Mémoires et compte-rendu des travaux de la société des ingénieurs civils
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- MEMOIRES
- COMPTE RENDU DES TRAVAUX
- DE LA
- SOCIÉTÉ
- D ES
- INGÉNIEURS CIVILS
- FONDÉE LE 4 MARS 1848
- RECONNUE D’UTILITÉ PUBLIQUE PAR DÉCRET IMPÉRIAL DU 22 DÉCEMBRE 1860.
- ABÎMÉE 18TS
- SIÈGE DE LA SOCIÉTÉ
- 10, CITÉ ROUGEMONT, 10
- PARIS
- LIBRAIRIE SCIENTIFIQUE, INDUSTRIELLE ET AGRICOLE
- EUGÈNE EACROSX, ÉDITEUR
- LIBRAIRE DE LA SOCIETE DES INGÉNIEURS CIVILS RUE DES SAINTS-PÈRES, 54.
- 1872
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- La Société n’est pas solidaire des opinions émises par ses Membres dans les Discussions, ni responsable des Notes ou Mémoires publiés dans le Bulletin.
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- MEMOIRES
- ET
- COMPTE RENDU DES TRAVAUX
- DE IA
- SOCIÉTÉ DES INGÉNIEURS CIVILS
- (JANVIER, FÉVRIER, MARS 1872)
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- Pendant ce trimestre, les questions suivantes ont été traitées :
- 1° Installation des Membres du Bureau et du Comité. — Discours de MM. Yvon Yillarceau et E. Muller (séance du S janvier, page 49).
- 2° Bateau Ferry du lac de Constance, par M. Jules Morandière (séance du 19 janvier, page 67).
- 3° Résistance des matériaux à l’usé, par M. Émile Muller (séance du 19 janvier, page 68).
- 4° Arsenal de Fout-Cheou (Chine), par M. Giquel (séance du 19 janvier, page 10).
- 5° Guanos de Mejillones (Pérou), par M. De Dion (séance du 19 janvier, page 71).
- 6° Reconstruction de l’Hôtel de ville, par M. Émile Trélat (séance du 19 janvier, page fl1).
- 7° Transports par chemins de fer (séance du 2 février, page 73).
- 8° Déviation du compas de marine, par M. Arson (séances du 2 février, page 75).
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- 9° Recrutement des ingénieurs de l'État. —* Lettres de MM. Orsat, Guébhard, Mallot, Lefrançois, Gallon, Afmengaud fils jeune et Blondeau (séances des 2 et 16 février, 1er et 16 mars, pages 78, 84, 88, 93, 109, 123 et 141).
- 10° Machines élévatoires des eaux de la Vanne (séances des 16 février et 1er mars, pages 90 et 109).
- 11° Gaz oxygène (Fabrication industrielle du), par M. Pourcel (séance du 16 février, page 92).
- 12° Pompe à comprimer à sec l'air et les gaz, par M. Colladon (séance du 1er mars, page 110).
- 13° Compteurs à gaz secs et humides, par M. Maldant (séance du 1er mars, page 112).
- 14° Egouts et vidanges, par MM. Leblond et Lencauchez (séance du 1er mars, pages 114 et 118).
- 15° Isthme britannique, par M. Burel (séance du 1er mars, page 116).
- 16° Brevets d'invention en Alsace-Lorraine (séances des 1er et 16 mars, pages 117 et 139).
- 17° Presse stènographique de M. Gensoul (séance du 16 mars, page 140).
- 18° Pont sur le Danube, à Pesth (séance du 16 mars, page 140).
- 19° Éclairage oxyhydrique, par M. Pierre Thomas (séance du 16 mars, page 163).
- 20° Commissions (Composition des) (séance du 16 mars, page 166).
- Pendant ce trimestre, la Société a reçu :
- 1° De M. Tresca, président honoraire de la Société, un exemplaire de XAlbum des photographies du matériel, exécuté pendant le siège' par la Commission du génie civiL
- 2° De M. De Cœne, membre de la Société, une note sur les Modifications à apporter au système actuel de transport par chemin de fer pour éviter les encombrements.
- 3° De la Société des agriculteurs de France, un exemplaire de leur Annuaire pour les années 1869-1870, et un exemplaire de leurs Comptes rendus des travaux des congrès agricoles, ternis à Lyon et à Nancy.
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- 4° De M. Gayrard, membre de la Société, de la part deM. Malézieux, ingénieur en chef des ponts et chaussées, un exemplaire du Rapport des opérations géologiques des années 1866 et 1869* par M. Alfred Selwyn, et un exemplaire des lettres des Commissaires des canaux, adressées au secrétaire d'Êtat au sujet de Vamélioration de la navigation intérieure du Canada.
- 5° De M. Dupuy, membre de la Société :
- i° Un exemplaire du Rapport de là Commission spéciale chargée déexaminer un projet de dénomination de diverses voies publiques de Paris, par M. Beudant.
- 2° Un exemplaire du rapport sur là Reconstruction de VHôtel de ville, présenté au nom de la cinquième Commission, par M. Louis Bin-der, membre du Conseil municipal.
- 3° Un exemplaire du rapport sur la Dérivation des sources de la vallée de la Vanne, mémoire de l’Inspecteur général des ponts et chaussées, directeur des eaiix et des égouts.
- 4° Un exemplaire du rapport pour Y Achèvement des égouts et emploi de leurs eaux dans l'agriculture, mémoire par l’Inspecteur général des ponts et chaussées, directeur des eaux et des égoüts..
- 5° Un exemplaire du rapport, Direction des travaux, notes du directeur à l’appui du budget 1872.
- 6° Un exemplaire du rapport sur la Reconstruction de VHôtel de ville, fait au nom de la sous-Commission, par M. Émile Perrin, membre du Conseil municipal.
- 7° Un exemplaire du rapport du compte rendu .sur la Reconstruction de l'Hôtel de ville, par M. Duc, rapporteur.
- 8° Un exemplaire du Compte des dépenses de la Préfecture de police, exercice 1869.
- 9° Un exemplaire du Compte général des recettes et dépenses de la ville de Paris, exercice 1869.
- 10° Un exemplaire du Compte dès recettes et dépenses de la ville de Paris, exercice 1870.
- 11° Un exemplaire du Rudget rectificatif, exercice 1871, dépenses et recettes ordinaires de la ville de Paris.
- 12° Un exemplaire du Compte des recettes et des dépenses de l'exercice 1869.
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- 13° Un exemplaire du Mémoire présenté au Conseil municipal, par M. le Préfet de la Seine.
- 14° Un exemplaire du rapport sur Y Imposition de centimes additionnels au principal des contributions directes (Conseil municipal de Paris).
- 15° Un exemplaire des Vœux sur l'instruction primaire obligatoire, gratuite et laïque.
- 16° Un exemplaire du Budget, exercice 1872 (ville de Paris).
- 17° Un exemplaire du Budget départemental de l'exercice 1872.
- 18° Un exemplaire du Budget des dépenses de l'octroi dé Paris pour l'exercice 1872, présenté par le conseil d’administration.
- 6° De M. Lefrançois, membre de la Société, une note sur le Projet de recrutement des ingénieurs de l'Etat.
- 7° De M. Yerrine, membre de la Société, la copie de la Délibération du Conseil général du Calvados, attribuant les routes départementales aux agents voyers, à partir du 1er janvier 1873.
- 8° De M. Burel, membre de la Société, un exemplaire de son Manuel de tissage mécanique.
- 9° De M. Brüll, membre de la Société, un exemplaire d’un Procès-verbal des démonstrations faites le 27 janvier au fort de Montrouge sur les effets de la dijnamite.
- 10° De M. Thirion (Charles), membre de la Société, une note sur la Propriété industrielle entre la France et VAlsace-Lorraine.
- 11° De M. Félix Nouette-Delorme, un exemplaire d’une note sur les Valeurs immobilières devant VAssemblée nationale.
- 12° De M. Achard, ingénieur, un exemplaire d’une note sur la Distribution de Veau des Avants à Vevey, Montreux, etc. (canton de Yaud, Suisse).
- 13° De MM. Schabaver etFourès, constructeurs, à Castres, un exemplaire d’une note sur les Turbines et pompes horizontales établies à Férioles sur la rivière d'Aude.
- 14° De M. Benjamin Normand, membre^de la Société, un exemplaire d’une Pétition sur l'industrie maritime du Havre.
- 15° De MM. Mallet et B. Normand, membres de la Société, un exem-
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- plaire d’un mémoire sur les Perfectionnements dans les moyens de transporter et $ emmagasiner les huiles minérales.
- 16° De M. Mallet, membre de la Société, un exemplaire d’un Projet dé établissement pour la réception et le magasinage des pétroles.
- 17° De M. Bévan de Massy, membre de la Société, un exemplaire des Comptes rendus analytiques des séances du Conseil général de la Char-rente.
- 18° D. M. Denfer, ingénieur civil, un exemplaire de son Album de serrurerie.
- 49° De M. Léopold Dupuy, membre de la Société, de la part de M. Vauthier, membre de la Société, son mémoire sur les Machines élé-vatoires des eaux de la Vanne.
- 20° De M. Maldant, membre de la Société, de la part de M. Verrier, ingénieur-mécanicien, une note sur un Bateau remorqueur à hélice de 42 chevaux nominaux avec condenseur par surfaces.
- 21° De M. Pourcel, membre de la Société, un Mémoire sur la Fabrication industrielle du gaz oxygène.
- 22° De M. Desnos, membre de la Société, un exemplaire du Rapport du Préfet et délibération du Conseil général du département de Seine-et-Oise.
- 23° De M. Weinberger, ingénieur directeur des travaux communaux delà ville de Dijon, un exemplaire de son Rapport général, relatif à la situation du service des travaux communaux de la ville de Dijon, un exemplaire des Clauses et conditions générales des entreprises, un exemplaire des Devis, cahiers des charges et séries de prix de la menuiserie, de la couverture, de la peinture de vitraux, de la serrurerie et épinglèrie, de la plâtrerie, de Vasphalte, de la charpente, de la ferblanterie, zinguerie et plomberie des terrassements et maçonneries.
- 24° De M. Jules Brunfaut, le plan, le profil, la carte du tracé général provisoire et un Mémoire explicatif de la première section du chemin de fer circulaire de la banlieue de Paris.
- 25° De M. Gallon,, membre de la Société, un exemplaire de son rapport sur Y Utilisation des eaux dé égouts dans la plaine de Genne-villiers.
- 26° De M. Evrard, membre de la Société, un exemplaire du tome 1er
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- de son ouvrage sur les Moyens de transports, appliqués dans les mines, les usines et les travaux publics*.
- 27° De M. Deprés, membre de la Société, un Dossier complet de Vavant-projet des chemins de fer de Paris et de la banlieue, M. Le Masson, ingénieur en chef des ponts et chaussées.
- 28° De M. Paul Charpentier, membre de la Société, un mémoire sur de Nouvelles lois reliant les densités aux chaleurs spécifiques, équivalents chimiques et coefficients de dilatation; et sur leur application industrielle au chauffage économique par combustion complète, et sous volume constant des gaz brûlés.
- 29° De M. Colladon, membre de la Société, un exemplaire d’un extrait de ['Année scientifique industrielle, de Louis Figuier, sür Xe, percement du Mont-Cenis et le dessin de son dynamomètre.
- 30° De M. HoUrier, membre de la Société, Une note sür le génie civil et la défense de Paris.
- 31° De M. Génissieu, membre de la Société, une note sur la Construction d'une forgé à douze feux pour maréchaux ferrants, établie par la Compagnie générale des Petites Voitures de Paris.
- 32° Annales industrielles, les numéros du premier trimestre 1872.
- 33° De la Société des ingénieurs civils dÉcosse, leur bulletin du premier trimestre de 1872.
- 34° De l’Institution of Mechanical Engineers, les numéros du premier trimestre 1872 de son bulletin.
- 35° De là Société industrielle de Reims, les numéros de son bulletin de mai et juin de 1871.
- 36° De la Revue horticole, les numéros du quatrième trimestre 1871.
- 37° De la Gazette du Village, les numéros du premier trimestre 1871.
- 38° Delà Société des ingénieurs autrichiens, les numéros 15 et 16 de 1871, de leur Revue périodique.
- 39° Du Journal Organ fur die Fortschritte des Eisenbahnwesens, le numéro 12 de 1871.
- 40° De la Société de l’industrie miner ale de Saint-Etienne, le numéro du troisième trimestre 1871 de son bulletin.
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- 41° Du Journal d’agriculture pratique, les numéros du premier trimestre 1872.
- 42° De la Revue d’architecture, les numéros 1 et 2 de l’année 1872.
- 43° De la Revue les Mondes, les numéros du premier trimestre 1872.
- 44° Du journal The Engineer, les numéros du premier trimestre 1872.
- 45° De la Société d'encouragement, les numéros du premier trimestre 1872 de son bulletin.
- 46° De la Société de géographie, les numéros du premier trimestre 1872 de son bulletin.
- 47° De la Société nationale et centrale d’agriculture, le illiméro de juin et juillet 1871 de son bulletin.
- 48° Des Annales des chemins vicinaux, Jes numéros du premier trimestre 1872;
- 49° De la Revista de obras publicas, les numéros du qüâtrièüiè trimestre 1871.
- S0° De la Revue des Deux Mondes, les numéros du premier trimestre 1872.
- SI0 Du journal le Moniteur des travaux publics, les numéros du premier trimestre 1872.
- 52° Du Journal de l'éclairage au gaz, les numéros du premier trimestre 4872.
- 53° Du journal le XIXe Siècle, les numéros du premier tritnestre 1872.
- 54° Des Annales du Génie civil, les numéros du premier trimèstre 1872.
- 55° Du Journal des chemins de fer, les numéros du prèmief tiïmestre 1872;
- 56° Du journal le Cosmos, les numéros du premier trimestre 1872.
- S7° Du Génie industriel, les numéros du premier trimestre 1872.
- 58° Du journal la Semaine financière^ les numéros du premier trimestre 1872. *
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- 59° Des Annales des Conducteurs des ponts et chaussées, les numéros du quatrième trimestre 1871.
- 60° Des Nouvelles Annales de la construction, les numéros du premier trimestre 1872.
- 61° Du Portefeuille économique des machines, les numéros du premier trimestre 1872.
- 62° Du Journal la Houille, les numéros du premier trimestre 1872.
- 63° Des Comptes rendus de CAcadémie des sciences, les numéros du premier trimestre 1872.
- 64° De VUnion des charbonnages, mines et usines métalliques de la, province de Liège, les numéros du premier trimestre 1872, de son bulletin.
- 65° Du journal Engineering, les numéros du premier trimestre 1872.
- 66° Des Annales des ponts et chaussées, les numéros du premier trimestre 1872.
- 67° Société industrielle de Saint-Quentin et de VAisne, le premier numéro de son bulletin de 1872.
- 68° Société académique d'agriculture, des sciences, arts et belles-lettres du département de VAube, le tome ’VIII de la quatrième série de son bulletin.
- 69° Institution of civil Engineers, le numéro de leurs minutes of Proceedings de 1871.
- 70° Société des Ingénieurs anglais, le numéro de leurs transactions pour l’année 1871.
- 71° Du Comité des forges de France, les numéros 73, 74 du bulletin.
- 72° Delà Société industrielle de Mulhouse, le numéro de décembre 1871 de son bulletin.
- 73° DeA'Association des anciens élèves de l'École de Liège, les numéros 15 et 16 de 1871 de son bulletin.
- 74° Des Annales des mines, les numéros des lre et 2e livraisons de 1872.
- 75° De la Revue universelle des mines et de la métallurgie, les numéros. du premier trimestre 1871.
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- 76° De Y Aéronaute, bulletin international de la navigation aérienne, les numéros du troisième trimestre 1871.
- 77° Du Moniteur des fils, des tissus, des apprêts et delà teinture, les numéros du premier trimestre 1872.
- 78° Société impériale des sciences, de Vagriculture et des arts de Lille, le numéro du deuxième trimestre 1870 de son bulletin.
- 79° A Magyar Mémôk-Egyesület Kôzlonye, les numéros du premier trimestre 1872.
- 80° De la Société des anciens élèves des Ecoles d'arts et métiers, les numéros de son bulletin du premier trimestre 1872.
- 81° De la Société Vaudoise des Sciences naturelles, les numéros de mars et avril 1870 de son bulletin.
- 82° Société des Architectes et Ingénieurs du Hanovre, les numéros 7, 8, 9, 10, il et 12 de 1871 de leur bulletin.
- 83° Société des Arts d’Edimburgh, le quatrième numéro de 1871 de son bulletin.
- Les Membres admis pendant ce trimestre sont :
- Au mois de janvier :
- MM. Dornès, présenté par MM. de Mastaing, Molinos et Pronnier. Grasset, présenté par MM. G. Flachat, Collet et Germon. Kronenberg, présenté par MM. Gallon, Chobrzynski et Priestley. Lemonnier, présenté par MM. Champouillon, Sautter et Yvon Villarceau.
- Ziégler, présenté par MM. Alcan, J Farcot et E. Muller.
- Au mois de février :
- MM. Bayvet, présenté par MM. Boudard, Molinos et Péligot. Bonneville, présenté par MM. Jordan, Muller et Richard.
- Delano, présenté par MM. Chabrier, Flachat et Tresca.
- Denfer, présenté par MM. Muller,'Tresca et Yuillemin. Lemaréchal, présenté par MM. D’hamelincourt, Muller et Périssé. Pourcel, présenté par MM. Desgrange, Jordan et Muller.
- Schivre, présenté par MM. Loustau, Schivre et Tresca.
- Welter, présenté par MM. Huet, Mallet et Périssé.
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- Au mois de mars :
- MM. Fichet, présenté par MM. Molinos, Muller et Richard. Nobel, présenté par MM. Barbe, Brüll et Molinos. Queruel, présenté par MM. Mallet, Nillus et Normand.
- Comme Membres associés :
- MM. Bàbut, présenté par MM. Gérard, Jonte et Thomas Pierre. Gallaud, présenté par MM. Barbe, Brüll et Molinos. Gariël, présenté par MM. Desgrange, Muller et Richard. Giquel, présenté par MM. Desgrange, Muller et Richard. Poirrier, présenté par MM. De Dion, Muller et Périsse. Zeller, présenté par MM. Desgrange, Muller et Richard,
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- LISTE GÉNÉRALE DES SOCIÉTAIRES
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- Membaees du Bureau.
- Président :
- M. Muller (Émile) rue des Martyrs, 19.
- Vice-Présidents :
- MM. Jordan (Samson) rue de Bruxelles, 15.
- Desgrange, ^ G. ^ boulevard Haussmann, 135.
- Molinos (Léon), %, rue de Châteaudun, 2.
- De Dion (Henri), O. rue de Moscou, 28.
- Secrétaires
- MM. Tresga (Alfred), rue Saint-Martin, 292.
- Marché (Ernest), rue Blanche, 88.
- Morandière (Jules), rue Notre-Dame-des-Champs, 27.
- Leygue (Léon), rue Neuve-Fontaine-Saint-Georges, 8.
- Trésorier :
- M. Loustau (G.) ^ #» rue de Dunkerque, 20.
- Membres dp Comité.
- MM. Yuillemin (Louis), % 0. rue Réaumur, 43.
- Farcot (Joseph) au port Saint-Ouen.
- Alcan (Michel) %, rue du Faubourg-Poissonnière, 98.
- Chobrzynski ^ £< 7 boulevard Magenta, 139.
- Gallon (Ch.), éfe, rue de Birague, 16.
- Benoit-Duportail (Armand-Camille), rue de.la Condamine, 100, à Batignolles.
- Mathias (Félix) ^ O. ^ ^ &, rue de Dunkerque, 20.
- Yvon Yillarceau éfe avenue de l’Observatoire, 18.
- Brüll, rue de La Rochefoucauld, 58.
- Goschler, boulevard Saint-Michel, 35.
- Salvetat à Sèvres (Manufacture nationale).
- Chabrier (Ernest) avenue du Coq, 4.
- Thomas (Pierre), rue de la Ferme-des-Mathurins, 16.
- Dupuy (Léopold), rue de Flandre, 108.
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- MM. Caillaux (Alfred-Adrien-Hippolyte), rue Saint-Jacques, 240. Forquenot boulevard Saint-Michel, 24.
- Péligot (Henri), rue Saint-Lazare, 43.
- Trqnquoy (Camille), à Colombes (Seine).
- Richard (Jean-Louis), ruô Billault, 31.
- Lavàlley, O. C. rue Murillo, 18.
- Fi»ésS«l©iat® JsfflBa®E»î6iise®.
- MM. Morin (le général), G-. c. è >§<, directeur du Conservatoire des Arts et Métiers, rue Saint-Martin, 292.
- Flachat (Eugène), O. % C. ^ rue Saint-Lazare, 89.
- Tresca (Henri), 0. # sous-directeur du Conservatoire des
- Arts et Métiers, rue Saint-Martin, 292.
- Mcssafea9©® la©iii®a*aiF©s.
- MM. Bélanger, O. rue d’Orléans, 13, à Neuilly.
- Dorian, rué Blanche, 12.
- Dumas, G. C. rue Saint-Dominique, 69.
- Lavallée, O. rue de Penthièvre, 6.
- JtB©nMtores
- MM. Aboilard (François-Auguste-Théodore), à Corbeil (Seine-et-Oise), Achard (François-Ferdinand), rue de Provence, 60.
- Agnès (Antony), C. rue de Maubeuge, 71.
- Agüdio (Thomas) rue de l’Arsenal, 17, à Turin.
- Aivas (Michel), à Suez (Égypte).
- Albaret (Auguste) constructeur, à Liancourt (Oise).
- Albarët (Eugène), rue Legendre, 43 (Batignolles).
- Alcan (Michel) rue du Faubourg-Poissonnière, 98.
- Alquié (Auguste-François) rue de Maubeuge, 81, àlziari de Malaussène (François), inspecteur de l’exploitation au chemin de fer du Nord, à Rouen (Seine-Inférieure).
- Ameline (Auguste-Eugène), rue Truffaut, 52, à Batignolles;
- André (Gaspard-Louis), boulevard du Port-Royal, 83.
- André (Charles-Henri), rue du Manège, 10, à Nancy (Meurthe). Andry à Boussu, près Mons (Belgique).
- Ansart (Ernest), professeur à l’Institut de Santiago (Chili).
- Appert (Léon), rue de l’Ourcq* 59, à la Yillette.
- Arbulu (de) (José Maria), à Vergara (Espagne).
- Arcangues (d’) (Paul-Eugène) 4, rue de Dunkerque, 18.
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- MM. Armengaud aîné rue Saint-Sébastien, 45.
- Armengaud fils, aîné (Charles-Eugène), rue Saint-Sébastien, 45. Armengaud jeune boulevard de Strasbourg, 23.
- Armengaud jeune (Jules-Alexis), fils, boulevard de Strasbourg, 23. Arnault (Marc-Emmanuel), à Saintes (Charente-Inférieure).
- *ARSorç (Alexandre) rue Maubeuge, 61.
- Artus (Jules), boulevard Beaumarchais, 20.
- Asselin (Eugène), rue des Poissonniers, 3 (Saint-Denis).
- Audemar (Henri), à Monceaux-les-Mines (Saône-et-Loire).
- Badois (Edmond), rue Blanche, 42.
- Baillet (Gustave), rue Saint-Ferdinand, 39, aux Ternes. Balestrini, pavillon de Rohan.
- Ball (Charles), Faubourg-Poissonnière, 126.
- Banderali, 0. t|t> rue de Navarin, 16.
- Bandiioltz (Frédéric), chef de section, à Blaye (Gironde).
- Bara, rue Magenta, 17, à Pantin.
- Barbaroux (Marie-Ferdinand-Auguste), avenue de Madrid, 13, à Neuilly.
- Barbe (Paul), rue Mansard, 11.
- Barberot (Félix) C. avenue de Clichy, 19, à Batignolles. Barnes (Edmond) ^, à Saint-Michel (Savoie).
- Barnoya (Luis), calle Alfaresos, 7, à Valladolid (Espagne). Barrault (Émile), boulevard Saint-Martin, 17.
- Barroux (Léon) à Charleville (Ardennes).
- Barthélemy (Henry), quai Voltaire, 3.
- Battaille Straatman (Jean), rue des Croisades, 7, à Bruxelles (Belgique).
- Battarel (Pierre-Ernest), rue Cambrai, 3, àlaVillette.
- Baudet (Louis-Constant-Émile), rue du Rocher, 64.
- Baudouin Palazzo Maddaloni, à Naples (Italie). .
- Baumal (Henri), à Sotteville-lez-Rouen (Seine-Inférieure).
- Bauquel (François-Auguste), à Cirey (Meurthe).
- Bayvet (Gustave), boulevard Haussmann, 82.
- Beaucerf à Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais),
- Beauchamp (Émile-Laurent-Marie) O. boulevard Voltaire, 30. Beaupré (Eugène), à Pont-Rémy (Somme).
- Beaussobre (de) (Georges-Emmanuel), à Reims (Marne).
- Behrens (Ernest-Auguste), avenue de Breteuil, 28.
- Bélanger (Charles-Eugène), Fuencarral, 2, à Madrid (Espagne). Bélin (Pierre-Ernest), boulevard Saint-Michel, 145.
- Belleville (Julien-François) avenue Trudaine, 16.
- Bellier (Adolphe) ^ Cours d’Alsace et Lorraine, 101, à Bordeaux (Gironde).
- Belpaire (Alfred), ingénieur en chef à Bruxelles (Belgique).
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- MM. Bénédeic-Fribourg (Henri-Georges), avenue Mac Mahon, 14.
- Benoit Duportail (Armand-Camille), rue La Condamine, 100. Berger (Jean-Georges), chez M. André, à Thann (Alsace). Bergeron, rue du Grand-Chêne, 8, à Lausanne (Suisse).
- Bernard, ingénieur de la voie du chemin de fer du Nord, à Namur (Belgique). *
- Bertiieault (William), directeur des forges de Montataire (Oise). Berthot (Pierre), à la papeterie du Pont de Seychal, à Thiers (Puy-de-Dôme).
- Berton (Albert),à l’Hotel de Ville de Melun(S.-et-0.).
- Berton (Théodore), rue Mademoiselle, 16, à Versailles (S.-et-O.). Bertrand (Alfred-Pierre-Joseph), à Cambrai (Nord).
- Bertrand (Charles-Pierre), boulevard Beaumarchais, 69.
- Bertrand (Gustave), rue Bonaparte, 82.
- Bétiiouart (Alfred-Auguste), à Chartres (Eure-et-Loire).
- Beugniot maison Kœclilin, à Mulhouse (Alsace).
- Bévan de Massy (Henri), C. ^ C. rue Lavoisier, 5.
- Bianchi ^ rue de Rennes, 154.
- Billieux (Jean-Achille), à Valence (Espagne).
- Binder (Charles-Jules), boulevard Haussmann, 170.
- Bippert, rue des Petites-Écuries, 42.
- Birlé (Albert), rue de Verneuil, 44.
- Biver (Hector) rue du Cherclie-Midi, 21.
- Bixio (Maurice), rue de Rennes, 93.
- Blaise (Jean-Louis-Émile), rue Blanche, 8.
- Blake (David), à Dieppe (Seine-Inférieure).
- Blanche (Auguste), quai National, 3, à Puteaux.
- Blanco (Juan-Maria), Plaza de San-Francisco, 3, à Sanlucar de Banameda (Espagne).
- Blanleuil, entrepreneur à Angoulême (Charente).
- Blard (Alexandre-Louis), rue de Rivoli, 226.
- Bleynie (Martin), rue de Lyon, 20.
- Blonay (de) (Henri), administrateur et gérant des ateliers de construction à Reichshoffen (Alsace).
- Blondeau (Paul-François), rue de Maubeuge, 92.
- Blot (Léon), rue d’Amsterdam, 54.
- Blutel, ingénieur principal, à Troyes (Aube).
- Bobin (Hippolvte), rue Blanche, 97.
- Boire (Émile), quai de la Haute-Deule, 25 et 27, à Lille (Nord). Boistel (Louis-Charles-Georges), rue du Cardinal-Fesch, 11. Boivin (Émile), rue de Flandre, 145, à la Villette.
- Bonnaterre (Joseph), rue Gaillon, 11.
- Bonnet (Victor), rue Blanche* 27.
- Bonnet (Désiré), constructeur de machines, à Toulouse (H.-G.)
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- 19 —
- MM. Bonneville (Paul-Armand-Joseph), rue Rambuteau, 22.
- Bontemps (Georges), boulevard Denain, 7.
- Borgella (Édouard), route nationale, 44, à Montretout, près Saint Cloud (Seine-et-Oise).
- Bossi (de) (Édouard), à Riom (Puy-de-Dôme).
- Boubée (F.-Charles-Paul), Strada-S.-Chiara, 2, à Naples (Italie). Boucard (Alexandre-André), rue de la Paix, 3.
- Bouciiotte (Émile-Simon), à Metz (Lorraine).
- Boudard (Casimir), rue de Douai, 43.
- Boudard (Félix-Arthur), rue de la Vallée, 35, à Amiens (Somme). Boudent (Ernest-Gabriel), rue Saint-Sauveur, 18.
- Bougère (Laurent), à Angers (Maine-et-Loire).
- Bouilhet (Henri-Charles) rue de Bondy, 56.
- Bouissou (Amable-Louis), rue Montrosier, 18, à Neuillv. $ Boulet (Jean-Baptiste), faubourg Poissonnière, 144.
- Boulogne (Jules-Ernest), quai de Seine, à Saint-Denis;
- Bouquet (Ferdinand), rue Dieudé, 35, à Marseille (B.-du-Rhône). Bourcard (Henri), à Guebwiller (Alsace).
- Bourdaïs (Jules) rue Laffitte, 51.
- Bourdon (Eugène) rue du Faubourg-du-Temple, 74.
- Bourgeat (Alphonse), rue Martron, 1, à Rochefort-sur-Mer (Charente-Inférieure).
- Bourgougnon (Étienne), rue de la Victoire, 43.
- Bourgougnon (René), rue Lemercier, 44 (Batignolles).
- Bourset, rue Saint-Genès, 208, à Bordeaux (Gironde).
- Boutmy, rue Rambouillet, 2.
- Bouvard (Paul-Marie), au Creusot (Saône-et-Loire).
- Bracquemont (de) (Adrien) boulevard Malesherbes, 19. Brànville (de) (Paul), rue Oberkampf, 74.
- Brader (François-Charles), à Graffenstaden (Alsace).
- Brault (Alexandre) à Chartres (Eure-et-Loir).
- Bréguet quai de l’Horloge, 39.
- Brialmont, aux établissements de M. John Cockerill, à Seraing (Belgique).
- Bricogne (Charles) rue du Faubourg-Poissonnière, 50.
- Bridel (Gustave), directeur de la correction des eaux, à Bienns (Suisse).
- Brissaud rue de Rennes, 147.
- Brocchi (Astère), rue de Charonne, passage l’Homme, 26. Brodard (Marie-Anatole-Octave), rue du Bac, 94.
- Bronne (Joseph), rue Joubert, 29.
- Bronne (Louis), rue Grétry, 28, à Liège (Belgique),
- Brouilhet (Émile), gérant de la fabrique de papiers et de cartons, à Saint-Lô (Manche).
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- — 20
- MM. Bruère, à Signy-le-Petit (Ardennes).
- Bruignac (Duroy de) (Albert), rue St-Antoine, 9, à Versailles (S-e(-ü). Buüll, rue de La Rochefoucauld, 58.
- Brunier à Lunay (Loir-et-Cher).
- Brunt (John), rue Petrèlle, 15.
- Brüstlein (H.-Aimé), à Unieux (Loire).
- Buddicom %, Penbedw-Mold flintshire (Angleterre).
- Büllot (Edmond), rue de la Gare, 12, à Saint-Denis.
- Bulot (Hippolyte), rue Demidoff, 40, au Havre (Seine-Inférieure). Bunel (Henri), rue du Conservatoire, 13.
- Buquet (Hippolyte-Amédée), rue de Constantinople, 33.
- Bureau, rue Truffaut, 24.
- Burel (Eugène), rue Baudin, 22.
- Busschop (Émile), à Villeneuve-Saint-Georges (Seine-et-Oise). Bussière (de), aux aciéries Barroin et Cie, à Saint-Étienne (Loire). Cabanes (Félix), rue Leeonte, 1.
- Carany (Armand), à Gand (Belgique).
- Cachelièvre (Cliarles-Paul-Émile), à Badajoz (Espagne).
- Cadiat (Ernest), rue Bonaparte, 30.
- Cail (Émile), avenue de l’Empereur, 121.
- Caillaux (Alfred-Adrien-Hippolyte), rue Saint-Jacques, 240. Caillé (Jules-Charles), rue Guy-de-la-Brosse, 11.
- Caillet avenue d’Antin, 7.
- Gaillot-Pinart, rue du Faubourg-Saint-Martin, 140.
- Caisso (Marin), ingénieur des ateliers du chemin de fer de l’Ouest, à Rennes (Ille-et-Vilaine).
- Calabre (Sébastien), rue Affre, 2, à la Chapelle.
- Calla rue des Marronniers, 8, à Passy.
- Calleja (Joseph-Antoine), chef du service de la voie au chemin de fer, à Ciudad-Réal, province de Badajoz (Espagne).
- Gallon (Charles) rue de Birague, 16.
- Calrow, rue Saint-Maur, 108.
- Capdevielle, rue delà Gare, 2, à Saint-Denis.
- Capuccio (Gaetano), à Turin (Piémont).
- Carcuac (Armand-Jean-Antoine), rue Neuve-des-Martyrs, 14. Carénou (Édouard), rue des Beaux-Arts, 5.
- Carimantrand (Jules), rue Mosnier, 15.
- Carpentier (Léon), rue de Fleurus, 37.
- Càrpi (Léonard-Emmanuel), via Goito, 10, à Gênes (Italie). Cartier (Émile), fabricant de sucre, à Nassandres (Eure).
- Castel (Émile) % O >J<, rue de Dunkerque, 20.
- Castor à Mantes (Seine-et-Oise).
- Cauvet (Alcide) 4*, rue Neuve-des-Mathurins, 73.
- Cave (François) rue Chabrol, 69.
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- — 21 —
- MM. Cazalis de Fondouce (Paul), rue des Étuves, 18, à Montpellier (Hérault).
- Cazes (Edwards-Adrien), sucrerie de Tavaux-Pontséricourt (Aisne) . Ceiinuschi, boulevard Maleslierbes, 10.
- Chabrier (Ernest) rue Saint-Lazare, 89 (avenue du Coq, 4). Chalain (Prosper-Édouard), chef du bureau de la voie, à Luxembourg (Grand-Duché).
- Chaligny (Gabriel-Joseph), rue Philippe-de-Girard, 54. Championnière, à Montlignon, près Montmorency (Seine-et-Oise). Champouillon ^, rue de la Chaussée-d’Antin, 66.
- Chancerel (Charles-Antoine), rue de Rome, 61.
- Chaper rue de Provence, 46.
- Chapman (Henri), rue Louis-le^-Grand, 11, et 113, Victoria Street Westmenster S. W. London.
- Charbonnier (Amédée-Pierre), au Creusot (Saône-et-Loire). Chardon (Eugène-Frédéric), rue des Petits-Hôtels, 34.
- Charlier (Timothée), ingénieur, conseil du Ministre des travaux publics à Bucharest (Roumanie).
- Charpentier (Joseph-Ferdinand), rue de Turenne, 80. Charpentier (Paul-Ferdinand), boulevard de Cluhy, 8.
- Charton (Jules-Jean), rue Saint-Martin, 31, à Versailles (S.-et O.). Chauveau des Roches (Arthur) à Masseuil-Quinçay, à Vouillé (Vienne).
- Chauvel (Emile), à Navarre, par Évreux (Eure).
- Chavès (Léopold), inspecteur du service des eaux au chemin de fer du Nord, rue de Dunkerque, 18.
- Chéron (Charles-Louis), régisseur de Fusine à gaz de Boulogne-sur-Seine, route de Versailles, 196 (Seine).
- •- Chevandier de Valdrome (Eug.-Jean) rue de l’Arcade, 19. Chobrzynski (Jean-Pierre-Charles) % boulevard Magenta, 139. Cholet (Lucien-Alfred), rue Saint-Gilles, 14.
- Chollet (Louis), à Belfort (Haut-Rhin). *
- Chopin (Nicolas-Philippe), avenue de Paris, 133, à Bordeaux (Gironde).
- Chrétien (Alfred), rue Perdonnet, 3.
- Chuwab (Charles), directeur de l’usine à, Gaz de Béziers (Hérault). Cialdi (Alexandre) % Via délia Serofo, 417, à Rome (Italie). Ckiandi (Alexandre-Henri), rue des Templiers, 25, à Marseille (Bouches-du-Rhône).
- Clair (Alexandre), rue Duroc, 5.
- Claparède (Frédéric-Moyse) à Saint-Denis (Seine).
- Clémandot (Louis)18, rue Brochant (Batignolles). Clément-Desormes, quai Castellane, 20, à Lyon (Rhône).
- Clervaux (de) (Paul), boulevard Saint-Aignan,2,àNantes (Loire-I.).
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- — 22 —
- MM. Closso; i (Prosper), Cité d’Antin, 3.
- Coigney (François), rue de Berri, 22.
- Colladon, à Genève (Suisse).
- Collet (Charles-Henri), rue Duras, 7.
- Comte (Charles-Adolphe), à Navarreins, arrond. d’Orthez (Basses»
- . Pyrénées).
- Conghon (Eugène-Gabriel), rue Nollet, 28.
- Consolât, boulevard Malesherbes, 68.
- Contamin (Victor), boulevard Magenta, 2.
- Coquerel (Paul), boulevard des Batignolles, 22.
- Cordier-Bey (Jean-Antoine), C. ^ O. rue Châteaudun, 47. Cornaille (Alfred), à Cambrai (Nord).
- Corpet (Lucien), rue Relier, 4.
- Cosyns, à Couillet, par Charleroi (Belgique).
- Cottard (Charles), rue delà Chaussée-d’Antin, 66.
- Cottraü (Alfred-Henri-Joseph), ^ directeur de l’entreprise industrielle italienne de construction métallique, 228, via Tôledo, à Naples (Italie).
- Couard (Joseph-Félix), rue de Lyon, 20.
- Coupan (René), boulevard Magenta, 147.
- Cournerïe (Ainédée-Barthélemy), à Cherbourg (Manche). Gôürnerie (Jean-Baptiste-Éugène-Georges) , rue de l’ancien Hôtel-Dieu, 27, à Cherbourg (Manche).
- Courras (Philippe), boulevard des Batignolles* 58.
- Courtépée (Laurent), rue des Francs-Bourgeois, 31.
- Courtin (Amédée- Augustin), chefs atelier du clieiüm de fer du Nord, rue de Passy, 97, à la Chapelle.
- Courtines (Jacques) à Rueil (Seinë-ebOise).
- Couture (Jules), rue de la Darse, 9, à Marseille (B.^du-R.L Cranney (Henri), ruud’Hauteville, 64.
- Crépin (Christian), à la sucrerie de Soulty, par Arbret (Pas-de-Calais),
- Crespin (Auguste), boulevard de Clichy, 14.
- Crespin (Arthur-Auguste), avenue Parmentier, 7.
- Crétin rue de Berri, 47.
- Grocé-Spinellï (Joseph-Eustache), rue de Parme, 6,
- Cuinat (Charles), rue de Turin, 15.
- Curchod (Charles-Louis), rue Basse du Rempart, 52.
- Daburon (Henri-Charles), rue du Théâtre, 34, à Grënellë.
- Dagail (Louis), à Angoulême (Charente)i
- Daguerre d’Ospital (Léon), calle de Prado, 20, à Madrid (Espagne). Daguin (Ernest) rue Geoffroy-Marie, 5.
- Dailly (Gaspard-Adolphe) 0. ^ > füê Pigalle, 67.
- Dallot (Auguste), H, rue Béranger, 17.
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- MM. Dambricourt (Auguste), à Vezernes, par Saint-Omer (Pas-de-C.). Damoizeau (Victor-Jules), boulevard de la Contrescarpe, 36.
- Danjoü (Lazare), boulevard de Clicliy, 136.
- Darblay (Paul), à Corbeil (Seinc-et-Oise).
- Daret-Derville , chef du bureau des études du matériel du chemin de fer de Séville à Cadix, rue Dejean, 7 bis.
- Daveluy (Marie-Alfred-Alphonse), rue Saint-Antoine, 207.
- David (Augustin), boulevard Magenta, 14.
- Debarle (Louis), rue de l’Ourq, 33, à la Villetté.
- Decaux (Charles-Auguste) rue Notre-Dame-des-Champs, 107. Decescaud (Jean-Daniel), rue d’Iéria, à Angoulême (Charente).
- De Coene (Jules), rue Verte, 2, à Rouen (Seine-Inférieure). Decomberousse (Charles), rue Blanche, 63.
- De Dion (Henri), O. rue de Moscou, 28.
- Deffosse (Étienne-Alphonse), au chemin de fer de Lyon à la Méditerranée, au Puy (Haute-Loiré).
- Degousée (Edmond), rue Chabrol, 35o
- D’Eichthal (Georges), rue Neuve-des-Mathürins, 100.
- Delanney, (Hippol.), 0. agent-?voyer en chef, ati Mans (Sdrthe). Delannoy (Françoise-Albert), $ C. ^ >$<, boulevard St-JacqUès, 71. Delaporte (Félix-Pierre-Théodore), rue Saint-Laurent, 6. Delaporte (Georges) quai Jemmapes, 2.
- Delaporte (Louis-Achille), rue de Turenne, 43.
- Delattre, boulevard VoRaire, 63.
- Delaunay (Jules-Henri),^ »$• * à Limoges (Haute-Vienne).
- Delano (William-Henri), rue de la Victoire, 59.
- Delaunay (Louis-Marie-Gabriel), rue du Port, 9, à Saint-Denis (Seine). .
- Delebecque, rue de Douai, 6.
- Deligny (Ernest) O. t|t, rue Jean-Goujon, 16.
- Delom (Florentin), rue Ramey. 49.
- Delpech (Ferdinand), avenue de Clichy, 19.
- Delsa (Hubert), rue de la Limite, 18, à Liège (Belgique).
- Demanest (Edmond), rue de Berlin, 27.
- Demeule (Gustave), rue de Paris-et-Henrÿ, à Elbeuf (Seinè-Infére). Demimuid (Réné), rue de Rennes, 65. ,
- Denfer (Achille-Horace), rue des Saints-Pères, 85.
- Denfer (Jules-François-Maxime), rue de la Santé, 9.
- Deniel à Troyes (Aube).
- Denis (Gustave), à Fontaine-Daniel, près Mayenne.
- Denise (Lucien), passage Violet, 12.
- Depérais (Ch.), Viro St-Peresella de Spagnoli, 33, à Naples (Italie). Dëprez (Marcel), rue Cassini, 16.
- Derennes (Jean-Baptiste-Ernest), avenue Parmentier, 10.
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- MM. Deiioide (Auguste), cité Rougemont, 3.
- Desbrière ^ C. s|c #, rue de Provence, 56.
- Desforges (Louis-Alphonse), chef de section au chemin de fer de l’Est, à Troyes (Aube).
- Desgoffe (Auguste-Jules), boulevard de Vaugirard, 6.
- Desgrange, éfe G- $ ^ »$i, boulevard Haussmann, 135. Desmasures (Camille) O. boulevard Haussmann, 64. Desmousseaux de Givré (Émilien), rue de Lille, 79.
- Desnos (Charles), boulevard Saint-Martin, 13.
- Després (Alphonse-Yict,.-Guillaume), rue Boursault, 3.
- Després (Gustave) % boulevard Haussmann, 118.
- Despret (Édouard), rue de Trêves, 33, à Bruxelles (Belgique). Devaureix (Jules), rue de la Cerisaie, 13.
- Deville (Anatole), rue de Lyon, 39.
- Deville (Jean-Félix-Bernard in), rue de Naples, 4.
- Dez (Jules), Yia Pellegrini, 6, Largo Latillo, à Naples (Italie). Dézelu (Jacques-Isidore), rue Saussure, 116, aux Batignolles. D’Hamelingourt (Éloi-Josepli), rue Saleneuve, 29 (Batignolles). Diard (Henri-Pierre-Alfred), à Amboise (Indre-et-Loire). Didierjean (Eugène) à Saint-Louis (Lorraine).
- Dietz (David), rue Pajol, 22.
- Dieudonné (Camille-Henri-Marie) % faub. Poissonnière, 136. Holabaratz (Louis-Alfred), boulevard Magenta, 135.
- Dombrowski (Thomas-Adolphe), à Pont-à-Mousson (Meurthe). Donnay (Charles), rue des Trois-Couronnes, 48.
- Dornès (Auguste-Charles-Joseph) ^ rue Jacob, 29.
- Dorré, à la gare du chemin de fer de l’Est, rue de Strasbourg. Douliot (Paul-Charles), rue des Usines, 2, à Grenelle.
- Doury (Paul), rue de Compiégne, 2.
- Dru (Saint-Just) (Antoinô), rue Rochechouart, 69.
- Dru (Léon-Vietor-Edmond), rue Rochechouart, 69.
- Dubied (Henri-Édouard), à Couvet, par Pontarlier (Suisse).
- Dubois (Eugène-Auguste), rue de l’Annonciade, 30, à Lyon (Rhône).
- Dubuc (Michel-Maximilien), rue de Turbigo, 68.
- Dufournel (Alphonse-Théodore), à Gray (Haute-Saône).
- Dufrené (Hector-Auguste), rue de la Fidélité, 10.
- Dugourd, à Moulins (Allier).
- Dujour (Nicolas-Alexis), rue de Lyon, 3.
- Duméry, boulevard des Batignolles, 24.
- Dumont (Henri), à Jaguara, province de Minas Péraes (Brésil).
- Du Pan (Louis), à Soissons (Aisne).
- Duparc (Georges), fabricant de briques, à Sarcelles (S.-et-O.). Dupuy (Léopold-Philibert), rue de Flandre, 108.
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- MM. Durenne quai Napoléon, 29, à Courbevoie.
- Durenne (Antoine) rue de la Verrerie, 30.
- Durocher (Constant), à Coulommiers (Seine-et-Marne).
- Durval (Maurice-Charles), à Monte-Rotondo, près Massa Maritima (Italie).
- Duval (Edmond) aux forges de Paimpont, près Plélan (Ille-et-Vilaine).
- Duval (Raoul), rue François Ier, 43,
- Eiffel (Gustave), rue Fouquet, 48, à Levallois (Seine).
- Elmering (Adolphe), rue de la Ferme, à Rouen (Seine-Inférieure). Elwell père, à Rosny-sur-Seine (Seine-et-Oise).
- Elwell (Thomas), avenue Trudaine, 16.
- Engelmann, en Russie.
- Epstein (Jules-Eugène), avenue Montaigne, 51.
- Erckmann (Ferdinand), rue Legendre, 90, Batignolles.
- Ermel (Frédéric) >§<, cité des Fleurs, 54, à Batignolles.
- Escande (Antoine-Marie), rue de Vaugirard, 177.
- Étienne (Antoine), calle Larga, 86, Puerto Santa-Maria (Espagne). Etienbled (Henri), rue de l’Université, 12.
- Euverte (Jules), à Terre-Noire (Loire).
- Evrard (Alfred), Place Pereire, 5.
- Fabre (Émile-Jean-Jacques-Ernest), chef de l’exploitation du chemin de fer de l’Eure, à Gisors (Eure).
- Fàlguerolles (Eugène), boulevard Voltaire, 97.
- Faliès (Jacques-Alfred) rue aux Lièvres, au Mans (Sarthe). Farcot (Joseph) au Port Saint-Ouen (Banlieue)..
- Farcot père au port Saint-Ouen (banlieue).
- Farcot (Emmanuel), rue Soyer, 7, parc de Neuilly (Seine).
- Farcot (Abel), au port Saint-Ouen (banlieue).
- Faure-Beaulieu, filateur de laine à Gravelle Saint-Maurice (Seine). Fayol (Henri), à Commentry (Allier).
- Febvre (Armand), rue de Ponthieu, 23.
- Fell (John-Barraclough), rue de Rivoli, hôtel Meurice.
- Fellot (Jean), rue de Constantinople^ 20.
- Fernex (de), rue Perdonnet, 9.
- Fernique (Albert), rue de Fleurus, 31.
- Férot rue d’Aumale, 14.
- Fèvre (Léon-Jean-Baptiste), rue de la Tour, 117, à Passy.
- Fèvre (Henri), boulevard Malesherbes, 72.
- Fichet (Pierre-Anatole), filateur à Cercamp-les-Frevent (Pas-de-C.). Fiévet (Ernest-Émile), rue de Sèvres, 155.
- Flachat (E) 0. % C. >§< rue Saint-Lazare, 89 (avenue du Coq, 4). Flachat (Adolphe), rue Saint-Lazare, 62.
- Flachat (Jules), quai Maubec, 9, à La Rochelle (Charente- InfM).
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- 26 —
- MM. Flachat (Yvan), rue de Grenelle Saint-Germain, 102.
- Flaman (Nicolas-Charles-Eugène), boulevard Ornano, 35.
- Flaud avenue de Suffren, 40.
- Flàvien (Émile-Georges), rue du Bouloi, 26.
- Fleury (Edme) rue de Berlin, 28.
- Fleury (Henri-Elie-Jules), rue de l’Arsenal, 50, à Roehefort (Charente-Inférieure).
- Foex (Etienne-Jean-Antoine), chemin des Chartreux, 77, à Marseille (Bouches-du-Rhône).
- Fônbonne (de) (Charles-Alexandre), rue de Maubeuge, 81. Fontenay (de) (Anselme), rue de Madame'prolongée, 8.
- Fontenay (Tony), rue des Récollets, 1, à Grenoble (Isère). Fontenay (de) (Eugène) à Baccarat (Meurthe).
- Forey (Miltiade) à Montluçon (Allier)*
- Forquenot (Victor) boulevard Saint-Michel, 24.
- Fortet (Charlesdîlie-Dioclès), rue des Marais, 93. Fortin-HerrMànn (Louis), boulevard Montparnasse, 138. Fortin-Herrmann (Émile), rue de Rennes, 89.
- Foulon y Tudo (Joseph-John), Plaza del Duque de Medinaceli, 5, à Barcelone (Espagne).
- Fouquet (Louis-Ernest), chez M. Gouin, avenue de Clichy. Fournier (Victor) boulevard de l’Empereur, 178*
- Fournier, rue de la Ville-l’Évêque, 40.
- Fournier (A.), boulevard du Chemin de fer, 60 , à Orléans (Loiret), Fraix (Félix), rue de Châteaudun, 42.
- Fresnaye (Adrien-Aimé), à Marenla, par Montreuil-sur-Mer (Pas-de-Calais).
- Frichot, à Pont-Rémy (Somme).
- Fromantin (Jean-Baptiste), rue Bonaparte, 24.
- Fromont, au Chemin de fer de l’Est, à Vesoul (Haute-Saône). Froyer, Mas Gasquet, à Nimès (Gard)*
- Fuchet (Pierre-Paul), carrefour de l’Observatoire, 2.
- Gaget (Jean-Baptiste), 23, rue Guttemberg (Boulogne-sur-Seine). Gaildry (François), à Bucharest (Moldavie)*
- Gaildry (Cyprien), chaussée du Maine, 4*
- Gallais (Adolphe-Pierre), rue Bichat, 3.
- Gallaud (Charles), rue Neuve-Fontaine, 6*
- Gallois (Charles), à Francières par Pont-Saint-Maxenoe (Oise). Gambaro, inspecteur principal du matériel au chemin de fer de l’Est, rue Perdonnet, 3.
- Gandillot (Jules), à Salins (Jura).
- Ganneron (Edmond) O. 3§e, avenue de la Grande-Armée, 83* Garcia (Manuel-Charles-Auguste), à Saintes (Charènte-lnférieure). Garnier (Jules-Jacques) boulevard Magenta, 35.
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- — 27 —
- MM. Gast (Édouard-Victor), à Issenheim (Alsace).
- Gaudet 0. à Rive-de-Gier (Loire).
- Gaudineau (Louis), constructeur d’appareils à gâz, rue Martel, 17. Gaudry (Jules), boulevard Magenta, 137.
- Gaultier (Georges-Léon-Louis), rue d’Amsterdam, 55.
- Gaune (André-Josepli-Emile), à Saint-Louis-de-Morangan (Brésil). Gaupillat (Ernest) au Bas-Meudon (Seine-et-Oise).
- Gautiiey (Émile-Mac-Marius), rue Chariot, 48.
- Gauthier (Paul-Émile), rue du Temple, 20.
- Gayrârd (Gustave) rue du Faubourg-Saint-Honoré, 222.
- Geay (Charles-Louis), architecte à Cognac (Charente).
- Geay (Urbain-Jean), au Creusot (Soône-et-Loire).
- Génissieu, rue Chauchat, 13.
- Gentilhomme quai de la Tournelle, 45.
- Geoffroy (Octave),aux ateliers du chemin de fer du Nord, à Char-leroi (Belgique).
- Gerber (Eugène), Neumann Gasse, 7, à Vienne (Autriche). Gerhardt (Charles-James), faubourg Saint-Denis, 157;
- Germon (Alexis) C. ingénieur du matériel et de la traction au chemin de fer du Nord de l’Espagne, à Valladolid (Espagne). Geyler (Alfred-Édouard), rue de la Victoire, 46.
- Gibon (Alexandre-Louis) directeur des forges de Commentry (Allier).
- Giffard nie Marignan, 14.
- Gignoux (Arthur-Joseph), rue des Dames, 9.
- Gigot (Paul-Eugène), rue du Fauboürg-PoisSonnière, 123.
- Gil (Claudio), boulevard des Capucines* 6; ' ,
- Gillet (Auguste), boulevard de Neuilly, 99.
- Gillotin (Emile), à Plainfaing (Vosges),
- Girard (Adam-Charles), rue Monge, 2.
- Gislain, rue de Rome, 74.
- Godfernaux, 176, avenue de Clichy (Batignolles).
- Goldenberg (Paul-Frédéric-Alfred), à Zofnhoff, près Saverne (Alsace).
- Goldsciimidt (Philippe), qüai Jemmapes, 310.
- Goldsciimidt (de) (Théodore), Elisabeth strassé, 3,'à Vienne (Au- triche).
- Goscliler (Charles), boulevard Saint-Michel, 35.
- Gottereau (Jean-Marie)* ingénieur des mines, 53* Gàrrera dë San-Geronimo, à Madrid (Espagne). '
- Gottschalk, ingénieur en chef, directeur du matériel et de la traction aux chemins de fer du Sud de l’Autriche, Maximilien stfasse, 5, à Vienne (Autriche).
- Gouilly (Henri-Louis-Auguste), place de Chartres, 2* à Alger.
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- 28
- MM. Gouin (Ernest) O. rue de Cambacérès, 4.
- Goumet, rue du Temple, 418.
- Goupillon (Arthur-Jules-Désiré), rueNoîlet, 81, à Batignolles. Gouvy (Alexandre), aux forges de Iiombourg, près Saint-Avold (Haute-Lorraine).
- Gouvy (Émile), à Goffontaine (Prusse Rhénane).
- Grall (Isidore), à Saint-Nazaire-sur-Loire (Loire-Inférieure). Grand (Albert), rue des Petits-Hôtels, 34.
- Grand fds (Jullien), à Oullins, près Lyon (Rhône).
- Grasset (Louis-Ch.-Constant), Zéganitas, 54, à Madrid (Espagne). Gréggory (Georges-Aristide), à Maransin, par Guîtres (Gironde). Grenier (Achille) C. ^ Forest-City-Mecker Ce-Minnesota US d’Amérique (États-Unis).
- Gressier (Louis-Edmond), rue de Lyon, 3.
- Grièges (de) (Louis-Maurice), sous-ingénieur de la traction des chemins de fer de l’Ouest, rue de Clichy, 11. ?
- Grouvelle (Philippe-Jules), rue des Écoles, 26.
- Guébhard (Alfred) O. j|t rue d’Aumale, 9.
- Guérin (Jules), rue, Saint-Sabin, 46.
- Guénivet (Ernest), chef de la verrerie de la Croix-Blanche, à Yierzon (Cher).
- Guérard (Paul), au chemin de fer du Nord, à Amiens (Somme). Guerbigny (Germéuil-Gaston), à Yilliers-le-Bel (Seine-et-Oise). Guérin de Litteau (Edgar) O. ^ rue Blanche, 3.
- Gueroult (Paul), rue d’Amsterdam, 59.
- Guettier, rue Oberkampf, 74.
- Guibal (Théophile) professeur à l’École des Mines de Mons, rue des Groseillers, 43, à Mons (Belgique).
- Guillaume (Charles) 22, Grande-Allée, à Toulouse (Haute-Garonne).
- Guillaume (Henri), rue du Château-d’Eau, 58.
- Guillemin (Étienne), à la Perraudette, près Lausanne ^Suisse). Guillon (Nicolas) à Amiens (Somme).
- Guillot (Gustave) rue des Acacias, 12, aux Ternes.
- Guisan (Olivier-René), à la Société générale La Tarentaise, à Al-bertalle (Savoie).
- Guiter (André-Jacques-Joseph), à Ismailia (Isthme de Suez). Guntz (Charles), à Haguenau (Lorraine).
- Haass (Henri) C. f O. |:0.f ^ rue de Provence, 65. Hàllté (François-Ernest), à Fermo (Italie).
- Hallopeau (Paul-François-Alf.), rue Saint-Lazare, 88.
- Hamers, boulevard Lefèvre, 30 (15°arrondissement).
- Hamoir à Maubeuge (Nord).
- Hangard (Louis-Émile) boulevard des Batignolles, 60.
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- — 29 —
- MM. Harmand (Eugène-Auguste), à Épernay (Marne).
- Haughton (Benjamin), I, Westminster Chambers, Victoria Street, London, S. W.-(Angleterre).
- Harouard (Charles-Narcisse-Auguste), à l’agence de la Compagnie transatlantique, à Fort-de-France (Martinique).
- PIely-d’Oissel (Paul-Frédéric), rue de Chaillot, 70.
- Henderson (David-Marz), ingénieur en chef des douanes impériales chinoises, à Shang-Haï (Chine).
- Henri-Lepaute, fils (Édouard-Léon), rue Lafayette, 6.
- Henriet (Louis-Jean), rue Saint-Georges, 38, à Batignolles. Hermary (Hippolyte-Albert-Jos.), agriculteur à Moulle, par Saint-Omer (Pas-de-Calais).
- Herpin (Louis), boulevard Beaumarchais, 79.
- Herrgott (Antoine-Camille), à Audincourt (Doubs).
- Herscher (Charles-Georges), rue du Chemin-Vert, 42. Hervey-Picard (Paul-Philippe), rue de Rome, 74.
- Hervier (Alfred-Charles), rue de la Fidélité, 10.*
- Heurtebise (Paul), chez M. Doré, maître de forges, rue Chappe, 4, au Mans (Sarthe). #
- Hinstin (Napoléon), rue Caumartin, 20.
- Hittorf (Henri-Bonaventure), rue Maubeuge, 82.
- Hodgson (Jones), rue Lafayette, 31.
- Homburger (David), propriétaire de force motrice, quai Jem-mapes, 176.
- Honoré (Frédéric), Établissements de la Risle, à Pont-Audemer (Eure).
- Houel avenue des Champs-Elysées, 75.
- Houlbrat (Abel), rue de Rome, 63.
- Hourier (Évariste), rue des Acacias, 20, aux Ternes.
- Hovine (Alfred), rue de Lyon, 61.
- Huber (William) rue Miroménil, 76.
- Huet (Alfred), métallurgiste, rue de la Victoire, 46.
- Huguenin (Jules), chez M. Delattre, rue des Arts, 99, à Roubaix (Nord).
- Huguet (Auguste-Adrien), à Barbezieux (Charente).
- Hurcourt (d’), rue des Tournelles, 2G.
- Imber (Alexandre-François), avenue dés Ternes, 91.
- Lmbs (Alexis-Joseph-Albert), rue avenue d’Eylau, 18.
- Jacques (Jean-Nicolas), boulevard Beaumarchais, 72.
- Jalibert (Louis-Ferdinand), à Gaillac (Tarn).
- Jamin (Jules-Édouard), àEurville, près Saint-Dizier (Haute-Marne). Janicki (Stanislas), rue de la Chaussée-d’Antin, 66.
- Jarry, au Gué de Velluire, par Vix (Vendée).
- Javal (Ernest), boulevard de Neuilly, 82.
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- — 30 —
- MM. Jeanson (Charles-Marie-Auguste), rue Monge, 17.
- Jequier (Henri-Jean), rue du Val-de-Grâce, 9.
- Joannis (de) (Léon), à Monterhausen, par Lemberg (Ajsace-Lorr.). Jolly (César) à Argenteuil (Seine-et-Oise).
- Joly (de) (Théodore), rue de Grenelle-Saint-Germain, 121 bis. Joly (Charles-Victor), à Paniers (Ariége).
- Jonte (Emile-Frédéric), boulevard de Grenelle, 219 ter.
- Jordan (Samson) rue de Bruxelles, 15.
- Jouanne (Gustave), rue du Château-d’Eau, 52.
- Jouannin (Achille), villa Montmorency, à Auteuil.
- Jourdain (Maurice-Frédéric), Grande-Rue-des-Écuries, 25, à Saint-Pétersbourg (Russie).
- Jousselin (Paul) quai Lepelletier, 8.
- Joyant (Charles-Paul-Abel) ^ 0. |t, boulevard Magenta, 5. Juanmartinena (de) (José), à Renteria, province de Guipuzcoa (Espagne).
- Jubecourt (de) (Barthélemy), à Vaudrevange, par Sarrelouis (Prusse Rhénane).
- Jullin (Aimé), avenue dePOpéra, 60.
- Juncker (Paul), rue de Maubeuge, 17.
- Jury (Joseph), 133, avenue de Paris, à Bordeaux (Gironde).
- Koch (Louis-Jean-Baptiste-Adolphe), directeur des lignes télégraphiques, à Saint-Denis, Ile de la Réunion.
- Komarnicki (Sigismond), rue Blanche, 82.
- Kreglinger, rue Stassart, 141, à Ixelles-lez-Bruxelles (Belgique). Kronenberg (Ladislas), à Varsovie (Pologne).
- Krémer (Philippe), rue de Constantinople, 10.
- Krupp (Alfred) O. ^C. | f |t ^ |t, à Essen (Prusse).
- Laborde (Auguste-Jules), boulevard Beauséjour, 39.
- Laborie (de) (Alexandre) ^ boulevard de Sébastopol, 27. Laboulaye ^5, rue de Madame, 40.
- LABOuvERiE(Prosper), à Bouillon, prov. de Luxembourg (Belgique). Lacombe conseiller général, à Calviat, par Carlux (Dordogne). Lacretelle (Claude-Étienne), à Bois-dOingt (Rhône).
- Laferrère (Jean), chemin de fer du Sud-Est, à Chabonnières, près Lyon (Rhône).
- Lafon (Adrien), à Mazamet (Tarn).
- Laine, rue du Faubourg-du-Temple, 59.
- Laligant (Pqul), àMaresquel, par Campagne-les-Hesdin (Pas-de-C.). Lalo, rue Saint-André-des-Arts, 45.
- Lambert (Ernest), à Vuillafand, par Ornans (Doubs).
- Laming (Joseph-Mowbray), rue de l’Odéon, 20. /
- Lancel (Augustin-Jules), ingénieur delà voie, àTergnier (Aisne). Landsée (de) (Adolphe), rue de Ponthieu, 61.
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- — SIMM. Langlois (Auguste), rue de Clicliy, 23.
- Langlois (Charles), rue de Châteaudun, 10 bis.
- Langlois (Ernest-IIippolyte), à Ferrao (Ttalie).
- Lantrac (Eug.-Adolphe), rue Champagny, 5.
- Larochette (de) (Jérôme) |t, Cours du Midi, 11, h Lyon (Rhône). Larrue (Louis), rue Godot de Moroy, 8.
- Lartigue (Henri), Grande-Rue, 66, à Passy.
- La Salle (Auguste), àKriens, près Lucerne (Suisse).
- Lasseron (Charles), avenue d’Antin, 3.
- Lasson (Alphonse), Faubourg-Saint-Martin, 12.
- Lasvignes (Louis), à Aix-en-Provence.
- Laïjrens (Camille) rue Taitbout, 82.
- Laurent (Lambert), rue de Pessac, 192, à Bordeaux (Gironde). Laurent (Pol-Charles), rue des Bouchers, 11, à Passy.
- Laurenzano (Nicolas-Marie), Strada Tgiziaca à Pizzofalcone, 59, à Naples (Italie).
- Lauth (Charles), rue de Fleurus, 2.
- Lavalley, O. % C. rue Murilio, 18.
- Laveissière (Émile-Jean), rue de la Yorrerîe, 58.
- Lebargy, ingénieur de la voie, à Amiens (Somme). •
- Leblond (Paul-Henri), rue Abbatuoci, 47.
- Lebon (Eugène) i| C. rue Drouot, 11.
- Le Brun (Louis-Gabriel), rue de Belzuncé, 10.
- Le Brun (Raymond-Louis) >§c, 8, Prado Ciudad-Réal (Espagne). Lecherf, ingénieur au chemin de fer de Gisors, à Beauvais (Somme). Léclanciié (Georges), rue Condorcet, 74. •
- Le Cler (Achille) rue de l’Abbaye, 12.
- Leclerc (Émile) rue Lemercier, 32 (Batignolles).
- Lecoeuvre (Paul) % rue Turenne, 111.
- Lecoq (Jean-Félix-Édouard), Faubourg Saint-Martin, 66. Lecorbellier (George-G.), rue de Londres, 51.
- Le Cordier (Léon), rue Bretagne-Bourg-l’Abbé, à Caen (Calvados). Lecouteux (Nicolas-IJippolyte), rue Oberkampf, 74,
- Lefèvre (Eugène-IIippolyte), rue des Deux-Portes Saint-Jean, 4. Lefèvre (Léon-Marie), place Saint-Pierre, 2 et 4, à Dijon (Côte-d’Or). Lefèvre (Prosper), rue Lemercier, 31 (Batignolles).
- Lefrançois, rue Rocroy, 23.
- Légat (Mathurin-Désiré), rue de Châlons, 22.
- Legavriand (Paul-Floride), à Lille (Nord).
- Léger (Jean-Pierre-Alfred), à Arles (Rhône).
- Lehaitre (Paul-Léon), place et hôtel Louvois.
- Lejeune (Charles-Émile) j|t, chef de l’exploitation du chemin de fer des Charentes, à Saintes (Charente-Inférieure).
- Le Laurin (Jules), rue de la Sorbonne, 2.
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- MM. Lelgup (Joseph-Benoît), fabricant de sucres, à Arras (Pas-de-Calais).
- Leloup (Félix), aux mines de l’Autunois, à Autun (Saône-et-Loire). Leloup (Louis-Joseph-Clément), 17, rueSt-Guilïaume (Courbevoie). Lemaire (Alexandre-Auguste), avenue des Rubattes, à Aix-les-Bains (Savoie).
- Lemaréchal (Dieudonné-Jules), rue Chapon, 3.
- Le Moine (Charles), à Saint-Germain de Tallevande (Calvados). Lemoinne (Lucien) rue de FUniversité, 6.
- Lemonnier (Paul), aux forges de Terre-Noire (Loire).
- Lemonnier (Paul-Hippolyte), avenue deSuffren, 26.
- Lemonon (Ernest), à Arc-en-Barois (Haute-Marne).
- Lencauchez, rue du Faubourg-Saint-Martin, 212.
- Lepainteur (Constant), directeur de la Fonderie, à Evreux (Eure). Lepeudry (Paul-Noël), rue Montholon, 28.
- Lepeudry, rue Montholon, 28.
- Leprince (Alexandre), à Vevey (Suisse).
- Le Roy (Amable) place de la Gare, 27, à Nancy (Meurthe). LeRoy Desclosages (Raoul-Charles), Grande-Rue, 104, à Chainpi-gny-sur-Marne (Seine).
- Letellier, rue Saint-Vincent-de-Paul, 7.
- Letestu, rue du Temple, 118.
- Létrange (Léon), rue des Vieilles-Haudriettes, 1.
- Levassor (Émile-Constant), quai Napoléon, 29, maison Durenne, à Courbevoie.
- Levât (Gustave) à Arles (Bouches-du-Rhône).
- Level (Émile), boulevard Malesherbes, 119.
- Lévi-Alvarès (Albert), O. 5§< C. >§<, directeur de l’Exploitation du chemin de fer de Cordoue à Séville.
- Leygue (Léon), rue Neuve-Fontaine-Saint-Georges, 8. Lewandowski (Charles), 18, Goy’s Bulding (Boston), États-Unis d’Amérique.
- Lhomme (Paul-Émile), rue du Faubourg-Saint-Martin, 140.
- Liébaut (Arthur), avenue Parmentier, 13. t Limet (Hippolyte), à Cosne (Nièvre).
- Limoge (de) (Louis-Auguste), rue Vaubeeourt, 3, à Lyon (Rhône). Lippmann (Édouard), rue de Chabrol, 51.
- LissiGNOL(Antoine-Abraham-Emmanuel),boulevard Haussmann,13C. Litschfoüsse (Léon), Callé de Silva, 38, à Madrid (Espagne). Loiseau (Adolphe), rue Rivay, 34, à Levallois (Seine).
- Loiseaü (Désiré), rue de Flandre, 145.
- Loisel O £<, rue Mansart, 11.
- Longpérier (Charles), rue Sabot, 6, à Meaux (Seine-et-Marne). Longraire (Léopold-François), via Goito, 10, à Gênes (Italie).
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- MM. Lopez-Bustamante (Francisco), rue du 24 septembre, à Santander (Espagne).
- Loustau (Gustave) ^ ^ >ï< rue de Dunkerque, 20.
- Loreau (Alfred-Isidore), à Briare (Loiret).
- Love (Georges-Henri) rue de Chàteaudun, 42.
- Macabies (Paul-Maurice-Joseph), rue de la Chapelle, 20. Madelaine (Edouard), à Saintes (Charente-lDférieure).
- Maegherman (Anatole-Victor), à la gare de Lisbonne (Portugal). Magny (Charles), à Luxeuil (Haute-Garonne).
- Maire (Armand), rue de la Bienfaisance, 10.
- Maldant, rue d’Armaillé, 27, aux Ternes.
- Mallet (Anatole), rue Blanche, 80.
- Malo (Léon) aux mines de Seyssel, à Pyrimont-Seyssel (Ain). Manby (Charles) ^ C. >&> 79 Harley Street, Londres (Anglet,). Marcais, boulevard de la Madeleine, 17.
- Marchal (Victor), boulevard Montparnasse, 56.
- Marché (Eugène-Ernest), rue Blanche, 88.
- Marco Martinez (Agapito), province de Logrono Alfaro (Espagne). Maréchal (Alfred), à Sotteville-lez-Rouen (Seine-Inférieure). Marié (Ernest) rue de Seine, 6.
- Marin (Paul), filateur à Bühl, près Guebwiller (Haut-Rhin). Marindaz (Jules-Charles), rue Saint-Lazare, 84.
- Mariotte (Charles), quai delà Râpée, 36.
- Marland (Joseph), à Aubenas (Ardèche).
- Marle (Paul), à Montceau-les-Mines (Saône-et-Loire).
- Marsillon (Jean) ingénieur principal, à Vesoul (Haute-Saône). Martenot %, à Ancy-le-Franc (Yonne).
- Martin (Charles), rue Monge, 85.
- Martin (Louis) rue de Strasbourg, 10.
- Martin (Charles-William), avenue de la Reine-Hortense, 13. Martin (Léon-Adolphe), sous-chef de l'exploitation des lignes du Nord Belges à Liég.e (Belgique).
- Masselin (Armand), rue de Lancry, 14.
- Masson (Georges), Impasse Béranger, 11, à Vaugirard.
- Mastaing (de) (Louis), rue de Chaillot, 95.
- Mathias (Félix) ^ O. ^ 4*» rue de Dunkerque, 20
- Mathias (Ferdinand) # à Lille (Nord).
- Mathieu (Henri) rue Casimir-Périer, 27.
- Mathieu (Ferdinand) 0. rue de Provence, 56.
- Mathieu (Jules) >§<, rue de l'Entrepôt, 15.
- Matthiessen (James-Adolphe), rue de Vienne, 5.
- Mauget (Jean-Aristide) rue Chabrol, 51.
- Maüguin (Pierre-Étienne), rue Taitbout, 80.
- Maure (Edmond), avenue Percier, 10.
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- MM. Maury (Noël), boulevard des Batignolles, 41.
- Maury (Arthur-Nicolas), rue Linné, 10.
- Mayer (Edmond-Louis), boulevard Beaumarchais, 82.
- , Mayer (Ernest) ^, rue d’Amsterdam, 41.
- Mazeline jgt, constructeur, au Havre (Seine-Inférieure).
- Meiner (Charles-Louis), à l’Isle-sur-le-Doubs (Doubs).
- Mehrmann (Auguste-Albert), chef des ateliers de la Cîe de l’Est, rue Pajol, 22.
- Mélin (Jules-Léon), rue Louvois, 6.
- Méliton (Martin), ingénieur en chef de la construction du chemin de fer du Nord-Ouest, Galle del A vénal, 20, à Madrid (Espagne). Mensier (Alphonse-Eugène), à la gare de l’Est.
- Méraux (Gustave-Louis), rue de Chabrol , 36.
- Mercier (Auguste), rue Pierre-Levée, 18.
- Mesdach, rue Saint-Paul, 28.
- Mesmer à Graffenstaden (Bas-Rhin).
- Mesnard, rue de l’Université, 183.
- Méyer (J.-J.), avenue de Matignon, 11.
- Meyer (Adolphe), Grand-Hôtel du Mont-Blanc, à Neuchâtel (Suisse). Michaud (Edmond), fabricant de savons, rue de Pantin, 49, à Au-bervilliers (Seine).
- Michaud (Jules), rue de Douai, 7.
- Michel (Alphonse), à Troyes (Aube).
- Michel (Léopold), à Saintes (Charente-Inférieure).
- Michelant chef du service des wagons au chemin de fer d’Orléans boulevard Beaumarchais, 68.
- Michelet (Émile), fabricant de plâtre, quai V'alroy, 251.
- Mignon, rue Oberkampf, 151.
- Mirecki (Antoine-Slawomir), boulevard Magenta, 150.
- Mitchell (William-Jean-Baptiste) % au chemin de fer de Lyon, boulevard Mazas.
- Moerath (Jean-Népomucène), ingénieur en chef de la marine im -périale, via délia Sauza, casa Sambuchi, 77, à Trieste.
- 'Moisant (Armand), constructeur, boulevard de Vaugirard, 20. Moléon (Léopold), rue Saint-André-des-Arts, 52.
- MoLtN (de) (Georges-Henri), à Anzin (Nord).
- Molinos (Léon-Isidore) rue Châteaudun-, 2.
- Moll (Henri), rue Courbin, 4, à Bordeaux (Gironde).
- Mollard, rue de l’Écluse, 17.
- Monbro (Ferdinand), rue Louis-le-Grand, 11.
- Monard (Charles), rue Perdonnet, 12.
- Minier (Ernest), à Cambrai (Nord).
- Monnier (Démétrius), rue de la Darse,)7, à Marseille (B.-du-Rhône). Monnot (Paul-Charles), impasse Royer-Collard, 4.
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- MM. Montïiiers (Edouard-Paul), rue de Londres, 58,
- Montouan (André), à la gare d’Argentan (Orne).
- Mony (Stéphane). O. à Commentry (Allier).
- Morandière (Jules-Raoul), rue Notre-Dame-des-Champs, 27. Morandière (Édouard-Alexis), rue Notre-Dame-des-Champs, 27. Moreau (Albert), rue de Seine, 6.
- Moreau (Émile), rue delà Tour, 16, à Bordeaux (Gironde). . ' Moreaux (Félix) % >§«, rue François Ier, 52.
- Morice, ingénieur du service de la voie, à Hazebrouck (Nord). Morin (le général) G. % 4= rue Saint-Martin, 292.
- Mraile (Alexandre-Antonin), agentvoyer à Jonzac (Charente-Infér.). Muller (Adrien, à Jemeppe-lez-Liége (Belgique).
- Muller (Émile) rue des Martyrs, 19.
- Mulot-Durivage (Albert), rue Abbatucci, 47,
- Nancy (Alfred), ingénieur des docks, au Havre (Seine-Inférieure). Néri (Ferreira-Jean) >§:, à Rio-Janeiro (Brésil).
- Nicod (Émile), à Audincourt (Doubs).
- Nillis (Auguste), chef de section au chemin de fer l’Est, à Châtillon- • sur-Seine (Côte-d’Or).
- Nillus (Albert-Emmanuel), rue de Rome, 71.
- Nobel (Alfred), rue de La Rochefoucault, 58.
- Noblet (Albert), place Saint-Paul, 6, à Liège (Belgique).
- Noisette, rue des Poissonniers, 50, à la Chapelle.
- Nordling (Wilhelm) ^ (directeur général des chemins de fer de la Theiss-Bahn, à Pesi(Hongrie),
- Normand fils, constructeur au Havre, cours de la République, 1, (Seine-Inférieure).
- Nougaret (Jean-Joseph), à Saintes (Charente-Inférieure).
- Nouguier (Émile-Toussaint-Michel), rue Saint-Honoré, 171.
- Nye (Henri), boulevard de Clichy, 74.
- O’Brien (William), rue Simoneau, 7, à Boulogne-sur-Mer (P.-de-C.). Ogier (Louis), directeur de la fabrique de caoutchouc, à Blanzet (Puy-de-Dôme).
- Ollivier (Achille), boulevard Beaumarchais, 51.
- Orsat (Louis-Hingest), rue de la Victoire, 29.
- Orsatti (Camille), rue Neuve des Petits-Champs, 38,
- Ory (Paul-Étienne), rue du Pont-aüx-Choux, 17.
- Oudot (Charles), rue des Saints-Pères, 40.
- Oughterson (George-Blacke), fondeur à Rouen (Seine-Inférieure). Paget (Frédéric-Arthur), 1, Seymour Chambies. York-Buildings, Adelphi, W. C. (Londres).
- Pajot (François-Théophile), boulevard M'àlesherbes, 19.
- Pâlotte (Émile) fils, rue de la Chaussée-d’Antin, 45.
- Paquin au chem. de fer de Saragosse à Alicante, à Madrid (Esp.).
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- MM. Parlier (Jean-Louis-Édouard), rue d’Amsterdam, 67.
- Pascal, rue du Bocage, 21, à Saint-Denis.
- Pasquet-Chamier (George-Antoine), boulevard de Strasbourg, 48. Paul (Antoine), rue de Clichy, 67.
- Pélegrin (Henri-Auguste), ingénieur de la Yokohamas gas company, à Yokohama (Japon).
- Pélegry (Maurice-François-Louis), aux forges et laminoirs du Ba -zacle, à Toulouse (Haute-Garonne).
- Péligot (Henri), rue Saint-Lazare, 43.
- Pereire (Eugène) 0. >£, rue du Faubourg-Saint-Honoré, 35.
- Pereire (Émile) fils, boulevard Malesherbes, 86.
- Pereire (Henri), rue du Faubourg-Saint-Honoré, 35. s Pérignon (Eugène), faubourg Saint-Honoré, 105.
- Périsse (Jean-Sylvain), rue Blanche, 95.
- Perrault (Auguste-Étienne) à Sées (Orne).
- Perret (Louis), rue d’Hauteville, 67.
- Pesaro (Jules), à la direction du chemin de fer de Messine, à Messine (Italie).
- Petin O. à Rive-de-Gier (Loire).
- Petit (François-Pierre-Guillaume), à Louviers (Eure).
- Petit (Émile-Charles), rue des Minimes, à Roanne (Loire).
- Petit (Georges-Ch.-André), à Saint-Jean d’Angely (Charente-Inf.). Petit (Germain-Félix-Amédée), rue Croix-des-Petits-Champs, 27. Petitgand boulevard Malesherbes, 68.
- Petitjean, rue de Bruxelles, 13.
- Petre, rue de Bourgogne, 52.
- Picard (Edmond), rue du Château-Trompette, 3, à Bordeaux (Gironde).
- Picard (Maurice-Félix-Antoine), rue de la Reine, 57, à Lyon (Rhône).
- Picard (Auguste), rue Saint-Dominique-Saint-Germain, 2.
- Picard (Firmin), C. ^ % ^,via del Corso, 340, à Rome (Italie). Pichault (Stéphane), à l’établissement de John Cockerill, rue Ni-çolaï, 80, à Seraing (Belgique).
- Pierrard (Eugène), boulevard du Temple, 22, à Reims (Marne). Pierre (Antoine), à Remiremont (Vosges).
- Pierron rue des Batignolles, 43, aux Batignolles.
- Piet (Jules), rue de Chabrol, 33.
- Pihet fils, rue Neuve-Popincourt, 8.
- Pillichody (Arnault), directeur de la fabrique de matériel de chemin de fer, à Berne (Suisse).
- Pinat (Léon), aux forges d’Allevard (Isère).
- Piquet (Aimé-Auguste), rue de la Tour, 22, à Passy.
- Piquet (Alfonse) 0. >£, 5, plaza de Prim, à Madrid (Espagne).
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- MM. Plage (de) (Henri), à Saint-Éloi, par Montaigut-les-Combrailîes (Puy-de-Dôme).
- Planat (Paul-Amédée), rue Saint-Louis, 59, à Grenelle.
- Plazanet (Joseph-Antoine), rue des Gravilliers, 23.
- Poinsot, rue Hauteville, 45.
- Pollet (Henri), directeur des mines de Santo-Martinho, àÂlcanises, province de Zamora (Espagne).
- Poiret (Emile), au Mans (Sarthe).
- Poncelet (Antoine), O. ^ >§:, à Bruxelles (Belgique).
- Poncin (Frédéric), rue Saint-Saturnin, 6, à Tours (Indre-et-Loire). Ponsard (Auguste-Jean-Jules-Alexandre), avenue Bosquet, 11.
- Pot (Charles), rue Dieudé, 18, à Marseille (Bouches-du-Rhône). Pothier (Francis), rue dePenthièvre, 6.
- Pottier (Ferdinand) ^.passage des Eaux, 4, à Passy.
- Pouell, ing. delà voie au chemin de fer du Nord, à Douai (Nord). Poulain (Jules-Étienne), rue Debelleyme, 10.
- Poupard, rue Pauquet, 21.
- Pourgel (Alexandre), à Terre-Noire (Loire).
- Priestley (William-Charles), rue du Cherche-Midi, 36.
- Prisse (Édouard-Louis) ^ » chem. de fer d’Anvers à Gand (Belgiq.) Pronnier (Charles), quai Voltaire, 23.
- Prou (Victor-Armand), place de la Bourse, 15.
- Prouteaux (Réné-Albert), aux fonderies de Romilly-sur-Andelle, par Pont-Saint-Pierre (Eure).
- Prudent (Georges-Henri-Émile), 38, rue Notre-Dame-des-Victoires. Prudon (Jean-Marie), ingén. de la maison Joret à Montatairè (Oise). Prus (Georges), ingénieur de la Vieille-Montagne, à Potes, par Torrelavaga, province de Santander (Espagne).
- Pury (de) (Gustave) s|c, rue du Château, 16, à Neufchâtel (Suisse). Puylaroque (de) (Raymond), à Castelnau-d’Estrétefond (H.-Gar.j. Quarre d’Aligny (Henri-Ferdinand), rue Malher, 20.
- ' Quéruel (Auguste), boulevard Voltaire, 163.
- Quesnot (Louis-Auguste-Émile), boulevard Mazas, 18 ou 20. Rainneville (de) (Xavier), boulevard Haussmann, 162.
- Rances (Frédéric) >§<, rue Ste-Catherine, 137, à Bordeaux (Gironde). Raspail (Émile-Jules), rue du Temple, 14.
- Rebière (Guillaume) à Reims (Marne),
- Redon (Martial), allée des Bénédictins, àLimoges (Haute-Vienne). Régel (de) (Philippe-Constant) à Strasbourg (Lorraine). Regnard (Louis-Paul-Antoine), rue de Turenne, 132,
- Régnault (Jules) rue de Stockholm, 4.
- Renard (Nicolas-François), rue du Bac, 122.
- Renard-(Lucien), rue de Rovigo, 18.
- Retz (de) (Marie-Charles-Jean), à Saint-Louis-Marsalle (B.-du-R.).
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- MM. Revin (Jüles-IIenri-Victor), rue de Famars, 123, à Valenciennes (N,) Rey (Louis-Pierre-Félix) rue Monge, 100.
- Reymond (Francisque), entrepreneur, place de la Mairie, à Montbrison (Loire).
- Reynaud (Charles), à Cette (Hérault).
- Reynaud (Georges), rue de la Paix, 4.
- Rhoné (Charles-Léopold) |j, rue du Faubourg-SainGHonoré, 35. Ridail (Xavier) rue du Chemin-de-Fer, 35.
- Richard (Jean-Louis) rue BiRault, 31.
- Riche (Armand), rue du Bac, 34.
- Richemond (Émile-Louis), rue Malesherbës, 38.
- Richomme, rue Saint-Jean, à Pontoise (Oise).
- Ridder (de) (Pierre-Octave), avenue du Coq, 3.
- Rigollot (Ernest), à la gare de l’Ouest, boulevard Montparnasse. Robert (Jacques), rue Truffaut, 37 (Batignolles).
- Rocaché (Louis-Jules), rue de la Roquette, passage Ste-Marie, 12. Rogé, à Pont-à-Mousson (Meurthe).
- Rolin (François-Étienne), place Mac-Mahon, 4, à Alger.
- Romme (Alfred) à Saint-Quentin (Aisne):
- Ronna (Antoine) >§<, rue de Berlin, 19.
- Roques (Adrien-Jacques), à Saint-Affrique (Aveyron)*
- Rosies (Aristide), au Caire (Égypte).
- Rouart, rue Oberltampf, 149.
- Rouit (Henry), à Bordeaux (Gironde).
- Roussin (Étienne), rue des Fossés, 3, à Vitré (IllO-et-Vilaine). Rouÿer (Victor-Léandre), Cours impérial, à Saintes (Charente-Inf,) Roy (Edmond), >§:, 218, Calle del Serrano, à Lima (Pérou).
- Roze (Eugène), fabricant de toiles cirées, 78, r.uedu Châtéau-d’Eau. Rozycki (Stanislas), au Creusot (Saône-et-Loire)*
- Rubin (Arthur), rue de Navarin, 22*
- Rueff (Léon), avenue Trudaine, 27.
- Ruolz (de) O % G* 0. ^ G. >|c, rue Servandoni, 23*
- Saillard, constructeur, à Nantes (Loire-Inférieure).
- Saint-James (Charles), inspecteur de la Voie au chemin dé fer du Nord, faubourg Sainte-Croix, 33, à Namur (Belgique);
- Saladin (Emile), rue de Bellevue, 2, à Nancy (MeUrthe).
- Salesse (Paul-Alphonse), inspecteur de la traction, rue de l’Alma, 22, à Tours (Indr'è-et-Loire).
- Salleron (Ernest), à Sens (tonne).
- Salomon (Louis-Antôiné-Marie), rue d’Amsterdam, 82.
- Salvetat (Alphonse) >§:, à la Manufacture nationale dé Sèvres (Seine-et-Oisê)*
- Sandberg (Christer-Geter), Gréât George Street* Westminster, S. W.
- à Londres.
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- - 39 —
- MM. Sautter (Louis) $t, avenue de Suffren, 26.
- Sauvan-Deleure (Louis), 84, rue de Paradis, à Liège (Belgique). ScELLiER(Henri), fondeuràYoujaucourt, près Montbéliard (Doubs). Schabaver, à Castres (Tarn).
- Schaecr (Augustin-Clément), quai Jemmapes, 84.
- Scheidegker (Léon), à Lutzelhausen (Alsace).
- Sghivre (Jean-Pierre), directeur des ateliers du Grand-Hornu, près Mons (Belgique).
- Schivre (Gustave-Georges-Henri), ingénieur des ateliers du Grand-Hornu (Belgique).
- Schlincker (Michel-Adolphe), à Creutzwald Lorraine (Moselle). Schlumberger % (Henri), au château de Guebwiller. (Alsace). Schlumberger-Hartmann, à Guebwiller (Alsace).
- Schmerber (Jean), à Tagolsheim, par Altkirch (Alsace)/
- Schmoll (Adolphe), Wollzeile, 40, à Vienne (Autriche).
- Schneider (Eugène) G. 0. ^ ^ rue Boudreau, 4.
- Seebold (Lothaire-François), >ji, rue de Provence, 65.
- Séguin (Paul), rue de la Ville-l’Évêque, 40.
- Selle (de) (Albert-Marie), château do Fougères, par Forcalquier (Basses-Alpes).
- Sepres (de) (Henri-Robert-Yves), 9, calle de Campomanes Tercero derecha, à Madrid (Espagne).
- Ser (Louis) rue de Rivoli, 82.
- Séraphin (Charles-André), faubourg Saint-Martin, 172.
- Sérafon rue Baudin, 14. . 1
- Sergejeff (Nicolas) rue de Parme, 8.
- Serment (Frédéric-Louis) rue de la Darse, 9, à Marseille (B-du-R,). Serveraç (Jacques-Papl), rueAmelot, 16.
- Servier (Édouard), avenue Serpenoise, 9, à Metz (Lorraine). Siéber, rue Trézel, 1, à Batignolles.
- Siemens, rue du Cardinal-Fesch, 11.
- Smith (Louis-Christian-Henri), rue Neuve^des-Mathurins, 55. Simon (Édouard), rue Saint-Maur-Popincourt, 74.
- Simon (Henri), 7, Saint-Peters square, à Manchester (Angleterre).. Simons (Paul), à Le Cateau (Nord).
- . Sparre (Pierre-Ambson) O. ^ rue Lafayette, 88.
- Sommer (Frédéric), à Saint-Pétersbourg (Russie).
- Sonolet (Gustave-Auguste), rue Théodore Ducos, 25, à Bordeaux (Gironde).
- Stàpfeîi (Daniel), boulevard de la Mayor à Marseille (B.-du-R.). Stilmant (Philippe-Louis-Aimé), rue de Rome* 129.
- Stoclet (Victor), Chaussée Charleroi-Saint-Gilles, 5, à Bruxelles (Belgique).
- Stummer (de) (Charles), Elisabeth-Strasse, 11, à Vienne (Autriche).
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- 40 —
- MM. Sulberger-Ziegler, à Winterthur (Suisse).
- Taillandier (François), chef de section au chemin de fer de Ciu-dad-Réal, à Badajoz, à Puertollano (Espagne).
- Taillard (Ernest) rue Rossini, 4.
- Tardieu (Henri-Ernest), rue Neuve, 17, à Compiègne(Oise).
- Têtard (François), boulevard Montparnasse, 72.
- Thauvin (Pierre-Jules), à Pise-Fontaine près Triel (Seine-et-Oise). Theurkauff (Achille-Henri), boulevard du Palais, 11.
- Thévenet (Jules) O. ^ C. rue de Douai, 61.
- Thibaudet (James-Nicolas), à l’usine à gaz, à Arène, banlieue de Marseille (Bouches-du-Rhône).
- Thibault (Louis-Marie), fabricant de papiers à Troÿes (Aube). Thirion (Charles), boulevard Beaumarchais, 95.
- Thirîon (Oswald), rue de.la Pépinière, 12.
- Thomas (Jules-Émilien), rue de Cologne, 154, à Bruxelles (Belg.). Thomas (Pierre), rue de la Ferme-des-Mathurins, 16.
- Thomas (Frédéric), à la gare de Toulouse (Haute-Garonne).
- Thomas (Max), quai Voltaire, 11.
- Thomas-Grellou (Léon), quai de Javel, 83.
- Thomé de Gamond, rue de Tivoli, 27.
- ' Thouin (Charles) ^ >§<, rue de Dunkerque, 20.
- Thoulet (Julien), rue de Laval, 24.
- Tiquet (Pierre-Maurice-Gustave), maître de forges, à Vesoul (H.-S.). Tournade de Noaillat (Lucien-H.-Amable), rue delà Bruyère, 24. Tourgon (Jean-Barthélemy), à Paulhaquet (Haute-Loire).
- Touron (Roch-Sylvain), rue de Dunkerque, 18.
- Trélàt (Émile), O. bpulevard Montparnasse, 136.
- Tresca (Henri) O. ^ % $ ©i sous-directeur au Conservatoire des Arts et Métiers, rue Saint-Martin, 292.
- Tresca (Alfred), rue Saint-Martin, 292.
- Tresca (Gustave-Jules), rue Saint-Martin, 292.
- Trevellini (Louis), à Florence (Italie).
- Tronchon (Jean-Anatole), impasse Mairet, 6, à Meaux (S.-et-Marne). Tronquoy (Camille), rue Thomas-d’Orléans, 5, à Colombes (Seine). Turck (Michel), rue d’Amsterdam, 29.
- TuncKHEiM (de) (Guillaume-Rodolphe)rue du Temple-Neuf,- 3, à / Strasbourg (Lorraine).
- Ulens (Léon), rue Godecharles, 20, à lxelles-lès-Bruxelles (Belg.). Urbain (Victor), rue Saint-Sabin, 21.
- Urban (Maurice-Pierre), rue de la Loi, 102, à Bruxelles (Belgique). Vaessen, directeur des ateliers de la Société Saint-Léonard, à Liège (Belgique).
- Valdelièvre (Léon), à Sairit-Pierre-lès-Calais (Pas-de-Calais). Valentin (Léopold) $ #, place des Martyrs, 4, à Bruxelles (Belg.).
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- — 4i —
- MM. Vallez (Alphonse), rae des Anges, 10, à Valenciennes (Nord). Vallier (Émile) rue Saint-Lazare, 142.
- Valton (Ferdinand), à Terre-Noire (Loire).
- Vandel (Émile), aux forges de la Ferrière-sous-Jougne (Doubs). Vander Elst (Lucien), à Braine-le-Comte (Belgique).
- Vanderheym (Eugène-Napoléon), à Turville (Haute-Marne).
- Van Müyden (Aloys), à Berne (Suisse).
- Vauthier, rue Saint-Lazare, 11.
- Vée (Léonce-Émile), rue de Rome, 61.
- Vegni (Angelo) C. % ^ via Saint-Nicolo, 131, à Florence (Italie).
- Verdie gérant des aciéries et forges de Firminy (Loire). Vergnes (Paul-Eugène), avenue du Midi, 17, à Limoges (H.-Vienne). Vérité (Augustin-Lucien), à Beauvais (Oise).
- Verrier (Charles-Joseph-Auguste), chef des études de la Société des forges et chantiers annexes, au Havre (Seine-Inférieure). Verrine (Louis-Justin), rue des Carmélites, 38, à Caen (Calvados). Vidard (Jean-Baptiste), rue de Rome, 71.
- Vieillard (Jules-André-Albert), quai de Bacalan, 77, à Bordeaux (Gironde).
- Vigan (Eugène-Médéric), cours de Vincennes, 45.
- Vignier (Pierre-Auguste) rue Lacondamine, 98, à Batignolles. Vigreux (Léon), rue de Rivoli, 16.
- Villermé, à Trelon (Nord).
- Vinay (Pierre-Jules-Émile), rue Vanneau, 38.
- Vinchent ingénieur en chef de l’État, rue Galilée, 17, à Bruxelles (Belgique).
- Vinit (Pierre-Arsène), inspecteur du matériel au chemin de fer de Lyon, rue de Grelfulhe, 9.
- Viollet-le-Duc père (Eugène-Emmanuel) O architecte, rue Condorcet, 68.
- Viron (Charles-Louis), chef de section du chemin de fer d’Orléans, à la gare de Tours (Indre-et-Loire).
- Vit ali (Philippe), rue Castiglione, 8.
- Voruz aîné 4? à Nantes (Loire-Inférieure).
- , Vojacek (Ladislas), ingénieur de la direction royale des chemins de fer de Hongrie, Buda-Perth, 47, Ozam Vigvaros (Hongrie). Vuigner (Henri-Louis), rue de l’Université, 30.
- Vuigner (Adrien), rue de Lille, 46.
- Vuillemin (Émile) aux Mines d’Aniche (Nord).
- Vuillemin (Louis-Charles) O. ^ ^ rue Réaumur, 43.
- Wahl boulevard Richard-Lenoir, 98.
- Wallaert (Auguste), rue Saint-Sauveur, 23, à Lille (Nord), Watteville (de) (Charles-Louis), rüe Turbigo, 89.
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- ~ 42 —
- MM. Weil (Frédéric) sgt, rue des Petitçs-Écuries, 13.
- Welter (Jean-Baptiste-Jacques), boulevard Mazas, 30.
- Wendel (de) (Paul-François-Henri), à Mayeuvre (Moselle).
- West (Paul), rué de Clichy, 39.
- Whaley (Georges), à Sotteville-lès-Rouen (Seine-Inférieure).
- Wiard (Léopold), à Cambrai (Nord).
- Wissocq (Alfred), ingénieur de l’atelier du chemin de fer du Nord, faubourg Poissonnière, 96.
- Wohlguemuth, ingénieur du dragage du port calle del Consego de Ciento, 356-2, P. Ensenc-he à Barcelone (Espagne). Wolmeringer (Eugène-François), à Ismaïlia (Égypte).
- Würgler (André), rue de Rome, 66.
- Xavier (Jean), rue de Châteaudun, 1 1.
- Ximenez (Aureliano) tf*, ingénieur en chef du matériel et de la traction du chemin de fer de Ciudad Real (Espagne).
- Yvert (Léon), rue de Londres, 4.
- Yvon Villarceau (Antoine) éfe # >§:, avenue de PObservatoire, 18. Ziegler (Jean-Jacques), boulevard Malesherbes, 89.
- Membres Associés.
- MM. Agache (Edouard), filateur à Lille (Nord).
- Babuï (Pierre-Jules), avenue Trudaine, 27.
- Belin (Alphonse), à Brie-Comte-Robert (Seine-eL-Marne). Briqüeler (Neveu Pierre-Ignace), rue de la Darse, 9, à Marseille (Bouches-du-Rhône).
- Chabrier (Fortuné), avenue delà Reine Hortense, 5.
- Chateau, au port Saint-Ouen (Banlieue).
- Chavassieu (Jean-Baptiste), député, boulevard de la Mairie, à Montbrison (Loire).
- Cordier (Henry-Georges), à Bellefontaine, district de Porrentruy, canton de Berne (Suisse).
- Coutin (Jules-Héhri), rue d’Amsterdam, 19.
- Dehaynin (Camille), faubourg SainLMartin, 12.
- Deseilligny (Alfred), rue Neuve-des-Mathurins, 92.
- Dufay (Auguste), rüe Neuve-Saint-Merri, 12.
- Duménil (Louis-Joseph), rue de Paris, 91, à Parttin.
- Düperray (Jëan-Gaspard), boulevard des Batignolles, 51.
- Durand (Eugène), rue de F Arbre-Sec, 19, à Lyon (Rhône).
- * Fauquet (Octave), à Oissel (Seine-Inférieure), i
- Galland (Nicolas), à Nancy, château de Sauvey (Meurthe).
- Gariel (Ernest)> boulevard Haussrrtann, 85.
- Garnier (Paul-Casimir), rue Taitboüt, 16.
- GéNesïe (Eugèné)j rue du Ghemin-Yert, 34.
- Gérard (Gustave-EugèneJ, rue du Théâtre, 1, Grenelle.
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- — 43
- MM. Geyler (Henry), ingénieur de la Compagnie française des Tabacs, hôtel de Londres, à Saint-Sébastien (Espagne).
- Giquel (Prosper) directeur de l’arsenal, à Fout-Cheou (Chine).
- Giroud (Henri), rue d’Hauteville, 49.
- Joubert (René-Achille), rue de la Fidélité, 11, à Angers (Maine-et-Loire).
- Jourdain (Frédéric-Joseph), rue de Penthièvre, 7.
- Jullien (Alexandre), rue Sainte-Hélène, 8, à Lyon (Rhône).
- Laveissièrè (Jules-Joseph), rue dè la Verrerie, 58.
- Le Cyrë (Alfred), rue Neuve-Saint-Augustin, 22.
- Léon (Alexandre), Cours du Chapeau-Rouge, 11, à Bordeaux (Gironde).
- Lesseps (de) (Ferdinand) G. C. ^ ^ , président de la Compagnie
- universelle du canal de Suez, rue Richepance, 9.
- Martellière (de la) (Camille-Alfred), rue Béranger, 21.
- Menier (Émile-Justin), rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie, 37.
- Montrichard (de) (Girard), à Gray (Haute-Saône).
- Moyse (Maurice) C. rue Pigalle, 16.
- Oeschger (Louis-Gabriel), rue Saint-Paul, 28.
- Pèreire (Émile) C. $ s|c, rue du Faubourg-Saint-Honoré, 35.
- Pereire (Isaac) O. président du Conseil d’administration de
- la Société autrichienne impériale et royale, rue du Faubourg-Saint-Honoré, 35.
- Poirier (Alcide-François), rue Saint-Lazarre, 23.
- Renouârd de Bussière (le baron Alfred), directeur de la Monnaie, quai Conti, 11.
- Robin (Théodore), rue Saint-Lazare, 89 (avenue du Coq, 4).
- Sommier (Alfred), rue de l’Arcade, 20.
- Viguerie (Ernest), avenue Joséphine, 81.
- Zeller (Constant), à Olhoilles (Alsace).
- M. le Président du Conseil d'administration de la Compagnie du chemin de fer-du Nord, rue de Dunkerque, 20.
- M. le Président du Conseil d’administration de la Compagnie du chemin de fer de l’Ouest, rue d’Amsterdam, 3.
- M. le Président du Conseil d’administration de la Compagnie du chemin de fer de l’Est, rue de Strasbourg. ' ;
- M. le Président du Conseil d’administration de la Compagnie du chemin de fer d’Orléans, rue de Londres, 8.
- M. le Président du Conseil d’administration dè là Compagnie du chemin de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée, fue Saint-Lazare, 88.
- Secrëàairc-AëcMviiste. J
- M. Husquin de Rhéville 5§c, cité Rougemont, 10.
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- LISTE
- DES MEMBRES DONATEURS
- ET
- DES MEMBRES EXONÉRÉS
- Liste des Membres de la Seelété qui se snnt exonérés et qui ont fait une donation de lOO fr. an moins.
- MM.
- fr.
- Bergeron. 100
- Biver (Hector). 100
- Bois (Victor)1. 100
- Bonnet (Auguste-Félix)l. 200
- Bréguet. 500
- Bricogne (Charles). 500
- BunmcoM. 600
- Caillet. 600
- Caillot-Pinart. 100
- Calla. 500
- Castor. 1000
- Chàbrier (Ernest). 600
- ChevandierdeValdrome(E.-J). 600 Chobrzynski (Jean-Pierre-Ch.). 600 Chemin de fer de l’Est. 1 600
- Chemin de fer du Nord. 1 600
- Chemin de fer de Lyon. 1 600
- Chemin de fer d’Orléans. 1 600
- Chemin de fer de l’Ouest. 1 600
- Claparède (Frédéric-Moyse), 500 Crétin (Gabriel). 100
- De Dion (Henri). 300
- Dëligny (Ernest). 200
- Dufournel (Alphonse). 100
- Durval (Maurice-Charles). 200
- Farcot (Joseph). 800
- Faure (Auguste)1. 500
- Flachat (Eugène). 600
- 1. Décédé,
- MM. fr.
- Fontenay (Tony). 600
- Forquenot (Victor). 600
- Frichot. 100
- Gaudet. 100
- Giffard. 2 000
- Gottschalk. 500
- Guérin de Litteau (Edgar). 100
- Hamers. 100
- Houel. 1 000
- Lalo. 100
- Lasvignes (Louis). 100
- Laurent (Charles)1. 200
- Lavalley. 400
- Le Brun (Raymond-Louis). 100
- Letestu. 124
- Loustau (Gustave)., 100
- Love (Gustave). 500
- Maire (Armand). 100
- Martin (Charles-William). 500
- Mathieu (Henri). 100
- Mayer (Ernest). 400
- Meiner. 400
- Mesdach. 100
- Molinos (Léon-Isidore). 600
- Mon y (Stéphane). 600
- Pereire (Émile). 1000
- Pereire (Isaac). 1 000
- Pereire (Henri). 1000
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- — 45 —
- MM. i MM.
- r. !
- Pereire (Émile) fils. fr. ! 1000 Rey (Louis-Pierre-Félix). fr. 100
- Pereire (Eugène). 500 Rhoné (Charles-Léopold) 600
- Perdonnet (Auguste)1. 1 000 Richard (Jean-Louis). 100
- Petiet (Jules)1. 2500 Schabaver. 100
- Petin. 100 Séguin (Paul). 1000
- Picard. 100 Sommeiller1. 176
- Pot (Charles). 100 Thouvenot*. 100
- Pothier (Francis). 300 Yuigner (Émile)l. 1000
- Pronnier (Charles). 200 Yuillemin (Louis). 500
- Raspail (Émile-Jules). 100
- Liste des membres qui sont donateur® de 100 fr. et plus,
- mais non exonérés.
- MM. fr. MM. fr.
- Armengaud aîné père. 100 Guillaume (Henri). - 100
- Armengaud jeune père. 100 Haas (Henri). 100
- Armengaud fils jeune (Jules). 100 IIamoir. 100
- Bàrroux (Léon). 100 Jeannenay '. 100
- Beaussobre (de) (Georges-E.). 100 Krupp (Alfred). 2000
- Belleyille. 100 Laine. 100
- Blutel. 100 Lavallée. 500
- Boire. 100 Le Roy (Amable). 100
- Borgella (Édouard). 100 Legavriand (Paul-Floride). 100
- Boudsot1. 100 Manby. 250
- Boutmy. 100 Marsillon (Jean). 200
- Chapelle1. 100 Martin (Louis). 100
- Delebecque. 100 Meyer (J.-J.). 144
- Dombrowski. 100 Mitchell (William-Jean-B.). ‘ 100
- Dru (Saint-Just) (Antoine). 100 Nancy (Alfred). 100
- Dubuc. 100 Nordling. 600
- Estoublon. 200 Pinat (Léon). 100
- Farcot père et fils. 600 Plazanet. 100
- Fontenay (de) (Eugène). 100 Poncelet (le Général)1. 100
- Fourneyron1. 5000 Reytier1. 200
- Garnier (Paul) \ 100 Schneider. 500
- Gouyy (Alexandre). 100 f .
- 1. Décédé.
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- — 46
- Li»te des» Ulemlivcs qni issobié exonéré».
- MM.
- Aboilard (François-Auguste~Th.). A gâche (Émile).
- Agudio (Thomas).
- Alcan (Michel).
- Alquié (Auguste-François). Albahet (Eugène)
- Aiibulu (de) (José Maria).
- Arson (Alexandre).
- Badois (Edmond).
- Barrault (Émile).
- Battaille Straatman (Jean). Bélanger (Charles-Eugène). Belpaire (Alfred). Benoit-Düportail (Armand). Bévan de Massy (Henri).
- Birlé (Albert).
- Blanche (Auguste).
- Bleynie (Martin).
- Blonay (de) (Henri).
- Blondeau (Paul-François). Boivin (Émile).
- Bonnet (Désiré).
- Bougère (Laurent).'
- Bournique1.
- Bourdon (Eugène).
- Bourdon 1.
- Bourset.
- Branville (de) (Paul).
- Bridel (Gustave).
- Brunt (John).
- Brustlein (H.-Aimé).
- Büllot.
- Bussière (de).
- MM.
- Gallon (Charles).
- Capuccio (Gaetano).
- Cail (Émile).
- Cazalis de Fondouce (Paul). Gazes (Edwards-Adrien). Cernuschi.
- Chabrier (Fortuné).
- Chauveau des Roches (Arthur). Ghuwab (Charles). Clément-Desormes. '
- Coene (de) (Jules).
- COSYNS.
- Comberousse (de) (Charles). Cornaille (Alfred).
- Cuinat (Charles).
- Daguerre d’Ospital (Léon). Dambricourt (Auguste). Debarle (Louis).
- Debauge (Jean-Inouïs)1. Deffosse (Étienne-Alphonse). Degousée père1.
- Degousée (Edmond).
- Dehaynin (Camille).
- Delannoy (François-Albert). Demanest (Edmond).
- Delpech 1.
- Delpech (Ferdinand).
- Demimuid (René).
- Deniel.
- Desnos (Charles).
- Doury (Paul).
- Dru (Léon-Victor-Edmond). Dübied (Henri-Édouard).
- 1. Décédé.
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- 47
- Suite de la liste des Membres qui se «ont exonérés.
- MM.
- Durenne aîné.
- Dürenne (Antoine).
- Dupuy (Léopold-Philibert).
- Duval (Raoul).
- Elwell 1.
- Elwell (Thomas).
- Ermel (Frédéric).
- Evrard (Augustin)1.
- Fl achat (Yvan).
- Fiévet (Ernest-Emile).
- Fournier.
- Gaget.
- Gandillot (Jules). «
- Ganneron (Edmond).
- Gaveau (Alfred-Frédéric) '. Gayrard (Gustave).
- Germon (Alexis).
- Geyler (Alfred-Édouard).
- Gillotin.
- Gislain.
- Goschler (Charles).
- Gottereau (Jean-Marie),
- Goumet.
- Grall (Isidore).
- Grenier (Achille).
- Guérin1.
- Guettier.
- Guntz (Charles).
- IIenri-Lepaute,fils (Edouard-Léon). Huet (Alfred).
- Hodgson (Jones).
- IIoulbrat (Abel).
- MM.
- Jeanson (Charles-Marie-Auguste) Jolly (César).
- Joly1.
- Jordan (Sarnson).
- Juanmartinena (de) (José). Jullin (Aimé).
- Kronenberg (Ladislas).
- Lacombe.
- Lacretelle (Claude-Étienne).
- * La Salle (Auguste).
- ; Langlois (Auguste).
- ; Lasson.
- Laurens (Camille).
- Laveissière (Émile-Jean)*
- Laveissière (Ernest) L Laveissière (Jules),
- Lebon (Eugène).
- ; Leci-ierf. i
- | Le Cler (Achille).
- ; Lejeune (Charles-Émile). -; Level (Émile).
- | Lévi-Alvarès (Albert),
- ! Limet (Hippolyte).
- Longraire (Léopold-François).
- Maldant.
- ; Marin (Paul).
- Marle (Paul).
- Marlier (Paul-Théodore-Eug,)1.
- I Martenot.
- , Mathias (Félix).
- Mathieu (Ferdinand).
- Maure (Edmond). ' j Mazeline.
- ; Menier (Émile).
- 1. Dëeêdë.
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- Suite de la liste des Membres qui se sont exonérés.
- MM.
- Mesmer.
- Michelet (Émile).
- Mignon.
- Mirecki (Antoine-Saiwomir). Monnot (Paul-Charles).
- Muller (Émile).
- Nozo (Alfred). 1
- Parlier (Jean-Xouis-Édouard). Péligot (Henri).
- Pélegrin (Henri-Auguste). Pépin-Lehalleur L PÉRI GNON.
- Périsse (Jean-Sylvain).
- Petre.
- Pichault (Stéphane).
- Piet (Jules).
- Pihet fils.
- Pierre (Antoine).
- Piquet (Alphonse).
- Poiret (Émile).
- ‘Poncelet (Antoine).
- Pottier (Ferdinand).
- Poulot1. '
- Pury (de) (Gustave).
- Reymond (Francisque).
- Riche.(Armand).
- Rochette (de la), (Jérôme). Roüàrt.
- Sauvan-Deleure (Louis).
- ? . 1. Décédé.
- MM.
- Saint-James.
- Ser (Louis).
- Scheidecker (Léon).
- Simon (Édouard).
- Simon (Henri).
- Smitii (Louis-Christian-Henri). Sommier.
- Sulbeger-ZiegleîL
- Thomas (Léonce) L Thomas-Grellou (Léon). Thomas (Max).
- Yaessen.
- Valentin (Léopold).
- Yillermé.
- Verrine (Louis).
- Yiguerie.
- Yoruz.
- Wahl.
- Watteville (de), (Charles). West (Paul).
- Whaley (Georges).
- Wendel (de).
- WlART.
- Wissocq (Alfred).
- Wurgler (André).
- Yvert (Léon).
- Yvon Yillarceau (Antoine). Ziegler (Jacques).
- : 1 ;c£ -
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- RÉSUMÉ
- PROCÈS -YEKBAUX DES SÉANCES
- DU
- Ier TRIMESTRE DE L’ANNÉE 1872
- Séance dm 5 Janvier 1872.
- Présidence de M. E. Muller.
- L’ordre du jour appelle l'installation des membres du Bureau et du Comité,
- M. Yvon Villargeau, président sortant, prononce l’allocution sui-vante :
- Messieurs et chers confrères,
- Dans l’impossibilité où le premier siège de Paris et l’insurrection du parti de la Commune ont mis notre Société de se réunir régulièrement, vous avez décidé que le Bureau et le Comité nommés pour l’année 1870 continueraient leurs fonctions pendant le premier semestre de 1871. C’est dans ces conditions que vous m’avez fait l’honneur de me confier la fonction de président pour le second semestre de 1871. Je n’en suis pas moins tenu de vous rendre compte d’une grande partie des travaux delà Société et de rappeler à vos souvenirs ceux de nos confrères que la mort a frappés.
- Pendant l’année néfaste qui vient de s’écouler, la mort ne s’est pas montrée moins impitoyable que pendant la précédente : nous avons à payer un tribut de regrets à de nombreux confrères, dont les uns ont succombé pendant la lutte et les autres à la suite d’efforts supérieurs à une vitalité compromise par les souffrances et les émotions inévitables de deux sièges consécutifs.
- Mon honorable prédécesseur vous a rappelé les services rendus à la défense de Paris par notre regretté confrère Yictor Bois. L’un de nos présidents honoraires, M. Flachat, dans une notice qui sera insérée au bulletin de notre Société, vous présentera, sur la vie et les travaux de M. Petiet, des documents d’un grand intérêt et sur lesquels je ne veux point anticiper.
- Quatre mois après la signature des préliminaires de paix, l’un de nos confrères tombait mortellement atteint par une balle allemande, à bord d’un bateau à vapeur
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- qui, cependant, faisait un service régulier sur la Seine. C’était M. Girard, l’un des ingénieurs de notre époque les plus féconds en inventions hydrauliques. M. Girard ne s’est pas seulement distingué par une grande originalité dans ses conceptions ; il était vivement préoccupé de la nécessité de trouver une.solution,-aux problèmes sociaux qui>agitent aujourd’hui les esprits clairvoyants;: la ..mort l’a frappé husmomenl où il croyait avoir résolu le problème delà distribution de la force motrice à domicile et avoir ainsi trouvé le moyen d’accroître les sources de la production industrielle chez un grand nombre de familles d’ouvriers. Comme tous les vrais inventeurs, Girard consacrait le fruit de son travail à la mise en œuvre d’inventions nou velles. Moins préoccupé des intérêts des siens que du but utile auquel tendaient ses efforts, il n’a pas su assurer l'avenir d’une famille qu’il a laissée sans appui ; mais nous avons tout lieu d’espérer qu’une situation si digne d’in té rêtn 'échappera pasà la sollicitade'd’asciens confrères ou amis de M. Girard.
- Dans la personne de M. Sommeiller, nçtre Société a perdu l’un de ses membres les plus distingués; la mort nous .l’a.»enlevé an moment où use terminait le grand travail du percement du Mont-Cenis. Chacun sait la part considérable qu’avait prise notre confrère, tant dans la conception qu’à l’exécution d'une œuvre qui comptera parmi les plus grandes de ce, siècle. Dans une lettre adressée à M. E. Flachat, M. Gotts-chalk s’est engagé à nous envoyer une notice sur M. Sommeiller : « Grand parle cœur,
- « comme par l’intelligence et très-françaisde cœur, quoique de nationalité italienne. » La notice de M. Goltschalk sera publiée dans nos bulletins dès qu’elle nous sera parvenue.
- En nous annonçant le décès de M. Sommeiller, M. Flachat nous faisait connaître également celui.de M. Amable •Cavé,(1ftère» d’eAMJ-Cavé, constructeur très4connu. M. Amable Gavé occupa successivement, dans les ateliers de ce dernier, .tontes? les positions, depuis celle de simple ouvrier jusqu’à celle d’ingénieur des ateliers. L’exemple que nous fournit la carrière d’Amable. Gavé s’ajoute à.-tanridîâutres, qui montrent qu’avec de l’intelligence et de, la persévérance, il est possible de^s’élever dë'laVositiôn la plus humble aux fonctions les plus honorables.,
- A dà'liëté dëja longue des pertes subies par notre Société,..dans.son personnel, je dotë àjOÏÏtër lè'g noms dé MM!'Chapelle, ..Roseau, Bouquié,’Grateau, jbuck,.ÏLohn et* Bàhhàlbihé^,'sût4 lesquels, malgré nos instances,,il n’à pas .été possible de.se pro-cüfëriie& reüSeigriëmënt's nécessaires. Bornons-nous donc, pour l’instant,.àleipyimer » leS'Vifë’t’egrëts qùe' là 'perte de si nombreux confrères nous inspire. Dés. que les rdnSêi’gtieiîlehtë demandes nous seront parvenus, leM Bureau, qui* entre en fonctions aujourd’hui, s’empressera de les publier dans nos bulletins. \
- La. plus grande partie de notre activité a. été employée,; pendant. d’aanéenqfii vient dé^ sjécôuler,, à augmenter lés-moyensr. do- défense .de la nation t-SLaos'effort# m?©nt pas eu lérésultat que le. passé militaire.de.la.France prûmettait .dleBpérert'i ilh, oz>U néanmoins été appréciés : un grand nombre des distioctions bonorifiquesqiaocardées à nés confrères, en sont la récompense; À côté de ces distinctkmsindividuelles, vient se placer le.iBreveb dont le ministre des travauxf publics.a voulu Jiënonermollective^1 ment la Société des ingénieurs civils f « en^tômoignage du. dévouemeut.- patriotiqueîu « dont elle a fait preuve pendant le siège tde Paris. » ^ a
- Je rappellerai que des décorations françaises ont été aecordées.à>MM. -Beauchamp,, Delannoy.et E. Trélafy nommés officiers > de la Légion. d?honneqr; ,à MM,. Le>Bo», Orëàt/Barbe, Gaiiibt^Pînard, Plazanet;' Faites/Picard,
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- Degousée, J. Rachat, E. Leclerc, Sergejeff, Chauveau-des-Roches, Rébière,. G. Delaporte, Barroux, Marsillon, nommés chevaliers : M. Dallot a reçu la médaille mili -taire. Ont reçu des décorations étrangères : MM. Moyse et Ximénès, nommés commandeurs de l’ordre d’Isabelle-la-Catholique, et M.iÂndfyï, nommé chevalier de l’ordre de la Couronne d’Italie.
- Aux assemblés générales du moisde juin, pendant les années antérieures à 1870-71, la Société décernait une médaille d’or au meilleur mémoire, remis dans le cours de l’annéé précédente ; les événements se sont encore opposés sur ce point à ce que votre Comité remplît sa tâche habituelle : il suffit de rappeler, qu’en .vertu d’une décision prise par le Comité, les mémoires reçus pendant l’exercice; >1870; concourront avec les mémoires reçus en 1871, et qu’en conséquence >la médaille d’or,ne sera pas décernée avant le mois de juin 1872.
- II y a six mois, mon digne prédécesseur vous rendait compte de l’état d’avancement dés travaux de notre hôtel et nous faisait espérer que « dès le commencement « de 1872, la Société pourrait tenir ses séances dans un local digne d’elle. » J’ai la satisfaction dé vous apprendre que ces prévisions sont sur le point d’être réalisées, grâce surtout au concours dévoué de l’ingénièur distingué que vous, venez d’appeler à la présidence.
- Malgré la tèrriblé situation où se trouvait lâ.villè dé Paris, nôtre Société a tenu régulièrement ses séances pendant les mois dë janvier et'février : en mars et avril elle s’est réunie deux fois au lieu de quatre : en mai, lés réunions ont été tout à fait impossibles ; ce n’est qu’à partir dü commencement dé juin, qu’ellès"ont pu se succéder avec la régularité habituelle.
- Beaucoup de nos séances ont été consacées à'dès sujets’se rattachant'aux opérations militaires : les questions relatives aux chemins de fer, a la navigation, n’eifont pas moins été l’dbjët de discussions approfondies : là grande question de renseignement des sciences appliquées a été posée dans Tune des dernières séances de 1871 et reste à l’brdre du jour.
- Dans l’ordre des travaux1 se rattachant aux arts militaires, note aviéns;'à‘Tâ,ppëlëi(,; : la continuation des- longues et minutieuses études-de M. Jordâïr, Sur lé^mëüvëment et la fabrication dés projectiles ; la suite' dés rècherchës'de Mÿ Biiîf Sub Férhplôi de lâvdiùamîte et lés expérienées décisives- ddnMil'a rendu témoins ’plüSieurs'iïiëmbrës dé la Société; la' communication 'de M/ lèpaititeur sur la fàbWOatioir < dés ^Iréjéctiles dans les fonderies d’Évreux ; celle de M.Gaudry sur ta construcfiôti'déè diVei’Sëhgihs du matériel accessoirefdes; canons,1 dans lés ateliers dés chemins de fër ettpielques étoblisseraentsiparticulièrs;les renseignements transmis'par-M’Mti DâVid!'ê'ttBburddh surl’IâlRU de l’amiral Labrousse ; les' divers projets présentés par' Mv Dërôidé aux membres du Gouvernement1 de1 la défense nationale,’ projeté dôüt une partie a été adoptée1; la description dés procédés employés par M. SévéraC, pûür îa fabrication d’une partie des obüs déJ7jidônti ré*gotivémement 'avait>cdh!0éjl'iéxécùtit)n' à’ l’indas-trië’prrvéé. 5
- En prenant une connaissance plus complète des travaux que-, jèfdoisî raenbornor à mentionner ici, on acquiert la parfaite conviction que Mvi YuiltomiiiétaitdôiBQdéëieB exagérer quand, en quittant la présidence, il nous déclarait que : « malgré les cir> tf-'COrtstanees: défavorables, la rareté de la main-d’œuvre et’.dte tmatières premières
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- « pendant l’isolement de Paris, les travaux exécutés par la Commission du génie « civil peuvent soutenir toute comparaison, pour la bonne exécution et la modicité >< des prix, avec tous les travaux similaires exécutés hors de Paris. » Votre ancien président ajoutait : « L’expérience faite par les administrations de la guerre et des « travaux publics, pendant le siège de Paris, impose au gouvernement le devoir « d’accorder, à l’avenir, une plus grande part à l’industrie privée, dans la fabrication « des armes et dans les travaux de la guerre, et de restreindre de plus en plus le mo-« nopole réservé aux agents et aux manufactures de l’État. »
- Une objection est opposée à ce système, et les procès survenus récemment, au sujet de fournitures d’armes et d’effets d’habillement faites en province, semblent au premier abord la justifier : on s’appuie sur ce que les fournisseurs n’exécutent pas loyalement les conditions de leurs contrats. Qu’il me soit permis, en passant, de constater que rien de pareil ne s’est produit à Paris, et que la capitale de la France ne s’est pas montrée si indigne que bien des esprits prévenus voudraient le faire croire. En temps ordinaire et hors le cas de complicité des agents de l’État, les formalités exigées pour la réception doivent offrir toutes les garanties désirables. Lorsqu’au contraire les circonstances pressent et que la marche régulière ne peut être suivie, il est clair que la principale garantie est dans la moralité des contractants. Or, la condition de moralité ne s’impose pas seulement dans la question spéciale dont il s’agit ici : de celte condition dépend en effet la juste satisfaction de. tous les intérêts en présence desquels se trouvent journellement les ingénieurs. Suffit-il, par exemple, que nous fassions concourir l’intelligence et l’expérience à la parfaite exécution des produits de l’industrie, à leur transmission rapide et peu coûteuse du lieu de lar production à celui de la consommation? Nos efforts pour élever le bien-être des populations, but que les ingénieurs ne perdent jamais de vue, nos efforts seron t compromis,isi la fraude intervient au moment de la remise des produits aux consommateurs* Faudrait-il donc que, pour assurer le succès de ses efforts, l’ingénieur se décidâtià, comprendre, dans ses attributions, l’organisation de la vente de ses produits Litm’échappe à cette nécessité que parce qu’il compte sur la bonne foi etja probitéodesryendeurs. Ainsi, la condition de moralité dans les relations s’impose universellement, et il importe autant de veillera ce qu’elle soit remplie que d’exercer
- une vigilante surveillance sur le travail proprement dit. Malheureusement lesddées sur l’honneur commercial semblent s’être singulièrement obscurcies : le consornma-teur, ose-t-on dire, a besoin d’être trompé ! La fraude, en effet, n’est le plus souvent
- cô.nsidérée que j comme un- simple délit, ^tandis que, systématiquement pratiquée, elle.Revient,Griminelle.;;i>)îfîr5 6j . . .. .. ,, .
- .ijUîAjcette, situation démoralisante je ne vois, qu’un remède, efficace, y est. l'obligation .pour le'jgouvernement.de répandre l'instruction à tous les degrés,y et pour chacun de çeuxiqui êniontireçu les bienfaits,; de compléter l’œuvre par l’exemple de la moralité setûdej laobonae foi.dans les relations. La participation des ingénieurs civils est ac-quiseA çgtje. œuvre iderirégénération,. et ce qu’ils ont su, faire dans les .^temps difficiles ique-nous venons,.de(traverser;,no.us pprmet .(d!affiçmer.qu’ils^restereront à la hau-iteur, d’une .si. noble tâche. .jPardonnezrmoi, messieurs,...une .digression.^laquelle'je sentiment profond de l’état réel dés choses, dans notre .malheureux. pays, m’h Inyq-lontairement entraîne. "
- U n’est pas un ingénieur mécanicien qui n’ait songé à utiliser, pour les besoins de
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- l’homme, l’immense quantité de travail perdu dans l’écoulement de l’eau des fleuves vers la mer, dans le flux et le reflux de l’Océan. Le prodigieux accroissement de la consommation de la houille depuis l’établissement des chemins de fer et le grand développement de l’industrie qui en a été la conséquence, n’ont pas manqué d’éveiller la prévoyance des ingénieurs : c’est qu’en effet, la houille ne se reproduit pas comme les arbres des forêts et qu’on ne peut pas considérer le nombre et la puissance des houillères comme illimités. D’ailleurs, un kilogrammètre obtenu à l’aide d’une retenue d’eau ne coûtera-t-il pas beaucoup moins que celui que nous tirons de la combustion de la houille? Telles ont dû être, ce me semble, les considérations qui ont guidé séparément MM. Girard et Thomé de Gamond dans l’élaboration des projets qu’ils ont présentés à la Société. M. Girard nous a communiqué un projet dont la réalisation aurait permis d’emprunter au fleuve du Rhône une force motrice de quatre à cinq cent mille chevaux : il venait de mettre la main à l’application de ses idées, en procédant à l’exécution d’un barrage sur l’Yonne, lorsque la mort nous l’a enlevé.
- Dans la même séance, où M. Girard vous faisait part de ses projets et de la mise à exécution de l’un d’entre eux, M. Thomé de Gamond vous a rappelé les recherches qu’il a entreprises sur le même sujet : envisageant la question à un point de vue beaucoup plus général, il nous a fait entrevoir la possibilité d’échapper aux effets désastreux des inondations et d’augmenter dans une proportion énorme les produits de l’agriculture, moyennant une transformation de nos bassins hydrauliques, dont il a fixé les principes. Pour faciliter la discussion, M. Thomé de Gamond a préparé une publication qui permettra de vérifier la possibilité de mettre utilement à exécution une pareille entreprise. Si. cette possibilité ressort de la discussion, la France aura à ajouter, aux bienfaits dont l’art de l’ingénieur dote chaque jour la civilisation, une nouvelle conquête, non moins capable d’illustrer le xixe siècle que l’établissement des chemins de fer et le percement des isthmes et des montagnes.
- Et, pourtant, à quelle hauteur n’a pas dû s’élever l’esprit d’invention, pour vaincre les difficultés de pareilles entreprises ! Entre les mains de nos confrères, M. Lavaltey à Suez et Sommeiller au Mont-Cenis, la drague et le perforateur sont parvenus à en triompher : les résultats prévus par le calcul se. sont réalisés dans les limites de temps que ces habiles ingénieurs avaient fixées. Notre éminent président honoraire, M. E. Flachat, vous a tenus au courant des travaux du Mont-Cenis, et la! Société a été invitée à la cérémonie d’inauguration de la nouvelle voie entre la France^ et l’Italie. ïï
- m
- Les questions économiques ne sont pas restées étrangères aux travaux de lâ Société. Alors qu’on avait encore à se préoccuper de la difficulté d’alimenter la population parisienne, M. Badois vous a entretenus des procédés de fabrication des matières alimentaires, mis en activité par M. E. Duchêne, avec son concours5 : vous n’avez pas appris sans intérêt que, dès les premiers jours de janvier, on était parvenu à réaliser, dans une seule usine, la production journalière de 200 000 rations de bouillon. M. Marché a fait connaître à la Société un projet de M. Ronna, concernant l’approvisionnement de l'agriculture, clans les’départements envahis : ce projet a été présenté à l’Assemblée nationale et renvoyé à la Commission d’initiative qui en a voté la'prïse en considération. •i'K>s i!iJ y u
- Les questions de navigation ont donné lieu à une conférence fort intéressante, à
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- laquelle avaient été invités deux ingénieurs étrangers à la Société : MM. ïfangin, in» génieur'des ponts et chaussées, et1 Dupuy^de-Lôme, ingénieur des constructions navales fies differents systèmes de docks flottants et,"entre autres; celui dëiM."Jahifcki, ont été examinés par M. Brüll et discutés par MMf Mallet, Janicki, Flachat, Lavalley et Dupuyi-flé-Lôme. ta discussion a1 eu pour résultat de fixer1 les idées sur certains points jusque-là controversés.
- Les perfectionnements et l’économie réalisés1 dané la construction des navires sont assurément ’d’un grand intérêt pour Id Société des1 Ingénieurs civils ; maisià me devait pas së borner sa sollicitude pour ce qui touché à la sécurité de la navigation : en effet; M. Arson, à qui nous sommes redevables de beaux travaux sur l’écoulement des gazfde l’éclairage,' est venu vous offrir une nouvelle solution du problème de la compensation du* compas. Jusqu’à ces derniers temps; * malgré les travaux’de savants très-distingués^ parmi desquels la France'compteSlPoncelet et’Poisson^ l'Angleterre, Airy et^Arfchibald Smith, on n’était pas parvenu à garantir les navires en Jer d’erreurs de direction dans la route suivie, qui ont atteint lê chiffre énorme de SS®* et amené plus’d’une Catastrophe. M.* Arson paraît avoir été plus1 heureux que ses devanciers, et tout‘nousfait espérer que la pratique confirmera ses prévisions.
- Contrairement5 à ses hàbitudes, et-par suite des événements,5 la Société s’est peu occupée cette année des ; questions de Chemin dd fer : néanmoins nous avons |f mentionner ?la communication de M. Mallet sur le chemin! dé fer suisse du Righî J Moire confrère nous a fait connaître les moyens ingénieux à l’aide desquels un habile ingénieur, M. Riggenbach, est parvenu à franchir des rampes de 25 centimètres par mètre; sur une étendue de plus de 4- kilomètres; et le succès d’une entreprise entourée1 de difficultés sans pareilles.
- Les questions de salubrité des grandes villes ont été’ l’objet d’une comparaison très-intéressante entré les procédés employés à Londres et à Paris, tant pour Passai-nissemeht de ces'grandes villes, que pour rutilisation des eaux des égoutsfM. Brüll vous a'mohtré que, si l’assainissement laisse encore à désirer de notre doté,en raison des'difficultés résultant de la faible penté'de la Seine, nous pouvons-espérer du moins une solution prochaine de l’utilisation dès'eaux des égouts.
- Dans le domaine des théories utiles à l’art de l’ingénieur, nous avons à signaler : le travail de M. de Dion sur le calcul des murs de soutènement et les remarques auxquelles ce travail a donné lieu, de la part de M. Leygue ; nous signalerons encore les résultats Ob tenus'par M; Duperray pour la représentation de la tension dé la vapeur d’eau, en fonction de la température. M. Duperray a eu recours’à un expédient dont les ingénieurs'paraissent méconnaître les avantages,' àHen juger par' le petit nombre'des cas où ils se résignent à l’employer.’Cet expédient consiste à’ remplacer une1 fonction par d’autres fonctions qui se prêtent mieux aux exigences des calculs, chacune d’elles nodevant être utilisée ^qu’entre des’limites données dé là variable, et sous la’ condition: que ses valeurs numériques s’accord en t5 d’assez près avec celles de la 'fonction donnée. Gomme application'de ce mode de fractionnement des fonctions,, qu’il’me soit permit de citer 'celle de la détermination de'“la trajectoirexdes projectiles; en ayant égard à la résistance de l’air. ; v W’;
- ' .-us •
- Dans i’ordre‘administràtif;Jdiverses'qüeâtiohs fort importantes ont été soüleyéés et
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- sont encoxe.à l'ordre,du,, Jour,de. nos séânKes. iAiinsj;,. à* l'occasioni dton projet i de toi sur la .viçinalité;, dont Iôîrgpporteur concluait àJa iCDneentrationideirtousiesèseMiGes au Mini^tère-des travaux, publics, ,M.,Chabrier, d’accord en celar avec-les*promoteurs du mouvement, de décentralisation, vous*a présenté .un excellent, travaihdans flaqUel il a mis en évidence tous les avantages qu'il y aurait à transformer les agents vpyors en ingénieurs ruraux : les?intérêts des communes et.ceux sdeil’agdculturennSîpour-raient que gagner à une telle transformation.,.Desicritiquesrde.détail;ont- étéeproduites par MM. Thomas, Sévérac et Molinos; mais le principe de la proposition est sorti, intact de, la discussion. ,-A, cette ..occasion*. JIv.V.ailIemin: a fait parti à lai Société de TLntérêt.que beaucoup de membres de l’Assemblée nationale?-attachent aux (Opinions émises par la. Société., des ingénieurs civils, dans, des? questions où ! elle) est-si compétente.
- Une autre- question également dlintérêt public a été traitée par ?M. Caillaux., Dlune étude très-approfondie sur l’exploitation des mines dans notre pays,* depuis l’époque des Gaulois jusqu’à nos jours, notre confrère fait jaillir une vive lumière sur les causes qui ont amené et maintiennent encore l’état de stagnation de notre industrie minière. M. Caillaux conclut à une révision des institutions législatives sur cette matière. La Société ne manquera q)asf d’appuyer‘la proposition-de *M.‘Caillaux*, quand l’apaisement des partis permettra au gouvernement d’aborder des questions qui ne peuvent être utilement traitées, sans un certain calme dans les esprits.
- Au nombre des sujets qui réclameraient également le calme et la tranquillité des esprits*: il en? est dont l’urgence .nous impose latinise <’à Tétnde-immëdiate. ?:?vtetosünt l’enseignement des. sciences ^appliquées etle mode de recrutementdes ingénieurs^de l’État. Le rapport qui vous a été présenté par le Comité, sur,ices? sujets, ?est trop/té-cençpour qu’il- soit nécessaire ’, d’en faire ici une analyse ^sommaire. Vous désirez qu’il soitimis fin à un système qui fixe à peu près l’avenir d’un jeune homme à l’âge de vingt . ans et ne permettrait pas. à l’ingénieur civil, de plus capable qu’on ^puisse se:figurer,?d’!être admis à remplir les fonctions d’ingénieur de .l’Êtato-Vous voulezrsqüe la gouvernement ouvre les portes de ses?écoles à toute personne emétat,d’en suivre les cours; vous croulez enfin que? le (Choix- de? ses fonctionnaires lseitsuniquement déterminé parinexpérience, le savoir et)la. moralité dès candidats. Grâce-âu mouvement d’idées qu’a fait naître -la «malheureuse-situation de’1 notre pays^ivos:?propositions recevront,l’accueil favorable qu’elles méritent...Mais le temps'pres$e;rot nous ne devons cesser d’insister, jusqu’au moment où elles seront, prises en)considération.
- La première fois que j’ai eu l’honneur de présider vos séances, je vous ai-entretenus de questions relatives à la. figure de la Terre, de l'initiativei que da France? a prise dans les grands travaux géodésiques exéculésrpour l’établissement-.du--système métrique et du ralentissement, pour ne pas dire de la décadence des hautes éludes géographiques, qui.a suivi chez,nous la suppression du corps des ingéiûçurs-géographes ;,>je vpus ai -signedé^en même temps. les;.progrès rapidesaquis’accom-plissent à l’étranger, !dans une, voie où nous avons été les ^devanciers,-, et. la .création d’une vaste Association géodésique internationale, où sont représentées toutes les nations du continent européen, à l’exception de la France. A cette occasion j’émettais Topinion qu’il -y, aurait dieu de provoquer la reconstitution. d’umeorps d’ingénieurs-géographes, et d’agrandir ainsi ,1e cercle d’action des ingénieurs, civils. A cet appel, M. Le François a, faitune réponse,, en mettant à la,disposition deda Sô-
- ciété ile^trjkut de son jexpérience, dans;l’importanteiquestipn:dèsfRiyellements,v Mais
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- en dehors de notre Société, il s’est fait depuis quelques mois une vive propagande en faveur des sciences géographiques : les uns proposent la fondation d’un Institut géographique, les autres la création d’un corps civil d’ingénieurs-géographes. J’ai même eu entre les mains le programme d’une telle institution, rédigé par un ingénieur compétent : je n’en puis dire davantage. 11 me suffit de constater que la question est mûre pour tout le monde et de provoquer l’attention de ceux qui se sentent disposés à tenter un effort pour obtenir une solution.
- Je vais céder le fauteuil à l’habile et actif ingénieur que vos suffrages ont appelé à la présidence; mais, auparavant, permettez-moi, messieurs, de vous renouveler l’expression de ma reconnaissance pour l’honneur que vous m’avez fait en m’y appelant moi-même et de vous remercier pour les sympathies dont vous m’avez donné les preuves-en acceptant de ma part une collaboration beaucoup moins complète que je l’eusse désiré.
- M?. Yvon Villarceau cède le fauteuil à M. E. Muller.
- Messieurs et chers Collègues ,
- 'Vous m’avez appelé à l’honneur de présider la Société des Ingénieurs civils. Je vous en remercie, vous pouvez compter sur mes efforts dévoués; je tâcherai d’être à la hauteur do cette mission.
- .> Si je ne consultais que la raison, je déclinerais cet honneur à cause de mes nombreuses occupations et de l’état de ma santé qui se ressent maintenant des cruels événements que nous avons traversés. Mais, à cet honneur, vous attachez des ser-j vices à, rendre, des devoirs à accomplir, l’hésitation n’est pas permise; et puis, quand un;honneur vous- arrive, de la nature de celui-ci surtout, n’éprouve-t-on pas une jseconde joie à le rapporter à son pays, à sa famille? Je suis donc fier de vous le dire, c’est pour ma chère Alsace, mon noble et brave pays, pour tous nos amis et j compatriotes bien malheureux de notre séparation, que bat mon cœur en rapportant iiçet honneur à leur affection, à leur appui, à leur estime, qui ont fait les premiers ïSuçcèsvde m^ carrière.^- ?<> lt ni» .
- ^ncQîesti à eux aussi, n’est-ce pas, mes chers collègues, que voustavez;pensé en ( donnant vos suffrages à un Alsacien? Et vous le soutiendrez dans le projet de nouer jf-de&î'relaiionsjplus intimes que jamais avec la Société industrielle devMulhouse et les ingénieurs d’Alsace et de Lorraine. ,«nbn*'.tis
- (îiàwJgfiiv «iùqeb. ;aèdoncTl du."- onu «:«q .io-HT
- nm Vous aveS'compris, excusé, n’est-ce paspmessieurs, ce cri-du cœur*, à l'occasion de ®Éiomanstallation.0Vous.comprenez cette douleur profonde -,i-ce> chagrin constant qui ne trouve d’apaisement que dans l’expression même de son déchirement : mais
- iîfamfôndy n’est-cepasv.reste; l’espérance?,srp m rrnU auov eh onçb .
- ,‘ie.tnesèiq suorè asfsTèoèà'snofîR'/ieado «supfeop ifi’j- .ffliêvn :m¥. .*iuJuï :rieVdus( venez;.“messieurs, 4ientend-PBsfîVI.-jî5fv.bn;îV<i:l:larc.eà.U:V la -modestie-dé; notre cher ^président me défendsdetfaire fson éloge en sa .présence. Il me s permettra cependan t > de luirdire combiLmHïba:intéressé laTSociété^ehïl’fcntretenanttdés.grandes, questions
- lïqublüi sdnlGfamilièreswdl a-puïfeconnaltfe-tqâe sa'mpminatiQii'itdâiprésidenceiïïqu’il
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- appelait une manifestation en faveur de la théorie, a rencontré une société fai te pour entendre sa parole; je suis l’interprète de vos sentiments, en exprimant ici le regret du passage trop rapide de M. Yvon Villarceau à la présidence, et de vos vœux à tous, en priant notre cher président de nous continuer prochainement ses communications. Il nous parlera de la construction des>instruments de précision qui a pris un développement si grand et si digne des études des ingénieurs , ainsi que des travaux de l'Association géodésique internationale pour la mesure des degrés en Europe.
- Vous avez encore présent à l’esprit, messieurs, l’intérêt de la séance dans laquelle M. Yvon Villarceau nous a résumé les résultats des nivellements géométrique et géodésique de la terre.
- Ces questions, et bien d’autres, qui se rattachent au problème de la vraie figure de notre planète, tant au point de vue de la science qu’à celui des applications à la géologie,-outre l’attrait de l’étude, ont pour nous.un autre intérêt qui doit toucher particulièrement la Société des ingénieurs civils.
- En effet, dans l’état actuel de la science, il y a convenance à continuer les travaux qui ressortent de ces grands problèmes et qui nécessitent un personnel instruit. Il nous est donc permis d’espérer que, pour atteindre le but, il se créera un^corps d’ingénieurs-géographes et qu’ainsi nous ne serons pas distancés par l’Association géodésique internationale. ,l?
- M. Yvon Villarceau, nous vous demandons de nous continuer votre concours assidu pour l’étude de cette intéressante question. Votre savante direction nous permettra de la poursuivre avec succès. .v.-'tioq avw rwiiwm m suov
- eiîoo ob •weinsd ai.»<
- Notre Société, messieurs, parmi toutes ses qualités, en possède une‘grande, à mon sens, c’est de n’avoir pas établi d’usagés,'c’est de'laisser de grandes làtittides à celui qu’elle nomme son président. .oova èuon -vcp êi-tetnmbvb
- Suivant sa situation, ses tendances, son tempérament; ibada faculté d’agir' dans le large cadre des statuts, et c’est en le choisissant ainsi, dans toutes lès spécialités, de toutes les origines, que vous abordez successivement- toutes les questions rivée une: hauteur de Vue réelte.*v^ 3$ ei-mn nom .-•vntelA oi-sda ara moq dss’a ^nih Chacun reste donc ce qu’il estp et par conséquent'cdnserve'sa valeur^pfopre ; aussi les travaux0 annuels» sont-ils le reflet ^des études personnelles ou dés- études préférées du président. Plusieurs d’entre mes honorables» prédécesseurs'orilfcru devoir: presque s’excuser de scêtte tendance ; je la trouvé si naturelle, si'indiquée, que je ne m’en excuserai’pas.» Vous savez qui vous nompiez, messieurs,SyôtifQibus connaissez de longuedate avant de: nous désigner ; le résultat estl'eelur ' hdquePvbus devez vous attendre. ,samwÀ ab la ooealAl) aitioïnègrù g&l
- Moi, messieurs, je nai pas une spécialité absolument tranchée; depuis vingt-cinq ans; je-me suis occupé'îde^'tous les travaux qui sont du ressortçdecllingénieurfrare-fment de travaux publicsyttoujours de'-rindustrie etiide(?beaucôupKd’indü8triestTdiffé-rentes;'tosmy'diipftirrtoft oh osïiôœ rieieaei-qtfs'l eii&b- oup iüomoaïfiqfi'b ovnoit;en Permettez-moi donc de vous dire ce quéJje pense^dœprogramme de/ndsnVfàvaux futurs. Mais avant, j’ai quelques observations générales à vous présenter, do Quand une nation a été'conduite'à sa pertevmdmme>nousal’avonsyfété,giib'ést du «devoir» de idhaqüej citoyën deisecouer son mddlence, fSonfindifférèntee;e;t de S’occuper < des choses d’in té ré U général « à! pl us-forte-raison;) une sodié té; qui contient tarit de. uforces»vlves»et!ihtelligèntesqueda nôtre,-iriespeutpas; nefdoitpaÜTis ter inactivèfjvfille
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- doit; discuter toutes lesaquestionsidonfc elle,, peut connaître*d’après ses statuts, dussen t-elles se rattacher à i la/politique; elle s doit; dansitoutes les questions 4!in~ s.taiotiop* de,salaires, dégrèves, 4è’participations -et/tant d’autres, avoir son avis, J e 4onnep*3 et ; en, tout jeas s'instruire; «parlai discussion, des; grands intérêts I d u pay s.
- ? Tout, Je jinonde ,sait que- noua avons été. vaincus ipan de travail etda discipline : n’ayant.rien à opposer; à- nos ennemis, pasimême? de soldats,< pas‘.même le savoir et l'énergie de eeux,quiavflient>mission4e nous/protéger et dont la vie; rihtelligence devaient être consacrées à cette noble tâche; — nous devions tomber abîmés, Tâme déchirée* .<le: mépris aux lèvres*ile mépris au cmur : —? méprisi pour des vainqueurs, mépris pour ceux qui devaient'nous défendre.
- Notre chute profonde est-elle un bien, est-elle un mal? L’avenir prononcera.
- Notre insouciance*inotre‘indifférence,, l’abandon jdeutoju&les devoirs, de ,tous les droitsdu vrai citoyen méritaient cette cruelleieçon.
- Je. croisa j’ai l’intime; conviction.,, que nos-malheurs/seront un bien pour, la France, il n’était que temps qu’elle se réveillât...,isElle;sefæéveille;-;je le lyois^jesleiisens..... les iretardatairesjsuivront; dl en:est qui rêvent encore !iqnoid?étonnanfciaprèS:,un en-gourdissement entretenu aystématiquementipendant vingt; ans?
- Reconnaissons/itous, iloyalement nos fautes,u nos? erreurs......
- Quelle ;force;nousirelèvera?
- C’est le travail, le travail partout et toujours, le travail.sansyrêîâehe.
- Rappelez-vous à: ce sujet le discours4e notre cher présidenfeïvon Tïllaneeau, tqui, dans nos chagrins, constatait;avec (bonheur que.pami'les citoyens; qui ontfaitieur devoir, qui ont payé leur dette à la patrie, figurent/aux premières lignesles ijcjgér nieurs de toute origine, alors que tant d’autres hommes, instruits aussi, mais dont l’énergie et,le cœur avaient féié: .énervés par un /système.et,,un régime détestables, ont,donné au monde le,, plus,,triste ^spectacle ideilenr.ipeptieet de leur faiblesse.
- Et ces fautes, messieurs, après les individus, les;.Sociétés elles^mêmes les ont commises;, llindifférence; s-est,glissée^jusque .dans nos rangs; m’hésitons pas à l'avouer.
- Notre,Soeiété,,n’qpas>rendu4epuis,quelques-années tous les .services.qu’elle,,pouvait, qu’elle devait rendre : ma conviction est faite sur ce point par la lecture attentive,de tous; les discours .de nos présidents.
- , 6.n oublie!yitei,,Qn;fRe.sait paS;asse?/.messieurs*.tout cerqulily. a,dç_grandes idées dans la, successiornde, ces.prpgrammesr développés - annuellement (dans .leurs, discours et, qui .contiennent,tout ce;q,ui peut et,pourrai intéresser les^ngêuieups.pendaûtde longues années. r;,a c .
- On préfère se rappeler; les. appréciations flatteuses; sur nos études,, suri nos travaux, sur le grand intérêt qu’ils présentent et sur les services rendus. j ,,r
- .rOuij.çertes.,/%y aù.,eu;46S;fétudes dp grandes,valeurs,,il;«y*ia4eu,des;t,discussions intéressantes;/mais elles.ne sont pas en rapport avec le nombre.de.jnos.collègues, avec les positions,, avec.levaient de beaucoup 4)entr,e?ieux.
- Et toujours après les paroles d’encouragement paraissent des réproches bien tem-^érés, sur le peu,d’empressement à suivre les séances,; sur, Jps ,pétards des.rapports, sur rinobseEvati^déSfrèglements. . i,$
- /je. ne suivrai pas .la même voie. , ,, ;
- „ Critiquez, blâmez-moi, d’oserfaire,,eesque.^iLont pas,, fait; ; nos , maîtres;,, mais
- ,/.Pour ayolr-un, guide sûr-.eLûndiscutable, je,;prei4s. nos. statuts, et nos règlements.
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- <$ue disent4l$?d5n dehors-de ce qui touche à nos études professionnelles, aux études scientifiques* appliquées' à ^industrie, ‘418' disent que* notre but s est : « ^d’étetdre « l’enseignement professionnel parmi les ouvriers et les chefs ^industrie ou d’atelier,
- « de poursuivre par l’étude des questions d’économie industrielle, d’administration « et .d’utilité publique,! Map^licationida plus :étendue des; forces set? desnrichesses idu « pays. »
- Qu’avonsmous'féit^dans cette voie, messieurs?... .üRien, ou c’estuà * peine si nous avons effleuré la question.
- Plus loin, l’article 7.,.dit :
- « Dans Ies six mois de,son. admission, tout membre,doit,adresser au,secrétariat,de « la.Société;,;SQit un mémolirpisun, une que£tiqn4nd,ustriellef,et sc,ienti{jqqe:JfSQiit que « notice détaillée sur des travaux, exécutés,;»
- Et l’article,complète.ceUe^disposition,parune sanction.
- Plus loiamncoretidansde règlement :
- « Le président partage les membres du Comité en sections pour? l'étude r des « diverses questions; renvoie les questions'à étudier aux sections compétentes.
- « La section doit faire un? rapport1 sur ‘Chacune des' propositions^qui'lui sont « envoyées; ce rapport est transmis au président jquMe'met ,à'!rordreidu jour de4a « plus prochaine réunion dedà Soeiëté.
- « La Société peut toujours’ renvoyer’ l’étude ‘de certaines questions à une Gom-« mission spéciale.
- «fîToute1séance-est ouverte ^exactement à l1 heure iridiquée et quel'que soitUe « nombre desjmerbbres présents. 1
- «' Le président remplit!les5fonctions^de censeur ; comme Itel,veille1 à! l’exécution « du règlement. »
- Voilà quelques-uns'denos devoirs nettement stipulés, messieurs.5 Les statuts, les règlements sont-ils observé^à peu près pour In forme; non, pour 4e?fondnon, pour satisfaire à l’esprit qui a présidém !avrédaction de nos statuts,’ à Jla constitution de notre Société. !
- Je viens5 donû'vous demander aujourddiui quelles sont vos’ volontés iforinielles.
- Voulez-vous suivre les anciens errements, ’ ou voulez-vous-’exéehter? strictement les prescriptions devvos 'statuts^et'Tèglements quf oht si bien prévit le'héeessaire pour arriver à?de grands résultats. ’
- Ce ne1 sera jdus aux vœux réservés, taux invitations amicaies':‘de vos‘ présidents que la Société se rendra plus ou moins activement; c’est à la volonté de tous, nettement formulée et que je provoque aujourd’hui. ‘ww-r--;
- "'Si vous décidezide suivre la voié facile; commode, ouverte : changèz vos statuts. Si vous les maintenez, engageons-nous tous'à les suivre. Je compte suHe concours de votre Bureau Bt de'votre Comité. n
- De' travail soutenu, 'l’émulation qüë je,!désire-voir1 s’établir 'dans notre Société, commence à se manifester partout. La vitalité française reparaît. Les œuvres créées pari'ihiti'âtiVe^prîVëé rèdoubleht'd7activité; je nëvous'diraivpasdouf ce qui-sé' fonde, tout ce qui sepréparej-mais je ne puis passer sous silence un grarid’projetynate^ieurs!: l’agriculture va aussi avoir enfin son 'haut enseignement réclamé de! toutes parts. 11 est1 inutile‘dè" vous dire l’iiifluence que des hommes profondément instruits -ét voués à l’agriculture auront sur cette branche de l’activité humaine, trbp abandonnée à la;roUtine et â l’ignorance.
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- Si, comme j’en ai l’espérance, cet enseignement se constitue, ce serait une gloire de plus pour l’Ecole centrale qui a déjà grandement contribué à la diffusion de la science dans l’industrie.
- Je passe, messieurs, à un fait important de l’ordre matériel, mais qui découle des études scientifiques. Je veux parler de la production de l’acier en France. Ce fait est trop récent pour être connu de tous, mais si intéressant pour l’industrie métallurgique française que je ne dois pas le passer sous silence.
- L’introduction des minerais méditerranéens dans notre métallurgie a permis d’abaisser successivement le prix de l’acier pour rails jusqu’à 25 francs les lOOkilog., et d’exporter des quantités considérables en Amérique. Anglais, Allemands et Belges sont aujourd’hui en concurrence avec nous pour acheter nos minerais. Ce grand mouvement s’est produit spécialement depuis la guerre.
- C’est une grande voie ouverte à notre métallurgie, dont les efforts soutenus par la science ont vaincu beaucoup des grandes difficultés qu’avait créées, dans le principe, le libre échange.
- Il y aura là- de bien intéressantes séries d’études que pourront nous présenter nos collègues métallurgistes, et en votre nom je fais appel, dès aujourd’hui, à tous ceux qui dirigent si habilement nos grands établissements.
- Cet appel me conduit, messieurs, à traiter avec vous une question souvent abordée par mes prédécesseurs : Il s’agit de la résoudre complètement et de nous expliquer nettement.
- - Nos statuts disent, je viens de vous le rappeler, que chaque membre est tenu de présenter un mémoire. Or, généralement, un ingénieur ne parle bien que de ce qu’il sait; donc, de travaux qu’il exécute, d’industries tqu’il exploite ou auxquelles il est intéressé.
- ^ Souvent, en dehors des questions de chemins de fer ou de travaux publics, quelques-uns de nos collègues, pouvant présenter un rapport, ont été arrêtés par la crainte d’entendre prononcer le mot « réclame. »
- -e A-t-il jamais été dit? On le prétend ; j’espère que non.
- Puis, presque tous, nous nous sommes retranchés derrière cette crainte chimérique pour abriter notre négligence ou notre indifférence.
- Rejetons ces mauvaises excuses, messieurs ; assurons-nous tous que tous les rapports seront les bien venus; estimons-nous assez pour être certains que tout ce qui sera présenté sera loyalement discuté, et soyez convaincus que les plus habiles trouveront de nouvelles ressources dans la discussion de leur propre industrie. Rappelez-vous, d’ailleurs, l’article 46 du règlement, qui dit « que jamais la Société ne donne »rd’avisi officiel sur la valeur d’un travail qui lui est communiqué. » Elle ne peut doncj vous le voyez, être compromise en aucune façon.
- Appelons à nous tous les travaux, chargeons nos Commissions du soin de les apprécier, avant lecture à la Société, et donnons confiance à tous les jeunes ingénieurs.
- isJe vous ai rappelé, ? messieurs, que tous nos présidents ont tracé de remarquables programmes d’étudesi et de discussion. Permettez-moi de ne pas, les reproduire : îslousî les consulterons souvent; Ne pensez, pas, d’ailleurs, que nous négligions, les chemins de fer, parce que votre président ne s’est pas spécialement adonné à cette industrie; •??* : -aï Jo .ô&iÿiapqtni "''.nu-. -.,>ç
- te Parmi-les nombreuses questions techniques que l’industrie des chemins de fer
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- offrira sans cesse à vos discussions, j’appellerai votre attention sur celles qui sont pendantes, en ce moment, devant l’enquête parlementaire ouverte à l’Assemblée,na-tionale : celles qui concernent spéciaîemënf’da réntrée im^ des compagnies shüsTempire du droit commun; celles qui concernent les règlements de camionnage et de livraison de marchandises ; mais il y a, je crois, plus et mieux à faire que de prendre seulement des mesures qui n’amoindriront' peut-être le mal que momentanément.
- Il appartient à la Société des Ingénieurs civils d’élever la voix dans le débat qui est soulevé par les plaintes du commerce et de l’industrie : Nul mieux que la Société, qui compte dans son sein un très-grand nombre d’ingénieurs fondateurs, je dirai presque créateurs des chemins de fer en France, nul ne peut mieux rechercher les causes du mal et indiquer avec, compétonce quels sont les changements qui pourraient être apportés à une organisation dont nos malheurs ont révélé l’insuffisance.
- Les chemins de fer ont été l’instrument le plus puissant du développement de la richesse nationale : la Société des Ingénieurs civils doit, à mon sens, éclairer les travaux de l’Assemblée et rechercher si, en étendant ou en divisant le réseau actuel et en soustrayant le commerce et l’industrie, par la libre concurrence, 'au régime des grandes compagnies, la fortune publique et le bien-être ne s’accroîtraient pas dans des proportions dont le passé pourrait garantir l’importance.
- En même temps que ces grandes questions, messieurs, vous aurez à étudier sn le malaise dont se plaint le public tient, ou non, au mode d’administration de nos compagnies ; si au lieu d’être l’âme d’une entreprise commerciale, but indiscutable de leur création, les compagnies ne se sont pas transformées sous l’influence du gouvernement, en administrations formalistes, qui se prêtent mal aux relations avec le commerce et l’industrie, de telle sorte que nos chemins de fer seraient aujourd’hui les maîtres du public au lieu d’être ses serviteurs* ’ av cum-ào.^
- Lemal paraît indiscutable, il faut chercher et trouver le remède. L’étude consciencieuse et comparative des divers systèmes de directions et d’administration des chemins de fer dans les autres pays, les résultats comparés qui y sont obtenus,,seront, pour éclairer ces recherches, du plus grand intérêt.- i >o n -jooq dapfa
- . '-S/P • ' -néaatsvo&âï' sa? EnoIeieH-
- : Iikvs mip kmxnC' y.- a-'-- .nu .hf&if# at-tOtt
- ,;ÿous trouverez,aussi digne de, votre^solhcitude, messieurs, 1 etude des. canaux et dè
- la navigation sij malheureusement abandonnée, en France : la vie,;Favënir-de n^ofre industrie sont cependant en jeu; sans rien préjuger, du résultât de vos discussions, ^ . suis certain quenon-seulement la gestion de la navigation parade -grandes compagnies établies en concurrence,.des chemins de fer, n’avânt ni intérêts, ru âdmi-nistrateurs communs, rendrait les plus importants seçyiceSj et procurerait à rjEtà| de
- Ww*^.;ïe««»bes.^fl8KfcSII^nol)
- io: .ëFu»o.H - si b sra/ioal riisavs
- '.erndiii
- Au sujet de Ceè' questions^vitales poun lepays, je suis heureux de vous annoncer, messieurs, que bientôt l’hôtebde la Société des lngénieurs.sera terminéaetpquenous bôurrénê* ‘réCeVbir les industriels qui ; demandent à Ifaire-partie-de notre Sociétés ià titré de3‘ffi,ëÉbr-és;,faSréCi!êSÿï esq jga'a -ôu jaesbigèiq '.9iJpr.sop-03;fsq-«i®t animèife Nos discussions gagneront encore en importance, et la voix de notre Société du Génie1 cWiFêMndxistfieh:deviëàdraiassez>ipüissant(ei(pouj|) qu;e.iSe&4iscüssions:'soient
- prises en haute considération.
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- Nôtre Société:,. messieurs, s’est aussi trop .désintéressée des travaux- des villes, nof tamment-dePàris. :
- Un .de nosrprésidënts avait déjà appelé? votre Attention s sur'ce sujet!; cette voie n’axpas été, suivies regretfionsde, car si) motreiSociété, avait depuis vingt ans discuté tous dés i projets;; avait appelé l’atten tion publique sur bien- des irrégularités qui se sont?1 commises, ou eût fini par compter avec elle et. on eût empêché bien des opérations regrettables.
- Mais ne «partons plus du passé, les regrets sont inutiles aujourdlhuii ;et ils ne peuvent qu’attristerr Prenons notre rang;? messieurs; montrons, notre forcepardes discussions' savantes! et désintéressées; et si. l’on veut .nous contester cette-force,, luttons avec .énergié'et persévérance * le succès; sera pour nous * car nous n’avons en vue que Fintérêt général; l’utilité publique-; nous n’avons aucune, attache^'aucun sacrifice à .féirèàl la. camaraderie ; cette échelle des infirme». ! quand elle est mal comprise, aucun ménagement de position à garder. Nous sommes forts, car nous sommes libres.
- Soyons donc vigilants; nos discussions éclairerontulès conseils' dés villes* celui de Pamsdui-même; biensq.u!il puisse, compter sur le-..dévouement*’.des ingénieurs les plus?savants, je. me fais un plaisir de,1e constater.
- Aujourd’hui, c’est un devoir pour nous; messieurs,),pourmous?qui avons >vn avec, joie l’administrationde Paris confiée à désîcitoyetis élusï!
- Et c’ëst un devoir d’autant plus' strict que. ce sont. des nôtres, ; que cessent des ingénieurs quirsonti, .presque partout;, à laatête des services municipaux;.,
- Éludions en i même temps-qu’eux cequn nous, intéresse tous: Nos) discussions, les guideront quelquefois!, les préviendront usi (nousücroyons. ài des ; fautes, ( Jeb soutiendront; etdesapprouveront quand ils feront bienu,
- JëvehèroheonîivaimdanO nosilMletins trace dé compté'rendu; de'ces»'grandsi trar vaux de la Vanne et de la Dhuis, et toependant plusieurs de no»; collègues y, .tra+ vaillent;,
- •Ib y fddà dé gtandes expériences acquises ;aux .frais de? tous*, et jusqu’ici ce- ne? sont qüevquelquosmns qui en; profitent* alors qu’il serait- juste .ddifairef connaître partout ce qui peut se faire, ce qui doit s’éviter..
- Il doit y avoir là des études extrêmement intéressantes de dilatation et de contraction de maçonnerie qui me préoccupaient alors que je regardais les projets, mais dont je né connais pas lés soltitions.' Vënei nous Msdibe; messieuré^ car iPest certain que dés dispositions spéciales ont’ été priséë par lés savants ingériiéurs qui dirigent dès travaux , pour éviter léé fîésiires dësy conduits ët‘dêé"àbcè tjüi sè succè^ dè'rit sur dè grandes longueurs:"
- CêK'sébont’dés léçonsJ d’ëxpériéhcer atiXqueflfesnbu!3ylë&' ibgëbiedFs dflt dirbit; et l’ingéiiîeur en chef est homme trop dëVohéi au progrès délai sdéhcë- phur iié' pas; peut-être nous résumer, lui-même, les grandes et intéressantêS'étüdëë qü’iFà'du’îâire:
- Et ces projets de chemins de fer dans ou sous Paris? Tout cela est dé votre ressorti Évidemment « cette dernière-question: sera.soumise à s vüs études* puisque trois devosviollègüe&tfonb paBtâedeilàiOitemiSstoni.r "
- Ptiisp encorep lés fgrandsspnojots d’emploi (des “eaux t vannes} lès discussions, à l’ordre du jour relatives à l’hygiène, à; la destination du nouvel TIôtel-Dieu'; celles qui 'toüchënt: àulasmise>auf,concounSideS ïtravauxvdeda /ville» ? Les questions îd’éclai-ragapdenohauffagie/de ^ventilation; -toutes. enfin;, etije n’ai. pas fbësoin dé< vous lés-énumérer, toutes devront être résumées devant vous, de manière'.à nous faire cou-
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- naîtbe-flà solution ides problèmes quand elle esttacquise ; à houâ! permettre dë''lafdiscuter. quand ellëinous 'semble désavantageuse ; à; nous mettre A mêihe, Couvent, dè! suspendre des décisions' qui pourraient mousparaître1 insuffisamment fondées.
- Passons à un autre ordre d’idées.1
- Personne, messieurs, m’est aussi1 bien* placé"que' liftgénieur pour1 étire lë trait d’u^ nion entre l’ouvrier et le capital/ ce 'créateur dübien^êfre detôusvsi peu compris1,-’ si injustement calomnié;; personne m’est appeléi’à exercer «une15action plus'efficace pourmmmbattre i’antagonisme: qui existe malbeurettsement:!
- îl y a des années que des essais de toutematuremnt'été-tentësfnous lës connais^ son s presque i tou s; Ce/ qu’il .'importé «dë1 savoir « mainten an tji. c’est -ce (qu’ilè1 unt produit,- ce» qu’il fau t rejeter,; ce .qu’il faut) suivre.
- Il importe de savoir ce que les Économats du chemin de fer d’Orléans, ce que «les Sociétés de Cômmentry* de Blanzy et beaueeupidiànaloguesy;ce que les Habitations ouvrières de Mulhouse/ide Lille^ de partout/ailleurs commeten'Fianceront produit.* En un * moit,i nous'devons nous éclairer, tous;1 pan le otravaiMe chaeuny surmontes lesmatièresdece domaine brûlant.
- A) ces sujets il ; serait extrêmement utile; de «. dresser pour douté «là1 » France-1 une' statistique des origines des patronsy des chnefs.‘d’îndustrie îetdes propriétaires: l’immense anajorité demeuxique l’on appelle les privilégiés de' lafifbrtunemesontv et e’e'st leur honneur, que ideegrands travailleurs? pomrmn / certain mombre la fortUneme-remonte qu’à leur père. La minorité seule trouverait la source deson aisance 'à-'dèux.: o uo trois ï générations.'
- Deux; exemples feroutî mieux!..'conïp^enêre,.ma/pensées Dans mne’ides grandesi.industriesi.desParis/: sur il00 personfflesiîamvéeS 'à'Sla fôC-tuae,'>70 isontrpartiesfdu bas, de^l-écbdlep;2ôltDiitldû tan commeneementi d'aisance à ileurspèreyiC, àil.êur grand-père: .Pouriiÿ seTilementy la fortune date de pllls ldinj et ce sont les seules fortunes qui pédcliteniiiaujourdlhui.1
- Dans; m«e avilie .industrielï©ique)'jeoconnaisy) dansalaquelle''iilOy m' bëauc0up de grandes. fortunes et plusc encoreidenfdrtünesimoyeïmesy 'SOlndüstriëls Sun 100) Sont,
- 1 es ; propres*/ ar tisans de deür sfontunep depuis.' vingKcinq ans ; 14 d'?èhtr>e> eux doivent lenraisnnce à ;des effërts qpi';remonl®nfe!plusï'bâutj):c?ëstiàïidire4,1830J!iet'ten'partie à leuE'père ;i©> seule,menb font remonteraForigine' de leur fortune làHetois 'aïeux:,
- Ce tableau de statistique serait certes une révélation pour tous les ouvriers dignes dü nojn/de travailleursoefclés recberchesiàifaâreiponrsrêtablir .seraient TdcilêS.
- Ge/itableaupimessieursi servirait ààmontrie«'iauxt'classeB!!Idbèrieoses)!auxquellés, nous aussi, nomMvaïud'hmmund’àfipmtmir^ que ^presque dbus*mous < «avons com>-mëncé;.îGommeeelle%in1oiqn’te.iii):t«it'CasLiceux!iqu’ifef:appelibnl>îébJl)éttreux'daijdur le sont devenus presque tdujqnrSiparîl’drdtrBsfetnlëîtravailP : ?!
- Sii ©ette fpensé^ (trouvensont écho'dans''layÊkSciétffiiniessiCursy l^'sitüatidni que « vous me-;faitestmeépermettra dJadresser,5nosy;vitea®iau^goüverÉemeiït pdùr:téîlnir«léS documents de cette statistique. 1 :&
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- s’occuper de la question de l’apprentissage, grande et grave question pour l’industrie; mais si, d’une part, nous devons être ses soutiens; d’autre part, et avant tout, nous devons rechercher, avec les autres sociétés qui s’en préoccupent activement, les moyens de protéger l’enfance et de faire des hommes.
- Je suis heureux de rappeler ici que c’est la Société industrielle de Mulhouse qui, la première, a provoqué la loi sur les apprentis, sans tenir compte des difficultés qui en résultaient pour l’industrie du pays. C’est un de ses titres de gloire!
- A cette étude, messieurs, se lie intimement celle de l’instruction.
- Vous avez tous lu l’exposé du projet de loi sur l’instruction primaire. Cet exposé, qui a paru le 1er de l’an, a été le bienvenu.
- De grandes et nobles pensées y sont noblement exprimées, je n’en retiens qu’une, celle qui me conduit au sujet dont je veux vous entretenir pour finir ce long discours.
- « Il ne faut pas, en pareille matière, compter ce qu’on a fait; il faut regarder en « avant et non en arrière : savoir, le chiffre des illettrés, le porter avec soi comme « un remords et ne prendre aucun repos jusqu’à ce qu’on ait réparé cette injustice, « écarté ce danger social. Il y va de la sécurité du pays et de son honneur. Sur « tous ces points la lumière est faite. Tout le monde est d’accord pour reconnaître « qu’il faut répandre et réorganiser l’instruction primaire. »
- La France entière, unanime, j’espère, cette fois, suivra avec bonheur cette discussion qui conduira ensuite aux études de l’enseignement supérieur et de l’enseignement professionnel.
- Mais faisons des vœux ardents, messieurs, pour que, en même temps que l’instruction primaire, celle des adultes, soit étudiée et poursuivie avec non moins d’ardeur : la première sans la seconde est peu efficace; et si les difficultés budgétaires sont telles que pendant quelque temps la solution ne puisse être administrativement complète, l’initiative privée ne peut-elle engendrer des merveilles? Quels hommes de cœur refuseront de concourir à cet impôt de conscience.
- A l’occasion de l’enseignement supérieur nous reprendrons, messieurs, le rapport que vous avez approuvé et qui traite du recrutement des ingénieurs de l’État. Quelle que soit la solution qui sera proposée, elle sera bonne s’il ne peut exister-nrfaveur ni privilège, si les hautes situations ne sont jamais dues qu’au talent et auctràvail, sans qu’il puisse intervenir une question d’annuaire, de provenance ou dé camaraderie.
- Il est de mon devoir, messieurs, de vous rappeler ici l’adhésion entière donnée à ce rapport par des ingénieurs de grand mérite, de haute position, qui reconnaissent que la situation actuelle n’est pas en rapport avec notre état social. ,
- C’est au sujet de l’étude de l’enseignement professionnel prescrite par nos statuts, que je vous demande encore quelques instants d’attention, q.
- Depuis quinze-ans on a beaucoup parlé de l’enseignement professionnel. On a fait quelques écoles qui rendent de grands services, et on s’est arrêté malheureusement. Beaucoup de bruit, pas assez d’effet.
- La Société voudra savoir les résultats,obtenus partout.; car c’est toujours en étudiant ce qui a été fait que nous devons chercher les moyens de réussir ce qui reste à faire.
- Quels que soient les efforts accomplis, j’ai pu constater que partout, aussi bien en France qu’en Angleterre et dans les pays où presque tous les ouvriers ont reçu l’instruction primaire, je constate, dis-je, que presque tous ignorent les plus sim-
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- pies connaissances du métier qu’ils exercent. 11 n’y a d’exceptions que pour les contre-maîtres ou chefs d’atelier qui sortent d’une école.
- D’après moi, messieurs, c’est à nous, c’est aux ingénieurs, c’est à tout homme instruit, au moins dans son métier, à tout chef d’atelier ou patron que revient le grand rôle de diffuser les connaissances nécessaires parmi nos confrères en travail, les ouvriers.
- C’est une noble et grande mission que tous les hommes de cœur doivent s’imposer : portons aussi en nous ce remords jusqu’à ce que nous ayons accompli ce que je vous propose.
- Nous avons le bonheur d’avoir reçu l’instruction. Il est de notre devoir de la donner à ceux qui ont .été moins favorisés du sort. Dans chaque usine, où il y a des ingénieurs, dans chaque atelier de tous métiers, je n’en excepte aucun, je voudrais voir quelques heures par semaine consacrées à des leçons à la portée des auditeurs et ayant trait uniquement à leurs travaux journaliers.
- Il est difficile, je le sais, mais non impossible de faire des leçons à des hommes insuffisamment préparés à les recevoir, et il ne faut pas moins, dans quelques cas, pour certaines industries, que la grande et sérieuse instruction des ingénieurs d’aujourd’hui pour être capable de faire des cours aussi élémentaires.
- Et voyez, messieurs, ce que nous donnerons en même temps que l’instruction aux travailleurs; nous leur inspirerons la confiance, l’estime et peut-être le dévouement et l’affection.
- Les plus zélés viendront seuls en commençant; les indifférents suivront, parce qu’ils finiront par comprendre que l’avenir est aux travailleurs.
- Ne comparons pas les leçons, comme je les comprends, aux cours de l’Association polytechnique qui ont déjà rendu de si sérieux services. Les leçons techniques de l’atelier, enseignées partout, faites par des maîtres qui connaîtront tous leurs élèves, auront un bien autre effet, un bien autre résultat.
- Ce sera chaque jour l’explication d’une des choses de l’usine, le développement cent fois répété, s’il le faut, des principes qui s’y appliquent constamment.
- Ce temps-là, messieurs, ne sera perdu pour personne. L’ouvrier deviendra plus habile, parce qu’à force de l’entendre expliquer, il comprendra ce qu’il fait.
- Pour le maître, quel qu’il soit, pour l’ingénieur, si c’est lui', et ce sera souvent lui, il sera mieux écouté dans ses ordres, parce qu’il aura accompli un grand devoir.
- Ce n’est pas une solution de la grande question sociale que j’indique là, messieurs, mais c’est un commencement, un bon exemple donné.
- Je n'ai pas besoin de vous dire toutes les conséquences de la généralisation d’une pareille mesure ; vous les avez aperçues dès les premiers mots. L’émulation naît avec la confiance, l’ouvrier n’est plus un manœuvre qui, à force de temps et de patience, saisit au vol quelques mots techniques, apprend quelques tours de main et croit savoir son métier ; il sent qu’il peut s’élever. Il deviendra studieux, il vous estimera, parce que vous aurez partagé avec lui le pain de l’intelligence et que vous lui aurez tendu la main pour s’élever.
- Enfin, messieurs, après un an de ce travail fait par tous les ingénieurs, maîtres et chefs d’atelier qui ont charge d’hommes, voyez-vous chacun de nous publier successivement ses leçons à ses ouvriers ! quel résultat immense que tous ces petits traités pratiques de tous les métiers, résumant ce que 30 ans d’études nous permettront de condenser en quelques pages.
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- Ah! messieurs et chers collègues, permettez-moi de vous affirmer que je ne vous parle pas d’un rêve; ce que je vous propose de prendre sous votre patronage est. pratique. Il ne faut que ce que vous avez pour réussir : du cœur et du dévouement.
- J’ai été ouvrier, j’ai vécu avec les ouvriers, de leur vie ; je me suis donné la joie dans ma jeunesse d’enseigner un peu de ce que je savais à quelques-uns d’entre eux. Ils sont arrivés à la fortune relative ; j’ai eu de ces hommes l’affection et le dévouement le plus inaltérable.
- Je vous donne ici ma conviction profonde : si elle frappe vos esprits et votre cœur, vous nommerez une Commission qui étudiera les programmes de ces leçons d’atelier, afin d’indiquer la marche à suivre aux inexpérimentés, qui réunira tous les documents, étudiera les formes d’encouragement à donner, peut-être les récompenses pour les dévouements utiles.
- A ce sujet, pourquoi notre Société ne conquerrait-elle pas, elle aussi, le droit de désigner aux honneurs les hommes qui auraient rendu des services, qu’elle seule aurait à apprécier, avant de les soumettre à la sanction supérieure.
- Croyez^moi, chers collègues, le bon exemple deviendra contagieux; le haut patronage de la Société des ingénieurs civils sera efficace. Nous formerons une phalange d’instructeurs des ouvriers ; ils auront confiance en nous, car aucun intérêt personnel ne nous guide, nous ne cherchons qu’une chose : la régénération, par le travail et l’honnêteté, de notre chère France.
- Surtout ne perdons pas courage. La tâche est lourde, mais glorieuse. Nous avons fait beaucoup depuis nos désastres ; mais ce qui est fait nous donne la mesure de ce que nous pourrions faire et de ce que nous devons faire. Ayons confiance en nous. Partout, bien qu’en disent les mécontents et les égoïstes, on peut voir une tendance à sortir de l’engourdissement moral, à combattre l’indifférence qui nous accablait. Le travail reprend de toutes parts, personne ne le sait mieux que nous, les malintentionnés seuls disent que la confiance manque. Ce sont les bras, les bons ouvriers qui manquent. A nous à les faire en complétant l’instruction qui, espérons-le, sera donnée à profusion. A nous, messieurs, avec tous les hommes d’intelligence qui s’occupent de l’instruction sous toutes les formes, à semer avec cœur et dévouement, et bientôt nous verrons lever la moisson que fera mûrir le soleil de la liberté.
- C’est après les efforts de tous, mais alors seulement, que nous oserons encore espérer que »
- Dieu protégera la France.
- M. le Président annonce le décès de M. Claro, membre de la Société.
- Il donne ensuite lecture de la lettre suivante de M. Drouyn de Lhuys, président de la Société dès agriculteurs de France.
- « jilonsieur le Président,
- « La Société des agriculteurs de France a constamment l’occasion de s’occuper de questions techniques, soit dans les sessions générales qui ont lieu chaque année, soit dans les Commissions convoquées presque chaque semaine au secrétariat. Nous attacherions donc un grand prix, Monsieur le Président, à l’établissement de relations suivies entre la Société des Agriculteurs de France et celle des Ingénieurs civils, qui compte parmi ses membres les théoriciens et les praticiens les plus éminents. Si la plupart d’entre eux, en devenant membres de la Société, voulaient bien prendre place
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- dans les sections de génie rural et des industries agricoles, nous serions plus que jamais en mesure de contribuer ensemble, dans cet ordre d’idées, à la prospérité de l’agriculture.
- « Un échange perpétuel de toutes nos publications et des communications qui pourraient intéresser réciproquement les deux Sociétés me paraîtrait, en outre, devoir cimenter l’alliance que j’ai l’honneur de vous proposer.
- « Veuillez agréer... »
- M. le Président dit qu’il sera adressé une lettre de remercîment à M. Drouyn.de Lhuys, et il propose de désigner quelques membres de notre Société pour répondre à la demande qui nous est faite.
- il est ensuite donné communication d’une lettre de Mj Gickel, directeur de l’arsenal de Fput-Cheou (Chine), qui demande un ingénieur ayant une dizaine d’années de pratique dans la construction spéciale des machines marines pour conduire, à Fout-Cheou, les ateliers de construction de machines et un atelier de laminage; les appointements seraient de 25 à 30 000 francs par an, selon les services qu’il pourra rendre. . .
- i.
- Séasace dis 19 JaBavS©!» 187S.
- Présidence de M. Émile Muller.
- Le procès-verbal de la séance du 5 janvier est adopté.
- M. le Président fait remarquer que M. Orsat avait adressé une réclamation au sujet d’une lettre écrite par lui à M. Flachat, relative à la discussion sur le recrutement des ingénieurs de l’État, et dont la mention a été oubliée au procès-verbal de la séance du 5 janvier.
- M. le Président annonce, le décès de M. Evard (Augustin), ancien élève de l’École centrale et membre de la Société.
- M. le Président donne ensuite lecture d’une lettre de la Compagnie du chemin de fer d’Alar à Santander, invitant les ingénieurs à prendre connaissance du cahier des charges relatif à la construction d’un pont en fer forgé ayec piles et culées tubulaires, sur la rivière Paz, à 21 kilomètres du port de Santander ; le cahier des charges est déposé chez MM. F, Mitjans et Cie, boulevard de Strasbourg, 26 ; les offres devront être adressées avant le 31 mars, à M. J. Sanchez-Blanco, à Santander. s .
- L’ordre du jour appelle la communication de M. J. Morandière sur un bateau-Ferry du lac de Constance,
- M. J. Morandière communique à la Société quelques notes recueillies, en juillet 1 870, sur un bateau-Ferry du lac de Constance, établi en 1869, entre le port de Friedrics-
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- hafen, tête de ligne des chemins wurtembergeois, et le port de Romanshorn, où aboutit une des branches de la Compagnie du Nord-Est Suisse. La longueur de la traversée est de 12 kilomètres environ; les wagons à marchandises seulement sont transportés, leur nombre peut être de 16 wagons à quatre roues.
- Le bateau consiste en un grand ponton en fer, de 70 mètres de longueur, 12 mètres de largeur, et lœ,80 de tirant d'eau, mû par deux grandes roues indépendantes, commandées chacune par deux cylindres oscillants. La force de cette machine est de 200 chevaux. Il y a deux groupes de chaudières et deux cheminées. La pression de marche est de 2 kilogr. Les dessins seraient dus à M. Scott, et l’exécution du bateau et des machines a été faite par Escher Wysse et Cie, à Zurich.
- Le niveau du lac étant soumis à des dénivellations qui peuvent atteindre 2m,50, on a établi à chaque port un appareil d’embarquement composé d’une longue poutre en tôle, dont l’inclinaison varie à volonté. L’une des extrémités de cette poutre, qui peut avoir une vingtaine de mètres de longueur, est portée par des articulations; l’autre extrémité étant maintenue par des contre-poids, que l’on peut monter ou baisser à l’aide d’un treuil.
- On a prévu le cas où le niveau du lac monterait d’une façon extraordinaire, et pour cela deux des neuf compartiments étanches, dont se compose le bateau, peuvent être noyés. Lorsque le bateau est chargé, on les épuise au moyen d’une puissante pompe de Gwyne.
- Les manœuvres d’introduction et de sortie des wagons sur le bateau se font à la machine, en ayant soin d’intercaler un nombre de wagons de raccord suffisant pour que la locomotive ne pénètre pas sur le tablier mobile.
- En juillet 1870, le bateau dont nous parlons ne faisait le plus souvent qu’un voyage par jour, tandis qu’on avait compté sur une moyenne de deux voyages par jour, pour rémunérer les capitaux engagés dans cette entreprise, et fournis par les Compagnies de chemins de fer intéressées.
- Il est vrai de dire que les chemins bavarois, qui ont sur le lac de Constance une tête de ligne au port de Lindau, ont construit de grandes gabarres en bois, contenant 8 wagons chacune; ces gabarres sont remorquées par les bateaux à vapeur du service ordinaire des voyageurs, entre Lindau et Romanshorn. Des plans inclinés de chargement en bois servent à embarquer à Lindau les wagons sur leur bateau. Il est résulté de là que tous les wagons ne vont pas chercher le Ferry de Friedricshafen. La solution d9 la Bavière est plus économique que l’autre.
- M. le Président cède le fauteuil à M. Desgrange, vice-président, et donne communication du résultat de ses expériences sur la résist$jiç§f,des matériaux à l’user.
- Avant de commencer ces essais, M. Muller a recherché si des expériences analogues avaient été tentées précédemment. Il s’est assuré qu’il n’y avait aucune donnée sur la question. Rondelet avait compris l’importance de ces études, mais s’était arrêté devant les difficultés d’exécution.
- M. Muller décrit ensuite le procédé qu’il a employé.
- Un bloc de granit de dureté connue (granit de Flamenville), de 0ra,25 de longueur sur 0m,20 de largeur, était chargé, y compris son poids, de 50 kilogrammes, soit de 10 kilogrammes par décimètre carré.
- Ce bloc avait un mouvement de va-et-vient donné par une manivelle et une bielle actionnant un cadre en fer entourant le bloc, tout en laissant ce dernier complètement libre dans le sens vertical.
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- Le bloc était percé d’une série de trous par lesquels on introduisait continuellement du sable de-Fontainebleau.
- Ce sable, dont on avait fait à l’avance un approvisionnement suffisant pour 1000 essais, se répandait ensuite sur la surface de la dalle en expérience, qui était placée dans un cadre spécial.
- Le mouvement était donné à l’ensemble de l’appareil par le moteur de l’usine. Un compteur de tours permettait de déterminer le nombre de tours de la manivelle, et, par suite, le nombre des frottements simples du bloc en granit sur là dalle en expérience.
- M. Muller décrit ensuite l’appareil micrométrique qu’il a fait construire pour mesurer l’usure de la dalle après un nombre de tours égal, dans chaque expérience, et fixé au nombre de 10 000, ce qui donne 20 000 coups du bloc useur.
- C’est à l’aide de cette installation que M. Muller a pu obtenir d’intéressants résultats, dont quelques-uns sont consignés dans le tableau suivant :
- NATURE DE LA DALLE EN EXPERIENCE. USURE DE LA DALLE (après 10 000 tours) ÉVALUÉE en centièmes de millimètres.
- Pierre inusable, théorique. 0
- Quartzites (pavés bleus et roses) ' 11
- Béton aggloméré très-vieux, échantillon spécial 26
- Granit des trottoirs. — Paris. 31
- Béton aggloméré ordinaire (un an de prise) 48
- Carreaux en grès cérames (feldspathiques) 51
- Béton aggloméré comprimé au choc (ciment de Portland).... 61
- Dallage en ciment Portland de Boulogne (coulé) 75
- Grès morin pour trottoirs. — (Paris) 98
- Bitume factice (contenant une très-grande quantité de sable). 95
- Asphalte comprimé, relevé après service 122
- Asphalte pour trottoirs. — (Mastic de Seyssel) 156
- Terre cuite de Bourgogne (suivant cuisson et qualité) 50 à 150
- Terre cuite du pays (suivant cuisson et qualité) 140 à 500
- Ma.rhre noir 124
- Pierre bleue (calcaire de Soignies) (Belgique).. 106
- Pierre blanche de Vendargues (Hérault) 102
- Pierre grise de Vendargues (Hérault) 214
- Ciment de Bédarieux 138
- Pierre d’Argenton 227
- M. Muller ajoute que les chiffres inscrits dans ce tableau ont été obtenus, en prenant la moyenne des résultats, de plusieurs expériences faites sur chaque espèce de dallage.
- M. Chabrier demande si pour l’asphalté on a toujours opéré à la même température.
- Il ajoute qu’il a remarqué que l’usure plus ou moins grande des passages asphaltés tient à la nature des matériaux constituant la chaussée.
- M. Paul a eu l’occasion de comparer les bétons agglomérés par pression, ou par choc.
- Les résultats qu’il a obtenus sont conformes à ceux indiqués par M. Muller; le béton aggloméré par massivation successive est d’un meilleur usage.
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- M. Muller répond que la température est restée constante pour tous les essais, les résultats sont aussi restés sensiblement les mêmes, que l’on opère à sec ou avec du sable mouillé*
- M. Muller invite MM» Chabrier et Paul à suivre les expériences complémentaires qui vont être commencées avec M. Michelot, ingénieur en chef des ponts et chaussées.
- M» Normand rappelle que, lorsque deux métaux sont en contact, il se présente fréquemment que le métal le plus mou use le métal le plus dur*
- Il fait remarquer que dans le rôdagè la matière dure qui sert à rôder s’enchâsse, dans le métal le plus mou.
- M. Normand croit que l’usure doit se produire de la même mahière entre lés corps que M. Muller a étudiés dans ses expériences»
- Il ajoute qu’il serait intéressant de comparer la dureté du sable employé à celle des matières composant les dallages expérimentés»
- M. Thomas fait encore remarquer que, dans un grand nombre de caSj les dallages sont usés par leur propre poussière; des expériences faites dans ces conditions conduiraient peut-être à des résultats intéressants.
- En réponse à une observation de M. Normand, M. MulleE ajoute qu’une seule Substance, le quartzite, était plus dure que le sable de Fontainebleau employé.
- M. Mallet exprime le désir que des expériences soient faites sur l’usure des métaux»
- M. Desgrange remercie M. Muller, au nom de la Société, de son intéressante communication.
- M. le Président donne la parole à M. Giqüel, pour là lëcturë dé s'à ’C'ëffiffiüiiiëâtion ‘ sur l’arsenal de Fout-Cheou (Chine).
- M. Giquel expose à la Société l’origine dé la fohdütidii dé ce grahd travail; il fend compte, des difficultés qu’il a dû surmonter. Il passe en revue tous les services de cë vaste établissement.
- Ce qui intéresse particulièrement la Société sônt les créations des écoles et ieë grands résultats obtenus déjà au point de vue de l’iiistructiOn des jeunes Chinoisj dont les études se font en français et eh anglais.
- M. le Président remercie M. Giquel de son intéressante communication, ët proposé de décider quë les notes de M. Giquel seront insérées dans les bulletins de la Société en y ajoutant le plan de l’arsenal.
- Cette proposition est adoptée.
- L’ordre du jour appelle la communication deM. de Dion sur les guanos de Mejillones.
- M. de Dion décrit la presqu’île dé Mejillones sitüéé dans l’Amérique du Sud , sur la côte du Pacifique, entre lë 23ë et le 24e degré de latitude süd.
- Au nord de la presqu’île se trouve le morro de Mejillones, autour duquel sont disposés les güanos ; il est allongé du nord au sud; sa crête est formée par un filon de porphyre (des coupes longitudinales et transversales de cette montagne donnent une idée exacte du relief du terrain).
- M. de Dion donne ensuite quelques renseignements sur l’étendue et l’importance de ces dépôts de guano que M» Larroque, ingénieur français, a explorés, en 1863», au moyen d’un grand nombre de puits.-
- Le guano se rencontre en couches, tantôt pur> tantôt mélangé de débris de granit.
- Souvent ces couches alternent jusqu’à deux ou trois fois dans la hauteur totale.
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- Ce guano est d’un brun rouge ou couleur terre de Sienne; il devient rose lorsqu’il est exposé à l’air ; enfin* sous l’action du soleil* il devient blanc.
- Ce guano paraît avoir été déposé sur cette presqu’île par des oiseaux.
- Sa composition est la suivante :
- de 70 à 80 0/0 de phosphate de chaux ; dé H à 18 0/0 d’eau et de matière organique ; de 1/2 â 2/3 0/0 d’ammoniaque ; et du sable, de l’argile et du sulfate de chaux.
- Le guano a été soulevé après sa formation* et il s’est éboulé sur les flancs du morro en même temps que le granit.
- L’exploitation se fait à ciel ouvert : on transporte le guano jusqu’à un escarpement où, le jetant dans une gouttière, il glisse près de la mer; mais ce procédé a le grave inconvénient d’en perdre, en raison de la légèreté de cette poudre.
- M. Paul indique le transport par câbles, comme pouvant.satisfaire à la question.
- Un Membre ajoute que ces appareils ne réussissent pas beaucoup pour le transport des betteraves.
- M. Molinos fait remarquer que cela tient principalement à leur mauvaise fabrica don et à leur mauvais montage.
- Il évalue à 15 000 francs le prix de revient du kilomètre pour une bonne installation de ces appareils.
- M. Molinos ajoute que l’objection principale que l’on fait à l’emploi de ces câbles consiste dans la position de la machine motrice, située souvent à 6 ou 7 kilomètres du lieu d’extraction.
- M. le Président cite l’exploitation de la carrière à plâtre d’Argehteuil, dans laquelle un câble est installé dans de bonnes conditions.
- M. Paul décrit une nouvelle disposition donnée à ces câbles.
- Dans ce nouveau système on emploie deux câbles, l’un d’eux servant de rail et l’autre servant à pousser les paniers par l’intermédiaire de loquets. Le câble de Meaux, installé dans ces conditions, a coûté 6 000 francs par kilomètre.
- M. le Président invite M. Trélat à faire connaître son opinion sur une question vivement débattue en ce moment : celle de la reconstruction de l’Hôtel de ville,de Paris.
- ’^l^a'-t-il lieu de mettre la question au concours ?
- Ou l’administration doit-elle désigner l’architecte qui sera chargé des études et de la construction de l’édifice?
- M. Trélat croit que la question s’est mal posée, qu’elle est encombrée de considérations secondaires qui ont pris le premier plan et étouffent le sujet principal. Quand on l’envisage dans la période militante où elle est arrivée, on découvre, d’un côté, une administration exécutive qui a préparé un programme et déterminé le .mode d’exécution qui lui paraît le mieux couvrir sa responsabilité; de l’autre, un corps délibérant qui a aussi son programme, et qui., par le mode d’exécution qu’il produit, introduit sur la scène un intérêt très-respectable, mais indirectement lié au sujet, : l’intérêt des artistes. On entrevoit le conflit. C’est lui qui tient toute la place ; et vraiment ce n’est pas là le fond de la questioii utile à résoudre.
- M. Trélat conçoit parfaitement qu’une administration responsable veille à garder toutes les libertés qui lui permettent de couvrir sa responsabilité dans Paction. Il conçoit, non moins bien, qu’une œuvre aussi importante que la reconstruction d'un
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- Hôtel de ville, à Paris, mérite de faire appel à toutes les idées qu’un concours public peut faire surgir. Mais ce qu’il ne comprend pas, c’est que de la lutte de ces deux points de vue indépendants il ne puisse sortir rien d’utile. Selon lui, si l’on veut un concours efficace, il faut renoncer aux programmes forcés imposés d’avance ; il faut simplement réunir toutes les données positives du problème, les publier et poser au concours la question entière : Où et comment refaire le meilleur Hôtel de ville? On sera sûr, ainsi, d’avoir recueilli toutes les solutions utiles au but qu’on poursuit et, parla, servi au maximum l’intérêt public. Sur ce vaste champ, le concours est indiscutable; car il couvre toutes les responsabilités trop engagées dans les deux ou trois programmes produits jusqu’à ce jour.
- M. Binder, membre du Conseil municipal, invité par M. le Président à assister à la séance, demande à présenter quelques observations.
- M. Binder indique que la question de la reconstruction de l’Hôtel de ville a été étudiée par le Conseil d’architecture et par la Commission des beaux-arts, puis par ces deux Commissions réunies.
- Trois solutions ont été examinées :
- 1° Reconstruction de l’édifice, tel qu’il était avant l’incendie;
- 2° Conservation de la partie centrale des constructions anciennes, en y ajoutant de nouvelles constructions appropriées au besoin des divers services de l’administration municipale.
- 3° Construction d’un Hôtel de ville sur des plans entièrement neufs.
- La Commission a rejeté le premier et le troisième projet, et propose d’adopter le concours pour l’étude du deuxième.
- M. Binder ajoute que, suivant lui, le concours doit être adopté dans tous les- cas, et il espère que le conseil municipal en décidera ainsi.
- M. Trélat fait à nouveau remarquer qu’il est très-partisan du concours en général; mais que, dans le cas particulier dont il s’agit, le concours ne peut être utile qu’à la condition de n’imposer aucun programme. Les instructions doivent se borner à l’énumération des besoins en laissant toute liberté quant au choix des dispositions.
- M. Després (Gustave) est d’avis que la reconstruction de l’Hôtel de ville ne doit pas être mise au concours. Il estime au tiers de la dépense l’économie résultant de l’emploi des anciennes fondations.
- Il ajoute que, dans ces conditions, la reconstruction de l’Hôtel de ville, d’après les anciens plans, doit être laissée aux architectes de la ville.
- Il paraît ressortir de la discussion que la grande majorité des membres présents serait partisan du concours, à moins que le Conseil municipal, jugeant en parfaite connaissance de cause, ne décide la reconstruction de l’Hôtel de ville tel qu’il était. Cette solution paraît également à la Société peu désirable : notre époque pouvant avec raison vouloir inscrire sa date dans une œuvre architecturale de cette importance.
- M. le Président propose à la Société de nommer diverses Commissions chargées d’étudier les questions dont il a proposé l’examen dans son dernier discours.
- La Société charge le Président de désigner lui-même les Membres qui devront former ces diverses Commissions.
- MM. Dornès, Grasset, Lemonnier, Kronenbert et Ziegler ont été reçus membres sociétaires.
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- Séance dm 2 Février 1S73.
- Présidence de M. Émile Muller.
- Le procès-verbal de la séance du 19 janvier est adopté.
- M. le Président annonce à la Société le décès de M. Moucheley-Bey.
- Il est ensuite donné lecture de la lettre suivante que la Société a teçue de M. Courras, membre de la Société,
- Monsieur le Président,
- Les généralités qui se disent et s’impriment depuis cinq ou six mois sur la question des transports ont trouvé justice dans votre discours d’installation. ' ‘
- ^Si elies"avâîent été appuyées d’un exposé de faits précis, si votre critique avait porté sur des points déterminés, nettement mis en lumière, nous pourrions aujourd’hui y répondre et vous fournir des explications qui, j’en ai la plus entière confiance, modifieraient l’opinion que vous avez émise.
- Mais ce que vous n’avez pu faire dans un discours, vous le produirez sans doute ultérieurement, et le moment viendra, pour la Société, de décider si l’œuvre à laquelle ont concouru puissamment les Perdonnet, les Flachat, les Pétiet et bon nombre de nos collègues, mérite les accusations que vous avez portées contre elle.
- 11 est toutefois une partie de la question qui peut sans retard être retenue, c’est celle qui touche l’encombrement actuel des voies et des gares, et je vous demande la permission d’en dire quelques mots.
- Tout d’abord, laissez-moi vous le faire remarquer, c’est dans votre discours, pour la première fois, qu’il est question de l’encombrement des voies. Il serait matériellement impossible, cependant, d’établir l’existence de ce fait. Quelle que soit l’activité actuelle des transports, on pourrait encore augmenter considérablement le nombre de trains de marchandises sur les lignes qui assurent l’approvisionnement de Paris, sans produire l’encombrement dont vous parlez. Vous pouvez sur ce point vous rassurer, non-seulement pour le présent, mais pour l’avenir, et tenir pour certain que les voies ferrées, proprement dites, peuvent livrer passage à un nombre de trains capables d’un trafic double de celui auquel il s’agit de faire face actuellement.
- Il n’en est pas de même, assurément, des gares et stations. Elles sont encombrées; c’est un fait que tout le monde a pu constater, que personne ne conteste. Mais vous en tirez trop facilement, monsieur le Président, une accusation d’impuissance, de négligence contre les Compagnies ; un examen plus attentif aurait conduit assurément un esprit net et droit, comme le vôtre, à conclure avec la Commission d’enquête parlementaire que l’encombrement est dû à des raisons plus fortès que la volonté et la prévoyance humaine.
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- Voici à ce sujet ce qu’elle expose dans son rapport à l’Assemblée nationale :
- « La cause principale de l’accumulation des marchandises dans les gares tient d’a~ « bord au manque de matériel qui s’est produit immédiatement après la signature « de la paix ; un nombre très-considérable de wagons était retenu par les Alle-« mands, d’autres avaient été détériorés ou détruits, beaucoup étaient employés « pour le rapatriement de nos soldats prisonniers.
- « Ensuite, à ce même moment, d’immenses quantités de marchandises étaient « dans les gares pour être expédiées sur tous les points et remplacer les approvi-« sionnements épuisés pendant la longue période d’inaction commerciale que l’on « venait de. traverser.
- « D’autre part, les services étaient désorganisés, le personnel dispersé ou trop peu « nombreux, les gares bouleversées ou détruites, un grand nombre de travaux d’arts « renversés.
- « En outre, là navigation était incomplète Ou paralysée sur plusiëürs points.
- « De là une accumulation immédiate et un arriéré considérable qu’il a été impos-« siblë d’empêcher, et qu’est vénue encore aggraver là funeste et criminelle guerre « civile qui a désolé Paris pendant près de trois mois.
- « Les Compagnies ont compris que la première mesure à prendre était de com-« mander du matériel; elles l’ont fait aussitôt, et leurs Commandes s’élèvent aujour-‘i d’hui à 41 300 wagons. C’est pour les Compagnies une dépense d’envion 30 mil-« lions.
- « Malheureusement, ce remède ne produit ses effets que lentement, car les livrai-« sons ne peuvent avoir lieu qu’au fur et à mesure de la fabrication;
- « Du resté, si les Compagnies ne sont pas absolument exemptes de reproches* il « faut dire aussi que le public rend souvent le service bien difficile. Il use sans façon « des gares des Compagnies, comme d’un entrepôt, laisse les marchandises sans les « décharger et rend ainsi des milliers de wagons inactifs.
- « A certains moments les gares ont été pleines par ce seul fait* et cet inconvé-« nient se fait d’autant plus sentir que beaucoup d'entre elles ne sont pas assez spa-« cieuses;
- « La Commission a reconnu également que le service des douanes et de l’octroi « apportait un obstacle considérable au dégagement des gares ; les formalités exigées « sont fort longues* les services commencent trop tard et finissent trop tôt, les portes « de sortie sont trop peu nombreuses; Elle a estimé* pour Paris, à 26 p. cent le re-« tard apporté au camionnage pour cette cause;
- « Enfin elle a pensé* en présence de l’insuffisance des gares principales* que la « création immédiate de magasins provisoires dans des bâtiments que l’on trouverait « disponibles rendrait de très-grands services.
- « La Commission croit devoir faire remarquer* en dernier lieu* que la crise dont «. nous souffrons est générale et qu’elle s’étend à tous les pays; Les journaux étran-« gers le constatent chaque jour, et les dépêches provenant de Belgique et d’Alle-« magne* que les directeurs des Compagnies ont apportées à la Commission, en sont « une preuve incontestable. *
- « Ces dépêches déclaraient l’impossibilité où étaient les lignes de ces deux pays, « en ce moment, de recevoir; des wagons venant de France. A Belfort* entre autres, a l’accumulation des trains destinés à l’Allemagne était extrême, et on ressentait cette « fâcheuse situation sur tous les réseaux. ,
- « La spéculation a amené aussi, dans ces derniers temps, et cela résulte des mêmes
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- « déclarations* de grandes perturbations et des accumulations de marchandises « considérables dans une même localité*
- « Enfin les transports de céréales, par suite de la mauvaise récolte* sont venus « ajouter encore à tous ces embarras.
- « Les Compagnies ne pouvaient, certes, prévoir de telles éventualités* et on doit « leur rendre cette justice, qu’elles ont mis une activité très-grande dans leurs ser-« vices* puisqu’elles ont transporté jusqu’à 30 p. cent de plus que les années pré-« cédentes.
- « Tel est le jugement parfaitement motivé, rendu par d’honorables représentants « du pays, qui ont examiné toutes les plaintes, reçu toutes les explications,, visité les « lieux, et que je crois devoir opposer, dans l’intérêt de la vérité, aux plaintes que « vous avez formulées. »
- Permettez-moi,d’espérer, Monsieur le Président, que vous voudrez bien, conformément à l’article 35 de notre règlement, donner lecture de cette lettre au début de la prochaine séance et en demander l’insertion au procès-verbal, pour bien établir aux yeux de tous ceux que nos débats intéressent, que votre discours, sur ce point comme sur tous les autres, est l’expression de votre opinion personnelle et n’engage pas celle de la Société...
- Veuillez agréer, etc., etc.
- Cette lettre est renvoyée à la Commission chargée d’élaborer le programme de la discussion sur les questions relatives à la crise des transports.
- M. Auson présente à la Société l’appareil qu’il désigne sous le nom de Compensateur des déviations du compas à bord des navires en fer, dont il a déjà exposé le but dans la séance lu FaoïïHTérmeK
- Sur l’invitation de M. le Président, il rappelle sommairement les conditions à remplir pour produire l’exacte compensation ; puis les dispositions adoptées par lui dans la construction de l’appareil; enfin il montre à la Société comment on en fait usage.
- Les conditions à remplir sont la compensation des actions perturbatrices exercées par les deüx causes de la déviation dii compas, le magnétisme permanent et le magnétisme induit* Il rappelle que le magnétisme permanent; autremeht dit Vaimantation, est développé dans le fer, pendant la Construction, par les actions mécaniques auxquelles chaque pièce est soumise. Les rivets; qui sont plus travaillés à froid qu’aucune pièce constituante de la coque, sont aussi plus fortement aimantés qu’aucune autre partie; et; comme ce travail a lieu sur la coque elle-même; le magnétisme permanent; qui provient des actions mécaniques, affecte l’orientation qu’avait nécessairement le magnétisme induit; développé sous l’influence de cette attitude; Les choses se passent, dit-il, comme si le magnétisme induit des pièces travaillées sur place était transformé en magnétisme permanent; L’uniformité de direction dans la ligne qui joint les deux pôles magnétiques de chacune de ces pièces résulte de cette condition, et détermine un état dont à l’avance on peut bien prédire le caraetèré, mais point l’intensité; Gelle-ci semble dépendre dü martelage à froid; Soit des tôles, sôit des rivets-. Elle apparaît avec une puissance relativement plus considérable dans les navires de jpetite dimension; parce que les actions des aimants sur l’aiguille; variant en raison inverse du carré des distances, s’accroissent plus par leur rapprochement; qu’elles ne diminuent par la réduction du poids de la matièrô;
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- Cette intensité est d’ailleurs tellement considérable, que les déviations qui en résultent atteignent des proportions qui rendent obligatoire la compensation. Lorsque l’aiguille est complètement retournée par l’action de la coque et qu’elle n’obéit plus à l’action de la terre, ce qui est le propre de certaines constructions, que M. Arson affirme avoir vues dans l’un de nos ports; ou bien seulement lorsqu’elle est fortement déviée et mise dans un état indifférent entre l’action du navire et celle de la terre, elle ne fournit plus d’indication utile, et il devient obligatoire de la régler. C’est le cas évidemment nécessaire, pour les navires dont les noms et les déviations suivent :
- Déviations observées à bord de navires de l’État.
- L’Éridan......................................... 58° 13’
- Le Narval......................................... i4 34
- L’Australie...................................... 52
- Le Passe-Partout................................... 15
- Le Chaptal....................................... 40 30
- Le Solon (à 1 mètre du pont).....................40
- (à 0m,50 du pont).................... 57 30
- L’Anacréon......................................... 22
- Le Comte d’Eu...................................... 54
- La Reine Hortense................................ 21 45
- Le Faon........................................... 29
- Le Dauphin......................................... 31
- Le Caton.........................................28
- La Salamandre...................................... 18
- L’Éclaireur...................................... 34 15
- Le Pétrel......................................... 19 30
- L’Averne.......................................... 19 30
- L’Australie.. ................................... 40 15
- Le Newton........................................24
- La correction, à laquelle on arrive par l’action de barreaux aimantés fixes ne peut produire l’exacte compensation de l’action du magnétisme permanent. Cela ressort d’une analyse mathématique très-simple de l’équilibre auquel est assujettie une aiguille, pendant qu’un aimant situé à petite distance tourne autour d’elle. La méthode consacrée et qui consiste dans l’établissement fixe de barreaux aimantés, placés dans le voisinage de l’aiguille, est donc certainement inexacte et inadmissible. L’appareil compensateur devait, sous peine de ne pas résoudre la question, faire intervenir une compensation exercée par une force ayant un moment variable pendant l’évolution.
- Il est à peine nécessaire de rappeler, ajoute M. Arson, que les conditions de cette régulation varient non-seulement en intensité, mais aussi en direction, d’un navire à l’autre.
- Le magnétisme induit, qui résulte de l’action que la terre exerce sur tous les corps en fer que nous pouvons considérer à sa surface, présente des caractères bien différents de ceux qui sont dus au magnétisme permanent. Tandis que l’action du dernier phénomène est fixe dans la matière, et d’une intensité constante, celle du magnétisme induit varie avec l’orientation du corps qui en est le siège, non-seulement
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- pendant l’évolution, mais aussi pendant son déplacement en latitude. La compensation de son action perturbatrice doit donc être faite par des éléments différents, soumis à des conditions particulières. On a tenté de la produire par des disques en fer doux de petits diamètres, placés soit à l’est soit à l’ouest de l’aiguille ; mais l’action produite, étant seulement une action attractive due au métal, et par conséquent constante dans son intensité, elle ne peut satisfaire à la condition qui lui est imposée, puisque l’état magnétique du navire est variable avec la latitude du lieu qu’il occupe. Ces deux formes perturbatrices, le magnétisme permanent et le magnétisme induit, sont équilibrées exactement, en toute orientation et en toute latitude, par le compensateur qui est soumis à l’examen de la Société, et cela par le jeu de deux organes spéciaux dont M. Arson donne alors la description.
- L’appareil compensateur se compose d’une borne fixe, sur laquelle repose le compas ordinaire de marine, suspendu comme il l’est ordinairement. L’aimant, qui compense le magnétisme permanent, est placé verticalement dans le plan qui, passant par l’aiguille, contient les pôles perturbateurs qui sont situés au loin dans la coque.
- L’angle constant, que ce plan fait avec l’axe du navire, est facile à déterminer par les observations de la déviation relevée en deux points rectangulaire, le nord et l’est, par exemple. Cette place, que l’aimant compensateur doit occuper, est variable dans chaque navire ; et dans la position propre à chacun d’eux, il est assujetti à un déplacement vertical qui fait varier l’intensité de son action, sans changer son orientation. L’aimant,, est formé de fils d’acier trempé, aimanté, et son intensité est proportionnée exactement par le nombre des fils employés.
- Le fer doux, qui fait la compensation du magnétisme induit, est formé de fils de fer doux, placés dans des tubes horizontaux, de chaque côté du compas. Ces appareils mettent en présence très-peu de matière dont l’action magnétique est au contraire rendue très-sensible par la forme des corps. On comprend que les pôles instantanés dus à l’action magnétique de la terre sont au plus loin possible l’un de l’autre, dans des tiges fines et longues. Leur action, précisément parce qu’elle est due au magnétisme contenu dans le fer et non au fer, est assujettie à deux conditions qu’il importe de rappeler : Dans un navire où l’action perturbatrice du magnétisme induit est due à la coque^ la partie de la déviation du compas due à cette cause est toujours négative; elle est alors compensée par un mouvement d’évolution du compensateur en sens contraire de l’évolution du navire. Si la déviation est positive, elle est due à l’action dominante des corps contenus, qui l’emporte sur celle de la coque, à cause de leur plus grand rapprochement. Dans ce cas, la déviation est inverse de la précédente et la compensation est obtenue en rendant fixes les faisceaux de fer doux; car alors ils tournent avec le navire dans le même sens que lui.
- Ces deux organes, réglés sur les bases qui viennent d’être sommairement rappelées, sont mis en œuvre dans chaque orientation de manière à satisfaire à la condition simple que le cadran répétiteur, placé sur le support de l’appareil à côté du compas, fournisse toujours les mêmes indications que le compas lui-même. Ce résultat s’obtient facilement par le jeu du volant manette, placé sous là main de l’observateur. Le mouvement, toujours très-petit, qui doit être donné à cette partie de l’appareil, lorsque la route change, suffit pour mettre tous les organes dans leur état de relation convenable. !
- M. Arson fait, remarquer que le compensateur peut être réglé, loin du navire, sur trois données de la déviation prise dans un même quart, le nord, le nord-est et l’est, par exemple, et satisfaire rigoureusement à la compensation, dans toute l’évolution,
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- sans retouche ni tâtonnement. Ce résultat, solidement basé sur la théorie même de la question, est des plus remarquables. L’auteur se fait fort de fournir un appareil satisfaisant à ees conditions sans connaître le navire en question, et l’appareil, expédié par lui de Paris, pourra être mis à bord sans retouche. Quand on songe que nos ports possèdent peu ou point de lieu convenable aux évolutions, et que les trois déviations nécessaires à son règlement, peuvent être plus facilement obtenues à la mer par des observations astronomiques, on reconnaît que l’application est vraiment présentée dans les conditions les plus favorables.
- M, le Président remercie M, Arson de son intéressante communication. Il de-* mande si l’appareil compensateur de M. Arson a été expérimenté pour de longues traversées.
- M. àrson répond que l’appareil a été placé sur le navire l’Europe, et que le capitaine l’a informé qu’il s’était bien comporté, mais ce navire naviguait dans des circonstances spéciales qui ne permettaient pas une étude complète et un contrôle permanent de l’appareil.
- L’ordre du jour appelle la suite de la discussion sur le recrutement des ingénieurs JjZ l’État. ' ' ...........
- M. Ôrsat donne lecture de la lettre qu’il â adressée à M. Flachat, président honoraire, le 9 décembre 1871, sur cette question, et qui est ainsi conçue :
- « Monsieur le Président,
- « Ayant assisté en partie à la séance de la Société des Ingénieurs civils du 1er décembre, que vous présidiez, ce n’est pas sans surprise que j’ai entendu attaquer, à propos du recrutement des ingénieurs de l’État, l’organisation de l’École polytechnique avec un accord si complet que, pour tout étranger présent à cette réunion, il eût semblé que c’était là une des causes des malheurs publics qui nous ont frappés. Et pourtant la question à l’ordre du jour, le recrutement des ingénieurs de l’État, était en dehors d’une pareille discussion ; c’est donc en détournant le débat qu’on a rejeté tout le mal sur l’organisation de l’École polytechnique, sans même examiner comme parallèle l’avantage des autres institutions existant actuellement'par lesquelles on prétend la remplacer. N’y a-t-il pas dans cette attaque sans raison, contre l’École elle-même, le reflet de cette fâcheuse tendance qui nous porte aujourd’hui si facilement à ébranler toutes les institutions qui brillent du plus vif éclat en attaquant, au nom de la liberté, les privilèges du savoir, de l’honorabilité, des services rendus?
- « Quoi qu’il en soit, j’ai regardé comme un devoir de protester contre ces assertions, quand bien même ma voix serait seule à se faire entendre. Et, d’abord, j’avoue que la discussion portée à la Société des Ingénieurs civils me paraît un peu en dehors des règles d’équité que nous devons nous imposer. En effet, si j’admets, sans contestation aucune, que les ingénieurs civils soient parfaitement aptes à discuter la question du recrutement des ingénieurs de l’État, je voudrais que les ingénieurs attaqués, ceux des ponts et chaussées et des mines, pussent librement aussi venir discuter leur opinion, si elle diffère de celle que vous avez exprimée, et je ne puis m’empêche^ à cè propos, de vous faire remarquer que la Société des Ingénieurs civils exclut de son sein les ingénieurs de l’État et supprime ainsi toute contradiction.
- « Je n?àt pas qualité pour défendre chacune des spécialités que fournit l’École poly-
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- technique, et je ne veux ici que restituer à l’École son vrai caractère qu’on a défiguré. Toutefois, je ne saurais admettre que l’éclat de l’École polytechnique vienne uniquement de ses fondateurs, comme on le répète trop souvent à tort. Ceux qui s’expriment ainsi oublient qu’à côté de ses célèbres fondateurs, de Monge, Laplace, Berthollet, Lagrange, etc., l’École peut revendiquer entièrement pour elle les noms de Gav-Lus-sac, Arago, Dulong, Fresnel, Biotj Poisson, Navier, Cauchy, Becquerel, Régnault, Chasles, Froment, etc., des généraux, maréchaux, amiraux, Gourgaud, Bertrand, Valée, Lamoricière, Noizet, Duperré, Poncelet, Piobert, Paixhans, Morin, de Tes-sant, Rigault de Genouilly, Frébault, etc., et de toute cette pléiade d’ingénieurs célèbres : Vicat1, Montricher, Poirel, Duparc, Talabot, Polonceau, Glapeyron, Julien, Ebelmen, Berthier, Juneker, Héron de Villefosse, Élie de Beaumont, et de ceux que vous connaissez tous : MM. Audibert, Sauvage, Solacroup, Belgrand, Dupuy-de-Lôme, La-valley, Le Chatelier, Jacqmin et de tant d’autres dont le nom m’échappe. Qui ne sent qu’en face de pareilles illustrations, le premier devoir est le respect, et qu’il est au moins téméraire de proposer le renversement d’une École qui a produit ces grands noms, dont l’assemblage répond mieux que toutes les raisons possibles à la proposition de eeux qui, pour tout réformer, veulent commencer par la détruire.
- « Ce ne sont point, d’ailleurs, seulement les travaux brillants produits au grand jour qui constituent ses seuls titres. Que n’a-t-on pas dit, par exemple, sur l’arme de l’artillerie dont soi-disant l’esprit de routine et d’inertie a causé nos derniers malheurs? Et pourtant, s’il m’était permis ici d’en parler, je montrerais que c’est après des séries d’expériences d’une longueur qui effrayerait nos ingénieurs civils que cette artillerie française, la première, a donné des armes de guerre rayées, fusils et bouches à feu, que c’est elle qui a ouvert la voie à l’artillerie de campagne légère, que loin d’être arriérée, comme on l’accusait au 1er juillet 1870, elle était la seule qui possédât dans son armement des mitrailleuses, dont malheureusement ni les hommes ni la plupart des officiers ne savaient encore le maniement ; qu’au point de vue de l’arme de guerre, la France, à la même époque, possédait à la suite des travaux de Far tillérie, et malgré son effectif de paix, l’arme de guerre incontestablement la plus parfaite de toutes celles en service, et qu’enfin, malgré les économies plus ou moins sages faites sur le budget de l’artillerie, ce corps d’élite avait armé la France, au 1er juillet 1870,-de 22 000 bouches à feu, presque toutes rayées. Je ne parle pas ici de la question du bronze et de l’acier, encore controversée aujourd’hui, ni du chargement des canons par la culasse, singulièrement compensé par le beau? coup moins grand nombre d’éclatement des projectiles.
- « Mais je reviens à la discussion, et je distingue dans les critiques la part des réformes qui s’attaquent en bloc à l’École elle-même de celles qui s’adressent à chacun des corps qui se recrutent à l’École.
- « On reproche au corps des ponts et chaussées, à celui des mines, d’être inabordables pour tous autres que pour ceux qui ont passé à l’École polytechnique. Ici, les opinions peuvent différer, et j’avoue pour mon sentiment personnel que je ne verrais peut-être qu’avantage à ce que les places d’ingénieur fissent l’objet d’un concours;
- 1. Un document législatif, remontant à l’année 1845, évalue l’économie réalisée sur les travaux exécutés par l'État seulement, par suite des découvertes de Vicat, de 1818 à 1845, à 200 millions. Est-il exagéré de dire qu'aujourd’hui le résultat de pareilles découvertes së chiffre par -plusieurs milliards.
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- mais j’ajoute que le résultat serait à mon sens bien peu différent de celui qu’on obtient aujourd’hui. Il y aurait imprudence, d’ailleurs, à maintenir ce concours dans tous les grades; il n’y a qu’à certaines époques de la vie que les concours sont possibles, et ce serait s’illusionner étrangement que de placer en première ligne l’auteur d’une thèse brillante, alors que les qualités moins éclatantes d’un administrateur et d’un homme d’expérience sont' surtout nécessaires.
- « En laissant de côté cette question, qui aurait dû être la seule discutée, je reviens à l’organisation de l’École mise inj ustement en cause.
- « On semble dire qu’aujourd’hui l’École polytechnique doit se transformer et devenir ou tout à fait civile ou tout à fait militaire. Il est facile, pour ceux qui n’ont point été à l’École, de mettre en avant cette thèse; mais il est incontestable aussi, pour tous ceux qui la connaissent, que c’est précisément dans le mélange des carrières civile et militaire qui en dérivent que consiste la force de son organisation. Supprimez l’émulation, qui porte de préférence les jeunes gens instruits et capables vers les carrières civiles, l’École polytechnique est bien près de mourir. Je n’en veux d’autre preuve que la différence d’émulation à l’École polytechnique et dans les écoles d’application : tandis que pour l’une le travail est tel que bien souvent on lui a reproché, non sans quelque raison peut-être, d’être immodéré, pour les autres il est infiniment moindre, relativement. La logique des faits accomplis mérite donc, encore une fois, l’étude et la réflexion la plus sérieuse. On oublie, d’ailleurs, trop facilement que le principe de l’École est, comme son nom l’indique, de faire connaître à l’esprit toutes les méthodes employées pour développer l’activité et la raison humaine, que la diversité des carrières qui en résulte en est une conséquence logique, et que, du reste, aucune carrière n’exige ce développement au plus haut degré que la carrière militaire, lorsqu’elle est bien comprise.
- « Je crois donc, Monsieur le Président, que vous êtes dans l’erreur, lorsque vous pensez que c’est l’élément militaire qui amoindrit l’École. Il est une conséquence de l’éducation polytechnique. L’élément militaire, de son côté, grandit par l’émulation des services civils, et cette influence heureuse produit souvent chez nous, parmi nos officiers eux-mêmes* les ingénieurs les plus éminents, ce qui ne se rencontre point au même degré à l’étranger. Faut-il vous citer, à ce propos, un nom que vous avez certainement présent à l’esprit, celui de M. Lavalley, ancien officier d’artillerie?
- « Vous avez dit, Monsieur le Président, que si les 8 ou 10 000 officiers qu’a produits l’École depuis 1794, année de sa fondation, s’étaient portés sur l’industrie, notre pays serait renouvelé. C’est là une assertion très-contestable, à mes yeux, et pour bien des raisons. La première, ainsi que je viens de vous l’exposer, parce qu’on aurait ainsi supprimé toute cette émulation qui est l’âme de l’École, ensuite parce que l’industrie n’éprouve pas ce besoin. Nous ne manquons pas, en effet, d’ingénieurs. Avec la facilité que l’on a aujourd’hui à décerner ce titre, il y a toujours vingt cou-curreuts pour une place vacante dans l’industrie. Les écoles d’arts et métiers elles-mêmes ont renoncé à former de bons contre-maîtres et ont cru s’élever en formant des ingénieurs dont les qualités pratiques ne compensent pas toujours les lacunes de l’instruction théorique, de telle sorte que, si Ton a peu d’ingénieurs capables, ceux qui ont ce titre sont plutôt trop abondants. D’ailleurs, il ne faudrait pas croire qu’un jeune homme sortant de l’École polytechnique soit beaucoup plus capable, sous ce rapport, que les autres; on- oublie trop que ce n’est qu’une école mère, qu’au sortir d’elle on passe par des écoles d’application, et qu’au sortir des écoles d’application on manque encore souvent des qualités les plus essentielles dans l’in-
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- dustrie, comme on l’a très-justement fait remarquer : non pas, par exemple, qu’on ne soit pas habitué à discuter des prix de revient, on l’enseigne dans les écoles; mais on ne sait pas ce qu’est l’habitude des ouvriers, on ignore la manière de les commander, qu’on est même quelquefois impuissant à acquérir jamais ; on manque souvent de cette assiduité, de cette persévérance qui n’est plus soutenue par l’émulation de chaque jour. Ajouterai-je que, si l’industrie n’a pas pris chez nous tout le développement qu’on pourrait lui souhaiter, cela lient à bien des causes que je discuterai peut-être un jour, et qu’il ne peut être permis d’examiner incidemment, dont la principale est l’incertitude de toute entreprise de longue durée.
- « On a dit aussi que|l’École polytechnique est la seule qui présente cette anomalie, qu’un examen passé à vingt ans sert comme base unique au recrutement de corps importants. C’est encore une erreur qui provient de ce qu’on ne connaît pas l’École. On passe en effet à l’entrée, non pas un examen unique, mais un ensemble d’examens oraux et écrits qui décident de l’admission : puis, à chaque année nouvelle, la continuation-des études est remise en question, non-seulement d’après les examens généraux, mais encore d’après les examens de toute l’année; un élève peut être renvoyé après sa première, après sa seconde année. Aux examens de fin d’année assistent toujours des délégués des ponts et chaussées, des mines, etc., avec la faculté de refuser un élève pour le service qu’ils représentent. Après les deux années d’école, viennent les trois années d’école d’application où les mêmes faits se reproduisent périodiquement ; et si les exclusions sont rares, cela est peu étonnant, puisque ce sont naturellement les jeunes gens les mieux doués et les plus travailleurs. D’ailleurs, il y a des exemples d’exclusion qui prouvent la rigueur de ces examens, et qui montrent que l’exclusion est plus qu’une menace et l’examen plus qu’une formalité. Quant à l’instruction de ces écoles d’application, elle est donnée bien plus libéralement qu’on ne le suppose, puisque d’une part l’École est fréquentée, en même temps que les élèves ingénieurs, par des élèves externes auxquels on demande un examen d’entrée sérieux, mais non excessif, et d’autre part que quelques-uns des cours sont' entièrement publics.
- « La voie est donc ouverte à tous, et aujourd’hui surtout qu’un conducteur peut devenir ingénieur, s’il passe des examens qui ne sont ni plus nombreux ni plus difficiles que ceux que passent les élèves , des Écoles polytechnique et des ponts et chaussées, il y a injustice à dire qu’on est plus sévère pour eux que pour des ingénieurs qui ont passé par l’École.
- « 3e ne puis m’empêcher, non plus, de vous faire remarquer que c’est précisément au moment où les tendances à la décentralisation s’accroissent de plus en plus qu’on vient agiter cette question, c’est-à-dire au moment où l’influence des ingénieurs de l’État diminue de jour en jour. L’industrie privée, notamment les chemins de fer, n’offre-t-elle donc,pas avec toutes ses dépendances des ressources bien autrement vastes que le service de l’État, et c’est justement à l’instant où l’importance de ces ingénieurs de l’État s’efface encore qu’on vient attaquer l’École qui les produit? N’y aurait-il donc pas eu pour la carrière d’ingénieur civil, du côté de l’industrie privée, bien des déceptions que l’on voudrait compenser en envahissant encore le service de l’État?
- « On a critiqué la limite d’âge. La critique, pour être juste, devrait porter sur toutes les institutions analogues : l’École centrale, l’École normale, celle des eaux et forêts, même celle de Saint-Cyr, celle de Brest, etc. On prétend que ce système
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- exerce une influence désastreuse sur le niveau des études. C’est là une exagération évidente, et, lorsqu’on présente comme remède de détruire l’École pour la remplacer par une grande Faculté ouverte à tous et à tout âge, je répondrai deux choses : la première, c’est qu’il n’y a qu’un âge pour apprendre, que, passé vingt-cinq ou trente ans, on se plie difficilement aux exigences de l’enseignement des écoles, on disserte, on discute, on apprend peu ; et qu’ensuite la mesure que l’on réclame existe, attendu qu’il n’y a pas un des cours professés à l’École polytechnique qui ne soit l’objet de cours publics détaillés et quelquefois professés d’une façon éminente soit à la Faculté des sciences, soit au Collège de France, au Muséum ou au Conservatoire des arts et métiers. D’où vient donc que cette instruction puisée à l’École polytechnique diffère tant de celle qu’on acquerrait en suivant les mêmes cours dans les Facultés et les Académies, c’est qu’il y manque ce levier puissant de l’émulation qui a produit à l’École de si grands résultats, et qu’à tous ces cours publics il n’y a aucun lien entre le professeur et les élèves.
- « Que l’on cesse donc de s’attaquer à une institution qui a rendu d’éminents services incontestés, et dont le développement a bien certainement rejailli avec éclat sur la profession elle-même des ingénieurs civils. L’École polytechnique et son organisation sont hors de la question. Ce qu’on peut discuter, c’est le système du concours pour les places d’ingénieurs. Il faut éviter de paraître ainsi passionner un débat en le déplaçant sans raison. Dans les circonstances où nous vivons, nul ne peut dire qu’une institution soit solidement assise; mais ce serait certainement un malheur public que de toucher à l’organisation d’une École qui, plus que toute autre, et c’est là le grand grief qu’on a contre elle, a développé par le souvenir d’une généreuse émulation des sentiments de confraternité qui ne s’oublient jamais.
- « Telle est la protestation que j’ai cru devoir vous adresser. Je n’ai pu entendre de sang-froid l’attaque en règle que la Société des Ingénieurs civils a dirigée contre l’École polytechnique. Autant la Société me paraît dans son droit en demandant l’élargissement dés carrières d’ingénieurs de l’État, autant elle me paraît faire fausse route en attaquant immodérément, comme elle l’a fait, l’École polytechnique elle-même et en développant' ainsi sans motif des germes d’antagonisme qui devraient surtout disparaître dans les circonstances actuelles. Je crois donc que ce serait faire œuvre de sagesse de circonscrire le débat à. la carrière d’ingénieurs, et je ne serais pas étonné que la majorité des anciens élèves de l’École polytechnique fût prête à affronter des épreuves qui ne pourraient qu’ajouter à la considération du corps des ingénieurs de l’État,, épreuves pour lesquelles les études et les concours antérieurs sont un gage presque assuré de succès.
- « Je vous laisse le soin, Monsieur le Président, de juger s’il ne convient pas de donner à cette lettre, quelque longue qu’elle soit, la publicité que vous avez donnée à l’attaque; c’est là une question d’équité dont vous êtes excellent juge, et je serais bien surpris si ma réponse restait sans écho.
- « En tout cas, j’ai la conscience d’avoir rempli un devoir qui m’a bien peu coûté, car il est l’expression sincère des sentiments que j’éprouve, et je suis convaincu que, même en n’obtenant pas l’assentiment de mes contradicteurs, j’aurai contribué à ralentir leur ardeur de destruction en leur montrant les difficultés qui s’opposeraient à leurs desseins^ le jour où on tenterait de s’attaquer sérieusement à l’École.
- « Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président, etc., etc. »
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- Après la lecture de cette lettre, la discussion s’engage dans les termes suivants :
- M. Flaciiat. Lorsque j’ai reçu la lettre de M. Orsat, j’ai éprouvé une impression pénible et je lui en ai fait part.
- Je viens d’en entendre de nouveau la lecture, et mon sentiment est le même. Cette lettre est imméritée, car elle prête à la Société des idées et des sentiments qu’aucun de ses membres n’a jamais exprimés ici.
- Il y a dans cette lettre des considérations sur lesquelles nous sommes tous d’accord, relativement au présent et au passé de l’École polytechnique. Moi-même je les ai exposées ici, et parmi nous aucune contestation ne s’est produite; c’est pourquoi je m’étonne que dans cette lettre on avance qu’on a attaqué l’École polytechnique;' le mot attaque n’aurait jamais dû être prononcé.
- Rien dans les observations que les membres de la- Société ont échangées dans la séance du 1er décembre, sur la question à l’ordre du jour, n’a eu le caractère d’une attaque contre l’École polytechnique. Personne d’entre nous n’a; dit, en examinant la situation de nos services publics et les principes de leur organisation, que l’École polytechnique fût responsable de leurs défauts, qu’elle ait eu des inconvénients, qu’elle ait. été inutile.
- J’ajouterai, qu’il serait profondément regrettable que, dans cette discussion,, les questions fussent posées d’une manière passionnée et sur un terrain qui n’est pas du tout celui que nous avons choisi et accepté. Je demande donc qu’il soit passé à l’ordre du jour sur la lettre de M. Orsat..
- Dans ma pensée, cet ordre du jour d’apaisement mettrait fin à un débat stérile, et, en le votant, vous déclareriez à M. Orsat qu’il s’est mépris sur nos intentions, que nous voulons traiter la question du recrutement des ingénieurs de l’État sans passion et sans exclusion, que nous demandons le concours, rien que le concours, et qu’enfin l’École polytechnique est et reste en dehors de la question que nous tenons à honneur de discuter jusqu’au bout avec calme et dignité.
- M. Orsat. On vient de laisser entendre que j’aurais dénaturé le sens des paroles prononcées dans la discussion du Ier décembre. Je ne rappellerai qu’une circonstance à ce sujet, c’ëst qu’au commencement de la séance, M. le Président a annoncé que la Société avait reçu de M. de la Salle une brochure intitulée : « la Suppression de l'École polytechnique, » et qu’à la fin de la même séance il a donné la parole à M. de la Salle, qui a développé les idées renfermées dans sa brochure.
- M. Fl achat. Je tiens à m’expliquer immédiatement sur cet incident. J’ignorais la publication de M. dé la Salle, qui n’est pas membre de la Société. Je ne l’avais pas invité, sa présence ici était résultée d’un malentendu, et je ne lui avais pas donné la parole. Ce n’est que par l’un des membres du bureau que j’ai suqueM. delà Salle était l’auteur d’une brochure sur l’École polytechnique. Je! n’ai pas cru1 devoir lui retirer la parole, mais je l’ai interrompu pour lui dire qu’il ne s’agissait pas de la suppression de cette École, et quand il a eu terminé, je lui ai déclaré qu’il ne serait suivi par personne ici dans,d’ordre d’idées qu’ibvenait d’exposer.. r u
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- M. Guébhard. Je m’explique parfaitement que M. Flachat soit convaincu que personne ne songe ici à la destruction de l’École polytechnique, car il n’assistait pas à la séance du Comité, dans laquelle on a commencé la discussion sur la note relative au recrutement des ingénieurs de l’État. Dans cette séance,dorsque je disais’ : mais
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- c’est la suppression de l’École polytechnique que l’on veut, il me fut répondu affirmativement par deux des membres présents.
- C’est à la suite de cette séance que je crus devoir me retirer du Comité, et que j’écrivis la lettre suivante qui est restée sans réponse :
- Monsieur le Président,
- « Je viens vous prier de bien vouloir accepter ma démission comme membre du Comité de la Société des Ingénieurs civils. Reçu membre de la Société lors de mon retour en France, il y a huit ans, j’ai été très-flatlé de me voir nommer de son Comité quelques mois après, et ai toujours cherché à motiver cet honneur par mon assidue coopération à ses travaux.
- « Je crois de mon devoir aujourd’hui d’abandonner ma place, ne pouvant approuver la direction que le Comité a prise dans la question des modifications à demander dans le recrutement des ingénieurs de l’État.
- « Je suis ennemi intime du monopole et des privilèges, et ai toujours pensé qu’il y avait d’importantes modifications à demander dans le recrutement des ingénieurs de l’État; de plus, le moment me paraissait bien choisi pour profiter des bonnes dispositions de décentralisation que.montre la Chambre; mais de là à demander la suppression de l’École polytechnique.il y a loin, et, en le faisant, je crois que la Société prend une voie peu faite pour arriver à une amélioration.
- « Je dois ajouter, Monsieur le Président, que, d’après l’ordre du jour de la séance d’aujourd’hui, communication de la note sur la réforme du système, etc., doit y être faite, et que, d’après ce qui a été dit à notre dernière réunion, les membres présents seraient appelés à approuver ou à désapprouver son envoi à la Chambre. Ne pouvant assiter à la séance, je viens, comme membre, protester contre une pareille manière de procéder. Une pareille décision ne me paraît pas pouvoir être prise ainsi, sa gravité nécessitant la réunion d’une assemblée générale.
- « Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président, l’assurance de la haute considération avec laquelle j’ai l’honneur d’être votre dévoué serviteur,
- «’A. Guébhard. »
- M. Tresca. Je suis assez embarrassé d’avoir à prendre la parole en pareille circonstance, et cet embarras serait plus grand encore s’il ne résultait pas des indications données par notre collègue M. Flachat, que la suppression de l’École polytechnique n’est demandée par personne ici. Qui pourrait, d’ailleurs, songer à attaquer cette institution, en ce moment surtout où, en présence de nos désastres, elle reste comme l’un de nos titres de gloire les plus incontestés et les plus précieux. La question n’est pas là, et ce que nous avons à faire tous, élèves de toutes les écoles, c’est de nous entendre pour travailler ensemble aux progrès techniques du pays.
- M. Goschler. Je crois devoir rappeler au sujet de la lettre que M. Guébhard a adressée au Comité, et qu’il vient .de lire, que le Comité, considérant qu’elle.résultait d’un malentendu, n’avait pas accepté la démission de M. Guébhard ; il avait donc chargé deux de ses membres de Lui déclarer qu’il n’était dans l’intention d’aucun d’entre nous de toucher à l’École polytechnique et qu’on pliait. M. Guébhard de retirer sa démission.
- M, Molinos. Le débat ne doit pas être porté sur des questions personnelles, et les
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- paroles prononcées dans une discussion du Comité sont et doivent rester en dehors. 11 n’y a en discussion ici que la note du Comité.et rien autre chose.
- Je suis convaincu que M. Guébhard a mal compris les opinions émises au milieu d’une conversation confuse. Quant à moi, ce que j’ai dit et je le répète, prêt à reconnaître mon erreur si la discussion me la démontre, c’est que je repoussais le système polytechnique, celui qui interdit les fonctions de l’État à quiconque n’a pas subi avec succès l’examen d’entrée à l’École polytechnique; c’est cela que je combats, et et ce n’est certes pas l’École elle-même. .
- Nous attribuer l’intention de demander la destruction d’un enseignement supérieur, nous qui voudrions le répandre et l’élever encore si c’est possible, c’est une accusation injuste. Nous demandons que l’École polytechnique soit ouverte à tous, est-ce la supprimer? M. Orsat le croit, examinons donc ensemble cette question. Discutons, et plus nous discuterons, plus nous serons d’accord.
- M. Normand. Nous sommes tous en ce moment assez susceptibles; mais il me semble à moi, .qui n’appartiens à aucune école, qu’il y a ici un très-grand intérêt en jeu et qu’il ne faudrait pas par esprit de courtoisie écourter le débat.
- On a constaté que nos services publics avaient été insuffisants, et tout le.monde est d’avis qu’il y a quelque chose à faire pour les améliorer. J’ai eu moi-même, il y a quelques années, l’occasion de poser ces questions et de combattre l’esprit du système que j’ai trouvé en opposition à la vraie science, celle qui se traduit par des améliorations pratiques, celle qui réussit.
- C’est une question d’intérêt général, il faut la discuter; et je dirai à ceux de nos collègues qui croient à tort qu’on veut prendre à partie l’École polytechnique elle-même, que nous rendons tous hommage à leurs talents et à leur caractère, mais que dans une Société française il ne pourrait être admis que des considérations personnelles, quelque respectables qu’elles soient, pussent entraver la discussion d’une question qui intéresse la grandeur du pays.
- M. Deroide. Je demande à exprimèr mon étonnement. Je n’ai pas assisté à la séance du 1er décembre, et je n’ai connu ce qui s’y est dit que par le procès-verbal; or, dans ce procès-verbal, il n’est pas dit un mot de la suppression de l’École polytechnique. Tous ceufc qui sont dans le même cas que moi doivent partager ma surprise.
- M. Orsat. Il s’est passé, au sujet de la note du Comité, un fait anormal que je dois signaler. Ordinairement, quand une question se présente, le Comité dégage son opinion. Par exception, dans cette circonstance, il a cru devoir saisir la Société d’une note collective. Je pense qu’il ne serait pas convenable que cette note fût soustraite à la discussion par un ordre du jour.
- Dans la séance du 1er décembre, plusieurs personnes, et notamment M. Alcan, ont dit que tous les membres étaient unanimes sur cette question, qu’elle était jugée et approuvée. Cette opinion m’a semblé prématurée, et c’est là surtout ce qui m’a entraîné à écrire la lettre que j’ai lue il y a quelques instants.
- La discussion doit être continuée et complétée; je n’ai entendu dans ma lettre que poser des préliminaires, et je demande à répondre mot à mot à la note du Comité, et je dirai de suite qu’on s’imagine trop facilement que l’École polytechnique a dévié de la voie tracée par ses illustres fondateurs, je démontrerai qu’elle a toujours été maintenue dans la même direction.
- M. Flachat. Je n’ai nullement entendu demander la suspension de la discussion
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- sur le mode de recrutement; je désire seulement qu’elle ne soit pas continuée sur la question de l’École polytechnique, qui doit rester hors de cause.
- M. Oksat. Dans le rapport du Comité, la suppression de l’École polytechnique n’est pas, je le reconnais, demandée explicitement; mais les mesures proposées entraîneraient, à mon avis, cette suppression.
- M. le; Président. Je pense que la discussion doit rester largement ouverte, à la seule condition que toutes personnalités seront évitées.
- M. Dallot. Je veux dire un seul mot pour bien formuler la question : L’ordre du jour, proposé par M. Flachat, avait pour but de supprimer de la discussion toute pensée d’acrimonie contre l’École polytechnique et ses anciens élèves, mais la discussion reste ouverte sur les moyens d’étendre l’enseignement supérieur.
- M. Molinos. Maintenant que nous avons, je l’espère, écarté toutes les susceptibilités, nous pouvons aborder la question de fond. La discussion montrera que nous ne sommes pas autant en désaccord qu’on le croit ; ne posons donc pas de limites à la discussion, mettons-y beaucoup de modération et elle aboutira.
- Ainsi, j’ai remarqué dans la lettre de M. Orsat qu’il n’était pas éloigné de l’idée du concours; je lui demanderai de vouloir bien préciser son opinion sur ce point.
- M. Brüll. Nul ne songe à supprimer l’École polytechnique. L’incident soulevé par M. de la Salle, étranger à la Société, étant mis complètement hors de cause, je dois cependant reconnaître qu’un malentendu était possible.
- Quand M. Molinos a introduit son mémoire au Comité, j’ai moi-même cru y voir la pensée de cette suppression, et dans le sein de la Commission chargée de l’examiner, je me suis fait un devoir de manifester mes craintes à cet égard. J’ai alors exposé que nous avions 200 de nos collègues sortis de l’École polytechnique, ayant comme moi conservé pour l’École un attachement et un respect des plus légitimes, et vis-à-vis desquels cette question pouvait devenir un brandon de discorde. Sur mes observations, l’auteur du mémoire, avec une spontanéité que je m’empresse de constater, a offert lui-même d’effacer les expressions qui pouvaient faire naître quelques doutes. Delà est née la communication que le Comité a revue et discutée phrase à phrase, et, pour ma part, je pense qu’il n’y existe plus trace de tendances d’un changement aussi radical que celui qui résulterait de la suppression de l’École polytechnique, et c’est parce qu’il n’en restait pas de trace, que j’ai pu signer la note avec tous les membres du Comité.
- Le malentendu, je le répète, était donc possible, et le débat qui vient d’avoir lieu le démontre. Il y a donc intérêt à ce que la discussion soit localisée sur la seule question contenue dans le titre même de la note : le recrutement des ingénieurs de l’État.
- Il serait aisé de montrer qu’on peut traiter isolément cette question et modifier le système de recrutement sans toucher à l’École polytechnique. Quant aux changements, qu’on pourrait apporter à son organisation, la discussion serait inopportune, et je demande qu’au plus vite, l’étude de la question du recrutement achevée, nous reprenions nos travaux ordinaires.
- M. Richard. Je désire entrer dans la question de fond, sur laquelle il y a bien des choses intéressantes à dire.
- M. Orsat. L’opinion que j’ai émise, dans ma lettre, sur le concours, m’est toute personnelle, et je ne l’avais manifestée que d’une manière incidente. Cependant, pour répondre à l’invitation de M. Molinos, je suis prêt à vous soumettre des observations
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- présentées sur cette matière par des ingénieurs des ponts et chaussées, qui ne repoussent pas, autant qu’on le croit, le principe du concours.
- Il faut, en tout cas, circonscrire le débat à la question du recrutement. Je persiste à penser que si, comme on le demande dans le rapport du Comité, on admettait à l’École polytechnique sans limite d’âge et sans concours préalable, ce serait la détruire.
- M. Dallot. M. Brüll, avec autant de modération que de netteté, a demandé qu’on sépare la question du recrutement de celle de l’organisation de l’enseignement des sciences appliquées et qu’on écarte cette dernière. Cette séparation me paraît impraticable. Je ne suis nullement d’avis de toucher aux questions d’organisation de l’École polytechnique elle-même, mais je ne vois pas qu’on puisse donner à la question du recrutement tous les développements qu’elle comporte sans toucher au système.
- Je citerai un exemple qui le prouve : nous serons évidemment conduits à rechercher ce qui se fait dans les autres pays concernant le recrutement des services publics. Nous examinerons, par exemple, ce qui se fait en Belgique. Tous les ingénieurs de l’État sont formés par les écoles du gouvernement : par l’école de Gand pour les ponts et chaussées, par celle de Liège pour les mines; mais ces écoles forment également et en même temps les ingénieurs civils : c’est la fusion pratique de l’École polytechnique et de l’École centrale; enfin l’École des officiers des armes spéciales est distincte des deux autres. On voit donc que la comparaison du système de recrutement entraîne celle des systèmes d’enseignement supérieur.
- Cet exemple montre bien que nous ne pouvons prendre l’engagement de traiter l’une des questions sans toucher à l’autre.
- M. Normand. Je ne veux que faire une remarque générale pour calmer toutes les susceptibilités : beaucoup d’ingénieurs de l’État cherchent à entrer dans l’industrie, je n’ai jamais connu d’ingénieurs civils qui aient le désir de briguer les fonctions de l’État, nous pouvons donc tous traiter cette question avec un désintéressement complet et avec l’unique préoccupation d’améliorer les services du pays.
- Les questions de pratique grandissent, à mon avis celles de calcul s’effacent. Il y a 150 ans, nos navires étaient les meilleurs marcheurs du monde, grâce à leurs formes. Certains réformateurs, les théoriciens de l’Encyclopédie, ont émis cette idée que les formes n’avaient aucune influence sur la marche, et on a dénaturé les formes de nos bâtiments, Aujourd’hui, on en revient aux vieilles pratiques. Je suis convaincu que ce qu’il faut, surtout maintenant, c’est introduire dans les grandes questions techniques les considérations de fait, et, comme le dit un auteur américain à la première ligne d’un ouvrage sur la défense des côtes, extraire la théorie de la masse des faits.
- M. Djeudonné. Sans remonter aussi loin que M. Normand, je rappellerai que, lors de l’expédition de Crimée, la marche des navires de notre marine marchandera fait l’admiration de l’Amirauté anglaise. Je trouve, du reste, que M. Normand fait trop bon marché du calcul : heureux qui réunit la pratique au calcul.
- M. Tresca. Je désire faire remarquer que les dernières. observations échangées montrent combien l’École polytechnique est en dehors de ce débat : il n’est question dans son enseignement ni de la marine ni d’aucune autre application. C’est une école de sciences pures, elle n’est donc pas de notre domaine.
- M. Badois. Ne conviendrait-il pas de voter l’ordre du jour proposé par M. Flachat .afin qu’il fût bien nettement établi que l’École polytechnique n’est pas en cause?
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- M. le Président. Il me parait inutile de procéder à un vote à cet égard. Le sentiment de l’assemblée s’est suffisamment manifesté, et il suffira que le procès-verbal mentionne que j’ai constaté l’unanimité que rencontre cette pensée.
- M. Duperray. J’aurais désiré prendre la parole plus tôt pour attester que les paroles adressées à M. De la Salle par M. Flachat avaient dégagé notre Société de toute solidarité avec les idées qu’il exposait et pour faire remarquer que cela était d’ailleurs constaté au procès-verbal de la séance du 1er décembre. Si cette circonstance n’avait pas été perdue de vue, je crois que le malentendu qui s’est produit ici aurait été plus promptement dissipé.
- MM. Denfer, Lemaréchal, Pourcel, Schivre et Welter, ont été reçus membres sociétaires.
- @éiî3Bce dira 1® ffévs»!©®® 1872.
- Présidence de M. Émile Muller.
- M. Alcan présente une observation sur le procès-verbal de la séance du 2 février, à laquelle il n’assistait pas. Il lit, dans ce procès-verbal, que c’est surtout parce que plusieurs membres, et notamment M. Alcan, ont dit que la note du Comité sur le recrutement des ingénieurs de- l’État avait obtenu l’assentiment unanime, que M. ^rMX'Te'té'ênFraînir'a écrire la lettre qu’il a adressée au Président de la Société ; et, dans cette lettre, M. Orsat se plaint qu’on ait attaqué l’École polytechnique.
- M. Alcan déclare qu’on a mal compris sa pensée, et que c’est à l’égard de la question du recrutement des ingénieurs de l’État qu’il croyait devoir constater que la note du Comité rencontrait l’unanimité. Ceci dit, il réserve d’ailleurs son opinion, et il pense que, quelque incontestables que soient les services rendus par une institution quelconque, il doit toujours être permis de la discuter, de rechercher si elle n’aurait pas pu rendre plus de services encore, si elle peut être améliorée, si elle doit être modifiée. Il n’y a rien d’infaillible, et toutes les institutions, surtout celles qui concernent l’enseignement, sont perfectibles et susceptibles de se transformer suivant les besoins de chaque époque.
- M. Orsat répond en donnant lecture du procès-verbal de la séance du 1er décembre 4871,, où il est dit : « M. Alcan constate que le projet soumis à la Société rencontre l’unanimité (page 117, ligne 3)- » et en outre, de la première phrase du rapport du Comité qui est ainsi conçue ;
- « Les malheurs qui viennent de frapper si cruellement notre pays ont démontré « la nécessité de réformes considérables, et il faut placer au nombre des plus ur-<i gentes celles qui touchent à la fois aux services de l’État et à l’enseignement géné-« ral. Le système de recrutement des ingénieurs de l’État et Y organisation de l'École « polytechnique sont des questions qui présentent ce double caractère. » Cette double citation suffit à justifier, dit-il, l’opinion qu’il a émise.
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- M. Dallot remarque que le procès-verbal lui fait dire: « Je ne suis nullement d’avis de toucher aux questions d’organisation de l’École polytechnique, » tandis qu’il a voulu montrer, au contraire, qu’il était absolument impossible de discuter la question du mode de recrutement des services publics, sans discuter en môme temps tout ce qui touche à l’École qui les a alimentés jusqu’à ce jour.
- M. le Président croit qu’on n’a pas exactement rendu les paroles prononcées par M. Normand en lui faisant dire que : « les questions de pratique grandissent et que celles de calcul s’effacent, » Il dit que, si telle était sa pensée, on la discuterait immédiatement et le Président espère queM. Normand reviendrait sur cette opinion.
- M. Normand a voulu dire que, dans une expérience, toutes les données sont contenues, qu’elles concourent et apparaissent dans les résultats; mais il n’a pas entendu contester l’importance et l’utilité de la théorie et des calculs.
- Le procès-verbal de la séance du :2 février est adopté.
- M. le Président communique les deux lettres suivantes :
- Monsieur le Président,
- « Après beaucoup d’hésitations, qui vous paraîtront, je pense, fort naturelles, j’ai le vif regret de vous adresser ma démission de vice-président de la Société des Ingénieurs civils.
- « J’ai entretenu, il y a quelque temps, un de mes honorables collègues, M. Desgrange, de l’impossibilité où me placent mes nombreuses occupations de remplir cette année' les fonctions de vice-président et, par suite, de la nécessité où je me trouve de restreindre, par ma démission, ma part de coopération aux travaux de la Société. M. Desgrange a bien apprécié mes motifs et vous les aura sans doute communiqués.
- « Agréez, Monsieur le Président, et présentez, je vous prie, au Comité l’expression bien sincère de mes regrets et recevez l’assurance de tout mon dévouement. »
- Ernest MAYER,
- Cette lettre est renvoyée au Comité qui avisera sur les suites à lui donner.
- Monsieur le Président,
- « Ceux d’entre nous qui ont entendu votre discours d’installation, et qui, avec la grande majorité de l’Assemblée, ont donné une approbation entière aux pensées libérales que vous avez exprimées, doivent prendre leur part des observations que notre camarade Courras a cru devoir vous adresser, et leur devoir est d’y répondre.
- « En vous applaudissant, lorsque vous avez fait ressortir les terribles conséquences de l’organisation actuelle de l’administration des chemins de fer en France, nous n’avons jamais eu, pas plus que vous, Monsieur le Président, l’intention d’attaquer les compagnies de chemins de fer et encore moins le personnel intelligent et dévoué, sans lequel le désastre, déjà si considérable, de l’interruption des^ transports, aurait été une véritable catastrophe. 11 a fallu à ce personnel des prodiges de zèle et d’activité pour sortir des complications sans nombre que crée journellement à la plus considérable de nos industries son inféodation déplorable au Ministère des Travaux publics.
- « C’est sur cet état général des choses, que vous avez entendu appeler la discussion ; c’est aux réformes urgentes qu’il nécessite que nous avons applaudi.
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- « Je crois, Monsieur le Président, que je ne suis pas seul de cette opinion et que, si vous voulez bien donner lecture de cette lettre à la séance, j’aurai la satisfaction d’y voir adhérer plusieurs de mes collègues.
- « Veuillez bien agréer, etc., etc.
- E. Chabrieü.
- M. le Président donne ensuite lecture des principaux passages d’une note de M. Hourier, membre de la Société, en réponse à la lettre de M. Courras, lue à la séance précédente.
- Cette note est renvoyée à la Commission chargée de préparer le programme de la discussion sur l’exploitation des chemins de fer, ainsi que la lettre de M. Chabrier.
- Après quelques observations de MM. Normand et Dallot sur la convenance qu’il y aurait à intervertir l’ordre du jour de la séance, M. le Président rappelle que toutes les communications, ainsi qu’il est d’usage, ayant été préalablement remises au bureau afin que le Président en ait connaissance avant la séance, il a pu se convaincre que le temps à consacrer à chacune d’elles n’absorbera pas la soirée et permettra la discussion sur le recrutement des ingénieurs de l’État dont la priorité était réclamée.
- M. L. Düpuy donne communication d’une décision très-importante prise par le Conseil municipal de Paris, relative à l’ouverture d’un concours pour la fourniture et la pose de pompes actionnées par des moteurs .hydrauliques, destinées au relèvement des sources basles',3e^â"valleë13e^â^Tffiïïè^^;'i**^'B?”‘,’''''''
- Il communique à la Société le rapport présenté au nom de la sixième Commission par M. Vauthier, membre, de la Société et conseiller municipal, à la suite duquel cette décision a été adoptée par le Conseil municipal.
- Il est exposé, dans ce rapport, que les eaux des sources de la Vanne, destinées à l’alimentation de la distribution d’eau de Paris ne sont pas, comme le pense le public, recueillies dans des vallées assez hautes pour arriver par leur pente naturelle dans l’aqueduc destiné à les conduire, mais que la moitié seulement tombe directement dans cet aqueduc et que l’autre moitié doit, pour y parvenir, être relevée d’une hauteur de 18 mètres.
- Pour réaliser ses projets, consistant à emprunter à la Vanne un volume moyen de 100 000 mètres cubes d’eau par jour, la Ville a dû acquérir dans la vallée de la Vanne un vaste domaine comprenant, outre les sources à dériver, plusieurs moulins au nombre de 19. C’est en profitant des chutes de trois de ces usines, qu’au moyen de récepteurs hydrauliques .mis en mouvement par l’eau de la Vanne elle-même, on comptait opérer le relèvement des sources basses.
- Les ingénieurs de la Ville avaient fait choix, comme moteur hydraulique, de la roue Sagebien, et ils proposaient d’en confier, par un traité direct, la fourniture à M. Sagebien.
- Tout en reconnaissant que la roue Sagebien est une machine excellente et dont le rendement est considérable (quoique la Commission fasse des réserves sur les chiffres énoncés dans les rapports joints au dossier), la Commission n’est pas d’avis de renoncer dans cette circonstance au principe de l’adjudication.
- D’un autre côté, le rapport constate qu’il s’est manifesté dans le débit d’étiage, tant du cours d’eau que des sources elles-mêmes, une diminution qui, loin de s'arrêter, a atteint en 1870 des proportions plus fortes que jamais, de telle sorte que si l’on ne disposait, comme force motrice, que de celle du cours d’eau, on serait souvent
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- en défaut pour le relèvement des sources, même en les supposant réduites à leur débit actuel, et à plus forte raison si le volume en était accru par des travaux de captage qui diminueraient encore le volume moteur à emprunter au cours d’eau.
- Il en résulte qu’il convient d’organiser le fonctionnement des moteurs hydrauliques, en vue des eaux moyennes, et que, quel que soit le rendement de ces moteurs, ils doivent avoir pour auxiliaires des pompes actionnées par la vapeur.
- Une force de 70 à 80 chevaux serait nécessaire ; mais l’intervention de cet élément mécanique ne constituerait pas une dépense additionnelle, parce qu’elle permettra de supprimer les roues de rechange qui étaient prévues, à raison de trois sur sept.
- La Commission estime qu’une autre économie est possible, en réunissant les divers groupes des sources basses en un seul système hydraulique.
- Enfin, comme en présence des pompes à feu, les rendements élevés des moteurs hydrauliques lui paraissent n’être pas aussi indispensables, la Commission pensé que les divers systèmes connus et éprouvés de machines élévatoires peuvent entrer en concurrence, et propose l’ouverture d’un concours, ainsi que l’a fait la ville de Lille, dans des circonstances analogues, ce dont elle s’est parfaitement trouvée.
- Les conditions principales du concours décidé par le Conseil sont les suivantes :
- Les appareils élévatoires destinés au relèvement des sources basses de la Vanne comprendront, en dehors de moteurs hydrauliques actionnés par le cours d’eau et placés aux moulins de Chigy, La Forge et Malay-le-Roy, une ou plusieurs pompes à vapeur établies de manière à servir d’appareils de rechange et de secours pour les moteurs hydrauliques.
- On s’efforcera de réunir en un seul système toutes les sources basses ; il n’y aura qu’un seul moteur hydraulique aux usines de Chigy et de Malay-le-Roy, et l’on examinera s’il ne convient pas d’en faire autant à l’usine de La Forge.
- Les pompes à feu devant ultérieurement faire l’objet d’une adjudication, il ne sera ouvert de suite que le concours pour la fourniture et la pose des pompes actionnées par des moteurs hydrauliques.
- Le programme fixera, en dehors de toutes les autres circonstances, les volumes extrêmes d’eau motrice pour lesquels les constructeurs doivent disposer les appareils; et les concurrents devront préciser les coefficients de rendement qu’ils s’engagent à atteindre tant en hautes qu’en basses eaux. Le coefficient de rendement ne devra pas être au-dessous de 65 p. 100 en eau montée, quand le volume de l’eau motrice sera de 2000 litres par seconde.
- Le programme précisera les conditions des essais à faire pour déterminer les coefficients de rendement. Une réduction du prix consenti sera stipulée pour les écarts qui se manifesteraient entre les chiffres garantis par le constructeur et le résultat des essais.
- Sera admis à concourir tout constructeur en état de prouver, par certificats authentiques, qu’il a déjà exécuté des machines élévatoires analogues à celles qu’il s’agit de construire, et qu’il s’est toujours parfaitement acquitté de ses engagements.
- Le choix à faire entre les systèmes présentés sera .effectué par une Commission spéciale; celte Commission, ayant à mettre en balance des avantages divers et difficilement comparables, offerts par les systèmes en présence, ne sera liée dans son choix ni par la condition de prix, ni par aucune autre circonstance en particulier. H
- M. Alcan s’étonne qu’une Commission semble contester l’exactitude des chiffres donnés par des ingénieurs, pour le rendement des roues Sagebien. Il a eu l’occasion
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- avec deux de nos collègues, MM. Faure et Tresca, d’expérimenter la roue Sagebien pendant plusieurs jours, dans les circonstances les plus variées, en employant les moyens les plus précis et en contrôlant les indications des instruments par l’outillage mis en mouvement par la roue. Les résultats obtenus et consignés dans le rapport de M. Tresca, à la Société d’encouragement, ont été remarquables : le rendement dépasse certainement 75 p. 100.
- Sans nier donc les inconvénients que ces roues peuvent avoir dans l’espèce, en raison de leur marche très-lente, exigeant l’emploi d’engrenages auxquels on peut préférer la commande directe, M. Alcan pense qu’on ne doit pas mettre en doute le rendement élevé de ces appareils.
- M. Normand ne s’explique pas, le concours étant, ouvert et entouré de toutes les précautions nécessaires : certificats de notoriété, réduction de garantie en cas d’écart dans les rendements promis, etc., qu’on déclare en terminant que la Commission ne sera liée dans son choix ni par la condition de prix, ni par aucune autre condition particulière. Il pense que cette disposition est dangereuse et pourrait entraîner à des abus.
- M. le Président, après avoir remercié M. Dupuy de la communication qu’il a faite, dit qu’il conviendra de reprendre la question dans une prochaine séance et d’en faire l’objet d’une discussion complète. Jusque là, il sera possible à chacun des membres de la Société de se renseigner.
- M. Bonneville donne lecture de la communication de M. Pourcel, relative à la f^ricaMon industrielle du gaz oxygène , par le procédé Tessier Du Motay.
- Cette intéressante communicationTéra publiée in extenso dans le prochain bulletin.
- Il n’est donc donné ici qu’une très-succincte analyse :
- La première partie traite de la fabrication du gaz oxygène; cette fabrication est basée sur la propriété que possède le bi-oxyde de manganèse mélangé avec de la potasse ou delà soude, en proportion suffisante pour former un manganate alcalin, de se suroxyder au contact de l’air, à la température du rouge sombre, et de rendre k la même température tout l’oxygène absorbé, quand on fait agir un courant de sapeur d’eau surchauffée et bien sèche.
- Le manganate de soude est disposé dans des cornues en fonte de section ellipsoïdale, placées horizontalement et divisées en deux compartiments inégaux, par une grille horizontale en fonte.
- La cornue contient environ 350 kilogr. de manganate qui forment sur la grille une oouche de 0m.6Q environ. Elle produit un peu moins de 30mc. d’oxygène en 24 heures.
- L’air est admis dans la cornue, où il se détend, à une pression de 3 à 4 centimètres de mercure. Sur le parcours de la machine soufflante à la cornue, il se dépouille de son acide carbonique en traversant un cylindre en tôle renfermant de la chaux caustique.
- L’air et la vapeur d’eau, qu’on fait agir alternativement de 5 en 5 minutes sur le manganate, sont portés au préalable à la température de 300° environ, afin de les employer l’un et l’autre très-secs.
- La vapeur d’eau agit pendant 5 minutes sur le manganate, et fournit de l’oxygène pendant ce temps-là; puis, c’est au tour de l’air d’agir pendant cinq minutes, pour régénérer la matière et ainsi de suite. Pratiquement, on obtient 1 volume d’oxygène par 40 volumes d’air, traversant le mélange. Cet oxygène renferme de 40 à 1b p.,400 d’azote, souvent moins.
- Le manganate de soude-se prépare en chauffant au rouge-cerise un mélange corn-
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- posé de 1 équivalent de soude, 4 équivalent de bi-oxyde de manganèse et' 1 /5 d’équivalent d’oxyde de cuivre. On l’évalue à 2 fr. le kilog., mais ce prix élevé ne doit pas grever la fabrication de l’oxygène, parce que le réactif peut servir presque indéfiniment sans perte sensible.
- La seconde partie traite de l’absorption de l’azote produit dans la fabrication de l’oxvgène par l’azoture de titane et de la formation de l’ammoniaque par l'action d’un courant d'hydrogène sur cet azoture de titane surazoté. C’est la base d’une fabrication industrielle d’ammoniaque qui serait obtenu par l’action alternative de l’azote et de l’hydrogène sur l’azoture de titane, à la température du rouge-cerise faible.
- La préparation industrielle de l’azoture de titane et celle de l’hydrogène pur complètent l’exposé de ces procédés.
- M. Regnard donne la description des appareils employés dans la fabrication industrielle de l’oxygène, et en explique la marche et les détails de construction.
- M. Maldant demande si on pourrait fournir quelques indications sur le coût de cette fabrication.
- M. Laborde dit qu’à l’usine de Commines (Nord), on compte sur une consommation de 5 kilogr. de charbon par mètre cube d’oxygène produit, dont 4 kilogr. pour le chauffage des cornues et 4 kilog. pour la production de la vapeur.
- On a établi à Bruxelles une petite usine à deux fours, produisant 360m3 d’oxygène
- par jour et il y évalue la dépense, par jour, comme il suit :
- Charbon (compté à 15 fr. la tonne). ................. 34 f 00
- Main-d’œuvre.......................................... 20 00
- Usure des cornues, frais généraux et intérêt du capital. . 41 00
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- soit par mètre cube 0f.26 4.
- L’usine coûte 85 000 fr. pour une productien de 360m3 en 24 heures.
- L’ordre du jour appelle la suite de la discussion sur le recrutement des ingénieurs de l’État. ' ""
- M. Mulot donne lecture de la lettre qu’il a adressée à M. le Président, sur cette question, et qui est ainsi conçue ;
- « Monsieur le Président,
- « Quoique les réformes proposées par le Comité des ingénieurs civils aient l’assentiment presque unanime, non-seulement des hommes spéciaux, mais encore de la masse du public, il faut toutefois s’attendre à des résistances assez naturelles de là part des vieux privilèges auxquels il s’agit de porter atteinte, et nous connaissons tous trop bien la lenteur inévitable de toute réforme administrative, pour qu’une solution immédiate puisse sembler probable.
- « En présence des besoins de l’industrie, qui s’accommode mal de ces lenteurs, n’y a-t-il pas une voie plus pratique à suivre, ou plutôt ne vaudrait-il pas mieux, étant donnée la difficulté d’une solution immédiate de la question générale, de restreindre provisoirement le débat à une question secondaire, qui a. bien son importance, qui peut, ce me semble, amener promptement des résultats, èt qui enfin, une fois résolue, peut hâter la solution de la question générale.
- « Je n’ai nullement la pensée de proposer l’abandon de la discussion actuelle ;
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- seulement il me semble avantageux, vu la complexité de la question, de la diviser en plusieurs parties, et de commencer par celle de ses parties qui semble, sinon la plus importante, du moins la plus susceptible d’une prompte solution.
- « J’en viens maintenant à ce côté de la question : il s’agit de l’incompatibilité des fonctions d’ingénieur de l’État et d’ingénieur civil. Ma pensée n’est nullement d’interdire aux ingénieurs des mines, des ponts et chaussées et des constructions navales, l’accès dans l’industrie privée; je désire simplement demander la suppression de la faculté, qui leur est actuellement laissée, d’entrer dans l’industrie avec un congé illimité, c’est-à-dire de continuer à faire partie du corps des ingénieurs de l’État, tout en occupant des fonctions industrielles. Je crois qu’il résulte de cette tolérance tout à la fois de graves inconvénients pour l’industrie, et une concurrence inégale et par suite injuste, pour les autres ingénieurs : c’est là ce que je vais m’efForcer d’expliquer aussi brièvement que possible.
- « Avant tout, j’insiste sur ce point que j’entends traiter uniquement une question de principe et nullement établir de parallèle entre les intérêts respectifs des ingénieurs de l’État et des ingénieurs civils. Pour le dire en passant, les anciens élèves de l’École polytechnique nous accusent volontiers de faire de l’exclusion à leur égard, de leur témoigner en un mot cette intolérance que l’on peut éprouver à l’égard de rivaux heureux. Je crois être vrai en affirmant que nos sentiments sont tout autres, et, quoiqu’ils jouissent actuellement sans partage du privilège des fonctions administratives, nous n’entendons nullement réclamer pour nous le même privilège dans les fonctions industrielles. Accès de l’industrie à tous, mais lutte à armes égales, telle me paraît être la devise de notre Société.
- « J’aborde maintenant le sujet que je me suis proposé d’étudier. Permeltez-moi d’abord de faire remarquer qu’il est bien peu d’industries qui ne soient dans un certain état de dépendance vis-à-vis de l’Administration. Cette dépendance est inhérente à toute organisation sociale; mais elle existe probablement dans notre pays à un plus haut degré que dans aucun autre, par suite de notre système de centralisation exagérée. Il n’est pas, à proprement parler, d’industries qui échappent à cette nécessité de relations avec l’État; seulement, si pour quelques-unes les résultats en sont négligeables, il n’en est pas de même pour d’autres, et notamment pour la majeure partie de la grande industrie, dont les intérêts principaux, on peut dire l’existence, sont aux mains de l’Administration. J’explique cette situation : l’industrie peut dépendre de l’Administration de deux manières : 1° parles questions de règlementation administrative ; 2° par les commandes de l’État.
- « S’il ne s’agit, dans le premier cas, que de quelques années ou de lenteurs à subir pour certains industriels, il en est d’autres (les compagnies de chemins de fer, par exemple), qui sont liées à l’État par des contrats, et dont la prospérité peut dépendre de certaines décisions administratives.
- « Quant à la question des marchés avec l’Étât, on m’objectera peut-être que le système des adjudications est la mise en pratique de la libre concurrence et un obstacle absolu à toute espèce de faveur. |e ne méconnais pas les avantages de ce système; mais est-il possible dans tous lesicas? Je ne le pense pas, et l’Administration paraît du même avis; car, s’il est mis en pratique pour la plupart des travaux des ponts et chaussées, il n’em est pas de même pour les fournitures du. matériel de guerre et du matériel naval. Je comprends, d’ailleurs, parfaitement que, pour certains travaux très-importants et très-pressés, l’État cherche; une garantiapréa-lable dans l’outillage et la réputation de certains grands établissements, et dans
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- ce cas il faut tout au plus recourir au système des adjudications limitées par le nombre des concurrents admis..
- « De plus, pour la plupart des fournitures de la guerre et de la marine, il est à remarquer que l’État, étant lui-même fabricant, peut à volonté faire concurrence à l’industrie privée.
- « Il ne s’agit pas ici d’intérêts médiocre^ ; car, pour quelques industries, notamment pour les grands chantiers de constructions navales, l’État est le client principal, et il peut à volonté, en réservant tous ses travaux pour ses propres arsenaux, rendre à peu près impossible l’existence des chantiers maritimes. C’est là une question accessoire que je ne fais qu’indiquer en passant, mais il semble très-probable que le système d’exclusion pratiqué ces dernières années par les ingénieurs des constructions navales à l’égard de l’industrie privée doit avoir une large part dans la ruine de notre industrie maritime. Cet état de dépendance de l’industrie vis-à-vis de l’Administration une fois admis, on voit facilement les conclusions que l’on en peut tirer relativement à la position actuelle des ingénieurs de l’État occupant des fonctions industrielles. N’ayant pas cessé d’appartenir à l’Administration, ils ont, si je puis m’exprimer ainsi, une double personnalité, et sont en quelque sorte juges et partie dans la même cause. Il y a là une situation fausse dont le favoritisme semble devoir être une conséquence nécessaire. Je crois qu’il ne serait pas difficile d’en trouver des exemples dans l’histoire industrielle, mais je ne veux traiter ici qu’une question de principe.
- « Quoi qu’il en soit, comment ne pas admettre que, dans les industries appelées à avoir avec l’État des rapports, fréquents et d’un intérêt considérable, les ingénieurs soient choisis la plupart du temps en raison, non de leurs capacités, mais de leur influence administrative. Est-ce là. l’égalité de concurrence pour les ingénieurs? N’est-ce pas aussi une sorte d’obligation bien fâcheuse imposée à une partie de l’industrie.
- a Je ne veux pas entrer dans les détails de la question; mais, cependant, il peut être bon de dire en passant que les fonctions administratives ne paraissent pas une bien bonne école de la vie industrielle.
- « Le remèdq non pas absolu, mais probablement suffisant en pratique à cette situation, c’est la nécessité pour les ingénieurs de l’État, entrant dans l’industrie privée, de donner préalablement leur démission.
- « Il m’a semblé que ce résultat étaij très-important à obtenir, non-seulement pour les motifs cités plus haut, mais à d’autres points de vue qu’il serait bien long de traiter ici. C’est dans cette pensée, Monsieur le Président, que j’ai cru utile d’appeler l’attention de la Société sur ce nouveau côté de la question. A elle de décider si l’étude est aussi injuste que je l’ai pensé, et d’en fixer la discussion.
- « J’ai l’honneur d’être, etc., etc.
- Mulot.
- Il est ensuite donné communication d’une note de M. Lefrançois qui propose de • fonder sous le titre à’Êcole d’administration du génie civil, une école où seraient enseignés la législation, le droit administratif, la comptabilité administrative, la tenue des attachements des travaux, etc., et dans laquelle se compléterait l’ingénieur civil. La durée du cours normal serait de deux ans, au bout desquels on subirait un examen de sortie. C’est alors que les élèves des ponts et ceux de l’École du génie civil
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- seraient appelés à se présenter devant les professeurs réunis des'deux écoles pour obtenir, par le concours, le certificat d’aptitude à remplir le poste de stagiaire, ou à devenir ingénieurs de l’État. Ce dernier concours devrait être ouvert à tout le monde ; enfin, la Commission d’examinateurs irait siéger dans les principales villes de France, afin d’ouvrir à toutes les capacités les portes des fonctions de l’État.
- La discussion continue en ces termes :
- M. Richard. Si j’ai demandé à prendre la parole, à propos de la note rédigée par votre Comité au sujet du système de recrutement du corps des ingénieurs de l’État, c’est que je crois, non pas qu’il y ait péril en la demeure, et qu’il faille prendre une résolution hâtive sur une question qui demande, au contraire, notre examen le plus attentif et le plus soigneux; mais je crois, dis-je, qu’il ne faut pas tenir trop longtemps les esprits en suspens et laisser croire que nous avons imprudemment lancé un ballon d’essai, sans être décidés à en suivre la marche et sans être convaincus que nous pouvons la diriger.
- En pareille matière, il eût mieux valu nous taire que de rester en route; nous ne pouvons faire pareil acte de légèreté ou d’impuissance.
- 3’aborderai donc la discussion, et je la présenterai avec la réserve et la modération que vous avez déjà applaudies dans la note de votre Comité, et auxquelles un si éclatant hommage a été rendu par un des plus habiles ingénieurs en chef du corps des ponts et chaussées. 3e voudrais que les ingénieurs de l’État fussent convaincus, à la tournure de nos paroles et de nos écrits, qu’aucune animosité, qu’aucune jalousie, qu’aucune petitesse d’esprit et de sentiment ne dictent la conduite delà Société des Ingénieurs civils en ouvrant cette discussion; je voudrais qu’ils fussent convaincus que le sentiment du bien public seul nous anime, que nous voulons sincèrement et loyalement chercher s’il n’y a pas mieux à trouver, même pour eux, que la situation qui leur est faite par l’organisation actuelle; et pour qu’ils ne puissent avoir, aucun doute sur nos dispositions, je voudrais demander à notre Président d’ouvrir toutes grandes, aux ingénieurs de l’État, les portes de la salle de nos séances pour que ces ingénieurs puissent assister à nos discussions, nous faire des objections et rechercher avec nous les améliorations qui peuvent être acceptées d’un commun accord. En un mot, nous voulons prouver que nous ne voulons pas démolir, mais que nous voulons, au contraire, construire solidement pour l’avenir et pour le mieux -de tous les intérêts. *
- 'j’avais besoin, messieurs, de faire publiquement cette profession de foi, en votre nom à tous, qui partagez, j’en suis sûr, mes sentiments; maintenant qu’elle est bien entendue et, bien comprise, j’entre dans la discussion.
- Pour qu’une réforme ait des chances de succès, il faut quelle ait trois caractères principaux :
- 1° Qu’elle soit utile;
- 2° Qu’elle soit juste; .
- 3° Qu’elle puisse se faire sans léser les situations qu’elle touche.
- Je vais examiner, avec vous, si la réforme que nous proposons pour le système de recrutement des ingénieurs de l’État réjmit ces trois caractères. .
- 1° Il faut que la réforme soit, utile. — Or, en suivant la note de votre Comité, ce caractère d’utilité, incontestable se montre tout d’abord, aussi bien pour les individus. que pour PÉtat.
- Le premier grief,/en effet, que fait cette note au système actuel de recrutement des
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- ingénieurs de l’État, est de prendre pour poirft- de départ d’une carrière.si importante un examen passé à vingt ans, et elle signale très-justement et très-dignement, selon nous, qu’en plus de l’exception fâcheuse et . injuste créée en faveur des ingé--nieurs de l’État, se recrutant à une seule école, il y a une erreur capitale à croire qu’un examen heureux, passé à vingt ans, puisse être un gage suffisant de capacité pour l’avenir. Les partisans intéressés de ce système disent à tort que, sur les 120 ou 130 jeunes gens qui entrent chaque année à l’École polytechnique, 25 ou 30 seulement sont choisis, après un triage minutieux, comme capables d’entrer dans les services civils de l’État ; la part du hasard est encore trop grande, puisque les mauvaises chances des examens, ou la lassitude, ou la maladie, ou la dissipation pardonnable à vingt, ans, ou mille autres causes, ont pu fermer à tout jamais à des jeunes gens distingués la seule porte par laquelle ils pouvaient arriver aux emplois civils.
- Mais le système n’a pas que ce côté défectueux dont le travail peut certainement amoindrir les effets.
- S’il blesse tout d’abord la raison, parce qu’il crée, en faveur des élèves d’une École, un privilège qui n’existe nulle part ailleurs, il a ensuite toutes les conséquences qu’engendre le privilège, c’est-à-dire l’instruction donnée à un point de vue spécial, en vue d’alimenter des services qui doivent marcher à un but déterminé, souvent en dehors de celui qu’indiquerait l’intérêt général, cantonnée dans un certain ordre d’idées inaccessible au progrès pour être maintenu dans des sphères purement scientifiques, c’est-à-dire, encore, l’esprit de corps exclusif qui fait que les membres de ce corps, se considérant comme les seuls dépositaires de la bonne semence, se renferment dans leur église en se tenant la main et ne reconnaissent comme bonnes que les doctrines qui émanent d’.eux, comme bons que les principes qui leur livrent le pays à merci. En un mot, le système de recrutement des ingénieurs de l’État crée un État dans l’État. De là la source de bien des malheurs dont je ne rends pas les ingénieurs responsables, mais dont je fais peser toute la faute sur le mode de recrutement qui les régit.
- Il n’est pas, en effet, déraisonnable de dire que ce mode exclusif laisse chaque année au moins une bonne moitié des élèves de l’École polytechnique mécontents et désillusionnés, n’embrassant la carrière militaire que comme un refuge, et y laissant s’éteindre toutes leurs aptitudes dans l’insouciance du lendemain. De tous ces désillusionnés, ceux qui ne se sentent pas de goût pour les armes quittent l’uniforme et se jettent dans les ministères, dans les finances, dans les diverses administrations de l’État, où la camaraderie leur tend la main, et entretiennent lé fonctionnarisme omnipotent qui est la plaie et qui a été la perte de la France. Quelques-uns, seulement, qui sentent que leur énergie, que leur volonté n’est pas éteinte, qui sentent que leur puissance de travail n’a été que trompée, acceptent les luttes de la vie civile, mais c’est le petit nombre.
- Était-ce pour arriver à ces résultats, tristes, je le dirai, que les familles de ces 80 ou 100 jeunes gens avaient fait tous les sacrifices possibles de fortune, qu’ils avaient eux-mêmes abandonné les études littéraires? Évidemment non. Tous, ou presque tous,, rêvaient le collet brodé de l’ingénieur. Alors, ne se sentant plus capables de mettre à profit,‘par leurs seules forces, les conquêtes de la science, privés des ressources, souvent pleines de charmes, qu’offrent les études littéraires, ces jeunes gens sont réduits à remplir une fonction quelconque dans l’État. Que de désillusions et de temps perdu par suite d’une mauvaise organisation.
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- Au lieu de cela, qui pourrait dire que, s’il n’y avait pas eu devant eux une limité d’âge infranchissable, ils n’auraient pas victorieusement atteint le but qu’ils se proposaient? Combien de jeunes gens sont lents à se développer et surprennent plus tard par la puissance de leur intelligence, arrivée à maturité, et combien, au contraire, sont brillants dans leur jeunesse et sont des hommes ordinaires le reste de leur vie? C’est donc une faute, comme le dit la note du Comité, et une perte pour la société que de ne pas laisser à chacun la libre expansion de ses facultés.
- 11 y , a donc un vice-radical dans un système dont l’organisation est telle, qu’elle compromet les intérêts des familles, déplace ou annihile les aptitudes, et nous pouvons déjà dire qu’il est utile de réformer le système de recrutement du corps des ingénieurs de l’État.
- La note de votre Comité va plus loin. Elle dit : le système lui-même est une cause d’amoindrissement pour les sujets qui paraissent en profiter et en réalité en sont victimes.
- Et c’est vrai ; seulement, pour s’en convaincre, il ne faut pas voir ce qui se passe à Paris, où se trouvent réunies toutes les sommités, toutes les capacités brillantes, et où chacun est entraîné dans la lutte malgré lui, où il faut courir, sous peine d’être écrasé.
- Laissons donc ce centre d’activité et allons en province, et .retrouvons là .les 25 ou 30 privilégiés qui sont classés chaque année dans les services de l’État. Que sont-ûls devenus? La .plupart, ingénieurs des services ordinaires des départements, et, dans ces services, que font-ils? Hélas! souvent un travail stérile. La plupart des jeunes ingénieurs, fatigués de travail, satisfaits d’avoir atteint le but de leurs efforts et deSihonneurs qui les environnent dans la ville qu’ils habitent, trouvant d’ailleurs un service.qui marche, tout seul et quUls. se garderont bien de déranger par des innovations qui. seraient mal reçues de leurs chefs, la plupart-des jeunes ingénieurs, dis-je, n’étant sollicités par aucuns travaux importants, laissent marcher l’Annuaire et le temps.
- Je ne sais qui a dit : «L’homme qui est cadré.sur un'.tableau avec un numéro dlordre, et qui .sait ,que .son heure viendra, ni plus ni moins vite, quoi qu’il fasse, pourdes grades et les décorations, celui- là est un homme .perdu,; .ce.n’est plus un homme, c’est un numéro. »
- Eh bien, ^messieurs, .ce qui a été dit .s’applique malheureusement à beaucoup d’ingénieurs de l’État dans les départements. Je ne veux pas citerd’exemples, mais je puis rappeler mn faibqui certainement n’est pasusolé. Dans mne ville de province, j’aurencontré un de mes camarades de collège qui ,était;entré dans les premiers à l’École polytechnique, qui étaibsorti de l’École .des ponts et chaussées, également dans les premiers, et qui, lorsque je le vis, était ingénieur ordinaire d’un arrondissement. Il était depuis huit ans dans cet arrondissement, il n’avait pas eu à faire un seul travail sérieux. «Je passe mon temps, me disait-il, à fairedes tableaux synoptiques, synthétiques, analytiques, etc., etc,, à surveiller des conducteurs et: des entrepreneurs qui savent leur métier au moins aussi bien que moi; enfin jjîen- suis arrivé à ce point d’ennui que je niai même plus le courage de travailler pour me distraire.»Yoilà,;messieurs, .ce que l’organisation actuelle des ponts ;et chaussées, en France, .avait fait .dlun des premiers élèves de-l’École polytechnique.
- N’est-ilpas triste de voir que.tant de capacités, tant de forces vives soient perdues pour.la société? C’est profondément driste, messieurs; car il est certain que lorsqu’un jeune homme a passé par TJÊcole polytechnique, par .l’École des ponts et
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- chaussées ou l’École des mines, il est essentiellement fait pour être un homme utile, et à son pays et à lui-même. Mais toutes ses facultés s’éteignent par l’absence de rivalité, de lutte, par la certitude d’un succès modeste, mais assuré. La vie est un combat ; c’est une lutte de tous le§ instants; on ne peut s’y soustraire sans amoindrir, sans éteindre en soi le feu qui entretient et développe l’intelligence.
- Donc, les privilégiés même de l’École polytechnique souffrent, comme individus, du système de recrutement des ingénieurs auquel ils sont soumis, et l’État en souffre également, puisqu’il ne peut tirer de ces ingénieurs tout l’effet utile qu’il avait droit d’en attendre.
- A ce second point de vue, la réforme que nous .proposons est donc encore utile.
- Ce qu’il faudrait dire maintenant de l’utilité de la réforme proposée au point de vue de la richesse publique, si les ingénieurs étaient plus nombreux et mieux répartis dans des services intéressants pour eux et utiles pour le pays, notre maître, M. Flachat, nous l’a dit dans l’allocution quhl nous a adressée dans la séancedu 1er décembre 1871. Relisez cette allocution, bien pensée et vraie d’un bout à l’autre, et vous serez convaincus de la mauvaise utilisation des forces qui sont entre les mains de l’État.
- Je ne veux rappeler que l’une des premières phrases qui sert tout à fait à ma discussion. «Si l’École polytechnique, à peu près seule, pendant longtemps, en possession de d’enseignement technique supérieur, avait versé le produit de cet enseignement dans l’industrie, celle-ci serait aujourd’hui la première du monde; au lieu de cela, l’École polytechnique, qui, depuis 1795, pendant soixante-dix-sept ans, aurait pu chaque année donner 150 à 200 hommes instruits dans les sciences appliquées en dehors même des services publics, a versé les Aj 5e* de ses promotions dans l’armée. C’est là une grande faute. »
- Et la faute est en effet grande, car elle se traduit par des pertes énormes que subit chaque année la France, par l’abandon dans lequel sont laissées, par les services de l’État, les questions vitales de navigation, de travaux agricoles,!de;création ou d’amélioration des ports de commerce, etc., etc.
- Pourrait-on croire, par exemple, que, dans un pays comme la France,il puisse se produire, à peu près périodiquement tous les dix ans, une inondation ;de la Loire, qui jette la ruine et la mort tout le long de somcours, sans que l’on soitreneore parvenu, avec les services .organisés par l’État, à prendre des mesures sérieuses pour éviter ces malheurs, ou au moins les atténuer?
- Pourrait-on croire qu’il y ait encore des rivières en France dontiles eaux soient inutiles, soit pour la navigation, soit pour l’industrie, soit pour l’agriculture. Ce que l’un de nous, M. Thomé de Gamond, a pu faire seul par son travail et avec ses simples ressources, est ce que le corps entier des ingénieurs de l’État, avec sa toute-puissance, n’aurait pas pu le faire et même mettre les projets de M. Thomé de Gamond à-exécution?
- Lisez, messieurs, son Mémoire sur le régime général des eaux courantes, indiquant un plan d’ensemble pour la transformation de l’appareil hydraulique de la France, et tous serez frappés de la grandeur des résultats que produirait cette transformation, et vous vous demanderez en même .temps comment il se fait que l’on perde des ingénieurs à entretenir des routes, quand il y a de semblables résultats u poursuivre.
- Et tous vous direz que si la France,.?au lieu deffaire 25 ingénieurs par 'année,; en faisait 100, 200 et plus s’il le fallait, il surgiraitheaucoup.de projets semblables à
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- celui de M.Thomé de Gamond, et il y aurait de grandes chances pour que ces projets s’exécutassent.
- Est-ce que nous n’avons pas aussi sur nos côtes des surfaces immenses abandonnées par la mer, qui pourraient être utilisées pour l’agriculture; est-ce que nos ingénieurs ne devraient pas être employés à favoriser la formation de ces relais de mer, en endiguant l’embouchure de certaines rivières, comme on l’a fait à la baie du mont Saint-Michel, pour la Célune, la Sée et le Couesnon, et sur quelques autres points du littoral? *
- Est-ce que nous ne devons pas rougir de l’infériorité de nos ports de commerce, comparés à ceux de l’Angleterre, qui, en les livrant à l’industrie privée, à des Compagnies puissantes, libres de toute entrave gouvernementale, en a fait le centre d’immenses richesses?
- Je n’en finirais pas, messieurs, si je voulais énumérer tout ce que nous devrions faire et tout ce que nous ne faisons pas; car je n’ai cité ici que quelques travaux d’intérêt général, et je n’ai rien dit de tout ce qui touche l’industrie et l’intérêt privé.
- Mais comment en sérait-il autrement avec un corps si limité d’ingénieurs?
- Le corps des ingénieurs des ponts et chaussées compte, au personnel de 1871, 34 inspecteurs généraux, 215 ingénieurs en chef, 457 ingénieurs ordinaires, 30 sous-ingénieurs,- faisant fonction d’ingénieur ordinaire — 52 élèves — en tout 788 ingénieurs, sur lesquels 107 sont employés par les Compagnies de chemins de fer ou à l’étranger.
- Déduction faite des inspecteurs généraux qui ne font plus de projets de travaux, et des élèves des ponts et chaussées, qui n’en font pas encore, au moins pour le pays, il ne reste donc que 595 ingénieurs chargés de pourvoir à tous les besoins de la France, en matière de travaux publics. Est-ce pratiquement possible; n’avons-nous pas raison de dire qu’il faudrait le double et le triple d’ingénieurs, et que plus il y en aura, mieux cela vaudra ?
- On nous répondra : c’est vrai; mais il n’y a pas d’argent pour en faire et pas de crédits pour alimenter leurs travaux.
- A cela je répliquerai qu’il n’est pas du tout nécessaire que l’État se charge de payer tous les ingénieurs qui seraient formés à l’École polytechnique et dans les annexes. Selon moi, au contraire, l’État ne devrait avoir à sa charge qu’un très-petit nombre d’ingénieurs chargés exclusivement des travaux intéressant directement l’État. Et il serait bien facile d’en arriver là.
- Pour les routes, par exemple, que l’État laisse aux départements la construction et l’entretien des routes départementales et de tous les chemins vicinaux ; les départements feront ces services avec leurs agents voyers, et il suffira certainement à l’État d’avoir un ingénieur par département avec le personnel suffisant de conducteurs expérimentés pour faire le service des routes nationales traversant le département.
- Pour les services de la navigation, de l’amélioration et de l’utilisation des rivières, il est impossible de ne pas reconnaître qu’il y a mieux à faire que ce qui existe actuellement, et qu’avec une organisation indépendante de l’État, analogue à celle indiquée par M. Thomé de Gamond, divisant la France en 5 grands bassins hydrauliques, des Sociétés, formées par les intéressés mêmes dans chaque bassin, arriveraient promptement à décharger l’État de dépenses faites en pure perte par des services impuissants, et qui devraient être employées au|plus grand profit des populations intéressées et de la France entière.
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- Pour les ports de commerce, la situation est la même. La France gagnerait énormément à imiter l’Angleterre, à retirer les ports aux services de l’État, que des questions de répartition de budget rendent toujours impropres aux développements réclamés par le commerce, et à livrer ces ports à des Compagnies qui en assureraient la construction et l’exploitation.
- Toute personne qui a visité les ports et les docks anglais a été frappée de l’infériorité où la France est placée par la protection de cette force destructive qui s’appelle l’administration supérieure.
- Pour les chemins de fer, beaucoup d’entre nous ici sont assurément autorisés à dire que l’État n’intervient souvent dans leur construction et leur exploitation que pour entraver et retarder les solutions les plus simples et les plus avantageuses au public comme aux Compagnies; compris d’une autre manière, le contrôle serait utile et donnerait des garanties au public contre les écarts des Compagnies; mais exercé comme il l’est, il a surtout pour effet de faire sentir, toujours et partout, la toute-puissance de l’administration.
- Pour les services des mines, est-ce qu’il n’est pas permis d’avancer qu’en dehors des grandes études géologiques et métallurgiques et des cours scientifiques que l’État peut se réserver, il pourrait se décharger sur des ingénieurs compétents en pareilles matières, et désignés par lui-même, de la surveillance des appareils à vapeur des usines métallurgiques, des exploitations de mines, qui certainement n’occupe pas d’une manière suffisante ni utile le personnel payé par l’État. L’Angleterre est encore là pour nous répondre que sou industrie vaut bien la nôtre, et cependant qu’elle n’est pas contrôlée et surveillée à tous les degrés.
- Enfin, pour les autres services civils de l’État, les télégraphes, les tabacs, etc,, est-ce qu’il y aurait un danger quelconque à les soustraire à la direction de l’État? Bien au contraire, l’industrie privée développerait ces importants services et augmenterait les ressources du Trésor. Car l’on peut être convaincu que le meilleur contrôle serait l’intérêt; si ces services marchaient mal, le public en aurait bien vite fait justice, et l’industrie privée qui les exploiterait serait bien vite ramenée au bien par la certitude de succomber en continuant de mauvais agissements.
- Ces observations générales suffisent, je pense, pour prouver que l’État devrait simplifier et réduire les services qui restent à sa charge ; son budget serait alors suffisant; je crois maintenant être fondé à dire, m’appuyant sur ces observations, que le premier point de ma discussion, l’utilité de la réforme du système de recrutement des ingénieurs de l’État, est complètement démontré.
- Pour démontrer le second point, la réforme est-elle juste? il me suffira de quelques mots.
- Et d’abord, reportons-nous à la note de votre Comité; elle insiste avec autorité sur l’obligation pour l’État de répandre à profusion l’enseignement scientifique, d’en ouvrir les voies avec une libéralité sans limites, et d’élever même cet enseignement en détruisant les imperfections qu’engendrent toujours l’exclusion et le privilège. Personne ne contestera qu’au point de vue même de la force et de la gloire de l’État, il faut qu’il y ait en France le plus grand nombre possible d’hommes très-instruits et de savants.
- Il est donc essentiellement juste déjà, de modifier un système qui réserve les faveurs à un très-petit nombre d’élus. Qu’on ne dise pas que l’École polytechnique ne peut en admettre davantage, elle le pourra le jour où elle ne fera plus d’élèves pour la carrière militaire.
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- En-second lieu, 'n’est-il pas-aussi juste de détruire le privilège que, seul en France, possèdent le corps des ingénieurs de l’État, d’être inaccessibles à tout candidat n’étant pas sorti de l’École polytechnique? Je sais qu’on va me répondre qu’on a fait une loi qui permet aux- conducteurs des ponts et chaussées de se présenter à un examen pour l’admission au grade d’ingénieur. Mais on devrait avoir honte de me faire cette objection, car c’est une véritable dérision que cette loi; elle est tellement une dérision que les jurys, composés d’ingénieurs qui sont juges et partie, n’ont encore trouvé moyen, depuis que la loi existe, de n’admettre, je crois, que deux conducteurs.
- Voyant que la loi était un obstacle plutôt qu’un attrait, et qu’il fallait cependant faire une concession à l’opinion publique, on a pris un terme moyen et on a fait, une seconde loi créant des sous-ingénieurs, et ces grades- ont été confiés à des conducteurs pleins de mérite qui, en général, faisaient depuis- longtemps fonctions d’ingénieurs dans les services ordinaires des- départements. Voilà toute la concession accordée à l’opinion publique, et encore n’a-t-elle été accordée que dans des proportions restreintes. N’est-il donc pas juste d’abolir-ce privilège et d’ouvrir la porte des Écoles des ponts et chaussées et des mines à tout concurrent, venant de n’importe où, qui prouvera par les épreuves subies- qu’il est capable de suivre les- cours et de faire un bon ingénieur?
- En troisième lieu, j’appellerai votre attention sur une autre injustice qui est flagrante. C’est celle qui consiste à autoriser les- ingénieurs de l’État à prendre des congés pour entrer au service dès Compagnies, où ils trouvent de larges-rémunérations, tout en conservant dans leur corps-leurs droits à l’avancement et à laretraite. Pour pallier cette injustice, qui sans cela eût été trop criante, l’Administration a bien décidé que les congés ne seraient que de 5 ans, et que les ingénieurs feraient à la1 caisse de retraite des versements en rapport' avec'leurs traitements dans les Compagnies. Mais ce n’est qu’un palliatif impuissant à déguiser un mauvais principe, car on trouve encore moyen de l’éluder. Tout ingénieur de Compagnie conservant une fônction de l’État, comme professeur ou autre; est considéré comme n’étant plus-en congé et conserve tous ses avantages à la Compagnië, comme à l’État. C’est là la ressource des ingénieurs en chef; pour les ingénieurs ordinaires, ils sont plus jeunes, ils peuvent attendre, et après avoir pris un premier congé, ils vont se retremper dans l’onde salutaire d’où ils sont sortis une première fois pour reprendre un-nouveau congé après quelque temps de séjour au corps.
- Il est temps que de semblables abus disparaissent. "Rien dè plus naturel que les ingénieurs de l’État veuillent mettre leurs talents au service deTindustrie et profiter de ses avantages, mais alors qu’ils le fassent équitablement, et prennent leur part des difficultés de la lutte, en même temps que dés bénéfices, et se mêlent à la foule des concurrents, sans autre soutien que lëur travail et leur mérite. Une fois sortis du corps, ils ne doivent plus y rentrer. Ainsi donc, il est juste, cent fois juste, que la réforme du système de recrutement des ingénieurs de l’État soit un fait accompli.
- Que'dirai-je maintenant du troisième-point qui me reste à prouver : la réforme peut-elle se faire sans léser les intéressés? Je répondrai affirmativement; car c’est une question de mesure, de temps et dè convenance. 11 est’certain que l’État, consentant1 à modifier le système de recrutement de ses ingénieurs, devra et pourra prendre toutes les dispositions de* nature à ne donner aucune inquiétude aux situassions honorablement acquises.
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- Quant à t’avenir, tous les intéressés sauront ce qu’ils font, connaîtront les lois sous l’empire desquelles ils ont à faire le choix de leur carrière, et à la poursuivre.
- Il me paraît donc que rien n’est plus facile que de donner satisfaction à cette troisième condition de la nécessité de la réforme. Les situations privées doivent, d’ailleurs, céder le pas, en cette circonstance, à l’intérêt général.
- Ainsi, la réforme du système de recrutement des ingénieurs de l’État est utile aux particuliers, aux familles, aux ingénieurs, à l’État; elle est juste pour tout le monde, elle peut être faite sans léser personne.
- Donc elle doit être faite.
- Pour me résumer, j’indiq'uerai les conditions principales auxquelles elle me paraît devoir être réalisée :
- 1° Suppression de la limite d’âge pour entrer à l’École polytechnique;
- 2° Suppression des carrières militaires à l’École polytechnique;
- 3° Admission par voie de concours, aussi nombreux que possible,,des élèves destinés aux carrières scientifiques et civiles;
- 4° Ouverture, par voie de concours, des Écoles des ponts et. chaussées et des mines, à tout candidat, quelle que soit la source où il ait puisé: son instruction;.
- 5° Nomination par l’État des élèves de ces Écoles à appelen aux. services d’ingénieurs de l’État, en suivant une liste dressée par ordre de mérite;
- 6° Tout ingénieur de l’État qui aura quitté le corps pour entrer dans l’industrie sera rayé des cadres de l’État.
- Je demanderai, en terminant, messieurs, que la Société formule un vœu pour l’approbation de ces propositions qui découlent naturellement delà discussion à laquelle5 je viens d’avoir l’honneur de me livrer devant elle.
- M. Orsat. Je partage l’opinion exprimée dans la dernière séance par M. Molinos, que,plus nous discuterons, plus nous serons prèsde nous entendre; mais je maintiens qu’il faut absolument séparer les deux questions : celle du recrutement des ingénieurs de l’État et celle de l’organisation de l’École polytechnique.
- Je laisse donc de côté les expressions du rapport où l’on dit : « comment donc réformer un système qui ne présente que des inconvénients sans profit pour personne » (p. \ 68), pour m?attaeher à relever deux points qu’on a méconnus dans l’esprit de ce rapport et dans les discussions qui l’ont suivi.
- Le premier, c’est qu’on regarde à tort l’École polytechnique comme un établissement d’enseignement technique, et le second, que l’École polytechnique n’a pas dévié de la voie où l’avaient placée ses fondateurs.
- Sur le premier point, je ferai remarquer que la confusion existe dans tout le rapport du Comité. M. Flachat est tombé dans la même erreur, lorsqu’il dit, par exemple, dans une phrase qu’on vient de rappeler : « si l’École polytechnique à peu près seule pendant longtemps en possession de l’enseignement technique supérieur... » (p. \\%] et on se rend si peu compte en général du caractère spécial de l’École polytechnique, qui est purement scientifique, que dans la dernière séance M. Dallot établissait une comparaison , qui ne saurait* exister, entre l’École polytechnique d’une part et les Écoles de Liège et de Gand, qui sont des écoles d’application, de l’autre, au lieu de prendre, notre École des ponts et chaussées et notre École des mines.
- Sur le second point, la note du Comité dit qu’il « suffit d’introduire dans le sys-« tème de l’École polytechnique quelques modifications qui le rapprocheraient d’ail-« leurs du but que se proposaient ses illustres fondateurs. » Je tiens-, en vous citant
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- les documents officiels, à vous prouver que FÉcole polytechnique n’a pas dévié de la voie que lui avaient tracée ses fondateurs.
- La loi du 21 ventôse an II (11 mars 1794) créa une Commission de travaux publics qui comprenait : « Les ponts et chaussées, voies et canaux publics, les fortifi-« cations, les ports et les établissements formés pour la défense des côtes, les mo-« numents et les édifices nationaux, les ouvrages hydrauliques et de dessèchement,
- « la .levée des plans, la formation des cartes et enfin toutes les espèces de travaux « dont les fonds sont faits par le trésor public, à l’exception de ceux qui concernent « la fabrication des armes et l’exploitation des mines, et provisoirement la construc-« tion des vaisseaux. »
- Un article de la loi spécifie que la Commission s’occupera de l’établissement d’une École centrale dps travaux publics, et du mode d’examen auquel seront assujettis ceux qui voudront être employés à la direction des travaux.
- D’autre part, en voyant la destruction des établissements d’instruction, Lamblar-die, directeur de l’École des ponts et chaussées de Paris, conçut l’idée d’une École préparatoire où tous les corps d’ingénieurs viendraient puiser l’enseignement des sciences et des arts; il communiqua ses idées à Monge, qui les fit adopter par le Comité de salut public, et on profita de l’occasion offerte par la loi du 21 ventôse.
- Telle fut l’origine de l’École ; les Commissions de travaux publics, les lois de ventôse, la Convention elle-même ont disparu. L’École seule est restée.
- Monge fut aidé par Carnot, Prieur (de la Côte-d’Or) et Fourcroy qui fut désigné pour préparer l’organisation de l’École.
- Fourcroy, dans son rapport, distingue cinq genres d’ingénieurs : les ingénieurs militaires, des ponts et chaussées, géographes, des mines et les ingénieurs constructeurs pour la marine. Il dit que cc l’École n’a pas seulement pour but de former des « ingénieurs de tout genre, mais de rétablir l’enseignement des sciences exactes qui « avait été suspendu par la crise de la révolution. »
- Ces cinq genres d’ingénieurs avaient été formés jusque-là par des Écoles spéciales de Mézières (ingénieurs militaires) et de Paris (ponts et chaussées, ingénieurs de la marine, ingénieurs des mines).
- On déviait de l’idée première de Lamblardie en formant des ingénieurs, mais cela résultait des nécessités du moment, et dans la suite on revint aux principes de la création.
- Fourcroy ajoutait du reste en prévoyant cette circonstance :
- « Quoique l’enseignement qui doit être donné dans l’École des travaux publics « doive en rendre l’instruction plus complète que celle qui a été donnée dans les « établissements destinés jusqu’ici pour les différentes classes d’ingénieurs, le Co-« mité a pensé que, pour n’exposer aucune des ressources de la République, il con-« venait de ne supprimer aucune des écoles existantes jusqu’à ce que la nouvelle « École ait pris une marche assurée. »
- La loi du 7 vendémiaire an III (28 septembre 1794), date de la fondation de l’École, renfermait les dispositions suivantes :
- « Tous les jeunes citoyens âgés de seize à vingt ans, autres que ceux qui sont « compris dans la première réquisition, pourront se présenter à l’examen...
- « Nul ne pourra se présenter à l’examen s’il n’est porteur d’une attestation de la « municipalité du lieu de son domicile, qui prouve qu’il a toujours eu une bonne « conduite et qu’il a constamment manifesté l’amour de la liberté et de l’égalité, et « la haine des tyrans. »
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- L’enseignement devait durer trois ans.
- L’article 15 portait : « Les élèves, après ce temps d’étude, seront employés aux « fonctions d’ingénieurs, pour les différents genres de travaux publics, d’après la « capacité et l’aptitude qu’ils auront montrées. »
- Il faut ajouter que ces trois années d’étude, qui devaient suffire à former des ingénieurs soi-disant complets en leur faisant des cours de ponts pendant deux mois seulement et de chaussées pendant un mois furent encore réduites à un an, suivant la méthode révolutionnaire qui consistait à activer et à accélérer toute chose. On voit donc combien les premiers ingénieurs sortant de l’École devaient être défectueux. Aussi Lamblardie dont ce n’était pas la pensée, et qui fut le premier directeur de l’École centrale des travaux publics, fit-il ramener l’institution dans la voie qu’il avait indiquée d'abord, en faisant rendre les décrets du 45 fructidor an III et 30 vendémiaire an IV (1er septembre et 22 octobre 4795) qui fixèrent l’organisation définitive de l’École polytechnique.
- Le premier de ces décrets donne à l’École le nom d’École polytechnique qu’elle a toujours conservé depuis.
- Le second dit, art. 4 :
- « Indépendamment de l’organisation générale de l’instruction, la République « entretient des écoles relatives aux différentes professions uniquement consacrées « au service public, et qui exigent des connaissances particulières dans les services « et dans les arts. »
- Puis, art. 2.
- « Les écoles sont comprises dans les dénominations suivantes : École polytech-« nique* École d’Artillerie, École des Ingénieurs militaires, École des ponts et chaus-«. sëes, École des Mines, École des Géographes, École des Ingénieurs de vaisseaux, « École de Navigation, École de Marine. »
- Le titre II dit que « l’École polytechnique sera sous l’autorité du ministre de l’in-« térieur, qu’elle est destinée à former des élèves pour le service de l’artillerie, du « génie militaire, des ponts et chaussées et constructions civiles, des mines, des « constructions de vaisseaux et bâtiments de mer, de la topographie en même « temps que pour l’exercice libre des professions qui nécessitent des connaissances « mathématiques et physiques. »
- Cette organisation est restée la même jusqu’ici, et l’École polytechnique est encore actuellement la réalisation complète de la pensée de Lamblardie. C’est une école scientifique et non une école technique.
- Tels sont les deux points que je voulais prouver.
- Quant aux modifications dans le système de recrutement des ingénieurs de l’État et à l’introduction du concours, je n’y fais pas d’objection; cependant je dirai qu’on a cherché à établir un parallèle entre le système appliqué aux ingénieurs de l’État et celui admis pour le recrutement de la magistrature, et qu’en ce moment même on discute à l’Assemblée nationale un projet de réforme de ce dernier système. C’est donc ;à tort qu’on a proposé le système de recrutement de la magistrature comme modèle pour le recrutement des ingénieurs de l’État.
- On propose un système consistant à faire nommer les magistrats sur une liste de trois candidats présentés par les cours et tribunaux. Je ne suppose pas que personne ici accepterait l’emploi de ce procédé pour la nomination des ingénieurs.
- Je terminerai d’ailleurs en rappelant les idées exprimées, sur cette question du
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- concours ou plutôt de la réforme du corps des ingénieurs, par un ingénieur en chef des ponts et chaussées, dont tout le monde connaît l’autorité, Mi Dupuit:
- J.-B. Say avait attaqué l’organisation du corps des ponts et chaussées, et voici en résumé quelle fut la réponse de M. Dupuit.
- Le recrutement des ingénieurs, fait-il remarquer, a longtemps manqué, et si Louis XIV trouvait bien des architectes pour construire le Palais de Versailles, il était obligé d’aller chercher en Hollande le charpentier Rannequin pour installer la machine de Marly. Les particuliers bâtissent des maisons, des châteaux et des fermes- mais ils n’ont à construire ni ponts, ni'routes, ni ports, ni digues. L’État est donc conduit à former des fonctionnaires dont les connaissances ne servent qu’à lui.
- Les progrès de l’industrie ont créé des ingénieurs, tels qu’à la rigueur l'État peut y trouver des agents capables pour ses travaux. L’Angleterre, où le progrès industriel a été plus précoce et où'les: paroisses très-morcelées ont une administration beaucoup plus indépendante, a employé des ingénieurs, ayant cette origine, et n’a pas créé d’ingénieurs de l’État.
- Lequel des deux systèmes vaut le mieux? On s’accorde àreconnaître-que les travaux français, notamment les routes, sont mieux faits.
- Serait-on du reste tenté d’imiter, en France, le système anglais où les contribuables réunis pour former l’administration du Vestry nomment à l’électionle wày-wardm, chargé d’entretenir les chemins, qui doit accepter sous-peine:d’une amende excessive?
- Si, d’ailleurs, ajoute M. Dupuit, on supprimait en France le corps des ponts; et chaussées, à qui s'adresseraient les communes? Serait-ce, comme le conseille J>-B. Say, à un ingénieur chargé du service, en même temps que s’occupant de: travaux personnels? Mais alors le service public serait certainement négligé au profit des-affaires:' particulières. Emploiera-t-on les agents,voyers?Mais ils- n’ont pas-de-connaissances suffisantes; car il n’y a pas que-des questions-de métier à discuter, il y a des questions de principe à débattre. Si, par exemple-, un chemin a cinq ou six.directions possibles, cela fait-autant d’adversaires avec lesquels il fa ut .lutter; et. les: ingénieurs-ont: seuls l’indépendancemécessaire : « Si on met quelqu’un.qui n’ait pas.par « sa position personnelle;.par son éducation;.parson esprit de corps-. même:,â& Uindé-« pendance; tout est; abandonné; à la. faveur..» -
- A côté des ingénieurs, du reste, il y a les médecins, les.hommes de;loi,.les;pharmaciens, lesvétérinaires-même qui ont,besoin, pour exercer leur profession, de: l'autorisation de l’État;, ce, Le plus habile jurisconsulte ne pourrait ètre ni juge.niiavoeat,. « s’il avait appris le droit ailleurs que dans une école de l’État. Le public ne sau-« rait être juge de l’aptitude auxv fonctions pour lesquelles des- études pénibles et « difficiles sont indispensables.: Lorsque l’État met son poinçon sur une barre, il « faut qu’il puisse dire avec certitude : Ceci est de l’or, ceci est de Vargent.
- « Les. observateurs, comme J.-B. Say, ont vu les lois générales de l’économiè « politique, mais ils n’ont pas aperçu les anomalies qui justifient quelquefois l’inter-« vention de l’État.
- « Sans prétendre donc, » ainsi termine M. Dupuit, « que la constitution actuelle a du corps des ponts et chaussées soit précisément ce qu’elle devrait être, d’après a les principes de l’économie politique, nous croyons que ce n’èst pas là une des « professions que l’État peut abandonner aux hasards de là liberté, et qu’avant de la a détruire on fera bien d’examiner si ce qu’on veut mettre à sa place vaut réellement a mieux. »
- M. Richard. M. Orsat vient de nous présenter uniquement la défense de l’Ééole po-
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- lyfcechnique; il nous a dit que l’École de 1795 est encore celle d’aujourd’hui. C’est justement ce que je lui reproche : bien des choses ont changé depuis 1795, et la loi du perfectionnement doit être vraie pour toutes les institutions.
- Quant à l’indépendance des ingénieurs des ponts et chaussées, à laquelle, ainsi que M. Dupuit, nous rendons- tous hommage, il doit nous être permis de dire qu’on rencontre aussi l’indépendance en dehors du corps des ponts et chaussées, qui ne peut prétendre en avoir le monopole.
- Ces deux mots dits, en réponse à l’exposé de M. Orsat, je demande que nous revenions à la question spécialement soumise à la discussion, celle du recrutement. *
- M. Molinos. M. Orsat vient de parler des réformes qui sont en ce moment même étudiées par l’Assemblée nationale pour améliorer le système de recrutement de la magistrature; il en conclut que le système actuel n’est pas considéré comme satisfaisant, il a sans doute raison. Mais les modifications qu’on cherche à apporter à cette organisation ne portent que sur les moyens de rendre les choix plus impartiaux, plus éclairés. Qu’on essaye donc de proposer, justement; à propos de cette réforme, d’appliquer le système polytechnique ; nous serions curieux de voir comment un pareil projet serait accueilli. Cependant tous les arguments qu’on fait valoir en faveur du système polytechnique s’appliqueraient à fàrtiori pour les magistrats. Cès derniers ne doivent être ni moins indépendants, ni moins instruits, ni moins probes que les ingénieurs de l’État; car les intérêts qui leur sont confiés sont d’une bienautreim-portance. Si les ingénieurs disposent en effet d’une petite partie du budget de l’État, les magistrats disposent de la fortune de tous les citoyens et quelquefois même de leur honneur. Si donc, le système polytechnique donne- sous ces divers rapports des garanties et des résultats exceptionnels, il ne faut pas hésiter à l’appliquer à la magistrature. Qu’on choisisse avant vingt ans un certain nombre de jeunes gens, au moyen d’un concours très-difficile, qu’on les enferme dans une école, qu’on leur enseigne le Droit, qu’on les classe au moyen d’épreuves aussi répétées qu’on voudra, qu’eux seuls puissent devenir magistrats. Par les mêmes raisons, on adoptera le même système pour le recrutement des médecins et des chirurgiens d’hôpitaux. Qu’on se demande ensuite ce que deviendra le pays, lorsque toutes les professions libérales seront ainsi fermées étroitement et privées de l’émulation que donne aujourd’hui le légitime espoir d’un avancement mérité ou d’un grade respecté. Je n’hésite pas à dire que la France ressemblerait bientôt à la Chine. Or, j’attache beaucoup d’importance à cet argument. Lorsqu’un système ne peut se généraliser, sans tomber dans l’absurde, c’est qu’il renferme un principe faux ; c’est à nos yeux lé cas du système polytechnique. Je suis, pour ma: part, absolument opposé à ce système. Je voudrais voir instituer, en France, non pas une, mais plusieurs facultés pour l’enseignement des sciences pures et appliquées. L’Allemagne, avant la dernière guerre, comptait, pour une population à peu près égale à la nôtre, 40 institutions analogues à notre École polytechnique. Sans en réclamer un si grand nombre, je crois qu’il en faut plusieurs, afin de créer entre ces établissements une émulation, une rivalité qui tourneront au profit de la science.
- Je terminerai ces courtes observations que je me réserve de développer ultérieurement, en posant deux questions'auxquelles il me paraît utile de répondre.
- On n’est que trop porté en France à considérer l’expérience acquise chez les peuples voisins comme non avenue. C’est une tendance funeste, contre laquelle les rudes leçons que nous venons de recevoir doivent nous porter à réagir.
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- Or, comment se fait-il que ni l’Allemagne, ni la Suisse, ni la Belgique, ni l’Angleterre, ni l’Italie, que ces pays qui ne nous sont inférieurs en rien, au point de vue du développement scientifique et de la valeur des travaux publics, aient sans doute fait souvent des emprunts à notre enseignement, mais qu’ils se soient unanimement abstenus d’imiter le système polytechnique? Quelles raisons s’opposaient donc à son introduction dans ces divers pays, s’ils l’avaient jugé bon? Pourquoi l’opinion de presque tous les ingénieurs étrangers les plus éminents est-elle, au contraire, si opposée à ce système, qu’ils le combattent précisément par les mêmes arguments que nous?
- Enfin, pourquoi prétend-on qu’ouvrir largement les portes de l’École polytechnique équivaut à la ruine de cet établissement? Voilà une question d’une haute importance et sur laquelle je désirerais d’autant plus, pour ma part, des explications précises, qu’il m’est impossible de comprendre l’objection. L’École polytechnique s’est à coup sûr trouvée insuffisante pour satisfaire aux besoins du pays. La preuve en est dans le succès des écoles d’ingénieurs qui se sont créées à côté d’elle et qui ont largement prospéré. Or, de deux choses l’une : ou l’enseignement de ces écoles est égal en valeur à celui de l’École polytechnique, et dans ce cas les privilèges attachés à cette dernière ne se justifient pas; ou cet enseignement est inférieur, alors il est de l’intérêt évident du pays que le meilleur enseignement soit le plus largement répandu. On parle d’émulation; mais comment cette émulation serait-elle compromise, si l’École polytechnique admettait, par exemple, 4 ou 500 élèves, si ces jeunes gens concouraient entre eux, s’ils avaient à conquérir leur diplôme final, non-seulement en concurrence avec leurs camarades, mais même avec tout étranger qui jugerait à propos de se présenter! Voilà ce qu’il faut expliquer.
- M. Dallot. Le Mémoire de M. Richard et les commentaires de M. Molinos me paraissent avoir fait singulièrement avancer la question.
- Il y a un point que je tiens à constater, c’est qu’en dépit des protestations et des précautions oratoires, la discussion s’est formellement engagée sur l’organisation de l’École polytechnique. J’avais prévu qu’il n’en pourrait être autrement, car si l’on n’apporte à cette organisation des modifications profondes, il est évident qu’il faut renoncer à introduire aucune réforme dans le mode de recrutement des services publics.
- M. Orsat m’a accusé de méconnaître le but de l’enseignement de l’École polytechnique en la comparant aux Écoles de Liège et de Gand ; je n’ai nullement commis d’erreur en établissant ce parallèle, les programmes des deux Écoles belges comprenant à la fois l’enseignement scientifique pur et celui des écoles d’application.
- Je suis convaincu du reste que nous pouvons discuter l’organisation de l’École polytechnique, sans que les personnes qui lui sont naturellement attachées par le souvenir de l’instruction qu’elles y ont reçue aient à entendre des paroles susceptibles de blesser leurs légitimes sentiments.
- Cette organisation repose en effet sur deux bases principales :
- En premier lieu, des jeunes gens en nombre relativement faible sont seuls admis à participer à l’enseignement de l’École polytechnique, et le monopole des services publics leur est réservé. Sur cette première question, tout le 'monde paraît reconnaître avec nous qu’une réforme est indispensable et urgente.
- - La seconde base fondamentale de l’organisation de l’École polytechnique, c’est que cette école pourvoit à la fois au recrutement des services militaires et des services civils. Eh bien, avec les idées qui semblent prévaloir aujourd’hui sur la réorganisation
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- de l’armée et sur la nécessité de faire passer sous les drapeaux l’universalité des citoyens, je n’imagine guère que personne soit tenté de défendre un système qui utilise comme principal moyen d’émulation le privilège de servir l’État dans les emplois civils, et abaisse la noble carrière des armes savantes au rôle de pis-aller.
- Vice plus grave encore de ce système, la vocation n’a qu’une bien faible part dans le choix de la profession et de la spécialité, dont décident les résultats si hasardeux d’un classement.
- Le seul moyen de régénérer l’École polytechnique, d’en relever l’esprit scientifique, de lui restituer le rang qu’elle occupait dans les premières années de son existence, c’est d’en ouvrir largement les portes à la jeunesse avide d’instruction élevée, de la décharger d’un monopole qui l’opprime plus qu’il ne lui profite, d’en faire la grande École centrale du génie civil.
- ïl serait intéressant de connaître les vues d’avenir des jeunes gens qui entrent à l’École polytechnique et de savoir ce qu’ils deviennent.
- M. le Président. Je puis à ce sujet, donner ce renseignement que je tiens d’un officier du génie. En moyenne, 8 p. cent seulement entrent à l’École avec la pensée de devenir militaires; 30 à 35 sortent avec un classement qui leur donne droit à entrer dans les services civils. Il y a donc 50 élèves, au moins, qui deviennent militaires, sans avoir trouvé en eux cette vocation avant le classement.
- MM. Bonneville, Bayvet et Delano ont été reçus Membres sociétaires, et MM. Ba-but, Gariel, Giquel et Poirrier, Membres associés.
- Séance du 1er laps 18T2.
- Présidence de M. Émile Muller.
- M. Armengaud fils jeune demande si dans le procès-verbal de la séance du 16 février la pensée de M. Ballot n’a pas été dépassée dans le texte suivant, page 109 :
- « Le seul moyen de régénérer l’École polytechnique, d’en relever l’esprit scien-« tifique, de lui restituer le rang qu’elle occupait dans les premières années de son « existence, c’est d’en ouvrir largement les portes à la jeunesse avide d’instruc-« tion élevée, de la décharger d’un monopole qui l’opprime plus qu’il ne lui pro-« fite, d’en faire la grande École centrale du génie civil. »
- M. Dallot maintient la rédaction du procès-verbal.
- M. Gallon fait observer que dans le procès-verbal de la séance du 16 février, page 91, à l’avant-dernière ligne, la Commission n’a [pas pensé faire des réserves sur le rendement de la roue Sagebien, comme l’indique M. Alcan, mais seulemènt sur le rendément en eau élevée. Le coefficient 0,80, qui n’a rien d’exagéré si l’on n’envisage que le moteur, tombe au contraire à 0,65 environ, si l’on considère
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- l’ensemble du moteur et des pompes, et c’est sur ce rendement définitif seul que portent les réserves de la Commission.
- Après ces observations, le procès-verbal de la séance du 16 février est adopté.
- M. le Président annonce que par décret en date du 9 février M. Alcan a été nommé membre du Comité consultatif des arts et manufactures, en remplacement de M. Combes décédé.
- Il est ensuite donné communication de la lettre suivante :
- « Monsieur le Président,
- « N’ayant pu assister à la séance du 2 février, dans laquelle la lettre de M. Orsat a été lue, — ni à la séance de vendredi dernier, —je crois devoir, sans entrer, d’ailleurs, dans le fond de la question, relever une erreur de fait qui a échappé à notre honorable confrère.
- « Page 36 du procès-verbal de la séance du 2 février, ligne 2 et suivantes. — On lit : « On a critiqué la limite d’âge. La critique, pour être juste, devrait porter sur « toutes les institutions analogues : I’École centrale, l’École normale, celle ides « eaux et forêts, même celle de Saint-Cyr, celle de Brest, etc. »
- « Il est évident (et il suffit d’ailleurs, pour en avoir la preuve, de continuer la lecture du passage), il est évident, dis-je, que M. Orsat entend parler seulement de la limite d’âge supérieure. —Or, il n’y a point, il n’y a jamais eu, et je ne crains pas d’ajouter : il n’y aura jamais de limite d’âge supérieure à l’École centrale des arts et manufactures. — J’en suis fâché pour l’argumentation de M. Orsat, mais elle disparaît sous cette simple observation.
- « Je demande que le procès-verbal de la prochaine séance fasse mention de cette rectification, que je regarde comme très-importante. Pour qu’une discussion soit utile, il faut d’abord qu’elle prenne pour point de départ des faits exacts.
- « Agréez, Monsieur le Président, etc., Ch. Callon. »
- M. le Président donne lecture de la lettre suivante de M. Colladon.
- « Monsieur,
- « Notre Société a adopté l’usage d’insérer dans le compte rendu de ses séances l’annonce des récompenses honorifiques décernées à ses; membres pour leurs travaux scientifiques et les entreprises auxquelles ils ont concouru.
- « J’ai l’honneur de vous adresser ci-joint la copie d’une lettre que m’a adressée, de 30 novembre dernier, M. le Ministre des finances du royaume d’Italie. S.'Exc. M. iSellaim’annonce que S. A. le roi d’Italie, à l'occasion du récent achèvement du tunnel des Alpes, m’a nommé commandeur de l’Ordre équestre des Saints Maurice et î Lazare, !powr le concours/que faiiprété à l’œuvre grandiose du tunnel des Alpes. »
- Rome ’30 novembre 4871.
- a Très-honoré Monsieur,
- •« Le percement du Fréjus est maintenant un fait:heureusement accompli. Le goûter nemenUitalien ne peut faire moins que de s’empresser de montrer sa reconnaissance à ceux qui ont facilité cette-entreprise colossale par leur génie et leurs études. ,
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- « Pour atteindre ce but, il ne pouvait oublier les mérites que vous vous êtes.acquis par vos publications scientifiques et spécialement par celles relatives à l’emploi de l’air comprimé pour l’excavation des galeries.
- « Pour ces.motifs, je me suis hâté de me mettre d’accord avec mes collègues du ministère pour vous signaler à la considération royale comme un des hommes illustres, dignes d’une marque honorifique pour le concours que vous avez prêté à l'œuvre grandiose du Fréjus.
- « Cette proposition fut aussitôt accueillie avec la faveur qu’elle méritait par Sa Majesté, qui, dans l'audience du .17 du mois courant, vous a conféré le grade équestre de. commandeur de l’Ordre des Maints Maurice et .Lazare.
- « Ayant rempli le devoir agréable de vous transmettre les décisions royales, je me trouve honoré de vous envoyer le diplôme et les insignes du grade, en souhaitant que cette distinction honorifique soit considérée par vous comme un juste hommage que le gouvernement italien rend au génie et aux hautes connaissances qui vous distinguent.
- « Je profite bien volontiers de cette circonstance favorable pour vous exprimer l’assurance de ma considération distinguée,
- « Le Ministre,
- « (Signé) Q. Sella. »
- « En vous envoyant la lettre ci-jointe, j’ai l’honneur de vous prier de la faire insérer dans le compte rendu de nos séances ; il n’est pas sans utilité de constater ainsi le but et les motifs de cette distinction honorifique décernée à un membre de la Société, professeur de mécanique, qui a coopéré à la création des cours de l’École centrale et dont les expériences et les procédés, communiqués dès 1852 au gouvernement sarde et à la Commission technique du Mont-Cenis, ont servi de base, plus tard, aux moyens adoptés pour la perforation des Alpes.
- c( S. Exc. M. Sella, membre de l’Académie royale des sciences de Turin, a.fait partie de la Commission technique chargée d’examiner pour le gouvernement sarde les divers procédés applicables au tunnel du Mont-Fréjus. Il peut donc,juger avec autorité dans ces questions.
- « Je profite de la même occasion pour offrir à la Société, par l’intermédiaire obligeant de M. Armengaud aîné, um dessin, ou vue en élévation, d’une puissante balance dynamométrique des forces horizontales servant à:mesurer, par un procédé que j’ai communiqué en 1843 à l’Académie daTsciencêsHa fereeutile des machines à vapeur marines jusqu’à 1000 chevaux et ^ accessoirement7”îa"fMsfânce'"ê,xïfc'té‘ïïes“ Cô^ues"Ses.navires à vapeurTa roues, .à différents degrés de vitesse de marche.
- « L’appareil que représente ce dessin a été adopté en 1844 par l’Amirauté anglaise et j’ai été chargé de l’établir à,poste fixe.autbord du Grand-Bassin, dans le D.ockyard de Woolwick. il a été essayé devant un corps nombreux d’ingénieurs et d’officiers de marine, et accepté définitivement .dès le premier essai.
- « Je n'ai pas eu l’occasion, depuis, de publier les résultats de mes expériences, ni la description de cette balance, mais ceux que le sujet pourrait intéresser trouveront quelques renseignements dans les comptes rendus de l’Académie des sciences, séances du 16 janvier 1843 et 11 novembreil844, ainsi que dans la discussion du budget de la marine française, à la Chambre des députés, Moniteur du o mai 1847.
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- « Je joins encore à mon envoi deux vues photographiées d’une nouvelle pompe pour comprimer à sec l’air et les.ga?. '
- ^(fCet appareil, expérimenté avec succès, refroidit l’air ou le gaz au moment même de sa compression, sans introduction d’eau dans l'espace occupé par l’air.
- « 11 en résulte deux avantages importants dans la pratique industrielle, savoir :
- « L’air ou le gaz n’est pas dissous en partie, et il se comprime sans se saturer de vapeur d’eau.
- « La masse à mouvoir à chaque oscillation étant moins considérable que dans les pompes dites à fiston hydraulique, on peut faire agir la pompe beaucoup plus vite, tout en évitant les agitations et les bouillonnements du liquide qui absorberaient une partie du travail moteur.
- « En résumé, ce nouveau système breveté, comparé aux pompes à piston hydraulique, réunit les avantages suivants :
- « Il réalise une double économie, celle de la dépense de capital pour produire un effet déterminé et celle de l’espace occupé par les pompes, puisque la" vitesse peut être augmentée et le nombre des coups de piston doublé ou triplé.
- « En comprimant l’air ou le gaz à sec, on évite le grave inconvénient de le saturer d’un excès de vapeur d’eau qui se. condense ensuite dans les tubes ou récipients.
- « L’importance de ce dernier résultat est surtout manifeste dans la saison d’hiver, lorsque l’air comprimé doit être employé au percement des tunnels ou à la propulsion sur des chemins de fer pneumatiques.
- «. Agréez, avec l’assurance, etc., D. Colladon. »
- M. Maldant donne communication de sa note sur les compteurs à gaz secs et humides.
- Des controverses nombreuses, et quelquefois passionnées par des questions d’intérêt personnel, ont eu lieu au sujet du mérite respectif des compteurs à gaz secs et humides.
- La Société des Ingénieurs civils a, de son côté, consacré à cette question plusieurs de ses séances, en 1868 et 1869, sans parvenir à l’élucider complètement.
- L’importance de la question est facile à apprécier ; il doit suffire, pour la fixer, de rappeler que le compteur à gaz est le seul instrument servant de contrôle entre acheteurs et vendeurs de gaz ; c’est-à-dire qu’il est la seule mesure d’une marchandise qui se vend aujourd’hui par centaines de millions de francs.
- Je ne veux pas revenir sur la description technique et détaillée des deux systèmes de compteurs, qui ont été pendant si longtemps en compétition : la Société les connaît, et ceux de nos collègues que la question intéresserait plus particulièrement pourraient retrouver cette description dans nos procès-verbaux antérieurs.
- Je veux seulement reprendre la question du mérite des deux systèmes, au point où nous l’avons laissée en 1869 , et vous faire part des progrès qu’elle a faits depuis cette époque.
- De la longue discussion qui eut lieu, alors, au sein de la Société, il est résulté cette opinion fondée : que la perfection du mesurage n’était obtenue ni par l’un ni par l’autre des deux systèmes. — L’adversaire des compteurs hydrauliques (dits humides) leur reprochait, d’une manière générale, d’avoir besoin d’un niveau d’eau constant ; ou, tout au moins, d’un nivellement périodique. Il faisait remarquer qu’en
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- mettant trop d’eau, on pouvait noxjer le siphon et arrêter le passage du gaz; et qu’en n’en mettant pas assez, la soupape d’entrée pouvait ne pas être ouverte par son flotteur, et que le gaz n’entrait pas davantage. Il établissait qu’entre ces deux limites extrêmes le compteur pouvait fonctionner, soit en marquant exactement la consommation, soit en la marquant avec des écarts, en plus ou en moins, pouvant atteindre de 3 à S pour cent.
- L’adversaire des compteurs secs leur reprochait les inconvénients et les fuites de leur distribution, leur absorption de pression, l’extension variable de la peau, et les variations considérables de mesurage qui en étaient la conséquence. Il montrait que ces compteurs pouvaient facilement laisser passer du gaz sans rien marquer, et qu’ils n’avaient pas, comme les compteurs humides, l’avantage de 'prévenir, en s'arrêtant, aussitôt que leur écart de mesurage atteignait 3 à 5 pour cent.
- Blais, à cette époque, la discussion ne pouvait pas être close : la Compagnie Parisienne du gaz avait entrepris, depuis' plus de trois années, une persistante série d’expériences qui n’étaient pas encore terminées; et on pouvait ne pas désespérer que les perfectionnements successifs que les fabricants de compteurs secs apportaient à leur construction n’arrivassent à permettre leur conservation.
- Il n’en a pas été ainsi : les expériences déjà très-défavorables aux compteurs secs, dont la Société avait reçu communication en 1869, ont été suivies d’une nouvelle série d’expériences plus mauvaises encore.
- La Compagnie Parisienne a résumé toutes ses expériences dans un travail d’ensemble, sur lequel elle a dû s’appuyer pour demander, au service municipal, la suppression définitive de l’usage des compteurs secs à Paris.
- Cette demande a été accordée par la Ville à la Compagnie; et la prohibition des compteurs secs est, aujourd’hui, un fait accompli, qui a été porté à la connaissance du public par l’arrêté suivant :
- PRÉFECTURE DU DÉPARTEMENT DE LA SEINE.
- jDirection des Travaux de Varis. — Compteurs secs.
- INTERDICTION.
- Le Préfet de la Seine, etc... :
- « Vu l’arrêté préfectoral, en date du 26 avril 1866, concernant le poinçonnage et « la vérification des compteurs à gaz, qui autorise, notamment, l’usage des comp-« teurs secs à titre d’essai ;
- « Vu l’art. 42 du Traité passé le 7 février 1870 entre la Ville et la Compagnie Pâte risienne du gaz, portant qu’il ne pourra être fait usage, chez les consommateurs « du gaz courant, que de compteurs d’un modèle accepté par la Compagnie et auto-« risé par l’administration municipale ;
- « Vu la lettre, en date du 7 novembre dernier, par laquelle la Compagnie dé-« clare, en vertu de la clause ci-dessus mentionnée, s’opposer à l’installation, chez « ses abonnés, de compteurs secs ;
- « Vu le Rapport de l’Inspecteur général des ponts et chaussées, directeur des « travaux de Paris ;
- Arrête :
- « Art. 1er. — A l’avenir les compteurs secs à gaz ne pourront plus être posés « chez les consommateurs de gaz courant.
- S
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- « Art. 2. — L’Inspecteur général, directeur des travaux de Paris, est chargé de « l’exécution du présent arrêté, qui sera inséré au Recueil des actes administratifs « de la Préfecture, et dont ampliation sera remise :
- « 1° A l’Ingénieur en chef de l'éclairage;
- « 2° A la Compagnie Parisienne du gaz;
- « 3° A chacun des fabricants de compteurs à gaz, par les soins du service de «, l’éclairage, qui certifiera la notification.
- « Fait à Paris, le 20 décembre 1871.
- « Signé : Léon SAY. »
- A la suite des discussions qui ont eu lieu au sein de la Société des Ingénieurs civils, en 1868 et 1869, il m’a semblé qu’il n’était pas inutile de vous faire part du résultat des essais de la Compagnie Parisienne du gaz : essais qui étaient alors encore pendants, et qui ont déterminé la Ville et la Compagnie à prohiber définitivement Pusage des compteurs'secs à Paris.
- M. Laming pense que la cause principale de la suppression des compteurs secs est, qu’ils enregistraient les volumes de gaz fournis avec des écarts de 2, 3 et 4 0/0, en plus ou en moins ; ces erreurs de mesurage devant être attribuées à l’influence de la température sur la peau.
- M. Maldant répond que les variations des compteurs secs sont loin d’être dues uniquement à la cause que vient d’indiquer M. Laming : d’ailleurs les écarts de 3 à 4 0/0, qu’il a cités, n’auraient certainement pas suffi à faire condamner les compteurs secs ; car il faut reconnaître que les compteurs humides, eux-mêmes, sont susceptibles d’écarts, en plus ou en moins, qui, dans certains cas exceptionnels, peuvent atteindre 3 à 5 0/0.
- M. Maldant ajoute qu’il n’a pas cru devoir fatiguer l’attention de la Société par la lecture des chiffres des divers rapports qu’il a consultés; mais qu’il résulte de ces rapports que les variations constatées au préjudice des compteurs secs sont considérables, et que leurs erreurs de mesurage ont été souvent de 30 à 40 0/0.
- Il est ensuite donné lecture de la lettre suivante de M. Leblond.
- « Monsieur le président,
- « Comme vous le savez sans doute, le Conseil municipal de Paris s’occupe en ce moment de la question des vidanges e.t..d.cs eaux d’égouts. Il m’a semblé qu’il serait fort utile d’appeler sur ce double sujet l’attention de la Société, et de provoquer une discussion qui ne saurait manquer d’être très-profitable aux intérêts de la Ville. La question est urgente, puisque déjà pour les vidanges une Commission dresse le cahier des charges qui doit servir de base à une adjudication des matières refoulées par le dépotoir de la Villette ; c’est pour cette raison que je serais désireux de voir la Société mettre le plus promptement possible cette discussion à l’ordre du jour.
- « Permetlez-moi, Monsieur le Président,, de rappeler en quelques lignes l’état où sont les choses.
- « Actuellement, chacun est libre de traiter avec les propriétaires d’immeubles à Paris, de vidanger les fosses d’aisances et d’en emporter les matières dans sa voirie pour en faire des engrais. Les matières solides sont faciles à traiter; les matières liquides sont beaucoup plus difficiles : aussi, les entrepreneurs de vidange
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- voudraient bien se débarrasser des liquides (qui sont cependant beaucoup plus riches), et ne traiter que les solides. Le dépotoir de la Villette, propriété de la Ville, comme la voirie de Bondy, veut bien accepter des entrepreneurs leurs liquides, mais à la condition de prendre aussi les solides, et de recevoir le tout d’une manière régulière ; en somme, il arrive au dépotoir de la Villette la majeure partie des vidanges de Paris : la partie solide est expédiée par bateaux à Bondy ; la partie liquide est refoulée au même endroit par une pompe à vapeur la totalité des matières est affermée à un entrepreneur, qui paye à la Ville une redevance. Tout ce qui est solide est employé à Bondy et transformé en poudrelte; quant à la partie liquide, toute la masse devrait être désinfectée, puis renvoyée par une pompe jusqu’à la Seine. Malheureusement, la portion des liquides qui a été réellement traitée à Bondy est très-petite, de sorte que les bassins de la voirie sont remplis; aussi, maintenant tous les liquides reçus par le dépotoir de la Villette ne vont-ils plus à Bondy : ils sont refoulés jusqu’à Pantin seulement, d’où ils s’écoulent à la Seine par un aqueduc couvert ; ils sont donc entièrement perdus, et d’une manière excessivement fâcheuse pour la santé publique ; et pourtant ces liquides, ainsi que nous l’avons dit plus haut, constituent la partie des vidanges de beaucoup la plus riche comme engrais.
- « L’administration préfectorale a depuis longtemps proposé, pour remédier aux plaintes occasionnées par la voirie de Bondy, le projet que la Société connaît par plusieurs communications de M. Durand-Claye, et dont le principe est : l’envoi direct et immédiat à l’égout des matières de, chaque fosse, et l'utilisation des produits des égouts en irrigations dans la plaine de G-ennevillicrs. Cette solution exige d’abord que le réseau des égouts soit complété dans tout Paris, c’est-à-dire que le réseau actuel soit doublé; il faut aussi que la quantité d’eau dont nous disposons à Paris soit fort augmentée; de là un délai très-considérable, en tout .cas, avant que le système puisse être complet, et des dépenses très-grandes. Pour subvenir à ces dépenses, on aurait les redevances imposées aux propriétaires, la Ville faisant les vidanges à la place des entrepreneurs actuels. — En'attendant la mise en pratique de ce système, l’administration préfectorale proposait de continuer les errements actuels, et de traiter encore à l’amiable avec le fermier de la voirie de Bondy.
- « Le Conseil municipal n’a pas voulu adopter ces propositions; il a pensé que ce projet ne donnait pas de satisfaction suffisante aux intérêts pécuniaires de la Ville, à ceux de l'agriculture et à ceux de l’hygiène publique. Persuadé d’ailleurs que, dans le nombre des systèmes'qui lui sont proposés pour le traitement des vidanges, il y en a qui apportent une véritable solution aux différentes parties du problème, — il a décidé qu’une adjudication aurait lieu, à laquelle pourraient prendre part les concurrents dont les procédés auraient été reconnus sérieux par une Commission spéciale : la totalité des produits des vidanges, envoyés .par le dépotoir de la Villette, devra être traitée en quelques jours, -—liquides aussi bien que solides, — sans pouvoir être accumulés, comme jusqu’à 'Ce jour, sur de vastes étendues à ciel découvert, de façon à ce que l’air ne soit pas empesté et que les eaux rejetées soient devenues inoffensives. Un cahier des charges sera prochainement publié à cet égard, et l’adjudication aura lieu dans trois mois.
- . « Il serait très-désirable, à mon avis, que les procédés divers de traitement de vidanges soient exposés devant la Société, de manière à ce qu’elle puisse se prononcer sur la valeur de chacun d’eux. Plusieurs de nos collègues seront certainement à même d’apporter des renseignements intéressants sur cette question; j’ai eu
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- l’occasion d’en recueillir quelques-uns, en installant, pour un des mes clients, une usine d’essai, où sont traitées les eaux-vannes ; je me ferai un plaisir de les communiquer à la Société, si l’ordre du jour de la prochaine séance le permet.
- « Veuillez agréer, etc.
- « P. Leblond. »
- M. le Président remercie M. Leblond de sa communication et rappelle à la Société qu’il a été autorisé dans une précédente séance à désigner les membres de diverses Commissions, parmi lesquelles se trouve la Commission chargée des études de voirie et des égouts. Il propose en conséquence de renvoyer la lettre de M. Leblond à cette Commission.
- M. Burel a la parole pour donner communication à la Société de son projet de «^constitution de l’Isthme Britannique.
- 'T'entre," par Ta lecture de documents imprimés, dans l’historique de son invention, qui a été précédée de celle du pont sur le Pas-de-Calais, dont il publié l’idée dès i855. 11 rappelle les autres moyens proposés et passe au développement de l’idée de la reconstitution de la terre ferme, telle que les géologues s’accordent à reconnaître qu’elle a existé autrefois, c’est-à-dire, alors que la Grande-Bretagne et l’Irlande actuelles faisaient partie du continent européen.
- Cette solution de la question politique constituerait un cercle vicieux, si on ne sauvegardait pas l’insularité de l’Angleterre, qui d’ailleurs se combine avec la nécessité de conserver aujourd’hui une communication entre l’Océan et la mer du Nord, autre que celle qui existait primitivement, seule, par le nord de la Calédonie.
- M. Burel s’étend sur des considérations géologiques, et donne des extraits d’ouvrages spéciaux sur la matière, tendant à établir la préexistence de l’isthme et la possibilité de le reconquérir sur la mer qui l’a envahi et bouleversé.
- M. Burel explique que son système' de reconstitution des terres déplacées par le déluge cimbrique consiste] dans l’emploi de digues d’un nouveau genre, qui participent à la fois des digues parallèles au courant des eaux destructives, et des épis perpendiculaires. Il signale l’inanité de débats qui se sont produits, il y a une vingtaine d’années, entre certains ingénieurs préconisant, les uns les digues longitudinales, les autres les épis, pour la restauration des rives des fleuves à marée.
- Les digues longitudinales et les épis ont, dit-il, chacun leur raison d’être, suivant les situations et la manière dont se comportent les courants; mais là où les courants et les situations peuvent incessamment changer, il fallait trouver un système mixte, qui réunît les avantages des deux auxiliaires, en en neutralisant les inconvénients respectifs.
- C’est ce que M. Burel a la croyance de réaliser par l’invention des digues arcoïdes, dont les pointes sont rattachées aux saillies des rives érodées, d’abord, puis successivement aux sommets des arcs primitifs, formant la base de l’œuvre de reconstitution. Il en résulte une agglomération d’alvéoles, dont les périmètres extérieurs, affectant toujours des formes curvilignes très-variées, n’offrent aucune résistance aux courants les plus violents, quelle que soit leur direction.
- Les murailles, ainsi destinées à emprisonner les dépôts apportés par les eaux, sont aussi bien épis que digues longitudinales, et en remplissent l’office sans que leur résistance soit mise en péril par les influences variables des courants et des vents.
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- Ce mode d’endiguement est en outre favorable à l’accumulation des dépôts, et par conséquent à un rapide progrès du travail de reconstitution.
- M. Burel rétablit ainsi avec l’aide de la mer, et au moyen de ses digues alvéolaires, une étendue de l’ancien isthme, qui pourrait n’être limitée que par ses rivages primitifs, mais qui, suivant son projet, doit s’arrêter : du côté de la France, entre Étaples et Calais, respectant ces deux ports, et prolongeant celui de Boulogne au travers des terres nouvelles, par une rade qu’alimenterait la Liane, jusque dans la mer du Nord ; du côté de l’Angleterre, entre la pointe de Dundgeness et Douvres : les deux terres s’avançant l’une vers l’autre, jusqu’à un intervalle de un kilomètre, voire même d’un mille anglais, distance qui serait franchie par des ferry-boats ou grands bacs à vapeur, transportant les trains de chemin de fer en cinq ou six minutes d’une rive à l’autre d’un canal assimilable au canal de Suez.
- En calculant sur une durée de douze années pour l’exécution de ce travail, pendant lesquelles de nouvelles rectifications se produiront dans les lignes des chemins de fer anglais et français, et en faisant de très-modestes supputations, en ce qui concerne les progrès de la locomotion, il ne paraît nullement exagéré de réduire à 4 heures 30 minutes le temps qu’il faudra pour transporter un train rapide entre Paris et Londres.
- M. Burel ajoute que son projet se distingue des autres, ponts ou tunnels, en ce qu’il est essentiellement essayable par fractions, et si on l’entreprend un jour, il a la ferme conviction que, loin de coûter une somme fabuleuse comme le moindre tunnel, les terrains reconquis couvriront largement la dépense première, sans considérer les immenses revenus qu’elle créerait à l’État, à qui appartient la moitié des conquêtes et la totalité des impôts et des droits de mutatfon, etc.
- M. le Président, au nom de la Société, remercie M. Burel de sa communication.
- M. le Président annonce la solution de la question posée par M. Thirion relative à la propriété industrielle, en Alsace-Lorraine. La Commission qui avait été nommée pour cette étude n’a pas eu besoin de se réunir, puisqu’au moment où la Société était saisie, le Journal officiel du 26 janvier publiait une annexe au traité de Francfort, dont l’article 10 règle cette question.
- « Cet article 10 est ainsi conçu :
- « Les individus originaires des territoires cédés ayant opté pour la nationalité allemande, qui ont obtenu du Gouvernement français, avant le 2 mars 1871, la concession. d’un brevet d’invention ou d’un certificat d’addition, continueront à jouir de leur brevet dans toute l’étendue du territoire français en se conformant aux lois et règlements qui régissent la matière.
- « Réciproquement tout concessionnaire d’un brevet d’invention ou d’un certificat d’addition, accordé par le Gouvernement français, avant la même date, continuera jusqu’à l’expiration de la durée de la concession, à jouir pleinement des droits qu’il lui donne dans toute l’étendue des territoires cédés. »
- A ce sujet, MM. Armengaud aîné et Mathieu Jules communiquent les explications suivantes :
- Vous avez bien voulu nous désigner avec MM. Armengaud jeune, E. Barrault,
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- Ch. Desnos, Macabies, et Ch. Thirion, comme membres d’une Commission chargée d'étudier les questions relatives à la propriété industrielle entre la France et l’Al-sace-Lorraine. Vous nous avez remis, à cet effet, comme base de notre examen, une note rédigée par notre collègue Ch. Thirion et vous nous avez chargés de nous entendre pour une constitution régulière.
- Avant d’y procéder, nous avons voulu prendre, auprès du ministère de l’Agriculture et du Commerce, la confirmation des premiers renseignements.qui nous avaient été fournis au sujet des provinces annexées à l’empire d’Allemagne, et qui nous servaient de base auprès des inventeurs intéressés qui s’adressaient à nous. Nous avons obtenu pleine satisfaction par l’article 10 publié ci-dessus.
- Or, l’incertitude, signalée au sujet des brevetés français ou des brevetés alsaciens-lorrains, disparaît absolument par la clarté de cet article.
- Tout se réduit à une question de date :
- 2 Mars 1871.
- Tous les brevets, obtenus en France, avant cette époque, conservent les droits entiers sur la France entière.
- Nous disons entiers, parce qu’il ne s’agit pas d’une faveur spéciale ou d’un seul article de la loi de 1844, interprété en leur faveur. Non: ils jouissent, comme auparavant, du contrat régulier qu’ils ont passé avec le Gouvernement français.
- Par contre, tous les brevets obtenus après cette date du 2 mars 1871 sont privés des pays retranchés, et l’action de leur privilège est limitée aux nouvelles limites mêmes de la France amoindrie.
- Tout est compris dans des quelques Conclusions.
- Pour en donner quelques exemples, précisons :
- Un inventeur, breveté en France avant le 2 mars, payera ses annuités, comme par le passé, dans une des recettes générales de France.
- Il exploitera son invention partout dans l’un des 89 départements anciens à son choix, aussi bien qu’aux colonies.
- I! attaquera un contrefacteur partout où sera le corps du délit, en Alsace-Lorraine, comme ailleurs.
- S’il est domicilié en Alsace-Lorraine, il introduira en France, sans danger, ses produits, marchandises ou appareils, sans passer sous l’interdiction de l’art. 32. (Loi de 1844.)
- Il se conformera, dans ce dernier cas, au régime douanier nouveau.
- L’inventeur breveté après le 2 mars ne jouira d’aucun droit en Alsace-Lorraine, considérée, depuis cette époque, comme pays étranger.
- Nous avons trouvé, monsieur le Président, que ces solutions étaient assez formelles pour ne pas nécessiter la réunion de nos confrères, au moins en ce qui touche à l’Alsace-Lorraine, et nous serions heureux de votre approbation dans ce cas, nous tenant, bien entendu, à la disposition de la Société pour toutes les autres questions spéciales qu’elle voudra bien soumettre à l’examen de ceux de ses membres que vous avez bien voulu désigner.
- M. le Président remercie MM. Thirion, Ârmengaud et Mathieu d’avoir tenu la Société au courant de cette question très-intéressante pour beaucoup d’ingénieurs,
- La parole est donnée à M. Lencauchez, pour exposer ses idées sur la voirie de
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- M. Lencauchez fait remarquer que la question de la voirie dé Bondy, celle des égouts, celle des irrigations colmatantes de G-ennevilliers, et enfin celle de l’extraction de la vidange dans Paris sont généralement Confondues.
- La voirie de Bondy est le lieu où le dépotoir de la ville de Paris, appelé dépotoir municipal de la Villette, refoule les produits de la vidange, mais en partie seulement; car les vidangeurs ne sont pas forcés de conduire la totalité des produits de leur industrie à cette décharge publique, située rue d’Allemagne, 171.
- Donc, la ville de Paris, en mettant en adjudication le fermage de la voirie de Bondy, ne met en adjudication qne la vidaiîge que le dépotoir pourra y refouler, la question de vidange n’ayant rien de commun avec l’exploitation de la voirie.
- La ville de Paris, pour répondre aux justes réclamations des populations, imposera aux nouveaux fermiers les conditions suivantes :
- 1° Travail en vase clos, en usine et bâtiments fermés;
- 2° Appareils ne pouvant donner aucune émanation insalubre;
- 3° Brûler ou neutraliser les gaz infects (acide suif hydrique) qui pourraient s’échapper des appareils, tel que cela se produit dans la distillation ;
- 4° Ne rejeter à l’égout que des eaux légèrement colorées (eau blonde), mais débarrassées de matières en suspension et complètement désinfectées.
- Le Conseil municipal a rejeté les propositions des ingénieurs du service municipal, qui voulaient supprimer la vidange en la faisant couler directement aux égouts; les raisons pour lesquelles le Conseil n’a pas partagé l’avis des ingénieurs peuvent se classer ainsi qu’il suit :
- 1° Les réseaux des égouts ne sont pas assez complets pour que de longtemps ôh puisse songer à introduire cette méthode dans la pratique.
- 2° La pente des égouts est trop faible pour permettre un écoulement assez rapide, pour que la vidange qui serait introduite ne donnât pas lieu à de fâcheuses émanations.
- 3° La ville de Lyon, qui depuis longtemps avait mis en pratique le projet que les ingénieurs du service municipal voulaient donner à Paris, vient d’y rènoncef en enjoignant à tous les propriétaires lyonnais d’avoir à construire des fosses d’aiSahceg, et à supprimer les communications existantes entre les tuyaux de descente de leurs maisons et les égouts.
- 4° Là filtration si vantée dü terrain à Gennevilliers ne saurait être une raison pour y envoyer tout l’engrais que peut fournir la ville de Paris, attendu qu'à une consommation d’engrais détêrmiriee en poids correspond une surface dé terrain; ët cette relation entre la surface et le poids ne peut être rompue, car l’engrais ën excès, n’étant pas absorbé, devient un véritable foyer d’infection, ëri mêpië temps que la terre est frappée de stérilité.
- (La Commission du Conseil municipal a reconnu qu’il faut au moins soixante-mille hectares pour faire absorber par la végétation, en culture pratique et rémunératrice, tout l’engrais.qu’annuellements les égouts transportent à la Seine.)
- 5° Enfin, l’essai du projet des ingénieurs du service municipal a été expérimenté à Londres, comme emploi d’eau d’égouts à la fertilisation du sol. Cet essai a démontré qu’avec des eaux d’égouts données gratuitement et du térrâiü à conquérir, on peut faire une très-mauvaise spéculation,
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- Or, Gennevilliers est loin d’avoir 60 000 hectares, puisqu’il n’en compte que quinze cents; le terrain n’y est pas à conquérir, pas plus que nulle part aux environs de Paris où il vaut de trois à dix fois le prix que l’agriculture peut donner à la terre.
- Dans une communication faite à la Société, le 9 juin 1871, par M. Brüll qui revenait de Londres, on trouve la constatation suivante :
- M. Brüll parle de la ferme de Lodge-Farm qui utilise l’eau des égouts de Londres.
- « La ferme est aménagée avec art; le terrain dressé avec précision. L’exploitation est dirigée avec soin et intelligence par des hommes instruits et expérimentés; les comptes rendus accusent des bénéfices; et, malgré ce succès, l’entreprise ne reçoit pas de grands développements. Les cultivateurs voisins, qui ont sous les yeux ces récoltes luxuriantes, ne demandent pas d’eau d’égout. Ils craignent, dit-on, la dépense première pour préparer la terre et aussi la somme de soins et de main-d’œuvre qu’exige ce genre de culture. La Compagnie qui exploite Lodge-Farm avait conçu un projet grandiose dont cette ferme expérimentale devait être seulement le début; elle voulait transporter toutes les eaux de la rive nord par un aqueduc jusqu’à la grande plage de sables de Maplin, qu’elle devait conquérir sur la mer et fertiliser. Sur tout le parcours elle aurait livré l’eau d’égout aux cultivateurs. Ces projets paraissent, quant à présent, oubliés.
- (» Il est facile de comprendre pourquoi la solution radicale de l’utilisation agricole est si difficile à faire aboutir à Londres. La ville s’est imposé de grandes dépenses : elle a résolu d’une façon satisfaisante la question hygiénique et municipale, et elle ne fera plus de sacrifices pour ses eaux d’égout; elle les donne pour rien au débouché de ses collecteurs, mais ne fera rien au delà. Il faudrait donc que la solution agricole, malgré les grands travaux qu’elle comporte, les dépenses annuelles d’exploitation qu’elle exige, pût donner par elle-même des bénéfices, et ce point n’est pas suffisamment établi..»
- Si la vidange ne peut pas être rejetée aux égouts et si Gennevilliers ne peut absorber l’engrais des égouts, il faut donc, d’après M. Lençauchez :
- d° Améliorer les méthodes de vidange dans Paris et, pour ce, employer des voitures propres, bien tenues, montées sur ressorts, etc., etc., avoir recours, enfin, au vide barométrique pour aspirer les matières des fosses ou à d’autres moyens mécaniques perfeclionnés, ne répandant pas dans l’atmosphère dé gaz méphitiques, et, avant de vider les fonds de fosses et d’en extraire les matières solides, pratiquer une désinfection aussi complète que possible.
- 2° Pratiquer la décantation des eaux-égouts.avant de les rejeter à la Seine.
- M. Lencauchez a étudié un projet sur ce sujet, il est disposé à en faire la communication qui démontrera que ce travail peut se faire très-économiquement et mécaniquement.
- 3° Enfin, traiter les produits de la vidange pour les transformer en engrais par des moyens inodores sa tisfaisant aux lois de l’hygiène publique.
- Pour traiter la vidange industriellement il n’y a qu’un moyen, et ce moyen, c'est la décantation.
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- Sachant qu’un mètre cube de vidange moyen renferme 35 kilogrammes de matières solides et 4 kilogrammes de gaz ammoniac, combiné avec divers acides, on trouve que le mètre cube de vidange renferme 39 à 40 kilogrammes de substances utiles, pouvant être transformées en poudrette et sels ammoniacaux; donc il faut isoler et rejeter 1000—40 = 960-kilogrammes d’eau désinfectée aux égouts.
- Or, un grand nombre de procédés sont présentés pour arriver à ce résultat. Nous n’en parlerons pas, attendu que la plupart d’entre eux ne sont que des idées basées sur des procédés pharmaceutiques et nullement industriels. Les auteurs n’ayant fait ni projet, ni étude, ni devis et de prix de revient, il est donc difficile de les apprécier.
- Le meilleur procédé est celui qui, tout en satisfaisant à la salubrité, coûte le moins cher dans son application.
- Le procédé de M. Lencauchez est basé sur ces principes :
- 1° Que la vidange ne pouvant se déposer ni se filtrer en nature (attendu que la fermentation tumultueuse, en agitant la masse, s’oppose à toute décantation, et que la viscosité de cette vidange sortant des fosses et arrivant en voirie, se comportant comme un empois, s’oppose aussi à toute filtration) doit être distillée à la chaux en premier lieu;
- 2° Que la saponification par la chaux et la cuisson des matières mucillagineuse, visqueuse et savonneuse, jouit de la propriété de précipiter les matières azotées que renferment les substances organiques, solides et tenues en suspension, qui se trouvent dans la vidange;
- 3° Que la distillation est une véritable cuisson jouissant en même temps de la propriété de chasser de la dissolution le gaz ammoniac qui est recueilli pour la fabrication du sulfate;
- 4° Qu’après distillation à la chaux, la matière étant cuite et saponifiée se dépose rapidement dans les bassins dits de décantation ;
- 5° Que les produits boueux de la décantation peuvent être dragués, puis filtrés sous pression;
- 6° Que les tourteaux à la chaux, résidus de la distillation, peuvent être séchés rapidement dans les dessiccateurs spéciaux, puis réduits en poudre pour être vendus soüs le nom de Taffo ;
- 7°;.Que la distillation ne peut se faire que dans le vide, vu que la viscosité de la matière fait cracher les appareils distillatoires au-dessous de la pression de 0m,l20 mercure;
- 8° Que les gaz refoulés par les pompes à faire le vide peuvent se brûler dans les foyers des chaudières produisant la vapeur nécessaire à la distillation.
- (M. Chevalet, attaché au laboratoire de M. Frémy dans ce travail considérable, exécuté en 1869, a remarqué qu’après distillation et saponification par la chaux, il ne reste dans un mètre cube d’eau de vidange que 57 grammes d’azote, soit moins de 2 p. 100 de ce qu’il renfermait avant le traitement; ainsi donc, l’eau blonde qui s’échappera des bassins de décantation ne perdra certainement pas plus de 5 p. 100 de l’azote renfermé dans la vidange.)
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- - Description sommaire du procédé Lencauchez.
- 1° Les matières arrivant en voirie seront passées au crible; celles qui resteront seront incinérées. (La plus grande partie se compose de bouchons de liège.) i,;
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- 2° Les liquides sortant des cribles sont introduits directement dans un appareil distillatoire, soumis au vide que produiront trois grosses pompes à air. Un moteur, de la force de 300 chevaux, les mettra en mouvement.
- 3° Les gaz ammoniacaux et autres passeront à travers une chambre barométrique, située à 14 mètres au-dessus de la cuvette barométrique. Dans cette chambre, ils barbotteront dans un bain d’acide sulfurique constamment renouvelé d’acide.
- 4° Les gaz infects [acide suif hydrique) qui seront refoulés par les pompes seront dirigés sur les foyers pour y être brûlés.
- 5° Après cette première distillation, les liquides, encore chauds, seront introduits ' dans un appareil distillatoire en présence de chaux, afin de décomposer par cette base les sels ammoniacaux solubles, mais non volatils, tels que sulfate, chlorhydrate, nitrate et acétate d’ammoniaque, et afin aussi de mettre en liberté le gaz ammoniac que la distillation doit chasser et faire passer dans la chambre barométrique à acide sulfurique. (L’appareil à réaction par la chaux sera aussi soumis au vide.)
- 6° La solution dë sulfate d’ammoniaque qui s’écoulera constamment de la chambre barométrique sera dirigée vers des cristallisoires.
- 7° Les eaux épuisées de gaz ammoniac et saponifiées par la chaux qui s’échapperont du second appareil distillatoire seront dirigées aux bassins de décantation.
- 8° Les bassins de décantation au nombre de six, dont cinq en fonction, produiront un dépôt gradué et méthodique. Ces bassins sont à cloisons concentriques et mobiles, afin de forcer au repos pendant le travail de décantation. En enlevant les cloisons, le dragage pourra s’en faire mécaniquement, car alors la matière coulera librement à la drague. M. Lencauchez se propose de faire réagir du sulfate d’alumine dans le quatrième bassin de décantation, à la dose de 50 grammes par mètre cube.
- 9° Un chemin de fer règne sur tous les bassins pour le transport des dragues et des wagons, pour l’enlèvement de la vase qui s’y déposera.
- 10° Les produits vaseux seront filtrés sous pression.
- 11° Les tourteaux sortant des filtres seront conduits dans des dessicateurs que traversent les produits de la combustion des foyers. Là, ils seront séchés, et l’excès de ia chaux sera carbonaté.
- 12° Les bassins de décantation, ainsi que le dessicateur, ne donneront aucune mauvaise odeur, attendu que les liquides, en sortant du second appareil distillatoire, seront privés delà moindre trace d’acide sulfhydrique.
- M. Lencauchez pense que son procédé ne peut manquer d’être rémunérateur. À l’appui de ses prévisions, il insiste sur les points suivants :
- 1° La distillation très-incomplète, jusqu’ici pratiquée à Bondy, a toujours donné des bénéfices, même quand le sulfate d’ammoniaque ne valait que 30 fr. les 100 kilog. ; aujourd’hui, ce sel vaut 60 francs, et il semble qu’il ne doit jamais tomber au-dessus de 50 fr. les 100 kilog.
- 2° Les appareils de M. Lencauchez étant à triple effet, c’est-à-dire employant trois fois le même calorique, comme cela Se passe eh sucrerie, doivent donc donner . une grande économie sur le procédé employé jusqu’ici.
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- 3° La saponification par la chaux aura pour effet de faire passer le rendement du mètre cube de vidange de 8 kilogr. de sulfate d’ammoniaque à 13 kilogr.; et de plus, cette saponification, d’après M. Chevalet, doublera la valeur en azote de la poudrette.
- 4° La Compagnie Lesage, en distillant à 65 p. 100 de rendement la moitié des eaux de vidange a fait de bonnes affaires, lorsque le sulfate valait 30 fr. les 100 kilog. Aujourd’hui que ce sel vaut le double, comment pourrait-on faire une mauvaise entreprise en se servant d’un môme procédé qui ne dépensera pas la moitié de la houille que l’on brûlait par mètre cube, et de plus, dans le procédé Lencauchez, la distillation est l’opération préparatoire qui doit provoquer la décantation.
- M. Lencauchez tient ses plans et dessins à la disposition des membres de la Société qui s’intéresseront à la question de l’exploitation des vidanges comme engrais.
- M. le Président remercie M. Lencauchez de son intéressante communication, et propose à la Société de renvoyer tous ces documents, plans et dessins, à la Commission spécialement chargée d’étudier les questions de voirie et de présenter prochainement un rapport qui permettra de les discuter utilement*
- Le renvoi est prononcé.
- *
- La parole est ensuite donnée à M. De Dion, pour une communication relative au recrutement des ingénieurs ..de rÆt$t_
- M. de Dion. — Messieurs, on vous a entretenus, dans la dernière séance, de l'origine de l’École polytechnique, et on vous a donné, à ce sujet, des indications que je crois utile de compléter aujourd’hui,. en vous lisant des extraits du rapport de la Commission, nommée par décret du 6 juillet 1850, pour reviser les programmes d’admission à l’École polytechnique, ainsi que ceux d’enseignement, et de proposer les modifications à apporter à ces programmes, pour les mettre en harmonie avec les besoins des services publics1,
- Cette Commission se composait de MM. Thénard, président; Leverrier, rapporteur; Poncelet, Piobert, Mathieu, Duhamel, Mary, Morin, Régnault, Olivier, et Debacq, secrétaire.
- La Commission a examiné la question au même point de vue que celui auquel se place la Société des Ingénieurs civils, pour étudier la question du recrutement des ingénieurs de l’État ; c’est-à-dire qu’elle recherche ce qui doit être réformé, et qu’elle propose les modifications qui lui paraissent nécessaires pour le plus grand avancement des sciences.
- La lecture de ces extraits vous paraîtra peut-être un peu fatigante; mais la question que la Société discute aujourd’hui est trop importante, pour qu’il ne soit pas convenable d’exposer, avec détail, les éléments qui lui servent de base.
- Chacun de vous, messieurs, tirera de ce que je vais lire bien des conclusions; mais, entre toutes, il y en a deux qui, je n’en doute pas, ressortiront de cette lecture, et je veux vous les signaler d’avance, parce que je compte m’en servir ultérieurement.
- 1. Ce rapport a été publié dans le Moniteur universel. Janvier 1851.
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- La première : c’est qu’un enseignement scientifique abstrait, qui ne repose pas sur des connaissances expérimentales, très-étendues, des phénomènes naturels, ne donne qu’une instruction superficielle bien vite oubliée.
- La seconde : c’est qu'il est beaucoup plus difficile de faire concevoir clairement ci un homme, de manière à ce qu’il se l’approprie, une idée simple, comme l’est la conception d’une loi naturelle ou les principes fondamentaux des méthodes scientifiques, que de lui apprendre de mémoire les calculs et les développements mathématiques ou les systèmes scientifiques les plus compliqués.
- Vous apercevrez sans peiner, Messieurs, le lien étroit qui enchaîne ces considéra-tions au sujet qui nous occupe.
- Le rapport se compose de quatre parties :
- Dans la première, on traite du but de l’École polytechnique et de l’état de son enseignement ;
- Dans la seconde, on examine les modifications à introduire dans l’enseignement ;
- Dans la troisième., on recherche les moyens d’exécution ;
- Dans la quatrième, on donne les programmes pour l’admission et pour renseignement à l’École. *
- Je regrette de ne pouvoir communiquer tout entier ce rapport dont la lecture est on ne peut plus attachante et instructive. Je dois me borner à quelques extraits, et je cite tout d’abord les passages qui m’ont paru les plus intéressants, concernant la première partie.
- I. — But de l’École polytechnique, état de son enseignement.
- § i. — FONDATION ET MARCHE DE i/ÉCOLE JUSQU’EN 1809.
- Après quelques détails sur la situation des écoles d’application avant 1794, on expose quels étaient à l’origine les principes de l’enseignement; je cite les termes du rapport :
- « Un passage, extrait du rapport dans lequel Fourcroy exposait à l’Assemblée la constitution de la nouvelle école, nous fera connaître dans quel esprit les fondateurs entendaient que l’enseignement fût dirigé dans un établissement dont le but constant devait être, suivant Monge, de donner à des jeunes gens, ayant fait preuve de disposition et d’intelligence, toutes les connaissances positives qui sont nécessaires pour ordonner, diriger et administrer les travaux de tous les genres, commandés pour l’utilité générale.
- « L’enseignement de l’École des travaux publics, disait Fourcroy, qui réunira les connaissances nécessaires à tous les genres d’ingénieurs, aura deux parties principales : les mathématiques et la physique. Ces deux sciences exactes doivent'servir de base solide aux études nécessaires pour tous les genres de constructions....
- « Dans la direction des travaux dont ils sont chargés (les ingénieurs), leur but
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- doit être d’employer, de la manière la plus avantageuse, les forces qui sont à leur disposition. Ils doivent connaître et mettre à contribution toutes les forces delà nature; ils doivent charger les machines de tout ce qu’il y a de possible dans les travaux, et ne laisser aux hommes que l’emploi de leur intelligence.
- « La physique et la chimie sont également indispensables à tous les genres d’ingénieurs, pour qu’ils puissent connaître exactement, les propriétés des divers matériaux qu’ils emploient et profiter de toutes les ressources que la nature leur offre. Les succès des arts dépendent de ces deux genres de connaissances mathématiques et physiques;...
- Suivant les vues de la loi du 22 vendémiaire an IV, les écoles spéciales d’application furent donc maintenues, réorganisées, augmentées en nombre et progressivement perfectionnées. L’École centrale des travaux publics, qui prit le titre d'École polytechnique, dut en même temps être restreinte à l’objet essentiel de son institution, celui de former les élèves pour toutes les écoles des services publics. Les modifications à introduire dans les bases primitives de l’établissement, par suite de ces améliorations, donnèrent lieu à des discussions qui durèrent plusieurs années et auxquelles le Comité des fortifications prit une grande part. La loi du 25 frimaire an VIII, présentée sous le ministère de Laplace, vint enfin mettre un terme à ces incertitudes et fixer l’organisation de l’École polytechnique....
- « Nous avons pu voir ainsi dans quelle voie l’enseignement avait été dirigé par les illustres fondateurs et professeurs de l’établissement, Monge, Fourcroy, Lagrange, Prony, Hachette, Yauquelin, Berthollet, Chaptal, Guyton Morveau.;.., Il suffisait d’ailleurs de retrancher des programmes de la première École toutes les théories qui, par leur spécialité, appartenaient évidemment aux écoles particulières, pour obtenir des programmes applicables aux deux années d’étude de l’École polytechnique restreinte. Si donc nous venons à reconnaître que le Conseil de perfectionnement, dans lequel nous trouvons les noms de Bossut, Legendre, Laplace, Monge, Berthollet, Prony, Fourcroy, Lacroix, Haüy, Malus, Lagrange, Poisson, etc., n’a cessé, jusqu’à l’époque à laquelle il se félicitait de la perfection de son œuvre, de simplifier ainsi les cours, en leur maintenant avec persévérance le caractère particulier de cours d’application qui leur avait été donné par les fondateurs ; et si, d’autre part, les travaux de la Commissién actuelle l’ont conduite à des déterminations conformes, dans tous les points, aux tendances et aux résolutions de l’ancien Conseil, le planque nous avons à présenter, ainsi placé sous le patronage des noms les plus illustres de la science, acquerra une autorité imposante que nous ne devons pas négliger de lui donner....
- « Si le Conseil de perfectionnement, à son début, avait jugé nécessaire de considérer attentivement le passé si peu ancien de l’École polytechnique, combien cela était-il plus indispensable pour la Commission actuelle, après soixante ans d’existence de l’École, lorsque le Conseil de perfectionnement a tenu cinquante sessions et n’en a laissé écouler aucune sans apporter quelques modifications plus ou moins considérables à l’enseignement I Cette tâche était, il est vrai, laborieuse; elle était rendue,'en outre, plus pénible par l’oubli qu’on fait des principes qui guidèrent le Conseil de perfectionnement.
- « Ce Conseil, marchant, on le voit, sur les traces du conseil d’instruction, conservait avec soin toutes les parties des cours d’application qu’on pouvait embrasser
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- dans un enseignement de deux années, faisait ressortir les avantages qui en devaient résulter pour tous, et se félicitait des succès qu’on avait obtenus, en préparant ainsi les élèves à la pratique. Tant on était convaincu, dès lors, qu’il fallait diriger les élèves, par la voie la plus directe et la plus fructueuse, vers les applications qui sont la dernière raison de l’enseignement, et que cette méthode était aussi plus favorable pour préparer à la culture des sciences le nombre relativement petit des élèves qui devaient s'y livrer d’une manière exclusive....
- Arrivant ensuite aux travaux du Conseil de 1809, le rapporteur dit :
- « Nous choisissons cette époque, parce qu’il résulte des termes mêmes du rapport, que le Conseil regardait alors son œuvre comme presque parfaite, et parce que les noms des hommes illustres qui composaient ce Conseil engagent à chercher des exemples et des modèles dans cette période florissante de l’École polytechnique.
- « Dans les sessions précédentes, disait le rapporteur, le Conseil a coordonné le plan d’instruction de l’École... Il lui reste à le présenter tel qu’il est en vigueur, dégagé de toute discussion, et vu sous un aspect qui permette d’en saisir d’un coup d’œil l’ensemble et les rapports.
- « L’analyse mathématique, appliquée à la géométrie, à la mécanique, à plusieurs autres branches de la physique, forme la base de l’enseignement, rend familières aux élèves des lois et des méthodes simples, générales et fécondes, et les habitue à porter dans les arts l’ét’endùe et la justesse d’esprit qui en agrandit la sphère et en bannjt les vains systèmes. Dans les autres branches de la physique, dans l’histoire naturelle et dans la*chimie, l’inspection des matières, l’étude des faits et les manipulations, ramènent les élèves des généralités aux détails, les forment à l’art d’observer et les préparent à la pratique ; car, si les sciences physico-mathématiques servent à déterminer les dimensions, l’équilibre ou l’effet des ouvrages et des machines, ce sont les sciences naturelles et physico-chimiques qui dirigent l’ingénieur dans le choix des matériaux, dans tous les modes d’assemblage qui dépendent de la cohésion, et dans les combinaisons où, tour à tour, il combat et développe les forces destructives de la nature et des hommes. Dans l’analyse mathématique, l’esprit, aidé par de simples signes, arrive à un degré de précision qui ne dépend que de lui-même; mais cette rigueur, utile à la théorie, est rarement nécessaire ou possible dans la pratique; et l’ingénieur est forcé de recourir à la géométrie descriptive, dont les méthodes, sujettes aux erreurs des sens, mais d’une approximation qui suffit aux arts, y composent une sorte de langue ou d’analyse graphique, propre à déterminer toutes les formes qui résultent de la combinaison des lignes et des surfaces susceptibles de définition. Où ces méthodes abandonnent l’ingénieur, l’œil et la main, exercés par l’habitude, lui offrent une autre ressourcent le dessin d’imitation sert à décrire le reste des formes de la nature ou des arts; soit qu’il se borne, comme dans la figure et le paysage, à représenter les apparences des corps par les contours et les teintes, soit qu’il essaye, dans la topographie, de ramener au dessin géométral la description du terrain, en projetant à vue les lignes naturelles ou les courbes décrites sur des surfaces irrégulières, suivant des lois connues.
- « L’architecture, dans les limites que lui tracent l’économie et les lois des constructions, fait servir le dessin géométral et le dessin d’imitation à composer les formes des édifices et des monuments, en conciliant avec les lois du goût les besoins et les convenances. L’art des constructions et les arts militaires, qu’on ne peut développer que dans les écoles spéciales, mais dont on fait à l’École poly-
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- technique une exposition rapide, offrent aux élèves des applications de toutes les autres branches de l’enseignement, préparent les uns à une étude plus approfondie, et donnent aux autres quelque teinture des travaux les plus remarquables par leur grandeur ou par leur influence sur les destinées des États. Enfin, l’étude de la grammaire et des belles-lettres forme le. complément d’une instruction qui, sans cette heureuse alliance, roulant tout entière sur les sciences et les arts, multiplierait les connaissances et refuserait le talent de les développer, cultiverait l’intelligence en négligeant d’orner l’esprit et d’adoucir les mœurs, et laisserait les élèves étrangers à la moitié des travaux de l’esprit humain.
- « Tel est, en général, le plan d’études de l’École polytechnique. Il reste le même, et les programmes qui le déterminent n’ont éprouvé que des changements de détail ou de rédaction. Les méthodes, le zèle, le talent des instituteurs, sont toujours dignes des mêmes éloges; et la plupart, dans leurs travaux personnels, comme dans leurs cours, font marcher de front les progrès de l’instruction et des sciences.
- § 2. —' BASES NATURELLES DE L’ENSEIGNEMENT.
- « Le but de l’École polytechnique est de concourir, avec les autres écoles de services publics, à la formation des ingénieurs civils et militaires. Une grande partie des connaissances nécessaires aux ingénieurs des mines et des ponts et chaussées, aux officiers de l’artillerie et du génie, sont communes à ces services; l’École polytechnique doit être chargée de les donner, tandis que les connaissances particulières à chaque service doivent être réservées pour les écoles d’application.
- Le rapporteur examine le caractère qu’il convient d’imprimer à l’enseignement. Il cite l’opinion du Conseil de L'École des ponts et chaussées et la résume ainsi :
- « Dans ces vues du Conseil de l’École des ponts et chaussées, dont la Commission reconnaît la justesse, deux points surtout se détachent. Le Conseil désire qu’un élève de l’École polytechnique ait acquis, en dehors des connaissances mathématiques, une certaine portion des connaissances appartenant au domaine commun des hommes ayant reçu une éducation libérale ; et, quant à l’instruction mathématique, le Conseil regarde comme dangereux qu’elle reste trop longtemps dans les abstractions. Le Conseil enfin déclare, quoique avec une extrême réserve, qu’il ne pense pas que ces deux principes aient été appliqués dans la mesure désirable.
- Yoici, en effet, les conclusions du rapport des ponts et chaussées :
- « Le système des études qui précèdent et qui suivent l’admission à l’École polytechnique est maintenu trop longtemps dans des termes trop exclusivement abstraits. Il résulte de hl que plus ou moins d’élèves ne comprennent pas du tout le sens exact de telle ou telle partie de l’enseignement qui leur est donné, et qu’un assez grand nombre, s’habituant à vivre dans le demi-jour d’abstractions pour eux très-nuageuses, et où ils ne parviennent jamais à faire pénétrer une entière clarté, sont mal préparés à bien voir les choses quand ils reprennent pied dans le monde réel.
- « Sur tous ces points, le Conseil de l’École des ponts et chaussées s’accorde avec la Commission de l’Assemblée législative, dont l’opinion va nous servir à fixer d’une
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- manière plus nette les limites dans lesquelles il est indispensable de renfermer les connaissances générales de l’instruction spéciale des élèves de l’École polytechnique.
- « ... La plupart des difficultés que de bons esprits ont cru apercevoir dans l’enseignement polytechnique sont au moins préparées par l’enseignement antérieur....
- « Les esprits justes s’accordent à reconnaître que, dans la culture de l’intelligence de la jeunesse, il faut poser avec soin et se garder de franchir deux limites qui résultent naturellement, l’une, des bornes de la mémoire, l’autre, de l’étendue circonscrite de l’esprit. Lorsque, en outre, un enseignement doit convenir à un ensemble d’élèves, il faut éviter de fixer ses limites par la considération des qualités particulières à quelques esprits d’élite; la force moyenne des intelligences auxquelles on s’adresse doit servir de guide, et c’est le premier devoir du professeur d’en faire une élude approfondie.
- « En imposant à la mémoire un travail auquel elle ne peut suffire, on arrive à pourvoir les jeunes gens de quelques connaissances vagues et superficielles, sur chacune des branches des connaissances humaines, sans qu’ils aient de notions précises et sérieuses sur aucune science; or, c’est ce qui n’est point sans danger, même pour la justesse de l’esprit. On ne doit point, assurément, rejeter de renseignement toutes les notions incomplètes. En spécialisant l’instruction d’une manière absolue, on enlèverait à l’esprit beaucoup de son étendue, et l’on priverait la société des charmes que répand sur elle une instruction générale et commune à tous. Blais, pour que ces notions générales offrent quelque utilité, nous dirons plus, pour qu’elles ne soient pas nuisibles, il est indispensable que, en dehors d’elles, chacun de nous ait fait, de quelque point de la science, une étude complèie et approfondie. L’esprit acquiert ainsi un terme de comparaison qui l’amène à sentir avec quelle réserve on doit faire usage des connaissances superficielles, et combien on doit se mettre en garde contre ces jugements précipités et absolus qu’on recontre trop souvent chez ceux qui n’ont qu’une demi-teinte des choses, et dont l’aveugle confiance repose uniquement sur l’ignorance.
- « Les inconvénients d’un enseignement supérieur, par ses difficultés, à la moyenne des intelligences, ne sont pas moins graves. On ne développe pas l’esprit, mais on l’amoindrit infailliblement par une culture trop élevée et qu’il est incapable de recevoir. En lui imposant la discussion et la comparaison d’objets situés hors de sa portée, on l’égare, au risque de le fausser sans retour. Tels sont, par exemple, les résultats d’un enseignement philosophique mal entendu, et dont l’extension est incompatible avec l’étendue des intelligences auxquelles il s’adresse. Et c’est sans doute pour avoir méconnu ces principes que, dans ces dernières années, l’Université a rencontré dans une pareille matière tant et de si grandes difficultés.
- « On a, depuis vingt ans, ajouté sans cesse et d’une manière démesurée, aux programmes d’étude des lycées, mais sans jamais en rien retrancher. On a développé l’étude du grec, celle de l'histoire, introduit les langues modernes, sans considérer qu’on courait le risque d’énerver, dans les enfants, le germe de la vie et de l’inspiration, et de n’arriver ainsi qu’à des résultats bien inférieurs à ceux qu’on eût retirés d’un travail plus sagement modéré. En même temps, une regrettable confusion s’introduisait, dans l’enseignement des sciences philosophiques, entre les conditions propres à l’enseignement secondaire et les nécessités de l’enseigne-
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- ment supérieur. Ce n’est point à dix-huit ans qu’on aborde impunément, et sans que les principes risquent d’en être ébranlés, les subtilités de la métaphysique. Lorsque des hommes d’élite, dont l’esprit a grandi par l’étude, par la réflexion et par l’âge, ne parviennent point à s’accorder sur ces matières, c’est une faute immense de les jeter au milieu de jeunes intelligences non encore formées, et qui, loin d’être mûres pour la discussion, sont à peine susceptibles de recevoir avec fruit un enseignement bien défini.
- « Toutes ces difficultés se retrouvent dans l’enseignement des sciences, quand il est mal conduit. C’est surtout dans l’étude des mathématiques qu’il faut se garder de donner aux jeunes gens un enseignement trop élevé, trop abstrait et inintelligible pour eux. Laissons sur ce sujet parler la Faculté des Sciences de Paris 1 :
- « Des faits récents n’ont que trop mis en évidence les dangers d’un enseignement « scientifique qui, sans tenir compte de ces sages principes fondés sur la nature « même de l’entendement.humain, prend sa base dans l’abstraction pure et prépare « à l’ordre social et politique des esprits accoutumés au mépris de l’expérience. « La Faculté, qu’on n’accusera pas de manquer d’intérêt pour le progrès de l’esprit « scientifique, ale droit de dire que, dans l’étude mal dirigée des sciences, ladiscus-« sion de l’infini vient dès les premiers pas troubler la pensée; l’esprit de système « égarer l’imagination ; les formules générales apprendre le dédain des faits. De là « tous les désordres d’une métaphysique incohérente, d’une philosophie obscure, « d’autant plus dangereuses qu’elles semblent s’appuyer sur les données mêmes de « la nature, et qu’elles reçoivent des résultats positifs de la science une confiance « dont elles ne sont pas dignes...
- « L’étude abstraite des sciences est pleine de périls ; rien n’y rectifie la fausseté « de nos jugements, rien n’y corrige les aveuglements de notre amour-propre, rien « n’y tempère les égarements de notre imagination. Noujs n’hésitons pas à la regar-« der comme une des épreuves les plus redoutables qu’on puisse faire subir à la ci-« vilisation; nous n’hésitons pas à appeler sur ces dangers toute la sollicitude du « gouvernement du pays. »
- « Fort peu d’esprits sont, en effet, capables de recevoir sans danger un enseignement purement mathématique et philosophique. Tous, an contraire, sont susceptibles dégoûter avec fruit un enseignement scientifique, dans lequel les applications et l’étude de la nature viennent sans cesse se placer à côté de la théorie, et lui enlever son aridité. L’étude des sciences, telle qu’on la pratique aujourd’hui dans nos lycées, est faite pour rebuter les esprits les plus sérieux ; et de là vient qu’elle fait si peu de progrès dans les établissements d’instruction publique. On n’y réussit trop souvent qu’à dégoûter les élèves, en leur présentant la science sous un faux jour....
- « Depuis trente ans, l’étendue des matières enseignées et demandées dans les examens d’admission n’a cessé de s’accroître. D’une part, l’École polytechnique a plusieurs fois ajouté aux connaissances exigées; elle a successivement inscrit dans ses programmes la géométrie analytique à trois dimensions, la physique, la géométrie descriptive, mais sans rien retrancher des autres matières. Et, d’un autre côté, les professeurs et les examinateurs se sont tacitement entendus pour donner à l’enseignement un développement excessif et tout à fait en dehors du but qu’on doit se
- v';: 1. Rapport fait, en 1847, sur l’enseignement scientifique dans les collèges, les écoles intermédiaires et les écoles primaires.
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- proposer. On ne s’est point borné, soit à introduire un grand nombre de problèmes abstraits, dont les élèves ne trouveront jamais aucune application, soit à traiter les sujets d’une utilité incontestable, avec trop d’ampleur; mais, sur chaque question, on est descendu jusqu’à des arguties ridicules, propres à troubler les esprits les plus fermes. Au lieu de s’appliquer à présenter les matières d’une manière claire, beaucoup de professeurs se sont plu à les hérisser de difficultés plus imaginaires que réelles ; et l’on a pu dire avec vérité que la nouvelle école d’enseignement mathématique avait dépassé les subtilités de l’ancienne scolastique. On ne saurait alléguer, pour excuser ces écarts, que leur but est de fournir des exercices à l’intelligence. Les exercices pratiques, utiles, propres à cultiver l’esprit, sont loin de manquer, tandis que les aridités sur lesquelles on l’arrête ne peuvent avoir d’autres résultats que de le dessécher et de l’amoindrir.
- « Cet enseignement analytique et abstrait, dont l’usage exclusif présente de si graves inconvénients, est à peu près le seul qui, depuis de longues années, ait été donné aux élèves destinés à l’École polytechnique. Le programme ne renfermait guère, en fait de connaissances touchant aux applications, que la trigonométrie et la statique. Mais l’enseignement de la trigonométrie est réduit à sa partie purement analytique ; et l’on se garde scrupuleusement d’en faire quelque application pratique au lever et à l’étude de la configuration du terrain. Aucune notion n’est donnée aux élèves sur les instruments au moyen desquels on peut réellement effectuer la mesure des angles des triangles. On ne leur parle ni de la mesure des bases, ni des différences de niveau: exercices pratiques, qui se présentent cependant d’eux-mêmes, et d’une manière si naturelle, que leur omission est l’un des symptômes les plus frappants du caractère de cet enseignement...
- « Aussi, sommes-nous loin de partager, à l’égard de cet enseignement préparatoire, l’enthousiasme des hommes qui croient qu’on ne saurait trop le répandre en France, même dans l’intérêt de ceux qui échouent aux examens et ne parviennent point à l’enseignement de l’École elle-même. La situation actuelle est détestable et ne saurait être maintenue plus longtemps. »
- « Les vues de la Commission de l’Assemblée législative sur l’enseignement sont, ainsi qu’on le voit, identiques à celles du Conseil de l’École des ponts et chaussées...
- « Après avoir posé les conditions générales de l’enseignement, la Commission de l’Assemblée n’en a fait application, dans la portion précédente de son rapport, qu’aux études qui précèdent l’admission à l’École polytechnique. Plus loin, elle considère les études faites dans l’École elle-même, et s’exprime ainsi :
- « Les conditions qui assurent l’existence de l’École polytechnique déterminent aussi la nature de l’enseignement. Certains hommes, doués d’un esprit absolu de classification, se sont laissé égarer par le titre imposé aux écoles dites d'application. Par opposition, ils ont cru que l’École polytechnique ne devait enseigner-que la théorie pure, que les applications devaient être renvoyées avec soin aux écoles spéciales civiles et militaires, et ils ont travaillé à établir cette ligne de démarcation. Aussi, a-t-on trop souvent enseigné à l’École polytechnique des théories qui ne pouvaient servir qu’à un petit nombre d’élèves, sinon à personne ; tandis que les applications qui se présentaient d’elles-mêmes, et qui eussent été pour tous d’une utilité pratique, étaient laissées à l’écart. Ce point de vue n’est pas le nôtre, et il nous paraît faux, soit qu’on veuille considérer les conditions propres au développe-
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- ment de l’intelligence, soit qu’on veuille s’arrêter au but spécial de l’École polytechnique, qui n’est point une école d’enseignement abstrait et théorique, mais bieh le premier degré des écoles d’application.
- « Il faut assurément donner à nos ingénieurs et à nos officiers une instruction théorique assez étendue, et ne pas les réduire aux formalités d’une aveugle routine, si l’on veut qu’ils puissent surmonter rapidement et avec honneur les difficultés nouvelles en face desquelles ils se trouveront. La théorie peut seule inspirer cette généralité de vues, par laquelle on s’ouvre des voies nouvelles pour triompher d’obstacles imprévus. Combien est-elle d’ailleurs plus nécessaire aujourd’hui que des inventions multipliées dans les arts, dans l’industrie, dans la science des machines et dès constructions, et même dans l’art de la guerre, nécessitent que l’ingénieur refasse, pour ainsi dire, plusieurs fois son éducation pendant le cours de sa carrière. Mais aussi la plupart des esprits abandonnés à la seule théorie n’en peuvent soutenir la trop vive lumière; ils ont besoin, pour ne pas s’égarer, d’être guidés par une application incessante, commencée de bonne heure et continuée sans relâche. La théorie pure ne trouve que bien rarement son application rigoureuse à la pratique. Elle néglige habituellement des circonstances physiques qu’elle ne peut embrasser dans ses formules, et qui n’en ont pas moins, sur les résultats, une grande influence. Souvent elle se borne à poser des jalons, à éclairer la route, tout en la laissant semée d’obstacles, dont on ne peut triompher qu’à l'aide d’un jugement sain, d’une raison éprouvée, et d’une grande habitude du monde réel.
- « Il est donc indispensable que les applications viennent se joindre désormais à l’enseignement théorique de l’École polytechnique, non-seulement en vue du but final, mais aussi pour que les théories soient mieux senties et mieux comprises. Les cours de l’École polytechnique doivent renfermer les théories nécessaires à l’ensemble des élèves des écoles d’application, et abandonner à chacune de ces écoles les détails qui leur sont particuliers. Et, quant aux applications, une bonne organisation de l’École polytechnique devra y faire entrer ce qui est commun aux différents services, en déchargeant ainsi l’enseignement des écoles spéciales....
- « La pensée des fondateurs a été peu à peu mise en oubli, à mesure qu’ils ont disparu des Conseils. La part faite aux applications a été se restreignant sans cesse. Certains cours ont cessé d’exister, et, dans ceux qui ont survécu, l’analyse s’est mise à la place de l’expérimentation et de l’observation. C'est ainsi que le cours de physique accorde beaucoup trop aux considérai ions analytiques, au détriment de l’expérience. C’est ainsi que l’étude des machines a été presque entièrement ramenée à des exposés géométriques, les notions sur la mécanique elle-même, et le mode d’action physique des agents matériels étant en général laissés à l’écart; tandis que l’enseignement de la géodésie, réduit à des notions abstraites sur l’ensemble de l’astronomie, est inintelligible pour l’immense majorité des élèves, qui n’acquièrent ni ne reçoivent aucune notion positive et nettement définie des phénomènes....
- Les leçons se succèdent chaque jour et sans relâche, sur des sujets toujours nouveaux, et chacune d’elles contient dix fois plus de matières que les leçons des cours préparatoires. À peine les élèves ont-ils le temps d’apprendre par cœur, pour ainsi dire, les leçons que les professeurs leur donnent au tableau....
- « La réforme que nous avons demandée dans l’enseignement préparatoire nous paraît donc tout aussi indispensable dans l’enseignement de l’École elle-même ; elle a souvent été réclamée par les hommes éminents, placés soit à la tête des écoles d’application, soit à la tête de l’École polytechnique. Combien de fois les élèves
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- eux-mêmes l'ont appelée de leurs vœux, découragés qu’ils étaient par les arides difficultés d’un enseignement qui ne peut convenir à la plupart d’entre eux.
- « Il est temps d’éliminer des cours une foule de questions arbitraires, qui ne doivent jamais trouver d’application dans aucun des services publics, qui, loin de développer l’intelligence des élèves, l’obscurcissent, et dont la présence dans les pro-grammesne peut être justifiée à aucuns égards. Il faut introduire, au contraire, des questions de pratique, non-seulement à cause de leur utilité propre, mais aussi parce qu’elles sont nécessaires à l’intelligence complète de la théorie....
- § 3. —ENSEIGNEMENT AGTDEL DE L’ÉCOLE POLYTECHNIQUE.
- Le rapporteur, après avoir insisté sur la nécessité d’introduire diverses modifications dans la nature et l’étendue de l’enseignement, ajoute :
- « Ainsi, le Conseil de l’École des ponts et chaussées reconnaît, avec nous, que plus ou moins d’élèves ne comprennent pas du tout le sens exact de telle ou telle partie de l’enseignement qui leur est donné. Seulement, il n’attribue pas ce vice radical à la difficulté des théories non comprises, mais bien au mode d’enseignement qui est trop' abstrait ; et pour que ces théories fussent entendues d’une manière utile, il suffirait, dans les mathématiques, d’éclairer chaque théorie principale par une ou plusieurs applications immédiates; dans la physique, de multiplier les expériences sous les yeux des élèves et de les faire, autant que possible, répéter par les élèves eux-mêmes, en insistant principalement sur les parties susceptibles d’importantes applications; enfin de donner à l’enseignement de la mécanique et des machines un développement considérable qui, d’après une autre partie du rapport, devrait porter cet enseignement, de 80 leçons qu’il embrasse aujourd’hui, à 120 au moins. En d’autres termes, toutes les matières renfermées dans les cours pourraient être comprises par les élèves, pourvu qu’on donnât à leur enseignement un développement plus considérable.
- « Cette opinion pourrait, s’il en était besoin, être au moins contestée. Tous ceux qui ont été en relation avec les élèves, avant leur admission à l’École polytechnique, savent que nombre d’entre eux ne comprennent pas complètement les théories les plus délicates de leurs cours, encore bien que les développements ne leur manquent certes pas. Comment donc n’en serait-il pas ainsi, de certaines théories de l’enseignement intérieur de l’École, lors même que ces théories viendraient à recevoir tous les développements désirables....
- En 1810, l’École de Metz écrivit une lettre d’observations :
- « Il résulte de la discussion, à laquelle sa lecture donna lieu, que le Conseil de l’École de Metz se plaignait qu’on fit trop de théorie et pas assez d’applications, et qu’On comptât trop les sciences mathématiques dans le classement, ce qui conduisait les élèves à n’avoir que des notions fort incomplètes sur la géométrie descriptive, les machines, les constructions et la topographie.... Sur la pensée exprimée par le Conseil de perfectionnement, qu’il se pouvait que ces plaintes fussent, en partie du moins, mal fondées, et que le mal existât plutôt à l’École de Metz qu’à l’École polytechnique, le colonel d’artillerie Drouot et le major du génie Malus furent envoyés à Metz par le ministre de la guerre, pour interroger les élèves et juger de la véracité des plaintes. Le résultat de cette inspection prouva que l’in-
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- struclion des élèves de l’École de Metz était dans un état déplorable, et qu’entre autres choses, les théories étaient complètement oubliées. Il fut, toutefois, constaté qu’une des premières causes de cette situation était l’extrême dissipation des élèves et l’absence de travail; inconvénients qui provenaient de ce que les élèves se trouvaient assurés de leur sort, et qu’ils étaient certains qu’on serait forcé de les employer, instruits ou non.
- « Quoiqu’il fût avéré par là, qu’avant tout, la discipline et l’émulation avaient besoin d’être relevées dans l’École de Metz, le Conseil de perfectionnement n’en voulut pas moins rechercher si l’oubli des théories- ne tenait pas aussi, en quelque chose, au système d’enseignement suivi à l’École polytechnique, et, dans la séance du 28 avril 1811, une nouvelle commission, composée de Laplace, Berthollet, Malus, Drouot, Hachette, Allent, fut spécialement chargée d’examiner les élèves présents à cette dernière École, afin d’arriver à un résultat définitif. La conclusion fut : qu’il était nécessaire de restreindre l'étude des cours, et, dans sa séance du 19 mai 1811, le Conseil décida « qu’il serait fait une révision générale des programmes; afin d’en élaguer les connaissances qui ne sont pas d’une utilité indispensable pour les services publics, ou qui peuvent être renvoyées aux écoles d’application..,. »
- • « Arrêtons-nous ici, pour reconnaître avec quelle sagesse fut conduite la discus-
- sion qui donna lieu à ces réformes. Elle dura sept mois et demi: des enquêtes furent faites à l’École de Metz et à l’École polytechnique ; plusieurs commissions travaillèrent sans relâche, et les conclusions adoptées enfin furent le fruit des méditations des hommes les plus illustres, Laplace, Lagrange, Monge, Berthollet, Malus, Legendre, Lacroix.
- « Il est pénible d’avoir à constater que le fruit de tant de travaux a été complètement perdu, et. que la volonté et l’autorité du conseil de 1811 ont été méconnues....
- « Ce n'est point, au reste, dans les écoles d’application seulement que les inconvénients d’un enseignement trop étendu et trop difficile se sont fait sentir : on les a éprouvés jusque dans le sein de l’École polytechnique. « Quelques élèves, disait de Prony dans son rapport sur les examens de 1827, quelques élèves assez forts, après avoir bien démontré les formules, se sont trouvés embarrassés quand il s’est agi de résoudre des cas particuliers qui s’y rapportaient. Il est bien important de ne jamais isoler les notions abstraites des considérations de détail; celles-ci, dans le développement naturel des idées, précèdent toujours les autres, et il faut se conformer à cette loi de la nature, surtout quand il s’agit d’instruire des jeunes gens pour qui la théorie doit être un instrument de pratique....
- « Plus de vingt-cinq élèves, suivant l’examinateur, ne savaient en 1829 rien de la géométrie descriptive....
- « Il n’y a qu’une voix dans les corps d’artillerie et du génie sur la faiblesse d’in-1 struction des élèves admis dans ces corps ; et, si l’on compare cette faiblesse avec la w quantité de choses enseignées à l’École polytechnique, on est irrésistiblement conduit à reconnaître que la cause du mal dont on se plaint est dans la trop grande abondance des matières qui surchargent tous les cours.
- « Saisi, en 1833, de la création d’un cours d’anglais, le Conseil la repoussait avec persistance, disant qu’il y aurait un grave inconvénient à surcharger les élèves de nouvelles études, lorsque déjà l’expérience prouvait que le temps qu’ils passent à l’École est insuffisant pour qu’ils puissent apprendre tout ce qui y est enseigné, que les connaissances qu’on exige des élèves pour entrer dans les divers services publics sont si multipliées, et le travail auquel ils sont obligés de se livrer si con-
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- sidérable, que la plupart d’entre eux arrivent dans les Écoles d’application excédés de fatigue, hors d’état, pendant quelque temps, de se livrer à de nouvelles études, et ne possédant cependant que très-imparfaitement la majeure partie des sciences qui leur ont été professées.
- « Nous pourrions multiplier presque indéfiniment ces citations. Il vaudra mieux nous en tenir à un dernier rapport, fait par l’illustre Poisson après ses examens de 1837.
- « Cette année, disait-il, les examens m’ont paru beaucoup plus faibles que les « années précédentes. Le tiers des élèves n’ont fait que des réponses à peu près ce nulles ou insignifiantes. En général, ceux qui parviennent à démontrer les pro-« positions n’en entendent cependant pas bien le véritable sens; ainsi, pour n’en citer « qu’un exemple, beaucoup d’élèves-démontrent le principe des forces vives sans « môme pouvoir en donner un énoncé exact, et surtout sans en comprendre l’usage « et l’application aux machines. C’est un défaut capital de l’enseignement} que la signifiai cation des théorèmes, qui devrait servir dans l'esprit des élèves aux démonstrations, est, « au contraire, ce qu’ils savent le moins. Dans la mécanique, « il ne faut rien leur dent. mander en dehors des formules, et rien non plus sur la manière de les convertir en nombres.' « Ils ne se font aucune idée des diverses quantités qu’elles renferment. » J’ai déjà plusieurs « fois signalé ce grave, inconvénient....
- « Mon opinion bien arrêtée maintenant est que « les matières de l’enseignement en « mécanique et en analyse sont trop étendues, » relativement au peu de temps que les « élèves peuvent consacrer à cette étude, et que de là vient le « peu de précision et u. de réalité des connaissances qu’ils acquièrent, et la rapidité avec laquelle ils oublient ce a qu’ils ont appris. » Mais c’est au Conseil d'instruction à prendre l’initiative dans « les changements qu’il serait utile de faire, et je propose d’appeler son attention « le plus tôt possible sur cet objet, le plus important et le plus urgent dont on «( puisse s’occuper* »
- c( Que pourrions-nous ajouter à un tel jugement porté par l’homme de génie qui était, depuis trente ans, à la tète de l’instruction mathématique en France? Cè testament de Poisson, en matière d’instruction, est un véritable arrêt devant lequel il n’y a qu’à s’incliner, et dont il appartient au gouvernement, gardien de l’intérêt dù pays, d’assurer enfin l’exécution trop longtemps différée.
- Voici maintenant quelques extraits de la deuxième partie du rapport, intitulé :
- II. — Examen des modifications à introduire dans l’enseignement.
- lre SECTION, ÉTUDES DITES PRÉPARATOIRES.
- Le rapporteur passe en revue les différentes matières de l’instruction préparatoire.
- 1. Instruction littéraire.
- 2. Arithmétique. — k ce sujet il dit :
- « Le caractère usuel de l’arithmétique indique assez que ses méthodes doivent être
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- susceptibles d’une grande simplicité, et que son enseignement doit être dégagé, avec le plus grand soin, de toute complication inutile. Aussi, croyons-nous qu’il n’est personne qui ne soit susceptible de recevoir, de comprendre et de goûter uri enseignement arithmétique bien ordonné et bien entendu.
- « L’immense majorité de ceux qui ont reçu une éducation libérale ne possèdent point cependant la connaissance usuelle du calcul....
- « Leur esprit, dit-on, n’était point propr,e à l’étude des mathématiques. 11 leur avait été impossible, malgré tous les efforts de leur bonne volonté, de se plier à l’étude de ces sciences abstraites, dont l’aridité et la sécheresse formaient une disparate si profonde avec l’enseignement attrayant et passionné de l’histoire, avec les beautés de style et de pensée qu’on rencontre dans les œuvres des grands historiens et des grands poètes....
- « Or, sans admettre que les plaintes émises à cet égard soient toutes parfaitement sincères et désintéressées; tout en apercevant dans leur exagération une satisfaction puérile que certains maîtres veulent ménager à leur ignorance absolue dans les sciences, satisfaction bien dangereuse pour l’autorité de ceux qui se la donnent, la Commission, appréciant combien la littérature et la science perdent à rester étrangères l’une à l’autre, et combien elles gagnent par un commerce mutuel, n’hésite point à reconnaître que l’enseignement des mathématiques élémentaires a perdu la simplicité qui le caractérisait autrefois, pour revêtir une forme compliquée et prétentieuse, dénuée d’aucun avantage et pleine d’inconvénients. Le reproche qu’on adresse aux sciences en elles-mêmes, nous le repoussons complètement et le reportons uniquement sur la méthode vicieuse de leur enseignement actuel....
- « Personne n’ignore que l’instruction exigée pour l’admission à l’École polytechnique exerce l’influence la plus profonde sur la direction de l’enseignement scientifique en France. Il suffit que l’École polytechnique, disait-on dans le conseil de perfectionnement, introduise dans ses programmes, ou qu’elle en retranche telle ou telle théorie, pour que cette théorie prenne place dans l’enseignement des lycées ou qu’elle en disparaisse.
- « Suivant la Faculté des sciences de Paris, si compétente en une telle matière, la direction de l’enseignement scientifique donné à la masse du pays, serait mauvaise, et ce défaut proviendrait de l’influence exercée par l’enseignement préparatoire aux écoles spéciales et notamment à l’École polytechnique.
- « En conséquence, l’enseignement de l’arithmétique aura pour but essentiel de faire acquérir aux élèves la pratique du calcul, afin qu’ils puissent, dans la suite de leurs études, en faire un usage facile et continuel.... Toute théorie inutile devra être retranchée avec soin, pour ne pas détourner l’attention de l’élève, et la laisser tout entière aux objets essentiels-de cet enseignement. Ces théories, pourrait-on objecter, sont d’excellents exercices pour former l’esprit des élèves; nous répondons qu’une telle opinion'serait contestable sur plus d’un point, et qu’en tout cas, les exercices sur des matières utiles ne manquant point dans le champ immense qu’embrassent les mathématiques, il est tout à fait superflu de créer, comme à plaisir, des difficultés dont on ne rencontrera jamais l’application.
- cc Ce caractère que nous désirons voir donner à l’enseignement de l’arithmétique a été complètement méconnu. Hâtons-nous de dire que nous n’exigeons rien de nouveau et d’extraordinaire ; mais que nous demandons simplement qu’on veuille bien rentrer dans les limites sages et raisonnables où l’on savait se restreindre à une époque où fÉcole polytechnique et l’enseignement mathématique en France n’avaient pas moins
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- d’éclat qu’aujourd’hui. Alors les livres d’arithmétique étaient d’une grosseur raisonnable, et les jeunes gens pouvaient, par un travail soutenu, apprendre et s’en approprier le contenu. Les arithmétiques actuelles sont de gros, d’énormes volumes, d’un prix très-élevé, et dans lesquels un esprit ordinaire doit nécessairement s’égarer et se perdre. Est-ce donc que la science de l’arithmétique a fait, depuis quarante ans, des progrès qui ont nécessité ce développement de l’enseignement? En aucune façon, mais c’est qu’autrefois, en montrant l’arithmétique aux élèves, on se proposait de leur apprendre à calculer, et qu’aujourd’hui, c’est ce dont on s’occupe le moins. Aussi, malgré tous ces développements, ou plutôt à cause d’eux, est-on arrivé à ce résultat, que les élèves, après une année d’arithmétique, ne savent cependant pas calculer. Lorsque, dans la composition mathématique écrite pour l’admission à l’École polytechnique, composition supprimée cette année, on proposait une question conduisant à un calcul arithmétique quelque peu compliqué, il arrivait qu’on recueillait presque autant de résultats différents qu’il y avait d’élèves; que la plupart de ces résultats n’avaient même aucun sens, et que, si un élève arrivait au véritable résultat, c’était après avoir fait quatre fois plus de chiffres qu’il n’était nécessaire....
- 3. Géométrie. — « On peut appliquer à l’enseignement de la géométrie une partie des remarques spéciales que nous avons faites sur celui de l’arithmétique. Des notions de géométrie sont, après la connaissance de l’arithmétique, ce qu’il y a de plus indispensable à tous les hommes; et cependant on en rencontre fort peu qui en possèdent même les premiers principes. L’immense majorité des élèves qui sortent de nos collèges ignore complètement la géométrie, aussi bien que l’arithmétique. Ce résultat condamne la marche suivie jusqu’à ce jour. Nous ne répéterons point ce que nous avons déjà dit des tendances générales de cet enseignement : nous nous bornerons aux remarques qui s’appliquent plus spécialement à la géométrie,...
- « Le rapporteur cite deux extraits de Clairaut et de Bezout. Ces auteurs pensent que tout raisonnement qui tombe sur ce que le bon sens décide seul est aujourd’hui en pure perte, et n’est propre qu’à obscurcir la vérité et dégoûter les lecteurs.
- « On affecte, il est vrai, aujourd’hui, de regarder les ouvrages de Bezout comme insuffisants ; on les accuse de laisser à désirer sous le rapport de la rigueur et de manquer d’étendue. Mais il n’en est rien. La géométrie élémentaire n’a point fait, depuis soixante ans, de progrès réels qui aient dû faire vieillir le livre de Bezout et le rendre incomplet; et, quant à la rigueur, qu’il nous suffise de remarquer que Bezout était un géomètre des plus savants et qui connaissait mieux que personne ce que c’était qu’une démonstration. Gardons-nous d’accepter et de croire que, dans ces ouvrages des grands maîtres qui nous ont précédés, il y ait moins de généralités de vues, moins d’exactitude et de netteté de conception que dans les traités actuels. Tout au contraire. Ainsi, cette définition de la ligne droite, qu’elle tend toujours vers un seul et même point, donnée par Bezout, et celle de la ligne courbe, qu’elle est la trace d’un point qui dans son mouvement se détourne infiniment peu à chaque pas, sont des plus fécondes en conséquences. Lorsqu’on définit la ligne droite le plus court chemin d’un point à un autre, on énonce une propriété de cette ligne, dont on ne peut rien tirer pour la suite des démonstrations. Quand on
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- définit la ligne courbe une ligne qui n'est ni droite ni composée de lignes droites, on énonce deux négations qui ne peuvent mener à aucune conséquence et qui n’ont aucun rapport avec la nature intime de la ligne courbe. La définition donnée par Bezout entre, au contraire, dans la nature de l’objet à définir; elle saisit sa manière d’être, son caractère et met immédiatement en la possession du lecteur l'idée générale dont on tire, plus tard, les propriétés des lignes courbes et la construction de leurs tangentes. »
- 4. Algèbre. — À propos d’une question d’algèbre, on trouve dans le rapport une réflexion qui peut s’appliquer à l’enseignement de toutes les sciences, qu’il ne faut pas rendre diffus.
- « Depuis un certain nombre d’années, on reprend, en algèbre, le calcul des fractions, attendu que les termes des fractions littérales pouvant être des quantités quelconques, on doit généraliser les explications données en arithmétique. Nous ne nions pas qu’en toute rigueur, il ne soit utile de le faire. Mais, si l’on voulait en agir ainsi pour tout le cours de mathématiques, il faudrait dix années pour l’étudier. Les très-savants analystes et professeurs qui nous ont précédés croyaient mieux employer leur temps en allant en avant, et en exerçant l’esprit sur des vérités nouvelles plutôt que de les ramener continuellement sur des règles déjà données, afin d’imprimer à la démonstration un nouveau degré de rigueur, ou de donner à la règle elle-même une extension dont personne ne doute. Nous croyons que l’on fera bien de les imiter, et de retrancher les explications données en algèbre sur les fractions littérales.
- Et relativement à la méthode ;
- « On ne se préoccupe plus dans l’enseignement de savoir si telle ou telle méthode qu’on présente aux élèves serait applicable. Pourvu que la forme ait quelque élégance, on se tient pour satisfait, et l’on arrive ainsi à donner à ces élèves une suite de méthodes qu’ils sont obligés d’abandonner, et de changer lorsqu’ils abordent la pratique. Ce dédain profond de l’application, répandu aujourd’hui dans l’enseignement, n’a point pour excuse l’exemple de nos grands géomètres, dont l’esprit était sans cesse tourné vers les applications; et, par exemple, les remarques que nous venons de faire sur la résolution numérique des équations du premier degré n’avaient point échappé à l’illustre Lagrange. Laplace, dans ses leçons à l’École normale, avait recommandé l’emploi du tracé des courbes, pour résoudre directement toute espèce d’équations numériques.'
- h. Application de l’algèbre à la géométrie.
- 6. Géométrie descriptive. — « Les procédés généraux de la géométrie descriptive, leurs usages dans la coupe des pierres et des bois, dans la perspective linéaire et dans la détermination des ombres des corps, constituent une des branches les plus fécondes des applications des mathématiques, et qui a toujours été donnée avec un soin particulier à l’École polytechnique, suivant les plans tracés par l’illustre Monge. Aucune partie de ce cours n’a,/pendant longtemps, été exigée des candi-
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- dats pour l’admission à l’École; mais, en 1849, le Conseil de perfectionnement décida « que la partie générale de la géométrie descriptive, enseignée jusqu’ici à l’École serait désormais exigée pour l’admission. Le cours de l’École pourrait ainsi acquérir plus d’extension et faire cesser les plaintes continuelles des écoles d’application, sur la faiblesse des élèves dans cette première partie de leur enseignement.... »
- « Ces plaintes duraient, en effet, depuis quarante ans sans interruption.... Les résultats des examens faits sur la géométrie descriptive, dans l’intérieur de l’École elle-même* ne permettaient pas de penser que les réclamations de l’École de Metz fussent dénuées d’aucun fondement. Lorsque, chaque année, plus de quarante élèves étaient signalés par l’examinateur comme faibles et même très-faibles sur la géométrie descriptive et sur ses applications, il n’était pas possible d’admettre que renseignement de l’École polytechnique ne laissât, sur ce point, rien à désirer. ,
- 7. Mécanique. — « 11 y a quarante ans, on se plaignait déjà de cette direction abstraite de l’enseignement de la statique.... « Il n’y a aujourd’hui qu’une voix contre les mauvais résultats de l’enseignement de la statique, tel qu’il a été entendu jusqu’ici....»
- « On ne saurait trop insister sur la nécessité de préférer, autant que cela est possible, les démonstrations rapides de la géométrie et des infiniment petits aux formes,, soi-disant plus rigoureuses, de l’analyse algébrique et de la méthode des limites ou du raisonnement à l’absurde, qui faussent quelquefois le jugement des élèves, ôtent à l’esprit de la plupart d’entre eux toute espèce d’initiative, et ralentissent tellement la marche des premières études, grâce à un rigorisme poussé trop souvent jusqu’à l’abus, qu’il devient indispensable de prolonger la durée de l'enseignement théorique bien au delà de l’époque où il serait essentiel qu’on en fit des applications véritablement utiles. Cet état de choses, bien senti de tous, appelle d’autant plus vivement l’attention des familles et du Gouvernement, qu’il détourne la jeunesse du but final de l’enseignement, et qu’en la conviant aux études purement abstraites, il lui inspire de l’éloignement, du mépris même pour les réalités de la vie et les données positives de l’expérience.
- 8* Physique, chimie, cosmographie. —- En 1838, on agitait la question d’exiger des notions de physique pour l’examen d’entrée à l’École :
- « Les adversaires de la mesure représentaient que l’enseignement de la physique n’était point assez développé dans les lycées des différents points de la France pour qu’on fût aSsuré qu’il satisferait aux nécessités de la nouvelle situation.
- « On répondait que, s’il était vrai que les cours de physique, correspondant aux cours de mathématiques spéciales, n’avaient qu’une existence précaire, cela tenait moins au manque de professeurs qu’à l’absence des élèves, qui négligeaient un cours dont leS matières ne devaient pas compter pour l’admission, but de tous leurs efforts. Ces raisons finirent par l’emporter, et, après divers ajournements, des notions de physique furent définitivement exigées des candidats pour 1846. »
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- On constate ainsi encore l’influence des examens d’âdmissiôn à l’École pôlytèch-nique sur les études universitaires.
- L’heure étant avancée, le Président remet à la prochaine séance ia suite de la communication de M. de Dion.
- Séance dra Mai*» 18? 2.
- Présidence de M. Émile Muller.
- M. le Président annonce le décès de MM. Gaveau et Félix Tourneux,
- M. Barràult demande à présenter une observation sur le prôCès-vënbàl dé lâ séance du 1er mars; il est dit dans ce procès-verbal, au Sujet des brevets d’invention et de la propriété industrielle en Alsace-Lorraine :
- « La Commission qui avait.été nommée pour cette étude n’a pas eu besoin de se « réunir, puisqu’au moment où la Société était saisie, le Journal officiel du 26 jân-« vier publiait une annexe au traité de Francfort, dont l’article 10 règle cette qiiéS-« lion. »
- Plus loin, MM. Armengaud aîné et J. Mathieu ajoutent qu’ils ont obtenu pleine satisfaction par l’article 10, et que « l’incertitude signalée au sujet des brevetés français ou des brevetés alsaciens-lorrains, disparaît absolument par la clarté de cet article. »
- M. Barrault ne partage pas cette opinion. Les documents publiés lui paraissent confus et insuffisants, et il regrette que la Commission n’ait pas été réunie pour les étudier plus complètement. La Société des Ingénieurs civils né peut se déclarer satisfaite, lorsqu’en définitive les négociateurs allemands ont dû demander l’interprétation de cet article 10. Les plénipotentiaires français ont déclaré qu’il était expressément entendu :
- 1° Que les brevetés mentionnés dans l’article 10 de la convention Seraient Considérés comme ayant mis en œuvre leur découverte dans les délais légaux:;
- 2° Qu’ils pourraient introduire en France leurs produits sans tomber sous l’interdiction de l’article 32 de la loi précitée.
- Ils ont dit, en outre, que les titulaires de brevets français restés en Alsace-Lorraine seraient libres de choisir les lieux dans lesquels il leur conviendrait de payer le montant de leurs annuités,
- Mais il reste encore beaucoup de questions à résoudre : il n’a pas été indiqué de quelle manière on pourrait faire faire les saisies pour les objets contrefaits; à quels tribunaux, à quelle compétence on pourrait recourir, quelle sanction ôn pourrait invoquer, etc.
- En outre, un arrêté de M. de Bismark a autorisé, la réception des brevets en Alsace-Lorraine dans les conditions'qui existent encore pour là France et sous la
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- loi française de 1844; mais cet arrêté peut être retiré d’un moment à l’autre, et on se trouverait en Alsace-Lorraine en présence des plus grandes difficultés.
- M. Barbàult pense donc que la question doit rester à l’étude.
- M. le Président dit que, par suite des observations de M. Barrault, il convient de renvoyer de nouveau la question à la Commission qui avait été désignée. ^
- Le procès-verbal de la séance du 1er mars est adopté.
- Il est procédé au scrutin pour la nomination d’un vice-président en remplacement de M. Ernest Mayer, qui a donné sa démission.
- M. de Dion est nommé vice-président.
- Pendant le dépouillement du scrutin, M. le Président prie M. Chabrier de donner quelques mots d’explication sur la presse sténographique de M. H. Gensoul, au moyen de laquelle on sténographie la séance.
- M. Chabrier expose que l’appareil dont il présente le dessin est destiné à sténographier mécaniquement au moyen d’un clavier, dont le mouvement des touches se transmet à des caractères spéciaux s’imprimant sur une bande de papier qui se déroule à mesure. Ce clavier est double et contient deux séries de touches. En abaissant chaque touche blanche, on produit un point ou trait court; en abaissant chaque touche noire, on produit un trait semblable, mais comme elle entraîne dans son mouvement la touche blanche correspondante, la réunion des deux traits courts qui se gravent alors forme un trait long. Les lettres sont formées de combinaisons de traits courts et de traits longs. La partie gauche du clavier représentant les consonnes initiales, la partie du milieu les voyelles et celle de droite les consonnes finales du mot: on peut obtenir simultanément les signes qui forment une syllabe et presque tous les mots peuvent être gravés par un seul coup frappé avec les deux mains sur le clavier. Il y a de plus, deux touches qui sont mues par les poignets : l’une indique Ye muet qui termine un grand nombre de mots, et l’autre s’emploie pour précéder la 2e ou la 3e syllabe des mots qui en comportent plus d’une.
- . On forme de cette manière sur une longue bande une succession de signes, comme dans les spécimens qui ont été distribués et qui portent la traduction en marge.
- . M. le Président annonce ensuite qu’un correspondant de Pesth nous communique la nouvelle suivante qui nous parait avoir un vif intérêt comme indice de la reprise des affaires industrielles de la France.
- Le gouvernement hongrois a ouvert un concours universel l’année dernière, pour la construction d’un pont monumental en fer et maçonnerie sur le Danube, à Pesth. L’importance de l’ouvrage justifiait ce concours, puisque le pont doit avoir cinq cents mètres de longueur et seize mètres de largeur.
- Le monde industriel a répondu à l’appel du gouvernement hongrois, qui n’a pas reçu moins de 50 projets,émanant de 30 ingénieurs ou constructeurs divers.
- Tous , les pays industriels étaient représentés à ce concours : l’Angleterre par MM. W. Collet Homersham de Londres, William et James Dredge de Londres, Campbell Johnston et Cie de Londres, etc., etc,;.la Belgique par MM. Finet Charles et Cie de Bruxelles, par la Société de Sclessin, par la Société de Seraing; l’Allemagne par MM. Schmick de Francfort, Kessler d’Esslingen, Benckiser dePforzheim,
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- Harkort de Westphalie; l’Autriche et la Hongrie par MM. de Ruppert, directeur de la construction des chemins de fer autrichiens, Schmidt de Vienne, la Société autrichienne de construction de Vienne, Klein Schmoll et Gtaertner de Vienne; la Suisse, la Hollande, la Russie par divers ingénieurs ou constructeurs, et enfin la France par ses premières maisons, Cail et Cle, la Société de Fives-Lille, le Creuzot, Ernest Gouin et Cie, Castor et Hersent, etc.
- Les projets remis le 1er décembre au ministère des travaux publics de Hongrie, après avoir été exposés au public, ont été soumis à l’examen d’une Commission de treize membres qui les a étudiés dans tous leurs détails. Dans sa dernière séance, le 9 mars, elle a donné le premier prix du concours au projet présenté par MM. Ernest Gouin et Gie de Paris, à la majorité de 10 voix sur 12 votants; le deuxième prix a été donné à la Société autrichienne de construction de Vienne.
- Pour ceux qui ont visité l’Exposition, les choix de la Commission se trouveront justifiés par l’élégance des projets, le choix judicieux des ornements et la hardiesse de la construction.
- Conformément aux conditions du programme du concours, le gouvernement hongrois est entré aussitôt en négociations avec la maison Ernest Gouin et Ciepour lui confier l’exécution de cet important travail.
- Comme nous le disions au commencement, l’industrie française reprend sa place dans le monde, et nos centres industriels ainsi que nos ouvriers vont en ressentir les salutaires 'effets.
- L’ordre du jour appelle la suite de la communication de M. de Dion sur la réforme du système de recrutement des ingénieurs de l’État, mais il est donné préalablement connaissance dé la lettre reçue de M. Armengaud jeune fils, sur cette question, et qui est ainsi conçue :
- « Monsieur }e Président,
- « L’impartialité avec laquelle vous dirigez la discussion sur le recrutement des ingénieurs de l’État, me fait espérer que vous voudrez bien donner communication de cette lettre à l’occasion du procès-verbal dans la prochaine séance de la Société.
- « Le mobile qui me fait agir aujourd’hui est le désir d’arrêter cette allure agressive que certains membres, et notamment M. Dallot, tendraient à imprimer à la discussion, et que mes amis et moi, qui formons la minorité, avons constamment' cherché à éviter par considération pour les sympathiques collègues-que nous comptons dans la majorité de la Société.
- « En vous demandant, dans la dernière séance, la parole sur le procès-verhal, je n’avais nullement l’intention de rentrer dans la discussion, je voulais seulement relever, dans une phrase prononcée par M. Dallot, quelques expressions qui m’ont paru blessantes pour la dignité de l’École polytechnique et de ceux qui ont eu l’honneur de lui appartenir. Voici cette phrase, qu’on lit au bas de la page 65 du bulletin :
- « Le seul moyen de régénérer l’École polytechnique, d’en relever l’esprit scienti-« fique, de lui restituer le rang qu’elle occupait dans les premières années de son « existence, c’est d’en ouvrir largement les portes à la jeunesse avide d’instruction « élevée, de la décharger du monopole qui l’opprime plus qu’il ne lui profite, d’en « faire la grande École centrale du génie civil. » *
- « Bien que prêtant la plus grande attention à la péroraison de M, Dallot, je n’ai pas
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- entendu cette phrase et encore moins les termes étranges qu’elle renferme à l’adresse de l’École polytechnique; aussi ai-je été autant surpris que peiné d’en trouver l’insertion dans le bulletin.
- « Or, M. Dallota maintenu ce qu’il avait dit ou écrit. Il est donc plus que jamais de mon devoir de faire une protestation qui, sans toucher au fond de la question, puisse mettre fin à des allégations inacceptables pour tous ceux de nos collègues qui, comme moi, semblent avoir eu l’infortune d’être reçus à l’École polytechnique.
- « Et d’abord est-il permis de dire que l’École a besoin d’être régénérée, lorsqu’au contraire c’est- une des seules institutions qui, à travers nos transformations politiques et après nos désastres ait survécu debout, respectable, grâce à l’ensemble des services rendus au pays. Comptez combien les promotions ont été ébréchées dans la dernière guerre, et vous verrez que le sang de l’École a coulé aussi abondamment que partout ailleurs pour la défense de la patrie.
- « L’esprit scientifique à l’École est aussi élevé qu’il peut l’être; il suffit de consulter les programmes d’entrée et de sortie pour constater qu’à l’École on. fait connaître les théories les plus nouvelles, les découvertes lès plus récentes.
- « L’École polytechnique conserve encore le premier rang au milieu de toutes les institutions similaires. Les candidats qui s’y présentent sont toujours aussi nombreux, et le nombre de démissionnaires à la sortie augmente chaque année, d’où la preuve qu’on est attiré vers l’École, non pas seulement par la récompense légitime d’une fonction de l’État, mais par le goût de la science pure, et par le titre justement recherché d’ancien élève. Combien parmi ceux qui l’attaquent aujourd’hui ont brigué autrefois les mêmes honneurs!
- « On demande d’en ouvrir largement les portes. Rien de mieux, pourvu qu’on ne dépasse pas cette limite, au delà de laquelle on rassemblerait trop d’élèves incapables de suivre les mêmes cours. L’épuration avant vaut mieux que les épurations successives qui se pratiquent à l’École centrale, et qui ont l’inconvénient, en faisant perdre un temps précieux à la jeunesse, de produire beaucoup de fruits secs. A l’École, les promotions les moins nombreuses sont celles qui accusent la meilleure moyenne de travail.
- « Enfin, M. Dallot voudrait faire de l’École polytechnique la grande École centrale du génie civil. Voilà un mot bien malheureux échappé de la bouche d’un de nos adversaires !
- « Je m’arrête ici, Monsieur le président, me réservant de répondre ultérieurement à tous les points qui seront soulevés, si l’Assemblée, revenant sur ses premiers sentiments, se décide définitivement à discuter l’École polytechnique.
- « Je ne vous cache pas qu’une telle discussion crée pour mes amis et moi, une situation assez difficile; celle-ci deviendrait même intolérable, si nous nous trouvions exposés à entendre de nouveau des appréciations aussi imméritées que celles que M. Dallot a portées sur l’École, et qui constituent de véritables attaques déguisées, Nous aurions trop beau jeu pour y rispoter, mais c’est là une attitude qu’il ne nous convient pas de prendre, désirant, avant tout, mettre de côté tout esprit de parti, et concentrer nos efforts dans une discussion susceptible d’inspirer des réformes utiles au pays.
- « En terminant, j’ajouterai qu’il est bien fâcheux que M. Dallot ait maintenu ses paroles, car jusqu’à lui, la plupart de nos contradicteurs, parmi lesquels M. Molihos
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- et M. Richard, avaient traité la question de l’École polytechnique avec une modération que je me plais à reconnaître.
- « Yeuillez agréer, Monsieur le président, etc. »
- M. Dallot ne croit devoir répondre que deux mots à la lettre de M. Armengaud : en ce qui concerne les intentions qui lui sont prêtées, il s’en rapporte au sentiment de la Société, et quant aux critiques qu’il a présentées, il s’en réfère aux extraits du rapport présenté par d’anciens élèves de l’École polytechnique, dont la lecture a été commencée par M. de Dion dans la dernière séance et qui va être continuée.
- M. Armengaud tient à constater qu’il résulte des extraits du rapport lus par par M. de Dion que l’esprit scientifique de l’enseignement de l’École polytechnique est considéré par les auteurs de ce rapport comme étant trop élevé pour les élèves. Il n’v a donc pas lieu de relever cet esprit scientifique et cela seul fait tomber l’argument qu’on voudrait tirer de la lecture de ce rapport.
- « La Société a également reçu une note de M. Blondeau sur la question du recrutement des ingénieurs de l’État. Il est décidé qu’elle sera insérée au procès-verbal; elle est ainsi conçue :
- « Dans la dernière séance, M. Orsat nous a cité des documents officiels tendant à nôus prouver que l’École polytechnique n’avait pas dévié de la voie que lui avaient tracée ses fondateurs.
- « Un contemporain de sa fondation, S. F. Lacroix, appelé en l’an III à coopérer au rétablissement de l’instruction publique, dans un ouvrage publié en 1805, et qui a pour titre : Essai sur Venseignement Lacroix, fait en ces termes l’historique de la fondation de l’École :
- « Si les premiers mouvements d’une révolution qui devait ébranler l’Europe, faire « disparaître plusieurs États et renouveler les formes d’un grand empire, suspendirent « pendant quelque temps la culture des sciences, le besoin ramena bientôt les esprits « à ces spéculations. Elles trouvèrent place même dans les discussions de l’Assem-« blée constituante qui-, en décrétant l’uniformité du système métrique, donna lieu « aux plus belles opérations géodésiques qui aient été faites jusqu’à présent, et à des « recherches de physique les plus délicates.
- « Bientôt obligés de tirer de notre propre sol presque tous les genres d’approvi-« sionnements pour nos nombreuses armées, nous appelâmes à notre secours la « chimie pour transformer en salpêtre la terre de nos habitations, les débris de « nos édifices pour préparer l’acier nécessaire à nos ateliers d’armes; ces serti vices et d’autres qu’il serait trop long de détailler ici, plaidèrent si éloquemment « la cause des sciences, que la Convention nationale pensa à réorganiser l’enseigne-« ment. Alors quelques membres du Comité de salut public, stimulés par les savants « qu’ils avaient appelés auprès d’eux pour s’aider de leurs lumières, saisissant l’oc-« casion d’exécuter des plans aussi vastes que nouveaux, proposèrent la formation « de l'École centrale des travaux publics (devenue aujourd’hui École polytechnique).
- '« Les divers travaux qu’une grande nation fait exécuter, soit pour sa défense, soit « pour l'amélioration ou l’embellissement de son territoire, empruntant le secours « de presque tous les arts et de toutes les sciences, ne sauraient être confiés à des « sujets pris au hasard et dépourvus de lumières. Ce n’est que par des études pré-« paratoires très-étendues qu’on -peut se mettre en état de diriger ces travaux. — « Quelque variés qu’ils soient cependant', ils se classent dans un petit nombre de
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- « divisions que la multiplicité des détails qu’elles embrassent ne permet pas de réunir « dans une seule tête, mais dont les principes généraux sont communs et s’appuient « réciproquement. Séparer, pour en faire la matière d’une instruction générale, ces « principes, des détails particuliers à chaque division qui ne peuvent être enseignés « que dans une école spéciale, tel fut le but que se proposèrent Monge, Berthollet, « Fourcroy, Guiton et Prieur, fondateurs de l’École centrale des travaux publics.
- « Les uns devant, aux fonctions qu’ils avaient remplies avant la révolution, une « connaissance exacte des besoins des services publics, les autres livrés depuis long-« temps à l’enseignement, et tous profondément versés dans les sciences, conçurent « et exécutèrent le projet de substituer à ces écoles partielles, où de jeunes privilègiés « prenaient, avant la révolution, des notions incomplètes de mathématiques pures, « une grande école où 400 élèves, choisis d’après leur capacité, sans distinction de « naissance ni de fortune, recevraient sur l’ensemble des sciences mathématiques, sur « la chimie, la physique, sur les principes généraux des arts de construction, de l'at-« taque et de la défense des postes militaires des leçons des maîtres les plus distingués « et seraient exercés, sous leur inspection, aux divers genres de tracé, de dessin, et « aux manipulations chimiques.
- « Accumuler dans un seul établissement fixé au milieu de la capitale, sous les « yeux des première savants et sous la protection immédiate du gouvernement, les « élèves, les maîtres et les moyens d’instruction, c’était augmenter l’intensité de ce « foyer de-lumières, en multipliant d’une part les efforts et de l’autre l’attention; « c’était faire contracter aux jeunes gens des liens d’amitié qui devaient par la suite « produire l’union des corps où ils allaient entrer, et assurer leur concours pour le « bien public, en faisant cesser les prétentions et les jalousies qui ne se sont mani-« festées que trop souvent; c’était intéresser à la gloire et au succès de ces mômes « corps les hommes qui, dans les sciences, fixaient les regards de l’Europe éclairée.
- « La beauté de ce premier plan réveilla dans tous les esprits le goût de l’étude, « et l’École centrale des travaux publics donna, sur toute l’étendue du territoire « français, un grand élan vers la culture des mathématiques, tandis que dans son « intérieur elle faisait faire des prodiges aux maîtres comme aux élèves. Les uns y « ont créé des méthodes nouvelles, les autres, à peine sortis de son sein, se sont « placés au rang des savants.
- « En conduisant immédiatement à l’École polytechnique, les mathématiques « ouvraient aux jeunes citoyens, appelés sans distinction à servir la patrie, la car-« rière dans laquelle ils pouvaient s’élever le plus tôt au grade d’officier, ou qui, en « les introduisant dans les services civils, les dégageaient d’une obligation au-dessus « de leurs forces physiques. »
- « De ce que nous dit Lacroix et de ce que nous a dit M. Orsat, devons-nous déduire cette conséquence que l’École polytechnique n’a pas dévié du but que se proposaient ses illustres fondateurs? Évidemment, non, sans quoi ne devrait-elle pas :
- 1° 'Admettre, actuellement comme alors, 400 élèves par an;
- 2° Se trouver sous l’autorité du ministre de l’intérieur au lieu d’être sous l’autorité du ministre de la guerre;
- 3° Ne pas soumettre les élèves aux bienfaits du casernement, cadeau qu’ils ont reçu avec l’organisation actuelle, non pas des fondateurs de l’École, mais bien de l’empire à son avènement en 1804 ;
- 4° Se conformanb*au texte du titre II, ne devrait-elle pas former des élèves pour
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- Y exercice libre des professions qui nécessitent des connaissances mathématiques et physiques?
- « Enfin, n’est-il pas permis d’ajouter que cette déviation est pour beaucoup dans la force des choses qui amène aujourd’hui la demande d’une réforme que j’ose appeler salutaire.
- « Espérons que le vœu formulé par la Société et fortifié par le concours de tous les bons esprits deviendra bientôt un vœu général, et donnera à la réforme une impulsion irrésistible. »
- La parole est ensuite donnée à M. de Dion pour continuer la communication du rapport de la Commission de 1850 sur l’École polytechnique.
- M. de Dion. Messieurs, dans la dernière séance j’ai lu de longs extraits de ce rapport ; aujourd’hui, je compléterai ma communication en vous lisant encore quelques citations; mais je serai très-court, parce que je ne veux point abuser de votre patience.
- Le rapporteur de la Commission examine les cours intérieurs de l’École polytechnique, et les critique en se tenant toujours au point de vue où la Commission s’est placée; il passe ainsi en revue ; l’analyse; la géométrie descriptive et ses applications; la mécanique et les machines; relativement à ce dernier cours il dit :
- « Jusqu’ici, le cours de mécanique rationnelle et le cours des machines constituaient deux enseignements distincts....Le cours de mécanique rationnelle se trou-
- vait confondu avec celui d’analyse, sous un même professeur, ce qui entraînait des résultats fâcheux et dont on n’a pas manqué de s’apercevoir depuis longtemps.
- « 11 résulte, en effet, de cet accouplement, que l’enseignement de la mécanique est devenu de plus en plus abstrait; qu’on n’a, pour ainsi dire, entièrement banni le raisonnement géométrique et les considérations physiques ou expérimentales; que l’esprit des élèves a été presque exclusivement reporté sur les difficultés inhérentes à l’application de l’analyse; que la mécanique, en un mot, est devenue en quelque sorte un pur exercice de calcul, qui, trop souvent, a fait perdre de vue le véritable sens des mots et des choses...
- « A l'origine de l’École polytechnique et jusque vers 1816, l’enseignement de la mécanique n’avait pas cessé d’être distinct de celui de l’analyse, et il était aussi exposé par des professeurs différents; ce cours embrassait alors des applications importantes, telles que les calculs relatifs à la roideur des cordes, au frottement dans les éléments de machines, etc., applications qui, depuis, ont été renvoyées au cours de machines proprement dit, lequel, à son tour, de purement expérimental et descriptif qu’il était sçms M. Hachette, etc., est devenu plutôt théorique que pratique. Nous ne pouvons croire, d’ailleurs, que la réunion des deux cours d’analyse et de mécanique ait eu pour unique objet une question de pure économie; et il y a bien plutôt lieu de supposer que cette fusion est due à de hautes influences scientifiques et à l’entraînement, général alors, des esprits vers les spéculations abstraites de l’analyse, dont les efforts venaient d’être récemment couronnés de tant d’heureux succès.
- « Dans la session de l’année dernière, le conseil de perfectionnement de l’École polytechnique, frappé de l’état d’infériorité du cours de machines, en présence des développements et des applications pratiques que ses théories ont reçus à l’étranger ou en France, avait renvoyé à une commission spéciale l’examen du programme de cet enseignement.... »
- Au sujet du cours de physique, on cite le rapport de 1845 : « Il est nécessaire de
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- répéter ici, en insistant encore plus fortement, les observations qu’on a déjà faites sur la manière vicieuse dont les élèves entendent le cours de physique. Ils devraient y chercher surtout des leçons et des modèles de l’art des expériences, et ils ne voient que les résultats. Ces résultats mêmes ne sont à leurs yeux qu’un sujet pour des exercices d’algèbre et de géométrie. Jamais ils ne s’arrêtent ni à l’esprit des méthodes expérimentales, ni aux précautions à prendre pour en assurer le succès; encore moins à la construction des appareils et à l’utilité dé leurs différentes parties. »
- De cette fâcheuse tendance aux abstractions résulte encore un autre effet. Les lois physiques sont, pour la plupart des élèves, quelque chose de spéculatif et sans usage. Aussi il y en a peu qui ne soient arrêtés par les applications numériques les plus simples ; peu d’entre eux même reconnaissent, sous cette forme et quand ils sont accompagnés de chiffres, les problèmes qu’ils viennent de résoudre algébriquement avec des lettres..**.
- Voulant abréger, je ne ferai aucune citation pour les cours de chimie, de géo-désiej d’architecture et de travaux publics, d’art militaire et de fortification, de topographie j de composition et littérature française que le rapporteur passe en revue*
- HX. — Moyens d’exécution.
- lre section: des études dites préparatoires et des examens d’admission.
- On signale dans cette section le délaissement des lycées pour les écoles préparatoires où les études mathématiques sont mieux organisées; on y discute longuement sur la manière de faire passer les examens d’admission.
- 2e section: des études intérieures.
- L’orgaiiisatiori des éludes dans l'intérieur de l’École fait lé sujet de beaucoup d’observâtions pleines d’intérêt.
- 3e SECTION! ADMISSION DES ÉLÈVES DANS LES SERVICES PUBLiCS.
- Dans cette dernière section, on trouve une discussion très-étendue sur les difficultés de classer les élèves à leur sortie, parce que le plus grand nombre d’entre eux ne considère la carrière militaire que comme un pis-aller. Aussi l’École de. Metz, qui souffre de cet état de choses* se plaint-elle beaucoup :
- • « Ce n’est pas uhé vaine question d'amour-propre tpiè soulèvent les services
- militaires; ce qu’ils veulent, ce qü’ilS ont le droit d’exiger, c’ëst de ne recevoir dans-leurs corps que des élèves capables d’un bon service sous toUs lés rapports, et il est de l’intérêt de l’État qu’il en soit ainsi. Or, cët intérêt ne sérâit pas à beaucoup près suffisamment garanti par là désignation du service âu mohiënt de l'admission. Le premier résultât de cette mesure serait d’éteindre, en grande partie, l’émulation au sein de l’École; on peut prévoir qüè les promotions militaires qu’on obtiendrait ainsi seraient beaucoup plus faibles que les promotions d’aujourd’hui.
- « L’École polytechnique règle elle-même les Conditions à imposer aux candidats
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- qui sollicitent leur admission, et c’est soùs sa direction que les examens se font. Après avoir instruit ses élèves pëïidànt deux Uns, sâiiS aucun contrôle réel, C’ést encore elle qui les examine à la sortie, établit leur liste par ordre de mérite, et leur distribué les fonctions publiques disponibles ; les services n’aÿant qü’à accepter, sans observations pratiquement possibles, les sujets qu’oh leur a ainsi départis. Ôr c’est là un privilège exorbitant et plein de dangers.
- « L’École polytechnique, avons-nous dit, examine les élèves qu’elle veut recevoir, afin de juger directement de leur capacité. Elle ne s’en rapporte, sur cé point, à personne. Jamais elle n’a voulu admettre que l’Université, qui instruisait l’immense majorité des candidats, pût intervenir en quoi quë ce fût dans le classement ; elle n’a pas hésité même à refuser tel élève, qui avait été couronné en mathématiques spéciales, au concours général. Le rôle que l’École polytechnique ne voudrait pas que l’Université-prît, elle l’accepte cependant à l’égard des écoles d’application, auxquelles elle impose des élèves reçus, enseignés et classés uniquement pàf elle. Encore, si ce qu’il y a d’injuste dans un tel système était compensé par quelques avantages pour l’enseignement; biais il n’en est pas ainêi. Et lors même que les écolës d’application hé réclameraient pas contre ce privilège, il vaudrait mieui, pour l’École polytechnique, qu’elle n’en fût pas investie.
- « L’École polytechnique doit avoir une indulgence toute naturelle pour üti enseignement qu’elle règle et dirige seule; les services publics n’ayànt jamais exercé sur sa marche qu’une influence à peu près nulle. Nonobstant, hoüs avons vü les différents examinateurs caractériser très-nettement les abus de cet enseignement, sa faiblesse à Certains égards; et cependant, aucune mesure efficace h’a été prise pour y remédier. U n’en pouvait être autrement. Comment, en effet, vbudrait-oii qu’un corps, dont le personnel est très-limité, eût pu suffire à se surveiller lui-même et à se réformer au besoin? La moindre modificatiéü, apportée dans une institution, dérange toujours quelqu’un; et c’est habituellement cela même qui fait que cëtte modification ne s’exécute pas. Que si nous voulions insister, il serait facile de dire quelle est la cause, très-petite en elle-même, contre laquelle sont venues échouer les mesures les plus urgentes. Nous préférons passer rapidement sur un point d'autant plus délicat, qu’il constitue, en France, lé vice radical dé plus d’un établissement, dont l’organisation, exempte dé tout contrôle, est une cause rapide de décadence.
- « Nous croyons donc que le moment est venu, pour l’École polytechnique, de renoncer à un privilège fatal à la vie de son enseignement intérieur, injuste à l’égard des services publics. Qu’elle reçoive, qu’elle instruise ses élèves : ce doit être désormais aux services publics à juger de leur instruction et à les admettre dans leur sein, lorsqu’ils la trouvent suffisante. »
- Puis, la Commission propose son système qui consiste à ce que « les services publicsN examinent et jugent eux-mêmes les élèves instruits par l’École polytechnique, qu’ils reçoivent ceux dont ils jugeront l’instruction convenable et repoussent les autres....
- « Comme les jurys fié recevront que ceux des élèves qu’ils trouveront suffisamment instruits, et dont la constitution physique leur paraîtra capable d’un bon service, on pourrait, à la rigueur, laisser tous les élèves libres de se présenter....
- « Mais n6 pourrait-il pas arriver qu’il se présentât à l’un des jurys d’admission
- plus de candidats qu’il n’y a de places disponibles?......Il arriverait alors la même
- cliose que dans toutes les carrières, ou le nombre des fonctions est inférieur à celui
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- des compétiteurs. Les concurrents ne pourraient en obtenir tous. On pourra le regretter assurément, au point de vue des intérêts individuels. Mais il faut passer outre à cette difficulté; car on se trouve entre deux alternatives, dont l’une est inévitable : ou de ne pas donner de place à tous ceux qui en demandent, ou d’en rejeter plusieurs dans une carrière autre que celle à laquelle ils ont donné leur préférence. »
- M. de Dion s’exprime ensuite dans les termes suivants :
- Messieurs, il ressort des documents que je viens de vous communiquer, que les différents conseils de perfectionnement, ainsi que quelques-uns des plus illustres examinateurs, et les membres de la Commission de 1850, ont eu constamment à lutter contre la tendance de l’enseignement qui a toujours été de se jeter dans les abstractions scientifiques et de s’éloigner des connaissances expérimentales et des applications utiles.
- Celte tendance persistante s’explique par la disposition naturelle de notre esprit à aborder les problèmes les plus ardus et à négliger ce qui paraît aisé à comprendre. «Chacun,» dit Descartes «se permet plus hardiment de deviner dans un sujet obscur que dans un sujet clair, et il est bien plus facile de former des conjectures sur une question quelconque que d’atteindre la vérité même dans une seule question, si facile qu’elle soit. »
- Cette tendance s’explique aussi par l’entraînement que nous éprouvons à suivre les grands maîtres dans les conceptions que leur génie a créées. Laplace et Lagrange, ;1 la fin du siècle dernier, ont porté les mathématiques à un degré d’abstractions qu’elles n’avaient pas atteint jusqu’alors. Lagrange a voulu montrer jusqu’où pouvait aller le raisonnement pur lorsqu’il publiait sa mécanique analytique, sans qu’aucune figure géométrique vînt soutenir l’attention. Ces maîtres de la science savaient cependant que l’intelligence s’élève difficilement jusqu’à une vue claire de pareilles conceptions; aussi recommandaient-ils pour l’enseignement des méthodes simples et des applications multipliées, afin que les élèves, familiarisés avec leur emploi, pussent s’en servir comme d’instruments dociles; mais ils n’ont pas assez insisté sur ces sages conseils.
- Les efforts des savants fondateurs de l’École m'ont produit que des réformes trop vite abandonnées; ils voulaient, et avec raison, qu’à l’École polytechnique on enseignât toutes les applications utiles aux diverses carrières. Mais leurs successeurs, trop exclusivement admirateurs des maîtres, ont concentré leur attention sur leurs œuvres et se sont s’appliqués à développer des méthodes qu’ils semblent considérer comme la seule voie que puisse parcourir la science pour s’accroître; aussi sous prétexte de faire de l’École polytechnique une école scientifique et non une école technique, ils ont entraîné l’enseignement dans une voie regrettable.
- Je ne me serais pas occupé de l’École polytechnique si son enseignement n’influait pas d’une manière si grave sur tout l’enseignement scientifique en France; ses examens d’admission servent de but aux cours de mathématiques et de physique dans les collèges et dans toutes les institutions; son influence s’étend jusque sur la. direction imprimée aujourd’hui aux études de l’École centrale, la faisant ainsi dévier du principe de sa création et de ses traditions; je ne m’en serais pas occupé, si cet enseignement n’avait pas une influence décisive sur l’avenir scientifique des jeunes gens qui le reçoivent, et si nous ne devions pas examiner ici ce que devraient savoir les candidats parmi lesquels on doit choisir les ingénieurs de l’État.
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- Cette influence prépondérante qui rend les sciences mathématiques rebutantes pour de bons esprits, par les arguties et les abstractions inutiles dont on les entoure, a été stigmatisée par la Faculté des sciences en 1847, et on peut dire qu’elle fait déchoir la France de sa supériorité scientifique.
- Avec la simplicité et le bon sens des démonstrations, en éloignant les raisonnements obscurs qui ont la prétention de prouver des vérités évidentes, on rendrait les mathématiques, même les éléments du calcul différentiel et intégral, abordables aux esprits sains, et on leur ouvrirait ainsi une voie plus large pour l’étude de la mécanique et de la physique, sciences nécessaires à tous les hommes aujourd’hui plus que jamais.
- « Comment s’étonner de notre infériorité ! » dit le général Morin dans la séance de l’Académie des sciences du 6 mars 1871. « Quand j’ai parcouru l’Allemagne en 1864, j’ai constaté qu’il existait 20 instituts polytechniques dont le niveau des études est à la hauteur de celui de notre École polytechnique. »
- Et M. Chasles: « II'n’existe qu’une chaire de géométrie supérieure en France, et, en Allemagne, même en Italie, cette science est cultivée avec un succès croissant. Nous en sommes encore aujourd’hui là où nous en étions en 1813.... Notre infériorité est évidente. »
- Et M. Mathieu : « Les études littéraires ont baissé; les études scientifiques ont baissé; c’est un fait hors de doute en ce qui concerne l’École polytechnique. »
- M. Henri-Sainte-Claire Deville manifeste aussi son opinion : « Je fais partie de l’Université depuis longtemps; je vais avoir ma retraite : eh bien ! je le déclare franchement, voilà en mon âme et conscience ce que je pense : l’Université, telle qu’elle est organisée nous*conduirait à l’ignorance absolue; le professeur n’est rien, l’administration est tout. Je ne reconnais aucun tribunal supérieur à l’Académie des sciences pour juger en pareille matière; c’est pourquoi je voudrais qu’elle employât toute son autorité à faire sortir de ses gonds la porte rouillée qui s’est fermée sur notre enseignement depuis 1792. »
- Et M. Dumas ajoute ; « Le sujet qui vient d’être soulevé a fait dans ces derniers temps l’objet d’un examen très-attentif lors de la discussion sur la liberté de renseignement. I) avait été reconnu à l’unanimité que le mode actuel d’enseignement dans notre pays ne pouvait être continué sans devenir pour lui une cause de décadence et d’affaiblissement. » i
- Quels sont les principes suivis dans ces écoles allemandes auxquelles il est fait allusion? Vous retrouverez, dans toutes, un soin continuel de faire marcher de front les applications et les sciences pures. Dans quelques-unes même, on va jusqu’à vouloir que les élèves interrompent leurs études afin de faire de la pratique.
- « Dans tous ces établissements, dit le général Morin dans son rapport sur renseignement professionnel, en juin 1864, l’instruction scientifique est donnée à un degré très-élevé et parfois même avec un développement supérieur aux besoins et au but que l’on se propose d’atteindre; mais, partout aussi, la partie technique de cet enseignement est cultivée avec le plus grand soin. ^
- « Ces instituts polytechniques sont à la fois des écoles théoriques et des écoles d’application, et présentent, sous ce rapport, une très-grande analogie avec l’École centrale de France. »
- La préoccupation de maintenir l’esprit constamment dans des idées réelles est telle, que ;
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- « Dans plus d’un État, l’on impose même aux élèves, après qu’ils sont parvenus à un premier degré d’instruction technique, l’obligation d’aller passer un aq cm deux sur des chantiers de travaux, dans des ateliers, dans des fabriques, avant çle reprendre la suite de leurs études.
- << Cette pratique qui offre rjncpuvpnient d’interrompre les études et d’exposer beaucoup d’élèves a en oublier une partie, a, d’un autre côté, l’avantage de mûrir leur esprit par la pratique, de leur montrer les conditions de; l’application de la science, et de n’appeler à des études plus fortes que ceux qui en ont réellement la vocation, p
- Je pense qu’il y a dans cette disposition l’exagération d’une idée juste; mais elle montre la préoccupation de n’enseigner les sciences qu’en vue de leurs applications. et de leur utilité.
- Si nous voulons réformer renseignement scientifique, nous devons revenir aux vrais principes qui nous sont démontrés par l’histoire des sciences et par l'observation du mode de procéder de l’intelligence.
- Dans toute cette histoire, on voit toujours l’industrie réclamer de la science des recherches, et des solutions nouvelles. La science- perfectionne l’industrie et se perfectionne elle-même par son contact avec l’industrie. Il faut donc que renseignement fasse marcher ensemble la science pure et les applications industrielles qui se prêtent l’une l’autre un mutuel appui.
- Mais, comme l’intelligence et la mémoire de l’homme sont limitées, et comme le temps qui peut être consacré à l’instruction doit toujours être réduit à quelques années, il importe de grouper les matières de l’enseignement en les choisissant avec discernement dans cefte masse immense de faits, d’expériêhces et de travaux de toutes sortes, qui forment le champ des connaissances actuelles.
- Afin de donner une grande puissance à l’esprit, il faut que les professeurs enseignent les méthodes d’investigatjons mathématiques, physiques et chimiques nécessaires pour aborder tous les problèmes des arts et de l’industrie, et qu’ils présentent aussi, dans une suite de leçons, le tableau de l’état actuel des sciences appliquées. Ils doivent s’attacher à ce que les élèves possèdent bien toute l’instruction qui leur est donnée, à ne présenter à l’esprit que ce qu’il peut s’assimiler.
- Au jeune ingénieur sortant d’une École quelconque il manquera toujours la science des petits et multiples détails, c’est-à-dire la pratique de chaque profession; mais 1-esprit de méthode, la connaissance profonde des vrais principes des sciences, le rendront apte à discerner la vérité et à découvrir les lois naturelles.
- On ne peut donc tout embrasser; il faut faire un choix et se’résoudre à abandonner des études- trop spéculatives qui, nous l’avons vu, portent plus de trouble dans l’esprit qu’elles ne donnent de lumières. « §ans doute, » dit- Descartes, « les gens qui négligent les études aisées et ne s’occupent que des choses difficiles, forment ingénieusement sur ces choses les conjectures les plus subtiles et les raisonnements les plus probables;- mais, après de nombreux travaux, ils s’aperçoivent trop tard qu’ils n’ont fait qu’augmenter la somme des doutes, sans avoir appris aucune science. »
- Les défenseurs de l’enseignement actuel polytechnique soutiendront, sans doute, car- c’est un argument qui s’est déjà produit dans le cours de cette discussion, que le but de l’École n’est pas de former des hommes techniques, mais des savants ; ils diront peut-être que porter atteinte à cet enseignement, c’est détruire l’institution qui a produit tant d’hommes illustres dont s’honorent les sciences,
- J’aurais été bien mal compris si vous né voyiez dès à présent, Messieurs, que
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- cet argument n’a aucune portée. Il faut sans doute des hommes qui se livrent aux plus hautes spéculations des mathématiques ; mais il n’est pas nécessaire d’y pous-ser tous les jeunes gens dont la destination ultérieure est de remplir des fonctions essentiellement pratiques.
- Dans une école, l’instruction doit être .donnée en vue de la plus grande somme d’utilité que la masse des élèves en peut retirer, Il n’est pas douteux que si l’enseignement était réformé dans le sens des connaissances utiles qui forment la base de toutes connaissances sérieuses, on formerait une pépinière d’hommes solidement instruits d’où sortirait un nombre de savants supérieur à celui que nous avons jamais compté à aucune époque de notre histoire. Pour le prouver, il me suffit' de rappeler que les idées que je défends sont celles de Cès grands hommes qui, à toutes les époques, ont exercé sur les progrès des sciences une influence décisive. Galilée, Descartes, Pascal, Newton,.,., ont toujours procédé par l’expérience même dans leurs travaux en apparence les plus spéculatifs, Quant aux savants modernes, vous pouvez voir par les extraits que j’ai cités, ce qu’ils pensent sur cette question.
- Avec l’appui d’opinions pareilles, on peut soutenir énergiquement la nécessité d’une réforme pour les écoles de l’État.
- En résumé^ Messieurs, je considère que c’est une erreur d’enseigner à la fois toutes les parties abstraites des sciences, pour préparer des jeunes, gens 3 étudier ensuite les applications, Je crois, au contraire, que les sciences abstraites ne sont pas autre chose que des moyens d’investigation et comme un outil dont il faut à chaque instant démontrer l’usage et l’utilité. En procédant autrement, on s’expose à charger l’esprih d’études indigestes qu’il ne s’assimile pas, qu’il oublie promptement et qui ne lui laissent, même quelquefois, qu’une tendance à juger faussement la réalité. En conséquence, je considérerais comme un grand progrès que l’instruction donnée aux ingénieurs fût désormais basée sur ces principes,
- M. Benoît-Düportail croit devoir faire quelques observations sur les considérations présentées par M. De Dion, afin de ramener la question à son véritable point de vue, dont il lui semble que nous nous écartons beaucoup.
- A son avis, nous n’avons pas à approuver ou à critiquer le programme des cours de l’École polytechnique, ni le mérite des ingénieurs qui en sont sortis; c’est une question qui ne regarde que l’École polytechnique elle-même, sa direction et son administration,
- Les questions dont la Société a à s’occuper lui paraissent devoir se borner aux deux points suivants :
- 1° L’enseignement de l’École polytechnique est mis à la disposition d’un trop petit nombre de personnes, et nous demandons que le bienfait de cet enseignement soit étendu à un plus grand nombre d’élèves; et, soit dit en passant, ce désir prouve suffisamment que nous ne trouvons pas cet enseignement défectueux, car, s’il en était ainsi, il faudrait tendre à diminuer le nombre des personnes qui le suivent au lieu de demander à l’augmenter ;
- 2° Il y a, à côté des ingénieurs sortis de l’École polytechnique, d’autres ingénieurs qui se sont formés ailleurs et qui sont très-habiles, Pourquoi ne seraient-ils pas admis dans les services publics, quelle que soit leur origine, lorsqu’ils auront fourni des prouvés suffisantes de leur capacité?
- M. Brüll a suivi avec attention la lecture qu’a faite M. De Dion de longs extraits
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- du rapport de la Commission de 1 SbO. Il déclare que lui et un certain nombre de membres de l’assemblée, anciensélèvesde l’École polytechnique, ont été fort surpris de ne pas reconnaître l’enseignement qu’ils ont suivi. Cela fient à ce que les documents cités sont anciens et que beaucoup de réformes ont été faites dans l’enseignement de l’École polytechnique depuis l’époque où se formulaient les objections et les critiques relevées par M. De Dion dans le rapport de 1850.
- M. Brüll se reprocherait d’allonger un débat qu’il considère comme tout à fait en dehors de la question posée : celle du recrutement des ingénieurs de l’État, et il se borne à faire remarquer que si on veut, néanmoins, discuter le programme de l’enseignement de l’École polytechnique, il est important d’apporter des renseignements plus récents que ceux fournis dans le rapport analysé par M. De Dion.
- Il ajoute que l’on a insisté sur ce fait que les services publics et particulièrement les services militaires se plaindraient des aptitudes des élèves et ne seraient pas admis à donner leur avis sur la marche de l’enseignement et sur ses résultats. Or, lors des examens de sortie, à côté de l’examinateur, désigné pour donner à chaque élève un numéro de mérite, est présent un délégué de chacun des services publics se recrutant à l’École. Ce délégué est chargé de donner son avis, non sur le plus ou moins de valeur de l’examen passé au point de vue de l’enseignement, mais sur l’a ptitude du candidat, au service public qu’il représente. Le desideratum, exprimé dans le rapport est donc rempli : autant d'examinateurs, autant de délégués des divers services chargés d’indiquer si, en dehors de son mérite, l’élève peut, en raison de ses aptitudes spéciales, faire un bon officier, un bon ingénieur, etc.
- M. De Dion répond que l’enseignement do l’École polytechnique exerce une immense influence sur celui adopté dans les collèges. Toute matière nouvelle demandée à l’examen d’entrée à l’École est immédiatement ajoutée au programme des collèges, toute question qui n’est plus demandée en est retranchée. L’enseignement donné dans les collèges est donc un thermomètre très-exact de l’esprit qui préside à l’enseignement de l’École polytechnique, et comme actuellement, dans les lycées, l’enseignement n’est pas mélangé d’applications, M. De Dion considère que la voie suivie à l’École polytechnique n’est pas la meilleure, n’est pas celle qu’il croit la plus rationnelle pour le développement de l’intelligence et des facultés de l’homme.
- M. Orsat ne veut pas suivre M. de Dion sur le terrain ou il a placé la question. L’enseignement de l’École polytechnique, que discute le rapport de 1850, est une chose qui ne saurait réellement faire partie de la discussion actuelle. Mais en produisant ce rapport comme un argument décisif, on a montré clairement que c’est bien à l’École polytechnique qu’on en veut, que c’est elle que l’on accuse. On pourrait d’ailleurs du même rapport faire ressortir un grand nombre de conclusions opposées aux conséquences qu’on vient de lire, car ce rapport reconnaît hautement, entre autre choses, l’impulsion remarquable que l’École polytechnique a donnée en France aux études scientifiques, et est dans son ensemble fort conservateur. Mais lés témoignages que je désire opposer à cette critique sont encore plus désintéressés, car ils proviennent de l’étranger et sont d’ailleurs postérieurs de plusieurs années au rapport de 1850 qui date de 22 ans, et dont les conclusions ont amené, comme on vient de le faire remarquer, un certain nombre de modifications dans l'enseignement de l’École polytechnique.
- Je désire toutefois auparavant citer un passage non suspect d’Adam Smith, à propos de l’allégation de M. Dupuit que j’avais rappelée dans l’avant-dernière
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- séance, à savoir que les routes françaises sont mieux faites que les routes anglaises. M. Dupuit y voit un indice favorable à l’organisation du corps des ponts et chaussées, comme il existe en France. Voici donc ce que dit Adam Smith dans son Traité de la richesse des nations (liv. V, chap. 1) : « Dans Jes progrès du despotisme, Faute torité du pouvoir exécutif absorbe par degrés celle de tout autre pouvoir dans « l’État et s’attribue l’administration de toutes branches de revenu destiné à quel-« que objet public. Cependant, en France, les grandes routes de poste, celles qui «/forment la communication entre les principales villes du royaume, sont en gé-« néral bien tenues, et dans quelques provinces elles ne laissent pas d'être meil-« leur es que la plupart des nôtres. »
- M. Dallot fait observer que cet ouvrage remonte à une centaine d’années et est antérieur à la création de l’École polytechnique.
- M. Orsat répond qu’en effet Adam Smith vivait de 1723 à 1796 ; seulement il ne s’agit pas ici de l’École poly technique, mais du service des ponts et chaussées qui existait à cette époque, exactement comme aujourd’hui. Cette organisation remonte en effet à Louis XIII ; Sully fut môme nommé sous Henri IV grand noyer de France.
- M. Orsat, revenant à l’École polytechnique, demande à présenter quelques extraits d’un rapport anglais de 1857, intitulé : 0
- « Rapport des commissaires chargés d’examiner le meilleur mode de réorganisation du système d’éducation pour les officiers des corps scientifiques, ainsi qu’un exposé de l’éducation militaire étrangère et de l’éducation militaire en général. Londres, 1857 1.
- Les commissaires chargés de ce travail l’ont publié, comme on le fait pour toutes les enquêtes anglaises, en apportant tous les témoignages dans un sens et dans l’autre produits devant eux, et malgré leurs consciencieux travaux, c’est avec une réserve extrême qu’ils concluent en ce qui regarde les réformes à introduire chez eux. Cette manière de procéder contraste étrangement avec l’habitude française de n’insérer dans un rapport que les témoignages en faveur de l’opinion des commissaires.
- Bien qu’il s’agisse ici d’une branche spéciale de l’éducation qu’on donne à l’École polytechnique, les commissaires ont étudié cette École avec assez de détails pour la connaître et l’apprécier entièrement, et d’ailleurs il importe de ne pas oublier que les trois quarts des élèves de l’École deviennent officiers d’armes spéciales.
- Voici la marche suivie par les commissaires :
- Ils examinent les écoles anglaises de cadets et autres, puis viennent en France, étudient l’École polytechnique, celles de Metz, Saint-Cyr, État-Major, etc., passent de là en Prusse, puis en Autriche, en Sardaigne, reviennent en Angleterre, examinent de nouveau Woolwich, Addiscombe, etc. Partout ils interrogent tous ceux qui peuvent les renseigner d’après des questionnaires identiques, prennent connaissance de tous les documents (c’est ainsi par exemple qu’ils ont eu entre les mains le rapport de 1850 qu’on vient de citer), puis quand leur opinion leur paraît assurée,
- 1. Report of the commissioners appointed to consider the best mode of reorganizing the System for training officers for the scienlific corps, togelher with .an account of olher and foreign military éducation. — London : Printed by George Eyre, and William Spotlis-wode, etc,, 1857.
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- ils la résument avec une grande réserve et la font suivre intégralement de toutes les dépositions. Ce système adopté dans les rapports anglais est bien plus instructif et a bien plus de valeur que celui que nous avons le plus souvent en France. Yoici donc quelques extraits en ce qui concerne l’École polytechnique qu’ils ont examinée dans les plus grands détails :
- « Le trait qui attire principalement l’attention dans l’éducation militaire française est le remarquable caractère de l’École polytechnique et l’enseignement qu’elle donne aux officiers des corps spéciaux ; mais cette grande École, la principale institution scientifique qui soit reliée d’une manière complète à l’armée, doit être considérée, ainsi que ses écoles d’application, comme le point le plus élevé de l’éducation militaire française, et nous devons, auparavant, signaler les principes généraux sur lesquels toute cette éducation repose, principes qui sont les mêmes pour toutes les autres‘écoles militaires du pays.
- « Les points caractéristiques du système français sont les suivants :
- 1° La proportion des jeunes gens recevant l’éducation militaire officielle, fondée apparemment sur ce principe que les officiers élevés dans les écoles militaires doivent l’emporter sur ceux sortis des rangs ;
- 2° L’âge avancé auquel commence l’éducation militaire;
- 3° Le système d’émulation poussée à l’extrême, sur lequel elle est fondée;
- 4° L'extension de l’assistunce accordée aux candidats heureux pour leur entrée dans ]es écoles militaires, quelles que soient les circonstances qui la nqotivent.
- <( .... Un des points les plus dignes de remarque est l’habitude qui, en France, a prévalu de repousser l’idée de toute éducation militaire dès l’enfance, en adoptant, au contraire, fiusage de donner l’éducation et l’instruction professionnelles à des jeunes gens au moment où ils deviennent des hommes et lorsque leur éducation générale peut être presque considérée comme terminée.
- Par cette pratique, la France, à quelques égards, diffère de tout autre pays, bien que la Prusse lui ressemble un peu, en ne donnant pas non plus l’instruction militaire dès l’enfance. L’expérience montrant qu’une bonne éducation générale doit devenir la base d’une éducation spéciale militaire nous semble avoir été essayée, pour la première fois, à la fondation de l’École polytechnique en 1793, et l’idée est due en grande partie au génie pratique de Fourcrov et de Carnot. Au premier établissement de cette École, des jeunes gens y entraient à dix-huit ans et, après deux ou trois, ans, rejoignaient l’armée. On reconnut bientôt qu’ils apportaient à leurs études spéciales une facilité et une ardeur bien plus grandes que les jeunes gens à qui on avait appris et pour ainsi dire ressassé les matières militaires depuis l’âge de douze ou treize ans. Graduellement, le système adopté à l’École polytechnique fut étendu -à toutes les autres écoles de l’armée, et même les lycées, sous le premier empire, prirent une tournure militaire qui, en réalité, est le caractère dominant de toute éducation française.
- «Pendant cette période, des écoles militaires d’enfants furent supprimées ou diminuées, et, après 1814, le principe de l’éducation militaire dès l’enfance peut être regardé comme abandonné. Le plan adopté dit au contraire : « Donnez à vos a jeunes gens une solide éducation, dans les meilleures écoles du pays, jusqu’à l’âge « de seize ou dix'huit ans; à cet âge, faites-les concourir pour entrer dans un col-« lége militaire où on achèvera leur instruction pendant deux, trois ou quatre ans, « selon les besoins du service où ils doivent entrer. Une fois admis à l’École, l’État
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- « les assistera dans leur éducation et les mettra à même de commencer leur car-« ri ère. »
- « .... L’École polytechnique est l’École, dans le monde entier, où l’émulation existe au plus haut degré.
- « .... Les résultats généraux, sans aucun doute, ont été remarquablement heureux et, bien qu’ils n’aient pas été uniquement militaires (car l’École est en partie civile), ils ont placé les armes spéciales en France dans une position relativement plus élevée, au point de vue mathématique, que probablement toute autre armée du continent.
- « .... Plusieurs points du système d’enseignement de l’École polytechnique sont admirables, et, par-dessus tout, ce qui est incontestable, c’est le mouvement ex--traordinaire que produit sur l’éducation l’émulqjipn développée par les récompenses importantes attachées au succès.
- « .... Peut-être la passion générale pour la science a-t-elle conduit à un enseir gnement trop chargé pour l’armée, même pour les corps scientifiques ?
- (Ici les auteurs anglais développent la pensée qu’on a besoin de moins de science dans les carrières militaires que dans les carrières civiles ; puis ils continuent : )
- « Sous cette réserve, nous devons exprimer notre opinion hautement en faveur de l’influence de l’École polytechnique sur l’armée française. Nous admettons que, dans quelques occasions, les élèves qui ont été déçus dans leur espoir d’obtenir des places civiles, entrent dans l’armée, malgré eux; mais ils sont généralement bientôt pénétrés de son esprit de corps \ et ils y apportent un talent qu’ils n’auraient pas obtenu autrement. Il y a sans doute des cas de travail exagéré, comme daqs l’instruction première de toute profession, mais (suivant les dépositions que nous ayons reçues) nous n’avons pas de raison de penser que çes cas soient si nombreux qu’ils puissent balancer l’avantage d’une étude vigoureuse et sérieuse, dirigée de bonne heure vers une profession qui, bien que pratique, retire un profit incontestable d’une instruction théorique élevée. » On ne peut dipe, telle est l’opiniop de quelqu’un bien placé pour exprimer une opinion, qu’il y ait trop de science dans l’armée fran-, çaise, »
- « Tout eq tenant compte, cependant, de la, valeur des résultats scientifiques prem duits dans l’armée française par l’École polytechnique, fl ne s’ensuit en aucune façon qu’une institution similaire soit désirable dans un autre pays. Sans entrer, en effet, plus ayant dans la discussion, on peut dire en toute sûreté que l’bistoire et la nature de cette institution, qui n’est que le fruit, d’une passion nationale pour un système et d’une excitation révolutionnaire, la rendent foncièrement particulière à la France1 2.
- CONCLUSIONS nu RAPPORT,
- « Nous pouvons résumer ainsi nos remarques sur l’École polytechnique:
- a En la considérant comme une grande école mathématique et scientifique, ses résultats en produisant des hommes de science ont été eætrordinaires. Elle a été la grande et vraiment grande université mathématique de France. '
- 1. En français.
- 2. Without much discussion, it may be safely said, that the whole history and nature ’ of the institution. — the offspring of a national passion for System and of revolutionary oxçitement, — malie it thorougly peculiar to France.
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- « En la considérant comme une école préparatoire pour les travaux publics, elle a donné une très-haute éducation scientifique aux ingénieurs civils dont l’instruction scientifique, dans d’autres contrées et même parmi nous, est regardée comme beo,u-coup plus faible et plus rare.
- « En la considérant comme une école pour les corps scientifiques de l’armée, son mode particulier, d’unir dans un même concours des candidats pour les services civils et militaires, a probablement élevé la pensée scientifique dans l’armée française à un plus haut point que dans toute autre armée.
- M. Molinos fait observer que cela était écrit avant la guerre de 1870.
- M. Orsat continue. « En la considérant comme un système d'enseignement, la méthode qu’elle emploie, en développant les talents de ses élèves, nous paraît être la meilleure de toutes celles que nous ayons jamais étudiées.
- « C’est dans ses études et dans quelques-uns de ses principes prédominants que l’exemple de l’École polytechnique peut être de la plus grande valeur. En formant ou améliorant une école militaire, on ne peut fermer les yeux devant l’heureux développement, à l’École polytechnique, du principe, qui était le premier de toutes les écoles, d’attacher de grandes récompenses publiques, comme prix et comme stimulant, aux efforts des élèves. Nous pouvons observer combien ici l’État a encouragé le talent, en accordant si largement son assistance, pendant leur temps d’étude, à tous les élèves sans fortune reçus à l’examen d’entrée. Nous devons rètirer quelques leçons de sa méthode d’enseignement, bien que le projet de l’imiter puisse être imprudent de notre part. En même temps, sans chercher à rivaliser avec le prestige scientifique de l’École polytechnique, établi depuis longtemps, nous avons probablement parmi nous des matériaux abondants pour une éducation militaire scientifique, au moins aussi solide que celle donnée à celte grande École. »
- Je ne saurais terminer cette citation sans mentionner ce fait remarquable, que l'École polytechnique est la seule dont ils fassent l’éloge. Ni Saint-Cyr, ni l’École de Metz ne sont louées dans leur organisation ou leurs résultats. Le système prussien est aussi examiné dans les plus petits détails ; on ne trouve dans le rapport ni blâme, ni éloge; mais l’indication très-nette des caractères saillants de cette organisation. Il en est de même en Autriche, en Sardaigne, même à Woolwich, à Addiscombe. Cet éloge de l’École polytechnique est donc loin d’être une banalité, et les Anglais qui venaient de voir à l’œuvre, à Sébastopol, nos officiers des armes spéciales avaient pu les apprécier à leur juste valeur, et savaient que c’était à l’École polytechnique qu’ils devaient faire remonter la plus grande part d’influence sur leurs éminentes qualités.
- M. Dallot n’a qu’un mot à dire: c’est qu’il résulte très-nettement de la conclusion du rapport qu’on vient de citer, que l’Angleterre nous envie l’École polytechnique, mais qu’elle juge à propos de nous l’envier indéfiniment.
- M. Orsat continue ainsi :
- Le témoignage d’étrangers dans une telle circonstance a une valeur qu’on ne saurait méconnaître. La recherche de la vérité seule les guide et donne à leurs' conclusions un caractère de désintéressement qui, peut-être, n’existe pas au même degré dans les témoignages nationaux. Mais, quelque portée qu’ait cette opinion, basée sur l’examen le plus approfondi, il me paraît utile de montrer que ce n’est
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- point là un témoignage isolé, et je crois, en outre, nécessaire d'expliquer avec quelques détails comment il se fait qu'une chose louée et approuvée dans les termes que je viens de citer n’ait été imitée nulle part.
- Ce n’est pas d’aujourd’hui que les nations étrangères ont reconnu les avantages de l’institution de l’École polytechnique. Ainsi, dès 1803, on vit la diplomatie elle-même placer l’enseignement de l’École au nombre des avantages stipulés en faveur des nations avec lesquelles la France contractait; car un article de la capitulation conclue entre la France et la Suisse, le 27 septembre 1803, porte : « qu’il sera « admis, sur la présentation du landamman de la Suisse, vingt jeunes gens de l’Hel-« vétie, après avoir subi les examens prescrits j)ar les règlements. » C’est, je crois, à celte origine qu’on doit de compter, parmi les anciens élèves de l’École, le général Dufour, ancien président de la Confédération suisse.
- C’est ainsi, encore, qu’au congrès d’Aix-la-Chapelle (1818), où la France ruinée, amoindrie et gardée par les étrangers, comme aujourd’hui, discutait le payement de sa rançon, l’empereur Alexandre reconnut publiquement « que l’École polytech-« nique était une des plus belles institutions humaines, » opinion qui fut partagée par tous les autres souverains h
- En présence de ces jugements désintéressés, gardons-nous donc bien de prendre toute mesure qui pourrait tuer ce que Napoléon Ier appelait sa poule aux œufs d’or.
- Mais comment se fait-il, alors, qu’une institution semblable n’ait pas trouvé d’imitateurs étrangers et que la France seule y trouve profit et avantage?
- Il faut remarquer, d’abord, que l’organisation des services publics en France a' revêtu un caractère tout différent de celui qu’il possède dans les pays étrangers. L’État a organisé chacun des corps des ponts et chaussées, des mines, du génie militaire, des constructions maritimes, etc., suivant des-règles qui lui sont propres et que les autres pays n’ont pas imitées. Sans examiner en ce moment l’avantage ou l’inconvénient d’un pareil système, il est résulté de cette direction que l’État a eu besoin d’un grand nombre de jeunes gens instruits, auxquels il était nécessaire de donner une instruction scientifique générale, élevée, en même temps qu’on développait leur émulation par le libre choix des carrières au sortir de cette école préparatoire. Telle fut l’origine et la cause de la création de l’École polytechnique, et Ton comprend fort bien que partout où un État n’aura pas réuni entre ses mains, comme en France, la direction des services généraux, des routes, des ponts, des canaux, des mines, du génie maritime, du génie militaire, etc., il n’aura pas à sa disposition les carrières qu’en France il ouvre aux jeunes gens sortant dé l’École polytechnique et, par suite, n’aura plus chez ses élèves les mêmes motifs d’émulation. Mais de ce fait, que l’organisation française n’a été imitée nulle part, faut-il donc conclure qu’elle est mauvaise? Je ne le crois pas. Les raisons d’analogie sont loin d’être convaincantes, lorsqu’on compare deux nations, et, pour n’en prendre ici qu’une seule à partie, examinons donc un peu de près l’Angleterre. On verra par ce rapide exposé que chaque nation a son caractère propre et que ce qui convient à Tune ne saurait toujours convenir à une autre.
- L’Angleterre, par sa position insulaire, a déjà une situation tranchée qui la sépare entièrement des autres pays. La plus petite unité territoriale chez elle est la paroisse. Le Vestry (corps dirigeant de cette unité), composé de censitaires, s’occupe de l’entretien de l’église, du cimetière et des routes. C’est lui qui nomme d’une ma-
- 1. Rapporté par M. de Moléon, témoin de cet entretien.
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- nièrè obligatoire le Wciy warden qui entretient les chemins. En France, au contraire, l’unité territoriale est là commune, qui n’a pour origine et pour centre aucune idée religieuse, et qui ne s’occupe que d’un nombre de chemins très-restreint et encore plutôt pour fournir les rëssoürces que pour exécuter ou entretenir.
- En Angleterre, deüx sortes de routes existent : les grandes routes (highways) et les roiites à péage (türnpike ronds) exploitées par des sociétés privées. En France, non-seulemënt il n’y a pas dë route à péage, mais lé sentiment général y serait complètement opposé:
- En Angleterre, les paroissës s’unissent pour former les Unions, dont le principal rôle est l’assistance publique et 1’enregistremént des actes de l’état civil. Le groupe français du Canton, qui se Rapproche des Unions, n’a aucun devoir analogue.
- Les villes anglaises forment elles-mêmes des groupes distincts des paroisses et unidhs rurales, groupes jouissant de certaines prérogatives. En France, aucune distinction analogüe, et des plus grandes villes àu plus humble hameau, l’organisation est là ftiême.
- Les Comtés anglais réunissent leS Unions dé paroisses. Trois autorités principales y sont préposées : les sheriffs, les lords lieutenants, les mdgistrates. Les premiers, correspondant à quelques égards à nos préfets, sont tirés au sort (priching for sheriffs) parmi les notables du comté et doivent, sous peine de très-fortes amendes, accepter cette charge onéreuse. Les magistrales, nommés à vie parmi les personnages les plus marquants du côihté, exercent à la fois des fonctions administratives et judiciaires; ils jugent partout, même chez eux, exercent leurs fonctions gratuitement, se réunissent à deux du plusieurs pour rendre la justice avec l’intervention du jury. Nos juges de paix, auxquels on les a comparés à tort, n’exercent aucune fonction administrative, sont payés, ne rendent injustice que dans leur prétoire, sont révocables et n’ont jamais de rapport avec le jüry.
- Ert s’élevant plus haut encore, nous voyons, en Angleterre, les États qui forment le Royaume-Uni conserver encore aujourd’hui leur indépendance administrative, conserver leür magistrature propre, formée de cours supérieures qui se déplacent en allant trouver les justiciables au lieu de les faire venir à eux.
- Ajouterai-je encore que l’Angleterre, qui a reconnu le droit à l’assistance de la part des paroisses, se refuse, comme conséquence, à étendre le droit de suffrage, car elle n’admet pas que celui qui est secouru puisse nommer ceux qui le secourront? La pairie est héréditaire. Le père de famille regarde comme un droit inaliénable la faculté de disposer de ses biens, par testament, entièrement à son gré. Le maintien de l’acte d'habeas corpus leur paraît un droit rigoureux. L’habitude de faire décider les questions de fait par le jury en matière civile est un des fondements de leur législation. L’armée permanente existe à peine, et tous les ans le Parlement doit promulguer à nouveau 1 ’Act ofmutiny pour que les soldats soient tenus d’obéir à leurs chefs; enfin, fis ont comme principe, en matière d’impôt, que toute dépense spéciale doit être l’objet d’une taxe spéciale. .
- Je np veux pas citer un plus grand nombre de faits; mais ne ressort-il pas avec évidence, d’ün semblable exposé, qu’il est imprudent de conclure par analogie de peuple peuple et que parmi les caractères si tranchés et si différents des nôtres, que je viens de relever, on peut hésiter pour décider lequel des deux peuples a raison ? Notre disposition d’esprit nous porte trop aisément, ici; en F’rance, à» exalter outre mesure nos institutions ou à les dédaigner à l’extrême. Ce n’est ni dans l’une ni dans l’autre de ces exagérations que consiste la vérité. Profitons de l’expé-
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- rience acquise pour modifier, mais gardons-nous de détruire. N’oublions pas, par exemple, pour en revenir à un des côtés du sujet qui nous occupe, que l’organi-ration du corps des ponts et chaussées est reliée en France au système qui a divisé notre territoire en départements, en envoyant dans chacun d’eux, pour chaque branche des services publics, administratifs, judiciaires, de la voirie et autres, des délégués du pouvoir central, tandis qu'en Angleterre, par exemple, ce sont les autorités locales qui administrent seules, et qu’on regarderait comme une monstruosité d’envoyer un shériff de Londres, comme on envoie ici un préfet de Paris du de Versailles dans un département qu’il n’a jamais vu.
- J’ai cru devoir entrer dans ces détails pour montrer à M. Molinos que son objection, sur le fait que notre École polytechnique n’avait pas été imitée à l’étranger, était loin d’avoir la portée qu’il lui supposait. A-t-on davantage imité nos préfets, a-t-on imité nos juges de paix, a-t-on imité nos cours immobiles, a-t-on imité notre ministère public, a-t-on même imité notre système de circulation sur les routes, sans aucune entrave ni péage, a-t-on imité nos restrictions apportées à la liberté testamentaires, a-t-on imité notre suffrage universel, et faut-il en conclure que sur chacun de ces points le système français est mauvais ?
- Je crois que, avec bien bien plus de raison, on pourrait dire que chaque peuple ayant son génie propre et surtout ses coutumes, ce qu’on doit s’efforcer d’obtenir dans des modifications suggérées par les exemples voisins, ce sont des améliorations qui, sans porter atteinte en quoi que ce soit aux principes reconnus bons et profitables par l’expérience acquise, tendront à imprimer à des institutions existantes quelques-uns des avantages évidents qu’a montrés la pratique étrangère, et c’est bien plus en cela, à mon sens, que consiste le progrès, que dans cet incessant désir de changement, de renversement et de destruction dont il semble être aujourd’hui le synonyme.
- M. Molinos m’a fait une seconde objection à laquelle je crois devoir répondre. 11, ne comprend pas qu’en ouvrant plus largement les portes de l’École polytechnique on puisse arriver à la détruire. Et cependant, sans pousser le raisonnement jusqu’à l’absurde, il est bien manifeste qu’entre une école qui n’aura que 10 élèves et une école qui en possédera 3 000, il y aura une limite délicate à définir où l’émulation sera poussée au plus haut point possible et où le niveau des études se maintiendra à la hauteur que l’on désire lui voir conserver. La lecture des rapports de 1850 fournit d’ailleurs le meilleur argument qu’on puisse invoquer dans le cas qui nous occupe. Un certain nombre d’examinateurs se plaignent de ce que les élèves ne se sont pas approprié les matières de l’enseignement. Il est donc bien évident que l’admission d’un plus grand nombre d’élèves aurait forcément abaissé le niveau des études. D’ailleurs, lorsqu’on parle d’ouvrir largement les portes de l’École, on ne veut point dire seulement qu’il faille admettre plus d’élèves, on veut dire aussi qu’il faut supprimer la limite d’âge, le concours à l’admission, et se borner à la sortie à donner des diplômes de capacité. Une pareille organisation entraîne évidemment la cessation de toute éducation militaire à l’École, c’est-à-dire enlève les trois*quarts des jeunes gens qui la fréquentent. Il y a donc bien lien de dire que c’est là une destruction. Du reste, au point de vue militaire, ainsi qüë je j’ai prouvé plus haut, la limité d’âge ést de nécessité absolue,5 Suivant le témoignage des officiers étrangers, et au point dé vue civil, le recul de cétté limité ayant poifr Conséquence inévitable d’admettre un certain nombre d’espfitS lents à se développer et à Concevoir, aurait encore pouf effet1 de rabaisser le niveau des
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- études. Quant aux diplômes, j’avoue que j’éprouve un peu d’embarras à en parler, car je les considère comme une maladie de notre époque, ainsi que les programmes. Le diplôme, qui n’engage à rien, ni celui qui le donne, ni celui qui le reçoit, est toujours distribué avec une libéralité telle, que j’ai entendu plus d’une lois d’anciens élèves de l’École centrale, par exemple, gémir de la facilité avec laquelle on délivre ces certificats.
- Quant à l’émulation, les officiers anglais, dont j’ai cité le rapport plus haut, ont reconnu dans leurs conversations avec le général commandant l’École polytechnique, qu’elle pouvait s’évaluer à un effort quatre fois plus considérable que celui qu’ils avaient observé eux-mêmes dans les meilleures écoles qu’ils avaient visitées.
- Est-ce vraiment là un résultat à dédaigner? 11 me semble, d’ailleurs, qu’en pareille matière il y a un fait qui a plus de poids qu’on ne lui en attribue. C’est que tous les anciens élèves de l’École, discutant les réformes proposées, sont unanimes à les blâmer. Pourquoi donc ne pas leur supposer des intentions aussi pures et aussi désintéressées que celles de leurs contradicteurs? Sont-ils moins éclairés sur la question ? Ce serait plutôt le contraire qui serait la vérité. Pourquoi, d’ailleurs, suspecter ceux qui ont réussi à entrer à l’École plus que ceux qui ont échoué dans cette tentative?
- Je résume donc cette discussion qui a pris un développement exagéré. Le comité de la Société des Ingénieurs civils, en étudiant la question du recrutement des ingénieurs de l’État, a cru devoir, à ce propos, critiquer l’organisation de l’École polytechnique, l’admission des élèves aux carrières militaires, l’influence néfaste exercée sur notre pays par l’esprit de l’École, etc., et demander comme réformes la suppression des carrières militaires à l’École, l’admission d’un plus- grand nombre d’élèves sans concours, sans limite.d’âge, sans autre récompense qu’un diplôme à la sortieet, en outre, la confusion en un seul groupe de l’École polytechnique, de l’École centrale, du Conservatoire des arts et métiers, du Muséum, etc. Nous avons protesté aussi haut que possible contre cette injuste assertion que, dans les derniers malheurs qui ont frappé la France, l’École eût démérité en quoi que ce soit. Nous avons dit que si l’entrée à l’École polytechnique était nécessaire pour parvenir aux grades d’ingénieurs de l’État, la condition était loin d’être suffisante, qu’au, même titre on aurait pu dire que l’État restreignait le choix de ses ingénieurs aux bacheliers ès sciences, puisque ce titre était exigé pour l’entrée à l’École polytechnique, que c’était donc par une extension démesurée que l’on s’en prenait à l’École; qu’au surplus, même, en acceptant la discussion sur ce terrain, l’École n’avait point dégénéré ni en s’écartant du but que ses fondateurs lui avaient assigné, ni en cessant de nous rendre les éminents services qu’elle nous avait autrefois rendus. Nous avons dit et prouvé que les réformes proposées étaient contraires à l’esprit de sa fondation et entraîneraient sa ruine. Au reste, les témoignages venus de l’étranger attestaient éloquemment qu’elle était grande et vraiment grande dans le monde entier, et nous avons expliqué pourquoi, malgré cet aveu, les étrangers ne nous avaient pas imité.
- Le but poursuivi à l’École est un but essentiellement philosophique. Ce qu’on y reçoit dans ce concours de deux ans, c’est bien plus Y éducation de l'esprit que l’instruction elle-même, et il me serait trop facile, en rapprochant les objections qu’on lui fait, de prouver que si les uns y trouvent l’enseignement trop élevé, d’autres, au contraire, le trouvent trop faible. C’est, par exemple, ce que j’ai entendu affirmer devant moi à l'École normale : « Concevez-vous, disait-on, qu’un élève de l’École « polytechnique ne connaisse qu’à peine de nom la polarisation elliptique, que la « géométrie et l’algèbre supérieures lui soient étrangères, que les recherches de
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- « Cauchy sur les imaginaires lui soient absolument inconnues. Mais, ajoutait-on, ils » savent dessiner !»
- Ce n’est pas sans surprise d’ailleurs que je viens d’entendre M. de Dion faire appel aux autorités de Pascal et de Descartes, car c’était précisément celles que je comptais invoquer pour relever cette discussion. Oui, je soutiens, de la manière la plus formelle, que tous les ouvrages de ces illustres penseurs et mathématiciens montrent à chaque pas l’influence incontestable des sciences et de l’esprit mathématiques sur toutes les sciences humaines. Tous leurs efforts ont tendu à imprimer à la raison humaine l’ordre qu’on retrouve dans les sciences mathématiques. L’étude de ces sciences leur a toujours paru la véritable initiation au raisonnement rigoureux et juste. Les discussions mathématiques font jaillir la vérité, tandis que les discussions scolastiques font briller les vraisemblances. C’est ainsi, par exemple, que Pascal, dans son Traité de l'esprit géométrique, entre en matière :
- « Je n’ai choisi la géométrie1 que parce qu’elle seule sait les véritables règles du « raisonnement, et, sans s’arrêter aux règles des syllogismes, qui sont tellement « naturelles qu’on ne peut les ignorer, s’arrête et se fonde sur la véritable méthode « de conduire le raisonnement en toutes choses, que presque tout le monde ignore « et qu’il est si avantageux de savoir, que nous savons par expérience qu’entre esprits « égaux, et toutes choses pareilles, celui qui a de la géométrie l’emporte et acquiert « une vigueur toute nouvelle.
- « Je viens donc faire entendre ce que c’est que démonstration par l’exemple de « celle de géométrie qui est presque la seule des sciences humaines qui en produit « d’infaillibles, parce qu’elle seule observe la véritable méthode, au lieu que toutes « les autres sont, par une nécessité naturelle, dans quelque sorte de confusion que « les géomètres savent extrêmement connaître. »
- Puis, après avoir développé ses principes de méthode qui ne sont qu’une magnifique paraphrase de la première règle de Descartes, il termine ainsi :
- « La méthode de ne point errer est recherchée de tout le monde. Les logiciens « font profession d’y conduire, les géomètres seuls y arrivent, et hors de la science « et de ce qui l’imite, il n’y a point de démonstrations véritables. Tout l’art en est « renfermé dans les seuls préceptes que nous avons dits : ils suffisent seuls, ils prou-« vent seuls; toutes les autres règles sont inutiles ou nuisibles. Voilà ce que je « sais par une longue expérience de toutes sortes de livres et de personnes. »
- Quels sont donc ces préceptes de Pascal que la géométrie lui a suggérés? « Voilà, dit-il, en quoi consiste cet art de persuader qui se renferme dans ces deux « principes : Définir tous les noms qu’on impose; prouver tout, en substituant men-« talement les. définitions à la place des définis. »
- Et quant à Descartes, voici,par exemple, ce qu’il dit dans ses règles pour la direction de l’esprit : « Nous désirerions ici un lecteur qui n’eût de goût que pour les « études mathématiques et géométriques, quoique j’aimasse mieux qu’il ne s’en fût « pas encore occupé que de les avoir apprises d’après la méthode vulgaire; car les « règles que je vais donner sont d’un usage plus facile pour apprendre l'es sciences « à l’étude desquelles elles suffisent pleinement que pour toute autre espèce de « question, et leur utilité est si grande pour acquérir une science plus haute, que je
- t. Il importe de ne pas oublier que sous le nom de géométrie et géomètres, au dix-septième siècle, on entendait le plus souvent les mathématiques et les mathématiciens.
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- « ne crains pas de dire que cette partie de notre méthode n’a pas été inventée pour « résoudre des problèmes mathématiques, mais plutôt qu’il ne faut en quelque sorte « apprendre les mathématiques que pour s’exercer à la pratique de cette méthode. »
- Et puisque ce grand nom se retrouve ici dans cette discussion, qu’on apprenne par ses préceptes à marcher sûrement dans la voie des discussions fertiles et qu’on me permette en terminant de citer une immortelle page du Discours de la méthode, car nul enseignement ne vaut ces quelques lignes que devraient connaître et avoir toujours présentes à l’esprit les ingénieurs aussi bien que les législateurs, les magistrats, les médecins, les philosophes et tous les hommes chargés d’une direction quelconque :
- « Et comme la multitude des lois fournit souvent des excuses aux unes, en sorte « qu’un État est bien mieux réglé, lorsque, n’en ayant que fort peu, elles y sont fort « étroitement observées, ainsi, au lieu du grand nombre de préceptes dont la logique « est composée, je crus que j’aurais assez des quatre suivants, pourvu que je prisse v une ferme et constante résolution de ne manquer pas une seule fois à les observer.
- « Le premier était de ne recevoir jamais aucune chose pour vraie, sans que je la « connusse évidemment être telle, c’est-à-dire d’éviter soigneusement la précipita— « tion et la prévention, et de ne comprendre rien de plus en mes jugements que ce « qui se présenterait si clairement et si distinctement à mon esprit que je n’aurais « jamais aucune occasion de le mettre en doute.
- « Le second, de diviser chacune des difficultés que j’examinais en autant de parties « qu’il se pourrait et qu’il serait requis pour les mieux résoudre.
- « Le troisième, de conduire par ordre mes pensées, en commençant par les objets « les plus simples et les plus aisés à connaître pour monter peu à peu comme par « degrés jusques à la connaissance des plus composés et supposant même de l’ordre « entre ceux qui ne se précèdent point naturellement les uns les autres.
- « Et le dernier, de faire partout des dénombrements si entiers et des revues si gé-« nérales que je fusse assuré de ne rien omettre. »
- Ces règles ont-elles été suivies dans la discussion actuelle? N’a-t-on admis dans le rapport du Comité que des choses évidentes, sans précipitation, sans prévention, sans généralisation trop hâtive? A-t-on bien séparé les difficultés? A-t-on procédé logiquement et méthodiquement? A-t-on examiné tous les côtés de la question? Telles sont les demandes que se posera certainement un juge impartial.
- M, Normand demande la parole.
- M. le Président fait remarquer que l’ordre du jour portait seulement : suite de la communication de M. De Dion. Il a donné la parole à plusieurs membres qui avaient à présenter des observations sur cette communication, mais la discussion de la réforme du système de recrutement du corps des ingénieurs de l’État n’est pas engagée, et il conviendrait de ne pas l’engager dans la présente séance, en raison de la nécessité d’entendre la communication de M. Pierre Thomas sur le gaz oxyhydrique, à l’occasion de laquelle une installation spéciales été faite.
- M. Normand insiste pour que la discussion soit reprise le plus tôt possible. Les services de l’État sont mal organisés, le recrutement se fait dans de mauvaises conditions, telle est notre thèse, que nous ne pouvons discuter sans porter nos regards sur l’École polytechnique et sans en approfondir l’organisation; cet examen doit être fait sans que les anciens élèves de l’École polytechnique, qui sont parmi nous, puissent se sentir blessés de critiques qui ne les touchent pas.
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- On avait fondé à l’origine de grandes espérances sur l’École polytechnique, à l’aide de laquelle on espérait grouper et trier les intelligences d’élite pour ne laisser parvenir aux grandes fonctions de l’État que des hommes supérieurs. Ne pouvons-nous pas dire que ce résultat n’a pas toujours été obtenu, sans contester le mérite de ceux de nos collègues qui sont sortis de l’École polytechnique?
- M. le Président prie M. Normand de vouloir bien remettre la suite de son argumentation à la prochaine séance, qui commencera par la discussion sur le recrutement des ingénieurs de l’État, et donne la parole à M. Pierre Thomas pour présenter sa communication sur le gaz oxyhydrique.
- M. Pierre Thomas, chargé de présenter à la Société une étude sur le nouveau procédé d’éclairage oxyhydrique de M. Tessié du Motay, demande d’abord la permission de ne traiter le sujet qu’au point de vue purement technique et de réserver entièrement la question économique, qui, peut-être, pourra être élucidée par la discussion.
- A son avis, les bases les plus importantes pour juger cette question font absolument défaut ; le prix de revient définitif de l’oxygène selon le mode de distribution à adopter, celui des gaz sur-carburés, et surtout les procédés pratiques pour arriver à une carburation régulière, constituent, lui paraît-il, autant de faits encore indéterminés.
- Après un historique rapide de l’invention de M. Tessié du Motay, une description des différents brûleurs employés, l'examen des phénomènes particuliers dus à l’intervention de l’oxygène dans la combustion des gaz éclairants et quelques considérations générales sur les motifs qui, en dehors des raisons de prix de revient, s’opposeraient, selon lui, à l’application du procédé oxyhydrique à l’éclairage public, M- Pierre Thomas rend compte du résultat de diverses séries d’expériences faites par lui sur diverses natures de gaz et avec différents brûleurs.
- Il rappelle, au surplus, que sous peu de jours, la ville de Paris devra publier un rapport extrêmement complet, résultant d’essais très-détaillés et indubitablement fort consciencieux dont M. Leblanc a été chargé, et que ce rapport donnera de grandes lumières sur la question.
- Préalablement, tant de ses propres expériences que de celles dont il a pu se procurer les résultats en dehors de lui, il lui paraît permis de poser les conclusions suivantes :
- i° Théoriquement, la combustion oxyhydrique n’ajoute rien à la quantité de lumière dont un volume de gaz est capable;
- 2° Pratiquement, elle permet de brûler dans un seul bec des quantités de gaz quadruples de celles qu’on peut brûler à l’air, sans nuire à l’utilisation de la lumière contenue.
- Elle permet en particulier d’utiliser en entier ou à peu près la capacité de lumière des gaz riches, à quelque degré d’enrichissement que ce soit et dans des limites de consommation considérables.
- En conséquence :
- Son emploi serait désavantageux dans l’application au gaz ordinaire, dans les limites des consommations actuelles des becs.
- Sans grand avantage, si ce n’est au point de vue de la beauté de l’éclairage, pour les becs de petite dimension alimentés au gaz riche.
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- Extrêmement avantageux, et dans des limites d'autant plus considérables, que les gaz employés seraient plus riches, pour de grands foyers de lumière, où il permettrait de brûler sans déperdition de fortes quantités de gaz.
- Tout ceci, bien entendu, au point de vue des quantités totales de gaz consommées (hydrogène et oxygène) à égalité de lumière produite.
- A priori, et sauf les éléments que pourra fournir la discussion, M. Pierre Thomas ne pense pas qu’il soit possible de livrer aujourd’hui le gaz oxygène à moins de 0.7S le mètre.
- Dans ces limites, il faudrait, pour que le système commençât à devenir économique, remplacer à lumière égale, 2 Vs de gaz par 1 d’oxygène, chiffre qui, d’après toutes les expériences ne s’atteint, que dans les très-fortes consommations.
- M. Jordan désire présenter trois observations sur le très-intéressant travail de M. Pierre Thomas.
- En ce qui concerne le désaccord apparent des deux expériences faites sur le gaz ordinaire brûlé au moyen de l’oxygène, désaccord que M. Thomas explique par une loi du carré des dépenses de gaz, il faut remarquer que la dépense de gaz n’est pas seule en jeu, mais aussi la nature du bec.
- La première expérience a été faite avec un bec Manchester oxyhydrique et un bec d’Argand ordinaire; la deuxième avec un bec d’Argand oxyhydrique et un bec papillon ordinaire. Les becs comparés ne sont pas réellement comparables : on sait en effet que, alors que 140 litres de gaz brûlant dans le bec papillon, dit de Ville, donnent une intensité lumineuse égale à 1 1/10 Carcel type seulement, 105 litres brûlant dans le bec Bengel type donnent une intensité égale à 1 Carcel.
- M. Thomas objecte que ces chiffres résultent d’anciennes expériences, et que, d’après celles qu’il a faites lui-même, le bec papillon de 6/10 de millimètres équivaut au bec Bengel de 120 litres.
- M. Arson appuie l’observation de M. Jordan. Il est certain que le bec papillon, même à large fente, n’équivaut pas au bec cylindrique, à égale consommation. Un bec est fait d’ailleurs pour une consommation déterminée et ne se prête pas à la formation d’une gamme de quantités de lumière variant avec la consommation.
- , M. Jordan poursuit ses observations. M. Thomas a constaté que le bec oxyhydrique, employé sur les boulevards, brûlait par heure 70 litres de gaz portatif et 34 litres oxygène, en donnant une lumière égale à 1,69 fois celle du bec de Ville, brûlant 140 litres de gaz ordinaire. EJn appliquant à ces quantités les prix connus, soit 1 franc pour le mètre cube de gaz portatif, 0f,50 pour le mètre cube d’oxygène et 0f.15 pour le gaz ordinaire, on a d’une part :
- 70 litres gaz de Boghead portatif à 1 franc le m3. 7 centimes.
- 34 litres oxygène à 0f,5o. ..................... 1.7
- Total. ................................. . 8°.7
- d’autre part :
- 1.69 X 140 litres de gaz ordinaire à 0f'.15....... 3C.5
- D’après ces chiffres, l’éclairage public oxyhydrique coûterait, à lumière égale, 2 1/2 fois plus que l’éclairage public ordinaire. Le nouveau système paraît donc inapplicable à la voie publique.
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- M. Armengaud annonce que MM. Tessié du Motay et Cie y ont renoncé. Il fait cependant remarquer qu’à Manchester on a du gaz à 0f.15, assez riche pour brûler avec l’oxygène.
- M. JordÎn ajoute qu’en ce qui concerne l’éclairage particulier, il ressort du rapport de M. Thomas que cet éclairage, devant être fait forcément au moyen d’un gaz carburé, nécessite chez chaque consommateur une double canalisation, un carburateur, deux régulateurs et deux compteurs.
- M. Armengaud répond que ces appareils sont, par leur petit volume, très-peu encombrants, et que d’ailleurs la société Tessié du Motay et Gie prend à sa charge les frais de l’installation de l’éclairage oxyhydrique en vendant l’oxygène 1 fr. le mètre cube, en assurant 20 p. 100 d’économie sur l’emploi du gaz ordinaire.
- Il n’est pas possible, vu l’heure avancée, d’entrer dans une discussion approfondie sur la question ; mais M. Armengaud observe qu’il faut se mettre en garde contre des conclusions à tirer de quelques expériences isolées de laboratoire, présentant naturellement, de l’aveu même de M. Thomas, des anomalies singulières. Ce n’est qu’en répétant un très-grand nombre de fois ces expériences qu’on peut arriver, ainsi que l’a fait M. Tessié du Motay, à établir des chiffres moyens très-approchés de la vérité pratique.
- Or, ces chiffres ont été vérifiés dans toutes les applications en grand du nouvel éclairage. Un exemple suffira pour fixer les idées à cet égard :
- L’un des becs oxyhydriques qui éclairent actuellement la salle des séances donne une lumière équivalant à deux fois celle produite par le bec de 140 litres de gaz Irdinaire, il consomme en moyenne 30 litres d’oxygène et 65 litres de gaz.
- L’heure coûte donc :
- 30 litres oxygène à I fr. le mètre cube................... 3e.
- 65 litres gaz à 0 fr. 30 c. — ................... Ie. 9o
- Dans le prix de I fr. est comprise la dépense de carburation du gaz.
- Avec le gaz ordinaire seul, la même quantité de lumière coûterait par heure :
- 2 X 0.140 X 0 fr. 30 c., soit : 8«.40.
- 11 y a donc une économie de 42 p. 100 environ.
- A la Maison Dorée, chez M. Verdier, où l’installation de l’éclairage oxyhydrique était faite avec les mêmes becs, on a constaté aux compteurs, pour le mois de janvier dernier, les consommations suivantes :
- Gaz ordinaire 1360 mètres à 0 fr. 30 c............... 408 fr.
- Oxygène 680 — à 1 fr. ....... 680 fr.
- 1088 fr.
- Or, dans le mois précédent on avait consommé avec l'éclairage ordinaire 3040 mètres cubes de gaz à 0 fr. 30 c. soit une dépense de 1092 fr.
- On a donc obtenu une lumière double avec une dépense égale.
- M. Armengaud ajoute queM. Thomas a omis, dans son intéressante communication, de signaler les caractères distinctifs de l’éclairage oxyhydrique, et notamment ses avantages au point de vue de l’hygiène et de la qualité de la lumière.
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- '• Il est reconnu que 1 mètre cube de gaz ordinaire exige, pour être Complètement brûlé, 2 mètres cubes d’oxygène, et que par conséquent cette combustion prive totalement de son oxygène un volume d'air de 10 mètres cubes. Avec le nouvel éclairage, le quart seulement d’oxygène est suffisant pour la combustion, pa^suite de la réduction de la quantité de gaz employée pour la môme lumière, et de l’addition d’oxygène introduit dans la flamme.
- Les propriétés vivifiantes de l’oxygène et la nécessité du maintien de Sa proportion normale dans l'air sont nettement mises en évidence par les expériences qui ont lieu actuellement pour l’application de l’oxygène à l’assainissement des hôpitaux.
- M. Thomas pensé que si l’oxygène peut être obtenu à bon marché, il vaudra mieux, pour assainir Une salle, y répandre l’oxygène qüè le brûler.
- M. Armengaud répond que dans la séance précédente, au sujet delà communication de M. Pourcel, il a été démontré que le prix de l’oxygène, fabriqué par le procédé industriel de M. Tessié du Motay, ne dépassait pas 0 fr. 30 c. rendu au gazomètre,
- Dans l’appiication de ce gaz â l’éclairage, il y a lieu aussi de prendre en sérieuse considération la beauté de la lumière obtenue. La lumière oxyhydrique à l’analyse spectrale atteste une composition qui se rapproche beaucoup plus de celle du soleil qu’aucune des lumières artificielles connues jusqu’à présent. Elle renferme dans une proportion à peu près égale les radiations colorées, et elle permet, pendant les heures nocturnes, de distinguer les couleurs des objets avec la même netteté que pendant le jour. C’est là un progrès considérable au point de vue du bien-être général, il peu|, être mis à profit pour le travail de nuit des manufactures, particulièrement dans l’industrie des textiles.
- En terminant, M. Armengaud exprime, au nom deM. Tessié du Motay, le désir de voir des membres de cette société venir constater de visu les résultats qu’il a annoncés, et notamment ceux qui sont relatifs au prix de revient de l’oxygène et aux conditions économiques de sOn application à l'éclairage.
- M. JohdaM dit qu’il h’a paé prétendu émettre audün chiffre et qu’il a seulement tiré une conclusion des expériences de M. Thomas. Il croit que la discussion sur le nouveau système d’éclairage ne pourra s’engager utilement que lorsque le rapport des ingénieurs de la Ville aura été Soumis aü Conseil municipal et qu’il pourra être
- M. le Président informe la Société que la Commission chargée de l’étude des questions d’économie sociale a remis un premier rapport. L’heure avancée no permet pas d’en donner lecture; il sera imprimé in extenso et envoyé ayec le prochain bulletin. . •
- L’élection d'un membre du Comité; en remplacement de M. De Dion, nommé vice-'pfésident, èst remise à la prochaine séance.
- M. le Président donne communication dë la composition dès Commissions suivantes .
- ' commission des chemins Hé fèr. Président, M. Des|rahge; secrétaire; M. Marché; membres : MM. Alcan, Benôil-Duportaiî, Gallon, Chàbrier, Chobhrynski, De
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- Dion, Dupuy, Farcot (Joseph), Forquenot, Guillaume, Morandière (Jules), Richard, Thomas (Pierre) et Vuillemin.
- commission 'des travaux des villes. Président, M. Ghabrier; secrétaire, M. Paul; membres,: MM. Grespin, Demimuid, Fortin-Hérrmann (Émile), Fortin-Herrmann (Louis), Dupuy, Lebon, Trélat (Émile) et Yigan.
- commission de chauffage et ventilation. Président, M. Tresca père; secrétaire, M. Piet ; membres : MM. Ser et Tresca (Alfred).
- commission d’économie sociale. Président, M. Deligny ; secrétaires : MM. Pé-rissé et Marché; membres : MM. Forquenot, Gibon, Grand et Normând.
- commission de l’enseignement professionnel. Président, M. D’Hamelincourt; secrétaire, M. Gigot; membres : MM. Arson, Benoît-Duportail et Thauvin.
- commission d’études géographiques et géodésiques. Président, M. Yvon Villar-ceau; secrétaire, M. Le Cyre.
- commission des canaux, construction et exploitation. Président, M. Molinos; secrétaire, M. Blondeau ; membres : MM, Delpech, Fichet, Hervier, Richard et Thomé de Gamond.
- commission des mines exploitables en France. Président, M. Caillaux; secré-, taire, M. Grand; membres : MM. Brüll, Évrard (Alfred), Géyler, Huet, 'Lhbmme, Orsat, Petitgand et Thomé de Gamond.
- commission. — utilisation des eaux d’égouts Et dès Vidangés, Président, M. Ghabrier; secrétaire, M. Brüll; membres : MM. Düpuy, LencaüChez, Renard (Lucien), Ronna et Thomas (Pierre).
- commission des travaux métalliques. MM. Contamin, Dallot, Donnay, Denfer, Eiffel, Esdande, Hervey-Picard et Mâsson.
- commission. — service de la viginalité. Président, M. Molinos; secrétaire, M. Thomas (Pierre); membres : MM. Cauvet, Ghabrier, Caillaux, Després et Malo. •
- commission. — études faites a l’étranger. MM. Brüll, Goschlér, Grand, Jordan, Thomas (Pierre) et Tronquoy .
- MM. Fichet> Nobel et: Queruel ont été admis comme Membres sociétaires, et MM. Gallaud et Zeller, comme Membres associés.
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- RAPPORT DE LA COMMISSION
- CHARGÉE DE REDIGER LE PROGRAMME DE LA DISCUSSION
- ?
- SUE
- L’EXPLOITATION DES CHEMINS DE FER
- À la suite de la terrible guerre de 1870, les transports sur nos voies ferrées ont subi une longue crise qui est à peine terminée et dont les effets se sont fait sentir sur tous les points du pays.
- Nos chemins de fer se sont trouvés en face d’une énorme quantité de marchandises à transporter, et ils n’ont pu satisfaire, dans un délai assez rapide, à l’écoulement de ce trafic inaccoutumé et, dans une certaine mesure, inattendu.
- Cette crise des transports, cette insuffisance momentanée de nos chemins de fer, a profondément ébranlé notre organisme industriel et commercial : des gares ont été fermées , certaines industries ont du ralentir leur fabrication, des usines ont été en souffrance, quelques-unes ont eu à subir un chômage complet.
- L’opinion publique s’est vivement émue de cet état de choses, d’anciennes hostilités contre la constitution actuelle des Compagnies de chemin de fer se sont réveillées, et les griefs du passé se réunissant à ceux du présent, une sorte de clameur générale s’est élevée. L’Assemblée nationale n’a pu y rester sourde, et elle a été amenée à nommer une Commission chargée de « proposer d’urgence les mesures à prendre « pour diminuer les souffrances causées par la crise et de procédera cc une enquête sur le régime général des chemins de fer. »
- La Société des Ingénieurs civils ne peut demeurer étrangère à une question qui est absolument de son domaine, et elle a le devoir d’intervenir et d’éclairer par une large et haute discussion toutes les questions '.soulevées.
- Notre Président a d’ailleurs, dans son discours d’installation, appelé l’attention sur cet ordre d’idées et exprimé le désir de voir la discussion
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- s’ouvrir parmi nous; il nous a dit ses impressions et a chargé ies membres de deux sections du Comité de se réunir pour formuler un programme de discussion.
- C’est cette mission que nous venons remplir.
- Nous pensons que la Société est en mesure de faire elle-même, avec une compétence incontestable, l’enquête sur les transports. Elle renferme dans son sein non-seulement un grand nombre d’ingénieurs qui sont à la tête des services techniques des chemins de fer et qui peuvent nçus apporter les données les plus exactes sur les difficultés qui ont surgi et nous dépeindre les efforts presque surhumains qu’ont faits les Compagnies pour parer à la crise ; mais aussi beaucoup d’ingénieurs libres et d’industriels qui envisageant, à juste titre, la question au point de vue spécial du commerce et de l’industrie, exposeront toute l’étendue des besoins réels auxquels les Compagnies de transport ont pour devoir de donner satisfaction.
- Les chemins de fer, nous pouvons le déclarer avec honneur, ont été l’œuvre du génie civil, et nous avons à défendre cette création contre les attaques qu’ils ont à supporter de la part d’un public parfois mal éclairé; il nous appartient aussi, à tous les points de vue, de rechercher, dans le cas où il serait démontré que, par suite de diverses causes, nos chemins de fer ne rendent pas tous les services que le pays en attendait, de rechercher, disons-nous, à qui doit en incomber la responsabilité.
- La discussion doit, à notre avis, aborder successivement trois ordres d’idées distincts et se composer, en conséquence, de trois parties : la recherche des causes de la crise de 1870, l’étude des conditions techniques dans lesquelles se fait l’exploitation de nos chemins de fer, et l’examen du régime actuel des concessions.
- Nous allons entrer dans quelques développements sur chacun de ces trois points :
- I. — Crise des transports.
- Ihconvient de rechercher ses causes immédiates, apparentes et réelles, d’examiner les mesures prises pour l’atténuer, d’en apprécier l’efficacité et de montrer en connaissance de cause quelle est la part de responsabilité qui revient, dans la^crise, aux Compagnies, à l’administration et aux agissements du public.
- Nous trouverons, pour cette étude, un cadre tout tracé dans le rapport présenté à l’Assemblée nationale, au nom de la Commission d'enquête (séance du 5 janvier 1872).
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- La Commission, ainsi qu’elle le constate dans les premières lignes de ce rapport, «a fait venir plusieurs fois dans son sein les directeurs des « Compaguies qui lui ont affirmé leur extrême désir d’arriver à une « prompte solution; ils ont exposé leur situation et formulé leurs pro-« positions. Elle a eu également de longues conférences avec M. le mi-« nistre des travaux publics et avec M. le directeur général des chemins « de fer. »
- Nous devons donc trouver dans ce rapport tous les arguments que les Compagnies peuvent apporter dans le débat, toutes les indications qu’elles ont pu fournir pour expliquer l’intensité de la crise. ♦
- Il y aura lieu, dans la discussion, d’apprécier si la Commission a pu réellement «s’éclairer par tous les moyens possibles, » et si elle n’aurait pas obtenu un surcroît utile de renseignements en faisant appel, dans son enquête préalable, à d’autres témoins que les directeurs des Compagnies et les représentants de l’Administration supérieure.
- Quoi qu’il en soit, le rapport, après avoir rendu hommage aux très-grands sacrifices que se sont patriotiquement imposés les Compagnies, déclare que Y encombrement des lignes et des gares n’est que trop certain, et il en énumère les causes.
- Parmi ces causes, il en est un certain nombre qu’il faut grouper à part et qui sont, non lés causes de Y encombrement, mais celles de l’excédant du trafic ; ce sont :
- « Les immenses quantités de marchandises présentées dans les gares « pour être expédiées sur tous les points et remplacer les approvisionne-« ments épuises pendant la longue période d’inaction commerciale que « l’on venait de traverser ;
- <t L’aggravation apportée à l’accumulation par la guerre civile qui a « désolé Paris pendant trois mois ;
- « L’influence de la spéculation dans cette accumulation ;
- « Le transports des céréales par suite de la mauvaise récolte. »
- C’est là la part des événements.
- Mais, d’autre part, le rapport énumère d’autres éléments qui se rappor-portent à l’organisation même de l’exploitation et sur lesquels doit se porter toute notre attention.
- Ce sont :
- \0 L’insuffisance du matériel ; ~
- 2° L’insuffisance des gares dont « beaucoup ne sont pas assez spacieuses » ; i
- 3® L’emploi que « fait sans façon le public de ces gares, comme entre-
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- « pôts, laissant les marchandises sans les décharger et rendant ainsi des « milliers de wagons inactifs » ;
- 4° Les obstacles qu’apportent le service des douanes et celui de l’octroi au dégagement des gares.
- Ces quatre causes sont celles que nous aurons à examiner dans notre discussion, en même temps que nous aurons à rechercher s’il n’existe pas d’autres causes non indiquées dans le rapport.
- L’insuffisance du matériel est sans contredit la plus importante de ces questions, et nous devrons nous y arrêter longuement.
- Nous savons tous que, avant même la crise actuelle, on a fréquemment reproché à nos chemins de fer dé ne pas posséder un effectif suffisant en wagons à marchandises.
- On serait tenté de croire que les Compagnies ont reconnu jusqu’à un certain point l’exactitude de ce reproche, puisque, dès que la crise s’est manifestée, et ainsi que le dit encore le rapport :
- « Les Compagnies ont compris que la première mesure à prendre « était de commander du matériel ; elles l’ont fait, et ces commandes « s’élèvent aujourd’hui à 11900 wagons. — C’est pour les Compagnies « une dépense d’environ 30 millions. »
- Cette augmentation d’effectif sera d’environ 10 0/0 sur l’ensemble du réseau.
- Il était probable que les wagons commandés ne seraient livrés, au moins en totalité, qu’après la crise et alors que la situation serait redevenue normale. On est donc porté à penser que les Compagnies, en dépensant néanmoins 30 millions pour obtenir une augmentation du nombre de leurs wagons, considéraient leur effectif actuel comme insuffisant dans les circonstances ordinaires.
- D’un autre côté, on doit reconnaître que, lorsqu’un trafic est trës-développé- et que l’ensemble de l’outillage d’un chemin de fer (et par outillage il faut entendre les gares, le matériel moteur, lés véhicules, le personnel) n’est pas proportionné à ce trafic, c’est toujours par le manque de wagons que sé traduit l’impuissance dé cet Outillage. ;;
- Si on ne peut faire assez de trains, si les qüais sont encombrés, si les appareils de chargement ou le personnel manquent, etc., on ne peut ramener les wagons vides au lieu de chargement. "
- Le manque de wagons n’est-il pas alors plutôt un effet qu’une cause ? C’est là une grosse question que la Société doit examiner. Nous la formulerons en deux mots :
- Est-ce l’effectif en wagons qui est insuffisant? ! > , ,
- Est-ce la manière dont les wagons sont utilisés qui est imparfaite?
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- Quant aux gares, à leurétendue, leur dispositions, leur outillage, leur personnel, etc., nous signalons, comme devant aider à notre discussion, les données renfermées dans la note de M. De Cœne, renvoyée à notre Commission et qu’on trouvera dans les pièces à l’appui.
- L’emploi, fait par le public, des gares et des wagons, comme entrepôts, sera l’une des questions dont l’examen devra être approfondi. — Cet usage a joué évidemment un grand rôle dans la crise actuelle et a eu une grande influence sur notre système d’exploitation en général.
- Il sera intéressant de rechercher à la faveur de quelles circonstances il s’est si fortement et si singulièrement implanté chez nous : l’absence d’entrepôts, même dans les villes et les ports très-importants, l’insuffisance du camionnage particulier, etc., y ont certainement beaucoup contribué.
- Il ne faut pas oublier non plus que les marchandises en wagons complets — ce sont celles qui donnent lieu à ces abus — sont transportées aux conditions des tarifs spéciaux, lesquels stipulent toujours la prolongation des délais de transport. Cette prolongation des délais a pour corollaire Y aléa des arrivages, l’incertitude sur le jour et l’heure de la livraison. Cet aléa n’a-t-il pas été un grand obstacle à l’organisation d’un camionnage régulier et n’a-t~il pas désarmé les Compagnies vis-à-vis les destinataires?
- La discussion de la Société permettra certainement de conclure nette ment sur ces importantes questions.
- Enfin, les obstacles apportés parles formalités du service des douanes et tout spécialement, en ce qui concerne Paris et les grandes villes, par celui de l’octroi, à la prompte livraison des marchandises, seront certainement l’objet d’un examen fructueux.
- Quand nous aurons passé en revue les causes de la crise précédemment énumérées et celles non indiquées dans le rapport de la Commission d’enquête, et qui pourront être signalées dans la discussion, nous aurons à étudier la succession des mesures transitoires prises par l'administration pour combattre et atténuer la crise.
- Ces mesures ont été :
- 1° Le décret du 41 avril 4871, suspendant l’exécution des conditions et délais de transport déterminés par l’arrêté ministériel du .42 juin 1866.
- Cette décision prise par le Ministre, sous sa responsabilité, est considérée parla Commission comme une « concession imposée par un cas de force majeure! » On pensait alors qu’elle necserait pas de longue durée.
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- 2° L’arrêté du 4 0 octobre 4874 , rétablissant, à partir du 4 5 novembre, les délais de la grande vitesse et ceux de la petite vitesse, pour les marchandises transportées par les tarifs généraux et classées dans les première et deuxième catégories, augmentant les tarifs de. magasinage et portant à 4 0 fr. par jour et par wagon le droit à percevoir après quarante-huit heures.
- Ces mesures n’ont pas produit les effets qu’on en attendait.
- « Les Compagnies, mises en demeure d’exécuter les transports dans « les délais réglementaires pour les marchandises des deux premières « séries, furent contraintes d’employer la plus grande partie de leur « matériel à ces transports, et durent laisser en souffrance les marchan-« dises des autres catégories.
- « En outre, les deux premières catégories payant les prix de trans-« port les plus élevés, c’était, pour ainsi dire, encourager l’augmenta-« tion des tarifs. Enfin l’encombrement ne diminuait pas, car les expé-« diteurs demandaient à payer pour toutes les marchandises les prix des « premières séries, afin d’obtenir les délais fixes. »
- 3* L’arrêté qui a été rendu le 29 décembre 4874, sur le voeu exprimé par la Commission, et qui rétablissait les délais à partir du 4" janvier 4872, en autorisant les Compagnies à les porter au double de ceux déterminés par Varrêté de 4866. Le 4er mars était la date fixée pour le rétablissement des délais normaux.
- 4° Et enfin, l’arrêté du 29 février 4 872 qüi a prolongé jusqu’au 34 mars la période provisoire de suspension partielle des délais.
- Ainsi le remède apporté a consisté à suspendre les obligations des Compagnies, mises ainsi hors du droit commun, pendant sîæ raozs, pour tous les transports; pendant un an, pour les marchandises n’appartenant pas aux deux premières séries. A-t-il été efficace? Etait-ce la seule solution possible? Notre discussion éclaircira ces points.
- Nous compléterons l’examen de cette face de la question, en étudiant les autres mesures proposées par la.Commission et dont quelques-unes, du reste, sont restées à l’état de voeux :
- 40 Accélération du service de la douane ;
- 2° Élévation du droit de magasinage;
- 3° Réduction du délai pour le déchargement des marchandises.;
- 4° Obligation d’enlever et de camionner d’office les marchandises non déchargées;
- 5° Mise à la disposition des Compagnies des bâtîraents'et magasins dis-, ponibles ; -, .
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- 6° Fermeture des gares portée en temps utile à la connaissance du public, etc., etc.
- II. — Coudition§ techniques de I’©xpl©âtati©ia.
- Après avoir énuméré et étudié les circonstances dans lesquelles s’est produite la crise des transports, il conviendra dépasser en revue les divers services de l’exploitation de nos chemins de fer. On trouvera certainement dans l’examen des insuffisances et des imperfections, qui ont pu se produire pendant la crise, le germe d’utiles réformes pour l’avenir.
- Dans toute organisation industrielle, les défauts d’installation qui restent, à peu près, inaperçus tant qu’on n’a à satisfaire qu’à des besoins moyens, apparaissent, tout à coup, lorsque cette organisation est mise en présence de la production maxima en vue de laquelle elle avait été conçue.
- Parfois même, les inconvénients, résultant de ces imperfections révélées, peuvent faire croire que l’ensemble de l’organisme a excédé la limite de sa puissance.
- C’est ainsi que, pour nos chemins de fer, beaucoup de personnes ont pensé, en constatant leur insuffisance à écouler un long arriéré de transports accumulés, que le trafic maximum auquel ils pouvaient satisfaire avait été atteint et même dépassé.
- On peut comparer l’ensemble d’un réseau, par lequel les produits d’une région sont répartis et écoulés vers les centres de consommation, aux cours d’eau qui portent vers l’Océan les eaux reçues à la surface du bassin dont ils dépendent. La section ou la pente de ces cours d’eau doit aller enî augmentant à mesure qu’on approche de l’embouchure du fleuve principal, afin d’écouler les débits qui s’accumulent par la réunion des affluents. De même, les grandes artères de nos voies ferrées ont à transporter des quantités de marchandises de plus en plus considérables à mesure qu’elles reçoivent celles des lignes secondaires.
- îl pourrait donc suffire que, sur un point donné, la puissance maxima eût été atteinte, pour que le réseau subisse des arrêts et des perturbations, de même que, lors d’une crue subite, une section insuffisante en un point d’un fleuve suffit à causer une inondation dans les régions supérieures.'" *•
- r <•••: O,
- Il y a ici une question technique des plus intéressantes à élucider ; elle consiste à déterminer quelle est sur nos chemins, tels qu’ils sont constitués, l’intensité maxima du trafic qu’ils peuvent desservir et à re-
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- chercher si, pendant la crise, ils ont eu à transporter un tonnage excédant celui que leur outillage leur permettait d’écouler.
- Cette question est ramenée, par suite de la presque identité de puissance des machines et de constitution des trains sur nos diverses lignes, à la recherche du nombre maximum des trains qui peuvent être formés et remorqués sur une ligne donnée, pendant une période déterminée, sans compromettre la sécurité et le bon entretien de la voie et sans exiger, comme personnel et comme matériel, des effectifs hors de proportion avec la moyenne suffisante pendant les périodes de moindre trafic.
- Nous trouverons les éléments de ce problème important dans l’examen successif que nous ferons, dans la discussion, des questions suivantes :
- \°Matériel-véhicules.—L’examen des conditions pratiques del’emploides divers véhicules, le parcours annuel qu’ils peuvent fournir, le chargement moyen qu’ils transportent, leur système de construction, leur coût, leur usure et leur entretien, etc., permettront de fixer quel est l’effectif nécessaire pour un trafic donné, quelles sont les quantités maxima qu’on peut transporter avec un effectif donné, quels sont les obstacles qui s’opposent à une meilleure utilisation dans les conditions actuelles, quelles améliorations peuvent être apportées dans leur emploi, etc.
- 2° Matériel-machines. — Quelle est la puissance de notre matériel moteur? A quel trafic permet-elle de suffire? Quel est et quel devrait être l’effectif en machines des divers types ? etc. : tels sont les points à examiner.
- 3° Trains. — Leur nature et leur composition, leur poids, leur fréquence et leur vitesse de marche, devront être l’objet d’une discussion complète. L’emploi des trains mixtes et la séparation des services de grande et de petite vitesse, l’emploi des trains lourds et celui des trains rapides, étudiés au point de vue de leur action sur les voies, etc., ont fait déjà, à plusieurs reprises, l’objet des discussions de la Société; il sèrâ utile de les reprendre après plusieurs années d’intervalle, pendant lesquelles on a pu recueillir de nouvelles données expérimentales, ,
- Le matériel n’est pas ici seul en cause, et la formation dés trains, le chargement et la manœuvre des wagons, etc., jouent évidemment un grand rôle dans l’utilisation possible du matériel, et, à ce point de vue, nous aurons à passer successivement en revue :
- 4° Les gares et stations, dont on considérera l’étendue par rapport aux besoins à satisfaire, les dispositions, les voies dé service, les magasins, les quais, etc. J 1
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- 5° Les appareils de chargement et de déchargement qui n’ont certainement pas chez nous l’importance et le développement que nécessiteraient un transport et une livraison rapide, et dont les chemins anglais nous offriraient des exemples à imiter.
- 6° Enfin, le personnel des trains et des gares devra être examiné au point de vue de son importance, de sa capacité, de l’élasticité des cadres, etc.
- Lorsque tous ces éléments constitutifs de l’outillage des chemins de fer auront été passés en revue, il nous sera certainement facile de résoudre la question posée plus haut et de déterminer quelest le maximum de trafic auquel nos chemins peuvent satisfaire, et quelle devrait être, pour un trafic donné, l’importance de l’effectif du matériel, l’étendue et la disposition des gares, etc., etc.
- HI. — Régime de» Concessions».
- Quelles qu’aient été, d’ailleurs, les causes immédiates de la crise de 1871, quelles que soient les améliorations dont peuvent être susceptibles les services de l’exploitation de nos chemins de fer, il y a un autre ordre d’idées qui sollicite actuellement l’étude de tous ceux qui se préoccupent de l’avenir industriel de notre pays : c’est l’examen du régime des concessions et de l’organisation des Compagnies.
- La Société des Ingénieurs civils a cru devoir jusqu’ici se tenir en dehors des questions de cette nature; mais, dans les circonstances actuelles, il doit lui convenir de les aborder, parce qu’elles répondent à des préoccupations générales : notre pays n’a pas aujourd’hui d’autre souci que de se régénérer par le travail ; il faut qu’il produise, et l’extension de nos chemins de fer, l’organisation des Compagnies, le dévelop-pementdenosvoies navigables, etc., peuvent avoir sur la production une influence prépondérante.
- Le programme d’une discussion sur cette question peut se formuler en très-peu de mots :
- Le régime actuel est caractérisé par les conditions suivantes ;
- 1° Partage du réseau total entre un petit nombre de grandes Compagnies;
- 2° Relations étroites entre les Compagnies et l’État, associé par le fait à ces Compagnies, par suite des garanties d’intérêt et des conventions qui ont institué ce qu’on a appelé le Déversoir ;
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- 3» Application de tarifs établis dans des conditions réglées par les cahiers des charges et homologués par l’Administration.
- Ce régime a-t-il été favorable à l’extension des chemins de fer en France, au développement des transports, à rabaissement des tarifs, etc?
- Quelle influence a eu ce régime des concessions sur le développement des voies navigables ?
- Telles sont les questions que soulève l’examen du régime actuel, et auxquelles s’ajoutent naturellement les suivantes :
- Faut-il le maintenir ? Convient-il de le modifier ou de le transformer, et, dans ce cas, est-ce à la concurrence, soit par le développement des voies navigables et de la batellerie, soit par la concession de nouvelles lignes, qu’il faut avoir recours ? Convient-il d’encourager les petites Compagnies ou de susciter les fusions ? Convient-il, enfin, de solliciter l’État de procéder au rachat des lignes soit pour en concéder l’exploitation à des entreprises, soit pour les exploiter lui-même ?
- Le#chainp de la discussion sur ces matières est bien vaste; mais nous le répétons : dans aucune Société elle ne pourrait être abordée et poursuivie avec plus de compétence et d’autorité.
- PROGRAMME DE LA DISCUSSION SUR L’EXPLOITATION DES CHEMINS DE FER.
- PREMIÈRE PARTIE.
- Cri§® des transports.
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- a) Causes directes et indirectes de la crise, /—• Examen spécial des questions suivantes :
- 1° INSUFFISANCE DU MATÉRIEL J 2° INSUFFISANCE DES GARES J
- 3° EMPLOI DES ‘GARES ET DU MATÉRIEL PAR LE PUBLIC, COMME ENTREPOTS; 4° OBSTACLES RÉSULTANT DU SERVICE DES DOUANES ET DES OCTROIS.
- b) Études des mesures prises par l'Administration et par les Compa-
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- gnes pour parer à la crise. — Effet produit par ces mesures. —Question des délais de transport.
- c) Examen des divers vœux formulés par la Commission d’enquête pour atténuer les effets de la crise : Accélération du service de la douane. — Élévation des droits de magasinage. — Réduction du délai pour le déchargement des marchandises, etc., etc.
- DEUXIÈME PARTIE.
- Étude des conditions techniques dans lesquelles se fait actuellement l'exploitation de nos chemins de fer
- 1° MATÉRIEL-VÉHICULES ;
- 2° matériel-machines ;
- 3° TRAINS : NATURE, POIDS, FRÉQUENCE ET VITESSEj 4° GARES ET STATIONS : ÉTENDUE ET DISPOSITIONS ;
- 5° APPAREILS DE CHARGEMENT ET DE DÉCHARGEMENT;
- 6° PERSONNEL DES TRAINS ET DES GARES.
- TROISIEME PARTIE.
- Examen du régime des Concessions.
- i° RÉGIME ACTUEL;
- 2° concurrence;
- 3° RACHAT ET EXPLOITATION PAR x’ÉTAT.
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- COMMISSION DE VICINALITÉ.
- DES CHEMINS EN FRANCE
- Par M. Ernest CIIABIIIEK.
- Oü a peine à comprendre, en face des immenses progrès de la mécanique, l’effroyable gaspillage de force qui se fait journellement sur toute la surface de la France pour transporter, de la ferme au marché, les produits de l’exploitation de la terre.
- Quel chiffre effrayant de dépenses en pure perte donnerait le calcul des efforts appliqués aux charrettes embourbées dans les chemins communaux ! Quelle économie pour le pays ressortirait de la transformation de tous ces chemins à ornières perpétuelles en routes carrossables.
- Aucune question n’est plus digne de la sollicitude de nos conseils généraux, et la Société des Ingénieurs civils ne doit pas se lasser de signaler à chaque session les améliorations à faire.
- Elle avait décidé, dans sa séance du 6 octobre dernier, qu’elle appuierait, auprès de ces assemblées locales, la création de postes d’agents voyers cantonaux libres; mais il résulte, des trop rares documents envoyés par nos collègues des départements, que l’intérêt de cette création s’est effacé devant l’importance du débat que la plupart des conseils généraux ont renvoyé à leur session d’avril, et qui se pose en ces termes :
- Les routes départementales seront^elles retirées du service ordinaire des ponts et chaussés^ déclassées, suivant l’expression en usage, pour être remises aux agents voyers; ou bien, conservant dans les affaires du département l’intervention du ministère des travaux public, confiera-t-on aux agents de ce, ministère, au personnel des ponts et chaussées, les chemins vicinaux?
- On conçoit les préoccupations que fait naître la question ainsi posé.e, et elles se sont manifestées par tous ces mémoires cherchant à établir celui des deux services qui fait le plus économiquement. La (Question n’est pas là, et les conseils généraux ne doivent pas se laisser entraîner à cette discussion où les personnalités auraient uner t,rop grande
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- part; il est très-difficile, pour ne pas dire impossible, d’établir une comparaison sérieuse entre les prix de revient de deux chemins.
- Tout en reconnaissant les très-grands services que les agents voyers ont rendu aux départements, tout en revendiquant le droit que la loi reconnaît aux Conseils généraux, d’avoir un personnel à eux, nommé par eux, révocable par eux, ces assemblées ont à tenir compte de la dépense qui résulterait pour le pays des engagements pris par l’Etat envers un personnel considérable dont l’instruction élevée n’est pas si peu utile qu’on le dit trop souvent pour les travaux de viabilité. Ils doivent aider l’État à occuper les ingénieurs des ponts et chaussées ; mais ils commettraient une injustice, une ingratitude même, s’ils remettaient le sort des agents voyers aux représentants du ministère des travaux publics.
- La solution complète et définitive est dans la réorganisation du service entier de la vicinalité en France., en se plaçant au seul point de vue des intérêts des populations, en dehors de toute considération de corporation ou d’influences politiques. Les postes honorables par les services à rendre au pays ne manqueront pas aux hommes de mérite, ingénieurs ou agents voyers, qui préféreront la gloire d'être utiles dans une localité retirée à celle de figurer en tête du personnel administratif d’un département; les hommes de mérite manqueront bien plus.
- Quoi de plus confus, de plus illogique, de plus coûteux, que le service actuel de nos routes et chemins? Dans 73 départements, au moins, ce service est partagé entre deux catégories d’agents, absolument indépendantes l’une de l’autre, sans relations entre elles, et cependant employant les mêmes ouvriers, les mêmes matériaux, desservant les mêmes besoins, parcourant les mêmes contrées. Dans beaucoup de localités, une troisième catégorie est chargée de l'entretien des voies de communication de la ville, les rues : ce sont les architectes-voyers.
- Cet état de chose amène les anomalies les plus regrettables et des doubles emplois très-coûteux. Les agents de ces services, habitant la même ville, au lieu d’avoir à inspecter des portions du territoire divisé en secteurs, sont tous chargés de la surface entière du cercle, chacun pour la classe de chemins qui le concerne; afin de leur donner une certaine superficie de route, on allonge les parcours dans des proportions qui rendent leur action presque illusoire.
- Cette classification si fantastique, au point de vue des travaux, en route nationale, départementale, chemin vicinal de grande communication, d’intérêt commun, communal ou rural, etc., donne des résultats tout à fait désastreux pour le contribuable, qui, en fin de compte, /loit toujours garnir la caisse, qu’elle soit nationale, départementale ou co'mmunale;
- Ce mauvais emploi du temps causé par la mauvaise division du service se retrouve dans les cantonniers qui, à la rencontre des routes avec les o'hemins, sont tenus de. doubler la longueur de leur parcours
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- pour avoir une surface suffisante à entretenir. Mais combien ce qui se passe est encore plus grave pour le service des matériaux et des prestations.
- Des routes, presque désertes, regorgent de pierres que la répartition du budget national leur attribue chaque année dans les bureaux, quand des chemins très-fréquentés, alimentés par des budgets locaux, ne peuvent suffire aux rechargements indispensables.
- Ces malheureux paysans, qui, dans quelques pays, grâce à l’avantage d’améliorer leur terre en se créant des ressources pour fournir leur part de matériaux, se livrent au travail si minutieux de l’épierrage, sont obligés de transporter ces pierres à plusieurs kilomètres pour arriver à un chemin vicinal, quand la route départementale passe devant leur champ ; quelquefois leurs charrettes se croisent avec celles de l’entrepreneur de la route, qui vient déposer ses approvisionnements en face dudit champ.
- Ces mêmes paysans, qui n’auraient que quelques pas à faire pour acquitter leurs journées de prestation en travaillant à la route nationale ou départementale passant devant leur maison, sont obligés de faire de longs parcours matin et soir pour fournir leur contingent de travail à un chemin vicinal, souvent en dehors de la commune.
- Quelle est la cause de ce mal? Comment y remédier?
- La cause est l’importance attribuée, dans l’organisation des services, aux voies et moyens sans préoccupation du but à atteindre; on a fait une division budgétaire des chemins au lieu d’une division territoriale du pays à desservir par ces chemins.
- Le remède n’est certainement pas dans les mesures proposées dont l’une écarte les hommes dévoués qui ont rendu des services incontestables aux départements et crée une injustice à laquelle beaucoup de conseils généraux se refuseront ; l’autre prive les services locaux du concours d’hommes instruits dans la science. Il n’est pas indispensable certainement d’avoir été à l’École polytechnique pour être chargé de l’entretien d’une route, mais il est indispensable d’être ingénieur, et un ingénieur n’est, jamais trop instruit.
- Le seul remède c’est la réorganisation générale du service des chemins en renonçant à la division budgétaire qui a été jusqu’à présent si funeste.
- Un chemin, quelle que soit sa classe, met toujours en communication deux centres de population, et, dès lors, ils ont tous droit au même bon état d’entretien; il ne devrait donc y avoir qu’une classe de chemin. Les routes nationales ont perdu, par la création des chemins de fer, la destination qui leur avait été attribuée, et elles ne sont plus en réalité que des composés de routes départementales qui elles-mêmes sont formées de parties de chemins vicinaux. Pour permettre la réorganisation du service de la viabilité, il suffirait que l’État confiât aux dépar-
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- tements le soin d’entretenir les routes nationales en leur allouant le montant des sommes consacrées à cet entretien.. On ne peut pas demander le déclassement de ces routes, parce que les départements pauvres ne seraient pas en état de s’en charger sur leur budget.
- Par cette simple mesure, qu’une routine ministérielle pourra seule combattre, tout cet échafaudage de division et de subdivision de nos chemins tombe, et le conseil général, ou plutôt sa délégation exécutive, la commission permanente, est à même de procéder à cette organisation nouvelle qui produira des effets tout à fait inattendus, surtout dans la dépense kilométrique.
- Il serait téméraire de présenter un système général répondant à toutes les nécessités, mais il est permis de signaler combien il serait à propos de modifier le système hiérarchique de notre administration qui reporte toute la responsabilité sur ceux qui ne sont- pas sur les lieux; il faut que la responsabilité appartienne à l’agent directement en rapport fréquent avec l’ouvrier et avec le public.
- Les départements rendraient un grand service au pays s’ils supprimaient des affaires publics cette méthode d’instruction qui fait monter et descendre un nombre infini d’échelons aux dossiers pour la moindre question, presque toujours résolue suivant l’avis de celui qui l’a étudiée; quels avantages résulteraient de la disposition suivante :
- Former au chef-lieu du département une inspection générale de toutes les voies de communication, confiée à l’ingénieur en chef, avec l’agent voyer chef comme inspecteur adjoint; constituer, sous cette inspection et la direction de la commission départementale secondée par le conseil général du canton, un service cantonal de tous les chemins, avec un ingénieur des ponts et chaussées ou autres à leur refus, à la tête, et iin bureau plus ou moins nombreux suivant les travaux, tous ces agents nommés par le département.
- On dira peut-être que les ingénieurs des pont.s et chaussées ne peuvent pas accepter cette restriction de leur circonscription territoriale, cet amoindrissement de leur position, cette affectation de leurs services à un seul département, quand ils avaient toute la France pour faire leur carrière I
- Ces objections sont faibles : combien d’ingénieurs ont quitté l’administration pour entrer au service des Compagnies? Quand le pays a tant besoin de sérieuses améliorations dans ses services publics, si les départements offrent à l’État, pour ses ingénieurs, des positions honorables avec des appointements supérieurs à eeux qu’il leur "allouait, l'État sera exonéré de tout engagement vis-à-vis d’eux.
- Pour donner satisfaction à l’intérêt sérieux que présente la généralisation, dans de certaines limites, des meilleurs types., des procédés nouveaux qui auraient donné de bons résultats ; pour surveiller, en
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- outre, l’emploi des fonds versés pour les routes nationales, l’État aurait un service de contrôle pour chaque département dans lequel viendrait se fondre avantageusement le contrôle actuel des chemins de fer.
- Ce serait toute une révolution que cette organisation du service de la vicinalité en France, mais une révolution pacifique, féconde en améliorations de toute nature.
- Tous les chemins utiles aux communications des populations, égaux devant un seul budget, recevant des allocations, non plus suivant une classification surannée, mais d’après la fatigue produite par la circulation. &
- L’ingénieur, placé au centre d’une circonscription réduite' à des proportions raisonnables, toujours à la disposition de son personnel, le voyant souvent, en contact fréquent avec ceux qui se servent des chemins, entendant leurs plaintes et écoutant leurs avis, souvent très-pratiques, opérant immédiatement les améliorations reconnues.
- Les surveillants, localisés eux-mêmes sur une surface de terrain qui leur permet de voir leurs ouvriers plusieurs-;fois dans la journée, prendront un intérêt tout autre aux travaux.
- Le paysan livrera ses prestations en cailloux sur la route qui borde son champ, fournira ses journées de prestations à quelques pas de sa demeure ; le tarif de ces prestations prendra une proportion plus rationnelle avec les prix de la contrée.
- Les ingénieurs, débarrassés de la plus grande partie de leur paperasserie de bureau, n’ayant plus ces longues tournées qui étaient de vrais voyages dans lesquels ils ne voyaient rien, pourront étudier par eux-mêmes les ressources et les besoins des localités ; placés en présence des populations pour lesquelles sont faits les travaux, réellement responsables envers elles ou leurs représentants élus, ils comprendront, comme l’ont si bien compris les agents voyers, au grand avantage du pays, que ce sont ceux qui se servent des chemins qu’il faut contenter, leurs besoins qu’il faut connaître, et non la théorie de tel inspecteur dont on flatte la manie pour un système parce qu’il peut, dans son rapport à Paris, vous faire monter d’un grade ou vous faire passer dans une ville plus amusante.
- Une telle organisation amènerait immédiatement des réformes que chacun indique, mais que la routine et l’indifférence arrêtent toujours.
- Qu’y aurait-il de plus juste et de plus rationnel qu’un impôt sur les voitures et charrettes dont le produit serait spécialement affecté au service de la vicinalité, sans possibilité de virements?
- Comment expliquer logiquement ces larges routés nationales, avec leurs accotements à doubles rangées d’arbres, conduisant à des ruelles étroites, pour la traversée les villes, où précisément peuvent se rencontrer des voitures en stationnement?
- On s’étonnera certainement de se demander, peut-être pour la pre-
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- mière fois, si jamais une route est assez fréquentée pour que sa largeur devienne fonction de sa circulation, A moins de cas si rares qu’il n’y a pas lieu d’en tenir compte, il ne se trouve jamais sur une route trois voitures de front.
- Lors donc qu’un service de vicinalité départementale se placera en face de ce but immédiat du chemin, la communication entre deux centres de population, il déclarera qu’il n’y a qu’une seule largeur de chemin, quelle que soit la circulation : celle suffisante et nécessaire pour le croisement de deux voitures sur la chaussée, avec les aménagements convenables pour un écoulement rapide des eaux de pluies ;$£t cela d’après les dispositions du terrain et non en obéissant aveuglément aux prescriptions ministérielles qui fixent d’avance les dimensions que doivent avoir indistinctement tous les fossés de France.
- Les chemins vicinaux ont un type qui, bien exécuté, donnerait toute satisfaction dans le plus grand nombre de cas :
- Une chaussée, à une ou deux voies, en terre ou macadamisée suivant les ressources, ayant 3 à 5 mètres de largeur, toujours bien bombée pour éviter la stagnation des eaux, cause dominante des dégradations, un accotement de 2 mètres de chaque côté, sans trottoirs, fortement incliné pour que l’eau se rende facilement et rapidement aux fossés qui seront très-peu profonds, mais à pentes bien réglées et toujours parfaitement curés. Une route, même en terre, où les eaux ne séjournent pas, serait maintenue, à très-peu de frais, sans ornières.
- Quelques mots de ces plantations d’arbres le long des chemins, si négligées quelquefois et exagérées dans d’autres cas, au point que des hommes pratiques, trop pratiques, on peut le dire, demandent leur suppression totale; ils leur reprochent non-seulement de nuire aux cultures mais d’augmenter considéralement les frais d’entretien des chemins, en maintenant les chaussées dans un état d’humidité nuisible. Us ont raison : il y a des routes qui sont bordées d’arbres séculaires, envoyant leurs racines au delà des fossés et couvrant de leur ombre de grandes surfaces en culture ; il y a d’autres routes plantées de quatre rangées d’arbres dont on laisse pousser les branches basses pour en faire de véritables allées couvertes. Ce sont là les résultats de cette indifférence aux besoins des populations. Mais il y a dans la plantation des routes une question d’hygiène générale que ne doit pas faire taire absolument une question d’économie ou d’intérêts privés.
- Sans insister sur les incommodités et trop souvent les dangers d’un long parcours sur une route à travers champs, en plein soleil, il faut tenir compte de Faction des arbres sur le climat, du rôle des feuilles dans l’atmosphère. La culture intensive est impitoyable; elle détruit tout ce qui peut gêner le passage de la charrue ou l’action vivifiante du soleil, et crée des espaces considérables sans un arbre. Il y a là de graves inconvénients pour la santé générale; c’est aux services publics à les atté-
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- nuer. Une étude un peu suivie de ce sujet amènerait certainement des dispositions qui feraient disparaître presque entièrement les inconvénients, tout en régularisant la ressource importante que la plantation des routes pourrait créer.
- Une seule rangée d’arbres de chaque côté, assez espacés et suffisamment ébranchés pour laisser passer l’air, ne nuirait en rien à la chaussée ; avec des coupes réglées à 30, 40 ou 50 ans au plus, suivant les. essences, les arbres ne porteront jamais une ombre nuisible sur les terres et soulageraient sérieusement le budget.
- Ainsi, en écartant les arbres de 6 à 7 mètres les uns des autres, on peut avoir par kilomètre 300 arbres, au moins, bien droits, bien formés. Or, il y a dans beaucoup de départements 8 à 10 000 kilomètres de chemins classés qui pourraient présenter, dans trente ans, une forêt de 3 millions d’arbres de haute-futaie,.donnant, par une coupe moyenne de quarante ans, 75 000 arbres par an; en fixant de 5 à 10 francs la valeur de chacun, c’est 5 à 600 000 francs de ressources annuelles.
- Toutes ces améliorations, tous ces bienfaits ne dépendent que de la signature d’un ministre, qui comprendrait qu'il est chargé des affaires d’un pays et non de celles du personnel de son ministère. Il suffit que le ministre des travaux publics présente une loi à la Chambre qui remette les routes nationales aux départements, en réservant aux ingénieurs des ponts et chaussées des postes honorablement rémunérés. Si le ministre ne le fait pas, c’est aux conseils généraux à demander cette loi et à la faire présenter par tous les députés qui font partie de ces conseils.
- Avril 1872.
- Parmi les nombreux rapports faits aux Conseils généraux et tendant à confier le service des chemins départementaux aux agents voyers, la Commission de la Société des ingénieurs civils a choisi quelques passages de celui fait au Conseil général des Vosges par son vice-président, M. Jules Ferry, et elle en a demandé la reproduction pour prouver combien l'étude de cette question est avancée èt a été sérieusement faite partout. *
- Extrait (lu rapport fait an Conseil général des Vosges snr le déclassement des rentes départementales.
- Pour serrer de plus près la question qui nous occupe, nous avons demandé à M. l’ingénieur en chef du département et à M. l’agent voyer directeur de nous pré-
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- senter, chacun de son côté, un projet de reconstitution de l’ensemble de leur service, dans l’hypothèse d’un fusionnement prenant pour pivot,, soit le service vicinal, soit le service des ingénieurs.
- La fùsi'on entraîne nécessairement une extension du service au profit duquel elle s’opérera.
- Sans s’être entendus, les deux services demandent au département un nombre à peu,près égal, d’employés.
- . . . . Si, en définitive, l’on compare, en les prenant tels qu’ils sont présentés, les cadres proposés des deux parts, au point de vue de l’économie réalisée'sur l’état présent,, on trouve que les propositions de M. l’ingénieur en Chef économisent au département 24 ou 25 000 francs, et celles de M. l’agent voyer 20 000 francs.
- Mais ce n’est pas par une considération de cet ordre, quelque intéressante qu’elle soit, que le problème qui vous est soumis peut être résolu. Si le cumul des fonctions d’État et des fonctions départementales est, assurément, un élément d’économie, les économies beaucoup plus considérables que les habitudes du service vicinal apportent dans les dépenses d’entretien balancent, et au delà, cet avantage. Mais il y a autre chose dans la question, qu’un débat de sous et deniers.
- Il y a, pour le conseil général, une question d’attributions, d’indépendance, je dirais presque de souveraineté.
- Le service des ponts et chaussées fait valoir fort habilement les avantages qui sont le propre des administrations centralisées. La centralisation lui assure un recrutement, une hiérarchie, un contrôle dont nul ne peut nier L’élévation. Nous concédons tout aux admirateurs de ce corps illustre. Mais, au point de vue départemental, ce sont ses grandeurs mêmes qui nous le rendent suspect : remettre la viabilité départementale aux mains de l’administration des ponts et chaussées, ce serait, ne nous le dissimulons pas, abdiquer entre les mains du pouvoir central. 11 n’est qu’une façon sûre pour les pouvoirs locaux d’être réellement maîtres chez eux, c’est de tenir leurs agents dans la main, c’est de les choisir, de les rétribuer, de les changer à leur guise. On nous dit bien que nous tenons les cordons de la bourse ; que, partant, nous serons toujours maîtres et seigneurs; que l’administration centrale, dans le choix du personnel, se fera un devoir d’accomplir, de prévenir même nos moindres désirs. Mais pourquoi attendre de sa bonne grâce ce que nous pouvons ne tenir que de nous mêmes?
- Cette double personnalité qu’on se flatte de créer dans un même fonctionnaire, à la fois agent du ministre et serviteur du conseil général, ne peut engendrer que des conflits, ou nous mettre dans la dépendance. Mais,, dit-on, cette dualité s’est rencontrée, et, pour les routes départementales, elle a existé jusqu’à ce jour. Nous répondons que, jusqu’à présent, nous n’étions qu’à moitié les maîtres. La loi du 10 août 1871 nous a affranchis, émancipés; nous sommes maîtres souverains de nos chemins et de nos routes, et c’est ce moment que nous choisirions pour nous remettre dans la main ministérielle?
- On nous promet une harmonie parfaite, un accord facile : mais si l’affinité était si grande entre l’élément départemental et le corps des ponts et chaussées, expliquez comment il se fait que les conseils généraux n’aient songé qu’à une chose, depuis 35 ans, à se créer un service vicinal à eux, et .une viabilité indépendante. La loi de 1836 ne leur faisait pas une obligation, d’avoir des agents voyers, elle Leur en laissait seulement la faculté.. Cette faculté est devenue, dans les mains des conseils généraux, et, tout au moins du conseil général des Yosges, l’instrument de progrès immenses, d’améliorations qui frappentles intelligences les plus inattentives. Le service vicinal a créé dans les Yosges, sous la direction du conseil général, plus de 3 000 kilomètres de chemins vicinaux. C’est la décentralisation qui a fait tout cela, et l’on veut, pour conclure, que nous centralisions !
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- Assurément, Messieurs, nous savons tous ce qui manque au service vicinal. Ni au point de vue de la science, ni au point de vue de la hiérarchie, ni au point de vue du recrutement, il n’est l’égal, pris dans son ensemble, du corps des ponts et chaussées. Mais s’il n’a point d’études transcendantes, il entretient des chemins à bon marché et il les rectifie aussi bien que les savants. Comme il ne constitue pas une vaste hiérarchie, répandue sur la France entière, il n’est soumis ni aux impulsions uniformes, ni aux routines administratives. Comme la borne du département est aussi celle de son ambition, il s’attache à nous, s’intéresse à son œuvre, s’y implante pour la vie. Le point faible, c’est le recrutement. Le personnel inférieur, surtout, se recrute médiocrement. Mais la raison en est simple, et le remède est à votre portée. Améliorez la situation des agents voyers, diminuez l’écart qui sépare leur traitement de celui des conducteurs des ponts et chaussées, et vous pourrez placer à l’entrée de la carrière des conditions de concours suffisantes, et vous verrez venir à vous les ingénieurs civils, les élèves de l’École centrale, les jeunes gens mêmes de nos hautes écoles, dont les chances de l’examen font souvent des militaires à contre-cœur. Enfin donnez à votre service une tête puissante. Appelez à vous, si vous le trouvez bon, un ingénieur de l’État pour lui remettre le commandement. C/est là que la supériorité scientifique pourra trouver sa place et son emploi. Mais que cet ingénieur soit bien à vous, qu’il n’obéisse qu’à vous, qu’il ne relève que de vous.
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- EXPOSÉ DES DIFFÉRENTS PROJETS
- DE CHEMINS DE FER ET TRAMWAYS
- D’INTÉRÊT LOCAL
- à établir dans le département de la Seine Par M. ©E!§<&MÂM€iE.
- La Commission technique spéciale, chargée de faire un rapport sur l’étude des chemins de fer et tramways d’intérêt local, à établir dans le département de la Seine, a eu à examiner un très-grand nombre de projets; mais il en a été éliminé la plus grande partie.
- Les sept projets qui ont donné lieu à un sérieux examen se divisent en deux groupes.
- Le premier groupe comprend quatre projets suivant le système usuel; ce sont :
- 1° Projet Brame, Flachat et Grissot de Passy ; 2° Projet Lemasson ;
- 3° Projet Vauthier;
- 4° Projet Brunfaut, Ducros, Desfossés.
- Le second groupe comprend trois projets d’après des systèmes nouveaux ; ce sont :
- 5° Projet Lavalley et Rostand ;
- 6° Projet Bergeron ;
- 7° Projet Pochet et Lemoine.
- Voici succinctement la description de ces divers projets.
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- PREMIER GROUPE. — SYSTEME USUEL,
- 1® Projet Brame, Flaclaat et Grissot de Passy.
- Ce projet est connu depuis longtemps sous le nom de chemin de fer des Halles. Il a été étudié primitivement pour relier le centre de Paris à la circonférence et servir aux approvisionnements. Les modifications apportées successivement dans les rues de Paris ont donné lieu à diverses variantes du chemin des Halles qui peut aujourd’hui se définir comme suit :
- Le chemin se rattache au chemin de ceinture, près de la station du boulevard Ornano, au moyen de deux raccordements dirigés : l’un vers Batignolles, l’autre en sens contraire, vers les gares de la Chapelle, la Villette, Bercy. On suit les boulevards Ornano, Magenta et Sébastopol jusqu’à la rue Turbigo. Là, le tracé se bifurque, d’une part, vers la pointe Saint-Eustache, en passant entre les deux groupes des Halles, s’infléchit par la rue des Halles de façon à se rapprocher du boulevard Sébastopol, et remonte par une courbe prononcée vers le Nord, pour aller se raccorder avec l’autre branche à la traversée de la rue Turbigo.
- Le sous-sol des Halles est converti en une immense gare de chemin de fer.
- La ligne est continuellement en souterrain de section ordinaire.
- Les rampes les plus fortes ne dépassent pas 15 à 20 mètres sur une longueur de moins d’un kilomètre.
- Courbes de tr'es-faible rayon vers les halles.
- La longueur de la ligne serait d’environ % kilomètres.
- La dépense, évaluée à 4 millions par kilomètre, serait de 24 millions.
- Les recettes ont été évaluées pour les voyageurs, à. . . 1 100 000 fr. Pour les marchandises, 300 000 kil. à 3 fr.. . . / . . . 900 000
- Soit en total................ 2 000 000
- Les dépenses d’exploitation à 40 0/0 ............... 800 000
- Produit net........................ 1 200 000
- Soit 5 0/0 du capital.
- 2° Projet Lemassoia.
- Ce projet, de date récente, comporte dans son ensemble une longueur de 110 kilomètres,}dont les 3/4 sont hors de Paris.
- La Commission ne s’est occupée que des lignes principales.
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- On a compris dans le projet la ligne de la Chapelle aux Halles qui constitue le projet précédent, sauf quelques modifications.
- La ligne principale part du bois^de Boulogne, suit l’avenue Uhrich, la place de l’Étoile, l’avenue Friedland, le boulevard Haussmann, la rue Auber, les grands boulevards intérieurs, la Bastille, le boulevard Bourdon, traverse la Seine, descend le long du bas quai devant la Halle aux vins, suit le boulevard Saint-Germain, tourne au Sud à l’angle du square Cluny, et remonte le boulevard Saint-Michel et les rues en prolongement jusqu’au raccordement avec le chemin de ceinture à Montrouge.
- Les rampes ne dépassent pas 20 mètres.
- Les rayons de courbes descendent jusqu’à 140 et 125 mètres.
- Souterrain continue de la Porte Dauphine à la Bastille ; à ciel ouvert au Grenier d’abondance et à la Halle aux vins, et en souterrain encore jusqu’à Montrouge.
- Les difficultés, pour la partie du bois de Boulogne à Montrouge, paraissent moindres que pour la première partie de la Chapelle aux Halles.
- L’évaluation de la dépense est de 3 100 000 fr. par kilomètre, en y comprenant les quelques kilomètres dans le bois de Boulogne, et de 3 400 000 fr. pour les kilomètres dans Paris. Mais on pourra être conduit à dépenser 4 millions par kilomètre, à cause de'quelques modifications à apporter au projet et de travaux indispensables.
- Les recettes probables sont évaluées à 13 400 000 fr.. pour les, 22 kilomètres que comporte le projet, soit d’environ 600 000 fr. par kilomètre.
- Mais en ne comptant que 400 000 fr. par kilomètre, sur 20 kilomètres on aurait en commençant :
- Recette totale...................... 8 000 000 fr.
- Dépenses 40 0/0..................... 3 200 000
- Resterait..................... 4 800 000
- ou 240 000 fr. par kilomètre, suffisant pour rémunérer, à 6 0/0, un capital de 4 millions.
- ?
- Pour le projet complet de 140 kilomètres, les auteurs avaient d’abord voulu se relier aux grandes gares de Paris. Mais les difficultés leur ont paru trop considérables. Ils se sont décidés à aller relier les grandes lignes au delà des gares, de façon a éviter les difficultés d’encombrement et à desservir facilement les principales localités de la banlieue.
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- Ainsi, outre le chemin de fer de ceinture central, le réseau comprend :
- 1. Un embranchement du boulevard Saint-Denis aux Halles centrales ;
- 2. — du boulevard Saint-Denis aux Batignolles;
- 3. — de la gare de l’Est à Belleville (ceinture);
- 4. — du quai Henri IY au boulevard Daumesnil (Vincennes);
- 5. — de l’Arc-de-Triomphe aux Ternes (ceinture);
- 6. — du boulevard Rochechouart à Épinay-Ermont;
- 7. — de la Chapelle à Aubervilliers-Pierrefitte;
- 8. — de la Villette à Noisy-le-Sec (Est);
- 9. — de la Halle aux vins à Choisy-le-Roi (Orléans) et à Yille-
- neuve-Saint-Georges (Lyon);
- 10. — du boulevard Saint-Michel à Clamart, Fontenay-aux-Roses
- et Vanves (Versailles R. G.);
- 11. — du Trocadéro à Sèvres et Suresnes;
- 12. — de l’Arc-de-Triomphe à Nanterre (Saint-Germain) et Pu-
- teaux (Versailles R. D.).
- Malgré cette multiplicité d’embranchements, il serait possible d’organiser un bon service d’exploitation.
- Des trains, partant des points extrêmes de la banlieue, traverseraient Paris pour aller gagner d’autres points de la banlieue.
- Des services circulaires mettraient le chemin de ceinture centrale en communicalion avec le chemin de ceinture extérieur.
- On a admis sur certains points des courbes de 100 à 150 mètres de rayon, pour l’intérieur de Paris.
- Sauf sur quelques points, les rampes n’excèdent pas 15 millimètres. Les types des ouvrages d’art seraient les mêmes que ceux des grandes lignes.
- La section êtes tunnels serait de 9 mètres de largeur, la hauteur sous clé de 4m,90.
- Les rails seraient en acier et du poids de 35 kilogrammes.
- On emploierait des locomotives du poids de 23 tonnes.
- L’ensemble du projet présente une dépense de près de 200 millions, soit 1 810 000 fr. par kilomètre.
- Pour cet ensemble complet,
- Les recettes brutes sont évaluées à. . . . 33 000 900 fr. Les frais d’exploitation à 45 0/0 ..... 14 850 000
- Produit net annuel. . ................ 18 150. 000
- Soit par kilomètre.................... 165 000
- Ou 9 0/0 du capital employé.
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- 8° Projet Vaaatlsier.
- Le projet dressé par M. Vauthier comprend deux lignes principales :
- 1° Une ligne circulaire suivant à peu près les boulevards extérieurs ; 2° un diamètre suivant les quais.
- L’ensemble formerait une longueur de 30 kilomètres.
- La ligne d’enceinte aurait...........22 350 mètres.
- La ligne transversale.. ............ 7 650 »
- Total. . .............. . 30 000 »"
- La ligne d’enceinte se compose de :
- Parties en viaduc d’une longueur de . . . 13 215 mètres.
- — en tranchée.. ........... 4 660 »
- — en tunnel....................... 4 465 »
- 22 350 n
- Les pentes et rampes ne dépassent par 10 millimètres.
- Les rayons ne descendent pas au-dessous de 250 mètres. .
- Les parties en lignes droite atteignent les 4/5 de la longueur totale du projet,
- La dépense de construction est évaluée a environ. . 84 000 000 fr.
- Soit par kilomètre . . ......................... 2 800 000
- L’auteur du projet estime le trafic à 52 500 000.
- Voyageurs payant 20 centimes, soit. . . 10 500 000 fr.
- Et les dépenses à.................... 4 000 000
- Ce qui laisse un produit net de .... . 6 500 000
- Représentant à peu près un intérêt de 8 0/0.
- 4° Projet Paieras, Desfossés et Drumfaiaet.
- Ce projet comprend une ligne de ceinture circulaire extérieure aux fortifications, et met 26 communes qui entourent Paris en communication entr’elles et en outre avec l’intérieur de Paris au moyen de quatre entrées qui seraient :
- ; ' 1° La ligne de Vincennes actuelle;
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- 2° Une ligne partant du marché près Notre-Dame-de-Lorette et passant en souterrain sous Montmartre ;
- 3° Une ligne partant des Champs-Elysées et passant par les quais, Auteuil et Boulogne;
- 4° Une ligne partant du Château-d’Eau et passant par le boulevard des Amandiers, les hauteurs du Père-Lachaise, rue Puebla, les Carrières d’Amérique, pour aboutir vers Romainville.
- Nous ne possédons pas de détails sur ce projet, mais on voit de suite qu’il ne constitue pas le chemin métropolitain et qu’il ne peut être comparé aux projets précédents.
- Tels sont les quatre projets qui forment le premier groupe et d’après lesquels on emploie le système ordinaire de construction et de locomotion.
- deuxième groupe. — SYSTÈMES NOUVEAUX.
- 5° Projet Lavalley et Rostand.
- Ce système a été étudié d’après les idées de M. Mantion.
- Au point de vue du tracé, voici en quoi il consiste :
- 1. Ligne circulaire des boulevards intérieurs partant de la place de la Concorde, Madeleine, Bastille, suivant le boulevard Bourdon, traversant la Seine, passant sous le Jardin des plantes, contournant l’Entrepôt des vins, passant rue des Écoles, rue de l’École-de-Médecine, rue Taranne, boulevard Saint-Germain, et enfin aboutissant au point de départ, place de la Concorde.
- 2. La ligne transversale de Y Est à V Ouest, soit du bois de ^Boulogne à la Bastille, par la porte Maillot, l’avenue des Ternes, le faubourg Saint-Honoré, la rue Saint-Honoré, les Halles et la rue de Rivoli.
- 3. La ligne transversale du Nord au Sud, de l’ancienne barrière Poissonnière au chemin de fer de Sceaux; par le boulevard Magenta,Te-boulevard Sébastopol, traversant la Seine près du Pont-au-Changè, passant sous.le Tribunal de Commerce**boulevard Saint-Michel* etc.
- Un embranchement la relierait au bassin de La Villette, prèsTe chemin de l’Est.
- 4. Une autre ligne diagonale des Batignolles à Montparnasse par les rues de Douai, Fontaine-Saint-Georges, Notre-Dame-de-Lorette, du faubourg Montmartre, la place des Victoires, rue Croix-des-Petits-
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- Champs, sous l’hôtel du Louvre et le Louvre, traversant la Seine pour arriver rue Bonaparte et suivre la rue de Hennes jusqu’à la gare Montparnasse.
- o. Une autre diagonale du parc Monceau à la barrière d’Italie, suivant le boulevard Malesherbes, passant à l’angle de la caserne, rue Saint-Lazare, rue 'Auber, rue du 4 Septembre, rue Montmartre jusqu’aux Halles, rue Centrale des Halles, le Pont-Neuf, la rue Dauphine,’Odéon, rue Gay-Lussac, route d’Italie jusqu’à larbarrïère.
- 6, Embranchement des Halles à Ménilmontant suivant la rue Turbigo, boulevard des Amandiers, rue'Obeikampf.et arrivant à la station Ménilmontant pour desservir parle chemin de ceinture La Yillette, Belleville et Charonne.
- Au point de vue du système, ce qui caractérise le projet c’est la réduction importante de la hauteur des tunnels par la modification radicale du matériel.
- Les auteurs du projet établissent qu’une hauteur de 2m,80 est suffisante entre le dessus de la chaussée des voies publiques et le dessous de la travée métallique dans laquelle passerait la voie ferrée. La voiture n’ayant que 2 mètres de hauteur, la hauteur libre laissée au-dessus du rail est fixé à 2m,20.
- La largeur du tunnel resterait celle usuelle de 8 mètres.
- Malgré cette disposition, la caisse des voitures à voyageurs conserve ses proportions ordinaires. Les pièces constituanile.châssis,des ressorts, les roues, sont placées sur ‘les côtés, suivant un système qui ne peut prendre place ici, mais qudnpeuMaeilement concevoir.
- On comprend que cette .réduction ,considérable dansdes .hauteurs des tunnels doit faciliter considérablement, le .passage sou-s. les voies publiques et diminuer les dépenses dans unemoîahle proportion.
- Pour la traction, des auteurs du projet .admettent le système des câbles.
- Des câbles distincts sont établis pour chaque -voieet paui’ichaque.intervalle compris entre deux .stations.
- Une machine ffixe fonctionne dans .chaque station *aù une machine comme réserve s devient, nécessaire.
- La dépense d’établissement-est évaluée 43 millions etdenai par kilomètre pour, le, type général. r
- Les recettes prohables-sontdvaluées k 3OûdÔ.0 Jr. par kilomètre dtdes dépenses à üO 0/0.
- Le capital recevrait donc 6 0/0 d’intérêt.
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- 6® IVojet Bergeron.
- Ce projet consiste d’ans l'adoption de tubes souterrains et la propulsion des tïains par le système atmosphérique.
- De nombreuses études ont déjà été faites à ce sujet.
- Si ce système pouvait être rendu pratique, on comprend que son application au chemin métropolitain présenterait, sous certains rapports, dès avantages sérieux.
- 7°- Pt?©|eÉ. s®©€§a«t ci LcsmoiiKBe.
- Ce projet comporte.l’étahlissement, de viaducs métalliques;légers sur les.grandes voies publiques..
- Un seul rang de colonnes légères; et largement espacées supporterait une poutre métallique, dont le: bas du double T serait notablement plus large que la partie du haut. La poutre serait évidée. Les supports, com-soles et accessoires, seraient pluSiOUi moins ornés suivant les quartiers traversés. Deux rails'seraient posés sur les ailes inférieures delà poutre. Un troisième rail serait placé au-dessus de la poutre et sur son axe.
- Les roues des wagons reposeraient sur. les rails inférieurs. Les voitures porteraient un. évidement dans le sens de leur longueur, de façon que la partie basse descendrait de chaque côté de la poutre.
- Dans l’évidement longitudinal des wagons on placerait des galets-horizontaux qui, situés de chaque côté du rail central, s’opposeraieniau déversement en cas d’accident.
- La traction pourrait se faire par locomotives à vapeur pour les boulevards extérieurs, et avec des locomotives à air comprimé pour les boulevards intérieurs.
- On établirait deux voies soit accolées, soit isolées de chaque côté de la chaussée.
- D’après les évaluations de MM. Pochet et Lemoine, la dépense d’établissement varierait de 1 100 000 fr. à 1 500 000 fr. par kilomètre, suivant le système de décoration.
- Tels sont les divers projets qui ont été examinés par la Commission. Ils donnaient lieu à l’étude de deux questions bien distinctes : celle des tracés, celle des systèmes.
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- La Commission, sans s’arrêter à la question de système, a pensé qu’il n’y avait pas lieu, quant à présent, de fixer le programme d’un réseau complet, et qu’il suffisait de statuer sur les principales lignes qui répondaient aux besoins les plus urgents de la circulation; que l’expérience de ces premières lignes ferait connaître si le système adopté devrait être continué ou modifié d’après les résultats obtenus, et si on devait faire d’autres lignes.
- En conséquence, la Commission a classé au premier rang des lignes à construire : une ligne partant du bois de Boulogne et allant à la Bastille par les boulevards intérieurs, passant par ou près la place de l'Etoile et la grande ligne transversale du Nord au Sud qu’on a divisée en trois parties : la première des Halles au chemin de ceinture vers le Nord, par le boulevard Sébastopol; la seconde, du square Cluny à Montrouge, par le boulevard Saint-Michel; enfin le raccordement de ces deux parties par la jonction directe des Halles au square. Mais comme cette partie serait très-difficile et coûteuse, et qu’elle dépendrait du système adopté, la Commission n’a adopté cette jonction, par la voie des boulevards Sébastopol et Saint-Michel, que si elle était possible et, en cas _ d’impossibilité, la jonction du square Cluny à la Bastille par le boulevard Saint-Germain.
- Quant à la question de système, il serait trop long d’indiquer ici les discussions qui ont eu lieu, en faveur ou contre chacun des deux systèmes en présence.
- Nous nous bornons à dire que la majorité de la Commission s’est prononcée en faveur du système de traction par locomotive avec tunnel à section haute de 4m,30, tout en reconnaissant que, pour la construction des 20 kilomètres du premier réseau, la section basse donnerait lieu à une économie de 20 millions environ.
- ÉTUDE DES TRAMWAYS.
- Les tramways peuvent être établis sur une foule de lignes qui sont inaccessibles aux chemins de fer, soit au point de vue du trafic, soit au point de vue des frais d’établissement, soit à celui des pentes et rampes, des courbes, etc.
- Pour les tramways, comme pour les chemins de fer métropolitains, il
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- serait imprudent de vouloir leur donner de suite tout le développement dont ils seront susceptibles plus tard.
- La Commission a voulu définir un premier réseau ; mais elle a dû examiner les systèmes, sous le rapport des voitures, sous celui de la voie.
- Il y a des voitures déraillables et des voitures indéraillables.
- Dans le premier cas, les voitures ont un avant-train mobile, comme dans le système ordinaire des voitures de route ; dans le second cas, les axes restent parallèles comme dans les wagons de chemin de fer. Les chevaux s’attèlent indistinctement à un bout ou à l’autre de la voiture.
- Le chemin américain de Sèvres est établi d’après le premier système. Les tramways de Londres, de Bruxelles, de Vienne sont établis d’après le second.
- La Commission s’est prononcée pour ce dernier.
- La question de traction à vapeur sur les tramways paraît avoir été rejetée.
- La Commission s’est ensuite occupée de la question de tracé.
- Un réseau d'environ 93 kilomètres, dont 60 dans l’intérieur de Paris, a été provisoirement arrêté, et il n’est pas douteux qu’il n’y soit donné suite dans un bref délai, au moins pour une partie.
- Voici la composition de ce premier réseau d’après le rapport de. la Commission spéciale.
- « 1° Ligne de la place de la Concorde au château de Vincennes, par les quais, l’Hôtel de ville, la rue de Rivoli prolongée, la rue Saint-Antoine, et la grande avenue de Vincennes. »
- « Cette ligne est demandée par la Compagnie générale des omnibus : elle y a droit d’après son traité avec la ville de Paris ; il ne peut donc y avoir d’hésitation au sujet du choix du concessionnaire. La Compagnie des omnibus établira ainsi, par le prolongement du chemin de fer Loubat, une ligne continue de Versailles à Vincennes par le centre de Paris. »
- a 2° La Compagnie des omnibus demande encore la concession, au moins partielle, de la ligne circulaire des boulevards extérieurs. »
- « Partant de la barrière de l’Étoile, on pourrait suivre tous les boulevards extérieurs par le Nord jusqu’au pont de Bercy, et on franchirait ce pont. Mais on se trouverait alors sur la rive gauche, en face d’avenues qui ne promettent qu’une très-faible circulation, et, au lieu de les suivre, il paraît préférable de longer les quais jusqu’à la gare d’Orléans et de remonter le boulevard de l’Hôpital, le boulevard Saint-Marcel, et le boulevard de Port-Royal ; on gagne ainsi le boulevard Montparnasse, on prend l’avenue de Villars, l’avenue Duquesne, l’avenue Bosquet, et le
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- pont de l’Alma, d’où l’on se dirige sur la plaee.de l’Étoile, par l’avenue Joséphine. »
- « 3° Viennent ensuite les lignes rayonnantes. Si l’on part de la barrière deTÉtoilè, en allant vers lé Nord’, on trouve d’abordTavenue delà Grande-Armée. lies tramways extérieurs viennent d’être concédés sur l’avenue de Neuilly, jusqu’aux fortifications ; il paraît, convenable de leur permettre de se prolonger jusqu’à là place de l’Étoile, aux abords de laquelle, ils pourront correspondre avec lë chemin dë fer métropolitain ;.iL semblerait regrettable d’aller plus lbin. Un tramway dans les Cbamps-Élysées serait fort gênant à’ certaines heures de là journée. ,»
- « 4° Une quatrième, ligne pourrait partir, de la place. Saint-Augustin ; il est probable que là ligne métropolitaine passera au bout de. cette place, et là encore la correspondance serait facile. La ligne suivrait le boulevard Malesherbes, le boulevard Binau, et s’étendrait jusqu’à Courbevoie, par le nouveau pont. »
- « 5° et 6°: Une 5e et une 6e ligne partirait du tramway des boulevards extérieurs à l’avenue de Clichy ; une branche se dirigerait sur Saint-Ouen, l'autre desservirait Clichy et pourrait ultérieurement être prolongée jusqu’à Gennevilliers,. s h on' en reconnaissait l’utilité. »
- «; 7°' ILæ7e ligne partirait encore: dès boulevards extérieurs, suivrait la grande rue delà Chapelle'et s’étendrait jusqu'à Saint Denis. »
- « 8° La voie métropolitaine du boulevard Sébastopol au chemin de ceinture, rive droite, desservirait convenablement le. haut du boulevard Magenta ; mais là partiè basse de ce boulevard jusqu’au Château-d’Eau ne serait pas desservie et pourrait facilement recevoir un tramway qui, partant de la.place du Chateau-d’Eau,, où passera la. ligne métropolitaine, gagnerait * le,, faubourg, Saint-Martin et, se prolongerait par la rue.de Flandre, jusqu’à Aubervilliers. »
- a. 9? U.n embranchement s’en. détacherait, aux,boulevards extérieurs, suivrait la. rue d’Allemagne,, et,ahoutirait à,Pantin. Ces. deux dernières; lignes desserviraient, parfaitement le; groupe si important des' abattoirs et du marché aux. bestiaux., ».
- « 10° Sur la ligne de tramway que nous avons définie la: première, on pourrait détacher, sur la place du Trône, une branche qui s’étendrait jusqu’à Montreuil, »
- « 110 On demande aussi.la; concession d’une ligne partant: de la. Bastille, suivant l’avenue, Daumesnil.rdesservajnt Saint-Mandé et aboutissant, à travers bois, à Charenton*.Cette ligne mettra en valeur les. quartiers aujourd’hui peu habités et de vastes , terrains; propres aux constructions. »
- « \%° Une, petite branche.,, partant du pont d’Austerlitz,, où elle se relierait à la ligne, des boulevards extérieurs, irait, par. le boulevard Mazas desservir la gare, de Lyon et se relier à.la précédente au pied du chemin, de fér de. Vineennes., D’autre part, elle irait rejoindre la ligne
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- métropolitaine sur le quai, vers la Halle aux vins. La ligne des boulevards extérieurs communiquerait ainsi facilement avec la Bastille. »
- « 13° Sur la rive gauche, un premier point de départ serait établi au square Cluny ; on suivrait la rue des Écoles, la rue Monge, on arriverait à l’ancienne barrière d’Italie, et de là on gagnerait Vitry. »
- « 14° De la place Saint-Germain-des-Près, une quatorzième ligne suivrait la rue de Rennes, la rue du Départ, l’avenue du Maine, et s’étendrait jusqu’à Châtillon et Fontenay-aux-Roses. »
- « 15° Enfin, des boulevards extérieurs se détacherait une quinzième ligne qui suivrait la rue Lecourbe, et irait desservir Issy, Vanves et Cla-mart. — Cette ligne pourra exiger quelques expropriations, mais elle paraît plus facile à établir que celle qui suivrait la rue de Vaugirard, cette rue étant très-étroite dans une partie de sa longueur. »
- « Toutes les lignes qui viennent d’être définies suivent, sur presque tout leur parcours, des chaussées déjà pavées, ce qui est de nature à réduire très-sensiblement les dépenses du premier établissement. »
- Parte. — Imprimerie VIÉVILLE et CÀPIOMONT, rue dos Poitevins, 6. Imprimeurs «le la Société dos Ingénieur? civils.
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- MEMOIRES
- ET
- COMPTE RENDU DES TRAVAUX
- DE LA
- SOCIÉTÉ DES INGÉNIEURS CIVILS
- (AVRIL, MAI, JUIN 1872)
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- Pendant ce trimestre, les questions suivantes ont été traitées :
- 1° Gaz oxyhydrique (séances des 5 et 19 avril, pages 211 et 246).
- 2° Recrutement des ingénieurs de l'État (séances des 5 et 19 avril, pages 213 et 245).
- 3° Économie industrielle (séances des 5 et 19 avril, 3 et 17 mai, pages 243, 248, 257 et 265).
- 4° Composition des groupes et sections (séance du 19 avril, page 247).
- 5° Chauffage et ventilation des gares de chemins de fer, par M. d’Hamelincourt (séance du 19 avril, page 252).
- 6° jPuddlage mécanique, par M. Jordan (séance du 19 avril, page 253).
- 7° Chemins de fer et tramways dans Paris (séances des 3 et 17 mai, pages 257, 261 et 268).
- 8° Lettre de M. Brüll relative à la direction de la Société (séances des 17 mai et 21 juin, pages 265 et 284).
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- 9° Emploi du gaz des hauts-fourneaux, par M. Jordan (séance du 17 mai, page 267).
- 10° Inauguration de Vhôtel (séances du 7 juin, page 288).
- 11° Mont-Cenis (tunnel du), par M. Richard (séances des 7 et 21 juin, pages 277 et 284).
- 12° Habitations ouvrières dans le district du nord de la France, par M. Vuillemin (séance du 7 juin, page 280).
- 13° Situation financière de la Société (séance du 21 juin, page 28S).
- 14° Médailles d'or décernées aux meilleurs Mémoires remis pendant les années 1870 et 1871 (séance du 21 juin, page 286).
- 15° Portes d'écluse à la mer, en France et en Angleterre,' par M. Périssé (séance du 21 juin, page 286).
- Pendant ce trimestre, la Société a reçu :
- 1° De M. Vauthier, membre de la Société, un exemplaire du -dossier complet de son avant-projet du chemin de fer circulaire intérieur sur la ligne des anciens boulevards extérieurs de Paris et le quai de la rive droite de la Seine.
- 2° DeM. Levassor, membre de la Société, des exemplaires d’une brochure donnant la description du perforateur à air comprimé de MM Dubois et François.
- 3° De M. Verrine, membre de la Société, un exemplaire du plan de la-ville de Caen et du réservoir de Thiais.
- 4° De M. Vitali, ingénieur, un exemplaire de sa notice donnant la description de son système d’appareils pour accélérer la, pose des voies ferrées.
- 5° De M. Gibon, membre de la Société, une note historique sur YEmploi des gaz des hauts-fourneaux.
- 6" De M. Després (Alphonse), membre de la Société, le dossier complet du Projet des chemins de fer dans Paris.
- 7°' I)e M. d’Hamelincourt, membre de la Société, un-Mémoire sur le Chauffage et la ventilation des gares de chemins de fer.
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- 8° De M. Billieux, membre de la Société, un Mémoire sur les Ateliers du chemin dé fer du nord de P Espagne.
- 9° De M. Haugthon, membre de la Société, un exemplaire d’un rapport intitulé : Railway d'amalgamation.
- 10° De M. De Cœne, membre de la Société, un exemplaire de la traduction de l’ouvrage de M. Hartwich, sur les Grands bacs à vapeur servant à faire communiquer les chemins de fer séparés par un cours d'eau<
- DeM. Caillé, membre de la Société, une note sur la Stabilité des voies de fer.
- 12° De M. Couard, membre de la Société, une note en réponse' au Mémoire de M, d’Hamelincourt sur le Chauffage des gares de chemins de fer.
- Î3° De M. ïïourier, membre de la Société, une note en réponse au rapport de la Commission sur l'Économie industrielle.
- 14° De M. Adrien Muller, membre de la Société, un exemplaire du Rapport du préfet et délibération du Conseil général du département du Jura.
- 1S9 De M. Rancès, membre de la Société, un exemplaire du Rapport du Conseil général du département de la Gironde.
- A6Q De M. Chabrier Ernest, membre de la Société, un exemplaire des Rapports de MM. les préfets et procès-verbaux des délibérations dès Conseils généraux des départements de FAveyrün et de Seine-ei-Marne.
- 17° DeM. Verrine, membre de la Société, un exemplaire des Rapports présentés par le préfet et délibération du Conseil général du département du Calvados, et un exemplaire de l'Annuaire des cinq départe-nients de la Normandie, publié par l’Association normande.
- 18° De M. Dupuy, membre de la Société, un exemplaire du Rapport de la Commission spéciale sur l'Étude des chemins de fer et tramways d'intérêt local à établir dans lé département de la Seine.
- 19° De M. Barthélemy, membre de la Société, des exemplaires d’épreuves photographiques représentant son théâtre de la Seine.
- 20° De M. Bichault, membre de la Société, un exemplaire de son Mémoire intitulé : Diagrammographe, procédés théoriques et pratiques poûr établir et'pour vérifier les distributions des machines à vapeur.
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- 21e De M. Émile Trélat, membre de la Société, un exemplaire de son rapport sur la Réfection des appareils de chauffage et de ventilation de la maison d'arrêt cellulaire.
- 22° De M. Lecoq de Boisbaudran, un exemplaire de sa brochure intitulée : Coup d'œil sur Venseignement des beaux-arts.
- 23° De M. Blake, membre de la Société, un exemplaire du Rapport des délibérations du Conseil général du département de la Seine-Inférieure.
- 24° De M. Ch. Callon, membre de la Société, un exemplaire de son Rapport sur VÉtablissement des chemins de fer d'intérêt local dans Paris.
- 25. De M. Vuillemin, membre de la Société, un exemplaire des Ordres du jour pour le service du matériel et de la traction du chemin de fer de l'Est, et un exemplaire du Règlement pour les transports militaires par chemin de fer dans l'empire Austro-Hongrois.
- 20° De MM. Delesse et Lapparent, ingénieur des mines, un exemplaire de la Revue géologique pour les années 1868 et 1869.
- 27° De M. Ronna, membre de la Société, un exemplaire d’une Note sur l'Enseignement supérieur de Vagriculture à l'École centrale des Arts et Manufactures. h
- - 28° De M. Pinat, membre de la Société, un Mémoire sur Xartillerie de campagne et un exemplaire de son Mémoire sur Xartillerie volante du calibre de i, à Vaffût fixe et recul libre.
- 29° De M. Monnot, un exemplaire d’une Note sur la Fermentation et un exemplaire des Procès-verbaux des délibérations du Conseil général du département de la Seine-Inférieure.
- 30° De M. Tronquoy, membre de la Société, un exemplaire des tableaux formant la suite de conversion des mesures anglaises en mesures françaises.
- 31° De M. Letellier, membre de la Société, un exemplaire de la réduction à petite échelle de son Projet de chemin de fer dans Paris.
- 32° De M, Prosper Tourneux, un exemplaire du Compte rendu de l'Assemblée générale des actionnaires de la, Cie du chemin de fer du Nord-Est.
- 33° De M. Cassagne, membre de la Société, un exemplaire spécimen
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- de l’ouvrage de M. L. Monteil, ingénieur, sur les travaux du percement de £ Isthme de Suez.
- 34° De'M. Urban, membre de la Société, un exemplaire de VAlbum des locomotives et tenders du chemin de fer Grand-Central belge.
- 35° De M. Ponsard, membre de la Société , un exemplaire de sa notice sur la Société métallurgique pour £ exploitation de ses procédés.
- 36° De M. le docteur Marin un exemplaire de sa notice sur le Traitement rationnel des brûlures d'après la loi physique de l'osmose et une note descriptive de son système permettant la circulation des véhicules de chemins de fer dans des courbes de petit rayon.
- 37° De M. Ghaix un exemplaire du Règlement pour un intérêt de participation dans les bénéfices, et une caisse de prévoyance et de retraite en faveur du personnel de son imprimerie.
- 38° De M. Vuillemin, (Louis), membre de la Société, des exemplaires du Rapport de l'enquête sur les habitations, les écoles et le degré d'instruction de la population ouvrière des mines de houille des bassins du Nord et du Pas-de-Calais, et un exemplaire du Rapport présenté par le Conseil d'administration de la Cie des chemins de fer de £Est.
- 39° De M. Emmanuel-Duvergier de Hauranne : *
- 1° Un dossier A Actes administratifs sur les habitations ouvrières.
- 2° Un dossier d1 habitations ouvrières en Belgique, en Hollande, en Allemagne, Italie, Suède, Norwége, dans le Nord, dans le centre et le midi de la France, à Paris, en Angleterre, en Écosse et dans divers pays.
- 3° Des dessins photographique des maisons de Mazières, de la maison des Ouvriers de Paris à l'exposition, et des maisons de Al. Jean Liébig, à Reichenberg [Bohême).
- 4° Les dessins des maisons de Poméranie et des maisons de Puteaux, à Paris: .
- o° Une collection de 14 dessins de maisons à bon marché exposés par Al. E. Duvergier de Hauranne, en 1867.
- 40° Annales industrielles, les numéros du deuxième trimestre 1872.
- 41° De la Société des Ingénieurs civils d'Écosse, leur bulletin du deuxième trimestre de 1872. -
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- 42° De T Institution of Mechanical Engineers, les numéros du deuxième trimestre 1872 de son bulletin.
- 43° De la Société industrielle de Reims, les numéros de son bulletin de juillet et août de 1871.
- 44° Delà Revue horticole, les numéros du premier trimestre 1872.
- 45° De la Gazette du Village, les numéros du deuxième trimestre 1872.
- 46° De la Société des Ingénieurs autrichiens, les numéros du premier trimestre de 1872, de leur Revue périodique.
- 47° Du Journal Organ fur die Fortschritte des Eisenbahnwesens, le numéro 1 de 1872.
- 48° De la Société de l’industrie minérale de Saint-Etienne, le numéro du quatrième trimestre 1871 de son bulletin.
- 49° Du Journal d’agriculture pratique, les numéros du deuxième trimestre 1872.
- 60° De la Revue d’architecture, les numéros 3 et 4 de Tannée 1872.
- 51° De la Revue les Mondes, les numéros du deuxième trimestre i 872.
- Du journal The Ëhgineer, les numéros du deuxième trimestre
- 1872.
- 53° De la Société F encouragement, les numéros du deuxième tri -niëstrë 1872 de son bulletin.
- S4° De la Société de géographie, les numéros du deuxième trimestre 1872 de son bulletin.
- 55° De la Société nationale et centrale d’agriculture, le numéro de août et septembre 1871 de son bulletin.
- 56° Des Annales des chemins vicinaux, les numéros du deuxième trimestre 1872. •
- 57° De la Revista de obras publicas, les numéros du premier trimestre 1872.
- 58° De la Revue des Deux Mondes, îës numéros du deuxième trimestre 1872.
- S9° Du journal le Moniteur des travaux publiés^ ïês numéros du deuxième trimestre 1872. »>';>! •-.! rueront amF..
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- 60° Du Journal de /’éclairage au gaz, les numéros du deuxième trimestre 1872.
- 61° Du journal le XIX0 Siècle, les numéros du deuxième trimestre 1872.
- 62° Des Annales du Génie civile les numéros du deuxième trimestre 1872.
- 63°Du Journal des chemins de fer, les numéros du deuxième trimestre 1872.
- 64° Du journal le Cosmos, les numéros du deuxième trimestre 1872.
- 65° De la Société des Ingénieurs portugais, lès numéros du premier trimestre 1872 de leur bulletin.
- 66° Dujournal la Semaine financière, les numéros du deuxième trimestre 1872.
- 67° Des Annales des Conducteurs des ponts et chaussées, les numéros du premier trimestre 1872.
- 68° Des Nouvelles Annales de la construction, les numéros du premier trimestre 1872.
- 69° Du Portefeuille économique des machines, les numéros du deuxieme trimestre 1872.
- 70° Du journal la Houille, les numéros du deuxième trimestre 1872.
- 71° Des Comptes rendus de VAcadémie des sciences, le'S numéros du deuxième trimestre 1872. , „,r
- 72° De Y Union des charbonnages, mines et usines métalliques de la province de Liège, les numéros du deuxième trimestre 1872 de son bulletin.
- 73° Du journal Engineering, les numéros du deuxième trimestre 1&72.
- 74° Des Annales des ponts et chaussées, les numéros du deuxième trimestre 18727
- 75° Société industrielle de Saint-Quentin et de l'Aisne, le premier numéro de son bulletin de 1872.
- 76° Société académique d'agriculture, des sciences, arts et belles-lettres du département de l'Aube, le tome VIII de la quatrième série de son bulletin.
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- 77° Institution of civil Engineers, le numéro de leurs minutes of Proceedings de 1871.
- 78° Société des Ingénieurs anglaisée numéro de leurs transactions pour l’année 1871.
- 79° Du Comité des forges de France, les numéros 70, 72, du bulletin.
- 80° De la Société industrielle de Mulhouse, le numéro de janvier et février 1872 de son bulletin.
- 81° De Y Association des anciens élèves de V École de Liège, les numéros 11 et 12 de 1872 de son bulletin.
- 82° Des Annales des mines, les numéros de la 2e livraison de 1872.
- 83° De la Revue universelle des mines et de la métallurgie, les numéros du quatrième trimestre 1872.
- 84° De Y Aéronaute, bulletin international de la navigation aérienne, les numéros du quatrième trimestre 1871.
- 85° Du Moniteur des fils, des tissus, des apprêts et delà teinture, les numéros du quatrième trimestre 1872.
- 86° Société ^nationale des sciences, de V agriculture et des arts de Lille, le numéro du quatrième trimestre 1870 de son bulletin.
- 87° A Magyar Mémôk-Egyesület Kôzlonye, les numéros du deuxième trimestre 1872.
- 88° De la Société des anciens élèves des Écoles d'arts et métiers, les numéros de son bulletin du deuxième trimestre 1872.
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- 89° De la Société Vaudoise dés Sciences naturelles, les numéros de mai et juin 1870 de son bulletin.
- 90° Société des Architectes et Ingénieurs du Hanovre, les numéros 1 et 2 de 1871 de leur bulletin.
- 91° Société des Arts dEdimburgh, le quatrième numéro de 1871 de son bulletin.
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- Les Membres admis pendant ce trimestre sont :
- Au mois d’avril.
- MM. Buqüet, présenté par MM. Barrault, Muller et Vidard.
- Denfer, présenté par MM. Muller, Péligot et Richard. Decescand, présenté par MM. Jordan, Muller et Tresca.
- Geay, présenté par MM. Jordan, Muller et Rubin.
- Herrgott, présenté par MM. Jordan, Muller et Richard. Herscher, présenté par MM. Armengaud, Geneste et Muller. Joly, présenté par MM. Garnier, Evrard et Muller.
- Làborde, présenté par MM. Guéroult Muller et Rignard. Laferrère, présenté par MM. Gallon, Cauvet et Muller. Lauth, présenté par MM. Jordan, Muller et Richard.
- Loreau, présenté par MM. Jordan, Muller et Péligot.
- Molin (de), présenté par MM. Demanest, Jordan et Muller. Ollivier, présenté par MM. Péligot, H. Tresca et A. Tresca. Retz (de), présenté par MM. Bouquet, Couture et Jordan. Ronna, présenté par MM. Chabrier, Flachat et Tronqüoy. Serment, présenté par MM. Bouquet, Couture et Muller. Thibaudet, présenté par MM. Bouquet, Couture et Jordan. Viollet-le-Ddc, présenté par MM. de Dion, Flachat et Muller.
- Au mois de mai.
- MM. Bouvard, présenté par MM. Jordan, Muller et Rubin. * Etienbled, présenté par MM. Barrault, Fievet et Gallois.
- Fleury, présenté par MM. Desgrange, Mayer et Richard.
- Gaildry, présenté par MM. Flachat, Mayer et Vuillemin.
- Gillot, présenté par MM. Charpentier père, Charpentier fils et Fabvre.
- Hély-d’Oissel, présenté par MM. Boucard, Duval et Jordan. Jourdain, présenté par MM. Jourdain, Mplinos et Muller.
- Liébaut, présenté par MM. Grand, Muller et Périssé. Maegherman, présenté par MM. Le Brun, Marché et Périssé.
- Rouit, présenté par MM. Molinos, Muller et Thirion.
- Saladin, présenté par MM. Alcan, Muller et Richard.
- Séraphin, présenté par MM. Callon, Dupuy et Muller.
- Tourcon, présenté par MM. Caillaux, Muller et Richard.
- Vitaw, présenté par MM. Desgrange, Forquenot et Muller.
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- Au mois de .juin.
- MM. Cassagne, présenté par MM. Brüll, Manguin et Morandière. Charlon, présenté par MM. Chabrier, Flachat et Robin.
- Chauveau, présenté par MM. Carimantrand, Muller et Tresca. Etchats,'présenté par MM. Geyifer, Mallet et Périsse.
- D’Hubert, présenté par MM. Chabrier, Le Brun et Muller.
- De La Valléë-P6üssin, présenté par MM. Geyler, PérisséetRoeaché. Loriol, présenté par MM. Jordan, Marché et Muller.
- OgieR, présenté par MM. Carimantrand, Flachat et Marché. Parent, présenté pàr MM. Carimantrand, Jordan et Millier. Vautier, présenté par MM. Arson, Jordan etMulleri Weyher, présenté par MM. Joridan, Muller et Riéhard;
- Gomme Membres associés :
- MM. Belin, présenté par MM. Bayvet, Chabrier et Richard.
- Briqueler, présenté par MM. Bouquet, Couture et Jordan. CHABRiER.^Fortuné) , présenté par MM. Chabrier, Desgrange et Robin. Coutin* présenté par MM. Chabrier, Desgrange, Richard.' DKSEiLLiGNYj présenté par MM. Jordan Muller et Richard. Fauquet, présenté par MM. Alcan, Muller et Richard.
- Jullien, présenté par MM. Jordan, Molinos et Muller.
- Lemercier, présenté par MM. Carimantrand, Love et Richard. Renouard de Bussière, présenté par MM. Péligot Tresca et Vuil-* lemin^d rp
- Royer* présenté par MM; Guébhard, Martin et Vuillemin.
- Vignèrie, présenté par MM. Chabrier, Flachat et Muller. ; *
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- RÉSUMÉ
- DES
- PROCÈS -YERBAUX DES SÉANCES
- DU
- IP TRIMESTRE DE L’ANNÉE 1872
- ®éamce dis 5 Avril 1878.
- Présidence de M. Émile Muller.
- M. Armengaud jeune, fils, demande la parole sur le procès-verbal; il expose que M. le Président, lui ayant manifesté l’intention qu’il avait de clore la discussion sur la lumière oxyhydficjue, l’avait autorisé à compléter pour le procès-verbal les expli-catioïï^'qulTavait présentées, à là dernière séance, en réponse à la communication de M. P. Thomas et aux observations de M. Jordan. Or, le premier paragraphe modifié de sa réponse n’a pu être inséré, ainsi qu’il en a été informe, p;ar suite d’une réclamation de M. Jordan; il se voit dope obligé de revenir très-succinctement sur les explications qu’il avait données, pour réfuter la conclusion de M. Jordan, d’après laquelle l’éclairage oxyhydrique pour la voie publique coûterait, a lumière égale, deux fois et demie plus que l’éclairage ordinaire, et par conséquent serait absolument •inapplicable. .
- M. ArmeMauD, en disant que MM. Tessié'du Motay ët Cie avaient rehoricé à l’application de leur Système à réclairagë de la voie piibliqüë, avait ajtiüté JJÂ Paris et dans les circonstances actuelles. Ce sont ces deux restrictions dont il n’â pas été tenu compte dans le procês-vë'rbal. " y '‘'u “
- En effet, si MM. Tessié du Motay ët Cie ne s’occupent pas de l’éclairage dë là voie publique, cela tient à dès considérations locales tout à fait étrangères àüx conditions économiques' du système. Lès résultats obtenus Sont encOre trës-avahtâgéüx pour cette application, même en abaissant en faveur de la ville dé 1 fr. à 0 fr. SÔ‘ le prix de l’oxygène. Il suffira de quelques mots pour montrer qu’à cèt égard leS calculs de M". Jordan ont été basés sur des données inexactes. : 5
- Tout d’abord, pour l’éclairage de la voie publique, On n’a jamais songé, sauf pour les essais, à faire usage du gaz ,portatif, dont le prix s’élève à i franç^attendu qu’il est grevé des frais de compression et de transport. On avait.en vue, s’ikegt été pos-
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- sibie d’obtenir une canalisation spéciale, un gaz semi-riche, renfermant environ 12' p. 100 d’hydrogène bicarboné au lieu de 8 p. 100, qui est la teneur moyenne du gaz ordinaire, et analogue au gaz de la ville de Manchester, qui coûte 0 fr. 15 le mètre cube. Il s’agit ici d’un gaz non pas tiré exclusivement du boghead, mais bien provenant de la distillation du cannel-coal, ou de la distillation à plus basse température de la houille ordinaire. A Paris, un tel gaz, s’il était canalisé, serait vendu 0 fr. 50 aux particuliers, et exceptionnellement à la ville 0 fr. 25.
- Pendant les essais du nouveau système sur les boulevards, il est arrivé deux fois que le gaz ordinaire s’est trouvé assez riche pour qu’on ait pu constater au laboratoire la possibilité d’obtenir la lumière oxyhydrique en le brûlant avec l’oxygène.
- D’après ce qui précède, le prix calculé par M. Jordan pour la lumière du bec essayé par M. Thomas serait donc 3e,5 au lieu de 8e,7. D’un autre côté, le pouvoir éclairant de la lumière fournie par ledit bec pour les consommations indiquées est au moins égal au double de la lumière du bec de 140 litres. C’est donc à 04,2 qu’il faut comparer le prix de 3e,o. Il en résulte que l’éclairage oxyhydrique à lumière égale coûte, non pas deux fois et demie plus que l’éclairage ordinaire, mais bien 14 p. 100 en moins.
- L’éclairage oxyhydrique appliqué à la voie publique serait donc encore économique, malgré les prix très-bas auxquels seraient livrés pour la ville le gaz oxygène et le gaz semi-riche.
- M. Aivmengaud, en terminant, dit que, dans l’étude d’un système nouveau, il convient de ne pas s’exagérer des défauts imaginaires, mais bien d’examiner s’il ne résulte pas de l’ensemble des conditions sous lesquelles le système se présente un progrès réel pour l’humanité.
- Dans notre pays, nous sommes trop portés à critiquer nos institutions èt à dénigrer les inventions faites par des compatriotes. Faut-il rappeler qu’en France on n’a reconnu la valeur de l’éclairage au gaz que lorsqu’il a été introduit par des Anglais quinze ans après la mort de son inventeur, l’ingénieur français Lebon !
- M. Péligot regrette que dans le procès-verbal on ait trop écourté la communication de M. Thomas, de telle sorte que les observations de'M. Jordan sont inintelligibles pour les membres qui n’ont pas'assisté à la séance. •'>'•••' f •.
- M. le Président fait observer qu’on n’a ‘donné qu’une courte'analyse de la communication de M. P. Thomas, parce qu’elle doit'être publiée in extenso dans'notre Bulletin. 'V"1' "' ' * ' ‘:!'u ' • O" . >a ,
- M. Péligot a une autre observation à présenter,. relativement aux chiffres de con-s sommation indiqués par.M. Armengaud, pour la Maison-Dorée., ^ ' ?
- M, Armengaud a,dit qu’on avait constaté aux compteurs, pour le mois dè janvier dernier*.une. consommation de l,360mc de gaz ordinaire, et que,“dansle mois précédent* on avait cpn§ommév-3,640”f, avec l’éclairage, ordinaire. ! ;
- ; ^Qr,t dans une lettre dp M.,Tes$i,é du Motay,.en d^tè du 28 fèvrier, adressée aujour-wmlltlnàustriei. pn,llit qu’il uété^.consommé.jOn janvier 1872, à la Maison-Dorée,
- ï,090!f<te^z,,WppIWu^
- Du gaz pour l’éclairage oxyhydriqueè ...
- 2° Du gaz pour l’éclairage sans oxygène; ; ,
- o3> Du gaz, pour le chauffage des.seulsinesffl SU.0J }i,üm '
- Il y'aufalt'idÔnc' eu 2’,6V^'~'!M',!36d«'c — 73Û1UC dè gaz ordinaire consommés pour l’éclairage ordinaire et le chauffage des cuisines, et il n’est pas exact de coin-
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- parer la consommation de 1,360mc à celle de 3,640mc, consommation du mois précédent.
- M. Péligot ajoute qu’il n’v avait pas de compteur pour l'oxygène à la Maison-Dorée, et que, toujours d’après la lettre de M. Tessié du Motay, c’est à la rue de Châteaudun, où les cylindres pour l’éclairage cle tout le boulevard étaient disposés, qu’on a fait cette constatation, qui n’a pu par suite être faite que par ventilation.
- Il s’étonne aussi qu’on ait comparé l’éclairage de janvier à celui du mois précédent; car tout le monde sait que le mois de décembre est le mois de la plus grande consommation.
- 'M. Armengaud maintient absolument les chiffres qu’il a cités en cè qui concerne l’application de l’éclairageoxÿhydrique à la Maison-Dorée. Ils sont déduits des constatations faites au compteur à gaz et au compteur à oxygène® qui était installé rue de Châteaudun.
- 'i .-iU -,
- M. Armengaud ne veut pas davantage rentrer dans la discussion, mais il se tient à la complète disposition de ses honorables contradicteurs pour répondre, avec tous les développements nécessaires, aux objections qu’ils soulèvent surla question delà lumière oxyhydrique. ‘
- Le procès-verbal de la séance du lù mars est adopté.
- Il est ensuite procédé à l’élection de deux Membres du Comité, en remplacement de M. De.Dion, nommé.yice-jarésident, et deM. Guillaume, démissionnaire."MM. Cail-laux et Félix Mathias sont nommés,Membres du Comité. ' ’nt '*•
- L’ordre du jour appelle la suite de la discussion sur le recrutement des ingénieurs de l’État.
- M. Beauchamp donne lecture de la lettre suivante qu’il a adressée à M. le Président : s , ., _ ' " "
- '«J’ai l’honneur de vous adresser par cette lettre, que je vous prie de vouloir bien communiquer à la prochaine séance de la Société des Ingénieurs civils, quelques observations et réponses relatives à la discussion pendante sur l’École polytechnique et les,corps qui on sont issus.. Je commence par vous déclarer que, loin d'être susceptibles, comme on nous accuse de l’être quand on touche à .notre arche sainte, je trouve toute naturelle cette discussion, attendu qu’il est du droit et du devoir de chacun de discuter, en vue d’améliorer l’état de choses existant.- fe-^ -maa'-* ,su
- « Mais avant de répondre aux objections-contre l’École polytechnique et de réfuter les propositions développées ici pour la remplacer*'permettez-rooivie protester contre plusieurs reproches malsonnants et immérités qui lui ont été adressés;-’mb
- « La discussionTs’est ouverte par une note du Comité, au début de laquelle je lis que l’organisation dp l’École polytechnique est une des premières réformes indiquées par les désastres récents de la France. D’aucuns ont dit que’ la guerre vient de nous démontrer l’insuffisance de l’École ; d’autres, mieux inspirés et sans doute plus clairvoyants, demandent la régénération de l’École; Et mille autres? allégations ou insinuations de ce genre. . ":-fm§v>:o-«:uue1.Qgfeai«jpà’i.:iiiqq,s)Bg uü-Mi
- , « Je proteste contre elles et je ne m’explique pas cet acharnement à faire de l’École polytechnique le bouc émissaire de tousgnos. mallieqrs, au moment même pù tous
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- les esprits impartiaux sont unanimes à déclarer qu’elle vient de donner des preuves du patriotisme le plus élevé et de so montrer incontestablement supérieure, morale» ment et intellectuellement, à tout ce qui l’entoure. Dans; le siège de Paris notamment, pomme dans: le reste de la France, les anciens élèves de l’École polytechnique ont largement payé leur tribut à la défense du pays , plus largement même que beaucoup d’autres. Et, en effet, on les retrouve plus souvent dans les divers services de l’armée que dans les commissions d’hygiène, de salubrité, d’alimentation et autres, si heureusement inventées pendant la dernière guerre pour payer facilement sa dette à la patrie. Il me semble que le devoir si simplement entendu vaut bien les services bruyants, et ne mérite pas autant de critiques qu’on nous en a prodiguées.
- ce Au point de vue intellectuel et technique, plusieurs membres ont répété à plusieurs reprises que l’artillerie, notamment, avait été au-dessous de sa mission. Je relève cette accusation absolument inexacte, et qui émane d’adversaires incompétents et ne connaissant pas suffisamment ce dont ils parlent. Pour qui connaît les travaux, les expériences de l'artillerie, il est peu de pays qui epaient fait autant que nous. 11 n’est pas un canon employé à l’étranger qui n’ait été étudié chez nous, souvent antérieürëment à la nation qui l’emploie aujourd’hui. La science a prêté un puissant concours à ces essais, et des montagnes de calculs, n’en déplaise à ceux qui trouveraient qu’il n’a que faire dam ces questions pratiques, sont là pour constater les travaux de l’artillerie.
- « Si notre matériel de guerre a été insuffisant, prenez-vous-en à ceux qui, sous prétexte * queles peuples sont destinés à s’embrasser fraternellement, ont refusé i’argfent riécessàire pour fabriquer des armes si consciencieusement et si opiniâtré-ment étudiées par ceux que vous critiquez aujourd’hui; prenez-vous-en à nos gouvernants qui ont employé à commettre des crimes l’argent qu’on leur donnait pour armer la France.
- « Pendant cette dernière guerre, on a mis la main sur un canon étudié et créé par up officier d’artillerie ; on l’a abondamment construit, et si bien qu’après avoir été incapable de servir pour la défense du pays, il n’est plus bon aujourd’hui qu’a être mis au rebut. Et c’est après des essais de construction aussi remarquables qu’on s’est arrogé le droit de taxer l’artillerie d’insuffisance. C’est d’une modestie douteuse.
- « Iï est bien entendu que je* n’entends nullement contester les efforts conscien-cieux de ceux qui ont su opposer leur initiative intelligente à l’inertie dont la Défense'nationales a trop souvent fait preuve pendant le siège de Paris.
- « Je ne m’arrêterai pas davantage à d’autres allégations et expressions dont quelques-unes ont été justement relevées par mon ami M. Armengaud, et je vais essayer de répondre au système de: M. Richard, dont le projet est le seul jusqu’ici bien étudié et nettement formulé. Je prends successivement les six articles résumant ledit projet: ' • •es. «no :>* m-1--ï-i-'iVr.-ïr;o--i
- y:jo:rvtkAs> Suppression de la limite d’âge'pour entrer à l’École polytechnique.
- ri-muc&h .vj;,v y ri . '
- <« Ge-serait?,Gà mon avis, une grande* fàutè.;Supprimer la limite d’âge, ce serait transformer l’École en une chaire de faculté, comme il y en a tant d’autres; et par conséquent supprrrtter l’École ' polyteëhnique, dont le principe réside surtout" dans l’émiilation liëcéësairê pour y ehtréév pour y rester èt' pour en sortir. Il y a bien des
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- chaires qui enseignent les mêmes sciences que l’École polytechnique ; il est donc inutile de les augmenter, ou dans tous les eas ou peut le, faire, sapa supprimer cette dernière.
- « Du reste, le niveau actuel de l’instruction de l’École polytechnique est incontestablement supérieur à tout autre; pourquoi donc la supprimer. Il y a sans doutq çjes modifications à faire sur son enseignement; mais ce que vous proposez, c’est sg des-traction. Si votre proposition était appliquée, vous ne tarderiez pas à vous gpercf^; voir de l’abaissement de l’instruction. Pour ma part, je crois fermement, sur toutou; souvenir des derniers événements, que l’École polytechnique est une force morale» qu’il faut conserver à la France. Du reste, je la considère plus que jamais, au-dessus de toutes les attaques. ...
- « J’ajouterai que ceux qui l’ont si vivement critiquée dans ,celte encpinte, rne paraissent ne pas en avoir compris du tout l’enseignement, et par suite parlent d’im sujet qu’ils ne connaissent pas bien. . ...
- 2° Suppression des carrières militaires à l’École polytechnique. ' >"
- « Ce serait encore la suppression de l’École elle-même ; attendu que, la variété des carrières entretient pendant deux ans cette émulation que. je considère çqrqipe un élément constitutif de l’École. J’ajoute qu’il ne serait pas logique de réduire l’élément scientifique des armes spéciales au moment où vous les trouvez insuffisantes. Du reste, cette lutte de deux années pour arriver aux positions civiles accroît l’instruction des uns et des autres, et loin de verser dans l’armée, comme on l’a dit ici, des officiers dégoûtés d’avance de leur métier, j’apporte, au' contraire, Un élément supérieur. J’ai entendu dire bien souvent, par des personnes fréquentant l’armée, qu’en dehors de l’instruction qui y est incontestablement supérieiire, le, sentiment du devoir militaire dans les armes spéciales était bien plus,développé, .et compris d’une façon plus élevée. ....
- 3° Admission par voie de concours, aussi nombreux que possible, des: élèves destinés aux carrières scientifiques et civiles. ,x;;n cr
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- Je suis d’un avis diamétralement opposé à celui de M. Richard, et je demande; ,à-conserver un concours aussi restreint que possible; car l’expérience prouve que moins il y a d’élus, plus le niveau d’instruction d’une promotion est élevé. Du reste, les refusés qui veulent absolument acquérir l’instruction de l’École polytechnique peuvent en suivre les mêmes cours dans les facultés ou les livres1 qui les enseignent. ! ù ,
- •' , ;«iiuni ,'i
- 4° Ouverture, par voie de concours, des Écoles des ponts'et chaussées et des mines à tout cand/idat, quelle que soit la source où il ait puisé son instruction.
- «Elle existe; peut entrer comme élève externe quiconque subit des examens suivant un programme déterminé. Gù peut-être il y aurait désaccord entre M. Richard et moi, c’est que je considère comme un droit pour l’élève sortant do l’École polytechnique, s’il a un certain rang, d’entrer à l’École des ponts et chaussées ourdes mines, tandis que M. Richard voudrait le faire concourir avee(itoüs> les; .autres.r Je regarde cela comme un droit, parée qu’il a subi des examens qui le lui donnent.‘ edo
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- 5° Nomination par l’État des élèves de ces écoles à appeler aux services d’ingénieurs de l'État, en suivant une liste dressée par ordre de mérite.
- « Ici je serai plus large que M. Richard ; j’admettrais volontiers, au sortir de l’École des ponts et des mines, un concours entre les élèves qui en sortent et les jeunes gens provenant d’autres origines, pour être définitivement nommés ingénieurs de l’État; mais dans une certaine proportion réduite, avec une limite d’âge et en subissant les mêmes examens que les élèves sortant de l’École des ponts et des mines. Je ne puis admettre, comme quelques-uns le proposent, le concours aux divers grades d’ingénieur, parce que ce serait introduire le désordre dans le corps.
- « Mais néanmoins, avant de se prononcer à cet égard, il y aurait lieu de discuter la chose avec des hommes compétents et notamment avec les ingénieurs des ponts et chaussées qu’il eût été utile, ee me semble, d’inviter à assister aux attaques qu’on leur porte ici depuis plusieurs mois, ne fût-ce que pour y répondre ; une discussion contradictoire pouvant seule aboutir à des conclusions justes et impartiales.
- « J’aimerais surtout à voir l’État se décharger d’une grande partie de ses services pour ne conserver que ceux qui lui incombent nécessairement, et, dans ce dernier cas, mettre souvent au concours les travaux qu’il a à faire exécuter. Ce concours pour des travaux vaudrait mieux que le concours pour des places, qui me paraît être le seul en jeu dans la discussion pendante.
- 6° Tout ingénieur de l’Etat qui aura quitté le corps pour entrer dans l'industrie sera rayé des cadres de l'État.
- « Avant d’examiner le fond, je dirai tout d’abord que je ne m’explique pas cette demande qui ne me paraît basée sur aucune autre raison bien sérieuse. Qu’un ingénieur des ponts ou des mines entre dans l’industrie, en conservant sa position dans son corps, en quoi cela peut-il nuire soit à ses fonctions industrielles, soit à l’État? S’il n’y a que de la jalousie, je ne la comprends que de ses camarades; c’est affaire entre eux.
- « Voyons le fond : si vous visez les industries privées, je partage votre avis; s’il s’agit des grandes industries d’intérêt général ou dans lesquelles l’État a ses finances et sa responsabilité engagées" comme les chemins de fer, par exemple, je trouve assez naturel que l’État place ses agents dans une exploitation qui est sa propriété, sans l’usufruit dont il s’est privé pour un certain nombre d’années.
- « Sans' doute il y a des abus de faveur et des cumuls blâmables; mais je répète que c’est l’affaire des ingénieurs des ponts entre eux, et non la nôtre, puisque les intérêts industriels confiés à ces Messieurs n’en souffrent pas.
- « Je crois avoir répondu, quoique brièvement, aux propositions de M. Richard. Avant de terminer, permettez-moi de m’arrêter un instant sur un argument d’un autre genre. Plusieurs membres ont dit : Aucune nation n’a une École polytechnique comme la nôtre, donc elle est mauvaise. C’est un raisonnement faux ; car il n’est pas une institution dans un pays quelconque qui ait sa similaire absolue dans un autre; on serait donc conduit à les détruire toutes. Du reste, les peuples ne se ressemblent pas; il est logique que leurs institutions ne se ressemblent pas. h « Quelques membres ont accusé l’École polytechnique d’être un monopole; ils ne connaissent évidemment pas le sens de ce dernier mot. Le monopole consiste en un
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- droit attribué arbitrairement par l’État à quelques personnes, à l’exclusion de toutes autres. Ici, rien de cela, puisque tout le monde péut s'y présenter. Tout au plus pourrait-on dire que les conditions pour y entrer sont tellement strictes que les portes sont ouvertes à peu de monde. C’est là, ainsi que j’ai essayé de le démontrer, le grand avantage dé l’institution.
- « Quant à la camaraderie qu’on nous a si souvent reprochée dans cette enceinte, nous la revendiquons hautement, plus hautement que jamais, parce qu’elle est une solidarité basée sur l’estime réciproque, sur des rapports intellectuels d’une grande élévation, et que la solidarité ainsi entendue est cent fois préférable à l’individualisme, que je considère comme la maladie morale la plus dangereuse de nos jours.
- « Savez-vous, Messieurs, quel est le premier résultat de cette solidarité? C’est de rejeter nous-mêmes de notre sein tout camarade qui est devenu, indigne d’y rester, et de maintenir ainsi le niveau moral à sa -hauteur; c'est pourquoi, je le repète, l’École polytechnique a traversé les récents désastres nullement atteinte, comme tant d’autres associations, par la démoralisation qui ravage la France, et si elle a besoin de quelques réformes, comme toutes les institutions perfectibles, elle reste comme la plus grande et la plus stable.
- « Je finis-, Monsieur le Président, en exprimant le désir que cette ttop longue discussion puisse aboutir à un bon résultat; mais j’en doute, car je vois à regret que, dans les attaques qu’on nous porte, au lieu de suivre une méthode rationnelle de discussion, on se laisse aller à des récriminations et à des personnalités où l’animosité perce trop souvent. ...
- « La Société des ingénieurs civils ferait mieux, je crois, de ne pas plus attaquer l’École polytechnique que cette dernière ne l’attaque elle-même. Nos travaux ne pourraient qu’y gagner.
- « La Société des ingénieurs civils me paraît dévoyée dans la question actuelle, comme dans plusieurs autres qu’elle a imprudemment abordées avant d’avoir mûrement examiné les attaques qu’elle formulait. Elle obéit, sans s’en rendre compte, peut-être, au vent de destruction qui souffle sur la France.
- « Plutôt que de saper ce qui reste encore debout, son rôle devrait être, au contraire, d'appeler à son aide, au lieu de les poser en antagonistes, l’École centrale l’École polytechnique, qui chacune apporteraient le concours de leurs qualités spéciales et de leurs travaux, sans perdre leur temps à se jeter réciproquement à la face leur supériorité.
- « Recevez, Monsieur, etc., Beauchamp. »
- M. Richard demande la parole pour essayer de faire perdre à la discussion qui nous occupe le caractère d’une lutte irritante, d’une lutte de rivalités d’Écoles qu’elle n’aurait jamais dû avoir, et pour la replacer sur le terrain du libre et impartial examen des faits parmi lesquels il veut chercher les réponses aux objections qui viennent d’être faites aux propositions qu’il a faites devant la Société.
- Il s’exprime en ces termes : : -v. jf.' ’,e
- Je ne me suis, pour ma part, livré à aucune invective contre l’École polytechnique que personne ne veut détruire ici et que nos efforts, d’ailleurs, ne sauraient même ébranler; mais il est permis à des hommes consciencieux, que l’âge, la situation, mettent à l’abri de l’envie et de la jalousie, de dire que cette École peut être réorganisée sur de meilleures bases que celles adoptées à son origine, sans soulever des
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- tempêtes d’indignation. Aussi je regrette profondément que les écrivains que vous venez d’entendre n’aient pas vu la question sous ce point de vue et aient rhis en jeü, en y joignant des mots acbrbes à mon adresse, auxquels je ne veux pas répondre, la rivalité entre l’École polytechnique et l’École centrale, que j’avais même évité de nommer dans ma première discussion.
- Les deux Écoles, Messieurs, sont nées des nécessités des temps qui les ont vues riàître ; elles Ont toutes deux leurs beaux jours, elles ont toutes deux produit des hommes qui ont rendu de grands services au pays; respectons-lés mutuellement. Que nos contradicteurs soient moins chatouilleux : Leur École, tout comme la nôtre, tout comme toute organisation humaine, est essentiellement perfectible avec le temps qui modifie tout, et ne peut être considérée comme une arche sainte à laquelle on n’a pas le droit dé toücher.
- Qu’ils se rassurent : son existence, qui né peut être menacée par nous, n’est pas eh jeu ; nous ne cherchons qu’à la perfectionner.
- Laissons donc de côté toutes les mesquineries, toutes les inimitiés de clbcher; mettons notre drapeau dans notre poche, et, Si vous Iè voulez bien, Càrisohs tranquillement des objections qui me sont faites par mes contradicteurs.
- Ma première proposition est la suppression de la limite d’âge pour entrer à l’Ecole polytechnique.
- J’ài développé dans ma prëmière Communication lès motifs qui me paraissaient rendre cette réforme utile aux individus, aux familles, à l’École elle-même, à l’État. Je n’ai trouve dans ce que je viens d’entendre rien qui atténue la valeur de ces motifs; je persiste à croire qüe l’on peut admettre uhe limité d’àgè inférieure, mais qu’il ne faut pas en fixer de supérieure.
- M. Beaiichâmp est d’avis què la suppréssion deé limites d’â^ë Serait fine faute qui fèrait peidre à l’École sa situation élevée de centre exceptionnel d’ënéeigrtèm'ehfc supérieur, et qui ne tarderait pas à rabaisser le niveàhde i’iristructiûn en détruisant l’émulation.
- J’avoue que, pour ma part, la force de cette objection m’échappé. Je rie vois pas comment l’introductibn à l’École polytechnique d’hommes ayari't plus de vingt ans, ayant par conséquent un cdrps et un esprit solides, fortifiés pâr dés travaux bien digérés, sachant bien ce qu’ils veulent faire et où ils veulent arriver’,' n’ayant à redouter aucun mécompte imprévu, je ne vois pas, dis-je, comment l’entrée de pareils hommes à l’Écblë polytechnique pourrait nuire à son éclat.
- Il est incontestable, au contraire, que de tels hommes, ayant eu le temps de mûrir leur dëlërrriiriatioâ, âÿànt fait kvefc uri libre arbitre le choix de là carrière scientifique, ayant pu déjà parcourir celle des lettres jüsqn’â àëë limites Scolaires, ou ayant complété cès études par celles dii droit ou dé là médécine, ou d’une profession industrielle, il est incontestable qüe de tels hommes seraient aüssi aptes à maintenir les études'de l’Écoîe à un nivéaü supérieur’, que dêë jeunes* gèiiS de sêiie à vingt ans qui n’ont pas toujours consulté leurs tendances et leurs aptitudes avant de suivre la carrière des sciences, et qui sont incomplets d’ailleurs sur toutes les autres études.- .1 ’ . un
- J’ajouterai que, puisqu’on parlé" de l’émulation, elle sè développera au Contraire bien davantage, èntre des élèves de forces et de capacités différentes, qu’entre jèüües gens susceptibles d’êtrè tous cotés à peu près à la blême moyenne; et que les études trop spéculatives et trop abstraites de l’École rebutent souvent avant la fin du combat.
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- On nous dit que l’État a besoin de sujets jeunes pour les former à sa manière et aux besoins de ses services.
- C’est encore une question controversée ; car il est souvent bien grave de confier à un jeune homme de vingt-cinq ans, sans expérience, les intérêts d’un arrondissement d’ingénieur.
- Je pense donc que, même en me plaçant au point de viie des anciens élèves de l’École polytechnique, il faut désirer la suppression de la limite supérieure d’âge pour l’admission à l’École.
- Ma seconde proposition est la suppression des carrières militaires à VÉcole polytechnique.
- Mes contradicteurs prétendent que ce serait la suppression de l’École elle-même, attendu que la variété des carrières entretient pendant deux ans une émulation qu’ils considèrent comme un élément constitutif de l’École.
- Cette prétention pourrait avoir quelque chose de fondé, s’il était vrai que les choses se passassent comme ils le disent. Mais la vérité est que la lutte a lieu entre 50 ou 60 élèves qui se sentent de forcé â aspirér aux 25 ou 30 places donnéés chaque année aux carrières civiles, et que le resté de chaque promotion, se voyant infailliblement distancé, travaille pbür se soutenir honorablement.
- A ce sujet, on nous répète que nous parlons de choses que nous ne connaissons pas. On se trompe : nous savons tous à quel régime sévère de travail et d’examens répétés sont soumis les élèves de l’École polytechnique. Depuis trente ans, j’ai eu beaucoup d’amis à l’École polytechnique, j’en ai encore en ce moment; je suis lié avec un assez grand nombre d’ingénieurs, et je sais ce qui se dit dans l’oreille d’un ami. Je sais que l’émulation seule ne fait pas travailler, et qu’au bout de la première aunéé, lorsque chacun s’est casé selon son vrai mérite, souvent resté inaperçu à l’examen d’entrée, ou selon ses désirs, l’émulation n’est plus en jeu, ou ne l’est plus au moins que par catégories qui ont peu de chances d’empiéter l’une sur l’autre.
- Je n’examinerai pas ici la plus ou moins grande valeur des officiers sortis de l’École, d’autres plus compétents se chargeront du jugement à porter contre eux ou en leur faveur; mais je veux signaler le but le plus sérieux et le plus important de la réforme que je propose, c’est celui-ci : Aujourd’hui, il existe une séparation marquée entre les officiers des armes spéciales et ceux de l’armée ; les premiers constituent à l’égard des seconds une aristocratie qui exclut la bonne confraternité. Pour établir cette confraternité, je demanderais que tous les officiers.de l’armée fussent formés à une seule et même école militaire; afin qu’ils fussent tous imbus du même esprit, doués des mêmes connaissances pratiques et théoriques, et capables de se remplacer en toute circonstance ; c’est ce qui existe chez nos ennemis. . : . 1 :
- Je considère cette union des officiers comme essentielle pour la force et la valeur de l’armée, et c’est pour moi une raison déterminante pour désirer que les jeunes gens qui Se destineront à la carrière militaire ne passent pas par l’École polytechnique et soient élevés complètement dans une même école, purement militaire, où ils choi-' siront l’arme qui leur conviendra, tout en suivant tous les mêmes cours eti étant soumis aux mêmes exercices.
- Je ne me charge pas d’indiquer les voies et moyens pour réaliser ce desideratum. C’est l’affaire des Commissions militaires,
- Ma troisième proposition est celle-ci : Une fois admise l’élimination de l’élément
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- militaire à l’École polytechnique, je demande l'admission, par voie de concours, en aussi grand nombre que possible, d'élèves destinés aux carrières scientifiques et civiles.
- Je ferai remarquer de suite que j’ai toujours demandé cette admission par voie de concours; je ne sais donc pas ou mes contradicteurs ont pu trouver que je proposais de trouver un autre moyen plus commode d’entrer à l’École polytechnique; moi, je n’en connais pas de meilleur, malgré toutes ses chances, pour constater le mérite des candidats.
- Je demande, en outre, une admission d’élèves aussi nombreuse que possible.
- Ici, M. Beauchamp est encore d’un avis diamétralement opposé au mien.
- « Car, dit-il, l’expérience prouve que, moins il y a d’élèves, plus le niveau de l’instruction est élevé. »
- Mais il me semble que cette raison.est loin d’être satisfaisante; car, à ce compte, pour maintenir à un niveau élevé l’enseignement de l’École, il faudrait priver un grand nombre de jeunes gens de cet enseignement que l’on déclare supérieur; ce serait marcher à l’encontre du courant vers l’instruction universelle qui entraîne aujourd’hui tous les esprits généreux et clairvoyants.
- À ce point de vue, l’opinion de M. Beauchamp ne me paraît pas soutenable.
- Ma proposition est la bonne, j’ose le dire. Faisons beaucoup d’élèves, beaucoup d’ingénieurs, beaucoup de savants, s’il est possible, et la France verra la prospérité renaître à tous les degrés et dans toutes les branches de son organisation et de son industrie.
- Mais, me dit-on, si le nombre des élèves à l’École polytechnique est aussi grand que vous le désirez, l’État n’aura pas de places à leur donner à tous? A cela je réponds : Je ne m’inquiète pas des places à donner. C’est la lutte, toujours la lutte qui les donnera aux plus méritants. Je «l’inquiète de donner au plus grand nombre possible de jeunes gens le bagage qui leur permettra d’être utiles à leur pays et à eux-mêmes, dans une quelconque des branches de l’activité humaine; l’État choisira parmi eux.
- C’est ainsi que les choses se passent dans les pays rivaux. Sont-ils au-dessous de nous? Là est la question, et nous pouvons dire hardiment que non,
- Je conclus donc à de nombreuses admissions.
- Ma quatrième proposition est celle-ci : Ouverture, par voie de concours, des Écoles des ponts et chaussées et des mines, à tout candidat, quelle que soit la source où ü ait puisé son instruction.
- M. Beauchamp me répond : « Cela existe ; peut entrer, comme élève externe, quiconque subit des examens suivant un programme déterminé. »
- Oui, c’est vrai, mais examinons. D’abord, le programme fixé pour les externes n’est pas celui des études suivies à l’École polytechnique, ce qui est une faute, puisqu’on les classe forcément, dès le principe, à un degré inférieur à celui de leurs compagnons d’étude, et qu’on habitue ceux-ci à ne pas les considérer comme des égaux.
- Ensuite, si l’entrée aux Écoles des ponts ou des mines est permise à des externes, il faut bien reconnaître que les faveurs de la sortie leur sont refusées, bien qu’ils aient puisé à l’École la même instruction. On leur délivre bien un diplôme, mais les places de l’État, but suprême vers lequel tendent malheureusement toutes les convoitises, sont données aux élèves de l’École polytechnique, quand même ils seraient moins capables que les externes.
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- Est-ce là de la justice, et, je dirai plus, est-ce là bien entendre les intérêts de l’État? Assurément, non.
- Je désire donc que les Écoles des ponts et des mines soient ouvertes à tout candidat, quelle que soit son origine, qui aura prouvé, par le concours, qu’il a la même capacité que les élèves sortant de l’École polytechnique, et qu’une fois entrés à ces Écoles, tous les élèves y soient sur le même pied pour être admis aux fonctions de l’État.
- Aussi je lierai, comme également indispensables, ces deux propositions : la quatrième, Ouverture, par voie de concours, des Ecoles des ponts et chaussées et des mines, à tout candidat, quelle que soit la source où il aura puisé son instruction, et la cinquième, 'Nomination, par l’Etat, des élèves de ces Ecoles à appeler aux services d’ingénieurs de l’Etat, en suivant la liste dressée par ordre de mérite.
- J’ajouterai, pour compléter cette dernière proposition, sur laquelle j’ai la satisfaction de me trouver d’accord avec M. Beauchamp, qu’il serait désirable que l'État ne s’interdît pas, pour certains travaux spéciaux, d’ouvrir des concours entre les élèves sortis des ponts et des mines, et les candidats provenant d’autres origines.
- Il y aurait là une source d’émulation pour les ingénieurs de toute origine et une satisfaction aux intérêts publics qui serait la conséquence du choix du meilleur projet parmi ceux qui auraient répondu au concours.
- Et je renouvellerai, de concert encore avec M. Beauchamp, le vœu que j’ai exprimé dans ma première communication, de voir l’État se décharger d’une grande partie de ses services pour.ne conserver que ceux qui lui incombent forcément.
- J’arrive à la sixième et dernière proposition : Tout ingénieur de l’Etat, qui aura quitté le corps auquel il appartient pour entrer dans l'industrie, sera rayé des cadres de l’Etat.
- Nos contradicteurs ont dit qu’une semblable proposition dénotait un sentiment de jalousie. Effaçons ce vilain mot, qui ne peut s’appliquer ici à aucune opinion, et venons au fond de la question.
- M. Beauchamp admet ma proposition, en ce qui concerne les ingénieurs quittant les corps de l’État pour entrer dans les industries privées. C’est déjà une concession dont je prends bonne note.
- Mais s’il s’agit de grandes industries d’intérêt général, ou dans lesquelles l’État a ses finances et sa responsabilité engagées, comme les chemins de fer, par exemple, M. Beauchamp trouve naturel que l’État y place ses agents.
- Je ne puis me ranger à cette opinion.
- Car, en ce qui concerne les grandes industries d’intérêt général, telles que la construction des navires, du matériel de guerre, les télégraphes, etc., la question est jugée; l’introduction des ingénieurs de l’État dans ces industries n’a pas aidé à leurs progrès ; elles sont restées stationnaires sous cette direction centralisatrice, absorbante et excessivement dispendieuse.
- Si, au contraire, l’industrie privée s’en emparait, si elle était admise à concourir aux études comme à l’exécution des projets, elle apporterait au perfectionnement de ces projets l’expérience des théories complétées par la pratique, le secours d’hommes instruits, stimulés à la fois par l’ambition, par l’amour-propre et aussi par l’intérêt qui, s’il fait faire de bien vilaines choses, en fait faire aussi de grandes dans le milieu social où nous vivons.
- L’industrie privée débarrasserait l’État de ces armées de fonctionnaires et d’ouvriers parasites qui s’endorment dans la sécurité de leur situation, et les rendrait à
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- la vie d’initiative et de lutte d’où sortent les hommes véritablement utiles à leur pavs et à leur famille, et au milieu de laquelle il ne reste plus de place pour les théories creuses et les rêves insensés. La société elle-même gagnerait donc à cette transformation qui peut, d’ailleurs, se justifier par une quantité de bonnes raisons.
- Parmi ces raisons, je n’en veux prendre qu’une seule qui me paraît dominante.
- C’est que la conséquence de cette transformation serait la destruction de l’ingérence de l’État dans toutes nos affaires, la destruction du système de centralisation qui ne nous permet pas de faire un mouvement, d’avoir une volonté, d’avoir une pensée qui ne soit, en accord avec les vues du gouvernement.
- La direction de toutes nos affaires administratives et industrielles, par des ingénieurs de l’État, est passée à l’état de système de gouvernement.
- L’État, tel qu’il est aujourd’hui constitué, a besoin de tout diriger et d’avoir des hommes à lui dans toutes les affaires qu’il ne mène pas lui-même ; c’est la raison de la conservation de son influence, de cette influence qui nous a été si fatale. Et voilà pourquoi il résiste si énergiquement à la destruction de ses vieux errements.
- Voyez les chemins de fer : dès qu’ils ont pris du développement et sont devenus une véritable industrie nationale, un des éléments puissants de la vie nationale, l’État, conséquent avec lui-même, a compris la nécessité de mettre cette force entre ses mains, en plaçant à leur tête des hommes qui lui soient tout dévoués.
- L’administration des ponts et chaussés a compris que, par le fait des chemins de fer, son influence lui échappait, si elle ne s’emparait pas de cette nouvelle force; et elle a si bien fait, que toutes les Compagnies, grandes ou petites, ont été obligées, moralement s’entend, de composer leur personnel, au degré supérieur surtout, d’ingénieurs de l’État, si elles voulaient avoir le bon vouloir et les faveurs de l’administration'.
- Aujourd’hui, le fait est accompli; les Compagnies sont des branches de l’administration supérieure au lieu d’être des entreprises commerciales, et sont organisées de telle sorte, que, demain, il plairait à l’Assemblée nationale de provoquer un décret qui remettrait les chemins de fer aux mains de l’État, il n’y aurait rien à changer à l’organisation actuelle.
- Cette présence continuelle des agents de l’État dans nos affaires est donc un danger que je voudrais écarter en éloignant de nos Compagnies les ingénieurs de l’État, ou plutôt en obligeant ceux qui veulent rester à leur service à perdre leur attache avec le gouvernement et leurs droits à ses faveurs.
- Je voudrais, Messieurs, faire encore ressortir un des grands inconvénients de la présence des ingénieurs de l’État dans les grandes Compagnies de chemins de fer. Je le définis ainsi : La présence des ingénieurs de l’État dans les grandes Compagnies de chemins de fer nuit à l’amélioration et au développement de la navigation en France,
- Les faits sont là pour parler.
- La navigation sur toutes nos rivières et nos canaux, pendant que les chemins de er se sont développés* en est restée à l’état rudimentaire.
- Et où en est la raison? C’est que les directeurs et ingénieurs des Compagnies ont toujours gain de cause près de l’administration dont ils font partie, lorsqu’ils viennent combattre toute proposition tendant à l’amélioration d’une voie navigable qui serait une concurrence pour les Compagnies qu’ils dirigent.
- Il n’y a pas d’autre raison a,ux entraves apportées aux progrès de la navigation; les intérêts des actionnaires, toujours mis en avant, ne sont que secondaires; car il
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- n’est pas admissible que la France soit condamnée à ne jamais avoir de fleuves navigables ni de canaux, parce qu’il y a des actionnaires intéressés à ce que les chemins de fer donnent de beaux dividendes.
- L’administration supérieure cède uniquement à la pression de ses membres détachés aux Compagnies. Vous avez vu ainsi délaisser le Rhône, la Loire, la Seine, et le canal du Midi, et toutes les grandes voies d’eau qui seraient si utiles à la France.
- Je le répète donc avec conviction, si un ingénieur de l’État veut entrer au service d’une industrie quelconque, privée ou constituée en Compagnie, il me parait nécessaire qu’il donne sa démission et soit rayé des cadres de l’État.
- Il n’y a pas de jalousie, c’est, l’intérêt public qui l’exige.
- Pu reste, une réforme dans le mode des congés accordés par l’administration est déjà adoptée en principe par un grand nombre d’ingénieurs de l’État; la seule raison que donnent beaucoup de ceux qui profitent du mode actuel est celle-ci : ce serait une faute de priver l’État des services d’hommes qui ont appris la pratique dans l’industrie ou dans les affaires. Mais alors on peut leur retourner l’argument et leur dire : Vous reconnaissez donc que cette école-là est la bonne? pourquoi n’y prenez^vous pas, parmi les hommes capables, des hommes pour les affaires de l’État? Il est difficile de sortir de ce dilemme.
- Il y a donc là une recherche à faire pour arriver à une solution satisfaisante, et, sans m’étendre davantage sur ma proposition, je me crois autorisé à la maintenir.
- J’ai, je crois, Messieurs, suffisamment justifié les six propositions que j’avais à défendre contre mes contradicteurs.
- Je terminerai en répondant à M. Beauchamp quelques mots au sujet de la camaraderie qu’il revendique hautement comme une des plus grandes qualités des élèves de l’École polytechnique.
- Nous aurions mauvaise grâce à chercher à déprécier cette qualité que chacun de nous a emportée en soi, depuis le collège, et qu’il cherche à entretenir en apportant sa part de bonne volonté et de dévouement à toutes les associations qui se créent de tous côtés entre condisciples d’une même École.
- Mais autre chose est la camaraderie, qui est un besoin du cœur, qui est un moyen cfe soulager des infortunes souvent imméritées, de relever des courages abattus, ou la camaraderie qui se pose comme une force agissant exclusivement au profit d’qn corps, sans s’occuper des individus qu’elle protège; cette seconde camaraderie, que j’appellerai camaraderie de fonctions, a des résultats blâmables. Par elle, les fautes sont cachées; elle couvre de son voile la négligence qui se trouve partout en ce monde il faut qu’un camarade se trouve en faute impardonnable de probité pour qu’elle ne suffise pas à le protéger. C/est cette camaraderie que je ne veux pas applaudir comme la vraie camaraderie du cœur, parce que l’on s’en sert souvent mal, parce qu’elle sert à faire entrer partout les ingénieurs, au moins autant pour les services qu’ils peuvent rendre, comme fonctionnaires de l’État, que pour leur capacité, à laquelle je rends hommage ; je ne puis l’applaudir, parce qu’elle garde toutes les issues, parce qu’elle exclut tout contrôle, et qu’elle remplace l’émulation par le favoritisme.
- Reconnaissons donc tous, bien franchement, qu’il y a à perfectionner le mode actuel de recrutement des ingénieurs de l’État; les intérêts les plus graves de notre pays sont liés à ce perfectionnement.
- Et ne soyons pas détournés de ce but si élevé par des préoccupations toutes personnelles.
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- Je le répète, en terminant, à mes collègues qui ont appartenu à l’École polytechnique. Aucune invective, aucune attaque iuconvenante ne sortira de ma bouche contre leur École ; et je leur demande de se joindre à moi pour la faire encore plus grande et plus utile qu’elle ne l’est aujourd’hui.
- Un Membre. On parle souventde l'abstraction et je m’en étonne, car il me semble que plus les questions sont réduites à des abstractions, plus elles sont simples et par conséquent faciles à saisir.
- Quant aux Ingénieurs des ponts et chaussées qui sont, par hasard, à la tête des Compagnies de chemins de fer, je ferai remarquer que leur avancement est suspendu et je pourrai citer tel directeur d’une compagnie qui est encore Ingénieur de 2e classe, lorsque ses camarades de promotion sont arrivés au grade d’inspecteur,
- M. Godeermaux lit ensuite la lettre suivante :
- « Monsieur le Président,
- « Tout en ne désirant pas prolonger les débats relatifs au mode de recrutement des ingénieurs de l’Etat, j’ai l’honneur de vous présenter, ci-après, quelques observations relatives principalement à la note que M. Richard a communiquée à notre Société dans la séance du 16 février dernier.
- « Les expressions de la note du Comité étaient, à mon avis, suffisamment accentuées, et l’École polytechnique y était traitée assez vertement pour qu’il parut superflu de renchérir encore. Mais M. Richard est venu diriger contre l’École polytechnique de nouvelles attaques encore plus vives que je crois nécessaire de relever, d’autant plus que les propositions qui suivent ces attaques et qui en forment la conclusion ne conduiraient à rien moins qu’à la suppression complète et radicale de l’École polytechnique actuelle. Contrairement, je veux le croire, au but des promoteurs de cette discussion, et bien que M. Flachat, à qui nous devons être reconnaissants de son appréciation personnelle, art engagé la Société, dans la séance du 2 février, à ne pas poser la question « d’une manière passionnée et sur un terrain qui « n’était pas celui qui avait été choisi et accepté », il n’en est pas moins arrivé que cette discussion a fait fausse route, et, aujourd’hui, on demande non-seulement des changements dans le système de recrutement du corps de l’État et dans son organisation, mais on se propose de détruire l’École polytechnique. '
- « Sans vouloir suivre M. Richard dans le détail de ses attaques contre l’organisation du corps des ponts et chaussées, qu’il ne me convient pas et que je ne suis pas chargé de défendre, je me bornerai à examiner en quelques mots ce qui, dans la note du 16 février, s’attaque directement à l’École polytechnique, et ce que nous, anciens élèves de cette École, nous avons le devoir ne pas laisser passer sans protestation et sans réfutation.
- « Je me permettrai de faire observer que cette discussion est de celles que la Société des Ingénieurs civils aurait mieux fait de s’interdire; les membres qui la composent ne sont pas assez désintéressés de la question soit dans le présent, soit dans le passé, pour que fleur opinion puisse être considérée comme complètement indépendante et dégagée de préoccupations personnelles.
- « La note de M. Richard dit en premier lieu : « Qu’un examen passé à vingt ans est « pris pour point de départ d’une carrière importante, et qu’il y a erreur capitale à « croire que cet examen heureux puisse être un gage suffisant de capacité pour « l’avenir. »
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- « Cette assertion pourrait faire croire aux personnes étrangères à ces questions que les élèves de l’École polytechnique sont choisis à la légère parmi les candidats, et serait de nature à jeter une certaine déconsidération sur l’École ; mais elle est tout à fait erronée. La plupart des membres de la Société connaissent les examens que soutiennent les candidats à l’École polytechnique et savent parfaitement qu’il ne s’agit pas d’un seul examen, mais de deux séries d’examens écrits et oraux à deux degrés, dont les uns pour l’admissibilité et les autres pour l’admission, et que ces examens passés devant d’éminents professeurs complètement indépendants et qui se rendent dans toute la France présentent toutes les garanties qu’on peut demander à des épreuves de ce genre. Est-ce le procès des examens en général que la note entend faire? En aucune façon, puisqu’elle propose d’en faire passer aux candidats à l’École des ponts et chaussées et aux autres écoles d’application, et d’ailleurs jusqu’ici on n’a pas trouvé d’autre moyen pour juger les candidats à des emplois quelconques : or, les examens subis par les candidats à l’École polytechnique sont aussi nombreux, aussi variés qu’il est nécessaire, pour faire bien ressortir leur capacité, et ils ne peuvent être soutenus d’ailleurs avec succès qu’après deux et presque toujours trois années d’études mathématiques antérieures ; c’est donc à tort qu’on essaye de les présenter comme insuffisants. Mais, en outre, pendant les deux années que les élèves passent à l’École, leur travail est stimulé par des examens hebdomadaires, et de plus, deux fois par an, par des examens généraux ; sont-ce là des épreuves où (je cite textuellement) « la lassitude, la maladie, la dissipation pardonnable à vingt ans, « ou mille autres causes » puissent avoir une influence notable?
- « Quelle série d’examens M. Richard instituera-t-il pour remplacer ceux-là, afin de juger le mérite de ses candidats à l’École des ponts et chaussées? Ses examens seront bien plus exposés à être viciés par des causes indépendantes de la valeur des candidats, et l’influence des erreurs sera bien plus grave, puisqu’elle se produira à l’entrée des élèves dans les écoles d’application, tandis que, si de rares erreurs peuvent être commises dan^’admission des élèves à l'Ècdfe polytechnique, elles sont réparées par les épreuves incessantes auxquelles ils sont soumis ; ce qui le prouve, ce sont les différences entre les classements d’entrée et de'sortie, et le renvoi des élèves qui ne peuvent pas subir les examens d’une façon satisfaisante.
- « Ainsi l’assertion ci-dessus de la note n’est pas fondée, et les examens que subissent les élèves à leur entrée à l’École, ceux qu’ils passent pendant la durée de leur séjour et à leur sortie, donnent toute garantie que les premières places ne peuvent être données qu’aux plus dignes d’entre eux. C’est avec raison qu’on a pu dire que l’enseignement de l’École polytechnique était un concours de deux ans.
- « Doit-on regretter avec M. Richard que les candidats à l’École polytechnique qui n’auront pu y être admis soient à jamais écartés des services de l’État ? Si ces candidats ont peu de valeur, la réponse est tout indiquée; si ce sont des élèves distingués qui eussent pu être au premier rang, ils reporteront leurs aptitudes sur d’autres carrières, et il serait vraiment bien fâcheux qu’il en fût autrement et que l’État eût la prétention d’absorber pour son service toute l’élite des candidats, ne laissant plus que les couches inférieures pour remplir les mille positions importantes que renferme la métallurgie, la construction, l’industrie en général !
- « Plus loin, page 54, la note de M. Richard dit que « l’instruction de l’École don-« née à un point de vue spécial, estcantonnée dans un ordre d’idées inaccessible au « progrès pour être maintenu dans des sphères purement scientifiques, c’est-à-diré « l’esprit de corps exclusif, qui fait que les membres de ce corps, se considérant
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- « comme seuls dépositaires de la bonne semence, se renferment dans leur église en «.se tenant par la main, et ne reconnaissant comme bonnes que les doctrines qui « émanent d’eux, comme bons que les principes qui leur livrent le pays à merci ; de « là la source de bien des malheurs. »
- « Cette attaque contre une institution aussi honorable que l’École polytechnique, et dont les services ont été si éclatants, n’a besoin que d’être signalée aux personnes qui ne sont pas de parti pris pour qu’il en soit fait justice.
- « L’alinéa suivant renferme une assertion inexacte; la voici : « De tous ces dé-« sillusionnés, ceux qui ne se sentent pas de goût pour les armes quittent l’uni-« forme et se jettent dans les ministères, dans les finances, dans les diverses admi-« nistrations de l’État, où la camaraderie leur tend la main, et entretiennent le « fonctionnarisme omnipotent qui est la plaie et qui a été la perte delà France. « Quelques-uns, seulement, qui sentent que leur énergie, que leur volonté n’est pas « éteinte, qui sentent que leur puissance de travail n’a été que trompée, acceptent « les luttes de lâ vie civile, mais ce n’est que le petit nombre. «
- « Merci en passant, à Fauteur de la note, de croire que notre énergie n’est pas éteinte; c’est certainement une assertion qui a dû faire grand plaisir à ceux d’entre nous qui ont lu cette phrase.
- « Quant à ce fonctionnarisme que les démissionnaires de l’École entretiennent si largement, nous allons voir ce qu’il faut en penser.
- « J’ai fait, grâce à l’obligeance de quelques-uns de nos camarades, le relevé statistique des élèves de l’École polytechnique qui ont donné leur démission à la sortie de l’École ou après quelques années de service militaire. Voici ce tableau, qui est très-instructif; il comprend 8 promotions, de 1851 à 1858. —Le nombre total d’élèves entrés est de 1,012, et le nombre de démissionnaires de 154, parmi lesquels on trouve : 57 ingénieurs de compagnies de chemin de fer ou d’établissements industriels; 36 constructeurs, industriels, entrepreneurs ou négociants; 19 professeurs, 16 avocats, médecins, agents de chafge, notaires, banquiers; 16Hfitiers ou propriétaires, 1 dont la destination est inconnue, et 9 employés de finances, préfectures et télégraphes, Sont-ce ces 9 employés de l’administration, c’est-à-dire 1 environ par promotion, qui entretiennent ce fonctionnarisme dont on se plaint si amèrement? Une assertion aussi facile à réfuter n’aurait pas dû trouver place dans une discussion sérieuse.
- « Le mot de camaraderie se trouve prononcé dans la note : c’est bien là en effet l’objet des attaques que l’École polytechnique a à subir de la part de certaines personnes. Ses adversaires cherchent à détruire cette camaraderie, et les propositions de la fin de la note auraient à ce sujet le résultat désiré. Plusieurs écoles ont, dans ces dernières années, tenté d’exciter parmi leurs élèves ou.anciens élèves ces sentiments d’estime réciproque et de confraternité qu’on désigne sous le nom de camaraderie; mais sans y arriver, au moins dans la mesure désirée. Il est en effet difficile de trouver dans l'organisation d’autres écoles ce qui, dans l’École polytechnique, développe ce sentiment : la tradition, l’uniformité d’âge, la vie incessante en com mun, la nature purement théorique des études, la sévérité des règlements, les efforts partagés pour arriver au but poursuivi, créent une communauté de vues et de sentiments qu’on demandera èn vain à des écoles ouvertes à tous et à tous les âges. C’est ce que les autres écoles nous envient; et, si ce sentiment avait besoin d’être excité, il le serait encore par des attaques injustes qui ne peuvent faire que resserrer. des liens chers à tous.
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- « Ensuite la note dit que : « pour arriver à ces tristes résultats, les familles avaient « fait de grands sacrifices de fortune.» N’en déplaise à l’auteur de la note, les résultats produits par l’École. polytechnique ne sont pas tristes ! Tout le passé de l’École est là qui proteste contre un pareil langage, et certainement les ingénieurs de l’État et les officiers ne seront pas de cet avis. Quant aux démissionnaires, à qui le titre d’anciens élèves de l’École polytechnique et les principes solides qu’ils ont puisés dans cette École, tant au point de vue scientifique qu’au point de vue moral, ont permis de trouver des situations honorables, ils ne sont pas d’avis que le résultat soit triste. Laissons donc de côté ces accusations sans portée.
- ' « Un autre point à signaler est que l’enseignement de l’École polytechnique est un des moins coûteux : il est bien moins cher que celui de l’École centrale par exemple, car les élèves qui sont hors d’état de payer le prix de leur pension, prix d’ailleurs aussi bas que possible, y ont des bourses, sans exception aucune. Dans les collèges où ils se sont préparés, ces mêmes élèves ont pu faire toute leur éduca-cation dans les mêmes conditions ; donc , les sacrifices de quatre-vingts ou cent familles n’existent que dans l’imagination de l’auteur. D’ailleurs avec le système proposé, qui a pour objet d’appeler dans l’École un bien plus grand nombre d’élèves, le nombre de « désillusionnés », pour employer le mot de la note, serait bien plus grand, puisqu’on ne pourrait pas augmenter le nombre des emplois d’ingénieur en proportion du nombre d’élèves admis. ' <r
- « Les paragraphes suivants se rapportent au corps des ponts et chaussées, à son organisation, au service des ingénieurs, à leur service dans l’industrie quand ils'sont en congé, et je me suis interdit la discussion sur ce point. — Je. ferai cependant observer une erreur : il est demandé « d’ouvrir les Écoles des ponts et chaussées et « des mines à tout concurrent venant de n’importe où, qui prouvera par lesépreu-« ves subies qu’il est capable de suivre les cours. » Cela existe, et tout lé monde sait que les Écoles des ponts et chaussées et des mines admettent .des élèves externes et jnême des élèves libres; toute la publicité possible est donc donnée gux (jours dp .ces écoles. ' ' ’ ' ’ ;
- « A la suite de ces observations succinctes, je dirai quelques mots des conditions principales proposées pour la réforme, et que je repousse de toutes mes forcés: ~
- « 1° Suppression de limite d’âge pour entrer à l’École polytechnique, mt;' :
- « 2° Suppression des carrières militaires dans cette École. " jl;,
- « Ces deux propositions détruisent entièrement l’École : si J.’jon .supprime 1$ lj,mi|te d’âge et la fixation du contingent annuel, on en fera une foule et non pas une punion de jeunes gens choisis parmi les plus capables de ceux qui se sont présentés} aimant jle travail et enflammés de l’aïdejur de bien faire ; si l’on ' supjjïimè7 lés carrières militaires, on enlèvera par celà même à l’Écolè ce qui fait’ sa force. 't)è la diversité des carrières qui attendent l’élève à sa sortie, de la nécessité oq est chacujn (de travailler pour conquérir un rang quj lui permette'depjiQisip résulte une $Pji-latipn qup rièn pe pourra repiplacer et qui u’existe nulle part au même degré. Ce ip sont pas des élèves d’une école militaire dont le but à atteindre est lé mêffie, qujel que soit leur rang de classement, qui apporteront aq travail l’ardeur'qu’y'hiéttënt les élèves de l’École polytechnique. Le niveau des études des officiers qui. sortent de cette École est certainement bien plus élevé qu’il ne le serait dans les conditions proposées. Sous ce rapport, l’expérience estJfaite, et1 l’on sait que dans lés Écoles d’application le travail est bien moins acharné qu’à l’Écolepolyteéhttiqüffi‘ Il èh'est
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- de même dans les Écoles de droit, par exemple, où les cours sont délaissés par une grande partie des élèves, par cela seul qu’ils ne sont pas forcés d’y assister et qu’il n’y a pas pour eux nécessité absolue d’être prêts à époque fixe.
- « Les considérations que présente la note du Comité au sujet de la limite d’âge sont sans valeur; car il suffit, pour les faire tomber, de diminuer la masse des connaissances exigées, si elle est vraiment trop considérable pour être fructueusement acquise par le.plus grand nombre des élèves, ou bien de reculer cette limite d’une année si l’abondance des matières dont on doit à l’avenir exiger la connaissance, rend nécessaire le recul de cette limite. La limite d’âge a cet excellent effet d’éliminer du concours les esprits trop lents ou trop peu travailleurs pour avoir pu étudier et s’assimiler dans un temps donné les matières qui sont portées au programme d’admission ; les cours de l’École seraient trop difficiles à suivre, à cause de leur variété et delà multiplicité des matières enseignées, pour les jeunes gens à qui quelques an-néesde plusauraient été nécessaires pour acquérir ces connaissances : que ceux-là portent leur travail ailleurs, l’École n’a rien à gagner à les attendre. Les candidats à l’École, obligés de travailler avec persévérance pour y être reçus avant l’âge de vingt ans, sont par cela même préservés des tentations auxquelles ils céderaient bien plus facilement s’ils avaient de longues années devant eux : la limite d’âge est donc morale.
- « D’ailleurs l’École polytechnique n’est pas une académie de sciences, mais une École desservant certains besoins, tout comme les Écoles d’eaux et forêts, l’École navale, etc. L’administration doit prendre ses agents très-jeunes pour pouvoir profiter pendant le plus de temps possible des sacrifices qu’elle a faits pour leur instruction.
- Tableau des promotions de VÉcole polytechnique de 1851 à 1858.
- DÉSIGNATION. 1851 1852 1853 1854 1855 1856 1857 1858 TOTAUX.
- Ingénieurs de Compagnies de
- chemins de fer ou autres 1 10 2 14 11 6 6 7 57
- Constructeurs, entrepreneurs ,
- industriels ou négociants 5 2 6 4 4 6 3 6 36
- Professeurs 2 1 1 5 7 2 1 » , 19
- Avocats, agents de change, mé- Y
- decins, notaires, banquiers, etc. 2 2 1 1 » 3 4 16
- Rentiers ou propriétaires;.,;... 1 2 2 » 3 6 » 2 16
- Employés des finances, de pré-
- fectures, des télégraphes..... » 1 >» 1 1 3 3 )) 9
- Emploi inconnu 1) » » » •» )> 1 » 1
- Nombre dé démissionnaires.... 11 19 13 25 27 23 * 17 19 154
- Nombre d’élèves composant la
- promotion à l’entrée 96 110 110 170 170 125 116 115 1012
- Rapport du nombre de démission-
- naires au nombre d’élèves entrés. - . :M 15 o/o
- « C’est à tort qu’on veut représenter l’École polytechnique comme devant servir 4 l'enseignement mathématique de la jeunesse en général; tel n’est pas son but.
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- Ceux qui, en dehors de cette École, veulent obtenir une éducation mathématique complète, peuvent suivre les cours publics institués dans les facultés pour cet objet, comme le font les jeunes gens qui désirent acquérir les connaissances particulières du droit ou de médecine. Des grades de licencié et de docteur sont institués pour récompenser leurs efforts et constater leur capacité ; je ne vois pas pourquoi l’on demande que l’enseignement des sciencesmathématiques soit donné d’une autre manière que celui des autres sciences, et pourquoi l’on vient mettre en cause l’École polytechnique sur ce point.
- ce Je vous serais reconnaissant, Monsieur le Président, de vouloir bien faire donner lecture de cette lettre dans notre prochaine séance.
- « Veuillez agréer, etc. E. Godfernaux. »
- M. le Président donne lecture de la lettre qu’il a reçue de M. Brüll et qui est ainsi conçue :
- « Monsieur le Président,
- a Par ma lettre du 11 mars 1872, j’avais l’honneur de vous demander d’adresser des invitations aux ingénieurs de l’État résidant à Paris pour les séances où la question du recrutement serait mise à l’ordre du jour.
- « Je vous exposais que la présence de quelques ingénieurs de l’État donnerait à la discussion des garanties d’impartialité et de modération.
- « Vous avez bien voulu approuver mes raisons et me donner la promesse que ces invitations seraient envoyées.
- « Mais, le 30 mars, vous me faites l’honneur de m’écrire que vous avez soumis au Comité cette question des invitations, et qu’à l’unanimité le Comité a trouvé qu’il n’y avait pas lieu. : -
- « Permettez-moi de protester contre cette décision du Comité, que j’aurais combattue si j’avais été présent à la séance.
- a Je suis bien convaincu que tous les membres du Comité ont le désir sincère de faire rentrer la question du recrutement dans les limites dont elle n’aurait jamais dû sortir, de conserver à la discussion le caractère d’équité et de convenance dont la Société se fait honneur; mais je crains que le moyen qu’on repousse ne soit la condition indispensable d’une étude impartiale de la question.
- « Notre Société, en effet, malgré l’opinion de plusieurs de ses membres les plus autorisés, ne compte pas d’ingénieurs de l’État dans son sein, et ils ne peuvent suivre nos séances que lorsqu’ils sont invités à y assister. Nous allons donc discuter sans eux une question qui les intéresse et sur laquelle leur compétence est évidente.
- « Nous serons privés des raisons par lesquelles ils pourraient légitimer l’état actuel des choses que nous critiquons, des indications qu’ils pourraient fournir pour le modifier avantageusement, et enfin des objections qu’ils voudraient présenter aux propositions qui ont été formulées. t
- « Dans ces conditions, notre étude ne saurait être ni complète ni fructueuse.
- « Lorsque je vous exprimais mes craintes au sujet des dangers que présentait une discussion sur l’École polytechnique, vous avez bien voulu me donner l’assurance que vous vous attacheriez à empêcher le débat d’aborder cette question irritante, étrangère au programme posé, après étude, par le Comité* Mais les procès-verbaux
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- de nos dernières séances montrent que cettë limitation de l’étude entreprise n’a pas été possible, et que des attaques violentes ont été dirigées à plusieurs reprises contre l’École polytechnique et contre ceux qui en sont sortis. La vivacité et la persistance de ces critiques compromet la bonne camaraderie qui règne entre les membres de la Société.
- « Or, j’avais vu dans la présence à nos séances de quelques ingénieurs invités une chance de ramener la discussion sur son vrai terrain où l’accord se ferait aisément, tandis qu’il est impossible sur la désorganisation de l’École polytechnique.
- « Veuillez * Monsieur le Président, accueillir ma protestation et la Communiquer à la Société. J'ai pleine confiance dans son équité ; et si l’assemblée approuvait; Comme vous les avez approuvées vous-même, les raisons exposées ci-dessus, le bureau se verrait autorisé à envoyer les invitations si la discussion devait se prolonger.
- « Veuillez agréer, etc. A. Brüll. »
- M. le Président. Je dois un mot d’explication à la Société au sujet de cette lettre. Lorsque M. Brüll m’a remis sa première lettre, j’avais en effet pensé qu’il y avait lieu de faire les invitations qu’il demandait; mais en y réfléchissant, des scrupules me sont venus sur la convenance et l’opportunité de cette mesure, et j’ai cru devoir réunir le Comité pour les lui soumettre. Le Comité, à l’unanimité, a décidé qu’il n’y avait pas lieu de faire d’invitations dans les conditions indiquées. Je regrette que M. Brüll n’ait pas assisté à cette séance.
- M. le Secrétaire lit ensuite la lettre et la note suivantes adressées par M. Molinos.
- Monsieur lé Président,
- J’ai le regret de ne pouvoir assister ce soir à la séance de la Société eh raison d’un voyage que je ne puis retarder. Je viens vous prier de vouloir bien faire donner lecture à la Société de la note ci-jointe relative au recrutement des Ingénieurs de l’État.
- Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’assurance de ma plus profonde considération. L. Molinos.
- « Messieurs,
- « Je viens vous soumettre quelques observations en réponse aux lettres et notes qui vous ont été communiquées par MM. Orsat, Armepgaud et Beauchamp au sujet du recrutement des Ingénieurs de l’État.
- j. « Je voudrais bien ne pas retenir votre attention en dehors du fond même du sujet qui nous^occupe ; mais je trouve dans les communications de M. Orsat, si modérées qu’elles soient en général, dans la lettre de M. Armengaud, et particulièrement dans celle de M. Beauchamp, quelques passages que je relèverai tout à l’heure, et qui m’obligent à mettre en évidence un fait auquel nous devons attacher une grande importance. Ce fait, c’est le désintéressement absolu de tous les membres de la Société qui ont pris part à cette discussion, et je trouve qu’il y aurait une profonde injustice de la part de nos contradicteurs à le méconnaître. C’est une accusation qui tombe au premier examen. Eh effet, il n’est personne ici qui ait jamais, proposé pour le recrutement des Ingénieurs de l’État un autre système que celui .du concours. Toute la différence qui nous sépare consiste à savoir s’il vaut mieux, placer ce concours à l’entrée d’une école préparatoire, comme l’est l’École .polytechnique, ou le rejeter au contraire à la fin de toutes les études comme une
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- sanction nécessaire. Or, malheureusement pour nous, nous avons presque tous passé, et de beaucoup, l’âge des concours; en sorte que si les modifications que nous proposons étaient admises, nous n’en pourrions nullement profiter. J’ajoute que, si nous prenons à partie des institutions, nous avons toujours entendu laisser en dehors de toute critique les hommes qui composent un corps très-honorable, très-respectable. La préoccupation de bien établir cette distinction se manifeste à mes yeux dès le second paragraphe de la note du Comité, et, en relisant les diverses opinions qui ont été émises dans la discussion, il m’est impossible de trouver un seul mot prononcé, par un membre de cette Société en accord avec notre opinion, qui se soit écarté de ce programme.
- « J’accorderai même avec empressement à M. Orsat que, quel que soit le système définitif qui sera adopté, le personnel qui remplira les situations d’ingénieurs de l’État sera très-peu différent de celui qui les occuperait avec le système actuel. Cela ne m’importe nullement, et je vois avec regret, au point où nous en sommes arrivés dans cette discussion, que nos contradicteurs ne comprennent ni le but auquel nous tendons, ni les motifs qui nous font agir, puisque l’un d’eux, M. Beauchâmp, ne craint pas d’attribuer à la jalousie une des réclamations que je considère comme les plus nécessaires, les plus urgentes et les plus-légitimes, ainsi que j’espère le démontrer tout à l’heure en peu de mots. '
- « Il faut donc préciser ce but, et comme je n’entends parler qu’en mon nom, je vais nettement exposer le résultat que je voudrais atteindre, afin que tout le monde comprenne bien la liaison inévitable qui existe entre ce résultat et l’ensemble du système que je voudrais voir adopter.
- « J’aurais voulu d’abord qu’on se mît d’accord sur le meilleur enseignement à donner à un ingénieur. Cette question résolue, j’aurais voulu examiner les moyens les plus convenables pour répandre cet enseignement dans notre pays. Enfin je combats cette opinion purement socialiste qui a dominé jusqu’à ce jour dans notre administration, et qui porte l’État à mettre la main partout, à nous rendre, malgré nous, et avec l’impôt, une foule de services que l’industrie privée nous rendrait beaucoup mieux, à bien meilleur compte, et à étouffer par suite, chez nous, l’esprit d’initiative individuelle. L’existence du système polytechnique est entièrement liée, dans mon esprit, à ces erreurs qué je crois très-funestes; voilà pourquoi je voudrais le voir réformer. .
- cc Je reconnais qu’il est difficile de pousser à fond là discussion des questions d’enseignement. A ma grande surprise, il paraît que c’est une question irritante et qui blesse ceüx de nos collègues qui sont sortis de l’École polytechnique. Je croyais qu’il appartenait à cette Société, dont tant de membres ont exécuté des travaux si variés, aussi bien dans le domaine des sciences que dans celui des applications, de donner des avis salutaires sur la meilleure direction à imprimer à l’éducation d’un ingénieur. Il me semble que cette discussion n’était pas, pour elle, moins intéressante que les travaux auxquels elle se livre habituellement. Je pensais qu’à une époque de rénovation nécessaire, comme l’est celle que nous traversons, cette étude pouvait fournir un document précieux, quand même elle eût conclu que tout est pour lé mieux, mais je vois avec regret qu’il faut y renoncer ; passons donc et laissons ce soin à d’autres.
- « Quant à la dernière partie de mon programme;, je vais la développer en répondant aux principaux arguments mis en avant par nos contradicteurs.
- « M. Orsat vient de nous expliquer comment les institutions varient avec les
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- peuples ; d’une manière générale, cette proposition est évidente. Il n’en est pas moins vrai que les nations se font sans cesse des emprunts. Sans doute, lorsqu’il s’agit de grandes réformes politiques qui touchent à la constitution d’un pays, telles que le mode de suffrage, le service militaire, etc., on peut trouver dans une foule de circonstances un obstacle invincible à leur introduction; mais un mode de recrutement des ingénieurs de l’État ne présente pas une si grande importance; et, de même que l’Italie et la Belgique, par exemple, ont fini par adopter le système métrique ou notre système monétaire, bien des États auraient pu nous emprunter notre système polytechnique, s’ils l’avaient, en effet, admiré, comme on veut bien le dire, et si ce système n’avait pas rencontré dans leurs pays quelque obstacle invincible. C’est justement dans la recherche de cet obstacle qu’est, à mes yeux, l’intérêt et l’importance de la question que j’ai posée; je n’en vois pas l’explication dans les considérations générales auxquelles M. Orsat s’est borné, et je vais essayer de la donner.
- « Le système polytechnique est né, en France, au milieu de circonstances extraordinaires que tout le monde connaît. On manquait absolument d’ingénieurs militaires; tous les corps savants étaient dispersés ou avaient émigré, il fallait les remplacer au plus vite et à tout prix. Les républicains d’alors étaient des centralisateurs à. outrance; ils ont adopté une organisation des services des ingénieurs de l’État qui répondait merveilleusement à leurs vues. Ce n’est pas le premier Empire qui pouvait y trouver à redire: le germe s’est développé entre ses mains,et qui donc aurait pu protester?-L’industrie n’existait pas, pour ainsi dire, et d’ailleurs, sauf dans les questions de mines et d’hydraulique, ses relations avec ce corps naissant se bornaient à peu de chose.
- « C’est de la centralisation que le système polytechnique est né, et c’est la décentralisation qui lui a déjà porté les premières atteintes et qui le détruira. Nous avons vu se former à nos côtés, depuis 40 ans, deux nations, l’Italie et la Belgique, qui ont avec nous bien des analogies de langue, de mœurs et de lois, qui ont même vécu pendant longtemps, au commencement de ce siècle, sous une administration française, à une époque où le système polytechnique existait déjà chez nous. Les Allemands pouvaient également l’adopter, avec la plus grande facilité; dans l’un ou l’autre de leurs États, ils possèdent une dizaine d’Écoles polytechniques. Deux petits règlements auraient suffi : examen à l’entrée avec limite d’âge, recrutement obligé des ingénieurs de l’État parmi les élèves de ces écoles. Pourquoi donc ces peuples, qu’on nous représente comme de grands admirateurs du système, ne l’ont-ils pas adopté? C’est par une raison unique et bien forte : c’est que les mœurs politiques de ces nations sont opposées à la centralisation, c’est qu’elles ont bien vu qu’en matière de travaux publics et d’industrie, le système polytechnique était la représentation la plus parfaite de la centralisation. C’est, par conséquent, que cette prétendue admiration pour un système qu’on nous envie, et qu’il serait cependant si facile d’imiter, n’est qu’une vaine formule, dont tous ceux qui ont eu avec l’étranger des relations suivies connaissent l’inexactitude. Nous sommes, au contraire, amèrement raillés pour ce système d’intervention permanente de l’État, auquel nous nous sommes laissé assujettir, pour le formalisme et la lenteur de nos usages administratifs, pour la multiplicité et la complication des rouages, pour cette infinité de règlements, souvent surannés et contradictoires, pour cette confusion d’une foule de services qui devraient être abandonnés à l’industrie privée et qui sont chez nous dans les mains de l’État. Yoilà, je pense, la vérité sur cette question.
- « J’ai dit que la décentralisation, dont la nécessité commence heureusement à être
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- comprise de l’immense majorité du pays, avait porté les premiers coups au système polytechnique, et que, logiquement, elle devait le détruire. C’est, en effet, ce qui arrivera fatalement, à moins que la puissance de notre administration ne parvienne à étouffer les premières tentatives de décentralisation que la volonté du pays estenfin parvenue à faire introduire dans nos lois. Mais j’ose prédire que la lutte sur cette question, qui décidera de l’avenir de notre pays, est à peine commencée, et que vous verrez le système polytechnique tout entier combattre au premier rang pour reprendre, soit ouvertement, soit en sous-main, toutes les concessions arrachées, et rétablir, comme par le passé, sur la nation entière le joug du pouvoir central. Je vais plus loin, et je soutiens que, môme dans l’état actuel de nos mœurs politiques, l’établissement du système polytechnique serait absolument impossible chez nous, s’il n’y existait pas. M. Orsat n’a pas répondu à une objection que j’ai soulevée et qu’il importe cependant d’examiner. Aux yeux de nos contradicteurs, le système polytechnique est un ensemble qui produit une série de résultats excellents : efforts exceptionnels obtenus d’une partie des élèves ; esprit de corps, c’est-à-dire, en ne considérant que les bons effets de ce sentiment, contrôle mutuel et sévère, éducation de l’esprit, etc. Mais tous ces résultats sont désirables pour toutes les carrières et toutes les sciences, aussi bien pour les magistrats et la science du droit que pour les sciences naturelles et les médecins.
- « Pourquoi ne pas faire des Écoles de droit et de médecine suivant le système polytechnique? Soyez donc logiques et proposez l’extension d’un système qui assure de si grands avantages; nous verrons comment nos jurisconsultes et nos médecins, qui ont bien aussi quelque compétence dans la matière, accueilleront un pareil projet.
- « Or, ce n’est pas un argument de fantaisie que je soutiens : je pense bien que nos contradicteurs eux-mêmes reculeraient devant cette proposition ; qu’ils n’oseraient jamais mettre toutes les carrières libérales aux mains de quelques petits corps, fermés pour toujours au reste des Français. Mais ce n’est pas cependant une pure hypothèse et la tentative a été faite. Les républicains de 48 étaient, pour leur malheur et pour le nôtre, aussi centralisateurs que leurs devanciers de 92 ; aussi avaient-ils accepté l’idée de la création d’une École d’administration. "Vous vous rappelez, Messieurs, que cette école a existé, une année ou deux, je crois ; heureusement le pays a senti le danger et elle a été détruite. L’idée se produisait HO ans trop tard ; car je crois que si elle avait été enfantée sous .la république, nous aurions aujourd’hui deux systèmes polytechniques à combattre.
- « J’espère que nos contradicteurs voient plus clairement aujourd’hui ce que je trouve de contraire à la grandeur et au développement de notre pays dans le système polytechnique. Je pense plus que jamais qu’une réforme radicale est nécessaire pour mettre les procédés d’instruction des ingénieurs et leur recrutement par l’État en conformité avec les principes qui dominent chez nous dans toutes les autres branches des sciences, et qui sont universellement adoptés à l’étranger.
- « Je la crois d’ailleurs commencée par la force des choses, à l’insu peut-être de ceux qui l’accomplissent, mais non pas des hommes qui sont accoutumés à observer et à réfléchir. M. Orsat se trompe lorsqu’il prétend que tous les anciens élèves de l’École polytechnique sont unanimes à blâmer cette réforme. C’est peut-être vrai pour les anciens élèves de cette École que nous avons l’honneur de compter parmi nos collègues, et je le regrette, mais quelques ingénieurs des ponts et chaussées expriment publiquement un avis favorable. Un plus grand nombre concèdent la
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- nécessité d’une réforme sans oser manifester leur opinion, car l'esprit de,corps ne présente pas que des avantages, comme le croient nos contradicteurs. Les ingénieurs intelligents du service de l'État, qui ont la conscience de leur force et de leur valeur réelle, savent très-bien que ceux qui Voudraient une transformation, dont le but serait de mettre la médiocrité à la place du vrai mérite, seraient battus d’avance. Ils savent très-bien que, sous quelque régime que ce soit, pourvu qu’il soit juste et raisonnable, ils seront toujours au premier rang; et ils comprennent qu’il vaut mieux se mettre à la tête d’un mouvement nécessaire que de se Ia'isser emporter par le courant. Quant à ceux qui voudraient s’endormir sur des lauriers conquis à vingt ans, ils rappellent précisément, à mes yeux, un des vices principaux du système.
- « J’ai encore à examiner, Messieurs, quelques questions importantes, avant de conclure.
- « M. Orsat et M. Armengaud croient que ce serait affaiblir l’enseignement polytechnique que de l’ouvrir à un grand nombre d’élèves. M. Orsat ajoute que les uns trouvent l’enseignement de cette École trop élevé, les autres trop faible. Nous ne pourrions examiner ce sujet sans rentrer dans une discussion qu’il était logique d’aborder avant tout; mais, ne voulant pas la réveiller, je me bornerai à dire : qu’à la place du mot élevé, M. Orsat mette le mot abstrait, et il rendra l’opinion de beaucoup de savants des plus compétents. Sans doute, pour qu’un enseignement soit utilement répandu, il faut qu’il soit lui-même utile, et qu’on ne parte pas de cette idée fausse de faire des savants, lesquels ne se font dans aucune école. Je ne mets pas, en effet, à l’actif do l’École polytechnique les savants qui en sont sortis, quoique, au premier abord, cette opinion paraisse un paradoxe; mais Newton et Galilée n’étaient d’aucune école, et la pléiade de savants que l’École polytechnique peut citer parmi ses anciens élèves ne peut faire oublier les Monge, les Berthollet, les Ampère, les Cuvier, les Geoffroy Saint-Hilaire, etc., qui les ont précédés dans là carrière. C’est ce qui prouve que ce n’est pas telle ou telle écolè qui produit ces hommes d’élite; c’est la France entière qui doit en revendiquer la gloire. L’École polytechnique est avant tout destinée à former des ingénieurs civils et militaires; c’est â ce point de vue sëulémeût qu’il faut l’examiner. Préoccup'èz-yous de faire des ingénieurs' douéS d’une solide et puissante instruction, vous aurez des savants par surcroît. Hans cet esprit, comment Soutenir qu’on né pourrait donner un pareil enseignement qu’à'unë'trênft'ame de jeunes'geins en Érance, eh mettant dé'côté l’élé-
- ment militaire ?
- « Mais les Allemands possèdent dix écoles polytechniques entièrement civiles., MM. Orsat et Armiengàud veulent-ils' donc établir que nous leur sommes à ce point inférieurs? Si une telle opinion pouvait être fondée, il ne nous resterait plus qu’à désespérer de notre pays. J’ajoute enfin que M. Armengaud' à une confiance excessive dans les examens, comme ihoyen dé classer sûremen t des jeunes" gens par ordre de mérite reef. J5’ai vu trop1 souvent ailleurs des jeunes1 gens, ayant oËténü avéc pleine un diplômé, effacer ensuite ceux de leurs. camarades que" les..concours avaient classés âv la tête dé leur promofion, pour^ à’êtré pâs éfeyeriu' profondément sceptique à cet egard; aussi' suis-jè opposé à l’èxàmen, sans appel,' de'l’École polytechnique avec.limite a âgé. . , „
- « M né faut pas’non plus soutenir, avec M. Orsat, qu’il est inutile de donner renseignement de l’École' p.olyieclihî<jiie à un grand nombré d’élèves, sbus prétexte que ces cours sont professés au Collège de France, au Muséum ou au Conservatoire des
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- arts et métiers. Un enseignement, pour être fructueux, a besoin d’être coordonné, de former un ensemble, et ce serait une erreur de croire que des jeunes gens pourraient aller chercher, daus deux ou trois établissements, une instruction qui ne présenterait pas de grandes lacunes. J’ajoute que les hommes cherchent toujours un but précis, surtout pour de longs efforts; ils veulent, avec raison, une sanction à des études consciencieuses. La voie ouverte par M. Orsat n’en présente pas.
- « M. Richard a réclamé contre la disposition qui permet aux ingénieurs de l’État d'entrer au service de l’industrie privée sans perdre leur qualité de fonctionnaires. Partisan d’une réforme beaucoup plus radicale, je n’attache à cette question qu’une importance subsidiaire. Cependant vous me permettrez de vous rappeler en deux mots les vrais arguments qu’on peut présenter à l’appui de cette thèse, arguments que vous connaissez tous et qui vous ont frappés depuis longtemps, mais que M. Beauchamp n’a pas aperçus.
- « Si vous permettez à un corps de fonctionnaires très-influent, prodigieusement uni, de placer un certain nombre de ses membres à la tête des grandes industries qui ont avec l’État des liaisons d’intérêt aussi nombreuses qu’importantes; si ces membres peuvent être tour à tour contrôleurs et contrôlés; si, parles grandes situations qui leur sont faites, par celles dont ils disposent en faveur de leurs camarades, ils peuvent exercer sur leur corps tout entier une influence prépondérante, ne craignez-vous pas de sacrifier, dans quelques cas, les intérêts du pays?
- « Prenons un exemple : voici un ingénieur (fui a fait une longue carrière à la tête d’un chemin de fer; il rentre dans le corps et dans le conseil des ponts et chaussées. Il se présente un projet de création ou d’amélioration d’un système de voies navigables, qui fera concurrence à cette entreprise pour laquelle il a conservé une sympathie toute naturelle. Pourra-t-il défendre, avec beaucoup de chaleur, ce projet concurrent qu’il aurait été obligé de combattre et qu’il a peut-être combattu lorsqu’il était encore au service de sa Compagnie ? Je pourrais multiplier ces exemples, mais c’est bien inutile, car l’objection repose sur un principe évident, que je résume ainsi : « Les intérêts privés sont souvent en opposition avec l’intérêt général; il ne faut donc pas qu’un fonctionnaire, qui ne doit jamais avoir souci que de l’intérêt général, puisse être chargé d’intérêts privés. »
- f( Quant à la limite d’âge, elle n’est justifiée en rien, à mes yeux, et présente toutes sortes d’inconvénients. Il m’est complètement indifférent qu’un jeune homme arrive bien armé, pour parcourir sa carrière, à 25 ou a 27 ans. C’est son affaire. Comme on ne peut tout apprendre en peu de temps, je considère comme indiscutable que la limite d’âge a pour effet de faire négliger des études indispensables. On ne s’instruit plus en vue de développer la plus grande somme de culture et de valeur dont on est susceptible, on s’instruit pour répondre à un programme déjà très-chargé. C’est une sorte de niveau sous lequel il faut que, bon gré mal gré, tous les esprits se courbent. Sous ce rapport, je trouve que les Allemands sont bien plus dans le vrai que nous. Us exigent, pour entrer dans leurs Écoles polytechniques, une limite d’âge inférieure; mais de limite supérieure, il n’en est pas question. r,
- « Je demande donc la suppression de la limite d’âge et l’ouverture dé l’École polytechnique à un grand nombre d’élèves. Je désire que l’enseignement donné dans cette École soit aussi utile qu’élevé, et ce but ne peut être atteint, à mon avis, que par l’étude simultanée des sciences pures et des sciences appliquées.
- , « Je viens de définir ainsi, Messieurs, une véritable faculté. D’accord avec la note
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- du Comité, je voudrais, en effet, qu’on suivît, pour former des ingénieurs, la même méthode que celle qui a fait, depuis si longtemps, ses preuves pour nos avocats et nos médecins. Ce n’est pas que j’approuve aveuglément l’organisation de nos Facultés actuelles, je crois, au contraire, qu’on peut y introduire des perfectionnements considérables, sous le rapport de l’assiduité des élèves, de la surveillance des études, de la multiplicité des examens, de la sévérité des concours pour l’obtention des divers diplômes. Mais, ces progrès sont faciles à réaliser, et les critiques de détail n’infirment en rien l’idée fondamentale.
- « Avant de terminer, permettez-moi, Messieurs, de dire un mot de la question militaire. Je m’empresse de déclarer et de reconnaître mon incompétence. Mais il me suffira de mettre en évidence deux conclusions dont j’espère que l’exactitude ne pourra pas être contestée.
- « Le premier enseignement que je veux tirer des faits est d’ordre moral. Le corps de l’état-major est recruté parmi les premiers élèves de Saint-Cyr ou des élèves de l’École polytechnique, au moyen d’examens passés au début de leur carrière. Ce corps a-t-il rendu, dans la dernière guerre, tous les services qu’on était en droit d’eii attendre? tout le monde s’est déjà chargé de la réponse. Et cependant ce corps est l’élite de l’armée! C’est un exemple frappant de l’inconvénient, signalé dans la note du Comité, de fixer irrévocablement une carrière au début de la vie. Changez le mode de recrutement, exigez, au lieu d’un examen unique, des efforts permanents, et les mêmes hommes — remarquez que je dis à dessein les mêmes hommes — vous donneront des résultats tout différents.
- « En second lieu, il me paraît trop bien démontré aujourd’hui qu’il n’est pas nécessaire de recourir au système polytechnique pour avoir un excellent corps d’ar-Éllerie comme personnel et comme matériel. Les Prussiens se sont chargés de cette démonstration. Vous n’ôterez pas de l’idée du public que notre infériorité, sous le rapport de l’artillerie, a beaucoup contribué à nos désastres, et cette opinion est enracinée dans toute l’armée. Bien entendu, je ne parle ni du courage, ni du dévouement, qui sont au-dessus de toute critique. Mais enfin, en 1866, nous n’avions pas le meilleur fusil, ni, en 1870, le meilleur canon. A qui voulez-vous que nous nous en prenions? J’avoue que je n’ai pu me défendre d’un sentiment douloureux, en entendant soutenir le système polytechnique, dans les circonstances actuelles, par des considérations fondées sur notre supériorité militaire ! Ce sentiment, je l’avais déjà éprouvé plus vivement encore, lorsqu’au lendemain de nos désastres, j’ai vu un général d’artillerie prendre la plume, dans une Revue célèbre, pour établir que tout était pour le mieux, que nous n’avions rien à changer, rien à perfectionner et que, si nous avions été battus, c’était uniquement la faute de l’opposition sous l’Empire ! C’est vraiment trop sacrifier Son pays à l’esprit de corps !
- « Je suis donc convaincu, Messieurs, qu’il faut rendre à l’armée ce qui est à l’armée, et au ci vil ce qui est du domaine des arts et de l’industrie. Je crois que la confusion des armes savantes et du génie civil à l’École polytechnique est un obstacle à la fois au progrès de ce dernier et à un bon système d’instruction pour l’ensemble de nos officiers. Mais j’en ai dit assez pour montrer, par l’exemple même de nos ennemis, qu’on peut introduire hardiment, dans l’élément civil, les^réformesqui seront jugées nécessaires, sans craindre d’affaiblir l’armée.
- « En résumé, Messieurs, je demande : l’établissement en France de plusieurs Facultés des sciences, dans lesquelles l’étude des sciences pures serait entièrement liée à celle des sciences appliquées.
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- « Ces Facultés délivreraient les diplômes, comme les Facultés de droit et de médecine. L’État choisirait ses ingénieurs parmi les diplômés.
- « Je considère toutefois que les propositions de M. Richard constitueraient un grand progrès sur l’état actuel-des choses; je pense qu’elles seraient un acheminement vers la réforme radicale que je désire. »
- La discussion continue en ces termes :
- M. Deligny. Nos statuts s’opposent à ce que cette discussion soit suivie d’un vote sur une proposition déterminée; nous ne pouvions que faire une enquête, je propose de clore cette enquête pour le moment.
- M. Guebhard propose de clore la discusssion par le vote d’un ordre du jour motivé ainsi conçu :
- « La Société des Ingénieurs civils, après avoir discuté, pendant plusieurs séances,
- « la question de la réforme du système de recrutement des ingénieurs de l’État,
- (< présentée par le Comité dans la séance du 16 novembre 1871,
- « Considérant :
- « 1° Que l’École polytechnique est absolument en dehors du débat;
- « 2° Qu’il peut y avoir des réformes à apporter au système de recrutement des « Ingénieurs de l’État :
- « Passe à l’ordre du jour. »
- M. Dallot. D’après nos statuts, la Société ne peut émettre une opinion collective sur aucune question; il n’est donc pas possible de voter l’ordre du jour de M. Guebhard.
- Je fais une autre proposition : c’est, lorsque la discussion sera considérée comme épuisée, de nommer une Commission chargée d’étudier les moyens de donner suite aux vœux qui ont été émis dans le cours de la discussion.
- M. Deroide. J’avais compris que cette discussion ne devait pas avoir une durée limitée, et que la question était pour ainsi dire en permanence à notre ordre du jour.
- M. le Président. 11 est bien entendu que la Société pourra toujours reprendre la question Ultérieurement, si elle reçoit de nouvelles communications sur le même sujet.
- M. Normand. Je pense qu’un certain nombre de nos collègues sont, comme moi, d’avis que la conclusion pratique à donner à ce débat serait la rédaction et l’envoi d’une pétition à l’Assemblée nationale.
- M. le Président. L’envoi d’une pétition ne peut être fait par les membres de la Société qu’à titre individuel.
- M. Dallot. Les suites à donner à la discussion ne peuvent être utilement examinées ici; ce serait à la Commission, dont je propose la nomination, qu’il appartiendrait de préparer une solution pratique.
- Dans la séance du Ier décembre, M. Chabrier avait demandé la nomination d’une Commission chargé d’étudier les démarches à faire pour obtenir un résultat, et il fut décidé qu’il ne serait statué sur cette proposition qu’après la discussion.
- Je ne fais donc que reprendre la proposition de M. Chabrier, au moment où la discussion paraît devoir être close.
- M. Deligny. Je demande le renvoi au Comité.
- M. Dieudonné. Je rappellerai que, dans la séance du 1er février, lorsque M. Fla-chat avait proposé de passer à l’ordre du jour sur la lettre de M. Orsat, en disant
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- que cet ordre du jour signifiait que l’École polytechnique était en dehors de la question, M. le Président a dit qu'il était inutile de procéder à un vote, parce que le sentiment de l’assemblée s’était suffisamment manifesté. Depuis, on s’est attaqué à l’essence même de l’École polytechnique, et l’ordre du jour motivé de M. Guebbard a justement pour but de rassurer ceux des membres de la Société qui sont anciens élèves de l’École polytechnique et que ces attaques ont justement émus.
- J’insiste donc sur la mise aux voix de l’ordre du jour motivé proposé.
- M. Deligny. Il y a confusion. On a discuté la question du recrutement des ingénieurs de l’État, et ce n’est qu’incidemment qu’il a été question de l’École polytechnique. Le débat sur la question principale en discussion est épuisé, nous n’avons qu’à passer purement et simplement à l’ordre du jour.
- M. Normand. Malgré les phases pénibles que cette discussion a traversées, nous avons lieu d’applaudir à la courageuse initiative manifestée par notre Comité en ouvrant, parmi tous les ingénieurs civils de France, une enquête sur les réformes à introduire danslesystèmederecrutement des ingénieurs de l’État. Nous ne.saurions trop féliciter les membres du Comité des termes judicieux et dignes par lesquels ils nous ont conviés à cette étude, et de la manière dont ils ont su la conduire et l’éclairer.
- Pouvons-nous regarder comme une objection sérieuse l’impossibilité où nous sommes de donner une conclusion formelle à cette discussion et d’exercer une action officielle en dehors de la Société? Cette situation est la règle de notre constitution; une loi sage nous interdit toute manifestation de ce genre, et de jamais chercher d’autres moyens d’action que la puissance des faits et des arguments que nous avons pu recueillir, et de produire rien autre chose que les éléments mêmes d’une discussion parfaitement libre et aussi complète que nos lumières collectives peuvent le comporter.
- Après quatre mois de cette discussion, la plus étendue et la plus animée que la Société eût encore,vue, nous avons droit de le dire, la grande majorité de ses membres adhèrent de cœur au?: vœux de réforme présentés par notre .Comité, et les accompagnent de leur plus vive sollicitude auprès de ceux qui auront pour devoir de prendre des mesures effectives pour empêcher le retour des maux dont la France vient d’être accablée, et qu’il serait vraiment trop commode de rapporter tous à des causes d'ordre politique. Le sentiment intime de tous les Français, sauf les exceptions faciles à expliquer, l’opinion du monde entier le proclame, ce qui a été le plus abîmé sur nos bhâmps de bataille, ce n’est pas l’antiquë renom de notre race, c’est le despotisme intellectuel auquel on l’avait asservie. Croit-on que nous allons reprendre bénévolement ce joug fatal? .
- . Quelques-uns de nos collègues, s’élevant contre l’opinion générale, se sont regardés comme personnellement atteints par l’expression de nos vœux de réforme et de progrès, et sont venus contester tout à la fois l’opportunité d’une pareille étude et la compétence de la Société des ingénieurs civils à s’y engager.
- La situation particulière de ces honorables collègues, tous anciens élèves de l’École polytechnique,'est une explication suffisante de leur attitude, et, sans les offenser aucunement, nous pouvons leur dire qu’ils ont encore ajouté à la force de nos convictions en nous montrant, à nouveau comment, dans notre malheureux pays, tout, même les faits et les meilleures raisons, sont tenus de ^incliner devant da toute-puissance officielle et l’infaillibilité polytechnique.
- Ces termes seront-ils trouvés exagérés en face de cette assertion de M. Tresca,
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- que, « en présence de nos désastres, l’École polytechnique reste l’un de nos titres de gloire les plus incontestés et les plus précieux, » et des affirmations de M. Orsat, qualifiant les monopoles des élèves de l’École polytechnique de « privilèges du savoir, de l’honorabilité et des services rendus? » Ailleurs, M. Orsat nous parle de calculs dont les difficultés effrayeraient nos ingénieurs civils ; il a fait un éloge pompeux des vingt-deux mille excellents canons que la France possédait au début de ia guerre de 1870, et qui sont aujourd’hui presque tous mis à la réforme, par suite dé déci-sions dont la responsabilité ne revient pas cependant aux ingénieurs civils.’
- . Pour bien établir le mérite supérieur des élèves formés par l’École polytechnique, M. Orsat a invoqué le témoignage d’Adam Smith, qui était mort avant sa fondation, mais qui avait du moins pu constater le bon état des routes de la France au milieu du dernier siècle. M. Orsat nous a cité une liste d’hommes éminents qui ont traversé l’École polytechnique, et, à côté de mérites incontestés, il n’a pas craint de faire figurer quelques noms contemporains qui porteront dans l’histoire une lourde part dans la responsabilité de nos malheurs ; mais M. Orsat a eu tort de s’arrêter dans cette voie, et d’autres noms célèbres appartenant à la toute-puissante École ont dû se présenter à sa pensée. Pourquoi les a-t-il si prudemment écartés?
- M. Orsat a longuement cité des témoignages approbateurs donnés par des étrangers de distinction à l’organisation de l’École polytechnique. D’après l’un de ces témoignages, Vintensité de l'émulation dans cette institution aurait, été trouvée, par un procédé dont on ne nous révèle pas le secret, égale à quatre fois l’effort de même nature exercé dans les meilleures écoles anglaises !
- C’est là à tout le moins une nouvelle manière de démontrer la supériorité d’une organisation par l’exagération des efforts et des fatigues qu’elle impose.
- Que ceux qui ont recueilli avec tant d’avidité les témoignages d'une admiration absolument platonique de l’étranger pour notre grande institution privilégiée prennent aujourd’hui la peine de le consulter à nouveau, ils ne rencontreront même pas ces marques de banale courtoisie. Ils verront si le monde considère que, dans notre lutte récente, notre nation a trouvé une direction scientifique digne d’elle et en rapport avec la dépendance à laquelle elle s’était si généreusement résignée.
- La France, qui a si longtemps montré la route aux nations voisines et leur a servi d’initiative, leur a aussi, hélas 1 rendu parfois cet autre et important office de les éclairer par ses propres déceptions. Elle n’en a peut-être jamais subi de plus profonde que l’effondrement de cette organisation prétentieuse, mécanisme omnipotent auquel les esprits absolus qui voulaient refaire la France de toutes pièces ont demandé une constitution supérieure pour nos grands services publics et le soin de notre défense, rejetant dédaigneusement toutes les autres garanties. Devant cette organisation impitoyable, toute souveraineté devait s’incliner, tous les services publics étaient enserrés dans un réseau impénétrable même aux Pouvoirs de l’État, abritant l’indépendance et l’irresponsabilité collective des fonctionnaires, protégeant surtout leur inaction, réprimant sévèrement toute aspiration non autorisée vërs le progrès, et ne laissant une individualité véritable qu’à trois ou quatre directeurs généraux sur dix millions d’hommes.
- Tous ceux qui ont pu observer de près la marche de nos directions techniques reconnaîtront l’exactitude de cette appréciation; ils savent ce qu’esjt' trop souvent l’indépendance du savoir dans ces carrières, ét ce que vaut aussi parfois cette fraternité de l’École qu’on célèbre avec tant de fracas, et qui n’a pas empêché certaines
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- personnalités envahissantes de se faire les tyrans et de devenir les fléaux de plusieurs de nos grands services publics.
- Le pays, qui avait abdiqué sa liberté d’action dans un si grand nombre de parties de sa propre administration, sous tant de fallacieuses assurances de progrès et de supériorité, ne laissera pas se dissiper en pure perte l’expérience si douloureusement acquise; il ne veut pas de bouleversement, mais des réformes prudentes et fermes. A l’inverse de ce qui se passe dans le Nouveau Monde, où'le « travail libre » gagne chaque jour du terrain, la France laissera-t-elle reconstituer et étendre un régime que nous sommes trop souvent en droit de qualifier de « travail esclave? »
- Ce mécanisme impitoyable, cet anthropomètre rêvé par l’abbé de Saint-Pierre, véritable blutoir des intelligences, a failli à sa tâche de trois manières différentes d’abord, en laissant parvenir aux emplois les plus importants des personnalités que les épreuves suprêmes ont fait reconnaître déplorablement inférieures à leur rôle; en second lieu, en barrant la voie par des épreuves injudicieuses à des valeurs intellectuelles de premier ordre, perdues dès lors pour la gestion des grands intérêts publics, où elles se trouvaient remplacées par des concurrents ayant remporté sur elles le prix de la course ; mais le tort le plus grave de l’organisation scientifique officielle est certes d’avoir souvent détérioré par un régime irrationnel les sujets d’élite qui lui étaient livrés, de leur avoir inspiré, par un abus des raisonnements abstraits, le dédain de l’observation et des connaissances expérimentales, et de les avoir amenés peu à peu à ne plus tenir compte des faits, et à considérer les réalités comme des accessoires. Nos malheurs ont été le juste prix de tant d’aberrations.
- A quel titre contesterait-on à la Société des ingénieurs civils le droit, disons mieux, le'devoir de se préoccuper d’une réorganisation de laquelle va dépendre le sort de notre pays? Si nos ardents contradicteurs persistaient à contester nos titres et notre compétence, pourraient-ils nous dire dans quelle réunion ou groupe d’hommes en France, on pourrait rencontrer une somme de connaissances scientifiques, techniques et spéciales, plus considérable que celle présentée par l’ensemble des membres de notre Société? Sur un grand nombre de points, nos fonctions et nos études de tous les jours ne se confondent-elles pas avec celles impliquées dans la direction de plusieurs grands services publics? Et, pour les autres, nous les confinons de bien près.
- Mais c’est à tort qu’on voudrait nous représenter comme seuls à réclamer des changements, et désireux de porter le fer et le feu dans nos services publics : ce n’est point notre pensée. Nous voudrions seulement seconder avec un dévouement calme et réfléchi le sentiment généreux qui de toutes parts réclame des réformes, qui les fait demander à beaucoup de ceux qui, investis de prérogatives exagérées, ont été les premiers à demander l’atténuation de monopoles dont ils ont pu mesurer les défectuosités, et qui aspirent à voir pénétrer plus d’air et de lumière dans leurs régions, jusqu’ici trop isolées du monde extérieur.
- Pour que nous ne soyons pas accusés de tenir nos critiques dans des généralités insaisissables, nous allons préciser par des faits dont la vérification est facile pour tous quelques exemples de la manière dont sont administrés nos grands services publics.
- Je veux dire un mot en réponse aux éloges très-inattendus qui nous ont été faits sur notre matériel d’artillerie par M. Orsat.
- Il est très-certain que, en 1869, la canon de campagne français était très-supérieur à celui de presque toutes les armées européennes; je dis presque toutes, car
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- les Anglais avaient déjà le canon Armstrong, qui a, depuis, servi de type au canon Krupp. Notre canon était incontestablement meilleur que celui des Autrichiens, et M. Orsat a cru devoir faire tout l’honneur de cette situation aux ingénieurs militaires sortis de l’École polytechnique ; cette conclusion serait trop absolue.
- Gustave Delvigne est l’inventeur et l’initiateur des projectiles allongés appliqués aux petites armes. En 1830, il commandait à l’expédition d’Alger une compagnie de tirailleurs qu’il avait armée, à ses frais, de sa carabine. Malgré l’opposition acharnée qui lui fut faite par les directions des armes spéciales, il ne cessa de poursuivre, au sacrifice de sa fortune, le progrès de notre armement, et en 1845 il faisait à Lorient, toujours à ses frais, des expériences de canons à projectiles allongés. Les tentatives de Delvigne furent réalisées dans notre artillerie aussitôt après la campagne de Grimée.
- Ce que nous pouvons reprocher à notre direction d’artillerie, c’est de s’être immobilisée dans une situation, bonne sans doute il y a dix ans, et d’avoir fermé les yeux sur les faits considérables qui s’accomplissaient au dehors et d’avoir laissé les défenses de nos places de guerre sans aucune, des modifications que le progrès des bouches à feu rendait manifestement indispensable. Si les Prussiens avaient fait la guerre au roi de Dohamey, ils n’auraient pas pu espérer rencontrer une plus complète ignorance de leurs moyens d’attaque, et ils n’eussent pas bombardé Tombouctou plus à leur aise qu’ils n’ont fait la plupart de nos villes. Laissez-moi ajouter un dernier trait.
- Les défenses maritimes du Havre ont été refaites il y a cinq ou six ans, et de nouvelles batteries construites et armées d’obusiers lisses à projectiles sphériques de 22 centimètres. La portée, la justesse et la force de pénétration de ces projectiles sur des coques de navires seraient certes inférieures aux canons de 30 livres déballés en usage sous le règne de Louis XIY. La conséquence est que la classe la plus infime de batteries ou de canonnières cuirassées, pourrait impunément brûler le Havre. Les défenses dont on nous a gratifiés seraient juste suffisantes pour fournir à l'ennemi un prétexte honnête pour détruire notre ville.
- A huit heures de distance du Havre, on peut voir dans les passes de Portsmouth et de Southampton comment les ports de mer doivent aujourd’hui être défendus. Le chenal est barré par des forts circulaires blindés en fer, armés de canons énormes.; mais tout cela est probablement inconnu de nos comités d’artillerie, bien que les nouvelles défenses de l’Angleterre et de ses colonies aient été ordonnées après une enquête parlementaire dont tous les éléments ont été livrés à la publicité.
- Lorsque la flotte espagnole vint bombarder le port du Callao, du Pérou, quelques mois de préparation avaient suffi à ce petit peuple pour organiser une défense sérieuse. Des canons de Blakeley de 300, dans des tourelles en fer, forcèrent la flotte cuirassée espagnole à cesser le combat. Il n’y a pas un seul de nos grands ports de commerce fortifiés, peut-être aussi de nos ports de guerre, où une défense aussi efficace pourrait être reproduite.
- Un Membre. Et de l’argent?
- M. Normand. 11 n’a jamais manqué en France : au surplus, comparez les budgets de la guerre en France et en Prusse dans les années où notre ennemi s’est si bien préparé, et nous si mal, et vous verrez si la véritable explication de nos malheurs est le manque de crédits suffisants. s
- Je poursuis, nos petites armes laissaient aussi énormément à désirer. Comment
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- expliquera-t-on, que du même point de départ, la carabine Delvigne-Minié, les gouvernements de France et d’Angleterre aient pu tirer par une transformation, identique en principes, des résultats aussi dissemblables que l’étaient le Snyder et notre triste fusil à tabatière.
- Nos Chassepots, qui eussent pu nous fournir un si puissant élément de supériorité sur le Dreyse, étaient mal fabriqués et très-mal réglés comme ligne de mire. Eu égard à la petitesse du calibre et à la sûreté du métal-acier, la rectitude du canon n’est pas obtenue dans l’alésage, mais doit être réalisée par des dressages de la masse du canon. Un résultat convenable impliquerait nécessairement l’épreuve au banc de tir, et cela n’ajouterait pas beaucoup au prix d’un chassëpot. Or, ces épreuves ne sont pas faites, et à Châtellerault il n’existe même pas d’emplacement pour les exécuter.
- M. Deroide. Il n’en existe nulle part.
- M. Normand. Les écarts du tir sur les indications des mires atteignaient souvent 5 à 10 millimètres de la distance, soit un à 2 mètres sur deux cents. Presque toutes les armes portaient trop haut, et c'est le genre de défectuosité le plus fatal, car la perte d’effet est complète. Aux débuts de la guerre, la surprise de certains coups, en face de la nullité d’effet de feux de peloton à petite distance, avait donné naissance à la supposition de cartouches sans balles. Ces faits ont été connus et signalés à l’étranger, et les Prussiens s’en sont déplorablement avantagés. J’avais proposé à M. de Fraissinet, délégué à la guerre, d’organiser une rapide vérification et rectification des armes.
- Il y a quatre ans, à la suite de l’Exposition universelle de Paris, j’ai eu avec mon ami, M. Mallet, l’occasion de vous entretenir de l’état de notre marine et de l'infériorité des appareils moteurs de notre flotte réalisant pour des bâtiments de même rang la moitié seulement de la puissance effective des vaisseaux anglais 3,600 à 3,800 chevaux, indiqués au lieu de 7,000 à 7,500.
- Chose navrante, encore aujourd’hui cette situation ne s’est pas améliorée; il n’y a pas encore de machines dans notre marine atteignant 4,000 chevaux indiqués, à l’exception du Rochambeau, acheté à un constructeur américain. Le’seul changement, c’est que nos nouveaux vaisseaux tirent tant d’eau qu’on ne peut s’en servir presque nulle part, et qu’ils marchent encore’moins que'les anciens,’ ce qui est facile à comprendre, car ils ont la même puissance pour une augmentation de résistance de 10 p. 100. Au total, comparativement aux vaisseaux anglais et prussiens, infériorité de puissance motrice, de vitesse, de défensive,'de puissance d’artillerie, et la faculté d'aller au fond sous un seul coup d'éperon? tandis que la’ construction cellulaire offre une garantie incomparable aux Vaisseaux'enriemi's. ’ !'
- !J’âi éff*déjà 'l’occasion, Messieurs,1 dë’vbus parler tdè l’influence des ingénieurs polytechniciens dans là Création du matériel de la Compagnie’générale transàtlan-tique. Aujourd’hui la Compagnie envoie ses navires en Angleterre subir la transformation de leurs machines, suivant le système qu’on avait vainement montré en application, il y a onze ans.
- Il faut bien le dire : le monde est gouverné par les passions plus encore que par les intérêts. '
- Quand donc on isole et qu’on séquestre des intérêts considérables sous la garde de quelques privilégiés, ces intérêts périclitent, non par la faute des hommes mais par celle du système. La France a eu le malheur d’en faire l’expérience. ™ La
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- leçon nous profitera, je l’espère, et je crois qu’à ce point de vue la discussion actuelle aura été utile et fructueuse. : ;,r:
- M. le Président. Personne ne demandant plus la parole sur la question plu recru-tement des ingénieurs de l’État, nous reprenons la suite de l’ordre du jour qui appelle la discussion sur le rapport de la Commission chargée d'étudier les questions d’économie industrielle.
- M. Périsse donne lecture des conclusions du premier rapport de la Commission d’économie industrielle sur « le droit des ouvriers à se concerter^ à"' sé réunir, à s’associer pour discuter et débattre le prix et les conditions de leur travail. »
- Nous les reproduisons ici :
- 1° La Société des Ingénieurs civils, par l’organe de son Président, offrira son concours, dans la grande enquête sur la situation des classes ouvrières.
- 2° Le droit des ouvriers de s’associer pour la conservation et là défense de leurs intérêts doit être catégoriquement reconnu, et spécialement lorsque son application a pour but une assurance mutuelle contre la maladie, les accidents, la vieillesse, le chômage, l’abaissement ou l’insuffisance des salaires, le trop-plein du marche du travail. " " ’ ' : * ,J-‘Avs
- 3° La loi du 27 mai \ 864 devrait être modifiée dans les termes suivants :
- Article unique. — Les articles 414, 41S et 416 du Codé pénal, relatifs aux coalitions des maîtres et des ouvriers, sont abrogés et remplacés par les dispositions.suivantes :
- Art. 414. — Sera puni d’un emprisonnement de six jours à trois mois et d’une amende de seize à cinq cents francs, ou de l’une de ces deux peines seulement, toute personne, qui, à la suite d’un concert, aura commis des violences, proféré des menaces, prononcé des amendes, des interdictions ou toute proscription quelconque soit contre ceux qui font travailler, soit contre ceux qui travaillent, quanifces actes
- Z, I , , , , -, - < Jl/Kj »,
- auront eu pour effet de porter atteinte a la liberté des maîtres ou des ouvriers.
- »*'* ,n ,iüji
- Art. 415. — Seront punis des mêmes peines, ou de l’uiie d’elles seulement, jes promoteurs de rassemblements tumultueux près (les établissements où s’exerce le travail, ou près de la demeure de ceux qui les dirigent, quand ces rassemblements auront été provoqués dans le but d’attenter à la liberté du travail." ^1
- Art. 416. — Seront punis des mêmes peines les patrons et ouvriers qui, ayant usé du droit légitime de se réunir librement et pacifiquement pour s’entendre et arrêter des résolutions communes soit sur les prix, soit sur les conditions du travail, n’auront pas fait précéder la suspension ou l’interruption du travail, dans un ou plusieurs ateliers, des formalités suivantes pour une action de conciliation préalable :
- 1° Toute suspension ou interruption collective de travail, ayant pour but d’en changer le prix ou les conditions, devra être précédée d’un avis signifié quinze jours à l’avance.
- 2° Dans les cinq jours qui suivront la déclaration de suspension ou cessation de travail, les parties intéressées porteront le débat devant une chambre de conciliation. Cette chambre, nommée chaque année et pour chaque corps .d’état, .sera composée d’un nombre égal de patrons et d’ouvriers. Son président sera nommé par elle, ou, en cas de partage, ce sera de droit le président du Conseil des Prud’homme? ou Je
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- juge de paix du canton. La chambre de conciliation, ainsi constituée, recevra les dires contradictoires, cherchera et proposera les termes d’une conciliation. Elle tiendra procès-verbal de ses travaux, sauf les réserves expressément demandées par les parties. Ces procès-verbaux seront mis à la disposition des intéressés, qui pourront les consulter, sans déplacement, après la clôture des négociations.
- 3° Si, dans le délai de quinze jours, la conciliation n’était pas obtenue, mais cependant présentait une sérieuse probabilité de réussite, la chambre pourrait prolonger le délai obligatoire de quinze jours en plus.
- Les formalités précédentes ne sont pas applicables aux suspensions.de travail résultant de cas de force majeure.
- M. le Président remercie la Commission d’avoir présenté, sur une question très» intéressante et qui va prochainement être discutée à l’Assemblée nationale, non-seulement un rapport mais encore une proposition nettement formulée.
- M. Deligny insiste sur la première des conclusions tendant à mettre les membres de la Société à la disposition de la Commission d’enquête sur la situation des classes ouvrières.
- M. Dallot pense qu’il n’y a aucun inconvénient à ce que la Société ofFre son concours, par l’organe de son Président. Cette démarche serait convenable à tous égards.
- M. le Président constate que la mesure proposée est unanimement approuvée, et se considère comme autorisé à faire les démarches nécessaires pour faire agréer le concours de la Société.
- M. Normand demande que, dans la 2e proposition, on supprime, dans la nomenclature des questions pour l’étude desquelles le droit des ouvriers à s’associer devrait être reconnu : le trop-plein du marché du travail. 11 ne lui parait pas opportun d’inviter, pour ainsi dire, les ouvriers à s’immiscer dans la question de limitation de la production.
- M. Dallot fait remarquer que le rapport n’a été porté à la connaissance des membres présents que depuis la veille et qu’on n’a pas eu le temps de l’étudier. Il propose de remettre la discussion à la prochaine séance.
- Cette proposition est adoptée.
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- Séance du 19 Avril 1872.
- Présidence de M. Émile Muller.
- M. le Président annonce que M. Pottier, membre de la Société, vient d’être nommé chevalier de la Légion d’honneur.
- Il annonce ensuite le décès des Messieurs Dupont, Marlier et Reytier, membres de la Société. 1
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- M. Obsat, comme observation au procès-verbal, demande l’impression de la lettre de M. Gouin, lue en séance du 5 courant.
- M. Orsat ajoute que M. le Président avait fait observer que l’ordre du jour pur et simple devait avoir la priorité sur l’ordre du jour motivé, et que le procès-verbal n’a pas reproduit cette observation.
- M. le Président répond qu’en passant à l’ordre du jour, il entendait que la Société pourrait reprendre la discussion. Les documents reçus ne seront plus lus en •séance au fur et à mesure de leur arrivée au bureau, mais seulement lorsqu’ils se seront produits en nombre suffisants pour intéresser la Société. Déjà une lettre de M. Maldant a été renvoyée au dossier.
- M. Beauchamp demande la parole sur le procès-verbal, pour répondre aux assertions de M. Normand, relativement à la fabrication des armes. M. Normand prétend : 1° que nos armes sont mal fabriquées, plus mal que dans les pays étrangers; 2° qu’elles sont mal réglées quant au tir, à cause de la non-rectitude du canon; 3° que nos armes ne sont pas essayées en manufacture ; 4° que nos armes portent trop haut et que, par suite, l’effet de leurs feux est nul.
- Tout au contraire la fabrication de nos armes en manufacture est faite et contrôlée avec le plus grand soin. Quant à la comparaison avec les armes étrangères, M. Beau-champ observe que les 100,000 chassepots achetés en 1869 à l’étranger ont dû être tous retirés des mains des troupes, qui n’en voulaient plus, et renvoyés dans nos manufactures pour y subir des réparations dont la moyenne a été de 4 francs par arme.
- Les canons subissent une épreuve à outrance, et deux épreuves de résistance à divers degrés de leur fabrication, et reçoivent des poinçons apparents sur toute arme en service.
- En ce qui concerne le tir, les tables ont été, après de longues expériences, arrêtées sur les armes types qui sont conservées. Or, comme les conditions balistiques de l’arme dépendent desdimensions diverses de l’arme, et non de la fabrication; comme on est sûr de reproduire exactement une arme semblable à l’arme type, on n’a pas besoin de refaire les expériences de tir sur chaque arme avant de sortir de la manufacture.
- Les choses se passent ainsi en France comme dans tous les autres pays.
- Si M. Normand a constaté personnellement des écarts de 1 mètre sur 200 mètres, il faut accuser la maladresse du tireur. Il ressort des documents authentiques, que la déviation est de 0m,40 à 1,000 mètres, ce qui est bien différent.
- M. Normand reproche à nos armes de porter trop haut. Or, la flèche de la trajectoire est de 0œ,43 à 200 mètres; 2m,07 à 400 mètres. Aucune arme n’a une flèche aussi faible, et n’est pour cette raison à même de balayer le terrain jusqu’à 400 mètres.
- En résumé, le chassepot est supérieur, comme fabrication, comme portée, comme justesse et comme effet produit à tout autre fusil.
- Quant à notre matériel d’artillerie navale, que M. Normand accused’insuffisànt, je rappellerai seulement que l’artillerie de la flotte a été créée, étudiée et construite par le corps d’artillerie de marine, à la tète duquel est un des officiers d’artillerie les plus distingués de l’Europe, et qui nous a mis sur la voie dans laquelle lesrautres nations nous ont suivis. (
- M. Normand répond qu’il n’ignore pas les essais auxquels sont soumises les armes
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- types dans les manufactures de l’État; mais il affirme que des expériences personnelles, dans de parfaites conditions de tir, lui ont donné, à 200 mètres, des déviations oscillant entre 1 mètre et 2 mètres. Si l’on avait voulu rectifier ces armes par une modification delà mire, il eût fallu la relever de 0m,01 à 0m,02 et parfois la placer en dehors du canon. D’un autre côté, toutes les armes portaient trop haut; cependant la précision, comme justesse de portée, ne dépend que dé la direction du dernier élément par rapport au point de visée, et il eût été facile d’améliorer ces armes par un: dressément rapide des extrémités de leurs canons. Les chassepots dé Belgique et d’Angleterre ne présentaient pas, à beaucoup près, les erreurs des armes françaises.
- M. Jordan demande la parole sur le procès-verbal. Il a appris, aujourd’hui seulement, les observations faites par M. Armengaud, au sujet de ce qu’il a dit dans l’avant-dernière séance, et il ne peut les considérer comme une rectification au procès-verbal antérieur. Il insiste pour que les procès-verbaux ne contiennent, en tant que procès-verbaux, que des choses réellement dites en séance : lors de la composition du compte rendu de la séance du 15 mars, il a fait remarquer à M. le Président que les calculs rédigés parM. Armengaud n’avaient pas été faits en séance, et il a demandé simplement que le procès-verbal fût l’expression aussi exacte que possible de la discussion publique. Il voit des inconvénients de diverses natures à ce que des assertions, qui n’ont point été produites et auxquelles il n’a pu être répondu, soient insérées dans l’intervalle des séances.
- M. Armengaud a fait, aux observations de M. Jordan, le reproche d’être basées sur des données inexactes. M. Jordan n’accepte pas le reproche et il veut encore répéter qu’il s’est servi uniquement des données établies par les expériences de M.Pierre Thomas, qui sont les seules actuellement publiées, sur lesquelles on puisse baser une discussion sérieuse comme celles que nous devons avoir ici.
- Les calculs développés par M. Armengaud dans la dernière séance, à propos du procès*-verbal, prouvent combien il est dangereux de s’écarter des bases expérimentales daris la discussion d’un nouveau procédé. M. Thomas a établi qu’un certain bec ôxvhydrique, employant le gaz portatif de Boghead, équivalait comme lumière à 1,69 fois le bec de ville parisien. M. Jordan n’a pas discuté cette expérience, il l’a admise et en a tiré une conclusion inattaquable. M. Armengaud a cru devoir répondre en disant qu'à Manchester on avait du gaz de Carmel, coûtant 0 fr. 15 c. le mètre cube, et il a admis que ce gaz, substitué au gaz de Boghead dans le bec oxyhydri-que, donnerait une lumière égale à deux fois le bec de ville. M. Armengaud ignore peut-être que, alors que le gaz de Boghead a un titre égal à trois fois celui du gaz de houille ordinaire, le gaz de Cannel, livré aux consommateurs anglais, a un titre égal à 1 1/2 fois seulement celui du gaz de houille, et ne pèut être comparé au gaz de Boghead, ni pour l’emploi dans un brûleur ordinaire, ni pour l’emploi dans un brûleur ôxvhydrique. Le Boghead coûte, actuellement, environ 60 shillings surplace en Écosse; le prix des cannels varie aussi sur place depuis 20 jusqu’à 40 shillings, suivant leur qualité. Le coût des gaz fabriqués avec ces matières est en rapport avec leur qualité, et Paris n’est point, comme Manchester ou Liverpool, sur un bassin houiller produisant du cannel. Il aurait donc mieux valu ne pas introduire dans nos prdcès-verbaux cette question qui n’a pas été discutée en séance, et ne pas citer des chiffres non vérifiés qui peuvent entretenir, chez les intéressés, des illusions dangereuses. M. Jordan arrivé d’Angleterre, et il a eü l’occasion de s’entretenir delà lumière oxyhydrique avec des ingénieurs anglais, spéciaux et très-compétents.
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- Lorsque la discussion pourra s’ouvrir utilement, — e’est-à-dire après la publication des rapports des ingénieurs de la ville de Paris, — il espère être en position de renseigner la Société sur l’appréciation que les Anglais font de la lumière oxyhydrique et peut-être de prouver que ce n’était pas le cas de rappeler l’histoire de Philippe Lebon.
- M. Armengaud regrette de ne pas avoir été prévenu des observations que M. Jordan devait faire à la séance; il ajoute que les données empruntées à M. Thomas par M. Jordan ne sont pas parfaitement exactes; mais il convient, en effet, d’attendre les expériences de Manchester pour présenter à la Société de nouveaux renseignements sur réclairage oxyhydrique.
- Le procès-verbal de la séance du 5 avril est ensuite adopté.
- M. le Président rappelle à la Société que le Comité a été divisé en quatre groupes conformément aux statuts. Chaque groupe vient en outre d’être subdivisé en sections présidé chacun par un membre du Comité, et dont le soin sera d’étudier les Mémoires adressés au bureau et de rédiger les rapports qui devront être faits à la Société.
- *
- Compositioaa des €*1»© tapes et Seetioaas.
- 1er Groupe.
- Constructions et travaux publics.
- Président : M. Desgrange; Secrétaire : M. Marché.
- 1.
- 2.
- 3.
- 4.
- 5.
- Chemins de fer, Président : M. Forquenot. Routes et chemins, Président : M. Richard. Canaux, irrigations, etc., Président : M. Callon. Édifices publics et privés, Président : M. Dupuy. Travaux maritimes,
- Fortifications,
- Président : M. Lavalley.
- 2e Groupe .
- Arts mécaniques.
- Président : M. Dé Dion; Secrétaire : M. J; Morandière.
- 1. Moteurs, Président : M. Farcot.
- 2. Outillage mécanique, Président : M. Benoît-Duportail.
- 3. Matériel de chemin de fer et exploitation. Président : M. ChofirzynsÊÏ.
- 4. Matériel de transport de routes et canaux, Président : M. Vuillemin,
- , ( Construction navale, ) _ , .. . „
- 5. i , ... M Président : M. Brüll.
- I Armement, ;
- 3e Groupe.
- Industries extractives.
- Président : M. JordAn f Sécr‘étiïire : M. LË¥dt!rÉù
- .. . ; j ‘ -i , -.-i v ! J f.vi j :( ir
- 1. Recherches géologiques et exploitation des mines, Président : M. Caillaux,
- 2. Industries métallurgiques, Président : M. Goschler.
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- 3. Industries agricoles (arts textiles), Président : M. Alcan.
- 4. Arts chimiques et pyrotechnie, Président : M. Thomas (Pierre).
- 5. Agriculture, Président : M. Chabrier.
- 4e Groupe.
- Divers.
- Président : M. Molinos; Secrétaire : M. Tresca (Alfred).
- 1. Physique, Président : M. Yvon Yillarceau.
- 2. Céramique, Président : M. Salvetat.
- 3. Industries diverses, Président : M. Péligot.
- 4. Enseignement professionnel, Président : M. Tronquoy.
- 5. Économie industrielle, Président : M. Mathias (Félix).
- M. le Président ouvre la discussion sur le rapport de la Commission chargée d’étudier les questions d’économie industrielle.
- M. G. Després. Les conclusions du rapport de la Commission disent art. 2 : le droit des ouvriers de s'associer pour la conservation et la défense de leurs intérêts doit être catégoriquement reconnu, etc.
- C’est-à-dire que le Comité nous propose de patronner, sous l’autorité morale de la Société, la création ou réédition d’une loi et d’association de coalition définie, au profit des ouvriers.
- Or, abstraction faite de la loi du 25 mai 1864, que je voudrais voir abroger, il existe dans notre Code des lois organiques qui définissent les droits d’association, les limitent et en assurent l’exercice dans une mesure uniforme pour tous. C’est le droit commun qui doit garantir toutes les libertés individuelles dans les règles les plus rigoureuses de l’équité et de la réciprocité.
- Toute loi édictée en dehors de ce droit commun crée une situation exceptionnelle à ceux qu’elle intéresse, et si elle favorise une classe ou une caste quelconque, c’est toujours aux dépens d’une autre, il n’en peut être autrement. Et le plus grand danger des lois d’exception, c’est de ne pouvoir réprimer sans sévir, car elles n’ont jamais une action préventive, au contraire, d’après cet axiome que tout ce qui n’est pas défendu est autorisé. Chaque loi nouvelle est un abri pour ceux qui peuvent passer au travers sans y être pris, et c’est en forçant l’interprétation d’une loi qu’on peut impunément, sinon la violer, tout au moins en abuser.
- Que demande-t-on à la loi d’association et de coalition, de protéger la liberté individuelle? Est-ce donc que le droit commun n’existe pas pour la défense de cette prétendue liberté qu’on nous présente comme illusoire? Si on laisse l’ouvrier seul à seul en présence de son patron, discutant avec lui ses droits, le prix de son travail et la valeur de son intelligence, tandis qu’on veut ne la regarder, comme assurée des deux côtés, qu’autant que 25, 100 et 1,000 ouvriers pourront se réunir contre un seul patron et le menacer de le ruiner s’il ne cède pas à des exigences qui ne sont pas toujours fondées, et qui peuvent, on me l’accordera, être souvent arbitraires.
- Il est de toute évidence que l’association légale des ouvriers constitue pour eux une force invincible; la Commission l’a reconnu elle-même, et c’est pour mettre cette force redoutable aux mains des ouvriers qu’elle réclame pour eux le droit d’asso-
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- dation. Mais quel est l’effet immédiat de cette puissance ainsi concédée à la classe ouvrière libre de s’associer et de se coaliser, et à qui profite cette force, voilà les deux points essentiels à examiner.
- L’association ouvrière, en réunissant toutes les individualités, représente réellement la force numérique de la totalité des membres de la Société ; mais, moralement, c’est la mise en commun de toutes les intelligences, de toutes les capacités, de toutes les aptitudes, comme aussi de toutes les inepties, de toutes les'incapacités, de toutes les paresses et de tous les vices, le tout donnant une moyenne morale très-inférieure à la moyenne des intelligences, et bien peu au-dessus du niveau intellectuel de la partie la plus malsaine des classes inférieures, telle est la vérité, il ne faut pas se la dissimuler; et la valeur intellectuelle, fût-elle véritablement la moyenne absolue des intelligences réunies des associés, ne serait encore que très-médiocre, et par cela même détruirait l’argument sur lequel on base les promesses d’une équité parfaite pour réaliser un progrès. En somme, par l’association on accroît la force aux dépens de la valeur intellectuelle, et on met à la disposition d’une intelligence affaiblie une force exceptionnelle, voilà le vrai danger.
- Quant à savoir à qui profite cette puissance colossale, nous l’avons tous vu malheureusement, c’est aux énergumènes, demi-savants, demi-lettrés, médiocres ouvriers et déclassés de tous genres qui exploitent les grands mots de liberté et d’indépendance, et arrivent, à l’aide de phrases toutes faites, redites depuis 100 ans, à conquérir une popularité qui fait qu’on abandonne entre leurs mains avides cette toute-puissance qui ne sert plus qu’à leur ambition.
- Pour ma part, je nie que l’association réalise pour l’ouvrier la liberté individuelle, c’est la solidarité tyrannique la plus complète. Comment est-on arrivé à faire croire à l’ouvrier lié par l’association" qu’en raison de cette solidarité c’est lui, l’humble travailleur, qui décide de son sort par l’arbitraire de l’énergumène quia su s’imposer au corps social, voilà ce qu’il serait trop long à expliquer, mais qui est cependant le fait. On le conduit tête baissée au gouffre, et on lui persuade encore que c’est lui qui y va de son plein gré; il est vrai qu’il paye, pour croire cela, une cotisation; qu’on lui permet le plus souvent possible de s’abstenir de travailler pour intimider les patrons, et qu’il a pour mission de recevoir les horions à la première distribution ; heureux quand, nouveau martyr de cette foi aveugle, il ne laisse pas sur le carreau son cadavre pour servir aux manifestations théâtrales dont on a besoin de temps en temps pour réchauffer les enthousiasmes.
- De tout cela que résulte-il, c’est que le pouvoir reste aux associations ouvrières dans les plus mauvaises conditions pour l’industrie, rabaissement du niveau intellectuel rejaillit sur le travail et la production, l’accroissement des salaires imposés oblige les producteurs à se contenter de bénéfices si restreints, qu’il faut chercher une compensation dans la quantité de la production, et dès lors la perfection est négligée, la quantité remplace la qualité, et voilà la petite industrie, qui vivait sur cette différence des salaires, anéantie ; j’ai vu encore l’industrie en chambre, il y a une vingtaine d’années, on la chercherait vainement aujourd’hui: c’est l’association qui l’a tuée, l’atelier est devenue le maître de la situation, et l’on veut.encore augmenter ce pouvoir !
- Où est la responsabilité de l’ouvrier, quels mauvaisjours a-t-il à craindre? Le chômage, sauf des cas assez rares, n’a jamais frappé quql’ouvrier paresseux, et on .est toujours venu au secours de l’ouvrier laborieux dans les grandes crises industrielles,
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- avant l’époque où il a été permis aux ouvriers de se créer eux-mêmes les moyens de refuser le travail à leur jour et à leur heure.
- Mais l’industriel qu’une grève peut ruiner, qu’une mauvaise saison met à toute extrémité, qu’une crise financière atteint, risque son établissement, sa fortune, son honneur souvent* mais toujours avant tout le salaire de l’ouvrier est garanti, et il est bien peu d’exemples où on trouve qu’un ouvrier prudent ait partagé la ruine de son patron, et perdu une somme de quelque importance dans le désastre de'l’établis-sement où il était occupé.
- On comprend mal, devant toutes ces réflexions, les soins qu’on veut prendre pour affermir encore l’autorité que peuvent prendre les ouvriers sur les patrons.
- Les premières associations qui se sont créées dans notre société sont les communautés religieuses; l’histoire nous dit la puissance qu’elles avaient acquise, celle que conservent encore les sociétés qui ont échappé à la dissolution générale; elle nous dit aussi les réprobations, les haines qu’elles ont soulevées, et nous avons encore entendu les anathèmes qu’elles se sont attirées, et pourtant c’était généralement des associations d’êtres intelligents et instruits qui ont pu avoir leur utilité.
- Là, encore, nous pouvons voir comment cette puissance de l’association se développe et s’utilise au profit de quelques personnalités qui ne sont pas toujours les plus méritantes, et comment surtout chaque membre de l’association devient forcément un esclave inconscient mais soumis de la solidarité qui ne s’exerce jamais à son profit réel.
- Je crois donc, pour ma part, que la suppression absolue de toute loi d’exception touchant les associations et les coalitions serait un progrès social, que chacun rendrait sous le coup du droit commun, la liberté deviendrait égale pour tous, nulle si l’on croit que le droit commun y est une entrave absolue ; si, au contraire, on admet que la loi soit applicable pour tous dans les même conditions, elle ne peut favoriser personne aux dépens d’un autre.
- M. Normand demande à répondre aux observations de M. Després pour défendre l’esprit des conclusions de la Commission. Pour les ouvriers le droit commun réclamé par M. Després est le droit de discuter leurs intérêts et d’améliorer leur situation, autant que possible ; les éventualités de la vie sont un des meilleurs arguments en faveur de ce droit qu’on songe à leur contester. Quant aux difficultés auxquelles les patrons ont à résister, elles sont de toute nature, et bien souvent viennent moins du prix des salaires que de celui des matières premières. On est assurément mal venu à discuter aux ouvriers leur droit à défendre leurs intérêts, lorsqu’on envisage la tendance toujours croissante du capital à réclamer de gros intérêts. En Amérique il n’existe aucune loi d’exception contre l’ouvrier; toute distinction entre patrons et ouvriers est écartée, et chacun trouve sa place au soleil. Aujourd’hui où la loi, en France, ne demande plus aux sociétés de capitalistes ce qu’elles comptent faire, il paraît aussi inutile qu’anormal d’embarrasser de formalités légales la vie de l’ouvrier,.
- M. Després réplique qu’il ne voit pas dans l’argumentation de M. Normand un argument sérieux à l’appui de ses théories libérales. Le prix élevé des matières premières, qu’on regarde comme cause principale de difficultés que subissent les fabricants, indépendamment du prix du main-d’œuvre dans la production, est lui-même une conséquence immédiate de l’élévation progressive du salaire. Il est incontestable
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- que les matières premières produites dans les pays où la main-d’œuvre est à bon marché, sont elles-mêmes toujours à des prix inférieurs.
- D’un autre côté la liberté, au nom de laquelle on réclame un droit d'association et de coalition, n’est qu’apparente, puisqu’elle permet à la masse une action commune contre une seule individualité, celle du patron-, et que chacun des membres coalisés n’est pas en effet libre d’agir pour son compte personnelle, et doit toujours suivre le sort commun. En Amérique, comme en Angleterre, des lois spéciales d’association et de coalition n’existent pas5 on est dans le droit commun; mais pour parer aux inconvénients de coalition, l’Angleterre a ^institution des constables qui les met à l’abri des bouleversements sociaux.
- M. Barrault vient d’étudier la grève agricole en Angleterre, et il y trouve au contraire une démonstration de fait du droit qu’ont les ouvriers de se réunir, de discuter leurs intérêts et même d’obtenir. Le 29 mars, 2,000 laboureurs et valets de ferme ont décidé qu’on allait se mettre en grève si les salaires, dont le montant variait de 12 à 15 francs par semaine, suivant les comtés, n’étaient pas augmentés. Les fermiers et les cultivateurs ont tellement compris la situation qui leur était faite, qu’ils ont immédiatement accordé 18 francs (au lieu de 20 francs, qui leur était demandé), à la condition qu’il n’y aurait pas de réunion.
- Dans toute réunion publique, l’énergumène agit en premier lieu, mais en second lieu ce sont les hommes de valeur qui sont écoutés ; toutes les fois qu’il y aura permanence dans les réunions, celles-ci devront donc cesser d’être à redouter.
- M. Deligny défend également les conclusions de la Commission.
- M. Dallot indique qu’on ne peut refuser aux ouvriers le droit de s’assopier dans l’intérêt du taux de leur salaire. Les patrons ont toujours joui de ce droit en fait et les obstacles qui y étaient mis par la législation n’ont jamais eu pour eux d’effet pratique. Les conditions ne sont donc pas égales. Quand un perfectionnement mécanique vient temporairement peser sur les salaires, il faut que l’ouvrier subisse cette conséquence désavantageuse pour lui d’un progrès utile à la société tout entière ; c’est là l’essence de la liberté du travail que nul ne peut songer à attaquer. Mais, d’autre part, irez-vous dire aux ouvriers : nous vous interdisons d’employer au profit de vos intérêts les principes de l’association. Ce ne serait pas équitable. Ce serait l’oppression d’une classe de citoyens, et de celle qui appelle le plus vivement la sollicitude de la loi. Le capital, comme on l’a fort bien dit, use très-efficacement et très-légitimement de la puissance que l’association fournit. Sa liberté d’action sous ces rapports est illimitée. Mais la conséquence inévitable qui en découle, c’est que lè travail doit jouir de la même liberté.
- Notre première préoccupation doit être de convaincre les classes ouvrières que la société est fermement décidée à observer à leur égard la plus stricte justice et à respecter tous leurs droits.
- Il ne faut pas qu’un ouvrier honnête puisse se considérer comme opprimé et youé à une misère imméritée. Il faut qu’il soit persuadé au contraire que son sort est absolument entre ses mains, et qu’avec le travail et l’épargne sa condition doit nécessairement s’améliorer et s’élever. Alors nous aurons fait un pas immense vers l’apaisement social et dissipé par cela même l’orage qui menace nomseulement la prospérité de notre industrie, mais les sources vitales de la France.
- M. Normand rappelle qu’en Angleterre les associations ont toujours fonctionne et fonctionnent encore aujourd’hui pour l’enrichissement du pays. Il termine en
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- remarquant qu’il y a quelque trente ans, quoique les salaires fussent très-différents: 15 francs en Amérique, 5 francs en France, 2 francs en Allemagne, il se souvient d’avoir constaté que le prix de l’unité de matière fabriquée était le môme dans tous les pays; ce qui établit nettement que l’ouvrier rend à la société ce qu’il a reçu d’elle.
- M. Després fait observer qu’il n’est pas logique de comparer et de vouloir assimiler Pétât social de la France avec ceux d’Amérique et d’Angleterre.
- M. le Président clôt la discussion générale pour soumettre séparément les trois propositions de la Commission à la Société. .
- La Société accepte à l’unanimité le premier article des trois propositions. Le second article est mis en discussion.
- MM. Maldant, Ballot, Deligny et Barrault font quelques observations sur la forme de l’article; après une courte discussion, il est décidé que l’article II sera renvoyé à la Commission pour être modifié par simplification, et principalement par la suppression des trois dernières lignes (page 10 du précédent compte rendu). La nouvelle rédaction sera soumise à la Société dans la prochaine séance.
- M. le Président donne la parole à M. d’Hamelincourt pour sa communication sur le chauffage et la ventjlatiqn.des; gares de chemins de fer.
- M. d’Hamelincourt rappelle que dans le chemin dé fer le service du chauffage doit, avant tout, être uniforme et simple, et classe les appareils en trois groupes, suivant les conditions à remplir : 1° chauffage des magasins; 2° chauffage des corps de garde; 3° chauffage des gares et stations.
- Chauffage des magasins. Suivant M. d’Hamelincourt, une cloche en fonte ou en terre réfractaire, chauffant par rayonnement, est tout ce qu’il y a de plus convenable.
- Chauffage des corps de garde. Pour les hommes d’équipe, il faut un appareil ventilateur et en même temps rayonnant; pour les hommes faisant le service des marchandises et arrivant de voyager, une large cheminée à coke paraît devoir être préférée.
- Chauffage des gares et stations. Les salles d’attente peuvent avantageusement se chauffer par le simple rayonnement d’une circulation d’eau chaude placée à la surface du sol; on assure par cette disposition une température plus élevée aux parties basses des salles hautes des plafonds. Les appareils à eau chaude ont d’ailleurs l’avantage de se prêter à un transport facile de la chaleur à de grandes distances; leur entretien est peu dispendieux et leur mode d’emploi donne une économie de combustible importante. C’est ainsi que le chauffage par circulation d’eau chaude coûte 0 fr. 66 par im2 aux églises Saint-Yincent-de-Paul et Saint-Lambert, tandis que le chauffage par l’air chaud] coûte 1 fr. 15 à 2 fr. 48 à la Trinité, la Madeleine, Saint-Thomas-d’Aquin, Saint-Philippe.
- Dans l’esprit de M. d’Hamelincourt, le chauffage par circulation d’eau chaude est celui qui convient le mieux pour les grandes gares, tant au point de vue de la dépense de combustible qu’à celui de l’entretien. Ces avantages se retrouveraient très-probablement encore pour les gares de deuxième ordre, où il est nécessaire d’avoir deux ou trois foyers.
- Dans les gares de troisième ordre et dans les petites stations, les avantages des appareils à eau chaude disparaissent, à cause des longs intervalles qui séparent les
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- arrivées des trains. Il faut là des appareils permettant un chauffage rapide : les appareils à air chaud sont indiqués.
- Le chauffage des bureaux isolés, affectés à des services actifs, demande des appareils rayonnants ; une bonne disposition consiste en une cheminée à foyer apparent placé dans une enveloppe dont l’espace libre communique avec l’air extérieur; pour des services sédentaires, cette cheminée serait avantageusement remplacée par un poêle à eau.
- M. D’Hamelincourt, abordant enfin la question de chauffage des bureaux réunis en administration, rappelle sommairement les difficultés qu’il a rencontrées à faire prévaloir le chauffage à eau sur les calorifères à air, et décrit les installations qu’il a déjà faites à l’École polytechnique et aux compagnies du Nord et de Lyon. Le système consiste dans l’établissement d’un foyer central d’où rayonnent un certain nombre de circulations venant alimenter des récipients remplis d’eau placés verticalement dans les épaisseurs des murs (compagnie du Nord), ou mieux dans les sous-sols (compagnie de Lyon). Chaque récipient est en communication avec l’air extérieur et alimente, par l’air qui s’est échauffé au pourtour, une bouche de chaleur placée dans la pièce.
- Ce mode de chauffage est désigné sous le nom de chauffage par hydrocalorifêres, pour le distinguer des chauffages par poêles rayonnants.
- M. Leygue demande à M. d’Hamelincourt s’il ne pourrait pas donner à la Société quelques chiffres sur les surfaces de chauffe des hydrocalorifères, et s’il n’y a pas à craindre des inversions de circuit, par suite de la faible hauteur des récipients de la compagnie de Lyon 1
- M. d’Hamelincourt juge que les inversions se faisant d’un récipient à l’autre, et très-momentanément, ne sont pas à redouter.
- M. le Président remercie M. d’Hamelincourt de son intéressante communication, qui sera publiée in extenso avec plans dans le bulletin trimestriel de la Société.
- Il annonce à la Société que cette étude sera suivie d’autres travaux très-intéressants que présentera d’une part la Commission spéciale, d’autre part, M. Maurice Jourdain qui habite Saint-Pétersbourg.
- Il donne la parole à M. Jordan, qui rapporte d'Angleterre des renseignements d’un extrême intérêt sur le puddlage mécanique, système Danks, qui vient d’occuper exclusivement la récente assemblée’géhëfaïe annuelle des malïres de forges anglais, à laquelle il a assisté. • \
- M. Jordan. On sait que le travail manuel du puddleur est un des plus pénibles, si ce n’est même le plus pénible que l’on rencontre dans l’industrie, et il est inutile ici d’énumérer toutes les causes qui font attacher tant d’importance à la solution du problème du puddlage mécanique : les grèves de puddleurs, assez fréquentes en Angleterre, ne sont pas une des moindres.
- La première idée du puddlage par machine remonte jusqu’en 1836, et est due à Mo Schafhautl, dont le nom est attaché à plusieurs inventions relatives à la Sidérurgie. 11 imagina un appareil d’une complication considérable, avec lequel il comptait effectuer toutes les phases de l’opération, y compris la confection des boules; c’était un outil de puddleur ordinaire, commandé par un mécanisme ingénieux, mais peu pratique. Divers inventeurs travaillèrent dans la même direction ; mais c’est en 1862 seulement, et en France, que le problème reçut- une solution satisfaisante. Le pud-
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- dleur mécanique de M. Lemut a été décrit en son temps à la Société, et, malgré les imitations ou contrefaçons plus ou moins réussies dont il a été l’objet en Angleterre (Appareils Beunett, Griffiths, Whitham, etc.), il est resté le plus pratique et il est celui qui a reçu le plus d’applications.
- Cependant, malgré les avantages constatés par un certain nombre de forges, les appareils de puddlage basés, comme ceux de MM. Lemut, Griffiths, sur l’emploi d’un outil automate qui exécute à peu près le même travail que l’ouvrier pendant le brassage, n’ont pas pris dans les usines à fer l’extension qu’on aurait pu croire. On leur reproche, surtout en Angleterre, d’avoir encore trop besoin du concours d’un ouvrier joignant la force à l’adresse, puisqu’ils ne forment pas les boules. De plus, on ne leur reconnaît pas d’avantage pour le puddlage des fontes blanches ou truitées qui prennent nature rapidement, mais seulement pour celui des fontes grises qui exigent un travail plus pénible.
- M. Menelaus, l’habile directeur de l’immense usine de Dowlais, a attaqué la question du puddlage mécanique d’une façon tout à fait différente. 11 a cherché à perfectionner et à rendre pratique un appareil imaginé en 1853 par MM. Walker et Warren, et composé d’un four à puddler, dont le laboratoire ovoïde est mobile et peut tourner autour d’un axe horizontal sans cesser de communiquer avec la chauffe et la cheminée. M. Menelaus avait obtenu un succès assez remarquable pour l’engager à établir un atelier spécial avec huit fours rotatifs, et il a décrit leur fonctionnement dans une séance, tenue à Paris, de l’Institution des Ingénieurs mécaniciens, pendant l’exposition de 1867, où figuraient des produits de ces fours, tels qu’une loupe de 300 kilog. et des rails provenant d’une seule boule laminée sans paquetage. Mais M. Menelaus, malgré la façon fort convenable dont s’effectuait le travail du puddlagë dans ses fours, a été obligé d’y renoncera cause de l’impossibilité de trouver un garnissage qui résistât à l’actioh de la chaleur et à celle du bain pendant le mouvement de rotation, et après avoir essayé à peu. près toutes les substances imaginables.
- La question en était là, lorsqu’en août 1871, dans urie réunion des maîtres de forges anglais tenue à Dudley j un Américain, M. Samuel Banks, décrivit tm four à puddler rotatif de son invention, avec lequel il obtenait des rendements et des qualités de fer préférables aux résultats du puddlage manuel. Son four ressemble considérablement à celui de M. Menelaus, tellement qu’au premier abord plusieurs maîtres de forges se montrèrent incrédules, ne comprenant pas pourquoi il aurait réussi là où M. Menelaus avait échoué. Mais des témoignages authentiques établissaient les bons résultats des fours Danks, et les maîtres de forges anglais, sur la proposition de M. Menelaus lui-même, choisirent de suite trois délégués qu’ils chargèrent d’aller aux États-Unis vérifier les faits annoncés par M. Danks et essayer si son modedè travail s’appliquerait aux fontes anglaises. Ces délégués partirent au commencement d’octobre après avoir expédié en Amérique des fontes de quatre provenances différentes, et une série des diverses matières disponibles en Angleterre pour la garniture des soles de fours à puddler. Le 12 décembre, ils rédigeaient à Washington leur rapport qu’ils expédiaient à leurs commettants, après l’avoir fait précéder d’un télégramme annonçant le succès. Avant même leur retour, des maîtres de forges de Middlesborough, MM. Hopkins, Gilkes et Cie, construisirent un four Danks qui fut mis en roulement en février et qui fournit de suite des résultats hautement satisfaisants. L’Assemblée générale des 19, 20 et 21 mars dernier, à laquelle M. Jordan a assisté, a eu pour but principal la communication et la discussion des rapports des
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- délégués et des résultats obtenus, soit par eux aux États-Unis avec les fontes emportées d’Angleterre, soit par MM. Hopkins, Gilkes et Cie à Middlesborough. M. Jordan a vu les produits dupuddlage Danks, et a entendu les métallurgistes les'plus compétents déclarer que la nouvelle invention était un succès.
- L’appareil Danks ressemble considérablement au four rotatif de M. Menelaus : il n’en diffère même que par la nature du garnissage, qui, au lieu d’être la pierre d’achoppement du système, est devenu une des causes principales du succès. Voici une description sommaire :
- Le four Danks comprend, comme tous les fours à puddler, une chauffe, un laboratoire et un rampant ou carneau communiquant avec la cheminée. La chauffe, qui est fixe, a la disposition ordinaire d’un foyer soufflé au-dessous de la grille, avec toquerie et cendrier fermés par des portes en fonte. La cheminée est placée latéralement, de sorte que la flamme, en sortant du laboratoire, se dirige horizontalement en retour d’équerre par le rampant qui conduit à cette cheminée; le sommet de cet angle droit est mobile et peut être enlevé avec une petite grue, de sorte qu’on peut alors facilement atteindre l'intérieur du laboratoire. Celui-ci, construit en tôle, à la forme d’un cylindre à axe horizontal se raccordant avec la chauffe et avec le rampant par deux cônes tronqués très-aplatis : au moyen d’un engrenage, il peut être mis en rotation autour de son axe en roulant sur deux paires de galets; les joints avec les parties fixes se font au moyen de deux couronnes en fonte ajustées. Le laboratoire présente à son intérieur des nervures longitudinales très-saillantes et dirigées suivant des plans diamétraux; ces nervures servent à retenir le garnissage dans leurs intervalles en forme de queue d’aronde, et à le refroidir, grâce à la con-ductilibité du métal. Ce garnissage est fait en deux épaisseurs distinctes. La première, la chemise du four, pour ainsi dire, est composée d’un mélange de minerai de fer non siliceux pulvérisé et de chaux pure; elle s’applique à froid et fait prise assez vite; on en remplit complètement les intervalles des nervures. Pour faire le garnissage proprement dit, ce qui correspond à la sole et aux’ cordons du four à puddler ordinaire, on jette dans le laboratoire du minerai de fer non siliceux pulvérisé, on chauffe et on fait tourner de façon à étendre sur toute la surface intérieure une sorte de glaçure ; puis on ajoute du minerai en morceaux qui s’agglomère et finit par former une couche raboteuse de matière durcie et oxydante, qui présente une grande surface à l’action de la fonte. On peut travailler huit à dix charges sans refaire ce garnissage; quant à la chemise, sa durée est très-longue.
- Là charge de fonte (300 à 330 kilogr.) est introduite, soit à l’état solide, soit après avoir été préalablement liquéfiée, ce qui est préférable, concurremment avec une assez forte proportion de scories riches. Pendant cinq à dix minutes, oh fait tourner, à raison de un à deux tours par minute; au bout de ce temps, lé métal commence à s’épaissir et on arrête le mouvement. On surélève un peu la température pour que la scorie, qui a absorbé le phosphore et le silicium de la fonte, soit bien fluide, et on la fait écouler par un orifice spécial. Le métal reste presque seul et découvert; alors on fait tourner l’appareil à raison de six à huit tours par minute ; le bouillonnement s’effectue', bientôt le fer prend nature et il se forme une grosse - boule que l’on extrait ensuite par l’ouverture ménagée du côté du rampant. Oh cingle cette boule, de dimensions inusitées, dans un appareil rotatif de cihglage imaginé aussi par M. Danks, et on la lamine ensuite comme de coutume, soit eh une seule barre, soit en la divisant en plusieurs pièces.
- Les principaux avantages reconnus de ce système de puddlage sont les suivants :
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- 1° Le poids de fer brut obtenu est toujours supérieur à celui de la fonte chargée, grâce à la réduction d’une partie notable du fer contènu dans la scorie et dans le garnissage : avec 300 kil. de fonte, on obtient jusqu’à 350 kil. de fer quelquefois; — 2° On peut faire huit charges et môme plus par poste de 12 heures;— 3° L’économie de main-d’œuvre est considérable ; — 4° La qualité du fer est souvent améliorée par le départ du phosphore dans la scorie évacuée, et elle paraît toujours au moins égale à celle obtenue des mêmes fontes par le puddlage à la main.
- D’après M. Jones, l’un des trois délégués, un atelier de puddlage, capable de produire 000 tonnes de«fer brut par semaine et comprenant 50 fours à puddler ordinaires, avec les appareils de cinglage et de laminage nécessaires, coûte, dans le Cleveland, environ 820,000 fr. En construisant un atelier de même puissance, d’après le système Banks avec 12 fours rotatifs, il coûterait 855,000 fr. environ, soit, seulement, 4 p. 100 de plus. Le fer brut coûtant 114 fr. la tonne par l’ancien système ne coûte plus que 100 fr. 50 c. par le nouveau; l’économie réalisée étant 13 fr. 50 c., soit plus de 12 p. 100, sans crainte de grèves de puddleurs. M. Jones suppose les fours Danks munis de chaudières à vapeur comme les fours ordinaires.
- Sans vouloir indiquer tous les changements importants que peut apporter dans la pratique des usines à fer le procédé Danks, M. Jordan fera remarquer cependant d’abord qu’il permet de faire un rail en fer brut sans paquetage. Les échantillons de loupes, de fer brut, de fer marchand, de tôles, de fer rond de tréfilerie rapportés d’Amérique par les délégués et fabriqués par leurs soins avec les fontes anglaises qu’ils avaient emportées, étaient exposés à Londres pendant les troisjours du meeting et donnaient la plus haute idée de l’avenir de ce procédé, couramment employé déjà par un bon nombre d’usines américaines (à Cincinnati, à Pittsburgh, à India-nopolis, par exemple).
- Quant à son application à la fabrication de l’acier, et notamment à la fabrication par le procédé Martin-Siemens, l’action remarquablement déphosphorante qui a été constatée dans le procédé Danks permettra d’employer, pour l’acier fondu au four à réverbère, des fontes plus phosphoreuses que celles admises jusqu’à présent dans le procédé Bessemer ; par exemple : on pourra dissoudre dans le bain initial de fonte du procédé Martin-Siemens des fragments de boule provenant du four Danks et suffisamment déphosphorés pour fournir des aciers convenables.
- Les métallurgistes anglais construisent en ce moment, paraît-il, un assez grand nombre de fours Danks, et beaucoup de personnes s’attendent à une révolution dans l’industrie du fer plus ou moins analogue à celle produite par M. Bessemer dans .l’industrie de l’acier. Des ingénieurs et des maîtres de forges belges, allemands, suédois, espagnols, assistaient au meeting de Londres, et un grand nombre d’entre eux sont aussi allés, la semaine dernière, à Middlesborough pour voir fonctionner le four chez MM. Hopkins, Gilkes et Cie. M. Jordan a cru nécessaire de signaler, dès à présent à la Société, le changement important qui parait s’annoncer dans la métallurgie du fer.
- MM. Buquet, Denfer, Decescan, Gray, Herrgolt, Herscher, Joly, Laborde, Lafer-rère, Lauth, Loreau, de Molin, Ollivier, de Retz, Ronna, Serment, Thibaudet et Viollet-le-Duc, ont été reçus Membres sociétaires, et MM. Briqueler, Deseilligny et Jullien, Membres associés.
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- Séatace dan S Mat 1§72.
- Présidence de M. E. Muller.
- Le procès-verbal de la séance du 19 avril est adopté.
- M. le Président fait connaître que le comité, dans sa séance du 26 avril, a adopté, une modification à la composition des groupes et sections indiquée par le procès-verbal de la séance du 19 avril.
- Les industries agricoles sont reportées à la 5e section du 3e groupe, et la 3e section se trouve chargée exclusivement des arts textiles. La section 5 de ce même groupe comprend alors Y agriculture et les industries agricoles. J:
- M. le Président est heureux d’annoncer que M. d’Hamelincourt a été chargé de la révision du chauffage de Mazas. Une note sur le même sujet a été communiquée à la Société par M. Émile Trélat, et elle sera renvoyée à M. Tresca.
- M. le Président rappelle que des demandes de modifications des statuts ont été adressées en temps utile, et que, pour se conformer au règlement, la Société doit nommer une Commission composée de cinq membres pour examiner les modifications. Le travail préparatoire fait par le comité sera communiqué à la Commission. ' '
- 11 est procédé au vote, et MM. Chabrier, Deligny, Goschler, Marché et Yée ont été nommés membres de cette Commission.
- La suite de l’ordre du jour amène la discussion sur le procès-verbal de la séance précédente.
- MM. Dallot et Maldant, n’ayant pas retrouvé tout ce qu’ils avaient dit au sujet de l’art. 2 de la Commission d’économie industrielle reproduite par le procès-verbal, il leur est répondu que la discussion sur cet article revenant à nouveau, leurs observations trouveront naturellement leur place.
- M. le Président demande la permission d’intervertir l’ordre du jour pour donner la parole à M. Desgrange sur une question pleine d’actualité, celle des chemins de 1er et tramways dans Paris. La base de cette communication est le texte d’un rapport d’une Commission spéciale nommée par le préfet de la Seine, et dont M. Dupuy avait fait hommage à la Société lors de la précédente séance. ’.
- M. Desgrange présente un exposé, des différents projets de chemins de fer et tramways à établir dans le département de la Seine.
- Cet exposé.,a été imprimé in extenso à la page 188.
- La süite de l’ordre du jour appelle la continuation.de la discussion sur le rapport de la Commission d’économie industrielle.
- Résumé d’une note présentée par M. Hourier et dont il n’a pu être donné lecture, eu égard à la discussion suivante à l’ordre du jour.
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- M. Hourier dit que les lois d’exception sont toujours mauvaises et leurs effets pernicieux ; le droit de coalition n’existant pour personne, on ne doit pas l’accorder exceptionnellement à une partie de la population. L’Empire a cru se fortifier en divisant les classes et en accordant aux uns ce qu’il refusait aux autres ; son effondrement prouve ce que vaut ce système de bascule.
- La Commission se propose d’étudier les mesures qui peuvent améliorer la position de l’ouvrier. Tout le monde est d’accord sur le but ; il n’y a de dissentiment que sur les moyens de l’atteindre. Ces moyens se divisent en moyens violents, tels que la grève et ses corollaires, et moyens que j’appellerai naturels, logiques, tels que la libre concurrence entre l’offre et la demande.
- La violence n’a aucune règle; elle procède d’une volonté toujours capricieuse, rarement éclairée. La loi naturelle agit par la force des choses, comme l’eàu d’un bassin prend son niveau en vertu des lois de la pesanteur. La violence trouble l’ordre naturel et y substitue un état artificiel qui ne tarde pas à se rompre. La grève, mesure essentiellement violente, n’a jamais produit que de funestes résultats pour ceux qui l’ont employée.
- La grève, poussée à ses dernières limites, aurait des conséquences dont l’imagination reste effrayée. Il ne faut pas oublier que nous vivons à l’état de société et que chacun de nous doit savoir faire des sacrifices à l’intérêt général.
- Dans les questions d’ordre moral, on ne peut toujours pousser un raisonnement jusqu’à ses dernières limites comme dans les déductions mathématiques. Il faut tenir compte de faits secondaires qui viennent modifier les conséquences logiques d’un premier principe. Lorsque la Commission dit : « La propriété personnelle et « naturelle peut être mise en valeur comme toute propriété conventionnelle ; tout « .homme possède donc le droit de louer ou vendre son travail à prix débattu entre « lui et son acheteur ; ce qui est juste et licite pour un homme ne saurait être illicite « pour deux hommes, pour mille hommes, » elle raisonne parfaitement juste. Mais si elle vient à conclure en faveur du droit de coalition, elle oublie que mille hommes coalisés imposeront toujours leur volonté à un beaucoup plus grand nombre d’hommes isolés, et qu’alors, la société, qui est chargée de protéger ses membres, a le droit d’intervenir et d’empêcher la coalition. En fait, toutes les coalitions sont devenues des moyens d*oppression dirigés par un très-petit nombre d’hommes violents. Dans toutes les coalitions, l’ouvrier perd sa liberté et devient l’esclave de quelques meneurs qu’il ne connaît pas. L’abolition des corporations avait été saluée comme une des plus précieuses conquêtes de 89, la loi sur les coalitions les fait revivre sous une forme plus tyrannique que l’ancienne.
- La prbdüction veut la paix ; la loi sur les coalitions, qui est une loi de guerre, n’a profité qfi’â des ambitieux sans conscience, qui s’en sont fait un marchepied pour arriver à leur büt. Le grand défaut de la-loi, c’est de laisser croire aux ouvriers que les questions économiques peuvent se régler par la violence ; elle fait naître des illusions et dés espérances qu’elle est impuissante à réaliser, et c’est là un danger. On a fait aussi des lois d’exception sur les sociétés coopératives ; on s’en était promis de grands résultats, mais elles n’ont à peu près rien produit. Il faut cependant leur rendre cette justice qu’elles n’avaient rien de dangereux pour la paix publique. Quant aux grèves, elles ont été désastreuses pour les ouvriers et pour les patrons.
- On citera peut-être l’Angleterre, où le droit de coalition existe ; mais c’est là un argument qui n’aurait de valeur que si l’on y ajoutait la preuve que les grèves ont
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- produit quelque bien : or l’enquête parlementaire, qui vient d’avoir lieu sur les Trades-Unions, ne révèle rien de semblable; tout au contraire, cêtte enquête constate que l’ouvrier y a perdu sa liberté et son bien-être.
- C’est par la concorde et l’union des patrons et des ouvriers que l’on peut fairè prospérer l’industrie, et l’ouvrier, comme le patron, ne peut trouver la satisfaction de ses désirs de bien-être que dans l’amélioration des conditions de là production. Beaucoup de grands établissements ont compris cette loi de solidarité qui lie l’ouvrier et le patron, et ils n’ont pas hésité à faire de grands sacrifices pour améliorer le sort de leurs utiles coopérateurs. C’est dans cette voie de dévouement et de bienveillance réciproque qu’est la solution du problème, et non dans les grèves.
- Le capital, agent indispensable de la production, est le fruit du travail doublé d’une vertu : la prévoyance. Il n’est pas, comme on l’a dit* l’antagoniste du travailleur, mais son auxiliaire indispensable et utile. Plus le capital est abondant, moins il fait payer son concours ; faisons-lui donc un pont d’or pour qü’il vienne s’employer dans l’iridüstrie, et ne demandons pas que la loi lui déclare une guerre en permanence, à laquelle, d’ailleurs, il saura toujours bien feé soustraire en s’en allant.
- La part des capitaux n’ëst pas aussi grande qu’on veut bien le dirë, et diminuer violemment cette part, c’est les engager à une abstention funeste. Il y a un symptôme effrayant qui doit porter les promoteurs de grèves à réfléchir : c’est la disposition des capitaux à fuir les emplois industriels pour aller chercher les placements les moins sûrs en fonds étrangers* au Mexique, à Turin, en Turquie, etc.; c’est par milliards qu’il faut compter les ressources qui sont ainsi enlevées à la production, et les grèves ne sont pas assez engageantes pour ramener ces capitaux vers l’industrie; qu’on y réfléchisse bien, c’est là qu’est le mal et le danger.
- Si nous voulons la prospérité et le bien-être pour tous, travaillant âü perfectionnement des moyens de production, offrons aux capitaux la sécurité qui peut seule les attirer; enfin efforçons-nous de développer partout l’esprit d’ordre et d’économie. Quant à la violence, elle n’a jamais produit et ne prbduira jamais fiue la misère.
- M. Grand, au nom de cette Commission, rappelle qu’à la séance précédente du 19 avril, l’art. 2 avait été renvoyé à la Commission pour être modifié par simplification, et principalement par la suppression des trois dernières lignes» Voici, en regard de Tancienne rédaction, la rédaction proposée.
- ANCIENNE RÉDACTION.
- RÉDACTION PROPOSÉE.
- Le droit des ouvriex’s de s’associer pour la conservation et la défense de leurs intérêts doit être catégoriquement reconnu et spécialement lorsque son application a pour but, une assurance mutuelle contre la maladie, j lés accidents, la vieillesse, le chômage, l’a- I baissement ou l’insuffisance des salaires, le j trop-plein du marché du travail. i
- La Commission est d’àvis que le droit dès ouvriers dé s’associer pour la dêfensé dé leurs intérêts ne soit pas contesté.
- M. Dallot approuve la nouvelle rédaction, parce qu’elle n’expose pas les esprits
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- peu éclairés à penser que l’abaissement des salaires est toujours un mal qui doit être combattu par tous les moyens, tandis qu’au contraire l’élévation et l’abaissement successifs des salaires constituent souvent le moyen le meilleur et le plus pratique d’intéresser les ouvriers aux bénéfices.
- M. Maldant pense que, d’après ce qui a été dit à la précédente séance, on n’entendait pas que la loi proposée fût une loi d’exception, mais qu’elle devait surtout faire rentrer les ouvriers dans le droit commun, c’est ce que la Commission aurait pu dire.
- M. Grand. La Commission le demande implicitement, puisqu’elle désire que le droit d’association pour les ouvriers ne soit pas contesté, contrairement à ce qui semble résulter du projet de loi proposé.
- M. Maldant dit qu’il regrette beaucoup, pour ce qui le concerne, cette crainte, constante que paraissent éprouver un certain nombre de nos collègues d’appeler le vote, ou l’expression des vœux de la Société, sur les questions les plus importantes. Il craint que le prestige de la Société n’ait qu’à perdre à cette tendance, selon lui très-exagérée. Il croit que cette crainte n’est pas suffisamment justifiée par les termes de nos statuts et de son règlement, qu’il regrette de ne pas avoir en ce moment sous les yeux.
- M. Maldant croit fermement que la Société ferait bien d’exprimer énergiquement son opinion, dans toutes les questions d’intérêt général qu’elle aura longuement et mûrement élucidées, sans quoi elle s’exposerait à voir ses discussions les plus intéressantes et les plus approfondies frappées de stérilité.
- M. Dallot aurait préféré, pour le § 2, la rédaction suivante : La Commission est d’avis que le droit d’association soit reconnu aux ouvriers dans les conditions du droit commun, c’est-à-dire que la loi en préparation ne renferme à leur égard aucune clause d’exception.
- M. G. Després est d’avis que cet article n’est pas nécessaire. Y a-t-il même lieu à ce qu’une loi soit faite. Ne serait-il pas préférable de supprimer la loi existante, qui est une loi d’exception, car en faisant quelque chose on favorisera toujours les coalitions.
- La Commission ajoute à son travail les éléments du projet de loi. Comme conclusions il propose i’ordre du jour.
- M. Deligny fait observer que, dans le projet de loi, on s’est cru obligé d’insérer
- la reconnaissance en principe du droit d’association, excepté pour cas suivants.;
- c’est qu’évidemment on ne considérait pas le droit d’association comme étant de droit commun, d’après la législation actuelle qu’il s’agit précisément de modifier.
- M. G. Després désirerait que, tout en ne faisant pas de nouvelle loi, on supprimât les lois d’exception existant aujourd’hui.
- M. Perissé ne veut pas non plus de loi d’exception : or, il y en a aujourd’hui en faveur du capital; nous en demandons la suppression dans l’intérêt de l’industrie.
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- M. Normand trouve qu’en ne voulant pas ainsi de loi d’exception, chacun se rapproche de l’opinion émise par la Commission.
- M. Després désire qu’il n’y ait aucun malentendu sur son opinion • il désire l’abolition de lu loi d’exception qui permet actuellement la coalition, parce qu’alors les ouvriers ne pourront plus se réunir.
- M. Ballot regrette que M. Després se tienne si éloigné de l’idée qui paraît la plus répandue dans la Société.
- M. Armengaud fils jeune fait observer qu’une telle déclaration est inutile.
- Personne ne conteste que le droit d’association soit un droit naturel primordial aussi bien pour les ouvriers que pour les autres citoyens d’un État. Les lois n’interdisent pas ce droit, elles en réglementent l’exercice.
- N’est-ce pas sortir de notre rôle que de discuter ici des principes de législation? Ne devons-nous pas plutôt nous borner à indiquer sommairement les moyens pratiques susceptibles d’éviter les écarts du droit commun des associations ouvrières? Contentons-nous de faire les éléments d’une bonne loi de 'police qui soit pour le gouvernement et les individus une garantie sérieuse d’ordre et de sécurité.
- M. le Président demande à la Commission si elle veut accepter la rédaction du § 2, telle qu’elle a été proposée plus haut par M. Dallot.
- M. Deligny ne reconnaît pas l’utilité de modifier la rédaction de la Commission, parce qu’elle contient implicitement l’autre.
- M. le Président considérant que la Commission émettes avis sous sa responsabilité particulière, et en dehors de toute collectivité avec la Société, déclare la discussion terminée en ce qui concerne le § 2. Les discussions auxquelles aura donné lieu le rapport de la Commission d’économie sociale devant être d’ailleurs annexées à ce rapport, chacun de ceux qui le consulteront sera libre de se faire une opinion d’après toutes les idées émises.
- M. Vauthier a la parole pour exposer son projet de chemin de fer intérieur sur la ligne des anciens boulevards extérieurs et le quai rive droite de la Seine.
- Ce projet, dressé depuis l’année 1885, n’a subi depuis lors que de minimes modifications, et son exécution est aussi facile aujourd’hui qu’à l’origine. Il a récemment été soumis à l’examen d’une Commission technique, nommée par M. le préfet de la Seine, à la suite d’une délibération du Conseil général, dans le but d’étudier la question des chemins de fer et tramways à établir, tant à Paris que dans le département. Cette Commission n’y a fait aucune objection au point de vue des difficultés de construction ou d’exploitation. Elle a seulement considéré que l’auteur du projet avait exagéré l’importance des produits probables. Ce point, fort intéressant à examiner dans le cas d’un chemin de fer intérieur, est celui sur lequel M. Yauthier compte s’étendre davantage.
- Les deux lignes dont le réseau se compose présentent ensemble un développement de 30 kilomètres, dont 22k,350 mètres pour les boulevards extérieurs, et7k,650 m. pour le quai de la Seine.
- L’auteur du projet, en le dressant, n’a obéi à aucune des idées systématiques qui se classifient aujourd’hui sous les noms de chemins de fer aériens, chemins de fer souterrains. Il a voulu construire, dans les directions qu’il avait adoptées, des lignes
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- ne gênant pas la circulation ordinaire et susceptibles d’être exploitées facilement, par les moyens connus. Pour satisfaire à la première condition, tout à fait essentielle, il a placé son projet assez au-dessus ou assez au-dessous des voies ordinaires longées ou traversées, pour que la voie ferrée leur donne passage, soit par-dessous, soit par-dessus. Il n’existe de difficultés que dans les points, en très-petit nombre, où l’on passe du régime de la tranchée à celui du viaduc, ou réciproquement ; mais il est facile de s’assurer, en consultant les projets et plans du tracé qu’aucune voie de communication n’est interceptée et aucune voie importante gênée si peu que ce soit.
- En somme, sur les 30 kilomètres de développement, il y a moins de 4,500 parties en tunnel. Le reste est à ciel ouvert ; les parties en tranchée y figurant pour d/4 et les parties en viaduc pour les 3/4. Cette proportion pourrait être modifiée si les enquêtes en révélaient la convenance.
- Sur les anciens boulevards extérieurs, c’est dans l’axe du promenoir central que serait établi le chemin de fer. Sur les quais, où la voie ferrée serait portée, dans toute son étendue, par un viaduc métallique, franchissant les entrées de ponts avec une hauteur suffisante pour ne pas gêner la circulation, Je chemin de fer se projetterait en dehors de la chaussée et des trottoirs. La file de colonnes intérieure correspondrait au bahut du quai, et la file intérieure, placée en dehors, prendrait pied sur les banquettes ou terre-pleins des ports et sur quelques points dans le lit même du fleuve, sans intercepter aucune circulation,
- Les rayons des courbes ne descendent pas au-dessous de 250 mètres, et les déclivités, limitées pour les boulevards à 10 millimètres, ne dépassent pas un millimètre pour la ligne des quais. t
- Les stations sont au nombre de 31, dont 22 pour les boulevards et 9 pour les quais, y compris les stations de raccordement. A ce sujet, l’auteur du projet explique qu’il avait d’abord songé à exploiter la ligne des boulevards circulairement et la ligne des quais en navette, avec transbordement des voyageurs aux deux bouts. Aujourd’hui, tout en maintenant le double transbordement, il préférerait exploiter les deux lignes, sans discontinuité, par un mouvement en S dans les deux sens, le réseau étant considéré comme une ligne unique repliée sur elle-même. Loin d’engendrer des dépenses de construction plus grandes, cette disposition nouvelle, plus favorable pour la simplicité et la sécurité ou l’exploitation, pourrait amener au contraire une économie.
- L’auteur du projet s’appuyant, et sur l’exemple des lignes métropolitaines de Londres, et sur celui de nos lignes de banlieue, pense qu’on pourrait exploiter le réseau avec une vitesse effective de 22 kilomètres à l’heure, résultant d’une vitesse de 30 kilomètres en marche, avec une minute d’arrêt aux stations.
- Dans ces conditions, il établit que toutes les stations de la zone périmétrique correspondraient plus rapidement entre elles et avec celles du centre par la voie ferrée, nonobstant l’allongement imposé au parcours, qu’elles ne le feraient au moyen d’une voiture, marchant à la vitesse réglementaire de 8 kilomètres à l’heure, et suivant les voies les plus courtes. L’avantage appartenant au chemin de fer, faible pour quelques directions, serait, pour le plus grand nombre, très-considérable.
- L’auteur du projet, partant de cette hypothèse, qu’une voie ferrée intérieure exerce son attraction sur une zone de 500 mètres de largeur, de part et d’autre de l’axe, a trouvé, par des recherches statistiques très-étudiées sur l’assiette de la popu-
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- lation de Paris, que le réseau projeté desservirait 750,000 habitants sur les 1,800,000 qui forment la population totale.
- En s’appuyant sur cette donnée, et admettant que. la zone desservie fournirait annuellement à la voie ferrée autant de voyages par tête d’habitants que la totalité de la population de Paris en fournit par tête aux omnibus, M. Vauthier trouve, pour trafic annuel probable, en dehors de toutes autres recettes accessoires, un chiffre de 52,500,000 voyageurs, lequel, à raison de 20 centimes par voyage à toute distance, conduit à la recette brute de 10,500,000 francs par kilomètre.
- C’est ce résultat que l’auteur du projet s’est efforcé de justifier, au moyen de comparaisons, prenant pour bases à la fois la population relative desservie et les circulations actuelles constatées, et se rapportant non-seulement aux lignes d’Au-teuil et de Yincennes et au chemin de fer de ceinture, mais encore aux prévisions admises pour d’autres lignes intérieures projetées.
- Nous ne pourrions relater ici tous les chiffres qui ont été produits à cette occasion. En voici seulement quelques-uns.
- Le chemin de fer de ceinture, pour une population desservie et mal desservie, représentant 5,400 habitants par kilomètre de ligne, arrive déjà à une recette brute kilométrique de 65,000 francs.
- La ligne d’Auteuil, à laquelle correspond une population desservie de 10,000 habitants environ par kilomètre, obtenait, en 1869, une recette brute kilométrique dépassant 123,000 francs.
- La ligne de Yincennes, pour une population desservie d’intensité à peu près égale, atteignait presque, la même année, 140,000 francs de produit brut par kilomètre.
- Au simple prorata de ces données, sans supposer aux relations une activité spécifique plus grande, ce qui est difficilement admissible, le réseau des boulevards et des quais, qui dessert une population de 25,000 habitants par kilomètre, obtiendrait une recette brute se rapprochant beaucoup de celle de 350,000 francs énoncée ci-dessus.
- Ces résultats sont confirmés, sinon comme certitude, du moins comme probabilité, par les données que fournit l’état actuel des circulations, et l’auteur du projet insiste surtout sur cette observation que bien souvent l’introduction d’un nouveau mode de locomotion, loin de paralyser ou de supprimer les moyens existants, n’arrête pas leur développement. Il en cite deux exemples frappants. En 1867, la Compagnie des omnibus demandait à être autorisée à supprimer son service des quais, qui n’était pas rémunérateur. Les bateaux-mouches se sont créés. Ils transportent aujourd’hui près de 7 millions de voyageurs par an, et le trafic des omnibus dans la zone qu’ils desservent dépasse le chiffre annuel de 9 millions de voyages. Il en est de même pour la région desservie par la ligne d’Auteuil. A 5,300,000 voyageurs pour la voie ferrée correspondent, pour les omnibus, 5,800 avec voyageurs. Quel était ce dernier chiffre, lors de la création de la ligne d’Auteuil en 1854? Ce serait difficile à dire exactement; mais certainement il était beaucoup inférieur au taux qu’il atteint aujourd’hui, puisqu’à ce moment le mouvement total des omnibus n’était représenté que par un chiffre de 34 millions de voyageurs.
- Nous reviendrons sur ces éléments statistiques lors de la discussion à laquelle cette communication donnera lieu.
- M. Normand fait remarquer, au sujet des renseignements présentés, que si Londres et Paris ne sont pas exactement dans les mêmes conditions, ils ont de nom-
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- breux points communs; or, à Londres, les nouveaux chemins qui partent du cœur de la ville ne sont pas restreints à la ville, et vont dans la banlieue. Il lui semble que le besoin est le même pour Paris, que le chemin ne doit pas être exclusivement intérieur, et doit permettre la communication de l’intérieur à l’extérieur.
- M. Dallot croit qu’il ne faut pas exagérer la multiplicité des moyens de transports chers, et créer des doubles emplois. De l’aveu général, les Anglais ont dépensé inutilement beaucoup d’argent.
- M. Desgrange demande à ramener la discussion sur les points techniques, les questions de tracé, d’étendue des lignes, se trouvant actuellement en discussion au Conseil général dont cela est surtout la compétence.
- M. Severac voudrait savoir si l’on peut compter sur une vitesse effective de 22 ldi., la vitesse de marche n’étant que de 36 kil.
- M. Vauthier explique que la vitesse effective du Métropolitain, à Londres, est de 20 kil. à l’heure,’ et que ce chemin comprend des parties étendues en souterrain : la durée d’arrêt y est de 40", moindre que celle d’une minute qu’il a admise. Mais d’autre part la vitesse réelle en marche n’est que de 24 kilomètres, ce qui lui paraît bien faible. A Londres, un arrêt de 40" suffit pour le service avec des quais hauts et des wagons sans impériale. Grâce à la puissance des machines, les trains reprennent immédiatement la vitesse, et comme ces trains sont légers, les arrêts s’obtiennent en peu d’espace parcouru. Yoici d’ailleurs l’espacement des stations de la
- partie en souterrain du Métropolitain.
- Raddington à Edgware Road. ............... 970 mètres.
- Edgware Road à Baker Street............... 750
- Baker Street à Portland Road.............. 900
- Portland Road à Cower Street ........... 640
- Cower Street à King’s Cross............... 1180
- Espacement moyen, 888 mètres.
- Quant à la question des tracés, elle est forcément limitée, car les difficultés sont très-grandes pour éviter les égouts. M. Yauthier a cherché en vain à suivre les quais autrement qu’en viaduc. L’esprit public paraissait préoccupé de la création d’une gare centrale à Paris, mais le système des égouts rend cela impossible, à moins de dépenses incalculables.
- M. Desgrange désirerait savoir si M. Yauthier pense qu’une dépense de 4 millions par kilomètre serait suffisante pour le projet de chemin de fer souterrain qui paraît avoir les sympathies de la Commission spéciale.
- M. Yauthier répond que la dépense dépend des conditions où l’on se place. A Londres, la première partie du Métropolitain a été exécutée sous une voie publique sans expropriation et a coûté beaucoup moins cher que la deuxième partie exécutée à ciel ouvert1. Mais la longueur du souterrain, 3,230 mètres environ, et le nombre des trains se succédant à 8' d’intervalle en moyenne, ont mis obstacle dès l’origine
- 1. La préoccupation de la ventilation a peut-être influé sur l’adoption d’un tracé à ciel ouvert, mais si l’on consulte attentivement une carte de Londres, on verra qu’il était bien difficile d’emprunter des voies publiques pour la deuxième partie du Métropolitain à Londres. (Note du secrétaire.)
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- à une bonne aération : on a clé conduit à découvrir une station, puis à créer quelques puits d’aérage qui ont rendu la situation acceptable aujourd’hui. Il faut remarquer d’ailleurs que les locomotives sont munies de dispositions qui permettent : 1° de faire échapper la vapeur dans l’eau du tender; 2° de fermer le cendrier ët la cheminée de manière- à éviter autant que possible la formation de produits de combustion ; pendant le temps correspondant au parcours en souterrain, la locomotive produit son effort aux dépens de la vapeur emmagasinée à l’avance, ce qui demande une chaudière relativement plus considérable que la chaudière correspondant strictement à l’effort demandé.
- Quant à l’importance des dépenses, il faut distinguer si l’on se place sous des voies existantes, ou si l’on veut recourir à l’expropriation. Les dépenses, dans ce dernier cas, ont atteint, à Londres, dit-on, 25 millions pour certains kilomètres. Quant au projet dont il est question pour Paris, et qui serait placé sous une voie publique, une dépense kilométrique de 4 millions est peut-être suffisante.
- M. Desgrange donne communication d’un passage d’une note remise à la Société par M. Després, et renfermant quelques détails complémentaires sur les chemins de Londres, surtout sur les points dont il vient d’être parlé en dernier lieu, c’est-à-dire la possibilité de l’exploitation en souterrain.
- Il est décidé que les communications de M. Desgrange'et de M. Yauthier seront publiées et distribuées avec le procès-verbal, afin de pouvoir servir à la préparation d’une discussion qui commencera dans la prochaine séance du 17 mai.
- MM. Gaildry, Gillet, Fleury, Jourdain, Liébant, Rouit, Saladin, Séraphin et Vitali ont été reçus membres sociétaires, et MM. Belin, Chabrier Fortuné, Coutin et Fauquet, membres associés.
- ilia t7 Mal 387%.
- Présidence de M. Émile Muller.
- Le procès-verbal de la séance du 3 mai est adopté.
- M. Leygue fait remarquer que, dans la discussion du rapport sur le droit d’association et de coalition, les articles 1 et 2, rédigés par la Commission, ont seuls été portés devant la Société ; que l’article 3 est encore entièrement à discuter, et que cependant la suite de la discussion n’est pas indiquée à l’ordre du jour de la séance. Il demande à M. le Président si l’on doit considérer la discussion comme étant close.
- M. le Président répond que la discussion du rapport de la Commission chargée d’étudier les questions d’economie industrielle pourra être reprise dans une séance ultérieure, et que si elle n’est pas comprise dans l’ordre du jour, c’est que la séance devait être très-chargée par la question du tramway.
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- M. Leygue remercie M. le Président de son explication en insistant sur ce point que la discussion du rapport de la Commission ne pouvant être considérée comme terminée, il ne sera donné, jusqu’à la prochaine séance, aucune suite à la publication spéciale demandée par les auteurs du rapport.
- M. le Président donne communication d’une lettre de M. Briill présentant quelques observations dictées par son attachement aux intérêts de la Société, laquelle sfoccupait principalement autrefois de technologie. Depuis quelques mois une direction nouvelle a été imprimée à ses travaux, et elle laisse de côté les objets ordinaires de ses études pour aborder des sujets d’un ordre différent. Bien qu’en eux-mêmes d’un puissant intérêt et d’une incontestable actualité, ils ont Pinconvénient de toucher de trop près à nos intérêts ou à nos affections, et peuvent amener plus facilement des controverses passionnées. Telles sont : la question du régime économique des administrations de chemins de fer, et la question ouvrière, pour lesquelles nous n’avons pas tous la liberté de discussion, les documents, ni les loisirs que d’autres peuvent avoir. En résumé, M. Brüll conclut au retour de la Société à ses modestes études d’autrefois. Cette lettre est renvoyée au bureau.
- M. Maldant désapprouve complètement la lettre dont il vient d’être donné lecture.
- Cette lettre vise évidemment la question introduite par le Comité, question déjà discutée et toujours pendante, du système de recrutement des ingénieurs de l’État.
- Or, si chaque membre de la Société est maître absolu de ses opinions, et s’il est bon qu’il puisse les exprimer avec une entière liberté dans nos réunions, il n’est pas moins nécessaire de protester contre ces opinions lorsque, comme dans le cas présent, elles sont en opposition manifesté avec le sentiment de la Société.
- La Société est incontestablement dans l’exercice de son droit, de ses statuts et de son règlement, en s’occupant, quand elle le juge opportun, des questions d’administration et d’utilité publique, comme de toutes les affaires qui concernent ses intérêts.
- S’il est rationnel de supposer que les questions purement techniques sont celles qui doivent occuper le plus souvent nos séances, il ne s’ensuit nullement que la Société doive se désintéresser des questions générales : ce serait abdiquer son autorité, son prestige et sa plus légitime influence.
- M. Maldant pense, en conséquence, qu’élargir le champ de nos discussions habituelles est agir dans le véritable intérêt de la Société.
- M. Leygue croit devoir faire observer à M. Maldant que les questions du ressort de la Société des Ingénieurs civils sont limitées par l’article 2 des statuts, et que, dès lors, le véritable intérêt de la Société est de s’en tenir aux termes précis td,e ses sta~ tuts. Toutefois, si un certain groupe çfo membres venait à se ranger à l’opinion du M. Maldant, il devrait agir conformément aux articles 54 et suivants du règlement, ou adresser ses demandes à la Commission chargée, en ce moment, de classer les modifications de statuts réunies depuis quelques mois.
- M. Dallot répond à M. Leygue que les statuts de la Société des Ingénieurs civils autorisent formellement la discussion des questions les plus générales.
- Le paragraphe 4 de l’article % indique, en effet, que la Société a notamment pour but a de poursuivre, par l’étude des questions $ économie industrielle, d’çidministration
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- (c et d'utilité, publique., Vapplication la plus étendue des forces et des richesses du « pays* »
- En présence d’un texte aussi précis, il est impossible de soutenir que la Société soit tenue de se renfermer dans le cercle des questions purement techniques. Les promoteurs de cette thèse méconnaissent de la façon la plus complète les traditions que la Société s’est toujours montrée jalouse de maintenir.
- En 4 857, un fonctionnaire, alors tout-puissant, osa menacer notre existence, sous prétexte que nous empiétions sur le domaine administratif. La Société lui répondit en se faisant reconnaître d’utilité publique.
- Nous devons tenir à honneur de rester fidèle à notre passé, en continuant de prendre une part active à la discussion des grandes questions d’intérêt général qui touchent à notre profession.
- M. Jordan rend comptes à la Société (l’une Note historique sur l'emploi des gaz des. ha/utS- fourneaux qui a été présentée par M. Gibon, membre de la Société, directeur des forges de Çommentry.
- C’est en France, dans l’usine de Yierzon, qu’on trouve la première application de l’idée de tirer parti des gaz qui s’échappent des hauts fourneaux. Un industriel distingué, M. Aubertot, établit en effet, en 4 809, des fours sur la plate-forme du gueulard de ses hauts fourneaux et utilisa, dans ces fours, la chaleur propre des gaz. Il y avait loin de l’usage simple de cette chaleur perdue à l’emploi rationnel des gaz éteints que l’on conduit, aujourd’hui et depuis longtemps, sous les générateurs à vapeur et sous les appareils à air chaud ; mais c’était un premier pas, une idée dont l’application mieux entendue devait avoir de grandes conséquences. En 1811, M. Curaudeau reconnaissait que les gaz en contact avec l’air atmosphérique pouvaient entrer de nouveau en combustion et développer une nouvelle quantité de chaleur, et Berthier publiait, en 4814, dans les Annales des mines, un mémoire très-remarque sur ces nouveaux faits.
- Mais la situation politique de la France empêchait la poursuite du progrès industriel, et l’emploi des gaz de hauts fourneaux ne prit aucune extension jusque vers 183a 1. En Allemagne, en Angleterre, il n’en était, pas question. En France, son utilité était fortement contestée.
- Partant de ces origines, M. Gibon rappelle et résume successivement les travaux de MM. Thomas, Laurens et Dufournel, Sire, Ebelmen, Baudelot, Robin en France, et de Miles Berry en Angleterre, en cherchant à faire ressortir la part de mérite qui appartient à chacun dans l’application industrielle des gaz. Puis il décrit les dispositions de trémie, de couvercle hydraulique, de laveurs, de soupapes au moyen desquelles MM. Thomas et Laurens, cessionnaires des brevets Robin, vulgarisèrent l’emploi de ces gaz dans un très-grand nombre d’établissements métallurgiques pendant la période dé 1835 à 4852.
- 1. Il est intéressant de noter ici un fait probablement inédit. Dès le commencement de 1835, M. Loustau, alors directeur des forges de Maucourt, près Stenay, a utilisé les flammes perdues des gueulards de hauts fourneaux : 1° à chauffer le vent dans des appareils établis sur les plates-formes; 2° à torréfier des bûchettes de bois destinées à remplacer le charbon dans les charges. En même temps, M. Loustau utilisait les flammes perdues des feux d’affinerie ; 1° à cuire la pierre à chaux, 2°, à réchauffer les fers ébauchés destinés à des élaborations ultérieures.
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- M. Gibon résume ensuite les recherches scientifiques de Bunsen et d’Ebelmen sur la composition des gaz recueillis à diverses hauteurs dans l’intérieur d’un haut fourneau.
- A partir de 1852, les appareils de prise des gaz, intimement associés à ceux de chargement des hauts fourneaux, se répandirent rapidement en France, en Angleterre, en Allemagne. M. Gibon passe en revue et apprécie successivement, avec son autorité de praticien, l’appareil cup and cône, les appareils Coingt, Chadeffaud, Minary, Escalle, Prenat, Langen, Lemonnier et les diverses formes de wagons de chargement.
- Des dessins joints à la note représentent la majeure partie de ces appareils.
- La note de M. Gibon est très-intéressante non-seulement au point de vue historique, mais aussi au point de vue pratique. Elle réunit des renseignements curieux sur les origines de l’emploi des gaz à des considérations techniques très-utiles sur le meilleur mode d’effectuer cet emploi, et il faut savoir gré à son auteur de l’avoir préparée pour la Société. Son impression enrichira le Bulletin d’un travail qui excitera certainement l’émulation des autres métallurgistes, membres de la Société, et M. Jordan veut espérer qu’il ne se passera pas trop de temps avant que quelque confrère de M. Gibon présente soit une continuation de son travail rendant compte des récentes dispositions appliquées aux hauts fourneaux de grandes dimensions comme le cup and cône à mouvement hydraulique employé en Angleterre, ou le cup and cône à tuyau central employé en Allemagne, soit un travail analogue sur les appareils à air chaud, ou sur les fours à gaz, par exemple.
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- La suite de l’ordre du jour appelle la discussion des chemins ' de rifer dans Paris.
- «aïj/attfavofi*!' ..
- M. Flachat croit, en effet, que c’est d’abord à un point de vue général qu’il faut conlîHerêr'Ta^grande entreprise qué tente la ville de Paris et qui a pour base la circulation des personnes dans la ville et dans sa banlieue. ; 1
- Il s’agit de deux réseaux de tramways, l’un intérieur, l’autre extérieur,rèt d’un chemin de fer souterrain. Cet ensemble, ajouté au réseau des omnibus et à la circulation sur la Seine par bateaux à vapeur, compléterait le transport en commun dans Paris et ses environs. '
- Le besoin d’accroître les moyens de circulation n’est pas douteux. Partout, dans le centre, l’encombrement des habitations existe; il s’accroît; le reste des jardins disparaît, les cours diminuent, et tout ce’qui a été fait pour donner de l’air, pour répartir la population sur un plus grand espacera été insuffisant. Loin de là, la population s’est de plus en plus accumulée vers le centre, les loyers sè sont élevés démesurément. «
- Ce qui est vrai de l’amoncellement des constructions l’est également de la circulation, et déjà quelques-unes des grandes artères du mouvement de Paris sont, à de certaines heures, tellement encombrées, qu’il est difficile de s’y mouvoir. L’administration parvient tant bien que mal, en interdisant sur la voie le passage des véhicules non suspendus, le stationnement et le parcours au pas des voitures de louage, à amoindrir le mal, mais ces règlements mêmes sont un sacrifice imposé aux habitants.
- Ces deux intérêts, celui d’épandre la ville et celui d’y rendre la circulation facile, sont du même ordre; l’utilité publique en est incontestable.
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- Ont-ils été réellement étudiés? Dans quelle mesure, dans quelle direction faut-il encourager l’extension de Paris? Rien jusqu’à ce jour n’a été à cet égard l’objet d’une enquête telle que la loi la prescrit.
- Il y a bien eu une Commission d’ingénieurs choisis parmi les plus notables, mais le choix d’hommes exclusivement techniques a fait dominer dans son sein des questions d’art qui, pour la plupart, n’avaient droit qu’à une place secondaire dans cette étude.
- Des projets et des systèmes ont été présentés par les inventeurs; seul l’intérêt municipal, qui devait connaître le mieüx les besoins de la circulation, n’a émis ni projet, ni système; il n’en avait pas alors, il n’en a pas davantage aujourd’hui.
- Ceci s’applique particulièrement aux tramways.
- La ville veut continuer le système de l’ancienne administration; il était, en effet, bien simple : il consistait à spéculer sur le service des omnibus, en exigeant qu’en outre des lignes rémunératrices il en desservît un grand nombre qui ne l’étaient point. C’est l’abus de cette spéculation qui a conduit le service actuel à un prix insuffisant et qui a arrêté l’essor d’une industrie dont les charges finissent par dépasser les profits.
- Considérons d’abord la circulation superficielle ; trois grands moyens de circulation vont se la partager : ce seront les omnibus, les tramways à l’intérieur et les tramways à l’extérieur de Paris.'
- Ce n’est certes pas en vue de réduire la circulation des omnibus que la ville tente la création des tramways : ce serait aussi inutile que nuisible.
- L’omnibus est, de tous les systèmes de locomotion, celui qui s’adapte le mieux à la circulation dans les villes. L’arrêt individuel est son principal avantage; sa mobilité lui permet de choisir instantanément toutes les directions ; toute cause d’encombrement ou d’arrêt disparaît pour lui.
- Une foule, le passage d’un régiment, un incendie, la réparation du pavage, l’établissement d’un égout le font dévier momentanément de sa route,- mais son trajet s’accomplit avec la même régularité. Tout ce qui tendra donc à la réduction du nombre des omnibus sera un sacrifice imposé à la population. Le tramway, au contraire, suit une direction obligée ; il est exposé à mille interruptions dues aux nécessités' de coupure des chaussées pour les eaux, les égouts ; il ne peut s’arrêter pour chaque individu, il est forcé de suivre la voiture qui le précède et de régler sa vitesse sur elle.; son inconvénient, c’est la rigidité du système. Il n’offrira donc pas plus de rapidité ni plus de régularité que l’omnibus. Quant au confort, il ne faut pas s’y attendre; on s’y tiendra la plupart du temps debout. Le sans-gêne américain peut s’accommoder de l’encombrement d’un véhicule où les uns sont debout, les autres assis : nos mœurs ne s’arrangent pas de ce sans-façon.
- Là où la circulation est très-grande, les tramways n’auront pas de vitesse ; ils seront en outre d’une exploitation plus coûteuse que les omnibus, et à ce point de vue il est très-regrettable que la ville de Paris ait continué et exagéré son ancien système d’exploitation de l’industrie en mettant à la charge du tramway la fourniture du pavé sur toute l’étendue des lignes où il rencontrera le macadam, et en outre l’entretien et le renouvellement de ce pavé avec lequel les roues de ses voitures ne seront jamais en contact. C’est là une de ces spéculations abusives d’autant plus déplorables que l’avenir financier de ces entreprises est infiniment précaire. Aussi le tracé intérieur du.réseau dans Paris exigera-t-il l’étude la plus attentive.
- Quant au tracé des tramways extérieurs, l’absence de chaussées pavées mettra à
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- la charge de cette entreprise une dépense considérable. La fatigue de la voie fréquentée par de lourdes voitures, qui préféreront les rails à la chaussée ordinaire, en rendra l’entretien excessivement coûteux.
- La faiblesse du mouvement de la circulation privera les habitants de la fréquence des passages. Or, cette fréquence est le premier et le plus grand intérêt public dans un service d'omnibus.
- L’obligation de rendre le voyageur et de le reprendre à un seul point donné, dans l’intérieur de la ville, est également, pour le réseau extérieur comme pour la population, une servitude intolérable.
- Les vrais principes en pareille matière et l’état des choses, tel qu’il est engagé aujourd’hui, conseilleraient la concentration en une même main de tous les services de circulation au moyen d’un prix unique d’intérieur et d’impériale, comme cela existe aujourd’hui, mais suffisant : ce qui n’existe pas en ce moment. Ce prix* appliqué aux omnibus, aux tramways, à la circulation souterraine, aux bateaux sur la rivière, avec faculté de correspondance, faculté payée, pour toutes voies, à un même prix unique, constituerait, pour la ville de Paris, le plus large système de circulation qui puisse exister.
- Ce système entrerait si intimement dans tous les besoins de la population, que la vie de tous les jours en serait profondément modifiée.
- L’extension des habitations, aérées, entourées de jardins, aurait bientôt conquis tous les espaces libres qui créent dans l’ancienne banlieue intra-muros, des foyers d’infection, des ramassis d’habitations malsaines, et qui déshonorent les approches de la ville.
- Ce qui manque à Paris, c’est moins l’économie que lafacililé de la circulation.
- Pour son bien-être comme séjour, pour ses facilités de travail comme industriel, pour son plaisir, sa santé et son repos comme promenades, l’habitant de Paris,doit trouver cela dans la facilité de circuler : c’est là principalement la condition d’être d’une grande ville* De ce point de vue nous pouvons dire que tout ce qui se prépare est le contraire de l’intérêt public.
- Des faiseurs nous arrivent de l’étranger, nous, proposent des systèmes de construction plus ou moins dispendieux ; ils entendent bien s’en réserver les bénéfices. Le public, tranquillisé par la part qu’aura prise l’Administration dans ces affaires, s’y intéressera, et quand viendra le jour de l’exploitation, il s’apercevra qu’en poursuivant ainsi à outrance et sans étude préalable des entreprises surchargées de conditions draconiennes, il a été. mal guidé par ceux qu’il a placés à la tête de ses conseils.
- Je me résume : la vaste entreprise qui se discute éii ce moment ri’a point été étudiée, et plus on voudra en hâter l'exécution, plus oh s’exposera à dés pertes irrémédiables.
- _ M« a examiné le projet de M. Vauthier au point de vue des dépenses
- de l’éxploitation qui lui ont pâru faibles. Le chiffré des voyageurs estimé d’après une recette de 10 500 000 fr„, et le prix unique de 0 fr. 20 par personne, serait de 144 000 voyageurs par jour : et en supposant 21G trains, cela ferait 670 voyageurs par train* ce qui paraît beaucoup. Le nombre total de voyageurs à transporter annuellement serait, par suite des chiffres donnés, de 52 500 000 environ; or^ le chemin métropolitain à Londres rie transporte que 44 000 000 de voyageurs, et il esta craindre qu’il n’y ait pas autant de fréquentation à Paris sur le boulevard extérieur.
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- La dëpéhse d’expiditatiori est estimée à 1 fr. par kilométré; or, si dn prënd les divers éléments du pinx, dn arrivé notablement âh-dcssüs. En effet, il faudra bruiër dû coke (pdür éVitei* là fumée) cdütànt 40 fr. là tonne. Oh consommërà 8 kiiog. par
- kilomètre.
- C’est donc pour le combustible................................... 0 fr. 32
- La conduite du train ne peut être estimée à moins de............. 0 Î5
- L’etitrëtien des locomotives.O 12 Eau; graissage, éclairage. .... s......... * i............ ; : :...... ;. O, 03
- L’entretien du. matériel roulant, évalué 'sur le môme pied c{ü’à Londres: 0 10
- Frais généraux de traction......................................... 0 03
- L’entretiën de la voie absorbera. .0 15
- Et les frais d’exploitation (service dés gàrëê) coûteront 0 43
- Ajoutons les frais généraux, d’administration, etc., sür le pied dë : ; ;. :. 0 10
- Et nous aurons un total de ; ;.. ;......................... i ... 1 fr. 47
- M. Yauthiér évalüe à 0 fr. 20 centimes les frais d’éxplëitatioîi ; nous leà àvoiis comptés à 0 fr. 45, parce qü'ê'îe mouvement des trains étant incessant, il faut dëiix personnels, l’uh pour la volé montante, l’autre poiir la voie dëscëhdàhtë; deux distributeurs, uh büëf de gare, deux collecteurs de billets, deux libmmës chargés dë ferttier les portières, coûtant ënvirori 0,000 ir. par an. Le Servicè dtirânt dë 5 heures du matin à minuit, il faut presque deux postes, ou tout au moins il faut àugrhëniëf de 70 0/0 ce përsdnnél ; c’est ddhe 16,000 fr. de përsdnnël, aüquëlil fâüt ajouter les dépenses d’éclàifagë du ttiiinël et dés gareâ; le chàüffagë, les billets; lës ifripri-
- més, etc.
- Sur le chemin de Yincennes la dépense a été d’un peu plus de 3 fr. en 1869* mais il est vrai que le service est irrégulier et doit être prévu pour les jours où il est maximum.
- Si l’dn applique àu parëburë dës tràihâ prévli par M. Yauthiér (2 3t>5 005 kilO'ha.) lé pfix de 1 fr. 47, on trouvé uii ëxcëdarit de ,1 200 Obo fr. sûr là dépense précité âü projet que noiis examinons.
- On peut ëgàlëhiëht ptëîidre la question ibuë dh Sùtre pbiiit dë vue, èt rëihàHfüèb qitë la rèëettë étant suppBkéë dë lO 500 000 fr. et là dëpéiisë dë 2 3Ô0 000 fk, bn. i
- exploiterait* moyennant 22 ^ 0/0 de la recette brute* résultat qui n’a jârhaià été
- àtteiiit ttüllë part, et qüi paraît impossible polir Paftâ Ôfi tout ëSt rëlàtivërhëht
- 1
- cher. A Londres, cette proportion est de 32 - 0/0, et cela grâce au bas prix dû combustible. Elle est de 44 0/0 pohi- le chemin de YincërinëS.
- Là ligrië proposée par M. Yauthiér est une dëé pitié écBhomipûëi coffimë dépenses, à Cause des localités traversées. Mais il est à cfaiiidrè cjüê, pàr lè'même motif, là fretpientation hé soit faible, ët cëlà dànS ürîe prOpBftiôrt pftiâ gi’indë qhë
- Féconomie.réalisée^Une l’ecetté de
- 10 300 000 30
- 350 000 fr. par kilomètre est élevée :
- ël.ië à été adoptée Scms toutes féservés même pour le parcours du projet 'dëâserŸarlt Iè bbdlëŸârd intérieur, mis en avant par là Commission.
- M. Yüiixehin fait remarquer que si les bateaux avaient dû correspondre avec les 'OmnilSüàp 5âhè' àügmëhtëf leür’pnxpià'fëceite àhnîlt dit être partagée. Si d’autre part le prix eût été augmenté, le nombre des voyageurs eût diminué.
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- M. Flachat .pense qu’il y a intérêt à réunir les moyens de transport. Les bateaux ont enlevé aux omnibus environ 1 million. S’ils s’étaient unis, il y aurait eu pour les deux échange de voyageurs et augmentation du nombre transporté par chacun d’eux; mais il faudrait alors un prix unique moyen, comme celui de 23 centimes au lieu des prix de 30 et 15 centimes que prennent les omnibus, ou 15 centimes que prennent les bateaux. 1
- M. Yoillemin. Si l’on recourait à ce procédé, on relèverait certainement le prix moyen, qui est aujourd’hui de 18 centimes pour les omnibus ; mais on léserait ainsi le voyageur qui n’emprunte qu’un seul mode de transport: or, c’est le plus grand nombre.
- Suivant lui, il n’y a pas nécessité à mettre en correspondance tous les moyens de transport. Ainsi, à Londres, le Métropolitain ne correspond ni avec les bateaux-omnibus, ni avec les tramways.
- M. Flachat désire réserver l’avenir, et si cette correspondance ne se fait pas actuellement, il désire que l’administration prenne des mesures en prévision. C’est pour le même motif que tous les projets faits pour Paris à section réduite ou n’admettant pas les véhicules des chemins ordinaires lui paraissent inadmissibles; le Métropolitain de Londres est à grande section, aussi bien pour les liaisons de quelques trains de voyageurs ou de marchandises qu’il crée actuellement, que pour ménager les éventualités futures.
- M. Yuillemin se garde bien de contester les nécessités de la grande section, mais il croit qu’il n’y a pas lieu à assurer dès maintenant la correspondance.
- M. le Président pense que la discussion est épuisée sur la question générale et demande quelles sont les difficultés qui ont pu faire mettre en jeu la question de la section à adopter.
- M. Vuillemin. Les difficultés se trouvent dans les égouts et principalement pour les passages de la Seine, dont le seul qui ait paru devoir être conservé jusqu’à nouvel ordre, pour unir le réseau de la rive gauche au réseau de la rive droite, se trouve voisin du pont d’Austérlitz. L’idée à laquelle on s’est généralement rallié a été d’adoptçr la grande section, afin que les mêmes trains puissent se rendre de Saint-Germain ou Versailles à Vincennes. Ce qui, indépendamment des trains restreints de l’intérieur de Paris, assurerait, en même temps que le service intérieur, la possibilité de se rendre à l’extérieur, sans transbordement, c’est-à-dire sans chance de pertes de temps. Le desideratum de M. Flachat se trouvé ainsi en partie rempli. D’après le projet adopté, une ligne partirait du chemin de fer de Lyon, toucherait à la gare de Yincennes, à la gare de l’Ouest (Saint-Lazare), et aboutirait à Neuilly. Une deuxième ligne transversale partirait du chemin de fer de ceinture, vers Auber-villiers, toucherait à la gare du Nord, à celle de l’Est, et irait à la Seine, dont le. passage est momentanément réservé. Le prolongement de cette ligne part du square Cluny pour se relier au chemin de Sceaux et au chemin de ceinture (R. D.) vers Montrouge. Afin de combler la lacune du passage de la Seine au Châtelet, deux jonctions possibles sont indiquées : l’une par le boulevard Saint-Germain et le pont d’Austerlitz ; d’autre, au contraire, par le boulevard Saint-Germain et Grenelle. Cinq des gares de Paris se trouveraient ainsi en communication.
- M.. le Président demande quelle est la longueur en souterrain des lignes projetées.
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- M. Vuillemin. La totalité, car les expropriations d’un passage au travers des habitations seraient ruineuses, et il faut rester sous les voies publiques. Les dépenses, dans certains cas, seraient certainement plus élevées qu’à Londres, où elles ont atteint quelquefois 12 à 15 millions.
- Les conduites seront facilement détournées, mais il faudra se mettre au-dessous des égouts, et il en résultera, pour certaines gares, l’inconvénient d’obliger le public à monter 8 à 9 mètres.
- Parmi tous les projets qui ont été soumis, M. Vuillemin en a examiné un, celui de M. Yauthier, non pas au point de vue du tracé ni des dépenses de construction, mais au point de vue des recettes prévues et de l’évaluation des dépenses de l’exploitation.
- M. Vauthier pensait que la discussion porterait plutôt sur les questions techni-ques'quë’^Lrcelles du produit probable et des dépenses d’exploitation. 11 admet, pour ces dernières, une partie des observations de M. Vuillemin: mais, quant à ses évaluations de produit brut, il croit être en état d’en maintenir la complète légitimité.
- Le chiffre de recettes qu’il a posé lui paraît devoir être atteint, sinon de suite, au moins au bout de peu de temps, par suite de l’activité de la circulation qui se développerait sur les lignes projetées; celles-ci consistant en une ligne circulaire et une ligne diamétrale donnent satisfaction aux désirs exprimés par M. Flachat. La circulation indiquée dans son projet donne, par décomposition, 70 voyages par an et par tête d’habitant, et si on compare avec ce qui se passe sur le chemin actuel de Yincen-nes, en prenant comme zone desservie une bande de 500 mètres, ,on trouve que l’on dessert 111 500 personnes (86 600 habitants dans Paris, et 24 900 en dehors). Or il y a eu, en 1867, sur cette ligne, 5 360000 voyageurs, ce qui fait 48 voyages par tête; le prix étant de 40 centimes, on a par habitant une recette de 19 fr. 20; or, dans son projet, M. Vauthier n’a supposé qu’un prix de 20 centimes, ce qui suppose 70 x 0,20= 14 francs par personne.
- M. Vuillemin fait observer qu’on ne peut comparer un chemin de banlieue qui sert surtout aux voyages de plaisir, lesquels ont lieu surtout entre deux gares seule-ment, sans grande participation de la zone considérée, avec une ligne métropolitaine destinée aux affaires. Ainsi, en 1869, la ligne de Vincennesa transporté 6 millions de voyageurs ayant rapporté chacun environ 39 centimes. La moyenne journalière paraît être alors de 16 000 environ, ce qui est loin d’être exact. En effet, les jours de fête on transporte 50 à 60 000 personnes, tandis que sur la semaine il n’y en a que 8 000 en été et 6 000 environ en hiver.
- M. Brull a eu l’occasion d’examiner en détail les chiffres du projet de M. Vau-tlnèîTetTîs’lui paraissent justes, autant que peuvent l’être des calculs de ce genre. Mais, en tout cas, le prix de 20 centimes demandé est faible en raison du service rendu, et il pourrait être augmenté, de manière à compenser l’insuffisance signalée par M. Vuillemin pour la recette. A Londres, où il y a des voitures des trois classes, les prix sont beaucoup plus élevés, et ils varient avec la distance.
- jM. Dallqt pense que l’adoption de deux classes de voitures améliorerait notablement les recettes et donnerait satisfaction aux convenances d’un grand nombre de voyageurs.
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- Il croit, en outre, que l’on évalue trop bas les produits de la ligne circulaire projetée par M. Vauthiër.
- D’après M. Vuillemin, le trafic des dimanches et jours fériés relève d’une façoh importante la moyenne des recettes des lignes de banlieue.
- Eh bien! il est évident qu’une ligne ferrée, suivant les anciens boulevards extérieurs, profitera, dans une large mesure, de cette source spéciale de recettes. Cette ligne fera sur tout son parcours la cueillette des voyageurs allant en villégiature et les transportera aux diverses gares de chemins de fer, d’une façon commode, économique et rapide. Le chemin de fer de Ceinture rend déjà dés services analogues depuis plusieurs années, mais dans une mesure infiniment plus restreinte que ne le fera la ligne dont M. Vauthiër est le promoteur.
- On ne tient peut-être pas assez compte, en en supputant les recettes, de l’immense agglomération de population concentrée sur des points tels que Neuilly, Courcelles, Batignolles, Montmartre, lâ Chapelle, la Yillette; Belleville, Ménilmontant, Bercy, Vaugirard, Grenelle. Il y a là une matière transportable, aussi importante par sa quantité et ses besoins que mal desservie.
- M; Vauthiër fait remarquer que, dans sa décomposition du xidrnbre des voyageurs pFTrtiïi, M-. Yüill'émin ’eét arrivé au chiffre, qui paraît ëxorbitdht, dé 600 voyageurs; mais si bn compté; comme l’a fait M. Yâiithier, sur un parcours moyëii de 5 kilomètrespar voyageur, c’ëst-à-dire du i/6 de là loiigüëür ttitàlë, le train se renouvellerait six fois, èt il n’ÿ a plus que 100 personnes par train eü ihoyeniie, ce qui ’èst alors parfaitement adrhissible.
- JVL. MàldanT 'croit que, dans dés questions aüssi neuves, la pfudënbe dans la lüâ-hlère dé proéëder test un devoir impérieux.
- Il üë lüi ëohible pas due la plupart dëS points de 'comparaison siir iëSqïiëls on appuie lés calculs, ou le's revenus probables des divers pfojets, présentent, avec ces projets mêmes; deè analogies Sülïïsantes pour rassurer lés esprits sérieux. Ainsi, ‘ii’èst-il pas très-hasafÜë d’ëtablir, comme on i’à fait, une similitude entré le trafic de la ligne actuelle de Vincennes et le nouveau chemin dè fer projeté? La ligne de ^incennes n’a pas de concurrence sur son parcours; c’est un moyen de locomotion agréable et connu : tandis qu’un chemin de fer métropolitain, suivant, souterraine-ment, des figues déjà desservies à ia surface par des véhicules plus accessibles, aura contre lui la concurrence de ces lignes; concurrence d’autant plus redoutable, que ces lignes n’ont pas contre elles la difficulté d’accès, l’éloignement des points d’arrêt, le désagrémënt du voyage souterrain, etc.; inconvénients qui ne doivent guère laisser espérer au chemin souterrain que la clientèle des voyageurs à lovgs parcours dans lesquels, seuls, on pourra gagner un peu de temps.
- M. Màldant croit donc qu’un supplément d’instruction serait très-nécessaire.
- M. le Président demande à M. Yuiliemin de. vouloir bien donner quelques renseignements sur les locomotives destinéës à desservir des chemins de fer souterrains.
- ! ' ; ' ; x y./ ' ? ’ - / • t ' ‘ : ’ ! '
- ^^J^J^uille^in. Les locomotives placées dans les conditions dont nous nous occupons doivent être convenablement modifiées; La circulation de trains se succédant à cinq minutes d’intervalle, c’est-à-dire une fréquentation moyenne d’un train par doux minutes et demi, si l’on tient compté des deux stefis de marche, fërhfilirdit le soülérrhin dë |üz è!t Üe Vàpëüfâ qui gêîieiùiéht là fèspifàtioh,* et ëmpêèliëràien't, en outre, de distinguer les signaux.
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- A Londres, on emploie du charbon très-pur renfermant très-peu de matières volatiles ; le tirage est d’ailleurs interrompu par des registres au cendrier et à la 'cheminée. L’échappement de vapeur est dirigé à travers les soutes à edu, ou èllé se condense. Lorsqu’on arrive à l’extrémité du parcours, on se débarrasse de l’eau chaude et oh la remplace.
- Le souterràin de Londres a 3 kilomètres 4/2 de longueur, et si l’on voulait à Paris avoir des longueurs plus considérables, il faudrait étendre ces dispositions. 11 est probable que l’importance des soutes à eau devrait être augmentée, et peut-être faudrait-il les reporter sur un vvagon spécial.
- Le souterrain serait aéré autant que possible au moyen de stations projetées à ciel ouvert au Château-d’Eau, au Gymnase, et même à l’Opéra: Toutefois le problème de l’organisation d’un système de ventilation naturel ou’artificiel n’est pas encore résolu. M. Goschler a eu l’idée d’employer, à cet effets les becs de gaz qui éclaireront le souterrain et pourraient former autant de petites cheminées d’aérage.
- Nous avons vu que le tirage de la locomotive était suspendu; on a proposé d’y remédier par l’emploi de ventilateurs. Un autre moyen, dont l’efficacité a été confirmée par des expériences que M. Mayer a fait faire, est l’emploi du souffleur au moment de l’arrêt dans les stations découvertes. En un temps d’environ trente secondés, bn peüt remonter en pression. Il est nécessaire 'd’avoir une Chaudière d’une grande puissance, de sorte que, partant en pleine pression d’uïië statioh, oh arrive à la Station suivante àvéc une diminution d’à peiné une atmosphère, âyàht pour ainsi dire vécu sur son propre fonds. ' • lK‘-
- Les cylindres des machines du Métropolitain ‘ont un ti’ès-grand diamètre afin de démarrer très-promptement. D’un autre côté, le train est relativement léger vis-à-vis des freins dont il dispose, et il s’arrête rapidement. Le degré de l’arrêt est très-court, trente secondes environ; les deux conducteurs qui accompagnent le train se précipitent sitôt l’arrêt,’ouvrent les portières et regagnent leur poste; les portières sont fermées paiAdes hommes de la gare pendant que le train démarre. Il serait difficile d’arriver en France à une telle célérité, au moins au début du service: •
- M. le President demandé quelles sont les objections qui ont été faites à remploi de la section réduite et dq la traction par machines fixés.
- M. Vuillemin. Le rapport de la Commission (dont la Société possède fin exemplaire) répond eu détail à cette demande. 1
- La principale question â été celle du raccordement avec lés lignes existantes) on a attaché une très-grande importance à employer les mémos véhiculés dàriS Paris et à l’extérieur. La locomotive est encore l’engin le plus maniable et qui pârâît se prêter le mieux à la rapidité des secours en cas de détresse; : 0.
- ’>*.' f
- M. Yauthier trouve que l’on a exagéré l’importance de la jonction par rails avec les lignes existantes, et surtout la nécessité d’un type unique, lorsque ce résultat n’est obtenu qu’au prix de grands sacrifices et d’énormes'dépenses. Selon lui, un réseau 'métropolitain doit s’occuper principalement du mouvement des personnes à l’intérieur. La jonction avec les lignes existantes peut se faire, pour cet objet spécial, sans qu’il y ait connexion entre les rails. Il suffit, par exemple, de croiser une ligné perpendiculairement et de faire communiquer les qiiais ldé cette gare de jonction avec les quais dè l’autre gare pàr'ües ëscàliérs dësSèt'vant chüqüë tjuaiv Le transbordement dés personnes n’a que peu d’inconvénients quand on n’a pas de
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- bagages, comme cela aura généralement lieu. Quant aux marchandises, le transbordement, si la différence de section le rendait nécessaire, serait compensé par la diminution du prix d’établissement des lignes.
- . M. Brull pense qu’il y a quelque analogie entre le problème de la ventilation des souterrains projetés et celui qui a été résolu pendant le percement du Mont-' Cenis.
- M. Mantion craint qu’il n’v ait imprudence à espérer vouloir faire mieux qu’à Londres sous le rapport des souterrains.
- M. Vauthi,er rappelle que le souterrain de Londres n’a pas 3 500 mètres, puisqu’il est coupé par une station ouverte et par de nombreuses cheminées d’aérage. Comme exemple de difficulté de ventilation des tunnels, il cite, en l’appuyant sur un ordre de service récent du réseau de Lyon, un souterrain de 1 500 mètres de longueur, des environs d’Alais, où il ne passe que 10 trains par jour, et où néanmoins le mécanicien doit se soustraire à l’air et est obligé d’avoir recours à l’emploi d’un appareil respiratoire dont la locomotive est pourvue i.
- M. Flachat ne peut admettre que les Anglais aient abandonné à Londres l’emploi du souterrain par suite des difficultés d aération. La preuve est que ces difficultés ont été surmontées dans celui qui existe, avec de légères dépenses, et jamais on n’a entendu donner ce motif par les ingénieurs anglais qui ont dirigé ces entreprises. Le motif a été évidemment tout autre.
- M. Bergeron saisit l’occasion de la question de la ventilation pour faire remarquer qu^êîîe sé produit tout naturellement dans le système pneumatique. Il a vu, à Sydenham, près Londres, une voiture formant piston dans le cylindre où elle se mouvait, et contenant 24 personnes, poussée par l’air comprimé à 1/30 d’atmosphère au moyen d’un ventilateur Rammel, remonter lestement une rampe de 7 cent. 1/2. Ce moyen va être employé à New-York, où le chemin aura, pour chaque voie, une section circulaire de 3 m. 60 de diamètre,admettant au besoin les wagons ordinaires. Des ventilateurs de 12 mètres de diamètre, mus par une machine de 100 chevaux, lanceront de l’air, exerçant une pression de 200 kil. par mètre carré. Pour parer aux cas d’accidents, il suffit d’avoir un ventilateur de rechange~ à y*
- L’arrêt des trains s’obtient au moyen des freins. K.
- Dans les gares, le train est isolé du tunnel par des portes et se trouve sur une pente qui lui permet de démarrer. ,
- M. Bergeron a offert à la ville, au nom d’une société anglaise, de se charger de l’exécution des chemins; il se chargerait de s’entendre avec M.» Rammel dont le brevet a encore quelques années d’existence, et c’est ce motif qui, suivant lui, a empêché l’Angleterre d’employer ce système. . :
- M. Gosghler trouve qu’il est difficile de prendre un parti d’après toutes les opinions qui ont été mises en avant et dont aucune ne fait Ressortir d’ihconyénients^ni
- 1. Ce souterrain est ci une seule voie et a petite section, le mécanicien est placé dans le même axe que la clef de voùle. Il est probable que la pratique indiquera quelque remède à cette situation temporaire sans précédenl, même pour des souterrains beaucoup plus longs.
- (Noie du Secrétaire.)
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- d’avantages bien saillants. Tout au moins les projets paraissent-ils avoir besoin d’études complémentaires. M
- M. le Président. L’opinion émise par M. Goschler lui paraît généralement partagée ; il espère que, par suite de discussions ultérieures, la Société sera mise à même d’apporter son contingent à la solution pratique des détails de cette grande question.
- MM. Etienbled, Macgherman, Tourgon, Bouvard et Hély-d’Oissel ont été reçus membres sociétaires ; et MM. Renouard de Bussière et Vignerie, membres associés.
- Séaasee du 7 JUviai 1873.
- Présidence de M. Émile Muller. . , - ..
- M. E. Flachat, président honoraire, donne lecture de son discours d’inauguration, retraçant l’histoire des ingénieurs civils en France. ^ .
- M. É. Muller présente ensuite l’historique de la Société.
- Ces deux discours seront reproduits in extenso dans le bulletin trimestriel.
- M. Richard donne quelques renseignements sur les chemins de fer de la Haute-Italie.— Traversée du tunnel du Mont-Cenis.
- 11 existe encore, dansTe 'puLîic, de telles préventions contre la traversée du tunnel du Mont-Genis, et ces préventions sont s°i faciles à faire tomber, que j’ai cru nécessaire de demander la parole pour vous rendre compte, en quelques mots, d’une visite du tunnel queje viens de faire, en compagnie de plusieurs ingénieurs et chefs de service des chemins de fer français, parmi lesquels MM. Loustau, Desgrange, Martin, Crétin, Mathieu, Chabrier, Fèvre, sont membres de cette Société.
- Je suis d’autant plus désireux'de vous faire ce compte rendu, que je remplirai en même temps un devoir en rendant un hommage public aux grandes qualités, au grand savoir que nos collègues les ingénieurs de la Haute-Italie déploient dans la construction et l’exploitation de leurs chemins de fer.
- Partis de Paris avec tous les.privilèges et toutes les facilités de voyage, mises gracieusement à notre disposition par la Compagnie de'Lyon-Méditerranée, nous sommes arrivés au pied du mont Cenis, à Modane, où nous avons trouvé M; Bachelet, un de nos compatriotes, chef de l’exploitation des chemins de fer de la Haute-Italie, qui, sur l’invitation de son Directeur général, M. Amilhau, était venu au-devant de nous, accompagné d’ingénieurs italiens, pour nous faire les honneurs de son réseau.
- Nous avons quitté la gare de Modane avec un train attelé de deux machines et composé de quatorze voitures à la queue desquelles a été ajouté le wagon-salon qui nous était destiné. 1 l 4
- Pouf franchir l’espace qui sépare la gare de Modane de la tête, du tunnel, du côté de la France, il faut gravir une rampe continue de 0,03 par mètre qui se contourne
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- §p(qs forme d’un lacet qyec des courbes de 300 mètres de rayon sur une longueur de o kilomètres et demi; de telle sorte que, lorsque le train arrive au tunnel, la gare de Modane est vue directement au-dessous du train et en contre-bas de 150 mètres environ.
- Lorsque nous avons, quitté la gare de Modane, nous voyions la fumée sortir de la bouche du tunnel ; c’était celle d’un train qui venait de traverser avant notre passage. Nous sommes donc entrés sous le tunnel dans les conditions les plus défavorables au point de vue des inconvénients redoutés,, la fumée, la chaleur et le manque d’air - car npus venions ajouter à la fumée, déjà répandue dans le tunnel, celle des deux machines attelées à notre train.
- Ainsi engagés sous la galerie, nous avons voulu nous exposer aussi complètement que possible à toutes les incommodités du voyage, s’il en survenait, et pour cela nous avons laissé ouvertes toutes les fenêtres de notre voiture-salon, où nous étions réunis dix-huit personnes. 1
- Eh bien, Messieurs, nous devons à la vérité de déclarer que nous n’avons éprouvé aucune gêne. Le trajet, d’une tête à l’autre, qui est de 12,233m55, a duré 22 minutes, pendant lesquelles nous avons constaté : t
- Que la respiration était parfaitementlibreà tous les points de la longueur de la galerie ;
- Que la différence de température aux têtes et au milieu était à peine sensible, de 4 degrés environ ;
- Que la combustion des lampes du wagon, qui étaient, comme dans toutes les voitures du train, des lampes à gaz alimentées par un réservoir placé dans le fourgon à bagages, n’a pas varié un instant d’intensité;
- Que la fumée ne produisait aucune gêne et était parfaitement entraînée par le courant d’air; .
- Que les lampes à huile, placées tous les 5G0 mètres le long des parois du tunnel pour l’éclairage de la galerie, brûlent parfaitement et laissent toujours lisibles les chiffres tracés sur des verres dépolis pour indiquer le kilométrage;
- Que la section du tunnel, la voie sur laquelle nous ne marchions pas, les trottoirs ménagés fe long des culées pour le service des gardes, les gardes eux-mêmes ont été parfaitement visibles à chaque instant du parcours. ,
- ;|£nfm nous avons su que les hommes des équipes de surveillance et d’entretien, qui passent douze heures sousde tunnel, sans être relevés, n’nnt pas encore proféré une;plainte et n’ont eu, à aucun moment, à se servir des chambres d’aérage que, par excès'de précaution, la Compagnie des chemins de fer de la Haute-Italie a ménagées sur la longueur du tunnel et conservées en communication avec les tuyaux d’injection d’air. Le courant d’air est assez fort et entraîne généralement la fumée de la tète,nord à la tête sud, c’est-à-dire de France en Italie.j
- Lé passage des trains est du reste favorable à cette direction. En effet, lorsque les trains montent de France en Italie, les machines jettent beaucoup de fumée, et cette fumée séjourné d’abord dans la partie1 de là galerie ën rampe où elle est retenue par la brisure du pfofil'çn' lorig; puis,1 attirée par l’air chaud d’Italie, elle s’écoule vers Bardonnèche. Lorsque ies! trains' viennent d’Italie et descendent en France,'peu ou point dé fumée sous la galerie; elle s’écoule alors tout naturellement vers ffâr-donnèchëf111'' '-i'"" • L
- résurné,, Messieurs, il faut reconnaître et proclamer hautement que le passage des Alpes parle)unnel du Mont-Cenis se fait sans aucune difficulté ni aucune gêne,
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- que ce passage est un fait accompli, indiscutable, un événement immense pour les intérêts commerciaux de la France et de l’Italie, et il est juste d’ajouter : un de ces chefs-d’œuvre qui rend impérissable la mémoire des grands., ingénieurs italiens MM. Sommeiller, Grandis, Grattoni, qui l’ont conçu et exécuté.
- Aujourd’hui le service.d’exploitation fonctionne avec uùe«régularité. parfaite entre Modane et Turin, d’où les trains rayonnent sur tqus les points de l’Italie, et nous avons eu l’occasion de constater, dans la direction de Milan, Alexandrie §t Gênes, combien cette exploitation se fait avec facilité et intelligence spr un réseau à voie unique, excepté la ligne de Turin à Gênes, ayant plus de 2,00:0. kilomètres et qui produit plus de 40,000 francs par kilomètre. Le secret de cette exploitation facile est l’usage constant du télégraphe appliqué à tous les besoins d[u service. Aucun agent des chemiqs de fer de la Haute-Italie, quel que soit spn grade, n’est reçu s’il ne sait pas se servir du télégraphe ; la Compagnie arrive ainsi à régulariser la rappelle des trains ordinaires ou extraordinaires, à grande ou à petite vitesse, entre deux stations, sans avoir à ,craindre aucun accident. Nous devon? ti-rpr, de cet exemple que nous donne Fltalie cette certitude qp§, contrairement à ' l’opinion généralement adoptée en France, pu peut exploiter sans danger à voie unique pt avec des trains express, un réseau produisant plus de 30,000 francs par kilomètre.
- J’ajouterai, Messieurs, quelques détails techniques sur le percement du mont Cenis qui peuvent vous intéresser.
- La longueur de la galerie perforée est, comme je vous Lai dit, de 12 233»,55-en ligne droite; la perforation a été faite de 1862 à 1870. Les deux attaques se sont rejointes exactement le 26 décembre 1870 au kilomètre 51G3lxt,50 ; 7080^,05 ont été percés du côté de l’Italie, où la roche, composée de calcaires blancs imprégnés de quartz, était moins dure que du côté de la France où l’on a traversé des terrains à anthracite et la région des quartzites, et où Ton n’apra avancer que de b 1 BS^oO.
- La direction rectiligne de l’axe a été conservée sans déviation au moyen d’observations et de triangulations journalières faites au moyen des observatoires établis sur. le mont Fréjus et en arrière de Modane et de Bardonnèche, lors-du tracé pardessus la montagne. Les feux, dirigeant Taxe sous la galerie, étaient mis chaque jour en correction parfaite avec les instruments des observatoires. or ;
- Hui| perforatrices attaquaient chaque paroi ; elles étaient montées sur un chariot en fer que l’on reculait et que l’on avançait à volonté. Vous vous rappelez que la perforatrice consistait en un fleuret percutant et tournant sur son,axe, lié.à un piston qui recevait son mouvement à grande vitesse dans un petit cylindre alimenté, d’air comprimé par un tiroir, et que Toutil, entraîné par un mécanisme ingénieux de res-?: sort poussant une crémaillère, pouvait avancer en même temps que le trou s’approfondissait; un système de débrayage le faisait reculer à volonté pour le sortir du trou.
- L’air comprimé, moteur de tout le travail intérieur, était approvisionné aux deux têtes du tunnel. A Bardonnèche, côté d’Italie, sept roues hydrauliques de 6 mètres de diamètre faisaient mouvoir les pompes comprimant à 5 atmosphères, dans les réservoirs alimentant les conduites, l’air envoyé dans le tunnel.
- On ne disposait que d’un débit d’eau de 1 mètre cube par seconde, que fournit une source captée dans la montagne, à 3 kilomètres du premier point d’emploi. On avait dû aller chercher cette eau de source et l’amener sur les roues par une .galerie fermée, pour éviter la congélation. -nmony
- Les roues à augots courbes, du système des roues par-dessus, enfermées dans des
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- bâtiments qui contiennent tous les appareils de compression, sont étagées l’une au-dessus de l’autre, de manière à ce que l’eau qui sort d’une roue descend sur celle qui se trouve à l’étage inférieur, jusqu’à la sortie de la dernière roue.. Un système de vannage est disposé pour mettre les roues en mouvement et pour isoler une roue à volonté, pour les cas de réparation.
- A Modane, l’installation est la même en principe; seulement il n’y a que les roues hydrauliques, disposées l’une à côté de l’autre sur un même axe longitudinal. L’eau de source, qui les met en mouvement, vient également de la montagne, et a, à son arrivée sur les roues, une chute de 45 mètres.
- Tout cet ensemble d’appareils de compression de l’air et de perforation était monté avec une précision remarquable; nous l’avons vu fonctionner et percer en un instant des blocs de pierre qui avaient été disposés pour nous donner une représentation de la perforation en galerie.
- Pour compléter ces quelques renseignements, j’ajouterai :
- Que le profil en long de la galerie monte de France çn Italie, avec une rampe de 0,022 millimètres par mètre sur environ la moitié de la longueur, et redescend vers l’Italie avec une pente très-faible de 0,0005 dix-millièmes par mètre jusqu’à la sortie de la galerie, à partir de laquelle on arrive à la station de Bardonnèche par une pente de 0,03 centimètres sur 1,500 mètres environ.
- La galerie est maçonnée sur toute sa longueur ; l’épaisseur de la muraille varie de 0,50 centimètres à 1 mètre d’épaisseur suivant la nature du terrain, La voûte est en plein cintre ; elle a 6 mètres de hauteur au-dessus du rail ; l’écartement entre les piédroits est de 8 mètres aux naissances et de 7m,70 au niveau de la plateforme.
- La dépense des travaux a été de 75 millions auxquels il faut ajouter les intérêts et dépenses diverses du capital, ce qui a fait monter la dépense à 106 millions, m’a-t-on dit. Ce n’est pas payer cher une œuvre si magnifique.
- - Notre voyage a été terminé par une exploration du nouveau chemin de fer de la Gormèche, entre Gênes et Yintimille. Cette exploration n’a été qu’un enchantement continuel, tant au point de vue des magnifiques panoramas qui se développent à chaque instant sur le£ bords de la Méditerranée toujours contournés par la ligne, que des travaux également magnifiques qui ont donné passage au chemin de fer, et qui, malgré leur hardiesse, imposent toute sécurité au voyageur.
- A Yintimille, nous avons retrouvé l’exploitation française, et nous avons quitté M. Bachelet,' chef de l’exploitation des chemins de la Haute-Italie qui, remplissant avec une courtoisie complète les instructions de son Directeur général, M. Amilhau, avait voulu nous conduire jusqu’aux limites de son domaine. Nous vous demandons, Messieurs, la permission d’envoyer, de cette enceinte, à ces ingénieurs comme à tous les ingénieurs de la construction et de l’exploitation des chemins de fer de la Haute-Italie, nos fraternels remerciments pour l’accueil qu’ils nous ont fait, à nous qui avons été assez heureux pour représenter près d’eux la Société des ingénieurs civils de France.
- M. Ydillemin rend compte des opérations de la Soçiétéde l’industrie minérale» (District du Nord de la France.)
- Au moment où la Société des Ingénieurs civils s’occupe des questions ouvrières, il y a quelque intérêt à lui faire connaître les résultats d’une enquête sur les habitations, les écoles, et le degré, d’instruction de la population ouvnêre^es^tmnes de
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- houille des bassins du Nord et du Pas-de-Calais. Cette enquête al été faite par les soins du Comité de l’industrie minérale pour le district du Nord de la France, dont le président, M. de Bracquemont, et le vice-président, M, Ém. Yuillemin, sont membres de notre Société.
- À la suite d’un questionnaire bien défini, et de réponses très-nettes et très-précises, M. Ém. Yuillemin, directeur des mines d’Àniche, a adressé à son Comité un rapport complet, dont il m’a chargé de remettre plusieurs exemplaires à la Société, et dont je vais faire une rapide analyse.
- L’enquête porte sur les habitations, les écoles, et les divers avantages accordés à leur population ouvrière par les Compagnies houillières : dix-huit Compagnies ont répondu aux questions du Comité.
- MAISONS D OUVRIERS.
- En 1869, la population ouvrière des bassins du Nord et du Pas-de-Calais se ré-partissait comme suit :
- 12
- ï 8
- Mines d’Anzin. Extraction 1,647,192 tonnes. 12,500 ouvriers,
- — d’Aniche. — 471,815 — 2,600 — r
- — de Lens. — 403,334 — 2,400 —
- — de Courrières. — 310,749 —
- — de Nœux. — 248,529 — | S> 13,484 —
- — de Bully-Grenay. — 199,873 — j
- Autres mines. — 1,004,325 — ' 1 *
- 4,285,817
- 30,984
- Les 18 mines possèdent 7,061 maisons dans lesquelles sontlogés 11,645 ouvriers, qu’elles emploient, soit plus du tiers du nombre total d’ouvriers.
- La Compagnie d’Anzin possède à elle seule 2,000 maisons; trois Compagnies en possèdent 500 et 600 chacune, quatre 400 et 500 chacune.
- composition et aspect des maisons (voir le rapport, pages 11 et 12).
- En Belgique, dans la province du Hainaut, dont la production est de 10,000,000 de tonnes, et la population ouvrière de 69,000 ouvriers de mines, le nombre des maisons, construites par les exploitants, n’était, en 1869, que de 2,629, occupées par 13,458 habitants, dont 4,913 occupés dans les travaux. ^
- Ces chiffres correspondent à 1 maison par 3,800 tonnes de houille et par 26 ouvriers employés, tandis que, dans le Nord et le Pas-de-Calais, il .existe 1 maison par 630 tonnes de houille extraite, et par 4 à 5 ouvriers employés, soit 6 fois plus.
- Le prix d’établissement des 7,061 maisons construites dans le Nord par les Compagnies houillières a été de 15,800,000 francs, soit en moyenne 2,238 francs par habitation, y compris le terrain et le petit jardin attenant. !
- Les habitations sont louées aux ouvriers mineurs à raison de 3, 4, 5 et 6 francs par mois ; leloyer aproduit, en 1869, une somme de 418,185 francs, soit en moyenne 59 fr. 23 c. par habitation et par an, correspondant à 2,64 p. 100 du capital d’établissement. Toutefois ce chiffre se trouve grevé de logements attribués gratuitement à certains agents, des vacances et des contributions qui le réduisent à environ
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- l‘JL
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- Dans le Hainaut, Je prix de location varie de 72 à 160 francs par an, c’est-à-dire du double au triple des loyers dans le bassin du Nord.
- Certaines Compagnies construisent des maisons isolées ou accolées deux à deux et les cèdent à leurs ouvriers au prix coûtant, avec de grandes facilités pour les payements et sans intérêts, et pour faciliter cet achat, elles encouragent, par tous les moyens, l’économie et l'épargne, surtout par la création de caisses d’épargne.
- Les 7,061 maisons, déductions faites de celles vendues, ou vacantes, sont occupées par 6,634 familles, formant une population de 31,432 habitants, femmes et enfants compris.
- INSTRUCTION.
- Sur les 18 mines du Nord et du Pas-de-Calais, ayant répondu au questionnaire, 12 ont créé à leurs frais des écoles de filles et de garçons et des salles d’asile pour les enfants de leurs ouvriers. Ces écoles sont au nombre de 25, dont 14 pour les filles et 11 pour les garçons; les salles d’asile sont au nombre de 18. Les écoles de filles sont tenues par des sœurs de Saint-Vincent-de-Paul qui, indépendamment de l’instruction, donnent des soins et des secours matériels aux familles des ouvriers; elles tiennent les pharmacies^ des ouvroirs pour le travail des jeunes filles, des orphelinats et des bibliothèques.
- Cinq Compagnies ont érigé à leurs frais des églises et des chapelles à côté des écoles.
- Enfin, toutes les Compagnies du Nord et du Pas-de-Calais, qu’elles aient ou qu’elles n’aient pas d’écoles particulières, envoient gratuitement les enfants de leurs ouvriers dans ies écoles communales.
- Les douze Compagnies qui ont créé des écoles spéciales, avec logements d’instituteurs, ont dépensé de ce fait 712,000 francs, et 200,000 francs pour les églises et les chapelles, de sorte qu’un capital dépassant 900,000 francs a été consacré par elles pour l’instruction et la moralisation de leur population ouvrière.
- Le nombre des enfants qui suivent les écoles spéciales et vont aux salles d’asile s’élève à 6,259, et celui des enfants qui fréquentent les écoles communales, aux frais des Compagnies, s’élève à 6,786.
- Malgré les efforts des compagnies pour développer l’instruction, le rapporteur s’étend longuement sur la faible proportion des personnes sachant lire et écrire ; elle n’est que de 36.6 p. 100 pour les femmes, et 47.3 p. 100 pour les hommes ; un peu plus de 50 p. 100 pour les hommes de 20 à 40 ans, et au-dessous de la moyenne générale pour ceux plus âgé3. En comparant la proportion des personnes sachant lire et écrire sur une population de 37,710 habitants, de 9 communes industrielles et agricoles, des 3 arrondissements du département du Nord, l’avantage est en faveur de celle-ci sur la population ouvrière des mines ; mais le rapporteur fait observer qu’on devait S'attendre à cette infériorité, en présence d’une population composée exclusivement d’ouvriers yivant de leur salaire, tandis que la population des communes représente non-s.eulement des ouvriers, mais des personnes riches ou aisées. Toutefois il ressort des chiffres du rapport que les efforts des Compagnies ont déjà obtenu un résultat favorable. La jeunesse est plus instruite que l’âge mûr, et les bienfaits de l’instruction sont de plus en plus appréciés chaque année.
- CAISSES DE SECOURS.
- Dans chaque Compagnie il existe une caisse de secours, alimentée en partie par une allocation de la Compagnie. Cette caisse fournit à tous les ouvriers les soins mé-
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- dicaux, des secours en argent et en nature, lorsqu’ils sont blessés ou malades; des pensions aux veuves et aux enfants des ouvriers morts à la suite d’accidents; des pensions de retraite aux ouvriers,à leurs veuves et à leurs enfants; elle acquitte les frais de funérailles, etc.
- CHAUFFAGE GRATUIT.
- Chaque famille reçoit gratuitement le charbon nécessaire à son chauffage, à raison de 4 à 6 hectolitres par mois.
- RÉSUMÉ.
- En 1868, la Compagnie d’Ànzin, qui occupait 10,600 ouvriers, a consacré en œuvres ayant pour but l’amélioration ou le bien-être de ce personnel une somme de 812,000 francs qui représente 25 p. 100 du dividende distribué aux actionnaires. C’est pour chaque ouvrier, en sus de son salaire, une somme de 76 fr. 50 c.
- Les 17 autres Compagnies ont consacré pour les mêmes ouvriers, en 1869* une somme de 1,432,874 francs, soit 22 p. 100 des dividendes distribués aux actionnaires; elles occupaient 16,523 ouvriers et allouent ainsi à chacun d’eux une part de bénéfice de 89 fr. 19 c., ou un supplément de paye de plus de 10 p. 100 du salaire moyen annuel.
- Enfin, pour compléter son enquête, le Comité de l’industrie minérale du Nord a relevé le nombre et le salaire des ouvriers des mines depuis dix ans; en voici le résumé :
- 1859. 18,419 ouvriers. Salaire moyen annuel, G72f Salaire moyen journalier, 2f,24c
- 1863. 23,484 — 703f — 2f,34c
- 1868. 28,378 — 83Gf — 2f,82<=
- Le salaire moyen a varié, en dix ans, de 2 fr. 24 c. à 2 fr. 82 c. ; c’est une augmentation de 58 centimes par jour, ou 26 p. 100. Ce salaire moyen s’applique à tous les ouvriers indistinctement, aux adolescents de dix à vingt, comme aux ouvriers mineurs faits, et varie de 1 franc à 1 fr. 50 c. pour les enfants, 2 francs pour les jeunes gens, jusqu’à 3 et 4 francs pour les mineurs, et 5 à 7 francs pour les ouvriers habiles.
- Tels sont les avantages accordés par les compagnies houillières du Nord et du Pas-de-Calais à leurs nombreux ouvriers; ces avantages constituent une participation aux bénéfices des Sociétés, sans qu’il y ait la moindre chance de perte de la part des ouvriers.
- La Société des Ingénieurs civils saura apprécier, je n’en doute pas, le travail de ses deux honorables membres et les efforts que, de concert avec la compagnie houillière, ils font pour l’amélioration de l’instruction et pour le bien-être des ouvriers mineurs.
- M. le docteur Marin présente un petit modèle de son système permettant la circulation des véhicules de chemins de fer dans des courbes de petit rayon.
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- iéimce dlaa «Hastat IS'Sr^.
- 'Présidence de M. Émile Muller.
- Le procès-verbal de la séance du 7 juin est adopté.
- M. Brüll demande la parole au sujet du procès-verbal de la séance du 17 mai. Il trouve que les paroles attribuées à MM. Maldant et Dallot, au sujet de la lettre qu’il a adressée à la Société, n’ont pas été prononcées telles que le procès-verbal les relate; — car M. Brüll n’aurait pas manqué de répondre séance tenante, et il eût dit, notamment, qu’il reconnaissait parfaitement à la Société le droit de s’occuper des questions mises à son ordre du jour; qu’il craignait seulement que la discussion de plusieurs de ces questions ne fût pas opportune et ne présentât des inconvénients.
- M. Maldant dit que le procès-verbal a reproduit exactement l’esprit de ses paroles, sinon les termes mêmes dont il s’est servi.
- M. le Secrétaire croit devoir décliner toute responsabilité dans cette question de rédaction, le procès-verbal ayant été communiqué, suivant l’usage, aux intéressés et à M. Maldant entre autres ; le passage dont il est question est entièrement de M. Maldant.
- M. Gaudry demande à confirmer, à la suite d’une expérience personnelle, les renseignements donnés dans la précédente séance, par M. Louis Richard, sur le souterrain* du Mont-Cenis ; il l’a récemment traversé, dans un train et dans un compartiment, au milieu des autres voyageurs, peu de temps après le passage d’un train, et l’effet a été le même que la traversée d’un souterrain ordinaire.
- M. Duperré désire combler une lacune, remarquée dans le discours de M. Flachat, et il demande que l’on comprenne, parmi les titres d’honneur de la Société, l’avantage qu’elle a de posséder trois membres de l’Académie des sciences (M. le général Morin, M. Yvon Villarceau et M Tresca).
- M. le Président est parfaitement d’accord avec M. Duperré, et est certain d’être l’organe de la Société en félicitant M. Tresca de sa toute récente nomination.
- M. le Président donne ensuite lecture de deux lettres : l’une de M. Delignv, l’autre de M. Geyler, protestant contre la lettre de M. Brüll.
- M. le Président croit devoir informer la Société à ce sujet que, sur les instances de M. Brüll (peut-être aussi marquées, parce qu’il y avait des invités, dont la majorité appartenait aux grandes administrations), il a lu, à la séance du 17 mai dernier, la lettre qui venait de lui être remise à son entrée en séance et dont il n’avait pu prendre connaissance préalable. Sans cette circonstance, la lettre eût été d’abord communiquée au bureau, qui eût très-probablement décidé avant, comme il La fait depuis, qu’il ri’y avait pas lieu de donner suite à cette demande.
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- M. Brüll, on se le rappelle, dit être l’organe de quelques membres de la Société, en réclamant contre la direction imprimée aux travaux ; de son côté, M. le Président reçoit de divers groupes des demandes qui l’engagent à aller dans une direction contraire à celle que réclame M. Brüll.
- Le Président déclare qu’avant tout il est décidé à agir, dans l’intérêt de la Société, tel qu’il le comprend, dussent même des collègues ou des camarades en être contrariés, en se renfermant, toutefois, dans les statuts ; il ajoute qu’ayant la responsabilité de la rédaction des ordres du jour, il lui paraît juste de lui laisser diriger les travaux dans le sens qu’il jugera le plus convenable, et il déclare qu’il suivra le programme qu’il s’est tracé.
- M. le Président a le regret d’annoncer à la Société la mort de M. Félix Bonnet, ingénieur à la Compagnie de l’Est.
- M. le Président annonce à la Société l’envoi fait par M. Duvergier de Hauranne d’un dossier très-complet et très-intéressant de renseignements sur les habitations ouvrières de tous les pays. Il adressera les vifs remercîments de la Société au donateur de cette consciencieuse étude.
- Conformément à l’article 17 des Statuts, M. Loustau, trésorier, donne communication de l’exposé de la situation financière de la Société.
- Il indique que le nombre des Sociétaires, qui était, au 15 décembre 1871,
- de..................................................................... 997
- s’est augmenté, par suite de nouvelles admissions, de.................. 65
- 1062
- A déduire, par suite de décès, démissions et radiations pendant ce semestre..................................................... 9
- Nombre total des Sociétaires au 21 juin 1872.............. 1053
- Les recettes effectuées pendant le 1er semestre de 1872 se sont élevées à :
- fr. c. fr. c.
- 1° Pour le service courant, cotisations, amendes, etc.. 14,456 001
- 2° Pour l’augmentation du fonds social inaliénable... » 1,872 00 i 62,625 55
- 3° Yente d’obligations au même fonds..................... 46,297 55 )
- Il reste à recouvrer en exonérations, droits d’admission, cotisations, amendes, etc............................................................ 35,087 00
- Total de ce qui était dû à la Société......... 97,712 55
- Au 15 décembre 1871, le solde en caisse était de.....
- Les recettes effectuées pendant le premier semestre de 1872 se sont élevées à..................................
- Les sorties de caisse du semestre se sont élevées à :
- 1° Pour dépenses diverses, impressions, appointements,
- affranchissements, etc., etc..........................
- 2° Solde du terrain et payements aux Entrepreneurs..
- 3° Installation et intérêts de l’emprunt de 6,000 fr....
- Il reste en caisse à ce jour................ 9,284 03
- La Société possède en outre : comme fonds social inaliénable, un hôtel sur lequel elle a déjà payé une somme de 190,688 fr. 62 c.
- 22,799 97 62,625 55
- 14,015 67I 61,467 221 658 60
- 85,425 52
- 76,141 49
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- M. le. Président met aux voix l’approbation des comptes du trésorier; ces comptes sont approuvés.
- M. le Président adresse au nom de la Société des remercîments à M. Loustau pour sa bonne gestion et son dévouement aux intérêts de la Société.
- Une modification aux statuts, que demande M. Loustau, en vue de faciliter 'la gestion des comptes, est renvoyée à la Commission spéciale.
- M. le Président donne connaissance à l’assemblée du résultat de la souscription à l’emprunt autorisé en principe pour la construction de l’hôtel. 80,000 fr. étaient demandés"fè,000 avaient été versés pendant le siège, 90,000 fr. ont été souscrits. — La proposition faite d’accepter toutes ces promesses, sauf à n’émettre de titres que jusqu’à due concurrence de ce qui sera nécessaire, est adoptée à l’unanimité.
- M. le Président donne ensuite lecture, article par article, des conditions de l’emprunt à imprimer sur les obligations.
- « La Société des Ingénieurs^ civils émet un emprunt de 90,000 fr., en 180 obligations de 500 fr., nomiriatives~eT~tfan’smissibïes, portant intérêt à S p. 100 l’an, payable le 31 décembre de chaque année.
- « Les titres seront signés par le président et le trésorier.
- « Les coupons d’intérêt seront payables annuellement au siège de la Société.
- « Les remboursements se feront à partir de 1877, en 15 ans, par voie de tirage au sort et au pair.
- « Les sommes à rembourser chaque année seront fixées par le Comité.
- « La cession d’une obligation s’opère par un transfert inscrit sur un registre spécial et signé du cédant et du cessionnaire. »
- Les articles lus, ainsi que l’ensemble, sont successivement adoptés à l’unanimité par l’assemblée.
- M. le Président informe la Société que M. le maire de Versailles a demandé par une lettre, adressée personnellement au président de la Société, un avis sur une question technique relative à l’emploi des vidanges. M. le président est heureux de constater ce fait, qui est un gage de la bonne situation de la Société dans l’opinion extérieure. Elle ne peut que gagner à étendre son influence dans ce sens, en même temps que c’est pour elle la vraie manière de prendre, en tant que Société, une part pour ainsi dire exécutive aux affaires.
- M. Guibal a adressé à M. Flachat, pour être remise à la Société, une note sur la ventilation des tunnels des chemins de fer souterrains ; elle sera communiquée lors de la discussion qui aura lieu à ce sujet.
- L’ordre du jour appelle la remise des médailles d’or aux auteurs du meilleur mémoire inédit déposé à la Société pendant les années 1870 et 1871.
- Elles Sont décernées pour l’année .1870 : M. Ernest Marché pour son mémoire sur le poids mort dans les trânspor^'sur lescheminsïïe^fer]
- Pour l’année 1871 : M. À. Caiîlaux pour son Mémoire sur les mines métalliques de la France autres que les mines de fer. •
- M. Périssé donne communication de son étude sur les Portes d’écluse à la mer, en France et en Angleterre.
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- Cette étude sera reproduite in extenso dans le bulletin trimestriel, et elle comprend les matières suivantes :
- 1° Considérations générales sur les ports à matées ;
- 2° Classification des portes d’écluse, historique et généralités, — Portes extérieures ou portes d’ebbe, — Portes intérieures, —Portes de flot, — Bateaux-Portes, — Portes de chasse, — Portes d’ebbe en bois, en fonte, en fer ;
- 3° Description des principales portes d’écluse françaises : — Portes de Dunkerque, Saint-Nazaire, Havre, Dieppe, Fécamp, Boulogne ;
- 4° Description de quelques portes anglaises : — Portes de Grimsby, — de la Mersey, — Canada-Docks, — Victoria-Docks, — Jarrow, — Bristol, — Limchouse, Millwall et Surrey-Docks;
- 5° Comparaison des dépenses de construction, des cubes de bois et des poids de fer;
- 6° Calculs de résistance;
- 7° Conclusion. — Quel est le meilleur type de portes d’écluse à la mer?
- MM. Cassagne, Charlon, Chauveau, Etchats, D’Hubert, de La Vallée-Poussin, Loriol, Ogier, Parent, Vautier et Weyher ont été reçus membres sociétaires, et MM. Lemercier et Royer membres associés.
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- INAUGimATSOM SE Sa’MOTEIs BE Lâ S O G XÉT É Cité Moiigemoaati, 1®.
- DISCOURS prononcé par M. E. FLAGHA.T DANS LA SÉANCE DU 7 JUIN 1872.
- Messieurs,
- Votre Président désire que les premières paroles qui seront prononcées dans cette enceinte reproduisent l’histoire des ingénieurs civils en France.
- J’ai accepté cette mission. L’histoire des ingénieurs civils est de fraîche date, il reste encore quelques témoins de son origine. C’est un privilège de mon âge de pouvoir vous la raconter.
- Quant à la Société des ingénieurs civils, la plupart d’entre vous font partie de ses fondateurs. Us savent aussi bien que moi les circonstances au milieu desquelles cette Société est née, le but dans lequel elle a été fondée, les causes de son succès et de son développement ; ils ont, comme moi, confiance dans l'avenir que l’on peut attendre d’une association d’efforts inspirés par les sentiments qui nous animent pour le progrès des sciences et de leurs applications.
- La première partie du programme que notre Président a eu en vue a cette originalité qui se retrouve dans toutes les causes premières d’une grande institution (et le génie civil est une grande institution) ; c’est qu’elle renferme en elle le germe fécond qui naît et se développe sans que les hommes qu’elle produit aient pour ainsi dire le sentiment de la direction à laquelle ils obéissent.
- Aussi les premiers pas du génie civil en France ont-ils été faibles et incertains, le terrain n’était pas préparé pour lui. Que dis-je? loin d’être
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- préparé, l’accès en était interdit aux hommes qui, témoins des services rendus par les ingénieurs civils dans un pays voisin, voulaient fonder en France cette profession. Il fallait tout conquérir, et nous, étions sans forces et sans influence ; il nous fallait disputer pied à pied le terrain sur lequel devait s’exercer notre activité, et nous n’étions que des hommes obscurs, nouveaux venus dans une carrière dont le nom n’existait même pas.
- On vous l’a dit, Messieurs, plus d’une fois: il y a soixante ans, il n’y avait pas en France de génie civil; il n’y avait pas, comme en Angleterre, d’hommes formés par eux-mêmes à l’exécution des travaux publics; il n’y avait pas de travaux publics accessibles à d’autres ingénieurs qu’aux ingénieurs de l’État.
- Ai-je besoin de dire en commençant que les services publics sont pour notre profession la première, la plus grande et la plus belle des industries, celle qui s’est placée à la tête des sociétés modernes par les plus merveilleuses découvertes, par les progrès scientifiques les plus constants? Ai-je vraiment besoin de dire cela? n’êtes-vous pas les témoins de ce fait, qu’à côté de ce grand ensemble d’activité qui se rattache aux services publics, l’industrie manufacturière et l’agriculture elle-même ne sont pour ainsi dire que des accessoires, puisque leurs progrès ne s’accomplissent que proportionnellement à ceux des services publics ?
- La viabilité pour les hommes et pour les choses sur les routes de terre, sur les chemins de fer, sur les canaux, sur les voies fluviales et maritimes, ne constitue-t-elle pas la première condition de la production ? Pourrait-mn la détruire sans détruire tout le reste? Le travail n’est-il pas proportionnel dans toutes les industries au progrès de la viabilité, et l’histoire du travail peut-elle être autre que celle de l’amélioration des moyens de transports ?
- Quel était donc à cet égard, il y a soixante ans, le régime qui prévalait en France? Ce régime était celui qu’avait légué à ce pays un despotisme effréné, justifié, disait-on alors, par de brillantes et stériles compensations, mais assurément contraire au développement du travail. Les services publics étaient en entier dans les mains de l’Etat qui les confiait à des fonctionnaires instruits par ses soins.
- Les dépenses d’établissement et d’entretien de ces services étaient payées par l’impôt. A cette époque, les routes de terre étaient à peu près le seul moyen de viabilité, les voies navigables existaient à peine comme instrument de transports ; les fleuves et les rivières étaient si imparfaitement entretenus, qu’ils ne servaient guère que pour le flottage. Il n’y avait donc que deux intérêts en présence : celui du public qui se servait des routes ; celui de l’Administration qui les entretenait.
- Je vous étonnerai beaucoup en vous disant qu’entre ces deux intérêts la lutte fut longue et acharnée, et que c’est à cette lutte que les ingénieurs civils durent leur origine. Devenus les guides de l’intérêt public person-
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- nifié dans le libre usage des routes, et associés au bon sens public, ils triomphèrent complètement de méthodes de construction, d’entretien, et de règlements surannés, et obtinrent l’émancipation de l’usage des routes tel qu’il existe aujourd’hui.
- Au point de vue technique, la méthode administrative consistait alors dans l’emploi, pour l’entretien des routes, de matériaux impropres par leur forme et leur mauvaise qualité à former des chaussées suffisamment résistantes.
- Ne sachant pas faire mieux, impuissante à doter le pays de bonnes routes, l’administration avait imaginé d’en assujettir l’usage à un grand nombre de conditions ayant pour but de limiter l’utilisation du cheval : la largeur des cercles des roues devait être proportionnelle à la charge, le nombre des chevaux, la forme des attelages étaient réglementés ; les routes étaient semées de ponts à bascule destinés au pesage des voitures suspendues et des véhicules du roulage ; les règlements infligeaient des amendes pour toute infraction; ces amendes étaient appuyées par une sanction pénale, la prison atteignait les récidivistes; le nombre des agents de l’État, composés des piqueurs, des employés des contributions, du corps tout entier de la gendarmerie, préposés à la surveillance des entreprises de transports, constituait une armée.
- Personne ne pourrait aujourd’hui apprécier le nombre et l’importance des vexations qu’a souffertes l’industrie des transports, à la suite du règlement d’administration publique qui vint interpréter la loi sur la policé du roulage; ce règlement s’exerçait par voie d’amende et de prison. A cela se joignait une interprétation de la responsabilité civile telle que, pour quelques kilogrammes de surcharge provenant de l’insouciance ou de l’erreur d’un conducteur ou d’un charretier, le chef d’un grand établissement de transports ou de commerce était enlevé à ses affaires et jeté en prison.
- Il y eut un moment où les administrateurs de la Société des Messageries, contre lesquels il avait plu à l’administration d’invoquer la responsabilité civile, furent en quelques semaines condamnés à un nombre de jours de prison qui excédait un an. Ce fut, il est vrai de le dire, le dernier acte de cette inique législation, et c’est à M. Thiers que l’industrie en doit la suppression. Il était alors bien jeune au ministère de l’intérieur, mais il avait passé au ministère des travaux publics où on lui avait laissé ignorer les règlements du roulage, le mal qu’ils causaient à l’industrie des transports et l’application à la fois injuste et odieuse qu’en faisait l’administration; il le reconnut alors.
- Ce régime était, pour ainsi dire, entré dans les mœurs du pays, qui le supportait comme Se supportent tous les despotismes quand ils naissent des traditions ; ils deviennent alors une habitude. Cela dura jusqu’au jour où se constituèrent deux grandes entreprises de transports, sous le nom de Messageries Générales.
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- Entravées dans l’exercice de leur industrie, elles écoutèrent les hommes qui leur annonçaient que, dans un pays voisin, les routes livrées pour leur construction et pour leur entretien aux mains des ingénieurs civils étaient construi tes et entretenues par des méthodes plus rationnelles, en ce qui concernait la forme et la résistance des matériaux, l’asséche-ment des chaussées, le répandage et le cylindrage, et qu’à côté de ces méthodes, la liberté d’usage était complète et l’utilisation du cheval obtenue à son maximum.
- Les entreprises de Messageries donnèrent leur confiance aux hommes qui leur disaient ces choses, et mirent à leur disposition tous les moyens de publicité nécessaires pour faire comprendre aux industries qui faisaient usage des routes combien leurs intérêts étaient lésés piar les méthodes administratives.
- La vérité devint bientôt tellement manifeste, que l’administration dut renoncer à ces pratiques surannées.
- Avec les mauvaises méthodes disparut la nécessité d’imposer à l’industrie des transports de durs sacrifices ; la loi du roulage, les règlements disparurent ainsi et pour toujours, laissant place à la liberté d’usage des routes.
- La question était désormais résolue en faveur de l'intérêt public ; l’intervention de l'administration, dans l’entretien des routes, diminua peu à peu ; le département, l’arrondissement, la commune y prirent une part plus grande et plus directe. L’agent-voyer fut institué dans ce but ; l’art de construire les routes fut émancipé, les ingénieurs de l’État eux-mêmes furent laissés par leur administration plus libres de modifier les méthodes d’établissement et d’entretien, et la France, dont là viabilité était regardée comme la plus défectueuse en Europe, dévint ce qu’elle est aujourd’hui, sous ce rapport, l’un des pays du les routes sont le mieux entretenues : ce fut le premier service rendu par le génie civil.
- Il n’est pas besoin d’en faire ressortir l’importance : l’administration était frappée en plein cœur du service par lequel elle présentait au pays sa raison d’être; elle savait, disait-elle, mieux que personne, ce qui convenait au pays. Il est vrai que son système n’avait de valeur qu’avec l’appui de plusieurs milliers d’agents et près de 15,000 gen-dartties. Le génie civil venait dë prouver au pays que tout cela était urië grosse erreur, que cette administration, étendant sur l’activité du pays un réseau d’entraves, nuisait à la viabilité aü lieu de la servir. La défaite de l’administration, mise en lumière, amena ce discrédit qui devait aboutir bientôt au refus, par les corps législatifs, de confier à l’administration la construction des grandes entreprises. De ce jour, il ne nous reste plus qu’à raconter l’histoire de la longue série d’échecs semblables dans toutes les tentatives qu’elle a faites pour ressaisir le rôle qu’elle ambitionne, celui de créer, conduire et diriger par sa science* par ses
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- règles d’économie politique et par des fonctionnaires ad hoc tous les services publics du pays.
- Remontant à l’époque de la toute-puissance de l’administration, nous sommes au second pas du génie civil : la création des ponts suspendus, découverte précieuse que les ingénieurs civils français empruntèrent à l’Angleterre.
- Leur essor fut rapide ; les départements les encouragèrent vivement. L’administration, poussée par ses ingénieurs, voulut se les assimiler; mais l’argent lui manquait; elle sentait déjà sa défaite sous la main active et puissante de l’industrie.
- Elle s’attacha donc à faire avorter toutes les tentatives nées de l’activité privée. C’est une malheureuse histoire que celle des ponts suspendus; le nom des Séguin y a brillé d’un grand éclat, il y restera éternellement attaché, et lorsque, dans l’avenir, on reviendra à ces élégantes et économiques constructions, lorsque l’étreinte administrative qui la paralyse encore se sera relâchée et que les ponts suspendus reprendront leur rang dans l’ensemble des moyens de viabilité, on reconnaîtra la force qu’avait alors contre nous cette main de fer avec laquelle l’administration comprimait l’activité du pays.
- L’histoire de l’établissement des ponts supendus, en France, est celle de toutes les entreprises que l’organisation de la voirie mettait dans la dépendance de l’administration. Les Séguin avaient été à la fois habiles, hardis et heureux; un grand nombre de projets étaient présentés par d’autres ingénieurs civils parmi lesquels se distinguaient des hommes sortis des ponts et chaussées, Bayard de la Yingterie, de Vergés, qui avaient quitté l’administration pour se vouer à cette belle industrie.
- Mais l’administration considéra son domaine comme violé; elle voulut le reprendre, et les moyens qu’elle employa furent si efficaces, qu’elle en étendit immédiatement l’usage à toutes les entreprises du même genre. Le premier de ces moyens fut un règlement, qui, sous prétexte de sauvegarder l’intérêt public, entoura l’origine et la poursuite de ces projets de formalités propres à les faire échouer d’avance. Dans ces formalités, toutes les oppositions particulières prennent un corps : l’administration y fait intervenir ses agents; ils dominent dans les enquêtes, ils secondent toutes les exigences qui peuvent amener l’échec du projet. D’une entreprise utile, ils font une affaire déplorable. La pensée de l’administration, rédigée dans un document justement nommé cahier des charges, est le lit deProcustesur lequel l’entreprise est destinée à mourir.
- Le second moyen est plus radical encore.
- Lorsque les promoteurs d’une entreprise basée sur la satisfaction d’un intérêt public en ont demandé la concession, qu’ils ont voué à la préparation de l’œuvre toute leur activité, qu’ils ont fait les sacrifices de temps et d’argent qu’elle exige, qu’ils ont quitté leur domicile pour se transporter au siège de l’administration, que leurs travaux, leurs dé-
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- marches ont réussi â démontrer futilité publique de leur entreprise : au moment où, la lumière étant faite, ils vont obtenir le droit de réaliser leur projet : alors l’adjudication publique est opposée à leur demande en concession ; les voilà expropriés de leur idée, de leurs travaux, de leur œuvre; elle appartient au premier venu auquel il plaira de la réaliser à leur place.
- Les procédés que nous venons de décrire, et dont le succès ne se fit pas attendre, furent étendus par l’administration à tous les projets qu’elle considérait comme des entreprises sur son domaine : les dessèchements, les travaux d’irrigation, les polders, les docks, les magasins généraux, les canaux, les améliorations de rivières, en un mot toute entreprise liée par un côté quelconque à l’intérêt public fut soumise à un code particulier basé sur des méthodes semblables.
- Le génie civil voulut lutter contre toutes ces entraves ; mais quelle longue guerre ! Le temps de préparer et d’attendre la concession d’une entreprise dépassait de beaucoup le temps nécessaire pour la réaliser.
- Aussi beaucoup d’entre nous désespérèrent-ils; beaucoup renoncèrent à lutter contre cette série de difficultés, contre ces sacrifices de temps et d’argent qu’exigeait la préparation des affaires. Ce fut alors que, dégoûtés de tant d’obstacles, les ingénieurs civils s’adressèrent à l’industrie privée. La métallurgie offrait un attrait puissant ; beaucoup s’y jetèrent; mais là encore l’administration les poursuivit, la réglementation les y attendait. Les lois sur la propriété des mines avaient été si bien interprétées, que nul ne pouvait fabriquer du fer sans en demander la permission à l’administration ; elle s’était réservé le droit de distribuer le minerai, de distribuer le bois, d’autoriser les hauts fourneaux, les fours à pudler; elle avait le droit d’employer au besoin la force publique pour empêcher ce qu’il ne lui convenait pas de permettre.
- Cet état de choses, empreint de vues si étroites, pour ne pas dire si inhabiles, tous ceux d’entre nous qui l’ont rencontré sur leurs pas n’ont pas hésité à le combattre, et nous pouvons le dire, à notre honneur, nous avons forcé l’administration à céder devant la pression du travail venant réclamer son droit. Cette réglementation si volumineuse, qui enveloppait l’industrie dans un réseau de mailles serrées, qui ne lui permettait aucun mouvement, fut attaquée par tant de côtés à la fois, que les agents eux-mêmes, qui devaient la défendre, n’en eurent ni le courage ni la force, et les règlements furent abandonnés; la plupart n’existent plus que dans les archives administratives.
- Les travaux du génie civil dans la métallurgie française se sont étendus à tous les genres de fabrication de la fonte et du fer. L’exploitation des mines et minières, la construction des hauts fourneaux et leur installation mécanique, l’emploi du gaz des hauts fourneaux au chauffage de l’air et des machines à vapeur, l’extension des méthodes anglaises pour le laminage du fer, le perfectionnement de la fabrication des rails ; plus.tard
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- la fabrication de l’acier, celle des bandages, l’outillage en machines de tous genres, sont l’œuvre presque exclusive des ingénieurs civils; les principaux ouvrages qui ont été écrits sur cette matière émanent d’eux.
- Ils n’ont cependant pas suivi les fabricants dans les exigences protectionnistes qui se sont montrées si ardentes dans cette industrie. Juges entre les libres échangistes et les fabricants, ils ont reconnu et démontré que les conditions naturelles de la production du fer, en France, n’exigeraient pas une protection spéciale. Mais ils ont démontré à tous que le régime administratif fait aux forêts, aux mines, aux usines; les exigences, quanta la formation des sociétés anonymes; le système d’accaparement des voies navigables, étaient en France les plus grands obstacles aux progrès de la fabrication; que c’était dans l’émancipation de l’industrie, au point de vue administratif, qu’était la condition du libre échange en ce qui concernait la fonte et le fer.
- Mais les fabricants se sont laissé surprendre par l’offre qui leur a été faite de compenser ces charges administratives par la gratuité des voies navigables. Ç’a été là l'arme savante de l’administration, pour s’assurer, sans conteste, la possession exclusive des voies navigables.
- C’était en effet une prime importante donnée à l’industrie du fer que d’entretenir les canaux au moyen des ressources deu l’impôt en affranchissant l’industrie de cette dépense.
- Mais ce qu’avait de fallacieux.cette doctrine est démontré par l’état d’abandon où se trouve aujourd’hui l’exploitation des voies navigables.
- L’initiative de l’industrie privée s’en est écartée, le halage ne peut s’y installer, le service de nuit, l’organisation de relais accélérés et continus n’ont pu encore venir en aide aux transports, et tous les défauts que nous avons signalés semblent désormais invétérés.
- Une torpeur inexplicable s’est emparée du domaine de l’administration, dans ce grand intérêt des transports au point de vue de la fabrication du fer, par l’utilisation des voies navigables; une réforme administrative radicale rendra seule l’activité à ce double intérêt. Ce n’est pas la hausse factice qui s’est produite ces jours-ci dans les prix du fer et de la fonte qui assure l’avenir.
- Après les routes et les ponts, je dois en effet vous entretenir des voies navigables; elles se plaçaient alors au premier rang de la viabilité générale, non-seulement par les services qu’elles pouvaient rendre, mais par le nombre et l’importance des questions d’art qui se rattachaient à leur construction. Comment, entourée des hommes d’élite qui avaient fait de l’art de construire les canaux l’objet favori de leurs études, l’administration a-t-elle si malheureusement sombré dans leur construction ? comment, après s’être faite le gérant exclusif de leur exploitation, a-t-elle laissé périr entre ses mains ce grand intérêt? C’est une histoire pleine d’enseignements et qu’il faut rappeler.
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- C’est déjà une cruelle critique des méthodes d’administration de nos voies navigables que l’histoire en soit ici, dans cette réunion, presque oubliée, et qu’il ne nous reste que le sentiment de la stérilité dont ce grand instrument est frappé entre les mains qui s’en sont exclusivement emparées.
- Ne soyons cependant pas injustes. Au point de vue technique, les canaux sont mal construits, mais il y a des causes qui expliquent les fautes faites. D'ailleurs, leurs défauts, très-saillants .aujourd’hui, n’étaient que soupçonnés alors et l’ingénieur de l’État s’arrangeait tout aussi bien du halage à la cordelle, qui subsiste encore, que du chargement incomplet du bateau qui se maintient aussi aujourd’hui; il acceptait le manque d’eau pendant la saison où elle était le plus nécessaire; il ne voyait pas la nécessité d’accroître le débouché des ponts au delà de la largeur entre lesbajoyers des écluses, il ne se préoccupait guère des inconvénients du courant que l’insuffisance de ce débouché fait naître.
- Les erreurs sans nombre de nivellement étaient mises sur le compte de l’ignorance des conducteurs des ponts et chaussées, qui était d’ailleurs réelle. L’instabilité du mouillage, par suite des infiltrations et des méthodes d’alimentation, était, comme le reste, mise au compte de Tin-suffisance du budget. L’empierrement dù chemin de halage était également regardé comme indifférent. Mais ces défauts n’étaient pas sensibles parce que les transports n’avaient pris aucun développement.
- Tant qu’il n’y avait pas de concurrence aux canaux, le canal valait encore mieux, c’est-à-dire qu’il était plus économique que la route; mais quand les transports se sont développés, quand les chemins de fer sont venus lutter avec les canaux et en triompher immédiatement, alors le pays a vu, avec une extrême surprise, l’infériorité profonde où étaient restées nos voies navigables. Que-s’était-il donc passé? Quand, après le premier empire, la paix eut ramené le travail, les concessions de canaux furent demandées et obtenues en assez grand nombre par le génie civil : ce fut principalement dans les départements du Nord que l’initiative privée les obtint. D’abord l’administration opposa à ces concessions tout l’arsenal de formalités dont elle savait si bien entourer les tentatives de ce genre; mais ces entraves apportées aux concessions éveillèrent les susceptibilités des chambres, et l’administration sentit la nécessité de donner une satisfaction au pays.
- C’est alors qu’elle inventa une combinaison financière dans laquelle elle prenait le rôle d’entrepreneur, le public étant le bailleur de fonds, au moyen d’une émission de titres fiduciaires. , 7 »
- L’administration n’hésita pas à déclarer à la tribune législative « que c’était au gouvernement à doter le territoire de ces util.es entreprises, que c’était à elle à devenir l’instrument de leur création ; qu'elle disposait des ingénieurs les plus aptes à les exécuter, qu’il était naturel que l’exécution lui en fût confiée. » Quant à l’argent que le gouvernement ne
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- voulait demander ni à l’impôt, ni à l’emprunt, l’administration le demanderait à l’industrie.
- Cette combinaison devait faire juger un jour ce que valait, comme entrepreneur, une administration en puissance du'budget, c’est-à-dire soumise à un contrat qui ne peut durer qu’un an et qui, chaque année, peut être violé sans que personne soit responsable de sa violation.
- De là cette affaire tristement célèbre de compagnies financières concessionnaires d’un vaste réseau de lignes navigables artificielles qui, il y a cinquante ans, prêtèrent à l’administration, pour exécuter les quatre canaux les plus importants de France, 122 millions, dont l’intérêt devait être servi pendant la construction et dont la propriété était ultérieurement représentée par des actions de jouissance. Le prêt fut exactement accompli à chacune de ses échéances; mais, par suite de mécomptes sur les devis, les canaux ne furent jamais construits : ils ne sont pas encore achevés aujourd’hui aux conditions de tirant d’eau, de dimensions d’ouvrages et d’alimentation projetés; ils ne peuvent fonctionner d’une manière régulière.
- Quarante ans se sont écoulés sans qu’ils rendissent presque aucun service au pays : le capital exigé pendant cette période, tant pour les travaux que pour l’intérêt pendant la construction, s’est élevé à quatre fois le montant du prêt, et, en résumé, l’impuissance de l’administration à remplir ses engagements fut tellement constatée qu’il fallut racheter tous les titres auxquels s’attachait un droit sur ces entreprises.
- Telle fut la déplorable issue de la grande tentative de l’administration pour construire des canaux. La ruine qu’elle a laissée ne fut pas seulement celle que nous venons d’exposer, elle eut des conséquences bien plus graves encore. L’administration fut discréditée plus que jamais, dans le pays, au point de vue de l’entreprise des voies navigables artificielles ; tout ce qu’elle demanda aux finances du pays, sous ce rapport, lui fut refusé. Ce n’était qu’à peine si elle obtenait quelques bribes pour liquider sa triste position dans l’entreprise des canaux de 1822; d’un autre côté, son amour-propre était tellement engagé qu’elle dut s’opposer à toute concession de canaux à l’industrie. De là cette conséquence inexplicable pour tous ceux qui n’ont pas connu les faits que nous venons d’exposer : la France, dont le territoire était si facilement fécondable par des voies navigables, en est restée privée jusqu’à ce jour.
- Aujourd’hui même, si on excepte une portion de la Seine, on reconnaît que ces voies, le Rhône, la Loire, la Saône, la Seine elle-même, ne se prêtent pas à une navigation plus perfectionnée qu’il y a 40 ans.
- Quel a été le rôle du génie civil au milieu de ces graves intérêts? Autant il avait été utile dans les premières concessions, autant il devait s’affaiblir, quand l’administration est venue régner en maîtresse absolue sur toutes les voies navigables.
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- Cependant, dans le petit nombre.de concesssions qui furent données, en dernier lieu, à l’industrie, il montra son savoir-faire; les canaux de Saint-Denis et Saint-Martin, qui fonctionnent encore sous nos yeux, furent confiés à l’un de vos présidents, M. Vuigner, qui avait commencé, dans ces travaux, la belle et utile carrière qu’il a terminée au milieu de nous, et où il a laissé des souvenirs impérissables. Les améliorations qu’il a introduites, les vastes établissements d’utilité commerciale par lesquels il a complété ces canaux, sont restées le plus bel exemple à suivre pour féconder les lignes navigables. D’autres ingénieurs civils furent, pendant cette période, appelés au conseil des Compagnies financières des canaux. Leur concours y fut utile pour montrer ce qui restait à faire pour utiliser nos voies navigables.
- Résumons la situation à cette époque : les ingénieurs civils ont, jusque-là, cherché à entamer le domaine que s’est réservé l’Administration; ils ont compris, dès l’origine, que ce domaine était la carrière qui s’ouvrait à leur avenir; leurs débuts ont été heureux, en ce qui concerne l’usage des routes. Ils débutèrent également d’une manière brillante dans les ponts suspendus; ils ont engagé la lutte dans des entreprises de dessèchements, d’irrigations, de docks, d’amélioration des rivières, et là, l’administration a réussi à paralyser, en grande partie, leurs efforts. Leur échec fut complet dans leurs tentatives de faire entrer les voies navigables dans le régime des entreprises industrielles ; mais cet échec même est devenu une victoire, par la responsabilité qu’il fait peser sur l’administration et qui l’écrase encore aujourd’hui à tel point qu’elle succombe, à son tour, sous l’impossibilité de tirer parti du domaine qu’elle a enlevé à l’industrie privée.
- Vous voudrez qu’on vous rappelle le nom des hommes qui ont tant usé de forces et d’années dans cette longue lutte; ils sont peu nombreux. L’École polytechnique en a fourni plusieurs : Polonceau père, Perdonnet, Henry et Mellet, et, à côté d’eux, la brillante famille des Seguin; puis Mony, Yuigner, Flachat, Petiet, Yuillemin, Barrault, ces trois derniers sortis de l’École centrale, et qui n’avaient pas encore trouvé leur voie dans les chemins de fer. Ils cherchaient alors à tirer l’industrie métallurgique des langes de l’ignorance, ayant pour compagnons, Thomas et Laurens, Eerry, Émile Martin, etc.; mais les chemins de fer s’annonçaient déjà comme la plus grande et la plus brillante de toutes les industries.
- Il est vrai que les commencements des chemins de fer furent difficiles ; l’Administration les rejetait avec frayeur et impatience; elle appelait même à son secours, pour les combattre, des, hommes d’État comme Thiers, des savants comme Arago,; et ceux-ci,, un instant entraînés, se rangeaient de son côté. Mais, yains, efforts, il fallut céder à la puissante pression de l’opinion et des intérêts publies.
- Le génie civil fut alors le seul et le plus ardent promoteur de cette in-
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- dustrie; il obtint coup sur coup des Chambres, malgré l’administration, trois concessions directes.
- Cependant, dans les cinq premières années de la création des chemins de fer, il n’y a pas une seuie entreprise qui n’ait été entravée dans sa préparation par l’administration. Tous les moyens furent employés pour lasser les promoteurs, pour effrayer le public, pour accroître les sacrifices demandés aux actionnaires; à chaque concession nouvelle, les exigences vont en s’accroissant.
- Il est triste, mais il est certainement utile, de rappeler l'opposition faite par l’administration à l’établissement des chemins de fer; cette opposition fut tellement persévérante, que dix années de démonstration de l’utilité de ces entreprises n’avaient pas suffi pour la désarmer.
- De 1837 â 1852, l’industrie avait obtenu 27 lignes; 2,898 kilomètres étaient en exploitation.
- C’est alors que l’Empire modifia profondément le système : sous le prétexte, disait l’administration, « que les chemins de fer, morcelés par « tronçons souvent rivaux, se nuisaient les uns aux autres, il était de-a venu nécessaire qu’un gouvernement fort, veillant avec sollicitude « aux intérêts du pays, fusionnât et réunît ces tronçons pour former « par contrée des groupes homogènes. »
- Cela fut effectué au moyen de la garantie de l’État. Nous verrons comment le second réseau devint la continuation de ce système.
- Mais détachons de cette histoire, qui peut être appréciée de diverses manières, aux points de vue industriel et politique, la part du génie civil.
- Nous pouvons le dire hautement : l’œuvre technique des chemins de fer en France, son commencement, ses plus grands pas, comme question d’art, de construction et d’exploitation, appartiennent exclusivement au génie civil. Les ingénieurs de l’État sont venus, quand elle était achevée, la partager avec nous, et non sans honneur; mais les difficultés étaient alors vaincues, la marche était tracée, la carrière ouverte, les rails posés.
- Les premières discussions générales sur les tracés, sur les courbes, les ponts et rampes, furent soutenues par les ingénieurs civils; leurs écrits sont restés; toutes les conditions nouvelles des travaux d’art, l’emploi du métal dans les ponts et les viaducs sont dus à leur initiative. C’est d’eux qu’est partie cette science nouvelle d’installation des chantiers de travaux, qui a pris, depuis, un si brillant essor, et quant aux progrès mécaniques, ils avaient découvert la locomotive en même temps que Stephenson : à l’exception des deux dernières découvertes faites par Le Chatelier, est-il un des importants progrès de cette machine qui ne leur appartienne pas? La construction du matériel français a, entre leürs mains, dépassé en perfection toutes les autres : les couvertures
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- métalliques des grandes gares, les outillages des ateliers, etc., tout ce qui forme la base de l’industrie des chemins de fer est leur œuvre.
- L’établissement des chemins de fer fut, pour le génie civil représenté par les ingénieurs que j’appellerai libres, et pour les ingénieurs de l’Etat sortis définitivement des corps des ponts et chaussées et des mines, l’occasion d’une activité telle, que l’on a pu désormais considérer la profession comme établie, avec toutes garanties d’avenir, dans les services publics.
- Entraînés par l’intérêt que soulevaient les grandes questions d’art de la construction et les applications des sciences mécaniques à l’exploitation, il semblait que l’accord se faisait entre tous ceux qui travaillaient à la même œuvre.
- Chacun avait confiance dans l’avenir, croyait à l’union de toutes les intelligences d’élite qui entraient dans la carrière ; mais les choses devaient bientôt changer de face.
- Tant que les Compagnies furent laissées à elles-mêmes et que le réseau français se composa pour elles des grandes artères commerciales, les choses allèrent bien ; on n’apercevait pas d’autre marche à suivre dans le développement de cette industrie que celle des saines règles d’économie industrielle qui dominaient en Angleterre : le parlement et le gouvernement exerçant un certain contrôle et l’initiative abandonnée aux associations industrielles.
- L’administration française elle-même, entraînée par un courant large et fécond, se laissait aller en ne témoignant ses répugnances que parles conditions qu’elle imposait aux ingénieurs qui quittaient leurs fonctions officielles pour participer à la nouvelle industrie. Elle n’avait la force de prendre ni l’initiative ni la direction des chemins de fer, tant ce régime était nouveau pour elle.
- Les administrateurs des grandes Compagnies, parmi lesquels se trouvaient des esprits éclairés et façonnés aux grandes affaires, s’attachaient à une création destinée à accroître la richesse publique dans des proportions incalculables ; beaucoup avaient étudié les forces financières du pays et savaient dans quelle mesure il était possible de demander à l’épargne les ressources nécessaires pour accroître le réseau ferré.
- Ce fut une époque de sage activité, mais elle devait bientôt finir pour entrer dans une série d’efforts factices.
- Par une fatale coïncidence, le gouvernement d’alors crut devoir fonder le piédestal de sa politique et la popularité de sa dynastie sur une immense impulsion donnée au travail, et la première solution qui se présenta à ses yeux fut le développement des chemins de fer.
- Le plan qull demanda à l’administration fut bientôt réalisé : il consistait à doubler l’ancien réseau par un réseau nouveau, à attacher aux titres fiduciaires par lesquels on voulait solliciter l’épargne du pays pour
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- construire ce second réseau, la garantie de l’État, et à consacrer à l’intérêt de ces capitaux :
- 1° Les produits du nouveau réseau ;
- 2° Une part des produits de l’ancien ;
- 3° Et à parfaire cet intérêt au moyen des avances de l’État qui lui seraient ultérieurement remboursées à mesure de l’accroissement des produits de ce second réseau.
- Pour fixer d’ores et déjà le tribut que l’ancien réseau avait à apporter dans cette combinaison, on lui laissa une part limitée de ses recettes. Cette limite fut appelée déversoir, mot bien vrai s’il s’appliquait aux avantages présents et aux espérances à venir.
- A l’aide de cette combinaison, l’ancien réseau pouvait assurer l’établissement d’un réseau nouveau devant coûter environ 4 milliards et demi.
- L’entreprise était gigantesqne, mais elle était dépourvue de toute base économique, dépouillée de tout caractère industriel.
- On se bornait à sillonner le pays de voies ferrées au hasard de la situation des préfectures et des sous-préfectures sans autre règle que celle de complaire aux populations.
- Ce fut une immense faute; elle a amené les désastres récents des chemins de fer, et ses conséquences pèsent et pèseront pendant de longues années encore sur la situation financière du pays.
- Le mal fut en effet fortement aggravé par le système qu’adopta l’administration, chargée d’organiser cet immense abus de pouvoir.
- En apparence, il semblait que rien ne fût changé aux méthodes par lesquelles s’était établi l’ancien réseau. En réalité, le changement fut complet : les Conseils d’administration, qui jusque-là avaient été les directeurs véritables des entreprises, perdirent immédiatement toute autorité; aucune intervention ne leur fut ménagée dans le tracé, dans les bases techniques et dans les périodes d’exécution. Quand les divers fragments du deuxième réseau étaient achevés, l’exploitation était imposée à la compagnie; tout dans ces entreprises fut ainsi réglé par l’administration. Pendant la construction, les ingénieurs chargés du contrôle se firent les défenseurs des exigences locales des populations, et les Compagnies se trouvèrent désarmées contre ces exigences souvent ruineuses.
- La première conséquence de cette situation fut un énorme accroissement du coût des chemins de fer du second réseau. Partout, quel que fût le degré de richesse ou de pauvreté du territoire traversé, le profil réalisa dispendieusement les mêmes conditions de faible pente, les mêmes courbes à grand rayon, les mêmes dispositions propres à rendre les travaux d’art impérissables, les mêmes dimensions des bâtiments de stations, les mêmes établissements accessoires que pour Tancien réseau.
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- Aujourd’hui que le mal est fait et que le pays, écrasé par une dette de 5 milliards à payer à l’étranger, reconnaît que le tiers de ces milliards eussent été épargnés dans la construction du second réseau, si l’industrie qui mesure la dépense au revenu à en tirer avait été chargée de ces ëntreprises, le pays se demande avec stupeur par quel prodigieux abus de la centralisation un pareil fait a pu s’accomplir?
- Si nous nous arrêtons à ce point de vue, c’est que nous voulons dégager le génie civil de toute responsabilité dans cette immense perte de richesse publique.
- La combinaison que nous avons exposée, la construction du second réseau qui s’ensuivit, fut un acte exclusivement politique auquel l’Administration servit d’instrument; la responsabilité n’en retombe pas sur elle, car elle a obéi à une impulsion qu’elle ne pouvait maîtriser ; mais dans l’exécution, il est une part qui lui appartient à elle seule, ce fut la direction qu’elle imprima à toute cette entreprise du second réseau.
- D’abord le choix malencontreux des lignes et de leur direction, puis l’adoption d’un type identique pour tout l’ensemble des lignes, dispendieux au delà de toute mesure.
- Elle ne s’arrêta pas là. Dans l’ensemble de l’exploitation des chemins de fer dont elle était devenue maîtresse absolue, elle ne vit pas que les accroissements du nouveau réseau créaient à l’ancien des charges considérables ; que la part faite en revenu à celui-ci était trop minime pour qu’il pût créer des établissements en rapport avec l’accroissement des transports que le nouveau réseau lui apportait,
- Déjà cependant, et plusieurs années avant la guerre, l’encombrement sur les voies ferrées aux abords de Paris se manifestait avec une telle évidence qu’il était question d’étendre les premiers établissements si on voulait éviter les graves et prochains embarras que l’insufiisariCe des ressources de l’ancien réseau accumulait chaque jour. Ce n’était pas le matériel qui manquait ; la facilité de l’accroître petit toujours abréger le terme d’une crise quelconque provenant des développements des transports; ce qui manquait, c’étaient les établissements destinés à recevoir les produits, à permettre leur répartition dans des garages étendus, à faciliter leur prompt déchargement, le camionnage immédiat, à les magasiner au besoin, etc. Or, ces établissements né faisaient défaut que parce que la combinaison financière, qui mettait le nouveau réseau à la charge de l’ancien avait enlevé à celui-ci ses ressources naturelles.
- On sait quel fut le désastreux résultat de cette situation * soüs le coup d’une crise produite à la vérité par les plus terribles événements, l’ancien réseau, devenu impuissant à servir les besoins du pays, ralentit ses transports. Une immense faillite de la plus indispensable de toutes les industries suspendit la viabilité générale dans tout le pays.
- Riches d’argeht, d’hommes, de ressources, les compagnies furent frap-
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- pées en quelques jours partout à la fois. Rien n’avait été aperçu de cette marée montante des produits du nouveau réseau qui, depuis plusieurs années, arrivait à Paris : ou n’avait pas voulu voir que l’extension de la zone d’octroi, jusqu’à l’enceinte fortifiée, avait forcément restreint le développement des gares de marchandises dans Paris : ou n’avait pas osé affronter l’expropriation des espaces considérables devenus nécessaires et devant laquelle on recule encore : on n’osait pas étendre le camionnage des marchandises encombrantes, au dehors de Paris, de peur de mécontenter la population.
- Aussi, préparée de longue date, la crise dépassa-t-elle tout ce que l'on pouvait craindre.
- Rien de semblable ne s’était vu jusqu’à ce jour.
- Sur toute la surface de la France, le droit commun fut suspendu en tout ce qui concernait les transports par chemin de fer. Les compagnies de chemins de fer durent être affranchiês des obligations de la loi commune. L’état de siège politique se borne à quelques conditions rigoureuses, mais la suspension delà loi, du droit commun, pour les transports, c’est le pire des maux que puisse supporter un pays.
- Jamais gouvernement représenté par la plus forte et la plus savante de ses administrations n’avait sombré d’une manière plus malheureuse. La crise dura un an, et n’eut de fin qu’avec les transports de la récolte de 1871 ; si les transports revenaient avec la même abondance, la crise renaîtrait et durerait jusqu’à ce que les établissements de l’ancien réseau fussent étendus en proportion de l’accroissement du trafic que lui apporte le nouveau.
- De ce second point de vue de la crise à laquelle nous venons d’assister, il résulte clairement que le génie civil nJa à s’attribuer aucune part dans l’échec que vient de subir la grande entreprise à laquelle il a si puissamment concouru, disons-le, qu’il avait créé et dont il a été en partie écarté.
- Dégageons-le donc des fautes qui ne viennent pas de lui et examinons les services qu’il a rendus.
- L’exploitation des chemins de fer en France a acquis, et elle a encore aujourd’hui une supériorité incontestable sur celle des pays voisins, et cette supériorité est due aux progrès que le génie civil a su accomplir dans la traction par l’emploi de machines puissantes. C’est à M. Petiet qu’est due l’initiative des premiers efforts de ce genre; c’est au parti qu’il a su tirer de la locomotive pour le transport des marchandises pon-déreuses et de faible valeur, qu’est dû l’abaissement de la dépense de traction, et par suite celui des tarifs de transports.
- C’est à lui encore que fut due l’organisation des trains de grande vitesse partant avec la marée. C’est à des Ingénieurs civils, MM. Polonceau, Forquenot, Yuillemin, que sont dues les belles expériences qui ont ré-
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- panda tant de lumière sur l’emploi de la vapeur dans les machines locomotives.
- Dans Thistoire de cette grande industrie des chemins de fer, ce qui est à remarquer, c’est qu’aucun des Ingénieurs qui sont restés exclusivement attachés au service de l’Administration ne s’est distingué par un progrès quelconque imprimé à l’art, tandis que parmi leurs camarades, entrés avec nous dans la même industrie, un grand nombre d’hommes ont fait honneur à la profession.
- Cela démontre que la liberté d’initiative laissée à l’homme de valeur est un indispensable élément de force et appelle l’éclosion du talent.
- Mettons au premier rang M. Le Chatelier, l’inventeur des moyens d’assurer la stabilité des machines puis de dominer leur marche par l’emploi de la contre-vapeur.
- Dans les progrès de l’art de la construction, la part du génie civil à l’exécution des ouvrages métalliques est incontestable par l’initiative et la grandeur des dimensions, mais on doit reconnaître que celle des ingénieurs sortis de l’administration et entrés au service des Compagnies est devenue également incontestable, et c’est avec bonheur que nous nous empressons de le proclamer. Nous y trouvons, en effet, la preuve anticipée du succès que nous réserve l’avenir. Si l’on compare les ingénieurs sortis des régions officielles et entrés dans l’industrie avec ceux qui sont restés dans les emplois administratifs, on reconnaît de suite que la capacité des premiers a acquis une grande supériorité quant aux aptitudes scientifiques et pratiques; cela s’est produit en proportion même des occasions de travailler qui leur ont été fournies. Cette différence ne pourra que s’accroître; la science sans doute veut être cultivée par Tétude, mais elle veut être aussi fécondée par l’application en travaux utiles ; le contrôle ne suffit à former aucun ingénieur, la mise en œuvre, au contraire, forme tous ceux qui, à une instruction suffisante, ajoutent un sens droit et l’amour du travail.
- Nous avons le bonheur d’entrer dans l’application par les fonctions les plus modestes, les difficultés mêmes que nous éprouvons à atteindre des positions plus élevées nous mettent en pleine possession des aptitudes nécessaires ; nous parviendrons donc par la force des choses.
- La plupart des ingénieurs de l’Etat, qui ont acquis dans les chemins de fer une situation méritée par d’anciens et incontestables services, avaient adopté depuis longtemps les doctrines économiques tendant à substituer l'industrie à l’administration dans la construction et l’exploitation des entreprises de service public, il suffit de citer leurs noms à côté de ceux dont nous revendiquons l’origine pour démontrer qu’ils sont nôtres, comme ces derniers.
- Quelques années après que les frères Seguin avaient construit le chemin de fer de Saint-Etienne, que Clapeyron et Lamé, Mony, Flachat et Polonceau fondaient les premiers chemins de fer de voyageurs, nous
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- avons vu les hommes qui avaient le plus grand avenir dans l’administration : Sauvage, Talabot, Didion, Solacroup, Thirion, Chaperon, Bazaine, quitter les fonctions publiques et occuper dans le génie civil un rang élevé. A côté d’eux se rangeaient les hommes nouveaux sortis de notre École centrale du génie civil ; Petiet, Polonceau Forquenot, Vuil-lemin, Barrault et d’autres, tels que Edwards, Marié, Houel, Desgrange, puis enfin pour rappeler l’aide et le concours le plus éclairé et le plus impartial dans l’exercice des fonctions du contrôle, MM. Le Chatelier et Baude.
- Résumons ces dernières considérations; aujourd’hui que la grande industrie des chemins de fer vient de faire une* chute effroyable et que son impuissance à desservir les besoins du pays s’est révélée d’une manière si inattendue, voyons à qui revient la responsabilité de cette chute. Le génie civil en est dans tous les cas exonéré, il s’est exclusivement livré à l’étude des progrès techniques et il les a réalisés.
- Les ingénieurs* qui ont quitté l’administration pour entrer dans lés Compagnies en sont également exempts ; au point de vue de l’exploitation, leurs idées économiques sont absolument opposées au système qu’une certaine politique a fondé et que l’administration a réalisé.
- Quant à ceux de leurs collègues qui ont été chargés de l’exécution du second réseau, reconnaissons qu’ils ont dû se soumettre à l’autorité de l’administration qui s’était adjugée à elle-même l’exécution, et qu’à cet égard les vues économiques de cette exécution leur ont été imposées.
- Soyons également impartiaux en ce qui concerne la responsabilité des conseils d’administration ; ils ont été contraints par la force, ils ne pouvaient opposer aucune résistance, ou plutôt toute résistance les eût menés à l’abandon du poste qui leur était confié et que l’intérêt le plus essentiel les obligeait de défendre jusqu’au bout.
- Sur qui donc pèse l’immense faute qui nous a jetés dans le gouffre où nous sommes ; d’abord siir le gouvernement qui a décidé tout d’une pièce la construction du second réseau et l’a mis à la charge du premier ; la responsabilité pèse ensuite et de tout son poids sur l’administration qui a aggravé le mal par les deux fautes suivantes: les trop faibles ressources laissées à l’ancien réseau pour suivre par l’agrandissement successif de ses établissements l’accroissement successif des transports que le second réseau lui apportait, et puis par le choix d’un type d’exécution du second réseau qui a amené une perte de 21 milliards sans aucune compensation.
- Le pays est-il, en effet, le moins du monde satisfait du dévelopjpemerit donné au second réseau? loin de là.
- A vôir là multiplicité des demandes de concessions nouvelles qui se succèdent depuis que les conseils généraux sont saisis des besoins de l’industrie lôoàlè, on peut conclure que la moitié ou les deux tiers dti second
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- réseau sont, quant à présent, improductifs, et que sa construction aurait pu attendre encore un grand nombre d’aJrihées. On peut reconnaître, en outre, d’après les devis des dépenses des chemins dépàrt'emèhtàüXj que leur construction ne dépassera pas 200 mille francs par Irilôrhètre àü lieu de 400» qu’a coûté le second réseau, intérêts dé fonds payés.
- Ce n’est pas que nous croyons devoir applaudir à ik fièvre qui s'est emparée des esprits* en ce qui concerne les chemins départementaux; mais comment l’administration qui a accepté la construction du second réseau et qui continue à l’exécuter saris modifier aücunè des conditions qui font de cette entreprise une grande ruine, pourrait-elle la blâmef?
- Nous terminons ici l’histoire du génie civil; nous l’avons exposée à grands traits dans les diverses branches des sérvicës publics qüi cbhsti-tuerit sa sphère d’activité.
- Revenons inainteriant sur nous-mêmes ; examinons notre situation sans illusions et cherchons dans le passé les leçons de lJavenir.
- Nul doute que pour nous la crise incessante dâris laquelle rioüs a toujours mainteriü l’hostilité, disons la rivalité de l’adrhiriistratiori; düfë encore; celle-ci ri’a renoncé à aucune de ses prétentions à Créer, gérer; administrer les services publics dans les moiridres détails et à côriSidëfer l’industrie comme son ennemi naturel. Somriies-rious asseX forts; aSSëz savants pour résister? Je le crois, j’y compte dans l’avenir skris héSitèr. Mais sommes-nous assez unis?
- La question est délicate, des germes de division Se mariifestèrit de temps eri temps entre nous; voyons s’ils sont justifiés ou s’ils doiverit disparaître devant l’intérêt public. La profession, lé titré d’irigénièür civil appartierinent-ils exclusivement à tels oü tels honùrieS? àÜX ingénieurs de l’État, aux ingénieurs de telle ou telle école; aüx hoinmës sortis de toute classe delà société dorit la notoriété publique k corisàbré l’aptitude? La réponse à ces questions sera déjà un progrès. Ès-saÿons-la :
- Que signifie d’abord ce mot génie civil?
- L’histoire en est écrite en traits si simples, que toute confusion Sûr sa signification est irripossible.
- Dès les premiers pas du travail appliqué aux bësoiiis dé là société moderne, il y eut deux catégories de tfkvkùX i l’ilrie était Cèlle dés services publics; l’autre était celle de la productibri iridristriéllé et agricole. . -
- En Angleterre, où toutes les professions étaient librés et ôü rÉtàtri’èiî exerçait aucune; pas plus l’industrie des services publics ckr 'c’en était ürie j que celle de la production manufacturière Ou agricole; iës ihgéiiiéurs s’ë-tàientséparés en deux classés, et ceux qui s’occupaient des services publics prirent lé nom d’ingénieurs civils. Ce fdt là, et uriicpiément là, là source de la désignation de notre profession. En FràriCe, Où l'État àbsbfbait eri lui seùl toute l'industrie dés services publics; la prbfëssibh d’irigëhiëùr
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- civil fut d’abord refusée à tous autres qu’aux ingénieurs de l’État. Il n’y avait pas, disait-on, à côté de l’ingénieur de l’État chargé des travaux civils, maritimes ou militaires, il n’y avait pas de place pour un autre ingénieur qui, en voulant se vouer aux services publics, usurpait pour ainsi dire, sur les attributions de l’État, se présentait sans sanction légale ou administrative, sans la consécration d’un enseignement scolaire donné par l’État, sans incorporation, sans grades, sans mission définie.
- Aussi pendant près de vingt ans, la profession d’ingénieur civil ne fut-elle pas reconnue ; elle naquit en réalité le jour où l’industrie entra légitimement dans l’exécution des services publics. La première Compagnie concessionnaire d’un canal ou d’un pont qui choisit parmi nous son ingénieur , imposa la profession d’ingénieur civil à l’Administration. Celle-ci fut obligée de le reconnaître. A partir de ce jour, ils furent admis dans les ministères, dans les bureaux, entendus au Conseil général des ponts et chaussées pour la défense de leurs projets. Cela dura un certain nombre d’années; mais un fait nouveau se produisit. L’intervention de compagnies industrielles dans l’exécution des travaux publics ne tarda pas à s’accroître dans une proportion inespérée, tandis que l’intervention de l’État, au contraire, dans cette exécution, alla chaque jour en décroissant, elle décroît encore. Les ingénieurs de l'État quittèrent alors leur situation officielle et entrèrent dans l’industrie, acceptèrent d’elle leurs titres et leurs fonctions et devinrent des ingénieurs civils. Disons en passant qu’ils durent renoncer alors au patronage dont les couvrait la juridiction administrative, et du reste ils ne se trouvèrent pas plus mal d’exécuter leurs travaux sous l’empire de la juridiction civile.
- L’administration qui, dès les premiers jours, vit avec une extrême irritation cette émigration de ses ingénieurs, des fonctions officielles, dans l’industrie eût certainement voulu ôter à ceux-ci tout droit à rester fonctionnaires. Elle ne le pouvait pas; c’eût été Saturne dévorant ses enfants.
- Aussi, à part les exceptions qui leur laissent, quant à leur situation privée, des droits qui sont inhérents à leur origine de fonctionnaires, les ingénieurs de l’État sont-ils devenus, par leur situation réelle, par leur travail, par les obligations qu’ils ont assumées, par la rémunération de leurs fonctions, des ingénieurs civils. Ils le sont comme nous, comme le simple ouvrier, qu’il s’appelle Telford, Stephenson et Bourdon ; comme le simple collégien, qu’il s’appelle Brunei ou Seguin’; comme l’élève de l’École polytechnique démissionnaire, qu’il s’appelle Perdonnet, Polon-ceau; comme l’élève externe de l’École des mines, qu’il s’appelle Mony ; comme l'élève de l’École centrale, qu’il s’appelle Petiet, Camille Polon-ceau, tous sont, à nos yeux, au même degré des ingénieurs civils. S’il y a une différence dans la notoriété publique, laissons-la en faveur de celui
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- qui, entré ignorant dans la carrière, y a acquis, par ses seuls efforts, l’instruction sans laquelle on ne peut prétendre à la profession. Celui-là mérite la part de considération qui s’attache à la difficulté vaincue.
- Le caractère professionnel que nous venons d’exposer et qui semble si simple n’est cependant pas complètement admis; il est contesté dans de graves circonstances.
- 11 est malheureusement vrai qu’une sorte d’exclusion existe encore de la part des ingénieurs sortis des corps officiels et entrés au service des Compagnies contre les ingénieurs civils; elle n’est ni dans l’esprit ni dans l’intention des conseils d’administration ; elle vient de l’esprit de corps qui ne permet pas à un ex-ingénieur de l’Etat d’accepter'dans l’industrie l’autorité d’un ingénieur civil. C’est là l’un des obstacles les plus sérieux à l’avancement des ingénieurs civils dans les fonctions supérieures. Il ne faut pas se faire illusion sur ce point, le fait est patent; mais cette exclusion prend sa source dans un sentiment si étroit que nous ne devons pas le redouter longtemps encore. Il suffit, pour le faire disparaître, que dans cette lutte nous nous élevions par notre mérite, par nos services. C’est un obstacle opposé à notre courage; servons-nous-en de marchepied ; voyons le terrain gagné jusqu’à ce jour; nous sommes presque partout les aides de ceux qui nous tiennent à distance; forçons-les à nous mettre à côté d’eux dans leur propre intérêt.
- Il y a, Messieurs, dans la situation que nous avons atteinte aujourd’hui, un grand enseignement ; il est devenu clair pour moi et je voudrais faire pénétrer cette clarté dans vos esprits, que nous marchons incessamment à l’union : que de quelque école que nous sortions, l’union se fait entre nous.
- Ce qui nous a divisés, c’est le parti pris de l’administration de nous exclure des services publics; d’enlever ces services à l’industrie et de les garder en ses mains, en soutenant qu’elle a été exclusivement créée pour eux.
- Ce qui nous rapproche, ce qui nous unit, c’est que cette industrie des services publics n’est plus et ne peut plus être un acte du gouvernement ; elle est devenue si grande, si forte, elle se développe si vite, ses travaux sont si essentiels à l’activité du pays, elle représente une telle quantité de travail, que c’est tout le pays, c’est la nation elle-même qui procède et qui écarte dans sa marche irrésistible toutes les exclusions, tous les privilèges. Ceux-ci cherchent à former des castes, mais par cela même leur étendue sera toujours restreinte, leur durée éphémère.
- Ce point de vue de l’union entre tous les ingénieurs civils, il n’a jamais été plus opportun d’en apprécier la valeur.
- Tout pas fait contre nous est un pas en arrière; car, je le dis avec une conviction profonde, les principes que représente notre Société des ingénieurs civils ont une base plus large, un but plus libéral, plus juste, plus fécond que celle d’aucune des Sociétés, des corps, des organisa»
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- tions, des écoles, qui se posent en rivales et qui se croient consolidées par l’esprit d’exclusion, tandis que cet esprit fait leur faiblesse. A toutes, sans exception, nous dirons : Venez, nous pouvons vous accueillir, car aucun principe d’exclusion n’est en nous ; il suffit que vous soyez ingénieur civil; nous ne vous demandons pas comment Vous l’êtes devenu ; vous pouvez vous séparer de nous sans nous affaiblir, parce que vous ne pouvez rien nous ôter des larges bases qui constituent notre force ; nous donnons accès à toutes les concurrences qui conduisent à l’acquisition de la profession; Vous autres, au contraire, comme l’exclusion est votre base, toute concurrence vous affaiblit; voüS avèz peur du hombre; vous avez peur d’écoles rivales; vous craignez lès facultés, les méthodes d’enseignement qui ne sont pas les vôtres ; vous devez être ombrageux et défiants. Nous ne vous demandons pas de vous dissoudre, parce que, éomrrie toutes les écoles, comme toutes les Sociétés scientifiques, vous avez uné raison d’être, vous avez une mission; et loin d’en contester l’utilité, nous la reconnaissons pleinement.
- Nous pouvons encore ajouter: gardez vos affections qui ont votre École pour origine ; gardez tout ce qui unit, tout ce qui est solidarité : aidez-vous mutuellement, travaillez si vous le voulez, écrivez ensemble, nous ne sommes jaloux de rien ni de personne. Plus vous serez forts et habiles, plus vous serez attirés vers nous, parce que nous représentons plus que vous les principes économiques qüi sont la base du travail dans la société moderne.
- Je n’ai que bien incomplètement signalé les hommes distingués qui comptent à titre d’ingénièürs civils dans la fondation des chemins de fer en France, mais cette énumération restreinte jointe à l’exposé des services qu’ils ont rendus dans les travaux qui ont précédé les chemins de fer, permét de cdnclure que là profession d’iügénieur civil est essentiellement liée aux progrès des sociétés modernes par son plus beau côté, l’application utile des sciences exactes, la défense de la liberté de l’industrie et deTiriitiative individuelle.
- Passant àux luttes que noüs avons à soutenir, nous eh àtoiis conclu que notrë intérêt le plus Sérieux était l’union dés ingénieurs de toutes les écoles; dé toutes les origines dans la carrière qui conduit par le chemin le plus rapide au dévëiôpp'ërhent de là richesse publique. Je reste sur ce dernier mot l’union, je cfois qu’elle s’impose à noüs comme une nécessité.
- ÀyonS les uns pour lès aütfës dés sèhtimehts de confraternité, respectons même les divergences de iiôs opiiiiôh's. Hàbituons-nous à ne chercher ni des hommes, ni des intérêts derrière lès idées qui peuvent nous déplaire, n’y voyons que des principes et que dès divergèhces de vües, ne troublons jamais la bohrié harmonie qui doit exister entre riôus.
- Soyons aussi fermes dans nos principes, ils nous conduisent sainement, pacifiquement au but ou nous sommes portés par tout le monde.
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- Sachez bien que tout ce qui travaille, tout ce qui produit en France, l’industrie tout entière est avec nous.
- Rappelons-nous alors avec confiance que quelque exclusif que soit l’esprit de corps qui lutte contre nous, du moment qu’il inspire des hommes instruits qui contribuent par la science à agrandir la sphère des applications industrielles, ces hommes sont avec nous sans le savoir, sans le vouloir ; patience donc, et union : entre nous d’abord ; avec tous, un peu plus tard, mais certainement un jour.
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- HISTORIQUE DE LA SOCIÉTÉ
- PRÉSENTÉ
- Par M. Èmisle MUJLLER.
- Vous venez, cher maître, de rendre un nouveau service à notre Société, plus grand peut-être que tous les autres, en traçant à grands traits les luttes que vous et vos collègues, fondateurs de notre profession en France, avez eu à soutenir.
- Cette grande page de notre histoire nous rappellera toujours que le génie civil a germé en France, malgré tous les obstacles, au milieu des grandes questions d’intérêt-général et de travaux publics.
- Elle préviendra les défaillances; elle redira sans cesse à notre Société qu’elle a une grande place à prendre en portant ses discussions à la hauteur de la mission que ses fondateurs lui avaient assignée.
- La date du 7 juin 48721 ne sera pas seulement celle de notre installation dans un hôtel, mais celle d’un grand souvenir.
- Vous seul, monsieur Flachat, pouviez écrire l’histoire de notre passé avec autant d’autorité.
- Merci, au nom de notre Société!
- Votre nom sera pour nous le symbole de la persévérance, de l’énergie, du travail, auxquels notre profession doit son existence.
- Tout ce que je pourrais dire, après vos éloquentes paroles, ne ferait qu’amoindrir Teffet qu’elles ont produit.
- Néanmoins, avant de descendre de ces hautes considérations pour vous faire un historique beaucoup plus modeste, permettez-moi un seul mot, Messieurs.
- Notre cher Président engage tous les ingénieurs à l’union.
- Elle est certes dans tous nos cœurs, car aujourd’hui, plus que jamais, nous savons que seule, et prise dans toutes ses acceptions, elle peut rendre à notre chère France sa grandeur et la haute situation qu’elle avait su conquérir.
- Mais, je vous en conjure, que ce mot, union, ne laisse pas naître dans nos esprits la pensée du silence ; le silence sur toutes les grandes et difficiles questions laisserait supposer l’union, mais serait infailliblement l’abaissement de notre Société, serait peut-être sa mort.
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- Ne craignons pas les désaccords passagers ; ne nous laissons pas entraîner par ceux qui en redoutent les conséquences; l’esprit de notre Société est trop élevé pour que nos relations amicales souffrent d’une discussion, même ardente.
- Nous devons tout discuter et surtout en ce moment, les questions d’intérêt général qui ont trait à notre profession.
- Rejeter de nos séances de certaines études, parce que les débats pourraient devenir passionnés, serait, à mes yeux, une grande faute; ce serait amoindrir le rôle que notre Société, si vous le voulez résolument, est destinée à remplir un jour.
- Rester modestement une Société d’appréciation et de discussion technologique n’est pas être à la hauteur de la mission du Génie civil dont les premiers efforts viennent d’être exposés à vos méditations.
- Ce serait renoncer d’avance à une partie de notre but, à celui de représenter librement, en dehors de toute attache administrative, l’intérêt public, si souvent négligé.
- Ce serait manquer au but des fondateurs de notre Société, que je trouve si nettement formulé dans les premières lignes écrites, il y a aujourd’hui même vingt-quatre ans, imprimées à la 1re page du premier compte rendu âes séances.
- Permettez-moi de vous les lire :
- « Les circonstances exceptionnelles au milieu desquelles notre Soft ciété a pris naissance justifieront le caractère, plutôt politique que « technique ou scientifique, qu’ont pris nos délibérations.
- • « Nous continuerons à marcher dans cette voie, parce qu’il importe, « autant dans l’intérêt général que dans le nôtre, que la Société des « Ingénieurs civils fasse intervenir une influence, trop longtemps mé-« connue, dans les questions qui s’agitent au sein de la société fran-« çaise.
- « Toutefois, à mesure que la discussion des questions politiques défi viendra plus calme, plus recueillie, à mesure que le capital et le tra-« vail, ces deux sources solidaires de la prospérité publique, repren-« dront ieur cours normal, trop longtemps interrompu, la Société, sans « abandonner les questions économiques, qui longtemps encore occuperont les « hommes sérieux, consacrera une large part de son temps aux pro-« blêmes spéciaux dont l’étude, imposée par vos statuts, est aussi pour « nous un devoir; car, suivant l’heureuse expression de nos confrères « de l’Institut des ingénieurs civils anglais, « la mission de l’ingénieur « civil est de transformer, de régler et d’appliquer les sources inépui-« sables de force que renferme la nature, à tous les emplois utiles1 au « bien-être de l’humanité. »
- Suivons cette voie, Messieurs, dans la grave circonstance actuelle; ne redoutons pas les discussions exceptionnelles, alors surtout que nous
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- pouvons les adoucir par les intéressantes questions techniques que nos ordres du jour soumettent à vos délibérations.
- Rappelons-nous sans cesse que, pour conquérir l’influence qui doit couronner notre œuvre, il faut le travail et le dévouement de tous les membres de la Société.
- Notre devise doit être :
- Labor omnia vincît.
- La fondation de notre Société date du 4 mars 1848.
- Toutes les tentatives faites par les ingénieurs, avant cette époque, pour constituer une Société, avaient échoué par suite du refus d’autorisation.
- Ce jour-là, MM. Alcan, Faure, Gallon, Léonce Thomas et Laurens, se rencontrèrent sur la place de l’Hôtel-de-Ville, et résolurent de fonder la Société centrale des Ingénieurs civils.
- Tel était le titre.
- On se réunit chez l’un d’eux; les statuts furent discutés et, désireux de placer la Société naissante sous le patronage d’un "ingénieur éminent, les fondateurs prièrent M. Eugène Flachat d’en accepter la présidence.
- , Je n’ai pas besoin de vous dire avec quelle joie fut accueillie cette proposition, et avec quel zèle et quel dévouement M. Flachat a rempli cette mission.
- Le^Bureau et le Comité, nommés le 25 mars, étaient composés ainsi : M. Eugène Flachat, président; MM. Ch. Gallon et Degousée père, vice-présidents; MM. Victor, Bois et Scribe, secrétaires; M. Priestley, trésorier.
- Membres du Comité : MM. Boudsot, Alcan, Petiet, Laurens, Barrault, Nozo, le major Poussin, Grouvelle, Paul Seguin.
- A la fin de 4848, la Société comptait 56 membres.
- La cotisation annuelle était de 24 francs pour les membres habitant Paris; 12 francs pour ceux de la province et de l’étranger. —Droit d’entrée, 4 0 francs. .,
- Les séances n’avaient pas lieu régulièrement.
- La Société s’est successivement réunie à la Société d’encouragement, rue du Bac, au manège de la rue Duphot, rue des Bons-Enfants; à l’imprimerie Chaix, rue Bergère. 1
- Le Comité se réunissait chez M, Flachat, rue de la Ferme-des-Mathu-rins. . '.Kii;:.-.x
- A la fin de 4849, la Société comptait 243 membres, dont 94, il est vrai, avaient été inscrits d’office.
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- En 4850, elle s’installa rue Buffault, 28, dans le local que nous venons de quitter, après l’avoir occupé pendant vingt-deux ans.
- Il était alors loué à raison de 4,800 francs.
- Aujourd’hui, notre bail est de 4,400 francs.
- Dans cette même année 4850, toujours sous la présidence de M. Fla-chat, les statuts furent modifiés ; la cotisation devint uniforme pour tous ' et le droit d'entrée fut porté à 25 francs.
- Malgré cette augmentation, les recettes ne couvrirent pas les dépenses; l’installation, quoique modeste, avait endetté la Société. Le trésorier était en avance de 600 francs.
- On eut recours à une souscription, tant pour couvrir l’arriéré que pour publier les bulletins qui étaient en retard de dix-huit mois.
- 4854 .—M. Perdonnet est élu président.— La Société compte 242 membres et l’encaisse est de 4,640 fr. 75 c. — M. Loustau est nommé trésorier. — Les procès- verbaux des séances sont publiés dans le Journal des chemins de fer, en empruntant sa justification de petit format.
- 4852. — M. Flachat est réélu à la présidence. — Le nombre des membres est porté à 275. — L’avoir est de 4,04 2 fr. 90 c.
- 4853. —M. Petiet succède à M. Flachat. — 56 membres nouveaux sont reçus. — Le nombre des sociétaires est de 325. — L’actif est de 2,852 fr. 35 c.
- 4854. — M. Vuigner est nommé président. — Il y a 345 membres à la fin de cette année et l’encaisse est de 3,357 fr. 70 c.
- 4855. année de l’Exposition. —Présidence de M. Mony. — 47 membres nouveaux sont admis; la Société en compte 388. — L’avoir est de 3,550 fr. 30 c.
- 4856. — M. Polonceau succède à M. Mony. — 45 membres nouveaux sont reçus. — Ensemble, 390. — Encaisse de 3,009 fr. 20 c.
- 4857. — Présidence d’un des fondateurs, M. Gallon. — 64 admissions.
- — Le nombre des membres est de 450. — L’encaisse de 2,700 fr. 25 c.
- 4858. —M.' Flachat est réélu président. — 49 membres sont admis ; en tout, la Société compte 485 sociétaires. — L’avoir est de 2,562 fr. 95 c.
- — Les procès-verbaux ne pouvant plus être publiés par le Journal des chemins de fer, il est décidé qu’ils seront imprimés dans le format de nos bulletins trimestriels.
- 4859. — Présidence d’un fondateur, M. Faure. — La Société admet 29 nouveaux sociétaires, elle compte 498 membres. — L’avoir est de 2,038 fr. 80 c.
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- Année néfaste pour les ingénieurs ; c’est celle de la mort de Ste-phenson, Brunnel, Polonceau......
- 1860. —M. Yuigner est réélu président; il met son actif dévouement à la disposition de la Société, pour poursuivre la demande en reconnaissance d’utilité publique. Cette reconnaissance nécessitait des modifications aux statuts et la formation d’un fonds inaliénable de 50,000 francs; des souscriptions, des dons volontaires et des exonérations de la cotisation permirent de réaliser ce capital, et, enfin, le 22 décembre 1860, la Société voyait ses travaux persévérants, de douze ans, couronnés de succès par la reconnaissance d’utilité publique. — 41 membres nouveaux sont reçus. — Les sociétaires sont maintenant au nombre de 519.
- L’encaisse du fonds courant est de 4,295 fr. 15 c.
- Les 50,000 francs sont convertis en 190 obligations de chemins de fer.
- 1861. — M. Flachat est porté à la présidence pour la sixième fois. — La Société reçoit 43 nouveaux sociétaires, elle compte 549 membres, dont 98 sociétaires exonérés. — L’encaisse du fonds courant est de 3,054 fr. 65 c.
- 1862. — M. Tresca est nommé président. — Le fonds social est de 61,370 fr. — L’avoir du fonds courant de 5,883 fr. 30 c.
- La Société reçoit 35 nouveaux membres et compte 577 sociétaires; elle perd M. Degousée. •
- 1863. — M. le général Morin est nommé à la présidence de la Société, qui 'reçoit 39 nouveaux membres, ce qui porte à 606 le nombre de ses sociétaires. — Le fonds social est de 62,790 fr. 55 c. — L’encaisse du fonds courant est de 722 francs.
- La Société perd un de ses fondateurs, un de ses membres les plus dévoués, M. Faure.
- 1864. — M. Petiet est réélu président. —-154 membres nouveaux sont admis, grâce à sa persuasive activité, ce qui porte le nombre des sociétaires à 750, et parmi eux : MM. les Présidents des Conseils d’administration des cinq grandes Compagnies de chemins dé fer, qui firent, chacune, fin don de 2,000 francs à la Société. — Le fonds social est porté à 80,443 fr. 90 c. et l’encaisse est de 750 francs.
- 1865. —-Présidence déM. Salvetat. ^-La Société admet 55 nouveaux sociétaires , elle compte 790 membres. — Le fondsj social est de 85,707 francs et l’encaisse de 1,839 fr. 20 c.
- 25 sociétaires souscrivent pour donner une médaille d’of au meilleur Mémoire remis à la Société dans le courant de l’année.
- La Société perd, en 1865, MM. Yuigner» A. Barrault et Riehoux, un de ses secrétaires.
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- 1866. — M. Nozo est nommé à là présidence, — La Société admet 36 nouveaux sociétaires, elle comprend 806 membres. —Le fonds social est de 86,622 fr. 90 c. et l’encaisse de 3,195 fr. 90 c.
- La médaille d’or est décernée à MM. Huet et Geyler, pour leur Mémoire sur le traitement du minerai.
- La Société décide qu’à l’avenir, tous les ans, une médaille d’or sera décernée, dans l’Assemblée générale de juin, au meilleur Mémoire remis pendant l’année.
- 1867, Exposition universelle. — La Société nomme à la présidence M. Flachat, pour la septième fois; elle veut, pour cette solennité, avoir à sa tête l’ingénieur éminent qui a soutenu ses premières années et, dont elle sait l’inaltérable et l’infatigable dévouement. — 119 nouveaux mem- bres sont reçus; la Société en comprend à ce jour 902. — Le fonds social est de 93,615 fr. 71 c. et l’encaisse de 2,549 fr. 61 c.
- La médaille d’or est décernée à M. Àrson, pour son Mémoire sur l'écoulement des gaz.
- La Société perd, dans cette année, MM. Perdonnet et Eourneyron; ce dernier lègue 5,000 francs à la Société.
- M. Perdonnet avait offert un prix de 2,0Ô0 francs, représenté par une médaille d’or, pour le meilleur travail sur les conditions techniques de traction des trains.
- ,1868. — M. Love est nommé président; il s’occupe activement de l’ac-quisUiqn d’un terrain pour la construction de notre hôtel et présente plusieurs projets. - s o
- Le prix fondé par M. Perdonnet est décerné à MM, Vuillemin, Gueb-hard et Dieudonné, pour leur Mémoire sur la résistance des trains et la puissance des machines.
- M. Achille Le Cler obtient la médaille fondée par la Société, pour son Étude sur l’endiguement et la mise en culture des Polders de la vallée de Bourgneuf. ^ ’
- La Société admet 62 nouveaux sociétaires, elle compte 947 membres. — Le fonds social est de 106,910 fr. et rencaisse du fonds courant de 3,968 fr. 46 c.
- 1869. — La Société nomme M. Alcan, un des fondateurs, à la présidence; :i <TlV"
- ' Les négociations entamées par son prédécesseur pour l’achat du terrain sont menées à bonne fin. Le 41 février, 199 mètres sont achetés, cité Rougemont, au prix de 350 francs le mètre. •
- Il est décidé qu’un concours sera ouvert pour là construction de l’hôtel. : . m.. - h, •-At y îdP
- Un programme est arrêté par le Comité. M, Demîrttüid, gnéièn élève dé
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- l’Ecole centrale (promotion 1858) est désigné comme architecte de l’hôtel, son projet offrant la meilleure utilisation du terrain et remplissant au mieux les conditions du programme.
- 80 nouveaux membres sont inscrits; le nombre est de 993. —Le fonds social est de 150,410 fr. et le fonds courant de 7,413 fr. 81 c.
- Les statuts sont modifiés pofur l’augmentation de la cotisation, qui est portée de 24 francs à 36 francs.
- L’exonération, au lieu de 400 francs, est portée à 600 francs.
- Les Présidents honoraires feront partie du Comité et y auront voie délibérative.
- M. Lavalley obtient la médaille d’or pour ses travaux de l’isthme de Suez.
- 1870. —M. Vuillemin est porté à la présidence; il poursuit avec activité l’étude delà construction de l’hôtel.
- Une commission, composée de MM. Flachat, Crétin, Émile Muller, présidée par M. Yuillemin, est chargée de tout ce qui a trait à la construction de notre immeuble.
- Les travaux sont commencés au mois de mai, couverts en septembre, et suspendus en suite des malheurs que vous connaissez.
- Vous tous, savez aussi, Messieurs, comment la fin de cette année et la première partie de 1871 ont été occupées; vous savez la part active que tous nos collègues ont prise dans la défense du territoire, et que pourront rappeler les récompenses honorifiques qui leur ont été accordées.
- La Société admet 59 nouveaux sociétaires, elle comprend 1,014 membres. — Le fonds social est de 170,036 fr. et l’encaisse du fonds courant de 9,641 fr.
- La médaille d’or est décernée à M. Jordan pour son Mémoire sur la fabrication de l’acier fondu.
- 1871. — Les élections ne purent avoir lieu en 1870, par suite de Fin-vestissement de Paris. — Les événements douloureux qui ont suivi le siège les retardèrent de nouveau. — En juin, seulement, la Société procède à ses élections et nomme M. Yvon Villarceau à la présidence.
- Elle a perdu pendant le siège des Allemands : MM. Petiet et Ch. Laurent.
- La Société reçoit 43 nouveaux sociétaires, malgré cela elle ne compte plus que 997 membres.
- Le fonds social, compris les sommes payées à compte sur le terrain et la construction, se monte à 173,636 francs. — L’encaisse du fonds courant est de 21,366 fr. 70 c.
- 1872. — M. Emile Muller est nommé à la présidence.
- Le 7 juin, la Société prend possession de son hôtel.
- Votre Président va avoir l’honneur de vous dire l’emploi du fonds social, et vous trouverez juste, avec lui, Messieurs, de joindre à l’exposé
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- des travaux de construction, les noms de tous les artistes et entrepreneurs qui ont prêté leur concours actif et dévoué à notre architecte.
- Par mon organe, la Commission se fait un devoir et un plaisir de vous dire, Messieurs, tout le zèle intelligent et infatigable de notre collègue Demimuid, ainsi que le désintéressement apporté par tous nos entrepreneurs dans l’exécution de leurs traités.
- Votre Commission n’a pas à faire l’éloge de la construction de l’hôtel. C’est à vous qu’il appartient de dire à notre architecte qu’il a bien mérité de la Société et à lui voter des remercîments, dont une part revient à son inspecteur, M. Mequer.
- Voici nos comptes :
- Achat du terrain, de la mitoyenneté, frais d’actes, de cité, d’é-
- gouts, etc.................................................... 86 223f 07
- Nature des travaux et montants des devis approuvés par voire comité.
- Maçonnerie, par MM. Bobin et André....................... 61 400
- Serrurrerie, par MM. Clairain et Escande................. 23 900
- Couverture et plomberie, par M. Poupard................... 8 350
- Menuiserie, par M. Charles Braud......................... 15 896
- Peinture, par MM. Leclaire et Défourneaux................. 7 950
- Charpente, parM. Charles Loucheux......................... 5 900
- Fontes, par M. Durenne.................................... 1 500
- Marbrerie, par MM. Parfonry et Lemaire.................... 2 950
- Fumisterie, par M. Sgréna . . . .«........................ 1 150
- Terres cuites, par M. Muller et Cie....................... 4 470
- Peinture décorative, parM. Louis Rev...................... 2 500
- v Chauffage et ventilation, par MM. Piet et Bellan............ 4 542
- Sculpture, par MM. Husquin et Libersac.................... 3 025
- Bitume, par la Cie des Asphaltes....................... 100
- 143 633 143 633 00
- Installation et mobilier.
- Installation du gaz, par MM. Gaudineau, Valle et Cie....................
- — sièges, par M, Penon, tapissier....................
- — — par M. Grenier, menuisier........................
- Tableau noir, par M. Bonvallet.......................................
- Glaces, par la cristallerie de Saint-Gobain.............................
- Cadres, par M. Jules Simon...........................................
- Suivant les devis soumis à votre comité, les dépenses du mobilier, de l’installation du gaz, etc., etc., non compris une remarquable horloge dont notre collègue, M. Henry Lepaute, fait
- hommage à la Société, se monteront à la somme de......... 40 000 00
- Ensemble...................... 269 856 07
- En vous rappelant que le fonds social était de............. 173 636 00
- Vous voyez que pour solder le compte ci-dessus, il m.anque. . . 96 220f 07
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- Que nous aurions à emprunter, en,étudiant nos ressources et en comptant sur la progression habituelle des admissions et des exonérations, votre Comité a reconnu qu’il est possible de prendre une partie de l’encaisse et de réduire l’emprunt à la somme de 86 000 fr., qui, dès l’origine, avait été indiquée comme probablement nécessaire pour solder nos dépenses de construction. Sur cette somme, 6 000 fr. avaient été avancés pendant le siège, par quelque sociétaires.
- Nous n’avons donc eu à demander, Messieurs, que 80 0Q0fr. à titre de souscription provisoire.
- Dans la prochaine assemblée générale, la Société aura à décider la forme des obligations.
- Il n’est presque pas nécessaire de vous dire qu’avant de proposer cet emprunt votre Comité s’est préoccupé du remboursement. A ce sujet, il a étudié le nouveau budget avec tout le soin qu’il comporte, et l’aide surtout de notre cher collègue trésorier, M. Loustau, dont vous connaissez de longue date le dévouement à notre Société.
- En terminant, Messieurs, je vous convie à un acte de justice. Autant je suis personnellement heureux de présider cette séance d’inauguration, sous le Gouvernement républicain de .1872, après vous avoir rappelé que la Société a été fondée sous la république de 1848 : autant j’éprouve de satisfaction à vous dire ceci, et je suis certain d’être l’interprète de tous vos anciens présidents : Depuis 23 ans, c’est-à-dire depuis 1849, sans prendre un seul congé, un homme s’est dévoué à notre Société et s’y est donné, s’y est attaché comme personne d’entre nous n’a eu la chance de voir quelqu'un se dévouer à ses intérêts : toujours sur la brèche et tout seul, ne l’oublions pas; exécuteur intelligent et actif de nos délibérations, bras droit indispensable de tous les présidents, caractère loyal, il a su conserver son indépendance sans jamais blesser personne, Dieu sait ce qu’il a rencontré de caractères différents et combien nous lui rendons quelquefois sa mission difficile par nos exigences.
- Cet homme, vous en êtes tous l'ami, Messieurs, c’est notre estimable secrétaire, M. Husquin de Rhéville. C’est à lui que je vous propose de dire combien la Société est reconnaissante de son zèle et de son dévouement si désintéressés.
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- ÉTUDE
- SUR LES
- EN FRANCE ET EN ANGLETERRE
- Par M. Sylvain PÉRISSE.
- Messieurs et guers collègues,
- La Société des ingénieurs civils n’a jamais eu l’occasion de s’occuper des portes d’écluse des ports maritimes, qui, en France, ont été jusqu’ici exclusivement construites par l’État sous la direction de ses ingénieurs officiels,
- J’ai pensé cependant que notre Société recevrait ayec intérêt une corn» munication sur cet important sujet, si j’en juge par la faveur avec laquelle ont été. accueillies, au sein de l’Institut de nos confrères de Londres, des notes sur quelques portes de docks, construites en Angle* terre.
- En conséquence, j’ai réuni les nombreux documents que je possédais depuis longtemps; je les ai complétés de mon mieux à l’aide de Mémoires et de quelques études partielles publiés dans les deux pays ; puis, en les résumant, j’en ai tiré l'Étude générale et comparative que je vais avoir l’honneur de vous présenter.
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- ’ CHAPITRE PREMIER.
- CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LES PORTS A MARÉES.
- | 1. — Avant d’étudier les portes d’écluse à la mer, je crois utile de rappeler en quelques mots quel est leur but, de faire ressortir leur importance exceptionnelle dans les ports soumis aux marées et de rappeler les principaux phénomènes qui accompagnent et produisent ces dernières.
- Il existe encore un assez grand nombre de petits ports dépourvus de portes d’écluse : qu’arrive-t-il quelques heures après que le jusant a commencé, c’est-à-dire que la mer a baissé? C’est que l’eau, en se retirant du port, a laissé les navires à sec dans une position plus ou moins inclinée qui les fatigue, et qui empêche toute manœuvre de chargement et de déchargement. — Lorsque le (lot revient avec la marée montante, et que le vent pousse à la côte, les navires ont leurs flancs battus avec force, et les coques se détériorent rapidement, tant sous l’influence de cette alternative d’immersion et de mise à sec que sous les efforts anormaux auxquels elles sont soumises.
- C’est pour obvier à ces graves inconvénients, que, dans tous les ports de quelque importance, on a établi des bassins à flot, dans lesquels l’eau se trouve retenue à un niveau suffisant pour que les bateaux ne cessent jamais de flotter.—Les portes d’écluse sont destinées à cette retenue des eaux; et quoiqu’elles ne remplissent pas toutes les mêmes fonctions que les portes des écluses de cours d’eau et de canaux, elles ont reçu le même nom, en raison de leur fonction essentielle commune, qui consiste dans le maintien à volonté, et à deux niveaux différents, de deux masses d’eau immédiatement voisines.
- Entre les bassins et la mer, c’est-à-dire devant les portes d’écluse, il existe toujours un avant-port ou chenal plus ou moins large soumis aux mouvements des marées et qui a, notamment, pour but d’éloigner les portes et les bassins à flot des vagues venant du large, en même temps qu’il sert de refuge aux bateaux de; service du port ou de petite navigation.
- Il arrive quelquefois que, dans les ports de grande fréquentation, et surtout en Angleterre, des bassins de demi-marée sont construits entre ràvaht-pprt et les bassins à flot proprement dits. -
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- Enfin, mentionnons encore les formes de radoub ou formes sèches situées le plus souvent en arrière des bassins, et destinées à recevoir des navires qui doivent y subir, à sec, la visite et les réparations nécessaires.
- Il ne sera pas sans intérêt, croyons-nous, de décrire les principaux phénomènes des marées.
- Elles peuvent être définies en disant qu’elles résultent d’ondulations des grandes masses liquides de la terre qui produisent des élévations et des abaissements successifs par rapport à une hauteur moyenne. Le temps qui s’écoule entre deux marées consécutives, hautes ou basses, est de environ 12 heures 25 minutes, ou, autrement dit, les phénomènes se répètent deux fois en un jour 50 minutes. Par conséquent, l’heure de la haute mer retarde tous les jours d’environ 50 minutes sur l’heure du jour précédent. Il est à remarquer que la basse mer ne tient pas exactement le milieu entre les deux hautes mers voisines, c’est-à-dire que le temps de la descente et celui de la montée sont généralement un peu différents. De même, le temps pendant lequel la mer garde son plein (elle est alors étale) est aussi assez variable.
- Nous savons tous que les marées sont dues à l’attraction que la lune et le soleil exercent sur les grandes mers terrestres. L’influence de la lune est prédominante, puisque la hauteur des marées lunaires peut être représentée par 5, quand celle des marées solaires n’est que 2. Sans entrer ici dans les considérations qui le prouvent, il nous suffira de rappeler que le jour lunaire dépasse le jour solaire de 50 minutes. Il y a donc concordance, et on peut admettre que l’ondulation delamer suitle mouvement du satellite de la terre. Seulement, la marée retarde toujours sur le passage de la lune au méridien d’un lieu, et le retard, très-variable du reste, est ce qu’on nomme généralement établissement du port de ce lieu.
- Nous ne rappellerons pas pourquoi les marées se produisent deux fois dans un jour lunaire, par suite de la forme ellipsoïde de la masse liquide; mais nous devons dire quelques mots des causes principales qui amènent les grandes marées et, par suite, les grandes différences de niveau qui se traduisent par des pressions considérables sur les portes d’écluse.
- Observons d’abord que l’influence du soleil s’ajoute à celle de la lune pour augmenter les hauteurs des marées, lorsqu’il y a soit conjonction, soit opposition des deux astres, c’est-à-dire nouvelle ou pleine lune (syzygies), tandis que dans les quadratures, au contraire, les influences se contrarient et s’annulent partiellement.
- D’autre part, les marées sont d’autant plus fortes que l’astre qui les produit est plus rapproché dé! l’équateur; par conséquent les marées voisines de l’équinoxe Soht les plus grandes1, tèùtes autres'bir-constances égales d’ailleurs ;^etf pàrffiLces’ mairées équinoxiales, belles
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- qui correspondent aux syzygies fournissent les plus grandes hauteurs; généralement ces grandes marées se font sentir seulement 30 à 40 heures après le phénomène astronomique qui les a produites. Lorsque la lune a une déclinaison nulle, ou bien lorsque sa distance à la terre estminima, les marées en sont augmentées. Leur grande variabilité résulte des causes multiples que nous venons d’énumérer, et les marées exceptionnelles se produisent lorsqu’il y a concordance de tout ou partie de ces causes.
- Certaines circonstances locales, telles que la forme des rivages, les dimensions des détroits, les vents régnants, les courants, la pression atmosphérique, augmentent ou diminuent beaucoup les hauteurs des marées.
- Elles sont généralement plus fortes dans le fond des golfes que vers les caps, surtout quand les deux rives des golfes présentent un angle aigu, dont la bissectrice coïncide à peu près avec la direction des vagues [sur nos côtes de l’Océan, cette direction est généralement du sud-ouest au nord-est) ; la surélévation est d’autant plus grande que les côtes sont plus unies et les eaux plus profondes, c’est-à-dire lorsque les obstacles sont réduits à leur minimum. On comprend alors que la masse liquide, poussée dans le conoïde, s’élève au fur et à mesure que la largeur diminue.
- Nous pourrions citer de nombreux exemples; l’un des plus concluants est le canal de Bristol, au fond duquel débouche la Severn, avec un de ses principaux confluents, F Avon. Eh bien, les grandes marées, qui ne sont que de 9 mètres à Swansea, atteignent 43 à 14 mètres sur l’Avon, près Bristol, et s’élèvent vers le fond de la Severn jusqu’à plus de 16 mètres. Dans la baie de Fundy (Amérique du Nord), des hauteurs beaucoup plus grandes encore ont été constatées. Dans le golfe de Gascogne, les marées sont très-faibles, sans doute*parce que l’ondulation n’y arrive que très-indirectement, après avoir rencontré les côtes plus septentrionales. La Manche, au contraire, a une forme et une direction favorables à l’augnaentation des marées, qui atteignent des hauteurs considérables à Saint-Malo, Granville, Fécamp, Dieppe et Boulogne.
- Si nous observons maintenant ce qui se passe dans les fleuves à marées, nous retrouvons les mêmes accroissements de hauteurs, toutes les fois que la forme conoïde existe simultanément avec la profondeur et avec l’absence de barrages ou d’obstacles quelconques. Il nous suffira de citer. : la Tamise, où les marées sont plus fortes à Londres qu’à Shernees ; et le Saint-Laurent, qui donne, à Québec, des marées supérieu res de 6 pieds environ à celles de l’embouchure, malgré l’inclinaison du lit de la rivière.
- Les obstacles et les hauts fonds diminuent les hauteurs des marées, mais, dans le cas de faibles profondeurs, comme dans la rivière d’Avran-ches, le flot se rnanjfeste par des courants très-rapides qui prennent le nom de Masqarets, Çgs vagues rnontautes sont très^dangereu ses et les portes
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- d’écluse doivent être protégées contre elles, bien que leurs effets soient moins intenses que ceux des raz de marée, heureusement fort rares dans nos mers européennes. Les marées se font sentir dans les fleuves à des distances souvent fort considérables, comme dans les grands cours d’eau de l’Amérique équatoriale. Mais, dans ce cas, les heures des marées sont très-variables, en raison du temps qui est nécessaire au flot pour monter. L’âge de la marée, ou son retard, est représenté par le temps qui s’écoule entre la formation primitive de la marée et son apparition au lieu considéré.
- Les mers intérieures sont exemptes de marées notables, lorsqu’elles communiquent avec l’Océan par un détroit de faible largeur, comme la Méditerranée par exemple.
- J’ai pensé que les considérations générales précédentes sur les ports à marées ne seraient pas inutiles, et nous allons aborder, dans les chapitres suivants, l’étude spéciale des portes d’écluse à la mer.
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- CHAPITRE IL
- CLASSIFICATION DLS PORTES D'ÉCLUSE. — HISTORIQUE ET GÉNÉRALITÉS.
- | 2. — En raison de leur position, de leur forme et de leur but, les portes maritimes peuvent être classées en cinq catégories, savoir :
- 1° Portes extérieures ou portes d’ebbe;
- 2° Portes intérieures ;
- 3° Portes de flot;
- 4° Bateaux-portes;
- o° Portes de chasse.
- Je vais les décrire toutes sommairement, et puis je donnerai les détails relatifs aux portes de la première catégorie, qui font surtout l’objet de cette étude.
- 1° Portes extérieures ois portes d’ebbe.
- | 5. — Elles sont situées entre T avant-port et les bassins à flot ou ceux de demi-marée, et elles sont communément appelées f ortes d’ebbe, du"mot anglais ebb, signifiant reflux ou jusant.
- Leur but essentiel est de faire la retenue de l’eau des bassins, quand la mer baisse à un certain niveau, au-dessous duquel les navires ne se trouveraient plus dans les bonnes conditions de flottaison.
- Toutes les portes d’écluse sont placées entre des maçonneries laissant un passage pour l’entrée et la sortie des bateaux. Les murs longitudinaux qui déterminent la largeur de ce passage s’appellent bajoyers, et ils s’élargissent au droit des portes pour former des chambres ou enclaves, dans lesquelles les deux moitiés ou vantaux de la porte ouverte viennent se loger pour ne pas gêner la circulation et conserver ainsi toute la largeur de l’ouverture.
- Chaque vantail peut tourner autour d’un axe ou poteau-tourillon posé verticalement dans les chardonnets de l’enclave, de façon que, lorsque les deux vantaux sont amenés en contact pour se contrebutter, la compression qui en résulte puisse être reçue par les poteaux-tourillons et transmise aux chardonnets; De là l’importance de construire ceux-ci en
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- pierres dures, de grosses dimensions et appareillées avec le plus grand soin.
- Il est indispensable, pour le fonctionnement, qu’un vide existe entre le dessous des portes et le bas radier de l’enclave ; et, dans le but d’intercepter le passage de l’eau en dessous et aussi afin d’apporter au vantail un point d’appui inférieur, ce bas radier présente une saillie appelée buse ou seuil, dont le dessus correspond au niveau du radier de récluse. La pointe du buse est à l’aplomb de la surface verticale de contact des deux vantaux qui prennent le nom de vantaux busqués.
- Une paire de portes d’ebbe est suffisante pour établir un bassin supérieur ; néanmoins, dans les grands ports, on en construit presque toujours deux paires, soit rapprochées si on manque de place, soit éloignées , de 100 mètres environ afin de former un sas. — Le principal but des portes doubles est de ne pas être pris au dépourvu en cas de rupture ou de réparation de l’une d’elles. Mais plusieurs autres avantages en sont tirés, et notamment la répartition de la pression sur les deux paires, ainsi que le service du sas comme bassin de demi-marée ou.comme forme de visite. .
- Dans les ports où le courant est fort et où la manœuvre ne présenterait pas toute sécurité si l’écluse était simple, les sas sont employés, surtout en temps de vives eaux, lorsque le plein ne garde pas d’étale et qu’il est indispensable de faire entrer et sortir un certain nombre de navires.
- Les portes d’ebbe, à la marée montante et un peu avant leur ouverture, sont exposées aux vagues de l’avant-port qui tendent à les ouvrir malgré la pression d’eau qui résulte de la différence de niveau entre la hauteur, de la marée et la hauteur de l’eau dans le sas ou le bassin. Dans certains ports où il n’existe pas de rade et où le ressac se fait vivement sentir dans le goulet de l’écluse, les vantaux seraient exposés à un battement qui les détériorerait rapidement si des précautions spéciales n’étaient prises pour soustraire les portes à l’action du ressac. ,.
- Le moyen généralement employé en.France consiste dans remploi de portes-valets qui apportent, sur chaque vantail busqué, une buttée,énerr-gique s’opposant à leur ouverture. En Angleterre, les valets, sont peu ou pas employés, soit parce que le ressac est moins fort par suite de l’existence de rades naturelles formées par les fleuves, soit aussi parce qu’on maintient les vantaux au moyen dé chaînes en fer disposées, à l'aval, des portes et s’opposant à leur ouverture par la tension çonsidérable .qu’exjerçe sur elles l'appareil à pression hydraulique destine à faire,,plus tard, la manœuvre des vantaux. ' . > , , .... te,.
- Les portes-valets nécessitent,une, enclave plus profonde,, puisqu’elles doivent s’y loger dei*ri.ère\Vèspp4,l;e.çri^quées ouvertes et comme elles pivotent aussi autour d’un poteau-tourillon, il est nécessaire de ménager
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- un second Chardonnet dans la chambre, sur la face verticale opposée à celle qui reçoit le tourillon du vantail busqué.
- La manœuvre des portes d’écluse est faite au moyen de quatre chaînes, deux à l’aval, deux à l’amont, accrochées aux vantaux soit à mi-hauteur, soit plus bas. Ces chaînes sont conduites au moyen de galets et de poulies-guides jusqu’aux appareils destinés à les mettre en mouvement et disposés sur les quais dans le voisinage clés chambres. Il est à remarquer que les deux chaînes d’aval sont croisées, c’est-à-dire que le vantail de droite est fermé par la chaîne de gauche et réciproquement, tandis que les chaînes d’amont, destinées à l’ouverture, agissent sur les vantaux voisins, dont les faces sont à peu près normales aux chaînes en raison de l’inclinaison du buse.
- En France, des treuils à main, à double ou triple engrenage, sont appliqués à la mise en mouvement des chaînes, et, comme la puissance de ces appareils se trouve assez limitée, il en résulte une manœuvre très-lente, durant, pour les grandes portes, jusqu’à quinze à vingt minutes, tandis qu’en Angleterre, dans tous les ports importants, on applique aux portes d’écluse le système à pression hydraulique de M. Armstrong, servant aussi pour la mise en mouvement des grues et des ponts tournants. — A cet effet, une ou plusieurs machines à vapeur refoulent l’eau dans un accumulateur d’où la force motrice est distribuée.
- Le système hydraulique, s’il a des inconvénients pour la manœuvre des portes que je signalerai plus loin, a aussi sur le système des treuils quelques avantages dont le principal est la^rapidité de l'opération, qui ne dure qu’une à trois minutes au plus. — Pour obtenir ce résultat, M. Armstrong a d’abord relié la tige du piston de la presse avec la chaîne de manœuvre, par l'intermédiaire d’un système de moufles, augmentant la viiésse, c’est-à-dire agissant à la façon inverse des moufles proprement dits, puisque le piston, en sortant du cylindre, écarte les poulies conductrices. — Aujourd’hui, M. Armstrong emploie de préférence (Voir la planche 38] des machines à eau comprimée à trois cylindres oscillants, et à simple effet, dont les pistons conjugués agissent directement sur des manivelles et arbres coudés mettant en mouvement des treuils à engrenages ou cabestans. L’èàti à haute pression (environ 60 atmosphères) est fournie par l’accumulateur, oü bien par une pompe mànœuvrée à main d’homme.
- La rapidité dans là manœuvre dés portes est d’une grande .importance danslëSports très-fréquentes, en temps de marées de vives eaux surtout,’ pour éviter l’encümbrement dés navires, en conservant le plüs longtemps possible le service de l’écluse. Aussi, est-il regrettable que le système hydraulique n’ait été appliqué sérieusement dans aücüh des grands ports français de l’Océan, non pas précisément au point de vue de la manœuvre des portes d’écluse, mais surtout pour le service des grues* cabestans, ponts tournants-; etc;* dont le fonctionnement rapide
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- et sûr a attiré l’attention des ingénieurs français qui, comme moi, ont visité quelques grands ports de l’Angleterre.
- Je vais maintenant dire quelques mots sur les appareils destinés a la vidange et au remplissage des sas, et permettant la communication à volonté entre l’eau en amont et en aval des portes. —Deux systèmes sont employés: l°des ventelles, comme dans lesportes de canaux, manœuvrées sur la passerelle par l’intermédiaire de crémaillères verticales et de crics fixes; 2° des aqueducs ménagés dans l’intérieur des bajoyers, de chaque côté des vantaux* et munis de vannes qui sont mises en mouvement par des appareils situés sur les quais. Ce dernier système doit être préféré, parce qu’il a le double avantage d’une manœuvre plus facile* d’une construction plus durable des vantaux, puisqu’ils ne sont ni affaiblis par les ouvertures des ventelles, ni exposés aux détériorations que le passage des eaux occasionne tôt ou tard. En France, les aqueducs sont tous‘construits en maçonnerie; en Angleterre, à tort ou à raison, on a quelquefois employé des tuyaux en fonte qui ont pu être préférés, en raison sans doute de leur bas prix de revient.
- s° Porle® liatéa»IesBF©®.
- § 4. — On appelle ainsi lesportes des écluses mettant en eommuhioâL tion deux bassins contigus. Leur importance n’égale pas celle des portes extérieures, mais néanmoins leur construction en est tout aussi soignée, surtout quand les portes d’ebbe sont simples, puisqu’elles sont appelées à les remplacer en cas d’accidents. °
- Elles ne diffèrent des précédentes que par des dimensions plus faibles, par l’absence des portes-valets, par des manœuvres plus simples et'des vannages le plus souvent effectués à travers les vantaux eux-mêmes.
- 8° B?©i®tes d©
- f 5. — Elles ont pour but de s’opposer à l’entrée du flot venant du côte de la mer ; elles agissentpar conséquent en sens contraire des autres. J En avant des portes extérieures, on ménage, pendant la Construction dé l’écluse, une chambre dont le buse a sa pointe tournée vers le chenal. Il n’en faut point conclure que cette chambre reçoive toujours une paire de portes de flot; seulement on a la possibilité de les placer quand on veut se servir du sas, entre deux marées, pour la visite et le radoubage des navires. Mais il est prudent de les avoir dans les ports dépourvus de rade ou bien dans ceux qui peuvent être exposés aux raz de marée, heureusement peu fréquents dans nos parages, mais trop souvent observés dans les mers tropicales, où leurs effets sont des plus funestes.
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- Dans ces deux derniers cas, les portes de Ilot prennent le nom de portes de tempête, et elles sont alors disposées à claire-voie pour mieux remplir leur fonction.
- Les écluses intérieures sont presque toujours munies de portes de flot, afin de rendre tout à fait indépendants deux bassins contigus, et de permettre la mise à sec de barrière-bassin pour le visiter, le nettoyer ou le réparer, sans pour cela apporter un trouble dans le service du bassin voisin, plus rapproché des portes extérieures.
- Les portes de flot sont généralement à deux vantaux busqués ; mais quelquefois, et principalement en Angleterre, elles se présentent sous la forme de caissons verticaux présentant leur convexité du côté de l’avant-port. Ces caissons étant flottants, à plat, ou debout, peuvent être amenés en dehors du goulet de l’écluse, ou poussés dans des chambres latérales dans lesquelles ils se logent pour rendre le passage libre. Comme exemple remarquable du caisson flottant à plat, je citerai celui qui*a été Construit en 1858 à Victoria Docks, près de Londres, avec une ouverture de 24m,40 entre bajoyers et une hauteur de 9ra,45. Son poids est de 90 tonnes, et il a coûté seulement environ 2,000 livres sterling. Ceux de mes collègues, qui voudraient en connaître les détails et les dessins, pourront consulter une intéressante communication qui en a été faite à'I’In-stitut des ingénieurs civils de Londres, dans sa séance du 19 avril 1859.
- 4° Bateaiox-porte®.
- | 6. — Ils remplissent les mêmes fonctions que les portes de flot des écluses intérieures; mais ils servent en même temps de ponts.
- Les bateaux-portes sont destinés à la fermeture des formes sèches dans lesquelles les navires entrent pour y être réparés. Ce sont donc des .espèces de bâtardeaux flottants, le plus souvent en fer, de largeur très-variable comme les portes, et ayant été portée jusqu’à 30 mètres entre bajoyers, dans le grand bateau-porte du Havre dont j’ai dirigé la construction en 1861-1862, en qualité d’ingénieur de l’entreprise. La longueur sur le pont est de 31m,06 avec 4m,50 de largeur entre garde-corps. Il a une hauteur maxima de 11 mètres correspondant au milieu de sa longueur. Le poids du fer entrant dans sa construction est de 230 tonnes.
- Je ne donnerai aucun détail sur ces portes spéciales, parce que ce serait sortir du cadre d’études que je me suis tracé.
- . „ . 5° Portes-de citasse.
- | 7. — Je n’en dirai aussi que quelques mots. Elles ferment les écluses de chasse destinées à combattre, avec plus ou moins d’efficacité, les dé-
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- pôts de toute nature qui tendent à faire des atterrissements dans les ports ; de là l’utilité d’avoir des saignées de large ouverture, munies de portes spéciales souvent accouplées, afin de diminuer la largeur de chacune d’elles à environ 5 à 6 mètres.
- Une porte de chasse est, dans la plupart des cas, composée d’un vantail mobile sur un arbre vertical placé à quelque distance de son milieu. Sur le grand panneau existe une vanne, d’une section d’ouverture calculée de façon à rendre le petit panneau prédominant lorsque la vanne est levée. On comprend ainsi que, avec une feuillure fixe ménagée sur l’un des bajoyers, on puisse à volonté faire la retenue ou faire une chasse, suivant que la vanne sera fermée ou ouverte. Il est à remarquer, d’ailleurs, qu’en raison delà différence des deux panneaux du vantail, le flot peut ouvrir la porte, de même qu’elle peut se refermer d’elle-même avec le jusant, en parcourant seulement un quart de cercle de révolution.
- SLargcsraft» ©rats»© Em|oyea»s «t©i§ portes d’écSsase.
- | 8. — La largeur de l’ouverture des écluses a naturellement augmenté au fur et à mesure de l’agrandissement des navires, et, jusqu’en 1853, les ingénieurs, préoccupés de la difficulté de construire des radiers et des portes de grandes dimensions, en raison surtout delà dépense considérable qu’ils entraînent, les ingénieurs, dis-je, avaient adopté les largeurs absolument nécessaires pour livrer passage aux grands navires existants ou en construction. Ainsi, de la largeur primitivement fixée à 12ou 13 mètres dans le dernier siècle, on a successivement passé par 14, 16, 18 et 21 mètres, tant en France qu’en Angleterre. Mais, vers 1856, on a pensé qu’il fallait tenir compte des agrandissements probables des bateaux de grande navigation, et une enquête fut faite à l’effet de déterminer le rapport qui pouvait exister entre la largeur, tambours compris, des navires à roues, et le tirant d’eau.
- On trouva que ce rapport était à peu près constant et égal à environ 3,75. Le tirant d’eau maximum ayant été fixé à 7m,50 en raison des profondeurs existant, soit en Europe, soit surtout dans les passages des ports américains, la largeur maxima des bateaux à roues fut évaluée à 7,50 X 3,75 = 28m,12, largeur qui n’a pas été atteinte. m
- C’est à la suite de ces préoccupations que furent décidées les grandes portes d’écluse de Liverpool et du Havre, ayant 100 pieds anglais d’ouverture, c’est-à-dire 30m,50. Depuis cette époque (1860), les largeurs des portes d’ebbe construites ont varié en France entre 16 et 25 mètres et, en Angleterre, entre 15m,25 et 30m,50 (50 à 100 pieds).
- Aujourd’hui que les grands bateaux à roues sont pour ainsi dire abandonnés par suite de l'adoption à peu près générale de l’hélice, on réduit la largeur des écluses, puisque la coque des plus grands bateaux, sauf
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- quelques exceptions* ne dépasse pas 43 pieds anglais de largeur, c’est-à-dire environ 13 mètres.
- L’ouverture entre bajoyers qui paraît devoir être adoptée, tant en France qu’en Angleterre, varie entre 16m,5Q et 22 mètres.
- Nj&taas»© «le® HMætérSaaax.
- La nature des matériaux employés est assez intéressante à étudier. Successivement on a construit des portes en bois, puis en fonte; des portes mixtes, c’est-à-dire avec entretoises formées de bois et de fer; et enfin des portes en fer dans lesquelles le bois n’entre qu’à Fétat de simples fourrures pour former l’étanchéité des poteaux et du buse.
- P®£*4©® ©sa
- §9, -— Jusqu’en 1820, les portes ont été exclusivement construites en bois de chêne; depuis cette époque l’emploi du bois, chêne ou autres* a été maintenu* principalement en France, pour la plus grande partie des ouvrages. . . >
- Dès. l’origine, alors que les ouvertures étaient faibles* les bois étaient trouvés, facilement et à un bas prix, dans les dimensions voulues, après avoir été purgés d’aubier et choisis sains et sans défauts sérieux. Mais, au fur et à mesure que les portes s’élargissaient, les bois diminuaient en équarrissage, en qualité et en quantité, alors que* au contraire,.il aurait fallu employer des bois de plus grosses dimensions et de premier choix. Aujourd’hui, il me paraît pratiquement impossible dé construire les grandes portes avec les bois de pays, tant en France qu’en Angleterre, et l’on est forcé d’avoir recours aux bois étrangers dont les principaux sont nies chênes de Québec, les pins rouges et jatihës du Canada et des États-Unis, les sapins de Memel et le greenlieart de la Guyane anglaise. •« ' 't:
- Mais,: à F exception du dernier qui est cher, et aussi peut-être du teak des Indes orientales, qui est plus cher encore, tous les bois de construction connus sont attaqués, après leur séjour à la mer, par des vers marins qui les mettent hors de service en très-peu de temps. Le plus commun de ces vers, est le taret{teredo navalis)^ qui est très-petit lorsqu’il pénètre dans le bois dont il respecte les surfaces, mais dans le Coeur duquel il exerce des ravages considérables* après s’y être développé jus-
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- qu’à la grbSseür dü doigt. Unë autre espèce de ver, gfos comme une épingle, là pelouse, l’attaque d’abofd aux surfaces et arrivé progressivement jusqu’au centre. En Angleterre-, on à eu occasion de remarquer que le chêne était aussi attaqué par la moule commune qui le détruisait presque aüssi rapidement qüë lë teredo riavàlis.
- Les ingénieurs ont recherché avec soin les moyens de mettre les bois à i’abri de cès animaux destructeurs* ët ils ont employé l’iin dés dèüx moyens suivants : le créosotage èt le inailletage. •
- Les bois créosotës ont d’abord donné d’excellents résultats. Mais, âpres diversés observations* le créosotage est reconnu insuffisant aujourd’hui, ët il est à peu près abandonné pour la préparation des bois dés portes d’éclüse qui sont d'ailleurs de trop fortes dimensions pour être injectés complètement.
- Pour léS grosses charpentes, le créosotage à 200 kilog. dé créosote par mètre cube dé chêne revient à environ B0 à 35 francs, et, par mètre cubé de Sàpitt, à raison dè 170 kilog. de créosote, le prix descend de 25 à 30 francs.
- Voici deux exemples de prix de revient décomposés :
- Chêne. — Détail du prix de créosotage de un m'eire cube.
- créosote, 200 kilog-., 9 fïi \ . 18f 00e
- Charbon, 100.kilog;, 30 fr. la tonne ; j. . 3 00
- Mécanicien, chauffeur et aide. i . i i i s . s j . . 3 75
- Chargement* déchargement, main-d’œuvre. . . . . ;>•<.. . i . 4 .. . 3 . 25
- C: 28 ôo
- Frais généraux* faux frais, 10 à 12 %. . ; î i . . 3' 00
- Prix de rfeviënt. . . . '. :3i 00
- Bériéücë poür refUfepfëliéüf 10 ü/o. . . . ..... . . 3 00
- Total. . . .. ..... . .. . . . . . . 34 oo y,
- Sapin. — Détail du prix de créosotage d’un mètre Cube.
- Créosote, 170 kilog., 9 fr.................. ..................... 15f 30<=
- Charbon, 95 kilog., 30 fr. la tonne............................... 2 85
- Mécanicien, chauffeur et aide. -i i . ; » . . . ........... 3 30
- Chargement, déchargement et autres mains-d’œuvre.................. 2 55
- : . ' - : 24: .00
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- Il est à remarquer que les bois absorbent, proportionnellement à leur cube, d’autant plus de créosote qu’ils sont plus petits ; par conséquent, les prix de créosotage des petites charpentes sont plus élevés que ceux indiqués plus haut.
- Le mailletage est adopté en France partout où la présence des vers marins est signalée. Il consiste à clouer, sur toutes les surfaces des bois à protéger, une série de clous à large tête ronde de environ 25 à 30 millimètres de diamètre, disposés de telle manière que les têtes, en se superposant, forment une carapace en fer. Dans les parties des bois en contact avec le Chardonnet et le buse, les clous à mailleter sont remplacés par des pointes sans tête plantées en quinconce à environ 1 centimètre de distance et puis chassées au poinçon de façon à ne faire aucune saillie sur le bois. On peut compter que 1 mètre carré exige de 1700 à 2500 clous à mailleter pesant 22 à 25 kilogrammes, soit une dépense d’environ 25 à 28 francs le mètre superficiel développé.
- Les vers marins ne montent pas plus haut que le niveau des basses-mers de mortes eaux ; aussi se contente-t-on de mailleter seulement jusqu’à 0,10 à 0,20 au-dessus de ce niveau. Ce moyen de préservation est assez efficace sur des bois purgés d’aubier. Néanmoins, les portes en bois ont une durée très-limitée, trente ans environ; et il est à remarquer qu’il y a une élévation toujours croissante de leur prix d’établissement, ainsi que l’obligation de frais d’entretien assez notables.
- Dans les portes en bois construites en Angleterre depuis une vingtaine d’années, l’emploi du greenheart (bois de fer) a été généralement adopté pour les pièces importantes. Sa dureté, sa résistance et son avantage précieux de ne pas être attaqué par les vers marins, ont désigné ce bois à l’attention des ingénieurs anglais qui en ont tous reconnu l’incontestable supériorité sur les autres essences ; il est regrettable, pour notre pays, que nos ingénieurs français n'aient pas cru devoir en faire encore une seule application dans les portes d’écluse en bois. J’ajouterai aussi que le pin résineux d’Amérique a donné d’assez bons résultats, et je fournirai plus loin un tableau des bois qui se trouvent dans le commerce en Angleterre, surtout à Liverpool et à Londres, et j’indiquerai leurs dimensions courantes et leur prix. ;i;
- Portes eu fonte.
- | 10. — L’emploi de la fonte de fer-, pour des portes anglaises, remonte à plus de cinquante ans. f A Sherness, en 1821, on a commencé à construire des portes entièrement em fonte, avec plaques de revêtement étanches; puis plus tard à Chatham, à Sunderland, etc., des portes ont été établies avec ce métal, sinon dans toutes leurs parties, mais du
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- moins pour les principales pièces, entretoises et poteaux, avec emploi de bordages en bois.
- Mais on a reconnu les nombreux inconvénients que ce système présente. Il fournit, en effet, des portes très-lourdes, difficilement étanches, et par suite perdant peu de poids par l’immersion, alors que la légèreté doit être recherchée avec le plus grand soin. L’installation de roulettes sous les vantaux est indispensable ; d’autre part la fonte est de nature mauvaise pour résister aux chocs ou efforts brusques ; les grosses pièces fondues présentent des différences de longueur et de forme qu’il est difficile de racheter, et en somme les portes en fonte sont plus coûteuses que les autres.
- Aussi a-t-on aujourd’hui renoncé à ce système de portes mauvais et irrationnel. Remarquons, néanmoins, que l’expérience a démontré d’une façon évidente que la fonte, au bout de quarante ans, ne s’était pas altérée à l’eau de mer et que les pièces étaient restées en parfait état.
- Je ne connais aucun spécimen, en France, de portes en fonte à la mer, et c’est avec raison que ce métal n’y a été employé que pour des pièces accessoires, trop coûteuses à établir en fer ou en bronze.
- J S ; )!> '
- Porte» aMîxte®.
- § 11. —J’appelle ainsi les portes en bois, dans lesquelles une catégorie de pièces principales a été faite partie en fer, partie en bois.
- ' Ainsi,' depuis quelques années, en France, les entretoises horizontales de plusieurs portes d’écluse (Fécamp, portes d’amont de Boulogne, etc.) ont été formées d’une ou deux pièces de bois renforcées par des poutres en tôle plus ou moins solidaires avec les premières. On a été conduit5 à adopter cette disposition, en raison des efforts considérables auxquels les entretoises des grandes portes sont soumises, et qu’il était difficile' de faire supporter uniquement à des pièces en bois. Les ingé-niéürs’ont donc préféré, dans ce cas, suppléer à l’insuffisance de dimensions, par l’adjonction de pièces métalliques, plutôt que de rechercher par des combinaisons spéciales le moyen de se passer de grosses pièces de bois, de plus en plus rares et par conséquent de plus en plus coûteuses.
- En Angleterre, ce système d’entretoises avec renforts en tôle, n'a pas été employé; on a pensé qu’il n’était pas rationnel de faire supporter des efforts considérables à des pièces dans la composition desquelles le bois et le fer étaient juxtaposés, alors que la dilatation, l’influence hv-grométriquej l’élasticité*, la résistance par unité de surface étaient si différentes. Les déformations dues à la flexion ou à la compression sont évidemment’ peu concordantes;'-et ori1 ne comprendipas dans quelles li-
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- mites le métal et le bois participent à la résistance. Les ingénieurs anglais ont étudié de préférence un système d’entretoises convexes à l’amont, concaves à l’aval sous des rayons bien différents, de façon à leur donner une forme rationnelle comme résistance et n’exigeant pas l’emploi de grosses dimensions de bois.
- Les portes, à entre-toises mixtes, ont donc la plupart des inconvénients des portes en bois, sans en avoir certains avantages, tels que la légèreté et le bon marché.
- Je pourrais citer d’autres systèmes mixtes ; mais leur application en ayant été très-limitée, je n’en parlerai que plus tard, quand je donnerai la description des principales portes construites dans les deux pays.
- Ptwtes en fer.
- | 12. — Les considérations précédentes, et relatives à l'emploi dp bois et de la fonte expliquent suffisamment pourquoi les ingénieurs ont été amenés à construire des portes busquées entièrement en fer.
- Les premières construites sont celles de Broocklin, près New-York, en i 849-1850, pour la fermeture d’une cale sèche ; mais, à ma connaissance, cJest en Angleterre que, vers 1857, ont apparu les premières portes d’ebbe, à Victoria-Bocks près. Londres, et, l’année suivante, à Jarrow-Docks sur ïyne. Vers, la même,, époque, remploi du fer à la me? était rejeté en France pour les grandes portes du Havre, et ce n’est que huit ans après, en 1866, que le conseil général des ponts, et chaussées a autorisé la construction, à Boulogne, des premières grandes portes d’ebbe ,en tôle.
- Je ferai plus loin ressortir les avantages de ces portes flottantes, plus légères, plus durables, et susceptibles d’être facilement, visitées et entretenues.
- On a objecté pendant longtemps que le fer n’avait pas de durée à l’eau de mer; mais les nombreuses applications de ce métal, notamment à la construction des navires, ont démontré combien l’objection était en définitive peu fondée, surtout quand on a la possibilité de visite et d’entretien. Mais, je dois signaler ici la nécessité d'isoler les mètay$ de nature différente employés dans les ouvrages maritimes.
- Il a été remarqué que le contact, au milieu de l’eau de mer, de deux métaux différents, comme fonte et plomb, fer et bronze, etc., détermine une action galvanique et dissolvante qui a pour effet de les, détruire ou tout au moins d’en amoindrir les épaisseurs. Ainsi, à Sherness, en 1862, la visite des portes en fonte a dénoté des plaques de bord âge amiupies seulement sur les points où la fonte se trouvait.en contact avec du.plorob, employé sans doute à l’état de fourrures compressibles pour obtenir
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- l’étanchéité en certains endroits défectueux. La même. remarque a été faite, à plusieurs reprises, en France comme en Angleterre, dans des points où le fer était en contact avec le bronze ou le cuivre, et cependant ces deux derniers se conservent parfaitement à l’eau de mer. Il est à noter que la détérioration est très-peu sensible entre fonte et bronze.
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- CHAPITRE III.
- DESCRIPTION DES PRINCIPALES PORTES D’ÉCLUSE FRANÇAISES.
- § 15. — Je vais décrire les portes suivantes, savoir:
- Les quatre portes en bois de Dunkerque, Saint-Nazaire, Havre et Dieppe; les deux portes à entretoises mixtes de Fécamp et de Boulogne; les portes en fer de Boulogne.
- Elles sont toutes de système différent, et j’en donnerai les dimensions détaillées, les quantités de matériaux et les prix d’établissement.
- | 14. — Mais, avant, je dirai quelques mots des portes en bois, ancien type. Elles ont été construites sur le système adoptépour les portes de navigation intérieure que nous connaissons tous. Les plus anciennes étaient à bracons en bois simples ou doubles, travaillant à la compression et supportant les vantaux à la façon d’une contre-fiche. Les bordages étaient généralement parallèles aux bracons. Ceux-ci ont l’inconvénient d’affaiblir les entretoises horizontales par les entailles et les embrève-ments nécessités par les assemblages.
- Plus tard, avec les progrès de la métallurgie, on a préféré l’emploi d'écharpes en fer doubles, c’est-à-dire appliquées sur les faces aval et amont et tenant les vantaux suspendus par la traction dont elles sont capables. On a pu alors disposer les bordages verticalement et entretoiser ainsi les pièces horizontales.
- Portes en bois de Dnnkcrqne. — Écluse de barrage.
- Bassin à flot.
- (Voir les figures 1 et 1 bis de la planche 37.)
- §. 15.. —• Mises en place en janvier 1856, ces portes présentent plusieurs points remarquables. Chaque vantail a un bracon double en chêne, partant du pied du poteau-tourillon pour aboutir à la traverse supérieure aux deux cinquièmes environ de sa longueur à partir du susdit poteau. Une écharpe apporte .une double garantie dans cette partie du
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- vantail rapprochée du tourillon. Plus loin, en allant vers le poteau busqué, le vantail est sans bracon, mais seulement avec une autre écharpe s’attachant sur la traverse supérieure vers le point où elle reçoit la décharge du bracon pour aller soutenir le bas du poteau busqué. Ces portes de Dunkerque présentent donc un exemple bien étudié de l’emploi simultané du bracon et de l’écharpe. Je dois faire observer que les entretoises horizontales ne sont affaiblies par le passage du bracon qu'en des points où les moments fléchissants sont relativement faibles.
- Les entretoises, non compris les deux extrêmes en haut et en bas qui forment, avec les poteaux, un cadre rectangulaire en chêne de pays, les entretoises intermédiaires, dis-je, sont au nombre de 9, en sapin rouge du Nord, présentant entre elles et avec les traverses 10 vides d’une hauteur variant entre 0m,25 et 0,735. Chacune est composée de deux pièces de bois assemblées entre elles à redans : l’une, droite à l’aval, va toujours du poteau-tourillon au poteau busqué espacés de 10m,70; l’autre présente à l’amont la courbure du vantail et n’a que 9,00 environ de longueur pour les entretoises supérieures. L’assemblage avec les poteaux se fait au moyen de tenons avec embrèvements, renforcés par une série de repaisses fortement chassées entre les entretoises et chevillées avec les poteaux.
- Cinq séries de montants verticaux en chêne de 30 X 25 à l’amont et 30 X 10 à l’aval, boulonnés ensemble à travers le vantail et renforcés par des bandes de far sur lesquelles s’appuient les têtes et les écrous des boulons, viennent avec les deux bordages solidariser les entretoises entre elles, en même temps qu’ils servent de guides aux 3 ventelles. La position de celles-ci a été déterminée de telle façon, que les vides d’écoulement sont en dehors des deux écharpes. Chaque ventelle, en forme de jalousies, a 4 vides de 0,25 de hauteur, avec une largeur de 1m,00 pourlapre-mière ventelle et 0,90 pour les deux autres.
- Diverses ferrures viennent compléter la solidarité des diverses parties; ce sont : 1° sur la traverse inférieure, deux grandes équerres à trois branches verticales, les deux extrêmes se relevant sur les poteaux et l’autre au droit du premier montant vertical pour recevoir l’axe de l’écharpe; 2° sur la traverse supérieure une grande frette à tendeurs embrassant les poteaux ; et 3° intermédiairement se trouvent deux gros tirants en fer de 50 millimètres de diamètre, munis également de tendeurs, qui s’opposent à l’écartement du tourillon et du busqué, et assurent la rigidité dans le sens horizontal.
- Le pied du poteau-tourillon est chaussé par une crapaudine en bronze reposant sur un pivot de même métal scellé dans la pierre; puis en haut le poteau est maintenu vertical dans le Chardonnet, au moyen d’un collier en fer retenu par deux tirants très-bien étudiés qui, au moyen de renflements à plans obliques et de goujons, vont chercher leur point d’appui sur un cube suffisant de grosse maçonnerie.
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- Cinq taquets en bois sont convenablement disposés sur quatre entretoi* ses et sur la traverse supérieure pour recevoir la buttée du poteau battant des portes-valets,
- Les appareils de manœuvre méritent une mention spéciale et seraient étudiés avec intérêt par ceux qui auraient besoin d’en connaître les dé-tails.
- Dimensions principales :
- Largeur de l’ouverture entre bajoyers. . . . . . . . Hauteur de la traverse supérieure du vantail au-dessus de la pointe du buse. ...........
- Longueur sur l’axe d’un vantail busqué. ......
- Hauteur totale du vantail.........................
- Hauteur au-dessus du buse des moyennes basses
- mers de vives eaux. . . t.......,.................
- Hauteur au-dessus du buse des petites hautes mers
- de mortes eaux................... ' ...........
- Hauteur amdessus du buse des grandes hautes mers
- d’équinoxe. ...................................
- Epaisseur du vantail, au milieu, compris bordages. Epaisseur du vantail au droit des poteaux aux extrémités. . . . *....................................
- Epaisseur du bordage d’amont en sapin. ...........
- Epaisseur du bordage d’aval en chêne..............
- Largeur du poteau-tourillon (en chêne du pays). . . Largeur du poteau busqué sur l’axe A amont 0,56 du vantail, ....... , , . ... ) aval 0,40
- Hauteur de la traverse inférieure. . , , .........
- Hauteur delà traverse supérieure. ................
- Hauteur des quatre entretoises intermédiaires vers
- le bas.; ......................................
- Hauteur des cinq entretoises intermédiaires vers le
- haut............................................ .
- Diamètre du poteau-tourillon dans le collier du
- haut. . ...........................» »•........
- Section des demi-bracons au maximum. .............
- Section du fer des écharpes et grosses équerres. . . Épaisseur des portesrvalets. . . . . . : . . . . . . . Profondeur des-enclaves. ... ............... .
- 2im,00 J
- [ 147m2,84-7,04 ]
- 11,78
- 7,25
- 0,
- 4.60
- 7.60 0,90
- 0,50
- 0,10
- 0,06
- 0,60
- 0,48
- 0,425
- 0,45
- 0,35
- 0,30
- 0,46
- 0,40 ><: 0,25 130“ X 3OP 0,45 1,70 .
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- Chiffres relevés sur les comptes dJexécution.
- DÉSIGNATION. PORTES BUSQUÉES. PORTES-VALETS.
- (QUANTITÉS. PRIX unitaires moyens. SOMMES,, QUANTITÉS. PRIX unitaires. SOMMES.
- m.3. fr. fr. m.3. fr. fr
- Bois de eliêne du pays.,,., 44.14 273 12Q52 13 293.50 3813
- Bois dé sapin rouge du Nord. 47.44 133 7253 15.5 172 2666
- Fers divers.. 14714k 1.09 13931 6800k 1.04 7110
- Clous à mailleter 3811 1.00 3811 1400 1 1400
- Fonte 1803 0.70 1262 750 0.70 325
- Plomb 823 0.80 660 700 0.80 560
- Bronze et cuivre 1260 3.90 4914 500 3.90 1050
- Peinture et goudronnage., 1198 500
- Calfatage 1616 1.03 1697 —
- Prix totaux 48800 18526
- Le compte des appareils de manœuvre des portes busquées s’établit comme il suit:
- Fers divers., ... ...... 528^ à 1f,48 785f,45
- Chaînes. . ........... 655 1,5Q 982,50
- Fente. 2,636 0,70 1,845,20
- Bronze (poulie? de renvoi, etc,) 620 3,90 2,418,00
- Plomb, ............ 304 0,80 243,20
- Totaux 4,743^ 6,274f35
- La dépense totale de 73,600 francs se décompose donc de la manière suivante: 1
- Portes busquées, sans les manœuvres 48,800? )
- Portes-valets. . . -, . 18,516 j 73,600L
- Manœuvres. ,, , , , , 6^74 ]
- T. , £
- La dépense prévue, au détail estimatif était supérieure de 8,000 francs environ à la dépense d’exécution. Mais il y aurait: lieu d’ajouter h nette dernière les sommes qui ont pu être dépensées en régie. <?k
- Tous les ans, on a donné une couche de peinture ou de goudron* Le mailletage paraît toujours en bon état,
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- Porte» en bois de la grande écluse du bassin à lot de Saint-Nazaire.
- (Voir les figures 2 et 2 bis de la planche 37.)
- | 16. — Ces portes, ayant 23 mètres d’ouverture entre bajoyers, méritent l’attention des ingénieurs par suite de la particularité qu’elles présentent de nJavoir pas de poteaux proprement dits. Toutes les entretoises horizontales se prolongent d’un côté jusqu’au Chardonnet et de l’autre jusqu’au contact du vantail opposé, et elles se terminent à chaque extrémité suivant le même profil. -
- La surface!plane de contact en bout a environ 0,30 de largeur, et elle se raccorde avec la face aval par une partie arrondie sur un rayon de 0,08 et avec la face amont par un quart de cylindre ayant 0,23 de rayon, et au centre duquel se trouvent le tourillon et la crapaudine de rotation.
- Les chardonnets ont, par suite de cette disposition, une forme spéciale qui paraît plus rationnelle que la forme arrondie ordinaire, à l’effet de recevoir les efforts de compression dus à la réaction des deux vantaux.
- La partie basse du vantail est pleine, sans aucun vide, sur une hauteur de 4m,80, c’est-â-dire formée par la superposition de douze entretoises en bois de 0,40 de hauteur, maintenues en bas et en haut par deux entretoises (en tôle de 10 millimètres et cornières 70 x 70) qui leur ser-vent'de cadre avec lés frettes verticales en‘tôle de 10 millimètres, enveloppant complètement les deux extrémités des vantaux. Six séries de brides verticales intermédiaires et de très-nombreux boulons horizontaux (environ 580) complètent la réunion de ces douze pièces de façon à n’en former qu’une seule.
- Au-dessus de cette partie pleine, on trouve deux vides de 0,95 de hauteur séparés par une entretoise isolée de 0,40 semblable aux autres, et puis, en remontant, un vide plus grand de 2m,00 de hauteur surmonté de la traverse supérieure ayant aussi 0,40. Le dessus du vantail est consolidé:, comme le dessous, par une entretoise en tôle et cornières, reliée elle-même avec les frettes des deux abouts.
- Ces dernières, faisant l’office de poteaux, forment une série d'anneaux superposés sur toute la hauteur du vantail, et sont rendues solidaires par des contre-joints rivés à tête fraisée dans toutes les parties du contact. .
- Les tourillons du haut et du bas sont en fonte; et ils s’engagent entre la cornière des entretoises extrêmes auxquelles ils sont reliés aussi fortement que le comporte, ce système. En plus des attaches ordinaires, le
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- tourillon supérieur, travaillant au cisaillement, est traversé de haut en bas suivant son axe par un boulon de 110 millimètres de diamètre, qui se prolonge jusqu’au-dessous de la traverse supérieure en bois.
- Chaque entretoise horizontale est une espèce de poutre armée, composée d’un entrait à l'aval, carré de 0m,40 de côté, et à l’amont de quatre pièces, cintrées à l’étuve et juxtaposées, ayant 0m,20 d'épaisseur. Deux de ces pièces se prolongent sur toute la longueur du vantail, tandis que les deux intérieures s’assemblent à redans sur l’entrait. La figure 2 montre qu’il existe entre ces pièces et l’entrait, vers le milieu, sur une longueur de fim,50 environ, une série de vides qui sont remplis par des calages verticaux, en bois, battus au mouton.Ce sont ces calages qui constituent, avec les bordés et avec quatre séries de montants verticaux extérieurs, la solidarité désirable entre toutes les entretoises horizontales.
- Le bordage d’amont est en bois de 8 à 9 d’épaisseur, et il règne sur toute la hauteur du vantail; à l’aval, au contraire, ce n’est qu’au-dessus de la partie pleine qu’existe un bordé, en tôles de 5 millimètres, limité par les deux entretoises en tôle, et ayant par conséquent une hauteur de 5m,25. .
- La face inférieure de chaque vantail repose sur deux paires de roulettes placées, l’une vers le milieu, et l’autre près de l’extrémité du vantail. Le diamètre des roulettes n’est que de 0m,28 avec une largeur de roulement de 0m,18. En raison de la très-faible charge qu’elles ont à supporter, le radier ne porte pas de chemin métallique. Les conditions de roulement sont évidemment très-mauvaises, par suite de l'insuffisance des dimensions des roulettes qui devaient pouvoir se loger dans le vide de 0m,30 de hauteur existant entre le vantail et le radier. Mais il me semble que, si la nécessité des roulettes était reconnue, il y aurait lieu, dans des cas,semblables, à étudier une disposition spéciale permettant l’emploi de roulettes plus grandes.
- Voici les dimensions principales de ces portes:
- surface
- 244,50
- v. :) B3-
- Largeur de l’ouverture entre bajoyers................. 25mî0(V
- Hauteur de la traverse supérieure au-dessus de la , , r
- pointe du buse. ...... ................... . . .,. , . .9,78
- Longueur sur l’axe d’un vantail. . . . . ........ 13,83
- Hauteur du vantail, y compris la cornière supérieure. 9,98 , ; ',
- Hauteur au-dessus du buse, de la basse mer de vive ' ''
- , eau d’équinoxe.......... . ....... ... A 3,30T'
- Hauteur au-dessus du buse, de la haute mer de morte *
- . }r.- .. • .c.mmxuf. ;v -yv.émton
- eau mimma. , .c . ...... . . . . ...... .;>7,30^r
- Hauteur au-dessus du buse, de la haute'mer de vive eau d’équinoxe...........................•..........
- 9,22
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- Épaisseur du vantail au milieu........« . * . . 4,60
- Épaisseur du vantail aux extrémités. ...... *' . * . 0,63
- Diamètre du tourillon supérieur. ............ 0,30
- Diamètre du tourillon inférieur. . v......... 0,25
- La première paire de portes a été construite en 4856*eh sapin rouge de Prusse ; mais, pour la deuxième paire, construite en 1859* les ingénieurs ont préféré employer le pitcli pine, bois résineux des États-Unis qui, entre autres avantages, avait celui d’être plus deiise que le sapin* Cette condition de densité est, dans l’espèce, assez importante, si l’on considère, d’une part'que le poids d’un vantail à l’air libre est de 4 23 tonnes avec le pitch pine pesant 730 kilogrammes le mètre cube, et que, d’autre part, le volume déplacé de la partie pleine du vantail tout entier est de 4 23 mètres cubes. Les portes seront donc très-légères avec les hauteurs d’eau sous lesquelles elles sont ordinairement manœuvrées, et, dans l’hypothèse de l’emploi du sapin, il est désirable de lester les vantaux pour les faire peser un peu sur le pivot, afin d’être dans les conditions voulues pour une manœuvre facile et sûre.
- Le montage des premières portes s’est fait verticalement dans l’écluse même. Les secondes ont dû être construites en chantier, et, comme les premières, on les a montées debout, et puis elles oht été abattues pour les faire flotter et en opérer le transport jusque dans les chambres. C’est avec raison que le montage debout a été préféré au montage à plat, parce que, dans ce dernier cas, il se présente des difficultés d’exécution, provenant surtout de ce que la face qui regarde le sol n’est pas facilement accessible. Sur la moitié du vantail, le travail de main-d’œuvre sur place doit être fait de bas en haut ; ce qui n’est guère pratique et ce qui, dans tous les cas, ne permet pas d’obtenir un travail aussi parfait et aussi soigné.
- Mais il restait à faire l’opération difficile de Y abatage en chantier qui a parfaitement réussi, et qui n’a présenté d’autre inconvénient que celui d’une dépense très-notable. On a dû, en effet, ménager, le long du vantail, un bassin ayant une profondeur d’eau de 4 mètres (elle aurait pu être réduite à 3ta,50 et même à 3m,00), et e’est sur cette nappe d’eau que s’est abattu le vantail, en faisant quartier autour de cylindres en fonte qui présentaient un refouillement longitudinal en quart de cerclé., dans lequel l’arête pivotante du vantail se trouvait engagée. <
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- Prix de revient des deux vantaux (non compris les appareils de manœuvre).
- 243rae.50 charpente en place {pitch pim).......... . . 336,37 S2027f ,83
- La fourniture des bois* déchets compris, entre pour 169.59 La façon, y compris le matériel, le pliage à l'étuve, la pose des ferrements, l’abatage en chantier et la conduite à l'écluse, pour 166.78
- I6994k,50 tôle galvanisée (pose comprise) ........ 1.70 28890 ,63
- 20260k. tôle non galvanisée (pose comprise)................ 1.50 30390 ,00
- 29493k. ferrements galvanisés, prix moyen ; . 1.27 37360 ,80
- Tous ces ferrements sont en fer do Basse-Indre, de qualité supérieure, dit fer-câble,
- 3006k. fonte de. fer, prix moyen................. 0.626 1881 ,70
- Calfatage. .......................................... 2294 ,44
- Peinture, enduit et mastic.............................................- 0755 >78
- Frais divers et menues fournitures............. 4 . . 2863 ,03
- Total.......................... 1924641 31
- A défaut d’entrepreneur, ces portes ont été construites en régie. Le matériel nécessaire pour la mise en œuvre des bois a dû être porté en compte, tandis qu’un entrepreneur Feût possédé et aurait pu l’employer ultérieurement. Mais remarquons que la valeur de ce^matériel, après ce premier usage* est loin d’atteindre le chiffre de 10 pour 100 représentant le bénéfice normal qui est attribué à l’entreprise, et nous pouvons admettre que la dépense totale de 192,000 francs représente bien le prix qu’il aurait fallu payer à un entrepreneur.
- €.a*aa&d©® jp®^!©® ©be l’éelMS© «1© la ©It&ït©!S©
- sm Havre. •
- (Voir les figures 3 et 3 bis de la plurielle 37.)
- | 17. -— Ces portes, terminées en 1862, sont remarquables en raison de dëtirs dimensions exceptionnelles. L’oüvérture entre bàjoÿers est de 30m,50 (100 pieds anglais)1* et le buse du radier a été posé à B™,50 eh contre-bas des basses mers de vive eau ordinaire, c’est4“dife à environ 3 mètres au-dessous des plus basses mers. Il n’existe pas d’autres portes aussi profondes et aussi larges. Les grandes portés de la Mérsey, à Livef-poêl et à Birkenhead, sont de même largeur d’ouverturej niais léS radiers sont beaucoup plus hauts. L’écluse de la citadelle au Havre présente 8m,5G de creux en pleine mer de mortes eaux; elle peut donc donner passage aux plus grands navires, dont la calaison Ue peut pas dépasser 7m,50.
- La construction des portes de la citadelle a présenté de très-grandés
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- difficultés au point de vue de l’approvisionnement des gros bois nécessaires, et je crois qu’aujourd’hui il serait pratiquement impossible de les reconstruire d’après le même système; il faudrait le modifier dans le but de permettre l’emploi de bois moins gros et moins longs, ou bien il faudrait accepter l’emploi du fer que des préventions injustifiées ont fait rejeter en France, jusqu’il y a quelques aimées.
- Je vais donner seulement une description sommaire en renvoyant, pour déplus grands détails, à l’ouvrage de M. Bouniceau sur les constructions à la mer.
- Ces portes d’ebbe sont doubles, espacées l’une de l’autre de 28m,60 ; elles ne constituent donc pas un sas. La flèche du buse, comprise entre le cinquième et le sixième de l’ouverture, a été calculée de telle façon que les deux vantaux fermés présentent à l’amont un seul arc de cercle de 32ra,70 de rayon. Les enclaves ont 18m,l1 de longueur, et une profondeur de 3m,50 nécessaires pour recevoir le vantail et son valet.
- Le dessus des vantaux formant retenue se trouve à quelques centimètres seulement, en contre-haut des hautes mers de morte eau ; mais on peut, à la rigueur, augmenter la retenue par des hausses mobiles, La juste préoccupation des ingénieurs désireux d’obtenir des portes légères sur le pivot, sans que pour cela, en temps de vives eaux, la plus grande immersion tendît à les soulever, a fait déterminer l’arasement des vantaux au niveau dont je viens de parler.
- La conséquence de cette disposition a été de faire des portes suspendues par des écharpes, pouvant fonctionner sans roulettes ; mais néanmoins on a dû en installer pour le cas accidentel où les eaux viendraient à baisser dans le bassin. Chaque vantail peut donc reposer sur deux roulettes,, l’une située tout près du poteau busqué et l’autre à environ 9 mètres de distance du pivot. Elles ont 0m,45 environ de diamètre, 0“,15 de largeur, et elles peuvent être relevées et réglées au moyen de verrins ma-nœuvrés sur la passerelle. Le roulement se fait directement sur le fond du bas radier des enclaves.
- Chaque vantail se compose essentiellement de deux poteaux en chêne de France réunis par vingt-trois entremises de 0ra,30 de hauteur en sapin de Prusse. Elles se trouvent superposées au contact l’une de l’autre, de façon à ne former, pour ainsi dire, que trois grandes entretoises. L’une, inférieure, comprend dix-huit pièces donnant par conséquent une hauteur de bois plein de 5m,40. L’autre, intermédiaire, en comprend trois (0m,90), et enfin la dernière, formant entretoise supérieure, a une hauteur de 0m,60, puisqu’elle est obtenue par la supposition de deux entretoises. i>?) . , , 1 :
- Chaque entretoise partielle est une poutre armée pleine, de 2m,00 de hauteur en son milieu etjde 16m,46>sde longueur entre poteaux; elle est droite à l’aval, tandis qu’elle présente, du côté de la charge, une très-forte courbure. Leur composition, ainsi que leur réunion par des pièces
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- verticales intérieures, sont analogues à celles que j’ai décrites plus haut pour les portes de Saint-Nazaire, et d’ailleurs elles se trouvent suffisamment indiquées aux dessins.
- Trois grandes frettes horizontales et quatre gros boulons à tendeurs permettent de serrer les entretoises contre les poteaux et empêchent donc Técartement de ceux-ci. De très-nombreux boulons verticaux et horizontaux, ainsi que cinq séries d’étriers verticaux, forment la liaison des différentes pièces des entretoises. Les écharpes sont doubles sur chaque face. La plus longue (environ 20 mètres) s’accroche sur le poteau-tourillon au-dessus du collier. Celui-ci est en deux pièces de fer forgé embrassant, sur le milieu delà circonférence, le tourillon en bois dont le diamètre est de 0m,75.
- La crapaudine et le pivot sont en bronze. C’est le poteau qui porte le bout mâle. Il en résulte l’inconvénient de l’obstruction possible de la crapaudine; mais, par contre, le poteau est moins affaibli. Je crois que les deux pièces de rotation ont été ajustées sans jeu'sensible, et cela constitue» suivant moi, une condition très-désavantageuse au point de vue de la manœuvre des vantaux, alors surtout que ceux-ci, par l’usage, auront perdu leur rectitude de dimensions premières, par rapport au Chardonnet et au buse.
- Chaque vantail porte deux ventelles disposées symétriquement dans le premier vide au-dessus de la grosse entretoise et dans le voisinage des deux poteaux, afin que leur saillie sur la face courbe ne gêne pas le logement dans les enclaves. La largeur d’ouverture des ventelles est de^OO, et la hauteur de 0m,70.
- Les mécanismes de manœuvre exigent un nombre d’hommes assez considérable, pour un temps relativement très-long. On ne peut'donc pas les signaler comme un modèle à suivre, à moins toutefois que la mise en mouvement n’exige un plus grand effort que celui qui avait été prévu, par suite de frottements ou de charges sur lesquels on n’avait pas compté. -
- Les portes d’aval sont munies de valets de 0m,40 d’épaisseur sur environ 15m,80 de longueur. Voici quelques dimensions principales: *»: <
- Largeur de l’ouverture entre bajoyers............ 30m,50
- Hauteur de la traverse supérieure au-dessus de la
- pointe du buse. . ............................... 9,50
- Longueur d’un vantail, du dehors du tourillon, au ‘
- milieu du contact. ............................. 17,60
- Hauteur du vantail............. 9,80
- Hauteur au-dessus du buse de la basse mer de vive
- eau ordinaire. . . . , i . .... . . . ... . . . 3,50 ’ —'j*'
- Hauteur au-dessus du buse du niveau moyen de la mer. . ......... . . . -j'-LTh . <7,35*'-‘
- ...,,r l T -KH’.?. '
- 23
- surface
- 289m2,75
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- Hauteur au-dessus du buse de la haute mer de vive
- eau........................ ............... 11,00
- Épaisseur totale du vantail en son milieu........... 2,08
- Épaisseur du vantail au droit de l’axe du poteau-
- tourillon.................................. ... 0,90
- Épaisseur du vantail à l’extrémité du poteau busqué. 0,65 Largeur de la surface de contact des deux vantaux. 0,40 à 0,45
- Saillie du buse sur le bas radier................... 1,00
- Vide sous le vantail..........................: . 0,70
- Hauteur de la passerelle au-dessus du vantail. . . . 2,00
- Hauteur de l’arête du bajoyer au-dessus du vantail. 4,00 Dimensions maxima du
- poteau-tourillon. . . 1m,00 X 0,88 longueur
- Dimensions maxima du
- poteau busqué. . . . 0,80 X 0,62 longueur
- Épaisseur des bordages à l’amont................. 0,
- Voici un état récapitulatif des dépenses :
- (Charpente (215 à 220 mètres cubes).
- Métaux divers. .............. 78.1
- Mailletage..............
- fi Goudronnage, calfatage et peinture.
- VMécanismes de manœuvre.......... 19.808 01
- 12,90e == I1m3,35
- Un vantail busqué.
- Une porte-valet.
- Dépenses
- régie.,
- Charpente. . .
- | Métaux divers. | Mailletage. . . Divers.........
- r Main-d’œuvre.............
- | Travaux à la tâche ............
- Fournitures et travaux sur mémoires.
- | Acquisition des caps de levage. ..... 11,235 13
- v Acquisition de modèles. ......
- Dépense totale. ............ 835.191 00
- tieur 11 ,80 = 5,85
- . . . 0 ,08
- 03.7501' 01
- 78.131 19
- GO O oz 84
- 2.474 94
- 19.898 01
- 172.459 99 689.8391' 96
- b GO 83
- 8,838 39
- 2.073 47
- 55 29
- 15.045 98 30.001 96
- 53.067 42 \
- 168 18 f
- 48,865 35 \ 115.259 08
- 11,235 13 l
- 1.923 00 )
- Cette somme totale peut être décomposée comme i suit :
- 4 Vantaux busqués, sans les mécanismes, à. .... . 712.348f 87 Mécanismes de manœuvre des 2 portes busquées. . . . 79.592 04
- 2 Portes-valets............................... 30.091 96
- Acquisition de caps de levage et de modèles... 13.158 13
- Somme égale . . ........... 835.191 00
- 791.940*’ 91
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- — 347
- Portes «Fefels©, ©sa tools, «Sas Bsasstn «le llaa«gB8esBS© à üMeppe. (Voir les ligures 4 et 4 bis de la planche 37.)
- | i8. — Construites tout récemment, ces portes sont remarquables par leur simplicité, par Y équidistance des entretoises horizontales, et constituent un très-bon type. M. Lavoihne, ingénieur des ponts et chaussées* a fait l’application, dans les calculs de leur ossature en bois, des forrmn les de résistance qu’il a trouvées lui-même, sur la flexion des entretoises reliées par un système d’armatures verticales, formules dont je donnerai plus loin un extrait.
- La largeur entre bajoyers est de 4 6m,50, et là hauteur âd-dessus du buse de la traverse supérieure du vantail, formant la retenue* est égale à 8m,05. Le buse découvre en vives eaux ordinaires et les hautes ffierè d’équinoxe dépassent le vantail de Qm,30.
- Celui-ci est formé d’un cadre en chêne, dont les poteaux sont reliés par huit entretoises horizontales semblables, en sapin, présentant entre elles et avec les traverses supérieure et inférieure, neuf vides égaux de Ôm,45 dé hauteur. Trois montants, verticaux et équidistants, établissent la solidarité désirable; chacun est formé de deux jîiècés, l’une 40 x 30 du côté delà retenue et l’autre 40 x 45 à l’aval, entaillées de 0m,05 au droit de chaque entretoise. Celle-ci est formée de deux pièces longitudinales de hauteur 0m,40, assemblées à redans et serrées ensemble par des boulons, de façon à ne former qu’une seule pièce, droite à l’aval, courbe à l’amont, et ayant en son milieu une épaisseur de 0m,65.
- Le vantail est suspendu sur sa double écharpe dont l’effort est directement reporté sur le collier, par l’intermédiaire du chapeau en bronze qui coiffe le poteau-tourillon. Ce chapeau porte, venus de fonte, le tourillon supérieur et aussi deux oreilles latérales sur lesquelles reposent les écrous des écharpes. La crapaudine inférieure est en bronze. Comme toujours, des ferrures portant dès tendeurs tiennent les poteaux serrés contre les pièces horizontales. Il y a deux ventelies par vantail. Le bor-
- dage d’amont est en chêne de 0m,08 d’épaisseur.
- Longueur totale du vantail.................. 9“,31
- Hauteur du vantail proprement dit. ...... 8 ,25
- Hauteur totale du vantail, y compris la traverse formant passerelle........... 9 ,31
- Hauteur au-dessus du buse, de la basse mer1 de morte eau ordinaire. . . . . ... 0 ,73
- Les autres dimensions principales sont données par les dessins.
- Ces portes ne sont pas mailletées, sans doute parce que le buse est très-élevé et que la traverse inférieure seule se trouve au-dessous du niveau des
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- basses-mers de morte-eau; à Dieppe les attaques des vers marins n’ont pas été observées à la hauteur du seuil des portes, très-voisine de celle que ces insectes ne dépassent pas.
- Yoici une copie du décompte de construction :
- DÉSIGNATION. QUANTITÉS. PRIX unitaires. SOMMES.
- ' rn.3 r. fr.
- Bois de chêne, gros échantillon 28,90 397 11,499
- Bois de chêne, petit échantillon 3,91 259 1,016
- Bois de sapin 47,13 190 8,982
- Bordages en chêne, 8cm d’épaisseur...... 88m,2 18 ,71 1,654
- Fers, tôles, clous et vis à bois 13,47 8k 13,042
- Galvanisation de fers. 4,295 0,22 94 5
- Crapaudines en bronze, clous en cuivre, etc. 724 4 ,39 3,179
- Calfatage l,082m 0 ,GG 714
- Goudronnage 1,009 0,41 413
- Total 41,444
- Rabais 10 % à déduire 4,144
- 37,300
- Chapeaux en bronze en régie (1000b), etc. 4,700
- Dépense totale 42,000
- Le cube total des bois est de 87 mètres cubes, dont le prix moyen ressort à 240 francs, rabais déduit. Ce prix, insuffisant pour être rémunérateur, sera sans nul doute augmenté dans l’avenir.
- Portes BMixtes de ffécamp, construites en Î864-Î865.
- (Voir les coupes 5. la planche 38.)
- | il). —J’appelle ces portes mixtes, parce que les entretoises horizontales sont en bois et fer; toutes les autres pièces sont en bois, et leur disposition ne diffère pas d’ailleurs de celle qui est le plus généralement adoptée en France pour les portes entièrement en bois.
- Ayant, comme entrepreneur, construit ces portes, j’en donnerais ici une description complète, si elle n'avait été déjà donnée par M. Carlier, ingénieur des ponts et chaussées, dans les annales de 1869. Je vais donc mentionner seulement quelques dimensions principales, faire ressortir certaines particularités et donner un état de dépenses. Ceux qui désireraient connaître, tous les détails voudront bien se reporter à la note qui a paru dans les Annales des ponts et chaussées.
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- Dimens ions p rincip a les.
- Largeur de l’ouverture entre bajoyers................
- Hauteur de la traverse supérieure au-dessus de la
- pointe du buse....................................
- Longueur d’un vantail, du dehors du tourillon, au
- milieu du contact.................................
- Hauteur d’un vantail, y compris la repaisse supérieure
- de 0,22 d’épaisseur...............................
- Hauteur au-dessus du buse des basses mers de vives
- eaux d’équinoxe...................................
- Hauteur au-dessus du buse des hautes mers de vives
- eaux d’équinoxe...................................
- Épaisseur du vantail en son milieu...................
- Épaisseur du vantail au droit des poteaux............
- Rayon de l’arc de cercle de la face-amont des vantaux.
- Saillie du buse sur le radier des chambres...........
- Flèche du buse (environ 1/5 de l’ouverture)..........
- Longueur des entretoises-renforts, en fer............
- Longueur horizontale entre poteaux...................
- Épaisseur du bordage d’amont, en vellow pine. . . .
- Épaisseur du bordage d’aval, en chêne................
- Dimensions maxima du poteau
- 16m,50 9 ,87 9 ,45
- 10 ,17 1 ,50
- 11 ,15 P ,66 0 ,50
- 66 ,00 0 ,40 3 ,25 8 ,10 8 ,34 0 ,10 0 ,06
- surface
- 162,85
- marées
- de
- 9m,65
- tourillon, chêne 60 X 52 longueur. 10 ,80
- Dimensions maxima du poteau
- busqué, à l’amont 60 x 52 » 10 ,36
- Dimensions de la traverse infé-
- rieure en chêne au milieu. . 66 X 45 » - "x r.ïv;.:v-
- Dimensions de la traverse supé-
- rieure en chêne au milieu. . 66 X 50 »
- Dimensions des neuf entretoises
- en yellow pine au milieu. . . 50 X 45 » ilk K
- Section d’un renfort en fer (deux
- par entretoise)une âme de 10 mil-
- 65 X 65 .. i
- limètres et deux cornières. . . 9 •:v. .= . .loi».?Â
- Section des fers des écharpes, et ...NV,. - o ' ôai;
- armatures 135 X 30 ! •îOuiungui
- Volume extérieur d’un vantail supposé étanche. ... 56“s,65 'HU)h
- Volume réel des pièces d’un vantail*(volume déplacé).'"42 70 unoaafri Poids total d’un vantail en supposant le.chêne à 920k, et le yellow pine à 630lc. . .'P0.1® . pV-'pp'PK- -/u:
- ‘ÆIHoniiesL iMint
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- lî résulte des chiffres du précédent tableau que les grandes marées de vives eaux sont très-fortes à Fécamp. Les bajoyers sont à la même hauteur que les plus grandes eaux : c’est évidemment une mauvaise condition; mais les circonstances locales n’ont pas permis une plus grande élévation des bajoyers.
- Les bois qui ont servi à la construction de ces portes proviennent du Canada: ce sont, pour les poteaux et traverses, le chêne de Québec; et pour les entretoises intermédiaires, le yelloio pine ou pin jaune. Cès bois sont plus sains, plus de droits fils et ont plus de nœuds que nos bois européens ; mais ils ne sont pas aussi durs et aussi tenaces. Le chêne de France avait été imposé par le cahier des charges ; mais une enquête, poursuivie également par l’administration jusque dans les ports des voies navigables de la Bourgogne et de la Champagne, a démontré que, en 1864, il n’existait pas dans le commerce des arbres sains assez gros pour pouvoir en tirer toutes les pièces nécessaires qui devaient être complètement purgées d’aubier. D’autre part, le pin du Canada, très-peu dense, avait l’avantage de donner de la légèreté aux portes, condition favorable dans l’espèce, puisque les renforts métalliques venaient en augmenter la densité.
- Les bois d’Amérique ont été achetés à Liverpool, équarris à la hache, à peu près droits; il a fallu 1,85 de chêne commercial ‘pour en tirer 1 de chêne en œuvre sans aubier ni défauts, compté à son cube réel. La proportion pour le pin a été de 1.65 pour 1.
- Le système de construction métallique des parties fixes et mobiles des ventelles, proposé par les constructeurs et adopté par l’administration, mérite d’être étudié; il présente toutes les garanties désirables pour le bon fonctionnement, et il a l’avantage de renforcer les vantaux auxpoints où, dans la plupart des cas, ils sont affaiblis.
- Les portes-valets supportent à Fécamp des efforts exceptionnels en raison du ressac considérable et aussi, pour le cas où, la nuit, la hauteur de de la marée serait, pendant le flot, un peu supérieure aux portes. Aussi ces valets sont-ils construits dans des dimensions plus fortes qu’à l’ordinaire : ils ont une épaisseur de 0,50, alors que 0,45, 0,40 et même 0,35 ont été reconnus suffisants pour des valets, même beaucoup plus longs. A Fécamp la longueur n’est que de 8m.75; le poteau tourillon et le poteau battant sont en chêne de 0,50 X 0,50 et les autres pièces en proportion.
- Un autre détail est à remarquer; cJest que les vantaux busqués restent quelquefois assez longtemps dans leurs enclaves, et-, afin de soulager les colliers, on a scellé sur la paroi verticale des chambres un petit verrin de calage, agissant sous un certain angle, de bas en haut. Enfin, des précau-tiôns spéciales ont été prises pour préserver les bois et les métaux de Sa détérioration à l’eau de mer. Tous les fers et fontes ont été galvanisés ; les bois ont reçu une double couche de minium et puis trois couches
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- de goudron. Enfin, dans toutes les parties où le fer devait s’appliquer sur les bois, on a interposé entre les surfaces, et sur toute l’étendue du contact, une bande de toile goudronnée. Les parties basses des portes ont été mailletées.
- État récapitulatif des dépenses (rabais déduit).
- 1° Porte busquée. — 2 vantaux.
- Bois de chêne.......................38ra3,71 \
- Bois de pin.........................42 ,71
- Tôles et cornières....................19.475k
- Armatures et chevilles..............14.126
- Clous à mailleter (112 mètres carrés). 2.607
- Fontes.............................. 679
- Colliers, crapaudines en bronze, tirants, main-d’œuvre du
- mailletage, etc.......................................... 14.700
- Caoutchouc* toile, goudronnage, peinture, calfatage. .... 4.460
- total 81mc,42 20.4301
- total 36.787k 38.000
- 2° Portes-valets.
- Bois de chêne......................16m3,89
- Bois de pin........................23 ,33
- Fers pour armatures, etc........... 6.954k 1
- Clous à mailleter (43 mètres carrés). 916 Uotal 8.386k
- Fontes............................. 516 \
- Peinture et goudronnage...............................
- Colliers, crapaudines, tirants, main d’œuvre du mailletage, etc. ........ ................................ 5.120
- 3° Appareils de manœuvre, chaînes, etc. .....................
- 4° Canons d'amarre, vanne de rechange, modèles. .......
- total 40mc,24 11.000
- 8.700 880
- Dépense totale.
- 77,600®
- 25,700
- 6*000
- 2,700
- 112.000®
- Les prix des bois (en moyenne 260 francs le mètre cube} ont été très* insuffisants pour faire face aux dépenses qu’ils ont occasionnées.
- Portes mixtes de Koralogase, eosastruites eii
- (Voir les coupes à la planche 38.}
- | 20. Comme les précédentes, ces portes ont des entretoises horizontales mixtes, avec cette différence principale que, à Fécamp, chaque pièce est composée d’une entretoise unique en bois comprise entre deux renforts en fer (à 2 cornières), tandis que, à Boulogne, c’est l’en-tretoise en fer (à 4 cornières), qui est unique et par suite serrée entre les deux demi-entretoises en sapin.
- Chacun des systèmes a sur f autre ses avantages comme ses inconvé-
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- nients. Dans le cas qui nous occupe, les bois sont de faible échantillon et il a été plus facile de les trouver sains et sans défauts. De plus, à résistance égale, Fentretoise unique avec 4 cornières est beaucoup plus légère et par suite plus économique. Mais, d’autre part, l’inconvénient déjà signalé des pièces mixtes soumises à des charges considérables paraît exister à Boulogne à un degré plus grand qu'à Fécamp, puisque, dans ce dernier cas, des précautions spéciales ont pu être prises pour permettre au fer et au bois de travailler isolément, sinon d’une façon complète, mais au moins suffisante pour enlever toutes craintes sérieuses.
- Les portes mixtes de Boulogne sont suspendues sur leurs écharpes et n’ont pas de roulettes. Le vantail est, comme d’ordinaire, composé d’un cadre en chêne avec des entretoises horizontales intermédiaires. Celles-ci, au nombre de 9, peuvent être classées en quatre catégories, comprenant à partir du bas :
- 1° 3 entretoises doubles en sapin, avec poutre en tôle centrale, com-
- 80 X 80
- posée d’une âme de 8m/m, de 4 cornières — -—et de2 plates-bandes
- m
- Ï8'
- 2° 2 entretoises doubles, avec poutres en tôle sans plates-bandes.
- 3° 3 entretoises doubles, non armées.
- 4° 1 entretoise simple, toujours en sapin.
- Toutes les entretoises, en bois ou en fer, ont une longueur de entre poteaux, avec une épaisseur au milieu de 0,85, réduite aux extrémités à 0,45, par la courbure d’amont correspondant à un rayon de 38m,70. Chaque entretoise simple en sapin a 0,30 de hauteur et elle est composée de deux pièces assemblées à redans, comme le dessin l’indique. De même qu’à Fécamp, les entretoises ne sont pas tout à fait horizontales ; on a préféré leur faire relever le nez de quelques centimètres du côté du poteau busqué. Les pièces verticales réunissant les entretoises sont au nombre de 5* également espacées; elles sont en chêne de 30 X25 à l’amont et 20 x 10 à l’aval. Outre les ferrures formant armatures encastrées dans les pièces en chêne du cadre, 4 grands boulons de 60m/m avec tendeurs réunissent les deux poteaux.
- Les dispositions qui ont été données au tourillon et à la crapaudine méritent une mention spéciale. Le frottement au tourillon supérieur est entre fer et bronze, condition évidemment très-favorable à la manœuvre. Pour l'obtenir, le poteau a été coiffé par un chapeau en bronze, portant à sa partie supérieure un goujon de 0,30 de diamètre, que le collier en fer embrasse sur le milieu de sa circonférence. De plus, ce chapeau porte des oreilles latérales derrière lesquelles les forts écrous des écharpes viennent reposer, et un patin venu de fonte s’applique sur la traverse su-
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- périeure qui est rendue elle-même solidaire des deux entretoises voisines et du poteau tourillon, au moyen de deux sabots en fonte que la coupe verticale indique. Les boulons d’assemblage sont en cuivre. La crapaudine du bas est aussi en bronze; le goujon est creux, avec un diamètre extérieur de 0,32, ce qui a permis de faire pénétrer à l’intérieur le' cœur de chêne du poteau. La crapaudine femelle est donc fixe dans la bourdonnière et elle reçoit la pression du goujon par l’intermédiaire d’une lentille de 0,06 d’épaisseur à double surface convexe, sauf un petit aplatissement central de 0,10 de diamètre. Je crois que l’interposition de cette lentille entre les deux surfaces convexes du goujon et du fond delà crapaudine femelle a, entre autres avantages, celui de présenter deux vides, en forme de couronne, dans lesquels les sables fins pourront trouver à se loger, sans gêner la rotation.
- Les bois des portes busquées sont mailletés en fer jusqu’au niveau des basses mers de morte-eau ; mais autour de la crapaudine en bronze, les clous et les pointes de mailletage sont en cuivre et isolés des clous en fer par une bande de caoutchouc de 0,10 de largeur. Toutes ces précautions ont été prises pour obtenir l’isolement entre métaux différents, dont j’ai fait déjà ressortir l’importance. Les clous en fer sont semblables à ceux de Dunkerque, avec 27m/m de diamètre de tête à collet carré et et à tige effilée de 22m/mde longueur. Lemire carré de mailletage a nécessité 1700 clous pesant 24 kilog., et il est revenu à 28 francs.
- Le service de la communication d’eau se fait par des aqueducs latéraux. La traverse supérieure est protégée des bateaux par une fourrure à l’amont dans le plan des pièces verticales, et à l’aval par une fourrure saillante. Des madriers de chêne de 0,05 d’épaisseur, présentant des vides égaux aux pleins, protègent la face aval des vantaux, depuis le haut jusqu’à 0,50 au-dessous du niveau moyen de la mer. U;
- Voici quelques dimensions principales :
- Largeur de l’ouverture entre bajoyers. . ............
- Hauteur de la traverse supérieure au-dessus de la
- pointe du buse.................................
- Longueur du vantail, du dehors du tourillon, au milieu du contact..................................
- Hauteur du vantail............................... . .
- Hauteur au-dessus du buse des plus basses mers
- d’équinoxe................. . . ...... . P . .
- Hauteur au-dessus du buse des plus hautes mers
- d’équinoxe. . ........................... . . u . .
- Épaisseur du vantail en son milieu. . i v’fo-çu/ Épaisseur du vantail vers les poteaux, a . .
- 21m,00 1 I surface
- 9 ,55 1 200,55
- 42 ,18 = -M
- 9 ,75 ; ïfoï
- 0 ,50 j marées > «le *
- nn-'9 ,44 ( 8m,94 Jcns ”>/
- « 0 ,95 . ‘‘K- - ,
- n>0’-y55hfomw^
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- Saillie du buse........................................... 0ra,35
- Flèche du buse (1 cinquième de l’ouverture). ..... 4 ,20
- Épaisseur du bordage d’amont en chêne. 0 ,10
- Longueur des portes-valets........;.................. 41 ,10
- Épaisseur des portes-valets................................ 0 ,35
- État des dépenses [rabais déduit).
- 1° Deux vantaux busqués.
- Bois de chêne. ......................... 39m340
- Bois de sapin........................... 86 28
- I45mc,68 36,800f
- Fers pour entretoises, boulons, etc.. . . 23,474k ( 35,380k 31,250
- Fers pour écharpes, armatures, etc . . . 9,906 (
- Clous zingués 1,191 . 1,520
- Fonte 3,426 . 2,400
- Bronze, cuivre et acier . . . 4,463 . 20,520
- Plomb pour scellement 917 . 730
- Goudronnage, peinture, calfatage, etc. „ . , . . . 1,980
- f 277“2,70 (en fer) à 28* = 7 ,775,601
- Mailletage 1 0 38 (clous en cuivre) à. . 123 = 47,50?
- exécuté / 0 16 (pointes en cuivre) à. 123 = 20,00 V 8,330
- en régie. J 16 32 (pointes en fer) . , . 28 = 462,201
- f (caoqtchouc, lk90) à. 18 = 24,70 J
- 2° Portes-valets.
- Bois de chêne . . 21.70 7,770f
- Fers pour écharpes, armatures, boulons. . 3,203k 3,410
- Fonte 140 .... 100
- 700
- 160
- Bronze, cuivre et acier...............
- Plomb pour scellement.................
- Goudronnage, etc................................
- 3° Appareils de manœuvre.
- Fers divers................................. 91S
- Chaînes................................... 1,083
- Fonte.................................... 3,280
- Bois et divers..................................
- 3,230
- 123
- 263
- 2,O00k 2,200
- . . . . 3,700
- . . . . 300
- Dépense totale,....... ,
- 103,530f
- 14,900f
- 6,200f
- 124,630*'
- Le prix moyen des bois ressort à 250 francs le mètre cube; mais Je sais qu’ils sont revenus* sans bénéfice, à un prix supérieur.
- Lepoids d'unvantail busqué est d’environ 85 tonnes et il déplace, à haute mer de vive eau, un volume d’eau de 65, mètres cubes, correspondant à 67 tonnes d’allégement.
- La charge sur le pivot sera donc de 18 tonnes au minimum ; elle sera beaucoup plus considérable en marée de morte-eau.
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- 355
- SW&cs cm ffci* de Boulogne, ©©sastsmites en 1S©®»1§@T.
- (Voir les figures de la planche 39.)
- | 21. — Ce sont les premières portes en fer construites dans un port français. Elles existent à l’aval du sas de l’écluse donnant entrée au nouveau bassin à flot, tandis que, à l’amont du sas, les portes sont en bois ou plutôt mixtes ; ce sont celles que je viens de décrire.
- Les conditions exceptionnelles dans lesquelles les portes d’aval devaient être placées ont fait adopter les portes métalliques, tout en décidant de construire, à côté d’elles, des portes en bois de même dimension pouvant donc servir de point de comparaison. Ce n’est donc qu’avec timidité que l’administration française s’est décidée à tenter l’epi-ploi du fer dans les portes d’écluse maritimes; elles présentent cependant sur les portes en bois, dans le cas de grandes ouvertures, des avantages nombreux qui auraient pu, il me semble, conduire plutôt à leur application.
- Dans l’espèce, les portes d’aval doivent pouvoir se manœuvrer avec toutes hauteurs de la mer, et, de plus, elles sont exposées au ressac qui, par certains vents, est très-considérable à Boulogne. Incontestablement, devant cette double condition, il n’y avait pas à hésiter. En effet, pour manœuvrer des portes, quelle que soit la hauteur de l’eau sur le buse (même 3 mètres seulement), il est indispensable de les établir sur roulettes et, par suite, de les faire aussi légères que possible dans l’hypothèse de la non-immersion.
- Le fer a sur le bois le double avantage de donner des portes moins pesantes et d’un autre côté beaucoup plus rigides, c’est-à-dire plus propres à supporter les fatigues exceptionnelles qui résultent d’une immersion incomplète. Maintenant, quant au ressac, les portes en fer sont encore dans de bien meilleures conditions pour résister, puisque, étant à compartiments creux, on peut à volonté rendre les portes lourdes en laissant pénétrer l’eau à l’intérieur, et elles sont alors bien moins impressionnées sous les efforts du ressac.
- J’ai construit ces portes métalliques et je vais en donner une description aussi complète que me le permet le cadre restreint de cette note.
- L’ouverture entre bajoyers est de 211 mètres et la pointe du buse se trouve à 0,50 en contrebas des plus basses mers d’équinoxe. La hauteur des vantaux au-dessus du buse est de 9m,60, et, comme à Boulogne, les grandes marées d’équinoxe donnent une différence de niveau de 8m,94; il en résulte que le dessus des vantaux dépasse les plus hautes mers d’environ 16 centimètres.
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- Chaque vantail peut être considéré comme une espèce de caisson, fermé sur ses six faces, rectangulaire en hauteur, avec une face plane à l'aval, tandis que la face verticale'd’amont est cintrée suivant un arc de cercle de rayon égal à 44m,58. Les deux parois formant fermetures verticales aux abouts, sont revêtues de fourrures en bois qui font office de poteau-tourillon et de poteau busqué, non pas au point de vue de la résistance, mais seulement dans le but d’établir un contact de pièces compressibles donnant l’étanchéité dans les points où le vantail s’appuie sur les maçonneries et sur le vantail opposé. Pour la même raison, une simple fourrure en bois est appliquée horizontalement sur le bas de la face d’aval, pour être en contact avec le buse en pierre. Outre les deux parois constituant les fermetures supérieure et inférieure, le vantail porte neuf autres cloisonshorizontales qui le divisent en 10 compartiments à peu près égaux. La solidarité des 11 entretoises horizontales est établie, aux abouts par les deux fermetures-poteaux, et intermédiairement par trois grandes armatures verticales constituant de véritables poutres. Cette disposition est, je crois, la première application, aux portes d’écluse, des résultats d’expériences très-remarquables faites par M. Chevallier, résultats que je ferai connaître plus loin quand je m’occuperai des calculs de résistance.
- Le vantail est divisé, sur sa hauteur, par des ponts étanches, en trois chambres horizontales, savoir :
- 1° La chambre à air, inférieure, comprenant 4 compartiments et ayant une hauteur de 3m,75 d’axe en axe des tôles.
- 2° La chambre à air ou à eau, intermédiaire, correspondant à trois compartiments, a donc une hauteur de 2m,85.
- 3° La chambre à eau, supérieure, comprenant les trois autres compartiments ayant ensemble 3 mètres de hauteur.
- Le vantail a, par conséquent, une hauteur totale de 9m,60, mesurée d’axe en axe des entretoises extrêmes; tous les compartiments ont 0,950 de hauteur, à l’exception de celui du bas (0m,90), et celui du haut (1m10). Sa longueur, mesurée du dehors de la fourrure du Chardonnet jusqu’au milieu de la face de contact des poteaux busqués, est de 12m,23 ; soit 11m,80 pour la longueur de la coque en fer, 0,25 pour le rayon de la fourrure demi-circulaire du Chardonnet, et 0,18 représente l’épaisseur vers le milieu de la fourrure trapézoïdale.
- Le buse forme une saillie de 0m,35 sur le bas radier ; sa flèche est le cinquième de l’ouverture, c’est-à-dire 4m,20.
- Entretoises horizontales intérieures. — Elles sont toutes semblables, en formé de poutres à double,T, composées d’une âme de 10m/m d’épaisseur,
- » - ^ :ii: ! ' -d! /|'ÿ'Q
- de 4 cornières .etde2plates-bandes -7-7-. La hauteur des âmes au
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- milieu est de 0,88, et vers les extrémités 0,49. La flèche de la courbure d’amont est donc de 0,39. Ces âmes ont été faites en 3 pièces réunies par des doubles couvre-joints. Quant aux cornières, il a été reconnu nécessaire de ne pas avoir de couvre-joints et d’employer des cornières d’extrémité forgées dans leur retour d’équerre, afin d’augmenter le plus possible la liaison avec les tôles-poteaux. Cette double condition a été obtenue en employant de longues cornières, à joints croisés et placés à une certaine distance des abouts. Les âmes de toutes les entretoises portent trois trous d’homme établissant la communication entre tous les compartiments, ou avec l’extérieur par l’intermédiaire des cheminées.
- Entretoise inférieure. — En forme de poutre à double T avec âme de 16m]m d’épaisseur, hauteur au milieu 0,90, aux extrémités 0,51, et por-
- tant quatre cornières
- 100 x 100
- M
- sans plate-bande. L’âme et les deux cor-
- nières d’amont ont dû être interrompues au droit de la chambre de la roulette; mais l’emploi de goussets et de pièces spéciales a donné à cette chambre toute la rigidité désirable.
- Entretoise supérieure. — 1 âme de 16m/m avec deux cornières inférieures
- , 100 X 100 _,A , . 1 ., JA, , _ j
- de ----—-----; 1 ame est assez large pour couvrir les tôles de bordage.
- Fermetures-poteaux. — 1 tôle de 500 X 16, portant intérieurement deux cornières ^ ^ --- dont l’une, celle d’amont, est ouverte à l’angle convenable pour recevoir les bordés. La fermeture tourillon a, en plus, extérieurement une cornière dont la petite branche
- butte sur la fourrure du Chardonnet. Afin de donner plus de raideur à ces fermetures soumises aux efforts de compression dus à la réaction des deux vantaux, on les a armées intérieurement d’une série de fers à simple T verticaux, allant d’une entretoise à l’autre.
- Armatures verticales. — En raison de leur importance, ces pièces devaient être construites dans les meilleures conditions que leur système comportait. Il y avait, d’une part, l’obligation d’interrompre leurs pièces montantesintérieures, pourrespecter les entretoises horizontales, et puis, d’autre partfilétait nécessaire défaire des évidements suffisants dans les cloisons de ces armatures, pour permettre une libre circulation dans les compartiments. Pour satisfaire à toutes ces conditions, les armatures sont
- composées, intérieurement, d’une série de quadruples cornières ~
- •-r , '.‘Zhir,! ' ^ iir,-..
- forgées avec leurs retours d’équerre, de façon à reporter les joints vers l’axe neutre; ces cornières, réunies ensemble!par quatre goussets triant
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- gulaires de 10m/m, sont rivées avec les âmes des entretoises et avec les bordages verticaux sur lesquels cependant, et afin d’augmenter la résis-
- 310
- tance, on a ajouté une grande plate-bande extérieure de régnant sur
- toute la hâütëür du vantail, et avec elle une série de doubles tôles de 310 de largeur formant fourrures entre les plate-bandes et les couvre-joints horizontaux. La distance moyenne horizontale du dehors au dehors des plates-bandes, c’est-à-dire la hauteur de la section des armatures, est de 0,974 pour la pièce centrale et de 0,878 pour les deux autres.
- Bordages> —Ils sont les mêmes à l’amont et à l’aval. Leur épaisseur Varie de 3m/m, tous les deux compartiments étant successivement, à partir du bas, 16,14, 13, 10 et 8m/m. Le cahier des charges portait à 18m/m l’épaisseur des bordages inférieurs; mais il a été reconnu que, dans la pratique, l’épaisseur de 16m/m ne devait pas être dépassée dans les grandes tôles pour obtenir un serrage énergique des rivets. Le remplacement des tôles de 18 par des tôles de 16 a eu pour conséquence de diminuer de 0,05 la hauteur du compartiment inférieur qui n’a que 0,90, et d’ajouter entre les armatures verticales des cadres en cornières qui ont eu pour effet de faire appuyer les bordages sur des panneaux à peu près carrés, condition évidemment favorable à leur résistance. Les joints des bordages ont été recouverts par des fers plats 170 X 10 qui, àu droit des entretoises horizontales, doublent la section des plates-bandes. Du côté du poteau busqué les tôles ont été prolongées de 0,06 à l’aval et de 0,18 à l’amont, de façon à embrasser la fourrure en bois.
- Rivetage. — Les rivets ont 30m/m de diamètre avec un espacement d’axe en axe de 70 à75m/m, nécessaire pour l’étanchéité. Les rivets extérieurs des armatures verticales sont un peu plus gros : ils sont en 33m/m. On a employé, pour le rivage* des turcs spéciaux qui ont donné, à tous les points de vue, de très-bons services. L’ouvrier teneur de tas était, bien entendu, placé à l’intérieur des compartiments, c’est-à-dire dans de mauvaises conditions pour le développement de ses forces musculaires. Les turcs étaient très-légers, d’une longueur capable'de se loger dans l’épaisseur du vantail, et il suffisait d’un demi-tour de vis pour serrer fortement la tête du rivet, puisque le turc prenait un point d’appui sur la fâCë opposée du cdmpartimenL La légèreté de ces engin-s avait été obtenue en les construisant creux, en fer de 90 millimètres de diamètre, recevant à une extrémité une queue terminée en. forme de bouterolle et à Fautrë extrémité un écrou fixe, dans lequel tournait la vis en fer plein de Celles-ci étaient à trois filets et d’un pas convenable pour obtenir l’avancement nécessaire eh faisant un demi-tour. La tête des vis portait une bouterolle fixe en acier qui formait tas.
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- Cheminées. — Chaque vantail porte deux cheminées qui donnent directement accès, l’une à la chambre à air* l’autre à la chambre intermédiaire à air ou à eau, De cette façon, la visite est toujours praticable. Leur section a été réduite au minimum afin de réserver le plus de place possible à l’intérieur pour les passages de communication. Les cheminées sont oblongues en section, 0,60 sur 0,35* deux demi-cercles de 0,35 de diamètre raccordés par une partie rectangulaire de 0,25. Deux rangées de mains en fer permettent d’y circuler avec assez de facilité.
- Crapaudine et pivot. — La crapâudine est une grosse pièce en fer forgé dont le patin, de même largeur que le vantail et de longueur 1m,60, est solidement rivé avec l’entretoise inférieure. Le mamelon creux de 0,35 de diamètre a été alésé à 220m/ra et garni intérieurement d’un disque en acier présentant une surface concave du côté de la rotation. Cette crapaudine est surmontée d’une grosse équerre en fer forgé dont la longue branche verticale est rivée au poteaù sur une hauteur correspondant aux deux compartiments inférieurs, et pour compléter la solidité de l’attache, ceux-ci ont reçu un double gousset en tôle qui forme la triangulation verticale entre l’équerre et le patin de la crapaudine.
- Le pivot est en acier fondu; son empâtement à trois branches est encastré dans la bourdonnière où il est scellé. Le goujon saillant de 0,20 sur le radier a un diamètre de 0,20 et il se termine par une surface convexe. La rotation se fait donc entre deux surfaces en acier qui ne pourront jamais être envahies par les corps étrangers, puisque la crapaudine femelle est en l’air. Observons aussi que celle-ci présente avec le pivot un jeu annulaire de 1 centimètre, indispensable, suivant moi, pour assurer le bon fonctionnement des vantaux quand, par un long service ou encore par suite de l’interposition de quelque obstacle, ils ont pu se déformer dans les parties qui touchent aux maçonneries.
- La crapaudine et le pivot sont excentrés par rapport au quart de cerclé du chardonnet, afin que, aussitôt l’ouverture des portes commencée,les surfaces de contact s’éloignent l’une de l’autre et ne fournissent plus de frottement. L’excentricité, à Boulogne, est de 25ra/m, mesurés sur la bissectrice de l’angle qui est formé par l’axe de la porte ouverte avec le prolongement de l’axe de la porte fermée.
- Tourillon supérieur. — C’est une pièce en fer forgé, de forme analogue à la Crapaudine inférieure, sauf que le mamelon est plein et qu’il a 0,30 de diamètre. Le mode de fixation a donné lieu aux mêmes précautions. Le demi-collier qui forme la cravate du tourillon est aussi en fer forgé et il s’accroche sur deux tirants en fer carré de 100 (longueurs 4W,45 et 3m,45 noyés dans les maçonneries et portant tous les mètres des trous renflés et des goujons, afin d’augmenter l’adhérence;
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- Roulette. — Son installation présente l’application de tous les perfectionnements successivement trouvés, principalement en Angleterre. Son diamètre moyen est de 0,65 avec une largeur deroulement de 0,20. Elle est logée sous le vantail, dans une retraite dont j’ai eu l’occasion de parler plus haut. La roulette a une conicité résultant de sa distance au pivot égale à 10 mètres, et elle est montée sur un long essieu (1m,51) à l’exemple de ce qui avait été fait, pour la première fois, en 1840, aux portes de Calais, par M. Raffeneau de Lisle : heureuse disposition qui permet à la roulette de fonctionner sans glissement sur son chemin de fer. La direction de l’essieu, prolongée vers le pivot, passe par la verticale du centre de gravité du vantail; sa portée en dedans de la roulette est de 120m/m de diamètre, et elle pénètre dans un support susceptible d’être réglé en hauteur. L’autre portée (150m/J s’engage dans un bloc-support en fer forgé, enfourchant l’essieu de la roulette, sur lequel il est maintenu et réglé par un grand arbre vertical de 100m/m avec portées de 110, fileté à sa partie supérieure et retenu dans un écrou fixe sur le dessus du vantail par l’intermédiaire d’un bâtis. Cet arbre régulateur, imaginé en Angleterre, est de plus relié au bloc par une tige ronde avec rondelle et goupille qui peut servir à soulever ce dernier pour le dégager complètement de la roulette, en cas de visite, de réparation ou de remplacement.
- Dansles portes de Boulogne, l’arbre vertical traverse le vantail sur toute sa hauteur, en étant logé dans une colonne enfer creux; l’étanchéité et le réglage destroistronçons de cette colonne, correspondant précisément avec lestrois chambres du vantail, ont été obtenus en munissant chaque tronçon démanchons à filets droite et gauche qui ont servi à comprimer .des rondelles en caoutchouc jusqu’à les amener au contact de l’arbre et à lui servir en même temps de guides. Le chemin de la roulette est en fonte, composé de 8 segments n’ayant pas plus de 1ta,55 de longueur chacun, et réunis entre eux par des couvre-joints fixés par 4 boulons en bronze. Le chemin a une largeur de 0,23 avec un patin de 0,45 encastré dans le radier et scellé avec soin afin de remplir les vides.
- Accessoires divers. — Au-dessus des vantaux et à lm,35, une passerelle a été établie au niveau des bajoyers, avec un garde-corps à montants articulés permettant de l’abaisser et de le relever très-facilement à main d’homme. De cette façon, après l’ouverture des vantaux, aucune pièce ne dépasse la hauteur des bajoyers et ne peut gêner les manœuvres que l’entrée et la sortie des navires peut nécessiter.
- Les attaches des chaînes de manœuvre sont à l’extrémité des vantaux et au milieu de leur hauteur. Ce sont de fortes manettes en fer rond de 40, mobiles horizontalement autour d’un axe vertical solidement relié rà F entretoise horizontale correspondante. ,
- Quatre taquets en tôle garnis de fourrures en bois reçoivent la buttée des portes-valets. Celles-ci, ainsi que les, appareils de manœuvres sont sem-
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- blables à ceux des portes d’amont en bois. Les treuils sont à doubles engrenages placés symétriquement et à deux manivelles, avec tambours à deux diamètres, l'un de 0,40 pour l’ouverture et l’autre de 0,78 pour la fermeture!
- Sur ma demande, les fourrures du buse et des poteaux ont été faites en bois de greenheart, dont j’avais pu apprécier, en Angleterre, les bons services pour les travaux à la mer. Ces fourrures, maintenues contre les vantaux pardes cornières, ont été, en outre, fixées au moyen de boulons de 25m/m, de forme spéciale, puisqu’ils doivent être étanches. A cet effet, chaque boulon porte, vers une de ses extrémités, une embase et un écrou à six pans entre lesquels la paroi du vantail est serrée avec interposition d’une rondelle en plomb intérieure, tandis qu’à l’autre extrémité le boulon porte un écrou rond à encoches qui est noyé dans l’épaisseur des bois.
- Montage et mise en place.
- Dans la plupart des cas, en France, les portes d’écluse en bois ont été construites à plat et montées sur des bers ou chantiers inclinés, voisins de la mer, de façon à pouvoir les lancer facilement en temps de vives-eaux pour être ensuite transportées (flottantes le plus souvent avec tonneaux allèges) jusque dans les chambres. Le relevage s’y faisait, en profitant de la marée, et au moyen de cabestans et d’appareils spéciaux appropriés aux circonstances. Ce système de montage à plat doit être rejeté pour les vantaux en fer, à coques étanches.
- A Boulogne, le montage s’est fait verticalement dans les chambres mêmes. Chaque vantail reposait sur des chantiers en bois formant doubles coins qui le tenaient à 0,10 au-dessus de sa position ultérieure définitive, et il était éloigné des chardonnets de deux mètres environ, afin de réserver tout autour l’espace nécessaire pour le martelage et le rivage. La direction des vantaux, oblique par rapport aux bajoyers, était telle que, prolongée, elle correspondait avec le pivot. ,
- Pour la mise en place, une double opération’était donc nécessaire: une translation de 2 mètres et puis une descente de 9 à 10 centimètres afin d’emboîter la crapaudine. Aucune secousse ne devait se produire à cause de l’instabilité du vantail résultant de sa très-grande hauteur relative. Deux appareils, très-simples et très-économiques, ont été imaginés (voir la planche 3) et ils ont permis la mise en place de chaque vantail en quelques heures. Chacun était composé d’un rouleau enfer de 0,10 de diamètre, porté par deux paliers, tenus à distance invariable, dontlesfaces inférieures étaient inclinées de 21° avec l’horizontale. Le rouleau portait d’un côté une embase arrondie en forme de cordon qui, par sa pénétration dans une rainure droite fixée sur le côté aval du vantail, était destinée à main-
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- tenir la direction de la translation. Les deux paliers reposaient sur detix coins en fonte inclinés comme eux à 21°, mais deux fois plus longs, de façon qu’il a suffi de les écarter progressivement au moyen de vis et d’écrous de rappel pour produire la descente lente et insensible des rouleaux. Lorsque le premier vantail fut terminé sur ses chantiers en bois, ceux-ci furent décoincés et le vantail porta seulement sür les deux rouleaux des appareils. La translation horizontale s’effectua au moyen de crics, et puis quatre hommes tournèrent ensemble et uniformément les écrous des coins en fonte, jusqu’à ce que le vantail fût descendu sür son pivot. Pour terminer l’opération de mise en place, ori ferma le collier supérieur et les deux appareils devinrent libres pour servir au deuxième vantail.
- Poids et volume d’un vantail.
- Je ne vais considérer que la coque en fer surmontée de sa passerelle, puisque le bois, en très-petit volume, ne diffère pas beaucoup de poids avec le volume d’eau qu’il déplace. Un vantail pèse 68 tonnes, non compris les pièces accessoires fixées dans les maçonneries. D’autre part, le volume des deux chambres à air toujours immergées dans les marées de morte eau est de 62m,40, correspondant à un allégement de 64 tonnes. Dans ces conditions la charge sur le pivot et la roulette n’est que de 4 tonnes, soit 5 tonnes environ, si l’on compte la couche d’eau qui reste sûr le pont étanche et qui n’a pas pu trouver son écoulemënt, à cause de la saillie de la branche verticale des cornières sur Pâme horizontale de l'èiitrètoise.
- La mer communique librement,, par trois ouvertures, avec la chambre à eau supérieure, qui se remplit par conséquent au fur et à mesuré que le flot monte, de même qu’elle se vide d’elle-même, à la marée descendante. Cette tfès-heurêuse disposition a pour grand avantage de conserver sur le pivot et la roulette une charge constante de 4 à 6 tonnés dans les conditions ordinaires, soit en vives-eaux, soit en mortes-ëàux; il en ré-sülte une manœuvre très-facile et les pièces en mouvement ne subissent pas d’usure sensible.
- En cas de ressac, on peut charger les portes en faisant entrer dans les chambres à air la quantité d’eau que l’on juge convenable et que l’on rémonte ensuite, au moyen d’une pompe, sur le pont étanche de la chambre à eau.
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- Etat dcé dépenses (rabais déduit) y compris les dépenses en régie polir ïè bois dé greenhéart.
- DÉSIGNATION. QUANTITÉS. SOMMES.
- Fers de toute nature kil. fr.
- 136.000 108.000
- Acier. 630 2.250
- Bronze 460 2.200
- Fonte. 8.000 3.100
- Plomb pour scellements 1.950 1.450
- Bois de greenheart 4n\73 5.700
- Bois de chêne 1 ,00 300
- Caoutchouc 25k 350
- Peintures à trois couches 1.600mci 1.650
- Total pour les deux vantaux busqués. 125.000
- Nota. — Voir le revient des valets et des appareils de manœuvre au compte précédent des portes d’amont.
- Comparaison de la dépense pour les portes dé aval et d’amont.
- On peut compter que les roulettes avec leurs accessoires et leur chemin en fonte entrent pour une somme de 13 à 14,000 francs, dans le prix ci-dessus de 123,000 francs. Si les portes d'ainont avaient été en fer, cette somme aurait pu être économisée, puisqu’elles ne subissent pas l’action du ressac et qu’elles ne doivent pas être manœuvrées à toutes hauteurs dJeau. Dans ces conditions, des vantaux en fer auraient pu être établis sans roulettes, puisqu’ils sont plus légers que les vantaux en bois et puisque, d’autre part, les deux bordages en tôle constituent des écharpes autrement puissantes que celles des portes en bois.
- Par conséquent, si je compare le prix de celles-ci avec celui desportes en fer sans roulettes, je ne trouve qu’une différence de 8,000 francs, largement compensée par les avantages que j’ai signalés plus haut, et ainsi la grande économie résultant d’une plus longue durée restera presque entière en faveur des portes métalliques.
- Enrésumé, les portes en fer de Boulogne me paraissent constituer le meilleur type des portes d’écluse existantes; elles ont été étudiées avec le plus grand soin par MM. Legros et Leblanc, ingénieurs des ponts et chaussées, qui, tout en profitant des perfectionnements apportés en Angleterre, à Tyne-Docks, en ont introduit de nouveaux fort remarqua-
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- blés, parmi lesquels se place en première ligne l’équidistance des entretoises horizontales, qui a pour effet de rendre les compartiments plus hauts et par conséquent plus faciles à visiter et à entretenir. De plus, le nombre des pièces semblables est aussi grand que possible et cela constitue une condition économique pour les constructions en fer.
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- CHAPITRE IV.
- DESCRIPTION DE QUELQUES PORTES D’ÉCLUSE ANGLAISES.
- Portes en bois en général.
- §22.— L’ancien type des portes anglaises était le même que celui que j’ai indiqué plus haut pour les portes primitivement construites en France ; mais, dès que la largeur des écluses fut augmentée pour pouvoir donner un libre passage aux bateaux à roues, on ressentit, en Angleterre, la nécessité de trouver un système qui permît d’employer des bois de dimensions courantes. C’était d’autant plus utile d’ailleurs qu’on avait reconnu la supériorité de certaines essences étrangères, comme le greenheart, dont les dimensions commerciales n’avaient pas augmenté suffisamment pour faire face à l’élargissement des portes d’écluse.
- On adopta alors, dans plusieurs cas, des portes dites polygonales, dans lesquelles les entretoises horizontales constituaient des espèces de fermes dont les pièces étaient interrompues par l’interposition de un ou plusieurs montants verticaux, de façon à présenter plusieurs [panneaux juxtaposés et reliés par des armatures en fer. La face amont de ces portes était donc composée d’une série de surfaces planes faisant ensemble des angles très-ouverts. Aujourd’hui les portes polygonales sont courbes, du moins du côté de la retenue, de telle façon que les deux vantaux fermés forment, à l’amont, une seule surface cylindrique, tandis qu’à l’aval les deux arcs ou les deux périmètres polygonaux ne se confondent pas.
- La flèche de l’arc moyen du vantail est très-variable : généralement comprise entre le 4/10, et le 1/15 de la corde, elle dépasse parfois ces deux limites ordinaires; les deux rayons de courbure sont déterminés avec soin afin d’obtenir une épaisseur convenable aux trois points principaux du vantail, le poteau-tourillon, le milieu et lepoteau busqué. Ces trois épaisseurs sont, en moyenne, dans les proportions suivantes pour les portes ên bois : 7 à 8 pour le milieu, 6 au tourillon, 4 1/2 à F extrémité du poteau busqué. Évidemment ces chiffres n’ont rien d’absolu. La [lèche donnée au buse est considérable. Le rapport entre l’ouverture et cette flèche varie entre 3 et 5, tandis qu’en France ce rapport est de 5 environ.
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- Les ingénieurs anglais attachent do grands avantages aux portes cylindriques; elles ont été généralement reconnues comme beaucoup plus économiques, malgré la main-d’œuvre supplémentaire qu’elles exigent, parce que, d’une part, elles permettent l’emploi de bois courants et que, d’autre part, leur forme est, comme résistance, plus rationnelle que celle des portes droites ou seulement cintrées à l’amont; de plus la fermeture et l’étanchéité au poteau busqué paraissent mieux assurées. Mais, par contre, elles ont l’inconvénient de nécessiter des buses courbes qui sont plus coûteux et plus difficiles, et aussi de ne pas pouvoir être suspendues par des écharpes.
- Je crois intéressant de donner ici un tableau de comparaison qui a été produit à l’Institut des ingénieurs ciyils de Londres, dans sa séance du 19 avril 1859. L’auteur de la note, M. Kinsbury, se basant sur la théorie du professeur Barl.ow, est arrivé aux chiffres suivants; mais je m’empresse , d’ajouter que, les considérations théoriques, invoquées par cet ingénieur, n’étant ni aussi exactes, ni aussi complètes que celles présentées plus récemment, il n’y a pas lieu de tenir ces chiffres comme exacts, mais seulement comme exprimant avec une certaine approximation des données comparatives plus ou moins continuées par la pratique :
- i ' RAPPORT EFFORT transversal EFFORT ' PORTES DROITES. PORTES CYLINDRIQUES. ;
- de la flèclie à ANGLE de compression Section du
- l’ouverture. vertical. sur le centre. dû au vantait Quantités ; de Section du Quantités de
- opposé. milieu. matériaux. milieu. matériaux.
- 1 à 10 , 157° ,22 69,32 69,94 102,0 2!j ,6 1207 26,0 1066
- 9 154 ,58 92,3 28,4 1164 23,6 975
- 8 151 ,26 70,82 82/5 ' 27,25 1123 21,25 - 885 ;
- 7 148 ,10! 72,08 72,9 26,25 109-2 19,0 801 '
- 6 143 ,80 74,0,6 •63,3 25,3 1069 16,66 , 715 .
- 5 136 .24 77,32 53,8 24,8 1011 14,5 640 J
- 4 126 >2 83,33 44,7 24,0 1117 12,6 580 :
- 3 112 ,38 06,27 : 36,0 2.6,0 1250 10,8 552 j
- 2,66 j ' 106 ,16 .104,15 33,3 28,0 1400 10,4 • 858 _
- Les poteaux sont en chêne ou en greenheart; dans ce dernier cas, leur section fait voir plusieurs morceaux assemblés sur toute leur longueur au moyen de clefs rectangulaires, également, en greenheart, de manière à ne constituer qu’une seule pièce. La pratique a démontré que cette ..disposition procurait toute la résistance voulue. Les poteaux busqués., de ,.section beaucoup plus faible, sont tirés généralement d’une seule pièce. Quant aux entretoises, elles sont, ‘jsoirenéchëne, soit en pin d’Amérique résineux qui, tout en se conservant assez bien à la mer, a l’avantage d’être très-léger, soitenlinen greenheart comme dans les ports de la Mersey, en raison de sa conservation pour ainsi dire indéfinie à
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- l’eau de mer. Toutes les portes anglaises sont établies sur roulettes munies d’appareils de réglage.
- Le prix de revient des portes en bois en Angleterre, pour des largeurs entre bajoyers variant entre 50 et 70 pieds (15 à 21 mètres), est compris entre 13 et 26 shillings le pied carré de vantail, ce qui équivaut à un prix de 175 à 350 francs le mètre carré, suivant que la largeur de l’ouverture et la hauteur d’eau supportée sont plus ou moins grandes.
- Porte» de® dpcÿ» Gr&msliy, sor lu riYière Ilisaulseï*.
- (Voir les coupes de la planche 38.)
- | 25. — Je vais faire connaître succinctement ces portes en bois, construites en 1848, parce qu’elles sont dJun système tout particulier. Elles sont droites, et leurs entretoises d’une seule pièce sont armées par des tirants en fer.
- L’entrée des docks se compose de deux écluses, l’une de 7.0 pieds d’ouverture et de 300 pieds de longueur, et l’autre, accolée à la première, n’a que 45 pieds sur 200. Je ne m’occupe que des portes de retenue doubles faisant le service de la grande écluse. La plus grande différence de niveau, en marées d’équinoxe, est de 23 pieds, c’est-à-dire 7 mètres. L’ingénieur avait préparé un projet et des devis pour faire les portes en fer; mais les grosses pièces de chêne nécessaires purent être trouvées à très-bon marché, et on adopta les portes en bois qui sont, à proprement parler, des portes mixtes. En effet, chacun des deux montants verticaux d’aval,faisant une saillie de 0,3.0, a été garnr .de six sabotsrembrasses en fontè recevant les six tringles de tension poytr.es armées avec Ip.s
- entretoises horizontales. Chaque tirant est composé ,de trois pièces: l’une, celle du milieu en fer plat 4.5 X 3.8, est terminée par une fourche à chaque extrémité, et les deux autres, latérales, sont en fer rond dp 51 millimètres avec tête à œil d’un côté et avec un fort écrou à .six pans à l’autre bout, logé dans une entaille pratiquée derrière chaque pofeau. Afin de soulager les tenons des entretoises, les faces intérieures des poteaux présentent un hors d’équerre de 67 millimètres qui constitue un appui des entreto.ises pressées horizontalement. De plus, une autre!précaution a été prise : elle a consisté à garnir les peteaux entre chaque entretoise de tasseaux en bois en forme de coins, de manière qu’ils restent appliqués contre les poteaux pour soulager les assemblages.
- Les bordages en chêneposés à l’amont oui trois pouces d’épaisseur*,et s’engagent dans des feuillures ménagées dans les entretoises et les poteaux; des ferrures à branches plates 125 x 25, encastrées dans les bois, réunissent les poteaux avec les entretoises. Les bordages, pièces 'verticales et ferrures sont assemblés par des boulons galvanisés. fLes portes
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- furent d’abord posées sur une roulette fixée en porte à faux sur l’amont du vantail; mais celui-ci, sous l’effet de la réaction, subit une déformation telle, qu’on dut rapporter à l’aval une autre roulette, afin de ramener l’effort vers le centre du vantail ; il en résulta l’obligation de loger cette roulette dans une boîte en fonte encastrée dans le buse, et de munir cette dernière d’une valve spéciale pour empêcher l’introduction de matières étrangères. Le pivot et la crapaudine du poteau sont en fonte. Le goujon a 0,23 de diamètre, et dans le fond de la crapaudine on a placé une lentille en bronze convexe.
- Le prix d’une paire de portes de 70 pieds d’ouverture a été de 2,300 livres sterling, c’est-à-dire 57,500 francs, non compris les roulettes et les mécanismes qui les mettent en mouvement et qui ont été installés par W. G. Armstrong, d’après son système hydraulique. C’est la première application qui en a été faite pour la manœuvre des portes d’écluse. L’ouverture se faisant en deux minutes et demie, deux hommes suffisent pour les quatre paires de portes ; mais néanmoins il ne doit pas y avoir économie sur les treuils, en raison du prix très-élevé qu’a coûté l’établissement du système hydraulique, spécialement installé pour le service des écluses.
- Il est à remarquer que, aux docks du grand Grimsby, les bois créosotés ont parfaitement résisté ; on les a constatés parfaitement sains en 1864, tandis que des bois non créosotés, de 0,35 d’équarrissage, étaient usés à moitié.
- Voici quelques dimensions principales :
- Largeur de l’ouverture entre bajoyers (70 pieds): . . . 21ra,35 ) Hauteur du vantail, au-dessus de la pointe du buse. . 9 ,45
- Longueur du vantail, du dehors au dehors. ...... 12 ,81
- Hauteur du vantail (32 pieds)......................... 9 ,76
- Hauteur au-dessus du buse des basses vives eaux ordinaires. .................................... V . . ÿ 1 ,82 s
- Hauteur au-dessus du buse des hautes vives eaux ordinaires............................................... 7 ,77
- Epaisseur du vantail en son milieu (non compris les
- Hirants). . ............................... ...... 0 ,585
- Epaisseur du vantail au poteau-tourillon. . . ..... 0 ,61
- Epaisseur du vantail ampoteau busqué. . , . ..... 0 ,56
- Saillie-du buse*(18 pouces); m.-. • . - . . . . 0 ,45
- Largeur du contact des deux vantaux (10 pouces). „ . 0 ,254
- > oo r-J ,ùt, : •- t... .
- v Un vantail complet pèse 75 tonnes; le cube des bois entrant dans sa construction est environ de 62 mètres cubes.
- I y compris les roulettes et leur chemin, le prix d’une paire de grandes portes m’élève à 65,000 francs.
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- 124. — Depuis une vingtaine d’années toutes les portes d’écluse importantes de la rivière Mersey, àLiverpool et àBirkenhead, sont construites d’aprèsle système adopté par M. Hartley. Les bons services qu’elles onttou-jours rendus et le parfait état dans lequel se trouvent encore aujourd’hui les bois de greenheart les plus anciennement employés, ont engagé M. G.-T. Lyster, ingénieur en chef des docks de la Mersey, à continuer l’application du système de son prédécesseur. Il consiste essentiellement dans l’emploi exclusif du bois de greenheart, en dimensions relativement faibles.
- A cet effet, chaque vantail est composé de plusieurs vantaux complètement encadrés, ayant chacun, par conséquent, leurs poteaux et leurs entretoises. Ces vantaux partiels, ou panneauæ-voussoirs, sont juxtaposés avec redans sur la hauteur des demi-pièces verticales', puis assemblés entre eux, tant au moyen de ferrures et de boulons que d’entraits en bois disposés à l’aval, d’une seule longueur, depuis le poteau-tourillon jusqu’au poteau busqué.
- Le vantail est courbe à l’amont, polygonal à l’aval, et d’épaisseur variable. La retenue d’eau est faite par des madriers verticaux de 7 à 8 centimètres d’épaisseur,toujours en greenheart, allant d’une entretoise à l’autre dans des feuillures longitudinales.
- Les buses sont courbes et en maçonnerie; leur flèche est égale au cinquième environ de la largeur entre bajoyers. lf ' '
- Voici une description exacte et complète des grandes portes de Canada-Docks à Liverpool.
- Grandes portes d’etotoe, en bots de Cireenfaeart, de Canada-Pocks.
- (Voir les figures de la planche 40.)
- §25. -— Construites en 1857, ces portes présentent, entre bajoyers, 100 pieds anglais, c’est-à-dire 30,50 d’ouverture. Elles sont doubles, et espacées de façon à former un sas de 150 mètres environ. L’écluse est munie à l’aval d’une paire déportés de flot qui peut la convertir momentanément en une forme de visite. Les enclaves sont cintrées comme les portes, et leur plus grande profondeur est environ de 2,30. Le buse découvre de 0,25 à 0,30 en basses mers de vives eaux de pfintenips et d’environ 0,80 en grandes marées ordinaires! d^équihoxe|.^Cépendant les buses de Canada-Docks sont plus bas que ceux de toütes les autres écluses de Li-
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- yerpool. Il y aurait un inconvénient à descendre davantage les buses, parce qu’ils pourraient être envahis et recouverts par des sables fins que la Mersey dépose fréqueinrnent, tandis que, dans l’état actuel des choses, les radiers des chambres peuvent être facilement nettoyés en vives eaux. La pointe du buse est à 5,80 de distance d’une ligne normale aux bajpyers, passant par les centres des deux pivots.
- Chaque vantail est formé lie quatre panneaux ayant à peu près la même largeur, c’est-à-dire que, entre les poteaux-tourillon.et busqué, se trouvent trois poteaux intermédiaires, sensiblement équidistants. La hauteur total d’un vantail est de 10,85.; mais, à la partie supérieure, existe une travée sans bordages qui réduit à 9,03 la partie formant retenue. Les bordages existent à l’apaopt seulement, et ils ont 7 à 8 centimètres d’épaisseur.
- JLntretones, — Six cours d’entretoises horizontales, inégalement espacées et der dimensions variables, réunissent les poteaux entre eux. Les hauteurs des parties pleines et vides sont les suivantes :
- jre i lintretoise (inférieure) formée de 12 pièces, j G en hauteur. 1 2 sur l’épaisseur. ( 2m,2.67
- Vide dans lequel se trouvent les ventelles. 0 ,433
- 2me Entretoise formée de 8 pièces :| 4 en hauteur. 1 2 sur l’épaisseur. ( 1 ,330
- Vide giye,c i>,or<higes.. . . . r • • 0 ,58?
- 3m° Entretoise formée de 6 pièces j 3 en hauteur. 1 . 2 siir 1’épg.lssçpr, | 0 ,870
- Vide avec bordages,. r, . . . ... , ..... . , . ... .. . 0 ,327
- 4 m e Enfretoisë formée de 4 pièces.. '. .' . . ,| 2 en hg.ut.eur. ] ' 2 sur ^épaisseur, ( 0 ,700
- Vide avec bordages 1 ,340
- 5m0 Entretoise formée de 4 pièces j 2 en hauteur. 1 2 sur l’épaisseur. { 0 ,580
- Hauteur de Va paftié formant rëtenüe;;: .
- Vidé au-dessus sans bbrüâges. . V . . . . t, 49
- (j me Entretoise (supérieure) ,ep une seule, pièce. . / • 0 ,33
- Hauteur totale du vantail. . . 10 ,85
- Chaque cours d’ôpjtrotoises est renforcé à l’aval par uuentra.it d’une seqle lpngue.ur .qui s’applique contre la face polygonale du vantail, jusque dans le .voisinage des poteaux extrêmes, Ces six extraits ont, en leur milieu, une ép.a^aeuf horizontale dé 0,38.qui diminue jusqu’à .peu pr.ès la moitié/y,ers jles extrémités. La. hauteur de ces piè.oes-renforts ,est égale .O^-p.our 'Je? jàeupt.pr^Jti-iè^. entretpises, puis elle sp réduit A 0,1-5 .pour les .autres, à^^.i’è^cep.tion, toutefois^ de la dernière qui a la même hauteur que rentLeto.isjé.&upér.i.efire, c’est-à-dire1 Q,,33. La grosse pièce ho-
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- moniale ,du bas porte, en optre de son entrait, ujjjç Ipurrure <je .0,45 fie hauteur affleurant la partie inférieure, ,de façon à se trouver en eontaet aveç une fourrure, également en b,ois de greenh.eart, .(kmt est garni rareté du bus,c5 courbe sous un rayon de 35 piètres environ.
- Maintenant, si j’examine une coupe horizontale dn vantail dans sa partie.basse, je trouve les épaisseurs suivantes :
- Au droit du poteau-tourillon Au droit du premier poteau (2 pieds, 4 pouces) 11 O JS
- intermédiaire Au droit du deuxième poteau intermédiaire (milieu du 2 — 5 — = 0 ,73.
- vantail). . . . . Au droit du troisième poteau 2 2- — 0 ,66
- intermédiaire 2—2 — = 0 ,66
- Au droit du poteau busqué.'. .4—8 4/2 — = 0 ,52
- La fa,ce amont du vantail est verticale sur toute la hauteur de la retenue et cylindrique sous un rayon de 29*,40 ; autrement dit, la corde quji joint à raniont l’extrémité dudiamèlre du poteau-tofmil.ori avec l’arête du poteau busqué étant de 17m,40, la flèche (le l’arc est del “,2l7- A.l’aval, les trois poteaux intermédiaires et le poteau busqué diminuent d’épaisseur à partir de la troisième entretoise pour arriver à la partie supérieure aux dimensions suivantes:
- Epaisseur en haut du pre-
- mier poteau intermédiaire Epaisseur en haut du deuxième (1 pied, 9 pouces 4/2) — 0™,ôo
- poteau intermédiaire. .... 1 — 7 . — ,4/2 . 0. ,50
- Epaisseur en haut du troisième
- poteau intermédiaire. . . . ! T- 5 — . 4/2 = 0 ,45
- Epaisseur du poteau busqué. .4 — . 2. TT7 . .1/4 .== 0 ,3.6
- Les enjtretpis.es horizontales, cintrées à ramopt, sont droites à l’aval entre les poteaux avec lesquels elles affleurent. Il résulté de cette diminution d’épaisseur yers la partie supérieure gue le rayon de coupure, de 29™,.40, en bas, atteint en haut environ 38 mètres, par suite de /'aplatissement du vantail.
- Poteau-tourillon..—-. Son diamètre, ou épaisseur, ainsi que la largeur, sont, de. 07,.7;1en. Iiauteur, il mesure environ 41,35, puisqu’il dépasse de 0..,25 "lés cl eux ën.tretpises extrêmes. $on tourillon supérieur, a 0,58 .de diamètre, et il est coiffé..d’un chapeau én .'fonte avec patin et un mamelon de 0,68 de diamètre extérieur sur lequel le collier en fer vient s’apjpuyer. Le chapeau est consolidé par deux nervures diamétrales et perpendiculaires.,Lu bas, le poteau est garni d’une cràpapdine en bronze.
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- La coupe horizontale montre qu’il est formé de quatre pièces, deux rectangulaires et deux en forme de quart de cercle, toutes inégales de manière à croiser les joints. L’assemblage de ces quatre pièces est fait d’abord par trois clefs rectangulaires en greenheart de 5 à 6 centimètres de côté, remplissant chacune exactement deux rainures ménagées sur toute la hauteur dans les deux pièces voisines, et puis l’assemblage est complété par trois systèmes de boulons,
- Les uns, de 38 millimètres de grosseur (1 pouce 1 /2) réunissent les deux pièces rectangulaires et servent en même temps à l’assemblage des grosses ferrures plates encastrées dans les bois à l’amont et à l’aval. Les autres, formant deux séries, dirigés suivant la longueur du vantail et assez rapprochés de ses deux faces, serrent chaque pièce rectangulaire* avec le quart de cercle voisin. Les têtes et écrous sont noyés dans les bois. Enfin, le troisième groupe des boulons (diamètre 51 millimètres) serre les entretoises horizontales contre le poteau. A cet effet, un trou a été percé en bout de chaque partie d’entretoise sur une profondeur d’environ 0,60, et le boulon, après emmanchement, a été retenu par une espèce de clavette passée par une entaille transversale. La partie saillante du boulon est garni d’un écrou également noyé derrière le poteau. La face du poteau qui reçoit les entretoises est taillée en redans formant embrè-vements, et l’assemblage des pièces horizontales est renforcé par des repaisses placées contre le poteau dans les vides que présentent les entretoises.
- Poteau busqué. —Il est d’une seule pièce. Une section faite en un point quelconque de la moitié inférieure de sa hauteur présente un carré de 0,52 de côté, dont l’arête d’amont a été abattue de façon à réduire à 0,20 ou 0,22 sa largeur de contact à l’aval, avec le vantail opposé. A sa partie supérieure, l’épaisseur du poteau est réduite à 0,36, tandis que sa largeur est restée constante. Il est coiffé par une frette présentant des crans en creux du côté de l’extrémité, afin de pouvoir, au moment de la fermeture des vantaux, introduire une pince pour amener exactement en face les deux poteaux.en contact. En bas, la frette est en bronze. L’assemblage du poteau busqué avec les entretoises se fait comme au poteau-tourillon. Les grosses ferrures encastrées sont semblables et maintenues aussi par des boulons de 38 millimètres de diamètre.
- Poteaux intermédiaires. '— Us sont formés de.deux demi-poteaux assemblés avec les pièces horizontales, comme je l’ai expliqué plus haut. Chaque demi-poteau est lui-même en deux pièces rectangulaires. Au moment de l’assemblage des quatre grandes parties des vantaux, les demi-poteaux intermédiaires sont juxtaposés ensemble et les huit redans qui ont été ménagés sur leur hauteur assurent leur liaison dans le sens vertical. Des ferrures encastrées à l’amont et à l’aval s’opposent à l’écarte-
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- ment des deux moitiés, par la forme spéciale qui leur a été donnée et par les deux boulons qui les retiennent. Ainsi composés, les poteaux intermédiaires ont les largeurs suivantes, sur toute leur hauteur de11m,15.
- Poteau près du tourillon............... largeur 0 ,68
- Poteau du milieu......................... — 0 ,66
- Poteau près du busqué..................... — 0 ,61
- Je ne répéterai pas les épaisseurs qui sont variables et que j’ai indiquées plus haut. Ces trois poteaux sont frettés en fonte à la partie supérieure, et en bronze dans la partie basse.
- Ferrures principales. — J’ai déjà parlé des grosses ferrures encastrées qui relient les poteaux extrêmes avec les entretoises. Elles sont en fer de 150 à 160 de largeur sur environ 6,03 d’épaisseur. Sur la première entretoise, la ferrure porte trois branches horizontales réunies avec de forts congés par une branche verticale. Au-dessus, il n’y a plus que deux brancheshorizontales etla ferrure présente la forme d’un U couché. Au droit des autres entretoises, elle prend la forme d’un h . Toutes les branches horizontales portent quatre trous renflés dont le pourtour extérieur est ajusté de façon à faire assemblage par son seul encastrement dans le bois. A l’amont du vantail et en face des cinq entretoises formant retenue, de grandes plates-bandes en fer de 0,16 à 0,12! de largeur, sont assemblées avec les entraits d’aval par des boulons de 51 millimètres. Les différentes pièces qui composent une entretoise sont réunies par des boulons horizontaux et verticaux de 38 millimètres de grosseur.
- Les manettes sur lesquelles s’accrochent les chaînes de manœuvre sont à 1,40 au-dessus du buse et aussi à 1,40 de l’extrémité du vantail, c’est-à-dire dans un point très-rapproché de plusieurs ferrures de consolidation.. . ü-:;i
- Roulettes. —• Chaque vantail est porté par deux- roulettes montées sur grandes chapes à fourche et placées, l’une à 7,16 de distance du pivot et l’autre à une distance double, c’est-à-dire 14,32. Leur largeur est de 0,30 ; mais leur diamètre est différent. La plus éloignée du centre de rotation a environ 0,96 de diamètre et l’autre 0,84. Le radier des chambres estià 0,99 en contre-bas de l’arête du buse ; il présente au droit du pivot et des roulettes des surélévations raccordées de chaque côté par des plans inclinés, pour mettre le plus possible les organes mobiles de la porte à l’abri de l’envahissement des sables.; Ainsi, l’emplacement du piVot est surélevé de 0*37 ; les chemins des roulettes sont posés sur des imame-ions dont la hauteur, additionnée avec celle des rails fen fonte, est^aussi égale à 0,37.11 en résulte que les essieux sont un peu au-dessus de lafface inférieure du vantail et que* celui-ci sestrouve entaillé* pour. donner passage aux roulettes. Celles-ci sont placées un peu vers l’amont afin de di-
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- minuer là profondeur d’entaille et de pouvoir remonter lâ qiieue des chapes contre la face du vantail* jusque dans une boîte garnie de deux elàvëttes de réglage et située en hauteur entre la première et là deuxième entretoise.
- Les chemins des roulettes ont une forme spéciale. Entre la faee supérieure (0,33 de largeur) et le patin (0,84 de largeur) existe une série de vides communiquant avec le dessus du chemin, de façon à permettre la chute des sables sur dés plans inclinés qui les rejettent hors des segments de feinte.
- Ventelles.-—Chaque vantail en porte deux au droit du vide de 0,43 que présentent entre elles les deux entretoises les plus basses. Leuf largeur est de 1,52 (5 pieds). Elles sont en fonte avec portées fixes On bronzé. Les tiges dë rélévagê sont doublés jusqu’au-dessüs du Vantail proprement dit où elles sont réunies par une pièce mèmcëùvitéô él'lë-toême par uû Verrai.
- Pièces vér'iiçàlés formant défenses à l’aval. — Là cdiîéàVité pué présente là faCe aval des vantaux les met à l’abri dés ffôttéménts résultant dù passage des navires. Néanmoins, pour plus dé sécurité, des pièces verticales, allant d’un entrait à l’autre, ont été posées deVànt.ies poteau! intermédiaires. Ces pièces, dë section à peu près carrée, sont quelquefois en sapiü, puisqu’elles n’eritrent pour rien dans la résistance et que, d’ailleurs elles n’ont pàs besoin d’exister dans le tiers inférieur du vantail.
- Passerelle. — Le passage est à 0,15^ à 0,18 au-dessus des bajoyers avec uhe largeur de 1,30 sur tdütê la longueur du vantail. Des chaises en fonte posées sur la traverse supérieure supportent la passerelle de distance èn distance. Elle est munie de deux garde-corps formés chacun de dix montants en fér réunis entré éüx paf mi rang de chaînettes à la partie supérieure et UU âütrè à mi-hâuteür. Chaque chaînette tient à un montant par un piton fermé et se fixe au voisin par un crochet. Les montants reposent simpleinènt pâf dé larges embases sur des petites crapaudines dans lesquelles un goujon inférieur pénètre profondément. Il résulte de cette dispositionpqui est partout employée dans les docks de la Meràey, une très-graîidë facilité pour le démontagë et le remontage.
- Mâriœu'êfe âèspüftë^ ~ Elle est faite par le système à pression, hydraulique (Voir, lés figures dë la planché 4). L’âecümulâteur, placé dans une tour voisiné des portes, distribue la forcé motrice à tous les engins de Canada-Docks* et il’iést alimenté par des machines â vapeur. La manœuvré des portes* par ràccumulateur, sè fait en trois minutes avec Un homme de Chaque côté. On peut aussi appliquer à l’appareil de manœuvré une
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- pompe à main mise en mouvement par huit hommes qui font l’ouverture ou la fermeture d’un vantail en quinze minutes.
- Yoici les dimensions d’un accumulateur récemment installé à Birken-hcad, dont on trouvera ün dessin à la planche n° 4.
- Diamètre intérieur du cylindre vertical .... 0™,5§5
- Hauteur d’eâü dans ce cylindre. . ........ 4 ,90
- Diamètre du piston plprigeùr. ............* 0 ,43
- Diamètre de la cloche fixée sur le dessus du
- piston.................................. 3 ,66
- Hauteur de cette Cloche mobile. ........ 5 ,20
- Poids de cette cloche mobile (piston compris). 90 tonnes.
- Le rapport de cette charge avec la section du piston (4 450 centimètres carrés) donne une pression d’environ soixante atmosphères.
- La machine à pression hydraulique employée par M. W.-G. Armstrong à la manœuvré des portés de Canada-Docks eSt décrite dans les procès-verbaux (1858) de l’institut des ingénieurs' mécaniciens dé Nevvcastle-on-Tyne. Nous en avons extrait les deux dessins qui figurent à la planche 4.
- Chaque machiné se compose de deux cylindres horizontaux distincts, A et B, à simple effet, l’un étant destiné à l’ouverture et l’autre à la fermeture d’un des deux vantaux. L'admission de I’eaü dàhé le' Cylindre A Sé fait par le tüyau T, et une valve E, manœuvréd pér la màiiivèlle M: Le fnêMé mouvement de cette manivelle ouvre là valve de sortie de l’autre cylindre, et le mouvement inverse donne l’admission au cylindre B et ouvre la valve de sortie S du cylindre A qui se vide par le tuyau Yé La pression, hydraulique met en mouvement un piston dont la tête porté deux poulies qui correspondent avec des poulies semblables fixées à l’extrémité opposée du cylindre, de façon à former une moufle horizontale. La sortie du piston, limitée par l’arrêt Carnet en mouvement les chaînes delà moufle, dont le brin extrême descend dans un puits vertical pour correspondre au vantail, et, après la manœuvre* le piston rentre dans son cylindre, par l’effet d’un contre-poids P accroché à la chaîne dans sa partie verticale, , ,.i
- Tout l’appareil se trouve placé dans une chambre en dessous du sol, et dans le voisinage du bajoyer.
- Mentionnons encore les pompes qui sont mises en mouvement par les machines à vapeur et qui alimentent, chacune, l’accumulateur d’une façon continue et uniforme, A cet effet, le piston de la pompe a une tige dont la section est égale à la moitié de celle du cylindre. Il résulte de la disposition particulière donnée^ à la pompe gue,| à chaque coup de piston, soit en avant^soit en arrière, Jeau est refoulée dans l’accumulateur, d’une même quantité quiN est fonction de la demi-section du cylindre. u,, Kî' ‘
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- Tableau des hauteurs d'eau dans les chambres des portes.
- Hauteur, au-dessus du buse, des hautes mers de vives eaux de printemps. 8m,10 Hauteur, au-dessous du buse, des basses mers de vives eaux de printemps. 0 ,28 Hauteur, au-dessus du buse, des hautes mers ordinaires d’équinoxe. ... 8 ,79 Hauteur, au-dessous du buse, des basses mers ordinaires d’équinoxe.. . . 0 ,79 Hauteur, au-dessus dÿ buse, des marées de mortes eaux ordinaires. ... 5 ,90
- Poids et volume d’un vantail.
- Le poids de la partie mobile d’un vantail se décompose exactement de la façon suivante :
- Bois de greenheart............... 113 tonnes anglaises = 114,800k
- Fer forgé. . . .............. 9l, 6 quintaux = 9,500
- Collier et chapeau du haut du poteau . 14 quintaux — 700
- Pièces pour roulettes, chapes, plates-bandes, vannes, passerelle et garde-corps. 12l = 12,200
- , Poids total....... 135 tonnes anglaises — 137,200k
- Or,le poids du greenheart mouillé pèse de 70 à 72 livres anglaises le pied cubique, qui correspondent à 1120, à'1150 kilog. le mètre cube. — D’où il résulte que le cube du bois employé dans un vantail est
- _ 4QQ m<3tres cubes en chiffre rond.
- 114
- En faisant les calculs volumétriques des différentes pièces de greenheart, on arrive au résultat suivant, qui vérifie les chiffres ci-dessus :
- me.
- 6 Séries d’entretoises horizontales . . . . . . . . . . .-. 59,00
- 7 Entraits. .................. I 9,50
- 1 Poteau-tourillon; section 0,45; longueur 11m,35. . . 5,10
- 1 Poteau busqué; section 0,25; longueur 1125. . . 2,80
- 1er Poteau intermédiaire; section moyenne 0,47; longueur 11,15 ............................. 5,25
- 2° Poteau intermédiaire; section moyenne 0,40; longueur 11m, 15.................................... 4,45
- 3e Poteau intermédiaire; section moyenne 0,36; longueur 11,15 ...................................... 4,00
- Bordages d’amont.......................................... 4,40
- 3 Séries depiècesverticales entre entraits, passerelle, etc. 4,00
- 1 Fourrure sur l’arête du buse; section 0,06 ...... 1,05
- Cube du greenheart.......... 99,55
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- De même, si on établit le devis des pièces métalliques, on trouve les poids approximatifs, savoir :
- 20 grandes ferrures des poteaux extrêmes et manettes d’ac-
- crochage. ....................................... . 2,200 kil.
- 48 ferrures de liaison des poteaux intermédiaires. .... 600
- 760 boulons divers.......................................... 7,000
- 5 plates-bandes d’amont................................. 2,500
- 2 roulettes et leurs accessoires......................... 5,500
- Collier et chapeau du haut du poteau-tourillon .... 700
- 4 frettes en fonte du haut des autres poteaux ...... 250
- 4 frettes en bronze du bas des autres poteaux. ..... 250
- 2 vannes et leurs tiges de manœuvre, guides, etc........ 2,800
- Pièces pour passerelles et garde-corps............... 4,200
- Poids total......... 23,000
- Le volume total du vantail peut donc être pris égal à 103 mètres cubes. Dans les conditions ordinaires, la partie immergée correspond au niveau de la partie supérieure de la 4e entretoise, et son volume est de 81 mètres cubes environ,qui correspondent à un allégementde 83,200 kil.— D^où il résulte que la charge qui pèse sur le pivot et sur les deux roulettes est égale à 54 tonnes; soit, en chiffre rond, 18 tonnes sur chaque roulette.
- Prix d'une paire de portes.
- En y comprenant les appareils de manœuvre avec la pompe à main, ainsi que les chemins des roulettes et autres pièces scellées dans les maçonneries, le prix d’une paire de portes est de livres 7,200, c’est-à-dire 180,000 francs, honoraires et frais d’administration déduits, généralement comptés à 10 p. 100.
- Ce prix de 480,000 francs peut, sans grandes èrreürs, être décomposé comme il suit :
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- DÉSIGNATION. QUANTITÉS. PRIX. SOMMES.
- fr. fr.
- Bois de greenheart •100mc 600 60000
- Ferrures du vantail 7270k 75 5450
- Boulons du van!ail 7000 50 3500
- Fonte du vantai) 8400 37 50 3200
- Bronze du vantail. 330 4 50 1500
- Crapaudine et pivot 2000
- Plaques et tirants dans les bajoyers 600
- 2 chemins en l'onte des rouleLtes 25000 '25 6250
- Pour 1 vantail 82500
- Pour l’autre semblable .82500
- Prix des deux vantaux busqués .. 165000
- Appareils de manœuvre avec chaînes, poulies, etc. ... . 15000
- Somme égale. 180000
- Tableau donnant le nombre d'entrées de docks ou d'écluses, munies dune . ou plusieurs paires de portes.
- LARGEUR LIVERPOOL BIRKENHEAD TOTAUX
- ENTKE BAJOYEKS. (1864) (1866) pour les 2 ports.
- 30 pieds ou au-dessous...... 7 3 10 .
- 40 pieds (12m,20) 9 )) 9
- 45 pieds (13 ,72) 14 » 14
- 50 pieds (15 ,25) 10 6 10
- 60 pieds (18 ,30) 8 )) 8
- 70 pieds (21 ,35).. 5 2 7
- 80 pieds (24 ,40) 3 » 3 u
- 85 pieds (25 ,92) » 1 1
- 100 pieds (30 ,50) 1 3 4
- Totaux » 57 15 72
- Presque tous les portes au-dessus de 50 pieds sont construites sur le système qui vient d’être décrit.
- Les grandes portes de \ 00 pieds sont les seules dont les vantaux portent 3 poteaux intermédiaires, constituant, avec les poteaux extrêmes, quatre travées verticales.
- Les portes de Birkenhead de 85 pieds (écluse de Morpeth) sont à deux poteaux intermédiaires, c’est-à-dire que chaque vantail comprend trois travées. Le buse a été posé à lm,3Q en contre-bas de ceux de Canada-Docks. Un accident, survenu il y a quelques semaines à l’une des deux portes qui ferment l’écluse de Morpeth, mérite d’être signalé, parce qu’il dé-
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- montre la solidité et l’élasticité des vantaux, et en même temps leur faible rigidité, quand ils ne sont pas busqués. L’un d’eux, abandonné à lui-même par mégarde au moment ou le courant du bassin supérieur était très-fort, fut entraîné et poussé violemment sur le buse, où sa partie basse s’arrêta brusquement, tandis que le bout supérieur du poteau busqué s’avança, disent les témoins oculaires, de 10 à 12 pieds Hors de sa verticale (la hauteur des vantaux est plus grande quJà Canada-Docks de 2 à 3 pieds). Le vantail, gauchi un moment sous le choc, est revenu à sa position première et n’a pas cessé de bien fonctionner.
- § 26. — Avant de parler des portes métalliques anglaises, jq yais donner une Nomenclature des gros bois de constrytetigri (Timbers) employés en Angleterre, avec l’indication de leurs prix commerciaux actuels, sur les^deux principaux marchés, Londres et Liverpool.
- 10 Bois du Canada.
- Prix en francs et en mètres cubes.
- Quebec-oak (Chêne) ou white-oak (quercus alba), bojs assez facile àtravailler,ordinairementsansdéfaut;s vicieux 116 à 131 fr.
- Yellow-pine ou pin jaune. Il y en a plusieurs espèces, suivant les provenances et la quantité de résine. Le prix
- varie d’après les dimensions et la qualité entre.... 60 et 100 .
- Red-pine ou pin rouge. Même observation que pour le yellow. Prix, en dimensions ordinaires ........ 60 à 80
- Prix en dimensions de choix, de 14 à 18 pouces .... 00 à 105
- £° Bois des États-Unis et d’autres contrées non européennes.
- Pitch-pine ou pin résineux des États-Unis, très-durable.
- J)ang certains districts en Amérique, ce bois pr,epd aussi
- le nom de yellow-pine et de red-pine 65 à 75 £r-
- Greenheart de Demerara (Guyane anglaise). C’est le Lau-rus chloroxylon des botanistes. On en trouvera également dans la Jamaïque et dans le Brésil. On distingue le noir et le jaune.Prix, en dimensions ordinaires ..... f30 à 150 Prix en dimensions de phoix, 14 à %% pouces et ju.squ’|
- 60 pieds1.. . . V . . . '. . . . ... 175 ’ à$<|Q;
- 1. Le greenheart de Demerara, importé en Angleterre, est de couleur jaune brun foncé à grains serrés et polis, plein de pores extrêmement petits. Les couches concentriques sont à peine visibles et la proportion d’aubier est considérable.
- Ce bois, très-dur et flexible, est le plus résistant des bois actuellement en usager Essayé
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- Teak, bois des Indes orientales : le plus estimé est celui du Malabar, sur la côte ouest des montagnes Ghant; de bonnes espèces sont aussi fournies par Java, Ceylan et le Moulmein. Ce bois est fort et durable, quoique léger et poreux. Il conserve très-bien saposition en longueur et se déforme très-peu. Sa couleur est brun clair. Le meilleur est celui qui contient le plus de matière huileuse. Il con-
- tient aussi une assez grande quantité de matière siliceuse qui use rapidement les outils avec lesquels on le travaille.
- C’est le bois le plus estimé en Angleterre pour les constructions navales. — Prix..........................215 à 230 fr.
- Le mètre cube pèse 740 à 860 kilogrammes.
- Oak-african, appelé aussi teak africain, sans être de la même espèce que le indian-teak................... 140 à 160
- 3° Bois européens
- Sapins de Riga, rouge.......................
- — de Dantzick, ordinaire.............
- • — de Dantzick, de choix.................
- — de Memel, ordinaire................
- — de Memel, de choix.................
- — de Suède...................
- — de Norwége ........................
- Chêne de Stettin..........................
- Les prix ci-dessus, donnés en francs et au mètre cube, se rapportent à d’assez grandes quantités prises à quai; ce sont des prix de commerce en gros, auxquels il conviendrait d’ajouter les honoraires des commissionnaires acheteurs.
- Les bois se traitent en Angleterre, soit au pied cubique (il en faut 35,32 pour \ mètre cube), soit au load, contenant 50 pieds cubiques.
- 58.50 à 70 52 à 65 70 à . 75 52 à 68
- 72.50 à 75 52 à 55 35 à 45
- 100 à 110
- Portes anglaises eu fonte.
- | 27. — Je n’en dirai que quelques mots, puisqu’elles sont abandonnées aujourd’hui en raison des graves inconvénients qu’elles présentent, et que j’ài déjà eu l’occasion de signaler. En 1821 et puis en 1827, on a con-
- I ; , . .j,
- ••.fl-' T-. -,
- à l’écrasement, il présente une particularité qui n’existe dans aucun autre bois de construction. Il supporte l’addition de poids successifs sans montrer aucun signe d’affaissement, et lorsque la charge d’écrasement arrive A là limite, le greenhéart rompt soudainement avec un bruit sec et fort, et il ne reste de la pièce qu’une masse de fibres informes.
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- struit à Sherness des portes entièrement en fonte, c’est-à-dire avec poteaux et entretoises formant une ossature recouverte par un bordage en fonte composé de plaques étanches. En 4847-1848, et même il y a quelques années seulement, je crois, on a construit à Sunderland-Docks des portes dans lesquelles la charpente en fonte, formée parles poteaux et les entretoises, a été recouverte par des bordages en greenheart de 3 pouces d’épaisseur, jointifs et obliques à l’amont, tandis que, à l’aval, ils étaient posés verticalement en présentant des vides.
- L’ouverture entre bajoyers, des portes construites en 1848, est de 60 pieds (18m,30); les vantaux de 9m,45 de hauteur totale sont cintrés sous un rayon au buse de 17 mètres, et supportés chacun par deux roulettes. Celles-ci, trop fortement chargées, l’usèrent très-rapidement; car, au bout de cinq ans, leur diamètre primitif, de 0,61, fut réduit à 0,56. On augmenta la largeur de roulement pour celles qui furent posées en remplacement.
- Dans d’autres portes en fonte, les bordages ont été formés par des tôles étanches, dans le but de leur donner de la légèreté en constituant des caisses à air.
- Portes cbs f«ü* de Viet©i*ta-I&©ck®, près Londres.-
- | 28. —Elles ont été construites en 4857, et, pour la première fois, les ingénieurs s’étaient proposé d’avoir des vantaux creux, en tôles étanches, c’est-à-dire rendus légers par l’immersion1.
- Je vais en donner seulement une description sommaire, puisque je donnerai les dessins-coupes des portes de la Tyne, de construction tout à fait analogue, mais plus soignée dans ses détails comme dans son exécution.
- L’écluse d’entrée, sur la Tamise, a deux paires de portes, et elle conduit à un bassin de demi-marée, qui, lui-même, communique avec les
- 1. l)ix ans avant, à Brooklyn, près New-York, des portes à deux vantaux en fer avaient été installées pour la fermeture d’une cale sèche de-l’arsenal. Mais on n’avait pas senti la nécessité de les faire creuses avec doubles bordages, peut-être parce qu’elles ne devaient être manœuvrées que rarement, en raison de leur fonction spéciale. Elles n’en méritent pas moins une mention, comme premier spécimen de vantaux en fer,
- La largeur entre bajoyers est de 60 pieds (18œ#9), avec un buse de 4m,80 de flèche. Chaque vantail, de 9in,45 'de hauteur, est formé de 23 entretoises horizontales (en fers plats 560 x 19 armés de 2 cornières) inégalement distantes et reliées, à l’amont par un bordage en tôle rivée, variant d’épaisseur entre 16 et 6 1/2. Les vantaux sont courbes sous
- un rayon de 23m,35 et ils reposent sur des roulettes en fonte, de 0,46 de diamètre, manœu-, vrées par un arbre fileté qui permet le* réglage. Le poteau-tourillon est en fonte, et une fourrure en bois de chêne a été rapportée contre le poteau busqué en , tôle.
- Ces portes de Brooklyn ont coûté, environ 85,0Q0 frapes. , . .4
- ... U
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- docks Victoria par une troisième paire dè vantaux. Je vais m’occuper de ïa porte d’aval de l’écluse. Les bajoyers sont distants de 80 pieds (24m,40); la flèche du buse, étant de 20,pieds, correspond donc exactement au quart de l’ouverture.
- Les vantaux fermés présentent à l’amont un seul arc de cercle de rayon égala 50 pieds (15,25), tandis que, sur l’autre face, ils forment deux arcs de 60 pieds de rayon, de telle façon que l’épaisseur du vantail, au droitdu poteau, estde 0,61 ,et,âu milieu, elle deviënt0,915. Quatorze entretoises horizontales forment 13 compartiments, de hauteur variable, depuis 0m,585 jusqu’à 0,915, et elles sont reliées verticalement par deux armatures. Les tôles des revêtements extérieurs sont d’épaisseurs variant entré 19 et 9 millimètres. Les fourrures des poteaux et du buse sont en grëëriJbëârt.
- La crapaudirie du pied du vantail est en fonte, et elle porte en-dessous un logement polygonal dans lequel on plaça une pièce en laiton (bfassj tenue au moyen de cales ajustées. Le laiton anglais est de composition très-variable. La proportion de zinc étant 1, celle de cuivre èst de 1, 2, 3, 4 ,5. te pivot est en fonte, avec patin à 4 branches, de section évïdéë, dans lesquelles 4 bras en chêne ont été boulonnes afin d’augmenter la surface d’assise et de multiplier les points d’attache avec les maçonneries. Ces précautions ont été prises, parce que le radier de l’écluse n’a pas de chambre basse au droit des enclaves, et que le buse est en fonte. Il a la forme d’une équerre avec nervures, et il est posé sur le fond du radier; dans lequel il est retenu par des boulons, èn faisant avec lui une saillie âu milieu de 0,305 et, vers les tourillons, üné saillie dè 0,53.
- La roulette est également en fonte, avec lin diamètre de 0,81, et 0,18 de largeur de roulement; son essieu est en bronzé. Lë chemin de la roulette, en forme dô bridge-rail et en fonte, n’avait primitivement qüe 0,115 de largeur à sa partie supérieure.
- La manœuvre se fait par le système hydraulique.
- Voici quelques chiffes principaux :
- Largeur entre bajoyers............................ 24m,40
- Hautêur du vantail, au-dësSüs de la pointe dü buse, 9 ,25
- Longueur développée du Vantail.................... 14 ,65
- Hauteur totale du vantail...................... 9 ,45
- Hauteur au-dessus du buse des hautes mers de vives
- eaux (printemps). .......................... 8 ,54
- Hauteur au-dessus du buse des basses mers de vives
- eaux (printemps)................‘........... . . 3 ,05
- Nota.En marées d’équinoxe, la différence de ni-veàü est d’environ
- 225m,70
- Différence
- 5m, 49
- 6nl,1 0
- Le poids du fer des deux vantaux, compris la crapaudine en fonte*'est de 198 tonnes anglaises de 1016 kilog; et le poids de la fonte pour buses,
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- pivots, ancres, roulettes, et chemins, etc., est égal à 59 tonnes, sur lesquelles environ 29 tonnes pour les buses.
- Le prix des portes inférieures a été d’environ livres 5,500 ==> 137500 fr., qui correspond à un prix moyen de 53 fr. 50 par tonne1.
- Accidents survenus aux portes de Victoria-Docks
- 1° Fracture du buse en fonte. — Son extrémité était solidement reliée au Chardonnet par l’intermédiaire du pivot à 4 branches, et puis, sur toute sa longueur, le patin horizontal du buse a été relié au radier par des boulons à scellement. Or, un tassement considérable s’étant produit au droit des chardonnets, le pivot de chaque côté èst descendu, d’environ 3 centimètres, tandis que le radier n’apas tassé dans les mêmes proportions. Il en est résulté la fracture du buse à environ 1m,00 de sa pointe, et on a dû rapporter sur la fente une plaque en fer forgé formant couvre-joint. Cet accident démontre qu’on aurait dû attendre les tassements avant de poser définitivement le buse, et que, dans tous les cas, il y a lieu de renoncer-à l’emploi des buses en fonte.
- 2° Vantaux non étanches. — On ne put pas obtenir l’étancheité. L’eau pénétra en plusieurs points et notamment par les trous des boulons qui fixaient les fourrures en bois.
- 3° Fracture de la crapaudine en fonte. — Elle survint dans un des côtes . de la boîte polygonale inférieure, ayant cependant 5 centimètres d’épaisseur. On pensa d’abord que l’accident provenait d’un défaut d’ajustage
- 1. Le prix moyen des trois paires de portes a-été de livres 4,500. Mais il faut considérer que, si le poids de fonte est constant, il n’en est pas de même pour le fer dont les poids sont les suivants :
- Portes d’aval, fer................ . 198 tonnes anglaises.
- Portes d’amont, fer................ 128 tonnes anglaises.
- Portes intérieures, fer........... . 138 tonnes anglaises (vannes'comprises)! "
- ii'
- Le poids raoyeh du fer est de 155 tonnes, et le prix de livres 4j500 (112,500 fr.) peut être décomposé de la façon suivante : , j ; poch .
- 155* fer. , . . 591 fonte. . .
- . 0 32 .
- 0f,60
- Et en appliquant les mêmes prix unitaires aux portes d’aval, on a
- 198* fer. . 59* fonte.
- 0,60 ... 0,32 . .
- ,118*8001
- 19,000
- 137,8001 ,iV:
- Soit, en chiffre rond, livres 5.500. ;
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- des fourrures en bois du buse qui avaient pu exercer un effort sur le pivot, et on rapporta une plaque couvre-joint. Mais l’inconvénient persista; on dut alors relever le vantail, et on trouva la pièce en alliage de cuivre et zinc (b.rass) tellement écrasée qu’elle adhérait fortement au pivot, et que, dans le mouvement de rotation, elle avait ouvert la ceinture polygonale en fonte qui la recevait. La dureté de la manœuvre n’avait pas été sentie, parce que l’appareil hydraulique était très-puissant. Le manque d’étanchéité avait quadruplé la charge sur la crapaudine, en même temps que celle-ci avait reçu un effort latéral par suite de la non-concordance de la courbe du buse en fonte avec celle du vantail.
- 4° Usure et fentes du chemin en fonte de la roulette. — Celle-ci reçut une charge de 40 à 43 tonnes, au lieu de 12 à 15 prévues, par suite de l’entrée de l’eau dans l’intérieur du vantail. On dut remplacer le chemin de roulement par un autre plus large, auquel on donna 0,18 au lieu de 0,113 (largeur en tout cas insuffisante) qu’avait le chemin primitif.
- s*©ï»te» en fer de .tarfi»®w«S®ockj§ sm* Tyne, consfopuites
- eaa 1S5S.
- (Voir les figures de la planche 38.)
- § 29. — Elles ont été construites sur le modèle des portes de Victoria-Docks,mais avec des perfectionnements qui ont fait disparaître les graves défauts que celles-ci ont présentés.
- Les plus grandes ont la même largeur entre bajoyers, c’est-à-dire 24,40 (80 pieds) et à peu près la même flèche de buse. Celui-ci a été fait en pierre. La plus grande différence consiste en ce que lès vantaux sont courbes en dessous ; le buse présente par suite une double courbure en plan et en élévation, et malgré la difficulté de l’exécution, il y a concordance parfaite entre le buse et le vantail. Ce dernier, étant moins haut au tourillon qu’au busqué, a donc son pivot surélevé de 1m,07, et il y a moins à craindre que des matières étrangères viennent se loger derrière le pied du poteau-tourillon.
- Grâce aux soins des constructeurs, MM. Robert Stephenson et Cie, de Newcastle, et de leur célèbre ingénieur, M. Charles Manby, l’étanchéité des vantaux a été obtenue, et avec elle on a eu tous les avantages que présente le système,,avantages que j’ai fait ressortir plus haut quand j’ai décrit les portes en tôle de Boulogne. - -
- Néanmoins, les compartiments, variant de hauteur, sont très-bas vers la partie inférieure et par suite peu accessibles. Ainsi, vers le poteau busqué, les vantaux ont 8,23 de hauteur et sont divisés én onze comparti-
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- ments par douze entretoises horizontales dont l’espacement varie entre 0,61 et 0,913 (2 à 3 pieds).
- Le rayon de courbure des faces amont est de 30 pieds, 13,23, tandis que celui d’aval est de 56 pieds environ, c’est-à-dire 17 mètres.
- Les portes peuvent être manœuvrées, soit à la main, soit par l’eau comprimée, et on a employé une disposition dont la figure de la planche 2 donne une idée d’ensemble. Cette précaution de double manœuvre a dû être prise à la suite des accidents arrivés à Victoria-Docks. La manœuvre des portes d’écluse par l’appareil Armstrong a, il faut le dire, l’inconvénient de ne pas faire sentir de suite des obstacles provenant de corps étrangers qui pourraient se loger derrière le buse ou les chardon-nets; mais cet inconvénient n’a pas paru assez grave pour faire renoncer aux avantages que cette manœuvre présente, en Angleterre, sur les treuils à main.
- Dimensions principales des grandes portes.
- Largeur entre bajoyers....................... 24m,40 j m.a
- Hauteur du vantail, au-dessus de la pointe du buse. 8 ,23 J 200,80 Longueur développée du vantail, entre fermetures verticales. . -.............. 14 ,15
- Longueur développée du vantail, totale.............. 14 ,70
- Espacement des entretoises extrêmes vers le poteau
- busqué........................................... 8 ,23
- Espacement des entretoises extrêmes vers le poteau-*
- tourillon.................. ................. 1 6 ,55
- Hauteur au-dessus du buse des hautes eaux des moyen- J
- nés marées de printemps.......................... 7 ,47 I 4m,42
- Hauteur au-dessus du buse des basses eaux des l
- 1 différence
- moyennes marées du printemps................... . • 3 ,05 J
- En marées ordinaires d’équinoxe, la différence de
- niveau est d’environ........................... 5,33
- Saillie du buse sur le bas radier. ........... 0 ,61
- Diamètre extérieur du pivot en fonte (creux). .... 0 ,23
- Diamètre extérieur du tourillon supérieur en fonte. . 0 ,305
- Diamètre moyen de la roulette en fonte. . ............ 0 ,61
- Diamètre de l’arbre vertical de la roulette ...... 0 ,102 *;
- Longueur de l’arbre de la roulette, d’axe en axe des '
- deux supports.................................... 2 ,10
- Largeur de la roulette. . . . . . ...... ...!.. 0 ,18
- Largeur du patin inférieur du chemin, v . : . + O ,41
- Epaisseur du vantail au droit des poteaux. . . . . -. . 1 0 ,61 Epaisseur du vantail au milieu. . .« V . . . .;iv . . 0 ,91 •
- Epaisseur des bordages à l’amont. - 19,16; et 13 mil. . -r.
- Epaisseur des bordages à l’aval. ». 16/13 et
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- Le poids des (leux grands vantaux est de 140 tonnes anglaises,non compris le pivot, le chemin de la roulette et le bois. Une paire de grandes portes à coûté litres 4,398, y compris les pièces scélïées daris les maçonneries, pivot, chemin, etc., c’est-à-dire 110,000 francs, mais non compris les appareils de manœuvre.
- Le poids et le prix correspondant à ceux que je viens d’indiquer et relatifs aux petites portes de 60 pieds d’ouvërturè entre bajoyers (18m,30) sont 101 tonnes et livrés 3,094 — 77,500 francs.
- MiétalIi«pBes «tas cassai de BisS®é©1, coaasipraStes
- eia 1860.
- § 50. — L’écluse d’entrée, sur la rivière Avon, des Channel-Docks,près Bristol, a un double sas muni de trois paires de portes, ayant entre bajoyers une iafgeur.de 25,9*2 (85 pieds). Les buses sont curvilignes avec une flèche de $0 pieds et une' saillie de 0,61 sur lé bas radier des chambres.
- Ces portes présentent une particularité nouvelle, consistant dans l’emploi d’un poteâu-tourillon en fonte sur des vantaux en fer. Je supposé que l’auteur du projet, M. J: Bruhlëês, à été amené à remplacer le bois de greenheart par de la fonte au poteau-tourillon,par suite de la hauteur exceptionnellement grande dëS vantaux qui est de 15,40 (50 1/2 pieds) pour les portes d’avàl. En grandes marées d’équinoxe, la différence de niveau observée sur la rivière AvOri, à Châhhëî-Dücks* est de 44 pieds, c’est-à-dire 13^,40. dette hauteup considérable provient de ce que le canal de Bristol forme une espèce d’entonnoir, dont la direction est à peu près celle de- là vague. Le buse d’aval est posé à \ au-dessous des plus basses mers. Dans Ces Conditions extraordinaires, pl a été décidé que le pôtëau-tourillon serait fait en quatre pièces superposées (avec surfaces tournées)etboùlonnées ensemble au moyen de doüze boulons de 38 millimètres à Chaque joint. Là>section dii poteatt présente la forme d’uii segment dé cercle unpëü plus grand que le demi-cërcle. Une chambre, venue à la fonte sur toute la hauteur,- vient alléger le poteau qui, entièrement cféffx, présente une paroi droite au vantail, avec lequel il est fixé sur toute la hauteur par des rivets suffisamment rapprochés pour êtré étanches.
- Chaque vantail est divisé en vingt compartiments par vingt et une entretoises horizontales, dont l'espacement varie de basen haut depuis 0*61 jusqu’à 0,()15. Elles sont rendues solidaires par lés fermetures verticales extrêmes et aussi par quatre armatures verticales intermédiaires. Les âmes des entretoises* leurs cornières et leurs plates-bandes, les tôles dé bordage et leurs coUvre-joints diminuent en section’ au fur et à mesure
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- que l’on s’élève. Ainsi, l’épaisseur des tôles de bordage passe successivement par 19 millimètres, 16,13, 11 et 9 1/2.
- Le rayon de courbure d’amont est de 57 pieds, tandis que le rayon du buse est plus grand, de manière que l’épaisseur du vantail est de 1,22 au milieu (4 pieds) et de 0,86 au droit des fermetures extrêmes. Le poteau-tourillon a un diamètre de 0,915 (3 pieds) avec des épaisseurs de fonte uniformes le plus possible et égales à 38 millimètres. Des fourrures en bois sont rapportées à la partie inférieure du vantail et contre le poteau busqué.
- La crapaudine, le pivot, la roulette et son chemin, sont en fonte coulée en coquille (chilled cast iron). Un disque en bronze, légèrement concave, a été introduit dans le fond de la crapaudine pour que le frottement avec le pivot inférieur convexe fût dans de bonnes conditions.
- Le fer entrant dans la construction de chaque vantail des portes d'aval a été prévu à 144 tonnes anglaises, c’est-à-dire 146,000 kilogrammes.
- Les dessins de ces portes ont été donnés par le journal The Engineer, dans son numéro du 22 janvier 1869.
- Le buse des deux paires de portes Æ amont est relevé jusqu’à environ 9ra,50 en dessous des plus hautes mers, et chaque vantail ne doit plus avoir que 97 à 98 tonnes de fer.
- Jfcortëë sMétàlIfqwés de Éii£tè8Bëirisë<-Bocks, près LëîtdreS.
- | 51. — La grande écluse qui fait commühitjüer ce dbek (ei par suite lé cAnal dû Régëhi) avec la Tamisé a 6(3 pieds d’ouvètlurfe. Lës portes sont construites sur le même système que les précédentes, c’est-à-dire avec un potëau-îàunllon en fonte et quatre arhiatûres verticales intermédiaires.
- Les vantaux n’ont que 31 à 32 pieds de hauteur, et ils supportent une pression maxima résultant de 20 pieds de différence de niveau d’eau en grandes ihàfëes.— Du côté dti ddek, lé bbfdàgé èst ëhtiëréhïéfit eh tôle; mais, à l’aval, il n’existe que sur environ 11 pieds, correspondant à la hauteur de la caisse à air, et au-dessus les entretoises horizontales sont reliées par de forts madriers disposés à claire-voie. Les butté sont-droits : d’où il résulte dès vantaux droits à l’aval; C’est- là une heureuse disjsosi-tion pour dès portes en fer,puisquece métal, travaillant mieux à la traction qu’à la compression, est appliqué d’une façon plus ratiotmelle* en même temps que les diverses pièbes de l’ossàture sont dé construction beaucoup plus simple et par suite plus économique;
- La manœuvre est faite par des cabestans mis en mouvement à volonté* soit à là main, soit par la puissance hydraulique; 1
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- Porte® en fer de lE&IlwalI-ii9oek&.
- | 52. — Je vais en dire quelques mots, parce qu’elles présentent un exemple d eborclages, m partie en fer, en partie en bois. Sur les 7/12 environ de hauteur à partir du bas, les bordages sont en tôle, de façon à constituer une caisse à air de volume convenable, et, sur les 5/12 restants,l’ossature métallique, formée par lés poteaux et les entretoises horizontales et verticales, est recouverte en amont par un bordage étanche en sapin de Memel de 0,10 d’épaisseur et à l’aval par des madriers en orme non jointifs formant défense. Il doit résulter de cette disposition une économie très-appréciable.
- Chaque vantail, de12m,88 de longueur et 9m,45 de hauteur, porte dix entretoises horizontales formant neuf compartiments de hauteur variable réunis par deux armatures verticales intermédiaires. La caisse étanche comprend les six compartiments inférieurs fermés à l’amont par des tôles de 19 à 14 millimètres d’épaisseur, tandis que, à l’aval, ces tôles n’ont que 17 à 12 1/2. Les cloisons horizontales sont en 11 millimètres, à l’exception de l’inférieure dont l’épaisseur a été portée à 19. Les vantaux sont cintrés, comme d’usage, sous un rayon au buse de 61 mètres, plus petit à l’amont, de manière à donner 0,915 d’épaisseur au vantail en son milieu et 0,61 au droit du tourillon. L’épaisseur au poteau busqué est plus faible. Les fourrures des poteaux son de greenheart, en plusieurs pièces assemblées entre elles et avec les fermetures en fer au moyen de boulons dont les têtes à six pans sont logées dans des petites chambres. Celles-ci sont rendues étanches par des bouchons en bois dur, convenablement disposés.
- Les crapaudines, pivots, tourillons et roulettes avec leur chemin, sont en fonte. Chaque vantail pèse environ 60 tonnes.
- Portes en fer de great Siirrey-Blocks à Londres.
- ' (Voir les coupes de la planche 38.)
- | 55. — Elles méritent d’être citées, parce que leurs entretoises horizontales et verticales sont à âmes en treillis (sauf pour les cloisons qui forment les limites de la caisse étanche), et aussi parce que les vantaux cintrés ont dans la partie basse d’aval un segment rapporté, de façon à présenter avec le buse une face droite de contact.
- La largeur entre bajoyers est de 15m,2ô (50 pieds). Les vantaux ont, comme à Jarrow-Docks, des hauteurs différentes aux deux extrémités qui sont de 9 mètres et de 7,93, et ils supportent, en marées ordinaires d’équinoxe, une pression résultant de 20 pièces de différence de niveau
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- — 389 —.
- 6m,10). L’angle que forment les deux vantaux busqués étant de 148°, il en résulte que la flèche du buse n’est que le septième environ de l’ouverture. Le vantail présente 9 et il compartiments horizontaux au droit des poteaux-tourillons et busqué, dont les fourrures sont en chêne. Les armatures verticales sont très-nombreuses, sept intermédiaires et les deux extrêmes formant fermetures. Les cornières employées sont en 76 millimètres de branches et 12 d’épaisseur. La roulette est en saillie comme à Victoria-Docks; elle a 0,61 de diamètre avec 0,15 de largeur. Son arbre régulateur est une colonne verticale creuse en fonte, renflée en son milieu où elle a 254 millimètres de diamètre avec des épaisseurs de 1 pouce. La partie supérieure d’aval du vantail est protégée par des madriers créosotés de 0,10 d’épaisseur et de 4,27 de longueur.
- Voici quelques autres dimensions :
- Largeur entre bajoyers.............................
- Hauteur du vantail au-dessus de la pointe du buse. .
- Hauteur au- dessus du buse des hautes mers de vives
- eaux.............................................
- Hauteur au-dessus du buse des basses mers de vives
- eaux.............................................
- Epaisseur du vantail en son milieu.................
- Epaisseur du vantail aux extrémités................
- L’épaisseur desbordages varie entre 16 et8millimètres.
- Chaque vantail pèse 52 tonnes; il déplace à haute mer 49 tonnes et à basse mer environ 20 tonnes. . 1
- Le poids de la partie métallique d’un vantail est approximativement de 45 tonnes. )i;.
- 15m,25 i I m.î
- 9 ,00 ! f 137,25
- 8 ,23 I 5m,49 > de l différence
- 2 ,74 0 ,71 0 ,61 ) *
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- CHAPITRE Y.
- COMPARAISON DES DÉPENSES DE CONSTRUCTION.
- | 54. — Dans les descriptions précédentes j’ai indiqué le montant des dépenses exactes toutes les fois que j’ai pu me les procurer. Je vais main-nant les traduire en un tableau comparatif, en ne considérant que le prix des vantaux busqués sans leurs valets et sans leurs appareils de man,oeuvre. A cet effet, j’ai calculé pour chaque porte :
- 1° Le prix par m'etre carré, en prenant dans chaque cas la surface que Ton obtient en multipliant la largeur entre bajoyers L par la hauteur h du vantail au-dessus de la pointe du buse. Cette surface L h hypothétique, plus faible que celle des deux vantaux, m’a paru être la plus rationnelle, puisqu’elle est une fonction des deux dimensions utiles, sans faire intervenir la plus-value de longueur qui résulte, d’une part, delà flèche du buse et, d’autre part, de la partie en contact avec les maçonneries. .|Ces deux plus-values de dimension des vantaux varient avec chaque système et n’ont aucun rapport avec le'à conditions essentielles que les portes présentent vis-à-vis de la navigation.
- 2° Le prix par tonne de charge d’eau, en marées ordinaires d’équinoxe. Pour les mêmes raisons que ci-dessus, j’ai considéré la charge que supporterait un batardeau placé normalement entre les bajoyers et retenant, l’eau à la même hauteur que les portes.
- Cette charge P est donnée par l’expression - S (H2 — H'2) L, dans la-
- quelle = le poids du mètre cube d’eau de mer= 1,030 kilos en chiffre rond ;
- H et H', les hauteurs au-dessus du buse, des hautes et basses mers que j’ai prises comme étant les hauteurs d’eau à l’amont et à l’aval des portes ;
- L, la largeur entre bajoyers.
- 3° Les deux prix au mètre carré et à la tonne de charge ne peuvent pas être considérés comme des chiffres absolus de comparaison. Il suffit, en effet, de remarquer que les moments fléchissants varient suivant le carré de la distance des points d’appui ; d’où il suit que les sections des pièces dt par suite leur prix augmentent dans une proportion plus grande
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- que les ouvertures. Or, dans la détermination des deux prix ci-dessus, la largeur de l’ouverture est entrée pour sa simple valeur. Afin d’introduire cette dimension au carré, j’ai calculé dans chaque cas, le produit de la
- charge d’eau par l’ouverture entre bajoyers PL
- 1
- 2
- â (H3 — H'2) L2,
- et
- j’ai obtenu ainsi des nombres que j’ai pris comme diviseurs ^tvec les dépenses de construction prises comme dividendes. Il en résulte une série de quotients que j’appelle prix élémentaires de comparaison, et qui devraient être sensiblement les mêmes, si un même système de portes d’écluse était appliqué à des ouvertures différentes, ayeci’emploi des mêmes matériaux et des mêmes prix unitaires.
- Par conséquent, on peut juger de la valeur économique des divers systèmes, en mettant en parallèle leurs prix élémentaires de comparaison, calculés comme je viens de l’indiquer.
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- PORTES D’EBBE.
- Tableau comparatif des prix ,de construction des vantaux busqués
- (appareils de manœuvre non compris).
- 1 ...— ---------------------------
- * DÉSIGNATION DES PORTES.
- 1 j Noms et lieux. Dates. Nature. Ouverture, L. Hauteur h.
- m. m.
- Dunkerque (Écluse de barrage) 1855 Bois 21,00 7,04
- 1859 Bois 25 00 9,78
- Havre (Portes de la citadelle)..... 1862 Bois 30,50 9,50
- : Dieppe (Bassin Duquesne) 1871 Bois 16,50 8,05
- | Fécamp (Bassin à flot) 1865 Mixtes 16,50 9,87
- ! Boulogne (Portes d’amont) 1867 Mixtes.... 21,00 9,55
- 1 Havre (Portes d’aval, nouvelle écluse). 1871 Mixtes.... 16,00 9,00
- . Boulogne (Portes d’aval). 1867 Fer 21,00 9,60
- Id. id 8 » ü )>
- j Porte anglaise 1850 à 1860 Bois 18,30 9,25
- j Docks of the great Grimsby 1848 Mixtes.... 21,35 9,45
- I Liverpool-Canada-Docks 1857 Greenheart 30,50 8,73
- Yictoria-Docks (Portes d’aval) 1857 Fer 24,40 9,25
- .Tarrn’w-Doo.ks (Crawles portes^..... 1858 Fer 2-1,40 ce cd
- Jarrow-Docks (Petites portes) » Fer 18,30 8,23
- PRIX des PRIX par mètre carré. PRIX par tonne de charge d’eau. Prix élémentaires de comparaison. Observations.
- deux vantaux busqués. SURFACE L h. PRIX par mèt. carré CHARGE P. PRIX par tonne PRODUIT P L. PRIX de comparaison
- fr. 48.800 me. 147,84 fr. 330 t. 527 iï. c. 92 60 11.067 4,41
- 192.000 244,50 786 954 201 23.850 8,00* Construites en
- 356.000 289,75 1227 1276 279 38.918 9,16 régie.
- 42.000 132,82 318 551 76 9.091 4,62* Portes non inail-
- 77.600 162,85 477 809 96 13.348 5,81 letées.
- 103.500 200,55 517 961 108 20.181 5,13
- 79.000 144,00 550 643 122 10.288 7,70* Prix d'après le détail estimatif
- 125.000 201,60 620 961 130 20.181 6,20 (rabais déduit).
- 111.500 » 552 116 D 5,52* Sans les roulettes
- 55.500 169,27 328 604 92 50 11.050 VI O O •* Voir le nota n° 1.
- 65.000 201,75 323 736 88 15.713 4,14
- 165.000 966,26 620 1197 138 36.508 4,52
- 131.500 225,70 585 889 148 21.691 6,06* Voir le nota n» 2.
- 110.000 200,80 550 705 156 17.202 6,40
- 77.500 150,60 517 527 147 9.644 8,00
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- Nota n° 1 — Il résulte de renseignements pris et de chiffres communiqués en 1859 à T-institut des ingénieurs civils de Londres, que le prix moyen de construction des portes en bois en Angleterre, de 1850 à 1860, a été de 20 shillings environ par pied carré de vantail, pour des ouvertures entre bajoyers, variant entre 50 et 70 pieds, et pour des différences de hauteurs d’eau de 19 à 20 pieds en moyenne sur des vantaux ayant généralement 31 pieds de hauteur.
- J’ai indiqué au tableau comparatif une porte anglaise en bois dans ces conditions moyennes; j’ai pris l’ouverture entre bajoyers L = 18m,30
- (60 pieds), et dans l’expression de la charge P = - <? (H2—H'2) L, j’ai
- M
- fait H = 8m,30 et H'= 2,20, ou, autrement dit, j’ai supposé une différence de niveau de 6m,10 en marées ordinaires d’équinoxe. Quanl au prix, j’ai tenu compte exactement de la différence entre la surface totale des vantaux anglais et la surface L h. Ces deux surfaces sont dans le rapport de 11 à 9. Le prix de 20 shillings (25 fr.) par pied carré correspond à
- 11
- 25 X 10,76 = 269 francs par mètre carré de vantail, ou 269 X — 328 francs par mètre carré de surface L h.
- Nota n° 2. — Le prix précédemment indiqué pour la construction des portes d’aval de Victoria-Docks est de 137 500 francs, pour 198l de fer et 59* de fonte, y compris le buse en fonte. Mais il y a lieu de déduire environ 20* pour ce buse que j’évalue à 6 000 francs.
- | 55. — Je vais essayer maintenant de tirer quelques conclusions des chiffres du précédent tableau. La dernière colonne donnerait des éléments de comparaison pour ainsi dire absolus, entre les prix des déférents systèmes, si on pouvait admettre :
- 1° Que les matériaux travaillent avec le même coefficient de sécurité.
- 2° Que les prix unitaires sont les mêmes pour les mêmes matériaux. Quant au premier point, on peut l’admettre pour toutes les portes françaises en raison de l’approbation obligatoire de tous les projets par le conseil général des ponts et chaussées, qui doit veiller à l’application de certains règlements administratifs établissant, jusqu’à un certain point, l’uniformité des coefficients de travail, pris au sixième environ de la rupture, tant en France qu’en Angleterre.
- Quant au deuxième point, nous savons par les comptes détaillés quels sont ces prix unitaires dans la plupart des cas, et nous pouvons en tenir
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- compte. D’ailleurs, pour dégager ce deuxième point, je vais établir deux tableaux donnant :
- L’unie cube des bois employés dans chaque porte entièrement en bois, avec sa réduction au mètre carré, à la tonne de charge d’eau et au cube élémentaire de comparaison, comme je l’ai fait plus haut pour les prix.
- L’autre, les mêmes indications sur le poids du fer entrant dans la construction des portes entièrement en fer (sauf les fourrures en bois du buse et des poteaux).
- Tableau donnant le cube des bois.
- CUBE CUBE CUBE CUBE
- DÉSIGNATION DES PORTES. total par par tonne élémentaire pi _
- employé. mètre carré. de charge. de comparaison.
- m3.
- Dunkerque 91,58 0,62 0,174 0,0083
- Saint-Nazaire '24-3,50 1,00 0,255 0,0102
- Havre (Grandes portes) 435,00 1,50 0,340 0,0112
- Dieppe 87,00 0,66 0,160 0,0096
- Liverpoo! (Grandes portes).. . 200,00 0,75 0,167 0,0055
- Tableau donnant le poids des fers.
- POIDS du métal de la partie mobile des 2 vantaux. POIDS POIDS POIDS
- DÉSIGNATION DES PORTES. par mètre carré. par tonne de charge. élémentaire de comparaison.
- Boulogne IfS- 136,000 675 141 '6,8
- Victoria-Docks. 202,000 895 227 9,3
- Jarrqw-Docks (Grandes portes). 142,200 710 201 8,2
- Jarrow-Docks (Petites portes).. 102,600 684 195 io;6
- Surrev-Docks 90,000 657 170 11,0
- Je n’ai mentionné, ni les portes de Millwall-Docks qui ont des borda-ges^mixtes, ni celles de Bristol, parce que, d’une part, ces dernières ont un poteau-tourillon en fonte, et que, d’autre part, je ne sais pas dans quelles proportions on a distribué les charges d’eau sur les trois paires de portes de l’écluse double.
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- C®iBapaB*aS®®BB «le® pspfffi ale® p®iate® ©as jteois.
- § 56. — Le petit tableau des cubes classe les portes françaises dans le même ordre que le tableau des dépenses; cela vient à l’appui de ce qui a été dit plus haut au sujet de l’uniformité des coefficients de travail; mais les différences eptre les^dépenses sont plus grandes,parce que leprix des bois, d’une part, et les dépenses pour ferrements et accessoires, d’autre part, ont augmenté avec les dimensions des portes.
- En résumé, les portes de^Dunkerque sont d’un système relativement économique; mais il est inadmissible dans les cas ordinaires qui fournissent des pressions plus grandes, et si on appliquait les mêmes prix unitaires que ceux des portes de Dieppe, la comparaison serait en faveur de ces dernières.
- Les portes de Saint-Nazaire sont loin d’être économiques; mais elles ont l’avantage d’exclure l’emploi du chêne qu’il est toujours très-difficile de se procurer en grosses dimensions.
- Quant aux portes du Havre, les chiffres du tableau sont assez éloquents par eux-mêmes et ils apportent une condamnation indiscutable du système.
- Celui q;ui a été appliqué à Dieppe et qui est le plus rationnel est, somme toute, le plus économique des systèmes français. Néanmoins, nous devons remarquer que, dans les cas ordinaires, les portes devraient être mailletées dans leur partie basse, et alors la dépense, étant augmentée de 3 à 4 000 francs, fournirait les chiffres suivants ;
- Prix par mètre carré................... 3-45 fr.
- Prix par tonne de charge*d’eau. ....... 83
- Prix élémentaire de comparaison............ 5,00
- Avant d’aller plus loin, je dois faire remarquer que les prix .unitaires payés en France pour les bois ont été toujours insuffisants pour faire face aux dépenses clés entrepreneurs. Ceux-ci ont le plus souvent le tort de poser comme principe que les prix étudiés par l’administration sont toujours susceptibles de rabais ; mais les charpentes en gros bois doivent toujours faire exception ; les déchets notamment ne sont jamais évalués à. leur juste yaleur, et il faut admettre que, dans l’avenir, les entrepreneurs seront plus clairvoyants ; que les prix des grosses charpentes augmenteront dans une grande proportion, et que, par suite, les prix des portes d’écluse en bois seront plus élevés que ceux que le tableau indique.
- D’ailleurs, pour s’en convaincre, il suffit de comparer le prix de revient du mètre cube de bois des portes de Sain^Nazairie exécutées-en régie,
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- avec les prix unitaires payés aux entrepreneurs dans les autres ouvrages.
- En effet, nous avons vu que le prix de revient, sans bénéfice, d’un mètre cube de pitch-pine à Saint-Nazaire, peut être pris égal à environ 300 francs (matériel, déduit), tandis que les prix payés aux entrepreneurs ont été les suivants, déduction faite du rabais ayant varié entre 0 et 43 pour 100.
- A Dunkerque................................... .. .
- Le Havre (Citadelle), prix moyen du chêne et sapin. Le Havre (Portes en construction l’année dernière).
- Dieppe......................................
- Fécamp. .......................................
- Boulogne..........................................
- CHÊNE. SAPIN.
- 273f 153‘
- 293
- 310 187
- 357 171
- 340 185
- 356 180
- Il ressort des chiffres précédents qu’on admet généralement que le prix du chêne est presque double du prix du sapin.
- C’est le prix de ce dernier bois qu’il faudrait comparer au pitch-pine, puisqu’ils sont tous deux également faciles à travailler et que leurs prix commerciaux sont sensiblement les mêmes. Mais il y a lieu de remarquer que les portes de Saint-Nazaire sont à grande ouverture, de plus d’un système spécial, sans poteaux en bois, ayant nécessité des pièces très-longues pour Tes entretoises. Il est incontestable que le prix de revient aurait été inférieur à 300 francs, si les entretoises avaient été dans les conditions ordinaires; mais il est incontestable aussi que ce prix de revient aurait été supérieur à 180 francs qui représentent la moyenne payée aux entrepreneurs. *
- Ceux-ci ont tous fait des pertes, souvent très-grandes, sur la charpente, et, nous le répétons, les prix des portes d’écluse en bois augmenteront évidemment dans l’avenir.
- Maintenant, si nous comparons les portes en bois françaises avec les portes en greenheart de Liverpool, nous sommes frappés de ce fait que, au lieu d’être plus chères, ces dernières sont plutôt plus économiques, et cependant le prix unitaire (600 francs à Liverpool) est deux fois et demi plus élevé que le prix moyen français. L’économie provient donc, du système. Par un tableau précédent, j’ai montré que les ingénieurs anglais admettaient (dans l’hypothèse de la flèche du buse égale- à un cinquième de l’ouverture) que la quantité de matériaux nécessaires pour des vantaux droits étant 3, cette quantité était à peine égale à 2 pour des vantaux cylindriques. Il nous est permis de penser, à l'inspection du tableau des cubes, que l'opinion des ingénieurs anglais est assez fondée, tout en n’admettant pas toutefois que les rapports indiqués soient
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- exacts. Plus loin, nous examinerons cette question et nous verrons aussi si l’avantage du prix est assez important pour rendre désirable l’adoption, en France, des portes courbes en bois.
- Üne dernière comparaison se présente tout naturellement : c’est celle dee deux portes de même ouverture du Havre et de Liverpool. Les premières ont coûté 356,000 francs, les secondes 4 65,000 francs, et les prix élémentaires de comparaison sont 9,16 et 4,52. Les portes de la citadelle ont donc coûté plus du double que celles de Canada-Docks. Mais on peut penser avec raison que les portes du Havre ont été calculées pour pouvoir supporter une plus grande pression d’eau que celle qui résulte de la hauteur totale du vantail, puisque des hausses'mobiles peuvent être rapportées pour augmenter la retenue. Eh bien, en supposant ces hausses de 1 mètre de hauteur et en refaisant les calculs, on arrive à 225 francs par tonne de charge d’eau et à 7,40 pour le coefficient de comparaison, chiffres beaucoup plus forts que les autres.
- D’ailleurs, si l’on remarque que les métaux divers, entrant dans ces portes en bois du Havre, ont coûté, à eux seuls, plus que les grandes portes de Liverpool toutes complètes, on trouve une nouvelle explication des chiffres du tableau, et on arrive à conclure quelle système adopté au Havre doit être absolument rejeté.
- c®fissji>îBr&is®Bi des pfi*fx des portes mixte®.
- § 57. — Les chiffres confirment ce que nous avions dit: le système de Boulogne est un peu plus économique que celui de Fécamp ; mais nous ne nous arrêterons pas davantage sur les portes mixtes qui doivent être abandonnées pour les raisons que nous avons eu l’occasion d’indiquer précédemment.
- Comparaison des prix des portes es» fer.
- | 58. — Elles sont établies plus économiquement en France qu en Angleterre; les indications du tableau comparatif des poids le démontrent très-clairement. A quoi cela tient-il? La différence provjentsurtout du mode de calcul appliqué à tort en Angleterre aux tôles de bordage et à l’ossature en fer, et elle provient aussi de la forme des vantaux qu’il est préférable de faire droits à l’aval. Les ingénieurs anglais qui ont construit les portes de Limehouse-Docks ont reconnu l’avantage des vantaux ayant leur face plane, du côté opposé à la charge. D’autre part, l’équidistance des entretoises horizontales et le rôle important attribué aux armatures verticales constituent aussi la supériorité des portes de Boulogne sur les portes similaires construites en Angleterre.
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- Coiiaspas'afisffiiifi aies pi*âx des p©i»è©@ ©m l®©Is et ale® porte® ©sa ffea».
- § 59. — La moyenne des quatre premiers prix élémentaires, relatifs à des portes en bois, est de 6,55, supérieure au prix (6,20) des portes en fer de* Boulogne, y compris les roulettes dont on pourrait se passer dans les cas ordinaires. L’avantage paraît donc en faveur de ces dernières; mais il faut considérer que les portes du Havre ont relevé la moyenne, et il est plus exact de comparer les portes suspendues de Dieppe (prix élémentaire avec mailletage = 5,00) avec les portes en fer suspendues, c’est-à-dire sans roulettes (prix 5,52).
- La différence est donc de 4 0 pour 100; il faut considérer ce chiffre comme un maximum, puisque les prix des bois devront être augmentés pour être rémunérateurs, et, sans erreur sensible, on pourrait admettre que des portes en fer, exactement calculées par les formules de M. La-voinne. et bien étudiées àü point dé vue pratique, reviendraient aumêriiè prix que des portes en bois, calciiléès de la même façon; encore ne faudrait-il pas que celles-ci fussent d’une ouverture supérieure à 18 ou 20 mètres, car, au delà, les portes en fer coûteraient moins cher.
- Mais, en admettant même la plus-value de prix de 10 pour 100, il n’en reste pas moins que les portes en fer sont plus économiques, parce qu’il faut tenir compté de leur durée plus grande.
- Pour cela, supposons que les vantaux en fer durent seulement soixante ans, ou bien que, au bout de soixante ans, les nouvelles conditions à remplir, les progrès survenus dans la fabrication des matériaux ou dans leurs dispositions rendent désirable le remplacement des portes en fer par des portes d’un autre système; supposons, d'autre part,,que les portes en bois durent trente ans, c’est-à-dire deux fois moins que les portes en fer.
- Dans cette double hypothèse, calculons quel est le prix réel de chaque système. -
- 1° Portes métalliques. Elles coûteront,
- A commë c'onstructibn E entretien annuel
- Quelle sera la valeur, a, de 60 annuités au taux, r (5 pour 100) pour payer la somme A augmentée des intérêts composés
- Af (1 -M”
- (1+rf-1
- d’où
- a
- A x 0,05 X 18,68
- = 0,0528 À,
- n 60 r « 0,05
- 18,68 - 1
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-
- A la valeur a des 60 annuités ci-dessus j’ajoute E, dépense* annuelle d’entretien, et j’ai la valeur totale de la somme à payer pendant soixante ans consécutifs, pour amortir et entretenir les portes métalliques.
- Soit annuité = 0,0528 A -f E {formule 1).
- 2° Portes en bois.
- ÎKA, comme première construction,
- KA, comme reconstruction au bout de trente ans, K'E, comme entretien annuel.
- Je laisse de côté les dommages qu’éprouvera la navigation pendant la reconstruction.
- Chaque dépense KA doit donc être payée par trente annuités a\ elles se répéteront deux fois, c’est-à-dire pendant soixante ans, comme pour les portes en fer.
- n = 30
- „ „ , a r = 0,0b .
- KA X 0,05 X 4,322 4,322 — 1
- 0,065 KA.
- Eh ajoutant la dépense d’entretien, il faudra une
- annuité = 0,065 KA ~f~ K'E (formule 2).
- Dans l’hypothèse que les portes en bois coûteront seulement les neuf dixièmes du prix des portes en fer et que les dépenses d’entretien seront les mêmes, on aies valeurs suivantes pour les coefficients K et K' :
- ' g, 4 ’ et les formules \ et 2 deviennent alors :
- annuité pour les portes en fer = 0,0528 À -j- E, annuité pour les portes en bois = 0,0585 A -j- E.
- Je me suis placé dans des conditions évidemment favorables aux portes en bois, et cependant elles reviennent plus cher.
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-
- CHAPITRE VI.
- CALCULS DE RÉSISTANCE.
- | 40. — Je vais donner une simple analyse des systèmes théoriques et pratiques que l’on applique généralement à la détermination des dimensions des pièces principales.
- Pressions d'eau. — Elles sont normales et il est très-facile de les déterminer. Considérons un vantail de longueur l, supportant d’un côté une hauteur d’eau H et de l’autre une hauteur H'. La pression totale P est donnée par l’expression
- dans laquelle 3 représente la densité de l’eau de mer.
- Prenons maintenant une tranche horizontale du vantail, supposons-la isolée et cherchons la pression d’eau qui pèse sur elle.
- Amont,
- 10 Tranche placée au-dessus du niveau d'aval.
- En appelant h et AMes distances verticales des bords inférieurs e
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- 401
- supérieurs de la tranche, par rapport au niveau d’amont, la pression est donnée par
- Le terme [h — h') représente la dimension verticalede la tranche, et le dernier terme équivaut à la hauteur d’eau moyenne qui pèse sur la tram che considérée.
- 2° Tranche placée au-dessous du niveau d'aval.
- Appelons e la dimension verticale de la tranche. La pression est égale à
- S le (H — H'),
- c’est-à-dire que la pression est uniforme pour les parties recevant les deux pressions d’eau d’amont et d’aval.
- Calcul des entretoises horizontales, supposées isolées. *
- Les deux dernières expressions donnent le moyen de calculer les charges d’eau sur les entretoises horizontales supposées isolées. Lorsqu’elles sont droites ou en forme de solide d’égale résistance, on considère ces pièces comme simplement appuyées sur les poteaux à leurs deux extrémités pour en conclure la valeur des moments fléchissants, et il ne reste plus qu’à faire l’application des formules ordinaires de la résistance des matériaux. Si les entretoises sont composées de plusieurs pièces assemblées à redans, on calcule généralement ceux-ci au moyen des formules de M. Jourawski.
- Mais les entretoises sont, en outre, soumises à des efforts de compression longitudinale, résultant de la réaction des deux vantaux.
- Cette réaction, que j’appelle N, se déduit très-facilement de l’équation des moments :
- P= résultante des pressions normales, hîsfeqdfe R®
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- — 402 —
- *
- En prenant les moments, par rapport à B, des forces qui agissent sur le vantail'de gauche, on a :
- pi —N/-= O;
- d’où
- N f =
- Pj
- 2
- La composante de N dirigée suivant le vantail, que j’appelle F, est égale à
- Or
- d’où
- F — N cos «.
- cos « ==
- L .
- 2/’
- P/ L __ PL
- ' 2^ ~ï~f'
- Cette dernière formule mohtre que, lorsque la flèche du h use f est égale au quart de l’ouverture L, la compression longitudinale F, est égale à la pression normale P.
- Dans les portes françaises, la flèche est généralement le cinquième de la largeur entre bajoyers L ; dans ce cas, la force
- F est égale aux - de P.
- 4
- Calcul des autres pièces. — Ôn déterminera de même les forces agissant sur les diverses pièces, et on en conclura les dimensions par les procédés ordinaires. : „
- Bordagés. — Ën ce qui concerne les bordagés où revêtements remplissant les vides que présentent les entretoises entre elles, on les suppose généralement encastrés au droit de chaque pièce horizontale, s’ils sont continus o4u s’ils peuvent être supposés d’une seule pièce comme cela existe pour les bordagés en tôle munis de couvre-j ç>ints. Dans ce dernier cas, on en considère une lame verticale ; on calcule la charge d’eau qui pèse sur elle, et on applique les formules ordinaires; mais l’épaisseur qui résulte des calculs est trop forte, puisqu’on n’a pas tenu compte de l’appui mutuel des lames voisines qui forment avec la lame considérée une plaque en tôle rectangulaire, solidement fixée sur les quatre côtés de son pourtour.
- Les bordés en tôle sont évidemment dans de meilleures conditions pour résister aux pressions de l’eau, lorsque les rectangles des pièces de l’ossature qu’il s’agit de recouvrir se rapprochent du carré.
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- Lés plaques rectangulaires en tôle, encastrées sur tout leur pourtour* pourraient être assimilées, pour le calcul, à un grillage formé de deux séries de lames jointives se prêtant un mutuel appui. Mais je ne connais pas de formules théoriques qui soient applicables dans l’espèce, et il n’a pas été fait non piUs, à ma connaissance, des expériences ayant pour but de déterminer la plus-value de résistance des parois dans ce cas spécial.
- Il est bon, par conséquent, de calculer les épaisseurs des bordages en tôle, comme nous l’avons dit plus haut* c’est-à-dire en considérant une lame verticale encastrée à ses deux extrémités, sauf à augmenter le coefficient de travail, afin de tenir compte, dans une certaine mesure* des conditions favorables que nous avons indiquées.
- Calcul des entretoises horizontales reliées par des armatures verticales. — Les ingénieurs français ont d’abord employé, pour ce calcul, les remarquables résultats d’expérience publiés par M. Chevallier dans les Annales des ponts et chaussées de 1850, et, depuis quelques années, ils font l’applicatioh des formules indiquées par M. Lavoinne.
- M®cla©s*©la©s esjïéi'IsîîesitiaE©® d© M. CiSaevalISes».
- § 41. — Je vais donner une analyse de ces recherches sur les portes d’écluse en bois, qui s’appliquent d’autant plus justement aux portes métalliques que les tôles ont, sur les bois, l’avahtâge d’une plus parfaite homogénéité.
- Je ne citerai que les résultats relatifs à un système composé de dix entretoises parallèles, reliées perpendiculairement’ soit par une pièce passant parleur milieu, soit par trois pièces posées sur chaque quart des dix entretoises. Dans les appareils d’expérimentation, les entretoises avaient 2m,00 de longueur entre poteaux, soit 2,15 de longueur totale, et elles étaient formées par des tringles en sapin du nord avant 4 centimètres d’épaisseur dans le sens de la charge, avec des largeurs variant entrp 23 et 81 millimètres* afin de compenser la non-homogénéité des bois, dentelle façon que toutes les entretoises présentaient la même résistance (pèche constante de 16 millimètres avec un poids de 16 kilogrammes posé aurni-lieu de la portée de 2m,00). Les bordages ou armatures verticales étaient formées de tringles également en sapin de 4 centimètres de largeur et d’épaisseurs régulières, en raison de l’homogénéité, pour ainsi dire parfaite, de la pièce de bois dans laquelle elles avaient été tirées. Leur longueur était de 1m,16, mais il y avait une distance constante et exacte de 1 mètre entre l’arête du seuil et le dessus de l’entretoise supérieure. En plus de ces pièces, le seuil ou buse, ainsi que les'deux poteaux étaient représentés par des tasseaux en fer rigides. La distance des deux poteaux
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- était de 2m,00, c’est-à-dire le double de la hauteur du petit vantail d’expérimentation.
- Les dix entrefcoises furent d’abord espacées de façon à former entre elles, et avec le seuil, dix écartements inversement proportionnels à la pression de l’eau, et puis, dans une seconde série d’expériences, les entretoises furent également espacées, c’est-à-dire de 0m,10.
- M. Chevallier admet que, entre les limites pratiques des charges n’altérant pas l’élasticité de la matière, et toutes choses égales d’ailleurs, les ordonnées des courbes de flexion étaient approximativement proportionnelles avec les charges. C’est en se basant sur ce fait (qu’il vérifia expérimentalement) que la répartition des charges sur chaque entretoise put être déduite des flèches observées. Les expériences démontrèrent aussi que la proportionnalité approximative des flèches et des charges existait pour un même système, qu’il fût simple ou composé.
- Soit donc un système composé de deux autres A et B, et supposons que, sous la même charge P,
- A prenne la flèche g B prenne la flèche h
- système total A -f- B la flèche /.
- On en conclut que A supportera, dans le système conjugué, une frac-
- f f • •
- tion ~ de P, et semblablement B supportera— de P. Or, on doit avoir
- nécessairement :
- - P 4- 7* P —P, ou bien ~ = - -{-9 h f g h
- Donc la valeur inverse de la flèche que prendrait l’ensemble est égale à la somme des valeurs inverses des flèches de chaque système partiel chargé isolément du même poids. On peut donc, pour évaluer la force d’un système, ou ce que M. Chevallier appelle sa raideur, adopter la valeur inverse de la flèche qu’il prend sous un poids déterminé.
- Ainsi, représentant par 100 la raideur de ses dix entretoises, il trouva pour la raideur relative de ses trois bordages ou pièces verticales, suivant leur épaisseur de 1,2 ou 3 centimètres, les chiffres 5,87 — 49,16 — 158,33.
- Voici maintenant le tableau des principaux résultats trouvés par M. Chevallier, en faisant la charge totale égale à 100.
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- ÉPAISSEUR des bordages. CHARGE sur le seuil. ENTRETOISE LA sa charge. FEUS CHARGÉE. son rang. CHARGE sur l’entretoise supérieure. OBSERVATIONS.
- Un seul b ordage sur le milieu des 10 e à la press! ntretoises espa on de l’eau. cées proportioi nnellement
- oo 43,40 14,56 10me 14,56 Calcul.
- 4 centimèt. 36,29 12,76 10 12,76 Expérience.
- 3 » 29,11 11,06 10 11,06 —
- 2 » 24,66 10,80 8 7,34 —
- 1 » 16,20 11,57 8 3,76 —
- 0,5 >» 8,49 12,79 9 2,01 , —
- 0 » 5,04 11,38 9 , 3,33 Calcul.
- Un seul bordage sur le milieu des 10 entretoises équidistantes.
- CO 52,38 I 8,66 10nie 8,66 Calcul.
- 4 centimèt. 44,08 38,59 6,86 8 6,79 Expérience.
- 3 » 7,74 5 5,03 —
- 2 » 31,81 9,92 13,48 4 2,20 _ •
- 1 ». 20,11 3 0,00 —
- 0,5 » 12,54 15,39 1 0,03 — '
- 0 » 9,67 18.00 1 0,33 Calcul.
- Trois bordages sut chaque quart des 10 entretoises équidistantes. t
- co 52,38 8,66 10me 8,66 Calcul.
- 3 ce mèt. 43,16 38,31 6,94 7 6,79 Expérience.
- 2 8,21 5 3,75 —
- 1 » 26,72 11,81 18,00 4 0,67 — - - ; n.
- 0 9,67 1 0,33 Calcul.
- L’entretoise 4 est celle qui est la plus rapprochée du seuil||donc l’entretoise 10 représente l’entretoise supérieure.
- Le bordage d’une épaisseur nulle est représenté dans la pratique par des bordages discontinus allant d’une entretoise à l’autre et simplemënt posés dans des feuillures. Le bordage d’épaisseur co est celui qui-aurait une raideur telle que sa flexibilité serait excessivement petite.
- Dans les portes d’écluse, le système des trois pièces verticales doit être préféré à une armature verticale unique pour de nombreuses raisons pratiques, et aussi pour mieux entretoiser l’ossature et la rendre ainsi plus propre à recevoir les efforts de compression, dus à la réaction des deux vantaux, dont M. Chevallier n’a pas tenu compte ; en outre, la pièce unique conduirait à une épaisseur au milieu du vantail beaucoup trop forte.
- Comparons maintenant les résultats au point de vue de l’espacement des entretoises, et nous remarquons : > "
- -1° Avec Vespacement inégal des dix entretoises, le haut de la porte peut
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- pioins bien résister aux chocs et aux intempéries, parce qu’il renferme pioins d’entretoises.
- Le seuil ou buse est de 1/5 moins chargé.
- Les .deux qu trois entretoises les plus élevées supportent le maximum dépréssion qui oscille entre 11 et 13 pour 100.
- L’entretoise supérieure, la plus sujette à être avariée, supporte toujours une pression plus forte.
- 2° Avec Vespacement égal des dix entretoises, le haut présente plus d,e Résistance aux chocs et aux intempéries.
- Le seuil es£ de 1 ji- plus chargé.
- Le maximum de pression s’élève depuis l’entretoise inférieure jusqifà l’entretoise supérieure, et il varie entre 15 et 7 pour 100.
- Les pressions les plus fortes existent dans la partie inférieure de la porte.
- L’entretoise supérieure supporte toujours une pression moindre.
- Enfin, la construction est plus simple.
- En résqm.é, ces expériences démontrent que les bordages, ou plutôt les armatures verticales, ont une’ grande importance, puisqu’elles contribuent à répartir le mieux possible les pressions sur les entretoises qqi sont, par conséquent, d’équarrissage ou de section plus faible. De plus, Davantage d’entretoises également espacées est démontré, et, dans le cas de portes en fer, cette équidistance a aussi de grands avantages de construction, en même temps qu’il en résulte des compartiments inférieurs aussi facilement accessibles que les autres.
- " m
- fformaiales tlaé®i*ic|8aes al© M. !Lav©lBMi©, la filesioM des
- eistr©4©is©s fi&®spfia®fii4ale® et aies armature» verticales.
- §'42. - Un remarquable Mémoire sur cet objet a été publié danslesAw-nales des ponts et chaussées de 1867. L’application de la théorie de la résistance des matériaux est venue apporter une vérification aux résultats d’expérience de M! Chevallier, en même temps qu’une plus grande facilité dans les calculs.
- La comparaison montre :
- 4° Que les plus grandes charges correspondent aux mêmes entretoises ;
- Qqe ,lqs charges maxiipa, accusées par les expériences, sont un peu plus faibles que celles déduites des formules, et que la différence, d’autant plus grande que l’épaisseur des bordages est plus forte, ne dépasse pa§ 7 pour 4 00 environ.
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- C.ette différence tient en grande partie à ce que la manière dont la charge s’exerce sur les pièces de l’ossature n’a pas été prise tout à fait de la même façon dans les deux cas ; de plus, la proportionnalité des charges avec les flèches centrales, admise par M. Chevallier, n’est pas exacte. Mais, en tenant compte de Cjes conditions différentes et des erreurs inévitables du procédé expérimental, on conclut que chacun des systèmes se contrôle par l’autre.
- Je vais extraire du Mémoire de M, haypinne fe résumé de ses laborieux et savants calculs.
- Soit a demi-largeur entre poteaux d’un vantail. b la hauteur du vantail,
- !n nombre des entretoises équidistantes et d’égales dimensions.
- Ic le moment d’inertie de chacune d’elles. s leur section commune.
- v le nombre des intervalles égaux correspondant aux Pièces ver- pièces verticales,
- ticales Ii le moment d’inertie de l’ensemble de ces pièces ver-
- ticales pour chaque intervalle.
- E',E" les coefficients d’élasticité de la matière pour les deux systèmes.
- « l'angle du buse avec la normale à l’axe de l’écluse. x,y les distances à l’axe neutre des points les plus écartés de cet axe pour chacun des deux systèmes. p le poids du mètre cube d’eau. k* la variable des tables 2 et 4, dont on trouvera plus loin un extrait.
- q\g" les coefficients donnés par ces tables.
- R',R" les efforts maxima qui tendent à se développer par mètre carré dans les deux systèmes, horizontal et vertical."
- On pourra résoudre les diverses questions de répartition des charges et de résistance, auxquelles la construction d’une porte d’écluse de ce système peut donner lieu, au moyen des trois formules suivantes:
- E" Y I* a3
- ' *ur= fi Te P ~ (formule <»)
- R'
- 1 , aWx
- * +
- 2 le cotang. «
- R" = 2 fpPay v le
- (formule 2e) (formule 3e) »
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- La formule 2 tient compte de la réaction due à la buttée des deux vantaux l’un contre l’autre.
- Pour déterminer les dimensions, on se servira d’abord de la formule 1, dans laquelle on donnera a k/ la valeur 3,50 correspondant à la moindre charge des entretoises, en même temps qu’au système vertical le plus faible, et on obtiendra le rapport des résistances des deux systèmes.
- On calculera ensuite, au moyen de la formule 2, les dimensions à donner aux entretoises, èt on vérifiera, à l’aide de la formule 3, si le système vertical, dont les dimensions résultent des deux premières formules, est suffisamment résistant. S’il ne l’est pas, on fera varier : soit les dimen-
- v D
- sions des pièces des deux systèmes sans changer le rapport i ni Par
- conséquent k*; soit le rapport lui-même en même temps que les dimensions des pièces des deux systèmes, jusqu’à ce que l’on obtienne pour R' et R" des valeurs convenables.
- L'application des formules aux différents cas de la pratique amènera souvent des simplifications de calculs. La valeur cotangente « est égale à 2,50 lorsque la flèche du buse est le cinquième de l’ouverture, c’est-à-dire lorsque « = 210 48'.
- Les précédentes formules] permettent de faire entrer les bordages dans la résistance du vantail; puisqu’on peut les considérer soit comme des plates-bandes-renforts pour les entretoises horizontales, soit comme des pièces verticales. Mais il n’y a d’intérêt à le faire qu’autant que les bordages sont en tôle, à l’amont et à l’aval. Dans ce dernier cas, le moment d’inertie des deux parois métalliques, tenues par l’ossature à une distance invariable, est assez considérable pour l’introduire dans les calculs; mais alors il sera bon d’adopter, pour valeur de R, un coefficient de travail de 5 kilogrammes seulement par millimètre carré. De plus on calculera l'ossature seule, c’est-à-dire sans bordages, et, dans ce cas, il sera permis d’admettre le coefficient de 8 à 9 kilogrammes par millimètre carré, dans l’hypothèse des plus fortes charges en vives eaux d’équinoxe.
- Toute sécurité sera donc obtenue, lorsque le vantail aura été soumis à ce double calcul.
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- Extrait de la table n° 2, donnant seulement les valeurs maxima du coefficient q', avec la position des entretoises les plus fatiguées dans le cas de dix entretoises égales et équidistantes.
- lj. ! VALEURS de ftp. COEFFICIENTS q’ maxima. POSITION DE L’ENTRETOISE correspondant à q’ maxima.
- 0,05 1,363 2e i 1 au-dessus du buse. i
- 0,10 1,319 3e id.
- 0,50 1,116 id.
- 0,90 0,988 ïd.
- 1,00 0,972 4e id.
- 1,50 0,893 id.
- 2,00 0,835 id.
- 2,40 0,802 id.
- ‘ 2,60 0,788 5e id. '
- 3,00 . 0,771 id. . t; , ....
- 3,50 0,753 id.
- 4,00 0,739 id.
- 4,20 0,737 6? id. ' '
- 5,00 0,732 id.
- 5,50 0,737 7e id.
- 6,00 0,750 9« id.
- - io,oo • ; ; > * 0,850 id. . ï
- : . . 15,00 . f, 0,907 ldr • • Î —
- Extrait de la table n° 4, donnant les valeurs maxima du coefficient q" pour le calcul des pièces du système vertical.
- VALEURS de ftp. .COEFFICIENTS q” maxima. POINT LE PLUS FATIGUÉ des pièces verticales. I - : 1 ....
- f i- , i. . . ; ' 0,10 . - .1 ; i ' ' XV. 0,0092 , Au droit lie la 2e entrol-oisc nu-dessus du luise.
- 0,40 0,0149 id.
- 0,80 0,0193 Au droil de la. troisième.
- 1,00 0,0214 . id.
- 2,00 0,0283 ' M. r *
- 3.00 0,0320 id.
- 3,50 0,0333 îd.
- 4,00 0,0344 id.
- 5,00 0,0359 id.
- 6,00 0,0370 id.
- 10,00 0,0393 îd.
- 15,00 0,0404 id.
- Je viens de montrer combien est simple'l’application des formules de M. Lavoinne, et j’ai fourni les éléments nécessaires à cette application
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- mais le Mémoire publié dans les Annales sera consulté avec fruit par quiconque aurait à calculer une porte d’écluse ou un système quelconque d’ossature pouvant être assimilée à l’un dés nombreux cas Considérés dans ce Mémoire.
- Calent® en Angleterre.
- | 45. — On employa d’abord les formules du professeur Peter Barlow (volumeI, de l’Institut des Ingénieurs civils de Londres); puis, en 1859, M. Kingsbury présenta;! l’institut (volume S.VIII) une note par laquelle il faisaitressortir l’avantage des portes cylindriques présentant’àd’amont un arc unique. Il les considère comme des arches soumises à dés pressions normales, et il calcule les poussées ou compressions en divers points, sans rechercher suffisamment la manière dont elles sont distribuées sur les sections, et sans tenir exactement compte des efforts fléchissants. L’année dernière, M. Browne saisit de nouveau la Société des Ingénieurs civils de Londres de la question des calcüls de résistance des portes d’écluse. Dans son Mémoire, il prend une entretoise en tôle, avec âme et plates-bandes, et la considère comme une pièce courbe et rigide soumise à des efforts fléchissants et à des forces longitudinales résultant delà réaction des deux vantaux. Il suppose que le point d’application de cette réaction est au tiers de l’épaisseur du contact à partir de l’arête d’aval.
- M. Browne, par des considérations théoriques très-complètes, arrive à une série de formules qui donnent le moyen de calculer la cambrure de l’entretoise, les dimensions de l’âme, les dimensions des plates-bandes, tant dans la section du milieu, où elles doivent être plus fortes à l’amont, que dans les sections des extrémités où, au contraire, c’est la plate-bande d’aval qui est plus fatiguée. Puis les formules se simplifient pour devenir applicables au cas d’entretoises en treillis, c’est-à-dire à âme évidée, et puis enfin au cas d’entretoises à section quadrangulaire, comme dans lés portes en bois. Mais, comme il n’est pas pratique de donner aux bois la courbure que les calculs indiquent comme la meilleure, l’auteur de la note conseille de faire chaque entretoise en deux pièces courtes, avec un poteau au milieu de la longueur, et il considère chaque moitié comme un vantail séparé, pour «le calcul duquel il applique ses formules, tout en les rendant applicables à des pièces droites, pour le cas où chaque demi-vantail sera composé d’entretoises rectilignes.
- M. Browne fait ressortir de ses formulés que la quantité du métal employé dans les portes existant en Angleterre est beaucoup trop grande, principalement dans les plates-bandes ou bordages; qu’il est possible de diminuer ceux-ci sans descendre toutefois jusqu’aux épaisseurs fournies par le calcul, parce qu’on arriverait à des dimensions trop faibles pour résister aux pressions d’eau. Il conclut, par suite, à l’adoption de portes courbes, à ossature métallique-, recouverte, tant à l’aval qu’à l’amont, par
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- des bordages en bois, calfatés pour être étanches ; portes dont un spécimen existe à Cardiff.
- Je ne donne pas les formules signalées par M. Browne, parce que, faisant en grande partie double emploi avec les formules usitées en France pour le calcul des pièces courbes, elles pourraient être sans intérêt; mais il sera toujours possible de se reporter à la note insérée dans les publications de l’Institut (janvier 1871).
- Je ne connais pas les autres modes de calculs appliqués en Angleterre; mais je pense qu'aucun ingénieur anglais n’a mis à profit les précieux résultats théoriques et pratiques que j’ai indiqués sur la flexion d’un système composé de pièces horizontales et verticales.
- Je p.ense aussi que la plupart des ingénieurs anglais n’apportent pas assez de soins dans leurs calculs de résistance ; se fiant à leur expérience ou à des formules empiriques qui n’ont d’autre mérite que la simplicité, ils s’exposent souvent à des erreurs en calculant, par comparaison ou par assimilation, les dimensions de pièces exceptionnelles, comme le sont celles des portes d’écluse maritimes. Je dois néanmoins.(ajouter qu’un assez grand nombre d’ingénieurs distingués ne négligent pas, malgré leur haute expérience, de recourir aux calculs, basés aussi bien sur la théorie que sur les précieux enseignements de la pratique.
- Avant de terminer, je vais donner, par un tableau, les coefficients de travail .usités en Angleterre, pour les principaux bois employés dans les constructions, ainsi que pour le fer et la fonte. Ces coefficients égalent le sixième 4es efforts qui amènent la rupture à la flexion ; par conséquent ils. représentent la moyenne. Ans résistances à la traction, et à Ig compression. , . .. .
- „ 3,. GÜËFF1CIENT DE IIUÏiLÏL. LU .FLEXION., EFFORTS
- 1 DÉSIGNATION. •><*< i DE JtUPTUltE q
- En quintaux. En kilogrammes ; à la flexiop....
- 4 ‘ ; " V ' v 1 et par ' et par par centimètre carré.
- - ,pouce carré anglais;. , centimètre carré.
- Sapin (Deal)......... ->. Ton " 44 <£Ui«tanx. , > •,14s(). kilog. •r ttôô l£ilos*(i
- Chêne anglai s pu américain., 13 700 -vup
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- Greenheart ,ou ironwood.... . 23. . 479 >1080
- Chêne africain."......... 22 171 102Ô r
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- CHAPITRE VIL
- CONCLUSIONS.
- Cherchons quel est le type de portes d’écluse qu’il conviendrait d’adopter.
- Tout d’abord, examinons quelle serait la largeur entre bajoyers la plus convenable, ou plutôt recherchons-en les limites, parce que l’ouverture des écluses ne peut pas être absolument uniforme. Mais nous pouvons dire que, dans les ports déjà munis de grandes entrées, il nous paraît inutile de dépasser dans l’avenir la largeur de 21 mètres ou 70 pieds anglais. Il faut observer, en effet, que le radier des écluses est presque toujours courbe en forme de voûte renversée, pour mieux résister aux sous-pressions. Or, l’exagération de la largeur permettrait aux grands bateaux à hélice (dont l’adoption paraît devenir générale aujourd’hui) de passer hors de l’axe de l’écluse, c’est-à-dire dans un point où la profondeur d’eau est moins grande. Mais, d’autre part, il est bon de ne pas descendre au-dessous de 47 à 18 mètres de largeur, afin de faire face aux éventualités de l’avenir. La dimension de vingt mètres nous paraît donc être une bonne moyenne.
- Quant au meilleur type de portes, c’est évidemment celui qui met à profit le secours que les armatures verticales apportent à des entretoises horizontales, égales et équidistantes. Les avantages de ce système composé sont indiscutables quand il s’agit de portes en fer. Il n’en est pas tout à fait de même, à notre avis, dans le cas de portes en bois. En effet, il est plus difficile de se procurer une série de bois de mêmes dimensions que des pièces de dimensions diverses; d’un autre côté, la légèreté des portes en bois augmente avec le volume déplacé en mortes eaux, et, lorsqu’il y a équidistance des entretoises, ce volume diminue évidemment; les portes en bois à entretoises équidistantes sont donc plus lourdes. ,..... i
- Si nous abordons maintenant la question de forme, droite ou cylindrique, des entretoises, nous remarquons que la courbure conduit à une quantité de matériaux moins grande, et qu’elle est plus économique pour des portes en bois, malgré la plus-value de prix des buses en pierre. Mais, dans le cas des portes en fer, cette économie est purement théorique ; «lie n’psjste pas en fait, d’abord à cause de l’obligation de donner aux
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- tôles de bordage des épaisseurs plus fortes que n’en demanderaient des vantaux courbes ; et puis fa forme curviligne, à l’amont comme à l’aval, augmente les difficultés d’exécution des vantaux en fer qui, il ne faut pas l’oublier, doivent être étanches dans leur caisse à air. Nous pensons donc que des entretoises droites à l’aval doivent être adoptées pour les portes métalliques.
- Quand il s’agit de vantaux en bois, la forme cylindrique a l’inconvénient de ne pas permettre l’emploi des écharpes, pièces indispensables pour avoir des portes suspendues. Mais, lorsque des roulettes sont reconnues utiles, les vantaux courbes en greenheart, comme ceux de la Mersey, devraient être préférés à tous autres en bois, à cause de la durée exceptionnelle du greenheart à l’eau de mer, et de la possibilité d’employer des bois de toutes dimensions.
- Nature des matériaux. — Nous avons vu, dans le chapitre Y, que, tout considéré, les portes en fer sont incontestablement! plus économiques que toutes les autres ; nous avons vu aussi, à l’occasion des portes de Boulogne, qu’elles présentent les avantages suivants : ; , '
- 1° Légèreté obtenue à volonté par la dimension de la chambre à air ;
- 2° Rigidité plus grande ; < .
- 3° Manœuvre plus facile et possible à toutes les hauteurs d’eau, lorsque les portes sont sur roulettes ; i , -
- 4° Faculté de les rendre lourdes en cas de ressac ;
- 5° Charges constantes sur le pivot et la roulette, à moins de circonstances exceptionnelles ; iw ,
- 6° Possibilité de les faire suspendues, sans écharpes, puisque les bor-dages en tiennent lieu ; ,, , =1, ^; i ^ ^
- 7° Facilité de visite et d’entretien ; ^ : . : î jo
- 8° Durée plus grande. ; .c-sj.i <js
- Cette énumération est concluante en faveur des portes métalliques comparées aux portes en bois.
- Quant à celles que nous avons appelées mixtes, il a été démontré qu’elles devaient être abandonnées.
- Cependant les portes en bois ont encore de nombreux partisans. Elles sont plus faciles à construire et à remplacer. On peut objecter, en effet, que les vantaux en fer doivent être montés debout, ce qui constitue une difficulté en cas de remplacement et une dépense plus grande, puisqu’on peut faire à plat le montage des vantaux en bois. A cela nous répondrons : 1° que le montage debout a été adopté pour les deuxièmes portes
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- en bois de Saint-Nazaire, et que l’abatage en chantier y a parfaitement réussi; %° .qu.ç, si. la dépense ...de moulage est plus grande, i’écqnomje provenant de la .dqréa,apporte.une iîi^n large cpmpensationr
- En résumé, les portes d’écluse en fer doivent être préférées dans les ports maritimes, .à jppius que les dimensions ne soient très-faibles, auquel cas des vantaux en fer ne seraient pas assez épais pour être facilement accessibles dans toutes leurs parties.
- Nous pensons que.l'épaisseur de fa coque en fer, vers les poteaux, .doit être prise au moins égale à O-,60, pour .être augmentée vers le milieu, d’après les indications des calculs derésistançe. Il y aura toujours avantage pratique à exagérer, pour ainsi dire, l’épaisseur d,u vantail» sauf à réduire é 8 ou 9 millimètres .celle de,s âmes horizontales intérieures, ou à les faire en treillis, à l’exception, naturellement, de .celle qui ferme la chambre à air, dont l’accès sera permis en tout temps, au moyen d’une ou de deux cheminées traversant le vantail, seulement dans sa partie supérieure envahie .par le flot, à la marée montante ; on évitera ainsi les cheminées dans la chambre à air, et on obviera à rinconvénient qu’elles présentent de rétrécir les chemins ide communication.
- Au-dessus de la chambre* les bordages en tôle, s'étant plus indispensables, pourraient, à la rigueur, être supprimés, soit à l’aval seulement, soit éiême sur lès deux fanés, pohriêtre remplacés par des madriers en bois, jointifs et calfatés à l’amont, tandis que, à l’opposé, ils seraient à claire-voie. De cette façon, les détériorations que le choc des navires pourrait occasionner .«'miraient aucune conséquence grave, puisque la réparation en serait facile et économique.,.
- Cette disposition procurerait une économie notable et np supprimerait aucun des avantage^ signalés, si oh avait la précaution de l'apporter, dans la partie supérieure de l’ossaWre eh fer, des pièces obliques formant contreventements et écharpes, pour le ’ëàs ëii les portes seraient suspendues. -
- 11 sera bon d’exclure l’emploi de cornières plus ;faibles que 8.0 x 80, dans toutes les parties importantes, adu d^PèUVQir poser .des rivets de 20 millimètres. Enfin, le bois de greenheart devr^trc,employé à la confection des fourrures des poteaux et du buse.
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- Nous ne regretterons pas d’avoir abordé cette étude, encore incomplète, si elle peut être de quelque utilité en France pour la construction des portes d’écluse à la mer.
- Paris, juin 1872.
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- Paris —' lmp, VIEVILLE et CAPIOMONT, rue des Poitevins, 6.
- imprimeurs de la SocitUé îles Ingénieurs civils.
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- MEMOIRES
- ET
- COMPTE RENDU DES TRAVAUX
- DE LA
- SOCIÉTÉ DES TOGÉOTEiraS CIVILS (JUILLET, AOUT, SEPTEMBRE 1872)
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- Pendant ce trimestre, les questions suivantes ont été traitées :
- 1° Percement du Mont-Cenis (séance du 5 juillet, page 424).
- 2° Photographie reproductive des dessins au moyen du papier au ferro-prussiate, de M. Marion, par M. Tronquoy (séances des 5 juillet et 2 août, pages 424 et 432).
- 3° Chemins de fer nécessaires, par M. Goschler (séance du 5 juillet, page 427).
- 4° Grèves et. coalitions, par'MM. (Benoit-Duportail, Desmousseaux de Givré etGaudry (séances des 5 juillet et 16 août, pages 428, 438 et 439).
- 5° Bacs à vapeur pour chemins de fer, par M. de Goëne (séance du S juillet, page 430).
- 6° Brevets d1 invention pris en France par des habitants de VAlsace-Lorraine, par M. Dufresné (séance du 2 août, page 433).
- 7° Législation des chaudières à vapeur, par M. Gibon (séance du 2 août, page 433).
- 8° Affinage des métaux, par M. Pierre Thomas (séance du 2 août, page 433).
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- 9° Régulateurs isochrones dérivés du système de Walt, parM. Yvon Yillarceau (séance du 2 août, page 435).
- 10° Alimentation de Paris par les eaux de la vallée de la Vanne, par M. Bornés (séance du 16 août, page 441).
- 11° Artillerie rayée, par M. Pinat (séance du 16 août, page 445).
- 12° Machines locomotives à rail central du chemin de fer de Canta-gallo [Brésil), par M. Desbrière (séance du 6 septembre, page 448).
- 13° Théâtres (agencement des scènes de), par M. Queruel (séance du 6 septembre, page 452)*
- Pendant ce trimestre, la Société a reçu :
- 1° De M. Pinat, membre de la Société, un exemplaire d’une note sur un Procédé de fabrication des bandages de roues pour matériel de chemin de fer.
- 2° De M. Émile Barrault, membre de la Société, une note sur la Législation des brevets d'invention dans T’empire (TAllemagne.
- 3° De M. Crétin, membre de la Société, un exemplaire d’ütl Album contenant les types des bâtiments à établir sur le nouveau réseau de la Compagnie des chemins dé fer de T Ouest.
- 4° De M. Deschamps, ingénieur, un exemplaire de sa brochure sur les chemins de fer et tramways dans Paris.
- 5° De M. Jordan, membre de la Société, tin exemplaire de son Mémoire sur la fabrication du fer et de T acier-.
- 5° De M. Malézieux, ingénieur en chef des punts et chaussées , de la part de M. Goursolles, un exemplaire d’un rapport présenté par le Ministre des travaux pubics sur la Colombie anglaise.
- 7° De M. Yvoü Yillarceau * membre dé la Société, des exemplaires de son Mémoire sur les Régulateurs isochrones.
- 8° De M. Giroud, membre de la Société, Un exemplaire de son Traité sur la pression du gaz d’éclairage et sur les moyens à employer pour la . régulariser.
- 9° De.M. Armengaud aîné, membre de la Société, une Note sur les Droits des brevetés français en Alsace-Lorraine.
- 40° De M. Desbrière, membre de la Société, une Note sur dés Essais
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- des machinés locomotives à rail central du chemin clé fer de Cantagallo [Brésil).
- 11° De M. Défilés, membre de la Société, uilë Note sur Y alimentation de Paris par lés eaüoc de la Vallée de là Vanné.
- 12° Dé M. RéÜnâ, membre dé la Société, un Mémoire sur VAssainissement des Villes èt dés VÔil'rS dèOMoè [égouts et irrigations).
- 13° De M. Gustave Maurice, ingénieur civil des Mines ; un exemplaire de sa traduction de l’ouvrage de M. WaringtonW. Smith, sur la Houille èt B exploitation des houillères en Angleterre.
- 14° De M. Goschler, membre de la Société, un exemplaire de l’Étude sur le chauffage et la ventilation des wagons de voyageurs, par M4 le baron N. de Derschau, ingénieur russe.
- 1S° De MM. Ôescïiger èt Mesdàch, membres de la Société, une tubulure en cuivre rouge sans soudure.
- 16° Dë M. Terrier, ingénieur, ttiî exemplaire de la notice, sur un Projet de boulangerie coopérative à Tarbes.
- 17° DëM. OSssëf'on dé Yillëtioièÿ, àüciéii colonel dugétiie, uti 'exemplaire de sa note sur la poussée des terrés et la construction dés murs de revêtements.
- 18° De M. le Ministre des travaux publics, un exemplaire de l’ouvrage de M. Delesse, ingénieur en chef des mines, sur la Lithologie du fond des mers.
- 19° De M. Eugène Lacroix., éditeur : 1° Un exemplaire du Guide du teinturier, manuel cômplet des connaissances chimiques , par M. Frédéric Fol, chimistè ; 2° uïi exemplaire dë Y Expose des applications de h électricité, par le comte Th. duMoncel ; 3° un exemplaire delà Science de la construction des navires, par M. Cavalier de CüverMlle; 4° Un exemplaire de la Théorie et application des dynamoteurs , par Fi Guzman.
- 20° De M. Périssé, membre de la Société, un Mémoire sur les Portes décluse à la mer en France et en Angleterre.
- 21° De M. Blake, membre de la Société, un exemplaire du Rapport dû Conseil général du département de la Savoie, session de 1871. — Un exemplaire du Budget rectificatif du département de la Seine-Inférieure pour Vexercice 1871. — Un exemplaire d’ün Mômoirë stir lé drainage de la Maremme-Toscanne.
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- 22° De M. Ronna, membre delà Société, un exemplaire d’une note sur Y Exposition universelle de Vienne en 4873.
- 23° De M. de la Gournerie, ingénieur en chef des ponts et chaussées, un exemplaire de son Mémoire sur XAppareil de Varche biaise.
- 24° De M. Forquenot, membre de la Société, neuf planches représentant XÉlévation, plan, profil avec coupes des voitures à voyageurs de lre, 2e et 3eclasse, dudernier type à grands panneaux, sans baguettes, modèle de 1869 de la Compagnie d'Orléans.
- 25° DeM. Paul Barbe, membre de la Société, un exemplaire d’une Etude pratigue sur la dynamite et ses diverses applications à l'art militaire.
- 26° Annales industrielles, les numéros du troisième trimestre 1872.
- 27° De la Société des Ingénieurs civils d'Ecosse, leur bulletin du troisième trimestre de 1872.
- 28° De l’Institution of Mechanicat Engineers, les numéros du troisième trimestre 1872 de son bulletin.
- 29° De la Société industrielle de Reims, les numéros de son bulletin de septembre et octobre de 1871.
- 30° Delà Revue horticole, les numéros du deuxième trimestre 1872.
- 31° De la Gazette du Village, les numéros du troisième trimestre 1872.
- 32° De la Société des Ingénieurs autrichiens, les numéros du deuxième trimestre de 1872, de leur Revue périodique.
- 33° Du Journal Organ fur die Fortschritte des Eisenbahnwesens, le numéro 2 de 1872.
- 34° De la Société de l’industrie minérale de Saint-Etienne, le numéro du premier trimestre 1872 de son bulletin.
- 33° Du Journal d’agriculture pratigue, les numéros du troisième trimestre 1872.
- 36° De la Revue d’architecture, les numéros 5 et 6 de l’année 1872.
- 37° De la Revue les Mondes, les numéros du troisième trimestre 1872.
- 38° Du journal The Engineer, les numéros du troisième trimestre 1872.
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- 39° De la Société $ encouragement, les numéros du [troisième trimestre 1872 de son bulletin.
- 40° De la Société de géographie, les numéros du troisième trimestre 1872 de son bulletin.
- 41° De la Société nationale et centrale dé agriculture, le numéro d’octobre et novembre 1871 de son bulletin.
- 42° Des Annales des chemins vicinaux, les numéros du troisième trimestre 1872.
- 43° De la Revista de obras publicas, les numéros du deuxième trimestre 1872.
- 44° De la Revue des Deux Mondes, les numéros du troisième trimestre 1872.
- 45° Du journal le Moniteur des travaux publics, les numéros du troisième trimestre 1872.
- 46° Du Journal de Véclairage au gaz, les numéros du troisième trimestre 1872.
- 47° Du journal le XIXe Siècle, les numéros du troisième trimestre 1872.
- 48° Des Annales du Génie civil, les numéros du troisième trimestre 1872.
- 49° Du Journal des chemins de fer, les numéros du troisième trimestre 1872.
- 50° Du journal le Cosmos, les numéros du troisième trimestre 1872.
- 51° De la Société des Ingénieurs portugais, les numéros du troisième trimestre 1872 de leur bulletin.
- 52° Du journal la Semaine financière, les numéros du troisième trimestre 1872.
- 53° Des Annales des Conducteurs des ponts et chaussées, les numéros du deuxième trimestre 1872.
- 54° Des Nouvelles Annales de la construction, les numéros du deuxième trimestre 1872.
- 55° Du Portefeuille économique des machines, les numéros du troisième trimestre 1872.
- 56° Du journal la Houille, les numéros du troisième trimestre 1872.
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- 57° J)es Comptes rendus de l’académie des sciences, les numéros du troisième trimestre 1872.
- 58° De Y Union des charbonnages, mines et usines métalliques de la province de Liège, les numéros du troisième trimestre 1872 de son bulletin.
- 59° Du journal Engineering, les numéros du troisième trimestre 1872.
- 60° Des Annales des ponts et chaussées, les numéros du troisième trimestre 1872.
- 61° Société industrielle de Saint-Quentin et de IAisne, le deuxième numéro de son bulletin de 1872.
- 62° Société académique dé agriculture, des sciences, arts et belles-lettres du département de VAube, le tome IX de la quatrième série de son bulletin.
- 63° Institution of civil Engineers, le numéro de leurs minutes of Proceedings de 1872.
- 64° Société des Ingénieurs anglais, le numéro de leurs transactions pour l’année 1872-
- 65° Du Comité des forges de France, les numéros 74, 76, du bulletin.
- 66° De la Société industrielle de Mulhouse, le numéro de mars et avril 1872 de son bulletin.
- 67° De Y Association des anciens élèves de V Ecole de Liège, les numéros 13 et 14 de 1872 de son bulletin.
- 68° Des Annales des mines, les numéros de la 3- livraison de 1872.
- 69° De la Revue universelle des mines et de la métallurgie, les numéros du quatrième trimestre 1872.
- 70° De VAéronaute, bulletin international de la navigation aérienne, les numéros du premier trimestre 1872.
- 71° Du Moniteur des fils, des tissus, des apprêts et delà teinture, les numéros du troisième ftimestre 1872.
- 72° Société nationale des sciences, de !agriculture et des arts de Lille% le numéro dp premier trimestre 1871 de son bulletin.
- 73° A Magyar Mémôk-Egyesület Kôzlonye, les numéros du troisième trimestre 1872.
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- 74° De la Société des anciens élèves des Écoles d'arts et métiers, les numéros de son bulletin du troisième trimestre 1872.
- 75° De la Société Vaudoise des Sciences naturelles, les numéros de juillet et août 1870 de son bulletin.
- 76° Société des Architectes et Ingénieurs du Hanovre, les numéros 3 et 4 de 1871 de leur bulletin.
- 77° Société des Arts d’Edimburgh, le premier numéro de 1872 de son bulletin.
- Les Membres admis pendant ce trimestre sont :
- Au mois de juillet :
- MM. Barbier, présenté par MM. Gérard, Leclanché et Thomas (Pierre). Sourdais, présenté par MM. Bemimuid, Muller et Yée.
- Bourdin, présenté par MM. Guéroult, Muller et Yée.
- Paul, présenté par MM. Le Brun, Périssé et Rey.
- Vauvilliers, présenté par MM. Le Brun, Périssé et Rey.
- Au mois d’août :
- 'MM. Froment, présenté par MM. Leygue, Muller et A. Tresca. Porte, présenté par MM. Périssé, Muller et Tresca,
- Comme Membres associés :
- MM. Lissignol, présenté par MM, de Dion, Molinos et Muller.
- Coûtant, présenté par MM. Carimantrand, Flachat et Marché.
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- RÉSUMÉ
- DES
- PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES
- DU
- IIP TRIMESTRE DE L’ANNÉE 1872
- Séance dm 5 .SniSlct 18Ï2.
- Présidence de M. L. Molinos, Vice-Président.
- Le procès-verbal de la séance du 21 juin est adopté.
- M. Gaudry n’a pas trouvé dans le procès-verbal de la précédente séance exactement indiqués les détails qu’il avait donnés sur sa visite au Mont-Cenis, accompagnés suivant lui de trois caractères importants. — Il était dans un train ordinaire qui a mis 35 minutes à faire le trajet. — Un autre train les a croisés dans le tunnel, un nuage de vapeur a rempli le wagon pendant quelques minutes sans grande incommodité. Enfin le temps était beau et chaud à l’une des extrémités, froid et pluvieux à l’autre. — La traversée s’est donc faite dans des conditions aussi défavorables que possible, et cependant M. Gaudry n’a constaté aucun des inconvénients qu’on croyait avoir à redouter. Le grand tunnel du Mont-Cenis se traverse donc absolument comme on traverse les ^tunnels connus de Blaisy, Rollebois ou autre. Il lui semble que cela doit faire bien augurer de l’avenir des chemins souterrains dans Paris, pour lesquels la longueur totale sera moins longue que celle du tunnel du Mont-Cenis, outre que des parties découvertes et des puits d’aérage seront ménagés.
- M. Richard pense que les conditions dans lesquelles se trouvent les chemins souterrains dans Paris et celles du tunnel du Mont-Cenis. ne sont pas tout a fait comparables, aucune assimilation ne lui paraît possible entre le tunnel du Mont-Cenis et les tunnels sous Paris, en raison surtout de la fréquence des trains qui auront à traverser ces derniers.
- •' Il est donné lecture d’une note de M. Tronquoy sur la reproduction photographique des dessins au moyen du papier au ferro-prussiate de TSOÎarlonT^ “
- '"""Certaines substances (des sels d’argent, de fer, de chrome, etc...) ont la propriété de prendre une teinte plus ou moins foncée lorsqu’elles sont exposées à la lumière (particulièrement lorsqu’elles sont en contact avec des matières organiques).
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- Depuis longtemps déjà cette propriété a été utilisée pour la reproduction photographique de dessins et de gravures : du papier est imprégné d’une dissolution de l’un des sels en question, puis exposé à la lumière sous le dessin à reproduire, ce dessin ayant été préalablement rendu transparent par un procédé convenable.
- La lumière, en tamisant à travers les parties du dessin où il n’existe ni trait, ni teinte, agit sur la couche sensible non protégée, et dans un temps plus ou moins long la modifie en laissant inaltérées, ou à peu près, les parties protégées.
- Les sels les plus ordinairement employés étaient l’iodure ou le chlorure d’argent; mais leur emploi exige certaines précautions minutieuses, des manipulations longues et délicates, tant avant qu’après l’exposition à la lumière. Ils ont surtout l’inconvénient de donner des papiers qui ne peuvent se conserver longtemps bons pour l’usage.
- A ce dernier point de vue, le papier Marion au ferro-prussiate (ferro-cyanure de potassium) est préférable aux papiers aux sels d’argent ; du papier Marion qui avait été conservé pendant plus d’un an a donné au bout de ce temps des épreuves très-satisfaisantes. L’inconvénient qu’on peut lui reprocher, c’est de donner des dessins bleus.
- Ce papier, tel qu’on le vend, se présente recouvert d’un côté d’une couche sensible, soluble dans l’eau et ayant une couleur d’un jaune olive sale, qui, exposé à la lumière, prend successivement les teintes ci-après, se substituant les unes aux autres, d’autant plus rapidement que la lumière est plus intense :
- Jaune verdâtre.
- "Vert bleuâtre.
- Bleu gris.
- Gris-olive.
- Olive gris à reflets métalliques.
- En même temps la couche qui était soluble dans l’eau devient progressivement insoluble. — Il est à noter d’ailleurs, que, dans l’eau, les teintes indiquées ci- ' dessus se modifient et passent toutes à un ton brillant bleu de Prusse, d’autant plus foncé que la couche sensible a été plus attaquée sous l’action lumineuse.
- Sous un papier transparent les mêmes modifications de teinte se produisent, mais plus lentement.
- Si donc on applique sur ce papier photographique un dessin tracé sur un papier transparent, tel que du papier-calque, du papier-pelure ou de la toile à calquer, et qu’on l’expose à la lumière, les parties protégées par le dessin contre l’action de la lumière conserveront à peu près leur teinte primitive, tandis que les autres se modifieront.
- Il convient d’arrêter l’action lumineuse au moment où les parties opaques du dessin, après être restées très-visibles sur le reste du papier, commencent à ne plus s’en1 distinguer.
- Si le dessin est un simple trait, il faut qu’il se détache en bleu gris sur le fond olive bronzé.
- Ce résultat obtenu, si la feuille photographique est plongée dans de l’eau ordinaire, les parties attaquées par la lumière, celles qui se sont bronzées, prennent une teinte bleu brillante, tandis que celles qui ont été protégées par le trait du dessin se dépouillent complètement et apparaissent en blanc, à peu près comme un dessin à la craie sur un tableau noir.
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- Si l’on avait un dessin dont le trait'fût transparent sur un fond opaque, tel, par exemple, que celui qu’on pourrait tracer avec une pointe sur une couche de peinture recouvrant une vitre, ou bien celui que donneraient certains procédés photographiques, comportant l’emploi de sels d’argent, on obtiendrait un dessin bleu sur fond blanc;
- Il est facile de concevoir que la netteté de la reproduction dépend :
- î° De la différence d’opacité du fond et du dessin;
- %° De la manière dont le dessin original aura pu être appliqué sur Le papier sensible,
- En effet, si le trait du dessin (il est question ici d’un dessin ordinaire) n’est pas tracé avec une encre assez épaisse, il laissera passer la lumière comme le papier lui-même, et la différence des teintes sur l’épreuve photographique ne sera pas tranchée; si le dessin fait des plis, des godes, la lumière diffuse agit sous les traits, du dessin qui sont effacés ou apparaissent mous et mal déterminés.
- La reproduction la plus nptte s’obtient lorsque l’on .'peut mettre en contact la face du dessin et la couche sensible ; mais alors la reproduction est inverse de l’original, c’est-à-dire que ce qui est à droite dans l’un est à gauche dans l’autre, et vice versâ} les écritures sont retournées,
- ‘Avec des papiers transparents très-minces, on obtient encore beaucoup de netteté en appliquant l’envers du dessin sur }a couche sensible, et la. reproduction est tout à fait exacte ; les écritures sont dans leur vrai sens.
- Lorsque le papier n’est pas transparent, on peut, en faisant fondre dessus de la cire vierge, à un feu doux, en ayant soin qu’il n’v ait pas excès de cire, donner la transparence qui manque; mais, à moins qu’on ne consente à avoir un dessin inversé, on n’a pas une grande netteté à cause de la lumière qui devient diffuse dans l’épaisseur du papier.
- Ce qui vient d’être dit fait comprendre la nécessité d’avoir une juxtaposition aussi complète que possible de l’original et du papier sensible.
- On y arrive par l’emploi de. châssis ou presses à reproduction construits spécialement dans ce but.
- Le châssis le plus simple et par suite le plus commode consiste en un simple cadre en bois, contenant une très-forte glace retenue dans une feuillure dont les bords extérieurs sont taillés en biseau pour éviter l’ombre portée par l’épaisseur du bois lors de l’exposition à la lumière.
- C’est sur cette glace, qui doit toujours être maintenue dans un grand état de propreté, qu’on dispose le dessin à reproduire, par-dessus lequel on étend la feuille.de papier photographique, la couche sensible appuyée contre le dessin.
- On recouvre les deux feuilles de plusieurs doubles de papier buvard et d’un feutre constituant un coussin élastique.
- » Le châssis poiuprend aussi une planchette, susceptible de se plier en deux, trois ou quatre elle est destinée à maintenir le contact du dessin, du papier et du coussin éiâ.stique., poutre lesquels elle est appuyée par des ressorts fixés à, des barres transversales prenant leurs points d’appûi sur le cadre, d’un côté par des charnières autour, desquelles, elles peuyeut tourner, et de l’autre par des. taquets à pivot s'engageant dans upe gâchette.fl faut âPP°?ter à la fabrication des châssis à: reproduction le. plus grand soin, de manière à obtenir pn contact parfait du papier sensible et du dessin, il faut que ]p planchette, en s’ouvrant, présente du côté du des.sin une surface bien plane.
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- Avec ce châssis il est.facile de suivre l’effet (3e Jg lumière sur Je papier photographique en ouvrant une barre transversale, ou deux si le Qhâssis eu comporte trois ou quatre, et en faisant plier la planchette et ep soulevant le papier sensible pour le regarder.
- Cet examen doit se faire à l’ombre, autant que possible, et mieux à la lumière d’une bougie, comme toutes les opérations qui précèdent ou qui suivent immédiatement l’exposition à la lumière.
- Ce n’est qu’après le lavage à l’eau que l’épreuve peut être laissée au jour.
- Résumé. — En résumé, une reproduction exige les opérations suivantes:
- 1° Découper le papier photographique à la grandeur du dessin et au plus à celle du châssis dont on dispose ; il est bon dé se ménager uu peu de marge autour du dessin.
- 2° Mettre le dessin sur la glace du châssis, qui a été ouvert à Favancp;
- Au dessin, superposer le papier photographique, la couche sensible contre le dessin ;
- Les appliquer aussi exactement que possible l’un contre l’autre en se servant du coussin de papier brouillard et de la planchette, et enfin en rabattant les barres à ressort et les fixant.
- Tous ces préparatifs doivent être faits à une lumière faible et mieux à la, clarté d'une bougie.
- 3° Exposer à la lumière tout le temps nécessaire pour arriver au point convenable de coloration du papier, c’est-à-dire, si l’on a un dessin noir sur papier blanc transparent, jusqu’à ce que le trait se dessine faiblement en bleu sur fond bronzé, op> si l’on a un dessin transparent sur un fond opaque, jusqu’au moment où le dessin apparaît en olive gris à reflet métallique sur fond vert bleuâtre.
- Quelquefois dix minutes suffisent pour arriver au résultat ; d’autres fois il faut plusieurs heures, suivant la vivacité de la lumière.
- 4° Laver dans plusieurs eaux jusqu’à pe que les blancs soient bien purs, -rr Le lavage permet quelquefois de faire revenir une épreuve trop posée, c’est-à-dire celles dans lesquelles les parties qui devraient être blanches seraient légèrement teintées en bleu.
- 5° Sortir l'épreuve de l’eau, l’égoutter et enfin la sécher entre des feuilles de papier buvard.
- M. Goschler donne à la réunion une analyse succincte delà Note qu’il adresse à la Société sur les chemins de fer nécessaires,.
- Cette Note, qui sera publiée m extenso dans le Bulletin, est divisée en quatre parties précédées d’une introduction.
- Dans l’introduction, l’auteur répond aux diverses objections que rencontrent les demandes de concessions récemment introduites. Il démontre par1 des renseignements puisés aux sources officielles que les intérêts engagés n’ont rien à craindre d’un nouveau développement des chemins de fer en France.
- La première partie est consacrée à l’étude comparative du réseau actuel avec celui des autres nations, et de ses rapports avec les besoins du pays, à Texamen des ohaFr ges qui pèsent sur la France tant que son réseau n’est pas complet. s
- Par un calcul très-simple, Fauteur arrive à conclure que le minimum du réseau des chemins de fer nécessaires est de 30,000 kilomètres, ce qui conduit à demander, la construction à bref délai de 13,000 kilomètres complémentaires.
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- Il étudie, dans la seconde partie, l’importance du capital à consacrer au nouveau réseau. D’après le rendement probable déduit de l’expérience, ce capital ne doit pas en moyenne dépasser 80 à 100,000 francs par kilomètre, ce qui conduit à la conclusion: les chemins de fer qui restent à construire en France, sauf quelques exceptions, sont des chemins qui doivent être économiquement construits et économiquement exploités.
- Dans la troisième partie, M. Goschler passe en revue les trois systèmes de chemins de fer économiques ayant fait leurs preuves : les tramways, les chemins de fer à petite section, les chemins à section normale, dits d’intérêt local.
- Des considérations puisées dans -les nécessités de l’exploitation conduisent l’auteur à écarter du concours les tramways et à recommander l’application des deux autres systèmes: les chemins à petite voie, parce qu’ils demandent un faible capital d’établissement et des frais d’exploitation réduits, lorsque la configuration tourmentée de la contrée et l’importance du trafic y conduisent naturellement; les chemins à voie normale économiquement appliqués, parce qu’ils permettent d’établir une communication directe entre deux autres lignes de voie ordinaire, à la condition toutefois que ces chemins s’installeront sans dépasser les limites du capital que l’on peut raisonnablement y consacrer.
- M. Vuillemin peut indiquer, comme exemple, un chemin construit dans l’Est par un particulier, dans des conditions très-faciles, moyennant 50,000 francs par kilomètre, y compris les stations, mais non compris les terrains, ni le matériel roulant. Ce dernier ne comptera d’ailleurs qu’une locomotive, une voiture et quelques wagons.
- M. Goschler pense que, si des dépenses encore plus faibles sont nécessaires, la petite section est la véritable solution.
- M. le Président. La Société sera sans doute d’avis de ne pas discuter aujourd’hui l’intéressant Mémoire de M. Goschler. Il sera imprimé et joint aux documents réunis pour la discussion générale sur les chemins de fer.
- M. Benoit Duportail donne communication de son Mémoire sur les coalitions et les grèves.oÇe Mémoire sera publié in extenso dans le Bulletin.
- M. Desmousseaux de Givré dit qu’il continuera cette communication de M. Benoît Duportail en réfutant le rapport de la Commission d’économie sociale : non plus tout à fait aux mêmes points de vue, mais avec une aussi vive conviction.
- M. Loiseau ne distingue pas bien comment M. Benoit Duportail réfute le rapport de la Commission. Il eût voulu voir plus de faits cités. Il rappelle que les patrons se coalisent pour la défense de leurs intérêts, il citera comme exemple les fabricants de sucre. Pourquoi les ouvriers n’auraient-ils pas les mêmes droits? D’un autre côté, il blâme les violences auxquelles les ouvriers ont souvent recours, et pense qu’il faut aviser aux moyens nécessaires pour que la grève se passe tranquillement.
- M. Vuillemin fait remarquer que, depuis vingt ans, il a vu la main-d’œuvre augmenter continuellement pour les ouvriers de chemins de fer ; ce résultat ne peut être attribué à la coalition, mais à la loi générale de l’offre et la demande. Aujourd’hui il y a encore une augmentation notable due à la pénurie d’ouvriers spéciaux, et cette élévation des prix se maintiendra, même quand la quantité de travail diminuera.
- M. Lebrun vit depuis trente ans avec les ouvriers ; la main-d’œuvre a augmenté
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- graduellement, sans grève. On n’a même plus besoin de faire un apprentissage pour trouver de l’ouvrage.
- M. Deligny demande le renvoi du Mémoire de M. Benoit Duportail à la Commission spéciale dont il est rapporteur.
- M. Maldant est d’avis que la grève est un abus des plus funestes, également nuisible aux ouvriers, aux patrons et à la société.
- La grève est la négation de la liberté individuelle, et conduite, en général, par la partie la plus ardente et la moins laborieuse de la classe ouvrière, elle sacrifie l’intérêt général et réel de cette classe à l’intérêt étroit et égoïste des paresseux; et elle est impuissante à produire autre chose qu’une agitation déplorable et stérile.
- Un de nos collègues a dit, avec raison, que l’habileté des ouvriers était en décroissance : c’est une vérité incontestable dont il faut faire remonter la principale responsabilité aux grèves ouvrières. En effet, que voyons-nous, le plus souvent, ressortir de la coalition des grévistes, si ce n’est, à côté de l’augmentation du prix et de la diminution de durée du travail, cette monstruosité qu’on appelle l'égalité des salaires?
- Quand un ouvrier peut croire qu’il lui suffit de manœuvrer plus ou moins médiocrement un outil pour avoir le même prix de sa journée de travail qu’un ouvrier habile et consommé, comment veut-on que s’établisse, chez lui, ce stimulant de bon aloi qui cherche toujours le mieux, et qui, en améliorant la main-d’œuvre, augmente une des sources de la richesse publique?
- M. Maldant condamne donc la grève comme moyen de pression contre les patrons ; et il croit qu’elle doit être réprimée comme tous les autres abus. En émettant cette opinion, M. Maldant croit agir sincèrement dans l’intérêt des ouvriers; comme il croit de leur dignité de demander pour eux, à l’exclusion de toute loi d’exception, l’application pure et simple du droit commun.
- Le Président signale à la Commission un côté de la question qui n’a encore été abordé ni dans le rapport, ni dans la discussion à laquelle il a donné lieu. C’est cependant un point de vue d’une importance capitale qu’il est impossible de passer sous silence. Il veut parler de l’inanité des grèves, de l’immense illusion qu’elles renferment au point de vue du but même que les ouvriers veulent atteindre, et de l'utilité évidente en conséquence de rectifier les grossières erreurs qui ont cours sur ces questions. Il est bien certain que les ingénieurs peuvent comme on l’a dit avec raison, à cause de leur situation intermédiaire entre le travail et le capital, rendre de grands services à la société en répandant autour d’eux les vérités économiques dont l’ignorance générale, entretenant chez les uns des illusions funestes, chez les autres des craintes exagérées et irréfléchies, est la principale cause des crises qui viennent périodiquement affliger notre pays. If n’est donc pas possible, puisque la société a abordé ce sujet, qu’il ne soit pas fait entendre de sages et utiles conseils qui touchent au fond même de la question.
- Pour obtenir une production quelconque, il faut deux éléments, un capital et une main-d’œuvre. Ce que les ouvriers recherchent au moyen des grèves, c’est d’augmenter la part qui leur revient dans l’œuvre commune aux dépens de celle du capital. Or, ces deux éléments sont soumis à la loi générale qui régit toutes les transactions économiques, celles de l’offre et de la demande, seule règle de la valeur. Il est aussi bien hors du pouvoir de la main-d’œuvre, que de celui du capital, de fixer arbitrairement la part de chacun. Si tous les ouvriers du monde s’entendaient aujourd’hui
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- pour faire doubler lfeurfe Salaires, il n’ÿ aurait absolutaeht rién dé changé dans leur situation. Les produits subiraient un renchérissement suffisant pour rendre au capital ia part naturelle de profit qui lui revient* et qui h’est limitée que par la concurrence des capitaux entre eux par rapport à la main-d’œuvre. Les düvrie'rs recevraient plus comme producteurs, dépenseraient proportionnellement comme consommateurs, et n’auraient rien gagné au change.
- Sans doute, lorsque les ouvriers de quelque atelier parviennent, au moyen d’une grève, à faire augmenter leur salaire, si le nombre et la puissance de production des établissements de même industrie dont la situation n’a pas changé est considérable par rapport à l’établissement attaqué, le capital de cet établissement est atteint temporairement, parce que ses concurrents ne lui permettent pas de relever les prix. Mais cette situation est essentiellement instable, et la grève s’étendant, l’industrie tout entière attaquée, la hausse est inévitable, il est facile de voir alors que les ouvriers ont conquis une élévation de salaire, non pas sur le capital mais aux dépens des consommateurs, c’est-à-dire à peurs propres dépens et à ceux des ouvriers des autres industries. Ainsi, plus les grèves s’étendront, plus elles deviendront internationales, plus le but qu’elles poursuivent leur échappera, et c’est le sort légitime de toutes les entreprises tentées follement contre le cours naturel des choses. Il n’y a qu’un moyen, un seul, d’améliorer le sort des ouvriers, et tout homme qui étudie à fond les questions sociales, en se gardant des illusions pseudo-philanthropiques et des recettes socialistes, arrive bien vite à cette conclusion, c’est d’augmenter la somme des capitaux. Il est vrai que ce procédé est moins séduisant que les diverses panacées offertes journellement àùx Ouvriers par une certaine Classe de prétendus réformateurs, car pour l’appliqüèr il faut travailler beaucoup pour produire des richesses, être économe pour eh cOrtsommèr le iridifis possible, être sage pour ne pas engouffrer tous les quinze à vingt arts des milliards daris des entreprises insensées; nos ouvriers, malheureusement si ignorants de tout ce qhi touché àu travail, au salaire, au rôle du capital* à leurs intérêts directs en ürt mot, se figurent que le capitaliste seul supporte ces pertes, ils Verraient ces événements d’un œil bien différent, s’ils savaient que c’est l’instrument de leur affranchissement qui périt dans ces catastrophes à concurrence, pour l’élévation naturelle des salaires qui diminue, la difficulté de la vie qui augmente pour eux.
- Ajoutons que les exigences déraisonnables de la main-d’œuvre ont sur le progrès de l’humanité une influence heureuse, mais toujours imprévue pour les ouvriers. C’est sous le coup de ces pressions que l’outillage se perfectionne, que la proportion de main-d’œuvre employée dàns la production diminue* en un mot, que le capital se substitue dans üne plus large part à la rtaain-d’œuvre.
- La question comporte, on le voit, des développements considérables* mais en la restreignant dans les limites nécessaires* ori ne peut négliger des aperçus si utiles sans se rendre complice d’erreurs trop répandues, on doit avertir les ouvriers qu’ils n’arriveront pas à leur but en poursuivant l’élévation des salaires par les grèves* et limiter au moins les craintes des capitalistes en leur montrant que cette guerre peut sans doute causer deS perturbations temporaires èt d’autant plus regrettables qu’elles sont stériles* mais qu’elle ne peut affecter ni modifier la situation du capital et de la production dans ses principes essentiels,
- M. Jules Morandïère rend compte d’un ouvrage envoyé par M* de Cœne, et intitulé : « Étude sur les grands bacs à vapeur pour chemin de fer. »
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- Le but que Fou s'est proposé est indiqué par la lettre d’envoi dont nous extrayons, ci-dessous, la partie principale.
- « J’ai l’honneur de vous adresser un exemplaire de la traduction que j’ai faite d’un livre de M. Hartwich sur les grands bats à vâpotir * pour faire communiquer les chemins de fer séparés par un cours d’eau sans pont ni transbordement. Dans la dernière session du Conseil général de la Seine-Inférieure, il a été décidé, sur ma proposition, d’en faire une application pour la traversée de la Seine à son embouchure.
- « Des applications semblables pourraient être faites pdür la traversée de la Loire à Saint-Nazaire, pour la traversée de la Gironde à ou près Royan. Elles sont appelées à rendre des services économiques considérables en reliant directement dès contrées séparées par plusieurs centaines de kilomètres dans lés relations par voies ferrées.
- Aü thoyeti d’tirié dépënse de 2 à 300,000 francs il est possible dé felièr deux centres <jui exigeraient autrement dés viaducs d’une énorme importance qui entraîneraient à des dépenses de plusieurs millions, si même la traversée était possible en un viaduc. »
- Cette étude est accompagnée d’un devis détaillé du prix de revient de l’installation, qui s’est élevée à 262,500 francs, dont 107,000 francs pour le bateau proprement dit, et le reste pour l’installation du câble, des voies et acceSsoiress On trouve aussi des dessins, non-seulement du bac dont on donné le devis, mais de ceux qui ont été établis par M. Hartwich, près de Duisburg; pour le service très-chargé des bassins houillers de la Ruhr. Il est vrai de dire que là il y a cinq lignes et cinq ba^ teaux puissants, et que les dépenses ont été assez fortes. La Gie des chemins Rhénans eût préféré un pont que des raisons stratégiques avaient fait refuser. Mais cela n ote pas le mérite de la solution économique de Griethausen, et ne fait que confirmer les services que le système peut rendre en exploitation.
- Puisque nous sommes sur le chapitre des solutions économiques de traversées dé fleuves ou rivières, nous rappellerons le passage du chemin de fer entre Maxau et Carlsruhe sur un pont de bateaux de 362m dé longueur jeté sur le Rhin^ qui présente en cet endroit des dénivellations d’eaux extrêmes de 5mjl0. Ce pont qui présente aussi une voie charretière, latéralement à la voie du chemin de fër, a coûté seulement environ 320,000 francs.
- MM. Barbier, Bourdais, Boufdin, Paul et Yaüvilliers ont été reçus membt'ës sociétaires, et M. Lissignol membre associé.
- 1; Librairie Lacroix.
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- Séance du 2 Août 1872.
- Présidence de M. Émile Muller.
- M. Tronquoy présente à la Société divers spécimens de reproductions de dessins obtenues,.jsur le papier photographique Marion, au ferro-prussiate, dont ij a indiqué le mode d’emploi dans la précédente séanceT”'
- Ces spécimens montrent quelques-unes des applications que peut avoir le papier en question; reproductions de dessins au trait, de cartes, d’écritures, d’imprimés dont l’original est sur papier mince et transparent ; reproductions de lettres décalquées sur copie de lettre avec de l’encre 'communicative ; reproductions de tissus, telles que de rideaux en mousseline, de dentelles.
- L’emploi de ce papier est d’autant plus avantageux, que la copie par les procédés ordinaires exigerait plus de temps. Lorsqu’il s’agit d’avoir seulement de 1 à 5 épreuves d’un dessin original, avec le papier au ferro-prussiate il est inutile d’avoir recours à l’autographie. Ce papier trouve encore son application si on désire un certain nombre de copies d’un travail qui doit rester secret, le procédé permettant de n’avoir pas recours aux ateliers de lithographie.
- M. Tronquoy ajoute qu’à la Compagnie des chemins de fer du Midi le papier Marion est entré dans la pratique journalière, à la satisfaction de tous ceux qui l’emploient.
- On a reproché au papier ferro-prussiate de donner des traits blancs sur fond bleu, lorsque l’on se sert comme type d’un original tracé en noir sur fond blanc; bien que dans la plupart des cas de la rpratique cela ne présente pas d’inconvénient grave, M. Tronquoy a cherché, au moins pour les écritures ou dessins faits exprès dans le but d’être reproduits par le papier Marion, le moyen d’exécuter ces types de manière à obtenir des traits transparents sur fond opaque, qui donneraient, par le tirage photographique, des traits bleus sur fond blanc. Écartant, pour arriver à ce résultat, les procédés photographiques aux sels d’argent et au charbon, qui lui semblent d’une réussite incertaine ou trop compliqués pour être employés couramment dans les bureaux de dessin ; M. Tronquoy propose deux moyens :
- Le premier consiste à graver avecune pointe soit sur de la gélatine, soit sur delà colle de pâte étendue à la surface d’une feuille de papier, de manière à enlever la gélatine ou la colle de pâte et à mettre le papier à nu. Si, à l’avance, au moyen d’une matière colorante insoluble, la colle ou la gélatine a été rendue opaque, on obtient un dessin dans les conditions voulues. Le papier gélatiné coloré se trouve dans le commerce, dans les maisons qui vendent les produits pour la photographie ; celui qui a servi aux essais venait de chez M. Marion (papier gélatiné à couche mince); le papier à la colle peut se fabriquer partout, il s’agit simplement d’étendre au pinceau, à la surface de papier ordinaire, plusieurs couches successives de colle de pâte assez claire et dans laquelle a été délayé du noir d’ivoire? Pour graver, on applique l’envers du papier sur une ardoise, une plaque de verre dépoli, ou une tablette, à la surface de
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- laquelle a été versée de l’eau formant nappe, on attend que la feuille, après être devenue bien plane, laisse perler le liquide sur la couche noire; on fait écouler l’eau en excès. Dans ces conditions, la colle et7 la gélatine s’enlèvent très-facilement du papier partout où passe une pointe ou une plume non fendue. On peut écrire aussi vite qu’à l’ordinaire, mais il faut saisir le moment où le ramollissement est convenable; un peu de pratique suffit pour renseigner à ce sujet.
- Le second moyen consiste à dessiner ou à écrire sur un papier quelconque mince et transparent, avec une couleur soluble délayée dans de l’eau gommée, à recouvrir d’encre d’imprimerie, du côté du dessin, toute la surface de la feuille de papier employée. On plonge ensuite le papier dans l’eau; celle-ci pénétrant à travers le papier dissout la gomme qui entraîne avec elle le noir dont elle est recouverte, tandis que sur le reste de la surface le noir est adhérent au papier, formant un fond opaque sur lequel le dessin ou l’écriture se détache en blanc, comme dans le procédé par la gravure.
- Ce second procédé, qui est d’ailleurs emprunté à la pratique journalière des lithographes, a, sur l’autre, l’avantage de permettre de faire des calques; mais il exige peut-être plus de préparatifs et. un peu plus de temps avant de pouvoir tirer des épreuves, parce qu’il faut attendre que l’encre grasse se soit solidifiée complètement.
- Le procès-verbal de la séance du S juillet est adopté.
- Il est donné connaissance à la Société d’une lettre de M. Dufresné, annonçant le retrait de la décision qui obligeait les habitants de l’Alsace-Lorraine, possesseurs de brevets pris en France, à verser les annuités de leurs brevets. C’est à la suite des réclamations de l’ambassadeur de France, à Berlin, que le président de la chancellerie fédérale a donné aux autorités des territoires cédés les ordres nécessaires pour que les brevetés français, dont les titres sont antérieurs au 2 mars 1871, conservent leurs droits en Alsace-Lorraine sans être astreints à verser des annuités aux caisses allemandes.
- M. le Président donne ensuite connaissance à la réunion de la lettre qu’il a reçue de M. Gibon et dans laquelle notre collègue appelle l’attention de la Société sur la législation des chaudières à yapeur, en ce qui concerne la responsabilité des ingénieurs et directeurs d’établissements industriels en cas d’accidents. Il y montre que la jurisprudence en matière d’épreuves, en cas de réparations, n’est pas encore établie, il demande que la question soit mise à l’étude et même étendue à la question de savoir « s’il ne convient -pas de demander à l’administration supérieure, « non-seulement une jurisprudence précise, mais encore un jury spécial d’hommes « techniques pris dans l’administration des mines, parmi les chefs d’industrie et les « constructeurs d’appareils à vapeur. » — Le commerce a ses pairs pour juges, pourquoi l’industrie ne les aurait-elle pas?
- Cette lettre est renvoyée à la section des moteurs, et la question qu’elle soulève sera ultérieurement mise à l’ordre du jour.
- M. Pierre Thomas expose le nouveau procédé de M. Émile Thomas pour l’afii-nage des métaux. ,
- Depuis que ies nouvelles méthodes de désargentation des plombs ont permis d’extraire de ce métal pour ainsi dire les dernières traces d’argent qu’il contient, et que, conséquemment, tout le plomb, presque sans exception, passe par l’atelier des
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- désargenteurs, l’affinage a pris, dans la métallurgie du plomb, une importance capitale.
- En effet, non-seulement le commerce est devenu plus exigeant sur la douceur des plombs marchands, mais la pratique de la désargentation elle-même est subordonnée, dans la plupart des cas, à un affinage complet préalable du plomb d’œuvre.
- Le pattinsonnage ne peut pas s’opérer économiquement sur des plombs impurs; au delà d’une certaine limite d’impureté il devient même impraticable.
- Le zincage, qui permet d’extraire l’argent des plombs moins fins, nécessite, par contre, un affinage subséquent pour débarrasser le plomb des centièmes de zinc qu’il retient toujours après le traitement.
- Enfin, les plombs de coupelle eux-mêmes ne sauraient donner des litharges marchandes qu’à la condition d’être- affinés d’assez près.
- M. Pierre Thomas passe rapidement en revue les divers procédés d’affinage employés jusqu’aujourd’hui; affinage au four dit de dulcification par oxydation, au rouge vif, des métaux étrangers; procédé Corduriè par l’emploi de la vapeur surchauffée après le zincage ; procédé Moysan employant la vapeur libre avant le pat-tinsonnage.
- Tous ces moyens, dans le cas de plombs un peu impurs, donnent des déchets considérables, une énorme quantité d’oxvdes à réduire; ils sont même, sauf le premier, insuffisants devant des proportions un peu notables de certains métaux étrangers.
- Le nouveau procédé, dû à M. Émile Thomas, permet l’affinage complet d’un plomb d’œuvre quelconque, sans formation d’oxydes de plomb, et avec l’avantage particulier de permettre de recueillir tous les métaux étrangers dont la valeur peut être intéressante.
- Ce procédé est fondé sur la propriété que possède un bain d’alcali caustique hydraté fondu, de dissoudre ou, tout au moins, d’oxyder successivement tous les métaux à l’état de fusion ignée, sauf trois qui sont : le plomb, l’argent et l’or.
- Encore le premier de ces trois métaux peut-il, par certains artifices, être dissous lui-même à son tour, de telle sorte que le bain d’alcali,peut arriver à isoler l'argent et l’or.
- M. Pierre- Thomas donne les détails d’application du procédé, en indiquant l’ordre particulier dans lequel les métaux alliés au plomb sont, l’un après l’autre, enle-vés_ par la soude fondue, l’action du bain étant : entretenue d’abord par un jet de vapeur destiné à restituer constamment l’eau de l’hydrate à laquelle les métaux empruntent l’oxygène; avivée ensuite à mesure que les métaux sont de moins en moins oxydables soit par un courant d’air forcé, soit enfin par des additions rigoureusement dosées de nitrate de soude.
- Par la simple dissolution de la soude dans l’eau, elle abandonne tous les oxydes qu’elle tenait en solution ou en suspension, et elle est évaporée et desséchée pour rentrer, à peu près sans perte, dans le traitement.
- Un phénomène, absolument nouveau, reconnu par M. Émile Thomas, est venu s’ajouter à la valeur économique de son procédé ; un mélange d’alcali caustique et de carbonate, porté à la fusion ignée, et soumis à un courant de vapeur, se caustifie complètement en peu d’instants. Cette réaction permet d’employer, pour nourrir les bains alcalins, des additions de carbonate, et délivre de l’obligation de causti-
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- fier à la chaux les dissolutions alcalines desquelles on a précipité les oxydes métalliques.
- Un autre phénomène non moins important est venu se révéler dans la pratique du procédé : les dissolutions des oxydes dans le hain de soude s’y comportent chimiquement en présence des réactifs, exactement comme le feraient des sels métalliques dissous dans l’eau. C’est ainsi que, dans cette dissolution ignée, tous les métaux se précipitent l’un par l’autre dans l’ordre inverse de leur solubilité, et que, dans l’ordre direct, ils se préservent l’un l’autre de l’oxydation.
- On peut, même dans le bain de soude, employer des réducteurs insolubles tels que le charbon; c’est ainsi que M. Émile Thomas met à profit cette propriété importante pour le traitement des oxydes ou fumées de plomb. Il les dissout dans la moitié de leur poids de soude fondue et précipite le plomb pur par une addition rigoureusement dosée de charbon et de limaille de fer.
- M. Pierre Thomas indique, avec quelques détails, les principales applications étudiées par M. Émile Thomas en dehors de l’affinage du plomb (opération pour laquelle une usine de 200 tonnes par mois est montée à Marseille et fonctionne depuis deux mois) :
- Dézincage des plombs.
- Traitement des cuivres argentifères et des vieux alliages complexes.
- Traitement des minerais de platine.
- Traitement des minerais de chrome, etc., etc,
- M. le Président remercie M. Thomas de son intéressante communication.
- M. Yvon Yillarceau donne lecture de sa note sur les régulateurs isochrones, dérivés du système de Watt.
- Les régulateurs sont des appareils qui ont pour objet de faire varier la quantité du travail moteur produit ou la quantité du travail résistant, de manière à ce que la vitesse de la machine, à laquelle ils sont appliqués, soit uniforme et soit égale à celle que l’on veut produire.
- Pendant fort longtemps, le régulateur de Watt a été seul appliqué aux machinés à vapeur, malgré le grand inconvénient qu’il présente de ne plus fonctionner utilement, lorsque le travail des opérateurs vient à éprouver des variations sensibles (embrayage ou débrayage d’un ou plusieurs métiers, etc.).
- M. Charbonnier imagina, il y a une trentaine d’années, de compléter l’appareil Watt par l’addition de contre-poids; depuis lors, divers ingénieurs, parmi lesquels on doit citer MM. Farcot, Gand et Rolland, ont proposé diverses modifications de cet appareil. D’autre part, L. Foucault, pour assurer la parfaite régularité du mouvement de rotation des grands instruments astronomiques qui servent à observer les astres hors du méridien, rechercha les moyens d’établir un régulateur maintenant, dans les appareils employés, un mouvement continuellement uniforme, quelque grandes que fussent les variations du travail moteur ou du travail résistant. J1 y parvint et nomma ces appareils des régulateurs isochrones. La première tlqéori© mathématique de ces espèces d’appareils est due à M. Rolland. 5
- Les régulateurs isochrones sont caractérisés par la condition de se tenir en équilibre, quelle que soit la position angulaire des tiges oscillantes ou l’ouverture de la valve distributrice de la vapeur, s’il s’agit de moteurs à vapeur lorsque la vitesse de rotation est égale à la vitesse dite de régime; ils jouissent en conséquence de,,]a propriété d'osciller dès sque la vitesse réelle s’écarte, d’une quantité donnée de la
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- vitesse de régime; les oscillations produites ont pour résultat défaire varier l’orifice de distribution de la vapeur dans un sens tel que l’écart de la vitesse soit finalement réduit. S’il s’agit do régulateurs destinés à maintenir un mouvement uniforme, abstraction faite de l’économie du travail moteur, les appareils sont pourvus d’ailettes liées aux tiges oscillantes : le développement variable de ces ailettes détermine une variation correspondante de la résistance de l'air, variation qui tend toujours à réduire les écarts de la vitesse réelle par rapport à la vitesse de régime.
- Les régulateurs isochrones présentent ainsi deux classes distinctes : à la première appartiennent ceux qui font varier le travail moteur, à la seconde ceux qui font varier le travail résistant.
- Les solutions obtenues par MM. Rolland et Gand sont des solutions particulières du problème de l’isochronisme, qui ne peuvent convenir aux appareils de la deuxième classe; en effet, les ailettes sont des appendices nécessaires, dont les masses ne sauraient ni être négligées ni être comparées, au point de vue de l’action des forces, à des systèmes de boules conjuguées. Il était donc nécessaire d’établir une théorie générale, applicable, sous de certaines conditions, à des masses oscillantes de figures quelconques.
- M. Yvon Villarceau est effectivement parvenu à établir cette théorie générale, mais il a cru devoir attendre, avant de la produire, le moment où il pourrait présenter un appareil construit suivant les règles d’une théorie exacte. Ce résultat a été obtenu, grâce au concours de M. Bréguet, et M. Yvon Villarceau présente à la Société un régulateur à ailettes, construit par M. Bréguet sur ses indications.
- M. Yvon Villarceau indique d’abord, en quelques mots, quelles sont les conditions nécessaires pour réaliser l’isochronisme d’un régulateur devant fonctionner à la vitesse de régime fi; elles peuvent se formuler ainsi :
- Conditions relatives'aux régulateurs isochrones et communes aux deux classes.
- 1° Dans un système partiel, isolons par la pensée la masse principale et lies deux tiges oscillantes ; faisons tourner la tige supérieure autour de l’articulation commune de ces tiges, et imaginons, bien que la chose soit impossible physiquement, que les deux autres extrémités des tiges soient amenées à coïncider; nous aurons un système invariable dans lequel toute droite menée dans le plan de symétrie, par le point de coïncidence qui vient d’être obtenu, doit être un axe principal d’inertie relatif à ce'point.
- 2° Soit un angle aigu <p, déterminé par la relation
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- tang <p — ——,
- où l’on désigne par p la distance commune des points d’articulation des tiges sur les plateaux à l’axe central, et g l’accélération de la chute des graves. Isolons encore les deux tiges et la masse principale, et disposons les tiges de manière que les directions de leurs axes de figure fassent, avec la droite qui joint leurs extrémités libres, des angles égaux à l’angle cp, et dans un sens tel, que l’articulation commune des tiges soit à une distance de l’axe central supérieure à p ; concevons que cette dernière articulation soit rendue invariable; enfin, appliquons, à l’extrémité libre de
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- la tige supérieure, une masse dont le poids soit égal à la fraction~du poids Pj du plateau mobile et du manchon réunis : le système invariable, ainsi formé, doit satis-
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- faire à la condition de l’équilibre statique autour d’un axe horizontal, passant par le point d'articulation de la tige inférieure sur le plateau fixe, quelque position que l’on donne à ce système.
- Après avoir indiqué les propriétés relatives aux régulateurs isochrones semblables et les conditions particulières auxquelles doivent satisfaire les régulateurs isochrones de la première classe, pour que la vitesse réelle reste comprise entre deux valeurs données de la vitesse de rotation, ce qui introduit dans les données l’écart proportionnel de la vitesse A, M. Yvon Villarceau continue en ces termes :
- Le seul objet des appareils de la deuxième classe étant d’obtenir le mouvement le plus uniforme possible, Yécart proportionnel ne figure pas dans les données, et le manchon n’a pas besoin de présenter une gorge, puisqu’il n’existe pas de fourchette à mettre en action.
- L’exactitude avec laquelle pourra fonctionner l’appareil, dans'des conditions où le poids moteur variera dans la proportion de 1 à 6 ou davantage, dépendra essentiellement des soins que le constructeur aura mis à réaliser les indications de la théorie et à prévenir ou réduire les effets du frottement des axes et du manchon.
- Malgré les précautions les plus délicates, il arrivera que la densité des métaux employés ne sera pas exactement égale à celle dont on aura fait usage dans les cal- culs ; il arrivera encore que les dimensions réalisées par le constructeur ne seront pas tout à fait égales à celles qui lui auront été assignées. De là un défaut d’isochronisme, et même des écarts plus ou moins sensibles entre la vitesse de régime et les diverses vitesses effectives. Pour obvier à ces inconvénients, il faut se réserver des moyens de réglage. Or les diverses conditions à remplir se traduisent ici par quatre équations; par conséquent, on doit se réserver les moyens de produire quatre variations distinctes de l’état de chaque système partiel. Ces quatre variations s’obtiennent : 1° au moyen d’un simple changement de la masse du manchon (addition ou suppression de disques concentriques); 2° en déplaçant trois masses mobiles le long de tiges filetées et faisant partie de la masse principale, qu’on peut nommer masses régulatrices.
- Ces quatre conditions sont' exigées par une] théorie qui n’assigne aucune limite aux déplacements angulaires des tiges, dans les plans de symétrie ; mais comme, en réalité, l’amplitude de ces déplacements ne dépassera pas 1/6 ou 1/7 de circonférence, il arrivera que, si l’exécution de l’appareil n’est pas trop incorrecte, if suffise d’opérer trois, ou même deux seulement des quatres variations exigées par la théorie générale; on sera donc dispensé de modifier le poids du manchon, et l’on n’aura qu’à faire varier les positions des masses régulatrices.
- Ces explications feront comprendre la disposition adoptée pour la masse principale. Yoici en quoi elle consiste : un parallélipipède rectangle est relié à la tige inférieure au moyen d’une chappe; du côté opposé à l’articulation, une ailette se fixe au parallélipipède par le moyen d’une autre chappe. Les masses, régulatrices sont des cylindres traversés par des tiges filetées : deux de ces tiges sont implantées ' sur la surface du parallélipipède qui regarde l’ailette, et à des distances égales des bouts du parallélipipède ; les dimensions des tiges filetées sont égales, ainsi que celles des masses régulatrices qu’elles conduisent ; la troisième tige a son axe de figure en coïncidence avec le grand axe du parallélipipède ; les masses de la tige et du cylindre mobile qu’elle supporte sont calculées de manière que l’axe de figure de l’ailette passe à la fois par le centre de gravité du parallélipipède et le point d’articulation de la tige inférieure.
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- L’ailette est de forme trapézoïdale ; en la construisant en aluminium, on facilite les'moyens de satisfaire aux Conditions de l’isochronisme; les tiges sont en acier, et les autres parties qui composent la masse principale sont en bronze d’aiumi-nium.
- L’appareil queM. Yvon Villarceau'met sous les yeux delà Société a été construit par M.Bréguet, et expérimenté pour la première fois le 24 mai 4 870 : ce jour-là, le poids moteur a subi des variations dans le rapport de 1 à 5,6, et les vitesses obtenues ont pré-
- senté un écart moyen, relativement à la vitesse moyenne, qui ne s’est élevé qu’à
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- de cette dernière. Quelques défauts de construction ont été corrigés, après quoi l’on a procédé à l’opération du réglage : l’écart moyen de la [vitesse s’est trouve, par cette opération, réduit au millième de la vitesse de régime.
- Ainsi ce régulateur, dès sa première réalisation, a déjà atteint un haut degré de précision. Pour la conduite d’un équatorial, il ne paraît pas inférieur au plus parfait des régulateurs actuellement existants, celui de L. Foucault. Adapté aux enregistreurs, télégraphes, etc., il donnerait d’excellents résultats.
- M. Yvon Yillàrceau, en terminant, dit qu’il est heureux de produire ime nouvelle preuve de l’injustice des accusations que bien des personnes ont l’habitude dé lancer contre les théories mathématiques, confondant ces théories avec les fausses applications qui en ont été trop souvent faites; il se conforme au désir exprimé par M. Bréguet, en reproduisant cette déclaration de notre confrère que « c’est la prête mière fois qu’il lui est arrivé, dans sa longue carrière, de voir un projet entière-« ment basé sur la théorie réussir du premier coup* »
- M. le Président remercie M. Yvon Yillarceau de son intéressante communication, et il fait remarquer que cette communication était à l’ordre du jour depuis longtemps, qu’elle a été retardée jusqu’ici par d’autres communications an térieuremen inscrites, et que c’est par suite de cette circonstance, indépendante de sa volonté, que M. Yvon Villarceau n'a pu, comme il le désirait, nous présenter son appareil en même temps qu’il le soumettait à l’Académie des sciences.
- M. Désmoüsseâux de Givré lit, au sujet du rapport de la Commission d’économie 'industrielle, une note relative aux grèves et coalitions ouvrières,..
- M. Desmousseaüx de Givré réfute les conclusions, les arguments et, par-dessus tout, les aspirations de ce rapport :
- Comme comportant une fausse et très-fausse application du droit naturel, au moins dans l’espèce, en 1872, au lendemain delà Commune et en face de l’internationale;
- Comme fondées sur une comparaison erronée entre la • situation de la France et la situation de la Suisse, delà Belgique et de l’Angleterre; et sur une comparaison encore plus erronée entre la France et les États-Unis;
- Comme fatales à la liberté individuelle, à l’indépendance, et, par suite, à la moralité de l’ouvrier;-aux intérêts sacrés, du pauvre dont nous sommes, nous, les amis es.plus.dévoués ;
- Comme aboutissant ,à ériger lé corps dés ouvriers, le travail, en ordre â'Étdt, et en. ordre privilégié ; ......
- Comme contraires au droit'politique : en concentrant exclusivement, par le fait, tous pouvoirs aux mains des classes prolétaires ou inférieures ; méconnaissant ainsi
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- la fonction naturelle et légitime des classes supérieures, à savoir : l’exercice de la puissance politique et la défense des intérêts moraux;
- Comme proposant entre le capital et le travail un arbitrage fort bon à consulter, mais sans autorité, sans force, et qui tombera aux premiers coups ;
- Et comme appelant fatalement, par une logique impitoyable, la nécessité d’un maître : arbitre forcé entre la richesse impuissante et l’ouvrier souverain. Et ce maître, ce despote, ce sera César... ou Attila : l’Empire... ou la Conquête.
- Est-ce à dire que tout soit perdu? — Non, rien n’est perdu si nous revenons à la vérité et à la justice : bases de l’honneur et de la vraie liberté.
- L’auteur éprouve un très-profond regret d’avoir à critiquer- quelques ingénieurs consommés, dont l’âge et les services sont dignes de tout respect.
- Mais sa franchise est inspirée par un dévouement croissant à la Société des Ingénieurs civils : hélas ! un des derniers refuges de l’esprit industriel et de l’esprit d’initiative privée.
- M. Desmousseaux de Gtvré lit enfin deux annexes : la première, traitant du droit d’association; et la seconde relative à la stérilité désolante de la population française. Cinquante ans encore et, si nous n’y portons remède, nous ne serons plus, d’après les statistiques, qu’un peuple de septième ordre! — (Au moins numériquement.)
- Présidence de M. Émile Muller.
- Le procès-verbal de la séance du 2 août est adopté.
- M. le Président annonce le décès deM. Nozo, ancien président de notre Société, dont il a été l’un des membres les plus actifs. Dans ses dernières années, quoiqu’ayant perdu une grande partie de ses facultés, M. Nozo n’a jamais cessé de s’intéresser à nos travaux ; en mourant il laisse à notre Société une somme de 6,000 francs, dont l’intérêt servira à fonder un prix~"portant son nom, qui sera décerné tous les trois ans au meilleur Mémoire remis pendant cette période.
- M. le Président s’est rendu l’interprète de la Société, en exprimant à madame Nozo tous nosremercîments et nos plus vifs regrets.,
- La parole est ensuite donnée û M. Gaudry pour sa communication sur les grèves et les coalitions.
- M. Gaudry dit qu’il faut, avant tout, bien poser la question et donner aux mots, non leurs sens littéral et théorique, mais la signification qu’ils ont en fait. Si la coalition n’est qu’une entente pour discuter de bonne foi des intérêts communs et pour réaliser un vrai progrès, rien n’est plus légitime, rien n’est moins contesté.
- Si la grève n’était que le refus volontaire d’accepter un travail à des conditions
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- qu’on estime sans équité, elle ne serait que l’application du plus élémentaire.des droits.
- Enfin si elle ne se manifestait que chez le patron infidèle à ses devoirs envers les ouvriers ses coopérateurs, elle ne serait qu'un accident et elle n'aurait pas l’importance d’une question sociale.
- Mais, en fait, la plupart des grèves et coalitions que nous voyons peuvent se définir : un soulèvement brusque excité par des meneurs généralement inconnus et même étrangers, auquel nul ne peut se soustraire, sous peine de subir tôt ou tard comme faux frère des persécutions qui font de la vie un enfer ; ce qui explique ce formidable ensemble de la masse ouvrière qui emboîte le pas partout où on la mène.
- Si on appliquait aux grèves ce qu’on nomme la philosophie de l’histoire, on verrait qu’elles coïncident souvent avec certains buts politiques ou commerciaux au profit d’individualités cachées, et que les faveurs plus ou moins imaginaires qu’on force les ouvriers à exiger ne sont que des prétextes. Il est à remarquer que l’ultimatum présenté aux patrons par les grévistes ne dit jamais un mot des griefs réels que pourraient alléguer les ouvriers, et qu’il ne contient jamais, comme panacée universelle, que la réduction du travail, et l’augmentation des salaires, comme si les bénéfices exagérés du patron devaient seuls en souffrir. 11 est possible qu’on cite des fabricants qui se font indécemment la part du lion et qu’il y ait des coups de fortune dus à d’heureuses circonstances. Mais c’est l’exception, et il est prouvé par les comptes de toutes les exploitations qui les publient, que le bénéfice normal du commerce et de l’industrie est en moyenne 10 p. 0/0 pour indemniser des labeurs du passé et couvrir les chances de l’avenir.
- Il ressort également de toutes les comptabilités connues que dans le prix de fabrique la plus grosse part revient à la main-d’œuvre, d’où il suit qu’en haussant les salaires il en résulte nécessairement une plus-value des produits de fabrique, laquelle gagne toutes choses de proche en proche, car tout se tient dans le commerce, et finalement l’ouvrier, qui est consommateur en même temps qu’il est producteur, atteint plus cruellement que personne, n’a fait qu’empirer son sort.
- Le salaire est plus élevé, mais toutes les dépenses croissent davantage. C’est un cercle vicieux qui ne fait que s’agrandir. Il est malheureusement certain que la situation de l’ouvrier est très-pénible et qu’à sa vie besoigneuse s’ajoutent des souffrances que tous les patrons ne soulagent pas assez. Il y a la dureté de certains travaux, la mauvaise installation de certaines usines, les mortes-saisons, les difficultés du logement parfois si loin de la fabrique, etc., etc.
- Pour tempérer ces souffrances, il existe des institutions bien plus efficaces que l’élévation des salaires et qu’il suffirait de généraliser. Elles peuvent se résumer à cette formule : au lieu d’élever le budget des recettes domestiques, c’est-à-dire le salaire, diminuer le budget des dépenses en faisant payer moins cher à l’ouvrier ce qu’il consomme. Ainsi, par exemple, il y a des patrons qui achètent en entrepôt ou en fabrique et revendent directement à leur personnel les denrées, le combustible, le vin,-les articles de ménage à un prix nécessairement au-dessous du prix du détaillant public. Les employés de chemins de fer ont gratuitement les frais de maladie et les frais funéraires ; ils voyagent à prix réduit. Pendant la famine du siège de Paris, la compagnie de l’Est a fourni à son personnel, au prix des temps ordinaires, du combustible et des vivres qui avaient été approvisionnés avant le blocus, et M. Gau-dry croit être l’organe des employés, en saisissant l’occasion qui se présente de remercier publiquement la direction de sa paternelle prévoyance.
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- En admettant qu’il y ait des patrons égoïstes qui restent indifférents aux souffrances vraies des ouvriers, leur collaborateur M. Gaudry dit qu’il lui a été démontré par des jurisconsultes autorisés que le droit commun suffit pour en avoir raison dans l’état actuel de la loi. Il ajoute que, selon lui, ce droit commun, comme l’indique son nom, doit être le même pour tous et qu’on a bien fait d’abolir les deux seules restrictions (pour le louage d’ouvrage et la coalition) qui ont existé longtemps sans atteindre leur but. Aussi étaient-ils tombés à peu près en désuétude avant même les récentes modifications de la loi. M. Gaudry conclut en disant que ce qui manque pour résoudre la question ouvrière, ce ne sont ni les droits ni les juges, mais la sagesse pour bien s’en servir dans la pratique de la vie. Ce ne sont pas de nouveaux droits qu’il faut demander, c’est le sentiment du devoir qu’il faut que chacun de nous réveille dans les mœurs publiques.
- M. de Bruignac n’a pas l’intention d’aborder en ce moment le travail que M. Gaudry vient de lire, mais il croit utile de faire une observation générale sur l’état de la discussion. En lisant le rapport de la Commission, au mérite et à la valeur duquel il tient à rendre hommage, M. de Bruignac a été frappé à quel point ce rapport était encore loin d’une solution complète. Ainsi, l’exposé de principes ne parle presque qu6 du droit des ouvriers, sans indiquer, sauf par quelques mots, tous les autres droits qui sont en jeu, par exemple le droit de la société... Une voie de conciliation est proposée, mais rien ne prévoit le cas où cette conciliation échouerait... U y a plusieurs autres lacunes. Enfin la Commission conclut par un projet de loi que M. de Bruignac trouve tout à fait insuffisant. On ne saurait s’étonner de ce résultat ni en faire un reproche à la Commission, ce serait méconnaître combien la question des grèves est compliquée et difficile ; nos lois sont encore trop loin de la solution pour qu’elle puisse être atteinte du premier coup. Mais ce qui est d’une extrême importance, c’est précisément de bien comprendre cette difficulté et de ne pas se croire au but quand on en est encore très-loin; c’est de bien voir que la question n’est pas résolue, mais seulement posée et la discussion ouverte. Yoilà sur quoi M. de Bruignac trouvait essentiel d’appuyer. Les observations remarquables, présentées par M. Desmousseaux de Givré et parM. Gaudry, commencent à indiquer les côtés de la question et les objections qui restent à étudier.
- M. le Président répond que le rapport de la Commission a été rédigé en vue de poser des questions qui devront servir de base à la discussion, sans avoir la prétention de présenter une solution définitive ; on peut ne pas être de son avis, mais la Société doit lui savoir gré de ses études. Que chacun apporte sa pierre à l’édifice et, nos discussions conduiront certainement à un résultat pratique. La Société sera en tout cas, il l’espère, d’avis de ne pas clore la discussion et de laisser la question à l’ordre du jour. j
- Il est ensuite donné lecture de la note suivante de M. Dornès sur l’alimentation de Paris par les eaux de la vallée de laYanne, à l’occasion du MémoireTe M. Vau-thier. —>
- Il y a quelques mois, on a lu à la Société des Ingénieurs civils un rapport de M. Yauthier au conseil municipal de Paris, relatif à la mise en adjudication de machines élévatoires, destinées à remonter une partie (environ la moitié) des eaux de sources de la vallée de la Yanne, dans l’aqueduc de dérivation.
- Machines élévatoires et aqueduc de dérivation sont deux idées qui jurent en-
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- semble; néanmoins le rapport de M. Yauthier constatait qu’il n’y avait eu ni'erreur ni mécompte.
- Il a donc paru curieux de rechercher par suite de quelles considérations et sous quelles influences on en était arrivé à cette solution bâtarde, qui étonne d’autant plus de la part de l’administration municipale d’alors, que c’était la même qui, quelques années auparavant, venait déclarer dans un rapport resté célèbre, qu’elle ne voulait pas confier l’alimentation de Paris « à une roue qui peut casser, à un foyer qui peut s’éteindre. » (Rapport du 4 août 1834.)
- Si nous reprenons les différents rapports du préfet au Conseil municipal sur la question des eaux de Paris (4 août 1854, 16 juillet 1858), on y sent de la part de l’administration une idée bien arrêtée d’avance. On veut amener les eaux à Paris par aqueduc « c’est, plus monumental, plus en rapport avec la grandeur de la Rome moderne. »
- Tous les projets proposés sont examinés à la légère, et tous successivement rejetés.
- Dans les enquêtes on ne demande aux hommes compétents que leur avis sur la réalisation matérielle et la construction du projet municipal et non sur sa raison d’être, son économie et son utilité pratique.
- En 1839, s’ouvrit alors à la Société des Ingénieurs civils une discussion sur la question des eaux de Paris à propos des Mémoires du préfet de la Seine.
- MM. Yuigner, Edmond Roy, Le Brun, Faure et Laurens, combattirent le projet municipal. Il fut défendu par M. Flachat.
- Ce fut évidemment sur la question de prix de revient que roula toute la discussion. Nous reprendrons ces chiffres plus tard, mais disons toujours que cette discussion prouva surabondamment que l’administration paraissait s’engager dans une voie très-fâcheuse; que les conditions, de fraîcheur et de limpidité, qui étaient les principaux arguments du projet par aqueduc, étaient payées bien cher, d’autant plus que tout portait à croire que les dépenses dépasseraient beaucoup les devis.
- M. Flachat ne défendit le projet présenté qu’au point de vue de l’avantage de la pureté et de la température. II estimait de plus que les chiffres des devis étaient très-exacts et que, par suite, l’écart des prix de revient par aqueduc et par machines serait presque nul.
- Toujours est-il que l’administration, voulant paraître donner satisfaction à l’opinion publique, fit refaire des études comparatives nouvelles, qui furent présentées dans un nouveau Mémoire (20 avril 1860). Inutile de dire que la conclusion finale était qu’il fallait continuer à marcher dans la voie suivie jusqu’alors, c’est-à-dire amener toute l’eau nécessaire à la consommation de Paris au moyen d’aqueducs.
- Un seul projet présenté par M. Girard, consistant à utiliser le barrage de la Monnaie et donnant 50,000m3 d’eau par 24 h. à un prix de revient très-peu élevé, fut reconnu excellent par la Commission municipale ayant M. Dumas pour rapporteur. La seule objection fut l’insuffisance du volume d’eau élevée. Du reste, la Commission se rallia à l’opinion du préfet, qui pensait que l’établissement d’une usine hydraulique sur le terre-plein du Pont-Neuf « nuirait à l’effet monumental des quais! »
- Dans les déux premiers mémoires (1855-1858), il n’était question d’amener à Paris que les eaux des vallées de la Champagne, comprenant les groupes des sources de la Somme-Soude, et celui des sources de la Dhuis, du Surmelin, etc.
- Le premier groupe (Somnie-Soude) devait donner à Paris 60,000mc en 24 h. à l’altitude de 80 mètres.
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- Lesecond groupe (la Dhuis) devait amener à Paris40,00Ômcà l’altitude de 108 mètres.
- Dans ces rapports il était bien fait mention du groupe des sources de la Yanne; mais il avait été écarté dès le principe, comme ne pouvant amener l’eau qu’à l’altitude de 70 mètres jugée beaucoup trop basse (16 juillet 1858).
- Mais les populations de la Champagne s’émurent à la pensée de la dérivation des sources de la Somme-Soude. Le conseil général de la Marne s’opposa au projet. Pour passer outre, il eût fallu une loi. On abandonna alors le projet ou tout au moins on l’ajourna.
- Il ne restait alors que le groupe de la Dhuis et du Surmelin ne pouvant-fournir que 40,000. (Jusqu’à présent il n’en a fourni que 20,000.)
- Pour remplacer les 60,000 qui auraient été fournis par la Somme-Soude, on dut chercher ailleurs. Comme à tout prix on voulait (20 avril 1860) un aqueduc, on se rejeta sur les sources de la Vanne, et pour remédier au défaut d'altitude on dut élever toutes les eaux basses au moyen de machines, c’est-à-dire la moitié des eaux de la dérivation.
- Ce sont ces machines qui ont fait l’objet du rapport de M. Yauthier. L’aqueduc de la Yanne est en partie terminé. Une discussion sur ce qu’on aurait pu faire n’aurait plus aucune utilité pratique au point de vue de ce travail.
- Mais maintenant que les travaux sont exécutés et que l’on a des chiffres exacts sur lesquels on peut raisonner, il est très-intéressant de voir quel est le prix de revient du mètre cube d’eau amené à Paris par aqueduc, comparé à celui de l’eau montée par machines à la môme altitude. Nous pourrons de plus mettre en regard les chiffres qui avaient été mis en avant par M. Faure à la Société des Ingénieurs civils, et prouver ainsi que cet ingénieur s’était peu trompé en parlant des aqueducs.
- L’eau de la Vanne rendue à Paris revient par mètre cube à 0f,07. En comptant sur un débit de lÛ0,000mc par 24 h. * -
- Ce prix se décompose ainsi : s
- Intérêt du capital 48,000,000 à 5 % — _ 2,400,000 fr.
- Entretien annuel (faible) 200,000 = fr. 200.000 fr.
- v 2,600,000 ________________________________ '
- 2.600.000 fr.
- Pour un volume total annuel de 36,500,000.
- D’où ressort le prix de 0f,07.
- Ce prix est évidemment un prix minimum, car il est peu probable que la Yanne amène jamais à Paris 100,000 en 24 h. . .. i
- Dans le rapport même de M. Cornudet au conseil municipal (1865), concluant à la construction de l’aqueduc de la Yanne, il constate une diminution dans lejdébit des sources et croit qu’il ne faut pas compter sur plus de 60, ou 80,000 m. cubes en 24 h. Depuis cette époque les débits ont encore diminué, comme le prouve le rapport de M. Yauthier.
- 0f,07 par mètre cube est donc un prix trop peu élevé. ‘ ! '
- En admettant 60,000 par 24 h., on arrive au chiffre de ©f,116 par mètre cube.
- Id. 80,000 id. 0f,087o par mètre cube;
- C’est ce dernier chiffre qui, selon toutes les prévisions,.se rapproche le plus de la, réalité. ‘ ï
- Prenons maintenant les moyens mécaniques.
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- Actuellement à Paris avec les machines de la ville (Austerlitz, Chaillot, Maisons-Alfort, Port-à-1’Anglais), on a une dépense moyenne annuelle de Qf,025.
- Pour nous placer dans les mêmes conditions que pour la Vanne, nous devrons ajouter l’intérêt du capital engagé on tenant compte de la construction d’un réser-
- voir et d’une distribution.
- Ou alors :
- Dépense annuelle par mètre cube........................... 0,025
- Intérêt du capital..................................... 0,017
- Intérêt par réservoir et distribution..........0,0137
- 0,0557
- Ce prix correspond aux machines actuelles, qui ont été montées il y a plus ou moins longtemps, et qui sont séparées les unes des autres.
- Il est donc probable qu’une installation d’un groupe de machines élévatoires pouvant fournir 100,000m° donnerait un prix de revient moins élevé.
- Ainsi M. Faure dans son rapport à la Société des Ingénieurs civils, lors de la dis^ cussion, donnait 0f,0425 pour prix du mètre cube en comptant sur 100,000 d’eau à élever à la même altitude que les machines existantes. Et dans ce prix était également comprise la construction d’un réservoir et d’une distribution.
- Il avait, au contraire, prévu que par aqueduc on ne saurait arriver à un prix moindre que 0f,102, en admettant de plus la construction d’un second aqueduc de secours ou de rechange, ce qui n’a pas lieu pour la Vanne. Si nous retranchons. de ce prix 0f,102 la partie correspondante à ce second aqueduc qu’il évaluait à 10,000,000, nous arrivons au prix de 0f,088 par m. cube. Il admettait de plus dans ce prix l’amortissement du capital. On voit donc que ce prix se rapproche bien sensiblement de celui auquel reviendra le mètre cube d’eau de la Vanne, en ne comptant que sur un débit de 80,000œc par 24 h.
- Si nous reprenons même les deux prix de 0f,07 (aqueduc) et 0,0557 (machines) qui sont, le premier un minimum et le second un maximum, nous arrivons à un écart minimum de 0,015 par mètre cube en faveur des machines. Cet écart représente un capital de 4,000,000 fr. C’est, comme l’on voit, une marge assez considérable pour le filtrage et le refroidissement des eaux. D’autant plus qu’une partie notable de ces eaux ne servant pas à la consommation pourra ne pas être filtrée.
- Ces chiffres démontrent donc que les eaux amenées par aqueducs reviennent beaucoup plus cher que celles élevées par machines.
- L’aqueduc ne devient une solution économique que quand les masses d’eau à amener sont très-considérables, parce qu’alors les dépenses de première installation n’augmentent pas proportionnellement au volume d’eau à amener, les sections variant comme le carré des diafiiètres.
- M. Arson fait observer qu’il serait intéressant d’avoir des renseignements sur la qualité des eaux ; il a eu l’occasion de faire quelques analyses et il a trouvé des dépôts calcaires considérables.
- M. le Président répond qu’il a fait également des analyses, et que la qualité des eaux varie sensiblement avec les quartiers, ce qui doit être, les alimentations étant différentes. Il serait intéressant que quelques sociétaires voulussent bien faire des expériences sur des eaux prises dans différents arrondissements, en indiquant les alimentations actuelles. '
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- MM. àrson et Gaudry promettent d’apporter des renseignements sur ces questions, lorsque viendra la discussion.
- Il est ensuite donné communication de l'analyse faite par M. Beauchamp du Mémoire de M. Pinat relatif à l’artillerie rayée.
- M. Pinat, dans son Mémoire et ses recherches sur l’artillerie rayée, commence par rappeler l’admirable théorie de M. Poinsot sur les couples et en fait l’application aux projectiles.
- Sans doute il n’v a rien là de nouveau, mais ces considérations sont très-bien reproduites ; et il faut surtout rendre hommage à la netteté et à la méthode avec laquelle l'auteur en déduit les conséquences applicables et ses propositions.
- Je ne reproduirai pas les calculs de M. Pinat; je me bornerai à les traduire dans le langage ordinaire et aussi succinct que possible, pour ne>pas fatiguer le lecteur et en arriver plus tôt aux propositions de l’auteur.
- Le mouvement d’un corps dans l’espace se réduit à la translation de son centre de gravité, autour duquel le corps lui-même tourne pendant cette translation. Appliquons cette remarque à un projectile. Son centre de gravité parcourt la trajectoire, pendant que la masse du corps possède autour de ce centre de gravité une rotation, désordonnée pour les projectiles sphériques, réglée pour les projectiles rayés.
- Supposons le projectile rayé, et voyons comment il se comporte. Il possède initialement une rotation autour de son axe de figure, et cet axe de figure se confond au départ avec l’axe du canon et la tangente à la projectoire. Le projectile parvenu hors de la pièce est soumis à diverses forces nouvelles, dont la principale est la résistance de l’air, qui va introduire un couplé et modifier la rotation primitive. En analysant ses effets, on établit que, grâce à ces résistances et à la pesanteur qui abaisse la trajectoire vers le sol, l’axe de figure du projectile décrit un cône autour de la tangente à la trajectoire. On se représente très-bien ce mouvement en imaginant le plan passant par cette tangente et l’axe dé figure, et supposant que ce plan tourne autour de la tangente, pendant que l'axe de figure, toujours situé dans ce plan dit azimutal, fait un angle à chaque instant variable avec la tangente. On ne saurait mieux se figurer ce mouvement qu’en se rappelant le mouvement conique de l’axe de la terre donnant lieu à la précession des équinoxes et à la nutation de la terre.
- Au moment où le projectile sort du canon, son axe de figure et la tangente à la trajectoire se confondent; mais bientôt, la trajectoire s’abaissant, un angle se produit ; et alors intervient l’action variable de la résistance de l’air. L’étude de cette résistance conduit M. Pinat à une formule, de laquelle il résulte que le moment du couple de nutation négatif est proportionnel à la rotation du projectile autour de son axe, au développement de la surface des ailettes, à la distance qui sépare le milieu des ailettes du centre de gravité, au nombre des ailettes; et croît selon une fonction du troisième degré des vitesses de translation et de rotation. M. Pinat établit, d’un autre côté, que ce couple de rotation seul influe sur l’angle B de l'axe de figure et de la tangente à la trajectoire. Si donc, on considère le projectile en un point de sa course, faisant un angle B avec la trajectoire, le couple de rotation étant négatif, il y a lieu d’en augmenter la valeur pour diminuer l’angle B et arriver à l'annuler. C’est par suite de ces remarquables déductions que M. Pinat conclut logiquement que, pour maintenir l’axe de figure sur la tangente à la trajectoire et présenter toujours ainsi une surface minimum à la résistance de l’air, ce qui augmente la tension de la trajectoire, il faut avoir des ailettes aussi nombreuses, larges et longues, que possfo
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- ble; augmenter la longueur et la densité du projectile ; porter au maximum la vitesse initiale et la rotation.
- Telles sont les considérations qui ont motivé la proposition de M. Pinat que je vais exposer rapidement.
- Mais avant, qu’on me permette une observation. M. Pinat n’a considéré, parmi es forces qui vont troubler notre projectile, que les résistances de l’air. 11 y en existe d’autres dont il n’a rien dit, et qui, quoique difficiles à introduire dans lecalcul, méritent cependant d’être signalées afin qu’on y obvie par des moyens pratiques. Je veux parler des battements et des chocs au départ.
- Supposons un canon chargé, et le projectile placé à l’endroit qu’il occupe toujours dans le chargement. Au moment de la déflagration delà poudre,le boulet qui repose par son dehors sur la génératrice inférieure de l’âme est enveloppé par les gaz et brusquement pressé sur cette génératrice. Au bout d’un certain nombre de coups, cette pression répétée produit une cavité qu’on a appelée logement A, et dont voici le résultat. Lorsqu’il a acquis une certaine importance, il fait un angle appréciable avec la génératrice de l’àme ; et le projectile, au lieu d’être lancé suivant l’axe du canon, se relève généralement et va butter B, d’où il ricoche pour aller en C et enfin sortir de l’âme. Le résultat de ces battements est de modifier d’une façon irrégulière la direction du projectile à la sortie de la pièce.
- On voit très-facilement ces traces dans l’âme d’un canon lorsqu’on la vérifie après un certain nombre de coups.
- Je ne rappelle, du reste, ce phénomène que pour mémoire et pour dire que la force en résultant est loin d’être un infiniment petit par rapport à la résistance de l’air, et qu’il y a lieu d’y remédier. Sous ce rapport, l’acier est préférable au bronze qui est plus mou, et nous permet d’espérer que, si ce dernier métal est maintenu pour la fabrication des canons, tout au moins leur mettra-t-on des chemises intérieures en acier, qui ont donné d’excellents résultats aux expériences.
- Examinons maintenant le canon et le projectile de M. Pinat, qui obéit à un penchant bien naturel pour le canon Whitworth, auquel les forges d’Allevard ont, je crois, appliqué leurs procédés remarquables de forgeages qui datent d’avant 1860, et qui ont beaucoup d’analogie avec ceux des forges d’Elswich et Woolwich.
- En 1860, le canon Whitworth donnait déjà à Southpart des résultats remarquables, et il n’est pas étonnant qu’ils aient attiré l’attention d’un ingénieur qui, aidé de la logique, fait aujourd’hui les propositions que je vais examiner.
- Plaise à Dieu que nous sachions à l’avenir, mieux que par le passé, suivre les travaux de nos voisins et en profiter, au lieu de vivre dans notre orgueilleuse indifférence pour tout ce qui n’émane pas de nous.
- M. tPinat propose un canon en acier forgé du poids de 450 kilogrammes, d’une longueur d’âme de lm,75, muni de six rayures du pas de lm,20.
- La pièce est faite avec un seul bloc d’acier forgé cylindriquement au marteau-pilon. Il est ensuite percé de part en part, ce qui permet une rectitude d’âme plus grande. ' •
- On bouche ensuite un côté avec une vis à demeure qui fait culasse. Quant aux tourillons .qui ne sont pas venus de forge, pour faciliter le forgeage du bloc d’acier comme une barre ordinaire, on les rapporte ensuite de la façon suivante. Qu’on se représente un écrou à oreilles et le canon.taraudé extérieurement en une certaine partie de sa longueur ; on emmanche par l’avant ledit écrou qu’on visse sur les filets ci-dessus indiqués; les oreilles do cet écrou sont les tourillons.
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- IL y aurait lieu, croyons-nous, de fixer par des goujons ou autrement cet écrou-tourillon pour l'empêcher de se dévisser,’, phénomène que nous avons vu souvent se produire.
- Ce canon, on le voit, se charge par la bouche ; ce qui est incontestablement supérieur au chargement par la culasse, tant au point de vue des accidents qu’au point des difficultés d’obturation. 11 est bon de rappeler à ce sujet que le chargement par la culasse qui n’a été amené que par la nécessité du forcement des projectiles, cause l’augmentation de portée et de justesse, en supprimant les battements dont nous avons parlé plus haut et en réduisant la déperdition des gaz. Si donc on peut avoir le forcement ou le presque-forcement, en conservant le chargement par la bouche, on a la meilleure solution du problème. Elle était trouvée par Wbitworth ; elle est plus complète encore dans le système de M. Pinat, qui mérite cependant quelques critiques.
- L’obus de M. Pinat, au lieu d’être en fonte, est un alliage de plomb et d’antimoine, qui a le double avantage d’une plus grande densité et d’une malléabilité dont le résultat est tel, que, sous la pression des gaz et en vertu de l’inertie, le diamètre du projectile augmente et le forcemeîit se produit. Nous ne voyons à ce projectile que l’inconvénient de son prix, inconvénient capital, quand on songe à la consommation de ce produit dans les guerres actuelles. Les ailettes sont venus de fonte, se prolongent le plus possible à l’avant, ont une forte section pour résister aux efforts de la poudre ; le flanc de tir est incliné, et le flanc de chargement, c’est-à-dire celui qui subit la résistance de l’air, est normal au projectile : conditions que nous avons indiquées plus haut comme propres à augmenter le couple de rotation négatif et par suite à ramener à zéro l’angle de l’axe de figure du projectile à la trajectoire. Des encoches sont faites également à l’arrière des ailettes, qui sont taillées en crémaillères sur toute la longueur; ces dispositions ont pour but d’influer sur la résistancede l’air, de telle sorte que l’axe du projectile se rapproche le plus possible de la trajectoire qui sera ainsi très-tendue.
- Les ailettes ont un fort relief et le projectile est très-allongé.
- Comme obus à balle, l’alliage de plomb et d’antimoine ne donnant pas, sous les faibles épaisseurs auxquelles conduit le nombre suffisant de balles à introduire, une résistance suffisante, M. Pinat propose un obus en cuivre rouge, auquel je reprocherai son prix plus coûteux encore, tant par le métal que par la main-d’œuvre. Ce projectile est en effet très-compliqué. IL consiste en une première enveloppe qui en renferme une autre suivant l’axe ; l’espace annulaire est rempli de balles, ainsi que le cylindre central, danslequel on ménage deux gorges longitudinales à l’aide d’un troisième tube, pour conduire au fond la poudre d’éclatement. Je crains également que ce projectile en cuivre ne résiste pas au tir, et qu’il se déchire dans l’âme ou immédiatement à la sortie. " ',1 "''"‘"V
- Pour le cas où on ne voudrait pas employer les projectiles ci-dessus décrits, M. Pinat propose les projectiles en fonte construits de la façon suivante.
- L’obus serait coulé avec ses ailettes longues, munies d’une bande de zinc sur lé flanc de tir pour éviter le danger du frottement sec et cassant de la fonte qui peut ame-i ner l’éclatement dans l’âme. M. Pinat augmenterait également les saillies des ailettes.
- Je crois que c’est là la vraie solution, qu,e les expériences de Whitworth nous ont du reste indiquée. Il y aurait, lieu néanmoins de demander la réponse définitive à l’expérience. -v
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- 1VI. Pinat propose enfin, pour les partisans du chargement par la culasse, de faire le projectile coulé avec les ailettes ci-dessous et de couler sur le tout une couche de plomb ; puis, en outre des rayures profondes du canon, de lui en ajouter une infinité de petites, logées dans les premières et dans leurs intervalles, afin de produire, par leur empreinte dans le plomb, le forcement que ne donnait pas la fonte.
- Pour résumer le travail de M. Pinat, nous devons dire qu’il a analysé d’une façon très-claire l’action des forces agissantes sur un projectile rayé, qu’il en a déduit les diverses conséquences avec une grande précision, et qu’à la suite de cette étude il a fait des propositions très-logiques et très-intéressantes d’un canon et de son projectile.
- Il a très-judicieusement disposé tous les éléments de son projectile pour utiliser au moins la résistance de l’air.
- Nous croyons que M. Pinat est dans le vrai en indiquant la voie dans laquelle devraient s’engager les expériences d’artillerie ; et nous espérons que ses études ne seront pas perdues.
- Quant à nous, nous n’avons qu’à le remercier d’avoir bien voulu nous communiquer son intéressant Mémoire ; et nous espérons qu’il n’en restera pas là dans une étude pour laquelle il paraît avoir une grande compétence.
- Qu’il nous permette également d’exprimer le désir de le voir s’occuper de la fabrication de l’acier, si retardataire en France dans la question de l’artillerie, et pourtant d’une si haute utilité.
- MM. Froment et Porte ont été reçus comme membres sociétaires, et M. Coûtant comme membre associé.
- v Séaaice «Ira © Septeaiatoa*© 1187 2.
- Présidence de M. Desgrange, Vice-Président.
- Le procès-verbal de la séance du 16 août est adopté.
- . Il est donné lecture d’une note de M. Desbrière sur les essais des machines loco-motiye^àXâjl central du chemin de fer de Cantagallo (Brésil). w*'**'-
- Le chemin de fer de Rio de' Janeiro à Caxoéira est établi depuis treize ans et n’avait pas pu jusqu’ici être prolongé au delà de la Caxoéira, à cause de l’obstacle que lui opposaient les monts Organs, dont l’élévation est de 3,600 pieds anglais (1,000 à 1,100 mètres) au-dessus du niveau de la mer, et qui séparent la côte du district de Cantagallo où se fait une grande production de café ; les transports entre Cantagallo et la côte ne se sont faits jusqu’à ces derniers temps qu’à dos de mulets. Pour améliorer l’état de la viabilité sur ce point, le gouvernement brésilien a accordé, en 1869, au Dr Bernardo Pinto la concession de la ligne de Caxoéira à Can-
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- tagallo, ligne dont la construction devait être exécutée sur le système à rail central et avec voie de lm, 10.
- Cette ligne présente des courbes de 130 pieds anglais, soit 40 mètres de rayon. Sur une longueur de 8 milles, soit 12 kilomètres, elle rachète une différence de niveau de 1,080 mètres. Les rampes varient de o0 millimètres à 85 millimètres par mètre. La majeure partie des rampes est d’environ 78 millimètres. A partir du col, la ligne descend avec des pentes plus douces sur une longueur de 12 milles, soit 19 kilomètres, jusqu’à Nova Fnbuvgo, tête de ligne actuelle. De Nova Friburgo à Cantagallo, la ligne sera prolongée sur une longueur de 90 kilomètres.
- La commande des machines locomotives du chemin de fer de Cantagallo a été passée à MM. Manning Wardle et Cie, constructeurs à Leeds.
- Les premières de ces machines, au nombre de cinq, viennent d’être terminées et ont "été essayées en Angleterre les 20 et 21 juin dernier, sur l’ancien plan incliné à câble de Goathland, près Whitby, sur la ligne de Pickering à Whitby (chemin de fer du North-Eastern), en présence d’un grand concours d’ingénieurs et de constructeurs anglais.
- La ligne d’essai a été établie avec des courbes de 87 pieds, soit 26 mètres de rayon et une pente maximum de 90 millimètres par mètre, conditions bien plus onéreuses que celles dans lesquelles les machines auront à fonctionner au Brésil.
- Le succès des expériences a été complet, et nous croyons devoir en dire quelques mots à la Société, parce que de ces expériences datera une nouvelle étape dans le perfectionnement des machines de montagne dont M. Fell a eu l’initiative, et dont nous avons dans le temps rendu compte à la Société.
- On sait que le chemin de fer du Mont-Cenis, aujourd’hui remplacé par le souterrain, a fonctionné pendant trois ans et demi sans donner lieu au moindre accident et avec un plein succès, en ce qui concerne le matériel fixe et roulant, et la traction, sauf certains détails de la construction des machines, qui ont donné lieu à de sérieuses difficultés de service. Ces difficultés résidaient uniquement dans le mode d’accouplement : 1° des roues horizontales situées de part et d’autre du rail central entre elles; 2° du système entier des roues horizontales avec,.celui des roues verticales intérieures.
- Pour résoudre ces difficultés, la Compagnie du Mont-Cenis a fait établir successivement quatre types de machines locomotives, dont aucune n’a complètement résolu le problème en ce qui concerne l’accouplement entre elles des roues horizontales; mais l’expérience de ces divers types a démontré qujil fallait absolument renoncer à l’accouplement entre eux des deux systèmes de roues horizontales et verticales, et qu’il fallait établir deux mécanismes entièrement indépendants, l’un pour commander les roues verticales, l’autre pour les roues horizontales.
- Restait donc le problème de l’accouplement des roues horizontales, problème pour la solution duquel on a employé jusqu’ici et sans succès complet ;: 1° divers systèmes de bielles et de manivelles; 2° les engrenages.
- Le problème dont il s’agit présente, au point de vue cinématique, une grande difficulté si l’on veut arriver à ne se servir que d’organes simples.
- En effet, les roues situées du côté opposé du rail central, tournent en sens contraire, et l’accouplement de ces deux groupes de roues semble ne pouvoir se faire par les organes très-simples (bielles et manivelles) qui s’emploient pour les roues verticales ordinaires des locomotives, puisque la rotation de celles-ci se fait pour toutes dans le même sens. * .... ' *
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- De plus, les roues n’étant pas calées sur le môme essieu, il semble que l’on ne peut plus utiliser pour le passage des points morts le calage à angle droit des deux roues d’unmême essieu, calage qui s’emploie si heureusement pour les roues verticales.
- C’est pourtant le même mode d’accouplement que M. Fell a réussi à adapter aux roues horizontales, à l’aide d’un artifice ingénieux dont il est regrettable que l’idée ne lui soit pas venue plus tôt.
- L’artifice sur lequel repose le nouveau système consiste à placer les deux cylindres moteurs du mécanisme non plus à côté l’un de l’autre sous la boîte à fumée et leurs axes dans un même plan -horizontal, comme on l’avait fait jusqu’ici, mais au-dessus l’un de l’autre, toujours sous la boîte à fumée, de manière que leurs axes AA soient situés dans le plan vertical qui contient l’axe longitudinal de la machine (fig. 1).
- Maintenant, supposons, pour simplifier, les roues de droite réduites à une seule et celles de gauche également, et admettons que l’arbre ou essieu vertical de la roue de droite porte deux coudes BB à angle droit l’un sur l’autre, et que les milieux de ces coudes soient situés respectivement dans les plans horizontaux qui contiennent les axes des deux cylindres ; admettons aussi que l’arbre de la roue de gauche soit aussi coudé doublement, et admettons en outre que le coude supérieur de l’arbre de droite soit à angle droit sur le.coude inférieur de l’arbre de gauche, la même position relative s’ensuivra pour les coudes inférieurs de ces deux arbres.
- Celaposé, si (fig. 2) , au moyen de crossesDDetde bielles motrices convenables EE, on fait en sorte que le cylindre supérieur actionne les coudes supérieurs BB, respectivement à angle droit, des deux arbres, et que le cylindre inférieur commande de même les coudes inférieurs BB, on voit que, à chaquequart de révolution, chaque cylindre fera successivement passer les points morts des quatre coudes, et qu’il en résultera ainsi, sans qu’il soit besoin de recourir à aucune pièce parasite, l’accouplement des deux groupes de roues horizontales^
- C’est ce système qui vient d’être expérimenté sur le pian incliné de Gôathland, et
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- qui, ainsi qu’on pouvait s’y attendre, a été couronné d’un plein succès. Désormais on peut dire que les machines à rail central sont aussi simples comme conception, abstraction faite du nombre de pièces, que les locomotives ordinaires.
- Fig.'2.
- La machine essayée à Goathland a des cylindres extérieurs de 13 pouces de diamètre et 14 pouces de course (0m,325 sur 0”,3b0). Lés cylindres intérieurs ont 13 pouces de diamètre et 12 pouces de course (0m,325 sur 0-,300).
- Les quatre roues verticales ont 28 pouces (0m,700) de diamètre au roulement; les roues horizontales, au nombre de quatre également, ont 22 pouces (Q^BSO de diamètre).
- La machine, en ordre de marche, pèse 30 tonnes environ et 25 tonnes vides; la pression que le mécanicien peut réaliser sur les roues horizontales est de 40 tonnes, soit en tout 70 tonnes d’adhérence.
- Elle a 71mc,718 de surface de chauffe et porté dans ses soutes à eau 2,362 litres. Elle est pourvue de deux giffards.
- Les longerons, bielles, manivelles, roues et bandages sont en acier fondu.
- Les deux mécanismes des roues horizontales et verticales sont entièrement distincts; les leviers de changement de marche et autres pièces de manœuvre du mécanisme extérieur sont situés à droite, ceux du mécanisme intérieur à gauche du tablier, de manière à éviter toute confusion pour le mécanicien.
- La machine d’essai a gravi la rampe de 750 mètres en 3 minutes et demie, en emmenant avec elle un train de 44 tonnes brut.
- Toutes les épreuves relatives aux freins, à l’arrêt sur les rampes,, etc., ont donné la même satisfaction què sur la ligne du Mont-Cenis. Là n’était pas l’intérêt des épreuves, puisque cés résultats sont depuis longtemps acquis. 11 est tout entier, nous le répétons, dans le nouveau mode d’accouplement des roues du rail Centrdl, qui a parfaitement fonctionné, sans occasionner les bruits anormaux et de mauvais au-
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- gure auxquels donnaient lieu les systèmes précédemment employés. Cet accouplement nous parait résoudre les seules difficultés que présentât encore l’emploi du rail central.
- Nous pensons que les bons résultats en seront très-sensibles dans le fonctionnement des services de traction, de mouvement et d’entretien, et par suite sur les frais d’exploitation des lignes construites ou à construire dans ce système.
- M. Desbrière fait part à la Société de l’application prochaine du système à rail central sur une seconde ligne au Brésil, destinée à mettre le port de Saint-Antonino en relation avec l’intérieur des terres, sur une petite ligne près d’Exeter (en Angleterre), pour la traversée de la Cordelière des Andes, et enfin sur la ligne de Jaffa à Jérusalem.
- J*-* i,
- M. Queruel donne communication d’une étude d’agencement de scène de théâtre.. qu’il a présentée au concours du nouvel Opéra, et, pour en faciliter l’intelligence, il présente à la Société un modèle au vingtième d’une fraction de plancher de scène mobilisé d’après son système.
- M. Queruel commence par constater l’état de stagnation de la mécanique théâtrale, qui n’a pas changé depuis deux siècles, tandis que tout dans l’industrie fait des progrès.
- Frappée de l’impuissance de ces procédés, l’administration, en quête d’améliorations, chargea une commission de faire des recherches qui demeurèrent infructueuses. Ce fut à la suite de ces tentatives stériles qu’un concours fut ouvert et que différents projets furent présentés. En soumettant ses essais à la Société, M. Querue], fait appel à son jugement, à défaut de celui de la Commission qui ne s’est point prononcée.
- M. Queruel n’a pas la prétention de croire que ses idées soient exemptes de critiques; c’est pour cela qu’il soumet son système à la Société avec l’espoir de voir s’engager une discussion, qui ne manquera certainement pas de porter la lumière sur une question qui jusqu’alors est restée pour ainsi dire inconnue aux ingénieurs, bien qu’elle rentre tout à fait dans le cadre de leurs études.
- Avant d’entrer dans la description de ses propositions, M. Queruel croit utile de donner un aperçu d’agencement d’une scène telle qu’on les construit encore.
- Le plancher de la scène, dit-il, est incliné vers la salle et sillonné transversalement de rainures qu’on nomme costières. C’est par ces rainures que passent les mâts qui portent la décoration. Entre ces rainures, qui partagent la scène en deux séries de bandes d’inégales largeurs, sont des trappes qui les couvrent et qui peuvent glisser dans les feuillures de support, lorsqu’on veut opérer des ouvertures quelconques dans le plancher pour les apparitions de personnages ou de décors.
- A deux mètres au-dessous du plancher de la scène est un deuxième plancher garni de rails, sur lesquels roulent des châssis à galets qui servent d’emplanture aux mâts qui portent la décoration. Un troisième plancher est établi à trois mètres au-dessous du deuxième et est garni d’un grand nombre de treuils à bras. Enfin, sur le sol, que l’on nomme le troisième dessous, sont également établis de grands treuils en bois qui en occupent toute l’étendue. Tous ces planchers sont supportés par un grand nombre de poteaux en bois. Les grands décors que l’on introduit à travers tous ces planchers font obstacle à toute liaison et à tout contreventement dans la charpente, en sorte que ces tranches isolées sont sans rigidité et balancent au moindre effort.
- C’est pour èé"motif que les peintres décorateurs réclament vivement contre cette
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- instabilité, qui laisse leurs décors flottants à l’extrémité supérieure et fait apparaître dans les décorations architecturales les plus disgracieuses déformations.
- Ces artistes demandent aussi que le plancher de la scène puisse être articulé de telle sorte qu’il se prête aux mouvements du sol que réclament leurs compositions.
- Ce problème mécanique présente des difficultés, en ce que le plancher de la scène est soumis déjà à bien des services, auxquels la nouvelle propriété de mobilité verlicale ne doit porter nulle atteinte.
- Pour réussir, il fallait sortir de la voie actuelle et entrer résolûment dans celle des récents perfectionnements de la mécanique et de l’art de construire. C’est à quoi M. Queruel s’est appliqué. A la charpente en bois il substitue le métal tubulaire, dont il fait un ensemble résistant et inébranlable. A la mécanique impuissante et dangereuse de treuils en bois, il substitue les transmissions de mouvements hydrauliques les plus perfectionnés, dont le fonctionnement est à la fois docile et puissant. Mais il conserve le type originaire du plancher fendu transversalement et des chariots attenant à ce plancher, condition impérieuse de la solution du problème et dont la clef est dans la poutre à deux âmes.
- Partant de ce principe, il tranche longitudinalement la surface du plancher de la scène et transversalement les poutres à deux âmes qui portent le plancher, et en fait, avec les tranches transversales dont il a été question dans la description de la scène, 64 parcelles rectangulaires, comme les divisions d’un échiquier. Ces poutres supérieures seraient de suffisante section pour que des rails et des chariots puissent y être établis et, par une incision longitudinale à leur partie supérieure, recevoir les pieds des mâts à décoration. Chaque tronçon peut être solidaire ou indépendant'de ses voisins.
- Pour soutenir lès tronçons et leur imprimerie mouvement vertical, un tube en fer cylindré est fixé perpendiculairement et au centre de chaque tronçon. Ce tube descend jusque dans le dernier dessous, avec faculté de glissement vertical dans des douilles fixées sur les poutres tubulaires des deux dessous.
- Les tubes sont percés de nombreuses mortaises diamétrales dans lesquelles passent les clavettes de retenue. Chaque ligne transversale à la scène, formée par ces huit tubes époutilles, est mise en mouvement par une traverse en fer de treillis soulevée à son centre par une presse hydraulique. L’entraînement d’une ou plusieurs épon-tilles se fait au moyen de l’interposition de clavettes à différentes hauteurs.
- Le défaut d’équilibre qui pourrait résulter des inégalités de charge sur les traverses se trouve radicalement rétabli par un système funiculaire de renvoi, qui assure également le parallélisme du mouvement.
- On conçoit aisément, qu’au moyen de cette disposition fort simple, on puisse lever ou abaisser telle parcelle que l’on voudra. Et comme les choses sont combinées de telle manière que l’on puisse donner aux parcelles différentes altitudes et les incliner indifféremment dans les quatre sens, il sera facile de composer des mouvements de sol les plus fantaisistes et les plus variés sans nuire aux anciens services du plancher.
- Après avoir exécuté avec son modèle quelques-unes de ces combinaisons, M. Queruel fait remarquer que la pierre de touche de toute combinaison mécanique est l’agencement simple et l’usage multiple. C’est ainsi qu’avec les seize presses hydrauliques, destinées au levage de la scène, il dessert tous les mouvements des dessous, tels que levage des fermes, des trucs, des personnages, fractionne les trappes, etc., et que, par des dispositions mécaniques qui complètent le système, il est en mesure de parer à toute avarie par la permutation instantanée de(ses moteurs. iti
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- La question d’extinction du feu, dans les théâtres, a aussi, à propos des eaux forcées, préoccupé M. Queruel. Puisqu’il faudra un atelier d’eau forcée, pourquoi ne pas joindre, dit-il, ce service à celui d’incendie et le renforcer de toute sa puissance? Outre la balistique hydraulique ainsi renforcée, M. Queruel propose d’établir, dans le haut des cintres, des tubes percés de trous d’arrosage en nombre suffisant pour qu’en Cas de danger imminent on lance de ce3 hauteurs une pluie torrentielle qui. noie la scène, sauve l’édifice et conjure de grandes catastrophes.
- M. le Président demande si ce système peut être employé également pour le service des décors des coulisses, et si l’on pourrait, par suite d’un changement de spectacle, changer instantanément toute une décoration.
- M. Queruel répond que les facilités que donne la mobilité du plancher répondent précisément à ce desiderata de changement immédiat de spectacle. En effet, les praticables si diverses qu’exigent les différentes pièces du répertoire pourront être exécutés sur l’heure au moyen des clavetages des épontilles.
- Ces clavetages seraient écrits sur des lignes parallèles, absolument comme de la musique.
- Quant aux équipes des décors'et des trucs des dessous l’emploi multiple des presses hydrauliques combiné avec des coulisses verticales à demeure permettraient de fixer les décors spéciaux de chaque pièce avec une grande célérité, et si l’on ajoute à cette richesse de moyens ceux des vingt machines hydrauliques à fraction installées aux côtés de la scène, on aura à tous les points de là scène, et dans toutes les directions, des moyens de traction qui suffiront à tous les besoins.
- M. Dëroide demande si les frais de première installation sont plus coûteux que dans le système ordinaire, et si on peut réduire les frais journaliers.
- M. Queruel répond que les frais d’installation sont deux fois plus élevés qu’avec l’ancien système, mais que les frais journaliers peuvent être réduits de beaucoup. De plus, son système fonctionnant au moyen de la presse hydraulique, le service se fait avec régularité et précision. Un chef machiniste, placé dans un poste d’observation embrassant tous les mouvements à la fois, peut voir de suite ce qui cloche et y remédier pendant la manœuvre.
- M. Charrier demandé si le théâtre de Vienne n’est pas installé dans ce genre.
- M. Queruel répond que le théâtre de Vienne emploie des machines à vapeur. Le chauffage et la ventilation de ce théâtre est ce qu’il y a de mieux réussi dans ce genre jusqu’à ce jour. Il donne à ce sujet des détails sur le chauffage et la ventilation.
- Deux groupes de chaudières à vapeur sont établies dans la cour.
- Quelques heures avant la représentation, on allume les foyers de l’un des groupes, dont la puissance suffit à tous les besoins de force et de chauffage, car le second groupe a pour objet de remplacer le premier, quand il a besoin de réparation.
- Trois machines à vapeur sont installées dans les sous-sols; l’une d’elles fait mouvoir les pompes à incendie ; une autre est appliquée aux mouvements des décors de la scène, et la troisième anime les ventilateurs.
- Une démi-héure avant l'ouverture des portes, on commence à chauffer et à ventiler.
- L’air est d’abord insufflé dans une vaste salle où sont en nombre considérable des tuyaux en fonte dans lesquels circule la vapeur de chauffage. L’air, au contact de ces tubes, prend 30 à 33° de température. Puis, ainsi chauffé, il passe dans une deuxième salle, dité’des mélanges, où une certaine quantité d’air froid y est ajoutée, de manière à produire un mélange à une température constante, qui est fixée chaque jour en raison de la température extérieure. _
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- Dans l’hiver, c’est 15 à 17°.
- Dans les températures moyennes, 18 à 20°.
- Dans les grandes chaleurs, 22 à 23°.
- Ainsi, lorsque nous étouffons de chaleur et que le spectacle est un supplice, les Viennois vont à l’Opéra pour y respirer l’air frais.
- Dans l’été, on suspend l’action de chauffage et l’on rafraîchit l’air en le faisant traverser des pluies fines que projettent des tubes de la chambre de chauffe, qui alors devient la chambre de refroidissement.
- Ainsi mis dans ces bonnes conditions hygiéniques, l’air est distribué dans toutes les parties basses du monument et pénètre dans la salle par cent bouches placées sous les banquettes du parterre et de l’orchestre.
- L’air vicié prend son issue par la rosace du plafond de la salle.
- Dans une pièce retirée est une personne assise devant une série de signaux électriques qui donnent les températures et indiquent les courants d’air de tous les points de la salle, de la scène et des chambres de chauffe. Ce régisseur de la ventilation sait tout ce qui se passe dans l’édifice ; c’est de cet observatoire qu’il règle la température et la marche de la ventilation.
- Laisse-t-on une porte ouverte, il le lit sur ses indicateurs et envoie aussitôt l’ordre de la fermer. C’est une providence qui, sans que le public s’en aperçoive, veille mystérieusement à son bien-être et à sa santé.
- Aussi dix soirées au Grand-Théâtre de Vienne sont moins fatigantes qu’une seule à l’Opéra de Paris.
- M. Qoeruel indique également que le théâtre du Vaudeville avait installé une machine à vapeur pour faire fonctionner son plancher mobile; mais cela n’a pas réussi par deux raisons : la première est qu’en demandant des mouvements intermittents à un mouvement continu on est sans cesse exposé à l’incertitude du départ et à celle de l’arrivée, et que n’ayant aucun moyen de tempérer la puissance on brise, si quelque chose accroche ; la deuxième réside dans un vice de construction : l’inventeur a employé du fer plein et de forme plate, forme qui ne présente aucune résistance à la flexion, et la conception de la charpente est telle, qu’elle n’a aucune inertie pour tenir les parties mobiles dans leurs lignes géométriques de fonctionnement.
- Ces essais infructueux, prévus à l’avance, nuisent considérablement dans l’esprit du monde aux propositions sérieuses qui peuvent leur succéder. .
- M, Gaudry fait observer qu’il a entendu dire que dans les grands théâtres, comme . l’Opéra, le personnel employé le soir pour la manœuvre des décors était indispensable, parce qu’il était employé dans la journée pour la manutention des décors et le service intérieur du théâtre.
- AVIS.
- M. Charrier demande à M, le Président de vouloir bien rappeler à nos collègues en position de se procurer les documents de toute nature, relatifs aux travaux des conseils généraux, l’importance qu’il y a pour notre -Société de créer des rapports avee nos assemblées départementales qui ne savent pas assez qu’il se fait de grands travaux publics en France, en dehors des ingénieurs de l’État.
- Tout document émanant de délibérations de ces corps devra être reçu avec intéré t et classé de manière à former une collection.
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- RAPPORT
- DE LA COMMISSION CHARGÉE D’ÉTUDIER LES QUESTIONS
- D’ÉCONOMIE INDUSTRIELLE1
- Messieurs et chers collègues,
- Une Commission a été désignée entre nous pour étudier les questions d’Économie sociale, économats, habitations ouvrières, caisses de secours, caisses de retraites, etc., etc.
- Votre Commission composée de MM. Deligny, Forquenot, Gibon, Grand, Marché, Normand et Périssé, a commencé ses travaux par une séance à laquelle notre cher Président, M. E. Muller, a bien voulu assister. Elle a admis à l’unanimité l’urgence qu’il y avait à provoquer vos discussions éclairées sur une question brûlante qui, dans ce moment, captive l’attention publique, sur le droit des ouvriers à se concerter, à se réunir, à s’associer, pour discuter et débattre le prix et les conditions de leur travail.
- Trois propositions de loi, conçues chacune dans un esprit très-divers, sont en ce moment soumises à l’Assemblée nationale. La première en date demande la liberté d'association. La seconde réclame l’abrogation de la loi du 27 mai 1864 reconnaissant le droit de coalition. La troisième enfin demande la nomination d’une grande Commission d’enr-quête, chargée d’étudier la situation des classes ouvrières en France.
- Nous passons sous silence la loi, actuellement en discussion, sur l’Internationale. Ce qui touche à cette Société a complètement envahi le domaine delà politique, dans lequel nous nous interdisons de pénétrer.
- Mais nous considérons l’étude séientifique et pratique des intérêts des ouvriers, nos modestes collaborateurs, comme rentrant absolument dans notre compétence. Nous regardons comme un devoir la manifestation de notre opinion éclairée et désintéressée dans ces redoutables problèmes dont les' passions politiques retardent et compromettent la solution.
- 1. Voir les discussions qui ont eu lieu dans les séances des 19 avril et 3 mai.
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- Notre opinion sera éclairée, car tous nous vivons journellement avec l’ouvrier, nous connaissons la valeur du travail et celle des travailleurs; nous en apprécions les qualités , nous en touchons les défauts. Elle sera désintéressée, car notre position,,en quelque sorte arbitrale, entre le travail et le capital, nous permet de faire-complètement abstraction d’intérêt personnel dans le débat. Mêlés par notre situation aux grandes affaires, nous savons les garanties qu’exige la conservation du capital, qui n’est autre que le travail accumulé et à ce titre mérite toute notre sympathie, lorsque les intérêts de ce travail passé ne menacent pas les impérieux besoins du travailleur présent.
- Notre opinion, Messieurs, aura du poids, car nous avons largement fait nos preuves. Nous pouvons dire que l'influence des ingénieurs civils a été manifeste et bienfaisante, partout où la double confiance des capitalistes et des travailleurs leur a permis d'amortir les excès des prétentions opposées. Ils ont établi l’harmonie, qui est la loi naturelle de deux forces qui doivent concourir à un même but ; ils ont éloigné dans bien des cas l’antagonisme qui n’existe que trop souvent entre patrons et ouvriers, lorsqu’un intermédiaire ne vient pas faire accepter à chacun sa juste part.
- Cela dit, nous entrerons en matière et nous aborderons les trois questions soulevées par les trois propositions de loi que nous avons citées.
- La nomination d’une grande Commission d'enquête donnera de bons résultats, si, dans sa composition, on s’éloigne des habitudes politiques et administratives, d’après lesquelles toute commission officielle était trop souvent composée de fonctionnaires absolument étrangers à la pratique des affaires et à la connaissance des ouvriers. Il nous a*paru très-désirable que l’élément du travail soit largement représenté dans la Commission et que cette représentation procède de l'élection.. Les membres ouvriers des Conseils de Prud’hommes pourraient fournir un contingent précieux à la grande Commission, et ils apporteraient précisément l’autorité morale qui résulte de l’élection.
- Les ingénieurs civils, par les raisons que nous avons déjà développées, nous paraissent tout naturellement propres à collaborer utilement à l’étude projetée. Nous vous demanderons, en conséquence, d’inviter notre Président à mettre à la disposition de M. le Ministre de l’intérieur, un certain nombre de membres de la Société que celle-ci désignerait elle-même.
- Les capitalistes industriels devraient aussi, autant que possible, être désignés par leurs confrères, et choisis par contrées ou groupes d’industrie. Seuls, les fonctionnaires adjoints à la grande Commission seraient directement désignés par le Ministre dont ils dépendent»
- Nous pensons pouvoir espérer que la partie de la Commission, ainsi composée, viendrait largement tempérer le caractère politique dû à la présence de nombreux membres de l’Assemblée nationale. Cela est
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- d’autant plus désirable que, jusqu’à ce jour, nous avons vu bien des enquêtes faussées dans leurs résultats par l’intromission des passions politiques dans des études qui devaient y rester étrangères.
- Telle est, Messieurs, notre opinion sur le projet d’enquête.
- Nous passerons aux deux autres projets que nous traiterons ensemble, car ils sont connexes. Les droits qu’ils soutiennent ou qu’ils combattent sont inséparables ; ils sont la conséquence les uns des autres,
- Dans notre étude, nous nous sommes, efforcés de nous éloigner de tout système empirique. De même que dans nos travaux d’ingénieurs, nous nJavons pas de meilleurs guides que les lois immuables, reconnues, qui régissent la matière ; de même, dans les questions sociales, nous croyons que la loi et le droit naturel sont les phares lumineux qui doivent conduire la société dans la recherche de cet équilibre qui lui manque. Les violations permanentes des droits naturels ont amené le mal social à l’état de crise où nous le voyons. Faut-il supprimer la cause pour guérir le mal ? ou faut-il attendre qu’une nouvelle fièvre vienne encore tenter d’expulser cette cause au risque d’emporter le malade? Nous croyons, quant à nous, qu’il faut radicalement revenir au point de départ, au droit naturel.
- Voici comment Mirabeau définit ce droit naturel.
- « La loi de substance est la loi de nature, puisqu’elle est en quelque « sorte le titre de notre existence,
- « Mais le pouvoir de satisfaire nos besoins dépend absolument de « notre propriété personnelle, c’est-à-dire de la liberté complète d’em-« ployer nos forces, notre temps et nos moyens à la recherche de ce qui « nous est utile. La propriété personnelle est donc notre premier droit, « comme notre premier devoir est de la conserver et de la défendre.
- et L’association de plusieurs hommes ne peut porter que sur ce devoir « et sur ce droit. Les contractants, si l’on peut parler ainsi, assurent « leurs droits réciproques pour prix des devoirs et des services respecte tifs auxquels ils s’engagent les uns envers les autres ; cette convention « tacite est simplement la loi de nature, l’intention manifeste des asso-« ciés, leur intérêt évident, parce que Yhomme ne peut que par le nombre, % n’est fort que par la réunion, n’est heureux que par la paix. »
- La propriété personnelle et naturelle peut être mise en valeur comme toute propriété conventionnelle. Tout homme possède donc le droit de louer ou vendre son travail à prix débattu entre lui et son acheteur. Ce qui est juste et licite pour un homme ne saurait être injuste et illicite pour deux hommes réunis, pour mille hommes réunis. Il n’est pas plus naturel d’interdire à deux, à mille hommes de s’entendre et de se concerter pour, ensemble, débattre loyalement avec un acheteur le prix du prbduit de leurs propriétés personnelles, qui est leur travail,
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- que-d’interdire à deux, à mille propriétaires de terre, à deux, à mille actionnaires d’un chemin de fer de se concerter et de s’entendré pour i’administration de leurs propriétés ou de leur entréprise et pour la vente de leurs produits. Pour les uns comme pour les autres, le droit existe et doit être reconnu et exercé sans autres limites que l’abus qui en serait fait.
- C’est d'après ces principes que s’est prononcée votre Commission, en reconnaissant, à Y unanimité de ses membres, le droit des travailleurs de s’entendre et, de se concerter pour discuter le prix et les conditions de leur travail.
- Il serait inexact de prétendre que ce droit de s’entendre serait contradictoire avec le principe de la liberté du travail; il en est, au contraire, la conséquence et la confirmation, il en est l’exercice collectif. Vue de la position désintéressée que nous occupons, il nous paraît évident que, pour les ouvriers de la grande industrie, la collectivité seule garantit la vraie liberté du travail basée sur la liberté de la discussion des prix. Le patron de 1000 ouvriers possède par rapport à chacun d’eux, pris isolément, une force, une autorité, qui est dans le rapport de 1000 à 4 ; il n’y a pas équilibre, il peut y avoir oppression. Si, au contraire, les 4000 ouvriers peuvent discuter collectivement, l’équilibre est rétabli. Au lieu de conditions et de prix imposés, il y a conventions librement acceptées; au lieu d’antagonisme, il y a harmonie, et la vraie condition naturelle du concours mutuel du capital et du travail se trouve réalisée, au mieux des intérêts réciproques.
- La masse du public, en France, a la mauvaise habitude de ne considérer comme désordre que celui qui se manifeste violemment sur la place publique. Lorsque la rue est calme, lorsqu’aucun trouble n’apparaît à la surface, tout est pour le mieux. La misère cachée ne compte pas, jusqu’au jour où le désespoir pousse les malheureux dans les violences extrêmes. Le désordre moral peut être excessif, la vie peut être chère, le travail insuffisamment rétribué, le bénéfice de l’entrepreneur énorme, peu importe au public : les affaires vont, tout va bien. Ceci, Messieurs, n’est pas une vaine déclamation, c’est l’exposé sineère de situations que nous n’avons que trop souvent constatées dans nos carrières industrielles.
- Il est malheureusement vrai, et nous sommes tous d’accord sur ce point, il est vrai que lorsque le prix des subsistances nécessaires à la vie augmente, ce n’est que longtemps après que l'équilibre est rétabli par l’augmentation des salaires. Il est encore vrai que ce n’est qu’à la longue que l’ouvrier participe à la prospérité des industries basées sur le bon marché de la main-d’œuvre. Il y a de nombreuses et honorables exceptions, mais en général, le salaire n'augmente que par contrainte de celui qui le paye, ou par concurrence entre ceux qui Voffrent. Est-ce là le résultat de l’exercice et de l’application de la liberté du travail? non, c’est
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- la conséquence fatale des lois d’exception faites et maintenues depuis si longtemps par et pour ceux qui en profitaient.
- La loi du 27 mai 1864, dont on demande cependant l’abrogation, a été le premier pas dans une voie meilleure. C’est à l’améliorer qu’il faut songer et non à revenir à l’ancienne oppression du travail. Les menaces imprudentes de ceux qui ne voient l’ordre que dans la soumission imposée par la force ont développé depuis quelque temps l’antagonisme des classes dans une proportion effrayante. A Paris surtout, dans certaines industries, il existe un véritable état de guerre entre patrons et ouvriers. Suivant les circonstances du jour ou de la semaine, les uns ou les autres sont tour à tour oppresseurs ou opprimés. Cet état de choses est plein de péril et d’instabilité; il y a urgence à le faire cesser avant qu’il ne se répande par toute la France, aussi bien dans les campagnes que dans les villes. L’existence d’une nation est toujours en question, quand l’accord est rompu entre ses éléments.
- Or, c’est par la reconnaissance pleine et entière du droit naturel que l’accord se rétablira, et pas autrement.
- L’exemple des nations industrielles ne doit pas être plus longtemps perdu pour nous. En Amérique, en Angleterre, en Belgique, en Suisse, les ouvriers ont la liberté indiscutée de se concerter, de s’entendre, de se réunir, de s’associer pour le mieux de la défense de leurs intérêts. La loi ne réprime que la menace, la violence et la fraude; elle respecte le droit.
- Aussi voyons-nous les plus grosses questions économiques discutées et résolues, sans trouble, sur la voie publique. Il y a bien encore des grèves; mais chaque jour elles se termineiA, de plus en plus facilement, par une heureuse conciliation entre les parties. Ce résultat favorable est particulièrement dû à la reconnaissance et à l’exercice du droit d’association dans son expression la plus étendue. Les ouvriers associés ont de plus en plus pris l'habitude de choisir pour discuter, soutenir et défendre leurs intérêts, non-seulement les plus sages et les plus intelligents d’entre eux, mais aussi des hommes éminents dans le droit et dans la science, dont ils ont recherché et suivi les conseils. Loin d’être une menace permanente du travail contre le capital, le droit d’association est donc au contraire, pour l’avenir, une promesse de relations meilleures.
- Sur ce point, encore, votre Commission a été unanime. Un seul de ses membres, qui avait manifesté des craintes, s’est ensuite, rangé à l’avis de la majorité;
- Nous avons tous reconnu que la faculté de se réunir et de se concerter temporairement, qui est seule tolérée dans l’état actuel de la législation, est non-seulement insuffisante mais dangereuse pour l’exercice convenable du droit de se concerter. Elle est insuffisante, parce qu’elle ne donne pas le temps nécessaire pour mûrir les résolutions et pour éviter
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- les entraînements; elle est dangereuse, parce que, dans les réunions improvisées d’hommes mécontents, les exaltés et les audacieux ont trop, beau jeu pour l’emporter sur les conseils de la modération.
- Au contraire, une association reconnue, ostensible, publique, libre enfin, pourra toujours discuter et débattre ses intérêts avec sagesse et modération.
- Quelques membres de l’Assemblée nationale avaient proposé l’abrogation des articles 291 à 294 du Code pénal et de la loi du 10 avril 1834; c’était proclamer, en fait, la liberté d’association. La Commission de l’Assemblée, tout en concédant le droit, le réglemente dans un ordre d’idées diamétralement opposé à celui où s’étaient placés les auteurs de la proposition; aussi, celle-ci est-elle complètement transformée par le projet de la Commission.
- En ce qui concerne la question qui nous occupe, le 3me paragraphe de l’article 5 du projet de la Commission déclare illicite toute association ayant pour but : « de provoquer, organiser ou subventionner des « grèves, ou d’entraver, par un moyen quelconque, la liberté du travail « ou des conventions. »
- Le rapport dit (page 23) : « Le paragraphe 3me a pour objet la protec-« tion de deux des plus essentielles libertés civiles, la liberté des con-« trats et la liberté du travail; il ne résout pas la question de la légiti-(( mité ou de l’illégitimité des grèves. Nous réservons à une loi spéciale « cette redoutable question. Ce que nousvprohibons, cç sont des asso-« dations qui font métier d’exciter les classes ouvrières aux grèves, et « qui leur fournissent des moyens pécuniaires ou autres de les prolon-« ger. De pareilles associations sont des entreprises de guerre civile. »
- Et plus haut (page 18) : « Si nous ne nous occupons pas de l’espèce « d’association qu’on appelle coalition, nous déclarons illicites les asso-« dations dont le but serait de provoquer, d’alimenter les coalitions. « C’est que ces associations, dans un intérêt qui n’est celui ni des our « vriers ni des patrons, excitent et entretiennent des conflits sur leste quels elles spéculent pour faire profiter le trouble politique du trouble « industriel; qu’elles aiment et propagent le désordre, pour le désordre « lui-même. »
- Nous voulons, Messieurs, être très-respectueux pour une Commission de l’Assemblée nationale; mais nous croyons pouvoir affirmer que si la Commission eût compté plus de chefs d’industrie et moins d’hommes politiques, son langage eût été différent.
- Quant à nous, nous considérons comme excessivement dangereux le 3mo paragraphe de l’article 5 ; car il est une menace permanente contre les associations qu’implicitement il reconnaît licites, mais qui dans leur fonctionnement régulier peuvent d’un moment à l’autre passer inopinément à l’état d’illicites. Ainsi, les ouvriers d’un ou plusieurs corps d'état, d’une ou plusieurs villes, s’associent pour se secourir, pour
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- fonder des coopérations, pour veiller d’une manière générale aux intérêts des associés; il nous paraît évident qu’avec cette définition, l’association ne tombe pas sous la prohibition et qu’elle est licite. Mais surviennent des circonstances où les associés trouvent qu’il y a urgence ou opportunité à réclamer, pour l’un des corps d'état compris dans l’association, une modification dans le prix du travail. Les délégués de l’association entament une négociation ; ils échouent, la grève devient néces- -saire; l’association la soutient, elle devient délictueuse. Cependant elle n’avait pas été fondée pour provoquer et soutenir une grève. Mais la défense légitime des intérêts des associés devient délictueuse, bien que la grève en elle-même ne le soit pas.
- Il y a là, Messieurs, des conséquences qui échappent aux intelligences troublées par des préoccupations politiques, mais qui pour nous, qui touchons à la pratique, sont trop manifestes pour que nous ayons besoin de les discuter davantage. Nous n’ajouterons donc rien de plus à la défense de nos opinions sur les droits corrélatifs et inséparables d’entente, de concert et d’association entre les ouvriers.
- Mais, ainsi que nous l’avons dit dans notre préambule, si le droit naturel est indiscutable, son exercice par chaque individu, ou par chaque groupe d’individus, a pour limites nécessaires le respect du droit d’autrui. De même que l’usage de la propriété matérielle,. territoriale ou mobilière, ne peut tomber dans l’abus, de même ce que nous avons appelé la propriété personnelle ne saurait être non plus abusif dans ses effets.
- La loi du 27 mai 1864 a été incomplète; tout en autorisant les coalitions, elle en rendait la pratique difficile et dangereuse en maintenant la prohibition des réunions et associations qui seules peuvent, ainsi que nous l’avons établi, rendre les coalitions prudentes, sages et modérées. C’est ce qui a fait dire que cette loi d’apparence libérale devenait un piège entre des mains hostiles.
- Cette loi a un autre défaut, c’est que, tout en reconnaissant le droit, elle n’indique pas le moment où l’exercice peut en devenir abusif.
- En un mot, elle prévoit l’entente, le concert, dont la manifestation a été nommée très-improprement coalition, mais elle ne donne aucun précepte pour l’exercice de ce droit.
- Lors de la discussion de cette loi, la Commission du Corps législatif avait demandé que la pratique du droit de coalition fût réglementée. Cette demande fut repoussée par le commissaire du gouvernement, sans doute parce qu’elle eût amené logiquement à l’autorisation des associations.
- Votre Commission a été unanime sur la nécessité de fixer les conditions dans lesquelles l’entente et le concert des ouvriers associés, ou simplement réunis, devront s’effectuer lorsqu’ils penseront devoir arriver jusqu’à la cessation collective de travail.
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- La cessation de travail, qu'elle provienne des patrons ou des ouvriers, devient quelquefois le seul moyen de terminer une discussion jusque-là sans issue; mais, quel qu’en soit le résultat, c’est un moyen violent, onéreux pour les deux parties en présence et qui, tout en réussissant quelquefois pour l’avenir, peut dans le présent, causer de cruelles souffrances. Il est donc de l’intérêt de tous de la retarder jusqu’au moment, au moins, où toutes les tentatives de conciliation auront été épuisées.
- Nous l’avons dit : le régime naturel, normal, de l’industrie est l’entente et l’harmonie entre les deux forces, travail et capital, dont la résultante doit être la prospérité commune.
- C’est, ou ce doit être, une union, une communauté, nous dirons même un ménage, car l’existence des familles en dépend.
- Or lorsque, dans le domaine de la famille civile, nous voyons la loi tutélaire s’efforcer de retarder les désunions et les séparations les plus justifiées, par les délais, les formalités, les conseils et les tentatives obligatoires de conciliation, nous pensons qu’il est bon d’entourer les unions de la grande famille industrielle de ces dispositions bienveillantes qui, sans être une négation du droit, peuvent retarder autant que possible les séparations.
- Des délais sagement ménagés empêcheront les résolutions brusques et passionnées, qui le plus souvent sont le résultat des excitations de la partie la moins saine du personnel. Dans un très-grand nombre d’établissements, dans ceux surtout dont les travaux subissent des variations fréquentes, il existe un noyau d’ouvriers permanents dont la fortune s’identifie en quelque sorte avec celle de l’atelier. Il est très-rare que des motifs sérieux décident ces ouvriers à des cessations de travail; il existe entre eux et les chefs d’établissements des sentiments d’estime mutuelle qui font naitre les explications préalables et rendent difficiles les ruptures. Mais, à côté de ce personnel d’élite, les besoins variables du travail introduisent cette classe de travailleurs, rouleurs ou nomades, aux habitudes turbulentes, qui provoquent sans scrupule le mécontentement, excitent les colères et quelquefois entraînent les plus sages à des actes irréfléchis, à des cessations de travail brusques et injustifiées.
- Un délai obligatoire évitera ces surprises et garantira les ouvriers, depuis longtemps identifiés à l’atelier, de ces résolutions irréfléchies qui détruisent en une heure la confiance mutuelle qu’une longue collaboration avait établie et le bien-être gagné par une suite d’années laborieuses.
- Quel doit être ce délai ? La réponse ne manque pas de difficulté. Trop court, il ne donnerait ni le temps de la réflexion, ni celui de constituer utilement les moyens de conciliation. Trop long, il risquerait de ne pas laisser les choses en l’état. Or, ce délai imposé est un véritable armistice préalable, et comme tel, il doit, avant tout, conserver intacte la position des parties. La fixation arbitraire, suivant chaque cas particulier,
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- ne nous a pas paru offrir des garanties suffisantes pour la condition qui précède. Nous avons préféré déterminer un temps uniforme, qu’après une assez longue discussion nous avons fixé à quinze jours à partir de la déclaration. Les huit jours en usage seraient insuffisants; plus de quinze jours donneraient trop de facilités aux changements de situation. Toutefois, nous avons pensé que lorsqu’avant l’expiration des quinze jours, le travail de conciliation présenterait de fortes probabilités de réussite, il serait bon de donner aux conciliateurs la faculté de prolonger jusqu’à un mois le délai total.
- Le délai doit être immédiatement utilisé. En conséquence, nous proposons de dire que, dans les cinq jours qui suivront la déclaration de cessation de travail, les deux parties porteront le débat devant une chambre de conciliation composée mi-partie de patrons et d’ouvriers et dont les membres seront renouvelés chaque année. Le président de cette chambre sera élu à la majorité des voix; en cas de partage égal, la présidence reviendrait de droit au président du Conseil des prud’hommes ou à défaut, au juge de paix du canton. La chambre de conciliation, ainsi constituée, recevra les dires contradictoires, cherchera et proposera les termes d’une conciliation. Elle tiendra procès-verbal de ses travaux, sauf les réserves expressément demandées par les parties.-Les procès-verbaux seront mis à la disposition des intéressés, qui pourront les consulter sans déplacement, après la clôture des négociations.
- Si, dans le premier délai de quinze jours, la conciliation n’était pas obtenue, mais cependant présentait une sérieuse probabilité de réussite, la chambre pourrait prolonger le délai obligatoire.
- Il reste bien entendu que, lorsque la cessation de travail déclarée soit par le chef d’établissement, soit par les ouvriers, proviendra d’une cause de force majeure, telle que le défaut constaté et involontaire des matières premières, les sinistres, les accidents, les cessations de travail d’autres ateliers élaborant les produits intermédiaires, la faillite ou l’insolvabilité, ou seulement les retards de payement des salaires, l’obligation des délais cessera de plein droit.
- Les choses ainsi, réglées en ce qui concerne les questions de salaire soit à la journée, soit à la pièce, il restait à examiner les règles à suivre en ce qui regarde l’exécution des contrats de façons pour des travaux limités en quantité et en temps. Nous avons pensé que, lorsque ces contrats auront fait l’objet de traités en règle écrits et signés spécialement pour chaque cas particulier, ils devront rester dans le domaine du droit commun, et qu’en cas de désaccord les tribunaux ordinaires seuls seront appelés à en connaître. Les dommages et intérêts auxquels pourra donner lieu leur inexécution devront, à défaut de payement soit par les ouvriers, soit par les patrons, avoir la sanction de la contrainte par corps. Il ne faut pas qu’un patron insolvable puisse leurrer des ouvriers avec une garantie (inutile dans le fait) à raison du privilège du salaire. Il
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- ne faut pas non plus que l’ouvrier insolvable puisse s’exonérer tout simplement par la cessation du travail. Les contrats doivent être respectés et exécutés.
- Cependant cette règle doit être appliquée sans abus. Il ne faut pas que par des règlements imposés et léonins, la liberté du travail puisse se trouver réellement supprimée. Mais, dans ce cas aussi, les tribunaux ordinaires sont juges de l’abus et peuvent déclarer un contrat léonin et autoriser sa non-exécution.
- Dans les mille questions que peuvent présenter les débats sur les salaires, il est impossible de prévoir tous les cas; ce qui importe, c’est de bien se pénétrer que tout ce qui ne fait pas l’objet d’un contrat spécialisé par son objet et par sa durée reste dans le domaine de la libre discussion et ne peut être résolu que par la conciliation.
- Nous résumerons ce rapport par les propositions suivantes :
- 1° La Société des ingénieurs civils, par l’organe de son président, offrira son concours, dans la grande enquête sur la situation des classes ouvrières.
- 2° La Commission est d’avis que le droit des ouvriers de s’associer pour la conservation et la défense de leurs intérêts ne soit pas contesté.
- 3° La loi du 27 mai 1864 devrait être modifiée dans les termes suivants :
- ARTICLE UNIQUE,
- « Les articles 414, 415 et 416 du Code pénal, relatifs aux coalitions des maîtres et des ouvriers, sont abrogés et remplacés par les dispositions suivantes :
- « Art. 414. — Sera puni d’un emprisonnement de six jours à trois mois et d’une amende de 16 à 500 francs, ou de l’une de ces deux peines seulement, toute personne qui, à la suite d’un concert, aura commis des violences, proféré des menaces, prononcé des amendes, des interdictions ou toute proscription quelconque, soit contre ceux qui font travailler, soit contre ceux qui travaillent, quand ces actes auront eu pour effet de porter atteinte à la liberté des maîtres ou des ouvriers.
- « Art. 415. — Seront punis des mêmes peines, ou de l’une d’elles seulement, les promoteurs de rassemblements tumultueux près des établissements où s’exerce le travail, ou près de la demeure de ceux qui les dirigent, quand ces rassemblements auront été provoqués dans le but d’attenter à la liberté du travail.
- « Art. 416. — Seront punis des mêmes peines les patrons et ouvriers qui ayant usé du droit légitime de se réunir librement et pacifiquement pour s’entendre et arrêter des résolutions communes, soit sur les prix, soit sur les conditions du travail, n’auront pas fait précéder la suspension ou l'interruption du travail, dans un ou plusieurs ateliers, des formalités suivantes pour une action de conciliation préalable.
- « 1° Toute suspension ou interruption collective de travail ayant pour but d’en
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- changer le prix ou les conditions devra être précédée d’un avis signifié quinze jours à l’avance.
- « 2° Dans les cinq jours qui suivront la déclaration de suspension ou cessation de travail les parties intéressées porteront le débat devant une chambre de conciliation. Cette chambre, nommée chaque année et pour chaque corps d’état, sera composée d’un nombre égal de patrons et d’ouvriers. Son président sera nommé par elle, ou, en cas de partage, ce sera de droit le président du Conseil des prud’hommes ou le juge de paix du canton. La chambre de conciliation, ainsi constituée, recevra les dires contradictoires, cherchera et proposera les termes d’une conciliation. Elle tiendra procès-verbal de ses travaux, sauf les réserves expressément demandées par les parties. Ces procès-verbaux seront mis à la disposition des intéressés, qui pourront les consulter sans déplacement, après la clôture des négociations.
- « 3° Si, dans le délai de quinze jours, la conciliation n’était pas obtenue, mais cependant présentait une sérieuse probabilité de réussite, la chambre pourrait prolonger le déjai obligatoire de quinze jours en plus;
- « Les formalités précédentes ne sont pas applicables aux suspensions de travail résultant de cas de force majeure. »
- Dans un prochain rapport nous proposerons un projet de règlement pour la nomination et le fonctionnement des chambres de conciliation.
- Les Secrétaires Le Président de la Commission :
- E. Marché. E. Demcny.
- Périsse.
- Les Membres de la Commission :
- MM. Forquenot, Gibon, Grand et Normand.
- M. le Président de la Société donne lecture de l’article 35 des statuts ainsi conçu :
- « La Société n’est pas responsable des opinions de chacun de ses membres, même dans la publication de son bulletin.
- « Et pour éviter tout mal entendu, il rappelle, que le rapport de la Commission doit être surtout considéré comme un programme de discussion autour duquel toutes les opinions peuvent se faire jour, et se réunir pour éclairer la question.
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- NOTES
- CONTRE LES GRÈVES ET LES COALITIONS
- EN RÉPONSE AO RAPPORT DE LA COMMISSION
- D’ÉCONOMIE INDUSTRIELLE
- Par M. BENOIT DUPORTAIL:
- INTRODUCTION;
- Mes chers Collègues,
- Je remercie la Commission d’économie industrielle de m’avoir fourni l’occasion, que je désirais trouver depuis longtemps, d’exprimer hautement mes sentiments sur les questions qui passionnent notre époque.
- Je suis d’accord avec elle sur son préambule : nous pouvons jusqu’à un certain point nous dire entre nous que nous sommes en quelque sorte des arbitres dont la mission est de concilier les intérêts opposés des patrons et des ouvriers. Du reste il en est peu d’entre nous auxquels ce caractère s’applique plus spécialement qu'à moi.
- Voilà trente deux ans, en effet, que je vis au milieu des ouvriers.
- À seize ans, mon vénérable père, qui était alors directeur de l’imprimerie du Moniteur universel, m’a fait faire* à ma sortie du collégé-, Un apprentissage comme compositeur ; pendant que j’étais à l’École cëh-trale j’allais passer mes vacances dans les ateliers de M. de Coster* où j’ai fait ensuite un apprentissage comme ajusteur; depuis dette époque* comme conducteur de travaux à Amiens, sous les ordres de M» Mafy et de notre regretté camarade Debauge, comme agent réceptionnaire, comme inspecteur, comme second de notre excellent camarade Nozo, ingénieur de l’atelier central au chemin de fer du Nord, puis, enfin, comme ingénieur des ateliers de Bretagne et Banlieue, aux chemins de fer de l’Ouest, j’ai passé ma vie entière au milieu des ouvriers : trois
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- mille hommes ont passé un temps plus où moins considérable sous mes ordres, et je me suis trouvé en contact personnel avec un nombre au moins égal. Je puis donc dire qu’il y a peu d’hommes qui connaissent mieux les ouvriers que moi, et il en est peu qui les aiment plus par la raison même que j’ai pu les apprécier.
- Mais c’est justement parce que je les connais et que je les aime, que je crois de mon devoir de les éclairer et de leur dire la vérité, au risque de leur déplaire, au lieu de me laisser entraîner par des illusions décevantes : c’est un acte de dévouement que je crois devoir faire à cause de l’estime que j’ai pour eux.
- Ceci posé, je commence l’examen et la discussion du redoutable problème qui nous est proposé, et je déclare formellement en commençant que, tout en rendant hommage à ses bons sentiments, je suis d’un avis entièrement contraire à celui de la Commission.
- Je partagerai ma réponse en deux parties :
- Dans la.première partie, j’exprimerai mes sentiments personnels, sans me préoccuper du rapport;
- Dans la seconde partie je protesterai contre certaines idées, contre certains principes, émis dans le travail de la Commission, et qui me paraissent dangereux.
- PREMIERE PARTIE.
- Puisque j’exprime ici des idées générales, sans tenir compte du rapport de la Commission, personne ne pourra se blesser de ce que je dirai.
- Mon avis formel est que les grèves et les coalitions sont des monstruosités en opposition avec le bon sens et le sens moral.
- Je crois, en effet, qu’il n’est pas difficile de démontrer qu’elles sont contraires à la bonne foi, à la dignité humaine, à la conscience et à la morale, et qu’elles sont en même temps subversives et funestes pour la prospérité et la sécurité de la société; et que, lorsque les ouvriers honnêtes qui, grâce à Dieu, forment plus des neuf dixièmes de la population, seront suffisamment éclairés sur ce point, non-seulement ils ne se laisseront pas entraîner par quelques meneurs l, mais encore qu’ils demanderont l’abolition de la loi sur les grèves et les coalitions.
- Le prétexte ou le motif, comme on voudra l’appeler, des prérogatives
- 1. /V/]f/.ou aYoyoç, meneur du peuple, démagogue.
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- ou privilèges que l’on demande pour les ouvriers mécontents, c’est qu’ils ne sont pas libres de s’éclairer, de se rendre compte de leurs droits et de se concerter entre eux pour défendre leurs intérêts.
- Cet argument est spécieux en vérité, mais, en réalité, il est tout simplement un sophisme. Comment, les ouvriers ne peuvent pas s’éclairer sur leurs intérêts ! comment! ilsnepeuvent pas se rendre compte deleurs droits !
- Eh quoi! mes chers collègues, on ose dire que, dans l’état actuel des choses, les ouvriers ne peuvent pas s’éclairer sur leurs intérêts sans recourir aux grèves et aux coalitions! Est-il rien de plus contraire à la réalité? Est-ce que les ouvriers ne changent pas continuellement d’atelier et ne vont pas porter partout les renseignements qui les intéressent? Est-çe qu’ils n’ont pas aussi entre eux des rapports d’amitié et de camaraderie en dehors des ateliers? Est-ce que le personnel de chaque atelier ne sait pas à chaque instant non-seulement la valeur commerciale de la main-d’œuvre, c’est-à-dire combien un ajusteur, un forgeron, un menuisier, un peintre, un sellier, etc., etc., peut gagner par jour suivant son degré d’habileté, et comment on se comporte envers eux dans chaque maison ; mais encore la situation bonne ou mauvaise des divers établissements et même une foule de détails intimes qui touchent à l’honneur et à la considération des patrons?
- Ainsi, il me paraît incontestable, pour des ingénieurs, que les ouvriers sont suffisamment renseignés sur leurs intérêts et que les grèves et coalitions ne peuvent leur apporter aucune lumière.
- Ce point-là me paraît donc résolu.
- Passons maintenant à la question du manque de liberté des ouvriers par suite de la pression que les patrons exercent sur eux, d’où résulterait la nécessité de permettre aux ouvriers de se réunir en corps pour avoir une influence égale à celle des patrons.
- En vérité, mes chers collègues, on se demande si ceux qui parlent ainsi ri’oublient pas ce qui se passe dans l’industrie et ne se laissent pas entraîner au delà des limites de la justice et de la raison par un amour exagéré de faire le bien.
- Ce qui se passe, le voici :
- Quand ils manquent de travail, les ouvriers vont, comme nous-mêmes, se présenter, avec ou sans lettres d’introduction, dans divers établissements, jusqu’à ce qu’ils trouvent un atelier où l’on ait besoin d’eux. Alors ils entrent à l’essai, et au bout de quelques jours ils discutent le prix de leur journée avec le patron ou ses représentants : si les deux parties tombent d’accord, l’ouvrier reste dans l’établissement; si elles ne tombent pas d’accord, l’ouvrier ne reste pas.
- Ainsi, les choses se passent de la manière la plus honnête, la plus équitable et avec la plus entière liberté, les ouvriers n’ayant pas le droit
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- de s’imposer au patron, ni celui-ci de les forcer à rester, si cela ne leur convient pas.
- Je dis que la chose est équitable et je vais le prouvër :
- La main-d’œuvre est une marchandise qui a un cours, comme toutes les marchandises : si l’on n’offre pas à l’ouvrier un prix en rapport avec le cours de la marchandise qu’il propose, il n’accepte pas, parce qu’il sait qu’il trouvera mieux ailleurs; s’il reste, c’est qu’il sait qu’il ne trouvera pas mieux. Le patron, de son côté, accepte dans des conditions semblables : s’il pense que tout autre lui demanderait le même prix que celui avec lequel il discute les conditions, il accepte la demande; s’il pense qu’on veut lui vendre la marchandise trop cher, il ne l’accepte pas et il cherche un autre marchand plus raisonnable.
- Mais, bien plus, les choses ne sont pas réglées pour cela d’une manière définitive par ces premières conventions; ce n’est là qu’un engagement aléatoire et provisoire qui ne peut, en général, subir de modifications qu’au profit de l’ouvrier.
- L’ouvrier trouve, au bout d’un temps quelconque, une position plus avantageuse, il s’en va; ou bien il s’aperçoit que le cours delà main-d’œuvre a subi une élévation et il demande une augmentation. Les conditions de l’engagement réciproque sont de nouveau mises en question, et l’ouvrier obtient ce qu’il veut, ou il s"en va.
- J’àime à croire que l’on ne viendra pas dire que les ouvriers d’un même atelier ou de plusieurs ateliers puissent tous avoir à faire, en même temps, de justes réclamations pour leurs salaires ou pour toute autre cause : est-ce que dans chaque maison qui compte quelques années d’existence, il n’y a pas des ouvriers dont l’entrée remonte à trois, quatre, cinq, dix ans ou même davantage; et d’autres qui sont nouveaux, dont l’entrée ne remonte qu’à quelques mois ou même à quelques jours? Est-ce qu’une partie des anciens n’ont pas eu successivement des augmentations qui ont maintenu leurs salaires au niveau du cours ? Est-qg que, dans les grands ateliers il n’y a pas très-souvent de vieux ouvriers- que l’on garde par considération pour leurs anciens services et qui reçoivent plus que la valeur de leur travail? Il serait bien puéril de contester des choses aussi évidentes ! Les ouvriers peuvent donc avoir à faire des réclamations successivement et individuellement; mais jamais ensemble et collectivement.
- Combien de fois, maintenant, a-t-on vu, à moins de circonstances tout à fait particülières, les patrons réduire le salaire des ouvriers? Pour ma part je ne l’ai jamais vu. que déni ou trois fois depuis 32 ans et par suite de mécontentement.
- Ce second point nie paraît donc entièrement résolu, il y a liberté complète de part et d’autre, et les patrons n’exercent pas de pression sur les ouvriers.
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- Pourquoi alors demande-t-on que les ouvriers aient le droit de se réunir pour faire une réclamation collective?
- Pourquoi? — Parce que, dit~on, cependant, les patrons exercent une pression sur les ouvriers et qu’il faut que les ouvriers puissent à leur tour exercer une pression sur les patrons.
- Cette prétention, si le fait était exact, me paraîtrait non-seulement injuste, mais profondément immorale!
- Si les patrons exerçaient une pression sur les ouvriers, il faudraitpren-dre des mesures légales pour les en empêcher; mais il ne faudrait pas répondre à une pression par une pression contraire. Une telle proposition n’est pas soutenable! Quoi! l’on veut donner le droit à des individus de faire des injustices, parce que d’autres pourraient en faire !
- Mais ce qu’il y a de pis encore, c’est que l’on avoue que le but que l’on se propose est de permettre aux ouvriers d’exercer une pression sur leurs patrons : c’est une intimidation qu’il fallait dire !
- Ceux qui soutiennent cette thèse n’ont pas réfléchi à ce qu’ils disaient ; car je suis sûr que leur cœur se serait refusé à écrire cela si leur esprit en avait senti les conséquences terribles.
- Cette intimidation est un des cas les plus caractérisés des sujets que traitait, il y a dix-neuf siècles, un grand républicain dont le nom et les principes ont droit au respect de tous les honnêtes gens, à quelque parti qu’ils appartiennent, Cicéron, dans son de Officiis, au chapitre de ni et dolo, de la violence et de la fraude.
- Qu’est-ce que l’on demande au fond, en débarrassant la discussion de l’auréole de bien public dont on l’entoure ?
- On demande de permettre aux ouvriers de forcer leurs patrons, quand cela leur convient, à les garder chez eux aux conditions que les ouvriers leur imposent. Ce n’est plus le cas de dire comme le charbonnier Mi-chaud à Henri IV : charbonnier est maître chez lui, Il faudrait dire maintenant, dans ce siècle de lumière et de progrès : charbonnier est esclave chez Mi!
- Assurément j’estime trop les ouvriers pour croire qu’ils soient capables de désirer de pareilles choses, et je crois leur prouver mon amour pour eux en cherchant à les éclairer .
- Mais il y aurait des conséquences bien plus honteuses et bien plus épouvantables de ce privilège, de cette prérogative que l’on réclame pour eux.
- On peut admettre, d’une manière générale et pour ainsi dire absolue* que, si vous prenez cent hommes au hasard, aussi bien parmi les généraux et les magistrats que parmi les manœuvres, vous trouverez sur ces cent hommes quatre ou cinq coquins au moins et peut-être un ou d'eux scélérats.
- D’autre part, les masses d’hommes de toute espèce se laissent toujours mener par les plus audacieux. Or, ce sont toujours les coquins qui sont
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- les plus audacieux.(notez que je ne dis pas les plus courageux, ce sont, au contraire, les honnêtes gens qui sont véritablement courageux); ce sont, dis-je, lescoquinsqui sont les plus audacieux, en même temps queles plus lâches. Par conséquent,-si vous réunissez cent hommes pour faire des réclamations et des protestations, n’importe pour quelle cause, ce seront presque toujours les coquins qui les mèneront.
- Par conséquent, suivez bien les conséquences impitoyables de la logique, vous envoyez 95 honnêtes gens avec quelques bandits capables de se livrer aux excès les plus violents, peut-être d’assassiner leur patron ou même quelques-uns de leurs camarades, et vous les exposez, eux honnêtes gens, à devenir des criminels en devenant les complices de scélérats!
- Oh! quand les ouvriers seront pénétrés de ces grandes et utiles vérités, loin d’avoir confiance dans les démagogues et de les écouter, ils les prieront de ne point se mêler de leurs affaires et de ne pas se conduire comme cet ours qui a tué son ami en voulant tuer une mouche qui le piquait.
- J’en aurais bien long à dire sur ce sujet, mais je ne veux pas abuser de votre attention, et je n’ajouterai que quelques mots avant dépasser aux autres points.
- Que dirions-nous si, un jour de marché, les boulangers de Paris s’entendaient pour aller en corps forcer les fermiers à leur vendre le grain et la farine cinq ou dix francs meilleur marché par sac, que le cours librement établi par l’offre et la demande?
- Nous dirions que les boulangers sont des voleurs, que l’acte qu’ils ont fait est un guet-apens et qu’il faut leur appliquer les peines prévues par le code criminel !
- Eh bien ! voilà ce que nous demanderions pour la classe ouvrière ! J’en rougirais pour elle et pour moi !
- Passons maintenant à la question spécieuse autant que décevante des salaires suffisants, c’est-à-dire en rapport avec les besoins des ouvriers.
- Cette thèse est fausse et insoutenable à deux égards.
- D’abord je ne sais pas ce qu’il faut entendre par des salaires suffisants et en rapport avec les besoins des ouvriers : suffisants? qu’est-ce que cela veut dire? En rapport avec les besoins des ouvriers? quels besoins? ,
- Il y a des gens qui sont insatiables, qui feraient des dettes avec cinq cent mille francs de revenus, et il y a, au contraire, de pauvres diables, et j’en connais, qui gagnent trois francs cinquante centimes par jour et qui parviennent, non-seulement à se suffire, mais même à faire des économies.
- Ce qu’un honnête homme doit faire, c’est régler ses dépenses d’après ses ressources, et non pas exiger, nomme chose légitime, comme chose due, un revenu suffisant pour satisfaire ses besoins.
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- Chacun doit être rémunéré suivant ses œuvres et non pas payé suivant ses besoins.
- La proposition que je combats prouve une confusion complète entre le sentiment du devoir et celui du droit. Que celui qui a de grands besoins cherche, en développant son intelligence, en augmentant son activité, à se procurer honnêtement les ressources qui lui sont nécessaires, voilà tout ce qu’il y a à faire; mais malheureusement les plus besoigneux sont, la plupart du temps, les plus paresseux et les moins capables.
- Et maintenant, qu’est-ce que c’est que la main-d’œuvre? C’est, comme je l’ai dit en commençant,une marchandise comme une autre; son cours s’établit d’après la loi immuable de l’équilibre entre l’offre et la demande: quand les besoins de main-d’œuvre sont considérables par suite de l’activité de l’industrie et du commerce, le prix de la main-d’œuvre s’élève; quand l’industrie et le commerce ianguissentet que les besoins de main-d’œuvre diminuent, le prix de la main-d’œuvre s’abaisse.
- Il n’y a aucun règlement à faire, aucune mesure à prendre pour régler le prix de la main-d’œuvre : tout moyen en dehors de la liberté des transactions, reposant sur les relations entre l’offre et la demande, est injuste et immoral.
- J’ajouterai que pour que les choses se passent d’une manière équitable, il ne faut pas que les engagements réciproques soient léonins, et que l’on ne peut pas honnêtement imposer des charges à l’une des parties sans en imposer d’autres équivalentes en compensation à l’autre partie.
- Si donc on imposait aux patrons l’obligation de pourvoir aux besoins de leurs ouvriers, il faudrait imposer à ceux-ci l’obligation d’assurer la prospérité de l’établissement de leurs patrons.
- Cet argument est péremptoire. Je ne veux pas le développer ici, parce qu’il nous conduirait à des considérations politiques fort graves et que vous en comprenez toute la portée. Il serait facile de prouver, par une suite de déductions, qu’on retournerait fatalement aux serfs attachés à la glèbe, quitte à changer les noms pour sauvegarder les apparences.
- Pour terminer ma première partie, je vais essayer de prouver que les grèves et les coalitions ont pour résultat inévitable la ruine de la prospérité publique.
- La prospérité publique ne peut reposer que sur la stabilité des choses, sur la sécurité, sur la confiance des différents membres de la société, dans leur bonne foi réciproque : aNulla societas sine bona fide stare potest, » a dit, je crois, Cicéron ; aucune société ne peut subsister sans la bonne foi.
- Eh bien ! quelle confiance un patron peut-il avoir dans ses ouvriers, s’il sait qu’ils seront constamment en lutte contre lui, qu’ils chercheront à lui extorquer à chaque instant des conditions onéreuses pour lui?
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- Quelle sécurité peut-il avoir quand il sait que par une circonstance quelconque, le caprice d’un individu, par exemple, les conditions qu’il aura à remplir, comme patron, seront changées à son détriment, tandis que lui, il sera obligé de tenir ses engagements, comme commerçant, vis-à-vis de ses'clients.
- Ne voyez-vous pas que le patron n’est qu’un intermédiaire entre ses ouvriers et ses clients, et que, s’il ne peut pas compter sur ses ouvriers, ses clients ne peuvent pas compter sur lui ?
- Dans ces conditions, qui osera se mettre à la tête d’un établissement avec la certitude de se ruiner d’une manière infaillible, puisque, si les affaires vont mal, ses frais généraux le ruineront peu à peu, et que, si les affaires vont bien, les ouvriers lui imposeront des conditions de plus en plus dures, jusqu’à ce qu’ils l’aient ruiné, si cela leur convient!
- Si les grèves et les coalitions se produisaient d’une manière sérieuse, ceux qui oseraient s’établir feraient des prix de vente exorbitants, afin de s’assurer une compensation, trop légitime en pareille circonstance, contre les chances de ruine qu’ils courraient : la consommation diminuerait, l’industrie et le commerce languiraient, les ouvriers manqueraient de travail, et, par conséquent, si un certain nombre d’individus, très-faible comparativement à une population comme celle de la France, y trouvait un avantage, ce ne serait qu’au détriment de la prospérité publique et au milieu de la misère générale de la classe ouvrière !
- Mais, dira-t-on, la loi sur les grèves et les coalitions existe depuis huit années et cependant notre industrie n’est pas ruinée pour cela. Cet argument a une apparence de vérité; mais il n’est que spécieux. La loi existe, cela est vrai; mais les ouvriers français, dont je suis fier d’être un des amis les meilleurs et les plus dévoués, ont eu le bon esprit de ne pas en faire usage. C’est comme ces obus dont les amateurs font parade, mais auxquels il ne faut pas toucher. Et, sauf quelques tristes expériences qui ont été faites au début et qui commençaient à jeter le désordre et l’inquiétude, la loi est restée heureusement lettre morte, malgré les excitations coupables de quelques meneurs.
- Cela nous prouve deux choses très-importantes :
- La première, c’est que les accusations qui ont été portées contre les patrons n’étaient pas fondées, ce que les honnêtes gens, qui ne sont pas éblouis par des spéculations décevantes, savent depuis longtemps connue moi,
- La seconde, c’est que le peuple français a beaucoup de bon sens, et que s’il se laisse entraîner de prime abord par les vaines promesses des rêveurs et des intrigants, il est, en général, et par sa nature, sage et modéré, et qu’il s’arrête prudemment quand il voit que la pente sur laquelle il s’est engagé, par excès de confiance, le mène à un précipice.
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- Je proteste donc de toutes mes forces contre les insinuations fausses sur lesquelles on s’appuie pour réclamer en faveur des ouvriers, comme on dit, mais en réalité contre leurs intérêts, des privilèges et des prérogatives injustes, contraires à lalibertè individuelle, contraires à la sécurité et à la prospérité publique ; je déclare que ces prétendus droits et privilèges n’ont pour résultat que d’exciter les citoyens les uns contre les autres, et je les condamne au nom de la bonne foi et de la morale.
- Et, en tirant ces conclusions, je crois être l’organe des sentiments des ouvriers que je connais mieux qu’une foule de rêveurs qui imaginent des systèmes creux et funestes, assis au coin de leur feu, et qui croient avoir fait preuve de dévouement à la classe ouvrière en donnant quelquefois dix ou vingt francs pour des souscriptions populaires, afin de faire mettre leur nom dans les journaux.
- Je crois, pour ma part, avoir fait preuve d’un véritable attachement pour la classe ouvrière en proclamant des vérités qui pourront ne pas, lui plaire, mais qui lui seront certainement utiles.
- Je passe maintenant à la seconde partie.
- SECONDE PÀDTÎE.
- La tâche que j’entreprends est beaucoup plus délicate que celle que je viens de remplir. Il s’agit de critiquer, dans le sens général de ce riiot (y.piv«, juger, apprécier),des opinions émises par des Collègues pour lesquels j’ai personnellement beaucoup de sympathie.
- Je ferai donc tous mes efforts pour faire comprendre qùe, bien que je ne partage pas leurs opinions, je les estime et je les respecte : heureux si je parviens à en convaincre une partie et à les ramener à mes convictions, et je les conjure de ne pas prendre en mauvaise part l’opposition que je leur ferai, puisque je suis convaincu de l’honnêteté de leurs sentiments.
- A la page 2! du rapport, lignes 15 et suivantes, je vois cette pl#aèe : « Ils ont établi l’harmonie qui est la loi naturelle des deux forces qui « doivent concourir au même but; ils ont éloigné l’antagoniste qui « n’existe que trop souvent entre patrons et ouvriers, lorsqu’un intermé-« diaire ne vient pas faire accepter à chacun sa juste part, s-
- J’avouerai que je ne comprends pas beaucoup cette phrase. Qu’est-ce
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- que l’on peut entendre par l’harmonie de deux forces qui doivent concourir au même but? En mécanique, quand deux forces concourent au même but, c’est-à-dire ont le même point d’application, elles ont une résultante qui est d’autant plus forte que les forces sont plus près d’être parallèles et de même sens, et d’autant plus faible que les composantes sont plus près d’être parallèles et de sens contraires.
- Je ne vois pas comment on peut établir l’harmonie en pareil cas? Il y a là un fait matériel qui n’est rien moins qu’harmonique : il nJy a qu’à établir le parallélogramme des forces, et si l’on trouve que la résultante n’est pas satisfaisante dans l’esprit de celui qui est chargé de produire un effet donné, il faut introduire une nouvelle force qui donne la résultante demandée; mais je ne me rends vraiment pas compte du rôle que l’harmonie pourrait jouer ici.
- Dès le moment qu’il faut introduire une force pour rétablir l’équilibre, cette force doit produire une pression mécanique ou morale, et je ne vois pas que nous ayons beaucoup à nous vanter d’avoir exercé des pressions sur les uns ou sur les autres; pour ma part, je déclare que je n’ai jamais eu à exercer de pression pas plus au chemin du Nord qu’au chemin de l’Ouest, et que j’ai toujours eu à faire avec d’honnêtes gens qui ont compris et rempli leurs devoirs sans aucune pression.
- Maintenant qu’entend-on par l’antagonisme qui n’existe que trop souvent entre les patrons et les ouvriers?
- Il y a un antagonisme naturel qui existera toujours et que nous-mêmes nous ne saurions faire disparaître, parce que c’est une loi providentielle: c’est l’antagonisme, ou, pour parler plus simplement, l’opposition qui existe entre les intérêts du vendeur et ceux de l’acheteur. Mais cet antagonisme-là, nous autres ingénieurs, nous ne pourrons jamais l’empêcher, pas plus que toute autre personne.
- Vient ensuite la grande commission d’enquête, où l’on pense que nous devons exercer une grande influence.
- Il ne faut pas nous leurrer: c’est le gouvernement qui doit juger la question, parce que c’est son droit et son devoir; c’est, en d’autres termes, sa fonction. Chacun peut et doit apporter son concours et donner des renseignements; nous pourrons donner notre avis à titre consultatif, comme les magistrats, comme les hommes d’État, comme une infinité d'autres : voilà le rôle modeste auquel nous pouvons prétendre; mais il ne faut pas nous figurer que c’est nous qui devons trancher la question.
- Je n’en dirai pas plus là-dessus, je passe à un autre point.
- On invoque l’opinion de Mirabeau. Eh bien! soit, quoique le passage que l’on cite ne soit pas une de ses plus brillantes pages et que son style lourd et embrouillé prouve que cethomme éloquent n’était pas bien éclairé lui-même et qu’il était embarrassé sur cette question. Examinons celles de ses opinions sur lesquelles on se fonde. « Le pouvoir de satisfaire nos « besoins dépend absolument de notre propriété personnelle, c’est-à-dire
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- « de la liberté complète d’employer nos forces, notre temps et nos « moyens à la recherche de ce qui nous est utile. »
- A la recherche de ce qui nous est utile!... Je répète ces mots à dessein.
- Ah ! mes chers collègues ! si Marcus Tullius Gicero ressuscitait, il ne serait certainement pas d’accord avec le marquis Riquetti de Mirabeau; car Cicéron, ce grand républicain, considérait comme de tristes personnages les individus qui ne jugeaient les choses que d’après l’utilité qu’ils pouvaient y trouver et non d’après l’honnêteté des actions elles-mêmes.
- Mais poursuivons,
- « La propriété personnelle est donc notre premier droit, comme notre « premier devoir est de la conserver et de la défendre. »
- « L’association de plusieurs hommes ne peut porter que sur ne devoir « et sur ce droit. Les contractants, si Ton peut parler ainsi, assurent « leurs droits réciproques pour prix des devoirs et des services réci-« proques auxquels ils s’engagent les uns envers les autres ; cette con-« vention tacite est simplement ta loi de la nature, l’intention manifeste « des associés, leur intérêt évident, parce que l’homme ne peut que par « le nombre, n’est fort que par la réunion, n’est heureux que par la « paix. »
- Assurément la propriété de notre personne est un droit primordial, et l’association de plusieurs hommes ne peut porter que sur ce devoir et sur ce droit. Il n'y a aucune contestation possible sur ce point. Mais là où il y a divergence, c’est dans la manière d’interpréter ce principe et de l’appliquer.
- Les contractants assurent leurs droits réciproques pour prix des devoirs et des services réciproques auxquels ils s'engagent les uns envers les autres.
- C’est tout naturel. Un capitaliste me prend pour intendant et je m’engage, moyennant un certain traitement, à faire valoir ses biens au mieux de ses intérêts; je devrai faire tous mes efforts pour lui procurer le plus grand revenu possible, et il devra me payer le traitement convenu. C’est évident, c’est naturel.
- L'homme ne peut que par le nombre, n’est fort que par la réunion, nest heureux que par la paix. Cela est incontestable pris dans le sens général et absolu x.
- Si l’on considère Robinson, au moment où il arrivait dans son île, il est certain qu’il ne pouvait presque rien et qu’il avait tout à craindre; mais qu’est-ce que cela prouve? Cela prouve que nous devons nous réunir
- U Il importe de remarquer que le marquis de Mirabeau a copié textuellement dans Buffon cette phrase qui est presque la seule chose qu’il y ait de bien dans le morceau dont il est question ici. « L’homme », a dit Buffon « qui ne peut que par le nombre, qui n’est « fort que par la réunion, qui n’est heureux que par la paix, a la fureur de s’armer pour « son malheur et de combattre pour sa ruine. » Il semblerait presque que Buffon a prévu et condamné le mauvais esprit qui anime notre époque.
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- pour lutter contre les difficultés de toute espèce que nous rencontrons, que nos forces doivent s’unir et se diriger vers le même but, et qu’il faut appliquer ce grand et sublime principe : « Aidez-vous les uns les autres, » et c'est alors que l’on vit en paix et heureux.
- Mais quand on altère ces grandes vérités éternelles, quand, au lieu de dire aux hommes d’unir leurs efforts dans l’intérêt commun de l’humanité, on leur conseille de s’unir par groupes, pour lutter les uns contre les autres ! Oh ! alors, la conséquence de pareilles théories est de semer l’envie et la haine, d’armer les citoyens les uns contre les autres pour extorquer, par la violence et par la ruse, vi et doto, des concessions injustes !
- Que dirait Franklin qui, je crois* est un de ceux auxquels on doit la fameuse déclaration des droits de l’homme, s'il voyait les citoyens d’une même patrie s’organiser pour lutter les uns contre les autres! Il .leur dirait : Vous n'êtes pas dignes d'être républicains, si vous ne vous souvenez pas que « la liberté est le droit de faire ce qui ne. nuit à personne. » Quoi ! vous vous dites républicains quand vous ne songez qu'à dépouiller vos concitoyens pour satisfaire vos désirs et vos besoins personnels!
- Nous arrivons maintenant à la proposition suivante : « La propriété « personnelle et naturelle peut être mise en valeur comme toute pro-« priété conventionnelle. Tout homme possède donc le droit de louer ou u vendre son travail à prix débattu entre lui et son acheteur. Ce qui est « juste et licite pour un homme ne saurait être injuste et illicite pour deux « hommes réunis, pour mille hommes réunis. 11 n’est pas plus naturel « d’interdire à deux, à mille hommes de s’entendre et de se concerter « pour, ensemble, débattre loyalement avec un acheteur le prix du pro-« duit de leur propriété personnelle, qui est leur travail, que d’interdire « à deux, à mille propriétaires de terre* à deux, à mille actionnaires « d’un chemin de fer, de se concerter et de s’entendre pour l’adminis-« tration de leurs propriétés ou de leur entreprise et pour la vente de « leurs produits. Pour les lins comme pouf les autres, le droit existe et « doit être reconnu et exercé sans autres limites que l’abus qui en serait « faits »
- Tout le monde sait que l’on ne peut pas, logiquement parlant, conclure du simple au composé. Les membres de la Commission le savent bien en théorie, mais ils n’ont pas pensé à l’appliquer en pratique. Cette simple remarque suffit pour détruire tout l’édifice dont vous venez d’entendre la description; Ce qui est vrai, ce qui est juste pour l’un l’est aussi pour l’autre; mais il n’y a pas un maître d’école de village qui se laisserait dire que ce qui est juste et licite pour un homme ne saurait être injuste et illicite pour deux hommes réunis, pour mille hommes réunis. Cela paraît bien simple* et cependant cela est faux; il n’y a qu’un mot de trop, mais ce mot y est, et c’est là toute la base de cette malencontreuse théorie. Ce mot, qui s’est glissé discrètement inaperçu, c’est
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- le mot réunis. Eli quoi ! mes chers collègues de la Commission, dans votre enthousiasme philanthropique, vous n’avez pas vu que vous concluiez du simple au composé!... Je vous arrête court : vos prémisses sont fausses, votre conclusion sera fausse, et votre syllogisme pourrait passer pour un sophisme si l’on n’était pas sûr de l’honnêteté de vos intentions.
- Du reste, voici une preuve que l’on ne peut pas conclure du simple au composé.
- Si vous savez nager et que vous voyiez un homme qui se noie, Vous devrez vous jeter à l’eau pour tâcher de le sauver, et tout autre homme sachant nager devrait en faire autant. Mais si cinquante nageurs habiles se jetaient ensemble au même point pour le retirer, non-seulement ils ne le sauveraient pas, mais encore il est certain qu’une partie de ces braves maladroits se noieraient avec lui; et vous diriez vous-mêmes : ces gens sont fous!
- On ne peut, on ne doit jamais conclure du simple au composé. Je vous ferai alors remarquer que toutes les conséquences que l’on en tire n’ont plus aucune valeur. Je pourrais donc m’arrêter là; mais il y a encore des assertions que je ne veux pas laisser passer sans réplique, bien qu’elles n’aient plus aucune portée à présent.
- On parle de deux hommes ou de mille hommes qui s’entendraient pour débattre avec un acheteur le prix de leur produit. — Mais enfin, quel est ce produit? Peut-on le présenter à des arbitres, le soumettre à leur appréciation? Bien loin delà! Des individus qui font des promesses et qui donnent des affirmations pour preuve de leur mérite et de leurs droits demandent impérieusement le prix qui leur convient sans autre titre que leur appréciation personnelle sur leur propre capacité! Et l’on voudrait forcer l’acheteur à prendre et à payer le produit qui lui est offert aux conditions que le vendeur lui imposerait. C’est en vérité une prétention bien singulière!
- Que me dirait un éditeur si je lui demandais deux cent mille francs pour lui fournir une histoire de Pharamond ou de Dagobert que je trouverais très-intéressante, parce que je devrais la faire? Il me mettrait à la porte en me riant au nez. Les prétentions des grévistes sont tout aussi extraordinaires, mais malheureusement elles sont fort tristes à cause de leurs funestes conséquences.
- Je comprends encore moins l’argument qui suit que les autres : « Le « patron de \ ,000 ouvriers possède, par rapport à chacun d’eux pris iso-« lément, une force, une autorité qui est dans le rapport de \ ,000 à \ : il « n’y a pas équilibre; il peut ÿ avoir oppression. »
- Cela est vraiment paradoxal; la situation est celle-ci en pratique : un seul homme ou Un très-petit nombre d'hommes sont obligés de discuter des intérêts avec mille autres hommes qui ont des intérêts contraires, Il est évident à priori que celui qui est obligé de lutter continuellement
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- contre tout le monde est plus fatigué que chacun de ceux qui luttent contre lui successivement. On prétend, au contraire, que c’est celui qui se défend contre mille qui a l’avantage, et que ses adversaires subissent une pression de sa part.
- On ne peut pas soutenir une pareille thèse!
- Savez-vous quels sont les ouvriers qui se plaignent que les patrons et leurs représentants exercent sur eux une pression ou intimidation, comme on voudra l’appeler?
- Eh bien ! ce sont les mauvais ouvriers, les paresseux, les hommes qui ne sont pas consciencieux et qui ne remplissent pas leurs devoirs, comme ils devraient le faire, et qui craignent sans cesse leurs chefs et excitent leurs camarades contre eux, parce qu’ils sentent qu’ils sont constamment en faute, comme les voleurs craignent les agents de police et excitent contre eux la haine publique.
- Mais alors, on me permettra bien de dire que ceux-là ne méritent pas qu’on s’intéresse à eux ; ce sont ceux-là dont le mauvais exemple et les mauvais conseils encouragent les gens d’un caractère faible, sans énergie et sans dignité personnelle, à les imiter.
- Ceux-là, je demande non-seulement qu’on ne les soutienne pas et qu’on ne les excuse pas, mais qu’on les punisse comme ils le méritent.
- Il semble, en vérité, qu’on oublie depuis un certain temps ce principe fondamental de la prospérité publique : que ceux qui méritent le plus l'estime et la considération de la société sont ceux qui lui sont le plus utiles et non point ceux qui sont une charge pour elle, et que, ce qui élève l’homme, c’est, en conséquence, de produire le plus possible et de consommer le moins possible ; que ce sont les bons travailleurs qui sont des gens honorables et que les paresseux n’ont droit à aucune considération, à aucune sympathie.
- C’est, du reste, le sentiment général des honnêtes gens, le sentiment de l’immense majorité de la population ; et il faut dire et répéter bien haut cette grande vérité, pour que les ouvriers honnêtes sachent bien que ce sont eux qui sont des hommes honorables et non pas les paresseux, les envieux et les gens insatiables, et qu’ils ne se laissent pas entraîner par de mauvais drôles, faute de l’appui moral auquel ils ont droit.
- Je ne prétends pas, assurément, que les patrons soient tous d’honnêtes gens : loin de moi cette prétention, qui serait aussi ridicule que si l’on prétendait qu’ils sont tous mauvais : Sur cent patrons, il y a ordinairement, comme sur cent autres hommes quelconques, cinq ou six coquins ; mais ils sont punis par leurs propres fautes; il n’v a que les mauvais ouvriers qui viennent chez eux, et leurs établissements ne prospèrent pas. En outre, ils n’exercent pas sur leurs confrères la mauvaise influence que les mauvais ouvriers exercent sur leurs camarades, parce que les patrons ont des intérêts contraires les uns aux autres, et que, sauf de rares
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- exceptions, loin de s’entendre, ils cherchent à se cacher les uns vis-à-vis des autres, et que leurs relations sont en général pleines de défiance.
- On vient nous dire encore que la misère cachée ne compte pas, jusqu’au jour où le désespoir pousse les malheureux à des violences extrêmes.
- D’abord, ce ne sont pas les gens qui supportent des misères honnêtes qui exercent ces violences extrêmes et qui compromettent l’existence de la société : ce sont toujours des individus sans aveu, l’armée du mal, comme on les appelle, qui bouleversent la société; et les honnêtes gens heureux ou malheureux, ne se mettent de la partie que quand l’édifice social est ébranlé ! Et puis, qu’est-ce que cela a de commun avec le travail insuffisamment rétribué et les bénéfices énormes de l’entrepreneur?
- Il ne faut pas nous laisser séduire par ces vaines déclamations, et il faut distinguer les choses qui sont différentes par leur nature.
- La misère est une plaie qui afflige profondément les gens de cœur et que tout le monde voudrait voir disparaître; mais, comme je l’ai déjà dit, le devoir des patrons n’est pas de subvenir aux besoins des ouvriers, mais seulement de payer au cours du jour la marchandise qu’on appelle main-d’œuvre.
- C’est à l’assistance publique, à la charité qu’il appartient de soulager les misères honnêtes, et je vous avouerai, en passant, que j’aime le mot charité: c’est l’expression de l’amour que les hommes doivent avoir les uns pour les autres, et la base de la société.
- Quant aux bénéfices énormes de l’entrepreneur, je ne vois pas pourquoi nous nous en mêlerions! Nous n’avons pas plus à nous occuper des bénéfices que fait un entrepreneur intelligent et heureux, qui prospère, que des pertes que fait un autre entrepreneur malheureux qui se ruine. C’est leur affaire et non la nôtre; et si nous attaquons ceux qui font fortune, prenons garde que l’on ne croie que nous en sommes envieux. Il ne faut pas jouer un pareil rôle.
- « En général, dit lerapport, le salaire n’augmente que par la contrainte « de celui qui le paye, ou par concurrence entre ceux qui l’offrent, »
- Comme cette phrase n’est pas bien claire, je ferai remarquer que ceux qui payent le salaire sont les mêmes que ceux qui l’offrent, ce sont les patrons.
- Je n’insisterai pas sur la dernière partie, qui ne fait que constater un cas particulier des conséquences de la relation entre l’offre et la demande.
- Mais je protesterai de toute mon énergie contre la première partie. Quoi! l’on affirme d’abord que le but que l’on se propose est une œuvre de paix, de conciliation et d’harmonie, etl’on déclare ensuite ouvertement que le moyen que l’on veut employer est la contrainte! Par exemple, cela dépasse les bornes de l’imagination ! Et quand ceux qui se considèrent
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- comme des arbitres, et qui prétendent établir l’harmonie, font de seoir blabies aveux, comment voulez-vous compter sur la bonne foi et la modération des intéressés. J’estime assez votre caractère à tous, mes chers collègues de la Commission, pour être pleinement convaincu que vous ne vous êtes pas suffisamment rendu compte de la portée de ce que vous disiez : ce que veulent une partie de ceux auxquels vous vous intéressez, c’est le manque de bonne foi appuyé par la violence ou la contrainte, ce qui revient au même ; c’est la violence au service des inté-rets matériels de ceux dont vous vous faites les défenseurs; c’est la confiscation de la liberté individuelle au profit des gens qui font des guet-apens i C’est la haine et la lutte des citoyens les uns contre les autres î
- ,On comprend qu’après de telles excitations il existe, comme vous vous en plaignez, un véritable état de guerre entre les patrons que l’on veut opprimer, et les ouvriers qui se croient des victimes et des opprimés, parce qu’on le leur répète sans cesse. Ce qu’il faut pour que cet état de choses funeste cesse, et qu’il ne mette pas plus longtemps en danger, comme vous vous en plaignez vous-mêmes, notre malheureuse patrie, c’est que les ouvriers, éclairés sur leurs véritables droits et aussi sur leurs devoirs, ne soient pas une menace continuelle pour les patrons.
- Que me font à moi et l’Amérique, et l’Angleterre, et la Belgique, et la Suisse? Je les estime beaucoup, je vous l’assure; mais, s’il y a dans les mœurs de ces peuples de mauvaises habitudes, il ne faut pas les imiter; il faut leur donner, nous, un bon exemple, et nous diriger nous-mêmes suivant les lois de la morale et de la bonne foi.
- Maintenant, vous réclamez des associations permanentes et ostensibles, afin que les associés aient le temps de mûrir leurs idées et leurs résolutions pour résister aux entraînements. Savez-vous bien ce que vous demandez? — Eh bien! c’est tout simplement sous d’autres noms : |e rétablissement des anciennes corporations avec les jurandes et les maîtrises ! Il n’v aura plus de corporations ; ce seront des associations ! Il n’y aura plus de jurandes ni de maîtrises : ce seront des conseils, des chambres ou des syndicats! Si c’est là le but qu’on veut atteindre* il ne fallait pas tant s.e vanter d’avoir détruit ce que l’on veut rétablir !
- Quant au droit d’association en lui-même, il existe dans des cas prévus et déterminés par la législation; il y a des sociétés de secours mutuels, il y a des associations d’ouvriers qui se réunissent pour fonder un établissement et faire valoir leur travail en commun ; il y a même, dans la plupart des.grands ateliers, des associations temporaires, très-nombreuses d’ouvriers qui se réunissent pour exécuter ensemble, à un prix débattu, des travaux déterminés qu’on appelle des marchandages; lepatron fournit le local, les-matières et les outils, l’association fournit la màin~d’œuvre. Voilà, des associations honnêtes et avouables. Mais il nje semble qu’il faudrait un bien grand cynisme pour demander à former une association dans le but d’exercer une pression, une intimidation sur les patrons
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- sous prétexte que ceux-ci n’accordent que sous l’influence de la violence ce qu'on leur demande 1
- Maintenant j’aime bien cette adresse subtile avec laquelle on se plaint de ce que les membres d’une association licite et autorisée peuvent se trouver membres d’une association illicite, si l’association, qui s’est formée dans un but honnête, fait des choses malhonnêtes et illicites. Vraiment je ne comprendrai jamais la justice d’une pareille plainte, quelle que soit l’habileté avec laquelle on la présente.
- Que dirions-nous et que diraient tous les honnêtes gens si un homme, qui aurait loué un atelier poury établir une fabrique de fleurs artificielles, y installait une fabrique de noir animal ou une fabrique de dynamite? On dirait qu’il faut non-seulement l’expulser, mais encore s’adresser à la justice pour lui infliger les amendes ou autres peines qu’il mériterait! Le cas est exactement le même.
- On prétend que les ouvriers doivent avoir le droit de suspendre leurs travaux quand le patron ne leur donne pas satisfaction. Je crois avoir suffisamment exprimé mes opinions pour ne pas avoir besoin de les développer de nouveau. Je condamne formellement cette prétention, parce que le but à atteindre est de manquer aux engagements que l’on a pris et d’exercer une pression violente.
- Je n’admets pas que les ouvriers puissent manquer à leurs engagements, à moins que le patron ne manque aux siens1; pas plus que je n’admets que les patrons manquent à leurs engagements, à moins que les ouvriers ne manquent aux leurs. Quand une des parties contractantes manque à ses engagements, l’autre est dégagée des siens par le fait même.
- Je n’admettrai jamais autre chose.
- Qu’on ne croie pas pour cela que je sois hostile aux associations honnêtes et utiles. Je suis d’avis qu’il faut développer le plus largement possible les sociétés coopératives, les sociétés de secours mutuels, les associations d’ouvriers qui se réunissent pour fonder un établissement, afin de travailler ensemble et de faire valoir le produit de leur travail, les sociétés charitables et une foule d’autres sociétés analogues. Mais je suis d’avis qu’il faut prendre des mesures sérieuses pour empêcher ces sociétés de tomber entre les mains des intrigants et des fripons, dont les uns détournent ces associations du but de leur institution , et les autres volent l’argent de leurs associés. Il faut que ces sociétés soient sous le contrôle et la surveillance du Gouvernement.
- Et maintenant, indépendamment de la question de violence et de mauvaise foi, quel est le but général des grèves et des coalitions? Le but est
- 1. Un ouvrier d’un chemin de fer,, que je connais, était entré chez un fabricant de machines à coudre qui lui avait promis 170 francs en entrant, et 200 au bout de 3 mois ; le fabricant n’a donné que 150 francs au lieu de 170 en entrant; l’ouvrier s’est vu avec raison dégagé de sa parole et est rentré à son ancien atelier.
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- de travailler le moins possible et d’être beaucoup payé ; le résultat naturel, c’est de diminuer la production et d’augmenter en même temps la consommation, et, par conséquent, de diminuer le bien-être public en en tarissant la source.
- Comment ose-t-on soutenir une pareille tendance?
- Puisque je n’admets pas le principe, il est inutile que j’en discute l’application et que je me noie dans les détails. Je passerai donc toutes ces questions sans en parler.
- Ma tâche est presque finie, messieurs et chers collègues; je vous remercie de la bienveillance avec laquelle vous avez bien voulu écouter cette longue communication, et il ne me reste plus que quelques mots à dire.
- Je tiens à répéter, en terminant, ce que j’ai dit en commençant : je vis depuis trente-deux ans dans les ateliers, au milieu des ouvriers, et j’ai pu apprécier l’élévation générale de leur caractère; je les estime profondément et je les aime vivement; et c’est justement parce que je les estime et quejeles aime, etqueje suis dans leurs rangs, que j’ai vu un devoirimpérieux à remplir en combattant les doctrines fausses et funestes que des amis maladroits d’une part, et de faux amis d’autre part cherchent à leur faire partager. Je ne suis d’aucun parti, jene suis ni démagogue ni démocrate, ni réactionnaire ; mais je suis simplement un dêmophile sincère, c’est-à-dire un véritable ami du peuple Avpov oç, et j’ai la conviction que tous les ouvriers honnêtes, c’est-à-dire la presque totalité des ouvriers, me sauront bon gré d'avoir voulu les éclairer et leur faire bien comprendre les
- DEVOIRS RÉCIPROQUES DES HOMMES, DEVOIRS DONT ON S’OCCUPE FORT PEU MALHEUREUSEMENT, ET SUR LESQUELS CEPENDANT REPOSENT EXCLUSIVEMENT LE BONHEUR ET LA PROSPÉRITÉ DES INDIVIDUS ET DES NATIONS.
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- QUELQUES RÉFLEXIONS
- SOR LE
- RAPPORT PRÉSENTÉ PAR LA COMMISSION D’ÉCONOMIE INDUSTRIELLE
- AU SUJET
- DES GRÈVES ET COALITIONS OUVRIÈRES
- Par Iftlül. DESMOfJSSEMJX RE GIVRÉ.
- Messieurs et chers camarades,
- J’ai l’honneur de présenter ici à la Société des Ingénieurs civils quelques réflexions au sujet du rapport que la Commission d'économie industrielle a rédigé sur la question des grèves et coalitions ouvrières ; rapport dont nous n’avons pu lire, sans une extrême surprise, les arguments et les conclusions primitives ou même adoucies.
- I
- Comment! c’est au lendemain des crimes de la Commune, au lendemain du jour où les ouvriers de Paris, s’associant pour trahir la patrie etf la société, ont donné un triple témoignage d'ignorance, d’inintelligence et d’un abominable égoïsme ; c’est à ce moment que l’on réclame, pour ces mêmes ouvriers (et avec le privilège d’une promulgation spéciale et solennelle qüi n’existe pour aucune autre classe du corps social) :
- Le droit de s’associer pour la conservation et la défense de leurs intérêts, spécialement lorsque son application a pour but (entre autres choses) : le chômage, l’abaissement et l’insuffisance du salaire, le trop plein du marché du travail !
- A cette heure, il est vrai, grâce à d’excellents rapports de M. Després et Hourier, on demande simplement :
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- Que le droit des ouvriers de s’associer pour la défense de leurs intérêts ne soit pas contesté.
- Intérêts1 — Cümriient les entendez-vous?
- Contesté! —Est-ce en général? Est-ce l’espèce? — Est-ce en droit, d’une manière illimitée, absolue, universelle? Est-ce à Paris, spécialement, en 1872?
- Assurément, les propositions sont susceptibles en bon français d’excellentes interprétations, auxquelles, pour notre part, nous nous unirions de grand cœur; mais en langage communard elles voudraient dire :
- Droit de s'associer contre les patrons, contre l'infâme capital, sans souci de la France ni de la société; droit de s’associer pour imposer Vaugmentation indéfinie des salaires, non selon la valeur réelle et économique du travail, mais selon les besoins, légitimes ou inavouables. En définitive :
- Droit au travail, droit au plaisir.
- « Panem et circenses. »
- II
- On invoque le droit naturel 1 on a raison. Mais le droit naturel, entendu sans limites, sans commentaires, sans la pondération nécessaire des droits antagonistes, où ne conduirait-il pas?
- Logiquement, il impliquerait liberté d’association pour les malfaiteurs et les repris de justice.
- — Qu’est-ce que le droit? — L’art du bien et du juste :
- « Jus est ars boni et œqui. »
- t Ainsi, l’objet d’un droit : c’est la liberté d’accomplir un devoir, ou de réaliser un bien.
- L’exercice d’un droit, d’une liberté, présuppose donc nécessairement que l’on usera de ce droit, de cette liberté, pour ïe bien, pour atteindre une fin légitime. — Autrement, plus de droit.
- Donc, une association est absolument illicite, quand le, b lit des associés est certainement Ou très-probablement mauvais.
- Or, dans l’espèce^ les ouvriers de Paris étant en grande partie circonvenus par Flntematiofiale^ dont le but évident, notoire, est le bouleversement moral, social et politique, leur droit à l’association est nul, absolument nul,
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- III
- Ainsi,, nous nions le droit. Nous nions également la raison dC"expérience; car on se prévaut de ce fait : que la liberté des coalitions et des grèves existe en Angleterre, en Belgique, en Suisse et,.aux Etats-Unis.
- D'abord, cette liberté spéciale est-elle pour ces pays un bonheur ou un danger?
- Ensuite, en la supposant sagement, généreusement réglée, ne sera-t-elle pas mille fois plus salutaire (ou moins fâcheuse) chez des peuples où l’autorité est mille fois plus forte et plus respectée que chez nous? chez des peuples où la hiérarchie territoriale, sociale et politique, modérateur de l’autorité et de la liberté, permet à ces deux forces de se développer harmoniquement et sans limites, parce qu’elle est toujours capable d’en régler le progrès et d’en corriger les abus.
- Nous, Français, nous sommes victimes d’institutions mortelles, qui ont allumé la haine entre les classes, qui ont asservi les communes) anéanti les provinces, dissous la famille, et qui s’attaquent sans relâche à la propriété.
- Or, chez les Anglo-Saxons, la propriété est jusqu’ici gardée par le respect; la famille, la commune, la cité, la province, ces remparts delà vraie liberté, sont demeurés depuis le moyen âge fermes et debout. La royauté même vient de recevoir de la part des ouvriers anglais un éclatant hommage.
- Nous réclamons des droits, des libertés suprêmes, inouïes dans l’histoire du monde ; et nous semblôns avoir perdu la notion du devoir; Et nous sommes* dit-on, « la nation impie. » Et le matériaïisme;;rathéisme sont au fond de nos lois. Et notre immoralité (privée ou politique) est évidemment une des causes de ia stérilité désolante qui frappe notre population, et qui, si elle persistait cinquante années encore, nous réduirait à n’être plus qu’un peuple de septième ordre! —* J’entends numériquement1.
- Un mot encore. Est-ce que les ouvriers de Belgique, de Suisse, d’Angleterre et d’Amérique ont commis les sanglantes folies de l’an passé?
- Vraiment le communard de Paris, ne pouvant être honorablement comparé/e-ri 1872, à aücun ouvrier civilisé* ne saurait prétendre.à des libertés égales^ Des hommes qui s’affilient à l'Internationale, à ce qui est à la fois une antisociété, une antipatrie, une antimofaléy.. n’ont aucun droit à invoquer au nom de la société, de la patrie, de la Vérité qu’ils
- 1. Voir annexe II, ci-après.
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- trahissent; et quand on leur dénie la liberté d’association, non-seulement on use d’un droit, mais on accomplit un devoir :
- Un devoir envers le pays qui a droit à l’existence et à la paix ;
- Un devoir envers ces mêmes prolétaires plus malheureux que criminels, en les arrachant à des séductions infernales, afin de les réhabiliter et de préparer graduellement leur riche et honnête nature aux bienfaits de la démocratie chrétienne.
- Mais augmenter aujourd’hui leur part déjà trop grande de liberté déréglée, convier tous les travailleurs d’une province, d’un pays, d’une moitié de l’Europe à s’organiser librement, c’est achever d’abandonner entre leurs mains la plénitude de la souveraineté nationale, c’est ruiner la patrie et menacer la civilisation.
- IV
- A coup sûr, MM. les rapporteurs n’ont pas songé à l’immense portée politique de leur proposition ! En exaltant, par le fait, le pouvoir des masses populaires, ils ont méconnu les conditions de l’équilibre social ; et je serais tenté de dire (ayant l’honneur de m’adresser à une société d’ingénieurs) les équations de l'équilibre social; ils ont oublié que le corps social est un, qu’d ne peut subsister que par la pondération et l’harmonie des éléments qui le constituent1; ils ont oublié même qu’une nation est un composé d'esprits et de corps, et que la grande force qui la meut, qui la gouverne et qui l’inspire, ce n’est pas la force matérielle, ce n’est pas la supériorité du nombre : c’est la force morale.
- Il faut se rappeler que les classes riches ou supérieures ont pour mission naturelle et légitime d’exercer la puissance politique et de défendre les intérêts moraux.
- L’histoire entière le confirme et la raison l’explique.
- Car, en dépit d’exceptions abominables, l’étude, l’énergie et l’honnêteté sont les causes, non pas universelles, mais générales de la richesse.
- Or, par une récompense providentielle, à mesure que l’homme s’enrichit, ces vertus lui deviennent plus faciles à pratiquer.
- En sorte que, chez un peuple, la force morale et la richesse sont en général étroitement unies. Il y a alliance naturelle, providentielle,entre la force morale et les forces matérielles, entre le capital moral d’une nation et son capital matériel.
- 1. C’est le sujet du vieil apologue des membres et de l'estomac, raconté par Menenius Agrippa, un des premiers consuls de la République.
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- Voilà pourquoi un illustre écrivain et homme d’Etat de l’Angleterre, résumant l’histoire de son pays, disait que, depuis tantôt deux siècles, les Whigs s’étaient constamment appuyés sur les intérêts matériels, et les Torys sur les intérêts moraux.
- Ici, vous m’arrêtez; vous me montrez les turpitudes et les crimes de la richesse : et la débauche antique ! et les dominations, les conquêtes, l’Irlande et la Pologne ! et la traite et l’esclavage !
- Il est vrai; mais voyez les grandes époques de la Grèce et de Rome, de Florence, de Venise, de l’Angleterre, de l’Espagne et de la France ! Tous les hauts faits de la civilisation, tout ce qui honore le génie et le cœur de l’homme : tout cela s’est accompli sous le gouvernement et avec l’aide de classes riches et supérieures.
- Vous m’arrêtez encore, et, au nom delà justice, vous réclamez l’égalité du nivellement.
- Le nivellement ! mais ce n’est ni l’idéal ni la fin des sociétés. Le nivellement, c’est la négation du mérite et l’impuissance du génie ; c’est la stérilité et la mort.
- L’idéal et la fin des sociétés humaines, ce sera, nous n’en pouvons douter, le gouvernement delà science, du talent et de la vertu ; le gouvernement de Y aristocratie naturelle : aristocratie fondée sur des traditions puissantes, mais essentiellement accessible, et qui formera une classe supérieure; car, selon toute vraisemblance, elle s’enrichirait bien vite, et d’ailleurs elle disposerait de toutes les forces du pays.
- Ce sera donc, encore et comme toujours, le gouvernement d'une classe supérieure :
- Parce que la loi, Jl'éternelle loi qui régit l'univers, matériel et moral, c'est la HIÉRARCHIE.
- V
- Hors ce principe... l’anarchie, l’empire et la conquête... par une succession fatale.
- Quel remède? — La régénération morale et religieuse. Et ainsi, dans cette imposante question des coalitions et corporations ouvrières, dans cette œuvre nécessaire delà réconciliation des classes et de l’association des hommes : s’appuyer sur la grande force qui a créé le monde* qui l’a sauvé de la corruption antique, et qui s’est glorifiée dans la civilisation chrétienne. Cette force, c’est la Charité : voilà l’inspiration, le moteur, le moyen, le but, l’âme des associations salutaires qui consolident la patrie au lieu de l’affaiblir; des associations unissant, dans un même esprit d’abnégation et de dévouement réciproques, ouvriers et patrons, pauvres et riches, ignorants et savants.
- Le salut est là... mais il n'est que là!
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- YI
- Malheureusement* pour beaucoup de personnes, l’association fraternelle semble aujourd’hui bien éloignée de nos mœurs, bien difficile à réaliser. Èt c’ëst pourquoi, sans doute* on chérche (avec raison) à régler légalement par un arbitrage l'exercice du droit de coalition.
- La Commission nous propose (pour l’âge d’or de la Républiqüe) un arbitrage fort ingénieux, un tribunal fort doux, armé d’une pénalité des plus indulgentes, et qui cependant (je le croirais sans peine) pourra donner en temps de calme ét de prospérité les plus excellents résultats.
- Tout va bien quand l’abondance règne. Le plus gros bon sens suffit à comprendre que la cessation du travail* que la destruction du matériel, font préjudice aux salariés en même teffips qu’au propriétaire. La concorde est parfaite.
- Mais Viennent la famine, lé froid, là misère, les souffrances des enfants et dës femmes! Les esprits s’aigrissent, les pauvres têtes S’échauffent (comment ne pas les excuser}! La raison s’oblitère inévitablement, comme chez lès malades ; les pères dé famille s’irritent; les syndics (ouvriers dtl patrons) sént obsédés de séductions et de menaces. Leur vie, leur honneur sont en jeü. — Ils résistent, ils parlent raison : mais la raison n’est pas écoutée. — Beaucoup cèdent, soit faiblesse, soit influence de l’opinion publique (en ces cas, plus ou moins faussée). Quelques-uns spéculent sur Une popularité malsaine. Bref, la raison est battue, et battue d’autant plus que la crise aura été plus grave oü pltis aiguë.
- Ainsi l’arbitrage syndical est absolument illusoire ou insuffisant.
- Il faut un juge, cependant; un juge équitable et souverain. Car vous avez proclamé le droit de coalition; Vous avez encouragé tous les ouvriers d’une province, d’un pays, à s’associer pour la défense de leurs intérêts! C’est tin ordre d'Étai que vous avez créé, et un ordre privilégié, adversaire naturel du capital, delà propriété, laquelle nécessairement devra (si vous le lui permette^) s’associer et s’organiser pour la défense de Ses intérêts et.de ses droits.
- Ainsi, voilà votre société divisée en deux camps, nettement, fatalement opposés, fatalement aux prises;
- 04 est le juge du conflit? ;
- Ce lie sera pas votre syndicat : noüs l’avons vu. Quel peut-il être encore ? - -
- Une Magistrature spéciale?une chambre Compoèée d’hommes qui nè seront ni‘ouvriers* ni patrons?
- Mais quelques individus, supposés même inamovibles et grands propriétaires, ne seront guère jMUs indépendants que vos syndics.
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- Comme eux, ils seront accessibles à la vénalité, à la peur, à la pression de l’opinion publique.
- Un ordre d'Etat? quelque chose comme la pairie d’Angleterre; une institution suffisamment nombreuse, poussant de puissantes racines, et en rapport de sang et d’intérêts avec toutes les classes de la société; un ordre appelant dans son sein tous les mérites ettous les talents ; en un mot, l’élite du pays ; une réunion d’hommes d’État jugeant de haut et de loin, parce qu’ils sont inaccessibles aux besoins matériels et aux attraits de la spéculation, et enfin qu’ils ont reçu comme un dépôt sacré la tradition de l’honneur et de la grandeur de leur pays.
- Mais on n’en voudrait pas! On prétend tout niveler! Et puis on nous dirait (non sans raison, je l’avoue) que de tels arbitres sont riches, et, partant, incapables de bien corhprendre et respecter les douleurs sacrées du pauvre.
- Qui donc sera le juge entre le travail et le capital? — Le voici; peut-être!
- Un clergé, riche en science et en vertus, pauvre par héroïsme.
- Un clergé ! mais on le repousse, on n’en veut à aucun prix; on le chasse avec rage de toutes nos institutions !— Et d’ailleurs accepterait-il une tâche aussi délicate?
- Ainsi, rien de possible : ni syndicat, ni magistrature, ni aristocratie, ni clergé.
- Il faut un arbitre cependant, pour juger en définitive, souverainement et sans appel !
- Oui, il en faut un; et ce sera un homme, un despote. Il s’appellera : César....ou Attila...
- Et je ne vous donne pas longtemps, MM. les rapporteurs, pour efï faire la lugubre expérience! Si nous ne changeons de voie* si nohs ne revenons à ces institutions ou plutôt à ces principes hiérarchiques qui ont fait notre gloire au moyen âge, et qui font encore aujourd’hui la gloire de l’Anglo-Saxon et la force de l’Allemand !
- Oui, les principes hiérarchiques : le respect et, disons le mot, l’amour de bas en haut, le respect et l’amour de' haut ëh baè; le réSpect de la puissance politique, de l’autorité du riêhe, et le respect de là libërté et des souffrances dot pauvre.
- Vautorité morale du riche, la liberté et les besoins du pauvre : voilà les deux intérêts simultanés, harmoniques, dont la conciliation constitue la sagesse et le droit, et prescrit au législateur, à l’homme d’État, de juger eu égard aux temps, aux hommes et aux circonstances, que telle grève est légitime ou que telle autre ne l’est pas ; que telle association est bonne, digne d’encouragement et d’égards, et que telle autre association est mauvaise ou dangereuse.
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- En résumé, nous repoussons les conclusions, les arguments, et, pardessus tout, les aspirations du rapport de la Commission :
- — Comme comportant une fausse et très-fausse application du droit naturel, au moins dans l’espèce, en 1872, au lendemain de la Commune et en face de l’Internationale ;
- — Comme fondés sur une comparaison erronée entre la situation de la France et la situation de la Suisse, de la Belgique et de l’Angleterre; et sur une comparaison, encore plus erronée, entre la France et les États-Unis ;
- — Comme fatales à la liberté individuelle, à l’indépendance, et par suite à la moralité de l’ouvrier ; aux intérêts sacrés du pauvre, dont nous sommes, nous, les amis les plus dévoués;
- — Comme aboutissant à ériger le corps des ouvriers, le travail) en ordre d'État, et en ordre privilégié ;
- — Comme contraires au droit politique, en concentrant exclusivement, par le fait, tous pouvoirs entre les mains des classes prolétaires ou inférieures, méconnaissant ainsi la fonction naturelle et légitime des classes éclairées et supérieures, à savoir : l’exercice de la puissance politique et la défense des intérêts moraux;
- — Comme proposant entre le capital et le travail un arbitrage fort bon à consulter, mais sans autorité, sans force, et qui tombera aux premiers coups ;
- — Et comme appelant fatalement, par une logique impitoyable, la nécessité d’un maître, arbitre forcé entre lariehesse impuissante et l’ouvrier souverain. Et ce maître, ce despote, ce sera César ou Attila ; l’Empire ou... la conquête.
- Est-ce à dire que tout soit perdu? — Non, rien n’est perdu, si nous rentrons dans la vérité et la justice, bases de l’honneur et de la vraie liberté. — Cherchons la vérité, et la vérité nous donnera la liberté :
- « Veritas liberabit vos. »
- Cherchons la justice et tout le reste nous sera donné par surcroît.
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- VIII
- Telle est, Messieurs et chers camarades, notre réponse cordiale, mais vive, au rapport de la Commission : rapport désapprouvé d’un grand nombre d’entre nous, parce qu’au lendemain de la Commune il ne peut que nous compromettre aux yeux de nos adversaires, aux yeux de nos confrères étrangers, et nous discréditer auprès des hommes dont nous blessons la science et les convictions les plus certaines.
- J’ai parlé aujourd’hui avec profond regret, car c’était pour critiquer quelques ingénieurs consommés, dont l’âge et les éminents services exigent tout notre respect. Mais la gravité des temps nous commandait de parler; et notre franchise est inspirée par un dévouement croissant à notre chère Société des Ingénieurs civils, hélas ! un des derniers refuges de l’esprit industriel et de l’esprit d’initiative privée.
- En ces temps de fonctionnarisme et de césarisme, soyons fiers de notre indépendance; soyons heureux de nous réunir en cet asile de liberté, pour travailler au progrès de notre art, au relèvement de la fortune publique, et ainsi à la régénération de notre malheureux pays.
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- ANNEXE I.
- Note shp lest associations et sur le droit d’association.
- Une comparaison du corps social avec le corps humain.
- Je prends le corps humain.
- C'est une hiérarchie, composée, en dernière analyse : d’atomes, de molécules simples d’hydrogène, oxygène, azote, carbone, calcium, phosphore, etc.
- Ces atomes ou molécules sont associés :
- D’abord en molécules organiques ou en cellules.
- Les molécules organiques et les cellules sont associées en tissus, organes, viscères et membres.
- Et ces organes, ces membres, ces viscères sont associés pour former le corps humain.
- Ainsi, l’ensemble est une hiérarchie d’associations; une association résultante d’associations composantes.
- Et quel est le caractère de chacune de ces associations composantes?
- C’est qu’elle remplit une fonction f, harmonique de la fonction F de l’association résultante.
- La fonction F est la résultante des fonctions composantes f.
- Yoilà l’état normal : la santé.
- Yoici maintenant la maladie. Elle consiste en un ou plusieurs de ces trois faits :
- 1° Les associations harmoniques composantes se désagrègent, se dissocient. Il y a atonie, relâchement des tissus, ramollissement, etc.
- 2° Les associations harmoniques" composantes sé développent outre mesure ou se rétrécissent outre mesure. Il y a hypertrophie ou atrophie.
- 3° Les molécules désagrégées, isolées, s’associent d’une manière contre nature, et en quelque sorte pour attaquer l’organisme. Il y a productions hétéromorphes (cancer) ou ces produits morbides qu’on appelle tubercules, pus, phlegmons, etc.
- Eh bien ! telle est l’image fidèle d’un peuple, d’un État, d’une société.
- Une société civile ou religieuse est une hiérarchie d’associations.
- Elle est nécessairement fondée sur le principe, le fait de l’association ; sur le droit d’association.
- Mais ce droit, comme tous les droits, a pour objet la liberté d’accomplir un devoir ou de réaliser un bien.
- Il présuppose une intention bonne, tout au moins indifférente.
- Il présuppose un but harmonique du but général de cette société.
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- Ce droit d’association est donc nul quand le but est antisocial, ou tend, soit direc-ment, soit indirectement à le devenir.
- Et une société souveraine est juge incontestable du droit que les individus ou les personnes morales qui la constituent ont, ou peuvent avoir, de se former en association. Elle est juge ou maîtresse de permettre op de refuser, de tolérer ou d’interdire ; elle est maîtresse de surveiller, elle est maîtresse de dissoudre.
- Voilà la base morale, voilà le droit.
- Et quand on dit, en thèse absolue :
- Les individus ont toujours droit de s’a^ocier ; le droit d’association, c'est le droit naturel.
- Ou bien, au contraire : le droit d’association est nul,
- On émet des deux parts deux opinions exagérées, deux solutions fausses d’june question mal posée.
- Oui, il est de droit naturel que les individus s’associent.pçur lç bien.
- Mais il est aussi de droit naturel que les associations souveraines sé défendent pour le bien. ..
- J’ai décrit dans le corps humain la santé et la maladie.
- Voici la mort : '
- L’unité fonctionnelle s’affaiblit et se rompt; les organes, les tissus, les celluleg, les molécules organiques se dissocient, se résolvent plus ou moins vite en leurs principes minéraux.
- Toute hiérarchie disparaît, et les molécules minérales, hier encore ennoblies, transfigurées par la vie, sont rentrées dans l’égalité de l’inertie et dans leur passive et stérile indépendance. ' ’
- Et voici maintenant la mort d’une société.
- — Les organes essentiels : la famille, la commune, la cité, la province se dissocient et ,s.e dissolvent ; la société n’est plus q-u’upe .poussière d'i»4ivi4us, ^ L® nivellement, c’est sa mort. L’unité nutipnale slaffpdjift et.se rpmpt j tçute hiérarchie disparaît, et le peuple, hier, encore grand devant le monde et devant rhigtoiro, est reyenu à l’état, de nature ; à! la libellé dp,T isolement ç$ % légalité, dans Tabjec,tionfi
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- ANNEXE II.
- Sur la stérilité de la population de la France.
- On prend en général, pour mesure de la fécondité, la période de doublement de la population.
- Or, voici les périodes de doublement relatives aux principaux pays de l’Europe et de l’Amérique.
- Canada (population française, comptée
- sans l'immigration) (1763-1814) : 25 ans environ (Simple estimation). Etats-Unis (sans l’immigration) (1851 à 1861) : 30 ans.
- Saxe, d’après renseignements récents : 43 ans.
- Prusse — 45 ans.
- Angleterre — 55 ans.
- Russie — 56 ans.
- Suède et Norwége — 56 ans.
- Belgique — 77 ans.
- Italie — 136 ans.
- Espagne — 175 ans.
- France — • 175 ans.
- Deux pays seulement viennent ensuite dans la liste complète : Mecklembourg, d’après renseignements récents : 301 ans.
- Irlande : population décroissante.
- D’après ces chiffres, la population de la France se reproduit sept fois moins vite que celle du Canada, six fois moins vite que celle des États-Unis, quatre fois moins vite que celle de la Prusse, trois fois moins vite que celle de l’Angleterre, de la Russie et des pays Scandinaves, et deux fois moins vite que celle de la Belgique !
- Il n’est pas de fait plus triste ni plus digne d’attention !
- Quelques personnes fort graves accusent uniquement notre immoralité. N’allons pas aussi loin ; accusons pour beaucoup nos lois et notre politique.
- D’ailleurs le mal, tout honteux et effrayant qu’il soit, ne doit pas nous humilier ou nous inquiéter avec excès :
- Parce que la population la plus féconde du globe est une population française : celle du Canada.
- Parce qu’au point de vue physique, nos races méridionales l’emportent par la longévité et par la grande proportion d’adultes.
- Parce qu’en Belgique, pays presque français, la période de doublement, qui était de 142 ans (environ), de 1840 à 1845, s’est réduite à 77 ans de 1845 à 1850. C’est-à-dire que la fécondité a presque doublé en cinq ans.
- Parce que les races méridionales, à les supposer moins fécondes, ont assez de supériorités intellectuelles et d’énergie morale pour n’avoir pas à envier les facultés physiques des lourdes races du Nord.
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- Parce que la supériorité numérique n’est qu’un élément secondaire. Elle ne fut pas nécessaire aux Juifs, aux Grecs et aux Romains pour civiliser ou conquérir le monde.
- Enfin, que, par un merveilleux contraste dont notre histoire nous offre le fréquent privilège, c’est au milieu de dissolutions et d’épreuves qui auraient suffi dix fois à faire périr un peuple, que la France apparaît surtout comme la terre du dévouement et des plus héroïques vertus4
- Et voilà pourquoi, au delà des longues calamités qui peuvent nous attendre encore, nous espérons sans mesure dans l’avenir de notre pays.
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- OBSERVATIONS
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- QUESTION OUVRIÈRE ET LES GRÈVES
- Par M. JL GâVDRY.
- Le désaccord des esprits droits sur ce qu’on appelle la question ouvrière provient sans doute de ce qu’on omet d’abord de la bien poser' : il faut donner aux mots, non pas leur sens littéral et théorique, mais la signification qu’ils ont en fait.
- Si le droit de coalition et d’association n’avait pour but qu’une loyale entente pour réaliser un progrès, selonles vœux de la masse des ouvriers que, moi aussi, je crois sincère et honnête, rien ne serait évidemment plus légitime.
- Si cette brusque rupture entre patrons et ouvriers qu’on appelle la grève n’était que le refus libre et volontaire d’accepter un travail offert à des conditions qui déplaisent, elle ne serait que l’application du plus élémentaire des droits.
- Enfin si elle ne se manifestait que chez le patron infidèle à ses devoirs, elle ne serait qu’un accident, et elle n’aurait pas l’importance d’une question sociale.
- Mais, en fait, qu’est-ce que la grève et la coalition telles que nous les voyons en général? Un chef d’industrie, même celui qui s’est appliqué à améliorer le sort de ses ouvriers, s’aperçoit tout à coup que ceux-ci deviennent difficiles et désordonnés; on entre à son bureau : ce sont des délégués, ordinairement des ouvriers admis depuis peu, ou même des étrangers inconnus.
- J’ai recueilli des monographies bien curieuses de ces meneurs d’ateliers qui s’imposent plus qu’ils ne sont élus. Je voudrais qu’elles fussent connues d'es égarés qui les suivent avec tant de docilité.
- Mais à vous, Messieurs, je n’apprendrais rien : vous les connaissez, ces parleurs qui n’ont d’ouvrier guère que le vêtement, dont l’existence et
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- l’origine sont un mystère, et qui sont si habiles à faire passer secrètement les mots d’ordre d’étau en étau.
- Si l’on appliquait aux troubles qu’ils provoquent dans l’industrie ce qu’on appelle la philosophie de l’histoire, on constaterait d’étranges coïncidences entre eux et certains buts politiques ou commerciaux, et on reconnaîtrait que les grèves qui se répandent à l’état d’épidémie ne sont souvent qu’un moyen savamment calculé, où la personne du patron directement atteint est celle que le premier moteur de la grève avait le moins en vue.
- Quant aux délégués, qui sont ses outils plus ou moins inconscients, Tultimatum qu’ils apportent est toujours le même. Il y a, nous le verrons, pour l’ouvrier de véritables souffrances caractérisées. Chose singulière '.jamais l’ultimatum n’en dit un mot; il contient invariablement deux articles : augmentation immédiate du salaire, réduction du travail; à quoi s’ajoute parfois ce qu’on ajustement appelé la monstruosité de l'égalité des salaires. Vainement le patron prouve par ses livres qu’à ces conditions il ne pourra remplir ses engagements, et que l’industrie est mise en péril au profit de ses concurrents; peu importe aux délégués, ils ont leur mandat impératif.
- Ou bien le patron cède à la force, ou bien la grève est déclarée; et alors commence, a dit un économiste, entre ouvriers et patrons un duel, où les combattants se regardent dans le blanc des yeux, pour savoir à qui mourra de faim le premier. Cela s’appelle la grève pacifique.
- Vous savez quelle est la situation des patrons dont l’outillage se rouille et dont les fourneaux sont éteints; quant à celle de l’ouvrier, il faut, pour apprécier ce qu’elle a de cruel, avoir eu l’occasion de monter à certaines mansardes en temps de grève. Le poème de Coppée sur la grève des forgerons n’est rien moins qu’une photographie d'après nature.
- Mais ce qu’on ne sait pas assez, c’est que lorsqu’une grève est déclarée, il faut que tous s’y soumettent et se sacrifient à ce qu’on appelle l’intérêt commun : malheur au faux frère ou dissident qui agit, se gouverne et vote contrairement au mot d’ordre donné. Sans doute nous n’en sommes pas à ces atroces vengeances contre les antigrévistes, que raconte M. le comte de Paris dans son livre sur les associations anglaises.
- Mais le châtiment du faux frère chez nous n’en est pas moins de nature à rendre docile tout un atelier. Tôt ou tard il sera provoqué dans une rixe où l’autorité ne verra qu’une querelle vulgaire. A l’atelier il est mis en quarantaine : personne ne lui parle et ne veut travailler avec lui ; on cache ou on altère ses outils; toutes les fautes sont mises sur son compte, et on lui réserve les travaux rebutants ou ingrats. Le long des établis courent sur lui et les siens des histoires qui le rendent ridicule ou odieux ; sa femme est insultée dans la rue; ses enfants sont battus à l’école par des camarades qui apprennent chez eux à l’appeler mou-
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- chard. En un mot, sa vie devient un enfer, auquel il n’échappe pas toujours en quittant l’atelier et même le pays.
- Qu’on ne s’étonne donc pas de voir la masse des ouvriers emboîter le pas avec un si formidable ensemble, n’importe où on les mène.
- Sortons de la théorie; en fait la plupart des grèves peuvent se définir : une explosion qui bouleverse la société au profit de quelques messieurs inconnus, sous prétexte de faire attribuer aux ouvriers, dont on exploite les souffrances, certaines faveurs plus ou moins menteuses.
- Est-ce à dire que l’ouvrier n’a jamais de légitimes griefs? Personne ne le prétend : l’industrie impose, comme tout service public, d’inévitables sacrifices auxquels il se peut qu’un patron égoïste reste indifférent, et l’on comprend que ses collaborateurs indignés lui refusentieur concours.
- Nous avons déjà dit que c’est un droit commun, mais à la condition de ne pas le transformer en odieuse tyrannie contre ceux qui voudraient continuer à travailler et contre le patron sommé de s’exécuter sur l’heure et sans réplique, parfois à la façon des gens auxquels on demande la bourse ou la vie.
- Si on lui donnait le temps, si de sages délégués discutaient avec lui sans passion, il pourrait concilier les justes demandes des ouvriers avec ses légitimes intérêts, et alors la grève deviendrait peut-être pratique et rationnelle.
- Ce qu’il faut attaquer dans le concert des ouvriers, c’est donc la manière dont on use du droit commun.
- Celui-ci existe aujourd’hui, égal pour tous les citoyens; il avait deux restrictions, qu’à mon avis on a bien fait d’abolir et qui d’ailleurs tombaient en désuétude. L’article du contrat de louage d’ouvrage, qui faisait prévaloir l'affirmation du maître dans les contestations sur le salaire, était déjà lettre morte; et, comme en tous autres procès, les tribunaux recherchaient la vérité dans les confrontations, les témoignages, les commencements de preuves par écrit, l’usage et les vraisemblances.
- Ne regrettons pas l’ancienne loi sur la coalition. Elle pouvait aller jusqu’à interdire ces unions qui sont l’âme du commerce. En 1835 les deux grandes Compagnies des Messageries furent condamnées en police correctionnelle, pour avoir confondu leurs tarifs et leur exploitation.
- Les fusions récentes que nous avons vues dans l’industrie auraient pu de même être poursuivies comme délit de coalition, si l’autorité l’avait voulu.
- Cette loi était d’ailleurs trop facile à éluder par les habiles, et elle n’allait pas à son but. Nous sommes tous d’accord pour respecter l’entente des honnêtes gens qui n’avancent à rien en restant isolés. Ce que tous veulent au contraire atteindre, c’est cette poignée de misérables qui disent à tout un atelier : j’ai des rancunes contre le patron, vous les épouserez; il ne me plaît pas de travailler, personne ne travaillera et on brisera l’outillage. Or il n’est pas facile de les saisir. Nous n’en sommes
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- plus à ces meneurs de 1848, qui faisaient ouvertement de l’atelier un club et qui avaient au moins le courage de leur rôle. Le meneur perfectionné de notre époque sait toujours se dérober à temps, comme la guêpe qui s’envole après sa piqûre, et il est d’expérience que la justice n’arrête jamais que les comparses imbéciles dont elle est très-embarrassée.
- Non moins insaisissable est la forme de la propagande. On ne sait d’où viennent ces mots d’ordre qu’une habileté satanique fait circuler partout, non plus que ces immondes opuscules sans nom d’auteur ni d’imprimeur, d’une typographie impossible, qu’on trouve comme par hasard sous ses pas et qui contiennent habilement dissimulé le mot vif qui deviendra le mot d’ordre.
- Il faudrait assurément pouvoir éviter cette contagion qui désole l’honnête ouvrier plus que personne. Mais interdire en général toutes ces unions ou ententes si vaguement classées sous le titre de coalition, cela ressemble à celui qui pour empêcher l’incendie défendrait partout de faire du feu.
- Enfin la législation que quelques-uns regrettent finissait toujours par amener l’intervention de l’autorité publique dans les relations privées, ce qui est la pire des choses à tous les points de vue. C’est une des lois qui nous a le plus habitués à ces lisières administratives si commodes aux peuples paresseux, et si contraires au Self-Government qui fait la force d’autres peuples.
- Ajoutons que l’État s’est fait toujours beaucoup de mal par ces essais de conciliation. Il n’a jamais satisfait personne; chacun s’est cru sacrifié et s’est ajouté àl’opposition qui a successivement emporté tous les pouvoirs.
- Je crois que ce fut la principale raison pour laquelle celui de 1865 a proposé lui-même de modifier la législation et dit aux patrons et aux ouvriers : arrangez-vous sans moi pourvu que l’ordre public ne soit pas troublé.
- Mais ce qui est étrange, c’est qu’après avoir fait abolir les restrictions du droit commun, on veuille faire succéder des privilégiés à d’autres privilégiés, rétablir des classes et donner à l’une d’elles un droit qui n’est en fait que celui d’user librement de sa force, et de se faire justice, comme si les actes coupables qui blessent un citoyen quelconque n’avaient pas.un juge et une sanction chez tous les peuples civilisés dans les mesures du possible et du pratique.
- Cessons de nous payer de mots.
- On a demandé des tribunaux d’ouvriers constitués par l’élection. Est-ce qu’ils n’existent pas dans les prud’hommes, magistrature de famille dont la sagesse et l’équité a dépassé toute espérance?
- Il existe des syndicats et des compagnonnages. Ils n’ont pas l’existence légale des anciennes maîtrises et jurandes que la révolution a abolies à tort ou à raison; mais quand ils se sont fait connaître, eux aussi
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- par leur sagesse et leur équité, les tribunaux, notamment le tribunal de commerce de Paris, leur renvoient les contestations entre ouvriers et patrons, sinon comme arbitres souverains, au moins comme experts dont la décision est d’une grande autorité.
- Quant aux tribunaux eux-mêmes, il faut être de mauvaise foi pour méconnaître qu’ils sont généralement très-sympathiques aux ouvriers, quand ils allèguent des griefs plausibles1 2, et qu’ils sont même très-rigoureux contre le patron qui manque à ses devoirs.
- En cas d’accidents, ils punissent d’indemnités énormes, non-seulement l’incurie, mais le simple défaut de vigilance. Il vient d’en coûter 50,000 francs à une compagnie de chemins de fer pour n’avoir pas remarqué, à l’intérieur d’une locomotive, des entretoises cassées d’où sont résultés l’explosion du foyer et la mort du mécanicien.
- C’est là, en effet, la manière dont procède la loi. Quand un acte répréhensible caractérisé est dénoncé au juge, il fait un exemple et en prévient le retour. Il vaudrait mieux sans doute qu’il l’eût empêché de se produire; mais on s’épuise vainement à en chercher le moyen pratique, dussent le domicile et le for intérieur du citoyen n’être plus que des mots.
- Quelle disposition répressive peut-on imaginer plus large que les articles 11421, 1162, 1382 et suivants du Code civil, ainsi que les articles 319 et 320 de la loi pénale1?
- Il est vrai qu’ici il n’y a pas égalité : Le plus pauvre a l’arme des dommages-intérêts contre celui qui possède, contre le riche, le capitaliste; tandis que l'insolvable peut jouer impunément tous les mauvais tours, pourvu qu’il s’arrête au seuil du tribunal criminel.
- S’il est dispendieux de plaider, il y a Y assistance judiciaire, comité composé de l’élite de la magistrature et du barreau, qui donne gratuitement un avocat et un avoué à qui ne peut les payer et qui fait simplifier la procédure. La bienfaisance privée a, d’autre part, institué dans les principales villes Y Œuvre de la défense des pauvres.
- 1. Le journal la République française, qui ne sera pas suspect, rendant compte, dans son numéro du 23 février, de l’affaire Hulot, qui a fait un certain bruit, contient cette phrase significative : « Que les mécaniciens ne se découragent pas ; ils peuvent espérer maintenant obtenir juridiquement satisfaction de tous leurs griefs légitimes. »
- 2. Voici le texte de ces dispositions :
- Art. 1142.—'Toute obligation de faire ou de ne pas faire se résout eh dommages-intérêts en cas d’inexécution.
- Art. 1162. <—Dans le douté, la Convention s’interprète contre celui qui à stipulé et en faveur de celui qui a contracté l’obligation.
- Art. 1382. — Tout fait qui cause à autrui un dommage oblige celui par la fauté duquel il est arrivé à le réparer.
- Les articles 319 et 320 du Code pénal punissent de prison et amende les accidents arrivés non-seulement par imprudence, mais par inattention.
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- Les juges de paix, magistrats si populaires, concilient de suite, sans frais et sans formalités, une multitude de contestations relatives au travail.
- Les commissaires de police étendent de plus en plus leur action, au moins officieuse, aux discussions intéressant les ouvriers, et ce sont ceux-ci qui invoquent le plus leur intervention, ce qui prouve sa valeur.
- Pour réprimer l’insalubrité des ateliers et logements, il y a la Commission d’hygiène dont on sait l'activité et l’autorité,
- Enfin il y a un juge manifestement le plus péremptoire et bien facile à saisir: c’est l’opinion publique, l’épreuve en a été faite. Des ouvriers mécontents ont envoyé leur plainte à un journal ; elle n’a jamais manqué d’avocats en quête de popularité. Les patrons accusés ont répondu, on a répliqué de part et d’autre, et il n’y a guère d’exemple où celle des parties qui a été condamnée tacitement par ce bon sens public, qui se sent et s’impose, ne se soit spontanément exécutée.
- Car devant ce juge la passion s’éteint, les ouvriers et les patrons reconnaissent qu’ils ont besoin les uns des autres, qu’ils n’ont rien à gagner à se faire la guerre, et que celui qui a le plus à craindre d’abuser de l'autre est encore le patron.
- A entendre certains apôtres de la cause populaire, on croirait vraiment que le patron tient sous sa main l’ouvrier comme l’esclave antique; qu’il en dispose, qu’il peut l’empêcher de changer de maître et le condamner à mourir de faim s’il le quitte; qu’enfin il n’a qu’à choisir lui-même pour le remplacer. Mais, Messieurs, c’est tout le contraire : rien n’est plus rare qu’un ouvrier utile; on subit pour le garder toutes sortes d’exigences. Les patrons se l’arrachent; il est mis pour ainsi dire aux enchères. Le patron qui ne sait pas garder ses ouvriers et s’attacher leur concours marche à sa ruine,
- C’est pourquoi je vais renverser les données du problème soumis en ce moment à la Société des ingénieurs* Au lieu de rechercher quels droits nouveaux il faudrait attribuer aux ouvriers pour avoir raison des patrons, je crois plus vrai et plus pratique d’étudier les moyens d’assurer, autant que faire se peut, aux patrons le concours dévoué des ouvriers, sans lesquels il n’y a pas d’industrie possible.
- Il y a des établissements où le travail reste paisible et régulier, d’autres sont fréquemment troublés par la grève; il y a là une révélation qu’il est de notre devoir d’analyser.
- Mais, avant tout, de même que nous avons restitué aux mots de grève et de coalition leur vrai sens dans la pratique, il faut préciser quels sopt dans cette portion de l’humanité qu’on appelle la classe ouvrière, ceux
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- dont nous pouvons utilement améliorer le sort. Il y a les réels coopérateurs de l’industrie, si dignes d’intérêt, et il y a ces cohortes vicieuses de prétendus ouvriers dont la misère inguérissable fait le désespoir des économistes. Ce n’est pas toujours l’intelligence et l’habileté qui leur manquent : plus d’un pourraient constituer en France cètte élite ouvrière, dont la bonne tenue nous frappe dans les usines anglaises et qui forme peut-être ce que la nation a de meilleur et de plus heureux.
- Mais il n’est pas rare que ceux qui gagnent chez nous les plus gros salaires, quand ils veulent bien travailler, soient les moins moraux, les plus difficiles et les plus besoigneux, comme ces prodigues de famille qui mangent leur fortune et sont toujours criblés de dettes. Il est honorable de chercher à améliorer leur sort; mais c’est la logique et la pratique de la vie qu’il faut d’abord leur apprendre.
- En dehors de cette classe qu’on ne saurait satisfaire, il y a le gros de l’armée utile du travail qui, n’en doutons pas, ne demande qu’à vivre honnêtement dans les humbles rangs d’une hiérarchie sociale où tous ne peuvent pas occuper la première place.
- Sa condition est-elle normale? Eh bien ! non, elle ne l’est pas. Qu’on prenne la moyenne de son salaire et qu’on tâche d’équilibrer son budget domestique, et on arrivera à une conclusion navrante, quand l’ouvrier a des charges de famille, quand le travail manque et quand la maladie visite sa maison.•
- Son sort est peut-être encore tolérable dans la grande fabrique où île salaire s’augmente de certaines faveurs, et où le travail est plus régulier ; mais il ne se peut rien concevoir de plus douloureux, de plus démoralisant que celui de l’ouvrier de l'article de Paris où la morte saison succède à des travaux forcés de 15 heures par jour.
- L’Assistance publique et privée, qui distribue à Paris 4 millions par an', vient à son aide ; mais l’ouvrier est alors un inscrit au bureau d’indigence, froissé dans sa dignité, bien qu’on lui dise que pauvreté n’est pas vice.
- Pour transformer une condition si pénible en une situation digne des services incontestés que rend l’ouvrier à la société, on lui a persuadé qu’il n’y avait qu’à élever son salaire. Cela paraît tout naturel. Dans la pratique, les faits ont démontré qu’il ne fut jamais plus fatale erreur économique.
- La question des salaires nous demanderait ici trop de développements ;> et puis nous ne sommes pas devant ceux qu’il faudrait convaincre. Ce n’est pas à vous, messieurs, qu’il faut apprendre que la hausse des salaires va précisément contre son but, en croyant ne réduire que les bénéfices exagérés des patrons.
- Il est possible qu’on en cite qui se font indécemment la part du lion, et il est vrai qu’il y a dans l’industrie des coups de fortune dus à d’heureuses circonstances. Si l’on n’avait point cet appât, qui donc affronte-
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- raitles risques et ces labeurs que vous savez? Mais ce n’est pas la règle commune. Une entreprise est aujourd’hui favorisée quand elle rapporte 1 0 pour 1 00 de bénéfice pour indemniser des épreuves passées et cou*-vrir les chances de l’avenir. Toutes les exploitations qui publient leur compte en sont la preuve évidente.
- Les gros revenus qui séduisent vont à des hommes qui ont fait d’énormes sacrifices pour conquérir leur situation, en vertu du principe qui rémunère suivant le travail1, et ils viennent en général par l’accumulation de bénéfices infinitésimaux, répétés sur un chiffre d’affaires2 et sur un capital d’établissement considérable.
- Le capital, l’infâme capital, comme on l’a appelé, voilà encore un de ces mots qu’on devrait commencer par définir. Soit donné une entreprise, un chemin de fer à construire par exemple.: c’est l’œuvre des nombreux ouvriers de diverses professions ; mais il faut payer leur travail et leurs outils; un homme vient à eux et leur dit : «Je m’en charge; je n’ai ni le temps, ni la force de donner comme vous des coups de pioche, mais j’ai de l’argent, fruit de mes épargnes; le voici pour vivre, vous et vos familles ; servez la société par vos bras, je la servirai en vous en fournissant les moyens ; seulement il me sera permis de prélever plus tard sur les bénéfices de l’exploitation 5 ou 6 0/0 de mon capital versé pour vous. J’aurai plus si l’entreprise a de grands succès, mais je ne suis pas sûr d’avoir cela. Néanmoins prenez cet argent et vivez avec. » L’homme qui tient ce langage, c’est un capitaliste, c’est un actionnaire.
- Ce n’est pas seulement le banquier qui a 1,000 actions, c’est aussi le petit rentier ou l’ouvrier rangé qui n’en possède qu’une. Est-ce que ces gens-là sont des malfaiteurs publics? *
- Le travail ne se peut comprendre que de deux manières : il est gratuit ou il est salarié. Dans ce dernier cas, quiji donne le salaire, sinon le capital?... L’infâme capital, c’est l’argent de la paye des ouvriers. Voilà sa définition réduite à la plus simple expression.
- Dans le prix de fabrication et dans le prix marchand, il y a quatre parts distinctes : la rémunération du capital dont il vient d’être parlé, la matière première fournie gratuitement par la nature, lesfrais généraux d’im-
- 1. Dans la part qu’on voudrait faire plus équitable, entre les divers coopérateurs aux productions de l’industrie, il ne faut pas oublier que les uns, les ouvriers, sont à vingt ans au plus tard en état de gagner leur vie, après une éducation qui leur a peu coûté., si elle n’a pas été . tout à fait gratuite, et que les autres, les chefs de. service, n’acquièrent leur situation enviée qu’à un ûge relativement'avancé, et après une éducation coûtant au moins 15 000 francs, à quoi s’ajoutent toute la vie les dépenses considérables de la tenue obligée.
- 2. Je citerai comme exemple, à Paris, une maison de tissus-colon en gros, qui fait, en bonne année, 400,000 francs de bénéfice en tout, mais celui-ci est de 1 à 3 çeptfmes par mètre sur 10 millions d’affaires.
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- meubles, transports, contentieux, redevances, impôts, etc., qui comptent pour un chiffre malheureusement beaucoup trop élevé, et puis enfin la main-d’œuvre. Celle-ci est manifestement prédominante.
- Voici par exemple une locomotive : que vaut-elle par le fer et le cuivre qui la constituent, si ce n’est par la main-d’œuvre d’extraction, de fonderie, forge, ajustage, et opérations de toutes sortes, payées sous forme de salaires à un personnel nombreux, depuis le jour où le minerai est tiré du sol jusqu’à celui où la machine roule?
- D’où il suit que la plus-value de ces salaires est le principal élément du renchérissement du prix marchand.
- Et comme tout se tient dans le commerce, il n’y a pas de hausse isolée; celle-ci gagne de proche en proche tout ce qui se négocie; tout renchérit, et dans ce cercle vicieux où on est entré la vie devient de plus en plus difficile.
- Or, l’ouvrier, en même temps qu’il est producteur, est consommateur ; par conséquent, lorsqu’il impose la hausse des salaires, c’est sur lui-même comme sur tous autres qu’il la fait peser finalement.
- Les salaires sont beaucoup plus élevés qu’autrefois, mais toutes les dépenses ont augmenté bien davantage.
- L’Angleterre est le pays où il y a le plus d’industrie et les plus hauts salaires; c’est aussi là qu’il y a le plus de pauvres et de grèves.
- Si l’Allemagne, la Suisse et l’Italie font à l’industrie française une si redoutable concurrence, c’est parce que la main-d’œuvre y est encore à bas prix et que l’ouvrier y a moins de besoins.
- Il est cruel à un fabricant de marchander le salaire à ses coopérateurs qui sont manifestement malheureux; mais c’est qu’il ne suffit pas de fabriquer coûte que coûté, il faut écouler les produits sur le marché..
- Si les grévistes étaient conséquents, en même temps qu’ils violentent le patron pour élever les salaires, ils violenteraient le public pour acheter et ne se restreindre en rien. Mais c’est impraticable : on ne force pas à la consommation. Les prix du marché, a dit M. de'Forcade, ne dépendent que du rapport de la production à la consommation, de l’offre à la demande; et la prétention de dicter arbitrairement le prix du travail, a dit d’autre part M, Esquiros, est une monstrueuse erreur économique.
- La loi fondamentale du commerce est d’être une course au bon marché et par conséquent à la réduction des prix de fabrique.
- Ce serait désolant si cela ne se pouvait qu’au détriment de l’ouvrier, et ëh eê sens je n’àdmets pas le principe peut-être philosophiquement vrai, qüe lë travail ëst üne marchandise qui doit subir comme les autres le cours du marché.
- Mais, étant donné les besoins légitimes de l’ouvrier, l’industrie manufacturière a précisément pour objet de faire chercher des procédés économiques à l’aide desquels l’ouvrier, payé en raison de ses besoins et de
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- ses services, puisse produire plus vite et mieux, en un mot à meilleur marché.
- Cela se réalise tous les jours par l’invention des machines et la découverte de matières premières moins coûteuses à élaborer. C’est là ce que les grévistes pourraient exiger, et leur concert, loin d’être redouté, ne serait alors que le fouet de la routine.
- Mais c’est un progrès qui ne vient pas aussi vite qu’on le voudrait. Heureusement on peut, en l’attendant, améliorer le sort de l’ouvrier par un procédé connu qu’il faudrait généraliser; il peut se formuler ainsi : au lieu d’élever le budget des recettes domestiques, c’est-à-dire le salaire, il faut réduire le budget des dépenses en faisant payer moins cher à l’ouvrier ce qu’il consomme. *
- Ce n’est pas une utopie : dans les établissements qui pratiquent ce principe, on remarque que le salaire est relativement peu élevé, mais il s’augmente du bénéfice de diverses faveurs. Les employés de chemins de fer voyagent à prix réduits; par une retenue minime sur la paye mensuelle, ils s’assurent gratuitement les frais de maladie, les frais funéraires et même une pension de retraite.
- Il y a des patrons qui achètent en gros chez le producteur les denrées, le combustible, les articles de ménage; ils les débitent à leurs employés beaucoup au-dessous du cours marchand, et ils les délivrent d’une indigne exploitation qui s’établit souvent autour des usines. Les maisons de vente du chemin de fer d’Orléans et des forges de Montataire, la cantine des anciens ateliers Buddicain, etc., sont des exemples connus.
- Pendant la famine du siège de Paris, la compagnie du chemin de fer de l’Est nous a vendu, au cours des temps ordinaires et en comptes échelonnés sur nos traitements, des vivres et du chauffage, qu’elle avait eu la précaution d’acheter en gros avant le blocus, et je suis sans doute l’organe de tout le personnel en saisissant l’occasion qui se présente de témoigner notre reconnaissance à l'Administration qui aeü pour ses employés une si paternelle prévoyance.
- J’ajouterai une remarque peu faite encore. Il est acquis que le personnel de la grande industrie, où l’ouvrier est moins abandonné à sa souffrance qu’ailleurs, n’a donné qu’un faible contingent aux désordres de ces derniers temps, et qu’il s’est distingué durant le premier siège par beaucoup de patriotisme.
- Ceux qui ont refusé de sortir, dit-on, contre les Prussiens et qui ont été plus ou moins volontairement les soldats dé la Commune, étaient généralement soit les faux ouvriers, soit les travailleûrs de cétte petite industrie où les souffrances trop réelles n’ont aucun contre-poids pour prévenir le désespoir.
- Nous venons de voir comment on peut alléger la charge des dépenses domestiques au lieu d’élever le salaire. Une autre souffrance de l’ouvrier
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- soulagée par le même moyen, c’est le prix exorbitant de son logement, souvent en outre malsain et très-éloigné 1.
- Les cités ouvrières bâties près des usines sont connues. Mais elles n’ont pas toujours été bien comprises, et la manie réglementaire a paralysé les intentions généreuses.
- Le phalanster est une utopie; tout ce qui confond les ouvriers et leur famille plus ou moins dans la promiscuité, tout ce qui sent la caserne et le pensionnat, est odieux à l’ouvrier plus qu’à personne, et il préfère l’humble logis où il est maître chez lui, sans qu’on puisse voir dans son intérieur. C’est par le même motif qu’il n’aimepasl’hôpital et ces asiles que la bienfaisance a bâtis comme des palais; on y reçoit les soins les plus habiles et les plus dévoués; mais il y a trop de discipline, on y vit et on y meurt sous trop de regards, l’amour si naturel et si noble du chez soi y est trop contrarié.
- Les cités ouvrières ne peuvent pas être créées partout; mais, même en tous les quartiers de Paris, on a pu instituer un équivalent. L’ouvrier choisit son logement, le patron garantit le payement du terme et l’acquitte àsa^caisse en déduction du salaire. Les propriétaires, qui ne sont pas tous parents de M. Vautour, rassurés ainsi contre les non-valeurs de leurs immeubles, se montrent moins exigeants.
- Je suis loin d’avoir épuisé les institutions connues au moyen desquelles on améliore la condition des ouvriers plus efficacement que par la hausse des salaires. A défaut des patrons, les ouvriers sont autorisés à s’unir dans ce but par la loi des sociétés coopératives faites pour eux et dont ils se servent si peu, ou dont ils se servent si mal.
- Qui nous fera revenir aux principes jsans lesquels l’ouvrier est lui-même l’artisan de son malheur? Nous n’ajouterons rien à ce qu’on a dit si souvent de son imprévoyance et de sa crédulité qui l’ont fait ap-
- 1. Avant la construction des maisons ouvrières à Denain, des mineurs venaient do villages’ éloignés de deux lieues; — des ouvriers de Graiïenstaden venaient de l’autre côté du Rhin; — à Paris, un forgeron, demeurant rue Coquenard, n’a pu trouver d’ouvrage qu’à Grenelle, après seize jours de recherches.il part de grand malin et rentre très-tard. « Je ne connais plus mes enfants qu’endormis dans leur berceau, me disait-il, car je n’ai pas même mes dimanches, et quand l’atelier ferme le lundi les enfants sont à l’école.» On voit par là combien est démoralisante et destructive de l’esprit de famille l’inobservation du repos régulier du dimanche qui est si rigoureusement respecté en Angleterre, en Suisse, aux États-Unis, en un mot, dans les pays où l’industrie est la plus active et où l’on est le plus fier de sa liberté. La fermeture des ateliers le dimanche, qui commence d’ailleurs à se généraliser, ne saurait donc être trop recommandée à ceux qui se préoccupent de la question ouvrière : l’étude sans passion des faits montrera que pas une des objections faites au repos du dimanche n’est fondée dans la pratique ; quant à ceux qui auraient peur de se rencontrer dans cette observance avec la loi religieuse, il suffit de leur rappeler qu’ils trouvent tout simple de se rencontrer avec celle-ci dans l’interdiction du vol, de l’adultère, de l’assassinat, de l'usure, etc.
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- peler un grand enfant par ses meilleurs amis, mais on ne saurait trop courageusement appeler la réforme sur l’éducation et l’apprentissage qui servent d’introduction à la vie d’atelier.
- Nulle part autant que dans les mansardes et les chaumières, l’enfant n’est aussi gâté, aussi enivré de ses petits mérites, aussi haineux du travail manuel et de tout ce qui ressemble à un service. C’est ainsi préparé qu’il entre en apprentissage, heureux s’il le termine et ne se croit pas à 15 ans ouvrier parfait.
- Une Commission spéciale viendra bientôt révéler à la Société des ingénieurs l’état déplorable et menaçant pour l’industrie, où est en France l’apprentissage, pendant qu’il est si soigné en Angleterre et en Allemagne.
- Qu’en résulte-t-il, sinon ce fait déjà signalé, qu’un bon ouvrier est de plus en plus rare, et qu’on entend répéter partout ce mot : on ne sait plus travailler! C’est là peut-être le point le plus vif de la question ouvrière. En ce moment nous assistons à un fait étrange : une multitude d’ouvriers sont sans ouvrage, et cependant l’industrie manque de bras, c’est-à-dire de coopérateurs réels sur lesquels on puisse compter.
- La grande fabrique souffre peu encore, parce qu’elle offre un travail plus régulier, moins ingrat; qu’on vient vers elle en foule et qu’elle peut choisir. Mais la petite industrie est aux abois, et notre merveilleux article de Paris est en danger.
- Après l’indigne abus qui a été fait de l’hospitalité française, on s’était bien promis de ne plus employer les Allemands. Mais dans un seul arrondissement de Paris il en est revenu 2,000 ; un agent du dernier recensement s"en indignait; partout on lui répondait : que voulez-vous que je fasse? je ne trouve pas d’ouvriers français, et si je refusais ces maudits étrangers, je ne pourrais pas remplir mes engagements.
- C’est que dans la classe ouvrière il y a beaucoup de fruits secs ou de non-valeurs qui ne peuvent pas être pour un patron des coopérateurs utiles. Il faudrait dans la constitution du corps social plus de place pour ces médiocrités qui ont aussi besoin de vivre; mais c’est tout le contraire qui a lieu : plus la société se perfectionne, plus elle fait le triage des gens d’élite. Est-ce un bien ou un mal? je ne lésais, mais c’est le fait qui rend tant d’existences précaires. Aujourd’hui l'ouvrier qui n’a pas l’aptitude d’emboîter le pas dans le courant des travaux d’une fabrique ressemble à ces traînards si nuisibles à une armée.
- Tous les jours il se présente des ouvriers avec plus ou moins de bonne volonté de travailler, auxquels il faut rappeler qu’on ne s’improvise pas plus terrassier ou serrurier, qu’on ne deyient avocat ou médecin sans un noviciat méthodique.
- C’est par celui-ci, que suit l’exercice spécialisé de toute la vie, que l’ouvrier anglais acquiert cette sûreté de main qui étonne. Notre ouvrier français le plus intelligent du monde, a dit avec raison Jules Simon, es-
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- père s’adapter à tout. II n’est pas rare qu’il y parvienne et, son goût naturel s’y ajoutant, il devient sans égal; mais le plus grand nombre ne travaille qu’avec ces tâtonnements qui rendent leur tâche rebutante et ingrate. Ils subissent ces mortifications et débats où le caractère s’aigrit et où s’apprennent contre la société ces colères qui font leurs explosions de temps à autre.
- Il y a d’autres causes de cette même irritation qu’on s’étonne de n’entendre jamais formuler, comme si l’élévation du salaire devait remédier à tout.
- Il y a la dureté de certains travaux qu’on ne perfectionne pas assez ; il y a la mauvaise installation de certaines usines, notamment dans la petite industrie; il y a la malpropreté où Touvrier est forcé de se montrer au dehors, il y a la négligence pour les besoins intellectuels et moraux; pourquoi le tairais-je? il y a aussi le mépris des intérêts religieux qui lèse plus de gens qu’on ne croit. Il y a le manque de tact de certains chefs qui blessent la susceptibilité si vive des ouvriers qui, entre eux, se traitent déjà si mal sans empêchement. Il y a les brimades douloureuses par lesquelles débute l’apprenti et où il contracte le caractère aigri qui croîtra avec l’âge, contre les chefs de toute sorte qui n’ont pas su le protéger.
- Je me borne en ce moment à cette énumération, et je conclus en répétant que ce ne sont pas les droits nouveaux qui résoudront la question ouvrière. Les faits n’ont que trop bien démontré que les grèves pour la hausse immédiate du salaire n’ont fait que l’empirer finalement et n’ont apporté qu’un adoucissement passager à des souffrances que personne ne méconnaît.
- Mais le mal est consommé. On s’est servi des ouvriers pour creuser devant eux un abîme qu’aucune puissance humaine ne peut plus combler. Tout ce qu’on peut faire est de ne pas prendre le chemin qui y mène. Avec dé meilleures mœurs publiques on peut vivre sans prendre ce chemin, sinon très-heureux, du moins aussi passablement qu’il se peut faire dans une société qu’il faut accepter, non comme elle devrait être, mais comme elle sera toujours avec les passions qui sont dans la nature. Il faut que l’ouvrier comprenne qull n’a pas que des droits, mais aussi des devoirs, qu’il n’attende pas tout d’autrui et qu’il prenne pour améliorer lui-même son sort les habitudes que le bon sens prescrira toujours à n’importe qui dans l’humanité, mais il faut qu’il puisse aussi constater que son patron fait de bonne foi pour lui tout ce que l’équité et la prudence ordonnent.
- Ce n’est pas un idéal impossible. Je ne suis pas de ceux qui estiment que nous n’avons en rien profité de la terrible leçon des événements; je ne rencontre plus personne qui ne frappe sa poitrine et ne confesse qu’endormis depuis 40 ans dans notre trop facile bien-être, nous nous étions tous attiédis dans le devoir et qu’il faut tous nous réveiller.
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- Rien que cet aveu est déjà un très-grand pas pour corriger des habitudes mauvaises qu’on ne peut vaincre de suite. Nos discussions sur les questions économiques nous amènent nécessairement à faire cet examen de conscience et ces aveux. Notre président, en les ajoutant à nos études techniques, a donc fait, selon moi, un acte de patriotisme bien compris.
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- ANALYSE DU LIVRE DE M. ALFRED EVRARD
- SUR LES
- MOYENS DE TRANSPORTS APPLIQUÉS DANS
- LES MINES, LES USINES ET LES TRAVAUX PUBLICS
- Par. M. Alfred CAILLAUX.
- Dans les temps d’activité fébrile que traverse aujourd’hui l’industrie, les Ingénieurs manquent souvent des loisirs nécessaires pour se tenir au courant de tout ce qui s’écrit, pour réunir et classer les documents qui peuvent leur être utiles, disséminés et épars dans une foule de publications.
- De plus, le génie civil est devenu cosmopolite et il s’occupe de tout; il est représenté partout, dans les mines comme dans les ateliers, dans les affaires agricoles, dans les compagnies d’omnibus et dans toutes sortes d’administrations.
- Dans ces circonstances, on comprend combien il est nécessaire de posséder des livres spéciaux, sobres de langage, clairs et concis qui, embrassant tous les détails, aussi bien que l’ensemble d’une question, puissent éviter à l’ingénieur les embarras qu’il rencontre au début de sa carrière et lui faciliter, plus tard, les moyens de se ressouvenir sans perte de temps, ou de se tenir au courant de tout ce qui peut se rattacher à ses occupations.
- Le livre de M. Evrard, sur la question des transports, est un de ces livres précieux.
- Depuis longtemps des ingénieurs éminents avaient bien doté la science de savants traités sur l’exploitation et la construction des grands chemins! de fer; mais on avait, en quelque sorte, négligé de présenter sous une forme facile Itout ce qui se rapporte à la question des petits transports. On ne s’était peut-être pas assez rendu compte de l’influence considérable qu’exercent sur les prix de revient ces petits transports multipliés, qui se répètent chaque jour, sous des formes diverses, et,
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- pour peu qu’on y pense, on reconnaît bientôt que, sous un titre en apparence bien modeste, se révèle une question d’une grande importance.
- Il y avait donc là, on le voit, un travail nécessaire à produire, une lacune à combler et un service à rendre.
- Ce travail a été fait par M. Evrard, et déjà le mérite particulièrement pratique qu’on lui a reconnu l’a fait recommander, d’une manière toute spéciale, par le comité des forges (avril 1872).
- Réunir et grouper dans un ordre méthodique tous les faits publiés jusqu’ici sur l’importante question des petits transports, y ajouter les nombreuses notes recueillies pendant 14 ans de travail et d’expérience, de façon à composer à la fois un traité succinct, un aide-mémoire et un album, complet de types intéressants : tel est le but que s’est proposé l’auteur, et il serait à souhaiter que l’on s’attachât à traiter dans le môme esprit, d’une manière aussi simple, toutes les grandes questions qui corn-stituent, comme celle des petits transports, un élément important du prix de revient dans chaque industrie.
- L’ensemble du livre donne des notions suffisamment étendues de cette même question envisagée dans toutes ses applications. — Les planches ont été dessinées et gravées avec le plus grand soin, et le jeune ingénieur trouvera dans ces feuilles un choix considérable de types de matériel, le plus souvent munis des cotés nécessaires pour la construction.
- Dans la première partie, M.. Evrard s’est étendu longuement sur les transports par chevaux : après avoir reconnu le rôle important que joue dans l’industrie ce genre de transport, il a compris que l’hygiène, la santé, les formes, étaient des éléments de force chez le cheval,et,frappé de voir l’absence complète de notions positives et précises, à cet égard, dans l’enseignement de nos écoles industrielles, il a exposé un grand nombre de détails intéressants qui éviteront au jeune ingénieur d’être longtemps à la merci d’un maquignon ou d’un palefrenier.
- Le chapitre III : « transports divers par l’homme et les animaux, » contient beaucoup de renseignements neufs et utiles.
- Le chapitre IV traite! des transports aériens, et donne, entre autres, de nombreux détails sur cet ingénieux mode de transports (système Hodgson), qui paraît appelé à rendre beaucoup de services dans les établissements industriels et agricoles, sur les côtes ou sur les plages, comme sur les quais des ports ou des chemins de fer.
- Le chapitre V est consacré au traînage. — Le schlittage, si*répandù dans la chaîne des Vosges, y est développé en raison des services qu’il peut rendre encore dans celles de nos montagnes, trop nombreuses, qui manquent de voies de communication.
- Après ces documents, viennent les théories complètes des transports à la brouette, au camion, au tombereau,et une description des nombreux types de véhicules employés dans le roulage à bras ou par colliers, brouettes, diables, cabrouets, tricycles^tombereaux, camions, etc.
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- Le chapitre X, relatif à la charronnerie, à la serrurerie, à la bourrellerie et à la peinture, donne une foule de détails que les titres en italique dé la table des matières font ressortir.
- Dans le chapitre XI, M. Evrard a traité longuement la* question du graissage des voitures, et il a parlé de la composition et de la'fabrication des corps gras, de leur pouvoir lubrifiant, de la mesure et de la sophistication des huiles et des graisses, ainsi que de leurs analyses.
- Le chapitre XIÎ est consacré au tirage des voitures : on y trouve,' en résumé, les beaux travaux du général Morin et du général Piobert.
- Le chapitre XUI est consacré à l’étude des écuries, des dépôts et greniefs (construction, aménagements, ameublement, etc). M. Evrard y a cité dé nombreux exemples, appuyés par beaucoup de dessins bien cotés. — On y remarque les dépôts et écuries de la Compagnie des omnibus de Paris, les écuries de la gare du Nord, et les écuries intérieures de la miiîe de Bézenet.
- Le chapitre XIV, qui termine le premier volume, est relatif à l’organisation du service des équipages (achat et vente des chevaux, rations, service médical, organisation des charrois, comptabilité, prix de revient).
- Le second volume sera entièrement consacré aux tramways, aux petits chemins de fer, extérieurs et intérieurs, à la traction mécanique par câbles et par l’air comprimé, aux plans inclinés, à la traction à vapeur sur les routes, etc...
- Enfin, ce livre dé M. Evrard, rempli d’une foule de documents pratiques, de chiffres et de prix de revient, résultat d’un travail considérable, nous paraît devoir être d’une utilité absolue pour tous les ingénieurs, et nous faisons des vœux pour que chaque question industrielle puisse trouver un homme assez désintéressé, et assez dévoué au bien public, qui' soit pour elle un vulgarisateur d’autant de mérite.
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- ÉGOUTS ET IRRIGATIONS
- Par M. A. 'StOltfHTA.
- INTRODUCTION.
- Dans ùn premier Mémdire, publié en 1865iparla Revue universelle des minés, nùus avons exposé lés méthodes employées pour lajdésinfection étl’ütilisâtion dés eaux d’égout, en concluant àTadoption dès*procédés d’irrigation qui favorisent la Culture, énrichisSent le soi, pùîrifiëht les liquides ét assainissent les cours d’eau.
- Nous nous proposons de compléter ce travail. Des progrès importants ont été réalisés depuis 1865. L'emploi agricole des eaux d’égout a été mieux étudié; de nombreux exemples, dignes du plus grand Intérêt, nous sont offerts; de nouveaux procédés d’épuration chimique sont à Fessai; la question hygiénique et administrative a été plus-mûrement discutée.
- En Angleterre, où Ton s’occupe depuis bientôt Trente ans de Ta‘solution du problème, les mesures législatives récemment édictées pour la protection des cours d’eau contre la décharge dès liquides des égouts ont donné'un stimulant des plus actifs à F application, par lés -'autorités municipales et sanitaires, des divers systèmes proposés.
- On y compte déjà un grand nombre de villes dont les liquides sont directement utilisés sur le sol ; beaucoup d’autres se sont décidées à adopter ce mode d’utilisation. Le mouvement est considérable. Dés commis-
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- sions gouvernementales ou scientifiques sont encore à l’œuvre, et l’opinion publique est tenue en éveil par des rapports officiels, des enquêtes, des conférences, des comptes rendus de journaux, etc.
- Les services municipaux de la distribution des eaux potables, de la canalisation et de l’irrigation, y occupent un grand nombre d’ingénieurs. Cette branche du génie civil, en se développant vers les applications agricoles, a spécialisé des hommes de grand mérite et de situation élevée. Il nous suffira de citer, outre les Stephenson, Denison, Bateman, Hemans, Bazalgette, etc., des ingénieurs tels que MM. Hope, Rawlinson, Bailey Denton et Baldwin Latham, ce dernier appelé par la notoriété de ses .travaux à présider la Société des Ingénieurs civils de Londres en 1868.
- En France et sur le continent, où les questions de cet ordre avancent avec une grande lenteur, on songe à tirer parti, sur quelques points seulement, de la richesse fertilisante des eaux d’égout. L’imperfection de la canalisation est pour beau coup dansl’ajournementdeleur emploi; l’absence de self-government, qui fait dépendre tout en France de l’action centrale, y contribue également. Il importe donc de faire connaître ce qui est actuellement acquis, afin de guider plus sûrement les tentatives projetées, de détruire les assertions erronées qui ont cours, d’après des observations que l’on interprète souvent dans un sens défavorable, par ignorance des conditions locales, ou pour préconiser tel autre système dont on recherche Inapplication.
- J,C’est dans ce sentiment, et pour éclairer la discussion soulevée par l’examen des procédés d’utilisation des eaux d’égout et des vidanges de Paris, que la commission spéciale delà Société des Ingénieurs civils, dont j’ai Fhonneur de faire partie, a bien voulu demander l’impression de ce travail et sa publication dans les Mémoires de la Société L
- ,r De même que dans les questions de commerce, d’agriculture et d’industrie mécanique, l’Angleterre, à l'abri des préoccupations de' politique extérieure, dans l’étude des réformes sanitaires, devance les nations du continent. L’abaissement du taux de la mortalité,l’amélioration dû bien-être des populations ouvrières, qu’exigent le climat particulier de la Grande-Bretagne et l’agglomération sans cesse croissante des villes manufacturières, nécessitent des recherches suivies qui n’ont été abordées qu’oecasionnellement en France et en Allemagne. C’est pourquoi nous faisons précéder ce travail de l’étude : 1° de la législation sanitaire •de l’Angleterre, en insistant sur celle des égouts; 2° d’un résumé des der-
- 1. Cette Commission, nommée dans la séance du 15 mars, est composée de MM.E. Cha-briery président ; Brüll, secrétaire ; Dupuy, Lencauchez, Renard Lucien, Ronna, Thomas Léon etThomas Pierre. ; J . i- C >„,
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- nières enquêtes sur l’assainissement des cours d’eau ; et 3° des applications de la législation nouvelle dans un grand nombre de villes diverses.
- Notre travail se poursuit dès lors dans l’ordre que nous avions précédemment adopté : composition et valeur des eaux d’égout; exemples des procédés d’épuration mécanique et chimique. ' >
- La troisième partie embrasse les exemples des procédés d’arrosage et du système mixte de filtrage par le sol, combiné avec l’irrigation.
- Nous insistons naturellement sur l’irrigation, qui offre la solution du problème sanitaire, en étudiant de plus près les conditions de la pratique : nature, étendue et prix des terrains arrosés, culture et rendement de l’arrosage. Nous démontrons ensuite la salubrité de cette pratique, et, -après avoir envisagé le problème par rapport à Londres et à Paris, nous discutons le système de l’enlèvement, par opposition à celui de l’écoulement.
- Nos conclusions sont celles que nous présentions pour la première fois au congrès agricole de Nancy, dans sa séance du 25 juin 18691 :
- « Vouloir imposer à une ville le hideux trafic des vidanges et la respb ration de l’air méphitique des fosses; vouloir recommander l’emploi de faibles quantités d’eau de lavage, afin de donner aux matières fertilisantes une plus grande concentration et d’en tirer finalement de la pou-drette; ce ne saurait être un programme digne de notre civilisation !
- « Quel que soit l’intérêt agricole de la pratique des Chinois et des Japonais, nous ne pouvons rétrograder en fait de salubrité. Les villes chinoises sont des cloaques, et leur population est trop souvent décimée par les fièvres et les épidémies les plus terribles !
- « L’égout, loin^d’être le coupable, est l’agent de la civilisation et du progrès. L’agriculture ne peut intervenir dans l’administration des villes pour imposer le retour au système des fosses ni leur maintien ; elle 'ne peut que recueillir à l’émissaire, les eaux, riches des produits de la consommation urbaine, pour les appliquer à son profit.
- « C’est la seule solution qui satisfasse à la fois les deux intérêts en présence : la salubrité et la fertilisation. »
- Ces conclusions furent suivies d’un vœu que le congrès mit aux voix et adopta à l’unanimité, à savoir :
- « 10 Que les conseils municipaux soient encouragés à entreprendre les travaux nécessaires à la canalisation des villes, afin d’élever, de conduire
- i. Comptes rendus des travaux du Congrès agricole libre, tenu à Nancy, publiés au nom du bureau, par M. Grandeau, — Paris, 1869, p. 109. • "
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- et, de distribuer les eaux d’égout liors de leurs enceintes, en les portant à la disposition de l’agriculture.
- « 2° Que les agriculteurs des environs des villes soumissionnent la cession, à titre d’essai, des eaux d’égout, ou se forment en syndicats pour les utiliser au colmatage, à l’arrosage et à la fumure des terres arables et des prairies. »
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- PREMIÈRE PARTIE
- I
- Iiéglslfttlon sanitaire de l’Angleterre.
- Le General Board ofhealth, dont nous avons fait connaître dans notre précédent Mémoire les fonctions et les travaux, a eu surtout pour mission d’étendre et d’amender la législation sanitaire de l’Angleterre, résu-r mée dans le Public health act de 1848.
- Cette législation, en vigueur dans plus de 650 villes et districts, se réduit à deux points essentiels ;pour le maintien de la vie et de la santé des populations : de l'air pur, de Veau pure. L’agglomération des habitants dans les villes et les villages tend naturellement à concentrer la production de matières insalubres sur des surfaces peu étendues ; or, ces matières, à moins d’un départ immédiat, absolu, vicient l’atmosphère et corrompent les eaux destinées à la consommation. Tous les travaux entrepris sous l’empire des lois sanitaires dérivées de celles de 1848, ont eu pour objet d’assurer la distribution abondante d’eau potable et l’enlèvement rapide des résidus, liquides ou solides, par un réseau d’égouts aussi complet que possible.
- Comme preuve que ces travaux ont rempli le but pour lequel ils avaient été exécutés, M. Baldwin Latham signale, dans son discours d’ouverture, à la Société des Ingénieurs civils de Londres, les résultats constatés dans douze villes soumises au Public health act. Ces résultats sont groupés dans le tableau suivant :
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- Z Mortalité ' Î * • i moyenne *idri Réduction pour 100 I
- par 1000 habitants. GAIN 1 sur la mortalité.
- VILLES. 32 ? ^ • sur la mortalité
- O « P-, Avant les travaux sanitaires. Depuislestravaux sanitaires. pour 100. Par suite de typhus. Par suite de phthisie.
- Banbury 10,238 23,4 20,5 12,5 48 41
- Cardiff 32,954 33,2 22,6 32 40 17
- Croydon 30,229 23,7 18,6 22 63 17
- Douvres 23,103 22,6 20,9 7 30 20
- Ely 7,847 23,9 20,5 14 56 47
- Leicester 68,036 • 26,4 25,2 4,5 48 32
- Macclesfield. . . 27,475 29,8 23,7 20 48 31
- Merthyr Tydvil. 52,778 33,2 26,2 18 60 11
- Newport 24,756 31,8 21,6 32 36 32
- Rugby 71818 19,1 18,6 2,5 10 43
- Salisbury 9,030 27,5 21,9 20 75 49
- Warwick,.... 10,570 22,7 21,0 7,5 52 19
- Nous ne chercherons pas à étendre cette comparaison à d’autres villes; il serait aussi facile de se convaincre, ailleurs qu’en Angleterre, que les travaux d’assainissement ont eu une influence marquée sur la suppression des endémies et la réduction de la mortalité.
- I. Législation générale. — Lq Public healthact, destiné principalement aux villes et aux districts populeux de l’Angleterre et du pays de Galles, conférait aux autorités des pouvoirs beaucoup plus étendus que ceux accordés, par les précédents acts locaux, aux commissaires des égouts (sewers commissioners) pour la construction et l’inspection des égouts, des drains, des pompes, des puits; pour la distribution des eaux, les usines à gaz, les voiries, les fosses d'aisances et water-closets,les abattoirs ; pour la surveillance des industries insalubres; pour la suppression des nuisances, et la protection des sources d’eau potable; pour la création et l’extension des cimetières et des bains publics. Mais il ne convient pas d'attribuer autant à cette loi qu’à l’activité du General Board of health les résultats que nous avons énoncés, et surtout les réformes introduites dans la législation sous forme de quinze lois s’appliquant les unes à l’Angleterre, les autres au Royaume-Uni.
- Le choléra, qui avait si cruellement ravagé le pays en*1832, faisait; sa réapparition en 1849. Les observations recueillies pendant cette seconde et terrible visite de l’épidémie, témoignèrent de l’intensité du mal dans les districts les plus dépourvus de règlements sanitaires. Les lois des logements insalubres étaient votées en 1851 et 1853 ‘, et, en 1852,la dis-
- J, Çommon Lodging Houses’acts : 1851 and 1853.
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- tribution d’eau potable de Londres était réglée par une loi spéciale1 2. Mais lé choléra'vint à sévir pour la troisième fois en 1854, et il fallut se bâter dans l’adoption de mesures sanitaires efficaces ; car, cette fois encore, on constatait à l’évidence les tristes résultats de la négligence de ces mesures sur les points d’où partait l’épidémie pour atteindre les autres districts plus Salubres. Le Board of health fut reconstitué avec un président, des secrétaires d’État et les présidents du Board of trade. Le président avait droit de siéger au parlement et le conseil était nommé jusqu’en 1855.
- Cette même année, une nouvelle loi le maintint en fonctions % lui donnant pouvoir de nommer et de s’adjoindre un conseil médical rétribué. C’est en 1858 seulement, après cinq années de renouvellements successifs, que cessèrent ses fonctions.
- En attendant, aux deux lois de 1848-1849 pour la suppression des nuisances et la prévention des maladies, furent substituées, en 1855, deux lois générales beaucoup plus étendues 3, où les nuisances, étaient comprises dans une acception plus large, et où des pouvoirs additionnels étaient attribués aux inspecteurs [highway surveyors). Ces lois infligeaient de nouvelles pénalités, notamment pour la corruption atmosphérique par le gaz, et réglementaient les établissements insalubres. Elles embrassaient toute l’Angleterre, la métropole exceptée.’ ^
- Des amendements furent introduits depuis, en 1860, 1863 et 1866. Celui de 1863 remit en vigueur une clause du Public health'act de 1848, qui donne aux guardians (administrateurs communaux de l’impôt pour les pauvres) l’autorité pour connaître des nuisances et nommer, dans un ou plusieurs districts, des comités chargés de faire respecter la loi. L’amendement de 1866 établit des inspecteurs chargés de la,surveillance des aliments destinés à la consommation publique.moç ^ mù * ;s/
- En 1855, une loi d’administration* locale 4 fut votée-, qui créa, dans chaque district communal ou paroissial, une Commission des travaux {Board- of works) en remplacement des Commissions d’égouts (commissio-ners of seivers) et donna tous pouvoirs à l’assemblée paroissiale:>[véstry) de nommer un médecin,et un inspecteur] çle la salubrité. ? v
- Les anciennes lois des pauvres avaient été depuis longtemps amendées, lorsque les paroisses furent groupées, en unions, et les, districts [union districts) furent acceptés comme base d’un système général d’enregistrement (registration), ayant pour but de recevoir et de centraliser, dans tout le pays, les actes de,l’état :civil, c’est-à-dire les naissances, mariages, décès, causes de mort,’ etc. C’est alors seulement que des re-
- 1. Metropolitan Water act, 1852. ' r y
- 2. Conlinuance act of the Board of health, 1855.
- 3. Nuisance* Removal act, 1855. — Disease3 Prévention act,
- 4. Local management act, 1855. ""**'*'“
- 1855
- tries.
- ammo
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- lations étroites entre le paupérisme d’une part, la maladie et la mortalité d’autre part, furent mises en lumière. Lorsque les nouveaux corps administratifs, assistés de leurs médecins et enregistreurs (:registrars), eurent fonctionné dans les districts, il devint possible de démontrer que les causes de maladie et de mort prématurée, et les plaies sociales qui en dérivent, pouvaient être écartées ou guéries par l’obligation d’un système général de mesures hygiéniques.
- Dans son remarquable rapport sur l’état sanitaire de la population ouvrière 1, M. Edwin Chadwick avait posé, dès 1842, les principes d’une organisation sanitaire, économique, basée sur les divisions de la loi des pauvres et de l’état civil (;registration). Quel que fût le défaut reproché à cette délimitation des districts sous le rapport de la science physique, de la statistique, des anciens usages ou des anciennes divisions, les districts d’enregistrement étaient incontestablement les mieux appropriés à l’administration sanitaire ; d’autant plus que leurs limites étaient susceptibles d’être rectifiées. Mais l’autonomie municipale ne voulut pas admettre une organisation rivale de cette importance. Les villes réclamèrent leur indépendance pour toutes les mesures de voirie et de salubrité, et après quelques années de lutte entre les bourgs et le gouvernement, le local government act de 1858 fut édicté, qui rejeta le principe du contrôle de l’État dans les dépenses de salubrité publique.
- Le Local government act voté en 1858, lorsque le general Boardof health fut dissous, constitue avec le Public Health act de 1848 la base de la législation sanitaire du pays. Il relate et définit toutes les mesures qui pourront être prises en vue de la salubrité, du bon ordre et de la sécurité générale. Il constitue les conseils locaux (Local Boards of health) chargés, sous la direction du Ministre de l’intérieur [Home secretary), d’appliquer les mesures sanitaires, et l’administration de ces conseils ressortit à l’une des sections du département de l’intérieur. Les fonctions de l’ancien General Lourd of health sont ainsi réparties : d’une part, au conseil privé (Privy Çouncil) pour tout ce qui concerne les ordres et arrêtés relatifs aux épidémies, épizooties, etc.; et,d’autre part, au Ministre de l’intérieur, pour tout ce qui concerne les conseils de salubrité.
- Le Local government act de 1858 a été amendé par deux lois de 1861 et 1863, la dernière ayant pour principal objet d'empêcher que les localités comptant moins de 3,000 habitants profitent de l'act de 1858, sans demande préalable, et s’ils n’ont pas élu préalablement les fonctionnaires prescrits par le Statut.
- C’est en 1865, par suite de l’importance^ dopnée à la canalisation des villes et de l’intérêt offert pour la salubrité par l’emploi des liquides des égouts ou sewage, qu’apparaît la première loi générale d’uti-
- 1. General report on the sanitary condition of the labpimng population .orgeat, JfrHuin, from the Poor Law commissioners, Ï842.
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- lisation du sewageapplicable aussi bien à l’Écosse et u l’Irlande qu’à l’Angleterre et au, pays de Galles. Cette loi donne le droit aux autorités constituées de disposer du sewage de leurs districts respectifs au profit du sol, de telle sorte que l’épandage ne devienne pas une cause d’insalubrité [nuisance). « Quels que soient les travaux de drainage, il est in-« terdit de construire un égout qui ait une décharge directe dans une « rivière ou un cours d’eau.» (Sect. II.) Les conseils municipaux, paroissiaux, etc., ont ainsi pouvoir de construire des égouts et d’empêcher la corruption des cours d’eau. Les dépenses nécessaires pour la mise à exécution seront payées : 1° par les conseils municipaux, sur les fonds dp la municipalité ou sur l’impôt; 2° par les commissaires [improvement commissioners) sur les impôts qu’ils peuvent percevoir ; 3° par les conseils de paroisse (vestries), sur l’impôt des pauvres [poor rate).
- Une deuxième loi ayant le même objet, votée en 1867, autorise l’acquisition de terrains en dehors des districts, pour y distribuer les eaux d’égout et les utiliser ; de même que la levée des impositions nécessaires pour solder les dépenses des corps constitués, chargés du service des égouts, tels qu’ils sont définis par la loi.
- Les autres lois sanitaires ont été édictées depuis 1866. Elles comprennent : •
- Les Sanitary acts de \ 866, 1868 et 1870 et le Sanitary Loans act de 1869. Le Sanitary act de 1866 qui amendait la première loi pour 1’utilisati.on du sewage de 1865 et celle des nuisances de même date, donnait le pouvoir : 1° aux autorités locales, avec la sanction du secrétaire de l’intérieur, de réglementer les logements insalubres, les hôpitaux, les bains publics ; 21° au conseil privé, de contraindre deux ou plusieurs Boards of guardians (conseils d’administration des impôts pour les pauvres;, à faire exécuter la loi pour prévenir les maladies; 3° aux conseils locaux de salubrité {Local Boards), de reprendre les pouvoirs spéciaux conférés précédemment, pour les sépultures, aux comités d’inhumation (Burial Boards) et de se conformer à la loi des bains et buanderies [Baths and ivash kouses act) ; 4° au Ministre de l’intérieur, de faire exécuter après sommation, dans un certain délai et aux frais du district, tous travaux d’assainissement demeurés'sans exécution.
- Le Sanitary act de 1868 attribue aux vestries. et aux autorités spéciales la plupart des pouvoirs accordes aux guardians et aux autorités pour la suppression des nuisances. Celui de 1870 pourvoit à l’éloignemènt1 et au refuge des individus frappés de maladies contagieuses et règle les, relations de service du Ministre dp l’intérieur avec les autorités 1 de drainage et des égouts. c ^ s 'fJ. r ‘
- Enfin, pari e Sanitary Loans act de 1869, les commissaires des travaux publics [Public works commissioners) soht autorisés, sur la remisé d’un cer-
- 1. Sewage utilizalion acls, 1805, 1807.
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- tificàtdu Ministre de l’intérieur, à lui avancer les sommesnécessairéspoür l’exécution dès travaux d’assainissement que les autorités locales se sont refusées à entreprendre, et à se rembourser par des contributions locales.
- 2. législation des Égouts. — La législation des égouts étant celle qui nous occupe particulièrement dans ce travail, nous devons entrer* dans quelques détails à ce sujet.
- Avant le Sewage utilization act de 1865, il n’y avait pratiquement'que deux ou trois catégories de localités qui pussent exécuter des travaux de drainage, d’intérêt public. Ces localités agissaient en vertu du Public healih act de 1848, sur l’autorisation donnée en conseil, ou du Local government act de 1858, accepté par les habitants; ou bien d’un acte local du Parlement, sous la juridiction de commissaires spéciaux [Improvement Commissioners) ou de conservateurs [Trustées).
- Il était donc parfaitement facultatif d’assainir ou de ne pas assainir, puisqu’aucune disposition de la loi ne contraignait les habitants d’une localité à se ranger dans une des catégories énumérées. La conséquence de cette faculté laissée par la loi était telle, quela plupart des villages, des petites villes, et plusieurs grands centres n’avaient aucuns pouvoirs, ni aücùne obligation d’exécuter leurs égouts. Au cas même où ils se seraient munis des pouvoirs nécessaires, ils s’exposaient à des dommages, par suite de l’indifférence ou de la négligence de leurs voisins. La loi du Sewage utilization de 1865 remédia en partie à ces graves inconvénients, en donnant les moyens d’assainir à ceux qui le voulaient.
- Aux termes de cette loi, il incombe aux assemblées paroissiales (ves-tries), dans les localités où il n’existe aucun corps légalement constitué pour l’exécution des travaux de drainage, d’exécuter ces travaux au compté des habitants des paroisses respectives. •
- „ .Cependant, beaucoup de paroisses dans lesquelles une partie du district était, déjà soumise à la juridiction du Public healih act ou du Local gppernmentact, au moment de la publication delà loi.de Sewage utilization, ne, pouvaient recourir à cette dernière.. Le Sewage utilization de 1867 a,fait disparaître cette anomalie, et les paroisses, même divisées, grâce aux pouvoirs additionnels conférés par les Sanitary acts et Loan «cis, .ont pu sans obstacle entreprendre tous travaux d’assainissement sous forme.d’égouts, de distribution *d’eaux potables, etc.1.
- ;tiIIne autorité.locale, dite autorité des égouts [Sewer authority), préside .dans. : toutes les paroisses, rurales ou non, là où il n’existe pas de conseil local de salubrité ou de commissaires spéciaux, à l’exé-cutiqn de ces.travaux, Toute localité habitée peut, au moyen d’une péti-
- 1. The sanitary powers and duties of vestries as sewer aulhorities, by James Hulchins. London, 1869.
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- tion formulée par un dixième des contribuables, demander au secrétaire d’Etat de délimiter .son district spécial de drainage, et constituer ainsi une autorité des égouts.
- _ Cette autorité a tout pouvoir de construire tels égouts qu’elle juge nécessaires pour le nettoiement et le drainage du district; elle exerce les mêmes droits sur les égouts entrepris par elle, que les conseils locaux sur ceux construits aux termes du Public health act ou du Local government act. Elle peut, en outre, faire tous travaux et prendre toutes les dispositions utiles pour la réception, l’emmagasinage, la désinfection ou l’épandage des eaux d’égout; de plus, pour l’utilisation de ces eaux, elle peut acheter ou louer, dans son district ou en dehors, les terrains nécessaires à la distribution, ou bien traiter dans le même but avec toute Compagnie ou tout individu de son choix. Ces pouvoirs doivent toutefois s’exercer de telle sorte qu’aucune nuisance puisse en résulter, et à la condition qu’aucuns liquides ou matières fétides puissent être écoulés dans les cours d’eau, sans avoir été préalablement épurés, de façon à ne pas nuire à la pureté ou à la qualité de l’eau courante. (
- D'autorité des égouts, pour exécuter son mandat, a tous pouvoirs de se procurer des ressources ou d’emprunter, à la condition de rembourser dans le délai de 30 années. Dans certaines circonstances spéciales, mais alors avec l’autorisation du secrétaire d’État, le délai peut être étendu à 50 années. « ,
- L’autorité des égouts peut, en outre, entreprendre les-travaux de voirie proprement dite, contraindre les propriétaires à établir des fosses, des vrater-closeis ou des tinettes. Enfin une loi privée spéciale : « Towns drainage and sewgge utilization companies act1, » autorise des Compagnies particulières à exécuter les travaux d’assainissement popr les villes et districts qui ne peuvent ni ne veulent en charger leurs fonctionnaires. t
- 3. législation spéciale de Londres. — La ville de Londres s’administre d’après une législation particulière fondée sur le Metropolis management act de 1855. D’après cette loi, le conseil métropolitain a été constitué à perpétuité et doté d’un sceau privé. Il se compose de 45 membres nommés par les diverses paroisses [vestries], des conseils de 'district, et en plus, d’un président. Le conseil métropolitain a pour attributions essentielles de faire exécuter tous les' travaux pour empêcher le sewage de couler dans la Tamise/etc., de contrôler la construction des égouts par lès paroisses [vestries), etc.; de dénommer les rues’et numéroter les maisons; de surveiller l’alignement' dès rues, Il a !la faculté d’améliorer, d’acheter et de louer des terrains; d’emprunter sur hypothèques; d’établir des parcs et plantations; de construire des quais sur la
- 1. 30 et 31 Victoria, cap. 173.
- a'iXjss o.i'r .
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- Tamise; de s’opposer au tracé des rues non approuvées; d’ouvrir'des voies de moins de 12 m., et de lever des impôts.
- Cette loi a été amendée en 1856 et 1862. L’amendement de 1862 renferme notamment des clauses pour l'empêchement de la construction d’égouts non approuvés par le conseil; il abroge une partie de la loi générale [Local management act, 1855), en ce qui concerne la métropole.
- De nombreuses lois spéciales pour des travaux ou des objets'déterminés complètent le Metropolis management act. Elles se classent ën :
- 1° Main drainage cœts (système des collecteurs);
- 2° T hernies embanhmènt act s (quais de la Tamise) ;
- 3° lmprovement acts (grandes voies, parcs, terrains, voirie);
- 4° Metropolitan building acts (constructions) ;
- 5° New park acts (nouveaux parcs et jardins publics); ’
- 6° Supplijof gas acts (Compagnies d’éclairage et de chauffagëpar le gaz);
- 7° Fire brigade act (incendies, corps des pompiers);
- 8° Various municipal acts (lois diverses, magasinage du pétrOlë, ‘etc., protection des squares et jardins publics, routes et chemins de fër,‘utilisation du sewage, épizooties, halles et marchés, biens communaux, caisses de retraite, conservation de la rivière Lee).
- Parmi ces lois particulières à Londres, nous ne signalerons que celles relatives aux égouts et aux rivières.
- Le Main drainage- act de 1858, qui amende la loi de 1855, étend les attributions du Conseil en ce qui concerne l’épuration de la Tamise et la construction des collecteurs. Le Conseil a toute autorité pour faire exécuter les travaux de drainage du fleuve, emprunter 7 millions et demi de francs et. lever pendant 40 ans un impôt de 0£,30 par livre sterling, sans soumettre ses plans au Commissaire des travaux publics, etc. La sanction du Parlement est nécessaire pour des travaux excédant 2 millions et demi de francs. Les amendéments de 1863 et 18651 augmentent les crédits alloués au Conseil pour les travaux et prolongentTes délais.
- Les lois Metropolis sewage and Esseæ Réclamation company de 1865, en .vertu desquelles s’est formée la Compagnie chargée d’utiliser les eaux des égouts de la rive nord pour l’irrigation des sables de la'côte d’Esséx, fixent le cautionnement à verser dans la caisse du conseil-métropolitain par la Compagnie, pour l’achèvement des travaux dans le'délai fixé, à 625,000 fr.
- Le Lee conservancy act, 1868,“afin (l’assurer la protection et l’amélioration de la rivière Lee et de ses tributaires, constitue un conseil de 13 conservateurs, dont un nommé par le conseil métropolitain.
- 1. Metropolitan main drainage extension acts, 18G3 et 1865.
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- 4. Réformes de la. législation générale. —Nous avons expose àiassi sommairement l’ensemble de la législation sanitaire de rAdgletèfre, et défini les pouvoirs de l’autorité spéciale {semer authority), pour montrer avec quel intérêt les législateurs, dans ces vingt dernières années, ont poursuivi l’application des moyens propres à atténuer les causes de maladie et de mortalité dans la population. Mais, nous devons l’ajouter, cette législation, quelque excellente qu’elle soit, et malgré les bons résultats qu’elle a fournis, n’est pas aussi efficace qu’elle pourrait l’être, par suite de la complication des rouages, du district, du bourg, de la paroisse, etc., qui forment les unités administratives du self gôvernment auquel nos voisins attachent tant de prix. Il résulte de cette complication même dans les attributions des diverses autorités municipales, quel’autorité sanitaire estleplus souvent au-dessous des responsabilités qui lui incombent.
- Ainsi, pour ne citer qu’un exemple, dans l’annexe de la loi qui se rapporte plus spécialement à l’objet de ce travail, le seioage utilization act de 1865, se trouvent énumérées les autorités locales dont ladite loi fixe la .compétence, indépendamment des Local boards (conseils de salubrité), constitués par le public healih act de 4848 et le local gôvernment
- de 1858, avec la désignation des impôts ou des fonds spéciaux applicables aux dépenses de la canalisation, etc. Pour l’Angleterre et le pays de Galles, ces autorités sont de trois catégories différentes :
- 1° Le maire, les conseillers à vie [aldermen] et électeurs (burgesses) formés en conseil dans tous les bourgs (à l’exception d’Oxford et de Cambridge) non soumis à la juridiction d’un Local board. Les dépenses sont à prélever sur les fonds ou l’impôt du bourg.
- 2° Les commissaires, conservateurs ou tous autres, chargés par une loi locale du Parlement d’améliorer, de nettoyer, d’éclairer ou de paver les villes, dans les bourgs d’Oxford et de Cambridge et dans toutes les localités soumises à la même juridiction. Les dépenses sont soldées sur les impôts levés par ladite juridiction.
- 8° Les conseils de paroisse (ivestries), les comités paroissiaux(select ves-tries) ou toutes autres corporations agissanten vertu d’un acte du Parlement, de prescriptions ou de coutumes, dans les paroisses indépendantes des juridictions précédemment désignées, où l’on lève un impôt pour le maintien des pauvres, sur lequel seront prélevées les dépenses.'
- Pour l’Ecosse, il y a également trois catégories d’autorités :
- 4° Le conseil municipal (town council), dans toutes les localités indépendantes de la juridiction spéciale des commissaires de police oü! des conservateurs. Le revenu du bourg, ou tout impôt spécial1 levé par le Conseil, sert au payement des dépenses ;
- 2° Les commissaires de police ou les conservateurs {trustées), là où ils
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- exercent leurs fonctions, en vertu d’une loi générale ou locale. Ils peuvent lever des impôts ou employer leurs fonds à solder les dépenses ;
- 3° Le Conseil paroissial [parochial board)> dans toute ville ou village non compris dans les deux premières catégories. L’impôt des pauvres est affecté aux dépenses.
- Pour l’Irlande enfin, il y a quatre autorités :
- 1° Le lord maire, les aldermen et les bourgeois de la ville de Dublin. L’impôt spécial des égouts du district sert au payement des dépenses.
- 2° Le maire, les aldermen et bourgeois, dans toutes les villes incorporées ou bourgs, à l’exception de Dublin. Tout impôt levé par le conseil municipal ou tous fonds leur appartenant peuvent être appliqués à la construction ou à la réparation des égouts du district.
- 3° Les commissions municipales ou toutes autres corporations, dans les villes régies par les lois générales ou locales. Même source defonds pour le payement des dépenses que dans le n° 2.
- 4° Le conseil d’administration de la taxe des pauvres (board of guar-dictns), ou tout comité délégué par lui, dans les villes ou villages et dans toute union, non compris'dans les trois précédentes catégories. Les dépenses sont soldées par la taxe des pauvres, mais au compte seulement de la division électorale dans laquelle se trouve situé le village ou la ville.
- Voilà pour les différentes autorités chargées de l’utilisation du sewage. Si l’on examine maintenant les lois sanitaires proprement dites [sanitarij acts) relativement aux égouts, on trouve que le sanitary act de 1866 reconnaît deux sortes d’autorités locales avec diverses catégories : l’une de eejs classes est dénommée « autorité des égouts » (sewer autho-rity); l’autre « autorité des nuisances » [nuisance authority). Or,les égouts peuvent et doivent souvent rentrer dans la classe des nuisances. De plus, les égouts, quand ils embrassent le drainage général d’un district, peuvent et doivent dépendre d’une juridiction plus étendue.
- L’acide 1866 concède les pouvoirs de sewer authority, comme dans les lois précédentes, aux conseils municipaux des anciennes cités et des bourgs, aux conseils locaux de salubrité, aux conseils des conservateurs [trustées) et des commissaires spéciaux [improvement commissioners), aux assemblées paroissiales (parish veslries), et à ces mêmes assemblées, formées dans les districts spèciaux de drainage ; or, les nuisance authoritics sont non-seulement les conseils municipaux ou locaux, mais les juges de paix et les administrateurs de la taxe des pauvres (guardians).
- 'Ainsi, les autorités chargées des mesures sanitaires ont des juridictions qui diffèrent comme nature et comme étendue. En outre, les autorités moins importantes comprises dans de plus grandes juridictions peuvent exercer des fonctions plus considérables. Il en résulte une grande
- «ni.nos*. ^ rïi r-iR'?1 °
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- confusion dans les efforts^pôiir faire provaloir tel ou tel système, et souvent des conflits’ Aucune coopération n’existe de la part des diverses autorités entre elles, comprises dans les divisions d’une grande surface, telles que les comtés.
- Il est vrai que l’acte de 1867 encourage la création des districts spéciaux de drainage, c’est-à-dire le groupement de ces districts, afin d’étendre les superficies, et autorise l’acquisition des terrains pour l’irrigation par le sewage; mais tout cela est facultatif et dépend uniquement du bon vouloir des conseils locaux ou des assemblées de paroisse.
- L’acte de 1868 substitue l’autorité des égouts à celle des nuisances, lorsqu’elles sont distinctes, pour certains cas de prévention de maladie, de secours médicaux aux indigents, etc. Or, l’assistance publique est confiée depuis longtemps aux administrateurs de la taxe des pauvres, transformés en nuisance authorities. Deux corps administratifs, dans la même circonscription, peuvent donc remplir les mêmes fonctions.
- On comprend d’ailleurs que, dans un district important, les fonctionnaires duservice de la salubrité publique puissent être choisis parmi des hommes actifs et capables. C’est le cas dans les villes et les bourgs populeux. Dans la paroisse rurale, au contraire, dont la population est relativement moins nombreuse et dispersée sur une grande surface, le choix du personnel par les vestries devient difficile. L’antagonisme des intérêts particuliers des paroisses est, en outre, un obstacle aux résolutions d’intérêt général. En résumé, l’action législative déjà compliquée finit par s’amoindrir entre tant de mains et de responsabilités différentes, et les travaux d’assainissement se font lentement dans les peti tes villes et les villages^
- Les avantages d’une bonne distribution d’eau sont incontestés; il n’en est pas moins avéré que beaucoup de villes et de villages en sont dépourvus, et cela pour des motifs contre lesquels se heurte la législation, sans pouvoir les détruire.
- " Des membres intelligents dans un conseil [Local board) recommandent une distribution d’eau potable, de même que l’écoulement par les égouts des eaux de la consommation ; la majorité repoussera ces projets au détriment de la communauté fout entière, ou bien, le conseil ayant approuvé ces projets, la communauté elle-même, agitée dans un but d’élections politiques, s’y opposera. Puis' naîtra l’opposition des propriétaires contre le passage des tuyaux ou des canaux, malgré la compensation qui leur est offerte. Enfin, les propriétaires des moulins s'opposeront en raison de la perte d’eau qui en résultera pour eux; bien que, le plus souvent, on demande l’eau à de nouvelles sources qui subviendront ain-pfement aux besoins de la population.
- Un exemple frappant de cette opposition a été offert parles propriétaires, dans lé cas du Bridport ivatcr bill soumis au Parlement. La ville de Bi’id-port, ’qui1 comprenil de 8 à 9,000' habitants, avait reçu de nombreuses
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- injonctions pour améliorer sa distribution d’eau : or, les sources auxquelles elle doi-t recourir sont situées en dehors de son district, ce qui l’obligea à demander des pouvoirs spéciaux au Parlement. En décembre 1871 et janvier 1872, le taux de la mortalité y atteignait 63 p. 100, et jusqu’au 7 mars 1872, 44 décès ont été constatés sur 287 cas de petite vérole. L’opposition des (propriétaires hors du district n’en arrêta pas moins la décision du Parlement.
- Comme le fait observer le docteur Rumsey, les autorités sanitaires ou des égouts, en Angleterre, ont été jusqu’ici dans une situation digne de commisération. On attend d’elles qu’elles exécutent tout ce que la législation autorise ; les hygiénistes trop ardents les menacent de contrainte au cas où elles s’endorment ou se refusent à exécuter; le gouvernement les informe officiellement qu’elles encourent des dommages-intérêts ruineux si elles tolèrent une distribution d’eaux impures : les coroners les rendent responsables, dans leurs enquêtes, des cas de mort provenant de causes qu’elles auraient pu prévenir. Enfin, si elles souillent les cours d’eau en exécutant la loi, elles sont arrêtées parles injonctions de la cour de chancellerie, à la requête des propriétaires riverains ou des voisins.
- Il est donc absolument nécessaire que les autorités des villes, bourgs et unions, puissent se grouper pour réaliser des mesures d’eilsemble. Quelle devra être la limite, comme surface et comme population, du groupe ainsi établi? Quelles seront ses relations avec les divisions plus importantes, telles que celles du comté ou des conservateurs des rivières? et avec les divisions moins importantes, telles que la paroisse, le bourg, le district? Le docteur Rumsey pense que les divisions statistiques 'du royaume sont les véritables circonscriptions sanitaires, et que la solution se trouve dans la réforme rationnelle des divisions locales, comme dans l’extension des districts administratifs, en tenant compte des anciennes limites des paroisses, des villes et des comtés.
- ' Dans les circonstances que nous venons d’exposer le gouvernement nomma, en 1869, une Commission royale chargée « de s’enqué-« rir de l*application des lois hygiéniques dans les villes, villages et « districts ruraux, en ce qui concerne les égouts, le drainage, la dis-« tribution des eaux, l’enlèvement des immondices, l’empêchement « des agglomérations dans les logements, et des autres conditions sus-c ceptibles d’assurer la santé publique. » Cette Commission, présidée par sir Charles Adderley, sJest d’abord occupée de coordonner les lois existantes, et de proposer les mesures indispensables à leur application. Aussij!dans son premier rapport de 1871, conclut-elle à la substitution au self government, en matière de salubrité, d’une autorité centrale, indépendante de celle qu’exercent les fonctionnaires, médecins et ingénieurs atacliés au Conseil privé, et du bureau des lovai government acts du ministère de l’intérieur.
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- L’autorité centrale aurait pleins pouvoirs pour surveiller et diriger les autorités locales, avec ou sans leur concours ; elle aurait le droit absolu ou provisoire :
- 1° D’unir ou de grouper les districts de drainage et les autorités dans un but déterminé ;
- 2° De diviser les districts ;
- 3° D’y faire des additions ou des retranchements ;
- 4o De les dissoudre et de les reconstituer. Ces pouvoirs nouveaux ne porteraient aucune atteinte à ceux des conseils (local boards) existants ; ceux-ci seraient maintenus pour faire exécuter les instructions de l’autorité centrale.
- Les privilèges du self government local en matière de salubrité seraient par cela même détruits, ou sinon placés dans la dépendance d’un département central qui, grâce à une surveillance active de la gestion locale, donnerait l’impulsion et ferait au besoin exécuter lui-même, à l’aide d’impôts levés par son ordre, les travaux nécessaires.
- La Commission proposait, en outre, d’abroger toutes les lois ou les articles de loi, sur le même objet, qui ne sont pas d’accord avec les récentes mesures édictées, et de rendre celles-ci obligatoires. De nombreuses raisons poussent les autorités locales à ne pas exécuter des travaux qu’elles ont actuellement la faculté d’approuver ou de rejeter: ce sont des raisons personnelles, le défaut d’initiative, le manque d’hommes capar-bles, etc. La réforme sanitaire deviendrait ainsi obligatoire et non plus facultative.
- Deux projets de loi résumant les principales conclusions du rapport de la Commission furent soumis à la chambré des Communes, présentés par M.Stansfeld et par Sir Charles Adderley. Leur objet était de remédier à la confusion des lois sanitaires, qui fournit une excuse à l’administrâ-tion imparfaite de la salubrité. Les autorités sanitaires seraient réparties, selon que les districts sont urbains ou ruraux. Pour les districts urbains, l’autorité incomberait aux conseils municipaux [town connais), aux commissaires [improvement commissioners) ou aux conseils locaux [local boards). Pour les districts ruraux, elle serait attribuée aux conseils* d’administration des pauvres [board of guardians). Chaque district urbain on rural serait responsable vis-à-vis de l’autorité centrale, de telle sorte que; les lois qui, jusqu’ici, sont du ressort de diverses institutions, pourraient être appliquées avec efficacité. L’acte de 1860, qui conférait aux local boards, aux corporations, etc., les pouvoirs pour faire exécuter les(tra-vaux sanitaires avec la sanction des inclosure commissioners (commissaires d’expropriation), permettait à ces autorités, fie transférer leurs obligations à des Compagnies particulières, et annihilait par là les pouvoirs du gouvernement, en vertu delâutf sanitaire de 1866 : celan’auraitpluslieu..
- D’après ces projets de loi, le contrôle sanitaire serait.^ placé * entre,les
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- mains d’hommes de science, chargés plutôt d’assister l’action individuelle que de l’arrêter par des mesures vexatoires. Ainsi, dans la plupart des lois, le qualificatif de convenables, appliqué aux égouts, aux devis, etc., ne peut être interprété que par des hommes ayant des connaissances approfondies de ce qu'exige l’hygiène. Grâce également à ce contrôle, la responsabilité ne pourra être contestée ou refusée par ceux à qui elle est dévolue par la loi.
- Dans le bill proposé par M..Stansfeld, aucun intérêt particulier permet de mettre obstacle à l’intérêt général ; l’autorité chargée d’exécuter des travaux d’intérêt public ne serait plus atteinte par une opposition de personnes, ni de coteries; les dépenses énormes, nécessitées par l’obligation de recourir au Parlement pour faire taire l’opposition et qui obèrent les contribuables, quand elles n’excèdent pas les frais mêmes du travail projeté, seraient supprimées, sinon réduites à un minimum.
- Le bill de Sir Charles Àdderley étant encore plus strict que celui de M. Stansfeld, la Chambre a trouvé dans la fusion de ces deux projets de loi la voie la plus simple pour parfaire l’œuvre sanitaire inaugurée et poursuivie si énergiquement par le general board of health. .
- C’est ce qui a eu lieu,en effet, par le vote de deux nouveaux bills, dont l’un, en 1871, a consolidé le Conseil central [localgovernment board), et le second, en juin 1872, sous le nom de public health bill, améliore l’organisation des autorités existantes, en les subordonnant au pouvoir central {central board).
- Le point le plus urgent pour le gouvernement, suivant les conclusions de la Commission royale sanitaire, présidée par sir Charles Ad-derley, est d’améliorer ce qui existe, et de réserver pour une autre législature le travail considérable qu’entraîneraient la révision des anciennes mesures sanitaires, la consolidation des lois et la création de nouvelles autorités.
- Public health bill de 1872. — Comme M. Stansfeld, président du Local government board, l’exposa, en présentant au Parlement le public health bill, le*2!8 juin 1872, la loi sanitaire à édicter devrait comprendre trois divisions :
- La première, qui organise les autorités sanitaires locales;
- La seconde, qui définit les pouvoirs et les devoirs de ces autorités;
- La troisième, qui établit des clauses diverses, les unes importantes, les autres accessoires, destinées à faciliter l’exercice des pouvoirs sanitaires.
- Le public health bill de 1872 écarte la consolidation et la concentration des pouvoirs dans des mains nouvelles, et ajourne les questions
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- relatives aux nuisances, aux hôpitaux, aux cours d’eau; il se borne à attribuer aux autorités locales des pouvoirs et des responsabilités conformes à la jurisprudence actuelle. Un certain nombre de clauses consolident ces autorités ; d’autres ont pour objet la constitution d’autorités spéciales pour des objets spéciaux ; enfin, certaines clauses permettent au Local government board de modifier et de grouper des districts, ou de consolider certaines autorités par des arrêtés provisoires b
- Le bill ne confère qu’un seul pouvoir nouveau : celui d’obliger les autorités locales à désigner des médecins inspecteurs de salubrité.
- Les pouvoirs et les responsabilités conférés par le bill aux autorités urbaines, en vertu du Local government act, et aux boards of guardians, en vertu des lois d«e nuisance removcd et sewage utilisation, sont facultatifs.
- Malgré la suspicion qu’encourt le Local government board. au point de vue de la centralisation excessive, malgré les critiques assez légitimes auxquelles les autorités locales sont soumises à cause de leurs vues étroites et de leur tendance à manipuler les fonds, malgré enfin l’annonce de projets étendus de réforme, M. Stansfeld a obtenu de faire voter son bill par les Chambres.
- C’est qu’en effet, en investissant les bureaux des pauvres [boards of guardians) des mêmes fonctions sanitaires pour les districts ruraux, que celles exercées parles conseils municipaux [toion cowmnüs) pour les villes, on était plus sûr d’administrer efficacement. Les county 'boards, bureaux de comté, que l’on avait songé à créer, pourront l’être ultérieurement pour des fonctions plus étendues et d’un ordre plus élevé ; mais les bureaux des pauvres sous le contrôle obligatoire de l’autorité centrale, sont plus que suffisants actuellement.
- Sous le rapport du service des eaux métropolitaines, le central government board, d’après le nouveau bill, exerce sur les Compagnies de distribution, à Londres, les mêmes pouvoirs de contrôle que le board of trade (administration du commerce) exerçait en vertu des water acts de 4852 et de 1871. . ^ nv
- Enfin le bill règle, ce qui ne l’avait pas été encore, l’administra-,, tion des lois sanitaires dans les ports du Royaume-Uni. Les autorités sanitaires dans les ports sont réorganisées de maniéré à les mettre à l’abri contre les épidémies venant de l’extérieur. La corporation de Londres» pour sa part, exerce à ses frais et risques la surveillance sanitaire'du port, depuis Teddington jusqu’à la Nore.
- Comme moyens exécutifs ou financiers, le bill a<dû régler les taxes locales, c’est-à-dire les impôts à percevoir pour les travaux de salubrité. Con-^ trairement à la résolution votée récemment par la Chambre sur la motion'd de sir Massey Lopes, de restreindre, autant que possible ,Mes impôts non
- 1. Nous avons résumé clans l’appendice les clauses de celle loi, par chapitres el articles.
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- équitables, le gouvernement a réussi à faire prévaloir son mdde (rétablissement de taxes sanitaires, grâce à la concession du payement par le trésor de moitié des honoraires des fonctionnaires, et à l’abaissement du taux d’intérêt de l’argent que les autorités devront emprunter pour l’exécution des travaux. En effet, les autorités locales pourront emprunter à trois et demi pour cent pour un laps de 30 et de 50 années. Cette considération est d’autant plus importante que M. Read. évalue les dépenses déjà faites par les municipalités, en travaux de ce genre, à 250 millions de francs, auxquels il convient d’ajouter les dépenses de 1871, soit environ 3 millions de francs1.
- En somme, 1 q public health Mil de 4872 peut ne pas offrir un mécanisme parfait, mais il réorganise, aussi utilement que «possible, celui déjà en vigueur.
- Dans une prochaine législature, il sera possible, sans changements organiques importants, d’étendre les attributions incomplètes ou d’abroger les mesures impuissantes, et l’œuvre de la réforme la plus considérable se sera accomplie sans secousse.
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- ALSSainissêinciftt sle& ®«rar& d’eau.
- 1. causes d’infection. On n’a voulu voir le plus souvent dans la corruption des cours d’eau que la condamnation du système des égouts qui servent à entraîner toutes les immondices de la population. On a fait grand bruit pour opposer le système de Y écoulement, ruineux soi-disant pour l’agriculture, au système de Y enlèvement. Il n’est pas difficile de démontrer qu’en Angleterre, du moins, l’agglomération des habitants le long des cours d’eau et l’énorme développement de l’industrie sont des causes également essentielles de l’infection.
- Jusqu’au commencement du siècle actuel, l’agriculture formait la base delà richesse nationale de l’Angleterre. Le commerce s’y était peu développé; l’extraction de la houille était insignifiante, et l’industrie n’offrait rien de caractéristique, comparée à celle des pays du continent. Aussi les rivières étaient-elles poissonneuses. Des arrêtés limitaient même la consommation du poisson à un certain nombre de jours par semaine; ce qui s’expliquait par la population éparse et la difficulté de transporter rapidement un aliment aussi susceptible de s’avarier que le poisson frais.
- 1. Séance delà chambre des Communes, 10 juillet 1872.
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- La machine à vapeur fut le signal d’une révolution complète. Auxiliaire indispensable des transports par terre et par mer, des arts mécaniques, miniers, métallurgiques et textiles, elle a accru la production nationale et concentré la population dans de telles proportions, qu’on a peine à suivre d’année en année la progression de l'activité manufacturière et du déchet qui en résulte.
- L’Angleterre jouit des rares privilèges d’une position géographique favorable au commerce, d’un climat salubre, d’un sol favorable à la végétation et offrant d’immenses ressources minérales, d’un relief naturel entrecoupé par de nombreuses rivières. Pour une surface de 21 millions d’hectares, l’étendue des côtes est de 8,500 kilomètres, offrant au sud et au sud-ouest des ports profonds ou commodes, et, sur tous les points, des refuges assurés aux navires de fort tonnage. Les fleuves et les rivières y représentent une longueur de 4,000 kilomètres.
- Presque toutes les grandes villes, les ports de mer et les centres manufacturiers sont reliés entre eux par des canaux et des cours d’eau. Dans l’Angleterre et le pays de Galles seulement, on ne compte pas moins de 4,500 kilomètres de canaux navigables. Enfin, 22,000 kilomètres de chemins de fer établissent un réseau continu qui relie chaque ville importante et chaque district. 4
- « Si le chiffre de la consommation du fer accuse l’état de prospérité d’un pays, avons-nous dit ailleurs1, celui de la consommation de la houille qui alimente notre industrie dévorante atteste bien davantage encore son activité industrielle. » Or, la Grande-Bretagne extrait annuellement pour plus de 80 millions de tonnes de charbon, 70 pour 100 de la production totale de l’Europe. Avec 10 millions de tonnes de minerais de fer, elle fabrique annuellement pour 4 millions de tonnes de fonte, de fer et d’acier. Les industries textiles de la laine, des tissus* du coton, du lin, de la soie, représentent un capital de 5 milliards de francs; elles ne sont limitées, dans les districts où elles s’exercent, que par le manque d’eau pure. En 1861, on ne comptait pas moins de 7,000 filatures et 600,000 métiers dans le Royaume-Uni. Les produits chimiques, pour le seul district de la Tyne, donnent un chiffre de production de 220,000 tonnes et une valeur de 50 millions de francs. Dans le Staffordshire, on traite [pour la fabrication des porcelaines et faïences jusqu’à 200,000 tonnes d’argiles préparées, et on consomme 500,000 tonnes de houille. La verrerie et la cristallerie, à Birmingham, à Newcastle et dans le comté de Lancaster, donnent une production annuelle de 20,000 tonnes.; Les tanneries et mégisseries préparent 50,000 tonnes de peaux et fabriquent 35,000 tonnes de’cuirs. Les brasseries fournissent à la consommation plus de 30 millions d’hectolitres de bière, etc.; les distilleries, 1 million d’hectolitres de spiritueux, etc.
- t. Traité de métallurgie générale. Introduction par MM. Poliigand et Ronna.
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- Nous en avons dit assez pour expliquer comment certaines rivières peuvent être infectées par les déchets d’une aussi puissante industrie, indépendamment des égouts. La population en dix années (1855 à 1865) a augmenté de 12 pour 100, malgré une émigration dans la même période de 1 million et demi d’habitants. En 40 années, de 1821 à 1861, l’augmentation a été de 28 pour 100. Mais cet accroissement se manifeste surtout dans les grandes cités industrielles, témoin ces quelques chiffres comparatifs, relevés en 1851 et en 1866 :
- Chiffre tic la population.
- 1851. 1866.
- Londres . . . . 2,362,000 3,038,000
- Liverpool . . . . 376,000 . ' 484,000
- Manchester . . . . 303,000 359,000
- Birmingham. . . . . . . . 233,000 336,000
- Leeds . . . . 172,000 228,000
- Sheffield . . . . 135,000 218,000
- Bristol. ...... . . . . 137,000 164,000
- Newcastle . . . . 88,000 122,000
- IIull . . . . 85,000 105,000
- Edimbourg ...... , . . . 162,000 175,000
- Glasgow........ . . . . 329,000 432,000
- Dublin . . . . » 318,000
- Que l’agglomération ait exercé une influence très-marquée sur l’état d’insalubrité des cours d’eau, principalement dans les districts houillers, personne n’en doutera en parcourant les rapports des enquêtes officielles anglaises. Non-seulement le volume du sewage déchargé dans les rivières a augmenté avec la population, mais la consommation d’eau pour les usages économiques et industriels n’a pas cessé de s’accroître. La question de la distribution d’eau dans les villes s’est trouvée ainsi liée beaucoup plus intimement qu’autrefois à celle de la protection des sources et des rivières.
- • Partout où le combustible minéral est abondant et à bas prix, l’eau est recherchée comme agent de dissolution, de lavage, etc., à cause de son état de pureté, par des manufactures qui se sont groupées dans le voisinage des sources ou des ruisseaux,/ en amont des villes. Là, au contraire, où le combustible fait défaut,d’eau est recherchée par l’industrie comme moteur. Mais dans les deux cas les usines, en prenant possession des rivières pour leur approvisionnement, y rejettent leurs résidus et leurs eaux sales, sans être arrêtées par la pensée que ces cours d’eau constituent souvent l’unique source d’alimentation de la contrée. f
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- L’histoire de la corruption des rivières est d'ailleurs la même dans tous les pays. L’eau est claire et limpide à la source; une première usine s’établit sur les bords du ruisseau qui en découle, emploie l’eau comme moteur ou comme dissolvant; une seconde usine la reprend, puis une troisième, etc. Si les fabriques recherchent l’eau parce qu’elle est plus pure (auquel cas ce sont des papeteries, des fabriques de coton, de laine ou de soie, des teintureries, des imprimeries sur étoffes, des blanchisseries, des fabriques de produits chimiques, des tanneries, etc.), malgré les procédés mis en œuvre pour épurer les liquides résidus de leur fabrication, elles les rejettent indistinctement à la rivière, que ces liquides contiennent ou non de l’acide chlorhydrique, de la soude, de l’arsenic et des matières organiques de toutes sortes. Quand, après avoir servi aux manufactures, le ruisseau est devenu assez considérable, on rencontre une ville. Cette ville y décharge à son tour, par ses égouts, les matières fécales, les eaux ménagères, les résidus des établissements publics, tels que abattoirs, buanderies, etc., et aussi les détritus des fabrications de tous genres, plus particulières aux villes. Ces résidus, suivant la prédominance dans la localité de telle ou telle industrie, exercent un effet particulier sur la composition du sewage et, par conséquent, des eaux de la rivière. Il n'est pas rare, enfin, que malgré la vigilance des autorités municipales et les règlements de police, la rivière ne devienne un lieu de décharge pour les cendres, les sables, les vieux matériaux, les boues et immondices solides. Pour peu que plusieurs barrages aient été construits, en vue des besoins de la navigation ou de la force hydraulique, les matières, dans l’eau stagnante, entrent en fermentation, et les émanations créent aux riverains une situation intolérable. Indépendamment des centres habités, les fermiers isolés se plaignent de ne pouvoir abreuver leurs bestiaux; le séjour des habitations sur les rives n’est plus possible; les propriétaires ont de la peine à trouver des locataires ou des fermiers; les terrains perdent de leur valeur, etc.
- Bien que le climat humide et variable de l’Angleterre soit plus égal et plus doux que celui des autres contrées placées à même distance de l’équateur, il a des alternatives de sécheresse, comme dans les autres régions; la hauteur d’eau pluviale peut descendre alors à 0m,43; l’évaporation augmente considérablement ; les eaux s’abaissent et la corruption des rivières devient bien plus manifeste.
- Dans les districts où fonctionnent les grandes exploitations minières et métallurgiques, comme le Durham, le Laneashire, le Yorkshire, le pays de Galles sud, etc,, des millions de mètres cubes de matières, soc lides sont jetés directement dans les rivières avoisinantes ou déposés sur leurs bords, de telle sorte que les hautes eaux les entraînent, dé-truisent le poisson, détériorent le cours d’eau et les terres en amont, sur les deux rives. Si une partie de la rivière est navigable ou pourvue d’un
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- port à l'embouchure, comme sur la Tyne, à Sunderîaiid, le draguage devient une condition essentielle d’accès dans le port, sinon le commerce serait ruiné.
- Combien de fabriques de soude qui jettent leurs marcs; de hauts fourneaux qui écoulent leurs laitiers directement dans les rivières, au point de mettre les eaux en ébullition ! Les obstructions qui en résultent, la corruption qu’elles engendrent sont donc tout aussi graves que celles des égouts.
- Bradford. — Faut-il citer, parmi tant d’exemples, la ville de Bradford, dont la population, actuellement de 143,000 habitants, s’accroît, de 1801 à 1831, de 6,393 à 48,646 habitants, et dont l’industrie principale des laines augmente, comme chiffre d’exportation, de 245 millions de francs en 1862, à 500 millions en 1866? La puissance de production mécanique dépasse tellement l’accroissement déjà inouï de la population, qu’il n’y a pas lieu de s’étonner si les manufactures jouent un plus grand rôle dans l’infection de l’Aire, à Bradford, que les égouts. Le ruisseau dit Bradford-Beck, qui s’écoule sur 6 kilomètres, depuis laville jusqu’à la rivière Aire, à Shipley, est devenu proverbial dans le Yorkshire. On dit infect comme le Bradford-Beck, quand on veut désigner le cloaque le plus fangeux et le plus fétide. Or, ce ruisseau reçoit non-seulement le sevrage de la ville et du district populeux qui l’entoure (27,000 m. cubes par jour), mais tous les résidus des filatures, laveries et teintureries qui forment son industrie et sa richesse. Au moment où les commissaires de l’enquête de 1865 siégeaient à Bradford, les eaux du Bradfôrd-Beck servaient encore à l’alimentation du canal. « Le fluide du Beck était de-« Tenu si infect pendant l’été, que des gaz inflammables s’en échappaient « en abondance, et bien qufil fut considéré jusqu’alors comme un exploit « impossible de mettre la Tamise en feu, les commissaires ont appris que « plus d’une fois il avait été mis feu au canal de Bradford. C’est « l’un des amusements favoris des gamins. A l’aide d’un,e allumette « ou d'un rat-de-cave fixé à l’extrémité d’une perche, ils enflam-« ment les gaz de la surface. Les flammes atteignent jusqu’à 2 mètres de « hauteur et s’étendent le long de la surface comme des feux follets, « Les gens à bord des bateaux amarrés le long du canal, enveloppés « par Ces feux, en ont souvent pris peur. » Le Bradford-Beck, comme beaucoup d’autres ruisseaux du West-Riding où les manufactures se sont développées, est obstrué par les matières solides fournies par les laveries, les savonneries et teintureries, aussi bien que par le sewage. Il est interdit, il est vrai, dans l’intérieur de laville, de décharger des matières solides dans' le ruisseau, mais « il est évident à première vue « que les ordres de la municipalité sont transgressés. Quelques-unes des « énormes filatures entassent les cendres de leurs chaudières sur les « bords des quais, évidemment dans le but de les faire entraîner par le
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- « cours d’eau; dans certains endroits, il existe même des trappes pour « les y projeter directement. »
- Le service de la voirie se fait par des entrepreneurs, ainsi que celui de. la vidange des 16,000 fosses que renferme la ville, les wa ter-cio sets n'étant qu’au nombre de 1,600. Ce service représente une dépense annuelle pour la corporation de 2187,000 fr., soit une perte de 2 francs par habitant. Les égouts ne renferment ainsi que très-peu de matières excrémentielles.
- Reims. — Veut-on choisir un exemple hors de l’Angleterre pour montrer l’influence de l’industrie sur l’insalubrité des cours d’eau? Examinons la ville de Reims, qui offre du moins cette analogie avec Bradford qu’elle doit la plus grande partie de son activité et de sa richesse, ainsi que l’accroissement de sa population, à l’industrie des laines et des lainages. Nous nous bornerons à rappeler ce que nous écrivions de Reims dans une récente occasion, ayant été invité à donner notre avis sur les moyens plus pratiques de purifier la rivière de Vesle qui coule dans cette ville1.
- « C’est une situation intolérable que celle imposée depuis quelques années à la ville de Reims par ses égouts et par la rivière de Vesle, où ils débouchent. Cette situation est-elle la conséquence de l’opposition qui a longtemps existé entre les autorités municipales et l’administration des ponts et chaussées? Résulte-t-elle de l’influence qu’exercent, dans les conseils de l’édilité, les industriels auxquels Reims doit sa prospérité, mais aussi des eaux insalubres? Provient-elle enfin de la faiblesse des intéressés, qui n’ont pas voulu poursuivre légalement des pratiques aussi condamnables au point de vue de l’hygiène publique? Toujours est-il que le remède à apporter est devenu aujourd’hui d’une extrême urgence, et que tout retard fait peser la plus grave responsabilité sur ceux qui hésitent à l’appliquer.
- « Il se peut qu’un étranger amené par hasard à Reims ressente plus vivement que des résidants, dominés par la force de l’habitude, les effets d’un pareil état de choses. Il ne saurait s’empêcher, en tout cas, de com-parer aux soins pris pour l’ornementation des squares, des promenades, etc., pour les alignements des Voies principales, pour le pavage de la ville, l’abandon des rues à des ruisseaux entraînant à pleins bords des eaux qui répugnent à la vue et il l’odorat. A peine est-il dans les faubourgs qu’il côtoie des fossés à ciel ouvert, remplis de liquides fangeux, nauséabonds, et s’il lui arrive de suivre les bords de la Vesle, si fraîche ét si charmante avant son entrée au faubourg de Fléchambault,. il ia retrouve, à l’aval, souillée d’immondices, portantau loin les effluves des miasmes les plus pernicieux. La grande ville, mue par des instincts
- 1. Journal d’agriculture pratique, 3/(° année, t. I, p* G8G, 1870.
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- de luxe intérieur, par le sentiment des. jouissances égoïstes de,son industrie, n’a reculé devant aucun sacrifice, mais en inoculant dans ses murs un mal contagieux, qu’elle devait tôt ou tard communiquer à ses voisins immédiats, plus faibles et moins nombreux qu’elle.
- « L’histoire des réclamations, des démêlés, des actions litigieuses entre l’État, la ville et les riverains, dans le but d’obvier à l’infection de la Yesle, a un intérêt rétrospectif, il est vrai, mais très-édifiant au point de vue de l’infaillibilité des premiers coupables 1.
- «... On est d’accord pour faire remonter à la construction du canal de l’Aisne à la Marne le premier obstacle apporté au drainage des eaux urbaines. Jusqu’alors Reims jouissait, en fait d’égouts, de ruisseaux qui conduisaient les eaux sales directement dans la Yesle, par chacune des rues y aboutissant. Le canal', une fois creusé sur la rive droite et le long de la Vesle, les ruisseaux se trouvèrent interceptés. On ne pouvait songer à décharger les eaux sales dans un canal navigable dont le radier est situé à un mètre au-dessous de la rivière. On ne pouvait davantage songer à réunir à la Yesle, par autant de siphons, les ruisseaux-égouts. De là, le projet des ponts et chaussées de substituer à la rivière un collecteur creusé parallèlement entre le canal et la ville. Ce collecteur, établi dans la partie la plus déclive, avec une pente suffisante, devait recevoir les égouts construits successivement, ainsi que les ruisseaux en plein air. Des engorgements incessants, causés par les pluies d’orage et des dépôts constants de vases putrides, décidèrent l’Administration à chercher une plus grande vitesse du courant en prolongeant le collecteur par un siphon, sous le canal, jusqu’à l’aval de la Yesle, à trois kilomètres de la ville.
- « En même temps que les travaux suivaient leur cours, l’industrie de la ville prenait son essor. Grâce au peignage mécanique des laines, les usines de filature et de tissage se développaient démesurément, entraînant avec elles des ateliers de lavage, de dégraissage, de foulage, de teinture, etc. Cette progression des usines s’explique par quelques chiffres. Ainsi, en 1862, Reims possédait 340 machines peigneuses et 2,500 métiers mécaniques; aujourd’hui l’on y compte plus de 800 peigneuses et 10,000 métiers. La population, qui ne dépassait guère 35,000 âmes il y a un quart de siècle, atteint 65,000 habitants. On comprend, d’après cela, que le volume des eaux et leur composition aient dû subir des variations énormes.
- « Resté insuffisant malgré le siphon, le collecteur déversant lentement ses liquides, souillés de détritus de toute nature, dans un bief sans courant, entre deux usines rapprochées du village de Saint-Brice, infectait la rivière et rendait le voisinage inhabitable. Un concert de plaintes et de
- 1. II. Lefèvre. Quelques vérités sur les égouts de Reims, et sur les moyens industriels d’en débarrasser la Vesle, 1868. — DT Brébcint, La question des égouts à Reims, 1870.
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- menaces de la part des riverains, avec l’appui des plus hautes influences, contraignit l’Administration à appliquer de nouveaux remèdes. On cura le bief; un an plus tard, il eût fallu recommencer. On creusa, sur le parcours des égouts et en tranchée, des bassins de décantation, où les cultivateurs venaient jeter leurs pailles pour les imprégner, et les enlevaient comme engrais moyennant une redevance par cheval. Cette fabrication rudimentaire, installée entre la ville et Saint-Brice, n’était qu’une aggravation du mal. La Yesle restait empoisonnée, et l’atmosphère y gagnait une recrudescence d’exhalaisons dangereuses. On dut abandonner ces dépotoirs et remanier la décharge des égouts. <
- « Ces bassins, bien qu’ils ne reçoivent plus d’eau, sont encore exploités. Nous y avons vu des barques où l’on drague à bras d’homme, comme dans la Yesle elle-même, les boues pâteuses les plus repoussantes et malsaines.
- « C’est dans ces circonstances qu’on établit à travers le canal deux nouveaux siphons, dont l’un destiné à écouler les eaux d’orage, et l’autre à rejeter le sewage ordinaire, tous les deux sur le territoire de Reims.
- « Le remède, cette fois, était bien plus nuisible que le mal. Non-seulement on perdait \ mètre de la pente déjà si faible, le radier du siphon étant à 0m,7 au-dessous du plan d’eau de la Vesle, au confluent des égouts; mais encore on se privait delà décantation, tout imparfaite qu’elle était dans les dépotoirs de Saint-Charles, et l’on obstruait plus que jamais le lit de la Yesle. La commune de Saint-Brice recevait par là, en amont, les immondices qui la désolaient en aval, et perdait tout recours contre l’Administration. Quant à la ville de Reims, demeurée la seule coupable, puisquela corruption de la rivière était désormais absolument son œuvre, elle ne pouvait non plus s’en prendre à l’État.
- A l’accroissement du mal ne tardèrent pas à répondre les instances les plus vives des usiniers et des habitants. Le canal avait augmenté les difficultés; la ville en rendait l’Administration responsable et réservait ses plaintes en insistant pour que de nouvelles mesures fussent adoptées. Dans notre visite à l’usine de M. Lefèvre, à Saint-Brice, nous avons constaté les graves dommages que lui causent les eaux de la Vesle. Outre les exhalaisons de ces eaux battues par le moteur hydraulique et des eaux de retenue qui empestent les ateliers, attaquent les métaux, les peintures, les tissus, etc., un non moindre inconvénient résulte de l'obligation où est cet honorable industriel d’alimenter ses générateurs avec des eaux incrustantes, chargées de sels, qui impliquent des nettoyages Onéreux. Il en serait de même, paraît-il, dans l’usine voisine.
- «Il fallut donc céder aux justes exigences de l’opinion publique et consentir à une expertise d’après laquelle les ponts et chaussées prirent à leur charge une forte proportion des travaux reconnus indispensables. Le prolongement du collecteur, que l’on double maintenant sur une certaine partie du parcours, et l’achèvement d’autres égouts principaux,
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- furent dès lors décidés. Sans vouloir apprécier ici en détail le caractère d’insuffisance de ces travaux, et surtout leur inopportunité au moment où l’épuration des eaux-vannes est à l’ordre du jour, nous ne pouvons que regretter une telle persistance à ne pas rectifier les premières erreurs commises....
- «Le débit de la Vesle-égout, c’est ainsi qu’il faut fappeler désormais, varie, par seconde en moyenne, de 1,000 litres en été à 6,000 litres en hiver. Deux bassins y écoulent leurs eaux de drainage, dans Reims même : l’un de 180 hectares environ, versant ses eaux très-chargées dans l’égout voûté du canal; l’autre, de 160 hectares, aboutissant à l’extrémité de ce même collecteur par un fossé à ciel ouvert. Ce second bassin sera augmenté prochainement <j.e 30 hectares par les travaux en cours d’exécution. Les égouts correspondant à ces bassins ont une longueur totale d’environ 10,500 mètres, sur lesquels 4,000 mètres ont été construits par l’Administration, 5,000 mètres par la ville et 1,500 mètres en construction. A ce total il convient d’ajouter 2,000 mètres de simples fossés, sans revêtement et en plein air.
- « Les eaux potables sont puisées en amont de Reims, dans la Yesle, par des pompes que fait mouvoir une roue hydraulique de 40 chevaux. Le canal de l’Aisne prête au moteur un tiers des eaux qu’il a empruntées à la rivière. La distribution journalière est de 3,000 mètres cubes d’eau, élevés à 12m,50 et filtrés. L’usine et le service des eaux méritent tous nos éloges. Malgré la faible distribution, le débit des eaux des collecteurs est évalué à 15,000 mètres cubes par jour : 10,000 par le collecteur du canal et 5,000 par l’égout de Clairmarais. A ces deux courants d’eaux sales se joint celui d’un bras de la Yesle, situé sur la rive gauche, et qui reçoit les résidus d’établissements importants, y compris les abattoirs, en même temps que les eaux du faubourg de Paris.
- « Le mélange de ces eaux des divers égouts renferme, d’après les analyses publiées, de 1k,50 à 2 kil. de matières solides par mètre cube. Plus de 50 pour 100 de ces matières sont en suspension, et comme elles sont principalement constituées par les déchets de laine et de substances grasses, savonneuses, elles se laissent transporter à de grandes distances. Sur de longs parcours, la surface des eaux dans les fossés est recouverte d’une croûte épaisse, desséchée, fendillée, ayant l’aspect de la terre sèche, jonchée d’ordures, de feuilles, invitant presque au passage, et sous laquelle coule lentement un ruisseau de boue noirâtre, fétide, où la fermentation des matières dissoutes est en pleine activité.
- « La Vesle est parsemée également, dans les sinuosités formées par ses rives et partout où le courant s’arrête aux barrages des usiniers, d’une écume d’où s’échappent les bulles de gaz hydrogène sulfuré et d’ammoniaque. Le collecteur d’Asnières, près Paris, qui excite tant de plaintes, est une rivière d’eau pure à côté delà Vesle. Jusqu’à 40 ki-
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- lomètres de distance en aval, l’infection règne sur les bords de la rivière; rien ne résiste à la longue aux émanations; les propriétés sont dépréciées ou rendues inhabitables ; les fièvres épidémiques sont imminentes.»
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- Esiquêtes «le l’Angleterre.
- A. COMMISSION PARLEMENTAIRE DE 1865.
- L’infection des rivières, dont nous venons de résumer les effets, préoccupe autant l’opinion publique en Angleterre que le gouvernement, qui institue une Commission spéciale, dès 1865, pour s’enquérir des remèdes à apporter à la situation. Les commissaires, MM. Robert Rawlinson, J. Harrison et J.-Th. Way, reçoivent les instructions suivantes :
- « Bien que l’on puisse regarder comme démontré que la corruption des « rivières a été causée par le sewage des villes et les déchets des usines « et des manufactures, et que le sewage des villes peut être utilisé comme « engrais, il n’est pas certain que toute mesure interdisant absolument « la décharge de ces résidus dans les cours d’eau, ou contraignant les « autorités municipales à les utiliser sur le sol, remédierait au mal sans « créer des maux plus graves au détriment de la santé publique et des « manufactures. Les commissaires devront donc comprendre, dans leur « enquête, quelques bassins choisis en vue d’industries et de popula-« tions distinctes, tels que :
- «1. La vallée de la Tamise, comme exemple d’un bassin de rivière « agricole, d’une navigation modifiée : 1°par de nombreux travaux, bar-« rages, écluses, moulins, etc.; ^°par la décharge du sewage et des im-« mondices de nombreuses villes et de quelques manufactures, dans le « fleuve où la capitale trouve la source principale de son alimentation « d’eau potable.
- « II. Lavallée de la Mersey, y compris les tributaires, parmi lesquels « rirwell, comme exemple d’un bassin de rivière manufacturière, c’est-« à-dire infectée par toutes sortes de résidus d’usines, notamment les « filatures de coton, etc.
- « III. Le bassin de l’Aire et de la Calder, comme exemple de même « nature que lç précédent, pour les industries des laines et du fer.
- « IV. Le bassin de la Severn, pour les mêmes motifs, mais plus parti-« culièrement au point de vue de l’industrie sidérurgique.
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- « V. La vallée de la Taff, sous le rapport des industries minières et « métalliques,
- « VI. Un bassin de rivière, comprenant un district minier du Cor-« nouailles. »
- Les points spéciaux sur lesquels devra porter l’enquête, pour la vallée de la Tamise, seront : 1° l’état de la rivière, tel qu’il est affecté par les moulins, les barrages, écluses, etc., et tel qu’il affecte le drainage des villes, des villages et des terrains adjacents; 2° l’état de la rivière tel qu’il résulte de la décharge du sewage des villes et villages et des déchets des manufactures, papeteries, etc.; 3° la possibilité d’interdire ou de neutraliser les causes d’infection.
- Quant aux autres rivières, l’enquête aura pour objet principal de déterminer dans quelle mesure l’usage ou l’abus des rivières est, dans les circonstances actuelles, essentiel au maintien de l’industrie des districts examinés. Comment, par de nouvelles dispositions, empêcher la décharge des résidus dans les cours d’eau, les rendre inoffensifs avant la décharge ou les utiliser autrement que par l’écoulement dans les cours d’eau? •
- Au cours de l’enquête, les commissaires devront constater l’effet sur la santé et le bien-être des populations du mode actuel de drainage, et considérer les moyens préférables pour protéger les intérêts individuels et généraux, en même temps que les eaux courantes.
- Enfin, les commissaires devront, sur la proposition de M. Neate, constater l’influence du drainage de la contrée sur les sources d’eau potable (niveau des sources, réservoirs, etc.).
- Les résultats de cette enquête (la troisième par rang de date qui ait eu à s’occuper de la méthode des irrigations à l’aide du sewage), sont consignés dans trois rapports dont nous analyserons très-brièvement les conclusions b
- » PREMIER RAPPORT.
- La Tamise. Sa plus grande longueur, depuis la source à Trewsbury Mead, jusqu’à l’embouchure, est de 323 kilomètres, et l’étendue de son bassin est évaluée à 133,799 hectares. En amont de Ilampton, où sont situées les premières pompes pour l’alimentation de la ville de Londres, elle reçoit les eaux de 7 tributaires au nord 1 2 et de 7 tributaires au sud 3.
- 1. First report of the Commissioners appointed to inquire into the best means of preven-ting the pollution of rivers. (River Thames), 2 vol., 1866. —Second report, id. (River Lee), 2 vol., 1867. — Tiiird report, id. (Rivers Aire and Cahier), 2 vol., 1867.
- 2. Tributaires au nord : Churn, Coin, Windrush, Evenlodc, Chenvell, Thame et Colne.
- 3. Tributaires au sud : Raye, Cole, Oek, Kcnnct, Loddon, Wey, Mole.
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- En aval des stations de pompes, elle reçoit les eaux de 8 affluents1. Plus de 1,000 villes, villages, paroisses et hameaux, représentant une population de 888,000 âmes, sont compris dans la zone en amont de Londres. Sur ces villes, 89 ont plus de 2,000 âmes; les plus importantes sont Oxford (28,000 hab.) ; Reading (26,000 hab.) ; Kingston (18,000 hab.); Windsor (9,000 hab.); Chertsey (7,000 hab.); Abingdon (6,000 hab.). Les moulins, sur le parcours jusqu’à Hampton, sont au nombre de 360.
- Enfin, 11 canaux se branchent sur la Tamise depuis Lechlade, point où elle commence à être nominalement navigable, jusqu’à Gravesend.
- Juridiction. — La juridiction est répartie entre deux corps constitués : les commissaires de la Tamise, dont le ressort s’étend de Cricldade à City Stone, au-dessous de Staines Bridge, et les conservateurs de la Tamise, dont le ressort comprend le district entre City Stone et Yeuleete (Kent).
- Le conseil des commissaires de la Tamise (Thames commissioners), constitué par six lois différentes de Georges III et Georges 1Y, comprend
- 10 de droit : les membres au parlement des comtés et des villes et bourgs de Wills, Gloucester, Berks, Bucks, Oxford, Middlesex et Surrey, de Londres, Westminster et Southwark, le lord maire et les aldermen de la cité de Londres, les prévôts de l’Université d’Oxford, les doyens, canons et recteurs des paroisses, etc. ; 2° facultativement : les propriétaires, dans les comtés de Wiits, Gloucester, Oxford, Berks et Bucks, d’un bien dont le revenu net est au moins de 2,500 francs par an; les héritiers ayant titre à une propriété d’un revenu de plus de 5,000 francs; les résidents possédant des terres pour plus de 2,500 francs par an, et les porteurs de titres pour une valeur de plus de 12,500 francs sur les revenus de la navigation ; les propriétaires d’un revenu personnel de 75,000 fr.; tous ayant prêté le serment de remplir les devoirs de commissaires.
- On a calculé que le nombre de personnes ayant droit à faire partie du conseil des commissaires de la Tamise variait de 600 à 700. Pratiquement, le conseil est formé de 15 commissaires, dont 3 fournis par chacun des 5 comtés, qui sont responsables devant les assemblées générales. Les pouvoirs sont strictement limités à la navigation.
- Le conseil des conservateurs (Thames conseryancy Board) date de 1857 ;
- 11 résulte d’un compromis entre la couronne et la corporation de la cité; ses droits sont plus étendus que ceux des commissaires de la Tamise. Il comprend 18 membres, à savoir : le lord maire, 2 aldermen, 4- conseillers de la cité, 5 délégués du gouvernement et 6 représentants des intérêts du commerce fluvial.
- 1. Tributaires en aval, rive nord : Yedding, Brent, Lea, Rondigj rive sud, Hogsmill, Wandle, Ravensbourn, Darent*.
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- Conclusions. — Les commissaires de l’enquête ont formulé les conclusions suivantes :
- « Les travaux de navigation de la haute Tamise sont dans un état de délabrement qui offre même des dangers à certains barrages et écluses.
- « Plusieurs barrages, en maintenant les eaux à un niveau trop élevé, inondent d’une manière permanente les terres avoisinantes et les faubourgs de quelques villes, notamment à Oxford, Eton et Windsor.
- « Le mode actuel, qui consiste à aider la navigation par des fïcishes (éclusées), est suranné et dangereux, autant pour le chenal et les berges que pour les récoltes des prairies et des terres cultivées adjacentes.
- « La pêche, les sablières, les oseraies et les roselières ne sont pas surveillées avec assez de soin pour le maintien du courant des eaux et de la navigation.
- « Aucun système d’ensemble ne préside à la formation ni à l’entretien des berges et des îles.
- « Sauf quelques parties endiguées par les particuliers pour empêcher l’inondation des terres, les rives, sur le plus grarid parcours de Crieh-lade à Kingston, sont inondables et endommagées par les débordements.
- « Le sewage des villes, des villages et habitations sur les bords de la rivière, en corrompt les eaux.
- « Les eaux sont également infectées par les déchets des moulins de papeterie et les tanneries.
- « Un grand nombre de bancs, d"atterrissements, créés par les sables et la vase, attestent l’impuissance des commissaires de la Tamise à la maintenir dans un état navigable.
- « Les lois qui règlent la navigation delà haute Tamise sont inefficaces ou inconsistantes.
- « Les recettes dont peuvent disposer les commissaires sont depuis quelque temps insuffisantes pour l’exécution des travaux.
- « La Commission de la Tamise, telle qu’elle est constituée, est beaucoup trop nombreuse pour fonctionner utilement.
- « D’après les expériences instituées par la Commission du sewage et les dépositions recueillies au cours de la présente enquête, de même que d’après les résultats des visites des commissaires, il est permis de croire que le sewage des villes et des habitations est utilisable sur le sol, de façon à préserver la rivière de tout danger d’infection. »
- La Commission soumet, en outre, les avis suivants :
- « La rivière sera placée d’une extrémité à l’autre, sous le contrôle d’un seul corps constitué, le conseil des conservateurs, à la condition qu’il soit augmenté d’un certain nombre de membres représentant les intérêts locaux de la haute Tamise, éligibles par les mêmes électeurs qui constituent les commissaires actuels de la Tamise.
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- « Au bout d’un laps de temps nécessaire pour la modification des dispositions existantes, il sera prohibé d’écouler dans la Tamise, depuis Cricklade jusqu’à Londres, aucun sewage, à moins qu’il n’ait été purifié par le sol, ni aucuns résidus de papeteries et d’autres fabriques. Tout délinquant sera passible d’amende à recouvrer immédiatement.
- « Les conservateurs seront tenus de mettre les prohibitions énoncées en vigueur, et, pour cela, ils seront autorisés, après l’avoir notifié, à fermer tous émissaires d’égouts, drains ou conduits de.décharge, dans le ressort de leur juridiction. »
- Les autres avis de la Commission se réfèrent aux droits de péage de la navigation, aux droits de pêche, de prise d’eau et aux moyens financiers pour l’exécution des travaux de draguage, d’endiguement, de drainage, etc.
- DEUXIÈME RÀPPOE.T.
- Rivière Lee. —L’apparition du choléra aux mois de juillet et d’août 1866, dans le district de Popîar, alimenté par la Cie East London qui puise ses eaux dans la rivière Lee, décida les commissaires à ajourner leur enquête dans le Yôrkshire et à examiner les conditions spéciales de cette rivière.
- La Lee, tributaire de la Tamise, en aval de Londres, prend sa source dans le comté de Bedford, à 5 kilomètres au-dessus de la ville de Luton et par ses propres tributaires au nord draine une surface considérable du comté de Hertford. Depuis son embouchure à Biackwall jusqu’à Lee Bridge, sur 8 kilomètres, elle est soumise à la marée. La navigation par bateaux plats remonte jusqu’à Hertford, sur 45 kilomètres. La Stort, son principal affluent,; est navigable également sur un parcours de 22 kilomètres.
- La surface totale que draine la Lee est de 130,000 hectares. Sur ses 9 affluents, 4 viennent du nord, 2 de l’est et 3 de l’ouest. Elle reçoit de cet ensemble les eaux de 158 bourgs, villes ou paroisses, comprenant une population totale de 733,000 âmes, et de 66 moulins; plus de deux canaux, le Lee Union canal, et le Limehouse Cut.
- Les villes les plus importantes, situées sur le bassin, sont les suivantes :
- Comtés. Population.
- Poplar Middlesex. 43,000
- Bromley. ...... Essex 24,000
- Westham ...... ld ,. . 22,000.
- Stratford. . . . . •. Id. ......... . 16,000
- Luton Beds 15,000
- Tottenham Middlesex. . ... . . 13,000
- Waltham. Herts ” . : . 12,000
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- - Comtés. Population,
- Old Ford Middlesex. . . . 11,000
- Edmonton Id 11,000
- Homerton ld . . . 9,000
- Hertford Herts 7,000
- Cheshunt ld 7,000
- Stamford hill. . . Middlesex. . . . 5,000
- Ware Herts . . . 5,000
- Waltham Essex 5,000
- Lô terrain traversé appartient presque en entier à la formation de la craie et des argiles plastiques de Londres.
- Ce qui donne, commehous l’avons dit, un intérêt tout spécial à l’enquête sur la Lee, c’est que deux grandes compagnies y puisent les eaux potables pour la distribution dans les quartiers à l’est et au nord de Londres. Le débit minimum de cette rivière, en temps sec, està Lee Bridge de 1 ,800,000 hectolitres par 24 heures. Or, les deux compagnies, qui alimentent une population de 1,500,000 individus, puisent 1,700,000 hectolitres dans la Lee. Leurs statuts leur donnent droit'de prendre un volume beaucoup plus considérable ; mais faute d’eau pendant la période de sécheresse, le volume journalier pour chacune des compagnies est limité. Or, sur la Lee, comme sur laTamise,la corruption par les mêmes motifs est générale. Les conclusions des commissaires diffèrent donc peu de celles du premier rapport. La surveillance de la Lee, jusqu’alors confiée à des conservateurs spéciaux (Lee Trustées), dans le but unique d’assurer la navigation, ce qu’ils ont réussi à faire au profit des villes riveraines que ne desservent pas les chemins de fer, ne s’étend pas à la corruption des eaux ni au règlement de l’étiage. La constitution du Lee Trust émane de diverses lois de Georges II et Georges III ; elle fut incorporée sous le règne actuel. Le conseil comprend 67 membres parmi lesquels ceux de droit qui appartiennent à la cité de Londres, aux bourgs de Colchester, de Rochester, aux comtés de Middlesex, d’Essex, d’Hertford et à Westminster.
- Conclusions. — Les commissaires proposent la création d’un nouveau conseil de conservateurs de 15 membres, dont 5 choisis parmi les anciens conservateurs delà Lee, 4 administrateurs des compagnies de distribution d’eau, 2 fonctionnaires de la cité de Londres, et le reste, parmi les intéressés et les fonctionnaires du gouvernement. Ce conseil, remplaçant le Lee Trust, exercerait sa juridiction sur tout le bassin de la rivière; fixerait la limite de dérivation d’eau par les compagnies; prohiberait la décharge de tout sewage ou résidu quelconque des usines ou de l’agriculture dans les eaux de la rivière, sous peine d’amende ; aurait tous pouvoirs pour endiguer, drainer, assainir les terres marécageuses aux frais des
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- propriétaires. Dans le cas où les revenus de la navigation et "les anü nuités des deux compagnies d’eaux potables ne suffiraient pas à couvrir les dépenses d’ordre général, le conseil serait autorisé, dans la limite fixée par le parlement, à imposer les compagnies pour fexcédant. Les commissaires des emprunts pour travaux publics {public zuorks loancommissioners) seraient autorisés à faire les avances nécessaires, etc.
- TROISIÈME RAPPORT.
- Rivières Aire et Calder. — C’est sur les bords de l’Aire et de la Calder que s’exerce l’industrie si importante des lainages du West Riding de Yorkshire. Comme la Tamise et la Lee, ces deux rivières sont navigables et infectées par le sewage; mais elles le sont bien plus gravement encore par les déchets industriels. Aussi, leurs eaux ne peuvent-elles concourir à l’alimentation de la population. 11 en résulte que, si les eaux de la Tamise et de la Lee exigent une épuration aussi complète que possible pour pouvoir servir aux usages domestiques, celles de l’Aire et de la Calder doivent être épurées d’abord dans l’intérêt des industries elles-mêmes, et puis dans l’intérêt de la population.
- L’Aire etla Calder réunies à Castleford, d’où elles coulent dans un même lit jusqu’à l’Ouse, qui se jette dans l’Humber, drainent une surface totale de 794 milles carrés. Elles traversent, pour Ta plus grande partie, des terrains calcaires et houillers.
- Sur tout leur parcours, ces rivières sont obstruées et corrompues au delà de toute expression. Des centaines de mille tonnes de cendres, scories, mâchefer, provenant des bouilleurs, des usines à fer, des foyers, y sont déchargées annuellement. Elles sont le réceptacle de bris de poterie, de vases métalliques, de briques, de plâtras, de terres, de pierres et poussières; de boues et balayures provenant des exploitations de tous genres ; des bois de teinture épuisés fournis par les teintureries de laines; de cadavres d’animaux, etc. Ajoutez à cela des milliers de mètres cubes d’eaux empoisonnées, fétides, rejetées par les mines, les fabriques de produits chimiques, les laveries et teintureries de laines, les tanneries et mégisseries, les abattoirs, et l’on se fera une idée encore imparfaite de l’état de ces rivières. Les débordements qui résultent de l’encombre-'meht de leurs lits par d’aussi fortes quantités de matériaux, sont désastreux pour la propriété et font beaucoup de victimes dans la population.
- La corruption parle sewage bien que d’une importance capitale, joue ici un rôle secondaire. La masse de matières solides entraînées par les égouts qui desservent des districts aussi populeux est énorme. A Leeds, par exemple, le volume du sewage que reçoit l’Aire atteint de 40 à 50 000 mètres cubes par jour; aucune disposition n’a été prise pour retenir les matières solides. Bien que la plupart des villes du West Ri-
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- ding soient canalisées seulement en partie, aucune n’est pourvue de bassins de dépôt pour recueillir la partie solide du. sewage. Leeds, Bradford, Keighley, Skipton, font débouclier leurs égouts directement dans la rivière Aire; et les villes de Todmorden, Halifax, Huddersfield, Dew-bury, Wakefield, directement dans la Calder.
- L’aspect repoussant des eaux de ces rivières est dû principalement aux matières insolubles rejetées par les teintureries; mais ces déchets, tout en étant d’un écoulement nuisible, ont l’avantage, par les principes minéraux qu’ils renferment, de neutraliser les éléments d’infection du sewage. Là, au contraire, où ces déchets ne sont pas rejetés en quantité suffisante, comme à Bradford, les éléments d’infection du sewage prédominent; les vases déposées sur les berges et dans le lit des rivières, agitées par la navigation ou fermentées par la chaleur dans la saison d’été, deviennent des foyers de corruption qui communiquent le poison partout aux alentours.
- Nous n’entrerons pas dans le détail, quelque intérêt qu'il offre, des causes et des effets de la corruption de l’Aire et de la Calder. Nous nous bornerons à citer en partie les conclusions du troisième rapport, conclusions d’un caractère général et qui ont donné lieu à la modification des lois jusque-là en vigueur pour la conservation des rivières.
- Conclusions.—« Lacorruptiondes eaux parle sewageetparles déchets de manufactures doit être empêchée aux frais des communautés et des individus qui la causent. La question de bénéfice ou de perte, lorsqu’il s’agit de détruire des causes d’insalubrité, d’empêcher l’infection del’atmo-sphère et des eaux courantes n’est pas à prendre en considération. Si, en effet, des mesures prohibitives se traduisent parfois par un bénéfice, elles peuvent, dans d’autres cas, occasionner une perte. Mais peut-on appeler une perte ce qui est un gain pour la communauté entière? Les villes doivent aussi bien payer les travaux nécessaires à l'assainissement des eaux courantes où elles déversent le sewage, que ceux des drains et des égouts indispensables à leur bien-être hygiénique. Le rapport établit que l’abus des décharges de tous genres dans les eaux courantes s’est étendu à des bassins entiers; il y a lieu d’en inférer que tout remède, pour être efficace, devra être appliqué sur toute l’étendue d’un bassin. Certains districts, sont notoirement plus infectés que d’autres: les districts arrosés par l’Aire et la Calder sont dans ce cas. Les cours d’eau sont devenus si intolérables que le commerce même en est gravement atteint. L’énumération des cas d’infection et de débordements consignés dans cette enquête montre dans quelle mesure ces abus pourront encore se développer, s’ils ne sont réprimés. Tous les déposants reconnaissent l'existence d’un mal contagieux, et suggèrent des mesures qui devraient être aussi générales que les industries qui en sont cause et que l’auto-rité du gouvernement devra imposer.
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- « Il ressort donc de cette enquête, pour quiconque examine froidement la situation actuelle des rivières, dans le but de les améliorer d’une manière permanente, une première conclusion : c’est qu’un pouvoir, plus fortement armé que celui jusqu’ici en vigueur, doit être chargé de la répression des abus, et que l’action des autorités Jocales doit être contrôlée et fortifiée par le gouvernement.
- « Les districts de l’Aire et delà Guider offrent beaucoup de terrains appropriés à l’irrigation par le sevrage, et nous n’avons vu aucune ville, aucune localité où l’application de ce système soit impraticable. Y aurait-il une localité, située de façon à ne pouvoir jouir des bienfaits de ce système, à l’aide d’une dépense raisonnable, que le sevrage pourrait y être soumis à un traitement mécanique, suivi d’une précipitation chimique quelconque, de telle sorte qu’aucune des matières en suspension ne soit admise dans les cours d’eau, et que l’eau rejetée soit privée, autant que possible, de ses impuretés organiques.
- « Toute décharge de résidus des teintureries, filatures, tanneries, brasseries, malteries, abattoirs, etc., devra être prohibée.
- « Aucune décharge de cendres, scories, mâchefer, déblais, vases de curage, balayures, tessons, briques, plâtras et autres matériaux de nature à s’opposer au courant, à surélever le lit ou à causer une impureté quelconque ne sera tolérée, pas plus dans les cours d’eau que sur leurs rives.
- « Aucune eau ayant servi au lavage, désuintage, foulage, etc., des laines et tissus, n’y sera rejetée, à moins de l’avoir préalablement débarrassée des huiles, graisses, matières en suspension et saletés qui les imprègnent.
- « Toute eau contenant la matière colorante ayant servi à la teinture sera clarifiée, avec ou sans réactifs chimiques, par décantation, filtrage, etc., avant d’être écoulée.
- « L’eau ocreuse des puits de houille, si préjudiciable aux manufacturiers en aval, peut être notablement améliorée par le dépôt mécanique.
- « Si nous ne jugeons pas utile de définir les modes de traitement des eaux de teinture et des autres résidus solides et liquides, c’est que ces modes varient d’une localité à l’autre. Le procédé le meilleur et le plus économique dans tel endroit peut ne pas être applicable dans tel autre. La prohibition de toute décharge des matières solides devra être, en tout cas, immédiate, générale et sans exception.
- «, L’interception du servage est toujours praticable.' Là où l’on peut appliquer le sewage sur le sol, l’insalubrité est moindre et la dépense pour les contribuables est moindre aussi. Là, au contraire, où les parties solides en sont extraites mécaniquement, il y a perte pécuniaire dans le traitement, et les cours d’eau qui reçoivent les.eaux traitées n’en sont pas moins infectés , la corruption étant d’autant plus grande
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- que le débit des cours d’eau est moindre. Aucun mode de traitement n’est satisfaisant, si ce n'est l’application directe au sol pour les besoins de la culture. »
- Suivent les conclusions des commissaires, relatives à la nécessité de constituer un copseil central pour la protection des rivières, et des conseils locaux ou de districts qui auraient pour mission :
- 4° D’assister les commissaires des pêcheries 1 ;
- 2° D’empêcher l’obstruction des rivières et la décharge de toutes matières solides, causant la corruption à un degré quelconque ;
- 3° D’inspecter tous barrages, déversoirs, digues, écluses, quais, réservoirs, pale, biez, galeries^, égouts, etc., existants, et de contrôler l’établissement de tous travaux nouveaux, sur les cours d’eau ;
- 4° De juger les litiges locaux à l’occasion des travaux affectant le régime des cours d’eau.
- Résultats généraux de Venquête de 1865.— Les commissaires de 1865 ayant égard à l’objection formelle des industriels du WestRiding, qui ne voulaient se soumettre àaucune législation, du moment où ellene serait pas également applicable à l’ensemble des industries textiles du pays, n'ont pas formulé de conclusions spéciales pour les districts de l’Aire et de la Calder. Aussi, aucune disposition législative n'a été prise pour ce bassin. Mais, sur les conclusions des deux premiers rapports, le Parlement a placé la Tamise et la Lee sous la juridiction de deux conseils de conservateurs : l’une s’étend à tout le bassin de la Lee, et l’autre sur le bras principal de la Tamise, jusqu’à 5 kilomètres à partir de chaque rive.
- A Birmingham, M. Rawlinson, président de l’enquête dont nous ve-
- 1. Pour les commissaires des pêcheries, le royaume d’Angleterre et du pays de Galles est divisé en Cl bassins principaux, dont 27 à l’ouest, 22 à l’est, et 12 au sud, représentés en superficie, comme il suit :
- Bassins. Surface.
- Rivières à l’est 22 27.000 millesq.
- Rivières à l’ouest 27 18.400 —
- Rivières au sud 12 5.000 —
- Totaux 61 50.400 —
- Les subdivisions de ces bassins sont nombreuses. Le bassin à plus grande surface est celui de la Tamise : 5456 milles q. Viennent ensuite ceux de la Severn, 4360 milles q.; de la Trent, 4076 milles q.; de l’Ouse, 2977 milles q.; de la Tyne, 1144 milles q.; de la JSeve, 1096 milles q. Les bassins à la suite ont moins de 1000 milles q. de superficie.
- Ces commissaires pour le plus grand nonjbre de bassins sont impuissants; on y a tué le poisson.
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- lions de nous occuper, a formulé de la manière suivante les conclusions de son Mémoire sur la corruption des rivières 1 :
- 1. Des conseils de conservateurs seront établis, les uns officiels et généraux, les autres spéciaux et locaux, correspondant à une subdivision des grands bassins et à un groupement des petits bassins.
- 2. Le ressort de la juridiction des conseils ne sera limité par aucun comté, bourg, ni paroisse.
- 3. La décharge de toutes matières dans les cours d’eau sera strictement interdite.
- 4. Tous travaux de nature à obstruer les cours d’eau seront soumis à la juridiction des conservateurs.
- 5. La décharge des résidus industriels sera, autant que possible, empêchée. Les résidus sont, d’ordinaire, des matières utilisables ailleurs que dans l’usine où on les obtient. Il n’y a pas un résidu de la fabrication du gaz qui n’ait une valeur commerciale. La plupart des produits, considérés comme résidus dans les imprimeries sur tissus, les papeteries, les teintureries, les usines de produits chimiques, sont susceptibles d’emploi avantageux.
- 6. Le sewage des villes est utile lorsqu’on l’emploie sur le sol.
- 7. Dès maintenant, la décharge de matériaux solides dans les cours d’eau devra être interdite expressément et d’une manière générale.
- B. COMMISSION PARLEMENTAIRE DE 1868.
- Une nouvelle Commission, composée de sir W. Th. Denison, colonel du génie, Franldand et Chalmers Morton, reçut en 1868 les mêmes instructions que celles données par le gouvernement en 1865, pour la continuation de l’enquête sur la corruption des cours d’eau. Seulement, l’enquête fut étendue à l’Ecosse. Un premier .rapport, relatif aux bassins de la Mersey et de la Ribble, a été déposé en 18702.
- PREMIER RAPPORT.
- Rivières Mersey et Ribble. — Le district baigné par la Mersey et la Ribble, qui fait l’objet de la première enquête de la Commission de 1868, est le siège principal de l’industrie du coton, de même que celui de l’Aire et de la Calder est le siège principal de l’industrie des laines.
- 1. Transactions of the national association for the promotion of social science, Birmingham meeting, 18GS. — London, 1869, page 473.
- 2. First report of the commissioners appointed in 1868, to inquire into ^ÿie best means of prevenling the pollution of Rivers (Mersey and Ribble basins). — London, 18 70.
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- La Mersey, formée par la jonction des deux rivières Goyt et Etherow, reçoit à Stockport, sur la rive nord, les eaux delà Tame, et, à 40 kilomètres plus en aval,celles del’Irwell; puis, sur la rive sud, les eaux de la Bollin. La surface, ainsi drainée par la Mersey, est de 238 000 hectares. Runcorn Gap peut être considéré comme le point initial de l'embouchure, bien que la marée se fasse sentir à 11 kilomètres en amont, jusqu’à Warrington. En aval de Runcorn, la Mersey a une longueur de 3 à 5 kilomètres, et reçoit sur la rive sud les eaux de la Weaver,. en même temps que celles de ruisseaux peu importants, sur les deux rives de l’embouchure.
- La surface drainée et la population qui occupa cette surface, comparées en 4 801 et 1861, sont présentées dans le tableau suivant.
- DÉSIGNATION. Superficie drainée. POPULATION.
- Hectares. 1801. 1861.
- Mersey proprement diîe, rive Nord 70,000 173,047 716,369
- Mersey proprement dite, rive Sud.. 74,000 57,339 211,665
- Etheron. 15,500 7,307 30,384
- Goyt 18,000 9,237 17,790
- Tame 15,500 29.095 11.1,123
- Irvvell 81,000 253,327 1,014,569
- Bollin 29.000 29,114 70,101
- Weaver ’ 144'000 71,919 135,787
- Total 447,000 030,435 2,307,788
- La Mersey, à quelque distance en aval de Stockport, traverse la formation du nouveau grès rouge. Presque tous les affluents du versant sud proviennent de cette formation; ceux du versant nord découlent au contraire pour la plupart du vaste bassin houiller du Lancashire qui s’étend de Ormskirk à l’ouest jusqu’aux collines du Yorkskire à l’est, sur 50 à 60 kilomètres de longueur. C’est ce bassin que draine l’Irwell principalement.
- La Ribble prend sa source dans les collines du Yorkshire près d’Xn-gleborough, reçoit sur la rive droite les eaux de la Hodder, et sur la rive gauche celles de la Calder et de laDarwen avant d’atteindre la ville de Preston. La Douglas se jette à l’embouchure et n’appartient pas à proprement parler au bassin de la Ribble. La superficie drainée par la Ribble et ses tributaires et les chiffres de population, en 1801 et 1861, sont compris dans le tableau suivant :
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- DÉSIGNATION. Superficie drainée. POPULATION.
- Hectares. 1801. 1861.
- Ribble proprement dite, rive droite - 40,500 28,109 106,181
- Ribble proprement dite, rive gauche... . 48,500 25,406 56,295
- Calder 33,900 36,824 -118,725
- Hodder 26,800 3,639 3,388
- Danven 14,800 28,044 103,247
- Douglas 44,500 44,471 101,337
- Total 209,000 166,493 489,176
- LaCalder, laDarwen et la Douglas traversent la formation houillère; la Eibble et la Hodcler, les terrains calcaires.
- On peut voir, d’après l’inspection des deux tableaux delà Mersey et de la Ribble, combien la population s’est plus accrue et concentrée sur le terrain houiller que sur- le terrain du grès rouge. Cette remarque est d’autant plus saillante, si l’on compare l’Irwell en plein terrain houiller avec la Weaver en pleine marne rouge et conglomérat. Pour l’Irwell, sur une superficie de 81,000 hectares, la population de 1801 à 1861 a quadruplé. Pour la Weaver, sur une superficie de 144,000 hectares, la population dans la même période de 60 ans n’a pas même doublé. Sous le rapport de l’agglomération des habitants, l’Irwell offre 13 fois plus d’habitants à l’hectare que la Weaver.
- Bassin de Vlrwell. —Cette concentration des habitants a une influence des plus marquées sur l’état des eaux courantes, et l’Irwell en offre un des exemples les plus saisissants. Les commissaires de 1868 se sont bornés à décrire l’Irwell à ce point de vue, en faisant observer que les mêmes causes et les mêmes effets se reproduisent sur les rivières, grandes ou petites, des vallées de la Mersey et de la Ribble, dès qu’elles traversent le terrain houiller.
- L’Irwell reçoit des cours d’eau importants, tels que la Roeli, la Spod-den, la Beat, la Croal, la Tonge, l’Eagle, l’Irk et la Medlock, avant de se jeter dans la Mersey. Des cités populeuses comme Manchester et Salford (500,000 hab.), Oldham (80,000 hab.), Bolton (77,000 hab.), Rochdale (46,000 hab.), Bu-ry (30,000 hab.), Bacup (17,000 hab.), Middleton et Radcliffe (10,000 hab. chacune), Ramsbottom (5,000 hab.), etc., y déversent leur sewage et les résidus de leurs nombreuses manufactures. Parmi les usines, situées dans les villes et sur les cours d’eau, il y en a qui sont considérées comme particulièrement insalubres par l’écoulement continu d’eaux animalisées ou minéralisées. L’ingénieur de la ville de Boston, M. Baylis, a dressé une carte spéciale pour le rapport
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- delà Commission de 1868, où figurent les usines de cette catégorie, échelonnées le long des rivières et réparties en cinq groupes :
- 1. Les laveries et filatures de laine et de coton ;
- 2. Les teintureries, blanchisseries et imprimeries sur étoffes ;
- 3. Les soudières et fabriques de produits chimiques;
- 4. Les papeteries;
- 5. Les tanneries et chapelleries.
- Les données de cette carte se retrouvent dans le tableau suivant que nous avons dressé, en le complétant par l’indication des affluents de Plr-well et des villes principales drainées. Il ressort de ce tableau que 1 ,474 usines déchargent, dansl’lrwell, des liquides souillés par des matières organiques azotées et par des sels métalliques, ou des solides susceptibles de fermenter, de dégager des gaz méphitiques et de propager les épidémies. Mais, outre ces fabriques, il y en a beaucoup d’autres qui exercent une action préjudiciable sur l’Irwell, telles que les usines à cuivre et à fer, les tréfileries, les fabriques de caoutchouc, de graisses, de colles fortes, les distilleries, etc. 11 suffira d’indiquer que, dans le bassin de cette rivière, 10,500 usines de toutes sortes reçoivent l’eau nécessaire à leurs besoins parles distributions seulement de Manchester, de Bolton, Bury, Bacup, Heywood et Oldliam.
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- IRWELL.
- Irwell.
- Id. . Id. . Id. .
- Id. ... Id. ...
- Id.
- Id. ..
- Id. .. Id. ..
- Merseÿ,,
- RUISSEAUX affluents directs de l’Irwell.
- RIVIÈRES
- tributaires
- de
- l’Irwell.
- et ruisseaux
- affluents
- des tributaires.
- Greaves brook......................
- (Ville de Baoup, i 7 000 habitants). Whitwell brook.....................
- Limey water.
- Ogden brook.....................................
- Swinnel id......................................
- (Ville de Ramsbottom (5000 habitants)...........
- Tottington brook................................
- (Villes de Radcliffe, I0500h. et de Bury, 30 000 h.).
- Roch, rivière (ville de Bury)...
- Longden End br.
- Id..........................
- Ash brook.......
- Beat river et Pii— thorn brook..
- Id..........................
- Buckley brook... Id. (villedeRochdale, 46 000 h.)
- Spodden river (ville de Rochdale) j
- FABRIQUES INSALUBRES.
- Id.
- Id.
- Noxden water... Cheesden brook..
- Hollins brook....
- Croal, rivière (ville de Bolton, 77000 hab.).. Tonge, rivière et Dean brook... Eagle, rivière... Bradshaw brook..
- Id............................
- (Ville de Salford, 134 000 habitants)..............
- /r/c, rivière...................
- White brook.......
- Id. (ville de Middlelon).......
- Winee brook (ville de Oldham,
- 80 000 hàb.)..
- Id.............................
- Moston brook.... Id. (Manchester et Salford)....
- (Ville de Manchester, 362 000 habitants)...........
- Medloclc, rivière.......t.......
- Worsley brook.
- Total des fabriques déversant leurs liquides dans rirwell..,
- 12
- 6
- 28
- 18
- 11
- 14
- 15 3
- 32
- 49
- 7
- 17
- 20
- 6
- 16 12
- 47
- 11
- 23 64
- 62
- 73
- 14
- 13
- 48 3
- 27
- 73
- 24
- 3
- 11
- 46
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- 17
- 1
- 6
- 137
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- Parmi les matières nuisibles à la salubrité des eaux courantes, il n’v en a pas de plus pernicieuses que les matières animales du sevrage. L’analyse a révélé, dans les eaux de certaines rivières infectées, jusqu’à 1 et 2 cent-millièmes de carbone organique et de 0,35 à 0,75 pour 100,000 parties d’azote organique. Certaines matières végétales, celles provenant des imprimeries sur étoffes et des teintureries, sont également très-préjqdiciables par les émanations, autant que par la coloration des eaux où l’on trouve jusqu’à 4 cent-millièmes de carbone organique. Enfin, les résidus des usines de produits chimiques communiquent aux eaux une grande dureté et souvent des propriétés vénéneuses.
- Composition des eaux des rivières du Lancashire,—La composition chimique des eaux prises à leur source, comparée avec celle des mêmes eaux puisées aux embouchures, indique mieux que ne pourraient le faire de longues descriptions, les graves conséquences de l’accumulation d’usines et de villes populeuses sur une surface relativement aussi peu étendue. Nous empruntons les analyses du tableau suivant au rapport de la Commission. Comme terme de comparaison, on a choisi la Tamise à sa source et àHampton, avant sa jonction avec la Mole, lorsqu’elle a déjà reçu les eaux de drainage de 840,000 habitants.
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- {, Irivell.
- 120,8 • 12°,8 a . Pi’?-1? de sa, sonree 7,80 39,02 0,187 1,083 0,025 0,059 0,004 0,394 0,021 0 0,049 0,383 1,15 4,32 0 0 o 3,72
- b. — En amont de la ville de Bury 18,94
- 21° c, — En aval de Manchester. 55,80 1,173 0,332 0,740 0,707 1,648 9,63 2,71 2,71 5,42 22,92
- 2. Medlock.
- 12°,8 12°,8 a , PriV de sa source 12,80 0,166 0,014 0,004 0,011 0,028 1,29 0 0 0 6,96
- b. — Dans Manchester, avant sa jonction
- avec ITrwell......... 57,00 1,776 0,748 1,660 0 2,115 10,82 10,90 7, S 6 18,76 20,98
- 3 a Ivkm
- a - \ pfi source 19,78 58,20 0,153 0,001 0,267 0,009 1,250 0,061 0 0,069 1,296 1,42 0 0 0 11,45
- 12ü5o 12°58 b. — Avant sa jonction avec ITrwell l'l92 10,77 5,94 5,26 11,20 21,50
- 4. Mersey. 0 0 5,32
- t) i 0 a /k sa source 7,62 39,50 0,222 1,231 0 0,002 0,021 0,023 1,113 0,94 0
- 23°,9 b. — En aval de Stochport. .......... 0,601 0,622 0 — — — 15,55
- S. Tamise.
- n A un source 28,25 0,014 0,009 0 0,358 0,367 1,04 0 0 0 21,90
- b. — A Kampton, avant la jonction avec traces. 20,00
- 1 & I^ÎqIG 9ç»»«g«09*0a44ee*«e*«»* 27,87 • 0,260 0,024 0 0,196 0,220 1,48 traces. traces.
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- Ainsi, les affluents de la Mersey et la Mersey elle-même ont été transformés en cloaques. Il suffit de rapprocher les analyses du tableau précédent de celles des divers liquides d’égouts consignées dans le cours de ce mémoire, pour constater de légères différences seulement dans le degré d’impureté.
- En admettant que dans les eaux de la Tamise, prises comme type, le carbone organique et l’azote organique soient représentés par 1, on trouve pour les eaux des rivières, analysées plus haut, les résultats suivants :
- Carbone Azote
- organique. organique,
- Irwell, en aval de Manchester 4,0 20,5
- Medlock à Manchester 48,9
- Irk à Manchester 4,2 17,T
- Mersey, en aval de Slockport 4,1 40,1
- Il en est de même des autres cours d’eau du Lancashire : la Calder, la Douglas, la Darwen, etc., et de ceux des autres districts industriels et houillers.
- Influence des saisons sur la composition des eaux courantes — MM. Fran-kland et Morton ont repris en hiver les analyses faites en été, afin de déterminer l’effet des saisons sur la composition des eaux de rivière ani-malisées.
- Les eaux puisées en juin et en juillet dégageaient des gaz nauséabonds provenant de la décomposition des matières organiques. Une note spéciale décrit même l’état de lTrwell au barrage de Throstlenest, en aval de Manchester, lorsque l’échantillon fut pris. « Nous avons trouvé (le 21 juin « 1869) toute la surface, sur la largeur de 42 mètres de la rivière, recou-« verte d’une épaisse écume noire, ayant l’aspect d’une croûte solide de <c suie. A travers cette écumé, çà et là, et à des distances de 4 à 5 mètres, « s’échappaient de grosses bulles, fournies continuellement par le fond « boueux. Partout oùM’écume disparaissait, sur un ou deux mètres par « exemple, la surface semblait bouillonner par l’effervescence continue « de petites bulles s'élevant de diverses profondeurs et crevant à l’air; « de telle sorte que toute la rivière était en fermentation et engendrait « des gaz qui infectaient l’atmosphère environnante.. La température de « l’eau était de 24° C, et celle de l’air ambiant de 12° G. »
- Les analyses des mêmes eaux puisées en hiver et ne donnant aucuns indices de putréfaction démontrent toutefois qu’elles contiennent en dissolution beaucoup plus de substances putrescibles qu’en été. La proportion est parfois plus du double, bien que le sens de l’odorat n’en soit pas affecté. Quant aux matières en suspension, sauf dans la Mersey, la quantité est, au contraire, plus forte en été. Mais il faut tenir compte de cette circonstance, qu’en hiver l’eau de ces rivières est beaucoup plus
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- abondante, à cause de la moindre évaporation, des pluies plus fréquentes, etc. Le rapport du débit en été et en hiver est : : 1 : 3. Dans le tableau ci-après est consigné le rapport des impuretés des rivières l’Irk, la Medlock, l’Irwellet la Mersey, d’après les analyses faites en été et en hiver, l’eau de la Tamise puisée à marée basse à London-Bridge, le 2 avril 1869, étant considérée comme = 1.
- DÉSIGNATION. IB Iv à Manchester. MEDLOCK à Manchester. IRWELL en aval de Manchester. MERSEY en amont de Manchester.
- 1Été.
- Carbone organique 3,9 5,8 3,9 3,4
- Azote organique 7,9 22,0 9,8 6,6
- Matières en suspension.
- Matières minérales...... 1,2 2.2 0,5 0,3
- Matières organiques 14,6 21,8 7,5 0,2
- Hiver.
- Carbone organique 8J 6,0 6,9 2,3
- Azote organique . 10,3 13,1 7,3 3,5
- Matières en suspension.
- Matières minérales 0,74 2,2 0,4 0,3
- Matières organiques 12,9 14,4 2,7 ' 2,1
- Les chiffres de ce tableau représentent les rapports des impuretés renfermées dans 100,000 parties d’eau analysée. Les eaux de la Tamise prise comme type unitaire ont la composition suivante :
- Matières solides en dissolution, total
- Carbone organique............
- Azote organique.,..............
- Ammoniaque...................
- Azote à l’état de nitrates. . ..
- s Azote total combiné.........
- Chlore.......................
- Matières en suspension.
- Id. minérales................
- Id. organiques...............
- Id. total.....................
- Degré de dureté de l’eau..........
- Eaux de la Tamise.
- . 34,40
- 0,304 , 0,034 0,120 0,167 0,300 1,830
- 5,04
- 0,36
- 5,40
- 26,63
- Conclusions. — Dans les conclusions qu’ils ont formulées après leur enquête dans les bassins de la Mersey et de la Ribble, les commissaires de 1868 ne se sont pas trouvés d'accord sur tous les détails du mode de constitution de l’autorité centrale chargée de protéger les cours d’eau, telle que l’avaient définie leurs prédécesseurs. Mais ils ont été unanimes
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- pour'qualifier les délits dont cette autorité connaîtrait, et pour délimiter l’étendue de sa juridiction. ,
- Afin de protéger les manufacturiers contre toute intervention arbitraire de t-autorité, d’une part, et établir un contrôle efficace et unffojfme des liquides, : admis à la décharge dans les rivières,, d’autre part* les commissaires proposent de prescrire des conditions de pureté, en. dehors desquelles aucun liquide ne pourra être rejeté dans un cours d’eau.
- « Ces conditions, ajoutent-ils, ont été fixées en ayant égard au degré d’épuration que les manufacturiers peuvent effectuer sans se soumettre à des restrictions abusives et sans nuire sérieusement aux procédés mis en œuvre dans les usines des bassins de la Mersey et de la Ribble. Eu formulant ces conditions comme pratiques, les commissaires se sont assurés sur de très-nombreux échantillons de liquides analysés dans leur laboratoire, qu’elles étaient applicables. Ils pensent qu’au fur et à mesure de l'avancement de la science, des procédés d’épuration seront découverts et que les conditions suivantes pourront être rendues plus rigoureuses. Mais comme le manufacturier n’est pas forcément un inventeur, Userait évidemment injuste de le charger d’inventer ou de perfectionner des procédés pour obtenir un plus grand degré d’épuration que celui réalisable dès aujourd’hui par les modes déjà connus.
- « Considérant les sources principales d’infection dans les bassins de la Mersey et de la Ribble, et les modes d’épuration actuellement praticables, les commissaires suggèrent qu’aucun des liquides impurs ci-après ne soit admis à l’écoulement :
- a. Tout liquide renfermant en suspension plus de'3 cent-millièmes en poids de matières minérales sèches ou plus d’un cent-millième de matière organique sèche.
- b. Tout liquide renfermant en dissolution plus de % cent-milîiêmes en poids dé carbone organique ou 3 cent-millièmes d’azote organique1.
- e. Tout liquide offrant au jour, sur une couche d’une épaisseur de 21 centimètres et. demi, dans un vase de porcelaine ou, de poterie blanche, une coloration appréciable. .
- d. Tout liquide contenant en dissolution plus de 2L cent.-miliièmes en
- poids d’aucun métal, sapf le calcium, le magnésium, le potassium et le sodium. ....
- e. Tout liquide renfermant en suspension ou en dissolution, à l’état de combinaison chimique ou autrement, plus d’un demi-millionième en poids d’arsenic métallique.
- é-'in.
- ï/'Eïï décidant-qu’une' certaine-teneur en.azote doit faire écarter des' riviè’resy coinme'HV-salubre, le sewage'-mal;épuré-, lés commissaires ne veulent sans doute pas proscrire, lfazote qui, par lui-mômefest inoffeusif^ mais bien, les, matières qsui accompagnent généralement l’azote ou ratnmoniaquq à l’état, d’azote organique. (y \ h - ;t J
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- f. Tout liquide qui, après acidification par l’acide sulfurique, renferme plus de \ cent-millième en poids de chlore libre.
- g. Tout liquide contenant plus de 1 cent-millième en poids de soufre, à l’état d’hydrogène sulfuré ou de sulfure soluble.
- h. Tout liquide ayant une acidité plus forte que celle produite en ajoutant 2 millièmes-en poids d’acide chlorhydrique pur à del’èau distillée.
- i. Tout liquide possédant plus d’alcalinité que celle obtenue par l’addition de 1 millième en poids de soude caustique à de Peau distillée4. »
- Quelle que soit la constitution de l’autorité centrale, elle devrait iioii-seulement exiger l’observation de ces conditions, et imposer des remèdes aux nuisances constatées, partout où il y aura contravention, mais encore, suspendre toute procédure tant qu’elle sera convaincue que les contrevenants cherchent sincèrement à détruire les causes d’insalm brité. r.
- Quant à la juridiction de cette autorité, elle déviait pouvoir s’étendre à tous les canaux naturels de drainage, eaux courantes ou eaux soumises à la marée. Il y a sans doute beaucoup de cas où les impuretés des eaux sont causées par le flux de la mer, même sur les côtes, à l’embouchure dés rivières. Les habitants de Waterloo et de Seaforth se plaignent de nuisance ainsi créée par le sewage de Liverpool, bien que la marée balaye la rivière en face de ces localités. Mais les commissaires proposent dé limiter le ressort actif de la juridiction des conseils de conservateurs au chenal propre à chaque rivière. Considérant la difficulté dé déterftlïnèr une ligne de démarcation exacte entre l’embouchure et le chenal, il sera nécessaire, pour chaque bassin de rivière, de fixer arbitrairement le point au delà duquel l’autorité ne s’exercera pas. Pour le bassin de la Mersey, le point serait Runcorn Gap. Ainsi, le conseil des conservateurs de ce bassin aurait pouvoir d’interdire toutes les causes de corruption déjà spécifiées, sur la Mersey et ses tributaires jusqu’à Runcorn Gap et sur les cours d’eau se jetant dans l'embouchure en aval de ce point, mais non sur les rives de l’embouchure.
- Comme leurs prédécesseurs, les commissaires Denison, Frankland et Morton recommandent : A
- 1° La prohibition absolue, sous.peine d’amende, de décharger toutes matières solides quelconques ou de les déposer sur les rives;1 ’ti''
- 21° La prohibition, sous peine d’amende, de décharger un liquide impur quelconque, tel qu’il a été défini au rapport, dans aucun cours d’eau, qu’il provienne d’un égout ou d’un réservoir, bassin ou citerne.
- 1. Ces prescriptions ont trouvé place dans le projet de Publie health bill, soumis au parlement par M.Stansfcld et Sir Charles Àdderfry. (Avril! 8T2.)
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- Un délai raisonnable sera accordé, à partir de la publication de la loi, aux corporations, conseils, usiniers et autres, pour l’exécution des travaux d’assainissement nécessaires ;
- 3° La surveillance de toutes les rivières et cours d’eau par une autorité centrale composée de trois personnes, qui sera chargée de toutes les questions intéressant la pureté des eaux et leur distribution;
- 4° Cette autorité aura pouvoir d’inspecter les usines, réservoirs, égouts, etc., de faire construire aux frais des propriétaires, corps constitués ou particuliers, les appareils d’épuration nécessaires, au cas où ils négligeraient ou refuseraient de les établir eux-mêmes ;
- 5° Les corporations, conseils de salubrité, manufacturiers et autres, auront la faculté, soumise à réglementation, d’exproprier tous terrains par ordre provisoire, pour l’épuration du sewage ou des autres liquides impurs, par irrigation, filtrage, etc., et de faire traverser, moyennant compensation, toute propriété particulière, par les conduits ou collecteurs nécessaires au*drainage ;
- 6° L’autorité centrale devra surveiller aussi bien la qualité que la quantité des eaux potables fournies aux villes, de façon à empêcher leur altération, et si elle existe, à en écarter les causes;
- 7° Elle étudiera tous les projets de distribution, de même que tous les plans d’ouvrages se référant à la conservation de la rivière, proposés par les autorités locales ou par l’autorité supérieure, quelle que doive être sa constitution, et adressera son rapport à l’un des ministres secrétaires d’Etat.
- DEUXIÈME RAPPORT l.
- Procédé abc de traitement du sewage.f— Ce rapport de la Commission parlementaire de 1868 est consacré entièrement à l’exposé d’un procédé spécial, déjà examiné par les commissaires dans le rapport précédent. Les brevetés du système en question connu sous le nom de ABC, ayant contesté les conclusions du premier rapport, parce que les essais avaient été soi-disant entachés d'inexactitude à cause d’un accident survenu à Leicester, et des circonstances climatériques à Leamington, la Commission a répété les essais à Leamington et à Hastings, et en a faitd’objet de ce travail. Nous résumons plus loin, en décrivant le procédé chirni-que ABC, les conclusions confirmées parles commissaires.
- 1. Second report of ihe commissiûners appointed in 1868,to inquire inlo lhe hestmeans ofpreventing the pollution of rivers. The ABC process of treating sewage. London, 1870.
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- TROISIÈME RAPPORT h
- Rivières Aire et Calder, Frome et Avon, Windrush, etc. — Dans leur troisième rapport, les commissaires réduits à deux, par suite du décès du colonel Denison, reprennent l’enquête faite parleurs prédécesseurs dans les districts lainiers que drainent l’Aire et la Calder, pour l’étendre à ceux où l’on fabrique les draps dans les comtés de Gloucester et de Somerset, à celui de la fabrication dès flanelles (pays de Galles), des couvertures (Witney et Dewbury), des lainages à Kendal, des tapis à Kid-derminster, Halifax, Rochdale, Durham et Wilton.
- Nous n’avons pas à entrer dans les faits particuliers des villes ou abondent les déchets solides ou liquides, provenant des fabriques de laines ou de lainages, qui contribuent à la corruption des eaux courantes. Le rap-port est spécialement riche en analyses des liquides rejetés par les usines et des eaux de rivières, avant et après qu’elles ont reçu ces liquides, dans les districts du Yorskshire et de l’ouest de l’Angleterre.
- Après avoir décrit minutieusement les conditions actuelles de ces deux districts, les procédés de fabrication des lainages et des draps, les moyens à employer pour purifier les liquides par l’évaporation, les réactifs chimiques, l’irrigation et le filtrage intermittent, les commissaires comparent les rivières qui desservent l’industrie du coton à celles des districts lainiers et proposent les remèdes pour faire cesser la corruption.
- C’est sur cette dernière partie de leurs travaux, qui est le résumé de l’enquête, que nous désirons insister.
- Influence de la densité de la population sur la composition des eaux des rivières. — La comparaison des eaux des rivières des vallées du Yorkshire et du Lancashire ne laisse voir qu’une faible variation dans le degré d’impureté, malgré l’énorme différence des industries qui prédominent dans chacun des districts. Il est permis d’en conclure que sur une surface étendue, habitée par une population considérable, et, par conséquent, livrée à des occupations très-variées, la prédominance de telle industrie, celle du coton ou celle de la laine, n’influe pas de manière à imprimer aux eaux de rivière un caractère particulier. Il n’en est pas de même évidemmentpourles petits cours d’eau, dansleslocalitésoùs’exerce presque exclusivement un genre d’industrie. Mais dans des bassins comme ceux de la Mersey et de la Ribble, d’une part, et de l’Aire et Calder, d’autre part, où les fleuves reçoivent le drainage de plusieurs centaines de mille habitants, le liquide rejeté par telle ou telle industrie dominante perd tout caractère spécial. Le degré d’impureté dépend ainsi du
- 1. Third report of the commissioners appointée! in 18G8, etc...., pollution arising from the woollen manufacture.... London, 2 vol., 1871.
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- nombre et de la population des villes desservies par les cours d’eau. Ce serait la densité de la population qui affecterait la proportion de matières insolubles, représentée dans les eaux par le carbone et l’azote organiques.
- L Aire et la Caider comparées à VIrwell. — MM. Frankland et Morton comparent à cet effet l’Irwell drainant une surface de moins de 80,000 hectares, occupée par un peu plus de 1 million d’habitants en 1861, et l’Aire et la Calder drainant à elles deux une surface de. plus de 200,000 hectares, occupée par un peu moins de 1 million d’habitants en 1861. On conçoit qu’il se trouve, dans les deux bassins comparés, la. même somme environ de déchets industriels et économiques; mais si l’on envisage la différence de surface, même en tenant compte d’une chute d’ea.U pluviale plus forte dans le Lancashire que dans le Yorksliire, on reconnaîtra que, dans le premier cas, les matières solides des. déchets imprégnant un volume moins considérable d’eau de rivière, l’iFwell devra, être plus impure que l’Aire et la Calder réunies. C’est ce que démontrent les analyses des eaux courantes de Yorkshire, infectées par les villes adonnées à la fabrication des lainages, et des eaux du Lancashire où la population beaucoup plus concentrée s’applique à l’industrie cotonnière.
- La composition des eaux, dans les deux cas, étant à peu. près la même aux environs de leurs sources respectives, offre bientôt des différences marquantes, sinon dans l’espèce, du moins dans l’intensité du degré de corruption.
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- î. — BASSIN DE L’AIRE ET DE LA CALDER (Yorkshire). Composition en cent millièmes.
- A £= ".s MATIÈRES EN DISSOLUTION. MATIÈRES EN SUSPENSION. -
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- 30 septembre.. ; 1. Sources de l’Aire, en aval de i i | i o 0
- « lYTnlham. . 13,70 0,163 ! 0,007 0,001 : 0,017 | 0,023 » 0,99 ! o
- & octobre... 1 2. Bradford-Beck , en aval de la j l l 36,05 : 52,00
- î ville et de l’égout. . ,,. ' 75,50 4,024 . : 0,392 1,220 0 j 1,397 j 0,002 i ' 5,45 ! 15,95 !
- 28. septembre. | 3. U Aire à Kirkstall, en amont i 1,77 ! 1 ! 0,22 ; 0,76
- ! de Leeds............. 24,50 0,749- ; 0,082 0.068 ; 0,119 0,257 i traces. ! 0,54)
- 28 septembre. î 4. Id. à 400 mètres en aval i i 5,40
- j du collecteur de Leeds.. 37,50 . 1,350 : 0,127 0,611 0,324 ! 0,954 : 0,010 j 3,20 i 2,78 ! 2.62
- 29 septembre. j S . Id. à 100 mètres en amont | ! ; i
- 1 de sa jonction avec la i Calder ! 27,60 0.822 0,105 0,131 0,075 i 0,288 traces. 1,81 i 1,84 - 1,46 3,30
- ‘ * 1871. i
- 26 janvier. .. j 6. Sources de la Calder, en aval | ! o 0 0
- : de Todmorden i 7,61 : o,06o ! 0,011 0,003 0,027 0,041 » 1,13
- „„ 1889». ... ’ • -rr •
- : 2 octobre... : 7. La Calder, en aval de l’égout 2,99 3,90
- de Todmorden i 15,10 1 57,60 0,192 2,472 0,056 0,633 0.095 0,094 0,228 0,686 0 1,49 0,91
- •24 septembre. 8 i La Hebble, en aval de Halifax. 0,064 0 0,004 4,30 9,36 13,28 22,64
- 23 septembre. 9. La" Colne, à.Bradlèymills, en 0,008 1,94
- aval de Huddersfield.... 16,25 1,227 0,186 0,109 0 0,276 h » 1 ï>
- 29 septembre. 10. La Calder, en amont de Walce- 4,39 2,31
- : -'j field.,.. 1..... <...... 17,10 0,424 0,097 0,088 0,166 0,335 traces. 1,73 6,70
- 29 septembre. 11. Id. en aval de AVakefield. 19,80 0,530 0,050 0,086 0,134 0,255 0,008 2,30 3,00 2,02 5,02
- 29 septembre. :12. Id. à 100 mètres en aval de 0,61 2,55
- sa jonction avec l’Aire.. i 19,50 0,480 0,044 0,082 0,130 0,242 0 2,31 1,94
- i7 septembre. 13. L’Aire et la Calder réunies en 1,50 4,40
- aval de Castleford 25,40- 0,661 0,091| 0,125£ T .' Oi. ' • 0,194 traces. 2,27 2,90
- 1. Population en 1861 : 1200 habitants par mille carré.
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- II. — BASSIN DE L’IRWELL (Lancashire)
- l, DATES * MATIÈRES EN DISSOLUTION. MATIÈRES EN SUSPENSION.
- RIVIÈRES ET COURS D’EAU m
- des du bassin S ® § <U fl cr O _§ ® cd • OJ fl # CO CJ en <U
- échantillons § & © ZLt cd 3 g o .a’ £ • 2 er* J ««£
- analysés. DE L’IRWELL1. o « w ’O a H t- c *3 sd a g? o S s Cfl O fl o a a s 1 g ^ - ci <D "9 i i <u h 3 *<5 *03 3 2 o fl s S cd bû <5 E* O b*
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- i. 2 . 3 . 4. 5. 6. 7 . 8 . 9. 10. u.
- 1869. 1,15 0
- 12 juin.... 1868. 7,80 0,187 0,025 0,004 0,021 0,049 O 0 0
- 0 4,32
- 24 juin.... 2. 1 ’lnvell, en amont de Bury.. 39,02 1,083 0,059 0,394 0,383 » » » £
- Id 3 . La Roch, en aval de Rochdale
- 24 juin. ... 22 juin.... et en nmnnlrflft Bury 43,30 69,20 4,518 0,288 O 0,512 0,230 0,940 » 4,57 2,82 3,18 6,00
- 4. La Croal. en aval de Bolton. 0,842 0,972 1,368 » » 10,08 8,20 2,92 11,12
- Moyenne 5. La Medlock, à Manchester,
- d’hiver avant sa jonction avec l'Ir—
- wp] 1 . , , 55,00 1,798 0,596 1,388 0 1,739 0,004 9,11 10,93 6,53 17,46
- Id 6. L'irfc, avant sa jonction avec rirwell. .
- 59,50 1,822 0,309 1,004 0 1,136 0,016 9,83 4,85 4,C5 9,80
- Id’. 7. La Cornbrook, avant sa jonc-
- lion aven l’Irwell......... 109,90 4,169 0,313 0,887 0,024 1,068 0,012 25,73 23,39 19,37 42,76
- 1868.
- 17 juin.... 8. L’lrwell, en aval de Man- *
- chester, moyenne de quatre analyses 50,75 1,892 0,264 0,371 0,177 0,746 0,022 8,73 2,10 2,06 4,16
- 1. Population en 1861 : 3200 habitants par mille carré.
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- Les moyennes des analyses de chacun de ces tableaux ne sauraient être utilement rapprochées qu’en référant chaque échantillon au moment où il a été recueilli, au volume des eaux de la rivière. Cette dernière donnée faisant absolument défaut, il suffira, pour se rendre un compte exact de l’influence de la densité de la population, de comparer les analyses suivantes :
- Tableau n° I, analyse n° 4 :
- L’Aire a 400 mètres en aval du collecteur de Leeds; population de 1,400 habitants par mille carré.
- Tableau n° II, analyse n° 8 :
- L’lrwell en aval de Manchester; .population de 3,200 habitants par mille carré.
- Tableau n° I, analyse n° 2 :
- Le Bradford-Beck,en aval de Bradford et du collecteur; population de 10,000 habitants par mille carré.
- Les chiffres croissent d’une manière continue avec la population, sauf ceux des matières en suspension, qui, dans le cas de l’Aire et de 1’Irwell, se précipitent tant à Leeds qu’à Manchester, par les barrages en rivières.
- Si l’accroissement du degré de corruption par le carbone et l’azote organiques, n’est pas en rapport mathématique avec celui de la population, c’est à cause des modifications apportées au volume des eaux, aux dates différentes des analyses. Bien que la prépondérance de l’industrie du coton ou de la laine ne se traduise pas d’une manière sensible dans la composition des eaux de rivières, par suite de la concentration des habitants, on reconnaît dans l’irwell, à la présence de l’arsenic métallique, l’emploi spécial de fortes proportions d’arséniate de soude pour l’impression des calicots, et à la présence du chlore, l’emploi en masses importantes du chlorure de chaux qui sert à blanchir les cotonnades.
- MM. Frankland et Morton ont résumé également dans le tableau suivant (tableau III) la composition des eaux des rivières alimentées par les fabriques de laines, lainages,etc., dans les autres districts de l’Angleterre et du pays de Galles; ces districts se trouvent dans les comtés suivants :
- Comté de Gloucester. — Dans le comté de Gloucester, on travaille les laines courtes. La rivière Frome, qui draine une surface de 70 milles carrés et reçoit, comme tributaires, des petits cours d’eau des vallées de Nailsworth, Chalford, Slad et Painswick, est altérée par les déchets de 39 fabriques qui produisent annuellement plus de 25,000 pièces de drap; sans parler des résidus d’autres fabriques et usines (teintureries, produits chimiques, etc.) et du sewage de gros villages industriels, y
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- compris celui de la ville*de Stroud, centre principal de là fabrication des draps, avec 8,000 habitants.
- L’Avon, venant des vallées de Nailsworth, Avening et Horsley, est un des principaux affluents de la Frome. Ces deux rivières démontrent également, par l’analyse de leurs eaux, combien est intense le degré de corruption des petits cours d’eau par le fait des usines situées si près de leurs sources. Ce degré diminue en aval, après que la Frome a reçu l’Avon, par suite de l’écoulement de plusieurs ruisseaux d’eau pure et de l’augmentation du volume total.
- Comtés de Somerset et de Wilts. — Dans les comtés de Somerset et de Nord Wilts, on rencontre la même industrie à peu près que dans le Glon-cestershire. Ici, une autre rivière du nom d’Avon, qui draine les villes de Bradford, Bath et Bristol, reçoit deux tributaires principaux; une autre rivière appelée Frome également et la Biss dont les eaux sont imprégnées parles fabriques et le sewage.
- L’Avon, en traversant Bradford, est peu souillée, et lorsque la Biss, ayant desservi Trowbridge, déverse ses eaux qui ne représentent pas le centième du volume de l’Avon, la souillure n’augmente pas très-sensiblement. Avant d'atteindre Bâtli, elle reçoit la Frome, puis, dànS la ville même, le sewage de 60,000 habitants. Mais lë volume dès eaux est si considérable que le degré dé corruption subit une très-légère augmentation. '
- L’industrie des laines longues, qui offre moins de déchets, par rapport à la matière première* que celle des laines courtes ou du drap* s’exerce à Witney (comté d’Oxford) pour les couvertures ; à Newtowu, polir les flanelles et lainages divers ; à Kidderminster, Durham, Kendal et Wil-ton, pour les tapis. /f,;
- Comté d’Oxford.^ La Windrush draine, en amont de Witney, une surface de 100 milles carrés environ dans le terrain oolithiqüè. Elle reçoit, en outre, les liquides de 4 fabriques dé couvertures et lesëwage des 3,000 habitants de Witney< On y traite près de 15 tonnés de laine par semaine, dont les eaux de lavage* jointes à celles dés cuvés de teinture* sont écoulées à la rivièré. Le volume des èàux delà Windrush est heureusement deux fois plus considérable que celui de la Frome dans le Gloucester-shire, et reçoit des additions considérables d’eau de source dans son passage par Witney.- .
- ^Cornté’de Montgomery. ^ Dans le comté de Montgomery, là fabrication des flanelles occupe1 plus dé 48 usines» concentrées sur les bords de*la Severn; Le volume des, eaux du fleuve est si considérable que les causes «d’infection produites par cette agglomération ne sont pas appréciables. - . ‘ r : "i" ;
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- Comté de Worcester. — L’industrie des tapis manifeste ses effets sur les eaux courantes, dans le cas notamment de la Stour à Kidderminster. A vaut d’atteindre cette ville, la Stour, à Cookley, est déjà assez chargée ; mais, au sortir, elle est très-colorée et si infectée qu’elle ne peut plus servir aux usages domestiques. La proportion de carbone organique a considérablement augmenté; quant à celle de l’azote total combiné, si elle a beaucoup diminué, c’est par suite des nitrates contenus dans les eaux de la rivière, qui laissent dégager librement leur azote par la putréfaction ultérieure.
- Comté de Westmoreland.— Kendal, dans le Westmoreland, est le siège principal del’industrie. des laines peignées et des couvertures, de voyage.
- La rivière Kent, dont le débit est assez important avant d’arriver à Kendal, est très-suffisamment salubre pour lés usages domestiques et industriels. Les résidus des usines, les eaux de dégraissage, de teinture et des égouts de la ville l’altèrent, mais temporairement, à cause surtout de la rapidité du courant.
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- III. — EAUX DES RIVIERES DE DIVERS COMTES LAINIERS.
- rr=
- DATES de prise des
- échantillons.
- 1870.
- 18 mars. ..
- 17 mars. . .
- 17 mars. ..
- 17 mars. • .
- 17 mars. • •
- 10 mars.
- 10 mars. • •
- 11 mars. ..
- H mars. . .
- 12 mars. ••
- 9 décembre. 9 décembre.
- 27 avril,
- 27 avril. • •
- 28 avril.
- 28 avril. •
- 1871.-
- 17 mars. , ,
- 17 mars.
- RIVIÈRES ET COURS D’EAU
- dont les eaux sont corrompues PAR L’INDUSTRIE LAINIÈRE.
- COMTE DE GLOUCESTER.
- 1. La Frome, dans la vallée de Chalford (source)..
- 2. Id., en amont de Stroud...............
- 3. Id., avant sa jonction avec la rivière Avon..
- 4. l’Âvon, avant sa jonction avec la Frome..
- b. La Frome, à Ébley, après sa jonction avec l’Avon.
- COMTÉS DE SOMERSET ET DE WILTS.
- 6. La Frome, en amont de la ville de Frome (source)
- 7. Id., en aval de Frome.................
- 8. l’Avon, en amont de Bradford. .....
- 9. Id., en aval de Bradford.................
- 10. Id., au-dessous de Bath.................
- COMTÉ D’OXFORD.
- 11. La Windrush, en amont de Witney.........
- 12. Id., à 1 kilomètre de Witney........
- COMTÉ DE MONTGOMERY.
- 13. La Severn, en amont de Newtown..........
- 14. Id., en aval de Newtown.............
- COMTÉ DE WORCESTER.
- 1b. La Stour, en amont de Cookley............
- 16. Id., en aval de Kidderminster.......
- COMTÉ DE WESTMORELAND.
- 17. La Kent, en amont de ICendal............
- 18 . Id., en aval de ICendal.................
- MATIERES EN DISSOLUTION.
- Total 1 des matières solides Carbone organique. Azote organique. 1 Ammoniaque. Azote à l’état de nitrates, etc. Azote total | combiné. Arsenic métallique. Chlore. | 1 Minérales. 1 cô O 3 tx* • ‘S ci tKD O < H O
- î. 2. 3 . 4. s. 6 . 7. 8 . 9. 10. 11.
- 27,30 0,062 0,009 0 0,298 0,307 O 1,03 0 O 0
- 30,30 0,202 0,031 0,005 0,273 0,308 0 1,25 2,32 0,63 2,95
- 29,30 0,239 0,033 0,010 0,359 0,400 0 1,50 0,84 0,46 1,30
- 29,24 0,188 0,021 0,015 0,281 0,314 0,003 1,55 0,35 0 0,35
- 28,44 0,165 0,022 0,013 0,317 0,850 0 1,40 0,77 0,29 1,06
- 17,46 0,326 0,023 0,004 0,042 0,070 O 1,88 traces. traces. traces.
- 26,10 0,411 0,046 0,005 0,191 0,241 0 1,88 0,76 0,14 0,90
- 35,06 0,357 0,057 0,008 0,287 0,351 0 2,00 0,41 0 0,41
- 35,20 0,340 0,071 0,008 0,306 0,384 0 1,95 0,56 0 0,56
- 35,70 0,259 0,041 0,028 0,313 0,377 traces. 1,90 traces. traces. traces.
- 28,30 0,103 0,033 0,001 0,293 0,327 0,020 1,13 traces. traces. traces.
- 28,24 0,123 0,033 0,003 0,304 0,339 0,040 1,10 Id. Id. Id.
- 6,60 0,123 0,016 0,003 0,010 0,028 » 1,33 traces. traces. traces.
- 6,02 0,120 0,018 0,001 0,010 0,029 » 1,38 Id. Id. Id.
- 42,84 0,268 0,039 0,014 0,332 0,403 » 6,83 0.34 O 0,34
- 40,00 1,224 0,179 0,016 0,182 0,374 6,32 1,28 0,52 1,80
- 6,48 0,149 0,020 0 0,044 0,064 » 0,90 O O 0
- 7,56 0,217 0,036 0,001 0,058 0,095 » 0,90 traces. traces, j traces.
- MATIERES EN SUSPENSION
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- Bien que, d’après les analyses du tableau ci-dessus, les eaux montrent un degré de pureté plus élevé que celui des eaux du bassin de l’Irwell, on ne saurait l’attribuer à ce que l’industrie des laines écoule des liquides plus salubres que celle des cotons. C’est le contraire qu’il faut constater en se reportant à la composition moyenne des liquides rejetés par les deux industries, telle qu’elle apparaît dans le tableau suivant :
- DÉSIGNATION. COTON. Moyenne de 5 échantillons. LAINE. Moyenne de 15 échantillons.
- Matières en dissolution.
- Total des matières solides. 50,20 . 337,00
- Carbone organique 4,226 64,783
- Azote organique 0,299 10,384
- Ammoniaque 0,125 . 11,647
- Azote à l’état de nitrates, etc 0,000 0,041
- • Azote total combiné 0,399 20,015
- Arsenic métallique 0,034 0,011
- Chlore 4,S6 21,94
- Matières en suspension.
- Matières minérales 7,02 102,39
- Matières organiques 18,97 372,45
- Total des matières 25,99 474,84
- Conclusions. — Le remède à cette infection des rivières par l’industrie-et les égouts est le même que celui indiqué dans le premier rapport sur le bassin de la Mersey et de la Ribble> C’est l’irrigation qui non-seulement détruit les déchets, mais les convertit en éléments salubres. Dans les localités où la dépense pour irriguer est trop forte, par suite du prix excessif des terrains ou du transport des liquides, il faut recourir au filtrage intermittent, mais sans en attendre de bénéfices. « Là « où 50 hectares auraient été nécessaires pour épurer et pour utiliser « avec profit le drainage d’une ville de 4 0,000 âmes, par exemple, à l’aide « de l’irrigation, on pourra employer seulement 2 hectares de sol rendu « poreux sur une profondeur de deux mètres, en le faisant servir comme « filtre intermittent, pour oxyder et purifier, par conséquent, le drai-« nage de la ville. Il y a toutefois une condition à cela, c’est que la « masse de sol traversée soit fréquemment aérée, et que le liquide impur « soit déversé sur ce filtre, de telle sorte que chaque partie en. ait une « part égale à des intervalles de temps égaux. »
- Cette dernière solution de la question s’impose pour les villes, situées dans des vallées étroites et profondes où l’on ne peut obtenir des sur-
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- faces irrigables qu’en élevant les liquides à des frais excessifs. C’est le cas de Ëalifax et de Leeds, par exemple, qui sont Sous le coup de sommations légales pour mettre fin à l’insalubrité causée par l’écoulement des égouts dans la Calder et l’Aire.
- Lés Commissaires maintiennent absolument dans leurs conclusions celles de leur premier rapport.
- C. ENQUÊTE DE L’ASSOCIATION BRITANNIQUE.
- Un comité, présidé par M. R.-B, Grantham, fut chargé en \ 868, par l’association britannique réunie à Norwich, de faire une enquête et de rédiger un rapport annuel sur le traitement et l’emploi du sewage, afin de Consigner les faits et les renseignements de nature à guider les opérations futures pour le drainage des villes. Le rapport de M. Grantham devait Comprendre : t°les circonstances particulières à chaque ville, telles qué l’étendue du district, lapopulation, lenombre de maisons drainées, etc.; 2° les caractères du sewage et de l’eau distribuée, ainsi que le volume disponible de sewage; 3° le mode d’utilisation du sewage avec description des travaux et leur coût; 4° les résultats pécuniaires pour le district et pour ceux qui vendent ou appliquent le sewage au sol ou autrement.
- Dans un premier rapport, au nom du Comité Grantham, à Ëxeter1, lé docteur Paul a fait connaître les conditions du drainage des principales villes continentales, en remarquant qu’à Hambourg seul le système de l’écoulement des matières par les égouts est appliqué. Il résulte des ren-seignemehts recueillis par le Comité, que l’enlèvement du sewage est unô question aussi Controversée sur le continent, sous lé rapport des méthodes à employer, qû’én Angleterre, et qu’il y est aussi indispensable de donher satisfaction à l’hygiène et à l’agriculture. Le Comité a adressé un questionnaire à 338 villes anglaises.A 07 y ont répondu, parmi lesquelles 11 n’ont pas d’égouts ; 48 jouissent d’une canalisation complète, et 15 appliquent le sewage à llrrigation. Les autres villes ont adopté des systèmes très-défectueüx. Les résultats sont très-variables, l'ês influences locales étant eîles-mêmés très-différentes» Quelques villes affirment que le sewage, par les procédés de précipitation ou de filtrage; est débarrassé de toutes matièrès nuisibles et écoulé à l’étahd’eaù pure. L’engrais obtenu se vend de 0 fr. 60 à 3 fr. la tonne» Leicester en a vendü'ôjOOO tonnés dans ühe année. v U’ .
- Aucune objection appuyée sur des rapports médicaux n’a été produite Contré Irrigation-. Le Comité exprime toutefois l’avis qu’il y a lieu de pour-
- i. D* Benjamin Paul. The sewage of towns. British association at Exeter, 1869.
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- — S75 —
- suivre l’enquête pour comparer les prix des divers systèmes et leurs effets sanitaires.
- A la demande de souscriptions, adressée parle Comité à 663 corporations et conseils de salubrité, 245 réponses seulement sont parvenues en 1870, et 82 souscriptions, représentant ensemble fr. 20 000, dont 2 500 francs de la ville de Manchester, et 750 fr. de Halifax et de Plymoulli. Malgré le peu d’importance de la somme, le Comité a décidé de continuer son enquête.
- A la réunion de Liverpool (1870), les. résultats des 200 villes qui avaient répondu au questionnaire |du Comité ont été, exposés. Ces villes, représentant une population totale de 7 159 %IQ babjitaiit,s,;pç^yént se répartir en trois catégories. ' ,
- Nombre. Population,
- 1. Ailles jouissant d’un réseau complet d’égouts, d’une distribution , r. ' V
- d’eau générale et de water-closets se déchargeant dans les, égouts>, ,v;V M C MM-©<$
- 2. Villes jouissant d’un réseau d’égouts et: d’une distribution dfeau,
- où le système des water-closets n’est qu’en partie appliqué. , 145 5.-785.840
- 3. Villes n’ayant pas d’égouts........................!.... Il 218.800
- Total.. .,.x. 200 7.159.240
- Ces villes ont été classées, d’ailleurs, par divisions d’enrégîstrement, par comtés et par bassins. L’Écossé n’a répondu à l’eïrquête que poUf 8 villes, et l’Irlande pour 4. '
- Le Comité a présenté aux divers points de vue. suivants, les résultats des tableaux qu’il a dressés avec les réponses des villes :
- Distribution d'eau. — La plus grande irrégularité se manifesté pour ta distribution d’eau. On compte très-peu de villes ou Ta tofarifé^des liabir lants soit approvisionnée par les sources publiques. Outré que la quantité d’eau livrée â là consommation varie beaucoup pour les'Usages, publics et particuliers, les eaux de puits et les eaux pluviales jouent un rôle très-important dans la consommation privée. Là pèrte' d’eau, est également beaucoup plus considérable dans certaines villes. Sur' les 200 villes enregistrées par le Comité : uj- «
- 90 dépendent entièrement d’une distribution d’eau, publique,.^ ,
- 22 dépendent de sources particulières ;
- 88 dépendent en partie de sources particulières, et en partie de la distribution d’eau publique. • Jooqwi
- Comme, volume d{eau livré à la consommation par jour et pai) tête, on compte pour : ' .........mndhlO
- 7 villes. : . .. ... ..... 225 litres et- aU^dèssU's.
- , 6 -'i— . . de 180 litres à 225* “Ji>h
- 18 1—................. de 135 —
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- 46 villes 38 —
- 4 —
- 576
- de 90 litres à 435. de 45 — à 90. moins de 45 litres.
- Les autres villes n’ont rien indiqué pour leur consommation.
- Récepteurs de vidange.— La même diversité existe pour les réceptacles de vidange que pour la distribution d’eau. Sur les 200 villes enregistrées, il y en a :
- 44 où les water-closets sont généralement employés,
- 75 où les water-closets prédominent,
- 70 où les fosses prédominent.
- On ne compte que 446 fosses à terre sèche du système Moule.
- Vidange et voirie. — Sur les 200 villes, 41 seulement sont absolument dépourvues d’égouts pour l’écoulement des déjections liquides. Les eaux ménagères, celles des abattoirs, etc., les eaux vannes des fosses, s’écoulent sur la voie publique, jusqu’aux cours d’eau, ou bien, elles sont absorbées par le sous-sol. Pour 14 9 villes où il existe des fosses, les déjections sont entraînées en partie par les égouts, et en partie enlevées par les Loueurs et vidangeurs ; la |vidange n’est effectuée au compte de la municipalité que dans trois villes. Les cendres sont également enlevées presque partout et au compte du public. 44 villes seulement jouissent d’un système complet de water-closets.
- Coût du nettoiement, de la vidange, etc.—Trois villes seulement, Fareham, Stockton upon-Tees et Dundee indiquent un bénéfice provenant delà vente des boues et des vidanges, etc. A Stockton, sur une population de 23 000 âmes, le bénéfice annuel est de 2 500 fr. A Fareham, sur une population de 6 200 âmes, l’entrepreneur chargé du service des ordures ménagères, del’ébouage des rues et des vidanges des fosses, paye 175 fr. par an au Conseil. A Dundee (Ecosse), le profit annuel pour la ville s’élève à 15 750 fr. Dans les autres villes, les entrepreneurs reçoivent une somme d’argent, outre la masse des déjections, pour prix de leur marché. On peut juger de l'importance du sacrifice ainsi imposé aux villes par les
- quelques chiffres suivants : Population. Perte par tête et par an,
- Liverpool. . . . ..... 510.000 24f 45
- Scarborough 22.000 27 90
- Malvern. » . . . . . . . . . . 6.000 22 50
- Oldham . .... 86.000 46 35
- Bradford ........... 443.000 24 05
- Rochdale ...... 47.000 13 95
- Bridgenorth ....... 5.700 12 70
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- — 577 —
- Perte
- Population. par tète et par an.
- Torquay............................. 20.000 12 70
- Newcastle.......................... 135.000 21 75
- Cardiff............................. 35.000 14 05
- Lanelly........................... 13.000 19 05
- Aberdeen............................ 62.500 13 95
- Edimbourg.......................... 190.000 14 45
- Débit des égouts. Eaux superficielles et d'orage. — Les eaux delà surface sont reçues dans les égouts de 149 villes. Dans neuf d’entre elles, où un nouveau système d’égouts a été adopté, les anciennes galeries sont entièrement affectées à la décharge des eaux superficielles; dans onze autres villes, les égouts anciens sont employés. Il n’y a qu’une seule ville où l’on ait approprié des égouts spéciaux à l’écoulement des eaux de surface. Les chiffres recueillis indiquent quelles difficultés il y a à surmonter pour la décharge immédiate de volumes aussi considérables, à moins qu’on ne puisse l’utiliser à la chasse des égouts. Nous ne citerons que deux exemples. Dans le district de Nottingham, où la surface tributaire des égouts est de 760 hectares, et la hauteur annuelle de l’eau pluviale de 0m,63, il tomba, le 18 septembre 1869, 0™,054 de pluie. Si la moitié seulement du volume d’eau tombée se fût rendue ce jour-là aux égouts, ceux-ci auraient eu à débiter plus de 200 000 mètres cubes par les galeries ou les trop-plein, c’est-à-dire un volume de liquide 11 fois plus considérable que le volume ordinairement débité, et 13 fois plus considérable que le volume d’eau potable distribuée. A Dundee, cù la surface drainée par les égouts est de 857 hectares et la moyenne d’eau pluviale de 0m,63, il tomba, le 12 septembre 1869, 0m,043 de pluie. La moitié du volume que représente cette chute, soit 182 000 mètres cubes, a dû être déchargée par les égouts; ce qui correspond à un volume d’eau 13 fois plus considérable que celui des eaux distribuées.
- Eaux du sous-sol. — L’entraînement des eaux du sous-sol a la plus grande importance au point de vue sanitaire1. D’après le rapport du docteur Buchanan, et malgré ce qu’offrent d’imparfait les renseignements recueillis par le Comité Grantham, on peut dire que sur 200 villes enregistrées, la moitié reçoit, dans les égouts destinés au sewage ordinaire, les eaux du sous-sol. Or ces eaux, venant diluer le sewage ordh-naire, compliquent la difficulté de l’utilisation, surtout lorsqu’il faut recourir à l’élévation par des pompes. Nous citerons plusieurs exemples. A Torquay, ville de 20 000 habitants, située sur le bord delà mer, le volume d’eau potable distribué s’élevant à 136 litres par tête, ou à 2 726 mètres cubes par jour; le débit total de sewage est, par jour, de 7 270
- 1. Voir 9th Report of the medical oflicer of lhe privy eonneil.
- 38
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- — §78 —
- mètres cubes, c’est-à-dire que les eaux du sous-sol s’ajoutant à celles du sewage ordinaire dans la proportion de 1,60 : 1, le sewage total par tête et par) jour, est réellement de 363 litres. Si le Conseil de Torquay, au lieu d’écouler le sewage à la mer, voulait l’élever par des pompes, afin de l’utiliser sur le sol, il lui faudrait, au lieu de 100 francs, en dépenser 160.
- A Leamington, ville de 20 000 habitants, située sur la rivière Leam, la distribution d’eau est de 1 820 mètres cubes par jour-; or, le volume de liquide déchargé dans la rivière atteint 4 543 mètres cubes. La différence de 2 723 mètres cubes, représentant les eaux du sous-sol, correspond à 150 pour 100 du débit de sewage proprement dit.
- À Hertford, Où le volume d’eau distribué est de 280 litres par tête et par jour, ou de 838 mètres cubes par jour, le débit des égouts est de 7 950 mètres cubes, c’est-à-dire neuf fois et demie plus considérable que celui dû. aux habitations de la yille.
- D’une manière générale, on peut dire que les égouts débitent des volumes de liquide beaucoup plus considérables que ceux indiqués par la distribution d’eau. Quelques exemples en sont donnés dans le tableau suivant : ,
- DESIGNATION.-- MBIT D'EAU POTABLE DÉBIT DES EGOUTS.
- par habitant. par habitant.
- litres. litres.
- Hertford.. . 280 1166
- Burton s. Trent. » 794
- Blacltpool.. 1 ( 32 | pius des puits et citernes. 700
- Douvres. 227 650
- Enfield 150 405
- Torquay 138 365
- Batley 00 318
- Emploi du seioage. — Sur les 189 villes jouissant d’un réseau d’égouts, 143 rejettent leur sewage sans lui faire subir aucun traitement, 14 le filtrent complètement ou partiellement, et sur ce nombre 3 emploient leurs eaux filtrées à l’irrigation. Le traitement chimique est appliqué par 18 villes, dont 3 désinfectent simplement les liquides et 2 irriguent après précipitation. Enfin, 15 villes utilisent leur sewage en totalité ou'en partie à l’arrosage. En somme, sur les 189 villes, 20 seulement pratiquent l’irrigation. Nous avons réuni dans un tableau1 les détails relatifs aux 47 villes qui manipulent le sewage, tels qu’ils ont été recueillis par le Comité Grantham. ,
- 1. Voir le tableau à la fin du volume.
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-
-
- Société des Ingénieurs civils.
- cn
- g « s s
- 25
- ÉGOUTS ET IRRIGATIONS. (Extrait de l’Enquête de l'association britannique, 4870, page 578.
- COMTÉS.
- VILLES
- BT
- DISTRICTS,
- BASSINS.
- AUTORITÉS
- SANITAIRES.
- 4 Kent Canlerburu.. . Sf.nnr.
- 2 Hampshire Fareham... )) Tamisfî
- 3 Middlesex Uxbridqe
- 4 Northampton Wellinaborouah Nene...
- 5 Cambridge Eiy........ Ouse
- 6 Warwick Coventra. .. . Severn._
- 7 Lancashire Bacup Mersey.
- 8 Id Newton Id
- 9 Id Over Darwen Id..
- 40 Id Tyldeslen Td.
- 44 Mon mou th Aberqavenna Usk
- 42 Surrev Ensom Tamise
- 43 Oxford Banburq Id. ...
- 44 Gloucester.. . Cheltenham. . Severn, . ..
- 45 Hampshire Alton Tamise. .
- 46 Id Andover Tftftt fit 1 fohen
- 47 Id Southampton »
- 18 Middlesex Ealina Tamise. . .
- 19 Hertford Hertford Id.
- 20 Buckingham. ..... Aulesburu Id .
- 21 Northampton Northampton Nene. .
- 22 Bedford Luton Tamise. . .
- 23 Gloucester Stroud Severn.
- 24 Stafford Burton sur Trent Trent.. .
- 25 Warwick Birminaham. Id..
- 26 id Leaminaton Severn.
- 27 Leicesler Leicester Trent
- 28 Cheshire Crewe Mersey. . .
- 29 Lancashire Âccrinalon.. . Rihhle.
- 30 Id Blackburn Id
- 31 Id Ormskirk Id. .
- 32 Est-Riding Cottingham Humber
- 33 Kent Tunbridgc Wells. ... Bicester Medway.
- 34 Oxford Tamise
- 35 Bedford. Bedford. Ouse .
- 36 Essex Braintree Rrane.
- 37 Id Chelmsford Id
- 38 Suffolk Bury-Saint-Edmund. Burslem Ouse.
- 39 Stafford Trent
- 40 Worcester Malvern Severn
- 41 Warwick Ruqbq Id. ..
- 42 Id Wurwick Id. .
- 43 Lancashire Chorsley Ribhle
- 44 Northumberland.... Tynemouth ))
- 45 Cumberland Carlisle Eden
- 46 Écosse Aberdeen. .
- 47 Id Édimburgh »
- Local Board..
- Id.....
- Id.....
- Id.....
- Id.....
- Id.....
- Id... .
- Id.....
- Id.....
- Commissaires.
- Local Board..
- Id....
- Commissaires.
- Local Board..............
- Conseil municipal.........
- Corporation comme Local Board.
- Local Board...............
- Corporation...............
- Local Board...............
- Commissaires..............
- Local Board...............
- Id..................
- Id..................
- Corporation...............
- Local Board...............
- Id..................
- Id..................
- Id..................
- Corporation...............
- Local Board...............
- Id..................
- Commissaires.............
- Local Board...............
- Id...................
- Id...................
- Id...................
- Corporation................
- Local Board................
- Id...................
- Id...................
- Corporation comme Local Board.
- Commissaires...............
- Local Board................
- Id...................
- Commissaires...........
- Conseil municipal..........
- POPULATION.
- Du
- district
- entier.
- 4.000
- 5.000
- 50.000
- 8.000
- 6.800
- 6.250
- 40.000
- 18.000
- 7.500
- 20.000
- 360.000
- 20.000
- 90.000
- 16.000
- 25.000
- 81.000
- 6.000
- 3.500
- 16.000
- 2.700
- 16.500 5.000 9.000
- 14.000
- 28.000
- 6.000
- 9.000
- 11.000
- 20.000
- 36.000
- 31.000
- 62.500 190.000
- De
- la partie drainée.
- 3.400 4.000
- 50.000
- 8.000
- 6.400 6.250
- »
- 18.000
- 6.500
- 20.000
- »
- 20.000
- 89.000
- 16.000
- 20.000
- 68.000
- 6.000
- 2.500
- 13.000
- »
- »
- 4.000
- 8.500
- 14.000
- 28.000
- 5.000
- 8.700
- 10.000
- 15.000
- 32.000
- 31.000
- 62.500
- 190.000
- DISTRIBUTION D’EAU.
- Service
- quotidien
- par
- tête. -
- litres.
- Volume total par jour aux
- égouts.
- mètres cubes.
- RÉCEPTEURS DE VIDANGES.
- Water-closets.
- Fosses
- mobiles
- sèches.
- Fosses
- d’aisances.
- EAUX D’ORAGE
- ET SUPERFICIELLES.
- Surface
- drainée
- par
- les égouts.
- hectares.
- 65
- »
- 68
- 90
- 68
- »
- 90
- 27
- 105
- 136
- 90
- 86
- 427
- 150
- 182
- Filtrage complet ou partiel
- 22.000 20.000 72 )) 1300
- 6.200 4.600 68 300 500
- 7.500 7.500 68 510 1600
- 8.000 8.000 77 )) 900
- 8.000 6.200 136 865 1000
- 41.000 41.000 77 n 3840
- 17.600 43.000 » » 60
- 7.000 5.000 )) » 40
- 24.000 14.000 » 1100 60
- 7.000 5.000 » 260 6
- 5.000 5.000 82 410 300
- Filtrage
- 5.000 4.000 123 615 750
- 10.800 » 95 » général.
- 43.000 40.000 » » »
- o
- »
- 0
- 20
- 2
- 20
- »
- 1
- »
- »
- 6
- 3000
- 0
- 50
- 100
- 5
- 1500
- 640
- 600
- 4000
- 500
- »
- et Irrigation,
- »
- »
- 142
- 162
- 810
- »
- 566
- 4856
- 98
- »
- 566
- Désinfection ou Précipitation.
- )) » 420 7 20 67
- » n » 7 » »
- 136 6800 général. 2 70 312
- 113 910 1500 0 12 485
- 280 » 433 14 5 36
- » » » » » »
- 68 n » 0 » »
- » » » » général. »
- 32 205 216 0 » 45
- y> » 60 20 2000 »
- Ü » » » général. »
- 90 1820 général. » » »
- » . 8000 » » » »
- » » » 0 2000 283
- )) » » » général. »
- )) » 900 0 13500 930
- 90 775 120 0 » »
- » » 12 0 200 97
- Irrigation.
- 860
- »
- »
- 365
- 590
- »
- 2540
- 230
- 865
- 1365
- 1200
- »
- 3860
- 11500
- 34500
- général.
- »
- général.
- Id.
- Id.
- »
- 2000
- 1000
- 1400
- 2000
- 200
- 496
- général.
- 2600
- général,
- »
- »
- »
- »
- 10
- »
- 0
- 0
- 0
- 0
- 0
- 0
- »
- 0
- 0
- I)
- 20
- »
- »
- 3000
- »
- »
- 400
- 1000
- »
- »
- 500
- »
- »
- »
- »
- »
- »
- »
- 405
- 607
- 45
- 243
- 324
- »
- 780
- 405
- 1700
- Chute d’eau pluviale. Moyenne annuelle.
- mètres.
- 0,507
- 0,838
- »
- 0,558
- 0,558
- 0,711
- 0,610
- 0,711
- »
- )>
- 0,660
- »
- »
- 0,711
- 0,914
- »
- 0,813
- 0,635
- 0,635
- 0,635
- 0,609
- »
- 0.635
- »
- 0,609
- »
- 1,090
- 0,432
- 0,609
- »
- 0,558
- »
- »
- 0,762
- 0,584
- 0,660
- 1,142
- 0,660
- 0,660
- 0,863
- 0,635
- DÉBIT DES ÉGOUTS.
- Moyenne par jour en
- temps sec.
- mètres cubes.
- 5225
- 818
- »
- »
- 490
- 1908
- »
- 590
- 658
- 1365
- 4755
- 575
- »
- 6815
- 1590
- 2730
- »
- 455
- 15910
- ))
- 4545
- 13630
- 3635
- »
- 9100
- »
- 77
- 3900
- »
- 4365
- »
- »
- 227
- 1365
- 2275
- 1635
- »
- s
- 13630
- Par
- habitant
- drainé
- et
- par jour.
- litres.
- 263
- 177
- »
- »
- »
- »
- 36
- »
- 436
- »
- 118
- 163
- »
- 118
- 168
- »
- 136
- 200
- »
- n
- ))
- »
- 68
- 794
- »
- 227
- 454
- 227
- »
- 132
- »
- 32
- »
- »
- 159
- »
- »
- 45
- 154
- 227
- 127
- »
- »
- 218
- »
- SERVICE PUBLIC DU NETTOIEMENT, VIDANGES, ETC.
- EXPLOITATION,
- A l’entreprise et par le Local Board..................
- A l’entreprise........................................
- Par Local Board (fosses)..............................
- »
- Par Local Board (rues)......... ,
- id.................
- A l’entreprise........................................
- A l’entreprise (fosses) et par le Local Board (rues).
- A l’entreprise........................................
- » -
- Par les commissaires.................................
- A l’entreprise.......
- Par les commissaires,
- Par le Local Board.
- A l’entreprise et par le Local Board.
- A l’entreprise (vidanges)............
- »
- »
- Par les commissaires.................
- Par le Local Board.................. .
- Par le Board et à l’entreprise. Par le Board.....................
- A l’entreprise (fosses).
- Par la corporation.. Par le Board (rues).
- Par le Board.
- A l’entreprise (rues). Par le Board (rues).,
- Par les commissaires.
- A l’entreprise.......
- Par le Board.........
- Par les commissaires. Par le conseil.......
- Coût total par an. Sommes reçues pour vente par an. PROFITS ET PERTES.
- Bénéfice par habitant. Perte par habitant.
- francs. francs. francs. francs.
- 11.250 3.125 » 0,35
- 0 175 0,:i0 »
- 3.750 750 ï) 0,38
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- 13.750 2.375 )) 0,45
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- 25.000 14.000 n 0,26
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- 77.500 12.000 » 0,78
- 1.250 0 » 0,18
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- 22.550 4.500 » 0,56
- 152.975 75.200 n 1,12
- 455.125 223.375 )> 1,17
- N. B. Les villes de Newton (n® 8) et Tyldesley (no 10) filtrent partiellement leurs eaux d’égout. -Carliste (n® 4-8). Aberdeen (n® 4G), Edimburnh In® 41 i îrPIP'IlPnt MVÉ»n. «nP narliû «anlawonl /I*
- Les villes de Ealing (n® 18), Hertford (n® 19), Luton (n® 22) désinfectent leurs eaux d’égout, et Southampton (n® 17), Leamington (n® 26) précipitaient par le procédé ABC. — Les villes de Birmingham (n® 28) et Ormskirsk (n® 31) précipitent le sewage et irriguent. — Les villes de Braintree (n® 36), Chelmsford (n® 37), Burslem (n® 39), Tynemouth (n® 44),
- Paris. — l:up. Vièviüe et Capionsont, rue des Poitevins,
- pl.n.n. - vue 579/803
-
-
-
- — 579 —
- Le Comité, dont les membres les plus actifs sont : le docteur Gilbert, le docteur Voelcker, M. W. Hope, les professeurs Corfield et Williamson, continue son enquête très-imparfaite, à l’aide des fonds que vote annuellement l’association.
- On trouvera aux divers chapitres les résultats récemment constatés, tels que le Comité les a exposés à la réunion de Brighton (1872), notamment en ce qui concerne le filtrage à Stoke, la précipitation par les procédés Scott et Whitthread, l’arrosage à Merthyr-Tydvil et à Breton-farm.
- IY
- Application de la tel pou© la protection dess d’eau.
- Nous avons vu qu’il n’y a pas d’acte législatif proprement dit qui oblige les conseils municipaux, en Angleterre, à employer le sewage de leurs districts en irrigations ou autrement ; mais une loi ,autorise la pour-suite des autorités qui laissent déboucher les égouts dans les cours d’eau, et la suppression des causes de corruption des eaux courantes : ce qui revient au même.
- A peine cette loi, connue sous le nom de son promoteur, lord Montagu, était édictée, que des villes importantes recevaient des injonctions pour cesser l’écoulement du sewage dans les rivières. Birmingham, Leeds, Halifax, Norwich, Merthyr, etc, ont dû prendre des mesures immédiates pour se conformer à ces sommations dans les délais prescrits. D’autres villes se préoccupaient déjà, sous l’impulsion de leurs conseils de salubrité, d’améliorer leurs égouts et d’en utiliser les liquides ; elles ont dû se hâter également d’exécuter les travaux.
- Le mouvement résultant de la nouvelle législation a été considérable; nous n’en voulons! donner comme indice que l’énumération des décisions prises et des travaux en cours-dans quelques localités, en distinguant les villes qui ont adopté l'irrigation* de celles qui étudient encore le meilleur procédé à adopter.
- A. Villes ayant adopte la canalisation et l’irrigation.
- ,LiverpûoU — La ville proprement dite de Liverpool, d'après d’enquête des commissaires de J 868., comptait 50,0 .676 habitants et 86 176 habitations, répartis e®r une surface de \ G hectares. La population s’y élevait donc à 237 habitants par hectare, et à 5,8 par maison, Plus de 20 000
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-
-
-
- — 580 —
- fosses sèches (privies), 29 000 water-closets et 2 500 fosses liquides desservaient les maisons, et le débit journalier d’eau domestique par maison était de 526 litres. La mortalité moyenne y atteignait 33,f par 1 000.
- Les dépenses pour les travaux des égouts s’élevaient déjà, en 1869, à 22 millions et demi de francs.
- La municipalité de Liverpool a entrepris, dans ces dernières années, de vastes travaux d’assainissement qui devaient nécessairement la conduire à l’adoption d’un système d’utilisation du sewage. M. Newlands, ingénieur de la ville, établit dans son rapport de 1869, que dans les cinq années (1863-69), il avait été construitprès de 39 kilomètres d’égouts, pour une dépense de 2 153 000 fr., soit environ 55 fr. par mètre. 13 229 fosses d'aisances ont été tranformées en water-closets, pour une dépense totale de 950 000 fr. Le pavage de 43 kilomètres de rues a été exécuté; et sur les 10 000 habitations construites pendant ladite période, 48 p. 100 appartiennent à Everton et à Kirkdale, 23 à Ouest Derby, -26 à Toxteth et 3 à Liverpool proprement dit.
- Le district de Liverpool, avec les communes suburbaines que nous venons de nommer, s’étend à 10 kilomètres au nord et au sud, le long de la Mersey, et environ à 3 kilomètres dans les terres. Jusqu’en 1846s le sewage était rejeté dans les bassins des docks; depuis lors, les 340 kilomètres d’égout construits ont été pourvus de huit émissaires dans la rivière. Le sewage débouche à l’extrémité nord et sud du district, au-dessous des .basses eaux de la Mersey.
- Une Compagnie, formée en 1868 pour l’utilisation des eaux d’égout, a mené activement les travaux qui devaient faire cesser l’écoulement. Les conduites ont été posées sur 12 kilomètres, jusqu’à Ince Blundell, où devait commencer la distribution du sewage sur le sol, puis jusqu’à Southport. Un premier bassin, d’une profondeur de 10 mètres, dans lequel débouche le collecteur, près de la station de Sandhill, qui reçoit le sewage de la partie haute de Liverpool et d’Everton, a été construit ; c’est de ce bassin que les pompes envoyaient le liquide aux divers points de distribution, ou bien le rejetaient par les soupapes dans un nouveau collecteur à un niveau supérieur en voie d’exécution. A la première station d’Ince Blundell, la Compagnie irriguait 20 hectares en 1869. Les fermiers des environs se sont empressés de brancher des tuyaux pour leurs exploitations.
- D’après M. Mechi, on était prêt à offrir à la municipalité le prix de 31 fr. 50 par jour pour l’abonnement à un conduit de 0m,05 de sewage. A ce prix, la Compagnie obtiendrait un gros bénéfice sur le capital à dépenser en machines élévatrices et en installations. Dans son assemblée de septembre 1869, la Compagnie du sewage j qui a traité avec la municipalité de Liverpool, faisait connaître les heureux résultats obtenus sur ses fermes expérimentales, et exprimait l’avis qu’elle serait bientôt; à même de fournir le liquide à 0 fr. 30 le mètre cube, ce qui lui per-
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-
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- mettrait de réaliser un bénéfice de 20 pour 100. Malheureusement la Compagnie s’est vue arrêtée par manque de fonds, à la suite de difficultés avec les propriétaires des terrains dont elle sollicitait la location pour l’arrosage.Le major Blundell s’est refusé à louer ses terres.EarlSefton et le comte Derby ont exigé des cautionnements considérables, en garantie des dommages que les travaux pourraient causer à leurs propriétés.
- Merthyr-Tydvil. — À Merthyr-Tydvil, la législation nouvelle pour la protection des cours d’eau a eu son plein effet. Le Local board venait à peine de dépenser la somme de 750 000 fr. pour terminer son réseau d’égouts, qu’il lui fut intimé d’avoir à cesser tout écoulement dans la rivière Taff. L’adoption du système d’irrigation échouait devant l’impossibilité de trouver une surface suffisante au point de décharge du collecteur, à cause de la faible largeur de la vallée. Le Local board dut, sur la proposition de son ingénieur, M. Harper, approuver la continuation du collecteur jusqu’à 6 kilomètres au delà de Pontypridd, là où la vallée s’élargissant, offre de vastes terrains appropriés à l’arrosage. Conformément au paragraphe 75 du local government act de 1858, le Conseil de Merthyr adressa une demande au secrétaire de l’intérieur pour la mise en vigueur de la loi de 1845 (land clauses consolidation act) qui autorise l’achat ou l’expropriation des terrains nécessaires à la canalisation et à l’emploi du sewage. Malgré l’opposition des propriétaires qui avaient obtenu l’interdiction de l’écoulement, l’enquête eut lieu par les soins de l’inspecteur général de salubrité, et communication fut donnée du projet de l’ingénieur Harper. Ce projet, appuyé par les ingénieurs Stephenson et Heppel, consistait à utiliser le sewage du district sur une étendue de 160 hectares, dont 145 pouvaient être livrés immédiatement à la culture. Cette surface fut reconnue suffisante pour l’épuration de 2 millions de mètres cubes par an. La dépense du projet était évaluée à 525 000 fr., et le prix d’achat du terrain à fr. 1 000 000. Le rapport de l’ingénieur faisait valoir le bénéfice que procurerait à la ville la plus-value créée par l’irrigation.
- Le docteur Frankland, qui visita spécialement Merthyr, proposa alors, conformément aux conclusions du troisième rapport (page 63), d’établir des filtres naturels exigeant, pour la population de 50 000 habitants, unè surface filtrante d’au moins 6 hectares, défoncée sur une épaisseur de tm,8Q. L’établissement de ces filtres dans le sol même devait être beaucoup plus long que la préparation du sol à l’irrigation.
- Malgré l’enquête, l’opposition n’en continua pas moins contre le Conseil. 11 avait demandé l’autorisation, en attendant la réalisation du projet, de continuer l’écoulement dans la Taff, mais après filtrage. Ce filtrage comprenait un bassin à deux compartiments, dont l’un rempli de mâchefer, et l’autre de charbon, déterminaient, il est vrai, l’enlèvement
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- — 582 —
- de la moitié des matières organiques ; mais, en temps de pluie, le filtre était noyé. Les riverains qui avaient obtenu la condamnation' du local board s’opposèrent à toute prolongation et demandèrent le séquestre. Le local board s’était pourtant empressé de construire un deuxième bassin-filtre pour rendre l’épuration moins imparfaite. Finalement, le juge chancelier se borna à ajourner l’exécution jusqu’à la production de rapports des ingénieurs sur les effets du filtrage1 2. Depuis, le local board a obtenu du Parlement le bill nécessaire pour le filtrage par irrigation, et les mesures ont été aussitôt prises pour l’emprunt des sommes nécessaires aux travaux et acquisitions des terrains8. Nous décrirons, dans la troisième partie, cette application du filtrage sur le sol, suggérée par le docteur Frankland et réalisée par l’ingénieur Bailey Denton.
- Exeter. — Pour remédier aux conditions d’insalubrité de la rivière Exe, le local board d’Exeter avait chargé son .ingénieur, M. Ch. E. Ware, de rechercher les moyens d’améliorer le drainage delà ville. M. Ware, assisté de M. W.-A. Black, ingénieur à Londres, a fait connaître dans son rapport3 le projet résultant de ses études des divers systèmes employés. Après avoir écarté les méthodes de précipitation chimique et de filtrage, comme insuffisantes, M. Ware expose ses idées sur l’irrigation, qu’il considère comme un filtrage des plus efficaces, en même temps qu’une opération chimique transformant en produits utiles les matières nuisibles du sewage.
- La ville d’Exeter, avec ses 40 000 habitants, occupant une surface de près de 2 kilomètres carrés, est située sur une éminence que draine naturellement la rivière Exe. Dans le système actuel, la masse du sewage se décharge dans des fossés, qui deviennent des égouts à ciel ouvert et traversent les parties basses, les plus populeuses et par conséquent les plus insalubres de la ville, avant de se rendre à la rivière. M. Ware proposa tout d’abord de construire des égouts qui interceptent le sewage et le conduisent hors delà ville, sur un point situé entre la rivière et le canal, où serait établie la station d’irrigation.
- La ville étant bâtie sur deux versants, dont la ligne de partage est High Street, dirigée perpendiculairement au cours de la rivière, il y a lieu de créer deux réseaux distincts d’égouts. L’un de ces réseaux, recevant un tiers du sewage total, aboutit à un collecteur de haut niyeau qui traversera la rivière sur un pont, puis le canal, à l’aide d’un siphon. L’autre réseau, se déversant dans unhollecteur à niveau inférieur, n’offre pas moins de difficultés à cause des nombreux fossés à recouper et du relief du terrain. Ce second réseau aboutit au même point
- 1. 10 juin 1870.
- 2. 26 août 1870.
- 8. 1870.
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- de la rivière; seulement il le traverse en dessous par un siphon, et débouche dans un réservoir capable de contenir le débit maximum en temps pluvieux, de six heures, ou le débit moyen de vingt-quatre heures en temps sec. Pour élever le sewage de ee réservoir, trois machines à vapeur, de la force de 15 chevaux, dont une de réserve, devront être établies.
- La surface que l’on pourrait ainsi irriguer par gravitation, située en aval d’Alphangton-Bridge, comprend les marais d’Alphington et d’Ex-minster. Le sol est graveleux, et le concours des propriétaires ne ferait pas défaut pour obtenir les 300 hectares nécessaires à l’arrosage.
- Pour une dépense totale de 472 000 fr., le projet comprend l’établissement de 5 600 mètres d’égouts, une station de pompes à vapeur avec machines pour la distribution sur la rive ouest du canal, et la canalisation nécessaire à. l’épandage au-dessous du pont d’Alphington.
- La mauvaise situation d’Exeter, au point de vue sanitaire, rend indispensable l’adoption de cq projet destiné à réduire le taux de la mortalité.
- Norwich. —Le drainage de la ville de Norwich, qui compte une population de 80 000 habitants;, a été une laborieuse entreprise, à cause des difficultés offertes par le niveau d’une partie de la canalisation au-dessous- de la mer, et des couches perméables saturées d’eau. Les nombreuses plaintes sur l'insalubrité de la rivière Tare avaient engagé le local board à charger M. Bazalgette, ingénieur en chef du board of works de Londres, d’étudier un projet pour y porter remède. Cet ingénieur conseilla, en 1865, d'adopter certaines mesures temporaires et de procéder, sans retard à la construction de collecteurs qui conduiraient le sewage à Crown Point Est aie, à deux kilomètres et demi hors de la ville , où l’on procéderait à l’irrigation. La corporation, ne prenant aucune des dispositions indiquées dans le rapport Bazalgette, fut menacée par les tribunaux; elle se décida, après de longues délibérations, à signer un marché avec M. Hope, de Londres, pour la cession du sewage pendant trente années, et à entreprendre les travaux de canalisation.
- Les contribuables ayant formé opposition aux marchés conclus, par suite des dépenses considérables qu’il leur faudrait payer, le local board les Tés ilia. Un procès fut alors intenté par les principaux habitants du village de Thorpe, situéen aval de Norwich, et la cour de chancellerie rendit un arrêté prescrivant la cessation de tout écoulement dans la Tare, après un délai nécessaire pour la construction dés travaux. M. Morant, ingénieur, prépara les devis et plans voulus, à l’appui d’un projet de loi que le Parlement vota, et aux termes duquel la ville loua pour trente et une années, sur le domaine de Sir Harvey, 526 hectares.de terres situées à Kirby et à Wàitlingham.
- Les terres choisies à près de cinq kilomètres du centre de Norwich,
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- dans la direction sud-est, sont louées au prix de 200 fr. l’hectare. Les grands égouts, commencés en août 1868 par des entrepreneurs et continués par la ville, ont marché avec une grande lenteur, par suite des obstacles offerts à l’épuisement et à la construction des galeries. Ils ont été achevés fin 1870. •
- .La ville de Norwich, bâtie sur les deux rives de la Wensum, est en partie de niveau avec les rives, et en partie sur des hauteurs que domine le vieux château. Il fallut construire un collecteur au niveau le plus bas pour recueillir les liquides des égouts de la partie basse, qui débouchaient sur grand nombre de points dans la rivière, et les conduire à la station des pompes. Il fallut, en outre, par un collecteur à un niveau supérieur, recueillir les liquides des parties hautes et suburbaines, tout en évitant d’amener aux pompes les eaux torrentielles ou d'orage.
- Ce dernier collecteur part de Ipswich Road et gagne par un demi-cercle, Saint-Ànne’s Lane, King Street, où il rejoint le collecteur inférieur. Sa longueur est de plus de 4 kilomètres ; les, sections ovales mesurent 1m,l4- X 0m,76, ou 1m,37 X 0m,9L II a été bâti en briques et en ciment de Portiand, et, pour la plus grande partie, en galerie, à une profondeur de 3 à 15 mètres. Le sol que traversent les galeries est de la craie; mais, sur certains points, il est recoupé par des bancs de sable.
- Les trois embranchements formant le collecteur du niveau inférieur représentent une longueur totale de ]<o kilomètres , sur les mêmes sections que le précédent. Ils ont été exécutés à une profondeur variable de 6 à 24 mètres. Les couches que traversent les galeries sont formées de craie pour la plus grande partie; mais, sur 600 à 900 mètres, elles sont dans le sable et le gravier, et plus loin dans la tourbe. Le niveau étant de 1m,50 à 6 mètres au-dessous de l’étiage de la rivière, qui n’est lui-même qu’à 0m,90 au-dessus du niveau moyen delà mer à Yarmouth, il en résulte que le sol, sur le parcours des égouts, est saturé d'eau, et la craie si délitée et si friable, qu’il fallut canaliser comme en plein sable.
- Les sources étaient si abondantes, que 13 locomobiles de grande puissance furent employées jour et nuit aux avancées. On élevait ainsi à la profondeur de 12 à 25 mètres, 90 000 mètres cubes d’eau par vingt-quatre heures. Cette eau fut employée à la distribution de la ville. L’épuisement fut si activement mené, que, sur l’autre bord de la rivière, une étendue de 12 hectares de terrains marécageux s’entr’ouvrit en tous points, comme par l’effet d’un tremblement de terre, et le niveau s’abaissa notablement. Près de la station des pompes, le collecteur traverse une souce de sable fin, entremêlé d’amas d’argile bleue, que l’on dut renoncer à drainer par des puits. En conséquence, le collecteur a été établi* tantôt sur'fond de bois bétonné, tantôt sur plaques de fonte ; dans quelques parties, il est tout en fonte.
- Le collecteur supérieur rejoint le collecteur inférieur, avec une différence de niveau de 9 mètres, qui est rachetée par des gradins en granit.
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- Un déversoir automoteur dérive directement à la rivière le trop-plein des eaux d’orage du collecteur supérieur.
- Des puits en maçonnerie, de 1m,50 à 1m,80 de diamètre, avec branchements d’entrée voûtés et des escaliers en fer, permettent la visite des égouts et leur ventilation. Plusieurs de ces puits ont 15 mètres de profondeur.
- Le réseau des collecteurs a été complété par de nombreux égouts et branchements latéraux en briques et en poterie, donnant lieu à de sérieuses difficultés, en raison du peu de largeur des rues de la vieille ville.
- On évalue la dépense totale à 2500 000 fr.
- La station des pompes est située au point d’intersection de la gare du chemin de fer Trowse, de la rivière Yare et de la route Bungay, l’approvisionnement delà houille pouvant s’y faire dans de bonnes conditions. Trois machines, dont deux couplées, ont des cylindres à vapeur de0m,88 de diamètre et im,83 de course. Chacune des pompes annexes élève les eaux de 45 mètres, au niveau des terrains à irriguer. La dépense des machines, pompes, chaudières, cheminées, ateliers de réparation, etc., atteint 175 000 fr. Le tuyau d’épuisement, depuis la station jusqu’au collecteur, a 2 700 mètres de longueur.
- Avant la fin de 1870, 40 hectares de terrain préparés pour l’irrigation recevaient déjà les eaux, en attendant rachèvement du collecteur.
- Chcltenham. — Nous avons décrit, dans notre premier Mémoire le système de précipitation par la chaux> suivi à Cheltenham, ainsi que rinstallation de l’usine. Ce système, quelque économique qu’il fût, était aussi imparfait que peuvent l’être les méthodes de traitement chimique. Il donna lieu à une série de plaintes, de menaces de procès, qui obligèrent le Conseil municipal à étudier un autre mode d’emploi. M. Bazalgette, ingénieur du Board ofwo?'ks de Londres, consulté en 1863, recommanda l’usage du perchlorure de fer pour la désinfection, en attendant qu’on pût adopter l’irrigation. Les essais de perchlorure de fer réussirent, et ce réactif fut employé dans tous les bassins, en même temps que s’opérait le curage du ruisseau Chelt.
- En novembre 1864 , sur de nouvelles plaintes, l’ingénieur de la ville, M. Humphris, essaya l’arrosage à la ferme de Moor, avec le sewage provenant du bassin delà Chelt, sur deux champs de cinq hectares. De 2 700 à 3 000 mètres cubes de liquide, représentant le débit journalier du trop-plein du bassin de la Chelt, furent affectés à l’irrigation avec plein résultat pour la clarification du liquide. Une somme de 7 500 fr. fut votée par le Conseil afin de prolonger la conduite pour disposer de plus vastes surfaces arrosables, et l’essai fut poursuivi sur 65 hectares, depuis le printemps de 1865 jusqu’à l’automne de l’année suivante. Pendant tout ce temps, l’état de la Chelt ne donna lieu à aucune plainte.
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- Le sol n’avait, pour ces essais, subi aucune préparation. On se bornait à arroser des prairies naturelles. On interrompit, à cause des prétentions exagérées d’un des propriétaires dont les terres étaient traversées par la rigole de distribution.
- Une Commission désignée pour étudier les divers procédés d’utilisation employés dans d’autres localités conclut en faveur de l’irrigation, et le Conseil mit, en 1866, l’affermage du sewage aux enchères. Les soumissions n’ayant pu être acceptées, et de nouvelles plaintes s’étant produites, le Conseil demanda des offres de terrain, et après bien des pourparlers, accepta la proposition Arkell, d’une location de 53 hectares pour trois années, avec faculté d’acheter avant l’expiration du délai. Ces terrains, reconnus comme très-bien appropriés à l’irrigation par gravitation, sont formés d’argiles bleues du lias, très-compactes, recouvertes de 0m,60 à 0m,90 de sol arable, et en pente douce vers la Glielt.
- Le drainage de Cheltenham s’effectue, depuis 1855, par trois égouts principaux : celui de la Chelt drainant la partie centrale, celui du Wy-man Brook,qui draine la partie septentrionale et se jette dans la Chelt, et celui de Hatherley Brook qui draine la partie méridionale et se déverse dans le ruisseau de Hatherley. Ces trois collecteurs ont coûté 300 000 fr. Les égouts de branchement, exécutés en 1858-59, ont coûté 550 000 fr. Le réseau draine environ 45 000 habitants, et correspond à un total de propriétés foncières imposables, de 5 millions de francs.
- Le débit journalier des deux collecteurs principaux.
- Hatherley.................... 1.227 mètres cubes.
- Chelt . •.................... 3.500
- forme un total de ... . 4.727 mètres cubes.
- Par le procédé ancien de précipitation par la chaux, la ville dépensait annuellement 19 500 fr., et encaissait, pour la vente de l’engrais solide, 7 000 ; de telle sorte que la dépense atteignait réellement 12 500 fr.
- La Compagnie des eaux distribue journellement à 3 000 maisons environ 1 400 mètres cubes d’eau potable. Les puits fournissent à peu près le même volume ; c’est donc un débit total quotidien de 2 800 à 3 000 mètres cubes.
- Dans le projet de M. Humphris, approuvé par le Conseil, la dépense de location et de continuation de l’égout jusqu’au terrain arrosable, s’élèverait à 175 000 fr., ce qui représenterait une charge annuelle de 32 625 fr. La recette éta-nt de 26 250 fr., l’excédant des charges ou le déficit annuel serait de 6 375 fr. au lieu de 12 500 fr. imposés par le mode de précipitation. Si l’on achetait les terrains pour 30 années, au lieu de les louer, l’excédant des charges ne serait encore que de 7 200 fr.
- Dans ces circonstances et devant l’opposition faite par plusieurs intéressés à'la réalisation du projet, l’inspecteur général sanitaire, M. Raw-
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- linson, fut désigné par le secrétaire d’État pour présider une enquête, après visite de la localité. Les résultats de cette enquête, qui eut lieu en février 1869, ont été entièrement favorables à l’irrigation des terrains proposés, dans les termes du projet, mais à la condition expresse, exprimée finalement par M. Rawlinson, d’acheter ces terrains, afin d’y créer une ferme où l’on développerait les cultures spécialement appropriées à l’arrosage. M. Rawlinson invitait, en outre, les autorités municipales à ne louer cette ferme, à bail, qu’à bon escient, c’est-à-dire après s’être pleinement assuré du revenu qu’une pareille exploitation, habilement dirigée, doit donner '.
- Les avis de M. Rawlinson ont prévalu ; la ferme à sewage a été établie aux frais de la ville, moyennant une dépense totale de 500 000 fr. Les récoltes, vendues aux enchères pour 1 870-71 , ont rapporté au total 20000fr., correspondant à 395 fr. par hectare. Mais les prix avaient été inférieurs à ceux de l’année précédente à cause des pluies abondantes et delà difficulté de l’enlèvement des récoltes. On cite un champ de deux hectares et demi qui aurait été affermé au prix de 600 fr. à l’hectare.
- Portsmouth. — Le local board de Portsmouth a accepté la proposition de MM. Russ et Minns, de Londres, pour l’abandon pendant vingt-cinq années du sewage de la ville, à partir d’octobre 1872. Pendant les cinq premières années, les concessionaires devront payer 12 500 fr.; pendant la deuxième période de cinq années, 15 000 fr.; pendant la troisième, 17 500 fr. ; pendant la quatrième, 20 000 fr., et, pendant la dernière, , 25 000 fr. L’irrigation doit être pratiquée sur de vastes terrains situés à quelques kilomètres de la ville, et s’étendre à ceux que l’on devra conquérir sur la mer.
- Leamington. — Le comte de Warwick s’est engagé, vis-à-vis delà municipalité de Leamington, à affermer la totalité des eaux d’égout pour trente années. Ces eaux, conduites aux frais de la ville à une distance de trois à quatre kilomètres, au sud de Leamington, seront déversées, à partir du mois de mars 1870, sur la propriété du comte de Warwick, qui-payera à la ville une redevance anuelle de 11 250 fr. La différence de niveau étant de plus de trente mètres, la municipalité a évalué la dépense pour les travaux à sa charge, à 300 000 fr. et pour l’entretien annuel des pompes, à 17 500 fr. Elle s’impose ainsi un sacrifice considérable, après avoir tenté le procédé de précipitation de MM. Sillar et Wigner, pour s’affranchir des difficultés et des procès ; le comte de Warwick prend sur lui toute la responsabilité des procès à venir.
- La ville de Leamington compte 20 000 hàbitants; la distribution des
- 1. The Cheltenham Examiner, 24 février 1869.
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- eaux publiques y atteint 1 820 mètres cubes par jour, correspondant à 90 litres par habitant. Le système des water-elosets y est généralement adopté. Des égouts spéciaux reçoivent les eaux de surface et d’orage, et le débit total du sewage, en temps sec, s’élève à 4 500 mètres cubes par jour, soit à 225 litres par habitant.
- Les nouveaux travaux pour l’irrigation ont été inaugurés à la fin d’octobre 1871, par le président du Board of healtk; ils représentent une dépense de 400 000 J'r. Deux machines à condensation, de 180 chevaux de force chacune, peuvent tour à tour élever 6 750 mètres cubes en douze heures. Les cylindres à vapeur ont 0œ,90 de diamètre, et les pistons, 2m,44- de course; le volant a 7m,30 de diamètre. Les balanciers pèsent au delà de 15 tonnes chacun. Les pompes ont 0m,66 de diamètre et une course de 1m,52. La vapeur est fournie par trois bouilleurs de 7m,30 de longueur sur 2m,13 de diamètre. Le conduit principal, de 0m,45 de diamètre, a une longueur de 3,6 kilomètres. Le point le plus élevé des terrains à irriguer est au niveau de 40 mètres.
- Lors de Fessai delà première machine, 90 869 litres furent élevés en une heure et demie, à dix coups et demi par minute, ia pression enregistrée dans la chaudière étant de 4k,21 par centimètre carré. En temps ordinaire, il suffira du travail d’une paire de pompes pendant quatre heures, pour élever la totalité du sewage.
- La ferme qui occupera quatre cents hectares a été installée par M. Clifford; une grande partie (deux cent quarante hectares) est déjà ensemencée en ray-grass, légumes, etc. Des étables-modèles ont été construites pour recevoir plusieurs centaines de têtes de bétail et des vaches laitières. M. Tough, qui dirigeait la ferme à sewage de Dorking, a accepté la direction des cultures sur la ferme où lord Warwick ne néglige rien pour assurer à l’irrigation toutes les chances de succès.
- Blackburn. — Un bill a été présenté âu Parlement, et voté en 1870, malgré une très-vive opposition de la part de quelques intéressés, pour autoriser la corporation de Blackburn à acquérir les terrains nécessaires à l’irrigation.
- Après ses essais de traitement par la chaux et de filtrage, que nous décrivons plus loin, la ville de Blackburn (Lancashire), qui compte 81 000 habitants répartis sur une surface de 1 500 hectares, a dû chercher la solution du problème dans l’irrigation par gravitation, sur les prairies naturelles qui longent la rivière Blakewater.
- Malgré une dépense de plus de deux millions et demi de francs pour son réseau d’égouts, la ville de Blackburn, sur 15 000 maisons, ne compte que 700 water-closets en communication avec les égouts. Le service des 13500 fosses se fait en partie, pour les liquides, par les égouts, mais surtout par enlèvement. Le service total dépendant de la corporation coûte annuellement 77 500 fr., et ne rapporte, par la vente d’engrais, que
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- 12 000 fr., d’où il résulte une perte annuelle de 65 500 fr., ou de 1 fr. environ par habitant, pour les 68 000 habitants desservis par les égouts.
- Le débit des égouts drainant 930 hectares est de 9 000 mètres cubes par jour, en temps sec, et correspond à 160 litres par tête.
- La corporation de Blackburn, autorisée par le bill du Parlement pour l’acquisition de 400 hectares de terres à Plesington, Iloughton et Samles-bury, a traité avec Sir Henri Houghton pour l’utilisation immédiate du sewage sur 75 hectares de terres sableuses, actuellement arides, faisant partie de son parc.
- Reading. — La lutte n’a pas été moins vive devant le Parlement, pour empêcher la corporation de Reading d’obtenir, en 1870, la loi nécessaire à l’acquisition de terres pour l’irrigation. Le local board l’a emporté. La ville de Reading, qui compte 30 000 habitants, répartis sur une surface assez étendue, ne possède qu’un système imparfait d’égouts où débouchent les liquides des fosses. Les water-closetssont peu nombreux (i 000). Toutefois, la corruption de la Tamise, et surtout delà rivière Kennett, par les égouts et les usines qui traversent la ville, a été sévèrement signalée dans les enquêtes. L’irrigation de Reading devra se rattacher à l’achèvement de collecteurs empêchant le drainage dans ces deux cours d’eau.
- Weymouth. — A Weymouth, le local board a approuvé les plans et devis du drainage de la ville, tels qu’ils lui ont été soumis par l’ingénieur Coode. Le plan comprend l’établissement d’un barrage à travers l’arrière-port, afin de maintenir la vase constamment submergée, et d’un collecteur qui recueille les eaux sur un point donné, d’où des pompes les élèveront, pour permettre l’irrigation de terrains situés à 2 kilomètres de Weymouth1.
- Cardiff.,— La ville de Cardiff a achevé sa canalisation par la construction d’un collecteur de deux kilomètres de longùeur, depuis Tyndal street jusqu’à la mer. Ce collecteur, sur 300 mètres de parcours, a 2m,45 de diamètre, sur le restant, 3 mètres, et une chute de 1m,50 sur la longueur totale. Le canal collecteur se continue jusqu’à la mer par un tunnel de 90 mètres de longueur et 1m,80 de diamètre. La contenance est évaluée à 1 400 mètres cubes de sewage, suffisante pour la totalité du sewage de Cardiff pendant quelques heures. La dépense s’est élevée à 425 000 fr; Un puits communiquant avec le collecteur permettra, à l’aide de pompes, de distribuer l’eau sur les landes [moors] des environs.
- 1. Engineering, 5 janvier 1872.
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- Peu de villes sont aussi favorablement situées que "Cardiff, pour l’application du sewage à l’arrosage, de vastes surfaces actuellement sans valeur.
- Darlington. —Â Darlington, une enquête a été ffaite (avril 1870) par ordre du secrétaire d’Etat, pour examiner les plaintes de divers particuliers contre le Conseil municipal, au sujet de la décharge des égouts de Darlington dans la rivière Skerne, et de là, dans la Te'es. Cette enquête s'est terminée par la déclaration du secrétaire municipal, qu’un projet, dont le devis atteignait 700 000 fi\, était à l’étude. Ce projet consiste à utiliser les eaux d’égout par l’irrigation, et l’on n’attendait que le rapport de l’inspecteur, M. Taylor.
- Bromley. —La ville de Bromley (Kent), située sur la Ravensbourne, a une population de 10 000 habitants. Le local board s’est décidé à adopter l’irrigation, moyennant une dépense d’environ 150 000 fr. '.
- Donçaster. — La ville de Doncaster, située sur la Don (200 000 habitants), pourvue d’une canalisation complète, a donné également son adhésion au système de l’irrigation.
- Taunton. — À Taunton (Somersetsliire), qui compte 15 000 habitants le système des water-closets est généralement adopté. Le local board a reçu de M. Sutton, de la Compagnie du sewage d’Exeter, l’offre d’utiliser la totalité des eaux d’égouts, pendant un nombre déterminé d’années, à la condition de céder à l’expiration du bail les travaux d'installation et les terrains irrigués,
- Hornsey. — La ville de Hornsey a adopté l’irrigation par le sewage. Les plans et devis de l’ingénieur B. Latham, ' portant une dépense de 450 000 fr., pour les travaux de canalisation dans le district même, et de 200 000 fr. à l’extérieur, ont été approuvés. C’est sur l’injonction des conservateurs de la rivière Lea, d’avoir à cesser tout écoulement des égouts à la rivière, dans le délai de treize mois expirant en août 1870, que ces mesures ont été prises.
- Wimbkdon. — Le local board de Wimbledon 2 a fait étudjer par M. Bird, son ingénieur, un projet d’après lequel le sewage serait conduit jusqu’à New Yfimbledon, dans la vallée de la Wandle, et de là jusqu’au point le plus élevé des landes communales, qui seront soumises à l’irrigation.
- 1. The Engineer, 1er janvier 18G9. î. Juillet 1869.
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- Alersychan.— A la demande du local èocird, l’ingénieur Parkinson Chapman présenta un plan de drainage pour le district d’Abersychan, y compris Garndiffaitk, dont la dépense totale s’élevait à 60 000 fr. L’idée d’employer le sewage à l’irrigation ayant été suggérée et favorablement accueillie, le projet dut être remanié, et la dépense, en comprenant les travaux pour l’arrosage ainsi que pour la ventilatipn et le curage des égouts, atteignit 75 000 fr. M. Chapman, en se prononçant dans son rapport en faveur de l’irrigation, insiste sur la nécessité, pour avoir des bénéfices, de recourir à la gravitation. Or le niveau des terrains convenables pour la gravitation obligerait de pomper les eaux. Les dépenses pour franchir la côte, au delà de laquelle on trouverait une étendue suffisante de terrains, seraient considérables. Il propose donc, puisque les districts de Poutypool et de Panfeg écoulent leur sewage à la rivière qu’ils infectent, de s’entendre avec ces deux districts pour la construction à frais communs d’un collecteur qui permettrait d’irriguer dévastés surfaces en aval de Pontypool. Cette proposition, qui économisera les frais de pompe et assainira la rivière, a été approuvée.
- Inverurie. — Le Conseil municipal ;d’Inverurie, voulant utiliser le se-vvage à l’irrigation des terres situées entre la rivière Don et le chemin du Grand Nord d’Écosse, a commencé expérimentalement l’arrosage de 4 hectares.
- Dundee et Lochee. — Les villes de Dundee et Lochee ont nommé une Commission qui a conclu à l’adoption de l'arrosage d’après les systèmes pratiqués en Angleterre, « le procédé d’Edimbourg ne pouvant servir d’exemple pour la meilleure et la plus salubre utilisation des îiqûides1. »
- Calcutta. *— Depuis plus dq cinquante ans, le gouvernement se préoccupait du drainage de Calcutta (Indes anglaises), sans qu’aucun travail ne fût exécuté pour l’assainissement du sol. En 1855 seulement, on se décida à soumettre à une Commission, qui l’approuva en 1867, le projet de M. W. Clarck, ingénieur de la'ville, pour l’établissement du réseau des égouts. En 1859, les travaux commencèrent par l’un des collecteurs à section ovale, de trois kilomètres de longueur. Mais dans un sol vaseux, saturé d’eau à la profondeur de 5 mètres, où on l’établit, ce collecteur,, entre les mains d’ouvriers inexpérimentés, coûta 750 000 fr., c’est-à-dire le double du prix de^.devis de la Commission, et sa construction dura deux ans. Pendant ce temps, le projet entier était violemment attaqué par les contribuables; le prix des matériaux et de la main-d’œuvre avait augmenté de 75 pour 100.Il y eut sursis, et, en 1861, le gouverne-
- 1. Report to lhe Dundee police commissioners. Mars 1870.
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- ment fit examiner de nouveau le plan par une Commission qui, non-seulement approuva l’ancien, mais le développa en transportant plus loin l’émissaire, la station des pompes, et en augmentant le devis général de près de 1 million de francs de ce chef. C’est ce plan qui a été exécuté finalement, et dont nous esquisserons les traits principaux.
- La ville de Calcutta s’étend sous forme d’un parallélogramme d’une superficie de 12 kilomètres carrés, entre le fleuve Hooghly, à l’ouest, et la route circulaire à l’est. Au delà de cette route se trouve la lagune alimentée parles Sonderbuns et connue sous le nom de Lac salé, qui couvre une superficie de 40 kilomètres carrés. Le fleuve Hooghly, comme tous les fleuves à delta, élève son lit; sa pente dévie du chenal vers l’est du lac, sur un parcours de 8 kilomètres.
- La route cirulaire est à mi-chemin entre le lac et le fleuve. Le projet du drainage de la ville consiste dans l’établissement de cinq collecteurs équidistants traversant la ville du fleuve vers la route, et aboutissant à un collecteur principal qui suit la route dans toute sa longueur avec une pente de 0m,003 par mètre, à partir de chaque extrémité, vers le centre. Au niveau le plus bas, c'est-à-dire au centre de ce collecteur principal, part l’émissaire qui se rend à l’est, à la station des pompes dePalmer’s Bridge. Des bassins de dépôt, le sewage est pompé à 3m,35 dans le collecteur du niveau supérieur qui gagne la rive du Lac salé. (Voir la figure 1, pl. I.)
- Le projet étant entièrement exécuté, le système d’égouts comprendra :
- 1° 22 kilomètres de collecteurs, avec pente de 0m,003 par mètre, que peuvent laver en chasse les hautes eaux de l’Hooghly ;
- 2° 30 kilomètres d’égouts (2e classe), avec une pente minimum de de 0m,01 par mètre, se déversant dans les collecteurs;
- 3° 140 kilomètres d’égouts (3e classe) en poterie, avec pente de 0m,03 à Qm,05 ,déchargeant dans les égouts précédents les liquides des nombreuses ruelles et impasses où pullulent les épidémies.
- Chaque habitation sera pourvue d’un branchement sur l’égout; aucun liquide ne s’écoulera sur la voie, et l’ensemble du système est cal-qulé pour écouler rapidement les eaux d’orage, dans une localité où la chute d’eau pluviale annuelle atteint 1m,78.
- En 1869, il avait été déjà exécuté :
- 9\60 de collecteurs; '
- 13 kilomètres d’égouts de 2e classe;
- 19\30 d’égouts de 3e classe;
- ainsi que l’émissaire principal permettant de disposer du sewage de la ville1.
- 1. Engineering, 17 juin 1870.
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- La moitié des égouts les’ plus importants est donc construite ; et ce qui reste à construire appartient surtout à la troisième classe d’égouts en poterie. La machine qui fait mouvoir les pompes fut établie en 1869, et, depuis cette époque, le système a fonctionné régulièrement malgré les variations brusques des saisons et les1 obstacles apportés par le niveau à peu près plat de la ville.
- Les vidanges étaient jadis recueillies dans des dépotoirs établis su plusieurs points de la ville, conservées de 25 à 35 heures, et écoulées dans le fleuve, au grand détriment de la santé des riverains et des équipages des navires stationnaires.
- La nouvelle distribution d’eau ayant commencé à fonctionner au mois de décembre 1869, M. Clarke, l’ingénieur de la ville, a obtenu que, sur le parcours des égouts, les matières fécales y fussent rejetées, et que dans les dépotoirs on fît usage d'acide phénique pour combattre l’influence delà décomposition et des effluves des matières en fermentation.
- Ce n’était pas tout d’assurer par des travaux aussi considérables l’assainissement delà ville si tristement réputée pour ses épidémies; une Compagnie s’est formée dans le but d’utiliser le sewage et de dessécher le Lac salé, qui contribue à l’insalubrité de la localité, afin d’en irriguer les terresl.
- D’après le projet Clark, les divers collecteurs réunis à Palmer’s Bridge, dansEntally, se déchargent dans des réservoirs d’où des machines à vapeur élèvent'le sewage de 3m,35, pour l’écouler dans un émissaire principal qui rejoint Tengrah, sur la rive du Lac. Cet émissaire a une longueur de 2 500 mètres; une hauteur intérieure de 1m,82 et une pente de 1/1300. On évalue le volume du sewage à pomper, le réseau étant achevé, à 110 000 mètres cubes par vingt-quatre heures; les pompes sont calculées pour élever 160 000 mètres cubes. L’émissaire à prolonger par la Compagnie devra se déverser dans le Rajah’s Kliall, qui conduira le sewage à 2 500 mètres plus loin, dans le chenal central du Lac.
- En attendant, la ville a fait endiguer 2 kilomètres carrés de lagune à Tengrah, pour essayer l’irrigation avec le débit actuel.
- La Compagnie se rendant acquéreur de la totalité du sewage, opérerait le dessèchement d’une surface de 70 kilomètres carrés de terrains marécageux, comprenant le Tardah Jungle. Deux pompes à vapeur seraient construites ; l’une, sur le point où le collecteur débouche dans le Rajah’s Khall, et l’autre, sur la rive septentrionale de Tilly’s Nullah, là où les eaux douces du fleuve Hooghly peuvent s’obtenir pour l’irrigation. Entre ces deux stations, il serait construit..deux canaux principaux, dont l’un pour l’irrigation, et l’autre pour le drainage de la surface soumise au dessèchement. Le canal d’irrigation
- 1. Engineering, 13 mai 1870. ; ; j
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- devra avoir 4m,60 de largeur moyenne et 4m,85 de profondeur d’eau. Les canaux secondaires ou de branchement auront de 0m,60 à 2m,45 de largeur et de 0m,45 à 0m,60 de profondeur. La longueur totale des canaux principaux à construire a été estimée à 88 kilomètres, et celle des canaux secondaires à 4 45 kilomètres. La dépense de ce double réseau, outre celle de l’approfondissement du canal qui joindra le collecteur à Tengrah avec le chenal central du lac, a été évaluée à 4 700 000 fr., et celle de l’acquisition des 40 kilomètres carrés du lac, à la même somme. La dépense totale atteindrait ainsi environ 3 millions et demi de francs. En déduisant de la surface 4 0 pour 4 00 pour les canaux de drainage et d’irrigation, la Compagnie compte sur la mise en exploitation de 6 000 hectares, au prix moyen de location de 70 fr. à l’hectare, irrigués
- par l’eau douce. *
- La recette s’élèverait à................. 420 000 fr.
- La dépense à .... ....................... 200 000
- Il resterait comme bénéfice . ........... 220 000 fr.
- soit, pour le capital engagé, un revenu de 6 pour 400.
- Mais, par l’irrigation à l’aide du sewage, le prix de location de l’hectare pouvant facilement être porté à 4 00 fr., la Compagnie compte réellement sur un revenu d’au moins 4 0 pour 400.
- Madras. — Le Comité militaire de Madras (Inde anglaise), se fondant sur la recommandation de M. Rawlinson pour l’utilisation par l’irrigation du sewage de la ville de Bombay et sur l’approbation du projet par le capitaine du génié Tulloch, a émis l’avis que les stations militaires de l’Inde devaient, pour enlever les liquides et immondices, recourir au drainage par les égouts, y écouler les matières des latrines, et irriguer. C’est au cas seulement où là station ne pourrait s’approvisionner d’eau en quantité suffisante, qu’il conviendrait de recourir aux autres procédés, et notamment aux fosses sèches '.
- La municipalité de Madras exploite depuis 4869 une ferme à sewage expérimentale de 4 5 hectares. Les premiers résultats de cette exploitation sont consignés dans la troisième partie.
- Compagnies anglaises d'utilisation. — Le mouvement produit en Angleterre par l’application de la loi contre l’infection des cours d’eau, a été tel, depuis 4868, que des sociétés se sont fondées pour assister les autorités municipales. Une de ces sociétés, fondée en 48691 2, a pour but de servir d’intermédiaire entre les autorités chargées des égouts et les
- 1. Army medical department, report for 1867, —Àppendix n° II.
- 2. Drainage and Town sewage utilizatïon company (The Farmer, 19 mai 1869).
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- fermiers disposés à appliquer le sewage ou à cultiver les terrains irrigués. Elle se charge de l’acquisition ou de la location des terres qui recevront le sewage, ou bien des études préliminaires et des plans et devis d’irrigation. Elle fait l’avance des fonds ou fournit le capital nécessaire, afin d’assurer l’exécution des travaux; enfin elle entreprend ces travaux à forfait, sous la responsabilité de ses ingénieurs, etc.
- La Société general Land drainage and lmprovement, incorporée par acte du Parlement en 1 849, est entrée dans la même voie pour l’utilisation du sewage, sous la direction de son ingénieur principal, M. Bailey Den-on1
- 2. Villes ayant ajourné l’irrigation.
- D’autres villes ont ajourné toute décision sur l’emploi du sewage, par divers motifs. Nous énumérerons quelques-uns des cas particuliers.
- Glasgow. —C’est en 1867 seulement, après maints rapports et maintes discussions de projets, que les autorités municipales de Glasgow se décidèrent à demander un nouveau rapport aux ingénieurs Bateman et Bazalgette, pour la meilleure canalisation souterraine de la ville et l’utilisation du sewage. Nous résumons plus loin le rapport annexe du chimiste Anderson sur l’irrigation ; il nous reste ici à exposer sommairement le projet des deux ingénieurs.
- Comme à Londres, MM. Bateman etBazalgette proposent de construire, à différents niveaux, des collecteurs qui recoupent les égouts existants, de façon à empêcher la décharge des liquides dans la Clyde. Ces collecteurs débouchent dans une galerie unique qui traverse le pays à une profondeur de 30 mètres, jusqu’à la côte d’Ayrshire, à 32 kilomètres, et s’y décharge directement dans la mer.
- Glasgow, y compris Gorbals et les faubourgs, possède 500 000 habitants environ,plus 90 OOOlogements ou habitations, dont 24 000 seulement payent un loyer annuel supérieur à 250 fr. Ces 24 000 logements et maisons, habités par 130 000 individus, sont pourvus de 40 000 water-clo-sets. Le restant de la population dispose de fosses. Xa Clyde n’est infectée par un si petit nombre de water-closets et par les résidus des nombreuses manufactures qu’en raison de la lenteur du courant jusqu’à Greenock, et du faible volume relatif des eaux.
- Des trois collecteurs de la rive nord, celui du haut niveau recueillerait le sewage d’un quart environ de la .ville, et se rendrait directement au tunnel. Le sewage du collecteur du niveau moyen, représentant un
- 1. Le siège de cette Compagnie est à Londres, 22, Whitehall Place. ' ,
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- autre quart de celui de la ville, arriverait également parla gravitation à la station des pompes; enfin le sewage du collecteur du bas niveau serait élevé à Glasgow Green par des pompes, à une hauteur de 6 mètres, pour être déversé dans le précédent. Le sewage réuni des deux derniers collecteurs, pour rejoindre le siphon du collecteur du haut niveau, serait pompé à son tour à 7 mètres. Sur la rive sud, du côté de Gorbals,un collecteur unique conduirait les liquides jusqu’à une troisième station de pompes.
- La durée des travaux proposés serait de six années, et la dépense totale de 34 millions de francs. La dépense annuelle, y compris le service des pompes, l’entretien, l’intérêt, etc., s’élèverait à 1 375 000 fr.
- Divers projets ont été opposés à celui des ingénieurs de Londres, notamment le projet de M. Robertson, qui consisterait à faire concourir la marée au curage de la Clyde, mais qui rejetterait à la mer la totalité des matières fertilisantes entraînées par les égouts, tout en nécessitant des dépenses considérables. Un projet de M. Begg, approuvé par la Société d’agriculture de Glasgow, maintiendrait les fosses d’aisances, la vidange d’après le système Liernur, et la fabrication d’engrais ou de composts avec les matières extraites, et imposerait aux usines l’obligation de désinfecter leurs liquides, résidus, etc. Enfin, on aurait offert de traiter directement les matières des water-closets et des vid anges pour en extraire l’ammoniaque, représentant une valeur de trois à quatre millions de francs par an.
- Une Commission, créée spécialement pour l’étude de la question, s’est prononcée finalement contre Uadoption du projet Bateman et Bazal-gette.
- L’objection principale est fondée sur le chiffre énorme de la dépense de premier établissement et sur la difficulté de trouver un revenu suffisant dans l’irrigation des terrains de la vallée de la Clyde, affectés spécialement à la culture des céréales, des légumineuses, etc. La surface à consacrer aux prairies serait trop petite. On objecte, en outre, l’accroissement rapide’de la population, qui nécessitera des modifications fréquentes aux machines et aux pompes, et la condition, si une machine vient à manquer, d’avoir à rejeter de nouveau à la rivière une partie du sewage. Enfin, on a renouvelé, contre l’adoption du système de l’écoulement de toutes les immondices, les objections fondées sur le dégagement des gaz méphitiques, par la décomposition des matières organiques dans les égouts, et surtout dans le collecteur général d’une longueur de plus de 30 kilomètres.
- On annonce que la ville a traité finalement avec une Compagnie, organisée par M. Gavin Chapman, pour l’abandon, moyennant 25 000 fr. par an, pendant douze années, de tous les liquides des urinoirs publics r qui se rendaient aux égouts. Le police board s’est engagé, de son côté, à
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- fournir à la Compagnie un minimum de 22,7 mètres cubes de liquide par jour1.
- Gloucester. — A Gloucester, le Conseil municipal est préoccupé de l’emploi du sewage auquel les conservateurs de la Severn attribuent la corruption des eaux de la rivière. Avant d’adopter de nouveau un mode de précipitation pour lequel la ville a déjà dépensé inutilement 500 000 fr., de préférence à l’irrigation condamnée comme inefficace par le docteur Letheby, le Conseil réserve le choix du système.
- Middlesborough. — A Middlesborough, la corporation décidait en mai 1870 de solliciter auprès du Ministre de l'intérieur l’autorisation de contracter un emprunt de 750 000 fr. pour le drainage du district. La ville est sur un terrain si peu accidenté que les travaux sont difficiles. Deux projets ont été étudiés2, et la corporation a demandé au ministre de les soumettre à l’examen d’un ingénieur compétent. Cet ingénieur, M. Morgan , désigné par le gouvernement, a réduit à 725 000 fr. la dépense totale nécessaire pour la réalisation du plan.
- Bolton. — Le conseil municipal de Bolton, sans se prononcer encore sur le mode d’utilisation, a approuvé en 1869 un projet de sous-comité pour recueillir la totalité du sewage et empêcher l’écoulement dans la rivière Croal, qu’il rend intolérable. Le projet consiste dans l’établissement d’une ligne de tuyaux en fonte, de 0m,45 de diamètre, sur chacune des rives. M. Baylis, ingénieur du district, a proposé contrairement, de ne construire qu’un seul collecteur en briques, de 0m,84 X 1m,14, capable de débiter plus de 180 000 mètres cubes par ving-quatre heures, soit quarante fois le volume éstimé du sewage en temps sec, au lieu des 30 000 mètres cubes que débiteraient les tuyaux en fonte. M. Lawson, de Londres, a approuvé le projet Baylis.
- Sur une surface de 750 hectares, la ville de Bolton compte une population de 77000 âmes et plus de 15000 maisons, pourvues de 7 000 fosses sèches (privies). Le débit quotidien des eaux s’y élève à 450 litres par maison, et les égouts ont coûté 700 000 fr. Le taux moyen dë la mortalité y est de 28,3 par mille habitants.
- Pour utiliser le sewage du collecteur, la corporation devra l’élever à 60 mètres, afin de trouver des terrains propres à l’irrigation. Le liquide, après épuration par le sol, pourra être de nouveau employé avec avantage pour les besoins croissants de l’industrie et de la ville3.
- 1. Glasgow Herald (octobre 1871).
- 2. Par M. J. Dunning, et par M. E.-D. Latham, ingénieur actuel du district.
- 3. La -ville de Bolton se serait décidée finalement à adopter le système do précipitation ABC, dont il est question plus loin.
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- La Commission de 1868 avait d’ailleurs constaté que* pour les autres grandes villes du Lancashire, comme pour Blackburn, Chorley et Bol-ton, la solution par l’irrigation était non-seulement possible, mais la seule praticable. « L'insalubrité devient pour toutes dommageable, coû-« teuse et intolérable, au fur et à mesure que la population augmente. « Toutes les tentatives pour assainir, autrement que par l’irrigation, « ont avorté, et la plupart des corporations, sur lesquelles pèse la res-« ponsabilité de cet état de choses, sont forcées d’étudier ou d’adopter « l’irrigation comme le seul remède disponible et certain1. »
- Macclesfield. — A Macclesfield, sur la Bollin, la surface de 1 220 hectares est occupée par 10 000 maisons et 36 000 habitants. On y compte 3 000 fosses sèches et quelques centaines seulement de water-closets, bien que la distribution d’eau journalière atteigne 500 litres par maison , et que la ville ait dépensé plus de 800 000 fr. en égouts. Là aussi, comme à Bolton, il faudrait pomper les eaux et irriguer. Soit qu’on arrose les terrains à un niveau supérieur, ou qu’on laisse couler le sewage sur les prairies qui longent la rivière en aval de la ville, l’irrigation n’offre aucunes difficultés sérieuses.
- Cambridge. — L’université qui exerce les pouvoirs municipaux à Cambridge a consenti déjà des dépenses considérables pour l’assainissement de la rivière Cam. L’insalubrité n’en persiste pas moins et la santé des habitants en est altérée. Les commissaires de l’Université continuent toutefois à hésiter entre l’épuration chimique et l’irrigation des eaux d’égout. M. Bailey Denton consulté a appuyé le projet d’irrigation dû à l’ingénieur municipal, M. Stephenson, et qui entraîne une nouvelle dépense d’un million et demi de francs. Après plusieurs réunions du Conseil universitaire, la décision est encore ajournée.
- Manchester. — Pour Manchester et Salford, qui écoulent journellement dans l’Irwell plus de 50 000 mètres cubes de sewage en pure perte, les difficultés offertes à l’irrigation ne sont pas insurmontables. Le tableau ci-après renferme, les principales données statistiques relatives à ces villes qui n’en font, pour ainsi dire, qu’une :
- 1. Hivers Pollution commission (1868). First report on the Mersey and Ribble basins. London, 1870, page 92.
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- DÉSIGNATION. MANCHESTER. SALFORD.
- Proprement dit. Bourg.
- Surface (hectares) 1700 542 2067
- Population 362823 75122 133623
- Nombre de maisons 70000 14820 25555
- Nombre de caves habitées 2658 746 746
- Nombre de fosses sèches 38000 17535 28775
- Nombre de water-closets 10000 538 1500
- Débit journalier d'eau par maison (litres). 377 336 —>
- Montant des dépenses des égouts (francs).. 8.500.000 104.000 650.000
- Population par hectare 213 138 64
- Population par maison 5 5,2 5,2
- Mortalité moyenne 32,2 30,8 27,47
- Au barrage de Throstlenest, en aval de Manchester, il serait facile d’obtenir la force hydraulique nécessaire pour élever les 50 000 mètres cubes de sewage quotidien. De vastes surfaces en prairies très-peu peuplées et fertiles, ou en bruyères, situées en aval à une distance de 10 à 20 kilomètres, pourraient recevoir la totalité des eaux d’égout sans créer la moindre insalubrité.
- Warrington. — A Warrington, sur la Mersey, la surface de 542 hectares est occupée par 6 000 maisons et 30 000 habitants. Les water-closets ne sont qu’au nombre de 500, et il a été dépensé 500 000 fr. en égouts. Un barrage donnerait la force hydraulique nécessaire pour l’élévation des eaux et l’irrigation de vastes surfaces, comme à Manchester.
- Briton Ferry.— A Briton Ferry, les contribuables, après plusieurs réunions, ont décidé d’intimer au local board l’obligation de curer les égouts, de les réparer, de les améliorer, surtout en ce qui concerne l’émissaire qui débouche près des usines à fer, et d’exprimer un blâme pour leur négligence. Les contribuables ont discuté, en outre, un projet de canalisation pour lequel le comte de Jersey entreprendrait à ses fraisi la construction du collecteur, et les propriétaires, celle des branchements1.
- Neath. — La ville de Neath a donné finalement à forfait la construction des égouts qui doivent assurer son drainage complet2, en réservant l’emploi des liquides.
- 1. 27 mai 1870.
- 2. Août 1870.
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- Drainage du district de la Tamise, en amont de Londres.— Pour répondre aux exigences des lois nouvelles pour la protection de la Tamise (Thames conservancy acts), M. Bazalgette, ingénieur en chef des travaux du me-tropolitan board, le même qui a exécuté les travaux des égouts et collecteurs de Londres, etc., a été chargé de l’étude d'un projet de drainage des villes situées sur la Tamise, en amont de Londres, entre Kingston et Hammersmith, où cesse la juridiction du Conseil métropolitain. Le district à drainer comprenant, outre les villes de Windsor et d’Eton, celles de Twickenham, Richmond, Hampton, Kingston, Weybridge, Staines, Chertsev, Egham, Soutliall, Colnbrook, Sunbury, etc., dont la population représente 250 000 habitants environ, s’étend sur plus de 150 kilo-mètres carrés. Un collecteur principal, avec branchements sur ces localités, entraînerait le sewage par Chertsey, jusque sur les bruyères de Chobham, où serait aménagée une ferme à irrigation de 1 200 hectares. A cause du relief du terrain que traverse le collecteur, il y aurait lieu d’élever les liquides sur plusieurs points, par des pompes à vapeur Après irrigation sur lés landes de Chobham, le sewage épuré serait déversé dans le ruisseau Bourne, qui débouche dans la Tamise, en aval des points où s’alimentent les Compagnies d’eaux potables. Une Commission de 23 membres élus par les différents districts ainsi drainés, aurait pouvoir d’emprunter à la Commission des travaux publics [public works loan commissioners) la somme nécessaire pour l’exécution des travaux, moyennant un intérêt inférieur à 3 1/2 pour 100 par an, et une taxe de 0 fr. 25 par livre sterling. La dépense totale est, évaluée à 17 millions de francs.
- D’après M. Bazalgette, le rendement de la ferme à sewage peut être-estimé à 500 fr. par hectare; mais la question de salubrité domine celle du bénéfice à retirer d’une pareille entreprise. Tout en utilisant autant que possible les égouts déjà construits, la pente du collecteur principal est calculée de façon à assurer une vitesse de deux kilomètres et demi à l’heure, cette vitesse étant reconnue suffisante pour empêcher les dépôts.
- La dépense annuelle est chiffrée par cet ingénieur à 150 000 fr.
- L’assemblée des districts intéressés, après avoir entendu et discuté le projet Bazalgette, a ajourné toute décision jusqu’à plus ample information1, «' j
- 1. Standard3 1er février 1872. The projected Tharnes sewage^commission.
- ! ; j iiyj ' FIN DE LA PREMIÈRE. PARTIE.. .
- Paris. — lmp, VIÉV1LLE et CAPIOMONT, rue des Poitevins, 6.
- Imprimeurs de la Société des Ingénieurs civils.
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- MÉMOIRES
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- COMPTE RENDU DES TRAVAUX
- DE l'A
- SOCIÉTÉ DES IMGÉMIEUES CIVILS (OCTOBRE, NOVEMBRE, DÉCEMBRE 1872)
- N®
- Pendant ce trimestre, les questions suivantes ont été traitées :
- 1° Tunnel du Saint-Gothard (séance du 4 octobre, page 10).
- 2° Abris pour préserver les mécaniciens et chauffeurs (séance du 4 octobre, page 610).
- 3° Marques de fabrique, par M. Émile Barrault (séance du 4 octobre,, page 611) .
- 4° École supérieure d'industrie, par M. de Cœne (séance du 18 octobre, page 616).
- 6° Chemin de fer, système Larmanjat, par M. Morandière (séance du 18 octobre, page 617).
- 6° Eaux de la Vanne, par M. Vauthier (séance du 18 octobre, page 619).
- 7" Ecoles communales dans les VIe, XIIe et XVIIe arrondissements de Paris, par M. Dupuy (séance du 18 octobre, page 622).
- 8° Eaux du bassin de la Seine ; choix des sources à dériver, par M. Dupuy (séance du 8 novembre, page 624).
- 9° Aéro-vapeur, par M. Bergeron (séance des 8 et 22 novembre, pages 634, 641 et 646).
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- 10° Chemins de fer à voie étroite, système F air lie, par M. Morandière (séance du 22 novembre, page-643).
- 11° Gaz d'éclairage; régulateur Giroud, par M. Arson (séance du 22 novembre, page 644).
- 12° Dynamite (/a), par M. Caillaux (séance du 6 décembre, page 648).
- 13° Chauffage des voitures de chemins de fer en Allemagne, par M. Dallot (séance du 6 décembre, page 650).
- 14° Situation financière de la Société (séance du 20 décembre, page 660).
- 45° Election- des Membres du bureau et du Comité (séance du 20 décembre, page 661).
- Pendant ce trimestre, la Société a reçu :
- 4° De M. Dupuy, membre de la Société, un exemplaire du Manuel du cantonnier, par M. Belloin, ingénieur des ponts et chaussées, agent voyer en chef du département de la Seine;
- 2° Un exemplaire du rapport de M. Louvet au conseil municipal de Paris, et un rapport de M. Le Blanc sur le nouvel éclairage oxyhy-drique;
- 3° Un exemplaire de son rapport sur le projet de construction de trois groupes scolaires dans les VIe, XIIe et XVfIe arrondissements.
- 4° De M. Hourier, membre de la Société, des exemplaires des statuts de son comptoir du Génie civil.
- 5° De M., Jules Morandière, membre de la Société : 1° Un exemplaire d’une notice de M. Dufresne, inspecteur général des ponts et chaussées, sur les chemins de fer d'intérêt local et voies de terre du département de la Manche; 2° une note sur divers renseignements à consulter pour la discussion sur le régime des chemins de fer.
- 6° De M. Émile Barrault, membre de la Société, un Mémoire sur les nouvelles dispositions à prendre pour le renouvellement des marques de fabrique.
- T De M. Bontemps, membre de la Société, une note sur les chemins de fer concédés par les conseils généraux, conformément à la loi du 12 juillet 1865.
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- 8° De M. Cialdi, membre de la Société, un exemplaire de sa notice intitulée : Avviso ai naviganti ed agi'edraulici sul Portosaido, et un exemplaire de sa notice intitulée : Effetidel moto ondoso allegati nella geografa flsica del Mare e sua Meteorologia.
- 9° DeM. Alfred Evrard, membre de la Société, un exemplaire du tome premier de son ouvrage sur les moyens de transport appliqués dans les mines, les usines et les travaux publics.
- 10° De M. Casimir Boudard, membre de la Société, un exemplaire des procès-verbaux et délibérations du conseil général du département de la Seine-Inférieure, session ordinaire de 1871.
- 11° De M. Chabrier, membre de la Société, un exemplaire du rapport du Préfet et procès-verbaux des délibérations du conseil général du département d,u Pas-de-Calais.
- 12° De M. Fichet, membre de la Société, un Mémoire sur la construction des voitures au point de vue de Véconomie des efforts de traction.
- 13° De M. Saladin, membre delà Société, un rapport sur les romaines destinées à titrer les fils de coton, laine, lin, soie, etc., etc.
- 14° De M. Gillot, membre delà Société, un exemplaire de son Mémoire sur la carbonisation du bois, emploi du combustible dans la métallurgie du fer.
- 15° De M. Fairlie, ingénieur, un exemplaire de sa réponse à la Revue de VEon. Si las Seymour, de New-York : Aurons-nous des chemins de fer ou nen aurons-nous pas ?
- 16° De M. Alfred Cottreau, membre de la Société, deux exemplaires de sa note sur Y Industrie du fer en Italie.
- 17° DeM, d’Hamelincourt, membre de la Société, un rapport de la Commission sur Y Instruction.
- 18° De M. Caillaux, membre de la Société, un rapport sur la Dynamite.
- 19° De M. Dallot, membre de la Société, une note sur Iephauffage des voitures de chemins de fer en Allemagne. (Traduction.)
- 20° DeM. Euverte, membre de la Société, deux exemplaires de son Mémoire sur Iorganisation de la main-d'œuvre dans la grande industrie.
- 21° De M. Malezieux, ingénieur en chef des ponts et chaussées, un
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- exemplaire de son rapport sur les travaux publics des États-Unis $ Amérique en 1870.
- 22° De MM. Girard et G. de Laire, un exemplaire de leur traité des dérivés de la houille applicables à la production des matières colorantes.
- 23° De M. Audemar, membre de la Société, un exemplaire de son Mémoire sur la nouvelle machine d'épuisement intérieure de Montceau-les-Mines.
- 24° De M. O’Brien, membre delà Société, un Mémoire sur les brise lames et ports de refuge, avec planches, cartes et échantillons.
- 25° De M. Vallée, ingénieur, un exemplaire d’une note sur le chemin de fer d'intérêt local d'Orléans à Rouen.
- 26° De M. Charles Gallon, membre de la Société, un exemplaire de son discours prononcé à la distribution des prix des concours de dessin des classes d'adultes.
- 27° De M. Weill, membre de la Société, un exemplaire de sa note sur son nouveau Procédé de dosage volumétrique du cuivre et du sucre.
- 28° De MM. Delesse et de Lapparent, ingénieurs des mines, un exemplaire de la Revue de géologie.
- 29° De M. Laferrère, membre de la Société, une note sur une Machine perforatrice pour travaux en roches.
- 30° Du Ministère des travaux publics, ;un exemplaire du Catalogue des livres composant la bibliothèque de l'École des ponts et chaussées.
- 31° De M. Henderson, membre de la Société , un exemplaire de List of the chinesse Lighthousses, Ligthvessels, Buoys and Bracons, 1872.
- 32° De M. W. M. J. Mac Alpine, un exemplaire de son Report of the water commissioners of the city of Hudson.
- 33° De M. Caitlaux, membre de la Société, une analyse de l’ouvrage de M. Evrard, sur les moyens de transports appliqués dans les mines, les usines et les travaux publics.
- 34° ,De M. Donna, membre delà Société, un exemplaire de sa note sur le service municipal des eaux d'égouts à Gennevilliers.
- 33° De M. Jules Garnier, membre de la Société, un exemplaire de la. note de M. Sanial du Fay sur les foyers clos appliqués aux machines à vapeur.
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- 36° De M. Arson, membre de la Société, une analyse du Mémoire de M. Giroud sur les régulateurs du gaz.
- 37° De M. Letellier, membre de la Société, un exemplaire de quatre feuilles de son avant-projet d'un réseau de chemin de fer dans Paris.
- 38° De M. Hourier, membre de 1a. Société, une note intitulée : Y ingénieur au point de vue de la direction à donner aux forces productives du pays.
- 39° De M. Sérafon, membre de la Société, un exemplaire de son élude sur les chemins de fer, les tramways et les moyens de transports en commun à Paris et à Londres.
- 40° De M. Baudry, éditeur : 1° Un exemplaire de l’ouvrage de M. P. Champion sur la dynamite et la nitro-glycérine ; 2® Un exemplaire de l’ouvrage de M. Redtenbacher, sur les principes de la construction des organes des machines.
- 41* De M. Félix Le Blanc, membre de la Société, un exemplaire de son rapport sur le nouvel éclairage oxyhydrigue.
- 42° De M. Yvon Yillarceau, membre de la Société : l°un exemplaire de sa note sur un nouveau théorème de mécanique générale ; 2° Un exemplaire de sa note sur la constance de Vaberration et de la vitesse de la lumière, considérées dans leurs rapports avec le mouvement absolu de translation du système solaire.
- 43° De M. Colladon, membre de la Société, un exemplaire de son Mémoire sur les effets delà foudre sur les arbres et les plantes ligneuses.
- 44° Annales industrielles, les numéros du quatrième^trimestre 1872.
- 45° De la Société des Ingénieurs civils d'Écosse, leur bulletin du quatrième trimestre de 1872.
- 46° De l’Institution of Mechanical Engineers, les numéros du quatrième trimestre 1872 de son bulletin.
- 47° De la Société industrielle de Reims, les numéros de son bulletin de novembre et décembre de 1871.
- 48° De la Revue horticole, les numéros diï troisième trimestre 1872.
- 49° De la Gazette du Village, les numéros du quatrième trimestre 1872.
- 50° De la Société des Ingénieurs autrichiens, les numéros du troisième trimestre de 1872, de leur Revue périodique.
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- SI0 Du Journcil Organ fur die Fortsckritte des Eisenbahnïbescns, le numéro 4 cle 1872.
- 52° Delà Société de l’industrie minéràlede Saint-Etienne, le numéro du deuxième trimestre 1872 de son bulletin.
- 58® Du Journal d’agriculture pratique, les numéros dü quatrième trimestre 1872.
- 54° De la Revue d’architecture, les numéros 7 et 8 cle l’année 1872.
- 55° De la Revue les Mondes, les numéros du quatrième trimestre 3 872.
- 56° Du journal The Engineer, les numéros du quatrième trimestre 1872.
- 57° De la Société dé encouragement, les numéros dit quatrième trimestre 1872 de son bulletin.
- 58° De la Société de géographie, les numéros du quatrième trimestre 1872 de son bulletin.
- 59° De la Société nationale et centrale d’agriculture, le numéro de décembre 1871 de son bulletin.
- 60° Des Annales des chemins vicinaux, les numéros du quatrième trimestre 1872.
- 61° De la Revista de obras publicas, les numéros du troisième trimestre 1872. .
- 62° De la Revue des Deux Mondes, les numéros du quatrième trimestre 1872. •
- 63® Du journal le Moniteur des travaux publics, les numéros du quatrième trimestçe 1872.
- 64® Dit journal de féèlàirage du gaz, lès numéros dü quatrième trimestre 1872.
- 65® DU journal de la Revue industrielle, les] numéros dü quatrième
- trimestre 1872.
- 66° Dès Annales du Céixie ciOil, lés numéros du quatrième trimestre 1872.
- 67° Du Journal des chemins de fer, les numéros du quatrième trimestre 1872.
- 68® Du journal le Cosmos, lés tiüiüéros du troisième trimestre 1872.
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- 69° De la Société des Ingénieurs portugais, les numéros du quatrième trimestre 1872 de leur bulletin.
- 70° Du journal la Semaine financière, les numéros dit quatrième trimestre 1872.
- 71° Des Annales des Conducteurs des ponts et chaussées, lés numéros du troisième trimestre 1872.
- 72° Des Nouvelles Annales de la construction, les numéros du troisième trimestre 1872.
- 73° Du Portefeuille économique des machines, les numéros du quatrième trimestre 1872.
- ,74° Du journal la Houille, les numéros du quatrième trimestre 1872.
- 75° Des Comptes rendus de l’Académie des sciences, les numéros du quatrième trimestre 1872.
- 76° De XUnion des charbonnages, mines et usines métalliques de la province de Liège, les numéros du troisième trimestre 1872 de son bulletin.
- 77° Du journal' Engineering, les numéros du quatrième trimestre 1872.
- 78° Des Annales des ponts et chaussées, les numéros du quatrième trimestre 1872.
- 79° Société industrielle de Saint-Quentin et de VAisne, ie troisième numéro de son bulletin de 1872.
- 80° Société académique d'agriculture, des sciences, arts et belles-lettres du département de l’Aube, le tome IX de la quatrième série de son bulletin.
- 81° Institution of civil Engineers, le numéro de leurs minutes of Proceedings de 4872. '
- 82° Société des Ingénieurs anglais, le numéro- de leurs transactions pour l’année 1872.
- 83° Du Comité des forges de France, les numéros 77* 78, du bulletin. ; -
- 84° De la Société industrielle de Mulhouse, le numéro de mai et juin 1872 de son bulletin. ,
- 85° BeX Association des anciens êlèvëè de VÉcole dë Liège, les numéros 15 et 16 de 1872 de son bulletin.
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- 86° Des Annales des mines, les numéros de la 4e livraison de 1872.
- 87° De la Revue universelle des mines et de la métallurgie, les numéros du quatrième trimestre 1872.
- 88° De FAéronaute, les numéros du deuxième trimestre 1872,
- 89° Du Moniteur des fils, des tissus, des apprêts et delà teinture, les numéros du troisième trimestre 1872.
- 90° Société nationale des sciences, de Vagriculture et des arts de Lille, le numéro du deuxième trimestre 1871 de son bulletin.
- 91° A Magyar Mémôk-Egyesület Kôzlonye, les numéros du quatrième trimestre 1872.
- 92° De la Société des anciens élèves des Écoles d'arts et métiers; les numéros de son bulletin-du quatrième trimestre 1872.
- 93° De la Société Vaudoise des Sciences naturelles, les numéros de septembre et octobre 1870 de son bulletin.
- 94° Société des Architectes et Ingénieurs du Hanovre, les numéros S et 6 de 1871 de leur bulletin.
- 95° Société des Arts d’Edimburgh, le deuxième numéro de 1872 de son bulletin.
- 96° De Y Encyclopédie d'architecture, le numéro du quatrième trimestre de 1872.
- Les Membres admis pendant ce trimestre sont :
- Au mois d’octobre :
- MM. Collin, présenté par MM. Chabrier, Callon et Geyler. Fraenkel, présenté par MM. Marché, Muller et Yée. Gruau, présenté par MM. Molinos, Muller et Périssé. Hack, présenté par MM. Després, Flachat et Muller. v Le Blanc, présenté par MM. Jordan, Muller et Ser. Montel, présenté par MM. Le Brun, Périssé et Muller. Rycerski, présenté par MM. Callon, Muller et Regnard.
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- Au mois de décembre :
- MM. Bukaty, présenté par MM. Carimantrand, Flachat, Guérin de Litteau.
- Lathuillière, présenté par MM. Boulet, Goumet et Letestu. Lavezzari, présenté par MM. de Dion, Desgrange et Chabrier. Roussel, présenté par MM. Chabrier, Flachat et Muller.
- Seyrig, présenté par MM. Eiffel, Jordan et Muller.
- Comme Membre associé :
- M. Martin, présenté par MM. Flachat, Muller et Péligot.
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- RÉSUMÉ
- DES
- PROCÈS -YEKBÀUX DES SÉANCES
- DU
- IVe TRIMESTRE DE L’ANNÉE T872
- dis 4 Octobre
- Présidence de M. Desgrange, Vice-Président.
- 'u
- Le procès-verbal de la séance du 6 septembre est adopté.
- M. le Président annonce le décès de MM. Jules Mathieu, Vander Elst et Yinay.
- Il est donné lecture d’une lettre de M. Callon, par laquelle il informe la Société que l’entreprise du grand tunnel du St-Gothard, long de 1490 mètr.es (sans puits intermédiaire), est décidément concédée en totalité à un entrepreneur genevois bien connu en France, M. Louis Favre, et que M. Colladon, membre de notre Société, a été nommé ingénieur-conseil de l’entreprise. Les travaux ont commencé du côté sud (airolo) depuis 18 jours ; au côté nord (goschenen) les abords ne sont pas encore livrés à l’entrepreneur, et la Compagnie y fait travailler.
- Il est ensuite donné lecture de la lettre suivante de M. Édouard Simon, membre de la Société.
- « Monsieur le Président,
- « Je vous serais reconnaissant de vouloir bien soumettre à la Société des Ingénieurs civils une question dont la solution dépend, en grande partie, de la bonne volonté d’un certain nombre de ses membres.
- « Contrairement à ce qui se passe sur des chemins de fer étrangers, la plupart des locomotives en activité sur les réseaux français sont entièrement dépourvues d’abris gour le^mécanicien et le. pfcajrffegr ou possèdent des abris insuffisants. La d^êlTsTqmTésufterait pour les Compagnies de cette addition au chapitre du matériel ne saurait être évidemment le motif qui, jusqu’ici, a fait négliger une mesure d’humanité. Les objections pratiques qui pourraient s’élever contre l’adoption du système tombent devant l’expérience acquise dans d’autres pays.
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- « Quelles sont donc les raisons qui empêchent de soustraire aux intempéries un personnel justement estimé pour son intelligence et son courage?
- «. Veuillez agréer, monsieur le Président, etc. »
- M. le Président? pense que les Compagnies de chemins de fer ont dû faire tout ce qu’il était possible pour garantir les mécaniciens et les chauffeurs des intempéries; ët si les abris n’ont pas été plus multiples, c’est qu’ils offrent des inconvénients. Ainsi, par exemple, une Compagnie qui avait adopté ces abris a été obligée de cesser de les appliquer, parce que le service du mouvement se plaignait qu’ils empêchaient les gardes-freins de voir la ligne.
- M. Brull pense que la poussière et la pluie doivent salir promptement les verres des lunettes; de plus, si les mécaniciens étaient trop bien garantis, il serait à craindre de les voir s’endormir.
- L’ordre du jour appelle la communication de M. Barrauit sur les nouvelles dispositions à prendre pour le renouvellement des marques de fabrique.
- M. Émile Barrault commence par établir qu’il est du plus Haütihtérêt pouf lès ingénieurs de connaître les dispositions qui doivent être prises au sujet du renouvellement de dépôt des marques de fabrique,
- L’IS^HTeüfj 3it"if, a sëuïTa mission de se préoccuper d’éviter les difficultés pratiques < et pour cela, il a besoin de connaître la législation industrielle, aussi bien pour les produits qu’il emploie que pour ceux qu’il fabrique.
- Le point essentiel de la communication actuelle, c’est d’avertir tous les fabricants, industriels, négociants, manufacturiers et commerçants, de prendre dès à présent leurs précautions pour ne pas laisser éteindre momentanément leurs droits en les engageant à faire immédiatement le renouvellement du dépôt des marques de leurs produits dans les conditions indiquées par la loi de 1857.
- Ces conditions sont les suivantes : Toutes les marques de fabrique et de commerce qui ont été déposées avant le 27 décembre 1857 doivent être renouvelées avant le 27 décembre 1872, Sans quoi elles cessent d’être protégées par la M.
- Afin dé bièn montrer l’importance de la loi ët des conditiohs qu’ellë impose, M. Batràult fait l’historique des marques de fabriqué en FrâtiCë, depuis !ë titëÿëti âge jusqu’à l’époque actuelle.
- HISTORIQUE.
- Moyen âge. — La marque est un certificat de garantie donné par l’autorité, certifiant la qualité du produit, son origine, son poids, etc.
- Donc emploi nécessaire de contrôleurs et vérifica teurs, — maîtres, gardes, — grands et petits jurés généraux et particuliers, inspecteurs, controleurs, officiers, prud’hommes.
- Les sanctions sont des peines très-sévères : — confiscation des produits, — amendés, dégradation du corps de métier, exposition aü Carcan.
- De là résultent des abus fiscaux, naturels, lorsque le trësbf a bëëôin d’argëlit, été.
- LëS États généraux de 1614 réclament des modifications; — Côlbërt côndaixihe le système dans son testament politique; — Nîmes s’affranchit én 17fiÜ j — d'aütt'és villes SUiVént Cët ëXeinple.
- Le 5 mai 1779 paraît un règlement des tissus complété par lettres patentés du
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- 4 juin 1780, modifiant profondément la législation; — l’autorité appose toujours la marque, mais on peut adopter les dimensions ou combinaisons de tissus que l’on veut. — Si le fabricant suit le règlement, on ajoute à la marque le mot réglé.
- Enfin, la loi du 7 mars 1791 proclame la liberté absolue du commerce et de l’industrie, l’abolition des corporations, maîtrises et jurandes est déjà faite par l’édit de 1776.
- M. BARRAULTfait alors connaître les lois existantes en citant les lois abrogées, et montrant un tableau qu’il a dressé pour rendre facile la compréhension de l’état de choses actuel.
- Arrivé à l’examen de la loi de 1857, il en montre l’économie et commente les principaux articles.
- Il établit ensuite que la loi de 1857, par son article 2, exige le dépôt au greffe du tribunal de commerce, que ce dépôt n’a d’effet que pour 15 ans, à partir de l’époque où la loi sera exécutoire, par suite des articles 3 et 21 ; que, par l’article 22, la loi est exécutoire depuis le 27 décembre 1857, ce qui exige le renouvellement de toutes les marques (déposées antérieurement à cette dernière date) avant le 27 décembre 1872.
- Il fait remarquer que le dépôt étant déclaratif et non attributif de la propriété, il n’existe pas là de cause de déchéance absolue, mais il énumère les dangers que l’on pourrait courir en négligeant la formalité qu’il recommande.
- Après avoir signalé l’importance de Particle 1382 du Code et ses conséquences essentielles, il insiste sur l’avantage du renouvellement du dépôt, et, pour éviter beaucoup de difficultés, résume les règles pratiques qui doivent diriger pour cette opération.
- Produits susceptibles de la marque. — Tous les produits industriels et commerciaux sont susceptibles de recevoir la marque, y compris les vins, les eaux-de-vie et autres boissons, ainsi que les bestiaux, les grains, les farines et généralement tous les produits de l’agriculture.
- Choix de la marque. — On peut adopter pour marque :
- 1° Les noms sous une forme distinctive, en leur donnant une forme particulière, les disposant dans un encadrement spécial, les caractérisant, singularisant ou particularisant d’une manière quelconque ; on peut employer son propre nom, celui de sa femme, celui du lieu de fabrication ou même un nom purement imaginaire ;
- 2° Les dénominations, pouvu qu’elles soient nouvelles et facultatives et non forcées par l’usage ;
- 3° Les emblèmes, tels que croix, tonneaux, étoiles, globes, oiseaux, quadrupèdes, réels ou imaginaires, etc. Il n’est pas nécessaire que l’emblème soit nouveau, il suffit qu’il ne soit pas employé comme marque distinctive de produits similaires.
- On ne doit pas évidemment choisir des emblèmes appartenant à une famille titrée, parce qu’ils constituent une propriété privée et ne peuvent devenir une propriété commerciale ;
- 4° Les empreintes obtenues par l’application en creux, à l’aide d’un poinçon ou d’une matrice, d’une vignette, de lettres, dé chiffrés, etc. ;
- 5® Les cachets qui sont des appositions de signes sur cire, capsules de plomb ou substances malléables ;
- 6° Les vignettes, pourvu qu’elles n’aient pas été employées comme marque dans une industrie semblable;
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- 7° Les reliefs obtenus par la fonte de l’objet ;
- S° Les lettres composées de lettres initiales, combinées ou non avec des lettres de même ou d’autre nature, dans un ordre particulier et avec des formes spéciales ;
- 9° Les chiffres, lettres enlacées, chiffres romains, ou chiffres arabes affectant différentes formes ou combinaisons;
- 10° Les enveloppes, marque d’un genre délicat. Cependant la forme de l’enveloppe, combinée avec sa couleur ou avec des couleurs disposées d’une manière particulière, peut constituer un signe distinctif suffisant.
- On peut encore employer comme marques : des étiquettes, des timbres, des estampilles, des plaques, etc. ; la forme extérieure de l’objet peut même, à son avis, constituer une marque dans certains cas particuliers.
- Nouveauté de la marque. — Pour s’en assurer, on devra consulter au Conservatoire les registres spéciaux qui contiennent toutes les marques déposées en vertu de la loi.
- Qualités nécessaires au déposant. — La femme mariée, le mineur, l’interdit ou le failli, ont le droit de déposer une marque en leurs noms, sans que l’administration puisse exiger aucune autorisation du mari, des tuteurs ou des syndics; mais l’usage de cette propriété reste soumis aux lois ordinaires, et ne peut avoir lieu qu’avec les autorisations habituellement exigées pour les femmes, les mineurs, les interdits et les faillis.
- Quant à la propriété de la marque elle-même, elle constitue une propriété qui subit les effets de la loi ordinaire.
- Une Société peut également déposer une marque, pourvu qu’elle soit constituée légalement.
- Enfin, une marque peut être déposée au nom de deux, trois ou plusieurs personnes, et dans ce cas, tant que la marque existe, chacun- des copropriétaires peut l’exploiter individuellement.
- Les étrangers qui ont des établissements en France, et ceux qui ont des établissements dans des pays ayant des conventions diplomatiques de réciprocité pour les marques, peuvent également obtenir des privilèges pour les signes distinctifs qu’ils adoptent et déposent.
- En somme, sauf les étrangers dont les établissements sont situés dans des pays sans conditions de réciprocité avec la France, tout le monde est apte à déposer une marque et à jouir des qualités nécessaires pour être déposant. .
- Normalités à remplir pour effectuer le dépôt. — Il faut faire, sur un carré de papier libre, ayant 0m,dS sur chaque côté, le dessin de la marque que l’on adopte; ce dessin doit occuper le milieu de la feuille, ne pas exiger un cadre ayant plus de 0m, 10 de large sur 0ra,08 de hauteur, et représenter par plusieurs figures les détails qu’une seule ne pourrait montrer, ce qui arrive, par exemple, dans le cas où Iâ marque est en creux ou en relief, etc.
- Si la marque a dû être réduite pour ne pas excéder la dimension du cadre, ou si elle présente quelque particularité que l’on ne puisse faire comprendre par le dessin, on doit avoir'recours alors à une légende explicative que l’on disposera sur la gauche du dessin.
- Sur la droite du dessin doivent être indiqués :
- 1° Le jour, et l’heure du dépôt ;
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- 2° Le nom du propriétaire de la marque et celui de son fondé de pouvoirs au besoin •
- 3° La profession du propriétaire, son domicile et le genre d’industrie pour lequel il a l’intention de se servir de la marque.
- On prépare ainsi deux exemplaires identiques qui font l’objet du dépôt qu’on exécute soi-même ou par l’intermédiaire d’un fondé de pouvoirs.
- Dans ce dernier cas, il faut une procuration sous seing privé sur papier timbré à O1',60, dûment enregistrée; cette procuration est laissée au greffier lors du dépôt.
- Le greffier doit délivrer soit immédiatement, soit dans le délai de quinze jours, une expédition du procès-verbal de dépôt pour servir de titre officiel au déposant; mais, en général, et à Paris surtout, il se passe un mois avant que l’on obtienne la déclaration de cette pièce.
- On pourrait, au besoin, réclamer autant d’expéditions de ce procès-verbal qu’on le désirerait, en payant les frais nécessaires.
- Lieu du dépôt, — Ce doit être le greffe du tribunal de commerce dans le ressort duquel se trouve le domicile du déposant, c’est-à-dire, suivant l’article 102 du Code, le lieu où l’on possède son principal établissement.
- Les étrangers ou Français, dont les établisserrfents sont à l’étranger, doivent toujours déposer au greffe du tribunal de commerce de la Seine, où un registre spécial est expressément disposé pour ce genre de dépôt.
- Durée du dépôt.— Elle est de quinze années, à dater du jour même où le dépôt a été effectué.
- Taxe. —Les dépenses nécessitées par le dépôt d’une marque s’élèvent aujourd’hui à 9r,05, y compris les émoluments du greffier, fixés par la loi à i franc, et les droits perçus par l’État pour timbre, enregistrement et expédition du procès-verbal,
- Pour compléter son travail, M. Barrault trace à grands traits le tableau des lois sur les marques de fabrique dans tous les pays de l’Europe et aux États-Unis, puis termine par l’énumération des conventions diplomatiques de réciprocité concernant les marques en groupant les traités par ordre alphabétique de pays, ainsi qu’il suit :
- TABLEAU DES TRAITÉS.
- 1° Angleterre. — Traité du 23 janvier 1860 (art. 12). Ce traité a été dénoncé en janvier 1872, et reste valable jusqu’à janvier 1873 ; mais il est fort probable que les dispositions concernant les marques seront maintenues en temps opportun ;
- 2° Autriche. — Traité du 11 décembre 1866 (art. 11 et 12) ;
- 3° Baden, — Convention du 2 juillet 1857 ;
- 4° Belgique, — Convention du Ie? mai 1861 (art, 15 et .16);
- 5° États-Unis, — Convention du 16 avril 1869;
- 6° Italie. — Convention du 29 juin 1862 (art. 13) ;
- 7° .Pays-Bas. --- Traité du 7 juillet 1863 (art. 24) ;
- 8° Portugal, — Convention du 12 avril 1851 (art. 17);
- 9° Prusse et États allemands du Zollverein.
- Traité du 2 août 1862 (art. 28), rectifié le 9 mai 1865,' dénoncé par la guerre de 1870, et renouvelé par le traité de paix du 10 mai 1871,
- Le Mecklembourg avait traité le 9 juin 1865 directement; mais, depuis, ce pays
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- s’est trouvé compris dans la dénonciation et dans les traités renouvelés de 1871, ainsi que la Saxe, avec laquelle nous avions enfin traité séparément le 19 mai 1856;
- 10° Villes hanséatiques, Brême, Hambourg et Lubeck.
- Traité du 4 mars 1863 (art. 24). On sait que ces villes ne font pas partie du Zollverein ; •
- 11° Russie. — Traité du 14 juin 1857 (art. 22);
- 12° Suède et Norvège. — Traité du 14 février 1865 (art. 12);
- 13° Suisse. — Convention du 30 juin 1864 (art. 14 et 29).
- Nous avions traité séparément avec Genève le 30 octobre 1858.
- M.Barrault termine sa communication en signalant à la Société l’importance qu’il y aurait à réunir dans la Bibliothèque de la Société les documents relatifs aux lois et règlements étrangers ainsi qu’à la jurisprudence industrielle des divers pays ; il signale que les membres de la Société, se trouvant dispersés dans tous les pays, pourraient facilement se procurer et envoyer ces renseignements à mesure de leur apparition, et il ajoute que les membres qui partiraient pour l’étranger, afin d’y occuper une position élevée, trouveraient alors des moyens de se renseigner qui, aujourd’hui, n’existent nulle part, et les forcent à rester ignorants de choses essentielles dans le pays où ils vont remplir des emplois qui leur donnent rang de maîtres et d’instructeurs.
- M. Ballot'demande que la communication de M. Barrault soit publiée in extenso dans les Mémoires et Compte rendu de la Société.
- M. le Président répond qu’une analyse en sera faite poyr le procès-verbal, et que le Mémoire sera inséré dans le bulletin trimestriel.
- M. Gillet appelle l’attention de la Société sur les fraudes et la falsification des produits en général ; il pense qu’on pourrait peut-être créer un nouvel emploi de fonctionnaires qu’on pourrait appeler des essayeurs publics chargés de vérifier les produits, afin d’éviter les fraudes et les falsifications ; ces fonctions offriraient un débouché à un certain nombre de nos jeunes ingénieurs qui sortent des écoles. Ces essayeurs auraient pour mission d’aller chez les fabricants ou marchands analyser les produits; ce serait une garantie pour les consommateurs qui ne seraient plus exposés à acheter des substances qui, les trois quarts du temps, sont altérées ou falsifiées.
- M. le Président fait observer que cette proposition est en dehors de la question des marques de fabrique; il engage M. Gillet à formuler sa proposition, qui sera renvoyée à la Commission chargée d’étudier cette question.
- M. Barrault répond que la vérification demandée existe déjà pour bien des produits. Revenant à la .question, il insiste sur les marques de fabrique qui doivent être une garantie non-seulement pour le vendeur, mais également pour les acheteurs. Ainsi il cite certains produits,'tels que les substances alimentaires, par exemple, qui se prêtent plus facilement à la fraude. Il existe des maisons très-connues dont les produits peuvent être achetés en toute sécurité et embarqués pendant plusieurs années sans crainte de les voir s’altérer. Ces maisons ont été obligées d’avoir des boîtes qui devaient ne plus pouvoir resservir, une fois ouvertes, Ces boîtes devaient avoir des marques adhérentes, afin d’éviter qu’on puisse les enlever et les appliquer sur de nouvelles boîtes contenant des produits inférieurs provenant d’autres maisons. Cette fraude se pratiquait sur une grande échelle, surtout à l’étranger.
- M. le Président remercie M. Barrault de son intéressante communication.
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- Il est ensuite donné lecture d’une note de M. Jules Morandière sur quelques renseignements relatifs aux chemins de fer d’intérêt local, nécessaires à connaître pour l’étude de la question.
- M. le President pense qu’avant d’insérer cette note in extenso, comme le demande M. Morandière, elle doit être renvoyée à la Commission chargée d’étudier la question des chemins de fer.
- Séance du 18 Octobre 1872.
- Présidence de M. Desgrange, Vice-Président.
- M. Gtaudry fait remarquer que le procès-verbal de la séance précédente fait dire à M. Brüll, à proposées abris des mécaniciens sur les locomotives, que, si les mécaniciens étaient trop bien garantis, il serait à craindre de les voir s’endormir. Il croit que la pensée de M. Brüll n’a pas été rendue entièrement. Cette crainte a existé autrefois ; mais, depuis que la pratique l’a fait écarter, l’adoption des abris, plus ou moins complets, se généralise tous les jours.
- M. Jules Morandière exprime son étonnement d’avoir vu renvoyer à la Commission des chemins de fer une note envoyée par lui et lue à la séance ; cette communication consistant dans l’énumération, accompagnée d’une courte analyse, de documents à consulter, n’avait pas, dans sa pensée, aucune analogie avec un Mémoire original; du moment que M. le Président, après examen, l’avait fait lire en séance, il lui semblait qu’elle appartenait au procès-verbal.
- M. le Président fait observer que le travail, dont il est question, a paru plus important qu’une simple analyse, et qu’en prononçant le renvoi il a cru donner satisfaction aux désirs exprimés par quelques-URS des membres présents.
- Sous réserve de ces observations, le procès-verbal de la séance précédente est adopté.
- le Président annonce le décès de M. Poinsot, membre de la Société, professeur de chimie, répétiteur de l’École centrale.
- Il est donné lecture de la lettre suivante, de M. de Cœne, au sujet de la création d’une École^supérieure d'industrie, h Rouen : """
- . " j’ai l’honneur d’adresser à la Société des Ingénieurs civils le prospectus d’une École supérieure d’industrie qui vient d’être fondée à Rouen. J’appelle l’attention de la Société sur cette création nouvelle, qui intéresse à un haut degré l’industrie,' les textiles, la teinture, les impressions sur étoffe^ la mécanique.
- Jusqu’à présent la seule école véritablement industrielle, en France, était l’École centrale où les principes généraux de la science, un peu trop développés peut-être, et ses applications sont présentés avec une rare perfection.
- Malheureusement les industries sont tellement multiples, qu’il était impossible à l’École centrale.de les embrasser toutes, et elle n’a pu étudier dans leurs détails que
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- quelques-unes des grandes industries, telles que la construction des machines, la métallurgie, les travaux publics, les chemins de’fer et la chimie en général.
- Elle vient de créer une nouvelle branche, la branche agricole; mais nous craignons que de ce côté l’École centrale1 n’échoue comme elle l’a fait pour la spécialité des constructions navales qu’elle a dû abandonner.
- Quant aux industries textiles, depuis longtemps elle a dû laisser de côté cette branche si importante de notre industrie nationale.
- Le rôle de l’École centrale est glorieux ; mais à côté d’elle il est encore place pour l'instruction industrielle, et nous espérons voir un jour des écoles, fondées sur le même type, dans divers points de la France, former des spécialistes pour les constructions navales, la céramique, l’agriculture, etc.
- Dans l’École nouvelle, fondée à Rouen, on a voulu combler le vide qui existait en France, c’est-à-dire créer une école où l’on apprît de toutes pièces l’industrie des textiles : coton, laine, lin, jute, soie, en entourant cette étude de toutes les connaissances générales nécessaires aux industriels. L’École veut aussi faire une étude complète des procédés de .teinture des textiles.
- Ces industries étudiées comparativement doivent offrir des résultats féconds, et il y a tout lieu d’espérer que cette tentative sera couronnée de succès comme l’a été celle de l’École centrale, qui a rerïdu d’immenses services à l’industrie en général et particulièrement aux grandes industries que nous avons indiquées.1
- Fondée, comme son aînée, par l’initiative privée seule, sans le secours du Gouvernement, soutenue par la volonté persévérante de ses créatures, au milieu de la contrée qui~fst maintenant, depuis la perte malheureuse de l’Alsace, le centre de la fabrication des textiles et des impressions sur étoffe, libre de ses mouvements, disposée atout faire pour le perfectionnement de l’instruction, elle cherchera à éviter un écueil, celui .d’étendre trop l’instruction théorique au détriment des études pratiques qu’elle veut enseigner aussi complètement que possible.
- Elle donnera à ses élèves toutes les connaissances scientifiques'suffisantes pour guider l’industriel et lui permettre d’éclairer la pratique dans tout ce qu’elle a d’incertain; mais elle veut aussi que la méthode expérimentale vienne toujours s’associer, dans une large mesure, à son enseignement théorique.
- Le dessin occupera une grande place dans l’enseignement; les éléments du travail manuel seront aussi enseignés pour initier, autant que possible, les élèves à l’étude des méthodes pratiques, des tours de main, de la conduite des usines. Un laboratoire, monté sur le modèle le plus perfectionné, permettra de donner à la chimie une très-grande importance dans l’enseignement. Il permettra aux élèves d’étudier les divers procédés de teinture et d’impression, et leur donnera ainsi des connaissances positives sur les travaux de laboratoire d’un établissement industriel.
- Enfin, comme complément d’instruction, l’école pense créer des prix en argent pour permettre aux élèves les plus studieux de faire des voyages à l’étranger, voire même en Amérique, pour leur donner l’habitude des voyages d’affaires et de prendre à l’étranger les meilleures méthodes, les familiarisant ainsi avec les voyages, choses auxquelles notre jeunesse est généralement si peu accoutumée.
- Il est ensuite donné communication d’une note de M. Jules Morandière, relative à des expériences récentes faites sur le chemin de fer, système Larmanjat :
- La Société s’est déjà occupée dans plusieurs séances (19 novembre 1869 et 18 février 1870) du système de chemin de fer de M. Larmanjat. Des expériences récentes
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- ont été faites avec quelques centaines de mètres de longueur d’un chemin établi dans ce système sur une des allées de'côté du Trocadéro. Cette allée est relativement peu fréquentée et peu inclinée. Trois voitures et une machine, circulant les mardis, jeudis et samedis de 3 à S heures, servent à des expériences publiques.
- Pour que le rail ne présente aucune saillie sur la chaussée, M. Larmanjata fait une ornière en plaçant côte à côte 2 rails Yignoles fixés à de petites traverses. Les roues d’axe des wagons, analogues à celles des véhicules de chemin de fer, ont un seul bourrelet latéral, ou boudin, qui entre dans l’ornière; — de cette façon la charge porte seulement sur l’un des rails à l’aller, et sur l’autre au retour. L’emploi des 2 rails n’a donc même pas été utilisé pour répartir la charge à la fois sur Chacun d’eux et diminuer ainsi leur poids.
- La dépense d’établissement, qui avec un rail unique était plus forte que celle d’un petit chemin de fer, est devenue à fortiori plus grande par l’emploi des deux rails.
- Ces expériences paraissent cependant avoir eu leur côté utile, et avoir servi à faire entrevoir la possibilité de l’emploi courant des machines à vapeur pour remorquer les véhicules d’un chemin de fer posé sur une chaussée de route. C’est ce que semble prouver l’extrait ci-dessous, emprunté au Journal des Débats, du résumé du Mémoire présenté le 30 septembre dernier par M. le Préfet de la Seine au Conseil général :
- « Ce tramway (de Neuilly) et celui de la route de Saint-Denis seront sans doute « exploités avant peu : les expériences faites au Trocadéro des machines locomotives « spéciales, système Larmanjat, n’ont pas paru amener d’inconvénients sérieux au « point de vue d,e la circulation latérale. »
- M. Ddpuy fait remarquer que l’allée dont il est question étant peu fréquentée, on peut difficilement dire que l’expérience est concluante pour Paris. Il craint aussi que, dans bien des cas, le défaut de largeur des chaussées fasse rejeter l’axe de la voie sur le côté de la route, et le dévers, dû au bombement de la chaussée, empêchera ûne bonne répartition de la charge.
- M. de Bruignac croit utile de remarquer, d’une manière générale, que l’essai du système Larmanjat, actuellement fait au Trocadéro, est placé dans des conditions telles, que, eût-il un plein succès, il serait impossible d’en conclure que le système fût bon. En effet, ces expériences ne sont pas dans les conditions réelles de la pratique. Lavoie est posée sur une route magnifique, entretenue d’une manière exceptionnelle, et le train ne parcourt qu’à d’assez rares intervalles une distance très-courte. Par exemple, il arrivera presque toujours dans l’application véritable que la charge ne sera pas parfaitement équilibrée dans les wagons, de sorte qu’ils rouleront sur les roues directrices du milieu et sur les roues latérales d’un seul côté; il en résultera de profondes ornières qui causeront soit des cahots, soit une inclinaison intolérables. ,
- M. de Bruignac est convaincu que le système Larmanjat ne pourra pas être appliqué sans longerines sous les roues latérales. Mais alors que devient, entre autres choses, l’économie prétendue de ce système, puisque l’installation du rail central coûte déjà à peu près autant que celle d’une petite voie ordinaire? On pourrait exprimer d’autres critiques, auxquelles M. de Bruignac ne s’arrête pas pour le moment. Les roues centrales ont un rôle très-différent dans les wagons et dans la locomotive : dans les wagons elles sont directrices, tandis que dans la locomotive elles servent aussi à régler la charge sur les roues motrices. Dans la locomotive, il y a un détail de construction qui inspire beaucoup d’appréhension à M. de Bruignac -..les rèues motrices sont mobiles sur leur axe et ne lui sont reliées que par des ressorts en spi-
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- raie, de sorte qü’eflêS he suivent le mouvement de leur axe qti’âpfèS que Sa rotation a tendu ces ressorts. Par cette disposition, l’inventeur croit diminuer le frottement dans les courbes; mais elle parait très-sujette à se détériorer.
- Il est juste de dire que le système deM. Larmanjat renferme deux éléments entièrement distincts, au point que l’un pourrait être bon, tandis que l’autre serait mauvais. Ces éléments sont le rail central unique, et l’adhérence particulière donnée aux roues motrices à l’aide de bandages en caoutchouc, n y a peut-être une amélioration notable à réaliser dans cet ordre d’idées, que les roues porteuses et les roues motrices soient placées dans des conditions différentes : les premières pour donner la moindre résistance à la traction, les secondes pour procurer la plus grande adhérence, Ce résultat d’ailleurs s’obtiendrait, plus ou moins bien, soit avec deux voies différentes pour les deux systèmes de roues, soit avec des jantes différentes sur la même voie,.
- Il est inutile d’ajouter que ces dernières observations sont générales et s’appliquent à toutes les voies.
- En résumé, M. de Bruignacest d’avis que le système Larmanjat doit être envisagé avec une très-grande réserve.
- M. Péligot dit que les locomotives routières sont bonnes tout du plus pour le transport des marchandises. La fumée de la machine et les escarbilles entraînées gênent considérablement les voyageurs de toute voiture qui suit immédiatement la machine.
- M. le Président pense que, surtout depuis l’adoption des d’eux rails placés côte à côte, ce système ne présente aucun avantage sur un petit chemin de fer ordinaire.
- Il a entendu parler d’essais de traction de bateaux sur des canaux, et là, l’emploi du rail unique paraît présenter l’avantage de bien guider le remorqueur.
- M. Moranoière voit une perte d’une partie de l’adhérence dans le poids porté par les roues non motrices qui reposent sur le rail central. Ùne locomotive routière, montée sur deux sortes de rouleaux moteurs, dont la ligne d’axe formerait un léger angle avec l’axe longitudinal de la machine, lui paraîtrait pouvoir mieux servir. On utiliserait ainsi toute l’adhérence, et la déviation de l’axe des rouleaux, jointe à la résistance opposée par le frottement sur le sol, s’opposerait, croit-il, à tout déplacement latéral.
- M. Yauthier, sur l’invitation de M. le Président, prend la parole au sujet de la note de M. Dornès, relative aux eaux de la Vanne»
- Il n’a, dit-il, que peu d’observations à présenter sur cetté note qui expose avec autant de brièveté que de clarté les antécédents de la question. Il reprendra toutefois lés deux conclusions du travail de M. Dornès pour confirmer l’une et préciser l’autre.
- L’aqueduc, dit M. Dornès, ne devient utte solution économique que quand les 4 masses d’eau à amener sont considérables; les sections-Variant eomtne les carrés dés’ diamètres, les dépenses de construction n’augmentent pas proportionnellement au volume d’eau â amener.
- Cela est parfaitement vrai; et, quoique les lois de l’écoulement del’eàü Soient bien connues, il n’est peut-être pas inutile d’insister sur ce point. Ce n’est pas, en effet, seulement, comme le carré des dimensions transversales tjüe croît, toutes choses égales d’ailleurs, lé débit d’un aqueduc, mais bien plus rapidement. *
- Pour le préciser numériquement, prenons l’üne des formules pratiques donnant la vitesse d’écoulement dans un canal, celle de Saint-Venant, par exemple, dont les
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- résultats se rapprochent beaucoup de ceux de Prony et d’Eytelvein. Cette formule, dans laquelle K est un coefficient numérique, I représente la pente, et R — ex-prime le rapport de la section au périmètre mouillé, est la suivante :
- v — K (RI)4^.
- Et le débit g du canal qui s’en déduit est exprimé par :
- g = iù v = K. w. (R I)21.
- Mais, R étant un paramètre, on peut, pour toute forme de section, poser « = a R2, a étant coefficicient numérique à déterminer.
- De plus, si l’on admet que l’on compare entre eux les écoulements de canaux de même pente, I ne changera pas ; et, en représentant par m le produit des coefficients
- 1 I
- K. a et de l’élément constant P on aura finalement :
- q— K. «R*. (RI)21 = w.R2+21 = m,R2 \
- Cela posé, à pente égale, pour un autre aqueduc de section semblable, semblablement rempli,'on aura :
- M
- g ' = m R'21.
- Et comme, à cause de la similitude des sections mouillées, on a R* = n R, il vient finalement :
- S .1
- g’ = g. n21 ;
- ce qui, pour n = 2, par exemple, donne
- g’= 5,76. g (i).
- Pour n — 1.50, on aurait g’ = 2.78 g ; et pour n — 3, g’ == 16 g, ce qui, comme on voit, dépasse toujours notablement le carré de n.
- Cela établi, si, dans un acqueduc, quelques dépenses, telles que celles des siphons à conduites forcées, par exemple, sont à peu près proportionnelles au débit, et si d’autres, telles que celles des parties en tranchée et en tunnel, varient un peu plus rapidement que les dimensions linéaires de la section, sans aller jusqu’au carré, il en est d’autres, au contraire, telles que les parties en aqueduc proprement dit, qui ne varient même pas, en général, aussi rapidement que la simple dimension linéaire.* il est donc de toute évidence qu’à mesure que le volume d’eau à conduire augmente, les dépenses de premier établissement d’un aqueduc se réduisent proportionnellement. Pour une faible quantité, la solution par aqueduc, quelque faciles d’ailleurs que soient les conditions d’établissement de l’ouvrage, sera très-chère. Mais le prix, rapporté au mètre cube amené, ira en s’abaissant à mesure que le volume augmentera, et deviendra enfin plus faible que pour tout autre système au delà d’une certaine limite de débit.
- 1. Pour les vitesses moyennes, de 0.30 à 0.50 par seconde, la formule de Prony donne absolument le même résultat. Pour les vitesses fortes de 0.80 à 1.20, elle donne un résultat un peu plus faible (5.73G); mais elle en donne au contraire un plus élevé pour les vitesses au-dessous de 0.20. . *
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- Quelle est cette limite? Elle varie évidemment pour chaque cas particulier.
- M. Dornès montre que, dans le cas de la Yanne, pour un volume ded00.000 mètres cubes par jour, les eaux amenées par l’aqueduc sont plus chères que celles élevées à Paris par machines. Je ne contesterai pas ces chiffres, dit l’orateur. Ils sont conformes à ceux que j’ai donnés moi-même. Mais la qualité de T eau, comme température et limpidité, sont des éléments essentiels dont il faut tenir compte.
- L’eau de la Seine et de la Marne ne sont pas, chimiquement, d’une composition inférieure à celle de la Vanne; mais, très-froides en hiver, se cdngelant même quelquefois, ce qui est un inconvénient des plus graves pour la distribution, elles atteignent souvent, en été, des températures élevées, et cessent d’être hygiéniquement potables. De plus, leur limpidité laisse souvent à désirer, nous le savons tous. L’eau de la Yanne, au contraire, d’une limpidité cristalline, jouit, aux sources, d’une température à peu près constante; et le parcours de l’aqueduc — l’exemple de la Dhuis le démontre — changera peu, été ou hiver, son degré de chaleur.
- Il y a là deux conditions essentielles par lesquelles les eaux de source amenées par aqueduc peuvent primer les eaux de rivière , et dont il faut tenir compte lorsqu’on fait des comparaisons de prix.
- Quant à la constance de température, dans l’état actuel de nos connaissances, il ne'paraît pas impossible de la réaliser, et sans dépenses très-élevées. C’est toutefois un problème qui n’a jamais été posé ; encore moins résolu. En supposant la solution possible et parfaite, ce serait toujours une dépense de plus à ajouter au prix de l’eau de rivière.
- Quant à la limpidité, on peut dire que le problème subsiste encore. Le filtrage artificiel de grandes masses d’eau a donné lieu à des essais nombreux. Aucun n’a été complètement satisfaisant. Quoi qu’il en soit, d’ailleurs, c’est toujours une dépense additionnelle à faire, et par suite un élément à ajouter au prix de revient de l’eau non filtrée.
- On ne peut donc conclure d’une manière absolue. Tout ce que l’on peut dire, c’est que la solution à laquelle s’est arrêtée, dans ces derniers temps, la ville de Paris, peut être discutée; c’est qu’il n’est nullement démontré qu’elle soit la plus économique et la meilleure; et que, s’il s’agissait de nouveau d’augmenter les ressources en eau de la ville de Paris, le problème devrait être posé dans les termes les plus larges, à la science et à l’industrie modernes, et peut-être le résoudraient-elles tout autrement que ne l’a fait l’ancienne Administration de Paris.
- M. Dallot fait observer que la quantité d’eau potable, nécessaire à la consommation de la capitale, ne constitue qu’une faible fraction du volume absorbé par les autres'services. Cette quantité d’eau, relativement peu importante, consacrée à l’alimentation, exige seule une limpidité parfaite; et dans ces limites restreintes le problème est extrêmement facile à résoudre'. La condition de constance de température peut de même s’obtenir économiquement et par des moyens simples. Les travaux ruineux que l’Administration a imposés à la ville de Paris, et qui ont contribué à l’écrasement de ses finances, paraissent donc injustifiables à quelque point de vue qu’on se place.
- M. Vauthier, répondant à une demande de M. Paul, rapporte que, pour les eaux de la Dhuis, les variations de température de l’eau rendue à Paris sont très-faibles, et diffèrent seulement de 1 à 1 1/2 degré de la source à l’arrivée. Au réservoir de Ménilmontant, les tuyaux de la Dhuis sont toujours, en été, couverts de vapeur conr. densée à la surface; ceux de la Marne sont toujours secs. M. Yauthier pense <fue la
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- solution adoptée pour Paris n’a pas été librement étudiée. Cette solution était imposée à l’avance.
- M. Péligot rappelle que, toutes les fois que cette question a été discutée à la Société, il a été reconnu que les machines étaient préférables.
- M. Dupuy, qui a remis à la Société un exemplaire de son rapport au Conseil municipal sur les projets présentés pour la construction de trois groupes scolaires, dans les YIe, XIIe;et*XVIle arrondissements, fait un exposé de la situation de renseignement primaire à Paris.
- Le nombre des enfants fréquentant les écoles communales était, en 1871, do 89,000, remplissant à peu près toute la place disponible. Or, le recensement de 1806 montre que 269.000 enfants environ sont en âge de fréquenter l’école. D’où il résulte que 170.000 enfants n’auraient pas tro’üvé de place dans les établissements scolaires municipaux. Il faut toutefois en retrancher 87.000 enfants fréquentant les établissements privés, et 15.000, dits de premier âge, fréquentant les lycées et collèges ; il restait donc en viron 68.000 enfants qui n’.auraient pas encore pu profiter de renseignement primaire faute d’écoles ou d’asiles. Le Conseil municipal élu a voulu porter remède à cet état de choses et développer en même temps l’enseignement professionnel.
- Voici le programme qu’il a adopté :
- Créer des établissements imitant le collège Chaptal et l’école Turgot. — Ouvrir gratuitement, sous la garantie du concours, l’accès de l’école supérieure des jeunes filles. — Multiplier les places dans les écoles communales. — Ramener les classes trop nombreuses à des proportions compatibles avec les nécessités de l’hygiène, de la discipline et de l’enseignement. — Étendre la gratuité à tous les élèves indistinctement. —r Améliorer le matériel de l’enseignement. r~ Fonder des bibliothèques scolaires. — Pourvoir à l’enseignement du dessin et de la gymnastique, etc..», enfin améliorer le traitement du personnel.
- Le collège Chaptal montre l’exemple intéressant d’un établissement qui se suffit avec ses recettes, et qui, en outre, a employé ses bénéfices se montant, en douze ans, à 1.200.000 francs en développements de diverses natures. II a envoyé cette année 1 élève à l’école normale, 1 à l’École polytechnique et 11 à l’École centrale!.
- L’école Turgot donne de bons résultats. On a décidé la création de deux établissements semblables : l’un sur la rive gauche, l’autre à Auteuil.
- Pour l'instruction primaire élémentaire, les huit groupes qui étaient en construction en 1871 sont terminés. En attendant, on â dû louer des locaux. 25 groupes complets sont à l’étude et seront prochainement entrepris. Ces 24 établissements nouveaux contiendront 22.000 enfants. La ville de Paris consacre à leur création une somme de 18 millions, non compris les frais d’acquisition des terrains pour la moitié des groupes.
- M. Dupuÿ expose les conditions auxquelles chaque établissement doit satisfaire. Les enfants de deux à six ans sont reçus dans des salles d’asile. Elles doivent être plus grandes pour l’ancienne banlieue où nombre de familles sont nécessiteuses et chargées d’enfants. On peut cependant admettre, en moyenne, que dans une école de 750 enfants, 160 places doivent être réservées pour ‘ l’asile. La classe de l’asile est unique-'. Lé mobilier se compose de bancs en estrade: il faut aussi uu préau couvert, ainsi qu'une cour pour la FéeréaUpe* — Il reste 600 enfants, soit 3QQ filles et 30<J garçons, de six a treize ans, à placer dans deux écoles indépendantes, sapa
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- communication entre elles. Chaque école sera divisée en cinq classes, car on a reconnu que plus de 80 enfants, sous un seul maître, n’apprennent rien. On peut admettre la répartition suivante :
- 80 enfants au plus pour la 5e classe.
- 70 — — 4e —-
- 60 — — 3e —
- 50 — — 2° —
- 40 —- — Jre —
- Les. classes se mettent peu au rez-de-chaussée. Quelquefois, à Paris, on est obligé de les mettre au 2° étage. La hauteur des étages doit être de 3m,50 à 4 mètres; les classes doivent être planchéiées et éclairées, autant que possible, sur les deuxfaces, l’exposition préférable étant celle de l’est et Se l’ouest. Si la lumière pénètre d’un seul côté, elle doit venir de gauche à droite." Les colonnes supportant des poutres devront être généralement évitées : les architectes ont une trop grande tendance à les multiplier. La surface de classe attribuée à chaque enfant est de 1 mètre carré. Pour-les préaux couverts, la surface est de 0m,75 par enfant, et elle est de lm,50 pour les cours de récréation.
- 11 serait trop coûteux de loger dans l’école tout le personnel d’enseignement; d’ailleurs c’est un système de casernement que l’expérience a condamné : en conséquence, le directeur et un professeur adjoint seront seuls logés dans chaque école.
- La question du chauffage n’est pas tranchée : les poêles rayonnants chauffent très-irrégulièrement; mais d’anciennes expériences de calorifère n’ayant pas réussi, l’Administration ne se montré pas très-disposée à recommencer les essais.
- Quant au prix de ces écoles, on a trouvé que 500 fr. par enfant devaient suffire pour la construction et le mobilier : les façades architecturales, qui ont, dans certains cas, fait monter les prix de revient à 1*200 francs par place d’enfant, ont été proscrites. Les terrains ne sont pas compris dans cette estimation. Ils figurent, dans la dépense prévue de 18 millions, pour 7 millions environ applicables seulement a la moitié des groupes à construire.
- Quelques chiffres feront ressortir l’attention que le Conseil municipal apporte au développement de l’instruction publique. Les sommes affectées à cette destination, de 1809 à 1874, ont été successivement les suivantes :
- ANNÉES. • DÉPENSES Sur ressources départementales. DÉPENSES sur ressources municipales.
- 1869. 412.000 fr. 6.241.000 fr.
- 1870.. 378 000 . 6,412.000
- 1871. .......... 552.000 6.412.000
- 1872.. 1.376.000 8.180.000
- 1873 (prévisions). 1.450.000 9.147.000
- Les dépenses prévues pour 1873 s’élèvent à plus de 30 millions, savoir :
- Sur ressources départementales..................... 1.450.000 IV.
- Sur ressources municipales. . ..................... 9,147.000
- Pour créations provisoires..................» 2.000.000
- Sur emprunt spécial (déjà cité). 18.000.000
- Total.................. 30.597.000
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- M. Périsse craint qu'il ne soit difficile de trouver un nombre suffisant de professeurs.
- M. Düpuy dit que le département delà Seine avait une école normale en commun avec le département de Seine-et-Oise; mais une école spéciale vient d’être établie à Auteuil : une école Turgot et une école primaire ordinaire lui sont adjointes, afin que les aspirants-professeurs trouvent sur place l’occasion de faire de la pratique, à côté de la théorie.
- Répondant à M. Rubin, M. Dupuy dit qu’une école spéciale d’apprentis s’ouvrira prochainement dans Je 19e arondissement.
- M. Guerbigny craint que les institutions libres, qui se soutiennent à peine aujourd’hui, ne voient leur existence de plus en plus compromise par le développement des institutions municipales, si rien n’est fait pour leur permettre de se relever.
- MM. Collin, Fraenkel, Gruau, Hack, Le Blanc, Montel et Rycerski ont été repus Membres sociétaires.
- üéaiBce ®übb S KoTcmbre
- . 'Présidence de M, de Dion, Vice-Président.
- Le procès-verbal de la séance du 18 octobre est adopté.
- M. le Président annonce que M. Fernique, membre de la Société, vient d’être nommé chevalier de la Légion d’honneur.
- M. L. Dupuy donne communication à la Société d’un résumé des observations de M. Belgrand, inspecteur général des ponts et chaussées, sur les eaux du bassin déjà Sein|jtt.sur#le^hpix„d.es s.opcçes à déAlYecppur ralimentationj de fa'ville de Paris.
- Il doit ces renseignements à l’obligeance de M. Belgrand, qui & bien voulu lui communiquer les épreuves du travail qu’il va publier sur cette question, et lui permettre de répondre ainsi au désir qu’avait exprimé M. le Président de voir apporter de nouveaux éléments à la discussion-sur la dérivation des eaux de la Vanne.
- C’est en 1854 que M. Belgrand a commencé à rechercher les sources dont il est possible de diriger les eaux vers Paris.
- On voulait distribuer à la population parisienne des eaux non-seulement aussi pures chimiquement que celles de la Seine, mais encore limpides et fraîches en toute saison et exemptes de ces souillures qui troublent les eaux de rivière dans le voisinage des grandes villes. Des eaux de source pouvaient seules satisfaire à ces conditions. Le volume d’eau à dériver étant fixé à 140 000 mètres cubes par 24 heures ou 1 640 litres par seconde, il fallait le chercher dans de très-grandes sources. Les petites sources des environs de Paris ne pouvaient être utilisées.
- La lentille de gypse , qui s’exploite de Meulan à Château-Thierry, altère les eaux
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- de source dans toute cette étendue. On a dû reporter les recherches au delà de Château-Thierry,* c’est-à-dire vers les limites de la Champagne et de la Brie. Les eaux à dériver devaient donc être prises à une grande distance de Paris.
- Le bassin de la Seine est une vaste plaine. L’altitude dépasse rarement 200 mètres. Or les points les plus élevés à desservir à Paris, les buttes Montmartre et les hauteurs de Bèlleville, s’élèvent à 130 mètres au-dessus de la mer. On comprend sans peine quelle difficulté résulte de cette faible différence des altitudes, eu égard à la grande distance d’où l’eau devait parvenir.
- Le volume d’eau à dériver vers Paris étant considérable, il était évident que les recherches des sources devaient être faites surtout dans les terrains 'perméables. Les eaux de pluie ruissellent à la surface des terrains imperméables qui, par cette raison, ne fournissent pas de grandes sources.
- Les régions à terrains perméables rapprochées de Paris, le Sentissois, le Sois-sonnais, la Beauce, sont situées à une altitude insuffisante ou fournissent de l’eau de mauvaise qualité. Ces considérations ont conduit M. Belgrand à reporter ses recherches jusqu’à la craie blanche de la Champagne.
- Enfin, la répartition des pluies sur le bassin de la Seine n’est pas favorable à l’alimentation de grandes sources.
- Le Morvan est la rivière la plus pluvieuse du bassin de la Seine. Dans les parties élevées, il tombe lm,80 de hauteur d’eau ; dans les parties basses, 1 mètre environ. Après le Morvan, la Champagne humide et la Normandie, qui reçoivent 0m,80 de pluie, sont les régions les plus pluvieuses. Mais le Morvan et la Champagne humide sont des terrains imperméables alimentant mal les sources. Les sources si abondantes des terrains perméables de la Normandie, situées à 200 kilomètres en aval de Paris, ne sont pas faciles à dériver vers la capitale. On ne pouvait donc pas espérer trouver de grandes sources dans les régions les plus pluvieuses.
- Ces circonstances conduisirent à discuter les anciens projets de dérivation.
- 1° L’aqueduc deMaintenon, entrepris sous Louis XIV, devait amener les eaux de l’Eure, que l’on prenait un peu en amont de Chartres, à l’altitude de 164 mètres. Les eaux de l’Eure sont pures ; on pouvait espérer trouver de bonnes sources dans cette vallée. Mais l’Eure ne .débite à Pontgouin que 540 litres d’eau par seconde. Cette insuffisance fit abandonner l’idée de faire continuer par la ville de Paris l’aque-duc'commencé par Louis XIV.
- 2° En 1762, Deparcieux avait proposé de dériver à Paris les eaux de l’Yvette. En 1775, Perronnet reprit ce projet. On ajoutait l’eau de la Bièvre à celle de l’Yvette et on pouvait amener à Paris 27 000 mètres cubes d’eau par 24 heures. Le canal de l’Yvette devait avoir 34 kilomètres, celui de la Bièvre 6 kilomètres. Ils avaient une pente de 0m,21 par kilomètre; l’eau arrivait à Paris à l’altitude de 64m,65.
- Le volume était insuffisant et l’altitude d’arrivée trop faible ; en ménageant la pente, on n’aurait pas élevé le point d’arrivée à la cote 80 mètres, jugée nécessaire.
- On ne pouvait donc songer à faire revivre ces anciens'projets, et il fallut revenir à la limite de la Brie et de la Champagne. On s’arrêta d’abord aux sources de la Somme-Soude, petit affluent de la Marne, sur la rive gauche, entre Châlons et Epernay. L’aqueduc d’amenée aurait eu 159 kilomètres; il arrivait sur les buttes Chaumont à l’altitude 83m,50; on devait dériver 1 000 litres d’eau par seconde ou 86 400 mètres cubes par 24 heures, la dépense était évaluée à 22 millions.
- Mais les sécheresses extraordinaires de ces dernières années ont démontré que les
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- sources de la Somme-Soude étaient insuffisantes : au moment des plus basses eaux de 1858, ce ruisseau ne débitait pas plus de 20 à 25 000 mètres cubes par 24 heures. C’était trop peu, et on a dû chercher ailleurs.
- A cette époque, M. Belgrand fit dresser un avant-projet de la dérivation des sources de la Vanne. Cette étude a été repoussée, parce que l’on arrivait sur les hauteurs de Montrouge à l’altitude de 70 mètres, jugée insuffisante pour une bonne distribution à Paris.
- Toutes ces difficultés conduisirent à faire une étude complète des sources du bassin de la Seine.
- M. Belgrand divise les sources de ce bassin en quatre classes :
- 1° Sources de terrains imperméables ;
- 2° Sources de terrains perméables;
- 3° Niveaux d'eau ;
- 4° Sources artésiennes.
- F Dans les terrains imperméables, il n’y a pas de nappes d’eau; le lieu des sources est la surface même du pays. Exemple : les terrain? granitiques du Morvan et le lias de l’Auxois et du Nivernais. Les sources y sont nombreuses, mais de faible débit. Ce sont des suintements qui dessèchent en été. Ce n’était donc pas aux terrains imperméables qu’il fallait s’adresser.
- 2° Lorsque la surface d’une contrée est entièrement perméable, toutes les eaux pluviales qui ne sont pas enlevées par l’évaporation ou la végétation profitent aux. sources. — Les eaux ainsi absorbées s’abaissent en nappes, discontinues dans les terrains calcaires, continues dans les terrains sablonneux, vers les vallées les plus profondes, et alimentent par de grandes sources les rares cours d’eau disséminés dans le pays. Les lieux de source dans ces terrains sont donc les prairies humides et même tourbeuses qui tapissent le fond des grandes vallées. Il n’y a pas d’autres sources dans ces contrées. Les autres parties du pays, les vallées moins profondes, les coteaux, les plateaux, restent à sec en toute saison. C’est un des caractères les plus frappants et les plus singuliers des terrains perméables. C’est dans les sources de la deuxième classe qu’on a recherché l’eau nécessaire à l’alimentation de Paris,
- 3° Lorsqu’un terrain perméable repose sur un terrain imperméable situé à un niveau supérieur à celui du fond d’une vallée, il s’établit à leur plan de contact ce qu’on appelle vulgairement un niveau d’eau. Toutes les eaux pluviales qui pénètrent dans le sous-sol perméable s’arrêtent sur- ce plan et donnent naissance à un lieu de source qui correspond à la ligne d’affleurement du terrain imperméable. Ces sources sont en général très-nombreuses et par suite assez faibles. ' _ •
- Un exemple intéressant de ces sources se trodVe assez rapproché de Paris. C’est le lieu des sources qui se trouve au contact des marnes vertes et des meulières de la Brie. Toute les vallées de la Brie, de la forêt de Fontainebleau et des environs de Versailles, sont dans ce cas.
- 4° Les sources artésiennes, c'est-à-dire celles qui sortent d’urte nappe d’eau emprisonnée sous une couche de terrain imperméable en jaillissant par un puits ou cheminée, sont fort rares dans le bassin de la Seine. Les plus importantes jaillissent dans les terrains néocomiens qui recouvrent Foolithe. Il est évident que les puits descendent jusqu’au terrain jurassique.
- Les sources de la 2» classe, c’est-à-dire des terrains perméables, se rencontrent en
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- descendant les étages géologiques dans le terrain tertiaire et dans le terrain secondaire, savoir :
- Terrain tertiaire. — 1° Les calcaires de la Beauce et les sables de Fontainebleau • ces sources alimentent les affluents de la Seine à l’approche de Paris, tels que l’Essonne, l’Yvette, la Bièvre.
- 2° Le terrain compris entre les marnes vertes et Pargile plastique, c’est-à-dire le calcaire lacustre deSaint-Ouen, les sables moyens et le calcaire grossier del’étage éocène.
- Telles sont les grandes sources de fond des vallées de la Brie, de la plaine Saint-Denis, de Sarcelles, de Gonesse, et aussi une grande partie des sources des affluents tertiaires de l’Oise, l’Aunette, la. Nonette, l’Authonne, la Thère, la Yiosne, etc.
- Terrain secondaire. — Craie blanche très-perméable et craie marneuse moins perméable des terrains crétacés.
- On trouve de très-belles sources de la craie non-seulement dans la Champagne proprement dite, mais encore dans les Vallées suivantes :
- 1° Vallée des petits affluents de la rive gauche de l’Yonne, à partir d’Auxerre, tels que le Tholon, le ruisseau de St-Vrain;
- 2° Partie supérieure de la vallée de Loing, depuis Montargis et ses affluents, le Lunam et l’Orvanne;
- 8° A partir de Meulan, vallée de la Seine, de chaque côté et dans le lit même du fleuve, vallées des principaux affluents, l’Epte, l’Andelle, le Robec, l’Eure et ses principaux affluents, etc.
- Terrains ooHthiqms. — Ces dernières sources alimentent les affluents de la Seine sflué@ en amont des terrains crétacés, à l’exception de l’Yonne et ses tributaire's qui puisent une partie de leurs eaux dans les terrains granitiques du Morvan.
- M. L- Düpuy examine ces différents genres de sources au point de vue de la pureté des eaux. Il rappelle d’abord que les matières minérales en dissolution dans les eaux de source du bassin de la Seine sont peu nombreuses.
- Les eaux des terrains granitiques, oolithiques et crétacés, ne contiennent que du carbonate de chaux et quelques substances complètement innocentes, telles que la silice, l’alumine et quelque peu de chlorures.
- Mais dans le lias, dans une grande partie des terrains tertiaires, surtout dans la banlieue de Paris, le sulfate de chaux s’ajoute à ces éléments.
- On sait quelles sont les propriétés des sels à base terreuse eh dissolution dans l’eau*
- Les carbonates, presque toujours à l’état de bi-carbonates, engorgent les conduites de distribution! Lorsque l’excès d’acide carbonique se dégage, le carbonate se dépose sur les parois des conduites et y forme des croûtes adhérentes. Je ne ferai que rappeler les incrustations adhérentes dans les chaudières à vapeur, dues à la présence du carbonate de chaux et la neutralisation d’une partie du savon employé au blanchissage.
- La plupart des savants français considèrent que le carbonate de chaux en petite quantité est nécessaire pour constituer une bonne eau potable. Les savants anglais et américains admettent, au contraire, que les eaux les plus pures sont les meilleures.
- Les sulfates terreux rendent les eaux impropres aux usages domestiques quand
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- ils s’y trouvent dans la proportion de 15 à 20 centigrammes par litres. Ils durcissent les légumes pendant la cuisson, forment des dépôts très-adhérents dans les chaudières à vapeur et rendent les eaux dures et indigestes.
- Il est une autre substance très-répandue dans le bassin delà Seine: c’est la tourbe qui agit sur les eaux après leur sortie du sol, soit aux sources, soit dans le lit des ruisseaux. La tourbe ne donne pas aux eaux de propriétés malfaisantes, mais elle leur communique un mauvais goût qui peut les rendre impropres à la consommation.
- M. Belgrand a soumis à l’hydrotimètre èt à l’analyse chimique l’eau de presque toutes les sources du bassin de la Seine. Le tableau ci-dessous résume ces observations; les sources y sont indiquées par ordre de pureté :
- degrés. degrés.
- Sources du granité du Morvan de . 2 à 1 7
- — des sables du Greensand et du terrain crétacé inférieur . . 7 12
- - des grès de Fontainebleau non recouverts par les argiles à
- meulières supérieures : 6 22
- Sources de l’infrà-lias H 19.50
- de la craie blanche 12 17.80
- — de la craie marneuse 14.50 22
- du calcaire à entroques 16.90 21.50
- — des calcaires de Beauce 17.00 25.00
- — de la craie recouverte des terrains tertiaires 17.00 27.50
- — des calcaires oolithiques durs 17.50 26.00
- Sources des marnes vertes partie non gypsifère 19.60 30.00
- — de l’argile plastique 20.00 35.00
- — des calcaires oolithiques marneux 21.50 34.00
- — des terrains tertiaires entre les marnes vertes et l’argile plas-
- tique 21.50 46.00
- Sources du lias. 27.50 120
- — des marnes vertes, partie gypsifère 23.00 155
- Les eaux les plus pures sont naturellement celles des terrains arénacés, quel que
- soit leur âge, puisqu’on trouve ces eaux presque au même degré de pureté dans le Granité, le Greensand et les sables de Fontainebleau.
- Viennent ensuite les eaux des calcaires non argileux, quel que soit leur état de dureté, puisqu’on trouve des eaux plus pures dans la craie, le plus mou des calcaires du bassin, que dans le calcaire à entroques qui se rapproche de la fermeté du marbre.
- Les calcaires marneux viennent ensuite ; il semble que la marne favorise la dissolution du carbonate de chaux dans l’eau. Puis en dernière ligne se trouvent les terrains gvpsifères ou pyriteux qui donnent les eaux les plus dures.
- Le sulfate de chaux ne se trouve en quantité notable que dans les eaux de source des terrains tertiaires compris entre les marnes vertes et l’argile plastique inclusivement, et seulement dans la partie de ces terrains qui correspond à la grande lentille de gypse du bassin parisien. On en trouve encore en quantité notable dans les petites sources du lias supérieur. Les sources des terrains tertiaires, situées au-dessus du niveau d’eau des marnes vertes, des terrains crétacés, oolithiques et granitiques, ne contiennent que des quantités insignifiantes de sulfate de chaux.
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- M. L. Dupuy ajoute les observations suivantes sur les sources bu terrain secondaire.
- Les eaux de la craie couronnée par les terrains tertiaires sont moins pures que celles de la craie non recouverte par ces terrains.
- Cela tient à ce que l’argile plastique que recouvre la craie est imprégnée de cristaux de sulfate de chaux. Les lignites qu’on trouve dans l’argile plastique contiennent des pyrites. Elles sont la cause de l’introduction dans les eaux soit de principes acides, soit de sulfates. Les eaux de quelques puits artésiens de la Ferté-Milon, qui sortent des terrains à lignites, ne peuvent pas être employées dans les tanneries parce qu’elles noircissent les peaux, ce qui prouve qu’elles contiennent des sels de fer solubles, probablement du sulfate. Il y a donc lieu de distinguer :
- (a) les sources des terrains crayeux couronnés par les terrains tertiaires;
- (b) les sources des terrains crayeux non recouverts par les terrains tertiaires.
- A part cette cause d’altération, les eaux de la craie sont dans un état de pureté excellente ; lorsque les vallées ne sont pas tourbeuses, elles ne contiennent qu’une petite quantité de carbonate de chaux/Elles sont trës-agréables à boire. M. Bel-grand croit que ce sont les meilleures eaux potables du bassin de la Seine.
- « Cela est tellement vrai, dit-il, que, dans la discussion passionnée qui a été pro-« voquée par les projets de l’administration municipale de Paris, personne n’a ja-« mais contesté la bonne qualité des eaux de la Champagne» On a dit, sans s’appuyer « sur aucun fait, que les eaux de source, en général, engendraient toutes sortes « de maladies : le goitre, la carie des dents, le cancer de l’estomac; mais on a été « d’accord sur un point, c’est que les eaux de la craie étaient très-agréables à « boire. »
- #
- Le bassin de la Vanne, affluent de l’Yonne appartient à la formation de la craie blanche. Partie de ce bassin est couronnée par les terrains tertiaires,
- Dans cette catégorie se trouvent les belles sources que la ville de Paris a achetées et qui peuvent fournir ensemble plus de 70,000 mètres cubes d’eau. Ce sent les suivantes :
- ij
- Désignation. Température. Titre bydrolimétrique. Observations. J
- Source d’Armentières. 10°.56 17.40 Pas de sulfate de i Essais faits |
- Source de Chigv Source de St-Philihert. 12 .00 10 .06 20 19.50 en août et
- Source de Tliiel 10 .66 17.33 octobre 1860.
- Source de Noé Il .60 18.30 1 chaux.
- Dans la partie des terrains crayeux non recouverts par les terrains tertiaires, dans la craie blanche de Champagne, les sources sont réunies au fond des vallées principales. C’est là qu’on trouve le; bassin de la Somme-Soude affluent de la Marne, qui se divise en deux bras. Les sources situées dans la vallée de Soude (2° bras dé Somme-Soude) fournissent sans contredit les eaux les plus pures de toute la partie calcaire du bassin de la Seine et les plus agréables à boire de tout l’ensemble de
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- ce bassin. C’est pour cela qu’on avait cru devoir les choisir pour les dériver vers Paris. Voici l’énumération de ces sources et leur titre hvdrotimétrique.
- titre.
- Source de Soudé Notre-Dame. . . . . . 12.80 1 La température de Ces eaux
- Autre source de Soudé Notre-Dame. . . 14.00 > constatée en août et septem-
- Source de Bucy-Littré; ................. 13.50 j bre 1855, était de 10° cent.-
- M. Belgrand examine ce que devient le carbonate de chaux dans les eaux courantes :
- Le sulfate de chaux est assez soluble pour ne point faire de dépôts dans le lit des cours d’eau, mais il n’en est pas de même du carbonate de chaux.
- On sait que ce sel n’est soluble qu’à l’état de bi-carbonate, que le bi-carbortate est instable; l’agitation dé l’eau suffit à produire le dégagement de partie de l’àCide carbonique et à faire déposer le carbonate insoluble qui encombre promptement les conduites.
- Les essais de M. Belgrand lui ont démontré qüe la proportion de carbonate de chaux qui peut exister en dissolution dans l’eau, sans que cette eau Soit incrustante, est composée entre 18 et 20 centigrammes de résidu solide par litre ou très-sensiblement entré 18 et 20. degrés hydrotimétriques.
- Au-dessus de 20 degrés hydrotimétriques, les eaux sont incrustantes : exemple les sources de Rungis, plus-connues sous le nom d’eaux d’Arcueil qui accusent à l’hy-drotimètre 37 à 38 degrés. Les eaux du canal de l’Ourcq qui marquent 31 degrés. L’éau de l’Ourcq est incrustante ; une conduite de 0,00 posée depuis 30 ans à peine, rue Sainte-Appoline et relevée en 1858, était entièrement obstruée par les dépôts calcaires.
- L’eau de la Seine n’est pas incrustante. Son titre hydrolimétrique varié peu avec les localités qu’elle traverse.
- Voici les degre's constatés :
- A Chatillon-sur-Seine .............................. . . * . 2i°.52
- A Bar-sur-Seine (terrain jurassique)...................... 18 .00
- A Troyes.................................................. 18 .00
- A Nogent, entre l’Aube et 1’Yonne. .......................47 .50
- Au Port-à-l’Anglais, entre l’Yonne et la Marne » . . . . 16 ;78 A Paris, pont d’Austerlitz, rive droite . * . . . . . ; . 21 .71
- (Influence des eaux de la Marne qui marquent 22°, y compris 4 de gypse.)
- À Paris, pont d’Austerlitz, rive gauche..................... 17- r77
- A Paris, estacade des machines de Chaillot............». 18 .85
- Au pont de Contiens, amont du confluent d’Oise. . . . . 19
- Au pont de Poissy, aval du confluent de l’Oise...... 19 .20
- Au pont de l’Arche, aval du confluent de l’Eure. .... 19 .53
- Au pont de Brouilly, entrée de Rouen............... 19 .44
- L’eau de la Dliuys, qui marque 23 degrés à la source même, passé dans dés amas de meulière qu’on a disposés de distance en distance ; l’agitation qui eh résulte fait déposer le carbonate, si bien qu’à son arrivée à Paris, dans le rdsefvoir de Ménil-montant, l’eau de la Dhuys ne marque plus que 20 à 21 d'egfés, comme l’eau de Seine ah réservoir de Pàssy.
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- M. L. Dupuy examine ensuite les sources qui peuvent être conduites à Paris :
- Les réservoirs destinés à l’alimentation de Paris sont situés : l’un à Ménilmontaht, à l’altitude 108 mètres; l’autre à Montrouge, à l'altitude 80 mètres.
- Entre le pied de la chaîne de la Côte-d’Or et l’Océan, le sol s’élève rarement à plus de 200 mètres. Les lieux des grandes sources se trouvent au fond des vallées principales. Dans chaque vallée, la plus élevée de ces grandes sources est éphémère ou tarissable dans les étés secs. Les grandes sources prennes sont donc bien plus basses que les plateaux.
- L’aqueduc à construire pôur dériver ces sources devait donc avoir unepéilte très-faible.
- Pour que les matières limoneuses restent en suspension , il faut que la vitesse au fond et sur les parois soit au moins de 0m,20, et pratiquement, pour obtenir ce résultat, il faut une vitesse moyenne de 0m,30 à 0,n,40. On obtient cette vitesse avec une pente de 0m,10 par kilomètre pour les grandes sections d’aqueduc.’ Avec cette pente, on est certain que la cunette de l’aqueduc ne s’envasera, jamais.
- Les vallées profondes du bassin delà Seine ne peuvent être franchies qu’en conduites forcées. En donnant aux tuyaux de 1 mètre à lm,10, il faut, pour débiter 5 à 600 litres par seconde , avec une seule conduite, une charge de 0m,55 à 0m,60 par kilomètre^
- De ces données, M. Belgrand a déduit que les aqueducs de dérivation devaient avoir 15 mètres de pente pour 100 kilomètres. Donc, pour dériver par la seule gravité une source située à 100 kilomètres de Paris, il,faut qu’elle soit à 95 mètres d'altitude pour atteindre le réservoir de Montrouge, et à 123 mètres pour atteindre celui de Ménilmontant.
- Cette condition d’altitude, celle de la pureté des eaux et celle de l’économie des travaux ont conduit, par voie d’élimination successive, l’administration à resserrer ses études dans la partie orientale de la Brie et dans ia partie de la Champagne sèche, comprise entre les vallées de l’Yonne et de la Marne.
- Les sources de la Somme-Soude, petite rivière de la craie blanche de Champagne, qui tombe dans la Marne en aval de Châlons, sur la rivé gauche, s’offrirent les premières au choix de l’administration. Le titre hydrotimétriquo de ces eaüx est compris entre 12° et 14°. Ce renseignement sur la pureté était confirmé par l’analyse; aucune source des terrains calcaires de la Seine n’est plus pure. A ces eaux on joignit le Sourdon, qui jaillit près d’Épernay (titre hvdrotimétique 20°), et, plus tard, la Dhuys. L’opération était décidée ; mais les sécheresses sans exemple qui régnent depuis 1857 les firent abandonner. Le débit delà Somme-Soude tomba, en 1858, au-dessous de 20 000 mètres cubes par 24 heures. En y adjoignant le Sourdon et la Dhuys, on ne pouvait dériver plus de 40000 mètres cubes d’eau, et on comptait sur 86 400 ; il fallut renoncer à l’opération.
- L’annexion de la zone suburbaine augmenta de 40000 mètres le volume d’eau nécessaire.aux quartiers de la rive droite, et cétte eau 'supplémentaire devait être dérivée à l’altitude 105 mètres.
- Les sources de la Brie étaient insuffisantes comme débit et comme altitude.
- C'est ainsi qu’on a été conduit à choisir la Dhuys et les sources très-nombreuses des deux vallées voisines, le Verdèré et le Surmelin , bien que ces,eaux, marquant 23° à l’hydrotimètre, soient légèrement incrustantes. Mais on a vil qii’ort peut remédier à cet inconvénient eh favorisant le dégagement de l’acide carbohicjüe-pen-dant le trajet.
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- Par des raisons qu’il est inutile d’exposer ici, les sources que la ville possède dans les vallées de Yerdon et du Surmelin n’ont pas encore été jetées dans Pâque-duc de la Dhuys, quoique les travaux qu’il faudrait exécuter à cet effet soient peu importants.
- La source de la Dhuys arrive donc seule aujourd’hui à Paris; elle donne la moitié de la portée totale de l’aqueduc.
- La Vanne est la rivière de la craie blanche qui résista le mieux aux grandes sécheresses de ces dernières années. En 1860, la ville de Paris se mit en mesure d’acheter 11 sources, dont 3 à l’altitude 111, 113 et 136 mètres, et les autres à l’altitude variant entre 88 et 72 mètres.
- Le plus petit débit des sources de la Vanne que possède la Ville correspond à
- l’année 1870, qui est la plus sèche des deux derniers siècles.
- Ces sources ont donné, en août 1870.......................... 784 litres par"
- Si, à ces sources, on adjoint la source de Cochepie, située en dehors et près de la yallée de la Vanne, et qui débite......... 230
- il ne manque plus que..................................... 146
- pour fournir les.......................................... 1160
- que l’aqueduc doit porter par seconde. On espère trouver facilement les 146 litres sur le parcours de l’aqueduc.
- Le titre hydrotimétique de l’eau des sources de la Vanne varie de 17°,40 à 20°. Le chlorure de baryum n’y produit pas de trouble appréciable. On peut donc dire qu’elle est à peu près dépourvue de sulfate de chaux.
- Limpidité. — Les sources de la Vanne sont limpides, et cette limpidité est absolue. On voit les moindres objets au fond du bassin qui renferme ces sources ; il en était ainsi avant les travaux de captation, à la source du Bune de Cerelly, dont le bassin avait environ 4 mètres de profondeur.
- Les cailloux qui tapissent le fond des bassins conservent tout l’éclat et la vivacité de leurs couleurs ; les plantes aquatiques y poussent avec une vigueur extraordinaire, ce qui tient à ce que la lumière pénètre sans obstacle jusqu’au fond. Le vert de leurs feuilles est toujours d’une grande pureté, et l’on ne remarque à leur surface aucun dépôt vaseux et calcaire.
- Cependant, au moment de leurs grandes crues, ces sources deviennent louches pendant quelques jours; mais elles ne tardent guère à reprendre leur splendide limpidité. Une seule, celle de Saint-Philebert, ne s’est jamais troublée depuis que la Ville la possède.
- Température des eaux. — L’aqueduc de la Dhuys a 131 kilomètres de longueur. Beaucoup de personnes ont pensé que l’eau perdrait de sa fraîcheur dans ce long trajet. Il résulte des observations quotidiennes faites pendant les trois années 1867, 1868 et 1869, que la température de l’eau de la Dhuys, à son arrivée au réservoir de Ménilmontant, après un parcours de 131 kilomètres, ne s’est jamais élevée à plus de 13°,70 en été (août 1869) ni abaissée au-dessous de 7°,30 en hiver (décembre 1867). Le maximum a toujours eu lieu en août et a varié, d’une année à l’autre, de 12°,60 à 13°,70. Le minimum a lieu en décembre ou en janvier et a varié de 7°,30 à 8°,80. Ces températures extrêmes sont encore celles de l’eau fraîche. Aux sources de la Dhuys, à Pargny, la température de Peau est plus constante; le maximum n’a pas dépassé 10°,70. Le minimum n’est pas tombé au-dessous de 9°,70.
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- Le même résultat se produira sans doute pour la Vanne.
- Au point de vue de la pureté et de la limpidité dés eaux, la dérivation de la Vanne sera supérieure à celle de la Dhuys.
- Quant aux eaux de la Seine, elles ne sont jamais limpides. En été, lorsqu’elles sont claires, on ne voit plus le fond à des profondeurs de un à deux mètres. C’est ce qu’il est facile de vérifier aux réservoirs de Charonne, où l’on élève de l’eau de Seine puisée en amont de Paris ; de plus, cette eau est verte, au lieu d’être bleue comme l’eau de source.
- Mais, en outre, l’eau de Seine est louche ou trouble pendant une grande partie de l’année. Cela est constaté, depuis 1855, par les observations journalières que le service municipal fait à Paris et à Montereau.
- Voici les résultats moyens obtenus sur neuf années, de 1855 à 1863 :
- La Seine J
- à > Nombre annuel de jours d’eau
- Montereau. |
- La Seine l
- à, < Nombre annuel de jours d’eau
- Paris. I
- claire.... louche.. 100.55 ) 214.88
- trouble . 49.88 \ 150.43 j
- claire.... louche.. 64.88 1 217.77
- trouble. / 82.35 \ 147.23
- En retranchant les années de sécheresse vraiment extraordinaire* 1857, 1858, 1861, et calculant la moyenne sur les six autres années, le nombre annuel moyen de jours d’eau trouble et louche devient :
- A Montereau........................................... 187.33
- A Paris............................................... 186.83
- La supériorité des eaux de la Vanne ne saurait donc être contestée.
- Elles sont au moins aussi pures chimiquement que les eaux de la Seine, et ne seront pas moins aérées lorsqu’elles auront parcouru à l’air libre'un aqueduc de 141 kilomètres de longueur.
- Elles sont, de plus, limpides et fraîches en toute saison, tandis que les eaux de la Seine sont troubles et louches pendant 186 jours en moyenne par an, et ne sont fraîches que pendant 145 jours.
- Elles sont et seront toujours entièrement exemptes de cette cause d’altération produite dans les eaux de rivière par la projection de détritus de toute sorte, qui sont la conséquence inévitable de toute agglomération humaine.
- M. L. Dupuy cite à ce propos l’extrait d’un compte rendu fait sur la communication de M. Monier à l’Académie des sciences (séance du 7 octobre) sur la pureté des eaux potables de la ville de Paris.
- « On se tromperait beaucoup si l’on supposait que l’eau bonne à boire, l’eau de « table, est seulement celle qui ne contient pas de sels alcalins en excès. — La « quantité de matières organiques tenues en suspension dans le liquide joue aussi « un rôle considérable sur la santé... On ne peut jamais savoir exactement l’in-« fluence des matières organiques renfermées dans l’eau : les unes peuvent être « inertes; mais les autres peuvent être actives, renfermer des corpuscules nuisibles,
- « des germes de maladie de toute nature. Ce sont surtout ces particules organiques « qu’il faut redouter. Aussi, quand il s’agit de créer une alimentation d’eau, doit-on « repousser l’usage des eaux souillées par les détritus de toute une population, les « eaux de rivières qui ont traversé de grands centres industriels.
- « M. Monier, pour bien mettre en relief la différence de la qualité des eaux de
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- « Seine et des eaux de la Dhuys, a eu recours à un procédé d’analyse chimique « très-simple, qui permet de doser la matière organique en suspension dans le lice quide. On prend pour cela une solution filtrée de permanganate de potasse. Cette « solution est colorée. De la quantité qu’il en faut verser dans une eau donnée pour « cesser de décolorer la liqueur, on conclut la richesse de l’eau en matières orga-« niques. »
- Voici les résultats obtenus :
- Matières organiques.
- Eau de la Dhuys.................................... 0,000 01 de son volume.
- Eau de Seine avant son entrée dans Paris......... 0,000 09 —
- — au Pont Royal...................... 0,000 12 —
- — après Asnières, à 500ra de l’égout collecteur, 0,000 30 —
- — à Saint-Ouen......................•. 0,000 15 —
- — à Poissy, après l’embouchure de l’Oise. . . 0,000 10 —
- M. L. Dupuï termine en rappelant qu’au moment où il s’agissait de décider si on dériverait sur Paris les sources de la Dhuys et de la Vanne,, M. Dumas remplit un certain nombre de bouteilles d’eau de diverses provenances, depuis l’eau de la Dhuys jusqu’à l’eau de la Seine, et l’eau du canal de l’Ourcq. Il conserva ces bouteilles pendant plusieurs années.
- Au bout de ce temps, l’eau de la Dhuys était aussi pure que le premier jour, parfaitement claire et absolument inodore. L’eau de la Seine, au contraire, avait subi une altération notable. Quant à l’eau de l’Ourcq, son odeur et son trouble indiquaient une altération profonde. M. Dumas déduit de là une définition bien simple des eaux bonnes à boire. « Une eau potable, dit-il, est une eau qui, mise en bouteilles, se « conserve sans altération. »
- Il ne faudrait pas cependant prendre cette définition au pied de la lettre ; car, s’il importe que, pour être potable, l’eau ne contienne pas de matières organiques, il est essentiel qu’elle renferme, en dissolution, des carbonates de chaux, de magnésie, de sels alcalins, un peu de silice, de l’air et même de l’alcool carbonique. Ces matières ne se trouvent pas dans l’eau de pluie qui, mise en bouteilles, se conserve sans altération et qui n’est pas potable.
- M.le Président remercie M. Dupuy de son intéressante communication.
- M. Bergeron donne "•lecture d’une Note sur les améliorations économiques à apporter à la construclion et à la manœuvre des machines locomotives, par l’emploi du système de Yciêro-vapeur, inventé par George WarsopTfngënieur an-glais. ............
- Il assistait, dit-il, au mois d’août dernier, au meeting of the British association qui s’est tenu à Brighton, en Angleterre. Dans la section des sciences mécaniques, un ingénieur, M. Richard Eaton, a communiqué un Mémoire très-intéressant dont M. Bergeron croit utile de soumettre une analyse et des commentaires à la Société des Ingénieurs civils de Paris.
- M. Eaton a décrit le procédé Warsop pour lequel des brevets ont été pris en Angleterre et sur le continent, qui consiste à faire usage de l’air chaudmêlé à la vapeur, pour augmenter la puissance et le bon fonctionnement des machines.
- Depuis plusieurs, années, ce procédé est appliqué ayec succès sur des machines fixes, dans le but d’empêcher les incrustations ou l’adhérence des substances salines contenues dans l’eau aux parois des chaudières.
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- L’essai en a été fait récemment aux locomotives, et il n’a pas moins bien réussi.
- L’invention de George Warsop consiste à projeter sur toute la longueur, et au fond de la chaudière, de l’air très-chaud qui maintient l’eau dans un état continuel d’agitation. La production de la vapeur se fait plus rapidement; une économie notable de combustible en est la conséquence; les incrustations delà chaudière et des tubes sont prévenues, ainsi que l’entraînement de l’eau non vaporisée, dans les cylindres et les tuyaux d’échappement.
- L’air est refoulé dans l’intérieur de la chaudière au moyen d’une pompe mise en mouvement par la machine elle-même, comme cela avait lieu autrefois pour les pompes d’alimentation.
- Il passe dans l’intérieur d’une série de tuyaux s’enroulant en serpentin dans la boîte à fumée. Les tuyaux exposés au courant des gaz brûlants qui s’échappent des tubes de la chaudière sont chauffés aune température moyenne de 650 degrés Faren-heit, ce qui représente plus de 300 degrés centigrades, chaleur entièrement perdue, puisqu’elle s’en va par la cheminée, et qui peut cependant, en passant, élever à la même température l’air contenu dans les tuyaux.
- Suréchauffé ainsi, l’air pénètre dans la chaudière par un tube d’un plus faible diamètre qui s’étend sur toute sa longueur et au fond ; il en sort par une série de petits trous inclinés à 45 degrés. En s’écoulant ainsi d’une manière continue, il réduit la cohésion de l’eau, favorise son ébullition et augmente la tension de la vapeur à un degré plus élevé que si celle-ci était seule à fonctionner.
- L’air chaud exerce donc une action directe sur l’évaporation de l’eau, comme si c’était une addition à la surface de chauffe de la chaudière. Cette action est d’autant plus efficace, que l’air brûlant est en contact immédiat avec l’eau, tandis que la chaleur du foyer n’y pénètre qu’à travers des plaques métalliques plus ou moins bonnes conductrices. Il favorise l’ébullition du liquide, en agissant, pour ainsi dire, comme un ressort élastique divisant les molécules, ou les aidant à prendre la forme gazeuse.
- Un mélange d’air et de vapeur produit en outre plus d’effet qu’un volume égal de vapeur seule à la même température.
- Quand deux gaz sont comprimés dans le même espace, chacun exerce son action indépendamment de l’autre ; par conséquent, il peut arriver que la température de l’eau soit inférieure à celle qu’elle aurait si la vapeur, qui en. est le produit, devait avoir toute seule la tension résultant de son mélange avec l’air.
- Ainsi, par exemple, l’eau étant à la température de 275° Farenheit, correspondant à peu près à 130 degrés centigrades, la vapeur aurait, dans la chaudière, une tenéîon de 3 atmosphères. En supposant qu’à travers l’eau on projette, sous la même pression, un. volume d’air chaud égal au quart de l’espace occupé par la vapeur, la tension du mélange s’élèvera à 4 atmosphères, au lieu de 3 atmosphères qu’aurait la vapeur seule.
- On a reconnu encore que la présence de l’air dans la chaudière produit une diminution bien marquée dans la condensation de la vapeur sur les parois des cylindres. Cette condensation est plus grande qu’on ne le croit généralement.
- .Un fluide élastique composé d’un mélange d’air et de vapeur, dont l’un des gaz ne peut pas se condenser, réduit, dans une certaine mesure, le contact de la vapeur avec les surfaces métalliques froides des cylindres, et diminue ainsi la perte résultant de cette condensation.
- : La Compagnie du chemin de fer du Yorhshiré et Lancashire a mis à la disposition
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- de l’inventeur du système une machine à marchandises portant le n° 369, pour expérimenter son procédé.
- Cette machine a six roues couplées de 5 pieds (lm,50) de diamètre; les cylindres ont 15 pouces (0m,375) et la course des pistons est de 2 pieds (0m,60).
- On a fixé au châssis de la machine une pompe à air à simple effet de six pouces (0m,15)de diamètre, et son piston, muni de segments métalliques, était mis en mouvement par une des bielles motrices, comme l’étaient autrefois les pompes alimentaires.
- L’air était refoulé dans un tuyau en fer de 1 pouce '1/2 (0m,0376) de diamètre, se repliant sur lui-même, en forme de serpentin, dans l’intérieur de la boîte à fumée, au-dessus des tubes bouilleurs, et fixé de manière à éviter tout contact avec le tuyau d'échappement et le garde-cendres. ♦
- 11 pouvait s’élever ainsi à une température variant de 500 à 850 degrés Farenheü (260 à 450 centigrades), qui est généralement celle des gaz s’échappant par la cheminée.
- Après avoir soulevé la soupape d’introduction, il entrait dans le tube percé de trous posé au fond et tout le long de la chaudière, et s’en échappait par petits jets, à travers la masse liquide dont il favorisait l’ébullition. Il allait ensuite ajouter sa force élastique à celle de la vapeur pour agir sur les pistons des cylindres.
- Au moyen d’un appareil bien simple, on suspendait le jeu de la pompe à air, en maintenant soulevéela soupape d’introduction, pendanttoutletempsque le régulateur restait fermé. En faisant autrement, une trop grande quantité d’air aurait pénétré dans la chaudière et aurait pu empêcher les injecteurs de fonctionner, convenablement.
- Cependant, lors même que le régulateur était fermé, on a fait marcher quelquefois la pompe à air seule, pour augmenter rapidement la pression de la vapeur dans la chaudière.
- Le 21 mars dernier, par exemple, il était tombé beaucoup de neige sur le chemin parcouru par la machine n° 369. Le conducteur mécanicien, qui est très-intelligent, venait de descendre un long plan incliné, avec son régulateur fermé, et la pression dans la chaudière était descendue à 100 livres par pouce carré (environ 5 atmosphères). Il fit alors fonctionner la pompe à air seule et en moins de 400 yards (360 mètres) de parcours, le manomètre indiquait, dans la chaudière, une pression de 140 livres ou 9 atmosphères, quand il ouvrit son régulateur pour gravir, avec un train très-lourd, la rampe venant à la suite.
- On a remarqué qu’aussi longtemps que le régulateur reste ouvert, le jeu des injecteurs n’est nullement contrarié par l’air mélangé avec la vapeur.
- Il faut avoir soin seulement de maintenir toujours bien rempli d’huile le godet qui sert à graisser les segments métalliques du piston de la pompe à air.
- La température des-gaz, s’échappant par la cheminée, et par conséquent celle de l’air injecté dans la chaudière, a été mesurée par un pyromèlre bien établi et bien • éprouvé. La pression de l’air dans les tuyaux était indiquée par un manomètre spécial.
- L’appareil est tellement simple que sa manœuvre peut être confiée à un mécanicien ou à un chauffeur de médiocre intelligence.
- On a fait remarquer que l’eau étant saturée d’air, la chaudière est bien moins exposée à faire explosion. Quand de l’eau a été soumise pendant quelque temps à l’action de la chaleur, quand l’air qu’elle renfermait s’est peu à peu dégagé, la tem-
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- pérature nécessaire à l’ébullition est plus élevée, et c’est par dessecousses soudaines et violentes que la vapeur se produit; chaque bulle fait, pour ainsi dire, explosion en sortant de la masse liquide et cela n’a pas lieu quand l’air est mêlé à la vapeur.
- Ainsi que je l’ai dit plus haut, l'emploi du système de l’aéro-vapeur a eu surtout pour objet de prévenir les incrustations dans les chaudières des machines fixes.
- Quand de l’eau se change en vapeur, au contact de surfaces métalliques fortement chauffées, les matières solides qu’elle tient en dissolution et même en suspension tendent à s’attacher et-se fixer à la surface des plaques. Ces substances sont généralement très-mauvaises conductrices de la chaleur; il en résulte que plus elles deviennent épaisses, plus il faut de combustible pour obtenir la même quantité de vapeur. En injectant de l’air chaud au fond de la chaudière, on agite fortement l’eau et on empêche complètement l’adhésion des substances salines aux tubes et aux parois des chaudières.
- Cet avantage, bien constaté pour les machines fixes, devait l'être également pour les locomotives. *
- Ainsi, dans la machine n° 369 de la Compagnie du Yorkshire et Lancashire, on ne tarda pas à s’apercevoir que beaucoup d’incrustations anciennes des tubes et du foyer se détachaient fréquemment comme des écailles, à chaque lavage de la chaudière, et la consommation du combustible était sensiblement diminuée par l’emploi du système de l’aéro-vapeur.
- Pour se rendre bien compte de l’effet produit, on démonta le dôme à vapeur, et au moyen de réflecteurs on put éclairer l’intérieur de la chaudière et examiner avec soin dans quel état se trouvaient les tubes et la boîte à feu.
- L’observation eut lieu le 22 avril dernier; la locomotive, depuis le 9 décembre 1871, date de l’application du nouveau système, avait parcouru 10,987 milles anglais (17,678 kilom.), en remorquant généralement des trains de marchandises.
- Avant de commencer l’expérience, on avait décidé que 62 tubes, recouverts d’incrustations anciennes, seraient laissés dans le même état, et que les autres seraient nettoyés et rendus aussi nets que s’ils avaient été neufs.
- Quand on découvrit la chaudière, le 22 avril 1872, pour en faire l’examen, la Commission d’ingénieurs, chargée de ce soin, reconnut, à l’unanimité, que les tubes nettoyés étaient restés purs de toute incrustation, et qu’une grande partie des substances calcaires qui étaient restées adhérentes aux anciens tubes non nettoyés s’en était détachée.
- Pour rendre l’expériencë plus concluante, on fit marcher la locomotive, comme à l'ordinaire., avec la vapeur seule, sans employer le nouveau système, et au bout de peu de temps on put constater la formation d’une couche de carbonate de chaux adhérant fortement aux tubes bouilleurs et ayant déjà l’épaisseur d’une pièce de demi-couronne.
- Les ingénieurs consultés ont déclaré que le mérite d’empêcher les incrustations dans les chaudières suffirait seul pour en faire recommander l’usage aux chemins de fer ; à plus forte raison doit-on l’employer, quand il est bien prouvé qu’il en résulte une économie notable dans le combustible.
- Pour la machine n° 369, citée plus haut, la consommation de la houille est descendue à 27 livres 19 cent, par mille de train parcouru (environ 7U,60 par kilomètre), quand on a fait usage de l’appareil Warsop ; tandis qu’auparavant et après qu’on en a suspendu l’emploi, elle a été en moyenne de 39 livres 28 cent, par mille (12,3 kilog. par kilomètre) de train remorqué par la machine.
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- M. Eaton estime à un sixième au moins l’économie de combustible à retirer du système; il a fait remarquer que la Compagnie de Lonclon et North Western, qui brûle chaque jour environ 1800 tonnes de charbon, réaliserait, par ce moyeu, une économie de 300 tonnes chaque jour, dans les frais d’exploitation de son immense réseau.
- Cette considération, ajoutée à l’avantage de prévenir les incrustations et l’entraînement de l’eau non vaporisée, doit attirer l'attention des ingénieurs des .chemins de fer français et les engager à en faire l’application à leurs locomotives.
- M. Garnirr croit devoir rappeler que l’emploi d’un mélange de vapeur et d’air chaud n est pas chose nouvelle, et que dans la machine Belou cette idée avait déjà été appliquée. Il tient à ce que le nom d’un inventeur français soit prononcé en pareille circonstance. Belou n’avait pas réussi parce qu’il n’avait pu éviter que la pression de l’air augmentant, sa température ne s’élève au-dessus de la limite compatible avec la conservation des garnitures. Cet inconvénient disparaît dans l’appareil Warsop, parce que la vapeur domine dans le mélange, tandis que, dans la machine Belou; c’était l’air chaud qui était en plus grande proportion.
- M. Normand demande à présenter quelques observations.
- L’emploi de l’air comprimé mêlé à la vapeur présente certainement des avantages, mais ces avantages résident exclusivement à ses yeux dans la diminution des condensations dans les cylindres; c’est l’équivalent d’une enveloppe de vapeur.
- Une petite quantité d’air ou de gaz permanent détermine, quand il y a condensation, une mince couche non conductrice, qui isole la vapeur des surfaces refroidissantes. — C'est à cela seul que peut se borner le rôle de l’air mélangé à la vapeur. Bodmer avait, du reste, en 1842, essayé l’application de ce mélange à ce point de vue, et, en 1846, Wilkenson avait formellement proposé l’emploi d’air passant dans un serpentin chauffé par les gaz produits par la combustion.
- Il ne pense pas, d’ailleurs, qu’il pût y avoir de difficulté à échauffer l’air à 300° lorsque cet air doit, pour être introduit dans une chaudière de la locomotive, être comprimé et amené à une pression de 8 atmosphères ; puisqu’on sait que la compression à 8 atmosphères amène déjà une température de 280 et quelques degrés, et même plus, d’après des observations personnelles..Il doit donc être facile d’amener l’air à 300° dans le serpentin de l’appareil Warsop, et il ne doit pas résulter de l’élévation de là température un refroidissement sensible des gaz d’échappement pouvant correspondre à une importante économie de combustible.
- Dans l’appareil appliqué aux locomotives qui vient d’être décrit, la pompe à air a un diamètre de 6 pouces et est à simple effet, de telle sorte que le volume d’air introduit dans la chaudière, si on le suppose à la pression moyenne de 2 atmosphères, ,est tout au plus égal au soixante-douzième du volume de vapeur consommée dans les cylindres moteurs.
- M. Normand a peiné à s’expliquer qu’une addition de 1/72 d’air dans la vapfeur suffise à produire les magnifiques résultats qu’on a énoncés : écohomie de 30 0/0 de combustible, absence d’incrustations, etc, Il croit qüe ces résultats ont été quelque peu exagérés.
- M. Normand ajoute ensuite quelques indications sur les machines à air chaud dans lesquelles on a fait intervenir la vapeur.
- Dans la machine Clone (1854) on introduisit une petite quantité de vàpéur destinée à soutenir la pression pendant la période de détente. On sait que l’air chaud,
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- en se détendant, ne suit pas la loi de Mariette; lorsque le volume est doublé, la pression n’est pas la mpitié, mais les 0,4 de la pression initiale.
- Quant à la machine de Pascal, dont Belou a continué l’étude, c’est une machine dans laquelle l’air est chauffé par son passage à travers la masse de combustible ; il peut donc atteindre une température de 1,000 à 1,500° à laquelle il est impossible de l’introduire dans les cylindres où il détruirait les garnitures, et on convertit alors l'excès de calorique en vapeur. Cette machine a des avantages théoriques ; mais ils sont faibles et compensés par des inconvénients graves et résultant de l’entraînétaent par l’air de cendres, de matières bitumineuses provenant de la distillation du charbon, qui, au bout de peu de temps, rendent la marche de la machine impossible.
- M. Garnier dit que, dans la machine Belou, il y a justement une disposition'pour filtrer l’air et le débarrasser des matières qu’il pourrait entraîner.
- M. Bergeron insiste sur ce que, dans l’appareil Warsop, l’air chaud à 600°, traversant la masse liquide, y produit une ébullition très-vive et accélère, par conséquent, la vaporisation.
- M. Normand répond que la proportion d’air introduite lui paraît trop faible, — 1/72 seulement, pour produire des effets considérables.
- M. Hamers est porté à croire que l'aéro-vapeur doit donner de très-bons résultats.
- Il reconnaît que l’air chaud introduit dans la chaudière, n’y affluant pas en grande quantité, ne peut accroître de beaucoup la vaporisation au moyen du calorique apporté par lui-même; mais cet air, d’autre part, produit des effets plus importants pat son action mécanique : en agitant l’eau d’une maniéré continue, il renouvelle incessamment les couchés d’eau en contact immédiat avec la chaudière et avec les bulles de vapeur naissante (desquelles il facilite le dégagement). La couche d’eau en contact avec la chaudière fait place, à chaque instant, à une autre couche moins chaude que celle-là, et plus apte, par conséquent, à absorber du calorique au profit de la vaporisation ; car la rapidité de la transmission du calorique (en d’autres termes, la quantité de chaleur qui passe en un temps dotiné à travers une surface donnée) est en proportion avec la différence des températures du corps chauffant et du corps chauffé.
- L’agitation produite par Y aéro-vapeur équivaut, indépendamment des autres avantages annoncés, à une augmentation de la surface de chauffe.
- Cet effet est analogue à celui qui se produit dans certaines chaudières anglaises, telles que les chaudières tubulaires du système Field, bien connues depuis l’exposition de 1867 : l’expérience, d’accord avec le raisonnement, prouve que les mouvements de l’eau résultant des dispositions spéciales de la chaudière accroissent de beaucoup là vaporisation.
- M. de Mastaing pose la question de savoir si, en dehors des conditions pratiques de la construction des machines, il n’existe pas des raisons théoriques pour préférer ou non l’emploi de l*àir chaud-à celui de la vapeur, étant naturellement admis que, dans les deux cas, on utilise la chaleur transformée en travail mécanique.
- 11 montre que, si on désigne par Vpe volume auqüel l’eau du l’air sont introduits, par m ie rapport du volume auquel la vapeur ou l’air chaud sont employés dans là machine motrice au volume introduit, le travail théoriquement développé sur le piston moteur est proportionnel à mV, alors que le travail d’alimentation est proportionnel à Y.
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- On aura donc :
- Travail moteur T = amV,
- * Travail d’alimentation t = «Y.
- Pour avoir le travail disponible, il faut tenir compte des pertes résultant du mécanisme ou de la transformation du mouvement, et du travail qu’il faut développer pour introduire l’eau ou l’air, c’est-à-dire le travail d’alimentation.
- Si on désigne par k le coefficient de rendement de la machine, le travail T ne transmettra au mécanisme que kT, et pour faire le travail t, il faudra emprunter à
- ce mécanisme une quantité.de travail 0. telle que M — t, d’où 0 =
- Le travail disponible Q = kT —
- fi
- et l’effet utile de y ensemble de la machine sera :
- k'~^-k-±
- ~ T — *T’
- ou remplaçant t et T par leurs valeurs respectives :
- ft'= k — 7—= h — T~' ka.m\ km
- Le coefficient de rendement sera donc égal à k
- km'
- Si on emploie de l’air chaud pour lequel m serait égal à 3, et si on suppose k = 0.70, on trouve par coefficient de rendement :
- 0'70 3 xX7ij = 0'70-0'48 = 0-22-
- Si-w était égal à 2, tout effet utile disparaîtrait.
- Dans les machines à air chaud, la plus grande partie du travail produit est donc absorbée par Y alimentation.
- Dans les machines à vapeur, il y a à tenir compte également d’un certain travail d'alimentation; mais comme le volume de vapeur employé est environ 1700 fois celui de l’eau introduit, on a pour le rendement, dans les mêmes conditions que ci-dessus :
- °'70 1700 X 0.70
- 0.69916,
- soit à peu près toujours 0.70.
- L’air chaud substitué à la vapeur donnera donc de mauvais résultats, et si on mélange l’air chaud à la vapeur, il en sera de même, au point de vue du rendement, qui sera d’autant moindre que la proportion de l’air chaud sera plus grande.
- M. Normand est d’accord avec M. de Mastaing sur les principes qu’il vient d’exposer, mais il n’admet pas ses conclusions qu’il trouve trop rigoureuses. Il pense, sans craindre d’être accusé de partialité pour les machines à air chaud, qu’on peut en obtenir un effet utile assez grand pour en justifier les applications. D’une part, il est possible avec les dispositions spéciales qu’il a indiquées, et qui permettent d’employer l’air chaud dans les machines à une plus haute température, d’obtenir un rapport du volume employé au volume introduit, supérieur à 2; il est, en outre, possible de construire des machines dont le coefficient de rendement atteigne 0.90,
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- et enfin on peut disposer l’alimentation de manière à éviter toute perte de travail en n’employant pas de machine spéciale.
- Dans ces conditions, une machine de 400 chevaux, dont 100 pour la machine négative (alimentation) et 300 pour la machine positive, peut donner un travail utile de 300 X 0.90 — 100 = 170 chevaux, soit un rendement de 42.o °/0.
- M. le Président fait remarquer que la discussion s’est portée principalement sur l’examen de la valeur des machines à air chaud, et qu’il serait intéressant de la reprendre au point de vue spécial de la Note de M. Bergeron, c’est-à-dire au point de vue de l’action mécanique de l’air chaud introduit dans la chaudière et traversant la masse liquide, des effets ainsi produits quant à la rapidité de l’évaporation et relâ-tivement à l’incrustation des chaudières, ainsi que de la diminution de la condensation dans les cylindres.
- M. le Secrétaire donne ensuite lecture d’une analyse de l’ouvrage de M. Alfred Evrard sur les moyens de transports,.appliqués dans les mines, les usines et les travaux publics, rédigée par M. Caillaux.
- M. Caillaux fait ressortir, dans cette Note, les services que peuvent rendre des livres spéciaux, comme celui de M. Evrard, « où se trouvent groupés dans un « ordre méthodique tous les faits publiés jusqu’ici sur l’importante question des « petits transports, auxquels sont ajoutés les nombreuses notes recueillies pendant « quatorze ans de travail et d’expérience, de manière à composer à la fois un traité « succinct, un aide-mémoire et un album complet de types intéressants. »
- Cette analyse sera insérée in extenso dans le prochain Bulletin trimestriel.
- Séance du 22 Novembre 1872.
- Présidence de M. Jordan, Vice-Président.
- Le procès-verbal de la séance du 8 novembre est adopté.
- M. le Président annonce le décès de MM. Boudent et Foëx, membres de la Société.
- Il est donné lecture de la lettre suivante de M. Jules Garnier :
- « Monsieur le Président,
- « J’ai l’honneur de faire parvenir à la Société l’étude théorique et pratique des machines à foyer clos ou '^.aéro-vapeur, système Pascal-Belou dont j’ai entretenu itfes collègues à la derniere séance.
- « J’avais signalé que, d’après les inventeurs, ce genre de machine pouvait descendre à une consommation de 800 gr. par force de cheval et par heure : ce fait, bien que très-surprenant à priori, n’est point èn désaccord avec la théorie et se réalise-
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- rait s’il était possible d’arriver pratiquement à des pressions de huit ou dix atmosphères en enlevant au fluide moteur la haute température qui correspond à ces pressions et l’utilisant à vaporiser une quantité d'eau correspondante : telle est la voie à chercher.
- « Quant à M. du Fay, ingénieur de la marine et auteur de l’étude ci-jointe, je donnerai ici ses conclusions principales.
- « A égalité de pression, les machines à foyer clos consomment moins de combustible que les machines ordinaires sans condensation . C’est démontré par les résultats que j’ai obtenus avec une machine de 30 chevaux nets indiqués. »
- « Pour établir une comparaison avec les machines à condensation qui réalisent des chiffres très-faibles même au-dessous de dk 500 par cheval indiqué de 7ok/m, j’ai fait voir qu’en partant de la consommation obtenue en fonctionnant à la pression de 3 atmosphères au manomètre, on devait arriver à lk 23 si la pression était poussée jusqu’à 5 atmosphères.
- « Pour terminer, M. le Président, je me permettrai de dire que les machines à foyer clos et aéro-vapeur méritent d’attirer l’attetitiün des chercheurs par les nombreux avantages qu’offrirait leur réalisation pratique à haute pression. D’aille'urs, nous avons vu que la théorie sanctionne ce genre de recherches, ce qui est un point capital. — On a pu dire, il est vrai, que la théorie n’était que Vidéal, la pratique, la réalité; mais le devoir de l’ingénieur n’est-il pas de cherchera diminuer le plus possible les distances, souvent trop grandes, qui séparent les résultats théoriques des exécutions pratiques ?
- « J’ai l’honneur d’être, etc. »
- Il est donné lecture de la lettre suivante de M. Prou, membre de la Société :
- « Monsieur le Président,
- « Le compte rendu de la séance du 8 courant fait ressortir, avec beaucoup de clarté, les avantages mécaniques et calorifiques du mélange de Pair chaud avec la vapeur, suivant le procédé Warsop. Mais les personnes qui ont rappelé, à ce sujet, les. expériences de^’^ëîdïï sur^l’emploi de l’air chaud comme moteur^ n’ont pas signalé le principe très-important du système inventé par notre compatriote.
- « M. Belou avait remarqué, dans les tables des chaleurs spécifiques, que la quantité de chaleur nécessaire pour élever un volume d’air à une tension donnée n’est que le quart de celle exigée pour élever un volume égal do vapeur à la même tension. Le moteur de M. Belou, que j’ai vu fonctionner jadis, au garde-meuble de la Couronne, avait donc pour objet de réduire, dans une proportion théorique de 75 0/0, les frais de combustible.
- « Le mélange d’air et de vapeur, dans l’appareil Warsop, doit donc exiger, en vertu du principe signalé par M. Belou, moins de combustible que la vapeur seule, sous le même volume et à la même tension. Telle serait l’explication rationnelle de l'éco-1
- nomie de - = (300 tonnes sur 1800) relevée par M. Eaton sur le London and Western liailvay. '
- « Quant à l’agitation produite dans Peau de la chaudière par l’injection d’air chaud, il paraît probable qu’elle n’a d’influence que sur la rapidité de la vaporisation et sur les effets de l'incrustation qu’elle paralyse. Mais si la faible chaleur spécifique de l’air suffit à expliquer l’économie réalisable sur le combustible, il est peu croyable
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- que cette économie atteigne Q = O/l 07 on) == 16,70 p. 0/0, par la simple addition
- 1#
- de —^ d’air au volume de la vapeur.
- « Veuillez agréer, Monsieur le président, etc. »
- M. Jules MoraNdièré donne l’analyse d’une brochure offerte par M. Fairlie.
- M. Fairlie, ingénieur anglais bien connu, offre à la Société une brochure intitulée : Aurons-nous des chemins de fer ou, n'en aurons-nous pas? Cet ouvrage, qui est en français, est la traduction d’une note, où, sous forme de réplique à un rapport d’un ingénieur américain préconisant la voie large, M. Fairlie développe les arguments qui militent en faveur de la voie étroite.
- Ces arguments ont été trop souvent produits à la Société des Ingénieurs civils pour que nous insistions beaucoup sur le sujet. Après quelques considérations étendues sur les avantages économiques réalisés dans la construction, la question de l’exploitation est traitée en détail.
- Une difficulté des voies étroites réside dans la construction des locomotives Cet M. Fairlie explique comment la machine de son système résout cette difficulté. En effet, elle se compose d’une chaudière double à deux cheminées, mais avec boîte à feu unique, au centre, placée entre deux trucks articulés. Les roues se trouvant soit à l’avant, soit à l’arrière du foyer, celui-ci peut alors recevoir facilement la largeur la plus convenable. L’adoption de deux trucks permet à la machine dè Se mouvoir dans des courbes de très-petit rayon, et, en même temps, le poids distribué sur autant de roues que l’on veut peut être rendu assez faible pour se prêter à l’adoption de tel rail léger qu’on voudra adopter. M. Fairlie donne, dans le cours de son ouvrage, les dimensions et dessins de locomotives de diverses grandeurs exécutées. Des dimensions et dessins de voitures et wagons, exécutés pour une ligne à voie de i-,06, à la Nouvelle-Zélande, se trouvent également dans le livre que nous analysons.
- Un des reproches faits à la voie étroite, lorsqu’elle se réunit à des chemins à voie ordinaire, c’est qu’elle nécessite le transbordement des marchandises, Aussi M. Fairlie fait-il remarquer combien on a exagéré cet inconvénient, en établissant : 1° que le prix de revient du transbordement n’est pas très-élevé; 2° que, même dans la pratique ordinaire, on est obligé de recourir largement au transbordement.
- Parmi les avantages que présente la voie étroite, on peut, au dire de M. Fairlie, compter celui de permettre la construction de véhicules dont le poids mort, par rapport à l’unité de transport (voyageur ou tonne de marchandise), est moins élevé que pour les véhicules de la voie de 1“,5Q.
- Dans le courant du livre, on trouve, à diverses places, des renseignements et résultats empruntés à des lignes à voie étroite construites dans l’Inde, en Norwége, au Canada, aux États-Unis et en Russie : le chemin de fer du Festiniog (Angleterre), à voie de 0m,60, et son matériel, sont décrits avec beaucoup de détails,
- En résumé, ce n’est pas seulement la question de l’économie de construction qui est traitée, dans le livre de M. Fairlie, mais surtout celle de l’exploitation. Or, nous croyons que' ce dernier point, sur. lequel on possède en général beaucoup moins de données, certaines que l’autre, doit attirer une Sérieuse attention dans l’état actuel
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- des chemins de fer. 11 ne faut pas perdre de vue, en effet, qhe la plupart des embranchements qui restent à faire ne peuvent compter que sur de très-faibles recettgs.
- M. Arson communique à la Société l’analyse de l’ouvrage publié par M. Giroud, sur la régularisation de la consommation du gaz,, d'éclair âge et dont le Comité l’a chargéH'ëfëndre'tfoihptêr^
- Dans cette analyse, qui sera publiée m extenso dans le prochain bulletin, M. Arson dit que M. Giroud ne s’est pas contenté de produire un appareil résolvant un des problèmes de la question, mais qu’il a étudié la question entière depuis l’émission du gaz par l’usine productrice, jusqu’au bec de consommation, et qu’il a fourni des solutions qui se font remarquer par un rigorisme absolu.
- Il examine successivement : le régulateur d'émission, ayant pour but le maintien d’une pression minimum»et régulière, non k l’origine de la conduite, mais sur le périmètre, soit en utilisant le retour du gaz par une conduite spéciale, en plomb soudé, quand les distances n’excèdent pas 7 à 800 mètres, soit à l’aide d’un manomètre faisant marcher un commutateur électrique qui avertit, par une s,onnerie électrique, l’employé de l’usine des changements qui surviennent en ville dans les pressions, et même peut, automatiquement, ouvrir ou fermer la valve d’émission;
- Le régulateur de consommation, enfermé dans une enveloppe en fonte qui le défend contre les actions extérieures et dans lequel M. Giroud a eu l’idée d’assurer la communication du dessus de la cloche avec l’air libre, en faisant occuper cet espace par le gaz et interposant un bec et une consommation entre lui et l’atmosphère;
- Le régulateur de bec ou régulateur rhèomêtrique qui résout le problème si difficile de la mesure absolue de la dépense de chaque bec, alors que l’emploi du compteur n’est pas possible sans l’intervention des parties intéressées, fournisseur et consommateur.
- M. 'Arson appelle ensuite l’attention sur le pfioto-rhéomètre, ensemble constitué par un bec-bougie, muni d’un régulateur rhéométrique et qui, branché sur une conduite de fabrication, au delà de l’épuration et avant le gazomètre, fait connaître, à tout instant, par la hauteur de la flamme, le pouvoir éclairant du gaz produit.
- M. le Président demande quels sont les avantages du photo-rhèomètre, sur les appareils analogues déjà employés dans les usines à gaz.
- M. Arson répond qu’avec les anciens appareils, il fallait faire usage de compteurs: les compteurs ne sont pas toujours en état de servir quand leur emploi est intermittent; il fallait ensuite faire des constatations assez longues, la montre à la main. Avec le photo-rhéomètre de M. Giroud, il suffit de regarder la flamme pour constater sa hauteur, et, par suite, le pouvoir éclairant du gaz.
- Il entre ensuite dans quelques détails sur le rhéomètre Giroud, qui se compose d’une petite cloché renversée, baignée dans la glycérine, munie d’une ouverture capable de produire une dépense donnée sous une différence de pression constante et reliée à un cône obturateur de l’orifice d’écoulement.
- En résumé, il reconnaît que les dispositions de ces trois sortes d’appareils ne sont pas nouvelles, mais par leur bon agencement et à l’aide de compensations rigoureuses et peut-être même exagérées, M. Giroud a constitué un ensemble très-intéressant.
- M. Maldant expose que les appareils qu’on vient de décrire sous les noms nouveaux de rhéomètres et photo-rhéomètressont fort anciennement connus : ils ont été, depuis longtemps, construits et appliqués sous des dénominations différentes et, sinon exactement avec les mêmes formes, au moins avec les mêmes principes. En
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- Angleterre notamment, où les essais multiples et sur une grande échelle des divers groupes de régulateurs remontent à plus de 15 ans, on a essayé, aux lanternes publiques, des régulateurs à liquides de toutes sortes.
- M. Maldant, sans entrer dans l’examen des divers systèmes, fait observer qu’in-dépendamment de l’action corrosive, si connue, de la glycérine ordinaire, il est impossible, dans les régulateurs à liquides légers, de maintenir longtemps une garde hydraulique de hauteur suffisante pour empêcher le gaz de passer librement (à la moindre évaporation ou entraînement de liquide) sous des cloches dont la hauteur totale ne dépasse pas 2 centimètres. Aussi, aujourd’hui où presque toutes les lanternes publiques, en Angleterre, sont munies de régulateurs, voit-on que les régulateurs secs restent, à peu près exclusivement, en usage.
- Quant à l’appareil présenté sous le nom de photo-rhéomètre, et destiné à apprécier approximativement le pouvoir éclairant du gaz par la hauteur de la flamme d’un bec-bougie; cet appareil, fabriqué depuis longtemps par Sugg et d’autres constructeurs, est employé dans beaucoup d’usines anglaises où ses indications, sans être absolument exactes, ne laissent pas que d’être fort commodes et utiles.
- M. le Président demande comment se comporte la glycérine lors des variations de la température.
- M. Arson pense qu’elle reste liquide à toutes les températures, mais il n’a pas eu l’occasion de s’en assurer.
- M. Leblanc dit que la mesure du pouvoir éclairant du gaz par la hauteur de la flamme ne lui paraît pas mériter une entière confiance. 11 faut tenir compte de la densité variable du gaz qui fait varier le volume écoulé sous une pression donnée.
- M. Arson reconnaît que si le gaz est appauvri par la présence de gaz combustibles, comme l’hydrogène, la flamme garde ses dimensions; mais si les gaz mélangés ne sont pas combustibles, la hâifteur de la flamme est réduite dans une proportion qui exprime bien la perte en pouvoir éclairant. Il en est ainsi pour l’acide carbonique, et probablement pour l’air. Le photo-rhéomètre n’est donc sensible que si les gaz mélangés sont inertes.
- La présence de 1 0/0 d’acide carbonique dans le gaz réduit de G 0/0 son pouvoir éclairant, et le photo-rhéomètre de M. Giroud accuse bien cette diminution par la réduction de la hauteur de la flamme.
- M. Leblanc en conclut que l’appareil de M. Giroud peut donner des renseignements utiles, mais qu’il ne péut pas dispenser les usines d’avoir recours aux méthodes en usage pour lés constatations précises et exactes.
- M. Aüson, après avoir rappelé ses observations personnelles sur la diminution du pouvoir éclairant, résultant de la présence de l’acide carbonique dans le gaz d’éclairage, ajoute qu’il n’en faudrait pas conclure qu’en éliminant par l’épuration 1 0/0 d’acide carbonique, on augmenterait de 6 0/0 le pouvoir éclairant du gaz, parce que l’épuration ne peut s’effectuer qu’en employant des matières qui absorbent des carbones d’hvdrogène, et réduisent ainsi de 5 à 6 0/0 le pouvoir éclairant, qui n’est donc augmenté que de la différence entre l’augmentation résultant de l’élimination de l’acide carbonique et la perte due aux matières d’épuration.
- M. le Président dit que, depuis quelques années, le photomètre à jet de Lowe a été perfectionné par MM. Kirkham et Sugg, de Londres, qu’il fonctionne sans compteur, et qu’on trouve dans les comptes rendus de la Société des Ingénieurs civils de Londres, comme dans ceux de l’association anglaise des Ingénieurs gaziers, des travaux tVès-complets sur cet appareil , dont on fait un grand nombre
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- d’applications. Il no voit, à ce point de vue, rien de plus avantageux dans l'appareil de M. Giroud. »
- M. Arson répond que l'application principale des appareils de M. Giroud, c’est la régularisation de la consommation des becs.
- M. le Président ajoute que, quant au réglage des flammes d’un éclairage public à l’aide d’un fil électrique et automatiquement, cela lui paraît impossible dans la pratique; il est préférable, comme cela a été fait.depuis longues années, d’avoir au centre du périmètre éclairé un agent qui télégraphie à celui chargé de l’émission les indications relatives aux variations de pression.
- M. Normand demande à compléter les observations qu’il a présentées dans la précédente séance, à propos de l’appareil Wargop, sur les conditions du travail des ma-chines a air, a vapeur, ou a air et
- Il rappelle que des explosions, dites foudroyantes, que n’expliquait pas un défaut de qualité des chaudières, ont donné lieu à diverses hypothèses et que Jobard, de Bruxelles, et d’autres savants autorisés ont cru pouvoir les, attribuer.justement à une introduction d’air dans la chaudière : la décomposition dp la vapeur donnant lieu à une production d’hydrogène formant avec l’oxygène de l’air un mélange détonant qui prendrait feu soit au contact d’une paroie rougie, soit sous une influence électrique.
- Sans trop insister sur cette hypothèse, il pense qu’on doit, en abordant l’étude de l’emploi du mélange d’air et de vapeur, appeler l’attention sur la possibilité d’un danger,
- M. Normand, reprenant la discussion de la dernière séance, ne veut pas laisser sans réponse les assertions émises par M. de Mastaiug et qui lui paraissent de nature à décourager des tentatives et des recherches utiles dont le succès permettrait de doubler et de tripler l’effet des combustibles. M. de Mastaing a présenté une argumentation algébrique qui l'a amené à cette conclusion qu'avec un coefficient de rendement de 0,70 et un rapport du volume moteur au volume introduit, égal à 2, l'effet utile des machines à air chaud serait nul.
- Ce coefficient de 0,70, représentant 30 0/0 de perte de force motrice, est inadmissible' pour M. Normand. Avec des dispositions convenables, le frottement du piston contre la garniture, et les pertes par les espaces nuisibles, ne doivent pas dépasser 2 à 3 0/0.
- M. le Président fait remarquer que M. de Mastaing a compris dans son évaluation d’autres pertes que celles du piston et des espaces nuisibles, et que c’est lé coefficient du rendement sur l’arbre moteur qu’il a évalué à 0,70.
- M. Normand ne méconnaît pas l’objection puisqu’elle est envisagée dans la suite de son calcul; après avoir affecté séparément le travail positif moteur et le travail négatif de résistance des réductions ci-dessus évaluées , la balance doit être corrigée des frottements de la transformation du mouvement rectiligne en mouvement circulaire.
- M. Normand, continuant l’examen de l’argument de M. de Mastaing, conteste qu’il .y ait lieu de déduire d’une manière absolue du travail produit le travail nécessaire â F alimentation dans les machines à air où la connexion est établie entre le piston moteur et celui de compression. Dans les machines à vapeur elles-mêmes, on peut introduire l’eau sans dépenser de force motrice, ou, du moins, sans consommation de combustible — avec l’injecteur Giffard, par exemple.
- Il cite, en outre, la machine Sterling, dans laquelle la compression de l’air s’opère
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- sans dépense de force motrice, par des déplacements qui amènent réchauffement de l’air.
- Il considère donc comme n’étant pas justifiée une critique des machines à air chaud, basée sur des coefficients exagérant les pertes au delà des évaluations justifiées par la pratique.
- M. le Président regrette que les observations de M. Normand soient présentées en l’absence de notre collègue M. de Mastaing. En admettant que le coefficient de 0.70 est trop faible, et que, dans l’état actuel de la construction des machines à vapeur, on peut obtenir des rendements de 85 et 80 0/0, il n’en résulte pas moins du calcul de M. de Mastaing que le rendement des machines à air chaud sera inférieur à celui des machines à vapeur, d’une fraction qui ne peut être nulle que si son dénominateur est infini, et, loin de là, ce dénominateur km aura toujours une valeur limitée.
- M. Normand demande à compléter son argumentation : Que le coefficient de rendement mécanique des machines à vapeur soit de 85 ou de 70 0/0, là n’est pas après tout la question essentielle, ce qu’il faut évaluer et comparer, c’est l’effet utile final des combustibles : A ce point de vue, la machine à vapeur est une machine insuffisante, car, en raison de la chaleur perdue dans l’atmosphère, du charbon non brûlé, delà détente, delà condensation, etc., il est certain qu’elle ne donne pas plus de 10 0/0 absolu contenu dans le combustible.
- Avec I kilogramme de houille, on peut amener une température de 1000° à 1200°, un volume de 15 mètres cubes d’air, pesant 18k, Ces 15m3 sont ainsi amenés à un volume de 75mâ, c’est donc une augmentation de volume de 601"3 obtenue avec lk de charbon.
- Pour obtenir le même effet avec la vapeur, il faut produire 30 à 35k de vapeur, ce qui exige 4k de charbon.
- Un kilogramme de houille produit environ 6500 calories, et l’équivalent mécanique d’une calorie est à tout le moins de 400 kilogrammètres.
- Le travail primitif résultant de la combustion d’un kilogramme de charbon est donc de 6500 calories x400l‘Sm = 2,600,000 kilogrammètres, ce qui correspond àprès de 10 chevaux.
- Une machine à vapeur dans laquelle on obtiendrait un cheval sur le piston, avec une consommation de 0^,800 de houille, donnerait donc un effet utile de 1,25 chevaux pour 10 chevaux de travail initial. En admettant un coefficient de rendement de 0,90, le maximum de l’effet utile à atteindre» dans une machine à vapeur, sera donc :
- 0.125 X 0.9 = Ô. 11.25, soit 11.25 0/0.
- On peut aujourd’hui envisager le fonctionnement pratique des machines à air, donnant un effet utile sur le piston double du travail brut de la machine à vapeur, et lors même que le coefficient de rendement ne serait que de 0,80, l’effet utile serait : '
- 0,250 X 0.8 = O. 20, soit 20 0/0.
- Dans ces conditions, on ne peut pas déclarer d’une manière formelle que les machines à air chaud sont impossibles et que l’étude en doit être abandonnée.
- M. Péligot insiste sur les inconvénients résultant d’une discussion entamée en l’absence du collègue dont on conteste les assertions et qui sera ainsi éternisée.
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- M. Normand répond qu’il regrette également l’absence de M. de Mastaing, mais que n’habitant pas Paris et venu à la séance dans le but de présenter les observations précédentes, il n’a pu se dispenser de les soumettre à la Société, mais que M. de Mastaing, les trouvant consignées dans le procès-verbal, pourra lui répondre dans la prochaine séance.
- Séance dn 6 Décembre 1§Ï2.
- Présidence de M. Émile Muller,
- Le procès-verbal de la séance du 22 novembre est adopté.
- M. Arson fait observer que dans le procès-verbal de la dernière séance on lui fait dire que les dispositions des trois sortes d'appareils de M. Giroud ne sont pas nouvelles.
- Cette question de nouveauté étant en ce moment l’objet d’une discussion judiciaire, M. Arson n’a pas eu l’intention d’exprimer une opinion qui préjugeât la question ; son rapport évite soigneusement d’intervenir dans cette question.
- M. Caillaux donne lecture de sa communication sur la dynamite.
- M. Caillaux, après avoir fait un résumé historique des progrès réalisés dans la fabrication des substances explosives et après avoir montré, en s’appuyant sur des citations autorisées, que l’on possède aujourd’hui un corps explosif, la dynamite, appelé à rendre de grands services, donne la définition et la composition de cette substance.
- L’emploi général que l’on en fait aujourd’hui en Angleterre, en Allemagne, en Italie, en Espagne, en Belgique et en Suisse, et le transport, sans accident, sur les voies ferrées de plusieurs miliers de tonnes, montrent que cette substance offre des garanties de sécurité aussi grandes que la poudre, le pétrole et les capsules.
- La dynamite a rendu déjà de grands services dans les travaux de chemins de fer, et elle peut encore être d’une grande utilité pour la reprise des mines nombreuses abandonnées en France.
- Cette question, dit M. Caillaux, offre un très-grand intérêt, surtout quand on pense que dans les trois dernières années, 1869, 1870, 1871, la France a payé au commerce étranger
- 111 millions d argent brut ; 73 — de cuivre;
- 45 — de plomb,
- 58 — de zinc ;
- 29 — d’étain.
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- Près de 350 millions dans le même temps, tandis que la production française est encore aujourd’hui presque insignifiante.
- Si l’on considère l’histoire des mines de la France, on voitque leurs reprises à diverses époques comme au moyen âge, au seizième siècle ou au dix-huitième, correspondent à des améliorations dans le travail, à des perfectionnements mécaniques, à l’emploi de moyens nouveaux, c’est-à-dire à l’application des galeries d’écoulement, à l’invention du bocard, des machines à vapeur et de la poudre.
- En jugeant du présent et de l’avenir par le passé, on peut donc regarder la vapeur, l’air comprimé et la dynamite, comme trois forces devant créer pour les mines de la France une nouvelle ère, et fixer, en quelque sorte, le commencement d’une nouvelle époque de leur travail.
- Après avoir ainsi considéré la dynamite au point de vue des services qu’elle peut rendre aux travaux publics ou privés, M. Caillaux examine quelle est la situation actuelle vis-à-vis de l’État qui possède le privilège exclusif de la fabrication despoudres; il montre quel’impôl de 5 francs dont on a parlé, en en portant le prix à environ 10 francs, équivaudrait à une prohibition.
- Que, dans son opinion, si l’État seul possédait le droit de la fabriquer, tout progrès, dans la voie nouvelle où sont entrées les poudres explosives, serait désormais suspendu en France.
- Et enfin, il exprime le vœu suivant :
- Considérant les exigences toujours croissantes de l’industrie et l’élévation du prix de la main-d’œuvre qui rendent de plus en plus nécessaire l’emploi d’agents puissants et énergiques ;
- Considérant l’urgence de stimuler au plus haut degré tout ce qui peut hâter chez nous l'achèvement des voies de communication, richesse des États, tout ce qui peut faciliter l’exploitation des mines métalliques, dont la France est riche, et attirer sur elle l’attention du capital;
- Considérant la liberté qui règne au sujet de la fabrication des matières explosives chez toutes les nations étrangères qui nous entourent, et que cette liberté n’existant pas chez nous condamne la France à un état d’infériorité nuisible à l’intérêt public et que rien ne justifie; .
- Considérant que cette absence de liberté et l’élévation du prix des poudres se traduisent par un accroissement de dépenses, de frais de premier établissement et d'intérêts onéreux, et que tout ce qui contribue à l’accroissement ou au prompt achèvement des travaux contribue à accroître les impôts et la fortune publique :
- Il serait raisonnable de désirer que le monopole de l’État, au sujet des poudres, cessât d’exister ; mais ne voulant pas devancer des appréciations plus élevées que la sienne, M. Caillaux se borne à émettre le vœu :
- Que les matières explosiyes autres que la poudre, proprement dite, soient librement fabriquées et librement vendues;
- Qu’elles soient seulement soumises aux réglementations qui les régissent chez nos voisins;
- Que l’impôt qui doit particulièrement frapper la dynamite n’en élève pas sensiblement le prix au-dessus de ce que les étrangers la payent, c’est-à-dire au-dessus de
- 5 francs en Angleterre par kilogramme;
- 5 francs en Suède;
- 3 fr. 7.5 en Allemagne.
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- M. lé Président remercie M. Caillaux de son intéressante communication ; il propose à l’assemblée de voter l’impression de ce Mémoire dans le bulletin trimestriel. Cette proposition est adoptée à l’unanimité.
- Quant à la suite à donner, s’il y a lieu, sur la proposition du Président, la Société renvoie le travail de M. Caillaux au Comité.
- M. le Président donne la parole à M. Dallot pour la lecture dé sa note sur le 'chauffage, des voitures de,chemins de fer en Allemagne.
- M. Dallot indique que M. le baron von Weber a été chargé, par l’administration des travaux publics du gouvernement autrichien, de recueillir tous les renseignements -relatifs au chauffage des voitures de chemins de fer en Allemagne, et de rédiger un rapport présentant l’état actuel de la question et indiquant les procédés les plus pratiques et lés plus susceptibles d’être imités.
- C’est ce rapport, dont M. Dallot a trouvé la reproduction dans le journal anglais Engineering, qu’il se propose de faire connaître à la Société. Les faits relatés se rapportent à l’hiver 1870-1871.
- ;>*•
- I. — FAITS RELATIFS AU CHAUFFAGE DES VOITURES DE CHEMINS DE FER.
- 1. Chemin de fer d'Altona à Kiel. On emploie les chaufferettes à eau chaude pour les voitures de irc classe et partiellement pour celles de 2e.
- 2. Chemin de fer d’Àussig à Tiplitz. Idem.
- 3. Chemin de fer du grand-duché de Bade. On a expérimenté l’emploi de l’air chaud. Un petit fourneau dans lequel on brûle delà houille est placé sous la voiture aussi près que possible d’une des extrémités. Un tuyau à fumée court tout le long du véhicule et remonte à son autre extrémité jusqu’au toit. Fourneau et tuyau sont entourés d’une enveloppe munie de valves sel-f-acting, qui, lorsque le train est en mouvement, admettent l’air extérieur qui est ensuite amené dans l’intérieur des compartiments au moyen de conduits et de soupapes convenablement appropriés. On emploie aussi sur une grande échelle les chaufferettes à eau chaude dans les chemins badois.
- Les voîtures-sjalons sont généralement pourvues de poêles en 'tôle où l’on brûle du charbon de bois ; un grand nombre de voitures de 3e classe sont munies de poêles en fonte à combustion de houille.
- On a récemment adopté pour les voitures des trains express le chauffage au moyen 3e la vapeur produite par un générateur indépendant. Aujourd’hui on applique de préférence ce mode de chauffage au moyen de l’appareil des chemins bavarois dont nous allons donner la description.
- 4. Chemins de fer bavarois. Les chaufferettes à eau chaude sont généralement usitées. Toutefois on a récemment muni toutes les voitures des trains express d’un appareil de chauffage à vapeur, alimenté par un générateur indépendant placé dans un wagon spécial.
- Ce wagon contient une chaudière verticale, un petit réservoir d’eau pour l’alimenter, un emplacement suffisant pour la houille et le chauffeur, des tuyaux pour conduire la vapeur en avant et en arrière du wagon. Sous chaque voiture court un tuyau longitudinal. Un embranchement vertical correspond à chaque rangée de sièges et conduit la vapeur dans un tuyau transversal qui règne sur toute l’étendue du compartiment et l’échauffe. Tous les tuyaux, aussi bien ceux qui sont placés sous
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- les voitures què ceux qui se trouvent à l’intérieur, sont disposés de façon que l’eau de condensation soit facilement chassée au moyen de robinets qu’on laisse constamment un peu ouverts. La réunion des tuyaux de deux voitures contiguës a lieu au moyen d’un tube de caoutchouc en forme d’U, muni de manchons en bronze aux déüx extrémités et d’un petit robinet au milieu.
- Yoici le prix moyen ne l’appareil : . ’
- Pour une voiture à 4 rangs de sièges. »... 360 fr.
- — à 6 — ......... 525
- — à 8 — . . . . . 660
- — à 10 — . ..... sdo
- La dépense de houille n’est que d’environ 1/2 kilog. par kilomètre.
- Jusqu’ici ce système a donné des résultats satisfaisants. Mais on a reconnu la nécessité d’attacher à chaque train un homme spécialement chargé de la conduite èt de la surveillance du chauffage.
- 5. Chemin de fer de Berg à Mark. Juscfu’en ces dernier^ temps on s’ëst servi dè chaufferettes à eau chaude et à sable chaud pour les voitures de lrc et de 2° classé. Mais on vient d’adopter un système de chauffage par la combustion de briquettes à base de charbon de bois dans l’intérieur de caisses en tôle placées au-dessoüs des sièges dans des boîtes en fonte mince. Les caisses contenant les briquettes sont introduites de chaque coté de la voiture. On allume les briquettes sur des feux dé coke et on les porte aux voitures dans de petites corbeilles en fer. La températüre des compartiments est agréable avec ce système, et jamais l’on ne s’est plaint d’àucunè odeur. En somme, les résultats sont considérés comme satisfaisants.
- 6. Chemin de fer de Berlin à Anhalt. On a expérimenté sur cette ligne l’emploi de la vapeur de l’échappement, L’administration a aussi l’intention de construire ün wagon- contenant un générateur à vapeur, un urinoir, des cabinets et des compartiments pour lès gardes. Ce wagon sera placé au milieu du train et enverra de la Vapeur en avant et en arrière. Jusqu’ici les chaufferettes à eau chaude s’emploient pour la lro et la 2e classe. L’administration de la ligne d’Anhalt se livre en ce moment ses premiers essais de chauffage au moyen de briquettes. SouS‘ chaque rangée de sièges se trouve une enveloppe ou boîte, qui ne s’étend que jusqu’au centre de la voiture et qui est élevée d’environ 0m,Q5 au-dessus du plancher. L’accès de ces enveloppes est toujours à gauche de la porte de chaque compartiment. Les briquettes sont placées dans des caisses perforées, ouvertes par le haut, faites de fort fd de fer, et placées elles-mêmes dans d’autres caisses en tôle munies d’un manche à chàq'ue bout. L’allumage des briquettes a lieu au moyen du gaz et s’effectue en plaçant lefe caisses en fil de fer qui les contiennent sur une grille formée de tuyaux à gaz de 0m,03Û de diamètre, munis, à la partie supérieure, de trous pour la combustion du gaz. L’appareil à gaz est placé à proximité du quai de départ et les briquettes allumées doivent être transportées dans les voitures.
- Les briquettes employées sur lès chemins de fer d’Anhalt ont 0m,24 de long sur 0m,09 de large. Les résultats n’ont pas été jusqu’ici très-satisfaisants, ce qui tient sans doute à la composition des briquettes. ,
- Quelques voitures de 3e classe sont chauffées au moyen de petits poêles ouverts qui occupent la surface d’une place et dans lesquels on brûle du coke. Leur remplissage et leur allumage s’opèrent dans l’intérieur des voitures. Le feu s’y éteint
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- fréquemment. L’inconvénient de la fumée, joint au danger continuel qu’entraîne leur présence, doit en faire proscrire l’usage.
- 7. Chemin de fer de Berlin à Hambourg. Des raisons d’économie ont empêché jusqu’ici l’administration de ce chemin de fer de chauffer les voitures de 3e et de 48 classe. Quant à celles de lro et de 2e classe, on s’est servi des chaufferettes à eau chaude. Toutefois, depuis 1868, une certaine quantité de voitures sont chauffées au moyen de vapeur empruntée à la locomotive. Le tuyau à vapeur, de 0,045 de diamètre, est fixé sous chaque voiture avec une légère pente vers les extrémités qui sont toujours placées à droite du véhicule, ce qui nécessite une double courbure du tuyau à l’un des bouts. La connexion des tuyaux de deux voitures contiguës est établie au moyen d’un tube en caoutchouc fixé sur des robinets. Le tube est un peu soulevé en son milieu au moyen d’une petite corde, afin d’empêcher l'eau' des conduits de s’y accumuler. De petits conduits verticaux, de0m,015 de diamètre, conduisent la vapeur dans des tubeé de 105mm de diamètre et lm,70 de longueur en forte tôle de cuivre, placés sous chaque rangée de sièges. Chaque conduit vertical est muni d’un robinet pour régler l’admission de la vapeur, et le degré d’ouverture de ce robinet se déduit de la position du manche placé en dehors du longeron du châssis. On peut, par ce moyen, arrêter l’introduction de la vapeur dans un compartiment quelconque si cela est nécessaire. En pratique on a dû renoncer, sur les réclamations des voyageurs, à régler l’admission de la vapeur au moyen du robinet, et l’on se contente de maintenir une température moyenne de 10°, ce qui a été trouvé très-suffisant.
- Les tuyaux transversaux placés dans les banquettes ont une légère inclinaison d’un côté de la voiture, et à l’extrémité correspondante un petit tube vertical conduit l’eau de condensation dans un deuxième tupu longitudinal de 0m,025 de diamètre, muni à chaque bout d’un petit robinet auquel on laisse une faible ouverture pendant que le train est en marche. Le conduit vertical porte en son milieu un joint et entre les deux brides se trouve une feuille de métal percée en son milieu d’un trou qui n’a que 0m,004 de diamètre, afin de donner un écoulement à l’eau sans permettre à la vapeur de rentrer dans les compartiments qui ont été isolés du tuyau principal. Tous les tuyaux sont entourés d’une bonne enveloppe. Les voitures, munies de l’appareil qu’on vient de décrire, sont en service depuis l’hiver de 1868-1869 et les résultats obtenus peuvent être considérés comme satisfaisants; car, même pendant l’hiver si rigoureux de 1870-1871 , aucun tuyau n’a jamais gelé.
- Un rapport postérieur du mois de janvier de cette année, 1872, s’exprime ainsi :
- « Le chemin de fer de Berlin à Hambourg applique aux voitures des trains express l’appareil Haag, mais avec une disposition incomplète. La réunion des tuyaux à vapeur de deux voitures contiguës est spécialement imparfaite, aucune précaution n’étant prise pour permettre à l’eau de condensation de s’écouler au point le plus bas du tube en caoutchouc. La Vapeur est produite par une petite chaudière placée dans un wagon à bagages et alimentée au moyen de deux pompes à bras. Les résultats obtenus jusqu’ici au moyen de ce système qui est en service depuis un certain temps ont paru assez satisfaisants pour qu’on se prépare à l’appliquer aux voitures des trains de voyageurs ordinaires. On n’a fait sur le chemin de Berlin à Hambourg aucun essai du système de chauffage au moyen de briquettes.
- 8. Chemin de fer de Berlin-Potsdam- Magdebourg. On s’est jusqu’ici servi régulièrement de chaufferettes à eau chaude pour les voitures de lre et 2° classe. Cependant, depuis plusieurs années, des essais très-importants ont été faits par cette Com-
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- pagnie, ainsi que par d’autres Compagnies allemandes, pour chauffer les voitures au moyen d’une préparation de charbon de bois et de nitrate de potasse amenée par la compression à la forme de gâteaux prismatiques qui ne sont autre chose que les briquettes dont il a été parlé plus haut. La composition de ces briquettes est telle que leur combustion/qui s’opère lentement et sans flamme, ne produit que de l’acide carbonique et environ 2 pour 100 de cendres. Les briquettes sont brûlées dans des caisses en ül de fer, mais non à jour comme celles du chemin de fer de Berlin'à Anhalt, dont le four est formé par une petite grille. Ces caisses sont placées dans des boîtes fixées sous les sièges, et complètement fermées de tous côtés, sauf à une extrémité où se trouve un conduit descendant pour l’écoulement des produits de la combustion qui, de cette façon, ne peuvent pénétrer dans l’intérieur des co'm-partiments; et d’autre part l’acide carbonique, étant 1 fois 1/2 plus lourd que l’air, s’échappe facilement par la partie inférieure. Les briquettes sont allumées au-dessus d’une flamme de gaz et sont alors placées dans les caisses en fil de fer. Pour chaque rangée de sièges on met de 2 à 6 briquettes selon la température qu’on désire obtenir. La durée de leur combustion est de 12 à 18 heures et dure, par conséquent, pendant la totalité du voyage le plus long.
- Le chemin de fer de Berlin - Potsdam - Magdebourg a aménagé 40 voitures de lro et de 2° classe pour le système de chauffage par briquettes et a obtenu des résultats satisfaisants. Chaque compartiment n’est muni que d’une boîte de chauffage dans laquelle, toutefois, on introduit deux caisses à briquettes, une par chaque bout. Le chauffage au moyen de briquettes est, dit-on, originaire d’Amérique, 'où il a été employé dans les hôpitaux. Mais l’application de ce système au chauffage des voitures de chemins de fer a été faite pour la première fois en Allemagne sur la ligne de Berlin-Potsdam-Magd.ebourg; et, depuis, ce chemin de fer a continué à s’en servir dans l’exploitation courante.
- Voici encore quelques détails d’application : Il faut mettre le plus grand soin à allumer les briquettes aux deux bouts, parce que, si cette condition est convenablement remplie, la continuité de la combustion est assurée, et il n’est nullement nécessaire de la maintenir au moyen d’un courant d’air continu, comme on l’a fait à tort sur d’autres chemins de fer. Il est utile aussi de laisser les portes des boîtes de chauffage ouvertes jusqu’à l’instant du départ du train, parce qu’ainsi les vapeurs, ou gaz peuvent s’échapper librement en n’éteignant pas les briquettes.
- Les caisses contenant les briquettes allumées sont placées dans les boîtes de chauffage une heure avant le départ du train. *
- Pour le train express entre Berlin, Kreiensén et Cologne, qui franchit une distance de 663 kilomètres en 10 heures, on brûle dans chaque compartiment 4 briquettes pesant 700 grammes chacune. Dans ces conditions, la température, au départ du train, est de 7° environ. A l’arrivée à Cologne elle atteint lo°.
- Les boîtes de chauffage sont essayées à la presse hydraulique, de telle sorte qu’on ne peut percevoir la plus légère odeur dans les compartiments.
- On se plaint d’une certaine inégalité dans la qualité des briquettes, de leur nature hygrométrique et du danger qu’en entraîne remploi.
- Il est nécessaire de les conserver dans' un endroit sec ; car, placées dans une atmosphère humide, elles absorbent, dit-on, 50 pour 100 de leur poids d’eau. Leur prix est de 70 francs les 100 kil.
- Le chemin de fer de Berlin-Potsdam-Magdebourg a essayé, il y a quelques [années, le chauffage par la vapeur. Mais les résultats ont été très-mauvais, parce que
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- l’eau de condensation, n’ayant pas une issue suffisante, a gelé fréquemment dans les tuyaux. Il est probable quë cette Compagnie généralisera l’emploi des briquettes qu’elle espère obtenir à un prix moins élevé.'
- 9. Chemin de fer de Berlin àStettin. On n’emploie sur cette ligne ni le chauffage par la vapeur ni les briquettes. Mais un petit nombre de voitures ont été pourvues de poêles semblables à ceux qui sont en usage dans les voitures communicantes du chemin de fer de la haute Silésie. Dans les voitures du chemin de fer de Stettin, ces poêles sont chargés avec du charbon de bois par le toit du véhicule; mais l’allumage se fait à l’intérieur. La plupart des voitures de première et de deuxième classe sont chauffées, comme à l’ordinaire, au moyen de chaufferettes à eau.
- 10. Chemin de fer de l’Ouest de la Bohême. Les voitures de première et de deuxième classe sont munies de chaufferettes à eau.
- 11. Chemin de fer du grand-duché de Brunswick. Une voiture de première classe et une voiture de deuxième ont été munies, comme essai, d’un appareil à chauffer l’eau du système Perkins. Une autre voiture à voyageurs a été garnie d’un double plancher, entre lesquels étaient placées des caisses remplies de sable chaud introduites de l’intérieur. Des registres permettaient de régler uniformément l’entrée de l’air chaud dans les divers compartiments. Une voiture de troisième classe a reçu un poêle qui s’allume de l’extérieur. On a expérimenté sur une plus grande échelle le chauffage par la vapeur, empruntée à la locomotive, et passant à travers deux tubes de cuivre placés longitudinalement dans l’intérieur des planchers, la jonction des tuyaux entre deux voitures contiguës s’effectuant au moyen des tubes en caoutchouc.
- 12. Chemin de fer de Breslau-Schweidnitz-Freiburg. Des caisses remplies de sable chaud sont introduites au-dessous des sièges des compartiments de première et de deuxième classe par des ouvertures.pratiquées sur le côté des voitures. Pendant l’hiver de 1871, on a mis en service un train à voyageurs composé de six voitures dont tous les compartiments, depuis la première jusqu’à la quatrième classe, étaient chauffés par la vapeur empruntée directement à la locomotive au moyen d’une valve de détente, et conduite aux tuyaux de chauffage placés sous le fond du tender. Les tuyaux à.vapeur des voitures étaient munis, à chaque bout, d’une boîte en entonnoir, semblable aux boîtes des tampons de choc; dont l’extrémité étroite portait transversalement une rainure circulaire garnie d’une bague en caoutchouc, traversée elle-même par un tuyau de connexion en métal, de façon à permettre les mouvements oscillatoires des voitures. Ces boîtes portaient des oreilles sur lesquelles s’assemblaient, au moyen de crochets munis de cliquets, des barres de traction articulées sur un levier pivotant autour d’un àxe fixé au milieu du tuyau de connexion, disposition qui permet un attelage et un dételage très-rapides, et en même temps donne toute sécurité contre la formation accidentelle d’un jeu dans l’assemblage. Les tuyaux de chauffage sont placés au-dessous des sièges dans les compartiments des trois premières classes. Mais, pour la quatrième classe, ils sont placés entre les sièges, dans des caisses en bois où l’air chaud peut circuler librement, et qui empêchent les voyageurs de se trouver en contact avec les conduites. Toute l’eau de condensation est réunie en deux points de chaque voiture, et expulsée au moyen de robinets. En ouvrant successivement les robinets purgeurs, en commençant par la dernière voiture, avant d’interrompre la communication avec la chaudière, les tuyaux se trouvent complètement vidés avant d’avoir pu sb refroidir. Pour rendre toute congélation impossible, il suffit de laisser le dernier robinet constamment ou-
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- vert. Toute cette installation a été copiée sur celle qui fonctionne sur la ligne de la' haute Silésie. *
- 13. Chemin de fer de Cologne à Minden. Pour la première et la deuxième classe, oh se sert de caisses à eau chaude. Depuis 4868, on a expérimenté le chauffage par la vapeur fournie directement par la locomotive ou produite par un générateur séparé. L’installation, qui était semblable à celle du chemin de fer de la basse Silésie, et à laquelle on a renoncé, était fort imparfaite. Les conduites étaient notamment d’un très-petit diamètre. Cet insuccès a jeté une grande défaveur dans la Compagnie de Cologne à Minden sur tous les systèmes de chauffage par la vapeur.
- Le chauffage au moyen de briquettes a été l’objet d’essais importants qui ont conduit à l’adoption générale de ce système.
- 14. Chemin de fer de Vimpêratnce Élisabeth. Sur cette ligne, quatre voitures-sa- . Ions sont chauffées au moyen de grandes et fortes caisses en cuivre, placées sous les sièges, et que l’on peut remplir d’eau chaude de l’extérieur du véhicule.
- Les deux premières classes sont chauffées au moyen des caisses à eau ordinaires. Récemment, quelques voitures ont été munies d’appareils de chauffage par la vapeur, afin de pouvoir les intercaler dans les trains express des chemins de fer bavarois, pour les lesquels ce mode de chauffage est général.
- 15. Chemin de fer de l’empereur Ferdinand. Les caisses à eau chaude, employées pour les deux premières classes, sont placées dans des rainures pratiquées dans le plancher. On expérimentait, au commencement de la présente année, le chauffage par la vapeur empruntée à la machine. On a aussi essayé avec succès sur quelques voitures le chauffage par l’air chaud.
- 16. Chemin de fer de Francfort à Hanau. On a fait d’importants essais sur lesquels il n’a pas été possible de recueillir des renseignements suffisants. Les caisses à eau sont d’un usage général.
- 17. Chemin de fer de Gotha à Leinefeld. On se sert de caisses remplies de sable chaud.
- 18. Chemin de fer de Halle à Cassel. On a essayé l’emploi de poêles ouverts, système Meidinger. Pour les deux premières classes on emploie les caisses à.eau.
- 49. Chemin de fer hanovrien. Pour les deux trains-poste, dont le nombre de voitures est limité, on emploie la vapeur fournie par une chaudière tubulaire installée dans un compartiment du wagon à bagages. Sur l’un des trains, la vapeur circule à travers quatre conduites en fer forgé ; sur le second train, à travers deux conduites en cuivre. La portion des tuyaux placée entre les sièges a un diamètre plus petit et est recouverte au niveau du sol par une tôle mince. Sous les sièges, les tuyaux sont à découvert ; mais l’effet du rayonnement peut être réglé au moyen d’écrans en fer. Les deux premières, classes des trains de voyageurs ordinaires, sont chauffées au moyen de caisses à eau.
- Le chauffage par briquettes vient d’être mis en expérimentation. Les voitures de troisième classe sont munies de poêles système Dobb, et les voitures de quatrième classes de poêles ouverts, semblables à ceux du chemin de fer de la haute Silésie,
- 20. Chemin de fer Louis de Hesse. Les voitures des deux premières classes sont chauffées au moyen de caisses à eau. Mais toutes les nouvelles voitures à voyageurs sont munies de deux planchers dont l’intervalle est rempli de paille hachée. On a installé dernièrement sur dix voitures le chauffage au moyen de briquettes. Plusieurs voitures, destinées à circuler sur les lignes de 1?Allemagne du Sud viennent de recevoir l'appareil Haag pour le chauffage parla vapeur.
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- 21. Chemin de fer du Nord de la Hesse. On emploie, pour les deux premières classes, des caisses remplies de sable placées sur le plancher entre les sièges.
- 22. Chemin de fer de Dresde à Leipzig. Idem, avec cette différence que les caisses à sable sont placées dans l’intérieur du plancher.
- 23. Chemin de fer de Lemberg à Czernowitz. Les deux premières classes sont munies de caisses à eau chaude placées dans l’intérieur du plancher et recouvertes par le tapis.
- 24. Chemin de fer de Lubeck à Buchen. On se sert de caisses à eau chaude pour les deux premières classes.
- 25. Chemin de fer de Magdebourg à Leipzig. Idem.
- 26. Chemin de fer du Necker. Idem.
- 27. Chemin de fer du Weser. On a expérimenté l’emploi de l’air chaud. Chaque voiture était munie d’un appareil spécial. Les caisses à eau chaude, employées sur cette ligne pour les deux premières classes, sont réunies entre elles par des tuyaux, de façon à pouvoir y faire passer un courant de vapeur pour réchauffer l’eau sans sortir les caisses.
- 28. Chemin de fer du Mecklembourg. On emploie les caisses à eau chaude.
- 29. Chemin de fer du Nassau. Les voitures de troisième classe sont pourvues de poêles.
- 30. Chemin de fer de Neisse-Brieg. Les deux premières classes sont chauffées au moyen de caisses à eau chaude.
- 31. Chemin de fer de VÉtat néerlandais. Idem.
- 32. Chemin de fer de la basse Silésie. On a expérimenté l’emploi de la vapeur, soit empruntée directement à la machine, soit fournie par un générateur spécial. Ce mode de chauffage, installé d’après le système Ifaag, ne s’emploie que pour les trains express. Pour les voitures des autres trains on emploie les briquettes.
- 33. Embranchement de la basse Silésie. Pour les petits trajets on se sert de grandes briques chauffées, et pour les longs parcours de caisses à eau. Sur les voitures de Quatrième classe on a mis à l’essai de grands poêles cylindriques remplis d’eau chaude.
- 34. Chemin de fer de Nordhausen à Erfurt. On emploie les caisses à eau chaude ; mais pendant les grands froids, on place, sous et entre les sièges, sur le plancher, des briques chauffées comme moyen additionnel.
- 35. Chemin de fer de la haute Silésie. On a expérimenté des poêles munis d’une enveloppe. Mais ce moyen a été trouvé dangereux, l’oxyde de carbone s’accumulant parfois dans les voitures, et les poêles étant exposés à rougir. En 1856, on a essayé sur une large échelle l’emploi de la vapeur empruntée à la locomotive. La vapeur passait dans l’intérieur des planchers à travers deux tuyaux en cuivre à section elliptique, recouverts de plaques en tôle percées de trous et entourés de substances mauvaises conductrices, pour empêcher, autant que possible,le refroidissement. Les tuyaux communiquaient, à chaque extrémité des voitures, avec une boîte en fonte munie de soupapes pour l’écoulement de l’eau de condensation, ainsi que de robinets sur lesquels étaient assemblés les tubes de caoutchouc réunissant les tuyaux de deux voitures contiguës. Depuis 1869, on a adopté l’appareil déjà décrit à propos du chemin de fer de Breslau - Schweidnitz - Freiburg. Les compartiments des deux premières classes sont chauffés aussi au moyen de boîtes remplies de sable chaud, qui peuvent être introduites du dehors.
- 36. Compagnie autrichienne des chemins de fer de l’État. Les deux premières classes sont chauffées au moyen de caisses à eau. Un wagon-salon du train royal
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- est muni de tuyaux remplis d’eau chaude, placés sous le plancher, et efficacement protégés contre le refroidissement. Une seconde voiture-salon est chauffée au moyen de vingt-quatre caisses à eau ordinaires, placées sous le plancher dans des boîtes bien fermées.
- 37. Chemin de fer du Sud de d’Autriche. Les deux premières classes reçoivent des caisses, à eau. Quelques wagons-salons reçoivent de petits poêles en fer portatifs dans lesquels on place des briques chauffées.
- 38. Chemin de fer d’Oppeln à Tarnowitz. On se sert de caisses à.eau.
- 39. Chemin de fer du Palatinat. Idem.
- 40. Chemin de fer de la Prusse orientale. Les voitures des trains express sont chauffées par la vapeur, d’après le système Haag. Mais la vapeur est prise sur la locomotive, ce que l’on trouve plus simple et plus commode. On peut régler la température de chaque compartiment au moyen de valves. Chaque train est accompagné par un homme spécialement chargé de surveiller le chauffage. Les voitures-salons de première classe, les compartiments de service des wagons, à bagages et un grand nombre de wagons-poste sont chauffés au moyen de poêles au charbon de bois. Les poêles des wagons-salons et des wagons-poste s’allument et se chargent du dehors. Quelques-uns s’allument sous la voiture. Les compartiments des deux premières classes sont quelquefois chauffés au moyen de caisses à eau placées sous les sièges et introduites du dehors. On se propose aussi d’adopter l’emploi des briquettes.
- 41. Chemin de fer de la rive droite de l’Oder. Les voitures des trains mixtes ne sont pas chauffées.
- 42. Chemin de fer rhénan. Une voiture-salon est munie de tuyaux remplis d’eau chauffée au moyen d’un petit poêle suspendu au dehors entre les tampons. Une autre voiture de première classe est chauffée d’une façon analogue par l'air chaud. Jusqu’ici les chaufferettes ont été d’un usage général. Mais le chauffage au moyen de briquettes vient d’être installé sur quarante-quatre voitures. Les boîtes de chauffage, au lieu d’être placées sous les banquettes, sont placées entre elles, ce qui est possible parce que le corps de la voiture est séparé du châssis par des traverses de 0m,075 de hauteur. Cette disposition est préférable, parce qu’elle évite l'échauffe-ment des sièges qui présente des inconvénients. Sur cette ligne on trouve le chauffage par briquettes très-cher, mais commode pour le service. On fait en ce moment des essais pour chauffer toute une voiture avec un seul foyer de combustion pour les briquettes.
- Voici quelqués détails sur l’appareil actuellement en usage. Une boîte en bois, doublée de tôle mince, est placée entre les sièges, sa face supérieure étant de niveau avec le plancher. Dans cette boîte, mais isolées d’elle, sont fixées deux caisses en cuivre mince ou en laiton. Un tube muni d’une double ouverture conduit l’air froid dans ces caisses où l’on introduit les morceaux de briquettes, hauts de trois centimètres, sur une grille munie d’un manche. Ces morceaux de charbon préparé chimiquement brûlent de douze à dix-huit heures, suivant leurs dimensions et leur mode de préparation. Les produits de la combustion s’échappent au dehors par un petit tuyau en cuivre ; et la chaleur rayonnée (par les caisses échauffe les compartiments.
- Le dessus de la boîte en bois est recouvert d’une feuille de tôle de 0m,006 d’épaisseur, légèrement courbée et percée de chaque côté sur une largeur de Om,06 centimètres, mais garnie d’un tapis dans la partie centrale. Pour protéger les pieds
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- des voyageurs contre un rayonnement trop direct et pour empêcher la boue de tomber sur les caisses de chauffe et de donner une mauvaise odeur; ces caisses sont entourées d’une mince enveloppe en zinc, percée de trous sur les côtés. Cette enveloppe forme de chaque côté une sorte de gouttière où tombent les ordures et peut facilement être nettoyée en la sortant de la boîte en bois. Les derniers essais permettent de recommander hautement ce mode de chauffage, et ordre a été donné de l'appliquer sur toutes les voitures du chemin de fer de Berg à Mark.
- 43. Chemin de fer de Saarbruck. Les trois premières classes sont munies de chaufferettes et la quatrième de poêles ouverts.
- 44. Chemins de fer saxons. Les deux premières classes sont munies de chaufferettes à eau.
- Sur un wagon-salon du chemin de fer de la Saxe orientale, on a installé sous le plancher des tuyaux en cuivre remplis d’eau chauffée au moyen d’un petit poêle placé à l’extérieur près de la plate-forme du garde.
- 45. Chemin de fer siiêsien. Les deux premières classes sont munies de caisses remplies de sable chaud.
- 46. Chemin de fer de l’union du Nord et du Sud de VAllemagne. On se sert de chaufferettes à eau.
- 47. Chemin de fer de Taunus. Les trois premières classes sont munies dp poêles entourés de grandes enveloppes en tôle, dans lesquels la combustion peu!; être suffisamment réglée. Dans les nouvelles voitures à compartiments communiquants, l’air chauffé dans l’espace compris entre l’enveloppe et le poêle lui-même passe dans l’intervalle des deux planchers.
- 48. Chemin de fer de Thuringe. Dans les deux premières classes, des caisses remplies de sable chaud sont placées sous les sièges. Toutes les voitures de troisième et quatrième classe ont des poêles.
- 49. Chemin-de fer de Turnau à Prague. On se sert de caisses à eau chaude.
- 50. Chemin de fer de Varschau à Vienne. On chauffe les voitures-salons au moyen de poêles chargés du dehors et allumés sous les voitures.
- 51. Chemin de fer de Wera. On ne chauffe pas les voitures.
- 52. Chemin de fer de Westphalie. On a expérimenté l’emploi des briquettes avec l’appareil Berghausen, décrit à propos du chemin de fer rhénan.
- 53. Chemins de fer wurtembergeois. Les voitures des deux premières classes, construites dans le système américain, sont chauffées au moyen de petits poêles en fer, placés dans l’intérieur des véhicules, et où l’on brûle du bois, Ces poêles constituent un mode de chauffage primitif, dangereux et surtout inefficace, attendu que la chaleur est trop grande dans leur voisinage et insuffisante à quelque distance. On se propose de les remplacer par des poêles ouverts, chauffés au coke.
- 54. Chemins de fer russes. Les deux premières classes des chemins de fer de la Finlande sont chauffées au moyen de caisses remplies desable, introduites du dehors sous les sièges. On se sert aussi de poêles en faïence placés à l’intérieur des véhicules. Pour les nouvelles voitures à voyageurs des chemins de fer du Sud de la Russie, on a adopté des poêles en fonte qui se chargent par le haut. Les nouveaux wagons à bagages sont munis de petits poêles en fer, dont les tuyaux sortent par le toit.
- 55. Chemins de fer suédois. Les voitures de première classe sont chauffées au moyen de caisses remplies de sable, introduites du dehors sous les sièges.
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- M. Dallot remet à la prochaine séance la fin de sa communication et la discussion comparée des divers systèmes.
- M. Bianchi fait remarquer que l’inconvénient de l’hygrométrie des briquettes tient probablement à l’emploi du nitrate de soude au lieu du nitrate de potasse qui est d’un prix plus élevé.
- M. Normand ne croit pas que l’emploi d’un combustible valant, d’après M. Dallot, 700 francs la tonne, soit de nature à développer le chauffage des'voitures de toutes classes.
- Il rappelle comment on effectue le chauffage des voitures aux États-Unis, au moyen de poêles placés au milieu de chaque wagon.
- Cette disposition est même employée pour les wagons-poste.
- M. Arson craint que l’on multiplie ainsi les chances d’incendie et que bon rende encore plus graves les accidents des chemins de fer.
- Un membre fait remarquer qu’en Autriche on applique en ce moment le poêle pour le chauffage des voitures de 3e classe.
- Ces poêles sont disposés de telle manière qu’un chargement au départ suffit pour le trajet de Vienne à Pesth par exemple.
- M. Morandière ajoute que, dans le duché de Bade, ce mode de chauffage est même employé pour des voitures à compartiments fermés ; dans ce cas le poêle occupe une place de voyageur.
- M. Fichet fait encore remarquer que, sur les lignes anglaises où les voitures sont éclairées au gaz, rien ne serait plus facile que de l’appliquer aussi au chauffage.
- M. Dallot ne croit pas que l’emploi des poêles constitue une solution satisfaisante. Ce ne peut être qu’un expédient temporaire, susceptible sans doute de rendre des services en attendant que l’expérience ait conduit à l’adoption définitive d’un mode de chauffage rationnel, présentant moins d’inconvénient que les procédés actuellement en usage et permettant de chauffer toutes les voitures sans exception, desideratum qui s’imposera de plus en plus dans l’avenir. Quant au prix si élevé des briquettes, il ne peut servir d’argument, parce, que ce prix est d’une exagération évidente , résultant sans doute d’un monopole accidentel et passager. Du reste, M. Dallot se réserve de revenir sur cette discussion quand il aura communiqué à la Société les conclusions du Mémoire de M, le baron von Weber.
- M. le Président remercie M. Dallot de son intéressante communication.
- MM. Bukaty, Lathuillière, Lavezzari, Roussel et Seyrig ont été reçus membres sociétairesj et M. Martin, membre associé, 7 f
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- Séance du 20 i>écesnl»i>c 1812.
- ASSEMBLÉE GÉNÉRALE.
- Présidence de M. Émile Muller.-
- La parole est donnée à M. Loustau, trésorier, pour l’exposé de la situation finan-
- cière de la Société.
- M. Loustau indique que le nombre des Sociétaires, qui était, au 15 décembre 1871,
- de........................................................................ 997
- s’est augmenté, par suite de nouvelles admissions, de.......t........... 100
- 1097
- A déduire, par suite de décès, démissions et radiations pendant l’exercice 1872............................................ 89
- Nombre total des Sociétaires au 20 décembre 1872........ 1038
- Les recettes effectuées pendant l’exercice de 1872 se sont élevées à :
- fr. c. fr. c.
- 1° Pour le service courant, cotisations, amendes, etc.. 29,619 00 \
- 2° Pour l’augmentation du fonds social inaliénable... .. 3,672 00/
- 3° Pour vente d’obligations au même fonds.............. 46,297 55 > 187,088 88
- 4° Pour versements par les souscripteurs aux obligations \
- de l’emprunt............................................... 77,500 00 )
- Il reste à recouvrer en droits d’admission, cotisations, amendes, etc............................................................. 17,514 00
- Total de ce qui était dû à la Société......... 174,602 55
- Au 15 décembre 1871, le solde en caisse était de.... 22,799 97 j
- Les recettes effectuées pendant l’exercice 1872 se sont l 179,888 52
- élevées à.............................................. 157,088 55j
- Les sorties de caisse de l’exercice se sont élevées à :
- 1° Pour dépenses diverses, impressions, appointements, affranchissements et intérêts de l’emprunt de 6,000 fr. etc. 29,486 17 2° Solde du terrain et payements aux Entrepreneurs. 112,422 98 3° Installation......................................... 10,426 12
- 152,335 27
- Il reste en caisse à ce jour............... 27,553 25
- dont......... 21,817 13 sur le fonds courant,
- et............ 5,736 12 sur le fonds inaliénable.
- Somme égale... 27,553 25
- 27,553 25
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- La Société possède en outre : comme fonds social inaliénable, un hôtel sur lequel elle a déjà payé une somme de 251,729 fr. 50 c.
- M. le Président met aux voix l’approbation des comptes du trésorier; ces comptes sont approuvés.
- M. le Président adresse au nom de la Société des remercîments à M. Loustau pour sa bonne gestion et son dévouement aux intérêts de la Société.
- Il est ensuite procédé aux élections des membres du Bureau et du Comité pour l’année 1873.
- Ces élections ont donné le résultat suivant :
- Bureau.
- Président :
- M. Molinos (Léon).
- Vice-Présidents :
- Secrétaires :
- MM. Jordan (Samson).
- De Dion (Henri). Richard (Jean-Louis). Péligot (Henri).
- MM. Marché (Ernest).
- Morandière (Jules). Mallet.
- Tresca (Alfred).
- Trésorier : Loustau (G.).
- Comité
- MM-. Alcan (Michel).
- MM. Caillaux (Alfred).
- Yvon-Villarceau. .Farcot (Joseph). Callon (Charles). Muller (Émile). Desgrange. Vuillemin (Louis). Salvetat.
- Benoît-Duportail.
- Chobrzynski.
- Tronquoy (Camille) Thomas (Pierre). Chabrier. Viollet-Le-Duc, Barrault.
- Dupuy.
- Forquenot.
- Brüll.
- De Mastaing.
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- NOTE HISTORIQUE
- SUR’ L’EMJPLOX^JM^^i^
- DES HAUTS FOURNEAUX.
- Par M. «IBOItf.
- C’est au centre de la France, il y a soixante ans, dans une usine métallurgique qui s’est fait un grand nom quand l’usage des fers au bois était très-répandu, àYierzon, que l’on trouve la première application de l’idée de tirer parti des gaz qui s’échappent des hauts foùTheaüx. Un industriel distingué, M. Aubertot, établit, en effet, en 1809, des foyers sur la plate-forme du gueulard de ses hauts fourneaux et utilisa dans ces foyers la chaleur propre du gaz. Il y avait loin de l’usage simple de cette chaleur perdue à l’emploi rationnel des gaz éteints, que l’on conduit aujourd’hui et depuis longtemps sous les.générateurs à vapeur, et sous les appareils à air chaud; mais c’était un premier pas, une idée dont l’application mieux entendue devait avoir de grandes conséquences.
- M. Aubertot ne fut pas seul, bien certainement, à tirer parti dçla chaleur perdue entraînée par les gaz des hauts fourneaux ; cette Application déjà utile fut bientôt répandue, et M. Curandeau, en 1811, reconnaissait qu'à une température élevée les gaz des hauts fourneaux, en contact avec l’air atmosphérique, entraient en combustion active; il ajoutait qu’on pouvait les comburer dans un four à reverbère et que les forges pourraient les utiliser avec de grands avantages, et non-seulement en profitant de la chaleur entraînée, comme l’avait fait jusqu’alors M. Aubertot et ses imitateurs, mais en développant complètement la chaleur du'e à la combustion complète des gaz inflammables.
- La question faisait déjà un grand pas.
- En 1814, M. Berthier confirmait les observations de M. Curandeau et, prenant la question dans ses principes les plus sensibles, exposait dans un Mémoire remarquable, publié dans les Annales des mines, tout le parti que l’industrie métallurgique pouvait tirer des gaz des hauts fourneaux en les appliquant aux fours à réverbères; il disait notamment que ces gaz n’étaient pas composés, comme on l’avait cru jusqu’alors, d’acide
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- carbonique et de vapeur d’eau, mais en très-grande partie du gaz le plus comburant, l’oxyde de carbone, qui produit en se transformant en acide carbonique une très-grande quantité de calorique... Le travail de M. Berthier fut très-remarqué ; il entrait en effet au cœur de la question : le haut fourneau était un magasin de gaz combustibles, il fallait chercher le moyen d’en tirer parti.
- Malheureusement, la France, en 1814, était occupée de questions bien autrement graves. L’industrie fort limitée suffisait à peine aux besoins» Elle était absolument dans les mains de capitalistes et de praticiens qui n’étaient point disposés à chercher le,progrès; on n’en sentait pas le besoin. Quelques maîtres de forges se bornaient à faire ce que M. Auber-tot avait fait à Vierzon; les plus intelligents plaçaient des chaudières, des appareils à air chaud près des gueulards et on chauffait l’air, ôn faisait un peu de vapeur.
- Peu à peu cependant l’emploi de la chaleur perdue des gaz s’était répandu et presque généralisé, ou, au moins, présentait de très-nombreuses applications : toutes ces applications étaient dans le domaine public. Quelques maîtres de forges s’en trouvaient bien; d’autres, au contraire , s’en plaignaient : les uns et les autres pouvaient, en effet, avoir raison.
- En effet, les gaz du gueulard étaient conduits aux appareils qui en utilisaient la chaleur perdue par des conduits unis à dés cheminées d’appel; le règlement de ces cheminées pouvait déterminer un tirage plus ou moins actif sur le haut fourneau. La pression, qui doit 'toujours exister au gueulard, était transformée en appel, et le combustible dans le haut fourneau pouvait être consommé en pure perte ou au profit des gaz dans la partie supérieure de la cuve, mais au grand préjudice de l’allure'et du roulement. L’accessoire devenait le principal, et le fourneau était dérangé; on repoussait alors le principe de l’emploi des gaz, parce qu’on ne savait pas le régler, et le traducteur de Karsten, dans une édition de 1830, pouvait dire avec raison :
- « L’expérience s’est prononcée contre l’emploi de la chaleur perdhe « du gaz, et aujourd’hui il est banni de presque toutes les usines. i>
- Avant cette date, en 1827, MM. Dufrenoy et Elle de Beaumont, dans leur voyage métallurgique en Angleterre, ne disent pas un mot de l’emploi des gaz.
- MM. Goste et Perdonnet, dans un travail postérieur, n’en disent pas plus, et dans une édition de 1837 et 1839, qüi comprend les travaux de MM. Dufrenoy, Ëlie de Beaumont, Coste et Perdonnet, sur l’ensemble de leurs voyages èn Angleterre, il h’est jamais question du péincipé de l'application dés $az des hauts fohrnéâiïx; on p'ènt éh conclure que l’Angleterre ne s’ôtait pà's ën'core occupée de éêtté question importante.
- Plus tard, M. Walter de Sàihf-Ahge, dâns son ouvragé Sfir Fa métallurgie du fer, en dit à peine quelques mots; il s’agit toujours de l’em-
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- ploi de la chaldur perdue des gaz. On se livrait à la construction la plus complexe, la plus dangereuse : ainsi, des appareils à air étaient construits directement sur les gueulards des hauts fourneaux ; les réparations étaient impossibles, les températures telles, quelquefois, que les appareils entraient en fusion.
- Vers cette époque, en 1835, apparaissent MM. Thom'as'et Laurens, ingénieurs civils. Ils prennent, avec M. Dufournel, un brevet pour appliquer les flammes perdues du gueulard au chauffage des chaudières à vapeur destinées à faire marcher les souffleries des fourneaux; il s’agissait d’une disposition spéciale, mais les chaudières étaient encore établies sur des massifs au niveau du gueulard. Il n’y avait là aucune difficulté quand les fourneaux étaient adossés à un coteau, et cette position était alors très-recherchée pour la facilité des manœuvres de chargement; mais on n’y pouvait songer qu’à l’aide de travaux considérables et par conséquent très-onéreux, quand le fourneau était construit en plaine. L’importance de l’économie du combustible était telle cependant qu’on le faisait quelquefois,; c’était toujours l’idée de M. Aubertot : l’emploi des flammes perdues du gueulard et rien de plus.
- Les indications scientifiques de M. Berthier, bien qu’elles fussent publiées depuis plus de vingt ans, n’avaient pas eu pour résultat de changer la direction des recherches pour l’application de ce puissant combustible. üésireux de faire des économies, on construisait des appareils onéreux et complexes au niveau du gueulard ; on altérait souvent, par l’effet des tirages, la marche des fourneaux; on se fatiguait de sacrifices improductifs, aucun progrès sensible et général n’était acquis.
- On en était là en 1836.
- Dans le courant de cette année, M. Sire fit breveter d’invention un système complet pour la fabrication du fer, au moyen des gaz des hauts fourneaux.
- M. Ebelmen publia ces procédés dans les Annales des mines.
- Dans ce nouveau système, les gaz des hauts fourneaux étaient recueillis au-dessous du,niveau du gueulard ; cette modification était de la plus haute importance. Cependant M. Sire prenait les gaz trop en contre-bas, et l’application de ce système aurait certainement dérangé l’allure des fourneaux en empêchant l’action utile du gaz oxyde de carbone sur les minerais oxydés. A ce moment, où l’on n’avait pas encore pour se guider les travaux remarquables de M. Ebelmen, c’était à l’expérience de se prononcer sur ce point.
- L’inyenteur introduisait dans la question une idée nouvelle ; il voulait appliquer les gaz des hauts fourneaux à l’affinage de la fonte.
- Toutefois, M. Sire ne descendait pas encore les gaz au niveau du sol.
- En 1838, le 21 mars, M. Baudelot prend un brevet pour une idée fort originale; il veut faire rentrer dans le haut fourneau les gaz qui en sortent : il recueille les gaz dans un conduit circulaire en dessous du ni-
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- veau du gueulard, les réunit dans un tuyau métallique et les soumet à l’action d’une machine pneumatique à double effet, qui les aspire et les refoule dans le haut fourneau en les mêlant à l’air lancé par la machine soufflante.
- Le but du brevet est cette réintroduction bizarre des gaz dans le haut fourneau, avec la pensée de l’inventeur, que ce gaz devait contribuer à la fusion et à la réduction des minerais.
- Cette idée n’est pas à examiner ici; on sait qu’au point de vue théorique et pratique, et pour bien des raisons, elle a été condamnée. Je ne sache pas que jamais elle ait reçu d’application suivie; mais il rien est pas moins vrai que M. Baudelot a été le premier qui ait eu Vidée de prendre les gaz éteints en dessous du gueulard et de les ramener, à cet état, au niveau inférieur du sol des hauts fourneaux. C’est un fait incontestable : on l’a interprété diversement, on a prétendu même que M. Baudelot ignorait la propriété comburante des gaz, ce qui est fort invraisemblable; mais on ne peut contester le fait : M. Baudelot a pris les gaz éteints sous le gueulard et les a conduits, à cet état, au niveau du sol de l’usine.
- C’est un grand progrès, un nouveau pas dont on va bientôt savoir tirer grand parti. #
- Le 18 avril de la même année 1838, M. Robin obtenait un brevet beaucoup moins spécial que celui de M. Baudelot, mais cependant présentant avec le sien une grande analogie.
- Il prenait les gaz éteints au-dessous du gueulard ; il tenait le gueulard fermé; et, au moyen d’une conduite métallique, il conduisait les gaz vers les appareils où ils devaient être consumés,
- Ici, les bons principes étaient complètement compris, et au milieu d’applications plus ou moins pratiques, ces principes'restaient entiers.
- MM. Thomas et Laurens se rendirent acquéreurs du brevet Robin.
- Ce brevet a donné lieu à de graves débats : on a observé que M. Robin, comme M. Baudelot, était des Ardennes; que le brevet de M. Baudelot avait été publié; que le brevet de M. Robin présentait beaucoup d’analogie avec celui de son prédécesseur. Nous n’avons pas à entrer dans l’examen de ces discussions; on peut au besoin voir, à ce sujet, les travaux d’un ingénieur des mines, M. Sagey, qui a traité ces questions au point de vue de l’intérêt général. Il nous a toujours paru que les raisons de M. Sagey avaient beaucoup de valeur ; mais les tribunaux en ont jugé autrement, et noifs n’avons qu’à nous incliner devant leur jugement, d’autant plus que ces questions, si controversées dé 1845 à 1850, sont aujourd’hui sans intérêt. Cependant nous avons un mot à dire d’un brevet de M. Miles-Berry, pris en Angleterre le 1er décembre 1838. Ce brevet, très-analogue dans ses principes au brevet Baudelot et surtout au brevet Robin, s’étend beaucoup plus aux applications : on y indique le moyen de mélanger l’air et le gaz, le mode spé-
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- cial d'application aux chaudières et à tous les systèmes de fours à réverbères.
- M. Robin, en août 1839, demande une addition à son brevet principal, et cette addition paraît réellement inspirée par le brevet Miles-rBerry, Je ne veux pas rechercher le véritable auteur de ces inventions-, il est de fait que la bonne voie était trouvée, et comme on sayait, en 1838, manier parfaitement le gaz des hauts fourneaux, on voulait l’appliquer à tous les foyers qui demandent une température élevée.
- Ces applications n’ont pas eu lieu; on a trouvé dans le combustible libre que le fourneau laisse à notre disposition ce qu’il faut pour les chaudières à vapeur utiles aux machines soufflantes, çe qu’il faut aussi pour les appareils à air chaud. C’était beaucoup déjà, et p’est là que s’est bornée jusqu’à présent l’application industrielle de çe combustible,
- On se préoccupe aujourd'hui de produire du gaz pour d’autres epa-r plois. Si c’est chose nouvelle, c’est déjà appliqué dans quelques usines et surtout aux réchauffages du fer et de l’acier ; mais c’est une autre question, et si j’en dis un mot en passant, c’est pour établir que ces questions de chauffage au gaz, avec les moyens dont on dispose aujourd’hui par les générateurs Siemens, sont déjà en partie résolues; elles font partie des préoccupations de tous les métallurgistes et seront bientôt eu pratique dans la généralité des forges françaises.
- Revenant à l’époque où nous ont conduit les brevets de Baude-lot, Robin, Miles-Berry, nous trouvons appliqués tous les principes de l’emploi des gaz et le capital : les gaz éteints réunis et conduits sous les appareils où ils sont comburés. Il y avait bien des difficultés, des embarras, des succès et des revers, comme partout et pour toute nouveauté; mais il y avait de nombreux succès. MM. Thomas et Laurens, ingénieurs actifs, intelligents et capables, avaient eu le talent d’accaparer cette grande affaire ; ils cherchaient et réussissaient à l’introduire dans toutes les forges, et si les succès n’étaient pas partout aussi satisfaisants, comme ils étaient réels et complets chez certains industriels, ceux qui n’avaient pas réussi dJabord cherchaient et finissaient par trouver une solution favorable.
- Voici les dispositions généralement appliquées :
- Au moment où nous en sommes de cette question, les hauts fourneaux n’avaient pas les grandes dimensions qu’ils ont actuellement, et nous avions encore en France une très-grande quantité de hauts fourneaux au bois. Les gueulards de ces fourneaux avaient 0^,65 à tra,30 de diamètre; le chargement était facile. On pouvait en effet, sans grande difficulté, répartir les charges sur un gueulard de cette dimension; le chargement se faisait généralement à bras.
- MM. Thomas et Laurens imaginèrent une disposition très-simple et très-pratique qui constitue l’appareil de prise de gaz le plus répandu encore aujourd’hui, la trémie,
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- La trémie est un appareil en tôle cylindrique ou légèrement pqniqqe, de 4m,30- à lm,50, dans certains cas, 2 mètres, et jusqqe 2m,20 de hauteur. Cet appareil ouvert parles deux bouts et garni d’une plateforme extérieure à l’une de ses extrémités repose, à l’aide dp cette plate-forme, sur le gueulard même du fourneau.
- La trémie est disposée de façon à laisser un intervalle annulaire entre sa partie extérieure et le haut fourneau; c’est dans cet intervalle que les gUz se dirigent naturellement: Ils y rencontrent un ou plusieurs tuyaux en fonte ou en tôle qui les conduisent, en les amenant généralement sur le spl de l’usine, aux appareils qui doivent les consommer.
- Les gaz ainsi entraînés sont très-chargés de poussière, généralement de cendres. Ces matières tendent à se déposer sur les chaudières ou appareils à air chaud, qui doivent utiliser les gaz; il importe de lès expulser le plus possible. A cet effet, on a imaginé de disposer en certains points de la conduite de gaz des appareils laveurs dans lesquels les poussières se déposent... Mais, en général, ces appareils®sont insuffisants, et, en 1853, préoccupés de ces difficultés, nous avons, M. Grandinange et moi, pris un brevet pour un tuyau spécial que nous généralisions sur toutes les conduites et que nous avons appelé tuyau purgeur autoclave. Ce tuyau a été appliqué dans le département du Nord à Aulnoye, et à Mau-beuge chez M. Dumont; il a été appliqué aussi aux fourneaux d’Ou-treau (Pas-de-Calais). Le système consistait à n’avoir que des tuyaux verticaux et des tuyaux horizontaux. Depuis, les forges d’Anzin en ont fait une nouvelle application très-générale que nous recommandons particulièrement. Tous les tuyaux horizontaux sont disposés de façon à faire soupape hydraulique: la partie inférieure du tuyau est toujours garnie d’eau et la disposition permet le nettoyage permanënt; les appareils restent propres et le gaz donne facilement tout son calorique : c’est le but que nous nous proposions. Le combustible est plus dense, mais il est aussi un peu plus froid; en somme, cette disposition donne des avantages sérieux. Il est bien certain que l’on pourrait mieux faire encore en employant les gaz propres chauffés dans un régénérateur spécial, c’est une question que l'industrie métallurgique saura certainement résoudre, etM. Lundin de Munkors (Suède) vient d’appliquer cette idée avec succès au réchauffage du fer. Les lecteurs du Bulletin de l'industrie minérale ont pu juger son système, exposé avec talent par M. Vicaire dans la quatrième livraison du treizième volume.
- L’eipploi du gaz, à l’origine, avait un autre inconvénient grave, les détonations.
- Les dispositions permettaient les rentrées d’air et souvent des explosions qui altéraient et détruisaient les conduites.
- Pour en éviter les effets, on plaçait sur des tuyaux ou à des intervalles
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- rapprochés des portes à charnières faisant soupape, ou bien encore des soupapes hydrauliques.
- Cet inconvénient était très-grave; on devait bientôt arriver à l’éviter presque complètement.
- On sait comment il se produit.
- Quand le gueulard est ouvert, si la charge descend en dessous de la trémie, le plus faible tirage fait appel d’air, et l’on a bientôt un mélange détonant de gaz oxyde de carbone et d’air.
- On songea donc à appliquer et on appliqua d’une manière plus générale le principe de la fermeture du gueulard, au moyen du couvercle hydraulique.
- Les explosions furentmoins fréquentes; mais au moment du chargement, c’est-à-dire au moment où le fourneau est bas quelquefois de plusieurs charges, les mêmes causes se produisaient et les détonations avaient encore lieu.
- Ces faits étaient graves quand on n’avait qu’un fourneau en marche, et, dans ce cas, le seul moyen d’éviter ces accidents, c’est d’établir sur le tuyau principal un registre, qu’on a soin de fermer pendant la charge; mais avec plusieurs hauts fourneaux, la pression s’équilibrant toujours, l’air est refoulé et les accidents ne sont pas à redouter; seulement il faut toujours avoir une pression au gueulard, et nous verrons bientôt qu’il le faut à tous égards.
- Quoi qu’il en soit de ces observations, c’est par cet ensemble de trémie, de couvercle hydraulique, de tuyaux garnis de laveurs et de soupapes, que MM. Thomas èt Laurens vulgarisaient l’emploi des gaz dans un très-grand nombre d’établissements métallurgiques et dans la période de 1835 à 1852.
- Mais déjà, en 1835-38-39, la question avait fait les plus grands progrès; dans beaucoup d’usines on faisait des tentatives, on réussissait.
- La science n’avait cependant rien dit depuis 1814, et le Mémoire de M. Berthier seul indiquait qu’on avait affaire à du gaz oxyde de carbone et non pas, comme on l’avait pensé, à des gaz transformés déjà en acide carbonique, et qui n’avaient qu’à donner leur phaleur perdue; la question en était restée là.
- L’industrie avançait toujours.
- Un chimiste allemand, M. Bunsen, fut le premier qui fit des recherches sur la composition des gaz des hauts fourneaux, et M. Reynault, ingénieur des Mines, donnait la traduction de son travail, en 1817, dans les Annales des mines, tome XYI, 4e livraison.
- Les expériences de M. Bunsen, sur les fourneaux de Yeckerhagen, ont jeté un grand jour sur l’importance de la question; elles ont confirmé, par des chiffres précis, que les gaz contenaient une très-forte proportion d’oxyde de carbone et peu d’acide carbonique.
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- A la profondeur de 2 mètres en dessous du niveau du gueulard, M. Bunsen a trouvé sur 100 parties :
- 64.63 d’azote,
- 29.75 d’oxyde de carbone,
- 3.22 d’acide carbonique,
- 1.80 d’bvdrogène,
- 0.50 d’hydrogène proto-carburé.
- M, Bunsen, faisant le calcul de la chaleur totale perdue par des gaz qui sortent du gueulard, a trouvé qu’elle représentait 75 0/0 du combustible chargé dans le fourneau.
- Voilà, certes, des expériences qui devaient encourager les industriels.
- D’un autre côté, les ingénieurs français se préoccupent et M. Ebelmen commence les travaux, qui lui font si grand honneur, sur l’analyse de ces gaz; ces travaux ont été publiés en 1839, 1844 et 1851; et, encore aujourd’hui, ils font loi sur la matière, bien que, par suite des modifications capitales dans les dimensions des hauts fourneaux, il serait à désirer qu’on reprît l’ensemble de ces études dans les grands fourneaux actuels.
- M. Ebelmen a fait d’abord, en 1839, des expériences sur les hauts fourneaux au bois de Clerval et d’Audincourt; en 1851, il a publié des expériences analogues sur un des hauts fourneaux de Seraing (Belgique).
- Voici les dimensions principales de ces fourneaux :
- DÉSIGNATION. CLERVAL. AUDINCOURT. SERAING.
- Hauteur totale 8ra.67 1 lm. 15“.
- Diamètre au ventre 2 .16 2 .33 4 .50
- Diamètre au gueulard. . . . 0 .67 0 .66 2 .70
- Température du vent 180° 250° 100°
- Volume du vent par minute......... 8m.7G 15 m. 8 4 122“.
- Pression du vent (en mercure) 0 .016 0 .07 0m. 125
- Dans ces conditions, le fourneau de Clerval produisait 61 tonnes par mois; le fourneau d’Audincourt, 97 tonnes; le fourneau de Seraing, 500 tonnes.
- Clerval dépensait 1,481 kilogrammes de charbon par tonne de fonte; Audincourt, 1,032; et Seraing, 1,500 kilogrammes de coke en fonte blanche et 1,800 à 2,000 en fonte grise.
- Les fontes de Clerval et d’Audincourt étaient grises.
- Dans ces conditions principales résumées, M. Ebelmen a trouvé, pour les gaz pris à différentes profondeurs, les résultats suivants :
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- composition des gaz [fouraemi cle C 1er val)..
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- composition des gaz (fourneau cVAudincourt).
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- Nous n’avoüs pas à nous occUpet ici des conséquences qüe SI . Ebelmen à su tiqer de son travail-, au point de vue de la théorie des hauts fourneaux ; mais au poiiit. de vue dé l’emploi des gaz qui est la seule qiiestiOii qui nous occupe ëü ce .moment) nous observons que l’air, à son entrée dans lé haut fourneau, se transforme absolument en acide carbonique et, bientôt après, cet acide carbonique devient de l’oxydé dé carbone. Le gaz reste à cet état jusqu'aux parties extrêmes des étalages * puis réduit successivement les minerais ët par suite se transforme en partie en acide carbonique, de telle façon qüe, pour prendre les chiffres les plus extrêmes à 13mj50 dé profondeurj à Seraittg, nous avons 45,05 0/0 d’oxyde de carbone ët point d’acide Carbonique; puis* près du güeülârd, nous ii’avons plüs que 0/0 d’ôxÿdë dë Carbone et nous âvobs 11,39 d’acide carbonique. La transformation du gaz oxyde de carboné en acide carbonique a réduit les minerais. Cëttë réduction ëst-elle aussi complété que possible? Jusqu’à quel point peut-elle être poussée, et aujourd’hui) avec lès grands foUfriëâüx élargis aü gueü-lard ët plüs éleVés; jusqu’à qüël point est-elle poussée? Combien avons-nous d’oxÿdé dé Carbone ët d’acide cafbo-niqüë au niveau du gUëülàrd?
- Cës faits constatés, la pfésëhcë de l’oxyde dë eUrbdilè eri proportion aussi ëdhsidéfâblé étàtlt démontfëe., quelle est là Valeüf dé ëë COtiibustiblë?
- Nous .ne süivfonS pas M. Ebëlüiën dàhs ses câlCüls à Ce sujet, calculs simples du feëtë-, basés sdi1 lés Volumes de gàz et lëül* pouvoir Calü-riliqtié; tàaië UëüS dëVôiiS Citer les
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- résultats auxquels il arrive. Pour le fourneau de Clerval, le combustible contenu dans les gaz équivaut à 62 0/0 de celui*que l’on charge dans l’appareil, et pour Audincourt, 67 0/0; M. Bunsen, à Yeckerliagen, trouvait 75 0/0. Il est difficile d’atteindre ces chiffres dans la pratique; mais on peut certainement compter, comme un minimum, 50 à 55 0/0, et c’est bien assez pour que la question ait toujours occupé sérieusement tous les ingénieurs attachés aux établissements métallurgiques.
- La théorie a donc donné raison et de la manière la plus claire, la plus complète, la plus absolue, à la pratique industrielle, et cependant toutes les difficultés n’étaient pas encore résolues.
- A l’époque où nous arrivons, les fourneaux commencent à prendre du volume, les gueulards s’agrandissent ; et les moyens pratiqués jusqu’à présent pour établir les prises de gaz, pour les combiner avec les appareils de chargement, paraissent tout à fait insuffisants.
- C’est en France, sans contredit, que l’emploi des gaz des hauts fourneaux prit naissance et se répandit avec rapidité de 1835 à 1850, comme nous l’avons déjà dit. En France, nous l’avons dit encore, les fourneaux avaient des dimensions restreintes, et l’organisation adoptée par MM. Thomas et Laurens a été longtemps suffisante. En effet, avec une petite trémie et le chargement à bras, on répartissait suffisamment les charges, et avec un couvercle hydraulique et une pression constante au gueulard on évitait les détonations, et l’on obtenait un écoulement des gaz sans agir par pression exagérée ou par tirage sur la marche naturelle des gaz dans les hauts fourneaux, et tout paraissait dans des conditions satisfaisantes.
- Mais, à l’étranger, les conditions n’étaient point les mêmes. Déjà, en Angleterre, les gueulards étaient plus grands et l’on était préoccupé de l’uniformité de la répartition des charges ; on eut l’idée d’un appareil fort simple et fort ingénieux, la cuvette et le cône {cup and cône), qui a dû être construit vers 1852 et qu’on a introduit en France bientôt après; car il a précédé, à Commentry, l’appareil de M. Coingt dont nous allons vous entretenir bientôt.
- L’appareil cup and cône se compose de deux pièces principales : la cuvette, qui est de forme conique et s’appuie sur le fourneau, et le cône central qui en opère la fermeture (pl. n° 42, fig. 6, 7, 8, 9).
- La charge se place dans la partie annulaire, s’y sèche et est précipitée dans le fourneau, au moment voulu, de façon que les matières menues se dirigent de préférence vers les parois de la cuve, et les gros morceaux de coke et minerai au centre du fourneau.
- Le cône est supporté par une tige manœuvrée par un levier; le fourneau est constamment fermé et le gaz s’échappe latéralement, comme dans le système par trémie.
- L’innovation sensible de ce procédé, c’est le cône. Nous allons le re-
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- trouver partout: dans l’appareil de M. Coingt1, dans celui de M. Chadde-faud2, dans l’appareil de Fraisans3, dans ceux de M. Escalle4, à Givors, à Aubin; et nous pouvons dire que le cône central est un élément précieux pour assurer la bonne répartition de la charge, point capital pour conserver aux fourneaux une allure dont on peut rester maître.
- Dans notre opinion, le cône central est un grand progrès; il est indispensable aux fourneaux de grand diamètre.
- Les ingénieurs de hauts fourneaux ont été préoccupés d’une autre question plus délicate, dont M. Coingt s’est particulièrement fait l’interprète, si même il n’en a eu la première pensée.
- Nous entrons à cette époque, vers 1855, dans une période de progrès très-sensible. En général, les hauts fourneaux avaient en France un volume limité, très-limité, 80 mètres environ. Pour augmenter ces volumes, il fallait augmenter les cuves et, par conséquent, le diamètre des gueulards. M. Coingt a été le promoteur de cette idée, qui lui fait le plus grand honneur, et il a su l’appliquer à Aubin, à Saint-Jacques et à Commentry; tmais il a craint en l’appliquant n’en pas tirer tout le profit qu’il concevait, s’il n’assurait une parfaite répartition du, gaz. M. Coingt a pensé qu’avec une trémie ou avec le cup and cône, laissant tous deux prendre les gaz latéralement, ces gaz suivraient de préférence les parois du fourneau et que les charges de la partie supérieure ne seraient pas aussi bien réduites qu’elles pourraient l’être, si la prise était centrale et forçait, pour ainsi dire, les gaz à parcourir uniformément toutes les couches étendues dans le fourneau.
- L’idée avait de quoi séduire, et M. Coingt établit sa prise centrale avec le double cône disposé de façon à répartir convenablement les charges.
- C’est donc une idée nouvelle, heureusement appliquée, malgré des difficultés de construction qui ont été parfaitement résolues par l’inventeur.
- La prise centrale est établie et les nouveaux systèmes qui sont préconisés aujourd’hui, notamment ceux de M. Langen, n’ont été, comme ceux de Fraisans et de M. Escalle, que des copies plus ou moins modifiées du système primitif, dont l’honneur appartient évidemment à M. Coingt.
- Mais, nous le dirons en toute franchise, la prise centrale ne nous parait pas indispensable. A notre avis, trois points constituent à la fois un bon appareil de chargement et une bonne prise de gaz :
- l« Une disposition qui favorise, qui assure une bonne répartition de la charge ;
- 1. PI. n° 44, fig. t, 2.
- 2. PI. n« 41, fig. 1, 2, 3.
- 3. PI. n« 43, fig. 5, 6, 7.
- 4. PI. n° 42, fig. 6, 7, 8, i).
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- Lë itoàiiitiëil permanent d’une pressidü âü gueulard de 3 à 4 centimètres d’eau;
- 36 Le pâssàge dës gaz à tttlvërs toute la masse des charges et lés dernières charges cbffipfisés.
- Nous allons ddhner quelqüés explications sur bliabun dé Ces joints.
- Il est évident qu’àvëc des coiiches, des russes et des brouettes, oh ne peut assurer qu’une charge puisse être bien faite sur un gueulard de grand diamètre. Elle demande, en outre, beaucoup dé temps, et c’est ün très-grave inconvénient quand le gueulard est fermé, comme cela est absolument indispensable quand on recueille torts les gaz. Avec des wàgons ordinaires, s’ouvrant par clapets 'rectangulaires, la charge ne peut être parfaitement répartie; il faut, pour la répartir avec iitt wagOn, construire cet appareil avec tin fond cOnique, Comme noüs l’aVotts fait à Comniëntfy, pl. 4â, fig, 3* 4, 5. La charge ëst ainsi parfaitement mélangée et régulièrement répartie. Mais, bien cjüë éës wàgons puissent avoir un assez grand diamètre, il y à une limite; d’un autre Côté, la puissance des mOnte-bliafgës a aussi sâ limite.
- L’appareil cUp and conë h’en a pas, et, de plüs, il à l’àtantage de faire fermeture, de Sécher les charges, quand oh sait lës disposer pfoffiptë-meht dans l’espacé annulaire; il répartit parfaitement ët prénd peu de place dans le fourneau ; il est simple* solide, peu coûteux; il laisse derrière lui tiü espace libre Oü les gaZ Se logent facilement aVîtiit de prendre iétir direction dans les tuyaux spéciaux tjiii doivent lés conduire aux appareils’de combustioii.
- Le maiÜtieU permanent d’une pression au gtiëülard èst la condition capitale d’une bonne prise de gaz.
- t Si cette pression fait défaut, vous avez appel, ët s’il y a appel stir les gaz des hauts fourneaux, vous attaquez là marché naturelle dës gàz réducteurs, vous modifiez l’allure du fourneau, vous sacrifiez.l’accëSSOife au principal, et vous finissez par condamner remploi des gaz malgré Lénorme économie qü’ils produisent.
- Noüs attribuons, sinon la totalité; la presque totalité dës difficultés qüe les iridüstrléls oiit réUcohtrëes dâtis l’emploi dti gaiz à bë motif prlnbipal, et nous comprenons que ces difficultés qui causent des pertes ëüormës aient fait prehdré le parti d’abandonner dâtis l’atmosphère cé puissant Combustible, dont On né petit tirer boti parti qu’ën sachant le mailler parfaitement.
- Ayez unè prise centrale ou latérale, si vous avez appel, vous marcherez toujours mal; ayez l’une ou l’autre prise avec une pression convenable, et vos gaz, sous cette pression uniforme, se répandront partout uniformément; votre fourneau conservera sa parfaite allure et vous tirerez d’un combustible perdu un excellent parti,
- Pour nous, la trémie n’est pas un mauvais appareil et nous partageons cet avis avec un grand nombre d’industriels ; c’est le pfënîiel* âppai’eil,
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- c’est l’un dés plus simples, et on lé retrouvé pat-tout, dans la Loire, au Créusot, dans la Moselle, dans les Ardennes, dans le Nord, dans le Pas-de-Calais, en Champagne, dans le centre, dans le Midi, pL il, fig. i, 5, 9, 10.
- Je sais, toutefois, que l’appareil Langen est cëlui qui s’est le plus répandu, surtout autour de lui en Allemagne, et l’on assure qu’il y a environ 30 fourneaux qui en sont actuellement munis, pl. 44, fig. 5, 6. Cet appareil a un petit avantage sur celui de M. Coingt, dont il a pris le principe: c’est que le gaz passe parfaitement à travers toutes les charges et les dernières comprises; mais je ne crois pas qu’il répartisse les charges aussi bien que l’appareil Coingt, ni aussi bien que le cup and cône, et il est peu probable qu’il convienne aux grands diamètres. Quelques exemples nous portent à cette penséç, et notamment l’essai de M. Cochrane, à Ormesby, qui avait préparé une disposition analogue pour le chargement et qui a dû revenir au cône central.
- La question du système de chargement et de prise de gaz est très-importante; elle a occupé beaucoup d’ingénieurs et de directeurs d’usines. Il nous paraît d’un grand intérêt d’en déterminer les principes, au moment où les hauts fourneaux se transforment partout et arrivent peu à peu à des dimensions qui vont devenir colossales : ainsi, nous tous, ici, savons que la tendance générale est d’augmenter les volumes, nous le, savons et nous le faisons, mais encore dans une faible proportion; de 8*,3.nous arrivons à 150, 160, 200. Mais s’arrêtera-t-on là? nous ne le croyons pas. En Angleterre, on a des fourneaux de 500 mètres et £>lus; ces fourneaux ont des gueulards de 4 mètres de diamètre : comment répartir îa charge convenablement, dans de semblables gouffres, avec l’appareil Langen, par exemple?
- C’est évidemment impossible.
- Avec l’appareil cup and cône et des minerais en roche, on le peut facilement; nous pensons qu’on le fera mieux encore avec l’appareil conique circulaire, d’après les principes de M. Coingt, mais sans prise centrale, fig. 1,2,3, de la planche 42. Cette disposition nous a très-bien réussi.
- En résumé, nous avons eu occasion d’employer les appareils les plus variés :
- Le wagon conique avec trémie ;
- Le Wagon à bascule avec trémie ;
- Le chargement k bras dans de petits fourneaux èt trémie ;
- Le cup and cône ; .
- L’appareil complet de M. Coingt;
- L’appareil de M. Coingt modifié, c’est-à-dire sans prise centrale.
- Tous ces appareils nous ont donné de bons résultats, parce que, süivâht les foùftieàutt auxquels ils ëtaiëht appliqués, ils étaiëÛt g'ëhéHle-rtlëht dàhs dé bonnes COilditio'nè pôü\‘ Êôpâkir lêê chà%ë‘S èt lièS gàà; êt
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- aussi parce que les rapports des fourneaux avec les machines soufflantes accusaient une pression" constante au gueulard.
- L’historique de la question, ses bases théoriques étant établis, nous avons encore à présenter la description sommaire des divers appareils dont nous n’avons indiqué que les principes, sans entrer dans les détails de leur construction et même de leur disposition.
- Nous avons réuni dans quatre planches les dispositions les plus connues dont nous avons parlé ; nous passons ces diverses planches en revue.
- planche 41.
- Appareil Chaddefaud. Figures 1, 2, 3. •
- Le distributeur se compose de deux cônes a et b: l’un a, fixe; l’autre b, mobile. Le mouvement vertical du cône mobile s’obtient au moyen de deux tiges qui traversent la plaque du gueulard et sont fixées au levier équilibré c. Ce levier c oscille sur une béquille d ayant la forme d’un croisillon. Le mouvement de l’extrémité du levier et des tiges ef, qui supportent le cône, est rendu sensiblement rectiligne par le jeu de la bielle g.
- Le but que s’est proposé l’inventeur de cet appareil a été de diriger le minerai contre la maçonnerie, c’est-à-dire à l’extérieur, et le combustible de préférence au centre. Au moment où l’on charge le minerai, le grand cône b repose sur le croisillon h du petit cône, la charge tombe au milieu du cône, et le minerai se dirige sur les parois de la maçonnerie. Pour charger le coke, on abaisse le contre-poids i; le grand tronc de cône b se trouve alors placé à l’orifice du gueulard , et la charge de combustible se déverse sur le talus intérieur formé par le minerai et par conséquent dans la zone centrale.
- Bien que cet appareil paraisse compliqué de dessin et que l’explication en soit longue et complexe, la pratique est simple et les ingénieurs qui l’emploient en paraissent satisfaits. Toutefois, il ne s’est pas répandu et il faut en fait que le mélange soit plus intime qu’il n’apparaît pour obtenir une allure régulière et un bon roulement.
- Appareil Cup and cône. Figures 6, 7, 8.
- Cet appareil est d'une construction très-simple. Il se compose d’une cuvette circulaire conique b, qui repose sur le fourneau, et d’un cône mo-
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- bile c, qui vient fermer cet anneau d’une manière hermétique, mais qui, à l’aide du levier*?, donne passage à la charge disposée dans la partie circulaire a; les prises de gaz sont latérales ; les gaz s’échappent toujours à plein canal par les tuyaux fd, et l’isolement du haut fourneau et des conduites se fait à volonté par les registres vv.
- Rien de plus commode que cet ensemble; il convient surtout aux minerais en roche. La répartition des minerais en grains est difficile et même impossible avec cette disposition, quand les fourneaux sont très-grands, et plus les minerais sont de petites dimensions, plus il faut rapprocher les extrémités du cône central des parois du fourneau.
- Appareils établis à Vorigine, par MM. Thomas et Laurens.
- Figures 4 et 5, 9 et 10.
- Ces appareils conviennent aux hauts fourneaux de petits diamètres : la trémie est placée dans le gueulard même (fig. 4) ou hors du gueulard (figure 9); la prise de gaz se pratique dans un appareil annulaire qui vient joindre un tuyau principal à la chute duquel les gaz rencontrent les appareils de lavage. Ces- appareils ne peuvent convenir aux grands fourneaux, parce qu’ils ne permettent plus alors une bonne répartition de la. charge. On remarque qu’ils sont sans fermeture et conviennent par cela même uniquement aux minerais pisiformes qui bouchent naturellement les fourneaux.
- planche 42.
- Appareil de M. Coingt modifié. Figures 1 et 2.
- Cet appareil est un excellent distributeur : il se compose de deux troncs de cône fixes b et c, et d’un cône cylindrique mobile d; le mouvement du cône cylindrique s’opère à l’aide d’un levier relié au cône par des chaînes et modéré dans son mouvement par un matelas d’air comprimé dans le cylindre a. Cette disposition est fort simple, fort solide, et paraît répondre aux obligations imposées par les plus grands fourneaux et par les minerais les plus ténus. Les prises de gaz sont latérales ; cette disposition est appliquée à Commentry.
- # - •
- Appareil combiné de trémie et wagon à partie mobile et conique.
- Figures 3, 4 et S.
- Ce système fonctionne à l’un des fdurneaux de Commentry, où il a été appliqué dans des circonstances particulières. Le wagon est rempli au gueulard près du monte-charges; il serait aussi bien rempli au bas des fourneaux; il repose, dans tous les cas, sur une voie ô, qui le conduit au
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- centre de la trémie d, qu’on a débarrassée précédqnapaent du couvercle hydraulique qui ferme le gueulard. Aussitôt que le wagon a est en place, la tige/1, qui maintient le fond conique g, est attachée au levier mobile It, et la barre fixe i qui maintient le cône est rendue libre; alors la charge pesant sur le cône g le détaclie du wagon et prend la position indiquée $ la figure 5.
- La manœuvre complète dure 1 minute 1/2.
- Les prises de gaz sont latérales et se font derrière la trémie dans pn très-large espace annulaire,
- Appareils Escalle. Figures 6 et 7, 8 et 9.
- Cetingépîeur a été surtout préoccupé de prendre le gaz à la partie centrale, comme l’avait fait auparavant M. Coingt ; mais il a voulu disposer la prise de gaz en un point plus élevé et après avoir fait profiter les minerais de l’action du gaz, jusqu’au point culminant du chargement. M. Escalle a voulu aussi répartir le chargement à la circonférence; nous pensons qu’il y a là deux exagérations • il n’importe pas de prendre les gaz à la partie centrale, et il peut être dangereux pour le bon roulement et pour l’allure d’un fourneau de répartir les charges à la circonférence; ce qu’il y a de mieux comme système répartiteur, c’est sans conteste le double cône.
- Le premier appareil de M. Escalle se compose, figures 6 et 7, d’un tuyau a de prise de gaz terminé par un cône b; le tuyau a ayant trois conduits a! a' a' se réunissant dans un anneau c, le gueulard est fermé; le cône b sert à rejeter la charge contre les parois.
- Le deuxième appareil de M. Escalle, figures 8 et 9, repose sur les mêmes idées, seulement il est plus complexe : des wagons viennent répondre la charge dans un anneau cylindro-conique divisé en deux parties : l’une aa fixe, et l’outre b b mobile glissant à Laide d’un mouvement mécanique le long d’un tuyau central c qui emporte les gaz; on voit la place que prend la partiemobile cylindro-conique aumomentoùl’on opère la charge. Tous ces systèmes se sont produits sous Yinfluence de cette idée, qu’il fallait des dispositions spéciales pour les grands fourneaux; ces appareils ont été établis à (nvors.
- Appareil conservé aux établissements de MM. Boigues, Hambourg et compagnie, à Montluçon. Directeur, M. Forey,
- Figure 10.
- M. Forey a cpnseryé la trémie de petite dimension, les prises de gaz latérales et la disposition spéciale indiquée, figure 1Q, pour ondvnr à la •dimension de 3m,100 du gueulard, ou 2m,SQQ au-dessus du gueulard,
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- M. Forey, qui est un ingénieur praticien de mérite, préteqd qqe cette disposition lui donne de bons résultats. On peut en douter 04 point de vue de la parfaite répartition de la charge ; mais qq peut dire que l’essai ep est simple et facile. M- Forey ne couvre pas le gueulard. Mop avis est qu’il doit perdre une assez grande portion de ses gaz. Ce qu’il y a de certain, c’est que si la charge se répartit bien, il ne change en rien par son procédé l’allure de ses fourneaux.
- planche 43.
- Appareil de M. Lemonnier à Aubin. Figures 1 et 2.
- L’auteur, dans un Mémoire publié aux Annales des mines, indique des résultats remarquables obtenus avec ces appareils installés à tous les hauts fourneaux d’Aubin.
- La disposition de l’appareil permet le chargement du coke par wagon, et le coke se charge au centre.
- L’appareil se compose d’une partie fixe conique attachée au fourneau g, et d’une partie mobile b b eylindro-conique ; la fermeture est mécanique ce. On ouvre l'orifice, et le coke se répand au centre à Laide de leviers; on abaisse la partie cylindro-conique, et le minerai, disposé en d, s’écoule dans le fourneau en étant projeté contre ses parois. Je ne veux pas discuter les résultats annoncés par M. Lemonnier; mais s'ils sont tels qu’il les indique, il faut que la charge se mélange en fait plus que ne paraît l’indiquer la disposition qui, par les idées, se rapproche beaucoup du système de M. Chaddefaud. Je ne crois pas que cet appareil soit appliqué autre part qu’à Aubin. Les prises de gaz sont formées par des orifices en nombre considérable disposés circulairement à un mètre en dessous du gueulard. Le gaz se réunit dans un conduit circulaire et de là dans des tuyaux qui le conduisent aux foyers.
- Appareil de Ch, Cochrane établi au fourneau d’Qrmesby. Figures 3 et 4.
- Cet appareil est une modification du cup and cône primitif : il comprend une partie fixe a et une partie également fixe b conique, suspendue au centre du fourneau ; un bouchon cylindro-eonique mobile ferme le fourneau au moment de la charge; on soulève ce bouchon à l’aide d’un levier; la charge tombe alors dans le fourneau où elle prend à peu près la forme indiquée parla courbe clbd. Cet appareil paraît avoir tous les avantages du cup and cône; les prises de gaz sont latérales.
- Appareil de M, Minary, établi à Fraisans (Jure), Figures 5, 6 et 7.
- Cet appareil est encore inspiré par la pensée de la prise centrale.
- Un cône a, ouvert par sa partie inférieure, sert à la fois d’appareil de
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- répartition de la charge et de conducteur des gaz produits par le fourneau ; il est relié au massif par trois bras b ou tubes elliptiques de grand diamètre qui conduisent les gaz dans les tuyaux qui les dirigent vers les foyers. On a voulu ici se réserver la faculté d’opérer le chargement par wagon et au point central. M. Escalle avait résolu le même problème, mais il chargeait circulairement dans un appareil cup and cône.
- Il n’a été monté qu’un seul de ces appareils; il ne paraît pas avoir donné de bons résultats, et on comprend facilement que les trois tuyaux, qui relient la prise centrale à la maçonnerie, ne peuvent favoriser la bonne répartition delà charge. Le fourneau est fermé par un couvercle équilibré g h fermeture hydraulique.
- planche 44.
- Appareil Prenat. Figure 4.
- Cet appareil a été construit à Givors ; il paraît avoir pour but principal le chargement continu : deux tuyaux cylindriques a et b forment un anneau bc, dans lequel s’accumulent les charges qui s’opèrent par wagon, puis ces charges viennent glisser sur le cône d et se projettent sur les parties e e de la cuve du fourneau. Je suis porté à croire que ce mode de chargement n’est pas sans avantage pour les fourneaux de moyenne dimension; il peut, en effet, faciliter et uniformiser la bonne répartition des matières. Le cylindre b sert de trémie ; les prises de gaz sont latérales : le fourneau est fermé par"de simples plaques rabotées.
- Appareil Langent Figures 5 et 6.
- Un ingénieur allemand, M. Langen, construisit,il y a peu d’années, un appareil qui fit grand bruit en Allemagne. Cet appareil permet l’utilisation complète des gaz sur toute la hauteur du fourneau; il ne laisse pas perdre un centimètre de la charge ; la prise de gaz est centrale et sur toute la longueur du gueulard. Un tuyau conique de très-large diamètre, relativement à celui du fourneau, est disposé à 0m,500 du gueulard; on enlève les gaz ; on peut leur donner libre sortie en ouvrant la cloche f; on peut fermer la communication avec les foyers en fermant la soupape hydraulique s.
- La charge s’opère dans la cavité cylindro-conique cd;<e[\e se fait en deux parties : coke et minerai. Quand le coke est chargé, on soulève l’appareil obturateur agkl à l’aide d’un levier mn et du treuil t, et le combustible se dirige vers la partie centrale ; on fait la même manœuvre pour le minerai, relativement beaucoup plus lourd, qui reste plus près des parois. On a paru très-satisfait de ce mode de chargement; mais je
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- doute qu'il convienne bien à des fourneaux de très-grande capacité ; il faut dire aussi que l’appareil est des plus complexes. Il est certainement combiné d’une manière intelligente; mais il est loin d’avoir le cachet de simplicité qui caractérise tout ce qui est essentiellement pratique, et l’inventeur nous paraît avoir été trop dominé par la pensée d’utiliser quand même toute la hauteur du fourneau, bien que ce soit certainement un principe à appliquer.
- Il faut dire cependant que, malgré les inconvénients que je signale, l'appareil Langen s'est répandu en Allemagne.
- Appareil Coingt. Figures 1, 2 et 3.
- Dans l’ordre chronologique, nous avons comme appareil primitif suffisant pour les petits fourneaux, la trémie et le couvercle hydraulique appliqués par MM. Thomas et Laurens — en 4852; le cup and cône qui nous vient d’Angleterre, et qui, à cette époque, a déjà été appliqué en France; puis, en 1855, l’appareil de M. Coingt.
- Tous les appareils que nous venons de décrire rentrent plus ou moins dans les idées premières qui ont donné naissance à tous cessystèmes ; le cup and cône a été construit par suite de l’agrandissement des fourneaux. L’appareil Coingt a été créé pour éviter les courants de gaz contre les parois, de là la prise centrale a, et pour^obtenir une meilleure répartition de la charge par l’appareil mobile cylindro-conique d. La prise centrale s’opère par un tuyau qui plonge de deux mètres dans l’intérieur du fourneau, et fait perdre au fourneau deux mètres de hauteur, au point de vue de l’influence des gaz sur les minerais. C’est là une objection à la prise centrale intérieure qui entraîne une très-grande complication dans la construction de l’appareil; mais si Fon réduisait ce tuyau central au niveau de d’appareil de chargement, on aurait tout le gueulard libre, et alors, sans conteste, une disposition bien meilleure que toutes celles qui ont été imaginées depuis, soit par M. Escalle, par M. Langen, par M. Minary. Mais, comme nous l’avons déjà dit, nous n’attachons pas une grande importance à la prise centrale; au contraire, nous, en attachons une capitale à la répartition de la charge, et nous pensons que l’obturateur cylindro-conique de M. Coingt est l’élément le plus parfait qui ait été imaginé jusqu’à ce jour pour l’obtenir.-
- En résumé^, la forme et le choix des appareils ne nous paraissent,pas avoir une importance aussi considérable qu’on l’a généralement pensé, et de fait, il est arrivé souvent qu’avec des appareils très-différents, on a obtenu des résultats satisfaisants. La raison en est que ces appareils ont satisfait aux principes que nous avons rappelés dans la première partie de cette note : le maintien d’une pression constante au gueulard et la bonne répartition des charges. Le premier point est toujours facile à oh-
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- tenir, et alors il importe peu que la prise soit centrale ou latérale ; le second dépend surtout de la nature des minerais et de la grandeur des fourneaux ; ces conditions-là varient dans presque tous les établissements métallurgiques, et l’on comprend dès lors que la disposition de l’appareil répartiteur doive également varier. En principe, le cup and cône conviendra parfaitement pour les minerais en roche ; le répartiteur Coingt conviendra mieux pour les minerais en grains; mais, au fond, les questions restent les mêmes, et c’est à chacun d’étudier les conditions spéciales dans lesquelles il se trouve pour arriver à la meilleure solution, On se tromperait certainement, si on voulait l’indiquer d’une manière générale et absolue.
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- ASSAINISSEMENT DES VILLES ET DES COURS D'EAU
- EGOUTS
- ET IRRIGATIONS
- Par KK. A» RONKA»
- DEUXIÈME PARTIE1
- I
- Composition et valeur agricole des eaux d'égout
- \ . COMPOSITION DES EAUX.
- La composition chimique des eaux des égouts a principalement oc-? cupé, dans l’enquête de 1868,1e professeur Frankland, un des membres de la Commission. Bien que beaucoup d’autres analyses de sewage, de dépôts des égouts, etc., soient consignées dans la suite de ce travail, nous avons tenu à reproduire celles dues à ce savant chimiste, qui a apporté des lumières toutes nouvelles et des plus précieuses dans l’étude delà question, afin de compléter ce. que nous avions déjà dit sur la composition de ces produits.
- Nous appellerons tout d’abord l’attention sur les divers éléments dont
- 1. Voir la première partie, page 515 (3e trimestre 1872).
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- le dosage y est indiqué, d’autant plus que nos remarques s’appliqueront aux analyses faites par d’autres chimistes, et trop souvent entachées d’erreur par les causes que M. Frankland a indiquées. Ainsi, dans le tableau suivant, parmi les matières solides en dissolution, dont le total occupe la première colonne, les plus importantes sous le rapport de la pureté des liquides sont :
- 1. Le carbone des matières organiques ;
- 2. L’azote des mêmes matières;
- Or, il n’y a pas de procédé connu pour doser le poids total des matières organiques contenues dans le sewage. L’incinération du résidu laissé par l’évaporation fournit des résultats erronés, à cause notamment de la volatilisation des nitrates. L’oxydation par le permanganate de potasse est également insuffisante. Mais on peut, par la détermination du carbone et de l’azote, apprécier la quantité et la nature (animale ou végétale) de la matière organique.
- 3. L’ammoniaque, principalement à l’état de carbonate, qui provient delà décomposition des matières animales;
- 4. L’azote à l’état de sels d’acide nitrique et d’acide nitreux;
- Il dérive, comme l’ammoniaque, presque uniquement de la décomposition du sewage ou des matières animales. Si ces sels ne contribuent pas par eux-mêmes à l’infection des eaux, ils dénotent avec certitude l’infection antérieure par les matières animales; de plus, ils sont d’une importance capitale pour déterminer l’emploi "des eaux comme boisson.
- 5. L’azote total combiné;
- Ce dosage résume toutes les preuves analytiques obtenues sur la souillure passée et actuelle des eaux, due à la présence des matières organiques.
- 6. Le chlore;
- La teneur en chlore sert souvent à indiquer le degré d’impureté des eaux par le sewage, indépendamment des matières animales solides. Le chlore, dans l’eau de rivière, est presque toujours combiné avec le sodium à l’état de sel marin qui entre pour une forte partie dans la composition des urines et conséquemment du sewage; au contraire, jd n’existe qu’en proportions relativement très-minimes dans les excréments solides. Le voisinage de la mer rend cette considération moins importante. La teneur normale en chlore (sel marin) des eaux de surface, à l’abri de toute souillure par les matières excrémentitielles, est en Angleterre, en moyenne, de 1 cent-millième.
- 7. Dureté de l’eau.
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- Les sels de chaux et de magnésie principalement décèlent la dureté qui rend les eaux plus ou moins propres aux usages domestiques et manufacturiers. Ces sels décomposent en effet le savon, ,en formant des composés insolubles avec les acides gras; de telle sorte que le savon n’a d’action utile que lorsque la chaux et la magnésie ont été ainsi décomposées. Un cent-millième de carbonate de chaux ou de sels équivalents représente l’unité de degré de dureté d’une eau. Chaque degré de dureté indique la destruction en pure perte de 12 parties du meilleur savon dur, par 100 000 parties d’eau employée au lavage.
- Pour les matières solides en suspension, il importe de distinguer les matières organiques et les matières minérales. Les analyses deM. Frankland, exécutées par les chimistes du laboratoire de la Commission de 1868 , indiquent avec soin cette séparation des matières dissoutes.
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- VILLES* Matières solides en dissolution. Matières en suspension.
- - . m
- ET il O s & a , cr cS S <u « Ê- « rt • O c à tn <y 1/3 QJ fi » OBSERVATIONS,
- localités. cÿ "o fr* <gs h ci 5 5? O s-a < a O "fi O s e < .*2 d O U S *3 <s « es si 4§ o 2 u •<u S S fi ci fcD t-i O «S O H
- 1 Aîdershot ("1869) 70,0 11,16 7,26 2,37 11,04 0 11,46 4,7 6,01 16,09 22,10 Moyenne de 2 analyses (mai).
- 1 Banbury (1S68-69) 101,9 2,57 10,15' 0 10,93 4,3 6,73 14,37 21,10 Moyenne de 2 analyses (juillet et octobre)..
- 1 Bedford ('id.') 76,6 2,28 1,14 3,30 0 3,86 5,4 8,79 11,50 20,29 Moyenne de 3 analyses (juillet et septembre).
- V J Birmingham (18 69) 114,5 6,25 2,41 3,42 2,45 0 5,23 18,3 28,70 39,60 68,30 Analyse unique (novembre).
- 2 Biackbui’n (1868-6 9) 66,1 4,47 0,77 0 2,79 4,1 11,31 22.23 33,54 Moyenne de 2 analyses (août et mars).
- Bolton (1868) 42,0 2,98 1,84 6,43 0 7,14 — 6,78 14,58 21,36 Analyse unique (juin).
- 2 Bradford (1869) , 118,6 5,29 0,74 1,73 0,104 2,28 6,2 16,28 46,43 62,71 Moyenne de b analyses (octobre).
- Bury (id.). .. . ' 53,5 2,12 0.92 3,07 0 3,45 — 8,42 8,98 17,40 Moyenne de 5 analyses (octobre).
- 1 Carlisle (id.) 44,9 2,67 0,50 1,91 0 2,08 — 5,24 4,64 9,S8 Moyenne de 5 analyses (septembre).
- 1 Chorley "(1869).. 71,2 4,97 1,49 3,49 0 4,37 1 10,6 11,84 19,24 31,08 Moyenne de 5.analyses (juin).
- 1 Croydon (1869) 45,7 2,51 1,58 3,01 0 3,53 4,23 2,20 7,18 9,38 Moyenne de 3 analyses (décembre).
- 3 Ealiug (1868)/. 78,5 6,09 2,78 4,25 0,08 6,36 — — — — Analyse unique (sewage filtré), avril.
- 1 Edimbourg (1 868-69) j Lancaster (1868). 72,6 5,51 2,78 9,35 0 10,49 11,6 20,31 32,58 52,89 Moyenne de 3 analyses (septembre et avril).
- 39,8 1,85 0,36 1,60 0 1,67 — 19,48 7,64 27,12 Analyse unique (septembre).
- j 2 Leamington (l 869), 83 ,.5 4,35 2,89 5,97 0 7,81 11,0 96,24 56,28 152,52 Analyse unique (décembre).
- 1 2 Leicester (1868).. 107,5 2,02 0,81 2,08 0 2,52 — 10.50 11.62 22,12 Analyse unique (mai).
- | Liverpool (id.). 326,2 2,97 1,89 2,62 0 4,05 — 9,68 12,84 22,52 Analyse unique (mai).
- | Londres (1869) 64,5 4,39 2,48 5,56 0 7,06 10,4 42,46 27,04 69,50 Moyenne de 21 analyses (février à juin).
- Macclesfield (id) 52,1 5,15 1,77 3,43 0 4,60 9,9 7,26 25,82 33,08 Moyenne de 2 analyses (mars et mai).
- | Manchester (18 68-69) 56,1 3,62 1,83 3,31 0 4,55 11,4 22,83 22,18 45,01 Moyenne de 1 0 analyses (juin et mars).
- | 3 Northampton (1868)... .. 88,0 3.70 2,86 6,00 0 7,80 — 66,72 16,40 83,12 Analyse unique (mai). Moyenne do 3 analyses (février et mars).
- ! 1 Norwood (18 69) 94,9 3,97 1,59 6,03 0 6,55 8,66 4,54 9,89 14,43
- 1 Penrith (1868) 53,5 5,11 1,90 10,39 0 10,46 — 5,88 11,88 17,76 Analyse unique (septembre).
- Preston (1868-69).,. 65,6 3,39 1,07 2,32 2,65 0 3,08 6,90 26,25 19,28 45,53 Moyenne de 5 analyses (août, mai, etc.).
- 1 Rugby (1869) 52,6 5,50 7,27 0 8,31 8,3 3.48 8,96 12,44 Analyse unique (juillet).
- Salford (18 68-69) 148,1 5,25 3,83 10,95 0 12,85 15,6 18,80 23,74 42,54 Moyenne de 6 analyses (mars et juin).
- 2 Stroud (1869). /. 48.5 2,29 1,33 3,15 0,04 3,97 7,3 15,15 27,85 43,00 Analyse unique (octobre).
- 1 \Yarwick (id.) 66,9 5,13 1,68 2,43 0 3,69 6,3 2,64 3,36 6,00 Analyse unique (juillet).
- Wigan (1368) 129,1 5,55 2,06 11,82 0 11,79 — 15,70' 31,10 46,80 Analyse unique (août).
- 1 AYorthing (id.). .,« 78.3 3,71 1,85 3,43 0,01 4,18 5,3 4,00 6,98 10,98 Moyenne de 3 analyses; (juillet).
- Broadmoor (hospice), 1868 56,2 6,08 2,05 7,90 0 8,56 ~ 5,56 22,64 28,20 Analyse unique (novembre).
- 1 YVoking (prison), 1869. 79,5 6,82 2,85 15,74 0 15,82 16,4 11,39 18,02 29,41 Moyenne de 6 analyses (avril, mai et juillet).
- Composition moyenne du sewage de 32 villes et localités 77,3 4,44 2,09 6,07 0,003 7,09 11,10 20,99 20,91 41,90 Résultats de 92 analyses.
- Les villes marquées (1) traitent leur sevrage par épuration chimique. — Celles marquées (2) traitent leur sewage par filtrage. — Celles marquées (3) traitent leur sewage par irrigation.
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- Il résulte de ces nombreuses analyses que, la valeur fertilisante d’unse-wage étant directement proportionnelle à la quantité d’azote combiné qu'il renferme, son insalubrité augmente avec les proportions de carbone organique, d’azote organique et de matières en suspension. De telle sorte que la valeur fertilisanted’un sewage n’a pas nécessairement de rapport avec son insalubrité. L’azote combiné, à l’état de sels ammoniacaux ou de nitrates, peut se trouver en fortes proportions dans un seiuage et le rendre très-précieux comme liquide fertilisant, sans pour cela ajouter quoi que ce soit à son insalubrité. A cet état, l’azote n’est pas insalubre. Au contraire, un seiuage, tel que celui des imprimeries sur tissus de coton et des teintureries, par l’absence d’azote combiné, est inutile comme fertilisant et très-insalubre. En empêchant l’écoulement des matières ex-crémentitielles, on le rend moins utilisable.
- 2, VALEUR AGRICOLE DES EAUX*
- Nous n’avons pas à reprendre ce que nous avons dit sur la valeur intrinsèque des eaux d’égout.
- Devant la Commission d’enquête de 1857, MM. Hofmann et Witt fixaient la valeur annuelle des déjections d’un adulte à 14 fr. 671* Le docteur Thudichum, depuis lors, a évalué l’urine seule, pour les adultes mâles, à 12 fr, 852 par an. De la moyenne des analyses de MM. Hofmann et Witt d’une part, et du docteur Thudichum d’autre part, et en tenant compte de la moyenne des deux sexes de tous âges, on arrive au chiffre de 10 fr. 575 pour la valeur annuelle des matières fécales de chaque habitant.
- D’un autre côté, MM. Lawes et Gilbert ont déduit de l’analyse des aliments de 86 individus, soumis à un régime différent et classés suivant le Sexe, l’âge, l’activité, le mode d’existence, etc., une moyenne de 5k,440 d’ammoniaque ingérée, d’où il faut retrancher l’ammoniaque retenu par l’organisme ou perdu.
- La quantité d’ammoniaque fournie à l’égout, par individu d’une po-
- 1. Adultes mâles, par an (Hofmann et Witt.)
- Matière solide totale. Ammoniaque,
- Urine............ 27k,66 7k,164
- Matière solide.... 15k,42 ik,038
- 43k,08 8k,202
- {Report, bit the main drainage of thé Metropolis, 1857.)
- 2. Adultes mâles, par an, {DT Thudichum.)
- Matière solide totale. Ammoniaque.
- 2ik,3f 7k,209
- Valeur.
- 12f 55 2f 12
- 14f 6)7
- Valeur.
- ïï* 85
- Urine
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- pulation mixte de tous âges, d’après ces chimistes, excéderait en réalité 4k,534 par an. Mais il y a lieu de tenir compte, en outre, des déjections des animaux, des détritus des divers établissements, abattoirs, etc., des déchets de fabriques, etc. La quantité totale d’ammoniaque rapportée à l’unité de population ou à l’habitant se chiffrerait alors à 5\660 d’ammoniaque déversé annuellement dans l’égout.
- MM. Lawes et Way ont établi, enfin, que les eaux superficielles et du sous-sol, qui pénètrent dans les égouts, augmentent le débit du sewage d’une ville, jusqu’à un maximum de 100 mètres cubes par habitant et par an. La valeur de ce sewage étant dé 10fr 40, cela représente environ 10 centimes et demi par mètre cube.
- Cette détermination en argent de la richessè dJun sewage, tout en étant très-simple, n’en est pas moins aussi hypothétique que celle dont nous indiquions les bases dans ndtre premier travail. En effet, la quantité de matières excrémentitielles restant la même par habitant,. celle de l’eau distribuée varie tellement d’une localité à l’autre que l’évaluation d’une moyenne échappe au calcul. C’est ainsi qu’à Mal-vern , le volume d’eau potable distribuée est de 23 litres par habitant; à Bedford, de 68 litres; à Bapbury, de 95 litres; à Rugby, de 413 litres; à Carlisle, de 182 litres; à Croydon et à Worthing, de 204 litres, etc. La quantité d’eau superficielle est encore plus variable, suivant les saisons et suivant les pluies. Son influence sur le débit des égouts est démontrée par ce fait qu’à Banbury, où le volume d’eau distribuée journellement est de 10 500 hectolitres, le débit des égouts en temps sec atteint seulement 13 600 hectolitres, tandis qu’à Bedford, où la distribution journalière est de 6 800 hectolitres, les eaux d’orage étant détournées des égouts, le débit quotidien de ces derniers atteint 22 700 et même 36 000 hectolitres. Les eaux du sous-sol ne sont donc pas négligeables.
- Indépendamment des matières excrémentitielles, les autres détritus de la population varient considérablement de ville à ville. Selon que les fabriques de lainage, de produits chimiques, les tanneries, les brasseries, les papeteries dominent dans un centre, les caractères du sewage en sont affectés. Il est donc hors de doute que, au delà d’une certaine limite de dilution, correspondant à 90 ou 100 litres par habitant, la valeur fertilisante d’un sewage doit être diminuée dans une proportion qui n’a pas été définie, mais qu’elle doit être diminuée.
- On a déduit notamment d’obs.ervations et d’analyses de sewage recueilli pendant deux années, nuit et jour, dans des villes très-opposées, les conditions d’après lesquelles varient la quantité et la qualité des eaux des égouts des villes anglaises. Les extrêmes ont été choisis d’une part, à Leamington, ville de luxe et de plaisance, où il n’y a pas de manufactures, et d’autre part, à Birmingham et Leeds où sont concentrées les industries les plus importantes et les plus diverses.
- Dans les centres non industriels, excepté par le fait des pluies, le
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- sewage offre des caractères très-constants. Le jour de la semaine où il est le plus faible est le dimanche. La teneur des matières en dissolution augmente à partir de midi, le lundi, et atteint son maximum le mardi, vers la même heure. Cette teneur maximum persiste jusqu’au samedi soir.
- Partout, les jours de blanchissage sont curieux à noter, à cause de l’abondance de l’alcali et des matières grasses qui donnent des bulles superficielles. Sous l’action dJun précipitant tel que le sulfate acide d’alumine, l’excès d’alcali est attaqué par l’acide sulfurique du sulfate, et la stéarine du savon, mise en liberté, monte à la surface noircie par les impuretés du sewage. Dans certaines villes, on blanchit les mardis et mercredis ; dans d’autres , à Leeds par exemple, on blanchit les mercredis et jeudis.
- Plus que le blanchissage, les manufactures exercent la plus grande influence sur la composition journalière du sewage. A Leeds, les vendredis et samedis, jours où l’on vide les cuves des teintureries, le sewage devient entièrement noir ou brun. Dans son trajet jusqu’à Knostrop, avant de se jeter dans la rivière Aire, le même sewage reçoit des infiltrations de sulfate de fer du sol, qui changent non-seulement l’aspect et la nature chimique du liquide, mais précipitent en partie les matières animales. A Birmingham, on vide de 11 heures à midi les cuves où Ton décape les métaux. Le liquide, formé d’acide sulfurique et de fer, débouchant dans les égouts, transforme soudain la couleur de noir brun en rouge orangé, provenant du sesquioxyde de fer mis en liberté par la réaction de l’alcali du sewage sur le sulfate.
- L’hydrogène sulfuré n’est présent qu’accidentellement dans les eaux ; il indique presque toujours une intermittence dans le courant, due à un dépôt dans les égouts. On peut le considérer comme un moyen de reconnaître l’imperfection de la canalisation. C’est ainsi qu’on constate sa présence à Coventry, à Halifax et à Bradford.
- Laissant de côté la question des eaux de pluie, on peut dire que le nombre de water-closets, le volume des eaux distribuées et les habitudes de la population déterminent la valeur fertilisante d’un sewage. Il ressort, en effet, d’expériences suivies, que le sewage d’une ville possédant un grand nombre de water-closets et une faible distribution d’eau est plus riche que celui d’une ville ayant peu de water-closets et une distribution d’eau abondante, par rapport à la population.
- Indépendamment de l’analyse chimique et en omettant les conditions anormales créées par le blanchissage ou les écoulements de liquides spéciaux de l’industrie, on peut à la vue juger de la richesse d’un sewage, en l’agitant dans un vase de verre et en observant la permanence des bulles à la surface. Plus le sewage conservera longtemps ces bulles après agitation, plus il sera riche. L’action du vent à la surface offre même une bonne indication. Si les ondes sont arrondies, on doit admettre que le sewage est chargé de matières organiques.
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- Ce qui semble résulter de plus positif des nombreux travaux des chimistes1, qui ont analysé le seiocige en Angleterre, et suivi des expériences à divers points de vue, pour déterminer sa richesse fertilisante, c’est que la valeur totale des éléments utiles est représentée, pour chaque centigramme d’ammoniaque par litre, par le prix de deux centimes environ au mètre cube. Tous les autres éléments en bloc représentent un tiers de la valeur de l’ammoniaque. Ainsi, le point essentiel dans la pratique, Suivant M. Hope, c’est de doser l’ammoniaque qui fournit l’unité de valeur d’un sewage quelconque. Ensuite, vient le Calcul par l’ingénieur du nombre total de mètres cubes du seioage à l’année, qu’il s’agit de multiplier par l’unité. Pourvu que cette unité ait été déterminée pendant un mois d’hiver et un mois d’été, ou pendant un -mois de printemps et un mois d’automne, on arrive à une moyenne suffisante pour la pratique. Mais la moyenne scientifiquement exacte né peut se calculer que Sur l’ensemble d’analyses quotidiennes exécutées pendant plusieurs années de suite.
- A un autre point de vue, si l’on rapproche le chiffre moyen de la valeur assignée aux matières solides et liquides des individus par MM. Hofmann, Witt et Thüdichuffi, soit 10 fr. 575 par tête et par an, de celui attribué par MM. Lawes et Gilbert, à la valeur du sewage par habitant et par an, soit 10 fr. 40, on eii déduit Ce fait que, pour l’intérêt unique de l’agriculture, en laissant de côté toutes considérations hygiéniques, cela revient au même de recueillir Séparément toutes les matières des fosses, etc., ou de les écouler à Tégout, pourvu que dans les deux cas l’emploi des matières fertilisantes s’effectue sans perte sur le sol.
- Valeur du seiüage de Londres. - ~ La valeur du sewage de Londres devait donner lieu à des discussions spéciales dont nous reproduisons les éléments.
- Les analyses avaient été faites en 1865 par MM. Way et Odling, durant une période de 203 jours, avant la constitution de la Compagnie métropolitaine. Les échantillons* puisés toutes les demi-heures pendant le j our et la nuit, étaient mélangés à des intervalles réguliers, à la jonction des collecteurs qui réunissent les eaux des niveaux élevé et moyen, sur là rive nord de la Tamise. La moyenne finale de toutes ces analyses a donné 0er*117 d’ammoniaque par litre de sewage.
- Le tableau suivant indique le débit des égouts en temps sec, et le débit total à la station de Wick-Lanê, Gldford, pendant la même période de 203 jours, du 19 mai au 7 octobre 1865.
- ï. Ànclërsori, Ffànldahd, Hbfmann, LshVes et Gilbert, LellieJiÿ, Miller, Oclüibg, Thudi-cttiiüi, Ydé-lckfet4, WâVj Witt, etc.
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- DATES. Débit en temps sec. Débit total du 19 mai au 7 octobre 1865.
- Nombre de jours. Total. Moyen. Nombre de • jours. Collecteur du niveau supérieur. Collecteur du niveau moyen. Total des deux collecteurs. Moyen. par jour.
- mètres cubes. m. cubes. mètres cubes. mètres cubes. mètres cubes. m. cubes.
- Dimanche.. 25 2.011.061 80.442 29 947-237 1.590.355 2.537 592 87.503
- Lundi 24 3.039.832 126.659 29 1.521.267 2.587.594 4.108.861 141.694
- Mardi 24 3.218.290 134.095 29 1.625.418 2.884 831 4.510.249 155.525
- Mercredi... 25 3.430.079 137-203 29 1 1.744.237 3.067.138 4.811.375 165.909
- Jeudi 20 2.679.535 133,976 29 1.840.391 3.240.593 5.080.984 175.206
- Vendredi. . 22 2 528.221 114.010 29 1.925.262 3.361.577 5.286.839 182,304
- Samedi.... 24 3 483.160 140.960 29 1.552.444 2.813.326 4.365.770 150.543
- Totaux 164 20.390.178 203 11.156.256 19.545.414 30.701.670
- Mover me journalière 124.330 151.240
- Pour calculer la valeur du seivage d’après ce tableau, il y avait des lacunes à combler, des inconnues à découvrir. Ainsi, le chiffre de la population correspondant au débit indiqué est incertain; il y a des causes de perturbation dont on ne peut évaluer l’importance. Ces causes tendent positivement à augmenter le titre de l’ammoniaque pour cent. La jonction avec le collecteur du niveau inférieur de la rive droite, desservant une population beaucoup plus dense, par suite de la présence, dans la cité et aux alentours, du public des affaires durant la journée, a notablement accru cette teneur. D’autre part,' le débit en temps sec des égouts de la rive nord est évalué à 120 millions de mètres cubes par an; or, il convient d’y ajouter le volume des eaux pluviales qui fie s’écoulent pas en amont directement dans la Tamise, ni dans la Lee, mais qui gagnent Barking par les déversoirs d’orages, c'est-à-dire de 60 à 80 millions de mètres cubes.
- Il devient donc difficile de calculer la valeur fertilisante du courant que l’on rejette à Barking, dans la Tamise, avec une dépense annuelle de 2 à 3 millions de francs, à moins de 26 millions de francs par art, représentant une valeur de 10 francs 4-0 par habitant. Ce chiffré, malgré lé volume énorme d'eau qui entraîne la matière fertilisante, peüt être considéré comme une représentation suffisamment exacte dë la Valeur dtt seivage de Londres, indépendante du volume d’eau distribué. C’est ce chiffre réduit de moitié que M. Hope adopte, après avoir discuté les nombreuses évaluations produites L M. Bailey Denton n’admet ni le prix théorique de Ô fr. 25 par mètre cube, résultant des 0sr,117 d’ammoniaque trouvés par M, Wày dans le sewâge de Londres, ou de 10 fr. 40 par habitant; ni le prix réduit par
- 1. W. Hope. O ri thè «se and abuse OÎ tûWn sèVragff. Jfnmutl ëf Üie Society 0/ Arts-, f3 février 1870.
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- M. Hope à 0 fr. 10 par mètre cube, en comptant sur une moyenne de 50 mètres cubes, ou de 5 fr. 20 par habitant et par an. Suivant M. Denton, le prix de 0 fr. 10 n’est applicable que lorsque le volume de sewage par habitant et par an est de 33 mètres cubes et lorsqu’il n’est pas accru de plus de 25 pour 100 par les eaux de la surface. Le volume total serait alors de 41 mètres cubes, mais comme la valeur ne doit être chiffrée que sur le volume d’eau distribuée, soit sur 33 mètres cubes, la valeur par habitant serait réellement de 3 fr. 45.
- Valeur du sewage de Dublin. — M. Cameron a analysé à diverses reprises les eaux des égouts de Dublin, qui, pour une population de 300,000 habitants, représentent un débit annuel de 30 millions de mètres cubes. Il a chiffré comme suit la valeur en argent de ce sewage par ^rapport à la composition en principes utilisables 1 :
- COMPOSITION EN CENT-MILLIÈMES DU SEWAGE DE DUBLIN. PRIX par kilogramme. VALEUR de 100 mètres cubes de sewage.
- Matières en dissolution. kil.
- fr. fr.
- Azote 7,37 1,75 12,89
- Acide phospliorique.... 1,66 1,00 1,66
- Sels de potasse 2,28 0,50 1,14
- Sels de soude 7,29 0,03 0,21
- Total 18,60 15,90
- Matières en suspension.
- Azote 1,26 1,75 2,22
- Phosphate insoluble..., 0,82 0,20 0,16
- Matière organique 6,25 0,01 0,06
- Total 8,33 18,34
- D’après cela, le mètre cube du sewage de Dublin vaudrait plus de 18 centimes. Ce chiffre viendrait se placer entre les évaluations établies dans notre premier mémoire, de 10 et de 25 centimes, suivant les prix commerciaux du kilogramme de matières fertilisantes.
- Valeur du sewage de Glasgow.— M. le professeur Anderson, chargé de rédiger un rapport, avec les ingénieurs Bateman et Bazalgette, sur l’emploi du sewage de la ville de Glasgow, a fait connaître la composition chimique et la valeur de ce sewage, ainsi que son avis sur le meilleur mode d’utilisation2.
- Il ressort des analyses nombreuses faites par l’éminent chimiste, que la
- 1. Ch. Cameron. — Agricultural chemistry. Cassell’s Techrtical educator, vol. II, p. 350.
- 2. Report to the joint Committee of the Magistrates and council of Glasgow, 1869.
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- teneur en ammoniaque, élément principal de la valeur agricole, varie entre 0sr,0227 et 0gr,0019 par litre. Quelques-uns des égouts de Glasgow fournissent ainsi des eaux dix fois moins riches que d’autres égouts; en général, les plus petits débitent le sewage le plus pauvre.
- MM. Bateman et Bazalgette ont établi, par leurs calculs1, que le sewage de Glasgow, indépendamment des eaux pluviales, représente 318 litres par jour et par tête d’habitant, soit environ 116 mètres cubes par an. La quantité d’eau de pluie qui tombe annuellement à Glasgow est de 0m,965 ; la surface de la ville étant de 2048 hectares, les égouts recueillent annuellement 30 millions de mètres cubes d’eau de pluie. Pour une population de 500,000 individus en nombre rond, cela représente 40 mètres cubes de pluie par habitant. Ainsi, les déjections de chaque individu sont diluées dans plus de 150 mètres cubes d’eau. Ces déjections ainsi diluées fournissent un sewage qui renferme en moyenne 0gr,037 d’ammoniaque par litre et que l’on peut évaluer à 0 fr. 066 par mètre cube.
- Ce mode de calcul satisfait plusM. Anderson que celui basé sur l’analyse chimique du sewage d’égouts pris isolément. Or, d’après ce calcul, le sewage de Glasgow serait deux fois et demie moins riche que celui de Rugby (dont la valeur a été déterminée par la Commission parlementaire d’enquête), et représenterait les deux tiers de la valeur du sewage de Londres.
- On a objecté à la valeur ainsi établie que la présence des divers résidus des nombreuses usines, écoulés aux égouts, neutralise les propriétés bienfaisantes qu’il pourrait avoir pour la culture par arrosage. L’analyse chimique n’a décelé aucun principe qui puisse nuire aux plantes. Un seul égout, celui de Dixon Street, renferme des proportions considérables de chlorure de calcium et de manganèse; or, ces substances mélangées dans la totalité du sewage de la ville n’exerceraient probablement aucune action nuisible, et, en tout cas, rien ne s’opposerait à ce que les eaux de cet égout spécial fussent exclues et rejetées à la rivière, en aval du port.
- Les résidus des manufactures, loin de nuire au sewage en général, ont un avantage réel. On en a la preuve très-frappante dans l’égout de Main Street, Bridgeton, dont les eaux renferment 0gl',095 d’ammoniaque, principalement à l’état de sulfate, provenant, sans aucun doute, des déchets de l’usine à goudron du voisinage. Il en est de même, bien qu’à un degré moindre, pour les liquides résidus des distilleries, des imprimeries, des teintureries, etc. Les lessives, les eaux-de lavage, etc., fournissent les matières azotées et les sels organiques; tandis que les principes minéraux provenant de l’alun, du cliromate, du prussiate de potasse, etc., fournissent les alcalis et notamment la potasse, si utile aux plantes.
- 1. Voir page 595.
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- Il y aurait donc lieu d’adopter un prix plus élevé pour la valeur du mètre cube du sewage, du fait des matières rejetées par l’industrie, et, en tout cas, par le détournement de la plus grande partie de l’eau pluviale qui coule dans les égouts. Les eaux mêmes que rejettent certaines usines, lorsqu’elles ne sont pas animalisées, mais simplement colorées, pourraient être déversées directement dans la rivière, de manière à concentrer le sewage et à le rendre comparable, comme valeur agricole, à celui des autres villes qui irriguent.
- Sur le mode d’emploi du sewage, M. Anderson écarte les procédés de précipitation et de séparation des matières excrémentitielles dans des égouts spéciaux, et se prononce en faveur du procédé d’irrigation « le seul qui puisse réussir dans la pratique journalière d’une grande ville. » MM. Bateman et Bazalgette ont discuté^cette application pour démontrer qu’elle couvrirait bien au delà les dépenses exigées par le transport du sewage à une certaine distance de la ville.
- Il
- Procédés d'épuration mécanique et chimique.
- Avant d’étudier plus à fond les applications du sewage à l’irrigation, nous devons passer en revue les procédés d’épuration en cours pu projetés dans certaines localités. Ces procédés, nous le rappelons, sont basés sur le filtrage et la décantation, ou sur la précipitation et le traitement chimique des eaux d’égout.
- 1. FILTRAGE ET DECANTATION.
- Dans notre premier mémoire, nous sommes entrés dans des détails assez circonstanciés sur le filtrage et la décantation des eaux d’égout, c’est-à-dire sur les procédés et appareils qui permettent de séparer mécaniquement les matières du sewage par le repos, ou par les filtres, ou par les deux modes combinés.
- Nous compléterons ce qui a été dit par la description de quelques bassins de filtrage et de plusieurs essais tentés, le plus souvent sans succès, pour le traitement mécanique du sewage.
- A. Bassins et filtres.
- Blackburn. — Les commissaires ont reproduit dans leur troisième rapport (1867) les dispositions d’ensemble établies en 1866, à l’émissaire
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- des égouts de Blackburn pour réparation du sewage, par l’ingénieur M. J. Brierly. On retrouve ces installations dans la planche 45, fig. 2 à fig. 10, dont voici la légende :
- PL 45, fig. 2. Plan d’ensemble.
- AA', bassins de décantation et de filtrage : 31m,70 X 4m,57 extérieurement, 30m,48 X 3m,96 intérieurement. Le radier étant en forme de cuvette (fig. 6), la profondeur des bassins au centre est de 1m,83, et sur les côtés de 1m,22.
- , a, partie du bassin montrant la disposition des poutres transversales en fer supportant le plancher.
- , partie du bassin dont le plancher est recouvert d’asphalte ou de sable, montrant l’emplacement du ventilateur (coupe, fig. 7).
- c, partie du bassin recouvert de son plancher.
- d d d, filtres de gravier, précédés de leurs claies mobiles (détails, fig. 8, 9 et 10).
- ee', puits d’eau d’égout épurée, avant son écoulement à la rivière,
- ff, conduite amenant les eaux d’égout aux bassins (diamètre, Qm,53).
- g (f, vannes pour dévier les eaux d’égout sur l’un ou l’autre des bassins, ou directement à la rivière.
- h h', conduite d’écoulement dans l’émissaire qui va à la rivière (diamètre, 0ra,53).
- i i, ir tramways, et k ¥, plaques tournantes pour le service des war gonnets qui reçoivent les vases de curage des bassins et les matières filtrantes.
- B, hangar fermé (24m,38X 9m,'!4), où l’on entrepose momentanément les boues extraites des bassins pour les traiter par la chaux, etc., et les convertir en engrais.
- B'', annexe du hangar pour emmagasiner les outils ; elle est surmontée d’une citerne à lait de chaux, au cas où la désinfection serait nécessaire (3m?66 x 4m,88).
- Fig. 3. Elévation extérieure du hangar B suivantes (fig. 2).
- Fig. 4. Élévation intérieure du hangar B suivant z' z' (fig. 2).
- Fig. 5. Coupe du hangar suivant XX du plan (fig. 2).
- , Fig. 6. Coupe du bassin Af suivant y y du plan (fig. 2).
- Fig. 7. Coupe du bassin A suivant æxàn plan (fig. 2) par le filtre et le ventilateur;
- a, lit de charbon pour la ventilation ;
- î, drain servant à] écouler le liquide retenu par les boues, pour leur dessiccation.
- Fig. 8. Coupe transversale d’un bassin;
- a, asphalte;
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- b, plancher mobile permettant l’inspection ët le curage des bassins;
- e, niveau supérieur de l’eau d’égout;
- ff, claie perforée ;
- gg, espaces réservés pour l’accès de l’eau aux filtres, indépendamment des ouvertures des claies ;
- M, maçonnerie en pierres;
- i, drain d’écoulement des boues ;
- jÿ, béton.
- Fig. 9. Coupe verticale d’un filtre suivant CD, fig. 10;
- AA, filtre de gravier ;
- a, asphalte ;
- b, plancher ;
- c, poutre en fer ;
- d, planche flottante ;
- jj, béton.
- Fig. 10. Coupe horizontale ou plan d’un filtre ;
- AA, filtre de gravier ;
- ii, drain couvert d’une grille, servant à l’écoulement.du liquide retenu par les boues.
- Cette installation, qui rappelle celle établie par l’ingénieur Rawlinson à Worksop n’a pas donné de. meilleurs résultats. Bien qu’en trois semaines de temps on ait pu arrêter dans les bassins près de 160 tonnes de détritus solides, comprenant le sable des rues, les résidus des eaux ménagères et les déjections, l’eau rejetée à la rivière Blakewater n’en était pas moins chargée de principes putrescibles, très-nuisibles. On a dû plus tard essayer l’épuration par la chaux et finalement se résoudre, comme nous l’avons dit plus haut (page 588), à adopter l’irrigation.
- Broadmoor. — Nous décrivons plus loin l’application intéressante faite par M. Menzies, des eaux-vannes de l’hospice des aliénés de Broadmoor; l’irrigation y a été combinée avec le filtrage. Nous nous bornons ici à donner les dessins (pl. 45, fig. 11 à 16) du bassin-filtre, qui peut servir de modèle pour l’épuration des eaux d’un établissement isolé, correspondant à un volume de 11 à 12 mètres cubes par jour.
- Pl. 45, fig. 11. Élévation longitudinale. '
- Fig., 12. Coupe longitudinale.
- Fig. 13. Élévation vue.de bout.
- Fig. 14. Coupe transversale sur AA, fig. 12.
- Fig. 15. Coupe horizontale, ou plan sur BB, fig. 12.
- 1. Utilisation des eaux d'égout, etc., par A. Ronna, 1866, p. 24.
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- Fig. 16. Coupe horizontale sur CC, fig. 12, montrant la disposition des lits ou filtres de charbon.
- Le curage a lieu toutes les six semaines environ, et les boues extraites sont, mélangées avec des cendres ou de la chaux de l’usine à gaz, pour être utilisées directement comme engrais.
- Bassins filtrants Parrot. — Nous avons eu l’occasion dans notre mémoire de rappeler, au sujet des bassins filtrants deWorksop1, le principe sur lequel se basait l’ingénieur des mines Parrot, dès 1827, pour l’établissement de digues filtrantes2. Grâce à cet ingénieux système, toute la masse du liquide contenu dans les bassins est mise en mouvement, tandis que dans les bassins à déversoir ordinaire le liquide se meut à la surface seulement et sur une mince épaisseur. On peut donc ainsi, tout en obtenant un fort débit, diminuer la vitesse du liquide et accélérer la précipitation, ce qui permet de réduire la surface des bassins de dépôt et les frais, et de faciliter là surveillance du travail.
- C’est à ce point de vue surtout que M. Le Chatelier, inspecteur général des mines, dans son application proposée de l’épuration des eaux d’égout de Paris par le sulfate d’alumine, a insisté sur les bassins Parrot. Nous empruntons à sa notice3 les observations complémentaires sui-vantfes :
- « M. Parrot recommande, le bassin étant fermé par une digue ordi-« naire avec déversoir, d’établir en arrière de cette digue une cloison fil. « trante; il la constitue au moyen de couches de gravier, de grosseurs « variables, disposées en couches parallèles, comme dans un filtre or-« dinaire, mais en verticale, ce qui peut être obtenu au moyen d’un « artifice très-simple, et retenues par des fascines et des pieux ; la partie « supérieure est coiffée d’un bourrelet de terre ou de motte de gazon.
- « L’eau se tient dans le bassin à 10, 15, 20....... centimètres plus élevée
- « que dans l’intervalle étroit compris entre la cloison filtrante et le « déversoir, suivant l’affluence des eaux dans le bassin et son débit. Sur « toute la hauteur de la partie submergée de la cloison filtrante, la pression « effective, génératrice, de l’écoulement à travers le sable, est uniforme « et mesurée par cette différence de niveau ; par suite, l'écoulement a « lieu d’une manière uniforme sur toute la hauteur de la cloison filtrante, « et toute la masse liquide se meut avec une même vitesse sur une « tranche égale à la hauteur de la cloison filtrante.
- « Si l'affluence de l’eau augmente ou diminue en tête du bassin, la « dénivellation de la face arrière-à la'face avant de la cloison filtrante
- 1. Utilisation des eaux d’4gout} p. 25.
- 2. Annales des Mines, t. IV et t. VII, 2e série.
- 3. Le Chatelier. — Note sur l’épuration des eaux d’égout (Annales du. Génie civil, 187 2).
- 4G
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- « augmente ou diminue, l’épaisseur de la lame d’eau sur le déversoir,
- « la vitesse de translation en masse du liquide contenu dans le bassin,
- « et le débit de celui-ci, augmentent ou diminuent pareillement.
- « Dans un bassin ordinaire à déversoir de superficie, les matières les « plus grossières tombent au fond, mais le mouvement se produisant « uniquement à la surface, dans une tranche mince, équivalente à la « nappe d’écoulement sur la crête du déversoir, il faut diminuer le débit « dans une proportion considérable, pour arriver à une vitesse de li-« quide tellement réduite que les matières fines en suspension puissent « se déposer. »
- M. Le Chatelier examine ensuite la puissance de débit d’un bassin de, dépôt établi suivant la méthode rationnelle et pratique de l’ingénieur Parrot, en se basant sur les données du bassin de Leicester que nous avions décrit et dans lequel l’écoulement était sensiblement uniforme pour toutes les tranches horizontales, grâce à une cloison en plaques de fonte percées d’un grand nombre de fentes masquées chacune par une vanette commandée par une vis. La largeur de ces fentes était d’ailleurs décroissante de haut en bas.
- Le bassin pour séparer le dépôt d’épuration d’eau d’égout par la chaux avait à Leicester les dimensions suivantes :
- Section.
- Surface.
- Capacité
- Le débit journalier moyen était de 13 690 mètres cubes; ce qui équivaudrait pour un bassin d’un hectare à 170 000 mètres cubes. La vitesse de translation d’eau était de 7mill,8 par seconde. Les 7/8 du dépôt se formaient dans le premier tiers du bassin, le dernier 1/8 dans les deux autres tiers; la durée du parcours était d’environ 2 heures et demie.
- D’après ces données, M. Le Chatelier croit que deux bassins de 60 mètres de longueur et 100 mètres de largeur chacun suffiraient pour épurer la totalité des eaux fournies par les égouts de Paris et épurées par le sulfate d’alumine. Il ajoute, toutefois, qu’il conviendrait de multiplier le nombre de bassins pour y laisser les matières s’essorer, au point de les enlever à la brouette, en calculant sur un mois de dessiccation avant l’enlèvement.
- 20m,I,25 810mtI,00 1 2'l5mc,00
- B. Applications dü filtrage.
- Ealing. —- Des essais de filtrage direct ont été tentés récemment à Ealing, près de Londres.
- Le sewage était admis dans deux bassins de dépôt de 20m de longueur
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- sur 3m de largeur et2H,45 de profondeur. Ces bassins sont divisés en cinq compartiments par des planches percées de petites ouvertures qui laissent couler le liquide. Dans le quatrième compartiment est disposé uh filtre en gros gravier, que le seiuage traverse de bas en haut. A la suite des bassins de dépôt se trouvent deux paniers en tôle contenant du charbon de bois fortement tassé. Le sewage traverse ces paniers avant de gagner la première série de couches filtrantes et s’élève à travers Gm,45 de ballast d’argile calcinée, que l’on emploie de préférence au gravier et au sable. Au sortir de la première série de couches filtrantes, le liquide s’écoule dans des chambres contenant des paniers en fil de fer avec de l’argile calcinée, et par des conduites en fonte, dans une seconde série de filtres où sé déposent les matières en suspension les plus lourdes. L’épaisseur du ballast dans cette série de filtres atteint 0m,60.
- La capacité des bassins de dépôt et des chambres réservées sous les couches filtrantes comme chambres de dépôt est de 500 mètres cubes. La surface filtrante dans les bassins de dépôt est de 22 mètres carrés; celle de la première série de filtres, de 58 mètres carrés et celle de la seconde série de 93 mètres carrés. C’est donc une surface totale de 173 mètres carrés, et le seioage a en tout à traverser 2m,23 de hauteur de substances filtrantes. On évalue à 36 mètres cubes le volume de ces substances dans la première série de filtres, et à 56 mètres cubes celui de la deuxième série. Comme ces filtres marchent par paires, on peut admettre que le sewage de Ealing traverse 46 mètres cubes de matières filtrantes.
- La boue des bassins et des filtres tombe par des soupapes placées à 4mètres de distance l’une de l’autre, dans des chambres voûtées; on la mélange avec des poussières et des cendres pour la vendre comme engrais.
- Bien que le Conseil des conservateurs de la Tamise eûtautorisél’écoule-ment du sewage après ce filtrage, les commissaires Frankland et Morton ont reconnu que le procédé suivi n’avait aucune action sur les matières organiques solubles et putrescibles. Les filtres sont trop petits pour le volume de liquide à traiter, et l’oxygène de l’air ne peut agir comme il conviendrait sur les matières, à l'intérieür des filtres per ascenstim.
- Avec une population de 7,500 habitants, lé volume journalier du sé~ ivage de Ealing est de 1,800 mètres Cubes environ. Là durée du^passage à travers la série de filtres était de 10 minutes. Pendant ce court espace dé temps, les matières en suspension étaient en grande partie arrêtées au passage, mais l’analyse démontre que les matières organiques retournaient à la Tamise pour la souiller. Voici l’analyse du sewage naturel et filtré, en 100 millièmes :
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- 24 AVRIL 1868. SEWAGE DE EALING.
- Naturel. Filtré.
- Matières solides, total,. 115,500 78,500
- Carbone organique 27,848 6,093
- Azote organique 2,930 2,785
- Ammoniaque 7,000 4,250
- Azote à l'état de nitrates )) 0,076
- Azote total en combinaison 8,695 6,361
- L’expérience de Ealing confirme ce que nous avons déjà dit sur l’inefficacité du filtrage au point de vue des matières en dissolution, à moins de quantités énormes de matières filtrantes et d’un aérage régulier à travers ces matières. Ce n’est pas 40 ou 50 mètres cubes de matières filtrantes qu’exigerait l’épuration journalière des 1 800 mètres cubes, mais bien 3 000 mètres cubes, afin d’opérer convenablement.
- L’opinion des commissaires a été prise, du reste, en considération, car des essais, dirigés par le professeur Way, eurent lieu à Ealing en 1869, et ces essais conduisirent à adopter un système mixte de précipitation et de filtrage que nous décrivons plus loin.
- Ely.—Le procédé de filtrage suivi à Ely, et qui consiste à faire passer le sewage per ascensum, à travers des lits de gravier et de sable, avant de le rejeter dans la rivière Ouse, n’a d’autres résultats, d’après le docteur Russell, que d’abaisser la quantité de matières en suspension de 47,5 à 18,4 cent-millièmes. Les matières en dissolution sont à peine réduites.
- Filtrage sur charbon. — Le charbon, on le sait, jouit de la propriété, non-seulement de désinfecter les liquides les plus impurs, mais de les clarifier.
- Stoke-upon-Trent. — La compagnie de MM. Weare, de Newcastle-sous-Lyme, a fait des essais de filtrage au charbon sur les eaux-vannes de l’hospice de Stoke-upon-Trent, qui comprend près de 700 habitants. Le sewage de cet établissement reçoit, outre le produit des water-closets et des urinoirs, celui des cuisines, bains, buanderie, écurie, porcherie, etc. Le volume, qui atteint de 45 à 90 mètres cubes par jour, avait été jusqu’alors déversé dans le canal voisin. Sous l’injonction des tribunaux, cet écoulement dut être supprimé.
- Le filtrage à Stoke s’opère dans des bassins souterrains. Le sewage est reçu dans un premier bassin de dépôt, divisé en deux compartiments servant tour à tour, et suivis chacun d’un filtre garni de mâchefer et de
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- charbon de tourbe. De là il s’écoule dans un filtre mobile de charbon que l’on peut enlever, renouveler et remettre en place. Le sewage, dépouillé de la plus grande partie des matières en suspension, est alors entraîné par une conduite dans une série de trois filtres de petites dimensions, remplis de même de charbon et de mâchefer, puis débouche à l’égout.
- Les analyses del’eau, au sortir du dernier filtre, indiquaient la présence d’une petite quantité de matières organiques et d’ammoniaque, mais surtout une très-forte proportion de matières minérales provenant, sans doute, du mâchefer et des cendres. On assurait, toutefois, qu’elle n’était plus susceptible de corruption l.
- Tous les bassins étant vidés périodiquement, leur contenu est rejeté dans le plus grand, que l’on cure deux fois par an. Composé de charbon et de cendres mélangées aux matières fécales de l’établissement, ce dépôt, aspergé d’acide sulfurique et d’ammoniaque, est tamisé et mis en sacs. On le vend ainsi préparé au prix de 100 fr. la tonne.
- Le ‘Comité Grantham, dans son rapport à l’association britannique (Brighton 1872), a consacré un chapitre spécial à l’examen du procédé breveté de MM. Weare et Cie, appliqué à Stoke-upon-Trent2.
- Sans revenir sur les détails qui précèdent, le rapport constate la présence dans l’établissement de 750 individus de tous âges; une distribution d’eau très-faible pour les usages domestiques; un système de water-closets que l’on vidange toutes les 24 heures.
- L’épuration Weare consiste d’abord à filtrer le sewage sur des cendres et du charbon végétal, dans un bassin principal, partagé en deux compartiments dont chacun est divisé en deux capacités de dimensions différentes. Chaque compartiment fonctionne tour à tour.
- Le sewage débouche dans une première chambre d’où il est dirigé par une vanne sur l’un ou l’autre compartiment du bassin principal. Les échantillons de sewage analysés plus loin proviennent de cet avant-bassin où le débit a été reconnu de 22,700 litres par 24 heures. Ce volume est de beaucoup inférieur à la capacité des filtres établis pour un débit de 90,000 litres par jour.
- Le sewage passe de la plus grande chambre de chaque compartiment, à travers des claies en bois contenant 0m,60 de charbon, dans la plus petite renfermant de 0m,12 à 0m,15 de charbon en morceaux, et, de là, dans un plus petit bassin ou puits. Les matières en suspension sont partiellement arrêtées au passage dans le compartiment et continuent à se déposer dans le dernier bassin ou puits que l’on cure tous les six mois. Le Comité a fait analyser également le sewage après ce filtrage qui se poursuit à l’aide d’uneclaie comprenant 0m,15 de charbon en morceaux.
- 1. W. Corûeld. — The Treatment and utilization of sewage. London, 1871, p. 306.
- 2. Report of the British Association at Brighton, Londres, 187 3, page 136.
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- Le sewage débouche alors à quelque distance, par un tuyau de 0*»,30 de diamètre, dans les bassins à désinfecter. Ces bassins sont au nombre de trois : le premier et le plus grand qui occupe une superficie de 200 pieds carrés, contenant /lEl,67 d’épaisseur de charbon en morceaux ; le second, d’une superficie de 70 pieds avec Qm,75 d’épaisseur de charbon menu; le troisième, réduit aux dimensions d’une caisse, avec une épaisseur de lm,22 de charbon fin'et des lits de flanelle et de feutre filtrant De ce bassin, l’eau de décharge, qui a été analysée par le Comité, retourne à la rivière.
- Le charbon employé lors de la visite du Comité était du charbon de bois, mais on se proposait d’employer du charbon de tourbe. Le charbon du dernier bassin à désinfecter, lorsqu’il est épuisé, est porté dans le second, puis du second dans le premier, et du premier dans ie bassin de filtrage. Le charbon à ces différentes périodes du traitement a été analysé.
- Le débit du liquide de décharge pendant vingt-quatre heures a été reconnu de 9,000; litres. Le dépôt retiré des has-r sins est employé comme engrais sur la ferme attenant à rhospica Voici les analyses du docteur Russell publiées parle Comité, en 10ff,.0Q0ènies.
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- Analyses du charbon»
- SUR 100 PARTIES.
- DÉSIGNATION. Eau, etc., à 100° C. Ammoniaque.
- Charbon avant traitement 24,20 50,42 55,01 54,12 0,0014 0,0018 0,0450 0,0820
- Charbon après 5 mois dans le bassin désinfectant n° 3.. Charbon après 2 mois dans le bassin désinfectant n° 2. . Charbon après 5 mois dans le bassin désinfectant n° 1, prêt à être employé dans le bassin de filtrage
- Le Comité fait observer, relativement à ces analyses, que le sewage de Stoke est très concentré, puisqu’il contient 38.45 d’azote (tant en solution qu’en suspension) sur 1 ü0,000 parties, à cause surtout de son faible débit d’environ 30 litres par individu et par 24 heures.
- Le procédé Weare permettrait d’enlever les matières en suspension et de diminuer fortement la proportion d’ammoniaque et d’azote'organique ; mais aucune oxydation ne s’opère, puisqu’il n’y a pas de nitrates dans le liquide de décharge qui n’est que du sewage dilué.
- La teneur en chlore est réduite de moitié, à peu près, dans le premier bassin de filtrage, ce qui indiquerait une dilution considérable quelque part, et pourtant on ne recueille que les 2/5 du sewage à l’état de liquide épuré. L’absorption du charbon n’explique, en aucune manière, la disparition des 3/5 du sewage.
- Peat Sewage compagnie. —- Une compagnie, au capital de 3,730,000 fr., s’est récemment établie à Liverpool, sous le nom de Peat Engineering, and Sewage filtration company, pour l’exploitation des tourbières., la fabrication du charbon de tourbe et son emploi au filtrage des eaux d’égout» Cette compagnie est propriétaire des machines et brevets çfe M* Pançhell pour l’extraction et la préparation des tourbes, à Redmoss, près de Bolton, dans le Lancashire.
- La compagnie Peat Sewage, etc.1, a traité avec lu ville de Bpadford (150,000 habitants) pour le filtrage du sewage sur le Gharbon de tourbe* Upe série de bassins filtrants de 200 mètres de longueur sur 4to,2Qf de largeur oblige le sewage à traverser 3m,60 de charbon.
- 1. C’est une succursale de cette même Compagnie qui, sous le nom de Société générale des engrais de Paris (limiled), s’est rendue récemment adjudicataire des vidanges de Bondy aü prix de 6 fr. 07 par mètre cube, pour les traiter par des procédés analogues à celui du sewage.
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- « L’avantage de cette disposition serait d’arrêter mécaniquement les matières en suspension, et méthodiquement, les matières en dissolution1. Le premier point serait résolu par le dépôt et le passage à travers du charbon ou de l’argile en gros fragments qui ne se dissolvent pas dans l’eau. Les matières en suspension, mélangées avec le charbon de tourbe qui absorbe l’excès d’humidité, sont en même temps désinfectées. Le deuxième point serait résolu par le filtrage à travers le charbon ou un mélange de tourbe et d’argile calcinées, que Ton renouvelle aussi souvent qu’il convient. Les matières fixées par le charbon sont aussitôt converties en engrais. »
- En attendant le résultat des essais de Bradford, il ne semble pas inutile de rappeler que, d’après les expériences faites en grand par M. Blyth 2, et celles du Comité Grantham dont nous avons rendu compte, le charbon de tourbe ne fixe pas les matières en dissolution dans le sewage; au contraire, il en ajoute; il ne fixe pas, à un degré utile, l’ammoniaque en dissolution ; enfin, son efficacité pour la désinfection est de peu de durée. Une fois saturé, son action oxydante cesse. Nous avons, en outre, constaté les mauvais résultats du filtrage sur le charbon de tourbe expérimenté par la ville d’Uxbridge. Nous craignons, en conséquence, que la Compagnie, très-apte peut-être à exploiter les tourbières, ne réussisse pas mieux à épurer le sewage qu’à traiter avec profit des matières de vidange.
- C. APPLICATIONS DE DÉCANTATION.
- Birmingham. — La ville de Birmingham, comme nous l’avons exposé, avait recours à la décantation et au filtrage pour l’épuration des eaux d’égout. Ces eaux sont caractérisées par la quantité considérable de matières solides entraînées qui consistent, pour la plus grande partie, en détritus des chaussées macadamisées, et par la facilité avec laquelle leur précipitation s’opère. C’est sous l’injonction obtenue, dès 1858, contre la ville, par M. Adderley, membre du parlement, dont la propriété de Hams Hall est située en aval sur la rivière Tame, qu’elle dut cesser tout écoulement de sewage non épuré. Avant la construction des collecteurs, la Tame, malgré la corruption des eaux de ses tributaires, la Rea et Hockley brook, était relativement pure. Les deux collecteurs aboutissant à Saltley, à l’extrémité nord-est du district, et drainant une superficie de 3,000 hectares occupés par 360,000 habitants, achevèrent de corrompre les eaux de la Tame. On dut alors, sous la menace de procès nombreux, construire des bassins, des
- 1. Concerning sewage and its economical disposai, by F. Hahn Danchell. London, 1872.
- %r Utiliscition des eaux d'égout, p. 32.
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- filtres et un embranchement du canal pour le service des dépôts. L’émissaire débite journellement en temps sec 77,000 mètres cubes de sewage. La dépense à faire pour le traitement d’un pareil volume fut considérable. Lesfiltres construits furent abandonnés, et commeonreconni.it bientôt l’impossibilité de disposer, au fur et à mesure de leur production, des boues liquides que l’on pompait des bassins dans les barques du canal, les fermiers ne pouvant utiliser que des boues sèches, il fallut acheter des terrains assez vastes pour désinfecter et dessécher les dépôts. La surface occupée par la manipulation était de 5 hectares. Les deux bassins mesuraient 100 mètres et 27m,50 sur lm,83 de profondeur moyenne. La machine à vapeur, de 13 chevaux de force, élevait les boues à 4m,25 de hauteur par des pompes.
- La canalisation de Birmingham est à pente si rapide qu’elle entraîne toutes les matières jusque dans les réservoirs. Les chaussées, routes et rues du district sont empierrées, non pas avec du granit, mais avec une roche friable (Rowley et Kirkstall rag) qui s’use très-rapidement. Il n’est donc pas étonnant que, sur une consommation annuelle de 45,000tonnes de matériaux pour l’empierrement, on retrouve dâns ces bassins un volume de dépôt correspondant à un poids de 42,000 tonnes; d’autant plus que, comme à Paris, les balayures et râclures de la voie sont rejetées dans les égouts. Le volume minimum de boues recueillies journellement dans les bassins est de 110 mètres cubes. Aux points où le sewage se déverse dans les bassins, les matières sont si propres qu’on peut les utiliser de nouveau comme sable. La vase et les matières floconneuses se dirigent plus loin, en aval des bassins.
- Le terrain affecté au dépôt des boues était recouvert souvent sur une épaisseur de 1 mètre à 1m,20. Elles y séjournaient de 9 à 12 mois, sous une couche de plâtre. La dépense de cette seule manipulation et du réactif représentait 2,500 francs par an. En 1868, on avait vendu 11,615 tonnes de boues au prix de 0,90 la tonne, et il restait un stock d’environ 23,000 mètres cubes.
- La dépense totale de la décantation s’est élevée à 625,000 francs, dont 375,000 fr. en achat de terrains et 250,000 fr. en installation de bassins, machines, etc. Les frais annuels étant de 25,000 fr., et la recette de 10,000 fr., la perte pour la ville atteignait 15,000 fr. par an, sans compter rintérêtdu capital. Malgré cela,l’insalubrité du dépotoir était complète. Les plaintes et les procès n’ont pu être arrêtés que par l’engagement pris de procéder à l’irrigation. Nous rendons compte dans la troisième partie des essais d’irrigation tentés à la ferme de Saltley, et de l’adoption d’un système mixte qui consisterait à filtrer d’une manière intermittente sur le sol, et à irriguer.
- Appareil Hart. — M. John Hart, de Leamington, s’est préoccupé de la difficulté pour les villes d’obtenir des surfaces suffisamment étendues
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- pour l’utilisation du sewage par irrigation. Il a imaginé, afin de réduire la surface arrosable, un appareil de décantation ou épurateur, ayant pour objet la précipitation des matières tenues en suspension et le dégagement des gaz odorants contenus dans les liquides, par leur écoulement en nappes minces.
- L’épurateur Hart1 consiste en un lit circulaire de 20 mètres de diamètre, par exemple, en béton ou en briques cimentées, sur lequel sont établis trois murs circulaires et concentriques dont l’intervalle est de 3 mètres. Le toit de chacun de ces murs est parfaitement horizontal. Le conduit venant du collecteur débouche par un coude relevé, au centre du lit de maçonnerie.
- On a soin d’intercepter les matières flottantes à la sortie du collecteur, avant l’admission du sewage dans le conduit. Le sewage se déverse par le centre et s’étend en nappe dans toutes les directions du bassin central jusqu’au premier mur circulaire. Les matières les plus lourdes s’y déposent, et le sewage, passant par-dessus le mur, pénètre dans le pre? mier bassin annulaire où la précipitation se poursuit, puis dans le second bassin,*et, finalement, se répand par-dessus le troisième, mur dans un canal, à fond d’argile, qui conduit à la prairie où l’eau sert à l’irrigation.
- Pouf le curage, les deux bassins annulaire» sont partagés en segments par des. murs dirigés suivant des rayons que l’on surhausse, lorsque l’on veut empêcher le liquide d’y pénétrer. Chacun des segments est pourvu d’une trappe métallique fermant ou découvrant à volonté l’orifice d’un conduit souterrain qui entraîne le liquide. Les boues sont écopées et brouettées à l’aide de planches reposant sur les murs de séparation, jusqu’à une pièce de terre labourée à une profondeur de OP,iO environ. Les boues étendues sur une épaisseur de Hn,03 environ sont plus tard incorporées avec la terre et converties à la longue en engrais solides.
- L’appareil de M. Hart régularise en somme la décantation. Bien que les matières en suspension, plus imparfaitement enlevées ainsi que par les digues filtrantes du système Parrot, constituent une partie seulement de l'a richesse fertilisante du sewage, on ne conçoit pas que leur enlèvement, même complet, permette de réduire de 90 pour 100 la surface en ray-grass, destinée à recevoir le sewage décanté. La pratique à démontré péremptoirement que le ray-grass ne saurait utiliser, sans dépérir, un volume quelconque d’eau naturelle et à plus forte raison de sewage. Les calculs de M. HarÜ sont donc empreints d’exagération, lorsqu’il évalue à 40 ares la surface nécessaire à l’utilisation du sewage de d,00B habitants,
- 1. The Treatment of sewage, by John fiart, London, 1869.
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- ces 40 ares comprenant un épurateur de son système de 210 mètres de diamètre. Pour 210,000 habitants, il faudrait, à ce compte-là, seulement 8 hectares, dont 60 ares occupés par un épurateur de 80 mètres environ de diamètre; ce qui est inadmissible.
- III
- Précipitation.
- A. EMPLOI DE LA CHAUX.
- Leicester et Blackburn.— Le traitement par la chaux s*est poursuivi dans les deux villes de Leicester et de Blackburn.
- La seule modification apportée au procédé Wicksteed, décrit dans notre précédent Mémoire1, consistait, à Leicester, dans l’abandon des presses et des essoreuses à force centrifuge. Les boues élevées par la noria se desséchaient lentement à l’air libre dans des bassins construits sur le sol, où s’absorbait une partie de l’humidité.
- Nous avons déjà signalé les inconvénients de l’épuration par la chaux. Les matières en suspension ne sont enlevées qu’en partie, et plus de la moitié des matières organiques pùtrescibles échappe à Faetion du réactif. Aussi le sewage ainsi traité ne retourne-t-il pas impunément dans les cours d’eau.
- A Leicester, comme à Blackburn, les analyses suivantes2, faites par les commissaires (mai et août 1868), confirment ces inconvénients. A Blackburn notamment, ils ont constaté qu’à la sortie des bassins dépuration « les liquides fangeux, noirâtres, dégageaient des gaz fétides, et « offraient des masses noires de boues flottantes à la surface., »
- 1. Utilisation des eaux d’égouts; pages 58-63.
- 2. Les résultats’ici, comme dans les analyses publiées par la même Commission, à moins de mention expresse, sont exprimés en cent-millièmes.
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- MAI ET AOUT 1868. LEJCESTER (13 mai). • BLACKBURN (5 août).
- Avant l’épuration. Après l’épuration. Avant l’épuration. Après l’épuration.
- Matières solides en solution..... 107,5 85,9 59,7 66,0
- Carbone organique. 2,017 1,514 4,103 2,619
- Azote organique 0,S09 0,4 52 0,460 0,412
- Ammoniaque 2,083 2,552 1,426 1,956
- Azote à l’état de nitrates 0 0 0 0
- Azote total combiné.......... 2,524 2,553 1,634 2,002
- Matières en suspension Matières minérales............ 10,50 12,10 13,38 6,34
- Matières organiques, 11,62 4,70 - 28,30 6,98
- Matières totales 22,12 16,80 41,68 13,32
- Nous avons dit plus haut que les égouts de Blackburn ne desservaient que 700 water-closets. C’est sans doute à ce motif qu’est due la moindre richesse du sewage en matières organiques.
- B. CHAUX ET CHLORURE DE FER.
- Nortkampton. — Northampton compte 40 000 habitants, et ses égouts communiquent avec 4 400 maisons. La*distribution des eaux potables y procure une consommation de 68 litres par habitant et par jour; soit de 2 700 000 litres pour toute la ville.
- Le sewage y est traité dans une usine située à un kilomètre de la ville, par la chaux et le chlorure de fer. On mélange, pour 10 000 litres de sewage, \ litre de chaux et 01,06 (plus ou moins, suivant la saison) de chlorure de fer, qui renferme en cent-millièmes :
- Fer à l’état de perchlorure.......................4 413,7
- — protochlorure........................ 9124,3
- Fer total. . . . 13 538,0
- Le sewage précipité par la chaux d’abord, puis par le chlorure, est filtré de bas en haut, à travers une couche, de 0m,20 d’épaisseur, de minerai de fer grillé. Au sortir du filtre, il s’écoule, avec le sixième de son volume environ d’eau de source, par un conduit couvert, dans la rivière Nen. Bien qu’à l’embouchure l’eau soit claire et en apparence salubre, la putréfaction se développe plus loin, et les tribunaux ont enjoint aux autorités municipales de cesser toute décharge des eaux d’égout dans laNën, à partir du 1er juin 1870.
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- t SEWAGE DE NORTHAMPTON.
- 11 MAI 1868.
- Avant Après
- traitement. traitement.
- Matières solides en dissolution 88,000 88,500
- Carbone organique 3,700 1,845
- Azote organique ; 2,859 1,779
- Ammoniaque 6,000 5,000
- Azote total combiné « 7,800 5,897
- Matières en suspension 83,120 0,960
- C. CHAUX ET CHLORURE DE MAGNÉSIUM.
- '* Procédé Hïllè. — Le procédé Hillé consiste dans l’addition au sewage d’un mélange de 45 kilogrammes de chaux, 3 kilogrammes de goudron et 5 kilogrammes de chlorure de magnésium calciné, avec une autre matière tenue secrète. On éteint la chaux et, pendant l’effervescence, on y mélange le goudron que Ton brasse. Après avoir ajouté le sel magnésien, etc., on verse assez d’eau pour rendre le tout liquide parun brassage énergique ’.
- Ce procédé est appliqué à Wimbledon, où le sewage de 5 000 habitants, atteignantun volume de 818mètres cubes par jour, est admis dans un petit réservoir qui reçoit d’une manière continue le filet de mélange liquide, préparé dans une citerne spéciale. Le sewage désinfecté se déverse dans un bassin circulaire de 6 mètres de diamètre où le précipité se dépose. Le liquide surnageant est filtré sur une grille à charbon de 0m,23 d’épaisseur, dans un second bassin plus petit d’où il gagne la rivière.
- Le dépôt retiré deux fois par an du grand bassin consiste en une boue noirâtre, légèrement odorante à l’état frais, et sans valeur comme engrais.
- L’épuration du sewage de Wimbledon exige, par 24 heures, deux préparations du mélange précipitant dans les proportions indiquées plus haut. Les dépenses, sans parler de l’installation, représentent 14 fr. 70 par jour, dont 7 fr. 85 pour frais de réactifs, etc., et 6 fr. 85 pour main-d’œuvre.
- Le chlorure de magnésium provenant des mines de Stassfurt revient sur place à 200 fr. la tonne; mais on pourrait l’obtenir à meilleur prix,
- 1. W. Corfield. The Treatment and utilizaiion of seivage. 2° édit. Appendix, p. 304. — London, 1871.
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- et, en tout eas, traiter une plus grande masse de sewage pour les frais de main-d’œuvre indiqués.
- Le procédé Hillé, qui n’a pas pour objet de préparer un engrais, mais uniquement de désinfecter à prix réduit, entraîne la perte presque corai plète des matières fertilisantes du sewage, et abandonne, dans le liquide écoulé à la rivière, les matières organiques dissoutes, ainsi que les sels ammoniacaux.
- D. CHAUX ET ARGILE.
- Procédé Scott. — Le procédé de précipitation récemment inventé par le général Scott a été examiné par le Comité Grantham de l’Association britannique (Brighton, août 18721).
- Il consiste dans un mélange de chaux et d’argile dont les proportions correspondent à peu près à celles employées pour la fabrication du ciment, C’est-à-dire environ 250 kil. de chaux et 125 kil. d’argile pour 1,000 kil. de sewage; ce mélange sert à la précipitation des particules solides en suspension dans le sewage. Là où le sewage renferme en quantités exceptionnelles de l’argile ou de la chaux, les proportions du mélange sont modifiées. On dessèche le précipité obtenu dans les bassins de dépôt à l’aide d’une presse hydraulique ou d’étuves, et on le calcine. Si l’on ne désire obtenir qu’un ciment ordinaire, le précipité brûlera pour ainsi dire de lui-même et n’exigera que très-peu de combustible au départ. Si, au contraire, on cherche à obtenir un ciment dur de première qualité, tel que celui de Portland, on devra augmenter les frais de combustible de façon à calciner complètement les matières charbonneuses entraînées par le dépôt.
- Outre que le liquide déchargé est très-épuré et sans odeur nuisible au moment de l’écoulement, la combustion du dépôt obtenu est inodore. Dans une bonne installation, le transport du dépôt du réservoir aux fours ne devrait donner lieu à aucune odeur insalubre. Les points essentiels à observer consisteraient :
- 1° A rendre aussi intime que possible le mélange, à cause de l’état impalpable du précipité de carbonate de chaux formé par l’addition de la chaux ;
- 2° D’accélérer la précipitation du dépôt du sewage ;
- 3° D’utiliser les matières organiques, entraînées par le carbonate de chaux et l’argile, à la combustion du mélange.
- L’examen du procédé Scott par le Comité Grantham eut lieu en mars et en juillet 1872) à Ealingj où les égouts étaient placés sous la direction de l’inventeur.
- Les bassins de l’usine, située à peu de distance de la ville, n’ayant pas été construits en vue du procédé Scott, laissaient à désirer.Le collecteur
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- y débouche sous une caisse débitant un jet régulier de lait de chaux,, avec ou sans addition d’argile. Le courant de sewage ainsi traité passe d’abord à travers un tarais grossier ou grille qui retient les matières étrangères flottantes, puis dans un patouillet qui active le mélange, et arrive dans les bassins de dépôt, d’où il débouche, en remontant par uh filtre de gravier, dans la rivière.
- Lors de la visite du Comité, en mars 1872, on vérifia le débit journa*-lier.des égouts à 1 800 000 litres, et l’on prit des échantillons de 2 en 2 heures, dans le rapport de 1 millième du débit courant par minute. Les analyses ont été faites par le docteur Russell, et les résultats sont exprimés en cent millièmes L
- Au mois de juillet suivant, la saison étant très-chaude, le Comité constata que le procédé s’appliquait sans aucune insalubrité, bien que les bassins de dépôt eussent une contenance insuffisante. Le liquide de décharge au sortir des bassins renfermait, en effet, un peu de matière en suspension et était recouvert d’une écume que le filtrage seul pouvait enlever. Quant aux impuretés organiques en dissolution, l'irrigation seule pourrait l’en débarrasser.
- Dans le canal à ciel ouvert qui entraînait le liquide déféqué à la Ta-* mise, il n'y avait aucune odeur sensible, mais il avait une couleur jaune provenant du précipité formé sur les bords*
- La dessiccation du dépôt, qui représente à Ealing 2 tonnes environ par jour, ne saurait s’effectuer par la chaleur artificielle des fours sans insalubrité, à cause de la lenteur de l’opération; mais si l’on parvient à le presser à l'aide de l’appareil hydraulique de Needham et Kite, comme le propose l’inventeur, il sera assez sec pour pouvoir être directement brûlé et transformé en ciment.
- 1. Report of the Briüsh Association at Brigliton, Londres, 1873, page 141.
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- D’après les analyses on reconnaît que les matières en suspension sont précipitées très-complètement, mais la composition de l’eau de décharge montre qu’il reste plus des 2/3 du chlore et de l’azote en dissolution. Cet azote dissous est pourtant à un autre état que dans le sewage même. L’ammoniaque étant réduit d’un quart, l’azote organique, sans doute par le fait de la dissolution d’une partie des matières azotées en suspension, est presque double. Il s’est également produit une oxydation, par suite de la présence de nitrates dans 1a. solution. Aussi l’eau de décharge est-elle encore trop chargée d’azote pour être perdue, et trop impure pour être écoulée à la rivière.
- Le procédé Scott, il convient de le répéter, n’a pas d’ailleurs pour but exclusif de purifier le sewage, mais bien de séparer et de désinfecter les matières en suspension (ce qu’exigerait l’emploi de certains sewages, pour l’irrigation même), et de les utiliser comme combustible dans la fabrication du ciment. Il semble donc se recommander pour la solution de l’une des diffi cultés du problème.
- Mais il importe de l’expérimenter plus longtemps, afin de déterminer ses avantages d’une manière absolue, sous le rapport sanitaire.
- Au point de vue de l’utilisation des boues de sewage, que l’on en fabrique de la chaux destinée à l’agriculture ou du ciment ordinaire, les avantages seraient manifestes. Pour faire du ciment de Portland très-dur, il n’en serait pas de même. Outre que la proportion
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- d’argile de précipitation doit être définie, d faut cuire le précipité desséché à une forte chaleur, jusqu’à ce qu'il acquière une très-grande dureté; il faut ensuite le broyer sous des meules puissantes, et le coût de cette installation devient une objection sérieuse, à moins de grandes villes offrant un débit suffisant de ce produit. Pour obtenir un ciment moins dur, il est inutile, au contraire, que la proportion d’argile soit aussi rigoureusement observée , et pour la chaux destinée à l’agriculture, il est superflu d’en ajouter. Dans ce dernier cas où la chaux est seule employée comme précipitant, le précipité renferme, en outre, celle tenue en suspension dans le sewage.
- A Ealing, le dépôt, encore fluide dans un des réservoirs, est pompé dans une presse analogue à celle qui sert à préparer l’argile pour la poterie, et le liquide rejeté par la compression est entraîné par une conduite dans le canal d’amenée du sewage naturel. La presse consiste en une série de cadres placés côte à côte dans un châssis, et munis d’une double toile de calicot pouvant se ployer en forme de sac. Le dépôt est pompé directement dans tous les sacs à la fois par un tuyau en communication avec chacun, et le calicot retient la partie solide, tandis que le liquide s’échappe. A force de pomper en comprimant, les sacs remplis de matière solide s’étendent sous les châssis., et on retire des tourteaux assez fermes pour être découpés à la dimension voulue et empilés. Ces tourteaux, qui peuvent encore perdre de l’humidité à l’air libre, n’émettent d’autre odeur que l’odeur légère de moisi, après un assez long laps de temps. Le four employé pour la calcination est à tirage inférieur, de telle sorte qu’il ne s’échappe aucun gaz fétide. C’est, avec un seul four que M. Scott a fabriqué à Ealing du ciment dur, à la façon de celui de Portland, du ciment tendre et de la chaux pour l’agriculture. Les ciments, très-complètement essayés, ont donné entière satisfaction. Les analyses de la chaux indiquent que pour l’agriculture elle rendrait d’excellents services, à cause de la quantité de phosphate qu’elle renferme. D’après M. Scott, chaque tonne de chaux ainsi préparée restituerait au sol autant de phosphate de chaux qu’en renferment 535 livres de poudre d’os.
- Comme pratique générale de son système et afin d’atténuer, autant que possible, les inconvénients, l’inventeur recommande d’employer sans retard les précipitants. En effet, dans les circonstances usuelles, une partie des matières en suspension du sewage se dépose le long des égouts, y séjourne et par la décomposition donne lieu aux gaz les plus infects et insalubres. Quand éclate un orage, ce dépôt est enlevé par les eaux, et au lieu d’avoir à précipiter dans le bassin un sewage plus dilué, on doit, le plus souvent, opérer sur un sewage plus abondant, mais aussi plus chargé de matières. Aussi M. Scott a-t-il essayé d’introduire le mélange précipitant dans le collecteur même, à plus de 2 kilomètres de distance des bassins, c’est-à-dire à l’entrée de la ville de Ealing; il a
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- constaté que non-seulement la décomposition et le développement des gaz infects sont supprimés, mais que les parois des égouts 11e se recouvrent plus de dépôt. En ajoutant, au lait de chaux et d’argile, du chlorure de chaux, de façon à obtenir une atmosphère de chlore, la purification des égouts devient complète.
- D’après les calculs de M. Scott, l'installation de son procédé pour une ville de 25,000 habitants représente une dépense de 87,000 francs, dont 37,500 francs pour réservoirs ; or, cette dépense peut être épargnée là où des bassins ont été construits. Les frais de main-d’œuvre et d’entretien sont évalués à 350 francs par semaine. La chaux et le ciment fabriqués couvriront et au delà cette dépense. Pour des centres plus peuplés, les frais d’établissement étant moins considérables relativement, les produits seront plus importants et permettront de donner l’intérêt du capital L
- Le procédé Scott doit être prochainement essayé et adopté àWest-Ham (70,000 habitants) et à Birmingham.
- M. Elliot, ingénieur, chargé par le local board de Tunstall (Stafford-shire) de proposer un système d’utilisation du sewage, s’est prononcé en faveur du procédé Scott. Le ciment obtenu est, d’après cet ingénieur, d’une excellente qualité 1 2. La ville de Forquay se déciderait également à l’adopter.
- Ë. SELS DE CHAUX. PHOSPHATES.
- a. Procédé Whitthread.— Ce procédé consiste dans l’addition d’un mélange de deux équivalents de phosphate de chaux bibasique avec un 'équivalent de phosphate monobasique(sous forme de superphosphate du eommérce), que l’on introduit dans le sewage, auquel on ajoute ultérieurement un peu de lait de chaux.
- Le Comité Grantham a examiné ce procédé sur le sewage de Rom-ford et en a analysé les produits aux frais des brevetés, bien qu’il ne fût alors appliqué dans aucune ville 3.
- La précipitation s’opère rapidement ; l’eau qui surnage est claire et limpide. Yoici les analyses du docteur Russell, donnant les résultats en cent-millièmes.
- 1. The Times, 27 novembre 1872. — The Sewage Works at Ealïng,
- 2. The Times, 20 octobre 1872.
- Report of the British Association at Brigkton, Londres, 1873, page 142.
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- Le précipité, desséché ài 00° G., a
- donné à l’analyse :
- Pour 100.
- Ammoniaque................ 3,03
- Acide phosphorique........ 8,18
- Chaux.................... 23,51
- Phosphate d’alumine et de fer. 5,94
- Perte...................... . 32,86
- Résidu insoluble dans l’aoide
- chlorhydrique.......... 14,54
- La teneur en ammoniaque dissous est plus élevée dans le liquide écoulé que dans le sewage naturel, ce qui doit provenir de la décomposition de la matière organique dissoute; mais le fait important à noter est la disparition presque complète de la matière organique en dissolution. Il y a lieu toutefois de réserver une décision sur ce point jusqu’à de plus amples essais.
- L’eau de décharge renferme une proportion notable d’acide phosphorique, soit 5 cent-millièmes et demi; elle aurait donc plus de valeur pour l’irrigation. Au cas où elle serait rejetée, la perte serait accrue d’autant.
- Enfin, le précipité qui renferme, outre une forte proportion de phosphate de chaux, trois pour cent d’ammoniaque, constitue un bon engrais.
- Les expériences du procédé Whitthread méritent donc quelques recherches suivies.
- b. Procédé Dougal Campbell. — Le procédé Blyth, dont nous avons reproduit l’essai par M. Way, dans notre premier travail \ a été remis en lumière par M. Dougal Camp-
- 1.. Utilisation des eaux d'égout, page 42.
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- bell, dans des expériences dont le professeur Sibson a rendu un compte officiel.
- Le procédé breveté par M. Dougal Campbell consiste dans l’addition, au sewage, de phosphate de chaux à l’état soluble provenant de l’attaque des cendres d’os par l’acide sulfurique, mais sans addition de sulfate de magnésie, comme dans le procédé Blyth. Après une agitation convenable avec le sewage, on complète la précipitation par de la chaux.
- Malgré les dimensions'insuffisantes du bassin de dépôt aux usines de Tottenham, malgré l’obligation de verser le réactif à la main et de faire sécher le précipité à l’air, ou mieux à la pluie, au détriment de l’ammoniaque, l’essai aurait donné d’excellents résultats.
- M. Sibson constate, en effet, qu’au point de vue sanitaire, aucune émanation n’étaitperceptible, et que l’eau de décharge était assez claire pour pouvoir être, selon lui, rejetée sans inconvénient à la rivière, bien qu’elle ne fut pas aussi complètement débarrassée des matièrejs en suspension que si les bassins de dépôt eussent été plus grands. Au point de vue de l’engrais, le dépôt obtenu serait très-efficace, le phosphate de chaux précipite étant, d’après M. Sibson, dans un état de facile assimilation par les plantes et très-peu inférieur au phosphate soluble. L’ana-
- lyse de ce dépôt indique la présence de :
- ' Eau.................. . . ................................ 19,04
- Matières organiques........................................ 15,26
- Azote........................ 1,20
- ou Ammoniaque....................... 1.4 5
- Phosphate de chaux précipité............................... 23,14
- Phosphates insolubles....................................... 3,80
- Sulfate et carbonate de chaux et chaux libre............... 19,25
- Sels alcalins............................................... 3,14
- Matières insolubles........................................ 16,37
- 100,00
- A cause de la dessiccation imparfaite, le dépôt analysé contenait près d’un cinquième en poids d’humidité. Par une meilleure dessiccation et par un système de bassins mieux entendu, le dépôt serait plus riche et plus volumineux pour une quantité de sewage donné. Tel qu’il est, sa valeur, d’après M. Sibson, est de 125 fr. par tonne. L’expérience sur 14,000 mètres cubes de sewage a donné, comme poids total d’engrais solide, 50 pour 100 de plus de matières que celles employées pour précipiter. Le rapporteur en conclut que le procédé peut être rémunérateur à cause de la vente possible de l’engrais concurremment avec ceux du commerce L
- Nous ferons remarquer que non-seulement cet engrais ne renferme pas plus d’azote à l’état d’ammoniaque que ceux provenant d’autres procé-
- 1. The Times. Anolher sewage Experiment, 9 octobre 1872.
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- dés chimiques, mais qu'il exige 200 pour 100 de phosphate d’os et de chaux pour se produire. Ainsi le liquide écoulé, dont on a omis de donner l’analyse, renferme toujours plus de la moitié de l’ammoniaque du sewage, et le superphosphate qu’il a fallu mélanger avec de l’eau en l’additionnant de chaux, puis sécher, serait appelé à faire concurrence aux phosphates commerciaux. Or, comment un engrais formé de 2 tonnes de superphosphate et de chaux, plus d’une tonne de sédiment, peut-il, après avoir absorbé environ 15 mètres cubes d’eau qu’il a fallu chasser, être opposé sur le marché aux superphosphates sans mélange?
- F. SELS D’ALUMINE.
- M. Schlœsing a fait connaître à l’Académie des sciences1 quelles quantités extrêmement petites de sels calcaires il suffisait d’ajouter aux eaux troublées par l’argile pour produire la précipitation. Ainsi, que l’on abandonne à lui-même, pendant des mois entiers, un liquide composé de 150 centimètres cubes d'eau distillée et d’un gramme et demi d’argile, la séparation n’aura pas lieu. Mais qu’on ajoute une goutte ou deux d’un sel de chaux, de chlorure de calcium, de sulfate de chaux, etc., au mélange, et immédiatement l’argile tombera au fond; la liqueur deviendra très-claire. Ce fait expérimental explique inversement l’action de l'alumine, dans les liquides tels que le sewage, chargés de sels divers en suspension.
- a. Procédé Sillar ou ABC.
- Leamingtm. — Le procédé à la chaux , après avoir été pratiqué pendant cinq années à Leamington, dut être abandonné sur les injonctions des tribunaux. Le lit de la rivière Leam s’était exhaussé de 0m,60 par suite du dépôt abandonné par le sewage censément épuré, et les bords de la rivière, recouverts de fange noirâtre, exhalaient des miasmes putrides. Le conseil municipal ayant traité avec lord Warwick pour la cession du sewage à utiliser en arrosages2 s’arrangea, pendant la construction des travaux, avec une Compagnie dite du native guano, pour l’épuration du sewage aux frais et dépens de la ville.
- Cette Compagnie du guano natif exploite le procédé de précipitation, connu sous le nom de ABC, et breveté par 1\£M. Sillar et Wigner.
- Il a été fait récemment beaucoup de bruit en Angleterre, au sujet de ce procédé; bon nombre de municipalités, attirées par le soi-disant
- 1. Séance du 20 juin 1870.
- 2. Voir pape 587.
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- succès de Leamington et de Hastings, oïlt été sur le point de l’adopter. Nous lui devons donc une notice détaillée.
- Les figures 17 à 22, planche 45, font comprendre l'installation de la Compagnie à Leamington1. Indépendamment des réservoirs, de la roue hydraulique, du hangar avec son agitateur, qui servaient à l’ancien traitement par la chaux, le reste de l’installation se réfère au nouveau procédé.
- La figure 17 représenté le plan général de l’usine. Les lignes ponctuées indiquent que l’ancien collecteur y est détourné de manière à déboucher dans le bassin 1, où l’on traite le sewage par le mélange précipitant. Les deux bassins 2 et 3 renferment ce mélange en dissolution.
- Les figures 18 et 19 représentent la coupe de l’un des bassins, avec son agitateur que fait mouvoir par un engrenage conique l’arbre principal de la machine, passant au-dessus des bassins.
- Légendes des figures 17 à 22 (planche 45).
- Fig. 17. Plan d’ensemble de l’usine.
- N° ï. Nouveau bâtiment.
- N° II. Ancien bâtiment.
- ÀA. Magasins.
- B. Argile.
- C. Alun.
- D. Noir.
- E. Mélange.
- F. Chaudière.
- Machine à vapeur de 12 chevaux dé force.
- H, Citerne à vase.
- I, î. Essoreuses.
- JL Trémie de mélange.
- K. Agitateur (fig. 22} pour lé mélange de nuit.
- L. Pompe et tamis.
- M. Laboratoire.
- } N. Séchoir.
- Ô. Engrenage de là roue hydraulique.
- 1. Bassin de traitement du seWage par le mélange.
- 2. Bassin de dissolution du mélange pour le traitement de jour.
- 3. Bassin de dissolution du mélange faible poür le traitement
- pendant les heures clu soir et du matin.
- d. Ancien Collecteur pour le procédé à la chaux. •
- , b. Nouveau branchement menant au bassin n° 1.
- ccccc. Écluses pour la distribution du sewage dans les réservoirs,
- 1. Engineering, 27 août 1869.
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- dd. Conduit pour la boue, de 0m,07 de diamètre.
- e. Tuyau d’aspiration des boues.
- ff. Rigole pour l’alimentation de nuit.
- gg. Manche de 0m,07.
- hhhh. Regards ou trous d’homme.
- Fig. 18. Coupe verticale du bassin n° 2 ou n° 3, tîg. 17, montrant, la chaîne à godets.
- Fig. 19. Coupe verticale par le milieu du même bassin, montrant l’arbre à palettes et la chaîne.
- Fig. 20. Coupe longitudinale d’un des quatre bassins de décantation, divisé en deux, compartiments.
- Fig. 21. Coupe transversale d’un même bassin.
- Fig. 22. Coupe du bassin de mélange, avec chaîne à'godets (fig. 17, &), pour le service de nuit.
- Le mélange connu sous le nom de ABC1, ajouté au sewage, consiste,
- d’après le brevet, en alun, sang, argile, noir animal, etc., dans les pro-
- portions en poids suivantes :
- 1. Alun........................................... 600 parties.
- 2. Sang. ............................................ 1
- 3. Argile....................................... 1900
- 4. Magnésie........................................ 5
- 5. Argile calcinée................................ 25
- 6. Noir animal. .................................... 15
- 7. Charbon végétal. •............................. 20
- 8. Manganate de potassium. . ....................... 10
- 9. Chlorure de sodium. ................, . . . . 10
- 10. Calcaire magnésium. ............................ 2
- Total..................... 2588
- Après un brassage énergique de ces matières, on en prend, d’après le brevet, quatre livres pour épurer 1000 gallons de sewage.
- Mais déjà, à Leamington, la formule bizarre que nous venons d’indiquer avait été sensiblement modifiée, et M. Wyld, chimiste de la Compagnie, indiquait à M. Hope qu’elle avait été réduite à quatre éléments,
- à savoir, en poids ^
- Alun (ammoniacal).......................... 900 parties.
- Sang............................................ . 10
- Argile. ....................................... 2700
- Charbon (résidu du bleu de Prusse)................ 300
- Total. ...... ... . 3910
- 1. Ce nom de ABC vient des lettres initiales des trois premières matières du rrtélan'ge, c’est-à-dire : A ahim (alun) ; B blood (sang); C clay (argile).
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- Et 445 kilogrammes du mélange devaient, servir à l’épuration de 1000 mètres cubes de sewage.
- Quoi qu’il en soit, les matières sont tenues à part dans des compartiments cloisonnés. Le sang seul, dès qu’il arrive de l’abattoir, est mélangé avec l’argile, afin d’éviter la décomposition. On fait le mélange aux doses indiquées, dans un compartiment spécial, et dans le bassin n° 2, rempli d’eàu, on en jette un poids déterminé. L’agitateur opère ladissolution et la mixture intime de toutes les matières. Une chaîne à godets (fîg. 18 et 19) puise la dissolution qui s’écoule par une rigole dans le bassin central n°l. Ce bassin central est pourvu également d’un agitateur qui incorpore le mélange avec le sewage, et celui-ci se rend dans les bassins de dépôt établis sous l’ancien hangar, et qu’indiquent les lignes ponctuées.
- Les bassins des figures 20 et 21, beaucoup trop petits pour le procédé de précipitation par la chaux, qui exige un repos de six heures, contiennent chacun le sewage de moins d’une heure, quand le courant est le plus abondant, c’est-à-dire entre midi et deux heures. A la suite de grosses pluies, le sewage n’y reste pas plus d’une demi-heure, si on le reçoit dans deux réservoirs à la fois. Chaque réservoir est partagé par une cloison en deux compartiments et pourvu d’une vanne qui permet d’employer l’un ou l’autre.
- Le procédé d’épuration, dans ces réservoirs, marche d’une manière continue, sans donner lieu, dit-on, à aucune émanation. Le sewage en sort presque limpide et inodore. Lorsque le dépôt dans le premier compartiment atteint une épaisseur de 1 mètre environ, on détourne le sewage dans le bassin voisin, et ainsi de suite.
- Pour le curage, on écoule l’eau qui surnage, dans l’égout, et l’on enlève les boues par une pompe à vapeur. Le tuyau d’aspiration étant à large section est muni, à chaque extrémité, d’une;manche en caoutchouc de 0m,07, avec soupapes, qui traverse les trous d’homme dans le toit des réservoirs. Une grille, placée près de la pompe, arrête les corps solides, chiffons, etc., de nature à empêcher le jeu des soupapes. La vase à l’état crémeux est refoulée par un tuyau spécial de 0m,07 dans le réservoir H ou dans le bassin central n° 1.
- Du réservoir H les boues sont dirigées, de temps à autre, dans les deux essoreuses I, I, qui chassent l’eau et maintiennent à l’état presque sec le produit que l’on extrait afin de l’étendre, l’arroser d’un peu d’acide sulfurique qui retient l’ammoniaque, et, après un séjour de deux à trois jours à l’air, le cribler et le mettre en sacs pour le vendre comme engrais.
- La boue, avec addition de 10 pour 100 du mélange ABC, épurerait aussi bien que le mélange seul, et pourrait servir jusqu’à cinq fois consécutivement. C'est pourquoi, une fois pompée dans les réservoirs, la boue peut être menée directement par le tuyau de 0m,07 dans le bassin central n° 1.
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- Le bassin de mélange n° 3 renferme un mélange plus faible que celui du bassin n° 2, et qui est approprié au traitement du sewage pendant la nuit et les heures du matin.
- On emploie environ 400 grammes de mélange ABC par mètre cube de sewage. Pendant la nuit, la dose est si petite qu’on la place dans une trémie, au-dessus de l’ancien réservoir où l’on agite avec la chaux, et qu’elle suffit. Cette installation est représentée figure 22. Le mélange est enlevé par une chaîne à godets, mue par un arbre d’une roue hydraulique qui ne fonctionne que la nuit. Les godets déversent directement par une rigole dans le bassin central n° 1. Le sewage n’est pas brassé pendant la nuit, à cause de sa pureté relative, et la précipitation a tout le temps de s’opérer dans les bassins, vu le moindre volume.
- La moyenne de 50 analyses du sewage épuré de Leamington, fournies par les'inventeurs, indiquait la présence par litre de :
- Matières organiques............................. 0gr,020
- — minérales.............‘.................. 0 ,241
- 0 ,261
- Ammoniaque........................ ........... 0 ,114
- L’analyse moyenne de l’engrais obtenu donnait la composition suivante :
- Eau........................................... 14gr,7
- Matière organique................................ 22 ,4
- Phosphate de chaux................................ 9 ,6
- Sels terreux et alcalins.......................... 11 ,2
- Silicates insolubles.............................. 42 ,7
- 100 ,6
- Azote......................................... 4 ,22
- La couleur et l’odeur de cet engrais sont analogues à celles du terreau. Mis en tas avant d’être tamisé, il s’échauffe promptement et donne des émanations ammoniacales comme le guano. L’engrais le plus riche tenant jusqu’à 6 0/0 d’ammoniaque se retirait du bassin le plus éloigné où parviennent les matières les plus légères qui flottent dans la dissolution après mélange avec les réactifs.
- On extrayait, de 100 mètres cubes de sewage, 180 kilogrammes d’engrais, soit, par jour, environ 5 tonnes que l’on vendait de 85 à 90 fr. la tonne.
- Les eaux de la rivière Leam, par suite de l’alun et des sels qui subsistent dansle sewage rejeté par les bassins, étaient plus limpides enavalde l’usine qu’en amont; les boues déposées sur les rives avaient la couleur de l’argile et étaient inodores ; le poisson se montrait de nouveau en abondance.
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- Nous avons emprunté cette description, très-sujette à critique, comme on le verra plus loin, aux titulaires du brevet Sillar.
- M. Ellis reconnaissait déjà, en effet, que le sewage après traitement, bien qu’il renfermât seulement 0,025 par litre de matière organique et des traces d’ammoniaque, demeurait trouble au sortir des réservoirs, et qu’il était nécessaire de le filtrer, afin de plaire aux yeux du public dont la promenade favorite est côtoyée par la Leam. Ce filtre, qui avait 60 mètres carrés environ et 0m,6Q de pression, achevait de donner la limpidité au sewage épuré qui s’écoulait pendant le jour, à raison de 90 mètres cubes à l’heure1.
- Les analyses fournies par les brevetés à l’appui de leurs opérations ont mérité bien d’autres observations.
- A première vue, on s’expliquait difficilement l’action homœopathique du sang faisant partie du mélange. En employant 400 grammes de mélange ABC pour la précipitation d’un mètre cube de sewage, soit 1 partie de sang sur 2 600 parties du mélange, on ne mettait réellement en œuvre que 15 centigrammes de sang pour l’épuration d'un mètre cube; cette dose est absolument dérisoire.
- Dans l’analyse de l’engrais obtenu, on remarquait la présence de 9,5 pour! 00 dephosphate de chaux, soit, pour l’engrais sec,del 1 pourlOO ; et comme 25 pour 100 de l’engrais proviennent de l’addition de l’argile, du noir, etc., la quantité de phosphate ne serait pas moindre de 14 pour 100 dans le sewage. Or, le sewage de Londres en contient seulement 4 p'our 100. En admettant que les boues mêmes servissent à la précipitation avec addition de 10 pourlOO de mélange neuf, la proportion de phosphate n’en restait pas moins extraordinaire.
- En outre, si l’on ajoute de l’acide sulfurique pour fixer l’ammoniaque, l’analyse aurait dû indiquer la présence de 16 à 17 pour 100 de cet acide. Les brevetés ont annoncé, depuis, que l’on se bornait à fixer l’ammoniaque libre par 4 pour 100 d’acide. Même dans ce cas, on ne peut admettre que les 11,2 de sels terreux et alcalins renferment presque exclusivement des sulfates.
- Enfin, pour fixer le prix de revient des matières employées, les brevetés affirmaient que l’engrais mis en sac pour la vente revenait, à Leamington, à moins de 32 fr. la tonne, y compris tous les frais, voire même l’intérêt du capital engagé. Le prix de vente étant de 85 fr., le bénéfice réalisé eût été de 53 fr. la tonné.
- A la demande des brevetés, déconcertés par la critique de leurs opérations, MM. Frankland et Morton durent examiner le procédé, depuis plusieurs mois appliqué à Leamington (11 décembre 1869), à la totalité du sewage de la ville. Les résultats des analyses du sewage naturel et du sewage précipité chimiquement, mais non filtré, sont consignés dans
- 1. Engineering, 3 septembre 1869.
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- le tableau suivant.,Us diffèrent notablement de ceux indiqués précédemment par lés brevetés :
- I l DÉCEMBRE 1869. SEWAGE DE Naturel. LEÀMINGT0N Traité par le procédé Sillar.
- Matières en dissolution, total 83,500 94,300
- Carbone organique 4,355 2,803
- Azote organique 2,890 1,334
- Ammoniaque. 5,97 1 4,660
- Azote total combiné. ................. 7,807 5,172
- Chlore. 11,000 9,500
- Matières en suspension, total 152,520 10,800
- Matières minérales . . . 96,240 6,680
- Matières organiques « 56,280 4,120 1
- MM. Frankland et Morton ont tenu, d’ailleurs, à comparer sur le sewage de Leicester, et dans l’usine même de cette ville, le procédé Sillar avec celui par la chaux. Une moitié du sewage fut précipitée par la chaux, suivant la méthode ordinaire, pendant trois jours (30 juillet au 2 août 1868), et l’autre moitié selon la formule des brevetés eux-mêmes.
- Le tableau suivant reproduit les résultats principaux des essais comparatifs en cent-millièmes. Nous ferons remarquer que le sewage naturel, dont l’analyse est indiquée comme la moyenne de quatre essais, est d’un tiers moins chargé que celui de Londres, et de composition peu variable. Dans les deux procédés, la clarification était à peu près la même, en se basant sur la proportion des matières en suspension qui restent dans le sewage, et sur la vue des deux liquides.
- SEWAGE DE LEICESTER DIFFÉRENCES
- DANS DIS SEWAGE TRAITÉ
- 30 JUILLET AU 2 AOUT 1868.
- Naturel. Précipité Traité par le Par la cliaüx. Par le
- par la chaux. procédé Sillar. procédé Sillar.
- Moyenne de 4 jours Moyenne de 3 j. Moyenne de 3 j.
- Matières en dissolution, total. 109,600 91,700 120,000 — 17,900 4-10,4
- Carbone organique.» .. i. 3,012 2,570 2,374 — 0,442 — 0,638
- Azote organique 0,595 0,24 8 0,322 — 0,347 — 0,273
- Ammoniaque 1,945 1,975 3,333 -f- 0,030 4- 1,388
- Azote à l’état de nitrates. . 0,000 0,000 0,000 » »
- Azote total combiné. .... 2,203 1,883 2,243 . — 0,320 4- 0,040
- Matières en suspension, total. 46,910 - 6,130 4,410 —41,780 —42,500
- Matières minérales 19,990 3,190 1,590 » »
- Matières organiques 26,920 1,940 2,820 )) »
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- Sous le rapport des matières en dissolution, on constate que le procédé par la chaux diminue sensiblement leur teneur, tandis que le procédé Sillar les augmente. En effet, dans ce dernier, on ajoute des quantités notables de produits chimiques en dissolution, qui ne se précipitent pas. Certains éléments en suspension dans le sewage naturel sont dissous, il est vrai ; mais, dans le traitement Sillar, il reste plus de matières solides en dissolution après l’évaporation qu’auparavant.
- Pour le carbone organique, l’avantage est au procédé Sillar; pour l’azote organique, qui est beaucoup plus important, parce qu’il provient des matières azotées susceptibles de se putréfier rapidement, les deux procédés, bien que celui par la chaux soit plus efficace, sont loin de satisfaire aux conditions d’innocuité qui assurent le rejet du sewage aux rivières.
- L’ammoniaque en très-grand excès, que renferme le liquide après le traitement Sillar, provient de l’addition de l’alun ammoniacal et surtout de l’action des réactifs sur les matières organiques azotées, en suspension et en dissolution dans le sewage naturel. Cette production est importante au point de vue de l’engrais résultant du traitement. Voici l’analyse des boues séchées à l’air libre. La boue provenant de l’emploi de la chaux, étant alcaline, perd de l’ammoniaque par la dessiccation; tandis que la boue, dans l’autre cas, est acide, et le conserve.
- DÉPÔT OBTENU.
- DÉSIGNATION.
- Traitement Traitement
- Sillar. parla chaux.
- Matières minérales 54 ,772 37,413
- Matières organiques et volatiles 45,228 62,587
- Carbone 24,994 18,865
- Acide, phosphorique 0,496 0,147
- Azote total. 1,943 0,849
- Ammoniaque 0,185 0,090
- L’engrais Sillar étant plus riche en ammoniaque, en azote et en acide phosphorique, a une valeur plus que double de celle de l’engrais Leicester. Il reste à savoir si le coût de l’addition d’ingrédients tels que l’alun, le noir animal, le sang, etc., compense cette plus-value de l’engrais. En tout cas, l’engrais Leicester, qui, d’après l’analyse chimique, devrait valoir 4 6 fr., se vendait 4 fr. 25 la tonne. Cherchons donc à déterminer la valeur de l’engrais Sillar.
- Les commissaires ont constaté qu’à Leamington, 4 444 mètres cubes de sewage avaient été traités en huit heures et demie par le mélange ABC. On en avait extrait 477 kilogrammes de boues déposées dans les bassins, soit les 5/8 des matières tenues en suspension. Pour la précipitation de
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- celle quantité, on avait employé 832 kilogrammes de mélange ABC, dont 545 kilogrammes seulement étaient demeurés dans le dépôt, le reste ayant été entraîné, en dissolution pour la plus grande partie, dans le liquide décanté. Il restait donc 1 022 kilogrammes de matières solides, ou, en ajoutant 7,46 pour 100 d’eau, 1 100 kilogrammes environ d’engrais commercial, dont la valeur théorique, en se basant sur le cours des éléments fertilisants contenus dans le guano, le superphosphate, etc., serait de 43 fr. 40; mais il faut en déduire la valeur des ingrédients. Or, la totalité des ingrédients coûtant 48 fr., la portion qui reste dans l’engrais vaut 14 fr. 45. La valeur de l’engrais dn sewage proprement dit ne serait donc que de 29 fr.; et, pour la réaliser, il a fallu dépenser une somme beaucoup plus considérable, sans compter la main-d’œuvre, la dépréciation du matériel et l’intérêt du capital.
- Les analyses publiées par la Commission démontrent que, dans le cas de Leicester, le sewage épuré renferme plus de trois cent-millièmes d’azote organique en dissolution, et la Commission reconnaît qu’au delà d’un cent-millième, il y a danger à l’écouler dans les cours d’eau. A Lea-mington, les résultats sont encore moins satisfaisants, car le procédé Sillar ne permet de réduire que de 50 pour 100 l’azote organique, et cela dans les circonstances les plus favorables.
- La Commission de 1868 a fait du procédé ABC l’objet d’un second rapport spécial, publié en 1870 b Les brevetés ayant contesté les résultats de la première enquête, soi-disant à cause d’un accident survenu à Leicester, et du temps défavorable à Leamington, pendant les premières expériences des commissaires, ceux-ci consentirent à renouveler à Leamington leurs essais, les 10 et 11 mai 1870. Ils prirent des échantillons du sewage avant son arrivée à l’usine et du liquide à sa sortie, et les soumirent à l’analyse, après avoir tenu note de tous les incidents du traitement opéré en leur présence.
- Les échantillons du sewage brut furent recueillis à 200 mètres environ en amont de l’usine. Le réservoir qui distribuait le liquide épurateur
- ABC dans le sewage renfermait ;
- Alun ammoniacal................................ 452k
- Argile humide. ................................ 304 ,6
- Charbon animal.................................... 6 ,8
- — végétal...................................... 9 ,0
- Sel d’Epsom....................................... 9 ,0
- Sang mélangé à un lait d’argile................ 1,8
- Eau de rivière................................. 5150 litres.
- Le débit de ce liquide dans le sewage était d’environ 954 litres à l’heure.- Après vérification, par l’analyse et par le calcul, de la capacité
- 1. Rivers Pollution Commission (1868), second report, 1 870.
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- du réservoir, on reconnut que le volume d’eau de rivière ajouté au mélange n’était que de 4 600 litres. Les essais ayant duré deux jours, le réservoir à mélange dut être plusieurs fois chargé. Dans l’après-midi de chaque journée, à cause du plus grand volume de sewage à traiter, deux réservoirs à mélange fonctionnaient simultanément.
- Il résulte des calculs établis parles commissaires que, le 10 mai, on avait employé 830 kilogrammes de précipitants solides pour l’épuration de 11 500 mètres cubes de sewage, soit 0k,72 environ par mètre cube. Cette proportion est plus du double de celle indiquée dans le brevet ; bien plus, l’alun, l’élément d’épuration le plus actif, y entrait pour 30,5, au lieu de 23,2 p. 100 spécifiés dans le brevet.
- La proportion de matières précipitantes fut encore augmentée pendant le deuxième jour des essais.
- Les résultats des analyses, en cent-millièmes, sont consignés dans le tableau suivant, après avoir fait la correction due à l’infiltration des eaux de la rivière Leam, dans le liquide traité.
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- 1 SEWAGE MATIÈRES EN DISSOLUTION. - MATIÈRES EN SUSPENSION.
- DE : LEXINGTON. . Total après évaporation. 4 i Carbone organique. ' - Azote organique. Ammoniaque , IIIIWHI 1 Azote à l’état de nitrates. Azote total combiné. Chlore. Minérales. — rac? Organiques. «HBH» mm— Total.
- -40 Mai 4870, i 6,657 ! * K 1 J-H»—IUJ.1M.LL...U i
- •Sewage brut, < . ‘Échantillons de demi en demi-heure , de 11 heures du matin â 7. heures du-soir. » 125,7 1 1,949 9,990 0 10,176 15,30 17,68 33,12 50,80
- Sewage épuré... .. Échantillons de demi en demi- j ! heure, de 12b,30 à 7^,30 | | . du soir. 134,6 1 6,130 . 1,929 11,017 0 11,002 15,30 3,96 4,80 8,76
- * H Mai 4870, - i
- j Sewage.brut, ] • Échantillons de demi en demi-heure, de 7 heuresdu matin i à l*2b,-30. - 110,5 4,833 2,494 7,945 0 9,037 13,00 OC CO 28,36 46,84 «
- t Sewage épuré ! Échantillons de demi en demi-1 heure, de 8 heures du matin à lll,30 de l’après-midi. - 111,5 3,325 2,033 5,103 0 6,235 13,00 i 2,32 5,08 '7,40
- *
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- Les commissaires ont voulu contrôler ces résultats en essayant au laboratoire le mélange employé à Leamington, dans les mêmes proportions, sur le sewage brut de Londres.
- Il résulte de ces analyses :
- 1° Que, sur les matières en dissolution , celles abandonnées par l’évaporation ont augmenté de moitié en poids ;
- 2° Que le carbone organique, dans les matières en dissolution, a été de 37,5 p. 100 environ ;
- 3° Que l’azote organique n’a pas varié; conséquemment, les matières organiques précipitées ne sont pas azotées et ne peuvent donner aucune valeur à l’engrais ;
- 4° L’ammoniaque a augmenté, parce qu’il en a été ajouté par le mélange ABC plus qu’il n’en a été précipité ;
- 5° Qu’il ne s’est formé aucuns nitrates; '
- 6° Que l’augmentation de l’azote total combiné est due à l’ammoniaque introduite par le mélange, et que le liquide, après épuration, est plus fertilisant qu’avant le traitement;
- 7° Que le chlore n’a pas varié;
- 8° Que les matières en suspension sont presque complètement précipitées, bien que le liquide reste sensiblement trouble.
- Même en mélange avec quatre fois son volume d’eau de rivière, le sewage épuré est odorant et tout à fait impropre à l’admission dans un cours d’eau. L’aspect de la rivière Leam, en aval de l'usine, confirme entièrement ce résultat
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- dû à l’inefficacité-du procédé. D’ailleurs, l’analyse des eaux de la Leam puisées en aval décèle une augmentation déplus du double, dans l’azote combiné.
- L’analyse du précipité recueilli comme engrais, le 10 mai 1870, acidifié par de l’acide .sulfurique étendu d’eau, afin d’empêcher la déperdition de l’ammoniaque, et séché à l’air, résulte comme suit :
- „ ... . ( Carbone
- Matière organique.... 1 .
- j Azote. .
- Ammoniaque. ..................
- Acide phosphorique............
- Argile et matières minérales..
- Eau.............................
- 18,15
- 1,55
- 34,27
- 0,16
- 1,98
- 56,13
- 7,46
- Azote total à Cétat d’ammoniaque °/0, 2,05.
- 100,00
- Pour juger de la valeur fertilisante' d'un pareil précipité, et par là de sa valeur commerciale, il suffit de mettre sa composition en regard de celles du superphosphate et du guano.du Pérou.
- Composition pour 100. Engrais ABC. Superphosphate, Guano.
- Azote combiné 1,695 0,40 14
- Ammoniaque 2,050 0,50 17
- Acide phosphorique (à l’état de phosphate acide de CaO). . . 3,26-0 26,00 7
- Phosphate neutre de CaO.... » 10,00 22
- Sels de soude » » i 8 l
- Potasse » » ( )
- D’après la Commission, 160 quintaux de l’engrais ABC représentent, comme valeur, 20 quintaux de guano ou 55 quintaux de superphosphate.
- MM. Lawes et Gilbert, consultés sur la valeur agricole du précipité, ne lui attribuent pas une vertu plus fertilisante qu’au fumier de ferme, et celui-ci devra être préféré à cause de ses propriétés mécaniques. MM. Miller, Odling et Abel, chargés par le Metropolitan Board of Works d’examiner la valeur de l’engrais, ont conclu dans un sens moins favorable encore que celui de la Commission.
- M. Odling, professeur de chimie à la Royal Institution, appelé devant la Commission, a déclaré que la valeur de l’engrais ABC correspondait à 1/24e de celle, du guano, et a qualifié avec la plus grande sévérité les procédés de la Compagnie. Les inventeurs, à diverses reprises, auraient en effet incorporé différentes matières d’un haut titre à cet engrais, notamment du sulfate d’ammoniaque pour favoriser la vente et donner le change sur les résultats agricoles à en attendre.
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- Le procédé Sillar procure finalement un engrais volumineux, comprenant 83 p. 0/0 de matières inertes, dont la valeur est inférieure à celle des précipitants, et qui ne permet pas de recouvrer les dépenses de fabrication; déplus, les manipulations pour l’extraire et le sécher créent une atmosphère infecte, nauséabonde surtout en été, qui nécessite l’éloignement des usines de tous lieux habités. Le liquide décanté, bien que très-fertilisant, doit être rejeté à la rivière. Enfin, les ingrédients coûteux employés à la précipitation sont en partie perdus.
- On trouve dans le North British A griculturist1 les résultats de fumure avec l’engrais ABC, dans un sol argileux, léger et fertile. Deux hectares de mangolds avaient reçu, outre du fumier de ferme, 630 kilog. d’un mélange de guano et de superphosphate; deux autres hectares, également fumés avec du fumier, avaient reçu 630 kilog. de guano ABC. Dans la première pièce, le poids des racines a été évalué à 43 tonnes à l’hectare, et dans la seconde, à 20 tonnes seulement.
- Les turneps offraient une différence plus sensible encore pour le fumier et le guano ABC, dans une terre légère, à sous-sol de gravier. Avec le fumier, la récolte pouvait s’évaluer à 30 tonnes en moyenne à l’hectare, tandis qu’avec le guano natif elle n’atteignait pas 10' tonnes. La valeur, dans le premier cas, était de 433 fr., et, dans le second, de 120 fr. à l’hectare.
- Dans d’autres fermes du comté de ICincardine, les essais de l’engrais ABC ont été également défavorables.
- Hastings. — En même temps quelle poursuivait ses essais à Leaming-ton, la Compagnie du native guano, ayant augmenté son capital, obtenait de la municipalité de Hastings d’appliquer le procédé Sillar au sewage de cette ville. Le volume de sewage traité journellement en 1870 était d’environ 7 000 mètres cubes. Le réservoir où débouche le collecteur mesure 60 mètres de longueur, 3 mètres de largeur et 7 mètres de profondeur. L’usine de la Compagnie comprend, comme à Leamington, deux bassins de mélange munis d’agitateurs, une suite de bassins de décantation et un extracteur des boues qui sont traitées par l’acide sulfurique et séchées par la vapeur perdue des chaudières. L’usine devait produire 5 tonnes et demie d’engrais par jour, soit environ 38 tonnes par semaine, et livrer couramment la tonne d’engrais au prix de 90 à 100 fr. Mais si la vente s’est effectuée suivant l’attente des concessionnaires/ ce dont il est permis de douter, la production, à cause du manque d’étuves efficaces, n’a été que de 15 tonnes pamsemaine.
- Villes diverses. — En attendant, d’autres villes importantes, Tvvi-ckenham, Richmond, Leeds, Bol ton, Sheffield, Southampton, etc.,
- 1. 26 octobre 187t.
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- entraient en pourparlers avec la Compagnie pour l’application du procédé.
- Twickenham. — Le Conseil de salubrité de Twickenham avait agréé l’offre de la Compagnie, d’installer le traitement aux portes de Londres, à la condition, s’il réussissait, que le Conseil rembourserait les frais d’installation. Depuis, la Compagnie a préféré s’établir à Londres même, pour y traiter le sewage de la rive sud.
- Richmond. —• Le Conseil sanitaire de Richmond a soumis deux échantillons de sewage de la ville au procédé du fdtrage et à celui de Sillar. Le docteur Letheby, chargé des analyses des liquides, a constaté que les matières en suspension et une grande partie des matières en dissolution étaient enlevées par la précipitation. Ainsi, par rapport au sewage de Londres, ce chimiste a obtenu par litre la composition suivante :
- DÉSIGNATION. SEWAGE
- DE LONDRES. DE RICHMOND
- Filtré. Précipité.
- Matières organiques solubles. OS1’, 2 14 Ogr,134 OSr, 119
- Matières minérales en suspension.. .. 0 ,314 0 0
- Matières organiques en suspension.. . 0 ,230 0 1 0 i
- Le sewage de Richmond, après traitement par le procédé ABC, pourrait être rejeté sans inconvénient dans la Tamise.
- Bolton. —r La ville de Bolton (Lancashire) a signé, en 1870, un traité avec la Compagnie pour établir à ses frais une usine, et appliquer le procédé, Les travaux ont commencé au mois d!octohre 1871. La Compagnie aura droit, comme redevance, à 25 p. 100 du guano obtenu.
- Southampton. — La municipalité de Southampton a également promis la cession du sewage à la Compagnie, soit de 7 500 à 9 000 mètres cubes par jour, moyennant que la Compagnie installe l’usine dans le délai de six mois.
- Sheffield. — A Sheffield, le Conseil local, qui a voté les fonds nécessaires à la construction des collecteurs, se propose d’appliquer le procédé à une partie du sewage, avant de l’étendre à la totalité.
- Lceds. — A Leeds, les autorités municipales ont traité avec la Compagnie pour la construction, à leurs frais, d’une usine expérimentale des-
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- tinée à l'épuration journalière de 9 000 mètres cubes qui forment le cinquième du débit quotidien des égouts. Au cas de réussite, la ville s’engage à construire l’usine nécessaire pour le traitement de la totalité parla Compagnie, moyennant l’abandon par celle-ci d’une part des bénéfices réalisés.
- Dans une communication à l’Association pour les sciences sociales, à Leeds1, M. Rawson, le directeur de la Compagnie, a décrit le procédé en usage dans l’usine expérimentale. La précipitation du se-wage s’obtient par quatre matières, au lieu de six, précédemment employées2. L’alun a été remplacé par du sulfate d’alumine brut qui serait aussi efficace et plus économique. Les^doses de ces matières varient suivant la composition du sewage à traiter, ce qui rend indispensable une' étude très-sérieuse des variations horaires des liquides, suivant que les manufactures y écoulent ou non leurs résidus.
- Quant à l’engrais résultent du procédé, M. Rawson opposait certains résultats obtenus par les agriculteurs dans la pratique, à ceux signalés par les chimistes contraires au système. Les demandes de cet engrais auraient de beaucoup dépassé les moyens de production. La Compagnie en avait vendu plus de 30 000 sacs au prix de 85 fr. livré aux usines. Il annonçait que les décisions des commissaires du sewage contre le procédé s’expliquaient par les conditions défavorables dans lesquelles les expériences s’étaient faites à Leamington.
- L’installation nécessaire pour l’application du procédé exigerait une dépense vingt fois moins considérable que celle de l’irrigation. La ville de Blackburn devait dépenser quatre millions et demi de francs pour l’établissement d’une ferme à sewage ; en adoptant le système ABC, la dépense eût été réduite à 375000 fr. Enfin, le système ABC réussirait commercialement. Même dans le midi de l’Angleterre, où la houille et les produits chimiques sont plus dispendieux que dans le nord, le guano natif ne reviendrait qu’à 35 ou 45 fr. la tonne, ce qui laisse un bénéfice net de 50 fr. par tonne.
- L’usine destinée au traitement du sewage de Leeds est située à Knos-trop, au sud-est de la ville, près de la rivière Aire. A droite de l’entrée s’élève une cheminée de 27 mètres de hauteur, qui reçoit les produits de la combustion de deux chaudières, de 30 chevaux de force chacune, et
- 1. Octobre 187t.
- 2. Formule du mélange employé à Leeds en 1871 :
- En poids.
- Sulfate d’alumine.............................. 400
- Sang. ......................................... 10
- Argile.. . , . ........................ 2240
- Charbon (bleu de Prusse). . ................... 400
- Total............ 3050
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- les gaz de quatre étuves ou séchoirs, de mille pieds carrés chacun. Ces séchoirs sont chauffés par la vapeur qui circule sous les planchers où l’on dépose le précipité fluide. Un courant d’air chaud, venant, des carneaux des bouilleurs, lèche la surface du précipité boueux et gagne la cheminée; pour augmenter la dessiccation par l’air chaud, on tient, à peu de distance de la surface, un couvercle ou toit mobile qui accélère le tirage et évite la déperdition de chaleur. Les bassins de précipitation n’offrent aucune nouveauté. Le bassin de dépôt ou de décantation, situé au sud-est de l’usine, mesure 52 mètres de longueur sur 7m,30 de largeur et 3m,65 environ de profondeur.
- Les membres de l’Association ont profité de leur séjour pour rendre visite à l’usine de la Compagnie installée à Knostrop, se rendre compte du procédé et contrôler les assertions du directeur. L’usine était inachevée; mais la Compagnie y traitait déjà une certaine quantité de sewage avec l’installation établie par l’ingénieur Ovenden.
- Les visiteurs, tout en se convainquant que les matières employées par la Compagnie pour la précipitation étaient réduites à quatre, le sulfate d’alumine, le sang,l’argile etle charbon végétal, ont constaté que l’ammoniaque dissoute échappaitàl’action de ces matières, dans le liquide résidu. M. Wyld, chimiste de la Compagnie, avait tenté d’expliquer que le mélange intime du sulfate d’alumine, substitué à l’alun ammoniacal, avait pour conséquence, par suite de la précipitation de l’alumine, de mettre en liberté l’acide carbonique, ce qui permettait à l’acide sulfurique de se combiner avec l’ammoniaque en dissolution. Il lui fallut reconnaître, à Leeds, que cette ammoniaque n’était nullement précipitée et que le liquide de décharge l’entraînait entièrement. La perte de l’ammoniaque dans l’engrais final constituant une perte des 7/8 de la valeur fertilisante du sewage, ou en d’autres termes une valeur de 25 fr..pour l’engrais ABC, au lieu de 90 fr., les agents de la Compagnie ont attribué alors à une vertu spéciale, mystérieuse, des matières fertilisantes à l’état solide, les résultats obtenus dans la culture et la vente de leurs engrais. N’eût-il pas mieux valu avouer que ces résultats ayant été obtenus sans aucun contrôle scientifique, la vente n’avait eu lieu que sur les déclarations des prospectus de la Compagnie1?
- D’ailleurs, sur les instances pressantes de M. Hope, le directeur Rawson avait dû admettre que l’analyse déjà publiée du guano natif, indiquant une teneur de 4,5 d’ammoniaque et de 9 pour 100 de phosphate, correspondant à une valeur de 125 fr. par tonne, était erronée; ce qui revenait à accepter comme bonnes les analyses de MM. Voelcker et Frankland.
- J. Pollution of rivers, bv W. Hope. London, (873, page 11.
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- Jïssais à Londres. — Le Metropolitan Board of toorks avait autorisé la Compagnie à installer une usine expérimentale à l’est de la station des pompes de Crossness, pour y traiter pendant douze mois, sous la surveillance du Conseil, une partie du sewage de la rive sud de Londres.
- Crossness est le point situé entre les marais de Plumstead et ceux d’Erith, à cinq kilomètres en amont de Woolwich, sur la Tamise, où le sewage du collecteur principal de la rive sud de Londres est élevé par des pompes dans un réservoir couvert, avant d’être écoulé, suivant la marée, dans le fleuve. Quatre puissantes machines à vapeur, représentant ensemble une force de 500 chevaux, sont employées à élever à trois et quatre mètres 223 000 mètres cubes en moyenne par jour; elles pourraient élever le double, le volume que les machines peuvent débiter étant de 280 mètres cubes par minute.
- Au cas où l’usine de la Compagnie du natif guano offrirait des causes d’insalubrité, le procédé pouvait être, aüx termes du traité avec la ville, immédiatement arrêté. La Compagnie s’établit à ses risques et périls pour traiter, pendant une année, 2 300 mètres cubes par 24 heures, soit 1 p. 100 environ du volume total; elle avait droit à tous les produits obtenus dans le traitement. Le Board of Works, de son côté, se réservait un droit absolu d’immixtion pour contrôler le procédé. M. Keates, chimiste-conseil du Board, etM. Houghton, ingénieur de la station des pompes, étaient chargés de suivre dans ses moindres détails cette expérience, sur laquelle la spéculation a basé des espérances bien peu justifiées, puisque sur un capital porté à 2 500 000 fr., avec 2125 000 fr. versés, les actions de 125 fr., que l’on ne trouvait pas à vendre, ont atteint en peu de temps le cours de 1 000 fr.
- L’usine expérimentale a fonctionné depuis la fin d’octobre 1871. Le sewage est pris sur la galerie qui mène au réservoir, à une profondeur de 5 mètres au-dessous du niveau de l’usine. Une machine horizontale à haute pression, de la force de 15 chevaux, avec course de 0^,61, fait mouvoir les pompes qui débitent le sewage dans un réservoir cylindrique en tôle, avec arbre à palettes. Le sewage débouche à la partie inférieure du réservoir par un tuyau où s’écoule également le liquide du mélangé ABC. Les fluides pénétrant par le bas du cylindre, une pression est-nécessaire pour assurer récoulement supérieur. Le réservoir est, en conséquence, maintenu plein, et l’arrivée du liquide correspondant à la sortie est d’environ 27 litres par seconde.
- Le mélange liquide ABC, ajouté au sewage dans la proportion de 1 pour 100 environ, soit de 23 mètres cubes pour 2 300 de sewage par jour, comprend de 2 à 3 parties de sulfate brut d’alumine, 3 parties de noir animal, 10 parties d’argile et de 1 à 2 parties de sang, En mélange avec 82 ou 84 parties d’eau, le précipitant, qui diffère notablement de ceux précédemment formulés, sert à la défécation de 10000 parties
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- de sewage naturel. Le sulfate d’alumine est obtenu en traitant de l’argile, préalablement desséchée à l’aide de la chaleur perdue des bouilleurs, par de l’acide sulfurique. Le sang est mélangé, avant coagulation, avec de l’argile humide ; et, pour cela, on le recueille aux abattoirs dans des tonneaux pleins d’argile. Un moulin pour le broyage de l’argile et des autres ingrédients, attenant à la salle des mélanges, absorbe 2 chevaux de force.
- Quatre bassins plats, avec agitateurs, servent à la dissolution des acides et des alcalis que l’on fait couler respectivement pour les mélanger dans un cinquième bassin d’où le fluide, prêt pour la défécation, est élevé dans le cylindre-réservoir.
- Dans le réservoir, l’agitation procède assez activement pour qu’aucun dépôt ne s’y fasse. C’est dans six bassins, juxtaposés extérieurement et construits en béton, au niveau du sol, que s’écoule, pour s’y déposer, le fluide du réservoir. Chacun de ces bassins mesure 15 mètres de longueur, 6 mètres de largeur et 2m,45 de hauteur. Un canal, venant du cylindre où s’effectue le mélange du sewage avec les réactifs ABC, suit le bord de la rangée des bassins, de telle sorte que le sewage puisse être admis à volonté dans l’un ou l’autre, par des vannes appropriées'. Chaque bassin, une fois rempli, reste six heures au repos, afin que le précipité puisse s’y déposer. Un canal en briques, dont le fond est enduit de ciment, entraîne hors de l’usine les eaux qui surnagent, parallèlement à la rivière. Dans son parcours de 120 mètres environ au nord des bassins, le canal, d’une largeur de 1m,20, très-peu profond, offre une demi-douzaine de chutes, destinées à produire des cascades, avant que le liquide ne débouche dans la Tamise.
- Près des bassins de dépôt, on a également construit des filtres pour pousser aussi loin que possible, s’il y avait lieu, l’épuration du liquide déféqué.
- La boue des bassins est entraînée au midi par un canal, qui conduit dans une série de six réservoirs couverts, parallèles, mesurant 3m,65 de côté sur1m,22 de profondeur. La boue séjourne quelque temps dans ces réservoirs ; on fait écouler le liquide surnageant pour le ramener à la pompe, et l’on traite la boue par de l’acide sulfurique qui fixe l’ammoniaque. On calcule sur un demi-litre d’acide du commerce par tonne de boue.
- La dessiccation des boues s’opère dans des étuves semblables à celles déjà établies à Hastings et à Leeds, ou par un appareil de l’invention de M. Gibbs, qui consiste en un cylindre légèrement incliné, à révolution lente, dans lequel est insufflé un courant d’air chaud à l’intérieur de la surface, suivant une direction parallèle à l’axe.
- La Compagnie comptait sur une production moyenne* par jour, de quatre tonnes d’engrais, pour 2300 mètres cubes de sewage, le travail devant se faire d’une manière continue, nuit et jour.
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- La dépense de l’usine expérimentale de Crossness, dontM. Ovenden est l’ingénieur, était évaluée à 175000 fr., et le fonds de roulement à 25 000 fr. Les circonstances particulières de l’essai, que la Compagnie a voulu rendre aussi complet que possible, ont fait augmenter les dépenses : mais la Compagnie pensait qu’avec 125 000 fr. et de 25000 à 30 000 fr. de fonds de roulement on peut assurer l’épuration du sewage d’une ville de 20 000 âmes, d’autant plus que l’usine de Crossness est disposée pour traiter au besoin 3 500 mètres cubes par 24 heures.
- Conclusions. — Le procédé ABC, condamné au point de vue scientifique et expérimental par les chimistes les plus compétents de l’Angleterre, sans omettre le professeur Raumhauer de Harlem, qui visita l’usine de Hastings, ne résiste pas à l’examen pratique sous le rapport des produits livrés pour la fertilisation du sol. Il n’est donc pas surprenant que, malgré la faveur en bourse des titres de la Compagnie, la situation commerciale ne fût pas des plus brillantes.
- Dans la dernière assemblée générale des actionnairesl, le conseil d’administration de la Compagnie du native guano a fait connaître l’état de ses entreprises.
- Ainsi, à Leeds, en attendant l’achèvement des travaux d’installation pour le traitement de la totalité du sewage, les essais se sont continués sur un volume moyen de 7 à 0 millions de litres par jour, à la satisfaction des autorités. La dessiccation du précipité s’effectuait sans difficulté, en combinant la pression avec réchauffement dans les cylindres.
- A Bolton, l’engrais, dont on fabriquait 20 tonnes par semaine, revenait à 33 francs la tonne, sans tenir compte des frais d’entretien, de l’intérêt du capital engagé et des dépenses de mise en sac. Le bénéfice de la Compagnie était susceptible de s’accroître par l’extension à donner à la fabrication. Le liquide traité pouvait, d’après M. Crooks, être écoulé sans danger à la rivière.
- A Pàris, une petite usine expérimentale avait été établie pour démontrer l’application du procédé au sewage de cette ville, et la valeur assignée par M. Crooks à l’engrais fabriqué serait de 90 fr. 50; l’eau de décharge renfermait seulement un demi pour cent d’azote.
- A Crossness (Londres) les travaux avaient été livrés au contrôle du Board of works, depuis le 1er septembre 1872. On avait fait quelques essais de fumufe sur la culture du blé [golden crop), constatant la supériorité de l’engrais ABC. Mais le rapport de l’ingénieur municipal, "M. Bazalgette, n’avait pas encore été communiqué à la Compagnie.
- Ce rapport, appuyé sur les conclusions du chimiste Keates, ne s’est pas fait attendre; car,vdans sa séance du 31 janvier 1873, le Metropolitan
- 1. The Times, 9 janvier 1873.
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- board, considérant que le procédé ABC ne donnait aucune satisfaction aux intérêts des contribuables, fixait au 30 avril suivant l’enlèvement par la Compagnie de toute son installation de Crossness. Cet arrêt porte le dernier coup à une spéculation qui aura fait malheureusement beaucoup trop de dupes.
- b. PROCÉDÉ HOLDEN.
- Le procédé de MM. Houzeau et Devedeix, breveté en Angleterre1, a été appliqué par M. Angus Holden à Bradford, dans le comté de York, où il était connu sous le nom de procédé Holden.
- D’après le brevet communiqué à la commission de 1868, l’invention a pour but de purifier les eaux provenant des usines, des habitations,
- • des lieux d’aisance, des égouts, et enfin toutes les eaux sales rejetées comme inutiles, à l’aide de substances minérales ou d’origine végétale, mélangées ou combinées avec la chaux. Les matières sont les suivantes:
- 1° Leslignites en général (d’origine végétale) fournis par la décomposition des plantes qui n’ont pas subi entièrement la transformation en houille, friables ou non, et de toutes couleurs.
- 2° Les lignites artificiels, que l’on peut obtenir au moyen de houille à l’état de pureté, de cendres de houille brûlée, de coke résultant de la carbonisation delà houille, et enfin de charbon de bois et de tous charbons artificiels, avec du sulfate de fer communément désigné sous le nom de couperose.
- 3° L’argile de potier mélangée avec les substances dénommées dans le paragraphe précédent.
- 4° La chaux, qui doit toujours être employée concurremment avec une des substances ci-dessus mentionnées, après avoir été éteinte.
- La proportion de lignites à employer varie entre 2 et 3 grammes environ par litre, et la proportion de chaux entre \ et 3 grammes par litre également, selon la nature des eaux à traiter. La proportion de houille, de cendres, de coke et des charbons naturels ou artificiels, varie entre 2 et 6 grammes d’après leur richesse, la chaux étant ajoutée dans les proportions ci-dessus indiquées.
- On fait usage de ces matières, en les jetant dans le liquide à purifier ou en les mettant en dissolution dont la densité varie selon la pureté plus ou moins grande du liquide, en ayant soin de les additionner toujours de chaux. Les mélanges effectués, une coagulation s’opère : le dépôt a lieu presque aussitôt; il comprend la matière organique, et l’eau devient limpide.
- Le dépôt ou résidu convenablement séché peut être employé avec
- 1. Au nom de Henri-Adrien Bonneville, 10 novembre 1866 — 5 janvier 1867.
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- avantage comme engrais; sa proportion dépend de la densité plus ou moins élevée du liquide à purifier.
- B 7'ad for d. — MM. Frankland et Morton, membres de la Commission de 1868, ont assisté à Bradford au traitement par le procédé Holden, et ont recueilli des échantillons qu’ils ont analysés. On traitait alors environ 6 000 hectolitres d’eaux d’égout par jour. Ces eaux, amenées à partir du collecteur par un branchement dans un bassin spécial, recevaient le mélange du sulfate de fer, de chaux et de poussier de charbon, puis circulaient pendant vingt minutes dans une série de bassins de dépôt. L’eau qui sortait du dernier bassin avait une teinte jaunâtre, mais une transparence parfaite, Voici en cent millièmes les résultats des analyses du sewage, avant épuration, recueilli à chaque heure, et du sewage après épuration, recueilli de même pendant 1S heures consécutives.
- OCTOBRE ET NOVEMBRE 1869. SEWAGE Dï Avant 1’ épu ration. ! BRADFORD Après 1’ ép u ration .
- Matières totales en dissolution • 95,000 144,400
- Carbone organique 9,505 5,858
- Azote organique 0,926 1,215
- Ammoniaque 2,771 1,279
- Azote à l’état de nitrates et de nitrites... . » 0,265
- Azote total combiné 3,208 2,533
- Chlore 6,800 6,500
- Matières totales en suspension 86,500 traces.
- Matières minérales 21,700 traces.
- Matières organiques, 64,800 Ô
- Ainsi, tandis que ce procédé, comme beaucoup d’autres déjà mentionnés, sépare la totalité dès matières en suspension, il n’a aucune action sur les matières organiques putrescibles qui sont en dissolution. Bien plus, si l’on compare l’azote organique contenu dans les matières organiques dissoutes, il augmente leur quantité. Ceci s’explique par la dissolution de matières organiques qui se trouvaient à l’état de suspension dans les eaux, avant l’introduction des réactifs.
- Les commissaires en concluent que les eaux ne peuvent être rejetées à la rivière sans l’infecter. En outre, la très-grande quantité de chaux et de sulfate de fer ajoutée n’a pas seulement pour résultat d’accroître énormément la quantité de matière solide endissolution; mais, par leur décomposition réciproque en oxyde hydraté de fer et en sulfate de chaux, ces réactifs communiquent aux eaux épurées un tel degré de dureté, que leur mélange avec des eaux destinées aux usages industriels et économiques offre des inconvénients graves
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- Le procédé Holden, en séparant les matières en suspension, et une faible quantité d’ammoniaque qui se dégage, du reste, pendant la dessiccation du dépôt, fournit un engrais à peu près sans valeur. En effet, l’analyse des boues des passins, mélangées et séchéès à l’air libre, indique pour 100 parties :
- Matières minérales. ........................................ 50,35
- Acide phosphorique..................... 0,3
- Matières organiques et volatiles. . ........................ 43,01
- Ammoniaque............................. 0,004
- Azote organique........................ 0,555
- Eau......................................................... 6,64
- ; 100,00
- La quantité d’ammoniaque avant dessiccation était seulement de 0,009. Un pareil engrais n’a pas de valeur agricole.
- La corporation de Bradford s’est vue obligée d’abandonner ce procédé. Des fonds ont été alors votés pour l’installation dés bâtiments dans lesquels doit opérer une compagnie de sewage [titration1. Cette installation, confiée aux ingénieurs Barry et fils, de Liverpool, comprend dés bassins de dépôt et des filtres, sous toiture en tôle supportée par des colonnes en fonte.
- Reims. — Le procédé Holden avait été essayé par ses inventeurs,MM. IIou-zeau et Devedeix, à Reims, et même proposé comme moyen d’assainissement de la rivière de Yesle. Avant que nous eussions examiné de près la question, nous exprimions au Congrès agricole de Nancy notre crainte «que, malgré la richesse des eaux de Reims, chargées de détritus « des teintureries et des lavages de laines, le prix de revient des produits « fabriqués ne fût trop élevé relativement à leur efficacité comme en-« grais. L’idée de briquettes combustibles, ajoutions-nous, est tout au « moins bizarre. Nous nous garderons de la recommander pour l’àgri-« culture2. »
- MM. Houzeau et Devedeix proposaient, en effet, d’utilisér les résidus précipités par la houille et le lignite, sous forme d’agglomérés, comme Combustible. En 1868, ils acceptaient le canal, les égouts, les siphons tels qü’ils se comportaient ou tels que devaient les modifier les travaux en cours à Reims, et offraient à la municipalité leur mode de traitement, selon eux, efficace et économique, par lequel les eaux des égouts seraient rejetées dans la Yesle à l’état limpide.
- A la suite d’essais de précipitation du sewage, dont ils ont rendu
- \
- 1. Octobre 1871.
- 2. Comptes rendus des travaux du Congrès agricole libre tenu à Nancy, 1869.
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- compte1, avec des mélanges de sulfate de fer et de chaux, de lignite et de chaux, de houille, de sulfate de fer et de chaux, une Commission, présidée par le maire de la ville de Reims, fut chargée de contrôler les résultats (en écartant l’utilisation du résidu comme combustible), dans le local même où avaient eu lieu les expériences des inventeurs.
- Quatre analyses complètes de M. Maridort, sur un mètre cube d’eau vanne de l’égout de Clairmarais, le plus chargé de tous, avaient fourni à MM. Houzeau et Devedeix la composition moyenne suivante :
- Matières solides en suspension ou dissoutes.
- Organiques Minérales..
- 2k,322
- lk,46t
- Total................. 3k.,783
- Acide phosphorique.................. traces.
- Ammoniaque formée....................... 0,0052
- Azote des matières organiques........... 0,0300
- Azote total............................. 0,0342
- L’analyse moyenne, obtenue également par M. Maridort, des houes sèches provenant de la défécation des eaux de l’égout de Clairmarais, indiquait, sur 100 parties :
- Matières minérales........
- Acide phosphorique
- Matières organiques.......
- Azote.............
- Eau.......................
- Total............... 100,0
- ................... 65,2
- 0,15
- ................... 34,8
- 0,52
- ................ 0,0
- Nous n’avons pas à rappeler ce qui a été dit précédemment sur l’insuffisance d’analyses où l’on se borne à indiquer le poids total des matières dissoutes et en suspension, sans distinguer les unes des autres, ni les matières d’origine animale de celles d’origine végétale par le dosage du carbone, et sans.doser l’azote à l’état de nitrates et de nitrites, etc.— Il résulte de ces analyses incomplètes que l’on ne peut se rendre compte du degré d’épuration obtenu par les divers réactifs. Ce qui est certain, c’est que, pour le sewage le plus chargé de Reims, celui de l’égout de Clairmarais, le dépôt obtenu et séché au point de ne plus renfermer d’eau est loin d’être aussi riche que celui obtenu à Bradford. Ce que nous avons dit plus haut pour ce dernier s’applique donc à fortiori à l’engrais de Reims. Aussi pouvions-nous conclure, dans notre article spécial2, que, « quel que fût le résultat définitif obtenu et sanctionné par « la Commission rémoise, la précipitation chimique ne pouvait être
- t. Houzeau et Devedeix. — Mémoire sur un projet d'épuration des eaux de lu ville de Reims, 1868.
- 2. Journal d’Agriculture pratique, tome 1, 1870.
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- « considérée que comme un accessoire, un complément de l’irrigation,
- « lorsque celle-ci est possible. L’épuration donne un résultat négatif « pour l’agriculture et dispendieux pour les villes ou pour les contrac-« tants. »
- Le traitement essayé à Bradford, et contrôlé par la Commission parlementaire de 1868, confirmait pleinement ces conclusions. Malheureusement, la Commission rémoise ignorait les expériences de Bradford, et, avec un zèle digne d’une meilleure cause, elle décidait de répéter en grand les essais de MM. Houzeau et Devedeix, pour constater que « l’emploi combiné de la chaux et des cendres pyriteuses avait des effets très-supérieurs à ceux que produit la chaux seule. »
- Cette décision a été appuyée sur un volumineux mémoire où le rapporteur a résumé sans ordre beaucoup de travaux devenus déjà, à cette date, sans objet, et en omettant les résultats les plus récents qu’une simple visite en Angleterre eût permis de constater1. Après une discussion plus qu’incomplète des conditions de l’irrigation praticable aux environs de Reims, la Commission exprimait un avis, depuis longtemps formulé avant elle : c’est que « nul procédé de décantation ou de « filtration employé seul ne saurait épurer les eaux des égouts de « Reims et remédier d’une manière suffisante à la corruption de la « Vesle; » mais elle ne craignait pas de se contredire en recommandant de renouveler des expériences suffisamment prolongées du procédé Houzeau sur la totalité du sewage de la ville.
- C. PROCÉDÉ LENK.
- Tottenham. — Le procédé Lenk, fondé, comme celui de Sillar, sur la propriété épurante de l’alun, a été essayé pendant plus d’une semaine à Tottenham, avec de bons résultats. On employait de 150 à 175 kilog. de réactif par jour, pour environ 3000 mètres cubes de sewage^ soit une tonne environ par semaine, moyennant une dépense de 160fr. Après dépôt, l’eau était très-claire et inodore 2.
- Le docteur Yœlcker a analysé les échantillons du sewage et du dépôt pour le Conseil de salubrité de Tottenham. La composition d’un litre de sewage et celle du liquide épuré sont ici données, en regard Tune de l’autre.
- 1. Rapport à M. Dauphinot, maire de la ville de Reims, par M. üuchataux, président de la commission, rapporteur. Reims, 187(1.
- 2. Report to lhe Tottenham local hoard of healtli on the disposai of the sewage of their district. May, 1870, page 30.
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- SEWAGE DÉ TOTTENHAM
- DÉSIGNATION.
- Naturel. Epuré.
- I. Matières en suspension.
- a. Matières organiques 3,217 0,011
- b. Matières minérales 2,026 0,032
- Total 5,243 0,04 3
- II. Matières en dissolution.
- Matière organique 0,603 0,138
- Oxydes de fer et d’alumine 0,003 0,002
- Acide phosphorique 0,054 traces.
- Chaux 0.207 0,166
- Magnésie. 0,072 0,045
- Potasse 0,056 0,046
- Soude.- 0,017 0,206 0,014 0,202
- Chlorure de sodium
- Acide sulfurique 0,014 0,285
- Silice soluble 0,009 0,008
- Acide carbonique et perte 0,057 —
- Total. 1,298 0,906
- Cette composition peut se représenter encore comme suit :
- SEWAGE DE TOTTENHAM
- DÉSIGNATION.
- Naturel. Épuré.
- I. Matières en suspension.
- Matière organique 3,217 0,011
- Matière minérale .2,026 0,032
- II. Matières en dissolution.
- Matière organique et sels ammoniacaux1. 0,603 0,148
- Matière minérale ... 0,695 0,758
- Total 6,541 0,949
- 1. Comprenant ,: Ammoniaque 0,139 0,060
- La totalité de l’azote par litre de sewage naturel étant de 0^,584, celle par litre de sewage épuré d’après le procédé Lenk est de 0,060. Ainsi, non-seulement la matière en suspension est pratiquement précipitée, mais encore une forte proportion de matière organique soluble a disparu. Le docteur Yœlcker, sans se prononcer sur l’économie et la pratique du procédé, conclut que le sewage épuré peut être rejeté sans inconvénient dans la rivière.
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- L'échantillon du précipité obtenu par le procédé Lenk a donné à l’a-nalvse :
- Eau..................................................... 86,18
- Matière solide (à 100° C),. ............................ 13,82
- 100,00
- La matière solide, séchée à 100° G, a donné p. 100 :
- Matière prganique...........................
- Contenant : Azote............. 1,86
- Égal à Ammoniaque............. 2,26
- Oxydes de fer et d’alumine......................... .
- Chaux...............................................
- Magnésie............................................
- Potasse..............................................
- Soude...............................................
- Chlorure de sodium............................, ....
- Acide phosphorique..................................
- Égal à Phosphate tribasique de chaux. . 10,71
- Acide sulfurique....................................
- Silice insoluble.................................
- Acide carbonique et perte...........................
- 42,26
- 4,44
- 13,91
- 2,30
- 0,59
- 0,51
- 0,09
- 4,91
- 0,33
- 24,14
- 6,52
- 100,00
- À l’état parfaitement sec, ce dépôt peut valoir pour le fermier 52 fr. 50 la tonne. Mais cet état de siccité n’est guère réalisable en pratique. Même à l’état de poudre, il contiendrait encore de 1 /4 à 1 /3 de son poids d’eau, et la valeur se réduirait en conséquence à 30 ou 37 francs la tonne.
- Le procédé Lenk a cet avantage sur celui de la chaux, qu’il n’introduit pas dans le précipité des matières volumineuses inertes.
- Lincoln. — La ville de Lincoln a institué des essais du procédé Lenk au mois d'août 1868, pour la désinfection de la rivière Witham, entre les portes du canal qui traverse la cité sur une longueur dfun kilomètre environ. Les biefs, dont la largeur et la profondeur varient, renfermaient, au moment des essais, un volume d’eau de plus de 20 000 piètres cubes. La rivière était exceptionnellement sale et stagnante depuis six semaines, par suite des eaux basses dans la Trent et de la décharge des cinq collecteurs dans lesquels se déversent plus de 200 water-closets. Les essais confiés à l’ingénieur Barker se poursuivirent du vendredi au mercredi suivant, sauf le dimanche. L’épuration des liquides, pendant les cinq jours, exigea 4 tonnes de réactifs, et, d’après
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- le rapport de M. Barker, les résultats furent assez satisfaisants (l’eau étant devenue incolore et insipide) pour que la municipalité ait cru devoir en témoigner publiquement.
- d. PROCÉDÉS AU SULFATE D’ALUMINE.
- Procédé Bird. — C’est dans un mémoire lu à l’Association britannique à Bath , en 1864, que le docteur Henry Bird fit connaître ce procédé d’épuration fondé sur l’emploi de l’argile traitée par l’acide sulfurique L
- « L’argile, surtout l’argile ferrugineuse, mélangée à l’état sec dans la proportion de 9 parties avec 1 partie d’acide sulfurique, est un précipitant énergique et peu coûteux, qui agit à la fois sur les matières des fosses et des égouts comme désinfectant. Loin d’altérer l’engrais résultant, elle en augmente les propriétés fertilisantes.
- « L’acide sulfurique est l’antiseptique le meilleur et le plus écono- , inique pour les matières solides. Il fixe l’ammoniaque, transforme en glucose les principes végétaux, arrête la fermentation et détermine la formation de sels dont l’effet a été reconnu excellent pour le trèfle, les racines, etc.
- « L’emploi de l’argile sulfatée peut se faire à l’état sec ou en dissolution. Le professeur Taylor a expérimenté avec une dissolution d’argile ferrugineuse dans l’acide sulfurique. Cette solution était, à proprement parler, un sulfate liquide d’alumine et de sesquioxyde de fer.
- « Une partie d’acide sulfurique, sur 70 000 parties d’eaux-vannes, suffit pour leur conserver leurs propriétés fertilisantes jusqu’au moment de leur épandage sur le sol1 2. » .
- Stroud. — Le procédé Bird est appliqué à Stroud, dans le comté de Gloucester, en remplacement du mode de traitement par filtrage et par la chaux, que nous avons décrit dans notre premier travail3.
- La ville de Stroud doit son importance uniquement à la fabrication des draps et à la teinture. Sur une population de 9 000 habitants, plus de % 000 sont engagés dans ces deux industries. Le sevvage chargé de suint, de matières tinctoriales, de savon, etc., se rendait, avant le traitement indiqué, dans la petite rivière Stroud, qui se jette dans la Severn,
- 1. Cette communication fut également faite à la réunion de l’Association pour les sciences sociales, tenue à York, en 1864.
- 2. Bulletin de.la Société d’encouragement, 1804, page 666.
- 3. Utilisation des eaux d’égouts, page 53.
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- et l’infectait au point de rendre intolérable le séjour de cette délicieuse vallée.
- Le docteur Rumsey, dans son discours d’inauguration à l’Association britannique à Birmingham, s’exprime favorablement sur ce procédé qui fonctionnait partiellement depuis trois ans, à Stroud. L’engrais fourni par l’application du sulfate ferrugineux aux parties solides et liquides du sewage donnait des bénéfices aux fabricants et augmentait notablement le rendement de la culture. « Pour les hygiénistes, la principale recommandation en sa faveur, c’est que l’eau chargée de matière organique étant chimiquement épurée par le filtrage sur un sol argileux, le principe du procédé Bird est vrai... Il reste à savoir si le sewage de Stroud est suffisamment dépouillé de tous germes nuisibles pour pouvoir être employé aux usages domestiques. Autrement, les autorités municipales ou les entrepreneurs se trouveront dans une impasse difficile1. »
- Les commissaires de 1868, après avoir analysé le sewage de Stroud traité par le procédé Bird, ont tranché cette question.
- D’après leur enquête, pour traiter journellement de 700 000 à 900 000 litres de sewage, on attaque 300 kilog. environ d’argile en poudre par 54 kilog. d’acide sulfurique. Le sewage met en mouvement une petite roue qui règle le débit de la trémie où l’on dépose l’argile sulfatée, e|, après avoir reçu la dose voulue du réactif, il se rend dans un premier bassin de décantation, puis s’écoule dans un conduit ouvert, où il reçoit une nouvelle dose de sulfate par une seconde trémie, avant de gagner un autre bassin de dépôt, et de là une série de filtres à coke. Le coke est renouvelé tous les quinze jours dans les premiers filtres, et' tous les mois dans les derniers; il sert finalement de combustible sous les chaudières.
- SEWAGE DE STROUD.
- , 23 OCTOBRE 1869. •
- Avant Après
- traitement. traitement.
- Matières solides en solution. . . 48,500 53,500
- Carbone organique 2,289 2,203
- Azote organique 1,330 0,692
- Ammoniaque , 3,152 2,275
- Azote à l’état de nitrates 0,044 0,033
- Azote total combiné 3,970 2,598
- Matières en suspension , 43,000 4,080
- Ces analyses ont été faites sur une moyenne provenant d’échantillons pris de demi-heure en demi-heure. Bien que le sewage naturel soit peu
- . i
- 1. Adress on health by Henry W. Rumsey, Birmingham meeting, 1S68. .
- 49
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- chargé, le traitement par le sulfate brut d’alumine est insuffisant pour rendre salubre l’écoulement à la rivière. Le sewage filtré est toujours trouble et à peu près inodore.
- Essais sur les eaux d'égout de Paris. — L’épuration par le sulfate d’alumine a été tentée sur une assez grande échelle, pour les eaux des égouts de Paris, à l’instigation de M. Le Chatelier, inspecteur général des mines.
- Cet ingénieur, après avoir étudié la préparation et l’emploi des sels d’alumine et le traitement delà bauxite, insistait dès 1865 sur le rôle utile, nécessaire même, que devait jouer la défécation par l’alumine, par rapport à la chaux et au perchlorure de fer, dans la question de l’assainissement de la Seine infectée par les égouts de Paris.
- Voici dans quels termes nous rendions compte des premières expériences faites en 1867-68 L
- « C’est à partir du mois de juillet 1865 que M. Le Chatelier, s’adressant à M. Hervé Mangon, puis à M. Léon Durand-Claye, chargé de suppléer M. Mangon pendant la durée de l’Exposition universelle dans la direction du laboratoire de l’École des ponts et chaussées, organisait les recherches qui ont conduit au procédé en cours d’expérimentation à Clichy. Après avoir vérifié tour à tour les résultats annoncés par les auteurs des divers procédés connus, où l’on employait la chaux et le perchlorure de fer en particulier, MM. Le Chatelier et L. Durand-Claye Constatèrent que le meilleur agent de précipitation, déjà utilisé pour la clarification des eaux potables, était le sulfate d’alumine. En employant à dose minime un sulfate d’alumine ferrugineux obtenu en traitant par l’acide sulfurique, la bauxite (minerai que l’on rencontre en masses considérables dans le midi de la France) , ou bien fourni à l’état de magma rouge parle lessivage des cendres pyriteuses de Picardie dans la fabrication de l’alun, on arrive à clarifier les eaux d’égout d’une manière presque complète et dans un temps relativement très-court. ,
- « Sur des eaux des égouts de Paris, recueillies/à diverses heures de la journée pendant les mois de janvier et de février 1866, il fut reconnu que le résultat :à la fois plus prompt et plus économique était dû à l’addition d’une dissolution de sulfate de l’une ou de Fautre provenance, dans la proportion comprise entre 100 et 200 grammes de sulfate pour 1 mètre cube d’eau. Ces matières à l’état pâteux renfermaient environ 10 pour 100 d’alumine et de 2 à 3 pour 100 de peroxyde et de protoxyde de fer.
- « La théorie de cette défécation est simple. Les eaux d’égout de Paris, d’après leur composition moyenne calculée pour 1 mètre cube, pendant les six premiers mois de l’année, soit :
- 1. Journal (l'Agriculture pratique, 7 novembre 1867„
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- Matières minérales.............................. ,902
- Matières organiques. ,.......................... O ,599
- Soude........................................... 9 ,103
- Potasse....................................... O ,022
- Acide phosphorique. . ... „.......,............. 0 ,012
- Azote................... . ...................... 0 ,033
- 2 ,671
- contiennent en dissolution des carbonates d’ammoniaque, de cliaux et de magnésie, un peu de sulfhydrate d’ammoniaque, des sels terreux et métalliques. Il se produit un précipité d’alumine et d’aluminates, formant avec la matière colorante de l’eau de véritables laques et qui, de plus, enrobe les matières légères en suspension.
- « L’oxyde de fer, également précipité, neutralise jusqu’aux dernières traces d’hydrogène sulfuré, en hâtant le dépôt, Il y aurait donc à la fois décoloration, clarification et désinfection, *
- « La composition moyenne des dépôts extraits' du bassin de Clichy, par mètre cube d’eau soumise à l’épuration, est la suivante pour les six premiers mois de \ 867 :
- Matières minérales 1^,398
- Matières organiques. ? , . » . 0 ,517
- Acide phosphorique 0 ,013 *
- Azote. . 0 ,015
- 1 ,943
- cc Ces dépôts représentent 2 kilogrammes de matières solides sur 3 kilogrammes qüe renferment les eaux d’égout à l’état brut. Contrairement à ce qui se passe lorsque l’on emploie la chaux comme, précipitant, ces dépôts dus au sulfate d’alumine et de fer conservent leur teneur en azote, malgré leur exposition à l’air pendant plusieurs semaines. S’ils émettent à l’origine de l’hydrogène carboné, ils sèchent sans infecter sensiblement l’atmosphère. Le Sulfate de fer associé au sulfate d’alumine joue sans doute ici un rôle utile en transformant rapidement en sous-sulfate de peroxyde le Sulfure de fer humide.
- « Dès le début, les eaux s’écoulaient à leur sortie de la cuvette du champ d’essais de Clichy, par une rigole, dans un bassin creusé dans le sol, d’environ 80 mètres de longueur sur 12 mètres de largeur, et fermé par une digue filtrante du système Parrpt. Au moment de leur passage par la rigole, les eaux recevaient un filet de dissolution de sulfate, et, aussitôt désinfectées, elles séjournaient environ six heures dans le bassin pour donner le temps à la précipitation de s’opérer. Les premières expériences n’avaient pas été assez concluantes pour permettre de donner un avis définitif. En effet, pendant la saison d’été, la machine élévatoire, d’ailleurs insuffisante pour la capacité du bassin, n’aVait*pu fournir le volume d’eau nécessaire à la fois aux arrosages èt à dépuration ; de telle
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- — 748 —
- sorte que l’eau épurée, au lieu de sortir limpide après quelques heures du bassin, y séjournait assez pour se charger de nouveau de matières qui la rendaient louche ou blonde, suivant l’expression adoptée sur le chantier. Le mètre cube d’eau blonde, d'après la moyenne des six pre-
- miers mois de 1867, contenait :
- Matières minérales... „......................... 0k,58-3
- Matières organiques............................. 0 ,109
- Soude........................................... 0 ,102
- Potasse......................................... 0 ,023
- Acide phosphorique.............................. 0 ,000
- Azote........................................... 0 ,017
- 0 ,834
- « On entreprit dès lors une nouvelle série d’essais qui ne furent plus entravés dans cette saison par l’arrosage des cultures maraîchères. Le bassin de dimensions réduites n’offrait plus, pour un débit de 50 mètres cubes d’eau à l’heure, qu’une surface d’environ 250 mètres carrés. Les eaux, après un séjour de quatre heures, filtraient par la digue dans un état de limpidité tel que lJon pouvait considérer comme résolue cette partie du problème imposé à l’administration municipale, c'est-à-dire d’avoir à faire cesser l’infection de la Seine. Il devient ainsi facile d’éviter la formation sur les rives de dépôts de matières fermentescibles que la baisse des eaux laisse à nu, surtout si l’on s’arrange de manière à évacuer au milieu du fleuve l'eau blonde, dont les matières organiques peuvent être rapidement décomposées par l’oxygène que l’eau de rivière tient en dissolution. »
- Depuis ces expériences dont nous rendions compte comme il précède, le, service municipal des eaux d’égouts de Paris a repris pendant 1869-1870, à Gennevilliers, des essais de précipitation au moyen du sulfate d’alumine, acide exempt de sulfate de protoxyde de fer et des matières étrangères. Les résultats ont été encore plus favorables.
- Les détails de tous ces essais ont été si minutieusement rapportés dans les mémoires, notes et communications de MM. Mille, Alfred et Léon Durand-Claye et Le Chatelierr, que nous nous croyons dispensé de nous étendre à leur sujet.
- 1. Mille et Alfred Durand-Claye. — Compte rendu des Essais d’épuration et d’utilisation. 1er mars 1889. t
- — Note sur les Essais d’épuration, etc. Annales des ponts et chaussées, t. XVIII, 1869.
- / — Compte rendu des Travaux et des résultats, année 1869 ; 25 février 1870.
- Léon Durand-Claye. — Note sur l’Épuration et l’analyse, etc., Annales des ponts et chaussées, t. XYIIÎ, 1869.
- Alfred Durand-Claye.— Communications à la Société des Ingénieurs civils. Bulletin, 1870.
- — Note sur l’Utilisation, etc. Annuaire de la Société des Agriculteurs de France, p. 493, 1870.
- Le Chatelier. — Note sur le Sulfate d’alumine, etc. Imprimerie Martinet, 1871.
- — Note sur l’Épuration, etc,, Bulletin de la Société d’Encouragement, 1872.
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- En résume, les analyses faites par M. Léon Durand-Claye, des eaux du collecteur de Clichyet de leurs produits, pendant les années 1867 et 1868, ont donné les moyennes suivantes qui diffèrent peu de celles relatées plus haut.
- Un mètre cube d’eau d’égout renferme :
- Azote................................................ 0k ,037
- Acide phosphorique................................... 0 ,016
- Potasse.............................................. 0 ,030
- Autres matières organiques........................... 0 ,729
- Autres matières minérales........................ 1 ,984
- 2 ,796
- Le dépôt obtenu par l’épuration a été en moyenne de 1 k,800, déduction faite du réactif.
- Une tonne de dépôt précipité a donné en moyenne, après dessiccation :
- Azote...........................„............... 8k,42
- Acide phosphorique................................... 8 ,00
- Autres matières organiques......................... 266 ,06
- Autres matières minérales.......................... 717 ,52
- 1000 ,00
- L’eau épurée tenait en dissolution par mètre cube :
- Azote............................................. 0k ,021
- Potasse. ......................................... 0 ,030
- Autres matières organiques........................ 0 ,240
- Autres matières minérales......................... 0 ,686
- 0 ,977
- Ainsi le dépôt entraîne environ 4/10 de l’azote et tout l’acide phospho rique.
- Ces moyennes ne modifient guère nos déductions à la suite des premiers essais décrits dans le Journal d'agritulture pratique et que nous rapportons ici :
- « Reste la question économique. Le procédé d’épuration par le sulfate d’alumine exige comme installation spéciale le creusement, dans le sol naturel et sans revêtement, de quelques hectares de bassins, outre des machines élévatoires, etc. Mais la dépense la plus importante est celle du réactif. Le prix du sulfate prêt à l’emploi ressortirait, d’après ce qui nous a été indiqué, de 1 à 2 centimes par mètre cube d’eau d’égout. Au prix de 2 centimes, cela représenterait, pour l’épuration de 200 000 mètres cubes d’eau par jour, une dépense de 4,000, francs, et par an de 1 460 000 francs. Si c’est, au contraire, 1 centime, la dépense serait par
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- an de 780 000 francs; mais lorsque la rive gauche se déversera à Asnières^ en même temps que la rive droite, le volume des eaux à traiter sera de 300 000 mètres cubes par jour, et, à 4 centime, la dépensé annuelle en réactif seulement dépassera 1 million de francs. En outre, lé régime des eaux potables de Paris n’est pas assis; chaque année, la distribution des eaux augmente et la canalisation se perfectionne. Le jour viendra prochainement où, pour satisfaire aux exigences hygiéniques, les matières solides et liquides des fosses devront être rejetées à l’égout. La proportion de réactif ne pourra ainsi qu’augmenter le chiffre de la dépense.
- <ï II semble donc difficile d’admettre qu’une somme aussi énorme puisse être imputée au budget de la ville, indépendamment de celle affectée à l'établissement des réservoirs, des machines éîévatoires, de l’entretien, de la manipulation, etc., pour la solution du problème hygiénique, sans la moindre compensation donnée à l’agriculture ni aux contribuables. Il est vrai que l’on espère placer le dépôt comme engrais auprès des cultivateurs; mais déjà, du chef du réactif seulement, calculé à 1 centime, ce dépôt représente 5 francs par mètre cube. Il faudrait pouvoir disposer par jour de 400 mètres cubes de dépôt, et, en admettant seulement le traitement de 200 000. mètres cubes d’eau, il faudrait faire enlever par ân 146 000 mètres cubes d’engrais. On conçoit quelle accumulation au bout de quelques années !
- « Si, d’autre part, on considère l’abondaneé des matières fertilisantes dont profitent les agriculteurs des environs de Paris, et qui leur fait négliger les eaux vannes et les déjections solides de Bondy, et si l’on examine de plus près la composition d’un dépôt lourd, renfermant 72 pour 100 de matières minérales inertes, silice et alumine, 25 pour 100 de matières organiques et 0,75 d’azote, on est fondé à ne pas augurer favorablement du débit de cet engrais dans un rayon même limité. Nous ne désiremi pas toutefois nous engager plus avant dans» la tôle dés prévisions. Ce qu’il faudrait établir maintenant avant tout, c’est l'expérience chez les cultivateurs éclairés et de bonne volonté, afin de constater la valeur du précipité d’Asnières poiit la fumure du sol. Il sera temps plus tard de rechercher s’il peut supporter des frais de transport et si lés intérêts de l’agriculture sont suffisammént sauvegardés par un système qui n’aurait pas d’autre but que de permettre le déversement à la Séinè d’eaux claires,, il est vrai, mais contenant encore moitié de l’azote et 20 pour 100 des matières organiques de l’eau d’égout à l’état brut. »
- Les conclusions auxquelles arrive de son côté M.Le Chatelier répondent imparfaitement aux objections quenous formulions en 1867, d’autant plus que, selon ses propres remarques1, «les circonstances dans lesquelles i’ex-
- 1. Noté Sut l’épùtdtion des eaux d’égout, par M. Le Chatelier, Paris, Martinet, 1871,
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- « périence s’est faite... n’ont point permis de résoudre définitivement trois « questions qui auraient eu une sérieuse importance pourl’application : les « quantités d’eau journalières qu’un bassin peut recevoir et rendre cia-« rifiées, en rapport avec sa surface et sa capacité; le prix minimum « auquel l’épuration, proprement dite, peut être réduit par un choix « convenable de réactif; et enfin, la valeur commeirciale qui peut être « attribuée, comparativement au fumier de ferme, à l’engrais solide; » ce que nous demandions. Si nous tenons à rapporter ici ces conclusions, c’est que leur auteur ne considère pas le procédé de précipitation par le sulfate d’alumine comme une solution définitive, mais bien comme un acheminement imposé par l’hygiène vers l’irrigation^ et, au besoin seulement, comme un corollaire de l’arrosage.
- « On peut, dit M. Le Chatelier, à défaut de données expérimentales « précises, se rendre compte de l’importance des superficies qui se-(t raient nécessaires pour un service de précipitation et de dessiccation au « fond même des bassins établis d’après le système Parrot, avec digues « filtrantes.
- « Des eaux d’égout semblables à celles de Paris déposent environ « 2 kilogrammes de matière sèche par mètre cube ; pour 250 000 mètres « cubes par jour, ce serait en un an 180 000 tonnes, auxquelles on peut « supposer, à l’état humide, au moment de la vidange des bassins, « un volume double, soit 360 000 mètres cubes; on peut supposer que « le service serait réglé de manière à obtenir une épaisseur moyenne de v dépôt de 0m,50.
- « Un bassin (système Parrot) de 60 mètres de long sur 100 mètres de « large contiendrait donc 3 000 mètres cubés, et la dessiccation, ou plus « exactement la solidification, exigeant un mois...; un bassin affecté à « ce service pendant douze mois représenterait un cube de 36 000 mè-« très cubes; dix .bassins, 360 000 mètres cubes.
- « Un service comme celui de Paris exigerait 12 bassins, dont 2 dépo-« santetIO desséchant; en affectant à chacun une superficie de un hec-« tare, dont 6 000 mètres de bassin et 4 000 mètres de francs bords, on « aurait 48 000 mètres pour achever la dessiccation des dépôts après leur « extraction et pour les emmagasiner. En doublant, pour augmenter les « superficies nécessaires à la dessiccation et à l’emmagasinage des ma-«. tières, on arriverait à une superficie totale de 24 hectares.
- « — En prenant la composition moyenne du dépôt solide, et suppo-« sant que, dans l’état moyen de livraison au commerce, il tienne « 25 pour 100 d’eau de mouillage, ce qui abaisse d’un quart sa teneur « en produits utiles, on trouve pour la valeur théorique de cette matière
- ^ envisagée comme engrais :
- Azote, 6Ù31 à 3 francs...................... ISf. $3
- Acide phosphorique, 6 lui. à 0f. 60."....... 3. 60
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- « L’expérience n’a pas encore indiqué d’une manière précise la va-« leur qui pourrait être assignée commercialement à cet engrais ; on « peut estimer que le prix de vente de l’engrais, à 25 pour 100 d’humi-« dité, s’élèverait, au lieu de production, à moins de 5 francs (entre 1/4 « et 1/5 delà valeur théorique), soit, pour 1 mètre d’eau traitée, à 0f,012, « c’est-à-dire à un prix sensiblement supérieur au prix du réactif.
- « 11 resterait à la charge de l’opération f élévation des eaux et les frais « d’extraction des dépôts...
- « C’est en ces termes que doit se poser la question d’épuration des « eaux d’égoût, pour éviter tout mécompte. On ne peut l’envisager « à l’avance qu’à titre de service public, imposé aux municipalités dans « l’intérêt de la salubrité générale. Par la plus-value qu’obtiendront les « dépôts solides comme engrais marchand, lorsque l’usage en sera <f mieux connu, par l’utilisation des eaux clarifiées encore riches en « principes utiles à la culture, ou, mieux encore, par la vente des eaux « brutes, avant toute préparation, on est en droit d’espérer une atténua-« tion progressive des frais de l’opération, et, avec le temps, une exo-« nération complète de ces frais. »
- Procédé Anderson. — Il n’y a que deux mots à dire de ce mode d’épuration, pratiqué d’abord à Goventry, puis abandonné et remis à jour l’automne dernier à Nuneanton', sans plus de résultats. Basé, sous le rapport chimique, sur la précipitation par le sulfate d’alumine obtenu à Laide d’un procédé spécial qui semble peu coûteux, ce traitement du sewage offre, au point de vue mécanique, des singularités telles que le filtrage sur flanelle des précipités. Si le sulfate d’alumine du docteur Anderson purifie le sewage, il ne peut pas plus que celui des procédés Bird et Le Chatelier, précipiter un sel d’ammoniaque insoluble dans une dissolution aqueuse aussi étendue que le sewage, en présence du chlorure de sodium.
- e. PHOSPHATE D’ALUMINE.
- Procédé Forbes et Price. — M. David Forbes a exposé à la réunion de l’Association britannique à Liverpool (1870)1 un mode de traitement du sewage basé sur ce fait que certains phosphates minéraux, en se précipitant, se combinent rapidement avec la matière organique et l’ammoniaque du sewage. Ce procédé exige la construction d’un réservoir à sewage, dans lequel on ajoute les phosphates, principalement à l’état de phosphate d’alumine, préalablement dissous dans l’acide chlorhydrique ou sulfurique, et précipités par un lait de chaux en
- 1. Report of the 40t!l meeting of thc Brilish Association. Londres, 187 J, page 56.
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- quantité suffisante pour neutraliser l’acide. Ces phosphates, en se déposant, entraînent avec eux la matière organique et une partie de l’ammoniaque du sewage. Le dépôt s’opère promptement, et quand même des matières colorantes seraient présentes dans le sewage, le liquide surnageant est limpide et incolore T. Bien que ce liquide ne soit pas tellement épuré qu’il puisse servir comme eau potable, les essais faits sur le sewage de Londres à Barking Creek ont laissé un liquide qui pouvait être bu sans répugnance, où les poissons vivent et que l’on a pu conserver des mois entiers, pendant les fortes chaleurs de .l’été, sans qu’il y eût la moindre émanation, ni trace de putréfaction.
- Tottenkam. — Le traitement décrit par M. Forbes et appliqué à Tot-tenham, sous le nom de procédé Forbes et Price, a été examiné par le comité de l’Association britannique en '1871 1 2.
- Le sewage, au sortir des bassins de dépôt, établis autrefois pour la précipitation par la chaux, est élevé par des pompes à raison de 3 500 à 4 500 litres par minute, et déversé par un conduit dans un bassin de 90 mètres de longueur, dont la largeur va en croissant. Tl faut trois heures pour èmplir ce bassin. Le phosphate naturel d’alumine (renfermant de 30 à 40 pour 100 d’acide phosphorique qui correspond à 65 ou à 87 pour 100 de phosphate tribasique de chaux) coûte environ 87f,50 la tonne. Il est réduit en poudre et traité par l’acide sulfurique dans la proportion de 6 à 700 kil. d’acide par 1 000 kil. de phosphate. Il en résulte une pâte brune, tenace, que l’on dissout dans l’eau, pour la précipitation.
- Les réactifs sont introduits dans le conduit avant que le sewage ne pénètre dans le bassin. Des deux caisses placées au-dessus du conduit, à quelques mètres de distance l’une de l’autre, la première contient le mélange de phosphates; la seconde, le lait de chaux. Des ouvriers agitent constamment le contenu de chacune des caisses, au fur et à mesure qu’il tombe dans le sewage. On n’a pas constaté la quantité de réactif ainsi ajoutée au sewage, mais on a reconnu qu’elle était de beaucoup inférieure à celle indiquée par les premières expériences (1 000 kil. par 2 500 mètres cubes de sewage). Le sewage est ainsi privé de presque toute odeur; versé dans un verre à précipité et abandonné au repos, le dépôt s’opère rapidement. Le lait de chaux est ajouté pour précipiter l’excès de phosphate, et l’excès de lait de chaux pour neutraliser l’acidité du sewage, ce qu’atteste de temps en temps la réaction du liquide au papier de tournesol, après l’addition faite. Le dépôt des matières en suspension s’opère complètement dans le bassin, à l’extrémité
- 1. The phosphate procèsS for the utilisation of sewage, I>y David Forbes.
- 2. Ueport of the 41t!l meeting of the British Association held at Edinburgh in Àugust, 1871. Londres, 1872, page 185.
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- duquel, au-dessus de la paroi en plan incliné, s’écoule une nappe claire limpide et presque inodore. Un échantillon du liquide recueilli, et conservé dans un vase hermétiquement fermé jusqu’au 24 juillet '187'!, a été analysé parle docteur Russell.
- SEWAGE ÉPURÉ DE TOTTENHAM. EN 100 MILLIÈMES.
- Matières solides en dissolution.
- Matières séchées à 100° C. ..... 99,00
- Matières après incinération . 76,30
- Ammoniaque 5,17
- Ammoniaque à Pétat albuminoïde 0,16
- Chlore 8,45
- Azote à l’état de nitrates, etc. . . 0
- Acide phosphorique , traces.
- Hydrogène sulfuré . O
- Après un séjour de quatre mois, il n’avait acquis aucun goût ni aucune odeur. Les matières en suspension consistaient en quelques légers flocons, dus sans doute à un faible excès de chaux. Le liquide, vu sous une tranche épaisse, indiquait une très-légère teinte brune. Il renfermait autant d’ammoniaque libre que le sewage ordinaire de Londres; une certaine quantité d’ammoniaque albuminoïde; des traces seulement d’acide phosphorique; pas d’hydrogène-sulfuré, de nitrates, ni de nitrites, Le précipité retiré du bassin et séché sous un hangar, et le liquide baignant ce précipité, n’avaient pas la moindre odeur.
- Le procédé Forbes permettrait donc d’enlever du sewage toutes les matières en suspension, à l’exception de l’ammoniaque, libre, ou en partie engagée avec les substances albuminoïdes solubles. Le précipité inodore contient tout le phosphate ajouté, mais ce phosphate y est probablement à l’état de sel d’alumine floconneux, dont la valeur comme engrais est douteuse, ou tout au moins inférieure à celle du phosphate de chaux.
- Au résumé, ce procédé, à l’exception des matières en suspension et de Facidè phosphorique, n’enlève au sewage aucune des matières utiles pour la fertilisation; il ne pourrait donc servir qu’à la condition d’utiliser pour l’irrigation leliquide précipité. Il suffirait alors de ne pas ajouter de lait de chaux, afin de lui conserver une certaine quantité d’acide phosphorique. Ses avantages consisteraient simplement, réserve faite du point de vue économique, à désinfecter le sewage et les dépôts dans les bassins; ce qui n’est pas sans quelque intérêt.
- Le docteur Yœlcker a examiné le précipité obtenu et lui a assigné, d’après sa composition, une valeur de 184 francs aux 1 000 kil.; mais il importe de faire remarquer que cette valeur est due, pour la plus grande
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- part, à l’acide phosphorique ajouté. Le savant professeur conclut que l’eau de décharge étant plus riche en sels ammoniacaux que le sewage lui-même, « elle est plus précieuse pour l’irrigation, volume pour vo-« lume, que le liquide brut. »
- Depuis les essais du procédé Forbes et Price, une Compagnie, dite du Phosphate sewage, s’est constituée eh Angleterre. Elle avait pour objet l’exploitation d’une île renfermant un dépôt considérable de phosphate d’alumine (l’île d’Àlta-Vela, près de Saint-Domingue) et celle des brevets Forbes, applicables aü traitement du sëvtage et des eaux vannes. Cette Compagnie aurait traité récemment de la cession des brevets en France, moyennant le payement, par la Société française en formation, de 3 750 000 fràncs. Elle aurait été en instance auprès delà municipalité de Paris pour le traitement des eaux d’égout, G’êsfe grâce à cela, sans doute* que les actions de cette Compagnie, comme celles de la Société du Native Guano ont mérité une si grande faveur à labourse de Londres. Émises à 750 francs, elles y ont été cotées jusqu’à 1 500 francs!
- Il n’a pas été produit d’analyse du phosphate qu’employait la Compagnie au début, pour la précipitation; mais il résulte des débats d’un procès intenté à la Compagnie Phosphate sewagel, en payement de fret, par un armateur ayant transporté l’engrais à Milford h aven, que le phosphate guano, c’est ainsi qu’il était désigné, ressemblait aux coprolithes; trouvés en Angleterre et ailleurs, sauf quTon l’attribuait à des dépôts excrémentiels d’oiseaux. Les avis des chimistes, formulés au cours du procès, sur la nature de cé produit récemment découvert, furent très-discordants. Les uns prétendaient qu’il est soluble en partie dans l’eau, et qu’il devient pâteux quand il est mouillé; les autres, qu’il n’est soluble que dans les acides et que l’eau filtre à travers sans le dissoudre.
- Les intéressés chargés d’exploiter, pour le compte de la Compagnie, les phosphates d’Alta-Vela, et de lèslivrer à Liverpool, aü prix de 125 franc s la tonne, avec teneur de 30 p. 100 d’acide phosphorique, n’ayant pas voulu donner suite à leur eontrat, la situation de la Compagnie, aux termes du rapport présenté aux actionnaires en décembre' 1812, était très-compromise. Les essais-à Leicester, à Tottenhàm et à Barking ont été àpeu près insignifiants. A'Léîè'éster, la Compagniéâ dû Cesser ses expériences à cause de difficultés pour obtenir les terrains nécessaires. A Tdt-tenbam, elle n’a rien fait depuis longtemps. A Barking, le procédé ne fonctionnait pas encore 2. Aussi, les affaires dé la Compagnie étaient-elles l’objet'd’une enquêté des actionnaires.
- 1. The Times, 3 août 1872. — South Wales circuit.
- 2. Engineering, 17 janvier 1873.
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- ÎProcédé mixte.
- FILTRAGE ET PRÉCIPITATION.
- Ealing. — Le professeur Way, chargé de suivre les essais d’épuration institués à Ealing, en 1870, par l’ingénieur Jones, maintenait la supériorité du filtrage tel qu'il était opéré, sur tous les procédés d’épuration chimique. « Les lits filtrants de Ealing, établit-il dans son rapport, ont une très-grande importance pour l’épuration du sewage avant son écoulement dans la Tamise. Sans eux, il serait impossible, à l’aide des précipitants les plus efficaces, de clarifier le sewage du bassin; car, quelque parfait que soit le mode de précipitation, il reste des matières floconneuses qui ne se déposent pas et que les filtres seuls arrêtent.
- « Le procédé, ajoutait-il, serait aussi parfait que possible,.si on précipitait, avant de filtrer, à l’aide de la chaux goudronnée et d’un sel de fer. » Ce mode de précipitation, de l’invention de M. Way, s’est appliqué ainsi qu’il suit à Ealing.
- On mélange la chaux éteinte avec de l’eau et du goudron ou du brai ; la chaux est maintenue , en suspension dans l’eau du récipient par de l’air qu’appelle une petite machine à vapeur servant, d’ailleurs, à faire marcher la pompe. A l’entrée du sewage dans l’usine, on verse la dissolution ainsi obtenue. Le sewage gagne ’es bassins où la plus grande partie des matières en suspension se déposent. Dans le dernier compartiment, on laisse couler un fdet d’une dissolution de sulfate de fer, et l’on profite de la différence de niveau de ce compartiment pour faire agiter le contenu par une petite roue hydraulique. Le sewage est alors admis à traverser les deux filtres per ascensum.
- M. Way ne prétend pas que le sewage ainsi traité est pur, mais il est suffisamment débarrassé de ses éléments nuisibles pour pouvoir être écoulé sans aucun risque dans la Tamise. L’état du liquide écoulé a varié, malgré cela, pendant la période des essais de cette méthode (juillet 1869). Il conservait encore une teinte louche, que l’emploi plus abondant de réactifs devait dissiper entièrement. Il était inodore, et des échantillons conservés pendant des semaines donnèrent rarement lieu à des émanations. C’était surtout, d’après M. Way, une question de dosage et de soins.
- L’opinion du sayant chimiste n’a pu faire prévaloir ce mode mixte qui a été remplacé à Ealing même, comme on l’a vu, par l’essai du procédé Scott.
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- Utilisation. des dépôts.
- L’utilisation des boues et des précipités abandonnés par le sewage an repos, ou chimiquement traité, constitue une des grosses difficultés de la question. On se trouve conduit à livrer des masses infectes à l’évaporation atmosphérique, au détriment de la salubrité du voisinage; ce qui arrive à Birmingham; ou à les mélanger avec de la terre, des boues de ville, des cendres, de la tourbe, etc., ce qui ne tend qu’à augmenter le volume de matières déjà peu fertilisantes par elles-mêmes et encombrantes; ou bien enfin, à essorer les produits de la précipitation, ce qui se faisait à grands frais à Leicester.
- Les essais, en vue de l’emploi de ces sédiments, ont donc un sérieux intérêt. Nous avons fait observer, à l’occasion du procédé Scott, qui est réellement un procédé d’utilisation des dépôts précipités, comment ils pouvaient directement servir à la fabrication de ciments de bonne qualité, ou de chaux pour l’agriculture, mais encore faut-il qu’ils aient été desséchés à la presse, comme nous l’avons indiqué, ou à l’étuve.
- Appareil Milburn. — Pour obtenir une dessiccation mécanique, MM. Milburn et Cic ont imaginé un appareil évaporatoire qui a été dernièrement essayé aux usines de la ville de Leicester. Les inventeurs se proposent de réduire de 80 p. \ 00 le volume du sédiment vaseux obtenu par le repos ou par la précipitation du sewage. L’appareil consiste en une sole en tôle, chauffée par un foyer inférieur. Sur cette sole se meut un châssis relié par des lames transversales, séparées entre elles de 0m> 15 à 0m,30 ; ce qui lui1 donne l’aspect d'une jalousie placée à plat sur le sol. Dans le trajet de ce châssis (de 0m,15 dans un sens et de 0m, 15 dans l’autre), le mouvement s’alterne, de telle sorte qu’en descendant,le tranchant de chaque lame ou couteau râcle la surface de la sole et empêche l’agglomération, tandis qu’en remontant il acquiert, à l’aide d’une série d’engrenages, un mouvement légèrement ondulé pour l’écrasement.
- Le sédiment, épais et pâteux, coule à la partie supérieure de la sole chauffée, et le châssis étant en mouvement, la première lame coupe une tranche de la matière qu’elle entraîne à 0m,15 en avant sur la sole. Au mouvement suivant, une nouvelle tranche de sédiment est entraînée par la
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- première lame, tandis que la tranche de la fois précédente est reprise par la seconde lame. Le travail se poursuit ainsi de lame en lame, jusqu’à ce que chaque tranche de sédiment ait parcouru toute la sole, en s’émiettant de plus en plus. A la fin du trajet, elle est en poudre fine, inodore, et susceptible d’être mise aussitôt en sacs pour l’expédition.
- La quantité dont les larüës së relèvent au-dessus de la sole, dans le mouvement de retour, est si minime, qu’aucune parcelle de matière, de la grosseur d’un pois, ne peut se frayer un chemin en avant sans se triturer. Chaque lame fait ainsi alternativement office de broyeur.
- On retire de 8 tonnes de sédiment une tonne d’engrais pulvérulent, dans l’espace de quatre heures.
- L'appareil de MM. Milburn permet de dessécher de 24 à 28 tonnes de sédiment dans les vingt-quatre heures et de produire de 3 à 4 tbnnes d’engrais pulvérulent, avec une consommation de menu, évaluée à Lei-cester à moins d’une tonne.
- La dépense serait ainsi très-faible, la main-d’œuvre à peu près nulle, et la salubrité assurée, car tous les gaz odorants peuvent être entraînés par une cheminée centrale et brûlés. D’après MM, Milburn, la conversion de l’engrais pâteux en engrais pulvérulent, en tenant compte du combustible, de la main-d’œuvre, de l’usure et de l’intérêt du capital d’installation, ne deyraitpas coûter plus de 7 fr. 50 par tonne d’engrais marchand h
- Procédé Iiope. — M. Hope propose, pour utiliser en grand les boues et précipités, de les enfouir dans le sol, de façon à ne pas les laisser exposés à Pair pendant l’opération. On transporterait ces dépôts dans des wagonets hermétiquement fermés, jusque sur le terrain où on veut les enterrer. Chaque wagon est remorqué par le câble d’une machine de labourage à vapeur, précédé et suivi d’une charrue spéciale, de fortes dimensions. La charrue creuse deux sillons de profondeur inégale; celui à l’extérieur, étant le plus profond, occupe la moitié de la largeur du sillon total. C’est dans le sillon .profond et derrière le côutre, que le wagonët débite, par un tuyau, laboue que recouvre immédiatement lecoutre creusant le second sillon. Au retour, ce second sillon est approfondi par le premier coutre, pour recevoir de même le contenu du wagonet.
- Çién que ce système n’ait pas été appliqué, M. Hope constate qu’en l’exposant devant la Cour de chancellerie, chargée de prononcer le séquestre dans le procès contre la ville de Birmingham, le chancelier Bacon a déclaré qu’il constituait « Un moyen simple, immédiat et efficace» de remédier à f’insaiubfîtô actuelle des bassins de dépôt, et il a
- i. Engineering, 11 octobre 1872.
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- suspendu son arrêt. Toutefois, M. Ilope craint que ce moyen, sauf pour des grandes villes, ne soit d’un coût excessif 1.
- Nos conclusions sur les procédés d’épuration mécanique et chimique, exposés dans ce chapitre, restent celles que nous avons déjà formulées. Si le filtrage, la décantation et la précipitation permettent d’atténuer les inconvénients de l’écoulement dans les rivières * au point de vue de la salubrité, c’est surtout à cause de la séparation plus ou moins complète des matières tenues en suspension dans le sewage ; mais ces procédés, même combinés, abandonnent sans exception dans le liquide de décharge une proportion très-importante des matières putrescibles en dissolution. Ils laissent perdre dans ce liquide la presque totalité de l’ammoniaque dissoute (quand ils n’en ajoutent pas) ; plusieurs précipitent l’acide pliosphorique, mais en augmentant la dureté des eaux de la rivière où s’écoule le sewage traite.
- L’économie de chaque mode d’épuration varie naturellement suivant les frais d’installation, de matériel, de réactifs eide main-d’œuvre. Quelque réduits que soient ces frais, ils ne sont pas en rapport avec la valeur minime de l’engrais solide, résultant d’une séparation aussi incomplète des principes fertilisants du sewage, noyés dans des voluçnes d’eau considérables. Le filtrage sépare, sans le fixer, l’azote des sels ammoniacaux, de l’azote des matières organiques; tandis que les réactifs précipitent l’ammoniaque de la partie insoluble, sans fixer celle de la partie insoluble qui est le principal élément de fertilisation du sewage.
- Nous complétons, dans l’appendice, par une liste empruntée au docteur Lethéby2, la désignation des substances proposées, par ordre de date (de 1762 à 1859), pour la précipitation du sewage et des eaux vannes.
- 1. Pollution of'Hivers, by W. Hope, p. 15. London, 1873.
- 2. The Sewage question, p. 88, London, 1872.
- FIN T)-E IA DEUXIEME PA-KTIK.
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- MÉMOIRE
- SUR LES
- Augustin EVRARD Par M. A. GIBOM,
- Directeur des forges de Commentry.
- Augustin Evrard, né à Cambrai (Nord) le 25 février 1811, faisait partie des jeunes gens sérieux et travailleurs qui, les premiers, suivirent les éminents fondateurs de l’École centrale dans la voie nouvelle qu’ils traçaient au génie civil.
- L’Ecole centrale des arts et manufactures, Ouverte en 1829, subissait déjà, en 1830, l’épreuve d’une révolution. Les fondateurs, les nouveaux professeurs, les quelques élèves qui se trouvaient alors à l’École, soutin-renthe choc avec courage et succès. L’École resta debout, et sa première promotion prenait sa place dans le monde industriel en février 1833.
- Augustin Evrard était sorti dans les premiers rangs ; il ne voulut pas cependant appliquer immédiatement les connaissances qu’il avait acquises ; il jugea nécessaire de consolider ses études en restant pçès de deux années à Paris, où il suivit, à l’École des beaux-arts, les cours d’architecture et'de construction, et au Conservatoire des arts et métiers,les cours de science et de pratique industrielle qu’on y professe toujours d’une manière si élevée. Plus libre de son temps, il cherchait dans les bibliothèques les auteurs les plus renommés, étudiait les travaux les plus difficiles et complétait, au point de vue de la science, une instruction déjà solide et supérieure.
- Pour suivre utilement tous Ses travaux,il est indispensable de lés diviser et de voir successivement, sans sortir des limites que nous impose une simple notice, ce que fut Augustin Evrard.
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- C’est ce que nous allons faire, l’étudiant dans ses diverses situations, suivant le cadre que nous résumons en quelques lignes.
- — Professeur du cours de physique et de chimie à Valenciennes,
- — Ingénieur de la Compagnie de recherches de houille de l’Escaut,
- — Administrateur des houillères de Vicoigne, de Nœux, de Ferfay, d’Auchy-au-Bois,
- — Inventeur persévérant des procédés les plus simples, les plus pratiques pour l’exploitation des mines, pour l’application des principes de la science à l’industrie et investigateur de la science elle-même qu’il est souvent parvenu à fixer par les études les plus délicates,
- — Enfin, manufacturier-industriel appliquant lui-même ses procédés.
- Nous le verrons aussi, malgré tous ces travaux, trouver le temps de s’occuper des affaires publiques et s’appliquer à des expertises fort importantes dont il était chargé par les tribunaux.
- Aussitôt après avoir consolidé ses études d’ingénieur par les cours libres et supérieurs de l’École des beaux-arts et du Conservatoire, Augustin Evrard, déjà connu et apprécié dans le Nord comme un jeune savant laborieux, fut nommé, en 1834, àl’âge de 23 ans, titulaire à Valenciennes de la chaire de chimie et de physique, fondée à cette époque par l’admi-nistrsftion de cette grande cité industrielle.
- Profitant des leçons remarquables de ses éminents professeurs, MM. Dumas, Payen, Péclet, etc., s’assimilant leur science, Augustin Évrard, placé dans un milieu manufacturier, au centre d’un bassin houiller très-important qui favorisait la création et le développement de toutes les industries, dans un pays qui possédait toutes les richesses, devait prendre rapidement une grande influence sur l’industrie de ce pays. Il traitait, en effet, dans son cours toutes les questions qui s’y rattachaient; il écartait les faux principes dont l’application a causé tant de ruines; il établissait ceux que la science indique, qui conduisent toujours au succès les hommes de travail et de bon sens. Professeur, traitant toutës les questions industrielles, il devenait le conseil naturel de tous ceux qui s’occupaient d’industrie et souvent il restait leur guide.
- Augustin Évrard continua son cours jusqu’en 1848, et s’occupa surtout des industries locales, notamment de la grande industrie sucrière, des huiles et graisses de toutes sortes, de la potasse, de l’épuration des alcools, des suifs, de leur transformation en divers produits finis, de la création d’un ciment avec les laitiers des hauts fourneaux, des combustibles solides qu’il transformait en produits gazeux, etc., etc. Il fit faire de grands progrès à toutes ces questions, et nous les étudierons ici même, ou au moins nous les passerons en revue en examinant les travaux de l’inventeur.
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- Mais toutes ces études, qui étaient la conséquence naturelle de sa position de professeur, ne pouvaient le désintéresser de la grande industrie. Le travail, et le travail permanent, était inhérent à sa nature, et près des mines d’Anzin qui avaient coûté tant de labeur, et qui déjà donnaient à cette époque de si brillants résultats; il étudiait ce bassin houiller, son origine, sa conformation, ses suites probables, et peu à peu la conviction se forma dans son esprit que le bassin se prolongeait dans le Pas-de-Calais ; il suivit ces études avec ardeur, leur application était pour lui absolument nouvelle, et cependant il n’en continua pas moins son cours industriel qui lui valut ce beau témoignage, de M. Flamme, maire de Valenciennes :
- « M. Évrard, dit-il, a toujours su attirer à ses savantes leçons un « nombreux auditoire; il a puissamment contribué par ses conseils et « par sa coopération au grand développement industriel qui s’est ma-« nifesté dans notre pays. Nommé membre du Conseil de salubrité peu « de temps après son arrivée à Valenciennes, il a été une des lumières « du conseil; il a exercé une heureuse influence sur les succès des nom-« breux établissements qui se sont formés pendant la période de 1834 « à 1848. »
- Nous n’avons rien à ajouter à un éloge aussi complet, nous n’avons qu’à le signaler.
- Augustin Évrard, avons-nous dit, étudiait le bassin houiller du Nord; nous allons voir le résultat de ses études.
- Le 30 octobre 1837, une société ayant pour but de rechercher la houille se fonda à Cambrai, sous le nom de Compagnie de l’Escaut. Augustin Évrard fut l’ingénieur de cette Compagnie; il avait 26 ans. Pénétré de l’importance et de la gravité de sa tâche, il étudie profondément la situation, se fait une opinion sur le point qu’il doit attaquer; mais, ne voulant pas prendre seul une décision, il se rend auprès des hommes spéciaux, MM. Flachat, Perdonnet, A. Burat, de Saint-Brice, qui connaissaient le bassin du Nord, leur soumet ses idées, prend leurs avis, puis revient dans le pays pour consulter encore M. Foy, ingénieur des mines à Valenciennes ; enfin, il est assez heureux pour convaincre tous ces ingénieurs que les recherches doivent être dirigées au Nord des concessions d’Anzin et de Raismes; il précise alors à sa Compagnie, en décembre 1837, quelques semaines après sa constitution, le point où les recherches doivent être faites sur le territoire de Vicoigne, et le 6 janvier 1838, après avoir loué un terrain en vue de ces travaux, il se met à l’œuvre; arrêté quelque temps par la rigueur de l’hiver, il reprend avec ardeur le sondage dès que la saison le permet, et, le 23 mai 1838, il atteint le charbon en traversant une couche de 53 centimètres d’épaisseur. Le travail effectif avait duré soixante-cinq jours. La Compagnie de l’Escaut était en mesure de formuler, le 31 mai, sa demande de concession,
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- Augustin Évrard, afin de s’éclairer davantage, établit un nouveau sondage le 12 juin 1838; il rencontre le terrain houiller à 123 mètres, mais il est arrêté dans les grès, du fait de difficultés insurmontables. Il établit aussitôt, le 18 juillet delà même année, un troisième sondage au Mont des Hermites, dans la forêt de Yicoigne, et, trois mois après, le 18 octobre, il traverse une couche de 1 mètre d’épaisseur à la profondeur de 106 mètres.
- Le succès était manifeste, complet; mais il fallait l’affirmer par des travaux importants, onéreux, difficiles, et c’est là qu’on peut juger de l’ardeur, de la volonté de l’ingénieur de la Compagnie de l’Escaut. On en est frappé quand on lit ses rapports au conseil d’administration, où il lui propose avec modestie, mais avec fermeté, les moyens les plus actifs, les plus certains, de consolider une position si méritée.
- La situation à cette époque n’était pas sans grande difficulté. Quelques Compagnies riches et puissantes cherchaient sans trouver; les découvertes d’Augustin Évrard les troublaient; il fallait donc non-seulement conserver la position acquise, mais l’affirmer ; il le sentait mieux que personne; on le voit encore, par la lecture de ses rapports à son conseil d’administration, quand il lui disait, le 15 janvier 1839 (et j’extrais ces lignes du procès-verbal des séances du conseil de la Compagnie de l’Escaut) :
- « Notre position paraît donc des plus rassurantes et même des plus « belles; ayant la priorité de la découverte, nous ne pouvons, sans com-« promettre nos intérêts, nous laisser devancer sous aucun rapport par « les autres sociétés. »
- Il fut aussitôt autorisé à construire deux puits, chacun au Sud-Ouest des deux sondages qui avaient mis au jour la houille à Yicoigne et au Mont des Hermites. La Compagnie mettait ainsi un million à sa dispo-* sition.
- On ne sait pas assez les difficultés de toute nature que rencontre un ingénieur, même dans la position de succès où était parvenu Augustin Évrard. Ce n’est pas tout de trouver le charbon; quand on l’a trouvé, il faut l’exploiter, et, pour l’exploiter, il faut des capitaux considérables. Si méritée que soit la confiance, elle ne s’impose pas, il faut l’acquérir, et dans l’industrie on ne l’obtient ni par des paroles ni par des promesses ; il faut une suite ininterrompue de succès, qui ont pour mesure le bénéfice. Ce résultat n’est ni simple ni facile quand il s’agit d’une création, et quand cette création s’appuie sur les capitaux divisés d’une Sôciété par actions; la difficulté s’accroît quand on est obligé d’affirmer ses droits par des travaux considérables avant d’avoir obtenu de l’État une concession qu’il peut toujours refuser, et quand surtout, pour obtenir cette concession, on est en lutte, comme l’était la Société de l’Escaut, avec des Sociétés puissantes qui avaient tous les moyens d’influence.
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- Augustin Evrard a eu toutes ces difficultés ; il a résolu celles de l’ingénieur de la manière la plus remarquable et la plus heureuse, soit par les sondages, soit par les travaux d’installation définitive, et, on peut le dire, avec une très-grande économie. Pour les sondages, il a appliqué un instrument spécial que nous décrirons; pour passer les niveaux si difficiles des terrains aquifères, il a appliqué un cuvelage avec armatures métalliques de son invention, qui présente les plus complètes garanties de solidité : nous reviendrons aussi sur ce procédé. — Yis-à-vis le conseil d’administration de la Compagnie de l’Escaut, il fut constamment apprécié comme il le méritait et conserva toujours sa confiance la plus entière, depuis le jour de sa fondation, en octobre 1837, jusqu’au moment où, pour conserver une partie de ses découvertes, cette Société dut, contrainte et forcée par le ministre, fusionner avec d’autres Compagnies. Nous verrons qu’à ce moment il obtint de la Compagnie de l’Escaut le témoignage le plus honorable de son entière confiance par le choix qu’elle fit de lui comme administrateur de la nouvelle Société. Mais, à l’époque où nous sommes, au moment des découvertes d'Augustin Evrard, la situation de sa Société, si nette et si solide qu’elle fût, était puissamment attaquée par plusieurs Compagnies luttant, sur le même terrain, pour obtenir la concession ou partie de la concession sollicitée par la Compagnie de l’Escaut, qui, malgré ses titres et ses garanties,-était loin d’être traitée comme elle le méritait par l’administration supérieure. Cependant ces Compagnies n’avaient pas réussi dans leurs recherches; elles avaient dépensé sans résultat des sommes importantes; elles comptaient idans leur sein des hommes influents, fort actifs auprès de l'administration supérieure, et qui, contrairement à tout droit, finirent par obtenir <du gouvernement une part de cette concession. Il est temps que la vérité ?soit parfaitement établie, et que jusiiee soit rendue à l’ingénieur distingué qui, par son mérite et son travail, découvrit le premier le charbon cdansileibassin du Pas-de-Calais. Le résumé historique de la lutte qui s’établit entre; les diverses Sociétés rivales me paraît du plus grand intérêt pour l’examen de cette question, et nous allons le tracer en quelques mots.
- "^Quatre'Sociétés étaient en présence :
- ^ Les Sociétés de Cambrai, de Braille, â’IIasnon, et celle de YEscaut.
- La Société de Cambrai fut créée en même temps que celle de l’Escaut, •et, par une .coïncidence qui paraît le résultat d’une indiscrétion, elle décida, le 9 décembre 1837, six jours après une délibération semblable de la Compagnie de ïEscaut, qu’elle ferait comme elle un sondage sur le territoire de la commune de Vicoigne. — Le sondage fut fait; il fut sans résultat et abandonné.
- Les Compagnies de Bruille et d’Hasnon avaient, avant la Compagnie de l’Escaut, fait des recherches loin de Vicoigne, recherches presque
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- sans résultat, et déjà ces Compagnies avaient demandé et obtenu des concessions sans valeur.
- Au moment du succès d’Augustin Évrard, ces trois Compagnies se jetèrent simultanément sur le terrain de Yicoigne, et une lutte des plus vives s’éleva entre elles et la Compagnie de l’Escaut.
- M. Coquerel, ingénieur en chef des mines, fut chargé de l’examen des titres de chacun par l’administration supérieure. Cet ingénieur, sans tenir compte du droit absolu de la Compagnie de l’Escaut, qui était seule inventeur, crut pouvoir diviser le terrain concessible entre la Société de l’Escaut et celle de Bruille, écartant complètement la Compagnie de Cambrai, comme trop peu méritante et trop peu sérieuse pour obtenir une concession, et celle d’Hasnon comme devant se tenir pour satisfaite d’avoir, en dehors de Yicoigne, la concession qu’elle avait sollicitée. M. Coquerel tenait compte à la Compagnie de Bruille de ses recherches sur d’autres terrains et des dépenses déjà faites.
- Le rapport de M. Coquerel fut écarté par l’administration, vis-à-vis laquelle les influences persistaient, et M. Lorieux, ingénieur en chef des mines, dont l’appréciation devait avoir une grande autorité auprès du conseil des mines, fut envoyé à Valenciennes. M. Lorieux fut d’avis de ne faire qu’une seule concession dans l’exploitation, et des produits de laquelle la Compagnie de l’Escaut, auteur de la découverte de la mine, aurait 6/13, la Compagnie de Bruille 4/43, et celle de Cambrai 3/43. Les prétentions de la Compagnie d’Hasnon étaient écartées.
- Ce rapport à peine déposé, M. Lorieux fut nommé à Nantes, et le préfet du Nord arrangea l’affaire; on va voir comment, et l’on pourra en même temps juger des influences auxquelles les opinions et les protections politiques ne restèrent point étrangères. Le préfet convoque les administrateurs de la Compagnie de l’Escaut et leur dit : « Les trois Sociétés de Cambrai, d’Hasnon et de Bruille se sont entendues pour le partage égal de la concession de Yicoigne ; je suis d’avis qu’il doit vous être réservé une part semblable. » Cette communication devait surprendre singulièrement des gens qui avaient la conscience de leurs droits; ils firent au ministre une réclamation très-énergique. Le ministre les reçut* et leur confirmant la proposition du préfet, qui n’avait agi que d’après ses ordres, leur déclara que, s’ils n’acceptaient pas le quart, ils seraient simplement évincés, et qu'il accorderait la concession intégrale aux trois autres Sociétés. :
- Contraints et forcés, les administrateurs de la Compagnie de l’Escaut acceptèrent le quart. Une administration nouvelle se forma pour l’exploitation complète de la concession. Chacune des quatre Sociétés nomma deux membres : Augustin Évrard fut l’un de ceux envoyés par la Compagnie de l’Escaut.
- La lutte, on le voit, avait été violente, et les Sociétés rivales, qui par intérêt s'étaient unies contre la Société de l’Escaut, devaient être fort
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- embarrassées pour maintenir, la direction générale de l’exploitation aux mains d’Augustin Evrard; d’un autre côté, il ne pouvait lui convenir de rester sous les ordres de personnages avec lesquels il avait été en lutte aussi ouvertement. Mais, en abandonnant à un autre directeur ses chers travaux, un personnel qu’il avait formé et qui lui était entièrement dévoué, il entra dans le conseil par la volonté de sa Compagnie, et nous verrons le rôle actif qu’il va jouer dans l’administration de cette Société de Vicoigne, qui est devenue si puissante.
- Je suis entré dans quelques détails que plusieurs personnes pourront trouver trop étendus; mais j’ai pensé qu’il était de la plus grande importance, pour l’honneur de la carrière d’Augustin Évrard et pour l’honneur de la Société des Ingénieurs civils, dont il fait partie depuis son origine, d’établir clairement, nettement, sans discussion possible, la notoriété du rôle considérable que cet ingénieur a rempli dans la découverte de Vicoigne.—C’est lui qui en est l’auteur; il est juste qu’il en ait le mérite.
- Cette découverte, on ne l’ignore pas, a inspiré les nouvelles recherches qui se sont produites et dont les conséquences ont été le bassin du Pas-de-Calais. Augustin Évrard ne resta pas étranger à ces nouveaux travaux : c’est lui qui indiqua le point de TEscarpelle, dont d’autres peu délicats surent profiter. Il fut conseil et collaborateur de l’installation de Lens, où il a représenté quelque temps les intérêts de la Compagnie de Vicoigne. Il fut aussi administrateur de Ferfay.
- Les administrateurs de la Compagnie de Vicoigne, qui formèrent plus tard la Compagnie de Vicoigne-Nœux, et auxquels, à l’origine, Augustin Évrard fut pour ainsi dire imposé, reconnurent bientôt le mérite de leur éminent collègue; et, en réalité, Augustin Évrard fut vraiment le travailleur le plus actif, le plus spécial de cette administration. Jamais on ne snura tous les travaux qu’il a faits, tous ceux qu’il a inspirés dans cette importante affaire.—Administrateur délégué, il s’occupait de tout; il veillait sur son enfant : c’est ainsi que dans l’intimité il appelait Vicoigne.
- L’intérêt du bassin du Pas-de-Calais l’occupait beaucoup, au point de vue général. Il a pris une très-grande part aux tracés des chemins de fer desservant les houillères, au dessèchement des grands marais de JBeu-vry, au creusement et à l’approfondissement des canaux; puis il cherchait toujours. C’est encore à lui qu’on doit la découverte et la formation de la Société des houillères d’Auchy-au-Bois, où, pendant vingt ans, il a travaillé avec persévérance, sans avoir toutefois la satisfaction d’amener cette, affaire à un grand développement ni au succès d’argent; mais il a eu au moins là consolation de la laisser dans une excellente voie, et de pressentir son avenir, qui aujourd’hui paraît assuré.
- Les houillères du Pas-de-Calais ont pris un développement important. Leur extraction s’est accrue de plus d’un tiers dans les cinq dernières an-
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- nées; elle a été, en 1872, d’après le Comité des houillères du Nord et du Pas-de-Calais, de 3 282 000 tonnes, et dépasse de 550 000 tonnes la production de la même année des houillères du département du Nord. C’est un grand mérite d’avoir mis la main le premier à une pareille œuvre.
- Il convienLde dire ici dans quels termes l’Administration de Yicoigne et de Nœux a témoigné ses regrets de la perte prématurée d’Augustin Evrard.
- Voici l’extrait du procès-verbal de la séance du 24 janvier 1872 :
- « Le Conseil d’ndministration des mines deVicoigne et de Nœux vient « de perdre un de ses membres les plus distingués dans la personne de « M. Evrard, ingénieur civil à Douai.
- « M. Evrard était membre du Conseil d’administration depuis vingt-« cinq ans, il en était le secrétaire depuis vingt ans.
- « A la fin de 1869, le Conseil, voulant récompenser son zèle et son défi vouement sans.bornes à la chose sociale, l’a nommé son secrétaire « général et lui confia en même temps la surveillance et l’inspection de « tous les services, le chargea de sa correspondance et de l’examen « préalable de toutes les matières qui devaient être soumises à ses déli— « bérations.
- « C’est lui qui, en 1870 et 1871, fit le rapport qui, aux termes de l’ar-« ticle 21 de nos statuts, doit être présenté annuellement à l’Assemblée « générale. L’un de ces rapports surtout a été fort remarqué à cause de « la fermeté et de la netteté de sa rédaction.
- « M. Evrard a puissamment contribué à la découverte, au développe-« ment et à la prospérité des mines deVicoigne et de Nœux. Travailleur « infatigable, le jour même de sa mort, il s’occupait encore de la créa-« tion d’un chemin de fer qui devait donner un nouveau débouche aux « produits de nos mines.
- « M. Evrard avait beaucoup étudié et beaucoup appris, il avait un « savoir étendu et varié, une intelligence mûrie par d’importants tra-« vaux. Il était d’un caractère poli et bienveillant, les relations avec lut « étaient des plus faciles et des plus douces, sa modestie était grande,sa « probité et sa délicatesse à toute épreuve.
- « On peut dire qu’en descendant dans la tombe, il a emporté avec lui « l’amitié, l’estime et les regrets de tous ses collègues et de tous ceux « qui l’ont connu : la mort de M. Evrard est une grande perte pour le « Conseil d’administration, ainsi que pour nos houillères du Nord et du « Pas-de-Calais.
- « Le Conseil, voulant honorer sa mémoire et donner une preuve d’in-« térêt à sa famille, a assisté avec tous les employés supérieurs de sa « Compagnie à ses funérailles qui ont eu lieu le 9 janvier, à Douai, au « milieu d’un grand concours de personnes et de toutes les notabilités « de la ville.
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- « Le Conseil se fait un devoir de consigner sur le registre de ses délice bérations les regrets si vifs et si profonds de la mort prématurée et « inattendue de M. Evrard et décide qu’une copie de la présente délibéré ration sera envoyée à sa veuve et à ses enfants. »
- On peut juger par l’historique de la découverte de Vicoigne, par son développement, par les regrets de son Conseil d’administration, le caractère de là position qu’Augustin Evrard a occupée dans l’industrie des houillères du Pas-de-Calais. Ce serait assez pour remplir la vie d’un ingénieur distingue, laborieux, c’est incontestablement le fait le plus considérable de la vie que nous étudions, mais nous allons voir à côté de lui et parallèlement se succéder d’autres travaux de la plus grande importance et qui font le plus grand honneur à leur auteur.
- Après avoir vu à l’œuvre le professeur et l’ingénieur, nous étudierons le penseur, l’inventeur, l’homme qui jamais n’a pu toucher aucune question sans y apporter une amélioration sensible ; ce n’était pas calcul chez lui* c’était nature, rien ne lui était indifférent.
- Tout jeune encore, Augustin Evrard s’était appliqué aux travaux manuels, il était bon menuisier, habile tourneur en bois, il travaillait lui-même les métaux; ces facultés lui ont été d’un grand secours dans ses opérations de sondage, quand, bien entendu, il s’agissait simplement de reconnaître la nature des terrains sur lesquels il se trouvait. Etant souvent seul en plein champ, il entrait chez un charron et trouvait moyen d’y faire, avec son aide et en quelques heures, un matériel suffisant. Il organisait un treuil, forait lui-même avec quelques manœuvres et s’éclairait ainsi, par des sondages répétés, sur la nature des terrains qu’il traversait. —Ses connaissances pratiques du travail de l’ouvrier le portaient, par l’intelligence et le cœur, à chercher constamment les moyens d’atténuer tout ce qu’il y a de pénible dans les travaux manuels. Toujours il cherchait le perfectionnement de l’outil; aussi, dès ses premiers pas dans le travail du sondeur, il invente une sonde toute nouvelle; en faisant son premier cuvelage, il invente un cuvelage spécial; en observant le wagon du rouleur de mine, il invente un système d’essieu à graissage continu. — On rebute à Yicoigne de l’anthracite qui ne peut brûler sur les foyers ordinaires, il crée un tirage spécial par jet de vapeur qui permet d’utiliser ce combustible. Trouvant complexe la disposition générale des machines appliquées aux mines, il étudie une disposition nouvelle. >.
- Disons d’abord quelques mots de ces inventions dont le caractère est simple et pratique.
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- APPAHEIL DE SONDAGE.
- M. Combes décrit cet appareil dans son ouvrage sur l’exploitation des mines (page 162 et suivantes). « M. Evrard, dit-il, a imaginé un instrument au moyen duquel on peut déterminer le degré et le sens de l’inclinaiso» de certaines couches comme le sont, par exemple, les schistes du terrain houiller. — Une lame unique est d’abord descendue avec des précautions spéciales et à l’aide des appareils de sondage sur le terrain qui intéresse, cette lame arrivée au fond se trouve, par la combinaison de l’appareil, parfaitement orientée, comme elle l’était à la surface, elle s’imprime sur le terrain et y laisse un trait apparent. — Ce travail fait, on retire la lame et on descend dans le trou de sonde un outil formé de quatre lames tranchantes de 25 centimètres de longueur, ces lames sont boulonnées à la circonférence d’un cylindre cannelé, de façon à laisser le passage libre aux matières liquides et boueuses qui se trouvent toujours à la partie inférieure des sondages; en faisant jouer la sonde les lames attaquent le terrain, creusent une espèce de gouttière circulaire et laissent entre elles le repère, le témoin sur lequel la première lame a imprimé sa trace. — Quand la gouttière est creusée, le cylindre se détache du terrain, reste engagé entre les lames et peut être amené à la surface; alors sa structure, rapprochée de l'empreinte, fait connaître le degré de l’inclinaison des feuillets, et de la stratification qui est parallèle aux feuillets. On comprend parfaitement que cet outil a dû rendre et rend encore chaque jour de grands services, notamment quand il s’agit de déterminer la position d’un puits dans de nouvelles concessions. » .*r risévitn b
- : f- • COVELAGE AVEC ARMATURES METALLIQUES;., ... JRgv
- Augustin Evrard a décrit lui-même son système dans les Annales’>des mines (tome 11, 4mo série, page 701). Il est applicable toutes les fois qu’un cuvelage formé de pièces en bois trop légères peut céder sous la pression des eaux, et toutes les fois qu’il est impossible de se procureras bois de chêne d’une épaisseur suffisante et exempte de défauts. Je crois, de plus, qu’il est toujours avantageux de l’appliquer quand on doit traverser-des niveaux dont il est presque impossible de mesurer la puissance; il se compose d’armatures en fer forgé reliées par des clavettes en fer. M. Combes décrit ce système dans son ouvrage sur l’exploitation des mines (page 45, tome II). « Evrard l’a appliqué à Yicoigne, jamais il n*a
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- eu d’accident, et l’on sait que plusieurs puits dans le nord ont été perdus par la pression des eaux sur les cuvelages, notamment celui de Maries. On sait aussi que ces ruptures peuvent occasionner des événements terribles, la perte d’une mine, la mort de tous les ouvriers qui y sont occupés. » .
- JET DE VAPEUR APPLIQUÉ A LA COMBUSTION DES ANTHRACITES.
- M. Péclet décrit ce procédé d’Augustin Evrard dans son Traité sur la chaleur, tome I, page 266. — « C’est M. Evrard, dit-il, qui paraît avoir réussi le premier à employer les houilles sèches pour l’alimentation des foyers des chaudières à vapeur; il baissait la grille de quelques centimètres, perçait dans une des parois latérales du cendrier un orifice rectangulaire de 1.5 centimètres de côté qui pouvait être augmenté ou diminué par le jeu d’une coulisse au centre de cet orifice, il introduisait un tuyau de vapeur de 15 millimètres de diamètre terminé par un ajutage de 5 millimètres de diamètre par lequel était projetée la vapeur. On donnait à la couche de combustible 20 centimètres d’épaisseur, on fermait le cendrier, la combustion s’opérait parfaitement et, malgré les progrès réalisés depuis trente ans en vue d’employer ce combustible maigre partout où l’on doit l’appliquer et où le triage fait défaut, et où encore il n’y a pas de ventilateur, on peut aujourd’hui même tirer de ce procédé si simple un excellent parti. »
- ESSIEU A GRAISSAGE CONTINU.
- C’est le savant professeur, M. Phillips, ingénieur des mines, qui a fait le rapport sur cette invention à la séance de la Société d’encouragement du 17 décembre 1862 ; en voici le résumé en quelques mots : « Chacun sait que le graissage des wagons de mine est absolument défectueux, Augustin Evrard a voulu le rendre parfait, il y a réussi. L’essieu est en fer creux, les fusées des roues tournent dans ce tube-essieu, le tube est alaisé et la fusée circule à l’aise dans ce tube tout en le remplissant exactement ; entre les deux fusées et au centre du tube se trouve un réservoir d’huile hermétiquement fermé à l’exception d’un espace annulaire d’un millimètre sur un diamètre d’un centimètre qui correspond à une ouverture pratiquée dans l’essieu, le mouvement suffit pour faire couler l’huile nécessaire à une lubréfaction complète, et la consommation de l’huile n’a lieu que pendant la marche du wagon, il ne peut plus y
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- avoir ni boue, ni poussière contre les fusées; la pratique a sanctionné les résultats annoncés par l’inventeur, et ces nouveaux wagons ont été appliqués dans plusieurs houillères du Pas-de-Calais. Augustin Evrard a perfectionné ce système par deux additions à son brevet principal : la première du 28 novembre 1859 par l’adjonction d’un réservoir d’huile établi selon le principe du vase de Mariotte qui permet l’alimentation abondante de l’huile au fur et à mesure des besoins; une deuxième addition du 27 juillet 1861 a pour objet un coussinet spécial qui permet d’isoler d’une manière plus complète la chambre de la fusée. Cette invention valut à son auteur une médaille de la Société d’encouragement. »
- MACHINE A VAPEUR.
- Le 21 octobre 1868, Augustin Evrard fit la demande d’un brevet pour une disposition de machine à vapeur spéciale aux mines. Il rappelle que toutes les machines d’extraction horizontales ou verticales agissent sur des câbles qui passent sur des poulies placées sur un chevalement au-dessus des puits et ramènent ces câbles sur des tambours reliés au moteur. Il critique cette disposition relativement à la fatigue du câble et aux frais d’intallation. Il y substitue une disposition absolument nouvelle, qui consiste à placer très-près du puits d’extraction une machine à deux cylindres conjugués, disposés de manière à opérer l’enroulement direct du câble sans le faire passer par aucune poulie intermédiaire. Avec une vitesse de 15 tours par minute, il enroule 30Q mètres de câble en une minute sur un tambour de 6m,15 de diamètre.
- C’est une disposition qui certainement rendrait de grands services si elle était étudiée par un de nos habiles constructeurs.
- BREVETS RELATIFS A LA FABRICATION DU SUCRE. -> ^
- Augustin Evrard, établi à Valenciennes, se trouvait au centre d’une contrée où la fabrication du sucre est extrêmement répandue. Sa position de professeur de chimie industrielle lui faisait suivre naturellement les études théoriques et la pratique de cette fabrication au moment où, par l’activité des industriels du Nord, ayant à leur tête M.-Crespel-Del-lisse, le pays tout entier se préoccupait de cette importante question, il nepouvaity rester étranger; il s’en occupa donc sérieusement et prit successivement de nombreux brevets pour l'amélioration des procédés. Le
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- cadre limité dans lequel je suis obligé de me restreindre ne me permet pas d’entrer au sujet de ces travaux dans de grands développements, mais je dois au moins en faire l’énumération et préciser par une explication sommaire l’objet de chaque invention.
- 1° Le B septembre 1844, il imagina un appareil à concasser le noir animal ; son système repose à la fois sur les principes du coin et de la hache; l’appareil est composé de deux cylindres qui présentent beaucoup d’analogie avec ceux d’un laminoir defenderie; ce brevet fut pris de concert avec M. Schmitfc, de Valenciennes, qui est resté le principal constructeur de l’appareil. Ce concasseur s’est beaucoup répandu, il a été appliqué non-seulement au noir animal dont il opérait parfaitement la pulvérisation, mais encore à toutes les matières de moyenne résistance dont la division est utile à l’usage ; ainsi les tourteaux, résidus de la fabrication de l’huile, les fèves destinées aux bestiaux, les noix de Galles. Cette invention a été perfectionnée par l’inventeur lui-même , qui prit, à cet effet, deux certificats d’addition,
- 2° Le 10 octobre 18-4-4, il prend un brevet pour de nouveaux moyens de clarifier les dissolutions sucrées-et d’en retirer complètement le sucre cristallisable. L’invention embrasse quatre opérations importantes, la défécation du jus, sa clarification, sa filtration , la cristallisation des sirops ; la revivification du noir animal et la préparation d’un nouveau noir artificiel imitant le noir des os.
- 3° Le 29 décembre 1848, il prend un nouveau brevet, toujours pour la revivification et la conservation du noir animal; il substitue au procédé . de calcination au rouge l’action du phosphate acide de chaux; il évitait ainsi l’altération des propriétés utiles du noir, et l’application qu’en a faite, à Marly, M. Tancrède, a démontré le bon effet du système.
- 4° Le 5 juin 1857, le 17 janvier 1859, le 15 novembre 1865, le 27 juillet 1867, il revient encore, par de nouveaux procédés qui font chacun l’objet d’un brevet spécial, sur le moyen d’épurer les jus sucrés, il y emploie successivement la chaux et les acides végétaux avec plein succès.
- 5° Le 29 janvier 1867, persévérant toujours et depuis près de vingt-cinq ans dans l’étude de cette fabrication, il trouve le moyen d’abattre sans frais les mousses considérables qui se produisent au moment de l’ébullition' des jus et à leurs dépens ; ce procédé fait le plus grand honneur à l’inventeur : il consiste à projeter un jet de vapeur dans la zone de l’ébullition ; cette vapeur arrête complètement la formation de la mousse qu’il fallait auparavant abattre à grands frais par l’emploi des
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- corps gras et notamment de l’huile de coco; un tuyau spécial auquel on donne, par le fait de sa disposition même, un mouvement rotatif, amène la vapeur au point convenable où s’opère son mélange avec l’air, et l’effet est produit, la défécation s’obtient ainsi sans perte. Ce brevet est exploité par la maison Cad, qui a vulgarisé l’invention.
- BREVETS TRAITANT DE L’EXTRACTION DES GRAISSES ORGANIQUES.
- Ses études, ses pensées se portaient de préférence sur l’utilisation des produits abandonnés ou mal employés; il aurait voulu que rien ne fût perdu dans la nature, ilne se contentait pas de le désirer, il se mettait à l’œuvre pour faire sa part dans l’application de cette pensée si vraie et si féconde. C’est ainsi qufil s’occupa de l’extraction des graisses qui enduisent les laines et les tissus organiques; de la production de ciments en y appliquant par un traitement spécial les laitiers des hauts fourneaux ; de la production et de l’emploi des combustibles gazeux.
- Ces trois études d’Augustin Evrard sont fort importantes, mais une d’elles se distingue particulièrement par son originalité et par le succès notable de son application. C’est sans contredit le brevet, ou plutôt l’ensemble des brevets, qui traite de l'extraction dés graisses qui enduisent les laines -et les tissus organiques.
- Dès 1845, le 27 septembre, il prenait un brevet pour le traitement des eaux savonneuses. Le 6 janvier 1847, nouveau brevet pour des produits obtenus dans le dégraissage des laines. Le 18 avril 1849, un troisième brevet pour opérer l’épuration et la fonte des corps gras et utiliser les divers produits qui en résultent. Enfin, le 11 août 1862, suivant toujours avec persévérance ses études et ses idées, il prend un quatrième brevet pour l’extraction et l’emploi des graisses naturelles qui enduisent extérieurement les laines et autres tissus organiques.
- La spécification de ce dernier brevet est extrêmement remarquable, je regrette beaucoup de ne pouvoir ici la donner tout entière; mais je ne puis résister au désir de la résumer. Rien ne saurait mieux dépeindre le soin particulier, la science solide, les connaissances profondes qu’Au-gustin Evrard apportait à toutes ces questions.
- La laine des animaux, dit-il, est toujours protégée contre l’action des agents extérieurs par un corps gras inaltérable. Ce corps gras est analogue au vernis naturel qui recouvre les feuilles et les tiges des végétaux, à la cire que les abeilles nous procurent en réunissant et élaborant ces vernis ; c’est réellement la cire de la laine. Le commerce fournit
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- cette graisse sous le nom de suint, mais ce n’est pas le suint pur, il est toujours mélangé d’acides gras provenant delà décomposition du savon qui est la conséquence du lavage des laines. En traitant ce suint du commerce à chaud par l’alcool de vin à 94°, Augustin Evrard arrive à former deux produits : les acides gras qui se dissolvent dans le liquide et le suint pur qui se précipite. Il applique les acides gras à la fabrication du savon ; quant au suint pur ou cire de laine, il lui découvre les propriétés suivantes : 1° Dissous dans l’huile, il en augmente les propriétés lubrifiantes et constitue des huiles à graisser d’une qualité remarquable, surtout quand on peut y additionner de l’oléine animale. —2° Le suint pur, toujours onctueux et flexible, inaltérable à l’air et à l’eau, constitue un précieux enduit pour les cordages de navire, bien préférable au goudron végétal, qui non-seulement s’altère à l’air, mais qui altère également les cordages; le suint dissous dans une huile volatile est encore d’une application plus commode. — 3° Associé à l’huile de lin, il devient élément d’enduit parfait, pour les bois, les pierres, les plâtres. Après ces prémisses, Augustin Evrard recherche où il pourra trouver en dehors des laines cette précieuse matière, il la trouve dans presque tous les tissus organiques du règne animal ou végétal, il la trouve aussi dans la tourbe, puis il décrit les appareils dans lesquels il la traite. Rien de plus complet que ce travail; ces procédés, dont l’origine remonte à 1845^ sont actuellement dans le domaine public et sont partout appliqués avec succès et grand profit. Je reviendrai sur ces travaux à propos des études postérieures d’Augustin Evrard sur le pétrole.
- APPLICATION DES LAITIERS DES HAUTS FOURNEAUX A LA FABRICATION DES CIMENTS.
- Augustin Evrard prit un brevet pour cette invention et un brevet de perfectionnement le 7 avril 1865; il avait observé par l’analyse que ces laitiers avaient une très-grande analogie de composition chimique avec les pouzzolanes, il les réduisait en poudre, et en y additionnant de la chaux grasse ou hydraulique, il obtenait une pâte propre à toutes les constructions et qui acquérait à l’air une grande dureté, il en faisait un ciment ou des pierres de taille, des dalles ou des tuyaux. L’objet de ce brevet est bien précis, bien clair, et l’application en est des plus faciles; mais l’inventeur, occupé d’autres questions, s’est borné à faire des essais et, malgré leur succès complet, il n’a jamais eu l’occasion d’en faire une application en grand.
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- COMBUSTIBLES GAZEUX.
- Ce brevet est du 3 septembre 1862, il renferme des idées neuves et fort originales ; ce brevet est un jalon placé par le savant plutôt que par le praticien ; il n’établit pas, à proprement parler, de procédé. En voici le résumé : les gaz combustibles et notamment l’oxyde de carbone sont employés dans l’industrie, mais seulement par substitution aux combustibles solides qu’on leur préfère et toujours en mélange avec d’énormes quantités d’azote. La combustion s’opère par un mélange très-irrégu-lier d’air atmosphérique, cet air étant soumis à l’appel des cheminées qui est toujours très-variable. L’inventeur se propose d’introduire les gaz ou les liquides combustibles dans une chambre-foyer qui recevrait directement une quantité d’air parfaitement mesurée par un orifice et avec une pression déterminée.
- Les gaz employés proviendraient de la distillation sèche des bitumes, des bois, des liquides, des tourbes, des schistes ou de la houille. L’idée est bien déterminée, mais rien ne précise une application industrielle et, en effet, cette application est toujours cherchée, elle présente de grandes difficultés pratiques, principalement dans l’exemple que prend Augustin Evrard dans son brevet en appliquant directement les gaz purifiés à l’opération si délicate de la réduction et de la fusion des minerais.
- FONTE ET ÉPURATION DES SUIFS.
- On a déjà vu quelques travaux d’Augustin Evrard sur les matières grasses; l’étude qu’il a faite de ces matières à tout état, animal, végétal et minéral, forme une œuvre distincte qui est peut-être l’œuvre la plus complète, la plus profondément étudiée de toute sa vie. Nous avons déjà suivi son étude si neuve et si intéressante sur le suint, nous allons voir son travail sur les suifs et sur les huiles minérales.
- Le 18 février 1847, il prend un brevet pour une huile neutre qu’il obtient en traitant un corps gras naturel par l'alcool et l’acide sulfurique. L’alcool s’empare des acides gras, l’acide sulfurique de leur base; l’huile qui surnage peut être appliquée à l’éclairage, si on l’agite dans une dissolution alcaline, elle perd ses traces d’acide et peut servir au graissage des machines.
- En 1849,1e 18 avril, il prend un nouveau brevet pour opérer la fonte et l’épuration des corps gras et aussi en vue d’en séparer les huiles altérables.
- En 1851, M. de Bussy, membre de l’Académie des sciences, examinant
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- simplement le procédé de fusion imaginé par M. Evrard, faisait, au nom du comité des arts chimiques et à la Société d’encouragement, un rapport dont nous allons donner le résumé. Il expose d’abord les procédés connus pour le traitement des suifs, la fonte au creton, la fonte par l’acide sulfurique, il établit les inconvénients de ces procédés qui placent ces fabrications dans la première et la deuxième classe des établissements insalubres et aussi le danger d’incendie du procédé de la fonte au creton ; puis, arrivant aussitôt au procédé d’Augustin Évrard fondé sur la propriété que possèdent les alcalis caustiques très-étendus de dissoudre les membranes qui constituent le tissu des suifs en branches sans attaquer sensiblement les corps gras eux-mêmes, il décrit l’opération qui est des plus simples. 150 kilos de suif en branches sont placés dans une chaudière avec 4 à 500 grammes de carbonate desoudecaustique étendu dans un hectolitre d’eau. Le tout est porté à l’ébullition, le tissu est détruit, la matière grasse s’en sépare et, par un lavage à l’eau chaude et le repos à l’état liquide, on l’obtient parfaitement limpide. L’opération se fait envase ouvert et ne donne aucune odeur désagréable, les produits sont inodores et très-blancs; les suifs de tous les animaux se traitent parfaitement par ce procédé et les produits obtenus sont très-supérieurs.
- M. de Bussy conclut en déclarant qu’au point de vue de la salubrité, du revient de l’opération, de la pureté du produit, les avantages sont incontestables et, en effet, le conseil de salubrité de la ville de Paris, chargé par le préfet de la Seine d’étudier le nouveau procédé, nomma une Commission qui se rendit à Douai, constata les résultats que M. de Bussy avait indiqués et fit un rapport des plus favorables.
- Le procédé fut récompensé par une médaille d’argent à l’Exposition de 1849 et par une médaille de platine delà Société d’encouragement; il est décrit dans l’ouvrage de chimie industrielle de M. Payen, tome II, page 777.
- ÉTUDES SUR LE PETROLE.
- Les travaux d'Augustin Evrard sur les diverses matières organiques l’ont conduit à examiner tout particulièrement un nouveau produit naturel que l’Amérique, il y a bientôt dix ans, commençait à nous envoyer avec abondance, l’huile de pétrole. A cette époque on ne connaissait pas la division qu’il a su si bien faire des précieux éléments renfermés dans ce produit naturel. Les produits qu’on en obtenait par la distillation consistaient dans les huiles lourdes dépourvues d’onctuosité, trop fluides pour le graissage, et des goudrons noirs qu’on livrait au.commerce pour le graissage grossier des roues de voiture et des gros engrenages.
- Dans un brevet pris en août 1864, Augustin Évrard résume ses pre-
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- mières études sur l’huile de pétrole au .point de vue du graissage; ce brevet avait pour objet :
- 1° L’emploi des huiles de pétrole après l’enlèvement des matières fluides, ou volatiles, pour opérer le graissage des machines;
- 2° L’emploi du même produit en mélange avec les graisses et les huiles pour le même objet ;
- 3° L’emploi, pour un graissage analogue, des huiles et graisses naturelles après enlèvement des parties volatiles par distillation,.
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- Voici, en abrégé, les moyens qu’il applique pour atteindre son but.
- il observe qu’on ne trouve pas réunies, dans un même produit commercial, les conditions multiples nécessaires aux matières appliquées au graissage des machines. En général, les produits qu’on y applique sont altérables.
- Les huiles de pétrole, d’une moindre valeur comme prix d'achat, sont infiniment moins altérables que les huiles ordinaires et, après qu’on en a retiré les huiles volatiles par la distillation, elles donnent pour le graissage des machines une huile onctueuse d’une qualité remarquable; cette huile dissout le suif, acquiert par l’addition de cette substance une consistance suffisante pour ne plus couler, sans toutefois arriver à l’état concret et peut se dissoudre dans les huiles animales," végétales et minérales. Si l’on soumet à la-distillation les suifs, l’huile de palme, etc., on les débarrasse des acides gras, on peut alors dissoudre ce produit dans les huiles organiques ou minérales, et l’on obtient ainsi une matière lubrifiante parfaitement neutre.
- En 1868, Augustin Evrard, quiavait poursuivi ses études sur le pétrole, prenait un nouveau brevet dans lequel sont tracées avec line sûreté parfaite les règles qui traitent de la séparation, de l’épuration et de l’emploi des matières fixes contenues dans ce produit naturel.
- Il établit d’abord que ces produits tixes ne se volatilisent jamais que partiellement, ils sont difficilement altérables, il dit que leur origine est organique ou minérale (et il est probable que les huiles de pétrole sont d’origine organique); dans tous les cas ces huiles se sont débarrassées par le temps de tous les produits altérables. Les produits fixes propres au graissage ‘sont le résultat de la distillation poussée jusqu’au moment où l’huile distillée se fige à 10° ou 15° au-dessus de zéro. On les retire alors de l’alambic et on les bat fortement avec 5 à 6 % d’acide sulfurique concentré, puis on chauffe au bain-marie à 50°. Les produits se divisent en huile très-décolorée et en matière goudronneuse acide; on traite l’huile par une solution alcaline, elle devient grasse, onctueuse, très-propre au graissage des machines et à celui des cuirs. Si l’on filtre le produit fixe, il se divise en une substance fluide et une autre sub-
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- stance concrète, cette dernière constitue une matière molle et adhérente sans fluidité et très-propre aux graissages les plus délicats, et notamment à celui des armes conservées dans les arsenaux. Associé aux matières saponilîables, le produit fixe donne une substance excellente pour graisser le matériel roulant des chemins de ter.
- On voit quels soins Augustin Evrard apportait à l’étude des questions nouvelles quand il rencontrait un produit d’une utilité générale, très-répandu dans la nature et destiné à accroître la richesse publique. Ses études sur le pétrole sont à tous égards d’une importance considérable, elles l’ont conduit à la construction d’une grande manufacture.
- Nous devons dire au moins quelques mots d’autres questions étudiées par Augustin Evrard. Dès l’origine de sa carrière industrielle, il étudia la fabrication des potasses, et en 1844 il trouvait et appliquait un four spécial qui brûlait complètement les produits perdus des mélasses et supprimait ainsi les odeurs insupportables de cette opération.
- POTASSES ET ALCOOLS;
- Il produisait, en 1845, des potasses d’une si grande pureté qu’il les livrait aux cristalleries, et notamment à Glicliy et à Sèvres ; il a persévéré dans l’étude des vinasses, des mélasses et matières analogues; il s’attachait toujours à l’exameu des résidus des diverses fabrications, et en juillet 1863 il prenait un brevet pour préparer avec ces matières le nitrate de potasse qui est renfermé dans la betterave et le cyanure de potassium au moyen du charbon alcalin résultant de la calcination des vinasses concentrées.
- Augustin Evrard a pris, en 1855, un brevet spécial relatif à la fabrication des alcools, et le 4 décembre 1855 un brevet pour l’épuration de ce produit.
- On voit qu’aucune des questions qui sont dans le Nord la conséquence de la culture de la betterave ne pouvait lui rester étrangère, soit celles traitant les produits riches, tels que le sucre et l’alcool, soit celles des produits Secondaires et particulièrement, dans les vinasses, la découverte importante du nitrate de potasse.
- DÉCORATION DE LA CRAIE.
- . Le 4 juin 1855, il prit un brevet pour une des inventions les plus curieuses; bien que ce brevet n’ait pas été exploité, j’en élirai quelques
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- mois. Ge brevet avait pour but ia décoration de la craie; il avait trouvé que la craie immergée dans les essences de résine prenait l’aspect du marbre, et en môme temps qu’elle prenait de la dureté sur une épaisseur de quelques millimètres; il lui suffisait alors d’ajouter au bain d’huile de résine des matières colorantes, d’y plonger des vases taillés dans la craie, il obtenait ainsi des marbres du plus riche aspect.
- Nous ne nous'étendrons pas davantage sur toutes les idées, sur toutes les études, les inventions d’Augustin Evrard ; mais, comme témoignage de persévérance dans les idées, je ne puis résister au désir de publier religieusement, m extenso, une note préparée pour l’Académie des sciences et que la famille d’Augustin Evrard a pour ainsi dire trouvée par hasard dans ses papiers; elle remonte à 1865, et fait suite à ses études si remarquables sur le suint dont l’origine date de I840; on jugera par cette, note de la délicatesse des observations scientifiques de Fauteur.
- « Je prie l’Académie de vouloir bien prendre connaissance delà note « que j’ai déposée sous pli cacheté dans la séance du 9 sèptembre 4850.
- « Les expériences que j’ai faites, à de longs intervalles depuis lé dépôt « de cette note ont confirmé l’exactitude de mes premières observa-« lions.
- « La mélasse, le sucre, l’amidon, les acides gras, là gélatine he' foür-« nissent pas de paraffine par la distillation sèche ou pvrogénée.
- « La pellicule extérieure des pommes de terre et de diverses racines « ne m’a pas fourni de paraffine; le goudron provenant de la distillation « de ces matières finit par se dissoudre dans l’acide sulfurique concen-« tré, ou dans la potasse caustique après des traitements successifs à « chaud par ces réactifs.
- « Il en est de même des tiges de poriimes de terre étiolées qui ont vé~ « gété à la cave, à l’abri delà lumière. Les tiges et les feuilles vertes des « mêmes plantes qui sè sont développées sous l’influence des rayons « solaires fournissent de la paraffiné.
- « La paraffine cristallise en abondance dans les produits de la distil-« latioiL sèche du suint de mouton; je l’ai obtenue'également dans les « mêmes produits provenant dé la crasse des cheveux.
- « Il rue paraît donc démontré que la cire qui donne la pa'raffiné se « forme sur les feuilles et lès tiges des plantes SO’üs l’influence des rayons a solaires; que cette cire, mêlée aux; aliments, circulé ensuite dans les « organes des animaux, à la surface desquels elle vient suinter lentement. « La cire est probablement en dissolütion dans la graissé dont la pro-« portion est bien plus considérable dans l’organisme. ^
- « La cire, qui est la matière essentiellement inaltérable, dont le rôle « dans la création est de protéger les organes extérieurs dès végétaux
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- « contre l’action destructive de Pair, de l’eau et de la chaleur, vient « donc aussi, par un jeu admirable des fonctions vitales, protéger les « organes extérieurs des animaux.
- « Pour vérifier l’inaltérabilité de la cire elle-même, j’ai traité sucees-« sivement et un grand nombre de fois la cire d’abeilles par l’acide <f sulfurique à 100° et par la potasse bouillante. J ai abouti à une matière « poisseuse et noire, résistant à ces deux dissolvants. Il faut donc que la « distillation sèche opère un dédoublement de la cire pour produire la «"'paraffine cristallisée.
- « Ces observations m’ont conduit à quelques indications sur la nature « de l’huile de pétrole, que des auteurs ont attribuée à une distillation k souterraine.
- « J’ai séparé de l’huile de pétrole les produits volatils, en maintenant « ce produit pendant vingt-quatre heures à la température de 250°, et « injectant en même temps dans l’intérieur de la vapeur d’eau sur-« chauffée. Le produit fixe a été ensuite traité plusieurs fois successive-« ment par l’acide sulfurique concentré et par la potasse, et, comme la « cire d'abeilles, il m’a donné une matière poisseuse, noire, sans aucun « indice de paraffine cristallisée.
- « Cette matière poisseuse donne de la paraffine par la distillation « sèche.
- « Si donc l’huile de pétrole contient des huiles distillées, elle contient « aussi des matières analogues à la cire d’abeilles, au vernis extérieur « des végétaux, au suint des animaux, matières qu’elle a conservées « peut-être inaltérées en dissolution.
- « En réfléchissant à l’état naturel et aux fonctions de la cire dans le « règne organique, j’ai été frappé d’une propriété de la paraffine qui a « tant de rapport de génération avec elle.
- « La paraffine cristallise en tables extrêmement minces qui ont quel-« quefois plusieurs centimètres carrés. Si, comparativement, nous exa-« minons les corps gras qui circulent dans l’intérieur des organes, « comme le suif, nous les voyons se solidifier en sphères .dans les liqui-« des où ils sont dissous. Si nous décomposons le suif, nous obtenons « l’acide stéarique en cristaux aciculaires; mais, venons-nous à le satu-« rer par la potasse ou la soude, le savon formé quand il se solidifie « librement affecte encoré la forme sphérique.
- « Enfin, si nous distillons le savon calcaire pour former la stéarone ou « la margarone, nous obtenons encore des substances qui se solidifient « en sphères au sein des liquides qui les tiennent en dissolution. »
- Cette note termine dignement la série fort longue et si intéressante des études approfondies d’Augustin Évrard. On ne le jugera pas seulement comme un savant anàlysant des laits connus, mais surtout comme un véritable pionnier delà science la plus pure, établissant avec sûreté et
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- sous une forme on ne peut plus séduisante le rôle de la nature dans une de ses fonctions naturelles les plus délicates, les plus parfaites et jusqu’à lui absolument inconnues.
- Augustin Evrard avait acquis par tous ses travaux une grande notoriété qui le faisait, pour ainsi dire, le conseil naturel et l’arbitre des questions qui avaient quelque attache à la science et à l’industrie.,11 n’y a pas de difficultés qui ne lui aient été présentées et qu’il n’ait résolues; si occupé qu’il fût-et quel que fût le temps qu’il fallait sacrifier, je l’ai vu souvent, au milieu des travaux les plus urgents, dans les circonstances les plus difficiles, donner avec simplicité une attention soutenue de plusieurs heures à des communications qui avaient leur intérêt très-sensible pour celui qui consultait, mais qui n’en avaient pour lui-même aucun autre, si ce n’est la satisfaction d’éclairer, de chercher la bonne voie, de la trouver. Il croyait remplir un devoir quand, par ses avis, il pouvait ramener les questions dans les vrais principes dont s’éloignent si facilement et si souvent certains industriels- qui, en pratique, n’ont encore pour guide que l’expérience et l’observation. Pour toutes ces questions, Augustin Evrard remontait toujours à la science, à la vérité.
- Pour les mêmes motifs, quand des questions de propriétés industrielles se débattaient vis-à-vis les tribunaux,-on le recherchait comme expert, et souvent, malgré ses travaux multiples, il consentait à se charger des études complexes auxquelles on est toujours entraîné par l’examen approfondi de ces questions litigieuses.
- Les plus importantes de ces expertises sont :
- 1° Celles relatives à la fabrication de la potasse, qu’il fit en collaboration de M. Edmond Pésier, chimiste à Valenciennes. Cette expertise était considérable par les intérêts immenses qui s’y trouvaient engagés.
- 2° En 1859, il accepta, en collaboration avec M. Girardin, doyen de la Faculté des sciences de Lille, l’expertise importante ordonnée par la cour de Douai, dans un grave procès relatif à un système spécial de fours à coke.
- 3° En 1865, à propos d’une question également importante de droit de brevet, la même cour le nomma expert. La question était capitale et d’un grave intérêt général; il fallait, en effet, étudier et décider de la valeur de procédés relatifs à la fabrication des ciments.
- Il faut étudier ce travail pour juger sa clarté, sa netteté, le sentiment:
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- profond de vérité qui s’y trouve à chaque ligne; il faut y voir l’hommage rendu au mérite si distingué et si complet de M. Vicat.
- En lisant ces diverses^expertises, on comprend qu’un juge doit être heureux de pouvoir s’éclairer aussi parfaitement; toutes les incertitudes disparaissent; la conscience éclairée est tranquille et fixée, et le jugement prononcé.
- Augustin Évrard a été membre du copjseil municipal de Douai, où il s’est occupé surtout des questions de construction et de salubrité; il était rpembre de la Société d’agriculture de cette même ville; il a été chargé, dans ces positions, de diverses études; je ne parlerai que d’un,rapport sur un concours pour l’alimentation d’eau de la ville de f)puaif et d’une notice nécrologique sur le lieutenant-colonel du génie Plazenet,
- Augustin Évrard résume, dans son rapport pour l’alimentation d’eau, un remarquable travail de M. A. Parsy, chef du service des eaux de la ville de Lille; tous ceux qui s’intéressent à ces importants travaux, qui sont les vrais progrès de notre époque, liront ce rapport avec le plus vif intérêt. Sous une forme concise, rien n’est omis; i! examine le projet soumis à la Société d’agriculture au point de vue de la recherche et de la qualité des eaux, de la canalisation, des machines élévatoires; il établit les progrès généraux de ce précieux élément de salubrité; il étudie avec l’auteur les questions financières d’une opération aussi considérable, et propose avec lui deux solutions qui, chacune, doivent assurer à la ville deux cents litres d’eau par jour et par habitant.
- Dans sa notice nécrologique sur le lieutenant-colonel Plazenet, membre honoraire de la Société d’agriculture, ancien commandant du génie de la plape de Douai, ancien député de la Corrèze, il retrace avec énergie la vie honorable de ce brave et digne soldat qui mourut à Douai dans un âge avancé en n’y laissant que les meilleurs souvenirs. On voit qu’Augustin Évrard trouvait le temps pour remplir tous les devoirs.
- Nous avons parcouru rapidement, trop rapidement pour les bien exposer, les travaux considérables d’Augustin Évrard. Ces travaux profonds et variés étpnnent par leur importance et leur étendue les hommes qui ont eux-uiênaes l'habitude du travail, il est vraiment, à mon sens, le type le plus parfait de l'ingénieur civil à poire époque; dans un temps qui n’est pas encore bien éloigné, l’industrie ne reposait que sur la routine; les hommes les plus distingués qui étaient à sa tête, et il y en avait d'un trèsrgrand mérite, cherchaient les progrès et la Vérité par des essais qui
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- n’étaient que des tâtonnements, je me les figure comme des hommes égarés dans les catacombes d’une grande cité qui, sans lumière et sans boussole, veulent à tout prix en sortir et qui arrivent quelquefois à en trouver l’issue. De même, nous avons rencontré des industriels de génie de l’ancienne école qui ont découvert la vérité, mais combien n’ont jamais su comment ils arrivaient à produire tel métal, tel produit? Aujourd’hui, et déjà depuis un certain nombre d’années, on veut partout savoir et connaître la raison des choses, et on ne la trouve, on ne peut la trouver que dans la science, dans le travail ayant pour base la science.
- C’est ce qu’Augustin Évrard a fait toute sa vie; pour lui la science lai plus élevée, la plus délicate, la plus transcendante avait toujours ou devait toujours avoir une application. On trouve la preuve de cette convie*-tion naturelle dans les brevets si nombreux et si variés qui résument ses études. Ce n’est point le monopole, ni le moyen d’exploiter à son profit spécial tel ou tel procédé qu’il recherchait par ces brevets, ce n’était pas davantage la fortune, mais il donnait par là dans son esprit une sanction pratique à ses études, à ses observations, et prenait sa place comme penseur, comme savant, comme ingénieur, comme ouvrier industriel.
- Bien qu’il suivît de nombreuses questions, il n’en quitta pas unè pour une autre, il les étudia simultanément et avec une rare persévérance, depuis le moment où la première pensée germa dans son esprit jusqu’à la fin de sa vie laborieuse. Ainsi, pour ses travaux de découverte et d’exploitation de houille dans le Pas-de-Calais, depuis Viéoigne en 1 837 jusques Aucliy au-Bois en 1872; —pour lés sucres, depuis le premier brevet de 1844- jusqu’au brevet dé 4867; — pour les graisses, depuis le traitement des eaux savonneuses en 1845 jusqu’à l'exploitation de la grande fabrique de pétrole qu’il a créée à Douai et qu’il développait encore en 1872. C’est ainsi seulement que la science fait* faire à l’industrie de grands progrès. Son esprit était à la fois large et pratique, supérieur et bienveillant; son caractère doux, simple et modeste; il était plein de tact et d’égards envers les personnes, mais très-sévère pour lui-même, travailleur infatigable; c’était vraiment étrange de voir celle tête d’une intelligence si pénétrante, qui jamais n’avait ni trêve ni repos, sur ce corps si frêle, si délicat, toujours actif, supportant, grâce à l’application constante d’un régime 4’une sobriété absolue, les fatigues et les labeurs de tous les jours.
- Augustin Évrard fit pendant toute sa vie et par lui-même l’application de ses importantes découvertes; il ne comprenait que la science appliquée.
- En 4845, il s’intéressa dans une usine à Tourcoing'en vue d’v traiter les graisses provenant des eaux savonneuses qui avaient servi au dégrais-
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- sage des laines et qui, avant son brevet de cette même année, n’avaient trouvé d’utilisation que comme engrais. Celte usine fonctionne encore aujourd’hui et n’a jamais cessé de travailler d’après ses procédés.
- Peu après, ayant traité avec les peigneurs de laine du Câteau pour l’expluitation de ce même brevet, il y construisit une nouvelle usine, qui bientôt fut reprise par les industriels eux-mêmes; il concentra dès lors tout ce travail à Saint-Arnaud où il réunit toutes les matières grasses qu’il put se procurer. Ces matières étaient distillées et fournissaient un premier produit gras propre à la fabrication des savons, les résidus de la fabrication étaient calcinés et produisaient des potasses de la plus grande pureté.
- Ces établissements, où tout avait réussi complètement comme fabrication et profit, furent frappés à la révolution de 1848 d’un chômage absolu. A cette époque Augustin Evrard s’occupait déjà de l’étude relative àla fonte des suifs et delà fabrication de l’huile neutre d’oléine, comme on en trouve le témoignage dans les brevets 5082 et 8193 du 18 février 1847 et du 18 avril 1849. Il vint alors s’établir à Douai où il construisit une usine pour l’application de ces procédés.
- Bientôt après, il eut la pensée de fonder à Paris une manufacture spéciale pour la fonte des suifs. Il voulait y traiter la plus grande partie de ces matières qu’on produit en abondance dans cette grande cité. L’usine fut construite et mise en exploitation. Cette opération était de nature à séduire puisqu’elle substituait des procédés parfaits aux procédés primitifs, mais elle ne fut pas heureuse par suite de difficultés toutes commerciales avec le personnel des bouchers de Paris qui est nombreux et peu commode; d’un autre côté, Augustin Évrard, appelé à chaque instant dans le Nord pour l’administration des houillères du Pas-de-Calais, ne pouvait suivre, comme il eût fallu, des détails qui présentaient de grandes difficultés, il prit le parti dé rentrer à Douai où il continua la même fabrication.
- Plus tard, au moment où l’huile de pétrole étaitexploitéesur une grande échelle par suite de la création d’un grand nombre de puits établis au Canada, en Pensylvanie, dans les comtés de Lambson, de Kent, de Middlesex, Goderich, etc.,etc., et quand ces exploitations portaient l’exportation de ces produits de 10 000 fûts en 1861, à 300 000 en 1863, Augustin Évrard étudia, comme nous l’avons vu, cette matière si abondante dans la nature et construisit près de Douai un établissement considérable où il appliqua les connaissances qu’il avait acquises en distillant les graisses et les résines. Cette usine estaujourd’hui en pleine exploitation. ,
- Augustin Évrard dans sa longue carrière a toujours été entouré d'une population ouvrière importante soit dans les mines, soit dans les usines. On peut dire qu’il a toujours rempli son devoir envers elle, car il était
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- profondément humain ; s’il exigeait du travail de l’ouvrier, il savait le rémunérer largement. Par ses conseils, il provoquait les épargnes, par ses conseils aussi il indiquait leur première application à l’achat d’une terre, d’une maison, et c’est là qu’est toujours le point,de départ de la saine indépendance, celle qu’on a su acquérir. Il avait trop le sentiment delà liberté pour tomber dans les erreurs des socialistes qui prêchent le phalanstère et la communauté, mais il était d’un esprit élevé, sincèrement libéral, concourant à l’établissement des asiles, des écoles, des hospices, des caisses de retraite, très-partisan des sociétés coopératives sagement administrées, qui conduisent les ouvriers à une indépendance qu’ils ne doivent qu’à eux-mêmes et qui est non-seulemenl la meilleure, mais la seule.
- En matière commerciale, il était partisan des idées les plus libérales, il a toujours eu confiance dans la réalisation des théories de l’économie politique pour le plus grand bonheyr des nations. Il disait souvent : tout le mal vient des guerres et des douanes. Il était heureux quand il entrevoyait la sérieuse application des grands principes qui assurent la propriété, qui préparent les échanges et qui mettent dans la pratique la xraie liberté.
- Augustin Evrard aimait beaucoup son pays; ses idées, ses aspirations politiques se résumaient dans un gouvernement qui aurait favorisé la liberté d’accomplir, saris entraves, tout le bien que peuvent faire dans leur patrie les hommes de vérité et de savoir.
- Nous avons parcouru la carrière laborieuse et publique d’Augustin Evrard, nous ne pouvons le quitter sans dire un mot de l’homme privé, de l’ami, du père de famille.
- Nous avons vu déjà dans son cours industriel, dans sa carrière d’ingénieur, comment il accueillait ses anciens élèves et les manufacturiers qui venaient l’entretenir de leur industrie, tous ceux, du reste, qui, directement ou indirectement, lui demandaient ses avis.
- Son accueil bienveillant n’était jamais l’expression d’une simple politesse, il avait à la fois quelque chose de sérieux et de spécial que l’on trouve particulièrement chez le médecin observateurret sympathique. Il écoutait, examinait, étudiait avec soin et en conscience les questionsqu’on lui soumettait, il les analysait*, donnait son avis et s’inquiétait de leur avenir; il était fort attentif à s’enquérir, souvent indirectement, des conséquences de ses conseils, il voulait savoir si on les suivait et s’ils produisaient ce qu’il en avait espéré. Pour lui-même, aussi modeste que supérieur, il ne négligeait jamais de rechercher les avis sérieux qu’il pouvait recueillir, il les prenait partout, aussi-bien d’un simple ouvrier que du savant le plus distingué, et savait en tirer parti.
- Augustin Evrard avait une faculté rare, très-rare, que je n’ai jamais rencontrée à un aussi haut degré : son esprit était toujours libre, qu’il
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- fût engagé dans les travaux les plus complexes, ou chargé de la resr ponsabilité la plus grave; dans ses embarras les plus grands toujours il était lui-même; mais s’il était assez parfaitement doué pour que dans les moments les plus difficiles il restât calme et maître absolu de ses facultés dans ses relations, il était encore plus attentif et soigneux pour tout ce qui touchait aux devoirs de l’amitié et de la famille. Le travail de son esprit, si actif qu’il ait été, a toujours laissé au premier rang les devoirs que lui imposait son grand cœur, et ceux qui l’ont connu pendant les dix dernières années de sa vie ont su combien ces devoirs étaient délicats, douloureux et de tous les instants. 11 n’v a pas eu d’ami plus sûr; il ne comprenait pas l’amitié par l’expansion et par les témoignages extérieurs, mais il pensait à ses amis, il s’en préoccupait, et quand l’occasion le voulait, il agissait; il avait leur confiance absolue et la méritait en leur donnant là sienne; il les suivait à chaque moment de leur vie comme il suivait ses travaux et ses inventions originales, avec la même persévérance, la même constance. Cette sûreté de relations a pu être appréciée par tous ceux qu’il a honorés de son amitié.
- Augustin Évrard restera certainement un savant professeur, un ingénieur distingué, un très-original inventeur et, comme tel, un exemple pour les membres de la Société des ingénieurs civils ; mais sa famille le pleurera toujours, et ses amis ne se consoleront jamais de l’avoir perdu.
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- ANALYSE
- DE L’OUYRAGE DE M. DELESSE
- SUR LÀ LITHOLOGIE DU FOND DES. MERS
- Par M. .âestaMÆ IÆ CLE il.
- .L’auteur, ingénieur en chef des mines, professeur à l’École des mines et à l’École normale, s’est proposé, dans cet ouvrage, de faire une étude litholog.ique du fond des mers. Limitée d’ab'ord à la France, cette étude a été successivement étendue aux mers du globe qui ont été le mieux explorées à l’aide de sondages exécutés par les marins et par les ingé-. nieurs hydrographes de tous les pays. Pour les côtes de France, elle s’appuie, en outre, sur les explorations de l’auteur et sur l’examen d’une nombreuse collection de dépôts marins.
- L’ouvrage comprend cinq parties :
- I. — Préliminaires qui indiquent la méthode suivie pour étudier les dépôts et qui exposent l’orographie de la France et de ses côtes sous-r marines.
- Dans cette partie, l’auteur constate que les dépôts marins contiennent diverses matières solubles, d’abord les sels de l’eau de mer et ensuite des matières organiques fournies par les débris d’animaux et de végétaux. Il fait remarquer que, sur les bords des étangs marins du midi de la France, la salure peut dépasser 4 p. 100.
- Parmi les matières insolubles domine la silice, qui est surtout à l’état de quartz.
- Les dépôts qui se forment sur les côtes de France dépendent beaucoup de leur constitution géologique, mais ils sont également en relation avec les bassins hydrographiques et avec l’orographie du sol émergé ou submergé; aussi l’auteur en fait-il un examen attentif.
- L’orographie de la France est représentée, sur les cartes jointes à l’ouvrage, par des courbes horizontales tracées d’après les cartes des ingd* nieurs hydrographes. On observe que les côtes montagneuses sont géné-ralementbaignées par une mer profonde, tandis qu’une mer peu profonde correspond à une côte plate.
- II. La deuxième partie renferme l’étude des agents prmcipmw dm dépôts marins.
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- Ces agents sont de deux sortes : les agents organiques et les agents inorganiques.
- Les êtres*organisés jouent un rôle important dans la formation des dépôts marins ; car les mollusques et les végétaux marins qui se développent dans les mers y sont très-abondants et y accumulent une énorme quantité,de débris.
- L’auteur entre surtout dans de longs détails relativement aux agents inorganiques qu’il distingue en agents extérieurs, comme Y atmosphère, les rivières et la mer, et en agents intérieurs, comme les eaux souterraines, les éruptions, les dislocations.
- M. Delesse consacre à chacun de ces agents de longs chapitres, pleins de renseignements utiles.
- Il indique la direction et l’intensité des vents les plus fréquents sur les divers points des côtes de France : lèvent du N.-O., qu’on nomme le Mistral sur le littoral de la Provence; le vent du S.-O. sur les côtes de la Manche.
- L’auteur s’occupe ensuite de la distribution de la pluie en France. La quantité moyenne annuelle est de 80 centimètres sur le littoral de la Manche ; elle est inférieure à 60 centimètres sur les côtes de la Méditerranée.
- La pluie augmente avec l’altitude des montagnes : elle dépasse 1 mètre sur les parties élevées des Vosges, du Jura et des Pyrénées. C’est dans ces régions montagneuses qu’on recueille le maximum.
- Le minimum pour la France se trouve dans la région comprise entre Troyes, Meaux, Compiègne, Épernay : il est de 40 centimètres.
- Une carte spéciale montre bien comment la pluie se répartit sur le sol de la France.
- Un chapitre est consacré aux rivières, aux lacs et étangs littoraux.
- L’auteur donne, pour les principales rivières, la hauteur à laquelle elles prennent leur source, leur longueur depuis la source jusqu’à l’embouchure, et leur pente moyenne.
- Il s’occupe encore de la composition minéralogique des dépôts des rivières, des dépôts d’embouchure; des deltas, des barres, des ports, ainsi que de l’étude des principaux lacs et étangs de la France.
- Indiquons seulement le lac de Grand-Lieu, sur la rive gauche de la Loire, le lac le plus étendu de France. Il mesure 9 kilomètres de longueur sur 7 et demi de largeur et sa superficie s’élève à 7,000 hectares.
- Après l’étude des eaux douces, vient celle de la mer, des vagues, des courants et des marées.
- L’auteur rappelle que pendant les tempêtes, au large et dans les parages très-tourmentés, les vagues peuvent atteindre 10 mètres; mais dansda Méditerranée, leur hauteur n’est guère supérieure à 5 mètres. Sur les côtes de France, baignées par l’Océàn, elle s’élève jusqu’à 6 “mètres dans la Manche, et à 7 mètres dans le golfe de Gascogne.
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- La longueur des vagues n’est pas moins variable que leur hauteur, et dans l'Océan elle peut aller jusqu’à 200 m. Quant à leur vitesse, elle est, quelquefois de 50 kilbm. à l'heure.
- Les marées occasionnent d’aiFeurs des dénivellations qui sont bien supérieures à celles des vagues, car elles atteignent 23 m. dans la baie de F un cl y !
- Sur les côtes de France, la hauteur des marées aux syzygies est de 2ra,7 à Bayonne, 5 mètres à Saint-Nazaire, 12 mètres à Granville.
- Tous les renseignements que donne Fauteur sont fort utiles pour l’exécution des travaux à la mer.
- Dans la deuxième ainsi que dans la cinquième partie de son ouvrage, M. Delesse insiste d’une manière spéciale sur l’importance du rôle que les agents intérieurs, tels que les eaux souterraines, les éruptions et les dislocations, ont joué dans la formation des dépôts marins ou lacustres. Il fait voir qu’aux différentes époques géologiques, ces agents intérieurs ont contribué d’une manière très-efficace à engendrer les terrains qui constituent maintenant le sol de la France.
- L’examen complet de l’ouvrage de M. Delesse nous entraînerait, d’ailleurs, dans de trop longs développements, et nous terminerons par le sommaire des principaux sujets qu’il traite encore.
- III. — La troisième partie fait connaître la composition minéralogique des dépôts marins des côtes de France, sur le littoral de la Méditerranée, de l’Océan, de la Manche et de fa mer du Nord.
- IV. — La quatrième partie donne la lithologie des mers principales du globe : Mers de l’ancien monde (mer Morte, mer Caspienne, Méditerranée, Atlantique européen, mer Baltique, mer Blanche) ; Mers du nouveau monde (merdes Antilles, golfe du Mexique, Atlantique américain, mers Arctiques et Océan Pacifique). Des cartes représentent la forme du fond de ces mers, et, d’un autre côté, des teintes conventionnelles indiquent la nature physique et minéralogique des différentes roches qui constituent ce fond.
- V. — La cinquième et dernière partie renferme la description de la France aux principales époques géologiques et l’histoire des modifications qu’elle a subies. Des cartes spéciales indiquent, en outre, le relief actuel des terrains silurien, triasique, basique, éocène et pliocène dans l’étendue de la France.
- L’ouvrage est complété par un grand nombre de tableaux et par un atlas de cartes très-intéressantes; les ingénieurs, les agriculteurs et les géologues y trouveront une source abondante de renseignements utiles, et la Société des Ingénieurs civils lui donnera une excellente place dans sa bibliothèque..
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- Abris pour les mécaniciens et chauffeurs (séance du 4 octobre)..............610
- Aéro vapeur, système George Warsop^ par M. Bergeron (séances des 8 et
- 22 novembre)............... ^ ................... 634, 641 et 640
- Affinage des métaux, par M. Pierre Thomas (séance du 2 août). ...... 433
- Arsenal de Fout-Chéou, par M. Giquel (séances des 5 et 19 janvier).. 67 et 70 Artillerie rayée, analyse du mémoire de M. Pinat, par M. Beauchamp (séance
- du 16 aoùt)Pi . .........................................................445
- Bacs à vapeur pour chemins de fer, par M. de Coëne (séance du 5 juillet).. . 430
- Balance dynamométrique, par M. Colladon (séance du Ier mars)................111
- Bateau Ferry, du lac de Constance, par M. Jules Morandière (séance du
- 19 janvier). , ............................................... 6.7
- Brevets d’invention en Alsace-Lorraine (séances des 1er et 15 mars, et 2 août), - ;
- 117, 139 et 43?
- Chaudières à vapeur (Législation des), par M. Gibon (séance du 2 août,).. . . 433
- Chauffage et ventilation des gares de chemins de fer, par M. D’hamelincourt :
- (séance du 19 avril)....................................................252
- Chauffage des voilures de chemins de fer en Allemagne, par M. Ballot (séance 8
- du 6 décembre) 7......................................................... 650
- Chemins de fer en France (des), par M. Chabrier. ..........................179
- Chemins de fer et tramways dans Paris (séances des 3 et 17 mai). 189, 261 et 208 Chemips de fer nécessaires (des), par _M. Goschler (séance du 5 juillet). . . . 427
- Chemin de fer, système Larmenjat, par M. Jules Morandière (séance du 18 octobre). .......................................f .......... . 617
- Commissions diverses (Séances des 19 janvier, 15 mars et 19 avril). tê, 166 2^7
- Compteurs secs et humides, par M. Maldant (séance du 1er mars)...........112
- Décorations, Légion d’honneur. Chevaliers : MM. Pottier (Ferdinand) él Fer-nique.
- Décorations étrangères : -M. Colladon, commandeur de l’ordre des saints, Maurice et Lazare (séances des lèf mars, 19 avril et 8 novembre). 110, 244 et 624 Décès de i MM. Claro, Évrard (Augustin), Mouchelev, Bey, Gaveau, Tourneux (Félix), Dupont, Marlier, Reytier, Bonnet (Félix), NozSi Mathieu (Jules), Vander Eist Vinav, Poinsot, Beiident, Foex (séances des p et 19 janvier, 2février, 13 mars, 19avril, 21 juinj 16août, 4 et 18 octobrejel 22 novembre).
- 66, 67, 73, 244, 285,fjl0, 616, 624, et 641 Démission de M. Ernest. Mayer (séance du 16 février). . 89
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- Pagei.
- Dérivation du compas de marine, parM. Àrson (séance du 2 février)............ 75
- Direction nouvelle imprimée aux travaux de la Société, par M. Brüll (séances des
- •17 mai et 21 juin).............. .'"T T T'...................... 266 et 284
- Discours de MM. Yvon-Viiiarceau, Muller et Flachat (séances des 6 janvier et
- 7 juin)........................^......................... 49, 66, 288 et 310
- Dynamite (Notes sur la dynamite),tpar M. Caillaux (séance du 6 décembre). 648 Eaux du bassin de la Seine (choix des sources à dériver pour l'alimentation de
- la ville de Paris), par M. Dupuy (séance du 8 novembre)............ . , . 624
- Éclairage oxyhydrique, par M. Pierre Thomas (séances des 15 mars, 5 et
- 19 avril). ............................. .ûjfc £63, 211 et 246
- École supérieure d'industrie à Rouen, par M. de Coëne (séance du 18 octobre). 910 Écoles scolaires dans les 5°, 12e et 17e arrondissements de Paris, par M, Dupuy
- V-.
- Os
- (séance du 18 octobre)...................................................622
- Économie industrielle; rapport de la Commission (séances des 5 et 19 avril,
- 3 et 17 mai, 0 juillet, 2 août et 16 août). 243, 248, 267* SfilS, 428, 456 et 467,,, Égouts et vidanges, par MM. Leblond et Lemauchez (séances des Ie1’ mars et
- 21 juin)................................................... 114, 118 et 286
- Égouts et irrigations, assainissement des villes et des campagnes, pal’31. Bonn a «
- (1™ et 2e partie)/. /............................................ 515 et 688/
- Élections des membres du Bureau et du Comité (séances des 15 mars, 5 avril
- et 20 décembre).......................................... 140, 213 et 661
- Emprunt de 90,000 francs fait par la Société (séance du 21 juin). ...... 280
- Enquête sur les habitations, les écoles et l’instruction de la population ouvrière des mines de houille des bassins du Nord et du Pas-de*Caiais, par
- 31. Yuillemin (séance du 7 juin).........................................280
- Exploitation des chemins de fer (Rapport de la Commission). ......... 108
- Gaz oxygène (fabrication industrielle du),par 31. Pourcel (séance du 10 février). 92 Gaz des hauts fourneaux (emploi des), par 31. Gibon (séance du 17 mai). 207 et 003 Guanos de Mesillones (Pérou), par M de Dion'(séance du 19. janvier). ... 70
- Grèves et coalitions, par MM. Benoit-Duporlail, Desmousseaux de Givré et Gaudrv (séances des 5 juillet, 2 et 16 août). 428, 438, 439, 450, 4(jVj
- w'486*e't 498.
- Installation- des -membres du Bureau et 'du Comité (séance du 5 janvier),. . . .1
- Isthme britannique, par El. Burel (séance du R1-mars).......................116,
- Legs de 31. Nozo (séance du 16 août).................................. . , 439
- Lettre de M. Drouyn de Lhuis . . ............ , .... ... . ' 00
- Liste générale des Sociétaires. ............................................. 15
- Liste des Membres donateurs et exonérés................................ 7 . . 44
- Liste des Elembres donateurs et non exonérés................................„ . 45
- Lithologie du fond des mers (analyse de l’ouvrage de M. Delesso sur la)/ . . 787
- Locomotive à rail central du chemin de fer de Cantagallo (Brésil), par M. Des-
- brière (séance du 6 septembre)............................................. 448
- Machines élévatoires des eaux de la Vanne, par M. Yaulhier et Dornès (séances des 10 février, Ier mars, 16 août et 18 octobre). .... J10, 199, 441 et 019
- Elachine Fairlie, par M. Jules Morandière (séance du 22 novembre) . . T/ . 043
- 3Iarques de fabrique (renouvellement des), par M. Émile Barrault (séance du
- 4 octobre). . . .......................................................011
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- Médailles d'or décernées aux meilleurs Mémoires remis pendant les années
- 1870 et 1871 (séance du 21 juin). .......................................286
- Modification des statuts (séance du 3-mai). . . ; ..........................2177
- Mont-Cenis (traversée du), parM.Richard (séances des 7 et 21 juin, et 5 juillet).
- 277 et 424
- Notice biographique sur Augustin Evrard, par A. Gibon................... 760
- Photographie (emploi du papier ferro-prussiate de M. Marion), par M. Tron-
- quoy (séances des 5 juillet et 2 août). ......................... 424 et 432
- Pompe à comprimer à sec l’air et les gaz, par M. Colladon (séance du Ie1' mars). 71
- Pont suivie Danube à Pesth (séance du 15 mars)..............................140
- Portes d’écluses à la mer, en France et en* Angleterre, par M. Périsse (séance
- du 21 juin)......................... .............................286 et 319
- Presse sténographique de Gensoul (séance du 15 mars)........................140
- Puddlago mécanique, système Danks, par M. Jordan (séance du 19 avril). . . 253
- Reconstruction de l’hôlel de ville, par M. Émile Trélat (séance du 19 janvier).. 71 Recrutement des ingénieurs de l’État (séances des 2 et 16 février, 1er et 15
- mars, 5 el 19 avril............." 78, 88, 93, 109, 110, 12.3, 141, 213 et- 245
- Régulateurs isochrones dérivés du système de Watt, par M. Yvon-Villarceau
- (séance du 2 août)..................... ............................... 435
- Régulateur de la consommation du gaz, système Giroud, présenté par M. Ar~-son (séances des 22-novembre et 6 décembre). . ... . . . . 644 et 648
- Résistance des matériaux à l’user (expériences sur la), par M. Émile Muller-
- (séance du 19 janvier). ........................ . ....................... *
- Résumé du premier trimestre 1872................ . .................... 1
- Résumé du deuxième trimestre 1872.;............................................ 201
- Résumé du troisième trimestre 1872 ......................................... 415
- Résumé du quatrième trimestre 1872.................... . . ................. 601
- Saint-Golhard (percement du), par M. Colladon (séance du 4 octobre) ..... 610
- Situation financière de la Société (séances des 21 juin et 20 décembre). 285 et 660
- Table des matières.. 700
- Théâtres (agencement dès), par Quéruel (séance du 6 septembre). .A . . -. .452 Transports par chemins de fer, lettres de MM. Courras et Chabrier (séances des 2 et. 16 février)........................... . ................ 73 et 91
- ’vatA. i'r3 •
- Transports (moyens de).appliqués dans les mines,, les usines et les travaux publics, analyse du Mémoire do M. Alfred Evrard, par M. Caillaux (séance du 8 novembre).......................... ............................... 512 et
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- 3T Série 5me Volume
- PORTES D’EBBE .
- PI. 31
- Fig.l Portes en bois de Dunkerque. (Ouverture ente Bajoyers-- 21m00) Coupe horizontale d'un vantail des Portes busquées 'et des Portes-valets suivant CI)
- Perte-valet.
- Portes en bois dé:
- Dunkerque. (Ecluse de barrage)
- S^Nazaire. ( Bassin, à flot J Havre.. ( .Ecluse delà. Citadelle) Dieppe.) ( Bassin Bucpiesne)
- Fig: Z S1 Nazaire. Coupe verticale.
- Havre.
- Fif
- Portes de S1 Nazaire. ( Ouverture entre Bajojers - 25m0Q) Coupe horizontale d'un vantail suivant AB
- Yif>.]lls Dunkerque.
- ~. . . -, Haute mer de vive
- Coiipe verticale. ^ dvpnsnpm
- fig.o. Portes du Havre. ( Ouverture entre Bajoyers-- 30m50)
- Plan supérieur au niveau du collier.
- '////////////lv////////////////////////////,', .'///////,
- Niveau maximum, des kifP mers de vives eaux d'équinoxe,.
- Niveau, moyen, des Uta meus J de vives eaux ordinaires.
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- Haute mer de morte -eau. mlnimà ( IJ. ooj~ Hivaaimmiutl éelaretamet
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- Fig. 4t
- Portes de Dieppe. (Ouverture entre Bajojers -16m50)
- Coupe horizontale dun vantail
- Zéro de I eckelle ie L écluse de le. Cun tfie.
- K tenier de vive c<w ordinaire (ïl.toj
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- Basse merde marte exu.oidinai.rt ('rf“7 toj
- liasse mer'de vive eau ordinaire (iS™" SoJ
- Port de Dieppe, Coupe verticale.
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- Nota L ed jiq lires représentent le, dissous du huso dans le. roiSUiacfe, de, Icc.pointe,, c.cc.d vers Le milieu de Lvu-mrtune,.
- Etude sur les Portes d'écluses à la. Mer, en France, et en Angleterre par S. Périsse.
- Société des Ingénieurs civils.
- A.utetj. Broistj Rue de Dunkerque. U3 & Paris.
- pl.37 - vue 794/803
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- 3De Sérié 51Tîe Volume
- PORTÉS D' EBBE
- PI.38
- ( Ouverturp entre Bajoyers = 1671160.) iDemi- coupe à " " ' 1 TT " '
- Putes en bois et fer de
- Fécamp ( Bassin à flot.)
- B oulogne ( forte d Amont ) (Bassm àüot)
- 7 /7/\ Gre at- Grimshy-Docks.
- y Jarrow-Docks - sut -Tyne
- Great-Surrey-Docks à Londres.
- Fécamp.
- Coupe verticale
- Boulogne.
- Coupe- verticale au milieu
- B OTLlogne (Portes d'Amont.) (Ouverture- entre Bajovers. ^Zl^OOj Coupe horizontale'suivant fil
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- Great Gnmsby Docks. ( Ouverture entre Bajoyere - 2-lm'35)
- Coupe horizontale.
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- Jarrow- Docks - sur-Tyne. Coupe horizontale. ( Ouverture entre Bajoyers*
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- Great Snrrey - Docks à Londres. Coupe horizontale
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- Great - Gnnisby-Docks.
- Coupe verticale suivant AB.
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- Jarrow-Docks.
- Coupe verticale suivant HT.
- Great- Surrey-D ocks.
- Coupe verticale.
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- Basses mors de vw c’CCtvx ordin cûrxts
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- Afarèes srdùuxu-ef
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- Société des Ingénieurs civils
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- Fig. 7. Elévation et coupe par AB
- Chaddefâud (Anzin &• Denain.)
- Fig, !.. Elévation et coupe suivant AB
- Fig. 3. Coupe suivant CD.
- Fig. 8. Plan.
- Fig.9. Elévation
- Éi£. 4'. Elévation
- Au.t-og. JB>'oiset Jtue. de- Diuücef'cfiie-. /fS et dPccrfs,
- Société des Ingénieurs Civils.
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- Fig. 5. Elévation et coupe verticale par a b
- Pt g. 7. C oup e verti c aie' par c <1
- Elévation
- E1 é vati an
- flO P-B
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- Volume
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- Eig.l. Elévation
- Fié.5. Elévation
- verticale suivant a b
- Fig. 6. i Plan
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