent d’être donnés ; il reconnaîtrait qhe le coût de la production du courant électrique avec des turbines à vapeur n’est pas plus élevé qu’avec
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- des moteurs à gaz. Il n’est donc pas exact d’avancer que les gaz de hauts fourneaux sont plus avantageusement utilisés dans des moteurs à explosion et qu’il est plus économique de s’en servir ainsi que de les employer à fournir de la vapeur à des turbines.
- On a eu, en mesuiant le gaz avec un gazomètre, les résultats suivants relativement à la dépense de gaz par les moteurs. Pour la conduite d’une dynamo absorbant normalement 3000 à 3 100 ch ou 2 200 kW, la dépense de calorique par cheval heure s’est élevée à 2 700 calories à 87 0/0 de la pleine charge, 2 600 à 860/0, 3 000 à 78 0/0, 3100 à 73 0/0. •3160 à 68 0/0 et enfin 6000 pour une charge de 18,8 0/0. On voit donc-que les conditions les plus favorables ne sont pas obtenues avec la pleine charge ou à peu près, considération dont il faut tenir compte lorsqu’on compare la dépense de la production du courant électrique par le gaz ou la vapeur.
- Les valeurs suivantes, garanties par des constructeurs de moteurs à gaz sont intéressantes à comparer avec celles qui ont été obtenues par le mesurage direct de la dépense de gaz. A pleine charge, les premières sont entre 2 350 et 2 660 calories par cheval-heure pour des moteurs à quatre temps; 2600 à 3160 contre 2700 à 2 800 à trois quarts de charge et enfin 3 330 à 4 000 contre 2 700 à 3 300 à moitié charge. D’autre part, les valeurs' obtenues par mesurage direct sont, pour un moteur à deux temps, de 1000 ch, charge moyenne 0,65 : 3 880 calories par cheval heure.
- Ce dernier chiffre confirme l’opinion émise précédemment par Hoff, et qui avait toujours été très discutée et l’auteur espère qu’à l’avenir les gaz de hauts fourneaux seront mieux appréciés comme moyen de production de vapeur. Brûlés sous des chaudières par le procédé nouveau de combustion sans flamme, ils peuvent donner, comme l’expérience l'a prouvé, un effet utile de 93 0/0.
- Applicationis aux: États-Unis des appareils du genre des
- turbines. — Une communication faite à Y American Iron and, Steel Instilute donne d’intéressants détails sur les applications aux États-Unis des appareils rentrant dans la classe des turbines.
- L’auteur appelle d’abord l’attention sur la réduction très importante du coût de la puissance amenée par des perfectionnements tels que installation de condenseurs sur des machines sans condensation ou addition d’appareils pour améliorer le rendement, tels que turbines à basse pression.
- Aux forges d’Esley, il y a sept ans, il y avait sept batteries de chaudières et deux stations centrales électriques d’une capacité totale de 1 800 kW plus une troisième de 1 800 kW également qui venait d’être achevée. Toutes les machines étaient sans condensation et tout le travail produit était consommé dans l’intérieur des établissements.
- Plus récemment, grâce à l’installation de turbines à vapeur à basse pression avec condenseurs, tours de refroidissement de l’eau de condensation et souffleries à turbines, pour les hauts fourneaux, on a pu supprimer deux groupes dei chaudières, un troisième sert seulement de réserve. En même temps, on fournit le courant électrique à plusieurs
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- etablissements du voisinage et à une ligne de tramways. L’économie annuelle de combustible réalisée par les améliorations diverses que nous venons de signaler peut être estimée â 200 000 t.
- Dans une des stations électriques, trois génératrices de 3 000 kW sont actionnées par des turbines à pression mixte recevant par l’intermédiaire de régénérateurs, au nombre de cinq, de chacun 2 m, 40 de diamètre et 15 m, 50 de hauteur, la vapeur de deux machines réversibles à cylindres de 1 m, 30 de diamètre et 1 m, 07 de course. La capacité de ces régénérateurs est suffisante*pour régulariser d’une manière parfaite l’écoulement de la vapeur entre les moteurs, sans que la résistance s’élève à plus 0 kg, 28 par centimètre carré. ,
- Dans une autre station, trois machines Corliss actionnent des génératrices de 000 kW et une quatrième Corliss une génératrice de 2 000 kW, l’échappement de ces machines agissant sur une turbine à pression mixte de 3 000 kW ; on a pu supprimer l’intermédiaire d’un régénérateur, parce que le travail était très sensiblement régulier.
- Il y a deux sôullleries à turbines donnant chacune 1 540 m3 d’air par minute. On a fait des essais très complets sur ces appareils ; le volume débité a été trouvé de 8 m3, 6 par tour ; la dépense de vapeur, à raison de 0 kg, 34 par mètre cube d’air correspond à 8 kg, 4 par cheval indiqué.
- Avec la marche antérieure sans condensation avec 0kg, L4 par centimètre carré de contre-pression, la dépense de vapeur s’élevait à 0 kg, 43 par mètre cube d’air à 1 kg environ de pression effective, de sorte que l’économie réalisée peut être évaluée à 30 0/0.
- La Compagnie de Tennessee a été la première aux Etats-Unis à installer des sôullleries et des aspirateurs à turbines pour les sous-produits ; l’emploi de ces appareils pour cette application présente un avantage spécial parce que l’action centrifuge qui se produit dans le mouvement projette les particules de goudron contenues dans les gaz, ce qui supprime presque entièrement le travail des extracteurs de goudron placés après les aspirateurs. Sur la production totale de goudron de l’installation, 3 0/0 sont éliminés dans les aspirateurs à turbine. La vitesse et, par conséquent, le débit de ces aspirateurs sont réglés par un llotteur relié au régulateur et dont la position dépend de la pression à l’aspiration.
- C. — Construction, Tiuvaux publics.
- Percement «lu tunnel «lu Hauenstein. — La ligne de Bêle à Lucerne, construite de 1853 à 1856 par l’ancienne Compagnie du Central suisse et appartenant aujourd’hui aux Chemins de fer fédéraux, comprend, entre Laüfelfingen et Olten, un tunnel de 2 495 m de longueur. Son entrée nord, près de Laüfelfingen se trouve, à'560 m d’altitude et son entrée sud à 500 m, tandis que la station de Sissach au nord est à 337 m et celle d’Olten au sud à 400 m. '
- On se rendit vite compte des inconvénients et des grosses dépenses de combustible qu’une rampe franchissant une différence de niveau de 150 m environ entraine sur une ligne aussi fréquentée. On peut évaluer à plusieurs centaines de mille francs les dépenses annuelles de ce fait.
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- On s’est proposé de réaliser, par la construction d’un t unnel de base, une sérieuse économie et en même temps d’abréger de moitié le trajet entre Bâle et Olten.
- La nouvelle ligne, qui évite la rampe de Sissach à Laüfelfingen, longe d'abord la vallée de l’Ergolz, puis elle pénètre dans la montagne à une altitude de 400 m, un peu au-dessus de Tecknau pour la quitter près de Winznau sur la rive gauche deVAar, au-dessus d’Olten. Le nouveau tunnel a une longueur de 8 135 m. Il est le cinquième en importance des tunnels des chemins de fer suisses, venant après le Simplon (19730 m), * le*Gothard (14 984 m), le Loetschberg (13 735) et le Riclten (8 604).
- Les voyageurs amateurs de pittoresque regretteront peut être l’ancien tunnel qui passait par un site charmant, mais les gens d’affaires et les voyageurs pressés apprécieront les avantages du nouveau tunnel qui rapproche Bàle de la Suisse centrale et méridionale.
- L’initiative de cette grande entreprise est due au défunt colonel Koe-chlin. Pendant des années, il exerça toute son influence aux chambres fédérales et auprès des autorités des C. F. F. pour faire triompher la cause dont il s’était fait l'avocat.
- En janvier 1912, le Conseil d’administration des C. F. F. avait chargé la maison Julius Berger d’exécuter les travaux. Cette maison, en concurrence avec des entreprises suisses, avait fait les offres les plus avantageuses. On se rappelle que cette préférence donnée à une maison étrangère avait, soulevé d’assez vives critiques. Les dépenses de la.ligne entière avaient été évaluées à 26 millions de francs. Les travaux commencèrent le 31 janvier 1912 du côté d’Olten. La maison Berger s’était engagée à Unir les travaux dans un délai de cinq ans. Or, le percement a eu lieu le 11 juillet 1914, dix-huit mois avant l’époque prévue. Il faut dire que l’entreprise a eu une chance extraordinaire et n’a pas eu à lutter contre les énormes obstacles qui ont retardé l’exécution d'autres t unnels. Il ne s’est produit aucun accident grave durant le cours des travaux. On doit toutefois déplorer la mort de quelques ouvriers qui, comme toujours-, furent les premières et héroïques victimes d’une grande œuvre civilisatrice.
- lia navigation maritime sur le ^aint-Laurent. — Le tonnage des navires remontant à Montréal s’est accru rapidement et actuellement ce port reçoit pendant la saison où la navigation est ouverte des navires de 15 000 tx et au-dessus. Gela a ôté rendu possible.par l’établissement de la passe maritime du Saint-Laurent, une des entreprises les plus considérables qui aient été exécutées par le Gouvernement du Canada et qui est peu connu en dehors des milieux directement intéressés. Nous rappellerons ici que Montréal est à 222 km en amont de Québec et à 800 km de la mer au golfe du Saint-Laurent.
- La possibilité de faire de Montréal un port de mer en eau profonde a été envisagée pour la première fois dès 1825 lorsqu’on a ouvert au trafic le canal de Lachine reliant Montréal aux Grands Lacs. A cette époque, Montréal ne pouvait recevoir que des navires à-voiles de faible tirant d’eau et cela seulement pendant une courte période de la saison de la navigation. On fit des études pour accroître la profondeur d’eau, mais
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- rien ne fut entrepris jusqu’en 1844, où on commença à draguer le fleuve pour permettre d’amener à Montréal des navires de 500 tx. Le Board, of ïïor/rs était chargé de ce travail, mais, au bout de trois ans, on l’abandonna parce qu’on n’était pas d’accord sur la position à donner à la passe. Les ingénieurs soutenaient que le chenal devait être maintenu aussi droit que possible et qu’il devait présenter deux longs alignements droits à travers le lac Saint-Peter entre la traverse de l’île aux Raisins ^ et celle de Nicolet distantes l’une de l’autre de 29 km, 5.
- Le travail avait été suspendu pendant trois ans lorsque les Commissaires du port de Montréal proposèrent de se charger de l’achèvement, qu’ils étaient en mesure, disaient-ils, d’effectuer rapidement et économiquement. L’offre fut acceptée et les commissaires reçurent pouvoir de prélever une taxe de tonnage suffisante pour assurer un intérêt de 8 0/0 sur les dépenses, plus 2 0/0 pour constituer un-fond d’amortissement.
- On révisa les projets et le passage à travers le lac Saint-Peier fut effectué avec cinq alignements droits au lieu de deux. Ce fut une faute, mais la modification fut acceptée parce qu’elle permettait d’effectuer le travail plus rapidement et plus économiquement et d’ailleurs à cette époque on ne prévoyait pas que les navires atteindraient les dimensions actuelles.
- A l’époque la profondeur naturelle dans le lac était de 3 ni, 20 et les commissaires proposaient de la porter par des dragages à 8 in, 40 aux basses mers ordinaires. Les travaux furent menés avec activité et, en 1888, un chenal maritime creusé au tirant d’eau était achevé de Montréal au Cap à la Roche à 108 milles en aval, point d’où on pouvait atteindre Québec grâce à la marée. Les dépenses totales faites jusqu’à ce jour s’élevaient à 15 millions de francs.
- Ce fut à ce moment que le Gouvernement fédéral, trouvant que les taxes de tonnage perçues pour l’usage du chenal étaient nuisibles au développement commercial de Montréal, se chargea de l’entreprise, de la dette et de la responsabilité de l’achèvement du travail, de manière à permettre à la passe d’amener à Montréal les plus grands navires. Les droits de tonnage furent supprimés et la passe maritime du Saint-Laurent est actuellement librement ouverte au commerce du monde.
- Lorsque le Département des Travaux publics de Canada prit l’affaire en main en 1889, il s’agissait de faire une passe de 9 m, 15, de profondeur avec une largeur minimum de 137 m dans les alignements droits et de 167 à 228 m dans les courbes avec un élargissement porté à 250 m à la courbe de White Buov, dans le lac Saint-Peter. A cette époque on ne prévoyait pas l’extension des travaux en aval de Québec, laquelle fut ajoutée au projet jn'imitif lorsque l’entreprise passa en 1904 aux mains du Département de la Marine et des Pèches..
- Le chenal du Saint-Laurent s’étend en réalité de Montréal à Father Point, sur 487 km, mais la partie réservée du fleuve, laquelle peut être à proprement parler dite la passe, commence à Traverse à 97 km en aval de Québec et a une longueur.de. 354 km. La section supplémentaire dont nous avons parlé a pour objet de créer un chenal navigable de 9 m, 15 de profondeur aux basses mers à Saint-Thomas Flats et à Benjon Bank. Ce dernier a été terminé en 1910 avec une largeur de
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- 305 m et le premier avec même largeur et même profondeur a été ouvert à la navigation en 1912.
- Il a ôté reconnu toutefois qu’une profondeur de 9 m, 15 était insuffisante en présence des développements prochains prévus pour la navigation et le Gouvernement a résolu de porter la profondeur à 10 m, 67 aux plus basses mers. Ces travaux sont poussés activement et leur achèvement est d’autant plus désirable qu’on vient d’apprendre.que les nouveaux paquebots de la ligne Allan, 1 ’Alsatian et le Calgarion de 18 500 tx .n’iront pas jusqu’à Montréal faute d’une profondeur d’eau suffisante, mais s’arrêteront à Québec.
- Le lit du Saint-Laurent entre Montréal et Québec se compose d’argile compacte, de roches diverses, schiste, rocher, etc. Le matériel employé varie donc suivant la nature du terrain à attaquer.
- On s’est servi de dragues à godets, de dragues hydrauliques, de dragues à succion, etc., de machines à perforer et à briser le rocher. Le prix du dragage varie naturellement suivant la nature du travail et les appareils employés ; il est en moyenne de 0 fr, 80 à 1 fr, 65 par mètre cube pour les dragues à godets, de Ofr, 75 à Ofr, 90 pour les mêmes dragues travaillant à plus grande profondeur, de 0,60 pour les dragues hydrauliques et enfin de 0,85 pour les dragues à succion. On commence à travailler dès la disparition des glaces et on continue jusqu’à la fermeture de la navigation.
- Dès qu’une section du chenal est achevée, on en vérifie le profil au moyen d’un gabarit spécial et on l’ouvre à la navigation.
- A cause de la nature très inégale du fond du fleuve un dragage continu n’est pas nécessaire, car il y a beaucoup d’endroits où la profondeur de 10 m, 60 existe naturellement. Lorsqu’on décida de porter le mouillage à ce chiffre, la longueur totale à draguer fut trouvée de 130 km dont la presque totalité sur la distance de 233 km entre Montréal et Batiscan.
- Si on considère l’importance du travail, on trouvera qu’il a été effectua très économiquement, car la dépense totale depuis 1851 s’est élevée à environ 75 millions de francs et on n’a pas enlevé moins de 112 millions de mètres cubes de matières. Pour terminer les travaux, il reste à extraire une soixantaine de millions de mètres cubes de déblais.
- Le Saint-Laurent est un fleuve au cours tortueux, mais on s’est préoccupé de ménager dans l’intérêt de la sécurité de la navigation le plus possible de parties droites et on a cherché à faire des courbes du plus grand rayon possible. Sur les 258 km. entre Montréal et Québec, il n’y a pas moins de 22 grandes courbes, dont la largeur varie de 150 à 250 m et les rayons de 1 600 à 4 800 m.
- Pour les besoins de la navigation, il y a entre Montréal et Québec 12 stations téléphoniques placées à des distances variant de 5 à 35 km, presque toutes ces stations sont ouvertes jour et nuit ; il y a également aux sémaphores de Cap à la Roche et de Saint-Nicholas des appareils pour signaler la hauteur d’eau sur la barre de Saint-Augustin.
- I4C monluft-c (lu pont «le ««(“lire. — Nous résumons ci-après un article de M. H. F. Stralton, paru dans Y Engineering Magazine, sur
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- les dispositions adoptées pour le montage du pont de Québec, dont la partie métallique atteint le poids sans précédent de 60 000 t métriques.
- On sait que la province de'Québec est divisée en deux parties par le cours du Saint-Laurent. Il n’y a actuellement aucun autre moyen de "traverser ce fleuve à l’Est des ponts de Montréal,, que quelques passages d’eau en été et le trajet sur la glace en hiver ; en aval de Montréal, les chemins de fer doivent donc s’arrêter sur chaque rive et rester entièrement séparés.
- On se rappelle que le 29 août 1907, un pont en construction pour combler cette lacune, près de Québec, s’écroula subitement pendant le montage en causant la mort de près de 80 personnes et des dégâts matériels montant à 20 millions de francs. Le désastre fut si complet qu’on ne crut pas devoir retirer les débris du fond de l’eau ; ce n’est que récemment qu’on en utilisa une très faible partie en les découpant au chalumeau à acétylène et en s'en servant dans la fabrication de l’acier coulé.
- A la suite de la catastrophe, le Gouvernement canadien nomma une Commission pour rechercher les causes de ce désastre et, en 1908, le Gouvernement chargea un groupe d’ingénieurs de proposer des plans pour un nouveau pont à établir à peu près au même endroit. Après une étude approfondie de la question, on ouvrit un concours ayant pour objet de provoquer des propositions, non seulement pour le projet présenté, mais aussi pour d’autres projets émanant des soumissionnaires.
- C’est à la suite de ce concours que, en avril 1911, le Gouvernement canadien passa avec la S1 Lawrence Bridge Cy un contrat pour la superstructure entière du pont, à un prix approximatif de 47 millions de francs ; ce marché était établi sur les bases d’un projet soumis par la Compagnie et différent de celui de la Commission d’ingénieurs.
- Ce qui a fait adopter cette solution, c’est la disposition particulière présentée par le projet, disposition grâce à laquelle les questions très difficiles soulevées par le montage, et qui étaient sans aucun précédent, étaient heureusement résolues. Ce point avait une énorme importance, si l’on veut bien se rappeler que la chute du premier pont a été due à des efforts anormaux développés pendant le montage. Cette opération . était la grande difficulté et on a dû étudier les dispositions et le matériel nécessaire avec un soin particulier..
- Le pont est du système cantilever avec travée centrale suspendue. La distance entre les axes des piles sera de 549 m, la longueur de la travée suspendue de 195 m, 20 et celle de chacune des travées d’ancrage de 157 m, 10, la longueur totale du pont, y compris les approches, atteignant un total de 987 m, 90. La hauteur des montants principaux au niveau des hautes eaux sera de 101 m, 67 et le passage libre entre le môme niveau et le dessous de la travée centrale de 45 m, 75. La travée centrale est construite entièrement en acier au nickel, pour réduire son poids.
- Chacune des travées cantilever sera montée comme une construction distincte avec son équipement spécial ; la travée centrale, pesant environ 6000 t, sera montée sur des pontons sur une des rives du fleuve. Au moment opportun, toute navigation-sera suspendue à ce point et la travée sera amejiée à sa place et élevée au niveau convenable, c’est-à-dire
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- ic. 5. — l'-1, submersible allemand, de 185 tx, lancé le 30 août 1905.
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- Pic. 4. — Submersible français, type Pluviôse, de 400 tx, lancé en 1907.
- Société des Ingénieurs Civils de France,
- Bulletin de Janvier-Mars 1915
- IMF. CllAlX.
- IOOl>7-5-15.
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- CHRONIQUE
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- à environ 45 m au-dessus du niveau de l’eau, par des appareils hydrauliques.
- La construction et le montage des différentes parties du pont de Québec soulèvent des problèmes qu’on peut dire sans précédents. Pour la construction, on a du installer un atelier qui a coûté 5 millions de francs et qui est pourvu de machines-outils étudiées spécialement dans ce but. On peut dire que ce travail n’aurait pu être exécuté dans aucun atelier existant.
- Quoique le pont doive être monté à Neilsonville, à environ 15 km en amont de Québec, l’atelier dont nous parlons a dû être établi à Montréal,-point extrême où aboutissent les chemins de fer par lesquels arrivent les matériaux employés à la construction du pont. -
- Dans l’érection des poutres cantilever, on manie des pièces de poids et de dimensions énormes, mais il faut aussi que ces pièces soient assemblées avec une extrême précision ; on a pris toutes les précautions nécessaires ; par exemple, tous les trous d’assemblage sont forés et alésés.
- Pour le montage de chaque cantilever, on emploie une énorme tour d’un dessin très hardi, portée sur le cantilever lui-même et qui avance sur lui à mesure que le montage progresse. Cette tour, qui a 60 m de hauteur, est portée sur deux trucks à six roues chacun qui roulent sur des voies appropriées et entre lesquelles se trouvent deux voies de chemins de fer amenant les plate-formes sur lesquelles sont portées les pièces entrant dans la construction. Chacune de ces tours ne pèse pas moins de 890 t, malgré tous les allègements qu’on a cherché à leur apporter; on a été jusqu’à faire les grues en acier au nickel.
- Les installations de levage de ces tours sont remarquables par leur puissance et leur diversité. A chacun des angles se trouve une grue à volée de 15 t. Sur la tour, à 106 m au-dessus du niveau du fleuve, sont deux ponts roulants dont chacun porte deux treuils de 55 t chacun et deux grues auxiliaires. Ces quatre dernières grues ont des treuils de 5 t. Chaque appareil de levage a un moteur spécial, sauf que le déplacement longitudinal des tours de montage est opéré par l’emploi temporaire des moteurs de 50 ch des grues auxiliaires.
- Le tableau suivant donne la répartition et la puissance des moteurs de chaque tour, dont le nombre est de 26 et la force collective de 752 ch.
- Nombre Puis-de moteurs, sanee.
- Grue à volée de 15 t : levage............... 4 50 eh
- , — — déplacement transversal. 4 5
- Pont roulant de 55 t : levage.............. . 4 80
- — — pont. . . ................... 2 16
- — — trolley. ........ 4 5
- Grues auxiliaires de 5 t....................... 8 20
- Totaux .................... 26 752 ch
- Sur chaque rive, le courant à haute tension produit par la force fdraulique arrive dans des transformateurs qui le convertissent en
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- CHRONIQUE
- courant continu à 250 volts. Ces deux sous-stations sont alimentées' séparément et sont en outre reliées ensemble par des câbles immergés dans le fleuve. Chacune est capable d’alimenter de courant tous les appareils des deux rives, c’est-à-dire les moteurs des deux tours de montage, et, en outre, les compresseurs d’air qui absorbent près de 1600 ch.
- On emploie le courant continu parce qu’il facilite le contrôle et permet aisément le freinage lors de la descente des charges ; cette descente, pour les grandes pièces employées dans la construction du pont et la hauteur’considérable engendrerait une quantité de chaleur telle pour la régler qu’aucun système de frein à frottement n’y résisterait.
- Un exemple, poussé à l’extrême, mais cependant dans la limite des possibilités, indique que la descente de la hauteur maximum de la plus grande charge suspendue aux treuils produirait assez de calorique pour fondre 45 kg de fer ; il faut absorber cette quantité ; on y est arrivé en transformant momentanément les moteurs en génératrices d’électricité et en réglant la vitesse de la descente par l’insertion de résistances disposées en séries avec les moteurs. Ces résistances, disposées dans la base des tours, où le poids et l’encombrement sont sans importance, sont disposées sous forme de séries de barres en fonte. Pour le réglage des moteurs de chaque tour, il ne faut pas moins de 5 376 barres disposées en 124 sections, lesquelles superposées feraient une hauteur de.73 m, 80, hauteur supérieure à celle de la tour elle-même.
- L’action du freinage du moteur pour régler la descente ne s’opère que lorsque le moteur est en mouvement. On a donc dû disposer des moyens pour retenir la charge à une position déterminée ; ils consistent en un frein magnétique bloquant le moteur. Sur certains appareils, il a été installé des dispositifs de sûreté pour arrêter automatiquement le moteur et empêcher la charge de dépasser la position extrême lors de la montée. Un tableau de plus de 4 m, 50 de longueur est établi dans chaque tour pour contrôler les diverses manœuvres.
- Yoici comment on procède pour le montage du pont. La travée d’ancrage nord sera montée sur échafaudage au moyen de la première tour. Lorsqu’elle sera montée, on opérera de même au côté sud au moyen de la deuxième tour. Alors la première tour travaillera à monter la travée cantilever nord, qui sera achevée en même temps que la travée d’ancrage sud. La première tour sera alors démontée et remontée à un point situé à 1500 m environ en aval de l’emplacement du pont; elle servira là pour assembler la travée centrale sur des pontons. Pendant ce travail,, la seconde tour montera la travée cantilever sud. Ces opérations seront toutes terminées à peu près en même temps et il ne restera plus qu’à transporter la travée centrale sur l’emplacement du pont et à l’élever à sa position définitive.
- Sur chaque tour est disposée une plate-forme de. manœuvre sur laquelle on peut voir les pièces arrivant sur les plates-formes,.leur levage et leur mise en place. Sur cette plate-forme se trouve une cabine contenant les appareils dé contrôle divers. Six hommes sont sur la plate-forme et deux autres à chacune des grues établies à la partie supérieure de la tour; ces hommes sont en communication par téléphone. Un ascenseur sert au déplacement du personnel.
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- CHRONIQUE
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- Les pièces métalliques arrivant à pied-d’œuvre sur les plates-formes sont élevées et approchées par deux et, si possible, par quatre des grues de 55 t. Les broches d’assemblage sont suspendues et approchées par une des grues de 5 t et une autre grue de même force porte le bélier qui sert à enfoncer la broche ; celle-ci est d’ailleurs munie d’une pièce conique en acier trempé qui sert, à la guider dans les trous des barres.
- En prévision du mauvais temps qui arrive pendant l’hiver, on ne compte travailler effectivement que huit mois chaque année. On peut espérer, dans ces conditions, avoir achevé le travail en 1917 ou 1918. Comme indice de la grandeur de l’œuvre, on peut dire que la peinture du pont de Québec ne nécessitera pas moins de 800 t de minium.
- Ijc pont sur le port <le Sydney. — Nous avons parlé déjà (voir Chronique d’août 1911) de la question des communications entre les deux rives du port de Sydney.
- Nous avons vu que la Commission chargée de rechercher les moyens les plus pratiques de réaliser ces communications, avait manifesté ses préférences pour des tunnels ; mais des études ultérieures ont fait voir que le tunnel ne constitue pas toujours la meilleure solution et que, dans bien des cas, le pont l’emporte. Le pont a donc été finalement choisi comme s’adaptant mieux au trafic très varié qu’il s’agit d’assurer.
- Le projet adapté comporte un pont en cantilever avec travée centrale de 488 m d’ouverture, deux travées latérales de 152 m, 50 et, en outre, des viaducs d’approche ; il devra porter quatre voies ferrées, une voie charretière de 10 m, 88 de largeur, une voie pour automobiles et voitures légères de 5,50 d’un côté. et enfin un trottoir de 4 m, 48 de largeur-de l’autre côté.
- Le pont réunira Dawe’s Point sur la rive de Sydney à Milson’s Point sur la rive de North Sydney; la hauteur sous poutres à marée haute sera de 51 m, 85 sur 183 m de longueur et de 47 m, 58 sur toute la largeur de la passe.
- La poutre centrale entre les deux bras des cantilevers aura 170 m, 80 de longueur. Les poutres seront distantes entre elles de 28 m, 80 d’axe en axe et la largeur totale du pont sera de 42 m, 70. Le tablier sera horizontal sur toute la longueur de la poutre centrale et en pente sur les cantilevers.
- Au droit des piles, la hauteur des poutres sera de 82,35 ; aux extrémités, leur hauteur sera réduite à 30 m, 50. La poutre centrale aura également 30 m, 50 de hauteur uniforme.
- Communication pat* rail entre l’Aude et l’îlc de Ceylan.
- — L’inauguration d’une «communication par rail entre l’Inde et l’ile de Ceylan a eu lieu le 24 février dernier à Dhanushkodi en présence des gouverneurs de Madras et de Ceylan et d’une foule de personnes notables.
- Le continent et l’ile sont séparés entre Dhanushkodi 'sur le premier et Taluimannas sur la seconde par un bras de mer de 22 milles do
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- largeur. Dans ce bras se trouve une île, dite de Ramesvaram qui est séparée de la côte indienne par un détroit de l 1/2 mille de largeur dit Pambou Strait ; l’autre détroit porte le nom de Pulk Strait.
- Pour établir la communication, on a construit sur le Pambou Strait un viaduc de 43 travées de 12 à 14 m d’ouverture avec une travée mobile de 289 m d’ouverture en deux tabliers du système Scherzer de 289 m d’ouverture en deux tabliers. La voie ferrée est à l’écartement de 1 m ; il n’y a qu’une voie.
- La traversée du Pulk Strait s’opère par des ferry boats sur lesquels les trains sont embarqués. Ce détroit est, d’ailleurs, traversé par des récifs à fleur d’eau qu’on appelle le pont d’Adam. On se propose de profiter plus tard de cette disposition pour établir un viaduc améliorant la communication telle qu’elle vient d’ètre indiquée. Les travaux exécutés ont coûté environ 12 millions de francs. C’est en 1876 qu’on a conçu le projet mais il n’est entré dans la voie d'une étude définitive que vers 1894.
- Ce qui est très curieux c’est que l’idée de ce travail remonte aux temps delà mythologie indoue. On y trouve, en effet, que Rama voulant envahir Ceylan où sa femme Sita avait été emmenée par Ramon, roi des démons dont cette île était la résidence, fit venir Nala, son ministre des Travaux-publics, et lui ordonna de construire un pont sur la mer. Nala transmit l’ordre à son ingénieur en chef Hanuman, lequel recruta une armée de singes lesquels, d’après la légende, exécutèrent le travail en cinq jours seulement. A son retour de Ceylan, Rama manifesta sa joie d’avoir repris sa femme en fondant plusieurs temples dans l’ile dont il a été parlé ci-dessus et qui fut nommée, d’après son propre nom, Ramesvaram. Cette localité, réputée sainte, a depuis été un lieu de pèlerinage très fréquenté, à tel point qu’on a compté 30 000 pèlerins dans une journée.
- La nouvelle communication, au prix d’un trajet par eau de moins d’une heure, remplace la traversée longue et dangereuse de 130 milles-entre Taticorin et Colambo.
- D. — Mines, Métallurgie, Physique, Chimie et Electricité.
- La détérioration et la combustion spontanée des charbons à ga*. — M. Perry Barker, de Boston, a présenté, à Y American Society of Mechanical Engineers, une communication sur l’altération des charbons à gaz entassés et leurs risques de combustion spontanée.
- Là conservation du charbon dans les usines à ciment doit être l’objet, d’une grande attention à cause des dangers de combustion spontanée:
- Cette combustion est due à une oxydation «lente des composés du charbon en ; présence d’un afflux d’air suffisant pour amener cette oxydation, mais insuffisant pour enlever le calorique développé par cette-réaction. ' % ,
- La plupart des fabricants de ciment emploient des .menus de charbon à gaz de la composition moyenne ci-après :
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- Humidité.................................... 3,00
- Matières volatiles. . .'..................... 33,50
- Carbone fixe................................ 55,50
- Cendres................................... . 8,00 .
- 100,000
- Soufre........................................ 1,50
- Sans que la proportion ou la composition des composés volatils de ces charbons ou leur teneur en soufre donne d’indications sur leur tendance à la combustion spontanée, ils n’en sont pas moins sujets quelquefois à subir, et ont, en tas, des échaufïements conduisant à l’inflammation ou tout au moins à de sérieux dommages. Tant qu’il ne se produit pas de combustion spontanée, la perte de réchauffement est peu importante, mais, si l’élévation de température va jusqu’à l’incandescence, les résultats sont sérieux ; la nature du charbon change par suite de la perte en matières volatiles ; la proportion d’humidité augmente en raison de l’extinction par l’eau sans compter les frais dus au pelletage du charbon et autres.
- On a souvent donné des chiffres inexacts sur la perte du pouvoir calorifique du charbon conservé en tas ; ori voit, par exemple, des valeurs de 10 à 50 0/0 attribuées à cette perte. Des essais faits sur des charbons à gaz allemands auraient donné un chiffre moyen de 1,7 0/0 par semaine.
- La très grande diversité des chiffres donnés à ce sujet et l’importance de la question ont provoqué des expériences faites par le Bureau des Mines des États-Unis, la Station d’Expériences de l’Etat d’Illinois et diverses Sociétés intéressées au sujet, dans le but de déterminer la nature exacte des réactions qui se produisent dans le cas qui nous occupe et les méthodes à employer pour les prévenir.
- Les détériorations qui ont pour résultat final la combustion spontanée sont les suivantes :
- a. — La sortie des gaz combustibles des surfaces des tas de charbon exposés à l’air.
- Des expériences indiquent que la perte subie de cette manière représente approximativement le volume du charbon. La valeur calorifique est d’environ 0,1 à 0,2 0/0 de celle du combustible solide. Cette perte est faible, mais elle a des conséquences plus graves : le danger résultant de l’échappement de ces gaz inflammables si le charbon est gardé dans des espaces clos et l’oxydation qui accompagne le déplacement de ces gaz.
- b. — L’absorption de l’oxygène de l’air avec le dégagement de chaleur qui l’accompagne.
- On admet que cette réaction est le facteur principal de la détérioration du charbon et de réchauffement des tas en amenant la combinaison directe de l’oxygéné atmosphérique avec les composé^ du charbon. Le combustible fraîchement extrait de la‘mine est particulièrement sujet à cette réaction et il absorbe l’oxygène avec une grande avidité.
- c. —L’état physique du charbon, surtout de celui employé dans la fabrication du ciment, joue un grand rôle dans l’altération du combus-
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- tible ; les charbons menus offrent relativement une grande surface au contact de .l’air et l’action oxydante dans la masse entière est facilitée dans une large mesure.
- d. — La présence de l’humidité en proportions anormales, surtout si le charbon en tas a été successivement mouillé et séché, accélère les phénomènes d’absorption et d’oxydation. Les expériences très complètes de la Station expérimentale de l’État d’Illinois ont fait voir très nettement que ces réactions sont singulièrement activées par le mouillage des échantillons de charbon.
- e. — La chaleur, provenant de sources extérieures, môme en quantité très modérée, tend à favoriser les réactions qui produisent la combustion spontanée. Cette chaleur peut provenir du voisinage de conduites de vapeur, de parois de chaudières, de planchers ; elle peut aussi être due à des conditions climatériques.
- /'. — L’importance de l’oxydation des composés sulfurés au point de vue de l’altération du charbon est un point qui mérite d’attirer l’attention. Bien que la chaleur provenant de cette sotirce soit assez faible par rapport à celle qui provient des autres causes, elle est, sans aucun doute, susceptible de faciliter les autres réactions.
- On a fait un grand nombre d’expériences sur des charbons américains riches en principes volatils dans le but de déterminer la perte de pouvoir calorifique amenée dans le charbon par l’emmagasinage. On admet généralement actuellement que ces charbons perdent de 1 à 3 0/0 de leur pouvoir calorifique en une année. Une grande partie de cette perte se produit de trois à six mois après l’emmagasinage. En somme, la perte en pouvoir calorifique n’a pas une grande importance dans la question, mais ce qui est à éviter, c’est d’arriver à une altération susceptible d’aboutir à une combustion spontanée. Les méthodes proposées peuvent se classifier de la manière suivante :
- a. — Elimination des gaz combustibles avant l’emmagasinage ;
- b. — Mise en tas ne dépassant pas 3 à 4 m de hauteur ;
- c. — Enlèvement autant que possible du poussier en ne laissant que le charbon criblé. Si on met en tas du charbon mélangé de gros et de menu, il est important de le disposer de manière à éviter la formation de passages pour l’air ;
- d. — Il ne faut pas ventiler les tas avec des prises d’air ni laisser pénétrer l’air par infiltration à travers des parois en briques ou des fondations poreuses ;
- e. — On doit éviter l’exposition à l’air libre où le charbon peut être mouillé par la pluie, puis séché par les rayons du soleil ou par d’autres causes telles que tuyaux de vapeur, maçonnerie chauffée,' etc. ;
- f. — Prévenir -réchauffement par l’immersion ;
- On évite le mouillage excessif par cette méthode au moyen d’une immersion partielle ; le charbon non en contact direct avec l’-eau se mouille par capillarité suffisamment pour prévenir l’oxydation.
- g. — La mise en tas du charbon très fin a non seulement l’inconvénient de produire des ééhauffements dans la masse, mais encore il peut se produire des explosions de poussières et de gaz. Aussi est-il à recoin-
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- mander de broyer le charbon au voisinage des fours à ciment et au fur et à mesure des besoins.
- Si la perte de pouvoir calorifique amenée par l’altération des charbons américains riches en composées volatils n’a pas une grande importance, les effets des réactions qui amènent cette détérioration doivent attirer l’attention et amener à prendre de grandes précautions pour l’emmagasinage des charbons, surtout de ceux destinés à la fabrication des ciments.
- Dans la discussion qui a suivi cette communication, un membre a émis l’opinion que c’est à tort qu’on a recours au charbon emmagasiné pour la consommation courante. Ces dépôts devraient être considérés comme une garantie contre le manque de combustible et on ne devrait recourir qu’en cas de nécessité absolue ; en les employant périodiquement, on ne fait que renouveler les pertes provenant de ce chef, tandis qu’en conservant ces dépôts, la perte n’augmente pas avec le temps.
- L’auteur ne partage pas cette opinion ; il considère, au contraire, comme dangereux de garder le charbon très longtemps eu magasin. Les deux questions de l’altération et de la combustion spontanée sont distinctes, bien qu’elles aient une relation entre elles. Si la première peut être de faible importance, la seconde est toujours à craindre.
- C’est à tort qu’on a, recommandé de couvrir les tas de charbon avec des planches ou autrement. Il résulte de cette pratique que les gaz combustibles ne peuvent s’échapper au dehors et, en cas d’échauffement amenant l’incandescence, il peut en résulter des explosions dangereuses. Cq cas s’est présente plusieurs fois, à la connaissance de l’auteur.
- La pratique consistant à prendre la température intérieure des tas de charbon avec une sonde contenant un thermomètre à maxima est à recommander, sinon pour le gros combustible, du moins pour le menu. On a émis la crainte que le frottement produit par l’enfoncement de la sonde dans les tas ne détermine une chaleur susceptible de fausser les indications du thermomètre ; cette objection n’est pas sérieuse si on a soin de n’enfoncer la sonde thermométrique qu’à raison de 2 à 3 m par minute.
- lies minerais de fer «l’i^pagne. — Le rapport pour 1912 du Consul de la Grande-Bretagne à Malaga, contient des chiffres intéressants relatifs au commerce des minerais de fer espagnols.
- Le port d’Aguilas a exporté dans cette année un total de 666 233 t dont 456608, soit 70 0/0 environ, ont été expédiées dans le Royaume-Uni, 104000 en Allemagne, 92 000 en France et 12 700 en Autriche-Hongrie. Toutefois le port d’Aguilas a été en diminution de 15 000, par rapport à " l’année précédente.
- Le total des minerais expédiés de lîorvilla et d’Aguilas se distribue comme suit entre les différents ports: Cardiff, 148 420 t; Glasgow, 133 012.; Rotterdam, 102 343 ; Middlesbrough, 66 756 ; Ardrossan, 43186; Cette, 35 738; Pauillac, 19 427 ; Dunkerque, 20 582; Stock ton, 18 315 t.
- L’exportation a été gênée dans l’année dont nous nous occupons par l’élévation du fret due principalement à la grande grève des houillères
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- anglaises ; on sait que le minerai de fer est surtout chargé comme fret de retour par les navires charbonniers allant aux ports italiens.
- Voici quelques chiffres relatifs à l’exportation du minerai par le port d’Almeria dans les trois années 1910-11-12.
- PORTS 1910 1911 1912 AUGMENTATION ou diminution entre 1911 et 1913
- t t t
- Royaume-Uni. . . 363 798 290 404 253 452 — 36 952
- Rotterdam .... 71186 80140 64 508 — 15 632
- Dunkerque. . . . 19 850 30 900 2 900 — 28 000
- Cette » » 7 500 - 7 500
- Raltimore .... 5 000 » » »
- Philadelphie . . . 11 200 » » »
- Orlebshausen. . . » • 4 200 8 600 + 4 400 '
- Total. . . 471 034 404 644 336 960 — 68 684
- De Carthagène, les exportations en 1912 ont dépassé les chiffres des années précédentes ; la quantité totale s’est élevée à 238 760 t dont plus de la moitié était du minerai de fer magnétique de Calasparra. Le tableau ci-dessous donne la destination de ces minerais.
- DESTINATION 1910 1911 1912
- Royaume-Uni t 190 963 t 164 813 t 166 572
- Hollande (pour P Allemagne) . . 94129 104 825 206151
- États-Unis 50 250 6 300 »
- Allemagne directement .... 34 844 33 400 37 001
- France 9 950 3 146 41 900
- Total 380 136 312 484 451 624
- Il a été expédié de Garrucha 452 350 t de minerai en 1912 contre 447 746 en 1911 et 389 208 en 1910. Du port de Marbella les expéditions ont été en 1912 de 37 150 t, de Linares 39 747 et de Mazarron 74895 et enfin de Pormon 221 225 t dont 121 165 à destination du Royaume-Uni.
- Nouveaux gisements de platine. — Une des questions les plus graves qui se posent dans le ‘domaine du développement des industries électriques et de la chimie industrielle est la rareté relative du
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- platine. La Russie a été jusqu’ici à peu près le seul pays à fournir ce précieux métal. C’est surtout dans la région montagneuse de l’Oural, notamment dans le voisinage de Nizhai Togilsk, dan$ le Gouvernement de Perrn et aux environs du mont Bigodal qu’on trouve le platine en quantité suffisante pour pouvoir être exploité d’une manière régulière.
- On trouve également de petites quantités de ce métal à Bornéo, à Sumatra, en Colombie, en Australie et en Californie, mais les quantités fournies par ces contrées ne représentent qu’une faible part de la production de la Russie, 5 0/0 tout au plus.
- Dans ces conditions, les industries intéressées apprendront avec satisfaction la découverte en Allemagne de gisements étendus de platine susceptibles d’une exploitation facile. Ces dépôts se trouvent à Wenden, en Westphalie, dans une région où on trouve en abondance du fer, du plomb, du cuivre et du zinc. On s’occupe activement de préparer l’extraction du platine.à Wenden sur une large échelle. On espère que des recherches ultérieures révéleront la présence d’autres gisements de ce genre en Westphalie où les formations géologiques semblables à celles de Wenden se rencontrent fréquémment.
- Nous reproduisons ce qui précède du Journal of the Society of Arts, du 1er mai 1914 et nous croyons intéressant d’y ajouter la production de platine de la région de l’Oural pendant les dernières années.
- Années. Pouds.
- 1903...................... . 366
- 1904. . . . .................. 306
- 1905 ........................ 319
- 1906 ........:........... 352
- 1907 ........................ 329
- 1908 ........................ 298
- 1909. ................... . 312
- 1910 ........................ 334
- 1911 ........................ 352
- 1912 ........................ 337
- 1913 ........................ 299
- Malgré l’accroissement considérable du prix du platine, l’extraction semble aller en diminuant, ce qu’on peut attribuer à la fois à l’irrégularité du rendement et à l’appauvrissement des gisements.
- Emploi du courant électrique dans la cémentation du fer.,— Garnier a constaté, dès 1883, que le passage d’un courant électrique augmentait la rapidité de la cémentation si on prenait le fer comme cathode et la retardait si on le prenait comme anode. En 1909, le professeur Sjemski, en étudiant la cémentation du fer par le gaz d’éclairage, fit passer un courant électrique de basse tension, environ 15 volts, et de forte capacité, 30Q ampères dans la tige de métal à traiter pour la porter à la température nécessaire à la cémentation en vase clos ; la tige était contenue dans un tube de verre dans lequel. circulait le gaz.
- (1) Le poud vaut 10 kg, 38.
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- sous une vitesse connue. Les résultats de ces essais n’ont jamais été publiés.
- M. Feshchenko-Chopowski, dans le Journal de la Société Métallurgique russe, a employé le môme principe, mais sous une forme tout â fait différente qui lui a permis d’effectuer la cémentation au moyen d’une matière pulvérulente. Dans ses premiers essais, il se servait d’un rhéostat comportant des pièces de fer doux noyées dans du charbon en poudre. Le courant rencontrait une résistance considérable pour tra-verserda masse charbonneuse et, suivant la foi de Joule, il se développait une température élevée. Dans ces essais, un courant de 5 à 8 ampères passant à la tension de 250 volts pendant deux à trois heures, les pièces de fer atteignaient la température nécessaire en moins d’une demi-heure. Ces expériences n’ont pas donné satisfaction complète, ce qui est dû, selon toute probabilité, à des erreurs dans ia construction du fourneau employé, dans lequel la masse charbonneuse était par économie formée de charbon de cornue mélangé à du charbon de bois, avec addition de 40 0/0 de carbonate de baryte.;
- Le fourneau comportait une caisse de 0 m, 190 X 0 m, 160 dont les parois étaient formées de briques et le fond d’une planchette de bois couverte de briques avec une garniture en amiante. Gomme électrodes, on se servait de barres de fer de 0 m, 150 de longueur à section rectangulaire de 65 X 8 mm reliées à des fils de cuivre. Le courant continu à 25 volts était ramené à une tension de 5 volts. Les pièces à cémenter, de 40 mm de longueur sur une section de 25 X 8 mm, étaient placées dans les intervalles entre les électrodes, on en mettait généralement 2, bien que ce nombre ait été porté à 8 maximum possible pour les dimensions du fourneau. La distance entre les électrodes était de 80 mm.
- La cémentation obtenue a été très uniforme et on a réalisé les épaisseurs désirées. On a fait des essais pour permettre d’apprécier l’épaisseur de la couche cémentée en fonction du temps et de la température et on a constaté qu’avec une poudre formée de 60 0/0 de charbon de bois et de charbon de cornue et 40 0/0 de carbonate de baryte et une température de 970 degrés centigrades, la cémentation se produisait à raison de 0 mm, 60 par heure. La relation entre la température et la vitesse de diffusion du carbone dans le fer n’a pas pu être déterminée d’une manière précise et parait suivre une loi assez complexe. On a, cependant, pu établir que cette vitesse augmentait si la température était portée de 900 à A 000 degrés.
- On a également reconnu que le bourrage de la poudre contre les pièces à cémenter améliorait les résultats obtenus et aussi que le côté des pièces dans le sens de l’arrivée du courant était cémenté à une profondeur légèrement plus grande que l’autre côté:
- Des essais de dureté par la méthode de Brinell ont fait voir que la dureté à la surface augmentait avec l’épaisseur de la couche cémentée.
- Extinction «les liquides enflammés (suite et fin). — Les remarques précédentes s’appliquent au tétra-chlorure de carbone contenu dans des vases d’un quart de capacité qu’on trouve dans le commerce. Il est probable que, sous un plus fort volume on pourrait obtenir
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- plus d’effet, mais on arriverait à un poids trop élevé pour la projection à la main et il faudrait porter les appareils sur des chariots ou moyens analogues. La projection du liquide au moyen d’une pompe parait présenter de sérieuses difficultés.
- On a l'ait récemment quelques installations dans lesquelles le liquide est contenu dans un réservoir supérieur actionnant des extincteurs ou des tuyaux perforés placés dans les endroits dangereux où sont contenus des liquides volatils et inflammables. Il ne semble pas qu’aucune de ces installations ait encore été mise à l’épreuve, mais il n’y a pas de raisons pour qu’elles ne donnent pas de bons résultats. Avec ces dispositions, il ne faut pas perdre de vue la sécurité du personnel et lui ménager des moyens rapides de sortie, parce que le tétra-chlorure de carbone a des propriétés anesthésiques et que, répandu dans l’air par les extincteurs, il agirait avec une très grande rapidité.
- La nature et les effets des fumées produites par la projection de cette substance sur des matières enflammées ont donné lieu à des études et à des discussions. Lorsque le liquide arrive en contact avec le feu, sa vapeur se décompose en partie en donnant lieu à la production d’une fumée nqire qui est sans aucun doute du carbone très divisé. Il se produit aussi des gaz très âcres composés en majeure partie d’acide chlorhydrique ayec un peu de chlore libre. Gomme le tétra-chlorure de carbone ne contient pas d’hydrogène, celui qui entre dans la composition de l’acide chlorhydrique doit provenir de l’action du chlore sur les gaz engendrés par la combustion des matériaux ou sur l’humidité de l’air.
- Mais si les fumées du tétra-chlorure de carbone sont très piquantes, elles n’ont aucune action nuisible permanente dans les conditions ordinaires, où l’opérateur peut se mettre à l’abri rapidement, Il y a là toutefois une objection à l’emploi d’une manière générale de cette substance. Elle semble surtout convenable pour des grands espaces où il peut suffire d’une faible quantité pour éteindre un incendie.
- Mélanges mousseux. — On a proposé récemment pour éteindre les liquides enflammés un procédé basé sur ,l’emploi de mélanges sous forme de mousses. Cette idée qui vient d’Allemagne paraît heureuse et les résultats acquis jusqu’ici paraissent satisfaisants.
- On mélange les deux liquides dans un réservoir où ils se mêlent sous forme d’écume Ce réservoir est étanche à l’air et assez résistant pour que l’écume puisse être refoulée à l’extérieur dans des tuyaux par de l’acide carbonique sous pression. La nature des liquides employés Vest pas exactement connue, mais l’un d’eux est probablement une dissolution de carbonate de soude mélangée de matières épaississantes telles que de la glu ou de la caséine et l’autre liquide une solution d’alun. Le mélange des deux liquides dégage de l’acide carbonique qui produit une mousse abondante ; cette mousse est très persistante et ne change que très peu de volume au bout d’une demi-heure.
- On a fait en Allemagne un certain nombre d’essais dans l’hiver de 1912 dont quelques-uns sur une grande échelle.' Ainsi on a opéré dans un cas sur 5 t de pétrole brut et dans un autre sur une surface de 120 m-couverte de goudron enflammé ; dans les deux cas les résultats ont été très satisfaisants, le feu ayant été rapidement éteint.
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- Le mélange mousseux doit très probablement son efficacité à l’isolement qu’il produit sur la surface du. liquide enflammé, isolement qui empêche l’accès de l’oxygène de l’air et aussi du fait que les bulles de la masse contiennent de l’acide carbonique qui se dégage et crée une atmosphère contraire à la combustion.
- La question est toujours à l’étude au moins sous le rapport des détails relatifs à la disposition des appareils destinés a utiliser ce principe, mais le principe paraît heureux et on peut croire que ce nouveau procédé est destiné à se placer en tète des moyens de protection contre les incendies des liquides inflammables.
- Cette communication a été suivie d’une discussion dans laquelle les procédés énumérés ont été attaqués par les uns et défendus par les autres. Un membre a fait remarquer justement que, si l’emploi de la sciure de bois était connu depuis longtemps ainsi qu’on l’a rappelé, il n’avait jamais été apprécié comme il le méritait. On a pu s’en rendre compte par des essais récents dont les résultats ont frappé d’étonnement les ingénieurs et manufacturiers qui en ont été témoins. L’addition de bicarbonate de soude est une idée récente et des plus utiles parce que sous l’action du feu, il se dégage de l’acide carbonique qui combat efficacement la combustion.
- On a fait valoir que les avantages que peut avoir le tétra-chlorure de carbone sont compensés dans une large mesure par son action corrosive sur les métaux ; non seulement, il attaque les appareils dont on se sert pour le contenir ou le faire agir, mais ses vapeurs sont très préjudiciables pour les métaux dans le voisinage du feu. On cite le cas d’un garage où l’emploi du tétra-chlorure de carbone pour l’extinction de gazoline enflammée a fait autant de mal au garage et aux automobiles qu’il contenait que n’eût fait l’incendie lui-même.
- On a également cité un autre liquide désigné sous le nom de Pyrène qui aurait les avantages du tétra-chlorure de carbone sans exercer une action aussi corrosive sur les métaux.
- Constatation de la présence «le l’oxyde «le carbone au moyen des petits animaux. — La présence de l’oxyde de carbone dans l’atmosphère d’une mine, après une explosion de grisou ou par suite d’un incendie souterrain, présente un très grand danger pour les hommes qui pénètrent dans les travaux. Dans les explosions qui surviennent dans les houillères, la mortalité provient beaucoup moins des effets directs de l’explosion que de la nature excessivement nocive de' l’air qui renferme jusqu’à 2 Ou 3 0/0 d’oxyde de carbone. Il en est de môme pour les incendies souterrains. On sait maintenant que de très faibles proportions de ce gaz rendant une atmosphère très dangereuse. Le docteur Haldane estime que cette proportion commence à 0,15 0/0.
- En 1898, ce savant lut, devant l’Institution of Mining Engineers, un mémoire dans lequel il conseillait de se servir de petits animaux à sang chaud,, tels que les souris, pour révéler la présence de faibles proportions d’oxyde de carbone dans l’air. Un peu plus tard, il recommandait l’emploi de petits oiseaux, comme les canaris,, qui sont plus sensibles que les souris à l’action vénéneuse du gaz. Sauf erreur, on fit l’essai des petits
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- animaux lors d’un feu souterrain à la houillère de Beath dans le comté de Fife où sept ouvriers perdirent la vie et depuis on a continué à s’en servir tant lors des explosions qu’à la suite des incendies et l’ordonnance sur les Accidents de Mines, parue en 1912, prescrit la présence dans les mines de quelques souris ou petits oiseaux pour servir au contrôle de l’oxyde de carbone.
- Dernièrement, toutefois, quelques doutes ont été émis sur l’efficacité de ce éontrôle. Dans un feu souterrain qui se produisit en août 1913 à la houillère de Cadder et qui amena la perte de 22 vies humaines, les équipes de secours avaient avec elles des canaris pour les avertir de la présence du grisou. Or, dans une réunion récente au Mining Institnte d’Ecosse, un inspecteur du Gouvernement, M. Robert Mac Laren, a affirmé que trois hommes faisant partie de ces équipes s’étaient évanouis sous l’action, du gaz oxyde de carbone, sans que les canaris aient montré de traces de malaise. Il semble s’être produit plusieurs cas analogues, soit avec des canaris, soit avec des souris.
- En présence de ces faits, faut-il chercher à remplacer les petits animaux ? On ne connaît pas actuellement d’autres moyens de révéler la présence de très faibles, quoique déjà dangereuses, proportions d’oxyde de carbone dans l’air des mines. On a proposé diverses méthodes basées sur des réactions chimiques, mais il ne semble pas qu’aucune se soit montrée facilement utilisable en pratique.
- Heureusement, il parait possible de donner une explication d(î la manière différente dont les hommes et les oiseaux se sont comportés dans les exemples cités en présence de l’oxyde de carbone.
- On sait que certaines personnes sont plus sensibles que d’autres à l’action de ce gaz et ce paraît avoir été le cas à Cadder où la plupart des ouvriers de l’équipe de secours n’ont pas été affectés par cette action. Il est certain que des hommes, dans une circonstance de ce genre, peuvent être plus excités ou plus fatigués que d’autres et, par conséquent, éprouveront plus facilement les effets nocifs du gaz. Un autre point, dont il faut tenir compte, c’est que les oiseaux ou les souris, entre les mains d’un observateur peu attentif ou non au courant, peuvent constituer un réel danger au lieu d’une sauvegarde.
- Si on doit encore se servir de ces petits animaux pour déceler la présence du gaz oxyde de carbone, il faut confier leur emploi à des gens tout à fait familiarisés avec eux et, peut-être aussi, ne faut-il pas demander trop à ce genre de contrôle. Le docteur lialdane dit lui-mème que l’essai par les souris n’est pas un essai très précis, parce que les premiers symptômes tels que les vertiges qui se produisent sur l’homme, ne peuvent être appréciés sur les souris. Il est donc nécessaire que les hommes des équipes de. secours qui ont avec eux de petits animaux, pour reconnaître la présence de l’oxyde de carbone, observent avec la plus grande attention l’état et la manière de se comporter de ces animaux. La plupart des Écoles de Mines, sinon toutes, ont introduit cette question dans leur enseignement.
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- E. — Questions diverses.
- lia bibliotbè%«icr des Sociétés américaines d’ingénieurs.
- — Une des collections d’ouvrages relatifs à la littérature technique' les plus complètes qui existent se rencontre dans l’Hôtel des Sociétés d’ingénieurs, au n° 29 de la West 39lH Street à New-York, où se trouve le siège de la Société Américaine des Ingénieurs-Mécaniciens. Elle est formée par les bibliothèques réunies de cette Société, de l’Institut Américain des Ingénieurs-Électriciens et de l’Institut Américain des Ingénieurs des Mines et contient plus de 65 000 volumes, dont tous les ouvrages importants relatifs à ces trois branches du génie civil, beaucoup d’ouvrages de consultation journalière et les collections, reliées d’à peu près toutes les Sociétés d’ingénieurs de ces trois branches du monde entier et de diverses autres Sociétés. Certaines de ces collections ne sauraient être trouvées au complet dans aucune autre bibliothèque aux Etats-Unis.
- La bibliothèque dont nous nous occupons reçoit tous les périodiques importants du monde traitant des questions de mécanique, d’électricité et de mines, ainsi que de questions connexes, métallurgie, chimie industrielle, etc., soit en tout plus de 700 publications périodiques en une dizaine de langues lesquelles sont toutes mises à la disposition du lecteur.
- La bibliothèque est installée au haut d’un grand bâtiment, position idéale au point de vue du jour et de l’absence de bruit et de poussière. Elle a été aménagée avec l’objeçtif de rendre son contenu accessible au lecteur et, à part quelques livres rares mis sous clef, tons les volumes sont sur des rayons à la portée de tout le monde. Les ouvrages les plus consultés sont dans la salle de lecture tandis que les autres sont dans des pièces situées à l’étage au-dessous.
- La salle de lecture est divisée en trois travées par deux rangées de piliers ; les travées latérales contiennent les tables et des sièges confortables.
- Au fond de la travée centrale, en face de l’entrée, est une grande peinture morale de Frank Dana Marsh représentant les applications principales de l’art de l’Ingénieur. Au premier plan est une figure mâle et intelligente personnifiant l’Ingénieur et ayant à ses côtés de robustes ouvriers mana3uvrant des appareils mécaniques, machines-outils, perforatrices, etc. Dans l’arrière-plan on voit des chemins de fer, des viaducs et ponts, des hauts fourneaux, des aciéries, un Pittsburg en miniature. Des fenêtres de la bibliothèque, on a une superbe vue sur la ville de New-York et ses faubourgs.
- Cette collection de littérature technique d’une valeur exceptionnelle a été formée grâce à la générosité des membres des trois Sociétés et aux •contributions annuelles de ces Sociétés. On peut citer, parmi les périodiques, les mémoires des deux plus anciennes sociétés savantes dù monde, la Société Royale de Londres, fondée sous Charles II et l’Académie des Sciences de Paris. Ce qui concerne l’électricité et le magnétisme s’est trouvé complété de la manière la plus utile par la collection
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- Lartimer Clark offerte en 1901 par le docteur Sohuyler Skaats Wheeler, cataloguée par les soins du docteur Carnegie. Les ouvrages de mathématiques, physique et chimie, bases de la science de l’Ingénieur, sont-largement représentés. Enfin, la littérature primitive relative au génie civil comporte deslivres remontant presque à l’invention de l’imprimerie et des ouvrages en latin et en anglais du moyen âge qui forment un noyau d’une valeur réelle pour l’histoire de la profession.
- Mais, quel que soit l’intérêt des vieux ouvrages, l’Ingénieur a besoin . surtout de littérature actuelle. Une bibliothèque n’est pas un musée d’antiquités, elle doit fournir des renseignements sur les choses les plus nouvelles. •
- Les périodiques sont mis à la disposition des lecteurs dès que la poste les apporte et on trouve les livres nouveaux avant même qu’ils soient annoncés dans les colonnes des journaux techniques. Ces livres sont catalogués et mis sur rayons dans le plus bref délai possible.
- Un membre récemment décédé de la Société Américaine des Ingénieurs-Mécaniciens a légué à la bibliothèque la collection la plus complète peut-être qui existe dans le monde d’ouvrages sur les appareils de transport et de manutention des diverses matières.
- A notre époque de travaux et d’entreprises, la littérature relative à ces questions a une énorme importance.
- Les 700 publications périodiques, reçues'par la bibliothèque de tous les points du monde, sont pour la plupart conservées et reliées. Elles proviennent pour la plus grande partie d’échanges.
- Un catalogue en a été dressé et on en prépare un autre indiquant les ressources' des sept bibliothèques techniques existant à New-York et dans les environs. Il est à espérer qu’on finira par dresser un catalogue embrassant toutes les bibliothèques techniques des Etats-Unis.
- Il est évidemment impossible à un Ingénieur de collectionner, de conserver et de lire la volumineuse littérature qui concerne sa branche d’études.
- Il doit avoir recours pour cela, notamment aux résumés des journaux et revues. Jusqu’à ces derniers temps, les bibliothèques ne se considéraient pas obligées à faire autre chose que se procurer, conserver et cataloguer les ouvrages. Il fallait donc aller consulter ceux-ci pour obtenir lés informations nécessaires. Une bibliothèque moderne doit faire plus pour être d’une réelle utilité.
- Ainsi la bibliothèque des Sociétés d’ingénieurs est organisée de manière à :
- 1° Faire des vérifications et fournir des extraits, copies et traductions de journaux ou d’ouvrages sur la demande d’un Ingénieur ou d’un étudiant ;
- 2° Fournir des bibliographies partielles ou complètes sur des sujets se rapportant à l’art de l’Ingénieur et, s’il est necessaire, des Imprimés originaux ou des copies-photographies, traductions, etc.
- Depuis que ce service fonctionne, il a été dressé environ 500 listes de' référence dont les copies sont conservées et à la disposition des membres. Ges listes couvrent à peu près tout le champ de la littérature relative à l’art de FIngénieur. Nous avons sous les yeux une de ces listes relatives
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- à l’emploi du charbon pulvérisé, elle contient 166 mentions d’articles sur ce sujet, de 1866 à l’époque actuelle, contenus dans des périodiques Ou des publications de Sociétés. En outre, la bibliothèque contient un catalogue par fiches de tous les articles importants contenus dans les publications périodiques et les bulletins de Sociétés savantes.
- Depuis deux ans que ce service existe, il a été utilisé par des Ingénieurs résidant en Patagonie, en Corée, au Japon, dans l’Afrique du • Sud, en Australie, etc. Des renseignements ont été envoyés sur demande dans l’Alaska, dans la Colombie Britannique, au Mexique, et dans la zone du Canal de Panama. Au cas peu probable où les renseignements demandés ne se trouveraient pas dans la bibliothèque des Sociétés d’ingénieurs, cellë-ci se chargerait de les rechercher dans les autres bibliothèques de New-York et autres villes de 1’Union. Pour des reproductions d’articles, la photographie est préférable, elle est généralement plus économique et on est à l’abri d’erreurs de copie.
- La bibliothèque est aussi unbureau d’informations pour les Ingénieurs. Elle fournit leur adresse, celle des libraires, éditeurs, Sociétés, fabricants, etc. et des statistiques de toute espèce.
- Les charges pour les divers services sont tfès modérées : les recherches ou copies se paient 2 fr, 50 l’heure ; les traductions 1 fr, 25 par 100 mots pour le français et l’allemand, et 1 fr, 75 pour les autres langues européennes. Les reproductions photographiques en traits blancs sur fond noir coûtent 1 fr, 50 par feuille de 0 m, 28X0 m, 355, qui, pliée en deux, fait deux pages de format ordinaire.
- Les relations de la bibliothèque et de l’Ingénieur sont d’un avantage réciproque. Le dernier peut s’acquitter des services que lui rend la première en la faisant connaître, en lui faisant des dons en livres ou en argent, en lui envoyant des catalogues, des. cartes, des dessins. Il peut indiquer des livres à acheter. S’il a des améliorations à proposer ou des critiques à formuler, il peut s’adresser au bibliothécaire qui accueillera les premières avec empressement et ne se formalisera pas des secondes.
- Ce fonctionnaire sait très bien que la bibliothèque est laite'pour le lecteur et non pour lui et met toujours le plus grand empressement à rendre l’installation qu’il dirige de la plus grande utilité possible.
- Nous croyons intéressant d’ajouter ici que les quatre grandes Sociétés américaines d’ingénieurs avaient les effectifs suivants au 1er janvier 1914 ; Société des Ingénieurs-Electriciens, fondée en 1884, 7 500 membres, Société des Ingénieurs Civils, fondée avant 1872, 6 750, Société des Ingénieurs-Mécaniciens, fondée en 1880, 5 250 membres (lj et Société des Ingénieurs des Mines, fondée en 1872, 4 300 membres.
- Pour terminer avec ce qui concerne la bibliothèque, nous dirons que, pendant l’année qui se termine le 30 septembre 1914, il y est entré 1039 volumes et 185 brochures. Sur les premiers, 303 provenaient d’achats, 302 d’échanges avec les publications des Sociétés et 327 avaient été offerts par les auteurs ou les éditeurs. Les brochures venaient, pour la plupart, d’échanges.
- (1) Cette Société comptait, à la fin de 1914‘ 6109 membres dont 949 admis dans l’année.
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- La fréquentation a été en augmentant : 13485 personnes sont venues à la bibliothèque, contre 10 357 l’année précédente. La fermeture a été portée de 9 à 10 heures du soir et le nombre de personnes venues le soir s’est accru en proportion.
- Cette fréquentation représente, en admettant qu’il n’y ait pas de vacances, pour 300 jours par an, 45 personnes par jour, chiffre très important.
- Une nouvelle arelie de Uïoé. — On est en train, d’après les journaux américains, de construire à Washington une véritable arche de Noé. Il est juste de dire, que cette construction n’est pas destinée à naviguer; elle sera placée sur les rives du Potomac, à peu de distancé de l’eau, et il sera facile de la faire flotter, si le besoin s’en faisait sentir.
- L’arche aura 27 m, 50 de longueur et 11 m, 17 de largeur ; elle doit avoir deux étages, ou deux ponts si on préfère ; elle est destinée à recevoir diverses espèces'd’animaux, tels que : singes, chiens, chats, souris, rats, lapins, cochons d’Inde, chevaux, volailles, veaux et chèvres.
- Le but qu’on se propose dans cette installation est assez différent de celui qui avait présidé à l’œuvre du patriarche, aussi la construction est-elle différente ; elle est à l'abri des rats, des insectes, du feu ; elle est bien ventilée et bien éclairée. Rien n’a été épargné pour que les animaux y soient logés d’une manière saine et confortable.
- Le but que s’est proposé le Gouvernement, pour le compte duquel ce travail est entrepris, est relatif à des recherches scientifiques. Il est fait •en exécution d’un acte du Congrès, qui a pris force de loi le 13 août 1913, et par lequel le Service de la Santé Publique est invité à faire une enquête sur les maladies qui allligent l’espèce humaine. Le contrat pour la construction de l’arche a été passé moyennant une somme de 104000 fr, et on va poser ces jours-ci la quille (au figuré) sur les terrains du Labo-' ratoire d’IIygiène, entre la 25e rue et la rue E.
- On pourrait presque appeler l’arche un sanatorium pour animaux, parce que ceux-ci seront en quelque sorte soumis à un traitement comme dans un hôpital. On sait que c’est par des expériences faites sur des singes que le docteur Anderson, le chirurgien en chef du Laboratoire d’Iiygiène, a constaté que la transmission de la fièvre scarlatine avait lieu par l’écoulement nasal du malade et que la première période de la maladie était celle dans laquelle la contagion était le plus à redouter.
- La partie de l’arche réservée aux singes est la plus importante ; ils occupent une vaste salle à la surveillance de laquelle est préposée une matrone. La plupart de ces animaux appartiennent à l’espèce dite Rhésus, qu’on a choisie comme sujet d’études pour deux raisons, d’abord parce que ces singes sont (l’un caractère doux et pas vicieux, et ensuite parce qu’ils occupent une échelle élevée dans l’espèce simiesque et se rapprochent par conséquent le plus possible de l’homme.
- On sait que les singes peuvent prendre presque toutes les maladies de l’homme. Môme si on n’accèpte pas les théories de Darwin, on ne peut nier que, parlant au point de vue purement physiologique, l’homme ne soit une race supérieure de singe ; leur structure anatomique le Bull.
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- démontre ; nous sommes en réalité des sur-singes, ce qui n’a rien de-déshonorant.
- Il n’y aura dans rétablissement ni vivisection, ni opérations de chirurgie expérimentale et les animaux seront bien traités et bien soignés s’ils viennent à tomber malades. Toutefois, certains, comme les lapins et les cochons d’Inde, pourront servir de sujets pour l’étude de l’effet et de la pureté de substances comme les antitoxines. De môme les veaux pourront être employés à des essais sur la vaccination.
- Il y aura un compartiment servant de maternité où les jeunes animaux, nés dans l’établissement, seront, en même temps que leurs mères, l’objet d’attentions spéciales. On ménagera également un compartiment d’isolement pour les animaux souffrant d’affections contagieuses, lequel sera muni des dispositifs les plus modernes pour prévenir la transmission de l’infection.
- Si on avait pu pratiquer dans les hôpitaux militaires, lors de la guerre de Sécession, les méthodes qui seront en vigueur dans l’arche du Service-de la Santé Publique, il est certain qu’on aurait sauvé des milliers de vies humaines, mais ces méthodes dont on se sert dans ce cas au bénéfice des singes et des lapins n’étaient pas connues il y a cinquante ans.
- Nous ferons remarquer que, dans ce qui précède, aucune raison n’est indiquée pour justifier l’installation d’un établissement defce genre dans une construction mobile en forme de bateau, au lieu d’un bâtiment approprié construit sur le sol,"à l’intérieur ou aux environs de la ville.
- l<a grêle «laits 1^Afrique «lu iu«l. — Nous avions rencontré, au cours de l’été de 1913, un Ingénieur qui nous dit être envoyé en Europe par le Gouvernement de l’Afrique du Sud pour étudier la question des appareils paragrèles. Ce sujet a, paraît-il, une grande importance pour ce pays où la grêle exerce de grands ravages.
- A l’appui de ses dires, cet Ingénieur nous a envoyé récemment un journal de Johannesburg.du 22 novembre 1914, dans lequel se trouvent des détails intéressants sur un orage de grêle survenu la veille sur cette ville. Nous les résumons comme suit.
- Une chute de pluie et de grêle sans précédent s’est produite sur une partie de Johannesburg entre cinq et six heures du soir. Dans les faubourgs du sud de la ville et dans les jardins de Parktown, toutes les cultures ont été détruites, des toitures broyées par la grêle et des dégâts incalculables causés. Les trams ont été arrêtés par l’accumulation des grêlons dans les ornières des rails et tous les services électriques ont été interrompus. Heureusement, cette situation n’a,pas duré et, au bout d’une heure, tous les services ont pu être repris et on a pu constater les dégâts produits. Ils sont considérables ; des maisons ont été démolies, mais, au moins, autant qu’on a pu le savoir jusqu’ici, il n’y a pas de perte de vies humaines.
- Le rapport officiel de l’Observatoire du Gouvernement à Yeoville dit qu’il est tombé 12 mm, 5 d’eau, ce qui est à, peu près la moyenne annuelle pour Johannesburg. Toutefois, à Melville, il serait tombé en une heure environ 37 mm, 5 d’eau: L’orage a surtout développé sa fureur sur Booysens, Auckland Park et Parktown ; c’est sur ces endroits
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- qu’il est tombé le plus de grêle et qu’il y a eu le plus de dégâts. Yeoville, Bezuidenhout Valley, Jeppes, Fordsburg et la partie centrale de Johannesburg paraissent avoir été à peu près indemnes.
- A Booysens, il y a eu de véritables ravages : des tentes ont été transportées à une assez grande distance et dans de petites maisons, l’eau s’est élevée à une assez grande hauteur. A Auckland Park, où il y avait des courses, les grêlons étaient si gros que c’est un miracle si la toiture en ter du pavillon du club n’a pas été enfoncée.
- Une grande quantité des grêlons tombés avait plus d’un pouce (25 mm) de diamètre. Le retour des courses fut naturellement des plus mouvementés, tous les ruisseaux étaient pleins à-déborder et tous les véhicules automobiles ou à chevaux avaient de l’eau jusqu’au moyeu des roues au milieu des torrents qui couvraient les routes. Rien ne peut peindre la, situation des malheureux incapables de trouver un abri ou une voiture quelconque pour rentrer chez eux.
- Pendant l’orage, tous les services de trams de Turilbntein, Booysens, Auckland Park et Parktown étaient désorganisés. Pendant un certain temps, l’éclairage électrique de Parktown fut arrêté et l’usage du téléphone fut impossible dans les districts ci-dessus..mentionnés. Heureusement, cet état de choses ne dura que peu de temps et tous les services publics tant du Gouvernement que de la Municipalité purent être remis en ordre pendant la nuit.
- Les plus vieux habitants de Johannesburg affirment n'avoir jamais rien vu de comparable à cet orage et il est à espérer qu’on n’en reverra lias de pareil.
- La tempête a surtout exercé ses ravages à Parktown. L’écoulement des eaux s’effectue vers East Avenue et Twist Street Avenue où sept routes se rencontrent. Aussi s’est-il produit à cet endroit une accumulation d’eau formant un véritable lac qui menaçait d’inonder les propriétés dans l’intervalle entre East Avenue et Park Lane.
- La grêle a fait de grands ravages dans les cultures de tomates et'de légumes de Parktown mais beaucoup moins aux cultures de fruits.
- Quant à la pluie elle-même, on ne saurait la considérer comme fâcheuse, car elle est plutôt bienfaisante si on considère qu’il v a eu dans la région depuis 1910 une série à peu près continue de sécheresse presque sans précédent.
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- L’industrie «le l’iiuile et «lu guano «lu iioisson. — Une
- note de M. J. W. Turrentine, parue dans le Chemiker Zeitung, donne d’intéressants détails sur la fabrication de l’huile et du guano de poisson ; cette industrie occupe actuellement environ 40 fabriques situées aux États-Unis sur les côtes de l’Atlantique et qui, en 1912, ont produit au total de 28 000 t de guano de poisson acidifié et 5 000 de guano desséché.
- Dans l’ancienne méthode, on faisait bouillir à l’air libre le poisson dans des chaudières à double fond chauffées à la vapeur, puis on soumettait la masse à l’action d’une presse hydraulique qui en séparait l’huile et l’eau. Le résidu solide qui contenait encore 50 0/0 d’eau et 0 à 9 d’huile était traité par une petite proportion d’acide sulfurique
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- tant pour prévenir la décomposition que pour mettre en liberté l 'acide phosphorique ; on évitait aussi par ce traitement toute perte d'azote. Ce guano de poisson était envoyé tel quel sur le marché, ou était préalablement désséché.
- Les méthodes primitives de-dessiccation au soleil et à l’air demandaient au moins trois jours et amenaient une perte sensible d’ammoniaque. On leur avait déjà substitué la dessiccation par l’air chaud.
- Dans le.nouveau procédé continu de fabrication de l’huile et du guano de poisson, on emploie des cylindres en fer dont la longueur atteint 12 m avec un diamètre de 0 m, 60 que le poisson traverse avec un mouvement en spirale, sous l’action d’un courant de vapeur. On peut traiter ainsi 10 000 poissons à l’heure.
- On a récemment adopté pour la compression des presses coniques à spirale qui sont disposées pour pouvoir exprimer le liquide de la matière soumise dans le môme laps de temps à l’action de, la vapeur. Cette matière contient environ 78 0/0 de liquide. La compression en enlève 56 0/0, le reste demeure dans la masse. Une machine à presser de 5 m, 40 de longueur traite de 80 000 à 100 000 poissons à l’heure et coûte, montage compris, 25 000 fr\
- Dans les nouvelles fabriques, on se sert exclusivement de ce procédé continu, les cylindres ont un plus grand diamètre, 1 m, 80, et une longueur de 9 à 12 m ; ils sont munis d’ailettes à l’intérieur.
- Ces cylindres sont un peu inclinés.sur l’horizontale et un ventilateur est disposé à la partie la plus basse pour aspirer la masse à travers le cylindre. L’extrémité supérieure est en communication avec une chambre en maçonnerie au bas de laquelle se trouve un foyer. La masse met de trois à dix minutes pour traverser le cylindre ; elle perd dans cette période 7 0/0 d’eau emportée par le courant gazeux chaud, mais il se perd par la même cause un peu de la masse solide.
- Un million de poisson donne de 75 à 85 t de guano desséché, de sorte qu’une tonne représente le produit de 12 000 à 15 000 poissons. Un appareil de dessiccation coûte, montage compris, 15 000 fr. Dans une fabrique installée avec ces appareils perfectionnés, entre le déchargement du poisson des barques qui l’apportent et sa mise -en sac sous la forme de guano desséché, il ne se passe pas une heure grâce à la marche continue des diverses opérations qui se succèdent sans interruption. Dans certaines fabriques, le guano est moulu, dans d’autres, il est mélangé avec do la potasse ou du phosphate. Actuellement ce produit est utilisé comme engrais, mais on peut prévoir qu’on pourra l’utiliser à la nourriture du bétail, comme on fait des résidus de diverses graines dont on a extrait l’huile.
- Le liquide formé d’eau et d’huile qu’on a séparé par pression est mis à reposer pour que l’huile s’en sépare par décantation ; on achève cette séparation par un chauffage par la vapeur. L’huile est soumise à une épuration tandis que le résidu sert à la fabrication du savon. Le rendement en huile dépend surtout de l’époque où le poisson est pêché et des lieux de pêche. Ainsi, en automne, 1 000 poissons donnent en movenne 451 d’huile.
- A l’état brut cette huile a une couleur allant de celle de l’ambre clair
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- au bran foncé selon les méthodes de fabrication et aussi selon qu’elle a subi ou non une épuration préliminaire. Sa viscosité dépend en grande partie de la température. Autrefois on s’en servait uniquement- pour l’éclairage et pour le traitement des peaux, mais actuellement on l’emploie de plus en plus, comme lubrifiant, pour la fabrication des savons, pour la trempe de l’acier et surtout pour la préparation des couleurs à l’huile pour laquelle elle paraît préférable à toutes les autres huiles.
- Pour les vernis, on recommande le mélange de trois parties d’huile de poisson et d’une partie d’huile de lin.
- La résistance de l’huile de poisson à la chaleur la fait choisir pour la fabrication des vernis destinés à supporter des températures élevées.-Son emploi est aussi indiqué pour la fabrication de certains types de lubrifiants et pour celle du noir d’imprimerie. Le prix de cette huile varie actuellement de ïfr, 37 à 1 fr, 54 le gallon américain, soit 0 fr, 37 à 0 fr, 40 le litre.
- Nous devons ajouter qu’une note de VIndustriel, dans laquelle nous avons trouvé l’article ci-dessus, fait d’expresses réserves sur l’emploi de l’huile de poisson pour la fabrication des savons. Cette huile possède, en effet, une odeur infecte, qui reste dans le savon et même dans les objets qui ont été lavés. On peut attribuer à l’introduction de cette huile, grâce à son prix très minime, dans l’industrie en question l’abaissement de qualité des savons dans ces dernières années. Il faudrait désinfecter ces huiles ce qu’on pourrait faire avec les nouveaux procédés d'hydrogénation introduits dans ces derniers temps.
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- SOCIETE D’ENCOURAGEMENT POUR L’INDUSTRIE NATIONALE
- Juin 1914.
- Rapport de M. James Dantzer sur l’ouvrage de M. Henri Nui , intitulé
- lia clialeui* et l’itumitlifieation dans le travail des textile*.
- On sait qu’on facilite le travail des fibres- textiles et qu’on réduit notablement les déchets de fabrication en plaçant ces libres dans un milieu favorable au point de vue de la chaleur et des conditions hygrométriques. On a donc cherché à réaliser des dispositions permettant de régulariser la température et l’hygrométrie des filatures et tissages tout en satisfaisant à la question hygiénique. M. Neu a eu l’heureuse idée de faire paraître un ouvrage complet sur ce sujet d’une haute importance pour les industriels.
- Cet ouvrage constitue une étude d’ensemble bien faite et précise, de consultation très commode de tout ce qui a trait à la technique, du chauffage et de l’humidification dans l’industrie textile. On y trouve réunies quantité d’indications théoriques et descriptives qu’on doit chercher d’ordinaire dans un grand nombre d’ouvrages ainsi que dans une série de monographies et de notices spéciales.
- Rapport de M. Auguste Moreau sur l’ouvrage de M. P. Ghalon, intitulé : Les eaux souterraines, captage et purification.
- Notre distingué collègue, M. P. Chalon, commence son ouvrage en donnant la définition et en montrant l’utilité de l’hydrologie, et en indiquant'les divers moyens employés de nos jours pour découvrir les sources et nappes d’eau : ondes électriques, acoustole de M. Diénert, etc., sans oublier la fameuse baguette divinatoire au sujet de laquelle les opinions sont très partagées.
- M. Chalon parait admettre avec raison que la découverte des eaux par les bacillogyres résulte d’une certaine sensibilité pathogénique, une longue pratique du métier et de certaines connaissances empiriques d’hydrologie, mais ne réside nullement dans la nature de la baguette elle-même.
- L’auteur étudie successivement : la recherche et le captage des eaux souterraines ; la stérilisation des eaux et la législation des sources et des eaux. Nous ne saurions suivre le rapporteur dans l’analyse très détaillé qu’il donne de ces différentes parties ; nous nous bornerons à reproduire son appréciation sur la valeur du travail de M. Chalon qui . vient de présenter un excellent ouvrage exposant sous un volume restreint une foule de choses du plus haut intérêt .pour tout le monde et notamment pour les spécialistes. A chaque ligne de ce traité, dit M. Moreau, on
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- reconnaît la compétence et la conscience de l’auteur, avec ses qualités dominantes : la clarté, la précision, une excellente exposition scientifique et technique faite en un style élégant qui dénote un lettré en même temps qu’un savant.
- Filtre » sable à bac de lavage indépendant, par M. L.
- Raimbert. .
- Ce filtre se compose de deux parties bien distinctes : le filtre à sable, et le bac de lavage. Le premier, d’une forme tronconique, contient une plaque de cuivre perforée et une série d’anneaux concentriques se recouvrant en forme de persiennes et est placé dans le bac. Le sable est disposé entre l’ensemble de ces anneaux et la plaque perforée. L’eau arrive par un tuyau central et se répand dans la chambre qui lui est destinée, il passe entre les anneaux et traverse le sable pour se réunir ensuite dans une chambre collectrice annulaire.
- On emploie du quartz pur assez dur pour ne pas être attaqué, dans le cas de produits chimiques, par le liquide à filtrer. Les avantages de ce filtre sont la suppression de la main-d’œuvre par suite du transvasement automatique du sable, la rapidité de son nettoyage, la perte nulle de sable, etc.
- État actuel de rechange international îles enfants et des jeunes gens, par M. Victor Willemin.
- Notes de chimie, par M. Jules Garçon.
- Sur les extraits et notes de chimie. — Procédés anti-rouille. — Les dangers du gaz à l’eau. — Solubilisation du caoutchouc vulcanisé. — Sur le dosage de l’huile. — Conservation du bois. — Utilisation de la tourbe pour fixer l’azote. — Sur l’estimation du degré de blutage des farines, par M. Léon Lindet. — L’industrie des gants de peau. — Fixation de l’azote par la tourbe. — Les engrais de varech. — Sur la digestion de la cellulose. — Emploi de l’ozone pour la ventilation.
- Notes d’agriculture, par M. H. Hitier.
- La hausse des prix de la viande de mouton et la diminution des troupeaux de mouton. — Evolution dans l’exploitation des troupeaux. — La lutte contre les diverses maladies. — Le bétail bovin en 1913 et la baisse du prix de la viande de bœuf. — La lutte contre la tuberculose bovine.
- La viande de mouton a atteint dans ces derniers temps des prix très élevés ; du reste cette hausse est continue et sensible depuis plusieurs années.
- La statistique agricole du Ministère de l’Agriculture donne un tableau des prix du kilogramme de viande de mouton de 1860 à 1891 duquel il résulte que le prix de 1 fr, 64 en 1860 était de 2 fr en 1901 et de '2fr, 67 en 1913.
- La cause de cette élévation des prix tient incontestablement et tout d’abord à la diminution du nombre des troupeaux de moutons en France et à l’étranger. On trouve, en effet, dans les statistiques agricoles que
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- si le total des têtes de l’espèce ovine était en France de 33 millions en 1852, il n’était plus que de 21 millions en 1892 et de 16 en 1911. On a appelé cette diminution constante la dépécoration et les causes en sont multiples.
- La première est le perfectionnement général de la culture ; on comprend que la modification des assolements et la culture intensive ont supprimé dans une très large mesure les ressources présentées par les chaumes des céréales et les plantes adventices pour la nourriture des troupeaux.
- La baisse du prix des laines a été également une des causes de la diminution des troupeaux. La laine payait autrefois le fermage dans certains pays ; les temps sont bien changés. Le kilogramme de laine qui valait 8fr, 20 de 1850 à 1854 était tombé à 4 fr en 1891 et à 3 fr en 1910.
- Enfin la pénurie des bergers a été la cause de l’abandon des troupeaux dans nombre de fermes. La valeur d’un troupeau dépend surtout des soins que le berger saura lui donner et il est très difficile de se procurer des bergers sur lesquels on puisse compter.
- Enfin il est d’autres causes qui se rattachent la plupart à la cause générale du perfectionnement des systèmes de culture ; par exemple les restrictions à la vaine pâture des communaux, la réglementation de la transhamance, la substitution des bovidés aux moutons, l’emploi des engrais chimiques, etc. On sait que l’amélioration des jprairies dans le Massif central et la transformation de sortes de landes et de pacages en herbages ont permis d’élever des bœufs là où le mouton jadis, pouvait seul trouver sa nourriture.
- Les moutons sont sujets à des épidémies telles que la cachexie aqueuse ; il est donc du plus grand intérêt de les combattre en présence de la diminution de l’effectif des troupeaux. La lutte peut s’opérer de deux manières : par la prophylaxie et par le traitement curatif. Dans ce dernier ordre d’idées, un procédé basé sur l’emploi de l’extrait éthéré de fougère mâle qui agit énergiquement sur les parasites de l’intestin, paraît entré sérieusement dans la pratique.
- ]lTotes de mécanique, par M. A. Schubert.
- Machine à coupe rapide à rogner le papier, le carton, le bois de placage, système Krause. — Nouveau truck électrique pour le transport de la poste à New-York. — Le calage à la presse sur les arbres. — Emploi des tubes de Pitot pour mesurer la vitesse d’un courant gazeux. — Essais comparatifs de trois types de paliers. — Croisement de voies de chemins de fer à 90 degrés. — Influence du mouvement des hélices sur le plafond des canaux. — Le moteur d’aéroplane Salmson. — Détermination expérimentale de la transmission de la chaleur de la vapeur à l’eau de refroidissement. — Utilisation de la chaleur solaire.
- Revue «le culture mécanique, par M. Max Ringelmann.
- Application de l’électricité aux appareils de culture mécanique. — La culture mécanique à la ferme de Champagne. — Concours international de Tunis. /
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- ANNALES DES PONTS ET CHAUSSÉES
- Mai-Juin 1914.
- lia vaccination contre la lièvre typhoïde, Conférence faite à l'Ecole Nationale des Ponts et Chaussées, par M. H. Vincent, Membre de l’Académie de Médecine.
- La fièvre typhoïde occupe une des premières places parmi les épidémies graves ; de 1906 à, 1910, cette maladie a amené ep France la mort de 22 000 personnes, ce qui correspond à plus de 200 000 qps ; on peut admettre qu'elle enlève chaque année 4 000 à o 000 personnes en France.
- C’est pourtant une maladie évitable. Cependant, malgré les notions aujourd’hui très répandues sur son mode de transmission et les prescriptions de la loi de 1902 sur la protection de la santé publique, le fléau n'a que faiblement désarmé. Il devient indispensable de mettre en œuvre un moyen nouveau qui est la vaccination spécifique contre cette maladie infectieuse.
- La vaccination.par inoculation dp bacille pathogène de la maladie ne saurait être employée sans dangers, il faut donc recourir à d’autres moyens ; il en est plusieurs. L’auteur en .emploie , un qui consiste à faire entrer dans la composition du vaccin un certain nombre de bacilles typhiques d’origines et de races diverses; ces cultures sont tuées par une méthode spéciale : l’adjonction momentanée d’un antiséptique volatil, l’éther, qui détruit rapidement la vitalité des bacilles typhiques et para-typhiques et respecte cependant intégralement toutes leurs autres propriétés. Ce vaccin dit polyvalent est d’ailleurs absolument inoffensif.
- La vaccination antityphoidique s’est répandue avec une extrême rapidité. Le nombre des personnes immunisées avec le vaccin polyvalent dépasse 250 000. Cette méthode est employée dans l’armée française et dans beaucoup d’armées étrangères ; elle a partout donné des résultats très remarquables. On sait que les Chambres ont voté une loi rendant, la vaccination antityphoïdique obligatoire dans l’armée française.
- Étude sur la constitution (l’un réseau départemental d’autobus, par M. Marcorelles, Ingénieur des Ponts et Cliausées.
- • Dans cette étude, l’auteur s’est proposé :
- • 1° De préciser les caractères essentiels d’un réseau d’autobus, les services que l’on peut en attendre, la souplesse qu’il doit posséder et les subventions qu’il convient de lui allouer ;
- 2° Une fois précisés ces caractères généraux, il sera facile de rechercher le rôle que doivent jouer, dans la création de ces entreprises, le Cahier des Charges et le Contrôle lui-même ;
- 3° On terminera en proposant, à simple titre d’essai, des types de Convention et de Cahier des Charges qui paraissent devoir sauvegarder à la fois l’intérêt du public, l’initiative de l’entrepreneur et les finances de l’Etat et du Département .
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- COMPTES RENDUS
- Le mémoire comprend trois parties dont chacune traite, des questions énoncées ci-dessus.
- Nous ne saurions entrer dans le détail de ces matières, nous devons toutefois signaler dans la première partie un aperçu sur l’histoire récente des autobus départementaux, notamment dans le département de la Haute-Garonne où il existe actuellement un réseau de 600 km.
- IIP CONGRES INTERNATIONAL I)E LA ROUTE tenu a Londres en 1913.
- «
- Rapporte des délégués français.
- Nous ne pouvons que reproduire l’énoncé des questions traitées, en renvoyant aux Annales ceux de nos collègues que ces questions intéresseraient.
- Première Section. — Construction et entretien.
- /re question. — Projets de rues et routes nouvelles. Compte rendu par M. Stoclet, Ingénieur en chef des Ponts et Chaussées.
- 2e question. — Types de revêtements à adopter sur les ponts et ouvrages d’art. Compte rendu par M. Verrière, Ingénieur des Ponts et Chaussées.
- 3e question. — Construction des routes empierrées avec liants de matières goudronneuses, bitumineuses ou asphaltiques. Compte rendu par M. Le Gavrian, Ingénieur en chef des Ponts et Chausées.
- 4e question. — Pavage en bois. Compte rendu par MM. Mazeroele et Larordère, Ingénieurs en chef des Ponts et Chaussées.
- Deuxième Section. — Circulation et; exploitation.
- 3e question. — Modes d’éclairage des voies publiques et des véhicules. Compte rendu par M. Tur, Ingénieur en chef des Ponts et Chaussées.
- 6'e question. — Observations faites depuis 1908 sur les différentes causes d’usure et de détérioration des chaussées.
- 7e question. — Réglementation de la circulation rapide ou lente sur les routes. Compte rendu par M. Chaix, Président de la Commission de Tourisme et de Circulation générale de l’Automobile Club de France.
- 8e question. — Autorités chargées de la construction et de l’entretien. Fonctions dévolues au pouvoir central et aux autorités locales. Compte rendu par M. Lorieux, Ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, Directeur de l’Office National du Tourisme.
- 9e question. — Budget de la construction et de l’entretien des routes. Création des ressources. Compte rendu-par M. Bordas, Sous-Directeur dès Routes et Ponts au Ministère des Travaux publics.
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- COMPTES RENDUS
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- Concurrence entre les chemins «le fer et les voies «le navigation intérieure, par M. A. Picard,. Membre de l’Institut, Inspecteur général des Ponts et Chaussées.
- C’est un extrait du Chapitre Y de la dernière édition de l’ouvrage de M. A. Picard sur Les Chemins de fer (Historique, résultats généraux de l’ouverture des chemins de fer. Concurrence des voies ferrées entre elles et avec la navigation) qui doit paraître prochainement.
- Tracteurs automobiles pour le halage des bateaux sur les canaux, par M. Guillet, Secrétaire de la Compagnie Générale de Navigation.
- La Compagnie Générale de Navigation, qui a ses lignes les plus importantes dans la région du Centre, ne pouvait songer à l’emploi du halage électrique qui donne d’excellents résultats dans le Nord de la France, parce que le trafic n’v est pas assez considérable. Elle a songé à l’usage de la traction automolaile. Après des essais très satisfaisants, elle a commandé à MM. Schneider et Cie une série de tracteurs du poids de 1 800'kg en ordre de marche dont 1 200 sur l’essieu arrière. Les roues de cet essieu, de 0 m, 900 de diamètre et 0 m, 200 de largeur sont commandées par un moteur à essence à deux cylindres de 0 m, 09 de diamètre et 0,18 de course tournant à 900 tours par minute ; il y a trois vitesses pour la marche en avant et une pour la marche en arrière ; ces vitesses sont 2 k, 4 et 13,5 à l’heure pour la marche en avant et 5 pour la marche en arrière.
- L’effort de traction est de 450 kg au démarrage et de 300 en moyenne en pleine marche. On réalise facilement une vitesse de 3 km, 5 à l’heure avec un bateau chargé de 250 t. •
- L’emploi de bandages striés pour les roues d’arrière a permis de supprimer entièrement le patinage, même sur sol très boueux ; aussi le passage du tracteur ne détériore-t-il pas le moins du monde les chemins de halage.
- Le coût de la traction par kilomètre peut s’évaluer de la manière suivante pour un bateau chargé de 250 t :
- v Benzol, 11..................... 0,35 fr
- Huile, 01, 05................... 0,05
- Entretien....................... . . . 0,10
- Salaire du mécanicien ........ 0,30
- Total .... 0,80 fr
- Ce chiffre ne comprend pas l’amortissement du matériel. Si on en tient compte, le prix sera sensiblement égal à celui de la traction par chevaux. Mais il reste en faveur de la traction mécanique divers avantages au premier rang desquels une plus grande rapidité ce qui permet de réduire la durée des transports et les frais de personnel (salaire de l’équipage du bateau) lesquels sont proportionnés à la durée du trajet.
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- COMPTES RENDUS
- Le traitement «les ordures ménagères à Paris, par
- M. Mazerolle, Ingénieur en chef des Ponts et Chaussées.
- L’agglomération parisienne produit annuellement 800 000 t d’ordures, soit environ 2 200 t par jour, ce qui exige la mobilisation de 730 grands tombereaux, 1 500 chevaux et 3 000 ouvriers. Autrefois, la Ville tirait partie de l’enlèvement de ces'ordures, mais, maintenant, il faut dépenser de plus en plus pour cet enlèvement par suite de l’accroissement des distances de transport et on a dû envisager la nécessité de créer des usines pour traiter les ordures avant de les vendre comme engrais.
- On a commencé par établir plusieurs usines de traitement, l’une en 1896 à Saint-Ouen, une autre en 1904 à Issy-les-Moulineaux et deux en 1905 à Romainville et à Vitry. L’auteur donne des détails sur l’installation de l’usine de Saint-Ouen. Ces usines sont très complexes, non seulement elles comportent des s station s génératrices d’énergie, avec tous leurs organes, chaudières, machines, dynamos, canalisations, etc., mais elles doivent encore assurer la manutention rapide dés ordures ménagères dont le tonnage à Saint-Ouen, par exemple, dépasse 800 t certains jours ; de plus, elles sont pourvues d’installations spéciales pour le triage et le broyage et on y adjoint des briqueteries pour l’utilisation des mâchefers et enfin d’importants dépôts de voitures y sont annexés.
- La solution adoptée à Paris répond à un double but : la fabrication de l'engrais lorsque l’agriculture én fera la demande et la production d’énergie utilisée tant pour la marche des usines elles-mêmes que pour le transport des ordures et la refoulement des eaux propres et usées.
- lia pression extérieure critique pour les tuyaux cylindriques, par R. v. Mises.
- X<a future adduction d’eau de San Francisco, par M. Imdeaux, Ingénieur en chef des Ponts et Chaussées.
- Ce projet qui va entrer dans la voie de l’exécution a pour objet d’amener à San Francisco un volume de 72 millions de mètres culDes d’eau provenant des vallées de Iietch-Hetchy, Eleanor et Cherry, situées sur le versant sud-ouest de la Sierra-Mevada. Un barrage unique de 90 m de hauteur et 220 m de longueur à la crête formant une masse de béton de 285 000 m3 retiendront un volume d’eau de 416 millions de mètres cubes. Un aqueduc de 200 km environ amènerait cette eau à San Francisco ; sur cette longueur 73 km seraient en tunnel sous pression et le reste en tuyaux d’acier de 3 m, 05 à 3 m, 81 dé diamètre. Les dépenses sont évaluées à 190 millions de francs.
- ANNALES DES MINES
- livraison de 4914.
- Note sur lies explosions «le chaudières «le tliermosiplions,
- par M. Defline, Ingénieur des Mines.
- Il ne semble pas que les thermosiphons à eau chaude employés au
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- chauffage des locaux soient susceptibles de donner lieu à des accidents et cependant il s’est produit plusieurs fois sur ces appareils des explosions avec des effets comparables à ceux des explosions de chaudières à vapeur. Ces accidents se produisent par suite d’obstruction dans les canalisations.
- Ces obstructions peuvent provenir de diverses causes; une des plus fréquentes est la gelée, un bouchon de glace peut se former dans les canalisations insuffisamment abritées avant le chauffage. Il y a des causes accidentelles telles que la pose d’un joint plein à l’occasion d’une réparation. Enfin les accidents proviennent souvent de la présence sur les conduites du thermosiphon de robinets dont la fermeture intempestive peut déterminer l’explosion de la chaudière. La note décrit trois accidents survenus dans ces conditions.
- Le mieux serait évidemment d’éviter, autant que possible, l’emploi de. ces robinets. Mais, si on a besoin d’eux pour isoler du circuit une partie des canalisations d’eau chaude d’un immeuble, on peut employer des dispositifs de sûreté, tels que manomètres, tuyau d’évent, soupapes de sûreté, soupapes à mercure, membranes fragiles, plomb fusible et robinets à trois voies. On voit que les dispositifs de protection sont nombreux ; le choix devra en être-fait dans chaque cas en tenant compte des particularités de l’installation.
- Statistique de l’industrie minérale de la France. Tableaux de la production des combustibles minéraux, des fontes et aciers en 1912 •et 1913.
- La production totale du combustible a été, en 1913, de 40 922200 t, < dont 40129 410 de houille et anthracite et 792 793 de lignite. Ces chiffres sont en diminution de 223 000 t sur l’année 1912.
- C’est le département du Pas-de-Calais qui tient la tète pour la production de la houille avec 20 647 000 t; après vient le Nord avec 6 853000 t, la Loire avec 3 771 000, Saône-et-Loire avec 2 214 000 et le Gard avec 2 073 000.
- On voit que le Pas-de-Calais donne à lui seul un peu plus de la moitié du total.
- Pour le lignite le bassin du Fuveau a produit, en 1913, 694 000 t, soit les 88 0/0 environ du total ; après vient le bassin de Manosque avec 63 000 t et celui du Gard avec 11 000.
- La production totale de la fonte s’est élevée en 1913 à 5 311 316 t ; en -augmentation de 372122 t sur le chiffre correspondant de 1912. C’est le département de Meurthe-de-Moselle qui tient le premier rang avec ,3 588 600 t, après vient le Nord avec 650 000, le Pas-de-Calais avec 285 000 et Saône-et-Loire avec 108 600. La production totale se divise en 5 273 400 t de fonte au coke, 5 036 de fonte au bois et 32 900 de fonte au four électrique.
- La production de l’acier a été en 1913, de 4 635166 t, en augmentation de 206 652 t sur le chiffre correspondant de 1912. Il y a sur ce total 122 5141 d’acier Bessemer, 2 934 3121 d’acier Thomas, 1 539 5581 d’acier Martin et 38 782 t d’acier au creuset ou'au four électrique. La plus
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- grande partie de l’acier vient du département de. Meurtlie-et-Moselle qui figure pour 2 289 774 t, soit la moitié environ du total ; après vient le Nord avec 943 751, la Loire avec 232 765 et Saône-et-Loire avec 192 500.
- 7e livraison de 1914.
- Les contrats! entre l’État suédois et les Sociétés «l’exploitation «les mines «le fer, par M. P. Nicou, Ingénieur des Mines.
- La présente note rappelle d’abord les conditions principales des conventions passées en 1907 et 1908 entre l’Etat suédois et les Sociétés exploitant les mines de fer de Gellivare et Kiirunavaara en Laponie, contrats consacrant une augmentation très importante de l’extraction et, par suite, de l’exportation suédoise de minerais de fer.
- La note examiné ensuite le contrat de 1913 conclu avec les Compagnies minières qui permet à la Société de Luossavaara-Kiirunavaara d’abattre ut de vendre, de 1913-1932, un tonnage supplémentaire de 31 millions de tonnes. Ce total est celui qui a été estimé devoir être facilement absorbé, sans avilissement des prix par le seul district westplialien.
- Le contrat de 1913 maintient les avantages assurés aux Sociétés parle contrat de 1907 et fait, en outre, bénéficier les minerais de Kiirunavaara et de Gellivare, pour les quantités nouvelles à extraire, de frets réduits sur les voies ferrées et de l’exonération des droits d’exportation et d’extraction, s’il venait cà en être établi.
- SOCIETE DE L’INDUSTRIE MINERALE
- Juin 1914.
- District parisien.
- Réunion du 29 janvier 1914.
- . Communication de M. Meunier sur l’éiutle expérimentale «les flammes.
- L’auteur a continué l’étude expérimentale des ilammes dont il a exposé les détails dans une précédente séance (25 janvier 1912). Il s’est attaché spécialemen t à déterminer les phénomènes spectroscopiques qui ont lieu dans la nappe d’allumage, partie de la flamme bien localisée où s’effectue la réaction principale du comburant et du comhustible.
- La note passe en revue successivement la recherche des hydrocarbures, donnant lieu à des observations sur lesquelles on peu t fonder un procédé de recherche plus sensible qu’au nom de ceux connus jusqu’ici, et les spectres métalliques. La plupart des métaux, leurs oxydes et autres sels oxygénés donnent, dans les conditions indiquées par M. Meunier, des spectres très nets qui, dans beaucoup de cas, permettent un examen
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- COMPTES RENDUS
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- très rapide et très pratique. Les recherches dont il s’agit sont de nature, a apporter une contribution à la solution d’une question aussi importante que celle de l’analyse des fers, des aciers et des minerais.
- Communication de M. Guillet sur le* application* industrielles <lc la métal!ograpliie miei*o*copicjue.
- Notre distingué Collègue'rappelle le principe de la métallographie, décrit sommairement la préparation des échantillons • et l’examen au microscope Le Chatelier ; il donne dans un tableau les diverses applications de la métallographie et termine en rappelant que la métallo-graphie n’est pas une panacée universelle, qu’elle n’a jamais cherché, comme on l’a prétendu quelquefois, à remplacer les autres méthodes d'essais ; elle se contente de leur apporter son concours généralement très précieux et quelquefois indispensable.
- Pour la Chronique et les Comptes rendus : A. Mallet.
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- BIBLIOGRAPHIE
- Ve SECTION
- ï/inveiitaire et le bilan de M. Léon Batardon (1).
- Dans cet ouvrage, l’auteur étudie le mode d’établissement comptable du bilan et les difficultés juridiques qu’il soulève souvent. L’inventaire •fait également l’objet d’une étude approfondie, aussi bien chez le commerçant seul que dans les sociétés en nom collectif et en commandite simple, et dans les sociétés par actions.
- Il y est ajouté de nombreux exemples que les industriels pourront consulter avec fruit. A. Gosse.
- Iacs sociétés commerciales et le fisc de R. Delaporte (2).
- Toutes les sociétés anonymes ont des rapports de plus en plus importants avec le fisc. M. Delaporte, dans une brochure très, claire, met en mesure les intéressés de Connaître leurs droits et de les défendre au besoin.
- Paul Besson.
- (1) In-8°, 255 X 165 de x-411 p. Paris, H. Dunod et E. Pinat, 49, quai des Grands-Augustins, 1914. Prix: broché, 7fr,50.
- (2) In-8°, 210 X 135 de 30 p., Grenoble, Association des comptables de l’Isère, 2, rue Yicat, et Paris, Société académique de Comptabilité, 92, rue Richelieu. Prix : broché, 1 fr.
- Le Secrétaire Administratif, Gérant, A. de Dax.
- IMPRIMERIE CHAlX, RUE BERGÈRE, 20, PARIS.— 21Ô9-1-15. — lïûcre LoriUeuI).
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- MÉMOIRES
- ET
- COMPTE RENDU DES TRAVAUX
- DE LA
- SOCIÉTÉ DES INGÉNIEURS CIVILS DE FRANCE
- BULLETIN
- D’AVRIL A JUIN 1915
- Nos 4 à 6
- OUVRAGES REÇUS
- Pendant les mois d’avril, mai et juin 1915, la Société a reçu les ouvrages suivants :
- Agriculture.
- Carte relative au Colmatage des Polders de Hollande. Middelburg. 4 (une feuille 560 X 690). (Don du Ministerie van Waterstaat.) 48990 Revenue Report of the Government of Bihar and Orissa. Public Works Department, Irrigation Branch, for the year 1913-1914 (in-4°, 330 X 210 de 11-3-11-24-72-28-4-2 pages avec 4 diagr. et 4 cartes).'Patna, Printed at the Bihar and Orissa Government Press, 1915.
- 49010
- Astronomie.
- Annuario publicado pelo Observatorio Nacional do Rio de Janeiro para o anno de 1915. Anm XXXI (Ministerio da Agricultura, Industria e Commercio) (in-8°, 180 X 130 de vii-351 p.). Rio de Janeiro, Tip. da Directoria Gérai de Estadistica, 1915. 49026
- Paris (R. L.). — Results of Magnetic Observations mode by the United States Coast and Geodetic Survey in 1913, hy R. L. Faris (Department of Commerce. U. S. Coast and Geodetic Survey. O. H. Titt-mann, Superintendent. Terrestrial Magnetism. Spécial Publication N°20) (in-8°, 285X195 de 52 p.) Washington, Government Printing Office, 1914. 48988
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- OUVRAGES REÇUS
- Hàzard (D. L.). — Results of Observations made at the U. S. Coast and Geodetic Survey Magnetic Observatory at Vicques. Porto Rico, 1911 and 1912, by Daniel L. Hazard (Department of Commerce. U. S. Coast and Geodetic Survey. O. IL Tittmann, Superintendenl) (in-8°, 295 X 225 de 102 p. avec 6 illust.). Washington, Government Printing Office, 1914. 48989
- Hazard (D. L.). — Results of Observations made at the United States Coast and Geodetic Survey Magnetic Observatory near Tucson, Arizona 1911 and 1912, by Daniel L. Hazard (Department of Commerce. U. S. Coast and Geodetic Survey. O. H. Tittmann, Superin-tendent) (in-8°, 295X225 de 104 p. avec illust.). Washington, Government Printing Office, 191 4 . 49017
- Chemins de fer et Tramways.
- Boston Transit Commission. Twenlieth Annual Report. June 30, 1914 (in-8°, 235 X155 de 202 p. avec pl.). City of Boston, Printing Department, 1914. 49023
- Colburn (Z.). — Locomotive Engineering and the Mechanism of Railways :
- A Treatise on the Principles and Construction of llie Locomotive Engine, Railway Carnages, and Railway Plant, witli Examples selected from the International Exhibition of 1862. Illustrated with Sixty Large Engravings and Numerous Woo-dents, by Zerah Colburn. Parts 1-20 (in-4°, 380 X 280 de xiv-320 p. à 2 col. avec liv-v pl. et 240 grav.). Glasgow, William Collins, Sons and Company, 1864-1871. (Don de M. A. Herd-ner, de la part de M. Ch. Pédézert, M. de la S.). 49025
- Ducret (P.). — Le Chemin de fer de Iiongay à Yenbay. Ses avantages miniers, ses extensions et sa jauge, par le Lieutenant-Colonel Paul Ducret, de l’Artillerie Coloniale. (Extrait du Bulletin économique de flndo-Chine) (in-80,.275X185 de 16 p.). Hanoï, 1915. (Don de l’auteur.) 48987
- Théodore-Vibert (P.).— Le Rachat de VOuest, par Paul Théodore-Viberl (in-8°, 255 X 165 de xii-662 p. avec J2 pl.'). Paris, A. Schlei-cher, 1909. (Don de l’auteur.) 48999
- Chimie.
- Tables annuelles de Constantes et Données numériques de Chimie, de Physique et de Technologie. Publiées sous le patronage de l’Association internationale des Académies, par le Comité international nommé par le vne Congrès de Chimie appliquée (Londres, 2 juin 1909). Volume HL. Année 1912 (in-4°, 280 X 225 de lii-596-xiv p.). Paris, Gauthier-Villars et Cic, 1914, (Don deM. Ch. Marie.) 49024
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- OUVRAGES REÇUS
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- Éclairage.
- Rey (J.). — De la Portée des Projecteurs de Lumière Électrique, par Jean Rey (in-8°, 255 X 165 de xii-450 p. avec 27 fig. et 6 pL). Paris, Berger-Levrault, 1915. (Don de Fauteur, M. de la S.) 49044
- Économie politique et sociale.
- Annuaire statistique. Trente-troisième volume. 1943 (République Française. Ministère du Travail et de la Prévoyance sociale. Statistique générale de la France) (in-8°, 260 X 170 de 338-239 p.). Paris, Imprimerie Nationale, 1914. 49027
- Bulletin de la Société d’Économie politique. Année 4944 (in-8°, 250 X 165' de 112 p.). Paris, Siège de la Société. 49041
- Chambre de Commerce de Paris. Documents pour servir au développement du Commerce Français dans les Pays Etrangers. 4ze Série. Russie. — 4™ Série. Russie. Supplément. — 2e Série. République Argentine.— 3e Série. Suisse (4 brochures in-8°, 250 X 175). Paris,' Hôtel de la Chambre de Commerce, 1915. (Don de la Chambre de Commerce de Paris.) 48993 à 48996
- Chambre de Commerce de Paris. Documents pour servir au développement du Commerce Français dam les Pays Etrangers. 4a série. Pays-Ras (in-8°, 280 X 180 de 16 p.). Paris, Hôtel de la Chambre de Commerce, 1915. (Don de la Chambre de Commerce de Paris.)
- 49003
- Chambre de Commerce de Paris. Documents pour servir au développement du Commerce Français dans les Pays Etrangers. 5e série. Espagne (in-8°, 270 X 170 de 53 p.). Paris, Hôtel de la Chambre de Commerce, 1915. (Don de la Chambre de Commerce de Paris.)
- 49020
- Chambre de Commerce de Paris. — Documents pour servir au développement du Commerce Français dans les Pays Étrangers. 6e série. Chili (in-8°, 280 X 180 de 17 p.). Paris, Hôtel de la Chambre de Commerce, 1914. (Don de la Chambre de Commerce de. Paris.) • 49046
- Chambre de Commerce de Paris. Elude sur les moyens de développer le Commerce Français dans la République Argentine. Rapport présenté à M. le Président de la Chambre de Commerce au nom de la Commission spéciale, par M. de Ribes Christofle (in-4°, 260 X 210 de 13 p.). Paris, Libr.-Impr. réunies. (Don de la Chambre de Commerce de Paris.) . 48992
- Preziosi (G.). —La Rama Commerciale e la penetrazione ledesca in Francia e in Inghilterra, per Giovanni Preziosi. Con prefazione del Prof. Maffeo Pantaieoni (Supplemento al fasicolo del 15 aprile 1915. La Yita Italiana all’Estero) (in-8°, 230 X 165 de 62 p.). Roma, Via Due Maceîli, 1915. (Don de Fauteur.) 49021
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- OUVRAGES REÇUS
- Tableau général du Commerce et de la Navigation. Année 1913. Deuxième Volume. Navigation. (Navigation internationale. Cabotage Français et Effectif de la Marine Marchande) (République Française. Direction générale des Douanes) (in-4°, 365 X 275 de 410-476 p.). Paris, Imprimerie Nationale, 191 4 . 49036
- Électricité.
- Blondel (A.). — Calcul des Lignes aériennes au point de vue mécanique par des Abaques, par André Blondel (in-4°, 275 X 220 de 63 p. à 2 col. avec 33 fig.). Paris, Editions de La Lumière Electrique. (Don de l’Éditeur.) 49040
- Hillairet (A.). — La Construction électrique assurée par l'Industrie Française, par M. A. Hillairet (in-4°, 275 X 220 de 14 p.). Paris, Philippe Renouard. 1914. (Don de l’auteur, M. de lâ S.)
- 49022
- Enseignement.
- The Tohoku Impérial Cniversity College of Science Calendar. 1914-1913 (in-8°, 195 X 135 avec illust.). (Ouvrage en Japonais.) 48997
- Législation.
- Annuaire de l’Association Française pour l’Avancement des Sciences. Liste des Bienfaiteurs. Liste des Membres de l’Association. Mars 1913 (in-8°, 235 X 14-5 de xcvi p.). Paris, Au Secrétariat de l’Association. , 48982
- Naamlijst der Leden van het Kon. Instituut van Ingénieurs en zijn Afdeelin-gen op 20 Maart 1913 (in-32, 150 X 90 de 73 p.). ' 48985
- Royal Society Club. Founded A. D. 1914. Foundation and Objects. Rules and By-Laws. List of Members (in-8°, 215X1-10 de 354 p.). London, S. W., 63, St James Street, 1914. 48991
- Seattle Association of Members of ihe American Society of Civil Engineers.
- Constitution and List of Members, 1913 (in-8°, 175 X 120 de 16 p.). Seattle, Washington, Address of Secretarv, 4722, Latona ' Avenue. 49015
- The Institution of Mechanical Engineers. List of Members 1st. Mardi 1913.
- Articles and By-Laïus (in-8°, 215 X H0 de 302 p.). 49019
- Western Society of Engineers. Constitution, List of Members of Officers, 1913. (Thirtieth List) (in-8°, 230 X150 de 84 p.). Chicago, Secre-tary’s Office. 49035
- Médecine. — Hygiène. — Sauvetage.
- Rapport sur les Opérations du Service d’inspection des Établissements classés dans le Département de la Seine pendant l’année 1913, présenté à Monsieur le Préfet de Police par M. Paul Adam (République Française. Préfecture de Police. 2e Division. 2e Bureau) (in-4°, 270 X 220 de 104 p.). Paris, Imprimerie Chaix, 191 5 . 48984
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- OUVRAGES REÇUS
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- Métallurgie et Mines.
- Besson (H.). — Les Installations Électro-Mécaniques des Mines de Fer d’In-gouletz (Russie Méridionale), par M. Henri Besson (Manuscrit 270X220 de 41 p. avec 31 fig. et 8 tableaux). (Don de l’auteur, M. de la S.) 49006
- Comité Central des Houillères de France. Annuaire. Houillères. Mines de Fer. Vingtième année. 4944 (in-8°, 215 X 135 de 95-1149 p. avec cartes). Paris, 55, Rue de Châteàudun, Juin 191 4 . 49004
- Navigation aérienne, intérieure et maritime.
- A nnual Report of the Superintendent, United States Coast and Geodetic Sur-vey to the Secretary of Commerce for the fiscal year ended June SO, 4944 (in-8°, 235 X 150 de 132 p. avec 16 illust.). Washington, Government Printing Office, 1914. 49011
- Gramont (A. de), Duc de Guiche. — Essais d’Aérodynamique. Quatrième série, par Armand de Gramont, Duc de Guiche. (Publications du Laboratoire de Guiche. Volume IV) (in-4°, 285 X 230 de . 178 p. avec 190 fig.). Paris, Gauthier-Villars, 1914. (Don de . l’auteur.) 49028
- List of Lighthouses, Light-Vessels, Ruoys and Reacons on the Coast and Ri-vers of China 4945 (Corrected to 4st December 4944). Forty-third Issue (China, The Maritime Customs. III. Miscellaneous Sériés : N° 6) (in-4°, 280 X 220 de 65 p. avec 1 pl.). Shanghaï, 1915.
- 48998
- Puerto de Valencia. Memoria sobre el Estado y Progreso de las Obras durante el ano 4944 (in-4°, 280 X 215 de 300 p. avec 5 pl. et illust.) Valencia, A. C. de Gimeno, 1915. (Don de M. José Ma Fuster Tomàs.) 49015
- Physique.
- Bowie (W.). — Précisé Leveling from Rrighan, Utah, to San Francisco, California, by William Bowie (Department of Commerce. U. S. Coast and Geodetic Survey. O. H. Tittmann, Superintendent. llypsometry. Spécial Publication N° 22) (in-8°, 295 X 225 de 67 p. avec 5 illust.). Washington, Government Printing Office, 1914. 49016
- Routes,
- Annual Report of the New York Department of Efficiency and Economy concerning Matters relating to the Construction and Maintenance of Public Highways. Transmitted to the Législature February 4945 (in-8°, 225 X 145 de xvm-365 p. avec pl.). Albany, J. B. Lyon Company, 1915. (Don de M. A. H. Blanchard, M. de la S.)
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- OUVRAGES REÇUS
- Sciences mathématiques.
- Bowie (W.). — Primary Triangulation on the one hundred and fourth Me-ndian, and on the thirty-ninth Parallèl in Colorado, Ütah and ISevada, by William Bowie (Department of Commerce. U. S. Coast and Geodetic Survey. O. H. Tittmann, Superintendent. Geodesy. Spécial Publication N° 19) (in-8°, 285 X 230 de 163 p. avec 17 illust.). Washington. Government Printing Office, 1914. 49012
- vMarchand-Bey (E. E.). — Géométrie-Mathématiques. Nouvelles Propriétés des Spirales d’Archimède. Erreurs anciennes transmises, répétées jusqu’ici. Critiques sur l’Analyse mathématique et la Géométrie analytique actuelles. Nouveau procédé d’Analyse par des Différentielles d’Angles infiniment petits au lieu de Différentielles d’Arcs, par E. E. Marchand-Bey (in-8°, 250 X 160 de 55 p. avec fig.). Chatou (Seine-et-Oise). Chez l’auteur, 13, Avenue de Vaucelles. (Don de l’auteur, M. de la S.) 49030
- Sciences morales. — Divers.
- Faccioli (A.), Carafa d’Andria (R.). — Le Isole dell’Egeo occupate dalle Armi Italiane. Illustrate da Arturo Faccioli, Leggenda e Cenni Storici del Senatore Duca d’Andria Carafa (Album 220 X 370 de 16 p. avec photog.). Como, Brunner e C°. Novembre 1913. (Don de M. E. Aublé, M. de la S.). 49029
- Le Chatelier (L.). — La Normandie Méditerranéenne. Libres propos d’un Normand, par L. Le Chatelier. Avec une Préface de M. E. La-visse (in-4°, 260 X 190 de 135 p. avec XX pl. et un frontispice en couleurs). Paris, Letouzey et Ané, 1915. (Don de l’auteur, M. de la S.j 49005
- Maiuavé (H.). — La Leçon de THôpital Notre-Dame d’Ypres. Exégèse du Secret de la Salette, par le Dr H. Mariavé. Tome I. Tome IL Appendices (2 vol. in-8°, 215 X 135 de 191 p. et de 392 p.). Montpellier, Imprimerie Firmin et Montané, 1915. (Don de l’auteur.) 49042 et 49043
- Reclus (O.). — Atlas de la Plus Grande France, Géographique, Économique, Politique, Départemental, Colonial, par Onésime Reclus (in-4°, 350 X 250 de 160 p. avec 160 pl.). Paris, Attinger Frères. 49013
- Théodore-Vibert (P.). — La Nouvelle France Catholique, par Paul Théodore-Yibert (in-8°, 255 X 165 de x-496 p.). Paris, Schleicher Frères, 1908. (Don de l’auteur.) 49000
- Théodore-Yibert (P.). — Pour lire en sous-marin. Nouvelles enivrantes, par- Paul Théodore-Vibert (in-18, 185 X 120 de vm-504p.). Paris, Berger-Levrault et Cie, 1914. (Don de l’auteur.) 49001
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- OUVRAGES REÇUS
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- Technologie générale.
- Annual Report of the Ilighivays Division of the Department of Public Works and Mines and of the Larger Bridges and Subsidized Railways for the year ended 30th September, 4914 (Province of Nova Scotia) (in-8°, 250 X 165 de 74-74 p. avec illust.). Halifax, N. S., Com-missioner Public Works and Mines, King’s Printèr, 1915.
- 48983
- Association Française pour l’Avancement des Sciences. Compte rendu de la 43e Session. Le Havre 1914. Séance d’Ouverture. Conférences faites au Congrès. Résumés des Travaux. Conférences faites à Paris et * en Province (in-8°, 255 X 165 de 312 p.). Paris, Au Secrétariat de l’Association, 19 1 5 . 49037
- Atti del R. lstiluto dlncoraggiamento di Napoli. MCMXIII. Sérié sesta.
- Volume LXV degli Atti (in-4°, 305 X 210 de xx-346 p. avec illust.). Napoli,*Gooperativa Tipografia, 191 4 . 49039
- Fünfzigstes Bulletin der Gesellschaft ehemaliger Studierender des Eidg. Technischen Hochschule in Zurich. April 1915 (in-8°, 225 X 165 de 83 p.). 49007
- Minutes of Proceedings of the Institution of Civil Engineers; Name-Index. Volumes L1X to CXVIIl. Sessions 4879-80 to 1893-94 (in-8°, 215 X 135 de 600 p.). London, Published bv the Institution, 19 1 2 . 49032
- North East Coast Institution of Engineers and Shipbuilders. Transactions.
- Vol. XX.X. Thirtieth Session. 1913-1914 (in-8°, 245 X 155 de 626 p. avec photog., ûg. et pl.). Newcastle-upon-Tyne, Publi-slied by the Institution, 19 1 5 . 49009
- Proceedings of the Victorian lnstitute of Engineers. Vol. XIII (in-8°, 220 X 145 de iv-162 p. avec illust.). Melbourne, Published by the lnstitute, 191 3 . 49033
- Ricordo del Cinquantenario del Politecnico Milanese e del Giubileo del Colle-gio degli Ingegneri ed Architetti di Milano, Celebrati congianta-menti il 22 Novembre 1914 (in-8°, 275 X 135 de 65 p.). Milano, Tip. Stucchi, Ceretti e G., 1915. (Don du Collegio degli Ingegneri ed Architetti di Milano.) 48986
- Sessâo magna do Conselho Director nio dia 24 de Dezembro de 4914. 34° An-niversario da Fundaçâo do Club de Engenheira em homenagen ao se Présidente o Exmo. Sr. Dr. André Gustavo Paulo de Frontin (in-8°, 230 X 165 de 34 p.). Rio de Janeiro, de Rodrigues e C., 1915. (Don de M. de Frontin, M. de la S.) 49038
- The Institution of Mechanical Engineers. Proceedings. 4944. Parts 3-4 (in-8% 215 X 140 de v-676 p. avec 9 pl.). London, S. W., Published by the Institution. 49018
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- OUVRAGES REÇUS
- The John Crerar Library. Twentieth Annual Report for the year 49 f4 (in-8°, 255 X 175 de 79 p.). Chicago, Printed by Order of the Board of Directors, 1915. 49034
- Transactions of the Institution of Engineers and Shipbuilders in Scotland. Volume LVII. Fifty seventh Session 4943-4944 (in-8°, 225 X 140 de xxxii-682 p. avec 1 photog. fig. et pl.). Glasgow, Published by the Institution, 191 4 . 49008
- Transactions of the Liverpool Engineering Society. Vol. XXXV. Fortieth Session (in-8°, 210X140 de vii-335 p. avec photog. et'pl.) Glasgow, Published by the Society, 1914. 49002
- Travaux publics.
- Houdry (A.). — L’eau potable au bord de la mer, par M. A. Houdry (Manuscrit 275 X 210 de 43 p. avec 20 fig.). Paris, 23 juillet 1914. (Don de l’auteur, M. de la S.) 49031
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- MEMBRES NOUVELLEMENT ADMIS
- Les Membres admis pendant les mois d’avril à juin 1915, sont :
- J. Ch. Bélanger, présenté par MM. Gall, Laubeuf, Iloudry.
- D. Fenouil, — O. Pierson, J. Pierson, Rodrigue-
- E. Lambla de Sarria, — L. Largot, — P. Mergen, — L. Pelieu, - Ely. Monnier-Ducastel, Quesnel, de Dax. Cazeau, Giard, E. Leroy. Guillet, Viet, de Dax. Herdner, Lefort, Lestrade.
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- RÉSUMÉ
- DES
- PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES
- DES MOIS 'D’AVRIL A JUIN 1915
- PROCÈS-VERBAL
- DE LA
- SÉANCE X>XJ 23 AVRIL 191S
- Présidence de M. H. Gall, Président.
- La séance est ouverte à 16 h. 30.
- Le procès-verbal de la précédente séance est adopté.
- M. le Président a le regret de faire part du décès de plusieurs de nos collègues ; MM. :
- Ed. Coignet, ancien Élève de l’École Centrale (1879), membre de la Société depuis 1881, Expert près le Conseil de Préfecture et le Tribunal Civil de la Seine, Lauréat de la Société d’Encouragement pour l’Industrie Nationale, Entrepreneur de Travaux publics, Constructions en ciment armé, Administrateur-Délégué de la Société de construction du Port de Bahia, Officier de la Légion d’honneur. Notre collègue avait été secrétaire de la Société en 1891 et 1892 et membre du Comité en 1893 et 1894; il avait manifesté de l’intérêt qu’il portait à notre Société en coopérant à la fondation du Prix François Coignet.
- E. -B. Ellington, membre de la Société depuis 1896, Ingénieur civil, membre correspondant de la Société en Angleterre.
- F. Guillain, membre d’honneur de la Société depuis 1909, Inspecteur général des Ponts et Chaussées en retraite, ancien ministre, ancien député du Nord, membre du Conseil d’Administration de la Compagnie du Canal de Suez, régisseur des Mines d’Anzin, Vice-Président de la Compagnie des Forges et Aciéries de la Marine et d’Homécourt, Président de la Compagnie Française pour l’exploitation des procédés Thomson-Houston, membre du Conseil d’Administration de la Compagnie des Chemins de fer P.-L.-M., Président du Comité des Forges de France, Président de l’Union des Industries métallurgiques et minières, Président de l’Union des syndicats dé l’Électricité, Président de la Société Hydrotechnique de France, Vice-Président du Comité de l’Asie
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- Française, Commandeur de la Légion d’honneur. M. Guillain témoignait à notre Société un intérêt tout particulier qui s’est manifesté à plusieurs reprises ; notamment à l’occasion de voyages d’études.
- J. Euverte, membre de la Société depuis 1904, Chevalier de la Légion d’honneur, Lauréat de la Société (Prix Annuel en 1896).
- J. Planche, ancien Elève de l’École Centrale (1863), membre de la Société depuis 1878, 'Administrateur-délégué de la Société anonyme des Forges et Fonderies de Montataire, Administrateur-délégué de la Société Franco-Belge des Mines de Somorrostro, Chevalier de la Légion d’honneur, membre du Comité en 1901 et de la IVe Section du Comité en 1907, 1908 et 1900.
- E. Soupey, ancien Elève de l’Ecole Centrale (1893), membre de la Société depuis 1900, ancien Ingénieur de chemin de fer et Société minières en Espagne. Concessionnaire de distribution d’énergie électrique et Administrateur de Sociétés électriques.
- L. Vinot-Préfontaine, ancien Élève de l’École Centrale (1883), membre de la Société depuis 1898, Directeur de la Société anonyme des anciens Ateliers Yinot et Deguingand et administrateur-délégué de la Société française des cycles Clément et Gladiator.
- M. le Président adresse aux familles de nos regrettés collègues l’expression des sentiments de profonde sympathie de la Société tout entière.
- Il associe à ces sentiments le nom de notre Collègue, Victor Cambon qui vient d’avoir la douleur de perdre son fils, mort au champ d’honneur.
- M. le Président est heureux d’adresser les plus vives félicitations de la Société à ceux de nos Collègues dont les noms suivent et qui ont été l’objet de distinctions diverses au titre militaire et pour faits de guerre :
- Chevaliers de la Légion d’honneur : MM. J. Merklen, M. Métayer (au titre militaire), L. Prangey (pour.fait de guerre) ;
- Citations à l’ordre du jour : MM. J. Auclair, Jean Bergeron, M. Bouchet, B. Iioppenot, H. Isaac (deux citations), J. Labrousse. — (MM. d’Ambrières et de Romeu, dont la mort au champ d’honneur a été annoncée aux séances précédentes, avaient également été l’objet de citations, à l’ordre du jour).
- Il félicite également M. A. Hugon qui a été nommé, en juillet dernier, Chevalier de la Légion d’honneur, et il fait part de la nomination, comme Officier de l’Eléphant Blanc de Siam, de M. Robert de la Maho-tière.
- M. P. Lecler, membre de la Société, a déposé, à la date du 13 avril, un pli cacheté qui a été classé dans les archives et enregistré sous le n° 89.
- M. le Président dépose sur le Bureau la liste des ouvrages reçus depuis la dernière séance, liste qui. sera insérée dans un prochain bulletin.
- Notre Collègue et Membre d’honneur, M. Bélélubsky nous a fait connaître que le VIIe Congrès de l’Association internationale pour l’Essai des matériaux qui devait avoir lieu à Petrograd en 1915 a été remis à une date ultérieure.
- M. le Président croit devoir signaler à l’attention de ses Collègues
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- une conférence qui a été faite à Dusseldorf à la fin de janvier dernier par M. Schrôdter.
- Le Comité des Forges de France, qui a pu se procurer ce document, a pris la peine de le faire traduire. Tous ceux qui jusqu’à présent en ont ' eu connaissance en ont été profondément impressionnés et il a semblé nécessaire d’élever une protestation contre une publication qui comporte une constatation qui serait pénible si elle était exacte, mais qu’il est de notre devoir de ne pas laisser passer. En effet, M. Schrôdter termine son examen des districts du Nord de la France qui sont malheureusement envahis par ces mots : « Nous devons conclure que la productivité économique de la France est sérieusement endommagée et môme partiellement anéantie par cette guerre. »
- M. le Président croit inutile de dire quel sentiment pénible lui a personnellement causé cette assertion que nous devons réfuter. Legrand ’ effort qui a été fait dans notre, pays témoigne que les espérances de M. Schrôdter ne seront pas réalisées et nous affirmons la foi profonde que nous avons non seulement dans le maintien de la prospérité économique de la France, mais encore dans son accroissement après la guerre.
- Il nous semble en outre nécessaire d’adresser à cette occasion l’expression de notre profonde sympathie aux Reumaux, aux Arbel, aux Dreux, aux de Saintignon, etc., en un mot à tous ceux dont les usines ont été visitées par le conférencier allemand.
- Le Comité des Forges de France a été bien inspiré en faisant traduire cette conférence que M. le Président a cru devoir signaler dans le but d'associer la protestation de la Société des Ingénieurs Civils de France à celles qui ne manqueront pas d’être faites dans les milieux miniers et métallurgiques.
- Avant d’ouvrir la discussion • sur les brevets d’invention internationaux, M. le Président dit que M. Jaubert, qui était inscrit pour prendre la parole ce soir lui a fait savoir qu’il était dans l’impossibilité de se rendre à la séance.
- Il a remis une note qui sera insérée à la fin du procès-verbal avec les lettres de MM. P. Kestner, P. Lecler, P. Ducrest et L. Ravier relatives à la discussion et que le temps réservé aux orateurs inscrits ne permet pas de lire en ce moment (voir pages 101 et suivantes).
- Il donne ensuite la parole à M. Jean Rey.
- M. Jean Rey. — Dans la discussion qui a été soulevée sur les brevets d’invention, devant la Société des Ingénieurs civils de France, trois ordres de considérations différentes ont été abordés :
- 1° Les mesures à prendre, pendant la guerre, pour la protection des intérêts de notre industrie ;
- 2° Les modifications à apporter à notre législation sur les brevets ;
- 3° Les conditions à imposer dans le traité de paix futur.
- Mesures à 'prendre pendant la guerre. — Les mesures de protection pendant .la guerre paraissent convenablement résumées dans le projet de loi qui est l’œuvre de la Commission' technique, et qui nous a été communiqué par M. Émile Bert.
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- Le projet de loi en question n’a pas d’ailleurs une importance primordiale, toutes les dispositions qu’il prévoit pouvant être inscrites dans le traité de paix.
- Modifications à apporter à notre législation. — En ce qui concerne les modifications à apporter à notre législation, qui ont fait l’objet principal de la discussion précédente, j’estime qu’il n’est pas prématuré de les discuter, môme pendant la guerre, et de commencer à former l’opinion qui, seule, pourra exercer la pression nécessaire pour les obtenir.
- Il ressort, à mon avis, de la discussion soutenue jusqu’ici par M. Barbet, seul du côté des Ingénieurs, que toute modification essentielle à la loi de 1844, quelque nécessaire qu’elle soit pour notre industrie, sera combattue par nos juristes et par la plupart des Ingénieurs-Conseils en matière de propriété industrielle. L’histoire de nos lois démontre, d’ailleurs, que tout changement dans une législation est généralement repoussé par les hommes de loi et ceux qui touchent aux tribunaux.
- L’industrie française a d’ailleurs, jusqu’ici, négligé le soin de sa représentation dans les organismes qui ont à s’occuper, dans notre Pays, de la législation sur les brevets. Ainsi, dans la Commission technique de l’Office National, un seul ingénieur, M. Barbet, est là pour soutenir les intérêts de nos industriels et de nos inventeurs. Ce sont principalement des fonctionnaires et des hommes de loi auxquels on confie l’étude des perfectionnements à apporter à notre législation.
- Au nom de quelle conception de l’invention et des inventeurs les juristes défendent-ils si obstinément la loi de 1844 ?
- Cette conception est celle que l’on se formait de l’invention vers 1830. L’inventeur était conçu suivant les règles du romantisme de nos pères. Le public croit encore à ce modèle désormais disparu.
- A cette époque lointaine, en ce qui concerne l’industrie, l’inventeur était considéré comme un solitaire travaillant dans une mansarde, avec quelques outils rudimentaires, une feuille de papier et un crayon, qui suffisaient à son génie pour percer les secrets de la nature et lui arracher ses trésors. De là l’idée de lutte entre le domaine public et ce solitaire, auquel il faut donner la protection juste suffisante pour qu’il ne conserve pas secrète son invention, qui disparaîtrait ainsi avec lui.
- De là également les ruses de la loi, les procédés peu honorables de la jurisprudence, la durée limitée à quinze années, la nécessité d’une description exacte, la déchéance pour l’oubli de la moindre formalité.
- Tous les inventeurs étant supposés répondre au modèle archaïque de nos pères, modèle sur lequel on a fabriqué notre loi, il est évident que, dans l’appréciation des résultats de la législation, on peut hardiment employer les stastistiques de brevets, en mettant ainsi toutes les inventions sur le même pied.
- Or, qu’est-ce que l’invention moderne ? Répond-elle en quoi que ce soit à la conception d’autrefois ?
- L’invention moderne est, en réalité, une combinaison d’éléments plus ou moins connus, obtenus par la collaboration de plusieurs personnes, d’un capital important et de puissants moyens d’action.
- Lorsqu’on examine les brevets des principaux pays industriels, on
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- constate que la proportion des véritables inventions, constituant un progrès réel, va toujours en décroissant, tandis que le nombre total des brevets va toujours en augmentant.
- De cette constatation il est facile de déduire une véritable loi, à la fois économique et psychologique, que l’on peut formuler de la manière suivante :
- A mesure que le domaine des sciences appliquées va en s’élargissant, à mesure que l’outillage, les procédés et les méthodes de travail vont en se perfectionnant, les progrès nouveaux sont de plus en plus difficiles à concevoir, à exécuter et à faire adopter.
- Les exemples qui prouvent la réalité de cette loi sont innombrables. Nous ne pouvons ici, faute de place, même les énumérer. Mais, soit qu’il s’agisse des arts mécaniques, comme de la production de la force motrice par la vapeur, par les moteurs thermiques à gaz ou à pétrole, soit que l’on examine les appareils de transformation tels que les machines électriques, soit enfin que l’on examine le domaine de la chimie, les procédés chimiques et métallurgiques, on constate que tout nouveau perfectionnement apporté à des procédés déjà connus, ou à des appareils déjà usuels, réclame des efforts bien plus considérables, pour augmenter le rendement seulement de quelques unités, qu’il ne l’a fallu autrefois pour répandre l’emploi du procédé ou dudit appareil, alors qu’il était à ses débuts.
- Les progrès techniques modernes réclament donc toujours plus d’efforts et d’argent, efforts et dépenses qu’un inventeur solitaire sera de plus en plus hors d’état de faire. Le type de l’inventeur 1830, celui de notre loi sur les brevets, a donc totalement disparu, comme les espèces géologiques passées.
- Je ne veux pas dire par là que l’esprit d’invention, qui est essentiellement individuel, disparaîtra. Mais j’affirme que de plus en plus, étant donnée l’évolution moderne, aucune invention digne de ce nom ne pourra se réaliser qu’avec la collaboration de plusieurs personnes et l’emploi de puissants moyens d’action.
- Lorsqu’on parcourt les recueils de brevets, on est frappé de voir que la plupart d’entre eux ne portent que sur des modifications de procédés connus, ou des changements apportés.à des combinaisons mécaniques, chimiques, électriques, déjà en usage, pour obtenir autrement le même résultat, sans que l’inventeur se préoccupe s'il a réalisé un progrès véritable.
- Pour ma part, j’estime qu’au moins 90 0/0 des brevets déposés sont sans valeur. Sur le reste, la bonne moitié est inutilisable, soit par suite d’erreurs de principe provenant de l’ignorance des lois naturelles, soit par impossibilité matérielle de réalisation. Le résidu atteint à peine 4 à 5 0/0, et c’est tout au plus le tiers, soit 1,5 0/0, qui représente des idées nouvelles mises au point et qui, entrant dans la pratique, viennent enrichir le patrimoine de l’humanité.
- Me Michel Pelletier nous a dit que, sur 10 000 brevets, 300 seulement étaient maintenus encore en fin de monopole, et il s’est appuyé sur cet argument pour faire valoir que les inventeurs n’avaient nul besoin de voir se prolonger leur privilège.
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- Je vais plus loin que lui dans cette statistique et je prétends que, sur ce nombre, la moitié au moins n'ont maintenu leurs brevets que dans l’espoir fallacieux d’un succès qui n’est pas venu, et je soutiens que la proportion de 1,5 0/0 de brevets vraiment utiles, est un maximum. Mais, c’est ce petit nombre qui, seul, importe, et c’est pour lui que les lois doivent être faites, car c’est lui qui renferme la totalité du progrès des sciences appliquées dû à l’art de l’Ingénieur.
- Mais, il faut aller plus loin encore et constater que, sous l’empire de la même loi générale, à mesure que le progrès des sciences appliquées se poursuit, l'introduction d’un nouvel outillage, d’un nouveau procédé, d’une nouveauté quelconque, se heurte à l’emploi d’outillage, de procédés déjà très perfectionnés, et dont l’abandon représenterait des dépenses toujours plus considérables.
- Cet argument économique rend de plus en plus difficile l’introduction d’inventions nouvelles dans un domaine déjà exploré et exploité.
- Un exemple frappant est donné, à cet égard, par les Etats-Unis. Contrairement à ce que croît le public, l’adoption d’une invention nouvelle dans ce grand Pays, est de plus en plus malaisée. Lorsque le procédé Thomas, par exemple, pour la métallurgie de l’acier, s’était déjà répandu dans toute l’Europe industrielle, il n’avait pu, aux Etats-Unis, obtenir droit de cité ; il ne s’y est introduit que récemment, le remplacement des installations Bessemer par les fours Martin représentant une mise de fonds formidable.
- L’invention moderne ne réclame donc pas seulement l’idée-mère, la trouvaille fondamentale, mais également la mise au point, toujours plus malaisée et souvent plus méritante que l’invention elle-même, et, •enfin, l’adoption par le public industriel dont la résistance à toute nouveauté grandit à proportion des progrès antérieurs.
- D’autre part, la diffusion des sciences techniques et le développement de l’industrie augmentant sans cesse le nombre des spécialistes et des Ingénieurs, le nombre des brevets ira donc toujours en croissant, tandis que la proportion de ceux réellement utilisés ira toujours en diminuant.
- Il faut donc que les lois favorisent de plus en plus l’inventeur, si l’on ne veut pas voir se ralentir, non pas l’esprit d’invention (il est immortel), mais le nombre de ceux qui sont capables d’assez de persévérance pour aboutir au succès, toujours plus difficile à fixer.
- Ces considérations montrent à quel point, il convient d’allonger la durée des brevets, soit d’une manière fixe, par exemple, en la portant à 25 années, soit d’une manière variable, suivant le schéma indiqué par M. Barbet.
- Quant à l’argument qui consiste à dire à l’inventeur qu’il est parfaitement libre de mettre au point, dans le secret, avant de breveter, il ne peut provenir que de personnes ignorantes de la puissance de la concurrence moderne et de l’impossibilité de travailler une question nouvelle en secret de ses concurrents.
- Pour me résumer, les inventions dignes de ce nom, les progrès véritables, constitueront, à l’avenir, une proportion toujours plus faible sur l’ensemble des brevets, et toute notre législation doit être remaniée, de façon à protéger plus efficacement ceux qui inventent, ceux qui
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- mettent au point et ceux qui font adopter une idée nouvelle. Je rappelle, à ce propos, ces mots d’un grand écrivain et d’un grand penseur, J. J. Weiss : « La législation, au lieu de se mouvoir uniquement dans une sorte d’algèbre juridique, doit se donner pour solide substratum la connaissance vivante des faits vivants. »
- Traité de paix. — Les modifications à apporter à notre législation ainsi qu’aux accords internationaux sur les brevets, sont à poursuivre avec persévérance, mais il est douteux que nous arrivions à les faire adopter avant la fin de la guerre.
- Or, nous nous trouverons alors en face du problème du traité de paix et des clauses à y introduire pour le nouveau régime de la propriété industrielle entre la France et l’Allemagne.
- Chacun sait maintenant que les Alliés ne discuteront pas, avec les Austro-Allemands, le traité de paix qui mettra fin à la plus grande et à la plus abominable guerre que l’humanité ait vue ; mais ils l’imposeront sous la garantie, non pas de la bonne foi tudesque, mais de leurs forces réunies.
- Que fixerons-nous en ce qui concerne les brevets ?
- Tout d’abord, il me paraît indispensable d’exiger la suppression du Patentamt allemand, de l’examen préalable allemand et de la loi allemande sur les brevets. Cet ensemble constitue l’uri des mécanismes les plus parfaits qui aient été inventés pour dépouiller les Étrangers de leurs inventions, au profit des nationaux, à l’aide d’un examen qui est toujours tendancieux et animé de la plus entière mauvaise foi.
- Nous savons tous qu’une invention française importante, surtout si elle est présentée sous un nom connu, n’arrive presque jamais à être brevetée en Allemagne ; après la discussion la plus âpre et la plus prolongée, si l’on ne peut lui trouver une antériorité, le Patentamt pourra, pour l’écarter, recourir à l’article de la loi allemande qui déclare non brevetables les demandes déposées ne manifestant pas un véritable esprit inventif, et ne donnant naissance à aucun effet technique nouveau. Comme c’est le Patentamt seul qui est juge- de l’esprit inventif et de l’effet technique nouveau, il en résulte que l’arbitraire le plus absolu préside aux décisions d’une Administration irresponsable et souveraine.
- Aussi, est-il devenu d’usage courant maintenant, lorsqu’on veut obtenir un brevet en Allemagne, une fois la demande déposée, de traiter avec une Maison industrielle allemande qui se charge, elle, d’obtenir le brevet dans le but de l’exploiter elle-même. Un Allemand réussit à se faire accorder un brevet là où un Etranger serait certain d’échouer. Mais, il va sans dire que l’inventeur français, dans cette combinaison, est obligé de passer sous les fourches caudines de celui auquel il cède tous ses droits.
- Le Patentamt impérial doit donc disparaître ainsi que la loi allemande des brevets, en même temps que l’Empire lui-même. Nous devrons exiger, pour les Français, l’obtention de brevets dans tous les Etats allemands, sans aucun examen préalable. Aussi, la clause la plus simple consistera à. exiger, dans le traité de paix, que les Français aient le droit de déposer leurs brevets, dans les États allemands, squs le même régime que celui
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- de la loi française et en payant les mômes annuités. En cas de contestation, les tribunaux allemands seront tenus de juger suivant le texte de la loi française. Il sera indispensable de prévoir, pour l’avenir, que toute modification apportée à la législation sur les brevets en France, aura force de loi ipso facto dans les États allemands.
- L’application aux Français d’une législation identique, pour les brevets, dans les deux Pays, sera déjà un acheminement au système du brevet international considéré comme une utopie par nos juristes.
- J’en viens maintenant aux droits des Allemands en France, en ce qui concerne la propriété industrielle.
- Les sujets allemands pourront-ils prendre des brevets en France, après la guerre ?
- Cette question est fort grave ; elle se rattache au futur statut politique et social des Allemands en France.
- Il est certain que les droits des Allemands dans notre Pays, comme en Angleterre et en Russie, ne seront nullement réciproques, et, aussi bien pour la propriété immobilière que pour les droits de séjour et l’exercice* de toute profession, ils seront fortement limités. Il ne sera donc plus question d’appliquer le même traitement aux Allemands, par réciprocité, comme.aux autres Etrangers.
- Nous pourrions donc fort bien supprimer tout droit de prise de brevets par les Allemands en France. C’est le régime que les Allemands avaient décidé de nous appliquer en Allemagne, lorsqu’ils escomptaient la victoire.
- A mon avis, une telle mesure serait peu libérale et peu conforme à nos idées françaises.
- Bien que les Allemands n’aient pas le génie inventif et qu’ils n’aient apporté que peu de contribution au domaine des grandes inventions, il ne faudrait pas les empêcher de breveter dans notre pays les résultats d’un labeur effectif et sérieux,
- Je proposerai donc que les sujets des États allemands soient libres de prendre des brevets en France, mais avec les restrictions suivantes :
- Tout brevet pris par un Allemand devra l’être à son nom, et ne pourra être déposé sous le nom d’un tiers quelconque. Cette condition est indispensable pour empêcher le dépôt de brevets par des hommes dé paille ; ce qui permet aux Allemands habitant notre pays, d’espionner notre industrie et, lorsqu’ils ont connaissance de travaux enore inédits, de les breveter dans leur pays et en France, sous un nom qui déroute les soupçons et paralyse toute action défensive.
- En second lieu, il faudra faire payer aux Allemands une taxe annuelle plus élevée que celle des autres brevetés, taxe qui doit aller croissant d’année en année.
- Ce procédé nous débarrassera d’une foule de brèvets sans grande valeur, mais qui peuvent néanmoins gêner nos industriels et qui sont, le plus squvent, le résultat d’un espionnage malheureusement trop développé.
- Les Allemands ne devront pas bénéficier, en France, de l’ajournement de la délivrance; ceci toujours dans le but de les obliger à agir à ciel ouvert.
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- Il conviendra également de prévoir, dans le traité futur, les clauses du régime transitoire, conséquence forcée de la guerre.
- En résumant cet ensemble de conditions, je propose la rédaction suivante au sujet de laquelle je serais charmé de recueillir vos observations et vos objections ;
- 1° Les Français et protégés français pourront déposer des brevets valables dans tous les Etats allemands, moyennant un seul dépôt et le paiement d’une seule taxe ;
- 2° Ces brevets seront acceptés sous la même forme qu’en France, sans être soumis à aucun examen préalable et sans aucune autre garantie que celles acceptées en France par l’Etat français ;
- 3° L’ancienne loi impériale allemande sur îes brevets sera purement et simplement abrogée en ce qui regarde les nationaux et protégés français, et remplacée par la loi française ;
- 4° A l’avenir, toute modification apportée en France aux lois sur les brevets et les marques de fabrique sera, du fait même de sa promulgation, appliquée aux Français dans les Etats allemands, sans exception ni réserve ;
- 5° Les brevetés français paieront, en Allemagne, les mêmes taxes de brevets qu’en France, et bénéficieront de tous les droits de la convention internationale sur la propriété industrielle' ;
- 6° Les Allemands pourront déposer en France des brevets valables, sous les réserves suivantes :
- a) Tout sujet de n’importe quel Etat allemand devra toujours déposer le brevet à son nom, et jamais à celui d’une tierce personne, sous peine de déchéance immédiate et de l’application de la peine maxima prévue par le Code, à lui-même et à son complice, pour faux en écritures publiques ;
- b) Aucun Allemand ne pourra bénéficier en France, en( déposant un brevet, de l’ajournement de la délivrance d’une année accordé par la loi française ;
- c) La taxe ou annuité de brevet payée par un Allemand, pour tout brevet déposé en France, sera de 1 000 fr la première année, avec augmentation de 100 fr pour chacune des années suivantes.
- Régime transitoire. — 7° Tout brevet déposé en France par un Français, avant ou pendant la guerre, et qui n’aura pu être déposé en Allemagne en temps utile, à cause de l’état de guerre, pourra être déposé à nouveau, valablement, pendant un délai qui n’excédera pas dix-huit mois à dater de la ratification du traité de paix.
- Tout brevet accordé en Allemagne à un Français, ou toute demande de brevet déposée par un Français, soit avant la guerre, soit pendant la guerre, brevet ou demande qui auraient été annulés par le Gouvernement impérial pendant lia, guerre, séront rétablis dans tous leurs droits à dater de la ratification du traité de paix, pour la durée restant encore à courir au moment de la guerre ou du dépôt.
- A dater dé l’ouverture des hostilités, toute demande de brevet déposée en Allemagne par un Français, comme tout brevet déposé en France par un Allemand, seront soumis au nouveau régime institué par le présent traité.
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- M. le Président remercie M. Jean Rey de son intervention dans la discussion. Il ne lui cache pas que, dans la première partie de son exposé, certains d’entre nous ont pu être un peu effrayés par la hardiesse de ses idées, mais il a témoigné d’une si grande confiance dans la puissance de notre pays que nous ne pouvions y rester insensibles. Dans la seconde partie, M. Jean Rey a apporté le résultat de sa grande expérience et nous avons été frappés des exemples si intéressants qu’il nous a donnés.
- La parole est ensuite donnée à Me Mainié.
- Me Mainié. — Dans cette promenade que nous faisons à propos de la loi de 1844, vous avez rencontré bien des points de vue divers. Vous n’attendez pas de moi que j’y revienne d’une façon particulière et détaillée. Ils vous ont été trop bien exposés. Les idées de M. Barbet, sur lesquelles votre attention a été appelée d’une façon très particulière, présentées avec cette autorité, avec cette sémillante facilité d’exposition que nous avons tous admirée, n’ont besoin ni d’être appuyées, ni d’être défendues, et si j’intervenais dans ce but ce serait à la fois inutile et indiscret.
- Si j’use, pour vous adresser quelques paroles, de l’invitation et de l’accueil très flatteurs que la Société des Ingénieurs Civils de France a bien voulu faire au Président de l’Association des Inventeurs et des Artistes industriels, c’est pour remplir une obligation qui, me semble-t-il, m’incombe à un double titre, et comme Président de la vieille association Taylor, et aussi comme avocat.
- En effet, à lire les premières communications insérées dans votre bulletin, celle de M. de Mestral, et celle de M. André Taillefer, à entendre les explications qui ont été apportées par trois de mes éminents confrères qui, du bout des lèvres et pour quelques détails seulement, ont reconnu le besoin de réformer la loi de 1 844, vous pourriez croire que cette réforme n’est pas généralement désirée et que, tout bien réfléchi, elle ne serait pas justifiée. J’ai l’obligation de vous apporter le témoignage énergique du contraire.
- Alternativement chargés des intérêts des inventeurs et des intérêts, légitimes souvent, de leurs adversaires, les jurisconsultes, avocats ou ingénieurs-conseils, ont l’expérience la plus graude et la plus utile de la loi, mais ont, je crois, moins de souci de sa valeur économique ou de sa justice sociale qu’ils ne sont frappés de ses qualités objectives, de sa clarté, de sa logique. Or, nous devons le reconnaître, la loi de 1844, est une loi bien rédigée, bien coordonnée. En tant que juriste on peut s’en déclarer satisfait. '
- C’est ce que M. Rey, il y a un instant, vous expliquait trop bien pour qu’il me soit permis d’insister. Cependant on n’a pas le droit de dire d’une loi qui nuit aux intérêts et aux personnes qu’elle régit que c’est une loi bien faite. Au surplus, Messieurs, s’il est encore des opinions favorables à. la loi de 1844, elles ne me paraissent pas devoir persister bien longtemps. En ce qui concerne mes distingués confrères je les sais trop éclairés et trop dépourvus d’obstination stérile pour ne pas en appeler volontiers d’eux-mêmes à eux-mêmes.
- Ce que nous devons, en cette matière, connaître et envisager avant
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- tout, ce sont les desiderata des inventeurs eux-mêmes, des industriels, c’est l’opinion des intéressés. Pourquoi dans un pays où tant de lois n’ont été édictées et ne sont maintenues en vigueur que pour satisfaire les exigences de ceux qu’elles concernent, où les bouilleurs de cru ont toujours été ménagés sans réserve, où la loi de 1909 que vous connaissez bien sur la vente et le nantissement des fonds de commerce, a été dictée par une certaine catégorie de négociants en vins, pourquoi, lorsqu’il s’agit des inventeurs et des industriels^ ne les consulterait-on pas ? En ce sens les opinions des ingénieurs civils, qui comptent parmi eux tant d’inventeurs et tant d’industriels importants ont une valeur à mes yeux considérable.
- Interrogeons donc les inventeurs et les industriels.
- Les inventeurs ! Il n’en est pas un seul qui ne maudisse la loi de 1844.
- Il y a, en France, quatre grandes associations d’inventeurs : l’Association Taylor des Inventeurs et des Artistes industriels, qui compte 2 300 membres ; l’Association lyonnaise des Inventeurs et des Artistes industriels, qui compte près de 300 membres ; l’Association des Inventeurs de la Loire, qui en compte autant, et l’Association, plus jeune mais d’une puissante vitalité, des Petits Fabricants et Inventeurs français, qui compte plus de 3 000 membres.
- A maintes reprises, ces quatre associations, témoins des souffrances de tant d’hommes laborieux et utiles, ont appelé par des vœux formels dans les congrès, dans leurs pétitions et communications aux pouvoirs publics, la refonte de la législation sur les brevets d’invention.
- Les industriels ! La Chambre de Commerce de Paris en ce moment même se préoccupe de la question. Il y a quelques jours, à une réunion de l’Association française pour la protection de la propriété industrielle, M. Jules Cogniet, président de la Chambre de Commerce de Lyon, de passage à Paris et venu spécialement à la réunion, nous disait : « Il est urgent, pour notre industrie, de reviser la loi de 1844. » Et, il y a quelques jours aussi, dans un grand journal, sous la signature autorisée de M. Lacave-La-Plagne, paraissait un article exposant que pour le développement, non, « pour la sauvegarde de nos industries chimiques, il est indispensable de changer la loi de 1844 (1) ».
- Tels sont les vœux des intéressés. Inventeurs et industriels parfois en opposition, leurs plaintes, leurs appels sont-ils indifférents ? Mais ce sont les intéressés ! A ce titre sont-ils suspects ?
- Pour justifier leurs doléances, faut-il rappeler que le mouvement industriel est imprimé à son origine par les inventeurs ? Ils sont les pionniers qui ouvrent les voies ; lea progrès de l’industrie sont en raison ‘ de la protection qui leur est accordée. Interrogeons les chiffres, ils n’égarent jamais; ouvrons les statistiques. Dans les pays où les brevets d’invention sont délivrés en plus grand nombrë, l’activité industrielle et commerciale est aussi plus grande. Il faut le remarquer. Je prends les cinq'principaux pays industriels : Belgique, France, Iles Britanniques, Allemagne, États-Unis, les chiffres de la population, le chiffre de la consommation de la houille en tonnes, c’est la mesure de
- ' ' (1) Le journal l'Information du mercredi 14 avril 1915.
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- l’activité industrielle, le chiffre général du commerce, et le nombre des brevets d’invention. Par rapport à la population, c’est en France que le nombre des brevets d’invention est le plus faible. Si je prends les chiffres de la consommation de la houille, mesure de l’activité industrielle, je vois que cette consommation augmente dans la même direction que le nombre des brevets d’invention, et que si la France consomme 60 millions de tonnes de houille et a 14 000 brevets d’invention environ, l’Amérique, qui consomme 423 millions de tonnes, a 36000 brevets d’invention délivrés et 64 400 demandés. Enfin, si je prends les chiffres du commerce, importations et exportations additionnées, je vois que ces chiffres sont plus élevées pour les pays étrangers envisagés que pour la France. Ainsi le régime des brevets d’invention dans ces quatre pays : Belgique, Iles Britanniques, Allemagne, États-Unis concourt mieux que ne fait notre régime français au développement de l’industrie (1). Il faut donc changer notre législation sur les brevets d’invention ; je ne dis pas emprunter l’une ou l’autre des législations de ces pays étrangers, mais il faut, par des dispositions encourageantes, transformer, améliorer la protection légale des inventions.
- Nous sommes donc autorisés à dire que les besoins généraux confirment les revendications des intéressés.
- Nous avons pu nous rendre compte — et j’ai personnellement pu me rendre compte — que les réclamations des intéressés étaient presque universellement approuvées. Nous avions le projet de réunir, au mois d’août derîiier, à Lyon, un congrès des associations d’inventeurs dans lequel l’étude de la réforme de la loi de 1844 aurait pris la première place, dans lequel les propositions de M. Barbet auraient été examinées. Qui donc nous a encouragés ? Qui donc a consenti à venir avec nous et à assurer la direction de ce Congrès ? Nous avions trois présidents d’honneur : M. Millerand, M. Adolphe Carnot, M. Lépine — dont je ne prononcerai pas le nom sans m’incliner devant la douleur patriotique qu’il subit après une existence de dévouement à son pays.
- Les vice-présidents du Comité d’organisation étaient : M. Barbet, ancien président de votre Société, M. Georges 'Jouanny, délégué par la Chambre de Commerce de Paris, et un homme éminent qui n’a quitté l’Administration que pour y rentrer il y a peu de mois, rappelé par son dévouement à la défense nationale, j’ai nommé M. Fernand Chapsal.
- Je vous demande si ces hommes dont les lumières et l’intelligence sont l’honneur de notre pays, auraient encouragé de vains rêves ou auraient
- (i)
- Pays.
- Belgique ....
- France .........
- Iles Britanniques Allemagne . . . États-Unis .
- Année 1911
- Année 1911 Consommation de la
- Commerce importation et exportations. (En millions
- Année 1909 Nombre
- des brevets d’invention
- Populations. houille (t). de francs). délivrés. demandés.
- 6700000 » 7 862 8 790 8893
- 39000000 60000000 14145 13 466 15236
- 45 400000 187 000000 25592 15066 30603
- 65000000 225000000 21997 11995 44411
- 92 000 000 423000000 19979 36734 64408
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- consenti à se transporter à Lyon, au mois d’août, pour s’occuper de spéculations vaines et d’idéologies creuses ?
- Il ne faut pas que la France demeure au dernier rang parmi les grands pays industriels. Il ne faut pas que demain-, quand l’activité reprendra,. activité excitée et amplifiée par nos succès et par le prestige de la victoire, il ne faut pas que notre essor soit alourdi par une législation qui ne correspond ni aux besoins des intéressés, ni aux besoins généraux de notre pays. (Applaudissements.)
- Je sais bien qu’on nous dit — et les explications de M. Michel Pelletier aboutissent à cette conclusion : Vous demandez une chose que vous avez pour ainsi dire obtenue, car le projet de loi rapportée par M. Maunoury à la Chambre des députés est adopté par la Commission du Commerce et de l’Industrie, il est à la veille d’être voté, et vous aurez satisfaction !
- Ah ! Messieurs, je connais ce projet de loi ; j’ai eu l’honneur d’y collaborer pour ma petite part, je me garderai bien de combattre ce projet. Il doit être, en ce moment tout au moins, encouragé et soutenu.
- Il contient quelques dispositions excellentes et constitue une amélioration notable par rapport au régime actuel. Trois points importants y sont touchés : la taxe est changée ; j’en dirai un mot tout à l’heure ; les certificats d’addition sont rendus indépendants des brevets d’invention — ce qui est très bien — et enfin, le contrefacteur de bonne foi, si les deux termes peuvent être rapprochés, je veux dire celui qui a usurpé une invention sans avoir l’intention de la contrefaire, ne pourra pas être condamné correctionnellement. Si vous ajoutez à ces trois innovations que la possession personnelle ne pourra plus continuer après la délivrance du brevet, que celui qui a usé de l’invention à titre de secret de fabrique avant la prise du brevet ne pourra plus employer son secret «•et sera dépossédé de sa propriété, vous aurez cité tout ce que le projet Maunoury contient d’important. 1
- Gela ne suffit pas et ne peut pas suffire ; ce projet ne nous donne pas une satisfaction définitive. Mais ce qu’il faut surtout que vous connaissiez à propos de ce projet, ce sont les idées qui l’ont inspiré, pourquoi il a été fait et comment.
- Depuis dix ans, les Ministres successifs du Commerce ont tous été convaincus de la nécessité de 'réformer la loi de 1844. Pourtant, cette modification comportait l’étude de questions difficiles et contreversées, telles que celle de l’examen préalable sur lequel assurément tout le monde n’est pas d’accord, et d’autres questions aussi graves, la suppression de l’obligation d’exploiter entre autres. Et le Parlement, surchargé, ne paraissait pas pouvoir se livrer a une discussion prolongée et délicate. Alors, on s’est dit : Si nous voulons entreprendre la réforme complète, nous n’aboutirons à rien. Prenons donc la loi de 1844, voyons les points sur lesquels on peut la modifier sans soulever aucun désaccord; s’ils sont secondaires, on aura fait, au moins, quelque chose d’utile, dans la mesure où on peut le faire et où le surmenage du Parlement le permet.
- C’est dans ces conditions que ce projet de loi a été préparé par le Gouvernement, qu’il a été étudié, qu’il est arrivé à la Chambré des
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- Députés et que la Commission du Commerce et de l’Industrie se l’est approprié, que le rapport Maunoury a été fait. Yoilà la genèse, voilà l’historique de ce projet, et cela nous autorise à dire que d’un accord général et avec l’approhation des ministres successifs du Commerce, le projet Maunoury, qui n’est pas mauvais, ne peut constituer qu’une modification provisoire ; il ne doit pas fermer la porte à une modification subséquente plus importante et plus nécessaire.
- Nous devons remercier l’Administration; la voie qu’elle a suivie montre sa sagesse puisque, môme réduit à ses proportions restreintes, le projet n’a pas encore abouti.
- En tout cas, nous poursuivons toujours un remaniement complet de la loi de 1844.
- Allons donc au fond des choses. L’éminent M. Rey vous a donné, il y a un instant, des indications sur les origines de la loi de 1844 qui me dispensent d’entrer dans des détails à ce sujet. Mes confrères savent-ils à quelle époque la loi de 1844 a été faite ?
- Ne me regardez pas avec étonnement et surtout ne pensez pas me répondre en disant qu’elle a été faite en 1844. La loi de 1844 a été faite à une époque où dominaient des idées aujourd’hui non seulement abandonnées mais condamnées, à une époque où, dans l’ordre politique, les citoyens n’avaient de droits que quand ils payaient un cens, où, dans l’ordre économique, l’indifférence et la dureté de l’Etat étaient égales, où l’on disait aux citoyens : Enrichissez-vous ! froide raillerie puisqu’on ne leur donnait pas l’aide nécessaire pour y parvenir.
- Aussi la loi de 1844 est-elle une loi très rigoureuse ? En face de l’Etat tout puissant, elle met pour un contrat synallagmatique, l’inventeur isolé et faible. Ce contrat s’interprète et s’applique toujours contre celui qui a stipulé, contre l’inventeur. Cette loi est draconienne dans toutes ses dispositions ; elle est hérissée de formalités, de nullités et de déchéances. Je ne vois pas là l’Etat tutélaire et bienveillant dans le rôle que lui attribuent, que lui imposent les notions de justice et de solidarité sociale qui doivent maintenant inspirer et dicter nos lois 1
- Oh ! Ilestbien de louer l’inventeur comme l’a fait Me Michel Pelletier, de le représenter sur le chemin brillant du progrès et, rappelant une image légendaire que l’abondance de vos souvenirs vous a fait attribuer à Platon, mais qui nous vient du poème de Lucrèce, de le montrer le flambeau de la civilisation à la main, d’applaudir à ses efforts. Il serait mieux de libérer ses pas des entraves qui les gênent et d’écarter de sa route les embûches dont elle est semée !
- Tout le monde pense que le droit de l’inventeur a son fondement dans le fait de l’invention, que l’inventeur a un droit exclusif sur son idée, que le brevet d’invention reconnaît et consacre ce droit exclusif. Or, la loi dé 1844 ne fait rien de tel. Elle accorde le brevet d’invention pour prix de là révélation et au premier déposant ; elle ne veut pas connaître l’inventeur. C’est pourquoi le brevet est nul si l’invention a été l’objet d’une divulgation quelconque ; une négligence, une indiscrétion, l’espionnage d’un concurrent enlèvent à l’inventeùr le fruit de son travail. Voilà le principe de notre législation des brevets d’invention. Eh bien ! Il n’est pas juste qu’il en soit ainsi. Il ne faut pas qu’il en soit ainsi. Il
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- faut que notre loi repose sur le principe vrai que l’inventeur seul a le droit de faire breveter son -invention. Il faut que le fait d’inventer, que le travail de l’inventeur soit reconnu et consacré par la loi. Comme aux États-Unis, le droit au brevet d’invention doit être réservé au premier inventeur, seul digne d’encouragement, seul utile à la Société et non au premier déposant qui, trop souvent, gagne le prix de la course, ou apporte le produit d’une soustraction frauduleuse. Ainsi la loi doit garantir au premier inventeur son droit exclusif sur sa découverte ; seul, il a droit au brevet d’invention.
- Voilà, si vous lé voulez, notre première revendication. Elle est simple, juste, n’est-il pas vrai ? Si elle touche aux fondements de la loi de 1844, si elle est, en ce sens révolutionnaire, du moins elle n’est pas scandaleuse.
- Seconde revendication. Il faudrait que les recherches de l’inventeur, que les travaux nécessaires à la réalisation [de son idée pussent s’accomplir avec sécurité, sans la crainte et les dangers perpétuels d’une divulgation spoliatrice. Le secret d’un an qui permet de mûrir, de développer une invention déjà créée, ne peut couvrir le travail de gestation de la découverte. Il est indispensable de donner à l’inventeur, - pendant cette gestation, une garantie légale contre les surprises, contre la dépossession ; on y peut parvenir au moyen de diverses combinaisons légales, soit au moyen, par exemple, de la spécification provisoire anglaise, soit plutôt au moyen d’une revendicatien préalable formulée par une déclaration de l’inventeur (c’est ce qui était pratiqué hier encore aux Etats-Unis, grâce au caveat (1), dans laquelle l’inventeur décrit les traits, les éléments essentiels de son invention et qui, classée dans les archives des bureaux de l’Office de la Propriété industrielle,, lui assure, moyennant une faible taxe et pendant un temps déterminé, une année, si l’on veut, la priorité de sa conception.
- Défendons le laboratoire, l’atelier de l’inventeur contre le vol du concurrent déloyal, au lieu de l’exciter ainsi que le fait, inconsciemment à vrai dire, mais ainsi que le fait à coup sûr, le législateur de 1844. Cette seconde revendication, si elle est aussi révolutionnaire, n’est pas non plus scandaleuse.
- A la vérité, Mes Allart et Desjardin l’ont dit, le secret de fabrique est défendu par notre loi pénale, et l’inventeur trouve là une protection suffisante ! Et ce sont des avocats expérimentés qui tiennent ce langage ! Mais le secret de fabrique, ce n’est pas le secret de la fabrique ; il ne faut pas, en outre, confondre un procédé obtenu, réalisé, qu’on exploite à titre de secret et les recherches poursuivies en vue de réaliser une invention nouvelle; il y a là une distinction juridique, mais je n’y insiste pas. Et puis fait-on en secret l’essai d’un aéroplane ou d’une locomotive ? Pourtant mes deux confrères évoquaient avec satisfaction le souvenir d’un procès connu de beaucoup d’entre vous et dans lequel l’inventeur ayant longtemps exploité sous le régime du secret de fabrique avait pu néanmoins faire reconnaître la validité du brevet pris pour lui avec une lenteur assez imprudente; je ne comprends guère la satisfaction
- (1) Le statut 4092 de la loi américaine relatif au caveat est, en effet, abrogé maintenant.
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- de mes confrères, d’abord, parce que l’un d’eux au moins a perdu son procès, ensuite parce que la conservation d’un secret dans une fabrique offre’une garantie trop précaire pour qu’il soit permis à un avocat prudent de s’en réjouir. Si mes confrères, rappelant leurs souvenirs, s’applaudissent d’avoir fait maintenir, dans cette espèce, le brevet -d’invention après les dangers qn’ila courus, ni l’un, ni l’autre ne donnera, j’en suis sûr, dans son cabinet, le conseil à un inventeur de se fier à la protection de l’art. 418 du code pénal, pour poursuivre ses recherches et ses essais ; je les en défie !
- Troisième revendication. Les déchéances édictées par la loi de 1844 sont de rigueur ; aucune excuse, aucune circonstance atténuante ne sont admises ; en prévoyant l’application de ces déchéances le législateur a voulu punir l’inventeur ; vous entendez bien punir. L’expression est employée par M. Maunoury dans son rapport. Eh bien ! Est-il admissible que la simple omission d’une formalité, que la méconnaissance d’une prescription fiscale entraîne la perte des droits de l’inventeur ?
- Connaissez-vous une propriété qui puisse être perdue parce que les impôts qui la frappent,n’ont pas été payés? Connaissez-vous des droits que l’on perde parce qu’on ne les exerce pas ? Pourquoi donc les inventeurs sont-ils soumis à un régime aussi exceptionnel, aussi inexorable? M. Barbet n’a-t-il pas raison de se joindre à nous pour réclamer contre un traitement barbaré qui nuit à la société en décourageant et dépouillant les inventeurs dont les travaux lui sont si nécessaires ? Il faut que les déchéances disparaissent.
- Prenons les trois causes de déchéance :
- La déchéance pour défaut de paiement de taxe ? Il ne faut pas qu’elle entraîne la chute du brevet dans le domaine du public. L’inventeur paiera la taxe, il la paiera comme on paie tous les impôts et toutes les contributions, et, s’il est en retard, sur des poursuites fiscales. Voilà ce qui est juste.
- L’obligation d’exploiter? Où avez-vous vu qu’on perde une propriété parce que l’on n’en a pas fait usage? Si vous voulez, remplaçons l’obligation d’exploiter par la licence obligatoire ; cela ne sera pas parfait ; dans les pays où la licence obligatoire a été établie, elle n’a pour ainsi dire pas été appliquée; elle est donc peu praticable. N’y faisons pas d’opposition toutefois; personne n’en sera gêné; acceptons cette licence et nous ferons plaisir à tout le monde : à ceux qui en sont partisans, qui la croient d’uno application facile, et à ceux qui ne la trouvent pas en thèse légitime, puisque, ne devant guère être appliquée, elle ne sera pas bien gênante.
- Quant a la déchéance pour faute d’introduction, à propos de laquelle M. Émile Barbet' vous a donné de si intéressantes explications, qu’elle soit également supprimée ! C’est à la législation douanière, et non à la législation des brevets d’invention qu’il appartient de protéger, s’il y a lieu, le travail national.
- Ainsi, il faut faire disparaître les trois déchéances édictées par la loi de 1844. ,
- Il y a, dans le projet Maunoury, une innovation très importante, c’est celle relative à la taxe. Il est naturel, il est juste, que les frais d’admi-
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- nistration nécessités par la délivrance du brevet d’invention soient acquittés par l’inventeur; il est également juste que, sur les profits produits par sa découverte, l’inventeur supporte un impôt, et, si l’on veut que cet impôt soit lourd, je n’y ferai pas d’objection. Voilà un principe équitable. Mais que l’inventeur paie toujours une annuité élevée, même s’il ne gagne rien, c’est inique. Or, la plupart des brevets ne rapportent aucun bénéfice, et la plupart des inventeurs sont pauvres, sont de simples ouvriers parfois. Et pourtant on avait promis aux inventeurs que l’équité serait respectée en ce qui concerne la taxe !
- ~ Lorsque, en 1791, on a fait la première loi sur les brevets d’invention, il a été dit que la taxe aurait simplement pour but de couvrir les frais d’administration. Je ne ferais peut-être pas appel aux travaux législatifs relatifs à la loi de 1791, si un Directeur môme de l'Office national de la Propriété industrielle, M. Breton, n’avait, en 1908, rappelé cet engagement du législateur auquel il a toujours été manqué, et je vais vous lire le texte même de M. Breton :
- « S’il fallait encore un argument pour légitimer l’abaissement de taxe » que nous proposons... »
- C’est la phrase qui introduit le passage relatif aux travaux préparatoires de la loi de 1791, mais il n’est pas inutile de l’indiquer en passant :
- « ... nous rappellerions qu’il a été entendu, lors du vote de la pre-» mière loi de 1791, que la taxe annuelle n’était instituée qu’à une con-» dition, c’est qu’elle serait limitée aux frais d’administration et d’im-» pression, et l’on comprend du reste que les taxes primitives aient été » fixées à l’origine à un chilfre assez élevé, les brevets succédaient aux » anciens privilèges, etc... »
- Mais M. Breton constate l’engagement qui avait été pris par le législateur.
- Et tenez, je ne peux pas résister au désir de prendre, à l’avers de la page au revers de laquelle je me trouve, un autre passage. M. Rey disait à l’instant : Mais la propriété littéraire, les droits intellectuels, quels qu’ils soient, sont autrement et plus justement protégés. Voici ce que M. Breton déclarait à ce sujet, comme Directeur de l’Office national dans le sein de la Commission technique, dont je né trahis point les secrets, puisque c’est dans un document officiel, publié par le Ministère, que tout le monde peut se procurer, que je lis ce qui suit :
- « Ne vous etes-vous pas souvent demandé pourquoi cette forme de la » propriété intellectuelle qu’on appela la propriété industrielle n’est pas » traitée à l’égal de la propriété littéraire ou artistique, etc. Des néces-» sités économiques, le besoin de ne pas entraver les progrès de l’indus-» trie, ont fait limiter la durée du brevet à quinze ans. Cette rançon » n’a pas paru suffisante... »
- Cette rançon !
- « Alors que la propriété littéraire et artistique est exonérée de tous » droits, on impose aux brevetés l’obligation de verser une taxe... Si, » des considérations d’ordre purement fiscal ne nous permettent pas de » faire table rase de ce qui a été fait dans le passé, du moins n’aggra-,
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- » vous pas la situation de l’inventeur sous prétexte de l’améliorer. J’ai » en conséquence l’honneur de vous convier, etc. »
- Voici en quels termes s’exprimait M. Breton, et c’est pour ne pas avoir écouté cet avis compétent que nous avons vu l’exil des brevets en Belgique, que le nombre des brevets pris est certainement inférieur à ce qu’il serait si la législation était différente et la taxe moins lourde]; nous pouvons dire de la lourdeur de cette taxe qu’elle gêne l’essor de notre industrie, qu’elle est une erreur et un péril économique.
- Or, voici le changement formulé par le projet Maunoury. Voyons si nous pouvons nous déclarer satisfaits. Le texte du projet porte : vingt ans de durée, c’est bien. Ensuite est établie une taxe progressive de 25 fr la première année, 50 fr la seconde, 75 fr la troisième, augmentant toujours de 25 en 25 fr, pour atteindre 500 fr la vingtième année, au total 5 250 fr, par rapport à 1 500 fr. Le total n’est pas modeste !
- Quel va être pour l’inventeur le résultat de l’application de ce système ?
- Cette échelle, légère au début, faciliterait la prise des brevets, l’éclosion des découvertes.
- L’Association des Petits Fabricants et Inventeurs français en serait, je suppose, satisfaite. On prend là beaucoup de brevets, surtout de petits brevets dont l’exploitation ne peut, paraît-il, être fructueuse que pendant quelques années seulement ; on sera protégé pendant deux ou trois ans pour une somme relativement minime, voilà qui est bien.
- Les inventions lucratives et de longue durée trouveraient aussi satisfaction, parce que la grande industrie, qui paiera pour la vingtième année 500 fr pour un brevet produisant des bénéfices, trouvera après tout ce chiffre acceptable.
- Nous avons donc deux catégories d’inventeurs qui seraient satisfaits ; mais tous les inventeurs ne le seraient pas, car il y en a beaucoup dont les ,brevets ne se sont pas productifs dès le début, qui veulent les soutenir pendant huit ou dix ans, en France, à l’étranger, et alors pour eux la taxe ne comporterait plus, au bout de la dixième année, le versement de 100 fr, elle comporterait le versement pour la France seulement de 250 fr, ce qui serait très onéreux si on ajoutait surtout les sommes versées à l’étranger. Ainsi donc une catégorie d’inventeurs, et elle est nombreuse, subirait le contre-coup et paierait les frais de la réforme.
- Quand on a parlé pour la première fois dans le Comité de l’Association des Inventeurs de cette taxe de 25, 50, 75 fr, qui avait été proposée à l’origine par les Ingénieurs-conseils et que M. de Mestral a défendue, le très regretté et illustre Forest, l’inventeur du moteur de l’aviation était là. Il s’est écrié :
- . « J’ai eu tant de peine à amener mes brevets jusqu’à leur dernier » jour, sans en tirer cependant aucun profit, en payant une taxe » annuelle de 100 fr ! Comment aurais-je fait si j’avais été obligé de » payer, pour la dixième année, une taxe de 250 fr, de payer 5 250 fr » en tout par brevet, pour atteindre les derniers jours tde la vie natu-» relie de mes brevets ? Mais j’aurais été accablé plus tôt et plus encore » que je ne l’ai été ! »
- Ce cri de détresse reste uni dans ma pensée à la mémoire du grand
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- inventeur, qui a rendu à la défense nationale des services dont nous profitons quotidiennement sur le front, mais n’a pas eu la satisfaction, parfois goûtée par le plus petit commerçant, de laisser à ses cinq fils, qui combattent aujourd’hui pour leur pays, le moindre patrimoine !
- Et alors, je suis vraiment moins reconnaissant du petit progrès que le texte du projet Maunoury nous promet pour deux catégories seulement d’inventeurs. A titre provisoire cependant, parce que nous ne pouvons pas avoir mieux, — c'est pénible après le souvenir que je vous ai rapporté — ayons le courage de dire qu’il faut approuver, accepter ce projet, qu’il est sage de nous y rallier, et prions l’Administration de faire voter ce projet ; il nous donnera toujours provisoirement, je le répète, quelque chose.
- Nous continuerons' à réclamer, et plus tard nous obtiendrons davantage.
- Je n’irai pas plus loin dans mon examen. J’ai touché simplement quelques points principaux. Je ne voudrais cependant pas achever sans avoir, à propos d’une des propositions présentées par M. Barbet, répondu à ce que Me Allart a objecté au sujet du brevet à durée nettè, qu’il a vivement critiqué.
- Vous savez que M. Barbet vous demande une durée effective, quelle que soit la durée légale, qu’elle soit de quinze ou de vingt ans. Si vous donnez quinze ou vingt ans de jouissance, il faut que ces quinze ou vingt années soient entières et qu’on ne compte pas dans la durée du brevet le temps nécessaire pour préparer l’exploitation, car, pendant ce temps, l’inventeur ne tire certainement aucun profit et n’est pas en mesure de profiter de la protection légale. Il ne faut pas que les brevets importants, les brevets de la grande industrie en particulier, pour la mise en marche desquels sont nécessaires des travaux qui durent trois, quatre, cinq, six années et plus, n’aient qu’une durée de sept, huit ans et même une durée moindre, alors qu’un brevet qui porte sur une invention tout à fait secondaire, une épingle de cravate ou un bouton de manchette, jouira d’une dufée effective de quinze ans. Il me semble que cette réclamation est juste et rétablit l’égalité entre tous les inventeurs.
- Serait-elle critiquable, en ce sens qu’elle n’est pas réalisable, qu’elle n’est pas applicable ? Mais elle est susceptible d’être facilement adoptée au système particulier de la loi de 1844 elle-même. C’est l’inventeur, d’après cette loi, qui fixe le point de départ des quinze ans, par le choix du jour du dépôt de sa demande ; il fixera le point de départ de son exploitation, par la déclaration que cette exploitation aura été commencée à une telle date. C’est l’esprit de la loi. Gela comporte un inconvénient? Je n’en vois pas.
- Cette déclaration serait-elle mensongère ? Rien n’est plus aisé que de la punir par la déchéance ; on rentrerait ainsi dans l’esprit de la loi.
- Me Allart vous a dit, avec une certaine légèreté qui m’a surpris de sa part (il me permettra de lui en faire l’amical reproche), raillant cette proposition du brevet à durée nette : « Vous allez créer des brevets de » durée variable ! » Et il a joué sur ce mot.
- Mais vous ne connaissez que des brevets de durée variable, Maître Allart ! Vous savez très bien qu’il suffit à chaque inventeur de ne pas
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- payer la taxe annuelle pour que son brevet ait une durée différente de la durée des autres brevets. ,
- Je n’aime pas beaucoup — Me Allart ne me reprochera pas de lui adresser cette nouvelle critique — qu’on cède aussi facilement au plaisir d’une rapide réplique pour combattre une idée qui, mûrement réfléchie, serait au contraire approuvée. Tenez, dans une conversation particulière, dans un entretien amical, j’ai communiqué à un autre de mes confrères — ce n’est pas Me Allart ! je tiens à vous le dire, ce n’est pas Me Allart ! — le projet de texte relatif à cette proposition de M. Émile Barbet, texte que le Comité de l’Association des Inventeurs et des Artistes industriels a approuvé; ce confrère a jugé ce texte parfaitement applicable. Je ne veux pas vous le lire ; nous ne parlons que d’idées générales, nous ne pouvons pas entrer dans les détails de la rédaction d’un projet (1).
- Les changements que j’ai eu l’honneur de vous indiquer rapidement ne sont pas susceptibles de soulever des contradictions violentes. Je me suis tenu à un programme limité à certains points déterminés.
- t Je ne vous ai pas parlé de l’examen préalable, je ne vous en parlerai pas ; cependant il sera nécessaire de faire quelque chose pour les inventeurs qui, dépourvus de moyens d’investigation et de ressources financières, ont besoin cependant de se rendre compte de la réalité, de la valeur de leurs découvertes. Il sera bien nécessaire de faire quelque chose pour empêcher qu’il y ait tant de brevets pris pour des inventions inexistantes, pour empêcher la multiplication des brevets sans aucun mérite. Je ne vous dis pas qu’il faut établir .l’examen préalable ; mais il faut satisfaire à certaines nécessités.
- Je ne vous ai pas parlé du brevet international. Ne croyez pas cependant qu’il soit irréalisable. On vous donnera peut-être, à ce sujet, des détails plus complets qui vous frapperont.
- Avant de terminer, après vous avoir remerciés de votre bienveillante attention, après avoir exprimé ma gratitude à votre éminent Président
- (1) Nous donnons le texte en question :
- Texte de la proposition Emile Barbet, telle que l’a approuvée l’Association des Inventeurs et des Artistes industriels.
- Les dispositions suivantes seront ajoutées, dans la loi du 5 juillet 1844, à l’alinéa premier de l’article 4 et à l’article 32.
- A l’article 4 :
- « Lorsque la mise en exploitation de l’invention ne peut commencer qu’après l’exécu-» tion de travaux préparatoires, la durée du brevet d’invention ne court que du jour » où ils auront été achevés.
- » L’inventeur doit déclarer, dans sa demande, qu’il entend profiter de çet ajoùrne-» ment. Il devra ensuite déposer à l’Office national de la Propriété industrielle une » déclaration énonçant lesdits travaux préparatoires avec l’indication de leurs princi-» pales circonstances, de leur durée et de la date à laquelle ils auront été achevés. Cette » déclaration sera annexée au brevet d’invention. »
- A l’article 32 :
- « Sera déchu du bénéfice du délai prévu par l’alinéa premier de l’article 4 :
- « 1° Le breveté dont la découverte ou invention pouvait être mise en exploitation sans » l’exécution de travaux préparatoires ;
- » 2° Le breveté qui n’aura pas indiqué d’une manière loyale et complète, dans la » déclaration requise par l’alinéa premier de l’article 4, les travaux préparatoires exé-» cutés par lui ou la date véritable à laquelle ils auront été achevés. »
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- de la courtoisie avec laquelle, en son nom et au vôtre, il a rempli les devoirs de votre patiente hospitalité, je me permettrai de vous adresser une prière : en sortant d’ici, dites, je vous en prie, que les revendications des inventeurs et que les propositions formulées par M. Émile Barbet, votre ancien Président, ne sont pas des utopies et ne sont pas des exigences injustifiées. (Applaudissements.)
- M. le Président est certain d’ètre l’interprète de ses Collègues en remerciant vivement Me Mainié de son éloquente et si intéressante intervention. Il pense que la thèse qu’il vient de nous développer avait ‘ parmi nous beaucoup de sympathies ; par suite, il ne s’étendra pas davantage et il donne la parole à M. Émile Bert.
- M. Émile Bert. — L’ampleur de la discussion de la très intéressante communication de M. Barbet montre combien la protection des inventions intéresse les ingénieurs. Après les observations présentées par les éloquents avocats, qui se sont spécialisés dans l’étude des questions de propriété industrielle, il reste bien peu de chose à dire.
- La loi de 1844 a été vivement critiquée par M. Barbet, qui lui reproche de se préoccuper surtout du domaine public et de ne point protéger suffisamment l’inventeur. M. Bert croit que ces critiques proviennent du fait que M. Barbet a considéré l’inventeur sous un aspect qui n’est pas çonforme à ce qui existe dans la réalité. M. Barbet a admis comme point de départ que l’invention décrite dans le brevet est une découverte originale, nouvelle et se distinguant d’une façon complète de tout ce qui s’est fait antérieurement. Or, il est excessivement rare qu’en pratique il en soit ainsi et que l’invention sorte de toutes pièces comme d’un jet du cerveau de l’inventeur; le plus souvent celui-ci profite des travaux de ses devanciers. M. Barbet ne se préoccupe que de ce que l’inventeur apporte au domaine public: il néglige ce qu’il lui emprunte.
- Or, tous ceux qui ont à étudier des brevets savent quelles difficultés on éprouve quand on veut en déterminer la portée exacte c’est-à-dire l’étendue de l’invention en raison de ce qui était antérieurement connu.
- L’inventeur a une double tendance: considérer d’abord que son invention n’a pas encore été réalisée et que les antériorités qu’on lui signale ne ressemblent en rien à ce qu’il a imaginé, et, d’un autre côté, prétendre trop facilement que ce qui a été réalisé après lui tombe dans son brevet. Ce double penchant est si naturel, si humain, qu’on ne saurait en faire grief aux inventeurs, dont le génie a créé tant de merveilles.
- Déterminer la portée réelle et véritable d’une invention est toujours fort difficile. Et pouf que l’inventeur soit sérieusement et efficacement protégé, il est indispensable que l’invention soit expliquée d’une façon claire et précise dans la description du brevet, car c’est cette description qui sert de base en cas de discussion. Aussi, comme M. Bert l’a indiqué précédemment, un inventeur n’apporte jamais trop de soin à la rédaction de son brevet : ce point est indiscutable.
- En disant que la description doit être très complète, M. Bert n’entend pas par là qu’elle doit être forcément longue ; très souvent on peut décrire en peu de mots une invention de haute-importance. Mais, en général,
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- il faut éviter le « brevet court » préconisé par MM. Barbet et Mainié, car alors on a tendance à ne pas donner des indications suffisantes (1).
- Lorsqu’un tribunal a à statuer sur la validité d’un brevet, il ne peut s’appuyer que sur la description que l’inventeur a donnée de son invention, aussi celui-ci a-t-il le plus grand intérêt à la rédiger de façon que l’originalité de l’invention se dégage facilement et nettement. Me Desjardin a rappelé à ce sujet les paroles de l’illustre Pouillet qui disait qu’en général, les inventeurs s’abusent sur les vrais caractères de leur découverte ; éblouis souvent par le résultat qu’ils poursuivent, ils placent leur invention où elle n’est pas et ne la voient pas où elle est (2). C’est pour cette raison que beaucoup d’inventeurs éprouvent des mécomptes.
- Il ne faut pas attribuer à un défaut de la loi, ce qui provient de l’inexpérience de l’inventeur ou d’erreurs par lui commises.
- Pour donner plus de garantie à l’inventeur on a quelquefois proposé de soumettre les demandes de brevets en France à un examen préalable analogue à ce qui se pratique en Allemagne. Me Mainié semblait encore le préconiser tout à l’heure alors que Me Michel Pelletier le repousse d’une façon absolue.
- L’examen préalable est un produit de la « Kultur » allemande.
- Plusieurs écrivains, notamment M. Pierre Delbet, professeur à la Faculté de Médecine, ont publié récemment des études sur l’emprise allemande dans les divers domaines de l’activité humaine : commerce, industrie, architecture, littérature, médecine, sciences, etc. Le mode de protection des inventions n’a pas échappé à cette infiltration.
- Quelles que soient, en effet, les diversités que présentent les législations en ce qui concerne le mode de protéger les inventions, on peut les diviser en deux catégories : celles qui délivrent les brevets sans les soumettre à un examen préalable et celles qui ne délivrent les brevets qu’après examen préalable. Le premier est celui de notre loi de 1844 ; on le distingue partout en lui donnant le nom de système français. L’autre est, au contraire, caractérisé sous le nom de système allemand. Tandis que le système français confère aux tribunaux le soin d’examiner si les inventions sont nouvelles et brevetables, le système allemand soumet toutes les inventions à un examen fort complexe et occasionnant aux inventeurs des dépenses importantes.
- M. Rey a fait de l’examen préalable une critique trop complète et trop juste pour que M. Bert revienne sur cette question. Il ne peut cependant se dispenser de rappeler les conclusions d’un rapport qu’il avait présenté sur cette question au Congrès de la Propriété industrielle tenu à Londres, en juin 1898, et qui étaient ainsi conçues :
- « Le système de l’examen préalable est essentiellement vexatoire, il » occasionne des retards considérables dans la délivrance des brevets et » ne donne à l’inventeur ni garantie, ni sécurité ; le brevet qui a subi » favorablement toutes les formalités de l’examen n’est pas à l’abri des » déclarations ultérieures de nullité, puisque c’est toujours aux tribu-
- (1) Procès-verbal delà séance du 22 janvier 1915, p. 20.
- (2) Procès-verbal de la séance du 26 février 1915, p. 42.
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- » naux qu’il appartient de se prononcer en cas de difficultés. D’un autre » côté, les refus non justifiés causent un préjudice considérable aux » inventeurs, qui sont dépouillés du fruit de leurs travaux.-
- » Les inconvénients multiples de l’examen préalable n’étant com-» pensés par aucun avantage, ce système doit être condamné d’une » façon absolue. »
- Les partisans de l’examen préalable étaient déjà peu nombreux chez nous : il y a lieu d’espérer que maintenant personne ne demandera plus de substituer, en France, le système allemand au système français qui est bien préférable.
- Bien que notre loi de 1844 soit excellente dans son ensemble (on peut dire que malgré son ancienneté elle est encore la plus claire et la meilleure de celles qui existent) ; elle n’est pas intangible et il serait possible de la rendre à peu près parfaite si le Parlement voulait bien s’occuper des améliorations qu’il y aurait lieu d’y apporter.
- Me îltainié a rappelé tout à l’heure qu’un projet de loi, déposé à la Chambre des Députés par le Gouvérnement, avait fait l’objet d’un rapport très approfondi et très documenté de notre Collègue M. Maunoury (1). Il vous a dit que si ce rapport ne contenait pas toutes les modifications qu’il conviendrait, d’après lui, d’apporter à la loi de 1844, celles qu’il proposait étaient des plus intéressantes et il ajoutait qu’il les approuvait toutes.
- M. Émile Bert est du môme avis : il estime qu’au lieu de chercher à remanier de fond en comble notre loi de 1844 il est bien préférable de l’améliorer successivement. Les modifications très intéressantes proposées par M. Maunoury auraient pu être votées, sans discussion, par le Parlement puisque tout le monde est d’accord sur leur utilité. Si, au lieu de cela, on veut bouleverser notre législation industrielle, il est à craindre que l’on n’aboutisse point et les améliorations sérieuses qui sont comprises dans le rapport de M. Maunoury seront ajournées.
- En ce qui concerne la durée des brevets notamrnent, M. Maunoury propose de la porter à vingt ans. M. Bert pense que l’adoption de cette disposition aurait pour effet de faire tomber l’une des principales critiques de M. Barbet, car il disait, dans la séance du 26 février, qu’il y avait dans son système ; cinq ans d’essais au grand jour, plus quinze ans de protection ; total vingt ans (2). En attribuant vingt ans pour la durée normale des brevets, cela donnera satisfaction à un desiderata légitime des inventeurs.
- M. Émile Bert estime qu’il y a lieu d’appeler l’attention des Ingénieurs civils sur l’une des principales modifications que la Commission du Commerce et de l’Industrie de la Chambre des députés propose d’apporter à la loi actuelle, et dont n’a point parlé Me Mainié.
- Cette disposition donne compétence à la juridiction commerciale pour statuer sur les questions de validité d’un brevet quand elles sont soulevées à l’occasion d’une instance dont elle est saisie. La jurisprudence actuelle, tirant du défaut de précision de l’article $4 de la loi du 5 juil-
- (1) Annexe au procès-verbal de là Chambre des Députés n° 2683 du 29 mars 1913.
- (2) Procès-verbal de la séance du 26 février 1915, page 44.
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- j let 1844 cette conséquence que les litiges sur la validité des brevets sont de la compétence exclusive des tribunaux civils, ce qui est une exception aux règles ordinaires de la procédure, il en résulte que quand un breveté réclame devant le tribunal de commerce l’exécution d’un contrat relatif à son brevet, il arrive souvent (trop fréquemment hélas !) que le défendeur oppose, par voie d’exception, la nullité ou la déchéance de ce brevet. Le tribunal de commerce est alors obligé de surseoir à statuer .tant que le tribunal civil ne s’est pas prononcé sur cette question incidente, ce qui va demander un temps considérable : trois, quatre ou cinq ans, quelquefois plus.
- « Il n’en sera plus de môme, dit M. Maunoury, dans son magistral rap-» port, avec le nouveau texte qui n’impose la compétence des tribunaux » civils que pour les actions en nullité ou en déchéance introduites par » voie d’action principale. Si donc un défendeur, à un procès en paie-» ment de redevances, forme devant le tribunal de commerce une de-» mande incidente en nullité ou en déchéance, ce tribunal pourra tran-» cher l’incident en même temps qu’il statuera sur la demande prin-» cipale. Il déjouera ainsi les manœuvres dilatoires des défendeurs. »
- Ces observations sont très justes et la réforme proposée par M. Maunoury serait des plus avantageuses pour les inventeurs, mais. M. Bert estime qu’elle n’est pas suffisante; il faudrait aller plus loin. Sans demander que la compétence en matière de brevets soit enlevée aux tribunaux civils pour la donner aux tribunaux de commerce, il pense que l’on pourrait donner satisfaction à tout le monde, en introduisant dans notre législation une disposition aux termes de laquelle les actions en nullité ou déchéance de brevets pourraient être portées, à la volonté du. demandeur, soit devant le Tribunal civil, soit devant le Tribunal de commerce, quand le défendeur serait justiciable de cette dernière juridiction.
- Si une semblable disposition passait dans notre loi, les brevetés, qui hésitent souvent à demander aux tribunaux civils de faire respecter leur propriété, à cause des lenteurs et des frais de la procédure, n’hésiteraient pas à s’adresser à la juridiction consulaire qui est beaucoup plus rapide et n’occasionne que des frais minimes.
- Me Michel Pelletier avait effleuré cette question : il a dit qu’on avait proposé d’enlever la compétence des litiges en matière de brevets d’invention et de contrefaçon aux tribunaux civils pour l’attribuer aux tribunaux de commerce ; et, sans être bien affirmatif, dans un sens ou dans l’autre, il ajoutait que « sans vouloir formuler la moindre critique contre » les tribunaux de commerce, on a pensé que leur recrutement n’offre » pas partout la même garantie et qu’il serait peut-être imprudent de » leur donner dans toute la France à juger ces procès délicats ». Ces craintes ne sont point fondées.
- M. Émile Bert soutient que les inventeurs seraient beaucoup mieux sauvegardés dâns leurs droits si les procès concernant les brevets pouvaient être portés devant la juridiction consulaire, à la volonté du demandeur, quand le défendeur en est justiciable.
- Le défaut de protection qui existe, malheureusement trop souvent, et que M. Barbet attribuait uniquement à la façon dont la loi de 1844 dé-Bull. 17
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- finit l’invention, ne provient pas de cela, mais de l’attribution exclusive aux tribunaux civils de la connaissance de la validité des brevets.
- Ce fait a été reconnu et proclamé depuis longtemps : M. Armengaud jeune l’a démontré d’une façon lumineuse au Congrès dé la Propriété industrielle de 1904 (1) ; M. Gustave Huard n’est pas moins affirmatif dans son traité de la Propriété intellectuelle (Nos 333 et suivants), mais l’un et l’autre préconisaient l’institution d’une juridiction spéciale. Or, cela ne parait pas possible et ce serait se leurrer que d’espérer obtenir* une pareille juridiction. »
- Mais si la juridiction spéciale est impossible à obtenir, il est certain que si l’on attribuait compétence aux tribunaux de commerce pour connaître des actions relatives aux brevets, on donnerait aux inventeurs le 'moyen de se faire rendre justice rapidement et à peu de frais.
- Et pour quels motifs ne donnerait-on pas cette attribution de compétence aux tribunaux de commerce ?
- Le mode de recrutement, dit Me Michel Pelletier n’offre peut-être pas partout la même garantie? cette objection n’est pas sérieuse et «je » puis affirmer, dit M. Bert, que le mode de recrutement des juges con-» salaires, que j’ai des raisons de bien connaître, est de nature à donner » partout la plus grande garantie, tant au point de vue de la compé-» tence, que de l’indépendance et de l’honorabilité ». Ils ont non seulement l’expérience acquise dans leurs fonctions de juges consulaires, mais encore celle de leurs carrières commerciales et industrielles, car ils tiennent cette double qualité de l’édit qui les a institués. i
- Cet édit, qui fut leur charte, date de 1563,. d’une époque où régnait le pouvoir absolu. Et ce pouvoir concéda une partie de ses droits à des citoyens libres de leurs Azotes, libres de leurs choix : une seule règle était imposée4 leurs élus, qui n’a pas fléchi, et qui est demeurée la garantie de leur indépendance : la gratuité de leur fontion.
- Sans vouloir retracer ici l’histoire de la juridiction consulaire, M. Bert ne peut s’empêcher de rappeler qu’elle n’a cessé de fonctionner depuis plus de 350 ans d’une'façon régulière, même pendant la période troublée de la Révolution, alors que tant d’autres institutions disparaissaient ou étaient modifiées.
- Ces trois siècles et demi de grandeur défendent suffisamment les tribunaux de commerce contre les attaques injustifiées dont ils sont quelquefois l’objet. Et quand on parcourt la longue liste des Juges consulaires, on trouve, £armi ces "magistrats, les noms les plus illustres d’entre ceux qui, à travers les âges, ont collaboré au développement du commerce et de l’industrie et à la prospérité nationale.
- En résumé, dit en terminant M. Bert, notre loi de 1844 est excellente dans son ensemble; il ne faut pas la bouleverser par des transformations trop profondes, mais se contenter de la modifier avec prudence, en n’y apportant que des changements permettant de mieux assurer la protection des inventions et donnant aux brevetés le moyen d’obtenir une justice plus rapide et moins coûteuse.
- (1) Bulletin de l’Association française pour fa Protection de la Propriété industrielle. 1904, p. 554.
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- M. le Président adresse ses remerciements à M. Emile Bert pour son -exposé qui a présenté le plus grand intérêt et il donne la parole à M. Barbet qui a demandé à ajouter quelques mots.
- M. Barbet. — C’est de ma place que je vais dire ce mot, pour conclure et résumer ces trop longs débats.
- Je ne m’imaginais certainement pas que nous aurions eu quatre séances à employer au sujet que j’avais introduit devant vous. En tous cas, il sera bien convenu, je pense, que cette discussion n’était pas intempestive et que, au moment où nous allons avoir un traité de paix •excessivement sérieux à élaborer, il était utile de nous entendre entre nous pour savoir quelles étaient les conditions que nous demanderions à nos représentants d’obtenir pour que notre industrie fût protégée et •qu’elle ne fût pas en tutelle comme elle l’a été dans ces dernières années.
- Yous devez être convaincus également, malgré ce que vient de dire M. Bert, que notre loi n’est pas une des meilleures qui existent. Je me suis efforcé de vous montrer qu’elle était un anachronisme dans notre Code, et qu’elle était tellement immorale que Me Mainié disait tout à •l’heure qu’elle était parfois meurtrière pour l’inventeur qu’elle est chargée de défendre. Ce mot seul la condamne et montre qu’il ne suffit pas d’un replâtrage, mais qu’il faut' la reprendre par la base qui •est viciée.
- Je connaissais trop bien les statuts de notre Société pour m’imaginer qu’il lui était loisible d’émettre des vœux et de se transformer en académie des brevets. Cela n’a pas été mon intention. Si j’ai critiqué la loi de 1844, c’est pour montrer qu’elle était vraiment mauvaise et qu’il y avait intérêt à ce$que ceux de nos Collègues que la question intéresse vinssent à nous pour nous aider à démolir cette Bastille qui nous •opprime depuis si longtemps.
- A quelques amis, nous avons organisé une réunion très modeste que nous avons appelée « une réunion d’étude pour la réforme de la loi sur les brevets d’invention » avec un sous titre : « Protection nationale et internationale de l’Invention ». Et cette petite réunion s’est bornée tout simplement à faire des études préalables et à réunir toutes les propositions fort intéressantes qui nous sont parvenues, en vue de les apporter non pas à la Société des Ingénieurs Civils de France qui ne peut s’en occuper, mais à l’Association des Inventeurs si brillamment présidée par Me Mainié. Cette Association a par ses statuts le devoir de défendre les droits de l’inventeur, et elle se chargera, nous en sommes convaincus, de propager ce que nous croyons être la vérité.
- Dans cette petite réunion d’étude, nous avons pris comme épigraphe, et pour ainsi dire comme préambule de nos études, une déclaration préalable qui vous montrera bien la voie dans laquelle nous nous • engageons:
- « La propriété industrielle, bien que la loi ne la protège que pendant » une durée limitée, est intangible comme toute propriété privée. Or, la » propriété privée ne peut être perdue ni pour simple inobservation des
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- » formalités fiscales, ni pour défaut d’exploitation. Donc, on doit obtenir » que les causes multiples de nullité et de déchéance des brevets d’inven-1 » tion, édictées par la loi du 5 juillçt 1844 pour des raisons fiscales ou » de pure forme, soient abrogées. »
- Voilà le drapeau sous lequel nous nous rangeons. Il me semble que chacun de vous, après ces débats, ne pourra qu’apprécier les' efforts que nous ferons dans ce sens.
- Pourquoi la loi est-elle mauvaise? C’est parce qu’elle ne donne que des protections illusoires et essentiellement fragiles. Permettez-moi de dire que le débat vous semblerait singulièrement rapetissé si je n’avais voulu qu’être l’interprète des revendications personnelles des inventeurs. Veuillez vous rappeler que dès la première séance, j’ai pris la question de beaucoup plus haut et que j’ai dit que la loi de 1844 était néfaste à notre industrie. Voilà la grande préoccupation qui m’a fait adopter ‘ la Société des Ingénieurs Civils de France comme auditoire. C’est cela que j’ai voulu faire ressortir devant vous.
- Il faut pour notre industrie nationale une loi qui protège non seulement l’inventeur, mais encore celui qui accueille l’inventeur. Or, dans les conditions actuelles, le constructeur, je crois vous l’avoir démontré dans la dernière séance, trouve, l’inventeur indésirable, parce que les progrès qu’il lui apporte sont tellement fragiles, tellement limités, qu’il n’a aucun courage à changer son outillage courant et ses méthodes éprouvées pour s’en faire le protagoniste ; tandis que je vous ai indiqué, un peu à la volée, un certain nombre de réformes qui rendraient l’inventeur plus désirable. Je vous ai invités, vous tous qui êtes de grands industriels, à m’aider à trouver la formule pour que nous puissions faire quelque chose de profitable non-seulement aux inventeurs, au sort desquels je compatis, mais également au sort de notre industrie, car l’inventeur est le flambeau de l’industrie. -s
- Il faut que notre industrie progresse sans cesse. Il faut, pour que nous soyons à la tête des autres nations, pour maintenir notre suprématie industrielle, que nous fassions du nouveau et toujours du nouveau, et toujours mieux.
- Pour cela, il faut que les industriels soient incités à encourager et à accueillir les inventeurs, et aujourd’hui ils n’y sont pas incités. Faites-nous donc une bonne loi sur les brevets et nous vous ferons une industrie prospère. Voilà quel a été le but de mon intervention, et je ne pourrai mieux terminer ce résumé qu’en vous lisant un passage d’une lettre que "je viens de recevoir de M. Paul Kestner, un de nos collègues éminents, qui fait partie du Comité. C’est un grand inventeur devant l’Eternel, en môme temps qu’un grand industriel. Cet inventeur des évaporateurs a pris des brevets un peu dans tous les pays.
- M. Bert vous disait tout à l’heure que parmi toutes les législations, la nôtre était la meilleure. Tant pis pour les autres ! Pourtant,'fil me semble que parmi les législations étrangères, il y a certaines dispositions plus favorables, et Kestner est un peu de cet avis tout en regrettant que les États-Unis aient un examen préalable parfois un peu tracassier. Néanmoins, pour le reste, cette législation est bien favorable’à l’inventeur et à l’industrie, et c’est précisément ce môme point de vue quefcet
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- inventeur éminent qu’est Kestner indique dans sa lettre en quelques lignes que je vous demande la permission de lire, car ce sera la conclusion la plus vraie des observations que j’ai présentées :
- « Aussi, dit-il, quelle prospérité industrielle aux Etats-Unis, quel » essor, quelle puissance, etc...
- » L’expérience américaine est là pour démontrer que la prospérité » industrielle est la conséquence de la protection généreuse des inventeurs. »
- Yoilà ma thèse. Elle est reprise intégralement par Kestner.
- Enfin, il conclut, dans une période d’une assez belle envolée, en disant :
- ' « Et quand j’entrevois comme en un beau rêve les inventeurs groupés » en une armée puissante, libérés des cuisants soucis du lendemain, de » la misère, dépensant sans compter leur énergie et leur argent à la » poursuite de leur idéal, avec sérénité et confiance, donnant libre cours » en un mot à l’essor du génie créateur français, je vois en même temps, » comme un rêve encore plus beau, une France industrielle grandie, » régénérée, tenant hautement la place que lui assignent son histoire » et son génie. »
- C’est le point sur lequel j’ai voulu appeler votre attention. Il faut que les inventeurs soient protégés, mais il faut aussi que l’industrie française soit incitée à les accueillir et a les faire triompher.
- M. le Président dit que M. Barbet a résumé avec tant de clarté et d’autorité les raisons qui ont amené l’ouverture de cette discussion qu’il ne peut rien ajouter.
- Il tient toutefois à remercier tous les orateurs pour la part qu’ils ont prise à cette discussion dont nous devons nous féliciter en raison du succès qu’elle a obtenu. Il lui reste un devoir à remplir c’est de s’associer à l’hommage si justifié rendu par M. Jean Rey aux éminents membres du Barreau qui ont bien voulu suivre nos discussions.
- Nous avons pu parfois leur paraître quelque peu téméraires et les scandaliser quelque peu mais, d’autre part, ils nous ont beaucoup appris et nous ne pourrons que gagner à l’échange de vues si cordial, si courtois qui a eu lieu.
- .M. le Président remercie M. le Directeur de l'Office National de la Propriété industrielle qui a bien voulu suivre nos débats et il le prie de vouloir bien être notre interprète et de se faire, auprès de M. le Ministre du Commerce, l’écho des desideratas qu’il a entendus formuler.
- En terminant M. le Président ajoute que comme membre du Bureau il a souvent eu connaissance de la malheureuse situation d’inventeurs à constater la misère de leurs veuves et à y remédier avec les modestes fonds dont nous disposons. Si l’on compare la propriété littéraire, la propriété artistique à la propriété industrielle, il fait remarquer que, grâce à la durée accordée aux deux premières formes de la propriété, il y a des réparations que le temps a permises. Jamais, ces réparations' n’ont été possibles en matière de brevets en raison du trop court délai imparti et il prie M. le Directeur de l’Office National de la Propriété industrielle de bien vouloir à l’occasion, s’en souvenir.
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- Il est donné lecture des demandes d’admission en première présentation de MM. E. Lambla de Sarria, L. Largot et J. G. Belanger comme Membres Sociétaires Titulaires.
- MM. D. Fenouil et L. Pelieu sont admis comme Membres Sociétaires Titulaires. '
- La séance est levée à 19 heures (1).
- Le Secrétaire Administratif,
- A. de Dax.
- NOTE ET LETTRES
- REÇUES AU SUJET
- DE LA DISCUSSION SUR LES BREVETS D’INVENTION INTERNATIONAUX
- NOTE de M. George-F. Jaubert.
- Avant d’aborder le sujet même de ma communication, je voudrais répondre, en quelques mots, à une question soulevée par M° Michel Pelletier, c’est celle qui concerne la faculté accordée à tout inventeur de pouvoir demander l’ajournement à un an de la publication de sa demande de brevet.
- Me Mithel Pelletier, se basant sur des statistiques, a montré que cette faculté était peu prisée par les inventeurs et que, dans ces conditions, il n’y avait aucun intérêt à maintenir cette disposition de la loi du 7 avril 1902.
- Voici, au reste, U argumentation de Me Michel Pelletier r
- « C’est en s’inspirant d’une pensée analogue à celle de M. Barbet que » le législateur a décidé, en 1902, qu’un inventeur peut réclamer » l’ajournement de la délivrance de son brevet pendant une année, de » telle sorte que pendant cette année il va être protégé sans même faire » connaître son invention. On pensait que cette innovation, apportée à » notre régime légal en cette matière, allait être saluée par les inven-» teurs comme une conquête particulièrement intéressante. L’événe-» ment n’a pas confirmé cette supposition. En effet, quand on jette les » yeux sur les statistiques, qui ont bien leur intérêt dans cette sorte de » matière, on voit qu’il y a très peu de brevets dont on demande » l’ajournement, dont la délivrance est différée, par rapport au chiffre » total des brevets demandés. Voulez-vous un exemple? Je prends
- (1) Depuis cette séance, M. Émile Bert nous,a avisé que le projet de loi établissant des règles temporaires en matière de propriété industrielle, notamment en ce qui concerne les brevets d’invention appartenant aux ressortissants des empires d’Allemagne et d’Autriche-Hongrie dont il avait entretenu la Société dans sa séance du 26 février dernier, avait été voté par le Sénat le 14 mai. La loi va être promulguée incessamment.
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- » bannée 1911. C’est la statistique de celle année-là qui m’est tombée » sous les yeux. J’ai vu qu’on avait demandé 15593 brevets en 1911, » Savez-vous combien de brevets ont été demandés avec ajournement? » 1 964 seulement. Et il semble que la proportion diminue au fur et à » mesure qu’on s’éloigne de la loi de 1902. Il ne paraît donc pas qu’il » y ait un gros intérêt pour les inventeurs, jugeant bien par eux-» mêmes ce qui leur convient, à retarder ainsi la divulgation de leur » invention. » , • «
- Permettez-moi, Messieurs, de ne pas être de l’avis de Me Michel Pelletier et de croire, au contraire, qu’il y a le plus%rand intérêt pour les inventeurs français à conserver ce dispositif de la loi du 7 avril 1902.
- En effet, les chiffres sur lesquels s’appuie Me Michel Pelletier et qui montrent que seulement 12 % des inventeurs feraient usage de la faculté d’ajournement, peuvent être interprétés différemment, et voici pourquoi :
- Il est bien évident que l’ajournement à un an n’a d’intérêt pour l’inventeur que lors du dépôt du premier brevet d’une même série, et j’entends ici par série, la même invention dont la protection est demandée dans des pays différents.
- Or, il est à remarquer, et, c’est une chose bien naturelle, qu’à de rares exceptions près les inventeurs font leur première demande de brevet dans'le pays où ils habitent et où l’invention a vu le jour. Quelques rares inventeurs français, il est vrai, déposent d’abord en Belgique par simple raison d’économie ; mais, je le répète, c’est l’exception.
- Ceci nous prouve donc que le dispositif de la loi du 7 avril 1902 n’intéresse que les inventeurs français ou résidant en France, et c’est, du reste, dans le but de les favoriser que la faculté d’ajournement de la publication leur a, été accordée.
- Or, parmi les 15593 brevets demandés en 1911 et cités par Me Michel Pelletier, combien ont été pris par des Français ? La réponse est simple : moins de la moitié.
- En France, en effet, Messieurs, sensiblement plus de 50 % des brevets sont pris par des personnes résidant à l’étranger et avant tout en Allemagne.
- Voici quelques chiffres qui se rapportent aux années 1905, 1906 et 1907:
- Année. Nombre total Inventeurs Inventeurs Dont
- des brevets délivrés. français. étrangers. allemands.
- 1905. . 12 953 6 301 6 652 2 304
- 1906. . 43111 6 240 6971 2593
- 4907. . 14282 6 711 7 571 2 720
- Or, toutes ces demandes provenant de l’étranger ne constituant pas la première demande de protection pour l’invention, il ne peut être question pour ces demandes de réclamer l’ajournement,à un an.
- Il me paraît donc équitable de mettre les 1 964 demandes d’ajournement afférentes à l’année 1911 et citées par Me Michel Pelletier, non pas en regard du total de 15 593 demandes de brevets afférentes à la même année, mais bien en regard des 7 000 demandes environ affé-
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- rentes aux brevets demandés par des Français ou des étrangers résidant en France, et dans ces conditions la proportion des demandes d’ajournement ne ressort plus à 12 %, mais bien à 28,%.
- Voici, du reste, quelques chiffres qui montrent que chaque année le nombre des inventeurs augmente, qui font usage de la faculté d’ajournement :
- 1902 325
- 1903. . ... 632
- 1904, . .... 718
- 1905" . . . . 1196
- 1906 . . . . 1467
- 1907 . . . . 1704
- 1911 . . . . 1964
- Dans ces conditions, il serait éminemment regrettable de voir supprimer pour les inventeurs cette faculté, si précieuse, de voir retarder pendant un an la publication de leur découverte, cet avantage inappréciable d’être protégé sans avoir fait connaître encore publiquement leur invention.
- J’arrive maintenant, Messieurs, à la communication des quelques idées que je désire vous soumettre.
- Il est, en effet, une question très importante qu’il est nécessaire de se poser dès maintenant :
- Lorsqu’après la guerre interviendra le traité de paix, quels seront les droits des inventeurs lésés par le fait même de la guerre ? Et je n’entends pas par là ceux seulement dont les brevets auront été radiés ou seront considérés comme déchus par suite de non-paiement d'annuités ou de défaut d’exploitation, car je suppose que la Commission technique de l’Office National sera consultée au sujet de la clause à introduire dans la rédaction du traité de paix concernant la sauvegarde des droits des inventeurs.
- Parmi les nombreuses questions concernant les brevets d’invention que le fait de la guerre européenne a soulevées, il en est une qui, à ma connaissance, n’a pas encore été abordée : c’est celle de la nécessité d’une prolongation de la durée des brevets d’inventions dont l’exploitation a été lésée du fait de la guerre.
- Le brevet d’invention étant, par son essence même, un contrat de quinze ans entre l’inventeur d’une part et la société de l’autre, il est entendu que le brevet garantit à l’inventeur la jouissance exclusive, mais temporaire, de son invention, tandis que la société en aura la jouissance différée, mais perpétuelle, une fois les quinze ans révolus.
- La base de tout contrat est que le preneur jouisse paisiblement de la chose louée pendant toute la durée du contrat.
- Or, Messieurs, qui pourrait soutenir que les titulaires de brevets d’inventions n’éprouvent aucun dommage du fait de la guerre ?
- Si les industries de première nécessité, comme celles de l’alimentation, ont assez bien résisté aux difficultés de l’heure présente, il est certain, par contre, que la plupart des établissements industriels se sont vu enlever, du fait de la mobilisation, Je plus grand nombre de leurs
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- ingénieurs, employés et ouvriers, et se trouvent en complète stagnation.
- Ce sont les inventeurs, dont ces établissements exploitent les inventions, qui se voient frappés par contre-coup, et si une loi prolongeant la durée des brevets d’invention d’une durée au moins égale à celle de la guerre n’était pas votée par le Parlement, tous les inventeurs se trouveraient lésés dans la paisible jouissance du contrat qu’ils ont signé avec la société le jour où ils ont déposé leur demande de brevet.
- Cette note était déjà rédigée lorsque j’ai eu connaissance de préoccupations analogues qui se font jour en Angleterre.
- C’est ainsi que la Chambre de Commerce de Manchester a examiné, le 10 février, les doléances des industriels qui exploitent des procédés brevetés et qui souffrent du fait de la guerre.
- La Chambre de Commerce de Manchester a appuyé le vœu émis par ces industriels, visant à ce que tout titulaire d’un brevet anglais, en vigueur au début de la guerre, voie la durée de son brevet prolongée d’une durée égale à celle de la guerre, à la condition que le brevet eut déjà au moins dix ans d’existence le jour de la déclaration de guerre.
- Ce vœu des industriels anglais, appuyé par la Chambre de Commerce de Manchester, a été transmis au Board of Trade.
- J’ajouterai que, si je salue avec plaisir l’initiative anglaise, par contre je ne vois pas pourquoi seuls les brevets ayant dix ans d’existence seraient favorisés d’une prolongation au détriment des brevets ayant moins de dix ans le jour de la déclaration de guerre.
- Malgré cette réserve, je suis heureux de voir qu’en Angleterre les idées que je viens de vous soumettre commencent à faire leur chemin, et je ne doute pas qu’en France des dispositions équitables n’interviennent en faveur des inventeurs tendant à prolonger de quelque temps les quinze années, si courtes, qui sont accordées à tout inventeur pour jouir des bénéfices de sa découverte.
- « Londres, le 20 avril 1915.
- « Monsieur le Président,
- » Je voudrais ajouter quelques mots à la discussion qui a suivi la » courageuse initiative de M. Barbet en faveur des inventeurs.
- » Ce qu’il y a de très intéressant dans cette initiative, c’est qu’elle est » prise par un ingénieur éminent qui est lui-même un inventeur. Or, » jusqu’à présent, les inventeurs n’ont jamais parlé pour défendre leur » cause. Les lois ont été faites et modifiées sans que jamais ils aient été » consultés : ceux qui se sont faits leurs porte-parole n’avaient aucun » mandat pour parler en leur nom. 1
- » Pourquoi les inventeurs ont-ils toujours été muets ? Pourquoi » n’ont-ils jamais su se grouper, se syndiquer pour la défense de leurs » intérêts si injustement méconnus ?
- » Pauvre inventeur,, idéaliste poursuivant dans l’obscurité son idée » contre toutes les embûches qui lui sont tendues ! Optimiste quand » même. Il n’est pas homme pratique. Il n’est guère écrivain, encore » moins orateur. Il n’a donc pas, pour se défendre, les armes puissantes
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- » dont se sont servi les auteurs pour obtenir une protection si enviable. » Il développe son rêve, humble et résigné dans l’isolement : et, neuf' » fois sur dix, finit dans la misère. La Société et le fameux domaine » public, son ennemi tant invoqué par ses adversaires, n’ont d’ailleurs » pour lui que raillerie. f
- » L’inventeur dont je fais le tableau est l’ingénieur-inventeur, celui » qui n’a pas les ressources suffisantes pour exploiter ses inventions ; » c’est vers celui-là surtout que doit aller la sollicitude de la Société des » Ingénieurs Civils de France, qui en compte d’ailleurs un grand » nombre sous son drapeau.
- » Ah ! je sais bien qü’il y a aussi l'homme heureux qui.a imaginé un » porte-plume ou un article de toilette. Il fera quelque petite dépense » pour mettre son invention au point, et. pourra l’exploiter dès qu’il » aura déposé son brevet. 11 y a des chances pour qu’il s’enrichisse » pendant les quinze années que dure la protection qui lui est accordée,. » et pour laquelle il n’aura déboursé que très peu. C’est un inventeur » aussi, celui-là ; mais ce n’est pas celui qui nous intéresse ici.
- » Les grandes inventions du domaine industriel enrichissent ceux » qui les exploitent, mais quand ont-elles conduit à la fortune celui qui » les a créées? Les lois que nos adversaires trouvent si parfaites y » mettent un obstacle absolu et il y a là une profonde, une immense » injustice qui ne devrait pas être dë notre époque, qui ne doit pas être » de celle de demain, une injustice contre laquelle la Société des Ingé-» nieurs Civils de France doit s’élever ; il y a là une grande oeuvre de » réparation à accomplir par notre Société.
- » Quel autre concours que celui de notre groupement les ingénieurs-» inventeurs pourraient-ils invoquer ? Eux-mêmes ' ne savent pas se » défendre. Leurs porte-parole dans les Congrès, dans les Commissions » où leur sort est discuté, ont évidemment beaucoup de sympathie pour » eux et sont animés des meilleures intentions ; mais il est évident » qu’ils ont à défendre leurs intérêts professionnels, qui, n’ont rien à » voir avec les nôtres.
- » Les discussions qui ont suivi la communication de M. Barbet mon-» trent à quel point ils trouvent que tout est pour le mieux, et que nous » aurions tort dé nous plaindre de notre sort.
- » Les inventeurs-ingénieurs sont-ils moins intéressants que les auteurs » et artistes ? Font-ils moins qu’eux pour la prospérité du pays ? Ne » contribuent-ils pas autant, quoique'dans une voie différente, à notre » influence à l’étranger ?
- » Je les trouve au moins aussi dignes de sollicitude, pour cette raison » déjà qu’ils doivent dépenser beaucoup plus d’argent afin de mettre » leurs créations sur pied, et qu’ils ont, par conséquent, plus de droit à » en récupérer..
- » Il est de toute évidence que, pour ces inventeurs, les quinze ans » qui doivent couvrir.la période de mise au point et de dépense, puis » celle de récupération, sont absolument insuffisants. Tout ce que l’in-» venteur peut faire en quinze ans, c’est de semer, en y mettant souvent » toute sa fortune et celle de sa famille; Il ne sera jamais à la récolte.
- » Et quand même ce que j’avance serait exagéré et ne serait vrai que
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- » pour quelques-uns, ce serait trop encore. Il ne faut d’injustice pour » personne, et surtout pas pour ceux-là ; c’est chez ces quelques-uns que » se trouveront peut-être les inventions les plus importantes, celles dont » la mise au point coûtera le plus cher et nécessitera le plus de temps-
- » La loi de 1844 était peut-être bonne quand elle a été faite ; mais actuel-» lement elle a ce résultat, qui n’est certainement pas celui qu’elle a » cherché : l’étranglement des ingénieurs qui font des inventions.
- » Ceux-ci ne demandent pas l’impossible. Ils ont l’esprit de sacrifice » et savent tenir compte des intérêts supérieurs de la Société et du » fameux domaine public.
- » Je n'ai pas de solution à proposer. Je reconnais que la question est » très complexe. Quelques-unes des idées préconisées par M. Barbet me » paraissent devoir appeler des réserves ; par contre, il est évident qu’il » faut augmenter, et cela dans une proportion importante, la durée de » la protection. Il me semble aussi de toute justice, comme mesure im-» médiate, que la période d’arrêt industriel causée par la guerre soit » neutralisée comme le propose M. Barbet.
- » Enfin, pour terminer, je ne puis m’empêcher de comparer la situa-» tion en France avec ce qui se passe aux Etats-Unis, actuellement le » paradis des inventeurs.
- » Aux Etats-Unis, le brevet coûte 3o dollars, et cela une seule fois » pour toute la durée. Celle-ci est de dix-sept ans ; mais comme ces » dix-sept ans ne courent qu’à dater du jour où l’invention est défmi-» tivement acceptée et que l’inventeur a un délai d’un an pour répondre » à chaque objection de l’office, l’inventeur peut souvent faire prolonger » la discussion pendant plusieurs années. J’ai moi-même aux États-» Unis des inventions qui ont été ainsi protégées pendant plus de » vingt ans.
- » Aussi, quelle prospérité industrielle aux Etats-Unis ! Quel essor I » Quelle puissance, presque entièrement due à la création ininter-» rompue d’une myriade d’inventions !
- » Lorsqu’on voudra enfin nous rendre justice, réclamerons-nous seu-» lement ce que l’on accorde aux Etats-Unis ? J’estime que l’on doit » nous donner davantage. L’expérience américaine est là pour démontrer » que la prospérité industrielle est.une conséquence de la protection ') généreuse aux inventeurs. C’est dans la voie d’un pas en avant sur »l’expérience américaine que doit s’orienter,la France.
- » Dans l’état actuel, celui qui, en France, a le génie inventif, n’a » aucun intérêt à créer, s’il n’est pas en mesure d’exploiter lui-même. » Cela ne lui rapportera rien, et c’est là l’opinion que j’exprimerai tou-» jours à un ami. C’est le conseil que j’ai donné plus d’une fois à un » père qui me consultait sur l’orientation à donner à son fils qui fait » preuve d’un caractère inventif ; je lui dis : « Faites de votre fils un » commerçant s’il a l’ambition de s’enrichir ; mais, pour l’amour de » Dieu, ne lui laissez pas faire d’inventions ».
- » Et quand j’entrevois, comme en un beau rêve, les inventeurs-ingé-» nieurs groupés en une armée puissante, libérés des cuisants soucis » du lendemain de misère, dépensant sans compter leur énergie et leur » argent à la poursuite de leur idéal avec sérénité et confiance, donnant
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- » libre cours, en un mot, à l’essor du génie créateur français, je vois » en môme temps, comme un rêve encore plus beau et conséquence de » l’autre, une France industrielle grandie, régénérée, tenant hautement » la place que lui assignent son histoire et son génie.
- » Aidez-nous, mon cher Président, à réaliser ce rêve.
- » A vous bien cordialement,
- » Paul Kestner ».
- * Châtellerault, le 22 avril 1915.
- ’ ~ » Monsieur le Président,
- » Empêché d’assister à notre prochaine séance, voici, à propos de bre-» vêts d’invention, quelques remarques d’ordre pratique.
- » L’opinion générale de nos Collègues paraît être en faveur du brevet » sans examen ou système français par opposition au brevet allemand » avec examen.
- » Pourtant, en pratique, le premier conseil que donne à l’inventeur ». tout spécialiste en matières de brevets est de demander son brevet en » Allemagne afin de s’assurer si son idée est nouvelle et dans quelle » mesure.
- » Autant que je l’ai vu par expérience personnelle ce conseil est en » général extrêmement judicieux, l’examen du Patentàmt étant fait » très sérieusement.
- » D’autre part, la possession d’un brevet allemand est souvent consi-» dérée comme indispensable en France pour la négociation d’un brevet.
- » N’est-ce pas là, en dépit de toutes considérations contraires, la » démonstration par les laits de la nécessité rde l’examen préalable, » aussi bien pour l’inventeur que pour ceux avec lesquels il peut » traiter? '
- » Certes, l’examen préalable tel qu’il est pratiqué en Allemagne pré-» sente de nombreux inconvénients ; parfois un brevet est refusé qui » devrait être accordé; d’autre part, l’établissement d’un tel service » d’examen compliquerait singulièrement la tâche de l’Office de la Pro-» priété Industrielle.
- » Mais ce-sont là des questions qui ne touchent en rien le principe et » il ne semble pas impossible d’,éviter ces inconvénients ou de les rendre » supportables.
- » La première idée d’un inventeur n’est, pour ainsi dire, jamais » exploitable telle que. 11 faut une mise au point presque toujours longue » et coûteuse.
- » Pendant cette période de préparations et de recherches, que je com-» parerai à la prospection d’un terrain minier, l’inventeur ne peut penser » à exploiter ; il a seulement besoin, pour conserver la propriété de ses » idées, d’une protection qui doit être aussi large que possible, car bien » souvent, c’est seulement après de longues recherches qu’il peut dis-» tinguer, parmi ses idées, celles qui sont essentielles.
- » Vouloir l’obliger dès le début à préciser exactement la portée et les
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- » limites de son invention, est en général aussi excessif que de vouloir » contraindre le mineur à exploiter sans avoir prospecté.
- » Ce qu’il faut donc au début, c’est le brevet sans examen dans lequel » on peut mettre tout ce que l’on veut.
- » Par contre, lorsque l’inventeur a mis ses idées au point, qu’il sait » exactement ce qu’il a inventé, l’intérêt de son invention apparaît » réellement.
- » C’est à ce moment que les contrefacteurs peuvent être tentés et il » est alors de son intérêt, aussi bien d’ailleurs de celui de la Société, » que la portée de son invention soit exactement délimitée, de telle » manière qu’il puisse défendre ce qui lui appartientsanspouvoir émettre » des prétentions exagérées.
- » Nous sommes ainsi conduits à un double brevet, le premier, général » sans examen, secret de préférence (pouvant, bien entendu, ne pas » être pris quand l’invention est telle que, dès le début, elle peut être » délimitée exactement), et le second définitif avec examen et publicité.
- » Cette combinaison de deux brevets est si nécessaire, qu’elle est dès » maintenant appliquée pour ainsi dire avant la lettre; les agents de » brevets la recommandent dès qu’une idée parait tant soit peu impor-» tante en faisant demander le brevet en France sans examen et en » Allemagne où l’examen est le plus sévère (Ceci ayant également pour » but de faciliter la négociation des brevets par suite de la présomption » de nouveauté que donne la possession d’un brevet allemand).
- » A première vue, un tel système se confond avec le système anglais.
- » Il en serait évidemment très proche, mais, pour répondre aux néces-» sités révélées par la pratique, il en différerait d’abord en ce que la » durée de la première protection nê serait pas fixe et limitée à quelques » mois (ce qui est beaucoup trop court pour une mise au point), mais » pourrait être fixée par l’inventeur lui-même jusqu’à une certaine » limite, par exemple, deux ou trois ans. Cette limite pourrait être # augmentée notablement dans le cas où l’inventeur justifierait que ses » recherches n’ont pas encore abouti à un résultat définitif, la durée du » privilège ne datant que du jour du dépôt de la demande du brevet » à examen.
- Il serait facile d’empêcher l’inventeur d’abuser de cette situation » s’il en avait l’intention, en l’obligeant d’une part à être en possession » de son brevet définitif — (à examen) — avant de pouvoir engager » aucune poursuite en contrefaçon, et d’autre part, en introduisant la » licence obligatoire.
- » Le système du brevet à çxamen améliorerait encore les choses en ce » qui concerne la situation du contrefacteur de bonne foi. Avec le sys-» tème du brevet sans examen, où l’on peut mettre tout ce que l’on veut, » il est pratiquement impossible, même avec des recherches longues et » coûteuses, d’être fixé sans procès sur l’étendue de la protection donnée » par un brevet quelconque, surtout pour l’industriel moyen qui ne » peut se tenir au courant de tous les brevets nouveaux.
- » Avec le brevet à revendications étroitement délimitées, il en est » tout autrement. Ces revendications pouvant être toutes reproduites » comme aux États-Unis par exemple, dans une publication périodique
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- » de prix modique, il serait, alors, possible aux intéressés de savoir à » quoi s’en tenir, la licence obligatoire leur permettant de continuer » leur industrie même s’ils avaient besoin d’utiliser des idées nouvelles.
- » Qui dit licence dit redevance. A première vue, il semble que le » montant doive en être laissé à l'appréciation d’un tribunal spécialisé, » car c’est avant tout une question d’espèce. Il est très facile de dire » qu’on fixera la licence à 10 ou 20 0/0 du prix d’un appareil, seulement » il ne manque pas de cas où le dispositif breveté étant combiné à » d’autres, la difficulté est de délimiter la base de la redevance. Par » exemple, dans le cas d’un dispositif de démarrage ou de freinage » appliqué à un moteur de pont roulant, qu’est-ce qu’il faut entendre » par appareil pour le calcul des redevances ? Est-ce le dispositif de » freinage ou de démarrage seul, ou le dispositif et le moteur, ou leur » combinaison avec le treuil, ou enfin tout l’ensemble du pont ?
- » Nous trouvons ici la nécessité d’un organisme spècial d’arbitrage » que je me borne à indiquer.
- » La licence obligatoire, même si elle ne devait pas jouer, ôterait » toute raison d’être à l’obligation d’exploiter qui, en réalité, est, sui-» vant les cas, ou un traquenard pour l’inventeur lorsque son invention » ne peut être exploitée que par un nombre très réduit d’établissements » industriels ou une fumisterie. Que signifient, par exemple, les constats » d’exploitation, notamment dans le cas d’appareils brevetés par des » étrangers qui, pour une raison ou pour une autre, ne veulent pas » encore construire en France? On fait venir un huissier, on lui montre » quelques pièces et la farce est jouée.
- » Telles sont, Monsieur le Président, quelques-unes des remarques » qui me semblent pouvoir être faites sur la question.
- » Je m’arrête ici, vous laissant le soin de donner connaissance de cette » lettre à nos Collègues, si vous estimez que, sur ce sujet inépuisable, » elle peut être de quelque intérêt pour eux.
- » Veuillez croire, Monsieur le Président, à l’expression de mes senti-» ments les plus distingués et dévoués.
- » Paul Lecleiv. »
- < Grenoble, le 22 avril 1915.
- » Monsieur le Président,
- » C’est avec un très grand intérêt que j’ai suivi dans le Bulletin* de » la Société la discussion provoquée par la communication de M. Barbet.
- » J’estime que tous les Membres de la Société qui le peuvent et que » la question intéresse doivent faire connaître leur avis. ,
- » .Je vous remets donc ci-dessous une note résumant mon opinion sur » les différents points qui ont été discutés. '
- » 1° Opportunité de la discussion. — La vie normale du pays est sus-» pendue. Toutes les énergies sont concentrées vers un seul but : La » Victoire. Mais il faut préparer l’essor industriel qui doit suivre. Telle » est la tâche de ceux d’entre nous que leur âge ou leurs fonctions » retiennent loin du front.
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- -a 2° La loi actuelle doit-elle être modifiée ? — Elle est meilleure que » bien d’autres, mais la législation de 1844 ne pouvait prévoir toutes » les nécessités de l’industrie actuelle. Cette loi doit donc être améliorée.
- » 3° But à atteindre. — Les créations industrielles ne peuvent être » assimilées ni même comparées aux créations artistiques et littéraires. » Incomparablement plus que ces dernières, elles dépendent des travaux » antérieurs, du milieu dans lequel travaille-l’inventeur et des moyens » dont il dispose. La Société possède donc un droit de préemption sur » les inventions scientifiques à un degré beaucoup plus grand que sur » les œuvres artistiques et littéraires. Ce droit n’exclut d’ailleurs par » une rémunération équitable et même large de l’inventeur. Le légis— » lateur ne doit pas l’oublier, mais il doit donner le pas à l’intérêt » social et surtout national.
- » 4° Examen préalable. — Tel qu’il est organisé par la loi allemande, » l’examen préalable est caractéristique de l’infatuation scientifique » germanique. Notre législation se ressent au contraire très largement » des tendances libérales françaises. Obligé de choisir entre les deux » systèmes tels yju’ils sont, je n’hésiterais pas à préférer le nôtre. Je » crois, toutefois, qu’il pourrait être bon d’instituer un examen préalable » dont le résultat serait communiqué à l’inventeur à titre d’indication. » Cet avertissement pourrait figurer à la suite du, brevet, à la condition » que l’inventeur ait le droit d’y ajouter une courte réplique.
- » 5° Exclusivité. — Le délai de quinze ans d’exclusivité ne doit pas » être augmenté. Il serait même désirable qu’il fût réduit à la condi-» tion de donner à l’inventeur une juste compensation par l’aug-» mentation de la durée du brevet.
- » 6° Durée du brevet. — La durée du brevet est le temps pendant » lequel un certain droit de propriété est reconnu à l’inventeur ou à ses » héritiers. Cette durée peut être augmentée à la condition qu’elle ne » soit pas un obstacle à la diffusion de l’invention. Ce résultat paraît » pouvoir être atteint par la licence obligatoire avec tarif maximum.
- » 7° Droit de dépôt et annuités. — Le droit de dépôt doit être peu élevé » mais suffisant pour couvrir les frais de l’Office National.
- » Les annuités, faibles au début, devront être progressives. Elles » pourront être remplacées avantageusement pour le fisc par un' droit » proportionnel sur les redevances payées à l’inventeur.
- » 8° Déchéance pour défaut d’Exploitation. — La loi peut être très libé-» raie sur ce point, si l’on institue la licence obligatoire ou tel autre « système empêchant l’inventeur de nuire au libre développement de » l’essor industriel du pays en mettant sous le boisseau son invention » qui aurait pu être demain celle d’un autre. 1
- » 9° Déchéance pour introduction de l’Étranger. — L’expérience de ces » dernières années nous a montré que notre industrie nationale était » insuffisamment protégée contre les manœuvres]d'accaparement plus » ou moins déguisées de nos ennemis. Une mauvaise loi sur les brevets » ipeut se faire complice de cet accaparement. Les industries dont le » développement est nécessaire dans l’intérêt national doivent être éner-
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- » giquement protégées. Pour les autres, on pourra apporter certaines » atténuations à l’obligation de construire en France, mais à la condi-» tion d’obtenir une large réciprocité et aussi d’obvier aux erreurs tou-» jours possibles du législateur par des licences obligatoires avec tarif. » maximum inférieur à la protection douanière.
- » Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président, l’expression de mes » sentiments très dévoués.
- » P. Ducrest. »
- « Paris, le 23 avril 1915.
- » Monsieur le Président,
- » Ne pouvant me rendre à notre séance de ce soir, je viens vous » demander à ajouter une nouvelle contribution à la discussion sur les » Brevets d’invention.
- » Plusieurs des lettres insérées à la suite du procès-verbal de séance » font une proposition qui me paraît fort intéressante.
- » C’est qu’en dehors de la période d’exclusivité, on prévoie une période » d’exploitation libre moyennant uné redevance fix*e en faveur de » l’inventeur.
- » On a indiqué comme taux de redevance pour cette période de » « licence légale » celui de 10 0/0,.
- » Ce taux parait tout indiqué comme conforme aux usages. Certaines » atténuations seraient cependant à prévoir, le taux de 40 0/0 restant » celui de principe.
- » On objectera que la redevance ne s’appliquant qu’à la fabrication » nationale nuirait aux exportations. Il faudrait comme correctif que » cette redevance fût fortement réduite ou supprimée pour les objets » exportés.
- » Il appartiendrait alors à l’inventeur de se couvrir lui-même dans les » pays étrangers, ce que des accords internationaux faciliteront sans » doute de plus en plus.
- » Le régime de licence légale avec la redevance de 10 0/0 pourrait » peut-être subir une extension intéressante.
- » Tout d’abord, et tout naturellement, on ferait ce qui existe déjà » dans divers pays, notamment au Canada, en donnant à l’inventeur la » faculté de se libérer de l’obligation d’exploiter en renonçant à l’exelu-» sivité et en acceptant le régime de la licence légale à un moment quel-» conque de la durée du brevet.
- » D’autre part, on pourrait décider que l’inventeur cessant le paie-» ment des annuités de son brevet tomberait ipso facto, et sans déchéance, » sous ce même régime de licence légale.
- » Mais il faut prévoir les objections du fisc.
- » Un petit impôt sur les redevances légales lui donnerait satisfaction » en compensant avantageusement les annuités non payées.
- » Ce serait une situation analogue, à celle des théâtres qui paient » d’une part aux auteurs, et d’autre part à l’Assistance Publique, et on » peut envisager une Société d’inventeurs qui percevrait les redevances
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- PROCÈS-VERBAL DE LÀ SÉANCE DU 23 AVRIL 1911
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- » pour les inventeurs acceptant d’en faire partie, à l’instar de ce qui » fait la Société des Auteurs en matière littéraire, pour le grand avan-» tage de la défense des intérêts ainsi groupés et rendus plus forts.
- » On fera peut-être l’objection que si un industriel devait payer pour » un même objet la redevance de 10 0/0 à plusieurs inventeurs diffé-» rents de perfectionnements successifs, il en résulterait une situation » trop onéreuse et inadmissible.
- » Gomme correctif, il conviendrait de prévoir qu’en cas d’emploi » simultané de plusieurs brevets pour un même objet, il ne serait tou-» jours payé que 10 0/0, et que ces 10 0/0 seraient partagés entre les » divers inventeurs intéressés, le titulaire du brevet le plus ancien rece-» vant 5 0/0 et les autres se partageant également entre eux les autres » 5 0/0 sans que le même breveté pût recevoir deux parts différentes.
- » On a exprimé l’avis qu’il conviendrait de donner un avis officiel » sur les antériorités à l’inventeur au moment où il dépose son brevet.
- » Peut-être vaudrait-il mieux ne pas demander à l’Etat un nouveau » service et la création de fonctionnaires correspondante.
- » S’il existait une Société des Inventeurs bien organisée, elle pour-» rait sans doute avoir un service d’antériorités peu coûteux renseignant » utilement ceux qui s’adresseraient à elle.
- » Peut-être est-il utile de signaler à ce sujet, pour ceux de nos » Collègues pouvant l’ignorer, qu’on peut rechercher soi-même les » antériorités au Conservatoire des Arts et Métiers, soit dans les brevets » français, soit dans les brevets étrangers, et que c’est assez facile dans » une certaine mesure, grâce aux groupements de brevets et tables de » matières qui existent, depuis 1902 pour les brevets français, et depuis » beaucoup plus longtemps, pour certains brevets étrangers dont le Con-» servatoire possède la collection.
- » Il est à conseiller, aux inventeurs qui peuvent le faire, de rechercher » ainsi les antériorités eux-mêmes avant de déposer leurs brevets. Ils » trouvent d’ailleurs au même Conservatoire des Arts et Métiers l’ins-» traction leur indiquant les formalités à remplir pour déposer leurs » brevets eux-mêmes s’ils croient pouvoir le faire.
- » Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’expression de mes senti-» ments très distingués et dévoués.
- » L. Ravier. »
- Bull.
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- PROCES-VERBAL
- DE LA
- SÉANCE T>XJ 28 1VCAJC 1915
- Présidence de M. H. Gall, Président.
- La séance, est ouverte à 17 heures.
- M. de Président dit que nous avons l'honneur d’avoir parmi nous M. le Général Château qui fait partie de notre belle armée d’Alsace; il est de ceux qui contribuent à reconquérir notre chère province.
- Ml le1 Président est heureux de lui souhaiter la bienvenue parmi nous et il le remercie d’avoir bien voulu, au moment où il prend quelques jours d’un repos si bien gagné, venir à notre séance. (Applaudissements.)
- Le Procès-Verbal de la précédente séance est adopté.
- M. le Président a le regret d’annoncer à la Société le décès de MM. :
- F. Blandin, Ancien Élève de l’Ecole Centrale (1860), Membre de la Société depuis 1880, ancien Manufacturier, Président du Conseil des Directeurs de la Caisse d’Epargne de Nevers, Membre du Conseil d’Administration de la succursale de la Banque de France, à Nevers, Conservateur Honoraire des Musées de Nevers, Administrateur de la Société de Crédit immobilier.
- E. M. CûMin, Ancien Élève de l’École Centrale (1865), Membre de la Société depuis 1872, Administrateur de la Compagnie française des Mines et Usines d’Escombrera Bleyberg, de la Société des Houillères de Puertoiiano, Directeur commercial de la Société des produits chimiques d’Alais et de la Camargue, Ancien Président de l’Association Amicale des Anciens Élèves de l’École Centrale.
- E. Delachanal, Ancien Elève de l’École des Arts et Métiers de Châlons (1871) et de l’École Centrale (1877), Membre de la Société depuis 1880. Ingénieur en Chef honoraire de la Chambre de Commerce du Havre.
- L. Galezowski, Ancien Élève externe diplômé' de l’École des Ponts et Chaussées (1868), Membre de la Société depuis 1891, Ingénieur honoraire des Chemins de fer de l’Etat.
- E. Hovine, Ancien Élève de l’École Centrale (1874). Membre de la Société depuis 1876, Ingénieur Conseil en matière de chauffage ,par gazogènes.
- J. Zuber, Ancien Elève de l’École Centrale (1884), Membre de la Société depuis 1902, Fabricant de papier, Conseiller Général du Doubs.
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- PROCÈS-VERBAL DE LA SÉANCE DU 28 MAI 1915
- Notre Collègue, qui est décédé subitement le 2 mai, était Capitaine Commandant la 20e batterie du 10e régiment d’artillerie à pied.
- M. le Président adresse aux familles de nos regrettés Collègues l’expression ' des sentiments de profonde sympathie de la Société tout entière.
- M. le Président est heureux d’adresser les plus vives félicitations de la Société à MM. Jean Legrand, Alfred Jacobson et Léon Morel-Fatio qui ont été cités à l’ordre du jour.
- M. G. Desaulles, Membre delà Société, a déposé, à la date du 25 mai, un pli cacheté qui a été classé dans les archives et enregistré sous le n° 90.
- M. le Président dépose sur le Bureau la liste des ouvrages reçus depuis la dernière séance. Cette liste sera insérée dans un prochain bulletin.
- M. le Président signale à ses Collègues l’encartage, dans le présent Procès-Verbal, d’une circulaire attirant l’attention des Membres de la Société sur la section de placement de la Fédération Nationale d'assistance aux mutilés des Armées de Terre et de Mer. Il remercie par avance tous ceux qui pourront répondre à l’appel qui leur est fait en laveur de ceux qui ont combattu si vaillamment et qui ont souffert, pour assurer à notre Pays et au Monde entier un avenir meilleur dans la paix et dans le travail.
- M. le President dit que depuis la création du Fonds de Guerre dont il a été parlé lors des précédentes séances, ce fonds a déjà permis de soulager plusieurs infortunes qui ont été portées à la connaissance du Comité de la Société.
- M. le Président est heureux, à cette occasion, de signaler que, en dehors des Membres et anciens Membres du Comité, entre lesquels avait été primitivement ouverte la souscription, plusieurs Membres de la Société se sont joints à eux et il rappelle leurs noms. Ce sont MM. Yuil-laume, qui a souscrit 100 f, M. Thomann 10 f, Ducousso 64 f, Hulin 50 f, Gontet 50 f.
- Il leur adresse les bien vifs remerciements de la Société.
- M. le Président fait connaître que le Ministre du Commerce, de l’Industrie, des Postes et des Télégraphes a fait parvenir un avis, envoyé par le Ministre des Finances de Russie, et relatif à des concours qui seront ouverts à Pétrograd pour la recherche des meilleurs dénaturants de l’alcool et des nouvelles applications industrielles de ce produit, dont la consommation alimentaire est désormais, en fait, interdite dans l’Empire russe.
- Ces concours sont dotés de prix importants et les Membres de la Société en trouveront, à la Bibliothèque, les programmes et conditions. Ils pourront également consulter une note relative à une adjudication des travaux d’amélioration de la navigation dans la rivière de Guadalete, au port de Santa Maria, province de Cadix.
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- PROCÈS-VERBAL DE LA SÉANCE DU 28 MAI 1915
- M. le Président donne la parole à M. le Commandant Ferras pour sa communication sur les Matériels d'Artillerie ennemis.
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- M. le Commandant Ferrus fait remarquer que le sujet à traiter est extrêmement complexe et que, pour être complet, il devrait l’envisager au double point de vue technique et tactique. Toutefois, le côté tactique lui paraît trop délicat à aborder à un moment où le canon de la frontière se charge de démolir à leur naissance les théories trop rapidement ébauchées ; il se contentera donc d’envisager le point de vue technique et cherchera seulement à donner une idée aussi précise que possible de la construction et du fonctionnement des matériels de campagne de nos adversaires.
- Il ne faut point d’ailleurs attribuer à cette appellation, matériel de campagne, le sens trop restreint qu’on lui donnait autrefois et ne comprendre sous ce nom que les bouches à leu d’un poids et d’un calibre déterminés. A l’heure actuelle, le matériel de campagne comprend à peu près tous les calibres de l’artillerie de terre et les Allemands en sont arrivés à employer dans la guerre actuelle les canons de bord de la plus grande puissance.
- Avant d’aborder la description des différents matériels, bouches à feu de l’artillerie de campagne proprement dite, artillerie lourde et pièces exceptionnelles, le Commandant Ferrus rappelle sommairement les principes d’organisation du canon à tir rapide.
- * Le canon à tir rapide est né, depuis moins de vingt ans, de la nécessité d’approprier le matériel de campagne, à la tactique nouvelle du champ de bataille. L’artillerie est devenue invisible et ne tire plus que masquée par des obstacles divers; quanta l’infanterie, elle n’apparait plus que sous la forme de buts à éclipse habituellement couchés, se relevant pendant un très petit nombre de secondes pour avancer de quelques dizaines de mètres et se recouchant presque immédiatement. En fait, on ne voit plus à peu près rien sur le champ de bataille ; c’est ce que l’on a appelé le vide du champ de bataille.
- Pour atteindre des buts instantanés, il a bien fallu créer un matériel à tir instantané; c’est le canon à tir rapide de nos jours.
- La rapidité du tir résulte de la suppression de toutes les pertes de temps qui se produisent dans la remise en batterie, le pointage et le chargement. On accélérera le chargement en employant des fermetures de culasse en un temps qui produiront en outre l’éjection de la douille; on fera disparaître les lenteurs de la remise en batterie et du pointage en laissant le tube du canon reculer sur un affût solidement ancré dans le sol. Un lien élastique, fixé d’une part à l’affût et d’autre part au canon, arrêtera progressivement le mouvement en arrière de ce dernier sans jamais exercer sur l’affût un effort assez grand pour le faire cabrer ou imprimer à la bêche de crosse un mouvement de recul dans le sol. Un récupérateur (système élastique quelconque) ramènera ensuite le canon en batterie à sa position primitive, ce qui supprimera presque complètement les.opérations du pointage.
- En faisant en outre usage d’une cartouche complète, on pourra arriver à tirer ainsi jusqu’à 20 ou 25 coups à la minute (canon de 75 français).
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- C’est la solution que la France a adoptée en 1897 comme conclusion des travaux du colonel Déport; c’est la solution que l’Allemagne a adoptée elle-même en 1905 après avoir fait l’essai aussi malheureux que coûteux d’un matériel à tir accéléré (matériel 1896).
- Le matériel allemand actuel, qui porte le nom de matériel 1896 n/A (neuer Art, nouveau modèle) résulte de la transformation du matériel 1896 dont nous venons de parler.
- Le tube 96, préalablement muni d’une fermeture rapide a été monté sur un traîneau organisé de façon à reculer dans un berceau-frein. Au départ du coup, le canon recule en entraînant le cylindre d’un frein à liquide et en comprimant en même temps un ressort en hélice qui entoure le cylindre. Le mouvement de recul arrêté, le ressort en se détendant ramène le tube en batterie. L’ensemble canon-berceau-frein repose par un pivot sur un support de pointage en hauteur, qui forme ‘petit affût et se trouve supporté lui-même par le grand affût.
- L’inconvénient de ce système est de laisser à la direction du recul la possibilité de s’écarter du point d’ancrage de l’affût, ce qui favorise les dépointages en direction.
- L’affût est muni de boucliers assez développés pour protéger les servants pendant le tir.
- Les instruments de pointage sont nombreux et perfectionnés. Ils consistent surtout en une hausse ou lunette panoramique, du système Goerz. L’observation se fait de préférence avec la lunette à ciseaux.
- Chaque batterie possède une voiture-observatoire transportant les instruments optiques ainsi que le matériel téléphonique.
- Les munitions sont les munitions du matériel 96 organisées en car -touches complètes. Elles comportent un projectile, shrapnel ou obus explosif (granate), du poids uniforme de 6,850 kg, tiré à la vitesse de 465 m.
- Le matériel 96 n/A est un assez bon matériel, mais il tire moins vite et il est moins puissant que notre canon de 75 dont il ne possède ni l’excellente organisation ni surtout la hausse indépendante. Ses projectiles, et en particulier son obus explosif sont inférieurs aux nôtres.
- A côté du canon 96 n/A, l’artillerie allemande possède un obusier léger de campagne du calibre de 105 mm, modèle 98/09. Ce matériel présente sensiblement la même mobilité que le canon. Il résulte de la transformation de l’obusier 98 à tir accéléré et il est, comme le canon 96 n/A, à recul du tube sur l’affût et à boucliers.
- Son projectile est un projectile universel de 14 kg qui peut fonctionner de quatre façons différentes, percutant avec ou sans retard, fusant à gerbe large ou à gerbe étroite. Il contient à la fois des balles et une charge d’explosif. La charge de tir, formée, de poudre à la nitrocellulose et à la nitroglycérine, lui imprime une vitesse initiale maximum de 300 m.
- Le canon de campagne autrichien de 8 cm modèle 1905 est tout à fait analogue au canon allemand, mais un peu plus puissant. Une de ses caractéristiques est l’emploi du bronze forgé pour le métal de la bouche à feu. On peut d’ailleurs se demander si le bronze forgé résistera aussi
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- lîien que racler des canons français et allemands aux énormes consommations de projectiles de la guerre actuelle.
- L’obusier de campagne autrichien de 10 cm n’a rien de particulier. Par contre, l’artillerie autrichienne possède un obusier de montagne de 10 cm à tir rapide qui est assez intéressant .
- Le projectile pèse un peu plus de 14 kg.
- En dehors du matériel de campagne proprement dit, les Allemands emploient un certain nombre d’obusiers ou de mortiers et des canons à longue portée.
- Les canons sont les canons de 10 cm et de 13 cm dont les portées atteignent respectivement 10 et 13 km. Ils ont joué, surtout au début de la campagne, un rôle fort important.
- Les pièces à tir courbe sont l’obusier lourd de 15 cm qui correspond à notre canon court de 155 à tir rapide (canon Rimailho) mais qui est beaucoup moins perfectionné et l’obusier de 28 cm dont le projectile universel de 340 kg, tiré à la vitesse maximum de 34-0 m, peut atteindre la portée de 10 km.
- C’est la pièce de gros calibre la plus employée par les Allemands et celle qui a causé le plus de dégâts aux places fortes attaquées dans la guerre actuelle.
- Du côté des Autrichiens, la seule pièce à longue portée intéressante est lé canon lourd de 10,5 cm qui tire jusqu'à 12,5 km un projectile de 18 kg.
- Enfin nos adversaires ont employé, contre les places fortes, des pièces exceptionnelles, qui ont rendu, il faut le reconnaître, de grands services, mais ces services semblent avoir été en raison inverse de la dimension des bouches à feu. Ces pièces sont le mortier allemand de 42 cm, le canon allemand de 381 et le mortier autrichien de 30,5 cm.
- Le mortier de 42 cm tire à environ 13 km un obus de 950 kg.
- Il ne peut être transporté et tiré que sur une voie ferrée (voie normale) . Il est monté à cet effet sur une plate-forme que supportent: deux bogies à Lois essieux. Des vérins le soulagent pendant le tir.
- Le canon de 381, dit canon de Dunkerque, parce'qu’il a tiré sur cette place en diverses fois, à une distance de 38 km, une quarantaine de projectiles au cours du mois de mai 1915, est un canon de marine dont l’affût a été organisé de manière à permettre le tir avec un angle de plus de 40 degrés. Le projectile, du poids de 760 kg, est projeté à la vitesse de 940 m par une charge de poudre, de 315 kg.
- L’emploi de ce canon, qui est incapable de tirer plus d’une centaine de coups, est destiné surtout à avoir un effet moral.
- Une pièce qui a joué un rôle beaucoup plus important et qui s’est partagé, avec l’obusier de 28 cm, la plus grande partie du travail de destruction des places fortes est le mortier autrichien automobile de 30,5 cm, modèle 1911.
- Cette pièce peut lancer à 9,6 km un projectile de près de 400 kg. Elle tire, avec une assez grande précision, une dizaine de coups à l’heure.
- Ce qui la rend d’un emploi particulièrement commode, c’est que tout l’équipage est organisé en train routier.
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- Le matériel, pour une batterie de deux pièces, comprend trois tracteurs emmenant chacun quatre remorques. Il se déplace donc facilement et s’installe en moins d’une heure.
- On sait qu’en France nous utilisons également les tracteurs à pétrole, mais en général pour tirer des bouches à feu plus légères que le mortier de 30,5 cm.
- Nous n’avons pas cherché, en effet, à utiliser une artillerie d’aussi gros calibre que certaines pièces allemandes, du reste médiocrement maniables; il nous a suffi d’adjoindre à notre canon de 75, très supérieur par lui-même, aux canons de campagne allemand et autrichien, quelques bouches à feu de calibre moyen à très grande portée.
- M. le Président dit qu’en écoutant M. le Commandant Ferras nous avons certainement tous été frappés de sa très grande érudition et de la belle documentation dont il nous a fait profiter; aussi est-il certain d’être l’interprète de tous en l’en remerciant bien vivement.
- Nous ne pouvons ne pas remarquer la grande modestie et l’esprit scientifique qui animent le corps d’officiers dont le conférencier parlait tout à l’heure. Modestie et science sont réunies chez eux et contribuent à augmenter encore notre confiance.
- Dans la guerre actuelle, et c’est presque une banalité de le répéter, il est un fait qui frappe tous les esprits : c’est l’association toujours plus étroite qui existe entre ceux qui sont chargés de notre défense et le corps des Ingénieurs. Aussi, est-ce pour nous une satisfaction toute particulière de penser qu’un si grand nombre de nos Collègues sont actuellement, avec tout le dévouement que l’on connaît, sous l'uniforme, et représentent avec tant d’éclat, notre Société dans l’armée.
- M. le Président ajoute qu’il a le devoir de s’associer particulièrement à l’hommage que M. le Commandant Ferras vient d’adresser au Colonel Déport, qui fait partie de notre Comité, et il est certain d’être l’interprète de tous en le remerciant de nous l’avoir rappelé ce soir.
- M. le Président donne ensuite la parole à M. Arnoux, qui désire apporter une indication complémentaire. Il ne saurait y avoir en effet de discussion sur la communication qui vient de nous être faite, communication que M. le Ministre de la Guerre avait bien voulu autoriser sous la condition qu’elle ne serait pas discutée.
- M. R. Arnoux dit que s’il prend la parole, c’est pour compléter, sur un point que les circonstances présentes l’ont mis à même d’étudier personnellement, la communication à la fois si documentée et si intéressante de son éminent Collègue et ami M. le Commandant Ferras.
- M. R. Arnoux dit qu’une des conséquences certaines de la guerre actuelle sera de transformer complètement, de révolutionner en un mot l’art de tuer les êtres animés par le canon; car au fond, il faut bien se dire que le but final de l’artillerie n’est pas de détruire, le plus souvent inutilement, des maisons, des édifices, voire même des cathédrales, et de faire des trous plus ou moins grands dans le sol, mais bien de causer à l’ennemi' le plus de pertes possibles en hommes et en chevaux.
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- On sait'que sur les différents champs de bataille abandonnés par l’ennemi au cours de la présente guerre, des soldats ont été assez fréquemment trouvés foudroyés, figés en quelque sorte et souvent sans aucune blessure apparente, dans la position et avec l’attitude qu’ils avaient au moment même de l’explosion du projectile ayant provoqué leur anéantissement. ,
- Ce foudroiement sans effusion de sang de soldats trouvés placés le plus souvent à l’abri de l’action directe des éclats du projectile dont l’explosion les avait pétrifiés, figés sur .place derrière une tranchée, un mur, un tas de bois, un obstacle quelconque, foudroiement qui est la caractéristique si redoutée de nos ennemis, du tir des obus à explosifs brisants de notre canon de 75, lorsque ceux-ci sont agencés intérieurement, réglés et tirés dans des conditions sur lesquelles notre Collègue se propose de revenir en détail dès que cela ne présentera plus aucun inconvénient, était resté jusqu’ici inexplicable pour les physiologistes. Comme il n’existe aucun gaz nocif connu, susceptible de produire un tel anéantissement, un tel foudroiement et que d’ailleurs les hautes températures développées par la détonation des explosifs brisants actuellement employés pour le chargement des obus, explosifs qui sont tous des hydrocarbures trinitrés de la série aromatique (benzol, phénol, toluol, naphtol), ne peuvent permettre que le dégagement d’oxyde de carbone 'et de cyanogène, gaz ne provoquant la mort que d’une façon relativement lente, il y avait lieu de chercher dans une autre voie.
- Depuis Hippocrate et Gallien, il a été admis jusqu’ici par les physiologistes que l’homme meurt par l’arrêt de l’un au moins des trois organes vitaux suivants : le cerveau, le cœur, les poumons ; mais si l’on observe que le fonctionnement de ces trois organes est lui-même sous la dépendance immédiate, indispensable de la circulation du sang dans le réseau de leurs capillaires, notre Collègue se demanda si les foudroiements constatés n’étaient pas dus au brusque arrêt de cette circulation non seulement dans les trois organes ci-dessus,1 mais encore dans les autres parties du corps et en particulier dans les muscles moteurs des bras, des jambes et du tronc. On sait en effet que le liquide nourricier qu’est le sang, est amené (sous les pressions développées par le cœur) dans toutes les parties du corps par un réseau d’artères se ramifiant à l’infini sous forme de petits vaisseaux dénommés capillaires ou artérioles et que c’est dans ces vaisseaux infiniments petits que se dégage la chaleur nécessaire aux contractions de nos muscles par la combinaison de l’oxygène de l’oxyhémo'globine des globules sanguins avec les albumines et les hydrates de carbone en dissolution dans le plasma ou sérum du sang, combinaison qui est automatiquement et quasi proportionnellement accrue par le développement même des contractions musculaires. Et ce n’est pas sans raison qu’on a pu dire que sans la circulation du sang il n’y a pas de travail musculaire, et par conséquent pas de mouvement et pas de vie possibles.
- Gomment et par quel mécanisme avait pu se produire cet arrêt dans la circulation du sang, arrêt qui avait dû être extrêmement brusque à en juger par la pétrification des corps retrouvés dans l’attitude même qu’ils avaient au moment où la mort les avait surpris et par l’absence
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- de cette contraction si caractéristique et si impressionnante des traits du visage des êtres ayant souffert pour mourir? Il y avait là une énigme que seul un experimentum crucis pouvait permettre d’élucider ou môme simplement de préciser.
- La question en était là pour notre Collègue lorsque dans les premiers jours de janvier de cette année, un officier supérieur de ses amis commandant sur le front, lui faisait parvenir un baromètre anéroïde de poche mis hors d’usage par l’explosion, dans son voisinage, d’un gros obus allemand chargé d’explosif brisant. En procédant lui-même à l’examen de ce petit baromètre, il s’aperçut qu’il était simplement dérangé. L’arrêt de son fonctionnement était dû à ce fait que l’un des deux leviers de transmission des mouvements de la boite anéroïde à l’aiguille indicatrice, qui normalement appuie sur l’autre levier, avait passé sous ce dernier. Ce dérangement qui n’avait pu se produire que par le gonflement anormal de la boite anéroïde, était dû manifestement à une dépression barométrique considérable et le petit instrument avait fonctionné comme un baromètre à minima.
- Or, en remettant les deux leviers dans leurs positions primitives et en plaçant l’instrument sous la 'cloche d’une machine pneumatique, notre Collègue put déterminer que ce surpassement des deux leviers se produisait au moment où la pression barométrique descendait à 410 mm de mercure ce qui correspond sensiblement à la valeur que cette pression possède en moyenne au sommet du Mont Blanc dont l’altitude est de 4 810 m.
- Ainsi l’explosion avait donné lieu à la formation dans la pièce et là où se trouvait l’instrument, à une distance de moins de 3 m du point d’explosion, d’une dépression barométrique ou statique très brève d’au moins 760 —410 = 350 mm de mercure correspondant, d’après les formules généralement employées en aérodynamique, à une vitesse de refoulement de l’atmosphère de 276 m par seconde et à une pression dynamique de 10 360 kg. par mètre carré.
- Une telle pression dynamique a nécessairement pour conséquence, comme on le constate d’ailleurs, de projeter en l’air ou d’écraser sur le sol tous les êtres animés exposés à ce violent refoulement de l’air, mais pour ceux placés à l’abri derrière un obstacle quelconque, il n’y a évidemment que la dépression statique de l’atmosphère ambiante qui puisse les atteindre.
- Quelle peut être,-sur l’organisme humain, l’influence d’une dépression barométrique suffisamment brusque? Cette influence est la même que celle provoquant la mort des aéronautes effectuant, par des jets de lest exagérés, une ascension trop rapide dans l’atmosphère (mort de Sivel et Crocé-Spinelli à bord du ballon le Zénith en avril 1875). L’air et l’acide carbonique en dissolution^ dans le sang dans une proportion d’autant plus grande que la pression atmosphérique ambiante est plus élevée, se dégagent du sang sous forme de petites bulles gazeuses dès que, pour une cause quelconque, cette pression vient à diminuer trop brusquement. C’est exactement ce qui se produit lorsqu’on débouche une bouteille d’eau gazeuse ou de champagne. Ces petites bulles de gaz, dont le diamètre et le nombre sont d’autant plus grands que la dépression
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- produite est plus brusque et plus considérable, sont chassées dans les artérioles sous l’inlluence des pressions sanguines développées par le cœur. Si elles ont un diamètre supérieur à celui des artérioles, elles constitueront autant de petits bouchons gazeux qui arrêteront net la circulation du sang si, comme il est facile de le démontrer, la pression de ce dernier dans les artérioles est inférieure aux pressions capillaires mises en jeu par leur arrivée dans celles-ci.
- On sait en effet, par une loi découverte il y a plus de deux siècles, la loi de Borelli-Jurin, que dans les tubes de petits diamètres, à la surface de séparation d’un liquide mouillant leurs parois et de l’air, se développent • des tensions superficielles analogues à celles d’une membrane élastique qui serait appliquée à la surface du liquide et dont la résultante suivant le déplacement de ce dernier est telle que le produit de sa valeur par le diamètre du tube, est une constante pour un liquide donné.
- D’après cela, et si- pour avoir une valeur approchée des tensions capillaires auxquelles donne lieu la présence de ces bulles dans les artérioles, on assimile le sang à l’eau, ce qui est évidemment faux physiologiquement-mais sensiblement-exact physiquement, le calcul fait connaître, en partant des données' expérimentales fournies par l’eau dans les tubes de verre, que les tensions capillaires développées dans des tubes d’un diamètre de 7 microns (7 millièmes de millimètre) qui est celui des artérioles chez l’homme, correspondent à une hauteur d’eau de 4,28 m ! Or la pression développée par le cœur dans les capillaires correspondant en moyenne à une colonne de 100 mm de mercure ou 1,36 ni d’eau, on voit immédiatement pourquoi la circulation du sang dans ces petits vaisseaux, là où précisément s’effectuent les échanges vitaux, se trouve irrémédiablement arrêtée dès que les bulles de gaz se dégagent sous l’influence d’une dépression atmosphérique suffisamment brève.
- Il importe d’insister sur les deux mots suffisamment brève, car c’est précisément la rapidité avec laquelle varie cette dépression bien plus que son importance qui règle la grosseur des bulles gazeuses dont le diamètre est d’autant plus considérable que la dépression qui les a fait naître s’est produite plus brusquement. Si d’ailleurs on observe qu’une seule bulle de gaz suffit à l’oblitération d’une artériole si elle a un diamètre suffisant, on voit quel intérêt il y a à faire naître dans l’atmosphère des dépressions aussi brèves que possible bien plutôt que de fortes et lentes dépressions, et c’est précisément ce que la détonation, sous certaines conditions, des explosifs brisants de la série aromatique permet d’obtenir avec une puissance et surtout une instantanéité bien supérieures à l’explosion de l’ancienne poudre noire. Il importe également d’observer que si le dégagement de ces bulles de gaz du sérum du sang est quasi aussi instantané que la dépression elle-même, par contre elles sont très lentes à se résorber dès que cette dernière a disparu et la mort est définitivement acquise bien avant qu’elles aient pu déboucher les artérioles en se dissolvant de nouveau dans le sang sous l’influence de la pression atmosphérique ambiante revenue à sa valeur primitive.
- La brusque embolie gazeuse de toutes les artérioles en arrêtant net la circulation du sang dans toutes les parties du corps d’un être animé, le fige sur place parce que cet arrêt rend impossible tout travail musculaire
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- et par conséquent tout mouvement. La mort ainsi produite est à la fois l'a plus foudroyante et la plus sûre qui soit ; aussi foudroyante que celle produite par la foudre, elle est plus sûre, car la foudre ne tue pas toujours ceux qu’elle atteint.
- Cette utilisation' nouvelle et tout à fait inattendue des projectiles chargés d’explosifs brisants qui avaient été créés dès l’origine pour démolir des fortifications de toutes natures et bouleverser des tranchées, aura fait faire à l’artillerie un pas au moins aussi important que la découverte des nouveaux explosifs de la série aromatique.
- Jusqu’ici on s’était ingénié à créer, pour tirer contre l’infanterie, des projectiles de composition et d'agencement intérieurs très complexes, de façon à projeter par leur explosion le plus possible de balles et d’éclats produisant ces blessures épouvantables qui font bien souvent mourir dans les plus atroces souffrances les malheureux soldats n’ayant pas été tués sur le coup.
- Bien que le rayon d’action meurtrière du nouveau projectile soit plus réduit que celui de l’obus à balles ou shrapnel, il est cependant beaucoup plus meurtrier, que ce dernier car, dans son rayon d’action personne n'est oublié, tandis qu’avec le shrapnel le danger d’être tué ou blessé n’existe que pour les soldats qui sont touchés par les balles ou les éclats de l’obus.
- Enfin, s’il est permis de parler humanité sur un tel sujet, on peut dire que le nouveau projectile, dû à l’initiative du génie français, est un projectile vraiment humanitaire non pas parce qu’il tue, bien entendu, mais parce qu’il ne fait pas souffrir ceux qu’il tue. S’il y a un procédé malpropre, grossier, barbare et inutilement cruel, c’est bien le procédé actuel par effusion de sang. Depuis qu’il y a des hommes qui s’entre-tuent sur la terre, ce procédé n’avait pas varié jusqu’ici malgré les perfectionnements apportés aux armes de guerre.
- M. le Commandant Ferrus demande à son ami et collègue M. Arnoux la permission de lui faire observer que la mort par décompression très rapide est connue : c’est la mort des scaphandriers qu’on remonte trop vite d’une grande profondeur. Mais les victimes ne succombent pas instantanément et, surtout, elles n’ont pas l’air d’être mortes sans avoir ressenti aucune souifrance.
- M. R. Arnoux répond que l’instantanéité de 1a, mort par embolie gazeuse dépend précisément de l’instantanéité avec laquelle se produit la dépression atmosphérique qui la provoque. L’expérience montre, en effet, que le dégagement, sous - forme de bulles, des gaz en dissolution 1 dans un liquide quelconque est un phénomène quasi aussi instantané que cette Répression elle-même. Ce n’est pas le nombre des bulles dégagées du sang qui en fait le danger, mais leur grosseur qui dépend pour ainsi dire uniquement de la rapidité avec laquelle la dépression se développe. Si les scaphandriers, dont quelques-uns sont capables de descendre à des profondeurs d’eau de 40 à 50 m et sont soumis, par conséquent, à des pressions d’air d’au moins 4 à 5 atm, ne meurent pas instantanément, c’est parce que la rapidité avec laquelle la pression atmosphérique à laquelle ils ont été soumis pendant leur séjour dans
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- l’eau est ramenée à sa valeur normale, ne peut être comparée à celle avec laquelle se produit la dépression atmosphérique due à l’explosion d’un projectile chargé d’explosif brisant.
- Il est donné lecture de la demanda d’admission, en première présentation, de M. P. Mergen, comme Membre Sociétaire Titulaire.
- MM. E. Lambla de Sarria, L. Largot et J.-G. Bélanger sont admis comme Membres Sociétaires Titulaires.
- La séance est levée à 19 heures.
- Le Secrétaire Administratif,
- A. de Dax.
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- Présidence de M. H. Gall, Président.
- La séance est ouverte à 17 heures.
- M. Gabelle, Directeur du Conservatoire National des Arts et Métiers, assiste à la séance et prend place au Bureau.
- Le Procès-Verbal de la dernière séance est adopté.
- M. le Président a le regret d’annoncer le décès de plusieurs de nos Collègues :
- J. Sourdais, Ancien Elève de l’Ecole Centrale (1859), Membre de la Société depuis 1862, Architecte en Chef honoraire du Gouvernement, Membre du Comité Technique de la Préfecture de la Seine, Membre du Conseil de Perfectionnement de l’Ecole Centrale, Architecte du Palais du Trocadéro, Membre du Comité de la Société en 1878, Vice-Président en 1879, Officier de la Légion d’honneur;
- /. H. J. Nieuwenhuysen, Ingénieur Civil, Ancien Élève de l’Ecole Polytechnique de Hollande, Chevalier de la Légion d’honneur ;
- Paul Sée, Ancien Élève de l’Ecole des Arts et Métiers de Châlons (1858), Membre de la Société depuis 1902, Ingénieur-Architecte, Entrepreneur de constructions industrielles ;
- G. Viard, Membre de la Société depuis 1901, Directeur, à Rouen, de la Raffinerie de pétrole de MM. Fenaille et Despeaux.
- Sont morts au Champ d’honneur :
- M. Forret, Ancien Élève de l’Ecole Centrale (1897), Membre de la Société depuis 1903, Ingénieur Civil, Représentant d’usines métallurgiques et de constructions mécaniques ;
- J. Hardelay, Ancien Elève de l’Ecole Polytechnique, Membre de la Société depuis 1904, Administrateur de la Société des granits porphy-roïdes des Vosges. Cité à l’ordre de l’armée;
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- H. Perney, Ancien Elève de TÉcole des Arts et Métiers d’Angers (1896), Membre de la Société depuis 1914, Entrepreneur de travaux publics.
- M. le Président adresse aux familles de nos regrettés Collègues l’expression des sentiments de profonde sympathie de la Société tout entière et associe à ses sentiments nos Collègues MM. Paul Roger et F. Guillon dont les fils sont morts au Champ d’honneur.
- M. le Président a également le regret de mentionner le décès de Me Michel Pelletier, l’éminent avocat, qui a pris une part si brillante et si remarquable à la discussion sur les brevets d’invention internationaux qui a été terminée il y a deux mois. Il était professeur à l’École Centrale, et, à ce titre, était bien connu de la plupart d’entre nous. M. le Président est certain d’être l’interprète de tous en renouvelant à la famille de Me Pelletier l’expression de notre sympathie.
- M. le Président dépose sur le Bureau la liste des ouvrages reçus depuis la dernière séance.
- Cette liste sera insérée dans un prochain Bulletin.
- Il signale plus particulièrement le don qui nous a été fait par M. Jean Rey de son ouvrage sur la portée des projecteurs de lumière électrique.
- M. Louis Guérin, Membre de la Société, a déposé, à la date du 4 juin 1915, un pli cacheté qui a été classé dans les archives et enregistré sous le n° 91.
- Notre nouveau Collègue, M. Mergen, dont l’admission va être prononcée au cours de cette séance, a fait don d’une somme de 20 fr et M. le Président l’en remercie au nom de la Société.
- Avant de donner la parole au conférencier, M. le Président est heureux de donner lecture d’une lettre de notre sympathique Collègue et Membre correspondant à Rome, M. H. Valenziani. Cette lettre est ainsi conçue :
- « Le 11 juin 1915.
- » Mon cher Président et très honoré Collègue,
- » De Rome, que j’ai quittée le premier jour de notre mobilisation, ma » femme me renvoie votre très aimable lettre du 1er courant, accompa-» gnant votre offre généreuse et fraternelle de 300 fr pour la verser à » nos souscriptions en faveur des blessés et des familles des soldats.
- » Madame Valenziani elle-même se chargera très volontiers de cette » opération et vous remettra directement le reçu : je ne veux pas tarder » de mon côté à vous dire combien votre geste et vos paroles m’ont pro-» fondément touché et ému. Je tiens à vous en exprimer toute ma recon-» naissance en attendant le moment béni où, après la victoire commune, » je pourrai retourner en France vous remercier de vive voix. Je n’ai » pas besoin de vous dire la joie profonde que la décision de ma Patrie » m’a causée : l’Italie ne pouvait pas renier son passé, son histoire et » ne pas s’unir de toutes ses forces avec les pays qui, depuis dix mois, » tiennent tête si vaillamment, si héroïquement à cette horde d’assassins » et de brigands savants. Je garde, dès le premier jour de la guerre, une » foi inaltérable dans le succès des Alliés, car notre cause est trop juste
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- » et la vaillance de notre race trop réelle pour qu’elle ne finisse par » triompher.
- » Et c’est avec les vœux les plus ardents et les plus sincères pour la O victoire des Alliés que je vous prie d’agréer, mon cher Président, » l’assurance de mon dévouement et de mon profond respect.
- / » Hippolyte Yalenziani. »
- M. le Président a écrit à M. Yalenziani pour le remercier et il est certain d’être l’interprète de tous en renouvelant ici à notre Collègue-nos remerciements pour les sentiments - qu’il exprime pour notre pays et que nous ressentons nous-mêmes à l’égard de l’Italie et de ses vaillantes armées.
- M. Yictor Camuon a la parole pour sa connuuùication Vers l'expansion industrielle.
- M. Yictor Gambon. — S’il en est parmi vous qui doutaient, il y a un an, de la puissance industrielle et économique de l’Allemagne, leur funeste illusion est, à l’heure actuelle, cruellement dissipée. Nous sommes quelques-uns qui, par la parole ou dans les livres, avons jeté des cris-d’alarme en face de l’Impérialisme germanique.' On nous a écoutés ou lus, puis on a oublié nos discours et remis nos livres sur le rayon comme des romans terminés. Les formidables événements actuels montrent quelles réalités y étaient annoncées.
- La stupéfaction du public français dès le début des hostilités a été provoquée par deux phénomènes : par la terrifiante application que nos ennemis ont faite des arts de l’ingénieur aux opérations militaires, et par la constatation de la prodigieuse emprise que l’industrie et le commerce allemands avaient implantée chez nous.
- Prévoir le premier point n’était pas dans les attributions du Génie Civil ; quant au second, il est vrai que chacun de nos industriels savait sa propre existence menacée par la concurrence allemande, mais il ignorait—et c’est ce que nous nous étions efforcé de faire connaître — que la même menace visait tous les autres, au point d’être devenue un danger imminent pour l’industrie nationale.
- Du jour au lendemain on a découvert qu’une foule de maisons, que l’on croyait françaises, étaient en' réalité ou contrôlées par des Allemands, ou filiales de firmes allemandes; et, constatation plus grave encore, on a dû reconnaître que l’industrie française avait peu à peu abandonné à l’Allemagne Je monopole d’une quantité d’articles dont la disette est aujourd’hui l’objet de nos préoccupations.
- La réserve que le patriotisme commande m’interdit d’en citer des exemples. Les produits allemands s’étaient infiltrés partout, aussi bien dans le domaine privé qu’auprès de nos administrations publiques. C’est ainsi que la plupart d’entre vous ont certainement entendu parler de ce fait que la concession de l’affichage municipal à Paris appartenait au représentant d’une Société prussienne ; si l’on n’y eût pris garde au dernier moment, l’annonce sur les murs de la mobilisation française aurait été assurée par une entreprise allemande. Il y avait eu là autant de prévoyance perfide d’un côté que d’imprévoyance aveugle de l’autre.
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- Cet envahissement, qui atteignait tous les pays, n’était pas pour étonner ceux qui avaient pu observer de près l’Allemagne au travail. En avril 1908, j’ai eu déjà l’honneur, de la place où je suis, de décrire sommairement les procédés de l’industrie germanique. Mais, depuis lors., elle a marché à pas de géant et l’avenir était proche où elle eût pacifiquement mais tyranniquement dominé le monde.
- Par quelle aberration cette race a-t-elle résolu de le conquérir brutalement par la force, et de jouer sur un coup de dés le fruit d’un demi-siècle de travail magnifiquement productif? L’expliquer serait sortir de mon cadre.
- La puissance et la prospérité de son industrie ne reposaient pas sur tels ou tels avantages ou mérites isolés, mais sur un faisceau de forces parallèles et de même sens qui grossissait d’année en année au point de devenir irrésistible.
- L’ardeur au travail, l’orientation méthodique de l’effort, la profusion et la diversité, de l’enseignement théorique et pratique, l’étude réfléchie des problèmes que la production doit résoudre, l’application de la science à toutes les branches des spéculations humaines et conséquemment l’abolition de l’empirisme et de la tradition, le calcul incessant, dans toute opération, du rendement maximum et l’emploi immédiat des méthodes de travail et des appareils capables de l’obtenir, la recherche constante de produits nouveaux destinés à détrôner la concurrence chez les consommateurs du monde entier, cette conception qu’une industrie n’est pas un immeuble où l’on s’installe, ni une station où l’on faite halte, mais un train en marche avec accélération ininterrompue du mouvement, la généralisation de cette mentalité dans tous les cerveaux, chez tous les fonctionnaires comme chez les particuliers, chez les savants universitaires comme chez les oùvriers d’usine, dans les écoles comme dans la presse, à l’intérieur du pays comme sur les (bords les plus reculés, la coordination disciplinée des éléments qui concourent au but assigné à l’effort national ; tels étaient ces moyens.
- Outillage public, solution des questions sociales, perfectionnement du matériel de production, recherche des applications scientifiques, mises au point laborieuses, investigations patientes, tout progressait de front. J’en donnerai plus loin quelques exemples.
- Mais ne nous attardons pas à rechercher quel fut le mobile initial de cet effort. Le besoin, dit-on souvent, sans doute le besoin est à l’origine de tout effort humain. Constatons seulement que ce besoin de travailler, était devenu une habitude, puis un goût et enfin une passion qui ne connaissait plus de limites et avait conduit ce peuple à la mégalomanie, à l’impérialisme le plus envahissant. Le plus grave est que cet impérialisme avait largement réussi. Qui de nous aurait pensé que l’Allemagne résisterait pendant un an aux cinq plus grandes puissances du monde !
- On a lu partout — trop tard il est vrai — les statistiques ascendantes des progrès économiques allemands. Je vous en ferai grâce ; aussi bien les statistiques sont-elles surtout efficaces pour convaincre les sceptiques et éclairer les ignorants.
- Ce if est pas, Messieurs, votre cas. Cherchons plutôt ensemble les
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- remèdes à une infériorité dont vous n’ôtes aujourd’hui que trop convaincus. Le moment n’est plus de nous payer d’illusions et chacun doit reconnaître qu’ayant usé de moyens différents, nous ne sommés pas arrivés aux mômes résultats, puisque la production française, comparée à l’allemande, apparaissait presque stationnaire dans ses chiffres, et stationnaire surtout dans ses procédés. Et, il est bien probable que, sans le cataclysme qui secoue notre vieux monde jusqu’en ses fondements, nos industriels et nos commerçants eussent poursuivi leurs tranquilles et modestes affaires jusqu’au jour où la concurrence allemande les eût exterminés les uns après les autres.
- Il est permis de croire que cette secousse leur aura été utile sinon profitable. Tout d’abord les ayant appauvris, elle accroitra leur activité sous l’aiguillon de la nécessité. Ensuite, pour beaucoup d’entre eux, les difficultés auront engendré une ingéniosité et un esprit d’initiative inaccoutumés. Ils auront acquis ainsi maintes qualités et se seront séparés de plus d’un défaut. Il y aurait une profonde injustice à ne pas reconnaître que notre industrie privée s'est, en général, vivement ressaisie, malgré les coupes sombres faites dans ses effectifs par une mobilisation qui. au début surtout, refusait de tenir compte des nécessités de la vie économique à maintenir dans le pays, et plus encore de la défense nationale qu’il fallait pourvoir des engins et des équipements qui faisaient défaut pour une guerre interminable, et terriblement prodigue de munitions. Il y eut là un dédain brutal des compétences que je montrerai plus loin comme une des caractéristiques de l’Administration française à tous les degrés. Nonobstant, l’élasticité séculaire de notre race se retrouva tout entière dans cette passe difficile où il fallait tout improviser. Les bras et les outils manquaient et si les matières premières ne nous faisaient pas defaut, nous n’étions pas en possession des moyens pratiques de les transformer. Aujourd’hui, les lacunes sont heureusement comblées.
- Et c’est là qu’apparaît saisissant le contraste entre l’industrie française et l’industrie allemande. Chez l’une on jouit, grâce à la liberté des mers, de l’abondance des approvisionnements ; l’autre, au contraire, est obligée de presque tout tirer de son propre fonds, alors que sa puissance de transformation est presque illimitée.
- Il en résulte nécessairement que la guerre est plus onéreuse aux alliés qu’à leurs ennemis. L’axiome régnait avant la guerre que l’Allemagne ne pourrait, faute de ressources, soutenir une guerre de longue durée. Il se trouve renversé par ce double fait que ses ressources financières étaient très supérieures aux évaluations de nos optimistes et que, empêchée par le blocus'd’importer des produits par grandes masses, une notable partie de ses dépenses militaires restent aux mains de ses nationaux.
- Il n’appartient à personne de préciser combien de temps cette situation sans précédent pourra durer encore ; mais enfin un jour viendra où elle prendra fin. J’admire comme des êtres extraordinaires ceux qui prédisent que ce jour-là l’industrie française n’aura qu’à se baisser pour recueillir l’héritage de l’expansion allemande à travers le monde.
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- Mettons tout au mieux. L’Allemagne est terrassée et à la merci des alliés qui taillent aux quatre points cardinaux de l’Empire de vastes lambeaux de sa substance. Ils lui imposent en outre une incalculable contribution de guerre, pour se payer de ses dévastations et des quelque 400 milliards qu’ils auront dépensés pour l’abattre. Quant à nous, nous sommes arrivés au but, épuisés en hommes et en capitaux. Au lendemain de la paix, le manque de bras et la pénurie d’argent se feront sentir avec une égale acuité, la classe laborieuse se trouvant amputée de plus d’un million d’hommes tués au feu, morts de maladies ou gravement mutilés ; ce million d’hommes étant prélevé sur la partie la plus vigoureuse et la plus active de la population. D’autre part, nous avions en France avant la guerre, par centaines de mille, des ouvriers belges, •allemands, italiens. Nous ne retrouverons plus les Belges, nous repousserons naturellement les Allemands ; quant aux Italiens, la guerre les aura, eux aussi, décimés, et comme l’Italie aspire à des accroissements territoriaux qui occuperont beaucoup de ses enfants, il est peu probable que nous revoyions parmi nous les nombreuses équipes de Piémontais et de Lombards qui se montraient d’excellents travailleurs.
- Or, à l’heure même où nous ne disposerons plus que d’effectifs ainsi réduits, nous aurons à réparer et, en mains endroits, à reconstruire des milliers et des milliers de bâtiments et d’usines dans la partie du pays où ils étaient le plus denses.
- Déjà nous connaissons maintes dévastations commises par l'envahisseur. De combien ce nombre sera-t-il accru le jour où il aura été contraint d’évacuer le pays ?
- Et qui peut dire ce qu’il y aura alors de travaux publics anéantis, de voies ferrées à rétablir, de ponts* démolis, de chaussées effondrées, de monuments incendiés, de canalisations détruites, de matériel hors de service ?
- On reste confondu devant l’immensité de la tâche qui sera imposée à la Belgique et au nord de la France. Ces deux régions pourraient à elles seules absorber les bras disponibles des deux pays.
- Qu’on veuille bien noter en outre que cette tâche exigera non pas une main-d’œuvre quelconque, sans aptitude spéciale, mais une véritable armée d’ouvriers d’état, maçons, charpentiers, monteurs, mécaniciens, dont on déplorait déjà en pleine paix l’insuffisance numérique.
- Les salaires augmenteront dans d’énormes proportions, non pas en raison de la qualité du travailleur, mais de sa rareté. De longs mois passés au milieu des fatigues de la guerre, ou dans l’énervement de l’attente anxieuse des événements ne sont pas un stimulant de l'activité professionnelle. De plus,-il est malheureusement reconnu qu’une hausse subite des salaires engendre plus souvent l’intempérance que la moralité.
- Parallèlement aux difficultés ouvrières se présentera la question financière. La plupart des Sociétés industrielles seront partiellement ruinées, les unes par l’arrêt de leurs affaires, les autres par la destruction de leur matériel. On m’objectera que, grâce aux commandes intensives de la Guerre, il se gagne ici et là beaucoup d’argent. Mais il n’y aurait pas de plus grave erreur que de généraliser cette affirmation. Sur l’en-
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- semble des producteurs français, ceux qui confectionnent des armes, desmunitions, des tissus ou des équipements sont, pour ainsi dire, une exception. Au contraire, la grande majorité des professions est plongée-dans le marasme. Comme les commandes militaires, toutefois, représen- ' teront de nombreux milliards, il se sera opéré, à la fin de la guerre, un certains déplacements de fortunes privées, de ceux qui auront dû interrompre leurs travaux à la plupart de ceux qui auront fourni l’Etat.
- Mais le gouffre le plus insondable sera celui que la guerre aura creusé dans le Trésor. La dette publique se sera-t-elle accrue de 30, 40, 50 milliards ? Ce seront 1 500 millions, 2 milliards, 2 milliards et demi à ajouter au budget, sans aucun amortissement. A ce chiffre, il faut additionner 1 milliard au moins de pensions militaires, plus les déficits dans-le rendement des impôts et la réparation des dommages causés par la guerre. Nous ne pourrons échapper à un budget de 8 à 9 milliards. Certains escomptent que la contribution sur les vaincus viendra l’alléger. Mais, on se peut demander ce qu’auront à se partager, en deniers comptant, cinq puissances sur un pays qui aura dépensé son dernier pfennig dans une résistance désespérée. Car enfin on ne peut sortir de ce dilemme ; ou l’Allemagne ne sera qu’à demi vaincue, et alors les alliés ne pourront la rançonner à merci, ou elle sera écrasée et ruinée à un point tel que toute expansion au dehors lui étant interdite, le contrôle-de ses douanes, de ses chemins de fer et de ses mines fiscales n’en retirera que des sommes infimes comparées à la grandeur de nos dépenses.
- Si teinté que soit ce tableau, il n’en est pas moins l’image fidèle de la situation de demain, en face de laquelle optimisme serait synonyme d’irréflexion.
- Une autre difficulté sera de se procurer des matériaux, du matériel et des matières premières de fabrication. La demande en sera énorme et les ateliers éteints depuis de longs mois ou détournés de leur destination normale n’en pourront fournir qu’une faible partie. L’étranger, sans doute, nous en pourvoira : nouvelle cause d’appauvrissement sans compensation. - .
- Nous voilà loin de l’espoir caressé par les esprits imaginatifs de supplanter les Allemands au dehors ; il me semble, au contraire, suffisamment démontré que jamais situation économique n’aura exigé autant d’activité, d’énergie, de compétence et d’union nationale dans l’effort.
- On entend répéter couramment: « Quand la guerre aura pris fin, nous aviserons. » Pitoyable état d’esprit ! C’est pendant la guerre que , tous ceux qui n’y participent pas doivent dresser un programme, en établir les bases, afin que rien n’en retarde, le-jour venu, la vigoureuse exécution.
- Et ce programme est immense. Il ne s’agit rien moins que de réformer l’esprit public de notre pays, reconstituer un outillage moderne à la place de l’ancien, adopter partout des idées nouvelles. La réussite dans l’avenir est à ce prix.
- Partons de ce principe, si dur qu’il soit à notre amour propre, que l’Allemagne avait réalisé au mieux le moyen de faire fortune avec l’industrie, et refoulons toute fausse honte de suivre son exemple.
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- Elle avait répandu à profusion l’enseignement technique et l’apprentissage professionnel jusque dans leurs branches les plus spéciales. Ceci nous manque. Je n’en citerai qu’un seul exemple. Le professeur Léo Vignon, l’éminent directeur de l’École de chimie industrielle de Lyon, à la suite d’une enquête approfondie, a.consigné dans un rapport officiel récent que la proportion de chimistes dignes de ce titre, calculée sur un nombre N d’habitants, est en Suisse de 300, en Allemagne de 250, en France de 7 et en Angleterre de 6. Au delà du Rhin le nombre des écoles supérieures techniques, en dehors des universités, est de 13, contenant chacune plus de mille élèves; en France nous.ne pouvons leur opposer que l’Ecole Centrale, les Écoles des mines de Paris et de Saint-Etienne, et quelques établissements privés. L’Ecole des Ponts et Chaussées, qui donne un enseignement tout à fait supérieur, renferme un si petit nombre d'élèves que la qualité ne saurait suppléer à la quantité. Il nous faut absolument dans notre pays un enseignement technique qui couvre tout le domaine de l’industrie.
- Quant à l'apprentissage professionnel, il n’est pas un industriel qui n’en déplore l’insuffisance. L’ouvrier français est le plus habile du monde: mais encore faut-il qu’on lui apprenne un métier. N’attendez pas, Messieurs, que le métier lui soit enseigné par , l’Etat. Depuis vingt ans on agite de loin en loin cette question au Parlement, et après quelques discussions confuses, on la remet dans le tiroir. Ce genre de séances continuera. Permettez-moi de vous avouer que je ne le regrette que faiblement. Le jour où l’Etat ouvrirait des écoles professionnelles, il ferait des mandarins et non des artisans. Tel y entrerait pour devenir serrurier qui en sortirait quémandeur d’une place de fonctionnaire. Tenez cette solution pour fatale. A mon avis, nous n’aurons en France des ateliers d’apprentissage sérieux que le jour où, les industriels intéressés les créeront eux-mêmes, soit individuellement, s’ils en ont les moyens, soit en se syndiquant entre exploitants d’une même profession. Toutefois une initiative analogue pourrait être prise par les communes. Des ateliers d’apprentissage municipaux, appropriés aux industries de la région, contrôlés par des manufacturiers de la localité, auraient chance de produire des artisans habiles en leur métier.
- Et à cette occasion il est indiqué de parler ici de l’atelier d’apprentissage organisé par le maire de Lyon, M . le Sénateur Herriot, en faveur dés mùtilés de la guerre. Je l’ai visité récemment avec une admiration émue. On y apprend aux Français qui ont perdu un ou plusieurs membres en défendant le pays, à gagner leur vie, avec quelqu’un des métiers compatibles avec leur genre de mutilation. Ils sont là une centaine dans un établissement forcément restreint, mais ils sont des milliers qui sollicitent d’y entrer. On se demande avec une pénible surprise pourquoi de semblables ateliers n’ont pas été créés dans une cinquantaine de villes françaises, alors que les Allemands en ont installé partout .
- L’enseignement technique spécialisé et l’apprentissage sont la condition d’existence de cette qualité nécessaire à tout homme qui se livre à une occupation déterminée, la compétence. Quel lest "chez nous L’industriel qui peut affirmer connaître tout ce qu’il aurait à savoir pour le bien de son exploitation Et vous ne me 'contredirez pas si je' déclare que
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- pour obtenir le rendement maximum d’une exploitation il faut y être pleinement rompu.
- Tout progrès est interdit à qui ne connaît qu’empiriquement sa profession ; ce qui conduit à cet axiome que l’ignorance est à la base de la routine et de la stagnation dans l’industrie. Car l’ignorant qui tente de progresser est un aveugle qui se lance sans guide sur la route. La culbute l’attend dès ses premiers pas.
- A cette faiblesse, les Allemands opposent la puissance de leur fameuse Kultur, la précision de leur science, donnant à ce mot science un sens très étendu, dont la traduction française est justement le terme de compétence. La science d’un métallurgiste de Dusseldorf n’est pas celle d’un exportateur de Hambourg. Pour le dernier elle comprend la connaissance d’un pays étranger, de sa géographie, de ses mœurs, de ses besoins, de ses ressources, de sa langue, du change, etc. L’Allemand appelle tout cela de la science et, avec cette ardeur dans l’investigation qui en fait si facilement un espion, il la pousse jusqu’à ses plus extrêmes détails.
- Ayant reconnu que, dans l’industrie notamment, le cerveau unique qui dirige ne saurait embrasser la pleine;connaissance de tous les éléments de l’exploitation, les Allemands ont ôté amenés à la création d’énormes unités où la règle absolue est la division du travail, non seulement pour les ouvriers, mais pour les chefs. Chaque technicien est un spécialiste de la partie qui lui est confiée, avec mission de la faire prospérer au mieux de ses capacités. Dans chaque grande usine il y a des hommes qui exécutent le travail du jour et d’autres qui préparent le progrès du lendemain. Ces derniers sont particulièrement chargés de se tenir au courant de toutes les nouveautés; c’est ainsi que la plupart des grandes usines possèdent une bibliothèque où sont reçus les ouvrages et les périodiques de tous pays, relatifs aux travaux q.u’elles poursuivent: le ou les bibliothécaires sont tenus de dépouiller toute cette littérature et d’aviser par écrit chaque service des livres ou articles susceptibles de l’intéresser.
- A vous citer de tels faits je ne conclus pas qu’il faudra créer de toutes pièces en France des Sociétés disposant d’un capital de 100 millions, comme la Badische Anilin und Soda Fabrik, de 310 millions comme la Hambarg-Amerika Unie, de 345 millions comme la Gelsenkirchen, de 395 millions comme Iirupp, ou de 450 millions comme 1 ’Allgemeine Electri-citâls Gesellschaft ; le moment serait peu opportun et du reste l’individualisme français s’y refuserait ; mais il importera que les exploitants d’une même industrie fassent litière de cet individualisme pour mettre en commun leurs efforts afin de les perfectionner. Les recherches et les essais qui dépassent les ressources d’un manufacturier de moyenne importance peuvent être exécutés par un groupement de tous. C’est là un côté à développer de l’action syndicale. Nous en avons un embryon qui ne peùt manquer de vous venir à l’esprit dans les Associations de Propriétaires d’appareils à vapeur. C’est à l’aide d’un organisme de ce genre que, par exemple, les Allemands ont développé, avec l’ampleur qùe vous savez, leurs constructions navales. Ils déclarent qu’au début aucun dé leurs chantiers maritimes ne possédait assez de ressources
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- pour exécuter les recherches et les expériences nécessaires aux perfectionnements de la navigation et que Y Association des Constructeurs de navires, fondée il y a quelque vingt ans, a joué un rôle de premier ordre dans le progrès de cette technique, en étudiant et expérimentant à frais communs les idées et les découvertes qui s’y rapportent.
- Que dire de l’aménagement de trop de nos usines ? Mal situées, encombrées, rapiécées, inextensibles, sans moyen mécanique de manutention, elles fonctionnent pour ainsi dire à bras d’hommes, alors que la main-d’œuvre va devenir hors de prix. Un industriel français le plus important et le plus avisé de sa spécialité, à qui je parlais récemment de ces mauvaises conditions de travail, me répondit : « Ne vous préoccupez donc pas de ces attardés ; les établissements ainsi aménagés disparaitront tout seuls et feront de la place pour les autres. » Puis il ajoutait : « Nos confrères sont mal inspirés s’ils n’étudient pas résolument l’application de la méthode Taylor. »
- L’expérience d’hier prouve cette vérité qui sera plus évidente encore demain. Si les industries bien outillées sont rares en France, la construction automobile nous donne un exemple saisissant de ce que nous pouvons faire avec une bonne organisation. Presque toutes nos grandes maisons sont des merveilles d’installation. Mais aussi qu’elle vogue n’ont-elles pas dans le monde entier et quels chiffres d’exportation !
- On en peut dire autant de nos usines hydro-électriques, électro-chimiques et électro-métallurgiques qui depuis vingt ans ont su attirer à elles des capitaux considérables qu’elles ont utilisés suivant les données d’une technique irréprochable.
- Pourtant le matériel n’est pas tout. Tant vaut le directeur tant vaut l’affaire. On le paiera toujours trop s’il est mauvais, jamais assez s’il est sérieux et compétent. Et à ce sujet je me permets d’insinuer que les Conseils d’administration sont parfois des obstacles dans une Société. La façon dont ils sont recrutés les voue généralement à l’incompétence et le peu de temps qu’ils consacrent aux affaires dont ils ont la responsabilité ne les documente guère sur leur fonctionnement. Nonobstant ils prétendent décider par oui ou par non, en quelques minutes, des questions que la direction à étudiées pendant des mois. Autant vaudrait parfois jouer à pile ou face les déterminations. Les Conseils qui veulent diriger eux-mêmes, au lieu de se borner à contrôler, provoquent l’anarchie ou sombrent dans les compétitions de personnes et la Société déchoit avec eux. Rappelez, Messieurs, vos souvenirs, interrogez l’histoire et vous reconnaîtrez qu’aucune institution humaine n’a jamais prospéré et grandi à moins d’être dirigée par un cerveau unique.
- On a adressé depuis longtemps à l’industrie française une série de conseils ou de reproches dont il lui importera de tenir compte plus que par le passé. On lui a répété qu’elle fabriquait suivant son bon plaisir, et non suivant le goût de ses clients, qu’elle ne savait pas offrir ses produits à l’aide de catalogues clairs et attrayants et d’échantillons bien préparés. Les firmes germaniques nous ont suffisamment inondés de leurs prospectus illustrés pour que les nôtres ne puissent invoquer qu’elles manquent de modèles. Enfin nous laissons souvent le client, à qui cela déplaît fort, se débrouiller au milieu des questions
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- de transport, de fret, d’assurance, de change, de douane, etc. Mais ceci est une incursion dans le domaine commercial que je ne veux pas aborder.
- Reconstruction des usines des régions envahies, renouvellement et création de matériel dans les autres, coûteront cher à un moment' où l’argent sera aussi rare que la main-d’œuvre. Avons-nous du moins le droit d’espérer que les établissements de crédit aideront largement l’industrie? Jusqu’ici, ils ont habitué le bas de laine à se vider tout seul dans leurs caisses. Ils ont eu du capital autant qu’ils en ont désiré et ont absorbé au jour le jour le plus clair des économies françaises; trop souvent c’était pour le porter à l’Étranger. L’opération est si simple et si productive! Un État obéré a besoin de 500 millions; en une semaine on peut se mettre d’accord. Le public français versera 500 millions, l’établissement de crédit en remettra 400 à l’emprunteur et, sous des rubriques diverses, encaissera 100 millions de bénéfices. Gomme c’est plus simple et moins laborieux que d’avancer, à bon escient, la môme somme à mille maisons de commerce françaises !
- Mais suivons les 400 millions jusqu’à la capitale du susdit État. A peu prés toujours ils lui servent à créer de l'outillage public civil ou militaire et, neuf fois sur dix, c’est l’Allemagne qui obtient ces fournitures, à gros bénéfice bien entendu, et c’est avec ce bénéfice que la môme Allemagne a forgé les canons qui foudroient nos monuments et les mitrailleuses qui tuent nos fils.
- L’expérience a prouvé que ces avances aux pays étrangers ne nous ont pas valu une grande influence politique corrélative. Regardez l’Espagne, le Portugal, la Turquie et tant d’autres ! Loin de moi cependant la pensée qu’un peuple riche ne doive pas avancer de fonds aux pays plus pauvres; mais seulement dans la mesure du superflu et non pas du principal de ses économies. L’outillage national doit passer avant tout.
- Voulez-vous savoir par opposition quels résultats les Allemands retirent de leurs capitaux quand ils en exportent? En voici un exemple suggestif.
- Il y a quelques années un projet prit corps en Espagne de capter dans la Sierra Morena un ou plusieurs torrents dont l’énergie serait transportée dans diverses villes, notamment à Madrid, Tolède, Saragosse, etc. C’était une entreprise considérable. L’Allgemeine Electricitats Gesel-schaftqui possède, ai-je dit, 450 millions bien à elle et jouit, en outre, d’un crédit illimité auprès de la Deutsche Bank à laquelle elle est étroitement unie, étudia l’atfaire, la reconn ut bonne et la soumissionna à un prix assez bas pour que personne ne pût la lui enlever, mais à la condition d’être payée en papier; ce qui fut fait. Et depuis lors l’A. E. G. (ou une de ses filiales), étant le plus gros actionnaire de l’entreprise, la contrôle en fait, de sorte que, grâce à quelques millions d’ailleurs bien rétribués, la capitale espagnole ne peut s’éclairer, ni travailler sans le bon vouloir des Allemands.
- Suggérons à nos financiers de regarder un peu moins, et à nos industriels de regarder un peu plus, au delà de nos frontières. Surtout, per-suadons-les que les emprunteurs à môme de fournir une caution pal-
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- îpable ne sont pas seuls dignes de crédit. L’homme intelligent, travailleur, instruit est aussi une valeur bancable. Le rôle des marchands de -capitaux est de savoir le discerner et de lui donner leur appui.
- Il a trop longtemps duré, ce métier de dupe qui consiste, pour nos •compatriotes, à faire des découvertes à leurs propres frais, et de les voir mises au point et exploitées par les Allemands, grâce aux établissements financiers ou industriels d’outre-Rhin.
- Ce défaut de solidarité dans les eftorts est une de nos principales faiblesses. Ainsi l’étroitesse de vues qui consiste, pour nos maisons de commerce, à ne voir de rivaux que dans la maison d’en face doit céder devant de plus vastes conceptions. Le moment est venu de s’unir avec la maison d’en face pour marcher ensemble à la conquête des marchés extérieurs. Préparons-nous à leur expédier nos produits au lieu de leur exporter nos capitaux.
- Gomment faire pour inculquer ces vérités, alors que l’on entend répéter, par des gens qui devraient. être sérieux, des billevesées comme celle-ci ? « Après la guerre, étant à l’abri de la concurrence allemande, je vendrai mes produits aussi cher qu’il me plaira; à quoi bon les perfectionner! » ou celle-ci d’un commerçant qui se croit très habile. « Les produits allemands ! Je trouverai bien le moyen de m’en procurer, de les démarquer et d’en satisfaire ma clientèle. » Cette dernière pensée est d’ailleurs en opposition radicale avec cette autre : « Il faudra à tout prix •empêcher les Allemands de produire bon marché. » Et alors jaillissent des propositions de taxes et de droits de douane d’une sévérité à faire frémir M. Méline lui-même.
- Peu de gens se sont posé la question économique sous la forme suivante : « Nous sommes consommateurs, nous avons besoin de telles et lelles marchandises, et nous vous demandons à vous, producteurs français, si vous pourrez nous les fournir. »
- Hélas, la liste serait longue des objets pour lesquels les producteurs français devraient répondre non po&sumus. Il y aurait cruauté antipatriotique, je le répète, à les énumérer. Sur un seul pourtant je voudrais dire un mot. Il s’agit des matières colorantes, monopole allemand au sujet duquel on a imprimé une masse d’écrits sans fondement. Les colorants artificiels dérivent de la distillation du goudron de houille. Or, tandis que l’Allemagne produit 1 million de tonnes de ces goudrons, nous n’en récoltons peut-être pas la dixièmepartie et cette dixième partie, nous ne la distillons pas. La fabrication des matières colorantes par grandes masses, en France, sera donc une chimère tant que nous ne produirons pas la matière première d’où on les extrait.
- Je ne puis pas, parlant devant la Société des Ingénieurs Civils de-France, passer sous silence cette organisation gigantesque de la distillation de la houille en Allemagne. La décomposition du charbon en • coke, goudron, huiles lourdes, gaz combustibles et ammoniaque est tellement avantageuse aujourd’hui que le temps est proche où la consommation de la houille brute sur une grille sera considérée comme un anachronisme. C’est pourquoi, dans le Rheinland notamment, les char-.bonnages installent successivement des fours à coke à récupération de
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- sous-produits; et ils 11e se contentent pas de recueillir le goudron et de fixer rammoniaque par l’acide sulfurique, mais partout, à côté des fours, se dressent des appareils distillatoires qui séparent le goudron en ses éléments, benzol, naphtaline, toluol, xylol, anthracène, etc. Deux chiffres donneroritune idée de ce. mouvement : en 1902, la production dn goudron dans le bassin rhénan était de 94 000 t; en 1912 elle s’est élevée à 550 000. Nos grands charbonnages ont tout intérêt à suivre cet exemple.
- On pourrait me demander pourquoi, dans cet aperçu prévisionnel de-l’industrie française après la guerre, je n’envisage pas le sérieux appoint qui sera apporté à notre richesse nationale par les productions de la Lorraine, de l’Alsace et du bassin houiller et métallurgique de Sarre-bruck, que nous espérons tous devoir faire retour à la France ; sincèrement je répondrai que je me sens incapable de mesurer le degré de perturbation que déterminera la juxtaposition à la production française des tissus et des produits chimiques de Mulhouse, des vins d’Alsace, des 17 millions de tonnes de houille, des 3 millions et demi de tonnes de-fonte et des grands ateliers mécaniques du bassin de la Sarre, qui tous,, sauf les mines qui sont propriétés du fisc prussien, appartiennent à des-Sociétés allemandes.
- Il n’est qu’un seul point de cet ensemble qui ait été abordé par les-publicistes français; il s’agit des gisements de potasse du Sundgau, au nord de Mulhouse. Les journaux ont annoncé, les uns après les autres,, que nous trouverions là une richesse de 60 milliards. Qu’en est-il de ces chiffres capiteux ? Ici, je puis donner des renseignements précis.
- Vous savez tous que la production des sels de potasse est presque un-monopole allemand, grâce au gisement prodigieux, et jusque-là unique au monde, de Stassfurt (Saxe prussienne et Hanovre) ; vous savez aussi que les soixante-dix ou quatre-vingts exploitants ou rafïineurs de sels de potasse ont formé un syndicat de vente qui, seul, alimente la consommation mondiale et répartit les commandes à tous ses adhérents ; grâce à ce monopole et à ce cartel, la prospérité de ces exploitations est inouïe. On en était là lorsque le hasard fit découvrir en Alsace (1904) un gisement rival. Une demoiselle alsacienne, Amélie de Wittelsheim, ayant vu en songe, le sous-sol de sa propriété pourvu d’une nappe de pétrole,, fit entreprendre un sondage. On ne trouva pas de pétrole, mais à 358 m de profondeur, une magnifique couche de sylvinite (chlorure double de potassium et de sodium) ; les couches se succédaient entre 358 et 512 m;. puis on traversa jusqu’à 620 m des stériles, et de nouvelles couches plus abondantes encore furent découvertes entre 620 et 950 m. Aussitôt d’autres sondages furent entrepris au nombre de 103 et le bassin fut circonscrit dans la région de Heimsbrunn, Soultz, Gernay et Sweighausen,. sur une surface de 200 km carrés environ.
- Gomme bien l’on pense les exploitants de Stassfurt s’émurent, d’autant plus qu’un groupe de capitalistes américains s’était abattu sur l’Alsace pour accaparer cette découverte. Le Gouvernement fut saisi de l’affaire et, sans hésiter, prépara un projet de loi qui est une innovation unique dans le domaine de l’industrie. Le législateur invoque ce principe que le Gouvernement allemand ne saurait admettre que les trésors
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- du sol national soient livrés à des acheteurs étrangers. Conséquemment de tels faits doivent être empêchés. Du même coup, le projet réglemente la production globale des minerais de potasse et donne force de loi aux institutions du Kalisyndicat de Stassfurt. Un impôt équitable est réparti sur les exploitants. Enfin, un salaire minimum est fixé pour tous les ouvriers occupés dans cette industrie. Cette dernière clause a entraîné le vote de la loi par les socialistes le 10 mai 1910. Les gisements d’Alsace ne tardèrent pas à voir s’ouvrir une vingtaine d’exploitations (1913).
- Cette situation suggère de multiples remarques. Tout d’abord, le précédent d’exclusion des étrangers dans les exploitations de minerais potassiques pourrait bien se retourner contre ceux qui l’ont établi. Il faut observer, d’autre part, que l’Allemagne possédait déjà, avec les gisements de Stassfurt, le monopole des sels de potasse, et que ces premiers gisements sont d’une abondance telle qu’ils peuvent alimenter, pour ainsi dire, indéfiniment la consommation mondiale, qui est à ce jour de 12 à 14 millions de tonnes, comptés en sels bruts; mais voici que, parallèlement, le gisement du Sundgau est, lui aussi, capable de pourvoir à lui seul à cette consommation mondiale; d’où il résulte qu’ils ne peuvent prospérer simultanément sans la condition expresse d’uné entente entre eux, faute de laquelle le mieux placé géographiquement et le mieux exploité des deux écrasera l’autre. Et, si le hasard voulait qu’ils fussent en mesure de produire au même prix, en se faisant concurrence, ils végéteraient l’un et l’autre sans bénéfices sensibles. Il est assez difficile de dire si les sels du Sundgau sont plus ou moins coûteux à extraire que ceux de Stassfurt; mais la distance qui les sépare de Rotterdam par le Rhin est près de quatre fois supérieure à la distance de Stassfurt à Hambourg, par l’Elbe.
- Quant à la consommation française de ces sels, elle n’atteint pas 2 0/0 de la production totale. Il s’imposera donc de maintenir un accord entre les deux groupes d’exploitants.
- Que l’on me permette enfin de citer, comme épilogue de ce qui précède, la phrase qui termine le chapitre de Stassfurt dans mon Allemagne au Travail (antérieur à l’exploitation du Sundgau) (page 132) :
- « Si des gisements comme ceux de Stassfurt se fussent rencontrés » dans quelque pays proscrivant les ententes entre producteurs, ils » eussent constitué au lieu d’une superbe richesse une non-valeur. »
- Des auditeurs aussi avertis que vous, Messieurs, ne s’étonneront pas de la complexité des enchaînements qui apparaissent entre les questions économiques, dès qu’on veut les approfondir au lieu de les effleurer.
- Cette complexité devient plus inextricable encore, si on envisage leurs relations avec les exigences de l’État. On peut même se demander s’il est dans nos pouvoirs publics des hommes qui së doutent de la difficulté des problèmes qu’ils auront demain à résoudre. La façon dont le législateur français a traité depuis longtemps les affaires économiques du pays fait tout craindre pour l’avenir, et notre plus vive appréhension résulte de son mépris systématique de la compétence chez les fonction-
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- naires qu’il charge ici et là des intérêts de la France. Il est de mon devoir de dire bien haut que le système administratif qui règne chez nous est inégal à la grandeur et à la gtavité actuelles de ces questions. A vouloir maintenir l’indolence, l’irresponsabilité et la lenteur de notre bureaucratie en face de la formidable activité de nos ennemis et de leur connaissance approfondie de ces mêmes sujets, nous courons à de tristes mécomptes. Une situation si tragiquement nouvelle exige d’autres procédés et des hommes autrement préparés.
- A parler franc, les milieux industriels et commerciaux n’ont pas eu, depuis longtemps, à se louer de la sollicitude de l’État pour nos grands intérêts économiques. La plupart des lois qui ont été promulguées, la plupart des errements du passé qui ont été maintenus sont une gêne plutôt qu’un stimulant à leur activité.
- Les lois sociales ont été votées sous l’empire de passions politiques étrangères à toute conception raisonnée du bien-être public.
- L’entêtement à conserver, par exemple, l’inscription maritime, a empêché et empêchera notre marine marchande de remonter le cours de sa décadence.
- Les primes accordées à certains groupements, à certaines productions, sont, en général, des encouragements à la paresse plutôt qu’à l’activité.
- On nous a gratifiés du Nord au Midi d’inspecteurs du travail, institution excellente et nécessaire, assurément. La plupart de ces fonctionnaires sont pleins de bonne volonté, beaucoup sont à la hauteur de leur tâche ; mais tandis qu’en Allemagne il est exigé d’eux qu’ils soient diplômés des écoles techniques supérieures, nul n’a jamais pu savoir, en France, en vertu de quelle sélection ils sont réputés aptes à la mission de surveiller nos ateliers.
- Quand un ministre se trouve inopinément en face d’une question à trancher, sa méthode est constante : il fait un discours et rédige une circulaire, et la question lui semble résolue. A d’autres le souci du sort de l’affaire. On peut lire, dans les mémoires de Bourrienne, que lorsque l’empereur Napoléon donnait un ordre, aucun des responsables successifs de sa transmission n’osait dormir avant de s’être assuré que l’ordre ôtait exécuté.
- Les institutions de l’Empire .nous régissent encore, mais non plus les habitudes de son administration.
- Mais rentrons pour en finir dans le domaine des faits.
- Supposez que nous exigions, par exemple, de l’Allemagne vaincue, qu’elle nous livre comme partie de rançon les trois grands liners de la Hamburg-Amerika : Ylmperator, de 53 000 t, le Vaterland, de 58 000, et le Bismarck, de 65 000. Mais nous n’aurions pas en France un seul port pour les abriter. Et supposez encore que l’un de vous, Messieurs, découvre demain sur notre sol quelque beau gisement métallifère. Nul ne sera admis à l’eiploiter, parce que la loi de 1810 sur les mines est considérée comme abrogée et que celle qui doit la remplacer n’est pas môme en projet.
- Alors que signifient les discours par lesquels on nous pressa de développer la production nationale 1
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- Nous possédons, cependant, en France, au milieu de tant de défaillants, un homme public dont l’activité est merveilleusement féconde : j’ai nommé le chef de notre protectorat marocain : le général Lyautey. Il ne lui a pas suffi de conquérir et de pacifier le Maroc, son ardeur infatigable s’applique aussi à le coloniser rapidement. Et il n’a pas attendu, lui, la conclusion de la paix pour y travailler; crânement, résolument il a pris l’initiative d’organiser, en pleine guerre, à Casablanca une exposition des produits français. Lui-rnème m’a exposé son but dans une lettre personnelle qui semble écrite par le plus averti des économistes. Il veut montrer aux indigènes, aux étrangers, aux Français établis là-bas des marchandises bien françaises, au lieu et place des produits allemands qui infestaient hier et menaçaient d’envahir la colonie ; il estime que c’est maintenant et non après la guerre qu’il faut; faire cette manifestation, laquelle montrera aux Marocains que nous ne sommes pas, comme certains se le laissaient dire, les courtiers et les subordonnés de l’Allemagne, et l’animation provoquée par cettè création maintiendra au Maroc une vie économique que le départ des mobilisés français et italiens tendait à suspendre.
- Voilà un exemple qui vient de haut et qui console de bien des constatations d’inertie.
- Je sais que vous tous, Messieurs, ingénieurs, industriels, commerçants, avez sur toutes ces questions un sentiment unanime; malheureusement, on ne fait pas un pays avec une élite quand le pouvoir obéit à de tout autres mobiles qu’aux inspirations de cette élite.
- Le réformateur tout puissant de ces errements devrait être la grande presse. Nos quotidiens nous parlent bien de politique, de littérature, d’art, voire même de scandales divers ; seulement la plupart habituent leur public à se passer des questions économiques. Cependant, la grande majorité des citoyens n’a de notions sur le monde extérieur que par son journal; elle reste donc étrangère à tout ce qu'elle n’y trouve pas. Et voilà comment les sujets d’où dépendent la vie, la prospérité, la puissance de la nation sont précisément ceux que la nation ignore le plus. Combien serait autre la matière de votre journal, s’il appliquait cette inattaquable formule : « Mesurer la place à l’importance réelle des questions »!
- Les journalistes allemands, dont les gazettes ne sont pas récréatives, mais substantielles, ont coutume d’instruire leurs lecteurs des questions scientifiques, géographiques, industrielles, sociales en passant successivement la plume à des rédacteurs occasionnels, versés en ces matières ; et comme le nombre des pages est illimité, grâce à l’abondance de la publicité, il en résulte que tous ces lecteurs sont en définitive renseignés sur tous les sujets.
- Etre renseigné en tout : c’est là la moitié de la puissance tudesque ! Ce n’était pas malheureusement notre lot. Écoutez plutôt ceci :
- Je vous demande pardon de narrer un fait personnel; mais je n’en connais pas de plus caractéristique. C’est, vers la fm de l’automne 1913 que je revins de ma dernière tournée en Allemagne, épouvanté de ce que
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- j’y avais observé, lu et entendu. Après que j’eus imprimé mes documents et mes impressions sur les Derniers progrès de l'Allemagne (mars 1914), je portai le livre à un rédacteur de l’un des grands journaux de Paris qui affiche la prétention de parler de tout et je lui lus sans préambule le passage suivant :
- « On procède en ce moment au quadruplement de l’une des grandes » lignes qui vont de Cologne à Berlin, celle qui passe par Elberfeld. Il » est difficile de ne pas voir dans cette entreprise une préoccupation » stratégique, bien que les moyens de transport de troupes de l’est à » l’ouest soient déjà formidables. Le nombre des lignes, la superficie et » la longueur des quais d’embarquement dénotent une étude qui se per-* fectionne d’année en année. Il n’est pas douteux que notre État-Major » n’ait pleine connaissance de cette organisation, de même qu’il a dû » être informé d’avance de l’augmentation de l'armée allemande par les » 233 millions de marks que l’Empire a consacrés à la construction de » nouvelles casernes en 1911 et 1912, c’est-à-dire avant que le Reichs-» tag ait voté l’accroissement de l’armée.
- » Je n’ai aucune prétention à l’art militaire, mais comme ingénieur » je me permets d’affirmer que la puissance d’écoulement sur les voies » ferrées que j’ai si souvent parcourues à l’occident de l’Allemagne est » terriblement supérieure à celle des voies françaises vers l’Est. Les » Allemands préparent la guerre exactement comme une opération » industrielle de vaste envergure dont ils calculent froidement toute » l’organisation. N’interrogeons pas leurs regards pour y lire de la » haine. L’homme d’affaires puissant n’a pas de haine pour le concur-» rent moins fort qu’il s’apprête à ruiner. Ils resteront pacifiques jus-» qu’au jour où ils croiront le succès de la mise en train assuré ! Ce » jour-là les Pangermanistes gagneront tout le pays à leur insatiable » convoitise. L’armée et la flotte sont un outillage dont le mouvement » général se déclenchera d’un seul coup, comme ces grandes écluses de » Hambourg qu’un bouton électrique ouvre automatiquement. Le fracas » des armes nous apprendra le premier que le signal a été donné. Alors » un véritable Gulf-stream d’hommes, de canons et de baïonnettes dé-» ferlera sur,nos frontières. Malheur à nous si notre organisation n’est » pas irréprochable ! Quand donc ceux qui, ouvertement ou sourdement, » minent la force matérielle et morale de notre armée, comprendront-» ils qu’ils jouent avec l’existence même de notre pays ! Leur égarement » aura toute la conséquence d’une trahison. Qu’ils nous ramènent le » service militaire de deux ans, et moins de deux ans après les armées » allemandes entreront en France. .
- » Toute la question de la paix ou de la guerre se réduit à savoir à » quel moment le grand État-Major jugera qu’il peut mobiliser ses » masses sans rencontrer une résistance inattendue; sa seule crainte » est qu’il trouve devant lui un chef qui sache ranimer notre patrio-» tisme et diriger avec habileté la furia française.
- » De cette mentalité, nous devons tirer deux conséquences : quelle » que soit la perfection de l’outillage, il faut un chef pour le mouvoir, » et quel que soit ce chef, si l’outillage est mauvais, la défaite ne sau-» rait être évitée. »
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- Eh bien! j’ai encore aux oreilles la phrase dédaigneusement polie avec laquelle ce publiciste m’éconduisit : « Ces questions-là, me dit-il, n’intéressent pas notre public. » Toutefois, il ajouta : « Si vous tenez absolument à ce que nous parlions de votre livre, ce sera 15 francs la ligne. »
- Je dois reconnaître à la décharge de cette rédaction que j’arrivais malencontreusement à une époque où une bonne partie de sa copie était concentrée sur un scandale politico-judiciaire de tout premier ordre.
- Ne jugez point cependant que ce journaliste eut tout à fait tort. Tout dépend de la conception que l’on se fait de son métier. Le journal est-il fait pour amuser ou pour instruire ? pour flatter les passions ou élever les intelligences ? pour détruire ou pour édifier ? pour servir les intérêts d’un commanditaire puissant ou ceux de la nation ?' Enfin, pour dire ou taire la vérité? Il ne manque pas de gens de plume qui préfèrent ne pas se prononcer.
- Il semble bien pourtant que le jour est venu où les niaiseries doivent eéder le pas aux choses sérieuses, et, si j’y insiste, c’est qu’il importe de créer, et que la presse seule peut créer une ambiance régénératrice. La mentalité d’un peuple se modifie à son insu, sous l’influence des idées qu’il entend répéter chaque jour et surtout de l’exemple que lui donnent ceux qui ont charge de le diriger. C’est l’influence, la contagion du milieu. Tout le monde sait que, dans un monde laborieux, les fainéants ne tardent pas à disparaître.
- On a écrit depuis le début de la guerre de très beaux développements sur l’idéalisme ; on a comparé l’idéal latin au réalisme teuton ; on a même fait un abus de cette antithèse ; non point que les Allemands n’aient montré une brutalité et une sauvagerie révoltantes, mais parce que les mots de réalisme “ou l’idéalisme y sont employés avec une signification qui m’échappe. Les plus horribles cruautés de l’histoire ont été commises par des hommes qui étaient des idéalistes frénétiques, témoins les propagateurs armés et casqués de telle ou telle religion. D’autre part, qui pourrait dire quel était notre idéal à nous, Français, il y seulement un an ?
- Les Allemands, depuis quelques années seulement, ont un idéal, d’ailleurs parfaitement insupportable, l’idéal impérialiste, qu’il faut absolument juguler ; mais tout ce qu’on pourra écrire n’empèchera que c’est cet idéal qui fait leur force et entretient leur résistance. Il eût assuré leur hégémonie mondiale s’il ne leur avait inspiré un orgueil en tous points démesuré. Il n’en reste pas moins que c’est ce mysticisme sauvage et cette religion incendiaire qui font jaillir les ressources de leur sol et les armées du sein de leur nation.
- Que ceci nous soit une grande leçon. Aucun peuple ne saurait occuper une large place dans le monde sans s’être proposé et avoir poursuivi un idéal, ou, si l’on préfère, un but qui rallie le peuple tout entier dans un même effort.
- Il me reste à examiner l’obstacle le plus infranchissable qui se dresse devant notre relèvement ; et ici je vais aborder le dernier et le plus
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- troublant passage de mon exposé ; je veux parler de l’alcoolisme. On a tout dit, on a tout écrit contre ce fléau ; mais, peut-être, d’autres n’ont-ils pas observé ce que je tiens à vous rapporter à son sujet :
- Pendant l’été de 1911, je visitai la grande exposition d’hygiène de Dresde, qui fut une des manifestations les plus sensationnelles'de la science allemande. Dans une longue galerie avaient été représentés, avec leurs effets, les divers poisons dont les hommes ont imaginé le plaisir de s’intoxiquer. L’alcool figurait au premier rang. Sur la paroi murale, on avait dressé ,une série de colonnes verticales, de hauteurs proportionnelles à la consommation de chaque pays par tête d’habitant. On voyait là, figurées en colonnes'de plus en plus hautes, les consommations des Pays Scandinaves, de l’Espagne, de l’Italie, de l’Allemagne, de l’Angleterre, de la Suisse, de la Belgique. Une dernière colonne atteignait presque le plafond, c’était celle de la France, et encore le statisticien ajoutait qu’il n’était pas tenu compte de l’appoint considé-^-rable fourni aux buveurs français par les bouilleurs de cru. :
- A côté de ces représentations, un mannequin de cire figurait un alcoolique se tordant dans les convulsions du delirium tremens, et, par une délicate attention, on avait donné à ce malheureux le masque et l’accoutrement habituel d’un ouvrier français. Une foule, énorme se pressait autour de ce spectacle. Je la contemplai et l’écoutai longtemps. Dans ses regards et dans ses paroles, la pitié se mêlait à la convoitise; mais ce dernier sentiment l’emportait : « Voilà un peuple dégénéré, pensaient ces Teutons, qui'ne pourra se défendre; demain, la France est à nctus. » •
- G’est là que j’éprouvai pour'la première fois la sensation qu’une invasion était, plus ou moins proche, mais certaine.
- Et ne croyez pas, Messieurs, que nos ennemis soient seuls à sonder ainsi notre propre avenir. Depuis sept mois, je circule sans discontinuer chez nos amis et chez les neutres. Tous ont admiré non sans surprise notre héroïque attitude ; ils nous croyaient condamnés à l'écrasement. Toutefois, chacun se demande si de cette épreuve nous sortirons régénérés ou si nous retomberons dans les fautes qui nous conduisaient à l’abime. L’alcoolisme surtout inquiète nos amis; il n’en est pas un seul qui ne m’ait demandé anxieusement : « Vous débarrasserez-vous enfin de l’alcool ? Qu’attendez-vous ? Ne voyez-vous pas que vous êtes en train d’en mourir ? »
- Pendant ce temps, chez nous, le fléau reste inattaqué ; dès lors, tout ce que nous tenterons pour relever les ruines accumulées, pour rendre à notre pays sa prospérité, son prestige, sa grandeur d’autrefois, restera stérile si nous u’extirpons pas le cancer qui le ronge, et qui jamais ne nous a plus cruellement fait souffrir.
- Tous vous avez été témoins ici ou là de ses lamentables manifestations. Pour moi, j’ai vu il y a peu d’années, en Normandie, dans un bourg écarté, une usine toute neuve, construite avec le plus grand soin, abandonnée et dépecée par son propriétaire parce qu’il ne pouvait trouver là des ouvriers qui ne fussent pas des ivrognes. J’ai vu en Bretagne des villages où 40 % des conscrits sont réformés, tristes victimes de l'alcoolisme de leurs parents. Tout le reste est au feu, mais combien en
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- reviendra-t-il ? Et c’est avec cés 40 % de déchets humains que les Bretons vont perpétuer leur race. J’ai vu hier encore, dans les faubourgs de nos villes, des permissionnaires, des convalescents, des mutilés, pêle-mêle avec des femmes et des enfants, se gorger de boisson au point de tomber comme des masses à travers tables, chaises et béquilles brisées.
- J’ai vu naguère, il ést vrai, a Moscou, un soir de fête publique 3 000 moujiks étendus ivres-morts autour des murailles du Kremlin; mais j’ai vu et admiré le geste superbe du Czar supprimant d’un trait de plume dans tout son empire l’alcool qui rapportait cependant 1 400 mil-lions à son budget. . .
- Jamais occasion ne fut plus favorable de terrasser le monstre, Notre glorieux généralissime l’a bien saisie, puisqu’imitant Nicolas II il a proscrit les boissons distillées dans toute la zone des armées qui combattent.
- Mais nos pouvoirs publics restent impassibles. Qu’on ne dise pas qu’ils ont proposé une loi qui atténuera le mal. Tout homme au courant des dessous sait que ce projet de loi n’est qu’une façade destinée à masquer l’absence de toute répression; c’est une mystification.
- De longs mois nous séparent probablement de la fin de la guerre. Souhaitons que l’instinct de la conservation provoque dans le pays une poussée assez énergique pour vaincre d’ici là les puissances de mort qui veillent autour de l’ennemi. Notre devoir -est d’y contribuer de toutes nos forces. Nous vaincrons sans doute l’Allemagne, mais si nous ne supprimons pas aujourd’hui l’alcool, l’alcool demain nous supprimera.
- En terminant cet exposé j’ai, non pas à m’excuser, mais à me justifier de la virulence voulue dés termes avec lesquels j’ai exprimé mes idées. C’est qu’à mon avis la lutte pour l’existence que nous subissons relègue pour un temps aussi bien les euphémismes émollients du langage que la calme sérénité de vos travaux scientifiques. Ce que je voudrais avoir enfoncé comme un coin dans les esprits, c’est que nous sommes à un tournant brusque de notre histoire nationale, que notre vie de demain ne pourra plus être celle d’hier, que le travail devra remplacer la fantaisie, l’union chasser la discorde, les larges conceptions se substituer aux petites intrigues et les initiatives énergiques à l’inertie des bureaucrates.
- Obsédé par cet objectif, je ne suis entré dans aucun détail concernant les réformes propres qui s’imposent à nos diverses industries; mais je vous annonce que dans une prochaine séance l’un de nos distingués Collègues, M. Paul Besson, que je sais dévoué à la même cause et aux mêmes principes dont je me réclame, complétera ce qui manque à ma communication.
- Que mon dernier mot soit en faveur de ceux qui défendent en héros notre cher pays. Combien de fois, Messieurs, n’avez-vous pas entendu exprimer cette pensée : « Quand nos soldats reviendront victorieux, ce sont eux qui se chargeront de remettre les hommes et les choses à la place qui convient ». C’est là une bien misérable défaite ! Vous trouvez donc qu’ils n’en auront point assez fait .ayant souffert, bravé la mort,
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- répandu leur sang, sauvé le pays; et tandis que vous serez restés ici inertes, les bras croisés, sans volonté, vous songez à mettre en leurs mains, à la place du fusil, le balai qui doit nettoyer les écuries d’Augias. Ah non, je demande grâce pour eux, pour ces jeunes héros qui ont combattu, dont beaucoup sont morts, non pas victimes de leurs fautes, mais victimes des sottises que nous, leurs aînés, avons accumulées depuis plus de 30 ans. Je demande que nous travaillions^, nous à leur préparer une France digne de leur courage. (Vifs applaudissements.)
- M. le Président. — Mon cher Collègue.
- Les applaudissements qui vous ont accueilli vous ont déjà traduit les sentiments que nous éprouvons tous après vous avoir entendu.
- Nous vous connaissions déjà beaucoup ici. Nous avons dans notre bibliothèque deux de vos ouvrages, et Tannée dernière j’avais l’occasion, en visitant avec la Société des Ingénieurs Civils de France les grands établissements industriels du département du Rhône, d’apprécier combien vous aviez su mettre en lumière la belle situation de votre pays natal et fait valoir tout ce qui avait été accompli dans la région lyonnaise qui a tant fait pour le bon renom de l’industrie française. J’avais lu aussi votre Allemagne au travail, et j’ai pu ainsi me rendre compte que c’était en pleine connaissance de cause, tout en sachant le bel effort qui avait été fait à Lyon, que vous aviez appelé notre attention sur la gravité des événements qui se préparaient, et j’ai fait souvent une comparaison.
- Votre ouvrage L’Allemagne au travail m’a rappelé l’impression que j’ai recueillie auprès des contemporains de la guerre de 1870 et dont ma jeunesse a été impressionnée; vos avertissements si sagaces nous remémorent les lettres du colonel Stoffel trop méconnues au moment où elles furent écrites. ;i
- Or, l’extrait des Derniers progrès de l’Allemagne que vous venez de lire démontre mieux que ce qu’on pourrait ajouter, combien vous aviez vu juste et combien on aurait gagné à se préoccuper de l’immense effort qui se préparait de l’autre côté des Vosges ; puissions-nous dire bientôt, de l’autre côté du Rhin !
- Je tiens à vous dire pourtant que les observations très sévères que vous venez de faire et qui sont très justes — vous voyez combien elles ont été appréciées de tous et personne ne conteste l’intensité de l’effort qui est nécessaire — appellent une légère atténuation; Je voudrais vous demander de ne pas trop généraliser en ce qui concerne les fonctionnaires.
- Il ne m’appartient pas de prendre la défense de l’Inspection du travail, mais comme industriel j’ai souvent affaire aux inspecteurs, et j’ai remarqué, depuis quelques années surtout, une grande amélioration dans le recrutement de ces fonctionnaires. Au début, je le reconnais, il y a eu de grandes erreurs et la politique a joué un trop grand rôle dans le recrutement, mais j’entendais tout a l’heure les appréciations si bienveillantes de M. le Directeur du Conservatoire des Arts et Métiers, et sa présence ici, en ce moment, est la preuve des sentiments nouveaux qui animent certains fonctionnaires pénétrés comme lui de leur rôle social et de leur responsabilité. •
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- Vous savez que notre Société collabore fréquemment avec le Ministère du Commerce, et voilà des années qu’un grand nombre d’entre nous ont le plaisir de se trouver en. rapports avec M. Gabelle, qui a bien voulu, ce soir, nous faire l’honneur de venir assister à cette séance, attiré par le sommaire de la communication de M. Gambon. Il ne pouvait pas mieux montrer tout l’intérêt qu’il attache aux questions que vous soulevez, et je crois pouvoir dire qu’elles ont eu son entière approbation.
- Je vous demande donc de faire des exceptions et de trouver des motifs d’espérance dans les sentiments qui animent certains hauts fonctionnaires de notre Administration — comme M. le Directeur du Conservatoire des Arts et Métiers — qui fait toujours l’accueil le plus empressé à la Société des Ingénieurs Civils de France et auprès duquel nous avons toujours trouvé toutes les facilités.
- Je tiens à ajouter un mot.
- Vous avez, Monsieur Cambon, cite M. Herriot qui me parait avoir une si haute compréhension des nécessités actuelles. Je demande à rappeler une appréciation qui m’a beaucoup frappé. Il me parlait tout dernièrement dans le même sens que vous et me disait l’autre jour : « Il est bien regrettable de constater que les efforts de la France sont souvent de valeur supérieure à ceux de l’Allemagne, mais qu’ils se neutralisent tandis qu’en Allemagne ils s’additionnent ».
- Je crois que si nous savons nous inspirer de conseils du genre de ceux qui nous sont donnés en ce moment, il y aura quand même moyen de faire quelque chose de bon et d’utile, en se pénétrant de l’effort à accomplir et de sa nécessité. Je tiens à ajouter que nous devons être d’autant plus reconnaisants à M. Cambon de son initiative qu’il vient de traverser de bien douloureuses circonstances et qu’il nous donne à tous un admirable exemple en se consacrant, malgré sa cruelle épreuve, au relèvement de spn pays. (Applaudissements.)
- M. Gabelle? Directeur du Conservatoire National des Arts et Métiers. — Messieurs. '
- Je demande la permission de remercier votre très distingué Président des paroles si aimables qu’il vient de m’adresser et dont j’ai été infiniment touché. J’ai aussi à m’excuser d’être arrivé en retard à cette séance, ayant été obligé d’assister à l’ouverture d’une réunion qui avait lieu à la même heure au Conservatoire des Arts et Métiers.
- De ce que j’ai entendu de la conférence si nourrie et d’une si haute portée philosophique de M. Victor Gambon, je regrette davantage de ne pas en avoir entendu la première partie, mais j’en lirai le texte dans votre prochain bulletin, comme je suivrai avec beaucoup d’intérêt les travaux de votre Société, comme j’ai lu avec un soin tout particulier le compte rendu des discussions un peu vives qui ont eu lieu il y a quelque temps ici, autour de cette question si complexe des brevets et des marques de fabrique. La passion même qui a été apportée à cette discussion, d’autres indices, de nombreux symptômes qui apparaissent depuis quelque temps à tous les yeux, la conférence môme que nous venons d’entendre dénotent un état d’esprit nouveau, témoignent— et c’est cela seulement que
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- je veux souligner — d’un réveil de l’énergie française sur le terrain économique comme elle se manifeste depuis dix mois sur les champs de bataille.
- Nous devons nous en féliciter. Sans doute, nous n’avons peut-être pas toujours fait tout ce qu’il convenait de faire, et je suis d’accord sur ce point avec le conférencier. Sans doute nous avons fait preuve trop souvent d’indifférence, d’apathie devant le danger qui* nous menaçait, mais c’est le passé. Envisageons l’avenir et reconnaissons qu’il est nécessaire, comme le disait à l’instant M. le Président, de faire un grand effort au point de vue économique. Pour l’accomplir, il importe de réunir en un faisceau puissant toutes les forces vives de ce pays, qui n’a jamais été plus grand et qui n’a jamais montré plus de vitalité.
- L’Administration, dont on a dit quelque mal tout à l’heure, devra, elle aussi, se dépouiller d’un formalisme trop étroit, et déjà, depuis des années, il faut bien le dire, elle s’efforce de remplir le rôle qui lui est assigné, c’est-à-dire de seconder, dans toute la mesure du possible, le commerce, l’industrie, et de coopérer ainsi au développement de la richesse nationale.
- En ce qui concerne le Conservatoire des Arts et Métiers, je suis convaincu que ce grand établissement peut, dans le mouvement de renaissance économique qui commence à s’affirmer, jouer un rôle très important, et je serais très désireux de voir les liens déjà anciens et très étroits qui l’unissent à votre Société se resserrer de plus en plus. Dans une pensée plus large, je serais heureux que les industriels vinssent de plus en plus nombreux dans ce grand établissement qui est non seulement un Conservatoire, un Musée, mais qui est surtout un foyer d’études techniques.
- Vous pouvez être assurés que je ferai tous mes efforts pour que le Conservatoire des Arts et Métiers rende des services de plus en plus grands à l’industrie française. (Applaudissements.)
- M. Paul Lecler. — Dans sa remarquable communication, M. Victor Cambon nous a montré de nombreuses causes d’infériorité de notre industrie comparativement à l’industrie allemande.
- Certes le manque d’aide de la part des banques, les défauts de la législation, l’esprit particularité, etc., entravent notre développement industriel.
- Mais, à ces causes dont beaucoup ne peuvent être changées par l’action des industriels seuls, il faut en ajouter une autre d’une importance absolument capitale, qu’il dépend d’eux seuls de modifier, sans qu’ils aient pour cela besoin de recourir à aucune intervention extérieure, législative ou autre.
- C’est leur manque d’organisation.
- Souvent, en effet, des industriels ont, ou avaient, du moins avant la guerre, autant et plus de travail personnel qu’ils n’en pouvaient faire.
- Bien que consacrant tout leur temps à leurs industries, ils avaient des défectuosités de fabrication, des retards, des difficultés avec leurs clients, etc. ; ils sentaient à chaque augmentation d’importance de leurs entreprises qu’elles échappaient davantage à leur action parce que,
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- malgré tous leurs efforts, ils ne pouvaient être, à chaque instant, partout à la fois.
- Et c’est à des industriels dans cette situation qu’on viendrait proposer •de rechercher des débouchés nouveaux, d’envoyer des voyageurs,-de faire de la publicité pour étendre encore des affaires qui les débordent déjà !
- N’est-ce pas une véritable dérision ?
- Et ces industriels débordés, auxquels on donne ces conseils impraticables, se demandent avec une stupeur anxieuse comment certains de 'leurs concurrents, lés Allemands surtout, onf pu créer des entreprises énormes, se développant avec une rapidité prodigieuse, baissant leurs prix, perfectionnant sans cesse leurs produits et leurs procédés, tout cela, en paraissant ne fournir qu’une somme de travail bien inférieure à celle qu’ils donnent eux-mêmes.
- Ils s’effarent sans comprendre, parce qu’ils 11e savent pas, que ces résultats qui les écrasent sont dus, d’abord et avant tout, à une organisation appropriée, multipliant pour ainsi dire à l’infini l’action du chef, le douant d’une sorte d’ubiquité et d’omniscience sans limites; lui permettant de suivre, pas à pas s’il le veut, à la fois dans le temps et dans l’espace, la marche de tous les rouages de son entreprise/même des plus infimes, si complexes et si dispersés qu’ils soient, d’en modifier le fonctionnement à sa guise pour le mieux adapter aux changements de circonstances, de juger d’une manière infaillible, par les résultats obtenus et les circonstances de ces résultats, tout le personnel qu'il emploie ; tout cela, pour ainsi dire, automatiquement, à tout instant, instantanément, sans efiort.ni tension d’esprit de sa part, lui laissant la pleine maîtrise de ses facultés pour préparer l’avenir, pour suivre et même précéder l’évolution qui entraîne toutes les entreprises industrielles et, par suite, pour mieux affirmer, mieux accentuer encore dans l’avenir la maîtrise déjà acquise par lui sur ses concurrents ; landis que, d’autre part, l’étude méthodique et le perfectionnement incessant des conditions de la production, et de la vente lui permettent de réduire aux plus extrêmes limites les prix des produits les plus améliorés.
- Nos industriels, en grande partie, ne comprennent pas que Yorganisation multiplie, pour ainsi dire sans limites, les facultés d’un chef d’entreprise.
- Ils ne le comprennent pas, parce que l’organisation, pas plus que le •cerveau, n’est-visible ou du moins que ses manifestations visibles sont, en apparence, insignifiantes, et que, dans une entreprise organisée, ce qu’011 voit d’abord : l’extérieur, les ateliers gigantesques, les ouvriers innombrables, les capitaux sans limites, masque ce qu’on ne voit pas, ^organisation qui a créé tout cet ensemble, qui continue à le développer, et sans laquelle il s’effondrerait.
- Tout cela, la majorité de nos industriels ne le voient pas.
- Et comment le verraient-ils, comment le comprendraient-ils ?
- Pour le comprendre — à moins d’être un génie supérieur — il faut une sorte d’initiation, un rappel continu, persévérant et tenace qui, concentrant l’attention sur ces questions, si secondaires d’apparence, en fasse progressivement saisir l’importance capitale.
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- Où nos industriels auraient-ils trouvé ce rappel continu et persévérant en même temps que les indications nécessaires pour appliquer ces idées à leurs entreprises ?
- C’est à peine si, de loin en loin, mention en est faite dans les périodiques, dans les mémoires de nos Sociétés !
- Ici môme, à la Société des Ingénieurs Civils de France, il n’en a été que très exceptionnellement question.
- Au contraire, depuis des années, l’attention des ingénieurs allemands-a été attirée systématiquement sur l’importance primordiale des questions d'organisation et de méthodes de travail dont l’étude systématique en Allemagne et aux États-Unis remonte à une quinzaine d’années déjà.
- C’est ce qu'a fait, depuis cette époque, la Société des Ingénieurs allemands (Verein Deutscher Ingenieure) pour ses 24000 membres, auxquels elle signalait ces questions sans relâche dans son journal hebdomadaire (qui contient, en outre, d’abondants documents techniques).
- Bien plus, depuis ^908, devant l’impoi’tance sans cesse grandissante des questions économiques, cette Société publie mensuellement un bulletin annexe, Technik und Wirtschaft (Technique et Economie), consacré spécialement à l’étude des questions d’économie et d’organisation industrielles, en donnant des indications suffisamment précises pour que les industriels puissent appliquer eux-mêmes les principes dont on les force ainsi à comprendre l’importance vitale.
- Comment donc s’étonner que, dans ces conditions, l’industrie allemande, ayant ainsi dans son ensemble une organisation absolument supérieure à celle de l’industrie française, obtienne aussi des résultats supérieurs ?
- Le remède s’impose de lui-même : faisons ce qu’ont fait les Allemands.
- Que les groupements industriels et notamment la Société des Ingénieurs Civils de France abordent résolument l’étude méthodique de ces questions indispensables, en fassent ressortir sans cesse l’importance capitale, en indiquant aussi à leurs membres les moyens de s’organiser, car on n’a rien fait quand on indique un mal sans montrer en même temps le remède. En môme temps, qu’ils améliorent la documentation de leurs publications et fassent connaître les méthodes de travail et les procédés de fabrication les plus nouveaux,’ en commençant par ceux relatifs aux industries dont le développement est le plus urgent.
- La faible importance numérique de nos sociétés comparée à celle des ingénieurs allemands est un obstacle à cette action, dira-t-on?
- Mais qu’est-ce qui les empêche, sinon de se fondre, du moins de s’unir (et d’abord, par exemple, la Société d’Encouragement à l’Industrie Nationale et la Société des Ingénieurs Civils de France) pour réaliser par une entente de plus en plus étroite cette action commune indispensable à la victoire de notre industrie sur l’industrie allemande, victoire sans laquelle les sacrifices de'nos soldats seraient inutiles.
- Commençons donc à abattre ces cloisons étanches trop nombreuses en France et qui nous paralysent.
- Le meilleur moyen d’aboutir est d’avoir d’abord un bulletin commun, par suite mieux documenté, paraissant -plus fréquemment, faisant pro-
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- iiter les membres de chacune de ces Sociétés des travaux des autres, que trop souvent maintenant ils ignorent complètement, et cela, pour leur plus grand avantage mutuel et le plus grand bien des intérêts généraux •du pays tout entier.
- Cette entente pourrait être étendue à toutes les Sociétés techniques, soit qu’elle aboutisse à des fusions, soit que chacune d’elles garde son individualité, mais le plan de leurs travaux étant tracé en commun, comportant, par exemple, des séances communes pour la discussion des intérêts généraux de l’industrie.
- Et qu’on ne dise pas que cela, est impossible.
- Nous avons déjà, en France même, l’exemple de Y Union des Syndicats de l'Electricité, comprenant sept syndicats, avant chacun son existence propre, mais ayant aussi des rapports fréquents, publiant tous leurs travaux et communications dans un journal unique, la Revue Électrique, l’activité de chaque syndicat profitant à tous les autres.
- Pourquoi donc ne ferions-nous pas, nous aussi, une Union des Sociétés Techniques Françaises ?
- Cette union s’impose d’autant plus à l’heure actuelle que, indépendamment de ce qui est relatif à Y organisation que les industriels peuvent appliquer individuellement, il est une autre catégorie de questions qui exigent leur action commune, celles par exemple qui embrassent toute une branche d’industrie ou toutes les industries, au point de vue technique ou commercial (à ce sujet, il faut citer l’action de divers groupements français, notamment celle du Syndicat des Industries Électriques, en ce qui concerne l’exportation, la marque syndicale et intersyndicale, l’unification du matériel).
- Enfin, une troisième catégorie de questions encore plus générales s’impose impérieusement à l’attention des ingénieurs et des industriels français : c’est la législation, la réglementation et tout ce qui •comporte intervention des pouvoirs publics dans l’industrie.
- Souvent, et à juste raison, les industriels se sont plaints des législateurs. Mais il est permis de penser que, dans nombre de cas, l’action du législateur eût été tout autre si, au lieu de l’attendre, les industriels l’avaient devancée et su faire connaître leurs besoins, et surtout créer dans le public un état d’esprit favorable aux intérêts généraux de l’industrie, qui sont ceux du pays tout entier, car sa prospérité et son avenir dépendent du succès de ses industries.
- Par ce simple aperçu, on voit donc la tâche lourde, mais glorieuse, qui s’offre à l’activité de la Société des Ingénieurs Civils de France, comme le représentant et le guide le plus qualifié de l’industrie nationale.
- M. Paul Lecler exprime en terminant sa conviction qu'elle ne manquera pas à sa tâche et qu’elle contribuera ainsi puissamment à assurer, maintenant et dans l’avenir, le relèvement de notre pays, auquel il est du devoir impérieux de tous ceux qui ne sont pas engagés dans la lutte par les armes, de travailler sans perdre un instant.
- M. le Président. — Je crois que vos observations sont très judicieuses et très fondées; elles se rapprochent un peu de ce que je disais tout à
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- l'heure, à savoir qu’en France les efforts se neutralisent trop souvent et ne s’additionnent pas.
- Il y aurait évidemment quelque chose d’utile à unifier certaines actions. Nous sommes très pénétrés de ces idées, et il faut espérer que le-mouvement qui, je l’espère, se dessinera à la suite de communications comme celles qui ont été faites ce soir, permettra de faire mieux encore à l’avenir.
- Il est donné lecture de la demande d’admission en première présentation de M. R. Debay comme Membre Sociétaire Titulaire.
- M. P. Mergen est admis comme Membre Sociétaire Titulaire.
- La séance est levéè à 18 h. 45 m.
- Le Secrétaire Administratif .
- A. de
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- ÉTUDE
- SUR LES
- CONSTRUCTIONS ÉCONOMIQUES
- FAITE EN VUE DE RECONSTRUIRE LES BATIMENTS DÉTRUITS PAR LES ALLEMANDS
- PAR
- M. E. CACHEUX
- La reconstruction des maisons d’usines détruites par suite de la guerre de 1914-15 intéresse au plus haut point les membres de notre Société, car les ingénieurs ont toutes les connaissances nécessaires pour bâtir le plus économiquement possible les immeubles à remplacer tout en tenant compte des lois de l’hygiène et des règlements qui concernent la bonne construction.
- Ayant d’aller plus loin, nous déclarons que les économies que nous entendons réaliser sur les constructions ne doivent pas dépendre de la qualité des matériaux mis en œuvre, ni de la réduction de leur dimensions au-dessous de celles qui sont fixées par les calculs de résistance des matériaux, car nous croyons que tout en employant les lois de la bonne construction, on peut, lorsqu’on construit industriellement des bâtiments destinés à l’habitation'et à l’industrie, réaliser des économies sur les séries de prix dont se servent lés architectes, dont le public ne se rend pas compte. Plusieurs de nos collègues ont du reste prouvé par la pratique la vérité de ce que j’avance.
- Mon regretté maître, Émile Muller, qui fut président de notre Société, a le premier démontré qu’un ingénieur pouvait construire des maisons à un prix fabuleux de bon marché, car celles qu’il a construites à Mulhouse, comprenant trois pièces et cuisine, sont revenues à 2 400 fr et elles ont été revendues jusqu’à 6 000 fr ; les premiers acquéreurs, en étaient devenus propriétaires par le seul fait de payer une annuité de 240 fr pendant quatorze ans. Notre regretté collègue, Edmond Coignet: a construit en béton de mâchefer les maisons à étages de la
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- ÉTUDE SUIl LES CONSTRUCTIONS ECONOMIQUES
- Ruche, premier groupe des immeubles de la Société des Habitations économiques de la Seine, et il les a livrées à un tel bas prix que la Société a pu louer 300 fr des logements de trois pièces et cuisine avec cave et W.-C. du système du tout-à-l’égout, tout en "pouvant servir un dividende de 3,5 0/0 à ses actionnaires et se constituer une forte réserve.
- Pour^construire économiquement il faut disposer d’abord d’un terrain de forme et de dimensions convenables pour le genre d’immeuble qu’on doit édifier.
- Des quartiers de villes et des communes entières ayant été détruits il faudra examiner tout d’abord les moyens à employer pour les reconstruire en tenant compte des méthodes suivies pour édifier les villes modernes.
- Je ne pense pas avoir à m’étendre longtemps sur les effets néfastes causés par la construction des villes anciennes sans tenir compte des lois de l’hygiène et des besoins de la vie commerciale et industrielle.
- L’influence de l’observation des lois de l’hygiène dans les constructions est facile à constater par la statistique. Dans les cités-jardins, créées pour tenir compte des recommandations des hygiénistes, la mortalité des habitants est inférieure à 8 0/00, et il en est de même de celle des ouvriers et petits employés qui vivent dans les maisons à étages des sociétés d’habitations à bon marché, bâties à Paris dans ces dernières années. Dès le milieu du siècle dernier les Anglais ont reconnu les heureux résultats qu’on obtient en améliorant les logements, c’est pourquoi le Conseil du Comté de Londres a dépensé près d’une centaine de millions pour démolir des quartiers insalubres et remplacer les maisons défectueuses par des habitations qui laissent fort peu à désirer au point de vue de l’hygiène. Grâce aux travaux d’assainissement effectués dans la ville de Londres, la mortalité de ses habitants n’y est plus que de 15 0/00 tandis qu’à Paris elle atteint 18 0/00.
- La municipalité parisienne n’ignore pas qu’elle pourrait réduire de beaucoup la mortalité de ses administrés.
- Depuis une quinzaine d’années le service sanitaire lui signale six îlots, habités par 53 000 personnes, où la mortalité par la tuberculose seule varie entre 7 et 14 0/00.
- Le seul remède serait la démolition des immeubles contenus dans ces îlots et leur remplacement par des maisons neuves. La dépense seule arrête la destruction des taudis en question, car
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- ÉTUDE SUK LES CONSTRUCTIONS ÉCONOMIQUES
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- leurs méfaits ont été soufrent signalés au Conseil municipal, mais jusqu’à présent il a été décidé qu’on attendrait le vote de la loi (11 ;sur l’expropriation pour cause d’insalubrité pour agir, car cette loi dit que pour fixer les indemnités relatives aux expropriations, les experts tiendront compte de l’état d’insalubrité des maisons et que lorsque les maisons seront irréparables, au point de vue hygiénique, on ne paiera au propriétaire, pour l’indemniser, que la valeur du sol et celle des matériaux de l’immeuble démoli. Le prix élevé des expropriations np sera pas un obstacle pour reconstruire les quartiers démolis par les Allemands, mais il faudra en vaincre plusieurs autres pour tenir compte des desiderata des constructeurs de villes modernes.
- Le plus important, selon nous, c’est la division d’une ville en zones formées par des bâtiments de même importance et de même nature.
- Le système des zones- est employé depuis une cinquantaine d’années en Allemagne en vue de désencombrer l’intérieur des villes populeuses. Les municipalités font l’acquisition de vastes terrains, situés en dehors de l’enceinte habitée, elles les lotissent par le percement de rues qu’elles mettent en bon état de viabilité et après s’ètre réservé les lots nécessaires pour'les services publics ; elles vendent les autres avec facilités de paiements. En vue de peupler rapidement les quartiers nouveaux, les municipalités les relient à ceux du centre par des moyens de communication rapides, commodes et économiques ; de plus, elles consentent aux acquéreurs de terrains des prêts à longue échéance et à taux réduit. Les terrains étant acquis au prix du sol en culture, sont revendus à celui du terrain à bâtir ; par suite, les municipalités font de grands bénéfices sur leurs opérations qui donnent de bons résultats sans grands risques, grâce aux règlements, qui interdisent de construire sur des terrains qui ne sout pas mis en état de viabilité.
- Les Allemands établissent de 5 à 16 zones, dans les villes, en soumettant les constructions de chacune d’elles à des règlements qui limitent le nombre des étages, fixent la surface libre à conserver dans les propriétés, indiquent la distance des bâtiments aux limites des voisins et spécifient la nature de l’emploi des bâtiments.
- Nous ne demandons que la division en trois zones, du terri-
- (1) La loi a été votée en juin 1915.
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- toire d’une ville, savoir la zone commerciale, la zone d’habitation et la zone industrielle.
- Dans le quartier commercial, le terrain acquiert une grande valeur, par suite, on l’utilise en construisant des maisons à étages ; mais nous ne voyons pas l’utilité de ces dernières dans des quartiers formés par des habitations à deux ou trois étages, entourées par des jardins.
- Dans les lotissements de grands terrains, effectués par des hommes expérimentés, les cahiers des charges indiquent les emplacements réservés au commerce, à l’industrie et à l’habitation; nous ne comprenons pas que les municipalités ne réforment pas leurs règlements de construction en tenant compte des principes énoncés ci-dessus.
- Disons toutefois, que grâce à la campagne que nous menons depuis une douzaine d’années, le Préfet de la Seine dit, dans l’exposé de son plan du Grand Paris, qu’il tiendra compte dans la création des nouvelles communes des desiderata des hygiénistes, mais qu’il ne peut rien faire à Paris. Nous ne pouvons que regretter sa décision, car il y a encore dans les quartiers excentriques de notre capitale de vastes terrains vacants, qui resteront encore longtemps improductifs par suite de la permission accordée aux propriétaires de terrain de construire à leur guise n’importe quel genre de bâtiment, à la seule condition qu’ils se conformeront au règlement actuel.
- Pour mon compte je ne construis plus à Paris pour les raisons suivantes. J’avais fait l’acquisition, dans le quartier de Passy, d’un terrain bordé par deux boulevards; je voulais y construire six hôtels, avec cour commune, mais dont chacun aurait eu une entrée séparée sur un boulevard.
- Un concierge aurait été chargé du chauffage central, du service de la porte cochère, de la garde des immeubles pendant la saison d’été. Je n’ai pas donné suite à mon plan, parce qu’un propriétaire voisin construisit un immeuble à sept étages en face de ma propriété.
- Dans le xxe arrondissement, un industriel a installé une scierie à vapeur à côté d’une maison à petits logements, d’un rapport net de 12000 fr.
- Avant le fonctionnement de la scierie,' je payais 120 fr pour l’assurance contre l’incendie, mais depuis que l’usine est en marche la prime a été élevée à 500 fr et il n’y a pas de moyens de recours contre son propriétaire, car il a pris toutes les mesures
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- prescrites contre l’incendie, par les règlements. Dans un autre quartier, un voisin fait un tel tapage que les locataires ne séjournent pas plus de six mois dans un logement, dont la remise en état absorbe une bonne part de la valeur du loyer.
- D’un autre côté, les industriels sont gênés par le voisinage des personnes qui habitent bourgeoisement leurs logements et dans certains cas, ils ne peuvent pas exercer leur industrie dans les bâtiments qu’ils ont loués à cet effet; c’est pourquoi dans la ville de Letchworth, première ville bâtie suivant les idées modernes, un quartier spécial a été réservé pour les usines. Ce quartier est à proximité de la gare — tous les terrains vendus pour la création d’un établissement industriel sont reliés à la voie ferrée .par un branchement spécial.
- Lorsqu’il s’agira de la reconstruction d’une usine située dans une ville, le propriétaire devra faire une étude sérieuse, pour voir s’il n’est pas dans son intérêt de s’installer dans un autre endroit. À Paris, l’usine Gail a, pendant longtemps entravé l’essor du quartier de Grenelle en enlevant de la valeur aux terrains voisins.
- Après le transfert de l’usine dans le département du Nord, le terrain sur lequel elle était située fut vendu à un prix très élevé et la valeur des propriétés voisines augmenta d’une façon .notable.
- Le prix de revient des terrains est très influencé par celui des rues qui les desservent.
- Les rues commerciales et industrielles doivent être établies avec des matériaux très durs, tandis que les rues d’habitation sont construites plus économiquement avec des dimensions moindres.
- De nombreux essais ont été faits à l’étranger, pour se rendre compte de la manière dont il fallait établir les rues dans les meilleures conditions. Grâce aux expériences faites, dans les lotissements de domaines, on a réalisé de grandes économies en limitant la largeur des chaussées empierrées au strict nécessaire. J’ai essayé de faire adopter ces principes par la municipalité parisienne. Je lui ai demandé de classer des rues, dont la largeur était de 8 m, je lui offrais le terrain et je prenais l’engagement de réserver de chaque côté de la voie une zone de 2 m qui lui aurait été cédée gratuitement dans le cas où elle aurait voulu porter la largeur de la rue à 12 m. Bien entendu, les maisons auraient eu deux étages au plus. Toutes mes propositions ont
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- été refusées. Nous avons à Paris des rues qui sont trop étroites ; par contre, il en est beaucoup dont les frais d’établissement ont été bien trop élevés, si l’on tient compte de l’importance de la circulation que l’on y constate.
- Le prix de revient du terrain à bâtir dépend beaucoup de sa forme et de ses dimensions. A surface égale une construction bâtie sur un terrain de forme irrégulière coûtera notablement plus cher que lorsqu’elle sera élevée sur un terrain dont les côtés se couperont à angle droit. L’utilisation de la surface couverte est également plus grande dans les bâtiments dont les pièces sont rectangulaires que dans les chambres dont les parois se coupent suivant des angles aigus. Les dimensions des lots de terrain doivent être calculées de façon à éviter la construction de maisons dos à dos, c’est-à-dire n’ayant qu’une façade exposée à l’air. En Angleterre, les règlements interdisent l’habitation dans les logements qui ne peuvent pas être ventilés par l’ouverture simultanée des portes et fenêtres percées dans deux façades opposées, à moins de dispositions prises pour assurer mécaniquement la ventilation.
- Cette mesure fut prise à la suite d’observations précises, qui établirent une différence de mortalité de 20 0/0 en faveur des habitants de pièces bien ventilées. Au dernier congrès international d’hygiène de l’habitation qui eut lieu à Dresde en 1912, nous voulûmes faire adopter le vœu qu’il serait désirable que toute pièce ne pouvant être ventilée naturellement par l’ouverture des portes et fenêtres qui se correspondent devrait l’être par des moyens mécaniques. Notre proposition fut écartée, parce que les Allemands trouvèrent que c’était une disposition à prendre dont la nécessité n’avait pas besoin d’être recommandée par un vœu car elle était trop évidente.
- La refonte du règlement sanitaire de la ville de Paris est à l’étude ; mais, en raison de la valeur actuelle des propriétés, nous ne pensons pas que, lorsqu’il sera remanié, il donnera satisfaction aux desiderata des hygiénistes qui demandent que toute pièce habitée de jour et de nuit soit éclairée par un espace libre, dont la largeur sera égale à la hauteur du corps de bâtiment qui la contient.
- Les municipalités des villes démolies devront faire tous leurs efforts en vue de faire lotir convenablement les terrains compris entre des voies classées. En Allemagne, la loi Adickes a autorisé la municipalité de Francfort à grouper les propriétés
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- d’un îlot d’une surface donnée, à les lotir de façon à donner à chaque lot des formes régulières et à restituer à chaque propriétaire une surface de terrain égale à celle qu’il possédait avant le lotissement, en déduisant de cette surface une petite portion, pour tenir compte des frais d’opérations. Six opérations ont été faites ; mais les Allemands sont tellement convaincus des avantages de la loi, que toutes les transactions ont été faites à l’amiable, sans avoir eu besoin de recourir aux tribunaux. La loi est, aujourd’hui, appliquée dans toute l’Allemagne.
- En Suisse, une loi cantonale zurichoise, analogue, a été mise en vigueur depuis 1903. Le territoire des nouveaux quartiers est divisé en zones, dans lesquelles il est interdit de construire des maisons à étages. Cette mesure vient d’être adoptée récemment à New-York. Le quartier où l’on peut construire des gratte-ciel a été limité, et dans les nouveaux quartiers le nombre des étages est limité.
- Nous serions heureux de voir prendre en France des mesures analogues. Dans les campagnes, les champs sont groupés de façon que les travaux agricoles puissent être exécutés en temps voulu ; nous ne voyons pas pourquoi on ne grouperait pas les terrains à bâtir pour en tirer le meilleur parti possible. Des particuliers ont réuni un certain nombre de petites propriétés, soit pour bâtir des groupes d’immeubles, soit pour les revendre par lots de formes convenables. Des agents se font consentir des promesses de vente, et ils mettent des constructeurs ou des marchands de terrains en leurs lieu et place.
- Nous avons eu recours à ce procédé pour nous procurer les terrains qu’il nous fallait, pour construire des maisons susceptibles d’être vendues. Malgré -l’habileté de l’agent que nous avons employé, nous avons manqué plusieurs opérations, par suite du refus de propriétaires qui ne voulaient accepter aucun arrangement. Dans plusieurs cas, il nous a fallu faire des rues brisées pour joindre deux voies classées ; dans d’autres cas, nous avons été obligés de rétrécir de moitié la surface de nos rues au droit des propriétés, dont les occupants ne voulaient contribuer en rien aux frais de viabilité des voies dont ils se servaient.
- Les communes auraient eu le pouvoir de régulariser les rues; mais elles ont reculé devant les formalités d’expropriation, nous ne disons pas des frais, car nous offrions de les payer.
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- Dans quelques cas, nous avons pu obtenir un passage sur des terrains qui nous séparaient de Voies classées, en donnant, en échange du terrain que nous prenions pour faire la nie, une surface double ou triple en bordure de la nouvelle voie, et en prenant à notre charge tous les frais résultant de l’échange.
- •Nous avons intéressé plusieurs notabilités à la question des échanges de terrains, entre autres M. le député Siegfried, qui nous a demandé de lui préparer un projet de loi, pour la France, analogue à la loi Adickes.
- En vue d’une étude approfondie de la question, nous avons tenté la réunion d’un congrès d’aménagement du territoire des villes ; nous étions d’accord avec plusieurs conseillers généraux pour l’organiser à Paris, à l’Hôtel de Ville ; mais nous fûmes obligés de le remettre, quand nous apprîmes que le congrès international de Gand avait décidé de se réunir à Lyon le 15 août 1914. La guerre étant survenue, nous fixerons l’époque de l’ouverture du congrès de Paris dès que les circonstances le permettront.
- En résumé, avant de commencer à reconstruire les communes en ruines, nous ne pouvons qu’engager nos collègues qui s’en occuperont d’imiter notre collègue M. Portevin, qui, de concert avec la municipalité de Reims, étudie l’aménagement des quartiers démolis, de façon à mettre à la disposition des constructeurs, dès que les circonstances le permettront, des terrains de forme et de dimensions convenables qui serviront à remplacer les maisons détruites.
- La reconstruction des communes rurales demandera également une étude attentive, relative à l’observation de la loi sur l’hygiène publique du 15 février 1902, qui, même dans le département de la Seine, n’est pas observée. Pour la démontrer, il suffit de faire remarquer que, dans presque toutes les communes du département de la Seine, la mortalité dépasse 20 0/00, et qu’il n’y en a pas une dont la mortalité des habitants soit inférieure à 10 0/00.
- Les causes de cette mortalité anormale sont dues à la tolérance des municipalités, qui laissent construire des maisons d’habitation dans n’importe quelle partie de leur territoire, sur des terrains desservis par des sentes. Nous avons visité beaucoup de lotissements, dont les rues sont simplement indiquées, et qui ne contiennent aucune canalisation pour fournir l’eau potable et écouler les eaux usées. Il en résulte que les habitants se ser-
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- vent d’eau de puits pour les besoins du ménage et qu’ils écoulent leurs eaux ménagères dans des puisards non étanches, malgré l’interdiction qui en est faite par la loi. Lorsqu’il n’y a que quelques- maisons desservies par une rue non mise en état de viabilité, le mal n’est pas très grand ; mais, dès que le groupe d’habitations devient un peu important, la rue se transforme en cloaque, et l’eau des puits voisins est bientôt contaminée.
- Nous sommes heureux de déclarer que, dans les villages créés par les industriels, il est rare de voir négliger la prise de dispositions propres à placer les habitants dans de bonnes conditions hygiéniques, et nous ne sommes pas embarrassés pour citer des cités ouvrières, que l’on peut considérer comme modèles. Sans aller bien loin de Paris, on peut visiter la cité ouvrière de Noisiel et se convaincre que rien n’y a été négligé pour observer la loi de l’hygiène. On reprochera aux maisons de M. Menier leur uniformité ; mais, comme elles sont entourées d’espace libre sur trois côtés, l’air et le soleil ne manquent pas aux habitants. Quant au service de vidange, il était assuré au début par l’emploi de tinettes mobiles, garnies sur les parois d’une couche de matières poreuses, suivant le système Goût. Le travail était fait par des ouvriers de l’usine Menier, qui les rémunérait à raison de 0 fr 25 par tinette et fournissait les matières poreuses provenant de ses résidus de cacao. Le remplacement des tinettes était fait par les soins de l’usine, ainsi que l’enlèvement des ordures ménagères qui n’étaient pas utilisées dans les jardins des habitants.
- Actuellement, le service des vidanges , est fait par le système du tout-à-l’égout. Les eaux usées sont amenées dans un réservoir d’où elles sont envoyées, par une canalisation, sur les terres d’une ferme de 35 hectares. M. Menier a réussi, d’une façon parfaite, le problème de l’utilisation des vidanges produites dans sa cité.
- Notre Société a visité les cités ouvrières de Lens, et nos collègues ont pu constater que les dernières cités qui ont été construites pourraient, sans crainte de démenti, être désignées par la mention de Cité-Jardin, tout aussi bien que celle de Dourges, ou que les célèbres cités de Port-Sunlight et de Bournville, dont les Anglais sont si fiers.
- Nous avons visité ces deux dernières cités-jardins par un temps magnifique, et nous avons admiré leurs coquettes habi-
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- tâtions, entourées de jardins en pleine floraison. Nous avouons que, si notre visite avait été faite en hiver, notre impression aurait peut-être été différente, car les formes des maisons anglaises sont loin d’ètre aussi artistiques que celles de nos petites habitations françaises. Ce qu’il y a de remarquable dans les Cités-Jardins anglaises, c’est la mise à exécution de l’idée de mettre à la disposition de l’ouvrier une habitation saine, commode et économique, puis de le faire profiter le plus possible des avantages de la vie civilisée. MM. Lever, qui ont créé la cité-jardin de Port-Sunlight, en ont conservé la propriété, et ils louent les habitations à leur personnel. L’habitation se compose de quatre à cinq pièces, d’une cuisine, d’une laverie et d’un water-closet. Le locataire a la jouissance d’une cour, et il a la faculté de louer un jardin séparé de la propriété par un passage.
- La cité-jardin se compose, en outre, d’une église, d’écoles, de clubs pour adultes, hommes et femmes, d’un bâtiment pour la poste, de magasins, d’une salle de conférences, d’une piscine pour bains froids, de terrains de jeux, etc.
- La cité de Bournville est composée d’une manière identique ; elle diffère de celle de Port-Sunlight, en ce que chaque habitation a comme dépendances un jardin de 400 mètres de superficie, divisé en trois parties ; dans la première de ces parties on cultive les plantes d’ornement, dans la deuxième les légumes, et dans la troisième les arbres fruitiers. M. Cadbury estime que l’agriculture est la distraction la plus efficace que l’on puisse procurer à un homme. Pour assurer la perpétuité de son œuvre, M. Cadbury l’a donnée à une fondation, avec la condition que les maisons seraient louées à un prix normal et que le revenu net, capitalisé, servirait à créer des cités analogues dans les environs des grandes villes surpeuplées. Dans la cité Cadbury on ne loge pas seulement les ouvriers de l’usine, mais encore tous ceux qui sont employés à Birmingham et qui veulent, tout en bénéficiant des avantages de la campagne, profiter de ceux de la ville au point de vue de la rémunération et d’une instruction supérieure.
- La création d’une cité-jardin analogue à celle de Port-Sunlight demande l’étude de beaucoup de problèmes qui intéressent les ingénieurs, savoir la construction de voies économiques avec leurs diverses canalisations, la fourniture d’eau potable, de gaz, d’électricité, la construction de bâtiments d’intérêt commun et
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- d’habitations particulières, ainsi que des divers bâtiments qui composent l’usine.
- L’Ingénieur aura à s’occuper, une fois la cité construite, des divers services qui doivent assurer le maintien des rues en bon état, l’enlèvement des résidus du ménage, l’évacuation des vidanges, l’éclairage, etc., qui, si l’on en juge par l’intéressant ouvrage intitulé Y Allemagne au travail, offert à notre Société par M. Victor Cambon, pourraient être perfectionnés dans notre pays.
- Après l’étude que j’ai faite des cités anglaises, j’ai voulu provoquer la propagation en France d’établissements analogues et j’ai déterminé le Comité dé Patronage de la Seine à ouvrir un concours, ayant pour objet la création, sur ün terrain d’un hectare au moins, d’une cité-jardin. Nous avons reçu sept projets dont trois se rapportaient à trois cités en construction et quatre à des cités projetées.
- Les projets qui nous furent remis étaient bien étudiés, mais les terrains choisis étaient estimés au prix de 6 fr le mètre, ce qui faisait revenir à 9 fr le mètre de terrain employé, la viabilité faite. Dans ces conditions, il n’était guère possible de faire jouir les acquéreurs des maisons individuelles de bâtiments à usage commun, aussi je ne me suis plus occupé des suites à donner au concours.
- J’ai essayé de créer une cité-jardin en faisant l’acquisition d’une propriété de 18 lia, bordée par l’Yvette, et qui contenait un moulin mû par une force hydraulique de 30 ch. J’ai abandonné mon entreprise pour deux raisons, la première de ces raisons provenait de ce que le terrain du bas de la propriété était humide et que, pour l’assainir, il aurait fallu supprimer le barrage qui servait à créer la chute d’eau.
- La seconde raison fut que je ne réussis pas à former une Société composée d’hommes désireux de devenir propriétaires d’une habitation. Plusieurs associations m’ont demandé de faire l’acquisition de ma propriété, mais elles voulaient simplement la lotir et revendre les terrains, les rues percées, comme les font les entrepreneurs de lotissements, c’est-à-dire non munies de canalisations pour les eaux usées. Le projet que je voulais mettre à exécution a été réalisé par M. Meyer, simple employé, qui fonda la Société de Paris-Jardin, avec quelques - camarades. Je lui offris ma propriété en lui disant que je lui ferais toutes les avances nécessaires pour lui permettre de construire la cité-jardin que j’avais projetée. Il refusa, en me disant qu’il lui
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- fallait une propriété d’une superficie de plus de 18 lia pour créer une véritable cité-jardin. Pendant cinq ans, M. Meyer fit une propagande soutenue et il fut assea heureux pour grouper un nombre de membres suffisant et réunir les capitaux nécessaires à l’acquisition du domaine de Draveil, d’une superficie de 45 ha dont le terrain revient après viabilité faite à 2 fr 45 le mètre. M. Meyer eut la bonne fortune de prendre comme architecte. M. Walter, qui acquit une certaine notoriété en construisant sous le nom de Cités-Jardins plusieurs cités ouvrières qu’il construisit dans l’Est. Étant chargé de bâtir un certain nombre de maisons, M. Walter fait exécuter par séries de mille, trois types de fenêtres, et il les obtient ainsi à un prix minimum ; il achète en fabrique la quincaillerie nécessaire, il fabrique sur place les pierres dont il a besoin ; bref, il élève ses maisons à un prix qui est de 40 0/0 au-dessous de celui qui serait indiqué par la série de prix des architectes. M. Walter a obtenu du Ministère de l’Intérieur qu’une somme de 500 000 fr serait prélevée sur les fonds du Pari-Mutuel pour desservir la cité-jardin de Draveil au moyen d’une canalisation en grès.
- Le Comité de Patronage des H. IL M. de la Seine espère bien que les quartiers qui seront reconstruits, avec le concours de l’État, ne contiendront pas les foyers d’insalubrité, qui sont si nombreux dans les anciennes cités. Grâce aux lois sur les H. B. M. on peut maintenant bâtir des maisons lorsqu’on dispose de 80 0/0 de leur valeur. M. Georges Ris 1er a créé l’Union des Sociétés de Crédit Immobilier fondées en vertu de la loi Ribot en vue de faciliter la construction d’habitations individuelles. Le siège de l’Union est à la Caisse d’Épargne de Paris. M. Porte-vin propose d’étendre le bénéfice de la loi aux maisons et aux usines démolies pendant la guerre de 1914.
- Le président de notre Comité de Patronage, M. le sénateur* Strauss, auteur de la loi sur les habitations à bon marché du 12 avril 1906, est tout disposé à soutenir le projet de loi quand il viendra devant le Sénat.
- Les propriétaires auront donc plus de facilités que par le passé pour réunir de gros capitaux et iis auront tout intérêt à les confier à des ingénieurs, qui, ainsi que l’expérience l’a prouvé, sont des plus aptes à les employer pour la construction de bâtiments économiques, soit à étages, soit à rez-de-chaussée, .. Les systèmes spéciaux de construction que nous avons employés ne sont pas plus économiques quê les procédés ordinaires usités
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- dans la région où Ton bâtit. En ce qui concerne les bâtiments démolis par la guerre, nous pensons que si des entrepreneurs de démolition avaient rangé les matériaux, réparé ceux qui étaient susceptibles de l’être à peu de frais et mis à l’abri ceux qui pouvaient être abîmés par les intempéries, on aurait pu rebâtir à très bon compte les immeubles en ruines.
- Pour mon compte, j’ai toujours essayé de tirer parti des matériaux que je trouvais sur place. Ainsi, pour construire les maisons de la cité Boileau, à Auteuil, j;’ai fabriqué des briques en béton, avec le sable extrait des fondations et je les ai employées pour faire mes murs. Les briques en béton me revenaient à ,22 fr le mille, tandis que celles de Vaugirard coûtaient 60 fr rendues sur place. Le fisc naturellement n’a pas perdu ses droits, il m’a fait payer 8 fr par mille de briques en béton. Les briques ont été fabriquées avec une simple bétonnière. Depuis, la fabrication en a été perfectionnée et il paraît qu’en Amérique et en Allemagne on emploie par millions les briques formées de sable mélangé avec du ciment. Un de nos collègues Hignette, disparu avant d’avoir vu le succès de sa découverte, a tiré parti des scories des hauts fourneaux pour fabriquer des. briques blanches, avec lesquelles on fait des murs d’un bel aspect et économiques.
- Mes maisons de la cité du boulevard' Kellermann, à Paris, ont été construites avec du moellon,, trouvé dans les fondations, qui. m’est revenu à 3 fr le mètre cube.. Le moellon rendu sur place m’aurait coulé 13 fr le mètre cube.
- Pour construire des murs économiquement, on peut employer des blocs en béton, fabriqués sur place ou dans des usines. J’ai même employé des panneaux en plâtre creux pour bâtir une maison à rez-de chaussée. Les moellons étaient percés, les uns en long, les autres en travers pour pouvoir les placer, de façon à former des conduites d’air destinées à garantir l’habitant contre les intempéries.
- Je ne voulus pas vendre la maison, je me contentai de la louer avec promesse de vente, en disant au preneur que les murs de façade étaient en plâtre et que je le laisserai déménager à li’annonee du premier inconvénient qu’il remarquerait par. suite, de ce système de construction.
- Au bout de dix ans, mon locataire me déclara qu’il n’avait pas changé un papier depuis qu’il habitait la maison qu’il désirait l’acquérir. Il y a deux ans, cette maison, acquise 6000 fv, a été revendue 10000 fr. , : . ,
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- Les murs à double paroi sont employés avec succès pour éviter une grande variation de température dans les locaux habités et surtout pour empêcher l’humidité d’y pénétrer. Le système est employé au bord de la mer, mais il n’est pas économique. On préfère, dans les régions où le bois ne coûte pas cher, construire des murs en briques de 0 fr 22 et les revêtir de lames en bois.
- J’ai obtenu des murs plus économiques en les construisant en briques de 0 m, 11 et en plaçant à une certaine distance de la face intérieure des voliges en sapin, blanchies d’un seul côté, tandis que l’autre pouvait être verni ou peint.
- Un acquéreur ayant manifesté le désir d’avoir des murs décorés avec du papier, j’ai jugé inutile de raboter la cloison intérieure faite avec des voliges, et le résultat n’a pas été mauvais.
- Le mur le plus économique que j’ai vu élever a été fait avec du béton de mâchefer, qui fut livré gratuitement sur place par des industriels de Saint-Denis. L’économie sur l’emploi du moellon en mâchefer n’a été sensible que jusqu’au troisième étage.
- Il est un fait sur lequel on ne porte pas assez son attention lorsqu’on doit choisir entre la construction d’une maison à étage et celle d’une habitation à rez-de-chaussée.
- A surface utilisable égale pour l’habitation, une maison à rez-de-chaussée peut coûter moins cher qu’une habitation à un étage. Il faut une toiture d’une surface plus grande pour couvrir une maison à rez-de-chaussée qu’une habitation à un étage contenant autant de pièces, par contre, on n’a pas d'escalier à construire et moins de couloirs à employer. Les cottages anglais, qui ne sont pas bâtis sur caves, coûtent souvent moins cher qu’un logement de même surface situé dans une maison à étages.
- Le prix de revient d’un logement augmente sensiblement avec le nombre des étages. A mesure que le nombre des étages augmente, il faut donner aux murs une plus grande épaisseur ; il faut monter les matériaux plus haut, élever les conduits de fumée et, par suite, diminuer la-surface habitable dans les pièces, dont une des parois est formée par un mur mitoyen dans lequel on ne peut plus encastrer de tuyaux de fumée.
- Dans un groupe de maisons à trois étages sur rez-de-chaussée que j’ai fait bâtir à Boulogne, les logements de trois pièces, cuisine, W.-C. du système du tout-à-l’égout, isolées par un couloir ne me sont revenus qu’à S 200 fr, ‘tandis que dans des maisons à
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- sept étages ils coûtaient beaucoup plus cher. .Notre collègue, M. Rey, a fait un calcul très intéressant relatif aux variations de prix des divers étages d’une maison collective. Le prix des travaux de menuiserie a été cônsidérablemént réduit dans ces dernières années par suite de l’emploi des machines pour fabriquer les parquets, les portes, les fenêtres, les moulures, etc. On reproche aux travaux faits à la machine des défectuosités qui sont dues à l’emploi d’un bois, imparfaitement séché, et non à l’exécution. Les fentes qu’on remarque dans les parquets sont facilement explicables par le fait que des menuisiers installent des scieries mécaniques dans des forêts, pour y préparer les lames de parquets. Il est évident que, si l’on n’a pas soin de sécher les lames de parquet avant de s’en servir, il se produira des vides à la place des joints dans un délai rapproché; c’est pourquoi nous avons souvent employé avec avantage des parquets provenant de démolition.
- La serrurerie est faite industriellement. Un ingénieur peut faire des économies en calculant les dimensions des gros -fers à employer pour les planchers, les combles.
- La plomberie doit être bien faite. Il ne faut pas faire d’économies sur les compteurs d’eau, les appareils de chasse, etc.
- Le système du tout-à-l’égout est considéré par les hygiénistes comme celui qui répond le mieux à leurs desiderata. Nous avons bien quelques réserves à faire au sujet du tout-à-l’égout lorsqu’on l’emploie pour des maisons collectives à bon marché. Par les temps de gelée, l’eau est arrêtée pendant une grande partie de la journée et entièrement pendant la nuit, et les urines, en séjournant dans les siphons se corrompent assez rapidement, d’où usage fréquent de l’appareil de chasse, et, par suite, grande consommation d’eau, augmentée par les fuites de l’appareil de chasse, qu’il faut réparer dans des délais plus ou moins rapprochés.
- Lorsqu’on emploie des coiqpteurs divisionnaires, il faut s’attendre à des réparations fréquentes, car aucun constructeur ne garantit leur fonctionnement plus d’un an. Malgré l’emploi d’un compteur divisionnaire, la Société parisienne des Habitations économiques a eu en 1913 une dépense de 40 fr d’eau par ménage dans ses immeubles à étages.
- La fosse septique n’çst approuvée que quand son effluent est écoulé sur un champ d’épandage ou épuré d’une manière satisfaisante en la faisant passer dans des appareils spéciaux.
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- La couverture a tenté bien des inventeurs, la 'tôle ondulée et lat tuile métallique ou en terre cuite constituent les matières les plus économiques.
- La couverture en ciment volcanique revient assez cher quand elle est bien faite.
- Pour remplacer les ardoises, on emploie des plaques de fibrociment. Tout dernièrement, on a fabriqué des plaques de fibrociment de 0 m, 60 de côté qu’on a fixé directement sur les chevrons et l’on obtient une toiture très économique.
- Maisons démontables.
- Un grand nombre de systèmes de maisons économiques el démontables ont été inventés.
- Les maisons en bois sont trop connues pour que nous nous y arrêtions longtemps. Leurs inconvénients en ont empêché la propagation. La facilité avec laquelle elles sont détruites par les incendies en a fait interdire l’emploi dans bien des villes ; néanmoins il a été créé des usines importantes qui s’occupent de leur construction. Par suite de la guerre de 1914, une maison française a reçu la commande de 2 000 maisons en bois. Le Journal ayant annoncé que 100000 maisons analogues seraient commandées par l’État, le prix du bois a été doublé. Dans notre pays, il n’existe pas d’usines à travailler le bois aussi importantes qu’à l’Étranger, c’est pourquoi j’ai l’intention d’organiser une exposition de plans de maisons démontables pour faire obtenir à l’État des baraquements à de meilleures conditions que celles qui lui sont faites actuellement.
- Lorsque le Comité des H. B. M. de la Seine peut disposer du Grand Palais des Champs-Élysées, il lui est facile d’obtenir des constructeurs qu’ils exposent dans l’enceinte du Palais des maisons en bois. Ainsi en 1913, M. Farcot, notre collègue, a présenté un type de maison qu’il vend 2500 fr. La maison se compose de deux pièces et cuisine. Elle est analogue aux constructions du système ogival Tallet dont nous avons donné les plans, mon regretté maître Émile Muller et moi, dans l’ouvrage intitulé, les Habitations ouvrières en tous pays. Les fermes du système Farcot sont en bois, elles servent à soutenir les doubles parois qui sont en bois. Les maisons de M. Farcot sont très appréciées; il devait nous exposer un type de'trois pièces et cuisine, coûtant
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- 3 000 fr, mais il le céda à un client qui en avait un besoin urgent. A l’occasion de notre enquête sur les matériaux, une maison américaine nous a envoyé un catalogue qui est bien intéressant. Elle a installé son usine en pleine forêt, et elle y prépare toutes les pièces dont se composent les maisons, de façon qu’on puisse les transporter, prêtes à être montées, très rapidement à l’endroit choisi. Un camion à un cheval suffit pour le transport des pièces d’une maison de trois chambres et cuisine. Toutes les pièces sont numérotées et il est facile en suivant les instructions données à l’acquéreur, dans une notice imprimée, de monter la maison en quelques heures avec le concours d’un ou de deux manoeuvres.
- Les pièces étant préparées mécaniquement, la main-d’œuvre entre pour une faible part dans le prix de vente de la maison, qui est livrée finie.
- • En Amérique, on se sert beaucoup de maisons démontables, pour séjourner soit dans les montagnes, soit au bord de la mer.
- En France, nous avons également des constructeurs qui livrent des maisons en bois qui sont transportables. J’ai donné, dans le Supplément des Habitations ouvrières en tous pays, les plans d’une maison de quatre pièces, cuisine et \V. -0., qui peut être démontée en quatre parties dont chacune peut être transportée à l’aide d’un camion à un cheval. Le prix est de 4 000 fr.
- Une maison américaine livre des maisons terminées, avec volets peints, qui peuvent être transportées entières sur des wagons.
- Si nous utilisions le bois comme à l’Etranger pour nos constructions, il serait intéressant de faire l’étude de l’exploitation des belles forêts de la Corse qui nous permettraient d’obtenir des constructions a aussi bon marché que celles qui nous sont fournies par la Suède.
- En 1856, le Gouvernement a provoqué la construction de 12 maisons en bois sur un terrain qu’il louait un franc, en donnant au constructeur une subvention de 28 000 fr à la condition que les maisons contiendraient 48 logements de deux pièces et cuisine qui seraient loués 156 et 178 fr, suivant leur grandeur.
- Le constructeur aurait continué à construire sur du terrain que la Ville lui aurait loué au même prix cle 1 fr ; mais, cette dernière ayant eu besoin du terrain loué, le bail ne fut pas renouvelé et le constructeur fut obligé de reconstruire ses maisons, dites démontables, sur un autre terrain j livré dans les mêmes conditions. La dépense due aux travaux de nivellement du sol,
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- à l’établissement des canalisations des eaux ménagères, aux réparations faites aux pièces de bois endommagées, à l'a repose des papiers, à la réfection des parties endommagées, s’éleva à 40000 fr, soit 850 fr par logement. L’entrepreneur arrêta ses opérations.
- M. Poitrinneau, architecte, construisit en 1889, sur l’Esplanade des Invalides, une maison en bois à doubles parois dont l’intervalle était rempli de sable en vue de faciliter le chaulîage et de préserver les habitants contre la chaleur solaire. Le prix de la maison, d’une surface de 60 m2, comprenant 4 chambres, cuisine et cabinet, revint à 5 205 fr,
- M. Franky-Farjon, à Houdan, construit des maisons en bois à meilleur compte.
- M. Farcot a établi suivant le système ogival une série de types de bâtiments d’habitations à un ou deux étages, de baraquements, d’hôpitaux, de bâtiments coloniaux, d’ateliers pour usines, de pavillons pour jeux, etc.
- La Société française de constructions portatives et transformables livre des maisons qui peuvent être édifiées en quelques heures sans aucune étude préalable, sans clous ni vis et sans ouvriers spéciaux.
- Elles sont en bois, mais les parois, les plafonds, la toiture peuvent être, à volonté, faits en d’autres matériaux.
- Le plancher, les panneaux extérieurs et de cloisonnement qui sont les mêmes et qui comprennent aussi les portes et les fenêtres ainsi que des panneaux pleins et ajourés, les plafonds, la toiture forment des parties respectivement interchangeables, sans qu’il soit nécessaire d’employer aucune marque, aucun numéro ou point de repère. Les panneaux, les portes, les fenêtres d’extérieur se placent absolument comme on veut, de sorte que l’apparence et les divisions intérieures ainsi, que l’éclairage, peuvent se modifier en quelques instants sans cependant nuire à la solidité de la construction. Plusieurs constructions peuvent être réunies en une seule très facilement. Aucune fondation n’est nécessaire. Il suffit de niveler le sol de remplacement choisi. On place bien horizontalement le cadre de la construction, sur des socles plats ou sous forme de pilotis, de façon à avoir le plancher plus ou moins distant du sol.
- Les cloisons et parois sont simples ou doubles avec matelas d’air. Le bois est mauvais conducteur, il est rendu inattaquable aux insectes et absolument ininflammable.
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- La maison construit des pavillons et habitations pour la campagne, la mer, des cabines de bain de mer, des guichets, des locaux pour chantiers, des baraquements, des ambulances, des maisons pour les colonies, des stations de chemins de fer, de tramways, des abris de jardins pour cure d’air.
- Les toitures ordinaires en bois demandent à être peintes tous les deux ans au moins pour rester étanches, c’est pourquoi la Compagnie construit des kiosques de vente et de distribution, des chalets, abris et installations sportives, des constructions adossées pour ateliers d’amateurs, des remises pour voitures et automobiles, des écuries, remises, des salles de patronage, des ouvroirs, des salles de conférences, des écoles, etc., avec des couvertures en tôle ondulée ou en zinc.
- Pour les colonies, la Compagnie construit des maisons qu’on place à une certaine distance du sol, et pour servir de pavillon de chasse ou de'pêche, elle a créé un type d’une seule pièce entourée d’une véranda d’un mètre de largeur. La construction se compose d’une charpente en fer avec doubles parois en bois, et d’une toiture en tôle galvanisée.
- Le type surélevé d’un mètre coûté 2100 fr et 2 250 fr lorsqu’il l’est de 2 m.
- Nous remarquons encore parmi les diverses constructions exécutées par la société des types de chalets de refuge en montagne, des pavillons pour expositions et bureaux, d’annexe, d’hôtel, composée d’une série de chambres avec cabinets de toilette, desservies par une véranda.
- Une série de cinq chambres avec W.-C. revient à 9000 fr.
- Citons encore, pour démontrer le parti qu’on peut tirer des constructions en bois, des ateliers d’artistes avec panneaux vitrés, des chapelles avec couverture en tôle ondulée, enfin des hangars industriels.
- Nous comptions avoir trouvé en France tous les modèles de constructions en bois mais en consultant les catalogues des maisons américaines, nous avons vu des bâtiments spéciaux pour domestiques, attendu que dans les villas construites, soit à la campagne, soit au bord de la mer, soit sur les montagnes, il n’y a pas de chambres en nombre suffisant pour loger les domestiques, c’est pourquoi la société des maisons transportables de Springfield construit des maisons, qu’on peut emmener avec ses bagages et monter en fort peu de temps.
- Notre pays n’est pas aussi boisé que la Suède, la Norvège, les
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- États-Unis et bien,d’antres pays où ie bois sert non .seulement à faire des constructions économiques mais encore des habitations luxueuses, c’est pourquoi on y emploie divers autres matériaux pour fabriquer des bâtiments démontables.
- • Nous comptons en France peu de constructeurs des maisons entières en tôle ondulée ou d’ateliers qui peuvent être utilisés avec avantage dans les usines.
- Nous avons reçu de l’usine Edwards de Cincinnati quelques renseignements curieux sur les garages d’automobiles. La maison a créé trois types de garage, en vue de remplacer les constructions en bois qui sont interdites par les règlements de beaucoup de villes américaines.
- Dans le premier type, la carcasse est en bois. Sur les poteaux on cloue horizontal eurent des lames de tôle galvanisée suivant un procédé breveté, qui empêche le fer de se rouiller.
- Dans le deuxième type, la carcasse sert à recevoir des lames en métal que l’on recouvre ensuite d’un enduit de ciment.
- Le troisième type de garage est entièrement en acier.
- La maison s’est attachée à enlever à ses garages l’aspect des constructions en fer elle fabrique des panneaux qu’on peut fixer sur les parois après les avoir revêtus d’un enduit coloré de façon à leur donner l’apparence de murs en moellons elle se sert également de bardeaux en métal galvanisé pour recouvrements et de tuiles en métal auxquelles elle donne une teinte rouge.
- Pour que l’enduit en stuc tienne solidement, elle poinçonne ses lames de tôle de façon à obtenir un lattis.
- Elle obtient l’apparence des toits en tuile en se servant de tuiles métalliques peintes en rouge. Parmi les modèles de tuiles qu’elle a créés, il en est un, qui imite les tuiles dont se servaient les Maures en Espagne.
- Ges tuiles n’ont pas les inconvénients de celles qui sont en terre cuite ; elles n’en ont pas le poids, elles sont plus durables qu’elles et elles coûtent moins cher.
- L’avantage principal des constructions métalliques est, en outre, de leur prix moins élevé que celui des bâtiments en bois, dans les pays peu boisés, de pouvoir être assurées à meilleur compte, cette considération, jointe à d’autres, a provoqué la création de maisons importantes en Amérique notamment, qui livrent, en gare des localités désignées, les constructions les plus diverses destinées, soit à remiser des voitures, soit à loger des
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- ouvriers travaillant dans des endroits où il n’existe pas de maisons d’habitation.
- Les maisons de la Pruden Company de Baltimore sont en acier galvanisé. Elles ont 9 m, 14 de largeur et 3 m, 04 de hauteur.
- Les parois sont formées avec des des lames de 0 m, 60 de largeur. Dans les pays où la température est froide ou élevée, on emploie des doubles parois ou un revêtement intérieur en bois.
- Les maisons sont expédiées, démontées, emballées dans des caisses bien fermées.
- Systèmes divers de construction.
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- Le pan de bois, si usité autrefois, a provoqué l’invention d’un assez grand nombre de systèmes de construction. A Paris, on emploie beaucoup le pan de fer, les poutres en bois sont remplacées par des solives en fer et l’on obtient ainsi des murs de 0 m, 11 d’épaisseur, ce qui permet d’utiliser le terrain le plus possible.
- Souvent, on remarque des maisons en charpente, dont les intervalles sont remplis avec des briques.
- Les joints restent apparents à l’extérieur, après avoir été remplis avec un mortier coloré et régularisé avec la règle et un outil spécial.
- Les murs intérieurs sont recouverts, soit d’une étoffe, soit par une cloison en bois, vernie ou peinte, en ayant soin de laisser un vide entre les parois.
- La charpente en bois peut être remplacée par des poteaux en 1er creux ou pleins. Stanislas Ferrand a construit, pour la faïencerie de Choisy, des maisons à rez-de-chaussée qui revenaient à 2000 fr. Elles contiennent deux chambres à coucher, une alcôve, une cuisine et un W.-C. J”ai donné les plans d’exécution de la maison Planche 3 : de l’ouvrage intitulé U Économiste Pratique, qui se trouve dans notre Bibliothèque.
- Nos Collègues, que la question intéresse, y trouveront également Planche II les plans de la maison du système Tollet, qui contient quatre pièces, cuisine et W.-G. et qui coûtait 5 000 fr.
- Vers 1860, M. Stanislas Ferrand étudia, pour le compte de la Société du Sou des Chaumières, qui avait pour objet de loger convenablement les ouvriers agricoles, un type dé maisons, dont la carcasse était en fer et dont les vides étaient remplis avec des
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- briques. La maison contenant trois pièces et cuisine revenait à 3 000 fr.
- Les murs de clôture construits avec des solives en fer à té et des briques sont très économiques, mais ils ne le sont pas autant que ceux qui sont en béton, lorsqu’on dispose des moules nécessaires. Lorsqu’on construit des murs, sans ouvertures., les moules ne sont pas coûteux, mais il n’en est plus de même lorsqu’il s’agit de bâtir une maison. Dans ce cas, il faut avoir un certain nombre de maisons à bâtir, pour regagner le prix des moules par l’économie apportée par le moulage.
- Les poteaux métalliques ou en bois peuvent être remplacés par des poteaux en ciment armé.
- Divers systèmes ont été inventés pour remplacer les panneaux en maçonnerie de briques ou en blocs de béton, qui garnissent les vides des carcasses de maisons faites en charpente de bois ou de fer. A l’Exposition de 1878, M. Lascelles, de Londres, obtint une médaille d’or pour sa maison faite avec une carcasse en bois, sur laquelle on vissait des plaques de béton. La maison revenait à 3000 fr, elle était composée de quatre pièces.
- Un entrepreneur parisien, M. Petitjean, employait des panneaux de ciment armé pour former ses pans de bois.
- En Angleterre, on a beaucoup étudié la question des habitations économiques. En 1905, la Société de la Cité-Jardin de Letchworth mit au concours la construction d’une maison de trois pièces et cuisine, dont le prix maximum devait être de 3 750 fr. La Société fournissait le terrain au constructeur et elle s’engageait à le lui vendre dès qu’il trouverait un acquéreur. Une centaine de concurrents répondirent à l’appel de la Société. Nous ne citerons pas toutes les maisons anglaises comme des modèles à imiter, on les critique au point de vue de leur prix de revient peu élevé, en disant qu’il est impossible de faire de la bonne construction à aussi bon marché.
- Nous croyons que lorsqu’on a un grand nombre de maisons à bâtir, on peut parfaitement les obtenir à un prix peu élevé, surtout lorsqu’on a créé des types économiques, qu’il s’agit de réproduire. On évite ainsi les dépenses résultant des études de plans, de devis, de vérification de mémoires, etc.
- Le meilleur exemple de la justesse de l’opinion que j’émets est fournie par les maisons de M. Fannien, de Lilers, qui lui coûtent 2 000 fr et dont un spécimen, que j’ai construit Esplanade
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- des Invalides, m’est revenu à 3 500 fr. Évalué à la série de prix, le type aurait coûté plus de 5 000 fr.
- Dans notre pays, on construit des maisons économiques en fibro-ciment.
- La maison du Touring-Glub, exposée en 1903 au Grand-Palais des Champs-Élysées, dont le prix de vente était fixé à 3000 fr a été vendue plus de 600 fois.
- La Société La Construction Manufacturée annonce qu’en fabriquant en série en usine des éléments simples, toujours semblables, destinés à être mis en place facilement, elle peut constituer par diverses combinaisons de confortables habitations en fibro-ciment et les monter en quelques heures.
- Les maisons livrées très rapidement après la commande peuvent être habités immédiatement.
- Une villa de trois pièces, cuisine et véranda construite sur pilotis en bois ou en fonte, revenait avant la guerre à 4 200fr. Aujourd’hui par suite de la hausse des matériaux, elle coûterait 4 600fr. Construite en matériaux ordinaires, la. maison serait vendue de 7 500 à 8 000 fr, si elle était bâtie par un entrepreneur.
- Lorsqu’on établit le prix de revient d’une habitation isolée, il faut ajouter la valeur du terrain,' celle des clôtures et le moment des dépenses relatives à la mise en état de viabilité des rues, à la fourniture d’eàu potable du service de la vidange, à l’évacua tion des eaux ménagères, etc.
- Les Ingénieurs peuvent réduire notablement le montant des dépenses relatives à chacun des éléments que nous venons d’énumérer. En ce qui concerne la viabilité, qui, dans certains cas, dépasse la valeur du terrain, nous ne pouvons qu’engager nos Collègues à prendre part à la lutte engagée contre les municipalités pour les engager à ne pas faire des routes trop coûteuses dans les quartiers où la circulation n’est pas active. Nous leur demanderons également de nous aider à faire adapter les appareils de stérilisation qui ont pour objet de rendre l’eau potable. Il est facile relativement de se procurer de l’eau, mais il est plus difficile d’en obtenir qui soit exempte de germes nocifs. Pour mon compte, je ne bois plus que de l’eau bouillie.
- Dans les concours qui sont organisés par le Comité de patronage des H. B. M. de la Seine, je demande toujours de mettre au programme les appareils de stérilisation de l’eau, en vue de permettre aux habitants des régions non desservies par des Compagnies livrant de l’eau irréprochable et à de bonnes conditions,
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- de se servir d’eau de puits,, de citerne ou de rivières. Mes propositions sont toujours repoussées, grâce aux membres des Conseils d’Hygiène, qui prétendent que les appareils de stérilisation, fonctionnent bien quand ils sont examinés par un Jury, mais que, dans la pratique, ils ne présentent pas assez de garanties de sécurité, pour qu’on puisse les recommander.
- J’ai autant de difficultés à vaincre pour faire adopter un système de vidange plus économique que celui du tout-à-règout.
- Le chauffage des logements, par appareil spécial, mérite d’être étudié. Le système d’avoir de l’eau chaude, en se servant du fourneau des cuisines, à l’inconvénient d’exiger beaucoup de combustible et d’user rapidement l'appareil de chauffage.
- Dans les cottages anglais, on a renoncé en général à l’utilisation du fourneau de cuisine pour obtenir l’eau chaude nécessaire au blanchissage et aux bains. On se sert d’une petite chaudière, qui chauffe l’eau d’un réservoir placé dans le lavabo. Lorsque la température est élevée, on se sert de fourneaux à gaz ou à pétrole pour la cuisson des aliments.
- L’évacuation, d’un usage si répandu, des eaux ménagères dans des puisards non étanches serait évitée si l’on installait partout des champs d’épandage. Un Ingénieur de la ville de Paris, que je consultais sur la manière de se débarrasser des eaux ménagères produites dans une propriété desservie par une rue non munie d’égout, me dit qu’il suffirait de l'imiter, c'est-à-dire de recevoir ces eaux dans un bac et de s’en servir pour arroser son jardin.
- Une femme, à qui je fis part de cette méthode, me répondit que les eaux de savon qu’elle produisait étaient nuisibles aux plantes.
- J’ai vu écouler des eaux ménagères dans des tuyaux formés avec des briques jointives ; mais le Comité de Patronage de la Seine refuse le certificat de salubrité aux propriétaires qui se servaient de ces caniveaux, qu’on assimile à des puisards.
- Je ne voudrais pas m’étendre plus longtemps sur les diverses manières d’obtenir, le plus économiquement possible, les habitations qui seront nécessaires pour loger les habitants dont les maisons et les usines ont été détruites par les Allemands, car chaque pays a ses habitudes de construction, et comme, même dans le département de la Seine, j’ai employé divers systèmes de construction, je ne voudrais pas voir abandonner un système qui a fait ses preuves pour un autre peut-être meilleur, mais qu’il faut savoir appliquer pour qu’il donne les résultats
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- voulus. Je terminerai en émettant quelques idées au sujet de ia marche à suivre pour obtenir les capitaux nécessaires à la reconstruction des bâtiments détruits.
- Marche a suivre pour obtenir l’argent nécessaire
- AUX RECONSTRUCTIONS.
- De divers côtés on demande à l’État d’étendre à tous les immeubles détruits les avantages accordés aux habitations à bon marché, dont les prix maxima sont fixés par les lois du 4& avril 1906 et du 10 avril 1908.
- En raison de la manière défectueuse dont le Crédit Foncier est organisé en France* nous estimons qu’il faudrait une loi spéciale qui autoriserait l’État à fournir des capitaux à taux réduit à des syndicats de propriétaires ou d’usiniers, pour que ces derniers puissent les prêter à leurs membres, à un taux légèrement majoré, pour tenir compte des frais de fonctionnement. Les capitaux seraient prêtés dans la proportion de 80 0/0 de la valeur de la propriété.
- Nous espérons bien obtenir satisfaction sur ce point; mais nous voudrions aller plus loin, c’est-à-dire voir l’État imiter ce qui se fait dans divers pays pour encourager les branches d’industrie qui ne sont pas assez prospères, pour satisfaire les besoins du pays;. Nous avons réussi à fonder des écoles de pêche maritimes, grâce à une subvention de l’État, et nous avouons que nous n’aurions jamais réussi à mettre notre idée à exécution, sans le concours pécuniaire de l’Etat.
- Notre pays importe pour plus d’un milliard de produits fabriqués dans les; pays avec lesquels nous sommes en guerre ; par suite, il faudrait, dès maintenant, s’occuper de nous passer des Etrangers, chercher à utiliser nos forces hydrauliques et les richesses, naturelles de notre sul. En Allemagne, on dépense des sommes immenses pour créer de nouveaux produits et trouver les meilleurs; procédés de les exploiter industriellement ; dans notre pays on se contente de dire que nous ne sommes pas outillés pour fabriquer économiquement,, et l’on se contente de déve-> lopper renseignement pratique commercial, N’est-il pas régrefe table de voir les- Allemands exploiter en Alsace/, dès, terrains qui contiennent autant die potasse que l«es: célèbres.- mines 4^ Stass-i
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- furth, et dont nous ignorions la valeur tant que nous en étions propriétaires.
- Je ne puis mieux terminer mon travail qu’en vous communiquant les desiderata de notre collègue M. Portevin, qu’il a fait approuver par M. Léon Bourgeois, sénateur, président de la Commission des indemnités à répartir entre les départements envahis.
- M. Portevin demande d’abord que, pour faciliter l’action des Sociétés de Crédit immobilier, qui fonctionnent en vertu des lois de 1906, 1908 et 1912, une disposition législative autorise transitoirement et pour les seuls départements envahis une majoration de la proportion des capitaux que les Caisses d’Épargne peuvent prélever sur leur fortune personnelle, pour les affecter à la création de Sociétés de Crédit immobilier.
- Une autre disposition, également transitoire, élèverait la proportion des prêts que la Caisse des Dépôts et Consignations est autorisée à prêter sur la portion du capital souscrit en actions libérées par les communes et les établissements publics.
- En ce qui concerne là reconstruction des maisons destinées à la location simple, cette reconstruction pourrait être confiée à des offices d’habitations à bon marché, constitués de préférence par des départements plutôt que par des communes.
- Ces sociétés pourraient profiter des prêts des Sociétés de Crédit immobilier; ce qui n’est pas accordé aux particuliers, pour les maisons de cette catégorie ; en outre, il serait pris des dispositions législatives pour permettre aux Offices de procéder à des opérations de voirie et d’assainissement et à la revente de terrains.
- Pour tenir compte des desiderata des constructeurs des villes modernes, M. Portevin demande que :
- 1° Une loi soit votée pour que les communes établissent non seulement le plan d’aménagement des quartiers détruits, mais celui de tout le territoire des villes dont ils dépendent;
- 2° Une loi suspende, jusqu’après l’approbation du plan d’aménagement, la disposition de la loi sur l’hygiène publique du 15 février 1902, en vertu de laquelle les propriétaires ont le droit de passer outre à l’absence de l’autorisation de bâtir, si celle-ci ne leur a pas été donnée dans les vingt jours qui suivent leur demande de bâtir.
- La loi devrait autoriser, pour la reconstruction des quartiers détruits, la création de syndicats obligatoires de propriétaires
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- qui pourraient opérer l’exécution du plan d’aménagement avec droits de préemption exercés successivement par les communes et les établissements publics, puis par les propriétaires, sur les portions de terrain leur ayant appartenu, les décisions des syndicats étant prises et rendues obligatoires comme celles des syndicats constitués pour l’entretien des cours d’eau. Ces syndicats auraient, entre autres rôles, celui de procurer à leurs membres, par des ententes avec les institutions de crédit publiques ou privées, les fonds nécessaires aux reconstructions en attendant la répartition et le paiement des indemnités.
- Un autre article de la loi autoriserait les communes, comme le fait la législation belge, à exproprier par zones, attendu que cette expropriation péut se faire sans préjudice pour les communes, tout en respectant les droits du propriétaire, auquel on accorde un droit de préemption sur les terrains qu’il possédait avant l’expropriation.
- M. Portevin est d’avis de soutenir le projet de loi André Lebey, qui a pour but de constituer un service militarisé pour la reconstruction des communes sinistrées. D’après notre collègue, il faudrait rétablir le plus rapidement possible la vie économique dans les régions envahies, .en réparant d’urgence les bâtiments à usage d’exploitation agricole et industrielle, ainsi qu’en établissant des logements provisoires pour les populations réintégrant leur domicile.
- M. André Lebey demande que le recrutement du personnel nécessaire au service militarisé de construction se fasse parmi les ouvriers et les techniciens mobilisés et appartenant aux classes les plus anciennes, et éventuellement parmi les ouvriers civils qui accepteraient d’être incorporés et soumis à une discipline militaire.
- Le rôle du service devrait être strictement limité à la réparation des bâtiments démolis et à la construction des logements provisoires.
- Disons, pour expliquer l’intérêt que nous prenons au projet de loi Lebey, que notre collègue Portevin est commandant d’armes à Sézanne et que beaucoup de ses anciens camarades de l’École Polytechnique, qui sont à la tête de services municipaux, sont actuellement sous les drapeaux.
- Bull.
- 22
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- ÉTUDES
- SUR LES
- FERMES MÉTALLIQUES SUR POTEAUX
- PAR
- M. Paul OUI L LOT
- En principe, toute ferme de charpente sur poteaux est un arc ; mais on conçoit que, lorsqu’il s’agit de fermes américaines ou polonceau rigides, on ne soit pas obligé de recourir à des calculs si compliqués, surtout pour de petites portées, ne dépassant pas 30 m, par exemple (1).
- Certaines fermes articulées ne peuvent pas être assimilées à des arcs et doivent cependant être calculées solidairement avec leurs poteaux, quand elles en ont.
- Or, tous les traités de charpentes métalliques pour ainsi dire traitent la ferme et les poteaux séparément, mais jamais l’ensemble.
- Lorsqu’il s’agit d’efforts verticaux, cette façon de faire n’a, dans la majeure partie des cas, aucune importance et les assemblages, que l’on fait de mieux en mieux, corrigent les imperfections du calcul; mais il n’en est pas de même lorsqu’on a affaire à des efforts transversaux, comme ceux résultant des effets du vent ou des ponts roulants.
- Pratiquement, nous estimons que toute charpente devrait être calculée pour résister à un effort de vent d’au moids 75 kg par mètre carré de surface verticale- réellement exposée, lorsqu’il s’agit de constructions non isolées, et situées dans Paris; ce chiffre devant être porté à 100 kg pour les bâtiments construits dans la banlieue ou en province.
- Les règlements ministériels exigent 150 kg pour les travaux de chemins de fer ; mais rien n’oblige à les suivre pour des
- (1) Pour des portées plus grandes ou des eus exceptionnels, nous renvoyons à notre étude sur les arcs. <
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- ETUDES SUR LES FERMES MÉTALLIQUES SUR POTEAUX
- 339
- affaires particulières et chacun appréciera ce qu’il doit compter, selon la région où se trouve le bâtiment et son exposition.
- Ceci dit, nous envisagerons les systèmes de charges suivants :
- 1° La ferme seule est chargée, à l’exclusion des poteaux;
- 2° L’un des poteaux est chargé uniformément sur toute sa hauteur ;
- 3° L’un des poteaux reçoit un effort en un point quelconque de sa longueur;
- 4° Les poteaux sont soumis à des moments fléchissants de signes contraires agissant à la môme hauteur sur chaque poteau;
- 5° Les poteaux reçoivent chacun une force de même sens, agissant à la même hauteur sur chaque poteau ;
- 6° L’un des poteaux seulement est soumis à un moment fléchissant agissant en un point quelconque de sa longueur.
- Dans chacun des systèmes de charges, nous aurons à considérer trois cas :
- a) Les poteaux sont encastrés avec la ferme et articulés sur leurs appuis.
- b) Les poteaux sont encastrés avec la ferme et sur leurs appuis, c’est-à-dire haut et bas.
- c) Les poteaux sont encastrés au sol et articulés aux fermes.
- Les systèmes de charges pourront être combinés entre eux
- par l’application du théorème de superposition des effets des forces; mais, pour plus de clarté et de simplicité, nous traiterons chaque cas séparément.
- 1° Ferme seule chargée.
- 1. — a) Poteaux encastrés a la ferme et articulés
- SUR LEURS APPUIS.
- Pour que l’encastrement des poteaux puisse se réaliser avec la ferme, il faut que les poteaux transmettent à la ferme non seulement un moment fléchissant, mais aussi un effort tranchant; il est donc nécessaire que la ferme soit triangulée à son assemblage avec le poteau ou bien que l’arbalétrier ait un moment de résistance au moins égal à celui du poteau.
- Soit Y la résultante des forces horizontales agissant sur la ferme seulement.
- Rh la réaction horizontale au pied du poteau de gauche;
- R'm celle du poteau de droite.
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- 340
- ÉTUDES SUR LES FERMES MÉTALLIQUES SUR POTEAUX
- On a d’abord l’équation :
- R h + Rm — V.
- Maintenant, comme la force Y n’agit pas directement sur les poteaux et que la flèche de chacun de ces derniers doit être
- m.i.
- ©
- égale en raison de l’invariabilité de l’écartement OOt, il s’ensuit que :
- Ru = R in — — •g*
- Sur les poteaux, en un point quelconque d’abscisse x, oh a pour moment fléchissant :
- — — R,,r.
- L’action exercée en A par ce moment s’obtient en prenant les moments par rapport au point B, ce qui donne :
- et, en B,
- F - R"ï>
- et ces deux efforts sont d’autant plus grands que b est plus petit.
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- ÉTUDES SUR LES FERMES MÉTALLIQUES SUR POTEAUX
- 341
- En A" et B' on a respectivement les mêmes efforts.
- Maintenant, la résultante V, par rapport au pied O du poteau de gauche produit un moment égal à
- Va,
- et ce moment doit être équilibré par les réactions zb R des appuis données par :
- Va L ’
- R
- celle de gauche est + R et celle de droite — R.
- Les réactions étant ainsi déterminées, to'ut peut se calculer et le polygone.des forces se construit comme suit pour la ferme.
- Firf. lb
- Ù
- -F
- R
- -F,
- V
- Fi
- -R
- 2. — b) Les poteaux sont encastrés haut et bas.
- Les poteaux qui ne sont soumis à aucune action directe n’ont à résister qu’à une réaction et à un moment constant.
- Les extrémités des poteaux, aussi bien en O qu’en A, doivent rester verticales, et nous rappelons que l’écartement AA' est invariable par hypothèse.
- Dans ces conditions, on a, en un point quelconque de l’un des poteaux supposés, à section constante, un moment fléchissant,
- _ EIdhj “ dxl
- — Rhæ + IV
- Intégrons une première fois en remarquant que = 0 pour
- CLCC
- x — 0 et x = l, ce qui donne :
- a?"
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- 342 ÉTUDES SUR LFS FERMES MÉTALLIQUES , SUR POTEAUX
- et, en remplaçant æ par l, et égalant à zéro :
- D’où : !T0 = R,i^.
- Fig. 2
- i---------
- _________i
- Il s’ensuit que le moment de g a pour valeur :
- équation dont le maximum en valeur absolue est donné par :
- [Xmax — ± R h çy •
- Enfin, puisque AA" est une longueur invariable, il s’en suit que les flèches sont égales et que, par conséquent,
- Ru= R,„
- de sorte que :
- _ Y / »
- F*max — g-,
- ce maximum ayant lieu pour æ = 0 eta?= l.
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- ÉTUDES SUR LES FERMES MÉTALLIQUES SUR POTEAUX
- 343
- La réaction en A est donnée pour l’équation des moments :
- F = Rb
- et celle en B*
- F = —
- VJ Vl_ 26 + 46 “
- IL
- 46’
- et les réactions en A" et en B' sont respectivement égales aux précédentes.
- Nous avons de plus à déterminer les réactions verticales agissant en O et 0,. *
- A cet effet, le moment de rotation
- V«-2n0
- doit être équilibré par un moment des réactions égal à RL. D’où : ' Va — =z RL,
- pj _ Va — 2(/.0 _ 5)
- ~ L ~ L
- Le polygone des forces se conduit comme à l’article précédent.
- 3. — c) Les poteaux sont encastrés dans le sol et articulés
- A LA FERME.
- La distance AA' étant invariable par hypothèse, sous l’action des forces extérieures, les poteaux O et Od prennent même flèche; par conséquent, le même effort agit sur chacun d’eux, et
- Ru - R.
- V
- 2 -
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- 344
- ÉTUDES SUR LES FERMES MÉTALLIQUES SUR POTEAUX
- D’autre part, on a :
- et, pour la ferme, le polygone des forces a la forme :
- R
- -Rh , -Ri il
- -r--------f
- v_________
- R
- 2° L’un des poteaux est chargé uniformément sur toute sa hauteur.
- 4. — a) Poteaux encastrés a la ferme et articulés au sol.
- Soit p la charge par unité de longueur agissant sur le poteau de gauche.
- Rh et R1h les réactions horizontales agissant au bas des poteaux.
- R et Rj les réactions verticales aux mêmes points.
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- ÉTUDES SUR LES FERMES MÉTALLIQUES SUR POTEAUX
- 345
- En un point quelconque du poteau OA, le moment fléchissant est donné par l’équation :
- |l = EI0=-R„(i-a:) + |(i-Æ)S
- et la flèche en O a pour valeur :
- Vo =
- (--?+4')
- El’
- en supposant une section constante.
- Fig. 4.
- ___L_____
- Celle du poteau Od, qui n’est soumis qu’à la réaction, est, comme on le sait, donnée par :
- __ p P
- yoi •— h 0gj[*
- Par hypothèse, ces flèches sont égales; donc, pour une section constante, on a, puisque le produit El disparait :
- ou, en réduisant :
- — R„g +
- 8
- R
- P
- 1Hd’
- 8Rn — 3pl = 8Rm.
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- 346 ÉTUDES sut! LES FERMES MÉTALLIQUES SUR POTEAUX
- D’autre part, on a :
- Ru -f- Rm = pl,
- et de ces deux dernières équations on tire :
- 11
- Rh-^,
- Rm ~ jgpl-
- En un point quelconque du poteau de gauche, on a donc comme moment fléchissant :
- v = — — x) + \(l — XY — —— x)-
- En prenant les moments par rapport à B, on a, pour réaction en A :
- F =: + R,i([+ Q~ Pl(éb
- On a de même en B :
- F'
- PP 2 b'
- Et sur le poteau de droite on a, en A' : F, = Rm^- + l) ;
- en B' : Fj = — R1H^.
- Quant aux réactions verticales exercées par les appuis pour équilibrer le moment de rotation, elles sont déterminées par l’équation :
- ± R = gf.
- Et nous avons maintenant tout ce qu’il faut pour calculer ferme et poteaux.
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- ÉTUDES SUR LES FERMES MÉTALLIQUES SUR POTEAUX
- 347
- a. — b) Poteaux encastrés haut et bas.
- Les extrémités de chaque poteau encastrées haut et bas doivent rester sur des verticales parallèles puisque A et A' se déplacent de la même quantité pendant que O et 01 ne bougent pas.
- Le poteau de gauche se déforme donc comme à la figure 6, de sorte que le moment fléchissant en un point quelconque est donné par :
- Fig . 5.
- ^=EIS=l(( -æ)a - R"(z - *> + h-
- et, en intégrant une première fois :
- dx
- |(p.x- - + L) - R„ (lœ - Çj + [1]
- dy
- La constante est nulle, parce que l’on a — = 0 pour x =: 0.
- dy
- On a aussi
- dx
- 0, pour x = l.
- D’où :
- [J,Q ------
- _ fl2
- ~h Rh
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- 348
- ÉTUDES SUR LES FERMES MÉTALLIQUES SUR POTEAUX
- L’équation [1] devient alors :
- EIi = î(Px ~1x1 +ï) - (iœ - ï) - t* + r4*-
- et, en intégrant, on a :
- La constante est nulle puisque y = 0 pour x = 0. En faisant x = l dans cette équation, on a :
- _ ? lvl
- - 12Ef
- Pour le poteau de droite, en un point quelconque d’abscisse x, on a pour moment fléchissant :
- ,j- = EiS = - ^
- et, en intégrant une première fois :
- dy I ^2\
- EI^ = — R1HI te — y) + Pix (constante nulle) [2] dy
- et :
- dx
- 0,
- pour
- x = L
- l2
- Rih^ “1“ iV
- ou :
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- ÉTUDES SUR LES FERMES MÉTALLIQUES SUR POTEAUX
- 349
- D’où :
- — RlH
- l
- r
- de sorte que l’équation [2] devient :
- 4--«.(‘.-ï)+h,4'=-»<<Î-Î).
- et, en intégrant de nouveau :
- (constante nulle, puisque y = 0 pour x — 0).
- I
- rr^
- 2
- Fig. 7.
- 1--^--J
- r—
- pRm
- Pour x = li cette équation devient :
- P
- Vi = — Rm^ER
- Or, les flèches en O et Ot doivent être égales ; on a donc, pour une section constante :
- JVp?_r m 2
- )-
- P
- 12'
- D’autre part, on a :
- R« + Riu — pi,
- et, de ces deux dernières équations, on tire :
- K„ = \fl
- et
- R — —
- L* m — t.
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- 350
- ÉTUDES SUll LES FERMES MÉTALLIQUES SUR POTEAUX
- ce qui donne, pour y.0 :
- pl~ 3 , l o /2
- K» - T“ # * 2 “ ~~ 24^ ’
- et pour ^ :
- pl l pl2
- '*> = 4 - 2 = -g-
- l'B]
- En prenant les moments par rapport au point B, on a, pour l’effort en A :
- F = R„('+l) 1 — pl\ 1 îij 5 pi2 ' “ 24 T’
- + CO II 1 —Pl( / 7 à) 5 pl2 24 b ’
- II 1 )
- Le même, en prenant les moments par rapport à A, on a, pour l’effort en B :
- F =
- pP
- 26
- h).
- 6 ’
- _ _ vl_
- ~~ 246*
- Passant au poteau de gauche, on a, en A' :
- f,=+k,(,;+1) -- + É(l. + .A__ Pj/1 + A
- ~ n 4Q + 7 8b ~ 4\2ft + )’
- et, en B' :
- Fi :
- Ri
- ffl - _
- b ~ 8b'
- Calculons maintenant les réactions verticales.
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- ÉTUDES SUR LES KERMES MÉTALLIQUES SUR POTEAUX
- 351
- Le moment de rotation
- pI
- 2
- est équilibré par des réactions exer-
- cées par les appuis et ayant pour valeur :
- ±R
- pI
- 2L’
- -]- R en O, et * — R en Or
- Le moment — jq est équilibré par un moment de réactions ayant pour \raleur :
- -b R —_______
- — « ~ r
- avec — R0 en O et + Ru en O,.
- De même, le moment — iq donne en O une réaction — R15 et en une réaction 4- Rt.
- La réaction totale en O est donc :
- _ K„ _ Rj = R.r,
- et celle en 01 :
- ( — lr + îao + — — R' -
- Nous avons maintenant tous les éléments pour calculer la ferme et les poteaux.
- G. — c] Les poteaux sont encastrés au sol et articulés
- APRÈS LA FERME.
- Le poteau O est soumis aux forces p uniformément réparties et à une réaction — Ru.
- Le poteau 0{ n’est soumis qu’à la réaction Rm.
- Si le poteau O était seul, et libre en A, sa liée lie aurait pour valeur :
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- ÉTUDES SUR LES FERMES MÉTALLIQUES SUR POTEAUX
- Mais, en raison de l’invariabilité de la distance AA', le poteau 01 reçoit une portion de la charge totale pi que nous avons appelée R1h, et, sous cette action, sa flèche est donnée par :
- y*. - Rmggj.
- Brf.8.
- m
- Mais R1h a pour réaction R„ sur le poteau O dont la flèche définitive est :
- _ Pli u P roi
- y ~ 8EI Rh3EI’ ^
- D’autre part, les déplacements fournis par [1] et [2] sont égaux; donc :
- JL - LL _ r JL
- 1H3EI ~ 8E1 H3EE
- ou, pour une section constante,
- il _
- 8 ~
- 2R
- P
- n 3,
- puisque Ru — Rm comme étant, l’un, l’action et l’autre, la réaction.
- D’où:
- R
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-
- ÉTUDES SUR LES FERMES MÉTALLIQUES SUR POTEAUX
- 353
- La ferme transmet donc d’un poteau à l’autre un effort égal ; 3 .
- a Î6 ^ '
- Le poteau de gauche reçoit une charge uniforme sur toute sa
- « 3
- hauteur et une réaction — pi en tête ; tandis que le poteau 3
- de droite ne reçoit que ^ pl en tête.
- 3° L’un des poteaux reçoit un effort en un point quelconque de sa longueur.
- 7. — a) Poteaux encastrés a la ferme et articulés au sol.
- Le poteau 0 est encastré en A et soumis à la force P^et à une réaction — Rn.
- De 0 à D, on a :
- Fi A. 10 O
- 1 A «_ £. , O P ,1)
- ï 1
- y.
- EIê = R“((-æ> w
- Hi = R-(fc-f) + c ro
- % = Ra ( y — ^) + Cæ + D [3]
- D'à A, •
- El S = R-(*-*),-P (c-*) l1']
- et de :
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- 354
- ÉTUDES SUR LES FERMES MÉTALLIQUES SUR POTEAUX
- H» = ».(¥-Ï)-p(Ï-Ï) PJ
- (Constantes milles puisque ~ = 0 et y — 0 pour x — 0. Pour x — c, les équations [2] et [2'] sont égales.
- TV ' n Pc2
- D ou : L =--
- De même : [3] = [3'J,
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- ÉTUDES SUR LES FERMES MÉTALLIQUES SUR POTEAUX
- 355
- et, pour: x = Z,
- ^• = «-1+TT (!-')• W
- Gomme on le sait, le poteau de droite qui n’est soumis qu’à la réaction R1H a pour flèche
- EIt/r=Rm^.
- Or, par hypothèse, ces deux équations sont égales, et, en supposant une section constante, on a :
- V PcVc A Rh3 + ~2~V3 ” 7 ~ RlH3' .
- D’autre part, on a :
- Rh RlH — P*
- De ces deux équations, on tire
- Ru =
- P|3£ 2 \2 Z2
- et
- R|U = P — Rh*
- En prenant les moments par rapport à B, on a pour l’effort en A,
- f = r-G + 1)-p(r+1)’
- on a de même en B,
- et en B'.
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-
-
- m
- ÉTUDES SUR UES FERMES MÉTALLIQUES SUR POTEAUX
- Quant aux réactions verticales, elles sont données par :
- ± R =
- P (t—c)
- L ’
- -|- R à gauche et — R à droite.
- 8. — b) Poteaux encastrés haut et bas. Sur le poteau O, de 0 à D, on a :
- Fig.ll.
- ' El ^ = Ru (l - x) - . [1]
- EI Ê = R"(te ~ T-) — ^ + [2]
- Elÿ = R„ - Çj ~ I'-. J + <> + »• [3]
- Mais ^ = 0 pour x = l, d’où on lire :
- - k _i_ c-[>•0 — Rr j -p y*
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-
- ÉTUDES SUR LES FERMES MÉTALLIQUES SUR POTEAUX 357
- En substituant, l’équation [3] devient:
- % r= R„(Ç -£)-RHj*!-7j+Ca! + D. [3J Maintenant, de D à A, on a :
- LT]
- r2'i
- Hg.1.2.
- 01 ê = Rn({_a,)~P(c-*)“>*•’
- El
- (Constantes nulles, puisque = 0 et y = 0 pour x = 0).
- Pour x — c, on a
- Pc2
- [2] = [2'], ou C = -
- Pc3
- D’où:
- [3] = [3'], ou Cc+ D =— •
- . D=-£,
- substituant, dans [3J, à C, D et [*0, leurs valeurs ci-dessus, et faisant * = Lona:
- Elÿi = R» ^ + Pc2(j — j).
- [S]
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- ÉTUDES SUR LES FERMES MÉTALLIQUES SUR POTEAUX
- D’autre part, nous avons vu, que pour le poteau de droite, on a :
- !V — Rih g»-
- et
- Elî/t — — Rm
- Or, par hypothèse, les flèches prises par O et 01 sont égales, et si, de plus, on suppose une section constante, oq a:
- R4+p<5-i) = -R
- P
- 1H 12-
- On a, en outre :
- Rh + Rm = P.
- De ces équations, on tire:
- __3PçVc_ /\ P
- Kh p \3 2/+ r
- RiH = P — Rh.
- Quant aux réactions sur les fermes, on les obtient comme précédemment, et l’on a :
- en A: F = Rs(i + i) - ^ - p(î + Q
- = r»4 +1)+ *)’
- en B : F' = -R4 + F + V
- ry l . Pc /. C \
- ~ ~ Rh 26 + b V1 27/’
- en A' : F, = R,„g + *)-£ = R«(^ + l),
- et en B : Pi — —‘Rm
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- 359
- ÉTUDES SUR LES FERMES MÉTALLIQUES SUR POTEAUX
- Les réactions verticales sont, pour le poteau de gauche,
- D _ P (l — C) — [A0 —
- n ~ L
- et, pour le poteau de droite, cette même valeur changée de signe.
- i
- 9. — c) Les piliers sont encastrés au sol et articulés a la ferme. De 0 à D (fïg. U), on a :
- |i = BIê = P(c-aî>’
- Fig.13.
- et, pour flèche en À :
- Ely =£p(c-x)(i-a:)dx = ?f(l-iy
- De cette flèche, il faut déduire celle venant de RH qui est donnée par :
- EIÿ = RH?
- De sorte que la flèche véritable en À a pour valeur :
- [1]
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- 360 ÉTUDES SUR LES FERMES MÉTALLIQUES SUR POTEAUX
- De même, le point A' du poteau Ot a pour flèche C
- Elÿv = R,„ g,
- Fig.fi.
- P
- C
- et en deux équations doivent être égales par hypothèse ; pour une section constante, on a donc:
- D’autre part : Rh + R1H = 0.
- Et, de ces deux dernières équations, on tire :
- et Rh était la seule inconnue du problème.
- 4° Les poteaux sont soumis à des moments fléchissants de signes contraires agissant à la même hauteur sur chaque poteau.
- C’est l’effet que produit un pont roulant.
- 10. — a) Les poteaux sont encastrés aux fermes et articulés au sol. Prenons le poteau de gauche.
- De D à A, le moment fléchissant est constant et a pour valeur :
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- ÉTUDES SUR LES FERMES MÉTALLIQUES SUR POTEAUX
- 361
- et la flèche en 6 sera donnée par :
- P a(l — x)dx
- Fig. 15.,
- -KfH
- La réaction R„ donnerait en Ot une flèche de sens contraire, P
- égale à R» ^, de sorte que la véritable flèche en O est de :
- [1]
- On trouverait de même pour l’autre poteau :
- Or, la somme de ces flèches est nulle par hypothèse : donc, pour une section constante,
- (P _ p')(; - 0oc + (R„ - R,„) | = 0.
- on a :
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- 362
- ÉTUDES SUR LES FERMES MÉTALLIQUES SUR POTEAUX
- D’autre part, la somme des projections horizontales des forces est nulle ; ce qui donne :
- Rh “h RiH — O-
- De ces deux dernières équations, on fixe :
- rh = -(P'-p)(;-0|5
- I
- et R1h est égal et de signe contraire à RH.
- La réaction en A est égale à :
- f = t-r“G-+1)’
- en B : F = - ^ + R„ g,
- en A': Fj =-----^—(- +
- et en B' : F, = ^ - R,' L.
- Les réactions verticales ont pour valeur en O : R = £(P — P'),
- et celle en O* est égale à — R.
- De plus, suivant l’axe des poteaux O, de D en O, agit la force P ; et de D en 04, la force P', sur sur le poteau 04.
- 11. — b) Les poteaux sont encastrés haut et bas.
- Sur le poteau O, de O en D, .on a :
- a| = -R,(i-I) + *„, [i]
- El= - R„(ix —.Çj + IV® + C', \i]
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- ÉTUDES SUlt LES FERMES MÉTALLIQUES SUR POTEAUX 363-
- EIï/ = — ~b H-o + C<r -j- D, [3]
- Fig. 16.
- et, de D en A :
- eÆ - dx2 “ - Rh(« - — x) -j- V‘0 + P® J [i]
- 1 II -R»(k-0 -j— —j— PdX, pi
- Ely = — 1 <M | 1 1$ l«o 1 , xl Peur 1 F'° 2 + 2 * [3]
- Fig. 17
- Pour x
- c, on a :
- [2] = [2r], d’où G — -j- Pnc,
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- 364
- pour :
- ou
- ÉTUDES SUR LES FERMES MÉTALLIQUES SUR POTEAUX
- ^ = 0 dans [2],
- — Rh ^ + [>•« l + TJ(lc — 0-
- D’où :
- Pac
- . I '
- [4]
- Pour x = c, on a [3] = [3'], ce qui donne :
- Ce + D =
- Pac2
- ou, en remplaçant G par sa valeur ci-dessus :
- Pac2
- D’où :
- Pac2 + D
- D = -
- 2
- Pac2
- ~1T**
- Substituant ces valeurs de G, D et y.0 dans l’équation [3] et faisant x = l, on a :
- Elÿ. = | (- r4 + Pac( - Pac!) • [§]
- On trouverait de même pour le poteau Oj.
- Efÿ, = R.» 5 + P 'ad - PW).
- Mais, pour hypothèse, la somme de ces flèches est nulle ; donc, on a :
- c i d ? Pac2 t \y i i P,flc2
- — Rr ^ + Pac^--------------^----^ g — ^ ac d- ~2—
- = 0,
- (Rm — Rh) jg + (P —* P') ^
- lac = 0.
- ou :
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-
-
- ÉTUDES SUR UES FERMES MÉTALLIQUES SUR POTEAUX
- 365
- On doit de plus avoir :
- R» + Rut = 0, ^
- et de ces deux dernières équations on tire :
- R„ =
- R1U — — Ra.
- La réaction au point A a pour valeur :
- f = t + -ï=-r-(ï+1)’
- en Bj :
- En A' : F, = R„(‘ + l) - ^
- Vf __ r>" 1 !V Pa
- 1 ~ ft T 6 '
- et en B'
- 1?' _____ ^ \ lxi i Pa
- Suivant leur axe, les poteaux O et O, sont soumis respectivement aux efforts P et P', depuis D jusqu’au sol.
- Enfin, on a pour réaction verticale en O.
- r» _ (P — P') a H- ia„ — i^t L
- et, en Ot :
- R = — R.
- 12. — c) Les poteaux sont encastrés au sol et articulés
- A LA FERME.
- De D à O, le moment fléchissant est donné par l’équation :
- [j. = Pa,
- et la flèche en A a pour valeur, comme nous l’avons vu au para-
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-
-
- 366
- graphes, manière :
- •et, en A'
- ÉTUDES SUR LES FERMES MÉTALLIQUES SUR POTEAUX
- mais en remarquant que c u’est pas placé de la même
- ÿ„ = -Pac^-0-RE|, [IJ
- Fig.18.
- f
- a ^
- t— *— —*
- n—
- Mais, pour hypothèse, ces flèches sont égales, ce qui donne :
- (P' _ P) 0 _ A OC + (Rh - Rm)g3 = 0.
- On a, de plus : R1U + RH = 0.
- D’où on tire : R„ = — (Iy — P) ^ — 0^,
- et : Rh —> Rui*
- Enfin, suivant leur axe, les poteaux O et O* sont soumis respectivement aux efforts P et Pr, depuis D jusqu’en O ou O,,
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- ÉTUDES SUR LES FERMES MÉTALLIQUES SUR POTEAUX
- 367
- 5° Les poteaux reçoivent chacun une force de même sens agissant à la même hauteur sur chacun d’eux.
- Cet effet est également produit par un pont roulant.
- 13. — a) Les poteaux sont encastrés aux fermes et articulés
- . AU SOL.
- Soient P et P' les forces agissant en D et D', à la même hauteur et ïLi et Rm les réactions en 0 et C^.
- Fig. 19.
- On a d’abord, pour une section constante et pour le poteau.0, d’après la formule [4],du numéro 7.
- y. = R„| + - /).
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- On a de même pour le poteau :
- !/, = Rmg +.
- et en deux flèches sont égales par hypothèse, ce qui donne
- et on a de plus :
- * .
- P -f P' - Ru - Rm = 0.
- D’où l’on tire :
- P + P' 3 c*/c
- Ru =
- -2---------!f(ïï - *>p - p'>’
- RlII = P + P ----- Ru-
- Les réactions sont :
- en A: F = R„(i..+ l) — p(j + l),
- en B: F' = -R„j + ^,
- en A': F, = R,„(| + l) - P'(| + l),
- et en B' : Fi = — Rm| +
- Les réactions verticales ont pour valeur :
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- 14. — b) Poteaux encastrés haut et bas.
- La formule [5] du numéro 8 donne :
- y° = Rhï2 + Pc2(ë ï)’
- pour la flèche au point O.
- On a de même pour O,
- Fig. 20.
- -F
- 2/ol — ÜlH
- Or, ces deux flèches sont égales; on a donc:
- (Rh - R,„) g + (P — P') (| - £) c* = 0.
- La somme de projections horizontales des forces donne une deuxième relation :
- P + PA — Rh — Rm = 0.
- Bull.
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- ÉTUDES SUR LES FERMES MÉTALLIQUES SUR POTEAUX
- De ces deux équations, on tire :
- P + P'
- " ± " 1 '\6 4/ iP'
- et
- L’équation [4] du n° 8 donne :
- _ r i _ ^
- — nH 2 Ql ’
- et, par analogie, on a :
- [Aj — Rm
- 1 _ Fc*
- 2 n •
- Les réactions verticales sont données par :
- r — (P + ly) (l — c) — y.» — ir L
- Réactions en A :
- en R :
- En A' :
- Ft - R„
- _i_ _j_ P £.
- ' b ^ b
- f; =
- + ps +
- b '
- et en B' :
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- ÉTUDES SUD LES FERMES MÉTALLIQUES SUR POTEAUX
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- 15. — c) Poteaux encastrés au sol et articulés a la ferme.
- La flèche du poteau O est donnée par la formule [1] du n° 9 et a pour valeur :
- et celle du poteau 01 :
- fig. 21.
- Ces deux flèches étant égales' par hypothèse ; on a l’équation :
- l (P -1y)(‘ -{) - (R«-R.,01 = o.
- On a, de plus :
- D’où on tire :
- et :
- Du “h Dm — h»
- DUI = — Du.
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- ÉTUDES SUR LES FERMES MÉTALLIQUES SUR POTEAUX
- 6° L’un des poteaux seulement est soumis à un moment fléchissant agissant en un point de sa longueur.
- Un auvent, par exemple, peut produire un tel effet.
- 16. — a) Poteaux encastrés a la ferme et articulés au sol.
- La formule [1] du n° 10 donne pour flèche en Oj :
- y. = rhj— Pac^l—0.
- Celle de 015 qui n’est soumis qu’à la réaction, a pour valeur :
- 13
- y0i = — h III ^ *
- Fié22-
- r°\ F
- E* ces deux flèches sont égales, par hypothèse, ce qui donne l’équation :
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- On a de plus :
- Ra Rm — 0?
- et,, de ces deux équations, on tire :
- Réaction en A :
- en B :
- Va
- en A' :
- F' = R»(£ + l)
- et en B :
- La réaction verticale en O est donnée par :
- et, en Oj, on aR, = — R.
- La force P agit, en outre, sur la fibre moyenne du poteau O depuis D jusqu’au sol.
- 17. — b) Poteaux encastrés haut et bas.
- La flèche du poteau O est donnée par la formule [5] du n° 11
- et celle du poteau O, par la formule A du n° 5 :
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- ÉTUDES SUR LES FERMES MÉTALLIQUES SUR POTEAUX
- Or,ces deux flèches sont égales, par hypothèse, et l’on a: — Eh ~ + Pacl — Pac2 = RlH
- Fig. 23.
- D’autre part:
- Ru + Rih = 0.
- Et, de ces deux équations, on tire :
- -p. 3Pac ,,
- R» — —JT~ V CL
- Rih = — Ru.
- jx0 est donné par Péquation [4] du n° 11 et ^ par l’équation B du n° 5.
- Les réactions horizontales sont les suivantes :
- en A:
- en B :
- F =
- = -r-(s + 1)+t
- T7I _ I T> ^ _ i^O _ P®
- F — + R« l t r>
- +
- Pa
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- et en B' :
- Enfin, les réactions verticales sont données par :
- i : p __ Pc
- La force P agit, en outre, suivant l’axe du poteau 0, depuis 0 jusqu’au sol.
- 18. — c) Les poteaux sont encastrés au sol et articulés
- A LA FERME.j
- La flèche en A est donnée par l’équation [1] du n° 12:
- i_i_____
- JL
- et celle en A', par :
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- En égalant en deux équations, on a :
- pac(i—1)_ R„ ? =
- D’autre part:
- Dr 4“ Dm — 0? et, de ces dernières équations, on tire :
- rh = —
- Rh = — Dm-
- La force P agit, en outre, suivant l’axe du poteau 0, depuis D jusqu’au sol.
- — Voilà à peu près tous les cas que l’on rencontre dans la pratique ; il y en a évidemment bien d’autres, mais tous peuvent se ramènera ceux qui précèdent, et les articles 13 et 18 montrent comment on procède alors.
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- N° 419
- SOMMAIRE
- A. — Appareils de transport pour chemins de fer, navigation, automobilisme, etc. — Locomotive pour trains lourds et rapides. — Roulements à billes pour wagons de chemins de fer. — Action du naphte dans les chaudières de locomotives. — Pertes de chaleur par refroidissement extérieur dans les chaudières de locomotives. — Un remorqueur à propulsion aérienne.
- B. — Mécanique, moteurs, machines diverses. — Emploi de la tourbe pour la production de la force motrice. — Les accidents de chaudières aux États-Unis. — Avantages du réchauffage de l’eau d’alimentation. — Machines à vapeur à équicourant. — Bagues à remous pour tubes à fumée de chaudières. — Un nouveau moteur à combustion interne. — Réglage de débit dans les compresseurs d’air. — Les pompes à incendie.
- C. — Construction, travaux publics. — Le service des eaux à Londres. — Surfaces de sol dans lés constructions à l’abri du feu.
- D. — Mines, métallurgie, physique, chimie et électricité. — Emploi du charbon pulvérisé dans les foyers métallurgiques. — Un nouveau combustible. — Utilisation de la chaleur des laitiers. — Frottement des gaz contre les parois des carneaux en briques. — Cémentation de l’acier dans des bains salins.
- E. — Questions diverses. — Utilisation de la chaleur solaire. — Frederick W. Taylor. — L’enlèvement de la neige dans les villes. — Le papier de genêts. — L’efficacité du tir au fusil.
- A. — Appareils de transport pour chemins de fer, etc.
- Locomotives pour trains lourds et rapides. — Le développement prodigieux qu’a pris depuis quelques années le trafic des chemins de fer a nécessité un accroissement considérable dans le tonnage et la vitesse des trains. Si on ajoute que beaucoup de lignes présentent aujourd’hui des déclivités inconnues autrefois, on conçoit que la puissance des machines ait dû augmenter dans de grandes proportions. Cette puissance se traduit par de l’effort de traction et par de la vitesse. Le premier exige de l’adhérence et la seconde en nécessite aussi pour avoir les| accélérations rapides indispensables pour réaliser des vitesses moyennes élevées. Si on ne veut pas exagérer la charge des essieux, on est donc conduit à obtenir l’adhérence nécessaire par l’accouplement d’un nombre d’essieux de plus en plus considérables. C’est ainsi que les premières machines à roues libres ont fait place aux machines à deux puis à trois essieux accouplés et que, pour le service des trains de voyageurs, on en est à prévoir l’emploi de machines à quatre essieux accouplés, déjà réalisé aux États-Unis sous la forme du type Mountain caractérisé par sept essieux dont quatre accouplés et trois porteurs, deux à l’avant formant bogie et un à l’arrière sous le foyer. En Europe, on se tient actuellement à l’emploi devenu général du type dit Pacific à cinq essieux dont trois accouplés, deux formant bogie à l’avant et un à l'arrière. Si on admet une charge de 17 tonnes par essieu, souvent déjà
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- dépassée aujourd’hui, on arrive à une adhérence de 17 X 3 — 51 tonnes.
- Un ingénieur italien, M. Pietro Oppizzi, a publié dans le Politecnico, de Milan, une note intéressante sur la question ; il propose pour la traction des trains lourds et rapides de voyageurs, l’emploi de locomotives à quatre essieux et à adhérence totale d’une disposition particulière que nous allons faire connaître sommairement.
- Des quatre essieux, les trois d’arrière sont commandés chacun par un cylindre intérieur actionnant un coude de l’essieu ; le premier a le coude à gauche de l’axe, le second l’a dans l’axe et le troisième à droite de cet axe. Les cylindres sont dans des positions correspondantes avec des inclinaisons de 9 à 11 degrés sur l’horizontale ; cette disposition a pour objet de permettre le passage des mécanismes sans que la présence des cylindres s’y oppose.
- Les trois cylindres peuvent agir tous avec la vapeur directe ou en compound, la vapeur admise dans le premier passant ensuite dans les deux autres. Les tiroirs à pistons sont mus par des mécanismes à coulisse de Stephenson actionnés par une commande unique.
- L’essieu d’avant qui n’est point actionné par un cylindre efet .nécessairement accouplé avec le deuxième essieu par des bielles extérieures.
- Les trois autres essieux qui ont chacun un cylindre pourraient à la rigueur être conservés indépendants les uns des autres, mais il est bien préférable de les accouplés ensemble, d’abord parce qu’on peut caler les trois coudes de ces essieux à des angles respectifs de 120 degrés et ensuite parce que, sans l’accouplement, la présence d’un seul coude par essieu amènerait une variation du moment moteur de rotation préjudiciable à la régularité et aussi à l’adhérence.
- Pour la facilité du passage dans les courbes d’un rayon descendant à 200 m, l’auteur a prévu la suppression des boudins des roues de l’essieu d’arrière ; la présence des roues du tender paraît rendre cette suppression sans inconvénient pour la marche en arrière.
- La chaudière, ayant le foyer au-dessus des roues d’arrière, peut avoir une grille très large, elle contient 200 tubes de 52 mm de diamètre extérieur et 5 m, 10 de longueur ; le corps cylindrique a 1 m, 58 de diamètre maximum. Il y a un surchauffeur de vapeur du type Schmidt.
- Voici les dimensions principales de cette locomotive :
- Surface de grille..................... 3,57. m*
- — de chauffe directe..................13,00
- — — tubulaire............... 160
- — — totale.................. . 173
- Surface du surchauffeur............... 35
- Pression de la vapeur..................... 16,00 kg
- Diamètre du cylindre HP.................... 0,58
- des cylindres BP................. 0,63
- Course des pistons......................... 0,65
- Rapport des volumes................... 1 à 2,36
- Diamètre des roues.................... 1,80
- Écartement total des essieux : ..... 6,30
- — rigide ............................. 4,15
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- Poids de la machine en service. ..... 68 000 kg
- Poids du tender plein................ 40 000
- Eau dans le tender................... 16 000
- Charbon dans le tender............... 6 000
- Effort de traction en compound......... 10 000
- On voit que l’effort de traction en marche normale correspond à une adhérence de 1 à 6,8. Avec la marche à admission directe dans les trois cylindres, l’effort atteindrait 13 600 kg correspondant à une adhérence de 1 à 5, ce qui est encore très admissible.
- M. Oppizzi fait une comparaison entre cette machine pesant avec le tender 108 t et une locomotive du type Pacific ayant un poids adhérent de 51 t et un poids total de 75, ce qui donne 115 t avec le tender, les deux machines ayant des chaudières semblables.
- La proportion du poids adhérent au poids total du moteur sera, pour la
- première machine, de ——-y- — 0,63 et, pour la seconde, de ^
- 68 —f- 40 /5 -j— 40
- = 0,45. Cette différence représente déjà un avantage sensible au point de vue de l’utilisation du poids.
- Il est intéressant de rechercher quelles sont les résistances propres des deux types. A cet effet, on emploiera la formule donnée par Sanzin, à la suite de ses expériences bien connues publiées en 1911. La résistance est exprimée par la formule :
- W = 2,85 P„ + cP„ + 0,6 aQJ,
- dans laquelle Pa est le poids adhérent, Pp le poids de la partie de la machine reposant sur les essieux porteurs et le poids du tender, A la surface transversale exposée à la résistance de l’air qu’on peut évaluer à 10 m2 ; c est un coefficient qui varie selon le type de la machine et qui est de 8,4 pour la machine à quatre essieux accouplés et 7,5 pour la machine Pacific ; enfin Y est la vitesse en kilomètres à l’heure.
- Si on introduit ces valeurs dans la formule, on trouve une résistance totale de 979 kg pour la machine à quatre essieux accouplés et de 890 pour la machine Pacific, différence 89 kg, soit une augmentation de 10 0/0, mais M. Oppizzi fait observer avec raison que cette différence serait probablement plus qu’absorbée par la résistance d’un quatrième cylindre et de son mécanisme.
- Nous ne suivrons pas l’auteur dans la série de ces comparaisons, nous nous bornerons à les résumer par les chiffres ci-après.
- Les deux machines étant supposées avoir mômes chaudières, môme diamètre de roues motrices et tenders de môme poids, la machine 4/4 pourra remorquer les charges suivantes : sur 10/00 350 t d’une manière permanente à 63 km à l’heure
- — 400 — — 55 —
- — 350 t sur de faibles longueurs à 77 —
- — 400 — — 70
- Alors que la machine Pacific remorquera :
- sur 10/00 350 t d’une manière permanente à 57 km à l’heure
- — 350 sur des faibles longueurs à 72 —
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- On voit que la seconde machine ne pourra traîner les mômes charges que la première qu’à une vitesse inférieure de 10 0/0 ; de plus, la machine 4/4 n’aura besoin que d’une adhérence de 1/10 contre 1 /7 pour la seconde machine.
- Pour ces diverses raisons, le type proposé par l’auteur parait présenter un grand intérêt ; M. Oppizzi, comme on le voit, par les charges modérées par essieux qu’il a admis, a eu pour objectif l’exploitation des chemins de fer italiens sur lesquels les rampes de 10 à 30 0/00 représentent une proportion de 20 0/0 et pour lesquels un accroissement de la vitesse présente un intérêt considérable.
- Roulements à billes pour wagons de chemins de fer. —
- La Schweizerische Bauzeitung donne d’intéressants détails sur l’application des roulements à billes au matériel roulant des chemins de fer et sur les résultats obtenus. On avait déjà employé des coussinets à roulements ou à billes sur des wagons, mais jamais sur une échelle aussi large que dans les applications qui font le sujet de cette note.
- Il a été placé des boites à billes dès 1910 sur deux voitures à 4 essieux de la ligne à voie de 1 m Montreux-Oberland Bernois, ces boîtes avaient été fournies par la maison Schmidt-Roost d’Oerlikon. En 1911, on plaça des boîtes semblables sur sept autres voitures à 4 essieux, dont un wagon-restaurant. Les résultats obtenus furent si satisfaisants que la ligne possède actuellement trente-neuf voitures ainsi équipées, dont toutes les nouvelles automotrices à voyageurs, les voitures à voyageurs et un certain nombre de wagons à marchandises.
- On n’a pas borné l’emploi des billes aux boites d’essieux et, dans tout le matériel neuf, on s’en sert pour la liaison du châssis principal avec les châssis des bogies. Cette disposition, qui substitue un frottement de roulement au frottement de glissement convient particulièrement aux lignes où, comme au Montreux-Oberland, de longues voitures doivent circuler dans des courbes de faible rayon. Les résultats ont été excellents au point de vue de la douceur du passage dans les courbes.
- A la suite de ces succès, on fit un nouveau pas et on installa des boites à billes pour les arbres des moteurs électriques. Huit moteurs ont reçu ces boites, et c’est d’autant pins intéressant que ces moteurs peuvent développer chacun la force considérable de 114 ch. On doit dire ici que, si les boites d’essieux et les roulements des châssis n’ont jamais donné lieu à aucune difficulté, les coussinets des arbres moteurs, où on était gêné par la place ont, au début, amené quelques ennuis, mais aujourd’hui le fonctionnement est tout à fait satisfaisant malgré les efforts considérables et les chocs latéraux amenés par le passage des courbes. Ce fait est remarquable si on considère que les moteurs tournent à 1660 tours par minute pour la vitesse de marche maximum de 45 km à l’heure, les roues ayant 900 mm de diamètre et la transmission étant dans le rapport de 1 à 6,286. ^
- Pour permettre d’apprécier d’une manière aussi exacte que possible les résistances comparatives entre les nouvelles boîtes et les anciennes, on a fait en juin 1914 une série d’expériences avec un dynamomètre enregistreur installé entrç la voiture motrice et la voiture à bogie. Pour
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- éliminer les variations dues aux différences de poids, on s’est arrangé de manière à avoir un poids uniforme dans tous les essais, soit 26 t. Mais, malgré cette précaution, à cause des vibrations continues et du passage dans des courbes se succédant presque sans interruption, on ne pouvait prétendre à une précision absolue, d’autant plus que le dynamomètre ne comportait pas de disposition pour amortir les chocs.
- On a obtenu plus de régularité sur une portion d’alignement droit d’environ 250 m de longueur. En somme, on a obtenu une résistance 'de 5,3 kg par tonne avec les appareils à glissement et une de 2,3 avec les appareils à billes. C’est donc une économie de 3 kg par tonne, ou 57 0/0 en faveur des seconds,
- Un autre argument en faveur des roulements à billes est qu’on n’a à les graisser que tous les six mois au lieu de tous les dix à quinze jours, comme avec les boîtes ordinaires ; de plus, les premiers durent de dix à quinze ans au lieu de deux ans environ.
- Action du naphte dans les chaudières de locomotives.
- — Il a été un moment de pratique courante sur les chemins de fer russes de mettre dans les chaudières de locomotives du naphte à raison de 5 à 20 kg après chaque lavage ou lorsque la machine est remise en service après une grande réparation. On introduisait également le naphte à raison de 5 à 7 kg dans des chaudières qui n’avaient pas subi de lavage depuis longtemps, et cela dans le but d’empêcher l’entrainement d’eau amené par les conditions d’encrassement de la chaudière. On attribuait aussi à la présence du naphte la désintégration des dépôts et, comme çe liquide était entraîné avec la vapeur, on supposait qu’il aidait au graissage du régulateur, beaucoup de mécaniciens trouvant que le graissage de cet organe n’était pas suffisant. On a constaté, toutefois, que le naphte restait longtemps dans les chaudières et qu’on en trouvait des traces très apparentes dane les tubes de niveau d’eau, même après plusieurs parcours.
- M. B. Artzisch, qui traite de cette question dans le Bulletin de la Commission permanente des Ingénieurs des Chemins de fer russes, dit que cet emploi du naphte est positivement dangereux pour la conservation des chaudières parce que, ainsi que l’a constaté il y a déjà longtemps le professeur Hirsch, de Paris, la présence d’une couche, même très mince d’huile minérale sur la surface de chauffe, permet à la température de s’élever considérablement tandis que la quantité d’eau vaporisée s’abaisse de 20 0/0 comparativement à une chaudière contenant de l’eau pure; on peut estimer à 85° C. l’excès de température de la surface dans le cas de la présence de l’huile minérale. Ce fait explique pourquoi les dépôts se détachent plus facilement en morceaux et aussi pourquoi on a constaté sur les chemins de fer russes tant de ruptures de tirants, d’entretoises et de fissures dans les foyers, tous ces accidents étant amenés par la surchauffe due à la présence d’une couche mince de naphte sur les surfaces de chauffe. Un complément de preuve est dans la fusion des joints de tubes à fumée, bien que cette soudure fut composée de deux parties de cuivre et d’une de zinc entrant en fusion à 425° G. et au-dessus.
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- Pertes de chaleur par refroidissement extérieur dans les chaudières de locomotives. — La quantité de chaleur perdue dans les chaudières de locomotives par le refroidissement des surfaces extérieures ne peut être déterminé d’une manière suffisamment approchée par des considérations théoriques. La chaudière est une combinaison de plusieurs corps géométriques chacun de dimensions importantes. Il y a un corps cylindrique à axe horizontal terminé à l’arrière par un parallélipipède dont la surface supérieure est plane ou semi-cylindrique. Sur le corps horizontal se trouve un dôme et à l’avant de ce corps est la boîte à fumée sur laquelle est la cheminée. L’arrière de la boîte à feu, parallélipipédique, est souvent contenu dans l’abri et la partie inférieure est comprise entre les longerons et n’est pas enveloppée. De môme l’arrière de la boîte à feu contenue dans l'abri n’est pas, au moins dans les pays froids, revêtue d’une enveloppe pour que le personnel n’ait pas à souffrir du froid.
- Ceci établi, on remarquera d’abord que, même la locomotive étant stationnaire, les diverses parties formant la surface extérieure. ne sont • pas dans des conditions identiques, étant données les dimensions considérables des parties de la chaudière. En effet, les particules d’air chauffées au contact des parois inférieures forment des courants ascendants dont la température et la vitesse augmentent graduellement de bas en haut aussi longtemps que l’air reste en contact avec les surfaces. Ces phénomènes varient suivant que ces surfaces sont horizontales ou verticales à égalité de superficie. On sait peu de choses, d’ailleurs, sur l’effet au point de vue du refroidissement des grandes surfaces, bien que Ser, dans son Cours de physique industrielle, vol. I, pages 137-38, donne des formules relatives à la sphère, aux surfaces planes verticales et aux cylindres à axe horizontal et vertical.
- Lorsque la locomotive est en mouvement, les phénomènes sont-encore plus compliqués du fait que le courants d’air qui se meuvent entre les parois de la chaudière suivent des trajectoires compliquées déterminées, non seulement par les formes de ces parois, mais aussi par la vitesse de déplacement, tandis que, derrière la cheminée, le dôme de vapeur et l’abri, il existe des espaces morts où il y a peu ou point de déplacement d’air. Les surfaces contenues dans ces espaces perdent moins de calorique parce que l’air se renouvelant moins y est plus chaud. Un vent venant latéralement complique encore les choses ; il augmente le refroidissement en atténuant l’effet des espaces morts. On voit, par ce qui précède, que la question de l’étude du refroidissement par l’extérieur d’une chaudière de locoiqotive en mouvement est un problème des plus compliqués.
- On peut tirer de l’exposé que nous venons de présenter trois conclusions : la première est que le coefficient de refroidissement, c’est-à-dire la quantité de chaleur perdue par heure et par mètre carré de surface extérieure de la chaudière et par degré de différence de température, telle qu’elle est déterminée par des expériences sur le refroidissement effectuées sur des chaudières de petites dimensions, n’est point applicable aux chaudières de locomotives pour lesquelles il est nécessaire de recourir à des'expériences spéciales. Une seconde conclusion est que si le
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- coefficient de refroidissement est exprimé par la formule k — a -j- b\Jv, dans laquelle u est la vitesse de,translation, on ne saurait, pour une chaudière fixe, prendre k pour la valeur- olDtenue de la formule avec v ~ 0, par exemple k = a, parce que k est généralement beaucoup plus grand que a, à cause du fait que l’air n’est jamais en repos au contact des parois d’une chaudière fixe. Une troisième conclusion enfin est que le coefficient de la chaleur perdue sur les surfaces d’une chaudière est une valeur variable et qu’on doit envisager seulement une valeur moyenne, non seulement pour la chaudière entière, mais encore pour les diverses parties de celle-ci, considérées séparément.
- En présence des complications introduites par ces considérations, les méthodes générales proposées pour déterminer les pertes de calorique par l’extérieur des chaudières en mouvement sont nécessairement très grossières. Elles négligent généralement les différences des coefficients de refroidissement pour les differentes parties ainsi que les relations avec la vitesse de déplacement et ne se préoccupent pas suffisamment du choix d’une valeur convenable du coefficient de refroidissement.
- L’auteur propose de reviser les expériences faites jusqu’ici pour la, détermination d’un coefficient en y introduisant la formule k = a -j- b y v en attendant qu’on résolve la question du refroidissement des chaudières.
- Ce qui précède est résumé d’un article de M. V. Gololobow, paru dans le Bulletin de la Commission 'permanente des Conférences des Ingénieurs de Chemins de fer russes. Cet article n’a pas été terminé, vu les circonstances actuelles.
- Un remorqueur à propulsion aérienne. — Une maison de Londres vient de construire pour faire un service de remorquage dans la Guyane anglaise un bateau à propulsion aérienne. Ce bateau n’a que 9 m, 19 de longueur et un tirant d’eau réduit à 0 m, 20. La coque est en acier à fond-plat et d’une forme spéciale pour pouvoir résister aux efforts nécessités par le genre de service que cette embarcation a à effectuer, il est évident qu'elle doit à chaque instant racler le fond du cours d’eau.
- Le moteur est un moteur à explosion de 13 ch à un seul cylindre employant de l’huile brute, il tourne à 450 tours par minute. Le peu de creux du bateau empêchait l’emploi d’un propulseur agissant sur l’eau ; on a donc dû recourir à une hélice aérienne ; cette hélice, à deux ailes de 2 m, 75 de diamètre tourne à 1 200 tours au moyen d’une transmission ; elle est montée sur un fort bâti placé à peu près au centre du bateau.
- Aux essais faits sur la Tamise, on a obtenu une vitesse de 5 milles à l’heure en remontant le courant, mais on ne pense pas avoir besoin à Demerara d’une vitesse supérieure à 2 milles à l’heure parce qu’au delà la vague soulevée par le passage de l’embarcation causerait des érosions aux berges.
- En ce qui concerne la direction, sur la Tamise aux essais, on s’est servi d’une godille et la manoeuvre se faisait avec la plus grande facilité. Dans la Guyane, on pense faire gouverner le bateau par un indigène placé à l’avant et tenant une longue tige de bambou avec laquelle il maintiendra le bateau au milieu du courant en l’écartant des bords. Un
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- fait remarquable constaté dans les essais est, contrairement aux prévisions, les très faibles vibrations imprimées à l’ensemble du bateau et de son propulseur.
- Ce remorqueur doit être employé à traîner un train de 15 à 20 barques, dont chacune mesure 9 m de longueur et 3 m de largeur et transportant toutes sortes de marchandises.
- Le poids du remorqueur est, tout compris, de 4 600 kg; chaque barque chargée pèse 4 250 kg.
- L’hélice est actionnée par une chaîne sans fin Hans Renold ; son axe est à 1 m, 80 environ au-dessus du bateau.
- Cette expérience présente une réelle importance au point de vue de la navigation sur les canaux et on suivra avec intérêt les résultats qu’elle donnera en pratique.
- B. — Mécanique, moteurs, machines diverses.
- Emploi de la tourbe pour la production de la force motrice. — Une communication de M. T. Rolland Wollaston à la section de Manchester de la Society of Chemical Industry étudie la production de la force motrice au moyen des sources thermiques et arrive à de curieuses conclusions.
- L’auteur ne croit pas que brûler du charbon sur la grille d’une chaudière soit un moyen avantageux d’utiliser la chaleur. On peut admettre que les mêmes réactions chimiques se produisent quand on brûle du charbon sur une épaisseur de 0 m, 20 sur une grille ou sur une hauteur de
- 1 m, 80 dans un gazogène ; mais, dans ce dernier cas, les gaz combustibles sont produits et brûlés dans des conditions qui se rapprochent beaucoup de celles de la théorie, tandis que sur la grille d’un foyer, quel que soit le soin qu’on apporte à la conduite du feu, il y a toujours un excès d’air qui altère les résultats et, de plus, il est à peu près impossible d’obtenir une combustion satisfaisante sur une surface de près de 2 m2, même avec des appareils mécaniques de chauffage. Il est juste de dire, par contre, que dans le foyer de la chaudière, on utilise la chaleur rayonnante ce qu’on ne peut pas faire dans le gazogène.
- On dit avoir employé avec succès un type de gazogène associé à une chaudière type Lancashire ou analogue dans lequel l’air alimentant la combustion est préalablement chauffé par la chaleur de la combustion. On a essayé de chauffer des chaudières par des gaz de gazogènes, mais on n’a obtenu des résultats satisfaisants au point de vue économique que lorsqu’on a récupéré les sous-produits avant la combustion des gaz. Mais, si on a recours à cette récupération, il est bien préférable d’employer les gaz directement au lieu de les brûler sous une chaudière.
- En effet, l’auteur examinant la question du coût de la force motrice obtenue par divers moyens tels que : turbines à vapeur avec chauffage direct, turbines à vapeur chauffées au gaz de gazogène, moteurs à gaz de
- 2 000 ch avec gazogènes et récupération, moteurs Diesel de 2 000 ch, et moteurs à gaz de tourbe avec gazogènes Mond et récupération, arrive à ce résultat très remarquable, que, dans le dernier cas, non seulement
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- la production de la force motrice se fait sans aucuns frais, mais encore qu’on a un profit net annuel de 21 0/0 sur le capital d’établissement qui est, d’ailleurs, plus élevé que pour tous les autres systèmes.
- Le tableau ci-joint donne les dépenses d’établissement pour une installation de 2 000 ch, les recettes et les dépenses de l’exploitation pour l’année.
- Fixais d’installation.
- Francs.
- Gazogènes à tourbe avec appareils de récupération . 600 000
- Moteurs à gaz de 2 000 ch à 150 if par cheval . . . 300 000 Fondations, bâtiments, appareils auxiliaires . . . 150000
- 1 050 000
- Dépenses d’exploitation.
- 33 000 t de tourbe à 6 fr, 25 ...................... 206 250
- 2140 t d’acide sulfurique à 41 fr, 25 ............... 98 275
- Huile et fournitures diverses ....................... 17 500
- Sacs et emballage du sulfate d’ammoniaque. ... 17 825
- Main-d’œuvre, 27 hommes à 1 750 fr.............. 47 250
- Entretien des appareils à raison de 2 0/0 ........... 21 000
- Intérêts et dépréciation à raison de 10 0/0.... 105 000
- 518 000
- JRecettes.
- 2140 t de sulfate d’ammoniaque à 312 fr, 50. . . . 669 700
- 2140 t de goudron à 25 fr....................... 53 500
- ~723 200
- Bénéfices.
- 210100
- Goût par cheval-heure.................................. nul
- Goût par cheval-an .................................... nul
- Intérêt du capital d’établissement ........ 210/0
- lies accidents de chaudières aux États-Unis. —On compte en moyenne par an aux Etats-Unis 1300 à 1 400 accidents graves survenus à des chaudières à vapeur sur lesquels 300 à 400 sont de véritables explosions.
- Ces accidents entraînent la mort de 400 à 500 personnes et en blessent 700 à 800 autres ; ils font, en outre, pour 2 ou 3 millions de francs de dégâts matériels. Dans une seule explosion, celle de la fabrique de chaussures de Grover, à Brockton, Mass, 58 personnes ont été tuées, 117 autres blessées et les dégâts se sont élevés à 1 250 000 fr sans compter 1400 000 fr d’indemnités pour les victimes.
- Ges désastres justifient la nécessité de construire et d’installer les chaudières et leurs accessoires, de manière à assurer la plus grande sécurité possible, de surveiller leur fonctionnement et de les faire examiner à des intervalles réguliers par des personnes compétentes et désintéressées.
- Bull,
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- CHRONIQUE
- A l’heure actuelle, dix Etats de l’Union et dix-neuf municipalités ont des lois prescrivant l’inspection obligatoire des chaudières avec des règles-pratiques pour leur construction et leur fonctionnement, et d’autres-Etats ou municipalités ont en préparation ou à l’étude des lois de ce genre. Mais les lois et règlements actuellement en vigueur diffèrent les unes des autres sous plusieurs rapports et, à moins qu’on intervienne promptement, il est à craindre que les nouvelles lois ne diffèrent encore-plus ou moins des lois actuelles.
- Ces différences font qu’une chaudière construite dans un des Etats possédant une réglementation sur la question peut fort bien n’ôtre pas admise dans un autre Etat possédant aussi une réglementation, et ce, non pas parce que cette chaudière sera moins sûre qu’une autre faite dans l’autre Etat, mais simplement parce que les exigences de la construction ne seront pas les mêmes dans les deux Etats.
- Et ce qui est plus grave, c’est que, grâce à cette situation, un Etat qui ne possède pas de règlementation sur la matière peut devenir le refuge de tous les générateurs hors de service ou mal construits ne pouvant être employés dans les Etats à réglementation.
- Ce manque d’uniformité dans les règlements amène une confusion intolérable et de très grands inconvénients. Il est pratiquement impossible aux constructeurs de chaudières de satisfaire aux innombrables conditions imposées par les règlements des divers Etats et cette situation entrave d’une manière très sérieuse cette industrie aux Etats-Unis ; elle augmente très sensiblement le coût des chaudières et gêne également les producteurs des matières entrant dans la construction de ces appareils par l’absence de spécifications uniformes ; il en est de même pour les accessoires de chaudières et appareils de sûreté qu’on ne peut uniformiser. Il est donc indispensable d’avoir des lois et règlements uniformes pour la construction et le fonctionnement des chaudières à vapeur.
- Pour que tous les Etats de l’Union puissent arriver à avoir des lois et règlements identiques, non seulement pour la construction et le service des chaudières à vapeur, mais encore pour l’examen et l’obtention de licences pour les mécaniciens et chauileurs, la Société américaine des Ingénieurs-Mécaniciens a nommé une Commission de sept membres dont un ingénieur-conseil ayant fait partie d’une administration d’Etat pour les chaudières, de deux professeurs de mécanique représentant les intérêts des propriétaires d’appareils à vapeur, de deux fabricants de chaudières représentant les intérêts de la profession, d’un maître des forges représentant les intérêts des fournisseurs de matières et d’un ingénieur de Compagnies d’assurances représentant' les intérêts de ces Compagnies. .
- Cette Commission a pris pour base de ses discussions les règlements qui, depuis plusieurs années, régissent la question à la satisfaction générale dans les États de Massachusetts et d’Ohio et qui'sont universellement admises comme les meillëures'existant actuellement. La Commission a tenu de nombreuses réunions dans lesquelles elle a examiné ces règles avec la plus grande attention et: les a: modifiées ou complétées en tenant compte des renseignements qu’elle a pu obtenir sur lès divers
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- points. Elle a alors formulé des règles provisoires qu’elle a fait tirer à 2 000 exemplaires qui ont été envoyés aux professeurs de mécanique des Écoles techniques, aux inspecteurs des Compagnies d’assurances, aux inspecteurs des États-Unis, des divers États et Municipalités, aux principaux ingénieurs intéressés dans la question, aux principaux constructeurs de chaudières et aux grands journaux techniques. Une lettre était jointe à l’envoi pour appeler l’attention des destinataires sur l’intérêt du sujet et les invitait à envoyer leurs observations.
- La plus grande attention a été donnée aux réponses obtenues et à la réunion de printemps de la Société des Ingénieurs-Mécaniciens tenue à Saint-Paul, du 16 au 19 juin 1914, il fut décidé d’inviter tous les intéressés à se réunir à New-York le 15 septembre 1914 dans l’Hôtel des Sociétés d’ingénieurs pour discuter la question. Cette convocation avait pour but de réunir les représentants de l’industrie de l’acier, des Chemins de fer, de la construction des chaudières, de la Société américaine pour l’essai des matériaux, de la Société des Ingénieurs s’occupant du chauffage et de la ventilation, et de diverses autres associations. Cette réunion a amené un des mouvements les plus importants qui aient jamais été provoqués en faveur de la protection de la vie humaine et de la propriété.
- Un fait des-plus intéressants est qu’à cette réunion on a admis des réglementations’ uniformes pour les tubes d’acier pour chaudières, poulies tulies, les soupapes de sûreté, les chaudières à tubes à fumée et à tubes d’eau et les chaudières de chauffage à vapeur et à eau chaude.
- Il est à remarquer que les coefficients de sécurité recommandés par les chaudières fixes sont un peu plus élevés que ceux que le Gouvernement prescrit pour les chaudières de locomotives. Cette remarque n’est pas une critique des prescriptions de l’Interstate Commerce Commission, mais elle est basée sur une observation du Comité qui admet que le coefficient de sécurité-soit plus élevé pour les chaudières fixes, et ce pour plusieurs raisons, parce que ces dernières ne sont pas toujours construites avec les soins les plus minutieux, parce qu’elles ne sont pas toujours conduites par un personnel aussi capable que celui des locomotives, parce qu’elles sont souvent entourées de maçonnerie qui ne permet pas un examen attentif des parois de la chaudière, et enfin parce que les générateurs de locomotives sont soumis à des inspections périodiques très rapprochées. Ces diverses raisons expliquent pourquoi on doit exiger un facteur de sécurité plus élevé pour les chaudières fixes.
- Avantages du récitai* lffagc de l’eau d’alimentation. —
- Une communication de M. George H. Gibson à la Société des Ingénieurs de Pennsylvanie, en août 1914, traite de la question des réchauffeurs d’eau d’alimentation appliqués aux chaudières et de l’utilité de cette application selon les circonstances.
- L’auteur étudie l’emploi des réchauffeurs pour les chaudières chauffées directement et pour les chaudières- chauffées par les flammes perdues et arrive aux conclusions suivantes : 1° avec les chaudières chauffées directement, contrairement à l’opinion généralement admise, que les
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- réchauffeurs ne commencent à être avantageux que lorsque le coût du combustible atteint un certain prix, par exemple 10 f la tonne et que le facteur de charge dépasse 50 0/0, l’avantage du réchauffeur est indépendant du prix du combustible et du facteur de charge ; 2° avec les-chaudières chauffées par des chaleurs perdues, surtout si ces générateurs alimentent de vapeur des turbines à haute pression, il est utile d’ajouter des réchauffeurs pour réaliser le plus de puissance possible et aux plus bas prix d’un volume donné de gaz.
- Yoici comment l’auteur base ses conclusions : il étudie d’abord le mode de fonctionnement de la chaudière chauffée directement et de la chaudière chauffée par des tlammes perdues.
- Dans le premier cas, il existe une limite au point de vue économique à l’utilisation du calorique développé par le combustible, limite au delà de laquelle la chaleur utilisée ne compense par les frais d’établissement. Autrement dit, lorsque les gaz ont été refroidis à une certaine température b au contact des surfaces de chauffe, la surface supplémentaire employée à les refroidir davantage ne produit pas la vapeur aussi économiquement que le reste de la surface de chauffe avant que les gaz se soient abaissés à la température b. Par exemple, si les gaz de la combustion sortent de la chaudière à une température supérieure de 110° G à celle de la vapeur, on pourra compter sur une vaporisation d’environ 22 kg par mètre carré de surface de chauffe et par heure*, de sorte qu’il faudra à peu près 0 m2, 60 de surface de chauffe pour produire un cheval à raison de 19 kg de vapeur par heure pour cette unité. Avec de la vapeur à la température de 185° C, les gaz de la combustion seront à la température de 300 degrés dans les carneaux et contiendront encore une forte quantité de calorique utilisable.
- Si on admet que 24 kg d’air ont servi à la combustion de 1 kg de charbon, la perte s’élèvera approximativement à 25 0/0 et, si on tient compte des pertes par rayonnement et autres, le rendement de la chaudière sera inférieur à 70 0/0,
- Récupérer cette perte au moyen d’une surface de chauffe supplémentaire n’est pas avantageux, il est préférable d’utiliser ce calorique dans un réchauffeur d’eau d’alimentation en faisant en sorte que la surface de chauffe de cet appareil ait le même coefficient de transmission et les mêmes charges fixes que la surface de chauffe de la chaudière ; on pourra alors abaisser la température des gaz de la combustion à environ 110° G au-dessus de la température initiale de l’eau, soit à 150° G environ, •en réalisant une économie d’environ 13 0/0 sur le combustible, économie qui sera en réalité un peu supérieure parce que l’unité de surface de chauffe de réchauffeur coûte moins que la même unité de chaudière et nécessite moins de surveillance.
- L’auteur discute la question de la transmission du calorique dans le cas du réchauffeur et celle du coefficient d’absorption de la chaleur par contact. Si les gaz sont refroidis à 110 degrés, par exemple, au-dessus de la température de la vapeur, ces gaz provenant du chauffage direct du générateur ne seront généralement pas assez chauds pour élever l’eau d’alimentation aux environs de la température d’ébullition, mais, comme l’eau contenue dans le réchauffeur a une température inférieure à celle
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- de l’eau de la chaudière, la surface de chauffe du réchauffeur sera plus efficace et plus avantageuse que la surface de chaudière jusqu’à ce que l’eau ait dans le réchauffeur la môme température que dans la chaudière.
- On trouve, en effet, avantage à réduire- la surface de chauffe de la chaudière à moins de Om2,60 par cheval, surface nécessaire pour refroidir les gaz à 110 degrés au-dessus de la température de la vapeur. L’auteur cite l’exemple d’une chaudière de 1 000 ch avec surchauffeur, réchauffeur d’eau et tirage mécanique, établie dans les conditions indiquées au cours de cette note et explique comment les résultats donnés par cette installation confirment parfaitement cette idée que, s’il n’existe pas de réchauffeur, la chaudière elle-même doit en faire l’office en chauffant l’eau jusqu’à la température de vaporisation, mais elle le fait dans de beaucoup moins bonnes conditions, parce que la chaudière contient de l’eau à la température de la vapeur tandis que le réchauffeur à l’eau a une température plus basse, ce qui facilite beaucoup l’absorption de la chaleur.
- Dans une chaudière chauffée par des flammes perdues, si la température de la vapeur est voisine de la température initiale des gaz, la chaudière doit avoir des dimensions relativement considérables à cause de la faible différence de température produisant la transmission de la chaleur et le rendement est peu élevé parce que les gaz s’échappent à une température élevée. Mais, d’autre part, le moteur auquel la vapeur sera fournie, turbine ou machine alternative, aura un bon rendement à cause de la pression élevée. Si la température de la vapeur est moindre, il suffira d'une plus petite chaudière et son rendement sera plus élevé tandis que celui du moteur s’abaissera. Deux solutions peuvent ainsi être envisagées : 1° une chaudière marchant à une pression modérée ; 2° une petite chaudière à haute pression et une autre à basse pression avec réchauffeur d’eau, ces chaudières reliées à une turbine mixte recevant la vapeur à haute pression de la première chaudière et la vapeur à basse pression de la seconde chaudière.
- Il semble toutefois que la solution la plus avantageuse au point de vue commercial consiste dans l’emploi d’une chaudière à haute pression avec réchauffeur d’eau fournissant la vapeur à une turbine à haute pression marchant à condensation. Ainsi, avec de la vapeur à la température de 180° G correspondant à une pression de 10 kg, S, il faut 5 kg, 4 par cheval sur l’arbre du moteur avec de la vapeur saturée, et un vide de 0 m, 70 de mercure.
- Avec de la vapeur à la pression atmosphérique, il faudrait un poids double de vapeur, soit 20 kg environ par cheval ; ce qui montre combien il est peu avantageux de réduire la température des gaz par une surface de chauffe exagérée.
- Un tableau que nous ne pouvons pas reproduire ici fait voir qu’il n’y a aucun intérêt à réduire la température des gaz au-dessous de 260° G ou moins si on compare la chaudière en question avec des chaudières à chauffe directe brûlant du combustible coûtant 7 fr, 30 la tonne. Si on installe un réchauffeur d’eau pour porter la température de cette eau de 40 degrés à la température de vaporisation, la température des gaz à la sortie sera notablement réduite. Plus la pression de la vapeur sera
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- élevée, moindre sera la température des gaz à la sortie et plus grande sera la puissance et l’économie: de l’installation.
- Mais le résultat le plus remarquable de l’emploi du réchauffeur est l’augmentation de puissance qu’on peut obtenir d’un volume donné de gaz perdus ; aux pressions ordinaires, on peut évaluer cette augmentation à 30 0/0 environ. Pour fixer cette économie, il est nécessaire d’établir des dépenses annuelles dans les deux cas. On prendra, par exemple, 100 fr par mètre carré de surface de chauffe pour la chaudière, y compris le montage, la maçonnerie, les accessoires, etc., avec une charge annuelle de 17,0/0 pour réparations, amortissement et surveillance. Pour le réchauffeur on comptera 75 fr par mètre carré avec 15 0/0' de charges annuelles. On comptera 50 fr par cheval pour une turbine à haute pression, tout installée avec condenseur et appareils auxiliaires et 100 fr par cheval pour une turbine à basse pression recevant la vapeur à la pression atmosphérique.
- Etant données ces conditions, on trouvera que si l’installation est actionnée par de la vapeur saturée à une pression -initiale correspondant à une température de 200° G le coût annuel du cheval ressortira à 21 fr environ. Si la turbine est alimentée par de la vapeur produite dans une chaudière chauffée directement avec du charbon coûtant 7 fr, 50 par tonne, le coût annuel du cheval s’élèvera à 50 fr par an.
- Dans une installation où on aurait des gaz perdus en excès, il pourrait n’y avoir pas intérêt à ajouter un réchauffeur, mais dès que l’insuffisance de ces gaz se fait sentir, il deviendra toujours avantageux de recourir à l’emploi d’un réchauffeur, parce qu’il permet d’obtenir plus de puissance des gaz et aussi parce que cette puissance est obtenue plus économiquement que si on avait recours au chauffage direct de la chaudière.
- Machines à vajicui* à équi-courant. — On sait que les machines à vapeur dites à équi-courant, qui datent de quelques années à peine sont caractérisées par la production de l’échappement par des lumières pratiquées dans le pourtour du cylindre et que le piston démasque à fin de course. Nous avons indiqué ailleurs que cet arrangement remontait à une date très ancienne ayant été proposé par Perkins dès 1828.
- Ce système s’est répandu assez rapidement et est surtout employé pour de puissantes machines actionnant des laminoirs. Nous donnons ci-après quelques renseignements empruntés au Journal of the American Society of Mechanical Engineers.
- La machine à-équi-courant, .pour des puissances de 700 à 1 000 ch, a trouvé, à cause de sa simplicité, de sa faible dépense de vapeur et de la facilité avec laquelle elle se prête à des variations de charge, un vaste champ d’application pour la commande des laminoirs où elle tend à remplacer la machine tendem.
- L’article décrit , une machine qui présente un intérêt .particulier à cause de diverses dispositions de détail et aussi à cause d’essai s effectués sur un condenseur 4 injection dont elle était .-munie.
- Le cylindre a 0 m, 750 de diamètre et 0 m, :900 de course. La -vitesse
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- qui varie de 110 à 440 tours par minute, peut être réglée suivant les besoins du laminage pendant la.marche au moyen d’un ressort additionnel placé sur le régulateur. A la pression de 10 atm et à 130 tours par minute, la puissance normale est de 700 ch indiqués et peut être poussée jusqu’à un maximum de 1 000. Avec de la vapeur surchauffée à 300° G et un vide de 90 0/0, la consommation de vapeur descend à 4 kg, 3 par cheval indiqué et par heure. Sur cette machine, on n’a pas employé la distribution ordinaire de Stumpf adoptée sur les premiers modèles qui est moins abordable et ne donne pas des introductions assez élevées.
- Au départ, pour vaincre la forte résistance des laminoirs, il faut, en l’absence d’un vide suffisant, de longues introductions, soit au moins 50 0/0 de la course et il est nécessaire de prévoir une introduction allant jusqu’à 60 0/0 : ce qu’on peut facilement réaliser avec des soupapes actionnées par un arbre latéral. Ces soupapes sont venues de fonte avec- leurs sièges et en sont séparées seulement lors de l’ajustage.
- Le condenseur à injection a sa pompe à air actionnée directement par la tige du piston à vapeur et fonctionne dès lors à grande vitesse.
- Les résultats sont d’autant plus favorables que le vide est plus élevé ; on doit avoir au moins 90 0/0. A cet effet, il est désirable d’avoir l’injection effectuée sans aspiration.
- On a rencontré d’abord diverses difficultés et il a fallu quelques tâtonnements pour en triompher. La vapeur est condensée dans un premier condenseur placé à environ 2 m du condenseur principal.
- L’eau froide arrive sous une charge de 2 m, 50.
- Pour éviter que l’eau ne puisse s’introduire au cylindre à vapeur en cas d’un emportement dû à une suppression brusque de la charge, il y a entre la machine et le condenseur un tuyau en forme de siphon de 10 m de hauteur. On n’obtenait d’abord qu’un vide de 65 à 85 0/0 avec des oscillations de 10 à 12 0/0.
- La découverte de quelques fuites et leur suppression ne suffit pas à donner entière satisfaction. Le premier condenseur était à environ Orn, 50 en contrebas du condenseur principal ; comme le conduit qui réunissait ces deux condenseurs était horizontal, on pensa que le mélange d’air et de vapeur n’arrivait pas à l’aspiration du condenseur principal assez vite et on fut conduit à loger le premier condenseur à un niveau plus élevé pour que le mélange dont il vient d’être parlé arrivât à l’aspiration du condenseur principal avec une certaine charge. On n’obtint pas encore un résultat tout à fait satisfaisant. On finit par reconnaître que le mal provenait du passage de l’eau dans le tuyau en forme de siphon.
- On installa un tube de niveau d’eau au bas de ce tuyau et on constata que la<colonnè d’eau qu’il contenait oscillait considérablement et que quelquefois l’eau remplissait entièrement le' tuyau d’amenée de la vapeur au condenseur. A certaines positions du niveau dans le Siphon, l’air n’arrivait plus à la chambre d’aspiration de la pompe. On y remédia en disposant un petit tuyau de communication directe pour hair entredaipompe.et l’arrivée de lleau de condensation. Le vide fut ainsi élevé à 90 0/0, mais les oscillations persistèrent,, On réussit .fina-
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- lement en faisant aspirer l’air au-dessüs du niveau de l’eau, on trouva par tâtonnements que plus on faisait cette aspiration près du condenseur, meilleur était le résultat ; on arriva ainsi à un vide de 90 à 95 0/0 avec des oscillations de 1 0/0 au maximum Nous avons dû chercher à expliquer le mieux possible les arrangements qui précédent en l’absence des figures données dans la source à laquelle nous empruntons cette description. Il est certain qu’on eût pu arriver au résultat final par d’autres dispositions, mais il était intéressant d’indiquer comment on avait pu modifier des arrangements existants pour en tirer le meilleur parti.
- Un numéro ultérieur du même journal donne des détails additionnels que nous croyons devoir ajouter à cette note.
- On réalise dans les machines à équi-courant des vitesses de piston élevées allant jusqu’à 5 m, 5 par seconde, sans aucun inconvénient pour la conservation des appareils, ce qu’on ne saurait obtenir avec des machines tandem. Le coût d’établissement est inférieur de 20 à 30 0/0 à celui d’une tandem de même puissance ; il faut y ajouter une réduction de 10 0/0 dans le coût des fondations.
- N« GENRE DE LAMINOIR TOURS par MINUTE PUISSANCE CYLINDRE
- m
- 1 Petits fers 90 à 130 700 à 800 1 1,088 de course ['Transformation d’une
- 2 Tôle 60 à 70 800 à 1 000 ( machine tandem , 1,24 de course 1,037 de diamètre
- 3 Fers profilés .... 90 à 120 1 600 à 2 200 et 1,29 de course
- 4 )) 60 à 100 1 900 à 1 200 1,088 —
- 5 Petits ters 90 à 100 800 à 1150 1,098 -
- 6 » 100 à 110 1 500 à 1 900 1,29 —
- 7 Laminoir universel. 85 1 600 à 2 200 1,29 —
- 8 Petits ters 80 à 100 1 000 à 1 300 1,20 — 1 1,69 de diamètre
- 9 Rails et profilés. . . 110 4 000 à 6 200 1 et 1,39 de course ! 1,44 de diamètre
- 10 Petits fers 100 3 000 à 4 500 / i et 1,49 de course 0,945 de diamètre i et 1,29 de course
- 11 Profilés 80 à 120 2 400 à 3 200
- La dépense de vapeur de machines de 1 500 ch, avec de la vapeur à 10 atm de pression et une température de 250° G et un vide de 88 à 90 0/0 en supposant un rendement mécanique de 90 0/0, ne dépasse pas 5 kg, 8
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- à 6 kg par cheval effectif heure ou 6 kg, 5 sur l’arbre des laminoirs. Gomme les bonnes machines tandem dépensent environ 8 kg, 9, c’est une économie de 25 0/0 ; à quoi il faut ajouter la réduction importante du graissage due à la suppression d’un cylindre et de sa distribution.
- Nous donnons ici un tableau contenant les éléments de 11 installations de laminoirs actionnés par des machines à équi-courant.
- Nous appellerons particulièrement l’attention sur le numéro 9 dans lequel la nouvelle machine a été substituée à une machine tandem qui dépensait 10 kg de vapeur pour actionner un laminoir à rails et poutrelles. Bien que l’usine pût disposer d’une source d’énergie électrique à bas prix, on a préféré employer la vapeur. La pression est de 7 à 8 atm et on se propose de la porter à 12. Des essais faits après une assez longue période de marche régulière ont fait constater une dépense de vapeur de 5 kg, 3 par cheval indiqué et par heure pour 3 000 ch avec 7 atm de pression, une température de 300° G et un vide de 90 0/0.
- Bagues à remous pour tubes à fumées de ebaudières.
- — On sait que les gaz chauds qui traversent les tubes à fumée des chaudières cheminent sur filets parallèles, de sorte que ceux de la périphérie seuls perdent de leur calorique au contact des parois métalliques, tandis que ceux du centre ne se refroidissent que faiblement. L’emploi de retarder* ne pare pas à cette situation, car ces organes se bornent à donner aux gaz un mouvement hélicoïdal sans amener la partie centrale au contact des parois des tubes.
- On a présenté, il y a quatre ou cinq ans, un système à remous opérant un mélange des filets gazeux par l’addition dans les tubes de bagues c’est-à-dire de disques percés d’une large ouverture centrale qu’on met dans les tubes des chaudières (on les désigne sous le nom de bagues de Pielock).
- Les filets gazeux arrivent contre l’anneau, s’infléchissent pour passer par l’ouverture et le mélange s’effectue entre la partie centrale et la partie extérieure. On a soin de faire l’ouverture assez grande pour ne pas trop rétrécir la section de passage des tubes.
- Si on se bornait à placer ces anneaux verticalement dans l’intérieur des tubes, on risquerait de les voir se mettre dans les sens de l’axe du tube, auquel cas ils ne produiraient pas d’effet, aussi les tourne-t-on à un diamètre légèrement inférieur à celui du tube et les fixe-t-on à une légère barre de fer plat qui, portant sur une portion de la longueur du tube, oblige l’anneau à rester dans un plan vertical perpendiculaire à l’axe du tube.
- Les premiers essais de ces bagues datent de 1910, et ont très bien réussi; on dit qu’ils sont déjà appliqués sur des chaudières d’une cinquantaine de navires. Il est intéressant d’indiquer que les premiers essais ont eu lieu dans les conditions suivantes. L’inventeur garantissait une économie d’au moins 10 0/0 sur le combustible et acceptait de payer une amende de 250 f par chaque 10/0 manquant à l’économie de 10 0/0 promise; si celle-ci tombait à moins de 5 0/0, l’inventeur devait reprendre tous ses appareils et payer tous les frais des essais. On constata une économie de 15 0/0. On trouvera ci-joint un tableau donnant
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- les résultats des essais faits avec et sans les bagues Pielock sur trois remorqueurs. Ces essais ont été faits contre la marée et avec une barque en remorque chargée à peu près égalèment dans les épreuves comparatives; le combustible était toujours le même.
- REMORQUEUR 1 REMORQUEUR B REMORQUEUR C
- sans avec sans avec sans avec
- bague bague bague bague bague bague
- Durée de l’essai en minutes. . 108 124 109 140 108 135
- Pression à la chaudière en atm. 10 10 10 10 12 .12
- Nombre de tours par minute . 162 169 156 156 164 164
- Combustible total en kg . . . 500 500 500 500 500 500
- Combustible par heure.... 277 241 275 214 277 222
- Température des gaz degrés C. 312 260 320 255 350 275
- Charge remorquée en tonnes . 1000 1900 950 1100 1280 1300
- Économie de combustible 0/0 . » 12,29 » 22,14 » 20
- Ces anneaux peuvent aussi être employés pour les surchauffeurs, mais dans ce cas, il faut laisser assez de passage pour les gaz. Il ne semble pas que leur présence ait pour résultat de réduire le tirage. Si les tubes sont longs, on peut mettre plusieurs anneaux sur le parcours des gaz.
- >On peut également employer ces bagues dans les tubes des réchauffeurs d’eau d’alimentation et dans les appareils à chauffer l’air des installations de tirage forcé Howden. On pourrait s’en servir aussi dans les condenseurs a surface si l’eau est pure, car autrement les dépôts seraient susceptibles de réduire par trop la section de passage des tubes. (Journal of the American Society of Mechanical Engiï\eers.)
- Un nouveau moteur à combustion interne.— Nous trouvons, dans les Transactions de la North-East Coasl Institution of Engineers and Shipbuilders la description d’un nouveau type de moteur à'combustion interne dû à M. Fullagar.
- Cette machine a été étudiée pour parer aux difficultés qu’entraîne l’accroissement des dimensions des cylindres des moteurs à gaz; d’abord la chaleur :par unité de surface rayonnée par la flamme contre les parois des cylindres croit avec le diamètre de ceux-ci ; tandis que l’épaisseur du métal à travers laquelle la chaleur passe pour aller à l’eau de refroidissement augmente également, : ensuite le poids par cheval s’accroît avec les dimensions du cylindre, et enfin l’accroissement de ces mêmes dimensions fait entrer en jeu des efforts secondaires, qui détruisent une partie du travail utile.
- La machine Fullagar emploie pour chaque unité deux cylindres 'Ouverts ;àdeurs deux extrémités et placés côte à côte; chacun contient'deux pistons déliés par paire «A. avec Di et G-avec B, au moyen de tiges obliques placées extérieurement.
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- Le fonctionnement s’effectue comme suit, le mélange détonant étant introduit entre les pistons A et B par exemple, faisant explosion, les deux pistons sont chassés aux extrémités du cylindre et, par les tiges obliques de liaison, ces pistons ramènent les pistons B et D dans la partie médiane du second cylindre, les gaz s’étant déjà échappés par lés orifices ménagés dans la position du cylindre ; les pistons B et G se relient à des bielles qui attaquent les coudes calés à 180° de l’arbre moteur, comme il est indiqué sur la figure, ce qui amène l’équilibre des efforts.
- On remarquera que l’obliquité des tiges de liaison est faible, de ‘sorte que les frottements ne sont pas considérables ; ils le sont moins très probablement que si chacun des quatre cylindres .avait sa bielle et son coude sur l’arbre ; le rendement organique est donc sensiblement plus élevé.
- On a eu soin de disposer sur les pistons supérieurs des coulisseaux qui frottent sur des glissières ménagées sur le bâti de .façon à empêcher les efforts obliques sur ces pistons.
- Le moteur fonctionne dans le cycle à deux temps, l’air est envoyé aux cylindres par des pompes non représentées sur la figure et qui sont mues par des balanciers ; dans de petites machines à grand nombre de tours, ces pompes peuvent être disposées en prolongement des cylindres et actionnées directement par les pistons ; on gagne ainsi de l’-espace. Pour les moteurs fixes, on emploie d’ordinaire deux unités faisant quatre cylindres; pour de grandes puissances, on peut multiplier le nombre des unités.
- La disposition que nous venons de décrire présente un certain nombre d’avantages. Les parties mobiles étant parfaitement équilibrées, les perturbations sont supprimées ou réduites au minimum. Il n’y a ni couvercle de cylindres, ni joints à haute pression dans la machine;, le bâti n’est soumis à aucun effort dans le sens vertical, les réactions de l’explosion étant exercées sur les tiges obliques et les bielles; les seules forces agissant transversalement sont la pression sur les glissières qui sont faibles à cause de l’obliquité très réduite des tiges de liaison.
- L’effort exercé ,par T explosion sur les pistons se transmet également, sur les deux coudes de l’arbre et sur les paliers de celui-ci, et en sens inverse, de sorte que l’arbre n’est plus soumis qu’à son propre poids. Dé plus, la compression ne -s’exerce que ,par les tiges obliques et les efforts qu’elle détermine ne passent que par les bielles et manivelles, il
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- est à remarquer que les tiges obliques sont toujours et uniquement en tension.
- Si on emploie huit pistons dans quatre cylindres, avec quatre coudes à l’arbre calés à 90° les uns des autres, on réalisera une machine pesant de 30 à 50 0/0 de moins que toutes autres. Au point de vue de la facilité de la construction on fera remarquer que les cylindres ne sont pas autre chose que de simples tubes sans renflements ni appendice et pouvant librement sp dilater dans leur longueur ; ces cylindres sont contenus dans un réservoir commun formant enveloppe et rempli d’eau. Cette disposition présente de sérieux avantages au point de vue des échanges de température.
- Le premier essai de ce système a été fait sur un moteur de 300 ch, installé à la station de l’Electric Supply Company, à Newcastle. Ce moteur pesait un peu moins de 20 t, sans le volant. Il développait d’une manière continue 350 ch sur l’arbre, ce qui n’atteint pas par cheval la moitié du poids des autres moteurs à gaz. Une observation intéressante est que les pistons supérieurs peuvent être sortis en dix minutes après la machine arrêtée, et les pistons inférieurs sortis en trois minutes de plus. En somme, on peut sortir les huit pistons du moteur en une heure, avec le simple emploi d’une grue à bras. Bien que les soupapes d’introduction du gaz et de l’air aient été en quelque sorte improvisées, un essai de 30 heures fait par le Professeur Hopkinson a donné un rendement thermique indiqué de 37,6 0/0 avec un effet utile organique de 90 0/0. Ce système paraît présenter un grand intérêt pour les puissances considérables.
- Réglage du débit dans les compresseurs d’air.— La variation dans la consommation de l’air comprimé fourni par un compresseur nécessite l’emploi de moyens de réglage du débit si on veut que la pression au réservoir reste aussi constante que possible.
- On a proposé un grand nombre de systèmes, régulateurs, gouverneurs, suspenseurs d’action, etc., pour réaliser cet objet; on va indiquer ici le principe de plusieurs de ces dispositifs avant d’en décrire un récent qui remplit le but d’une manière simple et efficace.
- Une manière simple de régler le volume d’air aspiré par le cylindre du compresseur est de faire varier la vitesse suivant la consommation d’air. Cette méthode est employée avec avantage dans les compresseurs actionnés par des machines jumelles ou des compound avec cylindres à 90°; la variation de vitesse s’opère par un régulateur ordinaire qui agit sur l’admission de la vapeur au cylindre, mais avec des moteurs à un seul cylindre ou disposés en tandem, c’est moins avantageux parce que la vitesse ne peut pas être abaissée au-dessous d’une certaine limite, sans qu’il en résulte une réduction excessive de l’action du volant.
- On peut régler encore le débit d’un compresseur dans certaines limites
- en arrêtant la marche et en la rétablissant suivant la pression dans le
- réservoir. Cette méthode convient pour de petits appareils, mais elle
- n’est point praticable pour les grands. En tout cas, les fréquents arrêts et
- mises en marche sous pression sont prejudiciables à la conservation en
- bon état des organes. Avec des compresseurs actionnés par courroies,
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- on emploie une poulie fixe et une poulie folle avec déplacement de la courroie par l’air du réservoir.
- La suspension de l’action du compresseur par l’étranglement de l’aspiration est un moyen très employé. Il comporte la présence, dans le tuyau d'aspiration, d’une soupape actionnée par la pression de l’air dans le réservoir. Les avantages de cette méthode sont la simplicité et l’arrêt gradué de l’action. Les objections sont, d’autre part, la mauvaise utilisation du travail moteur, la carbonisation des matières lubrifiantes par la chaleur développée dans le cylindre de compression et les risques d’explosion. Si les choses sont disposées pour que le tuyau d’aspiration puisse être ouvert ou ferme intérieurement, on n’a plus une suspension d’action graduelle, mais on ne perd pas de puissance. Le fait que ce système est, en dépit de ses inconvénients, très employé aujourd’hui, prouve le besoin qu’on aurait d’un régulateur de débit simple et satisfai -sant.
- On peut aussi régler le débit par la variation des espaces nuisibles du cylindre compresseur. Cette méthode est préférable à la précédente. On peut la réaliser par l’addition dans les fonds du cylindre de capacités que des clapets mis en mouvement d’une manière automatique mettent en communication avec le cylindre. Ces clapets sont actionnés par la pression de l’air dans le réservoir. Ce système a contre lui le prix élevé,-la complication, l’espace occupé et le peu de variation de volume qu’il permet.
- Une quatrième méthode consiste à maintenir ouverts ou les clapets d’aspiration ou les clapets de refoulement. Si on agit sur les premiers, une partie de l’air aspiré est refoulé en dehors lorsque le piston revient. Si on maintient ouverts les clapets de refoulement, l’air du réservoir rentre dans le cylindre pendant la course d’aspiration et ferme les clapets d’aspiration, de façon qu’il ne rentre plus d’air extérieur. La première de ces méthodes est d’un emploi général et il est possible de réduire de moitié la capacité du compresseur en faisant maintenir soulevées les soupapes d’aspiration tout le temps. Les objections qu’on peut faire à cette manière d’opérer sont le prix élevé, une‘assez grande complication et la lipiite assez faible de la capacité efficace.
- Le meilleur système connu de suspension de l’action d’un compresseur à soupapes mues mécaniquement consiste à laisser les soupapes d’aspiration entièrement soulevées dès que la pression de l’air dépasse la limite prévue et à les faire fonctionner normalement quand la pression tombe. On emploie divers dispositifs à cet effet, le fonctionnement en est satisfaisant, mais le prix est élevé à cause de la complication inévitable des mécanismes.employés. •
- On a récemment imaginé un système dit régulateur de débit de Hall, qui donne aux compresseurs à piston avec clapets un moyen simple, efficace et peu coûteux de faire varier le volume d’air aspiré pour correspondre à la consommation d’air comprimé.
- Le principe sur lequel repose ce système est le suivant : si le clapet d’aspiration est maintenu ouvert après que la course d’aspiration est achevée il se développe dans le cylindre et dans la course de refoulement une pression qui tend à surmonter la force qui maintient ouvert le
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- clapet d’aspiration et à amener la fermeture de celui-ci. En opérant graduellement, on peut arriver à produire l’effet voulu à un point quelconque de la course.
- La disposition de l’appareil est représentée sur la figure ci-jointe : A est le compresseur, B la soupape d’aspiration qu’un ressort tend à fermer. C est un petit piston qui, sous l’action de l’air comprimé, tend à maintenir la soupape B ouverte ; D est un réservoir auxiliaire relié à
- un réservoir principal F par une ouverture G et en communication avec
- l’atmosphère par un petit orifice E. H est une aiguille à pointe conique qui ferme le passage G lorsque la force exercée sur le piston I par un ressort réglable dépasse la pression.de l’air sur la face inférieure de ce piston. Enfin, J est un petit clapet réglable qui met en communication constante mais étranglée les deux réservoirs pour empêcher la pression au réservoir auxiliaire de tomber au-dessous d’une certaine limite.
- On comprend dès lors que, si le compresseur fonctionne à un débit constant, mais réduit, la pression sur le piston C reste constante par
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- l’admission par l’aiguille H dans le réservoir D d’une quantité d’air égale à celle qui s’échappe par l’orifice E. Le clapet d’aspiration se ferme alors à un point de la course de refoulement, de manière que le volume comprimé corresponde exactement au volume dépensé, la pression au réservoir principal demeurant par conséquent constante.
- Une variation dans la dépense d?air amènera une variation correspondante dans la pression au réservoir et dans le volume passant au réservoir auxiliaire. Il en résultera une variation de la pression à ce dernier, un changement dans le point de fermeture des soupapes d’aspiration et une variation de la quantité d’air aspiré dans le cylindre du compresseur cette situation se maintiendra jusqu’à ce que se produise une nouvelle variation dans la consommation d’air comprimé.
- L’objet du petit clapet J est d’admettre constamment dans le réservoir auxiliaire assez d’air pour que le compresseur fonctionne à la capacité maximum pour laquelle une certaine pression à ce réservoir est nécessaire. S’il arrive plus d’air à ce réservoir la capacité du compresseur est réduite.
- Le même principe peut être également appliqué au réglage des clapets de refoulement d’un compresseur dans lequel l’aspiration est ouverte ou fermée par des obturateurs à pistons et on peut fermer ces soupapes à un point variable de la course de refoulement. L’auteur décrit cette disposition ainsi qu’un système de contrôle électrique du régulateur.
- On peut appliquer avantageusement ce régulateur à des compresseurs à cylindre à vapeur unique ou à cylindres en tandem et on peut le relier facilement au régulateur de vitesse et de pression. Ce système est spécialement applicable aux moteurs à gaz actionnant des compresseurs et aux installations pour la compression du gaz naturel lorsque la pression doit varier suivant les exigences de la consommation.
- L’auteur donne des tableaux indiquant la dépense de travail et les volumes comprimés par minute avec un compresseur à cylindre de 17 pouces de diamètre sans le régulateur de Holl, un de 20 pouces muni de ce régulateur. Il donne aussi des diagrammes d’indicateur relevés sur ees cylindres. Ce qui précède est résumé d’une communication présentée par M. Ragnar Wikander, de Pittsburgh, à la réunion générale annuelle, de VAmerican Society of Mechanical Engineers en décembre 1914.
- lies- pompes » incendie. — Nous trouvons dans le .Tournai of the American Society of Mechanical Engine ers, un mémoire de M. Ezra E.. Clark, sur les pompes à incendie qui contient des aperçus intéressants..
- L’auteur fait d’abord remarquer que, si on. prend la question d’une manière générale, tout ustensile au moyen duquel on projette de L'eau sur un feu peut être considéré comme une pompe à incendie.
- A ce titre, la plus ancienne* est un. seau d’eau dans les mains d’un homme. Plus tard on compléta ce moyen rudimentaire par des projecteurs en forme de soufflets, et ensuite par de grosses, seringues, qui. précédèrent les pompes à incendie proprement dites. Tous ces.appareils ont pour caractéristique d’être portatifs, et présentent l’inconvénient de faire perdre un temps précieux pour, les amener sur le lieu du sinistré.;.
- Les fabriques et usines sont généralement éloignées des postes de
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- secours et cette distance exige un certain temps pour être franchie. La valeur incalculable de quelques litres d’eau au début d’un incendie est telle qu’on a compris la nécessité d’avoir sur place des pompes fixes reliées à une source de force motrice et à une prise d’eau. On y a bientôt ajouté une canalisation avec de nombreuses bouches.
- Le mémoire dont nous nous occupons ne traite que des pompes à incendie fixes. Il y en a plusieurs types en usage: les pompes rotatives,, les pompes duplex, les pompes centrifuges et les pompes à moteur. Il va sans dire d’ailleurs que ces divers systèmes de pompes sont susceptibles d’ètre montés sur des roues et de servir de pompes à incendie mobiles,, à la condition de les mettre en communication avec une source de force motrice.'
- Le type à adopter dépend surtout de la nature de la force motrice dont on peut disposer. Celle-ci est presque toujours déterminée d’avance-et on prend le type de pompe qui convient le mieux. C’est une règle de principe ; mais chaque type de pompe a des limites à son champ d’application. Un élément dans le choix à faire consiste dans l’égalité ou mieux la différence la plus faible entre les vitesses de rotation de la pompe et du moteur. Ainsi on peut citer des cas où une pompe du type centrifuge était mue par un moteur hydraulique au moyén d’une transmission dentée dans le rapport de 5 à 1 et un autre cas où un moteur électrique actionnait une pompe rotative avec les mêmes rapports de vitesse. Dans-chaque cas, les pompes recevaient l’eau sans charge. Ces deux applications constituent de très médiocres exemples et on eut réalisé une très sérieuse amélioration en faisant commander la pompe centrifuge par la dynamo et la pompe rotative par la roue hydraulique, directement et sans différence de vitesses dans les deux cas ; on aurait eu ainsi des solutions simples et économiques et un meilleur rendement.
- Les premières usines étaient mues par des roues hydrauliques et la vitesse de ces moteurs leur permettait de commander directement des pompes rotatives; on trouvait de nombreux exemples de ces dispositions; quelquefois, on employait des pompes à piston plongeur, mais on préférait le type rotatif à cause de sa simplicité et de son prix peu élevé.
- Avec des roues hydrauliques à vitesse modérée, le choix de la pompe rotative est justifiée parce qu’on peut employer la commande directe,, ou une forme simple de transmission, par exemple une chaîne ou des roues à friction. Les roues hydrauliques à impulsion avec leur vitesse élevée conviennent très bien pour les pompes centrifuges avec commande directe. Dans le choix d’un système de pompes, trois éléments sont à-considérer, la nature du moteur, les conditions de fonctionnement de la pompe et le fait que la transmission la plus simple est la meilleure.
- Pompes rotatives. — Il y a tant de types médiocres de pompes rotatives que la simple mention de ce système soulève des doutes sur sa valeur comme pompe à incendie. Il faut cependant se rappeler que, même avec les vieux types en fonte, on a obtenu de bons résultats.
- L’auteur a, dès 1904, étudié un modèle dans lequel les organes rotatifs sont deux plateaux découpés en forme'de cames et de préférence venus de forge avec leurs arbres. Ceux-ci sont supportés aux deux extrémités
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- par des paliers de bonnes dimensions bien graissés. Au lieu de presse-étoupes pour le passage des arbres, on a disposé un joint métallique bien étanche et qui n’exige pas d’entretien. Les enveloppes et les parties . sujettes à la corrosion sont en bronze ; les sections de passage de l’eau sont largement proportionnées. Les roues d’accouplement des disques à cames sont à friction avec un fort ressort pour assurer le contact.
- Ces pompes ne sont pas destinées à un service journalier parce que les cames prendraient bientôt du jeu soit entre elles, soit avec les enveloppes ; mais pour un service intermittent, cette considération a peu d’importance en présence de la sécurité du fonctionnement. On a réalisé ainsi un modèle robuste, résistant à la corrosion et ne demandant pas de soins spéciaux. Les résultats obtenus ont été très satisfaisants.
- Pompes duplex. — Lorsqu’on dispose de vapeur pour force motrice, la pompe duplex dite des Assureurs est tout indiquée ; elle a l’avantage d’un prix peu élevé ; malgré sa complication apparente, elle est en réalité assez simple et elle a été si bien étudiée qu’elle constitue actuellement un des engins les plus sûrs pour le service d’incendie. La pompe centrifuge actionnée par une turbine à vapeur est certes un outil de réelle valeur, mais il coûte le double de la pompe à vapeur ; il est, il est vrai, très simple, mais il a l’inconvénient d’exiger pour son fonctionnement une pression de 8 à 10 kg tandis que la pompe à vapeur s’accommode très bien de 3 à 4. .Toutefois, on peut prévoir que quand la pompe centrifuge actionnée par une turbine à vapeur sera construite d’une manière courante et en séries, elle se répandra rapidement.
- Les premières pompes ont été construites avec un seul cylindre, mais on ne tarda pas à en introduire deux. Le type de pompe dit des Assureurs fut introduit vers 1890 parM. John R. Freeman, il dérive de la pompe duplex et a reçu diverses améliorations propres à le faire servir pour l’incendie. Ces premiers modèles avaient des passages beaucoup trop étroits, on les a élargis ce qui a permis de donner aux pistons une plus grande vitesse ; ils avaient des corps en fonte qui se rouillaient et empêchaient bientôt le fonctionnement ; les pompes actuelles ont des corps en bronze et toutes les parties oxydables faites du même métal. Tous les détails, tels que soupapes, distribution, etc. ont été améliorés.
- Ces perfectionnements ont demandé du temps et ont été accomplis successivement, mais on a maintenant une pompe d’une mise en marche instantanée, pouvant fonctionner à diverses allures et fournir un jet d’eau'sous une pression de 5, 7, 10 et même 15 kg.
- Pompes à commande électrique. — Si on dispose d’un courant électrique dans des conditions convenables, la pompe centrifuge constitue la meilleure solution ; on peut lui donner une vitesse égale à celle du moteur et supprimer ainsi toute transmission ; on réalise ainsi une forme d’une extrême simplicité. Il y a cependant certaines limites dont il faut tenir compte, comme on le verra plus loin, et il y a des cas où des pompes à piston à commande électrique ont donné des résultats très satisfaisants, mais ce sont des applications un peu exceptionnelles. On préfère généralement employer trois corps pour avoir un débit plus uniforme et on adopte le plus souvent la disposition verticale qui occupe moins de
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- place sur le sol. Ce qui milite surtout en faveur de ce type, c’est le rendement supérieur qui atteint 80 à 85 0/0 avec des pompes à plongeur contre €5 à 70 pour les pompes centrifuges.
- Avec les pompes à trois corps, il est à conseiller de n’avoir qu’une commande par engrenages placée au centre de préférence à deux commandes latérales.
- L’expérience a prouvé qu’on avait ainsi une répartition plus égale du travail et moins d’usure ainsi qu’une plus grande sécurité contre les ruptures de pièces. On trouve un exemple de cette disposition dans la. station du service à haute pression contre l’incendie à Philadelphie, où sept pompes de ce système sont actionnées par des moteurs à gaz ; on a obtenu d’excellents résultats avec le minimum de réparations.
- La pompe centrifuge peut être considérée comme une nouvelle venue dans le domaine des pompes à incendie. Son caractère distinctif est d’être une pompe à grande vitesse, la pression variant directement comme ie carré de la vitesse tangentielle de l’organe rotatif d’impulsion de l’eau. C’est sans contredit l’emploi du moteur électrique qui a amené son succès rapide. La connexion directe entre le moteur et la pompe constitue un arrangement d’une extrême simplicité.
- Il y a deux types de pompes centrifuges : la pompe simple à volute et la pompe à diffusion ayant une chambre de chute, cette dernière qu’on appelle aussi pompe turbine a une série de passages allant en s’agrandissant qui permettent un accroissement plus‘graduel de la vitesse qui se transforme en pression qu’avec la pompe à volute, on a ainsi un rendement un plus élevé. Mais comme la pompe à volute est plus simple et que son rendement (60 à 70 0/0) est bien suffisant pour une pompe à incendie, on préfère généralement ce type.
- La simplicité de la pompe centrifuge, qui n’a qu’une partie mobile, est très séduisante. Il n’y a pas de soupapes à surveiller, de plongeur qui s’nse, de mécanisme sujet à rupture, pas d’excès de pression à redouter. La décharge est régulière et ressemble à celle d’un réservoir ; mais l’emploi de ce système a ses limites dont il faut tenir compte dans l’étude d’une installation. On ne doit pas, en général, compter sur une pression de refoulement supérieure à 7 kg bien qu’avec de faibles débits, on puisse obtenir jusqu’à 0 à 10 kg.
- Une pompe centrifuge n’aspire pas comme les autres systèmes, l’eau doit donc lui arriver sous une pression suffisante pour la noyer. Cette condition est de nature à limiter l’emploi de ce type. On peut dire que. d’une manière générale, la pompe centrifuge coûté avec son moteur •50 0/6 de plus que la pompe à triple corps.
- Installation. — Le succès d’une installation de pompe à incendie dépend beaucoup des soins apportés à l’étude et au montage. Il est indispensable d’abord de choisir pour remplacement un endroit non exposé à la -chute de planchers ou de. machines et à l’abri du feu ou de l’eau. Cet emplacement doit être facilement accessible et tel que les tuyautages d’eau et de vapeur soient faciles à établir et à surveiller.
- L’échappement de, la vapeur doit être aussi direct que possible. L’accès de l’eau doit être facile et la quantité aussi grande que possible. Si on
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- est oblige de recourir â beau d’un réservoir, il faut pouvoir alimenter la pompe pendant deux heures au moins. On ne peut, du reste, entrer dans des détails bien circonstanciés sur les conditions d’une installation de ce genre parce que beaucoup doit être laissé à l’appréciation de l'ingénieur des Compagnies d’assurances, lequel doit veiller à ce que toutes les conditions de:sécurité soient assurées, mais, sans toutefois, entraîner à des dépenses ou des complications superflues.
- G. — Construction, travaux publics.
- lie ser^iee des eaux à liomlres. — Le réservoir de Chingford dans la vallée de la Lea, qui a été inauguré le 15 mars dernier et dont nous avons parlé dans une précédente Chronique, contient 13,5 millions de mètres cubes, c’est-à-dire la quantité d’eau nécessaire aux besoins de Londres pendant douze jours, la consommation journalière était de 1135000 m8.
- Lorsque les grandes villes prennent leurs eaux de distribution dans des rivières, ii est nécessaire d’établir des réservoirs. Jusqu’aux dernières années, on considérait les réservoirs comme un appoint en cas de réduction du débit normal de la rivière ; on leur concédait aussi l’avantage de pouvoir faire des emprunts aux rivières lorsque celles-ci sont plus ou moins en crue, c’est-à-dire lorsque ces emprunts présentent le moins d’inconvénients, et de favoriser la décantation.
- Mais actuellement, on considère que ces réservoirs ont des avantages bien plus importants. Le docteur A. C. Houston, directeur du laboratoire du service des eaux, a démontré d’une manière péremptoire que l’emmagasinernent des eaux produit une épuration profonde et que les germes des maladies transmissibles par l’eau sont promptement détruits par un emmagasineinent- d’une certaine durée.
- Les réservoirs du Water Board dans la vallée de la Tamise peuvent contenir 33 millions de mètres cubes. Lorsque le premier réservoir de Littleton, qui est à peu prés achevé, sera mis en service, cette quantité sera portée â 49 millions de mètres cubes ; le second réservoir de Littleton donnera, encore environ 1:6 millions. Le réservoir, de Stanwell contiendra 15 millions, de sorte que, dans la seule vallée de la Tamise, on peut, sans recourir à de nouvelles lois,‘disposer de 80 millions de mètres cubes, soit près de 1 fois le volume du réservoir de la Gileppe en Belgique.
- Dans la vallée de là Lea, avant la construction du réservoir de Cliing-ford, la, capacité des réservoirs était de 11,35 millions de mètres cubes* quantité qui sera portée à 25 millions, après la mise en service du nouveau réservoir. Enfin, une autorisation portant sur, un réservoir de 9 millions de mètres cubes est accordée.
- Et cependant, malgré ces énormes réserves, le Water Board, qui a succédé aux anciennes Compagnies, n’est pas m avance sur les. prévisions de celles-ci, et ion peut dire que sous l’ancien état de choses le réservoir de Chingford eût été déjà achevé il y a sept ou huit ans*
- La ville de Londres est;très bien partagée au point de yue- de la faci-
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- lité de la construction des réservoirs. Alors qu’ailleurs, dans la plupart des cas, il faut barrer les vallées par d’énormes barrages, il existe dans la partie inférieure des vallées de la Tamise et de la Lea de larges espaces à peu près entièrement de niveau dans lesquels l’argile londonienne se trouve si près de la surface du sol qu’il suffit d’établir tout autour une digue pour obtenir, au minimum de frais, un réservoir étanche.
- Le réservoir de Ghingford à, en plan, une forme assez semblable à celle qu’on donne aux briquettes d’essai de ciment. La digue qui l’entoure mesure 7 240 m de longueur et la surface de l’eau, au plein, est de 168 hectares.
- La construction de la digue s’est faite comme celle de tous les ouvrages similaires de la distribution d’eau de Londres en creusant dans l’argile une tranchée contenant un corroi qui s’étend jusqu’au niveau maximum de la retenue. Le contrebutage se fait au moyen d’un remblai dont le talus extérieur est incliné à 10/4 et le talus intérieur à 12/4 à la partie supérieure et à 16/4 à la partie inférieure. Le talus extérieur est ensemencé ; quant au talus intérieur, comme il est soumis au butillage, il porte une consolidation en briques divisée en compartiments séparés par des joints permettant la dilatation. Les briques sont posées sur deux couches de béton divisées également en compartiments dont les joints chevauchent entre eux.
- Pour éviter la formation de vagues trop fortes dans le réservoir dont la longueur atteint près de 3 km, ce réservoir est divisé en deux parties à peu près égales par une digue percée de trois ouvertures établissant la consommation entre les deux parties.
- L’eau puisée à la rivière Lea est refoulée dans le réservoir par cinq pompes à gaz Humphrey (voir Chronique d’août 1913) débitant ensemble 817 740 m3 en 24 heures ; la hauteur d’élévation est de 9 m, 15. Quatre pompes de 250 ch débitent chacune 181 720 m3 et une cinquième pompe de puissance moitié moindre donne 90 860 m3.
- On sait que les pompes Humphrey constituent une innovation. Le constructeur garantit une consommation ne dépassant pas 0 kg, 5 d’anthracite par cheval-heure, l’installation fonctionnant en charge normale.
- Le choix qui a été fait des pompes Humphrey résulte d’une comparaison minutieuse entre les divers systèmes d’élévation des eaux énumérés ci-après : 1° moteurs à gaz actionnant des pompes centrifuges, le gaz nécessaire à la marche du moteur étant fabriqué sur place ; 2° moteurs Diesel verticaux avec pompes centrifuges ; 3° pompes centrifuges actionnées électriquement, l’énergie électrique étant fournie par 'une société produisant le courant ; 4° même installation, le courant étant produit sur place ; 5° moteurs à vapeur verticaux à triple expansion fonctionnant à 350 t par minute et actionnant directement des pompes centrifuges ; 6° pompes à gaz Humphrey.
- En tenant compte de toutes les données du problème, et spécialement des conditions particulières à l’installation, comme aussi des dépenses de premier établissement et d’exploitation, la pompe à gaz est apparue comme constituant la meilleure solution.
- Il a fallu que les ingénieurs chargés du choix des appareils élévatoires
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- eussent une grande confiance dans les pompes Humphrey dont l’invention datait' d’un an à peine ; la seule installation. en fonctionnement à ce moment (1910) était celle du port de,Dudley qui comprend une pompe de 0 m, 75 de diamètre, d’une puissance de 35 ch, alors que les chambres de combustion des quatre grandes pompes de Ghingford mesurent 2 m, 135 de diamètre et ont une puissance de 250 ch.
- Voici quelques détails sommaires sur l’installation de ces pompes à Ghingford ; les pompes sont placées sous le sol dans des puits et immergées dans l’eau qu’il s’agit d’élever.
- La pompe comprend deux parties : la partie supérieure qui est la chambre d’explosion et l’inférieure dans laquelle l’eau remplit les mêmes fonctions que le piston, la bielle, la manivelle et le volant dans les moteurs à gaz ordinaires. A la mise en marche le niveau de l’eau dans la pompe se trouve un même niveau que dans le puits. On introduit dans la chambre de combustion, au moyen d’un compresseur actionné par l’électricité et qui ne sert que pour la mise en marche, un mélange d’air et de gaz faisant équilibre à la colonne d’eau d'une tour conique montée sur la conduite de refoulement.
- L’arrivée du gaz et de l’air étant fermée, on enflamme le mélange explosif au moyen de l’étincelle électrique. L’eau refoulée s’élève en partie dans la tour conique tandis qu’une autre partie se rend vers la décharge. Un vide partiel se produit dans la chambre de combustion ; l’eau qui se trouve dans le puits de la pompe pénètre dans celle-ci par les valves qui en garnissent le pourtour, en même temps de l’air entre dans la chambre de combustion par des soupapes placées à la partie supérieure. L’eau, ayant terminé son mouvement ascensionnel dansl.' tour conique, redescend pour remonter dans les chambres de combustion en expulsant par les soupapes d’échappement les produits de la combustion dilués par l’air qu’ont introduit les soupapes d’admission.
- L’eau dépasse les valves d’aspiration et comprime les produits de la combustion contenue dans la partie de la chambre d’explosion située au-dessus de ces valves ; la compression est assez forte pour que l’eau soit refoulée à nouveau vers la tour conique ; la pression dans la chambre d’explosion tombe au-dessous de la pression atmosphérique et une nouvelle charge de gaz et d’air est introduite. A son retour, l’eau comprime ce mélange qu’une étincelle électrique enflamme au moment propice et le cycle se répète automatiquement à raison d’environ neuf décharges par minute.
- Pour les grandes pompes de Chingford, à chaque décharge correspond un débit de 15 m3, soit 135 par minute. L’écoulement par le tuyau de décharge est continu et pratiquement uniforme. Le gaz est obtenu par la distillation de l’anthracite dans des appareils Dawson installés dans un bâtiment spécial.
- Surfaces de sol dans les constructions à l’abri du feu.
- — Il n’y a pas de solution générale pour les surfaces de sol dans ces constructions, chaque type a ses avantages et ses inconvénients et, quand on a adopté le système le plus approprié et choisi les matériaux, l’exécution a une grande influence sur la durée des surfaces.
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- Dans une communication à l’Ameriean Society bf Meehanical Engimers en décembre 1M4, M. Sandford E. Thompson donne quelques indications sur cette question ; il y examine les divers systèmes, indique le choix à faire suivant les cas, donne quelques renseignements sur les prix et expose les résultats obtenus dans des. essais, faits dans la construction des bâtiments de la New Technology à Boston. .
- Sols en béton lissé à la truelle. — Telles qu’elles sont généralement établies dans les constructions, les surfaces en béton sont sujettes à donner de la poussière et à s’user assez rapidement si elles subissent une forte circulation et le passage de brouettes.. Mais Inexpérience indique qu’il est possible de réduire ces inconvénients dans une assez large mesure par les soins apportés au travail et le choix des matériaux. La grande objection à ce mode de construction pour les bureaux, salles de dessin, d’études, laboratoires, etc., est qu’il est dur aux pieds pour les personnes restant longtemps debout, qu’il ' brise les instruments qu’on laisse tomber et qu’il ne permet pas l'attache facile de meubles, tels que sièges, etc. Toutefois, dans certains collèges, où ce système a été employé, on s’en est montré satisfait. Quelquefois on s’est plaint que ce genre de sol est froid ; c’est vrai s’il est posé directement sur la terre, mais s’il y a au-dessous un espace chauffé ce n’est plus le cas. Le coût peut être estimé entre 2 fr, 70 et 4 fr par mètre carré.
- Béton avec surface rodée. — Des essais faits en grand ainsi que des expériences de' laboratoire ont fait voir qu’on obtient des surfaces très convenables à tous, les points de vue en rodant le béton de manière à mettre à nu les- grains de sable et de pierre.
- Il semble qu’on parerait de la sorte, à l’objection basée sur la production de poussière dont il a été parlé plus haut. Le supplément de dépenses peut être admis, ne pas devoir dépasser 1 fr, 30 à 1 fr, 7$ par 'Mètre carré.
- Linoléum. — On supprime la dureté et la sonorité du sol en béton en employant le linoléum ; cette matière doit être posée sur le sol en béton et fixée, solidement avec beaucoup de soins pour que les. surfaces soient bien lissés et il faut éviter de faire des saillies aux portes. La durée d’un sol en linoléum, posé avec les précautions convenables, est probablement de 15, à 30 ans, suivant la circulation.
- Le prix est sensiblement le même que celui d’un plancher en bois de bonne qualité, soit 10 fr environ, y compris la pose d’une couche de mortier de 18 mm d’épaisseur.
- Planchers en bois dur„ — Les planchers en érable, bouleau, hêtre, chêne ou pin du sud sont très employés, pour les. bureaux, les classes ou bibliothèques et dans beaucoup d’anciens collèges pour les laboratoires et salles diverses. Une surface de bois n’est toutefois pas considérée comme tout à fait satisfaisante au point de vue surtout delà durée. Il y a diverses manières- de poser les planchers. Pour les salles d’étude, une seule épaisseur de bois d’érable ou de bouleau clouée sur les solives avec du béton de cendre entre celles-ci donne toute satisfaction.
- On peut aussi employer dés pièces métalliques noyées- dans lé béton
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- -du sol, ces pièces métalliques contenant des languettes de bois sur lequel on cloue les lames du parquet. S’il y a une forte circulation, on place une couche de planches de 50 à 70 mm sous le plancher en bois dur. Le coût est de 10 à 42 Ir par mètre carré.
- Mosaïque. — On fait ce genre de sol eu versant sur la. surface du béton un mélange de ciment pur et de débris de marbre et en usant la smiaee sur une épaisseur suffisante pour faire affleurer les fragments de pierre sur leur plus grande dimension. Les parties interposées étant en ciment présentent une dureté au moins aussi grande que celle du marbre.
- La mosaïque est très employée, surtout pour les bureaux, etc., pour les, corridors et les halls. Elle est également, à recommander pour les toilettes, etc., bien que plus coûteuse que le sol en béton. L’auteur a trouvé que, pour ces derniers usages, le béton rodé est aussi bon et moins coûteux. Le prix de la mosaïque varie de 10 â 12 fr par mètre carré.
- Composés de magnésium. — Cette espèce de sol est convenable pour des bureaux, elasses, salles de lecture et de dessin, laboratoires, etc. Si elle est faite avec soin, elle se comporte très bien sous le rapport de l’usure. Ses défauts se révèlent dès la première année. Ce sol est plus élastique que le béton et moins sonore, on peut y fixer directement les objets de mobilier. Certains collèges remploient exclusivement surtout pour les laboratoires. L’Union Cooper à New-York a plusieurs planchers de ce genre qui ont donné toute satisfaction. Le prix de revient est de 40 à 12 fr par mètre carré.
- Conditions essentielles pour les sols en béton. — Les matériaux ne doivent pas contenir de poussières, les éléments doivent, en général,, avoir de 1 mm, 5 à 42 mm de diamètre.,
- Le mélange doit avoir une consistance telle qu'il ne coule pas et puisse conserver la forme d’une pile sans s’affaisser.
- Il faut obtenir une union complète, avec le béton de la fondation, soit en le posant avant la prise de ce dernier, soit en pratiquant des traits à la surface et en faisant une liaison avec un coulis de ciment. Il faut éviter de travailler à une température inférieure à lôe C.
- Le lissage à. la truelle doit être fait avec très peu d’eau, et la surface doit, être maintenue humide pendant dix à quinze jours, après l’exécution.
- Le mémoire contient, des tableaux donnant sur les prix des divers sols des détails 'que ne comportent pas le résumé que nous avons reproduit.
- Dans la discussion qui a suivi, on a indiqué que l’auteur n’avait pas parlé de sols en asphalte, or ceux-ci sont employés avec, avantage dans certains, cas ils sont formés de ciment asphaltique avec des pierres broyées; moulés par la pression hydraulique sous forme, de blocs qu’on joint, par du mortier de ciment. La surface est lisse, élastique et exempte dépoussiéré.
- Le prix en est de 7 fr, 50 à 42 fr par mètre carré.
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- D. — Mines, métallurgie, physique, chimie et électricité.
- Emploi du charbon pulvérisé dans les fours métallurgiques. — Nous trouvons d’intéressants détails sur cette question dans une communication de M. James Lord à l’Engineer’s Society of Western Pennsylvania.
- Il y a une dizaine d’années qu’on a commencé à se servir de charbon pulvérisé dans la métallurgie et on a reconnu dès le début que l’économie à obtenir dépendait entièrement du réglage de l’envoi du combustible aux brûleurs. Il faut, en outre, que le charbon ne contienne pas plus de 1/2 0/0 d’eau libre ou combinée et ensuite qu’au moins 950/0 passent à travers un tamis à 100 mailles et 80 0/0 à travers un tamis à 200 mailles. Le charbon employé doit enfin avoir une forte proportion de matières volatiles.
- L’installation de Lebanon de l’American Iron and Steel Manufacturing Gy est disposée de telle sorte que le charbon est amené automatiquement au dépôt d’où des transporteurs mécaniques le conduisent aux sécheurs et des sécheurs aux broyeurs. Il n’est pas touché par main d’homme depuis le wagon qui l’amène jusqu’au four où il est brûlé.
- Devant chaque foyer est disposée une trémie contenant à peu près le volume de charbon pulvérisé nécessaire pour une marche de 15 heures. Il est arrivé quelquefois que le feu prenait dans ces trémies, mais c’est sans conséquences graves, il suffit dans ce cas de faire tomber le charbon enflammé dans le foyer jusqu’à ce que la trémie soit vide, il n’y a pas d’explosion à craindre. On doit porter la plus grande attention à la possibilité de contact de la poussière de charbon en suspension dans l’air avec une flamme. Aussi est-il dangereux d’avoir les sécheurs près des broyeurs parce que si quelque chose arrive à ces derniers et que le charbon se répande au dehors, il peut arriver près du foyer des sécheurs et près du feu. D’une manière générale, l’atelier de broyage est toujours une source de danger parce qu’il est impossible de broyer du charbon sans faire de poussière, mais une ventilation convenable, réduira le danger d’explosion au minimum.
- Il ne faut pas employer des charbons trop pauvres parce que la présence des cendres exige de trop fréquentes ouvertures des foyers à fin de nettoyage, ce qui est très gênant ; il faut donc employer des charbons de bonne qualité, au moins jusqu’à ce que tous les détails des installations de ce genre aient été amenés à une perfection relative.
- Le séchage du charbon est chose très désirable, mais c’est une question de coût d’établissement ; si on est limité de ce côté, on peut très bien employer le charbon sans le dessécher.
- La condition essentielle d’un foyer brûlant du charbon en poudre est d’avoir une chambre de combustion où la flamme puisse avoir un volume quatre fois celui de la flamme produite sur une grille. Cette chambre ne doit présenter aucune surface métallique qui refroidit la flamme et entrave la combustion. Il faut éviter de se servir de poussier de charbon qui coule comme de l’eau et dont oti ne peut régler le passage. On se sert généralement pour amener le combustible au brûleur de vis sans
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- fin ; ces vis doivent être assez longues pour offrir une résistance suffisante au passage du charbon et retenir celui-ci.
- La pression de l’air sortant des brûleurs est variable suivant les applications. De 1 kg, 5 pour des fours à ciment, elle tombe à quelques centimètres d’eau pour les fours métallurgiques. Le charbon pulvérisé a une action fortement destructive pour les parois parce que la chaleur se concentre sur certains points, de manière à produire l’effet d’un chalumeau, et aussi à cause du choc des parties, charbonneuses ; enfin, les cendres tendent à se combiner avec la matière des briques et à la faire entrer en fusion. Dans les modèles de fours les plus récents, on atténue ces effets en employant l’air sous une faible pression, de manière à réduire la vitesse d’accès du combustible et à étendre la flamme le plus possible.
- Au point de vue économique, la supériorité du charbon pulvérisé sur l’huile est pleinement établie ; comparé avec le gaz de gazogène, on trouve à peu près l’égalité ; si la question des cendres joue un rôle important, le gaz est préférable, sinon le charbon pulvérisé donne une certaine économie.
- Dans la discussion qui a suivi cette communication, il a été présenté d’intéressantes observations.
- M. H. R. Banhurst, de la Falles Engineering Cy, a indiqué qu’on pouvait employer deux méthodes pour brûler le charbon en poudre. La première peut être appelée méthode à longue flamme. Elle consiste à brûler le combustible progressivement lorsque la nature de l’opération et la forme du four demandent que la flamme s’allonge pour que toute la chaleur se développe à l’endroit nécessaire sans qu’elle ait besoin d’être apportée du lieu de la combustion par les gaz provenant de celle-ci. Cette méthode exige un courant d’air animé d’une assez grande vitesse.
- Dans la seconde méthode, où la flamme est plus courte, l’air et le charbon ont moins de vitesse ; la flamme a moins d’effet sur les parois du four ; cette méthode est plus récente et parait devoir donner des résultats très satisfaisants.
- On emploie la première pour les fours à ciment, mais pas pour les divers fours à chauffer et les chaudières à vapeur. L’orateur présente un tableau des températures calculées obtenues par la combustion du charbon en poudre avec un léger excès d’air, ces températures peuvent atteindre 2 200° C.
- Un autre membre a donné des indications sur une installation que fait actuellement Y American Iron and Steel Manufacturing Cy pour chauffer des fours à sole en remplacement d’huile. On estime que la dépense d’établissement de 160 000 fr amènera une économie de combustible de 500000 fr par an.
- M. A. W. Raymond fournit des chiffres sur le coût de la pulvérisation du charbon.
- Un tableau montre que plus est élevé le poids de combustible employé, plus la dépense par tonne est faible. Ainsi pour 2 t à l’heure, on a 1,25 par tonne, pour 5 t, 0 fr, 70 et, pour 25 t, 0 fr, 55. Dans certains cas, par exemple, dans l’industrie des ciments, on est arrivé encore plus bas.
- Enfin, il a été question de l’application du chauffage au combustible
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- pulvérisé aux chaudières à vapeur. On a cité l’exemple de Y American Iron and Steel Manu facturing Cy, ou on avait laissé les chaudières sans modifications pour le nouveau système de chauffage ; les. conditions de marche étaient donc plutôt médiocres, néanmoins on a obtenu 8,5 de vapeur pour 1 de charbon. Dans une autre application de faibles dimensions, on a vaporisé jusqu’à 40,5 d’eau par kilogramme de combustible.
- On cite encore une application faite dans le district de Pittsburgh où on a constaté une sérieuse économie. Il y avait une absence complète de fumée; néanmoins, on a renoncé, à ce mode de chauffage. Les raisons de cet abandon paraissent avoir été : la destruction rapide des parois des chambres de combustion par la chaleur intense développée, les dépenses élevées d’installation du sécheur, des broyeurs, transporteurs, etc,, les frais d’entretien de ce matériel et l’espace occupé en surface horizontale; enfin, les risques d’explosion des poussières,
- La force motrice nécessaire pour la mise en marche des appareils n’était pas négligeable, elle était d’environ 5 0/0- de la puissance totale développée.
- In nouveau combustible. — Nous avons parlé, dans les Chroniques de mars et avril 1911, de la difficulté qu’on avait à se débarrasser des eaux résiduaires de la fabrication de la pâte de bois et des différents moyens qu’on avait proposés pour les utiliser. Parmi ces moyens figuraient leur transformation en matière combustible et l’emploi de là matière solide comme agglomérant. Cette matière désignée en Angleterre sous le nom de sulfite piteh avait été même appliquée sur une certaine échelle à la confection des briquettes de charbon.
- Cette application ne paraît pas s’être répandue. Mais on reprend, parait-il, les essais pour l’emploi comme combustible du résidu solide.
- Un ingénieur suédois, M. Strehlemert, a proposé un procédé d’extraction par lequel on retire ffkg, 63. de matière d’un litre d’eau résiduaire. Les essais ont eu lieu à la fabrique de pâte de bois de Gôta, qui produit annuellement 25000 t de pâte sèche. Gettç quantité représenterait 12 000 t'de résidu combustible qu’on pourrait obtenir au prix de 1 h* environ la tonne.
- Si cette fabrication devenait pratique, on estime que, rien que pour la Suède, on réaliserait une économie annuelle de 5 millions de francs, en supprimant la consommation de 350 000 t de charbon.
- On s’occupe de la constitution d’une société pour installer une usine travaillant sur une grande échelle. En attendant, les essais continuent à la fabrique de Gôta., Ces renseignements sont donnés par Virant and Coal Trades; Review du 9 février 4914.
- : Utilisation de la chaleur des laitiers. — Une communication de M. Walter L. Johnson à la session d’automne 1914 de. Ylrrn and Steel Imtitute décrit une méthode d’utilisation de la. chaleur des laitiers, question que nous avons déjà eu l’occasion de traiter plusieurs fois.
- L’appareil comprend un récipient dans lequel la. vapeur est produite/ au contact de l’eau et du laitier chaud et une calandre disposée, sous la* forme d’un évaporateur à grimpage de Kestner. On avait d’abord produit
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- la vapeur directement ét on l’avait employée dans une turbine à vapeur d’échappement; après de nombreuses expériences, on avait.adopté pour les àubages de la turbine un alliage dit duralumin qui résistait très bien à l’action de la vapeur mêlée de substances plus ou moins, corrosives;.
- La vapeur était produite au contact, de laitier gris de. Cleveland, contenant environ 0,5 0/0 d’hydrogène sulfuré et d’azote. Ces gaz étaient absorbés par un lavage au lait de chaux et subséquemment par le pa&sage dans un tube contenant du minerai de Cleveland chauffé à une température de 750° C. .
- Lorsqu’au bout de deux mois de marche, on visita la turbine, on trouva les passages obstrués en partie par du soufre en poudre fine qui avait causé un peu d’usure aux aubages. On fut. ainsi conduit à abandonner l’emploi direct de la vapeur produite au contact du laitier et à interposer entre le générateur à laitier et la turbine un vaporisateur. Avec delà vapeur produite à 100°C au contact du laitier et une température de 91 dans le vaporisateur ou calandre, la moyenne de 22 expériences adonné 783 1 d’ea,u vaporisée à l’heure pour 861 d’eau condensée dans la calandre.
- ;On a également cherché à déterminer la quantité de vapeur produite par le, laitier. La moyenne de sept essais, a donné 461 kg. de. vapeur par tonne de laitier, et, après correction, 387 kg de vapeur propre à actionner la. turbine. Etant donné qu’une turbine à vapeur d’échappement bien établie travaillant à pleine charge avec un vide de 0 m, 72 de mercure ne dépense pas plus de 12 kg, 25 de vapeur par cheval, ou trouve que chaque tonne de laitier employée par heure donne une puissance de 31 ch, 6.
- Quant au prix de revient, l’auteur l’estime impossible à établir à cause des différences dans les conditions d’installation d’une usine à l’autre.
- En dehors de la manipulation du laitier, le coût de la turbine et des appareils électriques est le même que dans les installations analogues de même importance. Il faut environ 2 0/0 de plus de puissance à cause de la plus grande quantité d’eau de condensation et, si le laitier est granulé d’avance, il faut tenir compte de la commande d’un deuxième élévateur. Un homme, par appareil, peut surveiller le générateur primaire et l’arrivée du laitier ; les autres opérations se- règlent par des' dispositifs mécaniques.
- Frottement des gaz contre les parois des carneaux ou briques. —M. Y. A. Mojaroff traite, dans leJournal delà Société 'russe de Métallurgie, de la question du frottement des gaz contre les parois des carneaux en briques.
- A l’occasion de réparations faites à une installation de hauts foumaux, il a eu à déterminer les; résultats donnés par des fours à chauffer le vent des systèmes Massick ou Crookes et Gowper. A cet effet, il a, dû chercher â déterminer le frottement des gaz contre les -parois en briques des: passages: d’air, problème qui se présente à chaque instant dans Fétûde1 des fours, cheminées, etc. Se basant sur la théorie du professeur €frum-Gxzimails. sur l’application de l’hydraulique aux- fours métallurgiques, l’auteur a obtenu une formule générale pour la résistance au passage
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- des gaz dans des carneaux en briques et calcule le coefficient de frottement pour ce cas.
- Tout en présentant la même section de passage, les carneaux dans lesquels circulent les gaz peuvent avoir des formes très différentes depuis la forme circulaire jusqu’à celle d’un rectangle très allongée, on a donc des rapports très différents entre le périmètre et la section de ces canadx, et la résistance au passage des gaz varie notablement à section égale pour les diverses formes ; la perte par frottement est sensiblement proportionnelle aux périmètres. La forme circulaire, a, comme on sait, le périmètre minimum et on peut prendre pour unité la résistance d’un carneau circulaire ; cette résistance est donc pour les autres formes de P
- même section de ^, P étant le périmètre du carneau et G la circon-
- S Cl
- s
- férence du carneau circulaire de diamètre D, ce qui donne —.
- 7TjD
- La circonférence d’un cercle est proportionnelle à son diamètre et la section au carré du diamètre, le frottement des gaz est proportionnel à la circonférence et le volume passant dans l’unité de temps à la section, c’est-àrdire au carré du diamètre; comme l’énergie contenue dans le gaz est fonction du volume, il en résulte que la potion de cette énergie qui est perdue par frottement contre les parois des carneaux et la perte de charge correspondante variera comme le rapport du diamètre à la
- 4 7tD
- section, toutes choses égales, d’ailleurs, soit dans le rapport —ou en 4
- simplifiant — ; la perte est donc inversement proportionnelle au diamètre du carneau circulaire.
- Si on combine cette formule avec la précédente, on voit que, quelle que soit la forme du carneau, la perte d’énergie due au frottement contre les parois est proportionnelle à l’expression :
- S_ 4 4S_S *D X D ~ ttD ~~ u>’
- dans laquelle u> est la section libre du passage.
- La perte d’énergie est, pour une longueur L, proportionnelle à cette longueur.
- La résistance éprouvée par les gaz par le frottement contre les parois et la perte de charge correspondante varie avec le volume qui passe et est fonction de la vitesse d’écoulement par le passage ; comme la pression du gaz varie également avec les différences de température, cette perte est fonction de la pression ou de la densité du gaz, ou en combinant les deux f(vp), mais la valeur précise de cette fonction n’est pas connue.
- En hydraulique, on admet généralement que la résistance due au frottement, est fonction linéaire de la vitesse du courant et, en l’absence de preuves du contraire, on peut admettre qu’il en est de même pour les gaz.
- SL
- Le coefficient à ajouter à l’expression — vp dépend de la nature des
- Ü)
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- parois des carneaux et, dans le cas dont nous nous occupons, est le coefficient de frottement des gaz contre des parois en briques, on le désignera par- m. La perte de charge due au frottement de ce genre, désigné par y sera exprimé par :
- SL
- y — m — vp,
- ü)
- dans laquelle les lettres ont les significations indiquées plus haut, vêtant la vitesse de passage à la température, t et p le poids en kilogrammes d’un mètre cube de gaz à la température /.
- La même formule peut être représentée sous la forme :
- SL ^
- y — m — QoPo-
- ü>
- dans laquelle Q0 est le volume de gaz passant par seconde et p0 le poids d’un mètre cube de gaz à 0° G et 760 mm de pression.
- La constante qui est fonction des propriétés physiques de la surface de briques des carneaux doit être déterminée dans chaque cas, de manière à rendre possible le calcul de la perte d’énergie due au frottement ; l’auteur fait voir que m est la charge exprimée en millimètres d’eau correspondant à la perte d’énergie par frottement en une seconde d’air à 0° et 760 mm de pression d’eau, animé d’une vitesse de 1 m par seconde traversant un carneau en briques dont la section transversale
- satisfait à l’équation ^ 1,293. Si ce passage est circulaire, on a
- b
- Z=T = !>293 d’où D = s,172. b 4
- Dans le cas spécialement étudié par l’auteur, m a été trouvé égal à 0,016 et il semble que ce coefficient peut être employé d’une manière générale dans la pratique ; il a été, en effet, déterminé à la fois par le calcul et par l’expérience.
- Hécarburation «le l’acier dans les bains salins. — On sait qu’on se sert de plus en plus de bains de sels en fusion pour chauffer les barres d’acier avant la trempe. M. A. M. Portevin a, dans une communication faite à Ylron and Steel Instüule, appelé l’attention sur la décarburation partielle qui se produit pendant ce chauffage. Ces bains amènent un chauffage plus rapide et plus uniforme et suppriment ou tout au moins diminuent considérablement l’oxydation à la surface des pièces ; mais, par contre, ils produisent une certaine décarburation superficielle, surtout si le chauffage est prolongé.
- L’auteur a fait une série d’expériences pour élucider cette dernière question. Il a maintenu pendant des périodes de temps diverses, dans un bain de chlorure de potassium fondu à la température de 1 000° G, des échantillons d’aciers hypereutestoides contenant 1,46 0/0 de carbone. Il a trouvé que, plus l’acier restait dans le bain, plus était importante la décarburation, importance mesurée à la fois par l’épaisseur de la couche décarburée et par la diminution de la proportion de carbone, descendant jusqu’à 0,2 0/0. La décarburation se produit surtout après
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- le refroidissement ets’appréeie miens an moyen dn scléromètre de Shore que par l’essai de Brinell, parce que le premier appareil s’applique à de très faibles épaisseurs.
- A la température de 900°, la décarburation se produit moins profondément, mais est aussi prononcée quant à la réduction superficielle de la proportion de carbone.
- On a expérimenté avec les mômes aciers les bains salins décrits par Braysham comme employés pour la trempe : chlorure de potassium 0,56, chlorure de sodium 0,39, soude 0,5, ferro-cyanure de potassium 0,2.
- On a constaté que le degré de décarburation obtenu est presque le môme qu’avéc le bain de chlorure de sodium seul ; de plus, l’influence de la petite quantité de ferro-cyanure ajoutée ne paraît pas bien efficace. L’emploi de mélanges de cyanure et de cyanate de potasse a permis à l’auteur de réaliser un certain équilibre dans la carburation entre l’acier et le bain, de manière â décarburer dans le môme bain des aciers durs et des aciers demi-doux. Ces phénomènes paraissent tendre vers une limite commune qui serait la concentration de l’acier restant en équilibre à 900® dans un bain de chloro-cyanure. Cette limite parait indépendante de la quantité de cyanure de potassium présente dans le bain. On a remarqué que très fréquemment, lorsque le bain contient du cyanure de potassium et aussi quand il renferme du ferro-cyanure de potassium, on voit se produire sous les couches carburées, des aiguilles d’apparence semblable à celles que Braune a observées dans ses recherches sur l’influence de l’azote sur le fer et l’acier. Des tableaux joints au mémoire résument les résultats obtenus par l’auteur dans ses essais.
- E. — Questions diverses.
- Utilisation de la chaleur solaire. —- Nous avons donné au cours d’un article sous le titre qui précède, dans la Chronique n°445, p. 366, du deuxième semestre de 1914, le résumé d’une communication faite par M. Ackermann à la Society of Engineers à Londres. Ce résumé était emprunté à une note parue dans Y Engineering, du 10 avril 1914, note qui renfermait, parait-il, quelques erreurs que M.. Ackermann ;a relevées et qui ont été corrigées dans une note subséquente de ce journal. L’auteur nous ayant demandé de faire ces rectifications, nous sommes heureux de lui donner satisfaction en produisant les parties essentielles de la lettre adressée par lui à l’Engineering à la date du 18 avril 1914..
- » Dans une communication à la Society of Engineers, écrit M. Ackermann, il est très nettement indiqué que la machine de Meadi (laquelle nArien à faire avec, l’utilisation de la chaleur solaire en elle-même) était en très mauvais état et que, pour cette raison, la force en chevaux sur la pompe n’a pas été donnée dans le rapport officiel ; pour faire une estimation juste et scientifique de : la puissance en chevaux au frein réalisée par unité'de surface, on a combiné les résultats obtenus par la chaudière de Meadi avec ceux de l’appareil d’Erith. On. voit ainsi -que . le résultat le plus favorable obtenu en une! heure: le 22 août 19.13 a été 4e
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- 55 ch, 5 au frein pour urne -surface de ,“0,88 acre occupée par le vaporisateur, ce qui fait 63 ch par acre (165 ch par hectare), tandis que le travail moyen pour cette Journée a été de 59 ch, 4 par acre (147 par hectare).
- Cette méthode de comparaison consistant à combiner les résultats de deux séries d’essais aurait du être adoptée dans les essais de Tacony, de 1911.
- L’auteur de l’article de Y Engineering a cité le chiffre de 45 ch, 2 par acre obtenu avec la chaudière de Tacony, mais ne l’a pas comparé avec le chiffre correspondant 59 ch, 4 par acre du générateur de Meadi et, par conséquent, il est arrivé à une conclusion erronée en disant que « on avait eu des résultats un peu plus favorables dans les essais laits près de Philadelphie » visant ainsi les essais de Tacony. On a vu, par ce qui précède, que c’est loin d’être le cas, même sur la hase de la surface du sol occupée par les vaporisateurs, bien que, dans l’opinion de l’auteur, c’est la quantité de vapeur produite par unité de surface de radiation ' collective qui constitue la hase scientifique de comparaison et, en partant de là, on trouve que les résultats obtenus à Meadi sont de 33 0/0 supérieurs à ceux de Taeony.
- L’article visé parle de la grande variation dans la puissance développée. Si on prend l’essai de cinq heures du 22 août 1913, le, travail maximum obtenu a été de 55 ch, 5 au frein et le travail minimum de 46,2, soit une différence de 16,8 0/0. Cette différence est bien inférieure aux 67,9 0/0 trouvés avec le vaporisateur de Tacony et aussi à ce qu’on supposait, mais, lorsque le travail produit est utilisé pour élever de l’eau pour l’irrigation, il est absolument indifférent que l’eau soit élevée e|i plus grande quantité dans l’après-midi plutôt que le matin ou le soir. »
- Frederick W. Taylor. — Nous donnons ici quelques détails sur la carrière de Frederick Winslow Taylor, décédé subitement. à Philadelphie, le 21 mars 1915, à l’âge de 59 ans.
- Get ingénieur était l’auteur des méthodes de travail connues sous son nom et qui lui avaient valu une immense notoriété. On sait que ces méthodes sont basées sur l’application de la science industrielle et le 'développement <de la science de la direction au profit de l’employeur et de l’ouvrier ; elles se résument en ces termes : donner un salaire élevé à l’ouvrier pour obtenir un prix de revient réduit.
- Taylor était né à C-ermantown, en Pensylvanie, en 1856. Après des études élémentaires faites .sur place, il passa deux ans en France et en Allemagne, et, de retour dans son pays, se prépara pour entrer à l’Université d'Harvard ; mais une altération de la vue l’obligea à interrompre ses études. U résolut alors de modifier ses projets et entra comme apprenti dans la célèbre maison William Sellers et Ci0, à Philadelphie, Il y travailla'quatre ans et acquit tontes les connaissances nécessaires à un parfait ouvrier modeleur et ajusteur.
- Mais, lorsqu’il acheva son apprentissage en 1878, les temps étaient devenus si mauvais que, ne pouvant trouver d’emploi dans ces deux
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- branches, il dut entrer comme, simple ouvrier à la Midvale Steel Company.
- Taylor arriva assez vite à être commis d’atelier et fut chargé ensuite de l’outillage. Il introduisit des perfectionnehients dans l’organisation de cette branche et inventa un affûteur connu sous son nom. Il arriva peu à peu au grade de chef d’atelier d’ajustage, à celui d’ingénieur-mécanicien chargé des réparations et de l’entretien des machines, de chef du bureau des études, et, enfin, ingénieur en chef de l’usine, il avait acquis cette situation, en partant de celle de simple ouvrier, en un espace de six ans. Il avait alors 28 ans.
- C’est peu après son entrée à Midvale que le jeune Taylor avait senti la nécessité de connaître les principes scientifiques de la mécanique, et dès 1880, tout en travaillant à l’atelier dix heures par jour, il passait ses soirées à suivre les cours de l’Institut Stevens de Technologie jusqu’en 1883, où il passa avec succès ses examens et reçut son diplôme d’ingénieur mécanicien. Ce fait remarquable témoigne singulièrement en faveur de l’intelligence et des facultés de travail du jeune homme.
- Taylor resta à la Midvale Steel Company jusqu’en 1890, en remplissant avec la plus grande distinction les positions nécessaires qu’il occupa dans cette usine. Ce fut pendant cette période qu’il commença à étudier d’une manière systématique les conditions dans lesquelles s’effectuait le travail et à y apporter des modifications dont l’effet se fit sentir par un accroissement de 200 à 300 0/0 dans certaines opérations avec une augmentation de prix de main-d’œuvre de seulement 25 à 100 0/0. Ce fut le point de départ de ses méthodes pour le développement et l’application de la science de l’organisation et de la direction des ateliers.
- Taylor ne se borna pas à ces études spéciales, il laissa d’autres traces de son passage à Midvale ; on lui doit notamment le grand marteau-pilon qui fut longtemps le plus puissant aux Ét^ats-Unis.
- Il passa ensuite trois années, comme directeur d’une grande fabrique de papier, dans le Maine, et, son contrat expiré, s’établit comme ingénieur-conseil pour introduire dans l’industrie ses principes et ses méthodes d’organisation du travail ; il fit, en même temps, un certain nombre d’inventions et de perfectionnements dont il exploita les patentes.
- On peut citer la découverte du procédé Taylor-White pour le traitement par la chaleur de l’acier à outils, traitement qui augmenta de 200 à 300 0/0 la capacité de coupe de l’acier. Ces procédés, employés à peu près partout, ont révolutionné la pratique des ateliers et amené des changements considérables dans la fabrication des machines-outils. A la Bethlehem Steel Company, où la première application a été faite, il en est résulté une augmentation telle dans la production que ce n’est pas l’atelier de construction qu’il fallut développer, mais bien la forge qui l’alimente.
- Les méthodes Taylor sont aujourd’hui connues et appréciées partout, non seulement aux États-Unis, mais encore en Europe et dans le monde jusqu’au Japon. Les ouvrages de l’auteur ont été traduits dans une foule de langues.
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- Les résultats que nous venons de mentionner iront pas été obtenus sans une assez grande opposition, et il est certain que, dans certains cas, les principes et les méthodes de Taylor ont été appliqués sans discernement et d'une manière peu judicieuse, d’où des insuccès ; mais cela n’a rien d’extraordinaire, et l'abus d’une chose n’a jamais rien prouvé contre son usage rationnel; on doit admettre que les méthodes scientifiques d’organisation du travail formulées par Taylor constituent probablement l’instrument économique le plus puissant qui ait été introduit dans les temps modernes.
- Taylor fut Vice-Président de l’American Society of Meclianical Kngineers en 1904 et 1905 et Président en 1906.
- Ses qualités comme homme étaient à la hauteur de ses mérites comme ingénieur, et il laisse les meilleurs souvenirs à ses innombrables amis, parmi lesquels tous les ouvriers qui ont été en rapport avec lui au cours de sa carrière.
- I/eulèvement de la neige dans les villes. — Il s’est tenu à Philadelphie, les 16 et 17 avril 1914, une conférence de représentants d’un certain nombre de villes de l’est des Etats-Unis, dans le but d’étudier la question de l’enlèvement des neiges dans les grandes agglomérations urbaines.
- Une Commission a ôté nommée pour résumer les travaux de cette conférence dans un rapport dont nous indiquons ci-dessous les points les plus intéressants.
- Le problème de l’enlèvement de la neige peut être considéré différemment dans les différentes cités, parce que sa solution dépend d’éléments variables, tels que le climat, l’importance de la population, la largeur des rues, la densité et la nature du trafic, la disposition des réseaux d’égouts, les emplacements de décharge, et autres conditions locales, sans parler des ressources financières des localités.
- Il semble bien difficile de formuler des indications générales en présence d’éléments aussi variables, mais dont cependant l’influence est différente ; ainsi on peut faire observer que le dernier énuméré, la question financière, n’agit sur la solution que relativement à son étendue.
- L’enlèvement de la neige se fait généralement par un entrepreneur qui traite avec la ville et est surveillé par celle-ci ; il est payé suivant la quantité enlevée par des voitures qui portent la neige aux décharges, les moyens consistant en hommes, chevaux, pelles et tombereaux.
- Dans certaines villes on emploie des chasse-neiges pour repousser la neige sur les côtés de la chaussée, pour permettre la circulation et faciliter l’enlèvement.
- On emploie le sel d’une manière très étendue à Liverpool, Londres, Paris et d’autres villes en Europe. On procède généralement en répandant du sel concassé sur le sol pendant et après la chute de la neige, et, dès qu’il s’est formé une sorte de bouillie, les rues sont lavées à grande eau pour balayer le mélange dans les égouts ; mais, dans les villes que nous venons de nommer, il ne tombe jamais beaucoup de neige, et il
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- est douteux que ce procédé soit praticable dans des localités où des quantités de neige tombées sont très considérables.
- Il y a d’ailleurs une difficulté, c’est l’opposition que font dans beaucoup de villes à remploi du sel les Sociétés de Protection des Animaux qui ont souvent réussi à le faire proscrire. On peut se demander dès lors . si la question a été suffisamment examinée aux Etats-Unis et si, avec des chutes de neige modérées, l’emploi du sel ne donnerait pas.de bons résultats. '
- On a beaucoup étudié les appareils propres à fondre la neige, à l’enlever et à la transporter. Les inventeurs et les constructeurs devraient être encouragés à poursuivre leurs études dans ce sens ; mais la quantité de neige qui tombe est si variable et le matériel est employé pendant un si faible espace de temps qu’on devrait chercher à pouvoir rutiliser pour d’autres objets pendant le reste de l’année, et ce serait là un but à rechercher.
- Le problème consiste à enlever la neige dans le plus court espace de temps, de manière à ne pas gêner la circulation et avec la moindre dépense. Avec le système de l’enlèvement à la pelle, la mise en tombereaux et le transport aux lieux de décharge, la distance de transport devient la fonction dominante, et on conçoit facilement que l’utilisation des égouts, pour transporter sans frais la neige à la rivière, constitue la méthode la plus économique, parce qu’elle réduit au minimum les manipulations.
- Il est vrai que les autorités municipales sont, en général, très mal disposées pour cet emploi des réseaux d’égouts ; or, la municipalité de Manhattan, à New-York, a fait, dans l’hiver de 1913-14, des expériences qui ont démontré que ces appréhensions, si on n’exagérait pas la projection de la neige, étaient sans aucun fondement.
- L’emploi dans les égouts de gaz et de composés chimiques a très peu d’action sur la fusion de la neige. On ne.doit pas dépasser la projection de 1 m3 o par minute dans une bouche d’égout de 0 m 60 de diamètre. Les égouts sujets aux marées ne peuvent être utilisés qu’au reflux.
- Lorsque le courant est insuffisant dans les égouts pour enlever rapidement la neige, ou lorsqu’il se produit des arrêts par engorgements, on peut recourir à une chasse d’eau opérée dans l’égout, soit par une masse d’eau projetée par la bouche, soit pàr des jets venant d’hydrantes et lancés par la même bouche. La projection rapide de la neige par les bouches d’égouts peut se faire très rapidement par l’emploi d’une forme spéciale qu’on emploie à Pittsburg et à Saint-Louis.
- La Commission a ultérieurement recueilli des renseignements sur l’enlèvement des neiges à Philadelphie, New-York, Boston et Scran-ton, et sur plusieurs chemins de fer. Elle a formulé les conclusions suivantes :
- 1° Le plan d’organisation doit être préparé avant l’arrivée de la saison des neiges. Ce travail comprend (a) un plan de coopération entre les divers services municipaux ; (bï un plan de mobilisation du personnel et matériel de la ville,-soit ingénieurs, inspecteurs, ouvriers, attelages, etc. ; (c) la division de la ville en zones avec adoption du système d’enlèvement convenable pour chaque zone.
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- Le personnel et le matériel sont répartis dans chaque zone, et les chefs préparés au travail qu’ils auront à diriger.
- La nature du travail à faire dans les diverses zones peut n’ètre pas toujours la môme. Ainsi elle peut consister simplement dans l’ouverture de passages sur les trottoirs et de traversées pour faciliter la circulation des piétons ou dans l’enlèvement complet de la neige des rues. Actuellement, en présence de l’emploi général des automobiles et de la concentration du trafic dans certains quartiers, la tendance est à l’enlèvement complet de la neige dans les grandes artères et les rues fréquentées.
- 2° Le travail d’enlèvement doit commencer dès que la neige recouvre le sol et que la chute semble devoir continuer ; ce travail doit être poursuivi d’une manière continue. Cette méthode est employée par beaucoup de villes et par les compagnies de tramways.
- 3° On doit recourir le plus possible à l’aide des égouts. Leur emploi, qui réduit à la fois au minimum la manutention et le transport de la. neige comprend deux opérations : le transport aux bouches et la projection dans ces bouches.
- La première s’effectue en chargeant la neige dans des tombereaux ou autres véhicules ou en la poussant avec des balais ou instruments appropriés. Quant à la projection dans les égouts, le problème de l’opérer dans le moindre temps et en gênant le moins possible la circulation ouvre un vaste champ aux recherches sur la position et la forme à donner à des bouches établies spécialement pour cet objet.
- L’emploi de jets d’eau empruntés à des hydran'tes est d’un emploi iimité et on ne saurait rien dire de général à cet égard.
- 4° Lorsqu’on le peut, et pour de faibles espaces à nettoyer, le déblaiement doit de préférence être opéré par la municipalité au moyen du travail à la journée. C’est la méthode la plus simple, la plus rapide, et elle dispense des mesurages et du contrôle que nécessite le travail à l’entreprise. On peut même appliquer ce système de déblaiement de grandes surfaces de la manière suivante : le département compétent demande, par la voie de la publicité, des attelages pour le transport de la neige â raison de tant par mètre de volume, le chiffre étant fixé par la municipalité à un taux raisonnable. Peuvent se présenter tous ceux qui possèdent des véhicules attelés depuis un seul jusqu’à un nombre quelconque ; la ville ne dépend plus ainsi d’un ou de plusieurs entrepreneurs. Seulement il faut avoir, mais c’est aussi le cas pour le travail à l’entreprise, un mode de mesure simple et suffisamment exact. Quel que soit d’ailleurs le système employé, il est nécessaire que les mesures nécessaires soient arrêtées d’avance parce qu’on ne se trouve pas pris au moment de la chute de la neige.
- 5° La ville doit s’entendre avec les sociétés de transport en commun «‘l pouvoir recourir à l’emploi de charrues et chasse-neige pour nettoyer les rués parcourues par les tramways en même temps qu’on nettoie les voies.
- 6° Le concours du public et surtout des propriétaires riverains doit être sollicité pour effectuer l’enlèvemënt de la neige devant chez eux sans gêner toutefois le travail de la ville.
- Lorsque les trottoirs sont plus larges qu’il ne faut pour assurer la ch-
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- culation, d’ailleurs réduite, des piétons, la neige, au'lieu d’être enlevée entièrement des trottoirs, peut y être laissée sur la partie voisine de la chaussée pour être enlevée plus tard.
- 7° La police doit assister le service de la voirie; elle doit surtout veiller à ce que les règlements relatifs au nettoyage des trottoirs soient observés.
- Dans la discussion qui a suivi la lecture de ce rapport, il a été présenté d’intéressantes observations sur la fusion de la neige qu’on parait avoir employée avec succès sur le Pennsylvania Railroad.
- Le coût de l’enlèvement de la neige par fusion ne serait que les 15 centièmes de la dépense par les autres méthodes. Voici les chiffres sur lesquels est basée cette assertion. Un mètre cube de neige pèse approximativement 590 Jig ; il exige, pour entrer en fusion, 65 000 calories. Du charbon à 20 fr la tonne développe environ 2 800 calories brûlé dans un foyer avec 0,40 de rendement. Il en résulte que le coût de la fusion de 1 m3 de neige serait de 24 kg X 0,02 fr = 0,48 fr (1). Il faudra y ajouter l’intérêt des appareils et la main-d’œuvre, mais il ne semble pas qu’il en résulterait un prix exagéré.
- Le problème est un de ceux que les ressources de la mécanique permettent de résoudre. Un mètre carré de surface de chauffe dans une chaudière de locomotive peut transmettre la chaleur à raison de 50 000 calories par heure. Si on accepte un plus faible rendement, on peut arriver à doubler ce chiffre. Sur cette base, on pourra établir un appareil pouvant mettre en fusion 45 m3 de neige à l’heure avec une surface de chauffe dans une chaudière de 46 m2 ce qui n’a rien d’excessif comme dimensions.
- Quarante-cinq mètres cubes de neige compacte représentant environ 200 m3 de neige fraîchement tombée et, si on compte une chute de 75 mm, ce volume correspond à 150 m courants de rue. Il serait intéressant de continuer les recherches dans cet ordre d’idées.
- lie papier de genêts. — Il existe d’immenses espaces à peu près arides et sans valeur sur lesquels croît ou peut croître le genêt. C’est, en effet, une plante extrêmement rustique, résistant au froid comme à la chaleur, à l’humidité comme à la sécheresse dans les sols les plus pauvres. On a essayé bien des fois d’en tirer partie et, notamment, au point de vue de son utilisation dans la fabrication du papier, un certain nombre d’expériences ont été faites. Mais, soit que les traitements assurant la transformation en pâte n’aient pas été exactement appropriées, soit que les capitaux n’aient pas été tentés par cette industrie spéciale ; toujours est-il que les efforts des promoteurs sont restés, en France tout au moins, sans aucun résultat.
- Il semble n’en avoir pas été tout à fait de même en Italie où un procédé, dû à l’ingénieur Persichetti, a donné satisfaction au point de vue technique, en même temps que des devis très étudiés ont fait ressortir les avantages économiques de la culture du genêt comme plante à papier. Les genêts, découpés en menus fragments, broyés et mis à macérer
- (1) Le texte anglais dit 7 1/2 cents par yard cube.
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- pendant une semaine, rebroyés plus finement et débarrassés à la presse hydraulique de l’eau et des matières que celle-ci a mises en solution, la chlorophylle, notamment, sont cuits à la soude caustique, lavés, blanchis au chlorure de soude, lavés, blanchis, au chlorure de chaux, séchés et donnent une pâte qui peut soutenir la comparaison avec les meilleures pâtes provenant de fibres végétales, y compris le bois et l’alfa.
- Or, des expériences faites sur ces données à AnzioNettano ont fait ressortir à 40 fr par hectare les frais d’ensemencement. Une genetière restant productive pendant une vingtaine d’années, cela ramène à 2 fr environ par an et par hectare les frais d’ensemencement. Les frais d’entretien sont à peu près nuis. Le professeur Carlo Maggi les a estimés à douze journées de nettoiement, travail pouvant être fait par des femmes à 2 fr la journée, soit un total de 24 fr. La récolte d’un hectare exige quinze journées d’ouvriers pour le coupage et la mise en fagots ; à 3 fr la journée, la récolte revient â 45 fr par hectare; en prévoyant un impôt pour ces terrains devenus productifs et en comptant les frais peu élevés de surveillance et d’administration, on arrive, pour une production qui doit dépasser 200 quintaux, à un prix de 0,45 fr les 100 kg de genêt. De sorte que, prévoyant un bénéfice normal de 0,35 fr par 100 kg, le papetier pourrait acheter le genêt à raison de 0,80 fr le quintal. Le moyen le plus économique de séchage de la plante étant le séchage «à l’air libre, cette opération ne coûte rien et, comme la réduction de poids qui en résulte est d’environ 50 0/0,.c’est autant de gagné sur les frais de transport.
- L’inventeur de la méthode italienne de fabrication de pâte à genêt, M. Persichetti, faisant l’étude financière d’une exploitation traitant annuellement 12 000 quintaux de genêt vert donne les chiffres suivants :
- Prix d’achat des 60 ha nécessaires choisis en un point favorable au point de vue des transports : 60 X 100 -- 1 000 fr; ensemencement, 120 fr; nettoiement, 1 450 fr; récolte et fagotage, 2 800 fr; impôt en prévision, 750 fr; administration et surveillance, 488 fr; transport du genêt sec à l’usine à 1 fr le quintal, 6 000 fr.
- La fabrique, avec le matériel complet, peut être acquise et mise en état de fonctionner pour la somme de 120000 fr.
- Les revenus sont représentés par la valeur de 4 200 quintaux de pâte d’excellente qualité, estimée à 40 fr les 100 kg, soit 168000 fr auxquels viennent s’ajouter les divers sous-produits.
- On arrive ainsi, en prévoyant des bénéfices raisonnables, à établir à 40 fr le prix des 100 kg de la pâte qu’on tient pour supérieure à la pâte de lin elle-même.
- I/cfficacité du tir au fusil. — Cette question, toute d’actualité, rentre bien plus qu’on ne pourrait le croire au premier abord, dans le cadre des études de la Société, parce qu’elle constitue un problème qui ressort de la mécanique humaine.
- Le point de départ est une observation faite par M. L. Mahout, professeur à Sainte-Barbe, qui s’est déjà créé une notoriété dans les sciences biologiques et sociales. Il a étudié la mécanique humaine, le moteur
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- humain,'la manière-d’entretenir avec la dépense et l’effort minimum le rendement le plus complet de la machine humaine et a, surtout, par , des expériences très sérieuses, fixé les éléments de la nourriture la plus économique propre à alimenter le calorique vital.
- Ce, but général du meilleur fonctionnement du mécanisme humain a amené M. Mahout à faire des expériences sur les conditions mécaniques du tir et c’est ainsi qu’il a fait une observation dont la simplicité et la portée sont saisissantes. C’est l’avis d’un juge des plus compétents, le général Gherfils, qui a consacré à la question, dans Y Écho de Paris du 27 avril dernier, une note de laquelle nous extrayons ce qui suit.-
- La facilité avec laquelle le tireur peut s’adapter à son arme pour pointer son coup de fusil ressort de la mécanique humaine. Le fusil étant épaulé, l’homme incline plus ou moins la tête pour placer son œil sur le prolongement de la ligne de mire, c’est-à-dire de la ligne qui passe par le cran de mire et le guidon. Cette ligne matérialisée est en dessous de la tète de l’homme. On comprend donc que celui-ci, selon sa constitution, éprouve une difficulté plus ou moins grande à placer son œil sur le prolongement de la ligne de mire.
- Or la constitution d’un homme étant donnée et celle-ci étant fixe, sa facilité à rechercher la ligne de mire à viser est soumise au rapport de ses facultés mécaniques avec les formes et les dimensions du fusil. Il y a là une accommodation plus ou moins gênée. Puisque l’affût humain, si on peut s’exprimer ainsi, est fixe, c’est l’arme qu’il est logique de modifier pour rendre cetté accommodation idéale. Il apparaît de suite évident qu'il faudrait ainsi plusieurs types de fusils, comme on a plusieurs pointures de chaussures et de vêtements. Nos hommes ont beaucoup de peine à bien tirer parce qu’ils ont une difficulté mécanique absolue à pouvoir viser, le modèle unique du fusil ne convenant pas au plus grand nombre d’entre eux.
- Autrefois, avec l’arçon hongrois, on avait trois pointures de selles qui s’accordaient aux dos divers de nos chevaux et ceux-ci blessaient peu; aujourd’hui, nous n’avons qu’un modèle d’arçon et nos chevaux blessent beaucoup, parce qu’on donne à tous la selle qui ne convient qu’à un tiers d’entre eux.
- Il en est de môme de notre fusil par rapport à nos tireurs. Ils tirent tous avec le même fusil et les deux tiers d’entre eux ont beaucoup de peine à prendre exactement la ligne de mire. Ceci a déjà une importance même pour le tir de stand ajusté dans le calme; or, dans le tir de guerre, cette facilité mécanique en prend, une capitale. La confiance que le bon tireur a dans son adresse fait qu’il se trouble moins dans le danger où il voit venir sans crainte un ennemi qu’il est sûr d’abattre. Cette confiance lui permet de dominer ses nerfs. Il n’en reste pas moins vrai que,, pour beaucoup de tireurs, les mouvements deviennent instinctifs, que le calme manque pour ajuster le tir et qu’il importe que ces hommes puissent jeter leur coup de fusil en vitesse, instantanément, par une adaptation facile des mouvements de chacun à son arme, comme à la chasse le bon tireur lâche son coup à la volée. Mais le bon tireur demande pour cela à avoir son fusil bien en main. Il a choisi le modèle de son arme en harmonie avec la mécànique de ses bras et de son cou
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- et c’est cette adaptation indispensable qui lui permet de devoir à son adresse la facilité de ses succès.
- La partie acier du fusil est fixée par des données balistiques ; elle est immuable, mais la partie bois, du moins pour la crosse, peut sans inconvénient et doit être variable à la mesure de la mécanique humaine. L’effort qu’un grand cou, emmanché sur des épaules tombantes a à faire pour placer l’teil sur la ligne de mire sera d’autant plus facilité que la courbure de la crosse sera plus prononcée et qu’elle raccourcira ainsi le parcours du développement de cet effort. Des bras très longs maintiendront plus facilement un fusil dont la crosse sera plus1 longue.
- Le modèle du Lebel, modèle unique, a la crosse trop droite. Il convient seulement aux hommes trapus dont l’épaule est horizontale et le cou massif et court. ,
- Mais les cous longs se tordent avec effort sans réussir à placer l’œil sur la ligne de mire. Et voilà pourquoi les coups non ajustés vont dans le bleu. Le modèle actuel ne convient qu’à une faible partie de nos fantassins, surtout depuis que l’infanterie reçoit tous les géants. Il faudrait, en plus du modèle actuel pour le type trapu, un modèle à crosse très coudée pour le type girafe et un autre modèle intermédiaire pour le type juste milieu.
- L’homme recevant alors le fusil qui convient à sa constitution mécanique viserait automatiquement. La justesse du tir en serait triplée, son habileté individuelle resterait égale.
- Gette adaptation heureuse réalisée par trois modèles de fusil serait particulièrement favorable à l’exécution du tir de nuit, si l’on rendait visible les deux points matériels, cran de mire et guidon, de la ligne de pointage. Le tir de nuit sur des objectifs éclairés par des projecteurs pourrait être foudroyant tandis qu’il reste actuellement à peu près nul. M. Mahout a des procédés d’expérimentation très simples pour déterminer les deux autres pointures de crosse rationnelle.
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- COMPTES RENDUS
- SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT POUR L’INDUSTRIE NATIONALE
- Juillet 1914.
- Rapport de M. Terré sur la machine à trier, marquer et classer, par le poids, les tôles minces de M. Jean BardetJ
- Les opérations de triage, marque et classement par le poids des tôles minces ont jusqu’ici occupé dans les usines un personnel important; elles exigent, en effet, toute une série de manutentations ; on prend d’abord les tôles sur un wagon pour les examiner et les répartir en deux tas ; les bonnes et les mauvaises ; les premières sont ensuite marquées puis portées à une balance où on les pèse ; ensuite elles sont portées aux casiers où elles sont classées d’après leur poids.
- M. J. Bardet a fait une machine qui exécute automatiquement toutes ces opérations ; elle trie, marque et classe 10 tôles à la minute. Les dimensions de ces tôles sont : 1 m,40 X 0 m, 70 et toutes dimensions au-dessous. C’est la première réalisation pratique du classement par le poids en plusieurs catégories en n’employant que des moyens mécaniques.
- Dans l’impossibilité de décrire cette machine, assez compliquée naturellement, sans le secours des nombreuses figures contenues dans le rapport, nous nous bornerons à donner une idée de la façon dont s’exécutent les diverses opérations.
- Les tôles sont prises sur un chariot par un transporteur qui les amène à la position de triage où le conducteur les examine ; si elles sont bonnes, elles sont enlevées par un second transporteur qui les conduit à la suite des opérations ; si elles sont défectueuses, par la manœuvre d’un levier, elles sont reprises par le premier transporteur qui les conduit au tas de rebut. La prise des tôles se fait par des crochets qui pénètrent sous la feuille déjà soulevée par un électro-aimant.
- La marque à froid s’opère par un poinçon réglable par vis ; il ne se lève que de la quantité voulue pour laisser passer la tôle et agit sans choc.
- Le pesage se fait sur une balance sur le plateau de laquelle le transporteur dépose la tôle, ce plateau est à un bout d’un fléau à l’autre extrémité duquel est un autre plateau portant des poids correspondant à la feuille la plus légère ; sur une traverse est une pièce qui, en montant, vient soulever successivement six poids correspondant à la différence maximum de poids entre les tôles. On conçoit que le nombre des poids soulevés et, par suite, la position dans laquelle le fléau de la balance s’arrêtera indiquera le poids de la tôle et le casier dans lequel elle devra être classée. Ce classement se fait d’ailleurs mécaniquement comme toutes les autres opérations.
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- Cette machine fait le plus grand honneur à son auteur qui à su trouver une solution pratique d’un problème fort complexe. Une première machine a été faite pour l’usine de Makiewka, de l’Union minière et métallurgique de Russie, et une deuxième vient d’être commandée par la Compagnie des Forges de Chàtillon, Commenlrv et Neuves-Maisons, pour classer les feuilles de fer-blanc.
- M. J. Bardet, est d’ailleurs, un spécialiste pour « machines de main-d’œuvre mécanique ». On connaît ses appareils à paqueter, à mettre et coller les bandes de journaux, à fabriquer les clous à tête dorée pour tapissiers et enfin sa grande machine à casser le sucre en morceaux et à le mettre en boîtes avec dispositif de tarage et de pesage.
- Nouvelles recherches sur les alliages de cuivre et de zinc, par M. Léon Guillet.
- Nous regrettons de ne pouvoir donner un aperçu de ce remarquable travail de notre savant Collègue M. Guillet, nous reproduisons seulement les conclusions qui terminent ce travail :
- 1° Les alliages de cuivre et de zinc présentent des anomalies dans l’essai de traction sur métal recuit qui s’expliquent l’une par le diagramme de constitution, l’autre par la fragilité des alliages à bas titre ;
- 2° Dans ces alliages recuits il existe une relation étroite entre la charge de rupture et la dureté à la bille ;
- 3° La résilience de ces alliages est très élevée. Mais il est à remarquer qu’il s’agit ici de produits très purs ne contenant notamment ni plomb ni étain ;
- 4° L’écrouissage donné par laminage ou étirage agit d’autant plus, toutes choses égales d’ailleurs, que l’alliage est à plus grands allongements et plus faible limite élastique ;
- 5° Les méthodes de laminage ont une influence considérable sur les propriétés du métal brut de laminage ;
- 6° Les méthodes de laminage (à chaud ou à froid) n’ont aucune influence sensible sur les propriétés du métal recuit ;
- 7° La trempe produit une augmentation de dureté sensible ; il y a disparition du constituant a, sans production de martensite ;
- 8° La constitution des alliages permet d’expliquer certains accidents qui se produisent sur les produits emboutis. On doit conseiller l’utilisation d’alliages renfermant au moins 72 0/0 de cuivre.
- Il est bien entendu que tous ces essais ont été faits sur des produits très purs préparés spécialement et qu’ils ne peuvent de ce fait servir, en eux-mêmes, à l’établissement de cahiers des charges relatifs à des produits fabriqués en grande quantité.
- Notes die chimie, par M. Jules Garçon.
- La cause des réactions chimiques et leurs facteurs, d’après M. II.-G. Jones. — Epuration des eaux résiduaires industrielles. — Les industries aux Etats-Unis. — Recherche des métaux rares. — La chimie de la houille et de la fabrication du coke. — Sur les sous-produits de la lourbe. — Récents perfectionnements dans l’industrie du gaz. — Hy-
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- drogénation des huiles et corps gras. — Hydrogénation des huiles et des corps gras. — Absorption d’humidité par les tissus. — Sur l’application des hydrosulfites en sucrerie. — Le pouvoir désinfectant de bi-iodure de mercure. — Sur les fours d’incinération pour gadoues.
- Notes «l’agriculture, par M. H. Hitieu.
- Ces notes sont consacrées à la question de la richesse des farines en gluten. Un fait remarquable est que la quantité de gluten des farines boulangères, à Paris, tend à diminuer depuis quarante ans. Ainsi cette proportion, qui était de 9,73 0/0 de 1869 à 1878, était descendue à 8,27 de 1889 a 1898 et n’était plus que de 7,35 dans les cinq premiers mois de 1914,
- Quelle est la cause de celte diminution constante ? Les meuniers et boulangers accusent les variétés de blés et les procédés de culture ; les agriculteurs protestent et attribuent la réduction de la proportion du gluten à la transformation des méthodes de mouture. Cette question d’un grand intérêt a été l’objet de recherches et d’observations dont l’auteur donne un résumé dans ces notes.
- Certains auteurs estiment que la diminution des matières azotées dans les farines doit être attribuée aux nouveaux modes de mouture qui éliminent les germes et les parties du blé les plus azotées, à la blancheur de la farine qui nécessite un blutage plus parfait, à leur hydratation venant du mouillage exagéré des blés qui facilite l’écrasement des grains, rend l’enveloppe siliceuse moins cassante et favorise sa séparation.
- D’après d’autres auteurs, les iniluences climatériques jouent un rôle prépondérant dans la question ; les années chaudes fournissent la teneur en gluten et les années humides donnent des grains riches en amidon.
- On a attribué aussi une influence à l’origine des blés ; or, des expériences, fai tes en Allemagne et particulièrement frappantes ont démontré que le rendement total en farine et le rendement en farine fleur ont été sensiblement les mêmes dans les blés de pays et les blés exotiques.
- 11 semble, en résumé, qu’on doit en revenir, pour élucider la question, à un programme tracé déjà il y a une dizaine d’années et concluant que : « Que les meuniers et les boulangers joignent leurs efforts à ceux des cultivateurs, au lieu de se regarder en frères ennemis ; qu’ils entreprennent en commun des expériences et bientôt, on peut en être convaincu, les questions qui les divisent aujourd’hui recevront une solution conforme à leurs intérêts respectifs, conforme également aux intérêts du consommateur, lequel mérite bien qu’on songe un peu à lui.
- Notes «le mécanique, par M. A. Schubert.
- Les chargeurs automatiques pour foyers de locomotives. Avec les grandes locomotives actuelles on est obligé de charger à l’heure plus de 2500 kg de charbon.; or, ce chiffre est la limite de ce qu’un homme peut charger à la pelle. L’emploi d’un deuxième chauffeur devant être actuellement écarté pour diverses raisons on est obligé d’avoir recours aux chargeurs automatiques.
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- L’auteur décrit divers systèmes appartenant à deux types : le système d’alimentation par en dessous employé par le Pennsylvania Railroad et le système par projection employé sur le Baltimore-Ohio et autres lignes.
- Parmi les premiers, sont les types Crawford, See, et parmi les seconds les types Hervey, Iianna et Standard, Street, Roit.
- Revue «les industries.
- Emploi de la force centrifuge en féculerie, par M. P. Hottin. — On sait que les eaux féculentes laissent déposer la fécule dans des citernes ou sur des plans inclinés, ces fécules brutes, après plusieurs décantations successives au sein de l’eau, sont purifiées ensuite par leur passage dans des essoreuses centrifuges. On a récemment pensé à employer les appareils centrifuges pour recueillir la fécule brute, mais il est nécessaire d’employer des essoreuses spéciales parce que les eaux contiennent des matières albuminoïdes formant des masses gluantes qui bouchent les toiles et empêchent l’écoulement des liquides.
- La note décrit deux systèmes de turbines employées à cet effet, ceux de MM. Benoist et Graillot, construites par la maison Pinette, de Chalon-sur-Saône, et les essoreuses construites par Jahn et Gie, à Arnswalde.
- Ces deux systèmes, très différents par leur construction et leur fonctionnement, reposent sur le môme principe : les eaux féculentes sont traitées par une turbine à paroi pleine ; la fécule se rassemble à la périphérie sous forme d’un lait épais en se séparant des eaux et des impuretés légères. Mais il y a un inconvénient, c’est que la fécule, ôtant sous forme de lait, contient encore une notable proportion d’eaux végétales dont il faut encore la débarrasser.
- Revue «le culture mécanique, par M. Max Ringelmann.
- Nous trouvons dans ces notes : une étude sur la consommation de charbon avec les appareils de cultures à vapeur, la culture mécanique au Maroc, le tracteur Ruston, la culture mécanique et la production du fumier et quelques années de pratique de culture mécanique en Russie.
- SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT POUR L’INDUSTRIE NATIONALE
- Aou t-Septembre-Octobre 1914.
- Le rouissage agricole et le rouissage industriel, par
- M. Albert Durand.
- Les surfaces cultivées en lin en France, d’après les statistiques publiées par le Ministère de l’Agriculture, se divisent en quatre régions distinctes : la Lys, la Bretagne, le Centre et le reste du territoire ; sur un total de 28 000 ha, la région de la Lys compte pour presque 15000 lia.
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- Avant de subir les méthodes spéciales à chaque système de rouissage, le lin est traité à peu près de même manière, quel que soit le centre de culture envisagé; il est arraché, puis mis en petites chaînes, et plus tard en chaîne picarde ou en mont flamand, suivant le cas. L’égrainage se fait, soit au drageoir, soit à la macque, suivant les anciens procédés ; on emploie quelquefois des machines modernes. La paille battue est mise en boujeaux, la façon est toujours partout à peu près la même, le nombre, la nature des ligatures et le poids varient seuls, pendant que la graine est vannée pour être séparée de la poussière. C’est après ces préliminaires que se différencient les divers systèmes de rouissages agricoles.
- La note décrit en détail les divers procédés employés dans les diverses localités, notamment à Courtray où la Lys a mérité son nom de Rivière d’Or. Pour donner une idée de l’importance du rouissage sur cette partie, on peut rappeler que de la frontière française à Grammène sur 75 km, s’échelonnaient, en 1912, 9 690 ballons, alors qu’en 1900, on en comptait seulement 6 552. Le nombre de ballons rouis fut de 45 000 en 1900, 72 000 en 1909, et 80 000 en 1913. La quantité moyenne de .paille mise en œuvre dans ces derniers temps peut être estimée à 120 000 t. D’autre part, un relevé de l’Inspection du Travail, fait au cours de 1913, recense 488 usines de teillage avec moteur actionnant ensemble 8 956 métiers. La valeur totale de ces opérations est d’environ 40 millions réalisés pour 1 /10e avec la filature belge, 2/10 avec les filatures françaises, le restant avec l’Irlande.
- On a cherché à opérer par des procédés de rouissage semi-agricoles, le rouissage se fait dans des ballons analogues à ceux en usage sur la Lys et plongés successivement le temps voulu dans des bassins successifs de dégommage, de rouissage, enfin de rinçage. Ce procédé ne s’est pas répandu et cela pour des causes accidentelles et locales.
- Un autre procédé a reçu quelques applications qui sont toujours en fonctionnement.
- Dans le rouissage industriel, après égrainage, le lin est bottelé automatiquement en boujeaux de 7 à 8 kg dont il faut 150 pour garnir un ballon, sorte de cage en bois de 5 m de longueur, 1,30 de hauteur et 2 m, 30 de largeur.
- Le ballon chargé est immergé, puis, chaque jour, soulevé, retourné et avancé d’une place jusqu’à ce qu’à la fin de l’opération, il occupe la première place à l’arrivée de l’eau. Le routoir contient sept ballons et constitue une véritable rivière artificielle, on dépense 15 m3 par ballon, soit environ 1 250 litres par 100 kg de paille. Le rouissage est complet en sept jours. Ce procédé a donné de bons résultats et va être employé sur une grande échelle.
- Nous terminerons, cet examen en disant quelques mots du procédé Penfuillit basé sur un traitement chimique. On emploie des hydrocarbures sous pression en présence de l’eau. Il est intéressant d’indiquer qu’avec cette méthode, on retrouve dans les eaux résiduaires des gommes de lin dont la vente couvrirait une partie notable des frais.
- Les lignes suivantes, faisant partie d’un rapport présenté en 1851 à Dumas, alors ministre de l’Agriculture et du Commerce, sont toujours d’actualité : « Un immense intérêt s’attache à la solution du problème
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- de la préparation des lins. Si, comme' on en entrevoit la possibilité, l’industrie manufacturière vient à s’emparer de cette branche de travail, elle atteindra une perfection considérable et s’effectuera à des prix inconnus à ce jour. De leur côté, les cultivateurs affranchis de soins minutieux et peu connus du plus grand nombre, pouvant livrer le lin en tiges sans plus d’embarras que n’en donnent le foin et la paille, pourront donner une grande extension à cette culture. »
- lies vernis et enduits à base d’acétate de cellulose, par
- MM. L. Clément et C. Rivière.
- L’emploi de l’acétate de cellulose prend une importance de plus en plus considérable, et tend notamment à remplacer pour les films de cinématographes la nitrocellulose dont il n’a pas la dangereuse inflammabilité. De môme, pour les applications du celluloïd. Une question intéressante qui fait l’objet de cette note est l’emploi des dissolutions d’acétate de cellulose comme vernis et enduits. Ces vernis et enduits sont des solutions colloïdales de l’éther cellulosique dans certains liquides dissolvants organiques.
- Ces liquides doivent remplir certaines conditions ; si on les examine attentivement, on trouve que le tetracliloratane parait remplir toutes les conditions, demandées.
- Les auteurs étudient la fabrication des dissolutions et leurs différentes applications : les pellicules transparentes, l’imperméabilisation des toiles et les toiles rigides et souples, les apprêts sur étoffes, le linge imperméable, les apprêts pour chapeaux, l’enduisage pour papiers, l’imitation des perles fines, la photogravure, les soies artificielles, les isolants électriques, les cuirs artificiels et enfin le caoutchouc artificiel. On voit combien déjà est vaste le domaine des applications du nouvel éther cellulosique ; il augmentera encore, selon toute probabilité.
- Influence du temps de chauffage avant la trempe sur
- les résultats de cette opération, par M. Albert Poitevin.
- L’état physico-chimique, la structure et les propriétés d’un alliage donné et en particulier d’un acier de composition chimique connue dépendent notamment de la température.
- Dans cette note, l’auteur, après avoir cherché à éliminer ou à maintenir constants les differents facteurs et les phénomènes parasites qui interviennent dans le résultat d’une opération du trempe, de façon à isoler l’influence de la durée du chauffage à température constante précédant immédiatement la trempe, a cherché, en s’adressant successivement à l’ensemble des propriétés mécaniques, à la résistance électrique, à l’étude calorimétrique et à l’examen micrographique, à mettre en évidence l’influence de ce facteur et à montrer ainsi :
- 1° Qu’au point de vue théorique, la vitesse de transformation, c’est-à-dire vitesse de mise en solution rapide des éléments constitutifs à température ordinaire de l’acier, est appréciable tout particulièrement par l’étude de la résistance électrique après trempe, cette vitesse de transformation croissant naturellement avec la température.
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- 2° Qu’au point de vue industriel, les propriétés d’un acier trempé dépendent nettement de la durée de chauffage, avant la trempe.
- Tant en raison du phénomène de propagation de la chaleur que des phénomènes de dynamique chimique, le temps apparaît donc comme un facteur primordial de tout traitement thermique, facteur longtemps passé sous silence et encore trop souvent négligé et dont il importait de. mettre le rôle en relief.
- Notes de chimie, par M. Jules Garçon.
- Mode spécial de réaction par simple trituration. — Sur la filtration. — Influence des solvents sur le poids moléculaire. — -Etat actuel de l’industrie de la Cyanamide. — Application du marbre dans l’éclairage.
- Les progrès de la sidérurgie, d’après Sir Robert Nadfield. — Les dan-' gers du ferro-silicium. — Purification du mercure. — Fusions répétées du cuivre. — Inflammation par l’électricité des mélanges gazeux. — Limites d’inflammabilité des mélanges gazeux. — Détermination de l’eau dans un alcool. — Alcool éthylique des résidus de bois. — Action de l’acide chlorhydrique sur l’amidon. — Maltose industrielle. — Valeurs des divers régimes alimentaires. — Propriétés bactéricides des métaux colloïdaux. — Utilisation d’une eau chargée de plomb.
- Notes d’agriculture, par M. N. Hitier.
- Ges notes sont consacrées à l’agriculture belge. Il est intéressant de donner une idée de l’effort gigantesque qu’avait su faire la petite nation belge pour amener son agriculture au très haut degré de prospérité où celle-ci se trouvait dans ces derniers temps.
- La surface cultivée en Belgique s’élève aux 63 0/0 dé la surface totale, et les bois et forêts couvrent 17,6 0/0 de l’ensemble du pays.
- Sur cette étendue relativement restreinte dé terrés arables et de prairies, l’agriculture belge, par l’emploi de méthodes intensives appropriées aux conditions des milieux, arrive à produire en moyenne 4 millions de quintaux de blé, 6 millions de quintaux de seigle, 1 million d’orge, plus de 6 millions d’avoine, $5 millions de quintaux de pommes de terre, et d’entretenir 260 000 chevaux, 1 860 000 de bovidés, 1 360 000 de porcs, etc.
- On comprend que, par le fait même de cette quantité considérable de bétail, l’agriculture belge dispose de larges quantités de fumiers ; il utilise, de plus, les engrais commerciaux sur une large échelle, ce qui explique les hauts rendements obtenus.
- L’exploitation est très divisée, car celles au-dessous de 10 ha forment, à elles seules, 87 0/0 du total, et celles de .10 à 30 lia, 12 0/0 ; enfin, les exploitations au-dessus de 50 forment moins de 1 0/0.
- Les associations agricoles ont joué un grand rôle dans le développement de l’agriculture en Belgique ; parmi elles, la ligue des paysans, le Boerenbond, vient en tète, fondée en 1890 à Louvain; elle a pour triple mission : 1° la défense dés intérêts religieux, moraux et matériels des paysans ; 2° lé perfectiônnement dé la législation agricole, et 3° l’organisation » coopérative de l'agriculture. Elle comptait, ên 1903, 21800 membres et, en 1914, 50 600.
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- On ne doit pas oublier, parmi les facteurs qui ont le plus contribué aux progrès de l'agriculture en Belgique, renseignement agricole qui y existe, tant dans les Instituts et écoles supérieures d’agriculture que dans les plus modestes écoles de campagne, et est complété par des conférences publiques, des écoles municipales, des cours d’adultes, etc.
- Notes de mécanique, par M. A. Schubert.
- Les avaries des tubes de condenseurs. — Essais du bois à la compression. — Procédé de mesure des températures rapidement variables. — Réchauffage à haute température de l’eau d’alimentation de machines de bateaux à vapeur. — Locomotive articulée à trois groupes moteurs de l’Erié R. R.
- Ile vue de culture mécanique, par M. Max Ringelmann.
- Expériences contrôlées de culture mécanique. — Emploi du mazout dans les appareils de culture mécanique. — Application aux Colonies des essais de culture mécanique de Grignon. — Pièces de rechange et outillage des tracteurs et treuils.
- Nous croyons devoir signaler la seconde de ces questions comme présentant un intérêt particulier.
- Le mazout, de provenance roumaine, est un résidu de la distillation des pétroles des bassins de la mer Noire ; c’est un liquide noir et très dense qui peut être employé dans les moteurs à quatre et deux compressions ; il est beaucoup moins coûteux que l’essence minérale ou le benzol, et rendrait de grands services en Tunisie, en Algérie et au Maroc. Les agriculteurs de ces pays, ainsi que les services de l’agriculture, demandent que les appareils de culture mécanique et les moteurs pour actionner des pompes soient établis pour employer le mazout comme combustible.
- SOCIÉTÉ DE L’INDUSTRIE MINÉRALE
- ..Juillet 1914.
- District parisien .
- Réunion du 23 mai 1914.
- Communication par M. Brun d’une note géologique sur ja région «le la Quelaya, près de Melilla (Maroc espagnol).
- Cette région contient des gisements ferrugineux. Trois Sociétés ont fait des travaux suffisants pour pouvoir livrer très prochainement un tonnage appréciable. Ces gîtes sont réunis, par de petites voies de mines et par des plans inclinés, à un raccordement de la voie principale du Nord-Africain, qui va jusqu’au port de Melilla.
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- Il y a également des liions de plomb où les recherches entreprises ont fait reconnaître la présence de plus de 2 à 3 000 t de galène pure, aisée à prendre. On connaît aussi l’existence d’une certaine quantité de calamine de très bonne qualité: 37 0/0. L’auteur ne voit pas de raisons pour qu’on ne trouve pas du cuivre, surtout quand on se rapprochera de la zone des roches vertes magnésiennes vers le sud où il semble, d’après des renseignements, que des gîtes sont déjà connus des Arabes.
- Août 1914.
- District de Saint-Étienne.
- Réujiion du 7 février 4914.
- Communication de M. F. Laur sur le bassin bouiller «les Alpes (Maurienne, Tarentaise et Haute-Isère).
- Le bassin houiller des Alpes, qui s’étend sur plus de 150 kilomètres de longueur, est incontestablement le plus grand bassin de France, et cependant il n’est guère connu que par sa partie sud en Maurienne ; sa partie nord en Tarentaise et dans la Haute-Isère est encore à peu près inconnue. En présence de l’insuffisance notoire de la production du combustible en France, il n’est plus permis de laisser en friche des champs houillers de cette importance.
- L’auteur étudie la géologie générale de ce bassin, l’allure générale des couches et la nature du charbon ; il est toujours anthraciteux, et la proportion des matières volatiles ne dépasse pas 10 à 12 0/0. Un point intéressant est que, dans ce bassin, les couches sont accessibles, la plupart du temps, par des galeries horizontales, sans machines, sans épuisement, sans grisou, c’est-à-dire avec un prix de revient très faible, de sorte qu’on peut produire beaucoup avec peu de main-d’œuvre.
- Pour la Chronique et les Comptes rendus :
- A. Mallet.
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- BIBLIOGRAPHIE
- IIe SECTION
- Constructions navales, accessoires de coque,par M. Edmond,
- Ingénieur delà Marine (1).
- Ce volume est consacré aux installations relatives aux principaux services des bateaux de guerre :
- 1° Apparaux de mouillage, c’est-à-dire les accessoires et installations qui servent à tenir le bateau sur le fond. L’auteur décrit successivement les ancres avec ou sans jas employées par la Marine française, les chaînes et leur mode de jonction, les écubiers, les buttes de mouillage, les chemins de fer, les étrangloirs, les puits aux chaînes.
- Il passe ensuite aux appareils qui permettent de relever les ancres : les cabestans et les guindeaux, et enfin à ceux qui sont employés pour la mise à poste des ancres (bossoirs) .
- 2° Apparaux pour Y amarrage et le remorquage : amarrage dans une rade sur corps mort ou dans un port.
- 3° Installations des gouvernails : effort de l’eau sur le safran. Gouvernails compensés et non compensés. Suspension du gouvernail, sa commandé. Moteurs des barres : à vapeur, hydrauliques ou électriques. Postes de commande : tels sont les principaux points examinés. Le chapitre se termine par le calcul des divers éléments du gouvernail et de ses apparaux de commande. , ê
- 4° Tuyautages de coque : ces tuyautages comprennent un réseau considérable de conduites qui assurent les services suivants : épuisement des grands compartiments (drains), tuyautages d’assèchement, tuyautages de prise d’eau à la mer (pour les services d’incendie, de lavage), tuyautage de noyage des soutes à munitions, tuyautage d’eau douce (potable et non potable).
- 5° Ventilateurs : comprenant la ventilation naturelle (trompes d’arrivée d’air frais, manches d’évacuation d’air vicié), et la ventilation artificielle au moyen de ventilateurs aspirants ou refoulants.
- 6° Embarcations : nomenclature des divers types d’embarcations, leur installation à bord, les moyens de les hisser et de les mettre [à la mer.
- 7° Installations relatives à la puissance militaire : arrimage des munitions dans les soutes, leur transport aux pièces, monte-charges, etc.
- 8° Emménagements relatifs à l’appareil moteur : soutes à charbon, citernes à pétrole, citernes à eau de réserve.
- (1) In-18, 185 x 125 de xvm-300-xii p. avec 116 fig. Paris, Octave Doin et fils, 8, place del’Odéon, 1914. Prix : relié, 5 f.
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- BIBLIOGRAPHIE
- 9° Emménagements relatifs à l’approvisionnement : soutes à vivres, cambuse, cale à eau. 1
- 10° Installations relatives à la navigation : feux de route, signaux, transmetteurs d’ordre, etc.
- 11° Logements : chambres, postes, installation des hamacs et des sacs de l’équipage, tentes, tauds, salles de bains, bouteilles et carreaux, cuisines, boulangerie, chauffage, éclairage.
- L’auteur a donhé les conditions que doit remplir chacun de ces services, si importants, dans la vie du bateau de guerre. Il donne une description souvent un peu brève, en raison du manque de place, des installations les plus récentes, et ajoute dans la plupart des cas un calcul sommaire de l’établissement des principaux accessoires.
- Cet ouvrage ne contient aucun renseignement sur les installations des paquebots et bâtiments de commerce, souvent fort différentes de celle des bateaux de guerre, etc. M. L.
- Ve SECTION
- Quelques Idées américaines modernes sur la formation des ingénieurs, d’après les allocutions aux futurs ingénieurs, éditées par MM. Waddel et Harrington. Extraits parM. André Rabut, Ingénieur civil des Mines. Publiés par le Comité Central des Houillères de France (1).
- Il y a un an, quelques jours avant la mobilisation, un jeune ingénieur des Mines de la Grand’Gombe, le fils de notre collègue M. le Professeur Rabut, mettait la dernière main à un petit volume destiné à nous faire connaître l’ingénieur américain sous un jour bien inattendu pour la plupart d’entre nous.
- Nous en étions à l’ingénieur américain, fils de ses œuvres, sorti de l’atelier où il avait grandi en travaillant de ses mains tout en observant et réfléchissant — mais étranger aux idées générales et abstraites. Et voilà qu’on vient nous apporter des extraits d’une série d’allocutions prononcées dans ces dix dernières années, à l’occasion de diverses cérémonies scolaires, par des ingénieurs et professeurs américains. Ils nous montrent ce pays de praticiens envahi par ces memes prêoccupatiohs qui nous amenaient à protester contre « la crise du français ».
- La nécessité d’une culture générale, les dangers d’une spécialisation prématurée, les avantages résultant d’un travail personnel poursuivi en dehors du cadre étroit d’une science spéciale ; nous trouvons ces idées développéesi en des termes saisissants par des hommes qui ont vécu les expériences qu’ils invoquent.
- L’importance prépondérante des qualités morales, de l’honnéteté professionnelle, de l’énergie et de l’enthousiasme, mais aussi de la
- (1) Un volume in-8°, 225 >< 165 de xiv-142 pages; l’aris, 55, rue de Uhùteaudun.
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- BIBLIOGRAPHIE
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- patience et de la persévérance : ce sont là autant d’affirmations qu’il est bon d’entendre dans la bouche d’hommes qui ont acquis réputation et fortune en restant fidèles aux principes qu’ils énoncent.
- Il nous a paru bon, au Comité Central des Houillères, d’apporter ce faisceau d’arguments à ceux qui, dans notre pays, poursuivent la lutte pour maintenir la haute culture qui seule, comme l’avait si bien dit notre regretté Membre d’Honneur, M. Guillain : « permet d’augmenter le nombre des hommes que la netteté et l’ampleur de leur intelligence, la rectitude et la profondeur de leur jugement, désignent pour diriger les grandes affaires, en créer de nouvelles et maintenir la France au rang que son clair génie a su lui assurer à la tète des progrès des arts et des sciences industriels. »
- M. le Professeur Henry Le Chatelier, dans une préface étendue, a fait ressortir l’œuvre éminemment utile réalisée par André Rabut en groupant les passages caractéristiques de ces allocutions.
- Celui qui avait préparé cet intéressant recueil n’est malheureusement plus là pour défendre ces idées si justes qui lui tenaient à cœur. Il est mort en héros, pour la défense d’une grande et belle cause — pour la Patrie. Il est tombé, le 5 lévrier 1915, à la tète de sa compagnie au Bois de la Gruerié, au moment où les tranchées un moment perdues étaient brillamment reconquises par son régiment.
- Quand des temps meilleurs nous permettront de reprendre la question de l’amélioration des études dans nos grandes écoles, nous trouverons dans le travail d’André Rabut des arguments vécus qui nous aideront à triompher de théories dangereuses par leur apparence scientifique.
- Les vérités qui nous apparaissaient évidentes gagneront à être confirmées par tous ces ingénieurs éminents qui sont venus sans hésiter parler, tous dans le même sens, à leurs jeunes collègues — au jour où ils allaient se disperser pour débuter dans la carrière.
- E. G BU N Eli.
- VIe SECTION
- JLa Portée «le* Projecteur§ «le lmmière Électrique, de
- M. Jean Rev (1). . .
- L’ouvrage de M. Jean Rey, ancien président de la sixième Section de notre Société sur La Portée des Projecteurs de Lumière électrique offre un vif intérêt.
- La portée d’un projecteur varie dans des proportions considérables avec les circonstances.
- Pour déterminer la probabilité d'éclairer efficacement un but désigné,
- (1) ln-8, 255 X 105, de xti-150 pages avec 27 ligures et G planches. — Paris, Berger-Levrault, 5-7, rue des Beaux-Arts, 1915.
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- 436
- BIBLIOGRAPHIE
- avec un projecteur donné, il faut donc tenir compte de l'influence des diverses causes susceptibles de modifier la portée.
- L’auteur s’est attaché à résoudre ce problème délicat.
- En utilisant avec sagacité et méthode les résultats soigneusement colligés durant une longue période, de nombreuses expériences exécutées et contrôlées très consciencieusement, M. Rey a su aboutir à des solutions d’une incontestable utilité pratique.
- Ces solutions, présentées sous la forme si commode d’abaques, faciliteront certainement l’emploi judicieux des projecteurs, dont l’utilisation par nos armées a pris un développement considérable au cours de la guerre actuelle.
- A. Bochet.
- Le Secrétaire Administratif, Gérant, A. de Dax.
- imprimerie chaix, rue bergère, 20, paris. — 7757-5-15. — (lucre Lorilleui).
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- MEMOIRES
- ET c
- COMPTE RENDU DES TRAVAUX
- DE LA.
- SOCIÉTÉ DES INGÉNIEURS CIVILS DE FRANCE
- BULLETIN
- DE
- JUILLET-SEPTEMBRE 1915
- N06 7 à 9
- OUVRAGES REÇUS
- Pendant les mois de juillet, août et septembre 1915, la Société a reçu les ouvrages" suivants :
- Agriculture.
- Animal Irrigation Revenue Report of the Government of Rengal, for thc year 1913-14 (in-4°, 335 X 210 de 110 p. avec illust.). Calcutta, The Bengal Secrétariat Press, 191 5 . 49078
- SiLBKKNAGEL-CiiEiuuÈHE (A. Ph.). — VAgriculture Française pendant la Guerre, par A. Pli. Silbernagel-Gherrière (in-8°, 235 X 155 de 20 p.). Paris, Editions de Technique Agricole Moderne. (Don de l’auteur.) 49089
- Chemins de fer.
- Compagnie, du Chemin de fer du Nord. Assemblée générale du 24 juin 1915. Rapport présenté par le Conseil d'Administration. Résolutions de VAssemblée générale (in-4°, 270 X 210 de 50 p.). Paris, Imprimerie Chaix, 191 5 . 49058
- The Universal Directory of Railway Officiais, 1915 (Twenty-first year of Publication). Compiled from Official Sources under the Direction of S. Richardson Blundstone, Editor of The Railway Engineer (in-8°, 220 X 140 de 679 p.). London, The Directory Publi-shing Company Limited. 49069
- Bull.
- 28
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- OUVRAGES REÇUS
- Économie politique et sociale.
- Arbel (P.). — Rapport général de Monsieur Pierre Arbel, Président du Comité Consultatif Présenté à la Commission chargée de rechercher les moyens de développer les relations commerciales entre la France et la Russie, 7 Mai 1915. Arrêté Ministériel du 10 Mars 1915 (Manuscrit 290 X 220 de 71-2-3-2 pages). (Don de l’auteur, M. de la S.) 49067
- Arbel (P.). — Rapport général de Monsieur Pierre Arbel, Président du Comité Consultatif Présenté à la Commission chargée de rechercher les moyens de développer les relations commerciales entre la France et la Russie, 7 Mai 1915. Analyse des Rapports de t’Extérieur. Procès-verbaux des séances de la Commission. Arrêté Ministériel du 10 Mars 1915 (Manuscrit 280 X 210 de 225 p.). (Don de l’auteur, M. de la S.) 49073
- Chambre de Commerce de Paris. Documents pour servir au développement du Commerce Français dans les Pays Etrangers. 7e Série. Ralie (in-8°, 280 X180 de 28 p.). Paris, Hôtel de la Chambre de Commerce, 1915. (Don de la Chambre de Commerce de Paris.) 49049 Compte rendu des Travaux de la Chambre de Commerce de Paris. Année 1913 (in-8°, 280 X180 dé 831 p.). Paris, Librairies-Imprimeries réunies. 49087
- Enseignement.
- Impérial College of Science and Technology, and City and Guïlds of London Institute. Prospectus of lhe City and Guilds (Engineering) College, Exhibition Road, London, S. W., August, 1915 (in-8°, 215 X 140 de 116 p. avec 1 illust.). 49080
- Impérial College of Science and Technology. List of Past and Présent Stu-dents and Staff serving with his Majesty’s Forces. Issued in May 1915 (in-8°, 235 X 140 de 28 p.). 49081
- Mc GUI University, Montreal. Calendar for session 1915-16 (in-8°, 215 X 150 de lv-445 p. avec 1 pl.). Montreal, Printed by the University, 1915. 49058
- Rabut (A.). — Quelques Idées Américaines modernes sur la Formation des Ingénieurs, d'après les « Allocutions aux Futurs Ingénieurs », Éditées par MM. Waddell et Harrington, Ingénieurs-Conseils à Kan-sas-City. Extraits par André Rabut, Ingénieur Civil des Mines. (Comité Central des Houillères de, France.) (in-8°, 255 X 165 de xiv-142 p.). Paris, 55, Rue de Châteaudun, 1915. (Don de M. Ed. Gruner, M. de la S.). 49070
- Géologie et Sciences naturelles diverses.
- Extraits de Rapports sur le District d’Ungava récemment annexé à la Province de Québec et constituant le nouveau Québec (Province de Québec, Canada, Ministère de la Colonisation, des Mines et des Pêcheries. Bureau des Mines.) (in-8°, 250 X 170 de 225 p. avec illust. et 1 carte géologique). (Don du Ministère de la Colonisation, des Mines et des Pêcheries.) 49071
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- OUVRAGES REÇUS
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- Législation.
- Réunion d’Études en vue de réformer la Législation sur les Brevets d’invention. Protection nationale et internationale des Inventeurs (in-8°, 240 X 155 de 38 p.). Paris, M. Villain et M. Bar, 4915. (Don de M. E. Barbet, M. de la S.) 49055
- Svenska Teknologforeningen. Ledamotsforteckning M. M. Juli 1915 (in-8°, 210X135 de xxii-156 p.). Stockholm, P. A. Norstedt et Sôner, 191 5 . 49072
- Médecine. — Hygiène. — Sauvetage.
- Dupijy (R.). — La Salubrité de l’Habitation Moderne, par le Docteur Raoul Dup'uy (Hygiène sociale.) (in-8°, 240 X 155 de 152 p. avec 80 lig. et un Appendice. Bruxelles, Goemaere, 1914-1915. (Don de M. A. Knapen, M. de la S.) 49002
- Knapen (A.). — Les Conditions d’Hygiène et de Salubrité de l’Habitation Moderne, par M. A. Knapen (in-8°, 235X 155 de 11 p.). Bruxelles, H. Kumps-Robyn, 1915. (Don de l’auteur, M. de la S.) 49003
- Métallurgie et Mines.
- Australasian lnstitute of Mining Engineers. Index lo Papers in the lnstitute's Publications to the end of 1914-. Supplément to Proceedings. N. S. \° 18 (m-8°, 215X140 de 44 p.). Melbourne, 30th June, 1915. 49077
- Du lieux (P. E.). — Les Minerais de fer de la Province de Québec’. Gisements et Utilisation, par P. E. Dulieux (Province de Québec, Canada. Ministère de la Colonisation, des Mines et des Pêcheries. Service des Mines) (in-8°, 250 X 1"5 de 343 p. avec illust.). Québec, E. E. Cinq-Mars, 1915. (Don du Ministère de la Colonisation, des Mines et des Pêcheries.) 49057
- Rapport sur les Opérations Minières dans n la Province de Québec, durant l’année 1914 (Province de Québec, Canada. Ministère de la Colonisation, des Mines et des Pêcheries. Division des Mines). (in-8°, 235 X 170 de 150 p.). Québec, E.-E. Cinq-Mars, 1915.
- 49085
- Navigation aérienne, intérieure et maritime.
- lnstitute of Marine Engineers. Twenly-sixth Volume of Transactions, Session 1914-5 (in-8°, 215 X 140 de cxn-389 p.). 49084
- Laubeuf (M.). — Sous-Marins et Submersibles. Leur développement. Leur rôle dans la guerre. Leur rôle dans l’avenir. Les sous-marins allemands, par M. Laubeuf (in-8°, 255 ';< 165 de 103 p. avec 24 dessins et 24 photographies). Paris, Delagrave, 1915. (Don de l’auteur, M. de la S.) 49056
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- OUVRAGES REÇUS
- Pillet (F.-J.). — Ce que doit faire le Constructeur Naval Pour assurer la vie des Passagers avec les Canots de Sauvetage. Leur arrimage. Leur lancement. Leur construction, par F. Jules Pillet (une brochure 210 X HO de 8 p. avec 5-11 fig.). Paris, Chez l’auteur, 38, Boulevard Garibaldi, Mai 1915. (Don de l’auteur, M. de la S.) 49054
- Physique.
- Maris (E. L.). — Erreur de la Thermodynamique, par Emile Louis Maris (Théorie scientifique moderne de la Constitution de l’Univers. — XY. Erreurs fondamentales de la Science actuelle.) (in-8°, 240 X 160 de 32 p.). Paris, 3, Rue Olchanski (16e), 1915. (Don de l’auteur, M. de la S.) 49066
- The National Physical Laboratory. Collected Researches. Vol. XL 49/4.
- (in-4°, 305 X 230 de 320 p. avec pl.) London, Harrison and Sons, 1914. ~ ' 49064
- The National Physical Laboratory. Collected Researches. Vol. AII. /9/S (in-4°, 305 X 230 de 173 p. avec pl.). London, Harrison and Sons, 1915. 49060
- The National Physical Laboratory. Report for the year Z9/3-/4 (in-8°, 265 X 195 de 144 p. avec 12 fig.). Teddington, W. F. Parrott, 191 4 . 49065
- The National Physical Laboratory. Report for the year I9/4-/S (in-8°, 265 X 195 de 136 p. avec 11 fig.). Teddington, W. F. Parrott, 191 5 . 49061
- Sciences morales. — Divers.
- Timonove (Y.E.). — V.E. Timonove. Erneste Ponttsen (-1838-/9/3). (Izda-nie Institouta Injéniérove Poutéi Soobchtchéniya Imperatora Aleksandra I) (in-8°, 270 X 186 de 7 p. avec une pliotog.) Pé-trograde, A. E. Kollinse, 1915. (Don de l’auteur, M. de la S.)
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- . Technologie générale.
- Annual Report of the Roard of Regents of the Smilhsonian Institution, sho-wing the Operations, Expenditures, and Condition of the Institution for the year ending J une 30, /9/3 (in-8°, 235 X 155 de xi-804 p. avecpl.). Washington, Government Prinling Office, 1914.
- 49050
- Houdry (A.). — Exposition Universelle et Internationale de Gand, /9/3.
- Section Française. Classe ///-B. Section de l’Hygiène, du Matériel Sanitaire, des Appareils et Procédés de Sauvetage. Rapport par M. Abel Houdry. (République Française. Ministère du Commerce et de l’Industrie) (in-8°, 275 >< 185 de 264 p. avec 68 fig.). Paris, Comité Français des Expositions à l’Étranger, 1915. (Don de l’auteur, M. de la S.) 49090
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- OUA'IÎAGES HEÇCS
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- Minutes of Proceedings of the Institution of Civil Engineers; with other selec-ted and abstracted Papers. Toi. CXIX. 1914-15. Part. 1 (in-8°, 215 X 140 de ix-542 p. avec 7 pi. et 1 photog.). London, Published by the Institution, 1915. 49075
- Report of Proceedings al the Annual General Meeting of the Institution of Civil Engineers, held 27 April 1915, and at the Spécial General Meeting held 27 April 1915 and 18 May 1915 (in-8°, 215 X 140 de 48 p.). London, Published bv the Institution, 1915. 49076
- Société des Arts de Genève. Comptes rendus de l’Exercice 1913, Tome XVIII. 4e Fascicule (in-8°, 215 X 140 de 125 p. avec illustr.). Genève, Société Générale d’imprimerie. 49082
- Société des Arts de Genève. Comptes rendus de l’Exercice 1914. Tome XIX, 1er Fascicule (in-8°, 215 X 145 de 94 p. avec illust.). Genève, Société Générale d’imprimerie. 94074
- The American Society of Mechanical Engineers. Transactions. Volume 35. Baltimoore Meeting. New York Meeting, 1913 (in-8°, 230 X 155 de xx-1026 p.). New York, Published bv the Society, 1914.
- 49051
- The Institution of Mechanical Engineers. Proceedings. 1915. January~June (in-8u, 215 X 140 de v-459 p. avec G pl.j. London, S. W., Published by the Institution. 49083
- The John Crerar Library. Nmeteenth Annual Report for the year 1913 (in-8°, 255 X 170 de 74 p.). Chicago, Printed by Order of the Board of Directors, 1914. 49052
- The Journal of the Iron and Steel Institute. Vol. XCL. A01. 1915 (in-8°, 215 X 140 de xx-711 p. avec lxv pl.). London, S. W., Published at the Offices of the Institute, 1915. 49086
- Travaux publics.
- Annual Report of the Chief of Engineers, United States Army, 19/3 (iu-8°, 235 X 150 de 1509-lii p.). Washington, Government Printing Office, 1913. 49053
- Annual Report of the Chief of Engineers, hnited States Army, 1914 (in-8°, 235 X 150 de 1565-li p.). Washington, Government Printing Office, 1914. 49047
- Portevin (P.). — Eludes relatives à la Reconstruction des Villes et des Villages détruits totalement ou partiellement, par P. Portevin (in-4°, 310 X 210 de 3 p.) Mâcon, Protat frères. (Don de l’auteur, M. de la S.) 49088
- Premier Concours pour la Construction d’Habitations à bon marché, 1913. Rapport présenté au nom du Jury, et Recueil des Projets primés. (République Française. Préfecture du Département de la Seine. Ville de Paris.) (in-f° 500 X 400 de 16 p. à 2 col. avec 33 pl.). (Don de la Préfecture de la Seine.) 49068
- Rio de Janeiro, Brazil. Avenida Central, 8 de Março de 1903,15 de Novembro de 1906 (Album 520 X 420 de photog. et pl.). Rio de Janeiro, Marc Ferez. (Don de M. P. de Frontin, M. de la S.) 49079
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- MEMBRES NOUVELLEMENT ADMIS
- Les Membres admis pendant les mois de Juillet à Septembre 1915 sont : Gomme Sociétaires Titulaires, MM. :
- M. Chauvain, présenté par MM. P. Decauville, J. Hersent, G. Hersent. R. Debay, — Darcy, Fèvre, Gras.
- E. Evens, — E. Chevalier, Ch. Chevalier, E. Choua- nard.
- E. Langlois, Ch. Lécuyer, — Couriot, M. Biver, Ch. Biver. — Gauthier-Lathuille, Houdry, Ran- celant.
- R. PlCAUD, A. Pradel, — Groselier, Fougerolle, Barrés. — Groselier, Fougerolle, Barrés.
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- RÉSUMÉ
- DES '
- PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES
- DES MOIS DE JUILLET ET SEPTEMBRE 49IS
- PROCÈS-VERBAL
- DE La"*
- SÉANOE X>TJ 30 JUILLET 1015
- Présidence de M. H. Gall, Président.
- La séance est ouverte à 17 heures.
- Le procès-verbal de la dernière séance est adopté.
- M. le Président a le regret d’annoncer le décès de plusieurs de nos Collègues, MM. :
- E. Bouchacourt, Membre de la Société depuis 1891, Président de la Chambre Syndicale des fabricants de boulons, gérant de ]a Société Bou-chacourt et Gie, fabricant de boulonnerie et ferronnerie.
- H. David, Membre de la Société depuis 1881, Teinturier.
- L. Jaunet, Ancien Élève de l’École des Arts et Métiers de Ghâlons (1858), membre de la Société depuis 1878, ancien Ingénieur de la Maison Edouard Lippmann.
- J.-L. Kister, Membre de la Société depuis 1891, Industriel.
- E. Ménager, Ancien Élève de l’École Centrale (1872), Membre de la Société depuis 1875, Ingénieur Civil.
- S. Merzbach, Membre de la Société depuis 1897, Banquier, Chevalier de la Légion d’honneur.
- D. Stucker, Ancien Élève de l’École Industrielle de Vierzon, Membre de la Société depuis 1901, Ingénieur chef des Services du matériel roulant à la Compagnie des Tramways de Nice et du Littoral.
- A. Tropenas, Ancien Élève de l’École des Arts et Métiers d’Aix (1879), Membre de la Société depuis 1899, Ingénieur Civil.
- J.-B. Vinçotte, Ancien Élève de l’École des Mines de Liège'(1878), Membre de la Société depuis 1886, Administrateur-Directeur de la Compagnie Française des Bronzes phosphoreux Montetiore.
- Sont morts au champ d’honneur, MM. :
- F. Glaizot, Ancien Élève de l’École Centrale (1899), Membre de la Société depuis 1903. Ancien Ingénieur de la Compagnie des Mines du
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- PROCÈS-VERBAL DE LA SÉANCE DU 30 JUILLET 1915
- Boléo, Directeur de la Société des Mines de Huyana Potosi. Missions en Espagne, Colombie, Egypte (enivre, or, etc.). M. Glaizot avait été cité à l’ordre de l’armée et fait chevalier de la Légion d’honneur pour faits de guerre.
- M. Néret, Ancien Élève de l’Ecole Centrale (1909), Membre de la Société depuis 1914, Ingénieur de la Maison A. H ou dry, Travaux publics et particuliers.
- Ch. Renault, Ancien Élève de l’Ecole des Arts et Métiers dé Cluny (1908), membre de la Société depuis 1912. Ingénieur-Chef du Service technique du Matériel roulant des Établissements Baudet et Donon.
- M. le Président adresse aux familles de nos regrettés Collègues l’expression des sentiments de profonde sympathie de la Société tout entière et associe à ses sentiments nos collègues MM. Crolard, Huillard, A. Kreiss et Ch. Lefrançois dont les fils sont morts au champ d’honneur.
- M. le Président félicite au nom de la Société MM. S. Brull et P.-Ch.-A. Hébert qui ont été l’objet de citations à l’ordre du jour, M. Jean Bergeron, fils de notre ancien Président, qui, grièvement blessé, a- été cité une seconde fois à l’ordre du jour de l’armée, et M. Bâclé qui vient d’être nommé Commandeur de l’Ordre de Sainte-Anne de Russie.
- M. le Président remercie chaleureusement trois de nos Collègues qui ont bien voulu apporter leur souscription à notre « Fonds de Guerre ». Ce sont MM. Grosdidier qui a envoyé 500 fr et MM. A. Domange et Robineau qui nous ont remis chacun 100 fr.
- En outre, Mme Néret, veuve de M. Néret, membre de la Société, mort au champ d’honneur, nous a fait parvenir en sou venir de son mari une somme de 100 fr qui a été également jointe au « Fonds de Guerre ». M. le Président l’en remercie au nom de la Société tout entière.
- M. le Président annonce le dépôt de trois plis cachetés remis par des Collègues et qui ont été, selon l’usage, déposés aux archives :
- Dépôt du 3 juillet, par M. Louis Guérin, enregistré sous le numéro 92;
- Dépôt du 30 juillet, par M. Commelin, enregistré sous le numéro 93;
- Dépôt du 30 juillet, par M. F. Guery, enregistré sous le numéro 94.
- M. le Président dépose sur le bureau la liste des ouvrages reçus depuis la dernière séance.
- Cette liste sera insérée dans un prochain bulletin.
- A ce propos, M. le Président signale que notre ancien Président, M. Barbet, en remettant pour la Bibliothèque un exemplaire de la brochure intitulée : « Réunion d’Etudes en vue de réformer la législation sur les Brevets d’invention », a fait savoir qu’il en enverrait un exemplaire à ceux de ses Collègues qui lui en feraient la demande.
- Parmi les ouvrages reçus, M. le Président désire appeler l’attention sur le Rapport général du Comité consultatif pour développer les relations commerciales entre la France et la Russie, rapport qui nous a été remis par le Président de ce Comité consultatif, notre Collègue M. Pierre ArbeL
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- PROCÈS-VERBAL DE LA SÉANCE DU 30 JUILLET 1915
- 445
- M. le Président est heureux de cette occasion de féliciter et de remercier M. Arbel qui, malgré les graves préoccupations que lui causent les événements actuels, s’occupe avec un dévouement et une compétence indiscutables de la préparation de l’avenir économique de notre pays.
- Le Secrétaire de l’Association Valentin Haüy pour le bien des aveugles, dont fait partie notre collègue, M. Grosseteste, nous a fait parvenir un exemplaire d’une brochure intitulée : « Les soldats aveugles et leur réadaptation à la vie utile ».
- Dans cette brochure figure un aperçu des travaux, malheureusement fort restreints actuellement, qui peuvent être exécutés par des aveugles. Mais, l’Association Valentin Haüy a pensé qu’il ne devait pas être impossible de trouver dans l’industrie de nouveaux travaux susceptibles d’être exécutés par des aveugles et elle fait appel dans ce but à la compétence des Ingénieurs et particulièrement des membres de notre Société.
- M. le Président prie donc ses Collègues qui auraient à ce sujet des indications utiles à donner de se mettre directement en relations avec l’Association Valentin Haüy, 9, rue Duroc, qui, sur leur demande, leur enverra la brochure dont il est question ci-dessus.
- M. le Président est heureux de signaler que, en vertu de la loi votée le 2 juin, par la Chambre des députés, la Commission supérieure d’aménagement, d’embellissement et d’extension des villes, * qui sera instituée au Ministère de l’Intérieur comprendra deux ingénieurs délégués par la Société des Ingénieurs Civils de France.
- Il y a lieu de se féliciter de cette mesure qui montre une fois de plus en quelle estime est tenue en haut lieu notre Société et de rappeler que cette décision a été certainement provoquée par les remarquables publications de notre Collègue M. Gacheux qui n’a cessé d’appeler l’attention sur l’importance de la collaboration des Ingénieurs pour l’étude des questions urbaines.
- Avant de donner la parole à M. P. Besson pour sa communication sur VOrganisation et le développement nécessaires de l'industrie chimique et des laboratoires. M. le Président donne la parole à M. Ilillairet qui a demandé à présenter quelques courtes observations sur le procès-verbal.
- M. Hillairet. — J’ai eu le regret de ne pouvoir assister à la dernière séance, et n’ai eu connaissance de la communication deM. Cambon que par le procès-verbal.
- La lecture de celui-ci m’a donné l’impression que M. Cambon comparait l’industrie allemande d’aujourd’hui à l’industrie française d’autrefois, d’il y a trente ou quarante ans.
- Si la communication de M. Cambon n’avait pas franchi les limites de cette enceinte, il n’y aurait eu que demi-mal ; malheureusement, elle a été reproduite par la presse quotidienne qui, si j’eusse été un profane, m’aurait ainsi donné une fâcheuse opinion de l’industrie française.
- Je vais reprendre rapidement quelques paragraphes de cette communication.
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- 446 PROCÈS-VERBAL DE LA SÉANCE DU 30 JUILLET 1915
- M. Cambon prône, chez les Allemands, l’ardeur au « travail, l’orientation méthodique de l’effort, la progression et la diversité de l’enseignement, le calcul incessant de toute opération, du rendement maximum, l’exclusion de l’empirisme, etc. ».
- Je ne vois pas que ce qui précède puisse s’appliquer uniquement aux Allemands ; notre existence d’ingénieurs proteste suffisamment contre cette manière de voir. Les Ingénieurs français n’ont-ils pas créé le calcul de la résistance des matériaux ? Des calculs de tous genres ne sont- ils pas indispensables à l’exécution de nos travaux ? Je n’insiste pas.
- M. Gambon estime que « sans le cataclysme qui secoue notre vieux monde jusqu’en ses fondements, nos industriels et nos commerçants eussent poursuivi leurs tranquilles et médiocres affaires jusqu’au jour où la concurrence allemande les eût exterminés les uns après les autres ».
- Qui de nous, industriels, n’ignorait la concurrence allemande et ne s’en préoccupait ? Si nous n’avons pas ignoré les affaires médiocres, pouvons-nous dire que notre existence s’écoule tranquille ? Combien succombent à la peine ?
- J’ose à peine relever l’appréciation de M. Gambon sur les industries dont le concours est indispensable à la Défense Nationale : c’est les méconnaître que d’en parler avec de tels écarts.
- « La division du travail pour les ouvriers et pour les chefs, l’exécution du travail du jour et la préparation du progrès du lendemain, la documentation par la bibliothèque de l’usine », sont-elles l’apanage exclusif des établissements industriels allemands? Ne les trouve-t-on pas, à des degrés divers, dans nos propres établissements ? Quel chef d’industrie ou Ingénieur en chef n’est obligé de se documenter lui-mème et d’indiquer à son personnel les sources d’une documentation indispensable ? Si notre bagage scientifique et technique tend à s’alléger quelque peu d’un côté, à mesure que nous avançons dans la vie, il s’accroît aussi de l’autre. S’il n’en était pas ainsi, nous serions relégués dans le néant avec nos industries.
- J’arrive au morceau de résistance de M. Gambon : « que dire de l’aménagement de trop de nos usines? Mal situées,encombrées,rapiécées, inextensibles, sans moyen mécanique de manutention, elles fonctionnent pour ainsi dire à bras d’homme... » Malgré la légère restriction du début, un profane ne pourra s’empêcher de voir dans ces lignes le tableau général des usines françaises : faut-il laisser se propager cette impression? ,
- Depuis une trentaine d’années, le nombre est devenu considérable des usines bien aménagées, bien situées et pourvues de moyens mécaniques de manutention : la plupart des usines ne pourraient plus vivre autrement.
- Un pays neuf comme l’Allemagne ne possède guère que des usines neuves, c’est entendu, tandis qu’un pays vieux ne peut pas ne pas posséder encore quelque vieux matériel. Le remplacement de celui-ci ne doit s’effectuer qu’avec mesure, à la balance des besoins et des ressources, sans sacrifier de parti pris ce qui est vieux et encore utile.
- Ai-je besoin de rappeler les belles installations de nos grands établis-
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- sements miniers et métallurgiques, qui ne le cèdent en rien aux installations similaires allemandes? Notre Société ne se souvient-elle plus de la visite aux mines de Lens, dont le courageux directeur, notre ancien Président, M. Reumaux est encore séparé de nous par la colline de Notre-Dame-de-Lorette : de la visite aux mines de Béthune où notre ancien Président, M. Mercier se prodigue depuis tant de mois avec une intrépide vaillance pour assurer la vie de ceux qui l’entourent, malgré un incessant bombardement ; de la visite aux mines et établissement^ métallurgiques de l’Est ?
- Notre industrie du bassin de la Loire, premier fleuron de la métallurgie française, n’a-t-elle pas de longue date poursuivi le développement de son outillage et celui-ci n’est-il pas actuellement dans son ensemble, à la hauteur de la plus lourde des tâches ?
- La construction automobile est-elle la seule industrie française qui soit bien outillée, comme l’affirme expressément M. Cambon?
- Et les autres, dont les produits frappent moins directement les yeux du public ?
- Et le Creusot, notre Creusot national, entourant son glorieux passé d’installations puissantes disséminées en différents points du territoire, et la Société Alsacienne, et Fives-Lille, et la Société des Batignolles, et Gaii, et la Société Franco-belge, et les Forges de Douai, et nos ateliers de wagons, pour ne parler que des constructions mécaniques, les laisserons-nous dans l’ombre du tableau poussé au noir de M. Cambon ?
- Dois-je dire encore une fois que l’Industrie électrique française n'a besoin d’aucun secours de l’étranger, et qu’elle dispose au contraire de moyens d’exécution surabondants, comme je l’ai montré dans une récente communication à la Société d’Encouragement ? Les vétérans de cette industrie, les Gramme, les Sautter-Harlé, lesBréguet sont là pour nous le prouver avec Belfort, Nancy, Jeumont et bien d’autres.
- Enfin, M. Cambon réédite une légende qui, comme toutes les légendes, a son origine dans uue réalité ancienne: « Nous laissons généralement lé client, à qui cela déplaît fort, se débrouiller au milieu des questions de fret, d’assurances, de change, de douane, etc. »
- Encore une allégation inexacte.
- Tout établissement industriel ou commercial français se livrant d’une façon régulière à l’exportation possède très complètement le jeu et les tarifs des frets, des assurances, des changes et des douanes. Rien n’est d’ailleurs plus simple en temps normal : nos clients actuels et nos futurs clients le savent fort bien. Les transits, les ports d’embarquement et les départs de bateaux n’ont plus de mystère pour personne : n’avons-nous pas usé trop souvent au départ d’Anvers d’un pavillon indésirable ?
- Pour les Allemands, les questions de transport et de crédit étaient subordonnées au principe de l’exportation à tout prix : on sait ce qu’en a coûté la mise en pratique excessive. Soyons plus pondérés.
- Nous devons apporter ici des paroles de réconfort et non des paroles décevantes, donnant une fausse impression de la réalité.
- Ne nous frappons pas injustement la poitrine: pour le moment, nous avons un autre but à atteindre.
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- M. Cambon. — M. Hillairet a porté un certain nombre de critiques sur ce que j’ai dit. Je crois que la plupart sont mal fondées. Il faut critiquer ce que j’ai critiqué moi-même, c’est-à-dire la masse de nos concitoyens au point de vue industriel et non pas l’élite qu’il a citée. Si M. Hillairet avait bien voulu lire les livres que j’ai écrits sur l’industrie française, il aurait vu que j’ai précisément cité comme des modèles les maisons qu’il a indiquées tout à l’heure, tandis que j’ai eu l’occasion de blâmer, et je continue à blâmer, ceux qui sont restés dans les errements anciens. Je prétends que la plus grande partie de nos industriels français, je parle surtout des petits et des moyens, sont restés dans les anciennes routines, et je considérerais comme extrêmement dangereux de leur laisser croire qu’ils sont dans le vrai. Il y a, en France, une élite qui agit magnifiquement, mais ce n’est qu’une élite trop peu nombreuse, tandis que la masse est restée continée dans ses vieilles méthodes et dans son empirisme, et je crois qu’il n’y aurait rien de plus fâcheux de la part de la Société des Ingénieurs Civils de France que de leur laisser croire qu’il faut continuer dans la même voie (Applaudissements).
- M. Hillairet. — Ce que vient de dire M. Cambon prouve qu’il n’a pas suffisamment pénétré notre petite industrie, dont la tâche est loin d’être aisée et qui, cependant, grâce à des efforts admirables, arrive à vivre honorablement. Certes, il subsiste encore des établissements défavorisés et critiquables, mais ils ne sont pas la généralité.
- Quand nous serons revenus au calme, nous pourrons indiquer à M. Cambon quelques visites intéressantes à faire dans la petite industrie.
- En ce qui concerne l’avenir et la formation de grandes Sociétés, je m’abstiendrai de toute digression : c’est un autre sujet. Toutefois, dans l’examen de cette question, il faut bien se garder de négliger le sentiment de particularisme qui nous caractérise.
- M. le Président. — Je crois sincèrement qu’il y a un malentendu entre nos deux Collègues, malentendu qui doit pouvoir s’expliquer par un examen plus approfondi des idées qu’ils ont exprimées. J’ai, en effet, fait allusion dernièrement, après avoir entendu M. Cambon, à l’ouvrage très remarquable qu’il a publié sur la région de la Loire que mentionnait M. Hillairet; or je suis heureux de pouvoir dire, ayant pris ce livre presque comme vade mecum de notre voyage à Lyon l’année dernière, que j’ai pu constater à chaque pas combien M. Cambon avait su mettre en valeur, avec talent, les merveilles de l’industrie lyonnaise!' Je l’ai proclamé à la dernière séance. C’est ce qui me fait croire qu’il n’y a entre nos deux Collègues qu’un malentendu qui doit se dissiper.
- M. le Président donne la parole à M. Paul Besson pour sa communication sur Y Organisation et le Développement nécessaires de l'Industrie chimique et des Laboratoires.
- S’il est, dit M. P. Besson, une industrie où les Allemands ont réussi, où ils jouissent d’une primauté et d’un quasi-monopole, c’est bien « l’industrie chimique » ; et, cet état de chose regrettable pour nous provient, non d’une supériorité marquée‘dans la science chimique où
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- l’Allemand n’est pas plus inventeur que dans les autres branches de l’activité humaine, mais des qualités de méthode, de ténacité et d’organisation qu’il possède au plus haut point. Les remèdes pour l’avenir sont à notre portée, il ne tient qu’à nous d’occuper la place qui nous est due. Mais avant d’entrer dans le cœur du sujet, je vous demanderai de reprendre une des nombreuses idées que M. Cambon a présentée et qui domine par son importance tout le débat.
- « L’avenir d’un peuple dépend de l’idéal qu’il s’est proposé et qu’il a poursuivi », nous a-t-il dit. Je partage tout à fait son avis en ce qui concerne la France, qui n’a jamais accompli de grandes choses que lorsqu’elle a été poussée par la force de l’idée; toute son histoire le montre ; même elle avait un tel débordement d’idéal qu’elle avait le besoin de le répandre dans le monde entier. En ..vérité, depuis pas mal d’année, il n’en est resté que des débris cachés sous la cendre et dans ces derniers temps, on pouvait se demander ce qui en subsistait.
- L’Allemagne, par contre, était sans idéal ; seulement, elle avait un but très terre à terre : la conquête du monde, l’impérialisme, qu’elle poursuivait avec son opiniâtreté coutumière.
- Elle avait eu un grand idéal en 1808 au moment du « Tugend Bund » qui s’était exercé contre nous lors des campagnes de 1813, 1814, 1815, puis, en 1848, notre dernière crise idéale avait passé chez elle. Depuis vingt ans, elle faisait au monde entier une guerre économique où elle apportait toutes ses qualités, mais aussi tous ses défauts.
- Un de nos généraux les plus éminents, qui fut un professeur remarquable'à l’Ecole Supérieure de la Guerre, le général Foch, a formulé sous une forme saisissante les conditions morales qui assurent la maîtrise à un peuple :
- « A notre époque, qui croit pouvoir se passer d’idéal ; rejeter ce qu’elle » appelle les abstractions ; vivre de réalisme, de rationalisme, de posi-» tivisme ; tout réduire à des questions de savoir ou à l’emploi d’expé-» dients plus ou moins ingénieux mis en œuvre au jour le jour; nous » ne trouvons encore pour éviter l’erreur, la faute, le désastre qu’une » seule ressource — mais celle-là est sûre, elle est féconde — le culte » exclusif de deux abstractions du domaine moral: le devoir, la » discipline. D’ailleurs, ce culte, pour produire des résultats heureux, » exige le savoir et le raisonnement. »
- On peut assurer que l’Allemagne possédait au plus haut point la discipline, que le sentiment du devoir y était puissant, qu’elle abusait du raisonnement, que le savoir y était honoré. Sans idéal, elle possédait, tout ce qu’il est nécessaire d’avoir pour réussir.
- Gomment la situation se présentait-elle en France ?
- Sous l’action de la philosophie allemande que j’appellerais misosopliie, du rationalisme de Kant et de ses successeurs Fitche, Schelling et surtout de Hegel, tout fut mis en discussion ; patrie, famille, idéal moral, etc. ; les nuées asphyxiantes ont fait leur œuvre, c’est l’histoire d’hier ! Et comme si cela ne suffisait pas, le pessimisme de Schopen-hauer et l’anarchie de Nietzche pervertissaient les esprits.
- Le socialisme idéaliste français de 1848 des Fourrier, Proudhon et Victor Considérant devenait, lui-même, le collectivisme matérialiste de
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- Karl Marx. Qu’une nation soumise à ce régime ne soit pas morte, c’est un miracle !
- Messieurs, le grand réveil d’août 1914 a été comme un vent de purification, l’asphyxie a disparu, les cendres se sont envolées et les tisons se sont de nouveau enflammés.
- Un idéal supérieur a entraîné la nation française ; pour ceux qui n’avaient plus que des droits, il n’y a plus eu que des devoirs ; une discipline librement consentie s’est étendue partout !
- Repoussons, après la guerre, cette pensée allemande qui nous fit tant de mal, ne nous laissons plus séduire par je ne sais quel mirage et par certains articles d’exportation, qui n’auraient jamais dû être appréciés dans le pays de Descartes et de Pascal.
- Il est encore un point, Messieurs, que je vous demanderai d’aborder, c’est la question de l’enseignement secondaire.
- Nous nous sommes laissés abuser après 1870 par une grossière erreur. On a conté que c’était les instituteurs allemands qui étaient les artisans de la victoire.
- C’était vraiment élever leur importance bien haut.
- Je rends un hommage mérité aux nôtres, qui, malgré quelques erreurs et des sollicitations inconsidérées, ont su, cependant, conserver dans les petits cerveaux à eux confiés des débris d’idéal dont nous voyons le grand développement actuel, mais ils n’ont pas le pouvoir dans leur modeste sphère d’influencer la pensée supérieure du pays.
- Ce qui est inexcusable, c’est que l’on ait abaissé l’enseignement secondaire. L’enseignement classique français était certes une très'vieille maison qui avait rendu de grands services ; on lui doit la formation intellectuelle du pays depuis trois cents ans ! Au lieu de réparer la maison, de l’aménager aux nécessités modernes avec art, on a sapé ses fondations, on /l’a tellement bouleversée que c’est à peine si on la reconnaît.
- La culture classique donnait à l’intelligence le sentiment de la mesure et la justesse, l’esprit de finesse si cher à Pascal.
- Sous prétexte de donner des connaissances exactes de bonne heure, on a distribué des notions de tout sans liens et sans réflexions.
- On voit le paysage par une série de petites lucarnes très étroites. Comme le disait mon ancien maître Émile Faguet, « ce sont des lanternes « sur des démolitions ». >
- Messieurs, je vous rappellerai l’opinion de notre regretté et éminent Collègue, M. Guillain, sur ce point. Vous savez que, dans ces dernières années, tant par la plume que par la parole, il a bataillé pour les'études classiques.
- Il y voyait la source de notre grandeur. Je souhaite que notre Société prenne en mains cette question que je ne puis qu’effleurer en ce moment. L’heure est favorable, le grand maître de l’Université, lui-même, défend maintenant les humanités, qui passaient pour réactionnaires.
- Dans le discours préliminaire à son dictionnaire de chimie, Würlz a écrit en 1874 : « La chimie est une science française. Elle fut constituée » par Lavoisier, d’immortelle mémoire. »
- Bien entendu, les Allemands n’ont pas laissé passer cette assertion
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- sans protester avec énergie; et comme ils ne sont jamais embarrassés comme documentation, ils ont immédiatement revendiqué cet honneur pour un des leurs, le médecin Stahl qui vivait au milieu du xvue siècle et qui imagina la théorie de « la Phlogstique ou esprit du feu » qui ruina les vieilles idées des alchimistes ; mais comme cet auteur a écrit cette contre-vérité, démontrée par Lavoisier : « Le poids est chose secondaire et sans intérêt dans l’étude des phénomènes chimiques », nous pouvons considérer la cause comme entendue. C’est Lavoisier qui a établi la base inébranlable de la chimie.
- Pendant de nombreuses années, cette science semble sans attrait pour l’Allemagne ; tant que l’esprit d’intuition et de finesse occupe le premier rang dans les recherches expérimentales, le lourd esprit déductif, même géométrique, de l’Allemand, s’y trouve mal à l’aise ; en cela, il reste conséquent avec son mentor Kant, qui formule dans Les Premiers Principes métaphysiques de la Science expérimentale et de la Nature, « ijue dans toute théorie particulière de la nature, il n’y a de scientifique, au sens propre du mot, que la quantité de mathématiques qu’elle contient » : il en conclut que la chimie, ne pouvant jamais être soumise aux mathématiques, restera une simple doctrine expérimentale et non une science.
- Aussi, à côté des Berthollet, Gay-Lussac, J.-B. Dumas, Laurent Gerhardt, Würtz, nous ne voyons, pouvant leur être comparé, que l’Allemand Hoffmann ; mais vers la moitié du xixe siècle, un autre Allemand de génie, Kékulé imagine les symboles polygonaux qui se prêtent si parfaitement à la représentation des corps organiques. Grâce à cette méthode, on prévoit les réactions ; c’est une branche particulière de la géométrie, Y Analysis silus. On observe les isoméries et les polyméries.
- Pour accroître la chimie organique, l’esprit de finesse a beaucoup moins à faire ; le secours de l’esprit géométrique, au contraire, est chaque jour plus indispensable. Le desideratum de Kant, qu’il considérait comme irréalisable, s’est accompli. L’Allemagne s’empare de cette partie de la chimie, elle s’y adonne avec passion, des milliers et des milliers de composés organiques nouveaux sortent de ses immenses et multiples laboratoires.
- Les sciences collatérales à la chimie doivent également peu de choses à l’Allemagne. La mécanique chimique, qui permet de déterminer l’influence que les circonstances physiques, telles la pression, la température, la concentration plus ou moins grande des solutions, exercent sur la marche plus ou moins rapide, sur l’arrêt, sur le changement de sens des réactions chimiques, a pour auteurs Georges Aimé, Henri Sainte-Claire Deville et ses disciples Henri Debray, Troost, Hautefeuille, Gernez, Pierre Duhem.
- En thermodynamique, nous voyons Moutier, Peslin, l’Américain Gibbs, Berthelot, Le Chatelier, puis les Hollandais, épris d’idée française, Yan der Walls et Van’t Hoff.
- La stéréo-chimie, qui a pour origine les mémorables fravaux de Pasteur sur l’acide tartrique, qui montrèrent la corrélation entre la forme cristalline (Tune substance et la rotation qu’elle impose au plan de polarisation, étend, grâce aux travaux de Le Bel et de Van’t Hoff, à
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- la formule chimique ce que Pasteur a démontré pour la forme cristalline.
- Dès lors, grâce à tout un système de mesures, on peut prévoir ce qui se produira dans des circonstances données. On est assuré contre toute déception.
- Or, prévoir, c’est pouvoir, dil M. Duliem (1), auquel nous empruntons beaucoup de ces passages.
- Aussi, la science expérimentale, lorsqu’elle est devenue déductive, surtout lorsqu’elle est devenue mathématique, est-elle le guide de l’industrie?
- Dès ce moment, pour promouvoir l’industrie, l’esprit de géométrie devra, des principes de la science, faire sortir tous les corollaires qu’ils impliquent, afin que, parmi ces corollaires, l’ingénieur trouve en foule des vérités utiles, des recettes pratiques, des procédés à faire breveter.
- L’Allemand sera dès lors des plus habiles pour mettre en valeur les résultats d’inventions venues d’ailleurs. Il y sera grandement aidé grâce au merveilleux outillage de ses laboratoires et au genre d’enseignement qu’il recevra.
- Nous voilà dès lors amenés à examiner l’enseignement de la chimie.
- Messieurs, M. Victor Gambon vous a dit, la proportion infime de chimistes dignes de ce titre que nous avons en France, 7 contre 250 en Allemagne ; il vous a également indiqué qu’en dehors des Universités,
- y a dans ce pays 13 écoles supérieures techniques, contenant chacune plus de 100 élèves. Toutes ces écoles ne fournissent pas seulement des chimistes, c’est entendu; mais que pouvons-nous mettre pour notre compte dans la balance?
- C’est l’Université qui possède le plus d’élèves en chimie ; or, quel est le pripcipal rôle des Facultés, l’enseignement supérieur ; le professorat y trouve la base de son recrutement.
- Quelques maitres éminents, frappés, il y a un quart de siècle, de la lacune de notre enseignement, organisèrent, grâce au concours de certains industriels, des cours de science appliquée ; c’est ce qu’a fait à Nancy, en 1887, M. le professeur Haller ; à Lyon, le professeur Raulin ; à Paris, le professeur Friedel,etc.Ces maîtres, avec des moyens très faibles, sont arrivés à organiser un enseignement pratique. On ne peut pas dire que leurs efforts aient reçu à l’origine le concours de l’Université, qui prétendait que leur enseignement tendait à abaisser le niveau des études supérieures en introduisant des contingences d’ordre commercial indigne d’elle !
- Quelques années auparavant, M. Lauth avait fondé en 1882 l’Ecole de Physique et Chimie de la Ville de Paris, qui, sous sa direction, celle de Schutzenberger et celle deM. Haller, a su conserver, avec un niveau scientifique élevé, un caractère nettement industriel.
- Ce dernier caractère n’est pas absolument aussi net dans la plupart des Instituts de Chimie appliquée rattachés aux Universités ; peu à peu certains professeurs de science pure ont subi la tendance qui les ramenait à renseignement plus théorique que pratique.
- Il sera nécessaire à mon avis d’avoir un enseignement double, une
- (1) La Science allemande, par Pierre Duhem,. membre de l’Institut, Professeur à l’Université de Bordeaux.
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- véritable École supérieure de Chimie appliquée où les anciens élèves de la Faculté des Sciences, ayant reçu une instruction technique suffisante, et les élèves des grandes Ecoles, pourront venir compléter leur instruction, comme à l’Ecole Supérieure d’Electricité, et au-dessous de cet enseignement, les Ecoles et les Instituts actuels très développés comme installation et améliorés comme recrutement.
- Il est vraiment affligeant de voir où l’Institut de Chimie appliquée de l’Université de Paris avait ses laboratoires ; ceux de vous, Messieurs, qui connaissent la masure croulante de la rue Michelet, peuvent mesurer en quel estime était tenu l’enseignement de la chimie en France ! J’ai beaucoup fréquenté,'il y a quinze ans, l’École de Physique et Chimie ; le laboratoire où Curie a fait ses magnifiques travaux était une glacière l’hiver, une serre l’été ; l’eau y pénétrait de tous côtés. Les bâtiments construits, il n’y a pas plus de viqgt ans cependant, rue Cuvier, comme annexe de la Faculté des Sciences, furent insuffisants dès l’origine.
- Il en est malheureusement presque toujours ainsi en France; on ne prévoit jamais la croissance et l’extension.
- Je souhaite que, dans les Instituts en question, certains industriels professent à côté des maîtres actuels et que ces derniers, par une collaboration féconde avec l’industrie", tout en améliorant leur situation matérielle, puissent connaître de plus près les nécessités de l’industrie. C’est par une pénétration réciproque de la Science et de l’Industrie que l’Allemagne a développé sa force économique.
- La découverte scientifique est de grand mérite ; mais celui qui met au point un procédé nouveau n’a pas moins de mérite car il a besoin d’un travail soutenu et de connaissances générales, souvent très étendues, dans des branches variées que souvent l’inventeur ignore.
- Si le reproche que j’ai adressé aux pouvoirs publics de ne pas avoir compris l’importance du haut enseignement technique est fondé, il n’est pas moindre que celui que l’on peut faire à l’industrie elle-même, qui, malheureusement, ne se libère pas d’un empirisme d’un autre âge.
- Bien des fois, les usines traitant chimiquement des corps ne possèdent pas de chimistes.
- Dans certaines tanneries, on prépare les cuirs comme il y a cent ans et si, par hasard, on adopte un nouveau procédé, on est tout étonné de voir que ce qui marchait en tel lieu ne marche pas en un autre, parce que les données du problème ne sont pas les mêmes.
- On fait les émaux de céramique souvent sans contrôle et au petit bonheur ; le verre, les vernis, la peinture, etc.
- Je connais certains fabricants, utilisant de grandes quantités de produits chimiques et qui demandent des produits présentant un aspect physique particulier, sans savoir pourquoi, prétendant que si le produit est amorphe, il ne peut remplir le même usage que s’il est cristallisé ; l’un et l’autre devant en fin de compte être dissous dans l’eau. Le produit amorphe, étant plus concentré, pourrait être utilisé sous un poids plus faible et amènerait une réduction importante dans le prix de revient.
- Parfois, les cristaux de soude sont acceptés exclusivement alors que le carbonate Solvay serait meilleur !
- C’est que le laboratoire de contrôle fonctionne rarement; si on en
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- possède, c’est le parent pauvre relégu’é dans un coin de l’usine, on lui demande de se faire oublier en coûtant le moins possible.
- Il ne contrôle, quand il en est capable, que quelques parties de la fabrication ; il voit rarement des ensembles.
- M. le professeur Haller a reçu des demandes de chimistes ou de garçons de laboratoires : capables de faire des dosages !
- Le reproche que je viens de faire ne s’adresse pas simplement aux industries chimiques ; combien avons-nous de grandes industries qui ne contrôlent ni leur charbon, ni l’eau, ni les huiles qu’elles emploient par tonne, et qui, pour n’avoir pas voulu faire une faible dépense, se trouvent en présence de réfections de grilles, de chaudières ou de machines, qui coûtent des centaines de mille francs.
- M. Victor Cambon a rendu un juste hommagè à l’industrie automobile française qui occupe une place tout à fait remarquable dans le monde.
- Que ne doit-elle à nos collègues et amis Lumet et Guillet qui, chacun dans sa sphère, ont coûduit à la meilleure utilisation de toutes les matières. On est en présence ici non simplement d’un laboratoire de contrôle mais d’un laboratoire de recherche. Ce type est encore bien moins fréquent en France.
- L’Allemagne en possède à profusion ; il en est de grands comme de véritables usines qui reçoivent, sous le contrôle des maîtres les plus éminents, une foule d’étudiants se pliant pour débuter à des besognes les plus infimes. Ces jeunes gens cherchent à obtenir le titre envié de Doktor, grâce- à la préparation de Y Inaugural Dissertation, mince thèse qui doit couronner leur œuvre. Le Herr Prof essor leur a distribué une part infime d’une tâche plus vaste, chacun apporte à l'oeuvre son travail sans chercher à se faire valoir. Un document s’ajoute à des milliers d’autres. Les industriels qui subventionnent le laboratoire profitent de ses découvertes et ils savent intéresser les inventeurs dans les bénéfices de leurs exploitations.
- Une des principales raisons qui ont permis en Allemagne le développement des grands laboratoires de recherche* vient de la concentration de grands capitaux dans une môme industrie. En France, nous sommes très individualistes et nous sommes en présence de beaucoup de petites industries qui, au lieu de se grouper et d’améliorer leurs conditions de fabrication, cherchent au contraire avec une sotte vanité à se concurrencer vis-à-vis de la clientèle intérieure, sans avoir l’air de se préoccuper môme de l’exportation.
- On a écrit de nombreux factums sur le mérite des industries familiales ; à mon avis, ces industries doivent disparaître peu à peu et seule la coopération et la constitution d’organismes puissants permettra la lutte à armes égales contre l’industrie allemande et l’industrie du nouveau monde. Procéder autrement, c’est se vouer au désastre.
- Seule, la grande industrie est capable d'organisation ; elle seule peut asssurer le salaire régulier et rémunérateur, la vie matérielle meilleure, à la classe ouvrière.
- La question des logements à bon marché, des cités-jardins, des hôtels populaires prend une importance croissante dans nos préoccupations.
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- Ce que la grosse industrie, comme celle des mines et de la métallurgie, a fait, nous montre l’avenir.
- Et c’est l’avenir de la race qui en dépend, Messieurs ; la question de l’alcoolisme a été traitée par M. Cambon de façon remarquable; soyez convaincus que le meilleur recrutement du fléau vient du logement sinistre où l’ouvrier ne rentré qu’à la dernière extrémité, après de multiples stations dans les assommoirs de la rue qui le ramène de l’usine. C’est encore le logement qui est cause de la tuberculose et de la prostitution, qui rongent la classe ouvrière. Je voudrais aussi que l’ouvrier célibataire puisse trouver dans un cercle, un lieu de réunion agréable.
- Messieurs, n’oublions pas après la guerre actuelle que nous avons une dette morale envers les humbles. C’est grâce à eux que le pays a été sauvé ; ils ne prolongent pas la patrie comme nous dans le passé et dans l’avenir; ils vivent du présent seulement. Leur sacrifice est donc beaucoup plus grand que le nôtre.
- Une des causes principales de l’extension de l’industrie chimique en Allemagne vient des publications extrêmement nombreuses qui paraissent en la matière; et de la place que les Allemands tiennent dans les Congrès internationaux ; ils s’y pressent en foule, les documents qu’ils apportent sont innombrables. Tous ne sont pas originaux, c’est très certain ; l’Allemand est un pillard intellectuel ; mais peu importe, il arrive souvent que nos propres nationaux se font inconsciemment les propagateurs de faux en attribuant sans contrôle à tel ou tel auteur allemand un travail qu’il n’a fait que reprendre. Quoi d’étonnant alors que l’Allemand fureteur ne s'empresse d’enregistrer le document où il se voit attribuer un titre auquel il n’a aucun droit.
- Môme actuellement, on voit s’étaler dans la presse française ou anglaise les plus grossières erreurs. On y lit que l’Allemagne, grâce au mérite de ses chimistes, vient de faire telle ou telle découverte scientifique admirable, digne de Wells. Hier, c’est la fabrication de l’aluminium en partant de l’argile ordinaire ; aujourd’hui, la fabrication du soufre tiré du plâtre ; demain, la glycérine extraite du lard, pourquoi pas du foie gras. Tout cela est connu, archi-connu ; le mérite de ces traitements est de coûter les yeux de la tête, mais il n’y a rien de sensationnel. La vérité est suffisante telle qu’elle est ; c’est grâce à son industrie chimique que l’Allemagne a pu, depuis un an, assurer à son armée ce que lui est nécessaire comme explosifs et poudres.
- Nous nous trouvons donc amené à examiner les industries utilisant les sous-produits tirés de la houille.
- Industrie des matières colorantes et des explosifs. — Il y a quelques années, M. le professeur Haller, membre de l’Académie des Sciences, a fait, dans le Nord et le Pas-de-Calais, une série de conférences pour engager les industries houillères à collaborer à la constitution d’une grande industrie utilisant les sous-produits de la distillation de la houille. La fabrication du coke métallurgique, du sulfate d’ammoniaque et des goudrons recueillis en bloc sembla suffisante aux Compagnies minières, et la propagande du professeur Haller n’eut aucun résultat pratique.
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- Comme nous l’a dit M. Cambon,, nous ne récoltons pas un dixième du million de ton nés de goudron que l’Allemagne fabrique et cette dixième partie, nous ne la distillons pas. 11 faudra donc que les Compagnies minières collaborent à l’industrie, non seulement en organisant partout la récupération mais encore la distillation des goudrons.
- Nous ne serons pas dans une situation plus mauvaise que l’Allemagne, si nous avons le benzol, le toluol, le xylol, le phénol, la naphtaline, etc., tirés de notre propre sol ; car nos sociétés minières exploitent remarquablement leurs concessions.
- La seconde matière indispensable à ces industries est l’acide azotique ; sur ce point, nousui 'avons pas une situation défavorable. L’acide azotique est tiré du nitrate de soude provenant du Chili que nous avons dans les mômes conditions à Dunkerque que les Allemands par Anvers ou Hambourg. Je ne m’arrêterai pas aux fabrications synthétiques par les procédés Iiaber-Ostwald, qui sont bons en temps de guerre quand le prix de revient importe peu et que l’on peut consacrer 1 kW-heure pour obtenir 50 gr d’acide azotique.
- Les grandes usines allemandes, comme les Badische Anilin und Soda Fabrick, Casella et Cie, Meister Lucius Brunig, Bayer, etc., sont au nombre de dix; leur capital-actions et obligations se monte à 200 millions de francs, leurs réserves dépassent ce chiffre : on peut admettre que près de d’un demi-milliard est engagé dans cette industrie. Le matériel et les usines peuvent être considérés comme à peu près amortis; la plupart de ces usines fabriquent d’autres produits chimiques, acides, alcalis, sels, matières pour explosifs, produits pharmaceutiques, etc.
- Ces usines ont une longue pratique de leur industrie, possèdent une armée de chimistes, dont les appointements sont élevés;des professeurs des Universités reçoivent parfois plus de 100 000 marks.
- Tous ces collaborateurs sont intéressés systématiquement dans leurs recherches. Les laboratoires et les installations sont richement dotés et possèdent un matériel très perfectionné. Les chimistes ont une bibliothèque très complète et des études bibliographiques tenues avec une régularité parfaite. Les couleurs sont utilisées dans des usines spéciales où des chimistes coloristes recherchent le meilleur mode d’emploi.
- Un office de brevet s’occupe de tout ce qui concerne cette partie, prise de nombreux brevets, leur défense ; méthode pour tourner le brevet étranger, si cela est nécessaire.
- Parmi les milliers de brevets pris chaque année, il y en a très peu qui servent en vérité et un petit nombre seulement donne de gros bénéfices.
- C’est le rouge congo qui a fait la fortune de Bayer, comme le noir naphtol, celle de Casella et le ponceau, celle de Meister Lucius.
- Ce qui assure le bénéfice de ces grosses affaires, c’est l’utilisation méthodique et complète de tous les produits. Rien n’est abandonné au hasard ; souvent tel sous-produit devient par une préparation spéciale un produit pharmaceutique donnant de gros profits.
- Les Allemands ont créé des succursales un peu partout : rien qu’en
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- France, ils possèdent six usines exploitant soi-disant le brevet français mais servant surtout de dépôt.
- Je n’en médirai pas, puisque certaines des usines séquestrées au début de la guerre ont pu assurer, en se développant, la préparation de certaines matières explosives nécessaires à notre armée.
- M. le Ministre de la Guerre a bien voulu reconnaître la collaboration apportée par l’industrie à la défense nationale. L’heure n’est pas venue d’écrire cette histoire, mais le jour viendra où on pourra lui rendre la justice, qui lui est due, de même qu’on pourra établir les responsabilités de certains.
- Les représentants des fabriques allemandes étaient de véritables chimistes coloristes, visitant très régulièrement la clientèle, lui montrant les qualités de ses articles et lui faisant la démonstration à l’usine. Au besoin, ils fournissaient le chimiste nécessaire, le directeur, etc. C’était un encerclement complet où les concours étaient rétribués à leur juste valeur. Il devenait impossible de sé libérer.
- Comme je l’ai dit, pour que l’industrie en question réussisse en France, il faut nécessairement avoir le concours des Sociétés minières et l’associer aux teinturiers consommateurs de produits que l’on assurera de cette manière contre la hausse des matières colorantes. Car il sera nécessaire de frapper le produit allemand d’un tarif prohibitif, certains demandent même une interdiction absolue d’entrée. La période de transition sera difficile, car une grosse industrie, comme celle-ci, ne se montera pas en un jour, même si elle se rattache aux fabriques existant actuellement.
- En Angleterre, on parle de constituer une Société au capital de 2 millions de livres, par actions de 1 livre, la moitié du capital étant fournie par l’Etat pour vingt-cinq ans moyennant un intérêt de 4 0/0; l’Etat fournirait en sus 100 000 livres pour l’établissement d’un laboratoire spécial de recherche.
- A mon avis, il sera nécessaire en France de constituer une organisation de même puissance ; je suis convaincu que ïe personnel technique se trouvera facilement avec la collaboration de MM. Haller et Noelting, directeur de l’Ecole de Mulhouse, dont l’éloge n’est plus à faire.
- La seule vente en France assurera un bénéfice rémunérateur en attendant l’exportation.
- Quoi qu’il en soit, il est inadmissible qu’après la guerre nous puissions rester tributaires de l’Allemagne pour les teintures et pour les explosifs.
- Pour ce qui est des explosifs, nous ne voyons pas comment notre pays, s’il n’avait bénéficié de la liberté des mers, aurait pu recevoir les matières qui lui faisaient absolument défaut.
- Industries médicales. Produits ‘pharmaceutiques. — Nous sommes tributaires de l’étranger de la plupart des médicaments organiques, tirés de la houille, pour la même raison qu’il a été dit précédemment.
- Les grandes usines allemandes ont su isoler, dans ces vingt dernières années, un très grand nombre de médicaments nouveaux et qui, grâce
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- à une publicité parfaitement organisée, ont bénéficié d’une vogue considérable.
- Les Allemands ont su donner à ces médicaments des noms faciles à retenir et indicateurs souvent de l’emploi. C’est ainsi que la formine française qui devait son nom à son origine est devenue, outre-Rhin, l’urotropine si usitée dans les maladies du rein. Les antithermiques comme l’antipyrine ou le pyramidon cachent des composés organiques à nom barbare et que ni le médecin, ni le client n’eussent jamais retenu.
- Par une aberration vraiment extraordinaire, en France, l’exercice de la pharmacie est réglé par des décrets datant de l’ancien régime et par la loi de 1803. Je n’ai pas besoin de vous dire que ces réglementations ne cadrent plus avec rien.
- Au moment où ils ont été rédigés, le pharmacien fabriquant tous ses médicaments, son 'officine était une petite usine rudimentaire où il faisait de la chimie. A l'heure qu’il est, le pharmacien ne fabrique plus ses médicaments, il se borne à les débiter et à préparer quelques ordonnances.
- Les écoles de pharmacie n’enseignent pas l’industrie concernant la profession.
- Dans la préparation des médicaments, le chimiste industriel a sa place indiquée; il les fabriquera spécialement dans certains cas ou les obtiendra comme sous-produits dans d’autres. C’est ainsi que les grandes maisons allemandes Merck ou Bayer fonctionnent.
- A côté de ces usines, des laboratoires très importants procèdent à des essais conduits systématiquement sur les animaux et ensuite dans les hôpitaux.
- La mise au point d’une préparation comme le 606 d’Erlich, a demandé des travaux de plusieurs années, conduits par des opérateurs nombreux ; ils ont coûté plusieurs millions. Ce genre d’étude est particulièrement décevant, car le nombre des échecs est très grand ; seules des Sociétés possédant de grands capitaux peuvent se le permettre.
- Nous devons pouvoir fabriquer chez nous tout ce qui nous est nécessaire. Nos opérateurs savent travailler, sinon peut-être avec autant de patience que l’Allemand, mais avec plus d’intelligence.
- L’Institut Pasteur a une situation admirable ; rien n’empêche de réussir ailleurs aussi bien qu’il l’a fait pour les vaccins et les sérums.
- J’ai déjà montré l’effort de publicité que les Allemands font par le livre, la brochure ou par le Congrès scientifique.
- Cette propagande atteint certainement son épanouissement le plus grand dans les Congrès médicaux. Souvent le travail scientifique ne cache que l’exploitation commerciale ; les Allemands sont passés maîtres dans le lancement du médicament, et en France, nous nous sommes faits les collaborateurs de ces exploitations. Quand un médicament venait d’Allemagne, il possédait pour certains toutes les qualités, et pour rien au monde, on n’eût voulu accepter le même produit, connu sous un autre nom, même à prix inférieur !
- Je citerai ici un cas bien typique qui montre la parfaite organisation commerciale allemande. Ce cas concerne l’industrie du radium, dont je vous parlais encore il y a moins de deux ans.
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- L’industrie du radium est surtout française; en dehors de l’usine appartenant au Gouvernement autrichien, et de quelques usines américaines, qui, jusqu’ici, ont eu plus de bonne volonté que de succès, il n’y a que la production française. Les quelques usines allemandes, qui ont travaillé le produit de 1900 à 1910, y ont renoncé après beaucoup de déboires.
- Les grands travaux médicaux ont été faits en' France avec des moyens rudimentaires : les principaux ont été exécutés, comme je vous l’ai dit, par le docteur Dominici et son école.
- Lors du Congrès médical de Londres tenu en avril 1913, les Allemands sont arrivés avec des quantités d’observations qui n’étaient que la copie des travaux de Dominici dont certains étaient antérieurs de cinq ans. Quoi qu’il en soit, les Allemands remplirent le Congrès de leur encombrement, il n’y en avait plus que pour eux.
- Immédiatement après, un mouvement, dont l’empereur prit l’initiative, . s’empara du pays ; les souscriptions par cent mille marks étaient faites partout : municipalités, gouvernement, hôpitaux particuliers apportaient des fonds qui dépassèrent plusieurs millions.
- C’était à qui aurait du radium pour le traitement du cancer ; des Instituts à la fois commerciaux et scientifiques se créaient un peu partout. La concentration de toutes ces demandes s’est faite dans des Sociétés, qui se fondèrent principalement à Charlottemburg.
- En peu d’années, le résultat eut été le suivant :
- Tous les travaux sur le radium eussent été faits en Allemagne, qui, seule, eût possédé le corps par quantité importante.
- Le marché du radium eût passé entièrement entre leurs mains et peu après l’industrie eût fait de même.
- Dès ce moment, pour pallier à cela, nous avions décidé de développer notre fabrication de façon que les Allemands n’en puissent absorber qu’une fraction.
- Malheureusement, en France, les Instituts anticancéreux brillent par leur absence, et seuls quelques initiatives privées permettent la poursuite des travaux médicaux.
- Pour terminer cette question, je ne dirai qu’un mot des eaux minérales.
- La France est mieux pourvue que l’Allemagne en eaux minérales, nous possédons une gamme beaucoup plus riche et beaucoup plus variée. Nous avons des sources sulfureuses infinies, des bicarbonatées fortes à haute thermalité qui n’ont pas de similaires, etc. Les Allemands ont su attirer plus de monde et surtout une clientèle plus riche dans leurs stations thermales, grâce à un ^aménagement scientifique des cures; ils sont arrivés à. faire de l’eau un accessoire et à traiter n’importe quelle maladie dans les établissements de physiothérapie. Espérons qu’après la guerre, le snobisme ne conduira plus les foules dans les stations de cure, d’outre-Rhin et que, par ailleurs, les stations françaises sauront dans certains cas améliorer leurs installations.
- Ce snobisme, Messieurs, j’en ai déjà parlé pour le médicament allemand ; je pourrai encore vous montrer son désastreux effet.
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- Ce sont les alcaloïdes fabriqués en France, achetés en bloc en Allemagne et revendus à très haut prix.
- C’est le verre optique fabriqué par Parra-Mantois à Paris, taillé en France, mais surtout à léna chez Zeiss et connu dans le monde entier.
- On a fait, en France, du papier filtré qui valait le papier allemand et qui n’était pas plus cher, que le Bohême ou le Saxe et qui valait tout autant que le véritable. Ces initiatives n’ont pas reçu les encouragements qu’elles eussent mérités.
- Nos industriels sont très ingénieux, ils cherchent à fabriquer bien, mais leurs moyens financiers sont toujours limités. M. Cambon vous a parlé des Etablissements de Crédit ; leur principale fonction a été le drainage des économies françaises à l’Étranger. Les fonds qui leur étaient confiés devaient pouvoir facilement se mobiliser, disait-on ; ce qui s’est passé en août dernier montre suffisamment ce qu’il fallait en .penser !
- En dehors du crédit, une des conditions indispensables du commerce et de l’industrie est la facilité des transports.
- Aucun reproche ne peut être adressé à nos grandes Compagnies de Chemins de fer; elles fonctionnent admirablement et si, à un moment, par je ne sais quel crainte, elles ont interdit le transport du chlore liquide, elles sont revenues sur cette interdiction mais que dire des Compagnies de Navigation; je me bornerai pour elles à citer deux 'affaires personnelles.
- L’une faisait des difficultés les plus grandes pour consentir au transport de chlorure de calcium destiné à dessécher des magasins à poudres du port de Bizerte ; elle soutenait que le produit était dangereux ; après de longs pourparlers, tout s’arrangea, la Compagnie croyait avoir affaire, non à du chlorure mais à du carbure !
- Une autre agit exactement de la même manière pour de l’acide citrique et de l’acide tartrique destinés à l’Égypte ; cette dénomination d’acide l’épouvantait !
- Soyez assurés que des Compagnies allemandes n’eussent fait aucune difficulté et vous eussent immédiatement indiqué le prix du fret !
- Il me reste maintenant, avant de terminer ce trop long discours à vous parler de l’État et j’éprouve une hésitation à le faire.
- La fable des grenouilles qui demandent un roi, revient à ma mémoire ; si nous possédons un soliveau, allons-nous demander un roi qui se remue.
- Gardons le soliveau en exigeant qu’il ne devienne pas un bâton dans les roues, comme il arrive quelquefois.
- Que l’Etat laisse l’initiative privée s’exercer librement, qu’il l’encourage, rien de mieux, mais qu’il se garde d’agir lui-même; je crains plus son action que son inaction.
- Faciliter la production de la richesse, c’est dans son rôle. Ne pas monopoliser maladroitement ; ne pas faire des adjudications inconsidérées, laisser utiliser l’alcool dans l’industrie en franchise, c’est de la bonne finance ! Mais surtout, demandons à l’État d’être à tout le monde et non à quelques-uns, qu’il recherche tout\ ce qui unit et non ce qui divise,
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- qu'il se souvienne que les Français peuvent avoir des noms différents mais qu'ils sont en somme de la même famille !
- La tâche sera rude, Messieurs, n’en doutez pas ; M. Cambon ne vous l’a pas caché ; mais ce pays a donné la preuve au cours de la présente guerre de son énergie et de sa patience, il continuera d’être digne de ses fils qui versent leur sang pour lui, de ces femmes qui viennent apporter leurs consolations et leurs soins maternels dans les hôpitaux, de ces hommes qui, comme M. Cambon et d’autres que. je vois ici s’arrachent à leur douleur et poursuivent leur tâche. Il n’aura aussi, Messieurs, qu’à se souvenir de son histoire la plus glorieuse qui soit au monde, il n’oubliera pas que c’est lui qui a creusé Suez, percé le Mont-Cenis* conçu Panama, qu’il eût également exécuté en des temps meilleurs; il a donné naissance à Pasteur, qui à lui seul vaut plus que 93 intellectuels d’outre-Rhin et suffit à faire pardonner à la science tout le mal qu’on commet grâce à elle ; s’il a eu dans le temps un Bugeaud conquérant et pacificateur, il possède aujourd’hui le général Lyautey.
- Cette union, nous l’aurons, car le pays l’exige, et si quelque mauvais , berger, porteur d’un brandon de discorde, soufflait la haine et la désunion, nous nous tournerions alors vers les tombes trop tôt ouvertes en poussant ce cri splendide dont on nous parlait naguère: Debout les morts! Ils sont là pour que la France vive !
- M. le Président. — Quelqu’un demande-t-il la parole sur la communication de M. Besson ?
- M. Barbet. — Avec beaucoup de raison, M. le Président a dit tout à l’heure qu’il y avait un malentendu entre M. Y. Cambon et notre ancien Président M. Hillairet. Le voici, le malentendu : c’est que M. Cambon est venu développer, devant des ingénieurs français, des critiques qui sont surtout d’ordre commercial. Que les méthodes commerciales de nos industriels soient souvent critiquables, surannées, trop timides, il y a beaucoup de vrai là-dedans. Mais, glissant sur la pente dangereuse de la généralisation, M. Cambon a versé dans la critique de la technique elle-même, de ce qui est le rôle de nos ingénieurs. Halte-là ! M. Hillairet a cité une longue liste d’industries dont l’outillage et dont les procédés techniques n’ont rien à envier, tant s’en faut, aux industries similaires allemandes. ' . *
- Qu’il me. soit permis de faire la même revendication pour les grandes industries agricoles, dont je me suis 'fait l’avocat à cette tribune il y a quelques années. Nous pouvons saluer, aujourd’hui, la présence au bureau de M. Léon Lindet, Président de la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale, ancien Président de l’Association des Chimistes de Sucrerie et de Distillerie. Il serait particulièrement qualifié pour attester que ces deux industries françaises ne craignent pas les comparaisons. Leurs méthodes techniques, leur minutieux contrôle chimique de toutes les opérations, leurs appareils qu’elles doivent presque uniquement au génie français, l’utilisation rationnelle et complète de tous leurs sous-produits, tout cela est irréprochable au point de vue industriel.
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- Seules, les méthodes commerciales diffèrent totalement de celles de l’Allemagne. Nos industriels ont beau se syndiquer pour la défense de certains intérêts corporatifs, ils restent néanmoins d’irréductibles individualistes et s’acharnent à concurrencer leur voisin pour l’achat des matières premières, pour la main-d’œuvre, pour la vente de leurs produits.
- En Allemagne, au contraire, comme je le disais il y a six ans, et comme je le répétais encore ces jours derniers, chaque industrie forme un faisceau absolument homogène et constitue, pour ainsi dire, une unique maison de production et de vente, dont tous les efforts se tournent contre l’industrie étrangère.
- M. Gambon est complètement dans le vrai lorsqu’il dit : « Ce défaut » de solidarité dans les efforts est une de nos principales faiblesses. » Ainsi, l’étroitesse de vues qui consiste, pour nos maisons de com-» merce, à ne voir de rivaux que dans la maison d’en face doit céder » devant de plus vastes conceptions. Le moment est venu de s’unir » avec la maison d’en face pour marcher ensemble à la conquête des » marchés extérieurs. »
- Voilà bien la grande différence de méthode et de mentalité entre les deux nations !
- N’y a-t-il qu’à louer et à imiter entièrement les principes directeurs qui ont donné aux Allemands une force écrasante ?
- J’ai répondu d’avance, dans 1a. séance du 18 décembre dernier, en disant de l’Allemagne : « Le gouvernement n’a pas hésité à fausser les ressorts de la concurrence internationale au profit de son pays, en jetant dans la balance l’arme, quelque peu déloyale, dès cartels et des drawbaclts. »
- Arme déloyale en effet, car elle permet à une industrie étroitement trustée de jeter chez les étrangers le trop-plein de sa production à un prix souvent très inférieur au prix de revient. La Conférence des Sucres à Bruxelles a montré que les pays étrangers pouvaient appliquer des moyens de défense efficaces contre cette déloyauté internationale. Mais, si beaucoup de nos industries ont succombé, c’est parce qu’elles n’ont pas pensé à se défendre ; elles ont été prises au dépourvu.
- Le cartel, au point de vue des principes supérieurs, présente aussi un grave danger qui doit être stigmatisé : il endort l’industrie dans les douceurs du « moindre effort ». Pourquoi écouter l’inventeur qui promet un meilleur produit, une économie de main-d’œuvre et de combustible ? Pourquoi se donner le souci d’étudier, de changer, de dépenser pour installer un outillage nouveau ? N’est-on pas maître du marché, maître du bénéfice ”? Alors, à quoi bon ?
- Cet écueil, réel dans un pays qui se contente trop souvent de son marché intérieur, est beaucoup moindre en Allemagne, parce que l’objectif est toujours tendu vers la domination des marchés étrangers. L’inventeur est bien accueilli dans l’industrie allemande, parce qu’elle ne veut négliger aucun moyen de surpasser l’industrie française, et parce qu’elle est assez riche, grâce à sa cohésion, pour ne pas regarder à des frais d’expérience destinés à enrichir toute la corporation.
- De toute cette discussion il faut'donc conclure que la défaite d’un
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- certain nombre de nos industries n’est pas imputable au génie civil français, mais aux différences de méthodes commerciales.
- Au lieu de faire de l’individualisme féroce de voisin à voisin, nos industriels doivent faire de l’union sacrée ; ils doivent solidariser leurs intérêts et obtenir des moyens de défense efficaces contre des drawbacks et contre des coalitions commerciales qui devraient être déclarées contraires au droit international.
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- M. Cambon. — Je remercie M. Barbet, qui a remis les choses au point. Je crois que je ne pouvais pas trouver une meilleure confirmation de ce que j’ai dit que les paroles qu’il vient de prononcer, et j’en voudrais extraire particulièrement un mot, qu’il n’a pas prononcé, mais qu’il avait, je pense, sur les lèvres: celui d’organisation. Ce qui fait la force des Allemands, — je le répète, et je le répéterai toujours, et c’était tout au long dans la communication que je viens d’entendre — c’est l’organisation ; c’est par là qu’ils ont triomphé, et c’est par suite de manque d’organisation que nous pâtissons.
- Depuis la dernière communication que j’ai faite, j’ai reçu, à cet égard, deux à trois cents lettres la concernant ; elles montrent, d’une façon évidente, qu’il se fait en France, en ce moment, une série d’efforts pour le relèvement de notre industrie, ce qui prouve bien qu’elle a besoin d’être relevée, et l’on voit dans toutes — et rien qu’à les lire, car il en est d’extrêmement intéressantes, et nous aurions là matière à plusieurs communications — que les efforts sont faits sans coordination les uns avec les autres. Nous avons à l’heure actuelle, dans toutes les grandes villes de France, un grand nombre de personnes qui veulent reconstituer l’industrie française, la restaurer, l’organiser, et qui ne trouvent pas d’organisation.
- Il faut un centre à cette organisation, il lui faut un lien commun ; il lui faut un organisme qui serve de crible à toutes les idées qu’on émet, car il y en a de très intéressantes, mais aussi beaucoup d’absurdes et d’irréalisables.
- Tous ceux qui présentent des idées, qui ont une bonne volonté évidente, ne feront rien de bon, si on les laisse aller chacun de leur côté. Vous l’avez dit vous-même à la dernière séance, Monsieur le Président, ce ne sont pas des efforts qui s’harmoniseront ; ce sont des efforts qui se contrarieront les uns les autres.
- Il serait donc bon que, dans notre Société des Ingénieurs civils de France, il y ait une section ou une commission — appelez-la comme vous voudrez — à laquelle pourront s’adresser tous ceux qui cherchent leur voie. Je crois qu’il est dans les attributions de la Société des Ingénieurs civils de France, plus que dans celles de toute autre société, de faire cet effort, c’est-à-dire de guider les volontés un peu chancelantes ou plutôt trébuchantes, car elles ne savent pas très bien où elles, veulent aller. Il faudrait qu’elles trouvent un conseil à la Société des Ingénieurs civils de France. Ce n’est pas un programme que j’expose ; c’est un désir que je manifeste, car il ne semble pas qu’après les discussions de la dernière séance et d’aujourd’hui nous puissions rester sur ces questions sans conclure et sans agir.
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- Un de mes correspondants écrivait : « Vous allez peut-être sourire de ce que je vous dis, mais au commencement, il n’y avait pas le Verbe, il y avait l’Action », et c’est par là qu’il terminait la lettre dans laquelle il me parlait du relèvement de notre industrie.
- Nous avons eu le Verbe dans les dernières séances. Aujourd’hui, je vous demande de commencer l’Action. (Applaudissements.)
- M. le Président. — Je répondrai d’abord à M. Gambon en lui disant simplement que si quelques-uns d’entre vous ont des vœux à formule? dans cet ordre d’idées, ils veuillent bien les communiquer au bureau qui les mettra en discussion au Comité et verra dans quelle mesure il est possible d’en tenir compte.
- Je ne saurais oublier que j’ai à remercier notre collègue M. Besson de la communication qu’il nous a faite et de la façon brillante dont il, a traité plusieurs parties de son sujet.
- Je voudrais d’abord m’associer à l’hommage qu’il a rendu â la mémoire de M. Guillain. J’ai été particulièrement à môme, je l’ai dit, d’apprécier la haute influence qu’il, a eue sur l’industrie française et il est de ceux auxquels aucun reproche ne saurait être adressé.
- Je crois qu’à propos des questions d’organisations auxquelles il a été fait allusion, on s’est trompé sur l’interprétation des sentiments de M. Gambon. Il n’y a pas eu de sa part, j’en suis convaincu, une idée quelconque de méconnaître le très haut mérite des techniciens français ; il a pu regretter purement et simplement que, par suite d’absence d’organisation dans certains cas, on n’ait pas tiré tout le parti souhaitable. Il est évident que ceux d’entre nous qui savent que les premières découvertes de l’industrie des couleurs d’aniline ont été faites en France, ont déploré que nous n’ayons pas pu conserver le premier rang dans cette industrie et que nous l’ayons vu passer ailleurs. Quand nous avons procédé à l’examen des raisons pour lesquelles il en avait été ainsi, nous avons pu voir que c’était justement et uniquement parce que les questions d’organisation n’avaient pas été suffisamment étudiées, mais il est certainement loin de la pensée de ceux qui ont pris part à cette discussion de diminuer en quoi que ce soit les très grands efforts faits par les ingénieurs et savants français.
- M. Besson insistait particulièrement tout à l’heure sur la négligence que l’on pouvait constater en ce qui concerne l’emploi du charbon, et certainement un étranger qui aurait pu entendre sa communication aurait pu penser que, d’une façon générale, nous manquions de soin dans l’utilisation du combustible. Je crois pouvoir dire que ce reproche n’est peut-être pas très exact et que nous avons entendu ici même, dans les descriptions très remarquables faites au sujet de la création des belles centrales électriques que la France possède, dire que rien n’a été négligé pour la production de la vapeur et pour l’obtention, à Paris même, de résultats qui n’ont été surpassés nulle part. Je crois que nos grandes installations de production de la vapeur sont au-dessus de toute critique et méritent les plus grands éloges. Nous avons un peu l’habitude de nous calomnier ; nous faisons actuellement un examen de conscience qui est tout à notre honneur, mais comme l’a dit si justement M. Hillairet, il ne faudrait pas que, pàr des extraits qui ont été faits par
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- des personnes qui n’ont présenté la question que sous un seul jour, on puisse diminuer l’elfort qu’a fait notre pays et qui mérite la plus haute considération.
- On a dit tout à l’heure que les professeurs allemands, comme Conseils des grandes industries allemandes, ont trouvé un tel appui auprès de ces industries que cela a permis de les développer. C’est parfaitement exact, mais, comme je le disais à la dernière séance, je suis heureux de déclarer qu’une des conséquences de cette guerre a été justement un très grand rapprochement de toutes les énergies latentes en ce pays, et je ne saurais laisser passer le mot un peu sévère pour certaines Administrations que M. Besson a prononcé. Je crois qu’elles ont pu pécher par timidité, comme beaucoup de nos organisations actuelles, dans le passé, mais j’ai pu voir presque jour par jour l’effort réalisé depuis le commencement de la guerre, et je dois dire que je suis stupéfait de la transformation qui s'est opérée et des résultats obtenus. Tout récemment, le Ministre de la Guerre a groupé les directions des différents services techniques du Ministère ; il a fait appel aux jeunes professeurs, aux représentants de l’enseignement, aux membres de l’Institut, et... aux Ingénieurs, et il résulte de cette collaboration des effets qui, je l’espère, se feront sentir bientôt; là encore, la leçon a porté. Elle était peut-être nécessaire, mais nous pouvons être justement fiers des résultats obtenus.
- M. Besson a fait allusion à la question des transports par eau, et je crois que notre Société peut s’associer à ce qu’il a dit. Il est parfaitement exact que les Compagnies de Transports par eau, et peut-être autrefois les Compagnies de Chemins de fer, ont eu peur des produits chimiques et ont quelquefois entravé de grandes et intéressantes industries. C’est encore une des raisons pour lesquelles nous n’avons peut-être pas encore dans notre pays la situation que nous devrions, avoir.
- Les questions traitées aujourd’hui, questions extrêmement complexes, ont fait l’objet de « conférences extrêmement intéieesantes à la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale, dont le Président, M. Léon Lindet, a bien voulu nous faire l’honneur d’assister aujourd’hui à notre séance. Je vous engagerai beaucoup à prendre connaissance de tout ce qui a été dit dans ces conférences ; nous y avons notamment enregistré une conférence remarquable de M. Iiillairet sur les industries électriques, et je crois que l’étude des monographies qui .ont été publiées à cette occasion, pourra également éclairer beaucoup le débat.
- Il me reste, mon cher Collègue, à vous remercier sincèrement de votre belle et éloquente communication (Applaudissements).
- M. Léon Lindet, président de la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale. —Le noble titre que notre Société porte depuis 113 années l’oblige à encourager, au cours de la guerre et surtout après la guerre, toutes les initiatives faites en vue de remplacer par des produits français les trop nombreux produits allemands et austro-hongrois qui envahissaient progressivement le matériel de nos usines comme l’étalage de nos magasins.
- Pour réaliser cette substitution, il s’agissait tout d’abord de faire
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- l’inventaire de ce que l’importation des pays ennemis nous fournissait et de ce que notre production était .-capable de livrer.
- Nous avons pour cela suivi deux directions : d’une part, nous avons institué une série de quinze conférences qui ont été faites dans le premier semestre de l’année 1915 ; les unes ont porté sur des sujets d’ordre économique, les autres sur des sujets techniques, et nous avons examiné suc-
- des machines-outils, de la verrerie de laboratoire, des produits pharmaceutiques, des parfums de synthèse, des matières colorantes tinctoriales, des jouets, des fournitures photographiques, etc., peuvent être réalisées par l’Industrie française. Toutes ces conférences ont été insérées dans notre bulletin et tirées à part.
- Nous sommes entrés, d’autre part, en relations avec les Chambres syndicales et nous leur avons demandé ce qu’elles pensaient de la situation actuelle et future de l’industrie qu’elles représentent. Vingt-deux de ces Chambres nous ont adressé des réponses fort intéressantes, . nsérées également dans notre bulletin et nous ont promis de rester en conversation avec nous. Tout à l’heure, M. Cambon parlait de la nécessité décentraliser les efforts ; il me semble que ces Chambres syndicales sont les organismes tout désignés pour accomplir cette centralisation. Leur gérance est rendue aujourd’hui difficile par la mobilisation qui les a souvent privées de leurs Secrétaires et quelquefois même de leurs Présidents ; mais leurs Bureaux se reconstitueront après la guerre, et reprendront leur activité.
- De notre côté, nous avons la ferme intention de poursuivre notre oeuvre au delà de l’inventaire auquel je viens de faire allusion. Nous signalerons dans notre bulletin, encouragerons par des prix et des subventions, toutes les initiatives qui constitueront même les plus modestes victoires de l’industrie française sur l’industrie ennemie. Ce n’est pas en interdisant sous une forme quelconque, les produits austro-allemands que nous les empêcherons de rentrer en France ; c’est en fabricant aussi bien que nos ennemis, au même prix et en garantissant la fabrication française par la marque syndicale.
- Mais, Messieurs, nous ne sommes pas des particularistes et ne demandons qu’à unir nos efforts à ceux que vous faites de votre côté. Renseignons-nous les uns les autres, soutenons-nous dans la grande lutte économique qui s’ouvrira au lendemain de la guerre. Notre Société a toujours eu les relations les plus amicales avec la vôtre et nous avons la bonne fortune que votre éminent Président soit membre de notre Conseil d’administration.
- M. Cambon. —Je désire remercier M. Lindet.de ce qu’il vient dehire. Il me semble que rien ne serait plus utile que la Collaboration de la Société des Ingénieurs civils de France aux travaux de la Société d’En-couragement pour l’industrie nationale.
- M. le Président. — Je remercie beaucoup M. Lindet de son intervention dans la discussion et des paroles si cordiales qu’il nous adresse au nom de la Société d’Encouragement pour l’industrie nationale. Nous
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- sommes quelques-uns qui faisons partie de son Comité et savons toute la valeur de la sympathie qu’on y témoigne aux représentants de la Société des Ingénieurs Civils de France. Nous sommes particulièrement sensibles à sa présence parmi nous ce soir et serons heureux de le voir souvent au milieu de nous.
- Avant de lever la séance, M. le Président signale qu’il a reçu de MM. S, Périssé et'E. Cacheux deux lettres se rapportant à la communication de M. Cambon.
- L’heure avancée ne permettant pas la lecture de ces lettres, elles sont reproduites ci-après :
- « Saint-Cloud, le 27 juillet 1915.
- » Monsieur le Président,
- » Voulez-vous bien permettre à un des membres de la Société, qui y » est entré il y a cinquante-cinq ans, de lui présenter quelques consi-» dérations à joindre à la discussion qui va être ouverte le 30 courant, » sur la magistrale communication de notre éminent collègue, M. Victor » Cambon.
- » Il importe, en effet, que cette discussion soit aussi large et étendue » que possible. Il n’en peut résulter que des avantages et pas d’incon-» vénienls, la Société n’étant pas responsable des opinions de ses » membres, même dans la publication de ses bulletins.
- » Pendant lés cinquante premières années de son existence, la plu-» part des communications faites à la Société ont été suivies d’une » discussion, parfois longue et animée, qui a apporté la critique et sou-». vent la lumière sur les points traités. Il n’en est plus de même depuis » la division du Comité en six sections. Je ne puis me l’expliquer, je le » constate. Il n’y a presque plus de discussions,. Notre salle est devenue » une salle de conférences. Quoi qu’il en soit, elles ne comprennent » plus de questions se rattachant au § 4 de l’article 2 des statuts. » « Poursuivre par l'étude des questions d'économie industrielle, d’adminis-» i[ration et d'utilité publique,, l'application la plus étendue des forces et des » richesses du pays ». C’est en vain que j’ai demandé, au moment de la » refonte des statuts et du règlement, qu’une section fût désignée pour » les questions concernant le § 4 sus-copié. Il a paru meilleur de laisser » au Comité le soin de renvoyer, à toute section qu’il jugera conve-» nable, l’étude des dites questions. • .
- » Au moment de la grève des mineurs en 1902, j’ai étudié un régime » de paix sociale dans lequel les trois éléments de la production, capital, » travail intellectuel, travail manuel, seraient associés et solidarisés. » Mon mémoire a été renvoyé par le Comité à la IVe section qui n’a » pas autorisé la présentation à la Société.
- » Mon étude a reçu une publicité plus grande avant la fin de la » désastreuse grève, grâce à l’obligeance du grand journal Le Temps » qui a mis à ma disposition ses colonnes de première page, pour une » lettre signée, résumant cette première étude de paix sociale. Plus tard, » en 1909, la même étude, étendue aux diverses industries, a fait l’objet » de trois lettres insérées dans les numéros des 7%9 et 11 septembre du
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- » même journal qui a bien voulu les présenter à ses lecteurs sous le » titre: « La Paix dans l'Industrie ». J’estime que c’est devant notre » Société, où toutes les industries sont représentées, que cette grande » question, toujours à l’ordre du jour, aurait dû et devra être discutée, » car les ingénieurs sont les intermédiaires naturels entre les capita-» listes et les ouvriers dans une entreprise industrielle.
- » Il a fallu la guerre pour nous éveiller et nous faire étudier les » questions d’administration publique et d’économie industrielle.
- » M. Émile Barbet nous a présenté un mémoire signalant des défec-» tuosités de la loi de 1844 sur les brevets d’invention et les réformes » qu’il y aurait lieu d’y apporter. Une discussion des plus étendues » dans laquelle les voix les plus autorisées se sont fait entendre, a » occupé trois de nos séances.
- » La discussion qui va s’ouvrir sur l’expansion industrielle à la suite » du remarquable mémoire de M. Victor Gambon, et sur l’organisation » et le développement nécessaires de l'industrie chimique qui va faire » l’objet de la communication de M. Paul Besson, sera des plus profi-» tables pour l’avenir de l’industrie française dont elle stimulera les » initiatives et les progrès, au lieu de rester stationnaire surtout dans » ses procédés, ainsi que l’a constaté M. Victor Gambon.
- » Cette discussion va, espérons-le, appeler l’attention de nos pouvoirs » publics que tiennent en mains la destinée du commerce et de l’in-» dustrie. Il faut absolument arriver à un régime, dans lequel les » intérêts de l’État et ceux de l’industrie et du commerce seront solida-» risés, dans lequel les études et les efforts seront convergents et coor-» donnés.
- » Dès le début de la guerre, l’Administration, confiante dans la puis-» sance de ses moyens d’action, n’a pas voulu faire appel au concours » de l’industrie privée pour la fabrication des armes et des munitions. » Ce concours a été accepté, depuis déjà longtemps, et il produit de » bons résultats.
- » Il n’est pas sans intérêt, pour la plupart des membres de notre » Société, de dire ce qui a été fait, en 1870, au moment de l’investisse-» ment de Paris (1). Le Gouvernement de la Défense nationale, à peine » installé, a fait appel aux Ingénieurs civils, pour remplacer les officiers » d’artillerie et du génie, enfermés dans Metz ou prisonniers en Alle-» magne. Une Commission du Génie Civil, aidée par les principaux indus-» trtels, a prêté au ministre Dorian un précieux et dévoué concours » dans plusieurs branches de la défense, notamment dans la fabrication » des armes et des munitions. C’est à l’usine Laveissière à Saint-Denis » qu’a été inauguré le nouveau mode de fabrication du bronze à canons. » Après avoir fondu quelques pièces de 7, se chargeant par la culasse, » système de Reffie, d’après les errements de l’artillerie dans les pays » européens, à l’exception de la Prusse, qui avait adopté le canon » d’acier, les industriels ont fait les essais et l’analyse du métal avant » d'aller plus loin, et ils se sont aperçus que le bronze officiel, réputé » supérieur, était inférieur, à tous les points de vue, au bronze des
- (1) Voir le mémoire de M. J. Gaudry : La. Société des Ingénieurs civils pendant le siège de Paris (Bulletin de Septembre 1893, page 251).
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- » pièces de nos machines. MM. Laveissière ont alors proposé, à la Com-» mission du Génie Civil, d’apporter trois modifications aux règles » administratives : 1° fondre en coquille au lieu de fondre dans un » moule en sable, afin d’éviter la liquation de l’alliage métallique ; >. 2° placer la pièce la culasse en l’air, au lieu de la placer en bas ; » 3° surmonter la pièce d’une masselotte grosse et peu haute, au lieu » de la masselotte réglementaire, plus petite, mais très haute, placée » sur la bouche. Par ces deux dernières modifications, la meilleure qua-» lité du métal était au point où la pièce est soumise à la plus forte » pression des gaz.
- » C’est ainsi que le bronze à canons parisien a été créé. Il a fait sen-» sation à l’Exposition de Vienne en 1873 ; il a été adopté par le Gou-» vernement austro-hongrois, de préférence à l’acier, sur la proposition » du général Uchatius, qui a durci l’âme de la pièce par un mandrinage » de son invention. Les essais du canonja’ont été. satisfaisants qu’après » l’adoption du mode de fabrication inventé et appliqué par le Génie » civil français, en moins de quatre semaines. C’était un exemple à » citer de la puissance de l’initiative privée, en France, quand elle n’est » pas entravée ; l’accord le plus parfait a régné, en effet, entre le » ministère de la Défense nationale et le Génie civil.
- » Je vais retenir quelques passages du mémoire de M. Gambon pour » en signaler l’importance et y ajouter quelques considérations. Le pays » ne doit pas attendre la fin de la guerre pour étudier ce qu’il y a à » faire et pour s’organiser en vue de la lutte industrielle qui succédera » à la lutte par les armes.
- » L’enseignement technique doit être développé par l’Etat dès la fin » des hostilités pour être, dans quelques années, doté par le Parlement » de crédits d’une importance relativement égale à ceux de l’Allemagne » et de la Suisse. Depuis plus de vingt ans, des efforts ont été faits, » sans succès, par les trop nombreux Ministres du Commerce et de » l’Industrie, devant leur Collègue des Finances et devant la Commission » du Budget de la Chambre des députés.
- » L’apprentissage professionnel par l’Etat a été discuté dans le Par-» lement sans qu’une décision intervienne. Avec M. Cambon, je ne le » regrette pas parce que des fonctionnaires seraient incompétents. Il » faut donc que l’Etat n’intervienne que pour donner des subventions » et que les industriels, syndiqués par profession, ou les municipalités, » avec le concours des manufacturiers de la région, prennent en main » cette difficile question de l’apprentissage professionnel pour la solu-» tionner au mieux.
- » La plupart de nos usines ne se tiennent pas au courant de ce qui » se fait chez leurs concurrents étrangers en vue d’adopter les nouveaux » procédés. Elles devraient être mieux outillées ; il faudrait remplacer » les anciennes machines-outils par les nouvelles plus perfectionnées » produisant un meilleur travail ou diminuant le prix.de revient. Pour » cela, il faut des capitaux, beaucoup de capitaux que les Etablissements » de crédit français.préfèrent exporter pour leur plus grand profit: » « Suggérons donc à nos financiers de.regarder un peu moins et à nos Büll 30
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- » industriels de regarder un peu plus au delà de nos frontières. » Le » rôle de l’Etat pourrait s’exercer en dégrevant les capitaux prêtés à » l’industrie française et en surchargeant ceux destinés à l’étranger.
- » Les commerçants français ne vont pas assez dans les pays étrangers » où nos produits ne sont pas demandés, parce qu’ils ne répondent pas » aux goûts et aux besoins des acheteurs dont nos industriels devraient » être avisés par nos commerçants. Nos agents consulaires ont déjà » apporté dans ce but leur précieux concours que l’Etat doit encore » et toujours développer.
- » Il n’est que trop vrai que, depuis déjà longtemps, le législateur » français obéit fréquemment à des préoccupations tout autres que celle » de soutenir et de protéger les affaires économiques du pays. Le souci » de l’intérêt général disparaît trop souvent devant celui de protéger les » intérêts particuliers.
- » De son côté, l’Administration française a professé un mépris systé-» matique de la compétence chez les fonctionnaires. Avant tout, il faut » caser le protégé; de plus, elle s’est ingéniée à supprimer leur respon-» sabilité par la complexité des règlements et par la multiplicité des » formalités.
- » Il faut donc absolument changer et simplifier les règlements. Trois » signatures responsables valent mieux que les treize signatures irres-» ponsables de T Administration centrale actuelle. Il faut mettre à la » tète des services des hommes nouveaux pour faire appliquer les nou-» veaux règlements.
- » Les administrations publiques ont à la tête des bureaux des hommes » honnêtes et distingués, mais incompétents dans les affaires commer-» ciales, industrielles et autres; Ces chefs sont parvenus à leur poste » en s’élévant progressivement dans leurs fonctions au ministère. Com-» ment pourraient-ils participer à la bonne gestion d’affaires dont ils » ignorent les détails et les besoins, lesquels se modifient au fur et à » mesure des progrès accomplis. Une règle devrait être établie que, » sauf de rares exceptions, les directeurs et les chefs des principaux » bureaux dans les ministères ne devraient pas sortir des rangs. Il » faudrait que le ministre responsable aille les chercher au dehors, » parmi les spécialistes expérimentés et compétents ayant fait aussi » leurs preuves d’autorité bienveillante, mais ferme, envers leurs » subordonnés. Il importe, en effet, de ne pas maintenir l’inertie,
- '> l’indolence et la lenteur de notre bureaucratie. Le directeur, respon-» sable vis-à-vis du ministre de la bonne gestion de son département, » aurait toute autorité sur ses subordonnés ainsi que le pouvoir d’exer-» cer des sanctions pouvant aller jusqu’à la révocation pour ceux qui,
- » décidément ne feraient pas leur devoir. Chaque fonctionnaire devrait » être responsable dans ses fonctions comme cela se passe, aux divers » échelons, dans les grandes maisons commerciales ou industrielles.
- » En un mot, il faut créer et étager les responsabilités, afin de modifier » de fond en comble notre bureaucratie compliquée et irresponsable.
- » S’il en était ainsi, le nombre des employés de nos administrations » publiques diminuerait puisqu’on demanderait à chacun plus de
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- » travail et plus de temps;, mais leurs appointements seraient aug-» mentés dans une telle proportion que les crédits alloués, au lieu d’être » diminués, seraient suffisamment augmentés.
- » Les directeurs seraient maintenus le plus longtemps possible dans » leurs fonctions, sauf à les y retenir par des avantages au fur et à » mesure des services rendus. Dans les ministères techniques dont cer-» tains chefs ne pourraient pas être pris en dehors de l’administration, » leur avancement hiérarchique se ferait sur place, avec avantages » spéciaux, sans quitter les fonctions dans l’exercice desquelles ils, se « seraient distingués.
- » En un mot, nos administrations publiques devraient être gérées, » comme le sont les grands établissements industriels, commerciaux, » financiers ou autres. Dans ces conditions, les affaires publiques pro-» gresseront ; les questions économiques seront sérieusement étudiées » et solutionnées : la prospérité de notre commerce, de notre industrie, » de notre agriculture reviendra lentement, mais sûrement, parce » que tous les effets convergeront vers un même but : la prospérité de » notre belle France qui défend, en ce moment, avec honneur, la Vérité, » le Droit et la Justice.
- )> Je suis, Monsieur et cher Président, votre bien dévoué Collègue.
- » S. Périsse,
- ancien Vice-Président de la Société.
- » Mon Cher Président,
- Paris, le 30 juillet 1915.
- » Vous avez levé notre dernière séance en disant qu’en France les » efforts se neutralisent trop souvent et ne s’additionnent pas.
- » Je ne puis qu’appuyer cette réflexion en faisant remarquer que » notre Société pourrait rendre plus de services à notre pays qu’elle le » fait actuellement, si nous tirions parti, pour atteindre ce but, des » éléments dont elle dispose. Elle est composée d’un grand nombre de » membres, très occupés, mais qui, néanmoins, ne refusent jamais leur » concours quand on le leur demande pour contribuer à la réussite » d’une œuvre d’utilité publique.
- » Ainsi, notre Président a bien voulu assister à la conférence, orga-» nisée le 29 mai dernier, à l’Hôtel de Ville, par le Comité de Patronage » de la Seine; le résultat en a été que la Société des Ingénieurs Civils » de France sera représentée par deux délégués dans la Commission » supérieure d’aménagement, d’embellissement et d’extension des villes, » prévue par le projet, de loi voté par la Chambre des Députés le 2 Juin » 1915. Le projet de loi primitif, préparé par la Société des Architectes * urbanistes, n’en parlait pas ; pas plus que celui du rapporteur de la » loi, M. Cornudet, député, et si notre Société n’était pas intervenue, la » direction de l’extension des villes aurait été abandonnée aux architectes, » tandis qu’elle devrait être confiée aux ingénieurs, selon l’opinion de » beaucoup de notabilités.
- » Ainsi, le Comité d’ingénieurs du Collège Technique de Glascow » avait créé une classe d’aménagement du territoire des villes, mais
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- » cette création ne satisfit pas le Comité des Architectes, qui demanda » au Conseil de Direction la suppression du' cours. Le Comité des » Ingénieurs persista dans sa résolution, le cours continua, et il fut » décidé par le Conseil que le concours des Architectes était utile et » nécessaire, mais que les travaux préliminaires concernaient spécia-* lement les Ingénieurs.
- » Il est évident que si notre Société était organisée comme celle des i» Ingénieurs allemands, le Musée social n’aurait pas créé sa section » d’hygiène urbaine et rurale, qui a donné naissance à la Société des » Architectes urbanistes, et qu’il ne chercherait pas à développer sa » section d’hygiène sociale dont la guerre a arrêté l’essor.
- » Je ne vois pas non plus la nécessité des Ingénieurs municipaux, de » celle du Génie Sanitaire et de bien d’autres à côté de la nôtre, qui » s’occupe des questions qui entrent dans leur programmé. Notre Société » dispose d’un local pour ses réunions, d’un bulletin pour en rendre » compte; par suite, il ne lui serait pas difficile d’augmenter considé-» rablement le nombre de ses membres, en se servant des procédés » habituellement employés à cet effet, c’est-à-dire la création de sections,
- » la réunion de congrès dans les départements avec excursions, l’orga-» nisation d’expositions se rapportant à l’art de l’Ingénieur, l’ouverture » de concours, etc.
- » En faisant appel aux membres de la Société, pour atteindre un but » déterminé, les réponses ne feraient pas défaut. C’est grâce au concours » de-nos collègues, Max de Nansouty, Mamy, Cossmann, Chalon, de » Baecker, Perard, que plusieurs Sociétés utilitaires ont été créées, que » des centaines d’hectares ont été reboisées, que des milliers d’ambulan-» eières ont pu se mettre à la disposition du service de santé militaire et » qu’une quarantaine d’écoles de pêche ont été fondées.
- » Ce sont les travaux de notre ancien Président, Emile Muller, qui » ont provoqué la promulgation de la loi sur les accidents du travail et » la législation sur les habitations à bon marché. Malheureusement, b notre regretté Président est mort avant que ses élèves aient pu disposer » d’une influence égale à la sienne, et les économistes ont arrangé les » lois sociales à leur guise.
- » Il est inutile d’insister plus longtemps sur le rôle que pourrait » jouer notre Société dans la lutte industrielle qui s’ouvrira à la fin de « la guerre. Je ferai remarquer néanmoins que le format de notre » Bulletin n’est pas assez grand pour rendre compte de projets d’arclii-» tecture et que plusieurs de nos Collègues font paraître leurs œuvres » dans des albums de dimensions suffisantes. Ainsi, notre collègue » M. Labussière, rapporteur du Concours des Habitations à bon marché » de la Ville de Paris, a publié dans le Génie Civil les plans des beaux » immeubles qu’il a construits pour le compte de la fondation des » groupes de maisons ouvrières.
- » Si notre Société créait une section d’ingénieurs architectes, une » autre d’ingénieurs hygiénistes, je crois qu’elle recruterait beaucoup b de nouveaux membres, en peu de temps, si on lui proposait comme *> but à atteindre la mise à exécution du projet du Préfet de la Seine, s> dit le Grand Paris.
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- » Actuellement, la mortalité de la Ville de Paris est de 18 0/00, celle » des communes de la banlieue est en moyenne de 20 0/00 ; or, nous « avons vu dans l’ouvrage de notre collègue, M. Gambon, qu’à Berlin,
- » on était arrivé, grâce à l’extension méthodique de la ville, à la cons-» truction industrielle des maisons d’habitation, à assainir la ville, de » telle façon que la mortalité dépasse à peine 14 0/00.
- » M. Gabelle nous demande de nous servir un peu plus que nous ne » le faisons du Conservatoire des Arts et Métiers. Nous le ferions volon-» tiers si nous y trouvions des éléments de nature à nous intéresser par » leur nouveauté.
- » Il me semble qu’on pourrait renouveler de temps à autre les colleo-» tions du Conservatoire des Arts et Métiers, et y exposer des machines » dont il y aurait lieu de propager l’emploi.
- » Tout récemment, j’ai reçu un appel d’une Société qui a pour objet » de fournir une maison et un mobilier à des réfugiés. La maison coûte » 2800 f, le mobilier avec la vaisselle 300 f. Une maison américaine » propose de céder pour 800 f une maison de deux pièces, prise à » New-York.
- » Il y aurait là matière à exposition, car le jour où nos constructeurs » seront assurés d’une commande importante d’habitations démontables, » ils pourront les livrer dans d’aussi bonnes conditions que les » étrangers.
- » M. Gabelle pourrait également organiser un laboratoire modèle de » Chimie industrielle.
- » Veuillez agréer, mon cher Président, l’assurance de mes sentiments » dévoués.
- » E. Cacheux, »
- Il est donné lecture des demandes d’admission en première présentation de MM. M. Chauvain, E. Evens, E. Langlois, Ch. Lécuyer, R. Picaud et A. Pradel comme Membres Sociétaires Titulaires.
- M. R. Debay est admis comme Membre Sociétaire Titulaire.
- La séance est levée à 19 heures.
- Le Secrétaire Administratif„ A. de Dax.
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- SÉAJSTOJS I>TJ 24 SEPTEMBRE 191 S
- Présidence de M. H. Gall, Président.
- La séance est ouverte à 17 heures.
- M. le Président souhaite la bienvenue à M. Haller, qui a bien voulu nous faire l’honneur d’assister à la séance et il l’invite à prendre place au Bureau.
- Comme Président de la Commission des substances explosives, M. Haller prodigue depuis le commencement des hostilités son dévouement et son labeur pour faire organiser dans notre pays la fabrication des explosifs qui lui sont nécessaires et a droit à notre reconnaissance. (Applaudissements.)
- Le procès-verbal de la précédente séance est adopté.
- M. le Président a le regret de faire part du décès d’un assez grand nombre de collègues, se sont MM. :
- Ch. Barre, Ancien Elève de l’Ecole Centrale (1877), Membre delà Société depuis 1880, Ingénieur-métallurgiste, Chevalier de la Légion d’honneur.
- A. Benoist, Ancien Élève de l’École des Arts et Métiers de Chàlons (1901), Membre de la Société depuis 1911, Ingénieur-Chef des Études de la Maison Yernet.
- /. Bonpain, Ancien Élève de l’École Centrale (1864), Membre de la Société depuis 1880, ancien Constructeur, ancien Juge au Tribunal de Commerce de Rouen, ancien Président delà Société industrielle de Rouen, Censeur la Banque de France.
- Ch. Bonnefond, Membre de la Société depuis 1899, Agent général de la Compagnie Française de matériel de Chemin de fer.
- A. Chauveau des Boches, Ancien Élève de l’École Centrale (1858), Membre de la Société depuis 1864, Ingénieur civil, Chevalier de la Légion d’honneur.
- Nous avions appris ce décès par une lettre que notre Collègue avait, lui-même, préparée avant sa mort et dans laquelle en faisant ses adieux, il exprimait son désir qu’il ne soit déposé aucune couronne sur son cercueil ni prononcé de discours sur sa tombe.
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- Cette lettre posthume, qui nous fut remise par la famille le jour du décès montre toute la sympathie que M. Chauveau des Roches portait à notre Société.
- A. Cochelin, Ancien Élève de l’École des Arts et Métiers de Châlons {1855), Membre de la Société depuis 1880, ancien Entrepreneur de Constructions en fer.
- F. Dargent, Membre de la Société depuis 1879, ancien Ingénieur de la voie aux Chemins de fer Andalous.
- Ch. Desserey, Ancien Élève de l’Ecole des Arts et Métiers de Châlons, Membre de la Société depuis 1900, Directeur des Forges des Usines Renault.
- H. Farjas, Membre de la Société depuis 1890, Ingénieur civil, Président du Conseil d’administration de la Banque du Radium.
- Louis Lemoine, Ancien Élève de l’Ecole Centrale (1873), Membre de la Société depuis 1880, Membre de la Chambre de Commerce de Paris, Membre du Conseil d’escompte de la Banque de France, Président du Conseil d’administration de la Société des Établissements Lemoine, Officier de la Légion d’honneur.
- Ch. Mardelet, Ancien Élève de l’École Centrale (1869), Membre de la Société depuis 1877, Vice-Président de l’Association Polytechnique, Ingénieur-conseil en matière de propriété industrielle, Chevalier de la Légion d’honneur.
- P. Merveilleux du Vignaux, Ancien Élève de l’Ecole nationale supérieure des Mines (1886), Membre de la Société depuis 1892, Administrateur délégué des Chargeurs de l’Ouest et des Messageries de l’Ouest, Admi-niststrateur de la Société pyrénéenne d’Énergie électrique.
- E. Perroud, Ancien Élève de l’École Centrale (1897), Membre de la Société depuis 1897, Ingénieur de la voie à la Compagnie des Chemins de fer du Nord.
- M. le Président adresse aux familles de nos regrettés Collègues l’expression des sentiments de profonde sympathie de la Société tout entière.
- M. le Président est heureux de voir M. Ed. Lamy, Président de la cinquième Section du Comité, assister à la séance d’aujourd’hui. Les fonctions qu’il remplit à Amiens comme délégué de la Société française de secours aux blessés militaires le retiennent loin de notre Société. M. Lamy a eu la douleur de perdre son plus jeune fils mort glorieusement au champ d’honneur. Mais, s’il peut être une consolation dans cette dure épreuve, elle lui vient de son fils aîné qui vient d’être nommé Chevalier de la Légion d’honneur, après avoir été blessé six fois et avoir été l’objet de plusieurs citations à l’ordre du jour; il avait déjà reçu la médaille militaire.
- M. le Président est certain d’être l’interprète de la Société tout entière en adressant à M. Lamy, en le priant de bien vouloir les transmettre à son fils, l’expression de nos sentiments de sincère admiration.
- Il adresse également les plus vives félicitations aux Collègues dont les
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- noms suivent et qui ont été l’objet de distinctions pour faits de guerre.
- Ce sont d’abord MM. L. de La Vallée Poussin et P. Julien qui ont été faits Chevaliers de la Légion d’honneur.
- La môme distinction a été accordée à notre collègue belge M. Léon Gérard, Membre correspondant de la Société à Bruxelles et Président de la Société belge des Electriciens.
- M. Gérard, dont on se rappelle les brillantes communications à notre Société, s’est engagé comme volontaire dans l’armée belge et il est actuellement au front comme capitaine de génie, commandant la première compagnie d’aérostiers belges.
- La glorieuse conduite de notre Collègue, qui a été blessé deux fois, ainsi que ses travaux et les méthodes nouvelles en aérostation qu’il a mises en œuvre lui ont valu d’être décoré de l’ordre de la Légion d’honneur par M. le Président de la République en présence de son admirable et vaillant Souverain le Roi Albert Ier.
- En nous faisant part de ces heureux événements, M. Léon Gérard nous signale que 440 Ingénieurs belges sont actuellement au front où ils font vaillamment leur devoir.
- Puisqu’il est question de nos héroïques collègues belges, M. le Président se fait un devoir de rappeler le nom de notre collègue A. Knapen auquel nous devons de si instructives communications sur l’hygiène de l’habitation.
- M. Knapen qui résidait à Bruxelles a été très cruellement éprouvé par les événements. Son frère le commandant Knapen trouva un trépas glorieux en défendant le pont d’Osmael pendant plus de quatre heures, avec 200 lanciers, contre une colonne allemande composée de plusieurs régiments de cavaliers et fantassins avec canons et mitrailleuses.
- Le fils du commandant, jeune lieutenant qui avait combattu bravement auprès de son père était, lui-mème atteint mortellement au champ d’honneur quelques jours après.
- Un certain nombre de membres de la Société ont été l’objet de cita- • tions et M. le Président mentionne tout d’abord le nom de notre regretté collègue, M. Maurice Néret dont la mort au champ d’honneur a été annoncée à la séance dernière et qui avait été cité à l’ordre du jour de l’armée.
- Ce sont ensuite MM. P. Julien, F. Martin, L. Raichlen (deuxième citation) et M. M. Ratel.
- Notre honoré Collègue anglais, M. Mark Robinson nous a adressé une lettre dans laquelle il exprime ses sentiments enve'rs la France et ses regrets de n’avoir pu, en raison de son âge, prendre part à la grande lutte actuelle, mais il ajoute que tous ses enfants concourent de leur mieux à la victoire, car il a ses quatre fils au front et sa fille, attachée à un hôpital de la Croix Rouge Française, prodigue ses soins à nos blessés au milieu des plus grands dangers.
- Nous adressons à notre Collègue et à ses vaillants enfants notre témoignage de sincère admiration et nos meilleurs vœux et souhaits.
- Plusieurs membres de la Société ont été appelés à faire partie de Commissions récemment nommées par le Gouvernement. C’est ainsi que MM. P. Bodin, ancien Président et M. A. Ilerdner, Vice-Président,
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- PIIOGÈS-VERBAL DE LA SÉANCE DU 24 SEPTEMBRE 1915
- font partie de la Commission supérieure chargée de la révision générale des évaluations de dommages résultant de faits de guerre et que MM. L. Salomon, ancien Président, et G. Gordier ont été nommés membres de la Commission des contrats instituée auprès du Sous-Secrétariat d’Etat de l’Artillerie et des Munitions.
- M. le Président dépose sur le Bureau la liste des ouvrages reçus depuis la dernière séance. Cette liste sera insérée dans un prochain bullletin.
- M. le Président annonce le dépôt de deux plis cachetés qui ont été, selon l’usage, classés dans les archives :
- L’un de M. A. Portait, remis à la date du 9 août, a été enregistré sous le n° 95 ;
- L’autre de M. P. Lecler, remis à la date du 27 août, a été enregistré sous le n° 96.
- M. le Président donne la parole à M. Guiselin pour sa communication sur Le Pétrole et la Guerre (première partie) avec projections.
- M. A. Guiselin. — Après les conférences de MM. Victor Cambon et de M. Paul Besson, c’est avec une certaine appréhension que j’aborderai, devant vous, l’exposé de la préparation allemande à la guerre dans l’industrie internationale du pétrole.
- Lorsque l’on rapproche entre eux les événements politiques, financiers et industriels qui se produisirent pendant ces dernières années dans le monde international du pétrole, on est surpris de constater que l’existence de cette préparation avait fait depuis longtemps l’objet des principales préoccupations des grands financiers allemands.
- En décembre 1913. — La dernière conférence du baron von Gwiner, président de la Deutsche Bank, devant les notables financiers berlinois, au milieu d’une nombreuse assistance militaire, pouvait à elle seule montrer tout l’intérêt qu’attachait l’Allemagne à la possession d’une supériorité qu’elle recherchait un peu partout, mais surtout dans toutes les industries qui devaient jouer un rôle prépondérant en temps de guerre.
- Pour aborder méthodiquement l’exposé de la situation actuelle des deux groupes de belligérants vis-à-vis de ce grand marché, il me faudrait vous retenir beaucoup trop longtemps, et c’est pourquoi j’ai résolu de scinder cette étude en deux chapitres, réservant pour une date prochaine l’exposé discret des ressources qui nous restent, en grand nombre fort heureusement.
- A cette heure, grâce à notre maîtrise des mers, les seules sources auxquelles les empires du Centre peuvent puiser sont celles de Galicie, d’Alsace et de Roumanie (pays neutre).
- Les champs d’Alsace et de Wietz, les seuls qui sont restés à peu près indemnes, malgré le bombardement de nos escadrilles d’avions, sont d’une importance tout à fait secondaire, puisqu’ils représentent une production annuelle de 130 000 t de pétrole brut par an.
- Bien, au contraire, ceux de Roumanie, qui n’ont pas cessé d’être exploités, malgré les difficultés que la guerre leur créait, ont encore produit 1 787 400 t de pétrole brut en 1914 contre 1 885 000 en 1913.
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- procès-verbal de la séance du 24 septembre 1915
- La Galicie a vu forcément son industrie du pétrole gênée par 1 luttes qui se produisirent à différents moments dans les régions précisément pétrolifères.
- En 1914, elle ne fut que de 700 000 t contre 1100 000 à 1 200 000 t les années précédentes.
- Aux dernières nouvelles, on prétend que les Autrichiens sauront surmonter les difficultés qui leur ont été créées à la suite de l’invasion des troupes russes en Galicie.
- Pour des raisons de méthode, j'aborderai successivement l’étude de ces productions en commençant par celle de la Roumanie et en terminant par celle de l’Allemagne.
- L’industrie roumaine du pétrole.
- La situation centrale de la Roumanie, bordée à l’est par la mer, reliée aux empires du centre par un double réseau de voies ferrées et traversée par le Danube, donne aux exportations de pétrole de ce pays des facilités remarquables. La production, qui atteint depuis plusieurs années près de 2 millions de t, et la faible consommation intérieure de ce pays, l’indiquaient inévitablement comme une proie enviable poulies Allemands, qui ne tardèrent pas à faire tous leurs efforts pour accaparer la conduite de cette industrie.
- Production et consommation intérieure de la Roumanie.
- En 1913 En 1914
- Consommation intérieure . 811 000 t 782 000 t
- Production................. 1 885 000 t 1 783 000 t
- Comme nous le disions il y a un instant, la proximité relative des champs pétrolifères de la mer engagea vivement les exportateurs a emprunter cette voie facile.
- Mais l’Etat roumain, présumant dès le début tout l’intérêt qu’il pouvait retirer de cette source nationale de richesse, la seconde après l’agriculture, résolut de s’assurer le contrôle des exportations de pétrole.
- 90 0/0 de ces dernières se faisant par mer, il fit, dès 1903-1904, les frais d’une installation spéciale de magasinage et de pompage dans son grand port de Constantza.
- Il obligea les exportateurs à passer par cette voie, moyennant un droit de location et de pompage.
- Depuis 1903, le port à pétrole de Constantza ne fait que de s’embellir et de s’accroître pour devenir bientôt le port modèle.
- Jusqu’en 1914, il a été mis en exploitation dans le port de Constantza 40 réservoirs, dont 39 de 5000 m3 chacun et 1 de 1 250 m8.
- Ces réservoirs peuvent emmagasiner :
- Pétrole raffiné......................... 60 000 m3
- — distillé......................... 5 000 —
- essence ........................ 71 250 —
- — résidu ......................... 60 000 —
- 196 250 —
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- Veuillez noter, en passant, que sur ces 196 000 m3 100 000 m3 sont occupés par des Sociétés allemandes et 25 000 par des Sociétés américaines.
- La seule Société réellement française de YAquila Franco-Romana ne possède que quatre de ces réservoirs.
- Au moyen de ces installations, le port à pétrole a pu expédier 850000 t de pétrole en 1913 et seulement 450000 t en 1914, par suite de la fermeture des Dardanelles.
- Tous les produits exportés, pour arriver au port de Constantza, ont dû emprunter jusqu’à présent, la voie ferrée en gênant considérablement les exportations de grains, dont le commerce constitue la principale source de richesse du pays.
- Il en est résulté de fréquents froissements entre ces deux commerces qui se firent de continuels reproches d’accaparement de faveurs de l’administration des chemins de fer.
- C’est pourquoi l’Etat, en 1912, décida de construire des conduites pour transporter le pétrole des lieux de production à la mer.
- Ces conduites sont au nombre de trois :
- Une pour le pétrole brut, d’un débit de 1 million de tonnes par an ;
- Deux de 350 000 et 400 000 t de débit annuel pour le pétrole distillé.
- La première supportera 52 atmosphères et aura un diamètre de 228 m, 6 (9") jusqu’à Buzau et de (10") 254 m jusqu’à Pal las.
- Les deux autres conduites de (5") 127 m supporteront 32 atmosphères.
- Enfoncées dans la terre à environ 60/70 cm de profondeur, emprunteront les ponts pour passer les cours d’eau ; et seront reliées à des stations de pompage intermédiaires, avec usine de pompage contenant des pompes directement accouplées à des moteurs Diesel.
- Le coût total des trois conduites, qui auraient dû être terminées au début de 1915 si la guerre n’avait pas éclaté, sera de 25 millions de francs.
- Tout ceci montre l’importance qu’attachait le Gouvernement roumain au contrôle de cette industrie.
- Naturellement, cette sollicitude, qui déplut d’abord aux Américains venus pour accaparer la production, excita le zèle des Allemands, qui avaient entrevu la possibilité de se libérer, avec les productions roumaines, du souci de recourir aux pays d’outre-mer pour satisfaire à leurs besoins en pétroles divers.
- C’est à cet endroit que j’ouvrirai une parenthèse pour créer le lien nécessaire entre ma communication et celle de mes distingués prédécesseurs, MM. Cambon et Besson.
- Par suite de ma situation dans cette industrie au caractère exclusivement international, j’ai pu comparer assez souvent la mentalité, allemande à celle des 'autres nations et apprécier les capacités et la méthode des Allemands.
- Leurs capacités sont minces et leur méthode est lente.
- A mon avis, et je prends toute la responsabilité de cette opinion, la manière allemande consiste surtout à poursuivre une idée fixe avec un entêtement que l’on prend trop souvent pour de la méthode.
- A la tête de la hiérarchie des savants qui s’intéressent tous au progrès d’une même industrie se trouve un maître “jouissant du respect de
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- ses inférieurs et de la considération de son empereur, qui l’honore, la plupart du temps, du titre envié de conseiller intime.
- Ce grand maître dicte, et ses désirs sont des ordres indiscutés.
- On part de son idée, on travaille à sa gloire, tous les efforts • doivent concourir vers le même but et prouver la toute-puissance du maître.
- Si par hasard un étranger introduit dans l’affaire, spécialiste lui aussi, mais moins discipliné, vient à découvrir que les difficultés rencontrées proviennent d’une faute initiale de conception, on l’écoute et l’on passe.
- Voici pour leur méthode ou prétendue méthode. Quant à leurs capacités, elles relèvent le plus souvent du copiste ou du bibliographe.
- A différentes reprises et lors des réunions de la Commission internationale, la Commission française dut s’élever très souvent contre les prétentions exagérées des Commissions austro-allemandes, de vouloir tout imposer, tout diriger. Parmi les vœux qu’elle exprima à diverses reprises, figurait celui de la révision et du classement complet des communications faites depuis le premier Congrès de Paris en 1900 (organisé par M. Henry Deutsch) en vue d’éliminer toutes les propositions faisant double emploi en réservant les priorités aux véritables auteurs.
- Il est possible que nous subissions actuellement les lourdes responsabilités de notre ignorance des moyens de la race allemande, mais ces derniers étaient bien simples et procédaient surtout par le temps et par la masse.
- Je voudrais pouvoir projeter devant vous une gravure, d’ailleurs allemande, qui me revenait toujours à la mémoire lorsque je voyageais dans ce pays.
- Cette gravure représentait un bon Allemand fumant sa pipe et se félicitant d’avoir lu seulement trois fois la légende d’un dessin de Forain et d’avoir déjà compris.
- Mais revenons aux manœuvres allemandes en Roumanie.
- Dès qu’il fut prouvé que la Roumanie était un pays producteur; soutenues par leurs grandes banques d’Etat, des Sociétés très puissantes s’introduisirent dans ce pays latin.
- En 1914, sur les 478 millions de capitaux étrangers, on comptait plus de 148 millions de capitaux allemands répartis dans les trois seules Sociétés de la Steaua Romana, de Concordia et du Crédit Pétrolifer.
- Les Hollandais avec l’Astra et l’Aurora, pouvaient compter sur 68 millions, laissant bien loin derrière eux les faibles capitaux français ou franco-allemands et anglais.
- Or, fait extrêmement intéressant, l’Allemagne, comme pays consommateur, venait seulement en troisième ligne, important à peine 80 000 à 85 000 t de produits dérivés du pétrole pendant ces deux dernières années.
- Exportation de Roumanie.
- 1912 1913
- En Allemagne.......... 84 041 t 126 295 t
- En Angleterre. . . . , 214195 t 232880 t
- En France 163 679 t 151 402 t
- En Égypte.............‘ 142418 t 121 642 t
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- Il faut voir là encore une des formes du système d’accaparement qui rendait indirectement la France et l’Angleterre tributaires de l’industrie et des capitaux allemands, installés solidement en Roumanie. Nous devons signaler, en elfet, qu’en dehors des entreprises réellement allemandes les banques avaient su sacrifier des sommes judicieusement réparties dans les affaires de tout repos dont ils s’étaient réservés la conduite financière et technique.
- Il y a deux ou trois ans, l’exagération du nombre des employés allemands dans l’industrie roumaine fut l’objet d’une répression de la part du gouvernement roumain qui imposa l'emploi d’un certain pourcentage d’employés et ouvriers nationaux.
- Je pourrais citer des sociétés dans lesquelles des capitaux étrangers entraient dans une large part et qui ne possédaient pas môme un représentant.
- Un autre but poursuivi par les Allemands fut celui qui a été réalisé si puissamment en Amérique par la Standard-Oil.
- Ce but fut l’accaparement de la direction des affaires de transport et de magasinage; d’abord parce qu’elles assurent des bénéfices à peu près certains et ensuite parce qu’ils durent penser à parer à l’éventualité d’une lutte avec l’Angleterre supprimant du môme coup toute communication avec leur source d’approvisionnement principale des États-Unis.
- Nous venons de voir la place qu’ils s’étaient réservés dans les réservoirs de l’Etat du port de Constantza; nous devons ajouter qu’ils possédaient encore d’autres installations dans les ports de Braila où le Crédit Pétrolifer, société allemande, avait installé dix réservoirs d’une capacité de 22 500 t pour l’exportation de pétroles et de résidus par vapeurs et barques-tanks appartenant à cette Compagnie. A Giorgevo, la Steaua Romana, société allemande, possède six réservoirs de dépôt, quatre de réception, d’une capacité de 7 300 t, avec cinq chalands-tanks de 700 t chaque.
- En résumé, à la date de janvier 1915, la capacité de logement des trois . grandes Sociétés allemandes : Steaua, Vega, Crédit Pétrolifer, disposaient d’un logement de près de 375 000 t, le total de la capacité des réservoirs dans les chantiers et raffineries de Roumanie s’élevant à 919000 t.
- Mais cet accaparement des moyens de logement et de transport à l’intérieur, qui pouvait ménager une situation privilégiée à l’Allemagne en cas de guerre et d’alliance avec la Roumanie n’a pas donné les effets prévus. Heureusement pour nous, la guerre est survenue un peu trop tôt pour les économistes allemands du pétrole.
- En décembre 1913, ici même, lors d’une réunion de la Société de Moto-culture, j’ai signalé à l’attention des services compétents le danger menaçant d’une organisation qui avait pour but de créer une véritable flotte de chalands-tanks qui devaient circuler sur le Danube pour assurer le ravitaillement des empires du Centre et les mettre à l’abri de tous les imprévus des transports par mer.
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- Du reste ce mode de transport ne devait pas se présenter comme une nouveauté, mais simplement comme le développement d’une navigation qui se pratiquait déjà depuis longtemps sur le Yolga, le Rhin et l’Elbe.
- Le Volga transporte par an. . . 4 250 000 t de pétrole.
- Le Rhin — — . . . 2500001 —
- L’Elbe - — . . . 250 0001 —
- Le Danube — — ... 15 000 1 —
- Poursuivons l’examen des procédés de pénétration des Allemands en Roumanie.
- Nous avons vu l’importance de leur rôle financier ; leur rôle technique ne fut pas moindre. Les vues projetées des grandes usines de la Steaua montrent l’importance colossale de cette entreprise dont tout le matériel, provenant d’Allemagne et d’Autriche, a été monté par des ouvriers allemands, dirigé par des ingénieurs allemands, administré par des administrateurs allemands.
- Du reste la Roumanie n’avait pas, à elle seule, le monopole des fournitures allemandes. Gomme correspondant de la Société d’Économie politique des Etats balkaniques, j’ai entendu bien souvent les plaintes de toutes ces nations, que nous voudrions voir maintenant venir librement à nous, et que nous abandonnions alors, avec une indifférence coupable, à la voracité des banques et des industries allemandes.
- Durant ces dix dernières années, malgré les ligues franco-balkaniques qui se créèrent pour enrayer ce mouvement, le commerce français aidé en cela par le Gouvernement, laissa tomber progressivement le chiffre des importations françaises à quelques millions, abandonnant absolument le pays aux mains des commerçants austro-allemands dont les agents durent se familiariser avec notre langue, pour pénétrer plus facilement dans ces pays où la France est considérée comme une seconde patrie.
- En Roumanie on a été Français et dans les classes élevées on peut encore rencontrer des Roumains et surtout des Roumaines, ignorant leur langue nationale.
- Notre ministre à Bucarest, s’il pouvait s’exprimer librement, en dirait long sur cette pénétration allemande et sur l’opposition que lui firent les grands patriotes roumains mal secondés par les Français.
- Ne serait-ce que l’admirable réception qui fut faite vers 1909, à un groupe d’excursionnistes français de la Revue générale des Sciences et que l’on reçut comme des princes, alors que quinze jours auparavant, le Gouvernement avait dû donner des ordres sévères pour faire pavoiser à l’occasion du voyage du prince Eitel de Prusse, venu pour décorer S. M. le Roi Garol d’un ordre allemand très recherché.
- Le souci de vendre ieur ferraille poussa les Allemands à soutenir très âprement le projet de la construction des conduites de pétrole qui devait assurer aux frères Manessmann .une fourniture importante. Mal-
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- heureusement pour eux, ce fut une firme américaine de Pittsburg qui enleva l'affaire.
- Je dois faire remarquer, en passant, l’absence des' maisons françaises aux adjudications de ces importants travaux.
- Pour terminer avec l’exposé de cette influence allemande, je signalerai, comme M. Cambon, que suivant la mode allemande, les établissements de crédit créés en Roumanie par les Allemands étaient de véritables instruments de crédit et non de drainage des capitaux, qui d’ailleurs y sont assez rares.
- Arrivons maintenant au rôle actuel de l’industrie roumaine qui fournit plus que jamais un appui précieux aux empires du Centre.
- Au début de la guerre, la Roumanie se servit de la voie ordinaire pour ses exportations qui se dirigèrent tout naturellement vers nous ; mais à la suite de la fermeture des Dardanelles la situation changea et le commerce réclama du Gouvernement roumain toutes facilités pour diriger les exportations vers les empires du Centre. Alors commencèrent les perpétuelles plaintes contre l’organisation des chemins de fer et ce fut encore bien pis, lorsque, pour des raisons politiques, l’exportation du pétrole brut et des essences fut interdite.
- Malgré les réclamations des grandes Sociétés de pétrole, le Gouvernement a maintenu jusqu’ici ses décisions et consenti simplement au prêt des réservoirs inutilisables du port de Constantza et des stations de la conduite en construction.
- L’occupation par les Russes de la région de Boryslaw Tustanowice lit, céder le Gouvernement qui autorisa les exportations en Roumanie autrichienne (Transylvanie et Bukovine) en février dernier.
- Entre temps, les exportations d’essence et de pétrole brut qui avaient été interdites s’étaient faites sous le couvert de pétroles lampants très riches en essence, que les Allemands n’avaient plus qu’à travailler. La fraude découverte fut enrayée par de nouvelles dispositions réglementant les proportions du pétrole lampant en produits légers. Elles donnèrent lieu à de nouvelles réclamations qui laissèrent le Gouvernement d’autant plus froid, que la reprise des terrains galiciens par les Austro-Hongrois avait supprimé en partie la pression allemande diplomatique.
- Autriche-Hongrie.
- L’Autriche-Hongrie, alliée de l’Allemagne, est un pays producteur, consommateur et exportateur.
- Placé encore plus au centre de l’Europe que la Roumanie, ce pays ne pouvait se servir que de la voie ferrée et de la voie fluviale pour ses exportations et c’est de ce côté qu’il fit ses efforts.
- Les principaux champs de production de pétrole se trouvent en Galicie dans la région de Tustanowice et de Boryslaw.
- La production de la Galicie a été d’environ 1100 000 à 1 200 000 t pendant ces dernières années après avoir dépassé 2 millions de tonnes en 1909.
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- Cette décroissance a été causée, parait-il, par une mauvaise exploitation des terrains, dont la surproduction subite surprit à tel point que l’on dut recourir à des mesures extraordinaires pour éviter la faillite. En 1909, les cours du brut tombèrent au-dessous de 1 fr les 100 kg.
- Production annuelle de la Galicie.
- 1909 . . . ................. 2 075 000 t
- 1910 ....................... 1760 000
- 1911 ......................... 1460000
- 1912 ....................... 1 180 000
- C’est alors que l’esprit d’orgànisation allemande intervint sous la forme de l’aide et de l’appui du Gouvernement.
- Les chemins de fer de l’Etat modifièrent aussitôt les foyers de leurs locomotives pour utiliser les résidus fabriqués par une vaste usine construite à Drohobycz aux frais de l’Etat et dont les produits lampants devaient s’écouler à l’étranger et particulièrement en France.
- Pour faciliter ces exportations l’État fit appliquer des tarifs des transports réduits et accorda, en outre, des primes à l’exportation du pétrole.
- Mais ces facilités offertes à l’industrie n’étaient pas suffisantes. Non content de fabriquer, l’Etat se mit à entreposer et fit construire à ses frais de vastes réservoirs pour les pétroles des particuliers, que ces derniers devaient lui vendre à un prix fixé par un cartel.
- En février 1912, au moment où nous traversions les contrées de Bo-ryslaw Tustanowice, il y avait dans ces réservoirs à peu près un million de tonnes de pétrole, représentant la production annuelle de ce pays et presque la consommation de l’Allemagne. Ces réservoirs étaient à Modrycz au nombre de 62, creusés à même la terre et construits d’une façon toute rudimentaire, ils pouvaient contenir chacun 10000 t de brut ; à Dabrowa Kolpiecka il y avait également 36 réservoirs de 15 000 t formant avec les précédents un logement de 1 200 000 t.
- Aurions-nous pu en dire autant, au moment de la déclaration de guerre, et cette colossale entreprise de logement, de raffinage, de transport et d’exportation n’était-elle pas conçue dans un autre but que celui d’aider à la lutte économique ?
- Ce qui tendrait à prouver l’exactitude de cette hypothèse, c’est l’activité que mirent les Autrichiens à conquérir le marché français ; laissant à l’Allemagne, l’alliée future, le soin de recourir aux importations américaines.
- C’est pourquoi l’on vit, grâce aux organisations puissantes des firmes Fanto de la Galizische Karpaten et de l’État autrichien, les importations autrichiennes croître très rapidement au cours de ces dernières années.
- La Galicie a importé en France en : '
- 1904 . 1900 1910 1912
- Pétroles lampants 3,2 % 6,9 o/o O 1 % 46,2 o/o
- Essences » 0,9% 4,5 % 7,6 %
- Pourquoi la France était-elle visée pâr ces importations ? Pour des
- raisons bien simples !
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- Résolus à se réserver les productions galiciennes et roumaines en cas de guerre, les empires du Centre auraient désiré s’implanter sur notre marché comme principaux importateurs avec la Roumanie, pour pouvoir supprimer à leur gré et d’un seul coup nos sources habituelles d’importation. De là à supposer qu’ils auraient su à la veille de la mobilisation amener à zéro les stocks de leurs dépôts en France, il n’y avait également qu’un pas.
- Heureusement pour nous, la guerre n’éclata probablement pas à la date fixée par leurs économistes et le clan militaire dut forcer la main.
- A l’heure présente, que'reste-t-il de toute cette belle organisation d’Etat. -
- Au moment de la conflagration européenne, le blocus des côtes, les grandes difficultés que rencontrait l’exploitation des produits pétrolifères de Roumanie, et la prohibition de l’exportation de la benzine et des résidus, ont fait que l’Autriche-Hongrie et surtout l’Allemagne furent réduites aux productions de Galicie déjà très faibles.
- A la veille de la guerre mondiale, la Galicie produisait environ 72000 t par mois, en juillet elle monta à 89000 t, mais tomba brusquement après cette date.
- D’après la Gazette de Francfort, voici quelles ont été les productions de la Galicie au cours des derniers mois de guerre.
- Production.
- 1914 Août . . . . 52000 t
- — Septembre . . . . 24 600
- —• Octobre . . . . 19 000
- — Novembre . . . . 23 800
- — Décembre 36 600
- 1915 Janvier . . . . 39 700
- — Février . . . , 39 000
- — Mars . . . . 43 500
- . — Avril . . . . 46 800
- — Mai (1er au 13) . . . . 21000
- Le 19 septembre, les Russes occupèrent la région de Boryslaw-Eus-tanowice ; ils y sont restés avec une courte interruption, jusqu’après la rupture du front russe de Dunajetz, c’est-à-dire jusqu’au mois de mai 1915.
- Pendant tout ce temps l’industrie du pétrole a marché sans être inquiétée par les Russes ainsi qu’on le constate dans le tableau ci-dessus ; elle a même pu accroître sa production dans la fin de février.
- Toutefois, les Russes, au lieu de drainer immédiatement cette dernière, se contentèrent de créer une commission qui ayant travaillé un peu trop lentement fut surprise par l’avance autro-allemande.
- De la quantité de 880 000 t de pétrole brut placées en réserve, on admet qu’il en a été détruit 320 000 t à Tustanowice, 229 sondes ont brûlé et 90 ont été épargnées ; à Boryslaw, aucune sonde n’a été détruite.
- 31
- Bull.
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- Après l’incendie la production est tombée à 30 000 t, elle atteignait, en avril 1915, 42 000 t.
- Dès la réoccupation de ces terrains, les Autrichiens se sont remis à l’œuvre et les journaux allemands estiment que la production reviendra à 55 000 t par mois !
- Le prix du pétrole brut est assez élevé et à Boryslaw il est coté lia 12 couronnes les 100 kg, tandis que le lampant cote 68 couronnes les 400 kg logés, y compris la taxe de consommation de 18 couronnes.
- . Ainsi donc on peut dire qu’aux dernières nouvelles la situation de la Galicie, sans être excellente, lui permet cependant de vivre et d’aider sa brillante première, de laquelle nous allons dire quelques mots.
- *
- * *
- J’apprends à la dernière heure que le Gouvernement autrichien, se préoccupant lui aussi du pétrole, vient d’instituer une Commission spéciale qui a commencé immédiatement par fonctionner en réquisitionnant tous les pétroles bruts pour les envoyer aux raffineries de l’intérieur et probablement en Allemagne.
- ‘La première raffinerie qui a commencé à fonctionner pour extraire immédiatement l’essence des bruts a été naturellement celle de Droho-bycz, mais depuis, toutes les autres usines ont été réquisitionnées et travaillent exclusivement pour le compte des autorités militaires.
- Les raffineries de Fiume, de construction française, merveilleusement placées sur l’Adriatique, alimentées par les pétroles bruts de Galicie, doivent également travailler à force, et c’est dans ce port que les sous-marins austro-allemands doivent venir se ravitailler en combustible.
- Allemagne.
- L’Allemagne possède en Alsace et dans le Hanovre des champs pétrolifères très intéressants au point de vue géologique, mais fort peu importants au point de vue production, puisqu’à eux deux ils atteignent à peine celle de 120 à 140 000 t, d’un pétrole brut assez riche en résidu et très pauvre en essences légères.
- Comme l’Allemagne est l’un des pays les plus gros consommateurs de pétroles, puisqu’il en consomme environ 1 200 000 t en dehors des huiles lubréfiantes, ses importations jouent un grand rôle. Elles proviennent, pour la plus grande partie, de l’Amérique, de l’Autriche-Hongrie et de la Roumanie.
- D’Amérique, l’Allemagne importe surtout les pétroles lampants — 800 à 850 000 t — dont elle complète l’approvisionnement avec ceux de Galice — à peine 150 000 t.
- Elle importe ses essences d’Amérique 50 000 t, de Roumanie 25 à 30 000 t ; depuis quelques années, des Indes Néerlandaises 50 à 60 000 t.
- On conçoit que ce pays a dû être fortement éprouvé par le blocus des côtes et qu’il a dû s’organiser à la hâte pour accroître le rendement de ses ressources naturelles et forcercelles de la Roumanie, le seuL pays neutre avec lequel il puisse commercer directement. C’est pourquoi je
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- Tableau donnant les exportations américaines pendant les deux dernières années fiscales.
- Ce tableau montre l’inlluence du blocus des côtes austro-allemandes. (Les quantités sont exprimées en gallons.)
- En 1915 En 1914 OBSERVATIONS
- Pétrole brut.
- France. . . . 2 508 514 30 204 952 La France abandonne ses importations de pétrole brut par suite de la mobilisation du personnel de ses raffineries.
- Essence raffinée. '
- France. . . . 32 718 089 19 608 286 Augmentation sensible des importations en 1915 pour remplacer les essences de Galicie, de Roumanie et de Russie.
- Allemagne. . » 6 033 675 Arrêt.
- ItaMe . . . . 9166 088 3 538 512 Augmentation très sensible des importations en 1915.
- Angleterre. . 34 634 679 25 802 912 Id.
- Huiles lampantes.
- France. . . . 73 022 832 58 433 470 Forte augmentation. Mêmes causes que pour l’essence.
- Allemagne. . 9 458 363 79 471 322 Arrêt.
- Italie 32 618 809 36 627 276 Equilibre.
- Angleterre. . 144 062 474 197 107 760 Diminution.
- Huiles à graisser et huiles lourdes. '
- France. . . . 23 571 165 23 413 014 Equilibre.
- Allemagne ... . 4 063 064 22 596 497 Forte diminution ou arrêt.
- Italie . . . . 20 467 968 8 072 458 Augmentation. La marine italienne consomme beaucoup de résidus de pétrole.
- Angleterre. . 78158 773 57 611 048 Augmentation.
- Paraffine (en pounds).
- Allemagne. . 725 089 3 806 460
- Italie . . . . 64 394 562 16 715 352
- Angleterre. . 160 425 755 77 894 800
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- trouve très important de faire remarquer la valeur du décret roumain interdisant l’exportation des essences minérales et des pétroles bruts qui en contiennent ; décret que les Austro-Allemands essayèrent de tourner en important des pétroles lampants chargés d’essences.
- Dès les premiers mois de guerre, nous avions pu sentir que l’Allemagne avait épuisé les stocks, qu’elle n’avait pas manqué d’accumuler dans ses vastes entrepôts de Hambourg, et j’ai pu me réjouir personnellement de la destruction des vastes approvisionnements qui existaient dans le port d’Anvers, avant sa prise par les Allemands.
- Au 15 juillet écoulé, le Conseil fédéral allemand a fixé le prix du pétrole à 30 marks les 100 kg et à 32/34 pfennings le litre au détail. Ces prix, qui n’ont rien d’excessif, tendraient à prouver que la situation est magnifique ; mais il est bien certain que ces ventes à bon marché sont réglementées et restreintes au strict nécessaire. Du reste, dans les publications commerciales allemandes, il n’est plus question des essences dont la possession a dû être réservée exclusivement aux autorités militaires, quoi qu’en disent les organes allemands qui prétendent avoir résolu la question du pétrole, en le remplaçant par l’alcool et le benzol que VAllemagne peut produire en abondance!!!
- Permettez-moi d’en douter. Pour tous ceux qui suivent d’un peu près la question des munitions, la consommation de ces deux produits est effrayante, et je doute que, malgré sa force de production, l’Allemagne, qui fait des orgies d’explosifs, puisse distraire des stocks destinés à ses poudreries les quantités d’alcool et de benzol correspondant aux besoins de la population civile, sportive, agricole, commerciale et industrielle.
- J’aime mieux admettre que ses savants ont perfectionné, depuis la guerre, les moyens de transformer les huiles lourdes de pétrole en essence par les procédés de pyrogénation, dont j’ai dit quelques mots ici en juillet 1913 et dont pourrait vous parler notre distingué collègue M. Lumet. D’ailleurs, nous aurons l’occasion de revenir sur cette question dans la seconde partie de cette communication.
- L’exploitation de Pechelbronn, la seule que nous ayions visitée, possède une concessio'n de 45000 ha de terrains ; elle traite 35 à 40 000 t de pétrole brut par an dans ses raffineries de Pechelbronn et 15 à 20 000 dans celles de Bibisheim et Durenback.
- Il est bien évident que, malgré le bombardement que leur fit subir nos escadrilles d’avions le mois dernier, ces trois raffineries ont accru le chiffre de leur capacité de production depuis la guerre.
- Les premiers gisements d’Alsace furent exploités par un Français en 1760, le savant M. Lebel, dont l’habitation a été respectée.
- Le pétrole se rencontre dans des poches réparties sur trois couches distantes de 75, 150 et 300 m du sol ; aucune règle géologique ne peut faire supposer leur présence, et l’exploitation doit être assez hardie.
- Par suite de l’éloignement des puits entre eux, le mode d’exploitation présente un caractère tout à fait spécial. Le pompage se fait avec des pompes canadiennes placées au fond des puits et actionnées au moyen de moteurs électriques recevant leur énergie d’une centrale électrique.
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- Le pétrole pompé est reçu dans des réservoirs. Tout se fait automatiquement, sans autre surveillance que celle d’un contremaître qui passe chaque matin s’assurer que le pétrole recueilli a bien été enlevé par le service régulier des charrettes qui le portent à la plus prochaine station de pompage vers la raffinerie.
- La raffinerie de Pechelbronn, au premier abord, se présente sous les aspects d’un fouillis déplorable et d’un amas désordonné de matériel démodé dont la présence reste inexplicable. Cependant, lorsque l’on pousse un peu plus loin ses investigations, on est surpris de l’esprit méthodique qui a présidé à la conception de ce désordre, d’ailleurs apparent et plutôt dû au souci de conserver dans cette grande usine moderne les souvenirs du passé français.
- Le directeur, M. de Chambrier, suisse français de Neufchâtel, a pu, au prix d’efforts inouïs, conserver à l’usine son premier personnel. Jusqu’à ces toutes dernières années, les ordres se transmettaient encore en français. Lorsque la raffinerie fut rattachée financièrement à la Deutsche Bank, il fallut plier sous la botte allemande du directeur général de la Deutsch Erdol- Aktien Gesellschaft, M. de Noellenburg, qui fit, dans cette usine, table rase de tout ce qui pouvait rappeler la France. Il fut désormais défendu de parler français, et, détail qui a sa valeur, le papier commercial dont l’en-tôte était restée française fut détruit vers 1912 pour être remplacé par un papier de facture bien allemande.
- Faute de temps, je ne pourrai pas vous entretenir ce soir, aussi longuement que je le désirerais, de cette usine; mais j’espère bien qu’après la guerre nous aurons l’occasion de nous promener ensemble dans ces régions reconquises et que je pourrai alors vous montrer sur place les détails de cette organisation qui permet à M. de Chambrier de tirer des profits considérables de cette usine et de verser d’énormes dividendes aux actionnaires qui la possèdent.
- C’est là l’exemple le plus frappant de ce que peut produire l’esprit technique français lorsqu’il est aidé par le souci commercial méticuleux qu’avaient adopté les Allemands dans leurs entreprises.
- C’est ainsi que, suivant les circonstances, cette usine peut varier à loisir sa fabrication pour fournir tel ou tel produit dont la vente sera la plus rémunératrice ou correspondra le mieux à la nature des matières premières mises en œuvre.
- Les résidus acides peuvent être, par exemple, ou bien solidifiés ou bien liquéfiés, tandis que l’acide extrait est régénéré, transformé en acide sulfureux pour produire des bisulfites, ou bien même employé à la fabrication du sulfate de fer, etc. „
- Le coke, résidu de la distillation, merveilleux combustible, est, suivant les cas, envoyé aux usines électriques qui réclament du charbon pur ou bien vendu au commerce comme coke sans cendre, ou bien employé dans les gazogènes puissants qui alimentent trois moteurs à gaz, actionnent les dynamos produisant du courant triphasé à 2 000 volts, nécessaire au fonctionnement automatique des pompes des puits disséminés autour de l’usine, etc.
- Les huiles lourdes, lorsqu’elles ne sont pas réclamées par le Commerce sont employées à l’usine comme combustible dans les moteurs Diesel.
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- Le point de vue social, si cher aux Allemands, n’a d’ailleurs pas été omis et de même qu’en Roumanie et en Autriche le confort et le bien-être physique et matériel des ouvriers et des employés est surveillé et réglementé.
- A Pechelbronn, moyennant 50 mark par mois, les employés sont logés et nourris, et, détail qui a sa valeur, la caisse de leur Kasino s’alimente, en outre, des frais pour la réception des visiteurs ou des administrateurs qui doivent se contenter, à un prix beaucoup plus élevé naturellement, de l’ordinaire de l’usine.
- *
- A Wietze, la Deutsch Erdol possède des territoires dont elle extrait d’assez petites quantités de pétroles qui sont raffinés en grande partie à Pechelbronn.
- Je n’ai pas eu l’occasion de visiter ce champ d’huile et ne pourrai donc pas vous en parler utilement.
- L’Allemagne, je l’ai dit il y a quelques instants, est un pays essentiellement consommateur et importateur de produits tout fabriqués, ellé possède cependant à l’intérieur quelques raffineries où elle rectifie seulement les essences. Mais tout cela nous entraînerait un peu trop loin* du caractère particulièrement économique que je désire donner à cette conférence.
- Permettez-moi de vous dire ici deux mots sur l’organisation technico-commerciale d’une vaste firme allemande connue de vous tous, la M. A. N. qui s’est acquis dans la construction des moteurs Diesel une réputation que nous pouvons bien dire méritée.
- Dans cette vaste maison où la hiérarchie et la discipline régnaient, avaient lieu cependant d’assez fréquentes réunions intimes, presque familiales du personnel. Dans ces dernières, dont le programme était naturellement scrupuleusement fixé et observé,' la Direction s’efforcait de diminuer les distances qui la veille séparaient entre eux les agents des différents grades et qui le lendemain devaient les séparer à nouveau.
- A l’occasion de ces fêtes qui réunissaient les représentants du personnel de toutes les succursales et de toutes les agences de province et de l’étranger.; l’un des directeurs était chargé de faire une conférence, soit sur un sujet technique, soit sur un sujet commercial intéressant la vie et l’organisation de l’affaire.
- A la fin de cette conférence le texte magnifiquement illustré, bourré de documents et de statistiques, était remis aux personnes présentes pour leur permettre de poursuivre leur éducation-.
- De même qu’en Amérique, car ce génie est américain et ne découle nullement de la méthode allemande, les directeurs étaient fréquemment appelés en conférence pour discuter de certaines questions techniques et commerciales, dont la résolution est réservée la plupart du temps en France, comme l’a rappelé M. Gambon, à l’incapacité ou à la suffisance d’administrateurs incompétents.
- Peut-être vous étonnerez-vous de me voir attacher autant d’importance à ce détail, mais ne soyez pas surpris si je puis vous affirmer avoir entendu dire, par des commerçants se réclamant de la qualité de
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- Français,; que de pareils enseignements sont stupides et que les meilleures affaires que l’on puisse faire sont celles que l’on traite avec ignorance, en présence de consommateurs ignorants !
- C’est d’ailleurs cet esprit soi-disant pratique que j’ai rencontré bien souvent comme secrétaire de la Commission nationale française du pétrole, lorsque je voulais convaincre les intérêts français de la nécessité de mettre un peu d’ordre, de méthode et de clarté dans les spécifications scientifiques et commerciales des nombreux dérivés du pétrole.
- C’est contre cet esprit, Messieurs, qu’il faut nous élever quand nous le rencontrons, et c’est notre bon sens qu’il faut lui opposer, ce bon sens que nos ennemis ignorent et qui doit nous faire rejeter ces pratiques, je dirais ces mœurs commerciales, qui sont indignes de la loyauté et de l’honneur de notre race.
- Mais revenons à l’Allemagne ; nous avons montré, il y a quelques instants, que non contente d’accumuler de formidables stocks dans ses entrepôts, elle avait su s’organiser pour faire appel à la production de l’Autriche et accaparer si possible celle de la Roumanie.
- Pour arriver à ces résultats, elle se servit des grandes banques qui toutes s’étaient réservées une grande part dans les affaires de pétrole où elles faisaient montre d’une. grande activité ; si grande que dirigées toutes vers le même but elles finirent par se rencontrer.
- Il y a deux ou trois ans, lorsque l’État faillit organiser définitivement le monopole du pétrqle, on vit les financiers du pétrole se ranger dans deux camps différents et oublier un moment que l’intérêt supérieur de la Grande Allemagne devait être au-dessus de tout.
- Ce projet de monopole, fort bien conçu et minutieusement étudié, devait permettre la réglementation des cours de vente du pétrole aux classes pauvres et faire réaliser à l’État des bénéfices aléatoires destinés à l’alimentation de la caisse des grandes lois sociales. Nous en recauserons plus tard, désirant signaler surtout la part prépondérante du Gouvernement dans la réglementation de ces industries des carburants qui le fit s’occuper activement du développement des emplois de l’alcool industriel et de la fabrication à outrance du benzol, que le prince Henri de Prusse avait dénommé le carburant national.
- Beaucoup de nos collègues ont suivi de très près cette question des carburants et des emplois industriels de l’alcool, ils se souviennent encore des résultats auxquels aboutirent les Commissions parlementaires et extra-parlementaires qui s’occupèrent de cette importante question et dont la dernière, en 1908, présidée par notre ministre des Finances actuel, décida l’envoi d’une Commission en Allemagne.
- Dans sa dernière conférence, M. Besson a rappelé la nécessité de revenir à la propagande que préconisait mon maître M. Haller en vue de la transformation presque intégrale de la houille en coke industriel avec récupération des sous-produits. Il a même accusé les grandes sociétés houillères françaises de n’avoir pas répondu à cet appel. Qu’il me permette de lui rappeler à mon tour que pour réaliser les désirs de M. Haller, il aurait fallu que le Gouvernement français étudiât un peu
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- mieux la question et abandonnât sa prévention contre le pétrole qui lui rapporte cependant bon an mal an près de 80 millions, c’est-à-dire le cinquième des recettes totales douanières.
- Pour concurrencer le pétrole importé en majeure partie par des Français, le Gouvernement laissa pénétrer le benzol allemand en franchise ; benzol allemand auquel le Gouvernement allemand accorda des primes d’exportations et des tarifs de transport réduits. Gomment voulez-vous après cela que les cokeries françaises aient pu s’intéresser à la récupération d’un produit qui ne devait pas leur faire réaliser de bénéfices.
- Mais il faut en terminer avec cette organisation de rAllemagne, qui lui permet encore à l’heure présente, malgré le blocus de ses ports, de trouver les ressources en carburant nécessaires à la prolongation de la terrible lutte à laquelle nous assistons.
- C’est grâce, chez elle, à l’union des industries, telles que celles du pétrole, de l’alcool et du benzol qu’elle est arrivée à ces résultats; à nous de profiter de cette expérience pour réclamer à notre tour Yunion sacrée des carburants.
- Dans leurs conférences, MM. Cambon et Besson ont fait remarquer avec juste raison que l’une des causes de la supériorité des Allemands résidait dans l’organisation de centres scientifiques industriels, alimentés par les industriels, et soutenus par l’État. En France, combien compte-t-on d’organisations semblables ? Pour ma part, j’ignore totalement leur existence dans l’industrie qui m’intéresse plus particulièrement.
- Or, qui de nous n’a pas constaté pendant ces dernières années l'envahissement des assemblées internationales par les Austro-Allemands qui y faisaient montre de leur savoir au moyen de communications retentissantes et de publications luxueuses auxquelles répondaient par une indifférence coupable nos industriels. Par suite de l’absence ou du petit nombre de Français présents, les Allemands en étaient arrivés à imposer leur langue comme langue internationale des Congrès, alors que la nôtre avait été de tout temps acceptée comme telle.
- Je sais bien que les Congrès sont parfois accusés d’être des prétextes à festins ; c’est possible, mais c’est là leur moindre défaut, et j’estime qu’après la guerre il sera de notre devoir et surtout de celui du Gouvernement, des industriels et des commerçants, d’utiliser ce moyen de propagande pour répandre l’influence française à l’étranger.
- Je pourrais m’étendre plus longuement sur la préméditation de l’Allemagne à la guerre, mais je n’ai pas l’intention ce soir de faire son procès. J’ai seulement celle d’apporter mon maillon à la chaîne'que nous devons tous forger pour l’empêcher de nuire après la guerre au libre développement du commerce et de l’industrie des nations civilisées.
- *
- * *
- Très insensiblement nous en sommes arrivés à critiquer l’action française à l’étranger.
- Quelle fut cette action en France ?
- En France, comme je l’ai expliqué ici même en 1913, et je n’y reviendrai pas, le commerce des pétroles importés tout fabriqués de
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- l’étranger s’est substitué insensiblement au raffinage désavantageux des pétroles bruts.
- Le tempérament commercial aidant, les pétroliers français se sont peut-être un peu trop désintéressés des préoccupations n’ayant pas un caractère exclusivement rentable.
- Du côté de l’Etat, la préoccupation fut unique, tirer le plus de bénéfices possible de la vente de ce produit de première nécessité et il fut suivi dans cette voie par les Municipalités.
- Ajoutez à cela les campagnes qui furent menées à différentes reprises sinon pour l’alcool, mais tout au moins contre le pétrole et vous ne serez pas étonnés du peu de préparation de cette industrie à la guerre.
- Une fois cependant, en 1908, grâce à l’énergie de notre ancien Président, M. A. Loreau, et sous la vigilante impulsion de noire distingué Collègue, M. G. Lumet, l’Etat intervint dans les discussions d’un Congrès qui fut particulièrement intéressant et instructif.
- Je veux parler : du Congrès des Ajjplicatiotis du Moteur à mélange tonnant et du Moteur à combustion interne aux Marines de Guerre, de Commerce et de Pèche.
- Des rapports qui y furent présentés et de la discussion qui suivit, apparût la nécessité évidente de l’union des carburants que je réclamais tout à l’heure.
- Ce Congrès fut un très beau Congrès, il eut le rare mérite de remettre au point cette question des Carburants qui avait été un peu trop vivement abordée en 1907, au deuxième Congrès des Emplois industriels de l’Alcool.
- Pour en revenir à l’Industrie française, je citerai encore la remarque de M. Besson sur l’existence en France de trop nombreuses vieilles usines.
- S’il est une industrie qui puisse mériter ce reproche, c’est bien celle de l’Industrie française du pétrole où même les usines neuves appliquent des procédés et du matériel démodé ; incapables d’ètre comparés à ceux des usines que vous venez de voir tout à l’heure.
- Je ne me permettrai pas de généraliser, mais je puis bien dire que, dans cette Industrie, on a trop souvent commis l’erreur de confondre les frais d’exploitation élevés, causés par un vieux matériel, avec les frais d’amortissement d’un matériel réduisant au minimum les mêmes frais d’exploitation.
- Il est juste cependant d’ajouter qu’en ce qui concerne l’Industrie française du Pétrole, le matériel qu’elle emploie est bien suffisant pour distiller les quelques milliers de tonnes de pétroles bruts qui sont encore importées en France.
- Abandonnons ce terrain industriel pour celui beaucoup plus général du terrain scientifique sur lequel personne ne conteste notre supériorité.
- M. Besson a signalé que l’une des causes du manque de laboratoires scientifiques provenait en France de la dispersion des capitaux attachés à la même Industrie. Ce reproche ne peut pas être admis par l’Industrie et le Commerce du pétrole, qui, à ma connaissance, ne possède aucun laboratoire de recherches et se désintéresse absolument de la question.
- L’Industrie française du pétrole n’existe presque plus ; mais hâtons-
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- nous de signaler que cette situation n’est que la conséquence de dispositions législatives néfastes, prises par des hommes et, par conséquent, essentiellement variables.
- Et puis ! le Commerce lui-même n’a-t-il pas intérêt à connaître l'a valeur exacte de ses ressources pour la rapprocher constamment des nécessités de sa clientèle et réclamer à ses fournisseurs les produits les plus convenables et Jes plus en rapport avec les progrès constants de l’Industrie?
- L’Allemagne, beaucoup plus gros pays consommateur que la France, a-t-elle cessé pour cela de lancer de nombreux chimistes à l’étude des questions intéressant non seulement son Commerce métropolitain, mais également ses capitaux employés à l’Étranger dans les nombreuses affaires de pétrole ?. Nous devons l’imiter et dès la fin de cette abominable guerre, reprendre notre place perdue dans cette Industrie chimique.
- Nous arrivons enfin au chapitre d’actualité du pétrole, c’est-à-dire à celui qui devrait vous entretenir de ses emplois par la guerre actuelle.
- Tous ceux qui ont pris part de loin ou de près aux opérations militaires ont pu se rendre compte du service considérable qu’a rendu le moteur à explosion employé sur des camions, soit sur des avions, soit sur des navires. Par suite d’une réserve que vous comprendrez, je ne pourrai entrer pour le moment dans le détail de toutes ces questions qui doivent rester sous le contrôle des autorités militaires.
- Il peut être cependant intéressant de vous parler d’un mode de ravitaillement des sous-marins allemands, que la censure a négligé de supprimer.
- D’après le Petroleum World, journal anglais, dans lequel j’ai puisé ce renseignement, le ravitaillement des sous-marins s’opère en pleine mer au moyen de réservoirs cylindriques en tôle, de 50 m de long et de 10 m de diamètre, compartimentés et construits pour résister à la pression extérieure et posséder le maximum de rigidité et de capacité, pour le minimum de poids mort.
- A chacune de leurs extrémités hémisphériques, ces réservoirs possèdent des chambres étanches contenant des pompes et des compresseurs d’air commandés électriquement et reliées aux compartiments et à la sortie du réservoir par des tuyauteries convenables.
- Ces pompes, suivant les besoins, peuvent pomper l’eau de la mer dans le réservoir, ou bien le pétrole, l’essence ou l’huile pour moteur apportés par des navires de commerce aménagés pour la circonstance.
- Le mode de fonctionnement de ces réservoirs est bien simple, s’il s’agit de les remplir, le navire ravitailleur qui connaît d’avance leur emplacement, s’approche de la partie avant de ce réservoir qui émerge au-dessus de l’eau et affecte la forme d’une bouée. Il accoste, relie ses canalisations électriques à celles du réservoir, raccorde ses tuyauteries de liquide et se met en devoir de vider l’un des compartiments de l’eau de mer qu’il contient pendant qu’il le remplit en même temps de pétrole. S’il n’est en vue d’aucun navire, il chasse l’eau de tous les comparti-
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- inents du réservoir qui vient flotter à la surface et procède plus aisément à cette opération, qu’il termine en remplissant d’eau et d’air deux tanks spéciaux avant et arrière qui permettent de donner sous l’eau à ces réservoirs une position oblique convenable.
- Lorsqu’il s’agit d’opérer le ravitaillement des sous-marins, la même opération s’exécute en sens inverse.
- En somme, c’est simple, mais le plus intéressant, c’est que l’établissement de ces réservoirs est, paraît-il, très peu coûteux ; primitivement destinés à la guerre, ils pourraient être employés plus tard, en temps de paix, pour le logement des stocks destinés aux approvisionnements de la Marine.
- Et en effet, moyennant une construction spéciale, peut-être un peu plus coûteuse que celle des grands réservoirs terrestres, on évite du môme coup, les fondations, les murs d’enceinte, etc., dont le prix grève énormément l’installation des Entrepôts; enfin, on supprime en même temps que les risques d’incendie, les formalités administratives qui vous arrêtent à chaque pas, lorsque l’on veut créer un entrepôt dans un port de commerce.
- Parmi les moyens d’extinction qui ont été proposés, j’en ai retenu un qui est assez original et qui doit être très peu connu. Il consiste dans l’emploi de gaz incomburant comme l’acide carbonique que l’on fait dégager au-dessous môme du foyer.
- Les moyens préventifs contre l’incendie consistent la plupart du temps dans l’accumulation de substances plus ou moins actives près des endroits où l’on suppose qu’il peut se produire des incendies, ces substances sont destinées naturellement à être projetées sur le feu, elles sont ordinairement liquides.
- Dans le procédé en question, on opère tout différemment et la méthode est éminemqient préventive.
- Supposons un tas de bois ou de matériaux combustibles, il suffira de placer au-dessous de lui, avant son empilage, un dispositif qui permette
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- de faire arriver du gaz carbonique ou de l’azote au moment opportun, pour voir le fen s’éteindre, je dirai, presque instantanément.
- S’il, s’agit d’un réservoir d’essence, il suffira de relier le fond de ce réservoir à un autre dispositif très simple, qui puisse faire arriver à la surface du liquide l’acide carbonique qui séparera instantanément le liquide inflammable des flammes supérieures qui apparaîtront à ce moment comme coupées par une force inconnue.
- Je n’insisterai pas plus sur ce moyen simple et curieux dont je vous engage à tirer profit, en l’appliquant au mieux des intérêts 'de nos pauvres soldats, et je termine en m’excusant d’avoir retenu si longtemps votre attention.
- Dans une prochaine communication, j’espère vous montrer les ressources dont disposent les Armées alliées et vous pourrez constater qu’elles sont très rassurantes.
- Souhaitons, Messieurs, qu’elles nous servent à des œuvres plus pacifiques et préparons-nous, après la guerre, à venger pacifiquement tous ceux qui ont donné leur vie pour la défense sacrée de la Patrie et de l’honneur de la France.
- M. le Président dit que l’attention avec laquelle a été écouté la communication de M. Guiselin montre combien nous lui sommes reconnaissants de son exposé si documenté.
- Nous sommes très heureux, dit-il, de voir parmi nous une personnalité aussi au courant de cette industrie du pétrole. Nous avons tous admiré les importantes installations qu’il nous a montrées dans la première partie de la séance, et nous avons été très frappés de voir combien les Etats roumain et autrichien ont su s’intéresser à ces industries, les soutenir et même les aider à traverser des périodes de crise. Nous avons retenu également son indication concernant le parti qu’on pourra tirer des gaz naturels. Nous savons qu’au moment où la guerre a éclaté on étudiait en Hongrie et en Galicie l’utilisation de ces gaz pour la production d’énormes quantités d’énergie électrique, et nous estimons qu’il y a là un facteur avec lequel on devra compter dans l’avenir.
- Il demande, par contre, à M. Guiselin, d’être un peu moins sévère pour nos installations françaises de pétrole. On s’explique que l’on n’ait pas pu faire aussi bien parce que nous n’avons pas les mêmes sources et que le problème à résoudre n’est pas le même, mais certains d’entre nous savent aussi que les installations moins' importantes et moins complètes de nos pétroleries françaises n’en ont :pas moins pu être utilisées avec succès pour la préparation des substances explosives, et M. le Président croit que M. Guiselin a été un de ceux qui, à la Section technique du Génie, ont contribué à cette utilisation.
- M. le Président ajoute qu’il est certain d’être Finterprète des membres de la Société, en remerciant M. Guiselin de sa communication (Applaudissements).
- M. P. Ziegler avait demandé à prendre la parole au sujet de la communication de M. Guiselin, mais l’heure avancée ne l’ayant pas permis, il a, à l’issue de la séance, remis la note suivante :
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- Dans l’excellente communication que vient de faire notre Collègue M. Guiselin, il a signalé très justement que le pétrole était, si l’on peut dire, traité par les pouvoirs publics en paria.
- A l’appui de cette information, que je reconnais comme parfaitement exacte, je voudrais appeler votre attention sur un fait qui a été jusqu’ici des plus préjudiciables à l’industrie française. Je veux parler des droits d’entrée exorbitants et tout à fait injustifiés qui frappent les huiles lourdes de pétrole, naphte, mazout, etc. Ces produits, que notre marine nationale achète en temps normal pour ses propres besoins à un prix variant entre 5fr, 50 et 6 fr les 100 kg, sont payés couramment par l’industrie privée, dans les mêmes conditions, 26 à 28 fr les 100 kg. Or, cette différence de prix provient uniquement, du fait que ces produits sont frappés d’un droit de 9 à 14 fr les 100 kg, c’est-à-dire d’un droit de plus de 200 0/0 de la valeur intrinsèque de la marchandise.
- Le résultat direct de cette politique douanière est que toute une branche de l’industrie moderne, l’industrie du moteur Diesel, qui s’est répandue d’une manière prodigieuse dans toute l’Europe, s’est développée lamentablement seulement dans notre pays. Là où vous voyez, en Allemagne, près d’un million de chevaux installés, vous ne trouvez en France qu’à peine, et encore en cherchant bien, 50 000 ch. Dans les autres pays d’Europe, le Diesel s’est répandu dans une proportion analogue à l’Allemagne ; la France partage en Europe ce triste privilège avec un pays seulement : l’Espagne.
- Or, y a-t-il un pays où le moteur Diesel devrait être plus répandu que chez nous ? Quelle situation serait aujourd’hui la nôtre si, au lieu d’être obligés de consommer du charbon payé à prix d’or, nous pouvions consommer des naphtes américains que nous pourrions nous procurer, avec la liberté des mers, en toute facilité et en large quantité ! Dans toutes les régions de houille blanche, le moteur Diesel n’est-il pas le moteur de secours rêvé et pourquoi ne l’installe-t-on pas ? Uniquement à cause du prix du combustible !
- On dira que les huiles de pétrole feront une concurrence au charbon. C’est une erreur. Tout d’abord, sur une consommation annuelle de 45 millions de tonnes de charbon, nous n’en produisons que 35 millions, et la différence, soit 10 millions, est introduite de l’étranger. D’autre part, comme l’a dit très justement M. le Professeur Haller, le charbon devrait avant tout servir à la fabrication du coke et des sous-produits. Il y a donc une place excellente à prendre sans nuire, bien au contraire, aux intérêts du pays.
- Est-ce que par hasard les nombreuses installations de Diesel en Allemagne aurait nui à la production du charbon allemand ? Personne n’oserait l’affirmer. Et quels services ont rendu à l’Allemagne les moteurs Diesel de leurs sous-marins ! Croyez-vous que sans l’expérience acqui.se dans la construction des moteurs Diesel pour les installations terrestres, il aurait pu en être ainsi ?
- Dans sa conférence, M. Victor Cambon disait que nous devions nous préparer dès maintenant à la lutte industrielle et commerciale afin d’être prêts à la fin de la guerre. Ne serait-il pas possible de provoquer, auprès des pouvoirs publics, qu’enfin des mesures rationnelles et équitables
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- soient prises pour supprimer un droit qui, non seulement est un anachronisme, mais nuit directement au pays ? Qu’on ne dise pas qu’il faudra trouver des droits remplaçant ceux que l’on diminuerait ou remplacerait. Actuellement, je suis sûr que sur les 50 000 ch de Diesel installés en France, il n’y en a pas 100 qui brûlent du naphte. On n’introduit pour ainsi dire pas 1 kg de naphte en France comme combustible liquide en dehors de celui qui est consommé par la Marine. Partout, pour tourner la difficulté,>on emploie l’huile de goudron, mais •cette solution n’est qu’un pis aller. D’abord l’huile de goudron se trouve en France dans des quantités essentiellement restreintes et ensuite sa com-sommcation est de 250/0 plus élevée que celle de l'huile de naphte. On peut dire qu’actuellement les droits sur les naphtes ne rapportent presque rien à l’Etat.
- Si au lieu de 9 à 14 fr les 100 kg, on faisait payer, par exemple, seulement 1 fr les 100 kg, ce qui donnerait un combustible coûtant dans les 7 fr les 100 kg produisant le kilowatt-heure à environ 2 centimes, donc très économique, en sç basant, par exemple, sur 500 000 ch installés, l’État encaisserait 3 millions de francs annuellement au lieu de 0 et je suis persuadé que ce chiffre serait rapidement doublé et même triplé.
- M. Guiselin disait que l’Allemagne était le plus gros consommateur de pétrole d’Europe. Pourquoi ne chercherions-nous pas à l’égaler? Nous^en avons les moyens; je vous en indique un et il me semble que, dès maintenant, la Société des Ingénieurs Civils de France devrait provoquer la prise d’une mesure qui nous mettrait sur le meilleur chemin pour y arriver, pour le plus grand bien de l’industrie française et du pays.
- MM. M. Chauvain, E. Evens, E. Langlois, Ch. Lécuyer, R. Picaud et A. Pradel sont admis comme Membres Sociétaires Titulaires.
- 11 est donné lecture des demandes d’admission en première présentation de MM. H. Elion, A. Gardinier, P. Lajoinie, H. Sloog, E. Verdon, comme Membres Sociétaires Titulaires et de
- M. J. Clermont, comme Membre Associé.
- La séance est levée à 19 heures.
- Le Secrétaire Administratif, A. de Dax.
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- CHRONIQUE
- N« 420.
- SOMMAIRE
- A. — Appareils de transport pour chemins de fer, navigation,.automobilisme, etc. — Les locomotives à vapeur aux États-Unis (suite). — L’utilisation du rail. — Emploi des grands moteurs Diesel dans la marine au point de vue économique.
- B. — Mécanique, moteurs, machines diverses. — Avantages de la turbine à vapeur. — Graissage des cylindres des moteurs à explosion. — Utilisation de la chaleur perdue dans les moteurs à combustion interne. — Développements récents des grandes stations de production d’électricité. — Compresseurs d’air actionnés par des moteurs à gaz.
- C. — Construction, travaux publics. — Les services industriels de la Ville de Genève. — Prévention de l’électrolyse dans les constructions en béton armé. — Préservation du bois. — Altération de l’acier sous l’eau. — Le chemin de 1er de Granges-Moutier.
- D. — Mines, métallurgie, physique, chimie et électricité. — Chauffage au poussier de charbon des fours à réverbère. — Essais de vaporisation avec de la tourbe et du coke de tourbe comme combustible. — Extraction des huiles de tourbe. — Explosions de gaz avec des chaudières chauffées au lignite. — Chaleur spécifique et chaleur de fusion de la glace.
- E. — Questions diverses. — Tours et bassins de refroidissement pour l’eau de condensation. — Résidus solides des eaux d’égout. — Benjamin Isherwood. — L’efficacité du tir au fusil (suite et fin). — Les aciers pour outils à coupe rapide. — Conservation des fruits par le froid. — La lutte contre l’alcoolisme en Suisse. — L’industrie des pipes de bruyère en France.
- A. — Appareils de transports pour chemins de fer, navigation,
- AUTOMOBILES, ETC.
- IiC» locomotives à vapeur aux. États-Unis (suite). — Nous avons résumé sous ce titre, dans la Chronique n° 418, un rapport présenté à l’American Society of Mechanical Engineers; la présentation de ce rapport a été suivie d’une discussion très développée au cours de laquelle il a été présenté d’intéressantes observations. Nous croyons utile de résumer ici les principales de ces observations.
- M. F. J. Gole croit devoir rappeler que dans les dernières années la puissance des locomotives s’est accrue dans des proportions telles que les anciennes règles appliquées pour déterminer les proportions des surfaces de grille et de chauffe, la longueur et le diamètre des tubes, etc., ne correspondent plus aux conditions actuelles.
- Les dimensions des cylindres sont actuellement fixées par la charge maximum sur les essieux admissible dans les conditions d’établissement de la voie et des ouvrages d’art, combinée suivant le type avec lé diamètre des roues, la pression à la chaudière et le coefficient d’adhérence. Une fois ces bases arrêtées, on procède à l’étude de la chaudière pour s’assurer si la surface de chauffe nécessaire sera obtenue sans dépasser les limites de poids.
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- Il y a deux points qui dominent la question : la quantité de vapeur nécessaire pour alimenter les cylindres à l’effet de développer la puissance maximum et les proportions de surface de grille et de surface de chauffe directe et tubulaire pour produire cette quantité de vapeur dans les meilleures conditions.
- La locomotive, contrairement à la plupart des machines à vapeur, est susceptible de donner des vitesses et des puissances très différentes. Elle doit fonctionner à toutes les vitesses depuis le démarrage jusqu’à sa vitesse la plus élevée et donner tous les efforts de traction jusqu’au maximum pour lequel elle a été établie. Aux faibles vitesses l’effort doit pouvoir démarrer facilement le train et, à cet effet, on admet-la vapeur aux cylindres pendant 80 à 87 0/0 de la course. Dès que la vitesse augmente, on réduit la période d’admission en obligeant la vapeur à se détendre davantage. Il y a donc, pour toute vitesse, une admission correspondant à la puissance maximum et il existe aussi une vitesse minimum à laquelle la pleine puissance de la locomotive est réalisée ; au delà de cette vitesse le nombre de chevaux développé reste constant ou décroît légèrément. Ce point critique correspond généralement à une vitesse de piston de 3 m, 50 à 5 m par seconde.
- On voit souvent employer certains rapports basés sur le volume des cylindres pour établir les dimensions principales des locomotives. Ces rapports laissent de côté des valeurs essentielles telles que la combustion par métré carré de grille, la longueur des tubes, les vaporisations par mètre carré de la boite à feu, des tubes eu égard à leur longueur; on doit donc employer de préférence des méthodes où on tient compte de ces éléments.
- M. Cole a réuni une collection de données sur ces questions et les a utilisées pour obtenir des proportions qu’il a rapportées à la puissance en chevaux. Il a étudié les expériences faites au chemin de fer du Nord français et du P.-L.-M., celles du docteur Goss sur une chaudière Jacobs Shupert et les essais du Pennsylvania Railroad au laboratoire d’Astoria pour obtenir les pouvoirs de vaporisation des diverses parties de la chaudière. Il est évident que la valeur, comme chauffage, d’un tube de diamètre donné, varie beaucoup avec sa longueur. On peut admettre que, dans des conditions égales de tirage et de combustion, la température de la boite à feu est constante, dès lors celle-ci s’abaissera à mesure que la longueur des tubes augmentera. S’il faut plus de tirage pour faire passer les gaz, il n’en résultera pas moins une plus grande absorption de température entre la boite à feu et la boite à fumée. Le rendement thermique de la machine augmentera dans certaines limites par l’emploi de longs tubes. La longueur économique des tubes est déterminée principalement par le nombre et la disposition des roues et, d’une manière secondaire, par les conditions thermiques.
- Vers 1899 a été introduit le type Atlantic (4-4-2) à boite à feu large. Comme celle-ci était placée derrière les roues motrices, la surface de grille pouvait être faite assez grande pour être proportionnée à la puissance de la machine et il n’était plus nécessaire de pousser la combustion à des taux de 800 et 900 kg par mètre carré de surface de grille et par heure. Avec ces taux de combustion excessifs on avait obtenu des
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- résultats économiques très défavorables parce que beaucoup de charbon passait à travers les tubes sans être brûlé et était projeté hors de la cheminée par la violence du tirage.
- Dans ces machines, les tubes avaient de 4 m, 50 à 4 m, .80 et môme plus. On avait craint d’abord d’avoir des fuites avec des tubes de cette longueur, mais on reconnut bientôt qu’on n’avait pas plus de difficultés à les maintenir en bon état que des tubes plus courts. L’introduction des types Pacific (4-6-2), Mikado (2-8-2) et autres à essieux porteurs à l’arrière a .encore augmenté la longueur des tubes. Des essais comparatifs faits entre des chaudières à longs tubes et d’anciennes locomotives à tubes relativement courts ont montré une notable réduction dans les températures de la boite à fumée.
- t Au lieu de ces règles arbitraires et sans valeur pour rattacher la surface de chauffe aux dimensions des cylindres, il est bien préférable de recourir au travail lui-même développé dans le cylindre. Avec de la vapeur saturée, la puissance maximum est produite avec une vitesse de piston d’environ 3 m, 50 par seconde, ou à une puissance constante de 3 m, 50 à 5 m, et la puissance diminue légèrement au delà de cette limite. Avec la vapeur surchauffée on atteint le maximum à 5 m et elle reste à peu près constante au delà. Gomme on calcule la puissance sur les pistons, la course et le diamètre des roues motrices n’entrent pas en compte et on peut employer la relation suivante :
- 0,85p X 0,412 X 1 000 X 24 _
- 33000
- = 0,0212 X;jXD,
- dans laquelle d est la section d’un des cylindres en pouces, p, la pression à la chaudière, en livres, et 0,412 le facteur de vitesse.
- On a ainsi la puissance P en1 chevaux sur les pistons.
- Pour la vapeur surchauffée, on a :
- P = 0,0229jp X D,
- 0,445 étant le facteur de vitesse.
- En mesures métriques on aurait :
- P — 0,045 pXd avec la vapeur saturée, et
- P = 0,049 p X d avec la vapeur surchauffée (1).
- On peut dépasser légèrement ces puissances dans des conditions particulièrement favorables, mais il est préférable de rester dans les limites qui viennent d’ètre indiquées.
- La base de la puissance en chevaux développés présente encore d’autres avantages dans l’étude d’un projet de locomotives. Ainsi, elle permet dans la détermination de la consommation d’eau et de combustible par heure de calculer la surface de grille en admettant que la combustion se
- (1) Ces formules supposent un coefficient de réduction de 0,85 pour passer de la pression à la chaudière à la pression moyenne effective sur les pistons; c’est excessif, croyons-nous, si on considère qu’on admet une vitesse de piston de 3 m, 50 par seconde correspondant, pour une course de 0m,66, à 4,5 tours par seconde. Il serait préférable de prendre un coefficient de 0,70 avec lequel on aurait P = 0,37 p d pour la vapeur saturée et 0,40pd pour la vapeur surchauffée.
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- fasse dans les meilleures conditions possibles. Si on connaît le poids de ' charbon à brûler par heure, on peut de suite apprécier si on peut conserver le chauffage à bras, ou s’il est nécessaire de recourir à des appareils mécaniquës. Du moment où on connaît le volume d’eau à dépenser par heure, il est facile de trouver la position des stations d’alimentation, la grandeur des caisses à eau du tender et de fixer en outre le dimensions des ' accessoires de la chaudière, injecteurs, soupapes de sûreté, tuyaux de vapeur, etc.
- Des expériences faites par la Pennsylvania Railroad à Saint-Louis et à Altoona, et des résultats obtenus en service, on tire la conclusion qu’on peut obtenir un cheval-vapeur avec 11,3 à 13 kg de vapeur saturée à l’heure dans des cylindres à simple expansion à des vitesses de piston de 3 m, 5 à 5 m par seconde. On peut prendre pour moyenne 12 kg, 25, 10,5 pour une machine compound, 9,4 pour de la vapeur surchauffée de 90° G. avec simple expansion, et enfin 9 kg pour de la vapeur surchauffée travaillant avec double expansion. Ces chiffres comprennent la vapéur dépensée pour les appareils auxiliaires.
- Des essais au pyromètre exécutés récemment par la Pennsylvania R. R. avec diverses locomotives dans le laboratoire spécial d’expériences montrent les effets des tubes de diamètres et de longueurs différents. Les courbes relevées dans ces essais permettent d’apprécier la variation de la vaporisation effectuée par ces tubes. On voit que les tubes courts vaporisent plus par unité de surface que les longs, mais les gaz à leur sortie dans la boîte à fumée ont une température plus élevée. Il en résulte que, si la chaleur absorbée par mètre courant de longueur est plus grande avec le tube court, celui-ci n’est pas aussi avantageux et, .toutes choses égales d’ailleurs, il exige plus de combustible pour une vapori-( sation donnée. On trouvait beaucoup de tubes de 3m, 60 à 4m, 20 il y* a quatorze ou quinze ans, et on en rencontre aujourd’hui de b m, 6 m, 60 et même 7 m, 20. Aussi la température dans la boîte à fumée s’est-elle abaissée de 400° ou 425° à 290 ou 320° C., il est vrai qu’il faut un peu plus d’énergie pour faire traverser les longs tubes aux gaz de la combustion, mais c’est très peu de choses. Dans certains cas, les machines Mallet 4-6-2 et 4-8-2, la longueur des tubes est nécessitée par la disposition même de la chaudière, en dehors de toute considération économique. On peut donc dire, d’une manière générale, que l’expérience a prouvé que le calorique était mieux utilisé dans les locomotives modernes que dans les typés plus anciens* parce que la différence de température entre le foyer et la cheminée est plus grande à cause de la longueur des tubes.
- On peut tirer de ce qui précède les conclusions suivantes :
- Vaporisation du foyer. — On admet généralement pour la production de vapeur, par mètre carré de surface, du foyer, de la chambre de combustion et des tubes portant la voûte en briques, la valeur de 270 kg. La plus grande absorption de chaleur par les parois de la boîte à feu par rapport à la partie arriére des tubes tient surtout au rayonnement. Cet effet varie comme le carré de la distance du feu aux parois. Il est
- probable, d’ailleurs, qu’au moins dans certaines limites, la chaleur
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- absorbée est indépendante de la surface de chauffe et dépend de la surface de la grille où plutôt de celle du combustible ardent. Si on admet que la surface de chauffe est suffisante pour absorber toute la chaleur rayonnante, il est probable qu’on obtiendrait peu d’effet en augmentant cette surface. Il en résulte que la surface plus grande du combustible ardent par rapport à la surface absorbant la chaleur dans les locomotives à foyer large’ est plus efficace que dans les anciennes machines à foyer étroit.
- Diamètre, longueur et espacement des tubes.— Le pouvoir de vaporisation par unité de surface extérieure a été évalué approximativement pour les tubes de 50 et 55 mm et pour les tubes de surchauffeurs de 136 et 140 mm. La longueur varie de 3 m, 5 à 6 m, 62 et l’espacement entre les tubes de 13,5 à 25 mm. Ces chiffres font voir que le pouvoir de vaporisation d’un tube varie dans une large mesure avec la longueur , le diamètre et l’espacement. Des courbes de températures comparées aux longueurs ont 'servi de bases pour déterminer les évaporations pour différentes longueurs de tubes. La vaporisation varie directement avec les différences de température entre les gaz passant dans les tubes et la vapeur de la chaudière. Des tubes de 3 m, 05 à 6 m, 62 de longueur, espacés de 13,5 à 25 mm avec des diamètres de 50, 55 et 140 mm, vaporisent de 36 à 64 kg par mètre carré de surface et par heure.
- Surface de grille-. — On calcule la surface de grille pour brûler des charbons gras sur ce point de départ que 580 kg par mètre carré et par heure est le maximum compatible avec une vaporisation économique. On a brûlé, il est vrai, jusqu’à 1 000 et 1100 kg par mètre carré dans des petits loyers profonds, mais c’est très désavantageux et des essais faits avec soin ont montre que la production de vapeur par kilogramme de charbon était relativement faible dans ces conditions. Il ne faut pas d’ailleurs verser dans l’excès contraire et avoir une combustion trop lente qui ne serait pas économique non plus.
- Avec les charbons maigres, on doit compter sur une combustion de 280 à 350 kg par mètre carré et par heure, suivant le combustible.
- On ne doit pas perdre de vue que la puissance d’une chaudière de locomotive, tout le reste étant en proportion, ne saurait être trop grande dans les limites du poids admissible et de nombreux essais ont fait voir que les grandes dimensions données à ces chaudières entraînent une économie considérable de combustible et d’eau. Pour le service des .trains de voyageurs, on peut sans inconvénient doubler la puissance d’une chaudière; il faut, bien entendu, que la grille soit assez grande pour ne pas brûler plus de 600 kg de charbon gras de qualité moyenne par mètre carré et par heure. Pour les charbons à gaz, la surface peut être moindre, mais, dans ce cas, il est préférable d’avoir une grande grille et d’en garnir une partie de briques ; on a ainsi l’avantage d’un grand volume de foyer, ce qui est avantageux pour avoir une bonne combustion ; beaucoup de grosses locomotives récentes n’ont pas assez de volume de foyer.
- Nous croyons devoir encore citer les observations de M. <T. T. Anthony sur les mêmes points.
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- Pour avoir un rendement avantageux, il est nécessaire que la grill soit assez grande pour maintenir le maximum de ïa combustion au-dessous de 500 kg par heure et par mètre carré. L’avantage des combustions modérées tient non seulement à la réduction de diverses causes de perte de calorique mais encore à ce qu’une grande partie de la chaleur reçue par la surface du foyer provient de la radiation du combustible incandescent et des flammes, tandis que beaucoup moins est dû à la convection directe. La première quantité dépend de la surface et de la différence de température entre les parties rayonnantes et les parois absorbantes.
- Les tubes reçoivent le calorique par convection et la quantité dépend du poids des gaz qui les parcourent ; ce poids varie avec le taux de la combustion, tandis que la vaporisation du foyer augmente un peu avec ce taux parce que la température est un peu plus élevée ‘ ainsi que le volume de la flamme, mais pas dans la même proportion que pour les tubes.
- Avec le charbon gras, une partie brûle comme gaz au-dessus de la grille. La rapidité de la combustion de ces gaz dépend de la quantité d’oxygène présent et de la perfection du mélange. Avec une grille de 5 m2, 5 et une combustion de 300 kg par mètre carré et par heure, une alimentation d’air de 20 kg par kilogramme de combustible et une température moyenne de 1 100° C. dans la boite à feu, le volume de gaz produits par seconde sera d’environ 33 m3, 5. Le foyer correspondant à cette grille aurait un volume de 5 m3, 5 et devrait se vider et se remplir six fois par seconde. Il reste bien peu de temps pour le mélange intime des gaz avec l’air et la combustion complète des premiers. Pour obtenir ce résultat, il faut un brassage mécanique des éléments gazeux, ce qui se fait généralement au moyen d’une voûte en briques qui force les gaz à passer par un espace restreint mais qui ne doit pas avoir une section inférieure à la section totale de passage des tubes à fumée.
- Mais il ne suffit pas d’avoir un volume suffisant de boite à feu ; il faut pour la flamme un passage de section et longueur assez grandes pour que les gaz puissent se mélanger d’une manière intime et que la combustion s’opère complètement avant les tubes. Dans les foyers ordinaires sans doute, la longueur moyenne de l’espace où la flamme peut se développer ne dépasse par 1 m, 50 à 1 m, 80; avec les voûtes en briques, cet espace peut atteindre 3 à 4 m, 50, ce qui permet d’avoir, outre une combustion plus complète, une plus grande surface de rayonnement, une vaporisation directe plus considérable et un abaissement de la température des gaz à la sortie.
- On peut réaliser un rendement élevé avec des combustions relative-1 ment lentes malgré l’excès d’air. Les parois du foyer absorbent une plus grande partie de la chaleur développée et la proportion dépend surtout de la température du combustible incandescent. Il est fort possible que cette température soit plus élevée avec un excès d’air.
- La vaporisation de la boîte à feu dépend de l’étendue et de la température des surfaces rayonnantes bien plus que de la grandeur de la surface absorbante, et si on augmente la surface de chauffe sans accroître celle de la grille, on gagnera fort peu de choses. Une vaporisation de
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- 300 kg par mètre carré de surface de foyer et par heure nécessite une différence de température de moins de 50° G. entre les deux côtés de la paroi du foyer. Si on pouvait accroître la température des surfaces rayonnantes, on pourrait augmenter la vaporisation du fpyer sans accroître la surface de chauffe de celui-ci.
- Dans les essais faits à Conterville sur deux chaudières, on obtint avec les deux des vaporisations de 290 kg par mètre éarré et par heure, avec les mêmes taux de combustion et des grilles de même surface, et cependant un des foyers avait 12 0/0 de surface de chauffe de plus que l’autre.
- A moi As qu’on ne voie se réaliser un changement complet du ; combustible, il est peu probable qu’il se produise, dans un avenir prochain, des modifications radicales dans les types actuels de foyers. Les améliorations ne pourront se produire qu’en portant une attention constante à la question des grilles, du mélange des gaz, des chambres de combustion, de l’alimentation d’air, etc. (A suivre).
- 1/utilisatioii «lu rail. — On a dit, non sans raison peut-être, qu’il n’y a pas de produit de l’industrie moderne dont l’influence sur les progrès de la civilisation ait été aussi considérable que celle du rail d’acier; il est non moins vrai, dit un journal américain, qu’il n’est pas d’élément dans l’activité industrielle dont l’utilisation soit aussi faible.
- Le fait devient évident si on considère qu’un rail travaille presque à sa limite de résistance sous la charge qu’il subit et les chocs qu’il éprouve au passage d’un train et cela pendant quelques secondes, puis il reste au repos j usqu’au train suivant plus ou moins distant du premier. Il en résulte qu’à l’exception peut-être de certaines voies de gares, les raffs ne travaillent que pendant une très faible proportion de temps. Si, par exemple, on prend un rail de 12 m de longueur et qu’on admette pour les trains une vitesse moyenne de 36 km à l’heure, le rail sera parcouru en 20 secondes par un train de 200 m de longueur; pour 100 trains par 24 heures, ce qui, pour une ligne à double voie, représente déjà un trafic sérieux, le rail travaillera pendant 33 minutes, soit pendant 2,3 0/0 du temps total. Si la vitesse considérée était de 72 km à l’heure, le temps pendant lequel le rail travaillerait tomberait à la moitié, soit 1,15 0/0. Mais il y a mieux. Un train n’exerce pas sur les rails une pression uniforme, les essieux de la locomotive ont une charge à peu près double de ceux des wagons et laJongueur de la partie la plus chargée, au lieu des 200 m indiqués plus haut ne sera plus que de 4 m, 30 pour une machine Pacific. La pression maximum sur le rail ne s’exercera donc que pendant 0,43 seconde au lieu de 20 secondes, la durée du travail maximum descendra donc, par 24 heures, à 43 secondes ou 1/2000 du temps total, au lieu de 1/43,5. Il n’est probablement pas dans l’industrie d’exemple d’un travail aussi irrégulier et, on peut le dire, aussi peu rationnel.
- Le cas des ponts de chemins de fer est tout différent, car, en dehors des surcharges exercées par le passage des trains, ces ouvrages travaillent d’une manière permanente sous l’action de leur propre poids qui est toujours considérable par rapport aux charges roulantes, ce qui est loin d’ètre le cas pour le rail. Ainsi un rail supporte une charge qui peut être 200 fois le poids du mètre courant de cet organe, tandis que
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- la surcharge d’un pont métallique sera d’environ 2 à 1 suivant les portées par rapport au poids mort. On voit donc que l’ouvrage sera toujours soumis à un travail considérable qu’il y passe ou non des trains.
- Depuis une dizaine d’années, on a augmenté le poids des rails pour le mettre en rapport avec les charges croissantes exercées par les machines, mais, si on a cherché à perfectionner ces organes aux points de vue de la résistance, dû poids, de la matière, de la pose, etc., rien n’a été changé quant aux conditions dans lesquelles ils travaillent.
- C’est un problème très ardu que celui qui consiste à chercher le remède à cette situation, mais il semble bien qu’avant de continuer dans la voie de l’augmenlation croissante du poids des rails on pourrait se demander s’il ne serait pas possible d’en obtenir une meilleure utilisation, en cherchant par exemple à rendre les trains plus fréquents, de • manière à maintenir la même capacité de transport, mais avec des charges plus régulières ; cette plus grande uniformité du travail de la voie aurait d’ailleurs le très grand avantage de réduire , le nombre des ruptures de rails.
- Il est certain que des modifications de cette nature ne seraient, tout d’abord au moins, pas très favorablement regardées par les services de l’exploitation qui y verraient' une cause d’augmentation de dépenses ;. on sait, en effet, qu’il y a, au contraire, actuellement une tendance ma-' nilèste à augmenter le poids des trains et par suite des machines. Nous en avons’donné de nombreux exemples dans nos . Chroniques, mais lorsque la limite de la capacité est atteinte non seulement par les voies, mais encore par d’autres,éléments du trafic des voies ferrées, il devient légitime de se demander si la si faible utilisation de l’organe fondamental, le rail, n’indique pas, comme d’autres faits d’ailleursAque la limite de la capacité des chemins de fer n‘est pas loin d’être atteinte avec les méthodes actuelles et que le moment est venu d’envisager des modifications radicales dans l’exploitation des voies ferrées.
- Emploi des grands moteurs Diesel dans la marine au point de vue économique. — Dans ces trois dernières années, on a construit avec des moteurs Diesel ou on a pourvu de ces moteurs, en remplacement de machines à vapeur, environ cinquante navires de mer et, malgré ce chiffre important d’applications, on ne peut pas dire que tout le monde, mécaniciens et constructeurs de navires, soit d’accord sur les avantages économiques du moteur Diesel dans la navigation.
- Tout d’abord, les constructeurs ont été fortement influencés par l’énorme différence entre le rendement thermique de la machine à vapeur à triple expansion qui ne dépasse guère 14 0/0 et celui de 38 à 4-0 0/0 invoqué pour le moteur Diesel. De plus, il y a trois ans, lors de l’expiration des patentes relatives à ce moteur, les prix des huiles brutes étaient bas et la question se posait d’une manière tout autre qu’aujour-d’hui où ces prix ont presque triplé,
- La question économique des moteurs Diesel dans la marine doit d’abord être envisagée au point de vue de l’espèce de combustible à employer. Les
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- sources principales se trouvent sur la côte de T Atlantique, des États-Unis, dans la Pensylvanie, l’Ohio, le Texas et les États du Sud. On trouve de grandes quantités d’huile au Mexique, aux environs de Tuxpan, mais cette huile ne convient pas beaucoup pour ces moteurs, surtout à cause de la forte proportion d’asphalte et de soufre qu’elle contient. Les huiles de Californie sont appelées à voir leur prix s’élever beaucoup à la suite de l’ouverture du Canal de Panama et, de plus, un puissant syndicat formé d’intérêts européens a obtenu le contrôle sur la production de 300000 à 400 000 t d’huile par an.
- En ce qui concerne la navigation maritime, les huiles de Russie, de Roumanie et de Galicie n’ont pas encore d’importance sérieuse d’autant plus qu’on dit que les huiles russes ne conviennent pas aux moteurs Diesel. En revanche, on peut trouver, dans l’Asie orientale de très grandes quantités d’huiles excellentes pour cet emploi.
- Rieppel a trouvé, dans ses recherches sur la question des combustibles liquides convenables pour les moteurs Diesel, que les meilleurs étaient des huiles de paraffine à haute teneur en gaz, bien que les huiles de* goudron et d’hydrocarbures d’un pouvoir calorifique inférieur à 9 000 calories et contenant de l’asphalte ne puissent pas être employées directement. On a toutefois trouvé récemment que des huiles ne contenant pas plus de 26 0/0 d’asphalte et plus de 2 de soufre, et fluides à 4° C., peuvent être employées dans les moteurs Diesel, à condition de ne contenir ni eau, ni impuretés et de ne pas donner de résidus solides. En fait, les huiles brutes sont rarement assez pures pour pouvoir être employées directement dans ces moteurs. On se sert principalement des produits passant à la distillation entre 150 et 350° G., si leurs proportions d’asphalte et de soufre ne sont pas trop élevées. Les produits de la distillation du goudron de lignite, surtout obtenus par la distillation sèche, conviennent très bien. A cause de leur teneur élevée en paraffine, ces huiles, lorsqu’on les injecte dans les cylindres du moteur à la température correspondant à la pression de 33 à 34 atm, forment des gaz qui s’enflamment avec une extrême facilité. Le goudron de houille, toutefois, à cause de sa faible teneur en hydrogène, brûle difficilement dans les moteurs Diesel et on est obligé de l’additionner de 5 à 10 0/0 de kérosène ou. de le chauffer préalablement, mais, pour la plupart des cas dans la navigation, le goudron de gaz a peu d’importance.
- En ce qui concerne l’économie relative du moteur Diesel et de la machine à vapeur à triple expansion, on peut donner ici des chiffres intéressants, Ils se rapportent à deux navires de la ligne Furness, le Salt-burn et YEavestone. Tous deux ont des coques exactement semblables, mais le premier a un moteur à vapeur pesant 1 280 t métriques et l’autre ummoteur Diesel du poids de 1 260 t. Le port Au même tirant d’eau est de 3 080 tx pour le vapeur et de 3100 pour le navire à moteur. Les deux navires font les mêmes voyages. Le vapeur donne 8,7 nœuds et brûle 12 t de charbon par 24 heures; le navire à moteur file 8,66 nœuds et dépense 31,95 par 24 heures. Si on ajoute la dépense de la chaudière auxiliaire employée à la commande du gouvernail, on trouve un rapport de consommation de 1 à 2,88 entre les deux navires, ce qui fait voir l’exagération de l’assertion contenue dans beaucoup d’ouvrages,
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- savoir que 1 t d’huile remplace 4 à 5 t dé charbon ; on voit que la pratique ne confirme pas du tout cette assertion.
- Le tableau ci-joint donne les dépenses comparatives en combustible, salaires, graissage et amortissement pour deux navires, savoir : le Christian X portant deux moteurs Diesel à simple effet et à quatre temps à huit cylindres et le Uckermark, actionné par une machine moderne à vapeur surchauffée. Une particularité frappante est la grande dépense de graissage du moteur Diesel pour laquelle on trouve le chiffre de 2 275 fr contre 337 pour la machine à vapeur, soit près de sept fois autant. En effet, alors que la machine à vapeur marine dépense de 0,4 à 0,5 kg par cheval indiqué et par heure, le moteur Diesel consomme de 2,4 à 2,5 kg et même plus.
- Dépenses comparées d’un vapeur (V) et d’un moteur Diesel (D) pendant un voyage de deux mois.
- • Sur ces deux mois, 27,5 jours à la mer, 28 au port. Vitesse 11,4 milles à l’heure.
- ' (h) (V)
- fr. fr.
- (1) Combustible.
- (D) A la mer : 11,9 X 2,75. . 328 t
- 20
- Dans le port........b . 30
- Chaudières auxiliaires. . 26
- 404 t à 33 fr, 20. . 13 412
- (V) Charbon : 1 250 t à 19 fr, 75 ........ 24627
- (2) Salaires.
- (D) . . ..................................... 4 717
- (V)...................................... 6237
- (3) Graissage.
- (D) Huile pour mécanisme, huile pour cylindre,
- graisse................................ 2 275
- (V).......................................... 337
- Amortissement.
- (D)“®/®SUr!enaV‘re- ....... 30850
- 12 0/0 par le moteur . . . )
- (V) 10 0/0 sur l’ensemble du navire et de la machine........................................ . 23 625
- 51254 < 54 886
- Dépense par tonne de port. ................ 16,53 17,82
- En somme, si on prend les quatre chapitres de dépense, combustible, main-d’œuvre, graissage et amortissement, on constate une économie en faveur du moteur Diesel, mais-cette économie n’est*pas bien grande, 10 0/0 dans le tableau ci-dessus. On doit faire observer toutefois que
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- dans celui-ci on n’a pas tenu compte du chapitre des réparations qui paraissent être assez sérieuses avec ces moteurs. En effet, si on a triomphé des difficultés du début, lesquelles sont communes à tous les nouveaux types de machines, il est certain que les moteurs Diesel, lorsqu’ils travaillent d’une manière continue, exigent beaucoup plus d'attention que les moteurs à vapeur. Il y a des cas où les premiers, après avoir fonctionné d’une manière irréprochable pendant deux ans et demi, ont subitement éprouvé toutes sortes d’accidents, ruptures de plateaux, de cylindres, d’enveloppes réfrigérantes, etc.
- Une source très fréquente d’avaries est dans la rupture des fonds de cylindres ; on peut l’éviter par un refroidissement convenable de ces parties et par l’élimination des angles. Il arrive aussi très fréquemment des accidents par l’interruption ou le ralentissement du fonctionnement de la pompe de circulation d’eau de refroidissement. Ces accidents sont plus graves avec les moteurs Diesel qu’avec les machines à vapeur parce que s’ils arrivent dans des localités peu fréquentées on ne trouve pas de pièces de rechange et le navire peut être exposé à rester indisponible jusqu’à ce que les réparations nécessaires aient pu être effectuées.
- Si la coqibustion de l’huile dans les cylindres du moteur est, au point de vue thermique, plus efficace que la combustion du charbon sur la grille d’une machine à vapeur, il n’en est pas moins vrai qu’il y a une grande proportion de chaleur perdue, environ 60 0/0. On a proposé divers moyens de retrouver cette chaleur perdue, par exemple de chauffer une chaudière à vapeur ou de l’eau. L’emploi de cette chaleur pour le chauffage préalable de l’huile dans des réservoirs présente un certain danger en ce que, si les tuyaux contenant l’eau viennent à fuir, cette eau se mélange à l’huile, ce qui est inadmissible. .Si ce mélange se produit, il faut laisser reposer l’huile pendant 10 ou 12 heures pour que l’eau se dépose au fond. Une bonne précaution est d’avoir des réservoirs d’une capacité correspondante à la consommation d’une demi-journée et munis, à la partie inférieure, de robinets pour l’évacuation de l’eau à la mer.
- L’idée d’employer les gaz d’échappement des moteurs Diesel au chauffage de chaudières auxiliaires est trèp naturelle, mais elle ne semble pas très heureuse, car il y a une tendance à supprimer toute intervention de la vapeur dans les navires à moteurs. Ainsi, on s’en servait pour* la manœuvre des treuils et autres appareils auxiliaires pour la production de l’air comprimé et de l’eau sous pression, etc. Or, dans les navires récemment construits, le Fionia par exemple, portant un moteur Diesel de 4 000 chx, tous les auxiliaires sont mus par l’électricité et, s’il y a encore une chaudière à vapeur à bord, elle est uniquement destinée à fournir de l’eau chaude pour la toilette et les bains des passagers.
- Parmi les appareils auxiliaires, un des plus importants est la mise en train du moteur; celui-ci ne peut pas partir avec l’huile et on emploie l’air comprimé pour le départ et le changement de marche, les compresseurs d’air étant mus par le moteur lui-même ou par des moteurs spéciaux. Si on considère qu’un moteur de 2000 ch indiqués nécessite un compresseur d’air absorbant environ 200 ch, on conçoit qu’un tel appareil, sans son moteur, occupe un espace important, ce qui fait souvent
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- recourir à l’emploi d’un compresseur actionné par le moteur principal, malgré les inconvénients que présente cette solution.
- En ce qui concerne la capaçité de port des navires à moteurs Diesel, il semble qu’au début on se préoccupait d’obtenir un haut degré de sécurité et que dès lors la réduction de poids obtenue était assez faible. Plus,tard on a allégé les moteurs; ainsi, si on compare le vapeur Santa Anna de 6 900 tx et le navire à moteur Monte Penedo de 6410 tx, on trouve que le second peut porter 450 tx de plus. Mais, si on observe que cette différence comprend celle qui existe entre le contenu des soutes à charbon et Celui des réservoirs à huile, laquelle s’élève à 357 tx, on trouve que l’avantage en faveur du navire à moteur n’est plus que de 58 tx. L’avantage au point de vue de l’espace n’atteint que le chiffre très modeste de 1,97 0/0. Ce qui précède est le résumé d’un article de M. W. Scholz reproduit par le Journal of the American Society of Mechanical En-gineers. Avril 1915.
- B. — Mécanique, moteurs, machines diverses.
- Avantages de la turbine à vapeur. — Un exemple remarquable de la transformation opérée dans les installations de force motrice à vapeur par l’introduction de la turbine se trouve dans la station de l’Interborough Rapid Transit G0, à New-York, où les trois plus grandes turbines à vapeur qui existent actuellement dans le monde entier, construites par la Société Westinghouse, sont installées pour la traction sur le nouveau chemin de fer souterrain. Ces turbines produL sent assez de courant pour actionner simultanément 135 trains de 10 voitures chacun pouvant recevoir 135000 voyageurs.
- Ces machines comprennent chacune une turbine à haute et une turbine à basse, pression. La première reçoit la vapeur à 14 kg et est directement accouplée à une dynamo tournant à 1 600 tours ; la vapeur passe de cette turbine^ à une autre à basse pression tournant seulement à 750 tours par minute, laquelle commande aussi directement une dynamo. Chaque dynamo donne 30 000 kW, soit 41 000 ch, et peut donner ^ 36 000 kW, ou 50 000 ch, pendant une courte période de temps.
- Les avantages de ce genre de moteurs comparés aux machines alternatives sont nombreux et importants. Les turbines occupent bien moins de place, pèsent moins, dépensent moins de graissage et exigent un personnel moins nombreux. Ainsi les turbines dont nous nous occupons ne nécessitent qu’une surface horizontale de 153 m2, soit 10 X 15 m, 3, c’est à peu près l’emplacement occupé par les anciennes machines alternatives montées en 1901 et qui ne développaient que le quart de la puissance des nouveaux moteurs.
- La quantité de vapeur dépensée par ces turbines et par conséquent le volume d’eau de condensation atteignent des chiffres qui excitent l’étonnement. Chacune des trois unités dépense par heure environ 160 000 kg de vapeur et pour condenser cette vapeur avec un vide permettant de réaliser les meilleures conditions de marche, chaque unité possède un condenseur à surface de 4 650 m2; cette surface est obtenue au moyen
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- de 58 000 m de tubes de cuivre de 25 mm de diamètre. L’eau froide qui circule dans ces tubes provient de l’East River et représente par heure un volume de 27500 m8. Pour amener cette eau dans les condenseurs des huit unités qui constitueront l’installation complète, il faudra un tunnel de 4 m de largeur et autant de hauteur.
- L’économie en combustible réalisée par l’emploi des turbines est remarquable. Ainsi, avec les machines compound alternatives, 17,5 0/0 seulement de la chaleur était utilisée, il fallait donc 7 kg, 7 de vapeur pour produire 1 kWh. Avec les nouvelles turbines, on obtiendra le kilowatt avec une dépense de 5 kg, 2 de vapeur par heure. Les machines alternatives consommaient 1 155 000 m3 d’eau transformée en vapeur par an, alors que les turbines feront le môme travail avec 770000 m3 La réduction de la consommation de charbon suivra la môme proportion et sera réduite par conséquent de 33 0/0.
- lie graissage «les cylindres des moteurs à explosion. —
- Une note de M. G. S. Bryan, présentée à l’American Society of Naval Engineers, discute les conditions dans lesquelles s’opère le graissage des cylindres des moteurs à combustion interne et la nature des huiles qu’on doit employer pour cet objet.
- Les difficultés qu’on rencontre dans le graissage de ces organes proviennent des causes suivantes : mauvaise disposition de la machine et de ses appareils de graissage, mauvaise qualité de l’huile, arrivée défectueuse de l’huile au cylindre, et huile, quoique de bonne qualité, non appropriée au type de la machine. Les difficultés provenant des trois premières causes se présentent rarement, et, dans le dernier cas, on y remédie facilement en employant une autre espèce d’huile.
- L’action de la chaleur sur les huiles implique deux facteurs, le point de vaporisation et le point d’inflammation. Il est très important que la température du premier soit plus élevée que celle de la surface intérieure du cylindre parce qu’autrement les vapeurs émises par l’huile empêcheraient celle-ci d’adhérer aux parois. Il y a, il est vrai, une vieille théorie qui d’ailleurs n’a jamais reposé sur des faits et qui dit qu’une haute température de volatilisation est nécessaire sans quoi l’huile brûlerait sans produire aucun effet lubrifiant. L’auteur est d’avis que, dans cette supposition, on ne tient pas compte de ce que, si la température maximum des gaz dans le cylindre est de 1 500° C. et la température moyenne de 500°, une huile se volatilisant vers 220° brûlera plus difficilement qu’une se vaporisant à 160°. Les deux huiles brûleront également si elles restent en contact un certain temps avec les gaz chauds, mais les huiles de graissage ne brûlent pas instantanément et le temps pendant lequel la combustion peut s’opérer est très limité. Peu de moteurs, en effet, tournent à moins de 120 tours par minute et, à ce taux, la partie lubrifiée des parois du cylindre n’est exposée à l’action de la flamme que pendant un quart de seconde, la couche entière d’huile ne saurait être brûlée en si peu de temps et, dès lors, peu importe que, l’huile se volatilise à 160 ou à 220°.
- Une source de difficultés est dans la formation de dépôts de charbon sur les parois du cylindre ; on a dit beaucoup de choses peu exactes sur
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- ce point. Ce qu’on prend pour du charbon contient toujours plus ou moins de matières étrangères telles que rouille, petites particules de fer, etc. Dans les moteurs d’automobile on trouve de la poussière mélangée au charbon et dans les moteurs marins du sel.
- Une huile considérée comme impropre à l’usage à-cause des dépôts considérables de charbon qu’elle produisait a été récemment étudiée au laboratoire de la Naval Engineering Station et une analyse a été faite de l’huile recueillie dans le creux du bâti sous le coude de l’arbre. Voici les résultats de cette analyse :
- Huile libre............................. 15 0/0
- Eau............ . . . ................. 12
- Rouille................................. 11
- Sel provenant de l’eau de mer............ 58
- Huile décomposée......................... 2
- Charbon. ................................. 1
- Matières diverses......................... 1
- Le charbon peut exister dans les moteurs sous deux formes, comme charbon libre tenu en suspension ou comme faisant partie d’hydrocarbures. Sous l’action de la chaleur intense produite dans le cylindre, la surface intérieure de la couche d’huile de graissage est attaquée et, en l’absence d’air pour en opérer la combustion, il peut se produire trois effets : 1° elle peut se volatiliser sans se décomposer; 2° elle peut se décomposer avec formation de carbone libre et d’hydrogène; 3° enfin elle peut se décomposer en produisant des hydrocarbures d’une autre nature.
- Dans le premier cas, les produits s’échappent sous forme gazeuse ; dane le second, le charbon se trouvera à l’état de poussier et sera entraîné dans l’échappement. Dans le troisième cas, les produits de la décomposition formeront un composé de consistance gommeuse auquel le charbon adhérera et arrivera à constituer des dépôts de charbon dur. La nature des nouveaux composés qui se forment après la décomposition dont il vient d’être question dépend des propriétés des huiles. Les meilleures ne sont pas nécessairement celles qui-produisent le moins de charbon, mais celles qui donnent le moins de dépôts charbonneux durs dans les cylindres.
- Les huiles provenant de l’asphalte du Sud se sont montrées plus propres au graissage des cylindres des moteurs à combustion interne que les huiles à base de paraffine de Pensylvanie, au moins sous le rapport de la production de dépôts de charbon. Ces dernières donnent en effet des dépôts très durs et adhérents aux surfaces métalliques, tandis que le charbon provenant des premières est relativement tendre et se détache facilement des parois du cylindre. La cause de ce phénomène est dans le fait que les huiles à base de paraffine sont composées de séries d’hydrocarbures de l’ordre de la paraffine, alors que les autres à base d’asphalte sont formées des séries de l’éthylène et de la naphtlène, et une des différences essentielles est que les secondes ont une tendance marquée à distiller sans se décomposer. Les qualités légères d’huiles pour moteurs sont sensiblement égales dans leurs propriétés, mais pour donner aux huiles provenant de la paraffine plus de viscosité, on trouve
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- nécessaire de les mélanger avec dés huiles plus lourdes et c’est la présence de ces dernières à laquelle ont doit attribuer la formation de matières gommeuses. La couleur et la densité des huiles dégraissage qu’on voit souvent recommander dans les annonces n’ont aucune valeur pour le consommateur, bien qu’un expert puisse très bien, de la densité et de la température de volatilisation, déduire l’origine de l’huile présentée.
- Utilisation de la chaleur perdue dans les moteurs à combustion interne. — Un mémoire de M. J. B. Merriam, présenté à la Cleveland Engineering Society, discute les causes de la limite du refroidissement des cylindres par l’eau dans les moteurs à combustion interne et décrit un nouveau procédé de vaporisation de la chaleur perdue dans ces moteurs.
- C’est un fait bien connu qu’avec les enveloppes alimentées à la manière ordinaire, le moteur marche d’une manière satisfaisante lorsque la température de l’eau se tient vers 70° C. mais, à partir de cette température, le cylindre commence à gripper même avant que l’eau de l’enveloppe arrive à 100°.
- , Les conditions qui affectent le passage du calorique de la surface intérieure du cylindre et de la chambre de combustion à la surface en contact avec l’eau sont les suivantes :
- 1° La différence des températures absolues ou la relation des deux températures au zéro absolu. Cette différence peut être mesurée, mais elle n’est pas suffisante pour amener une intervention fâcheuse sur le passage du calorique de la surface intérieure à l’eau de l’enveloppe.
- 2° L’étude des surfaces en contact ; pour une machine donnée, cette surface est constante, et cette valeur n’a rien à voir lorsque la température de l’eau de l’enveloppe passe de 70°, par exemple, à une température supérieure.
- 3° Le temps du passage; pour un nombre de tours déterminé du moteur, cette valeur est également constante.
- 4° L’unité de résistance au passage du calorique; ce facteur parait être le seul qui puisse varier avec la température de l’eau de l’enveloppe.
- Pour apprécier cet élément, l’auteur s’est rapporté à l’expérience bien connue du chauffage de l’eau dans une marmite en fonte. On peut constater par là que jusqu’à 65° C., il ne se produit pas de changement visible, mais au-dessus de cette température, il se forme de petites bulles de vapeur qui adhèrent à la surface du métal. Ces bulles augmentent de nombre et de volume avec l’élévation de la température et lorsque l’eau atteint le voisinage de 90°, la surface intérieure du récipient est entièrement couverte de ces bulles.
- Tout le secret de la difficulté de faire fonctionner un moteur avec l’eau de l’enveloppe à une température supérieure à 70° C. est dans la formation de ces bulles de vapeur, car si la température des surfaces continue à s’élever, après la formation de cès bulles, l’action sphéroïdale se produit et il n’y a plus de contact entre l’eau et le métal, d’où cessation de l’écoulement du calorique et de l’action réfrigérante de l’eau de l’enveloppe.
- On a observé, en outre, que chacune de ces bulles augmente de gros-
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- seur jusqu’à ce qu’elle crève et soit remplacée par une nouvelle, formée au même endroit et qui est un peu plus chaude parce qu’elle a été préservée du contact de l’eau par la bulle précédente. Mais si on vient à agiter l’eau dans la marmite, les bulles crèvent avant d’avoir pris un fort diamètre, leur grosseur diminuant avec l’agitation de l’eau.
- L’auteur conclut de ces faits que, dans le moteur à combustion interne, on peut prévenir la formation de bulles et leur adhérence à la paroi du cylindre en donnant à l’eau de l’enveloppe une grande vitesse, ce qui permettrait d’abord de donner à l’eau une température plus élevée, et accessoirement d’obtenir comme produit accessoire une quantité notable de vapeur qu’on peut employer à divers usages.
- Il a été exécuté une série d’expériences sur une machine de 150 ch a 4 cylindres de 0m 311 X 0,355, munie d’une série d’appareils de mesure tels que thermomètres, compteurs d’eau, manomètres, etc., et d’une pompe centrifuge pour faire circuler l’eau à une grande vitesse dans l’enveloppe. Cette vitesse était de cinq à dix fois la vitesse ordinaire. L’installation est figurée dans le croquis ci-joint.
- On a constaté qu’il fallait moins de 30 minutes pour faire monter la
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- pression de la vapeur dans le réservoir à 0 kg, 7 au-dessus de la pression atmosphérique et la pression a pu être portée à 3 kg, 5 effectifs, ce qui correspond à environ 140° C. Si on emploie un système fermé de circulation, comme’sur la figure, et qu’on prenne la vapeur formée, toute l’eau peut être convertie en vapeur et on retrouve sous cette forme la totalité de la chaleur qui se perd ordinairement dans l’eau de l’enveloppe. Avec une chaudière installée convenablement, la moitié des -35 0/0 de calorique emportés par l’échappement peut être retrouvée et, si
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- on les ajoute aux 35 0/0 récupérés de l’eau de l’enveloppe, on obtient, sous forme de vapeur à basse ou moyenne pression, la moitié environ de la chaleur contenue dans le combustible.
- En même temps, comme on le voit sur le tableau ci-joint, le rendement du moteur se trouve amélioré par suite de la température plus * élevée du cylindre ; la deuxième ligne de chiffres donne la dépense de gaz de la machine fonctionnant dans les conditions ordinaires, tandis que la troisième donne la consommation avec la circulation activée.
- On n’a éprouvé aucune difficulté et aucun effet fâcheux avec le moteur fonctionnant au maximum de puissance et avec l’eau des enveloppes au maximum de température et de pression. Au contraire, les parois des cylindres sont maintenues à une température uniforme parce que, à cause de la grande vitesse de l’eau dans l’enveloppe, la différence des températures à l’entrée et à la sortie est de moins de 8°. La température des parois est d'ailleurs indépendante de la charge et est réglée par la pression de la vapeur dans le réservoir de la chaudière. Un autre avantage résulte de l’augmentation du rendement thermique du moteur d’où il résulte que la consommation se trouve réduite de 2 0/0 à la charge maximum, à 45 0/0 au quart de la charge.
- Facteur de charge.
- 1/4 1/2 3/4 1
- Puissance au frein en chevaux 43 77 i 112 151
- Dépense de gaz ) . . 4. ... 1, . . ° ( circulation ordinaire . . par cheval-heure > . , ±. 1 _ , l circulation modifiée . . . 0,493 . 0,409 0,353 0,320 0,290 0,274 0,269 0,260
- en métrés cubes ;
- ( eau.' degrés. U 11 11 11
- „ , A j entrée au cylindre — lempérature . .< ... ,. , ) sortie du cylindre — 122 122 122 122
- 125 128 130 131
- ( moyenne .... — 123,5 125 126 126,5
- Pression de la vapeur .......... . 1,24 1,25 1,28 1,28
- Vapeur produite par cheval-heure . 3,31 2,26 •1,95 1,78
- Développements récents des grandes stations centrales d’électricité. — M. John Hunter, Ingénieur en chef de la Union Electric Light and Power Company, à Saint-Louis, a publié d’intéressants détails sur l’équipement des grandes stations centrales d’électricité de New-York, Boston, Philadelphie, Washington, Detroit, Chicago, Milwaukee et Saint-Louis et décrit, d’une manière frappante, le développement phénoménal pris, dans ces derniers temps, par ces installations. Cet article a paru dans le journal Power, du 22 décembre, 1914 et, nous en trouvons le résumé suivant dans le numéro d’avril 1915 du Journal of the American Society of Mechanical Engineer.
- Il y a actuellement quinze Sociétés qui fournissent l’électricité aux cinq divisions de la ville de New-York. La Neiv-York Edison Company, à laquelle appartiennent les grandes stations centrales de Waterside, remonte à peu près à l’origine de l’industrie électrique. La vieille station d’Old Pearl, la première installée à New-York par Edison, a été
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- créée en 1882. Jusqu’à l’introduction des hauts voltages et du courant alternatif pour la transmission et la distribution de l’électricité, beaucoup de ces stations avaient des moteurs à vapeur sans condensation, actionnant des moteurs à courant continu, fonctionnant à New-York et dans l’ile de Manhattan.
- La première station un peu importante fut la station de Waterside n° 1, établie en 1900 pour seize génératrices à courant alternatif de 3 500 kW actionnées par des machines compound verticales. En 1905, après que onze de ces éléments eurent été mis en service, on compléta l’équipement par l’addition de trois turbines verticales de 5 000 kW et de deux turbines horizontales de 10 000. En 1911 et 1912, on enleva quatre des premières unités pour les remplacer par trois turbines verticales de 20 000 kW de la General Electric Company. A la même époque, une des turbines de 5 000 kW fut modifiée pour lui faire donner 9 000 kW. La capacité totale de l’installation a été ainsi portée à 123 500 kW.
- Cette station est devenue rapidement insuffisante et on a construit en 1909 la station n° 2 de Waterside. Elle touche la première et n’en forme pour ainsi dire qu’une seule nouvelle, ce qui constitue la plus grande installation de ce genre dans le monde avec une capacité totale de 215 000 kW. La chaufferie n° 2 contient 96 chaudières Babcock et Wil-cox de 650 ch fonctionnant à 14 kg de pression et 70° C. de surchauffe. Ces chaudières sont disposées sur deux étages avec huit rangées de six chaudières chacune.
- Dans la salle des machines il y a six turbines Curtis de 8 000 kW, deux turbines Westinghouse de môme puissance et deux Curtis de 14 000 kW. Une des turbines Westinghouse actionne une génératrice double à 6 600 volts et 25 périodes et l’autre une génératrice à 7 500 volts et 60 périodes. Ces machines tournent à 750 tours. Les grandes unités motrices sont munies de condenseurs à surface avec de l’eau salée provenant de l’East River comme eau de refroidissement. Pour parer au manque de combustible par suite de grèves ou d’autres causes, la Compagnie a un dépôt de charbon à Stadyside sur la rive de New-Jersey, lequel peut contenir 200 000 t.
- La station de Fifty ninth Street de l’Interborough Rapid Transit Company, qui a le service du chemin de fer souterrain, présente un intérêt particulier en ce qu’elle contient cinq des plus grandes turbines à vapeur d’échappement qui existent actuellement. L’installation primitive fut achevée en 1903; elle comportait neuf machines Allis Chalmers de 700 kW à cylindres verticaux et -horizontaux combinés actionnant des dynamos à 11 000 volts et 25 périodes. Vers 1905 on installa trois dynamos Westinghouse de 1725 kW. Chacun de ces appareils avait deux cylindres horizontaux à haute pression, de 1 m, 10 de diamètre et deux cylindres verticaux à basse pression de 2 m, 20 de diamètre avec course commune de 1 m, 52. A l’origine, il y avait 52 chaudières Babcock et Wilcox de 600 ch avec de la place pour 20 autres ; sur ces dernières, 8 ont été installées.
- En présence de la dépense croissante de courant électrique, on a dû augmenter la capacité de la station. On a installé cinq turbines Curtis
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- à basse pression de 7 500 kW entre les anciennes machines et sur un côté de celles-ci sans qu’il ait été nécessaire d’augmenter la surface bâtie.
- La manière dont on procède pour mettre en marche la machine et la génératrice et la turbine à basse pression est très simple. On emploie l’excitation avant le départ et, dès que la vitesse s’accroît la machine est synchronisée de la manière ordinaire. Pendant ce temps, la génératrice d’induction reliée à la turbine à basse pression agit comme moteur jusqu’à ce qu’il passe à la machine assez de vapeur pour amener la turbine à la vitesse de synchronisme à laquelle elle devient génératrice et participe au travail total. Les plombs de la turbine sont rattachés solidement à ceux de la génératrice principale par des commutateurs à couteau qu’on n’ouvre jamais.
- Les résultats nets obtenus par l’addition des turbines à basse pression sont les suivants :
- Une augmentation de 100 0/0 sur la capacité maximum de l’installation ;
- Une augmentation de 146 0/0 dans la production économique de l’installation ;
- Une économie d’environ 85 0/0 sur l’eau de condensation retournant à la chaudière ;
- Une économie de 13 0/0 sur les meilleurs résultats donnés par les turbines à haute pression ;
- Une économie moyenne de 25 0/0 entre les limites de 7 000 et 15 000 kW.
- Un rendement thermique moven de 20,6 0/0 entre les limites de
- 6 500 et 15000 kW.
- Dans la station de Seventy fourth Street de l’Interborough Rapid Transit Company, il y a 64 chaudières Babcock et Wilcox et l’installation électrique comporte huit machines Allis Chalmers de 7 500 kW à cylindres horizontaux et verticaux combinés à distribution Corliss, entièrement semblables à celles de l’installation primitive de la Fifty ninth - Street Station, et une turbine horizontale Westinghouse de
- 7 500 kW. Le développement des affaires de la Compagnie a nécessité l’accroissement de la capacité et il a été décidé d’enlever quatre des unités et de les remplacer par trois machines Westinghouse chacune de 30 000 kW. Dans ces appareils l’élément à haute pression est une turbine à écoulement simple travaillant entre la pression de la chaudière et la pression atmosphérique. En sortant de la turbine, la vapeur passe dans un receiver séparateur pour arriver dans une turbine à basse pression à double écoulement. La turbine à haute pression tourne à 1 500 tours par minute et la turbine à basse pression à 750 tours ; les deux appareils sont contrôlés par le môme régulateur actionné par l’arbre à haute pression. La dépense garantie de vapeur est de 6 kg, 25 par kilowatt-heure. La vapeur entre par le centre de la turbine et se divise en deux courants allant chacun à un condenseur séparé.
- La Philadelphia Electric Company a deux stations centrales A-l et A-2. La première est équipée avec des turbines de 750-1500 kW. On construit en ce moment pour cette station une turbine de 35 000 kW de
- Bull. 33
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- la General Electric Company. Alors qu’elle est de 5000 kW plus puissante que les grandes dynamos Westinghouse actionnées par des com-pound à 90°, elle ne forme qu’une unité et présente les caractères spéciaux récemment développés dans les appareils de la General Electric Company.
- Pour présenter plus de stabilité, l’enveloppe est divisée en deux parties avec un support au milieu. Le champ tournant est une énorme pièce d’acier forgé, avec des parties ajustées. Le bâti de l’armature est coulé en deux parties dont chacune représente le maximum de coulée et de transport. La turbine et la génératrice sont montées sur un bâti commun de manière à former un ensemble dépassant en importance tout ce qui a été fait de plus grand dans ce genre jusqu’à ce jour., ,
- Les installations de Debray de la Detroit Edison Company sont situées à 4 milles au sud-ouest du centre des affaires de Detroit sur les bords de la rivière de ce nom. La station n° 1, établie en 1904, contenait alors quatre unités de 3 000 kW ; elle a maintenant quatre turbines Curtis de 8 000 kW. La station n° 2, construite en 1908, a trois turbines de 14 000 kW et une de 15 000, ce qui donne, pour les deux stations, une puissance collective de 89 000 kW.
- Le projet primitif de la station n° 1 renfermait une réserve supplémentaire de chaudières pour, permettre d’alimenter les quatre turbines de 3 000] kW. C’étaient des appareils Curtis fonctionnant sans condensation, la vapeur d’échappement servait à évaporer des eaux salées pour l’extraction du sel. On avait installé 24 chaudières Stirling de 500 ch, divisées en quatre batteries de six chacune. Ces chaudières avaient chacune 450 m2 de surface de chauffe ; une seconde rangée de tubes formait surchauffeur avec une surface de 150 m2 donnant à la vapeur une surchauffe de 110° C. au-dessus de la température de la vapeur à la pression de 15 kg. (A suivre.)
- (’onipresseurs il’aii* actionnés par «les moteurs à ^az. —
- Comme l’emploi de moteurs à gaz pour la compression de l’air nécessaire aux mines parait être assez exceptionnel jusqu’ici, il nous paraît intéressant d’en donner un exemple.
- L’installation dont nous allons parler est très importante puisqu’elle donne 15 000 m3 d’air comprimé à l’heure à la pression de 6 atm.
- Le moteur est un moteur-tandem double à quatre temps fonctionnant avec des gaz de fours à coke d’une valeur calorifique de 3 500 à 4 500 calories par mètre cube. Le compresseur est à deux étages et les cylindres à haute et à basse pression de ce compresseur sont attelés directement chacun a un des côtés du moteur à gaz, de sorte que chacun de ces côtés peut fonctionner comme compresseur simple donnant de 4800 à 7 000 m3 par heure à la pression de 5 atm suivant qu’il s’agit du cylindre à haute ou du cylindre à basse pression. Les choses sont disposées de telle sorte qu’un des deux éléments constituant l’ensemble peut être arrêté pour nettoyage ou réparations sans que l’autre élément cesse de fonctionner.
- Lorsque l’appareil marche à sa capacité totale de 15 000 m3 par heure,
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- il donne 90 tours par minute. Le compresseur porte des soupapes du système Horbiger-Rogler placées dans une chambre où elles sont facilement visitées ou remplacées au besoin. Pour que l’air soit à la température la plus basse possible, et aussi pour observer les règlements administratifs qui exigent que la température dans un compresseur à un seul étage ne dépasse pas 140° G le cylindre compresseur et son piston sont à circulation d’eau. Un réfrigérant intermédiaire est placé sous le plancher dans une position accessible, il contribue également à abaisser la température de l’air aux environs de celle de l’air extérieur. Un filtre du type Blass est employé pour épurer l’air aspiré.
- L’appareil a été soumis à des essais de recette du 29 septembre au 4 octobre 4914 et a un essai supplémentaire le 13 octobre.
- Le travail des cylindres moteurs et compresseurs était déterminé par des manomètres et des thermomètres soigneusement vérifiés et la valeur calorifique des gaz était déterminée par l’analyse et par le moyen d’un calorimètre Junker.
- Pour éliminer l’action de la température extérieure et celle des rayons du soleil sur le gazomètre, on avait la précaution de ne faire les essais qu’après la chute du jour. On a toutefois constaté que malgré ces soins, qu’en essayant l’étanchéité du gazomètre, l’index indiquait une légère descente après le coucher du soleil et ce fut cette observation qui fit faire l’essai supplémentaire du 13 octobre.
- Les résultats de cet essai sont donnés dans le tableau ci-joint. Il fait voir que, si les exigences très sévères du inarché n’ont pas été entièrement satisfaites, le fonctionnement de l’appareil n’en a pas moins été excellent. Pendant toute la durée des essais, la machine a marché de la manière la plus régulière sans donner lieu à la moindre difficulté.
- Durée de l'essai en heures.............................. 6
- Pression barométrique................................... 0,753
- Température de l’air cà l’aspiration.............. 13,25
- — à la sortie du cylindre à basse pression . . 102,8
- — à la sortie du réfrigérant intermédiaire . . 31,4
- — à la sortie du cylindre à haute pression . . 112,8
- Pression de l’air comprimé en atmosphères............... 6,6
- Rendement en volume du compresseur pour cent. ... 8,77
- Nombre de tours par minute.............................. 90,6
- Volume d’air débité par le compresseur en mètres cubes. 15 277 Travail absorbé par le compresseur en chevaux indiqués. 1 479 Travail développé par le moteur en chevaux indiqués . . 1 774 Rendement mécanique en pour cent................ 83,4
- Côté à basse 'pression.
- Nombre de tours par minute.............................. 73,5
- Rendement en volume pour cent......................... 49,9
- Volume produit par heure en mètres cubes................ 7 051
- Pression de l’air comprimé en atmosphères............... 5,1
- Température moyenne de l’air comprimé...................138
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- Côté à haute pression.
- Nombre de tours par minute . . .................. 87,3
- Rendement en volume pour cent.................... 72,9
- Volume produit par heure en mètres cubes......... 4 767
- Pression de l’air comprimé en atmosphères........ 4,9
- Température moyenne de l’air comprimé ....... 138
- C. — Construction, travaux rum.ics.
- lies services industriels de la Ville de Genève. — On sait que la Ville de Genève exploite elle-même ses services industriels qui rayonnent dans toutes les communes du canton et elle le lait avec des résultats très satisfaisants comme on va pouvoir en juger.
- Depuis le moment où notre éminent Collègue M. Théodore Turettini, alors Président du Conseil administratif de la Ville, prit en main la municipalisation de la force motrice du Rhône, de l’eau, du gaz et de l’électricité, la Ville a dépensé pour la création de ces entreprises la coquette somme de 59 380 000 fr, non compris 700 000 fr, versés par l’État de Genève et 314 000 fr de participation de la commune de Plain-palais. C’est donc largement plus de 60 millions que la Ville et ses associés ont consacré à cet objet. Mais, avec beaucoup de sagesse, la Ville a pratiqué sur une large échelle la politique des amortissements-. Ainsi il a déjà pu être amorti 16 755 000 fr, ce qui réduit à la somme de 42 625 000 fr le capital encore engagé à la fin de 1914. La dette consolidée de la Ville étant, à la même date, de 73 382 000 fr, on voit que bien plus de la moitié de cette dette (58 0/0) est représentée par ces services éminemment productifs.
- L’année 1914, troublée par cinq mois de guerre, a connu, comme on devait le présumer, des résultats inférieurs à ceux de l’année précédente.
- Au mois d’août, les recettes ont baissé dans des proportions considérables et elles ne sont pas revenues à leur niveau habituel, beaucoup de ménages étant dispersés ou astreints à des économies forcées.
- Voici les recettes comparées de chacun des services en 1913 et 1914.
- Recettes en milliers de francs.
- 1913 1914
- Eaux . . 1454 1448 — 6
- Chèvres (énergie) . . . . . 1382 1380 — 2
- Eclairage électrique . . . . 2 881 2 888 — 23
- Gaz . . 3 563 3 422 — 141
- Tramways (1) . . 472 437 — 35
- 9 752 9 545 227
- On voit que la différence des recettes ne dépasse guère 2 0/0, ce qui est bien peu vu les circonstances. Ce n’en est pas moins une déconvenue
- (1) Cette rubrique concerne la fourniture du courant à la Société Genevoise de Tramways Électriques.
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- désagréable pour les autorités municipales qui comptaient sur une augmentation de recettes de 150 000 fr.
- La disette de combustible et les prix croissants de la houille ont, d’autre part, augmenté le chapitre des dépenses. Là encore, cependant, le déchet, grâce aux excellentes dispositions prises par le délégué aux services industriels, n’a pu être aussi grand qu’on avait pu le Craindre.
- Les dépenses comparatives, toujours en milliers de francs, ont été les suivantes :
- 1913 1914
- Administration générale . . . . 115 132 + 17
- Eaux . . 458 488 _4_ 68
- Usine de Chèvres . . . . . . . 515 487 — 28
- Eclairage électrique . . 1509 1712 + 203
- Gaz 2 429 2 557 + 135
- Tramways .*-... . . 380 370 10
- 5 399 5 742 343
- L’augmentation des dépenses et la diminution des recettes donne un total de 570 000 fr. Cette réduction étant prévue, il n’y a pas à s’en étonner dans les circonstances actuelles. Il n’en résulte pas moins que le produit net des services industriels est considérable. En effet, l’excédent brut a été le suivant :
- 1912 ......................... 4163 000 fr
- 1913 ......................... 4 333 000
- 1914 . ....................... 3 803 000
- Si on compare le produit et le chiffre du capital dépensé à fin 1913, le rendement est de 7,92 0/0, contre 9,44 en 1913.
- Le produit net est réparti aux intérêts (1 216 000 fr) aux amortissements (1 093 000 en 1914) et aux bénéfices. Ces derniers ne sont pas tous pour la Ville, 42 000 fr vont à l’État pour la part du capital primitif et 262 000 fr aux communes pour leur part d’après les conventions que chacune d’elles a conclués avec l’administration municipale. Après prélèvement de ces participations, il reste encore pour la Ville la somme assez ronde de 1 831 000 pour 1914, en diminution de 644000 fr sur le chiffre de 1913.
- Ce bénéfice est absolument net puisque les intérêts et l'amortissement ont déjà été déduits. C’est pour ainsi dire un superdividende, d’ailleurs absolument indispensable aux finances de la Ville qui sans cela serait obligée de demander à la taxe municipale le double de ce qu’elle produit actuellement.
- Le rapport donne des détails intéressants sur la manière dont la Ville fait ses amortissements industriels.
- La base admise pour les amortissements n’est pas uniforme pour tous les services.
- Pour le service des eaux, ces amortissements sont à intérêts simples, c’est-à-dire par fractions égales au nombre d’années ; en vingt-cinq ans pour les pompes et turbines ; en cinquante ans pour les barrages, cana-
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- lisations et conduites d’alimentation et en cent ans pour les bâtiments, digues, etc.
- Pour le service du gaz et le service électrique, les amortissements se calculent à intérêts composés, sur la base de 2 0/0, soit en trente ans.
- Pour l’usine de Chèvres, sur la base de 1,2 0/0, soit en quarante ans.
- Pour la station d’électricité fournissant le courant aux tramways, sur la base de 5 0/0, soit en quatorze ans environ.
- L’intérêt et l’amortissement d’un exercice sont calculés d’après le capital engagé au 31 décembre de l’année précédente.
- Le capital des services industriels n’étant pas distinct des emprunts de la Ville, ces amortissements ne sont pas effectués directement.
- Ils entrent en compte à la comptabilité municipale et suivant la marche des amortissements ordinaires qui se font sur la base de 1,2 0/0, soit en quarante ans.
- Pour les services dont l’amortissement prévoit une durée différente de celle des emprunts, on effectue un amdrtissement supplémentaire porté aux dépenses budgétaires.
- Les services d’éclairage électrique et du gaz présentent un amortissement supplémentaire de 0,8 0/0, représentant la différence entre le taux de 2 0/0 (amortissement en trente ans) et le taux de 1,5 0/0 (amortissement en quarante ans réellement effectué par la caisse municipale).
- Pour le Service Force Motrice (usine de Chèvres) il est fait depuis 1901 un amortissement de 1,2 0/0 sur le capital dépensé par la Ville.
- Les services ont une réserve générale de 865 000 f'r.
- Pour compléter ces renseignements, nous croyons utile de donner les recettes réalisées par les divers services dans les principales communes du canton.
- Genève .............................. 6 040 965 fr
- Eaux-Vives........................... 800092
- Plainpalais ............................... 784632
- Petit-Saconnex.......................... 667 612
- Caronge................................. 245 657
- Vernier. . . . ......................... 156 466
- Lancy...................................... 126608
- Chêne-Bougeries......................... 124 250
- Trente-huit autres communes............. 540 294
- On doit faire observer que la commune de Plainpalais fait son gaz elle-même, sans quoi elle eut occupé le deuxième rang au lieu du troisième. Vernier, petite commune, arrive au sixième rang à cause de la force motrice que consomment ses nombreuses usines.
- La ville de Genève a de beaucoup la majorité de ses clients sur son propre territoire ; ils lui assurent environ 64 0/0 de ses recettes.
- •Prévention de l’électrolyse dans les constructions en béton armé. — Un travail de M. Henry A. Gardner, inséré dans le Journal de VInstitut de Franklin, décrit une série d’essais faits pour déterminer les moyens de protection contre l’électrolyse du métal noyé dans le béton.
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- L’auteur indique d’abord les méthodes d’essai. Les tiges métalliques sont d’abord nettoyées de l’oxyde et de la rouille qui pourraient les rerecouvrir, puis on leur applique deux couches de peinture avec un intervalle d’une semaine entre les couches. D’autre part, on a préparé du mortier de ciment fait d’une partie de ciment de Portland et de deux parties de sable.
- Dans la préparation des barres d’essai, on doit faire attention à ne pas employer de peintures qui, en séchant, donnent une surface trop lisse qui préviendrait l’adhérence du métal au ciment. On peut, il est vrai, obvier à cette difficulté en recouvrant la peinture, lorsqu’elle est encore molle, de sable fin ou matière analogue qui s’attache à la peinture et, lorsque celle-ci est sèche, donne à la surface une nature rugueuse ressemblant à du papier sablé. On a essayé pour cet usage de l’émeri et substances du môme genre, mais du sable blanc très fin est ce qu’on a trouvé de mieux pour remplir ce but.
- Dans les échantillons essayés, lorsqu’il s’est produit de's fissures, les anodes ont été trouvées très altérées par la rouille, la peinture appliquée ayant disparu. Sur les cathodes, formées de barres en fer de 12 mm de diamètre et 30 cm de longueur, noyéés dans le béton, écartées de 23 mm les unes des autres, et arrivant à 25 mm du bas du béton, la peinture était intacte bien que quelques tiges eussent été attaquées par l’humidité provenant de la chaux hydratée contenue dans le béton. Partout où il se trouvait de petits vides dans la masse du béton, la corrosion était plus grande et le métal donnait des marques d’attaque.
- La couches protectrice sur les anodes et cathodes noyées dans les cylindres de béton qui n’avait pas éprouvé de fissures et dans lesquels passait seulement un faible courant, fut trouvée en bon état de conservation. La destruction de la couche préservatrice sur les tiges métalliques noyées dans le béton est toujours indiquée par une brusque élévation de l’ampérage, ainsi que par un petit sifflement dû à la production d’hydrogène par l’action du courant sur l’eau du béton humide. Ce gaz entraine avec lui de l’eau en petites bulles qui produisent une légère explosion lorsqu’on en approche une allumette enflammée. L’hydrogène parait avoir une action réductrice sur certains corps oxydés et amène à la surface du béton des matières huileuses. Dans certains échantillons, on voit sur les surfaces, surtout à la partie supérieure, de l’oxyde de fer produit par l’action des gaz et de l’eau et qui se dépose sous la forme de taches d’un brun foncé.
- Il n’est pas douteux que la nature de la couche de peinture a une influence considérable sur l’action de l’hydrogène qui se développe comme on peut l’observer dans les essais dont nous nous occupons. Certaines peintures donnent une adhérence satisfaisante entre le métal et le béton, mais ne donnent pas une isolation suffisante. Deux couches composées de collodion et de gutta-percha, bien séchées, donnent beaucoup plus d’adhérence que des peintures de composition analogue sablées. Les bons résultats obtenus à ce point de vue avec des peintures à l’eau peuvent s’expliquer jusqu’à un certain point, bien que le béton humide exerce une action dissolvante sur ces peintures et en empêche l’action préservative. Certaines peintures ont donné d’excellents résultats au
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- point de vue de l’isolation et de très mauvaises à celui de l’adhérence entre le métal et le béton. On peut citer parmi celles-ci deux peintures composées de sandaraque et de shellac. La plupart des peintures employant dans leur composition de l’huile de lin brute ont donné de médiocres résultats ; on peut attribuer ce fait à ce que ces huiles ne durcissent pas et que, tout en ayant l’air d’être sèches, elles restent à un état pâteux qui rend l’action isolante très imparfaite. On obtient de beaucoup meilleurs résultats avec de l’huile de lin cuite qui donne une peinture beaucoup plus dure et non poreuse.
- Il est très probable que la nature du pigment employé dans une peinture destinée à préserver l’électrolyse du métal noyé dans le béton a une influence plus ou moins grande sur les résultats que donne la peinture. Au point de vue théorique, les pigments de nature non conductrice doivent être préférés, par exemple, l’asbestine, la porcelaine de Chine pilée et la silice. Il devrait y avoir aussi dans la peinture une quantité suffisante de pigment pouvant absorber la rouille, par exemple du type des chromâtes, pour amener une condition passive du métal. Les meilleurs résultats ont été obtenus par des couches protectrices contenant de l’huile de bois de Chine qui séchées forment une surface dure et non poreuse. L’addition de sable fin sur la peinture avant sa dessiccation est à recommander.
- Préservation «In bois. — Nous trouvons, dans les transactions de VAmerican Wood Preservers Association, quelques renseignements intéressants sur la question; d’abord une note de M. E. S. Christian sur la destruction du bois par les vers marins.
- L’auteur fait remarquer que, puisque ces vers craignent les eaux contaminées, l’endroit idéal pour leur développement est la rade de Hampton Roads; il entre dans quelques développements sur l’histoire de la jetée n° 6 de Newport News située sur cette rade, au-dessous de l’embouchure de la rivière James. Ce point est intéressant parce que, à cet endroit, des bois traités avec 150 kg d’huile dite Dead Oil par mètre cube ont résisté pendant trente-deux ans aux attaques des vers marins, alors que les bois non traités par un procédé de préservation ne durent pas plus de deux ans et sont môme souvent détruits dans un seul été. On s’est servi de pieux injectés pour reconstruire cette jetée en 1883, chaque mètre cube devant recevoir 150 kg de Dead Oil. Des essais étaient faits pour observer la pénétration de l’huile. A cet effet, on perforait chaque pieu à six endroits et si l’huile avait pénétré à moins de 35 à 40 mm de profondeur, la pièce était rejetée et soumise à une nouvelle injection. Le cahier des charges exigeait que l’huile contînt au moins 60 0/0 de naphtaline. L’auteur croit cependant que, pour le traitement des traverses et pièces de pont, la proportion de naphtaline peut être moindre pourvu que celle de brai. soit augmentée. En présence de la difficulté d’obtenir des huiles avec plus de 35 0/0 de naphtaline, on peut recommander de porter à 200 kg par mètre cube la proportion d’huile injectée pour les bois immergés dans l’eau de mer.
- M. J. H. Waterman donne des renseignements sur divers procédés de préservation appliqués aux traverses de chemins de fer.
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- En examinant des traverses du Burlington B. R. traitées par le procédé à la créosote de Full Gell, l’auteur a trouvé qu’un certain nombre de pièces en bois de cotonnier traitées par ce procédé avaient, bien que ce bois fût d’essence tendre, donné un excellent service et fassent en aussi bon état que toutes autres traitées de même. De plus, ces traverses ne s’altèrent pas plus au coutact du rail que les traverses injectées au chlorure de zinc. Au sujet de ces dernières, l’auteur a pu constater sur les lignes de Santa Fô et du Kansas occidental que les traverses traitées par ce procédé donnent de bons résultats et durent en général neuf ans avant d’avoir besoin d’être remplacées. Sur l’Illinois Central R. R., des traverses injectées au chlorure de zinc posées en 1904 ont fait un bien meilleur service que d’autres semblables posées en 1907 ; on ne donne pas d’explication de ce fait.
- Sur le Chicago and Eastern Illinois R. R., l’auteur a vu des traverses traitées par le procédé Wellhouse (zinc, glu et tannin). Sur cette ligne, des traverses en chêne rouge ainsi préparées ont été posées en 1900 avec des clous indiquant la date de pose. En juin 1914, il y avait encore sur les voies 79 0/0 de ces traverses, ce qui représente une durée de quatorze ans. L’auteur a même observé un certain nombre de traverses de la môme essence traitées au même procédé et portant la date de 1899, et la plupart étaient dans un état très satisfaisant de conservation
- Jusqu’à ce que les prix de la créosote eussent augmenté, le Burlington R. R. traitait ses traverses par le procédé connu sous le nom de Gard (émulsion de créosote et de sels de zinc). Un certain nombre de ces traverses sont posées sur les voies d’expérience du Burlington, il est encore trop tôt pour établir des conclusions, on peut dire cependant que les traverses ainsi traitées montrent moins d’altération sous les rails que les autres traitées au zinc seul. Il semble que l’huile contenue dans le bois revient à la surface et graisse la partie en contact avec le métal eu diminuant l’usure éprouvée à ce contact.
- Altération «le l’acier sous l’eau. — Une communication de M. S. H. Ellis à l’Institution of Civil Engineers, de la Grande-Bretagne, traite de la corrosion de l’acier observée aux jetées de Kowloon, dans le port de Hong-Kong.
- En 1906. à l’occasion de la reconstruction d’un warf, on examina quelques pieux en acier qui étaient en place depuis environ quatre ans et on constata un mode de corrosion assez curieux. Les pièces métalliques immergées dans le port de Hong-Kong se recouvrent rapidement de coquillages et de végétations marines, particulièrement près de la surface de l’eau et jusqu’à une profondeur de 4,50 m à peu près. On admet généralement que ces coquilles et cette végétation préservent le métal contre la rouille; or, lorsqu’on eut gratté les pieux et mis le métal à nu, on constata la présence d’un grand nombre de piqûres dont quelques-unes étaient de véritables perforations de 35 mm de diamètre et de 75 de profondeur. Ces trous étaient remplis d’une poudre charbonneuse noire qu’on trouvait aussi sur la surface des pieux et qui, exposée à l’air, prenait une couleur rouge foncé. L’analyse fit reconnaître que c’était du sulfure de fer qui se transformait à l’air en oxyde rouge. On
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- peut attribuer la formation de cette matière à la décomposition des coquilles marines contenant du soufre et à l’attaque du métal par ce soufre mis en liberté, et à la corrosion rapide qui s’ensuit. Ces effets destructifs paraissent limités à la partie entre le niveau de l’eau et 4,60 m de profondeur au-dessous des basses mers.
- On décida d’enrober les pieux des nouvelles constructions dans du béton et de peindre l’aciér des anciennes avec des peintures anticorrosives. Depuis, on a, tous les ans, gratté le métal et mis une nouvelle couche de peinture sur les parties au-dessus du niveau des basses mers, et le métal est resté dans un état très satisfaisant de conservation ; mais il n’en est plus de môme si on met un espace plus grand que douze mois entre les peintures successives. On dépense par an environ 2 500 fr pour une surface de jetées de 3 160 m2. A l’origine, deux ans après la construction, l’attaque des pieux sous l’eau était déjà active et la peinture préventive avait disparu sous une couche de coquillages et d’herbes marines.
- L’auteur décrit la manière dont on enveloppe les pieux d’acier d’une couche de béton d’au moins 60 mm d’épaisseur, ce béton est fait avec du ciment de Portland. Au bout de deux ans, l’auteur a fait une inspection minutieuse de l’ouvrage et n’a pu trouver aucune marque de détérioration sur les surfaces des pieux, mais il ne porta pas ses investigations au-desso.us de la surface du béton. Trois ans après, il se produisit des indices significatifs de corrosion et un examen attentif fit voir qu’au-dessus de l’eau la corrosion n’avait pas été empêchée par la présence de l’enveloppe de béton et qu’il existait sur toutes les pièces d’acier de cette partie une couche de rouille de 1 mm, 5 d’épaisseur.
- L’auteur conclut que, si l’acier protégé par le béton a peu ou même point de tendance à s’altérer en passant deux fois par vingt-quatre heures de la sécheresse à l’humidité, il n’en est plus de même s’il est toujours exposé à cette dernière, surtout dans un climat tropical, et il faut chercher à le protéger par quelque chose de plus qu’une simple enveloppe de béton. Ce qui est curieux c’est que l’action de l’air humide et salé semble se borner à la partie immédiatement au-dessus de l’eau. L’acier enrobé dans du béton employé dans la construction de magasins dans la même région n’a donné aucun signe de corrosion.
- lie chemin de fer «le faranges-Moutier. — Cette ligne, située en Suisse, dans le Jura bernois, a été ouverte à l’exploitation à la fin de septembre. Elle a une assez grande importance au point de vue des communications entre Paris, le Loetschberg et Milan par la voie du chemin de fer de l’Est. La distance de 40 km qui sépare Bienne de Moutier par Sonceboz sera réduite à 24 et la durée du trajet pour les trains express de 30 minutes, et d’une heure pour les trains omnibus. Au point de vue du tarif, la réduction sera de 18 à 6 km (par le fait des surtaxes de montagne). Les trajets Bâle-Delémont-Berne en seront facilités de-même que le transport des marchandises. On évalue à 600 000 t le trafic probable du tunnel Moutier-Granges. Le service des marchandises entre Bâle, Lausanne et Genève se fera entièrement par le nouveau tunnel.
- Il y aura, dans chaque sens, cinq trains omnibus, deux trains rapides
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- et sept trains de marchandises non compris les trains locaux. Les trains seront conduits par le personnel des chemins de fer fédéraux. La station de Granges-Village est dirigée par le personnel du Loetschberg. C’est également à la Compagnie du Loetschberg qu’incombe l’entretien de la voie.
- Le tunnel, qui forme la partie la plus importante de la ligne qui a 10 km, était devisé à 25 millions de francs. Le capital (10 millions en actions et 15 en obligations) a été fourni presque exclusivement par la France.
- Au point de vue de la longueur (8 565 m), le tunnel de Granges occupe en Suisse le cinquième rang : Simplon 19 803 m, Gothard 14 998, Loetschberg 1452, Ricken 8603, Granges 8 565 et Hauenstein, base, 8134.
- D. — Mines, métallurgie, physique, chimie, électricité.
- Chauffage au poussier «le eltarbon «les fours à révee-bère. — Un mémoire de M. David H. Brown, présenté à Y American Institute of Mining Engineers, décrit l’emploi du combustible pulvérulent dans les fours à réverbère de la métallurgie du cuivre au Canada. Lors des premières applications, vers 1909, on constata, à Highland Bay et à Cananea, deux sérieuses difficultés : l’encombrement des carneaux par les cendres et des arrêts ou des irrégularités dans l’arrivée du combustible. A la même époque, la pratique des fabriques de ciment fit voir que les opérations de l’alimentation et de la combustion du charbon pulvérulent pouvaient être rendues continues et uniformes à la condition que la proportion de combustible fût faite avec les précautions nécessaires.
- Dans les nouvelles installations on a cherché d’abord à prévenir les accidents possibles et aussi à rendre les opérations régulières. On a surtout veillé à ce que tous les appareils, trémies, transporteurs, etc., en contact avec le charbon pulvérisé fussent rendus aussi étanches que possible relativement aux poussières au moyen de garnitures en caoutchouc pour prévenir les explosions. De plus, pour obvier aux troubles provenant de l’accumulation des cendres, on a modifié les fours de manière à assurer aux gaz des parcours en ligne droite. A cet effet, on a changé la position traditionnelle des portes de décrassage à l’extrémité du four pour les mettre sur le côté. Les fourneaux ont été, de plus, munis de garnitures en briques de composition basique et la sole a été faite d’une voûte renversée en magnésite.
- Les fours ont été mis en activité avant qu’on eût prévu des moyens convenables de sécher le poussier et, dans'l’hiver de 1911-12, on dut charger à la pelle, par les portes des fours, d’énormes quantités de charbon pulvérulent humide et même gelé. Les scories nécessaires à la réduction étaient chargées d’abord par une ouverture pratiquée dans la voûte et ensuite par un plan incliné métallique placé sur une porte du côté de la chauffe. Mais l’introduction d’air froid et de matières influa d’une manière défavorable sur le rendement du combustible qui, de 6,7 de matières pour 1 de charbon tomba à 2,2. Toutefois, la combustion
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- s’opérait -très bien et on n’éprouva pas de difficultés pour brûler le poussier; mais les cendrés, lorsqu’on introduisait les charges froides, s’aggloméraient et engorgeaient les carneaux; on ne put triompher de cette difficulté qu’en opérant à chaud. En général, plus les fours travaillent lentement, plus les cendres sont froides et plus elles ont de facilité de s’agglomérer; tandis que, si on travaille plus activement, les cendres ont moins de propension à s’accumuler, et il n’y a pas à en tenir compte si les opérations sont rapides.
- Dans les dernières années, on a amélioré la construction des fours. On a disposé des capacités longues et étroites le long des parois latérales et on introduit par Je haut du minerai finement broyé pour protéger les parois. On a garni de briques les portes des fours et un sérieux progrès a été réalisé par l’exclusion de l’air froid et l’isolement des murs par des matières non conductrices. De plus, comme les parois étaient protégées efficacement par les matières chargées, il n’était plus nécessaire d’employer des briques de composition basique pour ces parois et la sole, et on a pu recourir à l’emploi de briques siliceuses ordinaires. Le rendement du combustible fut également très amélioré.
- L’auteur entre dans des détails sur la construction des fours. Le charbon pulvérulent est introduit par cinq tubes de Om, 125 de diamètre; l’un d’eux est disposé dans l’axe du four et les autres dans le meme plan horizontal à des distances de 1 m environ d’axe en axe du premier. Le combustible employé est du charbon fin de bonne qualité d’an pouvoir calorifique d’environ 7 500 calories, de 18 mm de grosseur et contient environ 7 0/0 d’humidité. On le sèche dans un tambour séclieur Rug-gles Goles de 2 m, 10 de diamètre et 11 m de longueur, puis on le broyé dans un appareil à choc du système Raymond avec finesse telle que 95 0/0 passent dans un tamis à 100 mailles et 80 dans un entonnoir à 200. Les tuyaux d’introduction ont des portes à coulisses et les transporteurs à hélice peuvent être arrêtés par le débrayage de leur transmission par roues d’angle. On peut ainsi employer le nombre de tuyaux d’introduction convenable et faire varier l’alimentation en combustible dans de larges limites.
- L’arrivée de l’air par chaque conduit peut être variée à volonté ou même suspendue entièrement. Ordinairement les cinq tuyaux d’introduction du charbon sont en travail, chacun donnant 131, 5 par jour. L’air est fourni par un ventilateur Sturtevant de 1 m, 22 de diamètre tournant à 1 300-1 400 résolutions par minute. L’air ainsi envoyé est insuffisant pour la combustion complète et des ouvertures sont ménagées entre les tuyaux d’introduction du charbon dans la paroi du fond ; on bouche plus ou moins ces ouvertures par des briques pour régler l’entrée de l’air supplémentaire.
- Nous compléterons la communication précédente par un article sur le même sujet emprunté à une autre communication faite également à Y American Institute of Mining Engineers, par M. L. Y. Bender.
- Les fours à réverbère de l’usine de réduction de Warhoe ont ôté faits après examen des fours de la Compagnie Canadienne dont il vient d’être question. Le charbon provenant des trémies arrive dans un broyeur Jeffroy à rouleau simple où il est réduit en fragments de 25 mm
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- environ. Un transporteur à courroie le conduit au pied d’un élévateur en le faisant passer sur une poulie magnétique de Dimy qui retient les morceaux de fer, boulons, etc., qui pourraient y être mêlés; de l’élévateur il retombe dans un sécheur Ruggles-Coles dé 12 m de longueur sur 2 m, 03 de diamètre. Le charbon est repris à la sortie par un transporteur à hélice qui le charge dans une trémie placée au-dessus d’un pulvérisateur séparé du sécheur. Ce pulvérisateur est du système Raynaud à cinq cylindres d’une capacité de 4 t, 5 à l’heure. A côté se trouve un ventilateur qui prend le charbon par le courant d’air à mesure qu’il sort du broyeur et envoie les poussières dans un collecteur placé à une assez grande distance du pulvérisateur, tandis que le charbon est repris par un transporteur hélicoïdal et envoyé dans une trémie disposée au-dessus du four.
- L’alimentation des fours se fai»t comme dans les installations canadiennes. La quantité de combustible introduit est réglée par la vitesse de l’hélice, laquelle est déterminée par un régulateur de Reeves. Tous les appareils de broyage, de transport et d’emmagasinage sont étanches à l’air dans les limites du possible, de sorte qu’on ne voit à peu près pas de poussières de charbon autour. On a très peu de difïicultés du côté des cendres.
- Le tableau ci-joint donne les résultats comparatif obtenus avec deux fours brûlant l’un du charbon en poudre, l’autre du charbon sur une grille. *
- ÜATT1) O TONNES ; TOTAL TONNES TONNES TRAITÉES PAR TONNE DE CHARBON
- rUUKS traitées par jour traité de charbon brûlé non compris le séchage y compris le séchage
- N® 7. . . 250,96 7 260,34 1 870,94 3,8 _ | |
- N° 8. . . 475,75 14 272,52 1 984,77 — 7,19 7,08
- On voit que, même en tenant compte du combustible employé pour le séchage du charbon, le rendement avec le combustible pulvérulent est supérieur dans le rapport de 1 ,8 à 1 à celui avec le charbon brûlé sur une grille.
- Essais «le vaporisation avec de la tourbe ou «lu coke de tourbe eomme combustible. — Ces essais ont porté sur une chaudière de locomobile et une chaudière tubulaire fixe fournissant de la vapeur saturée. Ces chaudières, du type locomotive, avaient une boite à feu de grandes dimensions semblables aux chaudières dites coloniales devant brûler de la paille, des résidus de sucreries, etc.
- La grille était de grande surface et disposée pour ce genre de combustible. Gomme la tourbe peut être brûlée avec une quantité d’air relativement faible (théoriquement 4 kg, 9 par kilogramme de tourbe à la température de 15° C. et à la pression de 0 m, 735 de mercure, une tem-
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- pérature d’ignition de 430°-465ü G. et une température de combustion de 800°) la partie ouverte de la grille est modérée pour qu’il passe aussi peu, d’air en excès que possible.
- En fait, avec la tourbe, on donne de 1,8 à 2 fois le volume d’air théoriquement nécessaire comme avec les autres genres de chaudières dans lesquelles on brûle des combustibles de faible valeur calorifique. Le tableau suivant donne la composition de la tourbe comprimée et du coke de tourbe.
- Tourbe comprimée. Coke de tourbe.
- 1 II 1 II
- Carbone . 40,3 38,2 82,2 81,8
- Hydrogène . . . 4,2 5,0 2,1 2,1
- Azote . * 0,7 0,8 1,1 1,0
- Oxygène . 28,4 30,4 5,2 5,2
- Soufre 0,6 0,4 0,5 0,5
- Eau . 16,0 17,6 5,1 5,3
- Cendres 9,8 7,6 3,8 4,1
- Matières combustibles .. 74,2 74,8 ‘ 91,1 91,6
- Pouvoir calorifique (calories par kilogr.) . 3080 3110 7128 7 015
- Les essais faits avec ces deux espèces de combustibles ont montré qu’en employant de la tourbe comprimée, même contenant [une proportion assez élevée d’humidité, il est parfaitement possible d’obtenir pour les chaudières un rendement de 60 à 62 0/0 par rapport au combustible brûlé et que ce rendement ' peut aller à 67 et 68 0/0 avec le coke de tourbe dont le pouvoir calorifique est notablement plus élevé. Dans les essais faits avec ce dernier, la surface de la grille avait été réduite en proportion de la valeur calorifique du combustible. On aurait peut-être obtenu des résultats supérieurs si on avait pu forcer la combustion; il est vrai que, d’autre part, le taux modéré de cette combustion explique la façon favorable dont le combustible se comportait.
- L’auteur fait remarquer que le coke de tourbe est en quelque sorte un combustible nouveau produit dans des fours spéciaux où on obtient de 8 à 9 t de coke par 30 t de tourbe brute préalablement séchée, plus du gaz et du goudron comme sous-produits. Le gaz est employé à chauffer les cornues à coke et à produire la force motrice tandis que le goudron donne du gaz et des huiles,, de la créosote, de la paraffine, de l’alcool méthylique, du brai et du sulfate d’ammoniaque. Ce qui précède est extrait d’une note de M. Winkelmann reproduite dans Y Engineering Survey du Journal of the American Society of Meclianiml Engineers, mai 1945.
- Extraction «les huiles «le tourbe. — Une communication du docteur Mollmo Perkin à Y Institution of Petroleum Technologists discute la question des huiles de tourbe et indique ce qui a déjà été fait dans cette voie et l’avenir possible de cette industrie.
- D’après fauteur cette extraction présente d’assez grandes difficultés et leur source est principalement dans la grande proportion d’eau que
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- contient la tourbe brute ; ce sont ces difficultés qui ont fait échouer les diverses tentatives faites jusqu’ici, mais il ne semble pas qu’elles soient insurmontables.
- La question de l’économie de combustible joue un rôle important. Lorsque la tourbe est mise sous forme de briquettes et séchée de manière à ne plus contenir que 18 à 20 0/0 d’eau, si on la soumet à la carbonisation, chaque tonne produit de 140 à 170 m3 de gaz d’une puissance calorifique moyenne de 2 650 calories par mètre cube. Une fois la marche établie, les gaz provenant de la carbonisation sont suffisants pour la suite de l’opération et il y en a même un certain excédent qui peut servir à d’autres emplois. Mais lorsque la proportion d’eau dépasse 20 0/0, la quantité de gaz produits ne suffit plus à la carbonisation de la tourbe et il faut employer du combustible étranger.
- Dans l’usine de la Tarless Fuel C°, où les appareils fonctionnent sous un vide assez considérable, la tourbe peut être carbonisée d’une manière satisfaisante et les sous-produits obtenus avec une consommation de combustible inférieure à celle qu’on observe lorsque la distillation est opérée à la pression atmosphérique.
- La grande question de l’alimentation de l’eau de la matière brute est toujours un problème sans solution défiinitive. Si les fibres de la tourbe sont brisées ou disjointes, on peut expulser une proportion d’eau plus grande qu’en prenant la tourbe fraichement extraite et obtenir des masses relativement sèches, c’est-à-dire ne contenant plus que 30 à 35 0/0 d’eau. On peut également broyer la tourbe dès son extraction sans séchage préalable, l’objet du [broyage étant de rompre les fibres. La tourbe est ensuite mise sous forme de briquettes et séchée à l’air libre ou dans un courant d’air chaud. L’auteur croit, d’après son expérience personnelle, qu’il est préférable de sécher d’abord partiellement la tourbe à l’air et d’employer ensuite le courant d’air chaud.
- On a proposé des procédés électriques pour désintégrer la matière brute. La question de la main-d’œuvre joue un grand rôle dans la distillation ou la carbonisation de la tourbe. L’article contient des estimations pour une installation expérimentale préparant 5 t de tourbe sèche par jour pendant six mois de l’année.
- Implosions «le ga* avec des eliaiadièi’es chauffées au
- lignite. — Il n’est pas rare de constater des explosions de gaz sur des chaudières chauffées au lignite. En voici quelques exemples.
- Une chaudière d’une machine actionnant des laminoirs avait une grille à gradins : on se servait comme combustible de lignite riche en gaz et le chauffeur avait l’habitude d’entasser le combustible en grande quantité sur le feu. Une fois, après qu’il eut chargé la grille de cette façon, il se produisit une explosion d’une extrême violence qui causa de grands dommages à rétablissement.
- Un autre cas, très intéressant, s’est produit également dans une usine allemande où on avait installé une nouvelle chaudière qu’on allumait pour la première fois. A cet effet, on avait fait un feu de bois sur la grille du foyer du type Ten-Brinck. Sur ce feu de bois, le chauffeur avait fait un tas de lignite sec de Bohême assez haut, pour atteindre le
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- bas de la trémie de chargement, le registre étant complètement ouvert.
- Dès que le combustible lut chargé, on remarqua que le tirage cessait et que la fumée commençait à sortir sous la grille. A ce moment se produisit une très violente explosion qui fit beaucoup de dégâts et, entre autres, démolit la maçonnerie de la chaudière.
- Quand les choses eurent été remises en état on procéda de nouveau à la mise en feu de la chaudière et, le second jour, il se produisit une nouvelle explosion qui, cette fois, fit moins de dommages que la première. Gomme le constructeur qui avait fourni le générateur était sous l’impression que ces accidents provenaient de l’insuffisance du tirage, il crut devoir remplacer la cheminée actuelle de 22 m de hauteur et 0m,5 de diamètre par une nouvelle de 35 m sur 0m,75, bien que l’ancienne cheminée donnât un tirage mesuré par une hauteur d’eau de plus de 11 mm.
- Les résultats ne furent pas cependant tels qu'on les attendait, car, quelques jours après la reprise du travail, il se produisit une troisième explosion plus violente que les précédentes, ce qui fit voir qu’il fallait chercher les causes en dehors de l’insuffisance supposée du tirage.
- D’autres observations amenèrent à conclure que l’inclinaison de la grille qui était d’environ 48° était trop forte pour la nature du combustible dont on se servait. En effet, le lignite glissait trop facilement et arrivait à couvrir le feu, réalisant, dans une large mesure, ce que faisait le chauffeur lors de la première explosion en entassant du lignite sur le feu. On installa une nouvelle grille avec une inclinaison moins forte égale à l’angle de glissement du combustible et on n’eut plus dès lors aucune difficulté.
- Les associations allemandes de surveillance des appareils à vapeur ont réuni une grande quantité de documents sur la question et ont conclu comme point de départ qu’il fallait avant tout éviter que le foyer ne se transformât en gazogène.
- La disposition de l’appareil de chauffage doit être adaptée â la nature du combustible employé et le chauffeur doit être prévenu qu’il doit avoir soin de maintenir une hauteur telle que la flamme puisse toujours se développer au-dessus.-Si les choses se passent ainsi, la quantité totale de gaz se développera dans le foyer et y brûlera.
- L’épaisseur de la couche dépend de la nature du lignite. Si celui-ci est en gros morceaux, et de la nature du coke, de façon que la flamme et les gaz puissent facilement passer à travers la couche, l’épaisseur peut être plus forte que pour du lignite fin riche en gaz.
- On recommande, en outre, d’ouvrir la porte du foyer, le cendrier et le registre de la cheminée, la première de temps en temps, de manière à admettre de l’air dans le foyer et d’éviter la formation de mélanges dangereux ou tout au moins de les empêcher d’acquérir une température telle qu’ils puissent s’enflammer.
- Si le foyer présente des angles où il puisse s’accumuler des gaz, il faudrait y pratiquer des ouvertures en communication avec la cheminée.
- Il serait à conseiller aussi de disposer dans certains endroits des carneaux des espèces de clapets de sûreté ouvrant de dedans en dehors pour atténuer l’effet des explosions s’il en survenait.
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- Chaleur spécifique et chaleur de fusion de la glace. —
- Le Bureau of Standards, à Washington, a exécuté, à la demande des industries du froid, une série d’expériences pour la détermination de constantes qui ont un intérêt fondamental pour la construction et l’emploi des appareils frigorifiques. Il s’agit principalement de la chaleur spécifique et de la chaleur de fusion de la glace.
- Une première détermination de la chaleur de fusion de la glace, faite au Bureau of Standards, avait été publiée en 1913, à l’occasion du troisième Congrès international du Froid tenu à Chicago. Mais on avait fait remarquer que les résultats présentés étaient légèrement entachés d’erreur à cause de l’incertitude de la valeur de la chaleur spécifique de la glace aux environs du jjoint de fusion. On a donc repris la question et ce sont les résultats obtenus qui sont donnés dans une note de MM. II. C. Dickinson et N. S. Osborne présentée à la Société américaine des ingénieurs frigorifiques.
- Après avoir brièvement rappelé les expériences précédentes et donné la description de la méthode calorimétrique employée, les auteurs exposent la préparation des échantillons de glace sur lesquels on opère la préparation qui a la plus grande importance parce que de très faibles proportions d’impuretés ont une sérieuse influence sur le calorique apparent à cause de la fusion anticipée de certaines parties de la glace.
- Les méthodes d’expérience sont décrites en détail ainsi que le mode de calcul et les résultats sont présentés sous forme de tableaux et de diagrammes ; on y trouve les chaleurs spécifiques des divers échantillons rapportées aux températures initiale et finale 0, et 02 des diverses expériences. Cette chaleur spécifique est représentée par la relation jj ________jj
- S = —---------- ou Ii2 et Hj sont les chaleurs par gramme dans l’inter-
- e2 — et
- valle 02 — 0t.
- L’examen de ces chaleurs spécifiques fait voir que les courbes qui les représentent sont asymptotes à une ligne droite pour des températures variant de —8° à —2°, ce qui semble confirmer l’observation de Smith, savoir que la chaleur spécifique de la glace tend à devenir constante à mesure que la proportion des impuretés s’abaisse. Quant à ce qui concerne la relation entre la .chaleur spécifique apparente et la proportion des impuretés en dissolution, on suppose que la mesure du point de départ de la chaleur spécifique d’un échantillon de glace de la fonction linéaire de la température dépend du degré de pureté de réchantillon. Mais, si les résultats obtenus sur quatre échantillons, tous de grande mais cependant différente pureté, s’accordent avec cette supposition, il ne s’ensuit cependant pas qu’elle soit rigoureuse et il est fort jiossible que la relation de la chaleur spécifique de la glace pure à la température soit autre chose que linéaire et s’accroisse peut-être rapidement aux environs de zéro.
- On a trouvé qu’à une température donnée 0, entre — 40° et — 2° avec de la glace la plus pure possible, la chaleur spécifique peut être donnée dans les limites de l’exactitude expérimentale sous la forme :
- S = 0,5057 + 0,001863 0,
- Bull.
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- CHHOmuUE
- et qirau-dessous de — 2°, la valeur ne diffère pas de celle obtenue par
- la relation précédente de plus de La chaleur spécifique de la glace
- impure a une température de 0 au-dessus de — 40°, est plus grande que celle de la glace pure /LG2 ou L est la chaleur de fusion et / le point initial de congélation.
- La valeur trouvée pour la chaleur de fusion de la glace est de 76,76 1
- laquelle ne dillere que de de celle trouvée précédemment • par le 4 UUU
- Bureau par diverses méthodes.
- E. — Questions diverses.
- l'ours et bassins die refroidissement pour l’eau de condensation. — Un article de M. Walter U. Stephan, paru dans le Journal of the Society of Mechanical Electrical and Steam Engineers de rOliio, étudie l’établissement et l’emploi des tours et des bassins destinés à refroidir les eaux de condensation, leur théorie, et quelques essais faits sur ces dispositifs.
- Avec les arrangements les plus favorables et l’emploi du tirage forcé dans les tours, il est possible de refroidir l’eau à une température de 8° G. environ au-dessus de celle du point de rosée. Avec le tirage naturel on peut pratiquement refroidir à 11-12° au-dessus de la température du point de rosée. On peut réaliser des abaissements de température considérables, mais il parait plus difficile de refroidir de 50° à 47° par exemple que de 70° à 47° dans les mêmes conditions atmosphériques.
- L’auteur donne des formules pour déterminer la chaleur perdue par convection et par évaporation par de l’eau pompée sur une tour de refroidissement. Toutes conditions restant les mêmes, le rapport des températures de l’air à sa sortie et de l’eau à son entrée représente l’efficacité réelle de l’appareil. Dans une tour convenablement établie, l’humidité de l’air qui en sort doit toujours être de 100 0/0. La différence finale des températures peut varier dans de très larges limites, de 3 à 8 et même 10° G.
- Des expériences très intéressantes sur des tours de refroidissement ont été faites par la Wheeler Condenser and Engineering Company, de Carteret, N. J. ; les résultats en sont donnés dans le tableau ci-joint.
- On a mesuré le volume d’air au moyen d’anémomètres présentés au sommet de la tour à des intervalles réguliers et les résultats des observations ont été corrigés de manière à donner avec autant de précision que possible les volumes entrant dans la tour par le haut. L’eau était mesurée par un compteur Venturi et un tube de Pi tôt calibré.
- Dans les derniers essais faits dans le but de chercher à accroître l’effet utile de la tour, les volumes d’air n’ont pas été mesurés, mais on a obtenu des résultats intéressants, on a constaté notamment que la température de l’air à la sortie était seulement de 1,7° G. au-dessous de la
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- Les cinq premiers essais sont au tirage forcé, les deux derniers au tirage naturel
- - EAU AIR -
- VOLUME PAR MINUTE en litres TEMPÉRATURE CENTIGRADE CALORIES PAR MINUTE : TEMPÉRATURE CENTIGRADE HUMIDITÉ POUR 100 VOLUME PAR MINUTE en mètres cubes
- Entrée Sortie Entrée Sortie Entrée Sortie
- 2 505 40 29 27 750 21,« 32 40 100 1509 ;;
- 2 456 41 31 24 560 22,2 33,8 : 60 100 1 402
- 2 436 44,4 31,5 31 690 PO r*- 33,9 60 100 1439
- 2 475 42 30 29 700 20,5 33,5 48 100 1 462
- t 2 464 43,3 32,5 26 600 28,-3 33,6 48 100 1417
- 2 433 46,6 36,6 24330 6,1 38,3 75 100 658
- 2434 57 46,5 25 560 15,5 : 47,7 73 100 436
- OT
- OO
- O*
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- température de l’eau à son arrivée.' Cet essai a été opéré sur une grande installation consistant en une tour Wheeler-Balcke à tirage forcé.
- Volume par minute............... 90000 1
- Eau : température à l’entrée .... 43° G.
- — — à la sortie. . . . 36° C.
- — — à l’entrée .... 33 humidité 59 0/0
- — — à la sortie. . . . 41 — 100 —
- Il est possible de refroidir l’air au-dessous de la température de l’eau,
- cela dépend du degré d’humidité du premier. Il est d’ailleurs important d’amener l’eau de refroidissement à la plus basse température possible. Une différence de 5° C. dans la température d’arrivée de l’eau de circulation dans un condenseur à surface représente une différence de 19 mm de mercure dans le vide au condenseur et cette différence correspond à une très sérieuse dépense de combustible par heure.
- \
- Résidus solides des eaux d'égout. — Le premier traitement des eaux d’égout consistait à séparer de ces eaux les matières solides en suspension par le passage dans des cribles ou le dépôt dans des bassins par sédimentation. Plus tard on a traité ces eaux par l’oxydation de la partie liquide contenant en suspension les matières légères non susceptibles de se déposer.
- Dans le premier procédé, il se dépose sur les cribles ou dans le fond des bassins de dépôt, ce qu’on désigne sous le nom de boues. C’est une matière de couleur noirâtre contenant environ 90 0/0 d’eau dont la consistance est telle qu’elle ne saurait être enlevée à la pelle, mais peut facilement être pompée.
- L’expérience indique qu’en moyenne 1 000 personnes produisent par an 45 t de matières solides par leur déjections. Si ces matières étaient déposées sous forme de boues contenant 90 0/0 d’eau le volume serait de 401 m3, mais si elles contiennent 95 0/0 d’eau, leur volume sera de 812 m3, soit sensiblement le double. En d’autres termes, chaque tonne de matières solides contenues dans les boues à 90 0/0 d’eau demande 9 m3 d’eau pour être enlevée, et si elle contient 95 0/0 d’eau il faut 19 m3 pour les manipuler. Il en résulte qu’il est très important de connaître la proportion d’eau contenue dans ces matières et qu’il est désirable que cette proportion soit le plus petite possible.
- Envoi des boues à la mer. — Les grandes villes, situées à proximité de la mer, se débarrassent de leurs résidus d’une manière très économique en les envoyant à la mer dans des navires disposés à cet effet. Les boues sont pompées des bassins de dépôt dans des réservoirs disposés sur un quai qui alimente les navires par la gravité. Lorsque le navire a atteint la pleine mer, on ouvre des vannes et les matières s’écoulent naturellement.
- Dépôt des boues sur le sol. — Pour les villes situées dans l’intérieur, les frais de.transport seraient trop élevés et il faut chercher d’autres méthodes, par exemple la réduction de volume par évaporation partielle, ou le dépôt sur le sol, ou l’emploi de procédés mécaniques pour la séparation de la partie solide.
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- Le type des bassins de dépôt, et l’emploi de produits chimiques pour faciliter la précipitation des matières solides ont une influence marquée sur le volume des matières solides. D’une manière générale, on peut dire que la précipitation chimique donne entre 3,3 et 4 m3 contenant 90 0/0 d’eau par 1000 m3 d’eau d’égout, la sédimentation simple de 0,7 à 1 m3, 2 contenant de 87 à 93 0/0 d’eau, l’épuration septique 0,2 à 0 m3, 4 à 80 à 90 0/0 d’eau et enfin les bassins d’Emscher ou d’Imhoff de 0,16 à 0 m3, 4 à 76 à 85 0/0 d’eau.
- Le dépôt sur le sol des boues humides sans séchage préalable peut s’opérer de diverses manières. La plus ancienne méthode qu’on appelle le colmatage consiste à enclore le terrain par des digues en terre.et en répandant les matières à l’intérieur sur une hauteur pouvant atteindre 3 m. Les inconvénients de cette méthode sont que la présence de matières solides sur le fond empêche l’absorption de l’eau par le sol, tandis que la formation d’écumes, à la surface prévient l’évaporation, tout concourt donc à empêcher la dessiccation des boues.
- Pour éviter ces inconvénients et faciliter l’évaporation, on opère par épandage en versant les eaux sur le sol en couche mince qui peut se dessécher dans un temps relativement court et permettre la culture subséquente du terrain. Mais l’objection est la production d’odeurs très désagréables et malsaines, on y remédie par le système des tranchées.
- Tel qu’il est employé à Birmingham, ce système consiste à creuser des tranchées de 0 m, 90 de largeur sur 0 m, 45 de [profondeur; la terre enlevée est mise en talus entre les tranchées, de sorte qu’on obtient une profondeur de 0,60 à 0 m, 75 qu’on remplit avec les boues liquides, après quoi on retourne le haut des talus sur la matière pour la recouvrir et empêcher les odeurs et la présence des mouches. L’eau est ainsi rapidement absorbée et le terrain peut être mis en culture.
- On peut renouveler le traitement au bout de 18 mois ou deux ans.
- Cette méthode donne lieu à de sérieuses objections basées surtout sur la très grande étendue de terrain qu’elle exige et sur la difficulté de l’employer en hiver.
- Procédé mécanique de dessiccation. — Parmi les méthodes anciennes de réduction du volume des boues humides, on peut citer le pressage opéré au moyen de plaques de fonte à surface ondulée de 1 m* environ de surface avec une enveloppe ajustée permettant de former des espèces de cellules de Orn, 05 d’épaisseur. Les matières à presser arrivent par un tuyau central de 0 m, 15 de diamètre. Sur chaque plaque est placé un diaphragme en toile, la pression de 4 à 5 kg par centimètre carré refoule l’eau à travers les toiles et on obtient des tourteaux contenant encore 50 à 65 0/0 d’eau mais dont le volume est réduit au cinquième du volume primitif. On additionne d’ailleurs les boues avant le pressage de 1/2 à 1 0/0 de chaux, dont la présence facilite le passage de l’eau et agglomère les particules solides.
- Un autre procédé mécanique consiste dans l’emploi d’appareils centrifuges qui prennent moins de place que les presses et ne nécessitent pas l’addition de chaux. Ces appareils agissent d’une manière continue, leur action comprend deux périodes; dans la première, la force centri-
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- fuge agissant sur les boues introduites, réduisant la quantité d’eau contenue et, dans la seconde, les boues partiellement desséchées sont expuL sées automatiquement. Le produit final contient 60 0/0 d’eau et occupe un huitième du volume initial.
- Digestion des boues. — Dans les méthodes qui viennent d’être indiquées, on Se propose de procéder à la dissémination des odeurs provenant de la masse humide. Depuis quelques aimées, on a cherché à trouver des procédés de traitement par la digestion des matières putréfiables pour produire des résidus inoffensifs pour le séchage.
- Une des méthodes proposées consiste à enlever les boues fraîchement déposées dans les bassins de dépôt à intervalles réguliers et à les placer dans des bassins spéciaux. Il se forme habituellement une écume à la surface, écume sous laquelle se produit une fermentation plus ou moins active et la décomposition se développe. On ajoute de nouvelles boues et on enlève de temps en temps les matières digérées et on les place sur des lits de sable ou de cendres. Ces matières ayant subi une sorte de digestion se sèchent plus rapidement et sont beaucoup moins nuisibles que lorsqu’elles sont fraîches.
- Dans les vingt dernières années, on a pu constater que la présence prolongée des boues dans les bassins de dépôt, ce qui constitue le procédé de traitement septique des eaux d’égout, a pour conséquence une réduction du volume et de l’insalubrité dos matières, mais l’expérience a montré que si c’est au bénéfice des dépôts, l’eau qui sort, et qu’on appelle l'eMuent* conserve toutes ses propriétés malsaines à cause de la décomposition des matières organiques qu’elle contient.
- La séparation des boues digérées des eaux d’égout a été adoptée avec quelques modifications par le docteur Imhoff, d’Essen. Les bassins à deux étages de ce modèle sont connus sous le nom de bassins d’Emscher ou 4’Imholf, Leur emploi, très développé en Allemagne et en Amérique, est dû au fait que, lorsqu’on s’en sert d’une manière judicieuse, ils libèrent entièrement les eaux de leurs résidus solides donnent un eilluent sans odeur et produisent des boues également sans odeur contenant une quantité d’eau relativement, faible et d’un volume modéré.
- Voici les dispositions essentielles des bassins établis sur ce principe. La figure (p. 539) montre la coupe transversale d’un de ces appareils. Les eaüx d’égoüt arrivant dans la partie A, les matières solides qui se déposent glissent sur les parois inclinées et passent par les ouvertures G dans la chambré inférieure D. Les gaz provenant de la- décomposition ne peuvçnt sortir a cause de la présence des chicanes E, mais ils s’échappent par les côtés en F où se forme une écume superficielle.
- Un tuyau Gf va du fond de la chambre de dépôt à l’extérieur et, si on ouvre Une soupape placée en H, la charge du liquide placé au-dessus fait que les boues du fond s’écroulent le sur lit de dessiccation disposé à proximité. Ce lit se compose de tuiles renversées placées sur le sol et recouvertes d’une couche de cendres surmontées de sable fin. Ces boues desséchées servent â rendre plus légères des terres compactes, parce qu’elles sont poreuses à cause de la présence des gaz entraînés. Mais il ne faudrait pas croire qu’elles donnent des résultats comparables à ceux des engrais artificiels.
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- Récupération des composants des boues. — Ces boues contiennent de l’ammoniaque, de l’acide phosphorique, de la potasse, des matières grasses et du carbone. D’une manière générale, ces matières'coûteraient plus â récupérer qu’elles ne valent. On a estimé que la valeur comme engrais des déjections d’une personne pendant une année représente 13 fr, mais sous forme d’eaux d’égout, le volume serait dilué dans 130 m3 de liquide. Le résidu solide à 90 0/0 d’eau pèserait environ 1 kg, 02 par mètre cube et chaque mètre cube ne contiendrait que 47 kg de matière organique dont une partie seulement a quelque valeur.
- La question de la récupération des matières contenues dans les boues provenant des eaux d’égout nécessite l’emploi de procédés économiques de séchage ou de pressage pour réduire la valeur de ces matières en vue
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- du transport et, si on veut en retirer les matières grasses, il faut que ces boues soient dans un assez grand état de siccité.
- Si des usines pour la destruction des ordures sont voisines de celles où on traite les eaux d’égout, on peut avantageusement profiter de ce voisinage pour brûler les boues.
- La partie la plus difficile du problème des eaux d’égout est la manipulation des résidus qui intervient dans toutes les méthodes de traitement. Il est possible que, dans l’avenir, pour satisfaire à toutes les exigences de l’hygiène, on trouve des méthodes pour recueillir les résidus solides des eaux d’égout aussi près que possible des lieux de production et avant qu’ils puissent devenir insalubres et aussi pour récupérer d’une manière pratique ceux de leurs composants qui peuvent avoir quelque valeur. En enlevant rapidement de ces eaux les matières organiques, on préviendra dans une large mesure la pollution des cours d’eau, au grand profit de l’hygiène et du confort.
- Ce qui précède est résumé d’une communication de M. George S. Webster, de Philadelphie, à Y American Society of Mechanical Engineers, à sa réunion générale le 14 décembre 1914.
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- Benjamin Isherwood. — Le 19 juin dernier, est mort, à l’âge de 93 ans, à sa résidence de New-York, un ingénieur américain de grande notoriété, Benjamin Franklin Isherwood, dont la carrière avait vu des changements si grands dans le domaine mécanique qu’il fut permis de s’étonner qu’ils aient pu s’accomplir dans la durée d’une vie humaine.
- Isherwood était né à New-York le 6 octobre 1822. Son père était médecin et son grand-père maternel, le capitaine Du Clos, était un officier du génie français faisant partie de l’état-major de Lafayette pendant la révolution américaine ; il était resté aux États-Unis après la guerre et avait pris femme dans la fameuse famille Stevens de New-Jersey. Isherwood avait-fait ses études à l’Académie d’Albany et était entré ensuite dans les chemins de fer comme assistant de W. G. Young, ingénieur de l’Utica and Schenectudy Railroad qui fait aujourd’hui partie des lignes du New York Central.
- Le jeune ingénieur passa ensuite à la construction de l’Aqueduc de Croton sous les ordres de John Jervis, puis â l’Erie Railroad aveu Charles B. Stuart, ingénieur divisionnaire de cette ligne, lequel entra ensuite au service de la marine des États-Unis où il fit une carrière des plus distinguées. Nous avons donné une notice biographique sur cet ingénieur dans une précédente Chronique.
- Isherwood quitta définitivement les chemins de fer pour passer au service du département des Finances pour la construction des phares. A ce titre il fut envoyé en France pour surveiller l’exécution de lentilles faites sur ses plans.
- Lors de l’organisation du corps des mécaniciens de la marine des États-Unis, Isherwood fut un des premiers nommés et au début de la guerre du Mexique (1846) prit charge de la machine du Princeton, le premier navire à hélice américain construit à titre expérimental par Ericsson. Il commença dans ce poste sa longue série d’essais sur les machines à vapeur. Ensuite, il fit toute la campagne comme mécanicien en chef du Spitfire. Il ne cessa dès lors de poursuivre systématiquement ses études sur les moteurs et les navires et consigna leurs résultats dans deux volumes parus en 1859 sous le titre Engineering Précédents, le premier ouvrage où on trouve consignées d’importantes données, suy. le rendement des machines à vapeur, leur dépense de vapeur et l’énergie employée finalement pour la propulsion du navire. Ce livre eut les honneurs de la traduction en six langues européennes.
- Il est curieux de noter que l’auteur écrivit à peu près à la même époque le chapitre concernant la pratique américaine des ponts de chemins de fer pour le grand ouvrage de Weale sur la construction des ponts. »
- La réputation d’Isherwood fut encore accrue par la publication en 1863 et 1865 de deux volumes relatant ses expériences sur les machines du vapeur des Etats-Unis Michigan. Ces expériences avaient été entreprises en 1860 par les ordçes du Département de la Marine et produisirent une impression profonde dans le monde maritime et savant parce que certaines de ses conclusions ne tendaient à rien moins qu’à bouleverser les
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- idées admises jusque-là sur certains points. Isherwood fut, en effet, le premier à indiquer que la détente avait des limites au delà desquelles, loin de produire un résultat avantageux, elle amenait une augmentation delà dépense de combustible. Ces idées, entièrement admises aujourd’hui, Ont facilité beaucoup l’introduction de l’expansion multiple.
- Bien qu’Isherwood n’eût pas à construire moins de 600 navires avec leurs machines pendant la durée de la guerre de Sécession (1), il continua de 1861 à 1869, ses études et ses recherches scientifiques lesquelles constituent un véritable monument d’une valeur inestimable pour la marine et l’art de l’ingénieur. Notre regretté collègue Dwelshauvers Dery considérait Isherwood comme le plus fécond des expérimentateurs des quarante dernières années dans le domaine de la mécanique appliquée.
- Après sa retraite comme contre-amiral, Isherwood vécut à New-York, mais il ne cessa pas de continuer ses études et s’occupait notamment de traduire des ouvrages techniques français.
- Il avait été élu en 1894 membre honoraire de la Société américaine des Ingénieurs-Mécaniciens et faisait partie de beaucoup d’autres sociétés savantesrC’était, disent les journaux américains, la personnification de la dignité, de la bienveillance et de l’affabilité. Malgré le labeur écrasant qui marqua toute sa vie, il trouvait le moyen de consacrer quelques instants aux beaux-arts et notamment à la peinture.
- I/cfftcacité du tir au fusil (suite et fin). — Nous avons donné dans la Chronique n° 419 les remarquables observations de M. Mahout et les commentaires de M. le général Cherfils sur cette question. Nous les avons soumises à un de nos parents, le capitaine C..., de l’armée suisse, qui a bien voulu nous donner son avis, lequel est d’autant plus intéressant que, comme on le verra, les idées en fait de tir ne sont pas tout à fait identiques de l’un et l’autre côté du Jura.
- Tout en étant très disposé à admettre le bien-fondé en principe des observations de M. Mahout, le capitaine C... estime qu’on a peut-être un peu exagéré leur portée réelle. Il ne croit pas que la construction de trois types de fusils soit bien pratique.
- D’abord la position normale d’un tireur est la position couchée. Les positions assises, à genou ou debout ne doivent être considérées que comme provisoires entre deux engagements. Quand le soldat est couché, la crosse du fusil vient sur l’épaule et non plus à l’épaule et, dans ce cas, il n’y a pas de différence sensible d’adaptation pour les grands et pour les petits ; la crosse recourbée serait même désavantageuse pour le tireur, le forçant à lever plus la tête, donc à se découvrir davantage.
- Ensuite, quand on crie « Aux armes », on n’a pas la plupart dù temps, son fusil en main et on prend souvent celui d’un autre (à moins de se trouver dans une tranchée ou à un poste fixe) et même, sans cela, en
- (1) On peut citer parmi eux la corvette à hélice de la marine des États-Unis, le Wampanoag, construite vers 1864 et qui réalisa, dit-on, la vitesse, fabuleuse à l’époque, de 17 nœuds.
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- rompant les faisceaux, on change quelquefois jles fusils. On peut avoir son arme endommagée sur le champ de bataille et on prend celle d’un mort ou d’un blessé.
- Je vois chez nous, dit notre correspondant, quand on se trompe de fusil (ceux-ci étant tous égaux en poids à 200 gr près et en forme) la façon de viser est modifiée et pourtant la position du centre de gravité ne varie pas de plus de 20 mm. Que serait-ce en chargeant de forme de fusil ?
- Chez nous, en temps de paix, il faut quelquefois plusieurs jours pour retrouver son fusil échangé dans la compagnie. Quand on est en contact avec plusieurs bataillons, il serait certainement impossible de le retrouv'er en temps de guerre.
- On a invoqué l’exemple du chasseur ; il y a beaucoup à dire là-dessus, C’est souvent par habitude que le chasseur a son fusil bien en main et, s’il a choisi le modèle de son arme en harmonie avec la mécanique de ses bras et de son cou, c’est parce qu’il s’est déjà formé une mécanique spéciale par des tirs précédents. Est-il bien sûr, d’ailleurs, que le bon tireur qui lâche son coup à la volée mette son œil sur la ligne de visée ?
- Ayant l’œil dans le voisinage de cette ligne, il se rend compte par habitude que telle ou telle position du canon enverra le plomb dans le gibier et il serait certainement embarrassé de dire de combien de fois la longueur de la caille il a visé en avant d’elle pouf l’abattre un vol ; il pourrait le9dire si la ligné de visée avait passé par son œil.
- Les soldats n’ayant pas l’habitude du chasseur ne peuvent lui être comparés et c’est surtout pour cela qu’ils n’ont pas le fusil aussi bien en main. t
- Il est difficile d’admettre que la différence de taille ait une aussi grande influence sur le tir. Pour prendre un exemple dans un autre ordre d’idées, un violoniste de grande taille n’est-il pas obligé d’incliner plus la tête qu’un petit pour tenir son instrument ; il n’a pourtant pas un violon plus haut que l’autre et il ne s’en plaint cependant pas. Pour viser, il ne faut pas baisser la tète plus que pour tenir un violon. Certainement, moins on aura à baisser la tête pour viser, plus on sera à l’aise, mais il parait difficile d’affirmer que les grands aient une position si gênée qu’ils ne puissent tirer juste.
- M. C... a pu constater à une récente école de recrues que, sur 25 fusils, un seul avait le guidon entièrement juste ; les 24 porteurs des armes inexactes tiraient cependant assez bien puisqu’ils corrigeaient en visant l’erreur du guidon. Si le tir était bien compris, les grands dont la position soi-disant gênée fausserait le tir, verraient sur les cibles l’erreur qu’ils commettraient et sauraient au bout d’un certain nombre de coups comment viser pour toucher exactement' le but.
- L’idéal pour une visée est certainement que la lunette et le fusil soient dans une position telle que la tête reste à sa position normale et en cela l’observation de M. Mahout est juste, mais il est difficile d’admettre que la réforme des deux tiers des crosses proposée soit pratique. La mauvaise conformation de la crosse est une tentative d’explication, mais ce n’est pas la raison vraie de l’inefficacité du tir.
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- Celle-ci ne pourrait-elle pas être cherchée dans une pratique à laquelle on ne parait pas laire suffisamment attention en France, 1’ « arrachage du coup » ?
- Quelques explications sont nécessaires. Pour empêcher un fusil de guerre chargé de partir trop facilement lorsqu’il n’est pas « assuré » (au cran d’arrêt) par exemple dans un saut ou dans une chute, on établit le ressort de la gâchette de façon telle que la fin de sa course, juste avant le déclanchement de la tige de percussion, soit très dure.
- Instinctivement, pour vaincre cette forte résistance, le soldat ne fait pas seulement un mouvement du doigt, mais une contraction de la main et même du bras. Si faible que soit la déviation produite, elle devient très appréciable à une certaine distance. Le canon ayant environ 1 m, 1/2 mm de déviation initiale correspond à un écart de 0 m, 05 et une de 5 mm à un écart de 0 m, 50 par rapport au but visé supposé à 100 m.
- En Suisse, on fait des exercices à vide et à blanc jusqu’à ce que le soldat n’arrache plus, ce qui est constaté par un observateur très attentif et très habitué au moyen d’un petit miroir à réflexion partielle placé derrière la mire. Cet observateur voit si le fusil bouge juste avant le départ du coup, tandis que le tireur qui s’attend à entendre le coup et à receA^oir le choc du recul a à ce moment l’esprit moins tendu vers le but et ne peut se rendre compte si son arme a subi ou non une faible déviation avant la grande due au recul, car, pour lui, si la petite existe, elle se confond avec l’autre au moins tant que son instinct le prépare à entendre le coup, comme il nous prépare à protéger notre corps ou notre tête quand un objet lancé sans que nous le sachions n’est perçu qu’à une faible distance et nous surprend.
- Yoilà certainement pourquoi sans avoir fait de tirs avant l’école de recrue, en ne tirant que 50 coups, le soldat suisse peut être bon tireur et que la moyenne fournit un tir satisfaisant.
- En Suisse, on corrige l’arrachage ; il semble qu’en France on laisse ce soin au tireur qui corrigerait son tir par habitude, à condition de tirer suffisamment.
- lies aciers pour outils à coupe rapide. — Nous trouvons dans une communication faite par M. Fred. H. Lautsberry, à l’Iron and Steel Institute de l’Ecosse Occidentale, des renseignements intéressants sur l’histoire et l’état actuel de la question des aciers pour outils à coupe rapide.
- L’auteur expose ensuite les recherches qu’il a faites aux ateliers de la fabrique de petites armes à Birmingham dans le but de déterminer les plus appropriés à la confection des mèches hélicoïdales pour machines à forer. Les propriétés recherchées pour ces aciers ne sont pas les mêmes que pour les outils de tours, parce que, pour ces derniers, on recherche avant tout la dureté, tandis que pour les forets hélicoïdaux, il faut en plus la résistance mécanique. Il est donc nécessaire de faire des essais spéciaux pour les pièces.
- On a donc construit une foreuse spéciale permettant d’obtenir des mouvements de 0 mm, 25 à 1 mm, 5 par tour et des vitesses de 100 à
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- 400 tours par minute. On employait une mèclie-type de 24 mm de diamètre, modèle largement employé dans la pratique des ateliers anglais. Une vitesse de 400 tours par minute et un avancement de 0 mm 5 par tour étaient adoptés pour les essais où les outils étaient graissés ; mais, pour avoir quelques données sur la résistance des aciers avec fort échauffement, on a fait également des essais avec les outils fonctionnant à sec. Dans ces derniers, la vitesse était réduite à 305 tours par minute. On prenait pour hase de l’appréciation de la valeur de l’acier le nombre'1 de pouces de métal foré. On poussait l’épreuve jusqu’à ce que la mèche fût absolument incapable de travailler davantage, soit que la pointe fût usée, soit que la mèche fût brisée.
- On a soumis à ce genre d’épreuves un grand nombre d’aciers sans qu’aucun d’eux eût révélé des qualités spéciales pour ce genre d’emploi. On a recherché l’influence de la présence du tungstène, du chrome et du vanadium et on a essayé des aciers contenant 0,6 0/0 de carbone. On a employé également des aciers à teneur constante en chrome, mais avec une proportion de tungstène variant de 10 à 25 0/0. On a pu constater que l’efficacité des forets augmentait avec la proportion de tungstène jusqu’à un maximum de 14 0/0 et diminuait ensuite. En partant de ce point de départ, on a fait une autre série d’essais avec la proportion de chrome portée de 1,5 à 7,5 0/0 ; on a également trouvé que l’efficacité de l’acier augmentait jusqu’à une certaine teneur en chrome pour diminuer ensuite. L’influence du molybdène paraît à peu près insignifiante.
- On a trouvé en somme qu’on obtenait un excellent acier pour coupe rapide avec des proportions de 14 0/0 de tungstène et 4 de chrome, sans qu’on puisse dire cependant que ce soit la meilleure composition possible. Des mèches faites avec cette qualité d’acier étaient considérées comme médiocres si elles n’arrivaient pas à percer 100 pouces, soit 2 m, 53 d’acier. Il est bon d’ajouter que l’acier dont nous parlons perce 25 pouces ou 0 m, 63 par minute tandis que les aciers ordinaires à outils ne dépassent pas 12 pouces ou 0 m, 305.
- Dans la discussion qui a suivi sa communication, l’auteur, auquel on demandait si une addition de 1 0/0 de vanadium aurait quelque utilité, a répondu qu’il avait fait des essais avec de l’acier de cette composition sans avoir trouvé aucun avantage. Le seul effet du vanadium parait être celui qu’il exerce pendant la fabrication de l’acier.
- Conservation des fruits par le froid. — Au Canada on fait une grande application de la réfrigération pour la conservation des fruits. On trouve d’intéressants détails sur cette question dans une communication de M. Edwin Smith à l'Association des producteurs de fruits de l’Ontario. L’auteur décrit d’abord l’installation de Grimsby, dans cette province canadienne; elle se compose de magasins contenant des chambres réfrigérantes dans lesquelles on place les fruits mis, dès la cueillette, dans des caisses ou paniers. Chaque chambre peut recevoir le contenu d’un wagon, elle a le plancher, et les parois creuses avec cir-
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- culation d’air rafraîchi par le contact des tubes où circule le liquide froid et souillé par un ventilateur de 1 m, 50 de diamètre.
- Les caisses ou paniers sont amenés sur des chariots. On emploie des thermomètres électriques pour apprécier la température du fruit dans les récipients où il est contenu. Dès qu’il est entré dans les chambres, on ferme celles-ci et on met en marche le ventilateur. Les thermomètres électriques permettent d’apprécier du dehors la température à laquelle est soumis le fruit, température qui ne doit pas dépasser 3 à 4° G. Le fruit ainsi refroidi ne doit pas subir une température plus élevée jusqu’à ce qu’il soit arrivé sur le marché et, à cet effet, un vestibule refroidi est établi entre les chambres froides et la porte du wagon réfrigérant dans lequel le transport doit s’opérer; les caisses et paniers sont ainsi transbordées sans changement de température et avec le minimum de main-d’œuvre et de temps.
- La saison de 1914 a été très active dans l’installation de Grimsby, bien que cette année il n’y ait pas eu de récolte de pêches. Les cerises expédiées à Winnipeg y arrivaient dans un état magnifique et s’y vendaient 3 fr le panier au lieu de 2 à 2 fr, 10 pour les cerises ordinaires, ce qui indique sulüsamment la qualité supérieure des fruits conservés par le froid. L’installation dont nous parlons peut aussi servir à la conservation des fruits pendant un temps plus long et rend à ce point de vue de grands services aux producteurs. Ainsi on peut citer un cas où, les fabriques de conserves de fruits étant surchargées de travail, on a pu conserver pendant plusieurs jours quatre ou cinq wagons de fruits en attendant qu’on pùt les mettre en boîtes, ce qui a évité une perte d’une quinzaine de mille francs.
- Une expérience intéressante a été faite avec des pommes rouges d’As-trakan. Ces pommes se vendent en général assez bon marché, sauf dans la période entre leur saison et celle de la pomme Duchesse, où les pommes précoces sont rares. Un marchand eut l’idée de mettre ses pommes au froid avant le 15 août et quand la demande arriva, à la Un du mois, il les vendit avec un beau bénéfice.
- En dehors de la partie commerciale de l’installation, il existe à Grimsby un laboratoire servant à des expériences scientifiques qui rend de grands services aux producteurs de fruits. On peut citer, par exemple, le cas des tomates. Il a été fait des essais sur trois variétés de tomates récoltées à trois périodes de maturité et emballées de huit manières différentes aux températures de 0, 4, 5 et 7° G. On constata en premier lieu que les deux premières variétés, la Nartiana et la Chalk-lsmell, étaient de peu d’usage pour la conservation par le froid et que la plupart des variétés cultivées dans l’Ontario étaient sujettes à se fendre vers la tige. Les tomates de petites dimensions se conservent mieux que les autres. Pour les conserver, il faut cueillir les tomates lorsqu’elles ont une couleur jaune paille; si on les cueille plus mûres, elles se ramollissent dans la conservation. L’expérience montre qu’elles se conservent mieux dans la paille de bois qu’enveloppées et encore mieux placées dans des caisses avec de la sciure de bois, surtout si elles sont fendues. L’auteur cite l’exemple d’un producteur qui vint à l’installation frigorifique de Grimsby pour y déposer jusqu’à Noël un wagon de tomates, comptant
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- les vendre à çette époque comme tomates venues en serres. On le déconseilla de le faire et bien lui en prit de suivre cet avis car ses tomates n’étaient pas de qualité à être conservées et il eût tout perdu.
- On peut dire que la réfrigération préalable des fruits n’exige pas d’installation compliquée et coûteuse. Tout ce qui peut abaisser la température des fruits avant leur expédition tend à ralentir la maturité et à retarder la décomposition. Dans la Colombie Britannique, on a lait des expériences au Département provincial d’Agriculture pour permettre d’apprécier les avantages d’employer l’air frais qui règne la nuit dans ce pays et de faire la cueillette des framboises de grand matin avant que la rosée se soit dissipée et d’enlever l’humidité par un courant d’air artificiel avant l’expédition. Le coût de l’installation ne dépassait pas 200 à 250 fr et les résultats avaient été excellents. Toutefois, la pratique de cueillir les fruits humides ne doit pas être envisagée pendant la sécheresse.
- Dans la réfrigération du fruit, il faut faire attention de ne pas tomber dans l’excès. Une série de recherches sur la question a fait voir que le froid est utile pour les fraises à condition que la température soit maintenue à 2 ou 3°' C au-dessous de celle des wagons où s’effectue le transport. Si la température descend au-dessous de ce chiffre, les fraises ont à souffrir de la condensation qui se produit à leur sortie de la chambre froide et les fruits ont plus de tendance à se moisir que si on les avait chargés à la température ordinaire. Il doit être d’ailleurs entendu que le refroidissement ne saurait être une panacée et faire que des fruits trop mûrs ou gâtés arrivent en bon état. A Grimsby, il est de règle de refuser de recevoir les fruits qui ne sont pas dans de bonnes conditions et on exerce un contrôle très sévère sur le chargement en wagons. Pour les transports à grande distance, les fruits sont placés à 0 m, 10 au-dessus du plancher du wagon sur des claies superposées avec des intervalles d’air entre elles. On laisse au centre un espace de 0,60 à 1 m, 50 pour la circulation de l’air, et les chargements sont maintenus en place par des moyens convenables pour empêcher les conséquences du bris des emballages.
- I<a lutte contre l’alcoolisme eu Suisse. — M. Motta, alors chef des finances et actuellement Président de la Confédération suisse, a, dans un discours prononcé il y a quelque temps, marqué les principales étapes de la législation suisse sur les alcools : la révision constitutionnelle d’abord qui a introduit l’article 42 bis, base légale de la loi sur le monopole de l’alcool, puis la loi sur les denrées alimentaires de 1905, l’initiative contre l’absinthe « partie de l’instinct vigoureux et profond du peuple », et la loi de 4912 prohibant les vins artificiels.
- Il y a là, dit l’orateur, uu ensemble de mesures indiquant bien que l’État n’est pas resté indifférent dans cette lutte.
- L’idée fondamentale du monopole a été de combattre l’eau-de-vie en favorisant la consommation des boissons salubres, de restreindre celle de certaines boissons distillées au profit du vin, de la bière et du cidre.
- M. Motta a cité, des chiffres qui indiquent la consommation des principales boissons avant et après l’établissement du monopole :
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- Avant. Après.
- Litres par tête d’habitant.
- Vin . . . 6,69 8,65
- Bière . . . . . 1,76 2,83
- Cidre . . . 1,13 1,31
- Eaux-de-vie . . . 4,75 2,89
- . On voit que, tandis que la consommation du vin augmentait de 30 0/0, celle de la bière de 60 et celle du cidre de 16, la consommation de l’eau-de-vie diminuait de 40 0/0.
- Le but que le législateur s’était proposé a donc été atteint dans une large mesure. Cependant, la Confédération ayant monopolisé la vente de l’alcool, la distillation des matières non monopolisées (fruits, vins, etc.) a, d’autre part, augmenté d’une façon considérable. A côté des distilleries officielles, il existe dans le pays plus de 30 000 distilleries libres. On voit à quels intérêts le législateur se heurtera lorsqu’il aura à aborder ce nouveau problème.
- En 1903, le peuple a repoussé la révision constitutionnelle tendant à porter de 2 à 10 1 le minimum de la vente au détail. Il faut espérer que si la question venait à être reprise,.le peuple ne se déjugerait pas.
- Ii’industrie des pipes de bruyère eu France. — L’industrie des pipes de bruyère en France est, on peut le dire, concentrée tout entière dans la petite ville de Saint-Claude, dans le département du Jura, où on fabrique non seulement ces pipes, mais aussi les fume-cigares, fume-cigarettes et autres ustensiles de fumeurs. Cettéindustrie localisée dans cet endroit a une importance telle que les marchands d’objets à l’usage des fumeurs, à Paris et ailleurs, désignent ses produits sous le nom d’articles de Saint-Claude.
- Les principales sources d’où les fabricants de cette ville tirent les racines de bruyère sont la Sicile, la Calabre, la Corse et, plus récemment, l’Algérie. On en obtient aussi une petite quantité des départements du Var, des Pyrénées-Orientales et des Alpes-Maritimes. Ces racines, façonnées en gros blocs, contiennent assez de matière pour faire une ou plusieurs pipes et sont vendues à raison de 4,50' à 40 fr la grosse. Ces prix varient suivant la demande et la qualité des racines. Ces blocs sont connus sous le nom d’ébauchoirs.
- Dans la transformation de ces blocs ou racines brutes en produits finis, il y a quatre opérations principales : l’ébauchage qui donne la forme générale, le râpage, le polissage et le montage où on ajuste les pièces métalliques s’il y a lieu et l’embouchure. Ces quatre opérations principales se subdivisent en douze étapes, d’après un rapport du Consul général des Etats-Unis à Paris.
- On emploie des hommes pour toutes ces opérations, sauf pour le polissage. Les salaires varient de 3,50 à 15 fr par jour, ces derniers étant pour des sculpteurs et des monteurs très habiles. Le polissage, fait par des femmes, se paie à raison de 4 à 5 fr par jour. La production annuelle en France est estimée à 10 à 12 millions de francs représentant environ
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- 15 millions de pipes. Sur ces chiffres, on peut compter 2 millions de ces ustensiles, représentant une valeur de 4 million, qui ne sont pas finis et sont réservés pour l'exportation.
- On dit en France qu’une grande partie des pipes dites anglaises sont fabriquées à Saint-Claude et envoyées en Angleterre pour y être vendues comme provenant du pays. Ceci s’applique du reste à beaucoup de ces produits dont les soi-disants fabricants font mettre leur nom sur des pipes faites à Saint-Claude. On entoure cette fabrication d’un certain mystère parce qu’on a souvent essayé d’avoir des renseignements sur elle et de débaucher des ouvriers pour les faire aller à l’étranger avec promesse de salaires élevés. Le prix moyen en gros d’une pipe vendue au détail 2 fr, 50 est de 12 fr la douzaine, et on peut apprécier ainsi la valeur dans le commerce de gros des diverses variétés de pipes de bruyère (Journal of the Society of Arts).
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- SOCIÉTÉ D'ENCOURAGEMENT POUR L’INDUSTRIE NATIONALE
- Novembre-Décembre 1944.
- Rapport de M. H. Hitier sur l’ouvrage : 'I<es petites industries rurales et leur évolution de MUe Louise Zeys.
- Un des remèdes les plus efficaces contre la dépopulation des campagnes et l’exode des jeunes gens et des jeunes filles vers les villes est de remettre en honneur les industries rurales qui sont en grande majorité des industries féminines, 'de tourner de ce côté les aspirations des jeunes filles et de les y préparer. C’est le but de l’ouvrage dont nous nous occupons ici.
- D’une comparaison faite de la situation des industries rurales en France, d’une part, et en Angleterre, Italie, Suède et Russie, d’autre part, l’auteur a pu établir quelles réformes nous devrions établir dans nos campagnes et quelle évolution devraient subir les petites industries rurales y existant encore.
- Sans doute, on rencontre encore dans les campagnes de nos diverses régions de la France des industries rurales telles que : bonneterie, passementerie, ganterie de peaux, tressage de la paille et de l’osier, travail du bois et surtout tissage, lingerie, broderie, dentelle, etc., mais, à côté de ces anciennes industries qu’il s’agit de sauver ou de ressusciter, des industries nouvelles pourraient être créées sur une échelle bien plus vaste en utilisant les progrès de la mécanique même qui semblaient devoir condamner ces industries rurales à une disparition fatale.
- Mais cette rénovation peut et doit se faire sans nuire aux travaux agricoles. Le machinisme moderne, les grandes usines ont enlevé à la terre quantité de bras qui la faisaient fructifier jadis, il s’agit actuellement de rendre cette main-d’œuvre à la culture sans diminuer la production industrielle.
- L’auteur énumère un grand nombre d’industries qui peuvent convenir aux femmes à la campagne et -termine par ces lignes que nous croyons devoir reproduire textuellement.
- « Ce qu’il faut avant tout, c’est faire comprendre aux femmes de la campagne qu’elles ont plus d’avantage à soigner leur maison, leur ferme et à occuper leurs loisirs à des travaux qui leur donneraient un salaire d'appoint qu’à quitter foyer et famille pour travailler à la fabrique et rapporter une somme peut-être un plus forte, mais durement gagnée au grand détriment de leur santé, peut-être de leur moralité et sûrement de la vie familiale. »
- Notice sur les Souvenirs de M. Auguste balance, par
- M. Georges Risler.
- Nous engageons vivement nos collègues à prendre connaissance de cette intéressante notice. On peut dire avec raison que la vie de M. La-Bull. 35
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- lanne, né en 1830, à Ronchamp, fut entièrement marquée par deux sentiments très beaux : l’amour de la patrie et l’amour de l’humanité.
- ï/aluminium-niekel, par MM. J. Canal et E. Tassilly.
- Il est très difficile de déposer sur l’aluminium une couche adhérente de nickel ; on ne peut guère réussir qu’à la condition d’interposer une couche intermédiaire de cuivre, de zinc ou de fer et encore les résultats ne sont pas très satisfaisants.
- Un procédé dû à M. J. Canau mérite cependant d’être retenu. Il permet de déposer directement et sous forme adhérente le nickel sur l’aluminium.
- Le décapage de ce métal comporte les opérations suivantes :
- 1° Passage dans un bain de potasse à l’ébullition ;
- 2° Brossage avec un lait de chaux ;
- 3° Trempage dans un bain de cyanure de potassium à 20/00 pendant quelques minutes ;
- 4° Action d’un bain chlorhydrique ferrugineux formé de 500 gr d’acide chlorhydrique, 500 gr d’eau et 1 gr de fer, jusqu’à ce que l’aluminium prenne un aspect particulier rappelant le moiré métallique.
- Après chaque opération, la pièce est lavée à l.’eau.
- Le nickelage se fait avec un bain de 1 000 cm8 contenant 50 gr de chlorure de nickel et 20 gr d’acide borique. Le dépôt se fait sous la tension de 2,5 volts avec un courant de 1 ampère par décimètre carré de surface à nickeler.
- Le dépôt obtenu présente une adhérence remarquable ; les pièces supportent le martelage et on peut courber les plaques sans qu’il se produise de craquelures et le métal peut être chauffé sans déformation jusqu’au point de fusion de l’aluminium. C’est cette adhérence qui a fait donner au métal le nom d’aluminium-nickel comme s’il s’agissait réellement d’un alliage.
- Les propriétés de l’aluminium-nickel en font un métal susceptible de se prêter à des applications nombreuses et variées. On devra l’employer dans tous les cas où on aura besoin d’un métal léger, résistant et inaltérable. On peut citer entre autres la confection des ustensiles de ménage, de campement et du matériel de voyage pour lesquels l’aluminium laisse apparaitre rapidement ses défauts.
- lies applications du cinéma à l’enseignement, par M. E.
- Collette.
- L’auteur décrit un matériel d’enseignement composé de deux appareils distincts : un & chromo » pour la projection des films cinématographiques et un projecteur pour clichés fixes 8,5 X 10. Ces appareils peuvent être placés indifféremment sur une table, sur un bureau ou sur une chaise. Ce matériel scolaire a été créé par les Établissements Gaumont. Il est à désirer de voir introduire en France dans les écoles un matériel de ce genre comme cela existe déjà en Amérique, en Allemagne, en Suisse, en Russie, etc.
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- Une nouvelle machine à traire, système Alfeven, par M. J.
- Lucas.
- C’est une machine à pression, basée sur un nouveau principe, la pression du trayon entre une plaque métallique et des doigts de caoutchouc qui, par analogie, travaillent comme les doigts de la main.
- La machine comprend quatre séries d’appareils analogues, afin de pouvoir traire les quatre trayons à la fois. Les séries de quatre doigts sont réunies en croix autour d’une tige centrale et mues par des cames qui les font appuyer successivement de haut en bas sur les trayons. Sous l’appareil, un entonnoir et un seau reçoivent le lait qui tombe des trayons et une petite dynamo donne le mouvement.
- La machine à traire pèse 6 kg, 150, la dynamo 2 kg, le seau à traire 1 kg, 970, total 10 kg environ.
- Des essais, faits à Gournay-sur-Marne, sur cet appareil d’origine suédoise, ont donné des résultats très favorables. La traite s’opère en moyenne en 5 minutes et 45 secondes contre 5 minutes 20 secondes pour la traite à la main.
- La machine Alfeven, contrairement aux autres machines, arrive à traire aussi rapidement que la main de l’homme. On peut admettre que, quatre machines coûtant 450 fr chacune, la mise de fonds avec installation de la canalisation électrique arrive à 3 000 fr, la dépense annuelle avec amortissement s’élèvera à 5 210 fr ; or, pour remplir le même service, il faudrait trois ouvriers à 1 800 fr, soit 5 400 fr. Il y aurait donc une légère économie avec la traite mécanique, ce qui distingue la machine Alfeven des autres.
- Compte rendu du deuxième Congrès de l’Union des Sociétés industrielles de France, par M. Georges Rissler.
- Ufotes de chimie, par M. Jules Garçon.
- A travers sciences et industries chimiques. — Sur les efforts faits en Angleterre pour le développement des industries chimiques, en corrélation avec la situation actuelle. — Quelques efforts faits en France, efforts faits en Angleterre : 1° pour le commerce et les industries en général (Board of Trade, Chambre de Commerce de Londres, Patent Office) ; 2° pour les industries chimiques en particulier ; 3° pour le cas spécial de l’industrie des matières colorantes artificielles. — Ce que disent les Américains du cas des industries chimiques. — Ce que disent les Anglais de la science allemande.
- Céramique. — Verres spéciaux pour l’optique.
- Métaux. — Le silfrax. — Aluminage par calorisation.
- Corps gras. — Sur l’hydrogénation et le durcissement des corps gras.
- Industries textiles. — Sur la piqûre des tentes et des toiles à voiles. — Imperméabilisation improvisée des vêtements militaires.
- Chimie hygiénique, alimentaire, etc. — Sur la cuvée des vins. — Stérilisation de l’eau. — Stérilisation de la paraffine. — Sur les conserves de viande hâtives.
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- iotcs d’apiculture, par M. H. Hitieu.
- Ces notes sont consacrées à Tagriculture de nos régions envahies. L’auteur y expose ce qu’était l’agriculture des régions du nord et du nord-est de la France, quels produits elle tirait du sol. Gela permettra de se rendre compte des dommages causés du fait de la guerre et des moyens à prendre pour y parer tout au moins dans la mesure du possible.
- Notes de mécanique, par M. A. Schubert.
- Recherches expérimentales des pertes de charge, dans les conduites en béton armé d’après A. Budan. — Les dégagements de chaleur dans le découpage'des métaux et la vitesse de coupe la plus avantageuse, d’après H. Friedrich. — Considérations et recherches nouvelles sur les hélices de navires d’après Gunther Kempf. — Les tiroirs cylindriques des locomotives, dits tiroirs E, d’après F. Werle. — Nouveau type d’anémomètre d’après Giessen.
- Revue de culture mécanique, par M. Max Ringelmànn.
- Laboureuse rotative. — Essais de Farmingham. — Concours international de Tunis. — Treuil électrique. — Le labourage mécanique au Katanga.
- ANNALES DES PONTS ET CHAUSSÉES
- Novembre-Décembre 1914.
- lie facteur moral de la victoire, par M. Ferdinand Buisson.
- lie canal de Marseille au Rhône, par M. Bourgougnon, Ingénieur en chef des Ponts et Chaussées.
- Le canal de Marseille au Rhône, partant de ce fleuve au-dessous d’Arles et aboutissant dans le golfe de Marseille, est un ouvrage considérable comportant un ouvrage d’art considérable^ le souterrain de Rove, de 22 m de largeur et 14 m, 40 de hauteur. Les chantiers de ce souterrain ont été visités par la Société, le 26 septembre 1913, et la description en a été donnée dans le Bulletin d’octobre de la même année.
- Nous n’avons pas à insister sur cette question, nous nous bornerons à rappeler que le canal du Rhône à Marseille est appelé à remplir un triple but : créer une voie de communication entièrement fluviale entre Arles et Marseille, c’est-à-dire permettre à la batellerie d’arriver directement à ce dernier port, puis mettre en valeur l’étang de Berre où peuvent être créés de vastes établissements industriels, les relier à Marseille, et enfin permettre à ce port d’être la tête d’une ligne de navigation intérieure, comme Hambourg, Brême, Anvers, Rotterdam, New-York, etc.
- Bulletin des accidents d’appareils à vapeur survenus pendant l’année 1912.
- Le nombre total des accidents s’est élevé à 28; ils ont causé la mort de 23 personnes et des blessures à 37 autres.
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- Si on examine ces accidents par espèce d’appareils, on en trouve 6 avec 11 morts et 25 blessés pour des chaudières non tubulaires, 5 avec
- 5 morts et 2 blessés pour des chaudières à tubes de fumée, 7 avec 6 morts et 4 blessés pour des chaudières à tubes d’eau et enfin 10 avec 1 mort et
- 6 blessés pour des appareils accessoires, surchauffeurs, thermosiphons, tubes de niveau, récipients, etc.
- Au point de vue des causes présumées des accidents, on trouve que 8 accidents peuvent être attribués à des conditions défectueuses d’établissement, 9 à des conditions défectueuses d’entretien, 7 à un mauvais emploi des appareils et 4 à des causes non précitées.
- Nous signalerons comme particulièrement intéressant le cas de l’explosion, survenue en cours de route sur la ligne de Paris au Choisie, d’une locomotive du Chemin de fer d’Orléans. Cette locomotive, construite par la maison Baldwin, aux États-Unis, était timbrée à 15 kg et avait le foyer en cuivre et les enveloppes en acier très doux Martin-Siemens. La chaudière a été entièrement démolie et le mécanicien et le chauffeur ont été tués; le train a déraillé et 12 wagons ont été mis hors de service.
- L’explosion peut être attribuée à la rupture d’un certain nombre d’entretoises du foyer et peut-être aussi à la diminution de résistance du cuivre du foyer-, due à l’usure. Il serait aussi possible que les tôles d’acier de la chaudière fussent affectées d’une fragilité favorable à la propagation des ruptures.
- Bateau-porte pour la nouvelle forme sèche de Malmoë.
- par M. A. Goupil, Ingénieur en chef des Ponts et Chaussées.
- La nouvelle forme sèche de Malmoë, mise en service en novembre 1912, a 160 m de longueur au radier et 30 m de largeur. Le bateau-porte qui la forme est d’un type peu répandu, avec un bord plan et un bord convexe, dont l’un ou l’autre peut être mis à volonté vers l’intérieur de la forme. L’eau est introduite dans la forme par quatre conduites circulaires de 1 m de diamètre'pratiquées dans la porte avec des doubles vannes manœuvrées de la passerelle. Le remplissage et la vidange des divers compartiments s’effectuent au moyen de ventelles de 0 m, 20 de diamètre manœuvrées également de la passerelle.
- Avec ce type dissymétrique de porte, la question de stabilité a une grande importance; aussi doit-on charger le bas de la porte d’une quantité notable de lest permanent, tout en disposant avec la plus grande précision les emplacements des citernes supérieure et inférieure. En somme, si ce type présente un certain avantage au point de vue de la longueur de forme utilisable, il présente les inconvénients de la difficulté du lestage nécessaire pour réaliser une complète sécurité et d’une dépense plus élevée que les modèles à forme symétrique; aussi ne semble-t-il pas devoir être recommandé.
- Alimentation d’eau de l’ancienne Jérusalem.
- Jérusalem parait avoir toujours eu de l’eau en abondance, étant alimentée par des nappes souterraines ou l’eau pluviale. Les premiers tra-
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- vaux paraissent remonter à Salomon ; plus tard, Ezéchias fit percer dans le rocher une galerie d’un millier de pieds (305 m) pour la captation et l’adduction d’une source. Enfin Ponce Pilate établit un aqueduc pour l’adduction d’eau courante à Jérusalem. En somme, la situation de cette ville, privée de sources, sauf dans la partie inférieure du ravin de Cedron, a entraîné, en plus des nombreuses citernes ménagées dans les maisons et dans les édifices publics, l’adduction par aqueducs et réservoirs des eaux du massif montagneux s’élevant dans la région Sud jusqu’à une hauteur de 900 m.
- lia dérivation de l’Ombrone pour le colmatage des marais de Grosseto.
- La prise d’eau de l’Ombrone est une des plus considérables qui existent ; elle peut dériver 600 et même 700 m8 ; elle a pour but, non pas l’irrigation, mais le colmatage des marais produits par le déplacement de l’embouchure de ce fleuve dans la Méditerranée ; en temps de crue, le limon en suspension dans les eaux de l’Ombrone peut atteindre 10 0/0 du volume d’eau.
- La prise d’eau comporte un barrage submersible de 153 m de crête ; l’eau arrive par des ouvertures de 1 m, 66 fermées par des vannes métalliques à rouleaux à manœuvre électrique. Il y a une station thermo-électrique comportant deux moteurs à huile lourde de 90 ch chacun accouplés à des dynamos. Le canal colmateur a 17 km de longueur, 65 m de largeur au plan d’eau et 54 m, 50 au fond. On évalue la#durée probable du colmatage à une trentaine d’années. La dépense pour les travaux de la prise d’eau et du canal s’élève à environ 4 millions de francs; il faudra, pour le colmatage, les canaux d’écoulement, la régularisation des cours d’eau et des voies navigables, une vingtaine de millions. Gomme résultat, on aura 5 000 ha de terrain actuellement inutiles et on assainira une plage étendue infestée actuellement par la malaria.
- Pont flottant sur le Transbergsund (Suède).
- La ville de Stockholm a dû doubler un vieux pont flottant desservant depuis cent vingt-sept ans le trafic sur le Transbergsund. L’ouvrage nouveau, établi au nord de l’ancien à une distance de 70 m environ, a 227 m entre les arêtes des culées extrêmes, y compris un tablier oscillant de 37 m, 30 correspondant à un chenal navigable. Le surplus de la longueur constitue un pont de bateaux porté par treize pontons, sur un ponton sont des supports recevant les poutres maîtresses qui forment une travée solidaire continue.
- La largeur de l’ouvrage est de 6 m, 30 permettant l’installation d’une double voie ferrée et la circulation de lourds camions automobiles. Le poids total ressort à 1359 t, dont 815 pour la construction métallique. Le total de 1 359 t se répartit en 82 t supportées par les appuis fixes et 1 277 t transmises directement aux pontons. La surface portante de ceux-ci étant de 1 700 m2, leur enfoncement atteint de 0’m, 75 à 0 m, 80.
- La dépense totale s’est élevée à 680 000 fr, dont 500 000 environ pour le pont de bateaux proprement dit.
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- COMPTES RENDUS
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- SOCIÉTÉ DE L’INDUSTRIE MINÉRALE
- Septembre 1914.
- District de l’Est.
- Réunion du 2 mai 1914.
- Communication de M. Zyromsky sur la concurrence possible des usines du littoral.
- L’auteur indique qu’à la dernière assemblée des actionnaires de la Société des Hauts fourneaux de Caen, le Conseil a fait certaines déclarations concernant le prix de revient de la fonte Thomas et les avantages de la situation sur la mer; il conclut que la fonte de Caen aura un prix de revient à l’usine légèrement inférieur à celui de notre grosse industrie de l’est.
- L’auteur discute cette assertion et arrive à la conclusion suivante : avec les deux éléments, minerai et coke, ce dernier, particulièrement favorisé, le développement de la métallurgie dans l’ouest paraîtrait assuré dans la condition qu’un troisième facteur, celui des charges financières, n’en viendrait pas ralentir l’essor. Mais, sous ce rapport et avec les sommes considérables qu’il faut réunir pour la création d’un seul jet de mines et usines (et auxquelles viendraient sans doute se joindr.e les dépenses pour l’outillage et l’aménagement des ports) ce développement se trouvera handicapé par la forte position financière de la métallurgie de Fest, laite de grosses réserves et de larges amortissements pratiqués de longue date. Le plus sage, semble-t-il, serait que rien de nouveau ne fût entrepris là-bas avant que l’affaire de Caen n’ait donné toute sa mesure.
- Communication de M. Clément sur le fonçage des puits à la mine Cari-Alexandre.
- L’auteur fait connaître les enseignements à tirer de ces travaux pour les fonçages de puits à grande profondeur en terrains très inconsistants. Il signale en particulier ce fait qu’il ne faut pas craindre de placer les sondages de congélation sur un cercle de très grand diamètre tout en insistant sur l’importance de pouvoir contrôler exactement la verticalité des sondages, ce qui a été le cas pour le puits en question, grâce à l’appareil Gebhardt. Les sondages ont été exécutés par le procédé Honig-mann, à injection lourde, contrebalançant la pression des venues d’eau. C’est grâce à l’emploi de ce procédé qu’on est arrivé au très beau résultat de tuber en une seule fois.
- M. Villain croit devoir, à la suite de cette communication, insister sur des faits que l’expérience récente des puits en Gampine a mis en lumière.
- Ce n’est que depuis deux ans qu’on possède un appareil capable de donner exactement la déviation des sondages; ceux qu’on employait autrefois ont été reconnus comme très défectueux ; il est arrivé qu’on a systématiquement écarté des sondages utiles et conservé des sondages défectueux ; on effectuait donc le fonçage des puits avec une fausse sécu-
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- COMPTES RENDUS
- rite quant à la muraille de glace formée autour des sondages réfrigérés. Deux appareils, dont l’un est français (Denis) et l’autre allemand (Geb-hardt) peuvent être considérés comme très satisfaisants et les constatations faites au moyen de ces engins ont été reconnues dignes d’inspirer confiance. C’est un avantage considérable qui permet d’entreprendre les travaux de congélation avec une certitude qu’on était loin d’avoir autrefois.
- L’autre lait qu’il convient de signaler, bien que les applications ne fassent que commencer, est l’emploi de sondages rapprochés dans lesquels on injecte un liquide tenant en suspension un précipité gélatineux ou colloïdal qui, en cheminant à travers le terrain perméable, bouche les vides de ce terrain ; on a employé avec succès des dissolutions donnant par leur réaction l’une sur l’autre du silicate d’alumine.
- Octobre-Décembre 1914.
- District parisien.
- Réunion du 26 mai 1914.
- Communication deM. Colomer sur la concentration par lavage d’un minerai bien deux pauvre.
- Il s’agissait de blende contenant environ 10 0/0 de zinc dont il existait des quantités considérables. L’auteur s’est proposé de l’exploiter en installant une laverie susceptible d’enrichir 1001 de minerai tout venant par journée de dix heures; on s’est attaché à réaliser une laverie où le classement est opéré uniquement sur des tables de lavage avec indépendance complète entre lés deux unités de la laverie, le lavage et le triage. L’auteur regrette de ne pouvoir donner encore les résultats obtenus, la mise en route étant trop récente.
- Communication de M. Jean Chautard sur l’origine des pétroles.
- L’auteur examine les hypothèses faites jusqu’ici sur l’origine des pétroles et arrive à conclure que, si la géologie ne fournit pas d’argument général favorable à l’origine inorganique des pétroles, elle fournit, en faveur de leur origine organique, un argument général puissant : le faciès lagunaire de tous les complexes pétrolifères connus. On peut en déduire que tous les gisements actuellement connus proviennent de débris organiques ensevelis au milieu de sédiments lagunaires généralement halogènes. Il faut d’ailleurs séparer nettement les problèmes de l’origine et de la génèse des pétroles, les problèmes relatifs à leur mise en gisement, laquelle n’est autre chose que la concentration du pétrole disséminé dans tout un complexe en des zones restreintes localisées à l’intérieur ou au contact de ce complexe; les poussières orogéniques sont les principaux agents de ce que l’on a appelé la migration du pétrole.
- Pour la Chronique et les Comptes rendus :
- A. Mallet.
- Le Secrétaire Administratif, Gérant,
- A. de Dax.
- IMPRIMERIE CHAIX, RDE BERBÈRE, 20, PARIS. — 12325-8-15. — (KnCrt LorffleUI).
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- MEMOIRES
- COMPTE RENDU DES TRAVAUX
- DE IA
- «
- SOCIÉTÉ DES INGÉNIEURS CIVILS DE FRANGE
- BULLETIN
- D’OCTOBRE-DÉCEMBRE 1915
- N08 10 à 12
- OUVRAGES REÇUS
- Pendant les mois d’octobre, novembre et décembre 1915, la Société a
- reçu les ouvrages suivants :
- Arts militaires.
- Ronceray (E.). — Indications pour la Fabrication des Obus en fonte ordinaire et aciérée, par E. Ronceray (in-8°, 215 X 135 de 47 p.-avec 30 fig.). Paris, L. Hardy, 1915. (Don de l’auteur, M. de la S.) 49123
- Chemins de fer.
- Mallet (A.). — Operation of Parallel and Radial Axles a Locomotive by a single set of Cylindres, by Anatole Mallet. To be presented at the Annual Meeting of the American Society of Mechanical Engineers, 29 West 39 th Street, New York, December 7 to 10 1915 (in-8°, 230 X 150 de 24 p. avec 26 fig.). New York,' 1915. (Don de l’auteur, M. de la S.) 49122
- Construction des Machines.
- Selected Structural Material. Its Charaçteristics and Uses. Manufacturçd from Genuine Long Leaf Fine (Pinus palustris) by the Great Southern Lumber Company Bogalusa, Louisiana (in-4°, 280 X 210 de 28 p. avec illust.). Bogalusa, Louisiana, Great Southern Lumber Company. (Don de l’éditeur.) 49103
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- OUVRAGES REÇUS
- Économie politique et sociale.
- Annuaire Statistique de la Ville de Paris, XXXIIIe année, 1942 et principaux renseignements pour 4943 (République Française. Préfecture delà Seine. Direction des Affaires Municipales. Service de la Statistique Municipale. M. le Dr A. Fillassiei11, Chef des Travaux de la Statistique) (in-8°, 255 >< 175 de xxxn-776 p.). Paris, Masson et Cie, 1915. 49104
- Auuiffred (H.). — La Méthode expérimentale et la politique, par M. H. Audiffred. Chambre des Députés. Mai 1902. Sénat, Novembre 1915 (2 feuilles in-8°, 200 X.125). (Don de M. E. Cacheux, M. de la S.) 49126
- Audiffred (H.). — Rapport présenté au Comité de Direction du Musée Social sur le Projet de Création d’une Section des Études économiques, par M. Audiffred (in-8°, 240 X 160 de 8 p.). Saint-Dizier (Haute-Marne), J. Thevenot. (Don de M. E. Cacheux, M. de la S.) 49127
- Cacheux (E.). — Application des Épargnes des Travailleurs à l'acquisition de Grands "Terrains susceptibles d’être employés à la Construction dHabitations à bon Marché, par M. E. Cacheux (Extrait du Volume des Comptes rendus de l’Association française pour l’Avancement des Sciences. Congrès du Havre 1914) (in-8°, 235X145 de 9 p.). Paris, Secrétariat de l’Association. (Don de l’auteur, M, de la S.) 49119
- Chambre de Commerce de Rouen. Compte rendu des Travaux pendant l’année 4944 (in-4°, 250 X 195 de 364 p.). Rouen, Lecerf lils, 1915.
- 49102
- Frédéric W. Taylor. 4856-4945. Organisation scientifique. Principes et Applications (in-4-0,. 275 X 215 de 400 p. avec illust. et 1 photog.). Paris, H. Dunod et E. Pinat, 1915. (Don des éditeurs.) 49093
- Hottenger (G.). — L’Extension du Village. Sa transformation en agglomération industrielle, par M. Georges Hottenger (in-8°, 235 X 155 de 16 p.). Paris, Au Secrétariat de la Société d’Économie Sociale, 1914. (Don de l’auteur.) , 49109
- Hottenger (G.). — L’Œuvre de l’Ingénieur social, par M. Georges Hottenger (in-8°, 240 X 155 de 10 p.). Imprimeries réunies de Nancy, 1913. (Don de l’auteur.) 49107
- Hottenger (G.). — La Vie régionale. Pays de Briey et Pays Messin, par M. Georges Hottenger (in-8°, 240 X 155 de 16p.). Imprimeries réunies de Nancy, 1913. (Don de l’auteur.) 49108
- La Natalité Française (Chambre de Commerce de Nancy. Office économique de Meurthe-et-Moselle) (in-8°, 240 X 155 de 68 p.). Nancy, Imprimerie Nancéienne, 1915. (Don de la Chambre de , Commerce de Nancy.) 49120
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- OUVRAGES REÇUS
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- Électricité.
- Barbillion (L.). — Étude graphique du fonctionnement des Groupes électro-gènes en régime troublé, par M. L. Barbillion (Extrait des Comptes rendus du Congrès des Sociétés savantes en 1913, Sciences) (in-8°, 255X 165 de 51 p. avec 47 fig.). Paris, Imprimerie nationale, 1914. (Don de l’auteur, M. de la S.). 49110
- Barbillion (L.). — Rapports mutuels dans le domaine de VIndustrie moderne des Énergies de Houille noire et de Houille blanche, par M. L. Barbillion (Extrait des Comptes rendus du Congrès des Sociétés Savantes en 1913, Sciences) (in-8°, 250 X 165 de 28 p. avec 6 fig.). Paris, Imprimerie nationale, 1914. (Don de l’auteur, M. de la S.) 49111
- - Législation.
- Forlegnelse over Norske Jngenioren, 1915 (in-8°, 195 X 135 de60 p.). £ris-tiania, 1915. 49100
- Gouge (R.).—Rapport général de la Commission d’examen du Projet de Loi de la Commission Parlementaire sur les conditions d’exercice du Droit à la Réparation des Dommages de Guerre, par René Gouge. Approuvé à l’unanimité par le Comité Directeur de la Fédération des Associations départementales de Sinistrés (Préface de M. Georges Baillet et M. Louis Nicolle) (in-8°, 235 X 155 de 64 p.). Paris, Imprimerie de la Bourse de Commerce. (Don de la Fédération des Associations départementales de Sinistrés.) 4911G
- The Institution of Electrical Engineers. List of Officers and Members. Cor-rected to 30 th September 1915 (in-8°, 210 X 140 de 264 p.). London, W. G., Published by the Institution of Electrical Engineers, 1915 . 49097
- Métallurgie et Mines.
- Hohn (E.). — Essais de Soudures autogènes de tôles de chaudières organisés par la Société Suisse de Propriétaires de chaudières à vapeur, par
- E. Ilôlin, Ingénieur en chef, d’après les résultats du Laboratoire fédéral d’essai des matériaux. Avec un Appendice du Professeur
- F. Schüle, à Zürich (in-8°, 215 X 150 de 57 p. avec viii tabl.,
- 64 fig. et iv pl.). Zürich, 19 1 5 . 49095
- Navigation aérienne, intérieure et maritime.
- Memoria que manifesta el estado y progreso de las Obras de Mejora de la Ria y Puerto de Rilbao, y relaciân de ingresos y gastos durante et ano de 1914 (Junta de Obras del Puerto de Bilbao). Bilbao, Emeterio Yerdes y Achirica, 1915. 4909G
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- OUVRAGES REÇUS
- 'Transactions of the Institution of Naval Architects. Volume LV1I. 4915 (in-4°, 385 X 215 de nv-234 p. avec xxii pl. et 1 photog.).. London, W. C., 5, Adelphi Terrace. 49100
- Routes.
- Blanchard (A.-H.). — Éléments of Higways Engineering, l)y Arthur H. Blanchard. First édition. First thousand (in-8°, 235 X 155 de-xii-514 p. avec 202 fig.). New York, John Wiley and Sons, 1915. (Don de l’auteur, M. de la S.) 49101
- Sciences morales. — Divers.
- A la Mémoire de M. Ph. Delahaye (4847-49/4). La Société Technique et le Syndicat Professionnel de l’Industrie du Gaz en France (in-8u, 255 X 165 de 12 p. avec 1 photog.). (Don de la Société Technique de l’Industrie du Ga$ en France.) • 49099
- Technologie générale.
- Annual Report of the Board of Regents of the Smithsonian Institution sho-wing the Operations, Eæpenditures and Condition of the Institution for the year ending J une 30 4944 (in-8°, 235 X 150 de xi-729 p.. avec pl.). Washington, Government Printing Ofiice, 1915.
- 49115
- Association Française pour l’Avancement des Sciences. Compte rendu de la 43e session. Le Havre 4944^Notes et Mémoires (in-8°, 245 X 155 de 1203 p.). Paris, Au Secrétariat de l’Association,. 1915.
- 49098
- Atti del R. Istituto d’Incoraggiamento di Napoli. MÇMX1V. Sérié sesta. Fo-lume LXVI degli Atti (in-8°, 300 X 200 de xvn-281-xxiv p.). Napoli, Cooperativa Tipografica, 1915. 49121
- International Catalogue of Scientific Literature. Eleventh Animal Issue,. G. Mineralogy including Petrology and Crysia/lography. MsRecei-ved Aug. 49/l-Aug. 4942 (in-8°, 215 X 140 de vm-206 p. à 2 col.). Paris, Gauthier-Yhllars, Mai 1914. (Don de l’éditeur.)
- 49113
- International Catalogue of Scientific Literature. Eleventh Annual Issue, II. Geology. Ms Received Sept. 4944-Sept. 4942 (in-8°, 215X140 de vin-342 p. à 2 col.). Paris, Gauthier-Villars, May 1914 (Don de l’éditeur.) 49114
- La Science Française (Exposition universelle et internationale de San Francisco), Tome premier et Tome second (2 vol. in-8°, 220 X 145 de 397 p. et de 407 p. avec illustrations). Paris, Ministère de l’Instruction publique et des Beaux-Arts, 1915. (Don de l’éditeur et de l’Office National des Universités et Ecoles Françaises.)
- 49091 et 49092
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- OUVRAGES REÇUS
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- North-East Coast Institution of Engineers and Shipbuilders. Transactions. Volume XXXI. Thirty-first Session. 1911-1915 (in-8°, 245 X 155 de 314 p. avec illust.). Newcastle upon Tyne, Published by , tlie Institution, 1915. 49112
- Real Academia de Ciencias y Artes de Barcelona. 1764-1914. Fiestas Cienti-ficas celebradas con motivo del CL aniversario de su fundacién. Resena compilado por el Secretaria perpetuo D. ArturoBofill y Poch (in-4°, 300 X 210 de 272 p. avec illust.). Barcelona, Lo-. pez, Robert y Ca, 1915. (Don de la Real Academia de Ciencias y Artes de Barcelona.) 49117
- Transactions of the American Society of Civil Engineers. Vol. LXXVI11,1915 (in-8°, 225 X 150 de ix-1600 p. avec xxxirpl.). New-York, Published by the Society 19 1 5. 49094
- Travaux publics.
- Hottenger (G.). — Nancy et la question du Flan d’Extension des Villes. Conférences faites à la Société industrielle de l’Est, les 23 Novembre 1912 et 13 Janvier 1913, par Georges Hottenger (in-8°, 240 X 160 de 47 p. avec 7 fig.). Nancy, Imprimeries réunies, 1913.
- - (Don de l’auteur.) 49105
- Reyault (L.j. — Rapqjort présenté au Groupe parlementaire des Régions envahies, par M. L. Revault, Député de la Meuse, sur la Nécessité de prendre certaines mesures préparatoires pour organiser et faciliter la Reconstruction des Immeubles détruits dans les Régions sinistrées (Manuscrit 270 X 210 de 48 p.). Paris, 15 Novembre 1915. (Don de l’auteur.) 49124
- Technologie Papers of the Bureau of Standards. S. IV. Stratton, Director. N° 44. Investigation çf the durability of Cernent drain tile in alkali soils (containing Results of first year’s Tests), by R. J. Wig and G. M. Williams. (Issued July 22, 1915.) (Department of Commerce) (in-8°, 255 X 180 de 56 p. avec 50 fig.). Washington, GovernmentPrintingOffice, 1915. (Don du Bureau of Standards.)
- 49125
- Technologie Papers of the Bureau of Standards. S. W. Stratton, Director. N° 47. Value of the High Pressure Steam Test of Portland Cements, by R. J. Wig and H. D. Davis ‘(Issued August 18,1915) (Department of Commerce) (in-8°, 255 X 180 de 34 p. avec illust.). Washington, Government Printing Office, 1915. (Don du Bureau of Standards.) 49118
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- MEMBRES NOUVELLEMENT ADMIS
- Les membres admis pendant les mois d’octobre à décembre 1915. sont :
- Gomme Sociétaires Titulaires, MM. :
- P. Bellard, présenté par MM
- I. Boissonnot, —
- H. Elion, —
- A. Gardinier, —
- J, Guerrier, —
- U. Kunzler, —
- P. Lajoinie, —
- J. Le Bret, —
- H. Saint-Genis, —
- H. Sloog, —
- E. Touze, —
- E. Verdo-n, —
- Auscher, Blangille, Lnmet. Bellion, Dupont, Tisserant. Edelmann, Mativet, Zeringer. Gall, Lamy, Barbet.
- Gambon, Gallais, Kern. Bodard, Charvaut, Lebrasseur. Bobe, Guéritte, Twelvetrees. Bourdil, L. Gérard, Musnier. Gall, Bardot, Calmettés. Guéritte, Twelvetrees, de Dax. Krieg, Marting, Vüillaume. Desmarais, Feray, A. Gosse.
- Gomme Sociétaire Assistant, M. :
- A. Ghodorowski, présenté par MM. G. Claude, Guiselin, Verdier.
- Comme Membres Associés, MM. :
- J. Clermont, présenté par MM. Gall, Rosa, de Dax.
- L. Lefebvre, — Bodard, Charvaut, Lebrasseur.
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- RÉSUMÉ
- DES
- PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES
- DES MOIS D’OCTOBRE A DÉCEMBRE 1915
- PROCES-VERBAL
- DE LA '
- SÉANCE DU 29 OCTOBRE 1915
- Présidence de M. H. Gaix, Président.
- La séance est ouverte à 17 heures.
- Le procès-verbal de la précédente séance est lu et adopté.
- M. le Président a le regret de faire part du décès de plusieurs de nos Collègues, ce sont MM.
- L. M. Bullier, Membre de la Société depuis 1910, Ingénieur-Chimiste, Chevalier de la Légion d’honneur.
- H. Debaecker, Ancien Élève de l’École Centrale (1877), Membre de la Société depuis 1883, Inspecteur principal adjoint à la Compagnie des Chemins de fer du Nord, Rapporteur de la question des accidents sur la voie publique au premier Congrès international officiel de Sauvetage en 1889, Secrétaire général de la Société française dé Sauvetage, Président de la Société des Sauveteurs ambulanciers.
- L. Faullain de Banville, Membre de la Société depuis 1892, Constructeur et Entrepreneur de Travaux publics.
- Mort au champ d’honneur :
- M. G. Meyer, Membre de la Société depuis 1889, Directeur de la Compagnie Générale d’Électricité ; M. Meyer avait été cité à l’ordre du jour de l’armée pour sa brillante conduite au feu.
- M. le Président adresse aux familles de nos regrettés Collègues l’expression des sentiments de profonde sympathie de la Société tout entière et associe à ces sentiments nos collègues, M. Ganeval, qui a eu la douleur de perdre son fils, mort pour la Patrie, et M. E. Crété, qui a quatre fils à l’armée et dont le gendre est mort au champ d’honneur.
- Il adresse les félicitations de la Société aux Collègues dont les noms suivent et qui ont été l’objet de distinctions pour faits de guerre :
- Ont été nommés Chevaliers de la Légion d’honneur: MM. J. Plichon, Ch.-J. Quantin et L. Raichlen;
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- 564 PROCÈS-VERBAL DE LA SÉANCE DU 29 OCTOBRE 1915
- Ont été l’objet de citations à l’ordre du jour : MM. Ch. Baudart, E. Castellan (deux citations), P. Chaleil, Ch. F. Gouvy, G. Massip, L. Mesnil, S. Péponnet, Ch. J. Quan tin et Lucien Rey.
- Un Comité consultatif de l’Aéronautique militaire vient d’être institué par M. le Ministre de la Guerre sur la proposition de M. le Sous-Secrétaire d’Etat de l’Aéronautique et M. le Président est heureux d’y voir figurer les noms de plusieurs de nos Collègues : M. R. Esnaut-Pelterie en est le Vice-président et MM. H. Le Chatelier, H. Deutsch (de la Meurthe), L. Renault, G. Eiffel, M. Métayer, R. Soreau ont été désignés pour en faire partie.
- M. le Président dépose sur le bureau la liste des ouvrages reçus depuis la dernière séance. Cette liste sera insérée dans un prochain bulletin.
- M. le Président est heureux d’annoncer à la Société que notre Collègue, M. A. Aubert, désireux de témoigner sa sympathie à la Société des Ingénieurs Civils de France a fait connaître son intention de léguer une certaine somme pour, les.intérêts, de une ou plusieurs années, à la volonté de la Société, être employés à délivrer une prime à l’auteur d’un Perfectionnement mécanique améliorant les conditions de fabrication d’un produit quelconque.
- M. le Président est certain d’être l’interprète delà Société tout entière en adressant à notre Collègue de vifs remerciements pour cette marque de sympathie.
- Ces mêmes remerciements s’adressent également à M. V. E. de Timo-noff, Membre d’honneur qui, par une lettre que nous venons de recevoir, nous annonce qu’il vient, en témoignage de la sympathie qu’il porte à la Société des Ingénieurs Civils de France, de fonder un prix qui sera décerné par elle et attribué à l’auteur du plus important travail publié en France pendant une période de trois années, précédant l’échéance de l’annuité du prix, par un Français, sur une question d’ordre technique ou économique de la Russie.
- Ce prix qui sera représenté par une médaille d'or et un diplôme sera décerné tous les trois ans et le Règlement le concernant sera publié ultérieurement.
- *M. le Président donne la parole à M. G. Courtois pour s?i communication sur Y Urbanisme et la Reconstruction des villès détr uites au cours de la guerre.
- M. G. Courtois. — Le sujet dont je vais avoir l’honneur de vous entretenir aujourd’hui se rattache, par plus d’un point, à la magistrale communication que notre collègue, M. Victor Cambon, a faite ici le 25 juin dernier, et qui a été ensuite complétée par la discussion si intéressante qu’elle a provoquée.
- Quelle est en effet l’idée maîtresse que l’on peut dégager de cette communication? C’est que si les Allemands ont pu donner à leurs industries le développement formidable que l’on sait, ce. n’est pas à des qualités inventives toutes particulières qu’ils le doivent, mais à leurs dons d’organisation et de coordination des efforts individuels en vue d’un
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- PROCÈS-VERBAL DE LA SÉANCE DU 29 OCTOBRE 1915
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- but commun à atteindre, à leur prévision de l’avenir, à la discipline de leur esprit obéissant à un mot d’ordre venu de haut.
- On pourra donc également dire que dans d’autres branches où se poursuit un but intéressant une collectivité, les mêmes qualités sont indispensables si l’on veut aboutir à un résultat satisfaisant le présent et ménageant l’avenir, et que ce résultat sera d’autant mieux atteint que l’on y joindra les autres qualités d’imagination et de pondération qui sont innées dans notre race.
- C’est ce que je vais essayer de vous montrer à propos de cette science de l’urbanisme ou de l’art du tracé des plans d’aménagement, de transformation et d’extension des villes, science mise brusquement au premier plan de l’actualité du fait de la destruction sauvage de nos cités et agglomérations du nord et de l’est de la France.
- I
- Nous aurons donc à reconstruire nos villes, totalement ou partiellement anéanties, dès que l’évacuation du territoire le permettra.
- Mais il est bien évident que cette reconstruction ne se bornera pas, dans la grande majorité des cas, à reconstituer les quartiers détruits tels qu’ils existaient auparavant.
- Combien de villes souffraient, dans certaines de leurs parties, et surtout dans les parties anciennes, de rues tortueuses, étroites, congestionnant le centre urbain, empêchant la libre circulation de l’air et de la lumière, entravant les communications entre les différents points de la •cité, arrêtant, par conséquent, l’expansion de son commerce et de sa richesse.
- On peut comparer une ville à un individu en voie deformation, dont la croissance serait atrophiée par une éducation mal comprise, manque d’exercice, séjour continu dans des endroits obscurs et malsains, et qui prendrait tout son développement si on le soustrayait à temps à ce régime débilitant. Une hygiène intelligente veut même que les conditions de régime se transforment à mesure que l’individu grandit, c’est-à-dire se transforme lui-même.
- Il en est de môme pour nos villes.
- Toute ville, et, en général, toute agglomération doit être considérée comme un organisme vivant sujet à.se développer, à se transformer, à évoluer suivant les besoins nouveaux venant s’ajouter ou se substitueraux anciens. Cette évolution peut être plus ou moins rapide, suivant la vitalité de la ville, mais, si faible soit-elle, elle existe toujours, du moment que des êtres humains y habitent. Par conséquent, la structure de cette ville, autrement dit son tracé, doit être prévue pour permettre ce développement et cette évolution. S’il n’en était pas ainsi, si la ville voyait certains de ses quartiers rester indéfiniment immuables, malgré tous les progrès s’accomplissant autour d’eux, non seulement ces quartiers s’atrophieraient rapidement, mais ils risqueraient, par leur stagnation, d’entraver le développement d’autres parties de la cité.
- Les exemples de ces faits abondent, et chacun de nous peut en trouver facilement dans ses souvenirs.
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- PROCÈS-VERBAL DE LA SÉANCE DU 29 OCTOBRE 1915
- Il me suffira de citer, à Paris, celui du Palais-Royal, qui a eu son époque de splendeur, et qui est maintenant presque entièrement déserté, faute d’avoir suivi l’évolution des quartiers environnants.
- En temps ordinaire, le remède, c’est-à-dire l’assainissement desquartiers surpeuplés, le redressement des voies mal tracées, le percement de voies nouvelles, etc., est souvent bien difficile, sinon impossible à appliquer devant les dépenses de toutes sortes à engager, dont Ténor-mité relativement au budget des villes, a fait parfois reculer les-municipalités.
- On adopte alors bien souvent des solutions bâtardes dont la plus fréquente consiste à n’exécuter qu’un programme tronqué, restreint, ne donnant qu’une satisfaction incomplète au présent, compromettant l’extension future, et grevant les budgets à venir du poids mort de ces-dépenses mal engagées.
- On ajourne, dans ce cas, la difficulté, mais on ne résoud pas le problème, laissant cette lourde tâche à ses successeurs.
- Mais à l’heure actuelle, il n’en est plus ainsi.
- La sauvagerie sans exemple, avec laquelle nos ennemis conduisent cette guerre, a créé une situation nouvelle.
- Combien de localités, depuis les simples villages jusqu’aux villes de-moyenne importance n’existent plus qu’à l’état de souvenirs, ne conservant que des murs branlants impossibles à utiliser ! Ce sont, dans ce-cas, des cités entièrement neuves à refaire. Dans les centres plus considérables et les grandes villes, des quartiers entiers sont détruits, sans parler des monuments dont la perte est irréparable, et l’étendue du désastre est encore impossible à déterminer puisque la dévastation continue. Et combien d’autres que nous ne connaissons pas puisqu’elles sont encore dans les parties envahies, parmi lesquelles nos grands centres du Nord, Lille, Roubaix, Tourcoing, Valenciennes, etc.
- Les municipalités vont donc se trouver, pàr la force brutale des choses, devant le fait accompli, auquel elles seront obligées de remédier, brusquement et sans délai.
- Vont-elles, comme je le disais au début, se borner à rebâtir sans modifications ce qui aura été détruit.? Ce serait la plus lourde faute à commettre, et c’est ici le cas de citer le proverbe « A quelque chose malheur est bon ».
- Elles se trouvent devant une situation qui n’est pas de leur fait, mais qui simplifie singulièrement les choses.
- Une partie, et non la moins importante, du travail préliminaire à toute amélioration est accomplie, puisque, dans bien des cas, la destruction systématique opérée par nos ennemis a fait table rase de ce qui existait.
- . Que de ce cataclysme sans précèdent sorte donc un état de choses plus sain, plus large, plus beau, ainsi que cela, du reste, s’est toujours produit à la suite de catastrophes analogues, non pour les causes, mais pour les résultats, comme celle de San-Francisco et de Messine, pour ne citer que les plus récentes.
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- PROCÈS-VERBAL DE LA SÉAXCE DU 29 OCTOBRE 1915 567
- Quelques municipalités l’ont déjà compris ainsi, en particulier, celle de la malheureuse cité de Reims qui, dès le mois de février dernier, s’est occupée de demander des plans pour la reconstruction, l’amélioration et l’extension de la ville. L’élaboration définitive de ces plans est encore prématurée puisque la physionomie de Reims change continuellement à la suite de bombardements presque quotidiens.
- Néanmoins, il me parait intéressant de vous donner connaissance, non du programme, mais de l’exposé des motifs (car il ne s’agit pas d’un concours, mais seulement d’une consultation), qui vous montrera les idées générales qui ont guidé la municipalité et son vaillant maire, M. le docteur Longuet, pour préparer la renaissance de leur héroïque cité. Et pour bien apprécier l’importance du travail à accomplir dans cette ville de près de 120000 habitants, il.faut noter que, sur 13 000 immeubles composant l’agglomération urbaine, on avait recensé, au 1er septembre dernier, 1 000 maisons entièrement détruites par le bombardement et l’incendie, et 4 500 atteintes gravement.
- Comme les dévastations n’ont pas cessé depuis, on peut dire, sans exagération, qu’à l’heure actuelle, la moitié delà ville esta reconstruire.
- Voici donc la partie intéressante de la note rédigée par la municipalité de Reims :
- « Dès que la situation des armées le permettra, on devra reconstruire » les immeubles ruinés par le. bombardement ; il est nécessaire d’en » étudier les moyens à l’avance.
- » Le quartier Cérès-Godinot-Archevêché, d’une superficie de 8 ha envi-» ron, a été détruit par l’incendie, et des murs calcinés à peu près rien » n’est utilisable ; il faudra le refaire en entier.
- » Mais personne n’admettrait que l’on conservât ses rues étroites et » enchevêtrées ; les nécessités de la circulation moderne, les exigences » de l’hygiène dans une grosse agglomération, imposent une transfor-» mation totale du plan d’alignement de ce quartier.
- » D’autre part, on se rend compte que la législation actuelle sur les » expropriations, dont le remaniement était déjà projeté, ne permettrait » pas l’exécution d’ensemble d’une telle entreprise, même à des condi-» tions ruineuses ; il est donc nécessaire de déterminer les modifications » qui devront y être apportées tout de suite par le Parlement.
- » Enfin il faut prévoir les ressources et organismes indispensables pour » engager les travaux et en pousser l’exécution, par exemple le groupe-» ment des propriétaires actuels, la création de sociétés, ou une combi-» naison d’entreprise publique, tout cela pouvant nécessiter des dispo-» sitions nouvelles à fixer en même temps que le nouveau régime d’ex-; » propriation ; il faut établir les devis généraux d’expropriation, de » lotissement et de voirie.
- » En dehors des quartiers incendiés, une quinzaine d’hectares, un » grand nombre d’immeubles ont été profondément démolis, un peu » partout et principalement dans certains faubourgs ; il est naturel » qu’on profite de cette circonstance pour réaliser ou amorcer bien des » améliorations : dans les installations connexes à la voirie, pour l’amé-» nagement des habitations ouvrières et des quartiers nouveaux, pour » le doublement de certaines voies, pour l’extension des transports en
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- PROCÈS-VERBAL DE LA SÉANCE DU 29 OCTOBRE 1915
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- » commun, et,c. ; il y aura donc lieu de rechercher tout ce qui pourrait » concourir à l’établissement d’un plan régulateur de la Ville... »
- D’autres villes s’apprêtent à suivre cet exemple, entre autres, celle de Sermaize.
- Ceci nous montre donc que si l’on se préoccupe de faire vite, on ne perd pas de vue qu’il faut également faire bien, et que ces reconstructions doivent être étudiées soigneusement à l’avance pour éviter des erreurs irréparables.
- On le comprend si bien qu’une loi a été déposée à la Chambre des députés par M. Cornudet et votée dans les séances des 28 mai et 1er juin 1915, c’est-à-dire en pleine guerre, portant obligation d’établir un plan d’aménagement pour toutes les villes de France de 10 000 habitants et au-dessus et pour les agglomérations détruites par suite de la guerre, ces dernières étant, bien entendu, soumises à un régime spécial imposé par les circonstances. Mais cette loi s’appliquera à toutes les villes de France, quelles qu’elles soient, aussi bien Bayonne ou Avignon que Pont-à-Mousson ou Arras.
- D'autre part, les architectes, comme c’était leur devoir et leur rôle, se sont, dès les premiers mois des hostilités, préoccupés de cette grave question. ..
- Les trois grandes sociétés d’architectes en France, la Société centrale des Architectes, la Société des Architectes diplômés par le Gouvernement et l’Association provinciale des Architectes français, qui est la fédération de la plupart des Sociétés régionales d’architectes, ont formé une commission mixte pour l’étude de la reconstruction des villes et agglomérations détruites au cours de la guerre. Le Président et les Vice-Présidents de cette Commission sont M. Victor Laloux, membre de l’Institut, Président de la Société centrale des Architectes, M. Jacques Hermant, Président de la Société des Architectes diplômés par le Gouvernement et M. Frantz Blondel, Président d’honneur de l’Association provinciale des architectes français.
- Les travaux de cette Commission ont porté sur plusieurs des mul-tiplès problèmes posés par ce vaste programme, étude de la façon dont pourront être réglées les expropriations et les indemnités, enquête sur les ressources en matériaux de construction dans les départements atteints par la guerre et sur la création de stocks de ces matériaux, étude des réserves à formuler sur le projet de loi déposé par M. Cornudet sur le bureau de la Chambre, réserves dont il a déjà été tenu compte en partie, puis étude de cette même loi d’après le texte voté par la Chambre pour présenter nos observations devant le Sénat. Tout cela demande un certain temps, car ce n’est pas à vous que j’ai à apprendre les précautions de langage qu’il faut prendre quand on s’adresse aux grandes administrations et aux pouvoirs publics.
- Sans entrer dans d’autres détails à ce sujet, ceci nous montre que de toutes parts, les municipalités, les pouvoirs publics, les milieux compétents et même le grand public (car la grande presse s’est occupée aussi de la question) sont d’accord pour considérer qu’il faut, dans cette
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- renaissance des villes détruites, voir plus qu’une simple reconstruction, et tout en hâtant dans toute la mesure possible le relèvement des ruines amoncelées, ne pas sacrifier au présent un avenir qui serait ensuite compromis pour un temps d’une durée impossible à prévoir.
- Vous voyez de plus que, généralisant la question, on comprend maintenant la nécessité de ne plus livrer désormais la transformation et l’extension de nos villes à l’inexpérience et à l’incompétence des municipalités, certes bien intentionnées, mais parfois mal préparées pour cette œuvre.
- II
- Ceci nous amène donc à nous demander comment et suivant quelles règles on doit préparer un plan d’amélioration et d’agrandissement des villes. Y a-t-il une science renfermant ces règles et servant de guide à ceux qui sont chargés de cette tâche ?
- Cette science existe. Elle a pris le nom d’urbanisme,' et bien qu’elle commence seulement à se codifier, n’est pas aussi nouvelle'chez nous que l’on pourrait le croire. Je vous citerai, dans un instant, quelques exemples montrant que dans notre pays, dès le xvne siècle, les ingénieurs et les architectes chargés du tracé d’agrandissement des villes (car, à cette époque, les deux professions étaient souvent confondues) ont appliqué d’instinct des règles qui ont été, depuis, justifiées par l’expérience, et qui s’imposent maintenant avec toute leur force de résultats acquis.
- L’importance capitale, essentielle, de cette science au point de vue social n’est plus, je crois, à démontrer.
- L’alcoolisme et les maladies et dégénérescences qu’il engendre ont été tant de 'fois stigmatisés comme un des fléaux dont nous devons nous rendre maitres à tout prix, sous peine de mort, qu’il est inutile d’y revenir. Ce n’est pas devant vous, Messieurs, que j’ai besoin de prouver quelle importance a l’habitation dans le combat que nous livrons contre eux, et quelle influence moralisatrice un intérieur gai et ensoleillé exerce sur ses habitants. Or, dans combien de villes, même importantes, existent encore des logements dans des caves, ou donnant sur des cours étroites, humides, ne recevant jamais de soleil !
- De cela, l’urbaniste doit s’occuper, car il est, ou plutôt il devrait être toujours appelé à collaborer aux règlements de voirie fixant la hauteur des maisons relativement à la largeur des rues, la dimension des cours, etc., toutes choses intéressant au plus haut point la santé publique.
- La démonstration devient frappante si on examine les statistiques de mortalité, celles de Paris par exemple.
- C’est ainsi que la mortalité par tuberculose, qui est de 11 pour 10000 dans le quartier des Champs-Elysées et de 16 dans la plaine Monceau, atteint 44 pour 10 000 dans le quartier des Epinettes et 50 à Plaisance, Grenelle et Javel.
- La mortalité générale annuelle, pour 10 000 habitants, est de 72 aux Champs-Elysées, de 85 à la Porte Dauphine, de 93 à Chaillot. Elle
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- s’élève à 220 dans le quartier d’Amérique, à 239 à Charonne, à 259 à Belleville.
- Évidemment le genre de vie des habitants des quartiers riches joue ici un grand rôle. Mais supposez un instant qu’une de ces familles, avec ses habitudes d’hygiène et de tempérance, soit appelée, pour un motif quelconque, à vivre dans un logement de Belleville ou de Grenelle, croyez-vous qu’elle ne risquerait pas d’v contracter rapidement une de ces maladies qui déciment ce quartier ?
- Au point de vue économique, l’importance de l’urbanisme n’est pas moins grande, et le moment où nous vivons ne fait que l’accentuer encore.
- C’est, en particulier, par la meilleure organisation de nos cités, parla création de larges voies de circulation, par le développement des moyens de transport que nous pourrons assurer à nos villes une inten-' sification de leur commerce ou de leur industrie, et les mettre à même de profiter de ce nouvel essor que nous entrevoyons tous comme le couronnement'de la victoire.
- M. Victor Cambon, dans sa communication, nous montrait que nous avions tort d’attendre d’être poussés par la nécessité pour développer nos moyens de production, et qu’il fallait prévoir à l’avance ce besoin pour être prêts, au moment voulu à répondre à cet afflux de demandes nouvelles que l’on pressentait.
- De même, ce n’est pas quand nous serons pressés par l’expansion de notre industrie qu’il faudra songer à agrandir et améliorer nos villes et à étudier les moyens d’y parvenir. C’est avant, c’est dès maintenant qu’il faut le faire, alors que l’on en a encore le temps. Si l’on attendait, il serait trop tard, et les solutions que l’on adopterait hâtivement risqueraient d’être bâclées, faute d’avoir été suffisamment étudiées."
- Cela est d’autant plus nécessaire que cette étude, si on veut aboutir à un résultat pleinement satisfaisant, est beaucoup plus , longue que l’on ne pourrait le croire.
- Les besoins à satisfaire sont si multiples et d’ordres si divers, puisqu’ils touchent à tout ce qui constitue la vie matérielle et intellectuelle d’une collectivité, qu’il est impossible à un seul homme d’en posséder tous les éléments propres à les satisfaire. Le temps des encyclopédistes est passé.
- Aussi est-il indispensable de dresser avant tout, un programme précis, basé sur une enquête préalable établie à l’aide de la collaboration d’économistes, de sociologues, d’hygiénistes, d’ingénieurs et d’architectes.
- C’est ce qu’a démontré, avec sa compétence toute particulière, un de nos spécialistes les plus qualifiés dans cette science, M. Léon Jaussely, architecte, lauréat du Concours international pour l’extension de la Ville de Barcelone.
- « Si le technicien urbaniste, dit-il, chargé du plan de la réforme de » la ville, ou de celui d’un quartier, ou de l’extension de la ville, ne » voyait qu’un seul côté de la question, trop en ingénieur, ou trop en » architecte, seulement en hygiéniste, ou se préoccupant trop exclusi-
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- » veinent d’utilisation industrielle, etc., son tracé serait incomplet, in-» suffisant, et le résultat, on peut l’affirmer d’avance, mauvais dans •» l’application.
- » Celui qui est chargé du plan doit trouver l’équilibre de toutes les » obligations de l’hygiène, du trafic, du commerce, de l’habitabilité, des » aspirations artistiques. »
- L’utilité d’une enquête préalable aboutissant à un programme bien net et spécial dans chaque cas particulier nous semble donc démontrée. Et c’est ici qu’apparaît la nécessité de cette coordination de tous les •efforts vers un but commun, de « ce faisceau de forces parallèles et dirigées dans le même'sens » dont a parlé M. Victor Cambon. C’est, au fond, toujours la même méthode de travail qui est à appliquer.
- Gomment doit donc se faire cette enquête et que doit contenir ce programme?
- D’après ce que nous venons de voir, l’enquête devra porter en premier lieu sur les conditions climatériques, hydrographiques, géologiques et topographiques de la ville et de ses environs. Il est évident que le régime des pluies, la température avec ses variations, la force et la direction des vents régnants, la nature du sous-sol au point de vue de l’absorption et du captage des eaux sont autant d’éléments qui pourront influer sur le tracé futur. Il sera donc indispensable, d’avoir des renseignements aussi complets que possible sur ces points.
- En second lieu, l’urbaniste devra se préoccuper des multiples questions concernant l’hygiène de la ville, se procurer les statistiques sur l’état sanitaire, les épidémies et maladies contagieuses, leur répartition suivant les quartiers, ce qui lui permettra de déterminer les maisons et îlots insalubres ou surpeuplés. Il lui faudra également se renseigner sur l’évacuation des eaux usées et, par conséquent, sur le régime des égouts.
- Là où se trouvera un réseau d’égouts bien établi, de section et de pente suffisantes, il y aura intérêt à tenir très grand compte, dans le tracé futur, de cette installation déjà faite qui procurera une économie considérable de temps et d’argent. Il devra. aussi savoir dans quelles conditions se font l’enlèvement et le traitement des matières de vidange et des ordures ménagères et quelles améliorations peuvent être prévues dans ce sens. Je n’ai pas besoin, devant vous, d’insister davantage sur ce sujet, dont vous connaissez l’influence primordiale sur la santé publique. Je me contente de le signaler.
- En troisième lieu, il faudra se procurer des renseignements sur la population, et non seulement la population totale, mais aussi celle par quartiers avec ses fluctuations, au moins pendant, les cinquante dernières années, et sur la classification de cette population par grandes catégories (habitation, commerce, services publics, enseignement supérieur, industrie, etc.).
- C’est en effet une loi que l’on trouve observée de tout temps, d’après laquelle les hommes ont une tendance instinctive à se grouper par affinités de caractère ou similitude d’occupations. Ces spécialisations n’ont, bien entendu, rien d’absolu, et il est évident qu’il y aura encore: de
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- l’habitation dans un quartier affecté au commerce, mais celui-ci devra évidemment avoir, aux points de vue de la circulation, de la hauteur des immeubles, de la proximité avec d'autres centres, etc., des exigences qui ne seront pas celles d’un quartier consacré presque exclusivement à l’habitation. La valeur des terrains, le prix des loyers, dont il faudra également se préoccuper, sont liés intimement à cette question.
- En quatrième lieu, il faudra se renseigner sur l’importance et le bon emplacement des services publics, hôtel dé ville, préfecture, mairies, université, écoles, groupes scolaires, etc., savoir s’ils répondent aux besoins de la ville ou du quartier, voir s’il n’y aurait pas lieu, soit d’en prévoir de nouveaux, soit de proposer leur agrandissement ou même leur déplacement.
- La même enquête s’impose pour les établissements hospitaliers et pénitenciers, les cimetières, les services de l’alimentation (abattoirs,, halles, marchés) ceux assurant la fourniture de l’éclairage, de la force motrice, etc. (usines à gaz, usines électriques, d’élévation d’eau, réservoirs).
- Beaucoup de nos villes ont déjà conçu des projets, interrompus par la guerre, pour la transformation, le déplacement ou la construction de-ces différents édifices, en particulier des abattoirs et marchés à bestiaux dont la réfection, sur des bases entièrement nouvelles, était commencée ou projetée de divers côtés. Il sera bon de les consulter pour voir s’ils sont en rapport avec les besoins futurs de la cité et s’ils s’accordent avec toutes les autres conditions du plan d’ensemble.
- Enfin, en cinquième lieu, il faudra s’occuper de la situation économique de la ville, étudier les genres d’industrie ou de commerce qui lui sont particuliers, leur importance,'leur avenir, les moyens d’approvisionnement, d’écoulement et de vente. A ce point de vue, le relevé des-, recettes de l’octroi donnera des indications intéressantes sur les mouvements d’entrée et de sortie des marchandises. Il y aura lieu, également,, de se rendre compte des courants principaux et de l’intensité de la circulation, dans l’intérieur de la cité d’abord, et aussi de la cité au dehors.
- Une ville, en effet, n’est pas un organisme isolé. Elle est en relations-constantes avec les localités environnantes. Il est donc de toute nécessité que cette liaison soit assurée par des voies de communication dont l’étude est aussi importante que celle des autres rues.
- En relation directe avec ce qui précède, il faudra s’occuper des moyens de transport de toute sorte et de leur importance (charrois à traction animale ou automobile, autobus, tramways) et pour ces deux derniers,, se rendre compte de leur insuffisance possible.
- Dans un autre ordre d’idées, il sera, nécessaire de s’occuper des théâtres, parcs, jardins, promenades, terrains de jeu ou de sport, et, en général, des lieux de plaisir, de repos ou d’exercice. Surtout pour ces derniers, la préoccupation est de date récente et vient de la vulgarisation des principes d’hygiène si. justement préconisés depuis peu d’années.
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- On a souvent dit que les espaces libres étaient les poumons d'une ville. Il faudra en réserver, non seulement dans les plans d’extension, c’est-à-dire dans les parties neuves, mais aussi, chaque fois qu’on le pourra, dans ceux de transformation, autrement dit dans l’intérieur des villes, par la création, à des endroits convenablement choisis et principalement aux carrefours, de places aérant les parties environnantes, ceci bien entendu, selon la nature et le développement des quartiers.
- Mais en dehors de ces places il faudra, dans chaque ville un peu importante, aménager, s’il n’en existe pas, ou agrandir, s’il est insuffisant, un vaste jardin ou parc contenant des espaces découverts pour terrains de jeu. Beaucoup de nos villes possèdent déjà, sous le nom de cours ou de mails, de ces promenades provenant de la suppression de leurs anciens remparts. Mais souvent ce sont des lieux de circulation plus que des lieux de repos, et leur superficie est, bien des fois, devenue insuffisante. Ce sont de véritables jardins qu’il faudrait, et contenant, je le répété, des terrains de jeu et de sport. En s’en préoccupant à l’avance, il serait facile de réserver à cet usage de vastes espaces là où le prix du terrain le permettrait encore.
- Une autre question très importante est celle des règlements de voirie. Chaque ville, à peu d’exceptions près possède le sien. Mais bien souvent il est trop ancien (comme celui de la ville de Perpignan, qui date de 1842 et n’a jamais été révisé depuis) ou copié sur celui d’une ville voisine plus importante.
- Or, de tout ce qui précède, il est aisé de conclure que toute ville a son caractère et son individualité propres résultant de son passé, de son climat, du genre de vie de ses habitants, etc. Telle ville sera industrielle, telle autre, située au milieu d’un centre de grande culture, sera surtout agricole, une troisième sera un lieu de villégiature. Dans une même ville, des quartiers seront de fondation très ancienne et ceux qui les avoisinent de création beaucoup plus récente.
- Iæ règlement de voirie, qui est en quelque sorte le régime que doit suivre la ville dans son développement et que l’on peut comparer à l’ordonnance que rédige un médecin, doit donc varier suivant les cas partb culiers, non seulement d’une ville à une autre, mais d’un quartier à un autre. Il serait inadmissible d’avoir un règlement uniforme pour le quartier industriel et le quartier d’habitation urbaine, pour Je quartier du centre, congestionné dans ses rues étroites et pour un quartier neuf de la périphérie.
- Ce règlement, s’inspirant des données générales de l’hygiène moderne, devra donc en faire une application spéciale suivant les conditions particulières des différents quartiers, et en tout cas, fixer pour chacun d’eux la proportion de surface bâtie relativement à la superficie des immeubles, la hauteur minimum des étages, celle des bâtiments relativement à la largeur et l’orientation des rues et relativement aux dimensions linéaire et superficielle des cours.
- Cette question de la fixation de la hauteur des maisons par rapport à l’orientation des rues est nouvelle, et jusqu’à présent les règlements de voirie ne s’en sont pas préoccupés. Elle est pourtant importante. Suppo-Bcll. 37
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- sons en effet une rue orientée suivant la direction Est-Ouest. Ses façades sont donc tournées d’un côté vers le Nord, de l’autre vers le Sud. Il n’y a pas d’inconvénient à ce que les maisons regardant le Sud, qui reçoivent le soleil, soient élevées. Mais pour que les rayons solaires les frappent jusqu’au rez-de-chaussée, il ne faut pas que les maisons d’en face soient trop hautes pour ne pas porter ombre. Ces dernières maisons,, pour elles-mêmes, ont avantage à être basses, puisqu’elles sont moins saines que les autres. Voici donc un cas où, suivant l’orientation de la rue, la hauteur des -maisons ne devrait pas être la môme des deux côtés, à moins d’avoir affame à une avenue particulièrement large.
- D’autre part, est-il admissible que quel que soit le genre d’habitation,, la hauteur des maisons ne dépende uniquement que de la largeur de la voie publique, ainsi que le spécifient les règlements actuellement en vigueur ?
- Une rue de 12 m de largeur, située dans un quartier pauvre, contenant des logements étroits, surpeuplés et habités toute l’année, n’est pas dans les mêmes conditions hygiéniques qu’une autre, de môme largeur,, mais bordée de maisons à appartements plus importants où l’espace est moins mesuré et que les habitants délaissent, en général, pendant la période-des vacances.
- La môme réglementation ne devrait donc pas être appliquée dans les deux cas, et il serait logique, je dirai môme humain, d’exiger pour les petites locations, des maisons moins hautes et des cours plus larges.
- C’est ce qu’ont bien compris les Sociétés qui s’occupent de la construction des habitations à bon marché et qui sont restées bien en deçà de ce qu’autorisent les règlements. Plusieurs, dans leurs maisons collectives, ont inauguré ce système excellent de cours largement ouvertes sur les rues, et proscrit impitoyablement, non seulement les néfastes courettes, mais même les cours fermées.
- Et qu’on ne dise pas qu’il ne dépend que de l’ouvrier chargé de famille de choisir un logement sain. Nous connaissons tous la crise du logement qui sévit dans bien des villes depuis un certain nombre d’années. Mais se doute-t-on de son degré d’acuité ? Quelques chiffres le montreront.
- A Paris, le nombre des logements vacants, qui était de 42 571 en 1899, s’était abaissé, onze ans après, en 1910, à 10 775. En 1912, soit deux ans plus tard, il n’était plus que de 5 000.
- Si cette crise devait continuer, comment voudrait-on que le père de famille à petits appointements ou à petits salaires arrive à se loger d’une façon matériellement et moralement convenable?
- Les bouleversements de toutes sortes qui résulteront de cette guerre, permettront, je l’espére, en modifiant bien des idées en cours, de remédier à cet état de choses auquel il est urgent d’apporter une solution.
- Évidemment, ce ne seront point les règlements de voirie qui permettront, à eux seuls, de la trouver, mais ils y contribueront, et j’indique ici ce point, pour montrer, par ces differents exemples, quel intérêt de premier ordre présente, pour chaque ville, l’étude et au besoin la révision de ces règlements.
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- Enfin, il est un dernier point qu’il est indispensable de ne pas négliger. C’est l’étude du passé de la ville, de son histoire, de ses monuments, de ses développements successifs, de leur importance et de leurs causes, des coutumes et fêtes locales, en un mot de tout ce qui constitue la physionomie spéciale de la ville.
- Il faudrait bien se garder, en effet, de tomber dans l’erreur, trop souvent commise, du tracé géométrique qui donne aux villes, ou à certains de leurs quartiers, l’aspect uniforme d’un damier.
- Ce dispositif a d’abord des inconvénients d’ordre pratique en ce que, sous une apparente simplicité, il crée une confusion par la similitude indéfinie des rues, et en plus du fait que les circulations d’un endroit à un autre, sauf dans les deux sens perpendiculaires, ne peuvent plus se faire que par crochets en suivant des lignes brisées.
- Mais, en dehors et au-dessus de ce point de vue utilitaire, l’application systématique de ce principe enlèverait à nos villes leur caractère régional, leur individualité propre, supprimant ainsi les aspects particuliers qui donnent tant de charme à nos vieilles cités et font partie de leurs traditions locales et de leur histoire.
- Il faudra donc traiter ce passé avec déférence, avec respect, mais seulement dans toute la mesure possible, car il est clair que tout ce qui est ancien ne doit pas être conservé par ce seul fait ; sans quoi il n’v aurait rien à faire.
- Il y a là une question de tact très délicat et de mesure à observer pour concilier cette sauvegarde de tout ce qui perpétue, d’une génération à l’autre, l’existence intime et l’àme même de la cité avec les aspirations impérieuses d’une vie plus large et plus saine.
- Il ne s’agit donc pas de tout reconstruire en faisant table rase du passé, mais au contraire de continuer ce passé, d’en garder et mettre en valeur les parties intéressantes et vénérables, en un mot de le rattacher à l’avenir par une évolution aussi douce que possible. Ce charme intime, ainsi que la beauté des différents monuments sont d’ailleurs, bien souvent, une source de richesse pour la ville par l’afflux des touristes qui viennent la visiter, et y toucher inconsidérément serait une faute, même en se plaçant au seul point de vue de sa prospérité.
- C’est ici que les Sociétés locales d’art, d’histoire et d’archéologie qui existent, même dans les petites villes, pourront être d’un grand secours et donner des renseignements précieux qu’il sera très important de recueillir.
- Voilà donc les éléments de l’étude qu’il est nécessaire de faire préalablement à tout programme.
- Cette enquête peut paraître bien vaste. Mais je crois avoir montré qu’elle est indispensable dans chacune de ses parties et que ce serait risquer d’aboutir à un résultat incomplet que d’en négliger quelques-unes.
- Or, dans une œuvre comme celle-ci, qui intéresse une série de générations successives, qui engage des capitaux considérables à répartir sur un temps plus ou moins long, qui est un des principaux élé-
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- ments de la prospérité future de la ville, on ne saurait étudier trop soi -gneusement à l’avance le programme des travaux à entreprendre.
- D’autre part, pour examiner toutes les faces de la question, je me suis volontairement placé dans le cas le plus général, celui d’une grande ville possédant tous les éléments de développement industriel, artistique, commercial, universitaire, etc.
- Mais ceci ne sera que l’exception.
- Tæ plus souvent, on n’aura affaire qu’à des villes de moyenne et môme de petite importance où les conditions de la vie seront plus réduites et pour lesquelles un certain nombre des éléments de l’enquête n’existeront pas.
- Il ne faut donc pas croire que cette enquête sera toujours aussi longue que l’exposé précédent pourrait le laisser supposer.
- La municipalité de Reims, en vue de la consultation dont je parlais plus haut, a déjà réuni et publié un grand nombre des renseignements que je vous ai énumérés. Il sera donc facile, à l’aide d’un questionnaire bien net, d’obtenir assez rapidement les éléments principaux de cette enquête.
- C’est après avoir réuni tous ces documents qu’il importe maintenant de se pénétrer de leur importance relative, de préciser son programme, d’en arrêter les grandes lignes, pour équilibrer tous les desiderata à réaliser, et aussi de prévoir l'avenir de la ville par l’étude de son passé.
- C’est là, en effet, un des résultats importants à obtenir.
- Je vous disais, au début, que l’art du tracé des villes était plus ancien en France que l’on pouvait le supposer.
- Prenons l’exemple de Paris.
- Au xvne siècle, la ville, entourée de son enceinte, s’arrêtait, vers l’ouest, à la place actuelle de la Concorde. Au delà n’existaient que des terrains vagues et des cultures maraîchères. Bien qu’il n’y eût aucune agglomération à desservir de ce côté, l’avenue des Champs-Elysées fut créée en 1670 et prolongée jusqu’à la place de l’Etoile. Quant à l’avenue delà Grande-Armée et à celle de Neuilly, qui en est la suite, elles datent de 1730 et ont été ensuite complétées par le pont de Neuilly, commencé par l’ingénieur Péronnet en 1768.
- Et remarquez que ces voies, créées en exécution d’un plan d’ensemble conçu dès l’origine, ont été faites de suite avec la largeur qu’elles ont actuellement, qu’elles n’aboutissaient à rien au moment où elles ont été décidées, mais que l'on prévoyait à cette époque l’extension que la ville prendrait dans la suite de ce côté. On ménageait donc l’avenir, avec une largeur de vues qui n’a jamais été atteinte depuis, en traçant, dans des terrains sans valeur à l’époque, ces avenues qui sont devenues ce que vous savez et qui commencent maintenant, à plus de deux siècles de distance, à rendre les services que l’on peut attendre d’elles, en reliant à la capitale les centres si industriels de Courbevoie, Puteaux, Nanterre, dont le développement est ininterrompu.
- Supposez que, devant ce développement, on se soit décidé, de nos jours, à créer ces voies de communication, et imaginez la somme à débourser du fait de la plus-value des terrains.
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- Dans une autre partie de Paris, les avenues de Clichy et de Saint-Ouen se trouvent mentionnées pour la première fois dans le plan de Deharme, datant de 1763, et ont été également tracées en dehors de l’enceinte de Paris.
- Ces exemples, que l’on pourrait multiplier, montrent combien il est important de voir plus loin que le présent immédiat et comment il ne faut pas craindre d’engager des dépenses momentanément improductives, mais qui pourront permettre aux villes de prendre, plus tard, un essor dépassant souvent les prévisions les plus optimistes.
- III
- Nous voici arrivés au moment où l’urbaniste, muni de tous les renseignements fournis par son enquête, en possession de son programme, doit réaliser ce programme sur le papier.
- C’est ici que l’on peut donner des indications générales suivant lesquelles doit se concevoir ce plan et qui sont inspirées de l’état actuel de nos connaissances dans cette science de la construction des villes, mais sans que ces indications puissent naturellement être considérées comme des règles absolues.
- Pour le faire avec clarté, nous supposerons le cas où le problème se présente de la façon la plus générale, celui d’une ville entièrement neuve à créer.
- Cela permettra de voir comment, s’il s’agit du remaniement d’une cité déjà ancienne, on pourra se rapprocher le plus possible de cet idéal.
- Le cas d’une ville à construire de toutes pièces n’est pas, du reste, théorique. Je puis citer l’exemple de la ville de Guayaquil, dans la République de l’Équateur. Cette ville de 80 000 âmes est située sur le Pacifique, à l’embouchure du fleuve Guayas. Gomme elle manquait d’espace, qu’elle ôtait bâtie sur un terrain humide, spongieux et malsain, et comme l’ouverture du canal de Panama faisait prévoir pour elle un avenir considérable, on décida de la reconstruire de l’autre côté de l'estuaire et de la prévoir pour les besoins d’une population de 110000 habitants. Le plan fut mis au concours, et le premier prix échut à un architecte français, M. André Bérard.
- Celui-ci, dans une note accompagnant son projet, exposait l’idée qui l’avait guidé dans la conception de son plan.
- Une ville, selon lui, est une agglomération de quartiers et non un tout unique, et si la ville doit avoir un centre, siège des services publics de toute la cité, chaque quartier doit posséder également, groupés en son centre, ses services particuliers.
- Au cœur de la cité doivent se trouver les édifices pour les besoins généraux de la ville (hôtel de ville, université, cathédrale, palais de justice, hôtel des postes, etc.).
- Au centre de chaque quartier se trouvent placés ceux nécessaires à ses besoins locaux (écoles, édifices religieux, marchés, etc.).
- Il en résulte donc que les voies de communication peuvent se diviser en trois groupes principaux :
- 1° Les voies reliant les différents quartiers au centre de la ville;
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- 2° Les voies reliant les quartiers entre eux ;
- 3° Les voies reliant les différentes parties d’un quartier à son centre et celles desservant l’intérieur du quartier.
- Il y a en plus les voies d’expansion de la ville au dehors, permettant la communication avec les agglomérations voisines.
- Voyons donc comment, d’après ces idées générales, on peut concevoir le plan d’une ville.
- Il y a lieu, d’abord, de fixer l’emplacement des différents quartiers.
- Le centre môme de la ville sera, comme nous venons de le voir, occupé par les grands services généraux et administratifs, l’hôtel de ville, le palais de justice, la préfecture, l’hôtel des postes, etc., à proximité desquels se grouperont les musées, la bibliothèque, ainsi que les établissements d’enseignement secondaire et supérieur, qui doivent aussi être rapidement accessibles de tous les points de la ville, qui formeront le quartier des études et seront le plus possible entourés de vastes espaces libres.
- Le quartier des affaires (banques, commerce), relativement peu habité, aura également avantage à être situé près du centre.
- Les différents quartiers d’habitation, en nombre variable suivant l’importance de la ville, se répartiront autour de ce noyau central, en évitant autant que possible les parties trop accidentées, peu favorables à la circulation et qui pourraient être utilisées, soit comme jardins publics, soit comme quartiers de villas. La classification trop rigoureuse de ces quartiers par genre d’habitants n’est pas à souhaiter. D’abord elle aurait le tort de diviser la population en catégories : aisée, moyenne, pauvre, qui n’auraient plus entre elles que de rares contacts et s’ignoreraient réciproquement. Il y a malheureusement, à notre époque, trop de causes d’antagonismes qui ne tiennent souvent qu’à des malentendus, pour qu’on ne cherche pas à éviter tout ce qui peut les prolonger. Si la fusion des classes est une utopie, leur rapprochement ne peut qu’aider, si peu que ce soit, à dissiper ces malentendus.
- Mais, dans un ordre d’idées plus terre-à-terre, il arrive, dans beaucoup de villes, que les quartiers riches sont très désavantagés au point de vue des facilités d’approvisionnement, par l’absence du commerce de détail, rejeté au loin par le prix des locations et la pénurie des emplacements.
- On pourrait, dans ces quartiers, réserver quelques rues qui seraient plus spécialement affectées à ce commerce et à l’habitation des gens qui en dépendent.
- C’est ici encore que les règlements de voirie pourraient intervenir en spécifiant que ces rues auraient leurs maisons en bordure de la voie publique, donc avec boutiques, tandis que dans les autres les maisons devraient être en retrait et précédées d’une zone non œdificandi de quelques mètres de profondeur, transformée en jardinet, ce qui excluerait tout commerce.
- On fait bien, dans les maisons, des escaliers principaux et des escaliers de service. Pourquoi ne créerait-on pas des rues principales et des .rues de service ?
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- La sélection se ferait ainsi toute seule, par la force même des choses, et le cours des terrains et des loyers s’établirait, en peu de temps, du fait môme de cette réglementation.
- Le quartier industriel, qui comprendra également les usines productrices d’éclairage, de force motrice, de distribution d’eau nécessaires aux besoins de la cité, ainsi que les dépôts et ateliers de tramways et autobus, etc., sera naturellement situé à la périphérie, tant pour permettre son développement futur que pour bénéficier du bas prix des terrains. Il devra être placé de façon telle que les vents régnants ne rabattent pas les fumées vers l’intérieur de la ville, et se trouver à proximité immédiate des voies de chemins de fer, routes ou canaux.
- A ce quartier sera annexé celui des habitations ouvrières. Cette question vous est trop familière pour que j’aie besoin d’y insister. Elle a été souvent développée devant vous et, en dernier lieu, traitée dans le mémoire de notre Collègue M. Emile Cacheux, paru dans le Bulletin •d’avril-juin 1915. Les visites que vous avez faites, en particulier aux mines de Lens et de Béthune, vous ont montré les résultats déjà obtenus et les desiderata à poursuivre. On peut également citer comme exemple le village construit à Champagne-sur-Seine (Seine-et-Marne) par M. E. Delaire, architecte, pour loger les ouvriers des usines Schneider et C'*.
- Ici, les conditions d’économie stricte dans le choix judicieux et l’emploi des matériaux jouent un rôle prépondérant. Le constructeur doit s’enquérir de ceux employés dans la région, au besoin les fabriquer sur place avec les matières premières extraites du sol même, ce qui, comme l’indique M. Cacheux, permet d’obtenir des prix de construction extrêmement avantageux.
- Mais, à ce sujet, je le prie de me permettre de réfuter une assertion contenue dans son dernier mémoire et qui tend à créer une confusion.
- M. Cacheux, incriminant les séries de prix et surtout l’emploi qui en est fait, cite differents cas, en particulier celui d’une maison économique qui a coûté 3 500 francs et qui, à la série de prix, serait revenue à 5 000 francs. Il est parfaitement exact qu’une maison, détaillée à la série, revient beaucoup plus cher que quand elle est traitée à forfait, comme a d,u l’être celle de 3 500 francs. Mais aussi jamais un architecte ou un ingénieur, soucieux des intérêts qui lui sont confiés, n’adoptera ce mode de procéder. Les séries de prix sont faites pour régler les travaux d’entretien ou de transformation, c’est-à-dire ceux pour lesquels il est impossible d’établir un prix à l’avance, en raison des surprises qui peuvent se présenter. On se contente alors de convenir, au préalable, d’un rabais, variable suivant l’importance ou la difficulté du travail. Mais pour un bâtiment neuf, ou même pour un ouvrage ne pouvant donner lieu à aucun aléa, l’usage général est de recourir au forfait, obtenu soit par adjudication, soit en faisant successivement appel à différents constructeurs dont on compare et discute les prix, et pour lesquels la série ne joue plus aucun rôle. Le parallèle présenté par M. Cacheux n’est donc pas exact, puisqu’il tend à comparer deux choses établies suivant des programmes différents.
- D’autres quartiers doivent avoir également des emplacements prévus
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- loin du centre, comme le quartier militaire (casernes, arsenaux, etc.), le quartier hospitalier (hôpitaux, hospices, asiles), le quartier pénitencier, le quartier d’approvisionnement (abattoir, marché aux bestiaux, frigorifique), ce dernier, comme le quartier industriel, devant se raccorder avec les voies ferrées.
- Quant aux espaces libres et jardins, ils doivent entrer dans la composition de chaque quartier.
- La raréfaction des espaces libres dans les grands centres est un fait qui n’est que trop connu et contre lequel il n’est que temps de réagir énergiquement.
- A Paris, par exemple, la population, de 1872 à 1912, est passée de 1850000 à 2 890 000 habitants, augmentant de 56 0/0 en quarante ans.
- Dans le même intervalle, la surface des espaces libres ne s’est accrue que de 167 à 223 hectares, soit de 27 0/0 seulement. On peut donc dire que les habitants de 1912 avaient deux fois moins d’espaces libres que ceux de 1872.
- Le surpeuplement, d’autre part, a augmenté, aggravant par conséquent la situation.
- En 1860, la population était de 1572 000 âmes logées dans 66578 immeubles. En 1912, les chiffres correspondants sont 2 890 000 habitants pour 90000 immeubles. La population s’est donc accrue de 83 0/0, et le nombre des propriétés bâties, seulement de 35 0/0.
- Dans les grandes villes de France, la même diminution proportionnelle peut être observée.
- On voit par là combien il est indispensable, dans les plans futurs, de prévoir ces réserves d’air et de bien les répartir, car c'est par quartiers, et non d’après la superficie totale de la ville, que doit être appréciée la proportion des espaces libres.-
- Le quartier des logements d’ouvriers, aménagé sous forme de cité-jardin, en serait par cela même pourvu. Mais les autres quartiers d’habitation devraient posséder chacun un jardin, indépendant des places, et servant de lieu de promenades et de repos. Enfin, dans chaque ville, il faudrait ménager un grand parc public dont une partie servirait de terrain de jeu, de sport et d’exercice.
- A moins de circonstances spéciales, ce parc serait prévu en dehors de la ville, pour pouvoir lui donner toute l’ampleur nécessaire.
- Quant aux voies de circulation et de communication, nous avons vu qu’on pouvait les diviser en trois groupes distincts.
- Ces voies, d’importance et de rôle différents, seront également de largeur différente.
- C’est dans celles des deux premiers groupes (voies reliant les quartiers au centre de la ville et voies reliant les quartiers entre eux) que doivent naturellement être prévues les lignes de tramways, ainsi que dans celles reliant la ville au dehors.
- Quelle est largeur à leur donner? Il est impossible ici de fixer de règle, car la latitude et le climat interviennent, en dehors de toute question d’intensité, présente et future, de la circulation. Il est évident qu’une ville du Midi, très ensoleillée, aura besoin de rues moins larges qu’une autre située dans une région brumeuse. En tout cas, les rues ou
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- avenues desservies par des lignes de tramways devraient avoir au moins 20 m, si la voie était unique, et 25 m, si la voie était double. Aux intersections des grandes voies, il serait toujours bon de ménager une place facilitant la circulation.
- Voilà donc comment pourrait être conçu le plan général d’une ville.
- Il est évident que le programme dont je viens de tracer les grandes lignes constitue un maximum, et que très souvent, quelques-uns des éléments qui le composent n’auront pas lieu d’exister.
- Mais on pourra, je crois, d’après cela, se rendre compte de ce qui manque dans une ville à transformer ou à agrandir. Pour l’une, ce seront les moyens de communication entre les quartiers excentriques et le centre qui feront défaut. Il faudra tracer ces voies de pénétration en profitant de cette circonstance pour assainir et aérer les quartiers encombrés. Dans une autre, on pourra provoquer la création d’un quartier-nouveau en prévoyant la construction d’un bâtiment important dont l’absence se faisait sentir. C’est ainsi qu’à Lyon, tout un quartier est sorti de terre à la suite de l’édification de la nouvelle gare des Brotteaux, bâtie dans une partie excentrique de la ville.
- IV
- Comment peut-on maintenant réaliser, ce programme pour les villes ou agglomérations détruites au cours de cette guerre ?
- Il y a ici une condition primordiale qui vient s’ajouter à toutes les autres. C’est celle de la rapidité d’exécution.
- Les malheureuses populations qui, pendant de si longs mois, auront été chassées de chez elles, n’auront qu’un désir, celui de se mettre à l’œuvre aussitôt pour reconstruire leurs demeures anéanties, retrouver leurs usines, leurs ateliers et leurs fermes. Et d’autre part, l’occasion est unique pour elles de supprimer tous les défauts que l’on constatait depuis si longtemps sans pouvoir y remédier.
- Il est possible de concilier les deux choses, mais à la condition de s’y prendre dès maintenant.
- Le municipalité de Reims, qui a pris l’initiative dont je vous parlais plus haut, a déjà réuni un certain nombre d’éléments statistiques de l’enquête préliminaire, et préparé un plan général de la ville ainsi qu’un autre, à plus grande échelle, des parties détruites ou plus spécialement atteintes. Elle a joint à ces documents l’avis suivant qui montre que, si on le veut, on peut être prêt en temps voulu.
- « Plus la dure situation de Reims se prolonge, plus ses habitants » sinistrés se montrent impatients de prendre des décisions concernant » leur installation future, et désireux de pouvoir agir le plus tôt » possible après la libération de la ville.
- » Il sera donc nécessaire de ne rien négliger pour gagner du temps.
- » Les ruines nouvelles, qui peuvent constamment venir modifier les » éléments du problème, ne permettraient, ni aux auteurs de plans, ni » à la municipalité, d’arrêter maintenant des résolutions fermes ; mais » la plus grande partie des études pouvant être faites d’avance, les » intéressés doivent être prévenus qu’au moment de la libération, les
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- » délais qui seront fixés pour le dépôt et l’examen des projets seront » forcément courts.
- » En dehors des plans d’aménagement et d’alignement, il serait utile » d’indiquer les évaluations de dépenses (opérations immobilières, » voirie) correspondant à tel dispositif ou quartier.
- » On peut aussi proposer, pour la construction, des réglementations » d’ordre général, ou particulières à certaines voies ou places. »
- C’est donc ce travail préliminaire qu’il importe de commencer sans tarder.
- Voici comment M. Jaussely, dans une conférence qu’il a faite récemment à la Société Centrale des Architectes, expose cette façon rapide de procéder.
- « L’urbaniste chargé des plans, en séjournant un minimum de temps » sur place, —car enfin, il ne pourra travailler sans avoir une connais-» sance suffisante de la physionomie de la ville, une vision, si sommaire, » soit-elle, des lieux, des aspects de la ville et des environs — parviendra » avec un peu d’habitude et d’habileté à saisir ce qui est caractéristique » dans une ville et dans les quartiers.
- * Pin aidant sa mémoire par des documents photographiques de l’état » détruit et de l’état ancien, il retiendra tout ce qui lui est nécessaire et » il lui deviendra possible d’étudier ses plans loin des lieux, quitte à » contrôler par des voyages rapides sa vision et la réalité ainsi que les » possibilités de ses tracés.
- » N’oublions pas que les renseignements et le programme seront dans » ce cas d’autant plus utiles qu’ils seront plus complets. C’est la clé » des études au cabinet et c’est ce qui décidera, mieux que tout, de » leur rapidité.
- » Pour la physionomie de la ville après la destruction, des vues pano-» ramiques prises en ballon, en aéroplane ou en cerf-volant complête-» ront utilement les notes prises sur place. Même pour les études des » plans d’extension, ce genre de photographies peut rendre des services, » car il est pratique par la vision réelle qu’il donne du terrain. Des » appareils photographiques existent, qui permettent des relevés rapides » par ce procédé çt le contrôle des données topographiques obtenues » par ailleurs.
- » La première condition pour obtenir un bon travail est de posséder » des plans bien faits de l’état actuel de la ville et des environs à la » plus grande échelle possible (1/5000 à 1/2 000), avec le plus d’indi-» cations sur l’état de l’édification, les réseaux d’égouts et autres cana-» lisations souterraines, les lignes de tramways, de chemins de fer, les » gares et leurs dispositions, les divisions des propriétés, les jardins » publics ou privés, les nivellements par cotes ou courbes de niveau, » les plans de voirie déjà approuvés, l’indication des propriétés com-» munales tant en terrains qu’en édifices, de celles du département et » de l’État, les forêts, bois, eaux, etc., enfin toutes indications particu-» lières propres à faire connaître à fond le terrain sur lequel on travaille.
- » Le plan de la ville pourra généralement être trouvé à assez bonne » échelle. II. n’en sera pas de môme de celui des environs. Des cartes » géologiques, d’Etat-major ou d’autres de la contrée, toujours à la plus
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- » grande échelle, pourront être suffisantes pour la détermination des » grandes lignes et des grands emplacements des plans d’extension, en » avant-projets, à terminer ensuite quand la région ne sera plus dans » la zone des armées, étant entendu qu’à moins de cas exceptionnel* le » plus urgent sera la reconstruction.
- » Si des villes n’avaient pas de plans, qu’ils soient égarés, perdus ou » inexistants, un relevé sur place par des géomètres deviendrait néces-» saire, qui pourrait être mené avec une assez grande rapidité et une » approximation très suffisante, en se servant du tachéomètre qui donne » à la fois les distances et les niveaux sans arpentage.
- » Si le temps n’est pas un facteur décisif, les procédés habituels » de levé des plans et de nivellement sont préférables, car ils fournissent » des travaux d’une précision remarquable. Pour les parties de terrains » réservées à l’extension, le tachéomètre peut toujours être employé.
- » Le relevé des propriétés dans chacun des îlots, qui est le complément » du levé général de la ville, pourra se poursuivre pendant l’étude du » plan. La propriété sera indiquée par masse des parties édifiées, avec » cote de valeurs générale et partielle et degré de vétusté, spécification » des parties libres en cours, en jardins ou autres usages. Là où, par » suite d’écroulement, l’opération devient difficile, il n’y aura lieu, en >> principe, qu’à une indication globale du degré de destruction. Si » l’ensemble est en ruines, la division des propriétés n’a pas, dès le » début, le même intérêt, mais on devra cependant signaler de suite la » place et l’état des services et édifices publics. Avec une bonne orga-» nisation, tous ces travaux peuvent ne pas être très longs à établir.
- » On peut concevoir à présent comment, ayant en mains les plans et » documents que nous avons indiqués et une vision suffisante des lieux, » l’urbaniste peut se livrer, loin de la ville, à l’étude, aux recherches » et aux tracés nécessaires. »
- Ce plan de travail, indiqué par M. Jaussely, devra être complété par une enquête sur les conditions matérielles suivant lesquelles on pourra se mettre à l’œuvre, et notamment sur les approvisionnements des matériaux de construction et l’évaluation des stocks disponibles.
- Dans une entreprise aussi formidable que celle à laquelle on aura à se livrer, cette étude préliminaire permettra d’enrayer les accaparements qui, sans cela, ne manqueraient pas de se produire.
- On peut donc aller vite dans ce travail préliminaire, si on le veut et surtout si on s’y prend à temps, mais tout ce que l’on ferait dans ce sens ne servirait à rien, si on n’arrivait pas à diminuer, dans la plus large mesure possible, les formalités administratives nécessaires pour l’adoption des plans de reconstruction.
- La foi Cornudet, votée par la Chambre et en instance devant le Sénat, prévoit le passage de ces plans devant trois Commissions successives, Commission municipale, Commission départementale et Commission supérieure instituée au Ministère de l’Intéldeur. Certes, des précautions sont nécessaires pour éviter de se lancer trop à la légère dans l’exécution d’un projet mal conçu ou incomplètement étudié. Les intérêts en
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- jeu et les capitaux engagés seront trop considérables pour qu’il en soit autrement.
- Mais voit-on les délais énormes qui résulteraient de ce mode de procéder, les lenteurs résultant de la nomination des commissaires, de l’examen des projets, de la rédaction des rapports, du passage de ces rapports d’une Commission à la suivante, etc. ?
- Que pour les villes non atteintes par la guerre, on prenne tout son, temps, rien de mieux.
- Aucune nécessité impérieuse n’existe.
- Mais la seule différence que fait la loi projetée entre ces villes et celles qui auront été détruites est que pour les premières, les municipalités ont un délai de trois ans, à partir du jour fixé par arrêté préfectoral, pour établir leurs plans de transformation et d’extension, tandis que pour les secondes, ce délai est réduit à trois mois.
- Quant au nombre et au fonctionnement des Commissions, il est le même dans les deux cas.
- Outre que ce délai de trois mois est terriblement court pour la partie la plus importante du travail, ne serait-il pas plus logique de chercher à gagner du temps sur celui des Commissions, et, pour les villes détruites, de n’en instituer qu’une seule, réunissant les compétences diverses réparties dans les trois Commissions prévues, et de fixer également un délai pour le dépôt du rapport ?
- Gela est d’autant plus important que, d’après la môme loi et toujours dans les meilleures intentions, il ne pourrait plus « être établi de constructions nouvelles en bordure des voies ou places projetées que suivant les alignements fixés et, dans l’intérieur des îlots, que, d’après les plans approuvés et sous les conditions réglementaires prescrites par l’autorité municipale ».
- Yoit-on la situation de ces malheureuses populations attendant anxieusement, pendant de longs mois, -peut-être plusieurs années, que les plans soient allés de la Mairie à la Préfecture, de la Préfecture au Ministère, pour refaire ensuite le chemin inverse, sans compter les modifications demandées ou les pièces égarées en cours de route qui obligeraient à recommencer le voyage ?
- C’est à la condition absolue de réformer cet esprit administratif, de réduire au strict minimum ce contrôle, dont je ne cherche certes pas à nier la nécessité mais qui pouvait être rendu infiniment plus prompt tout en restant aussi efficace, que l’on pourra permettre à nos villes de se relever de leurs ruines avec toute la rapidité qu’elles sont en droit d’exiger.
- Mais pendant la période transitoire, il faut loger les habitants, abriter les animaux, les récoltes, les instruments aratoires, permettre à la vie de reprendre le mieux possible en attendant la renaissance définitive.
- Plusieurs départements, commencent à se couvrir d’abris et de logements provisoires en certaines* parties libérées et à distance suffisante du front.
- Voici, en particulier, comme les choses se passent dans le départe-
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- ment de la Marne, d’après une enquête faite au mois d’août dernier, par M. Jules Alard, architecte à Reims.
- « Deux partis ont été pris, suivant les régions.
- » Dans les villages où les constructions étaient en dur, on a utilisé » les pans de murs restants.
- » Dans ceux où elles étaient en pans de bois, et où, par conséquent,
- » il ne subsistait rien, on a construit des abris provisoires à l’emplace-» ment des cours, afin de permettre, plus tard, la reconstruction définitive.
- » Trois groupes principaux de personnes ont concouru à ces travaux
- » 4° La mission anglaise dite « Les Amis ». Elle a construit des abris » provisoires en bois pour logements ; la majorité a été faite entière-» ment à ses frais ; pour d’autres, le département a fourni les matériaux.
- » Accessoirement, elle a fait quelques abris agricoles. Elle a égale-» ment distribué gratuitement des vêtements, du mobilier, des graines » potagères et quelques machines agricoles. Cette mission rend de » grands services ;
- » 2° Le génie militaire construit avec des matériaux.fournis par le » département ; la main-d’œuvre militaire est gratuite, mais le dépar-» tement paie 1 fr, 50 pour la nourriture et donne une indemnité de » 1 fr par jour et par homme ;
- » 3° Ces deux concours étant insuffisants, le département s’est adressé » à des entrepreneurs.
- » Ces constructions sont faites, pour la plupart, en bois à double » paroi, couvertes en carton bitumé ou en tuiles suivant les ressources » en matériaux ; elles comprennent différents types à une, deux ou trois » pièces à rez-de-chaussée. Certains sinistrés ont agi personnellement » et reçoivent une avance qui peut atteindre jusqu’à 1 500 fr par abri.
- » On trouve à peu près normalement les matériaux nécessaires à la » construction de ces abris provisoires, mais les transports manquent. » Les travaux s’exécutent lentement, la main-d’œuvre étant plutôt » rare.
- » Quelques communes voisines de chantiers de bois d’une maison » allemande ont pu profiter de ces matériaux qui ont été réquisitionnés » par les maires des communes environnantes, et s’en sont servis pour » construire des abris et protéger les constructions communales et par-» ticulières atteintes par le bombardement.
- » Il a ôté fait un essai d’abris collectifs pour logements et d’autres » pour abris agricoles (logement de récoltes, d’outillages, écuries, etc.). » Ces abris sont restés inoccupés, la communauté n’ayant pas de succès » à la campagne. Les abris ne sont exécutés que sur demandes des » habitants, auxquels ils sont, suivant les cas, loués à leur valeur réelle » ou à prix réduits, ou laissés gratuitement aux nécessiteux.
- » Le département prête sans intérêt à ceux qui reconstruisent per-» sonnellement et il est alloué un maximum de 1 500 fr par abri. Il est » venu également au secours de quelques propriétaires qui, ayant com-» mandé des travaux, ont vu leurs capacités rapidement dépassées à » cause du renchérissement important des matériaux.
- » Le département sera remboursé de ces prêts lors de la délivrance » des indemnités pour dommages de guerre.
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- » Le département a dépensé 200000 fr sur les 400000 fr qu’il a » affectés aux travaux provisoires. Ce crédit a été prélevé sur les 3 mil-» lions attribués au département de la Marne sur le premier crédit de » 300 millions voté par le Parlement en décembre 1914.
- » Les abris terminés au commencement d’août 1915 étaient d’environ » 360 pour les logements et 65 pour les abris agricoles; 140 sont en » cours pour logements et 50 pour abris agricoles. De nombreuses » demandes arrivent tous les jours. Sur ce nombre, la mission anglaise » des Amis a exécuté environ 148 logements et 18 abris agricoles.
- » Les premiers travaux ont été commencés au mois de mars.
- » Les villageois s’adressent volontiers au Génie militaire et sont heu-» reux d’être en relations avec les officiers.
- » Voilà le résultat des premiers efforts. Ils sont intéressants, mais il » y aura encore plus à faire dans la Marne lorsque la ville de Reims » sera dégagée.
- » Les travaux provisoires prendront une grande importance et il y a » lieu de craindre que la main-d’œuvre et les matériaux soient insuffi-» sants. »
- Voilà donc ce qui s’est fait dans un des départements atteints par la guerre, pour aller au plus pressé et donner un abri temporaire aux populations.
- Mais il faut insister sur le caractère provisoire que l’on doit donner à ces constructions qui ne peuvent avoir les conditions hygiéniques indispensables aux habitants durables.
- Vous voyez qu’on a soin de les élever dans les cours, d’autres fois en dehors des agglomérations, pour que la reconstruction définitive ne risque pas d’être entravée.
- Il faut de plus qu’elles n’absorbent pas un trop gros capital, et un des moyens de diminuer ces frais serait, il me semble, d’employer ces constructions démontables dont M. Émile Gacheux a donné plusieurs exemples dans son dernier mémoire.
- Les municipalités pourraient s’entendre avec les constructeurs pour la location de ces maisons qui seraient montées aux endroits désignés et qui, en fin d’occupation, seraient reprises par eux avec une certaine dépréciation, variable suivant les circonstances. Mais le tout, montage, démontage, location et dépréciation n’atteindrait certainement pas le prix que coûterait l’acquisition. De plus, cela inciterait les intéressés à réduire le plus possible le temps de cette location et la valeur de la dépréciation, autrement dit, à hâter le moment où ils pourraient rentrer dans leurs maisons reconstruites.
- Me voici, Messieurs, arrivé à la fin de cette communication.
- J’espère avoir montré l’ampleur de l’œuvre à accomplir de la réussite de laquelle dépendra en grande partie l’avenir de notre pays, le nombre et la diversité des problèmes qu’elle soulève et, par conséquent, la nécessité de la collaboration intime de toutes nos ressources intellectuelles.
- J’espère également avoir fait saisir combien il est indispensable que
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- tous ces efforts soient coordonnés, orientés, tendus vers le môme but, et ceci montre quelles qualités devra posséder celui à qui, dans chaque centre un peu important, sera confiée la lourde tâche de tracer le plan, résultat final de toutes ces enquêtes et de toutes ces consultations, qui centralisera tous les renseignements recueillis, se les assimilera et, se dégageant de tous les intérêts particuliers souvent contradictoires, prendra la direction de l’étude définitive.
- Quelle que soit son origine professionnelle, il faudra qu’il ait été préparé à son rôle par ses études, ses travaux, ses relations, ses lectures ou ses voyages, qu’il se soit extériorisé en se mêlant à d’autres milieux que le sien pour connaître leurs idées, leur esprit particulier et en retenir ce qui pourrait lui être utile.
- Il faudra aussi qu’il ait la grande habitude de la composition des plans d’ensemble, non pas de ces plans qui font bien sur le papier, mais ne sont que des images et souvent des trompe-l’œil. Les plans dont je veux parler sont ceux qui, bien équilibrés, pondérés dans toutes leurs parties, pratiquement réalisables, satisfont, aux moindres frais possibles, à toutes les exigences d’hygiène, de commodité, d’agrément et de beauté qui sont contenues dans le programme, et donnent, en un mot, la véritable solution de tous les éléments du problème.
- Cet art de la composition des plans, indispensable dans le cas qui nous occupe, ne s’improvise pas.
- Il faudra donc que l’urbaniste le possède, ou qu’il y supplée en s’adjoignant un collaborateur qualifié pour cela. Mais quel que soit l’urbaniste désigné il faut que son choix soit fait en dehors de toute question de coteries ou d’écoles, et seulement au mieux des grands intérêts qui seront en jeu.
- Car nous aurons à accomplir, en quelques années, une œuvre qui, en d’autres temps, mettrait peut-être un siècle pour être parachevée.
- Si la tâche est immense, elle n’est pas au-dessus de nos forces et des qualités de notre race, mais c’est à la condition de l’attaquer de suite et de la traiter sans défaillance, dans son ensemble, avec toutes ses difficultés et par tous les moyens dont nous disposons.
- Notre réputation dans le monde est en jeu autant que notre intérêt Nous devons montrer à L’étranger, à nos ennemis même, comment nous savons tirer parti des qualités que l’on nous déniait trop facilement et que nous possédons, quoi qu’on en dise, pour réorganiser nos provinces ravagées et faire renaître des villes plus saines et plus belles que celles qui auront été détruites.
- Et pour terminer, permettez-moi de vous rappeler les paroles que prononçait ici M. Cambon dans sa communication et qui en formaient la conclusion comme elle sera aussi la mienne.
- « Ce que je voudrais avoir enfoncé comme un coin dans les esprits, » c’est que nous sommes à un tournant brusque de notre histoire natio-» nale, que notre vie de demain ne pourra plus être celle d’hier, que le » travail devra remplacer la fantaisie, l’union chasser la discorde, les » larges conceptions se subsistuer aux petites intrigues et les initiatives » énergiques à l’inertie des bureaucrates. »
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- M. le Président remercie M. Courtois de la façon magistrale dont il a présenté la question de la reconstruction des villes détruites dans les régions envahies.
- Les considérations qu’il vient d’exposer en terminant nous sont allées au cœur et nous sommes tous pénétrés de l’immense effort qui est nécessaire et qui s’impose. Il trouvera certainement parmi ses collègues de la Société des Ingénieurs Civils de France les appuis nécessaires pour réaliser le programme qu’il a tracé d’une façon si éloquente.
- En terminant M. le Président exprime le regret de ne pas avoir parmi nous, ce soir, M. Cacheux dont les travaux, depuis tant d’années, ont été si précieux en ce qui concerne les constructions économiques et la lutte contre la mortalité.
- Il est certain d’être l’interprète de tous en exprimant le regret de ne pas l’avoir aujourd’hui au milieu de nous.
- En nous faisant connaître l’impossibilité où il se trouvait de ne pouvoir assister à la séance. M. Cacheux nous avait remis une note des plus intéressantes dont il n’a pu être donné lecture en Raison de l’heure avancée mais qui est reproduite ci-après :
- Note de M. E. Cacheux.
- La partie de l’urbanisme qui m’intéresse le plus est celle qui concerne l’hygiène, car on a reconnu un peu partout que, dans les villes qui étendaient méthodiquement leur territoire à bâtir, la mortalité diminuait notablement.
- Ainsi, à Berlin, où la mortalité était en 1896 de 22 0/00, le taux des décès n’est plus que de 14 0/00 depuis que les communes de sa banlieue lui ont été annexées. Au commencement de ce siècle, la ville de Berlin était renommée pour le surpeuplement qui existait dans ses maisons. En 1900, il y avait 45 0/0 des ménages de Berlin qui occupaient des logements d’une seule pièce. En 1905, on comptait 550 629 personnes qui habitaient des logements surpeuplés dans lesquels on comptait de quatre à treize personnes par chambre à feu. Si l’on voulait mettre à la disposition de chaque famille berlinoise un logement de trois pièces, il faudrait dépenser 650 millions de francs. Si l’on est arrivé a diminuer la mortalité du grand Berlin, c’est grâce à l’annexion de communes où le taux de décès est peu élevé, grâce à l’application des principes de l’hygiène, notamment de celui qui demande que tout local habité de jour et de nuit soit éclairé par un espace libre dont la largeur devra être au moins égale à la hauteur du bâtiment qui le contient.
- En vue d’appliquer ce principe en France, nous avons .demandé à la Société française d’Hygiène d’organiser le Congrès d’hygiène de l’habitation de 1904, qui émit le vœu qui nous donna satisfaction. Grâce à la propagande faite par les hygiénistes, l’Administration préfectorale est convaincue de la nécessité de modifier les règlements sanitaires de la ville de Paris ; mais elle estime qu’elle ne pourra les faire appliquer que dans les centres nouveaux créés à la suite de l’extension du territoire de notre capitale.
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- ARRONDIS- SEMENT PAR NAISSANCES 1000 HAB11 »É< Eu général ’ANTS 2ÈS Tuberculose POPULATION par hectare HAUTEUR moyenne par maisons RAPPORT de la surface bâtie
- I. . . 12,7 11,8 2,2 313 16,5 0,35
- II. . . 15,4 13,1 2,7 611 16,2 0,63
- III. . . 16,3 16,8 3,4 739 14,4 0,61
- IV. . . 16,8 17,2 4,1 641 14,4 0,43
- V. . . 15,9 16,9 3,7 480 12,73 0,40
- VI. . . 13,5 13,4 2,1 481 14,0 0,44
- VII. . . 13,1 12,8 1,8 250 12,7 0,31
- VIII. . . 9,9 9,3 0,8 264 15,0 0,40
- IX. . . 12,4 10,8 1,4 553 16,2 0,58
- X. . . 15,6 15,2 2,9 535 12,7 0,53
- XI. . . 20,1 17,2 3,7 663 11,8 0,53
- XII. . . 18,2 16,3 3,3 268 9,3 0,32
- XIII. . . 22,4 24,1 4,7 227 8,7 0,26
- XIV. . . 18,5 20,1 3,8 355 10,7 0,30
- XV. . . 19,7 17,5 3,9 273 9,4 0,28
- XVI. . . 11,7 11,7 1,3 200 13,3 0,26
- XVII. . . 15,7 13,1 2,4 471 14,0 0,39
- XVIII. . . 18,4 16,1 3,6 520 11,5 0,37
- XIX. . . 21,4 20,3 4,8 274 . 8,8 0,33
- XX. . . 21,5 21,9 5,5 344 9,6 0,29
- Paris . . . 17,2 16,2 3,3 365 12 0,35
- Seine. . . 17,6 17,7 3,5 86 » »
- Arrond1 Sceaux. 19,4 22,0 3,5 24 » » .
- Arrd1 SV-Denis. 20,9 20,2 4,0 38 • )) »
- N. B. — L’examen de ce tableau démontre que si tous les arrondissements de Paris étaient peuplés comme le 111e, Paris contiendrait une population double.
- La moyenne des décès par tuberculose est de 3,3 %„ ; dans le département dé la Seine, elle est de 3,5 et, dans le VIIIe arrondissement, de 0,8 %„*.
- Bull.
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- 590 PROCÈS-VERBAL DE LA SÉANCE DU 29 OCTOBRE 1915
- A l’inverse de ce qui s’est passé pour le grand Berlin, la création du grand Paris produira une augmentation de la mortalité, parce que dans presque toutes les communes de la banlieue parisienne le taux des décès est plus élevé que dans Paris ; mais il y a tout lieu d’espérer qu’iL sera bientôt diminué grâce au service sanitaire de la Préfecture de la Seine, qui est parfaitement organisé.
- Ainsi qu’on peut le voir, par le tableau,rpage 237, que nous avons dressé, avec les éléments fournis par le service municipal de la statistique, la mortalité varie suivant les arrondissements de 9,8 0/00 à à 25,1 0/00 ; la moyenne de la mortalité parisienne, pendant les trois années de 1911,1912 et 1913,a été de 16,2 0/00; la natalité, de 17,20/00. Par contre, la mortalité dans le département de la Seine a été de 17,7 0/00, et la natalité de 17,6 0/00. On voit que la population croit à Paris, mais qu’elle décroîtrait, dans le département de la Seine, sans les étrangers et les provinciaux qui viennent s’y fixer.
- La mortalité dépend principalement de l’aisance des habitants, de l’alcoolisme et de l’observation des principes de l’hygiène. Les Anglais ont démontré, en construisant de toutes pièces la ville de Letch-worth, que l’on pouvait réduire à moins de 10 0/00 le taux des décès des habitants d’une ville lorsqu’on adoptait dans la construction des quartiers nouveaux les principes des urbanistes, dont les principaux sont de donner de l’air et du soleil à tous les locaux habités et de grouper les bâtiments de même nature et de même importance, de façon telle que le propriétaire d’une villa placée au milieu d’un jardin ne soit pas exposé aux ennuis du voisinage d’une maison à étages ou d’une usine. A Letchworth, il existe une vingtaine d’usines toutes reliées par une voie spéciale â celle de la grande Compagnie des chemins de 1er du Nord. Les bâtiments, peu élevés, sont cachés par.des arbres.
- Le territoire du département de la Seine sera facilement divisé en trois zones qui répondront aux desiderata des urbanistes, car on peut classer ses. communes en communes rurales, industrielles et d’habitation. Les communes d’Antony, d’Orly, de Châtenay, de Ghevilly, ont moins de cinq habitants par hectare ; par suite, on pourra aisément les transformer en cités-jardins et réduire leur mortalité à 10 0/00. A Ghevilly, le, taux des décès est actuellement de 13,6 0/00 ; dans les trois autres, elle varie de 19,4 à 23,3 0/00.
- Dans ces communes, où il existe encore des champs livrés à la grande culture, on ne créera probablement pas d’usines ; mais il n’en sera pas de même le long de la Seine. A Saint-Denis, par exemple, où il n’y a que 30 habitants par hectare, il existe encore de nombreux terrains vacants, desservis par le chemin de fer, la Seine et le canal de l’Ourcq.
- Dans les communes voisines des bois de Boulogne et de Yincennes, les architectes pourront construire de nombreuses villas pour personnes aisées.
- Parmi les communes qui. sont les plus intéressantes, nous citerons celle de Gennevilliers dont le territoire à une superficie de 1 630 ha et dont la population n’est que de neuf habitants par hectare. Par suite de l’épandage de l’eau d’égout sur les terres de la commune, la valeur de
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- •ces dernières a considérablement augmenté, mais elle est loin d’atteindre •celle des terrains à bâtir situés à distance égale du centre de Paris. Le taux des décès des habitants de Gennevilliers étant de 21,2 0/00, il y aurait lieu de prendre des mesures pour la diminuer. D’après plusieurs personnes autorisées, il faudrait pour atteindre ce but, épandre les eaux d’égout sur un autre territoire que celui de la commune de Gennevilliers. La transformation du terrain maraîcher en terrain à bâtir procurerait des bénéfices dont la valeur serait de beaucoup supérieure à celle des travaux nécessaires à l’éloignement des eaux.
- Notre ancien Président, M. Couriot, s’intéresse au projet du Grand Paris, il demande la création de deux ports fluviaux sur la Seine, l’un pour recevoir les arrivages de Rouen et l’autre ceux provenant des établissements métallurgiques de l’Est et les houilles du bassin de la Sarre (15 millions de tonnes par an). Les Ingénieurs de l’Etat ont étudié un projet de dérivation des eaux de la Marne en vue de préserver la Ville de Paris des effets des inondations. M. Lemarchand, rapporteur de la Commission des Inondations au Conseil Général, a étudié un projet de canal avec port, qui donnerait satisfaction à notre honorable collègue. Comme le canal traversera des terrains vierges, il y atout, lieu d’espérer qu’il sera créé des usines le long de son parcours.
- Les réformateurs anglais du logement demandent que la construction des cottages soit limitée à 30 par hectare, ce qui donnerait une population de 120 à 150 habitants par hectare dans les Cités-Modernes.
- Ces principes auraient besoin d’être discutés, car si l’on consulte le tableau ci-joint, on voit que l’arrondissement où la mortalité est la plus faible est le VIIIe, elle n'est que de 9,3 0/00. La population par hectare y est de 264 habitants, la hauteur moyenne des maisons de 15 m, et la proportion de surface bâtie de 0,40 de la surface totale de l’arrondissement.
- Le service de la. statistique de New-York, constate que la mortalité varie de 7,30 0/00 à 33,78 0/00 dans les divers quartiers de la Ville.
- D’après le service d’hygiène de New-York, la mortalité dépend de la nationalité des habitants (les Israélites atteignent un âge bien plus avancé que les Italiens), de la profession, de la situation, du drainage du sol, etc.
- L’hygiène de l’habitation est à l’ordre du jour en Amérique. The National Housing Association, Société créée en 1910, organise tous les ans un Congrès national. Le Congrès de cette année a été réuni à iMinnéapolis du 6 au 8 octobre dernier; 188 ^villes ont été représentées au Congrès.
- En Italie, le professeur C. Sanarelli donne le taux des décès par 1 000 habitants de 30 villes italiennes, il énumère les travaux qui ont fait diminuer de 50 0/0 la mortalité dans les villes italiennes. Comme dans notre pays, la mortalité dans les villes dé plus de 5 000 habitants dépasse 20 0/00, notre Société rendrait service si elle inaugurait une campagne en vue de la diminuer.
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- Il est donné lecture des demandes d’admission de MM. I. Boissonnotr J. Le Bret, H. Saint-Genis comme Membres Sociétaires Titulaires.
- M. A. Ghodorowski comme Membre Sociétaire Assistant.
- MM. H. Elion, A. Gardinier, P. Lajoinie, P. Sloog, E. Verdon sont admis comme Membres Sociétaires Titulaires.
- M. J. Clermont comme Membre Associé.
- La séance est levée à 19 heures.
- Le Secrétaire Administratif,
- A. de Dax.
- PROCÈS-VERBAL
- I DE LA
- S.tbAJNOE du 26 NOVEMBRE 1915
- Présidence de M. H. Gall' Président.
- La séance est ouverte à 17 heures.
- Le procès-verbal de la précédente séance est lu et adopté.
- M. le Président a le regret de faire part du décès d’un certain nombre de collègues,; ce sont MM.
- IL Bouron, Membre de la Société depuis 1899, Ingénieur-Conseil de Compagnies de navigation, Charbonnages, etc.
- M. Brenot, Membre de la Société depuis 1910, Ingénieur-Directeur de l’Usine Centrale du Secteur électrique de la Rive gauche.
- A. Dupont, Ancien Elève de l’Ecole Centrale (1867), Membre de la Société depuis 1872, Ingénieur-Directeur honoraire de la fabrication des billets à la Banque de France, Expert près les Tribunaux, a été Membre de la 3e Section du Comité en 1905, 1906 et 1907. Officier de la Légion d’honneur.
- Ch. Gallois, Ancien Élève de l’École Centrale (1852), Membre de la Société depuis 1862, Conseil en matière de sucrerie et de distillerie. Ingénieur, Expert près les Tribunaux, Lauréat de la Société d’Encou-ragement pour l’Industrie nationale, Président d’honneur de la Société des Ingénieurs coloniaux et Président honoraire de l’Association des Chimistes de Sucrerie et de Distillerie, Officier de la Légion d’honneur.
- M. Gallois a fait partie du Comité en 1893-95-96-97-98, 1900-01 et 1902. Membre de la 5e Section en 1904 et 1905, Président de cette4 Section en 1906.
- Ad. Grenier, ancien Elève de l’Ecole des Arts et Manufactures de Liège, Membre de la Société depuis 1873, Directeur général de la Société Cockeri 11. Officier de la Légion d’honneur. Tous ceux de nos collègues»
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- PROCÈS-VERBAL DE LA SÉANCE DU 20 NOVEMBRE 1915
- 'qui ont eu l’occasion de se rendre en Belgique et, notamment, de participer aux excursions de notre Société dans ce pays, se rappellent certainement l’accueil si aimable que nous trouvions auprès de M. Greffier •dont les derniers moments ont été certainement bâtés par les maux qui se sont abattus sur sa Patrie et qui l’atteignirent aussi personnellement ainsi que plusieurs membres de sa famille.
- E. Ravasse, Ancien Elève de l’Ecole des Arts et Métiers de Chàlons (1862), Membre de la Société depuis 1878, Constructeur de machines •de précision et de presses. Chevalier de la Légion d’honneur.
- E. Wickersheimer, Membre de la Société depuis 1914, Inspecteur Général honoraire des Mines, Président de la Société des Transports et de Manutention automatique. Officier de la Légion d’honneur.
- Sont morts au champ d’honneur : •
- M. Jules Dumontant, Ancien Elève de l’Ecole des Arts et Métiers d’Aix (1898), Membre de la Société depuis 1907, Administrateur de la Société des Fonderies et Ateliers du Littoral, Membre de la Commission de Surveillance de la Marine, Lieutenant au 163e d’infanterie, Détaché comme Ingénieur auxiliaire de la Poudrerie nationale de Sainl-dhamas ; décoré de la Croix de Guerre avec palme et étoile. Dôcéflé des suites de maladie contractée au front.
- M. A.-V. Roy, Ancien Élève de l’École Centrale (1892), Membre de la Société depuis 1893, Ingénieur-Conseil, Vice-Président de la Chambre de Commerce de Montréal. Notre collègue, dont tous ceux qui ont •elfectué en 1893 le voyage à l’Exposition de Chicago et au Canada ont gardé le meilleur souvenir, s’était engagé, au début des hostilités, dans l’infanterie canadienne, et il est mort glorieusement pour la France au mois d’octobre. Il était Président du Groupe des Centraux du Canada, ut il avait, à ce titre, rendu les plus grands services à l’influence française dans ce pays.
- M. le Président adresse aux familles de nos regrettés collègues l’expression des sentiments de profonde sympathie de la Société tout •entière.
- Il exprime les mêmes sentiments à notre collègue M. Bazannery, qui a eu la douleur de perdre son fils aîné, mort au champ d’honneur.
- Il rappelle également la cérémonie qui a eu lieu le 3 novembre,~à~là mémoire des Membres de l’Association amicale des Anciens Élèves de l’École Centrale morts au champ d’honneur et dont plusieurs étaient nos collègues.
- M. le Président a tenu à assister à cette cérémonie, en témoignage des sentiments de confraternité qui existent entre les anciens Élèves des grandes Écoles techniques et les Membres de la .Société des Ingénieurs Civils de France.
- M. le Président adresse les plus vives félicitations de la Société à nos Gollègues et Membres du Comité, MM. Boyer-Guillon et G. Claude qui ont été cités à l’ordre de l’armée, décorés de la Croix de Guerre et faits chevaliers de la Légion d’honneur, ainsi qu’à M. Ch. Séré de Rivière, qui, en qualité d’interprète à l’armée Britannique, a reçu le « Distin-
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- PROCÈS-VERBAL DE LA SÉANCE DU 26 NOVEMBRE 1915
- guished Conduct Medal », décoration qui correspond à notre médaille-militaire française.
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- M. le Président dépose sur le bureau la liste des ouvrages reçus-depuis la dernière séance. Cette liste sera insérée dans un prochain bulletin.
- Parmi ces ouvrages, M.. le Président signale plus spécialement un livre des plus intéressants de M. Dreux, intitulé : Nos Soldats aveugles,. ouvrage qui nous a été adressé par M. Maurice de la Sizeranne, Secrétaire Général de l’Assocation Valentin Haüy, qui a écrit pour cet ouvrage une belle et émouvante préface.
- M. le Président saisit avec empressement cette occasion de recommander à nouveau à tous les Membres de la Société l’œuvre admirable de l’Association Valentin Haüy.'
- Il adresse un appel à tous ses collègues et leur demande d’apporter leur concours à cette œuvre de la réadaptation de nos malheureux soldats aveugles à la vie utile, et il les prie de bien vouloir se mettre directement en relations avec l’Association Valentin Haüy, pour le bien desaveugles, 9, rue Duroc, à Paris ; ils pourront ainsi se rendre mieux compte de la mesure dans laquelle ils pourront apporter leur collaboration.
- M. le Président signale également, parmi les ouvrages reçus, une brochure des plus intéressantes que nous a fait parvenir M. G. Iiot-tenger, et intitulée : Nancy et la Question du Plan d’extension des Villes.
- Cette brochure se rapporte à la discussion qui va avoir lieu dans quelques instants, et c’est à ce titre qu’il la signale aux Membres de la Société qui s’intéressent à ces questions.
- M. le Président, à ce propos, dit que la séance était primitivement réservée à la seconde partie de la communication de M. Guiselin sur le pétrole et la guerre.
- Toutefois, après avoir pris connaissance des renseignements que notre collègue se proposait d’apporter à la tribune de notre Société, le Bureau a été d’avis que cet exposé pouvait présenter certains inconvénients, car il touchait, par bien des points, à la Défense nationale, et il a estimé qu’il était préférable, à tous égards, de remettre à plus tard la communication projetée.
- M. Guiselin a bien voulu se ranger aux remarques qui lui ont été faites, et il a consenti à remettre à plus tard la deuxième partie de sa conférence.
- M. le Président lui en adresse tous ses remerciements.
- M. le Président, avant d’ouvrir la discussion des communications de MM. Courtois et Cacheux sur la Reconstruction des Villes détruites au cours de la guerre, souhaite la bienvenue]à MM. Louis Baudet, Sénateur. J. Siegfred, Député ; Bechmann ; Ambroise Rendu, Conseiller Municipal, qui ont bien voulu accepter notre invitation, et les prie de prendre place au Bureau.
- M. le docteur Foveau. de Courmelles, Président de la Société française d’Hygiène, avait bien voulu accepter notre invitation et assistait à la séance.
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- M. le Président. — La question qui est soumise ce soir à là discussion se rattache à l’intéressante communication que nous a faite, à la dernière séance, notre Collègue M. G. Courtois.
- M. Courtois a bien voulu traiter devant vous les questions relatives a . la reconstruction des villes détruites au cours de la guerre et il a montré, avec une compétence toute particulière, l’importance des questions soulevées par les événements présents, qui se rattachent à ce qu’on désigne sous le nom d’urbanisme.
- Ce sont ces questions qui nous valent ce soir l’honneur^’avoir parmi nous plusieurs personnalités que je remercie d’avoir bien voulu assister à cette séance, et qui veulent bien témoigner de l’intérêt quelles offrent.
- Je vais ouvrir la discussion en demandant à notre Collègue M. Paul Besson de prendre la parole, ainsi qu’il en a exprimé le désir.
- M. P. Besson.— Je n’ai que quelques mots à dire sur une question qui est très étrangère à mon genre d’études. Cependant j’ai tenu à souligner l’importance qu’avait prise ici la communication de mon ami M. Victor Cambon. Depuis cinq mois qu’elle a été faite, tous les orateurs qui se sont succédé à cette tribune ont été obligés .d’invoquer les directrices que notre Collègue avait établies. Certaines personnes ont considéré que M. Victor Cambon était pessimiste. Il ne l’est pas et il ne l’a jamais été, pas plus que moi; il n’est pessimiste qu’à la manière de Candide disant à Pangloss : « Il faut cultiver notre jardin. »
- Il n’a pas hésité, malgré l’hiver, à se rendre aux États-Unis pour étu dier le développement prodigieux que prend l’industrie chimique amé» ricaine du fait de la guerre. Nul doute qu’il ne rapporte un grand nombre de documents qui nous permettront à notre tour d’organiser notre industrie chimique avec autant de rapidité que les Américains ont organisé la leur.
- A propos de ce qu’a dit M. Courtois à la dernière séance, je me permettrai de dire que, tout en admirant la personnalité très forte de certains maires qui ont pu, à la tète de leur Conseil municipal, obtenir d’assemblées élues de considérer l’intérêt général et d’arriver à faire des plans d’ensemble, nous avons malheureusement assisté très souvent en France à la dispersion des efforts et nous n’avons pas eu, même dans des villes importantes, des plans d’ensemble pour l’organisation des cités.
- M. Courtois a parlé de l’ancien régime comme ayant créé l’Avenue des'Champs-Elysées, qui ne menait alors à rien; il a cité également le percement de l’Avenue de la Grande-Armée. Bien d’autres villes ont eu des plans d’ensemble, mais j’ai peur que si nous restons dans l’état actuel de l’organisation départementale française nous n’en ayons pas.
- Puisque nous avons l’honneur d’avoir parmi nous, ce soir, des parlementaires, je souhaite qu’ils fassent que dans l’avenir on prenne vigoureusement la décision de décentraliser le pays, de façon, non pas à reconstituer le cadre peut-être trop étroit des anciennes provinces, mais à créer une organisation qui aura à sa tête soit des intendants, soit des gouverneurs, dans tous les cas des gens qui agiront et prendront des décisions et qui entraîneront derrière eux les assemblées élues.
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- Le Général Lyautey, dans ces derniers jours, a prononcé un discours dont vous avez certainement lu les termes, et la personnalité du Général Lyautey est assez haute pour qu’on puisse dire que chaque fois qu’on le cite, on cite une autorité incontestable. Je voudrais que les paroles qu’il a prononcées à Casablanca soient écrites partout. Il a vanté l’unité de direction et l’unité de méthode qu’il a pu exercer pendant trois ans, et il a dit avec beaucoup de modestie qu’un autre que lui-même aurait accompli la môme tâche.
- Quand on®a vu la Tunisie, on peut se rendre compte, en effet, que peut-être la personnalité du Gouverneur ou du Résident n’est pas indispensable. Le développement merveilleux que la Tunisie a pris depuis les trente et quelques années qu’elle est en notre pouvoir semblerait, jusqu’à un certain point, donner raison au Général Lyautey.
- Il racontait qu’entre 1830 et 1850 un voyageur avait été six ou sept fois à Saint-Pierre et Miquelon et à Terre-Neuve, que chaque fois qu’il était allé à Saint-Pierre, il avait constaté la présence d’un gouverneur' très intelligent, remarquable administrateur, et d’un niveau très supérieur au gouverneur anglais qui sé trouvait à Terre-Neuve, et il ajoutait : « Pendant ces vingt ans, à chacun de mes sept voyages, il y avait un nouveau gouverneur français, mais le gouverneur anglais était toujours le même, et des progrès se faisaient à Terre-Neuve, alors qu’il ne s’en faisait pas à Saint-Pierre. »
- Je souhaite que dans l’avenir nous retrouvions des personnalités comme celles de Tourny et de Turgot et que nous puissions avoir des plans d’ensemble dans les villes.
- Il y a, d’autre part, un point que M. Courtois n’a pas traité, c’est celui de la nécessité de la réforme de l’impôt au point de vue des constructions. Il est certain que la question est très complexe; elle a été discutée dans les assemblées parlementaires par de très nombreux orateurs ; ces impôts ont été défendus et attaqués.
- Je ne sais pas si, véritablement, les quatre contributions directes ont eu des charmes dans leur jeunesse, mais je considère que « les quatre vieilles », comme on les appelle, sont surannées et abominables.
- Je citerai la première, l’imposition des portes et fenêtres. Elle doit disparaître. Vous avez parlé de la réorganisation des villes et des maisons, vous avez dit qu’il était nécessaire d’avoir de l’air. L’impôt des portes et fenêtres est anti-hygiénique, et c’est le premier à faire disparaître.
- J’en dirai presque autant de l’imposition mobilière qui ne tient pas compte de la famille; elle frappe simplement le local, sans s’occuper du nombre de gens qui l’occupent.
- Je dirai aussi la même chose de l’imposition foncière. A la campagne, elle frappe d’une façon terrible certains agriculteurs, enlevant jusqu’à 90 0/0 de leur revenu.
- Je ne parle pas de la cote personnelle; c’est la seule des quatre impositions qui pourrait être conservée.
- Je souhaite que, après la guerre, le Parlement se décide à faire une réforme de l’impôt. Évidemment, cela amènera l’impôt sur le revenu : on ne peut pas y échapper.
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- Je souhaite que cet impôt soit établi avec beaucoup de prudence.
- Je souhaite que l’on reconnaisse que le capital, tout chargé de la puissance économique du pays — tel Atlas a pu supporter la Terre sur ses épaules — a accompli un grand devoir au cours de la présente guerre. Comme le disait l’autre jour M. Ribot à la tribune de la Chambre, a l’armée de l’Épargne française a fait son devoir », avec beaucoup moins de gloire évidemment que l’autre armée, celle qui, actuellement, cimente l’union dans les tranchées, avec son sang.
- Je souhaite que dans l’avenir ce capital et ce travail se réunissent, que l’on considère que c’est par l’union que nous arriverons à un résultat. Ce ne sera pas le crépuscule rouge du « Grand Soir », que certains •ont craint dans le passé, mais ce sera l’aube radieuse éclairée par la fraternité, qui n’est en somme que le grand principe : « Aimez-vous les uns les autres ! » proclamé il y a deux mille ans.
- Et je souhaite que dans la France reconstituée et nouvelle nous puissions établir la cité future dont nous parlait M. Courtois.
- M. G. Bechmann. — Messieurs, grâce à l’aimable invitation de votre Président, j’ai entendu, à la dernière séance, la communication de M. Courtois, et je l’ai suivie avec un très vif intérêt.
- M. Courtois a parcouru les quatre phases, ou mieux, les quatre étapes qui lui paraissent nécessaires pour l’établissement des plans de réconstruction des villages et des villes, ou, en un mot, des localités détruites, quelle que soit leur importance.
- A la première de ces quatre étapes, il a donné le nom d’« enquête », C’est la période qui est consacrée à la recherche des nécessités, des besoins, des conditions dans lesquelles on se trouve, de celles qu’il y a lieu de satisfaire, etc.
- Cette enquête terminée, il suppose l’établissement d’un « programme ». C’est la deuxième étape, et je crois que c’est la plus importante.
- Viennent ensuite ce qu’on peut appeler les développements, les lignes accessoires, qui permettent d’établir le « plan définitif », lequel est l’objet de la troisième étape.
- Enfin — je suis exactement la marche indiquée par M. Courtois — nous arrivons à la « réalisation », qui constitue la quatrième phase. C’est celle-là qui me préoccupe le plus. e
- Je crois en effet que nous trouverons sans peine, parmi les hommes de l’art, — pour ne désigner spécialement ni architectes, ni ingénieurs, ni agents voyers, parmi ceux qui s’occupent de ces questions, — des bonnes volontés, des capacités, des talents, qui sauront parfaitement réaliser, après étude sur place des conditions du problème, le programme •et le plan; mais la grande difficulté réside plutôt dans la réalisation.
- Pour la reconstruction des localités détruites, il faut aller vite. Or? avec nos habitudes administratives, on ne va pas vite; notre organisme tout entier n’est pas préparé à faire rapidement quelque chose d’utile ; il faut l’y amener, il faut le modifier dans la mesure du possible.
- Du reste, la loi qui a été votée par la Chambre des Députés et qui est, •en ce moment, soumise aux délibérations du Sénat, s’est préoccupée des
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- moyens spéciaux qui devraient être pris, mais je ne sais pas si elle est allée assez loin et si les moyens qu’elle a envisagés sont suffisants.
- Je voudrais vous faire toucher du doigt la difficulté. M. Courtois l’a bien aperçue et il en a signalé les modalités, si je puis m’exprimer ainsi, de sorte qu’il me suffira de souligner quelques passages de sa communication, que j’ai relue avec le môme intérêt que j’avais pris à l’entendre.
- A la page 224 du Procès-Verbal, M. Courtois rappelle que nos hommes de l’art étaient autrefois très habiles dans l’établissement des plans, qu’ils avaient su en tracer de fort beaux il a cité, à Paris, l’Avenue des Champs-Elysées, ouverte en 1670, l’Avenue de la Grande-Armée, l’Avenue de Neuilly, qui y font suite, ouvertes en 1730; l’Avenue de Glichy et l’Avenue de Saint-Ouen, ouvertes en 1763... On pourrait y ajouter le Cours de Vincennes, la place de la Nation, ce magnilique quartier qui entoure l’Hôtel des Invalides. Tout cela date à peu près de la même époque, xvne et xvme siècles.
- Mais en France, nous en avons bien d’autres exemples. Nous avons d’abord Versailles, qui, comme plan, est un chel-d’œuvre. Nous avons-Nancy, qui, sous l’administration du roi Stanislas, a créé un ensemble admirable, et qui, aujourd’hui encore, appelle l’attention de tous. Nous avons la place des Quinconces à Bordeaux, et tant d’autres. Je me borne à ces indications.
- Serions-nous donc dégénérés? N’aurions-nous plus d’architectes, plus d’ingénieurs capables de dresser de pareils plans ! C’est absolument impossible à admettre. Au surplus, nous avons la preuve du contraire.
- A l’étranger, on est entré dans la voie des plans d’aménagement, alors que nous n’y sommes pas encore et qu’à peine nous savons ce que veut dire ce mot; on y est même entré largement dans divers pays. Qu’est-il arrivé? C’est que nos propres architectes sont allés dans ces pays, qu’ils ont participé aux concours qu’on y a ouverts parfois pour l’établissement de plans d’aménagement, et qu’ils ont obtenu les premières places ! Je vous citerai M. Prost, architecte diplômé, prix de Rome, je crois : il a obtenu la première prime au concours pour le plan régulateur d’Anvers. Je vous citerai M. Jaussely, qui a obtenu le même succès à Barcelone; M. Bérard, qui a établi dans les mêmes conditions le plan de la ville Sud-Américaine de Guayaquil; M. Agache, qui a obtenu un premier prix pour un très beau projet de plan régulateur de Dunkerque.
- Donc, la preuve est faite. Nous avons parmi .nous — et ils ne sont pas les seuls — des hommes préparés, qui comprennent cette question et qui peuvent la résoudre. Ce n’est donc pas là qu’est la difficulté.
- Pourquoi donc, au xxe siècle, n’établissons-nous pas des plans régulateurs comparables à ceux de l’étranger? Si je ne me trompe, l’obstacle n’est pas dans l’incompétence des hommes, il est dans la difficulté de la réalisation, qui résulte de notre régime administratif et législatif et il n’est pas ailleurs.
- Je ne veux pas dire par là qu’il faut renoncer à notre régime d’expropriation : il s’applique parfaitement au but que ses auteurs s’étaient assigné; c’est un système qui apour objet de permettre l’exécution de travaux dont • le besoin est immédiat. Lorsqu’on décide de faire un travail sur un plan limité, on le réalise et l’on pourra continuer à le réaliser par les moyens
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- qui ont été établis, indiqués, tracés par la loi de 1841- Cette loi n’est pas parfaite sans doute; on parle de la remanier : c’est fort bien et je crois qu’améliorée elle sera toujours utile pour les modifications à opérer dans l’intérieur d’une ville. Si vous voulez transformer un quartier, dans lequel des intérêts considérables se sont accumulés sur un espace excessivement étroit, il faudra toujours procéder par cette méthode, qui garantit précisément ces intérêts d’une façon complète et cjui, en somme, a permis de réaliser des travaux considérables. Mais prenons un de ces plans d’ensemble, dont l’exécution s’étend sur de vastes surfaces et peut demander un siècle ou deux — le mot est dans la communication de M. Courtois, qui rappelle en effet qu’il a fallu deux cents ans'pour l’utilisation complète des plans conçus àCl’époque de Louis XIV, pour que les Champs-Elysées, l’Avenue de la Grande-Armée deviennent partie intégrante et extrêmement fréquentée de la cité — prenons un plan dont la réalisation demandera peut-être un siècle. Si l’on voulait procéder par notre système actuel d’expropriation, on se heurterait à une impossibilité absolue, parce qu’il faudrait des sommes énormes pour faire face, dans la période trop courte qu’elle comporte, à des dépenses, qui dépasseraient, par leur ampleur, les ressources limitées des budgets communaux. Et, d’autre part, si le plan n'était pas autorisé et fixé d’une’ façon définitive dès l’origine, les obstacles surgiraient de toutes parts, la spéculation s’ingénierait pour en empêcher la réalisation.
- Donc, la législation actuelle, telle que nous l’appliquons, ne se prête pas à la réalisation des plans d’aménagement, qui visent un long avenir. Ce serait pis encore si l’on se proposait d’en faire usage pour réaliser, dans un temps extrêmement court, en quelques mois, en une année, pour rétablir des localités détruites, dont les habitants ne peuvent pas attendre. Car il faut bien réparer les maux causés par la guerre aussi rapidement que possible ; on ne peut pas laisser éternellement les populations dans des baraquements provisoires !
- Comment faire ?
- La loi en préparation devant le Parlement a envisagé un système de consultations successives à trois degrés; c’est assurément trop long. En effet, ce qui est possible quand il s’agit de l’extension d’une ville comportant nécessairement une très longue durée, c’est-à-dire une période d’instruction de plusieurs années — trois ans, dit la loi dont il s’agit — ne l’est absolument pas pour les localités détruites.
- N’y aurait-il donc aucun moyen de parvenir au résultat ayec la rapidité nécessaire? Je ne puis l’admettre. Et, tout au contraire, je crois qu’il est permis d’en imaginer. D’ailleurs, M. Courtois le croit avec moi, puisqu’il dit un peu plus, loin (page 229) :
- « Il y a ici une condition primordiale...c’est celle de la rapidité
- » d’exécution. Les malheureuses populations qui, pendant de si longs » mois auront été chassées de chez elles, n’auront qu’un désir, celui de » se mettre à l’œuvre aussitôt... Et, d’autre part, l’occasion est unique » pour elles de supprimer tous les défauts que l’on constatait depuis si » longtemps sans pouvoir y remédier.
- » Il est possible de concilier les deux choses, mais à la condition de » s’y prendre dès maintenant. »
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- En cela M. Courtois me paraît avoir vu parfaitement juste. Il a saisi le point délicat. Et il déclare nettement que la conciliation est possible; bien plus, il en apporte la preuve. Il nous relate, en effet (page 230), une récente communication de M. Jaussely, un des architectes lauréats des concours que je citais tout à l’heure, où il est dit :
- « L’urbaniste, chargé des plans, en séjournait un minimum de temps' » sur place,... parviendra, avec un peu d’habitude et d’habileté, à saisir » ce qui est caractéristique dans une ville et dans les quartiers. En » aidant sa mémoire par des documents photographiques... il retiendra » ce qui lui est nécessaire et il lui deviendra possible d’étudier ses plans » loin des lieux, quitte à contrôler par des voyages rapides sa vision et » la réalité, ainsi que la possibilité de ses tracés...
- » On peut donc aller vite dans ce travail préliminaire, si on le veut, » et surtout si l’on s’y prend à temps », conclut M. Courtois; et il ajoute aussitôt : « mais tout ce que l’on ferait dans ce sens ne servirait à rien, » si l’on n'arrivait pas à diminuer, dans la plus large mesure possible, » les formalités administratives nécessaires pour l’adoption des plans » de reconstruction... »
- Voilà le point le plus grave. Il faut absolument qu’on parvienne à restreindre les formalités auxquelles on consacre tant de temps d’ordinaire... mais pour cela il ne faudrait pas hésiter à sortir des formules usuelles de la pratique administrative et à réduire au minimum le contrôle.
- A l’instant môme, M. Besson nous parlait de décentralisation, de régionalisation, si je puis dire. Voilà sûrement la tendance qui s’impose : quand il s’agit d’établir le plan d’un village, il n’est pas indispensable que l’administration centrale, à Paris, intervienne pour reviser le travail étudié sur place et déjà examiné à la Préfecture. Simplifions l’ins-truction; facilitons l’obtention des autorisations, nous atteindrons] lé résultat dans un temps infiniment plus court, et rien par ailleurs ne sera compromis.
- Sans doute, pour y parvenir, il faudrait de la part de l’Administration la ferme volonté d’aboutir, en entrant résolument dans la voie de la simplification et de la décentralisation ; il faudrait aussi beaucoup de bonne volonté de la part des particuliers intéressés, qui devront apprendre à se faire des concessions mutuelles, auxquelles au premier abord ils ne sont guère enclins.
- Lors des discussions qui ont eu lieu au Musée Social, et que présidait M. Siegfried, ici présent, qui s’est tant occupé de ces questions et qui a été l’auteur de plusieurs projets de lois déposés sur le Bureau de la Chambre, on s’était arrêté à cette idée que, pour faciliter l’établissement du plan, on devait venir en aide aux Communes, non seulement en leur donnant une subvention (qui pourrait être simplement une avance sur le fonds de<concours à fournir par le Trésor public pour la réalisation de ce plan, en compensation des dommages éprouvés), mais aussi en mettant à leur disposition tous les moyens que possède l’État, notamment ses agents techniques, sans les imposer bien entendu, mais en offrant leur concours, sous la'direction du maire lui-même : car si ce sont les administrations locales qui doivent faire le travail, parce
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- qu’elles seules ont le sentiment juste des besoins, le rôle de l’Administration supérieure est assurément de les guider, de leur donner des Conseils, de les aider dans leur effort.
- En second lieu il faudrait user de la persuasion pour amener les intéressés à se faire des concessions mutuelles, sans lesquelles la réalisation du nouveau plan deviendrait singulièrement longue et difficile. Si l’on élargit les rues, il y aura nécessairement des terrains englobés dont les propriétaires auront droit à des compensations : rien ne sera plus facile que de trouver ces compensations et de les leur accorder, si tout le monde y met de la bonne volonté; pour peu qu’on convoque les intéressés, qu’on leur démontre l’avantage des arrangements amiables, qu’on les prépare sur les lieux mêmes, on parviendra, dans bien des cas, à modifier leur état d’esprit habituel, cet état d’esprit particulariste du propriétaire, qui ne veut pas abandonner la moindre parcelle de son bien.
- Il reste encore un point à régler. Malgré tous les efforts, il y aura toujours des difficultés à résoudre, des litiges qui devront être finalement soumis à un juge. Que de temps on perdrait s’il fallait avoir recours à tout l’appareil de la Justice, avec ses interminables lenteurs, très justifiées dans beaucoup de cas, mais qui seraient désastreuses dans la circonstance! Nous proposons de soumettre ces litiges au Juge de paix, qui, dans les petites localités — c’est de celles-là qu’il s’agit avant tout, car ce sont les plus nombreuses — connaît les deux parties, et saura mieux que personne les départager, car il est l’arbitre naturel, auquel elles peuvent avoir recours, simplement, facilement, rapidement, et il y suffira dans les cas ordinaires. Si la sentence du Juge de paix n’est pas acceptée par les parties, on irait au tribunal, mais on demanderait à ce tribunal déjuger, comme en matière sommaire, dans un temps excessivement court.
- Si l’on voulait mettre assez de bonne volonté de part et d’autre pour accepter ces solutions, je crois qu'on arriverait facilement au résultat que nous cherchons, que vous cherchez aussi, et que M. Courtois a voulu mettre en évidence en conclusion de sa communication.
- M. Jules Siegfried. — Dans la question qui est en discussion, il y a deux parties, la partie concernant la réparation des dégâts de la guerre, (jue M. Courtois a développée dans son intéressante étude, et la question générale de l’extension, de l’amélioration, de l’aménagement des villes.
- M. Bechmann et moi nous avons étudié ces questions depuis bien des années, vous connaissez sa compétence en cette matière, et nous avons rédigé ensemble un projet de loi que j’ai déposé il y a quelques mois à la Chambre et dont voici le dispositif :
- « Article premier. —Pour obtenir les subventions prévues par la loi, » les communes seront tenues d’établir préalablement, en vue de la » reconstruction des localités détruites par l’ennemi, un plan d’aména-» gement et, au besoin, d’extension, de nature à satisfaire tant aux pres-» criptions générales du règlement sanitaire qu’aux conditions particu-» lières d’hygiène, de viabilité et d’esthétique.
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- » Art. 2. — Ce plan, dressé sous la direction du maire, avec le » concours d’une personne compétente en matière d’hygiène et d’un » agent technique désignés par le préfet, puis approuvé par le conseil » municipal, deviendra exécutoire en vertu de l’approbation préfectorale.
- » Art. 3. — Les propriétaires, tenus de se conformer aux dispositions » du plan approuvé, devront se constituer en association syndicale, » sous la présidence du maire, en vue de procéder à une équitable » répartition des terrains à bâtir, d’imposer, s’il y a lieu, cette réparti-» tion et de fixer les droits de chacun à la subvention de l’Etat.
- » Art. 4. — Les litiges auxquels cette répartition pourrait donner » naissance seront jugés sommairement par le juge de paix, sauf » recours au président du tribunal de première instance statuant en » matière de référé. »
- Gomme vous le voyez, cette proposition était simple et pratique, car il est évident que si l’on veut aller vite, il ne faut pas de réglementation exagérée.
- Lorsqu’il s’agit de reconstruire un village, une petite ville ou même une grande, si l’on veut faire quelque chose de pratique tout en réalisant un progrès au point de vue de l’hygiène et de l’esthétique, il n’est pas possible d’utiliser la superficie des propriétés telle quelle. Dans une môme rue, on aura des propriétés de dimensions et de formes absolument différentes, et si l’on voulait reconstruire exactement ce qui existait, on ne ferait jamais rien de bon ; nous avons pensé qu’il fallait faire un ensemble des propriétés et puis une répartition rationnelle, et que pour arriver à ce but, on pourrait se servir de la loi sur les associations syndicales, afin que, sans léser aucun intérêt, on puisse donner à chacun ce qui lui revient, et reconstruire cependant la ville d’une façon pratique, régulière et convenable à tous les points de vue.
- Yoilà l’ensemble de la proposition que nous avions faite ; malheureusement, les idées les plus pratiques, sont difïiciles à faire accepter dans les assemblées, surtout quand elles sont nombreuses, et au Parlement, où il y a des hommes très distingués, il est néanmoins difficile de les mettre d’accord.
- Ce projet a été trouvé révolutionnaire par les uns, trop simple par les autres ; bref, il n’a pas eu de succès, et la Commission à laquelle il a été renvoyé, a trouvé qu’il falîâit faire quelque chose de plus complet, et elle a adopté un projet qui q été rapporté par M. Cornudet.
- Ce projet est très bien fait, très complet, peut-être même trop complet et il rentre dans les idées de nôtre administration, qui entre en général dans trop de détails.
- Après une longue discussion, intéressante du reste, le projet a été approuvé. Ce que nous avions proposé, M. Bechmann et moi, s’appliquait simplement aux dégâts de la guerre, mais la Chambre a voulu y joindre la question générale de l’extension et de l’amélioration des villes, question de premier ordre et d’un intérêt puissant.
- Vous savez que les pays étrangers se sont beaucoup occupés de cette question, notamment les États-Unis, et lors du dernier voyage que j’ai fait dans ce pays, il y a une quinzaine d’années, j’avais été très frappé des préoccupations des Américains au point de vue de l’extension des
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- villes. Alors que j’étais à New-York, la municipalité était en train d’acheter un parc qui se trouvait à 32 km du centre de la ville. Pour nous, avec nos idées, cela semblait tout à fait extraordinaire, mais pour' les Américains, qui ont vu, par expérience, combien les villes se développaient rapidement, cela semblait tout simple.
- J’ai été aux Etats-Unis en 1861, à une époque où on avait créé déjà ce qu’on a appelé le Central Park. A cette époque, ce parc se trouvait à peu près à 3 km du centre de la ville; aujourd’hui, il constitue le centre de la cité et son nom de « Central Park » est tout à fait exact.
- En cherchant des terrains à 32 km de distance, les Américains voient les choses de loin, et il faut dire que la situation de New-York est tout à fait spéciale puisque cette ville est située entre deux grandes rivières sur une langue de terre de 2 à 3 km de largeur ; la ville est donc obligée de s’étendre en longueur et on en profite pour l’étendre aussi en hauteur, ce que, je l’espère, nous ne ferons jamais parce que les maisons de cinquante étages constituent quelque chose d’épouvantable.
- Le Musée social s’est occupé de cette question de l’aménagement des villes il y a une dizaine d’années déjà; il a créé une Commission d’Hygiène urbaine et rurale qui a préconisé des solutions intéressantes de nature à faciliter aux villes leur extension et leur embellissement.
- Il est nécessaire de prévoir leur avenir, les villes s’étendent de plus en plus, c’est un mouvement que l’on n’arrêtera pas. Paris, par exemple, qui, il y a un siècle, avait 5 ou 600 000 habitants et qui en a aujourd’hui 3 millions, en aura certainement 5 ou 6 dans trente ou quarante ans ; par conséquent, si on ne prévoit rien pour ce développement, qu’arrjvera-t-il ? Rien de bon.
- Au Havre, par exemple, dont j’ai été maire pendant longtemps et ou j’ai pu voir les choses de près, que serait-il arrivé si on n’avait pas prévu le développement de la ville? Il y a cinquante ans, Le Havre avait 30 000 habitants ; il en a aujourd’hui 150 000, et dans vingt ou trente ans, il en aura 3 ou 400 000. Si on ne prévoit pas ces développements, il arrivera un moment donné, où les expropriations seront tellement coûteuses que les finances de la ville ne pourront pas y résister ; si, au contraire, on prend les dispositions nécessaires, en faisant un plan d’extension, si on prévoit les voies essentielles, la largeur de ces voies, les espaces libres, les parcs, car il faut en avoir de plus en plus, on assure l’avenir de la ville.
- Quand j’étais aux États-Unis, j'ai constaté que la grande préoccupation des Américains était de créer partout le plus grand nombre possible de parcs ; ils veulent de l’air, ils veulent des espaces libres surtout pour les femmes et les enfants.
- Il faut, en effet, assurer à l’ouvrier et à sa famille les avantages que les classes riches peuvent s’accorder, d’avoir des jardins, et il y a là tout un ensemble qui nécessite un plan général, et les villes doivent être mises en demeure de préparer ces plans et de les exécuter.
- D’après notre loi de 1841, quand une ville veut créer un boulevard ou une avenue, elle est obligée d’exproprier immédiatement les terrains nécessaires et les dépenses considérables qui en résultent, empêchent souvent de faire ce qu’on appelle réellement un plan d’extension.
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- Certains pays ont créé une législation, qui permet d’arrêter un plan d’extension en procédant aux expropriations successivement, au fur et à mesure des besoins. Ce serait considéré chez nous comme une atteinte à la propriété privée, car notre législation a toujours sauvegardé les intérêts particuliers avant de s’occuper de l’intérêt général, et cependant il me semble que c’est le contraire qui devrait avoir lieu. Personne ne veut attenter aux intérêts privés, mais l’intérêt général doit passer avant l’intérêt particulier. Quand, dans les villes étrangères dont je viens de parler, les terrains prennent une très grande valeur, c’est la ville qui en profite, c’est l’intérêt général qui en bénéficie et non pas seulement l’intérêt particulier. Il semble donc que nous pourrions modifier notre législation à ce point de vue sans porter atteinte aux droits des propriétaires.
- La plupart de ces questions ont été étudiées par la Commission de la Chambre des Députés quÇ sur le rapport remarquable de M. Cornudety a voté une loi que j’approuve, mais qui n’a qu’un défaut à mon avis, c’est d’être un peu trop compliquée. Sans doute, les villes seront obligées de faire des plans, mais ces plans devront être examinés par un premier comité départemental puis par un Conseil supérieur, où siègent les plus hautes notabilités de France.
- C’est fort bien, et il est probable que les plans qui auront été étudiés par des Commissions aussi importantes seront bien faits, mais vous voyez combien de temps perdu, et s’il s’agit des dégâts de guerre, peut-on penser que les propositions seront solutionnées rapidement.
- Peut-être M. Baudet et la Commission du Sénat trouveront-ils moyen de parer à cette difficulté. Le projet est excellent si l’on a trois ou six mois devant soi, mais il faudrait trouver un système plus expéditif.
- Au point de vue général, je crois que nous sommes tous d’avis qu’il faut voter le plus rapidement possible une loi prévoyant les plans, d’extension et d’embellissement des villes, et notamment de Paris. Paris est très heureusement situé et il a dans ses environs des réserves importantes d’espaces libres qu’il ne faut pas laisser détruire et dont il faut préparer l’utilisation. A ce sujet, M. le Préfet de la Seine a déposé il y a deux ou trois ans un projet du plus haut intérêt; il propose d’englober dans la périphérie de Paris tout le département de la Seine. Il est évident, en effet, que si l’on veut maintenir les communes suburbaines telles qu’elles existent, on n’obtiendra jamais un état satisfaisant, car il sera toujours difficile de mettre d’accord toutes ces communes. Il faut donc les réunir et sous ce rapport, le projet du Préfet de la Seine est extrêmement intéressant.
- Nous avons dans les environs de Paris des forêts admirables, qu’on laisse dans un état déplorable. Il faut les aménager, il faut prévoir les avenues nécessaires pour y parvenir, il faut prévoir surtout l’extension de la ville en superficie — et non pas en hauteur, comme les Américains — il faut assurer des communications faciles. Il y a tout un plan d’un haut intérêt que le Préfet de la Seine a fort bien indiqué. Après la guerre nous aurons pendant quelques années autre chose à faire que de le réaliser, mais il faudra bien y arriver si on veut que Paris reste à la tête, non pas seulement des villes de France, mais des villes du monde entier
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- et attire à nouveau par son organisation générale et par la beauté de ses monuments, les étrangers qui avaient pris l’habitude d?v venir et qui, j’en suis sûr, seront de plus en plus attirés chez nous. Mais il faut que nous fassions le nécessaire pour les attirer et pour rendre la vie aussi agréable que possible à ses habitants et surtout à la population ouvrière, qui est si intéressante et qui ne peut avoir les distractions que nous pouvons nous procurer. Il faut que nous essayions de lui donner, avec l’hygiène, avec la santé, les agréments qu’on peut avoir dans une ville bien organisée sous tous les rapports.
- J’espère, Messieurs, que vous voudrez bien nous aider à faire prédominer ces idées, d’une part au Sénat où est maintenant le projet, et, d’une façon générale, dans l’opinion publique. (Applaudissements.)
- M. Louis Baudet. — Je suis embarrassé pour prendre la parole, après M. Bechmann, d’une part, et après mon honoré collègue, M. Siegv fried, d’autre part, d’autant plus que tous les deux étaient certainement mieux préparés que je le suis à parler sur ce sujet. Et je suis embarrassé aussi, parce que, comme Sénateur, je vais prendre un peu la défense de la loi que la Chambre des Députés a votée et que mon collègue, le député Siegfried, vient d’attaquer.
- Siegfried sait que, lorsqu’on a obtenu un vote, si imparfait qu’il soit, il est bon d’essayer d’en tirer tout le profit possible...
- M. Siegfried. — Certainement !
- M. Baudet. — Il arrive assez souvent au Sénat d’accepter et de voter des lois que la Chambre lui renvoie, bien que ces lois ne le satisfassent pas entièrement. D’ailleurs, seraient-elles rédigées autrement qu’il arriverait toujours, nécessairement, qu’elles ne le satisferaient pas entièrement. Seulement, il y a peut-être moyen d’améliorer une loi sans être obligé de la renvoyer au vote de la Chambre.
- Siegfried sait bien — il me pardonnera de le traiter de cette façon amicale en l’appelant tout simplement Siegfried — qu’une discussion nouvelle à la Chambre soulèverait des difficultés nouvelles, que certains points qui ont paru acceptables ne le paraîtraient peut-être pas cette fois-ci et que, bien loin d’y gagner quelque chose, on perdrait peut-être ce qu’on a acquis.
- J’avoue que, lorsque j’ai commencé à lire le texte, j’ai été, comme lui, •effrayé du nombre des membres des commissions que la loi prévoit ; je me suis demandé s’il n’y aurait pas là, précisément, une cause de ralentissement exagéré. Mais il sait bien enfin que tout le monde n’est pas présent dans ces commissions, que le plus souvent c’est une sous-commission, et dans cette sous-commission un membre quelquefois, qui fait la plus grosse part de la besogne et que la commission n’intervient guère que pour discuter, améliorer les idées qui ont été. exprimées par la sous-commission. Je crois donc que, de ce côté, nous n’aurons pas à subir de très grands retards.
- Il y a bien la transmission d’une administration à l’autre. Et maintenant qu’il y a le téléphone, le télégraphe, les postes bien organisées, je crois que les transmissions sont encore ralenties et que les dossiers Bull. 39
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- mettent plus de temps qu’autrefois pour passer d’une administration à l’autre.
- Si j’ai accepté de faire ce rapport, c’est parce que, comme maire — et tout à l’heure Siegfried voulait bien rappeler que je le suis depuis bien longtemps, depuis vingt-cinq ans bientôt — j’étais préparé par la situation particulière de la petite ville que j’administre depuis ce longtemps déjà et qui a été brûlée entièrement en 1723. Or, la rapidité des opérations de reconstruction sur un nouveau plan m’a fait penser qu’en 1915,1916 ou 1917, il ne serait pas plus difficile d’aller aussi vite qu’en 1723. Quand j’ai lu — comme rapporteur, j’ai dû le faire — les études que la Société centrale des Architectes a produites, j’ai lu qu’elle demandait un bien plus long délai, qu’elle trouvait trois ans insuffisants pour établir un plan de la ville. Et quand je me suis reporté aux archives de ma petite Aille, j’ai vu qu’un incendie total s’étant produit le 21 juin 1723 on adjugeait les travaux sur un plan nouveau, après avoir fait tous les échanges de parcelles nécessaires, en 1724 ; il ne me parait donc pas qu’il ait fallu plus de trois mois, au maximum, pour établir un plan nouveau, l'aire l’échange des parcelles, ce qui, à cette époque, était assez difficile puisqu’il n’y avait pas la loi de 1841, dont M. Bechmann a dit tout à l’heure un peu de mal,et que nous essayons en ce moment, au Sénat, d’améliorer.
- Je trouA'e dans mes archives, en 1724 :
- « Etat des emplacements, avec le remplacement de chacune des dites » maisons, etc... et alignement nouveau dresse par le sieur Iiardouin... »
- Je pense que nous ne sommes pas hors d’état de faire un effort semblable pour la reconstruction de nos villes. Ce serait à désespérer du progrès si les délais devaient être augmentés dans la proportion que nous disait justement la Société centrale des Architectes.’
- Je ne m’étendrai pas. Au point de vue technique, je n’ai pas les compétences nécessaires pour traiter la question, comme M. 'Courtois, comme M. Bechmann, comme M. Siegfried l’ont fait tout à l’heure. Je me bornerai à vous dire que j’ai fait appel, et que je ferai encore appel à leurs lumières pour améliorer cette loi par le dépôt d’une proposition, qui viendra alors du Sénat, lorsque le Sénat aura bien voulu admettre la proposition de la Chambre. Je crois que, grâce à ces adjonctions, nous arriverons à quelque chose de satisfaisant. Il ne faut pas oublier que la question que nous aA'ons à traiter au Sénat ne se présente pas tout à fait comme Messieurs les Architectes, comme M. Courtois lui-même l’avaient prévue. Nous avons à nous préoccuper de la reconstruction non seulement des grandes villes, comme Reims, mais encore des tout petits villages, et là peut-être y a-t-il plus de difficultés que dans les grandes villes, parce que les moyens d’établissement des plans font défaut, parce que les intérêts privés ont peut-être plus de mal à se soumettre à l’intérêt public, parce qu’il sera bien dur, dans un village, de dire à un habitant: vous avez les quatre murs de votre maison qui restent, nous allons yous interdire d’y mettre un toit et de la réédifier au point même où elle était, attendu que l’alignement nouveau ne permettra pas qu’elle reste dans la situation où elle était.
- Ce sera peut-être plus dur que dans les grandes villes, et c’est pour
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- cela qu’il est urgent, nécessaire, indispensable, d’aller vite et qu’il est nécessaire de ne pas prolonger les délais outre mesure. Et c’est pour cela qu’on a réduit précisément à trois mois ces délais qui paraissent si courts aux architectes et qui paraîtront certainement trop longs aux intéressés.
- Il y a eu peut-être, dans le début de la discussion de cette proposition de loi, une certaine hostilité, qui s’est -manifestée dans des articles de journaux, très graves d’ailleurs, parce qu’on avait introduit le mot « embellissements », qui figurait dans une des propositions d’où la loi est sortie. Tout de suite, on a dit : vous allez détruire le pittoresque de nos villes et, sous prétexte de redresser les rues, vous allez leur faire subir un préjudice considérable.
- Je crois qu’on se fait une idée fausse de la raison pour laquelle les rues des villes anciennes ne sont pas rectilignes. Ge sont des raisons qui ne sont pas des raisons d’esthétique. En réalité, lorsque, même au xive siècle, on a pu construire d’un seul jet, on a établi les villes sur un plan régulier et le pittoresque de ces villes établies sur des plans réguliers n’est pas moindre parce que chacune des maisons en elle-même peut être une œuvre d’art et ne pas nuire à l’aspect de la ville. Il ne faut pas, précisément, pour satisfaire à un goût particulier pour les petites rues, priver les villes de l’air et de la lumière nécessaires.
- De telle sorte qu’on a créé un malentendu que justement j’aperçois. La loi s’appelle « Loi d’extension et d’aménagement des villes », et on a, fait disparaitre le mot « embellissements ». Les architectes ont cru que la loi avait pour but d’imposer un style particulier aux villes. Il n’en est pas question. La liberté des artistes reste entière. On a seulement voulu leur imposer des conditions d’hygiène nouvelles et des conditions d’aménagement mieux entendues que celles qui résultent de l’absence d’un plan.
- Tout à l’heure, dans une conversation que nous avions ici même, M. Bechmann faisait, remarquer que même, les plans ne fussent-ils pas tout à fait parfaits, — ils ne le seront certainement pas, rien n’est parfait — il y a quelque chose qui est bien supérieur, non pas à un plan parfait, mais à ce qui -existe maintenant, •c’est l’existence même d’un plan,
- Tout à l’heure, on parlait de l’extension de Paris et de l’absorption par Paris des communes suburbaines. La plus grosse difficulté qui se présente, c’est justement la non-existence, dans les communes suburbaines, de plans et de plans d’aménagement, et, on pourrait dire, de plans de liaison entre ces communes. C’est à cela que la loi voudrait essayer de remédier. Elle n’a pas les prétentions qu’on lui a attribuées ; elle n’a pas la prétention d’imposer un style, elle n’a pas la prétention de régler toutes les questions indifféremment de la même façon, elle n’a pas la prétention non plus d’être la perfection, mais elle aura l’avantage d’exister et peut-être que, lorsqu’elle existera, à leur tour les plans d’extension et d’aménagement existeront, apportant une amélioration très grande à l’état de choses actuel.
- Yoilà pourquoi je défendrai la loi,, malgré mon ami Siegfried, devant le Sénat, loi qu’il a votée, que la Chambre des Députés a votée et qu’il
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- attaquait si énergiquement et si brillamment tout à l’heure... après l’avoir votée.
- M. Siegfried. — Bien entendu !
- M. Baudet. — Je n’osais pas le dire.
- Voilà tout ce que je peux vous apporter, avec le peu de renseignements que je possède et le peu de compétence que j’ai dans la matière.
- M. Ambroise Rendu. — A l’heure tardive où nous sommes arrivés, vous n’attendez pas de moi que j’entre'dans le détail des questions qui vous préoccupent si justement.
- Je vous apporte, tout d’abord, les regrets de votre collègue M. Gacheux, qui aurait voulu venir au milieu de vous, parce qu’il est un des champions les plus anciens et les plus autorisés de ce mouvement que vous cherchez à provoquer et à développer. Son expérience eût été précieuse ici et vous auriez entendu avec fruit le résumé de son intéressant mémoire sur le grand Paris.
- J’appartiens — et c’est à ce point de vue que, peut-être, je puis apporter aussi une pierre à l’édifice — au Comité de patronage des habitations à bon marché du département de la Seine, qui a une grosse besogne, je n’ai pas besoin de vous le dire, car vous avez vu naître dans notre département toutes ces petites.maisons qui constellent les environs de Paris et qui sont semées d’une façon aussi fantaisiste que les étoiles du ciel. i
- Il est impossible, lorsqu’on voit le plan de ces maisons ouvrières dans une commune, de se rendre un compte quelconque de leur emplacement, de leur distribution et surtout des liens qui les rattachent ; elles sont à l’état sporadique, et cela nous préoccupe beaucoup et depuis longtemps. C’est môme pour cette raison que, voyant se créer ces habitations que des ouvriers ou des petits bourgeois avaient construites pour abriter leurs vieux jours, nous avons examiné, au Comité de patronage, ce qu’il fallait faire pour empêcher de constituer des centres d’insalubrité. Nous pensions bien que, dans ces maisons ainsi poussées au hasard, pour ainsi dire, les conditions d’hygiène ne seraient pas observées et que nous, qui nous considérions comme les gardiens de la santé publique, nous risquions de créer un grand obstacle aux progrès de l’hygiène dans le département. Ce fut là notre constant souci.
- Nous ne nous étions pas trompés. Il est certain que les soixante-dix-huit communes du département de la Seine n’ont rien prévu à ce point de vue et qu’elles ont laissé se développer ce mouvement, si intéressant au point de vue social, mais si dangereux au point de vue hygiénique.
- Le mal s’aggravant, nous avons donc essayé d’avertir l’Administration. Il y a dans notre titre ces mots : « prévoyance sociale ». Nous inspirant de ce programme, nous avons dit à l’Administration ; il faut prendre des mesures; la prévoyance, c’est l’art de gouverner; c’est le premier article de toutes les constitutions générales ou particulières. Prévoyons donc ce qui va se passer. Et nous avons demandé à l’Administration d’inviter les communes à établir des plans méthodiques, raisonnés, logiques.
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- Je me permettrai de faire ici des critiques, qui d’ailleurs sont justifiées par l’expérience. L’Administration a fait la sourde oreille. Nous avons dit alors : puisque l’Administration ne veut pas intervenir dans l’administration des communes — je ne dois pas entrer ici dans l’examen de toutes les considérations qui, peut-être, ont arrêté les pouvoirs publics — nous allons essayer de provoquer dans les communes un élan, un essor nouveau, et nous, Conseil général, nous allons attribuer un ou plusieurs prix aux Communes qui auront le mieux aménagé leur territoire.
- C’était peut-être un moyen d’arriver. Les distributions de récompenses sont certainement une bonne chose, et on pouvait penser que les Communes, elles aussi, auraient l’ambition de se faire remarquer par l’établissement d’un plan meilleur que celui qu’elles n’avaient pas établi et ce n’était pas bien difficile car elles n’en possédaient guère.
- Là encore, la résistance de la part de l’Administration a été grande, et nous avons été obligés de nous contenter de formuler des vœux. Tous les ans, dans le rapport que j’ai l’honneur de présenter a(u Conseil général, je signale la nécessité impérieuse, de plus en plus impérieuse, de cet établissement de plans pour les communes de la Seine. M. Ca-cheux fait de même, et mes Collègues me suivent. Mais nous n’avons pas encore obtenu autre chose que des bonnes paroles. Il faut espérer que le Parlement interviendra pour nous obliger à prendre des mesures énergiques dans l’intérêt de notre département.
- On vous disait tout à l’heure, avec beaucoup de raison, que ce département de la Seine était devenu une grande cité ; on peut la comparer à Londres. Voilà plus de quatre millions d'habitants qui se trouvent réunis dans son enceinte, et ces habitants — permettez-moi d’employer l’expression — elle ne vous choquera pas, vous qui êtes ingénieurs — ce sont des habitants interchangeables, c’est-à-dire qu’il y a pénétration constante entre les habitants de Paris et les habitants de la banlieue ; ils ont les mêmes habitudes, les mêmes besoins, et il faut donner aux habitants de la banlieue les satisfactions que l’on donne aux habitants de Paris. C’est pour cela que le plan de la ville de Paris, c’est le plan du département de la Seine; mais il faut des moyens de transport et il faut des plans d’ensemble. Nous avons commencé à créer les moyens de transport, et ce n'est pas devant des ingénieurs que je dirai les difficultés que nous avons rencontrées. Nous ne sommes pas encore arrivés à la perfection, c’est certain ; il faudrait améliorer considérablement les lignes de tramways pour permettre à la population de profiter des beaux jours de l’été et de s’en aller aux environs de Paris ; il faudrait donner à certains habitants de notre ville le moyen de sortir de leur arrondissement. J’ai fait des travaux sur l’hygiène parisienne, et je puis vous dire qu’il y a tel quartier, de Paris dans lequel chaque habitant a en moyenne-75 cm pour se promener; ce n’est pas beaucoup pour faire une promenade hygiénique.
- Il fallait-donc trouver des moyens de donner à la population la possibilité de sortir çt d’aller chercher de l’air en dehors de Paris.
- Nous avons appelé l’attention de l’Administration sur tous ces points.
- Vous connaissez le grand projet dont on a parlé, et dont je reste le
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- partisan, quoi qu’il arrive. Il s’agissait de créer une belle avenue, de Paris à Saint-Germain, continuant l’avenue de la Grande-Armée, cette avenue qui rappelle les victoires d’autrefois, et qui, je l’espère, rappellera celles d’aujourd’hui et d’hier. Nous avons, dans la mesure où nous pouvions le faire, favorisé le projet ; malheureusement, il n’est pas encore sorti des cartons ; il paraît que de grosses difficultés se sont présentées, surtout âu point de vue des ressources à créer.
- Cette tentative n’est encore qu’à l’état d’essai ; je le regrette beaucoup, parce que si nous avions pu montrer au monde une avenue de ce genre, ayant près de 20 km de longueur et menant de Paris, la plus belle ville, jusqu’à la forêt de Saint-Germain, qui est un très beau site, je crois que nous aurions'fait une œuvre grandiose, et, en même temps, que nous aurions ouvert une voie nouvelle, nous aurions créé des quartiers nouveaux et, dans tous les cas, donné à la population des satisfactions auxquelles elle a droit.
- Nous n’avons pas réussi. Il faudra donc qu’un mouvement se produise. Il se produira dans les pays envahis dès qu’ils seront redevenus libres. Vous assisterez alors à une poussée qui fera que les villes se reconstruiront rapidement, avec, je l’espère, des directions un peu plus méthodiques que celles qui ont guidé leurs municipalités jusqu’ici.
- Mais il n’en est pas tout à fait de même pour Paris ; nous n’aurons pas les mêmes considérations, nous n’aurons pas derrière nous les mêmes moteurs, si je puis employer cette expression, et il faudra que ce soit l’opinion publique qui nous pousse à faire enfin ce que vous demandez depuis longtemps et ce que vous avez tant de raisons de réclamer: le plan d’extension.
- Je voudrais donc qu’il se créât une espèce d’agitation pour demander aux Pouvoirs publics de nous forcer la main. Nous avons besoin qu’on nous soutienne à ce point de vue, parce que nous rencontrons trop d’intérêts particuliers et trop de barrières qu’il est extrêmement difficile de franchir.
- Les communes, lorsque nous interrogeons leurs maires, paraissent toujours animées de bonne volonté ; mais, lorsqu’il s’agit d’une exécution quelconque, nous ne rencontrons plus que des résistances ; c’est bien pour cette raison que, nous qui demandons sans cesse l’établissement de plans pour les communes du département, nous n’avons encore rien à Amus montrer, sinon des plans qui remontent à Louis XIY et dont l’exécution se poursuit, mais qui ont acquis le privilège d’àge respectable qui mériterait d’être un peu mieux récompensé.
- Nous n’avons que des exemples anciens à suivre et je souhaite qu’on les suive. J’ai essayé, dans les rapports que j’ai présentés tous les ans, avec le concours de M. Gacheux, de réveiller un peu l’opinion à ce point de vue ; j’ai voulu faire la même chose pour les quartiers insalubres de Paris et je me suis attelé, avec certains Collègues, à la besogne si nécessaire et si patriotique de sauver une partie de la population qui meurt de la tuberculose. Mais ce ne sont là encore que des projets. Nous sommes en retard sur Londres et sur d’autres capitales, quoique 'nous ayons déjà fait beaucoup. Nous continuerons, je l’atteste.
- Messieurs, il faut que les grandes épreuves par lesquelles nous pas-
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- sons soient des leçons ; il faut qu’elles nous apprennent à nous défendre nous-mêmes. Il faut que nous puissions combattre victorieusement en faveur de l’hygiène publique, utilement, pratiquement et rapidement et c’est pour cela que je suis très heureux de me trouver en face d’un auditoire comme le vôtre, composé de personnalités compétentes, réfléchies, autorisées, pour vous demander de nous venir en aide dans ce bon combat.
- Si vous voulez bien nous aider, avec les moyens dont vous disposez, avec les revues dans lesquelles Anus écrivez, avec les livres que vous faites — car tous les jours vous en faites sur des questions des plus intéressantes — je vous assure que nous, municipalité parisienne ou assemblée départementale, nous serons beaucoup plus forts pour agir.
- Ce rôle que- je vous demande de remplir, c’est un rôle d’éclaireurs. Montrez-nous la voie, nous serons enchantés de la suivre, et je vous assure que nous aurons beaucoup plus de force pour obtenir des résultats. Voilà ce qu’une assemblée peut demander à une association comme la vôtre, parce qu’elle a besoin de certains concours. Le vôtre, très certainement, nous sera acquis et, à l’avance, je vous remercie de bien vouloir nous le donner dans l’intérêt de la grande cause que nous sentons. (Applaudissements.)
- M. le Président. — Après les paroles si autorisées que vous- venez d’entendre, votre Président éprouve de grands scrupules à venir vous entretenir à son tour. J’ai pourtant le devoir de dire à ces Messieurs combien nous les remercions d’être intervenus dans cette discussion.
- Nous avions ôté vraiment très frappés des réllexions si judicieuses que M. Bechmann a bien A’oulii nous présenter et en même temps de l’expérience qu’il a mise à notre disposition, en nous montrant combien il est utile et préférable de rechercher auprès de ceux qui ont passé par les hautes fonctions administrati\res des conseils sur les améliorations à y introduire.
- J’attache donc beaucoup d’importance à ce que vient de dire M. Bechmann, et je suis convaincu que la collaboration qu’il veut bien prêter aux membres du Parlement qui travailler]t avec lui aura pour effet de simplifier ces formalités, dont, en effet, on a tant souffert, puisque, comme on l’a dit tout à l’heure, il se trouve que nous allons moins vite qu’on allait il y a deux siècles.
- Je voudrais aussi remercier les membres du Parlement qui sont intervenus. M. le Député Siegfried consacre de longs efforts, depuis de longues années, à cette question de l’amélioration de l’hygiène de l’habitation, et c’est pour nous un spectacle bien réconfortant que de constater qu’il y a au Parlement des hommes de leur valeur et de leur autorité et de voir combien, dans une question si grave pour l’avenir du pays, des personnalités comme les leur apportent le plus grand souci de trouver la vraie formule.
- C’est pour nous un honneur tout particulier, ce soir, d'avoir pu constater, par l’intervention de M. le Sénateur Baudet, cette collaboration du Sénat et de la Chambre des Députés, et de voir qu’il y a dans les deux assemblées autant de bonne-volonté.
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- Je suis, comme industriel, particulièrement frappé de la nécessité d’agir. Je rappelais tout à l’heure une conférence qui vient seulement d’être imprimée, et qui a été faite à Nancy en 1913. Déjà à ce moment nous avons vu, dans une de nos villes de province les plus actives et les plus énergiques, qu’on s’était occupé de s’inspirer de l’étranger et de procéder à des améliorations qui s’imposent. C’est donc vous dire que nous sommes, je crois, tous d’accord pour constater que nous sommes très'en retard dans notre pays et qu’il faut chercher une des causes de ce retard dans cet individualisme excessif qui empêche les sacrifices de la collectivité, qui s’imposent et qui s’imposeront, je crois, de plus en plus, comme le signalait si bien M. Siegfried.
- J’ai, en terminant, à remercier M. Ambroise Rendu de nous avoir apporté le témoignage du souci qu’a la municipalité de Paris d’améliorer notre capitale, de la maintenir au premier rang qu’elle occupe dans le monde, à lui dire aussi combien nous sommes touchés de la collaboration qu’il prête à notre Collègue M. Cacheux, dont il voulait bien rappeler tout à l’heure les travaux.
- Je dois dire, enfin, à tous ces Messieurs, que la Société des Ingénieurs Civils de France n’oubliera pas l’honneur qu’ils lui ont fait ce soir en venant siéger parmi ses membres. (Applaudissements.)
- Nous avons reçu trop tardivement les observations de notre honorable Collègue M. Cacheux, qui a consacré toute son existence à cette question du développement des villes; j’aurais été désireux de vous en donner connaissance, mais sa note vient à peine de nous parvenir, elle est très longue, et je craindrais d’abuser de vosûnstants. Elle est reproduite ci-après, ainsi que les lettres que nous avons reçues de nos Collègues MM. P. Lecler et J.-F. Pillet.
- Il est donné lecture des demandes d’admission de MM. P. Bellard, . 3. Guerrier et U. Kunzler comme Membres Sociétaires Titulaires.
- MM. I. Boissonnot, J. Le Bret, H. Saint-Genis sont admis comme Membres Sociétaires Titulaires, et
- M. A. Chodorowski comme Membre Sociétaire Assistant.
- La séance est levée à 19 heures.
- Le Secrétaire Administratif :
- A. de Dax.
- NOTE ET LETTRES
- REÇUES AU SUJET
- DE LÀ DISCUSSION SUR LA RECONSTRUCTION DES VILLES DÉTRUITES
- NOTE de M. É. Cacheux.
- L’Urbanisme en Angleterre. •—En Angleterre, l’attention du public sur les inconvénients des cités anciennes a été attirée par l’apparition d’un livre intitulé: la Cité de demain, dans lequel M. Ebenezer Howard, son
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- auteur, décrivait les avantages d’une ville composée d’un noyau d’habitations, situées au milieu de jardins et entourées par une zone de petites fermes où l’on produisait les aliments nécessaires aux habitants. Le livre parut en 1898, l’année suivante il fut créé la Garden City Association, qui, en 1901, comptait 1300 membres et développa beaucoup la First Garden City Limited, société fondée! au capital de 7 500 000 francs qui créa la ville de Letchworth sur un domaine de 1 545 ha dont elle avait fait l’acquisition en 1903.
- Voici la description que fait M. Dufourmontille du territoire de la ville de Letchworth. Au sud-ouest, la zone des cottages, des magasins et des édifices publics se développant autour d’une vaste place centrale. Au sud-est, la zone des fabriques, à proximité de la ligne du chemin de fer et à la lisière des champs vers lesquels les vents dominants doivent chasser les fumées. Au nord-est, une seconde zone de cottages plus particulièrement destinés aux ouvriers des fabriques. Au nord-ouest, encore un quartier de cottages encadrant un vaste parc ouvert au vent d’ouest, chargé de purifier l’atmosphère de la zone industrielle.
- Partout de larges voies s’évasant çà et là en places et ronds-points.
- Sur les, 1 545 ha que représente la superficie de la cité-jardin, 485 sont affectés à la ville et 1 060 à la campagne. Dans l’intérieur môme de la ville 81 ha, non compris les routes, ni les jardins des cottages sont, réservés aux places, pelouses, terrains d’agrément et espaces libres de toutes sortes.
- Le plan d’aménagement est dû aux architectes Unwin et Parker.
- Les rues ont été laites en tenant compte du principe adopté par les constructeurs de cités-jardins, à savoir que les voies qui servent uniquement à desservir des habitations à bon marché doivent revenir le moins cher possible. Les réformateurs anglais du logement tiennent à dépenser le moins d’argent possible en frais de viabilité, et ils ne négligent aucune occasion pour atteindre ce but. Ainsi, en vue de faciliter la reconstruction des voies en Belgique, des délégués du Gounty Coucil Association ët du Comité d’aménagement des villes de Belgique ont organisé à la salle royale d’horticulture de Londres une exposition spéciale de matériaux de routes et des machines employées pour les mettre en œuvre et ils ont demandé à M. Vandervin, directeur des Ponts et Chaussées de Belgique, de faire une conférence à ce sujet.
- Une centaine de maisons de Letchworth ont été bâties grâce à un concours qui avait pour objet la construction d’une habitation, de trois pièces et cuisine, moyennant la somme de 3 750 fr. La société mettait à la disposition des concurrents un lot de terrains et elle s’engageait à le vendre ou à le louer au client que le constructeur lui présenterait à la fin de l’exposition, organisée à l’occasion du concours. Le succès de cette exposition détermina la Société à ouvrir un deuxième concours qui avait pour objet la construction de maisons de 5 000 à 10 000 fr. Une soixantaine de concurrents répondirent à l’appel de la société. D’autres immeubles furent bâtis par des sociétés de construction et par des particuliers.
- Dans notre ouvrage sur les habitations ouvrières en tous pays, nous avons consacré un chapitre spécial à l’étude des building societies
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- anglaises, qui ont employé la maison individuelle, comme joint! pour loger convenablement l’ouvrier et le petit employé, d’une part et pour donner, d’autre part, aux personnes qui leur confiaient leurs économies un intérêt supérieur à celui que sert la Caisse d’Epargne à ses déposants.
- Le principe sur lequel repose la building society est de prêter à une-personne la somme nécessaire pour devenir propriétaire d’une habitation individuelle, qui serait louée à un taux bien supérieur à celui d’une somme d’argent de môme valeur. Pour retirer 5 0/0 net d’une petite maison, il faut la louer au moins 8 0/0 de son prix de revient. En prêtant de l’argent au taux de 6 0/0 à un locataire en vue d’acquérir la maison qu’il habite, on lui donne la facilité de réaliser sur l’argent emprunté un bénéfice de 2 0/0, qu’il peut appliquer à l’amortissement de sa dette.
- En outre de la Building Society, qui ne fait que prêter des capitaux pour construire, il y a la Land and Building Society, qui construit des maisons pour les louer ou les vendre, et les Land Societies, qui se contentent d’acquérir du terrain pour le revendre par lots.
- A cqté de ces sociétés, qui fonctionnent avec succès à Letchworth, il y a encore une Garden City Tenants Limited, fondée sur le principe des Co-partnership Tenants Societies, qui ont pour objet de construire des maisons et de les louer simplement à leurs membres, en les faisant profiter des bénéfices réalisés sur les frais d’administration. Le locataire, étant assuré de ne pas payer plus cher qu’il ne revient le loyer d’une maison construite économiquement, avec le nombre de celles qui sont bâties en même temps à peu près du même type, cherche à réduire au minimum des frais d’entretien de son habitation. L’expérience apprend qu’en Angleterre les sociétés des locataires ont permis de réduire notablement les loyers de leurs membres ; par suite, les associations de ce genre se sont développées rapidement et elles ont beaucoup contribué à la création des cités-jardins anglaises.
- Le nombre des habitations de Letqfiworth est aujourd’hui de près de 1 500 et elles contiennent environ 9000 personnes.
- A côté des cottages, il y a les maisons de commerce et les usines. Les maisons de commerce ont deux ou trois étages au plus, leurs rez-de-chaussée sont occupés par des boutiquiers. On en compte une vingtaine.
- Les usines sont au nombre d’une quarantaine. Elles sont reliées par un embranchement à la voie ferrée qui traverse la ville de Letchworth. On y voit des imprimeries, des ateliers de reliure, une fabrique d’asphalte, une usine pour la production d’électricité, des blanchisseries, des fabriques de quincailleries, d’articles pour la photographie, d’orgues, d’automobiles, d’instruments scientifiques, de corsets, de tapis.
- Ces usines occupent près de deux mille ouvriers. La guerre actuelle n’en a pas diminué le nombre ; dans beaucoup d’entre elles on fabrique des munitions. Par suite de l’accueil fait à Letchworth aux réfugiés belges, on a pu créer six nouvelles fabriques.
- On y confectionne maintenant des boites qu’on importait d’Allemagne et des crayons en craie blanche qu’on retirait avant la guerre des États-Unis. Ces branches d’industrie ont été installées dans une usine de location de force motrice, qui a été fondée en vue de permettre aux
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- industriels de se rendre compte des avantages du pays avant de s’y fixer ; ces avantages sont, d’après M. Ewart Gulpin, les suivants ; savoir :
- 1° L’on peut acquérir à Letchworth une grande surface de terrain à très bon compte, ce qui permet de bien éclairer les ateliers et d’en augmenter le nombre. En vue d’une extension future, des usiniers ont acquis du terrain qu’ils utilisent en attendant pour la culture, pour les jeux de crocket ou de foot-ball ;
- 2° Les usines sont reliées par des embranchements à la voie ferrée ; par suite, on peut charger et décharger les marchandises dans l’usine même ;
- 3° L’électricité est fournie à très bon compte ;
- •1° Les travailleurs peuvent se procurer à bon marché des cottages avec jardins situés près de leurs ateliers.
- Grâce aux conditions favorables dans lesquelles travaillent les ouvriers, •on a constaté qu’ils fournissaient à Letchworth plus de travail qu’à Londres, et comme ils sont payés aux pièces, leurs gains sont plus élevés dans la cité-jardin qu’en ville.
- La construction des cottages n’a pas été ralentie par la guerre. En vertu de la loi de 1909, les sociétés d’utilité publique peuvent prêter sur hypothèques les deux tiers de la valeur d’une propriété. Un cottage comprenant cuisine, office, salon et trois chambres à coucher, revient à
- 4 500 fr ; par suite, lorsqu’un travailleur dispose de 1 500 fr, il peut devenir propriétaire. Un ouvrier qui ne veut pas endosser les charges d’une propriété peut louer un cottage à raison de 8 fr 10 par semaine.
- La zone agricole est loin d’être occupée jusqu’à présent, il n’y a qu’une cinquantaine de petites fermes en exploitation. Les tenanciers font assez bien leurs affaires car ils vendent sur place leurs légumes, leurs volailles et leurs œufs aux habitants de la cité-jardin.
- La ville, d’après les idées de ses fondateurs, ne doit pas contenir une population de plus de 32 000 habitants et la zone agricole 3 000.
- La zone ayant 1 000 ha de superficie, chaque famille disposerait en moyenne d’un hectare et demi bnviron.
- La ville de Letchworth ayant été commencée il y a quinze ans, il lui faudra plus de vingt-cinq ans pour occuper le territoire de la ville proprement dite et un temps bien plus considérable pour utiliser la zone agricole, en admettant que la guerre n’arrête pas son essor.
- Nous faisons cette remarque pour expliquer le peu de succès de la Société au point de vue financier, car elle n’a pas encore donné de dividendes. En 1911, il y eut un excédent de 3 500 fr environ de recettes sur les dépenses.
- Cet excédent s’éleva à 191925 fr l’année 1914, et il augmentera à mesure que les terrains vacants actuellement seront occupés.
- La Société de Letchworth n’a pas voulu faire œuvre pure de spéculation. Le dividende à servir à ses actionnaires a une valeur limitée à
- 5 0/0. Le surplus des bénéfices devra être affecté aux services publics.
- Si la vente des terrains ne donne pas, actuellement, lieu à la répartition de dividendes, il n’en est pas de même des services relatifs à la fourniture d’eau, de gaz e„t d’électricité.
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- L’eau est fournie par un puits de 65 m de profondeur et pompée dans un réservoir, d’où elle est distribuée par canalisation aux habitants.
- L’usine de production d’électricité a dû être doublée pour permettre de répondre aux demandes des clients.
- La guerre n’a pas arrêté la construction de cottages ; soixante-quinze habitations individuelles ont été terminées en 1915. La Société aurait pu, en raison de ses gains en 1913, servir un dividende de 4 0/0 àu capital versé ; mais, en raison des circonstances, elle a jugé prudent de reporter à nouveau le bénéfice réalisé.»
- Le nombre des bâtiments qui ont été bâtis sur le territoire de la ville-est de 1984 ; leur valeur est de 15 350 000 fr.
- La Société a créé une valeur très importante en transformant le terrain en culture qu’elle a acquis en terrain à bâtir ; elle a provoqué un. mouvement d’affaires considérable en amenant une population nombreuse dans un endroit désert.
- Si elle n’a pas satisfait les actionnaires au point de vue financier, elle a démontré qu’on pouvait placer les habitants d’une ville dans des conditions parfaites au point de vue de l’hygiène, car en 1914 la mortalité des habitants de Letchworth n’a été que de 6,8 0/00, tandis qu’elle était de 13,4 0/00 pour toute l’Angleterre. Le taux des décès des enfants y a été de 73 contre 109 0/00, mortalité moyenne des enfants en Angleterre.
- Il ne faut évidemment pas chercher à Letchworth les plaisirs intellectuels d’une ville comme Paris ; mais les résultats obtenus valaient la peine d’être signalés, car ils ont contribué puissamment à faire voter la loi anglaise de 1909 sur l’aménagement du territoire des villes. Le principe de cette loi est que l’État doit pouvoir contrôler le développement des villes, en tenant compte des intérêts et des desiderata des propriétaires fonciers.
- En vertu de la loi, toute autorité locale a le pouvoir de préparer un plan, pour n’importe quelle étendue de son territoire, pour le transformer en terrain à bâtjr.
- Le plan est soumis à une enquête ; un délégué du Gouvernement prend note des objections des propriétaires, et ce n’est que lorsque l’Etat est convaincu de l’utilité du projet qu’il le soumet à l’approbation des Chambres. Le projet adopté a force de loi. Il détermine l’aménagement du terrain, la direction des rues et leur largeur, les emplacements sur lesquels il sera interdit de bâtir, le nombre de maisons par hectare, la nature des bâtiments à construire sur le terrain : habitations, magasins ou usines.
- Cette loi fut votée grâce à l’expérience acquise non seulement par la construction de la ville de Letchworth, mais par celle des villages-jardins de Bournville, de Port-Sunlight.
- La loi intéressa vivement l’opinion publique ; des . sociétés furent créées en vue d’en démontrer l’utilité. Au commencement de l’année 1915, on comptait 112 projets adoptés ou dont la préparation par les autorités locales avait été autorisée. 70.000hà, c’est-à-dire une surface à peu près égale à la moitié de la surface bâtie en Angleterre et dans le pays de Galles, seront aménagés de façon à garantir des habitants con-
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- tre les inconvénients du voisinage d’une usine ou d’un bâtiment trop élevé. La loi donne aux autorités locales le droit de forcer les propriétaires à se conformer aux conditions du plan d’aménagement ; mais, d’après le discours de M. Herbert Samuel, président du Local Government Board, prononcé à la séance d’ouverture du congrès organisé à Londres pour faciliter la reconstruction des villes de Belgique, il n’a pas été nécessaire de recourir à l’autorité judiciaire pour faire exécuter les projets adoptés jusqu’ici par les autorités compétentes.
- L’action de la Société des cités-jardins s’est manifestée dans toutes les parties du monde ; c’est pourquoi elle a été tranformée en Société internationale en 1913. Quinze nations se sont fait représenter au premier Congrès international qui eut lieu au mois de juillet 1914. La Société, de concert avec la Société des Architectes anglais, organisa, en vue de favoriser la reconstruction des villes de Belgique, un congrès qui fut ouvert à Londres, au mois de février 1915, par le lord-maire de Londres, en grand costume, assisté du massier et du porte-glaive. Le congrès fut présidé par le Ministre belge des Travaux publics. A l’occasion du congrès, il fut organisé une exposition de plans et dessins concernant l’aménagement et la construction des villes modernes, et les congressistes visitèrent les villages industriels de Port-Sünlight et de Bournville, le faubourg-jardin de Iiampstead et la cité-jardin de Letchworth. Le résultat le plus saillant du congrès fut la publication d’un arrêté-loi dans le numéro du 25 août 1915 du Journal Officiel Belge, sur l’aménagement des communes belges.
- Nous en reproduisons ci-après quelques extraits :
- « Les communes sur le territoire desquelles des constructions publiques ou privées ont été détruites, par suite de faits de guerre, sont tenues d’établir des plans généraux d’aménagement destinés à servir de base aux autorisations de construire ou de reconstruire à délivrer par le collège échevinal. Ces plans doivent être approuvés par le Roi.
- » L’expropriation des parties de propriété privée qui devront être incorporées à la voirie, ou provisoirement acquises par l’Etat, la province ou la commune, pour l’exécution des plans d’aménagement approuvés, aura lieu selon les règles ordinaires de l’expropriation pour cause d’utilité publique.
- » Toute construction exécutée sans autorisation exposera son auteur à des poursuites judiciaires et, en outre, au rétablissement des lieux dans leur état primitif. »
- Dans notre vieux monde, il sera difficile de créer des villes de toutes pièces ; mais il n’en sera pas de môme dans les pays neufs ; c’est pourquoi la Société des cités-jardins et d’aménagement du territoire a envoyé des conférenciers faire de la propagande en Amérique. Les conférenciers eurent beaucoup de .succès ; ils obtinrent le concours du Gouvernement du Dominion, des municipalités où ils s’arrêtèrent, et de nombreux particuliers. Un certain nombre de sociétés d’aménagement du territoire des villes ont été créées. La satisfaction causée par les résultats acquis a été diminuée par la perte des documents, réunis par le professeur Geddes, en vue de constituer une exposition ambulante dans les villes où s’arrêtaient les conférenciers. Les documents ont été engloutis
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- avec le vaisseau qui les transportait, coulé par le croiseur allemand' Emden. L’exposition des documents devait être faite à Madras, Bombay et Calcutta, pour répondre à l’invitation faite par les gouverneurs de ces villes.
- La Société a remplacé une partie des matériaux perdus, dont la valeur était estimée à 75 000 f ; mais un certain nombre de cartes-plans et types detmaisons étaient des originaux dont la perte est irréparable.
- Allemagne. — En Allemagne, dès la moitié du siècle dernier, on s’est occupé de l’aménagement des villes, surtout à partir de l’année 1870, par suite de l’augmentation considérable de la population urbaine. Le système qu’employèrent les Allemands pour décongestionner leurs villes fut de créer des quartiers nouveaux en dehors de leur périmètre bâti, de provoquer la construction de maisons par des prêts de capitaux à taux réduit et à longue échéance, et de faciliter l’occupation des quartiers nouveaux en les reliant aux anciens par des moyens de communication rapides, commodes et économiques. Les municipalités allemandes ont le droit d’acquérir du terrain pour se constituer un domaine foncier, qu’elles administrent de façon à empêcher le plus possible la spéculation d’élever le prix du sol et, par suite, celui des petits logements. Les municipalités allemandes sont administrées par-dès bourgmestres qui, ôtant rémunérés convenablement, consacrent tout leur temps à l’administration de la ville dont ils sont les mandataires. Les bourgmestres sont dans la situation d’un directeur de société industrielle, et ils ont fait des études, en conséquence, pour pouvoir s’occuper de l’exploitation d’un domaine foncier, de transports en commun, etc.
- Les villes font l’acquisition du plus de terrain possible qui se trouve en dehors du périmètre bâti de leur territoire, et, quand elles jugent le moment favorable, elles l’aménagent.
- A cet effet, elles le percent de rues commerciales et de rues d’habitation, et, après s’être réservé les lotsf nécessaires pour les services publics, elles mettent les autres en vente en imposant aux acquéreurs l’obligation d’observer un cahier de charges qui a pour objet d’empêcher la création de foyers d’insalubrité dans les nouveaux quartiers et de garantir aux habitants la jouissance paisible de leurs maisons sans avoir à redouter les ennuis du voisinage d’usines ou de maisons à étages.
- Pour atteindre ce but, les territoires annexés sont divisés en zones, dont chacune est soumise à un règlement spécial, dont les clauses principales sont l’indication du nombre d’étages d’une maison, la surface de la propriété qui doit rester libre de construction, le genre d’utilisation des bâtiments.
- En général, le territoire d’une ville nouvelle est divisé en cinq zones :
- La première zone est consacrée aux maisons à étages ;
- La deuxième zone aux maisons d’habitation dont le nombre d’étages est limité ;
- La troisième zone aux habitations individuelles entourées de jardins ;
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- La quatrième zone aux usines :
- La cinquième zone aux habitations et aux usines.
- Plusieurs villes ont réalisé de grands bénéfices en transformant le terrain en culture de leur banlieue en terrain à bâtir. On cite la ville d’Ulm qui, ayant acquis des terrains pour une valeur de cinq- millions de francs, en revendit une petite partie à un tel prix qu’elle est propriétaire d-un domaine foncier très important, moyennant une très petite dépense.
- Un aussi beau résultat ne peut être obtenu que parce que les règlements interdisent de construire sur des terrains qui ne sont pas desservis par des rues en bon état de viabilité et que les municipalités allemandes facilitent l’occupation des nouveaux quartiers qu’elles créent, en faisant des avances de capitaux aux constructeurs et en créant des services de tramways.
- L’aménagement du territoire des villes demande l’emploi de capitaux importants, lorsqu’il est nécessaire de faire l’acquisition des terrains nécessaires aux opérations ; c’est pourquoi les municipalités utilisent la loi Adickes, qui leur permet de s’emparer des biens des particuliers pour les englober dans leurs opérations d’aménagement à la condition de restituer aux ayants droit une surface de terrain égale a celle qui leur appartenait, mais diminuée d’une petite fraction pour tenir compte •de la création des rues et des frais d’aménagement. La perte de terrain est bien légère, si l’on compare sa valeur à celle des avantages obtenus par la régularisation de la forme du lot de terrain en culture qu’on restitue à son propriétaire et pas formé en terrain à bâtir.
- Les règlements allemands qui imposent aux constructeurs l’obligation de donner à leurs bâtiments une hauteur égale au plus à la largeur de la rue qui les dessert ne produisent pas, au point de vue hygiénique, les résultats que l’on en espérait, car, si l’on visite les maisons en bordure des larges voies de Berlin, on trouve des logements encombrés, dont les chambres contiennent quatre personnes et plus.
- Dans quelques villes, on applique des règlements qui interdisent de loger plus de deux adultes par chambre ; mais en Allemagne, comme •en France, les capitalistes ne tiennent pas à construire des maisons collectives à petits logements, et, en présence de la pénurie de ces derniers, les autorités .sont impuissantes.
- Pour remédier à l’encombrement dans les villes allemandes, on a eu recours aux cités-jardins.
- La plus importante de ces cités est due à un grand industriel, qui a créé la cité-jardin d’Hellereau sur un terrain d’une superficie de 140 b, vendu par soixante-dix propriétaires, au prix moyen de 1 mark .50 le mètre. Le terrain a été acquis par une société foncière, qui divisera le terrain par lots qu’elle vendra en se réservant la faculté de rachat, ou qu’elle louera par baux emphytéotiques.
- La cité se compose actuellement de deux établissements pour industries d’art et d’environ trois cents maisons habitées par 2 000 personnes. La cité, terminée, contiendra 8 000 habitants.
- Les maisons sont pourvues d’eau, de gaz et d’électricitéun tramway électrique dessert la cité et la relie à la ville de Dresde, qui a créé et
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- exploite l’entreprise. Il existe dans la cité des boutiques de crémiers, d’épiciers, de libraires, de cordonniers, de tailleurs, de boulangers, de bouchers, etc.
- Parmi les sociétés fondées par les habitants d’Hellereau, nous citerons celle qui a pour objet la protection des oiseaux chanteurs, très nombreux dans les bois, à proximité de la cité, transformés en promenade.
- Les écoles sont bien organisées ; on enseigne aux jeunes gens la cithare, et on leur donne une instruction musicale et de gymnastique rythmique suivant la méthode de Jaques-Dalcroze, de Genève.
- La société foncière a été fondée au capital de 375 000 f. Pour augmenter ses ressources, elle a vendu du terrain aux deux établissements industriels qui se sont fixés à Hellereau ; mais elle a conservé le droit de rachat en cas de vente à un industriel gérant.
- Le restant du terrain est vendu à une société coopérative de construction, qui bâtit des maisons qu’elle loue à ses membres. La société emprunte 60 0/0 de la valeur des constructions, soit à l’État saxon, soit à la caisse d’assurances de Chemnitz.
- Les maisons louées sont occupées par des ouvriers et des petits employés.
- Pour attirer dans la cité des personnes d’une condition plus relevée, la société coopérative de locataires construit des maisons dont la valeur dépasse 20 000 f et qu’elle met à la disposition de médecins, d’ingénieurs, de petits rentiers, de pasteurs, de professeurs, etc. La société obtient 60 0/0 de l’Etat sur première hypothèque et pour se procurer les 40 0/0 de la somme nécessaire pour bâtir, elle les emprunte sur deuxième hypothèque à ses locataires, moyennant quoi elle leur assure le droit de donner congé des lieux qu’ils occupent et d’y habiter tout le temps qu’il leur conviendra d’y rester.
- Amérique. —En Amérique, les municipalités ont pu profiter de l’expérience acquise dans la construction des villes européennes pour construire leurs cités. La division du terrain a été obtenue, en général, par le percement de rues qui se coupent à angle droit ; les îlots obtenus ont été divisés en lots rectangulaires, dont le plus petit côté était en bordure d’une rue. En vue de diminuer le plus possible la majoration du prix des propriétés par les frais de viabilité, les Américains réduisirent au minimum la longueur des façades de leurs immeubles.
- A New-York, les lots de terrain ont, en général, huit mètres de façade sur trente-trois mètres de profondeur. J’ai fait voir, dans mon ouvrage intitulé : Supplément des Habitations ouvrières en tous pays, les transformations successives du type primitif de la maison à étages de New-York pour arriver à celui dit du double Decker, qui consiste en deux corps de bâtiment de douze mètres de profondeur, réunis par un escalier qui dessert quatre logements par étage composés chacun de trois pièces.
- Chacun de ces logements contient une pièce bien éclairée, soit par la rue que dessert la maison, soit par la cour, conjuguée avec celle de la propriété en bordure sur une rue parallèle $la première.
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- Les autres chambres sont éclairées par des courettes qui, entre la fenêtre de la chambre et la ligne mitoyenne de la maison contiguë, ont une largeur d’un mètre. En juxtaposant les deux courettes, on a ainsi des espaces libres de 2 m de largeur pour éclairer des chambres situées dans des maisons de huit étages. II .n’est donc pas étonnant que dans des quartiers où les maisons du système double Decker dominent, la-mortalité dépasse 300/00. Pour remédier aux effets déplorables de l’utilisation excessive du terrain à New-York, il faudrait supprimer un corps de bâtiment sur deux et l’on reviendrait ainsi aux types primitifs, dont les escaliers ne desservaient que deux logements par étage.
- Nous avons visité plusieurs immeubles à Paris pour lesquels on demandait un certificat de salubrité. Au début, les propriétés dont ils font partie se composaient de corps de bâtiment situés entre la rue et un jardin.
- En vue de profiter des avantages de la loi sur les habitations à bon marché, les propriétaires firent construire un corps de bâtiment dont les façades se trouvaient à la distance réglementaire de 6,60 des antres parties bâties. Gomme dans le quartier, où se trouvent les immeubles en question, la mortalité par tuberculose est de 11 0/00, nous avons jugé qu’il était inutile de donner un certificat de salubrité à une habitation à bon marché de six étages dont les logements étaient éclairés par des cours fermées de 6,60 m de largeur. Nous les avons refusés. Les propriétaires ont fait appel au ministre du Travail, qui annula notre décision parce qu’il n’avait pas encore approuvé notre règlement sanitaire, mais aujourd’hui cette formalité a été remplie et nous ne délivrons plus le certificat de salubrité que lorsque les cours fermées des maisons collectives, ont des dimensions moitié plus grandes que celles qui sont exigées par le règlement sanitaire de la ville de Paris de 1904. Les cours des maisons à étages de 20 m de hauteur doivent donc avoir une largeur de 10 m et une surface de 85 m pour répondre aux conditions du règlement sanitaire du Comité de Patronage de la Seine. Les dimensions sont loin de satisfaire les hygiénistes, qui, ainsi que le demandèrent les membres d’une Commission de salubrité, institué en 1832 par le Préfet de la Seine, estiment que la hauteur des maisons ne doit pas dépasser la largeur des rues qui les desservent.
- Ce principe est loin d’être accepté par les propriétaires. Malgré les efforts qui ont été faits aux États-Unis, en vue d’assainir les habitations, l’administration sanitaire qui dispose à New-York d’un budget de 8 millions de francs et d’un personnel de 770 agents, la mortalité moyenne n’a été abaissée dans cette ville qu’à 14,11 0/00. Grâce aux efforts de la National Housing Association créée en 1910, il a été fondé-un Comité officiel, qui a pour mission de s’occuper de la hauteur, de l’importance et de la distribution des maisons. Il a demandé, en 1913, de diviser le territoire de New-York en zones, dont Tune serait, réservée aux maisons à étages et dont les autres, non garnies d’immeubles à toute hauteur, seraient affectées à la construction d’habitations individuelles et pour deux familles. Les conclusions de la Commission, approuvées par le Gouverneur de l’Etat de New-York, firent l’objet d’un projet de loi qui fut soumis au Parlement et vivement combattu.
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- Le législateur de Pennsylvanie autorise les villes de première classe à réglementer la location, la hauteur et l'usage des maisons à loyers et d’adopter des règlements spéciaux pour les divers quartiers. En outre, la Commission des parcs réglemente la hauteur et l’usage des maisons à loyers qui sont à une distance inférieure à 60 m de tout parc, terrain de jeu, promenade ou autre place publique dont l’entretien lui est confié.
- Les résultats obtenus dans l’État de Pennsylvanie encouragent la Société nationale d’amélioration des habitations à redoubler d’efforts pour arriver à faire disparaître-.le surpeuplement dans les habitations, la construction de maisons à toute hauteur, les chambres obscures, humides et non aérées, les logements non pourvus d’eau, les amas d'ordures ménagères.
- Pour atteindre son but, la société organise tous les ans un congrès dans une ville différente, e t elle se sert des résolutions adoptées pour faire promulguer des lois relatives à l’amélioration des habitations dans les divers États de l’Union. Pendant le cours de l’année 1914, il a été promulgué dix-neuf lois, ordonnances et règlements concernant le logement. La Société a contribué à faire appliquer la loi sur les maisons à loyers par trente-trois villes du Massachussets.
- Le Congrès de 1915 a eu lieu àMinnéapoles du 6 au 8 octobre dernier. A cette occasion, la Société a nommé une commission en vue d’étudier la construction d’habitations individuelles. 4
- La Commission a fait deux rapports qui ont été soumis à la discussion des membres du Congrès. L’un de ces rapports concernait le lotissement des terrains et le second les plans d’habitation.
- Espagne. — L’aménagement des villes espagnoles a été entrepris parla Société des cités-jardins dont le Bulletin du mois de septembre 1914 donne d’intéressants détails sur le faubourg circulaire de Madrid, commencé par une société fondée en 1894 au capital de 2 500 000 fr. Le faubourg aura une largeur de 460 m et 50 km de tour. Un premier tronçon de 5200 m est sur le point d’être achevé et un deuxième tronçon de 8 200 m était en voie d’exécution lorsque, par suite de la crise, provoquée par la guerre, la société a arrêté ses travaux. La partie construite est traversée par une large voie de 40 m de large,, et par des rues d’habitation de 10, 15 et 20 m. Le capital de la société a été divisé en actions de 500 fr, payables à raison de 10 fr par mois. Les premiers fonds recueillis ont servi à faire l’acquisition du terrain, opération très difficile par suite du manque de confiance dans l’entreprise, de l'état irrégulierdes titres de propriété et l’impossibilité pour la Société de se procurer‘par voie d’expropriation des petites parcelles de terrain nécessaire pour tirer partie convenablemeut de grandes pièces de terre en culture qu’elle aurait pu obtenir dans de bonnes conditions. Les rues ont été mises en bon état de viabilité, elles sont munies de canalisations pour l’eau, le gaz et l’électricité.
- Le terrain a été divisé en lots de 400 m de superficie, 400 d’entre eux ont été attribués aux 1 500 premiers actionnaires. Des bons remboursables dans un délai de cinq ans au maximum et rapportant 8 0/0 d’intérêts ont été émis.
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- La Société construit des maisons qu’elle vend par annuités.
- Le faubourg est relié au centre de Madrid par des tramways électriques.
- La société a créé un parc, construit un théâtre, un restaurant et un casino, aménagé un terrain de jeux, et un autre pour les courses et les exercices de sport,
- La société a bâti également un magasin pour loger des matériaux de construction qu’elle achète en gros et revend en détail, elle a construit une usine pour fournir de l’électricité utilisée, soit pour l’éclairage, soit comme force motrice. La terre, provenant des fouilles, a servi à faire des briques.
- Fin 1914 il y avait 39 km de tramways en exploitation et 17 km en construction.
- Des canalisations ont été posées le long de 22 km de rues.
- Le terrain est vendu à des personnes qui font partie de toutes les classes de la société ; ainsi la princesse Eulalie de Bourbon a fait l’acquisition d’un ilôt pour construire un palais au milieu de jardins tandis que des ouvriers ont acheté des habitations à bon marché.
- Italie. — En Italie, on a lait de gfqnds travaux pour assainir les villes. L’initiative privée ne construisant pas d’habitations à bon marché en nombre suffisant pour loger les travailleurs, plusieurs municipalités ont bâti des maisons qu’elles ont exploitées. Les inconvénients de la gestion municipale ont provoqué la création des Instituts populaires qui ont servi de modèle aux offices d’habitations à bon marché, créés en vertu d’une loi dans notre pays. Les capitaux dont disposent les Instituts d’habitations populaires sont fournis par les municipalités, les sociétés de prévoyance, les banques populaires et même les particuliers. L’administration des Instituts est confiée à un conseil composé des délégués des corps constitués et des particuliers qui ont fourni des capitaux. Une soixantaine de villes italiennes ont fondé des Instituts d’habitations populaires. Les résultats obtenus par les Instituts dépendent de la manière dont ils sont administrés, ils ont sur les villes l’avantage de disposer non seulement des terrains et des capitaux dont ces dernières peuvent disposer, pour construire des habitations à bon marché, mais encore des fonds fournis par les œuvres de bienfaisance et de prévoyance qui sont très prospères en Italie.
- L’idée des cités-jardins a donné naissance en Italie à la petite ville de. Milanino, située à 6 km de Milan. Le territoire de la cité-jardin a une superficie de 136 ha, qui a été vendu par 52 propriétaires, au prix moyen de 0 fr, 70 le mètre, à l’Union coopérative. 35 ha seront employés pour faire des rues et créer des places, 4 autres hectares seront affectés à des squares, 55 ha à des jardins particuliers et enfin 36 ha seront occupés par des constructions. La cité contiendra 12 000 habitants.
- En 1912, il avait été construit 80 villas particulières et 34 maisons par une société coopérative de locataires. 22 ha étaient exploités.
- Les villas sont entourées de jardins, elles sont pourvues d’eau, de gaz et d’électricité. Dans toutes il y a une salle de bains et un appareil de chauffage central. Le prix d’une de ces .villas atteint et dépasse souvent
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- 20 000 fr. Elles sont habitées par des personnes qui paieraient, dans les faubourgs de Milan, des logements contenant autant de chambres un loyer de 1 500 à 1 800 fr et 2500 fr dans l’intérieur de Milan.
- L’Union coopérative vend des terrains,, sans restrictions, mais elle interdit la construction d’usines et elle impose l’obligation de soumettre les plans des constructions â son approbation.
- La Société coopérative de locataires se contente de louer à ses membres les maisons qu’elle construit.
- Conclusion. — Les quelques exemples que nous avons cités démontrent que les idées des urbanistes commencent à être appliquées ; par suite, il n’est pas étonnant que le Préfet de la Seine ait nommé une Commission en. vue d’étendre le territoire de la ville de Paris à tout le département de la Seine.
- Les travaux de cette Commission, dont le compte rendu figure dans trois volumes qui sont dans la bibliothèque de notre Société, ont été arrêtés par la guerre, mais ils seront repris dès que les circonstances le permettront, et de divers côtés on s’occupe activement de l’aménagement du territoire des communes de la Seine, pour faciliter leur annexion" à la Ville de Paris.
- Ainsi qu’on peut le voir par l’examen de l’extrait du tableau ci-contre, l’Administration sanitaire devra intervenir pour faire baisser la mortalité dans plusieurs communes où elle est supérieure à la normale, et dans d'autres l’initiative privée aura intérêt à le faire pour tirer partie de terrains mal utilisés.
- La mortalité moyenne des habitants de l’arrondissement de Sceaux est de 22 0/<»0, la natalité de 19,4. La population par hectare est inférieure à 10 habitants dans' les sept communes que nous citons. On devrait donc arriver à y réduire la mortalité. Il en serait de môme pour les quatre communes de l’arrondissement de Saint-Denis, dont la mortalité moyenne est de 20,2 0/00.
- Dans les deux communes industrielles d’Aubervillers et de Saint-Denis la population augmente, quoique la mortalité y soit élevée. Il en est de même pour Boulogne. Dans les trois communes il y a encore beaucoup d’emplacements disponibles pour usines.
- Nous conclurons de notre travail que le système employé par les municipalités allemandes pour aménager leur territoire est celui dont il faudra le plus s’approcher pour créer le Grand Paris. Les 78 communes du département de la Seine peuvent se diviser en trois classes, suivant qu’elles sont industrielles, agricoles ou simplement destinées à l’habitation. Les communes industrielles sont en général situées le long de la Seine et sont, en outre, desservies par un chemin de fer et quelquefois par un canal. La commune de Saint-Denis est la commune la plus favorisée au point de vue de la facilité des moyens de transport. Nous ne pouvons que regretter l’envahissement du territoire delà ville de Boulogne par les usines, car ce dernier avait été aménagé pour maisons de campagne, par le percement de larges voies plantées d’arbres, dans l’espoir que le voisinage du Bois de Boulogne'et l’aspect des coteaux boisés de Sèvres et de Meudon attireraient des amateurs de villas. La
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- P RO CÈS-Y E R UAL DK LA SÉANCE DU 20 N O V KM BUE 1910
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- COMMUNES PAU 1 NAISSANCES 000 HAB1 DÉ< Totaux TANTS :ès Tuberculose POPULATION en 1911 POPULATION par hectare SURFACE en hectares
- Arrond' issement c le Sceaux 1 1
- Anlony 32,2 23,8 5,2 4 503 5 959
- Bagneux 23,5 14,5 2,3 2 763 5 506
- Cbampigny-s-Marne. 16,0 17,9 4,4 10 426 9 1133
- Chatenay 15,6 19,6 3,2 1959 3 660
- Chevillv 7,2 13,6 7,7 1105 2,4 454
- Créteil 22,0 23,8 3,2 6116 5,3 1136
- Orly . 16,0 19,4 5,8 874 1,3 661
- Moyenne. . . . 19,4 22,0 3,5 512 016 24 21 257
- \ Arrondissement de Saint-Denis.
- Bobigny 31,7 ' 27,4 4,5 3 653 5 671
- La Courneuve.... 23,4 20,1 1,4 3 337 4,4 760
- Stains 18,1 20,1 3,4 3 851 7 534
- Yilletaneuse 26,5 26,5 3,6 944 4 228
- Moyenne. . . .• 20,9 20,2 4,01 739 395 38 19 317
- Aubervilliers . . . . 25,9 20,7 4,6 37 758 68 549
- Boulogne 21,2 20,4 4,6 57 029 43 1 321
- Saint-Denis i 22,7 19,2 3,6 7 750 30 2 273
- Compagnie Nau, qui fonda le village de Billancourt en 1825, vendit ses terrains avec interdiction d’y construire des usines, mais elle eut le tort de ne pas racheter, pour les démolir, quelques fabriques de cirage* de produits chimiques et de savon, dont les odeurs ont fait fuir les bourgeois mais n’ont pas empêché les fabricants d’automobiles de s’établir à Boulogne. Aujourd’hui il faudrait dépenser des sommes dont l’importance ne serait pas en rapport avec les bénéfices qu’on réaliserait sur la vente des terrains pour démolir les usines, dont le voisinage est désagréable, qui sont situées sur le territoire de la ville de Boulogne. , Dans les usines modernes on supprime la plus grande partie des inconvénients qui peuvent gêner les voisins. Ainsi nous avons visité la Cité-Jardin de la fabrique de savons de Port-Sunlight, et nous ne nous doutions pas de la présence d’une usine, par suite des précautions prises pour cacher les bâtiments au moyen de rideaux d’arbres et brûler la fumée.
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- Les industriels ne négligent aucune occasion de recueillir les poussières et les résidus de leurs fabrications, et souvent ils en tirent un bénéfice appréciable. Aussi M. Cambon, dans la France au travail, cite l'exemple d’un usinier qui obtient 30 000 fr par an, en récoltant la poussière qui reste dans les sacs vides de ciment qu’on lui retourne.
- Pour fabriquer le rouge anglais on projetait autrefois de l’acide azotique sur du sulfate de fer en solution, il se dégageait des vapeurs d’acide hypoazotique très désagréables pour les voisins. Aujourd’hui on recueille précieusement les vapeurs rutilantes et le voisinage des usines de produits chimiques n’est plus aussi désagréable qu’autrefois.
- Communes agricoles. — Quoique la grande culture ne soit pas avantageuse dans le département de la Seine, il en existe encore plusieurs où la charrue fonctionne en attendant que le sol soit livré aux maçons. Avant de transformer les terrains en culture en terrains à bâtir, il y a lieu de voir s’il ne serait pas opportun de les faire servir à des cultures spéciales, car beaucoup de légumes cultivés dans le département de la Seine sont exportés. Dans la région de Gennevilliers, les jardins maraîchers produisent de beaux légumes, mais on critique leur qualité. On estime que la dose de 40 000 m3 d’eau d’égout à l’hectare, qu’on déverse hiver comme été à Gennevilliers, est trop considérable et qu’il y aurait lieu de diminuer la dose en prolongeant au delà du territoire de la commune la canalisation des eaux d’égout de la ville de Paris.
- La mortalité des habitants de Gennevilliers étant de 21 0/00, il y a tout lieu d’espérer que si l’on aménageait le territoire de la commune qui est de 1 600 ha et qui ne contient actuellement que 9 habitants à l’hectare, on pourrait le transformer avec avantage en terrain à bâtir.
- Dans la région du Sud-Est, du côté de Chevilly, Thiais, l’eau est loin d’être en excès. Les engrais sont assez difficiles à obtenir en-quantité suffisante, c’est pour faire de la grande culture, mais les pépinières d’arbres fruitiers et d’ornement, les cultures forcées de lilas, la culture des roses, des violettes, des fraises, etc., permettent de tirer un revenu suffisant des terres, en attendant leur utilisation pour la construction de maisons.
- Lorsqu’on dispose d’une grande surface de terrain en culture qu’on désire transformer en terrain à bâtir, on peut commencer par en extraire les matériaux de construction qui s’y trouvent. On obtient ainsi de l’argile pour faire des briques, du grès pour pavés et bordures, du moellon, de la meulière, de la pierre à plâtre et du sable. Le terrain fouillé est remblayé.
- Les terrains situés le long de la Seine sont très avantageux pour l’extraction du sable, que l’on transporte à Paris sur des péniches. Les bateaux vides sont amarrés le long des quais et servent à recevoir des décharges. Les bateaux pleins sont ramenés à leur point de départ et leur contenu sert à remplir les vides causés par les fouilles. On se sert également des décharges pour surélever des terrains qui sont inondés en cas de crue. Par contre, on profite quelquefois des vides obtenus pour créer des pièces d’eau fort appréciées par les amateurs de villégiature.
- Les communes destinées à l’habitation sont desservies, en général,
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- par des moyens de communication assez commodes pour permettre aux habitants de passer leurs journées à Paris et d’y revenir le soir. Un certain nombre de ces communes doivent leur existence au lotissement de domaines. Ainsi la commune de Saint-Maur a été créée grâce au morcellement d’un domaine du duc d’Aumale et au chemin de fer de Vin-cennes qui traverse la propriété. Le nombre des habitants augmente rapidement, et aujourd’hui Saint-Maur constitue une agglomération de 40 600 habitants. Le rapporteur de la Commission qui s’occupe de l’extension de Paris estime que l’accroissement de Saint-Maur est dû à l’interdiction de construire des usines sur le territoire de la commune.
- Dans les communes de Neuilly et de Saint-Maur il y a des propriétés qui sont habitées hiver comme été. Le nombre des Parisiens qui habitent la banlieue augmente tous les ans, et il augmentera encore lorsque les moyens de communication avec les quartiers du centre de Paris seront mieux organisés qu’ils le sont actuellement.
- La guerre a modifié complètement les prévisions relatives à l’extension de la ville de Paris, la population parisienne diminuera, mais le mouvement d’abandon des quartiers du centre de Paris ne s’arrêtera pas, et comme nous importions d’Allemagne et d’Autriche des produits dont la valeur dépassait un milliard, il y a tout lieu de croire que des usines s’installeront dans le département de la Seine pour fabriquer ceux qui sont susceptibles de donner des bénéfices. D’un autre côté, des manufacturés ont été détruites pendant la guerre et il n’est pas improbable que leurs propriétaires les reconstruisent en tenant compte des perfectionnements de l’outillage moderne et des nombreux avantages que le voisinage de Paris offre aux industriels.
- On pourra donc appliquer les divers procédés que nous avons décrits pour créer soit des faubourgs, soit des cités-jardins dans le département de la Seine. Dans tous les cas, la plupart des communes du département de la Seine ayant une mortalité supérieure à 20 0/00, il y aura pour elles obligation d’intervenir pour tâcher de la diminuer. Un des meilleurs procédés à employer pour atteindre ce but est l’extension méthodique de leur territoire avec application de la division par zones en vue de grouper les immeubles de même importance et de même nature.
- Les municipalités françaises ne sont pas en mesure, comme les municipalités allemandes, d’étendre méthodiquement leur territoire, mais la création récente des offices d’habitation à bon marché, dans plusieurs communes de la Seine, permettra de construire de nombreux quartiers pour ouvriers et petits employés, qui forment la plus grande partie de la population des communes de la Seine.
- La tolérance des autorités communales, qui a permis de construire des maisons à étages sur toutes les parties de leurs territoires respectifs, a eu pour effet de décider beaucoup d’amateurs d’habitations individuelles à se fixer dans les départements voisins de celui de la Seine, où ils ont trouvé des propriétés qui font partie de domaines exploités par des entrepreneurs de lotissements expérimentés, qui vendent leurs terrains en imposant à leurs acquéreurs des charges de nature à les empêcher de nuire à leurs voisins.
- Une deuxième cause qui éloigne les Parisiens aisés du centre de Paris,
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- c’est la construction de baraques sur les terrains desservis par des sentes ou des rues qui ne sont pas en état de viabilité. Les territoires boisés de plusieurs communes des environs de Paris ont été complètement abimés par la construction de masures, bâties sans aucun souci des lois de l’hygiène. Nous ne pouvons que lô regretter, car l’initiative privée est impuissante, pour remédier aux causes d’insalubrité de la banlieue parisienne.
- Diverses sociétés ont effectué des lotissements en construisant des rues qu’elles mirent en bon état de viabilité; malheureusement, pour tenir compte de leurs dépenses, elles furent obligées de vendre leurs terrains à un prix plus élevé que leurs voisins qui se contentaient d’indiquer les voies de viabilité. Il en résulta que beaucoup de terrains desservis par des rues en bon état sont vacants, tandis que l’on voit des maisons bâties en plein champ.
- L’éparpillement des constructions sur le territoire d’une commune a pour effet de retarder la mise en état de son réseau, de routes et de rendre très onéreuse la fourniture d’eau et de gaz ainsi que l’établissement d’égouts. . .
- Dans les pays que nous avons passés en revue il est interdit de bâtir des maisons sur des terrains qui ne sont pas desservis par des routes en bon état munies des canalisations nécessaires.
- Nous continuerons notre campagne pour tâcher dfobtenir des communes françaises qu’elles, modifient leurs règlements de construction et de salubrité en tenant compte des principes adoptés par les hygiénistes et les urbanistes, car le jour où les maisons de nos architectes ne seront plus déparées par le voisinage de casernes ou de bicoques, nos cités n’auront rien à envier à celles de nos voisins aux points de vue de ' l’aspect et de la salubrité.
- « Paris, 9 novembre 1915.
- » Monsieur le Président,
- » La communication de M. G. Courtois sur la reconstitution des » Villes et l’Urbanisme, et le mémoire de M. Cacheux sur les habitations » à bon marché sont du plus haut intérêt et contiennent de précieuses » indications.
- » L’un complète l’autre.
- » Mais si nos deux Collègues ont étudié en détail les conditions les » meilleures pour assurer aux populations, et notamment aux popu-» lations ouvrières qui ne disposent que de faibles ressources, des liabi-» tâtions établies dans les meilleures conditions hygiéniqnes possibles, » ils paraissent avoir laissé quelque peu de côté un sujet fort important, » celui de Y organisation de l'existence dans ces habitations, particulière-» ment dans les grandes villes.
- » Voici :
- » Les ouvriers, les salariés, la plupart de ceux en un mot qui doivent » gagner leur existence par le travail et qui constituent la plus grande » partie de la population sont obligés de rester la plus grande partie
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- » de la journée hors de chez eux, partant le matin de bonne heure pour » rentrer tard le soir, souvent sans pouvoir prendre chez eux leur repas . » du milieu de la journée.
- » De plus en plus, les femmes travaillent, elles aussi, à l’extérieur,
- » dans les mômes conditions.
- » Le temps que ces salariés peuvent consacrer à leur intérieur, à la » préparation des repas est donc de plus en plus réduit.
- » D’autre part, il est avantageux à tous les points de vue, dans » l’intérêt physique et moral de ces salariés aussi bien d’ailleurs que » dans celui de 1a. société, qu’ils puissent rester chez eux le plus possible,
- « y prendre sinon.tout, du moins partie de leur repas, s’occuper sufïi-» samment de leur intérieur, conserver, en un mot, le plus qu’ils » peuvent de la vie de famille.
- » Il est donc d’un intérêt général évident de donner à la population » le moyen d’accomplir avec le minimum de temps et de peine les » multiples besognes du ménage, très humbles mais indispensables à » l’existence, par l’utilisation aussi complète que possible du temps et »' des efforts qu’ils peuvent y consacrer, c’est-à-dire de mettre à leur » portée le moyen d’organiser le mieux possible leur existence.
- » Actuellement, il est loin d’en être ainsi, et nous trouvons partout » un véritable gaspillage de temps, d’énergie et de ressources de toute » nature.
- » Voyons en effet ce qui se passe.
- » Il faut vivre, manger, c’est-à-dire préparer sa nourriture, se laver,
- » laver ou nettoyer les objets salis par l’usage, se chauffer, s’éclairer,
- » évacuer les résidus divers résultant de ces opérations (même en lais-» sant de côté la question des matières habituellement évacuées par le » tout à l’égout).
- » Combien ces nécessités inévitables ont-elles été négligées dans de » trop nombreux logements !
- » Prenons d’abord le chauffage.
- » Si l’emploi du gaz se développe de plus en plus, il est beaucoup de » logements où ne se trouve aucun moyen de chauffage, et où il faut » trop souvent recourir aux réchauds, par exemple à l’alcool, avec tous » ses dangers et son prix exorbitant.
- » Mais, même quand il y a des cheminées ou des fourneaux à charbon » de terre. Qu’on pense au tripotage, au temps perdu, à la malpro-» prêté entraînée par la préparation de ces feux, indépendamment de la » dépense de combustible,, sans parler de la fatigue résultant de la » montée de ce combustible.
- » Et pour l’eau !
- » Généralement, même dans des appartements de prix relativement »_élevé, elle n’arrive qu’en un endroit; il faut la porter dans les diverses o pièces, enlever ensuite les eaux sales, d’où nouveau tripotage de brocs,
- » seaux, eaux renversées, sans parler des éclaboussures qu’il faut » essuyer sur le plancher qu’on abîme.
- » Et pour les ordures, il faudra les descendre péniblement car on ne » peut tout brûler dans le fourneau à charbon de terre, qui, lui-même » d’ailleurs, produit des résidus en abondance.
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- » Enfin pour l’éclairage, l’absence du gaz ou d’électricité constitue » une sujétion importante bien moindre cependant que les précédentes.
- » Prenez une femme logeant au cinquième ou sixième étage qui » revient harassée de sa journée et obligée de se livrer à ces multiples » besognes, toutes plus fastidieuses les unes que les autres.
- » Quoi d’étonnant, dans ces conditions, à ce que la population peu » aisée vive le plus possible en dehors de chez elle, n’y rentrant que » pour se coucher -après avoir dépensé pour une alimentation défec-» tueuse plus que ne lui coûterait une nourriture saine, sans compter » que le temps qu’elle aurait passé chez elle restant ainsi à perdre, entre » les heures de travail, celle des repas et celles du sommeil, on le passe ». en distraction toujours coûteuse comportant trop souvent, pour ne pas » dire toujours, l’absorption d’alcool sous toutes ses formes.
- » N’est-ce donc pas une nécessité absolue pour le constructeur de » logements à bon marché et aussi d’une manière générale pour le » constructeur d’immeubles destinés à l’habitation, de prévoir tout ce » qui peut faciliter l’existence et la rendre la plus agréable possible par » la réduction au strict minimum de ces inconvénients ?
- » Ainsi, par exemple, en ce qui concerne les ordures, l’installation » de tuyaux de chute aboutissant à une trémie à ordures simplifierait » déjà beaucoup la tâche des ménagères, tandis que l’installation de » lavabos dans les chambres (bien entendu là où elle est possible) sup-» primerait le tripotage des eaux sales, et que la substitution aux » planchers actuels avec leurs fentes nombreuses, réceptacles de germes » de maladies, de planchers en matières plastiques imperméables, » rendrait les locaux plus faciles à nettoyer et plus propres.
- » En ce qui concerne le chauffage, quand on pense au gaspillage de » temps et d’argent que représente l’entretien des foyers allumés par-» tout, on se demande comment la question de la distribution du » chauffage peut être ainsi négligée et comment la création de stations » centrales de chauffage, chauffant non seulement tout un immeuble, » mais un groupe d’immeubles et même un quartier n’est pas plus » employée au profit non seulement des habitants ainsi chauffés, mais » au plus grand bénéfice de l’hygiène des villes et de l’économie de » combustible.
- » Certes, les améliorations de ce genre entraîneraient des dépenses, » mais tout compte fait ces dépenses seraient relativement faibles com-» parativement au coût total des constructions et, d’autre part, ce serait » de l’argent bien placé, car il n’est pas douteux que les habitants des » logements ainsi desservis paieraient volontiers le supplément de loyer » correspondant. Ce serait- une bonne opération pour les propriétaires » des immeubles en même temps qu’un gain considérable pour la société • » tout entière, par l’amélioration des conditions d’existence.
- » Il est, en effet, d’un intérêt général évident que la plus grande » partie de la population puisse jouir de la vie de famille, reste le plus » longtemps possible chez elle, évitant ainsi les tentations multiples de » l’extérieur, surtout dé l’alcool. Et pour cela, rien ne vaut l’habitation » agréable, l’exécution facile des tâches de l’intérieur.
- » Certes, ces idées ne sont pas nouvelles. Au dernier congrès de
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- Dresde en 1911, beaucoup de rapports très intéresssants, notamment ceux de notre collègue M. Augustin Rey, ont envisagé ces diverses questions.
- » Peut-être n’est-il pas cependant inutile de les rappeler ici, dans cette discussion des conditions de reconstitution des villes.
- » Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’expression de mes sentiments les plus distingués.
- » Paul Leclkr. »
- « Paris, 30 novembre 1915.
- » Monsieur le Président,
- » La discussion qui vient d’avoir lieu, à propos des plans d’aménagement des villes, semble bien avoir fait ressortir deux choses :
- » D’abord, la nécessité absolue — évidente a priori — d’aller aussi vite que possible et, pour cela, de supprimer toutes les entraves administratives et toutes les formalités qui ne seraient pas rigoureusement indispensables ;
- » En second lieu, le désir de nos législateurs — Chambre et Sénat — de ne pas laisser les municipalités prendre'des décisions définitives sans contrôle compétent.
- » De la nécessité d’aller vite est née la proposition de M. Siegfried donnant, somme toute, latitude complète aux municipalités.
- » C’est, semble-t-il, au désir d’empêcher ces muncipalités de prendre des décisions hâtives qu’est due l’institution des multiples comités prévus par le projet voté par la Chambre et transmis au Sénat, comités dont l’intervention n’est pas faite pour activer la marche des choses.
- » Il semble bien, pourtant, qu’il soit possible de concilier les deux nécessités d’aller vite et de ne pas laisser les municipalités agir sans contrôle.
- » Le moyen serait de soumettre, d’une part, les projets de plans d’aménagement à une enquête publique permettant à tous de faire leurs observations-(par exemple, comme dans le cas d’établissements insalubres) et, d’autre part, de donner aux autorités,, administratives ou autres (préfets, pont et chaussées, services d’hygiène ou comités spèciaux) la faculté de présenter en même temps toutes observations qu’elles jugeraient utiles pendant un délai déterminé.
- » Le délai écoulé, si aucune observation n’était présentée, le projet deviendrait immédiatement exécutable.
- » Si des observations étaient faites, les municipalités pourraient avoir la faculté, d’elles-mêmes, sans que les autorités supérieures eussent à intervenir, de présenter un nouveau projet tenant compte des observations faites et qui serait remis à l’enquête, exactement comme le premier.
- » C’est seulement si des observations étaient faites à ce projet remanié qu’il serait soumis à l’examen d’un comité supérieur.
- » En tout cas, même si cette faculté de remaniement n’était pas
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- » laissée aux municipalités, ce seraient seulement les projets, ayant » donné lieu à observations que des comités supérieurs seraient appelés » à examiner.
- » De la sorte, ces comités n’auraient pas à perdre leur temps à exa-» miner inutilement une foule de projets ne présentant aucune, diffi-» culte ; ils pourraient ainsi examiner sérieusement et vite tous les » projets donnant lieu à objections, tandis que l’action des municipa-» lités ne serait pas retardée.
- » Je passe sur les modalités dé détails ; j’indique seulement que les » dossiers devraient être tirés en autant d’exemplaires que de services » devant intervenir, de manière qu’ils puissent étudier l’affaire tous en » môme temps, et non pas successivement, comme lorsqu’il y a un » dossier unique (le ferro-prussiate ou les copies au carbone ne coûtent » pas cher).
- » Cette manière de procéder, qui pourrait avantageusement, du reste, » être généralisée, ne présenterait aucun inconvénient : il suffit, en » effet, de voir comment les choses se passent pour une foule d’affaires, » de banalité courante, dont la solution est inutilement retardée par la » nécessité de leur faire suivre lentement toute la filière administrative » pour aller chercher, après des mois, en haut de l’échelle administra-, » tive, une signature donnée pour ainsi dire toujours dans l’ignorance » absolue des conditions particulières de l’affaire, en se fiant à l’exa-» men que chacun de ceux entre les mains desquels le dossier a passq. » est censé en avoir fait. Tout le monde sait parfaitement quê cet exa-» men n’a pas lieu (et ne pourrait avoir lieu, faute de temps matériel), » chacun s’en rapportant, en réalité, à ce qu’ont fait ses sous-ordres,* » de telle sorte que, en réalité, tout «e passe connue je le demande, » avec la seule différence (essentielle) que la méthode actuelle fait » perdre inutilement à tout le monde un temps précieux.
- » On mettrait immédiatement à la porte dans une usine, pour inca-» pacité, le chef de fabrication qui emploierait une presse de 6 000 t » pour faire un clou.
- » Pourtant, on trouve tout naturel de mettre en branle toute la » machine administrative pour autoriser un travail insignifiant, ce qui » revient exactement- au même.
- » La seule différence est qu’on voit la presse et qu’on ne voit pas » l’ensemble de la machine administrative.
- » La force des choses nous oblige don,c, ici encore, à envisager avant » tout la question d'organisation et à reconnaître que- c’est elle qui » prime tout.
- » Quoi qu’on veuille faire, quelque sujet qu’on aborde, qu’il soit » d’ordre technique ou administratif, partout et toujours on en arrive » donc ainsi à reconnaître la nécessité primordiale' d’une organisation » adéquate au but poursuivi, permettant l’utilisation complète des » éléments dont on dispose pour atteindre ce but.
- » Depuis le, commencement de la guerre, combien d’exemples de » mauvaise* utilisation des nombreux éléments de succès dont nous » disposons n’ont-ils pas démontré surabondamment que ce qui est » défectueux chez nous, aussi bien dans nos industries que dans nos admi-
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- » nistrations, et ce qu’il nous faut à tout prix améliorer, c’est partout » et toujours Y organisation ? ' '
- » On peut se demander pourquoi c’est seulement depuis la guerre » qu’on parle tant de ces questions.
- » La raison en est simple :
- » C’est que, avant la guerre, nous avions l’habitude de voir les « choses ainsi; nous nous étions faits aux défauts de nos organisa-» tions.
- » Elles suffisaient cahin-caha, vaille que vaille, et plus mal que bien,
- » aux besoins courants, les qualités des hommes tempérant d’ailleurs » souvent les défauts du système.
- » Mais dans les bouleversements entraînés par la guerre, devant la » nécessité de l’utilisation aussi complète que possible de tous les élé-» ments disponibles, ces défauts du système (notamment le 'parallélisme » de l’action de nos administrations et leur centralisation excessive, au » lieu de la décentralisation, de la convergence et de la concentration de » leurs efforts) sont devenus d’autant plus évidents que les circons-» tances étaient plus complètement modifiées.
- » Déjà, on se rend compte — tout au moins partiellement — du mal » que cette mauvaise organisation a causé, cause à l’heure actuelle et » causera encore au pays.
- » Plus nous irons, plus la guerre se prolongera sur les champs de » bataille (en attendant qu’elle continue sur le terrain économique), et » plus nos ressources diminueront, plus il sera nécessaire d’en tirer le » maximum d’utilisation, et plus4 par suite, nous aurons besoin par-» tout d’une organisation aussi parfaite que possible.
- » Ne vous semble-t-il pas, Monsieur le Président et cher Collègue,
- » que, au lieu de nous borner à laisser cette question capitale d’organi-» salwn réapparaître, pour ainsi dire malgré nous, à chacune de nos » séances, il serait préférable, au point de vue de l’intéï&t général (non » seulement de notre Société, mais de nos industries, mais du pays » tout entier), de les aborder d’ensemble un jour prochain ?
- » A ce sujet, je me permets de vous rappeler que je vous avais pro-» posé, il y a plusieurs mois, de faire à notre Société sur Les Idées direc-« trices de Vorganisation moderne une communication que le Bureau » avait remise à une date indéterminée.
- » Je suis toujours disposé à la faire, quand vous le désirerez.
- » Peut-être, cependant, serait-il préférable d’altendre, pour cela,
- « que, l’attention de nos collègues étant suffisamment attirée sur ces « questions, ils en eussent saisi l’importance capitale (importance qui » n’apparait pas de prime abord) et qu’ils eussent en même temps » compris la nécessité absolue de les étudier sans opinions préconçues,
- « en toute sérénité d’esprit, si nous voulons aboutir à des résultats » pontifs et non pas à de vaines déclamations.
- » Veuillez agréer, Monsieur le Président et cher Collègue, l’expres-» sion de mes sentiments les plus distingués et dévoués.
- » Paul Lecler. »
- « P. S. — Mieux vaut prévenir que guérir.
- » Avant de critiquer un projet d’aménagement ou de reconstruction, il.
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- » vaut infiniment mieux mettre d’abord celui qui le dressera en état » d’éviter le plus possible les erreurs.
- » Les villes importantes peuvent s’informer, et les techniciens aux-» quels elles s’adressent sont généralement susceptibles de se docu-» menter.
- b Mais, pour les petites et moyennes communes, les municipalités et » les modestes techniciens auxquels elles auront recours sont peu ren-*) seignés sur ces questions.
- » On dira bien qu’ils sè documenteront.
- » C’est vite dit ; mais pourront-ils le faire utilement ?
- » Il faut reconnaître que non. .
- » Un architecte d’une petite ville, non entraîné à ce travail de » recherches, ne pourra connaître tout ce qui a été fait à ce sujet, pour » en tirer des conclusions applicables au projet dont il est chargé, » d’autant plus, que matériellement, il ne pourra, mettre la main sur » tous les documents nécessaires.
- » En fait, il passera beaucoup de temps pour établir un projet défec-» tueux, nécessitant des modifications, d’où pertes de temps et de travail » pour lui, la ville, les autorités de contrôle, et, par contre-coup, pour » tout le monde, pertes qui se renouvelleront presque pour chaque » projet.
- » Au lieu de laisser ainsi tous ces techniciens faire isolément, ët » mal, un grand nombre de fois, le même travail préalable de recherches, » ne pourrait-on le faire une seule fois, et bien, pour eux tous ?
- » Par exemple, nos collègues les plus particulièrement qualifiés ne » pourraient-ils condenser les données les plus utiles, en vue de leur » application à des cas concrets, en donnant des exemples de projets com-» plets relatifs principalement à des localités de faible et moyenne » importance, sous une forme accessible aux intéressés.
- » Ce serait, IjBrtes, un travail modeste, mais infiniment plus utile » que les brillants exposés d’idées générales dont le modeste technicien » ne peut rien tirer.
- » De la sorte, on utiliserait au mieux l’argent, le temps, l’énergie de » tous, et c’est encore là de Y organisation. »
- P. L.
- « Monsieur le Président,
- » Mes chers Collègues,
- » L’intéressante communication de notre collègue M. J. Courtois, » les observations judicieuses de MM. l’Ingénieur en chef Bechmann, » le Député Siegfried et le Sénateur Baudet, m’incitent à rédiger ces » lignes pour vous apporter ici, non pas une étude d’ensemble, puis-» que cette importante question a été envisagée avec toute l’ampleur » désirable, par notre collègue, au cours de sa communication, mais » quelques observations et remarques pouvant éclairer l’urbaniste et » appeler son attention sur les écueils nombreux qu’il rencontrera sur » sa route, non du fait de difficultés techniques, mais bien par suite
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- » d’habitudes et de décisions législatives et administratives contre les-» quelles il ne pourra rien, celles-ci pouvant fort bien réduire à néant » ou déformer de façon presque complète une conception d’ensemble » que des spécialistes avertis ont pu considérer comme géniale.
- » Si la tribune libre des Ingénieurs Civils de France veut bien » accueillir, non pas tout ce qu’il y aurait à dire sur un tel sujet, tout » au moins quelques faits typiques, ceci rendra service à l’urbaniste,
- » en lui montrant qu’en cette espèce délicate, et M. l’Ingénieur Bech-» mann y a fait allusion, le difficile ne sera pas d’élaborer des concep-» tions plus parfaites—les concours publics à l’étranger ont fait la » preuve que nos créateurs français sont toujours à la hauteur d’une s tâche aussi épineuse, — mais bien d’obtenir la réalisation de l’aména-» gement et de l’extension' prévus, en surmontant tous les obstacles » retardateurs que sont les décisions législatives toujours unitaires et ♦ les habitudes administratives trop méticuleuses.
- » Avec juste raison, M. Courtois faisait remarquer que le souci d’or-> donnancer, comme il convient, les bâtiments des villes et les voies » de communication, au mieux de l’intérêt général de la cité, n’est » pas chose nouvelle : à toutes les époques où les nécessités économi-» ques allaient motiver un agrandissement de la ville, des projets et » plans furent dressés, et des idées ingénieuses autant que pratiques » furent présentées ; malheureusement, des commotions politiques » n’ont pas permis la réalisation complète de ces projets, et ce fut » grand dommage ; il en sera sans doute de même pour l’urbaniste » d’aujourd’hui; son œuvre, j’en ai.grand’peur, restera imparfaite en » sa réalisation ; aussi pourrait-il consulter avec fruit, dans les archi-» ves municipales de 'chaque ville, les études déjà anciennes.
- » L’aménagement d’une ville ne comporte pas seulement l’étude du » réseau des voies de communication, c’est-à-dire la répartition des » rues, places et boulevards : mais aussi le côté hygiénique, c’est-à-» dire les conditions sanitaires à réaliser pour l’habitation ; il pourrait » observer qu’autrefois, plus encore qu’aujourd’bui, ces conditions » étaient étudiées avec soin, sinon toujours réalisées.
- » Notre vénérable architecte Philibert de l’Orme, dans son Traité » cf Architecture, Paris, 1568, ne nous dit-il pas que l’architecte doit » avoir connaissance des vents et orienter, en conséquence, les bâti-» ments pour les rendres salubres et commodes en toutes leurs parties ; » il insiste pour que l’on tienne compte de la commodité de l’air. Pour » la santé et la conservation des habitants, il insiste pour que l’on se. » préoccupe de la situation topographique, et l’on doit aussi préparer » les lieux en vue de l’écoulement des vidanges des cuisines, privés, s baigneries et autres lieux immondes, etc.
- » Bien que notre auteur ne manque pas d’affirmer, avec beaucoup de » bon sens : Être beaucoup meilleur de bien faire que de bien parler, il » développe longuement ce qu’il croit utile de dire pour l’éducation du » parfait et probe architecte.
- » Combien de ces sages et salutaires conseils sont-ils encore enten-» dus par les bâtisseurs édifiant nos maisons d’aujourd’hui? Bien peu » sans doute, si nous observons les causes croissantes d’insalubrité : je
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- PROCÈS-VERBAL DE LA SÉANCE DU 26 NOVEMBRE 1915
- » ne dirai rien à ce sujet, puisque Fun des nôtres, architecte de talent, » M. Aug. Rey, nous exposait, ici môme, ce qui se faisait mal et ce » qu’il serait bien de faire, dans son intéressante et documentée com-» munication du 6 juin 1913 sur les Méthodes scientifiques pour la cousit truction des villes salubres.
- » Si nous revenons au plan d’aménagement des villes, il est certain » qu’à toutes les époques, peut-être môme aussi dans les temps anti-» ques, l’on a étudié avec soin la répartition des voies nouvelles, la » rectification et l’élargissement des voies anciennes aboutissant à un » ensemble assez important dont on avait prévu la réalisation,
- » L’on a fait mieux ; on a voulu donner aux villes des entrées jmonu-» mentales, des voies d’accès magistrales : je ne parlerai pas de ces » arcs de triomphe, dont Paris offre des exemples originaux avec les » portes Saint-Denis et Saint-Martin, Nancy avec les portes Desilles, » Saint-Georges, Saint-Nicolas... mais bien de ces places-carrefours » avec réseau de voies y aboutissant et ordonnance architectonique » régulière. Sous Henri IV, on recherche l’aménagement d’une ville » nouvelle vers les marais du Temple, extension grandiose de la capi-» taie qui, s’ajoutant aux réalisations des places Royale et Dauphine, » constituait certainement l’amorce d’un aménagement heureux pour » le Paris d’alors. L’admirable dessin de la porte et place de France avec » ses rues, composé par l’ingénieur et architecte Claude Chastillon, » nous montre un demi-cercle ouvert sur le rempart auquel il vient » s’adapter, emplacement de l’actuel boulevard des Filles-du-Calvaire : » il est du côté de la ville, circonscrit par sept imposantes construc-» tions uniformes, à tourelles . d’angle, hautes toitures, . belvédère » central, avec arcades formant galeries au rez de - chaussée : ce » sont les sept pavillons du Grand Conseil. Huit rues tirées au cordeau » auront douze mètres de largeur et seront bordées de maisons d’un » caractère décoratif analogue à celui des places Dauphine et Royale, » ce qui marque bien une unité de vue chez les édilitaires de cette » époque. Pouvait-il en être autrement, puisque M. Marius Vachon » nous fait connaître que, dès le xme siècle, il existait à Paris un fonc-» tionnaire chargé de veillera l’extension de la ville au point de vue » sanitaire et artistique ? C’était le Maître des oeuvres de maçonnerie et » pavement de la ville.
- » Ces rues sont, elles-mêmes, coupées en profondeur par une rue en o demi-cercle, concentrique à la place, à une distance de 80 m de 'ce » dernier ; chaque croisement de rues sera flanqué de quatre pavillons » avec tourelles saillantes. La place en demi-cercle avait 160 m de » diamètre.
- » Si l’on se reporte au temps et si l’on compare aux proportions » romaines, on conçoit combien ceci devait paraître immense aux » habitants d’alors.
- » Seules, quelques-unes de ces voies, baptisées du nom des provinces » françaises, furent percées et rappellent encore aujourd’hui, nous dit » M. Marcel Poète, ce grand projet d’aménagement urbain, le premier » en date, pour Paris, à la connaissance actuelle du dévoué conserva-» teur de la Bibliothèque de la ville de Paris.
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- » Les événements politiques ont bouleversé l’exécution de cette belle » conception : un bien vague souvenir et une estampe en sont restés ; » l’activité édilitaire allait se porter en d’autres points.
- ». Les voies hors fortifications seront aménagées en larges et magni-» tiques avenues d’accès ; ce ne sera pas seulement le grand Cours sur » la route nationale de Paris à Cherbourg, nos Champs-Elysées » actuels, que M. Courtois a signalé ; ce sont les cours d’accès avec » rond-point étendu, tel le cours de Yincennes, les belles avenues » vers Versailles, Orléans, Fontainebleau, les Flandres, l’Allemagne » aussi.
- » C’est dire qu’à cette époque, l’on se préoccupait d’avoir des sorties » majestueuses et larges, l’on prévoyait l’extension de la capitale et on » la voulait logique et raisonnée ; seulement peu à peu, au cours des ,» commotions politiques, avec un développement économique un peu » déréglé, les communes extra-muros empiétèrent bientôt sur ces larges » cours pour les étrangler presque.
- » Voulons-nous nous rendre compte comment nos anciens compre-*) riaient l’aménagement d’une ville nouvelle, établie de toutes pièces, » en un cadre plus restreint, mais dégagé de tout obstacle, tel il en est » aujourd’hui pour les villes détruites par la barbarie et la jalousie » teutonnes, l’urbaniste se reportera avec fruit à l’ouvrage de Bélidor.
- » La Science des Ingénieurs dans la conduite des travaux de fortification » et d'architecture civile, Paris, 4739,. au chapitre VIII, il nous parlera » de la distribution des rues dans les villes de guerre ; notre auteur »' prendra comme exemple le plan de Neuf-Brisac, parce qu’il lui appa-» rait comme le plus parfait à sa connaissance pour satisfaire chacun, » bourgeois et militaires, tout ceci au moyen d’une régularité bien » entendue :
- » La Porte de France prévue à l’ancien marais du Temple nous » donne un tracé en éventail ; Bélidor nous montre un réseau en damier, » que les 'créateurs de la commune de Grenelle réaliseront dans la « plaine du même nom, sous la Restauration et sur les dessins du
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- » Conception intéressante où les voies principales aboutissaient à des » monuments communaux, la mairie, le théâtre, l’église, le pont. i> Seulement ce qui était considéré alors commme une fin de perspective » agréable est devenu aujourd’hui un obstacle pour la circulation. Que » l’urbaniste songe à ce pelîit fait.
- » Notre collègue M. Rey, dans la communication déjà citée, signale » le plan de la capitale américaine Washington, datant de 1790 et dû à » un français, le major Lenfant, le plan est en damier, mais connais-» sant les conseils des bons auteurs, il se préoccupera de l'orientation » topographique par rapport aux points cardinaux et suivant leur direc-« lion, c’est-à-dire leur obliquité par rapport à l’éclairage solaire : il y » aura largeur de rue en harmonie avec la latitude du lieu, ce qui » entraînera logiquement la condition édilitaire, signalée par notre » collègue M. Courtois, d’une hauteur inégale des immeubles pour l’un » et l’autre côté de notre voie. Pour assurer le maximum de salubrité, » l’urbaniste pourra aussi se reporter aux études de notre ancien collègue,
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- » feu Emile Trélat, figurant, si mes souvenirs sont exacts, au musée » sanitaire de la ville de Paris, boulevard de Sébastopol.
- » Ainsi en cherchant un peu, on voit ce désir d’aménager comme il » convient les grandes cités, d’en faire des ensembles salubres et » agréables, être chose fort ancienne, peut-être bien d’origine antique ; » seulement les événements politiques ont chaque fois entravé l’œuvre’, » souvent aussi l’ont absolument anéantie et il n’en reste plus comme » souvenir, tel pour la porte et place de France du règne de Henri IV que » quelques vestiges informes, parfois le nom primitif d’une rue, non » encore débaptisée, lors d’un changement de régime.
- a Et ceci, je vais le montrer à nouveau avec la superbe conception » d’aménagement et d’extension de la capitale, prévu au moment de la » splendeur napoléonienne, de 1803 à 1816, par un groupe d’ingénieurs, » d’Architectes, de Géomètres, d’Artisans, de Savants et d’Artistes, dit » le plan des artistes, en donnant à ce mot la signification de cette » époque, beaucoup plus large, Artisans et Ingénieurs étant artistes en » leur genre, puisqu’ils faisaient des ouvrages d’art. Dans ce plan bien » oublié aujourd’hui, nous retrouvons ce noble souci de prévoir un » avenir lointain, d’assurer le développement économique et régulier » des rues, places, canaux et autres voies de communication de la ville » nouvelle. Ce ne sera pas seulement l’étude au point de vue de l’embel-» lissement, de la salubrité parfaite pour les habitants, mais encore la » satisfaction à donner aux exigences industrielles et commerciales, » comme je le montrerai dans un instant par un exemple détaché, bien » typique.
- » Tout ce travail, à peu près ignoré aujourd’hui, n’a cependant pas été » tout à fait perdu, plus tard le baron Ilaussmann, très sagement, s’en » inspirera et réalisera pour parties importantes quelques-unes des » idées heureuses projetées avant la débâcle du régime impérial, alors » à l’apogée de sa splendeur.
- » Ceci indique que, s’il est bon de prévoir un plan futur aussi magis-» tral, aussi étendu qne possible, à réaliser en deux ou en trois siècles,
- » il faut bien avouer aussi que jamais nos descendants n’en verront » l’achèvement définitif: les commotions politiques entraveront, tout au » moins modifieront les dessins primitifs, le résultat en sera tout à fait » désastreux, mais nous ne saurions ’ parer à ceci, vu l’ingérence iné-» vitable des incompétences parlementaires dans ce qui devrait rester » du domaine purement technique et professionnel ; il en a été et il en » sera ainsi par la suite, tout autant pour les voies projetées au plan » des Artistes, amorcées plus tard par le baron Haussmann et bloquées » volontairement sous la troisième République, que pour les noms de » ces rues, souvent seul vestige du plan d’aménagement primitif, débap-» tiséës à chaque commotion, commel’indiquait, en une courte brochure » sur la Nomenclature des rues de Paris, Jules Cousin, en 1899.
- » Voici donc un facteur extra-technique dont doit tenir compte tout » urbaniste ; il y a plus encore, les conditions économiques de la vie » moderne se modifient avec une telle célérité, les étapes franchies en » toute vitesse se multipliant sans cesse, il y a lieu de ne pas considérer
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- » comme possible toute exécution exigeant une longue durée pour sa » réalisation,
- » C’est entendu, nous ferons aussi vaste qu’il est possible les diverses » parties de notre ensemblepour satisfaire au mieux l’extension future,
- » mais ne voyons pas. trop loin la réalisation ; complète, sinon elle court » le-gros risque de devenir irréalisable.
- » Si mes Collègues veulent bien me le permettre, je prendrai un » détail de ce plan,, qui montrera; dès cette époque la préoccupation de » doter la capitale de moyens de transports et charrois; la question était » déjà à l’ordre du jour,, ce n’était pas comme aujourd'hui la solution » par la voie ferrée, par le métropolitain; cependant, le projet de » M. Gauthey, cette ceinture d’eau du; Paris, d’alors, ne manquait pas » d’orginalité et.de-sens pratique comme vous pourrez en-juger.
- » Avant la venue des chemins de fer, les meilleures et les plus par-» faites de nos grandes artères commerciales étaient ce que l’on peut » appeler les chemins qui marchent, les fleuves, les rivières et leurs » jonctions artificielles, les canaux;.la conception dont je parle était » donc fprt logique,
- ». Au nord, le canal, de l’Ourc.q venait aboutir à un grand bassin » (Bassin de la Villette), les eaux de l’Oureq suivant alors un court » canal venant à un rond-point d’eau, situé à peu près à l’emplacement » de l’hôpital militaire Saint-Martin, et, là les eaux gagnaient le fleuve » par deux voies distinctes, l’une réalisée aujourd’hui, c’est le canal » Saint-Martin,, aboutissant par legrandbassin de F Arsenal à la Seine ; » l’autre descendait vers la Ghaussée-d’Antin, poussait ensuite vers » l’actuel rond-point des; Champs-Elysées, où se trouvait un rond-» point d’eau, pour tomber en Seine, au Cours-la-Reine, à la hauteur » et vers le milieu des jardins; installés par la Société d’Horticulture : » je n’ai pas besoin de faire remarquer que le canal de l’Ourcq, autorisé » par ordonnance du. 13 septembre 1788, sera commencé seulement » en 1802, le grand bassin de la Villette est inauguré en 1817 : la » première pierre du canal Saint-Martin sera posée en 1822 et aboutira » au bassin de l’Arsenal ; le canal Saint-Martin sera terminé en 1847 ; » mais la seconde branche disparaîtra des préoccupations édilitaires et » ne verra pas sa. réalisation .
- » Je viens de parler de la rive droite ; le projet avait son pendant sur » la rive gauche où un canal, amenant les eaux de l’Orge et dé l’Yvette-, » venait aboutir à un grand bassin analogue à celui de la Villette, à » peu près dans la région du parc de Montsouris, les eaux' se dirigeant. » ensuite vers un rond-point d’eau situé près de l’actuelle place Denfert-» Rochereau ; de là, bifurcation ; une branche rectiligne allait vers » l’aval, longeant les avenues Duquesne et La Bourdonnais, pour » déboucher en Seine, le long du Champs-de-Mars ; l’autre rectifiant la » Bièvre, se rendait vers la région de la Salpêtrière.
- » Le développement rapide des voies ferrées devait rejeter en arrière-» plan des .préoccupations édilitaires cette question des artères fluviales ; » il en sera de môme pour le développement des garés d’eau et du Port » de Paris, c’est ce que je désire montrer en quelques courts- instants » parce qu’il va revirement accentué en..faveur de ces artères liquides
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- » ou canaux, trop longtemps délaissées, d’autanfque j’aboutirai à une » constatation intéressante autant que fâcheuse pour l’urbaniste de » demain et son œuvre.
- » Puisque notre Collègue M. Cacheux, dans sa note, nous parle des » désirs de notre Collègue M. Couriot, de voir se réaliser deux ports » s’alimentant par l’amont et par l’aval, je me permettrai de faire » remarquer que ces deux ports ont été prévus et réalisés il y a long-» temps, dans les conditions jugées modestes pour nos besoins actuels,
- » mais en parfaite harmonie avec les exigences d’alors. En effet, autre-» fois, et nous trouvons un de ces ports indiqué sur les cartes du » xvme siècle, en arrière des jardins de la Salpêtrière existait une gare' » d’eau amont, aujourd’hui disparue ; seul le nom du Quartier de là Gare » indique actuellement sa situation topographique; mais la gare d’eau » aval, réalisée plus tard, sous la Restauration, par les créateurs de » cette ville nouvelle, la commune de Grenelle, par un groupe de capi-» talistes et d’entrepreneurs, existe encore aujourd’hui sous son nom de » gare d’eau dite de Grenelle. Elle fut délimitée par une jetée construite » par les créateurs du port, dans l’axe de la Seine, actuelle île des » Cygnes, reprenant le nom d’une île naturelle aujourd’hui incorporée » au territoire du quartier du Gros-Caillou. Cette jetée était connue » antérieurement sous le nom des Graviers de Passy.
- » Les inondations de 1910 appelant à nouveau l’attention édilitaire » sur la question du port de Paris, j’ai, après d’autres, songé à un canal » de dérivation à établir sur la rive gauche ; voici un ancêtre pour lequel » cartes, plans et devis furent faits en 1*829, il s’agissait alors de relier » Ivry à Sèvres en passant par la plaine de Grenelle ; si je parle de ce » projet personnel, on voudra bien m’en excuser, ce n’est nullement » avec l’intention d’en donner ici les détails complets, mais d’aboutir par » l’expérience d’un fait précis, à l’un des écueils extra-techniques dont » j’ai parlé antérieurement, auquel se heurtera trop souvent notre urba-» niste au cours de cette difficile réalisation, signalée par M. Bechmann, » dont la longue expérience à ce sujet permet d'indiquer la grosse im -«portance.
- » Sans entrer dans de grands détails, je dirai que ce dit projet, appuyé » du reste par un syndicat d’initiative d’arrondissement, assez âgé du » reste, n’ayant en vue que les intérêts généraux de celui-ci, et tout
- aussi désintéressé en l’espèce que la Société d’études à laquelle on « doit le plan des Artistes dont j’ai parlé; ce dit projet, dis-je, avait « pour but de créer à nouveau, en concordance avec la désaffectation de ». l’enceinte fortifiée de la rive gauche, un canal de dérivation qui cons-» tituait en fait la renaissance des deux gares d’eau amont et aval, de « ces deux ports indispensables au développement du mouvement flu-» vial. Ici nous avions l’avantage des raccords par voie ferrée, avec les « lignes de l’Etat et de l’Orléans, nous pouvions mettre à la disposition » de la batellerie 15 km de quai, avoir des biefs de 60 m de largeur sur « 1 500 et 3 OOn m, des bassins de 100 m de largeur sur 1 000 et 1200 m. » Il était aisé d’avoir des docks et entrepôts au voisinage, enfin les » moyens de déchargements modernes pouvaient, en raison même de » l’encaissement du canal, permettre les chargements et déchargements
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- » directs des bateaux sur deux et trois files, ce qui permet de doubler et » plus la longueur des quais prévue ci-dessus.
- » Mais en urbaniste sans le savoir, le mot n’existant pas encore, » j’avais cru indispensable de considérer aussi la question sanitaire « générale et le projet, prévoyait trois parcs de 25 à 32 ha, des squares » de 1,6 et 9 ha, des terrains de jeux de 14, 15 et 33 ha. Si l’on ajoute >> à ceci le plan d’air au-dessus des bassins et biefs, des routes et des » voies ferrées, c’était joindre l’agréable à l’utile.
- » Tel est en court résumé ce projet, dont une fonction secondaire im-» portante avait pour objet, l’étude étant née à la suite des inondations » de la, grande crue de 1910, d’éviter pour l’intérieur de la capitale les » grands dégâts éprouvés.
- » L’administration a projeté depuis une opération coûteuse et inutile » suivant moi, l’élargissement du bras de la Monnaie, et c’est ici où » nous arrivons à l’un de ces écueils vers lequel se dirigera tout urba-» niste, une de ces résistances administratives qui mettra à néant l’étude » la mieux conçue; c’est dans le seul but de montrer un tel danger que » j’ai cru devoir esquisser un projet personnel; mes collègues compren-» dront mon objectif et mon but, dépassant de beaucoup l’importance » de ma modeste étude.
- » Donc, comme il est d’usage, il y eut pour l’élargissement du bras » de la Monnaie enquête officielle, affiche, registre pour les dires et » toutes formalités. Gomme on reproche au public intéressé de ne « jamais rien dire, ici, comme dans bien d’autres cas, accompagné de » délégués de notre Syndicat d’initiative, nous avons cru devoir protes-» ter et appuyer nos dires de l’étude dont il s’agit. Forts sceptiques sur » le résultat final, vu notre expérience des pratiques administratives, » mais jugeant de notre devoir d’user d’un droit, ce auquel nous étions » convié par la voie officielle, nous avons protesté : ceci étant, il eût » été normal, quel que soit le bien-fondé de notre protestation motivée, » à nous public intéressé, à nous représentants d’un arrondissement » fort éprouvé par la crue de 1910, d’entendre nos raisons et au besoin » de nous démontrer, chose possible du reste, que notre solution pou-» vait être mauvaise ; peut-être aussi la démonstration aurait-elle été » inverse; quoi qu’il en soit, il était conforme aux intérêts de tous que » l’étude présentée, que les critiques formulées soient examinées de » façon contradictoire.
- » Je n’ai pas besoin d’ajouter, mes chers Collègues, car beaucoup s’en » doutent ou l’ont expérimenté, que le siège administratif était fait d’a-» vance, le projet consacré avant l’enquête; on n’a pas pu dire que nous » arrivions trop tard, mais l’on se retranche alors derrière une Gommis-» sion d’élus où le technicien est chose inconnue.
- . » Il faut bien le dire, telle est la situation vraie, l’une des causes de » la venue au jour dé conceptions maladroites et dangereuses, l’un de » ces gros écueils qüi se dresseront devant l’urbaniste, lorsqu’il passera » de la phase d’étude à la phase de la réalisation pratique, que redoute » par expérience et avec juste raison M. Bechmann.
- » Le 21 novembre, au Pavillon de Marsan, une réunion d’architectes » et d’artistes étudiait, elle aussi, cette question de la reconstitution de
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- » nos villes et villages'détruits par la guerre, et M. L. Bonnier, ancien » architecte voyer en chef de la Ville de Paris, actuellenient inspecteur » général des Services techniques d’Architecture et d’Estliétique, fit une » communication •: le sympathique successeur de M. Bouvard, sous une -» forme un peu différente, en parlant des délais administratifs, c’est-à-» dire de la période de réalisation, arrivait à des considérations tout à » fait analogues à celles que M. Bechmann nous a présentées.
- » M. Siegfried nous a fait connaître le texte d’un projet de loi, déposé » par lui au Parlement, étudié antérieurement par une commission '» spéciale du Musée Social; il attirait notre attention sur la brièveté » avantageuse de ce texte, sur le minimum des formalités,prévues : ceci » était parfaitement rationnel, et si l’on veut faire vite, il est indispen-» sable que ces dernières ne conduisent pas à un retard pouvant atteîn-» dre et dépasser six années, comme l'estime M. L. Bonnier.
- » L’expérience historique est faite, il est indispensable que l’auteur » ou les auteurs, cinq à six au plus, aient toute liberté, toute indépen-» dance avec, comme corollaire, leur entière responsabilité, pour faire » l’étude et mener à bien la réalisation pratique; c’est ce qui ne fera » aucun doute par nous autres praticiens ; c’est ce qui sera nécessaire » aussi bien pour la rédaction du Gode civil que pour l’établissement » et la mise en œuvre d’un plan d’aménagement et d’extension d’une » grande cité.
- » Dans la réunion dont j’ai parlé précédemment, M. L. Bonnier, après .» avoir posé en postulat un certain paradoxe définissant l’œuvre d’art .» personnelle et géniale, nous expliquait pourquoi une. réunion des » sommités de l’Art arrivait trop souvent au choix de ces bornes déco-» ratives que sont les statues de nos célébrités, émaillant nos voies » publiqueset les gazons de nos jardins ; celles-ci aussitôt mises en place » motivent trop souvent des critiques acerbes.
- » G’est chose regrettable, mais peu nuisible en somme ; il en sera de » toute autre manièreai le jugement du concours se rapporte à un édifice » public ; un examen sommaire de chaque étude se développant parfois » sur cinq ou six grands châssis, réduit à quelques minutes, ne per-<d mettra guère de découvrir et d’estimer la valeur des dispositions inté-» rieures prévues par l’auteur ; les raisons judicieuses motivant leur a adoption restant ignorées des membres du Jury, alors fatalement l'on » jugera sur le rendu agréable des images, et l’aquarelle la plus habile >) emportera la prime, l’exécution défectueuse suivra trop souvent ; que » d’incommodités dans l'aménagement et dans les facilités de circu-» lation -de nos monuments modernes obtenus par eeanoyen de sélec-» tionnement ; ce n’est pas à moi d’insister auprès de mes Collègues * qui sont fort bien placés pour en connaître des exemples en chiffres si s considérables qu’il, est charitable de ne pas insister.
- » Or, l’urbaniste présentera un plan au concours et ce sera la pre-» mière étape de son calvaire. Je lui citerai un fait personnel pour le » mettre en garde contre les illusions de la parfaite compétence dé ces » grands jurys irresponsables, réunion merveilleuse des sommités des » arts et de la science.
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- » J'ai pris part à un grand concours public pour T aménagement gran-» diosed’un certain centre de Paris, d’une jolie promenade dont on voulait » l’achèvement avec un encadrement architectonique d’un grand carac-» tère : je ne préciserai pas, ayant en vue, simplement, de montrer les » inconvénients de ces modes rapides d’examen et de choix : donc, j’ai » eu le très grand honneur d’être choisi pour un examen préliminaire,
- » (n’étant pas de l’École des Beaux-Arts, je sortai naturellement de la » facture ordinaire), j’ai donc été discuté avec plus d’attention, assez » longtemps à ce qu’il paraît, peut-être bien un quart d’heure, chose » énorme ! et j’ai eu le non moins grand honneur d’être mis hors clas-» sement. Je ne critique pas en l’espèce et n’ai pas à dire si ce fut bien » ou mal jugé m’étant soumis au Jury, je dois m’incliner devant le » vote des sommités qui le composait ; seulement, du rapport du maître » architecte, j’extrais ceci, du texte concernant mon travail. L’étude n’est » pas suffisamment poussée ; eh bien, en quelques minutes, l’on a pu, non » seulement apprécier un travail qui avait exigé plus de' trois mois » pleins, mais encore l’on n’avait rien vu de dispositions spéciales inté-» rieures très personnelles, résultat d’une étude de plus de vingt années,
- » étude toujours en cours ; rien vu non plus de la disposition des voies » publiques et de l’ordonnancement du parc, résultat de recherches, de » projets, d’examen d’enquêtes, que j’avais été amené à poursuivre avec » le Syndicat d’initiative dont j’ai parlé, justement au sujet de l’aména-» gement prévu en ce point de Paris, plusieurs années durant, ce qui » me donnait le droit d’estimer avoir quelque compétence en cet objet.
- » Le Jury avait peut-être eu raison, mon jtrojet n’était pas assez » p>oussé au point de vue de la puissance aquarellée. Toutes les dispo-» sitions originales, heureuses ou malheureuses, contenues dans ledit » projet à l’état latent, devaient rester ignorées de l’important aréopage ;
- » un plan n’est pas toujours facile à lire de manière hâtive et il est de » principe jugé salutaire par tout Jury qu’un concurrent ne pourra » jamais donner les raisons pour lesquelles il a fait ceci ou cela, ni » répondre aux objections que le projet peut provoquer.
- » J’admets maintenant que l’œuvre de notre urbaniste, présentée » comme un chatoyant décor, obtienne tous les suffrages, il pourra se » dire que le moment est venu où les commissions les plus imposantes et » les plus qualifiées par la valeur de leurs membres éminents vont, les » unes après les autres, déformer successivement sa conception.; l’unité » première disparaîtra, on ajoutera à ses mérites du début toutes les » perfections imaginables, ce sera parfait et le plan d’aménagement paré » de toutes ces nouvelles qualités, aura, comme la jument du célèbre » preux national, tout pour elle, sauf qu’elle sera morte.
- » M. Siegfried nous a parlé du plqn d’extension de Paris, prévu par » le Préfet de la Seine ; qu’il me permette de lui dire que je ne puis,
- » tout au moins en ce qui concerne l’arrondissement dont le Syndicat » d’initiative s’occupe, le trouver rationnel ; je n’en discuterai pas ici,
- » tout en estimant que les études faites par un groupe d’intéressés, dont » beaucoup sont de père en fils, en cette région où se trouve leurs tra- " » ditions familiales et leurs intérêts d’industrie ou de commerce, pos-» sèdent une certaine compétence.
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- » L’Administration préfectorale et municipale, avec laquelle nous » demeurons en excellents rapports, ayant pour vigilant principe de » dédaigner toute étude faite au dehors et d’en discuter rarement, ce qui » permettrait la mise au point au mieux des intérêts de tous.
- » C’est donc un écueil avec lequel notre urbaniste devra se familiariser. » La Commission départementale choisira l’un de ses membres comme » rapporteur, et ainsi que M. Baudet nous l’adonné à comprendre, c’est » lui en fait qui, sans quitter le chef-lieu, sans connaître parfois la » localité, apportera suivant ses idées et ses goûts des perfectionne-» ments à l’œuvre présentée.
- » Il en sera de même pour la Commission supérieure où un autre » rapporteur, aux idées parfois opposées, plus éloigné encore que son » Collègue des contingences locales qu’il ignore, viendra parachever le » beau plan ; notre urbaniste reconnaîtra-t-il son enfant? i
- » M. Baudet nous a rappelé l’incendie total et la rapide reconstruc-» tion, autrefois, delà ville dont il est maire ; il estime la chose encore » possible aujourd’hui, car nous n’avons pas perdu nos facultés créa-» trices. Certes oui, si comme autrefois nous choisissons un homme » entendu ou un groupe très restreint de compétences éprouvées, le ou » les chargeant alors, et sous leur entière responsabilité, non seulement » de dresser le plan, mais encore d’en assurer l’exécution. Certes non, » si l’on persiste dans les errements bureaucratiques, les fonctionnaires » de grande valeur, tout comme un directeur d’établissement auquel on » adjoint un conseil de perfectionnement, se trouvant incapables d’agir » au mieux et de prévoir l’avenir, condamnés qu’ils sont les uns et les » autres à cette vie au jour le jour où s’use la plus grande part de » notre énergie nationale.
- » L’urbaniste impénitent doit être cuirassé devant les coups multiples » que les rapporteurs successifs et trop bien intentionnés porteront » avec vaillance, pour le malheur de tous, à sa conception primitive.
- » Je vais aborder, fort brièvement, un autre point d’assez d’impor-» tance : la question des immeubles à petit loyer (maisons ouvrières, » cités-jardins, etc.). Notre collègue M. Cacheux, avec sa grande » compétence en ces matières, nous a signalé les obstacles d’ordre » administratif qui paralysent et, parfois, annihilent les meilleures » dispositions philanthropiques ; il y a longtemps déjà, notre ancien » Président, feu Émile Müller, dans son cours de constructions civiles » (1884), attirait notre attention sur ces mesures maladroites, sur ces » règlements prohibitifs.
- » DejDuis, et sans faire ici de politique, ni même d’économie poli-» tique, me contentant d’enregistrer un fait, nous voyons l’exploita-» tion commerciale d’un immeuble à petits loyers, à clientèle d’ou-» vriers, d’employés modestes, de petits commerçants, devenir d’une » rémunération de plus en plus problématique ; les mesures de préser-» vation sociale, les décisions des tribunaux de paix, les exigences
- sanitaires autant qu’administratives, le désir d’un certain décor, » expliqueront à notre collègue M. Courtois pourquoi la maison à » petits loyers tend à disparaître.
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- » Il y a malheureusement plus : la grosse faute économique qui » frappa brusquement et injustement la marchandise loyer, alors » qu’elle laissa les autres marchandises soumises, comme il convient,
- » aux deux lois naturelles de l’offre et de la demande, de la répercussion » indirecte; grosse erreur commise par le Gouvernement avec ces » moratoria, sans cesse renouvelés, pesant plus particulièrement sur » les petites locations ; mauvaise conception affectant déjà la fortune » publique française d’un chiffre dépassant déjà, autant que l’on peut » estimer une perte de cette nature, pour l’ensemble du territoire » national, près de trois milliards.
- » De ce fait, que seul je retiens sans en discuter, ne voulant pas » m’éloigner du terrain technique, qui est nôtre en cette enceinte, » résulte la nécessité, pour l’urbaniste, de prévoir les quartiers d’im-» meubles à petits loyers comme destinés à être construits aux frais » de la collectivité, qu’elle soit communale, départementale ou na-» tionaie.
- » Le petit propriétaire, actuellement réquisitionné sans paiement, » du fait moratoire, ayant une exploitation commerciale de tant d’en-» nuis et de si faible bénéfice, disparaîtra. Seuls, la ville, le départe-» ment ou l’Etat seront à même d’offrir des locaux vastes, salubres, » gais Pt bon marché, car eux seuls peuvent vendre leur marchandise-» loyer à perte.
- » Je dirai à notre collègue M. Courtois qu’il en doit être de même, » pour les rues commerçantes prévues par lui, dans les quartiers » riches.
- » C’est, en somme, se diriger lentement vers la conception com-» muniste, vers la cité future, à laquelle faisait allusion notre collê-» gue M. Besson.
- » L’étatisme de demain sera-t-il un bien, sera-t-il un mal pour le » bien-être national et le bonheur de chacun de nous ? La discussion » et la réponse possible à ceci ne sauraient se produire en cette » enceinte. Nous devons, et l’urbaniste avec nous, nous tenir à ce fait » d’expérience, à cette conséquence directe de l’évolution économique » mondiale qui suivra la grande guerre où la France engage la vie de » ses enfants, soir avenir de grande nation, ses prétentions légitimes à » la jouissance assurée et tranquille de ses biens, son patrimoine intel-» lectuel et moral, son activité commerciale, industrielle, scientifique » et artistique; toutes ces traditions nationales qui font*pour nous que » le mot de. Patrie n’est pas un mot sans valeur ou simplement comme » tous les autres.
- » Les nécessités modernes nous obligeront à voir et à entreprendre » de plus en plus grand, par voie collective et syndicale, à prévoir » l’union économique, non seulement de toutes les industries de même » nature dans un même Etat, mais encore un autre Zollverein dans un » important groupe d’États solidaires.
- » Ceci s’affirme dans la suite historique des temps ; depuis l’anti-» quité, jusqu’à nos jours, tout grandit sans cesse ; ici, comme dans la » nature, les faibles ont tort et doivent succomber.
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- » Le petit propriétaire isolé, le petit industriel, le petit commerçant, » le petit roulier sont, de plus en plus, appelés à disparaître.
- » Yoici le fait dont tout urbaniste doit tenir compte s’il veut prévoir » l’avenir, tout au moins et pour les raisons données antérieurement, » une aube de cité future pas trop éloignée de notre époque présente.
- » F.-J. Pillet.
- » Novembre 1915. »
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- . DE LA
- Présidence de M. H. Gale, Président.
- La séance est ouverte à 17 h. 30 m.
- M. le Président dit que le dernier vendredi de décembre tombant le 31, c’est-à-dire la veille du jour de l’an, le Comité a décidé d’avancer d’un jour la date de la séance de la Société. C’est pourquoi nos Collègues sont aujourd’hui réunis en séance spéciale pour entendre l’exposé de la situation et du fonctionnement de la Société depuis le début des hostilités, traiter la question de la prorogation des pouvoirs du Bureau et du Comité et prendre connaissance du compte rendu financier.
- Avant d’aborder ces différentes questions et en raison de ce que nos séances n’ont lieu actuellement qu’une fois par mois, il sera d’abord traité des questions soumises aux séances ordinaires de la Société.
- Le Procès-verbal de la précédente séance est adopté.
- A propos du procès-verbal de la dernière séance, M. le Président signale qu’il a reçu de M. Cacheux une note relative à la discussion sur la reconstruction des villes et dans laquelle il répond aux deux lettres de MM. Pillet et Paul Lecler, insérées dans le dernier procès-verbal.
- Cette note est ainsi conçue : ,
- [NOTE de M. E. Caciieux.
- M. Paul Lecler nous reproche d’avoir laissé de côté un sujet fort important, celui de l’organisation de l’existence dans les habitations, particulièrement dans les grandes villes. Nous n’avions pas, M. Courtois et moi, à entrer dans les détails de la distribution des maisons et de l’aménagement des logements, nous aurions pu parler de la grandeur des lots de terrain, de la construction des rues, etc., mais nous aurions entamé un sujet sur lequel nous reviendrons au sujet de la création du
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- Grand Paris. Le Comité de Patronage des Habitations à bon marché de la Seine s’est préoccupé de la question soulevée par notre Collègue, car, en 1910, il a organisé au Grand-Palais une exposition de spécialités de l’habitation qui eut beaucoup de succès (1), c’est pourquoi il voulut en faire une plus importante en 1914. Le Grand-Palais étant occupé parle service sanitaire de l’armée,, il renonça à son projet d’exposition, mais l’Association générale des Hygiénistes et Techniciens municipaux organise pour le mois de mai 1916 une Exposition de la Cité reconstituée, salle du jeu de Paume et Terrasse des Tuileries. La ville de Paris a accordé son patronage à l’Exposition. Nos Collègues pourront y exposer des aménagements d’appartement modèle.
- Le plan des Artistes n’est pas aussi oublié que veut bien le dire notre collègue M. Pillet, car, dans le numéro d’octobre 1914 du Bulletin de la Société anglaise des Cités Jardins, je trouve la phrase suivante :
- Dans l’Histoire de France, la période de la révolution est peut-être la dernière dans laquelle on pouvait espérer trouver un exemple à suivre, par la Municipalité de Londres. Cependant, il en est ainsi. Les travaux de la Commission des Artistes,, que la première République institua en 1793, peuvent être classés parmi les plus remarquables qui ont pour objet l’aménagement du territoire des villes.
- D’après le rapport du Comité d’extension du territoire de la ville de Paris, la Commission dite des Artistes a été instituée en l’an II pour étudier la division des propriétés nationales. Voici l’exposé qu’elle fait elle-même de son programme.
- « La Commission a considéré l’ensemble général de Paris, et elle a surtout été frappée de l’incohérence .et de l’irrégularité de toutes ses communications, de leur insuffisance pour le commerce et la circulation, du défaut de places et marchés publics, de ses quais obstrués, d’une multitude de rues étroites et sinueuses, où l’air circule à peine, enfin des foyers de corruption et d’insalubrité qui s’y trouvent et dont l’humanité souffrante réclame la destruction depuis longtemps. Tels sont les principaux objets que la Commission a dû envisager et qui, naturellement liés avec la division des grands domaines, ne pouvaient être détachés ». Nous n’ajouterons pas beaucoup à ce programme que nous adopterons pour l’aménagement des communes de la Seine, si ce n’est les dispositions qu’il faudra prendre pour tenir compte des besoins de la vie moderne, spéciaux à chaque région.
- M. Pillet nous dit que lè petit propriétaire disparaîtra. Seule, la ville, le département ou l’État seront à même d’offrir des locaux vastes, salubres, gais et bon marché, car eux seuls peuvent vendre leur marchandise loyer à perte. En vue d’empêcher le petit propriétaire de disparaître, M. Ribot a fait voter une loi en 1908 qui a pour objet de faire prêter à une personne qui veut construire sur son terrain 80 0/0 de la somme nécessaire à cet effet. L’argent est prêté au taux maximum de 3,50 0/0 et il est remboursable par annuités dans un délai de vingt-cinq ans. L’argent n’est pas prêté directement au propriétaire, mais il l’est par une Société de Crédit Immobilier qui emprunte l’argent à l’État au taux
- J) Un rapport de M. Masson sur cette exposition se trouve dans notre Bibliothèque.
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- de 2 0/0 et qui le prête à des tiers, à un taux légèrement majoré pour tenir compte de ses frais d’administration. .
- L’État a mis une somme de 100 millions à la disposition des Sociétés de Crédit Immobilier. Il en existe actuellement près d’une centaine, dont les trois quarts sont affiliées à l’Union des Sociétés de Crédit Immobilier dont M. G. Risler est président.
- En outre, près de 300 Sociétés créées en vertu de la loi sur les habitations à bon marché promulguée le 30 novembre 1894, grâce à M. Jules Siegfried et modifiée en 1906 et en 1912, construisent des petites maisons qu’elles vendent par annuités à leurs membres. Les Sociétés obtiennent de la Caisse des Dépôts et Consignations de l’Assistance Publique, et des Caisses d'Épargne^e l’argent au taux de 3 0/0. La somme prêtée est égale aux deux tiers de la valeur de la propriété, elle est remboursée en vingt-cinq ans par annuités. Les personnes qui veulent devenir propriétaires d’une petite maison ont aujourd’hui bien plus de facilités que lorsque j’ai commencé à m’occuper de la construction des petites maisons et de leur vente par annuités. Malheureusement,, ce qui fait défaut aujourd’hui c’est la maison à bon marché individuelle.
- Un de nos Collègues, décédé il y a quelques années, Paul-Dubos, construisit en 1884 une maison à étages, qui rapportait 9 0/0. Les petits logements dont se composait la maison étaient loués 400 fr. Le mètre superficiel couvert revenait à 525 fr. Aujourd’hui, il coûterait 900 fr au moins. Notre collègue M. Labussière, architecte de la fondation du groupe des maisons ouvrières, construit très économiquement des immeubles à petits logements qui satisfont aux desiderata exprimés par notre collègue M. Paul Lecler. mais ils sont loués au moins 20 0/0 moins cher que ceux des maisons voisines ; par suite, ils ne rapportent que 3 0/0 du capital engagé.
- Le logement se compose d’une salle à manger, cuisine, d’une ou deux chambres à coucher, d’un cabinet noir et d’un W.-C. du système du tout à l’égout. La cuisine est disposée dans un angle de la salle à manger, elle en est séparée par une balustrade à claire voie, très élégante. Le fourneau de cuisine et l’évier'sont parfaitement éclairés. L’eau potable est amenée sur la pierre a évier. Les eaux ménagères et les vidanges sont écoulées à l’égout. Les ordures ménagères sont transportées dans les boîtes disposées à cet effet.
- Dans les maisons de la fondation Rothschild, il existe un conduit qui amène les ordures ménagères dans un réduit situé au sous-sol. Le palier de chaque étage communique avec le conduit à ordures par un tuyau. Cette disposition est adoptée en Angleterre depuis bien longtemps, mais chez nos voisins les ordures ménagères n’ont pas le volume des nôtres et n’engorgent par les tuyaux comme ces dernières, c’est pourquoi beaucoup de propriétaires français ont abandonné le système. Dans les maisons Rothschild, la conduite est très large et elle est arrosée largement par un filet d’eau qui enlève l’odeur et entraîne les poussières.
- La fondation Rothschild a également adopté dans ses immeubles le chauffage central que j’ai vu appliquer il y a une quarantaine d’années dans une maison à petits loyers, sise rue de Tocqueville. Le chauffage étant fait à l’air chaud n’eut pas beaucoup de succès. Le chauffage à
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- vapeur à basse pression est plus avantageux. Je l’ai vu appliquer dans un hôtel garni modèle pour petits employés.
- Les Sociétés de bienfaisance construiront encore pendant longtemps dans Paris des maisons à petits loyers. La fondation Rothschild a employé 16 millions à cet effet, le produit net des immeubles est capitalisé pour augmenter le domaine foncier de la fondation.
- Le groupe des maisons ouvrières a une importance égale. On peut évaluer à 50 millions la valeur des maisons à étages construites par les Sociétés de bienfaisance. L’assistance publique a construit des immeubles pour une vingtaine de millions, mais elle divise ses immeubles qui ont une façade sur rue en petits appartements qu’elle loue à des employés et elle réserve aux ouvriers les logements éclairés par des cours.
- Lorsque les Sociétés sont basées sur la bienfaisance pure, c’est-à-dire lorsqu’elles ne retirent pas plus de 3 0/0 de leurs capitaux, elles obtiennent des établissements autorisés par l’Élat, de l’argent au taux de 3 0/0 avec faculté de se libérer en soixante ans. J’ai créé la Société parisienne des Habitations économiques en vue de tirer profit des avantages de la loi pour en faire profiler les ouvriers et petits employés. Notre Société a construit deux immeubles d’une valeur de 700000 fr divisés en logements de trois pièces et cuisine avec W.-G. du système du tout à l’égout. Les logements analogues aux nôtres sont loués 500 fr par nos voisins; en n’en demandant que 400 fr, nous comptions que nos locataires pourraient économiser chaque année l’argent nécessaire pour acheter des actions de 100 fr de notre Société, de façon à les mettre en nos lieu et place lorsqu’ils auraient été propriétaires de notre capital.
- . Nous espérions obtenir 60 0/0 de la valeur de nos immeubles au taux de 3 0/0, ce qui nous eût permis de donner un intérêt de 4 0/0 à nos actionnaires. Malheureusement, le prêt ne nous fut pas accordé, attendu qu’en principe on écarte les démarches de Sociétés qui promettent la distribution d’un dividende de 4 0/0. Dans ces conditions, nous avons arrêté nos opérations. Le système de rendre les locataires propriétaires en commun d’une maison à petits logements a été adopté par M. Brunet, député de Paris, qui a créé une Société pour atteindre ce but. La Société a construit une maison, elle a emprunté 90 0/0 de sa valeur à la ville de Paris. Lorsque le prêt sera remboursé, les locataires n’auront plus que les charges de la maison à payer, soit 1,5 0/0 de son prix de revient.
- Lorsqu’on adopte le système des maisons à étages pour loger des ouvriers et petits employés, il est assez facile de mettre à la disposition de la ménagère un logement commode salubre et économique, mais il est plus difficile de retirer un intérêt rémunérateur des capitaux engagés dans les constructions. Il est donc important de diminuer le plus possible les charges des immeubles qui s’élèvent à 35 0/0 environ du revenu brut des habitations collectives à bon marché modernes. On ne peut guère réduire la valeur des impôts et des taxes municipales qui atteint à Paris 15 0/0 du montant du loyer, mais il n’en est pas de même du prix de l’eau, qui peut s’élever à 40 fr par logement desservi par un W.-G. du système du tout à l’égout. Dans les anciennes maisons où l’on, emploie la zone fixe et les appareils à valve, la dépense d’eau n’est que de 5 fr par ménage, c’est pourquoi la Société des Logements hygié-
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- niques pour familles nombreuses place les W.-G. en dehors des logements, de façon que le concierge puisse les surveiller et faire le nécessaire en cas de fuite.
- La Société des Logements économiques pour familles nombreuses supprime les vestibules, les couloirs qui rendent les chambres indépendantes, sous prétexte que ce sont des nids à poussière et elle n’amène l’eau qu’au-dessus d’éviers, communs à plusieurs logements. La ville de Paris, dans son dernier concours, a primé des concurrents qui transformaient la salle à manger de leurs logements en vestibules et dont les W.-G. étaient situés en dehors des logements. Le Jury étant composé dés présidents des principales Sociétés d’Architectes de notre pays, j’ai dû m’incliner, car jusqu’alors je considérais comme maisons modèles' celles dont les étages étaient divisés en deux ou trois logements au plus, dont les chambres étaient indépendantes et pouvaient être ventilées naturellement par l’ouverture des portes et fenêtres, et dont chaque logement avait son privé à l’intérieur.
- Il est plus difficile de disposer une habitation individuelle de façon à faciliter les travaux de la ménagère, mais on y arrivé en groupant les maisons qu’on considère comme des logements d’une maison à étages renversés.
- Nos grands industriels ont résolu lè problème de loger convenablement leur personnel, dans bien des cas ; mais dans les communes où les ouvriers sont indépendants des patrons, la question du logement est plus difficile à traiter, mais le nombre des personnes qui s’occupent des habitations à bon marché est tellement grand que nous ne doutons pas que nos travailleurs seront bientôt logés comme ils devraient l’être dans-une nation civilisée. • ’
- Je ne voudrais pas laisser passer l'occasion de signaler à nos Collègues les idées de la Ville de Paris en ce qui concerne les maisons à étages ; non seulement elle ne cherche pas à entraver leurs construction, mais elle favorise leur propagation et elle en bâtit elle-même dans des quartiers où par suite du bas prix des loyers, les Sociétés de bienfaisance seules en édifieront. La population moyenne de Paris par hectare est de 365 habitants ; comme dans les groupes: d’immeubles à étages des fondations on peut loger dans de bonnes conditions hygiéniquës près de 2 000 habitants par hectare, on voit que dans nos arrondissements excentriques où la hauteur moyenne des maisons est inférieure à 10 m, on pourrait encore entasser des milliers de personnes. On donnerait ainsi de la valeur aux propriétés, mais on ne diminuerait pas la mortalité par tuberculose qui est en moyenne de 3,3 0/0.
- Nous avons essayé de propager l’habitation individuelle dans. Paris, mais en présence des mesures prises par la municipalité 'parisienne pour entraver leur construction, nous ne pouvons qu’engager nos Collègues à ne pas nous imiter et surtout à ne pas demander le bénéfice des lois sui; les habitations à bon. marché dans le cas où ils construiraient à Paris des maisons dont la valeur des impôts seraient inférieure à 40 fr. Ainsi la Société parisienne des habitations à bon marché construisit une rangée de maisons individuelles le long d’un passage qui joignait deux rues classées et elle demanda le certificat de salubrité qui
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- donne droit à l’exemption des impôts pendant douze ans. Le certificat fut accordé, mais au lieu d’avoir à payer 10 fr pour taxe d’écoulement à l’égout, la Société eut à payer 50 fr en vertu d’un arrêté qui dit que, lorsque pour une cause quelconque une maison est exonérée du paiement des impôts, elle doit payer un droit de 50 fr par tuyau de chute amenant les vidanges à l’égout.. Chaque maison fut exonérée de l’impôt de 25 fr mais taxée à 50 fr pour droit de chute au lieu de 10 fr. Malgré nos protestations, nous n’avons rien obtenu, pas plus dans nos revendications relatives à l’interdiction de construire des maisons à étages dans des quartiers de villas ; il faudra donc, lorsqu’on créera des quartiers nouveaux ne pas compter sur l’administration pour faciliter la construction d’habitations individuelles, dresser ses plans et rédiger ses cahiers de charges suivant les règles des urbanistes si bien énoncées par notre Collègue M. Courtois.
- M. Léon Franco, membre de la Société, a fait parvenir la lettre suivante se rapportant également à la discussion sur la reconstruction des villes.
- « Monsieur le Président et Cher Collègue,
- » Le Procès-Verbal de la séance du 26 novembre dernier me fait » connaître l’avis exprimé en toute bienveillance par M. Ambroise » Rendu sur l’Avenue projetée de Paris à Saint-Germain, en prolongement » de l’Avenue de la Grande-Armée. Je tiens à dire à la Société que ce » projet n’est pas abandonné ; j’espère qu’aussitôt la fin des hostilités » il sera possible de procéder à sa réalisation et qu’au moyen du » Chemin de fer Electrique, tel. qu’il est conçu dans l’axe de ladite » Avenue, on pourra transporter le public, entre la Porte Maillot et la » Forêt de Saint-Germain, en moins de vingt minutes.
- » Comme l’exprime l’étude de la Commission d’extension de Paris » instituée par M. le Préfet de la Seine, la fameuse terrasse de Saint-» Germain, avec un espace libre de 3748 ha, sera plus rapprochée de » l’Hôtel de Ville que ne l’était le Bois de Boulogne avant la construction » du Chemin de Fer Métropolitain, il y a une dizaine d’années.
- » Veuillez agréez, Monsieur le Président, l’assurance de mes très » dévoués sentiments. » •
- Signé : Léon Franco .
- Enfin nous avons reçu de M. Revault, député de la Meuse, une copie du rapport qu’il a présenté au groupe parlementaire des régions envahies sur la « nécessité de prendre certaines mesures préparatoires pour organiser et faciliter la reconstruction des immeubles détruits dans les régions sinistrées ».
- Ce rapport est déposé à la Bibliothèque de la Société.
- M. le Président ne veut pas laisser passer l’occasion qui lui est offerte par la clôture de la discussion de la question de la reconstruction des villes sans rappeler à ses Collègues le rôle joué dans cette importantè question par notre Collègue M. H. Portevin..
- En effet, notre Collègue, dans des circonstances particulièrement
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- pénibles et tragiques, en plein bombardement de Reims, s’est occupé de l’établissement d’un plan régulateur pour la reconstruction des villes détruites et de l’application, en les élargissant, des lois sur l’habitation à bon marché et sur les syndicats de propriétaires.
- On ne saurait trop remercier M. H. Portevin de l’initiative heureuse qu’il a prise et dont se sont inspirés une grande partie de ceux qui s’occupent de ces questions.
- M. le Président a le regret d’annoncer les décès de plusieurs Collègues survenus depuis la dernière séance; ce sont ceux de MM. :
- G. Berthier, ancien Elève de l’École Centrale (1861), Membre de la Société depuis 1875, ancien fabricant de tuiles et briques, propriétaire d’usines pour le traitement des minerais d’antimoine.
- F. Gazan, ancien Élève de l’Ecole Centrale (1874), Membre de la Société depuis 1877, Ingénieur honoraire des Chemins de fer de l’État ; notre regretté Collègue avait eu la douleur de perdre deux fils morts au champ d’honneur.
- J. Guedes de Queiroz, Membre de la Société depuis 1889, Ingénieur en chef, Secrétaire du Comité consultatif des Usines hydrauliques au Ministère des Travaux publics du Portugal, Officier de la Légion d’honneur.
- Louis Royer, ancien Elève de l’École des Arts et Métiers de Châlons (1867), Membre de la Société depuis 1898, ancien Constructeur de serrurerie d’art.
- Henri Ruelle, ancien Elève de l’Ecole des Ponts et Chaussées (1861), Membre de la Société depuis 1881, Ingénieur civil, Architecte expert près les Tribunaux.
- H. Vaslin, membre de la Société depuis 1880, Directeur du Bureau technique de la Maison Chapman.
- Ch. Zeiller, Membre d’honneur de la Société depuis 1910, Membre de l’Institut et de l’Académie d’Agriculture, Inspecteur général des Mines, Yice-Président du Conseil général des Mines, Professeur à l’École Nationale Supérieure des Mines, Commandeur de la Légion d’honneur.
- Morts au champ d’honneur :
- A. Bourlet, ancien Élève de l’Ecole Centrale (1899), Membre de la Société depuis 1908, Ingénieur-Conseil, constructions métalliques et produits céramiques. M. Bourlet avait été l’objet de deux citations à l’ordre du jour de l’armée et fait Chevalier de la Légion d’honneur.
- E. Cousin, ancien Élève de l’École Centrale (1892), Membre de la Société depuis 1897, Ingénieur en chef Service des compteurs à la Compagnie Parisienne de Distribution d’Électricité, cité à l’ordre du jour de l’armée.
- G. Ferlât, Membre de la Société depuis 1912, Directeur technique des Ateliers Fortin frères, à Montereau (Seine-et-Marne).
- M. le Président adresse aux familles de ces regrettés collègues l’expression des sentiments de profonde sympathie de la Société tout entière.
- M. le Président signale.que plusieurs de nos Collègues ont reçu des distinctions ou ont été l’objet de citations pour leur courageuse con-
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- duite au feu ; M. L. Gruner, fils de notre Président de la 4e Section, promu capitaine en novembre 1914, blessé et cité à l’ordre du jour de l’armée.
- MM. H. Ghabardès et A. Lindeboom ont été faits Chevaliers de la Légion d’honneur.
- Ils ont été, ainsi que MM. R. Bonneau et R. Gosse, l’objet de citations à l’ordre du jour.
- M. le Président leur adresse les vives félicitations de la Société.
- M. le Président est également heureux de signaler que notre Collègue W. Noble Twelvetrees, a été nommé vice-président de la « Society of Engineers » de Grande Bretagne.
- En outre, notre Collègue français, M. T. Gueritte, a été appelé à faire partie du Bureau de la même Société. La nomination de M. Gueritte est particulièrement flatteuse pour notre Société et pour notre pays, car c’est l’un des très rares Ingénieurs français ayant été appelé à remplir une fonction dans une Société technique d’Angleterre.
- M. le Président rappelle que M. K. Sosnowski avait été nommé par M. le Ministre du Commerce, de l’Industrie, des Postes et Télégraphes, Délégué Rapporteur de Mécanique à l’Exposition Universelle et Internationale de San Francisco.
- M. le Président adresse ses remerciements et ceux de la Société tout, entière, à M. E. Saladin, membre du Comité, qui lui a fait parvenir une somme de 500 fr pour le Fonds de Guerre, ainsi qu’à M. L. Hulin, qui a renouvelé pour la même œuvre le don de 50 fr qu’il avait fait au, commencement de l’année.
- M. le Président dépose sur le bureau la liste des ouvrages reçus depuis la dernière séance. Cette liste sera insérée dans un prochain bulletin.
- M. le Président prononce les paroles suivantes :
- Mes Chers Collègues,
- Il y a un an, à pareille époque, nous venions de traverser une période de plusieurs mois pendant lesquels des événements importants et dou-' loureux étaient brusquement venus se dérouler, bouleversant, non seulement les conditions économiques et sociales, mais aussi bien la vie des nations que celle des individus.
- Il fallut, à ce moment, que chacun s’adaptât au milieu nouveau ainsi créé, et la Société des Ingénieurs Civils de France, comme tous les autres organismes, dut subir le contre-coup de ces modifications.
- Il a paru à votre Comité, qui n’a pas pu, par suite des événements, vous réunir à la fin de l’année dernière, qu’il était indispensable de procéder aujourd’hui, dans la réunion spéciale à laquelle vous avez été convoqués, à un exposé rapide de la vie de la Société depuis la fin de l’année 1913. ,
- Cette période peut se diviser en trois parties distinctes :
- 1° La période normale, qui s’est écoulée du 1er décembre 1913 au 31 juillet 1914. .
- 2° La première période de guerre, du 1er août au 30 novembre 1914.
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- Ces deux périodes réunies forment ce que nous appelons une année semi-normale. .
- 3° La deuxième période de guerre, du 1er décembre 1914 au 30 novembre 1915, qui forme l’année régulièrement anormale dont nous vous donnerons tout à l’heure les résultats.
- Avant d’entrer dans les détails du Bilan que nous présentera M. le Trésorier, il peut être utile de faire un bref historique des mesures que votre Bureau dut prendre d’urgence à cette époque.
- ' Dès le 2 septembre 1914, à la suite d’une entrevue avec le Ministre des Finances, le Bureau décidait, en présence des graves événements qui se succédaient rapidement, de faire mettre à Fabri les archives et les valeurs de la Société. Il chargeait, en conséquence, votre Secrétaire Administratif de faire le nécessaire, et, -suivant le Gouvernement, de Se rendre à Bordeaux où votre Vice-Président, M. A. Herdner, allait se trouver.
- Votre Président était lui-même astreint à s’éloigner de Paris pour surveiller, en Savoie, la fabrication de produits chimiques et autres pour la guerre.
- Pendant la période qui s’écoula de septembre à décembre 1914, la vie de la Société fut en quelque sorte suspendue, car plus de la moitié des Membres du Bureau et du Comité étaient au front ou mobilisés dans divers Services de l’Intérieur.
- Toutefois, le Président et quelques-uns des Membres du Bureau eurent l’occasion de se réunir pour s’entretenir des affaires de la Société, soit à Bordeaux, soit à Paris, où votre Secrétaire Administratif put se rendre également plusieurs fois.
- Du reste, la bibliothèque ne fut pas fermée, et les bureaux ne cessèrent pas de fonctionner, bien qu’avec un personnel restreint, par suite de la mobilisation d’une partie des employés.
- Dès le mois de décembre 1914 le Bureau se préoccupa de reprendre la vie régulière, quoique ralen tie, de la Société, et c’est ainsi que nous avons pu, depuis cette époque, tenir nos séances à raison d’une par mois, et faire paraître tant nos Procès-Verbaux que nos Bulletins qui, toutefois, sont devenus trimestriels par suite du nombre moindre des communications qui nous sont faites.
- A la suite de ces renseignements rétrospectifs, il est nécessaire de
- vous exposer la situation actuelle de la Société. •
- Le 30 novembre 1913 les Membres de la Société étaient au
- nombre de.............................................. . 3 981
- Du 1er décembre 1913 au 30 novembre 1915, les admissions
- ont été de.................................................. 219
- Formant ainsi un total de............................... 4 200
- Pendant ce môme laps de temps la Société a perdu par décès,
- démissions et radiations................................... 255
- Le total des Membres de la Société au 30 novembre 1915 est
- ainsi de................................................. 3 945
- Il a donc diminué, du 1er décembre 1913 au 30 novembre 1915, de ... ..................................................... 36
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- Cette diminution s’explique, d’une part, par le nombre très faible des nouvelles demandes d’admission qui nous sont parvenues, ce qui n’a malheureusement rien d’étonnant au milieu des événements qui se sont produits et, d’autre part, par le nombre relativement plus important de ceux de nos Collègues dont nous avons à déplorer la mort.
- Parmi eux 23 ont été frappés au Champ d’honneur.
- Vous me permettrez de rappeler plus particulièrement leurs noms.
- Ce sont : MM. L. Arloing, P. Billiez, H. Gorra-Bey, J. Guillemin, •Ch. Masson, F. Robin, A. Sée, J. Seitier, M. Suss, J. Teisset, G. Lévy, A. de Romeu, G. d’Ambrières, E. Kiener, M. Forret, J. Hardelay, H. Perney, F. Glaizot, M. Néret, Ch. Renault, G. Meyer, J. I) union -tant, A.-V. Roy, A. Bourlet, E. Cousin, G. Ferlât.
- Plusieurs d’entre eux avaient reçu la récompense de leur courageuse conduite au feu ; c’est ainsi que MM. A. Bourlet et F. Glaizot avaient été faits Chevaliers de la Légion d’honneur après plusieurs citations à l’ordre de l’Armée et que MM. G. Lévy, G. d’Ambrières, A. de Romeu, M. Suss, M. Néret, J. Dumontant, E. Cousin avaient été l’objet de citations.
- Quelques Membres du Comité et de la Société ont été cruellement éprouvés dans leurs plus chères affections.
- Permettez-moi de leur exprimer ici, en votre nom à tous, toute la pari que la Société prend à leurs deuils cruels.
- de citerai tout d’abord M. Ë. Lamy, Président de la 5e Section, dont 1e. fils ainé est mort au feu, mais qui a eu la consolation de voir son second fils décoré de la Légion d’honneur, de la Médaille Militaire et de la Croix de Guerre, après plusieurs citations et six blessures.
- C’est ensuite MM. Gruner, Grosselin et Suss, Présidents de Section, Rabut, Membre du Comité, Roger, Chéronnet, Camhon, Guillou, Sar-tiaux, Crolard, Huillard, Kreiss, Lefrançois, Ganeval, Bazannery et V. Gazan qui ont été frappés douloureusement par la mort de leurs fils glorieusement tués à l’ennemi.
- M. Herdner, notre Vice-Président, M. Houdry, Membre du Comité, et MM. Grété et Gallais, Membres de la Société, ont été aussi éprouvés par la perte de leurs gendres morts au Champ d’honneur.
- Notre Collègue belge, M. Knapen, éprouvé déjà, par l’invasion de son valeureux pays, a eu son frère, le Commandant Knapen, tué en défendant, contre des forces notablement supérieures, le pont d'Osmaël dans les premiers jours de l’envahissement de la Belgique. Le fils du Commandant, neveu de notre Collègue, trouvait lui-même, à quelques jours de distance, un glorieux trépas.
- Qu’il me soit permis maintenant d’adresser un souvenir ému aux principaux Membres de notre Société décédés au cours de cette douloureuse période et parmi lesquels je*,vous demande de rappeler plus particulièrement les noms de MM.
- Léon Molinos, notre Président d’Iionneur,
- Paul Buquet, Ancien Président,
- J. Bourdais, Ancien Vice-Président,
- Ch. Gallois, Ancien Président de Section,
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- Esnault-Pelterie, E. Coignet, F. Honoré et J. Planche, Anciens Membres du Comité.
- M. le Comte Witte, Membre d’honneur, ancien Ministre de Russie,
- M. Guillain, Membre d’honneur de la Société et ancien Ministre des Travaux publics.
- M. Ch. Zeiller, Membre d’honneur, Membre de l’Institut et de l’Académie d’Agriculture, Inspecteur général des Mines, Vice-Président du Conseil général des Mines, Professeur à l’École nationale supérieure des Mines.
- Enfin notre vénéré Collègue M. Guérard, qui était le dernier survivant des Membres fondateurs de notre Société en 1848.
- Il me faut également vous rappeler la perte de deux de nos collègues belges particulièrement estimés, MM. Ad. Greiner et A.-H. Kréglinger, dont la mort a -été certainement hâtée par les malheurs immérités qui se sont abattus sur leur Patrie.
- Si notre Société a subi des pertes douloureuses, elle peut être, d’un autre côté, fière de voir un nombre important de ses membres décorés, mais dont quelques-uns, hélas, ne sont plus.
- Je suis heureux de féliciter ici MM. Boyer-Guillon, G. Claude, R. Deville, Léon Gérard, P. Glaisot, P. Julien, L. de Lavallée-Poussin, J: Plichon, L. Prangey, Ch. Quantin, L. Raichlen, F. Cellerier, H. Ilamet, J. Merklen, M. Métayer, A. Bourlet, H. Chahardès, A. Lin-deboom, qui ont été faits chevaliers de la Légion d’honneur pour faits de guerre ou au titre militaire.
- Enfin, un grand nombre de nos collègues ont reçu également la Croix de Guerre après avoir été l’objet de citations glorieuses. Ce sont MM. L. Arbel, A. Couder, F. Cellerier, J. Dumontant, P. Gallais, F. Samuel, G. Lévy, L. Raichlen, M. Suss, A. Cléret, Ch. Mariller, A. Papin, R. Chassériaud, P. Rochard, J. Auclair, Jean Bergeron, M. Bouchet, B. Hoppenot, H. Isaac. J. Labrousse, G. d’Ambrières, A. de Romeu, J. Legrand, A. Jacobson, L. Morel-Fatio, S. Brull, P. Hébert, M. Néret, P. Julien, F. Martin, M. Ratel, Ch. Baudart, E. Castellan, P. Chaleil, Ch. Gouvy, G. Massip, L. Mesnil, S. Pépon-net, Ch. Quantin, Lucien Rey, G. Claude, Boyer-Guillon, A. Bourlet, 1J. Ghabardès, A. Lindeboom, R. Bonneau, R. Gosse.
- (Au titre civil : M. R. Grosdidier.)
- Je m’excuse, si cette nomenclature n’est pas très exacte ; elle a été établie avec les renseignements qui nous sont parvenus directement et qui sont sans doute loin d’ètre complets. D’ailleurs, lorsqu’après la guerre, la Société des Ingénieurs Civils de France établira son livre d’or, elle s’efforcera d’y faire figurer la totalité des noms de ceux de nos collègues qui, en si grand nombre, se seront distingués.
- Dans les circonstances que nous traversons, notre Société a continué à recevoir des témoignages de sympJthie dont elle a été profondément touchée.
- Plusieurs de nos collègues habitant les pays neutres nous ont adressé leurs vœux de succès et l’assurance de leur attachement à notre Société et à la France.
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- En outre, M. de Timonoff, Membre d’Honneur, et M. Aubert, notre collègue, désireux de donner une preuve de leur attachement à la Société, lui ont fait des libéralités destinées à distribuer des prix et récompenses dans des conditions qui seront portées en temps utile à la connaissance de nos collègues. ,**•
- Nous les en remercions au nom de la Société et associons à ses remerciements les généreux donateurs qui ont bien voulu nous apporter leur aide pour l’alimentation du fonds de secours ordinaire de la Société, ainsi que pour la constitution du fonds de guerre qui a déjà permis de soulager de nombreuses infortunes.
- La gratitude de la Société doit également s’adresser à tous ceux qui ont apporté leur concours à l’organisation des séances qui se sont tenues, au nombre de douze, depuis le début des hostilités et au cours desquelles d’intéressantes questions ont été traitées.
- La question des brevets d’invention internationaux a été abordée par notre ancien Président, M. E. Barbet, dans une remarquable conférence ; elle a été le point de départ d’une discussion à laquelle prirent part nos collègues, MM. E. Bert, Jean Rey, Taillefer, S. Périssé, G. de Mestral, J. Gilbert, J. Patoureau, J. Pillet, L. Ravier, H. Gasevitz, G. Jaubert, P. Kestner, P. Lecler, P. Ducrest, ainsi que plusieurs éminents maîtres du Barreau, MM. Allart, Desjardins, Mainié et Michel-Pelletier, dont nous avons à regretter la mort survenue au cours de la présente année.
- M. Laubeuf nous a parlé des sous-marins allemands et de leur rôle au cours de la guerre actuelle; M. le. commandant Ferrus nous a fait une communication sur les artilleries ennemies avec intervention de M. Arnoux, et M. Guiselin a traité, devant vous, la question du pétrole et la guerre, ce qui nous a valu une lettre intéressante de notre collègue M. Ziégler.
- Dans le domaine économique, M. Y. Cambon nous a fait une communication des plus nourries sous le titre : « Vers l’expansion industrielle», qui a motivé l’intervention de MM. Gabelle, P. Lecler et A. Hillairet.
- Gomme suite à cette communication, M. P. Besson a traité la question de l'« Organisation et le développement nécessaires de l’industrie chimique et des laboratoires », qui a été suivie de remarques et de lettres dues à MM. L. Lindet, E. Barbet, Y. Cambon, S. Périssé et E. Gacheux.
- Enfin, tout récemment, la question de la « Reconstruction des villes détruites au cours de la guerre actuelle » a fait l’objet d’une communication très documentée de M. G. Gourtois et qui a donné naissance à une discussion très instructive à laquelle ont pris part des notabilités du Parlement, de l’Administration et plusieurs de nos Collègues plus particulièrement compétents. Je vous demanderai de rappeler ici leurs noms: M. Baudet, sénateur, membre de la Société; M. Siegfried, député ; Ambroise Rendu, conseiller municipal ; Bechmann, P. Bes-' son, P. Lecler et J. Pillet, et, pour terminer, notre vénéré collègue
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- M. Cacheux, qui nous a remis une note des plus intéressantes qui a été reproduite au procès-verbal. .
- Indépendamment du concours que les membres de la Société ont apporté à la défense du pays par une participation active à la vie du front, il y a lieu de noter la participation plus modeste, mais tout aussi intensive, de beaucoup d’autres collègues qui, par leur âge, leur situation ou leur santé, ne sont pas en mesure de prendre part aux faits d’armes militaires et qui se sont cantonnés dans un rôle plus effacé, mais certainement aussi, des plus utiles. Un grand nombre sont actuellement répartis dans les usines qui fabriquent le matériel de guerre sous toutes ses formes : projectiles, produits chimiques, munitions, voitures de toutes sortes, cuisines roulantes, métallurgie, charbonnages, etc., il n’est pas une industrie où un membre de la Société n’apporte actuellement son activité et son dévouement le plus absolu.
- Nombreux aussi sont ceux qui, par leurs conceptions ou leurs réalisations pratiques, sont venus prêter à la défense nationale un concours des plus efficaces. Vous comprendrez le sentiment de discrétion qui ne me permet pas de vous donner de plus amples détails à ce sujet, tout au moins actuellement.
- Qu’il me soit permis de leur adresser, à eux aussi, un remerciement ému, car, si leur rôle est plus modeste, il n’en est pas moins important.
- Mais ces nombreuses occupations ont rendu impossible, à la plupart d’entre eux, de suivre les travaux de notre Société et d’y prendre part d’une façon active.
- De là, dans une certaine mesure, le ralentissement de nos travaux scientifiques et aussi l’impossibilité dans laquelle nous nous sommes trouvés de procéder régulièrement, et en conformité de nos statuts, au renouvellement des membres du Bureau et du Comité de l’année dernière.
- Il en est de même cette année, et votre Bureau et votre Comité, imitant en cela ce qui a été fait dans d’autres Sociétés et s’inspirant des décisions prises à ce sujet, ont décidé de vous proposer de proroger jusqu’à la fin des hostilités les pouvoirs des membres du Bureau et du Comité actuellement en fonctions et qui, depuis deux ans. n’ont cessé, avec un dévouement inlassable, d’assurer la marche de la Société au milieu des événements et des conjectures souvent difficiles.
- En conséquence, je vous demanderai, si aucun de vous n’a d’observations à présenter, de ratifier la prorogation dés pouvoirs des membres du Bureau et du Comité actuellement en fonctions, car vous savez, Messieurs, qu’il est matériellement impossible de procéder à leur remplacement et à des élections, quelles qu’elles soient.
- La proposition de prorogation des pouvoirs du Bureau et du Comité, mise aux voix, est adoptée à l’unanimité.
- M. A. Herdner, Vice-Président. — Mes chers Collègues, au moment où vous venez de proroger les pouvoirs du Bureau et du Comité, et plus particulièrement ceux de notre dévoué Président, je tiens à rappeler que c’est grâce à son initiative que la Société a pu reprendre ses
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- travaux dès décembre .1914. après quatre mois d’interruption seulement, et, que c’est grâce aussi à son activité qu’ont pu être provoquées les intéressantes communications et qu’ont pu être organisées les brillantes discussions qu’il vient lui-même de vous rappeler.
- Je crois donc être l’interprète de tous, en remerciant M. Gall des services qu’il a rendus à la Société, pendant cette difficile période, et de ceux qu’il est disposé à lui rendre encore jusqu’au moment de la victoire. (Applaudissements.)
- M. Gall, Président. — Je remercie vivement M. Herdner de ses trop bienveillantes paroles. Je n’ai qu’un regret, c’est que ses occupations soient si absorbantes. Elles le retiennent presque constamment loin de Paris, où il rend de si grands services, et ne lui permettent pas de prendre à son tour la barre ; je suis convaincu que vous en auriez un très grand profit. Je dois m’incliner devant toutes les considérations exposées par M. Herdner, et j’espère que les circonstances lui permettront bientôt de conduire la Société dans la nouvelle phase dans laquelle ne manqueront pas d’entrer la France, les Ingénieurs et notre Société. (Assentiment unanime.)
- M. le Président donne la parole à M. le Trésorier pour la lecture de son rapport sur la situation financière de la Société.
- RAPPORT de M. le Trésorier.
- M. le Trésorier dit que M. le Président venant d’exposer la situation et le fonctionnement de lu Société, ainsi que l’effectif actuel de ses Membres, il y a lieu maintenant d’examiner la situatioîi financière en commentant le Bilan dressé au 30 novembre 1915.
- Actif.
- Compte Fonds inaliénable. — Avant toute chose il y a lieu de remarquer que les chiffres du Bilan sont présentés en deux colonnes.
- Dans la première colonne il n’est, pas tenu compte de la dépréciation subie par les valeurs composant le Fonds inaliénable. Ce sont les chiffres de cette colonne qui vont être cités au cours de notre examen, car seuls ils permettent la comparaison des années entre elles.
- Dans la seconde, au contraire, il est tenu compte du cours, au 30 novembre 1915, de chacune des valeurs du Portefeuille de la Société, et c’est ainsi que l’on constate que la diminution de l’Avoir résultant de la baisse des cours atteint 123 455 fr, 55, ramenant le dit Avoir à 938 308 fr, 09 au lieu de 1061763 fr, 64.
- Reprenant l’examen du Bilan, nous voyons que le 30 novembre 1913 ce compte s’élevait à 457 280 fr, 30 ; il figure dans la première colonne pour : 510604 fr, 55. La différence en plus, soit 53 324 fr, 25, représente d’une part :
- 1° 42909 fr, 25, augmentation du Legs Huet, par suite du retour à notre actif d’un certain nombre de valeurs qui étaient jusqu’à présent déposées en garantie de rentes viagères ; et d’autre part :
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- BILAN AU 30
- ACTIF
- 1° Fonds inaliénable :
- a. Legs Nozo..............Prix............Fr.
- b. Fondation Michel Alcan . . — .......
- c. Fondation Coignet........—................
- d. Don Couvreux.................—............
- e. Legs Gottschalk..........—................
- f. Don Chevalier............—.................
- g. Don G. Canet...............................
- h. Legs Moreaux —...............
- i. Legs Giffard. . . . Prix et Secours ....
- j. Donation Hersent . . — ... 4
- b. Donation Schneider . . . Secours..........
- l. Don anonyme............ — ......
- m. Don Normand............ — ..........
- n. Don Coiseau............ — ..........
- 0. Legs Roy...................................
- p. Legs Huet....................'.............
- q. Legs Mayer.................................
- r. Legs Faliès................................
- s. Legs Meyer (nue propriété].................
- t. Legs Hunebelle............................
- u. Don Mm* Vve Coiseau..................
- v. Fondation Eiffel . . . Bourse de voyage. . . .
- 6 000 » 6 000 »
- 4 317,50 2 902,50
- 4 285 » 3 225 »
- 4 857,15 3 575 »
- 10 000 » 6 450 »
- 3 969 » 2 943 »
- 41 929,35 27 599 »
- 40 060,15 28 424 »
- 50 372,05 42 968 »
- 20 000 » 15 141 »
- 100 512 » 76 800 »
- 6 750 » 5 062,50
- 3 249,80 2 310
- 11 250 » 8 811
- 873,50 800 »
- 128 404,75 101 410 »
- 13 612,50 9 840 »
- 4 768,85, 3 270 »
- 10 000 » 6 720 >»
- 29 976,35 19 995 »
- 5 000 » 3 768 »
- 10 416 d 510 604.55 9 135 »
- 2° Caisse : Solde disponible........................
- 3° Débiteur divers :
- Obligations, banquiers et comptes de dépôt. . . . 60 843,45
- Divers ......................................... 2 635,55
- Fonds spécial (A)............................... 107 000 »
- 4° Prix Henri Schneider 1917..............
- 5» Amortissement de l’Emprunt.................
- 6» Bibliothèque : Livres, catalogues, etc.....
- 7» Immeuble :
- l ancien.......... 369 160,30 )
- a. Terrain 1 nouveau (legs de l 470 458,30
- f Hennaüet Huet). 101 298 » )
- b. Construction.......................... 477 892,12
- c. Installation............................. 35 237,08
- d. Ameublement et Matériel.................. 48 622,54
- 9 035,40
- 170 479 » 37 292,80 4 247,40 11 000 »
- 1 032 210,04
- 60 843,45 2 635,55 107 000 »
- 470 458,30
- 477 892,12 35 237,08 48 622,54
- 387 140 9 035,40
- 170 479 28 365 >• 4 247,10 11 000 »
- 1 032 210,(U
- Fr. d 774 869,19
- 1 642 485,84
- NOVEMBRE 1915
- PASSIF
- 1° Créditeurs divers :
- Impressions, travaux en cours Fr 12 500 » 12 500 »
- Créditeurs divers, retraites ouvrières 9 350,25 9 350,25
- Créditeurs spéciaux (A) 107 000 » 128 850,25 107 000 » 128 850,25
- 2° Prix divers (prorogé) :
- a. Prix Annuel Mémoire Mémoire
- b. Prix Nozo 1 094,40 1 094,40
- c. Prix Giffard 1911 (prorogé 1914) 2 000 » 2 000 »
- d. Prix Gjfïard 1914 3 000 » 3 000 »
- c. Prix Giffard 1917 2 515,20 2 515,20
- /. Prix Michel Alcan 503,15 503,15
- g. Prix François Coignet 539,70 539,70
- h. Prix Alphonse Couvreux 590,93 590,95
- i. Prix A. Gottschalk 975 » 975 »
- 7. Prix G. Canet 6 316,35 6 316,35
- k. Prix H. Hersent t 528 » 528 »
- 1 Prix F. Moreaux 5 097,60 5 097,60
- m. Prix H. Chevalier 388,80 388,80
- n. Prix N. Coiseau 470,50 470,50
- 0. Bourse de voyage Eiffel 1 209,60 25 229,25 1 209,60 25 229,25
- 3° Prix Henri Schneider 1917. . . 37 292,80 28 365 »
- 4° Emprunt 489 500 » 489 500 »
- 5° Tirage Obligations 4 247,40 4 247,40
- 6° Coupons échus et à échoir :
- N05 30 à 32. 1er janvier 1910 au 1er janvier 1912 . 553 » 553 »
- N° 33. 1er juillet 1912 250,65 250,65
- N» 34. 1er janvier 1913 243,25 243,25
- N» 35. 1er juillet 1913 287,75 287,75 »
- N° 36. 1er janvier 1914 518,45 518,45
- N° 37. 1er juillet 1914 604,95 604,95
- N° 38. 1er janvier 1915 .... : 2 981,05 2 981,05
- N° 39. 1er jvillet 1915 4 051,45 4 051,45
- N* 40. 1er janvier 1916 11 028,40 20 518,95 11 028,40 20 518,93
- 7° Fonds de secours 7 466,90 7 466,90
- Fr. 713 105,55 704 177,75
- Avoir de la Société 1 061 763,64 938 308,09
- Fr. 1 774 869,19 1 642 485,84
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- PROCÈS-VERBAL DE LA SÉANCE DU 30 DÉCEMBRF
- 2° Le don fait par M. Eiffel d’une somme de 10 415 fr, pour la création d’une bourse de voyage.
- Le compte Caisse est de 2 000 fr inférieur à ce qu’il était en novembre • 1913, mais ceci n’est qu’une simple réduction momentanée.
- Les Débiteurs figurent pour 170 479 fr. Ils représentent les obligations, banquiers et comptes de dépôt pour 60 843 fr, 45 alors qu’en 1913 ils s’élevaient à 71 657 fr. Cette diminution est due pour partie à des évaluations moindres, que nous avons faites, d’un certain nombre de valeurs titres au porteur, représentant une partie de nos disponibilités courantes réalisables en dépôt chez lés banquiers.
- Les Divers ont subi également une légère diminution.
- Quant au compte Cotisations (années antérieures) nous l’avons entièrement supprimé, considérant que, jusqu’à nouvel ordre, il n’y avait pas lieu de compter sur le paiement des cotisations dues pour les années antérieures à l’exercice actuel.
- En revanche, vous remarquerez la création d’un. Fonds spécial (A) s’élevant à la somme de 107 000 fr.
- Ce compte, qui a sa contre-partie au Passif, est, tout au moins actuellement, un compte d’ordre.
- Il représente les disponibilités que nous avons créées et réservées en vue de parer à une diminution toujours possible, quoique éventuelle, des recettes normales, disponibilités que nous avons placées en bons de la Défense.
- Prix Henri Schneider 4917. La diminution d’évaluation sur les valeurs a été également appliquée aux titres représentant le montant des Prix Henri Schneider 1917. Ce montant qui est présenté dans la première colonne du Bilan pour 37 292 fr, 80, figure dans la seconde colonne pour 28 365 fr., d’où une diminution de 8 927 fr, 80.
- Il y a lieu toutefois de remarquer que cette diminution n’a aucune répercussion sur l’avoir de la Société, le compte Prix Schneider 1917 -ôtant essentiellement un compte d’ordre figurant aussi bien à l’actif qu’au passif.
- L’Amortissement de l’Emprunt, la Bibliothèque et l’Immeuble n'appellent aucune observation.
- Passif.
- Le Compte Créditeurs divers figure pour 128 850 fr, 25 à l’exercice 1915, alors qu’il n’était que de 24000 fr pour l’exercice 1913. La différence provient des 107 000 fr de Créditeurs spéciaux (A) correspondant, au passif,- au môme chapitre de l’actif dont nous venons de parler.
- C’est pour le moment, nous le répétons, un compte d’ordre.
- Les Prix divers se sont normalement augmentés des intérêts des obligations qui leur sont affectés ; mais par suite des événements qui se sont produits depuis deux ans, ils n’ont pu être décernés.
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- PROCÈS-VERBAL DK LA SÉANCE DU 30 DÉCEMBRE 1915 663
- Il y aura, lieu, lorsque les circonstances le permettront, de prendre une décision sur leur alïéctation ultérieure.
- Vous remarquerez toutefois la création, à ce compte, du chapitre Bourse de voyage Eiffel, représentant les intérêts actuellement touchés et mis de côté, de la fondation dont nous avons parlé tout à l’heure à l’occasion de l’actif.
- Pour le chapitre Prix Henri Schneider 1917 les explications correspondantes viennent de vous être données à propos de l’actif.
- , Les chapitres suivants Emprunts, Coupons, etc., n’appellent aucune observation.
- VAvoir de la Société qui, au 30 novembre 1913, était de 1 031 390 fr, 31 est actuellement de 1 061 763 fr, 64, soit une augmentation de 30 373 fr,30 (sans tenir compte de la diminution des valeurs du Fonds inaliénable).
- Mais il y a lieu de rappeler, ainsi que nous l’avons fait remarquer tout à l’heure, que le compte Fonds inaliénable s’est accru d’une somme de 53324 fr, 25 qui, normalement, doit être déduite de l’augmentation de l’Actif portée au Bilan pour donner le résultat réel de l’exercice.
- On constate ainsi que la diminution de l’Actif a été de 22950 fr, 95.
- En résumé, l’Avoir de la Société était, au 20 novembre 1913, de......................................Fr.
- Au 30 novembre 1915 il se montait ù . .............
- Il semble donc avoir augmenté de...................
- Mais comme le Fonds inaliénable s’est accru de . . . . par suite de l’augmentation du Legs Huet, et du don de xM. Eiffel,
- Il y a eu en réalité une diminution, non apparente, de
- l’Avoir de la Société s’élevant à.................Fr.
- qui, ajoutée à la diminution provenant de la baisse subie par les valeurs de Portefeuille, soit.............Fr.
- donne une diminution réelle de l’Avoir de la Société se montant à.........................................Fr.
- 1031390,34 1061 763,64
- 30 373,30 53 324,25
- 22950,95
- 123455,55
- 146406,50
- Ce résultat n’a rien qui doive surprendre, car les conditions de la vie de la Société ont été anormales depuis près de deux ans.
- Malgré cela, nous pouvons considérer la situation comme relativement bonne. La Société a des réserves suffisantes pour faire face, pendant de longs mois, à toutes les dépenses qui pourraient se présenter, et cela grâce, ainsi que nous l’avons dit tout à l’heure, au concours que votre Comité a pu trouver parmi un certain nombre de Membres qui n’ont pas hésité à répondre à l’appel qui leur a été fait, permettant ainsi d’assurer en toute sécurité la vie de notre Société.
- M. le Trésorier, en terminant, fait remarquer qu’il n’a pas été prévu pour cette année de tirage d’obligations à amortir, le dernier remontant à fin 1913.
- Cette mesure, dictée par les considérations financières du moment, a
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- PROCÈS-VERBAL DE LA SÉANCE DU 30 DÉCEMBRE 1915
- été aussi inspirée au Comité par les conditions mêmes dans lesquelles notre Emprunt a été émis en 1896 et en considération également du fait que, jusqu’à présent, l’amortissement ayant été plus rapide que le tableau régulier ne le demandait, cette mesure ne peut léser les intérêts d’aucun Collègue. Le Service des Coupons de cet emprunt se poursuit du reste régulièrement.
- M. le Président met aux voix l’approbation des comptes qui viennent d’être présentés.
- Les comptes sont approuvés à l’unanimité.
- M. G-all, Président. — Je remercie vivement M. de Chasseloup-Laubat, qui a bien voulu nous faire le compte rendu financier de notre Société, et me félicite qu’il ait pu faire coïncider avec notre séance un des voyages que lui imposent les fonctions qu’il a assumées.
- Je vous demande d’y associer également, bien que sa modestie lui fasse toujours désirer ne pas être nommé, M. de Dax, qui remplit au Ministère des Munitions une tâche si utile, qui est venue s’ajouter à celle de Secrétaire de notre Société. 11 consacre ses soirées et ses veilles à tout le travail du Secrétariat, et a pu ainsi en assurer la continuité et la régularité.
- J’ai donc le devoir de le remercier tout particulièrement pour le concours si dévoué qu’il nous apporte.
- Avant de lever la séance, je tiens à remercier nos Collègues d’avoir bien voulu venir assister au compte rendu annuel ; leur présence nous a été précieuse ; elle nous le sera également pour adresser un souvenir tout à fait cordial à ceux de nos Collègues qui vont commencer l’année loin de leur famille et dans des conditions de vie de tranchée si pénibles. Je leur adresse, au nom de la Société tout entière, les vœux que nous formons pour les revoir parmi nous, après avoir honoré le Pays et la Société des Ingénieurs Civils de France. (Vifs applaudissements.)
- Il est donné lecture des demandes d’admission en première présentation de MM. L. Bouteron et Villemot comme Membres Sociétaires Titulaires.
- MM. P. Bellard, J. Guerrier et U. Kunzler sont admis comme Membres Sociétaires Titulaires, et
- MM. L. Lefebvre comme Membre Associé.
- La séance est levée à 18 heures vingt.
- Le Secrétaire Administratif :
- A. de Dax.
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- CHRONIQUE
- N°421.
- SOMMAIRE
- A. — Appareils de transport par chemin de fer, navigation, automobilisme, etc. — La locomotive à vapeur aux IitatsdUnis (fin). — Locomotive sans feu. — Grosses locomotion Baldwin. — Navires de guerre à moteurs Diesel.
- B. — Mécanique, moteurs, machines diverses. — Développements récents des grandes stations centrales d’électricité (suite et fin). — La production de la force motrice. — Dangers de l’impureté de la vapeur. — Chaudière à vapeur avec chauffage direct dans la masse d’eau. — Un grand moteur Diesel. — Prise d’air des compresseurs.
- C. — Consti'uction. — Travaux publics. — Deux grands ponts sur l’Ohio. — Communication directe par chemin de fer entre la Suisse et la Riviera. — La deuxième galerie du tunnel du Simplon. — Le trafic du Canal de Panama. — Le béton dans les travaux hydrauliques.
- D. — Mmes, métallurgie, chimie et électricité. — L’extraction du charbon au Japon. — Production du tungstène dans l’empire britannique. —Gisements de potasse au Chili. — Dépôts de potasse en Espagne. — La production de l’antimoine. — Extraction de l’oxygène de l’air atmosphérique. — Emploi de l’air liquide comme explosif. — Résistance des soudures faites au chalumeau oxyacéthjdénique.—‘Emploi des gaz de fours à coke pour l’éclairage des villes.
- E. — Questions diverses. — Un terrible accident de chemin de fer. — La catastrophe de YEastland. — Importation de machines en Russie. — L’industrie des pipes de bruyère en France (suite et fin).
- A. — Appareils de transport par chemin de fer, navigation,
- AUTOMOBILISME, ETC.
- lies locomotives à vapeur aux États-Unis (suite et fin). — M. H.-B. Mac Farland appelle rattention sur les recherches faites pour déterminer les meilleures dispositions à adopter pour le tirage. Les premiers essais faits pour établir d’une manière scientifique les bases de l’action de la boîte à, fumée ont été exécutés dans le laboratoire d’essais des locomotives de l’Université de Purdue. Mais le rapide développement des très grosses locomotives depuis quelques années, et l’accroissement énorme de puissance des chaudières amenaient à se demander si les résultats obtenus pouvaient s’appliquer dans ce nouveau cas. Le Pensylvania Railroad a donc fait récemment une nouvelle série d’expériences, mais les renseignements donnés, quelque intéressants qu’ils soient, n’ont pas permis de formuler des règles générales applicables à toutes les classes de locomotives et on doit encore recourir à des essais individuels pour chaque type.
- On sait depuis longtemps que le tirage des locomotives est obtenu aux dépens de la puissance développée sur les pistons, à cause de la contre-pression qui s’exerce sur ces organes, mais on ne se rend pas toujours compte de la valeur de cette perte, surtout lorsque les chaudières doivent travailler à leur maximum de puissance. Des essais faits sur
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- dix-huit locomotives de types différents du réseau de Santa-Fé ont indiqué en moyenne que, pour 100 ch utilisés pour la traction, 66 sont employés au tirage dont les 70 0/0 sont dus à la contre-pression produite derrière les pistons.
- La capacité des chaudières de locomotives s’est grandement accrue depuis une dizaine d’années par l’emploi d’appareils auxiliaires tels que surchauffeurs, voûte en briques, réchauffeurs d’eau d’alimentation, chauffage mécanique, etc.
- On a également augmenté indirectement la puissance de la chaudière en agissant sur l'utilisation de la vapeur, par des améliorations dans la distribution : le dessin des cylindres, les proportions des passages. Mais il n’en est pas moins vrai que le facteur essentiel pour accroître la puissance d’une chaudière est le tirage et on doit donner à cette question la plus sérieuse attention.
- Des essais très complets ont été faits dans l’été de 1914 sur quatre modèles differents de locomotives Prairie pour déterminer les effets de modifications apportées à la boîte à fumée. On a suivi, dans chaque cas, les indications données à la suite des essais du Pensyl vania Railroad. On a constaté qu’on pouvait obtenir un tirage de 0 m, 16 d’eau dans la boîte à fumée avec une réduction de 39,60/0 sur la contre-pression dans les cylindres avec la disposition primitive de l’échappement.
- ' Des essais de puissance exécutés sur une de ces locomotives ont fait voir que le maximum était réalisé à la vitesse de 66 km à l’heure ; le travail total était de 1 360 ch indiqués et la contre-pression représentait 190 ch. On réalisait un avantage de 36 0/0 sur la contre-pression avec l’ancien arrangement de l’échappement soit 66 ch. Mais il n’en résultait en somme qu’une augmentation de 6 0/0 dans la capacité de la locomotive ; donc l’amélioration à rechercher dans cette voie paraît très limitée. L’avantage du système • actuel de tirage par l’échappement est son extrême simplicité et -c’est évidemment ce qui l’a fait conserver exclusivement jusqu’ici. On avait cependant songé à essayer diverses dispositions de tirage par insufflation ou aspiration ; les premiers paraissent bien difficiles a installer sur une locomotive, le développement de la turbine à vapeur et les perfectionnements apportés aux ventilateurs donnent des chances de succès au tirage par aspiration qui est déjà avantageusement employé sur terre et sur mer ; mais il y a une assez grande difficulté au point de vue de l’encombrement et on ne trouva pas de solution bien pratique.
- Toutefois, après bien des essais, le ventilateur Mac-Farland parut devoir résoudre le problème. Cet appareil est installé à l’avant de la boite à fumée ; il aspire directement le gaz sortant des tubes et les refoule dans la cheminée ; le ventilateur est actionné par une turbine prévenant en marche la vapeur au surchauffeur et, dans les arrêts, à la prise de vapeur du souffleur ; l’échappement se fait à l’extérieur.
- Les expériences n’ont pas donné de résultats bien nefs à cause de l’insuffisance du ventilateur, mais, néanmoins, elles ont permis de formuler les conclusions suivantes :
- a) Le tirage de la locomotive peut être assuré d’une manière suffisante avec le ventilateur. On a obtenu dans la boîte à fumée un vide maxi-
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- mumdeOm, 23 d’eau avec une moyenne de 0,20, la hauteur de là couche de combustible sur la grille étant de 0 m, 15 à 0 m, 45 ;
- b) Le tirage peut être modéré à volonté par l'introduction de cloisons en toi e métallique ;
- c) On peut obtenir une fumivorité tout à fait satisfaisante;
- d) Le feu brûle d'une manière très régulière;
- e) La pression à la chaudière est maintenue tout à fait constante ;
- f) La contre-pression sur les pistons est absolument supprimée;
- g) Il n’est jamais nécessaire de recourir à l'échappement pour assurer le tirage.
- Ces essais ont, en outre, fourni des éléments utiles pour l’établissement d’un système de contrôle automatique de réglage de la vitesse de la turbine suivant le tirage à obtenir.
- Il est regrettable que l’auteur de ces intéressantes observations n’ait pas donné la moindre indication sur la dépense de vapeur de la turbine ; celle-ci ne doit pas être élevée, mais, enfin, il serait utile de la connaître.
- M. J.-B. Ennis rappelle qu’il y a vingt-cinq ans la plus puissante locomotive en service pesait 70000 kg et exerçait un effort de traction de 15 000 kg ; cette locomotive représentait le résumé de soixante années de perfectionnements successifs, mais ces perfectionnements ne portaient guère que sur des points de détail et peu d’efforts avaient été faits en Amérique pour améliorer le rendement de la machine ; on peut dire qu’un kilogramme d’effort de traction sur le crochet d’attelage était obtenu avec le même poids de combustible qu’un quart de siècle auparavant.
- lien a été autrement depuis vingt-cinq ans et les progrès ont été rapides. De11.889 à 1899, le poids des locomotives a passé de 70000 à 109000 kg et la puissance en proportion.
- Dans cette période, l’accroissement des dimensions a été accompagné de perfectionnements du côté de l’économie. Le premier pas dans cette voie fut l’introduction du fonctionnement conrpound ; on réalisa cette introduction sous diverses formes et on en obtint des résultats avantageux tant au point de vue de l’économie que de la puissance, mais, cependant, aux États-Unis, la locomotive à simple expansion reste préférée et fut développée jusqu’à ce que la limite de capacité eût été atteinte.
- Déjà, il y a une quinzaine d’années, on put constater que, sur des locomotives ayant à développer le maximum de leur puissance pendant ’ un temps prolongé, la quantité de charbon brûlé nécessitait un travail très considérable de la part du chauffeur. On fut dès lors amené à penser à l’emploi d’appareils mécaniques de chauffage dont l’usage ne devait pas tarder à entrer en pratique.
- En Europe, la surchauffe avait été introduite dans les locomotives et, il y a une dizaine d’années, elle fit son apparition aux États-Unis ; son emploi, d’abord restreint, s’y développa car on reconnut qu’elle accroissait la puissance dés machines et présentait une source d’économie. Le résultat de diverses améliorations apportées aux locomotives fut qu’on a maintenant des machines tant à voyageurs qu’à marchandises qui
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- ont au moins un tiers d'effort de traction au crochet d’attelage de plus à consommation de combustible égale, que les machines d’il y a dix ans employant de la vapeur saturée.
- Avec cette augmentation continue de poids et de puissance, il devint nécessaire de recourir à d’autres moyens que les bras d’hommes pour charger le charbon sur la grille, et les appareils de chauffage mécanique répondirent à ce besoin. Aujourd’hui ils ont passé la période d’essai et satisfont à tout ce qu’on peut leur demander.
- Gomme exemples des grosses locomotives de l’heure actuelle, on peut citer des locomotives à marchandises donnant 22 500 kg d’effort de traction, une locomotive articulée expérimentale pour servir de renfort donnant 72 500 kg, des locomotives articulées pour service régulier ou renfort de 52 000 kg, des machines Pacific de 21 000 et des machines Mountain de 26 000 kg. Les charges par essieu ont été accrues successivement jusqu’au chiffre de 30 t par paire de roues. On fait aujourd’hui les locomotives aussi larges et aussi hautes que le permettent les dimensions du gabarit.
- Il est fort possible que la puissante locomotive future ne soit pas celle d’aujourd’hui ; chaque jour indique de nouvelles sources d’améliorations et le constructeur n’est pas prêt à reconnaître qu’il est arrivé à la perfection. Il est permis toutefois de donner quelques indications.
- Pour le service des marchandises et celui de renfort, sur fortes rampes, l’expérience montre la convenance du type articulé Mallet. Ce modèle est en voie de développement et sera, sans aucun doute longtemps encore, adopté pour ce cas. En dehors de la machine expérimentale dont il a été parlé, les plus grosses locomotives de ce type sont celles du Vir-ginian Railway. Il est intéressant d’indiquer quelques particularités relatives à leur service. Etablies primitivement pour le service de renfort sur des rampes de 2 0/0, et pour un effort de traction de 52 000 kg à la marche compound, elles se sont montrées capables de remonter sur une rampe de 0,6 0/0 des trains de 6 534 t, nécessitant un effort de traction à l’attelage de 50 000 kg. Si les conditions futures de l’exploitation des chemins de fer exigent des augmentations considérables de puissance, le type articulé est prêt à y satisfaire.
- Pour le service des marchandises dans des conditions où ce modèle n’est pas nécessaire, on dispose déjà de puissantes locomotives à 6 à 8 et 10 roues accouplées. On emploie des cylindres de 0 m, 762 de diamètre travaillant avec de la vapeur à 15 kg de pression et actionnant des essieux de 0 m, 33 de diamètre ; les boutons de manivelles, les bielles et les autres pièces du mécanisme ont d’énormes dimensions.
- Avec l’accroissement des dimensions des cylindres, les entre-axes de ceux-ci augmentent et l’écartement des châssis doit être réduit. Il en résulte des efforts considérables sur les longerons. Le poids des pièces en mouvement rotatif et alternatif a atteint dds valeurs qui rendent l’équilibre difficile à réaliser. On peut se demander si les modèles actuels permettront de grands accroissements de capacité malgré les améliorations dans les détails et la qualité des matières.
- Les locomotives à voyageurs modernes ont reçu de grands perfectionnements, mais il y a une question qui reste à résoudre, l’action sur le
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- rail des forces verticales non équilibrées dans les machines à deux cylindres.
- Actuellement nos plus puissantes locomotives à voyageurs ont deux cylindres à simple expansion de 0 m, 685 à 0 m, 734 de diamètre donnant des efforts sur les pistons de 50 000 kg, avec des charges par essieu très élevées et, sauf de rares exceptions, des pièces à mouvement alternatif de poids très considérables.
- La compound équilibrée à quatre cylindres a été introduite il y a une dizaine d’années comme solution possible et il en a été fait un assez grand nombre ; on en a obtenu de bons résultats au point de vue de l’équilibre. On a fait aussi quelques machines de ce genre à simple expansion, mais, dans ces deux modèles, la puissance est limitée par les dimensions des cylindres intérieurs pris entre les longerons et il est impossible de la faire égale à celle des machines à deux cylindres extérieurs à simple expansion.
- Bien qu’il ait été fait quelques machines à trois cylindres, peu d’attention a été apportée jusqu’ici aux avantages de ce type.]
- Il est facile de voir cependant qu’il permet d’obtenir plus de puissance que les modèles à quatre cylindres à simple ou double expansion.
- Avec un seul cylindre placé entre les longerons, on a toute la place nécessaire pour installer le coude central de l’essieu et la bielle contrairement à ce qui a lieu avec deux cylindres placés à l’intérieur. Si on compare ce type à celui à deux cylindres extérieurs, on constate qu’on obtient un mouvement de rotation plus uniforme, des conditions très bonnes d’équilibre et la possibilité de réaliser la puissance maximum avec le minimum d’action destructive sur le rail. Le -travail obtenu avec deux cylindres de 0 m, 685 de diamètre et un effort sur.les pistons de 53 000 kg peut être réalisé dans une machine à trois cylindres de 0m,559 de diamètre avec un effort maximum sur le piston de 35 000 kg.
- Cette réduction d’effort de 33 0/0 représente une réduction correspondante dans les poids du mécanisme et notamment dans ceux des pièces à mouvement alternatif.
- Il est vrai qu’on a déjà réalisé certains progrès dans cet ordre d’idées dans les machines à deux cylindres par l’emploi de matières choisies et de perfectionnements de détail ; mais les mômes avantages peuvent profiter aux locomotives à trois cylindres, et ce modèle présente des avantages que n’ont pas les autres ; il semble donc que pour le service des trains rapides de voyageurs il est appelé à jouer un rôle important dans l’avenir.
- locomotives sans feu. — Les avantages présentés par les locomotives sans feu résident surtout dans leur évidente sécurité provenant de l’absence de foyer, et on conçoit que leur emploi est indiqué dans les usines où on manipule des substances explosives, dang les usines à gaz et dans les fabriques de produits chimiques. Leur service est extrêmement simple puisqu’il n’y a pas de feu à entretenir, de niveau d’eau à surveiller et d’alimentation à assurer ; aussi un seul homme suffit-il pour une grande locomotive sans foyer et encore n’a-t-il qu’à s’occuper de la route suivie par la machine. Il ne se produit aucun dépôt dans le Bull. 43
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- réservoir formant chaudière et les réparations sont très peu importantes-en l’absence de toute partie délicate telle que foyer, tubes à fumée,, entretoises, tirants, etc.
- Une locomotive de ce type, qui a été en service pendant deux ans -et demi dans les ateliers de la Société Hanovrienne de Construction de machines, n’a coûté que 62 fr, 30 de réparations pendant cette période au cours de laquelle elle a été employée pour les manœuvres dans-rétablissement et, en outre, louée plusieurs ibis à des usines du voisinage. Il semble qu’une dépréciation de 7 à -8 0/0 est largement suffisante-pour un appareil de ce genre dont la vie doit être considérable.
- Il ne faut pas se dissimuler d’ailleurs que des locomotives sans -feu. sont d’une application très limitée ; elles ne peuvent s’écarter très loin, de la source de réchauffage, et leur emploi paraît borné au service intérieur d’une usine, mais, dans cette sphère, elles peuvent rendre de réels-services. Ainsi l’Amirauté anglaise les emploie dans des dépôts d’explosifs où on doit éviter tout risque d’incendie. Le chargement du réservoir d’eau chaude se fait par une chaudière à vapeur placée à l'extérieur du dépôt. La machine peut fonctionner plusieurs heures et elle peut revenir au lieu de chargement avide avec une pression de 1 kg par-centimètre carré. On a pris la précaution de garnir les surlaces frottantes telles que les sabots de freins et les parties soumises au choc, comme les-tampons, de matières spéciales, ne peuvant donner lieu à la production, d’étincelles.
- Il est à peine besoin de rappeler qu’il y a vingt-cinq à trente ans les-locomotives sans feu ont été largement employées à la traction des tramways, notamment dans la banlieue de Paris.
- (.rosses Soroasaotî v<*« Kalduin. — Les ateliers Baldwin, de-Philadelphie, ont fait tout récemment d’intéressantes applications d’un type de locomotives déjà connu, mais dans de nouvelles et remarquables-conditions. Il-s’agit des machines à cinq essieux accouplés parallèles.
- Le premier type, de la disposition 2-40-2, c’est-à-dire avec cinq essieux accouplés et un essieu porteur à l’avant et un à l’arrière, se distingue tout d’abord par le diamètre de ses roues, 1 m, 60, le plus grand, qu’on ait encore employé pour autant d’essieux accouplés,et les dimensions de ses cylindres, 0 m, 787 de diamètre et 0 m, 813 de course.
- Lu pareil diamètre ne peut guère être réalisé que sur les chemins de-fer américains dont le gabarit est plus large qu’en Europe. Ce grand diamètre ouvre, des perspectives relativement à l’extension de l’usage du. type dont nous nous occupons pour de grandes vitesses et a le réel avantage de donner des facilités pour l’équilibre des pièces en mouvement en diminuant l’importance des contrepoids.
- La distribution de la vapeur s’opère par des tiroirs à pistons de 0 m, 303 de diamètre commandés par des mécanismes du genre Walschaerts.
- Les roues motrices portées par l’essieu du milieu ont des bandages lisses et, au moyen de jeux latéraux convenables pour les autres essieux, la-machine, malgré son empattement de 6 m, 703, peut passer dans des courbes de 110 m de rayon.
- Les longerons sont en acier au vanadium coulé, pour la partie corn-
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- prise entre l'attache des cylindres et le dernier essieu accouplé, et en fer forgé pour la partie arrière; ces longerons ont Om, 15 de largeur et sont écartés de 1 m, 063 d’axe en axe. #
- Le foyer est au-dessus de l’essieu porteur d’arrière, ce qui a permis .de lui donner une grande largeur, il a 3,33 X 2,44. 11 y a 269 tubes de 67 mm de diamètre et 48 tubes pour surchauffeur deO m, 14, la longueur de tous étant de 7 m, 32 ; le diamètre du corps cylindrique de la chaudière est de 2 m, 286 et la hauteur de son axe au-dessus du rail de 3 m, 30. L’écartement total des essieux est de 10 m, 60.
- Le tënder porte 38 600 1 d’eau et 14 600 kg de charbon ; le réservoir d’eau a une forme cylindrique à axe horizontal.
- Voici du reste les principales dimensions de ce type de machines .:
- Cylindres....................................... . 787-813
- Diamètre des roues accouplées.......................... 1,60
- Ecartement des essieux parallèles..................... 6,706
- — total........................................ 10,600
- Surface de grille...................................... 8,20
- — de chauffe des tubes à fumée............. 616,60
- — — des tubes de la voûte.......... 3,44
- — — des foyers..................... 26,00
- — totale............................. 673,94
- — — des surchauffeurs.............. 128
- Pression à la chaudière.......................... 14,2
- Poids de la machine en service................... 184 700 kg
- Poids adhérent...................................148100
- Poids de la machine et du tender................. 266 400
- Effort de traction............................... 37 600
- La charge par essieu moteur atteint, comme on voit, la valeur très élevée de 29 kg, 600, et l’effort de traction arrive à 1/3,94, c’est-à-dire plus du quart du poids adhérent.
- Le second modèle est exécuté en ce moment à 260 exemplaires par les mêmes constructeurs pour les chemins de fer de l’Etat russe.
- La disposition est 2-10-0 et diffère donc de celle de la machine précédente en ce qu’il n’y a pas d’essieu porteur à l’arrière.
- Les roues sont moins grandes, n’ayant que 1 m, 32 de diamètre, celles de l’essieu moteur sont sans boudins et les essieux avant et arrière ont un jeu transversal de 10 mm pour faciliter le passage de la machine dans des courbes de 110 m de rayon. Les cylindres moins grands que ceux du modèle précédent ont 0m,636 de diamètre sur 0 m, 711 de course.
- Les tiroirs à pistons de 0 m, 306 de diamètre sont actionnés par des commandes Walschaerts, le chargement de marche étant opéré par un petit moteur à air comprimé. Les longerons sont à barres du modèle américain.
- La grille est disposée pour brûler des charbons gras de qualité inférieure, !la manœuvre de la porte du foyer se fait à l’air comprimé. La-chaudière est munie d’un surchauffeur Schmidt. Une plate-forme avec
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- garde-corps entoure la machine, disposition réglementaire en Russie. Le tender, de grandes dimensions, est porté sur deux bogies.
- Yoici les dimensions principales de ces machines :
- Surface de chauffe totale.................... 241,90
- — de grille................................ 6,00.
- — de-surchauffe............................ 52,35
- Pression à la chaudière...................... 13 kg
- Dimensions des cylindres..................... 635-711
- Diamètre des grandes roues........................ 1,32
- — des roues porteuses............... 0,838
- — des roues du tender ................ 0,915
- Ecartement des essieux parallèles................. 5,69
- — total des essieux de la machine et du
- tender........................................ 18,34
- Poids total de la machine.................... 89 000 kg
- Poids adhérent............................... 80 000
- Poids de la machine et du tender............. 149 000
- Contenance des caisses à eau................. 30 000
- Ces machines doivent remorquer des trains de 1 000 t métriques sur des rampes de 8 0/00 à la vitesse de 12 à 15 km à l’heure. Les dimensions très modérées de ce type par rapport au précédent sont justifiées par la charge par essieu, 16 t au lieu de près de 30 pour la machine américaine.
- H'avires tic guerre avec moteurs Diesel. — Deux destroyers de mer construits pour le gouvernement du Japon seront prochainement mis à l’eau des chantiers de la Clyde. Ces navires présentent un intérêt exceptionnel au point de vue mécanique en ce que le moteur principal consiste en turbines à vapeur, tandis que le moteur de croisière est constitué par deux machines Diesel de 1 200 ch.
- Les turbines à vapeur ont une puissance de 1 200 ch également et, lorsque les navires marchent aux vitesses de croisière, les deux hélices seront actionnées par les moteurs à huile, ce qui s’effectuera au moyen d’arbres pleins contenus dans les arbres creux des turbines.
- Les moteurs Diesel, qui sont construits à Glasgow, sont du type à quatre temps et à six cylindres et devront donner aux navires une vitesse de 13 à 14 nœuds. Lorsqu’on se servira des turbines, on réalisera une vitesse de 34 nœuds.
- Les avantages des moteurs à huile pour les croisières consistent surtout dans la très grande économie de combustible qu’elles permettent de réaliser et dans la facilité de mise en train.
- Ces destroyers recevront les noms de Kawakaze et Urahaze. Il n’est pas douteux que cette combinaison de moteurs n’amène d’autres avantages ; ainsi, lorsque les navires seront à proximité de l’ennemi, ils mettront en marche les moteurs à huile et ne seront pas exposés à voir des torrents de fumée noire sortant des cheminées déceler de très loin leur présence.
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- B. — Mécanique, moteurs, machines diverses.
- Développements récents «les gran«lcs stations centrales «l’électricité (suite et fin). — Les quatre premières turbines de la station n° 1 fonctionnaient sans condensation. L’installation prévue pour envoyer la vapeur d’échappement aux raffineries de sel ne fut jamais utilisée parce que la compagnie avait besoin de toute sa puissance et dut même installer une unité supplémentaire de 3 000 kW, ce qu’on put faire sans ajouter de chaudières. Les quatre premières machines de 3 000 kW de 1904 furent remplacées en 1911 par des unités de 8 000 kW du même type avec addition de condenseurs à surface Westinghouse de 1500 m3 de surface.
- La station n° 2 comporte trois unités Carter de la General Electric de 14 000 kW et une de 15 000, lesquelles, comme celles de la station n°l, fournissent le courant triphasé à 4 600 Y et 60 périodes. Les turbines sont ventilées avec insufflation sous pression et les registres sont disposés de telle sorte que l’air puisse passer de la salle des machines au dehors du bâtiment et en hiver de l’extérieur à l’intérieur.
- Une partie intéressante de l’installation de Debray est dans la présence, dans la station n° 2, de neuf chaudières Stirling à double foyer chacune de 2 363 ch. La capacité normale est de 7 000 kW mais peut être portée à 11 000 pour une faible durée. Toutes ces chaudières ont des appareils mécaniques de chauffage du type Taylor. La pression de la vapeur est de 15 kg et la surchauffe de 65° C. Cette station est une des premières où on ait employé une forte surchauffe. Les tubes de surchauffe sont disposés entre les tubes à eau de la chaudière.
- Chacun des réservoirs de vapeur de 1 m, 20 de diamètre porte huit soupapes de sûreté de 0 m, 113 de diamètrg et il y a en outre quatre soupapes de 75 mm sur les surchauffeurs. Les avantages de l’emploi de ces grandes chaudières sont dans le prix moins élevé par unité de puissance, la réduction du rayonnement à puissance égale et aussi la réduction de la surface horizontale par unité de puissance. Les réparations de ces chaudières ne sont pas plus coûteuses qu’avec les générateurs de dimensions courantes. L’utilisatiou combinée de la chaudière et du foyer varie de 80 0/0 pour un facteur de charge de 77 0/0 à 760/0 pour un facteur de 200 0/0.
- A la suite du développement phénoménal de la demande de courant électrique, la Compagnie de Détroit a dû mettre en construction une station de 100 000 kW à Gonmoor Creek située à l’autre extrémité de la ville près du lac Saint-Clair. Cette station pourra être achevée vers la fin de 1915.
- La plus grande partie du courant électrique produit par la Compagnie Edison, à Chicago, l’est dans les stations de Fisk Street et de Quarry Street situées sur le bras méridional de la rivière de Chicago. La salle des machines à Fisk Street a 198 m de longueur et devait primitivement contenir 14 unités de 5 000 kW formées de turbines verticales Curtis. La première fut installée en 1903, mais on résolut alors de remplacer les unités de 5000 kW par d’autres de 12 000. Une de celles-ci avait été
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- mise en place lorsque les progrès réalisés amenèrent la direction de la Compagnie à décider que les quatre unités suivantes seraient de 20000 kW de puissance et du typé horizontal. Deux de celles-ci sont en place, plus une unité de 20 000 kW de la General Electric et une Parsons de 25 000.
- Lgs chaufferies de la station de Fisk Street prévoyaient primitivement 14 batteries de chacune 8 chaudières de 500 ch et 10 de ces batteries comprenant 80 chaudières sont déjà en service. Le reste de remplacement recevra 4 batteries de 4 chaudières de chacune 1 040 m2 de surface de chauffe avec surchauffeur et installation de tirage par aspiration au moyen de laquelle on pourra pousser le travail des chaudières à 200 0/0, du travail normal. La puissance totale de la station de Fisk Street est, de 165 000 kW. Travaillant à ,sa pleine capacité, cette station dépense environ 2 000 t de charbon par jour, ce qui fait 200 t par heure de plein travail. On peut compter 7 500 unités de chaleur pour produire 1 kWh avec l’ancien équipement et 5 400 avec le nouveau; ces chiffres équivalent à 0 kg, 90 de charbon à 6 000 calories et 0,65 à 8 500 calories.
- L’énorme développement des affaires de la Compagnie Edison amena la construction de Quarry Street en 1908. Les deux stations fonctionnent comme une seule, étant reliées par des câbles électriques passant dans des tunnels.
- La station nouvelle contient 8 chaudières de 500 ch à tubes d’eau pour chaque unité génératrice, soit 48 en tout. A l’origine, ces chaudières avaient été disposées d’une manière originale, le foyer ôtant placé du côté du collecteur arrière, de sorte que l’inclinaison des tubes partait du foyer. On espérait avoir ainsi une plus longue chambre de combustion fournissant la combustion complète au profit du rendement du générateur. On reconnut que les frais d’entretien étaient plus élevés et on établit les six autres chaudières avec la disposition ordinaire. Il est intéressant d’indiquer que cette station est la première à avoir employé des pompes d’alimentation centrifuges pour les chaudières.
- La demande d’électricité augmentant toujours, il était facile de voir que les stations dont nous parlons ne tarderaient pas à devenir in suffi -santés et on dut s’occuper d’installations nouvelles ; de là la construction de la station du Nord-Ouest. De 1908 à 1910 le débit maximum des deux stations de Fisk Street et de Quarry Street s’était élevé de 117 370 kW à 182 000, soit 55,5 0/0 d’augmentation. En 1912, le débit était arrivé à 200 000 kW.
- En étudiant la nouvelle station, on était parti de la hase d’un accroissement probable de production de 15 0/0 par an. En partant d’un chiffre de 200 000 kW en 1912, on trouvait que l’augmentation pendant les cinq années suivantes serait de 220 000 kW. On établit donc les projets pour deux nouvelles stations: de 220000 kW chacune. L’emplacement fut choisi pour permettre l’alimentation facile d’une pareille installation correspondant à la production de 350 000 ch; cette alimentation représentait 4Q00t de charbon par jour, soit la charge de 100 wagons; comme ce charbon devait être amené, de 320 km par chemin de fer, il était prudent d’avoir une réserve de combustible ; cette réserve, ne fût-elle que de quatre jours seulement, représentait 400 wagons pour les-
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- quels il fallait 6 à 7 km de voies de garage. Il était nécessaire, en plus, de tenir compte des grèves qui se produisent à peu prés régulièrement tous les deux ans et. pendant lesquelles il est impossible d’obtenir du combustible des mines, pendant trois mois. On devrait donc pouvoir en-magasiner 350 000 t. On fut, par ces considérations, conduit à adopter un emplacement situé sur le bras septentrional de la rivière de Chicago à plusieurs kilomètres des autres stations de Fisk Street et de Quarry Street, mais où on avait des terrains suffisamment vastes pour loger l’approvisionnement de combustible nécessaire.
- Le bâtiment des chaudières est installé de telle sorte que dans la manutention des énormes quantités de combustible qui passeront, aucun emploi de main-d’œuvre ne sera nécessaire. Les chaudières sont disposées par rangées de 10 chacune se faisant face sur les deux côtés d’une allée commune, de telle sorte qu’une équipe de chauffeurs puisse surveiller 20 chaudières. Pour 10 de ces chaudières il y a. une cheminée en tôle d’acier garnie intérieurement de briques de 5 m, 20 de diamètre intérieur et s’élevant à 83 m, 50 de hauteur au-dessus du sol des chaufferies. Lorsqu’elle sera achevée, la salle des turbines aura une longueur de 88 m, 50 et contiendra 5 turbo-génératrices espacées de 13 m, 40 de centre en centre. Les deux premiers sont du type Curtis vertical, semblables à celles des stations de Fisk Street et de Quarry Street et de 20 000 kW, consommant 6 kg, 10 de vapeur par kilowatt-heure à la charge la plus économique, soit 15 000 kW. Les autres unités de cette installation seront du type horizontal et devront développer 3.0 000 kW •et même plus.
- Int ]irôti Mctiou «le la force motrice. — Le journal Engineering, en traitant cette importante question, débute en faisant remarquer combien le métier de prophète est dangereux. Jamais on n’a autant vu de prédictions sur la guerre et la paix qui doit la suivre, et le complet démenti donné par les événements à certains dires de ces prophètes ne les empêche nullement d’en émettre de nouvelles et n’empêche pas non plus le public de les croire ou de paraître le faire.
- Même dans le domaine restreint de l’ingénieur, on en trouve des exemples curieux. On sait qu’en 1881 feu Sir Frederick Bramwell, notre regretté Collègue, annonça qu’en 1931 on ne trouverait plus de machines à vapeur que comme échantillons conservés dans les musées des moteurs du passé, cette machine étant remplacée par le moteur à combustion interne. A l’époque où cette prophétie fut publiée, il ne manquait pas de faits pour l’appuyer. Le moteur à vapeur, tel qu’il était après cent ans d’améliorations successives, avait toujours un rendement si peu élevé qu’une machine de qualité exceptionnelle consommait environ 3 730 calories pour donner un cheval pendant une heure.
- Le moteur à gaz, presque aussi ancien que la machine à vapeur, si on remonte à sa première conception, était capable, même pour de. très faibles forces, de donner le même travail avec seulement. 3000 calories, chiffre naturellement réduit pour de grandes puissances. Il semblait donc que la. vapeur était en train de subir une grave défaite et bien deg personnes étaient persuadées que Sir Frederick s’était tout au plus
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- trompé de quelques années en annonçant la disparition prochaine de la machine à vapeur. «
- Deux ans après la prédiction de notre collègue, apparaît la turbine à vapeur de Parsons, qui constituait une innovation dans l’emploi de la vapeur, laquelle semble susceptible non seulement de retarder d’un temps important la disparition du moteur à vapeur mais peut-être aussi de l’ajourner indéfiniment.
- En fait, dans cette nouvelle période, on pe.ut dire que le rendement de la machine à vapeur a augmenté plus rap dement que celui du moteur à combustion interne et, à moins qu’il ne se produise une révolution imprévue dans la construction des moteui s à gaz, on peut s’attendre à voir avant longtemps le rendement thermiqu e de la machine à vapeur figurer dans de très bonnes conditions à côté de celui du moteur à gaz.
- La meilleure machine à combustion interne fonctionnant pratiquement ne donne pas actuellement sur l’arbre un travail représentant plus de 30 0/0 du calorique contenu dans le combustible et exige une dépense de 2 260 calories par cheval-heure développé sur l’arbre du volant. Les connaissances que nous possédons sur l’importance de diverses sources de perte permettent de croire que des modifications sérieuses dans le rendement seraient bien difficiles à réaliser. Il y a peu à espérer de l’augmentation des compressions, puisque le rayonnement croit rapidement avec la température ainsi que la chaleur spécifique du gaz. On peut admettre que le moteur à gaz convertit en travail la totalité de ce qu’il est possible d’extraire du calorique. Une machine Crossley, soumise à des essais par M. Atkinson en 1905, aurait, dit-on, donné un rendement thermique de 36,9 0/0. La compression atteignait 14 kg, 2 par centimètre carré correspondant à un espace nuisible de moins de 1/6. Avec un rapport de 1/5 qui correspond mieux aux exigences de la pratique, le Comité de l’Association Britannique a trouvé comme rendement maximum possible la valeur de 38,4 0/0. On voit donc que la marge de nouveaux gains possibles est très limitée.
- D’autre part, il semble que la probabilité d’améliorations dans l’utilisation de la vapeur est réelle au moyen de plus fortes pressions et surchauffes, ainsi qu’il a été dit par M. F. Samuelson à la réunion de l’Association Britannique à Dundee. Les résultats déjà obtenus dans ce sens ont été exprimés par des chiffres réunis par M. Emil Sarcke et montrant les dépenses de vapeur par kilowatt-heure réalisées successivement à la station de Saint-Pancras. En 1891, les machines alternatives de 80 kW dépensaient à pleine charge 11 kg, 30 de vapeur par kilowatt-heure. La dernière de ces machines alternatives installée en 1903 et comptée à 450 kW dépense aux essais 8 kg, 83 de vapeur par unité de puissance produite. La première turbine fut installée dans la station en 1906. C’était une machine à courant continu, elle dépensait 7 kg, 7 par kilowatt-heure. En 1909, un turbo-alternateur fut installé et donna une dépense de 7,4 par kilowatt-heure. On doit installer cette année une machine Ljungstrom de 5 000 kW avec garantie de consommation de 5 kg, 35 de vapeur par kilowatt-heure.
- Il est évident que, même les meilleures de ces consommations ne constituent pas un record. Ainsi les turbines de 25 000 kW de Chi-
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- cago avaient une consommation garantie au tableau* de 5 kg, 1 de vapeur par kilowatt-heure et la consommation réelle a été moindre. M. Ferranti, dans sa conférence James Watt, dit avoir obtenu, avec une unité de 5 000 kW, une dépense inférieure à 2 kg, 75 ; ce chiffre représente moins de 2 000 calories par cheval sur l’arbre. Il est probable toutefois que dans ce chiffre il n’est pas tenu compte du travail relatif aux pompes et autres auxiliaires et que ce résultat doit tenir à un vide très élevé qu’il n’est pas possible de réaliser à toutes les époques de l’année. Si on tient compte de ce qui précède, on admettra que les avantages thermiques du gaz sur la vapeur sont en voie d’atténuation et on s’explique pourquoi, avant la guerre, la Société Cockerill inclinait, pour ses nouvelles stations de force, à se servir de gaz de hauts fourneaux brûlés sous des chaudières alimentant des turbines plutôt que d’employer des moteurs à combustion interne.
- Un progrès réel a été effectué dans la machine à vapeur au moyen de l’utilisation dans la turbine de la pointe du diagramme, partie qui est à peu près entièrement perdue dans la machine alternative. Dans le moteur à gaz cette pointe n’est pas utilisée non plus et M. James Atkinson a lait voir, il y a déjà longtemps, qu’on pouvait réaliser une économie sérieuse en faisant la course du piston utile plus longue que la course de compression de manière à utiliser une partie de la pointe du diagramme. Ce mode de procéder a, il est vrai, l’inconvénient de réduire le travail par unité de poids de l’appareil. Du reste, en dehors de l’économie, la turbine à vapeur présente l’avantage de produire plus de puissance à poids égal que le moteur à gaz, ce qui tend à la faire préférer pour les grandes installations.
- En revanche, pour les petites forces, le moteur à combustion interne est très supérieur à la machine à vapeur. Un moteur à gaz de 60 ch donne la même utilisation qu’un vingt fois plus fort, tandis qu’une turbine de 60 ch consomme énormément de vapeur. C’est seulement pour de fortes puissances que la machine à vapeur prend ses avantages et on peut estimer que c’est entre 700 et 1 400 ch. La nature de la charge joue d’ailleurs un grand rôle. Les pertes causées par les arrêts sont moins importantes avec les gazogènes qu’avec les chaudières et, si la marche est intermittente, le moteur à combustion interne prend l’avantage.
- Pendant longtemps, la Grande-Bretagne a eu le bénétice du combustible à bon marché, mais il ne faut pas se dissin îuler que la récente élévation du prix du charbon risque de rester en grande partie permanente. On pourra évidemment réaliser des économies f ur certains procédés en usage dans l’extraction. Le professeur Levis, par exemple, dit avoir constaté que, dans certains districts miniers, oi i charge le charbon dans les berlines avec des fourches au lieu de pelles. Les ouvriers trouvent qu’ils ont intérêt à laisser le menu et le poussier au fond n’étant payés que pour le charbon amené au jour. La perte occasionnée par ce mode d’opérer peut être évaluée à 15 0/0. On trouvera une économie dans ce sens, mais il y a surtout à en attendre de meilleures méthodes d’utiliser le combustible. Il y a un intérêt sérieux à remplacer le combustible solide par les gaz si on considère que ces gaz ont un pouvoir calorifique représentant 76 0/0 de celui du charbon dont ils proviennent et que la
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- facilité avec laquelle ils sont employés et la valeur des sous-produits,, font plus que compenser la différence. Quelques chiffres instructifs ont été donnés à ce sujet, il y a quelques années, par M. H. A. Humphrey à propos du gazogène Mond. Avec du charbon à 7 fr, 60 la tonne, si on tient compte de la valeur des sous-produits, on trouve qu’un cheval indiqué peut être obtenu à un prix net annuel de 12 fr, 10 pour le combustible. Avec du charbon à 10 fr. la tonne, le chiffre correspondant serait de 23 fr, 80. Ces valeurs sont basées sur l’emploi de moteurs à combustion interne, mais comme on l’a vu plus haut, l’usage de turbines à vapeur n’augmenterait pas ces chiffres d’une manière sérieuse.
- C’est dans cette voie qu’on peut espérer arriver en Angleterre à une concurrence effective avec les industries d’autres pays que la nature a favorisés par la présence de la houille blanche. Il est certain que, dans bien des cas, les dépenses pour établir des forces motrices hydrauliques sont si élevées que la vapeur peut être préférée. Il est vrai que, dans des pays comme la Norvège, les conditions naturelles sont si favorables qu’on peut fournir du courant électrique produit par des chutes d'eau à. raison de 37 fr, 50 par kilowatt-an.
- Si on emploie le charbon sous forme solide, la concurrence parait impossible, mais il semble que, si les prix du combustible n’augmentent pas, les stations employant la vapeur produite par la combustion •des gaz pourront lutter même dans les industries électro-chimiques.
- Dangers «te l'impureté «le la vapeur. — La présence de matières étrangères solides dans la vapeur a de très graves inconvénients. La nécessité d’obtenir de très grandes quantités de vapeur dans des installations fixes a conduit depuis quelques années à l’emploi de générateurs à production intensive généralement à tubes inclinés qui ont l’avantage d’occuper relativement peu de place en surface horizontale et de donner beaucoup de vapeur. En outre, ces chaudières sont mises en-pression rapidement et arrivent vite à leur production maximum., Toutefois, ces qualités très réelles sont en partie compensées par certains inconvénients ; ces chaudières sont très affectées par la mauvaise nature des eaux d’alimentation et le faible volume d’eau qu'elles contiennent amène des difficultés de conduite si la consommation de vapeur est variahle.
- Il y a un autre danger, c’est qu'il peut arriver qu’une partie de l’eau de la chaudière soit entraînée dans le surchauffeur et dans le tuyautage, il faut donc s’attendre à avoir de la vapeur humide, même en travail régulier, surtout si la surface du plan d’eau est assez faible,, comme c’est généralement le cas.
- Si la production de vapeur est considérable et nécessite une circulation d’eau très active, il se produira une violente ébullition dans le réservoir supérieur et il sera très difficile d’obtenir un courant régulier de vapeur.
- La limitation de puissance, du fait de cette cause est une des caractéristiques des chaudières à tubes d’eau inclinés.
- L’effet des entraînements d’eau est surtout remarquable lorsque la vapeur est chargée de sels. La présence de ces. matières dans l’eau
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- retarde l’ébullition et amène la formation d’écumes à la surface de l’eau, d’où il résulte que de grandes quantités d’eau sont entraînées dans le surchauffeur. Si, en môme temps, la consommation de vapeur augmente ainsi que l’alimentation, il peut arriver que l’eau entraînée dans le surchauffeur, soit en telle quantité qu’elle ne puisse être entièrement vaporisée et il se produira des coups d'eau très dangereux pour l’appareil moteur. Ces violentes ébullitions se font sentir sur les soupapes de sûreté et il se produit des projections d’eau qui peuvent atteindre le personnel de service. Sans aller jusque-là, on peut dire que les surchauffeurs ne sont pas faits pour produire de la vapeur dans de bonnes conditions, car, si l’eau entraînée est impure et chargée de sels, ceux-ci se déposent sur les surfaces intérieures des surchauffeurs sous forme de croûtes dures qui empêchent la transmission de la chaleur et réduisent la résistance du métal.
- L’expérience montre tous les jours que la vapeur peut apporter des matières solides dans les parties intérieures des appareils moteurs où elles produisent des effets très fâcheux. Ainsi, elles altèrent d’une manière sérieuse les passages et les aubages des turbines avec des conséquences qui peuvent être très graves. Dans les machines alternatives, elles produisent l’usure des pistons et de leurs garnitures, des cylindres, tiroirs, etc. ; elles saponifient les matières lubrifiantes et empêchent le graissage de s’effectuer. Voici desexemples intéressants des conséquences de la présence de matières solides dans la vapeur.
- Il s’agit d’une chaudière fixe à tubes d’eau inclinés dont les données d’établissement sont les suivantes : la surface de chauffe est de 416 m2, elle est formée par 216 tubes inclinés à 15° sur l’horizontale, diamètre 108/100,5 mm, longueur 5 m, 50. Le réservoir supérieur a lm, 80 de diamètre et 7 m, 05 de longueur. L’eau d’alimentation arrive dans le réservoir supérieur du côté qui correspond à la partie la plus basse des tubes et la vapeur est prise à l’autre extrémité du réservoir.
- La production normale est calculée à 20 kg de vapeur par mètre carré de surface de chauffe et par heure ; elle peut être portée à un maximum continu de 25 et à un maximum de courte durée de 30 kg.
- La vapeur est produite à la pression de 15 atm avec une température de 360-400° G donnée par un surchauffeur. . La chaudière contient environ 22 m3, 5 d’eau, le volume occupé per la vapeur est de 9 m2, 2 et la surface du plan d’eau est de 13 m2, ce qui donne, à La vaporisation de 25 kg par mètre carré de surface de chauffe, 800 kg de vapeur par mètre carré de surface de plan d’eau.
- Les tubes de surchauffe ont de 44.5/37 mm de diamètre et sont placés de chaque côté du réservoir supérieur. L’eau d'alimentation, préalablement épurée par le procédé à la chaux et à la. soude, était réchauffée en passant dans un carneau placé à la suite des chaudières, elle arrivait dans les générateurs à la température d’environ 90° G.
- Quelques mois après la mise en marche des chaudières, on constata la rupture d’un certain nombre de tubes des surchauffeurs et leur examen lit voir qu’ils avaient été chauffés à une température très élevée. On fut ainsi conduit à faire une étude très sérieuse de 1a. marche des générateurs. Il faut dire que lors de leur installation on ne savait pas que les
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- conditions du travail seraient très variables et qu’il en résulterait la production de vapeur probablement très humide. L’examen fit reconnaître que la plus grande partie des tubes des surchauffeurs étaient couverts à l’intérieur d’une couche de matières très dures surtout du côté de l’arrivée de la vapeur, l’épaisseur de cette couche était d’environ 2 mm. Plus loin, il y avait des dépôts denses de couleur grisâtre qui remplissaient certains des tubes et on en trouvait aussi dans la conduite de vapeur allant à la turbine, mais, tandis que, dans les surchauffeurs les dépôts étaient durs et avaient l’aspect d’incrustations de chaudières, ceux qu’on trouvait dans le tuyautage avaient beaucoup moins de consistance. Il y avait aussi une différence, c’est que si les dépôts des surchauffeurs n’avaient aucune saveur appréciable, les autres avaient un goût salin prononcé. Pour avoir une explication de ces faits, on a analysé les eaux d’alimentation ainsi que les divers dépôts ; on a trouvé que ceux-ci étaient formés principalement de chlorure de sodium, sulfate de soude, chlorure de calcium et carbonate de manganèse, toutes subsistances non volatiles aux températures de fonctionnement et qui n’ont pas pu se vaporiser avec la vapeur; elles ont dû être entraînées par celle-ci dans les surchauffeurs et dans le tuyautage.
- On peut expliquer la différence de nature des dépôts trouvés dans les deux parties distinctes : surchauffeurs d’une part et conduites de vapeur d’autre part de la manière suivante : lorsque de l’eau chargée de matières étrangères solides est entraînée avec la vapeur, il se forme des dépôts dans lesquels figurent les éléments constituants des incrustations de chaudières (le carbonate de chaux dominant) et des sels tels que le sel marin et le sulfate de soude. Ces dépôts se forment d’abord dans les surchauffeurs, mais les éléments plus légers et plus solubles sont ensuite enlevés par le courant de vapeur et transportés dans le tuyautage où ils se déposent. Pour remédier à cette difficulté, on a été conduit à disposer en avant des surchauffeurs un réservoir de 0 m, 800 de diamètre et 5 m de longueur dans lequel la vapeur dépose une partie de ses impuretés. La vapeur arrive dans ce réservoir par le milieu et en sort par les deux extrémités ; elle va de là aux surchauffeurs. On a fait également quelques modifications accessoires dans les réservoirs et on a pris la précaution de faire par intervalles assez rapprochés des extractions pour évacuer les parties de l’eau les plus chargées en sels ; on a aussi apporté des améliorations pour régler la dépense de vapeur et en éviter les grandes variations.
- Depuis, les chaudières ont travaillé, sans donner lieu à des difficultés sérieuses avec une production moyenne de 25 kg par mètre carré de surface de chauffe et par heure. L’eau d’alimentation était la même que précédemment; on n’a plus observé aucune rupture des tubes des surchauffeurs.
- La note originale décrit un autre cas où le moteur était une machine alternative. Dans cette dernière, on a observé des dépôts de matières grasses. L’attention doit être portée sur ce fait que ces dépôts contiennent parfois une proportion considérable d’oxyde de fer, ce qui s’explique par une attaque du métal des chaudières, surchauffeurs ou tuyaux de vapeur. C’est surtout le cas aux températures élevées de sur-
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- chauffe, et l’attaque peut être activée par la présence de soude caustique fermée dans la chaudière aux dépens du carbonate de soude. L’oxyde de fer combiné avec les matières déposées par l’eau de la chaudière et les matières grasses forme des dépôts insolubles qui peuvent, dans certains cas, amener des ruptures dans les appareils moteurs.
- Nous croyons devoir ajouter à ce qui précède des observations sur le même sujet faites au laboratoire de l’Association bavaroise de surveillance. des chaudières que nous trouvons dans Y Engineering Survey du journal de Y American Society of Mechanical Engineers.
- Lorsque les eaux d’alimentation contiennent de fortes proportions de soude et de matières vaseuses, il se produit des entraînements d’eau surtout avec des chaudières fortement poussées. Dans ces conditions, l’eau vaseuse passe avec la vapeur, mais cet effet s’accentue particulièrement si l’eau d’alimentation renferme de l’huile. Les gouttelettes huileuses se déposent sur les matières terreuses où, si l’huile est en partie saponifiée, il se forme des écumes.
- Le mélange d’huile et de vase a une très faible densité et reste à la surface de l’eau, tandis que s’il n’y a pas d’huile les matières se déposent au fond de la chaudière dans les parties où l’eau est la plus tranquille.
- On a observé que, dans une installation de chaudières, des quantités considérables de matières vaseuses avaient été transportées par la vapeur Surchauffée dans le tuyautage où elles avaient amené de graves difficultés pour le nettoyage. On se servait, en outre, comme eau nouvelle, d’une certaine quantité d’eau de condensation chargée d’huile. Or l’analyse des dépôts blanchâtres du tuyautage, faite dans le laboratoire de l’Association révéla la présence d’une forte proportion de bioxyde de calcium et de seulement 1,7 0/0 d’huile.
- A l’étal de sicoité, ces dépôts étaient légers et volumineux ; 100 g occupent un volume de 450 cm3.
- Dans un autre cas, chaudière de locomobile avec surchauffeur, l’eau d’alimentation était entraînée dans le surchauffeur à cause de la présence d’une forte proportion de soude.
- Les sels en poudre fine contenue dans l’eau arrivaient à la machine et se mélangeant à l’huile formaient une croûte blanchâtre dont l’épaisseur pouvait atteindre 2 à 3 cm. On crut d’abord que cette formation devait être attribuée à la présence de l’huile, mais des recherches faites au laboratoire firent voir que ces dépôts provenaient de la chaudière. L’analyse d’un échantillon donna les résultats suivants pour la composition :
- Carbonate de soude........................... 48,0 0/0
- Sulfate de soude............................. 26,5
- Chlorure de sodium............................ 6,7
- Matière soluble dans le toluol................. 3,0
- — dans le toluol dans la masse
- traitée par l’acide chlorhydrique après une première extraction par le toluol............ 1,1
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- Carbone provenant de la décomposition de
- l'huile du cylindre.................... 7,5
- Carbonate de chaux....................... 0,7
- Silice...................................... 0,16
- Oxyde de fer............................... 0,13
- Humidité et traces du magnésium............. 6,21
- On voit que le dépôt formé dans la boite à vapeur de la locomobile-consistait en presque 81 0/0 de sels facilement solubles qu’on trouve toujours dans les eaux d’alimentation des chaudières, soit soude, sulfate de soude, sel commun. Le carbone provient de l’huile de graissage du cylindre décomposée par l’action prolongée de la vapeur surchauffée. Les matières solubles dans le toluol se composent en partie d’huile de graissage non;décomposée et en partie de matières asphaltiques présentes primitivement dans l’huile ou formées par une revivification de cette substance.
- Chaudière à vapeur avec ehautil’agre direct dans la masse d'eau. — Dans les appareils où on chauffé de l’eau soit pour en élever simplement la température, soit pour produire de la vapeur, on opère la combustion en dehors du vase contenant le liquide et la chaleur se .transmet par convection à travers les parois, il résulte de cette manière d’opérer des pertes importantes de calorique, notamment par suite de la chaleur emportée par les gaz de la combustion.
- M. Brünler a essayé récemment d’opérer la combustion au sein de la masse du liquide à chauffer ; il y a là quelque analogie avec le feu grégeois des anciens qui brûlait dans l’eau et qui est resté quelque peu mystérieux.
- Nous allons faire connaître le principe de méthode qui a été réalisé dans une fabrique de produits chimiques pour l’évaporation de lessives de soude. L’appareil est représenté dans la figure ci-contre.
- La combustion s’opère dans un récipient A en acier coulé, le combustible est de l’huile minérale qui brûle en flamme renversée sous l’action d’air sous pression. L’huile arrive par le conduit a et l’air par le petit tuyau b, on peut régler l’afflux respectif de l’un et de l’autre. L’allumage se fait par un tube d’ignition porté au rouge avant la mise en marche ; on allume par un regard qu’on referme après que la flamme sort par le bas.
- Le récipient À communique par un gros tube muni d’une soupape d’interruption avec un réservoir B contenant l’eau à vaporiser.
- Au départ, la communication est interrompue et le niveau dans le récipient A est au-dessous du niveau de la flamme, il est réglé par un robinet avec tube de sortie O.
- Ensuite on ouvre la communication et le niveau s’établit entre A et B,, de sorte que la flamme continue à brûler, mais sous l'eau maintenant. La vapeur produite dans A se rend à l’intérieur de B par un tuyau coudé avec les gaz produits dans la combustion et la vapeur et les gaz sortant de B pour être utilisés s’il y a lieu par le tuyau G.
- Avec ce système, il n’v a pas possibilité d’explosions et l’ébullition
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- est tellement violente qu’il ne se produit pas de dépôts. L’alimentation s’effectue dans le réservoir B. Il y a beaucoup d’eau entraînée avec la vapeur et les gaz; elle se dépose dans le réservoir, ces gaz se composent d’acide carbonique et d’azote.
- L’inventeur attribue à son système une puissance de vaporisation qui. dépasserait le pouvoir calorifique théorique du combustible employé ; il
- attribue le fait à l’intervention des rayons ultra-violets de la flamme. Nous n’insisterons pas sur ce point qui resterait à établir par des expériences précises ; nous croyons simplement devoir appeler l’attention sur cet intéressant appareil décrit dans le numéro de mars 1914 du Journal of tke American Society of Mechanical Engineers.
- Un grand moteur Diesel. — Le plus grand moteur Diesel construit à titre de commande vient d’être achevé dans'les ateliers de la maison Sulzer frères, à Winterthur, en Suisse, et a donné lieu à des essais très favorables.
- Deux maisons allemandes ont fait des moteurs de ce genre plus puissants, mais ils ont été construits à titre expérimental.
- La machine dont nous nous occupons est de type à deux temps à simple effet, elle possède six cylindres et doit développer 3 750 ch à 142 tours par minute, mais, aux essais, elle a réalisé pendant un temps prolongé une puissance de 4 500 ch, soit 750 par cylindre. Ce moteur a été fait pour MM. Harland et Wolff, de Belfast, et doit être employé à la production de la force et de l’éclairage pour leurs ateliers ; ce type peut toutefois trouver des applications nombreuses dans la marine.
- Les cylindres ont 0 m, 750 de diamètre etl m de course ; la disposition générale du moteur est celle des machines marines et il ressemble un.
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- peu au moteur de 850 ch installé sur le Monte-Penedo et aux moteurs de 1 600 çh chacun d’un navire-citerne de la marine britannique.
- Il y a deux pompes de balayage mues directement par l’arbre et l’air venant de ces pompes est admis aux cylindres par des lumières disposées au fond. Les lumières principales sont vis-à-vis de celles d’échappement et occupent la moitié du pourtour du cylindre. Il y a pour chaque cylindre dans l’amenée de l’air de balayage une soupape pour régler le passage de cet air.
- Les couvercles des cylindres sont portés par des colonnes en acier et les cylindres sont suspendus aux couvercles, de sorte qu’ils ont toute liberté de se dilater et de se contracter. Une autre disposition à noter est que le régulateur de la machine est disposé pour contrôler l’arrivée de l’air au compresseur ainsi que la durée de l’ouverture de la soupape d’introduction de l’huile et la course de la pompe à huile. On peut ainsi faire fonctionner le moteur d’une manière satisfaisante à des puissances réduites.
- Prise «l’air des compresseurs. — On a fréquemment fait la remarque que le débit des compresseurs d’air est plus fort en hiver qu’en été et qu’une machine qui a de la peine à fournir la .quantité d’air nécessaire dans la belle saison la donne sans difficulté et même à une vitesse réduite dans la saison froide. Une explication de ce fait est donnée par M. Bayard dans le journal Poiuer du 25 mai 1915.
- La différence qui vient d’être signalée se produit surtout si le compresseur prend l’air à l’extérieur du bâtiment et c’est à la différence entre la température de l’air atmosphérique et celle de la chambre des machines qu’elle doit être attribuée.
- Supposons un compresseur dont le piston bien étanche est placé à mi-course, le cylindre contenant de l’air à la pression atmosphérique et à la température de 15° G, la pression sera pour une hauteur barométrique de 30 pouces de mercure de 1 kg, 47 par centimètre carré.
- Si on chauffe le cylindre à la température de 35° G, l’air contenu se dilatera et la pression augmentera de la manière suivante :
- 1,47
- 35 + 273 _ 308 _ . _0
- 15 + 273 “ 1,1,7 X 288 ~ 1,0
- les volumes étant proportionnels aux températures absolues.
- Si le piston, au lieu de rester immobile, se déplace à mesure que la pression augmente, le volume final sera plus grand. Si, par exemple, il
- 35 -I- 973
- était de 1 m3, il sera de 1 000 X = 1 070 1.
- 15 116
- Si la température ordinaire de la chambre des machines est de 35° C, on peut estimer l’accroissement de volume à 1 0/0 par 3* G de différence de température.
- Nous allons maintenant examiner l’application de cette observation au fonctionnement d’un compresseur en travail.
- Ne tenons, pas compte de la température extérieure et supposons que le compresseur aspire l’air dans la chambre des machines. La température de cet air sera, par exemple, en hiver de 20° G. Si le compresseur
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- aspire 1 000 1 d’air, il en refoulera 1 000, la température supposée constante.
- En ôté, il en sera de même, si le compresseur continue à prendre son air dans la chambre des machines, mais s’il le prend à l’extérieur par un tuyau disposé à cet effet, ce sera tout différent. Supposons que la température de la chambre soit toujours de 20° C, mais que celle de l’extérieur soit de 0° en hiver. Le volume à la première température sera notablement plus considérable que le second qui sera seulement 0 -1- 973 973
- de: 100°x2-oti73 = looox2r3 = 930'
- soit 7 0/0 de moins, et cette diminution se fera sentir en volume, en vitesse et en travail.
- Ainsi le compresseur devra marcher de 7 0/0 moins vite en hiver pour fournir le même volume d’air et plus le climat sera froid, plus la différence s’accentuera.
- L’attention de l’auteur a été appelée sur le cas suivant. Un compresseur débitant 70 m3 par minute prenait son air dans le sous-sol de la chambre des machines, lequel étant chauffé par des tuyaux de vapeur à une température de 35° G environ alors que la température moyenne «était de 20° dans la chambre. En hiver, l’air extérieur était en moyenne à 0° et en été à 22°.
- Le volume débité était ainsi de 70 X 60 X 10 — 42 000 m3 par journée de 10 heures.
- Gomme l’air entrait dans le compresseur à 35°, le volume aspiré devait être de :
- qq i 07q
- d’air pris dans la chambre des machines.
- Si on fait la prise d’air au moyen d’un tuyau d’aspiration débouchant à l’extérieur du bâtiment; et prenant l’air à la température de 0° en hiver, le volume aspiré sera :
- 0 J- 273 273
- 42000 X -2g.. ;; = 42000 ^ = 0,9 X 42000 = 37 800.
- Si on admet un chiffre de 1 /2 centime pour le prix moyen du mètre cube d’air comprimé, les 37 800 m3 dont il vient d’être parlé coûteront 189 fr.
- En été, la température étant sensiblement la même au dedans et au dehors, la dépense portera sur 42 000 m3 coûtant 42 000 X 0 fr, Oo, soit 210 fr. On peut estimer la moyenne de l’année à 200 fr au lieu de 228, chiffre correspondant à la prise d’air dans la partie inférieure de la chambre des machines, température à peu près constante pendant toute l’année.
- On a donc pour 300 jours de marche :
- Avec prise extérieure .... 200 X 300 = 60 000 fr Sans prise extérieure .... 228 X 300 = 68 400
- Différence ...... 8 400 fr
- Bull.
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- Cette somme capitalisée à 10 0/0 donnerait un chiffre de 84000 fr bien supérieur à la dépense d’établissement de la prise d’air extérieure et représentait plutôt l’installation complète du compresseur.
- Cette économie annuelle de 8 400 fr représentant 12 0/0 environ de la dépense de compression fait voir l’économie tout à fait insoupçonnée donnée par l’emploi d’une prise d’air extérieure pour un compresseur. Ce qui précède est extrait de Y Engineering and Mining Journal de New-York du 3 juillet 1915.
- Nous avons cru devoir reproduire in extenso le raisonnement de l’auteur, mais il est facile de faire comprendre la question d’une manière aussi brève que claire en partant du poids de l’air.
- Un volume d’air pèse d’autant plus que la température est moins élevée. Il en résulte qu’un compresseur débitera d’autant plus de kilogrammes d’air que cet air sera introduit dans les cylindres à une plus i basse température ; or, c’est le poids et non le volume qu’on se propose d’obtenir.
- C. — Constructions, travaux hjisuics.
- Deux grands ponts» sur l’Ohio. — Le nouveau pont en construction sur l’Ohio, à Suotoville, pour le Chesapeake and Ohio Northern Railway, présente un grand intérêt, non seulement à causé de ses dimensions remarquables, mais aussi parce qu’on trouve dans ses dispositions les traces manifestes d’un changement dans les idées américaines en matière de ponts. On sait que, pendant longtemps, les poutres continues étaient entièrement discréditées aux États-Unis.
- Il était inutile de rappeler dans ce pays que ce genre de poutres donnait de très bons résultats ailleurs, notamment en France. Aux yeux des ingénieurs américains de la vieille école, cette condition avait peu de valeur en présence de la difficulté relative que présentait le calcul de ces ponts, dont ils considéraient la stabilité comme en quelque sorte indéterminée.
- Il est juste de dire que dans cette voie, et consacrant leur attention exclusivement aux poutres indépendantes, ils ont obtenu de très bons résultats avec une très grande variété de tonnes.
- Malheureusement, les constructions faciles à calculer ne sont pas toujours les plus aisées cà maintenir, et, dès 1880, pour cette raison, certains ingénieurs aux États-Unis commençaient à employer les poutres çn tôle. Gette tendance à apprécier de plus en plus les avantages de la rigidité a pris un nouveau développement après la chute du pont de Québec. On a dit que ce pont 'ne serait pas tombé s’il avait été fait en tôles assemblées par rivets ; il est vrai que l’emploi de pièces articulées au moyen de broches présentait un grand intérêt pour un ouvrage où le travail en plein air était impossible pendant une grande partie de l’année.
- Le pont sur l’Ohio doit avoir deux travées principales de 236 m, 40 chacune, solidaires et reposant sur une pile centrale ; la hauteur de la poutre est sur la pile de 39 m, 54. Ges poutres sont en tôles assemblées
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- par rivets. On estime que, par l’adoption de'ce mode de construction, on gagne sur le poids total de 11 800 t au moins 1 350 t, par rapport au système avec poutres indépendantes.
- La matière employée est de l’,acier sur sole d’une résistance à la traction de 45 à 50 kg par millimètre carré. Les barres de diagonales les plus lourdes mesurent 23 m, 60 de longueur sur une section de 1 m,37 X 1 m,22 et pèsent 103 t.
- Des deux grandes travées l’une doit être montée entièrement sur échafaudage, tandis que, pour l’autre, un tiers de la longueur sera monté de la môme manière, et le reste en porte-à-faux.
- Un fait digne de remarque et qui contraste singulièrement avec la pratique américaine pour les grands ponts, c’est qu’on n’a pas prévu de joints de dilatation pour le plancher qui est continu d’une extrémité à l’autre. On se rappelle que des mesures prises par M. Rabut, il résulterait que la continuité d’un plancher donne à un pont une résistance-supplémentaire appréciable.
- C’est ainsi que cet ingénieur distingué a pu, sans renforcer les poutres, accroître de 40 à 48 m la portée du pont de la rue Legendre, à Paris. Il a mesuré les efforts dans les deux cas et a trouvé que les efforts actuels dans le métal étaient moindres que les efforts calculés. La marge ainsi obtenue peut être très avantageusement utilisée pour accroître la portée des points sans dépasser les limites de sécurité.
- Nous dirons quelques mots d’un autre pont remarquable également •en construction sur l’Ohio, à Metropolis, dans l’Illinois, pour le passage du Chicago, Burlington and Quincy Railroad.
- Cet ouvrage aura une longueur totale de 991 m sans compter les approches ; il est constitué par six travées, dont une de 92,6 m de portée •d’axe en axe des piles, quatre de 169 m, 6 et une de 220 m, et repose sur sept piles en rivière.
- Les travaux ont commencé en juillet 1914, mais ont dû être suspendus par suite des conditions financières amenées par la guerre européenne. Toutefois, comme les approches du pont étaient faites, on a établi un passage de. la rivière par bateaux porte-trains.
- Le projet a été étudié par le service des ponts du Chicago, Burlington and Quincy Railroad, et les travaux sont exécutés pour les fondations et les piles par l’Union Bridge and Construction C?, à Kansas City, et la construction métallique par l’American Bridge C°, dans ses ateliers de Gary-Sud.
- Les grandes portées employées nécessitaient une construction très massive : les poutres indépendantes ont une hauteur de 21 m pour les petites travées et de 30 m pour la grande travée. Ces poutres ont leurs diagonales assemblées par des broches, dont les plus grosses n’ont pas moins de 0m,373 de diamètre; certaines tôles ont jusqu’à 44 mm d’épaisseur.
- Les membrures principales, à l’exception des barres à œil, seront en acier au silicium ; les barres à œil et les broches en acier au nickel, et les.autres parties en acier ordinaire. C’est la première application aux États-Unis, pour les ponts, de l’acier au silicium. Le prix de ce métal n’est pas sensiblement supérieur à celui de l’acier ordinaire, et il est
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- moindre que celui de l'acier au nickel. Tous ces aciers sont fabriqués-au four à sole.
- Tous les trous dans l’acier au silicium seront forés ; pour l’acier ordinaire, ils seront poinçonnés, puis alésés. Les tôles cisaillées auront leurs bords rabotés.
- Les barres à œil en acier au nickel doivent avoir une résistance à la rupture de 58 kg par millimètre carré avec 18 0/0 d’allongement sur 5 m,4, 25 0/0 de réduction de section, et une cassure soyeuse.
- Une barre de ce métal, de 25 mm d’épaisseur, doit pouvoir se plier à froid de 180° autour d’une broche d’un diamètre égal à trois fois l’épaisseur de la barre sans aucun signe de fracture.
- On a calculé le pont pour des charges très fortes en vue des augmentations à prévoir dans le poids des machines; ainsi, on a prévu des charges de 40 t par essieu de locomotives ; pour les trains, on a^ compté sur 12 t par mètre courant de voie, alors que les gros trains de charbon du Chicago, Burlington and Quincy ne pèsent que 6 t, et que la charge des trains de marchandises sur la même ligne ne dépasse pas 4 t,5.
- Ajoutons que les piles en rivière seront en béton armé, foncées à l’air comprimé et descendues à 25 m de profondeur dans le gravier. Les approches se composent, du côté de l’Illinois, d’un viaduc de 480 m en seize travées de faible portée et, du côté du Kentucki, d’un viaduc comprenant une travée de 75 m et six autres de 22 m.
- Communication directe par chemin de fer entre la
- Suisse et la Riviera. — L’ouverture de la ligne du Lœtschberg a créé une voie directe et plus courte entre le nord-ouest de l’Europe et l’Italie, et, de plus, dès qu’une ligne actuellement en construction de Nice à la frontière italienne sera achevée, le trajet entre Berne et la Riviera sera notablement abrégé, de quatre dixièmes environ.
- On peut, en ce moment, aller de Berne à Turin, distance : 328 km en moins de huit heures. '
- La distance par rail do Berne à Nice est actuellement de 908 km, par Genève, Lyon et Marseille, tandis qu’elle n’est que de 537 km par la nouvelle route Simplon-Turin et le col de Tende.
- On peut en conclure que, lorsque le dernier chaînon, à savoir la ligne Nice-Vievola, sera terminé, le .trajet de Berne à Nice pourra être effectué en treize ou quatorze heures.
- Partant de Spiess, situé à 45 km de Berne, le chemin de fer du Lœtschberg se dirige sur Frütigen, où il pénètre dans la vallée de la Kander et arrive à Kandersteg, près de l’entrée du grand tunnel du Lœtschberg, de 14500 m de longueur, traversant le massif montagneux qui sépare l’Oberland bernois de la vallée du Rhône.
- Dans ce tunnel, ta ligne atteint sa plus grande altitude : 1 250 m, et la différence de niveau de 422 m entre Frütigen et le point culminant a dû être franchie par des rampes atteignant 27 0/00 et deux grandes courbes près de Mittholz, dont l’une se trouve dans un tunnel hélicoïdal de plus de 1 600 m.
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- A la sortie sud du tunnel, près de Goppenstein, le tracé suit lu Lœtschtal et atteint, en descendant, la vallée du Rhône, qu’elle suit jusqu’à Brigue, où elle rejoint la ligne du Simplon.
- Le coût de cette voie, dont la longueur est de 65 km, a atteint un peu plus de 100 millions de francs.
- On emploie la traction électrique, pour la production de laquelle on dispose dans ces régions de forces hydrauliques très abondantes. L’absence complète de fumées qui en résulte est un avantage très appréciable.
- La section suivante, de 22 km de longueur, comprend le tunnel du Simplon, à la sortie duquel se trouve la première station italienne Iselle, où se termine la ligne suisse de 145 km.
- D’Iselle on compte 313 km jusqu’à Vievola, située à 20 km de la frontière française. D’Iselle la ligne passe par Domodossola et Gravel-lona, où elle quitte la ligne de Milan et prend celle de Novare jusqu’à Borgomanero, puis rejoint la ligne de Milan à Turin, à Santhia, et arrive à Turin, qui se trouve à 328 km du point de départ, Berne.
- En partant de Turin, dont l’altitude est de 239 m au-dessus du niveau de la mer, le chemin de fer se dirige sur Goni (altitude : 501 mj et arrive à l’entrée nord du tunnel situé près du col de Tende, à 1 031 m d’altitude et 121 1cm de Turin.
- La ligne s’élève encore dans le tunnel jusqu’au point culminant situé à peu près au milieu à 1 040 m ; le tunnel a 3099 m de longueur.
- De ce point, en descendant yers Nice, le tracé atteint l’entrée sud qui est à 989 m, puis Vievola, terminus actuel à 977 m au-dessus du niveau de la mer.
- De cette station il n’y a plus à faire qu’une courte section qui terminera la partie italienne et atteindra la frontière française à l’altitude de 607 m. »
- Du côté français, où les travaux sont loin d’être terminés, il y a 59 1cm jusqu’à Nice. La ligne suit l’ancienne route à diligences et descend la vallée de la Roya par Breil où sera la jonction de l’embranchement dirigé sur Vintimille.
- De Breil, à 43 km, 5 de Nice et à 309 m d’altitude, la ligne traverse le mont Grazian, par un tunnel de 3 880 m situé à l’est du col de Broüis. De là, le tracé pénètre dans la vallée de la Bevera, qu’elle suit pendant 4 km pour arriver à la station de Sospel, à 33 km,5 de Nice et 358 m d’altitude.
- En quittant cette station et la vallée de la Bevera, une autre barrière montagneuse est traversée près du col de Brans, par un tunnel de 5 950 m, et la ligne pénètre dans la vallée du Paillon, près du village de Touet, traverse plusieurs petits tunnels et arrive à l’Escarenne, à 28 km de Nice et 386 m,5 d’altitude.
- Le tracé descend ensuite la vallée du Paillon avec de fortes déclivités qui toutefois ne dépassent que 25 0/00 jusqu’à Pont-de-Peille, à 10 km de Nice, où elle arrive en suivant le cours du Paillon au quartier Saint-Roch. La ligne franchit le Paillon et passe sous Carabacel, par un tunnel de 661 m,5, et arrive à la gare de Nice, située à 16 m, 4 d’altitude, après une descente de 590 m,6 depuis la frontière italienne.
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- et de 1 023,6 m depuis le point culminant au milieu du tunnel de Tende. . ^
- Le coût total de la ligne, qu’il faudra encore trois ou quatre ans pour terminer, est estimé à 120 millions de francs.
- En dehors des deux principaux tunnels, dont la perforation est faite par des machines mues par l’air comprimé, il y en a un certain nombre d’autres plus petits à percer à la main et de nombreux ponts, via-ducs, etc.
- Nous terminerons par quelques renseignements sur l’état des travaux du côté français. Le percement des deux tunnels principaux se poursuit dans de très bonnes conditions ; au tunnel de Brans, de 5390 m, qui franchit le massif séparant les eaux de la Bevera de celles du Paillon, on a déjà foré 4 600 m, ce qui laisse à faire 1 350 m qu’on attaque des deux côtés avec des perforatrices Ingersoll. Le percement du mont Grazian, qui sépare les vallées de la Bevera et de la Roya, est maintenant achevé ; ce tunnel a, comme on l’a vu, 3 880 m. Ces tunnels sont établis pour deux voies et revêtus de maçonnerie. La force motrice pour actionner les compresseurs d’air des perforatrices est fournie par la Société d’Énergie électrique du Littoral Méditerranéen, depuis ses stations du Loup et del Siagne, situées à 50 km du côté de Grasse.
- Indépendamment des communications entre la Suisse et la Riviera, la nouvelle ligne abrégera, la distance entre Nice et Turin de 75 km,, par rapport au trajet par Yintimille et Savone.
- I^a deuxième galerie du tunnel du Mimplon. — Au nord du tunnel, où la perforation était suspendue depuis que la guerre a éclaté, on a recommencé à travailler. Quarante-six ouvriers sont occupés à maçonner les parties de la galerie dont le boisage a souffert de l’humidité. •
- Au sud, on a craint un moment de manquer d’explosifs. Mais, grâce à l’aide des Gouvernements de Suisse et d’Italie, les travaux ont pu continuer. La perforation a avancé de 254 m pendant le mois d’août, ce qui porte à 5 723 m la longueur de la galerie. Le nombre des ouvriers a été en moyenne de 568 dans le souterrain et de 203 au dehors.
- Sur 19 826 m que mesurera le tunnel, 10 871 étaient percés le 31 août 1915 au soir.
- lie trafic du canal de Panama. — Les événements qui se passent en Europe ont laissé singulièrement dans l’ombre l’ouverture du canal de Panamâ et les premiers résultats de son exploitation.
- Yoici d’intéressants renseignements sur le trafic pendant les deux premiers mois de l’ouverture* c’est-à-dire du 15 août au 15 octobre 1914. Ce trafic a suivi des lignes bien déterminées qui se classent en quatre groupes.
- Le trafic le plus important s’est produit entre les cités de l’Atlantique et du Pacifique des États-Unis. Ainsi des marchandises manufacturées de diverse nature et des marchandises générales ont. été transportées entre New-York et accessoirement Boston, Philadelphie et la Nouvelle-Orléans et les principaux ports de la Californie et de Puget Sound, et
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- aussi à lionolulu. Dans la direction vers l’est, les navires portent des fruits, conserves en boites, des légumes, du saumon, des bois, des grains, du sucre, des ananas- et des vins. Ce trafic est restreint aux navires sous pavillon américain.
- Pendant cette période de deux mois, il a passé dans le canal vingt-quatre de ces navires allant à l’est portant 151 290 t et vingt-cinq allant à l’ouest avec 135 214 t. Ces passages faisant en tout quarante-neuf représentent 44 0/0 des 113 passages effectuées en deux mois, soit un peu moins de deux par jour. Le tonnage transporté, 286504 tx, représente presque exactement 50 0/0 du tonnage total qui a traversé le canal.
- Vient ensuite la direction entre la côte orientale des Etats-Unis et la côte occidentale de l’Amérique du Sud. Les navires allant au nord portent principalement des nitrates du Chili et accessoirement des produits bruts de l’Amérique du Sud, tandis que ceux qui vont vers le sud sont chargés de produits manufacturés provenant de l’Europe et des Etats-Unis. Ce trafic vers le nord représente treize navires portant 93139 t et dépasse de beaucoup le trafic correspondant vers le sud qui ne figure que par trois navires portant 18000 tx et un sur lest.
- Il y a eu un trafic très marqué, mais peut être dû à la saison, des ports du Pacifique des Etats-Unis et du Canada vers l’Europe et consistant en blé. Dix navires, tous très chargés, ont traversé le canal dans ce sens, en portant 71 506 t, tandis que huit navires, tous sous pavillon étranger, ont passé le canal de l’Atlantique ou Pacifique, étant sur lest, pour aller chercher du blé. Il faut y ajouter un navire qui a passé le canal de l’est à l’ouest avec 6 000 t de produits manufacturés venant d’Anvers à Tacoma, pour revenir avec un chargement de blé.
- La quatrième grande direction est celle de la côte de l’Atlantique vers la Chine et le Japon, les navires portant surtout du pétrole en vrac ou en caisses et des produits du pétrole. Quatre navires ont passé le canal venant du golfe du Mexique avec 24031 t et quatre de Philadelphie et New-York portant 26 570 t, soit un total de 51 501 t. Il n’y a pas eu de navires dans l’autre sens.
- En dehors des quatre directions que nous venons de citer, le développement le plus important a été le trafic du charbon de la côte de i’Atlantique des Etats-Unis à la côte du Pacifique des Amériques du Nord et du Sud.
- Cinq navires, dont quatre venant de Norfolk portant 22 535 tx et un de Baltimore avec 6 000, ont porté du charbon sur la côte nord du Pacifique et le dernier à Yalparaiso. C’est donc un total de 34545 tx. Aucun de ces navires n’était repassé au retour par le canal, mais on suppose qu’ils prenaient du fret sur la côte du Pacifique pour le rapporter aux Etats-Unis et en Europe.
- La création d’une ligne reliant Liverpool à l’Amérique du Sud avec passage dans les deux sens par le canal a été ajournée par la guerre européenne. Le seul navire qui ait utilisé le canal dans cet ordre d’idées est le Potosi qui. a traversé le 25 septembre allant vers le sud. Il s’était arrêté dans la baie de Balboa pour attendre des ordres, mais est reparti le 14 octobre.
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- Le service de la marine des Etats-Unis n’a employé la voie du canal que pour le passage d’un transport de troupes et d’un charbonnier, tous les deux passant du Pacifique à l’Atlantique.
- Il nous est possible de donner des chiffres plus récents qui nous parviennent lors de la correction des épreuves de cette note. Ces chiffres vont jusqu’au 30 juin 1915, embrassant ainsi dix mois et demi d’exploitation.
- Le canal a donné dans cette période passage à 1 088 navires portant 4979 762 tx de chargement, ce qui représenterait 5 679 762 tx pour les douze mois. Ce passage représente trente-quatre navires par jour et' 15 531 tx. Sur le tonnage total, 2165 705 tx ont été vers l’est et 2 814057 vers l’ouest.
- Le mois où le passage a été le plus faible est le mois de mars où il a transité 137 navires, tandis qu’en juin il en a passé 143 avec 603 180 tx ; en mai, il en a passé 142, mais avec un moindre tonnage.
- Ce résultat, 5,7 millions de tonneaux et pour la première année, est plein de promesses ; on sait, en effet, qu’au canal de Suez ce n’est qu’après plusieurs années qu’on est arrivé aux 7 millions de tonnes annoncés par de Lesseps.
- lie béton dans les travaux, hydrauliques. — La question de la manière dont le béton se comporte sous l’eau est très discutée, aussi lirait-on avec intérêt les observations suivantes présentées par le pro-fessseur Edgar B. Kay, une autorité dans la matière, à l’American Water works Association.
- Des essais faits avec soin ont fait voir que le sable à grains ronds fait du mortier aussi bon, toutes choses égales d’ailleurs, que le sable à grains angulaires. Un sable fin fait un mortier inférieur à celui qu’on obtient avec du sable plus gros. La seule matière qu’on puisse substituer aü sable naturel pour la confection du béton est la pierre pulvérisée, c’est-à-dire les poussières obtenues dans le cassage de la pierre ou du sable artificiel provenant du broyage de matières rocheuses.
- L’emploi de poussière a l’inconvénient de supprimer entièrement la présence de gros grains. Il ne faut pas exagérer la finesse ou la grosseur du sable servant à la confection du béton. Un bon sable ne doit pas avoir plus de 40 0/0 retenu sur un tamis n° 10 et plus de 5 0/0 passante, travers un tamis de 80 mailles.
- Pour les constructions importantes, il est avantageux de faire une étude préalable des matériaux qui entrent dans la composition du béton et de leurs proportions relatives.
- M. W. B. Fuller a fait voir que, en changeant les proportions ordinaires d’un béton à l’épreuve de l’eau et en variant progressivement celles-ci, on peut obtenir du béton tout à fait convenable avec une économie de presque la moitié d’un baril de ciment par mètre cube de béton.
- Pour donner le minimum d’imperméabilité, un béton doit avoir une proportion de grains fins plus grande que celle qui convient pour le maximum de densité ou de résistance. On peut dire d’une manière générale que, dans les constructions monolithes, il est préférable
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- d’employer un béton riche, de consistance humide, et une composition donnant une densité élevée; on aura ainsi les meilleurs résultats. Cette méthode est incontestablement la meilleure pour obtenir des bétons imperméables, et le professeur Kay n’est pas partisan des matières à ajouter au béton pour lui donner de l’étanchéité, pas plus que des applications superficielles, sauf dans les cas où ces applications seraient rendues nécessaires pour parer à des défauts existant dans le béton.
- D. — Mines, métallurgie, physique, chimie et électricité.
- I/extraction du charbon au Japon. — Le plus important centre de l’extraction du charbon au Japon est l’ile de Kynshu.
- Les mines de ce district sont presque toutes entre les mains ou sous le contrôle d’une Compagnie qui, par ses accords avec son seul grand concurrent, est en mesure de fixer les prix de la houille dans la partie méridionale du Japon.
- Les demandes de l’extérieur ont donné une grande activité à cette industrie dès 1913.
- Beaucoup de mines ont été ouvertes et des couches abandonnées ont été remises en exploitation, les recherches ont été effectuées avec activité. En 1912, on avait extrait dans tout le Japon 19,6 millions de tonnes de houille ; en 1914, la production s’est élevée à 21,3 millions. Les prix se sont très notablement élevés, surtout à cause de la demande de l’exlérieur et il en est résulté une crise pour l’industrie manufacturière du pays.
- La quantité de charbon exportée du Japon en 1912 a été de 3 440 347 t et le chiffre correspondant pour 1913 de 3 839 880 t. Les navires japonais et étrangers ont pris dans les ports du Japon pour leur consommation 2471 000 t en 1912 et 2 676 000 en 1913. On constate ce fait qu’on introduit au Japon du charbon chinois de faible valeur pour remplacer le charbon japonais exporté dont la valeur est beaucoup plus élevée.
- Production <lu tungstène dans fempire britannique. —
- Une industrie pratiquée surtout en Allemagne a été introduite en Angleterre dès le début de la guerre, c’est le raffinage du tungstène qui a une grande importance au point de vue des armements. Le Gouvernement anglais était disposé à entreprendre ces opérations, mais les fabricants d’acier en ont pris l’initiative pour avoir entre leurs mains le contrôle de la production, et les opérations du raffinage du tungstène s’effectuent actuellement sur divers points du Royaume-Uni.
- La Birmanie est toujours le plus grand producteur des minerais de ce métal; les autres sources sont les États-Unis (1 390 t en 1913), le Portugal (1 380 t en 1913), l’Amérique du Sud, le Pérou (300 t en 1913); Argentine (638 t en 1912); Bolivie (497 t en 1912) et Australie. Il a en outre une faible production en Espagne, au Japon et dans le Royaume-Uni.
- L’extraction du tungstène en Birmanie remonte seulement à 1910, année dans laquelle on a obtenu 395 t de ce minerai, chiffre qui s’est élevé à 1 671 t en 1912. On estime la production de 1915 à 2700 t. L’ex-
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- traction a surtout lieu dans le district de Tavay ; celui de .Merqui donne une faible quantité et le reste provient des États du Sud.
- Yoici, sur la production des minerais de tungstène dont" les principaux sont le wolfram et la scheelite dans les autres parties de l’empire britannique, quelques détails extraits du Chemical Trade Review.
- La production du wolfram au Queensland a été en 1913 de 359 t, d’une valeur de 850 000 fr, la production de l’année précédente ayant été de 626 t valant 1445 000 fr. En outre, on a extrait, en 1913, 182 t de bismuth et wolfram contre 191 t, chiffre très peu différent en 1912.
- La quantité de sclieelite exportée des Nouvelles-Galles du Sud en 1913 s’est élevée à 44 t d’une valeur de 111400 fr contre 56 t valant 124 000 fr pour l’année 1912. Le minerai se trouve dans le voisinage de la ville de Hillgrove. La quantité1 de wolfram exportée des Nouvelles-Galles du Sud en 1913 s’est élevée à 126 t valant 325 000 fr contre 172 t d’une valeur de 412000 fr pour l’année précédente.
- La quantité de scheelite concentrée expédiée de la Nouvelle-Zélande en 1912 s’élevait à 135 t valant 272000 fr, en très légère augmentation sur l’année précédente. Ce minerai se trouve généralement associé avec des quartz aurifères dans l’Otayo et le Southland, mais, au cours de l’année 1912, on a ouvert dans la vallée de Wakamarina, dans le Marl-borougli, une mine d’une certaine importance de quartz-sclieelite. La production du minerai de wolfram en Tasmanie a été en 1913 de 68 t, valant 175 000 fr et provenant principalement d’Avoca et de Shepherd ainsi que de la mine de Murphy en Middlesex. La production du wolfram dans les colonies de Victoria, en Australie, n’a été en 1913 que de 600 kg d’une valeur de 1 225 fr.
- On ne constate au Canada la présence des minerais de tungstène en quantité exploitable que sur de faibles étendues dont les plus importantes sont situées dans le Comté d’Halifax, dans la Nouvelle-Écosse. On travaille en ces endroits depuis deux ou trois ans et une société produit déjà des minerais enrichis à un degré très satisfaisant. On fait de nouvelles recherches qui promettent de voir ce district devenir un centre de production important.
- Dans le Comté de Lauenburg, dans la Nouvelle-Écosse, la scheelite, la cassitérite et la molybdénite se trouvent réunies dans une localité située à 3 milles de New Ross et de l’hubnérite assez riche, un autre minerai de tungstène, a été rencontrée près de Margaree, dans le Comté d’Inverness au Cap Breton.
- On trouve divers minerais de tungstène dans la Colombie Britannique, surtout près de Salmo. Les minerais d’or de Kovtenay Balle et de Queen mines, près deSheep Creek, contiennent une proportion appréciable de tungstène. A la mine Meteor, dans le district de Slocan, on a rencontré la scheelite, mais les gisements les plus importants ont été prospectés à Willam Creek, à 10 milles au nord de Barkerville, dans le district de Cariboo.
- On ne possède pas de statistiques récentes de la production du tungstène au Canada. En 1912, on a embarqué 14 t de minerai de scheelite concentré (72 0/0 d’acide tungstique) et il paraît que les chargements en cours de 1913 ont été beaucoup plus considérables.
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- Quant, à ce qui concerne la production dans le Royaume-Uni, on extrait les minerais de wolfram à Illogan et à Garn Brea, dans les Cornouailles, la production de l’année 1912 s’étant élevée à 193 t, d’une valeur de 422 000 fr.
- Gisements de potasse au Chili. — On a découvert, il y a déjà plusieurs années, la présence de la potasse au Chili, mais pour diverses raisons, trop longues à rapporter, ces gisements n’ont pas attiré l’attention des Américains, bien que deux magnifiques échantillons contenant 16 et 28 0/0 de chlorure de potassium figurassent en 1891 dans le pavillon chilien à l’exposition de Buffalo.
- Des sels de potasse ont été trouvés dans la province de Tarapaca, au Chili et dans les lacs de Pintados et de Bell a Yista dont l’étendue collective est d’environ 4 000 ha. Ces dépôts ne sont distants que de 5 km du chemin de'fer qui va d’Iquique à Lagunas.
- La potasse se trouve sous forme de chlorure dans des croûtes à la surface, avec une teneur de 3 à 36 0/0 de chlorure de potassium. La densité de la matière est d’environ 1,352. L’épaisseur de cette croûte varie beaucoup, elle est en moyenne de 0 m, 20, mais il n’y a là qu’une partie de la potasse contenue dans les lacs, car l’eau au-dessus de la croûte con-lient les mêmes sels, à raison de 8 kg de chlorure de potassium par mètre cube de saumure ; c’est cette eau dont l’évaporation a formé la croûte saline. Si on enlève celle-ci, elle se reforme de la même manière dans une période qu’on peut évaluer à 8 à 12 ans. On trouve des chiffres très intéressants sur cette question dans un rapport d’ingénieurs chiliens et particulièrement dans un rapport concernant les recherches faites par MM. Lemétayer, Martens et Vasques et un de M. Enrique Taulis.
- M. P. Lemétayer, Professeur de Chimie à l’Université du Chili, avec M. M. P. Martens, Chef du Laboratoire de Chimie du Gouvernement à Iquique et le docteur Vasques, a fait des recherches sur les lacs Pintados et Bella Vista en 1905; il a calculé que ces lacs contenaient, sous forme de couches salines, plus de 2 millions de tonnes renfermant de 3 à 12 0/0 de chlorure de potassium. Jusqu’à présent, il n’a pas été fait de sondages à plus de 1 m, 1 m, 20 de profondeur. M. Enrique Taulis, directeur du Collège d’Agriculture de Santiago, qui a fait une étude des gisements de Stassfurt, en Allemagne, a fait aussi un rapport sur les dépôts du lac Pintados. Il a donné, en 1901, l’analyse suivante d’un
- échantillon provenant de Pintados.
- Humidité..............................0/0 5 »
- Matières insolubles dans l’eau................ 1,32
- Chlore. .....................................37,96
- Acide sulfurique anhydre.....................15,33
- Calcium . .................................... 0,27
- Acide carbonique . . . ....................... 0,13
- Sodium.......................................29,53
- Potassium.................................... 7,41
- Magnésium...................................traces
- Oxygène des sulfates......................... 3,07
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- Cette composition élémentaire correspond aux chiffres suivantes :
- Sulfate de chaux.......................0/0 0,92
- Carbonate de soude ....................... 0,32
- Sulfate de soude............ . . ..........28,39
- Chlorure de sodium.........................51,45
- Chlorure de potassium. . . ................14,15
- Après avoir fait cristalliser une solution de ces sels. M. Taulis a conclu de leurs caractères cristallographiques qu’il n’y avait pas de sulfate de potasse. Toute la potasse existe donc à l’état de chlorure. Il est important de noter l’absence de sels de magnésie ainsi que celle des bromures et iodures qui ont une action toxique sur les plantes. L’expérimentateur a constaté que les sels de chaux sont sous forme de sulfates et que le dépôt peut être considéré comme consistant en sulfates de soude et chlorures de sodium et de potassium, ce qui simplifie considérablement l’extraction économique des matières concentrées. En temps normal, les sels de Pintados pourraient faire concurrence aux produits de Stassfurt, et M. Taulis a fait la comparaison suivante entre les premiers et la carnalite et la kieserite, les sels de Stassfurt qui se rapprochent le plus de ceux des dépôts de Guaica. Le chlorure de magnésium ayant une très grande solubilité accroît le coût de la purification à cause de la complication des opérations :
- Composition. Carnalite. Kieserite. Pintados.
- Chlorure de potassium . 15,5 11,8 14,15
- Sulfate de magnésie...... . 12,1 21,5 0
- Chlorure de magnésium .... . 21,5 17,2 0
- Chlorure de sodium . 22,4 26,7 51,45
- Sulfate de chaux . 1,9 0,8 0,93
- Sulfate de soude 0 0 28,29
- Matières insolubles dans l’eau . . 0,5 1,3 1,32
- Humidité . 26,1 20,7 5,00
- Si on prend la composition des sels de Pintados en sulfate de soude et en chlorure de sodium et de potassium et si on observe que le maximum de solubilité du sulfate de soude se trouve à la température de 20° G., il suffira de soumettre ces sels, convenablement broyés, à un lavage avec de l’eau à cette température pour dissoudre la totalité de sulfate et seulement une faible partie des chlorures. Le résidu de ce premier lavage est un mélange de chlorures. La solubilité du chlorure de potassium s’accroît avec la température, tandis que celle du chlorure de sodium reste constante.
- D’autre part, puisque la solubilité du sulfate de soude décroît lorsque la température augmente, si on chauffe l’eau provenant du premier lavage, le sulfate sera en partie éliminé et la totalité des chlorures restera en, dissolution. Gomme le chlorure de potassium est plus soluble que le chlorure de sodium, le sel brut pourra, par un simple lavage, être privé de la totalité du chlorure de potassium qu’il contenait et on obtient un produit renfermant plus de 40 0/0 de chlorure de potassium.
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- Au moyen de lavages successifs, on pourra obtenir des sels concentrés contenant jusqu’à 90 0/0 de chlorure de potassium si c’est nécessaire.
- Un tiers du chlorure de potassium vendu en Europe est employé à la fabrication du nitrate de potasse au moyen du nitrate de soude importé du Chili. Comme les gisements de ces deux sels se trouvent à une faible distance les uns des autres dans la province de Tarapaca, il est facile de voir les bénéfices à retirer de l’opération. Pour faire 100 kg de nitrate de potasse, il faut employer 73 kg, 95 de chlorure de potassium et 81 kg, 16 de nitrate de soude (salpêtre du Chili). Il serait donc très facile de réaliser cette fabrication au Chili. On éviterait ainsi le transport de 58 kg de matières inertes pour 100 kg de nitrate de potasse exporté.
- Il est intéressant de faire observer que la conduite amenant l’eau potable à Iquique traverse les Pintados. Cette conduite, ainsi que les puits situés dans le voisinage, péuvent fournir toute l’eau nécessaire pour les opérations décrites ci-dessus.
- On peut espérer que, dans un avenir prochain, le monde ne dépendra pas exclusivement du monopole au profit de l’Europe qui pèse depuis de nombreuses années sur le marché de la potasse. Un ingénieur a quitté New-York le 24 juillet 1915 pour examiner les dépôts des Pintados au point de vue des intérêts américains et faire immédiatement commencer l’exploitation si les rapports des ingénieurs du pays se trouvent confirmés par cet examen.
- Ce qui précède est reproduit du numéro du 7 août 1915 de l’Engineering and Mining Journal de New-York.
- l>épôts de potasse en Espagne. — Un rapport du Consul général des États-Unis à Barcelone indique que l’arrêt des expéditions de sels de potasse de provenance allemande causé par la guerre a appelé l’attention sur les dépôts de potasse qu’on sait exister dans le voisinage de Barcelone. Des sondages et des analyses ont été faits à plusieurs reprises sur les gisements de ces sels dans les provinces de Barcelone et de Lerida. Les résultats ont été très satisfaisants, mais il faudrait de l'initiative et surtout des capitaux pour faire avec ces gisements une aifaire profitable au point de vue commercial.
- Dans divers sondages effectués près de la ville de Sarria, on a trouvé les sels de potasse à des profondeurs variant de 36 à 60 m et ailleurs à 125 m. A 265 m, la plus grande profondeur atteinte, on a trouvé des quantités importantes de sels potassiques dans une couche de sel blanc qu’on n’a pas traversée.
- La superficie où on a fait des sondages peut être estimée atteindre 25 ha qui contiendraient environ 2 550000 t de carnalite et 1 150000 t de sylvinite représentant un total de 3 675 000 t de sels potassiques.
- D’après les caractères généraux de la région, on doit considérer comme probable qu’il existe d’autres dépôts à une plus ou moins grande distance de ceux qui viennent d’être indiqués. Dans un cours d’eau qui traverse les salines de Gardona, on trouve une forte proportion de potasse en dissolution et on a constaté que des quantités utilisables de cette matière se trouvent dans les eaux provenant des mines de sel.
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- En présence des formations géologiques exceptionnellement irrégulières de la contrée voisine de Barcelone, il est difficile d’évaluer avec quelque précision la quantité de potasse susceptible d’être extraite. Néanmoins la présence de certains gisements de gypse et celle de la potasse dans les cours d’eau peut servir de guide pour suivre la continuation des dépôts de potasse.
- Cette question a attiré l’attention d’ingénieurs et de capitalistes aux États-Unis. Il a été question de prendre des concessions et d’acheter des terrains sur l’emplacement de ces dépôts ou de passer des traités pour des expéditions régulières en Amérique. Mais le Gouvernement espagnol, vu le grand intérêt de la question pour le pays, s’est montré très réservé, peut être se propose-t-il même de prendre des dispositions en vue de l’exploitation de ces gisements par des nationaux. Comme il y a peu de potasse actuellement disponible pour les usages intérieurs, l’exportation de cette matière a.été provisoirement interdite.
- On obtient de faibles quantités de potasse par l’évaporation des eaux de lavage des laines et de plus grandes des eaux provenant de la fabrication du sucre de betterave. On expédie la potasse provenant de cette source aux États-Unis et dans la Grande-Bretagne.
- D’après des renseignements récents de source indépendante des premiers, les recherches n’auraient pas été satisfaisantes quant à la présence de couches des sels assez puissantes pour donner lieu à une exploitation commerciale. La question serait donc en suspens.
- lia production «le Faut! moine.— Depuis la guerre, la demande de l’antimoine a considérablement augmentée et on peut estimer que, dans la seconde partie de l’année 1914, la Russie à elle seule en a acquis plus de 2 600 t, dans la Grande-Bretagne, le Japon et les États-Unis. Une quantité au moins égale a été achetée par les autres nations. Il est intéressant de dire ici quelques mots de la métallurgie de l’antimoine.
- Le procédé d’extraction est très simple, mais on emploie plusieurs méthodes pour l’appliquer. On sépare d’abord l’antimoina brut de ses gangues terreuses, ce qu’on fait par simple fusion.
- L’antimoine brut, obtenu soit directement du minerai, soit du sulfure, doit être calciné pour séparer les impuretés telles que l’arsenic et le soufre. Dans le procédé direct, le minerai est fondu avec une scorie basique et de la tournure de fer. Lorsque le mélange est fondu, on le coule dans des moules coniques et on obtient, après refroidissement, de l’antimoine impur et du sulfure de fer.
- Il y a plusieurs méthodes pour purifier le régule, la plus simple consiste à charger un certain nombre de creusets avec ce régule additionné de soude, de sel commun et de minerai d’antimoine pur oxydé. Lorsque la température est assez élevée, les matières étrangères sont oxydées et scorifiées et on obtient l’antimoine pur sous forme d’un métal brillant, de couleur argentine, cassant et facile à pulvériser.
- Le grillage de l’antimoine se fait comme celui des mattes de plomb ; jusqu’à ces derniers temps, il se faisait dans des fours à réverbère ou de simples fours à sole. Le point essentiel est le contrôle absolu des températures. Celle-ci ne doit guère dépasser 360° C dans la première partie
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- de l’épuration, mais ensuite elle doit s’élever beaucoup au-dessus ; la fusion a lieu au commencement.
- Le contrôle des températures permet d’utiliser la chaleur de combustion du soufre s’il en exiête.
- Les anciens fours dépensaient beaucoup de combustible.
- h’Engintering and Mining Journal, auquel nous empruntons cette note, fait remarquer qu’il n’est pas parlé ici du procédé moderne de fusion de l’antimoine développé en France par Herrenschmidt dans lequel on brûle l’antimoine dans des fours, l’oxyde étant recueilli dans des filtres et ensuite converti en métal par réduction. Ce procédé assure un rendement élevé et donne un métal de qualité supérieure.
- Sur la production totale d’antimoine, les trois quarts du métal ordinaire à 99 0/0 viennent de Chine où le coût est plus bas qu’en aucun autre endroit. Il n’existé dans ce pays pas moins de 100 compagnies minières ; on y a établi huit fonderies, mais toutes ne fonctionnent pas encore. Les plus importantes sont la Wah Chang Mining and Smel-ting C°, de Changsha, et la Pao Tai, de Wachow. On n’a pas encore constaté l’existence de l’antimoine dans le nord de la Chine, c’est la partie centrale occidentale qui produit la presque totalité. Les voies par lesquelles les richesses minérales de cette région parviennent à la côte sont le Yangtsé, le Shanghai à son embouchure et la West River. L’exportation totale s’élève à 12 0001 par an, sans compter quelques milliers de tonnes de minerai dont la plus grande partie est embarquée à Changsha et un peu à Yochow, Hankow, Wuchow et quelques autres ports.
- Le district d’Awoy exportera vraisemblablement de grandes quantités de minerai dans un avenir rapproché.
- Une grande partie de la production chinoise est embarquée sous forme de minerai brut pour être traitée en Europe. On n’a pas encore de rapports dignes de foi pour l’année 1914, voici quelques chiffres relatifs aux années précédentes ; ils sont exprimés en tonnes :
- 1910 1911 1912 1913
- Minerai . . 5 665 6 700 2 020 4 250
- Minerai brut. . . . . 6 535 6 875 13 310 12 820
- 11 est bon de faire observer ici que 1a. plus grande partie de l’anti-' moine de Chine et surtout celui de la Wah Chang C° est un métal à forte teneur, très supérieur à certaines marques anglaises qui se vendent à des prix plus élevés.
- La Compagnie Wah Chang est sous la direction de Ii. Y. Liang, qui a étudié la métallurgie à New-York et à Londres, et acquis une expérience du traitement de l’antimoine en France avec Herrenschmidt.
- Il y a des mines d’antimoine et des fonderies au Mexique, une de ces dernières est en construction à San Luis de Potosi et sera prête à fonctionner quand les conditions d’extraction et de transport du minerai seront favorables. La fonderie aura une capacité de 3 000 t par an en antimoine raffiné et emploiera environ 150 ouvriers. La production ira très probablement plutôt aux Etats-Unis qu’en Europe. Les minerais
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- traités proviendront des mines de Queretaro et de San Luis de Potosi.
- La fonderie de Wadley n’est point organisée pour faire des produits finis et on les expédiera dans la Grande-Bretagne pour être raffinés. Cette usine fonctionne depuis quatorze ans et les minerais qu’elle emploie proviennent en majeure partie du district de Catora.
- Les quantités d’antimoine brut et de régule expédiés du Mexique en Angleterre ont été les suivantes :
- Tonnes
- 1910 3 788
- 1911 3 997
- 1912 3 296
- 1913 2 345
- On rencontre d’importants dépôts d’antimoine au Mexique à environ 9 milles au nord de Zimapars sur les pentes de la moitié inférieure du grand canon de Moctozuma. Ils sont composés de minerai d’antimoine et de plomb et ont été décrits par le docteur R. W. Raymond dans le numéro de Y Engineering and Mining Journal du 2 janvier 1915.
- L’antimoine français, produit au moyen de minerai du pays ou importés, fournit la consommation intérieure et, avant la déclaration de-guerre, trouvait écoulement aux États-Unis.
- On peut estimer la production aux chiffres suivants :
- Tonnes
- 1910 .......................... 1550
- 1911 .......................... 4 790
- 1912 .......................... 5 900
- 1913 .......................... 5 430
- Au Canada, il y a une très faible production d’antimoine provenant, de la Nouvelle-Écosse, mais il n’en est pas venu en Angleterre depuis 1911 et seulement en quantités à peu près insignifiantes.
- On a trouvé, il y a quelques années, un dépôt intéressant et important en apparence dans la partie nord du territoire du Yukon. Ces dépôts paraissent circonscrits dans une superficie de 20 à 25 km2 à Carbon et Chieftain Hills, à environ 50 km au-dessus du confluent de la Rivière Wheaton et du Lac Bennett. Ces dépôts ne sont pas à plus de 20 à 30 km nord du sixième degré de latitude formant la frontière de la Colombie Britannique et du Yukon. On peut y arriver de Vancouver par vapeur, puis par chemin de fer et ensuite par route. Les filons (stibnite) varient de quelques pouces.à 5 pieds'. La gangue est généralement du quartz.
- Un autre pays producteur important d’antimoine est l’Australie qui exporte annuellement de 1 000 à 2 000 t de minerai dans la Grande-Bretagne. La production du Japon et de la Hongrie sont insignifiantes. La Turquie exporte une faible quantité de ces minerais.
- La production des Etats-Unis n’a jamais été. importante, et depuis quelques années elle est insignifiante. La fonderie d’antimoine de
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- Chelsea, Staten Island, H. Y. est fermée depuis longtemps. En Angleterre, la fusion et le" raffinage de l’antimoine se pratiquent par sept compagnies importantes, dont les usines se trouvent à Runcorn, à Newcastle on Tyne, à Saint-Helens, à Patricroft, près Manchester et â • Londres.
- Extraction de l’oxygène de l’air atmosphérique. — On a
- proposé récemment un procédé de séparation de l’oxygène et de l’azote de l’air atmosphérique, procédé auquel on a donné le nom de Plum-boxan. Ce nom désigne un composé chimique formé de sel plombique a basé d’alcalin et de sel manganique a basé également d’alcali. Si on prend la soude pour base, la formule de ce composé est :
- NasPbO, Na,MnOt.
- Le principe de cette méthode n’est pas nouveau et on a fait diverses tentatives dans cette direction, mais, lorsqu’on a employé des manganates seuls, ces matières se rajnollissant dans la période de sortie de l’oxygène et perdent dans une plus ou moins grande mesure l’état poreux nécessaire pour l’extraction du gaz et le résultat est que la production de ce dernier va toujours en diminuant. Le docteur Kassner, auteur du procédé, a constaté par ses propres expériences que l’effet dont nous venons de parler tient à la formation ou à la dissociation d’hydrates alcalins par l’action, de la vapeur surchauffée. Ces réactions secondaires modifient l’état physique de la matière et la permanence de sa composition chimique de telle sorte qu’après une période relativement courte il devient nécessaire de renouveler la matière.
- D’autre part, les manganates, à cause même, de leur rapide et facile formation, lorsqu’on chauffé un mélange de leurs composés en'présence de l’air, sont éminemment propres à servir à l'extraction de l’oxygène atmosphérique ; mais il est nécessaire de parer à l’inconvénient qui vient d’être signalé par des moyens convenables et l’auteur a trouvé que rien n’était plus efficace que l’addition d’un sel plombique. En môme temps, il a pu établir qu’en présence de bases, à une température assez élevée, l’oxygène de ces bases passe dans les sels orthoplombiques qui, à leur tour, sous l’influence d’un courant de vapeur, sont convertis en sels métaplombiques. On sait d’ailleurs qu’un des caractères de ces sels est la faculté qu’ils possèdent d’absorber et de rendre les oxydes basiques, et l’auteur a trouvé qu’il était facile d’extraire les bases alcalines des manganates dissociés par la vapeur d’eau et de les réformer ensuite dans l’opération de la régénération. L’expérience lui a indiqué qu’une addition de sel métaplombique et d’un alcali éliminait la vaporisation de l’hydrate alcalin du manganate et assurait la permanence de l’état de la matière de façon à permettre la continuité des opérations.
- L’auteur décrit la manière dont le procédé fonctionne dans la pratique, les opérations paraissent être très simples.
- L’air atmosphérique, après avoir passé par des chambres d’épuration où l’acide carbonique est absorbé, est envoyé par une soufflerie à travers un récupérateur dans l’appareil principal. Après quelques minutes, le passage de l’air est arrêté et on admet dans l’appareil un courant de Bull.
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- vapeur provenant d’une chaudière spéciale, ce qui détermine la sortie de l’oxygène. Ce gaz, après lavage, est envoyé dans un gazomètre.
- Voici ce qu’on peut dire au sujet de la production du gaz. A la température de 400° C on obtient en cinq minutes 1 1 d’oxygène de 1 kg de Plumboxan si la matière est dans un état de porosité suffisant. A la température de 450°, on obtient 2 litres, 300 à 500° et encore un peu plus au delà. Il est à remarquer que plus la température est élevée, plus le gaz est pur. La régénération du composé par l’air se fait à la même température que l’extraction de l’oxygène, ce qui est très important parce qu’il n'y a pas à refroidir et à réchauffer les appareils
- On conçoit que cette méthode sert en même temps à recueillir l’azote de l’air.
- L’auteur, en discutant la théorie chimique du procédé, admet que les phénomènes catalytiques jouent un rôle important dans les réactions.
- Emploi «le l’air liqui«le comme explosif. — L’emploi de l'air liquide comme explosif a ôté étudié par Claude et d’Arsonval, en France, et par Linde, Kowatsch et Baldus, en Allemagne. Voici comment on opère dans le procédé Kowatsch :
- Pour parer aux inconvénients résultant de la très rapide évaporation de l’air liquide, on emploie une cartouche en .carton remplie de charbon en poudre et sec, qu’on place dans le trou de mine au moment même du tirage ; on réduit ainsi au minimum la durée de la période-dans laquelle peut se produire l’évaporation, et on assure le maximum de sécurité à l’opération.
- La cartouche contient un tube perforé rempli d’un mélange de terre d’infusoires et d’huile ou d’asphalte ou de paraffine, toutes matières non explosives par elles-mêmes. Ce tuyau central en contient un autre (‘gaiement en carton, dans lequel est inséré un troisième servant à l’évacuation des vapeurs de l’air liquide.
- Celui-ci est, pour chaque trou de mine, contenu dans un petit flacon dont le goulot se termine par un tube métallique, qui s’ajoute dans le t.uhe central de la cartouche. Pour charger celle-ci, il suffit de renverser le flacon ; la pression de la vapeur refoule tout le liquide dans la cartouche. Au même instant, l’allumage se fait par l’étincelle électrique, et l’explosion se produit.
- L’avantage de cette méthode d’opérer est que, les matières employées n’étant pas explosives par elles-mêmes, le mélange explosif ne se forme qu’au moment de l’explosion, ce qui entraîne des conditions très appréciables de sécurité. De plus, si un coup vient à rater, l’air liquide s’évapore, et la cartouche est parfaitement inoflènsive.
- Késistancc d«f» soudures faites au chalumeau oxyaeé-tyléaiique. — Les transactions de la North-East Coast Institution of Engineers and Shipbuilders contiennent une communication du Professeur Campion et de M. W-G. Gray sur la soudure au chalumeau oxya • cétylénique et à la résistance de ces soudures. Ces Messieurs, en présence de l’idée émise par le Dr G.-N. Desch qu’il doit être admis que les joints faits au moyen de la soudure autogène n’ont pas les mêmes
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- qualités que le métal lui-même, se sont livrés à de nombreux essais à ce sujet. Ils font observer d’abord que les essais à la traction ne sont pas suffisants pour indiquer l’altération, parce que celle-ci ne se voit pas toujours par une réduction de la résistance à la traction ; il faut employer les essais au choc pour avoir des indications précises.
- On a préparé un grand, nombre d’échantillons d’acier doux portant des soudures, et on les a soumis à des essais à la traction et à des essais au choc répétés dans les, conditions ordinaires et aussi après divers traitements. La première série d’essais a été faite sur des barres rondes d’acier doux de 15 mm de diamètre contenant approximativement 0,25 0/0 de carbone. On n’a pu avoir aucune constatation sur la contraction de la section de rupture, parce que, dans la plupart des cas, la fracture était si inégale qu’il était impossible de mesurer le diamètre final.
- On trouva dans les essais à la traction des différences considérables, non seulement entre les résultats moyens pour chaque traitement, mais encore entre les barres mêmes de chaque lot. Ce semble indiquer qu’il y a là un élément d’inexactitude dans la soudure, bien que celle-ci ait été faite par un ouvrier compétent. On peut estimer, toutefois, qu’une soudure donne en moyenne un joint ayant les quatre cinquièmes de la résistance du métal, et, en réalité, la résistance varie dans des limités assez étroites; mais il n’en est pas de même de la ductilité qui varie considérablement autour de la moyenne.
- Le martelage accroît la ductilité et réduit la résistance. Si on réchauffe la pièce après l’avoir martelée, on augmente encore la ductilité, et, en même temps, un peu la résistance. Si on réchauffe à la même température, sans martelage préalable, on obtient un plus grand accroissement de ductilité et un léger accroissement de résistance. Sur des échantillons refroidis dans l’eau et chauffés de nouveau, la résistance s’est élevée presque au niveau de celle du métal ; mais rallongement est un peu réduit. Les essais ont montré, d’une manière générale, que la ductilité de la partie soudée reste toujours inférieure à celle du reste de la pièce.
- On a essayé au choc diverses pièces soudées faites du même acier dans une machine Stanton.
- Les barres étaient entaillées au centre de la partie soudée, le diamètre; au fond de l’encoche étant de 1 centimètre environ. Ces essais ont montré que la partie soudée a une résistance égale à la moitié .environ du métal. Le martelage paraît être le traitement le plus avantageux pour accroître la résistance de la matière ; mais il ne faut pas perdre de vue que le chauffage au cours de la soudure est purement local et que le métal autour de cette soudure est à une température très inférieure ; il en résulte ipi certain danger, lors du martelage, de voir les vibrations donner de la fragilité à l’acier.
- Il Serait alors prudent de réchauffer l’acier au rouge vif, 800° G. environ, pour le remettre dans son état primitif.
- La trempe et le recuit seuls semblent avoir peu d’effet pour accroître la résistance de la partie soudée. Le fait qu’une partie de la matière voisine de la soudure acquiert de la fragilité en étant chauffée à une
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- chaleur sombre explique comment la fracture ne se produit pas dans la partie entaillée, mais dans le voisinage immédiat de la soudure.
- Des photographies insérées dans l’article original montrent les ruptures dans des échantillons non soudés et dans les autres aux parties chauffées après recuit.
- Une série d’essais au choc répétés, faits sur des pièces de diverses épaisseurs, montrent très clairement que, plus l’épaisseur est forte, plus la diminution de résistance est grande et moins il faut se fier à la soudure. Les pièces de faible épaisseur éprouvent moins d’amélioration par le recuit.
- Les auteurs, du grand nombre d’essais qu’ils ont faits sur des pièces traitées par le procédé de la soudure autogène, sont amenés à conclure que, s’il y a un vaste champ d’application pour le procédé au chalumeau oxyacétylénique et procédés analogues, il faut prendre dans leur emploi de très grandes précautions et aussi, avant d’y recourir, examiner toutes les conditions de l’application, surtout si les pièces doivent subir des efforts considérables. Dans les cas notamment où les accidents peuvent amener mort d’homme, la soudure ne doit être admise qu’avec la plus grande prudence.
- Dans la discussion qui a suivi cette communication, M. James E. Milton a constaté qu’on a exercé une assez grande pression sur le Lloyd pour lui faire admettre l’emploi de la soudure autogène pour les différentes espèces de réparations, mais que jusqu’ici il s’est refusé à l’accepter pour le cas où l’imperfection de la soudure aurait de graves conséquences. Ainsi, le Lloyd continue à proscrire la soudure autogène pour les tôles du bordé dans les coques de navires et dans les grosses pièces de forge. Il n’accepte pas non plus la réparation des arbres soudés par ce procédé.
- Le Dr G.-N. Desch a signalé l’intérêt que présente la distinction entre les procédés de soudure réelle dans lesquels le métal possède partout la même composition et la même structure, et la soudure autogène dans laquelle une zone de métal fondu à haute température est comprise entre deux zones de métal surchauffé. Les expériences dont il vient d’être question confirment l’idée que la présence de parties formées de métal surchauffé est très préjudiciable à la résistance des 'pièces et que lés traitements ultérieurs ne ramènent pas la résistance primitive. Il est possible que la région entrée en fusion ait plus de résistance que le métal lui-même ; mais la partie faible sera toujours la zone surchauffée.
- Emploi «les ga* «le fours à coke pour réel airage «les villes. — Depuis quelque temps, la ville de Middlesbrough est éclairée par du gaz de fours à coke Olto, fait dans les forges de MM. Samuel-son et Cie. C’est le premier exemple (au moins sur une grande échelle) de ce mode d’éclairage ; on y a fait beaucoup d’objections ; on a dit que ce gaz était trop pauvre pour être employé dans les villes, qu’il coûtait plus cher que le gaz fabriqué à la manière ordinaire et que la possibilité d’interruption de l’éclairage par des grèves survenues dans les forges était une question dqnt il fallait tenir grand compte.
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- En dépit de ces objections, le projet a été réalisé, et la confiance des promoteurs dans le succès s’est trouvée pleinement justifiée ; on a pu constater un autre avantage qui n’avait pas été prévu d’abord. Yu le haut prix actuel du charbon, beaucoup de compagnies gazières ont été amenées à élever le prix du gaz, dans certains cas, de 2 à 3 centimes par mètre cube. A Middlesbrough, il ne s’est rien produit de pareil, et les consommateurs de gaz doivent être heureux de cette situation privilégiée.
- A une séance du Conseil de ville ces jours derniers, M. J. Calvert, Président du Comité de l’Eclairage, a présenté un intéressant rapport sur la question. Il a exposé que, dans le cours de l’année précédente, la ville s’était trouvée en face d’une diminution de recettes amenée par une réduction de l’éclairage privé. Le prix du charbon avait, en outre, augmenté de 10 f par tonne, ce qui, pour une consommation annuelle de 50 000 t, représentait un total de 500 000 f d’augmentation de dépenses.
- Grâce à l’emploi du gaz de fours à coke, on n’avait pas eu à subir cette augmentation, et on avait pu maintenir le prix du gaz.
- Il estimait que l’économie réalisée depuis un an s’élevait à 677 000 f au moins. C’est un nouveau côté de la question.
- Les maîtres de forge produisent le gaz, et, pour eux, il ne varie pas sensiblement de valeur, parce que leur bénéfice dépend de la vente du coke et des sous-produits. Le cas de Middlesbrough doit attirer l’attention des ingénieurs gaziers sur la possibilité d’utiliser les gaz des fours à coke et de parer ainsi aux conséquences de l’augmentation du prix du charbon. Naturellement, on ne peut pas espérer réaliser toujours les mêmes avantages qu’à Middlesbrough ; mais on peut obtenir de bons résultats dans cet ordre d’idées. L’Jron and Coal Trades Revieiv, auquel nous empruntons ce qui précède, croit savoir qu’à Leeds on emploie également, sur une grande échelle, le gaz de fours à coke pour l’éclairage.
- E. — Questions diverses.
- Un terrible accident de chemin de fer. — La collision qui est survenue le 22 mai 1915 sur le Caledonian Railway à Gretna, en Angleterre, est, disent les journaux, le plus grand accident de chemin de fer qui se soit produit non seulement dans cette contrée mais peut-être bien dans le monde depuis qu’il existe des voies ferrées. Le nombre des morts a, en effet, atteint 162 plus 200 blessés.
- Deux accidents seulement approchent de celui-ci comme gravité. L’un est le fameux désastre dans lequel en 1879 le pont établi sur le Firth of Tay, près de Dundee, en Écosse, fut renversé par un ouragan pendant le passage d'un train et où les 60 personnes qui se trouvaient dans ce train périrent. Dix ans plus tard, à Armagh en Irlande, un long train d’excursion dut être coupé en deux pour gravir une forte rampe. La première partie du train fut laissée en haut pendant que la locomotive descendait pour prendre le reste. Pour empêcher les voitures du sommet de redescendre, on avait calé les roues avec des coins de bois
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- (à cette époque les wagons sur des lignes écartées n’étaient pas toujours munis de freins). Pour une raison restée inconnue, ces coins se déplacèrent et les voitures, descendant la rampe, vinrent heurter le reste du train en amenant la mort de 80 personnes.
- La catastrophe de G-retna a fait deux fois le nombre de victimes du plus grave accident précédemment enregistré dans l’histoire des chemins de fer anglais. Voici les faits tels qu’ils sont rapportés par les grands journaux techniques.
- L’accident s’est produit à une station de block connue sous le nom de Quintin’s Hill où il y a deux voies de garage (lesquelles, au moment de la catastrophe, étaient occupées par des trains de marchandises). Un train local allant vers le nord arriva à 6 li. 30 m. du soir, et l’employé aux signaux de service aiguilla ce train sur la voie principale allant vers le sud pour laisser passer l’express du nord. Deux minutes après l’employé aux signaux de jour arriva et, oubliant que le train local était arrêté sur la voie sud, il donna le signal de voie libre à la station suivante, permettant ainsi l’entrée dans sa section d’un train allant au sud et chargé de troupes. Une courbe empêcha le mécanicien de ce train de voir le train local arrêté avant d’être sur lui. La collision bloqua ces deux voies et peu après le train express du nord arriva sur le lieu du désastre à grande vitesse. Le feu se déclara et une vingtaine de wagons furent brûlés. •
- L’enquête a fait voir que le changement des employés aux signaux avait été fait à six heures au lieu de l’heure réglementaire de 6 h. 30. Pour masquer cette irrégularité, l’enregistrement des trains passant avait été faite sur une feuille de papier et non sur le registre réglementaire et recopiée ensuite sur ce registre par l’employé ayant pris son service après.
- lia catastrophe «le fl’ËastlaiMl. — Le terrible désastre dont la rivière de Chicago a été le théâtre, le 24 juillet dernier, et dans lequel un bateau d’excursion venant à chavirer a amené la mort de près de
- I 500 personnes, peut compter avec la perte du Titanic et du Lusitania dans les plus terribles catastrophes maritimes enregistrées jusqu’ici.
- Mais les deux grands paquebots dont nous venons de citer les noms ont coulé en pleine mer et les sauveteurs avaient de grandes distances à parcourir pour arriver sur place, tandis' qu’il est incroyable qu’un navire chavirant dans une rivière étroite, au caîur d’une grande ville, dans si peu d’eau que la coque n’ait pas été entièrement submergée, avec tous les secours à proximité immédiate, ait.pu entraîner la mort d’à peu près autant de personnes que les deux grands paquebots .transatlantiques.
- •Racontons d’abord les faits. liEastland était un vapeur de lac, à coque en acier, construit en 1903. Il avait 81 m de longueur sur 11 m, 60 de largeur et 7 m de tirant d’eau en charge, le tonnage net était de 1 218 tx.
- II avait servi pendant plusieurs années de bateau d’excursion entre Chicago et South Haven et faisant depuis cinq ans le même service à Cleveland. Ce navire était construit avec des lignes très fines pour lui
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- .assurer une grande vitesse, et les gens du métier le considéraient, paraît-il, comme manquant de stabilité. Cette opinion semble corroborée par le fait qu’on avait l’hiver dernier fait quelques transformations dans ce sens en enlevant les constructions du pont supérieur.
- Le 24 juillet 1915, dans la matinée, YEaslland, étant amarré le long d'un wharf, dans la rivière de Chicago, un peu avant , le départ, avec environ 2500 passagers à bord, vint à s’incliner graduellement du côté du large, brisant les amarres, et chavira complètement en précipitant à l’eau la plupart des passagers. On put retrouver 826 corps et on estime le nombre des victimes à 1 517.
- Cette catastrophe, on peut dire sans précédent, inspire à l’Engineering News les réflexions suivantes : il s’agit d’un navire en acier de dimensions importantes établi pour affronter les mauvais temps sur les lacs, -c’est-à-dire dans des conditions tout à fait analogues à celles de la navigation océanique.
- Il portait beaucoup de passagers, mais cependant pas plus qu’il n’était autorisé à le faire et pas plus qu’il n’en portait souvent pour traverser le lac Michigan. On se demande comment un tel navire a pu tourner sur le côté, précipitant à l’eau une partie des passagers et noyant ceux qui étaient à l’intérieur.
- Naturellement un cri d’indignation s’est élevé, le public trouve le désastre sans excuses et réclame une enquête sévère avec sanction.
- Pour tout ingénieur familier avec la construction navale, il est évident que la cause première du chavirement de YEaslland doit être cherchée dans les conditions des water-ballast du navire. En pratique, tous les vapeurs à grand tirant d’eau naviguant sur les lacs sont munis de water-ballasts placés dans le fond de la coque pour régler le tirant d’eau et la stabilité du navire. Si celui-ci est lourdement chargé, il peut posséder assez de stabilité avec les water-ballasts vides, mais s’il n’est pas chargé, il est généralement nécessaire de les remplir pour avoir une stabilité suffisante et souvent même il faut ajouter un lest additionnel pour rendre le navire capable de naviguer par tous les temps.
- Dans les navires destinés au service des voyageurs, aux conditions de stabilité s’en ajoutent d’autres relatives aux mouvements delà coque et, par conséquent, au confort des passagers. Si un navire a trop de stabilité, il peut avoir des périodes de roulis assez courtes pour gêner considérablement les voyageurs.
- Le regretté Charles IL Cramp, dans un mémoire lu devant Y American Imtitute of Naval Architeets and Marine Engineers il y a quelques années, signalait que, pour obtenir des navires ayant un roulis lent et facile, les constructeurs de paquebots transatlantiques allaient jusqu’à faire des navires dépendant absolument de leurs water-ballast pour la stabilité au point d’être exposés à chavirer si ces réservoirs étaient vides.
- Si on étudie de près la catastrophe de YEaslland, on est conduit à éliminer diverses causes indiquées par les journaux. On a dit que le bateau était trop chargé, ou que les passagers placés sur le pont supérieur s’étaient portés brusquement d’un côté pour voir quelque chose. Ces raisons ne sont pas sérieuses, car le bateau avait été fréquemment aussi chargé, et ou ne saurait admettre que le déplacement d’une partie des
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- passagers puisse faire chavirer un navire dont les conditions de stabilité seraient bonnes.
- Or, c’est précisément là qu’est toute la question. C’est un principe élémentaire de construction navale que le centre de gravité de la coque soit au-dessous du centre de déplacement pour que le navire puisse flotter. Pendant toute la carrière de YEastland, c’est-à-dire depuis le jour de sa mise à l’eau jusqu’au 24 juillet 1915, avec toutes les charges qu’il a portées et tops les mauvais temps qu’il a éprouvés, cette condition a été remplie. Mais le jour de la catastrophe, tandis que la foule des excursionnistes envahissait le navire et montait sur le pont supérieur, le navire s’inclinait graduellement du côté opposé au wharf et le centre de gravité s’élevait peu à peu jusqu’au moment où la stabilité est devenue insuffisante avec les conséquences que l’on connaît.
- L’enquête officielle aura à déterminer les conditions où se trouvaient les water-ballast au moment de l’accident. On a constaté que le tirant d’eau du navire chargé de passagers était tel qu’on avait dù pomper l’eau des water-ballast pour permettre au navire de passer sur la voûte du tunnel de La Salle en descendant la rivière. C’est une pratique assez usuelle, et si la stabilité est suffisante, elle ne présente aucun danger.
- Il semble bien, d’après divers renseignements, que YEastland manquait de stabilité même avec ses water-ballast remplis et que cette condition avait fait l’objet d’un examen de la part des inspecteurs des États-Unis. L’enquête officielle fera, il faut l’espérer, la lumière sur ces questions. Ce qui est important pour la profession c’est que ce désastre sans précédent puisse attirer l’attention sur le sujet pas assez connu de la stabilité des navires et sur son extrême intérêt pour la sécurité du public. On ignore généralement que la sûreté que présente un navire ne dépend pas seulement de la correction du projet fait par le constructeur, mais beaucoup aussi de l’intelligence et du jugement de ceux à qui le service en est confié.
- Les constructeurs de navires ont souvent insisté sur ce point que le capitaine d’un navire doit être au courant des conditions de stabilité de son bateau de manière à ne pas le surcharger de façon dangereuse. Le cas de YEastland est un terrible exemple des conséquences de l’ignorance de ces conditions.
- Il y a quelques raisons de croire que bien des navires dont on n’a jamais eu de nouvelles doivent leur disparition à un chavirement amené par une stabilité insuffisante.
- Il faut espérer que la catastrophe de Chicago amènera les constructeurs à étudier avec soin les questions de ce domaine et qu’on veillera à ce que ceux qui ont charge d’un navire ne puissent pas altérer les conditions de stabilité de celui-ci à un point dangereux pour la sécurité.
- Nous trouvons dans des journaux américains plus récents le rapport du jury sur la catastrophe que nous avons rapportée plus haut.
- Après.avoir décrit les faits sur lesquels il se base, ce rapport attribue l’accident à la construction du navire et à celle des caisses à eau formant water-ballast disposées avec un seul robinet communiquant avec l’eau extérieure ne laissant aucune possibilité de vider certains compartiments et de laisser les autres pleins. Ces caisses ne pouvaient servir
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- qu’à régler la flottaison du navire et nullement à assurer sa stabilité, la-sécurité du navire ne dépendant que du plus ou moins d’intelligence du capitaine et du mécanicien.
- Le rapport conclut par les reconimandations suivantes :
- 1° Les permis de navigation ne doivent être accordés qu’après présentation et approbation des plans et calculs de stabilité ;
- 2° Il doit y avoir une inspection pendant la construction et toutes les expériences jugées nécessaires devront être faites ;
- 3° La stabilité du navire ne devra en aucun cas dépendre d’un lest d’eau variable ;
- 4° Les caisses à eau ne devront servir que pour régler la flottaison du navire ; il devra y avoir au moins deux robinets communiquant avec l’eau extérieure pour qu’on puisse remplir certains compartiments et laisser les autres vides et faire communiquer les compartiments entre eux ;
- 5° Les calculs de stabilité devront être résumés sous une forme simple et une copie imprimée les donnant devra être placés dans la chambre du gouvernail de manière à pouvoir être facilement consultée ;
- 6° Des règlements devront être publiés par le Gouvernement fédéral relativement à la capacité des navires d’excursion, le nombre maximum des passagers, les appareils de sauvetage, etc. ;
- 7° Le service d’inspection des bateaux à vapeur devra être réorganisé pour éviter les conflits d’attribution entre les divers services et confié à des agents techniques compétents ;
- 8° Le service d’inspection devrait être transféré au Département du Commerce et du Transport et placé sous le contrôle immédiat du Département de la Marine des Etats-Unis.
- Enfin le j ury conclut au renvoi devant la Cour criminelle sous la prévention d’homicide quatre employés de la Compagnie dont la négligence dans la conduite du navire et la surveillance du remplissage des caisses à eau a causé la catastrophe.
- Nous ajoutons ici un fait intéressant que nous avons trouvé dans un journal américain en corrigeant les épreuves de cette note. Au moment de la catastrophe, YEastl-and avait 2 480 passagers à bord et beaucoup étaient dans les chambres et y furent enfermés lors du chavirement. On se rappela heureusement qu’à proximité immédiate en faisait un travail au chalumeau oxyacétylénique et on alla chercher en toute hâte l’opérateur et son appareil. En trois minutes il put découper une ouverture de 0 m, 65 >< 0 m, 65 dans la tôle de 12 mm du bordé, ouverture par laquelle on put faire sortir trois personnes à demi noyées qu’on rappela à la vie en leur faisant respirer de l’oxygène. On travailla au chalumeau d’une, manière continue et on fut assez heureux pour retirer encore un certain nombre de personnes.
- Importation des machines en Russie. — Malgré le développement continu de l’industrie de la construction des machines en Russie, dans les dix dernières années, cette contrée est encore obligée de recourir pour plus de 40 0/0 de ses besoins en fait de machines et pièces de machines à l’importation de l’étranger.-
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- I)e 1901 à 1905, la valeur des importations annuelles de machines, outils, pièces diverses, etc., a été en moyenne de 140 millions de francs dont 54-0/0 provenant de fabriques allemandes.
- Dans la période suivante, 1906 à 1910, la valeur de rimportation moyenne annuelle s’est élevée à 170 millions dont 56,3 0/0 pour la part de l’Allemagne.
- Ce chiffre est monté à 368 millions en 1911, à 373 en 1912 et à 40 millions en nombre rond en 1913, la plus grosse part étant toujours en faveur de l’Allemagne.
- Parmi les différentes espèces d’appareils mécaniques importés, le premier rang sous le rapport de la valeur est occupé par les machines agricoles, les moteurs à vapeur viennent ensuite, puis les automobiles, en quatrième rang les machines-outils pour le travail des métaux, -ensuite les machines à coudre, puis les métiers à filer et tisser et enfin les pompes. A l’exception des machines agricoles et des machines de filature et de tissage, les constructeurs allemands tiennent la tête partout, ils fournissent 76 0/0 des machines à vapeur, 82 0/0 des pompes, 81 0/0 des machines-outils pour le travail des métaux et 82 0/0 des automobiles.
- Des documents émanant du Ministère russe des Finances, il résulte que la production des machines, dans la totalité des établissements de l’Etat et dans les ateliers particuliers, était évaluée pour 1900 à 130 millions de francs, le nombre d’ouvriers employés était de 49 000. En 1908, la valeur de la production s’était élevée à 350 millions et le nombre d’ouvriers à 110000. On ne possède pas de chiffres pour les années suivantes ; toutefois, des estimations approximatives permettent de donner la valeur de 525 millions pour la production totale de 126 ateliers de construction en 1912. La construction seule des machines agricoles et de leurs accessoires s’est élevée pour 1913 à une valeur de 150 millions-de francs, ce qui représente plus de la moitié des besoins (275 millions) de cette môme année. Dans cette classe la part de l’Allemagne est inférieure à celle des Etats-Unis qui ont fourni plus de 40 0/0 du total.
- Pour les machines à vapeur, la Russie en a consommé pour 90 millions de francs en 1910, pour 106 millions en 1911 et pour 242 millions en 1912, alors que la production indigène n’était que de 23 millions en 1910 et de 36 en' 19! 2.
- Pour les machines-outils à travailler les métaux, les importations ont passé de 11,5 millions en,1910 à 31 en 1912, alors que la production indigène était pour ces deux années de 8,5 et 13,75 millions seulement. Nous trouvons ces renseignements dans l’Iron and Coal Trades Review.
- lAindustric des pipes de bruyère eu France (suite et fin). — Nous avons donné, dans la Chronique du troisième trimestre de 1915, page 547, d’après le Journal of the Society of Arts, des renseignements sur l’industrie de la fabrication des pipes de bruyère en France. Un lecteur de ce journal, M. Richard Penberthy Roberts, lui a adressé de Vezzani (Corse) les observations suivantes, que nous croyons intéressant de reproduire comme suite à l’article préci té.
- Dans ce dernier, la Corse a été présentée comme une des principales
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- sources des racines de bruyère ; l’auteur s’occupant depuis longtemps d’exploitation de mines dans cette contrée, est à même de fournir des renseignements sur la production de ces racines.
- L’ile de Corse a 192 km de longueur sur environ 64 de largeur; 40 0/0 de sa superficie sont couverts d’une végétation très développée formant ce qu’on appelle maquis, terme qui vient de l’italien macchia. Cette végétation consiste en Arbutus unedo, Erica arborea, Cistus manipe tien sis, Pistaria lentiscus et Myrtus communis, tous ces arbres poussant très serrés les uns contre les autres et s’élevant à une hauteur de 2 m à 3 m, 50.
- C’est la racine de Y Erica arborea (bruyère blanche) qui sert dans l’industrie de la fabrication des pipes de bruyère, en anglais briar. On peut' croire que le mot français brousse vient aussi de bruyère, lequel est un dérivé du celte brug; en dialecte corse on dit boscu.\
- . L’auteur dit que le mot briar ne se trouve pas dans les dictionnaires anglais, et que beaucoup de gens le confondent avec le mot brier qui signifie ronce ou églantier, sens tout différent.
- On exploite depuis très longtemps la racine de bruyère en Corse pour la fabrication des pipes, mais, jusqu’à ces derniers temps, sur une très petite échelle. Toutefois, depuis dix ans, elle s’est élevée aux premiers rangs des industries du pays; elle a atteint son maximum en 1911.
- Auparavant on ne recueillait ces racines que dans les parties les plus élevées de l’ile, car dans ces régions elles sont exemptes de trous de vers. Elles sont très dures et viennent comme qualité immédiatement après les racines de Sicile.
- Le maquis couvre la plus grande partie des terrains communaux et les paysans récoltent librement les racines qu’ils chargent sur des ânes et portent aux scieries où on leur donne un certain prix par 100 kg, prix variant suivant la demande. Au cours de l’année 1911, ce prix était de 100 fr, quelques années avant il n’était que de 2 lr. En 1911, il y avait 34 scieries en activité et la production de racines dépassait 6 000 t.
- Les racines sont sciées en petits blocs qu’on appelle dans le commerce « ébauchons », le prix de vente de ces ébauchons varie suivant la demande; en 1911, par exemple, il était de 20 fr la grosse pour le premier choix, 11 pour le second et 2,35 pour le troisième:
- L’exportation de Corse en 1911 se montait à :
- Pour la France (Saint-Claude)..............t. 1 495
- — les autres contrées................... 308
- Total......................’...........t. 1813
- Sur le second chiffre, 13 t seulement étaient à destination de l’Angleterre.
- L’année dernière (1914) ce commerce s’était passablement ralenti.
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- COMPTES RENDUS
- SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT POUR L’INDUSTRIE NATIONALE
- Janvier-Février 1915.
- Liste des membres titulaires et honoraires du €?onseil d’Administration et des membres correspondants pour l’année 1915.
- L’opinion des Chambres syndicales sur la situation actuelle de l’industrie, par M. Lindet.
- Le bureau de la Société d’Encouragement a cru devoir s’adresser aux diverses Chambres syndicales des industries qui ont le plus souffert de l’invasion et de celles qui peuvent le plus se développer après la paix, en leur posant un certain nombre de questions dans le but d’établir, avec leur concours, la situation que la guerre va créer à l’industrie ; ces questions rentrent dans trois ordres d’idées: 1° quelle est la situation de l’industrie dans les pays non envahis ; 2° quelle est la situation dans les pays envahis ; 3° dans quelle mesure la France pourra-t-elle éviter dé recevoir d’Allemagne et d’Autriche-Hongrie les produits dont l’importation augmentait chaque année et pourra-t-elle concurrencer ces contrées sur les marchés extérieurs.
- La note reproduit sommairement les réponses faites par un grand nombre de Chambres syndicales.
- lie rôle de l’Office National du Commerce extérieur et
- du « Board of Trade » dans la lutte engagée contre le commerce allemand et austro-hongrois, par M. Lindet.
- On sait que ces deux bureaux officiels de renseignements publient des fascicules dont les commerçants trouvent intérêt à tirer parti. L’auteur de la note croit être utile en signalant l’esprit dans lequel sont écrits ces fascicules et le cadre dans lequel sont logés les renseignements que l’on y cherche. La consultation de ces écrits fournira de très utiles documents aux industriels et commerçants qui entreprendront la grande œuvre de diffusion dans le monde entier des produits français.
- lies conditions d’une reprise industrielle, par M. P. de
- Rousiers.
- L’auteur expose d’abord que beaucoup des conditions dans lesquelles la reprise industrielle s’opérera après la guerre sont encore inconnues et ne peuvent pas être connues. Mais, à côté de ces conditions que déterminera l’issue de la guerre, il en est d’autres d’un caractère plus permanent ou même d’un caractère plus temporaire, mais fixé dès à pré-
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- sent de tellé manière que l’on puisse, sans imprudence, considérer qu’elles n’auront pas changé d’ici quelques mois.
- Certaines de ces conditions sont de l’ordre matériel ; d’autres de l’ordre moral et social. On peut citer, parmi les principales, les conditions matérielles permanentes en tête desquelles figurent le retour à un état financier normal, et l’extension et l’amélioration des moyens de transport.
- Dans les conditions morales et sociales figure au premier rang la question de l’éducation ; il convient de préparer la génération qui s’élève à un effort concerté et combiné avec d’autres efforts.
- lies villes à reconstruire. Plans d’aménagement et d’extension des villes, par M. Georges Risler.
- L’édification d’une ville moderne ou la modernisation d’une ville ancienne est une œuvre des plus difficiles ; on ne doit pas laisser le développement d’une cité se faire au hasard ; les plans d’aménagement et d’extension doivent être les tuteurs de ce développement, et l’hygiène comme l’esthétique doivent constamment influer sur l’élaboration de ces plans.
- On constate avec regret qu’en France on a peu tenu compte du développement rationnel des villes, tandis qu’à l’étranger on s’est appliqué à établir d’une manière rationnelle l’aménagement et l’extension des cités, surtout en y conservant le plus possible d’espaces libres.
- L’auteur cite un certain nombre d’exemples ; il examine ensuite ce que devraient contenir les plans d’aménagement et d’extension et la nécessité de concilier l’élément esthétique et l’élément utilitaire.
- Reste la question de l’exécution des plans d'aménagement, qui soulève celle de la législation à établir ; les lois, actuelles doivent nécessairement être modifiées.
- Le sujet est d’actualité, car il y aura après la guerre des villes à réédifier au moins partiellement.
- Sur le matériel agricole après la guerre, par M. Max
- Ringelmann.
- 11 est certain qu’après la guerre on verra un brusque accroissement du nombre des machines employées dans nos exploitations rurales ; il est donc nécessaire de prévoir, dès à présent, les conditions dans lesquelles les agriculteurs français pourront se procurer ces machines; il y aura peut-être une période pénible à traverser, 28 0/0 des ateliers qui fabriquent ces machines étant dans l’impossibilité de reprendre leur activité avant quelque temps, et il faudra recourir aux fournisseurs anglais et américains ; mais ce ne sera qu’une période transitoire de courte durée, il faut l’espérer.
- flics constructions temporaires à élever dans les régions envahies, par M. Max Ringelmann.
- Il est à prévoir qu’au fur et à mesure de l’avance de la zone des armées combattantes, il faudra songer à exécuter le plus rapidement
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- possible les travaux agricoles urgents, et on devra se préoccuper d’élever des constructions temporaires, hangars,' baraquements, etc.
- Cette note a pour objet de donner quelques renseignements généraux sur le logement des hommes, le logement des animaux, le logement du matériel et le logement des récoltes.
- ïtmcts et mariiucs «le fabriques dans les pays belligérante, par M. Tallien-Lavollée.
- On sait que cette question a été longuement discutée dans les récentes séances de notre Société. Il est donc inutile d’y revenir.
- Sur les iiatlemnités aux départements envahis, par M. A.
- SOUCHON.
- L’auteur, après avoir examiné tout ce qui s’est fait, dans le passé et jusqu’à nos jours, dans cet ordre d’idées, conclut par ces mots consolants :
- « Les victimes de la guerre 11e doivent pas envisager la situation avec découragement. D’abord, parce que, selon toutes les probabilités humaines, l’ennemi paiera les dégâts. Ensuite, parce qu’au besoin la France ne voudra pas se soustraire à un devoir impérieux de solidarité nationale.
- JXotcs «le chimie, par M. Jules Garçon.
- Sur la situation des industries chimiques. — Sur la situation de la métallurgie. — Application de la corrosion du fer. — Sur la préparation de l’hydrogène. — Elimination du soufre dans le gaz. — Application des couleurs dites au soufre dans la teinture de la laine. — L’épuration de l’eau en campagne.
- tVotes «l’agriculture, par M. N. Nitier.
- Ces notes sont relatives à la production des plants de pommes de terre de semence assurée par l’Agriculture française. Il faut dire que l’Allemagne envoyait, chaque année, une assez forte quantité de tubercules pour la semence et que c’est de ce pays que nous sont venues depuis trente ans la plupart des variétés nouvelles, utilisées tout au moins comme pommes de terre à grand rendement, comme pommes de terre fourragères et industrielles, pour l’alimentation des animaux et pour la féculerie.
- On peut et doit se passer des plants de pommes de terre venant d’Allemagne, et l’auteur en étudie les moyens ; il faut, dit-il pour terminer, comme pour la betterave, une entente intelligente entre agriculteurs et industriels intéressés, afin de retirer des efforts individuels le maximum de rendement pour le plus grand profit de tous.
- iïcvHC «le «*«aIIuce mécanique, par M. Max Ringelmann.
- Ces notes se réduisent à quelques brefs renseignements sur le labourage à vapeur en France, après la guerre de 1870-1871.
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- Mars-Avril 1915.
- Notice nécrologique sur Paul Buquct, par M. de Ribes-Ciiristofle.
- Notice nécrologique sur 'Frédéric If ouoré, par M. Henry Pereire.
- I)n rôle de la science contre l'industrie allemande, par
- M. H. Le CilATELIEll.
- L’auteur explique que si nos industriels français veulent lutter contre le commerce allemand, il faut qu’ils se décident à imiter ses méthodes de travail. C'est une naïveté de croire qu’on peut établir aujourd’hui des barrières infranchissables entre des Etats voisins. Prohiberait-on complètement l’entrée directe des marchandises allemandes qu’elles nous envahiraient de suite sous des marques neutres ou alliées.
- La science franc,aise a toujours marché en tête du progrès et devancé l’Allemagne. Pourquoi nos industriels français ne prendraient-ils pas une situation analogue vis-à-vis de leurs concurrents allemands? Mais, pour cela, il faut absolument arriver à former chez nous des chefs d’industrie rompus à l’usage des méthodes scientifiques de travail et familiers avec la pratique du laboratoire. Faute de cette formation, il est impossible d’utiliser avantageusement un personnel scientifique en sous-ordre et de faire rendre les laboratoires.
- li'ojihiioii dos CliaunStreK syndicales sur la situation actuelle de Tindustrie, par M. Lindet (suite).
- La reprise des alt’airos financières, par M. Raphaël-Georges Lévy.
- Fa verrerie scientifique assurée par l'industrie française, par Al. I. Barlemont.
- L’auteur explique que les raisons pour lesquelles l’Allemagne nous a concurrencés avec succès sont : notre genre de travail, notre manque de sens commercial et le défaut de collaboration financière et scientifique. Et, pourtant, cette industrie était bien française; est-cè que la plupart des instruments de sciences ne sont pas dûs à nos savants, ainsi que le font voir un certain nombre de citations ?
- L’auteur fait voir que, pour une foule d’instruments, on est arrivé à les faire en France aussi bien et à prix presque égal à celui de l’Allemagne.
- La couslractioii électrique assurée par l’industrie française, par M. IIillairet.
- La production annuelle de matériel électrique en France doit avoir une valeur voisine de 300 millions de francs ; il est facile de voir que le marché intérieur peut être alimenté sans le secours de l’étranger.
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- Avec quelque effort, nos producteurs pourraient accroître les exportations, tandis que les consommateurs pourraient réduire les importations presque à néant. Pour cela, il faudrait le concours de toutes les bonnes volontés, notamment celui de la métallurgie.
- La construction mécanique assurée par ^industrie française, par M. Ii. Ernault.
- L’auteur s’occupe surtout de la branche des machines-outils ; il explique pourquoi la construction de ces machines n’a pas pris un plus grand développement en France ; ces raisons s’appliquent d’ailleurs aussi bien à la construction mécanique en général qu’à celle des machines-outils. Ces raisons sont :
- 1° La charge des prix de revient, du fait des impôts et lois dites sociales ;
- 2° L’insuffisance d’apprentissage ;
- 3° Le concours insuffisant par les banques ;
- 4° Le manque d’appui des grandes administrations de l’Etat ;
- 5° L’insuffisance de protection par les tarifs douaniers ;
- 6° Insuffisance de renseignements par les agents consulaires, etc. ;
- 7° Difficulté d’avoir de bons agents commerciaux.
- Il faudrait ajouter le coût de la main-d’œuvre plus élevé en France que chez certains de nos voisins.
- L’auteur pense que, si l’avance prise par l’étranger est considérable, les circonstances actuelles devront nous permettre de reconquérir une partie, tout au moins, de l’avance prise par FAllemagne en particulier. Le nécessaire est d’emprunter les méthodes qui ont si bien réussi à nos concurrents, savoir : la spécialisation, le matériel perfectionné, l’organisation de l’usine, l’éclairage des ateliers et, enfin, les moyens de faciliter la vente.
- lia mise sous séquestre des intérêts des sujets ennemis, par M. Maurice Alfassa.
- lies sanctions générales à l’interdiction du commerce avec les'sujets des pays ennemis, par M. Maurice Alfassa.
- Ii’industrie du sucre et la guerre de 1014, par M. Georges Dareau.
- La question de la répercussion de la guerre sur la grande industrie du sucre présente un intérêt considérable pour l’avenir de cette industrie et des industries connexes. La note étudie le marché sucrier, les cours du sucre dès le début de la guerre et la campagne indigène 1914-1915, dont le résultat paraît avoir donné un déficit de 950 000 t par rapport au total de 713 000 t de la campagne 1913-1914.
- La récolte en Europe paraît s’être élevée à 7,4 millions de tonnes avec diminution de 800 000 t sur la campagne précédente, les grandes productions d’Allemagne et d’Autriche n’ayant pas de diminutions sensibles.
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- L/auteur estime que l’industrie sucrière française se ressentira sans doute, pendant longtemps, des conséquences de la guerre actuelle.
- Indépendamment des indemnités auxquelles elle aura droit pour les dommages occasionnés par l’ennemi, cette industrie sera fondée à revendiquer un traitement de faveur sur les marchés où elle expédie ses produits avec ceux de l’Allemagne et de l’Autriche-Hongrie. Mais, pour cela, il faudra que la France recouvre d’abord son entière liberté d’action en matière, de commerce sucrier, ce qui n’est pas le cas sous le régime de la Convention de Bruxelles.
- Notes de Chimie, par M, Jules Garçon.
- Situation des industries chimiques (France, Allemagne, Angleterre, États-Unis). — La fabrication des matières colorantes artificielles dans les mômes pays. — Acide nitrique de synthèse. — Nitrate de soude du Chili. — Sur les cyanures. — Sur les verres d’optique. — La question du cuivre en Allemagne. — Fabrication d’huiles légères. — Une explosion d’acide picrique. — Sur l’imperméabilisation des tissus. — Incinération des ordures ménagères.
- IVotes «l’agriculture, par M. N. Nitier.
- Cette note recherche quelle est la situation de l’agriculture française après huit mois de guerre, dans quel état se trouve le çheptel de nos fermes, quels sont nos approvisionnements en céréales et sur quels points doivent, en ce moment, porter surtout les efforts de nos agriculteurs.
- Au sujet de la dernière question, on peut conclure qu’en février et môme en mars la France était le pays d’Europe où le blé était vendu le meilleur marché.
- On a pu dire avec raison que les promoteurs du régime douanier qui a permis de maintenir et de développer la production du blé en France avaient prévu qu’il en résulterait une arme puissante pour notre pays au jour des grands cataclysmes, et les faits se chargent de justifier ces prévisions. Cela prouve de plus les énormes avantages qu’il y a, pour un grand pays, à se suffire à lui-même pour l’ensemble de ses besoins ; cela doit nous encourager plus que jamais à défendre notre production nationale et à maintenir un juste équilibre entre notre agriculture et notre industrie.
- Notes économiques, par M. Maurice Aleassa.
- La concurrence aux produits allemands et austro-hongrois sur les marchés étrangers. — Les grèves et la mobilisation industrielle en Angleterre. Les Sociétés pour la fabrication des couleurs d’aniline.
- Revue «le culture mécanique, par M. Max Ringelmann.
- Les tracteurs agricoles de la guerre de 1870 à la guerre de 1914. — Résultats du Concours de Parme sur les tracteurs mécaniques.
- Bull.
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- SOCIÉTÉ DE L’INDUSTRIE MINÉRALE
- Janvier-Mars 1915
- District du Sud-Est.
- Réunion du 24 mai 1914.
- Communication de M. Favre sut la fabrication de l'alumine.
- , La préparation de l’alumine pure est la première étape dans la préparation de l’aluminium pur ; l’emploi de cet intermédiaire onéreux est indispensable. On sait que c’est à Salindres et sur les plans de Saint-Claire-Deville que fut établie, en 1856, la première, qui fut pendant trente ans la seule, fabrique d’aluminium. Les procédés ont été quelque peu modifiés. .
- On part de la bauxite, hydrate d’alumine mélangé d’oxyde de fer qu’on trouve abondamment dans le Midi. On combine l’alumine avec de la soude en formant de l’aluminate de soude. On peut opérer, de deux manières : 1° par le procédé par voie sèche Deville-Pechipey et 2° par le procédé par voie humide Bayer. L’hydrate d’alumine obtenu par l’un ou l’autre procédé contient 50 0/Q d’eau qu’il faut chasser pour obtenir l’oxyde anhydre : on y arrive par la calcination dans un four tournant. La matière est ensuite envoyée en Savoie pour la fabrication de l’aluminium. On met en service annuellement, à Salindres, 30 000 t de bauxite, 6 000 de carbonate de soude, 6 500 de calcaire et on brûle environ 50 000 t de charbon tant aux générateurs de vapeur qu’aux foyers divers.
- Communication de M. Rocket sur le nUrure «l'aluminium.
- Le nitrate d’aluminium est une combinaison d’azote et d’aluminium AIN qui renferme environ 34 0/0 d’azote. C’est un corps très stable dans l’air sec; vers 800°, son altération est encore très lente; les solutions alcalines le décomposent avec une grande facilité en donnant de l’ammoniaque.
- On prépare ce corps de deux manières : par la réaction de l’azote sur de l’aluminium en poudre à une température de 750-800° ou par l’action de l’azote sur un mélange de charbon et d’alumine. Il y a là un moyen d’extraction de l’azote atmosphérique très intéressant.
- Falirie«tiiiii de raluiniiie par le procédé Bayer.
- Il s’agit des détails d’exécution de cette fabrication dont le principe a été exposé plus haut. Les liqueurs d’aluminate de soude-sont évaporées et calcinées dans des fours tournants.
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- Avril-Juin 4915.
- District du Nord de l’Afrique.
- Réunion du 20 avril 1914.
- Note de M. Fortier sur les mines de plomb de Mesloua.
- Ces raines, exploitées depuis 1903, consistent en un gisement de plomb sous forme de galène irrégulièrement disséminé dans des bancs de calcaires dolomitiques. Le minerai tout-venant, d’une teneur de 8 à 10 0/0 de plomb, est lavé : il titre alors 55 0/0 de plomb.
- Depuis sa mise en exploitation, la mine de Mesloua a produit 60 000 t de galène dont 7 300 en 1910 et 45 000 en 1913.
- Note de M. Blanc sur les mines de seine rtu l*uer$aor.
- La Société des mines du Gtuergour exploite, dans le massif montagneux du même nom, quatre concessions dites Boukedema, Aïn-Roua, Djebel-Aimi et Kef-Semnali ; elles contiennent des gisements de calamine. Le minerai est d’abord lavé et concentré puis calciné dans des fours creux, puis dans des tours à réverbère. Les quatre gîtes ont produit en tout environ 110000 t; en 1913 la production a dépassé 16000 t.
- jS’ote sur les mines rte i*er du Filli», par M. Fortier.
- Ges mines contiennent de l’oligiste et de la limonite et, à d’autres endroits, de l’hématite; on a également constaté l’existence d’un filon vertical de pyrite de fer compacte de 32 m de puissance en contact immédiat et sans transition avec de l’hématite de bonne qualité.
- L’exploitation de ces gisements n’est pas encore commencée; on s’occupe des travaux préparatoires, notamment de la construction (Fun cable aérien reliant un des gites avec le port de Philippeville.
- Note de M. Blanc sur la mine rte seine et rte plomb rte Djebel-Felton.
- On -trouve dans cette mine de la calamine et de la galène qu’on lave et qu’on calcine ensuite. La production, dès le début de l’exploitation en 19e5, a été de 13 500 t de minerai de zinc et 52 590 de minerai de plomb. Ên 1913, on a produit 3 880 t de minerai de zinc et 4 550 de minerai de plomb.
- Pour la Chronique et les Comptes tendus :
- A. Mallet.
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- BIBLIOGRAPHIE
- IIe SECTION
- Questionnaire sur la eonstruetion et la conduite des locomotives à vapeur, par A. M. Herdner, Ingénieur en Chef du Matériel et de la Traction de la Compagnie des Chemins de fer du Midi. — Première partie. Principes généraux et construction. — Édition entièrement refondue (1).
- Lorsque M. Millet prit la direction du service du Matériel et de la Traction des Chemins de fer du Midi, il jugea qu’il était utile de faire connaître aux mécaniciens et chauffeurs les principes de l’établissement des locomotives, la disposition de leurs divers organes, et les moyens de porter remède à leurs avaries en route. A cet effet, il établit un court programme du travail à faire, condensé en un petit nombre de questions, et chargea notre savant Vice-Président, M. Herdner, de rédiger la réponse à ces questions. M. Herdner, Chef de Traction à cette époque, ne se contenta pas d’établir un ordre de service contenant de courtes réponses sous la forme d’une sorte de mémento ; il profita, de l’occasion qui lui était offerte pour faire un véritable ouvrage traitant avec ampleur tous les sujets techniques intéressant les mécaniciens et chauffeurs, tout en restant à leur portée.
- La première édition de ce traité, parue en 1887, et réimprimée depuis, comprenait deux volumes ; le premier renfermait les notions essentielles sur les principes fondamentaux et le fonctionnement de la locomotive ; le second» donnait des conseils sur la conduite des machines et les moyens de remédier à leurs avaries. Cet ouvrage, destiné spécialement à la Compagnie du Midi, fut distribué à tous les mécaniciens et chauffeurs, et rendit les plus grands services pour la formation technique de ce personnel dévoue. Notre Collègue, M. Gharton, fit l’éloge de cet ouvrage dans la séance du 6 juillet 1894 de notre Société.
- M. Herdner a jugé récemment qu’il était nécessaire de faire une deuxième édition de son ouvrage, pour le mettre au courant des nombreux perfectionnements subis par les locomotives depuis l’année 1887. Il a fallu, d’abord, modifier profondément la rédaction du questionnaire, qui constitue le programme de l’ouvrage ; de nombreuses additions ont été faites, notamment sur les sujets suivants : utilisation des pressions élevées, adoption successive de la double expansion et de la surchauffe, emploi généralisé des bissels et bogies, perfectionnements de toute nature apportés aux organes moteurs et distributeurs, aux appareils d’alimentation, de sécurité, de roulement, stabilité en marche, etc. Dans tout l’ouvrage, la locomotive est magistralement et simplement décrite
- (1) In-4°, 280 x 220 de 358 p. avec 338 fig. — Bordeaux, imprimerie Delmas, 6, place Saint-Christoly, 1916.
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- BIBLIOGRAPHIE
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- au triple point de-vue du véhicule, de la chaudière et du mécanisme. Ainsi refondu, l’ouvrage de M. Herdner est appelé au plus grand succès; il est à désirer qu’il soit répandu le plus possible dans le monde des chemins de fer. Ajoutons que les figures, très lisibles, et l’exécution typographique très soignée de l’ouvrage font honneur à l’artiste bordelais auquel la Compagnie du Midi en a confié l’impression.
- Au fur et à mesure que se développe l’instruction des masses populaires, il est à souhaiter que les contremaîtres et ouvriers trouvent des ouvrages techniques qui leur donnent les principes généraux de leur profession sans les noyer dans les détails. Il existe de bons ouvrages de ce genre, pour diverses industries ; mais il en reste beaucoup à faire qui aideraient puissamment au développement de l’industrie française en augmentant les connaissances techniques des contremaîtres et ouvriers, et en doublant ainsi l’effet du travail de direction des ingénieurs. Les auteurs de ces ouvrages trouveront un excellent modèle dans celui de M. Herdner. G. M.
- Ve SECTION
- L'Organisation générale «le l’Armée française, par J. Oertle,
- lieutenant de réserve d’artillerie, Et C. P. (1905) (1).
- Si étrange que cela paraisse être, il n’existe aucun ouvrage à la portée du public d’après lequel celui-ci puisse se faire une idée, pendant ce temps de guerre, de l’organisation de notre formidable armée. Aussi la brochure de notre collègue M. J. Oertlé sera-t-elle la bienvenue auprès de tous ceux qui tiennent à suivre les opérations en connaissance de cause. Procédant du simple au composé, l’auteur étudie successivement l’organisatiqn des corps de troupe (compagnies, bataillons, régiments), pour remonter ensuite aux formations de toutes armes (divisions, corps d’armées, armées). Ensuite, il familiarise le lecteur avec la composition des groupes d’armées, des états-majors et quartiers généraux, avec leur fonctionnement au point de vue du ravitaillement, de l’armement, des munitions, des moyens de transport, etc. Enfin des figures schématiques contribuent à rendre très clair cet ingénieux aperçu du fonctionnement de l’organisme à la fois délicat et grandiose qu’est aujourd’hui l’armée d’une grande puissance engagée dans un conflit dont le passé n’offre aucun exemple.
- (1) Brochure in-8°,'190Xl05, de 63 pages, avec de nombreuses figures schématiques.
- Berger-Levrault, éditeurs, 5-7; rue des Beaux-Arts, Paris. — Prix : 0 fr, 75,
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- TABLE DES MATIÈRES
- CONTENUES
- DANS LES CHRONIQUES TRIMESTRIELLES 418-419-420-421 DE L’ANNÉE 191o
- Arçidénts de chaudières aux Etats-Unis, 419, p. 385. — (Un terrible) de chemin de fer, 421, p. 705. x
- Aciëi? (Décarburation de T) dans des bains salins, 419, p. 413. — (Altération de T) sous l’eau, 420, p. 525. — pour outils à coupe rapide, 420, p. 543. Action! du naphte dans les chaudières de locomotives, 4È9, p. 4SI. Aérienne (Un remorqueur à propulsion), 419, p. 383.
- Afrique (La grêle dans 1’) du Sud, 418, p. 210. *
- Aii* (Réglage du débit des compresseurs d’air, 419, p. 396. — (Compresseurs d’) actionnés par des moteurs à gaz, 420, 518. — (Extraction de l’oxygène de 1’) atmosphérique, 421, p. 701. — (Emploi de 1’) liquide comme explosif, 421, p. 702. — (Prise d’) des compresseurs, 421, p. 684. *
- Alcoolisme (La lutté contre 1?) eh Suisse, 420, p. 546.
- Alimentation (Avantages du réchauffage de l’eau d’), 419, 387. Altération de l’acier sous l’eau, '420, p. 525.
- Américaines (La bibliothèque des Sociétés) d’ingénieurs, 418, p. 206. Anfmnil^ (Cepstatatiop de Ig présence de l’oxyde de carbone au movep des petits) 418, p. 204.
- Aiptimpifte (Production de 1’), 421, p. 698.
- Appareils (Application aux États-Unis des) du genre des turbines, 418, p. 187.
- Appliratioii aux Etats-Unis des appareils du genre des turbines, 418, p. 187. A,rcl*e (Une nouvelle) de Noé, 418, p. 209.
- Atmospliérityjie (Extraction dp l’oxygène de l’air), 421, p. 701.
- 4fitoP>«!e (D’avenir des), 418, p. 482.
- Automobiles (Services) en Italie, 418, p. 182.
- Avantages du réchauffage de l’ëaü d’alimentation des chaudières, 419, h- 887
- — de la turbine à vapeur, 420, p. 510.
- Avenir (L’) des autobus, 418, p, 182.
- Ilains (Décarburation de l’acier dans des) salins, 419, p. 413.
- Baldwin (Grosses locomotives), 421, p. 670.
- Bassins (Tours et) de refroidissement de l’eau de condensation, 420, p. 534. Bateaux à roues et bateaux à hélices à turbines, 418, 176.
- Béton (Prévention de l’électrolyse dans les constructions en) armé, 420, p. 522.
- — (Le) dans les travaux hydrauliques, 421, p. 692.
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- TABLE DES MATIÈRES CONTENUES DANS LA CHRONIQUE
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- Bibliothèque (Lu) des sociétés américaines d’ingénieurs, 418, p. 206.
- Billes (Roulements à) pour les wagons de chemins de 1er, 419, p. 380.
- Bois (Préservation du), 420, p. 524.
- ltrique» (Frottement des gaz contre les parois des carneaux en), 419, p. 411.
- Britannique (Production du tungstène dans l’empire), 421, p. 693.
- Bruyère (L’industrie des pipes de) en France, 420, p. 547 , 421, p. 710.
- Canal (Le trafic du) de Panama, 421, p. 690.
- Carneaux (Le frottement des gaz contre les parois des) en briques, 419, p. 411.
- Catastrophe de l’Eastland, 721, p. 706.
- Cémentation (Emploi du courant- électrique pour la) du fer, 418, p. 201. — de l’acier dans des bains salins, 419, p. 413.
- Ceylan (Communication par rail entre l’Inde et File de Ceylan, 418, p. 195.
- Chaleur (Perles de) par refroidissement extérieur dans les chaudières de locomotives, 419, -p. 382. — (Utilisation de la) des laitiers, 419, p. 410.— Utilisation de la chaleur solaire, 419, p. 414. — Utilisation de la chaleur perdue dans les moteurs à combustion interne. 420. p. 513. — Spécifique et chaleur de fusion de la glace, 420, p. 533.
- Chalumeau (Résistance des soudures faites au) oxyacétylénique, 421, p. 702.
- Charbons (Détérioration et combustion spontanée des) à gaz, 418, p. 196. — (Emploi du charbon pulvérisé dans les foyers métallurgiques, 419, p. 408. — (Chauffage au poussier de) des fours à réverbère, 420, p. 527.— (L’extraction, du) au Japon, 421, p. 693.
- Chaudière» (Les accidents de) aux Etats-Unis, 419, p. 385. — (Utilisation comparative des gaz brûlés sous des) ou employés dans des moteurs à explosion, 418,-p. 135. — (Action du naphte dans les) de locomotives, 419, p. 381.
- — (Pertes par refroidissement extérieur des) ' de locomotives, 419, p. 382. — (Explosions de gaz dans des chaudières chauffées âu lignite, 420, p. 531 ; — à vapeur avec chauffage direct dans la masse d’eau, 421, p. 682.
- Chauffage au poussier de charbon des fours à réverbère, 420, p. 527. — (Chaudière à vapeur à) direct dans la masse d’eau, 421, p. 682.
- Chemin» de 1er (Roulements à billes dans les wagons de), 419, p. 380. —
- — de Granges-Moutier, 420, p. 526. — (Communication directe par) entre la Suisse et la Riviera, 421, p. 688. — (Un terrible accident de), 421, p. 705.
- Chili (Gisements de potasse au), 421, p. 695.
- (iolcé (Essais de vaporisation avec de la tourbe et du) de tourbe, 420, p. 529.
- — (Emploi des gaz de fours à) pour l’éclairage des villes, 421, p. 704.
- Ctombustible (Un nouveau), 419. p. 410.
- Combustion (Les moteurs à) interne dans la marine, 418, p. 180. — (La détérioration et la) spontanée des charbons à, gaz, 418, p. 196. — (Un nouveau moteur à) interne, 419, p. 394. — (Utilisation de la chaleur perdue des moteurs à) interne, 420, p. 513.
- Commuiiieation par rail entre l’Inde et, l’île de Ceylan, 418, p. 195, — directe par chemin de fer entre la Suisse et la Riviera, 421, p. 688.
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- TABLE DES MATIÈRES CONTENUES DANS LA CHRONIQUE
- Comparative (Utilisation) des gaz brûlés sous des chaudières ou employés dans des moteurs à explosion, 418, p. 185.
- Compresseurs (Réglage du débit des) d’air, 419, p. 396. — d’air actionné par des moteurs à gaz, 420, p. 518. — (Prise d’air des), 421, p. 684.
- Condensation (Tours et bassins de refroidissement de l’eau de), 420, p. 534.
- Conservation des fruits par le froid, 420, p. 544.
- Constatation de la présence de l’oxyde de carbone au moyen des petits animaux, 418, p. 204.
- Constructions (Surfaces de sol dans les) à l’abri du feu, 419, p. 405. — (Prévention de l’électrolyse dans les) en béton armé, 420, p. 522.
- Coupe (Les aciers pour outils à) rapide, 420, p. 543.
- Courant (Emploi du) électrique dans la cémentation du fer, 418, p. 201.
- Cylindres (Graissage des) des moteurs à explosion, 420, p. 511.
- Dangers de l’impureté de la vapeur, 421, p. 678.
- Décarburation de l’acier dans les bains salins, 419, p. 413.
- Dépôts de potasse en Espagne, 421, p. 697.
- Détérioration et combustion spontanée des charbons à gaz, 418, p. 196.
- Développements récents des grandes stations centrales d’électricité, 420, p. 515; 421, p. 673.
- Diesel (Emploi des grands moteurs) dans la marine au point de vue économique, 420, p. 506. — (Navires de guerre à moteurs), 421, p. 672. — (Un grand moteur), 421 p. 683.
- Eastland (Catastrophe de 1’), 421, p. 706.
- Eau (Avantages du réchauffage de l’eau d’alimentation des chaudières, 419, p. 387). — (Le service des) de Londres, 419, p. 403. — (Altération de l’acier sous 1’), 420, p. 525. — (Tours et bassins de refroidissement de 1’) de condensation, 420, p. 534. — (Résidus solides des) d’égout, 420, p. 536. — (Chaudière à vapeur avec chauffage direct dans la masse d’), 421, p. 682.
- Éclairage (Emploi des gaz de fours à coke pour T) des villes, 421, p. 704.
- Économique (Emploi des grands moteurs Diesel dans la marine au point de vue), 420, p. 506.
- Éfiicacité du tir au fusil, 419, p. 421, 420, p. 541.
- Égouts (Résidus solides des eaux d’), 420, p. 536.
- Électricité (Développements récents des grandes stations centrales d’), '420, p. 515, 421, p. 673.
- Électrique (Transmission mécanique et transmission) pour les turbines marines, 418, p. 177. — (Emploi du courant) pour la cémentation du fer, 418, p. 201.
- Électrolyse (Prévention de 1’) dans les constructions en béton armé, 420, p. 522.
- Emploi du courant électrique dans la cémentation du fer, 418, p. 201. — Delà tourbe pour la production de Ta force motrice, 419, p. 384. — Du charbon pulvérisé dans les foyers métallurgiques, 419, p. 408. — Des grands moteurs Diesel dans la marine au point de vue économique, 420, p. 506. — De l’air liquide comme explosif, 421, p. 702. — Du gaz de fours à coke pour l’éçlqi-rage des villes, 421, p. 704ç .
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- TABLE DES MATIÈRES CONTENUES DANS LA CHRONIQUE
- 725
- Enflammés (Extinction des liquides), 418, p. 202.
- Enlèvement de la neige dans les villes, 419, p. 417.
- Equi-courant (Machine à vapeur à), 419, p. 390.
- Espagne (Les minerais de 1er en), 418, p. 199. — (Dépôts de potasse en), 421, p. 697.
- Essai» de vaporisation avec de la tourbe et du coke de tourbe, 420, p. 529.
- États-Unis (Les locomotives à vapeur aux), 418, p. 173 ; 420, p. 499 ; 421, p. 665. — (Applications aux) des appareils du genre des turbines à vapeur,
- 418, p. 187.
- Explosif* (Emploi de l’air liquide comme), 421, p. 702.
- Explosion (Utilisation comparative des gaz brûlés sous des chaudières à vapeur ou employés dans des moteurs à), 418, p. 185. — (Graissage des cylindres des moteurs à), 420, p.' 511. — De gaz avec des chaudières chauffées au lignite, 420, p. 531. — Extinction des liquides enflammés, 418, p. 202. — Extraction des huiles de tourbe, 420, p. 530. — De l’oxygène de l’air atmosphérique, 421, p. 701.
- Extraction (L’) du charbon au Japon, 421, p. 693.
- Fer (Emploi du courant électrique dans la cémentation du), 418, p. 201.— (Les minerais de) d’Espagne, 418, p. 199.
- Feu (Surfaces de sol dans les constructions à l'abri du), 419, p. 405. — (Locomotives sans), 421, p. 669.
- Force (Emploi de la tourbe pour la production de la) motrice, 419, p. 384. — (La production de la) motrice, 421, p. 675.
- Fours (Chauffage au poussier de charbon des) à réverbère. 420, p. 527. — (Emploi des gaz de) à coke pour l’éclairage des villes, 421, p. 704.
- Foyers (Emploi du charbon pulvérisé dans les) métallurgiques, 419. p. 408.
- France (L’industrie des pipes de bruyère en), 420, p. 547 ; 421, p. 710.
- Froid (Conservation des fruits par le), 420, p. 544.
- Frottement des gaz contre les parois des carneaux en briques, 419, p. 411.
- Fruits (Conservation des) par le froid, 420, p. 544.
- Fusil (Efficacité du tir au), 419, p. 421 ; 420, p. 541.
- Fusion (Chaleur spécifique et chaleur de) de la glace, 420. p. 533.
- Galerie (La deuxième) du tunnel du Sim pion, 421, p. 690.
- Ga« (Détérioration et combustion spontanée des charbons à), 418, p. 196. — (Frottement des) contre les parois des carneaux en briques, 419, p. 411. — (Compresseurs d’air actionnés par des moteurs à), 420, p, 518. — (Explosions de) avec des chaudières chauffées au lignite, 420, p. 531. — (Emploi des) de fours à coke pour l’éclairage des villes, 421, p. 704.
- Genets (Le papier de), 419, p. 420.
- Genève (Les services industriels de la ville de), 420. p. 520.
- Gisements (Nouveaux) de platine', 418, p. 200. — De potasse au Chili, 421, p. 695.
- Glace (Chaleur spécifique et chaleur de fusion de la), 420, p. 533.
- Graissage des cylindres des moteurs à explosion, 420, p. 511.
- Granges (Le chemin de fer de) Moutier, 420. p. 526.
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- 726
- TABLE DES MATIÈRES CONTENUES DANS LA CHRONIQUE
- Grêle (La) dans l'Afrique du Sud, 418, p. 210.
- Guerre (Navires de) à moteur Diesel, 421, p. 672.
- llauenstein (Percement du tunnel du), 418, p. 188.
- Klélice (Bateaux à roues et bateaux à) à turbines, 418, p. 176.
- Huile (L'industrie de P) de poisson, 418, p. 211. — (Extraction de E) de tourbe, 420, p. 580.
- Hydrauliques (Le béton dans les travaux), 421, p. 692.
- Ile (Communication par rail entre l’Inde et 1’) de Ceylan, 417, p. 195.
- Importation des machines en Russie, 421, p. 709.
- Impureté (Dangers de E) de la vapeur, 421, p. 678.
- Incendie (Les pompes à), 419, p. 399.
- Inde (Communication par rail entre E) et Elle de Ceylan, 418, p. 195.
- Industrie (L’) de l’huile de poisson, 418, p. 211. — (L’) des pipes de bruyère en France, 420, p. 547 ; 421, p. 710.
- Industriels (Les services) de la ville de Genève, 420, p. 520.
- Ingénieurs (La bibliothèque des Sociétés américaines d ), 418, p. 206.
- Interne (Un nouveau moteur à combustion), p. 419, p. 394.
- Islierwood (Benjamin), 420, p. 541.
- Italie (Services automobiles en), 418, p. 182.
- «lapon (L’extraction du charbon au), 421, p. 693.
- Laitiers (Utilisation de la chaleur des), 419, p. 410.
- Lignite (Explosion de gaz avec des chaudières chauffées au lignite, 420, p. 531.
- Liquides (Extinction des) enflammés, 418, p. 202. — (Emploi de l’air) comme explosif, 421, p. 702.
- Locomotives (Les) à vapeur aux États-Unis, 418, p. 173 ; 420, p. 499: 421, p. 665. — (Action du naphte dans les chaudières de), 419, p. 381. — (Pertes de chaleur, par refroidissement extérieur des chaudières de), 419, p. 382. — pour trains lourds et rapides, 419, p. 377. — Sans feu, 421, p. 669. — (Grosses) Baldwin, 421,-p. 070.
- Londres (Le service des eaux à), 419, p. 403.
- Lutte (La) contre l’alcoolisme en Suisse, 420, p. 546.
- Machines à vapeur à équi-courant, 419, p. 390. — (Importation de) en Russie, 421, p. 709.
- Marines (Transmission mécanique et transmission électrique dans les turbines, 418, p. 177..— (Les moteurs à combustion interne dans la), 418, p. 180. — (Emploi des grands moteurs Diesel dans la) au point de vue économique, 420, p. 506.
- Maritime (La navigation) sur le Saint-Laurent, 418, p. 189.
- Masse (Chaudière à vapeur avec chauffage direct dans la) d’eau, 421, p. 682.
- Mécanique (Transmission) et transmission électrique pour les turbines marines, 418, p. 177.
- Métallurgiques (Emploi du charbon pulvérisé dans les foyers), 419, p. 408.
- Minerais (Les) de fer d’Espagne, 418, p. 199.
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- TABLÉ DES MATIÈRES CONTENUES IMNS LA CHRONIQUE
- 727
- Montage <Iu port de Québec, 418, p. 191.
- Moteurs (Les) à combustion interne dans la marine, 418, p. 180 (Utilisation comparative des gaz brûlés sous des chaudières à vapeur et employés dans des) à explosion, 418, p. 185- — (Un nouveau) à combustion interne, 419, p. 394. — (Emploi des grands) Diesel dans la marine au point de vue économique, 420, p. 506. — (Graissage des cylindres des) à explosion, 420, p. 511.
- — (Utilisation de la chaleur perdue des) à combustion interne, 420, p. 513.
- — (Compresseurs d'air actionnés par des) à gaz, 420, p. 518. — (Grand) Diesel, 421, p. 683. — (Navires de guerre à) Diesel, 421, p. 672.
- Motrice (Emploi de la tourbe pour la production de la force), 419, p.' 384. — (La production de la force), 421. p. 075.
- Napbte (Action du) dans les chaudières de locomotives, 419, p. 381. Navigation (La) maritime sur le Saint-Laurent, 418, p. 189.
- Navires de guerre à moteurs Diesel, 421, p. 072.
- Neige (Enlèvement de la) dans les villes, 419, p. 417.
- Noé (Une nouvelle arche de), 418, p. 209.
- Oliio (Ponts sur P), 421, p. 686.
- Outils (Acier pour) à coupe rapide, 420, p. 543.
- ©xyacétylénique (Résistance des soudures faites au chalumeau), 421, p. 702.
- Oxyde de carbone (Constatation de la présence de P) au moyen des petits animaux, 418, p. 204.
- Panama (Le tralic du canal de), 421, p. 690.
- Papier (Le) de genêts, 419, p. 420.
- Percement du tunnel du Hauenstein, 418, p. 188.
- Perte de chaleur par refroidissement extérieur des chaudières de locomotives. 419, p. 382.
- Pipes (L’industrie des) de bruyère en France, 420, p. 547 ; 421, p. 710. Platine (Nouveaux gisements de), 418, p. 200.
- Poisson (L’industrie de l’huile de), 418, p. 211.
- Pompes (Les) à incendie, 419, p. 399.
- Pont (Le montage du) de Québec, 418, p. 191. — Sur le port de Sydney, 418, p. 95. — Sur l’Ohio, 421, p. 080.
- Port (Pont sur le) de Sydney, 418, p. 195.
- Potasse (Gisements de) au Chili, 421, p. 095. — (Dépôts de) en Espagne, 421, p. 697.
- Poussier (Chauffage au) de charbon des fours à réverbère, 420, p. 527.
- ' Préservation du bois, 420, p. 524.
- Prévention de l’électrolyse dans les constructions en béton armé, 420, p. 522. Prise d’air des compresseurs, 421, p. 684.
- Production (Emploi de la tourbe pour la) de la force motrice, 419, p. 384.
- — (La) de la force motrice, 421, p. 675.— Du tungstène dans l’empire britannique, 421, p. 693. — De l’antimoine, 421, p. 698.
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- 728 TABLE DES MATIÈRES CONTENUES DANS LA CHRONIQUE
- Propulsion (Un remorqueur à) aérienne, 419, p. 383.
- Pulvérisé (Emploi du charbon) dans les foyers métallurgiques, 419, p. 408,. Québec (Le montage de), 418, p. 191.
- Rail (Communication par) entre l’Inde et l’île de Cevlan, 418, p. 195. — (Utilisation du), 420, p. 505.
- Rapide (Aciers pour outils à coupe), 420, p. 543.
- Réchauffage (Avantages du) de l’eau d’alimentation des chaudières, 419, p. 387.
- $
- Refroidissement (Pertes de chaleur par) extérieur des chaudières de locomotives, 419, p. 382. — (Tours et bassins de l’eau de condensation), 420, p. 534. Réglage du débit des compresseurs d’air, 419, p. 396.
- Remorqueur (Un) à propulsion aérienne, 419, p. 383.
- Résidus solides des eaux d’égout, 420, p. 536.
- Résistance des soudures faites au chalumeau oxyacétylénique, 421, p. 702. Réverbère (Chauffage au poussier de charbon des fours à), 420, p. 527. ijÈlviera (Communication directe par chemin de fer entre la Suisse et la), ^421, p. 688.
- Roues (Bateaux à) et bateaux à hélice à turbines, 418, p'. 176. Roulements à billes pour wagons de chemins de fer, 419, p. 380.
- Russie (Importation de machines en), 421, p. 709.
- Saint-Laurent (Navigation maritime sur le), 418, p. 189.
- Salins (Décarburation de l’acier dans des bains), 419, 413.
- Services automobiles en Italie, 418, p. 182. — (Le) des eaux à Londres, 419, p. 403. — (Les) industriels de la ville de Genève, 420, p. 520.
- Simplon (La deuxième galerie du tunnel du). 421, p. 690.
- Sociétés (La bibliothèque des) américaines d’ingénieurs, 418, p. 206.
- Sol (Surfaces de) dans les constructions à l’abri du feu, 419, p. 405.}
- Solaire (Utilisation de la chaleur), 419, p. 414.
- Soudures (Résistance des) faites au chalumeau oxyacétv Ionique, 421, p. 702. Spécifique (Chaleur) et chaleur de fusion de la glace, 420, p. 533.
- Stations (Développements récents des grandes) centrales d’électricité, '420, p. 515 ; 421, p. 673.
- Suisse (La lutte contre l’alcoolisme en), 420, p. 546. — (Communication directe par chemin de fer entre la) et la Riviera, 421, p. 688.
- Surfaces de sol dans les constructions à l’abri du feu, 419, p. 405.
- Sydney (Le pont sur le port de), 418, p. 195.
- Taylor (Frederick W.), 419, p. 415.
- Tir (Efficacité du) au fusil, 419, p. 421 ; 420, p. 541.
- Tours et bassins de refroidissement pour l’eau de condensation, 420, p. 534.
- fourbe (Emploi de la) pour la production de la force motrice, 419, p. 384. S — (Essais de vaporisation avec de la) et du coke de tourbe comme combustibles, 420, p. 529. — (Extraction des huiles de), 420, p. 530.
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- TABLE DES MATIÈRES CONTENUES DANS LA CHRONIQUE
- 729
- Trains (Locomotives pour) lourds et rapides, 419, p. 377.
- Transmission mécanique et transmission électrique pour turbines marines,
- 418, p. 177.
- Travaux (Le béton dans les) hydrauliques, 421, p. 692. ^
- Tungstène (Production du) dans l’empire britannique, 421, p. 693.
- Tunnel (Percement du) du Hauenstein, 418, p. 188. — (La deuxième galerie du) du Simplon, 421, p. 690.
- Turbines (Transmission mécanique et transmission électrique pour les) marines, 418, p. 177. — (Bateaux à roues et bateaux à hélice à), 418, p. 176. — (Application aux Etats-Unis des appareils du genre des) à vapeur, 418, p. 187. — (Avantages de la) à vapeur, 420, p. 510.
- Utilisation cemparative des gaz brûlés sous des chaudières ou employées dans des moteurs à explosion, 418, p. 185. — De là chaleur des laitiers, 419, p. 410. — De la chaleur solaire, 419, p. 414. — Du rail, 420, p. 505. — De la chaleur perdue dans les moteurs à combustion interne, 420, p. 513.
- Vapeur (Les locomotives à) aux États-Unis, 418, p. 173.— (Machine à) à équi-courant, 419, p. 390. — (Avantages de la turbine à), 420, p. 510. — (Dangers de l’impureté de la), 421, p. 678. — (Chaudière à) avec chauffage direct dans la masse d’eau, 421, p. 682.
- Vaporisation (Essais de) avec de la tourbe et du coke de tourbe comme combustibles, 420, p. 529.
- Villes (Enlèvement de la neige dans les), 419, p. 417. — (Les services industriels de la) de Genève, 420, p. 520.
- Wagons (Roulements à billes pour) de chemins de fer, 419, p. 380.
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- TABLE DES MATIERES
- TRAITÉES DANS L'ANNÉE 1915
- (Bulletins de Janvier à Décembre)
- Abréviations : B. Bulletin, M. Mémoire, S. Séance.
- ADMISSION DE NOUVEAUX MEMBRES
- Séances de janvier à décembre...........11, 233, 442 fet o62
- ARTILLERIE
- Artillerie ennemis (Les Matériels d’) par M. le Cl Ferrus, observations de M. R. Arnoux (S. 28 mai)............• • . 276
- AUTOMOBILES
- Calage des leviers sur les fusées dans la direction des automobiles, par M. Rodolphe Soreau. M........................... 80
- BIBLIOGRAPHIE
- «
- Armée française (L’organisation générale de T), de M. J. Oerllé. 721 Constructions navales. Accessoires de coques, de M. Edmond. 433. Ingénieurs d’après les allocutions aux futurs ingénieurs (Quelques idées américaines modernes sur la formation
- des), de M. André Rabut................................434
- Inventaire et le bilan (L’), de M. Léon Batardon.........224
- Locomotives à vapeur (Questionnaire sur la construction et
- la conduite des), de M. A. Ilerdner....................720
- Projecteurs de lumière électrique (La portée des), de
- M. Jean Rey . .................• ,.....................435
- Sociétés commerciales et le Fisc (Les), de M. R. Delaporte. . . . 224
- CHIMIE INDUSTRIELLE
- Industrie chimique et des Laboratoires (L’organisation et le développement nécessaires de 1’) par M. Paul Besson, observations de MM. E. Barbet, V. Cambon, Léon Lindet, et lettres de MM. S.
- Périsse, El Cacheux (S. 30 juillet) .................... 448
- Le pétrole et la guerre, par M. A. Guiselin, observations de M. P. Ziegler (S. 24 septembre, 26 novembre)................ 477 et 594
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- TABLE DES MATIERES.
- 731
- CHRONIQUE
- Voir Table spéciale des Matières.
- COMPTES RENDUS
- Bulletins de janvier à décembre..........214, 424. 549 et 712
- COMMUNICATIONS DIVERSES
- Brevets d’invention internationaux (Les), par M. K. Barbet. M. 117 Brevets d’invention internationaux (Discussion de la Communication de M. Emile Barbet, faite à la séance du 18 décembre 1914, sur les), par MM. Michel Pelletier, E. Kert, Drouet s.
- E. Barbet, H. Allart, Desjardins, .1. Rey, Mainié, E. Bert, E. Barbet. — Lettres de MM. S. Périssé, A. Taillefer, E. Bert, G. de Mestral, E. Barlwt,
- J. Gilbert, J. Patoureau, J. Pillet, L. Bavier, H. Casevitz, G. Jauberl.
- P. Kestner, P. Lecler, P. Ducrest, L. Bavier (S. 22 janvier. 26 février,
- 26 mars, 23 avril, 30 juillet) M........ 13, 36, 64, 236, 262 et 444
- Excursion à l’Exposition de Lyon et dans la région, du 19 au
- 23 juin 1914. Compte rendu par M. L.. Barthélemy. M..........J 44
- Vers l’expansion industrielle, par V. Cambon, observations de MM. Gall, Gabelle, P. Lecler, A. Hillairel. Y. Cambon (S. 25 juin.
- 30 juillet)................................... 286, 443. 461 et 467
- CONCOURS
- Concours ouverts, à Pétrograd, pour la recherche des meilleurs dénaturants de l’alcool et des nouvelles applications industrielles de Cë produit (S. 28 mai)............275
- CONGRÈS
- Congrès de l’Association internationale pour l’essai des matériaux, à Pétrograd (ajournement du VIIe) (S. 23 avril) . . . 235 Congrès das Sociétés Savantes, en 1915, à Marseille (ajournement du) (S. 22 janvier)......................... 13
- CONSTRUCTIONS MÉTALLIQUES
- Fermes métalliques sur poteaux (Études sur les), par M. P.
- Gujllot;, ikf., ........ ...........................338
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- TABLE DES, MATIERES
- DÉCÈS
- De MM. A. Coville, G. Lévy, A. Considère, G. Danois, A. de Romeu,
- A. Dubois, A. Duprat, L. V. Fournier, F. Honoré, P.-M. Guérard, A.-H. Kreglinger, G. d’Ambrières, E. Kiener, Cte S. Witte, J. Semichon,
- P. Tihon, M.-A. Warin, P. Zens, Ed. Coignet, E—B. Ellington, F. Guil-lain, J. Euverte, J. Planche, T. Soupey, L. Vinot-Préfontaine, E. Blandin, E.-M. Collin, E. Delaclianal, L. Galezowski, E. Bovine, J. Zuber,
- J. Bourdais, J.-H.-J. Nieuwenhuyzen, P. Sée, G. Yiard, M. Forret,
- J. Hardelay, H. Perney, Me Michel-Pelletier, E. Bouchacourt, H. David,
- L. Jaunet, J.-L. Kister, E. Ménager, S. Merzbach, 1). Stucker, A. Trope-nas, J.-H. Vinçotte, F. Glaizot, M. Néret, Ch. Renault, Ch. Barre, A. Benoist, J. Bonpain, Ch. Bonnelond, A. Chauveau des Roches, A. Cochelin,
- F. Dargent, Ch. Desserey, H. Farjas, L. Lemoine, Ch. Mardelet, P. Merveilleux du Vignaux, E. Perroud, L.-M. Bullier, H. de Baecker, L. Faul-lain de Banville, G. Meyer, H. Bouron, M. Brenot, A. Dupont, E. Wickers-heimer,' Ch. Gallois, E. Ravasse, Ad. Greiner, J. Dumontant, A.-V. Roy,
- E. Berthier, V. Gazan, L. Royer, Ch. Zeiller, G. Fertat, H. Vaslin (S. 22 janvier, 26 février, 26 mars, 23 avril, 28 mai, 25 juin, 30 juillet,
- 24 septembre, 29 octobre, 26 novembre et 30 décembre). . 12, 34, 55,
- 234, 274, 284, 443, 474, 563, 592 et 652
- DÉCORATIONS FRANÇAISES
- Officier de la Légion d’honneur : M. E. Yuillaume.
- Chevaliers de la Légion d’honneur : MM. Y. Boilève, F. Cellerier, J. Mer-klen, M. Métayer, L. Prangey, A. Hugon, L. de La Vallée Poussin, P. Julien, Léon Gérard, J. Plichon, Ch. Quantin, L. Raiclilen, G. Claude,
- A. Boyer-Guillon, Lamy (fils).
- Officier d’Académie : M. Mailing.
- CITATIONS A L’ORDRE DU JOUR
- MM. L. Arbel, A. Couder, F. Cellerier, J. Dumontant, P. Gallais, F. G. Samuel, G. Lévy, L. Raichlen, J. Auclair, M. Bouchet, B.Hoppenot, H. lsaac,
- J. Labrousse, G. d’Ambrières, A. de Romeu, J. Legrand, A. Jacobson,
- L. Morel-Fatio, S. Brull, P, Hébert, Jean Bergeron, M. Néret, P. Julien,
- F. Martin, L. Raichlen, M. Ratel, Ch. Baudart, E..Castellan, P. Chaleil,
- Ch. Gouvy, G. Massip, L. Mesnil, S. Péponnet, Ch. Quanlip, Lucien Rey, G. Claude, A. Boyer-Guillon, Lamy (fils), L. Gruner (fils), R. Bonneau.
- CITATION AU TITRE CIVIL
- M. R. Grosdidier.
- (S. 22 janvier, 26 février, 26 mars, 23 avril, 28 mai, 30 juillet, 24 septembre, 29 octobre, $6 novembre et 30 décembre) . . 43, 35, 55, 235,
- $75, 444, 475, 476? 563? 5$3 et 603
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- TABLE DES MATIÈRES
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- DÉCORATIONS ÉTRANGÈRES
- Distinguished Conduct Mkdal (Médaille Militaire anglaise) : M. Ch. Séré de Rivière.
- Commandeur de Sainte-Anne de Russie : M. L. Bâclé.
- Officier de l’Éléphant blanc de Siam : M. L. Robert de la Mahotière.
- (S. 23 avril, 30 juillet, 26 novembre)........... 235, 444 et 593
- DIVERS
- Association amicale des Anciens Élèves de l’École Centrale morts au Champ d’honneur (Cérémonie en mémoire des
- Membres de 1’) (S. 26 novembre)............................593
- Association Valentin Haüy, pour la réadaptation à la vie utile des soldats aveugles {S. 30 juillet, 26 novembre). . . 445 et 594 Bureau et du Comité de la Société (Prorogation des Pouvoirs
- des Membres du) (S. 30 décembre) ."........................646
- Fédération nationale d’assistance aux mutilés des armées de
- terre et de mer (Circulaire de la) (S. 28 mai) . . ........275
- Fonctionnement de la Société pendant les exercices 1914 et 1915 (Exposé de la situation et du), par M. H. Gall, Président de
- la Société (S. 30 décembre)................................
- Fondation de l’Union des Ingénieurs des États-Unis (Invitation faite à la Société en vue d’assister à l’inauguration de la) {S. 26 février)........................................ 36
- Plis cachetés déposés à la Société :
- N° 85, le 8 janvier 1915, par M. E.-A. Bourdonnay (S. 22 janvier). 13
- N° 86, le 20 mars 1915, par M. Paul Lecler.
- N° 87, le 22 mars 1915, par M. le docteur Bréchot (S. 26 mars) . . 55
- N° 88, le 26 mars 1915, par M. E. Rousselot (S. 26 mars). . . . ‘ 55
- N° 89, le 13 avril 1915, par M. P. Lecler {S. 23 avril)..........235
- N° 90, le 15 mai 1915, par M. G. Desaulles (S. 28 mai)...........275
- N° 91, le 4 juin 1915, par M. L. Guérin (S. 25 juin)..................285
- N° 92, le 3 juillet 1915, par M. L. Guérin (S. 30 juillet)............444
- N° 93, le 30 juillet 1915, par M. E. Commelin (£. 30 juillet). . . . 444
- N° 94, le 30 juillet 1915, par M. F. Guéry (S. 30 juillet) ..... 444
- N° 95, le 9 août 1915, par M. A. Portait (S. 24 septembre)............477
- N° 96, le 27 août 1915, par M. P. Lecler (S. 24 septembre)............477
- Radiation, sur la liste des Membres de la Société, des Ingénieurs appartenant aux nations actuellement en guerre
- avec la France (S. 22 janvier)....................................... 13
- Situation financière de la Société (Compte rendu de la) (S.
- 30 décembre).................................................. 659
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- TABLE DES MATIÈRES
- Système métrique par l’Angleterre (à propos de l’adoption
- du) (S. du 26 mars)....................................... 56
- Témoignages de sympathie de Membres de la Société résidant à l’étranger, à propos de la guerre (S. 26 février, 26 mars,
- 24 septembre). . ............................. 36, 56 et 476
- DONS ET LEGS
- Don de M. H. Dufresne au profit du Fonds de Secours de la
- Société (S. 2*6 février) . .............................35
- Don de 20 fr fait par M. Mergen (S. 25 juin).............285
- Don de 300 fr fait par la Société en faveur des blessés et des familles des soldats italiens. — Lettre de remerciement de
- M. H. Valenziani (S. 25 juin)..........................285
- Donation de M. A. Aubert (S. 29 octobre).................564
- Donation de M. V. E. de Timonoff (S. 29 octobre).........564
- Fonds de guerre de la Société (souscription pour la création d’un) (S. 26 février, 26 mars, 28 mai, 30 juillet, 30 décembre) . . 35,
- 56, 275, 444 et 653
- EXPOSITION
- Exposition universelle et internationale de San Francisco
- (S. 30 décembre).................................... 653
- MARINE MILITAIRE
- Sous-marins allemands et leur rôle dans la guerre actuelle,
- par M. M. Laubeuf (S. 26 mars) M...............56 et 91
- MINES
- Conférence faite à Dusseldorf, fin janvier 1915, par M- Schro-r der, sur le bassin minier du Nord de la France (Protestation contre les assertions produites dans la) (S. 23 avril). . . 235
- NOMINATIONS
- De deux Membres de la Société pour faire partie de la Commission supérieure d’aménagement, d’embellissement- et d’extension des villes, qui doit être constituée en vertu de la loi votée le 2 juin par la Chambre des
- Députés (S. 30 juillet)......................................445
- De MM. P. Bodin et A. Herdner, comme Membres de la Commission supérieure chargée de la révision générale des évaluations de dommages résultant de faits de guerre (S\ 24 septembre).................
- 476
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- t TABLE DES MATIÈRES 735
- De MM. L. Salomon el G. Cordier comme Membres de la Commission des contrais instituée auprès du Sous-Secrétariat d’Etat de l’Artillerie et des
- Munitions (S. 24 septembre)........................................... . 476
- De MM. W. N. Twelvetrees comme Vice-Président, et Guéri lie membre du Bureau de la « Society of Engineers » de Grande Bretagne (S. 30 décembre) .................................................................653
- De M. Sosnowski, par M. le Ministre du Commerce, de l’Industrie, des Postes et des Télégraphes, comme Délégué Rapporteur de Mécanique à - l’Exposition universelle et internationale de San Francisco (S. 30 décembre) ................................................... . ..........653
- OUVRAGES, MÉMOIRES ET MANUSCRITS REÇUS
- Bulletins de janvier à décembre..... 5, 225, 437 et 557
- PLANCHES
- Xos 52 et 53.
- PRIX ET RÉCOMPENSES
- Médaille d’or décernée par l’Institution of Mechanical Engineers, à M. A. Mallet (S. 26 lévrier) . . .'..... 35
- TRAVAUX PUBLICS
- Constructions économiques faite en vue de reconstruire les bâtiments détruits par les Allemands (Étude sur les), par
- M. E. Cacheux. M........................................341
- Plan de reconstruction de certains quartiers de la ville de
- Reims (S. 26 mars)...................................... 56
- Travaux d’amélioration de la navigation dans la rivière de Guadalete au port de Santa-Maria, province de Cadix
- (Adjudication des) (S. 28 mai)............................ 275
- Urbanisme et la reconstruction des villes détruites au cours de la guerre (P) par M. G. Courtois. — Notes de M. E. Cacheux. — Observations de MM. P. Besson, Bechmann, Siegfried, Baudet, Ambroise Rendu, Gall. — Lettres et Note de MM. P. Lecler, J.-F. Pillet, E. Ca-
- cheux, Léon Francq et H. Portevin (S. 29 octobre, 26 novembre et 30 décembre). ....................... 564, 588, 594, 642, 646 et 651
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- TABLE ALPHABÉTIQUE
- PAR
- NOMS D’AUTEURS
- DES MÉMOIRES INSÉRÉS DANS L’ANNÉE 1915 (Bulletins de Janvier à Décembre)
- Barbet (E.). — Les brevets d’invention internationaux (B. janvier-mars) 117
- Barthélemy (L.). — Excursion à l’Exposition de Lyon et dans la région, du 19 au 23 juin 1914. — Compte rendu,(B. janvier-mars) . ..... 144
- Cacheux (E.). — Étude sur les constructions économiques faite en vue de reconstruire les bâtiments détruits par les Allemands (B. avril-juin). 311
- Guillot (P.). — Étude sur les fermes métalliques sur poteaux (B. avril-juin). ............................................................ 338
- Laubeuf (M.). — Les sous-marins allemands. Leur rôle dans la guerre actuelle (B. janvier-mars)........................................... 91
- Mallet (A.). — Chroniques............................ 173, 377, 499 et 665
- Mallet (A.). — Comptes rendus........................ 214, 424, 549 et 712
- Soreau (R.). — Calage des leviers sdr les fusées dans- la direction des , automobiles (B. janvier mars) ....<............................... 80
- t
- Le Secrétaire Administratif, Gérant, A. de Dax.
- ubprimerie chaix, rue berbère, 20, %paris. — 17683-12-15. — (Encre Lorilleui).
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