Mémoires et compte-rendu des travaux de la société des ingénieurs civils
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- La Société n’est pas solidaire des opinions émises par ses Membres dans les Discussions, ni responsable des Notes ou Mémoires publiés dans le Bulletin.
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- MÉMOIRES
- ET
- COMPTE RENDU DES TRAVAUX
- DE LA
- SOCIÉTÉ
- DES
- INGÉNIEURS CIVILS
- FONDÉE LE 4 MARS 1848
- RECONNUE D’UTILITÉ PUBLIQUE PAR DÉCRET IMPÉRIAL DU 22 DÉCEMBRE 1860.
- ANNÉE 1§¥4
- SIÈGE DE LA SOCIÉTÉ
- 10, CITÉ ROUGEMONT, 10
- PARIS
- LIBRAIRIE SCIENTIFIQUE, INDUSTRIELLE ET AGRICOLE EUGÈNE EACIS.ŒIX, ÉIMTEUSI
- L1 BU AIRE DE LA SOCIETE DES INGÉNIEURS CIVILS RUE» DES SAINTS-PÈRES, 54.
- 1874
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- LISTE GÉNÉRALE DES SOCIÉTAIRES
- 1874
- membres dn Bureau.
- Président :
- M. Jordan (Samson) rue de Bruxelles, 15.
- Vice-Présidents :
- MM. Richard (Jean-Louis) $, rue Billault, 31.
- De Dion (Henri), O. rue de Moscou, 28,
- Mathias (Félix), 0. # £< rue de Dunkerque, 20.
- Mastaing (Louis de), rue de Chaillot, 95.
- Secrétaires :
- MM. Mallet (Anatole), rue Blanche, 80.
- Marché (Ernest), rue Neuve-Fontaine-Saint-Georges, 4, Tresca (Alfred), rue Saint-Martin, 292,
- Morandière (Jules), rue Notre-Dame-des-Champs, 27.
- Trésorier :
- M. Loustau (G.) ^ rue de Dunkerque, 20.
- membres dn Comité.
- MM. Callon (Ch.) me de Biragüë, 16.
- Faiicot (Joseph) au port Saint-Ouën.
- Yvon Villarceau éfe # avenue de l’Observatoire, 18. Molïnos (Léon) %, rue de Ghâteaudun, 2.
- Alcan (Michel) rue du Faubourg-Poissoünièré, 98, Forquenot boulevard» Saint-Michel, 24.
- Muller (Émile) ^, rue des Martyrs, 19.
- Desgrange, ^G, ^ boulevard Haussinann, 135. Demimüid, rue de Rennes, 65. . • H -
- Bârrault (Émile), boulevard Saint-Martin',117.
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- MM. Vée (Léonce), rue de Rome, 61.
- Dupuy (Léopold), rue de Flandre, 108.
- Chabrier4 (Ernest) avenue du Coq, 4."
- Càillaux (Alfred-Adrien-Hippolyte), rue Saint-Jacques, 240.
- Brüll, rue de La Rochefoucauld, 58.
- Love rue Baudin, 21.
- Dallot rue d’Amsterdam, 85.
- Chobrzynski %<, boulevard Magenta, 139.
- Benoit-Duportail (Armand-Camille), ^ rue de là Condamine, 100, - à Batignolles.
- Salvetat # 4*» à Sèvres (Manufacture nationale).
- PrésMcsfits iioiaoi'aîB'es.
- MM. Morin (le général), G-. C. % 4* ^ >§«, directeur du Conservatoire des Arts et Métiers, rue Saint-Martin, 292.
- Tresca (Henri), 0. sous-directeur du Conservatoire des
- Arts et Métiers, rue Saint-Martin, 292.
- VuiLLEMiN (Louis), # O. ijgt >Ji rue de Vigny, 1,
- Membres honoraires.
- MM. Bélanger^ O. rue d’Orléans, 15, à Neuilly. Dumas, G. C. rue Saint-Dominique, 69,
- > Membres sociétaires,
- A
- MM. Aboilard (François-Auguste-Théodore), à Corbeil (Seine-et-Oise). Aceard (François-Ferdinand), rue de Provence, 60.
- Agnès (Antony), C. rue de Maubeuge, 71.
- Agudio (Thomas) rue de l’Arsenal, 17, à Turin (Italie).
- Aivas (Michel) , ^ à Suez (Égypte).] ' t
- Albaret (Auguste) , constructeur de machines agricoles, à Liancourt (Oise). . ; j ,
- Albaret (Eugène), rue Legendre, 43 (Batignolles).
- Alby (Joseph) i§< > chef de division de l’entretien du chemin de fer de la haute Italie, à?Turin (Italie). : a
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- MM. Alcan (Michel) rue du Faubourg-Poissonnière, 98.
- Allaire (Théodore-Émile), chimiste, rue du Dragon, 20. .
- Alquié (Auguste-François) rue de Maubeuge, 81.
- Alziari de Malaüssène (François), inspecteur de l’exploitation au chemin de fer du Nord, rue de Condé, 16, à Clermont (Oise). Ameline (Auguste-Eugène), rue Truffant, 52yàBatignolles. André (Gaspard-Louis), boulevard du Port-Royaly 83.
- André (Charles-Henri),!rue du Manége, 10, à Nancy (Meurthe). Andry s à Boussu, près Mons (Belgique). J Ansaloni-Amilcar (Jean-Antoine), à Pest(Hongrie).
- Ansart (Ernest), professeur à l’Institut de Santiago (Chili). Appert( Léon), produits vitrifiés, rue de l’Ourcq, 59, à la Villette. Arbulu (de) (José Maria), à Vergara (Espagne). ^
- Arcànguès (dj) (Paul-Eugène) rue de Dunkerque, 18. Armengaud aîné rue Saint-Sébastien, 45.
- Armengaüd fils, aîné (Charlés-Eugène), rue;Saint-Sébastien, 45.
- Armengaud jeune boulevard de Strasbourg, 23.
- Armengaud fils, jeune (Jules-Alexis)y boulevard dé Strasbourg, 23. Arnoldi (Jules), à Pest (Hongrie).1 ;
- Arson (Alexandre) rue de Maubeuge, 61. y-:’ >
- Artus (Jules), boulevard Beaumarchais, 20. ' ! :
- Asselin (Eugène), chimiste, rue des Poissonniers, 3 (Saint-Denis). Audemar (Henri), à Dole (Jura).
- MM. Badois (Edmond), rue de Clichy,*39. <F 1
- - Bàillet (Gustave), rue de Villiers', 22, aux Ternes. r: - v BALESTRiN^pavillon^e Rohan, rue de Rivoli.
- Ball (Charles), boulevard Magenta, 97. . n
- Bandërali, OV de Navarin, 16.. ‘p ’ , : ;
- Bandholtz (Frédéric)i chef de section aux chemins de fer des Gharentes, à Blaye (Gironde). K *- ïl
- Bara, rué Magenta, 17, à Pantin/ ^ '> l j L *-r} Barbaroux (Marie-Ferdinand-Auguste), avenue de Madrid, 13, à '* *r* Neüilly.' « * n » la oiov ai • j- >; nu ,/
- . Barbe (Paul), maître de forges, rue de Douai, 15.-' ;
- Barbe rot (Félix) ^,jC. avenue de Clichy, 19/ à Batignolles.
- J Barbier (Ernest),' directeur de la?fàbrique de caoutchouc de Grenelle, rue Bellefond, 19. U .
- Bârnes (Edmond) à Saint-Michel (Savoie). *
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- MM. Bàrnoyà (Luis), seccion de Fomento-Tarragona, à Valladolid (Espagne).
- Barrault (Émile), boulevard Saint-Martin, 17. f; Barré (Frédéric-Henri), chef de section, service de la voie du che-
- min de fer du Nord, à Huy (Belgique).
- Barre (Raoul-Eugène), rue SiDger, 2, à Passy.
- Barre (Charles-Armand-Athanas), ingéhieur de la Société des hauts ^fourneaux et fonderie de Brousseval, boulev. de Strasbourg, 50. Barros Barreto (de) Manuel, A Pernambuco (Brésil),
- Barroux (Léon) 4» à Troyes (Aube).
- Barthélemy (Henry), architecte, quai Voltaire, 3.
- Battaille Straatman (Jean), rue Royale, 135, à Bruxelles (Belgique). . .
- Battarel (Pierre-Ernest), rue Cambrai, 3, à la Villette.
- Baudet (Louis-Constant-Émile), rue du Rocher, 64.
- Baudouin Palazzo Mad'daloni, à Naples (Italie).
- Baumal (Henri), à Sotteville-lez-Rouen (Seine-Inférieure).
- Bauquel (François-Auguste), à Cirey (Meurthe).
- Bayvet (Gustave), boulevard Haussmann, 82.
- Beaucerf jgs, à Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais).
- Beauchamp (Émile-Laurent-Marie) O. rue Corvetto, 2.
- Beaupré (Eugène), directeur de la compagnie Linière, à Pont-Rémy (Somme).
- Beaussobre (de) (Georges-Emmanuel), à Reims (Marne).
- Behrens (Ernest-Auguste), avenue de Breteuil, 28.
- Bélanger (Charles-Eugène) G. ^ %, Fuencarral, 2, à Madrid (Esp.). Bélin (Pierre-Ernest), à Saint-Pierre de Vauvray (Eure),
- Bellet (Henri-Nicolas), au chemin de fer du Nord belge, à Char-leroi (Belgique).
- Belleville (Julien-François) constructeur, avenueTrudaine, 16.
- Bellier (Adolphe) ^ chef de la division centrale au chemin de fer du Midi, .Cours d’Alsace-et-Lorraine, 101, à Bordeaux (Gironde). , .
- Belpaire (Alfred), ingénieur en chef à, Bruxelles (Belgique). Bénédeig-Fribourg (Henri-Georges), avenue Mac-Mahon, 14. Benoit Duportail (Armand-Camille), sft rue La Condamine, 100. Berger (Jean-Georges), chez M. André, à Thann (Alsace),
- . ! Bergeron, rue, de Penthièyre, 26,
- Bernard, ingénieur de la voie au chemin de fer du Nord, à Namur (Belgique).^ sL „
- ..Bertheault (William), .directeur des forges de Montataire (Oise). Berthot (Pierre), à la papeterie du Pont de Seychal, à Thiers (Puy-de-Dôme).
- Berton (Albert), à l’Hôtel de; Ville de Melun (Seine-et-Marne).
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- MM. Berton (Théodore), rue Mademoiselle, 16, à Versailles (S.-et-Oise).
- Bertrand (Alfred-Pierre-Joseph), filateur, à Cambrai (Nord).
- Bertrand (Charles-Pierre), boulevard Baumarchais, 69.
- Bertrand (Gustave), expert pour les compagnies d’assurances, rue Bonaparte, 82.
- Béthouart (Alfred-Auguste), à Chartres (Eure-et-Loir).
- Beüdin (Gustave), boulevard Haussmann, 155.
- Beugniot (Jean) % associé de la maison Kœchlin, à Mulhouse (Alsace). .
- Bévan de Massy (Henri), C. ^ G. >$«, rue Lavoisier, 5.
- Bianchi % rue de Rennes, 154.
- Bjdou (Léon-Auguste-Clément), à Moulaine, près Longvvy (Meurthe-et-Moselle).
- Billieux (Jean-Achille) ift, r. du Mont-Valérien, à Suresnes (Seine).
- Binder (Charles-Jules), boulevard Haussmann, 170.
- Bippert, rue des Petites-Écuries. 42.
- Birlé (Albert), directeur de la Société de touage de la Moskowa, à Moscou (Russie).
- Biver (Hector) rue du Cherche-Midi, 21.
- Biver (Pierre-Ernest-Dominique)!, rue de la Darse, 10, à Marseille (Bouches-du-Rhône).
- Binio (Maurice), quai Voltaire, 17. ?
- Blake (David) à Dieppe (Seine-Inférieure).
- Blanche (Auguste), quai National, 3, à Puteaux.
- Blanco (Juan-Maria), Plaza de San-Francisco, 3, à San Lucar de Banameda (Espagne).
- Blanleuil (Jean-Victor), entrepreneur de travaux publics, à An-goulême (Charente).
- Blard (Alexandre-Louis), rue de Rivoli, 226.
- Bleynie (Martin), rue de Lyon, 20.
- Blonay (de) Henri, administrateur et gérant des ateliers de construction à Reichshoffen (Alsace).
- Blondeau (Paul-François), 1, boulevard Magenta.
- Blot (Léon), boulevard des Batignolles, 29.
- Blutel (Louis), ingénieur principal au chemin de fer de l’Est, à Troyes [(Aube).
- Bobin (Hippolyte), rue Blanche, 97.
- Boire (Émile), constructeur pour sucrerie et distillerie, quai de la Haute-Deule, 25 et 27, à Lille (Nord). < ;
- Boischevalier (Paul-Eugène), rue de Suresnes, 21.
- Boistel (Louis-Charles-Georges), représentant de la maison Siemens, rue de Châteaudun, 11. ; ,
- Boivin (Émile), raflineur, rue de Flandre, 145, à la Villette.
- Bonnard (de) (Gaëtan-Arthur), boulevard Magenta, 109. .....
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- MM. Bonnaterre (Joseph), rue Gaillon, 11.
- Bonnet (Désiré), constructeur de machines, à Toulouse (Hte~Gar.). Bonnet (Edouard), O. jft, directeur de l’usine à gaz à Bucharest (Roumanie).
- Bonneville (Paul-Armand-Joseph), rue Rambuteau, 22. Bonneville (de) (Marie-Joseph), ingénieur de la fonderie de Terre-Noire (Loire).
- Bontemps (Georges), rue de Lille, 1 1.
- Borgella (Édouard), rue de Glichy, 54.
- Bossi (de) (Édouard), à Riom (Puy-de-Dôme).
- Boubée (F.-Charles-Paul), Strada-S.-Chiara, 2, à Naples (Italie). Boucard (Alexandre-André), rue de la Paix, 3.
- Bouchotte (Émile-Simon), minotier, place Saint-Michel, 6. Boudard (Casimir), métallurgiste, rue de Douai, 43.
- Boudard (Félix-Arthur), rue de la Vallée, 35, à Amiens (Somme). Bougère (Laurent), à Angers (Maine-et-Loire).
- Bouilhet (Henri-Charles) rue de Bondy, 56.
- Bouissou (Amable-Louis), place delà Mairie, 2, à Neuilly.
- Boulet (Jean-Baptiste), faubourg Poissonnière, 144.
- Boulogne (Jules-Èrnest), quai de Seine, à Saint-Denis.
- Bouquet (Ferdinand), rue Vinture, 8, à Marseille (B.-du-Rhône). Bourcard (Henri), à Guebwiller (Alsace).
- Bourdais (Jules) rue Laffitte, 51.
- Bourdin (Gabriel-Jules-Amédée), métallurgiste, boulevard Eugène, 51 (à Neuilly).
- Bourdon (Eugène) constructeur-mécanicien, rue duFaubourg-du-Temple, 74.
- Bourdon (Édouard-François), constructeur-mécanicien, faubourg du Temple, 74.
- Bourdon (Alexandre-Charles), Société de constructions navales, quai Colbert, au Havre (Seine-Inférieure).
- Bourgeat (Alphonse), architecte de la ville, rue Martron, 1, à Rochefort-sur-Mer (Charente-Inférieure).
- Bourgougnon (Étienne), rue de la Victoire, 43.
- Bourgougnon (René), rue Lemercier, 44 (Batignolles).
- Bourset (Louis-Désiré), architecte, rue Saint-Genès, 208, à Bordeaux (Gironde).
- Boutmy (Gabriel-François) rue Rambouillet, 2.
- Bouvard (Paul-Marie), au Creusot (Saône-et-Loire).
- Brancilhon (Émile), ingénieur aux mines, à Ganges (Gard). Bracquemont (de) (Adrien) boulevard Malesherbes, 19. Branville (de) (Paul), rue Oberkampf, 74.
- Brauer (François-Charles)Là Grafifenstaden (Alsace).
- Brault (Alexandre) rue de Bonneval, à Chartres (Eure-et-Loir).
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- MM. Bréguet horloger, quai de l'Horloge, 39.
- Brialmont, aux établissements de M. John Cockerill, à Seraing (Belgique).
- Bricogne (Charles) rue du Faubourg-Poissonnière, 33.
- Bridel (Gust.), direct, de la correction des eaux, à Bienne (Suisse). Brocchi (Astère), directeur de la maison Périn, fabricant de scies, rue de Charonne, 28, passage l’Homme, 26.
- Brodard (Marie-Anatole-Octave), rue du Bac, 94.
- Bronne (Joseph), papetier, rue Joubert, 29.
- Bronne (Louis), industriel, rue Grétry, 28, à Liège (Belgique). Brossard (Louis-Henri-Maurice), inspecteur du matériel fixe au chemin de fer de Lyon, boulevard Beaumarchais, 15.
- Brouilhet (Émile), rue Maguelonne, 14, à Montpellier (Hérault). Bruère, à Signy-le-Petit (Ardennes).
- Brüignac (Duroy de) (Albert), rue St-Antoine, 9, àVersailles(S.-et-0.). Brüll, rue de La Rochefoucauld, 58.
- Brunt (John), rue Petrelle, 15.
- Brustlein (H.-Aimé), à Unieux (Loire).
- Buddicom 4, Penbedw-Mold flinstshirè (Angleterre). jBükatï (Brodislas), ingénieur au chemin de fer de Roumanie, à Bucharest.
- Bullot (Edmond), rue de la Gare, 12, à Saint-Denis.
- Bulot (Hippolyte), rue Demidoff, 40, au Havre (Seine-Inférieure). Bunel (Henri), rue du Conservatoire, 13.
- Büquet (Hippolyte-Amédée), gérant de la Revue industrielle, rue de Constantinople, 33.
- Bureau, rue Truffaut, 24.
- Burel (Eugène), rue Baudin, 22.
- Busschop (Émile), à Villeneuve-Saint-Georges (Seine-et-Oise).
- c
- MM. Cabanes (Félix), rue Leconte, 4,
- Cabany (Armand), constructeur, à Gand (Belgique).
- Cachelièvre (Charles-Paul-Émile), à Badajoz (Espagne).
- Cadiat (Ernest), rue Bonaparte, 30.
- Cail (Émile), avenue de l’Empereur, 124.
- Caillaux (Alfred-Adrien-Hippolyte), rue Saint-Jacques, 240. Caillé (Jules-Charles), inspecteur du matériel fixe au chemin de fer d'Orléans, rue Guy-de-la-Brosse, 11.
- Caillet avenue d’Antin, 7.
- Caillot-Pinart 4-, rue du Faubourg-Saint-Martin, 140.
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- MM. Càisso (Marin), ingénieur des ateliers du chemin de fer de l’Ouest, à Rennes (Ille-et-Vilaine).
- Calabre (Sébastien), rue Affre, 2, à la Chapelle.
- Calla (Cristophe) rue des Marronniers, 8, à Passy.
- Calleja (Joseph-Antoine), chef du service de la voie au chemin de fer, à Ciudad-Réal, province de Badajoz (Espagne).
- Gallon (Charles) rue de Birague, 16.
- Calrow, constructeur, rue Saint-Maur, 108.
- Capdevielle, rue de la Gare, 2, à Saint-Denis.
- Capuccio (Gaetano), à Turin (Piémont).
- Carcuac (Armand-Jean-Antoine), rue Neuve-des-Martyrs, 14. Carimantrand (Jules), rue Mosnier, 15.
- Carpentier (Léon), rue de Fleuras, 37.
- Carron (Pierre-Joseph-Charles), à Lavoulte (Ardèche).
- Cartier (Émile), fabricant de sucre, à Nassandres (Eure). Cassagnes (Gilbert-Alfred), directeur des Annales industrielles, rue Lafayette, 18.
- Castel (Émile) ^ O. rue de Dunkerque, 20.
- Castor O.^ O. %, rue de Monceau, 71.
- Cauvet (Alcide) rue Neuve-des-Mathurins, 73. *
- Gavé (François) rue Chabrol, 69.
- Cazalis de Fondouce (Paul) ffr ^ propriétaire agricole, rue des Étuves, 18, à Montpellier (Hérault).
- Gazes (Edwards-Adrien), à la sucrerie de Tavaux-Pontséricourt (Aisne). , ’
- Cernuschi, boulevard Malesherbes, 10.
- Chabrier (Ernest) rue Saint-Lazare, 89 (avenue du Coq, 4). Chalajn (Prosper-Édouard), rue d’Argenteuil, 36.
- Chaligny (Gabriel-Joseph), rue Pliilippe-de-Girard, 54.
- Champion (Paul) chimiste, rue de Turin, 7.
- Ghampionnière, àMontignon, près Montmorency (Seine-et-Oise). Champouillon place Vendôme, 12.
- Chancerel (Charles-Antoine), nmBéranger, 21.
- Chaper rue de Provence, 46.
- Chapman (Henri), rue Louis-le-Grand, 11, et 113, Victoria street Westminster S. W. London.
- Chapron (Laurence-Louis-Achille), cité Rougemont, 8. Charbonnier (Amédée-Pierre), au Creusot (Saône-et-Loire). Chardon (Eugène-Frédéric), rue du Faubourg-Saint-Martin, 235. Charlier (Timothée), ingénieur, conseil du Ministre des travaux publics à Bucharest (Roumanie).
- Charlon (Claude-Émile), ingénieur de la Compagnie des asphaltes, rue Sala, 33, à Lyon (Rhône).
- Charpentier (Joseph-Ferdinand), rue Perdonnet, 13.
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- MM. Charpentier (Paul-Ferdinand), métallurgiste, boulev. de Clichv, 8. Charton (Jules-Jean), ingénieur de la construction aux chemins de fer du Midi, rue d’Argenson, 1.
- Chatard (Alfred), rue de Rome, 47.
- Chauveau des Roches (Arthur) % O $î, à Masseuil-Quinçay, par Youillé (Vienne).
- Chauveau (Jules-Édouard), direct1, des fonderies deTorteron (Cher). Chauvel (Émile), à Navarre, par Évreux (Eure).
- Chéron (Charles-Louis), régisseur de l’usine à gaz de Boulogne-sur-Seine, route de Versailles, 196 (Seine).
- Chevandier de Valdrome (Eug.-Jean) rue de l’Arcade, 19. Chobrzynski (Jean-Pierre-Charles) % boulevard Magenta, 139. Cholet (Lucien-Alfred), ingénieur du matériel fixe du chemin de fer d’Orléans à Châlons, rue Saint-Gilles, 14.
- Chopin (Nicolas-Philippe), chef du service de la construction de la ligne de Saintes à Coutras, avenue de Paris, 133, à Bordeaux (Gironde).
- Chrétien (Jean), rue de Monceau, 87.
- Chuwab (Charles), directeur de l’usine à Gaz de Béziers (Hérault). Ckiandi (Alexandre-Henri), chimiste, rue des Templiers, 25, à Marseille (Bouches-du-Rhône).
- Clair (Alexandre), rue Duroc, 5.
- Claparède (Frédéric-Moyse) à Saint-Denis (Seine).
- Clémandot (Louis) 18, rue Brochant (Batignolles).
- Clemencin (Perfecto-Maria), ingénieur des mines, à l’École des mines, à Madrid (Espagne).
- Clément-Desormes, quai Castellane, 20, ’à Lyon (Rhône). Clervaux (de) (Paul), boulevard St-Aignan, 2, à Nantes (Loire-Inf.). Closson (Prosper), rue de Laval, 25.
- Coignet (François), rue de Berri, 22.
- Colladon boulevard du Pin, 1, à Genève (Suisse).
- Collet (Charles-Henri), rue d’Astorg, 4 bis.
- Colltn (Émile-Charles), fabricant de produits chimiques pour cristallerie, rue Quincampoix, 15.
- Comte (Charles-Adolphe), à Navarreins, arrond. d’Orthez (Basses-Pyrénées).
- Conchon (Eugène-Gabriel), architecte, me Nollet, 28., .
- Consolât, à Saint-Louis, banlieue de Marseille (Bouches-du>-Rh.). Contamin (Victor), boulevard Magenta, 2.
- Coquerel (Paul), boulevard des Batignolles, 22:. ; ; ;
- Corbin (Henri-Adolphe), boulevard Malesherbes, 99. j ; | Cornaille (Alfred), constructeur à Cambrai (Nord),. . CoRNUAuLT (Émile-Lion-Félix), métallurgiste, rue Bonaparte,,30, Çorpet (Lucien)^ constructeur-mécanicien, rue Keller, 4.
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- MM. Cosyns, à Couillet, par Charleroi (Belgique).
- Cottard (Charles), place Vendôme, 12.
- Cottrau (Alfred-Henri-Joseph), C.^ O. % >*&, directeur del’entre-prise industrielle italienne de construction métallique, 228, via Toledo, à Naples (Italie).
- Couard (Joseph-Félix), inspecteur de la voie des chemins de fer de Lyon, rue de Lyon, 20.
- Coupan (René), boulevard Magenta, 147.
- Cournerie (Amédée-Barthélemy), rue de la Saline, 1, à Cherbourg (Manche).
- Cournerie (Jean-Baptiste-Eugène-Georges), rue Hélain, 85, à Cherbourg (Manche).
- Courras (Philippe), boulevard des Batignolles, 58.
- Courtépée (Laurent), rue des Francs-Bourgeois, 31. Gourtès-Lepeyrat (Georges-Clément), rue Neuve-St-Augustin, 60. Courtier (Louis), rue de Dunkerque, 43.
- Courtin (Amédée-Augustin), chef d’atelier du chemin de fer du Nord, rue de Passy, 97, à la Chapelle.
- Courtines (Jacques) à Rueil (Seine-et-Oise). >
- Couture (Jules), ingénieur adjoint à la direction des gaz et hauts fourneaux, rue de la Darse, 9, à Marseille (Bouches-du-Rhône). Crépin (Christian), à la sucrerie de Soulty, par Larbret (Pas-de-Cal.). Crespin (Auguste), boulevard de Clichy, 14.
- Crespin (Arthur-Auguste), avenue Parmentier, 7.
- Crétin (Gabriel) ruedeBerri, 47.
- Crocé-Spinelli (Joseph-Eustache), rue Clauzel, 19.
- Crozet (Émile), à Valcherie, près le Chambon-Feugerolles (Loire). Grozet (Jean-Claude), à Valcherie, près le Chambon-Feugerolles (Loire).
- Cuinat (Charles), rue de Turin, 15.
- D
- MM. Daburon, ingénieur^ aux mines de Vicoigne, à Nœux-les-Mines (Pas-de-Calais).
- Dagail (Louis), à Angoulême (Charente).
- Daguerre d’Ospital (Léon), calle de Prado, 20, à Madrid (Espagne). Daguin (Ernest) O. rué Geoffroy-Marie, 5.
- Dailly (Gaspard-Adolphe) 0. maître de la poste aux chevaux, rue Pigalle, 67.
- D Allemagne (Jules), avenue Trudaine, 26.
- Dallot (Auguste), ff, rue d’Amsterdam, 85.
- Dàmbricourt (Auguste), à Vezernes, par Saint-Omer (Pas-de-Calais). Damoizeau (Victor-Jules), boulevard de la Contrescarpe, 36.
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- MM. Darblay (Paul), à Corbeil (Seine-et-Oise).
- Daret-Derville, rue Dejean, 7 bis.
- Dayeluy (Marie-Alfred-Alphonse), attaché au service central de la voie au chemin de fer de Lyon, rue Saint-Antoine, 207.
- David (Augustin), boulevard Magenta, 4 4.
- Debarle (Louis), rue de l’Ourq, 33, à la Villette.
- Debié (Jules), quai des^Grands-Augustins, 53.
- Decaux (Charles-Auguste), rue Notre-Dame-des-Champs, 4 07. Decescaud (Jean-Daniel), rue Bonaparte, 3.
- De Coene (Jules) %, ingénieur divisionnaire au chemin de l’Ouest, rue du Champ-des-Oiseaux, 36, à Rouen (Seine-Inférieure). Decomberousse (Charles), rue Blanche, 63.
- Decoudun (Jules), constructeur mécanicien, rue de Montreuil, 77, De Dion (Henri), O. rue de Moscou, 28.
- Deffosse (Étienne-Alphonse), ingénieur de la construction au chemin de fer de Lyon, rue de la Liberté, à Grenoble (Isère). Degousée (Edmond), rue Chabrol, 35.
- D’Eichthal (Georges), directeur des forges et hauts fourneaux de Buglose, près Dax (Landes).
- Dejey Jean'ny, rue de la Perle, 48.
- Delanney (Hippol.), 0. agent voyer en chef, au Mans (Sarthe). Delànnoy (François-Albert), ^ C.^ >R, rue de Paris, 4 06, à Cha-renton-le-Pont (Seine).
- Delano (William-Henri), rue de la Victoire, 59.
- Delaperriere (Marie-Antoine), ingénieur de la construction de la Compagnie du Croisic, à Saint-Nazaire (Loire-Inférieure). Delaporte (Georges), chimiste, rue Turbigo, 66.
- Delaporte (Charles-Antoine), filateur à Maromme (Seine-Infér.). Delaroyère (Ernest-Joseph), à Iwuy, près Cambrai (Nord). Delattre, boulevard Voltaire, 63.
- Delaunay (Jules-Henri) % fa chef de section au chemin de fer des Charentes, à Limoges (Haute-Vienne).
- Delaunay (Louis-Marie-Gabriel), rue du Port*, 9, à St-Denis (Seine). Delebecque, rue de Douai, 6,
- Delignères (Élie), fabricant de tubes enfer, à Montluçop (Allier). Deligny (Ernest), O. rue Jean-Goujon, 46.
- ' Delom (Florentin), rue Ramey, 49.
- Delpech (Ferdinand), avenue de Clichy, 4.9.
- Delsa (Hubert) constructeur, r. de la Limite, 48, à Liège (Belg.). Demanest (Edmond), rue de Berlin, 27. >
- Demans (Benoît-François-Noel), au Chambon (Loire).
- Demeule (Gustave) 4, rue de Paris-et-Henry,* à Elbeuf (Seine-Inf.), Demimuid (René), architecte, rue de Rennes, 65. ! Wu
- Denfer (Jules-François-Maxime), architecte, rue de la Santé, 9.
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- MM. Deniel (Sébastien), Jfe :§c,rue Duguay-Trouin, 2, à Brest (Finistère).
- Denis (Gustave), à Fontaine-Daniel, près Mayenne (Mayenne).
- Denise (Lucien), passage Violet, 12.
- Depérais (Ch.), Viro St-Peresella de Spagnoli, 33, à Naples (Italie).
- Deprez (Marcel), rue Cassini, 16.
- Derennes (Jean-Baptiste-Ernest), rue du Bocage, 7, dans l'île Saint-Denis.
- Deroide (Auguste), cité Rougemont, 3.
- Desbrière, C. 0. rue de Provence, 56.-
- Desforge (Louis:Alphonse), chef de section au chemin de fer de l’Est, à Troyes (Aube).
- Desgrange (Hubert), C. >p, boulevard Haussmann, 135.
- Desmasures (Camille) 0. boulevard Haussmann, 64.
- Desmousseaux de Givré (Émilien) rue de Lille, 79.
- Desnos (Charles), ingénieur-conseil en matière de brevets d’invention, boulevard Saint-Martin, 13.
- Desnoyers (Alfred), maître de forges, rue Geoffroy-Saint-Hilaire, 36.
- Després (Alphonse-Victor-Guillaume), administrateur du chemin de fer du Médoc, boulevard Malesherbes, 164.
- Després (Gustave), # > rue de Moscou, 11.
- Despret (Édouard), ingénieur en chef, directeur des voies et travaux du chemin de fer Grand-Central belge, rue de Trêves, 33, à Bruxelles (Belgique).
- Devàureix (Jules), rue de la Cerisaie, 13.
- Deville (Anatole), rue de Lyon, 39.
- Dez (Jules), représent, de la maison Degousée, via del Duorao, 33, à Naples (Italie).
- Dézelu (Jacques-Isidore), chef d’atelier au chemin de fer de l’Ouest, rue Saussure, 116, aux Batignolles.
- D’Hamelincourt (Éloi-Joseph), constructeur d’appareils de chauffage et de ventilation, rue Saleneuve, 29 (Batignolles).
- D’Hubert (Joseph-Adolphe-Constant), directeur de la Compagnie Lesage, rue Richelieu, 110.
- Diard (Henri-Pierre-Alfred), à Amboise (Indre-et-Loire).
- Didierjean (Eugène), à Saint-Louis (Lorraine).
- Dietz (David), ingénieur du matériel roulant au chemin de fer de l’Est, rue Pajol, 22.
- Dolabàratz (Louis-Alfred), ingénieur à la maison Cail, rue des Bassins, 15, Champs-Elysées.
- Dombrowski (Thomas-Adolphe), ingénieur des travaux et de la surveillance au chemin de fer de l’Est, à Pont-à-Mousson (Meurthe-et-Moselle).
- Donnât (Charles), constructeur, rue des Trois-Couronnes, 48,
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- MM. Dornès (Auguste-Charles-Joseph), ingénieur du chemin de ter de Vitré, à Fougères.
- Dorré, à la gare du chemin de fer de l’Est, rue de Strasbourg.
- Doury (Paul), rue de Compiégne, 2.
- Dru (Saint-Just) (Antoine), route de Fontainebleau, à Gentilly (Seine).
- Dru (Léon-Victor-Edmond), rue Rochechouart, 69.
- Dubied (Henri-Édouard), à Couvet, par Pontarlier (Suisse).
- Dubois (Eugène-Auguste), ingénieur des chemins de fer Roumain, à Bucharest (Roumanie).
- Dubuc (Michel-Maximilien), constructeur-mécanicien, rue de Tur-bigo, 68.
- Dufay (Eugène-Isidore), gérant de la sucrerie de Chivry-Cossigny, par Brie-Comte-Robert (Seine-efc-Marne).
- Dufàure (Gabriel), chef du bureau du matériel et de la traction au chemin de fer des Charentes, à Saintes (Charente-Inférieure).
- Dufournel (Alphonse-Théodore), à Gray (Haute-Saône).
- Dufrené (Hector-Auguste), agence de brevets, rue de la Fidélité, 1 0.
- Dugourd, rue de Berlin, 4.
- Dujour (Nicolas-Alexis), chef du bureau des études du matériel fixe au chemin de fer de Lyon, rue de Lyon, 3.
- Duméry, boulevard des Batignolles, 24.
- Dumont (Marie-Georges), rue de Constantinople, 10.
- Dumont (Henri), à Jaguara, province de Minas Péraes (Brésil).
- Dumont (Louis-François), rue Sedaine, 55.
- Duparc (Georges), fabricant de briques, à Sarcelles (Seine-et-Oise).
- Dupont (Albert), rue Notre-Dame-de-Lorette, 56.
- Dupuy (Léopold-Philibert), rue de Flandre, 108.
- Durand (Eugène-Alfred), constructeur-mécanicien, avenue d’Ey-lau, 143.
- Durenne, constructeur, quai Napoléon, 29, à Courbevoie.
- Durenne (Antoine), maître de forges, rue de la Verrerie, 30.
- Durocher (Constant), à Coulommiers (Seine-et-Marne).
- Durval (Maurice-Charles), à Monte-Rotondo, près Massa Maritima (Italie).
- Duval (Raoul), rue François Ier, 43.
- -r e ' ^
- ; '-ft.h '
- MM. Eiffel (Gustave), rue FouMüet,r 46, à Levallois (Seine).
- Ellis (Théodore), Hartford'Xlonnecticut, États-Unis (Amérique). Elmering (Adolphe), rue d;f la Ferme, à-Rouen (Seine-Inférieure).
- 2
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- MM. Elwell père, à Rosny-sur-Seine (Seine-et-Oise).
- Elwell (Thomas), constructeur, avenue Trudaine, 16.
- Engelmann, rue Bellocq, 8, à Pau (Basses-Pyrénées).
- Epstein (Jules-Eugène), rue de Berri, 4.
- Erckmann (Ferdinand), au Pérou.
- Ermel (Frédéric), îf< cité des Fleurs, 54, à Batignolles. Escandè (Antoine-Marie), entrepreneur de constructions en fer, rue de Yaugirard, 177.
- Etchats (Raymond), ingénieur consultant des mines de Cartha-gène (Espagne). . ,
- Étienne (Antoine), •>§:, rue du Rocher, 35.
- Euverte (Jules) directeur des usines à Terre-Noire (Loire). Evrard (Alfred), ingénieur de la Compagnie des forges de Cha-tillon, place Pereire, 5.
- F
- MM. Fabre (Émile-Jean-Jacques-Ernest), ingénieur en chef des chemins de fer d’Orléans à Rouen, rue Blanche, 97.
- Falguerolles (Eugène), ingénieur, chef du matériel et de la traction des chemins de fer de Picardie et Flandres, à Roye (Somme).
- Faliès (Jacques-Alfred) rue Montauban, 4, au Mans (Sarthe).
- Farcot (Joseph), constructeur, au port Saint-Ouen (banlieue).
- Farcot père, constructeur, au port Saint-Ouen (banlieue).
- Farcot (Emmanuel), avenue de Catina, 1, à Saint-Gratien (Seine-et-Oise).
- Farcot (Abel), au port Saint-Ouen (banlieue).
- Faure-Beaulieu, filateur de laine, à Gravelle-Saint-Maurice (Seine).
- Fayol (Henri), ingénieur principal des houillères, à Commentry (Allier). . : s
- Febvre (Armand), rue de Ponthieu, 23.
- Fellot (Jean), rue de Constantinople, 20.
- Fernex (de), rue. Perdonnet, 9.
- Fernique (Albert) chef des travaux graphiques à l’École centrale,
- rue de Fleurus, 31.
- Férot, rue d’Aumale, 14. ; ^
- Fèvre (Léon-Jean-Baptiste), rüe de là Tour, 117, à Passy.
- Fèvre (Henri), architecte, boplevâr4 Malesherbes, 72.
- Fiçhet (Pierre-Anatole), rue ;des: Martyrs, 40. .......
- Fiévet, (Ernest-Émile); rue de Sevrés, 155..a . , v
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- MM. Flachat (Adolphe), rue Saint-Lazare, 62. .
- Flachat (Jules), rue Chaudrier, 52, à la Rochelle (Ch.-Inf.). Flachat. (Yvan), rue de Grehêïïe-Saint-Germain, 102V Flaman (Nicolas-Charîes-Ëugène), boulevard Ornano, 35.
- Flaud, constructeur, avenue de Suffren, 40.
- Flavien (Émile-Georges), rue du Bouloi, 26.
- Fleury (Edme), au Tréport (Seine-Inférieure).
- Fleury (Pierre-Élie-Jules), % rue Perdonnet, 13.
- Fleury (Jean-Simon), ^ O. ^ , de la maison André et Fleury, constructeurs, rue de Sablonville, T et 9, à Neuilly-sur-Seine. Flicoteaux (Achille), rue de Grenelle-Saïnt-Germain, 59.
- Floucaud (Arnaud-Joseph), chef de section aux chemins de fer de Chartres à Brou, â Chartres (Eure-et-Loir). ,
- Fonbonne (de) (Charles-Alexandre), rue de Mauheuge, 81. Fontaine (Hippolyte), rue Saint-Georges, 52. ' %
- Fontenay (de) (Anselme), ingénieur-chimiste au chemin.de fer d’Orléans, rue de Madame prolongée, 8.
- Fontenay (Tony), rue des Récollets, 1, à Grenoble (Isère).
- Fontenay (de) (Eugène), au château de Blandons (Jura).
- Forey (Miltiade), directeur de& usines métallurgiques, AMont-luçon (Allier).
- Forquenot (Victor), ingénieur en chef du matériel et de la trac- v tion au chemin de fer d’Orléans,boulevard Saint-Michel,, 24. Fortet (Chârles-Élie-Dioclès), sous-chef de bureau, des travaux neufs au chemin de fer du Nord, rue Château-Landon, 22. Fortin-Herrmann (Louis), boulevard Montparnasse, 138. Fortin-Herrmann (Emile), boulevard Malesherbes, 92.
- Fouché (F.-H.), constructeur, rue' des Éçluses-Saint-Martin, 30. Foulon y Tudo (Joseph-John), ingénieur en chef de la maison Battlo Hermânos, à Barcelone (Espagne).
- Fouquet (Louis-Ernest), chez M. Gouin,. avenue de Cîichy.
- Fournier (Victor), métallurgiste, boulev. de l’Empereur, 178. Fournier, rue de la Ville-l’Évêque, 40.
- Fournier (A.), architecte, boulevard du Chemin-de-Fer, 60, à Orléans (Loiret).
- Fraenkel (Henri), rue Richer, 43.
- Fraix (Félix), rue de Châteaudun, 42. ’ '
- Frangez (Piërre-Auguste-Georges)*, rue de Châteaudun, 42. Fresnaye (Adrien-Aimé), fabricant ^de papiers, à;î Marenla, par Montreull-sur-Mer (Pas-de-Calais]. ) J '1 v
- Frey fils (André-Pierre), construct., imp. Rebeval, 23, à Bellëville. Fiuchot, directeur de la Gompagnielinière,à Pont-Rémy (Somme). Fromantin (Jean-Baptiste), rue de Seine) 57. ’ .V1
- Froment (Charles-Jules), place Wagram, 1. '. - i,ndl
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- MM. Fromont, au chemin de fer de l’Est, place du Grand-Puits, 7, à Yesoul (Haute-Saône).
- Froyer, au Mas Gasquet, à Nîmes (Gard).
- Fuchet (Pierre-Paul), carrefour de l’Observatoire, .2.
- G
- MM. Gaget (Jean-Baptiste), canalisation d’eau, couverture et plomberie d'art, 23, rue Guttemberg (Boulogne-sur-Seine).
- Gaildry (François), avenue Bellevue, 6, à Sèvres (Seine-et-Oise). Gaildry (Cyprien), chaussée du Maine, 4.
- Gallais (A.-Pierre), hôtel du Commerce , au Creusot (S.-et-Loire). Gallaud (Charles), chef de bureau de la voie et des travaux au chemin de fer de ceinture, rue Neuve-Fontaine-Saint-Georges, 6. Gallois (Charles), à Francières, par Pont-Saint-Maxence (Oise). Gambaro , inspecteur principal du matériel au chemin de fer de l’Est, rue Perdonnet, 3.
- Gandillot (Jules), à Salins (Jura).
- Ganneron (Edmond), O. jfk, rue deBoursault, 18.
- Garate Galo, à Haro, Vieille-Castille (Espagne).
- Garcia (Manuel-Gharles-Auguste), à Saintes (Charente-Inférieure). Garnier (Jules-Jacques), boulevard Magenta, 33.
- Gast (Édouard-Victor), à Issenheim (Alsace).
- Gauchot (Paul-Élie), rue Feutrier, 13 (18e arrondissement).
- Gaudet, O. jgt, maître de forges, à Rive-de-Gier (Loire). Gaüdineau (Louis), constructeur d’appareils à gaz, rue Martel, 17. Gaudry (Jules), boulevard Magenta, 137.
- Gaultier (Georges-Léon-Louis), rue d’Amsterdam, 35.
- Gaune (André-Joseph-Émile), à San-Luez do Moranhâo (Brésil). Gaupillat (Ernest), au Bas-Meudon (Seirie-et-Oise).
- Gauthey (Émile-Mac-Marius), industriel, rue Chariot, 48.
- Gauthier (Charles-Prosper), rue Saint-Vincent-de-Paul, 3. Gautier (Paul-Émile), rue du Temple, 20.
- Gayrard (Gustave), sous-directeur du chemin de fer de Ceirf-ture, rue de Berlin, 33.
- Geai (Urbain-Jean), directeur de la Société de constructions na-' vales, quai Colbert, au Havre (Seine-Inférieure).
- Geay (Charles-Louis), architecte à Cognac (Charente).
- Génissieu, administrateur de la Compagnie générale des voitures de Paris, rue Neuve-des-Mathurins, 55. j
- Geoffroy (Octave), aux ateliers du chemin de fer du Nord, à Char-leroi (Belgique).
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- MM. Gerber (Eugène), directeur de l’exploitation des chemins de fer de Roumanie, rue Mogossei, 53, à Bucharest.
- Germon (Alexis) C. ingéniear de la traction au chemin de fer de Paris à Lyon, gare de Perrache (dépôt), à Lyon (Rhône).
- Geyler (Alfred-Edouard), métallurgiste, rue de la Victoire, 46.
- Gibon (Alexandre-Louis), directeur des forges de Commentry (Allier).
- Giffard rue Marignan, 14.
- Gignoux (Arthur-Joseph), rue Dejean, 6.
- Gigot (Paul-Eugène), rue du Faubourg-Poissonnière, 123.
- Gil (Claudio), boulevard des Capucines, 6.
- Gillot (Auguste), boulevard de Yilliers, 99.
- Gillotin (Émile), à Plainfaing (Vosges). *
- Girard (Adam-Charles), rue Monge, 2.
- Gislain, distillation des schistes bitumineux, rue de Turin, 32.
- Godfernàux, 176, avenue de Clichy (Batignolles), maison Gouin.
- Goldenberg (Paul-Frédéric-Alfred), à Zornhoff, prèsSaverne (Alsace).
- Goldschmidt (Philippe), quai Jemmapes, 310.
- Goldschmidt (de) (Théodore), Élisabeth strasse, 3, à Vienne (Autriche).
- Gorria (Hemenegildo), directeur de l’usine à gaz, Pasco, 5, à Za-goza (Espagne).
- Goschler (Charles), conseiller technique à la direction générale des chemins de fer ottomans, à Constantinople (Turquie).
- Gottereàu (Georges-Jean-Marie), ingénieur des mines Geronimo, à Madrid (Esp.), chez Mme Doux, rue de la Chaussée-d’Antin, 68.
- Gottschalk, ingénieur en chef, directeur du matériel et de la traction aux chemins de fer du Sud de l’Autriche, Maximilian strasse, 5, à Vienne (Autriche).
- Gouault (Pierre-Alexandre), rue Ganterie, 60, à Rouen (S.-Infér.).
- Gouilly (Henri-Louis-Auguste), à Tunis (Barbarie).
- Gouin (Ernest) O. constructeur, rue de Cambacérès, 4.
- Goumet, constructeur de pompes, rue du. Temple, 118.
- Goupillon (Arthur-Jules-Désiré), chef du service central du chemin de fer de l’Hérault, rue Nollet, 81, à Batignolles.
- Gouvy (Alexandre), gérant et copropriétaire des forges de Dieu louard (Meurthe-et-Moselle).
- Gouvy (Émile), maître de forges, à Goffontaine (Prusse Rhénane).
- Govignon (Henri-Bonaventure), gérant de la sucrerie de Chesne, à Le Chesne (Ardennes).
- Hrall (Isidore), à Saint-Nazaire-sur-Loire (Loire-Inférieure).
- Grand (Albert), rue de Trévise, 14.
- Grand fils (Julien), directeur des forges, à Oullins, près Lyon (Rhône).
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- MM. Grasset (Louis-Ch.-Constant) C. îft, chef du service de la voie au chemin de fer du Nord, Zéganitas, 54, à Madrid (Espagne).
- Grégory (Georges-Aristide), chef de section aux chemins de fer des Charentes, à Maransin, par Guîtres (Gironde).
- Greiner (Adolphe), chef du service des aciéries de Cockerill, à Seraing (Belgique).
- Gressier (Louis-Edmond), rue de Lyon, 3.
- Grièges (de) (Louis-Maurice), sous-ingénieur de la traction des chemins de fer de l’Ouest, rue de Clicliy, 41,
- Grouvelle (Philippe-Jules)., rue des Écoles, 26. >
- Gruau (Félix), ingénieur à la maison Gouin et Cie, avenue de Cli— chy, 176, à Batignoiies.
- Guébhard (Alfred), O. 4* rue d’Aumale, 9.
- Guérin (Jules), fabricant d’appareils d’éclairage, rue Saint-Sabin, 16.
- Guénivet (Ernest), chef de la verrerie de la Croix-Blanche, à Yier-zon (Cher). •
- Guérard (Paul), au chemin de fer du Nord, à Amiens (Somme).
- Guerbigny (Germeuil-Gaston), instituteur, à Villiers-le-Bel (Seine-et-Oi'se).
- Guérin de Litteau (Edgar), 0. 4* rue Blanche, 3.
- Guéroult (Paul), rue d’Amsterdam, 59.
- Guettier (André), constr de machines-outils, rue Oberkampf, 74.
- Guieal (Théophile), professeur à l’École des Mines de Mons, rue des Groseilliers, 43, à Mons (Belgique).
- Guillaume (Charles), %, 22, Grande-Allée, à Toulouse (Haute-Ga-
- ’ ronne).
- Guillaume (Henri), rue du Château-d’Eau, 58.
- Guillemin (Étienne), à la Perraudette, près Lausanne (Suisse).
- Guillon (Nicolas), boulevard Magenta, 30.
- Guillot (Gustave), îfê, rue des Acacias, 12, aux Ternes.'
- Guisan (Olivier-René), ingénieur en chef de la Société générale La Tarentaise, à Albertville (Savoie).
- Guntz (Charles), rue du Pré-âux-Clercs, 5.
- -t' - ...v-
- MM. IIaass (Henri),, C. ^ O. % O. © ^-Gl^deja maison Krupp, rue'de Provence, 65. . * , .....
- Hallié (François-Ernest), fondateur de lTnslitut d’arts et métiers de Fer mo (Italie).
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- MM. Hack (Édouard-Louis), rue Yital, 49, à Passy.
- Hallopeau (Paul-François-Alfred), rue de Lyon, 3.
- Hamelin (Paul), chimiste, rue Lebon, 5, aux Ternes.
- Ramelin (Gustave), mécanicien, rue Lebon, 5, aux Ternes.
- Hamers, rue de la Briqueterie, 6 (14e arrondissement).
- Hamoir, maître de forges, à Maubeuge (Nord).
- Harmand (Eugène-Auguste), à Épernay (Marne).
- Haugton (Benjamin), 1, Westminster Chambers, Victoria Street, London, S. W. (Angleterre).
- Hely-d’Oissel (Paul-Frédéric), rue de Chaillot, 70.
- Henderson (David-Mar), ingénieur en chef des douanes impériales chinoises, à Shang-Haï (Chine).
- IIenri-Lepaute fils (Edouard-Léon), horloger, rue Lafayette, 6.
- Henriet (Louis-Jean), ingénieur de la Compagnie des Docks de Saint-Ouen, rue Saint-Georges, 38, à Batignolles.
- Hermary (Hippolyte-Albert-Jos.), agriculteur àMoulle, par Saint-Omer (Pas-de-Calais).
- Herpin (Louis), boulevard Beaumarchais, 79.
- Herscher (Charles-Georges), constructeur, rue du Chemin-Vert, 42.
- Hervey-Picard (Paul-Philippe), architecte, rue de Rome, 74.
- Hervier (Alfred-Charles), usine du cuivre français, au Port-à-l’Anglais, à Vitry-sur-Seine.
- ILeurtebise (Paul), chez M. Doré, maître de forges, rueChappe, 4, au Mans (Sarthe).
- Hinstin (Napoléon), rue d’Aboukir, 38.
- Hittorff (Ilenri-Bonaventure), rue Saint-Lazare, 44, à Bruxelles (Belgique).
- Homburger (David), propriétaire de force motrice, quai Jem-mapes, 176.
- Honoré (Frédéric), directeur des Établissements de la Risle, Pont-Audemer (Eure).
- Houel, O. avenue des Champs-Élysées, 75.
- Hoüel (Jules-Gervais-Auguste), avenue des Champs-Élysées, 75.
- Houlbrat (Abel), rue de Rome, 63.
- Hourier (Évariste), rue des Acacias, 20, aux Ternes.
- Houssin (Jules-Clément), boulevard Montparnasse, 56,
- Hoyine (Alfred), rue de Lyon, 61.
- Hçber (William), rue Miroménil, 76.
- Huet (Alfred), métallurgiste, rue de la Victoire, 46.
- Huguenin (Jules), maison Marius Boelger, à Bâle (Suisse).
- Huguet (Auguste-Adrien), directeur de la Compagnie des chemins de fer de Barbezieux à Châteauneuf, rue Miroménil, 124. '
- Hunebelle aîné (Jules), O. , entrepreneur de travaux publics, rue Solférino, 2.
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- I J
- MM. Imbert (Jean-Jules), ingénieur de la Compagnie du touage de Con-flans à la mer, quai de Paris, 42, à Rouen (Seine-Inférieure).
- Imbs (Alexis-Joseph-Albert), avenue d’Eylau, 18.
- MM. Jacques (Léon), ingénieur des ateliers de la Société Cockerill, à Seraing (Belgique).
- Jacques (Jean-Nicolas), rue des Gaillards, 7, à Poitiers (Vienne).
- Jalibert (Louis-Ferdinand), rueDaru, 15.
- Jamin (Jules-Édouard), O. à Madiran, par Castelnaud-Rivière-Basse (Hautes-Pyrénées).
- Janickî (Stanislas), place Vendôme, 12.
- Jantot (Jacques-Edmond), directeur des hauts fourneaux et fonderies à Mertzwiller (Alsace).
- Japy (Jules-Auguste-Wilhem), manufacturier, à Beaucourt (Haut-Rhin).
- Javal (Ernest), ingénieur des mines, rue de Téhéran, 13.
- Jeanson (Charles-Marie-Auguste), rue Monge, 17.
- Jequier (Henri-Jean), rue du Val-de-Grâce, 9.
- Joannis (de) (Léon), chez M. J. Barra, à Baracaldo, près Bilbao (Espagne).
- Jolly (César), à Argenteuil (Seine-et-Oise).
- Joly (de) (Théodore), boulevard Saint-Germain, 225 bis.
- Joly (Charles-Victor), administrateur des forges de Saint-Antoine, à Foix (Ariége).
- Jomier (Jean-Henri), constructeur de machines agricoles, rue Fon-taine-au-Roi, 10.
- Jones (Hodgson), 25, Old Broad Street, E. C. Londres.
- Jonte (Émile-Frédéric), directeur des usines et forges de Franche-Comté, avenueDaumesnil, 116.
- Jordan (Samson), professeur de métallurgie à l’École centrale, rue de Bruxelles, 15.
- Jourdain (Maurice-Frédéric), rue de Penthièvre, 7.
- Jousselin (Paul), rue Turbigo, 1. i
- Joyant (Charles-Paul-Abel), O. rueLabruyère, 19.j
- Juanmartinena (de) (José), à Renteria, province de Guipuzcoa (Espagne). ? ••
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- — 2 o —
- MM. Jubecourt (de) (Barthélemy), directeur de la fabrique de faïence et porcelaine, à Vaudrevange, par Sarrelouis (Prusse Rhénane).
- Jullin (Aimé), ingénieur du matériel et de la traction au chemin de fer d’Orléans à Châlons, rue de la Paix, 33, à Troyes (Aube).
- Juncicer (Paul), rue deMaubeuge, 17.
- Jury (Joseph), chef de bureau delà construction des chemins de fer des Cliarentes, 133, avenue de Paris, à Bordeaux (Gironde).
- K
- MM. Kislanski (Wladislas), sf« ^ rue de la Loi, 143, à Bruxelles (Belgique).
- Komarnicki (Sigismond), ingénieur paincipal aux chemins de fer de laTheiss, à Pesth (Hongrie), Marie-Valérie-Gasse, 1.
- Kraft (Jean), ingénieur en chef du service des machines â la Société Cockerill, à Seraing (Belgique).
- Kreglinger, rue Stassart, 141, à Ixelles-lez-Bruxelles (Belgique).
- Kronenberg (Ladislas), à Varsovie (Pologne).
- Krémer (Philippe), ingénieur de chemins de fer, rue de Constantinople, 10.
- Kremer (François), rue de Constantinople, 10.
- Krupp (Alfred), 0. ^ C. ^ ^ >§c >î» à Essen (Prusse).
- L
- MM. Laborde (Auguste-Jules), aux Marais, à MeungTSür-Loire (Loiret). Laborie (de) (Alexandre), ^ >£<, boulevard de Sébastopol, 27. Laboulaye, rue de Madame, 40.
- Labouverie (Prosper), à Bouillon, province de Luxembourg (Belg.). Lacombe, conseiller général, à Calviat, par Carlux (Dordogne). Lacretelle (Claude-Étienne), à Bois-d’Oingts (Rhône).
- Laferrère (Jean), ingénieur divisionnaire, chemin de fer du Sud-Est, rue des Archers, 1, à Lyon (Rhône).
- Lafon (Adrien), à Mazamet (Tarn).
- Laforestrie (Joseph-Marie-Léon), ingénieur du gouvernement haïtien, au Port-au-Prince (Haïti).
- - Laine père, fondeur, rue du Faubourg-du-Temple, 59.
- Laine fils (Édouard-Louis-Armand), fondeur, fbg du Temple, 59.
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- MM. Laligant (Paul), fabricant de papiers, àMaresquel, par Campagne-lès-Hesdin (Pas-de-Calais).
- Lalo, rue Saint-André-des-Arts, 45.
- Lambert (Léon-Arthus), à Saint-Quentin (Aisne).
- Lambert (Ernest), gérant des usines de Villafand, par Ornans (Doubs).
- Laming (Jôsep-Mowbray), rue du Cherche-Midi, 64.
- Lancel (Augustin-Jules), ingénieur de la voie, à Tergnier (Aisne). Landsée (de) (Adolphe), ingénieur en chef du matériel des chemins de fer d’Asie, rue Sofiali-Pira, 7, à Constantinople.
- Langlois (Auguste), rue de Clichy, 23.
- Langlois (Charles), rue Taitbout, 72.
- Langlois (Ernest-Hippolyte), directeur gérant de l’Institut d’arts et métiers, à Fermo (Italie).
- Lantrac (Eug.-Adolphe), rue Champagny, 5.
- Larochette (de) (Jérôme),^, associé gérant de la Compagnie des hauts fourneaux et fonderies de Givors, cours du Midi, 11, à Lyon (Rhône).
- Larrue (Louis), boulevard Haussmann, 184.
- Lartigue (Henri), Grande-Rue, 66, àPassy.
- Lartigue (Charles-François), O. secrétaire de la Compagnie des chemins de fer de Madrid à Alicante, rue Laffitte, 17.
- La Salle (Auguste), à Kriens, près Lucerne (Suisse).
- Lasseron (Charles), rue Lafayette, 12.
- Lasson (Alphonse), faubourg Saint-Martin, 12.
- Lathuillière (Jean-Claude), constructeur, rue Delambre, 22. Launoy (Louis-Ernest), rue du Canal-Saint-Martin, 18 et 22. Laurens (Camille), rue Taitbout, 82.
- Laurent (Lambert), rue de Pessac, 192, à Bordeaux (Gironde). Laurenzano (Nicolas-Marie), Strada Ëgiziaca, à Pizzofalcone, 59, à Naples (Italie).
- Lauth (Charles), rue de Fleurus, 2.
- Lavàlley, O. G. rue Murillo, 18.
- Lavallée (de) Poussin (Oscar-Gustave), ingénieur en chef de la Compagnie des eaux, place Vendôme, 16.
- Laveissière (Émile-Jean), rue de la Verrerie, 58.
- Lavezzarie (Émile), rue de Constantinople, 12.
- Lebàrgy, ingénieur delà voie, à Amiens (Somme).
- Leblanc (Félix), vérificateur du gaz pour la ville de Paris, rue de la Vieille-Estrapade, 9.
- ^ Leblond (Paul-Henri), rue Abbatucci, 47.
- Lebon (Eugène), C. rue Drouot, 14.
- Le Brun (Louis-Gabriel), constructeur mécanicien, rue de Bel- zunce, 40. .a,,/
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- s-27 —
- MM. Le Brun (Raymond-Louis) , >§< , ingénieur au chemin de fer du Sud-Est, rue des Archers, 1,à Lyon (Rhône).
- Lecherf, ingénieur au chemin de fer, à Etlerbeek (Belgique). Léclanché (Georges), fabricant d’appareils télégraphiques, rue Condorcet, .74. : j - v-.-: -:u
- Le Cler (Achille), directeur dé la Société des polders de Boin (Vendée), rue Bonaparte, 17.- -
- Leclerc (Émile), 4= » rue Lemercier, 3â (Batignolles).
- Legoeuvre (Paul), ^ 4», rue Turenne, 111.
- Lecoq (Jean-Félix-Édouard), contrôleur principal du matériel au chemin de fer des Gharentes, faubourg Saint-Martin, 66. Lecorbellier (Georges-G»), rue de Londres, 51.
- Le Cordier (Léon), rue Bretagne-Bourg-l'Abbé, à Caen (Calvados). Lecouteux (Nicolas-Hippolyte), rue Oberkampf, 74.
- Lefèvre (Eugène-Hippolyte), chef de service des travaux neufs au chemin de fer du Nord, à Bavay (Nord)*
- Lefrançois (Jean-Louis), service de la comptabilité du chemin de l’Ouest, rue Rocroy, 23. • -G
- Lefrançois (Eugène), rue Banquet, 9G 1 Légat (Mathurin-Désiré), rue de Châlons, 22.
- Legavrland (PauldBloride), à Lille (Nord).
- Léger (Jean-Pierre-Alfred), 9, rue du Collège, à Arles (Bouches-du-Rhône). -iL;. . 1 j ijg -
- Legris (Édouard), constructeur de machines, à Maromme (Seine-Inférieure):
- Lejeune (Charles-Émile), chef de l’exploitation du chemin de fer des Gharentes, rue de Châtéaudun, 42.
- Le Laurin (Jules), rue de la Sorbonne, 2.
- Leloup (Joseph-Benoît), fabricant de sucres, à Arras (P.-de-C.). Leloup (Félix),, à l’usine à gâz de Bueharest (Roumanie).
- Leloup (Louis-Joseph-Clément), 17, rue Saint-Guillaume (Courbevoie). ... l'iri. ;.-:v j
- Lemaire (Alexandre-Auguste), avenue'des Rubattes, à Aix-les-Bains (Savoie).:!! :
- Lemaréchal (Dieudonné-Jules), lamineur de métaux, rué Chapon, 3. Lemasson (Cyrille) 0. chef de service de l’entretien matériel et magasins de la Compagnie du canal de Suezj- àdsmaïlia (Égypte). Le Moine (Charles)^.fabricant de papiers^ à SaintiGermain de Tal-levande (Calvados). ù ,::u , -
- Lemoinne (Lucien), directeur de P Asile national de Vincehnes, à Saint-Maurice (Seine). ..(;>i.uuin.< 1 nii
- , ; Lemoine (Émile-Michel)prue du Cherche-Midi, ‘>*1
- Lemonnieu (Paul)y .aux forges de Terre-Noire (Loire). : 1b» fj!• Lemonnier (Paul-IIippolyte), avenue de Suffren, 26. • -* v ?
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- MM. Lemonon (Ernest), à Arc-en-Barois (Haute-Marne).
- Lencauchez, rue du Faubourg-Saint-Martin, 212.
- -Lenicque (Henri), ingénieur de la fabrique de soude de la Gois-mon, à Nantes (Loire-Inférieure).
- Lepainteur (Constant), directeur delà Fonderie, à Évreux (Eure). Lepeudry (Paul-Noël), rue Montholon, 28.
- Lepeudry, rue Montholon, 28.,
- Leprince (Alexandre), ingénieur hydraulicien, à Yevey (Suisse). Le Roy (Amable), place de la Gare, 27, à Nancy (Meurthe).
- Le Roy Desglosages (Raoul-Charles), à Champigny-sur-Marne (Seine).
- Lespermont (Louis-Joseph-Amédée), boulevard de Sébastopol, 9. Letellier, rue Saint-Vincent-de-Paul, 7.
- Letestu, fabricant de pompes, rue du Temple, 118.
- Létrange (Léon), fondeur, lamineur et maître de forges, rue des Vieilles-Haudriettes, 1.
- Levassor (Émile-Cohstant), rue du Faubourg-Saint-Antoine, 97, maison Périn et Ci0.
- Levât (Gustave), 4£, à Arles (Bouches-du-Rhône).
- Level (Émile), boulevard Malesherbes, 119.
- Lévi-Alvarès (Albert), O. :fc C. >§c, directeur de l’exploitation du chemin de fer de Cordoue à Séville).
- Leygue (Léon), rue Neuve-Fontaine-Saint-Georges, 8.
- Lhomme (Paul-Émile), aux hauts fourneaux de Marquise (Pas-de-Calais).
- Liébaut (Arthur), route d’Aubervilliers, 50, à Pantin.
- Limet (Hippolyte), fabricant de limes, à Cosne (Nièvre).
- Lippmànn (Édouard), entrepreneur de sondages, rue de Chabrol, 51. Litschfousse (Léon), Hiléras, 17, à Madrid (Espagne).
- Loiseau (Adolphe), rue Rivay, 34, à Levallois (Seine).
- Loiseau (Désiré), raffineur, rue de Flandre, 145.
- Longpérier (Charles), rue Sabot, 6, à Meaux (Seine-et-Marne). Longraire (Léopold-François), Via Goito, 10, à Gênes (Italie). Lopez-Bustamante (Francisco), G. ingénieur en chef de la voie du chemin de fer d’Alar à Santander, rue du 24 Septembre, à î Santander (Espagne).
- Loreau (Alfred-Isidore), constructeur, à Briare (Loiret).
- Loriol (de) (Louis), ingénieur de l’usine à gaz de Lyon, rue Centrale, 46, à Lyon (Rhône).
- Lotz-Brissonneau (Alphonse-François), constructeur à Nantes (Loire-Inférieure).
- Loustau (Gustave), ^ agent administratif du matériel
- du chemin de fer du Nord, rue de Dunkerque, 20.
- Love (Georges-Henri), rue Baudin, 21.
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- M
- MM. Magabies (Paul-Maurice-Joseph), rue de la Chapelle, 20.
- Mâcherez (Alfred), boulevard de Latour-Maubourg, 47.
- Madelaine (Edouard), à Saintes (Charente-Inférieure).
- Maegherman (Anatole-Victor), à la gare de Lisbonne (Portugal). Maire (Armand), rue de la Bienfaisance, 10.
- Maldant (Eugène-Charles), installation de travaux pour gaz et eaux, rue d’Armaillé, 27, aux Ternes.
- Mallet (Anatole), rue Blanche, 80.
- Mallié (Jules), quai Jemmapes, 82.
- Màlo (Léon) directeur des mines de Seyssel, à Pyrimont-Seyssel
- (Ain).
- Ma#by (Charles), % C. % >$<, 79, Harley Street, Londres (An-
- gleterre).
- Manoury (Armand-Joseph), directeur de la sucrerie de Lizy-sur-Ourcq (Seine-et-Marne).
- Marchal (Victor), rue Michel-le-Gomte, 25.
- Marché (Eugène-Ernest), rue Neuve-Fontaine-Saint-Georges, 4. Marco Martinez (Agapito), directeur du chemin de fer de Luchana al Regato, à Bilbao (Espagne).
- Maréchal (Alfred), à Sotteville-lez-Rouen (Seine-Inférieure). Marié (Ernest), rue Madame, 49.
- Marin (Paul), filateur â Bühl, près Guebwiller (Haut-Rhin). Marindaz (Jules-Charles), rue Saint-Lazare, 84.
- Mariotte (Charles), quai de la Râpée, 36.
- Marland (Joseph), métallurgiste, à Aübenas (Ardèche).
- Marle (Paul), à Montceaux-les-Mines (Saône-et-Loire).
- Marsillon (Jean), ingénieur principal, à Vesoul (Haute-Saône). Marsillon (Léon), boulevard Haussmann, 80.
- Martenot, à Ancy-le-Franc (Yonne),! s
- Martin (Charles), directeur d’une fabrique de produits pharmaceutiques, rue d’Arcole, 19.
- Martin (Louis), rue de Strasbourg, 10.
- Martin (Charles-William), avenue de la Reine-Hortense, 13. Martin (Léon-Adolphe), sous-chef de l’exploitation des lignes du Nord-Belge, à Liège (Belgique).! o <
- Masselin (Armand), rue de Vaügirard, 372.»
- Massicard (Émile-Alexandre-Joseph), métallurgiste, rue de Pes-sac, 187, à Bordeaux (Gironde). )
- Masson (Georges), impasse Béranger,.11, àîVaugirardV '
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- — sa
- MM. Mastaing (de) (Louis), rue de Chaillot, 95.
- Mathias (Félix), ^ O. ^ ^ ^ rue de Dunkerque, 20.
- Mathias (Ferdinand), ^ 4*» à Lille (Nord).
- Mathieu (Henri), rue Casimir-Périer, 27.
- Mathieu (Ferdinand), 0. rue de Provence, 56.
- Mathieu (Maurice), boulevard Bonnes-Nouvelle, 28.
- Matthiessen (James-Adolphe); rue de Vienne, 5.
- Mauget (Jean-Aristide),, 5§c, rue Chabrol, 51.
- Mauguin (Pierre-Étienne), rue Taitbout, 80.
- Maure (Edmond), avenue Percier* 10.
- Maury (Noël), boulevard des Batignolles, 44.
- Maury (Arthur-Nicolas),'hôtel de la. Poste,, à Airolo, canton du Tessin (Suisse).
- Maxevelle (Farnham), 6,'cité de Retiro, Faubourg-Saint-Honoré. Mayer (Ernest), rue d’Amsterdam, 44. : •
- Mazeline, constructeur, au Havre (Seine-Inférieure).
- Meiner (Charles-Louis), maître de forges, à l’Isle-sur-le-Doubs (Doubs).
- Mehrmahn (Auguste-Albert), chef des ateliers de la Compagnie de l’Est, rue Pajol, 22. ..su.:
- Melin (Jules-Léon), rueXouvoïs, 6.
- Méliton (Martin), ingénieur en chef de la construction du chemin de fer du Nord-Ouest, ealle de! Avenal, 20, à Madrid (Espagne).
- Mensier (Alphonse-Eugène), à la gare de l’Est.
- Méraux (Gustave-Louis),'rue de Chabrol, 36.
- Mercier (Auguste), chimiste de Ja Compagnie du chemin de fer de Lyon, rueBierre-Levée, 48. : *
- Mesdach, rue Saint-Paul, 28. 1 :
- Mesmer, à Gratfenstaden (Alsace).
- Mesnard (Auguste),ingénieur des ateliers de la maison Cail, rue 4e l’Université, 483;-ru " û,..-
- Meyer (J.-J.), rue d’Edimbourg, 45, à Bruxelles (Belgique).
- Meyer (Adolphe), rue d’Edimbourg, 45, à Bruxelles (Belgique).
- ! Meyer (Henri), à Deville-lesdlouen (Seine-Inférieure).
- Mianne (Gabriel-Antoine), rue des Archers, 1, à Lyon (Rhône). Michaud (Edmond), fabricant de savons;, rue de Pantin, 49, à Au-. bervilliersi(Seine). < , : . l.
- ;.:ï Miciiaud (Jules), rue de Rennes, 105 bis. ,
- Michel (Alphonse), à Troyes (Aube). /, ...
- Michel (Francisquë-Rolanddëietor); rue del’Ancienne^Comédie, 13. - Michelant,^, chef de traction au chemin de fer d’Orléans, boulevard Beaumarchais, 68.. 1 ^u (
- Micheilet (Émile), fabricant de plâtre, quai Yalmy, 161.
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- MM. Mignon, constructeur, rue Oberkampf, 151.
- Mirecki (Antoine-Slavomir), boulevard Magenta, 150.
- Mitchell (William-Jean-Baptiste) ^ au chemin de fer de Lyon, boulevard Mazas.
- Moerath (Jean-Népomucène), ingénieur en chef de la marine impériale, délia trada ferrota, 10, Piazzale, à Trieste.
- Moisant (Armand), constructeur, boulevard de Vaugirard, 20. MoLÉON(Léopold), rue Saint-André-des-Arts, 52.
- Molin (de) (Georges-Henri), directeur des hauts fourneaux et forges d’Anzin (Nord).
- Molinos (Léon-Isidore), rue Châteaudun, 2.
- Moll (Henri), route de Toulouse, IM, à Bordeaux (Gironde). Mollard, rue de l’Écluse, 17.
- Monard (Charles), rue Perdonnet, 12.
- Monbro (Georges), représentant d’usines anglaises, rue Louis-le-Grand, 11.
- Monfray (Albert), filateur, à Deville-les-Rouen (Seine-Inférieure). Monier (Ernest), rue de la Pompe, 46,* à Passy.
- Monnier (Démétrius), rue de la Darse, 7, à Marseille (B.-du-Rhône). Monnot (Paul-Charles), impasse Royer-Collard; 4.
- Montel (François), ingénieur aux usines de Fourchambault, hôtel central, à Lisbonne (Portugal).
- Monthiers (Édouard-Paul), rue de Londres, 58.
- Montouan (André), à la gare d’Argentan (Orne).
- Mony (Stéphane), 0. à Commentry (Allier).
- Morandière (Jules-Raoul), inspecteur du matériel et de la traction au chemin de fer de l’Ouest, rue Notre-Dame-des-Champs, 27. Morandière (Édouard-Alexis), rue Notre-Dame-des-Champs, 27. Moreau (Albert), rue de Seine, 6.
- Moreau (Émile), rue de la Tour, 16, à Bordeaux (Gironde).
- Moreau (Auguste-François-Xavier), rue de Navarin, 28.
- Moreaux (Félix), ^ rue François Ier, 52.
- Morice, ingénieur du service de la voie, à Hazebrouck (Nord). Morin (le général), G. % directeur du Conservatoire des
- Arts-et-Métiers, rue Saint-Martin, 292.
- Mouchelet (Émile), rue de Clichy, 46. ' ‘ ' *'
- Mulat (Pierre-Alexandre), directeur des forges et fonderies de Sougiand, au Pas-Bayard (Aisne). ^
- Muller (Adrien), à Jemmepe-lez-Liége (Belgique).
- Muller (Émile), éfe, professeur à l’École centrale,' rue des Martyrs, 19. 1
- Mulot-Durivage (Albert), rue Amelot, 16.
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- N
- MM. Nancy (Alfred), rue des Vieux-Rapporteurs, 2, à Chartres (Eure-et-Loir) .
- Naranzo de la Gazza (Henri), ingénieur des mines, à Linares, pro vince de Jaen (Espagne).
- Néri (Ferreira-Jean), jf*, àRio-Janeiro (Brésil).
- Nicod (Émile), à Audincourt (Doubs).
- Nillis (Auguste), chef de section au chemin de fer de l’Est, à Na-venne-lès-Vesoul (Haute-Saône).
- Niclus (Albert-Emmanuel), rue de Rome, 71.
- Nizet (Charles), rue des Saints-Pères, 67.
- Nobel (Alfred), rue de La Rochefoucauld, 58.
- Noblet (Albert), place Saint-Paul, 6, à Liège (Belgique).
- Noisette, rue des Poissonniers, 50, à la Chapelle.
- Nordling (Wilhelm), ^ >§< directeur général des chemins de fer de la Theiss-Bahn, à Pesth (Hongrie).
- Normand fils i§t, constructeur au Havre, cours de la République, 1 (Seine-Inférieure).
- Nougaret (Jean-Joseph), rue Saint-Palais, 119, à Saintes (Charente-Inférieure). , **
- Nouguier (Émile-Toussaint-Joseph), rue des Batignolles, 47.
- Nye (Henry), boulevard de Clichy, 74.
- O
- MM. O’Brien (William), rue Simoneau, 7, à Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais).
- Ogier (Louis), directeur de la fabrique de caoutchouc, à Blanzet (Puy-de-Dôme).
- Ollivier (Achille), boulevard Beaumarchais, 51.
- Orsat (Louis-Hingest), rue de la Victoire, 29.
- Orsatti (Camille), rue Neuve-des-Petits-Champs, 38.
- Ory (Paul-Étienne), rue du Pont-aux-Choux, 17.
- Osmond (Floris), hôtel de l’Europe, à Denain (Nord).
- Oudot (Charles), rue des Saints-Pères, 40.
- ( Oüghterson (George-Blake), fondeur à Rouen (Seine-Inférieure).
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- P
- MM. Paget (Frédéric-Arthur), 4, Seymour Chambies. York-Buildings, Adelphi, W. C. (Londres).
- Pajot (François-Théophile), rue du Faubourg-Saint-Honoré, 52. Pâlotte (Émile) fils, rue de la Chaussée-d’Antin, 4 5.
- Parent (Félix-Victor-Philippe), inspecteur du service de la. voie au nord de l’Espagne, 54, ealle de Leganitos, à Madrid (Espagne). - Parlier (Jean-Louis-Édouard), rue d’Amsterdam, 67.
- Pascal, rue de l’Abbaye, à Pile Saint-Denis (Seine).
- Pascal (de) (Louis-Henri-Marie), à Alais (Gard).
- Pasquet-Chamier[(George-Antoine), au Chatenet de Grun, par Bordas (Dordogne).
- Paul (Antoine), rue de Clichy, 67.
- Paul (Ernest), ingénieur en chef du matériel et de la traction aux chemins de fer portugais, à Lisbonne (Portugal).
- Pélegrin (Henri-Auguste), ingénieur de la Yokohamas gas com-' pany, à Yokohama (Japon).
- Pélegry (Maurice-François-Henri), maître des forges et laminoirs du Bazacle, à Toulouse (Haute-Garonne).
- Péligot (Henri), rue Saint-Lazare, 43.
- Pereire (Eugène), O. ^ boulevard Malesherbes, 84.
- Pereire (Émile) fils, rue de Morny, 89.
- Pereire (Henri), rue du Faubourg-Saint-Honoré, 35.
- Pérignon (Eugène), faubourg Saint-Honoré, 4 05.
- Périsse (Jean-Sylvain), boulevard de Courcelles, 3.
- Perrault (Auguste-Étienne) à Sées (Orne).
- Pesaro (Jules), 25, Suffolk Street PalL Mail, à Londres (Angleterre). Petau (Gustave-Gédéon), constructeur, rue du Ranelagh, 8, à Passy. Petin, 0. jgj, maître de forges, à Rive-de-Gier (Loire).
- Petit (François-Pierre-Guillaume), manufacturier à Louviers (Eure). Petit (Émile-Charles), fabricant de papiers, rue des Minimes, à Roanne (Loire).
- Petit (Georges-Ch.-André), rue Bayeu, 64.
- Petit (Germain-Félix-Amédée), rue Croix-des-Petits-Champs, 27. Petit (Lucien), rue Jeanne-d’Arc, 67, à Rouen (Seine-Inférieure). Petitgand, jgt, métallurgiste, boulevard Malesherbes, 68. Petitjean, rue de Bruxelles, 4 3.
- Petre, rue de Bourgogne, 52.
- Pettit (Marie-Gabriel-Édouard), rue Richebourg, à Rouen (Seine-Inférieure).
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- MM. Picard (Maurice-Félix-Antoine), rue de la Reine, 57, à Lyon (Rhône).
- Picard (Firmin), C. % entrepreneur de travaux publics, via del Corso, 340, à Rome (Italie).
- Pichault (Stéphane), chef de section du matériel des chemins de fer de la Société de John Coekerill, rue Nicolaï, 80, à $erain§ (Belgique).
- Pierrard (Eugène), houlevard du Temple, 22, à Reims (Marne).
- Pierre (Antoine), à Remiremont (Vosges).
- Pierron rue des Batignolles, 43, aux Batignolles.
- Piet (Jules), appareils de chauffage et de ventilation, rue de Chabrol, 33.
- Pihet (Auguste) ûls, constructeur de machines, rueNeuve-Popin-court, 8.
- Pillichody (Arnault), directeur du chemin de fer de hausanne-Ouchy, et des eaux de Beet, à Lausanne (Suisse).
- Pinat (Léon), ing. des hauts fourneaux et forges d’ARevard (Isère).
- Piquet (Aimé-Auguste), rue de la Tour, 22, à Passy.
- Piquet (Alfonse), C. ^ 5, plaza de Prim, à Madrid (Espagne).
- Place (de) (Henri), ingénieur en chef de l'exploitation des houillères de Saint-Éloi, par Montaigut-leSïCornbrailles (P.-de-Dôme).
- Plaiemaison (Édouard), ingénieur du matériel et de la traction, à Saintes (Charente-Inférieure).
- Plazanet (Joseph-Antoine), ijfj, fabricant de produits chimiques, rue des Gravilliers, 23. *
- Poillon (Louis-Marie), constructeur de machines, à Lille (Nord).
- Poiret (Emile), au Mans (Sarthe).
- Pollet (Henri), directeur des mines de $anto-Martinho, à Alca-nises, province de Zamora (Espagne).
- Polonceau (Ernest-Gustave), O, >§«, sous-directeur de l’exploitation du chemin de fer de l’État, Schwartzemberg plates, 1 7, à Vienne (Autriche)*
- Poncelet (Antoine), O. ^ à Bruxelles (Belgique).
- Pqncin (Frédéric), ingénieur au chemin de fer d’Orléans, rue de la Préfecture, 47, à Tours (Indre-et-Loire).
- Ponsard (Auguste-Jean-Jules-Alexandre), avenue Bosquet, 41.
- Ponselle (Georges-Nicolas-Eugène), chaussée d’Antin, 8.
- Porte (Napol.-Gyprien), dir. de l’usine à gaz de Grenoble (Isère).
- Pot (Charles), à Cavaillon (Vaueluse).
- Pothier (Francis), administrateur de plusieurs Sociétés domines, rue de Penthièvre, 6.
- Pottier (Ferdinand) passage des Eaux, 4, à Passy.
- Pquell, ing. delà voie au chemin de fer du Nord, à Douai (Nord).
- Poulain (Jules-Étienne), rue Debelleyme, 10.
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- 35 —
- MM. Poupard, rue Pauquet, 21.
- Pourcel (Alexandre), ingénieur des usines de Terre-Noire (Loire). Prisse (Édouard-Louis) t§^ directeur du chemin de fer d’Anvers à Gand, à Saint-Nicolas (Belgique).
- Pronnier (Charles), ^ »5<, quai Voltaire, 23.
- Prou (Victor-Armand), place de la Bourse,; 45.
- Prouteâux (René-Albert), Ingénieur en ehef des fonderies de Ro-milly-sur-Andelle, par Pont-Saint-Pierre (Eure)..,
- Prudon (Jean-Marie),ingén. de la maison jQ'rétiàiMdntataite (Oise). Prus (Georges), ingénieur de la Vieilles-Montagne,, à Unquera, par Torrelavega, province de Sàntander (Espagne).
- Pury (de) (Gustave), s|<, rue du Château, 46, à Neufehâtel (Suisse). Puylaroque (de) (Raymond), rue de l’Université, 459,
- Q
- MM, Quéruel (Auguste) , boulevard Voltaire, 450..
- Quesnot (Louis-Auguste-Émile), boulevard Mazas., SîtL-
- * At
- MM. Rainneville (de) (Xavier), boulevard Haussmann, 462.
- Rances (Frédéric), ingénieur du matériel au chemin de fer du Midi, rue d’Aviau, 27, à Bordeaux (Gironde),
- Raspail (Émile-Jules), chimiste, rue du Temple, 44*
- Rebière (Guillaume), à Reims (Marne).
- Redon (Martial), allée des Bénédictins, à Limoges (Raute-Vienne). Régel (de) (Philippe-Constant), à LutzelhauSeu (Alsace), Regnard (Louis-Paul-Antoine), ingénieur de la compagnie Tessié du Motay, rue Béranger, 6;
- Régnault (Jules), %, rue de Stockholm, 4. t . -
- Renard (François-Nicolas), rûe du Bac, 422* ’
- Renard (Lucien), directeur de la Compagnie chaufournière de l’Ouest, rue de Rovigo, 48.
- Retz (de) (Marie-Charles-Jean), chef du service des hauts fourneaux et fonderie de St-Louis-Marseille (Bouches-du-Rhône). Revin (Jules-Henri-Victor), rue du Nord, au Quesnoy (Nord).
- Rey (Louis-Pierre-Félix), fat rue d’Auteuil, 44. ’
- Reymond (Francisque), entrepreneur, place de la Mairie, â Montbrison (Loire),
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- MM. Reynaud (Charles), à Cette (Hérault).
- Reynaud (Georges), associé de la maison Oudin Dubois, à Bethe-neville, par Pont-Faverger (Marne).
- Ribail (Xavier), rue du Chemin-de-Fer, 35.
- Riceschi (Sigismond), via Bocca di Lione, 22, à Rome (Italie). Richard (Jean-Louis), ingénieur principal de la Compagnie du chemin de fer des Charentes, rue Billault, 31.
- Riche (Antoine-Joseph), directeur des forges et laminoirs de l’Alliance, à Charleroi (Belgique).
- Riche (Armand), place Richelieu, 9, à Bordeaux (Gironde). Richemond (Émile-Louis), rue Malesherbês, 38,
- Richomme, rue Saint-Jean, à Pontoise (Oise).
- Ridder (de) (Pierre-Octave), avenue du Coq, 3.
- Rigollot (Ernest), à la gare de l’Ouest, boulevard Montparnasse. Robert (Jacques), rue Truffault, 37 (Batignolles).
- Rocaché (Louis-Jules), rue delà Roquette, passage Ste-Marie, 12. Rognetta (François-Benoît), O. 4» i 24, via Cernaïa, à Turin (Italie).
- Rogé (Xavier), maître de forges, à Pont-à-Mousson (Meurthe-et-Moselle).
- Rolin (François-Étienne), à Perra-Constantinople (Turquie). Romme (Alfred), à Saint-Quentin (Aisne).
- Ronna (Antoine) boulevard Haussmann, 25.
- Roques (Adrien-Jacques), à Saint-Affrique (Aveyron).
- Rosies (Aristide), au Caire (Égypte).
- Rouart, constructeur, rue Oberkampf, 149.
- Rouit (Henry), cours du XXX Juillet, 22, à Bordeaux (Gironde). Roussel (Henri-Léon-Joseph), à la brasserie Viennoise à Maxe-ville, près Nancy (Meurthe-et-Moselle).
- Roy (Edmond), >§c, 218, calle del Serrano, à Lima (Pérou).
- • Rozycki (Stanislas), au Creusot (Saône-et-Loire).
- Rubin (Arthur), rue de Navarin, 22.
- Rueff (Léon), rue de Châteaudun, 10.
- Ruolz (de), O. ^ G. O. ^ C. ^c, inspecteur général des chemins de fer, rue Servandoni, 23.
- Rycerski (Félix-Luc.-Ant.), rue Wspolna, 18, à Varsovie (Pologne).
- S
- MM. Saint-James (Charles), inspecteur de la voie au chemin de fer du Nord, faubourg Sainte-Croix, 33, à Namur (Belgique).
- Saladin (Émile),rue deBellevue, 2, à Nancy (Meurthe-et-Moselle).
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- MM. Salesse (Paul-Alphonse), inspecteur de la traction et du matériel, rue de l’Alma, 22, à Tours (Indre-et-Loire).
- Salleron (Ernest), architecte, à Sens (Yonne).
- Salomon (Louis-Antoine-Marie), rue d’Amsterdam, 82.
- Salvetat (Alphonse), ^ :§c, chef des travaux chimiques, à la Manufacture nationale de Sèvres (Seine-et-Oise).
- Sanches Blanco (Joaquin), C. ^ ingénieur des ponts et chaussées, à Santander (Espagne).
- Sandberg (Christer-Geter), i9, Great George street, Westminster, S. W. à Londres (Angleterre).
- Sàutter (Louis), constructeur de phares lenticulaires, avenue de Suffren, 26.
- Sauvan-Deleuze (Louis), ingénieur en chef de la Société de construction des chemins de fer ottomans, à Schoumla, par Rustzuk (Turquie d’Europe).
- Savalle (Désiré), constructeur, avenue Uhrich, 64.
- Savy (Léopold), aux mines de Graissessac (Hérault).
- Scellier (Henri), fondeur à Voujaucourt, près Montbéliard (Doubs).
- Schabàver (François), constructeur de machines, à Castres (Tarn).
- Schaeck (Augustin-Clément), quai Jemmapes, 84.
- Scheidecker (Léon), à Lutzelliausen (Alsace).
- Schivre (Jean-Pierre), directeur des ateliers du Grand-Hornu, près Mons (Belgique).
- Schivre (Gustave-Georges-Henri), ingénieur des ateliers du Grand-Hornu (Belgique).
- Schlincker (Michel-A.), maître de forges, à Creutzwald (Lorraine).
- Schlumbergër (Henri), au château de Guebwiller (Alsace).
- Schmerber (Jean), à Tagolsheim, par Altkirch (Alsace).
- Schmoll (Adolphe), entrepreneur de travaux publics, Wollzeile, 40, à Vienne (Autriche).
- Schneider (Eugène), G. O. ^ rue Boudreau, 1.
- Schwendner (Alexandre), rue Ste-Catherine, 50, à Odessa (Russie).
- Seebold (Lothaire-François), >ï<, rue de Provence, 65.
- Séguin (Paul), rue de la Ville-l’Évêque, 40.
- Seiler (Albert-Louis), boulevard Magenta, 26.
- Selle (de) (Albert-Marie), château de Fougères, par Forcalquier (Basses-Alpes).
- Sepres (de) (Henri-Robert-Yves), 23, calle de Tetuan Tercero, à Madrid (Espagne).
- Ser (Louis), 4» rue Soufflot, 25.
- Séraphin (Charles-André), constructeur, faub. Saint-Martin,1172.
- Sérafon, cité Pigalle, 6.
- Sergejeff (Nicolas), directeur de la fabrique de stéarine, route de Péterpof à Saint-Pétersbourg (Russie).
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- — 3 8 —
- MM. Serment (Frédéric-Louis), rue de la Darse^ 9, à Marseille (Bouches-du-Rhône).
- Serres (de) Wierffinski (Auguste), sous-directeur des travaux aux chemins de fer de l’État, Kuntnçz Ring, 3, à Vienne. (Autriche).
- Serverac (Jacques-Paul), constructeur de matériel roulant pour chemins de î’er, boulevard Macdonald, 1.
- Servier (Édouard), avenue Serpenoise, 9, à Metz (Lorraine).
- Seyrio (Théophile), associé de la maison Eiffel et Çie, place Wa-gram, 2.
- Siérer, rue Trézel, 1, à Batignolles,
- Siemens (William), métallurgiste, rue Châteaudun» 11,
- Smith (Louis-Christian-Renri), rue Neuve-des-Mathurins, 55.
- Simon (Édouard), directeur de filature, rue St-Maur-Popincourt, 74.
- Simon (Henri), 7, Saint-Peters square, à Manchester (Angleterre).
- Simons (Paul), au Cateau (Nord).
- Sparre (Pierre-Ambson), O, % fa ingénieur^mécanicien, rue La-fayette, 88,
- Somasco (Charles), rue du Chemin-Vert, 42.
- Sonol^t (Gustave-Auguste) > rue Judaïque, 65, à Bordeaux (Gironde).
- Soulié (Émile-Léon), boulevard Malesherbes, 60,
- Stapfer (Daniel), constructeur, mécanicien, boulevard de la Mayor, à Marseille (Bouches-du-Rhône).
- Stilmant (Philippe-Lquis-Aimé), fabricant de freins, rue de Rome, 129.
- Stoclet (Victor), chaussée Charleroi-Saint-Gilles, 5, à Bruxelles (Belgique),
- Stummer (de) (Charles), Elisabeth strasse, 11, à Vienne (Autriche).
- Sûlzberoer-Zieuler (Henry), constructions en bois, à Winterthur (Suisse).
- T
- MM* Taillades (des) (Henri), avenue des Ternes, 65.
- Taillandier (François), chef de section au chemin de fer de Ciu-dad-Réal à Badajoz, à Puertollano (Espagne).
- Taillard (Ernest), % ^ rueRossini, 4*
- Tardieu (Henri-Ernest), rue Neuve, 17, à Compiègne (Oise).
- . i Tesse (Paul), rue de Maubeuge, 18.
- Tessie du Motay (Cyprien-Marie), boulevard de Courcelles, 118. Têtard (François), boulevard Montparnasse, 123.
- Thauvin (Pierre-Jules), àPise^ontaine près Trie! (Seine-et-Oise).
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- MM. Theurkauff (Achille-Henri), boulevard du Palais, 11.
- Thévenet (Jules), 0. >§« C. métallurgiste, rue de Douai, 64. Thibaudet (James-Nicolas), à l’usine à gaz, à Arène, banlieue de Marseille (Bouches-du-Rhône).
- Thibault (Louis-Marie), fabricant de papiers à Troyes (Aube). Thirion (Charles), boulevard Beaumarchais * 98.
- Thiiiion (Oswald), rue de la Pépinière, 12.
- Thomas (Jules-Émilien), rue de Cologne, 154, à Bruxelles (Belg.). Thomas (Pierre), rue Prado, 111, à Marseille (Bouches-du-Rhône)* Thomas (Frédéric), à la gare de Toulouse (Haute-Garonne). Thomas (Max), quai Voltaire, 11.
- Thomas-Grellou (Léon), fab. de produits chira.* quai de Javel, 83. Thomé de Gamond, rue de Tivoli, 27.
- Thouin (Charles)» >§<, rue de Dunkerque» 20.
- Tiquet (Pierre-Maurice-Gustave), maître de forges, à Vesoul, (Hautê-Saôné).
- Tournade de NoAiLLATjLuciemH^Aiûable)» rue de Rome, 46. Tourgon (Joseph-Barthélemy), à Paulhaquet (Haute-Loire). • Tourôn (Rocli-Sylvain), rue de Dunkerqüe, 18.
- Trélat (Émile), O. boulevard Montparnasse» 136*
- Tresca (Henri)» O. éfc ^ ^, sous-directeur au Conservatoire des
- Arts et Métiers, rue Saint-Martin, 292.
- Tresca (Alfred), rue Saint-Martin, 292.
- Tresca (Gustave-Jules), rue Saint-Martin, 292*.
- Trevellini (Louis), à Florence (Italie).
- Tridon (Victor), chef du service technique de la Société ottomane des travaux publics, 31, Elias strassé, à Dresde (Saxe), à Constantinople (Turquie).
- Tronchon (Jeân-Anatole), impasse Mairet, 6, à Meâüx (S.»ët-M.). Tronquoy (Camille), ingénieur aux chemins de fer du jMidi, boulevard HâUssmann, 54.
- Turck (Michel), rue d’Amsterdam, 29.
- ü
- MM. Ulens (Léon), rue Godecharles, 2Ô, à ïxeïles-ïès-Bruxeiles (Belg.). Urbain (Victor), boulevard Beaumarchais, 60.
- Urban (Maurice-Pierre), ingénieur en chef, directeur de la traction et du matériel du chemin de fér du Grand-Éentràl Belge, rue de la Loi, 102, à Bruxelles (Belgique).
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- y
- MM. Vaessen , directeur des ateliers de la Société Saint-Léonard, à Liège (Belgique).
- Yaldelièyre (Léon), à Saint-Pierre-lès-Calais (Pas-de-Calais).
- Valentin (Léopold), :>§: place des Martyrs, 4, à Bruxelles (Bel-
- gique).
- Vallez (Alphonse), rue des Anges, 10, à Valenciennes (Nord).
- Vallier (Émile), rue Saint-Lazare, 142.
- Valton (Ferdinand), à Terre-Noire (Loire).
- Vandel (Émile), maître de forges de la Ferrière-sous-Jougne (Doubs).
- Vanderheym (Eugène-Napoléon), à Turville (Haute-Marne).
- Vaugarnie (Victor), à Pétras (Grèce).
- Vauthier, rue Saint-Lazare, 11.
- Vautier (Émile), administrateur de l’usine à gaz, rue Centrale, 46, à Lyon (Rhône).
- Vauvïllier (Laurent-Louis), secrétaire de là direction générale des chemins de fer portugais, à Lisbonne (Portugal).
- Vée (Léonce-Émile), ingénieur expert près les tribunaux, rue de Rome, 61. •
- Vegni (Angel o), C. >§< ^ viaSaint-Nicolo, 131, à Florence (Italie).
- Vène (Philippe), à Lapoularie, par Castres (Tarn).
- Verdie, gérant des aciéries et forges de Firminy (Loire).
- Vergnes (Paul-Eugène), chef de service de la construction de la ligne d’Angoulême à Limoges, avenue du Midi, 17, à Limoges (Haute-Vienne).
- Vérité (Augustin-Lucien), horloger, à Beauvais (Oise).
- Verrier (Charles-Joseph-Auguste), chef des chantiers et ateliers de Bacalan, rue de Lormon, 5, à Bordeaux (Gironde).
- Verrine (Louis-Justin), ingénieur du service municipal de la ville de Caen, rue des Carmélites, 38, à Caen (Calvados).
- Vidard (Jean-Baptiste), inspecteur du matériel et de la traction • aux chemins de fer de l’Ouest, rue de Moscou, 50.
- Vielliard (Léon-Jean), rue Lafayette, 211.
- Vieillard (Jules-André-Albert), fabricant de faïences et porcelaines, ,quai de Bacalan, 77, à Bordeaux (Gironde).
- Vigan (Eugène-Médéric), à l’usine à gaz, cours de Vincennes, 45.
- Vignier (Pierre-Auguste), rue Lacondaraine, 98, à Batignolles.
- Vigreux (Léon), rue de Rivoli, 16.
- Ville (de) (Jean-Félix-Bernardin), rue de Naples, 4.
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- MM. Villenaut (de) (Adolphe), rue Saint-Lazare, 20.
- Villermé, à Trelon (Nord).
- Vinchent, éfe, ingénieur en chef de l’Etat, rue Galilée, 17, à Bruxelles (Belgique).
- Vinit (Pierre-Arsène), inspecteur du matériel au chemin de fer de Lyon, rue de Greffulhe, 9.
- Viollet-le-Duc père (Eugène-Emmanuel), O. architecte,
- rue Condorcet, 68,
- Virla (Paul), rue Neuve-Sainte-Gudule, 6, à Bruxelles (Belgique).
- Viron (Charles-Louis), chef de section au chemin de fer d’Orléans, à la gare de Tours (Indre-et-Loire).
- Yitali (Philippe), entrepreneur, rue Castiglione, 8.
- Vivien (Armand), chimiste, rue Sainte-Anne, 54, à Saint-Quentin (Aisne).
- Vlasto (Ernest), chez M. Antoine VlaSto, directeur de la banque de Constantinople (Turquie).
- Voisin (Claude-Eugène), ruè Richelieu, 62.
- Vojacek (Ladislas), ingénieur au chemin de fer Nord-Est suisse, à Zurich Bannhof (Suisse).
- Voruz aîné, éfe, constructeur, à Nantes (Loire-Inférieure).
- Vüigner (Henri-Louis), rue de P Université, 30.
- Vuigner (Adrien), rue de Lille, 46.
- Vuillemin (Émile), directeur des Mines d’Aniche (Nord),
- Vuillemin (Louis-Charles), O. ingénieur-conseil du ma-
- tériel et de la traction au chemin de fer de l’Est, rue de Vigny, 1.
- w
- MM. Wall, boulevard Richard-Lenoir, 98.
- Wallaert (Auguste), rue Fontenoy, 64, à Lille (Nord). Watteville (de) (Charles-Louis), rue de Rennes, 105.
- Weibel (Jules-Henri), constructeur d’appareils de chauffage, à Genève (Suisse). ,
- Weil (Frédéric), îgt, chimiste expert, rue des Petites-Écuries, 13. Weltèr (Jean-Baptiste-Jacques), boulevard Mazas, 30.
- Wendel (de) (Paul-François-Henri), maître de forges à Moyeuvre (Alsace-Lorraine).
- Weyher (Charles-Louis), constructeur de machines, route d’Au-bervillers, 50, à Pantin (Seine).
- Whaley (Georges), ingénieur des ateliers des chemins de fer de l’Ouest, à Sotteville-lès-Rouen (Seine-Inférieure).
- Wiard (Léopold), teinturier, à Cambrai (Nord).
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- MM. Willems (Joseph), rue de Cologne, 70, Schaerbeck, à Bruxelles (Belgique).
- Wissooq (Alfred), ingénieur de l’atelier central du chemin de fer du Nord, faubourg Poissonnière, 96,
- Wohlguemuth, ingénieur du dragage du Port, calle Alta de S» Pedro, n° 15. 3. P°, à Barcelone (Espagne).
- Woyciechowski (Lucien), directeur de la Société des chemins de Seine-et-Marne, rue Yintimille, 17.
- Wurgler (André), rue de Rome, 66,
- Wôestyn (Alphonse-Sevin-Cornill), fabricant dé sucre, boulevard Haussmann, 80.
- X Y Z
- MM. Xavier (Jean), rue de Châteaüdùn, 11.
- Yvërt (Léon), ingénieur expert, rue de Londres, k.
- Yvon Villargëau (Antoine), # # #, avenue de l’Observatoire, 18
- Ziègler (Jean-Jacques), boulevard Malesherbes, 91.
- membres Associés.
- MM. Agaciie (Édouard), ülatéur, à Lille (Nord).
- André (Nicolas-Oscar), de la maison André et Pleury4 constructeurs dé combles métalliques, rué de Sablonville, 7 et 9, à Neuilly-Sur-Seine.
- BaSüï (Pierre-Jules), agent général des charbonnages de l’ouest de Mons, avenue Trüdaine, 13.
- BèLiN (Alphonse), à Brié-Comte-Rôbert (Seine-et-Marne). Borrel-Fontany (Amédée-Phiiippe), horloger-mécanicien, rue NeuVè-dés-Pétits-Chàmps, 47.
- Chabrier (Fortuné), avenue delà Reine-Hortense, 5,
- CHATEAU, âssôÇié dê la maison Éarcot, au port St-Ouen (Banlieue). Chavannês, bôülêvârd Haussmann, 134.
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- MM, Chavàssieu (Jean-Baptiste), député, rue de l’Université , 22. Claudin (Henri), armurier, boulevard des Italiens, 38.
- Cordier (Henry-Georges), armurier, à Beliefontalne, district de Porrentruy, canton de Berne (Suisse),
- Coûtant (Louis-Eugène), maître de forges, rue Nationale, à Ivry (Seine).
- Coutelier (Edmond-Jules), fabricant d’ornements estampés,boulevard Richard-Lenoir, 74. .
- Coutin (Jules-Henri), inspecteur du service commercial àu chemin de fer de l’Ouest, rue d’Amsterdam, 19.
- Dehaynin (Camille), faubourg Saint-Martin, 12.
- Deseilligny (Alfred), député, rue Neuve-des-Mathurins, 92, Doumerc (Auguste-Camille-Jean), secrétaire général delà Compagnie des allumettes chimiques, rue de la Chaussée-d’Antin, 66. Dufay (Auguste), rue Neuve-Saint-Merri, 12.
- Durand (Eugène), rue de l’Arbre-Sec, 19, à Lyon (Rhône).
- Fauquet (Octave), à Oissel (Seine-Inférieure).
- Foucart (Charles), rue Baudin, 24.
- Galland (Nicolas), à Nancy, château de Sauvey (Méurthe).
- Gariel (Ernest), fab. de ciment de Yassy, boulev. Haussmann, 85. Garnier (Paul-Casimir), fabricant d'horlogerie, rue Taitbout, 16. Géneste (Eugène), constructeur, rue du Chemin-Vert, 34.
- Gérard (Gustave-Eugène), rue Condorcet, 7û.
- Gevelot (Jules), député de l’Orne, rue de Clïchy, 10,
- Geyler (Henri), ingénieur de la Compagnie française des Tabacs, hôtel de Londres, à Saint-Sébastien (Espagne),
- Giquel (Prosper) directeur de l'Arsenal, à Fout-Cheou (Chine). Giroud (Henri), fabricant de régulateurs, rue des Petits-Hôtels, 27. Jourdain (Frédéric-Joseph), rue de Penthièvre, 7.
- Jullien (Alexandre), rue Sainte-Hélène, 8, à Lyon (Rhône). Laveissière (Jules-Joseph), rue de la Verrerie, 58,
- Lebaudy (Jules), raffineur, rue de Flandre» 19,
- Le Cyre (Alfred), rue Neuve-Saint-Augustin, 22,
- Lemergier (le comte) (Anatole), O» président du Conseil d’administration de la Compagnie des chemins de fer des Charentes, rue de l’Université, 18, „
- Lemoine (Auguste), O. # fondé de pouvoirs de la maison Cail, rue Scheffer, 7,
- Léon (Alexandre), armateur et maître de forges, cours du Chapeau-Rouge, 11, à Bordeaux (Gironde).
- Lesseps (de) (Ferdinand), G. C. ^ ^ 4<, président de la Compagnie universelle du canal de Suez, rue Richepance, 9. Lissignol (Théodore), chef du service industriel de la Société générale, rue Neuve-des-Petits-Champs, 77,
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- MM. Luchaire (Léon-Henri-Victor), constructeur d’appareils pour phares, rue Erard, 27.
- Martellière (de la) (Camille-Alfred), rue Béranger, 21.
- Martin (Auguste-Maximilien), fabricant de verreries et d’émaux, avenue de Paris, 275, à Saint-Denis.
- Menier (Émile-Justin), rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie, 37. Moyse (Maurice), C. rue Saint-Pétersbourg, 4.
- Neveu (Étienne), rue Saint-Martin, 227.
- Oeschger (Louis-Gabriel),^, rue Saint-Paul, 28.
- Pelouze (Eugène-Philippe) ^ , membre du comité de la Compagnie parisienne du gaz, rue Saint-Lazare. 55.
- Pereire (Émile), C. ^ rue du Faubourg-Saint-Honoré, 35. Pereire (Isaac), O. ^ président du Conseil d’administration de la Société autrichienne impériale et royale, rue du Faubourg-Saint-Honoré, 35.
- Poirrier (Alcide-François), rue Saint-Lazare, 23.
- Poulain (Pierre-Claude), 0. commandant du génie, à Salins (Jura).
- Renouard de Bussière (le baron Alfred), directeur de la Monnaie, quai Conti, 11.
- Reverchon (Honoré), directeur des forges d’Audencourt (Doubs). Robin (Théodore), rue Saint-Lazare, 89 (avenue du Coq, 4).
- Royer (Victor-Jean-Baptiste), maître de forges à Châlons-sur-Marne (Marne).
- Sommier (Alfred), rue de l’Arcade, 20.
- Viguerie (Ernest), avenue Joséphine, 81.
- Zbyszowski (Ladislas), rue Saint-Dominique, 190.
- Zeller (Constant), à Ollwiller, par Soultz (haute Alsace).
- M. le Président du Conseil d’administration de la Compagnie du chemin de fer du Nord* rue de Dunkerque, 20.
- M. le Président du Conseil d’administration delà Compagnie du chemin de fer de l’Ouest, rue d’Amsterdam, 3.
- M. le Président du Conseil d’administration de la Compagnie du chemin de fer de l’Est, rue de Strasbourg.
- M. le Président du Conseil d’administration de la Compagnie du chemin de fer d’Orléans, rue de Londres, 8.
- M. le Président du Conseil d’administration de la Compagnie du chemin de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée, rue Saint-Lazare, 88.
- Secrétaire-Archiviste.
- M. Husquin de Rhéville >£<, cité Rougemont, 1.0.
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- LISTE
- DES MEMBRES DONATEURS
- ET
- DES MEMBRES EXONÉRÉS
- Liste des Membres de la Société qui se sont exonérés et qui ont fait une donation de 1O0 fr. au moins.
- MM.
- fr.
- Bergeron. 400
- Biyer (Hector). 4 00
- Bois (Victor)1. 4 00
- Bonnet (Auguste-Félix) \ 200
- Brégüet. 500
- Brlcogne (Charles). 500
- Buddicom. 600
- Caillet. 600
- Caillot-Pinart. 4 00
- Calla. 500
- Castor. 4 000
- Chabrier (Ernest). 600
- Chevandier de Valdrome(E.-J). 600 Chobrzynski (Jean-Pierre-Ch.). 600 Chemin de fer de l’Est. 4 600
- Chemin de fer du Nord. 4 600
- Chemin de fer de Lyon. 4 600
- Chemin de fer d’Orléans. 4 600
- Chemin de fer de l’Ouest. 4 600
- Claparède (Frédéric-Moyse). 500
- Crétin (Gabriel). 400
- De Dion (Henri). 300
- Deligny (Ernest). 200
- Dufournel (Alphonse). 4 00
- Durval (Maurice-Charles). 200
- Farcot (Joseph). 800
- Faure (Auguste)1. 500
- Flàchat (Eugène). 600
- MM. fr.
- Fontenay (Tony). 600
- Forquenot (Victor). 600
- Frichot. 400
- Gaudet. 400
- Giffard. 2 000
- Gottschalk. 500
- Guérin de Litteau (Edgar). 400
- Hamers. 4 00
- Houel. 4 000
- Lalo. 400
- Lasvignes (Louis)1. 4 00
- Laurent (Charles)1. 200
- Lavalley. 400
- Le Brun (Raymond-Louis). 4 00
- Letestu. 424
- Loustau (Gustave), 400
- Love (Gustave). 500
- Maire (Armand). 400
- Martin (Charles-William). 500
- Mathieu (Henri). 4 00
- Mayer (Ernest). 400
- Meiner. 400
- Mesdach. 400
- Molinos (Léon-Isidore). 600
- Mon y (Stéphane). 600
- Pereire (Émile). 4 000
- Pereire (Isaac). 4 000
- Pereire (Henri). 4 000
- !.. I)écéd6.,
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- — 46 —
- MM. MM.
- Pereire (Émile) fils. 1000 Rey (Louis-Pierre-Félix). fr. 100
- Pereire (Eugène). 500 Rhoné (Charles-Léopold) \ 600
- Perdonnet (Auguste)L Petiet (Jules)1. 1 000 Richard (Jean-Louis). 100
- 2500 Rosies. 400
- Petin. 100 SciIABAVER. 100
- Picard. 100 SÉGUIN (Paul). 1000
- Pot (Charles). 4 00 Sommeiller 1. 176
- Pothier (Francis). 300 ThouvenotL 100
- Pronnier (Charles). 200 Yuigner (Émile)1. 1000
- Raspail (Émile-Jules). 100 Yuillemin (Louis). 500
- Liste des» Membres qui sont donateurs de 100 ÿt«is, mais ifioii exonérés.
- MM. fr. MM.
- Armengaud aîné père. 100 Guillaume (Henri). ïr. 100
- Armengaud jeune père. ido Haas (Henri). 100
- Armengaud fils jeune (Jules). 100 Hamoir. 100
- Barroux (Léon). 100 Jeannenay L 100
- Beaussobre (de) (Georges-È.) . 100 Krüpp (Alfred). 2000
- Belleville. 100 Laine. 100
- Blutel. 100 Lavallée1. 500
- Boire. 100 Le Roy (Amable). 400
- Borgella (Édouard). 100 Legavriand (Paul-Floride). 100
- Boudsot1. 100 Manby. 250
- Boutmy. 100 Marsillon (Jean). 200
- Chapelle1. 100 Martin (Louis). 100
- Delebecque. 100 Meyer (J.-J.J. 444
- Dombrowski. 100 Mitchell ( William-JeamB.)1. 100
- Dru (Saint-Just) (Antoine). 100 Nancy (Alfred). 400
- Dubuc. 100 N'ordling. 600
- Estoublon. 200 Pinat (Léon). 4 00
- Fàrcot père et fils. 600 Plazanet. 100
- Fontenay (de) (Eugène). 100 Poncelet (le Général)1. 400
- Fqürneyron L 5000 Reytier*. 200
- Garnier (Paul) L 100 Schneider. 500
- Gouyy (Alexandre). 100
- 1. Décédé.
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- Liste des Membres qui se sont exonérés
- MM.
- Aboilard (François-Augus,te~Th,j. Agache (Émile).
- Agüdio (Thomas).
- Alcan (Michel).
- Alquié (Auguste-François).. Albaret (Eugène).
- Arbulu (de) (José Maria).
- Arson (Alexandre).
- Badois (Edmond).
- Barrault (Émile).
- Battaille Straatman (Jean), Bélanger (Charles-Eugène). Belpaire (Alfred). Benoit-Duportaïl (Armand). Bévan de Massy (Henri).
- Birlé (Albert).
- Blanche (Auguste).
- Bleynie (Martin).
- Blonay (de) (Henri).
- Blondeau (Paul-François). Boivin (Émile).
- Bonnet (Désiré).
- Bonnet (Édouard).
- Bougère (Laurent).
- Bourniqur1.
- Bourdon (Eugène).
- Bourdon1.
- Bourset.
- Branyille (de) (Paul).
- Bridel (Gustave), ' ,
- Brunt (John).
- Brustlein (H.-Aimé).,
- Bullot.
- Bussière (de)1.
- MM.
- Callon (Charles).
- Capuccio (Gaetano).
- Cail (Émile).
- Cazalis de Fondouce (Paul).' Cazes (Edwards-Adrien). Cernuschi.
- Chabrier (Fortuné).
- Chauveau des Roches (Arthur). Chuwab (Charles). Clément-Desormes.
- Coene (de) (Jules).
- Cosyns.
- Comberousse (de) (Charles). Cornaille (Alfred),
- Cuinat (Charles).
- Daguerre d’Ospitae (Léon). Dallemagne.
- Dambrïcoürt (Auguste). , Debarle (Louis).
- Debauge (Jean-Louis)1. Deffosse (Étienne-Alphonse).' Degousée père1.
- Degqusée (Edmond).
- Dehaynin (Camille).
- Delannoy (François-Albert), Demanest (Edmond). Delpech1.
- Delpech (Ferdinand).
- Demimuid (René).
- Deniel.
- Desnos (Charles).
- Doury (Paul).
- Dru (Léon-Yictor-Edmond). Dubied (Henri-Édouard).
- 1. Décédé.
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- — 48 —
- Suite de la liete de» Membres qui se «ont exonérés.
- MM.
- Dubois.
- Durenne aîné.
- Durenne (Antoine).
- Dupuy (Léopold-Philibert).
- Duval (Raoul).
- Elwell L Elwell (Thomas).
- Ermel (Frédéric).
- Evrard (Augustin)1.
- Flachat (Yvan).
- Fiévet (Ernest-Emile).
- Fournier.
- Gaget.
- Gandillot (Jules).
- Ganneron (Edmond).
- Gaveau (Alfred-Frédéric)1. Gayrard (Gustave).
- Germon (Alexis).
- Geyler (Alfred-Édouard). Gillotin.
- Gislain.
- Goschler (Charles).
- Gottereau (Jean-Marie).
- Goumet.
- Grall (Isidore).
- Grenier (Achille).
- Guérin1.
- Guettier.
- Guntz (Charles).
- Henri-Lepaute, fils (Édouard-Léon). Huet (Alfred).
- Hodgson (Jones).
- Houlbrat (Abel).
- Hunebelle.
- MM.
- Jeanson (Charles-Marie-Auguste). Jolly (César).
- Joly1.
- Jordan (Samson).
- Jourdain.
- Juanmartinena (de) (José). Jullin (Aimé).
- Kronenberg (Ladislas).
- Lacombe.
- Lacretelle (Claude-Étienne).
- La Salle (Auguste).
- Langlois (Auguste).
- Lasson.
- Laurens (Camille).
- Laveissière (Émile-Jean). Laveissière (Ernest)1. Laveissière (Jules).
- Lebon (Eugène).
- Lecherf.
- Le Cler (Achille).
- Lejeune (Charles-Émile). Lemercier (Anatole).
- Level (Émile).
- Lévi-Alvarès (Albert).
- Limet (Hippolyte).
- Longraire (Léopold-François). Lotz-Brissonneau.
- Maldant.
- Marin (Paul).
- Marle (Paul).
- Marlier (Paul-Théodore-Eug.)1. Martenot.
- Mathias (Félix). '
- Mathieu (Ferdinand).
- 1. Décédé.
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- — 49
- ggpSte «le Isa liste «les McmîIm»©® «psi se sent ex©Biés*és.
- MM.
- Maure (Edmond).
- Mazeline.
- Menier (Émile).
- Mesmer. *
- Michelet (Émile).
- Mignon.
- Mirecki (Antoine-Salwomir). Monnot (Paul-Charles).
- Muller (Émile).
- Nozo (Alfred)1.
- Parlier (Jean-Louis-Édouard). Péligot (Henri).
- Pélegrin (Henri-Auguste). Pépin-Lehalleur L
- PÉRIGNON.
- Périsse (Jean-Sylvain).
- Petre.
- Pichault (Stéphane),
- Piet (Jules).
- Pihet fils.
- Pierre (Antoine).
- Piquet (Alphonse).
- Poiret (Émile).
- Poncelet (Antoine).
- Pottier (Ferdinand).
- Poulot1.
- Pury (de) (Gustave).
- Reymond (Francisque).
- Riche (Armand).
- Rochette (de la) (Jérômè). Rouart.
- 1. Décidé.
- MM.
- Sauvan-Deleure (Louis). Saint-James.
- Ser (Louis).
- Scheidecker (Léon).
- Simon (Édouard).
- Simon (Henri).
- Smith (Louis-Christian-Henri). Sommier.
- Sulbeger-Ziegrer.
- Thomas (Léonce)1. Thomas-Grellou (Léon). Thomas (Max).
- Vaessen.
- Valentin (Léopold).
- Villermé.
- Verrine (Louis).
- Viguerie.
- Voruz.
- Wahl.
- Watteville (de) (Charles). West (Paul) L Whaley (Georges)'.
- Wendel (de).
- Wiart.
- Wissocq (Alfred).
- Wurgler (André).
- Yvert (Léon).
- Yvon Villarceau (Antoine)., Ziegler (Jacques).
- 4
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-
-
- COMPTE
- MÉMOIRES
- ET
- RENDU DES TRAVAUX
- DE LA
- SOCIÉTÉ SES INGÉNIEURS CIVIES
- (JANVIER, FÉVRIER, MARS 1874)
- M° 25
- Pendant ce trimestre, les questions suivantes ont été traitées :
- 1° Installation des Membres du bureau et du Comité. Discours de MM. Molinos et Jordan (séance du 9 janvier, page 58).
- 2° Secours contre l'incendie employés dans la ville de Paris, par M. Queruel (séance du 9 janvier, page 72).
- 3° Économie des combustibles, par M. Fichet (séances des 23 janvier et 6 février, pages 77 et 85).
- 4° Carbonisation du bois, p’ar M. Gillot (séance du 23 janvier, page 80).
- 5° Acier Bessemer et de l'acier Martin en Allemagne (Importance actuelle de la fabrication de /’), par M. Cornuault (résumé <Tun mémoire deM. Hupfeld dans le bulletin de la Société minérale Carinthienne (séance du 6 février, page 86).
- 6° Chemins de fer dans Paris, par MM. Vauthier et Letellier (séance du 6 février, page 89).
- 1° Théâtres {Agencement mécanique des), par M. Queruel (séance du 20 février, page 94).
- 8° Rails en acier phosphoré à Terrenoire (Fabrication des), par M. Euverte (séances des 20 février et 6 mars, pages 100 et 110).
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- — SI —
- 9° Agriculteurs de France [Société des). Lettre de M. Chabrier (séance du 6 mars, page 111).
- < 10° Épuration de Veau employée au chemin de fer $ Orléans pour ïalimentation des locomotives, par M. Forquenot (séance du 6 mars, page 112).
- 11° Puddlage mécanique [Nouveau procédé du), de M. Perridt, par M. Molinos (séance du 6 mars, page 117).
- 12° Eaux du Rhône filtrées à Nîmes [Distribution des), par M. Georges Dumont (séance du 20 mars, page 123).
- 13° Dragues [Compte rendu du rapport de M.- Màlezieux, ingénieur des ponts et chaussées, sur les travaux publics des États-Unis $ Amérique), par M. Badois (séance du 20 mars, page 123).
- 14° Navigation [Compte rendu du Rapport de M. Màlezieux, ingénieur en chef des ponts et chaussées, sur lés travaux publics des États-Unis d’Amérique), par M. Badois (seaiîcë dti 20 niai's, page 124).
- 18° Séparation mécanique des liquides contenus en suspension dans les vapeurs et les gaz, parM. Maïdant (séance du 20 mars, page l26).
- Pendant ce trimestre, ia Société a reçu :
- ïd Üè M. Salvelàt, membre de la Société, ùii exemplaire dé ëtin ouvrage intitulé Mémoires de chimie; 2° tin exemplaire d’iliie tio'tiCè étir levert de Chine et teinture en vert des Chinoisi par M. Natalis Rondot ; 3° un exemplaire de son rapport sur le procès en contrefaçon de MM. Du-tertre, sur un procédé de dorure sur porcelaine sans brunissage; 4° un exemplaire de son rapport sur la, fabrication des briques creuSes, affaire Chevalier Èouju et Gié, contre MM. Borie et Gie; S6 tin exemplaire de' son avis motivé sur la contestation soulevée entre M. Kessler, chimiste et la Cie des cristalleries de Baccarat.
- 2° De M. Duchemin, mèinbre de la Chambré dé commercé dé Roüëii, un exemplaire de son rapport sur la situation des voies de transport et sur les améliorations qui peuvent y être apportées.
- 3° De M. Larget, un exemplaire d’une lettre à là CommisSim déh-quête sur les tarifs des chemins de fer, le cabotage et la navigation intérieure.
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- 4° De M. Barreau-Pinchon, constructeur, un exemplaire d’une note sur son condenseur à surface.
- 5° De M. Artus Bertrand, éditeur, un exemplaire des Mémoires avec allas sur les principaux travaux d'utilité publique, exécutés en Égypte, depuis la plus haute antiquité jusqu à nos jours, par M. Linant de Bellefonds Bey.
- 6° De M. Soulié, membre de la Société, une note sur un moteur et un régulateur hydrauliques .
- 7° De M. Paul Charpentier, membre de la Société, un exemplaire de ïa brochure sur le chauffage au gaz économique par combustion complète et sous volume constant; et un exemplaire de sa notice sur une locomotive à gaz avec suppression de la fumée et de la vapeur d'échappement.
- 8° De M. Lefrançois Jean, membre de la Société, une note sur les moyens de se procurer de l'eau potable.
- 9° De M. Forquenot, membre de la Société, une note sur les dispositions mises en pratique au chemin de fer dé Orléans pour l'épuration de l'eau employée à Valimentation des locomotives.
- 10° De M. Tourneux (Prosper), un exemplaire du numéro de juillet de la Revue de France, dans lequel se trouve une note de lui sur les chemins de fer en 1869, construction et exploitation.
- 11° De M. Thomas (Albert), ingénieur, un exemplaire de son Manuel pratique du dynamomètre indicateur de Watt.
- 12° De M. Gazes, membre de la Société, un exemplaire d’une note sur la Question des sucres.
- 13° De M. Yuillemin, membre de la Société, de la part de M. Belgrand, inspecteur général des ponts et chaussées, le Plan général des égouts de la ville de Paris et de ses environs.
- 14° De M. Paul, un exemplaire de l’ouvrage de M. J.-J. Revy, ingénieur, intitulé Hydraulics of Great River s the Pavana, the Uruguay and the la P lata Estuary.
- 15° De M. Fichet, membre de la Société, un mémoire sur Y Emploi économique des combustibles.
- 16° De M. Queruel, membre de la Société, une note sur les Secours contre Vincendie employés dans la ville de Paris.
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- 17° De M. le Ministre des travaux publics, un exemplaire du Répertoire méthodique de la législation des chemins de fer (Édition de 1873).
- 18° De M. Drzewiecki, ingénieur, un exemplaire d’une notice sur ses appareils exposés à VExposition de Vienne.
- 19° DeM. Paul Garnier, membre de la Société, un exemplaire d’une note sur un indicateur dynamométrique pour machines à vapeur.
- 20° De M. Georges Dumont, membre de la Société, un exemplaire de l’ouvrage de MM. Dumont père et fils, sur les Eaux de Nîmes, de Paris et de Londres.
- 21° De M. Galland, membre de la Société, un exemplaire de son ouvrage sur les faits et observations sur la brasserie, suivis de la description d'un nouveau procédé de fabrication.
- 22° De M. Dejey, membre de la Société, un exemplaire du cours de mécanique appliqué à la résistance des matériaux, leçons professées à l'École centrale par M. de Mastaing.
- 23° De M. Bergeron, membre de la Société, des exemplaires d’une note sur un nouveau moyen dé approfondir les ports de mery et de maintenir leur entrée libre à toute heure de la marée aux navires dé un fort tonnage.
- 24° De M. Maldant, membre de la Société, une note sur la séparation mécanique des liquides contenus en suspension dans les vapeurs et les gaz.
- 25° De M. Henry, capitaine du génie, un exemplaire de son Étude sur le rôle stratégique et Vorganisation défensive de la région de Paris.
- 260 De M. Denis, ingénieur, un exemplaire de sa notice sur les régulateurs de machines motrices.
- 27° De M. Badois, membre de la Société, un compte rendu du rapport de M. Malezieux sur les Dragues et la navigation aux États-Unis dé Amérique.
- 28° De la Société industrielle de Reims, les numéros de son bulletin de mars et avril de 1873.
- 29° De la Revue horticole, les numéros du quatrième trimestre 1873.
- 30° De la Gazette du Village, les numéros du premier trimestre 1874.
- 31° De la Société des Ingénieurs autrichiens, les numéros du troisième trimestre de 1873, de leur Revue périodique.
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- — U —
- 82° Du Journal Organ fur die Forlschritte des Eisenbahnwemis, le numéro 2 de 1,873,
- 33° De la Société de l’industrie minéralede Saint-Etienne, lenuméro du deuxième trimestre 1873 de son bulletin.
- 34° Du Journal d’agriculture pratique, les numéros du premier trimestre 1874.
- 33° De la Revue d’architecture, les numéros 5 et 6 de l’année
- 1873.
- 36° De la Revue les Mondes, les numéros du premier trimestre
- 1874.
- 37° Du journal The Engineer, les numéros .du premier jtrimestre 1874.
- 38® De la Société d’encouragement, les numéros du premier trimestre 1874 de son bulletin.
- 39° De la Société de géographie, les numéros du premier trimestre 1874 dé son bulletin.
- 40° De la Société nationale et centrale d’agriculture, les numéros de septembre et octobre 1872 de son bulletin.
- 41° Des Annales des chemins vicinaux, les numéros du premier trimestre 1874.
- 42° De la Revista de obras publicas, les numéros du quatrième trimestre $873, '
- 43° De la Revue des Deux Mondes, les numéros du premier trimestre 1874.
- 44° Pu journal le Moniteur des travaux publics, les numéros du jprepner trimestre 1874.
- 45° Du Journal de l’éclairage au gaz, les numéros du premier trimestre 1874..
- • 46° Du journal de la Revue industrielle, les numéros du premier trimestre $874-
- 47“ Des Annules dp Génie civil? les nupréros du premier trimestre
- 1874.
- 489 Du Journal des chemins de fer, les numéros du premier trimestre 1874.
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- 49° Du journal le Cosmos, les numéros du quatrième trimestre 1873.
- 50° De la Société des Ingénieurs portugais, les numéros du troisième trimestre 4873 de leur bulletin.
- 54° Du journal la Semaine financière, les numéros du premier trimestre 4874.
- 82° Des Annales des Conducteurs des ponts et chaussées, les numéros du troisième trimestre 4873.
- 53° Des Nouvelles Annales de la construction, les numéros du quatrième trimestre 1873.
- 54° Du Portefeuille économique des machines, les numéros du quatrième trimestre 4873.
- 55° Du journal la Houille, les numéros du premier trimestre 1874.
- 56° Des Comptes rendus de l’Académie des sciences, les numéros du premier trimestre 4874.
- 87° De VUnion des charbonnages, mines et usines métalliques de la province de Liège, les numéros du deuxième trimestre 1873 de son bulletin.
- 88° Du journal Engineering, les numéros du premier trimestre 1874.
- 89° Des Annales des ponts et chaussées, les nupéros du troisième trimestre 1873.
- 60° Société industrielle de Saint-Quentin et de l'Aisne, le troisième numéro de son bulletin de 4873.
- 64° Société académique d'agriculture, des sciences, arts et belles-lettres du département de l'Aube, le tome XII de la quatrième série de son bulletin.
- 62° Institution of civil Engineers, le numéro de leurs Minutes of Proceedings de 4873.
- 63° Société des Ingénieurs anglais, le numéro de leurs Transactions pour l’année 1873.
- 64° Du Comité des forges de France, le numéro 84 du bulletin.
- 68“ De la Société industrielle de Mulhouse, le numéro de décembre 1872 de son bulletin.
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- 66° Del 'Association des anciens élèves de V École de Liège, les numéros 21 et 22 de 1872 de son bulletin.
- 67° Des Annales des mines, les numéros des 2e, 3e et 4e livraisons de 1873.
- 68° De la Revue universelle des mines et de la métallurgie, les numéros du quatrième trimestre 1873.
- 69° De Y Aéronaute, bulletin international de la navigation aérienne, les numéros du troisième trimestre 1873.
- 70° Du Moniteur des fils, des tissus, des apprêts et delà teinture, les numéros du quatrième trimestre 1873.
- 71° Société nationale des sciences, de Vagriculture et des arts de Lille, le numéro du deuxième trimestre 1872 de son bulletin.
- 720 A Magyar Mémôk-Egyesület Kôzlonye, les numéros du troisième trimestre 1873.
- 73° De la Société des anciens élèves des Ecoles d'arts et métier s, les numéros de son bulletin du quatrième trimestre 1873.
- 74° De la Société Scientifique industrielle de Marseille, les numéros de l’année 1873 de son bulletin.
- 75° Société des Architectes et Ingénieurs du Hanovre, les numéros 2 et 3 de 1872 de leur bulletin.
- 76° Société des Arts d’EcLimburgh, le premier numéro de 1873 de son bulletin.
- 77° De Y Encyclopédie d'architecture, le numéro du quatrième trimestre de 1873.
- 78° De ! Association amicale des anciens élèves de V Ecole centrale des arts et manufactures, les numéros du premier trimestre de son bulletin de l’année 1874.
- 79° Institution of Mining Engineers, les numéros de leurs Transactions.
- 80° De l’Institution of Mechanical Engineers, les numéros du deuxième trimestre 1873 de son bulletin.
- 81° Annales industrielles, les numéros du premier trimestre 1874.
- 82° De la Société des Ingénieurs civils cl'Écosse, leur bulletin du troisième trimestre de 1873.
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- Les Membres admis pendant ce trimestre sont :
- Au mois de janvier :
- MM. Dallemagne, présenté par MM. Elwell père, Elwell fils et Molinos. Hunebelle, présenté par MM. Cliabrier, Dupuy et Yauthier. Marsillon, présenté par MM. Castel, Letellier et Thouin.
- Mianne, présenté par MM. Le Brun, Périssé et Rey.
- Naranjo, présenté par MM. Clemencin, Molinos et Piquet.
- Savy, présenté par MM. Fichet, Gillot et Muller.
- Au mois de février :
- MM. Carron, présenté par MM. Jordan, Molinos et Muller.
- Dumont, présenté par MM. Gaudry, Joyant et de Laborie. Mathieu, présenté par MM. Barrault, Huet et Yée.
- Ponselle, présenté par MM. Jordan, Loustau et Molinos. Villenaut (de), présenté par MM. Cassagnes, Mauguin et Molinos.
- Au mois de mars :
- MM. Crozet, présenté par MM. Jordan, Reymond et Yée.
- Ellis, présenté par MM. Elwell, Fichet et Jordan.
- Gauthier, présenté par MM. Froment, A. Tresca et Urbain.
- Jacques, présenté par MM. Carimantrand, Marché et E. Pereire. Kislanski, présenté par MM. de Cœne, Jordan et Molinos.
- Monfray, présenté par MM. de Cœne, Delaporte et Jordan.
- Pettlt, présenté par MM. de Cœne, Jordan et Molinos.
- Schwender, présenté par MM. Contamin, Jordan et Letellier.
- Tessié du Motay, présenté par MM. Armengaud, Jordan et Régnard. Yielliard, présenté par MM. Jordan, Molinos et Yée.
- Virla, présenté par MM. Desbrière, Desgrange et Jordan.
- Comme Membres associés :
- MM. Chavannes, présenté par MM. de Dion, Dupuy et Molinos.
- Zbyszowski, présenté par MM. de Mastaing, Molinos et Pronier.
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- RÉSUMÉ
- DES
- PROCÈS-VERBAUX RES SÉANCES
- DU
- Ier TRIMESTRE DE L’ANNÉE 1874
- Séance du 9 Janvier 1ST4
- Présidence de M. Jordan.
- La séance est ouverte à 8 heures 1 /2.
- Les procès-verbaux des séances des 5 et 19 décembre sont adoptés.
- L’ordre du jour appelle l’installation des membres du Bureau et du Comité.
- M. Molinos, président sortant, prononce le discours suivant :
- « Messieurs,
- « Avant de céder le fauteuil au savant professeur que vous avez appelé à nous présider, je dois vous retracer succinctement l'ensemble des travaux auxquels vous vous (êtes livrés pendant l’année qui vient de s’écouler. ^lais il me faut tout (Rabord remplir un pénible Revoir et rappeler à votre souvenir ceux Re nos collègues que la mort nous a enlevés. La liste en est longue, Messieurs. Nous ayons à regretter 17 membres, quelques-uns enlevés à la fleur de l’âge, au début d’une carrière pleine de promesses, d’autres, arrivés au faîte d’une vie couronnée de grands succès, laissant des travaux qui seront l’honneur Re leur nom, comme ils l’étaient de notre Société.
- « Je ne puis, Messieurs, revenir aujourd’hui sur la biographie de notre illustre président honoraire, Jl, JEugène Flachat. Yous savez qu’elle fera f’ohjejt R’pe publication, confiée en ce moment aux soins de ses anciens élèves et amis.
- « Nous avons encore perdu cette année :
- « M. Arnauld, ancien élève de l’École centrale, chef de section aux chemins de fer des Charentes.
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- — 59 —
- « JM. Victor Bonnet, ancien ingénieur aux chemins de fer romains.
- « M. de Bussière, ancien élève de l’École centrale, administrateur des forges, fonderies et aciéries de Saint-Étienne.
- « M, Rriqueler, directeur des gaz et hauts fourneaux de Marseille.
- « M. Cordier Bey, qui a exécuté en Égypte de nombreux travaux pour le compte du yiee-roi,
- « M. Dorian, maître de forges, ancien ministre des travaux publics.
- « M. Douliot, directeur de l’atelier de construction des ponts métalliques de la maison Cail.
- « M. Du Pan, ancien élève de l’École centrale, ingénieur au chemin de fer du Nord, dont le dernier travail a été l?exécution du chemin de Paris àHirson par Sois-sons et Laon.
- « M. Herrgott, ingénieur en chef des forges d’Audincourt.
- « M. Lasvignes, ancien élève de l’École centrale, ingénieur du canal d’irrigation de Verdun.
- « M. Lehaitre, administrateur de la Compagnie de Saint-Louis du Rhône, ancien ingénieur de la Compagnie des chemins de fer russes.
- « M. Lavallée, membre honoraire de la Société, ancien directeur et fondateur de l’École centrale.
- « M. Paquin, ancien ingénieur du chemin de fer d’Alicante.
- « M. Picard, ancien élève de l’École centrale, chef de section aux chemins de fer du Midi. .
- K M. Perret, anpien élève de l’École centrale, et ingénieur civil.
- « Enfin M. Rhoné, ancien élève de l’École centrale, ingénieur du matériel au chemin de fer de Saint-Germain, vice-président de la Compagnie Parisienne du gaz,
- « Les travaux qui ont cette année rempli nos séances ont présenté une grande variété.
- « En ce qui concerne les chemins de fer, vous avez entendu les communications de MM. Dallot, Bergeron, Laferrière et Pkinemaison, sur le chauffage des voitures.
- « L’exécution des chemins de fer dans Paris et autour de Paris a été l’objet d’une discussion étendue 4 laquelle ont pris part un grand nombre de nos collègues des plus compétents, entre autres, MM. Vauthier, Dupuy, et M. Letellier qui vous a communiqué un projet très-complet -et du plus grand intérêt, fruit de longues et consciencieuses études.
- « La question des chemins de fer à petite voie a donné lieu à une communication de M. de Coene..
- « M. Caillé nous a lu, sur l’élasticité des voies, nue étude des plus intéressantes,
- « M, Lartigue vous a décrit de nouvelles applications de l’électricité à l’exploitation des chemins de fer.
- « Enfin M- Agudio vous a entretenus des applications de son système funiculaire qu’il poursuit depuis, de longues années avec tant de persévérance.
- « Les mines et la métallurgie ont été l’objet de nombreuses .communications parmi lesquelles je vous rappellerai le tableau de l’industrie de l’acier Bessemer aux États-Unis, dont notre nouveau Président, M, Jordan, a fait le texte d’observations instructives et peu connues enTrance ; la description du puddlage Danks et de ses progrès en Angleterre; un travail aps plus remarquables, par M, 4. CalHaux, sur la législation des mines en Europe, et les mines métallifères de la France, une note de M. A. piquet, sur la richesse minérale de l’Espagne.
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-
- « Vous avez consacré plusieurs séances à l’étude de la fabrication du sucre et des progrès considérables qu’elle a réalisés dans les dernières années. Les ingénieurs les plus compétents, MM. de Mastaing, Linard, Manoury, Cartier, Cazes, Boudard, Loi-seau et Boivin, vous ont exposé avec une précision et une clarté que vous avez tous appréciés les travaux les plus récents accomplis dans cette industrie.
- « Tous avez entendu avec un vif intérêt la communication de notre savant président honoraire, M. Tresca, sur les nombreuses expériences qu’il a faites en vue de constater la loi qui lie les flèches d’une poutre reposant sur deux appuis aux charges infléchissantes.
- « M. Ballot vous a communiqué des expériences curieuses faites en Amérique pour reconnaître la position de l’axe neutre dans les solides élastiques, au moyen de la lumière polarisée.
- « M. Léger vous a rendu compte, dans un Mémoire très-développé, des nombreuses tentatives qui' ont été faites jusqu’à ce jour pour arriver à la mise en culture et à l’assainissement des 7o000 hectares de la Camargue, qui sont encore un désert fiévreux et à peu près stérile. Il n’est pas de question qui puisse présenter aujourd’hui un intérêt supérieur, au point de vue du développement de la richesse publique, et l’auteur l’a traitée avec une profonde connaissance de toutes les données de ce difficile problème d’industrie agricole.
- « La commission de navigation intérieure n’a pu encore cette année vous remettre son travail, retardé par les études consciencieuses auxquelles elle s’est livrée et des expériences directes qu’elle a fait faire pour constater certains points très-importants. Mais vous avez entendu une communication de M. Richard sur la navigation de la basse Seine et la création d’un canal maritime de Paris à la mer; importante question qui, depuis le commencement de ce siècle, a préoccupé d’illustres ingénieurs et pour laquelle M. Richard a présenté une des meilleures solutions connues.
- « Un grand nombre de sujets divers ont encore été étudiés dans des notes intéressantes, et il me suffira de vous rappeler les communications de M. Alcan, qui vous a donné l’analyse de son Traité du travail des laines peignées; de M. Fichet, sur l’appareil à analyser les gaz, imaginé par M. Orsat; de M. Monnot, sur le charbonnage du Hasard; de M. Brüll, sur le compteur de MM. Guebhard et Tronchon; de M. de Mastaing, sur un travail de MM. Champion et Pellet, relatif à l’épuration des eaux destinées à l’alimentation des générateurs; de M. Dallot, sur l’Exposition de Vienne; de M. Asselin, sur l’emploi de la glycérine comme agent désincrustant; de M. Mallet, sur la compensation des tiroirs de machines et les progrès réalisés dans les machines marines en Angleterre; de M. Fichet, sur le remorquage des trains en rivières et sur les canaux ; et de M. Dallot, sur les ponts métalliques en Amérique, d’après l’ouvrage de M. Malézieux.
- « Enfin, dans une de nos dernières séances, M. Thomé de Gamond nous a exposé l’historique de son grand projet de tunnel pour relier la France,et l’Angleterre. Vous connaissez tous, Messieurs, les nombreux travaux que ce savant ingénieur a publiés sur ce sujet, et vous avez tous appris avec satisfaction que ce vaste projet allait entrer dans la période d’exécution.
- « Messieurs, si la prospérité d’une association telle que la nôtre peut, comme vous n’en doutez pas, se mesurer à l’abondance et à l’intérêt de ses travaux, je pense que nous avons lieu de nous féliciter. Le nombre et l’importance des communications que nous avons reçues cette année ont notablement dépassé la moyenne des années pré-
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- cédentes ; et il faut uniquement attribuer ce résultat au nombre croissant de nos sociétaires, et à l’intérêt que chacun d’eux porte au développement de notre Société.
- « La publication de nos bulletins est au courant, et vous recevrez dans quelques jours celui du dernier trimestre de l’année 1873. Les deux prochains bulletins de l’année 1874 sont composés: en sorte qu’il y a même dans cette situation un fait nouveau qui appelle notre attention. Ceux de nos collègues qui alimentent nos séances en nous donnant d’intéressants travaux, désirent naturellement que la publication de ces travaux ne subisse pas des retards qui tendraient quelquefois à leur ôter une certaine opportunité, et notre devoir est sans aucun doute de faire tous nos efforts pour satisfaire à ce vœu bien légitime. Or l’expérience de cette année et l’importance des publications ajournées en ce moment, faute de place dans nos bulletins, me portent à croire que nous touchons au moment où le bulletin trimestriel devenant insuffisant, il faudra adopter le bulletin mensuel.
- « Je considère que ce. changement à nos anciens usages est désirable à tous les points de vue, je me félicite de constater que nous y sommes poussés par le motif le plus pressant et le plus heureux, l’abondance des matières;mais il ne faut pas nous dissimuler que, pour réaliser ce progrès, nous avons une difficulté à vaincre, c’est une question de budget. Permettez-moi de vous exposer en quelques mots la situation de notre Société sous ce rapport.
- & « Au mois de décembre 1872, notre Société comptait 1038 membres. Pendant l’année 1873 nous avons admis 117 membres nouveaux. Mais les décès, démissions et radiations ont réduit notre accroissement numérique à 75. Le total des membres de la Société au 20 décembre 1873 est donc de 1113, qui se décomposent ainsi :
- Membres sociétaires.................... 1059 1
- Membres associés...................... 52 > 4113.
- Membres honoraires. ................. 2 j
- « Cet accroissement de 75 membres est un progrès sensible sur les années précédentes, car en chiffre effectif il n’avait pas encore dépassé 50. Il faut cependant nous appliquer à l’augmenter avec d’autant plus d’ardeur que nous touchons au but, et qu’un accroissement de 300 membres, bien facile à obtenir aujourd’hui dans un très-court délai, suffira à placer notre Société dans la situation la plus prospère, et lui permettra de réaliser tous les progrès, toutes les améliorations désirables.
- « En effet, Messieurs, cette année notre budget est en parfait équilibre ; nos recettes pour le fond courant se sont élevées à 31 923 fr. ; et nos dépenses à 31 062 fr. 80. Vous voyez que nous pouvons appliquer à des dépenses nouvelles reconnues utiles tous les excédants que nous réaliserons désormais. J’estime que le bulletin mensuel doit être mis au premier rang de ces améliorations nécessaires.
- « Enfin, puisque nous pouvons aujourd’hui prévoir dans un avenir prochain des-excédants de recettes disponibles, permettez-moi de céder, pour un instant, au plaisir de les employer d’avance. Je voudrais qu’une part de notre budget fût réservée à la distribution de prix donnés aux meilleurs Mémoires présentés dans l’année. Aujourd’hui, Messieurs, la Société décerne annuellement une médaille dont la valeur n’est d’abord pas suffisante ; ensuite le choix à faire entre des travaux tout à fait différents est bien difficile, sinon impossible. Quelques prix de 500 fr., et de 1 000 fr., permettraient de donner aux auteurs de travaux intéressants, non-seulement un témoignage d’estime toujours enviable pour tous, mais encore un encouragement qui ne sera pas sans utilité lorsqu’il viendra en partage à de jeunes col-
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- lègues. Je puis invoquer à l’appui de mon opinion sur ce sujet celle de notre regretté et dévoué collègue Nozo, qui en léguant à notre Société Une Soffiffié dé 6 000 fr., dont les intérêts cumulés doivent être tous les trois atis donnés en prix dû iiiëilleùr travail présônté à la Société, a précisément commencé' à réaliser lé programme défit je désire l’extension.
- « J’espère, Messieurs, qüe vous ne me reprocherez pas, en vb'üs Soumettant dés quelques réflexions, d’être sorti du sujet dans lequel je devais me renfermer. L’exposé de la situation de notre Société n’aurait guère d’utilité si nous ne l’envisagions pàs au point de vue de l’avenir, des progrès sages; lents même si vous vo'Ülez, mais cependant nécessaires que nous devons constamment accomplir.
- « Vous êtes d’àilleürs souverains, et je suis certain qu’éciàiréS et soutenus par le dévouement que nous portons à notre Société, flous prendrons toujours; lorsqüé le moment sera venu, le parti le plus conforme à ses intérêts ; mais il n’est pàs inutile dé s’y préparer et d’y réfléchir mûrement.
- « Aujourd’hui, Messieurs* perffiettez-moi dé VOUS lé répéter, et de faire appel à votre concours à tous, le point important, essentiel, c’eSt de hâter Cette époque que j’appelle de tous mes voeux, où notre Société comprendra l4 où 1500 membresj Alors, Messieurs, ce sera une puissante association, qui së développera encore par sa force vive, et atteindra un degré de prospérité dont nous fie pouvons aujourd’hui mesurer les résultats.
- « Avant de céder la parole à notre émirient collègue, M. Jordan, que vous avez hâte d’èntendre, il me resté à vous remercier, Messieurs; du Concours que j’âi rencontré auprès de vous tous ; il m’a été bien' précieux dans l’accomplissement de là tâche que votre extrême bienveillance m’a imposée, et je vous prie d’être convaincus que les sentiments de gratitude que j’en éprouve pour vous ne s’effaceront jamais de mon cœur, »
- M. Molinos cède le fauteuil à M. Jordan, qui prononce le discours suivant :
- « Messieurs et chers Collègues ,
- « En prenant place à ce fauteuil où vos suffrages rfi’dfit appelé j je dois d’âbdrd vous exprimer ma reconnaissance pour l’honneur que voüs m'âvèz conféré. Soyez Convaincus que nul plus que moi ri’efi comprend l'importance èt n’attache plus de prix au titre de Président de là Société des Ingénieurs civils ;
- « De cette Société due à l’initiative privée et qui, saris Secoürs extérieurs, a attein t la situation élevée qu’elle occupe ;
- « De Cette Société qui forhie, vis-à-vis des Corps des ingénieurs fonctionnaires de l’État où nous rie pouvons être admis, comme Un corps indépéhdâfit dû se trouvent réunis,"avec les mêmes droits; des ingénieurs libres; sans distinction de provenance,-pour lequel cette diversité même d’origine est un élément de force et d’iriflüeficé ,-dans lequel enfin ridtrê pouvons nous aider de notre expérience réciproque,- discuteh en toute liberté les problèmes dé notre art, sans étrë gênés pâr aucune pression hiérarchique ou administrative*
- « Mais tout en comprenant l’étendue de l’hôrihèür, je sens la difficulté de la tâche, surtout lorsque je vois sur la liste de Vos présideiitS des noms comme ceux de Flâ-
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- chat, Petiet, Perdonnet, Vuigner, Faure, Polonceau, pour ne parler qiie de Ceux que nous avons perdus. Je me trouve bien faible pour continuer une série où sont de tels devanciers, et je ne puis m’empêcher de dire que notre Société compte beaucoup d’ingénieurs plus connus, plus expérimentés que moi, parmi lesquels vous eussiez certainement trouvé un président plus méritant et plus digne.
- « Toutefois, si je ne puis arriver ici avec l’autorité de mes prédécesseurs, je vous apporte du moins le dévouement le plus sincère à la Société et la ferme volonté de ne rien négliger pour maintenir vos intérêts et pour donner à vos travaux une direction propre à auginenter la réputation de notre institution. Je sais, d’ailleurs, que je rencontrerai un appui cordial et efficace auprès de mes collègues dü bureau et du comité, parmi lesquels je trouverai M. Molinos, qui vient de nous présider pendant l’année dernière avec un succès qu’il m’est bien permis de constater ici, ainsi qüe plusieurs anciens présidents, et cette pensée me donne un peu d'assurance pour l’accomplissement de ma fâche.
- « Permettez-moi maintenant, mes chers collègues* puisque je vous dois aujourd’hui d’avoir la parole à cette place, de fixer quelques moments votre attention sur la branche spéciale de notre profession à laquelle je suis voué, et, tout en essayant de vous exposer quelques idées particulières sur ce que j’appellerai la métallurgie de l’avenir, de vous montrer quel champ fécond d’études l’industrie du fèr peut fournir, non-seulement à ceux d’entre nous qui sont attachés à des Usines métallurgiques et qui ont à leur disposition des moyens faciles d’observation et d’expériences,; mais encore à nos confrères parisiens qui, bien que réduits à des recherches plus spéculatives, voudront y consacrer Un peu de leur temps. J’espère vous prouver combien il serait aisé d’enrichir nos Bulletins de travaux intéressants et originaux, en rendant en même temps service à Une grande industrie.
- « Mon but n’èst pas de vous entretenir dü rôle que jouent maintenant les connaissances chimiques dans les progrès de la métallurgie : ce rôle ira certainement ën grandissant. Ce n’est pas moi qui songerai un instant à en rabaisser l'importance. Mais, enfin, il ne faudrait pas se confiner dans l’étude des questions chimiques ; là chimie ne suffira certainement pas à faire découvrir la solution des problèmes qui préoccupent actuellement beaucoup de métallurgistes. Ils ont aussi besoin de la physique; de la mécanique, et c’est de ce côté que je désire voüs attirer en ce moment.
- « Nous avons certainement tous remarqué que plus les arts métallurgiques font de progrès — et nous avons assisté depuis quelques années à de merveilleuses inventions — et plus la science du feu prend d’importance dàns lèüfs opérations. Oh pourrait peut-être dire que la métallurgie de l’avertir est presque toute dUnS le développement de cette science : à celui qui saura développer et maîtriser lés plüs hautes températures semble devoir appartenir honneur et profit. NOUS assistons à des essais dé toute espèce dirigés dans ce sens, ün duel sarts rémission est engagé entré le féü, dont on suscite les manifestations les plus violentes, et la matière dont on veut se servir pour le contenir, le maîtriser* la matière réfractaire. Ce dtiël rappelle forcément une autre lutte qui est également engagée sûr l’arèüe métallurgique — car, exi définitive* c’ést l’industrie qui est en jeu dans la question et rton l’àrt militaire — la lutte entre l’artillerie et la cuirasse, entre les gros calibres et les épais blirtdâgéS. Potir Construire les gros calibres,, pour leur permettre de supporter lès colossales pressions intérieures qui Correspondent aUx grandes vitesses initiales' et de communiquer ainsi à de lourds projectiles ces puissances vives énormes qrti font céder devant leur brusque chdc des blindages épais, il faut les ressourcés les plus délicates1
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- de l’art du métallurgiste et du forgeron. Pour établir ces plaques pesantes de 30, 40 et même 50 centimètres d’épaisseur, destinées à soutenir ces épouvantables chocs sans faiblir, sans se laisser pénétrer,' ni même fissurer, il faut encore l’art le plus avancé du fabricant de fer et du lamineur. Dans ce duel homérique,'qui a déjà eu tant de phases, la supériorité jusqu’à présent appartient à l’attaque : le boulet a toujours fini par triompher de la cuirasse.
- « Il semble en être de même dans cet autre duel du feu et des matières réfractaires, auquel je reviens maintenant.
- « Et cependant les températures réelles que nous avons appris à développer sont bien inférieures aux chiffres fantastiques de degrés qu’on rencontre souvent dans la bouche ou sous la plume des inventeurs. Beaucoup de praticiens se font de singulières illusions sur les moyens qu’ils possèdent de créer de hautes températures. C’est un sujet qui n’a peut-être pas encore été assez étudié avec les lumières de la science moderne, qui, en tout cas, n’a pas été assez vulgarisé ; je voudrais essayer de montrer la voie dans laquelle il me semble qu’on doit chercher à avancer, et je vous prie pour cela de me permettre d’abord un rapide résumé de l’état de la question.
- « La plupart des appareils métallurgiques où la chaleur est développée et utilisée appartiennent à deux grandes catégories : les fourneaux à air forcé ou fourneaux à cuve, et les fourneaux à tirage naturel ou fourneaux à réverbère. Dans la première catégorie rentrent les fours à manche, les hauts fourneaux, qui sont parmi les plus anciens instruments du métallurgiste : le fer, le plomb, le cuivre, l’étain sortaient autrefois exclusivement de fourneaux soufflés. Le four à réverbère est venu détrôner le bas foyer et le four à manche pour l’affinage de la fonte de fer comme pour la fabrication du cuivre. Plus récemment, le vent forcé a semblé prendre une revanche lors de l’invention du procédé Bessemer; mais bientôt, grâce au génie des Siemens, le four à réverbère a regagné le terrain perdu dans les usines sidérurgiques.
- « Actuellement, le convertisseur Bessemer, alimenté par de l’air forcé, et le four à réverbère Martin-Siemens, chauffé par le gaz et à tirage naturel, se font concurrence, ou plutôt se prêtent un mutuel appui dans les aciéries modernes. Ces deux appareils sont deux types auxquels on peut rapporter tous les moyens possibles, connus ou encore à découvrir, d’obtenir de hautes températures.
- « Plus on analyse la merveilleuse invention de Bessemer, plus on est frappé de la façon dont elle est sortie, pour ainsi dire, toute armée de la tête de l’heureux inventeur. Dès la célèbre lecture, faite, en 1856, à l’Association britannique, réunie à Chelten-ham, du Mémoire portant le titre paradoxal de : Fabrication du fer et de l’acier sans combustible, une idée complètement nouvelle, et qui sera certainement encore féconde, était lancée dans le monde industriel. Le chauffage dans le convertisseur s’effectue, en effet, sans l’intervention d’aucun combustible étranger, par la combustion intermoléculaire des éléments mêmes de la fonte; cette combustion s’opère sous une pression très-supérieure à la pression atmosphérique, et l’utilisation du calorique ainsi produit au sein même du métal à chauffer est directe et immédiate. Le bain l’absorbe de première main et n’en cède que la moindre partie aux parois de l’appareil.
- « Le système de chauffage employé par MM. Siemens dans leurs fours est tout autre; c’est un chauffage au moyen des gaz combustibles produits par la distillation et la combustion imparfaite de la houille. Leur four à réverbère possède deux chauffes, une de chaque côté, chacune formée par une sorte de brûleur à tranches parai-
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- lèles d’air et de gaz. L’air est préalablement chauffé à une très-haute température, le gaz combustible l’est aussi. Arrivant en présence l’un de l’autre, à une pression peu différente de la pression atmosphérique, ils se combinent en formant une flamme qui traverse d’abord le four où elle chauffe le métal pour aller ensuite traverser les chambres à briques ou régénérateurs, auxquels elle cède une quantité de chaleur qui sera quelques instants plus lard, pendant une période suivante, restituée au gaz et à l’air avant leur combinaison. Le métal forme ici un bain peu profond qui est. chauffé par le contact superficiel du courant gazeux enflammé et par la réverbération des parois du four, celles-ci étant chauffées en quelque sorte avant le bain, tellement qu’il faut les refroidir par des moyens artificiels (courants d’air ou d’eau) pour qu’elles résistent. Aussi les températures que l’on obtient pour le bain sont inférieures à celles du convertisseur Bessemer.
- « Les températures .qu'on peut obtenir dans un four chauffé au gaz par le système . Siemens, ou par les autres systèmes plus ou moins analogues qui ont paru dans ces dernières années, ne peuvent pas dépasser certains maximums que j’essayerai d’apprécier. Les expériences de nos savants chimistes, MM. Henri Sainte-Claire Deville et Debray, ont appris que, lorsqu’on met en présence — et cela dans les proportions exactement nécessaires pour former de l’eau —les deux gaz hydrogène et oxygène à la pression ordinaire, en prenant toutes les précautions nécessaires pour qu’aucune partie de la chaleur produite ne soit absorbée par les parois, et pour qu’au contraire elle reste tout entière dans les produits de la combustion, la température maximum réelle qu’on obtient est environ 2 500° seulement, au lieu de 6 903°, comme Péclet l’indiquaitv d’après le calcul. Ce fait d’expérience s’explique aisément lorsqu’on remarque que la moitié seulement de l’hydrogène est entrée en combinaison ; à 2 500° et à la pression atmosphérique, la vapeur d’eau a une tendance à se décomposer égale à l’affinité que l’hydrogène et l’oxygène ont l’un pour l’autre à cette température, ou, en langage plus scientifique, à 2 500° la tension de dissociation de la vapeur d’eau est égale à la pression atmosphérique. Donc, quelle que soit la température initiale des deux gaz mis en présence, on n’obtiendra jamais par leur moyen une température de combustion supérieure à 2 500° ( ou 2 <SOO° d’après Bunsen). En délayant l’oxygène avec un gaz inerte comme l’azote, on augmentera la proportion d’hydrogène qui se combinera, mais on n’arrivera pas à une température de combustion supérieure. Mais si on pouvait agir de façon à opérer la combustion sous une pression plus élevée, 2, 3, 4 atmosphères et plus encore, l’expérience acquise permet de dire que la proportion de gaz entrant en combinaison irait en croissant et que la température de combustion s’élèverait à mesure que la pression croîtrait. Mais à la pression atmosphérique, la température maximum que puisse produire la combustion de l’hydrogène pur, maximum impossible à réaliser pratiquement, est 2 500° environ.
- « La température de combustion totale déterminée par le calcul pour l’oxyde de carbone et l’oxygène est 7 059°, d’après Péclet ; mais la tension de dissociation de l’acide carbonique formé est déjà assez forte, d’après M. Deville, vers 1 200°. La température à laquelle cette tension est égale à la pression atmosphérique, c’est-à-dire à laquelle l’oxyde de carbone et l’oxygène ne peuvent plus se combiner, n’a pas, que je sache, été déterminée expérimentalement; mais elle est certainement bien inférieure à 7 000° et probablement à 3 500°.
- « La présence de l’azote, si la combustion s’opère au moyen de l’air, vient encore diminuer dans une certaine mesure la température obtenue. Aussi, malgré le respect que j’éprouve pour le grand nom de Faraday, je doute qu’il soit possible, comme
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- M. Siemens nous rapporte qu’il l’a dit en 1862, d’obtenir une température de 3 830° centigrades dans un four chauffé par la combustion, au moyen de l’air et à la pression ordinaire, d’un gaz contenant lui-même plus des deux tiers d’éléments inertes.
- « Il faut du reste remarquer que dans le four Siemens le bain métallique n’absorbe qu’une faible parLie (15 à 20 p. 100) de la chaleur produite dans le four; le reste est dépensé par le four lui-même, pour la transmission de ses parois et des régénérateurs* pour l’évacuation par la cheminée. Une flamme dont le poids et la capacité calorifique sont faibles, et qui est en contact avec une surface de briques beaucoup plus étendue que celle du bain, ne peut fournir rapidement un nombre de calories suffisant et élever la température assez vite, malgré les pertes par transmission, pour que le bain métallique atteigne une température égale à celle de la flamme.
- « D’après un professeur belge, M. Kranz, qui a analysé soigneusement le four Siemens, la température moyenne de la flamme, à son entrée dans le four, serait 3 023° (mais il n’a pas tenu compte de la dissociation de l’acide carbonique qui serait très-considérable à cette température) et celle du four lui-même 1 800°.
- « Il est difficile d’apprécier en degrés la plus haute température qui ait pu être obtenue dans les fours Siemens à fondre l’acier doux, quoique M. Siemens l’ait essayé au moyen de son pyromètre électrique; mais je crois cependant ne pas m’aventurer en disant que le chiffre de M. Kranz doit être considéré comme un maximum.
- « Dans le convertisseur Bessemer, grâce à la faible dimension de l'orifice par où s’échappent les gaz, la pression intérieure est toujours assez considérable et dépasse quelquefois de 1/2 atmosphère la pression ordinaire. De plus, le carbone de la fonte est brûlé en oxyde de carbone qui se dissocie moins aisément aux hautes températures que l’acide carbonique; la silice résultant de la combustion du silicium ne se décompose pas non plus et reste à l’état fluide en contact avec le bain. Aussi peut-on obtenir une température supérieure à celle des fours Siemens, température qu’on peut estimer même à 2 500°.
- « M. Bessemer a bien compris l’importance de la combustion sous haute pression et il a, à une époque récente (1869), imaginé des appareils particuliers pour la réaliser, sortes de convertisseurs ou de cubilots fermés hermétiquement, dans lesquels il injectait du vent à une pression de 2 ou 2 1/2 atmosphères, et d’où les produits gazeux de la combustion ne pouvaient sortir que par un orifice étroit qu’on graduait à volonté. Il a réussi ainsi à fondre aisément du fer doux avec une faible quantité de combustible; mais le contact du carbone l’a empêché d’obtenir des métaux fondus suffisamment doux : il s’effectuait toujours une carburation gênante. Aussi M. Bessemer a-t-il abandonné son premier appareil pour essayer un autre fourneau dans lequel le combustible n’était plus en contact avec le métal à fondre, et qui était une sorte de four à réverbère à enveloppe hermétique.
- « J’ignore où en sont maintenant ces essais et quels matériaux M. Bessemer emploie pour ses fours à haute pression; mais j’y trouve une nouvelle preuve de l’esprit original de l’illustre inventeur.
- « Ce qui précède suffira, j’espère, pour justifier auprès de vous l’énoncé des deux problèmes suivants où je résume les conditions à remplir pour l’obtention de températures encore plus élevées que celles actuellement connues :
- « 1° Choisir ou imaginer un combustible qui puisse être brûlé au sein d’un bain
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- métallique sans dénaturer les propriétés de celui-ci et en fournissant, si possible, un résidu non volatil;
- 2° Trouver une disposition de fourneau, chauffé au gaz ou autrement, et dans lequel on puisse opérer pratiquement sous une pression dp plusieurs atmosphères.
- « Nous ne saurions prévoir d’avance les changements qui peuvent être opérés dans la mélallurgie par l’emploi de températures plus élevées que celles que nous connaissons actuellement. Un grand physicien anglais, sir Norman Lockyer, auquel notre illustre collègue, M. Dumas, servait d’organe l’autre jour à l’Institut, dit avoir reconnu, par ses études spectroscopiques, que dans les étoiles les plus chaudes on ne trouve que de l’hydrogène pur; dans celles moins chaudes les métaux apparais-* sent; dans d’autres encore plus refroidies, on trouve les métalloïdes; enfin, sur la terre, qui est un astre éteint, il n’y a plus d’hvdrogène libre, peu de métaux et de métalloïdes libres, mais une foule de composés plus ou moins complexes. On voit que M. Lockyer tend à considérer l’hydrogène comme la limite de toutes les disso^-ciations, ce que Balzac appelait l’absolu dans un roman bien connu, ce que d’autres appellent la matière cosmique, et que tous les corps seraient des métamorphoses ou des transmutations de l’hydrogène dues à des circonstances différentes de tenu-pérature, de pression, d’état électrique, etc.
- « Il est cependant peu probable que nous voyions jamais le nombre des éléments se réduire à l’unité. Apprendrons-nous seulement à dissocier, par exemple, le fer et l’oxygène, le fer et le phosphore, par la seule action de la chaleur? Rien ne nous permet encore de l’espérer. Mais, de même que les appareils Bessemer et Siemens ont mis à notre disposition l’acier fondu par grandes masses, de même des moyens encore plus énergiques nous permettront peut-être d’obtenir certains métaux à des états moléculaires encore inconnus, et c’est sur ce terrain que je voudrais vous re-r. tenir quelques instants de plus.
- « La mécanique moléculaire est encore dans son enfance, et elle présente un champ fécond de recherches et d’expériences. Nous connaissons maintenant, par exemple, le fer à bien des états divers ; nous savons depuis quelque temps l’obtenir a l’état fondu, de même que l’acier et la fonte. Mais que de choses ne' nous reste-t-il pas à apprendre encore pour connaître toutes les propriétés, de ces divers états du fer, pour expliquer les particularités qu'ils présentent au point de vue de le.ur emploi dans les constructions, pour établir les relations qui doivent exister entre ces divers états moléculaires et la résistance du métal aux divers efforts, pour avoir une théorie certaine du travail du fer à froid comme à chaud. Ces connaissances, qui constituent ce qu’on peut appeler la physique et la mécanique moléculaires du fer, sont encore bien rudimentaires. Nous possédons dans notre sein , et nous devons en être fiers, le savant ingénieur qui, l’un des premiers, s’est dévoué à leur extension : les recherches sur l’écoulement des corps solides, celles sur le forgeage, le poinçonnage, etc., ont ouvert une voie nouvelle qui sera féconde, d’autant plus que leur auteur a pu les accompagner de recherches parallèles sur les résistances et les déformations des métaux. Pourquoi ne se décide-t-il pas — qu’il me permette d’exprimer ce regret — à communiquer à l’art de l’ingénieur, par l’intermédiaire de notre Société, les précieuses données qu’il possède déjà, et qui formeraient Une base solide pour des études analogues?
- « Kn ce moment, je voudrais essayer de vous donner une idée de ce que j’entrévois dans ces études moléculaires, trop négligées, et j’entrerai en matière à propos d'un phénomène bien connu.
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- « Nous savons tous que le fer se soude à lui-même, que si nous chauffons deux morceaux de fer à une température qu’on appelle le blanc soudant et que nous les rapprochions par un martelage ou par une pression énergique, ces deux morceaux se soudent tëun à l’autre. Pourquoi? La seule explication qu’on trouve dans les meilleurs ouvrages de chimie ou de métallurgie est la suivante : à la chaleur blanche, le fer acquiert la propriété d’étre soudable, et il ne partage, dit-on, cette propriété qu’avec le platine. Cependant il ne s’agit nullement ici d’une propriété mystérieuse ou particulière du fer, la soudabilité, mais seulement de l’effet d’une cause générale, de la manifestation d’une propriété moléculaire qu’on rencontre encore ailleurs dans la nature.
- « Prenons deux morceaux de glace, à une température un peu inférieure à 0°, ap-puyons-les, même légèrement, l’un contre l’autre, et nous les verrons presque instantanément soudés l’un à l’autre. C’est le phénomène observé en premier lieu par Faraday, et étudié depuis d’une façon si intéressante par Tyndall et Thomson,, et qui a reçu le nom de regel ou regélation.
- « Thomson l’a expliqué de la façon suivante : pour les corps qui ont, comme l’eau, la propriété de diminuer de volume en se liquéfiant, la pression qui tend à rapprocher les molécules abaisse la température du point de fusion; par suite, en serrant deux morceaux de glace l’un contre l’autre, la fusion a lieu entre les surfaces de contact à une température inférieure à 0°; aussitôt que la pression cesse, la solidification se produit et les deux morceaux sont soudés.
- « La soudure du fer est, il me semble, un phénomène exactement semblable au regel. Les deux morceaux de fer sont portés à une chaleur blanche, c’est-à-dire plus ou moins voisine du point de fusion. Le choc répété du marteau , ou la pression du laminoir, abaisse le point de fusion et amène la liquéfaction superficielle des parties en contact, et, par suite, la soudure. Car le fer, comme l’eau, se dilate en passant de l’état liquide à l’état solide. Plusieurs autres métaux sont dans ce cas, et ils se souderaient comme le fer, si d’autres circonstances ne venaient pas à l’encontre de la manifestation de cette propriété.
- « Le platine se soude aisément au rouge blanc, parce que ses surfaces peu oxydables se prêtent, comme^celles de la glace, à la fusion superficielle. Le fer a besoin, pour bien se souder, que ses surfaces soient propres et débarrassées d’oxyde. Le fer phosphoreux soude plus aisément que le fer pur, parce que son point de fusion est à une température moins élevée. L’acier, plus fusible, soude aussi à une température moins élevée que le fer, mais la manipulation est plus délicate. L’argent jouit de la même propriété que le fer et le platine de se dilater en se solidifiant; il fond au rouge cerise, mais on le moule plutôt qu’on ne cherche à le souder. Le bismuth et le zinc sont encore dans le même cas que les précédents; mais ils sont si fragiles dans le voisinage de leur point de fusion qu’on ne peut songer à les souder par martelage ou pression.
- « Le fer en se soudant ne fait, comme on le voit, que suivre l’exemple de l’eau, et j’ajouterai maintenant que l’étude comparée de ces deux corps, cependant si dissemblables, fournit des aperçus intéressants pour le métallurgiste. Je lisais dernièrement un excellent ouvrage de M. Tyndall sur les glaciers et les transformations de l’eau, et j’étais frappé d’un grand nombre d’analogies, je dirais même de similitudes, si les points de fusion des deux corps dont il s’agit n’étaient distants de plus de 1,500 degrés centigrades.
- « Lorsque la neige n’est pas à une température trop inférieure à 0°, les enfants
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- s’amusent à en faire desjpelotes, qui augmentent de volume lorsqu’on les roule sur le blanc tapis : le simple poids de la pelote primitive suffit pour agglomérer ses annexions ultérieures. Si on prend une pelote et qu’on la comprime entre les mains5 on obtient une masse dure, d’abord blanchâtre et opaque; puis, si on augmente la pression, on arrive à une masse diaphane; enfin, en employant une presse énergique, on peut obtenir un morceau de glace transparente, si l’on a su expulser les moindres traces d’air interposé entre les cristaux de la neige.
- « Mettez des morceaux de glace concassée dans un moule muni d’un couvercle et comprimez-les énergiquement, soit par le choc d’un marteau, soit par l’effet d’une presse, vous obtiendrez, si la température de la glace est voisine de 0°, une masse compacte qui aura la forme du moule.
- « Ayez des moules dégrossisseurs, des moules finisseurs, et vous estamperez la glace de façon à former, en fin de compte, un objet de la forme que vous désirerez. M. Tyndall, dans ses célèbres leçons sur la chaleur, se fait fort de fabriquer ainsi avec de la glace un câble noué en huit de chiffre. La glace pilée se regèle mieux que la neige et permet mieux que cette dernière ces expériences curieuses.
- « Prenez une pelote de neige comprimée, mettez-la sous forme d’un solide allongé: vous pouvez la modeler en opérant doucement par pression ou par choc et en faire, petit à petit, un morceau de glace ayant la forme que vous désirez.
- « Eh bien ! ne trouvons-nous pas là le travail du puddleur, quand il forme sa boule en pelotonnant les cristaux de fer qui ont pris nature au sein de la scorie; puis, le cinglage et l’expulsion des scories liquides d’entre les cristaux de fer par la pression ou par le choc; puis l’estampage, le forgeage. Lorsque nous forgeons un morceau de fer porté au rouge-blanc, il semble se comporter comme un corps visqueux; il s’étend en divers sens; il se conduit, en réalité, comme la glace des glaciers; celle-ci coule dans le lit du glacier, se modèle à toutes ses sinuosités, mais c’est parce qu’elle subit un fendillement qui a été constaté, et qu’elle se ressoude immédiatement ensuite par l’effet du regel dû à la pression des masses d’amont.
- « Si le fer porté au rouge se laisse forger, nous savons qu’il ne supporte pas des tractions énergiques ; nous ne ferions pas passer à la filière du fer porté à une haute température, sa résistance à la traction est dèvenue trop faible. Il en est de même pour la glace; si elle supporte la pression, elle ne supporte guère la tension et se brise sans s’ullonger sensiblement.
- Les physiciens, comme Tyndall et Helmholtz, distinguent deux sortes de glaces :
- « La glace des lacs, qui s’est formée par une cristallisation régulière à la surface des eaux tranquilles ;
- « La glace des glaciers ou la glace comprimée, qui provient de cristaux de neige ou de fragments de glace soudés en une seule masse par l’effet du regel.
- « Ces deux espèces de glaces se comportent tout différemment sous l’influence d’une pression énergique. La première, la glace cristalline, commence par se briser de part en part en un grand nombre de morceaux; la seconde, la glace grenue ou amorphe, change de forme et se modèle par une série de fendillements qui s’aperçoivent à peine.
- « Essayez de forger sans précaution un lingot de fer ou d’acier fondu , vous le briserez aisément, parce qu’il est cristallin. Mais si vous le soumettez à l’opération du ressuage, c’est-à-dire si vous le chauffez à la température soudante, et si, par une pression énergique, vous opérez le soudage par regélation des divers cristaux du métal, vous aurez une masse que vous pourrez forger sans difficulté, et dont vous
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- pourrez même souder des fragments, alors que les morceaux du lingot primitif ne soudaient pas.
- « Le fer qui se forme dans le four à puddler est cristallin; il devient amorphe par le cinglage et l’étirage. L’acier, coulé à une température voisine de son point de fusion et qui se refroidit lentement, cristallise aussi à la façon de la glace des lacs.
- Je n’ai pas besoin de dire que ce n’est pas le même système cristallin, ni de rappeler que le fer et le carbone sont isomorphes. — Le fer et l’acier doux, même après le forgeage qui a soudé ensemble tous les clivages et détruit la structure cristalline, peuvent cristalliser de nouveau sous diverses influences. Je voyais dernièrement un morceau de canon d’acier oublié dans un four à réchauffer, et qui, lorsqu’on l’en a sorti, n’était plus qu’une agglomération friable de petits cristaux bien caractérisés. Un morceau de glace comprimée maintenu longtemps dans une atmosphère stagnante (de façon à empêcher l’évaporation) et passant par des alternatives de température de— 10° à 0°, par exemple, à plusieurs reprises, deviendrait-il cli— vable? J’ignore si l’expérience a été faite; elle en vaudrait cependant la peine.
- « Remarquons encore combien la thèse soutenue par M. Helmholtz contre M. Tyndall, à propos des fendillements innombrables que produit la pression et qui permettent le moulage de la glace comprimée grenue, qui permettent aussi son écoulement en veine à travers un trou de filière sous l’action d’une presse hydraulique, comme Helmholtz l’a publiquement montré dans une conférence, en réduisant ainsi l’écoulement de la glace solide à n’être que l’écoulement d’une infinité de petits polyèdres, combien cette thèse est semblable à celle qu’a émise M. Tresca, bien auparavant, si je ne me trompe, sur les lois de l’écoulement des corps solides.
- « Je n’ai rien dit du fer dit à nerf, parce que le nerf n’est pas un état normal et régulier. Tout fer cristallin, dont les cristaux ne sont pas trop durs, casse à nerf lorsqu’on laisse le temps à ceux-ci de s’étirer en fibres. Le fer à structure fibreuse n’est qu’un fer dans lequel les cristaux primitifs, enveloppés et séparés par des pellicules très-minces de scories, n’ont pu se souder lors de l’étirage et se sont allongés On fils qui font ressembler la barre à un fagot propre à résister à la traction, mais qui se rompra avec une cassure à grains sous l’effet d’un choc transversal brusque assez fort.
- « En considérant ces deux états du fer, l’état cristallin et l’état amorphe, on arrive forcément à se demander ce qui advient quand le métal passe de l’un .à l’autre. Les expériences de MM. Favre et Silbermann, de M. Ditte, ont montré que les corps dégageaient de la chaleur en cristallisant, et qu’au contraire ils en absorbaient en passant de l’état cristallisé à l’état amorphe. Celui-ci semble être un intermédiaire entre l’état cristallisé, qui est le véritable état solide, et l’état liquide : c’est, un état dynamique, comme je l’ai vu définir, un état d’équilibre plus ou moins instable.
- « Le fer cristallin qui sort du four à puddler, et que nous transformons en fer amorphe par le cinglage et le soudage, a-t-il donc absorbé de la chaleur? a-t-il rendu latente une partie de celle fournie par le four ou développée par le martelage? Les chaleurs spécifiques du fer cristallin et du fer forgé sont-elles les mêmes à la même température ? Voilà deux questions qui me paraissent intéressantes et qui sont en" core sans réponse!
- « Cette chaleur absorbée pourrait-elle, en se dégageant ultérieurement dans des eircdnstances plus ou moins mal connues, ramener le fer à l’état cristallin et expliquer les changements de structure attribués aux froids très-vifs, aux vibrations, etc.? J’ai vu une billette de bon fer au bois de Franche-Comté, oubliée quelques semaines
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- dans un four à souder, et ayant ainsi subi des chauffages énergiques suivis de refroidissements très-lents j elle avait pris une structure complètement et largement cristalline tout en conservant sa douceur primitive. Les grosses pièces de forge, les blindages qui passent plusieurs fois dans les fours à réchauffer et qui se refroidissent lentement à chaque chaude sous les coups répétés du marteau, sont sujets à cristalliser dans les parties centrales que l’effet du choc n’atteint pas, et cristallisent en effet à cœur. Pour y remédier et empêcher les ruptures suivant des clivages, il faut, lorsque la pièce est complètement façonnée, ne pas la laisser refroidir à cœur, mais la remettre au four jusqu’à ce que l’extérieur ait repris une température rouge, puis faire revenir le fer en le trempant dans de l’eau, qui peut être chaude pour de petites pièces et qui est froide pour les grosses pièces, comme les blindages, par exemple; sans cette précaution , une cuirasse en bon fer doux casserait avec de larges facettes sous le choc du boulet au lieu de résister. Cette trempe des pièces de fer, qui est un tour de main encore peu répandu, ne réussit, du reste, qu’autant due le fer est doux. 11 ne faut pas qu’il soit durci par le carbone ou le phosphore. Le refroidissement brusque du fer amorphe paraît empêcher les cristaux de se développer le refroidissement très-lent semble avoir l’effet contraire.
- « Si ati lieu de considérer l’eau ou le fer solide, nous les considérons à l’état liquide, il y a là encore des points curienx à observer.
- « On sait que l’eau peut être abaissée même à — 12o sans cesser d’être liquide, si on la laisse parfaitement en repos, surtout à l’abri de l’air; mais que les vibrations produites par Faction d’un archet, par exemple, sur le vase qui la contient, ou le contact d’un petit grain de glace,'suffisent pour déterminer brusquement la solidification. Le point de fusion est fixe ; celui de solidification ne l’est pas : l’eau peut se solidifier à plusieurs températures. Elle se solidifie d’autant plus brusquement que la température est plus inférieure à celle du point de fusion, en dégageant une quantité de chaleur d’autant plus grande. Lorsque la solidification se fait ainsi brusquement, les molécules n’ont pas le temps de prendre leurs positions d’équilibre stable, la cristallisation ne peut pas s’opérer.
- « Ces phénomènes de la surfusion n’auraient-ils pas leurs analogues pour le fer à l’état liquide? N’y aurait-il pas là place peut-être pour des comparaisons curieuses avec ce que nous observons lors de la coulée de la fonte ou de l’acier? La température à laquelle les aciers se solidifient a certainement une influence considérable sur leur grain. On connaît la pratique qui consiste, pour certains aciers, à fermer hermétiquement la lingotière aussitôt que le métal y a été coulé et à l’abandonner en repos jusqu’à ce qu’on supposera solidification effectuée. On sait que lorsque l’atier fait prise dans des lingotières en mouvement, la structure paraît plus massive et moins cristalline.
- a Mais me voici arrivé au terme de ce trop long discours; vous me pardonnerez, j’espère, d’en avoir fait presque une conférence plutôt qu’un programme ou un exposé de principes, et vous me permettrez de répéter encore une fois qu’il y a une série de points, dans l’étude moléculaire du fer, qui méritent d’attirer l’attention des savants habitués aux recherches les plus délicates aussi bien que celle des ingénieurs qui fabriquent ou qui emploient ce métal. Je m’estimerai heureux si ma faible Voix peut engager un physicien à résoudre quelques-uns des problèmes qui se posent dans la pratique des usines, et dont l’inconnu empêche do progresser dans certaines direct lions où il faut absolument le fil conducteur de la théorie basée sur l'expérience*
- « Et maintenant, mes chers collègues, avant que nous] continuions l’Ordre du jour,
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- laissez-moi vous demander encore à tous votre concours effectif pour que nos discussions soient suivies et utiles et pour que le renom et l’autorité de notre Société puissent grandir de plus en plus; laissez-moi, enfin, adresser un appel spécial à ceux d’entre nous, trop nombreux, qui n’ont pas encore travaillé pour la Société et qui se contentent d’écouter lorsqu’ils pourraient nous fournir des communications intéressantes. »
- M. le Président annonce le décès de M. Hangard, membre de la Société.
- M. Queruel fait un exposé des secours contre l’incendie employés dans la ville do Paris. ...............' ' '
- Le sujet dont M. Queruel se propose d’entretenir la Société a quelque peu perdu de son intérêt; il eût été mieux sans doute de le faire deux mois plus tôt, alors que les cendres de l’Opéra fumaient encore; mais son absence de Paris au moment du sinistre de ce théâtre ne lui a pas permis de répondre à l’invitation de notre président de parler de cet incendie dans la séance du 7 novembre dernier. Cependant, Fimportance du sinistre, les conséquences fâcheuses qui en ont résulté et l’émotion qu’il a fait naître dans le public l’engagent à soumettre à la Société quelques réflexions sur l’impuissance des moyens employés actuellement pour combattre les incendies dans les grands établissements publics, et à lui proposer quelques essais destinés à remplir cette lacune et à mettre les théâtres à l’abri de sinistres, qui peuvent, dans certains cas, prendre la proportion d’épouvantables catastrophes.
- M. Queruel présente tout d’abord un historique succinct de l’organisation des secours contre l’incendie dans la ville de Paris.
- Les premiers édits concernant les incendies datent des quatorzième et quinzième siècles. Ces édits prescrivaient aux propriétaires de maisons de tenir constamment un muid d’eau près de leurs portes et d’avoir des lanternes et des chandeliers à plaque dans les écuries. Plus tard, on défendit de brûler de la paille et de tirer des pétards dans les rues. Tout incendie sérieux, à cette époque, ne pouvait être éteint qu’en circonscrivant ses ravages par des abattis à grande distance.
- En 1670, une ordonnance statua que les maîtres maçons, charpentiers et couvreurs seraient tenus de se rendre sur le lieu du sinistre avec leurs compagnons et de se mettre aux ordres des commissaires de police, qui dirigeaient les secours et ordonnançaient les salaires. Le matériel employé alors consistait en perches à croc, en échelles et en seaux remplis d’eau que l’on se passait de main en main.
- C’est en 1699, époque où fonctionnèrent les premières pompes à incendie dans la ville de Paris, que date l’établissement d’un servicç public contre l’incendie. Du-mourrier-Duperrier, qui avait vu fonctionner ce genre de pompes en Hollande et en Allemagne, en construisit douze pour la ville de Paris, qui furent employées avec succès dans plusieurs incendies.
- Ces pompes étaient montées sur quatre roues, et servies par les ouvriers de Dumourrier-Duperrier. Plus tard, sous le titre de gardes-pompes, on créa plusieurs compagnies, dont les successeurs de Dumourrier-Duperrier eurent le commandement. Ce compagnies furent réparties dans divers quartiers defa ville.
- En 1793, la commune de Paris institua le concours pour l’obtention des grades aux gardes-pompes. Picard Ledoux fut élu commandant le 20 avril 1793, à la suite d’un examen. <
- C’est à cette époque, à la suite de grands incendies dans des lieux de réunion, que leg théâtres furent astreints à recevoir des gardes-pompes.
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- En 18H, un décret donna aux gardes-pompes un caractère plus militaire. Un bataillon, sous le titre de sapeurs-pompiers, formé de 4 compagnies fortes de 173 hommes armés de fusils, fut caserné et soumis à la discipline et aux lois militaires.
- Dans cette période de 1812 à 1815, le matériel d’incendie reçut d’importantes modifications. Aux pompes solidaires avec le double train on substitua les pompes à patin indépendantes du chariot à deux roues, telles qu’elles existent encore aujourd’hui. C’était un grand progrès. Puis on inventa l’échelle pliante à crochet ; un peu plus tard, les seaux en toile, accessoires dont toutes les pompes furent garnies.
- Peu après vinrent les pompes aspirantes, dont le boyau d’aspiration, muni d’une crépine, pouvait prendre l’eau directement dans un bassin inférieur.
- Enfin, le corps des sapeurs-pompiers, successivement augmenté en hommes et en matériel, se compose aujourd’hui d’un régiment de 1 500 hommes, de 350 pompes environ, et de 5 pompes à vapeur.
- Le premier incendie dont parle l’histoire est celui qui eut lieu cinquante-sept ans avant notre ère, à l’approche des Romains. Les Parisiens mirent le feu à leur propre ville, et se retirèrent près de Meudon, où ils livrèrent bataille aux Romains.
- M. Queruel cite quelques incendies au sixième siècle, qui ne furent combattus que par des demandes d’intercession adressées aux saints. Pendant plus de dix siècles, ce moyen fut le seul employé par nos pères contre l’incendie. Sous Louis XIV, ce grand roi, dans l’incendie de la galerie de peinture du Louvre, fit apporter de Saint-Germain-l’Auxerrois le Saint-Sacrement sur le lieu du sinistre pour en arrêter les progrès.
- C’est, comme on l’a vu, en Hollande et en Allemagne que Dumourrier-Duperrier prit modèle des pompes qu’il importa en France au commencement du dix-huitième siècle. La première fois qu’on fit usage de ces pompes, ce fut dans un incendie qui éclata chez un artificier ; l’action puissante des pompes fut décisive et fit l’admiration des Parisiens.
- Le premier incendie de l’Opéra qui soit signalé eut lieu en 1763. Dans la matinée du 6 avril, l’Opéra, qui se trouvait alors dans la partie méridionale de la cour des Fontaines, brûla entièrement. Il fut rebâti sur le même emplacement.
- En 1781, le 8 juin, le feu se déclara une deuxième fois à l’Opéra, au moment où le spectacle finissait. La salle devint en un moment la proie des flammes, et vingt et une personnes périrent dans cet incendie. '
- , Depuis, l’Opéra a été installé, successivement, dans le théâtre de la Porte-Saint-Martin jusqu’en 1704; rue de Richelieu jusqu’en 1820; puis rue Lepelletier, où ce dernier théâtre vient de disparaître.
- Dans cet intervalle, le feu prit, le 20 juillet 1861, dans les magasins de décors de l’Opéra, situés rueRicher, qui, en deux heures, furent réduits en cendres. On eut beaucoup de peine à préserver le quartier. ,
- Des mesures particulières contre l’incendie ont été prises pour les théâtres.
- L’Opéra avait dans les sous-sols, derrière la scène, quatre pompes à établissement fixe, et, dans les cintres, cinq .pompes volantes. Il y avait aux cintres deux réservoirs à eau comprimée pour parer aux premières alertes et tous les accessoires en proportion.
- Le service ordinaire pour les représentations se faisait par trente-cinq hommes, et celui des bals par cinquante-trois hommes.
- Ces services ont été généralement suffisants et efficaces tant que le feu a été pris
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- ail début, et, sous ce rapport, de réels services ont été rendus par le corps des sapeurs-pompiers ; mais l’expérience a malheureusement trop mis en lumière l’impuissance des procédés d’extinction, lorsque le feu a pris un certain développement dans un théâtre; c’est précisément ce point que M. Queruel se propose d’examiner.
- On a pensé d’abord à construire la charpente des cintres des scènes en métal pour la soustraire au feu ; mais les amas de matières combustibles de la scène sont plus que suffisants pour rougir cette charpente et la ruiner. C’est ce qui est arrivé au théâtre Lyrique.
- Pour que ce système de fermes en fer fût efficace, il faudrait réduire à son minimum de matières combustibles la charpente des sous-scènes en la faisant en fer, fermer hermétiquement la baie de la scène à la salle par un rideau plein en tôle, et introduire dans ce vaisseau clos des causes refroidissantes.
- Or, le moyen le plus propre à produire ce dernier effet a été proposé à l’architecte de l’Opéra, le 4 novembre 1866, dans des termes que M. Queruel demande la permission de rééditer et dont voici la substance :
- L’édifice de l’Opéra est presque entièrement construit en matières incombustibles.
- La salle aura bien, il est vrai, quelques boiseries et des tapisseries qui pourront donner un certain aliment au feu; mais ce sera presque exclusivement du côté de la scène, où sont de grandes massés de matières combustibles, au milieu desquelles seront de puissants feux d’éclairage, que l’incendie sera le plus à redouter.
- Pour conjurer un pareil danger, M. Queruel propose de plafonner, en quelque sorte, la scène et ses dépendances de tubes percés de trous destinés à répandre une pluie intense sur les toiles et les tas de décors. Ces tubes seraient alimentés par un vaste réservoir de 100 mètres cubes placé au-dessus. A son tour, le réservoir recevrait son alimentation des eaux de la ville et de deux machines de vingt chevaux placées dans les sous-sols du monument.
- Outre ces cataractes rafraîchissantes et extinctives, un régime d’eau forcée à six ou huit atmosphères permettrait de diriger des jets puissants sur les parties en feu; en sorte que l’incendie serait pris entre deux eaux.
- Abordant l’incendie de l’Opéra de 1873, M. Queruel ne veut pas revenir sur les détails nombreux du sinistre donnés par les journaux \ il se borne à constater que les pompiers préposés à la surveillance du feu ne l’ont connu que par l’émotion publique. Gela se comprend: en effet, en supposant qu’aucun indice de feü n’eût été apparent lors de la dernière ronde (les rondes se font d’heure en heure), iûoins d’un quart d’heure suffisait pour enflammer tout le magasin de décors dans lequel le feu se manifesta le 28 septembre 1873 à 11 heures et demie du soir.
- Les progrès du feu croissent dans ces conditions, comme le cube du temps.
- Mais si ce magasin de décors avait été pourvu d’un extincteur qui eût maintenu les parois et des portes fraîches et eût, par la vaporisation produit une atmosphère humide de nature à éteindre les corps en combustion, tout porte à croire, fen tenant ce magasin hermétiquement fermé, qu’on eût préservé la scène et la salle dans lesquels aucun indice de feu n’était tout d’abord apparu.
- Mais l’absence de moyen interne a nécessité le défoncement des portes pour parvenir à l’incendie, et l’entrée de l’air en a activé l’intensité avec une telle rapidité que les cloisons et les portes cédèrent quelques instants après, livrant passage aux flammés qui, en un moment* envahirent tout le théâtre* L’Opérâ était perdu l
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- Ce fait, avec tous ses précédents, démontre que tout n’est pas fait pour la conservation des théâtres et combien il serait utile d’apporter dans différents services de la scène des améliorations.
- Ainsi les portants d’éclairage pour la décoration mettent les flammes de gaz à une trop faible distance des décors, puisqu’on les accroche au dos de ces derniers. Il serait facile cependant, sans nuire au service, de substituer à ces portants en bois, des tubes en fer suspendus verticalement aux cintres ; et maintenus à distance des décors, ce qui diminuerait le danger.
- La canalisation du gaz et celle de l’eau laissent également beaucoup à désirer ; elles sont établies sans méthode et sans plan; la confusion est telle que les hommes chargés de ces services sont parfois embarrassés lorsqu’il s’agit de recherches ou de réparations. Il y aurait donc sur ce double point des améliorations à réaliser.
- En pourvoyant les scènes, les salles et les dépendances des théâtres d’extincteurs comme ils ont été décrits, M. Queruel estime que ces édifices pourraient être, avec une surveillance soutenue, à l’abri de désastres, dont nous venons d’avoir d’aussi nombreux et aussi récents exemples. On n’aurait plus à redouter la frayeur et la confusion que la simple pensée du feu jette parmi les spectateurs, et qui causent ces épouvantables catastrophes qui font frémir l’imagination.
- M. Queruel termine en faisant remarquer que le corps des sapeurs-pompiers n’est plus composé comme autrefois d’hommes ayant un certain nombre d’années de service dans ce corps, et, par conséquent, possédant leur métier. Aujourd’hui la plupart sont de jeunes soldats pris indistinctement dans les recrutements, et les officiers sont empruntés à l’armée. Il en résulte que niles officiers ni les soldats (car ce sont plutôt des soldats que des pompiers) n’ont l’expérience et l’habileté qu’une longue pratique peut seule donner.
- Les incendies de la Raffinerie, de La Yillette et l’Opéra, en ont donné la preuve.
- M. Péligot, comme suite à la communication de M. Queruel, croit devoir donner à la Société quelques chiffres qui permettront d’apprécier l’étendue du désastre causé par lé récent incendie de rQgérà..
- Ces chiffres, extraits du'rapport de l’architectë chargé de l’expertise par les Compagnies qui assuraient l’Opéra, ont été puisés aux sourcës officielles, et peuvent être considérés comme aussi exacts tjüe possible.
- Lé théâtre de l’Opéra couvrait une surface totale de 6 933 mètres carrés, sur laquelle \ 900 mètres carrés étaient occupés par le bâtiment principal, 3 033 mètres carrés par lës magasins et dépendances.
- Les dépenses faites en 1821, pour la construction de la salle et de sës dépendances se sont élevées à 2 535 000 fr. rapporté aux prix actuels de lâ construction, le même travail compterait aujourd’hui 3 832 500 fr.
- Le théâtre était arrivé à la dernière période de son existence ; il devait être démoli aussitôt après l’achèvement du nouvel Opéra.
- La valeur des travaux de démolition, déduction faite des frais à faire pour les obtenir, peut être évaluée à Viô de la valeur neuve, suivant les prix actuels,
- soit. ................................................................ 383 250 fr.
- En ajoutant à cette somme les valeurs des deux ou trois années d’exploitation qui restaient à courir, qu’on peut évaluer à................. 200 000
- on aura la valeur vénale, au moment du sinistre, de tous les bâti-
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- ments composant l’établissement théâtral de l’Opéra................... 583 250
- Les dépenses pour la création du mobilier se sont élevées à environ 400 000 fr. ; on estime qu’il a pu subir, pour l’usage, une dépréciation de 40 p. %. ^
- Ses valeurs au moment du sinistre étaient donc de.................. 240 000
- Les costumes étaient au nombre de b 224, et appartenaient à 18 ouvrages, opéras et ballets. Leur valeur résultant de l’inventaire existant aux archives, est de......................................... 417 100
- Ce chiffre comprend une somme de 66 240 fr., pour les costumes en confection de Jeanne d'Arc.
- Les décors appartenant à 15 ouvrages, les toiles de fond, les plafonds et bandes diverses, les praticables escaliers, galeries et cordages, y compris une somme de 60 000 fr., pour les décors déjà exécutés ou
- en exécution de Jeanne d’Arc, avaient une valeur de................... 442 100
- Les instruments de musique appartenant au théâtre, composés de 8 grandes cloches, un orgue complet et divers instruments de faible valeur, représentaient ensemble............................................ 39 000
- La musique d’orchestre de 14 ouvrages avait coûté environ 150 000 fr. de copie. — Mais la dépense à faire pour la rétablir ne
- dépasserait pas....................................................... 40 000
- La valeur des objets renfermés dans le magasin des accessoires
- était de................................................................. 25 000
- Le matériel d’éclairage à l’huile et au gaz valait.................... 20 000
- Le matériel de l’éclairage électrique.................................. 2 600
- Les tapis mobiles de la scène........................................ 3 250
- Les armures......................................................... 14 600
- Le matériel d’incendie................................................. 3 400
- Total des pertes occasionnées pour l’immeuble . . . . . .1 830 300 fr.
- Cette somme ne comprend pas, bien entendu, les pertes qui ont pu être éprouvées par les artistes. Elle se compose des pertes éprouvées par l’État, propriétaire de tous les objets assurés.
- Une clause spéciale du traité de l’État avec le directeur de l’Opéra imposait à ce dernier l’obligation d’assurer le théâtre pour une somme de 450 000 francs.
- La perte a été complète et cette somme a été versée par les Compagnies assureurs à la Caisse des dépôts et consignations pour le compte de l’État.
- On peut donc considérer le sinistre de l’Opéra comme ayant occasionné à l’État une perte totale approximative de 1 830 300 francs.
- M. le président remercie MM. Queruel et Peligot de leur communication.
- MM. Dallemagne, Hunebelle, Marsillon, Mianne, Naranjo et Savy ont été admis comme membres sociétaires, et M. Zbyszowski comme membre associé.
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- Séance du 23 Janvier lSî4.
- Présidence de M. Jordan.
- La séance est ouverte à huit heures et demie.
- Le procès-verbal de la séance du 9 est adopté.
- M. Fichet a la parole pour la communication sur l’emploi économique des com-bustibles.
- M. Fichet rend compte à la Société des nombreuses expériences exécutées depuis 1868, par M. Muller, à son usine de produits céramiques et réfractaires d’Ivry, en vue d’arriver à une meilleure utilisation du combustible.
- Après un résumé historique des travaux d’Ebelmen et des ingénieurs qui l’tÿnt suivi dans celte voie, MM. Thomas et Laurens, Siemens, Boetius, Ponsard et autres, il examine les causes qui ont pu empêcher les gazogènes, qui seuls fournissent le moyen d’employer les combustibles d’une manière rationnelle, de se répandre rapidement dans l’industrie. Les premiers ont été construits pour fonctionner avec des souffleries et avec de l’air à forte pression ; or les machines soufflantes n’existent généralement que dans l’industrie métallurgique, et on s’est habitué à penser que les fortes pressions d’air étaient nécessaires.
- Lorsque plus tard Siemens commença à construire des gazogènes non soufflés, le prix élevé des installations effraya beaucoup d’industriels, les nouveaux appareils ne se répandirent que dans la métallurgie et la verrerie, parce que la récupération des grandes quantités de chaleur perdues jusqu’alors permettait de couvrir rapidement les frais d’installation.
- M. Muller a constamment recherché les moyens de simplifier les appareils de production et d’emploi des gaz, il y est arrivé; les nouveaux gazogènes fonctionnent dans un grand nombre d’usines d’une façon satisfaisante et le bas prix de leur installation permet d’étendre beaucoup le champ des applications.
- On peut prévoir dès aujourd’hui le moment où les nouveaux appareils devront remplacer les foyers à grille, dans la plupart des industries. Dans chaque application particulière, il faudra modifier l’appareil brûleur, mais le producteur de gaz ou gazogène ne change que suivant la nature du combustible et suivant la, quantité à brûler dans un temps donné.
- On a pu construire des gazogènes qui ne brûlent que 15 kilogrammes à l’heure, on en a fait qui brûlent 100, 150 kilogrammes à l’heure, rien n’empêcherait d’en construire de plus grands.
- Au nombre des nouvelles applications que l’on peut regarder comme entrées dans la pratique, on peut citer les fours à distillation de la houille, pour fabriquer le gaz d’éclairage, les fours à revivifier le noir animal et les chaudières à vapeur.
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- FOURS A GAZ D’ÉCLAIRAGE.
- Les gazogènes servant au chauffage des fours à gaz d’éclairage sont installés maintenant dans plus de 30 usines, et leur nombre s’accroît chaque jour.
- Ils se composent d’une trémie en maçonnerie que l’on remplit de combustible. La trémie contient environ la consommation d’une journée. Au bas est l’introduction d’air ; l’épaisseur de la couche embrasée est telle que tout l’acide carbonique est transformé en oxyde de carbone qu’un canal conduit dans l’axe du four. A mesure que le combustible se brûle, celui qui remplit la trémie descend sans qu’on ait à s’en occuper. On ne charge que tous les 8 heures en général, mais comme rien ne limite les dimensions de la trémie, on peut la faire assez grande pour ne charger que tous les 12 heures.
- Le canal central de gaz est percé d’orifices brûleurs par lesquels le gaz s’échappe dans le four entre deux jets d’air qui viennent rencontrer la Jame de gaz et en opèrent la combustion. Les orifices d'air et de gaz se règlent à volonté. L’air, avant d’arriver aux brûleurs, parcourt un certain nombre de circuits dans des canaux voisins de ceux par lesquels les gaz brûlés se rendent à là cheminée, après leur sortie du four. Il s’échauffe dans cé parcours aux dépens de la chaleur perdue du four qui se trouve ainsi utilisée.
- La consommation de coke qui était autrefois, avec les foyers à grille, de 30 à 80 kilogrammes environ pour 100 kilogrammes de houille distillée n’est plus que de 17 à 18 kilogrammes.
- Non-seulement la main-d’œuvre de chauffage est réduite, et le combustible économisé, mais la température étant régulièrement maintenue au rouge cerise, la distillation est meilleure, et le rendement en gaz plus grand. En outre , comme il n’y a aucune trace de cendres ou de poussière, les fours restent propres, et leur durée est augmentée.
- Plusieurs fours ont été visités après une marche continue de 18 mois, et remis en marche sans qu’on ait trouvé à y faire la moindre réparation.
- L’absence de rentrées d’air empêche les corhues de fendre et leur durée est notablement accrue.
- FOURS A REVIVIFIER LE NOIR ANIMAL. '
- Un succès semblable a été obtenu par MBf.. Muller et Fichet dans celte industrie. Les applications sont de date récente, et déjà bs raffineurs apprécient non-seulement l’économie du combustible, qui, malgré son importance, n’est pas ici le point capital, mais surtout la régularité absolue de température qUi leur permet de compter sur une revivification toujours égale et parfaite du noir animal. Ils ne sont plus à la merci de la négligence d’un chauffeürj qui tantôt brûle le noir, tantôt ne le cüit pas assez. On peut rester plusieurs heures sans mettre de combustible, la température ne varie pas. On peut laisser le noir séjourner dans les cornues, 6i la consommation se ralentit un moment par suite d’accident, dans L’usine ou par tout autre motif, la température ne s’élève pas et le noir n’est pas altéré. Or, quand on pense que rien, à première vüe, ne permet de distinguer le noir bien revivifié de celui qui l?est mal, et qu'on ne s’en aperçoit, le plus souvent, que lorsque la décoloration des jus est manquée, on conçoit l’importance qu’il peut y avoir à obtenir une quantité
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- toujours la même et toujours bonne, et cela avec économie de combustible et de main-d’œuvre. Aussi l’application des gazogènes aux fours à noir se répand-elle rapidement, d’autant plus qu’elle se fait très-facilement aux fours existants, sans rien modifier à leur construction. Le gazogène est placé à côté du four, elle gaz produit est dirigé par un canal entre les cornues qu’il s’agit d’échauffer. L’air nécessaire à la combustion arrive de chaque côté, après s’être échauffé par son passage entre les refroidisseurs, dans lesquels arrive le noir à sa sortie du four.
- CHAUDIÈRES A VAPEUR.
- Pour cette application, les difficultés ont été plus grandes, parce que le contact des parois froides de la chaudière éteignait la flamme avant que la combustion ne fût complète. ,
- Pour remédier à cet inconvénient, MM. Muller et Fichet divisent le gaz et l’air en lames minces alternées et ayant des vitesses assez grandes dans des directions différentes pour que le mélange du gaz combustible et de l’air puisse s’opérer d’une manière complète et dans un temps très-court. De plus, afin d’obtenir la combustion complète des carbures d’hydrogène sans excès d’air, il a fallu protéger la flamme contre tout refroidissement jusqu’à ce que les dernières traces du carbone en suspension dans la flamme aient disparu. On y est arrivé au moyen de chambres de combustion en matériaux réfractaires. La paroi supérieure des chambres est formée de plaques cintrées contre lesquelles la flamme vient se briser en se repliant sur elle-même pour sortir de chaque côté, entre des pièces creuses à haute température, qui la divisent et achèvent le mélange intime de l’air et des gaz combustibles. Il ne sort de la chambre de combustion que de l’acide carbonique, de l’azote et de la vapeur d’eau ; il n’y a ni oxygène libre ni gaz non brûlé. Les produits de la combustion circulent ensuite autour de la chaudière à la manière ordinaire et se rendent aux réchauffeurs et de là à la cheminée. Avec deux registres, on règle à volonté l’accès de l’air et celui du gaz. Le tirage doit être extrêmement faible. A l’aide de l’appareil à analyser les gaz de M. Orsat, on a pu étudier la production du gaz dans les gazogènes et sa combustion, et arriver à régler l’épaisseur et l’inclinaison des lames, les dimensions de la chambre de combustion et tous les détails de construction de l’appareil, de façon à arriver à la combustion théoriquement parfaite, c'est-à-dire complète, sans excès d’air. 11 va sans dire qu’une fois les registres réglés, ce qui demande quelques minutes, on arrive à la fumivorité absolue, et que la combustion se maintient toujours égale, sans que le chauffeur ait autre chose à faire qu’à remplir de temps en temps sa trémie et toutes les douze heures à nettoyer sa grille., Les résultats pratiques obtenus dans les expériences faites sur la chaudière de 52 mètres de surface de chauffe, de l’usine de M. Muller, seront présentés dans la prochaine séance.
- M. le Président remercie M. Fichet de sa communication en lui demandant de faire, pour le procès-verbal, un résumé de la partie descriptive afin de faciliter la discussion intéressante qui pourra s’établir sur cette question du chauffage par le gaz, surtout si MM. Ponsard, Perissé et Charpentier, veulent bien venir nous décrire leurs systèmes de façon à fournir des éléments de comparaison. Il croit, utile de faire remarquer que les fours de la Compagnie parisienne chauffés par le gaz ne sont pas des fours Siemens, mais des modifications diverses de ce dernier système qui n’a pas, au moins à sa connaissance, été appliqué par son inventeur lui-même à la fabri-
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- cation du gaz. Mais le système Siemens a pris pour les autres applications une extension qu’il est juste de rappeler et qui est plus grande que ne paraît le penser M. Fichet.
- M. Fichet croit devoir ajouter que si les fours Siemens sont très-répandus pour l’industrie, il n’en est pas de même pour le chauffage des chaudières.
- M. le Président propose à la Société de remettre la discussion sur cette communication à une époque ultérieure où elle se produira plus utilement après communication des diverses données d’expériences par M. Fichet et à la suite de diverses communications analogues.
- M. Gillot présente quelques observations sur la carbonisation du bois.
- Toutes les questions relatives au combustible empruntent un intérêt extrême au danger dont l’épuisement certain et peu éloigné des houillères et le défrichement des forêts menace les sociétés humaines. Deux voies s’ouvrent à l’investigation pour conjurer ce danger. La première n’est autre que la recherche des économies réalisables dans les consommations ; mais elle n’aboutit qu’à l’ajournement du péril, sans le faire disparaître. La seconde, plus décisive, si elle peut conduire au but, consiste dans la substitution au charbon, partielle ou totale, d’un moyen nouveau, s’il existe, de produire de la chaleur, de la force et de la lumière. L’étude du problème à l’un quelconque de ces deux points de vue ne préjudicie pas aux recherches que peut motiver l’autre; on reconnaît même promptement, au contraire, qu’ils se prêtent un appui mutuel, et qqe l’un fournit à l’autre des éclaircissements qui tendent à les confondre dans un principe commun et dans l’unification des causes qui régissent les lois de la matière.
- L’appropriation du combustible pour son emploi ultérieur, c’est-à-dire la carbonisation, paraît être le point de départ le plus rationnel des recherches qui ont trait à l’économie des consommations. C’est donc par cette première partie qu’il y a lieu d’entrer en matière, et, dans la présente communication, il ne sera même question que du combustible végétal; car, indépendamment de son importance propre qui lui donne droit à une discussion spéciale, le procédé de carbonisation du bois présente, sous tous les rapports, avec celui appliqué à la houille, des différences trop tranchées pour qu’il y ait avantage à mêler leur examen.
- La carbonisation n’a pas suivi, de notre temps, le progrès de toutes choses. Aujourd’hui, le procédé pour la fabrication du charbon métallurgique est le même qu’il y a deux siècles. La raison en est simple; c’est qu’il n’est pas perfectible. On verra plus loin pourquoi. Parmi les nombreuses publications, anciennes ou récentes, qui ont été faites sur ce sujet en France et à l’étranger, on chercherait en vain un document de quelque valeur. Ébelmen seul avait attaqué la question d’une manière magistrale ; sa mort l’empêcha de poursuivre ce travail. Enfin, nous ne possédons que quelques analyses du bois tout à fait insuffisantes pour l’objet proposé. Elles ne sont pas comparables entre elles; elles ne donnent ni la composition immédiate du bois, ni sa composition exacte en principes premiers, pour avoir admis un état de dessiccation préalable artificiel (150°) dans lequel le bois a déjà subi une notable décomposition et perdu une partie de sa substance.
- La question se présentait donc entière et se posait pour nous de la manière suivante, en ce qui intéresse la métallurgie :
- Ie Quelle quantité de carbone contient le bois à l’état moyen de siccité dans lequel on le carbonise?
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- 2° La proportion de carbone, relativement au poids total du bois considéré, varie-t-elle avec les espèces?
- 3° Quelle quantité peut-on extraire, soit à l’état libre pour l’industrie ou la consommation privée, soit engagé dans des combinaisons profitables?
- 4° Quelle quantité en obtient-on dans la pratique ordinaire du procédé usité en forêt?
- Voici, d’après des expériences nombreuses et constantes dans leurs résultats, les réponsès à ces diverses questions :
- 1° Le bois, à l’état moyen de siccité dans lequel on l’emploie communément, contient en carbone 40 pour 100 de son poids; le reste se compose d’hydrogène et d’oxygène dans le rapport nécessaire pour faire de l’eau et de quelques millièmes d’hydrogène en excès.
- 2° Cette proportion ne varie pas quelle que soit l’espèce des bois qu’on rencontre en nos forêts.
- 3° Cette quantité de carbone, pour une opération bien conduite, se répartit dans
- les produits suivants par 100 kil. de bois, savoir :
- Charbon de lre qualité et sans menu.................25 kil.
- Acide acétique monohydraté C4 H3O3-{-HO 7 kil., contenant en carbone..................................... 2,8
- Méthylène C2H4 O2 2 kil., contenant en carbone....... 0,75
- Huiles et goudrons sous la formule G4 H4 4 kil., contenant
- en carbone....................................... 3,91 OS
- Gaz combustibles 17 kil., contenant en carbone..... 7,5392
- Total................... 40,0000 'kil.
- 4° Dans la pratique ordinaire du procédé usité en forêt et lorsqu’on se trouve dans de bonnes conditions, on obtient moyennement par 100 kil. de bois un poids de 15 kil. Sur ces 15 kil., il faut compter une perte en déchet de 3 kil., par suite du transport de la forêt à l’usine et des manipulations dans la forêt et à l'usine. Reste donc net, pour 100 kil. de bois carbonisé, 12 kil. de charbon utilisable.
- Sur ces 12 kil., un tiers est en menu, et ce menu est fourni par le milieu du fourneau, c’est-à-dire par le meilleur et le plus gros bois. Ce chiffre de 12 peut tomber jusqu’à 8 lorsque les conditions de la carbonisation sont mauvaises.
- Ainsi l’on voit que la carbonisation en forêt entraîne la perte de tous les produits accessoires de la distillation du bois, consomme 10 parties de charbon sur les 25 réalisables par 100 de bois, qu’elle perd de plus en déchet 3 sur les 15 restant, dont un tiers en outre et fourni par le meilleur bois tombe en menu.
- Il y avait un grand intérêt à s’assurer si celte situation pouvait s’améliorer par suite de perfectionnements qu'on aurait pu apporter dans les diverses parties du procédé. Malheureusement il n’est pas possible de conserver la moindre illusion à cet égard après une étude de la question. Sur ce point et pour former sa conviction, il suffît de remarquer que le calcul des quantités de chaleur nécessaires à la carbonisation en forêt donne un chiffre représenté en carbone par 8 kil. pour 100 de bois carbonisé. On ne pourrait donc espérer conquérir que la différence entre la quantité réelle consommée dans la pratique et la quantité théorique. On voit que cette différence n’est que 2 pour 100 kil. de bois. L’essai a été fait et répété dans les conditions les plus diverses et a constamment confirmé l’exactitude des calculs théoriques en réalisant
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- l’économie annoncée. Mais il faut se hâter de dire qu’on ne saurait aucunement compter dans la pratique, même sur ce faible résultat, en raison des soins et des peines dépensés pour l’atteindre, et qu’un charbonnier ne pourrait opérer ainsi et obtenir en même temps une rémunération suffisante de son travail.
- Il restait, alors à rechercher quelles sont les circonstances favorables, au contraire, qui se manifestent dans la carbonisation et qui ont une influence sur le procédé, afin de reconnaître s’il serait possible de reproduire les unes et se défendre des autres dans l’opération en vase clos. Les expériences nécessaires à cette constatation ont été faites et ont établi que l’effet de toutes les causes favorables est de retarder la carbonisation et de rendre ainsi le charbonnier maître de l’opération, et que l’effet de toutes les causes contraires est de l’accélérer et de la soustraire ainsi à la volonté de l’ouvrier. Dès lors, la conséquence était que si l’on ne pouvait espérer aucune amélioration du procédé en forêt, on pouvait du moins réaliser en vase clos tous les avantages vainement poursuivis jusqu’à présent de quantité et de qualité et recueillir en outre les produits accessoires de la distillation. Les résultats ont complètement justifié cette conséquence et ont donné les chiffres relatés plus haut. De plus, ils ont mis en lumière certains phénomènes, non encore observés, qui tendent à éclairer le mode de groupement des principes constituants du bois, à rectifier de fausses idées ayant cours sur certaines réactions, enfin à déterminer d’une manière définitive le vrai principe de la carbonisation. Pour ces motifs divers, il convient de parler des principaux.
- Le premier qui se présente à l’observalion est l’excès de température de l’intérieur de la cornue sur celle du foyer. On est d’abord peu frappé de l’accroissement de température de l’intérieur de la cornue, parce qu’on comprend la tendance de cet appareil à se mettre en équilibre avec le foyer qui le chauffe, et l’on est même disposé à admettre à priori que cet équilibre ne s’établira pas tant qu’il y aura des substances dans la cornue qui, par leur volatilisation, feront obstacle, en absorbant du calorique latent, à l’établissement de cet équilibre. Cette idée n’est que spécieuse ; car, vers 220°, la température de la cornue atteint celle du four, que nous supposons chauffé au gaz et avec l’intensité seulement que requiert le besoin, et ne tarde pas à-la dépasser au bout de quelques heures à partir de ce point. Cet écart de température s'e maintiendra jusqu’à la fin de l’opération, dont il est la condition absolue, à mesure qu’on élèvera graduellement la température du foyer. Il croîtra si Ton pousse le foyer plus rapidement qu’il ne convient. Enfin, lorsque la distillation sera terminée et que la cornue ne fournira plus de vapeur d’aucune espèce, ce mouvement calorifique de la cornue prendra fin, et celle-ci, sous l’influence du foyer, commencera à prendre la température du rouge sombre : c’est le signe de la fin de l’opération.
- Pour se rendre compte de ce qui s’est passé, on devra remarquer qu’indépendam-mentde la chaleur reçue du foyer par la cornue, il s’est produit dans son intérieur deux mouvements calorifiques de sens inverse: l’un, négatif, déterminé par la mise en liberté et le retour à l’état gazeux de l’oxygène et de l’hydrogène qui s’y trouvent à l’état solide et dans les proportions nécessaires pour faire de l’eau, l’autre, positif, déterminé par la combustion de l’hydrogène au moyen de l’oxygène qui l’accompagne et par sa transformation en vapeur d’eau. Ces deux effets contraires éprouvent une certaine modification par le dégagement à l’état gazeux d’hydrocarbure, d’acide acétique et de méthylène; mais, en définitive, l’élément calorifique l’emporte sur le négatif et la température s’élève dans la cornue. L’on comprend que
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- la température s’élèvera d’autant plus que cette décomposition sera plus active, c’est-à-dire que la cornue recevra plus de chaleur du foyer. Si l’on connaissait les caloricités de ces différents corps à tous leurs états et leurs caloriques latents, on pourrait déterminer avec précision la résultante calorifique à laquelle ces réactions donnent lieu.
- Il est facile de reconnaître maintenant pourquoi une carbonisation rapide pro-r duit des charbons tendres, impropres à la métallurgie et en quantité moindre qu'une carbonisation lente. La raison en est que les gaz résultant de la décomposition du bois se forment en grande quantité à la fois, et ne trouvant pas dans les pores du bois des issues assez larges pour leur livrer passage, rompent les fibres du bois déjà carbonisé en partie et donnent ainsi lieu à l’état de fragibilité observé du charbon produit. Cet effet se trouve encore aggravé par le fait que l’hydrogène , à cette température élevée, se charge d’une plus forte proportion de carbone, contrairement à une fausse idée accréditée en chimie, et accroît d’autant la spongiosité du charbon qui reste en résidu et qui s’en trouve en môme temps diminué d’autant. La diminution du charbon est corrélative de l’accroissement de goudron.
- La carbonisation rapide détermine aussi une diminution de moitié environ sur les quantités d’acide acétique et de méthylène obtenues par carbonisation lente, ce qui accroît encore et par cette raison la proportion des gaz. Ces hydrocarbures, d’autant plus carburés qu’ils ont été formés à des températures plus élevées dans l’intérieur de la cornue, donnent lieu à un phénomène remarquable qui n’avait point encore été expliqué, et qui est d’autant plus accentué, que l’écart entre les températures d’intérieur et d’extérieur s’est trouvé plus grand. Ce phénomène, c’est le dépôt de graphite sur la paroi interne de la cornue. Ce graphite résulte de la réduction à un degré moindre de carburation des hydrocarbures au contact de la paroi interne de la cornue relativement plus froide que l’intérieur. Cette décomposition se continue par la même cause jusqu’à la sortie des gaz du condensateur. Mais ce n’est plus du graphite qui se dépose, c’est du goudron pâteux d’abord, puis liquide et de plus en plus à mesure que les gaz s’éloignent de la cornue. Toutes ces circonstances sont communes à la cornue à houille pour la fabrication du gaz d’éclairage. Mais elles y sont plus intenses parce que les températures y sont plus élevées que dans la carbonisation du bois.
- Un autre fait qu’il convient de signaler, c’est l’inégale proportion, dans le cours de l’opération, de l’acide acétique contenu dans les liquides condensés. En effet, à 100° de température de l’intérieur de la cornue, on aperçoit déjà une réaction acide; à 124°, la proportion d’acide est de 1/2 pour 100 ; à 140° elle est de 1 1/2 ; à 170° elle est de 4 pour Î00 ; à 185° elle est de 9 ; à 200° elle est de 22 ; à 218° elle monte à 48 pour 100. C’est un maximum qu’elle ne dépasse pas et qu’elle abandonne promptement, car à 223° elle n’est plus que de 44 ; à 230° elle n’est plus que de 37; à 296° elle n’est,plus que de 14, et ainsi de suite jusqu’à 400° où elle est nulle, ce qui ne doit pas faire conclure qu’il n’y a plus d’acide acétique dans le bois à cette température, mais qu’il s’y décompose puisque les hydrocarbures sont encore très-abondants. Nous signalons ces variations dans la proportion de l’acide contenu dans les liquides condensés, parce que, en outre des éclaircissements qu’elles peuvent fournir sur la composition du bois, le groupement de ses principes et les réactions dont il est le siège pendant la carbonisation, elles indiquent évidemment le moyen d’avoir des richesses de liquides à volonté suivant les nécessités du traitement ultérieur.
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- Enfin, nous terminerons pour aujourd’hui cette communication par l’énoncé d'un fait non moins remarquable que les précédents. Ce fait est qu’il existe, pour chaque degré de température de l’opération, un point fixe d’avancement de distillation qui, une fois atteint, n’est jamais dépassé. A ce moment, la distillation s’arrête, quel que soit le temps pendant lequel on maintient cette température, et ne reprend son cours qu’autant qu’on donne au foyer de la chaleur nouvelle qui élève la température. On voit de là clairement que le principe et la règle de la carbonisation résident uniquement dans une température graduellement croissante, sans soubresauts et assez lentement pour ne pas déterminer la rupture des fibres du charbon par une trop rapide génération des gaz dans l’intérieur du bois, et aussi éviter par des températures trop subitement élevées la production d’hydrocarbures trop carburés, qui diminuent à la fois la quantité et la qualité du charbon.
- La durée normale d’une bonne opération de carbonisation peut être fixée à 80 heures. Dans ce cas le rendement moyen constant par 100 en poids de bois sera :
- Charbon................................................ 25
- Acide acétique monohydraté.............................. 7
- Méthylène.............................................. 2
- Goudron................................................. 4
- Eau.................................................... 45
- Gaz combustibles...................................... 17
- Total.................. 100
- On voit que les liquides formeront un poids total de 58 pour 100 du poids du bois. Leur traitement, la séparation et la rectification des différents corps qui les composent forment un ordre de procédés différents de ceux dont nous venons de parler.
- Le rendement de charbon en volume est les deux tiers de celui du bois. La contraction a lieu dans les trois dimensions.
- Séaaace dw 6 Véroles» 15 §74.
- Présidence de M. Jordan.
- La séance est ouverte à 8 heures et demie.
- Le procès-verbal de la séance du 23 janvier est adopté.
- M. le Président annonce le décès de MM. Brunier, Grenier et Priestley, membres de la Société.
- M. Paul présente à la Société un ouvrage de M. J.-J. Revy, intitulé]: Hydraulics of Great Rivers the Parana, the Uruguay and the la Plata Estuary.
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- M. Richard est chargé, sur sa proposition, de rendre compte de cet ouvrage à la Société.
- M. Fichet complète les renseignements donnés à la dernière séance sur l’application des foyers à gaz au chauffage des générateurs à vapeurs et communique les résultats des expériences faites sur un générateur à bouilleurs, de 52 mètres de surface de chauffe, installé depuis le mois de mai 1873 à l’usine de M. E. Muller, à Ivry.
- On a expérimenté comparativement avec les mêmes houilles sur deux générateurs de mêmes dimensions installés l’un près de l’autre et fonctionnant ensemble. Le premier avait un foyer à grille ordinaire, l’autre était disposé avec un gazogène. Alors que le premier produisait une vaporisation de 6 kilogrammes d'eau au maximum par kilogramme de houille à 12 pour 100 de cendres, le second a constamment donné une vaporisation qui avarié de 8b,65 minimum à 9k,22 maximum. La moyenne pendant les mois de décembre et janvier a été de 8k,86. Le chiffre de 9k,22 a été obtenu en alimentant avec de l’eau à 60° environ provenant de retours d'eau.
- On brûle 100 kilogrammes à l’heure, et on charge toutes les heures. Le décrassage se fait après 12 heures de marche quand la chaudière fonctionne jour et nuit, ce qui a lieu pendant les gelées quand il faut la nuit envoyer de la vapeur dans les tuyaux de chauffage des séchoirs. Quand il n’y a pas besoin de chauffer la nuit, on doit fermer l’accès de l’air au gazogène 2 heures avant l’arrêt de la machine et fermer en même temps le registre de gaz et celui de la cheminée. Comme il n’y a pendant la marche aucune rentrée d’air dans le fourneau, au travers des murs puisque l’on marche sans tirage, la maçonnerie du fourneau s’échauffe plus que dans les chaudières ordinaires, et si on cessait le feu au moment de l’arrêt de la machine, la pression monterait trop dans les chaudières pendant quelques heures. Avec leschau-dières à foyers intérieurs, comme il n’y a pas de maçonneries qui emmagasinent de la chaleur, cet effet ne se produit plus.
- M. Fichet communique à la Société les feuilles d’observations où sont relatés les divers détails des expériences, le jaugeage de l’eau d’alimentation, les analyses des gaz avant et après la combustion, les analyses de houilles, les observations de température, les quantités de houille consommées par heure et par jour, les quantités d’eau vaporisées, etc.
- Il est établi, par des observations multipliées, que, dans les gaz fournis par le gazogène, il n’y a souvent pas de traces d’acide carbonique, quelquefois I /2 pour 100, rarement 1 pour 100.
- Dans les gaz de la combustion, il n’y a pas de trace d’oxyde de carbone non brûlé, et souvent pas de trace d’oxygène libre; mais, avec certaines houilles, il faut constamment laisser dans les gaz 1 pour 100 à 1 1/2 pour 100 d’oxygène libre pour obtenir la fumivorité absolue. Ceci a lieu quand on brûle des houilles grasses bitumineuses dont le gaz est difficile à brûler. Les meilleurs combustibles sont les charbons demi-gras du Pas-de-Calais, et des environs de Charleroy. Au cours des essais qui ont porté sur toutes les natures de houilles, on a pu constater que toutes pouvaient être employées dans les gazogènes, mais que les formes et les dimensions de l’appareil devaient être en rapport avec le combustible employé.
- M. Fichet termine en engageant les membres de la Société, que ces applications nouvelles peuvent intéresser, à visiter l’installation de l'usine d’Ivry, où la chau-
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- dière marche d’une manière continue, et où l’on prépare de nouvelles applications qui feront l’objet de communications ultérieures.
- M. le Président remercie M. Fichet et espère que MM. Périsse et Pouzard pourront donner prochainement des communications analogues, et que la discussion viendra utilement à ce moment.
- !•
- M. Cornuault donne communication d’une note résumée d’après un Mémoire de M. Hupfeld, dans le Bulletin de la Société minérale Carinthienne, sur l’importance actuelle de la.latm^iori^J’icier^Bessçmer
- Aucune branche de l’industrie du fer n’a pris, dans ces dernières années^une extension comparable à celle de la fabrication de l’acier fondu en Allemagne. Pendant longtemps on se défia des nouveaux procédés, et on ne voulut avoir confiance qüe dans l’acier püddié pour la fabrication des rails; mais, dans ces derniers temps, une réaction s’èst opérée, et la grande demande qui a suivi la conclusion de la guerre franco-allemande a amefië la création d’un nombre considérable d’aciéries; surtout lorsque leur construction sera achevée, la production sera colossale et trouvera difficilement à l’intérieur un débouché suffisant. Le plus grand nombre de ces usines et les plus importantes d’entre elles se trouvent dans le district Westphalien-Rhénan ; mais il y en a aussi dans quelques districts industriels isolés.
- L’industrie des aciers Bessemer a été longtemps tributaire des fontes anglaises $ que l’on considérait, il y a peu de temps encore en Allemagne, comme indispensables; celles de l’usine « Georges-Marie » seules leur faisaient concurrence, les fontes à Bessemer de l’usine de Hœrde n’étant pas sur le marché. La métallurgie allemand© a fait de grands efforts pour se libérer de cette dépendance.
- On peut citer notamment les usines de Krupp, de Hœrde, de Boehum, de l’Union dé Dortmund, du Phœnix, de Gutehoffnung, celles de Maxhuette, en Bavière, et dé là Reine-Marie, en Saxe, qui n’ont reculé devant aucun sacrifice pour assurer la fabrication de la fonte à Bessemer dans leurs propres hauts-fourneaux. Elles ne se sont pas bornées aux matières premières allemandes, mais sont allées jusqu’en Espagne, en Algérie, en Suède, chercher des minerais convenables^ 11 est curieux qu’en Silésie, et notamment à l’usine royale de Kœnigshuette, on n’ait fait jusqu’à présent aucun essai avec les minerais de la haute Hongrie, en vue desquels ou construit une aciérie Bessemer, dans les usines de l’archiduc Albert.
- A part quelques'hauts-fourneaux au bois peu importants de Thuringe et de l’Eifel, ét sauf quelques petites quantités fabriquées dans le pays de Siegen* alors que les commandes de Spiegel-Eisen font défaut, voici la liste des usines qui produisent actuellement exclusivement de la fonte à Bessemer :
- -mr . :,s i • t , v * •
- ,, } 2 Hauts-fourneaux à l’usine de Maxhuette, en Bavière, avec les minerais spa-
- ir, thiques et les hématites brunes du Zechstein de Thuringe et,du Grau-wacke d’Eichicht.
- 1 Haut-Tourneau de Yusinede la Reine-Marie, près Zwickau, avec les mine-. Vjt rais spathiques et les hématites brunes de Géra.
- .fiî. Haut-fourneau, Société saxonne de Tindustrie du fer, près Pirna, avec les minerais magnétiques de Bergiesshübel.
- •A • B Hauts-foürneaux de Yusine Georges-Marie, près Osnabrück, avec les mi-nerais pulvérulents, mais très-purs et très-mângahësifères>9 de la mine Huggel.
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- 3 Hauts-fourneaux de la Compagnie de Hœrde, avec des minerais, de Siegen, i du Nassau et de l’Eifel.
- 2 Hauts-fourneanx de Y Union de Dortmund, à Dortmund, avec dès minerais d’Espagne, d’Algérie, de Siegen et du Nassau. •
- 2 Hauts-fourneaux de Yusine Gutehoffnung, près Oberhausen, avec les
- mêmes minerais. ,
- 1 Haut-fourneau, Phœnix, à Laar, près Ruhrort, avec les mêmes minerais.
- 3 Hauts-fourneaux, Johannishuette , près Duisburg, appartenant maintenant
- à M. Krupp, avec des minerais d’Espagne, Algérie, Siegen^ Nassau.
- Total. 20
- Il y a, en outre, une série de hauts-fourneaüx en construction, par exemple 2 à Bochum, 1 à Dortmund, plusieurs à l’usine Krupp et dans d’autres localités.1 : m
- Si l’on compte sur une production annuelle de 6 250 à 7 500 tonnes par fourneau, il en résulterait Une production de 123 000 à 130 000 tonnes environ de fonte à Ressemer allemande. .
- Cette quantité est de beaucoup insuffisante vis-à-vis de la puissance dè production des aciéries existantes. Il y a, en effet, en activité ou en construction les convertisseurs suivants :
- 2 A l’usine Maxhuette, près Ratisbonne. . 1 ’
- 4 A l’usine de la Reine-Marie, près ZwiCkau. : 1
- 2 A Kœnigshuette, dans la haute Silésie. J ' 1
- 4 A l’aciérie d’Osnabrück. !
- 4 A Hermansshuette, près Hœrde.
- 2 Chez M. Hoesch, à Dortmund. ' "
- 4 A l’Union de Dortmund, dans ses usines de Dortmund et Hattingen.
- 7 Aux aciéries dé Bochum. 5
- 2 A la nouvelle aciérie de Bochum. !
- 18 Chez Krupp, à Essen. ' ‘ • .'
- 4 A l’usine de G-utehoffnung, près Oberhausen. “ '
- 2 Au Phœnix, à Ruhrort. ! ' *•
- 6 Aux aciéries du Rhin, près Meiderich.
- 2 Chez Ponsgen et Giesbert, à Dusseldorf. - v
- 2 A Rothe-Erde, près Aix-la-Chapelle. s '
- 2 A l’usine de Steinhauser, à Witten. ;
- 2 Chez Gienanlh frères, à Kaiserlautèrn. ; .. .
- 3 Chez Diétrich et Cic, à Niederbronn. • '*’ L
- Total : 72 convertisseurs en tout.
- Si l’on en suppose 60 en activité, et chacun produisant 23 tonnés djacier par jour, on arrive à une production journalière de 1 300 tohnes i Sbit, par Uni 430 000 tonnes d’acier Ressemer. • •
- La production de ces 430 000 tonnes exigerait 323 000 à 530 000 tohn.es de fonte, et la production allemande étant, avons nous dit, de 123 000 à 130 000 tonnes, il faudra donc importer 375 000 à 400 000 tonnes fontes à Bessemer étrangères.
- Si l’on transformait en rails toute la quantité d’acier dont la production est possible actuellement en Allemagne, elle: fournirait 400 000 tonnes de rails environ, c’est-à-dire la quantité suffisante à 5 000 kilomètres de chemin de fer à une seule voie. "
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- Dans les usines à Bessemer allemandes, on refond la fonte dans des cubilots, soufflés pour la plupart avec des soufflets rotatifs de Root; pour l’addition de Spiege-leisen, qui est naturellement faible par suite de la teneur en manganèse des fontes à Bessemer allemandes, on emploie un petit four à réverbère.
- Les convertisseurs sont généralement disposés suivant la méthode anglaise (fosses de coulée demi-circulaires, appareils hydrauliques, etc.), et peuvent recevoir de 5 à 7 tonnes et demie. Ce n’est qu’à Steinhauserhuette et à Dortmund qu’on coule sans fosse de coulée dans des lingotières placées sur des wagons ; dans la première de ces usines on coule en source.
- Quant aux machines soufflantes, elles sont pour la plupart des machines jumelles verticales; à l’usine du Phoenix, cependant, elles sont horizontales; leur marche est relativement lente, elles sont, par suite, de grandes dimensions.
- L’acier Bessemer est employé presque exclusivement en rails, essieux et bandages ; rarement à l’état de tôles, d’acier à outils et de pièces moulées (sous celte dernière forme, chez MM. Gienanth frères, à Kaiserslautern). Le mode de travail varie beaucoup. Dans la plupart des cas, on effectue le serrage des lingots au marteau ; à Bo-chum, on le fait au laminoir; à Steinhauserhuette seulement, on lamine directement les petits lingots sans serrage préalable : il est vrai qu’ils sont déjà profilés en sortant de la lingotière.
- Les trains à rails, fréquemment pourvus d’un trio dégrossisseur, ont des cylindres de 0m,65 de diamètre et sont commandés par des machines de puissance correspondante. Ils peuvent fournir de 250 à 400 rails par poste.
- Les trains à mouvement alternatif ne sont pas en usage.
- Les bandages sont pris dans de gros lingots, qu’on applalit sous le marteau en plaques de 25 à 35 centimètres de hauteur; on les casse à froid, on les perce, on les lamine avec des laminoirs verticaux en porte-à-faux. On forge les essieux dans des étampes sous le marteau.
- Quant aux déchets d’acier Bessemer (bouts de rails, etc.), on les utilise soit en les laminant en petites barres, soit en les remettant dans le convertisseur, soit, enfin, en les employant au four Martin.
- Le procédé Martin a fait aussi de grands progrès sous le rapport du chiffre de la production d’acier.
- Outre l’usine Borsig, à Biskupitz, qui compte 8 fours, on trouve dans le pays Rhénan-Westphalien :
- 14 Fours à l’Union de Dortmund, dans son usine de Steele.
- 12 Fours (dit-on) chez Krupp.
- 3 Fours au Phoenix.
- 3 A l’aciérie Grafenberg, près Dusseldorf.
- Enfin, quelques fours chez MM. Falkenroth, Kocher et Cia, à Haspe.
- L’aciérie de Bochum construit un grand établissement et probablement ses premiers fours sont actuellement en activité. En somme, il périt y avoir en activité 50 fours susceptibles de produire environ 200 tonnes par jour, si l’on admet que le tiers seulement soit en marche journalière et produise 10 tonnes par four.
- Toutes les modifications du procédé sont usitées : utilisation des déchets d’acier, fusion simultanée de fer et de fonte, emploi du minerai directement dans le four comme à l’usine Siemens de Landore, emploi du roiator pour extraction préalable directe du fer des minerais. La dernière modification, c’est-à-dire l’addition d’éponge
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- de fer réduit au lieu de minerai, est employée, comme on sait, sur une grande échelle chez Vickers et fils, de Sheflield, et on la pratique aussi, entre autres, à l’aciérie de Dortmund, à Steele; on voyait à l’exposition de M. Siemens, à Vienne, des essieux, des rails et des bandages ainsi fabriqués, et que plusieurs personnes ont cru à tort obtenus directement des minerais. •
- En général, on considère l’acier Martin comme un intermédiaire entre l’acier Bes-semer et l’acier au creuset, et on l’emploie particulièrement pour les moulages auxquels il convient mieux que l’acier Bessemer à cause de sa plus grande densité. L’acier Martin semble avoir, dans cette direction, encore une large carrière à parcourir : car, d’une part, il peut supplanter l’acier au creuset', plus cher pour les grosses pièces ; et, d’autre part, il peut remplacer avec grands avantages la fonte pour toutes les pièces moulées qui ont besoin d’une grande dureté en même temps que d’une grande résistance, comme les cylindres de laminoirs, les arbres, les manivelles, etc. *
- M. Vauthier présente à la Société, avec une notice descriptive à l’appui, une carte statistique, figurant la répartition de la population de la ville de Paris, carte qufîi â dressée â l’occasion de ses études sur les chemins de fer dans Paris.
- Le mode de construction de cette carte est analogue à celui des cartes topographiques : il consiste dans le tracé de courbes passant par les points où le nombre d’habitants est le même par unité de surface; ces courbes représentent ainsi, par rapport à la population, de véritables courbes de niveau.
- On obtient de cette manière la représentation très-nette de la répartition de la population suivant les quartiers et de sa variation plus ou moins rapide d’un point à un autre. '
- M. Vauthier, qui fournit des renseignements développés sur les documents qui lui ont servi de base et sur les soins apportés à son travail, pense quàune carte dé cette nature est appelée à rendre des services dans l’étude des questions qui se rattachent à l’établissement des voies de communication et à l’hygiène publique. Si l’on possédait des données certaines qui permissent de dresser des cartes de ce genre pour diverses périodes du développement d’une ville, et même d’un pays, on pourrait suivre de l’œil la tendance naturelle de la population à croître dans tel ou tel sens, et l’influence qu’exercent sur son mouvement et son assiette les divers faits sociaux ou législatifs. Si la réalisation d’une semblable idée présente des difficultés pour le passé, il est à croire qu’on en pourra tirer parti pour l’avenir.
- M. le Président donne l’analyse d’une lettre que M. Flachat avait reçue il y a deux ans deM. Guibal et renvoyée à la Société, au sujet de ses appareils mécaniques de ventilation, lettre qui se rattache aux observations de M. Letellier sur la possibilité de ventiler les grands souterrains de chemins de fer.
- M. Guibal, dont la compétence sur ces questions est parfaitement reconnue, indique qu’il a établi les appareils de son système dans plus de 200 mines, et que son expérience lui permet de s’engager à produire tel courant qu’on jugera nécessaire dans les souterrains projetés, et à entreprendre, à ses frais risques et périls, telle ventilation qui lui serait proposée et en garantissant la réalisation.
- M. Letellier. Dans la séance du 4 avril dernier, M. Vauthier, en finissant de traiter la question du projet de chemins de fer dans Paris, demanda dans quelle limite les longs tunnels sont-ils ou ne sont-ils pas exploitables ?
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- La réponse existe dans l’expérience directe qui se fait constamment depuis une dizaine d’années au Metropolitan Railway de Londres. Voici ce qu’en disent, dans leur rapport aulographié, les cinq éminents ingénieurs formant la Sous-Commission spéciale des chemins de fer et tramways dans le département de la Seine.
- « .... A partir d’Edgware Road, en présence de 3 250 mètres de souterrain presque continu, on est bien obligé de condenser... En somme, les règlements relatifs à cette condensation sont rigoureux; mais, dans la pratique, on n’en tient qu’un compte assez incomplet, et sans même attendre qu’on soit en section découverte, on lâche la vapeur par la cheminée, surtout à la fin du voyage, quand on s’aperçoit, par la vapeur qui s’échappe d’un tuyau émergeant de la boite à eau, que l’eau de condensation commence à s’échauffer sensiblement.
- «A l’égard du combustible, on s’était astreint, dès l’abord, à ne brûler que du coke entièrement pur, débarrassé surtout de tout élément sulfureux. Cette matière spéciale revenant extrêmement cher, on ne l’a employée que pendant les deux premières années.... Depuis cinq ou six ans, on se contente d’un charbon d'exceliente nature, provenant du pays de Galles, qui brûle sans presque donner de fumée et ne répand pas de vapeurs sulfureuses sensibles. En tout cas, au point où l’on arrivé en section couverte de quelque longueur, ordre est donné de fermer la cheminée et de diminuer, par un registre, l’introduction de l’air dans le foyer.
- « En fait, que cet ordre absolu soit, comme celui du condenseur, plus Ou moins exécuté par les mécaniciens, il est certain qu'il se 'produit fort peu de fumée, et le parcours sous les souterrains de quelque longueur s'effectue sans gène appréciable pour les voyageurs. »
- « Les machines du Great Western, admises sur le Metropolitan Railway entre Bishop’s Road et Moorgate Street, n’ont que 6 roues sans avant train articulé. Elles ont des condenseurs beaucoup moins grands que ceux des machines spéciales du Metropolitan, et le charbon qu elles brûlent est loin d’être aussi pur que celui de ces dernières. R est entendu cependant qu’avant d’être employé, il doit être soumis à l’examen et à l’analyse de l’ingénieur de la traction du Metropolitan. Ces machines, néanmoins, circulent sans difficulté assez fréquemment dans la journée sur la por-iiondu Metropolitan la moins bien ventilée, et personne ne se plaint de leur insuffisance!, au point de vue de la vapeur et de la fumée', ce qui semblerait annoncer (et cette conclusion ressort, du reste, très-frappante, de ce qui nous a été dit bien des fois) qu'on s'était exagéré, à l'origine, les inconvénients du parcours en souterrain continu qui nous occupe, et qu’il a suff de quelques ouvertures introduites après coup dans ce long tube pour le rendre presque aussi commode à parcourir que le reste du réseau. »
- Voilà le dire d’ingénieurs dont personne ne songe à contester la haute compétence et l’impartialité.
- M. Leteelïer cite ensuite l’opinion de la majorité des 14 ingénieurs éh chef des ponts et Chaussées, des minés, des chemins de fer, etc., composant la Commission spéciale nommée par le préfet de la Seine et choisis, comme lé disaitM. E. Fléchât, parmi les plus notables1,
- 1. Cette Commission était composée de MM. Alcan, ingénieur civil; Alphand, directeur des trâvaùx de Paris; Belijrand, directeur des eaux et égôü'ts; Gallon, ingénieur êri chef des minés; Couche, ingénieur en chef au chemin de 1er du Nord; De/ésse, ingénieur en Chef dos mines; Jacquot, inspecteur général des Carrières'; Klein-, inspecteur général des ponts
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- « Pour pouvoir Condenser la vapeur sur le parcours d’un plus grand nombre de kilomètres qu’au Metropolitan de Londres, il süffit de faire un condenseur asseiz grand pour contenir une provision d’eau dont la température ne doive pas s’élever trop haut. On reconnaît aisément qu’il n’y a pas à cela d’impossibilité; il suffit d’augmenter de quelques tonnes le poids du moteur. «
- « Mais, par cela môme que l’on condense, on perd le tirage artificiel que produit dans la cheminée l’échappement de la vapeur qui sort des cylindres ; la machine n’ayant plus de tirage cesserait de produire de la vapeur.
- « On a d’abord examiné s’il ne serait pas possible de se passer delà production de vapeur en marche; on peut y arriver en établissant une chaudière assez poissante, pour qu’avec une locomotive-tender de 50 à 52 tonnes (celles de Londres atteignent 42 tonnes), on puisse, en la préparant convenablement, ne pas produire de vapeur pendant un parcours de o à 6 kilomètres, ou, plutôt né pas brûler de combustible pendant ces 6 kilomètres, et se borner à dépenser le calorique absorbé d’avance par l’eau de la chaudière....
- « Une autre solution a été indiquée par l’emploi du souffleur pendant les stationnements ; des expériences faites dans ces derniers temps, à diverses reprises, sur 6 types de machines, avec le souffleur usuel, ont montré qu’on pouvait relever la pression d’une atmosphère dans des périodes Variables de 29 à 75 secondes, très-comparables avec la durée des temps d’arrêt. On pourrait installer des souffleurs plus énergiques et, d’ailleurs, la pression ne baisserait pas d’une atmosphère d’une station à une autre.
- «Il suffirait donc d’organiser les stations de façon à pouvoir y faire fonctionner le souffleur sans inconvénient ; il faudrait, pour cela, pouvoir amener la cheminée de la machine sous une hotte qui conduirait les gaz au-dessus du sol...v» (Rapport de la Commission spéciale, page 40.)
- Suivant M. l’ingénieur en chef Vuillemin, « on peut, à l’aide du souffleur, remonter en pression en ,30 secondes. Il est nécessaire d'avoir une chaudière d’ühe grande puissance, de sorte que, partant en pleine pression d’une station; on arrive à la station suivante avec une diminution d’à peine une atmosphère, ayant pour ainsi dire vécu sur son propre fonds.
- « A Londres, les cylindres des machines du Metropolitan ohtürt très-grand diamètre, afin de démarrer très-promptement. D’un autre côté, le train est relativement léger vis-à-vis des freins dont il dispose, et il s’arrête rapidement. Le degré de l’arrêt est très-court, trente secondes environ; les deux conducteurs qui accompagnent le train se précipitent sitôt l’arrêt, ouvrent les portières et regagnent leur poste ; les portières sont fermées par des hommes de la gare pendant que le train démarre.... » (Séance des ingénieurs civils du 17 mai 1872.)
- La majorité de la Commission des quatorze ingénieurs, déjà citée» en proposant l’exécution des deux lignes de fer principales, du Bois de Boulogne à la Bastille, par les boulevards intérieurs, et du nord au sud en traversant tout Paris (lignes qui ne peuvent être établies qu’en souterrain à peu près continu), a reconnu la possibilité de les exploiter. Cette Commission a, en outre, repoussé les divers systèmes aériens
- et chaussées; Krantz, ingénieur en chef de la navigation de la Seine; Mantion, directeur du chemin de fer de Ceinture ; Mayer, ingénieur en chef du matériel des chemins de fer de l’Ouest; Mozat de Mandres, ingénieur en cher du département de la SètheJ Solàcrdup, directeur de fa compagnie d’Orléahs ; Vuillèmin, ingénieur en chef du matériel et de la traction clés chemins dé fer de l’Est.
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- projetés dans la région centrale de Paris. Voici son opinion, résumée dans le Mémoire de M. le Préfet de la Seine, du 9 avril 1872: « La Commission a d’abord reconnu que les travées métalliques des chemins de fer aériens, et les passages fréquents de trains à la hauteur du premier étage, étaient inadmissibles pour les boulevards intérieurs. Ce système amènerait une dépréciation sérieuse d’immeubles importants, gênerait la circulation et endommagerait les arbres. La Commission a donc émis l’avis que, sans repousser les chemins de fer aériens qui pourraient trouver leur place sur les boulevards extérieurs et d’autres lignes en dehors du centre, il y avait lieu de les proscrire sur les deux lignes principales, ainsi que sur les quais, où ils produiraient le plus fâcheux effet en coupant la perspective des monuments remarquables qui les bordent., »
- M. Letellier ajoute que la majorité de cette Commission s’est, en outre, prononcée pour donner aux souterrains la section usuelle (minimum de 4m,30 au-dessus des rails), « parce que cette section admet tous les modes de traction, qu’elle présente moins d’inconnu que la section réduite, qu’elle permet le raccordement avec les grandes lignes, et, enfin, parce qu’elle laisse entière la question de l’approvisionnement des Halles, et de l’introduction des marchandises dans les entrepôts et magasins généraux situés au centre de Paris. »
- En ce qui concerne le mode de traction, la Commission spéciale, tout en donnant la préférence à la locomotive sur le système funiculaire, a, dans son projet de cahier des charges, proposé de laisser au concessionnaire la faculté d’employer des machines locomotives ou des machines fixes.
- Une deuxième Commission , choisie par le Conseil général dans son sein, et dont faisaient partie nos collègues MM. Callon et Dupuy, « n’à pas voulu se contenter des renseignements nécessairement un peu abrégés que la Commission technique a consignés dans son rapport imprimé, et elle a désiré entendre deux membres de celte Commission, MM. Mantion et Vuillemin, dont la haute expérience dans l’exploitation des chemins de fer est connue de tous. »
- Les conclusions du rapport de cette deuxième Commission ont déjà été données aux pages 24 et 25 de la Notice.
- Du reste, notre regretté président honoraire, M. Eugène Flachat, dont la grande compétence n’était contestée par personne, admettait parfaitement cette possibilité. Son projet de chemin de fer des Halles, long de 6 kilomètres, est souterrain sur 5 kilo mètres et demi.
- La locomotive à gaz résoudra peut-être définitivement le problème d’exploitation des longs tunnels.
- Mentionnons, à titre de renseignement :
- 1° Le tunnel, avec ventilateur, sous la ville de Liverpool, cité par M. Dupuy, tunnel parcouru sans inconvénient par des trains passant toutes les cinq minutes, et dont les locomotives sans condensation consomment des houilles fuligineuses ;
- 2° Le tunnel du Mont-Cenis, de 12 234 mètres de longueur, visité l’an dernier par huit de nos collègues ; visite dont M. Richard a rendu compte à la Société le 7 juin 1872.
- M. Letellier vient, pour le principe seulement, de citer un certain nombre de faits démontrant la possibilité d’exploiter les longs tunnels ; car il a pu facilement, et sans aucune modification des tracés de son réseau, couper les tunnels en tronçons de moins d’un kilomètre, souvent espacés de 100 mètres aux stations, comme cha-
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- cun peut s’en assurer en jetant les yeux sur lès plans et les profils au 1/5000 qu’il présente à la Société.
- On a exprimé la crainte que les maisons sous lesquelles passera le chemin de fer fussent dépréciées par le bruit et par les Vibrations. L’auteur du projet s’est renseigné à ce sujet, notamment auprès des personnes demeurant depuis 14 ans cité de Reuilly, au rez-de-chaussée d’une maison assise sur la voûte même du chemin de fer de Yincennes et antérieure à ce chemin. Yoici ce qu’on lui a répondu : « Quand le train passe, on entend un bruit sourd auquel on s’habitue rapidement, et qui est beaucoup moins désagréable que celui des grosses voitures sur le pavé de Paris..... Les pendules continuent à marcher très-régulièrement, etc. »,
- Quand on parle de chemin de fer sous les rues, on se figure que les voyageurs devront descendre l’équivalent d’un grand nombre d’étages. Dans la plupart des stations souterraines du projet, le nombre de marches de larges escaliers bien éclairés sera seulement d’une trentaine, entre le niveau de la rue et celui des quais d’embarquement, tandis qu’aujourd’hui, dans Paris, l’ascension de la gare Laint-Lazare est de 34 marches ; celle de la gare Montparnasse de 54 ; celle de la station de Gre-nelle-Ceinture de 64, etc.
- Le nombre des marches serait augmenté d’une dizaine si les stations étaient aériennes, parce qu’alors la hauteur du quai au-dessus des rails s’ajoute au lieu d’être déduite.
- A la traversée des propriétés particulières, surtout dans la région centrale de Paris, le chemin de fer devra autant que possible, sans nuire aux stations, passer au-dessous des caves, afin de réaliser une économie considérable en n’expropriant que le tréfonds. La Compagnie du Nord l’a payé cinquante centimes le mètre carré, dans la traversée de la ville haute de Boulogne-sur-Mer. Le chemin de fer de Ceinture a payé le tréfonds unjrane le mètre carré aux tunnels de Belleville et de Cha-ronne. (Ces tunnels ont ensemble 2 145 mètres de longueur; ils ont coûté respectivement 1 063 francs et 1 110 francs le mètre courant, têtes comprises. Ils furent exécutés rapidement, en galerie, dans la glaise, la marne et le gypse, sous la direction de M. Couche, au travers de carrières abandonnées et parfois effondrées,)
- M. Letellïer demande à ajouter un renseignement relatif aux chemins de fer souterrains dans les villes américaines, d’après les Annales des ponts et chaussées de juillet 1873.
- Celui de Baltimore, le premier construit en Amérique, se compose de deux lignes distinctes de tunnels à deux voies. Ces lignes ont ensemble une longueur, totale de 5 milles et demi (5 633 mètres), ayant coûté cinq millions de dollars environ (27 100 000 francs). La partie réellement enterrée a 2 milles (3219 mètres); le reste est en tranchées sous 42 rues et avenues franchies au moyen de ponts. Maintenant, tous les chemins de fer, à peu près, sont en communication et arrivent au centre de la ville.
- « Le chemin de fer souterrain de Baltimore passe à travers la plus belle partie de la ville, dans la partie habitée par la population riche et fashionable ; mais personne n’en est incommodé et la circulation n’est nullement entravée.
- « La législature de l’État de New-York, dans sa dernière session, a accordé la con-* cession d’un chemin de fer souterrain dans cette ville; il doit s’étendre depuis la Battery jusqu’au Central-Park, en passant sous Broadway, sur une longueur de 5 milles (8 047 mètres), avec un embranchement sous la Madison-Avenue, aboutis-
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- sant à la rivière de Harlem, sur une longueur de 6 milles (9 6a6 mètres), soit 11 milles en tout. Le sol est favorable et le tracé est presque en ligne droite.
- « Celte ligne sera, sans aucun doute , la plus fructueuse de tous les chemins de fer métropolitains du monde, car elle passe directement sous une rue qui est à la fois le centre des affaires et l’artère principale de la circulation à New-York. Des démarches sont commencées pour la construction de cette ligne. »
- M. Richard croit que la question de l’aération des tunnels n’est pas la grosse difficulté des chemins de fer dans Paris, et qu’il y en a d’autres d’un ordre tout différent, et complètement en dehors des questions techniques. 11 ne lui est pas démontré qu’un chemin de fer souterrain dans Paris soit nécessaire ou même utile aux besoins, aux goûts et aux habitudes des habitants de Paris. Il a la conviction, que ce serait une entreprise très-hasardée, qui ne serait pas rémunératrice par ce fait qu’elle ne servirait inévitablement que les dimanches et jours de fêtes. Les ingénieurs y trouveraient bien leur gloire, mais elle serait payée cher.
- M. Letellier suppose que c’est la question technique qui préoccupe l’Administration supérieure, car le rapport déjà cité, de la Commission des 14 ingénieurs, constate que la concession de quatre projets principaux de chemins de fer dans Paris a été demandée sans subvention ni garantie d'intérêts.
- Séance «Isa %© Féva«î©i» 1SÎ4.
- Présidence de M. Jordan.
- La séance est ouverte à 8 heures et demie.
- Le procès-verbal de la séance du 6 février est adopté.
- M. Queruel a la parole pour sa communication sur l’agencement mécanique des théâtres. ~
- En donnant une suite à la communication sur la machinerie théâtrale, du 6 septembre 1872, M. Queruel croit répondre au désir manifesté par quelques membres delà Société, qui, lors de cette séance, ont demandé : quel est le système adopté pour l’Opéra ?
- Il a pensé aussi qu’au moment où ces travaux vont entrer dans la période d’exécution, une revue des différents systèmes présentés pour la scène de ce théâtre serait de nature à offrir quelque intérêt à la Société ; c’est donc de ce double sujet que M. Queruel se propose d’entretenir la Société.
- Deux documents : l’ouvrage intitulé le Théâtre, par M. Ch. Garnier, architecte 4e l’Opéra, et le mémoire à l’appui du projet de l’administration qui a été rédigé
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- par M. Sabathier, lui permettent aujourd’hui de compléter la série de ces divers projets.
- Le chapitre delà machinerie de la scène , de l’ouvrage de l’architecte de l’Opéra, commence par une appréciation comparative des scènes étrangères avec la scène française. Il est dit que la machinerie française, toute imparfaite qu’elle soit, est encore supérieure à celles d’Angleterre et d’Allemagne. Il y a là une erreur qu'il convient de rectifier. Des renseignements bien précis sur les scènes anglaises et des observations bien exactement faites dans les scènes allemandes permettent d’affirmer qu’au contraire les étrangers ont fait quelques pas en avant dans le mécanisme théâtral.
- M. Quéruel cite les dispositions générales de ces dernières scènes et les principes qui ont présidé à leur organisation; il conclut, sur ce premier sujet, que M. Garnier a sans doute voulu dire que la décoration théâtrale française est de beaucoup supérieure à celle de ces deux pays.
- Dans le programme général du concours pour le nouvel Opéra, il était recommandé, pour éviter les plantations de décors sur le plancher de la scène, de suspendre ces derniers à des galets qui devaient courir sur des rails fixés aux cintres de la scène.
- Cette disposition avait pour but de délivrer le plancher des complications que nécessitent ces plantations et de supprimer du môme coup les mâts, les costières, les chariots et les fermes de décoration qui disparaissent dans les dessous. Ces suppressions simplifiaient le problème d’un plancher mécanique et facilitaient sa solution.
- M. Barthélemy est le premier qui proposa un système de suspension de décors et un plancher de scène mécanique sur cette donnée. M. Garnier, adoptant ce principe de suspension de décors, le convertit en un projet qui fut soumis à une commission. Mais la sous-commission de peinture ne put admettre que les maisons, fussent suspendues parles cheminées, les arbres par les feuilles supérieures et les édifices parles clochers. Les balancements de ces décorset l’obligation de masquer les attaches supérieures eussent détruit toute illusion. Bien que ce système fût rationnel au point de vue mécanique, les obstacles qu’il créait dans l’art de la décoration ont dû y faire renoncer et à tout système qui en dérivait.
- M. Raignard, machiniste de théâtre, a présenté une disposition de plancher mécanique, dont le fractionnement n’était que par plan : c’est-à-dire transversalement à la scène. La plantation des décors était maintenue sur chariots, et ces derniers suivaient les mouvements ascensionnels ou de descente du plancher. Les dessous de la scène étaient en bois; le mouvement des plans était transmis par crémaillères, pignons, arbres, courroies, tendeurs, et le moteur deyaitêtre à gaz. La sous-commission s’était prononcée en faveur de ce système ; mais la commission ne ratifia pas cette opinion.
- M. Sabathier a présenté un projet de plancher mobile, dans lequel toute la super? ficie de la scène devait être composée de fonds de caisses de 2 mètres de côté environ, Les caisses étaient donc renversées.et ouvertes per le bas. Dans l’intérieur de chacune d’elles était, une presse hydraulique également renversée* en ce que le corps de presse était fixé verticalement sousde fond de caisse formant parcelle du plancher et le piston à socle fixé sur le sol. Chacune des parcelles pouvait donc être mise en mouvement par sa presse hydraulique. Mais ce système impliquant nécessairement la suspension des décors et n’ayant pas de caractère pratique n’a pas été poursuivi.
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- Après toutes ces tentatives infructueuses de la commission, un projet 'dont le principal caractère était la substitution du métal au bois fut présenté au nom de MM. Sabathier et Queruel. La surface mobile du plancher était divisée en parcelles rectangulaires, qui, ensemble ou séparément, pouvaient être élevées ou abaissées au moyen de presses hydrauliques. Les mâts, les costières, les chariots subsistaient comme dans l’état actuel ; la plantation des décors s’opérait par le pied ; mais la réunion du plancher de la scène avec celui du premier dessous en une seule poutre à deux âmes de un mètre de hauteur condensait en quelque sorte cet ensemble, lui donnait du compact, de la solidarité et de la simplicité. Néanmoins cette disposition a été la cause principale du rejet de la proposition.
- MM. Sacré et Brabant, machinistes et membres de la commission, ont également présenté des projets qui avaient entre eux une grande similitude. Le plancher était divisé en parcelles rectangulaires, et la plantation devait se faire par le pied d’après le principe déjà décrit. Dans ce projet les dessous de la scène étaient en bois, et, en présence des avantages que le précédent projet avait mis en lumière, M. Sacré reprit son travail et le reproduisit en fer, en réduisant la hauteur des chariots à un mètre, comme dans le projet précédent. Le mouvement était imprimé aux parcelles de plancher par transmission funiculaire ; il exigeait 96 treuils, 768 contre-poids, 1152 cordages métalliques et 3840 poulies de 0m, 10 de diamètre.
- La proposition de M. Brabant ne différait de celle de son confrère que par l’absence de contre-poids d’équilibre, ce qui simplifiait un peu le mécanisme. C’est sans doute pour ce motif que la Commission avait pris en considération ce dernier projet, et qu’elle est demeurée sur cette décision pendant plus d’un an, jusqu’au jour où la Commission eut sous les yeux le projet qui a fait l’objet de la communication du 6 septembre 1872.
- M. Qüéruel demande la permission d’en retracer les dispositions principales, afin de faciliter la comparaison avec celui de l’administration, dont il est le prototype.
- Dans ce projet, la poutre à deux âmes en treillis, viaduc des chariots, qui porte le plancher de la scène, est conservée. Elle est tronçonnée en huit parties, et les bords de raccordement, en fer à cornière spécial, sont rabotés et biseautés à la partie inférieure. Les tronçons, brochetés par des verrous, peuvent être solidarisés au moyen d'une pression énergique opérée par des coins de même profil que la poutre, agissant aux deux extrémités de la partie sectionnée. Chaque tronçon est porté, à son centre, par une unique tige tubulaire cylindrée et percée de mortaises diamétrales pour le clavetage. Les douilles de glissement de ces tubes, destinés à transmettre les poids qu’elles reçoivent, soit sur la traverse motrice, soit sur la poutre de repos, portent des surdouilles à mouvement de pivotage. Ces surdouilles sont solidaires au mouvement de pivotage des tronçons par les encastrements dans lesquels reposent les clavettes de soutien, et sont munies de linguets d’arrêt. On peut donc empêcher les mouvements de giration intempestifs et fixer l’angle d’orientation du tronçon au degré réclamé par le mouvement du plancher. Chaque petite rue serait garnie d’un châssis de plantation de ferme de décoration, toujours équipé sur ses coulisses verticales, coulisses qui ne dépasseraient jamais le niveau de la scène. Des mâts amovibles, qui se planteraient dans tous les points delà longueur de ces châssis, permettraient de fixer dans chaque petite rue, et dans chaque entr’acte, une nouvelle ferme de décoration.
- Le mouvement vertical de ces châssis sera donné au moyeu de palans inverses
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- qu’on pourra établir sur les traverses motrices, palans dont le nombre illimité sera une source féconde de mouvements aussi puissants que variés.
- Enfin, le système d’équilibre absolu des traverses motrices, établi par des renvois funiculaires, permet encore d’établir des mouvements solidaires et des permutations entre les presses hydrauliques des dessous-, donnant ainsi à volonté indépendance ou solidarité.
- L’architecte de l’Opéra annonce que ce système a été écarté parce qu’il nécessitait encore un nombre de presses assez considérable, soit trois ou quatre par plan, suivant le nombre des trappillons, et parce que l’équilibre de la poutre sur un seul point central n’a pas paru suffisant; M. Garnier estime qu’il serait préférable de mettre deux presses par traverse, afin d’en établir la stabilité.
- M. Quéhuel rectifie l’erreur commise par M. Garnier, qui attribue trois ou quatre presses par plan, alors qu’il n’y en a que deux. Puis il conteste l’opinion que deux presses par plan vaudraient mieux qu’une.
- « Néanmoins, » écrit M. Garnier, « si ce système n’a pas réuni l’assentiment de la Commission, il a apporté un élément nouveau qui a servi de base au projet qui, actuellement, paraît devoir être suivi. »
- M. Quéruel aurait pu citer et analyser le rapport que M. Garnier a fait sur le projet de l’administration; mais il préfère passer de suite à l’examen du Mémoire descriptif de ce projet, qui contient des développements plus étendus et renferme des détails cotés et chiffrés qui en faciliteront l’analyse. Ce Mémoire a été rédigé par M. Sabathier, chef des travaux de maçonnerie de l’Opéra.
- La superficie du plancher de la scène serait partagée en 260 trappes et trappillons, reposant en feuillures sur des lambourdes. Ces lambourdes, au nombre de 520, sont articulées à l’extrémité supérieure de \ 040 tiges épontilles tubulaires .de 50 millimètres de diamètre extérieur et de 14 mètres de longueur; soit, 14 kilomètres et demi de tubes.
- Le premier dessous serait porté par des poutres en fer à une âme, et déchargerait la plus grande partie de son poids sur des arcs en fer, qui formeraient le deuxième dessous. Les semelles de ces arcs, comme celles des poutres supérieures, seraient percées de 2 080 trous pour le passage des épontilles qui doivent mettre le plancher en mouvement. Les arcs ont pour dimensions: une âme pleine de 0m,30, deux semelles de 0m,24. L’ouverture est de 31 mètres et la flèche de 1 mètre.
- La transmission générale de mouvements consiste en deux cadres superposés qui occupent à peu près toute la superficie du sous-scène. Yus en place, la forme de ces cadres rappelle celle de grils, en ce qu’ils sont formés chacun de vingt-sept poutres à une âme pleine, assemblées avec deux poutres de tête de trois âmes de même hauteur.
- Chacune des vingt-sept poutres de ces grils est en projection verticale des poutres supérieures; elles sont, comme elles, percées de 4 160 trous pour le passage des tiges épontilles. Les deux grils sont sensiblement équilibrés l’un par l’autre et liés de mouvement par des chaînes passant sur des poulies, et fonctionnent en opposition, comme les deux seaux sur la corde d’un puits. Le gril supérieur, le plus pesant, est articulé ou fixé sur quatre pistons hydrauliques, et il suffit de claveter les tiges épontilles pour lever les trappes et les trappillons de la quantité désirable, et obtenir des mouvements dans le sol de la scène.
- Telle est la disposition générale du projet çle l’administration.
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- M. Quéruel passe ensuite à la discussion de la construction.
- La superficie de la scène est divisée en douze plans à une rue et deux petites rues par plan. Cette division donne pour mesure des nombres fractionnaires qui seront gênants pour les études de mise en scène et incompatibles avec celles des peintres, en ce que, pour la moindre combinaison, ces nombres fractionnaires exigeront des calculs en forme. De plus, l’extrême réduction de largeur utile des rues, 0m,966, ne permettra pas le passage du moindre meuble, et réduira la plus grande scène de Paris à l’usage d’accessoires des plus petites scènes.
- Les lambourdes en bois qui porteront les trappes et les trappillons, raccordées entre elles et par le bout au moyen d’éclisses, donneront-elles une résistance suffi-santé à ces trappes isolées pour maintenir verticalement la décoration qui y sera, plantée? et ces dernières présenteront-elles une inertie capable de résister aux mouvements cadencés de la danse? Il y a lieu d’en douter; car les éclisses ne peuvent avoir d’efficacité que lorsqu’elles sont voisines de points d’appui. Or, tous ces raboutis ont 27 mètres d’abandon pour une largeur de section de 0m,10 ; ce qui fait donc 1/270 pour le rapport de la largeur à la longueur, et il est bien évident que ces lignes ra-bouties seront fléchissantes.
- L’articulation des épontilles avec les lambourdes, loin de racheter ce vice, viendrait encore l’aggraver si cette articulation était praticable. Comment, en effet, faire cadrer les projections verticales des trappes, qu’elles soient horizontales ou obliques? Il faudrait donc que les trappes ou les lambourdes s’allongeassent pour parfaire les différences qu’impliqueraient les inclinaisons des trappes.
- Les arcs surbaissés du deuxième dessous auront à porter le plancher de la scène, le premier dessous et eux-mêmes. Ce sera donc une charge considérable, si on considère leur ouverture de 31 mètres et leur faible flèche de 1 mètre. Or, ces 32 arcs de mince section n’auront aucun contre-ventement, aucune liaison entre eux; cet isolement leur constituera un équilibre instable qui tendra à les faire tourner dans les encastrements et à les renverser. La poussée qu’ils exerceront sur les culées en maçonnerie sera de 2 000 tonnes.
- Examinant la construction des grils moteurs, M. Quéruel constate tout d’abord que la proportion de hauteur, 1/28 de la longueur, adoptée pour les poutres transversales à la scène, n’est pas conforme au principe de bonne utilisation de la matière. Il fait remarquer également que les semelles travaillantes de ces poutres seront fortement affaiblies par les nombreux trous qui en couperont, couple à couple, les plates-bandes et les cornières.
- Les poutres de têtes à trois âmes, qui assemblent par les deux extrémités les réseaux dont il vient d’être parlé, ne paraissent pas être dans des conditions de statique irréprochables. Ainsi, le centre de gravité de résistance de la poutre à trois âmes est dans le centre de figure; alors que les efforts tranchants déchargés par les poutres internes tombent précisément sur le côté de l’âme sur laquelle ils aboutissent. Cette âme sera dope seule en charge, et si les autres partagent un peu cette charge, ce ne sera que sous l’effet de torsion qui se sera produit.
- Le poids de chacun de ces grils moteurs est annoncé, dans le Mémoire descriptif, être de 200 tonnes. M. Quéruel, qui l’a calculé d’après les croquis cotés du Mémoire, a trouvé 334 tonnes; soit, 648 tonnes pour les deux grils.
- Si l’on examine le fonctionnement des grils, voici ce que l’on trouve.
- Premier point. Grils guidés aux quatre angles par des coulisseaux à frottement sur colonnes. En supposant que l’on manœuvre un seul côté de la scène, on aura
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- pour effort d’équilibre sur les coulisseaux 540 tonnes, en supposant encore que ces organes puissent les supporter sans désordre.
- Deuxième point. Pistons solidaires au gril servant de guides verticaux et supportant tous les défauts d’équilibre. Dans ces conditions, il y a lieu d’examiner ce qu’il adviendrait si, par une cause quelconque, deux presses se trouvaient paralysées. L’effort des deux presses agissantes se portera sur les quatre collets de raccordement des pistons au gril, et s’exercera sur le métal à raison de 150 kilogrammes par millimètre carré.
- Des exemples, d’ailleurs assez nombreux, prouvent les difficultés que l’on rencontre dans ces évolutions verticales de grandes superficies horizontales ; et M. Qué-ruel cite celui d’un pont équilibré par des contre-poids dont le mouvement solidaire avait été établi, et qui n’en a pas moins éprouvé de grandes difficultés àfonctionner.
- Passant à la question économique du fonctionnement, M. Quéruel estime, d’après calcul, qu’une puissance de 400 tonnes sera nécessaire; soit : 100 tonnes par presse hydraulique.
- Les pistons ayant 0m,500 de diamètre, la pression des eaux sera donc 51 kil. par centimètre carré. Cette pression sera obtenue par deux accumulateurs, dont les volumes seront un peu supérieurs au volume des quatre presses; soit 0m,740 sur 6 mètres de course. Les accumulateurs seraient placés horizontalement et alimentés par l’eau de la ville, qui, à l’Opéra, a 55 mètres de pression. On chargera les accumulateurs au moyen de pistons différentiels, dont la section serait dix fois plus grande; soit 2m,362, ce qui exigera une section de valve de lm2, et une canalisation spéciale de lœ,20 de diamètre; car il faut bien se pénétrer que cette disposition exigera la mise en marche de la colonne d’eau initiale, lorsqu’il s’agira du moindre mouvement de l’appareil ; en sorte que, s’agisse-t-il de lever ou d’abaisser toute la scène, de lever ou d’abaisser la moindre parcelle et le moindre personnage, on devra manœuvrer la valve, et l’énorme colonne d’eau de plusieurs kilomètres de longueur sera mise en mouvement et arrêtée subitement. Telle est l’économie de ce système, qui exigera pour de pareils mouvements de 800 000 à 2 400 000 kilogram-mètres, selon la hauteur de l’évolution.
- M. Queruel cherche les avantages que peuvent offrir les dispositions qui viennent d’être examinées, il ne les trouve pas davantage dans l’exécution du programme de peinture scénique. Les lambourdes éclissées ne tiendront pas plus les décors en ligne verticale, que les trappes flottantes ne résisteront aux balancements de la danse. Le mouvement élévatoire des grils, fixé à deux mètres, ne suffira pas pour établir le plancher au-dessus de cette altitude, alors que la moindre pièce exige des praticables de quatre à six mètres. La solidarité du mouvement est en complète contradiction avec l’indépendance qui est la donnée expresse du programme.
- Ce n’est donc pas sur ces points que l’on rencontre des avantages ; où sont-ils?
- M. le Président ouvre la discussion sur la communication de M. Queruel.
- M. de Dion croit qu’avec des pompes foulantes particulières à chacun des corps de presses hydrauliques, pompes dé capacité symétriques, et mues par un même arbre à quatre manivelles, on arriverait à un fonctionnement parallèle des grils. Dans ces conditions les charges seraient sans influence sur le mouvement, et les pressions seules seraient affectées et deviendraient proportionnelles aux charges qu’elles auraient à lever.
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- M. Queruel reconnaît que ce moyen, en effet, pourrait assurer dans une certaine mesure un fonctionnement parallèle approché; à la condition, toutefois, que le mesurage proportionnel des cylindres et des pompes fût rigoureusement exact ; mais en dehors des difficultés pratiques de cette disposition, il y aurait à examiner si les vitesses réclamées de 0m,35 à 0m,40 par seconde pourraient être réalisées soit au levage, soit à la descente; et pour accomplir cette dernière évolution, il faudrait encore un mesurage proportionnel. Puis, en définitive, dût-on réussir sur ces points techniques, il resterait encore la question du programme. Or, M. Queruel croit avoir établi que ces organes, les grils, dussent-ils fonctionner de la manière-la plus satisfaisante, ne remplissent nullement la donnée du programme ; ce seraient donc des engins sans but et sans utilité.
- M. le Président demande si quelque ingénieur spécial en matière d’emploi d'eau comprimée s’est occupé des projets.
- M. Queruel répond que jusqu’à présent il ne connaît aucun atelier qui se soit occupé de ces études; mais il croit que quelques ingénieurs ont été invités à faire des études et à présenter des projets. Dans ce but, MM. Edoux frères ont reçu des dessins autographiés, mais ces messieurs n’ont rien présenté. M. Farcot et ses fils ont également été invités par le ministre des Beaux-Arts à s’occuper de la question, mais ces messieurs ont décliné cette invitation, par cette raison que ces travaux étaient tout à fait en dehors de ceux qu’ils exécutent ordinairement, qu’ils nécessiteraient des études et des recherches auxquelles leurs nombreuses occupations ne leur permettaient pas de se livrer.
- Personne ne demandant plus la parole, M. le Président ajoute qu’il semblerait, d’après ce qui vient d’être dit, qu’aucun ingénieur spécial ne s’est occupé de cette machinerie hydraulique de l’Opéra : cependant le sujet lui paraît assez important pour motiver l’intervention d’un ingénieur, choisi parmi ceux qui ont établi des machineries de docks, par exemple. Il est vrai que, jusqu’à ce jour, ces questions de théâtre ont peu été du domaine de l’ingénieur; cela est fâcheux pour les progrès de cette branche de la mécanique. On s’en occupe davantage en Angleterre, où on obtient, paraît-il, dans les féeries, des résultats qui montrent que, si les théâtres français l’emportent en ce qui concerne l’art du peintre-décorateur et celui du costumier, la question de l’éclairage des scènes et celle des mouvements mécaniques sont plus étudiées chez nos voisins.
- M. le Président remercie M. Queruel de son intéressante communication, puis il annonce que M. Molinos, empêché, ne peut, dans la séance de ce jour, faire la communication annoncée sur le puddlage. Pour remplacer cette communication, voyant parmi les membres présents M. Euverte, directeur de l’usine de Terrenoire, il lui demande s’il lui est possible de communiquer à la Société quelques détails sur la fabrication des rail&en.acier phosphoré à Terrenoire, qui excite tellement l’attention depuis quelque temps.
- M. Euverte expose qu’il se trouve bien un peu pris à l’improviste pour répondre à la question que vient de lui adresser M. le Président; il craint de répondre d’une manière incomplète et, surtout, de ne pas présenter les faits avec tout l’ordre nécessaire en un pareil sujet.
- D’un autre côté, cependant, il a été fait sur cette question une publicité peu in-
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- telligente et peut-être même, devrait-on dire, une publicité malsaine: il a été dit et écrit des choses absolument insensées, et, sous ce rapport, M. Euverte n’est pas fâché de saisir l’occasion qui lui est offerte de ramener les faits à leurs véritables proportions et à la vérité 'présente.
- Il est bien vrai que, depuis deux ans environ, des recherches sérieuses ont été faites à l’usine de Terrenoire, en vue de constater jusqu’à quel point il est possible d’introduire du phosphore dans les aciers; ces recherches ont déjà donné, à l’heure actuelle, des résultats importants, sinon absolument définitifs.
- Mais, pour bien saisir l’état actuel de la question, il est indispensable de faire un historique rapide des faits antérieurs et de saisir par quelle succession d’idées et de recherches il a fallu passer pour arriver à l’état présent.
- Toutes les personnes qui, depuis dix ans, ont suivi le mouvement de l’industrie métallurgique, ont pu apprécier qu’une révolution considérable s’était produite à la suite des grandes inventions de M. Bessemer et de M. Siemens.
- Depuis lors, la production de l’acier s’est développée dans des proportions considérables, et le moment n’est pas éloigné où tout le matériel des chemins de fer et de l’industrie sera entièrement en acier fondu.
- Il faut se rappeler cependant que ce n’est pas sans avoir eu de grandes difficultés à surmonter qu’on est arrivé à l’état présent.
- Dès 1856, M. Bessemer faisait les premiers essais de son procédé; les résultats obtenus alors étaient fort médiocres; il ne sortait de l’appareil qu’un fer suroxydé appelé vulgairement dans l’industrie fer brûlé.
- Un grand nombre de savants déclarèrent alors que cette tentative était contraire à toutes les théories connues, et que le procédé ne réussirait pas.
- De 1856 à 1862, M. Bessemer continua ses recherches avec la ténacité qui caractérise le génie anglais, et, à la fin de 1861, notre savant professeur, M. Gruner, signalait à l’attention des métallurgistes la réussite complète du procédé.
- Que s’était-il donc passé entre 1856 et 1862?
- Deux faits très-importants s’étaient introduits dans la pratique courante des procédés Bessemer.
- D’une part, l’inventeur avait reconnu la nécessité de ne traiter dans son appareil que des fontes grises contenant du silicium ou du manganèse; .et, d’autre part, on était arrivé à reconnaître la nécessité d’ajouter à la fin de l’opération une certaine proportion de fonte manganésée dite spiegel-eisen.
- On a contesté à M. Bessemer l’invenlion de ce dernier procédé, dont l’influence a été si décisive sur la réussite finale : ce n’est point là une question à examiner ici; mais ce qu’il importe de bien constater, c’est que, bien positivement, l’addition du spiegel-eisen ou fonte manganésée a été la véritable cause du succès final de l’opération Bessemer.
- On ne se rendait pas bien compte alors du rôle que le manganèse jouait dans l’opération Bessemer, et c’est seulement un peu plus tard, après une pratique un peu plus longue, que l’action du manganèse fut connue et raisonnablement expliquée. On est arrivé à admettre généralement aujourd’hui que le rôle du manganèse consiste surtout à faire disparaître l’oxydation qui se trouve en grande abondance dans le bain métallique à la fin de l’opération Bessemer.
- On comprend en effet que, sous l’action d’un courant d’air puissant, il se forme une masse considérable d’oxyde de fer qui s’interpose dans le métal, et devient un obstacle absolu à sa malléabilité ; et l’on comprend également que le manganèse,
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- dont l'affinité pour l’oxygène est bien connue, s’empare de cet oxyde de fer et l’entraîne dans la scorie. *
- Toujours est-il que cette pratique, qui consiste à ajouter de la fonte manganésée à la fin de l’opération, est devenue constante, et s’est appliquée non-seulement au procédé Bessemer, mais encore au procédé de fusion Siemens-Martin.
- Lorsque le procédé Bessemer fut appliqué en France, les produits étaient surtout destinés à la fabrication des rails, et pendant plusieurs années il en fut ainsi.
- On comprend aisément que l’addition d’une certaine quantité de fonte manganésée, à la fin de l’opération, avait, au point de vue des rails, un double avantage : d’une part, le manganèse remplissait son office important, qui consiste à faire disparaître l'oxydation ; et, d’un autre côté, le carbone contenu dans ces mêmes fontes servait à donner à l’acier la dureté convenable et désirable pour les rails.
- Mais, après un certain temps de pratique, il surgit un autre desideratum qui était la production d’un acier très-doux pouvant servir à fabriquer des tôles, des pièces de machines, des essieux; en un mot, toute cette partie de l’outillage industriel pour laquelle il faut un métal résistant au choc.
- Or, il avait été fait des essais nombreux d’application des aciers, plus ou moins carburés, à la fabrication des tôles et autres pièces en acier.
- Ces essais n’avaient pas été heureux, ou, pour mieux dire, ils avaient été très-malheureux. Les accidents les plus graves se produisaient, des pièces entièrement finies se rompaient au refroidissement sans qu’on pût en déterminer la cause, et l’on fut obligé de reconnaître que les aciers carburés devaient être absolument proscrits de tout emploi qui demandait une certaine malléabilité et imposait l’obligation de façons à donner à chaud.
- D’un autre côté, pour quiconque connaît les imperfections de la fabrication des tôles et des pièces forgées en fer, imperfections résultant de la nécessité où l’on se trouve de faire'dans chaque pièce un grand nombre de misages et de soudures, il est évident que l’application du métal fondu à ces fabrications présente un intérêt considérable.
- Il y avait donc des raisons très-sérieuses de poursuivre ce but par tous les moyens, et l’on s’y appliqua, avec une grande persévérance, dans les usines de Terrenoire.
- Toutefois, le problème était, au début, d’une solution très-difficile, et ressemblait fort à un cercle vicieux.
- En effet, lorsqu’une opération est finie, il faut ajouter du manganèse pour faire disparaître l’oxydation; mais, en même temps qu’on ajoute ce manganèse, il s’introduit dans le bain une certaine proportion de carbone contenue dans la fonte manganésée.
- Si, par exemple, dans un bain de 3 500 kilogrammes d’acier, on introduit 350 kilogrammes de spiegel-eisen contenant 9 pour cent de manganèse et 5 pour cent de carbone, on ajoute 17 kilogrammes de carbone, représentant environ 5 millièmes de la masse, et l’on obtient un acier trop carburé pour être doux.
- Si l’on ajoute moins de fonte manganésée, on aura, il est vrai, moins de carbone, mais alors le manganèse ne sera pas en quantité suffisante et le métal sera peu malléable. C’est donc un véritable cercle vicieux.
- Gn ne pouvait sortir de cette situation qu’à la condition de produire des alliages .riches en manganèse, au moyen desquels, sans ajouter de grandes quantités de carbone, on aurait une dose suffisante de manganèse.
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- La production des alliages riches en manganèse se trouvait donc ainsi, à priori, la solution indiquée de l’un des progrès les plus importants de la métallurgie.
- Au moment même où la solution était ainsi formulée dans les usines de Térre-noire, il se produisait ce fait, assez fréquent dans l’industrie humaine, que, sur un autre point, le problème poursuivi se trouvait en grande partie résolu.
- En effet, à cette époque même, c’est-à-dire vers la fin de 1865, M. Bessemer signalait à la Compagnie de Terrenoire l’existence en Angleterre, aux environs de Glasgow, d'une usine produisant un ferro-manganèse contenant de 25 à 30 pour 100 de manganèse métallique; ce produit était obtenu par les procédés de M. Hender-son, l’inventeur.
- Vers le même temps, les journaux industriels allemands indiquaient qu’une fabrication de ferro-manganèse, par le procédé de M. Oscar Prieger, était établie à Cologne.
- Le ferro-manganèse produit dans cette usine contenait régulièrement 75 pour 100 de manganèse métal, il était fabriqué au creuset par des moyens peu industriels, et était vendu au prix de 6 francs le kilogramme.
- Des essais furent faits sans le moindre retard aux usines de Terrenoire avec ces alliages qui venaient précisément réaliser le desideratum formulé à priori; les résultats furent tels qu’on était en droit de les attendre, et, surtout avec le ferro-manganèse, on obtenait un métal fondu ayant toutes les qualités du métal homogène anglais, ne contenant que des traces à peine dosables de carbone, et se prêtant merveilleusement à tous les usages de l’industrie.
- Le problème était résolu en principe, mais il restait encore bien des efforts à faire pour arriver à une solution industriellement pratique.
- En effet, pour une raison ou pour une autre, la fabrication fut interrompue en Angleterre ; le produit allemand était d’un prix beaucoup trop élevé, et il aurait été impossible de se procurer le ferro-manganèse, si la Compagnie de Terrenoire n’avait pris le parti de s’entendre avec les inventeurs pour avoir le droit de créer une fabrication en France.
- Cette fabrication créée en 1869 d’une manière définitive, après bien des tâtonnements, est arrivée aujourd’hui à un état véritablement industriel. Le procédé Hen-derson, pris comme base d’installation, fut successivement perfectionné, et, depuis 1871, on livre couramment, à l’usine de Terrenoire, du ferro-mangânèse à la teneur de 40 à 42 pour 100 de manganèse métal, au prix de 2 francs à 2 francs 50 centimes le kilogramme.
- De récents progrès permettront d’arriver, dans un temps assez court* à livrer des alliages à la teneur de 50 pour 100 de manganèse métal.
- Le problème est donc aujourd’hui complètement résolu, et l’industrie est en possession de produire d’une manière industrielle et régulière dès aciers fondus extradoux aU moyen desquels on peut fabriquer et employer avec sécurité des tôles, dé'à pièces de machines, des cartons pour l’artillerie de terre et de mer, donnant toutes les conditions désirables de résistance et d’allongement.
- C’est ainsi que, dans le moment actuel, la marine de l’État demande et obtient couramment, par grandes quantités, des tôles ayant une résistance de 45 à 50 kilogrammes par millimètre carré sous un effort de traction, et donnant, avant rupture, des allongements de 20 à 25 pour 100.
- Les meilleurs fers connus n’ont jamais donné de résultats comparables à ceux qui viennent d’être énoncés; ils présentent, de plus, l’énorme inconvénient des misages
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- et de l’imperfection des soudures, et personne ne contestera que la production de l’acier doux, dans les conditions qui viennent d’être énumérées, ne soit un des grands progrès de la métallurgie moderne.
- M. Euverte fait remarquer ici que l’on pourrait peut-être trouver étonnant qu’ayant à répondre à une question relative aux rails phosphoreux, il se soit étendu aussi longuement sur la production des aciers fondus doux parle moyen du ferro-manganèse.
- Il était cependant indispensable de procéder ainsi; les deux questions sont indissolublement liées, et la suite de cet exposé montrera que si les alliages riches en manganèse n’avaient pas existé, la solution relative au phosphore serait encore, à l’heure actuelle, dans le domaine de l’inconnu.
- Les recherches relatives au phosphore remontent, à l’usine de Terrenoire, à un temps assez éloigné.
- A la fin de l’année 1869, l’un de nos chefs d’industrie les plus distingués, M. de Wendel, avait entrepris à Hayange des recherches, très-sérieuses et très-ardemment poursuivies, sur la possibilité de produire de l’acier avec les matières essentiellement phosphoreuses provenant des immenses gisements minéraux de la Moselle.
- Des fontes fabriquées dans des conditions spéciales avaient été puddlées avec le plus grand soin, et les produits du puddlage avaient été refondus dans un four Siemens-Martin, et coulés en lingots destinés à la fabrication des rails.
- M. de Wendel, ne possédant pas alors dans ses usines de laminoir convenablement disposé pour laminer des rails d’acier, demanda aux usines de Terrenoire de laminer les lingots produits à Hayange.
- Ce laminage eut lieu en effet, et le résultat, tout imparfait qu’il dût paraître au premier abord, fut un premier indice que le phosphore n’était pas absolument incompatible avec l’acier, et qu’il ne fallait pas se laisser arrêter par des difficultés très-réelles, cela est vrai, mais qui ne devaient pas être absolument insurmontables.
- M. Euverte indique ici que, personnellement, il a toujours été convaincu que le phosphore ne devait pas être une cause absolue d’infériorité de qualité pour les aciers, surtout dans les proportions où on l’avait constaté tout d’abord.
- En effet, pour tous ceux qui ont étudié la fabrication du fer dans les différents districts français, il est resté comme un fait bien acquis que les fers phosphoreux étaient, de tous ceux produits dans la grande industrie au coke, ceux qui se comportaient le mieux au laminoir, et se prêtaient le plus aisément à prendre toutes les formes qu’on voulait leur donner. On constatait bien, il est vrai, notamment dans les rails, une certaine fragilité en ce qui concerne les épreuves au choc ; mais cet inconvénient avait été très-atténué par les progrès du puddlage et du laminage dans les quinze dernières années, et personne ne contestera que les fers phosphoreux ne soient entrés, sur une échelle considérable, dans la grande consommation industrielle.
- Comment pouvait-il donc se faire que dans la fabrication de l’acier fondu on fût venu se heurter à une impossibilité aussi absolue? Comment était-on arrivé à admettre que la plus minime proportion de phosphore empêchait complètement la malléabilité de l’acier?
- Évidemment il devait y avoir là une inconnue à dégager ; il fallait découvrir les causes particulières qui rendaient le phosphore absolument incompatible avec l’acier,
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- et c’était un de ces cas où, étant donnés les précédents, on devait dire : cherchez et vous trouverez.
- Les expériences faites sur les aciers fondus produits à Hayange étaient un premier résultat indiquant que le but n’était pas impossible à atteindre, d’autres essais plus décisifs ne tardèrent pas à surgir.
- M. Tessié du'Motay, dont tout le monde connaît l’esprit chercheur et inventif, avait entrepris depuis plusieurs années, à Commines dans le Nord, des essais métallurgiques en vue d’enlever le phosphore des fontes. Ces recherches furent ultérieurement transportées àTerrenoire, où elles ont été poursuivies dans ces derniers temps.
- Mais il se produisit alors ce qui arrive souvent en pareil cas : suivant le vieil adage, quod quæritis non est, on finit par reconnaître qu’il n’était pas très-facile de se débarrasser du phosphore par un moyen rapide, plus ou moins analogue au procédé Bessemer; mais, par contre, oh constata que, dans certains cas déterminés, le phosphore s’incorporant à l’acier ne produisait aucun effet nuisible.
- Des matières phosphoreuses ayant été introduites en assez grande proportion dans un four Siemens-Martin, et l’opération ayant été terminée avec du ferro-manganèse, à 42 0/0 de manganèse, ou bien du spiegel-eisen, on constata que le jnétal obtenu était malléable et de bonne qualité courante.
- Cet essai recommencé à plusieurs reprises donna des résultats constants, et c’est à la suite d’une série d’opérations de ce genre qu’on est arrivé, à l’usine de Terre-noire, à formuler la loi suivante :
- On peut introduire du phosphore dans l'acier fondu, à la condition d'éliminer le carbone, et, moins il restera de carbone, plus il pourra y avoir de phosphore.
- Cette loi, prise d’une manière générale, est absolument certaine aujourd’hui. Mais il reste à la préciser et à déterminer d’une manière positive quelle est la dose de phosphore qu’un acier fondu peut supporter sans perdre ses qualités essentielles de malléabilité, résistance, etc.
- De nombreuses expériences ont été faites à ces différents points de vue, et il n’est pas encore possible d’en tirer aujourd'hui des conséquences positives pouvant être érigées en lois fixes.
- C’est pourquoi il paraît extrêmement regrettable qu’une publicité trophâtivè soit venue donner à cette question un aspect qu’elle ne peut avoir encore aujourd’hui.
- On est venu dire et écrire qu’au moyen du phosphore on pouvait fabriquer des aciers de qualité au moins égale à tous ceux fabriqués jusqu'à présent.
- C’est là une allégation contre laquelle il importe de protester tout d’abord.
- Que des expériences ultérieures viennent révéler de précieuses propriétés dans les aciers au phosphore, cela est possible et peut-être probable, mais la question n’en est pas là aujourd’hui.
- Au premier aperçu on doit reconnaître que, s’il est désirable de pouvoir introduire du phosphore dans les aciers, afin d’utiliser à cette fabrication des matières premières considérées jusqu’ici comme nuisibles, il faut admettre que le mieux est d’en introduire le moins possible.
- Il résulte de toutes les expériences faites à Terrenoire que les propriétés physiques du nouveau métal ainsi obtenu présentent des particularités qui méritent une étude très-attentive. Les idées, à cet égard, ne sont pas encore assez assises pour qu’il soit possible de les formuler; cela sera l’objet d’une communication ultérieure
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- à la Société. Pour le moment, il faut se borner à constater qu’il y a là un champ d’études d’une véritable importance.
- C’est bien le cas de rappeler ici les paroles prononcées par l’honorable et savant président de la Société lorsqu’il prit possession du fauteuil qu’il occupe à si juste titre :
- « Les connaissances qui constituent ce qu'on 'peut appeler la physique et la rriéca-« nique moléculaires du fer sont encore bien rudimentaires. »
- C’est là une très-grande vérité dont il faut savoir gré à M. Jordan.d’avoirpro-çlamé l’importance, et d’avoir appelé sur ce point spécial l’attention des ingénieurs métallurgistes.
- C’est un des côtés de la science et de l’industrie où manquent absolument les connaissances positives, classées, admises par tous. Le critérium de comparaison fait défaut dans la plupart des cas, et la méthode d’observation doit être appliquée avec une sagacité dont très-peu d’hommes sont doués. Il faut apporter dans ces observations une valeur tout à fait personnelle que chaque homme doit chercher à développer en lui.
- Les expériences déjà nombreuses faites aux usines de Terrenoire sur les aciers phosphoreux et celles qui sont faites chaque jour font ressortir de la manière la plus évidente l’importance qu’il faut apporter à l’étude des propriétés physiques du métal. Les résultats seront ultérieurement précisés, tout ce qu’on peut en dire aujourd’hui pour rester dans les limites de la stricte vérité, c’est qu’un acier contenant environ trois millièmes de phosphore et un millième et demi de carbone est très-malléable et peut être utilisé pour fabriquer des rails de très-bonne qualité.
- Peut-être deVra-t-on dire qu’un acier contenant seulement un millième et demi de carbone n’est plus un acier. Gela est peut-être vrai, et il pourrait être utile de se demander si la nomenclature ne doit pas être modifiée, et s’il faut laisser le nom d’acier à des produits qui contiennent à peine du carbone, qui ne durcissent en aucune façon à la trempe, et se comportent sous tous les rapports comme le fer< Déjà la marine de l’État a donné le nom de métal fondu aux tôles douces qu’elle demande aujourd’hui en grande quantité aux usines de Terrenoire et du Creusot, et l’on peut se demander s'il n’y aurait pas à régulariser la nomenclature dans ce sens.
- En résumé, il est aujourd’hui bien établi que les aciers-fondus peuvent contenir une certaine proportion de phosphore Saiis cesser d’être malléables, et en gardant de précieuses qualités de résistance.
- Les proportions précises de phosphore et de carbone qui peuvent coHstituer un métal de bonne qualité et les diverses propriétés physiques de ce métal Seront ultérieurement déterminées d’une manière positivé.
- Mais le fait principal est acquis aujourd’hui, êt la production industrielle dés alliages riches en manganèse étant également un fait acquis, on peut considérer comme résolu le problème qui consisté à introduire du phosphore dans l’acier, à la condition de n’y point ajouter de carbone, ou du moins de n’en ajouter quë le minimum possible. •
- Il est assez difficile de prévoir dès aujourd’hui d’une manière positivé quelles peuvent être les conséquences des faits nouveaux qui viennent d’être signalés ici.
- Il n’est peut-être pas impossible cependant, en prenant la question sous son aspect: le plus général, de faire ressortir que les résultats peuvent être très-considé-fàbles:
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- 11 est bien certain pour tous ceux qui suivent, depuis dix ans, les mouvements combinés de la métallurgie et de l’industrie générale du monde, qu’il s’opère une grande transformation dans le sens de la substitution de l’acier au fer.
- Il est également certain que cette transformation est un véritable progrès, puisqu’il s’agit de remplacer un métal très-imparfait dans sa constitution physique par un autre plus résistant à tous égards, et qui notamment, sous la forme de rails de chemins de fer, donne une durée de cinq à dix fois plus considérable, sans que l’augmentation de prix soit proportionnelle à l’amélioration obtenue.
- Mais si l’on avait dû rester dans la voie qui consiste à n’appliquer à la fabrication de l’acier fondu que les minerais de premier choix, le progrès en question eût été sensiblement entravé.
- Qu’on se demande en effet ce qu’il adviendrait au point de vue des vieilles matières des chemins de fer, si toutes les Compagnies avaient pris la résolution de n’employer dorénavant que le rail d’acier?
- Il n’est pas nécessaire de faire de bien longs raisonnements pour démontrer qu’il pouvait y avoir là un sérieux embarras.
- Si, au contraire, il est démontré que les vieilles matières, intelligemment mélangées, peuvent être refondues et transformées en rails neufs* n’est-on pas fondé à dire qu’il y a là une solution de la plus grande importance, puisqu’elle rend facile une transformation qu’on est d’accord pour trouver désirable ?
- Que si, surtout, on calcule que les vieilles matières des chemins de fer représentent aujourd’hui :
- 3 millions de tonnes en France ;
- 6 millions de tonnes en Angleterre ;
- 10 millions de tonnes en Amérique;
- 10 millions de tonnes dans le reste du monde ;
- soit en totalité au moins trente millions de tonnes de rails en mauvais fer qu'il devient possible de transformer en rails d’acier fondu, on est encore bien plus frappé de l’importance du résultat auquel il est possible d’arriver par l’application dés idées émises plus haut.
- Il est enfin une autre conséquence de ces faits nouveaux qui a bien son importance, et mérite d’être prise en sérieuse considération.
- Depuis la vulgarisation des procédés Bessemer et Siemens-Martin, de grandes quantités d’acier fondu ont été livrées à l’industrie sous diverses formes ; mais, quelque soit l’usage auquel ces aciers étaient destinés, quelle que soit la forme sous laquelle ils ont été employés, rails, tôles, essieux, pièces de machines, etc., les mêmes qualités de minerais ont toujours été employées, et toujours des qualités supérieures.
- C’est ce qui faisait dire au savant et regretté Rivot : « C’est un contre-bon sens in~ « dustriel de fabriquer des rails avec du minerai de Mokta. »
- Cela est parfaitement vrai; mais, jusqu’à ce jour, on était fondé à répondre à M. Rivot : on fait comme on peut.
- Aujourd’hui ces conditions vont peu à peu recevoir une très-profonde modification. Une classification des matièrés sera faite, et chacune recevra l’application la plus convenable.
- Il se produira dans les aciers fondus une classification de qualités, analogue à celle qui a toujours existé pour les fers; et l’on pourra dire alors que l’industrie métal-
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- lurgique a retrouvé sa base rationnelle, et qu’elle est arrivée à tirer le meilleur parti possible de tous les éléments naturels mis à sa disposition.
- M. le Président ouvre la discussion.
- M. Fichet demande si les aciers phosphoreux ne sont pas aussi manganésifères.
- M. Euverte répond que le manganèse ne reste pas. Jusqu’à présent, il lui paraît jouer simplement le rôle de balai pour chasser l’oxyde de fer dans la fabrication. Le ferro-manganèse dont il s’agit sert aussi à éviter l’introduction d’un excès de carbone.
- M. Gillot déclare que, d’après les nombreuses expériences auxquelles il s’est livré, le phosphore rend le fer mauvais ; il a également remarqué, dans le travail au petit foyer, que le manganèse ne restait pas dans l’acier.
- M. Euverte. L’action due au manganèse n’est pas encore bien expliquée. La présence simultanée du phosphore et du carbone est mauvaise; il faut exclure l’un des deux. D’un autre côté, il pense que le produit nouveau devrait recevoir une désignation autre que celle d’acier. Avant l’invention du procédé Bessemer, les Anglais fabriquaient au creuset un métal doux qu’ils appelaient homogeneous métal. Le nom de métal fondu conviendrait à un produit qui supporte des essais, tels que ceux prescrits par la marine pour les tôles : 45 kilogrammes à la rupture et 20 pour 100 d’allongement; absence de prise de la tr-empe. Le nom d’acier au phosphore, dont on a, dans certaines publications, baptisé les nouveaux produits de Terrenoire, n’est probablement qu’une réminiscence du bronze au phosphore, qui est aussi d’invention récente.
- Gomme M. Euverte l’a déjà dit, le phosphore n’est pas une amélioration; mais il pense que le produit nouveau viendra prendre , parmi les aciers, une place importante. On aura pour eux une classification comme celle qui existe dans les fers. M. Rivot trouvait avec raison qu’il n’était pas logique de faire toutes les pièces avec le même métal, depuis le rail jusqu’aux essieux coudés , tandis que pour les fers les minerais différaient suivant l’emploi.
- M. Dallot désirerait savoir si les aciers phosphoreux de Terrenoire ont quelque analogie avec des aciers analogues employés par les Américains dans la construction de leurs grands ponts.
- M. le Président fait remarquer à M. Dallot que les aciers américains dont il s’agit sont dits chromés et non phospliorés.
- A propos de la publicité dont s’est plaint M. Euverte au commencement de son exposé, M. le Président demande s’il est exact que, ainsi qu’il a été dit, des Compagnies de chemins de fer aient déjà reçu plusieurs milliers de tonnes de rails en acier fondu à 3 ou 4 millièmes de phosphore. A-t-on aussi fabriqué de l’acier fondu, avec les minerais phosphoreux, de façon à justifier les espérances de certains métallurgistes qui voient déjà le centre de l’industrie des aciers en France transporté du bassin delà Loire dans celui de la Moselle?
- M. Euverte répond qu’on a fort exagéré les quantités de rails fondus, fabriqués avec de vieilles matières, qui ont été livrés aux chemins de fer, qu’en fabriquant ces rails fondus on a choisi, parmi les vieux rails, ceux qui présentaient le moins de difficulté à l’emploi, et que, s’il est vrai que du métal contenant 4 millièmes de
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- phosphore se laisse encore laminer quoiqu’étant un peu fragile, les rails livrés sont très-loin de contenir cette proportion. On n'a pas encore fabriqué de l’acier avec les minerais phosphoreux, mais M. Euverte ne désespère pas, au contraire, de voir ce progrès réalisé. Il ajoute que le point important qui l’occupe maintenant, et qui exige une étude sérieuse pour que des progrès puissent être effectués dans l’application des nouveaux aciers, est leur état moléculaire qui présente des bizarreries encore inexpliquées.
- M. de Mastaing demande comment se fait l’emploi des vieilles matières dans cette fabrication.
- M. le Président croit pouvoir répondre que c’est au four Martin-Siemens.
- M. le Président, pour résumer la discussion, remarque que l’emploi avantageux des fers phosphoreux, dans les rails provenant de mises soudées, est un fait bien connu : témoins les rails de la Moselle, de la Ruhr, etc. Un auteur classique en métallurgie, Karsten, dit que les fers peuvent être employés à certains usages avec des teneurs allant jusqu’à 3 et même 5 millièmes de phosphore.
- Les usines de Terrenoire paraissent avoir trouvé, grâce au ferro-manganèse, le moyen de refondre des rails soudés phosphoreux et d’en faire des rails fondus phosphoreux. C’est un progrès considérable obtenu pour la métallurgie.
- En définitive, il ne s’agit pas de mettre du phosphore à dessein dans les aciers, mais de tirer parti de matières où on est obligé de le laisser.
- En ce qui concerne la présence du manganèse dans certains aciers, elle est affirmée par des métallurgistes distingués qui lui attribuent une action favorable, au point de vue de la malléabilité et de l’élasticité.
- Quant à la définition de l’acier, M. le Président pense, depuis longtemps, que ce mot ne devrait s’appliquer qu’à des produits fondus malléables et pourrait être adopté pour tous les produits de cette nature.
- Il ne voit pas plus de difficulté à désigner par le même nom aciers les aciers fins de Dannemora, et les aciers nouveaux de Terrenoire , qu’à désigner sous le nom de fers les fils à cardes de Suède et les fers tendres de la Moselle, ou sous le nom de fontes les fontes noires d’Écosse et le spiegel-eisen du Rhin. L’art de l’ingénieur et du métallurgiste consiste précisément à savoir appliquer chaque catégorie de matière au but auquel elle est propre.
- M. Euverte est entièrement de cet avis et regrette qu’une publicité fâcheuse ait attribué aux aciers phosphoreux toutes les qualités possibles.
- Quant à l’introduction du phosphore, elle est forcée, lorsqu’on veut traiter les vieux rails. Lorsque de vieux rails phosphoreux sont mis dans un bain initial assez considérable de bonne fonte, le résultat final contiendra du phosphore ; mais, pour en avoir le moins possible, M. Euverte, s’il avait à transformer les vieux rails de tous les chemins de fer français par exemple, ferait un mélange de manière à avoir la moyenne la moins phosphoreuse.
- Au point de vue de la malléabilité, le grand ennemi est l’oxydation, et M. Euverte pense que le rôle du manganèse est surtout d’éviter ou de faire disparaître l’oxydation.
- M. le Président remercie M. Euverte de cette importante et très-intéressante communication, et le prie de ne pas perdre de vue qu’il a promis de la compléter ultérieurement.
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- MM. Carron, de Villenaut, Dumont, Mathieu et Ponselle ont été reçus membres sociétaires, et M. Chavanes membre associé.
- Séance du © Mars 18 Y 4.
- Présidence de M, Jordan.
- ' La séance est ouverte à huit heures et demie du soir.
- Le procès-verbal de la séance du 20 février est adopté.
- Il est donné lecture d’une lettre de M. Tessié du Motay :
- « Dans une communication remarquable, faite par M. Euverte, sur les aciers phosphoreux, communication au cours de laquelle mon nom a été prononcéTj’aTa relever quelques inexactitudes de rédaction qui, pour les personnes peu au courant de mes travaux, sembleraient donner aux faits une interprétation différente de la réalité.
- « Mes recherches datent de 1869 ; mais c’est à la fin de 1871 et au commencement de 1872, à Commines, et avant toute collaboration avec l’usine de Terrenoire, qui se bornait à me fournir du ferromanganèse, que j’ai obtenu des aciers phosphoreux de qualité marchande avec des fontes phosphoreuses provenant de différentes forges, françaises, anglaises et belges, notamment avec les fontes d’Ongrée, d’Hayange, de Tamaris, de Bowling, etc,, etc. »
- M. le Président fait observer à ce sujet que la règle fort sage de la Société est de ne pas laisser occuper ses séances par des polémiques relatives à des questions d’invention et de brevets ; c’est pourquoi il ne croit pas devoir lire la fin de la lettre de M. Tessié du Motay où il est question d’un brevet, la première partie étant suffisante pour donner connaissance à la Société de la réclamation dont il s’agit, qui n'est du reste pas une rectification du procès-verbal.
- M. Armengatjd jeune demande à compléter cette réclamation en montrant que la loi’indiquée par M. Euverte est formulée dans un brevet de 1872, de M. Tessié/du Motay.
- M. le Président ne peut laisser une discussion s’engager sur ce point ; le procès-verbal est bien le résumé exact de ce qui a été dit en séance.
- M. le Président annonce le décès de M. Paul West.
- M. le Président a la satisfaction de faire part à la Société de la nomination de M. Daguin comme officier de la Légion d’honneur.
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- Il est donné lecture de la lettre suivante de M- E. Ghabrier :
- « Monsieur le Président,
- « La Société des agriculteurs de France a tenu sa session annuelle de 1874 pen-dant le mois de février, au Grand-Hotel, à Paris. .*
- « Délégué, par nos collègues, auprès de cette Société, j'ai l’honneur de vous adresser le compte rendu succinct des travaux de la section du génie rural, chargée des questions qui demandent lapplication de la science aux procédés de culture de la terre.
- « Ces travaux sont le résultat de discussions qui ont été souvent présidées par l’un de nos collègues, M. F. Raoul Duval, comme vice-président; la présidence ayant été maintenue à M. Hervé Mangon, ingénieur en chef des ponts et chaussées.
- « La question, à laquelle la section a consacré le plus de temps et dont elle a pu présenter l’étude'à l’assemblée générale, est celle des chemins de'fer ruraux, déjà traitée dans la session de l’année dernière, sur un rapport que j’ai eu l’honneur de faire avec le tant regretté M. Le Ghatelier. Cette collaboration m’a valu d’être chargé encore cette année de présenter le rapport en assemblée générale. La quèstion s’est élargie et l’on a traité les chemins de fer économiques; les conclusions, ont donné lieu à une courte discussion, à la suite de laquelle l’assemblée a ordonné l’impression immédiate du rapport, afin que des exemplaires puissent être adressés à tous les conseils généraux avant la session d’avril.
- « Ce rapport conclut à la possibilité de construire des chemins de fer en rapport avec des trafics restreints, et il demande de consacrer les accotements de nos routes et chemins à l’établissement de la voie à petite section. Cette solution appartient, chacun le sait, à la Société des ingénieurs civils; elle ressort clairement de la brillante discussion qui a suivi la promulgation de la loi sur les chemins de fer d’in-térêt local; MM. Molinos et Pronier ont apporté la preuve matérielle des opinions émises en faveur des petits chemins de fer en construisant leur chemin de fer de la sucrerie de Taveaux Ponséricourt. Le service régulier des petites machines locomotives, la traversée d’un village le long du seuil des maisons, mais surtout une exploitation normale et considérable avec un passage de la ligne présentant une rampe de 75 millimètres m’ont permis de répondre aux nombreuses objections soulevées par la nouveauté du sujet. Il n’est pas douteux que jamais la majorité de la section ne se fût prononcée, aussi énergiquement, en faveur de la petite voie, sans cette application si audacieuse au moment où elle a été faite. •
- « La question, si grosse, des irrigations est revenue, comme tous les ans, à l’ordre du jour. M. Vidalin, rappelant les* demandes de barrages indiquées dans le rapport de M. Krantz, à fait ressortir la nécessité de prévoir dans ces travaux les prises d’eau pour les irrigations. Il a exposé l’importance si capitale des irrigations d’hiver sur les prairies; à cette époque (de décembre à avril), tous les barrages débordent, aucune gêne ne serait donc apportée à la navigation par les prises, qui permettraient de couvrir les prairies d’eau, bien plus limoneuse en hiver qu’en été, de la laisser pénétrer dans le sol en déposant au pied de la plante un véritable engrais. L’irrigation d’été ne donne jamais ces résultats, ce que beaucoup de personnes ignorent.
- « Une question importante a été posée à la section par la Société d’agriculture d’Indre-et-Loire, et serait bien digne de l’attention de la Société des ingénieurs civiîs-II se présente souvent dans la distribution des récompenses, dans les concours, des
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- irrégularités choquantes : des machines des mêmes constructeurs, souvent les mêmes machines, concourent ensemble dans deux concours subséquents, et sont classées premières dans l’un et dernières dans l’autre, sans que l’acheteur puisse savoir la cause de cette divergence d’appréciation. La Société de Tours demande un programme raisonné pour un grand concours de machines à moissonner, qu’elle ouvrira cette année, en juillet, sur les terres de la colonie de Mettray.
- « Le sujet est complexe, il a été discuté, mais les solutions indiquées sont encore discutables; il faut les généraliser pour les appliquer aux autres machines destinées à remplacer le travail à bras d’homme. L’intervention de la Société des ingénieurs civils dans l’étude de cette question serait toute logique, car les agriculteurs eux-mêmes ont reconnu la nécessité de créer deux sections dans le jury, dont une composée entièrement d’hommes techniques.
- « Notre collègue, M. Liébaut, a rendu compte d’un appareil très-ingénieux, destiné à transmettre la force motrice à distance au moyen d’un tube rempli d’eau.
- « Une note de M. Yaudrey, ingénieur en chef des ponts et chaussées, sur l’emploi des ciments dans les constructions rurales, a amené une discussion intéressante sur la fabrication du ciment de Portland partout où l’on rencontre de la chaux et de la marne. M. Hervé Mangon a confirmé que l’orf pouvait faire partout du véritable ciment de Portland, à la condition de doser très-exactement la chaux et l’argile, et de faire un mélange bien intime; 1 ou 2 pour 100 de différence dans les proportions suffit pour faire manquer une opération ; bien dosée, au contraire, l’opération est sûre.
- « M. Alfred Durand-Glaye a fait connaître les faits survenus depuis la dernière session relatifs à la question de l’utilisation des eaux d'égout en France et à l’étranger ; il a indiqué la situation des travaux en cours à Asnières, et fait connaître que les nouveaux crédits alloués allaient être employés à l’établissement d’une rigole maîtresse, avant d’augmenter les moyens d’élever les eaux.
- « Cet ingénieur a été chargé de rendre compte à la section d’une communication qui lui a été faite par la section, d’un travail sur les moyens de juger de l’état de pureté d’une eau par le degré d’avancement de la végétation des plantes.aquatiques qui y vivent. Complète dans les eaux très-pures, qui produisent le cresson, la végétation se simplifie au point de ne produire que des végétaux primitifs sous forme de filaments blancs dans les eaux sales d'égout, et toute végétation cesse au delà d’un certain degré de pureté. .
- « Je ne saurais terminer cet aperçu rapide des études provoquées par le conseil de la Société des agriculteurs de France, sans solliciter nos collègues à faire partie de cette Société. Peu d’ingénieurs, aujourd’hui, sont absolument étrangers aux questions agricoles; directement ou indirectement, ils doivent tous prendre intérêt aux progrès que la science, appliquée à la culture de la terre, fait faire à cette première branche du travail humain.
- « Veuillez agréer, Monsieur le Président, etc., etc. »
- M. Forquenot donne ensuite communication de sa note sur les dispositions mises en pratique au chemin de ferd’Orléans, pour l’épuration de l’eau employée aux prises d’eau d’Aigrefeuille et de Neuville-aux-Bois, pour ralimenîatioîTdes locomotives. "......
- ‘""ITattention des savants et des industriels a été appelée depuis longtemps sur les
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- différentes méthodes proposées pour épurer les eaux non potables (c’est-à-dire sélé-niteuses, calcaires ou minérales), destinées à l’alimentation des chaudières.
- En l’année 1857, la question se représenta avec un intérêt particulier à la Compagnie d’Orléans, lors de la prise d’eau à établir au dépôt d’Aigrefeuille, bifurcation des lignes de Rochefort et de la Rochelle. M. de Fontenay, ingénieur-chimiste, attaché à la Compagnie, fut chargé de cette étude par M. Polonceau.
- La consommation de l’eau à Aigrefeuille devait être importante et par un puits était très-calcaire.
- La composition de cette eau était la suivante :
- Carbonate de chaux.
- Sulfate de chaux. .........
- Silice soluble. . „ . . ,........
- Chlorures alcalins, eau, matières | organiques,
- 0S>’.41G
- Le système d’épuration très-ingénieux de l’eau, au moyen d’un lait de chaux, fut choisi. Ce procédé connu depuis fort longtemps avait été remis en lumière dans les cours publics par M. Péligot. Seulement l’application industrielle n’en avait jamais été très-satisfaisante. M. Knab, probablement le premier, avait établi par ce procédé une épuration d’eau sur la ligne de Paris à Orléans, pour le service des locomotives, mais tous les détails de l’opération n’avaient pas été suffisamment prévus. L’eau épurée, non filtrée ou imparfaitement décantée, entraînait du carbonate neutre de chaux en suspension. Les conduites d’eau s’engorgèrent au bout de peu de temps, et l’essai de M. Knab fut abandonné.
- Des dispositions particulières furent donc étudiées et appliquées à la prise d’eau d’Aigrefeuille pour le filtrage. Des filtres à pression (à laine et éponges), de MM. We-del-Bernard et Compagnie, employés par la ville de Paris, furent établis et donnè~ rent de bons résultats. Les deux filtres fournissent 100 mètres cubes en quatre ou cinq heures; et un nettoyage par mois est suffisant pour le lavage de la laine et des éponges.
- Une disposition particulière fut également appliquée pour le dosage de la chaux.
- La quantité de chaux grasse nécessaire pour épurer 100 mètres cubes varie, pour l’eau du dépôt d’Aigrefeuille, entre 35 et 38 kilogrammes, suivant le degré de pureté de la chaux.
- Cette chaux est délayée dans un petit réservoir en tôle, muni d’un agitateur, d’une contenance suffisante pour former un lait de chaux très-clair, ce qui est indispensable pour le succès de l’opération. La dose de 35 kilogrammes doit même être séparée en deux ou trois parties, pour arriver plus facilement encore à ce résultat des plus importants, d’avoir une réaction chimique complété.
- Lorsque le lait de chaux est à un état convenable, au moyen d’un robinet et d’une rigole, on règle l’écoulement de ce lait de chaux dans la veine liquide de l’eau ordinaire élevée dans le réservoir et qu’il s’agit d’épurer.
- Après un ou deux tâtonnements, le chauffeur chargé de ce travail règle très-facilement les proportions entre l’eau ordinaire élevée par les pompes et le lait de
- Résidu par litre d’eau évaporé, 0sr.416
- l’eau fournie
- 0Sr.287 O .015 0 .008
- O .100
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- chaux, de façon à avoir complètement employé la dose entière de lait de chaux, lorsque le réservoir de 400 mètres cubes est rempli.
- Par suite de ces dispositions, on remarquera que le lait de chaux est mélangé dans l’eau à épurer d’une manière aussi intime que possible et que la veine liquide du mélange tombant dans le réservoir produit dans toute la masse une agitation continuelle des plus favorables à la réaction complète qu’il s’agit d’obtenir.
- On laisse reposer pendant douze heures l’eau ordinaire mélangée au lait de chaux. Le bicarbonate de chaux transformé en carbonate neutre de chaux insoluble se dépose complètement au fond du réservoir. L’eau épurée déjà claire est prise à une certaine hauteur au-dessus du fond du réservoir et est dirigée à travers les filtres, dans la citerne destinée à recevoir l’eau épurée. Elle est reprise alors parles pompes et élevée de nouveau dans les réservoirs spéciaux alimentant les grues de service.
- La méthode employée pour le dosage est des plus simples. L’analyse ne sert qu’à fixer les limites extrêmes des quantités de chaux à employer. Le dosage réel et certain est obtenu par tâtonnement. On est en cela parfaitement guidé par l’emploi de l’hydrotimètre. L’eau d’Aigrefeuille, avant épuration, marque 25 degrés, et après épuration, quand le dosage est exact et l’opération bien conduite, le degré hydroli-métrique peut descendre jusqu’à 5 degrés, c’est-à-dire au-dessous des meilleures eaux de rivière (l’eau de Loire, par exemple).
- Mais en résumé, en moyenne, en tenant compte des erreurs possibles dans les différentes opérations ou du défaut d’attention du chauffeur, on se maintient toujours de 5 à 8 degrés avec la plus grande facilité, ce qui est un résultat très-satisfaisant, puisqu’on a réussi à éliminer de l’eau plus que les deux tiers du poids du corps formant les incrustations.
- 11 est évident qu’on ne peut demander à ce procédé que ce qu’il peut rationnellement donner. 11 faut que la présence du bicarbonate de chaux soit positivement constatée et que, parfaitement guidé d’ailleurs par l’hydrotimètre, on arrive à avoir la certitude de l’effet du lait de chaux sur l’eau à épurer.
- Quant à la limite d’action de ce procédé, au point de vue industriel, elle s’impose naturellement par le prix de revient de l’eau épurée. A Aigrefeuille, le surcroît de dépense est environ de 4 centimes par mètre cube d’eau épurée, pour la dépense supplémentaire de charbon, de chaux et l’entretien des filtres (mais sans tenir compte des dépenses de premier établissement). Lorsqu’une eau calcaire donne un résidu inférieur à 250 ou 300 grammes par litre, il n’y a pas avantage à employer l’épuration pa,r la chaux. Il faut avoir recours, dans ce cas, à des produits désincrus-tants qui, lorsqu’ils sont mêlés à l’eau des chaudières en proportion convenable, donnent presque toujours des résultats satisfaisants.
- Une autre prise d’eau a été également établie à la Compagnie d’Orléans, avec épuration au lait de chaux. C’est celle de la station de Neuville-aux-Bois, ligne d’Orléans à Pithiviers, dont l’eau donne un résidu calcaire supérieur à 0sr,300 par litre et dans laquelle la présence, du bicarbonate de chaux a été dûment constatée. Le filtrage par pression a été remplacé par une disposition de bassins de décantation, afin d’éviter d’élever deux fois l’eau destinée au service des machines. Cette installation est trop récente pour qu’il soit possible d’établir si cette disposition, d’ailleurs beaucoup plus économique, doit être préférée à celle d’Aigrefeuille.
- Liquide antitartrique, — On fait usage depuis plus de quinze ans, pour le service
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- des machines, d’un liquide désincrustant composé de manière à atténuer le plus possible l’effet incrustant des eaux diverses employées sur tout le réseau.
- Ce liquide est composé de matières tinclorialies extrêmement ténues et de carbonate de soude. Le but des matières tinctoriales est de mêler intimement à toutes les particules du dépôt un excès de matières organiques pouvant, lorsqu’elles arrivent au contact direct du métal, se transformer par la chaleur en charbon et aider à la séparation du métal et de l’incrustation.
- C’est donc là simplement un effet physique que l’on cherche à produire.
- L’emploi du carbonate de soude a pour but d’aider à la désagrégation des matières tinctoriales dans la préparation du liquide désincrustant.
- Ce sel restant dans le liquide, mêlé à l’eau des chaudières, opère la transformation du sulfate de chaux en sulfate de soude soluble et en carbonate de chaux neutre insoluble.
- Le carbonate de chaux est moins à redouter pour les machines que le sulfate de chaux soluble à froid mais insoluble à chaud et qui, se déposant lentement, produit des dépôts d’une adhérence extrême.
- Ce procédé, comme tous les procédés de désincrustation, n’est qu’un palliatif, mais il a toujours donné au chemin de fer d’Orléans des résultats satisfaisants et répond à la plus grande généralité des cas pour les eaux de qualité ordinaire.
- Nota. Le liquide désincrustant est composé de :
- 100 gr.
- 900 gr.
- 1000 gr. Prix, 0f 07e le litre,
- M. Asselin désirerait savoir si le fait de la carbonisation de la matière organique contenue dans le produit désincrustant, dont a parlé M. Forquenot, est bien positif; dans ce cas, cette matière n’exercerait qu’une action purement physique. 11 serait très-intéressant d’être bien édifié sur ce point, car la constatation de cette action ouvrirait un vaste champ pour la question des incrustations.
- M. Forquenot indique que l’hypothèse de la carbonisation de la matière organique peut se justifier par l’examen des fragments d’incrustation détachés des chaudières; si l’on examine ces fragments, on voit que les surfaces sont recouvertes d’une couche noire dont l’existence doit être attribuée à la cause énoncée ci-dessus.
- M, Derennes croit que l’action des matières colorantes est plutôt une action chimique, et qu’il y a une combinaison réelle entre les matières et les sels, calcaires, combinaison du genre de celle qui produit ce qu’on appelle des laques en teinture, * ,
- M. Derennes expose qu’au chemin de fer du Nord on a eu recours, pour combattre; la nature incrustante des eaux, aux mêmes solutions qu’au chemin de fer d’Orléans, L’épuration par la chaux s’y emploie depuis douze ou quatorze ans ; elle a été appli? quée sur une grande échelle, notamment à Lille. Il se produit dans ce mode d’épu-. ration un précipité de carbonate de chaux à un état exactement pulvérulent et impalpable; on pourrait en tirer une sorte de blanc utilisable en peinture ou autrement.
- Carbonate de soude...........
- Teintures d’orseilles et de bois de cam-
- pêche. .....................
- Eau. .... 0 ........... .
- Total.
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- M. Derennes demande si au chemin de fer d’Orléans on a songé à tirer quelque parti de cette matière, qui a l’inconvénient d’être encombrante.
- M. Forquenot répond que les volumes d’eau sur lesquels on opère ne sont pas assez considérables pour que les résidus présentent quelque importance; il explique^ en réponse à une question de M. Derennes, que dans certains cas, comme à Saint-Nazaire, où on a affaire à des eaux saumâtres, on a tranché la question en prenant de l’eau douce à une station plus ou moins voisine et en l’amenant dans des citernes, solution d’autant plus applicable que dans l’espèce les volumes d’eau sont peu importants. On a eu recours à la même solution sur d’autres réseaux, notamment à Dunkerque et à La Rochelle.
- M. Derennes croit devoir signaler, à propos des eaux saumâtres, un fait remarquable qui a été constaté au chemin de fer du Nord. A Boulogne, on avait eu recours pour l’alimentation à un forage artésien donnant une eau calcaire contenant 3 à 4 décigrammes par litre de sel marin. On observa qu’après quelques jours de marche il se produisait des ébullitions mousseuses très-fréquentes dans les chaudières des machines locomotives, surtout en travail un peu soutenu. Cette eau contient très-peu de sulfate de chaux, mais notablement de carbonate ; or, si on examine l’eau des chaudières après quelques jours de marche, on trouve qu’il s’est produit une réaction entre le sulfate de magnésie et le chlorure de sodium ; ce dernier, en se décomposant sous l’influence de la chaleur, donne de l’acide chlorhydrique et de la magnésie libre; après une certaine période, on constate F existence d’une notable quantité de sulfate de soude, mais l’acide chlorhydrique a dû passer dans les cylindres avec la vapeur. Il y a là un fait qui mérite peut-être d’être signalé.
- M. de Mastaing considère que la communication de M. Forquenot présente un très-grand intérêt én ce qu’elle appelle l’attention sur la nécessité de purifier les eaux en dehors du générateur et préalablement à l’alimentation ; il croit que c’est la solution à laquelle on doit s’attacher. Elle est évidemment plus rationnelle que celle qui consiste à introduire, à la fois, dans les chaudières de l’eau impure et une matière destinée à séparer l’impureté de ces eaux en laissant déposer ces impuretés sur les surfaces; il n’y a là qu’un palliatif. Ce n’est pas seulement au point de vue de l’alimentation des chaudières que l’épuration de l’eau serait désirable, c’est encore pour la condensation de la vapeur dans les machines à condensation : en effet, dans ces machines, avec certaines eaux, les dépôts sont assez abondants pour encrasser les pompes à air et arrêter leur fonctionnement.
- De plus, dans certaines applications, telles que la rectification des alcools, l’impureté des eaux de refroidissement diminue la conductibilité des surfaces condensantes, et l’élévation de température, qui en est la'conséquence actuelle, détermine une diminution de qualité des alcools. L’épuration préalable des eaux offrirait un grand intérêt pour cette industrie.
- M. Assëlin, sans contester l’importance de l’épuration préalable des eaux, pense que les dépenses d’établissement qu’elle nécessite ne la rendraient guère applicable que pour les grandes Compagnies. Comme, d’ailleurs, d’après les chiffres donnés par M. Forquenot, le degré hydrotimétrique de l’eau n’est abaissé par cette opération qu’à 7 ou 8 degrés en pratique, l’épuration, après alimentation, est encore nécessaire pour compléter la première opération ; elle est d'ailleurs à la portée des plus petites industries.
- M. de Mastaing tient à établir que les appareils pour l’épuration des eaux, avant
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- l’alimentation, ne sont pas aussi coûteux à installer et que leurs résultats sont plus complets que ne semble le croire M. Asselin.
- Il cite l’exemple de grands générateurs tubulaires établis aux ateliers de la maison Cail, au quai de Billy, et à l’établissement d’Qullins, et où l’épuration préalable des eaux avait empêché les dépôts d’une manière absolue. Les dépenses d’établissement sont bien vite payées par les économies de combustible réalisées, sans parler de la sécurité qu’on obtient dans la marche des chaudières.
- M. Derennes ne croit pas qu’il existe des moyens d’épurer préalablement les eaux qui contiennent une quantité notable de sulfate de chaux, relativement au carbonate de chaux,.comme la plupart des eaux des environs de Paris. Dans ce cas, l'épuration, même par le baryte, n’est pas praticable.
- M. Molinos a la parole pour une communication sur le procédé de puddlage mécanique de M,.wPernpt^ chef de fabrication chez MM. Petin, Gaudet etTfïe.
- ~’”La question du puddlage mécanique est une des plus intéressantes de la métallurgie du fer et s’impose aujourd’hui d’une manière absolue, en présence de la difficulté de trouver de bons ouvriers puddleurs, et de la hausse des salaires. La solution du problème a été tentée de deux manières : d’abord, par la simple substitution, à la main de l’homme, d;un mécanisme généralement assez compliqué, pour opérer le même travail ; puis, ensuite, par l’emploi de soles oscillantes ou tournantes, pour opérer le brassage de la matière et déterminer la réaction par le contact successif de la sole avec la flamme oxydante et avec la fonte liquide.
- La plupart des essais tentés dans la première voie ont échoué dans la pratique; dans la seconde, une seule tentative peut être citée comme ayant donné des résultats indiscutables : celle de M. Danks, qui, associant le four rotatif Menelaus avec une garniture d’un nouveau genre, a obtenu un succès assez grand pour que diverses usines anglaises aient aussitôt monté des appareils d’expérience.
- MM. Petin et Gaudet envoyèrent en Angleterre deux de leurs ingénieurs, M. Pernot et M. J. Petin, pour étudier le nouveau procédé. Ils constatèrent que si la réussite est incontestable, si les fers obtenus sont de bonne qualité, la question d’utilisation postérieure économique est encore loin d’être résolue.
- Yoici comment s’exprime M. J. Petin dans son rapport :
- L’on sait, par les brochures elles-mêmes de M. Danks, qu’une des plus sérieuses économies de son procédé provient de la forte quantité de fonte qu’il peut traiter en une seule opération. On ne peut traiter moins de 300 kilogrammes, et il vaut mieux aller à 500 kilogrammes et au-dessus ; c’est l’avis de M. Danks fils, auquel nous avons eu Phonneur d’être présentés.
- L’on obtient donc, dans le four de M. Danks, une spule loupe de 300 à 500 kilogrammes et, malgré des essais de toute sorte, l’on n’a pu arriver dans ce four à découper en plusieurs loupes cette masse d’au moins 300 kilogrammes.
- Ne pouvant cingler ces énormes loupes, par les moyens ordinaires, on a dû chercher un autre instrument. Un marteau-pilon plus pesant ne pouvait servir, la manœuvre de la loupe par des hommes étant impossible. M. Danks a construit un squeezer à came gigantesque avec martelage de la loupe par bout, qui remplit assez bien ces fonctions. Malgré son prix très-élevé, on adopterait cet outillage, s’il était une solution ; mais il ne fait que reculer la difficulté.
- La loupe ainsi pressée n’est encore propre à aucun usage industriel. Ses dimensions : 1 mètre de long sur 0,n,300 ou 0m,400 de diamètre, empêchent de la passer
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- dans les laminoirs ordinaires, pour la mettre en barre de fer brut, ou de la passer au marteau-pilon. De plus, elle est trop froide pour être travaillée. Il faut la réchauffer, la découper à la tranche, comme on le fait aujourd’hui, puis la marteler. Pour en tirer parti, il. faudrait donc construire des laminoirs aussi puissants que le squeezer.
- I/on voit donc ce qu’entraînerait la transformation d’une usine de puddlage, d’après l’ancien procédé, en puddlage d’après le procédé Danks :
- Fours nouveaux; suppression des instruments de cinglage; squeezer à établir; suppression des laminoirs actuels; installation de laminoirs plus puissants ; marteaux de cinglage de 12 tonnes;- fours à réchauffer.
- Nous n’exagérons rien dans cette nomenclature : c’est d’ailleurs ce que vient de faire une usine, nouvelle il est vrai, celle d’Érimus, à Stockton (Angleterre). Pour 12 fours à puddler, cet établissement a construit :
- 2 cubilots, système Thomas.
- 12 fours Danks.
- 2 fours à réchauffer.
- 2 pilons cingleurs de 12 tonnes.
- 2 laminoirs puissants.
- 1 squeezer, système Danks.
- 4 chaudières à vapeur supplémentaires, la vapeur produite par les flammes perdues ne suffisant pas pour le laminoir.
- Pour une usine neuve, cela n’est encore qu’une dépense relative; mais, pour une transformation, c’est la perte totale de l’ancien matériel, plus l’installation à nouveau. Quel sera le prix de revient dans ces conditions? On peut dire que c’est l’inconnu.
- C’est en face de ces réflexions que M. Pernot rechercha une autre solution du problème, permettant l’utilisation de l’ancien matériel et conservant la pratique de la mise en barres du fer brut; car, dans une usine comme celle de MM. Pelin et Gaudet, travaillant presque uniquement en fers fins, le choix et le classement des fers est une condition indispensable.
- Il s’est toujours basé sur la possibilité du puddlage par le seul mouvement de la sole, sans brassage à la main, point acquis à la science par les travaux de M. Danks.
- Nous allons exposer, maintenant, le principe de la solution trouvée par M. Pernot.
- Description du procédé. — Il a imaginé de prendre la sole d’un four à puddler ordinaire, de l’incliner de manière à ce que la sole émerge, par moitié, du bain de fonte , et de faire tourner cette sole autour de l’axe incliné.
- Il est inutile de dire que cette sole est une cuve circulaire.
- La partie de la sole émergée reçoit le contact de la flamme, s’oxyde et, repassant sous le bain par la rotation, produit la réaction de l’affinage; de plus, le mouvement de rotation, soit par entraînement, soit par force centrifuge, fait remonter la fonte, sur ce plan incliné, en lame mince et développe énormément la surface exposée à l’oxydation. Ces effets combinés produisent un brassage beaucoup plus complet que celui obtenu par la main de l’homme, et ce brassage est surtout plus régulier. Comme on le voit, le four à puddler ordinaire n’est modifié que dans son laboratoire.
- Description de l’appareil. — Qn marche à vent forcé; le cendrier est donc fermé.
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- L’autel est incliné comme la sole. La sole est sur un chariot en fonte qui porte aussi le mouvement ; ce chariot permet de retirer la sole de dessous le four pour les réparations. Le mouvement est donné par une roue dentée et une vis sans fin.
- Dans le four définitif, qui vient d’être mis en feu, on a remplacé la vis par un pignon.
- Le moteur ne commande pas directement; pour le moment, c’est un petit cheval que l’on emploie. Celui qui est à l’étude aura les dimensions suivantes :
- Diamètre............... 0ra.lo0.
- Course.'........................ 0m.250.
- Vitesse. . . ................... 100 à ISO tours par minuté
- pour faire marcher le four à 5 ou 6 tours.
- La voûte reste la même et aussi la porte de travail ; on peut donc, à la fin de l’opération, découper les loupes comme précédemment. On ne change rien aux instruments et à leurs accessoires, et on peut employer les mêmes outils de cin-glage ou de laminage.
- La rotation de la sole ne fait que faciliter à l’ouvrier le découpage des loupes, en lui amenant successivement chacune des parties de la sole devant la porte de travail; il en est de même pour l’extraction.
- Le four d’essai était pour 300 kilogrammes ; l’expérience a démontré que le travail était plus complet en agrandissant la sole et en augmentant la quantité de fonte. L’on a porté la charge à 400 kilogrammes, puisa 500, en agrandissant la cuve, et le travail s’est constamment amélioré; les dimensions du four ne permettaient pas d’aller plus loin.
- Dans le four définitif, la sole peut contenir de 800 à 1,000 kilogrammes> et, selon toute probabilité, le travail sera tout aussi complet; car, le même foyer étant conservé, la chaleur a augmenté par la rapidité de la combustion du carbone et du silicium, phénomène analogue à celui de l’opération du convertisseur Bes-semer.
- On doit remarquer que l’on n’est pas limité pour la quantité, comme dans lès autres fours, car on peut faire autant de loupes que l’on veut, tandis que dans le four Danks on est limité par le poids d’une loupe unique à cingler.
- Quant aux résultats, nous en avons déjà parlé. Le fer produit par le procédé Pernot est supérieur à celui que l’on obtient dans un four à puddler ordinaire, et de nombreux essais ont pu en convaincre. Des essieux faits avec ce fer ont doriné dé très-bons résultats à l’essai des fusées, quand les fers provenant des mêmes fontes puddlées par l’ancien système ne pouvaient le supporter, (Essai des fusées d'essieux^ flèche de 25 millimètres et redressement.)
- L’économie réalisée a été assez notable, surtout si l’on considère qüe jusqu’à pré-sent l’on a toujours été en expérience. La main-d’œuvre est restée la même* mais la production a parfois plus que doublé. La consommation de houille, de 16 à 17 hectolitres avec les anciens fours, s’est abaissée à 12 hectolitres au traitement dè fontes grises. La dépense de riblons est à peine le tiers de l’ancienne fcohSoin-mation ; la sole s’use fort peu et elle est d’un entretien facile. Avec le courant d’êâü qui va être expérimenté dans peu de jours, cet entretien sera encore moins dispendieux.
- Enfin, le déchet a diminué d’une quantité sensible. De 10 pour 100 environ pour
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- les anciens fours, il est descendu à 4 pour 100 et quelquefois moins. Les charges de 500 kilogrammes donnent toujours de 480 à 490 kilogrammes de fer.
- Description de l’opération. — Voici maintenant la marche de l’opération.
- Entretien et conduite du four :
- Le four étant neuf, la cuve en tôle rivée a été garnie avec de l’oxyde de fer, en morceaux de différentes grosseurs, sortis de la sole en riblons d’un four à puddler ordinaire; cette première couche est de 5 à 6 centimètres. \
- Avec cette garniture, la cuve est mise en place en y ramenant le chariot, et l’on fait joindre, autant que possible, le rebord supérieur aux plaques de fonte supportant les briques du cordon.
- Il n’est cependant pas indispensable que le joint soit parfait, le travail et le chauffage du four à vent forcé ne sont pas dérangés, même si l'espace est de 3 ou 4 centimètres; l’expérience l’a prouvé.
- Le four une fois séché et chauffé blanc, on brûle des riblons comme dans un four à puddler ordinaire, pour garnir tous les joints formés par les morceaux d’oxyde de fer assemblés, afin d’avoir une surface unie et sans fissure. Au moment où les riblons sont chauds, on envoie du vent avec un busillon, que l’on introduit par la petite porte de travail du four, pour les oxyder et pour leslfiire couler. On est obligé à cela parce que, le four étant soufflé, la flamme refoule et ne permet pas à l’air de rentrer par la porte. Pendant tout ce temps (environ une heure pour chauffer et faire couler les riblons), la sole reste fixe; on la met alors en mouvement à raison de 3 ou 4 tours par minute; l’oxyde de fer liquide s’étend sur toute la sole par la rotation. Le puddleur, avec un repousse-sole, garnit les bords.
- Le mouvement de la sole facilite beaucoup ce garnissage, et un jet d’eau fixe envoyé sur la surface extérieure de la cuve empêche celle-ci de s’échauffer et fige rapidement la sole, en même temps qu’on la repousse. Ce jet d’eau aide beaucoup à l’entretien du four; la sole, en tournant, lui présente successivement toutes ses parties. Il permet d’attendre la cuve à courant d’eau que l’on construit. La sole, ainsi faite, achève de se figer et de se durcir complètement pendant que l’on décrasse la grille. Le four est alors prêt à recevoir la charge. Dans la suite, on l’entretient en brûlant de nouveaux riblons, quand l’épaisseur de la sole devient trop faible.
- Nous allons maintenant suivre le traitement d’une charge de fonte au bois de Toga (Corse) traitée blanche, de 500 kilos, telle qu’on la porte en ce moment.
- Après que, comme d’habitude, on a introduit les laitiers et les battitures dans le four, on charge 500 kilos de fonte chauffée au rouge, dans un four spécial qui pourra alimenter plusieurs fours à puddler dans une installation complète; on pourra également charger la fonte liquide, comme on le fait dans d’autres cas. On met le vent sous la grille, pendant cette fusion. La cuve reste fixe pendant ce temps; toutefois, si elle rougit, on lui fait faire quelques tours pour la refroidir par le jet d’eau fixe. Plus tard, le courant d’eau fera le nécessaire.
- La charge de 500 kilos, élevée au rouge, commence à fondre au bout de 15 minutes; elle est fondue complètement après 30 à 35 minutes : c’est à ce moment que l’opération commence. Comme dans les autres fours, il faut brasser; mais ici, le brassage s’opère par la rotation seule. On met donc la sole en mouvement, à cette période (3 tours à la minute environ).
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- Le mélange et le brassage se font ainsi, sans main-d’œuvre,, par le seul mouve-. ment de la cuve; le registre est guidé par le puddleur, suivant les différentes périodes de l’opération dont il se rend compte en tâtant, de temps à autre, le bain avec sa palette.
- Au commencement de l’opératidn, et principalement avec des fontes grises qui mettent plus de temps à s’épaissir, on tient le registre baissé. On active cette première période en envoyant un jet d’eau sur les parties émergées de la sole; on fige donc la sole tout entière, puisque toutes les parties émergent successivement. Cette pratique a, en outre, l’avantage de protéger beaucoup la sole et de diminuer l’entretien. Pour la charge que nous suivons, l’épaississement du bain commence au bout de 10 minutes; on lève graduellement le registre et, au bout de 15 minutes, on donne tout le tirage et la chaleur possibles. A ce moment, le bain est complètement monté.
- Le bouillonnement se produit pendant 10 minutes environ ; le bain commence alors à diminuer de volume et le fer prend nature; la cuve tourne toujours. Le puddleur aide avec son crochet l’opération qui se fait facilement dans ce four, malgré la grande quantité de métal; car, en plaçant le crochet fixe devant la porte et en l’appuyant contre celle-ci, toutes les parties du fer, au fur et à mesure qu’elles se forment, viennent s’y diviser. On laisse tourner ainsi, pour travailler le fer, jusqu’à ce qu’on le sente assez durci, que le laitier s’en soit complètement séparé et qu’il soit prêt à être ramassé en boules ; cette période arrive après environ 20 minutes.
- Le puddleur commence alors à découper le fer pour faire les loupes et il retire sa première boule au bout de,10 minutes. Le travail pénible de la formation des boules lui est facilité, car il travaille toujours devant la porte, sans être obligé d’aller recueillir à droite ou à gauche le fer qui s’y trouve ; il l’amène à la porte, devant lui, en faisant faire à la cuve le chemin nécessaire pour cela.
- Pour une charge de 500 kilos, on fait 7 à 8 loupes, et pour cela, comme pour les porter au pilon, on emploie environ 30 minutes.
- La durée d’une opération, divisée comme suit, est de 2 heures 30 minutes, à peu près :
- 35 minutes pour faire la fonte.
- 30 minutes pour la réaction.
- 25 minutes pour tourner le fer.
- 30 minutes pour faire les boules et les cingler.
- 30 minutes pour décrasser la grille et réchauffer le four entre deux opérations.
- 2 heures 30 minutes pour le temps complet d’une charge à l’autre.
- En résumé, le four à sole tournante de M. Pernot semble réaliser le puddlage mécanique sans trop changer les conditions actuelles du travail; bien que le peu de durée des essais ne permette pas encore de donner des chiffres bien positifs, on doit admettre que le four Pernot permet de réaliser une économie importante de combustible, de riblon et de main-d’œuvre, La production est augmentée, et la quantité de fer améliorée est régularisée.
- M. Molinos est en mesure d’ajouter à l’analyse du rapport de M. J. Petin, qu’il vient de présenter à la Société, quelques renseignements sur la marche du four Pernot, de grandes dimensions, fonctionnant actuellement à Saint-Chapiond.
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- La production par semaine, c’est-à-dire en onze postes de douze heures, est régulièrement de 25 000 kilogrammes de fer fin; tandis que, avec les mêmes fontes grises au bois, un four à puddler ordinaire ne donne que 12 000 kilogrammes.
- La mise au mille de fonte est de 1030 kilogrammes, au lieu de 1 070 au four ordinaire.
- La consommation de houille est abaissée de 1 500 kilogrammes à 1200 kilogrammes.
- La consommation de riblon est réduite à zéro.
- Enfin, la main-d’œuvre est diminuée.
- Ces divers avantages se chiffrent par une économie, bien constatée, de 21 à 22 francs par tonne.
- A ces différents titres, M. Molinos croit que le four Pernot mérite d’être signalé à l’attention de la Société.
- M. Jordan a écouté avec un grand intérêt les renseignements nouveaux rapportés par M. Petin fils sur l’état d’avancement du procédé Danks en Angleterre; il a eu lui-même quelques détails supplémentaires sur les résultats obtenus avec le four de puddlage rotatif dans les grandes usines de Carlton et d’Érimus, depuis son voyage de septembre dernier, et ils sont d’accord avec les appréciations de M. Petin. La valeur du four rotatif, comme appareil d'affinage de la fonte, n’est plus mise en question; mais on se préoccupe davantage des outils qui sont nécessaires pour cingler et laminer les énormes loupes de 400 ou 500 kilogrammes qui sortent du four Danks.
- On résumait, comme suit, dernièrement en Angleterre, les avantages et les inconvénients du système :
- Avantages. — 1° On peut se passer de puddleurs exercés, de sorte que la main-d'œuvre est plus économique que dans le puddlage ordinaire;
- 2° La production d’un four Danks est environ cinq fois plus grande que celle d’un four ordinaire;
- 3° La qualité du produit est telle que les barres puddlées mécaniques peuvent être vendues.25 francs par tonne de plus que les barres puddlées à la main;
- 4° Le travail des ouvriers n’a plus rien de pénible comparativement au travail ordinaire ;
- 5° Il y a économie dans la consommation de la houille.
- Désavantages. — 1° Énormité des frais d’installation;
- 2° Importance accrue des accidents, puisqu’une avarie au squeezer ou au laminoir entraîne un chômage prolongé de toute une coûteuse installation. Les squeezers de Carlton et d’Érimus sont des appareils gigantesques; le laminoir de Carlton est encore plus important. On ne peut doubler ces appareils pour parer atix cas d’accidents sans encourir des frais énormes et sans prèndre beaucoup de plaéë. Us ne peuvent être moins puissants, puisqu’ils doivent recevoir et travailler des loupes énormes.
- On a imaginé récemment à Darlington un appareil spécial destiné à débiter en plusieurs morceaux ces grosses masses dé fer, afin qu’elles puissent se travailler avec les appareils ordinaires de cinglage et d’étirage ; mais il n’a pàs encore la sanction de l’expérience*
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- Le four construit par M. Pernot, à Saint-Gharaond, no présente pas ces inconvénients. Les boules qui en sortent peuvent être cinglées et laminées dans les appareils actuellement employés. Il semble aussi se prêter mieux que le four Danks aux modifications de travail exigées par les diverses natures de fonte.
- Aussi, M. Jordan souhaite-t-il que la pratique prolongée confirme les appréciations favorables basées sur les premiers essais.
- M. Maudslay a essayé, il y.a longues années déjà, un four à sole inclinée tournante portée par un chariot, sans avoir réussi à surmonter, paraît-il, les difficultés inhérentes aux premiers essais. Mais M. Menelaus avait aussi échoué, là où M. Danks a réussi.
- Espérons, pour le plus grand honneur de la métallurgie française, que M. Pernot réussira, là où Maudslay a renoncé. Celui-ci avait rencontré des difficultés pour le joint entre la sole tournante et les parois du four, provenant des rentrées d’air; M. Pernot, employant le chauffage à vent forcé, est dans de bien meilleures conditions.
- Toutefois, M. Jordan ne comprend pas bien la raison pour laquelle la qualité du fer obtenu au four Pernot est meilleure que celle du fer obtenu au puddlage ordinaire, avec la même fonte.
- M. le Président remercie M. Molinos de sa communication sur le puddlage et le prie de tenir la Société au courant des progrès que fera l’emploi du nouveau four.
- SéaBice «lia S® Mars 1874.
- Présidence de M. Jordan.
- La séance est ouverte à huit heures.
- i
- Le procès-verbal de la séance du 6 mars est adopté.
- M. Dumont (Georges) présente à la Société un exemplaire d’un ouvrage intitulé : les Eaux de Nîmes, de Paris et de Londres, qu’il vient de faire paraître, en collaboration avec M. Aristide Dumont, ingénieur en chef des ponts et chaussées. Il donne un résumé des travaux exécutés pour l’adduction et la distribution à Nîmes des eaux filtrées du Rhône.
- Ce résumé sera imprimé in extenso dans le Bulletin du premier trimestre.
- L’ordre du jour appelle la suite du compte rendu du rapport de M. Malézieux sur les travaux publics aux États-Unis, chapitre de la navigation intérieure.
- M. Badois dit qu’il est urgent de développer nos voies navigables j de les complé-ter, de les améliorer, et, pour cela, il est bon de rechercher au dehors des termes de comparaison et des sujets d’étude.
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- Son travail débute par quelques considérations géographiques générales qui font connaître les principales rivières visitées par le rapporteur: le Mississipi -, le Missouri, l’Ohio, les cinq grands lacs et le fleuve Saint-Laurent, qui forment ensemble un circuit navigable de 14,000 kilomètres environ.
- Il décrit les appareils employés aux États-Unis à l’amélioration des rivières : 1° la drague à cuiller, toute spéciale à l’Amérique; 2° celle de MM. Morris eUGum-ming’s, qui paraîtrait pouvoir être avantageusement importée en France; 3° les appareils du colonel Long et du général Mac-Alester, pour l’approfondissement des chenaux; 4° les snag boats; B» les crib works, type général des ouvrages exécutés en lits de rivières, digues, jetées, murs de quais, etc.
- Passant ensuite en revue les travaux en cours d’exécution sur les rivières, il donne quelques détails sur la rectification du cours du Mississipi, au passage des rapides de Rock-Island et de Keokuck, sur l’entretien du Missouri, sur les travaux du canal de l’Illinois au lac Michigan, et sur ceux du canal de Louisville à Portland, qui contourne les chutes de l’Ohio, et dont les dimensions d’écluses sont vraiment remarquables ; enfin sur l’Hudson et sur la navigation des grands lacs et du fleuve Saint-Laurent.
- Le chapitre qui suit contient quelques renseignements relatifs aux bateaux de rivières et aux bacs à vapeur, dits ferry-boats, et termine la première partie, consacrée aux rivières.
- La deuxième partie traite des canaux, et en particulier des canaux de l’État de New-York. Il y aurait à emprunter aux Américains beaucoup de bonnes idées et d’excellentes dispositions dont on se doute à peine en France.
- Ainsi, les moyens de remplissage et de vidange des sas qui permettent d’atteindre jusqu’à 190 éclusées dans une seule journée; ainsi, les portes à rabattement employées avec succès à l’amont des écluses.
- La description du canal Érié et de ses embranchements fournit l’occasion de donner des détails intéressants sur les réservoirs d’alimentation, le profil des canaux, le tonnage des bateaux, et sur l’exploitation au point de vue de l’administration, de l’entretien et du produit.
- M. Badois a réuni, dans ce dernier chapitre, les faits statistiques très-intéressants cités par M. Malézieux en ce qui concerne le mouvement, le trafic, les prix de transport, les droits de navigation et la situation financière des canaux de l’État de New-York, ainsi que sur la concurrence des chemins de fer parallèles et rivaux. Il compare ces faits statistiques à quelques données analogues qu’il a pu recueillir lui-même sur les voies navigables françaises, et il fait voir combien nous sommes encore loin des résultats constatés en Amérique.
- Notre réseau de voies navigables, bien qu’il ait huit fois plus d’étendue que celui de l’État de New-York, ne transporte annuellement que le même nombre de tonnes kilométriques ; notre tonne absolue transportée parcourt une distance six fois moindre en moyenne, et nos prix de transport sont plus élevés, malgré que nos droits de navigation soient beaucoup moindres.
- L’exemple de l’Amérique nous montre donc qu’il y aurait infiniment mieux à faire en France que ce qui existe : telle est la conclusion de ce travail.
- M. Molinos fait remarquer que la comparaison établie par M. Badois, entre les prix de revient du transport sur les canaux, en France et aux États-Unis, n’est pas parfaitement exacte, car les chiffres qui se rapportent aux droits de navigation sur les canaux français remontent à un assez grand nombre d’années, et ne corres-
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- pondent plus aux chiffres actuels. Il y a eu une époque, en effet, où l’État percevait, sur certaines lignes de navigation, des droits très-considérables, qui atteignaient parfois 6 et 7 centimes par tonne et par kilomètre; cet état de choses n’existe plus, et les droits sont aujourd’hui beaucoup moins élevés.
- M. Molinos n’en est pas moins tout à fait d’accord avec M. Badois, pour reconnaître qu’il y a beaucoup à faire en France pour la navigation intérieure. On a vraiment peine à se figurer quel est l’état réel des choses, et combien la navigation est difficile sur certaines lignes, qui n’existent pour ainsi dire que sur le papier. La Seine, par exemple, est à peine navigable dans certaines saisons entre l’Oise et Rouen. Quant au Rhône, on y dépense tout au plus annuellement l’intérêt de la somme qui devrait être consacrée à son amélioration. Il faut ajouter que les canaux n’ont pas de budget particulier, et que ceux qui, comme la ligne du Nord, par exemple, donnent lieu à la perception de droits de navigation importants voient ces droits engloutis dans le fonds commun, et, au grand préjudice de leur amélioration, employés aux besoins de canaux sans aucune importance.
- Une réforme non-seulement inévitable, comme l’a dit M. Badois, mais absolument nécessaire, est l’uniformité de dimension des écluses.
- M. Molinos croit devoir faire observer à ce sujet que les réformes proposées par M. Krantz sont insuffisantes; elles permettraient seulement de passer du tonnage de 250 tonnes à un tonnage de 350 au plus.
- M. Molinos a soutenu l’année dernière, devant la Société, la nécessité d’une augmentation sérieuse de la capacité des bateaux; l’adoption d’un tonnage de 500 tonnes amènerait certainement une diminution de 50 pour 100 dans le prix du fret. 11 a vu avec plaisir, d’après le rapport de M. Malézieux, que les ingénieurs américains partageaient complètement ses idées.
- M. Molinos ajoute que les difficultés du passage des écluses sont encore plus grandes que ne l’a indiqué M. Badois ; le passage en vingt Mnutes, signalé déjà comme d’une durée excessive comparativement à ce qui a lieu aux États-Unis, est, en réalité, encore plus long; il exige généralement 35 ou 40 minutes. C’est la grande objection à la navigation par trains, et on obtiendrait une amélioration considérable dans l’état actuel des choses en abaissant la durée de ce passage par des moyens qui seraient fort simples.
- M. Badois, à l’appui de ce qu’a dit M. Molinos, peut citer des faits qui sont à-sa connaissance personnelle.
- En 1843, des projets ont été faits et des travaux décidés pour l’amélioration de la navigation entre Troyes et Montereau au moyen de plusieurs barrages. La question est encore aujourd’hui de savoir si l’on construira trois ou quatre barrages. Aussi cette navigation diminue d’année en année; en ce moment, il passe à peine 25 bateaux par an qui profitent des crues moyennes ; ils*seraient arrêtés autant par les eaux ordinaires que par les grandes crues.
- M. Mallet, au sujet des dragues américaines à cuiller, qui sont décrites dans le rapport de M. Malézieux, fait observer que si ces appareils De sont guère employés aujourd’hui qu’aux États-Unis, on ne peut pas dire qu’ils soient inconnus ailleurs: ainsi il a eu occasion de voir, il y a une douzaine d’années, fonctionner plusieurs de ces dragues au barrage du Nil. L’impression qu’il a retirée d’observations, il est vrai, peut-être insuffisamment prolongées, est loin de leur avoir été favorable.
- La drague à cuiller, établie sur chariot et connue sous le nom d'excavateur améri-
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- cain, a été employée en Angleterre sur l’Eastern Counties Railway, et en Russie sur la ligne de Saint-Pétersbourg à Moscou. L’importateur en France de cet engin, le capitaine du génie américain, J.-W. Cochrane, fit construire, il y a plus de vingt-cinq ans, quatre de ces machines chez MM. Warrall Middleton etElwell, à Paris; elles fonctionnèrent sur le chemin de fer du Nord, entre Clermont et Creil, et sur la ligne de Rouen au Havre. Bien que ces appareils aient fait un travail considérable, l’expérience ne leur a pas été très-favorable, et on peut dire que, sauf de l’autre côté de l’Atlantique, l’appareil américain à cuiller, à action intermittente, a été partout abandonné après expérience, soit comme drague mouillée, soit comme excavateur à sec, en faveur de la chaîne à godets à mouvement continu.
- M. Maldant donne communication de sa note sur la séparation mécanique des liquides contenus en suspension dans les vapeurs et les gaz.
- Nous connaissons tous l’intérêt qui existe, dans une foule d’industries diverses,: à obtenir soit des vapeurs sèches, soit des gaz dépourvus d’humidité.
- La séparation mécanique des liquides contenus en suspension dans les vapeurs et les gaz a été tentée et pratiquée, à diverses époques, avec plus ou moins de succès; mais je crois qu’il n’y a guère que les expériences faites sur les chaudières à vapeur proprement dites, qui soient généralement connues. Aussi m’a-t-il paru utile d’appeler l’attention de la Société sur diverses applications dont le succès peut être un puissant encouragement à la généralisation des condensations mécaniques.
- Examinons d’abord comment se produisent habituellement les vaporisations et les entraînements des liquides surabondants dont il peut y avoir intérêt à purger les gaz ou les vapeurs :
- Lorsque,5 par exemple, la vapeur d’une chaudière et le gaz d’une cornue se dégagent sous l’action énergique de la chaleur, ces fluides, en traversant à une haute température la masse liquide ou visqueuse qui leur a donné naissance, se dégagent non-seulement saturés de ces liquides, mais encore plus ou moins sursaturés par un entraînement mécanique d’autant plus important que la production gazeuse a été plus rapide ou plus tumultueuse. Or, j’espère pouvoir vous démontrer que cet entraînement mécanique peut être, dans tous les cas, efficacement*combattu par des procédés mécaniques.
- Mais avant d’entrer dans l’examen particulier d’une partie de ces appareils, dont je me propose de vous entretenir, permettez-moi de vous rappeler quelques-uns des principes généraux qui ont trait à la formation ou à l’entraînement des vapeurs, et à leur dissolution ou à leur suspension globulaire dans les gaz.
- Un gaz est dit saturé de vapeüfr, quand il communique directement avec le liquide qui a produit cette vapeur, et qu’il ne peut en contenir davantage sans augmenter de température.
- Lorsque la saturation s’est produite lentement, sans perturbations accidentelles, on la considère comme un mélange intime, comme une espèce de dissolution. Mais lorsque la production de vapeur a* été plus ou moins brusque, ou rapide , chaque globule de vapeur formé a entraîné avec lui une certaine quantité de liquide non vaporisé qui mouille, pour ainsi’ dire, toutes ses parties, et qui reste suspendu,dans la masse gazeuse, sous forme d’un nuage plus ou moins dense,
- Cette suspension globulaire, résultat d’un entraînement mécanique, est d’ail-
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- leurs assimilable à celle que produit, dans un gaz simplement saturé, un abaissement de température. '
- Ainsi, par exemple, quand on considère qu'à la pression atmosphérique, un mètre cube d’air saturé contient, à la température de 20» centigrades, 19 grammes 3/4 d’eau; à 25°, 22 grammes; à 30°,28 1/2 grammes, etc., on conçoit aisément que le moindre abaissement de température donne naissance, dans la masse gazeuse saturée, à des brouillards globulaires qui sont de l’eau infiniment divisée et suspendue comme les brouillards entraînés que j’ai indiqués précédemment.
- Si, d’un autre côté, nous examinons attentivement les phénomènes d’évaporation dont la nature elle-même nous donne de si vastes exemples, nous sommes conduits, malgré la tranquillité apparente avec laquelle ils se produisent, à y constater des entraînements notables d’eau suspendue, accompagnant partout la vapeur dissoute.
- Cette eau, enlevée par l’air à la surface des fleuves et des mers, à l’état de fine poussière globulaire, et entraînée en même temps que l’eau d’évaporation, se trouve ensuite brassée par les vents qui la dissolvent à son tour, ou l’entraînent, pour nous la rendre bientôt dans cet admirable mouvement de la nature, sous forme de nuages et de pluie bienfaisante : c’est ainsi qu’on peut dire avec raison que les vents alisés, surtout, sont les grands porteurs d’eau de l’humanité.
- Mais lorsque, dans l’industrie, nous produisons des gaz ou des vapeurs, cette production est habituellement le résultat d’une ébullition rapide, et l’entraînement des liquides en suspension en devient d’autant plus considérable et nuisible.
- Des essais nombreux ont été faits pour retenir l’eau d’entraînement des chaudières à vapeur proprement dites. Ces procédés ont presque tous une grande analogie entre eux : j’en citerai un qui m’est personnel, qui remonte à 1857 et 1858, et qui m’a donné de bons résultats.
- J’avais, à cette époque, établi les premières grues à vapeur à Rouen et à Bordeaux; et, dans cette dernière ville surtout, appliquant la vapeur à des grues à bras déjà existantes, j’étais très-gêné pour l’emplacement à donner aux chaudières et mes réservoirs de vapeur n’avaient qu’un très-petit volume. Cette circonstance, jointe à l’intermittence du mouvement et à la grande puissance des machines par rapport aux chaudièj^s, facilitait exceptionnellement les entraînements liquides.
- Pour remédier à cet inconvénient, j’avais placé, en construisant les chaudières, une bavette de forme conique qui retenait l’eau entraînée le long] du dôme de vapeur (fig. 1).
- Fig. 1. Fig. 2.
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- Cette bavette n’étant pas suffisante pour les chaudières de Bordeaux (beaucoup plus courtes que celles de Rouen), j’y ai ajouté, en service, trois grillages coniques
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- en toile métallique, de diamètres différents et superposés au-dessus de la bavette (fig. 2).
- v Cette simple addition , si imparfaite qu’elle fût, a donné des résultats excellents comme économie, et a débarrassé mes mécaniciens de l’inconvénient des condensations et de la purge constante des cylindres.
- Mon but, en tamisant ainsi la vapeur, était d’opérer, par la grande division du courant fluide, le contact et la réunion des globules liquides entraînés, afin d’en former des gouttes plus lourdes faisant retour à la chaudière.
- J'ai rencontré, plus tard, un certain nombre d’applications à peu près analogues, notamment à'l’Exposition de Londres, en 1862; mais je ne crois pas qu’on ait encore obtenu, en condensant mécaniquement la vapeur, tous les avantages qui pourraient résulter d’appareils mieux compris que ceux dont on s’est servi jusqu’à ce jour.
- Je désire que des dispositions analogues à celles des appareils plus parfaits, dont il me reste à vous entretenir, soient appliquées aux chaudières à vapeur, et je crois qu’elles donneront des résultats préférables à ceux qui ont été obtenus jusqu’ici.
- En 1837 et 1838, à l’époque même où j’appliquais, à Bordeaux, la condensation mécanique à l’eau entraînée par la vapeur des chaudières, M. D. Colladon, professeur à Genève, épurait mécaniquement le gaz d’éclairage par divers appareils dont on trouve la description et les dessins dans un brevet français de 1837, dans le « Sche-weizerische politechnische Zeitchrift» de 1838, et dans divers rapports et publications ultérieurs.
- L’appareil principal de M. Colladon est basé sur un principe qui a une certaine analogie avec celui que je viens de décrire ; mais il est mieux étudié et donne des résultats plus complets.
- Au lieu de se contenter de diviser le courant gazeux, M. Colladon s’est préoccupé de 1 e diriger dans tout son parcours et de le faire frapper, à peu près perpendiculairement et à plusieurs reprises, sur des parois pleines où la condensation s’opère comme celle que nous produirions en soufflant avec un tube effilé sur une vitre.
- La partie principale de son appareil se compose d’un certain nombre de cylindres concentriques, percés d’orifices minces opposés à des parois pleines, comme l’indique la figure 3, et c’est par le tamisage combiné avec les chocs successifs que s’opère la condensation.
- Fig. 3.
- M. Colladon semble avoir été conduit à l’application de ce principe rationnel, en observant que l’air qui passe à travers les fissures d’une fenêtre ou d’une porte dé-
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- pose sa poussière contre les parois qu’il frappe. Quoi qu’il en soit, l’application ou la découverte de ce principe est digne de fixer notre attention, et elle me paraît pouvoir être féconde en perfectionnements nouveaux et en nouvelles applications.
- Les appareils de M. Colladon appliqués dans diverses usines à gaz, soit comme condenseurs ou épurateurs mécaniques, soit comme épurateurs-laveurs, ont donné des résultats appréciés comme très-avantageux, et remarquables sous plusieurs rapports, notamment sous celui qui m’occupe uniquement ici : l'efficacité des condensations mécaniques.
- Depuis ces diverses applications, bien des appareils plus ou moins: similaires ont été essayés pour produire des condensations mécauiques, soit par des directeurs d’usines à gaz, soit par des constructeurs dé chaudières à vapeur, et cés divers appareils ont également démontré la facilité et l’efficacité des condensations.
- Dans ces derniers temps, MM. Pelouze, administrateur, et Audouin, ingénieur de la Compagnie parisienne du gaz, ont heureusement appliqué un appareil de. condensation mécanique des goudrons et des eaux ammoniacales entraînées pendant la distillation du gaz, qui emprunte à M. Colladon ses enveloppes concentriques et perforées, mais dont l’ensemble contient des dispositions nouvelles très-ingénieuses, notamment en ce qui concerne la suspension des enveloppes perforées à une cloche de régulateur dont l’effet doit être de remédier aux obstructions et aux rétrécisse- , ments partiels qui peuvent se produire pendant la marche, comme de proportionner l’effet utile du condenseur avec l’importance de la fabrication, en faisant varier, les passages d’écoulement, selon la pression du gaz.
- J’ai entendu, dire beaucoup de bien de cet appareil, et fonder beaucoup d'espérances sur son emploi ; son usage est encore récent, mais on peut dire qu’au point de vue qui m'occupe ici, il est une nouvelle preuve de l'efficacité considérable des condenseurs mécaniques, car MM. Pelouze et Audouin ont assez de confiance dans ce mode de condensation pour appliquer à des; usines produisant A 0,000m3 par 24 heures, des condenseurs qui n’ont que 0m,63 de diamètre extérieur sur une hauteur totale de 2m,80.
- Je termine en vous exposant une nouvelle application que je viens de faire moi-même, du principe des condensations mécaniques, et aussi des enveloppes à orifices contrariés de M. Colladon.
- Vous pourrez trouver, dans nos procès-verbaux, la trace de longues discussions qui ont déjà eu lieu devant vous, au sujet des mérites et des inconvénients relatifs des compteurs à gaz secs et humides. Dans ces discussions, on reprochait aux compteurs humides la variabilité de leur niveau d’eau par suite des entraînements liquides que produit le passage du gaz.
- Vous savez aussi que cet entraînement d’eau change le mesurage des compteurs et oblige à rétablir leur niveau normal une ou deux fois par mois environ.
- La constance du niveau d’eau dans les compteurs est un des problèmes dont on a le plus cherché la solution; et une statistique anglaise fixait récemment à 140 environ le nombre des brevets qui avaient été pris pour obtenir ce résultat. La plupart de ces brevets sont basés sur la théorie si vieille et si connue de la « bouteille des oiseaux; » mais cette théorie ne peut donner de bons résultats, parce que les inventeurs qui l’appliquent considèrent le compteur comme n’ayant qu'un niveau d’eau, quand, au contraire, tout compteur en marche a deux niveaux variables, l’un inférieur correspondant à la pression d’arrivée du gaz, l’autre supérieur correspondant
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- à sa sortie : or ces appareils alimentaires commençant à fonctionner dès que l’on ouvre le compteur introduisent de l’eau quand! il n’en faut pas et vicient' le mesurage.
- Le directeur du gaz de Brest a essayé récemment de réaliser le niveau constant par une application plus rationnelle : il combine le compteur avec un réservoir d’eau dans lequel il fait passer préalablement le gaz. De cette façon le gaz se Charge d’humidité aux dépens du réservoir et enlève moins d’eau au compteur qu’il permet de ne plus niveler que tous les deux ou trois mois. Malheureusement cet appareil entraîne de graves inconvénients ; il exige une modification coûteuse des compteurs existants et il augmente notablement les condensations liquides dans les canalisations intérieures de distribution du gaz.
- Au lieu de charger le gaz d’humidité, j’ai appliqué à la sortie des compteurs un nouveau condenseur mécanique qui retient l’eau entraînée et l’oblige à retourner dans le compteur. De cette façon, j’obtiens, sans déranger ni modifier les compteurs et presque sans frais * en même temps que la constance du niveau d’eau, là suppression des condensations liquides si nuisibles dans les tuyaüX de distribution. '
- On conçoit aisément qu’il est facile do condenser mécaniquement une partie dés liquides abondants qui résultent de la vaporisation de l’eau dans les chaudières à vapeur, ou de la formation rapide du gaz dans les cornues des usines ; mais il était plus difficile de prévoir et il peut être plus intéressant encore, pour beaucoup d’in-düstries diverses, desavoir que l’on peut retenir mécaniquement, même des quantités de liquides très-minimes, comme celles, par exemple; qui sont entraînées par le simple contact, sans ébullition et sans aucune élévation artificielle de température.
- • Fig. 4.
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- Le conâenseur-nioeî'éüt' (fig. 4 ) ii’ést que l’âpplicâtiôh houvqllé d'un principe éonn’üi mais jè né crois pas qu’on âitjarriais appliqué1.efficacërhéht ce principe à
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- des condensations mécaniques aussi délicates et aussi faibles; et c’est à ce point de vue surtout qu’il m’a paru intéressant de vous signaler son fonctionnement et ses résultats, afin que des expériences et des applications de même nature puissent être tentées dans d’autres industries où elles pourraient rendre également de grands services.
- Afin de bien fixer, dans vos esprits, les quantités minimes de liquides qu’on peut retenir par la condensation mécanique, je termine en vous donnant les résultats d’une expérience bien nette et plusieurs fois répétée, ^expérience facile à renouveler pour tous ceux qu’elle peut intéresser :
- Trois compteurs à gaz, de trois becs chacun, parfaitement exacts et nivelés, ont été mis auprès les uns des autres et le même gaz les traversait tous trois avant d’arriver à la consommation. Le compteur du milieu était seul muni d’un condenseur-' niveleur. Au bout d’un mois de marche, l’eau était restée à son niveau normal dans le compteur du milieu et avait sensiblement baissé dans les deux autres. La consommation du compteur resté juste marquant 54m3, le premier compteur marquait 52m3,800 et le troisième marquait 51m3,600 ; soit, dans ce cas, une perte de gaz d’environ 4 % pour la Compagnie gazière.
- Or, comme il suffit d’environ un décilitre d’eau pour produire cette différence dans le mesurage d’un compteur de trois becs, on peut en conclure approximativement que l’action du condenseur-niveleur a suffi pour retenir, en un mois, un décilitre d’eau tenue en suspension dans 54 mètres cubes de gaz.
- M. Callon déclare qu’il a eu occasion de connaître les travaux de notre savant confrère, M. Colladon, dont M. Maldant vient de nous entretenir à propos de ses propres travaux. Tout en tenant grand compte des traditions de notre Société, que M. le Président rappelait dans une précédente séance, M. Callon remercie vivement M. Maldant, au nom de son ami et ancien professeur, d’avoir impartialement appelé l’attention des ingénieurs français sur un travail qui remonte à plus de quinze ans, mais qui, malgré l’intérêt qu’il présente, a pu rester inconnu de la plupart d’entre nous à cause de la publicité restreinte qu’il a reçue, n’ayant été décrit que dans des publications étrangères. M. Callon termine ses observations à cet égard en exprimant le vœu que la note de M. Maldant soit insérée intégralement .dans le Bulletin.
- M. Fichet demande quelle est la perte de charge causée par le passage du gaz dans l’appareil.
- M. Maldant remercie M. Fichet de son observation, qui lui donne le moyen de compléter utilement les explications qu’il a déjà présentées.
- Les derniers condenseurs dont il a parlé, et qu’il a appliqués à maintenir la constance du niveau d'eau dans les compteurs à gaz, n’absorbent qu’une pression insignifiante de 4 millimètre de hauteur d’eau environ ; ce qui permet de les appliquer, sans aucune appréhension, à tous les compteurs existants.
- Mais il est cependant utile d’observer que ce résultat n’est dû qu’au grand nombre des orifices de tamisage du courant gazeux, ^rifices dont les sections réunies sont à peu près égales à celle de la sortie directe des compteurs : aussi, faut-il admettre que dans ces appareils la condensation s’opère surtout par le contact et l’agglomération des molécules liquides au passage des petits orifices du crible, plutôt que par le choc des courants gazeux sur la surface plane opposée.
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- En diminuant le diamètre, ou le nombre des orifices, on augmente la pression prise par l’appareil et on détermine un courant plus rapide, qui rend plus efficace la condensation due au choc. On possède ainsi un moyen facile d’augmenter l’efficacité du condenseur quand on a des surabondances de pression dans les conduites de gaz.
- MM. Grozet (Émile), Ellis, Gauthier, Jacques, de Kislanki, Monfray, Pettit, Schwender, Tessié du Motay, Vielliard et Yirla, ont été reçus Membres sociétaires.
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- NOTE
- SUR
- L’ÉLASTICITÉ DES VOIES.JE
- Par M. CAILLÉ.
- Dans une communication faite en novembre 1867, sur le matériel de voie réuni à l’Exposition universelle, un de nos collègues, M. Sambuc, reproduit ainsi l’opinion des Ingénieurs allemands sur la flexion des rails : « Les rails sur traverses forment, sous l’action d’un train, une « série d’ondulations dont les sommets sont sur les traverses. Ces ondu-« lations sont d’autant plus fortes, et les sommets sont d’autant plus « accentués, que les traverses sont plus éloignées les unes des autres, et « que chacune d’elles présente aux rails une surface d’appui plus res-« freinte. »
- La même opinion avait été émise, sans contestation, dans le cours d’une discussion sur la durée des rails, qui eut lieu en 4864. M. Flachat s’exprime ainsi : « J’ai indiqué l’accroissement des dimensions du rail, « comme une nécessité, parce que sa flexion, entre les points d’appui, « est bien constatée, même sous les roues des wagons de voyageurs et « des wagons de marchandises. »
- Dans la séance suivante, après avoir montré qu’il n’existe pas, pour la généralité des forges, de moyen bien précis d’améliorer la fabrication des rails en fer, M. Flachat ajoute : « Il faudra donc arriver, dans un « avenir éloigné peut-être, mais certain, à l’accroissement de la résis-« tance, afin que les rails ne fléchissent pas. C’est la flexion qui est le « plus grand inconvénient des rails actuels, c’est elle qui détruit les « rails et qui s’oppose à l’augmentation de la vitesse, parce que cette « vitesse ne peut être augmentée qu’autant que le poids du matériel route lant le sera également. »
- En reproduisant les observations qui précèdent, nous rappellerons d’abord que, dans tout le cours de la discussion de 1864, M. Flacflat
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- s’est montré préoccupé à juste titre de l’insuffisance des rails en fer et a prévu l’avenir réservé aux applications de l’acier. Nous ferons observer ensuite qu’en 1864 toutes les grandes lignes] possédaient, et depuis longtemps, leurs types de rails de 35 à 38 kil. et que les voies étaient pourvues, en général, du nombre de traverses qu’elles comportent encore actuellement. Depuis cette époque, la plupart de ces types sont restés en service; les applications de l’acier se sont étendues et l’on s’est généralement contenté de l’excédant de résistance résultant de l’emploi de ce métal.
- Il suit de là que, si ces types sont encore accusés d’insuffisance, si l’on tend toujours à accroître, sinon leur rigidité, au moins leur immobilité, ces tendances démontrent seulement l’impuissance des moyens employés jusqu’ici pour maintenir la régularité des voies, pour faire obstacle aux flexions anormales et à la prompte détérioration des rails en fer ; mais elles ne prouvent pas que cette flexion des rails soit inadmissible et ne puisse s’effectuer dans de certaines conditions, sans dommage pour les rails eux-mêmes et sans exercer une influence nuisible à la bonne marche des véhicules.
- Quant à l’assertion relative au mode de flexion des rails, aux ondulations que forment les rails sous faction d’un train, nous allons essayer de montrer que cette flexion, dans l’état actuel des^ voies, s’opère dans des conditions différentes et aussi dans des conditions moins défavorables qu’on ne le pense à la conservation du matériel fixe et roulant.
- Le but de cette note est d’examiner le mode de construction des différents types de voies et principalement des voies sur traverses et de rechercher les conditions de leur conservation.
- Le type de voie le plus généralement répandu s’est trouvé constitué, pour ainsi dire, dès l’origine par deux cours de rails reliés et supportés par des traverses en bois. Malgré ses imperfections, malgré les tentatives faites pour le modifier ou le remplacer, cet appareil simple, dJun entretien facile, sinon économique, est resté conforme à sa conception primitive. Renforcé au fur et à mesure des besoins du trafic, incessamment réparé et consolidé, il a subi victorieusement une épreuve de quarante années et â contribué largement à l’extension rapide des nouvelles voies de transport.
- Bien que nous ayons à faire l’examen critique de ce système de voie, il nous sera d’autant plus facile de lui rendre justice que, loin de pencher vers les idées nouvelles et de croire à l’avenir des voies massives ou des rails formant longuerines, nous considérons la voie sur traverses comme le seul type susceptible ’de remplir économiquement toutes les conditions de stabilité et de sécurité.
- Ces conditions d’une bonne voie ont été formulées dans la plupart des
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- ouvrages qui traitent de la matière1. Il nous suffira donc de rappeler que la condition la plus importante, à part la sécurité, celle qui s’impose le plus rigoureusement, est la régularité.
- La régularité, c’est-à-dire la rectitude parfaite, le parallélisme exact des rails dans les alignements et le tracé le plus large des voies dans les courbes.
- Un tel résultat ne pouvait être obtenu d’une façon réelle, permanente, sans assurer d’abord la stabilité des appuis de la voie. Gomment y est-on parvenu? C’est ce dont on peut juger en se reportant aux premières tentatives d’établissement des voies, aux essais qui ont suivi et aux types qui ont été le plus généralement adoptés.
- La première pose de voie, à ciel ouvert, fit reconnaître la nécessité d’assainir le sol sur lequel la voie reposait. De là l’emploi du ballast, l’établissement d’un sol artificiel, de nature relativement fixe et homogène, inconsistant, mais perméable et incompressible.
- Ces conditions étaient remplies par le sable de rivière, par là pierre cassée ; ces matériaux formèrent, dès lors, l’un des éléments essentiels de toutes les voies de fer.
- Mais la mobilité du ballast entraînait comme conséquence l’instabilité des supports de la voie ; cette mobilité du sol a été, eil effet, là principale difficulté rencontrée dans la pratique des voies, et l’Origine de toutes lès recherches poursuivies jusqu’à ce jour pour en régulariser ou même pour en combattre les effets.
- i
- L’étendue limitée de cette note ne nous permet pas d’étüdier, avec tout le développement qu’ils méritent, tous les projets qüi ont été proposés ou exécutés ; nous nous proposons de rappeler à la fin de cé travail ceüx de ces projets qui ont été l’objet d'applications importantes, et de déduire, s’il est possible, de l’examen du type dé voie sut traverses,' lësi càhîsési dè leur insuccès. Nous essayerons de démontrer eh même temps TiffipôSSr-bilité de réaliser pratiquement l’absolue régularité des voieé et de là marche des véhicules, et conséquemment là nécessite dé féchéfchef léâ conditions complémentaires à remplir pour préserver lèS Véiés dés èfféts de ce défaut de régularité, pour assurer; autant quë possible, leur èüii-* servation. ^ J ’is'
- 1. Guide du, mécanicien (Le Ghatelier, Flachat), 185Ï. ; •.i.a U
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- Mode d'établissement de Sa voie sua» traverses.
- Nous examinerons d’abord le mode de construction de la voie sur traverses.
- Dans l’ancien type pourvu de rails à simple ou double champignon, les rails s’appuient, par l’intermédiaire de coussinets en fonte, sur une série de traverses, et sont reliés aux coussinets par des coins en bois; les coussinets sont eux-mêmes fixés sur les traverses par des chevilles en fer ou en bois, les traverses enfin reposent directement sur le ballast.
- Tout en étant l’objet de nombreuses modifications, quant à la forme des rails et de leurs supports, cet appareil se maintint avec succès pendant près de vingt ans. Le choix des matériaux qui le composaient, leur remplacement facile, le peu d’importance du trafic, le faible poids et la vitesse réduite des machines contribuèrent à ce résultat.
- Mais la situation allait se modifier avec les développements de l’industrie, avec l’extension, en quelque sorte subite, donnée aux voies de fer ; dès lors les recherches et les essais se multiplièrent, et la voie sur traverses reçut successivement les améliorations que nous allons rappeler.
- Les questions que soulèvent la nature du ballast, sa disposition sur les voies, la possibilité d’accroître ou d’annuler samobilité, ne semblent pas avoir fait l’objet de recherches spéciales.
- L’importance de l’emploi du ballast pur a, sans doute, été reconnue de tout temps ; mais on conviendra également que certains types de voies, certaines pratiques d’entretien ont été imaginés en vue de diminuer sa mobilité, que l’on a employé de préférence le sable légèrement terreux, et que, par économie, ou pour des motifs que nous donnerons plus loin, l’on tolère encore l’usage du ballast de mauvaise nature.
- Quoi qu’il en soit, la mobilité du ballast infligeait une sujétion commune à tous les types de voies ; elle occasionnait incessamment l’affaissement irrégulier des supports de la voie. L’instabilité de ces supports pouvait amener la dislocation et la destruction de l’appareil ; on a donc procédé de tout temps à des relevages, et ces relevages ont été consolidés au moyen du bourrage, c’est-à-dire d’un tassement, d’une sorte de pilonnage, en certains points de la longueur des traverses.
- Or, ces relevages ne pouvaient avoir qu’un effet temporaire ; la voie restait exposée aux altérations de son niveau normal. On rechercha donc l’influence du mode de construction de la voie sur sa stabilité.
- Cette étude fit reconnaître que les affaissements provenaient à la fois
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- de la flexion des rails et de leurs avaries, de l’insuffisance du nombre des traverses, de la faiblesse des joints des rails, etc...
- Augmentation du poids des rails. — La flexion des rails avait deux correctifs : une augmentation de poids ou un accroissement du nombre des traverses. On augmenta de préférence le poids des rails et l’on dut bientôt regretter l’insuffisance de cette augmentation. Que cette mesure eût, ou non, pour objet de répartir la charge sur un plus grand nombre de traverses et de conserver aux voies le bénéfice qu’elles tirent de la mobilité du ballast, ou que l’on comptât seulement sur un supplément de durée des rails et de sécurité, tous ces avantages ne s’en réalisèrent pas moins.
- Consolidation des joints. — Quant aux chocs résultant du passage des joints des rails, l’instabilité des traverses voisines de ces joints avait amplement démontré qu’il était nécessaire, d’une part, de faire obstacle à la flexion et à l’affaissement de ces joints, et d’autre part de trouver un moyen d’assembler solidement les extrémités des rails.
- Pour remédier à la faiblesse des joints, dans le cas primitif des traverses de joints, on a dû diminuer l’écartement entre ces traverses et leurs voisines, et augmenter l’équarrissage des traverses de joints.
- Malgré ces dispositions, malgré l’augmentation ultérieure du nombre des traverses, le joint des rails est resté le point le plus instable de la voie, et il a fallu recourir à d’autres moyens de consolidation.
- Nous rechercherons les causes de cet insuccès et nous essayerons de prouver que le défaut de stabilité des joints est irrémédiable, du moins par les différents procédés d’éclissage et de répartition des traverses qui lui ont été opposés jusqulci.
- Il nous est nécessaire, pour cela, d’appeler l’attention sur un fait qui n’a pas été assez mis en relief, et que l’on peut vérifier facilement à la vue et par des expériences précises.
- Abaissement général du plan des voies sous une charge mobile. — En quelque point des voies que l’on se place au moment du passage d’un train, de quelque nature que soit le ballast, sable ou pierre cassée, on reconnaît ragénéralement que les rails s’abaissent dans leur longueur, et par conséquent au droit de toutes les traverses, d’une hauteur à peu près égale pour chacune d’elles, sauf pour celles des joints, mais variable pour l’ensemble, suivant le poids, la vitesse des trains, l’état du matériel de voie, du ballast et du sous-sol1.
- 1. La constatation de ce fait est ancienne; on la trouve dans l’ouvrage de M. Minard {Leçons à l'École des ponts et chaussées). Elle résulte des expériences de M. P. Barlow {Ouvrage
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- Nous déduirons, plus loin, certaines conséquences de ce fait. Pour le moment, il s’agit de montrer que, nonobstant le rapprochement des traverses voisines des joints, le défaut de rigidité de l’assemblage des rails aux joints devait entraîner l’altération du niveau des rails et, l’instabilité des traverses de joints.
- Il sera facile d’expliquer ce résultat, si l’on veut bien, pour un instant, faire abstraction des causes diverses qui peuvent amener l’inégal affaissement des traverses, comme les défauts des rails, les inégalités de surface d’appui des traverses, etc... si l’on suppose aussi que les traverses
- sont uniformément espacées, sauf aux joints, et que le ballast est régulier.
- CHOC AU PASSAGE DES JOINTS ET AFFAISSEMENT PERMANENT DU NIVEAU
- des rails aux joints. —• En examinant ce qui se passe au moment ou la voie s’abaisse sous la charge, on remarque que l’abaissement mobile des rails ne se produit pas seulement à proximité de la charge, mais à distance, de part et d’autre de son point d’application, et que l’écart entre les deux points d’inflexion et le point de contact de la charge est d’autant plus grand que les rails sont plus rigides, c’est-à-dire que les rails s’abaissent dans leur longueur en avant de la charge et se relèvent derrière elle, formant ainsi deux inflexions dont les rayons de courbure dépendent, à la fois, de la masse en mouvement, de sa vitesse, de la roi-deur des rails, de la nature du type de voie > de l’état de ses orgariës et de celui du ballast.
- Il suit de là que l’abaissement des rails ne peut se propager régulièrement, qu’autant que les files de rails comportent en tous leurs points là même rigidité. Or, l’expérience n’a que trop démontré la faiblesse des joints, l’insuffisance de l’assemblage des rails entre eux, par quelque mode que ce fût, éclissage ou coussinets de joints.
- Lors donc que tous les points d’un rail se seront abaissés à l’avance et régulièrement sous la charge, et que celle-ci approchera du joint, l’extrémité du rail suivant sera hors d’état dé prolonger ce mouvement, non-seulement par défaut d’un assemblage suffisamment rigide avec le rail en charge, mais aussi par suite de l’excédant de surface d’appui qu’il a fallu donner à la traverse de joint et du rapprochement de la traverse d’aval. Le joint formera donc une sorte dë point fixe, et conséquemment une saillie, un relief, à l’approche de la charge, et ce relief ne s’effacera qu’à son contact et sous son effort direct, ôfi produisant l'ébranlement de la traverse de joint et son affaissement permànent.
- de M. Locard) et de celles d’un ingénieur allemand, M. Weber. Elle se confirme par le soulèvement général des chevillettes et des crampons. Nous avons pris soin de la vérifier sur des voies nouvellement bourrées et composées de matériaux en bon état.
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- Abandon des traverses de joints. — Ces ébranlements ont amené, en effet, le déversement, l’instabilité de cette traverse, l’affaissement des joints, l’usure irrégulière des coussinets de joints, la détérioration relativement prompte des extrémités des rails1, et ont enfin motivé l’abandon presque général des traverses de joints et l’emploi de l’éclissage en porte-à-faux.
- Éclissage. — L’instabilité des joints avait fixé trop longtemps l’attention, pour qu’on ne trouvât pas d’autres moyens de la combattre. Tel a été le but de l’éclissage.
- Par l’éclissage, on espérait établir la solidarité des rails, dans le sens longitudinal, et racheter leurs solutions de continuité, de telle sorte que les files de rails présentassent en tous leurs points la même rigidité. Mais la première condition seule a pu être remplie. L’appareil des éclisses n’en a pas moins constitué un progrès sensible, en donnant quelque rigidité de plus à l’assemblage des rails entre eux, en permettant la pose des joints en porte en faux, et en atténuant le danger de la rupture des rails et de leur enlèvement par malveillance.
- L’éclissage du rail à double champignon présentait, sur la traverse de joint, d’assez graves difficultés; on a alors imaginé de supprimer cette traverse et de placer les joints en porte-à-faux. Cette disposition n’a pu passer, toutefois, sans que l’on ait tenté, par divers moyens, de conserver la traverse de joint.
- Éclisses, coussinets et éclisses cornières. — Ces tentatives consistent dans certaines modifications apportées à l’éclissage ordinaire, lesquelles permettent d'appliquer cet appareil sur la traverse de joint du rail symétrique, en supprimant le coussinet. L’éclisse-coussinetetTéclisse cornière ont reçu des applications importantes, mais ces modes d’éclissages, plus coûteux que l’éclissage ordinaire, sont restés soumis aux dislocations et aux déversements signalés dans l’emploi des traverses de joints, et quelques-unes de ces applications ont déjà disparu.
- Éclissage en porte-a-faux. — Nous venons de rappeler que la difficulté d’éclisser le rail symétrique, sur la traverse de joint, avait fait imaginer l’éclissage en porte-à-faux.
- Les causes d’instabilité des joints, dans ce cas, restent les mêmes que celles que nous venons d’énoncer pour la traverse de joint. L’abaissement des rails, à distance de la charge, trouve les mêmes obstacles dans le défaut de rigidité des rails aux joints, et dans le rapprochement .des traverses que ce défaut nécessite. On remarque, en effet, que les tra-
- 1. Ces effets ont été décrits de la façon la plus claire , par M, Le Chatelier (1852, Chemins de fer de VAngleterre).
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- verses les plus instables, celles qui s’affaissent incessamment, d’une façon permanente, sont celles qui avoisinent les joints \ Ce mode d’éclissage est donc encore insuffisant, mais il est, selon nous, préférable au système des traverses de joints : d’un côté, parce que les chocs occasionnés par le passage des joints1 2 sont atténués par la flexion des extrémités des rails; de l’autre, parce qu’au moment où la charge se rapproche du joint, le point dur ou relativement fixe ne se trouve plus au joint, comme dans le système précédent, mais se trouve reporté au delà du joint, sur la traverse d’aval, c’est-à-dire sur la première traverse du rail vers lequel la charge se dirige3.
- On nous permettra, peut-être, d’insister sur les observations qui précèdent, eu égard aux divergences qui subsistent encore au sujet du choix à faire entre la traverse de joint, l’éclissage à joints croisés ou obliques sur traverses de joints et l’éclissage d’équerre en porte-à-faux.
- Il nous semble démontré que le choc qui se produit aux joints résulte uniquement de l’abaissement du rail en charge et de l’immobilité relative du rail qui le suit. Si ce défaut ne peut se corriger par l’assemblage rigide des rails entre eux, il ne reste alors comme correctif que le rapprochement des traverses dans le voisinage du joint, c’est-à-dire remploi d’une disposition de nature à immobiliser, le plus possible, la portion de la voie qui avoisine le joint. On sait que la traverse de joint atteint un peu mieux ce but que l’éclissage en porte-à-faux, c’est-à-dire que dans le premier cas les joints conservent plus longtemps leur niveau que dans le second et résistent davantage aux efforts horizontaux ; mais on doit remarquer que l’affaissement des joints n’est que l’un des effets et non la cause du choc au passage des joints : il importe donc moins de prévenir cet affaissement que d’atténuer l’intensité de ce choc et ses effets sur le matériel de voie. Or, c’est ce que l’éclissage en porte-à-faux permet de réaliser en partie par la flexion des rails et l’élasticité des joints dans cette disposition.
- 1. Le croisement ou l’obliquité des joints de deux files de rails nous paraît inadmissible, en raison même de l’affaissement'permanent et inévitable de ces mêmes joints. Ces dispositions introduiraient les défauts suivants : d’un côté, l’altération du niveau transversal de la voie, laquelle peut engendrer le mouvement de lacet; de l’autre, l’accroissement du nombre des traverses et leur inégale répartition.
- 2. On sait que pour un nombre égal de trains, le nombre des rails détériorés aux joints est plus considérable en voie unique qu’en voie double, ce qui résulte, naturellement, de ce que les chocs, dans le premier cas , affectent à la fois les deux extrémités des rails; mais il est clair que ce fait doit s’accuser d’autant plus que le niveau des joints est plus difficile à maintenir dans le premier cas'que dans le second.
- 3. Il résulte de cette observation qu’en voie double le joint ne doit pas occuper le milieu entre les deux traverses voisines, mais doit être, lorsque cela se peut, plus rapproché de la traverse d’amont.
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- De la multiplicité des traverses. — Nous devons dire quelques mots de la multiplicité des traverses, en dehors du voisinage des joints. Étant admis que les rails ne doivent pas fléchir entre deux traverses consécutives, condition actuellement remplie, l’augmentation du nombre des traverses aura pour principal objet d’obvier aux effets de l’abaissement de la voie sur la stabilité des joints. Il est naturel, en effet, que pour atteindre ce but on diminue l’amplitude de cet abaissement; mais ce résultat ne peut être obtenu sans compensation. Outre l’accroissement des dépenses, la voie devient plus fixe, plus dure, c’est-à-dire que ce que l’on gagne en stabilité, on le perd en élasticité. Il nous paraît donc préférable d’augmenter, dans une certaine mesure encore, le poids et la rigidité des rails, ou de les remplacer par des rails en acier1.
- Rails en acier. — Nous terminerons cet abrégé des essais et des perfectionnements relatifs au matériel des voies sur traverses, en signalant la substitution des rails en acier aux rails en fer, comme le progrès le plus intéressant, le plus économique et le plus remarquable de tous. En regard des difficultés et des dépenses croissantes de l’entretien des voies, il peut être consolant de constater que les nouveaux procédés de fabrication de l’acier ont surgi, pour ainsi dire, au moment où le développement de la circulation allait rendre impossible ou ruineux l’emploi des rails en fer.
- Parmi les essais signalés ci-dessus, nous avons omis ceux qui concernent le mode d’attache des rails avec les traverses. Ces essais sont peu importants ; on a admis , sans doute, qu’il était difficile de réaliser un mode d’attaches inébranlable, et qu’il y avait avantage, au point de vue du remplacement des organes de la voie, à ce que ces attaches conservassent une certaine mobilité. Mais cette seconde explication est sans valeur; la mobilité des attaches, comme nous le verrons plus loin, entraîne des conséquences tellement graves, au point de vue économique, que cette difficulté eût été vaincue, si elle n’avait été jugée insurmontable.
- ï. Les voies posées en rails symétriques de 5m,50 comportaient d’abord cinq traverses, puis six traverses par rail, y compris celle de joint. Avec l’éclissage en porte-à-faux elles ont conservé six traverses. La voie Vignoles avec rail de 6 mètres a été posée d’abord sur six traverses, puis sur sept traverses, y compris celle de joint. Le chemin de fer de l’Ouest a adopté huit traverses pour son rail symétrique en acier de 6 mètres. La ligne de Lyon pose également sur huit traverses, et en porte-à-faüx, son rail Vignoles à grand patin, en acier de 6 mètres; enfin le chemin du Nord appuie sur neuf et dix traverses, y compris celle de joint, son rail Vignoles en acier de 30k,5 et de 8 mètres de longueur. (Voir note A, page 163.)
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- III
- État actwel des v©les.
- Nous devons maintenant examiner l’état actuel des voies sur traverses et les résultats obtenus à la suite des perfectionnements qui viennent d’être énumérés. Nous excepterons, toutefois, ceux qui résultent de l’emploi de l’acier; L’usage de ce métal paraît devoir introduire une telle simplification dans l’entretien et de telles économies, qu’il est nécessaire de faire abstraction de ces avantages, afin de ne pas perdre de vue la valeur propre du type de voie sur traverses, ou l’insuffisance de son mode de construction.
- Nous avons dit précédemment que, quelle que fût la nature du ballast, le châssis de la voie s’abaissait tout entier sous la charge. Admettons pour le moment ce mouvement; nous rechercherons, dans un instant, les causes qui le produisent et le généralisent.
- Du ballast.— Le châssis de la voie s’ébranle donc et s’abaisse en tous ses points; mais, pour que ce mouvement soit uniforme, il est nécessaire que la nature du ballast soit aussi homogène et aussi fixe que possible. S’il s’agit du sable, il doit être pur et régulier; si c’est de la pierre , elle doit être cassée uniformément, dure et propre. Le sable pur n’oppose, il est vrai, qu’une faible résistance aux efforts qui tendent à le déplacer; mais précisément parce qu’il cède sans réagir, il atténue d’une façon sensible l’effet des chocs sur les organes de la voie. Si le ballast est impur, sa mobilité s’accroît par la pluie, diminue par la sécheresse, et peut s’annuler par la gelée. Si l’impureté du ballast provient du sous-sol, ce qui se produit trop fréquemment, les {traverses reposent sur un lit de boue accumulée et entretenue par la compression résultant de leurs mouvements verticaux alternatifs. Le bourrage des traverses est alors impossible ou inefficace, et la voie fléchit par les temps humides ou s'immobilise par la gelée.
- «Le meilleur ballast paraît être le gravier propre à la maçonnerie; mais, eu égard aux facilités que réclame l’opération du bourrage, le ballast le plus convenable serait un mélange de gravier et de sable plus fin, tous deux à l’état de pureté.
- L’emploi de la pierre cassée étant inévitable dans certaines contrées, et toujours préférable au sable de carrière, ce ballast, par les mêmes motifs, doit être formé des matériaux les plus durs, cassés en morceaux de grosseur à peu près égale, et maintenu propre, c’est-à-dire sans mélange de matières terreuses.
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- Du bourrage. — La mobilité du ballast entraîne, comme nous l’avons dit, la nécessité du relevage et du bourrage des traverses. Cette opération s’exécute dans les conditions suivantes : pour éviter que les traverses ne prennent leur point d'appui au centre de la voie, on laisse', en leur milieu, un intervalle de 0m,50 à 0m,80 sans bourrage. Le tassement du ballast se fait donc en dehors et en dedans de la voie, sous les traverses, des deux côtés de chacun des rails et sur une étendue variable. Avec la pierre cassée, l’étendue totale du bourrage, pour chaque traverse, varie entre 1m,2!0 et lm/80. Pour le sable, elle paraît être généralement de 2 mètres. Or, ce tassement du ballast ne semble intéresser qu’une faible couche de quelques centimètres ; on peut considérer cette couche de ballast comme une surépaisseur donnée aux traverses, comme un calage, dont le but principal est de rétablir leur niveau normal; mais on peut remarquer aussi que cette opération a pour effet de limiter la surface d’appui des traverses, de reporter la pression sur des couches de ballast plus profondes, moins mobiles que celles sur lesquelles reposent les traverses, et ces couches plus profondes forment ainsi l’appui principal des traverses. Il est donc nécessaire que ces appuis soient d’une égale étendue et également distribués de chaque côté des rails. Or ces conditions, rarement remplies lorsque les traverses sont en bon état, ne le sont jamais lorsque les traverses neuves sont mélangées avec les anciennes.
- Si l’on observe de près l’état du ballast sur la plupart des voies, on est porté à croire que cette question n’a nullement l’importance que nous lui attribuons 1. Le sable pur et homogène ne se rencontre que sur les voies qui suivent le cours des fleuves et des rivières, ou sur les tronçons voisins. Partout ailleurs, le ballast, fourni par des dépôts de formation ancienne, est généralement impur et irrégulier, ou bien il est formé de pierres cassées, calcaire, schiste ou granité, et ces roches sont souvent friables, terreuses ou cassées en morceaux de toutes grosseurs. A l’emploi de ces derniers matériaux nous opposons, de nouveau, la nécessité de donner aux voies un appui, non-seulement perméable, mais régulier, et d’assurer Puniformité du mouvement oscillatoire des rails et des traverses.
- Causes de l’irrégularité des voies. — Si nous examinons, d’autre part, les conditions actuelles de l’emploi des rails et des traverses, nous trouvons, à ce même point de vue de la mobilité de ces organes, d’autres obstacles à leur abaissement régulier.
- Pour les traverses, ces obstacles résultent delà variété de leurs formes et de leurs dimensions, de leur nature, dè leurs défauts d’assemblage
- 1. Il n’y a pas de bonne voie, de quelque système que ce soit, sans un bon ballast, (Couche, Annales des Mines. Chemins de fer d’Allemagne, 5e série, t. XI, 1857.)
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- avec les rails, de leurs dislocations et des avaries qu’elles contractent en service.
- Pour les rails, l'irrégularité de leurs mouvements provient de la faiblesse de l’éclissage, de leurs défauts de dressage, de leur pose défectueuse et de leurs avaries inévitables, s’ils sont fabriqués en fer.
- Toutes ces causes d’irrégularité influent, en quelque sorte, perpétuellement sur l’état des voies; elles ont été plus d’une fois signalées, nous nous bornerons donc à les résumer ; telles sont :
- L’impureté, le défaut d’homogénéité du ballast, l’insuffisance ou l’irrégularité du bourrage;
- La faiblesse de l’éclissage, les défauts de dressage et de pose des rails;
- Les altérations de la surface des rails en fer, provenant de leur usure irrégulière ;
- Les défauts de résistance des rails avariés qui ont été retournés sens dessus dessous;
- Le défaut de parallélisme des surfaces d'appui inférieures et supérieures des traverses, lorsque le sabotage est exécuté à la main, sur les chantiers ou sur la voie;
- La déformation par l’usure des surfaces d’appui inférieures et supérieures des traverses;
- L’inégale distribution de ces mêmes traverses ;
- Le mélange des traverses neuves ou anciennes, ou celui des essences diverses;
- Enfin les dislocations de la voie, conséquences naturelles de toutes les causes de perturbation que nous venons d’énumérer.
- Pour la voie posée en rails symétriques, comme pour la voie Yignoles, ces dislocations résultent de la pénétration, de l’encastrement des coussinets ou des rails dans le bois des traverses, des flexions et redressements des rails, lesquels amènent l’agrandissement des trous des coussinets, l’arrachement et l’usure des chevillettes ou des crampons b
- Eu égard à la faiblesse des attaches, ces dislocations se produisent généralement sur toutes les’voies, après quelque temps de service. Or, nous verrons, dans un instant, que l’une de leurs conséquences est d’annihiler l’effet des vibrations de la voie sur le sol et de tendre à immobiliser le ballast. Ce vice est donc capital, au point de vue de la durée du matériel des voies.
- La pénétration des coussinets ou des rails dans le bois des traverses
- 1. Pour obvier à ces défauts, la ligne de l’Ouest a depuis longtemps remplacé les chevilles par des tire-fonds. Elle emploie, en outre, un coussinet à large base, destiné à faciliter l’emploi des bois tendres et à être posé sur les points les plus fatigués de son réseau. La ligne d’Orléans a pris les mêmes dispositions. Sur les lignes du Nord et de l’Est, le rail Vi-gnoles est fixé sur les traverses par des tire-fonds. Nous indiquerons, plus loin, les mesures prises dans le même but par le chemin de fer de Lyon.
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- entraîne d’autres inconvénients; en ligne droite, elle produit un excédant d’inclinaison des rails vers le centre de la voie, et conséquemment une diminution de sa largeur. Le contraire a lieu dans les courbes. Ces défauts nécessitent donc le resabotage des traverses sur place, dans des délais variables, suivant l’étendue des surfaces d’appui des coussinets ou des rails, l’importance du trafic, l’état du ballast et la dureté des bois.
- Inconvénient du mélange des traverses neuves et anciennes. — Il est difficile d’éviter, dans certains cas, le mélange des traverses neuves et anciennes; or, en recherchant les causes de l’abaissement général des traverses sous une charge mobile, nous verrons que les traverses neuves, en raison de la solidité de leurs assemblages, fonctionnent autrement que les anciennes, pendant quelque temps au moins, qu’elles agissent par vibration, d’une façon plus intense, sur le ballast, et, en le mobilisant, cèdent sous la charge et la reportent sur les vieilles, de même que les traverses débourrées la reportent sur celles qui sont bien bourrées ou relativement rapprochées.
- Traverses danseuses. — Le même fait se reproduit'à l'égard de certaines traverses affectées d’une mobilité particulière, lesquelles ont été qualifiées, pour ce motif, du nom caractéristique de danseuses. Il est facile de se convaincre que l’instabilité de ces traverses n’est que relative, que leur mouvement n’est que l’exagération du mouvement normal de toutes les traverses, et résulte soit de l’état du ballast ou du bourrage, et le plus souvent d’une différence de forme ou d’un défaut d’horizontalité de ces mêmes traverses. On reconnaîtra, en même temps, que les assemblages de ces traverses ont, en général, conservé leur solidité. Cette solidité des attaches, pour les traverses neuves posées isolément,- influe d’autant plus sur leur stabilité, que tout remplacemënt de traverses nécessite un remaniement local du ballast dont l’effet est d’accroître sa mobilité. L’introduction des traverses neuves dans une voie ancienne contribue donc à accélérer la destruction des matériaux anciens, et montre combien il serait nécessaire de régulariser, en tous points des voies, le développement de leur élasticité, et de les former de matériaux d’une nature telle que leur remplacement ne fût plus qu’exceptionnel, au lieu d’être une source incessante de difficultés et de dépenses. »
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- IV
- ©© «te® T©t©@.
- Nous avons pris pour base principale des observations qui précèdent le fait du déplaceraient du ballast et de rabaissement général et mobile du châssis de la voie sous la charge ; nous essayerons d'abord d’en démontrer l’utilité, en nous plaçant dans l’hypothèse de l’immobilité des voies en général..
- Quoiqu’il ne soit pas douteux que l’immobilité d’une voie doive entraîner sa destruction rapide, il n’est pas inutile, peut-être, d’insister sur ce point, ne serait-ce que pour appeler l’attention, de nouveau, sur les causes réelles de l’échec de certains types de voies (voie Barlow, voies sur longuerines) et sur certaines modifications introduites dans la construction des voies sur traverses, modifications qui ont: pour objet de donner à ces voies plus de stabilité, et conséquemment de diminuer, dans une certaine mesure, leur élasticité.
- L’immobilité relative d’une voie peut être obtenue, soit en la formant de rails seuls entreioisés, par exemple comme la voie Hartwiek, et d’une inflexibilité suffisante, soit en la formant de rails seuls dont la rigidité soit assez grande et la surface d’appui assez large (voie Barlow) pour assurer l’immobilité,.du ballast; soit, enfin, en appuyantles rails sur des longuerines d’un équarrissage tel que l’immobilité du ballast en soit la conséquence.
- Le même résultat peut être atteint dans les voies sur traverses soit en exagérant le nombre des traverses, soit en donnant aux rails une rigidité telle que la charge se répartisse sur un grand nombre de traverses, soit, enfin, en posant l’un et l’autre type, longuerines et traverses, sur le roc, sur du béton ou sur de la maçonnerie.
- Il n’est pas douteuxdisons-nous, que ces dispôsitions sont inapplicables, dans le cas même où la voie serait d’une absolue régularité, et il est.à peine nécessaire de prouver que cette dernière supposition est purement imaginaire. Il est impossible, en effet, au point de vue pratique, d’obtenir desjails parfaitement droits, dont les dimensions , le parallélisme, l’inclinaison ne laissent rien à désirer, des rails en fer et des bandages de roues dont les surfaces restent unies, des assemblages inaltérables, des machines dont le mécanisme soit exactement équilibré..
- En raison *de tous^ces défauts, de ceux qui se produisent inévitablement dans la période de construction et dans celle du service courant, il ne nous paraît pas possible d’obtenir la douceur du roulement, et les résultats économiques qui en sont la conséquence, par l’emploi des moyens
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- propres à réaliser l’immobilité, des voies. Toute voie doit donc être considérée comme un appareil essentiellement soumis à des vibrations, à des frottements, à des chocs d’autant plus destructeurs que la vitesse des trains est plus grande, et, dès lors, le meilleur type de voie nous paraît être celui qui, tout en assurant la sécurité, développe régulièrement le plus d’élasticité.
- y
- Pe l’élasticité dans les vole® sms* traverses.
- Cette question de l’élasticité des voies nous ramène à l’objet principal de cette note.
- Nous nous sommes proposé de rechercher les conditions qui doivent être remplies pour assurer la conservation du matériel des voies- mais, avant de les déduire de l’exposé qui précède, nous reprendrons le fait du. déplacement du ballast et nous indiquerons comment, selon nous, ce déplacement tend toujours à se produire.
- Déplacement du ballast. — En réalité, le sable pur est incompressible, s’il a été préalablement tassé et si la charge qui le sollicite est d’une immobilité absolue. Si la surface d’appui est suffisamment étroite,et si la mobilité de la charge met le sable en mouvement, la surface d’appui le pénétrera jusqu’à ce que le sable rencontre dans les couche? inférieures une résistance capable de s’opposer à son déplacement. Mais ce déplacement du ballast es.t-il mobile ou permanent? Comment le vide formé sous les traverses par le redressement des rails et le rétablissement du niveau des traverses se remplit-il après le passage de la charge ? Pourquoi le plan des voies ne s’abaisse-Ml pas incessamment?..,..
- Ces questions ne se fondent évidemment que sur l’apparente conservation du niveau normal des voies. Les rails s’infléchissent sous la charge, se redressent', et leur niveau ne s’altère visiblement qu’aux joints , mais le ballast se déplace d’une façon permanente, cela n’est pas douteux, La pratique montre, en effet, que l’affaissement des voies nécessite des, relevages partiels fréquents et, à intervalles éloignésL$e.s relevages en grand. Les relevages partiels s’exécutent 4’autant plus activement que le'hiveau des joints s’altère plus vite, et que cette altérationj exerce une influence plus grande sur la conservation du niveau des rails. Or, ces réparations suffiraient presque pour expliquer la conservation^du biveau normal des voies , mais il importe de remarquer aussiqu’une partie du ballast mobilisé peut dans de certaines conditions ,reprendre sa position primifive’après le passage de la charge. Il suffit d’indiquer la possi-
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- bilité de ce mouvement, difficile à vérifier, mais dont on se rendra compte en le déduisant de la façon dont le ballast se comporterait si la largeur des traverses était très-réduite ou si elles affectaient une forme triangulaire. Nous ajouterons que ce fait se réalise, en partie, dans les voies actuelles, en raison de la forme que prepd la partie du ballast qui a subi le bourrage, laquelle forme est à peu près celle d’un coin ou d’un prisme triangulaire renversé, et que sa réalisation dépend naturellement de l’état du ballast. Il y a donc lieu de distinguer.
- Ballast pur. — Le cas où le ballast étant pur conserve sa mobilité et son incompressibilité, c’est le cas que nous venons de considérer. Nous admettons que.le ballast, sous l’action d’un coin, se déplace par vibration, latéralement, à une profondeur suffisante, et sous un angle tel que la gravité seule lui permette de reprendre, au moins partiellement, sa position primitive. .
- Ballast argileux. — Le cas où le ballast étant terreux ou argileux se durcit parla sécheresse ou par la gelée. Dans ces conditions, qui sont les plus défavorables, le ballast s’immobilise ou ne se déplace que superficiellement, d’une façon permanente, les rails et les traverses restent également fixes et supportent sans atténuation l’effet des cliocs et de la pression.
- Enfin, le cas où le ballast argileux se liquéfie sous l’influence de la pluie. Dans ce dernier cas, le ballast se déplace, à l.afois, par compression et par vibration, et, agissant, en quelque sorte, comme un liquide, reprend encore partiellement, sauf aux joints, sa position première après le passage de la charge.
- Pression transmise au ballast. — Pour évaluer la pression transmise au ballast, nous supposerons que l’étendue totale du bourrage, pour chaque traverse, soit de 2 mètres. L’étendue totale de leur surface d’appui sera, dès lors, de 0,25 X 2 = 0mq,5000 environ, en négligeant, ce qui n’est nullement négligeable, la résistance du ballast dans les parties non bourrées. Or, du moment que les traverses s’abaissent toutes sous la charge, et que les rails sont assez rigides et les traverses assez rapprochées pour éviter la flexion des rails dans leurs intervalles, nous pourrons admettre que la charge intéressera quatre traverses ou plus, suivant la roideur des rails, et l’action effective exercée sur lé ballast et la surface totale d’appui, pour ces quatre traverses, sera de 2raq,000 pour une charge isolée, que nous supposerons être de 12,000 kil. La pression transmise au ballast sera donc un peu supérieure à 1/2 kil. par centimètre carré..
- Mais la charge circule.avec vitesse; elle agit sur un châssis libre, vibrant, et dont la rigidité est suffisante pour que lés rails reprennent leur
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- niveau après le passage de la charge. Les supports de la voie, y compris le bourrage, pénétreront donc dans le ballast, et cette pénétration sera d’autant plus profonde, plus égale, que les vibrations transmises au ballast seront plus intenses, que le ballast sera plus pur, plus régulier, que les surfaces d’appui du châssis seront mieux réparties, plus réduites , que le châssis lui-même sera moins massif et suffisamment rigide.
- Condition complémentaire de conservation des voies. — Nous avons déjà conclu de cette action que les voies exercent sur le sol, que le déplacement régulier du ballast était la condition complémentaire de leur conservation ; nous formulerons cette pensée en prenant l’hypothèse inverse, et nous dirons
- « Tout appareil de voie dont les dispositions peuvent faire obstacle à « la vibration de ses organes et à l’effet de ces vibrations sur le sol, par « excès ou par défaut de rigidité, par sa masse, par l’étendue ou la dis-« location de ces appuis, entraîne l’immobilité, la dureté du ballast et « la destruction relativement prompte de l’appareil lui-même. »
- Une proposition à peu près semblable régit le mode de fondation des enclumes, des marteaux-pilons et de tous les appareils soumis à des chocs. Si l’on veut bien l’admettre, dans le cas présent, nous en ferons l’application aux différents types de voies qui ont été proposés pour remplacer la voie sur traverses.
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- ANCIENS TYPES DE VOIES.
- Voies sur dés. — L’essai des dés en pierre offre le premier exemple de l’emploi des supports isolés. Comme les plateaux en fonte et les cloches-coussinets, les dés étaient appelés à remplacer et à économiser les traverses.
- Mais, dans cè système, il était difficile d’entretoiser les rails d’une façon rigide , de maintenir une solidarité suffisante entre les rails et les dés. L’une et l’autre difficulté ne purent être vaincues, et, dès lors, la transmission des vibrations trouvant plusieurs obstacles dans la masse, la matière des dés et leur dislocation, l’immobilisation du ballast dut s’ensuivre et ajouter par sa dureté à la détérioration de cette voie.
- Voies sur plateaux. — Les plateaux et les cloches-coussinets s’assemblaient facilement et solidement avec les rails; leur surface d’appui, moindre que celle des parties bourrées des traverses, était de plus exactement limitée; mais l’entretoisage des deux files de rails était insuffi-
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- sani, et la rigidité de cet assemblage était aussi nécessaire pour équilibrer les oscillations verticales des rails que pour régler leur écartement. La voie sur traverses devait donc l’emporter encore, parce qu’elle satisfait mieux à cette condition d’équilibre, et que, pendant rabaissement, l’obstacle à ce mouvement ne se produit pas seulement soüs les parties bourrées des traverses, mais se développe sur toute leur longueur. ’
- Voie Barlow. — Quant à la voie Barlow, dont les dispositions ont si justement appelé l’attention et dont les essais ont été Suivis avec tant d’intérêt, nous examinerons une seule question , en laissant de côté les objections tirées des difficultés de l’entretien de cette voie et de la fabrication de son rail.
- La voie Barlow pouvait-elle, malgré l’étendue de sa surface d’appui sur le ballast, s'infléchir sous la charge et reprendre ensuite son niveau? Nous croyons que cette question peut être résolue négativement. Si l’on observe, en effet, que la surface d’appui du rail était considérable, puisque le bourrage était continu, que ce bourrage était plus fixe et comportait une solidité plus grande que celui de la voie sur traverses ; si l’on remarque, en outre, dans les documents relatifs aux applications de cette voie % qu’il est fait mention d’une agglomération de ballast consolidé dans la cavité du rail, on est porté à penser que les vibrations de la voie Barlow étaient faibles, que cette voie exerçait sûr le sol une action presque insensible, et l’on s’explique, dès lors, à un autre point de vue, la prompte destruction des rails de cette voie indiquée dans les mêmes documents comme la cause principale de son insuccès.
- 'Voies sur longuerines. — Les voies sur longuerines ont reçu d’importantes applications en tous pays ; elles ont eu de nombreux partisans et en conservent encore, tant il est vrai qu’en l’absence d’un signe cer-. tain, d’un critérium suffisant de leur valeur, tous les systèmes de voies sont possibles, et que leurs résultats'economiques sont difficiles à apprécier. J V ’ ’
- Le défaut principal 'ces'voies est l’instabilité ; mais l’action qu’elles exercent sur le ballast étant très-faible, eu égard à l’étendue et à la continuité de leurs surfaces d'appui., ce défaut peut être atténue de façon à faire illusion sur la valeur de ce type de voie. Deux cas peuvent donc se présenter : cèlui dans lequeUes longuerines s’affaissent d’une façon générale ou partielle, et celui de leur immobilité relative. Le premier cas est inadmissible et a été jugé par ses résultats2. Le second, qui est, sans doute, celui du'Great-Wéstern, se complique d’une telle quantité d’elé-
- ;1, Chemins. 4e fer d’Allemagne, par M. Couche {Annales'des Mines#5.® -série, t, XI).
- 2. Chemins de fer d-”Allemagne (par M. Couche, 1857), voies de Bayonne, Auleuil, Saint-Bamhert. ,_r * " ^
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- ments de comparaison, qu'il a été, en quelque sorte, impossible de les apprécier. Nous nous en raporterons donc aux analyses qui ont été données du mode de construction adopté par M. Brunnel, lesquelles indiquent qu’il n’a été rien ménagé, tant au point de vue des dépenses de premier établissement qu’à celui de l’entretien, pour assurer le fonctionnement régulier de cette voie1. Cet exemple ne suffit donc pas pour justifier l’application économique des voies sur longuerines, et surtout pour écarter les objections que soulève, d’une façon générale, l’emploi des dispositions de nature à réaliser l’immobilité d’un système de voie, quel qu’il soit. „
- Voie Hartwich. — Malgré tous ces précédents, un nouveau type de voie longuerine s’est présenté il y a quelques années, et a été puissamment patronné sous le nom de voie Hartwich.
- Comme dans la voie Barlow, le rail de la voie Hartwich s'appuie directement sur le ballast. La surface d’appui de ce rail, qui n’est autre que le rail Vignoles surélevé, est moindre, par mètre courant, que celle de là voie sur traverses, mais sa rigidité est telle, du moins dans l’ancien type, que la voie doit.approcher de l’immobilité. On ne peut donc être surpris que M. Hartwich ait jugé nécessaire de diminuer la hauteur de son rail, non-seulement par économie, mais surtout en vue d’atténuer les conséquences de l’immobilité du ballast et delà dureté de la voie. L’entretoisage est rigide , mais cet assemblagé , l’éclissage et l’emploi des selles de joint font obstacle au remplacement rapide des rails pris isolément; ces remplacements doivent donc être exécutés par couples de rails préalablement assemblés.
- Cette voie s’infléchit-elle sans se déniveler transversalement? Quelle est sa stabilité si le ballast n’est pas parfait? Comment se comportent les joints? Comment s’exécute le bourrage en l’absence d’une cavité longitudinale sous les rails? Ce nouveau type, moins simple que la voie sur traverses, suscite donc des objections plus graves, et ne semble possible que si les rails!sont en acier* et si les; assemblages peuvent atteindre, sans entretien, la limite de la durée des rails. !
- 1. Chemins de fer d’Allemagne (par M, Couche, 1857) ,
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- TYPES DES VOIES ACTUELLES.
- Halls fignoles et rail symétrique.
- Propriétés des deux types de rails et des deux types de voies. — Nous venons d’examiner les anciens types de voies et la voie Hartwich au seul point de vue de l’élasticité ; nous pourrions nous borner à apprécier la valeur de la voie Vignoles à ce même point de vue; mais, eu égard aux nombreuses applications de ce type, nous résumerons ses propriétés principales en regard de celles du rail symétrique, et nous rechercherons l’influence de ces deux formes de rail sur la stabilité des "voies et leur conservation
- Retournement du rail symétrique. — Le rail à double champignon rpeut être retourné dans tous les sens, mais la forme de ce rail et sa faiblesse relative excluent dans sa fabrication l’emploi des fers les plus sou-dables et nécessitent la mise en œuvre de matériaux moins rigides, moins durs, plus résistants, plus difficiles à souder. La faculté du retournement de ce rail s’exerce donc comme compensation des défauts les plus graves, et, de plus, ce retournement compromet, dans une certaine mesure, la sécurité de la voie, détruit son élasticité et suscite des flexions anormales, préjudiciables à sa stabilité.
- Choix du fer pour le rail Vignoles. — Le rail Vignoles, de son côté, semble offrir toutes les garanties désirables de sécurité et de durée. Sa résistance à la rupture est assurée par la nécessité de former son patin A l’aide de fers ductiles et résistants, et sa durée par la possibilité de l’emploi, pour la formation de son unique champignon, de fers durs, cassants, que l’on peut considérer comme soudables; mais les minerais qui fournissent ces derniers éléments et les usines qui les traitent sont en si petit nombre, qu’il peut être fort difficile, dans certains cas, de se les procurer. Aucun procédé n’ayant permis, jusqu’ici, d’obtenir cette nature de fer avec toutes espèces de minerais, l’avantage que présente l’emploi de ces matériaux peut donc être considéré comme illusoire, et l’obstacle ne peut être éludé qu’à l’aide de l’acier.
- 1. Trois compagnies : l’Est, le Lyon, le Nord, semblent avoir fixé leur choix sur le type Vignoles. La ligne d’Orléans emploie les deux types, mais la plus grande partie de son réseau est réservée au rail symétrique. L'Ouest et le Midi restent fidèles au type symétrique.
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- Longueur des rails. — Si nous passons aux propriétés qui résultent de la forme des deux rails , nous trouvons] que le rail Vignoles est, en service, moins fragile que son rival et plus roide dans le sens transversal; il résulte de là que tandis que la longueur du rail symétrique restait fixée à5m,50 (rail en fer), celle du Vignoles a pu être augmentée et portée à 6 mètres1; que, dans ces conditions, ce dernier rail supporte, sans trop d’altération, les éventualités ordinaires des transports, les déchargements, et, dans une certaine mesure, aussi les services de ballastage, et peut enfin se poser sur les voies dans des conditions de rectitude supérieures à celles dans lesquelles se présente le rail symétrique.
- Dressage des rails. — Nous n’avons pas besoin de faire ressortir cet avantage, puisque tout défaut de rectitude des rails équivaut à une altération du niveau transversal des voies, entraîne le glissement des roues des véhicules et détermine, par cela même, Lune des causes les plus actives de destruction des rails, des bandages et des essieux.
- Notons également le bénéfice que retire le rail Vignoles de sa longueur et de la diminution du nombre des joints, avantage notable, tant au point de vue de l’économie que de la stabilité.
- Ainsi, en ce qui concerne la stabilité, la résistance à la rupture, le dressage et le transport des rails, la réduction du nombre des joints, et, dans certains cas, la possibilité de l’emploi d’une nature de fèr appropriée à sa destination, le1 rail Vignoles se montre supérieur au ràil symétrique.
- Prix comparatifs des deux types. — Il en est de même au point de vue des prix comparatifs de premier établissement. Le prix de la voie Vignoles, y compris le ballast, est inférieur à celui de sa rivale de 5 à 7 pour 100. Dans un cas donné, cette économie, étant de 1,000 fr. environ par kilomètre, correspond à une bonification d’intérêt de 50 à 70 fr., laquelle doit être accrue par l’accumulation des intérêts. .
- Immobilité relative de la voie Vignoles.— Nous essayerons maintenant d’analyser les conditions dans lesquelles fonctionne la voie Vignoles. Lorsqu’on examine attentivement la façon dont la voie Vignoles se comporte sous une charge en mouvement, on remarque que ses appuis sont moins mobiles que ceux de la voie posée en rails symétriques. Ce fait, dont l’observation est plus sensible en wagon, par suite d’une apparente augmentation de stabilité, sinon de douceur, dans le mouvement du véhicule, pourrait être contrôlé d’une façon précise et à l’aide d’appareils très-simples. Il s’explique, selon nous, par l’accroissement du nombre
- 1. Là. ligne de l’Ouest à seule adopté la longueur de 6 mètres pour son rail symétrique en fer de 37 k,5.
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- des traverses, et surtout par l’interruption dans la transmission des vibrations à ces mêmes traverses et au ballast, interruption résultant delà faiblesses des attaches et de leur facile dislocation. Dès lors, comme nous l’avons remarqué déjà, la mobilité des traverses diminue. La voie peut, il est vrai, conserver plus longtemps sa régularité, mais elle reste plus fixe, et sa dureté se manifeste sous l’effet des moindres chocs. Gette régularité elle-même n’est que relative; elle s’altère sans cesse par les affaissements, les dislocations, l’usure du matériel; ce matériel lui-même doit donc se détruire plus rapidement. Cette conséquence est naturellé; si elle est encore sujette à contestation, cela tient à l'insuffisance des épreuves comparatives sur les deux types de voies, aux errements suivis dans la construction et l’entretien des voies posées en rails symétriques, à l’influence particulière du ballast sur l’état de ce dernier type, conséquemment à l’emploi du ballast de mauvaise nature ou au maintien sur les voies d’un ballast avarié , à l’inefficacité des moyens employés pour prévenir la dislocation des attaches du rail symétrique, à l’emploi des traverses en bois tendre, à toutes causes, enfin, propres à détruire partiellement l’élasticité du type symétrique , et à diminuer l'écart entre les résultats donnés par les deux types de voies.
- Mode de vérifigatipn de l’abaissement mobile des rails. — A défaut d’épreuVes largement exécutées et dans lesquelles il est difficile d’atteindre toute la précision nécessaire, noüs indiquerons deux moyens de vérification : le premier, que nous venons de mentionner, consisterons la mesure de l’abaissement mobile des traverses de l’ün et de l’autre type, chacun d’eux composé de traverses semblables, posées sur un ballast de sable récemment bourré et de nature identique1. Le second se réduit à la vérification-d’Un fait, qui résulte, de nos observations personnelles et qui nous’ a porté à penser que la voie Yignoles, eu égard à la durée de ses rails, ne tire, pour ainsi dire, aucun profit de l’emploi du ballast le plus régulier et le plus pur.. La réalité de ce dernier fait pourrait, peut-être, se vérifier par des épreuves comparatives, et prouverait, le cas
- 1. Cette épreuve, comme celles qui ont été faites dans le but de vérifier Rabaissement général de toutes les traverses (rail symétrique), peut s’effectuer dans les conditions , suivantes : ••••
- L’instrument de mesurage se compose d’une tige en fer fixée dans. l’axe. d'un plateau en bois de 0m,12 de coté,., et saillante, de. O111,OC, et d'une .enveloppe .en douille mobile en métal, glissant à, frottement sur cette tige graduée ou repérée., Ces appareils en nombre suffisant sont posés sur le ballast préalablement tassé, les uns sous les rails, les antres latéralement, et à 0™, 15 oii Om,20 dés traverses.'L’affaissement des traverses est transmis l'appareil, au fnoyëri d’une'barette inflexible cioùèe trànsvérsàlément sur là traverse, et en contact, par son autre extrémité, avec la douille de l’appareil. Nous n’avons pas besoin d’ajouter qu’il existe d'autres types d’appareils plus coûteux et d’une précision qui ne laisse rien à désirer. (Expériences de M. G. Barlow, enquête anglaise, 1839.) !
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- échéant, que la voie Vignoles est, dans une certaine mesure, privée d'élasticité, et qu’en l’absence de ce préservatif ses organes sont plus exposés aux effets destructeurs qui résultent de la vitesse et des chocs.
- Rigidité transversale de la voie Yignoles. — Nous ajouterons que la rigidité, et en quelque sorte l’inflexibilité.du rail Vignoles dans le sens horizontal, son mode d’assemblage avec les traverses, aggravent encore les effets des déviations inévitables qui dérivent, soit du tracé de la ligne, soit de l’usure des rails ou de l’état du matériel. Les conséquences de ces déviations sont encore la dislocation des attaches et l’immobilisation du ballast.
- Instabilité des attaches. Déplacements mobiles et permanents des rails de la voie Yignoles. — En raison de la faiblesse de ses assemblages, la voie Yignoles exige une surveillance des plus attentives, notamment dans les courbes. D’après les expériences qui ont été faites en France et en Allemagne, il n’est pas douteux que ses rails subissent des écarts mobiles sous le passage des trains. Ces expériences ont montré, en effet, qu’en alignement le champignon des rails s’incline sous la charge extérieurement à la voie et reprend sa position initiale, tandis que le bord extérieur du patin des rails reste relativement fixe. Dans les courbes, la file de rails du petit rayon se renverse comme précédemment, mais ce déplacement tend à perdre sa mobilité, il s’accuse de plus en plus d’une façon permanente et ne tarde pas à modifier l’inclinaison des rails et leur écartement normal. La file du grand rayon, de son côté, ne subit le mouvement giratoire ou de torsion qu’à l’origine de la courbe; partout ailleurs elle tend à fléchir transversalement dans sa longueur et elle se déplace‘en réalité, d’une façon permanente, par l’usure et le déplacement des crampons. L’écartement normal de la voie, se détruit ainsi des deux côtés à la fois. La voie Vignoles offre.donc, à cet égard, moins de sécurité que sa rivale. Si les déviations des .véhicules n’exercent qu’une influence, moindre sur l’écartement des rails symétriques, ce fait peut être attribué à la flexibilité transversale.et au mode d’assemblage de ces rails avec les traverses, à ce que les efforts horizontaux ne se transmettent qu’indirectement aux attaches et se trouvent partiellement atténués par l’élasticité du coin et la flexibilité du rail lui-même.
- Nous avons signalé la tendance des deux types de rails à s’incliner soit ep dedans, soit en dehors de la voie. Pour le rail Vignoles, cette tendance ne peut être combattue que par l’emploi des selles ou par l’élargissement de son patin. Or, cet élargissement du patin a ses limites, tandis que, dans l’emploi du rail symétrique, le coussinet laisse toute latitude à ce sujet.
- • :-h : pi-.
- Influence du type Vignoles sur la durée des traverses. — Si nous
- recherchons, maintenant, l’influence du type Vignoles sur.la conserva-
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- tion des traverses, nous constatons d’abord, dans les conditions actuelles de l’assemblage des rails et des traverses, la difficulté de l’emploi des bois tendres et l’impossibilité, par suite de la faible saillie des rails au-dessus des traverses, de préserver le bois par une couche de ballast suffisamment épaisse. Nous savons que le bois des traverses se laisse pénétrer, après un certain temps, en modifiant l’inclinaison et l’écartement des rails; il faut donc resaboter les traverses sur place et dans le cas des tire-fonds, comme dans celui des crampons, procéder au remplissage des trous et au reperçage. On sait aussi que, dans les courbes, les attaches sont chassées extérieurement sur le grand rayon , ce qui nécessite l’emploi de divers expédients, tels que la multiplication des attaches ou l’addition de cales. Or, ces procédés, d’une efficacité douteuse, entraînent également la détérioration des traverses.
- Emploi des selles. — L’emploi partiel des selles, dont le but, à l’origine, était de faire obstacle au glissement longitudinal et à l’écartement des rails, suscite d’autres inconvénients. Par l’étendue ou la distribution de leur surface d’appui, par la solidarité qu’elles établissent entre les attaches et entre les rails et les traverses, les selles facilitent la transmission des vibrations aux traverses qui les portent, et ces dernières, comme nous l’avons observé précédemment, cèdent sous la charge et la reportent sur leurs voisines; les selles employées partiellement, c’est-à-dire à raison de une ou deux par longueur de rails, troublent donc la régularité du mouvement oscillatoire des traverses, quelque faible que soit ce mouvement dans la voie Yignoles, et telle doit être, en effet, la conséquence de tout défaut d’uniformité, de toute disparité dans les éléments ou dans l’assemblage des éléments des voies actuelles. (Cette observation ne s’applique pas aux selles de joint, en raison de la fixité relative des traverses de joint)
- La mobilité relative des traverses porte-selles et leur soulèvement par redressement des rails ne tarde pas, du reste, à occasionner la dislocation des crampons et à leur donner du jeu transversalement à la voie. De plus, par l’effet du déplacement des rails dans le sens des pentes, en voie unique, ou dans le sens des trains sur les voies doubles, le patin des rails , supporté par la selle, exerce sur les attaches un effort dont l’effet est d’autant plus accusé que son point d’application est plus éloigné du point où le crampon pénètre dans le bois des traverses, et que cet effort se produisant transversalement aux fibres les disjoint et entraîne la fente des traverses.
- Les selles doivent donc disparaître ou se généraliser; le premier cas pourrait se justifier par les motifs que nous venons d’indiquer, et par cette raison que le rail Yignoles se prête plus facilement que le rail symétrique à l’emploi d’un smode d’arrêt des rails plus simple et moins dangereux que la selle.
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- La généralisation des selles, de son côté, se justifiera mieux encore au point de vue de la consolidation des assemblages, mais elle portera une première atteinte à la simplicité du type et permettra, le cas échéant, d’apprécier à leur juste valeur les avantages que l’on a cru pouvoir retirer de cette simplicité du type Yignoles.
- Emploi des traverses de joints Yignoles. — Quant à l’emploi des traverses de joints, il nous paraît d’autant plus difficile d’expliquer leur maintien dans la voie Yignoles, que cette voie est, selon nous, plus dure, moins favorable à la conservation des rails , et que l’inévitable choc qui se produit aux joints exerce sur les rails de la voie Yignoles, dans le cas des traverses de joints, une action encore plus destructive.
- Difficultés d’entretien de la voie Yignoles. — L’infériorité de la voie Vignoles s’accuse encore davantage au point de vue des nécessités de l’entretien courant. Avec les crampons, toute correction à apporter dans la pose des rails, et ces corrections sont en quelque sorte inévitables, tout remplacement des rails avariés, tout retournement de ces mêmes rails , bout pour bout, tout remaniement des voies destiné à fournir les matériaux de l’entretien courant, entraîne l’altération d’un nombre considérable de traverses. L’entretien des voies ne pouvant se faire qu’au moyen de rails de même âge ou à peu près, tout remplacement de rails occasionne le maniement ou le transport d’un nombre de rails triple, et, dans la plupart des cas, le décramponnage d’un nombre de traverses décuple. Ces nécessités de l’entretien se reproduisent pour le rail symétrique, avec ces différences que les rails sont plus faciles à manœuvrer et à poser, que les défauts de dressage et de pose des rails peuvent se corriger partiellement et plus aisément, que le remplacement ou le retournement de ces organes peuvent se faire en peu de^temps, et avec sécurité, sur les voies les plus fréquentées, et qu’enfin ces diverses opérations n’affectent ni la durée, ni l’assiette des traverses, ni l’état de leurs assemblages.
- Emploi des tire-fonds.— L’altération des traverses qui résulte du déplacement des crampons dans la voie Yignoles peut être atténuée, il est vrai, par l’emploi des tire-fonds; mais la pose de ces derniers, lors du premier établissement, exige plus de temps et de soins, et dans l’entretien courant une main-d’œuvre plus habile, mieux choisie et plus surveillée. Or, ces conditions sont pratiquement difficiles à réaliser ; nous nous expliquons ainsi, du moins, les raisons que l’on peut opposer à l’extension de l’emploi des tire-fonds, malgré l’incontestable avantage que présente ce mode d’attaches pour les deux types de voies.
- Les observations qui précèdent nous dispensent d’insister sur les bénéfices que la voie Vignoles retirera de l’emploi de l’acier. L’améliora-
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- tion sera d’autant plus sensible, que cette voie souffre davantage du remaniement de ses organes et de ses défauts de régularité.
- Nous ne pouvons omettre de rappeler, .à l’avantage du Yignoles, l’exonération des servitudes occasionnées par l’entretien des coins en bois. A part les compensations, en sens contraire, déjà signalées pour chacun des deux types, nous ferons Remarquer, cependant, que ce privilège du Yignoles n’aura de valeur réelle que s’il devient possible de se dispenser de la surveillance nécessitée actuellement par l’instabilité de ses attaches.
- Mentionnons, enfin, la propriété attribuée au type Yignoles de maintenir les trains sur la voie dans les déraillements, propriété quelque peu douteuse et que possèdent également la voie Barlow et les voies sur longuerines.
- Causes.d’incertitude dans le choix des deux types de rails Yignoles et symétrique. — Il semble résulter de l’exposé qui précède que l’incertitude qui règne encore, au sujet du choix à faire entre les deux types de rails Yignoles et symétrique, tient principalement à ce que la voie Vignoles conserve un peu mieux sa régularité que la voie posée en rails symétriques, et rachète en partie, par cela même, son défaut d’élasticité; et à ce que cette dernière voie perd par sa mobilité, et conséquemment par son irrégularité, une partie (les avantages que lui procure son élasticité. Mais on remarquera que ces défauts du type symétrique peuvent être corrigés à la fois par l’emploi d’un ballast de bonne nature et par un supplément de rigidité des rails; tandis que les défauts du Vignoles, provenant principalement de la faiblesse de ses attaches, ne pourront être atténués que par une modification notable, une véritable complication de ses assemblages.
- En résumé, quelque intérêt que présentent les propriétés du type Vignoles, quelle que "soit l’économie de sa construction et celle qui résultera également de l’emploi de l’acier, des tire-fonds et des selles (avec-leurs formes actuelles), nous sommes forcés de conclure que le vice principal, originaire, de cette voie subsiste et entraîne les conséquences signalées précédemment, à savoir; l’immobilité relative du ballast, la dureté de la voie, l’accélération d’usure des rails, le défaut de sécurité dans les courbes, la difficulté de l’emploi des bois tendres, et enfin la détérioration des traverses , à la suite de toutes corrections nécessitant l’extraction des crampons ou des tire-fonds.
- Dispositions adoptées sur les lignes de l’Est, de Lyon et du Nord pour l’établissement de la: voie Yignoles1. — Nous rappelons, à la fin de cette note, les principales dispositions adoptées ou en cours d’essais pour l’établissement de la voie Vignoles sur les lignes de Lyon, du Nord et de
- 1. Yorr note À, page 163. 1 ‘i! > ; -
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- l’Est. Si l’on veut, bien remarquer que le rail Yignoles en fer peut être fabriqué dans de meilleures conditions que le rail symétrique, que les lignes mentionnées ci-dessus .sont les mieux placées pour se procurer la nature de fer spécialement propre à la fabrication des rails, on trouvera peut-être dans les dispositions prises par ces trois Compagnies quelque justification des conclusions qui précèdent, et l’on en déduira notamment que le rail en fer est d’un emploi particulièrement difficile et dispendieux dans les voies du type Yignoles.
- IlégtBEISé.
- Il nous reste à résumer les observations que contient cette note, et à indiquer les conclusions qui résultent, selon nous, de l’examen de différents types de voies.
- Après avoir rappelé les conditions que toute voie doit remplir pour assurer la régularité de la marche des véhicules, nous avons examiné le mode de construction des voies sur traverses et les progrès réalisés dans leur emploi. Nous avons vu que la difficulté principale résultait de la mobilité du ballast, et que tous les essais, toutes les recherches avaient eu pour objet d’atténuer les conséquences de cette mobilité.
- Examinant les moyens employés pour remédier à la faiblesse des joints des rails, nous avons appelé l’attention sur le fait général de rabaissement des voies sous la charge. Cet abaissement de toutes les traverses entraînait la flexion des rails dans leur longueur et, par conséquent, le développement de leur élasticité.
- Nous en avons déduit, en premier lieu, qu’il était indispensable, pour la régularité de ce mouvement, que le ballast fût aussi pur et aussi homogène que possible, que les rails fussent inflexibles entre les traverses et d’une égale résistance en tous leurs points ; que les traverses fussent de meme nature, d’égale surface et uniformément réparties, sauf aux joints; et, en second lieu, que de la faiblesse des joints résultait nécessairement l’insuffisance de tous les procédés de consolidation appliqués jusqu’à ce jour.
- Après avoir signalé les causes de perturbation qu’engendre le mauvais état du ballast, perturbations auxquelles les relevages ne remédient que d’une façon précaire et momentanée, nous avons énuméré toutes celles qui peuvent provenir de l’état du matériel de voie. Ceux de ces défauts qui dérivent de l’usure des rails en fer et des traverses, et de la dislocation des attaches, sont inévitables; ces défauts se joignent donc à celui de l’instabilité des joints, et tous ensemble influent d’une façon, en quelque sorte permanente, sur la stabilité et la régularité des voies.
- Nous avons indiqué les divers expédients à l’aide desquels on a tenté de faire obstacle au déplacement du ballast, soit par des mélanges ou
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- par l’emploi de sables terreux, soit en augmentant le nombre des traverses. Ces tentatives étaient motivées par la difficulté du passage des joints, laquelle croît proportionnellement à l’amplitude des oscillations du châssis de la voie. Mais cette difficulté ne pouvait être vaincue sans priver les voies du bénéfice de leur élasticité, c’est-à-dire que, pour obtenir la stabilité, il fallait subir les conséquences de l’incompressibilité du sol et de sa dureté.
- La question ne pouvait donc recevoir, dans ce sens, aucune solution satisfaisante, et c’est ce que nous avons essayé de préciser, pour tous les systèmes de voies, en examinant, d’une part, les conséquences de leur immobilité; en analysant, d’autre part, l’action que certaines voies exercent sur le sol, et en déduisant de cette action et du développement d’élasticité qui en résulte, que les voies sur traverses doivent à cette élasticité même leur conservation relative et la préférence qui leur a été donnée sur tous les autres types.
- Sera-t-il possible, économiquement, de doter ces voies d’une élasticité plus régulière, d’uniformiser la nature du ballast, de faire obstacle à l’affaiblissement et à la déformation des traverses, à la dislocation des assemblages, à l’instabilité des joints? Ne sera-t-on pas sollicité, sans cesse, de restreindre la part de l’élasticité, pour accroître celle de la stabilité et delà régularité?
- Nous croyons que ces difficultés seront invincibles, et qu’en raison des charges croissantes que doivent supporter les voies, leur mode de construction ne pourra subsister, la stabilité, la vitesse ne pourront être accrues sans sacrifier à la fois l’élasticité, l’économie et la sécurité.
- Leur situation est, en effet, celle-ci :
- Situation des voies actuelles. — Le remplacement du ballast est impraticable, s’il doit être exécuté, de telle sorte que sa pureté, son homogénéité ne laissent rien à désirer.
- L’entretien des voies, en ce qui concerne les relevages, constitue une dépense courante, dont le résultat est insuffisant, par le fait même de l’irrégularité du ballast, et parce que le niveau des joints est immédiatement abaissé et reste, en quelque sorte, constamment inférieur à celui du milieu des rails.
- La consommation des traverses a pris un tel développement, qu’il devient impossible de se les procurer exclusivement en chêne, et que l’on est contraint de recourir à l’emploi des autres essences, malgré leur mollesse et leur pénétration par les coussinets ou les rails. Les traverses, du reste, comme les coussinets et les attaches, ne se maintiennent moyennement, en bon état de service, que pendant la moitié environ de leur durée. L’économie réalisée sur le prix des bois est donc une économie forcée, et d’autant plus regrettable qu’elle se trouve
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- compensée, d’un côté, par leur moindre durée et, de l’autre, par le défaut de solidité de l’assemblage des rails et des traverses, lequel entraîne, comme nous l’avons vu, la destruction rapide de tout l’appareil.
- Seule, la question des rails a trouvé sa solution dans l’emploi de l’acier. Quant aux rails en fer, ils sont exclus désormais des voies à grand trafic et de celles dont le profil est accidenté, et ne peuvent être admis, sur les voies à trafic moyen, qu’autant qu’ils ont été fabriqués avec les minerais spéciaux signalés précédemment.
- Conckasiora.
- Nous croyons pouvoir conclure des observations que contient cette note :
- Qu’aucun type de voie ne peut être doué, pratiquement, d’une régularité absolue;
- Que la stabilité des voies ne peut être réalisée par leur immobilité, sans compromettre leur durée;
- Que les voies ne seront économiques que lorsqu’elles seront formées de matériaux durables et pourront fonctionner normalement dans des conditions élastiques ;
- Qu’à ce dernier point de vue, la mobilité du ballast, quelles que soient sa pureté et son homogénéité, ne fournit dans les voies actuelles qu’un moyen irrégulier et insuffisant pour développer leur élasticité;
- Que, d’ailleurs, l’élasticité de ces voies n’existe pas aux joints et ne peut être conservée partout ailleurs qu’à la condition irréalisable du maintien de la solidité de leurs assemblages ;
- Et qu’enfin le problème ne peut être résolu, selon nous, qu’à l’aide d’un appareil entièrement métallique, à la fois flexible et résistant, dont la flexibilité soit uniforme aux joints comme au milieu des rails; dont la stabilité, en quelque sorte absolue, se concilie avec la mobilité, et dont l’élasticité propre, indépendante du ballast, assure la conservation .
- Dans le cours de cette note, nous avons cherché à établir que l’oscillation des supports d’une voie posée sur un ballast mobile constituait une propriété normale des voies sur traverses. De cette mobilité, de ce défaut de fixité des points d’appui, il résulte nécessairement que, dans l’état actuel des voies, les rails ne peuvent former, « sous l’action d’un train, une série d’ondulations dont les sommets sont sur les traverses ; »
- U
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- mais que lés rails s’infléchissent, en tous points, en avant de la, charge, formant ainsi une dépression dont l’amplitude serait constante, si le sous-sol était partout également résistant, si le ballast était régulier et si l’appareil de voie pouvait être construit et maintenu dans des conditions suffisantes d’uniformité, de solidité et de rigidité.
- Nous ajouterons que cette flexion des voies, quelle que Soit Son influence sur là durée des rails en fer, est nécessaire, parce qu’elle est, dans de certaines limites, le préservatif le plus efficace Contre les chocs et contre les effets de la déviation des véhicules, et qu’il est indispensable de la régulariser, parce qu’elle peut seule permettre l’accroissement des vitesses et assurer la sécurité contre le danger de la rupture des essieux.
- Avril 1S73.
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- NOTE A.
- Dispositions employées on projetées pour rétablissement de la voie Vignoies sur les lignes de l’Est, de Lyon, du Nord et d’Orléans.
- LIGNE DE L’EST.
- Abandon du rail symétrique de 37k,2Q posé en 1849.
- TJn ancien type de mil Vignoies en fer de 35k,5 (hauteur 0m,120, patin de 0^,100), longueur de 6 piètres, éclissé et porté sur 6 et 7 traverses, y compris, celle de joipt. Les joints sont soutenus par le rapprochement à 0,75 des deux traverses voisines de la traverse de joint. Emploi des selles de joint, encastrant le patin du rail, encastrées elles-mêmes dans le bois des traverses, et percées de quatre trous pour les attaches.
- L’arrêt des rails, c’est-à-dire l’obstacle à leur déplacement longitudinal, se produit par la buttée du patin des rails contre les selles de joints. A cet effet', le patin est entaillé aux deux extrémités du rail, des deux côtés sur 0,012 et sur l’étendue de sa portée sur la selle.
- Le patin des rails est encastré dans le bois des traverses et relié aux traverses par des tire-fonds à tête pyramidale. Le sabotage des traverses ainsi que le perçage sont faits à la machine,
- jer type (ACIER).
- Même type Vignoies en acier de 37k,o et de 6 mètres de longueur, posé comme le précédent.
- 2e type (acier).
- Un nouveau type Vignoies en acier de 30 Ml. à section réduite (1873), hauteur 0m,120, patin de 0m,099, longueur de 6 mètres, éclissé en porte-à-faux et porté sur 7 traverses.
- Le jpatip n’est ni entaillé ni percé. L’arrêt des rails se fait à l’aide d’une pièce spéciale en fer, fixée par deux tire-fonds sur l’une des traverses voisines du joint et contre laquelle vient butter l’une des éclisses.
- Ce rail est projeté pour les voies à grand trafic, et pour remplacer les deux précédents.
- Les traverses en hêtre et pin sont créosotées.
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- LIGNE DE LYON.
- Abandon du rail symétrique de 38h,5 posé en 1849.
- Un ancien type Vignoles en fer de 35k,20 (1857), hauteur 0m, 130, patin de 0m,100, âme de0m,016, longueur de 6 mètres, éclissé et porté sur 6 traverses, y compris celle du joint, muni de selles sur toutes les traverses. Les joints sont soutenus par le rapprochement à 0,80 des traverses voisines de celles de joint.
- L’arrêt des rails est obtenu, au moyen des crampons fixés des deux côtés des rails, dans les entailles du patin sur les selles de contre-joints.
- Les selles sont en fer, à rebords et encastrées dans le bois des traverses. Toutes les attaches sont des crampons de forme octogonale.
- 1er TYPE (acier).
- Un type Vignoles en acier à large patin de 39k,00 (1867), hauteur 0m, 130, patin de 0m,130, âme de 0m,016; longueur de 6 mètres, éclissé en porte-à-faux et porté sur 8 traverses.
- Les joints sont soutenus par le rapprochement à 0,30 et à 0,70 des 4 traverses voisines du joint. ,
- L’élargissement du patin a, sans doute, pour but de retarder sa pénétration dans le bois des traverses et d’en faciliter le perçage. Ce perçage permet de solidariser les attaches et d’éviter l’emploi des selles. A cet effet, chaque couple d’attaches est formé d’une cheville en acier fixée dans un trou du patin du rail à l’intérieur de la voie, et d’un crampon, également en acier, servant d’appui latéral à l'extérieur. Ces deux attaches sont inclinées comme le rail.
- 2e type (acier) 1873.
- Le. type précédent à grand patin est destiné aux voies à grand trafic et vient d’être modifié en réduisant l’épaisseur de l’âme du rail à0m,0l4 au lieu de 0m,016, de façon à ramener le poids du mètre courant à 38 kil. environ.
- 3e type (acier).
- Un second type Vignoles'en acier de 35 kil. à section réduite (1871), hauteur 0m,128, patin de 0m,100, âme de 0m,0l4; longueur de 6 mètres, éclissé en porte-à-faux, et porté sur 7 traverses.
- Les joints sont soutenus par le rapprochement à 0,30 et à 0,80 des 4 traverses les plus voisines.
- Les selles sont généralisées, comme sur l’ancien type en fer, sauf sür les deux traverses antépénultièmes. Elles sont en acier, plates et encastrées dans le bois des traverses. Les attaches sont des crampons en acier de forme octogonale.
- L’arrêt des rails est obtenu à l’aide d’une goupille cylindrique en acier, fixée dans un trou du patin du rail, et placée sur l’une des traverses dépourvues de selles. Cette goupille, placée dans un plan normal à l’axe des rails, est plus inclinée que le rail. •*
- Ce type est appelé à remplacer le rail en fer sur, les voies de second ordre.
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- LIGNE DU NORD.
- Abandon du rail symétrique de 37 kil. posé en 1846.
- Un ancien type Vignoles en fer de 37 kil. (1856), hauteur 0m,125, patin deOm,îü5, champignon 0m,062, âme 0m,016 ; longueur de 6 mètres, éclissé et porté sur 7 traverses, y compris celle de joint.
- Les joints sont soutenus par le rapprochement à 0,60 et à 0,90, des 4 traverses voisines de la traverse de joint.
- L’arrêt des rails s’obtient au moyen de deux coins verticaux en fer, logés dans les entailles des angles extrêmes du patin des rails.
- Les traverses ne portent pas de selles. Les attaches sont des tire-fonds à tête hexagonale. Le patin des rails n’est pas encastré dans le bois des traverses.
- Les traverses en hêtre et charme sont préparées au sulfate, par le procédé Boucherie.
- 1er type (acieb).
- Même type que le précédent en acier de 38k,5. Ces deux types doivent disparaître et être remplacés par le suivant.
- 2e type (acier).
- Un nouveau type Vignoles en acier, à section réduite de 30k,5 (1870), hauteur 0m,i25; patin de 0m,097, champignon de 0IU,056, âme 0m,012; éclissé sur traverses de joint, sans selles. Longueur de 8 mètres.
- L’arrêt des rails se fait comme sur le rail en fer ; les attaches sont les mêmes.
- Ce rail est porté sur 9 traverses, y compris celle de joint, et à titre d’essai sur 10 traverses, y compris celle de joint.
- Dans le premier mode, les joints correspondent et sont soutenus par le rapprochement, à 0,60 et à 0,90 des 4 traverses voisines de celle de joint. Dans le deuxième mode, les joints ne se correspondent pas, et sont placés sur 2 traverses espacées de 0,60. Les deux joints sont alors soutenus, en voie double, d’une façon différente et comprennent pour chaque couple de joints, 4 traverses rapprochées à 0,60 et 2 traverses à 0,90.
- Cette dernière disposition a pour but d’éviter la simultanéité des chocs qui se produisent au passage des deux joints correspondants, et de mieux conserver le bourrage et la stabilité des traverses de joints.
- Il nous sera peut-être permis de remarquer, à ce sujet, que dans ce second mode l’un des joints se trouve placé dans des conditions défavorables et très-différentes de celles dans lesquelles est placé le second joint. Ce joint est, en effet, précédé d’une seule traverse espacée de 0,60 et suivi, en voie double, de deux traverses avec ce même espacement. Le choc sur ce joint sera donc d’autant plus sensible, que la flexion du rail d’amont sera, relativement plus grande, et que ce choc sera reçu par un rail dont l’immobilité est plus assurée. Le choc sur l’autre joint étant bien moindre par des raisons inverses, il s’ensuivra nécessairement l’abaissement plus rapide des joints de l’une des files de rails et l’altération du niveau transversal de la voie.
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- LIGNE D’ORLÉANS.
- Emploi de deux types de rails Vignoles et symétriques.
- Le Vignoles est placé sur les parties du réseau les plus accidentées.
- Un ancien type, rail symétrique en fer, de 36 Ml. (1849), hauteur 0m,1324; longueur 5m,50, porté d’abord sur S traverses, y compris celle de joint, éclissé ensuite en porte-à-faux et appuyé sur 6 traverses.
- Les joints sont soutenus par le rapprochement à 0,60 des deux traverses voisines du joint.
- L’arrêt des rails se fait au moyen de la buttée de l’une des écîisses sur un coin.
- Même type en acier de 38 Ml. (1864), éclissé en porte-à-faux, soutenu et arrêté comme le précédent. Emploi récent de coussinets à large base et de tire-fonds.
- |v "Un ancien type de rail Vignoles en fer de 35k,5 (1861), même forme que celle de l’ancien type du chemin de Lyon. Éclissé sur traverses de joints et porté sur 7 traverses, y compris celle de joint. Rapprochement à 0,75 des deux traverses voisines du joint.
- Deux modes d’emploi des selles : d’une part, aux joints seulement (selles à un seul rebord), et d’autre part, à raison de deux selles plates par rail, placées en son milieu.
- L’arrêt des rails se fait au moyen des crampons fixés dans les trous des selles et dans des entailles correspondantes, du patin des rails.
- Application récente de tire-fonds à tête hexagonale.
- Même type Vignoles en acier de 37k,5, éclissé et soutenu comme le précédent.
- LIGNE DE L’OUEST.
- Emploi exclusif du rail symétrique.
- Un ancien type de rail symétrique en fer de 37k,5, hauteur 01II,130 , longueur de
- 5 mètres, porté sur 5 et 6 traverses, y compris celle de joint. Rapprochement à 0m,80 des traverses voisines du joint. La longueur de ce type a été portée à 6 mètres (1854), avec 6 et 7 traverses, y compris celle de joint. Emploi de coussinets à large base et d’éclisses-coussinets. Rapprochement à 0m,60 des traverses voisines de celle de joint. Toutes les attaches sont des tire-fonds à tête pyramidale.
- L’arrêt des rails s’obtient au moyen des tire-fonds fixés dans des entailles ou dans des trous du patin, des éclisses-coussinets.
- Même type symétrique en acier de 38k,75 (1870), hauteur 0m,130, longueur dë
- 6 mètres, éclissé en porte-à-faux et soutenu par 8 traverses.
- Les joints sont consolidés par le rapprochement à 0m,30 et à 0m,70 des 4 traverses voisines du joint. ,
- L’arrêt des rails se fait par la buttée de l’une des écîisses prolongée sur le coussinet.
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- LIGNE DU MIDI.
- Emploi exclusif du rail symétrique.
- Un ancien type dé fait en fer dé 37 Ml. (1887), hauteur 0^,134, champignon de 0m,063, longueur de 5m,50, éclissé en porte-à-faux et porté sur 6 traverses. Rapprochement à 0^,60 des deux traverses voisines du joint.
- L’arrêt des rails se fait au moyen de cales placées dans le joint des rails,
- Emploi de coussinets de 10 kil. à large surface et de chevillettes fraisées.
- Même type en acier de 39 Ml., éclissé, soutenu et assemblé comme précédemment.
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- NOTICE
- SUR L'APPAREIL DE SS. ORSAT
- POUR L’ANALYSE DES GAZ
- Par SI. EICHET.
- Par l’expression d’analyse des gaz, nous n’entendons pas parler de la détermination et du dosage des substances élémentaires qui constituent les composés gazeux définis auxquels la chimie a donné des noms. Ces recherches sont du domaine de la science; elles sont souvent très-difficiles, elles nécessitent, de la part de ceux qui les entreprennent, des notions scientifiques que ne possèdent pas la plupart des industriels, et, en outre, elles ne peuvent se faire qu’avec le secours d’appareils délicats et coûteux qui n’existent guère que dans les laboratoires des écoles et des facultés.
- Par l’expression analyse des gaz, nous entendons parler de la détermination du nombre, de lanature et de la quantité de chacun des composés gazeux définis qui constituent le mélange sur lequel on est appelé à opérer.
- Ainsi, s’il s’agit d’analyser les produits de la combustion qui se dégagent dans une cheminée, nous aurons, par exemple, à doser l’azote, l’acide carbonique et l’oxyde de carbone, auxquels se joindront quelquefois un peu d’oxygène en excès, et peut-être des gaz combustibles non brûlés; mais nous n’aurons nullement à nous préoccuper de rechercher la composition élémentaire de l’acide carbonique, de l’oxyde de carbone et des autres gaz composés; il nous suffira de signaler leur présence et de les doser dans le mélange.
- Réduite à ce degré de simplicité, l’analyse des mélanges gazeux n’en a pas moins été jusqu’à présent une opération si délicate, que les chimistes seuls, ayant' à leur disposition les ressources d’un laboratoire, pouvaient s’y, livrer. Sans être difficiles, les opérations étaient longues et minutieuses; il fallait s’entourer de mille précautions pour éviter les chances d’erreur, faire par le calcul de nombreuses corrections de tem-
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- pérature et de pression, tenir compte de l’état hygrométrique des gaz, et pour opérer avec quelque exactitude, posséder certains appareils spéciaux assez coûteux, et dont le maniement exige une certaine habileté. Les gaz, par leur nature même, ne peuvent être recueillis et mesurés comme les solides et les liquides, et la prise d’échantillon seule, telle qu’elle s’est pratiquée jusqu’ici, nécessite déjà tout un attirail de cloches, de cuves à eau ou à mercure, d’éprouvettes, etc.; en un mot, un appareil eudiométrique.
- L’eudiomètre de M. Régnault est à la fois le plus commode et le plus parfait de ces instruments ; mais il suffit d’en lire la description et l’emploi dans un ouvrage de chimie pour bien se convaincre que ce n’est pas un appareil à placer dans un laboratoire industriel, où les analyses doivent être faciles et promptes, de façon à renseigner le fabricant sur les opérations en cours d’exécution, eHui permettre de modifier et de régler le fonctionnement des appareils de Tusine au fur et à mesure des indications fournies par le laboratoire.
- De toutes ces difficultés, il est résulté que l'habitude de l’analyse des gaz n’a pas pénétré dans l’industrie, et que, si elle est pratiquée, ce n’est qu’à l’état d’exception dans certaines usines de produits chimiques où on prépare des produits spéciaux. .
- L’appareil de M. Orsat est destiné, croyons-nous, à faire changer cet état de choses, et, en rendant facilej l’analyse des gaz, à lui permettre d’occuper la place importante qui lui revient parmi les moyens de contrôle qu’emploie l’industrie. Il sera facile de se convaincre de son utilité si l’on a égard au rôle que jouent les gaz, non-seulement dans certaines industries spéciales, mais dans presque toutes les opérations industrielles, et, pour en citer un exemple, chaque fois que par la combustion on transforme de la houille ou tout autre combustible solide en gaz dont il faut utiliser la température avant de les envoyer dans une cheminée.
- Un bon foyer, utilisant bien'le combustible, suivi d’une bonne disposition de fourneau utilisant bien la chaleur de la flamme et des produits de la combustion, sont choses tellement rares, qu’on peut dire qu’on ne les rencontre qu’à l’état d’exception dans l’industrie; et, dans maintes circonstances, on peut affirmer qu’il est possible de réaliser des économies de combustible variant de 30 à 60 pour 100, en substituant aux foyers employés les dispositions appropriées à lanature des combustibles, à la température à produire et aux appareils qui doivent recevoir la chaleur.
- N’est-ce pas, en effet, une anomalie singulière jusqu’à un certain point que de voir, malgré la diversité infinie des fours, fourneaux, chaudières et appareils en général, et malgré la variété des natures de combustibles, employer presque toujours le même foyer dont on se contente de faire varier les dimensions? Toujours une grille formée de barreaux plus ou
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- moins épais, plus ou moins longs, plus ou moins écartés; et cela que Ton ait affaire à du coke, à de la houille grasse, à de la houille maigre, à de la houille à longue ou à courte flamme, à de la gailletterié, à du tout-venant ou à du menu. Encore si les foyers étaient conduits avec beaucoup de soin par des chauffeurs intelligents et expérimentés, sachant étudier leur appareil et leur combustible pour régler convenablement l’allure delà combustion; mais, la plupart du temps, les chauffeurs sont de simples manœuvres qui n’ont nul souci de rechercher le maximum d’effet utile, et qui, pour se déranger moins souvent, chargent à longs intervalles sur la grille, de grandes épaisseurs de combustible, sans s’inquiéter de la manière dont il sera brûlé par l’air qui arrive tantôt en excès, tantôt en quantité insuffisante.
- Les constructeurs, dont la mission et le devoir est de déterminer les dimensions des appareils, en s’inspirant des circonstances dans lesquelles ils doivent travailler, n’étudient pas toujours ces circonstances, et, il faut bien le dire, ne sont pas toujours suffisamment renseignés par les industriels qui ignorent eux-mêmes l’importance de certaines choses qui leur paraissent des détails insignifiants.
- Ainsi, prenons comme exemple les chaudières à vapeur.
- Les constructeurs ont pour la plupart des séries-types échelonnées, désignées parla force en chevaux correspondants; ,mais les systèmes varient énormément d’un constructeur à un autre.
- L’industriel qui a besoin d’une chaudière se renseigne auprès de ses amis, qui sont plus ou moins satisfaits des leurs, et ces renseignements l’aident à faire choix du système; il remet alors sa commande au constructeur et l’installation se fait. Mais, n’est-il pas évident que la na-ture des houilles devrait avant toutes choses être prise en considération, alors que bien souvent les questions de transport ne permettent pas de choisir en toute liberté telle ou telle nature de combustible. Aussi voit-on constamment un industriel être très-satisfait d’une chaudière, alors qu’un autre en est justement mécontent, et cela uniquement parce qu’elles sont alimentées avec des houilles de nature différente.
- Les industriels devraient se pénétrer de cette vérité, qu’à chaque nature de houille, à chaque allure, correspond une disposition différente de foyer, soit par la forme, soit par les dimensions, à laquelle correspond le meilleur effet utile, Mais qui renseignera les industriels, et qui leur fera connaître les défauts des appareils qu’ils emploient? Leurs chauffeurs ne peuvent leur être la plupart du temps d’aucune utilité pour cela; l’analyse des gaz, au contraire, leur donnera des renseignements très-précis. Ils verront quels gaz se forment dans leurs foyers, et au sortir des carneaux de chauffage ; ils verront si ces gaz ont été complètement brûlés, ou si une certaine quantité de matière combustible ne se rend pas à la cheminée sans avoir été utilisée. Mais ce n’est pas tout que de brûler son combustible; il faut que la combustion s’opère convenablement, c’est-
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- à-dire sans excès d’air. En effet, il n’est pas difficile d’opérer une combustion parfaite, si on laisse l’air passer en excès au travers des barreaux de la grille en activant le tirage de la cheminée ; seulement, il en résulte une perte considérable. Cet air en excès commence par s’échauffer aux dépens de la flamme elle-même dont il abaisse d’autant la température, et l’énergie du chauffage, c’est-à-dire la quantité de vapeur produite par mètre carré de surface de chauffe peut, de ce chef, diminuer de 50 à 60 p. 100; et à cet inconvénient s’en joint un autre, la perte de chaleur par la cheminée. Il est évident que si la quantité d’air introduite est double ou triple de celle qui serait nécessaire, le poids de la fumée est sensiblement double ou triple, et la chaleur qu'elle emporte dans la cheminée est elle-même double ou triple. Il y a plus : la cheminée devant débiter une plus grande quantité de gaz, il faut activer le tirage, et, pour cela, on est conduit à augmenter les dimensions des cheminées, ou, quand c’est impossible, à refroidir moins la fumée, ce qui est une nouvelle cause de perte.
- Le surcroît de dépense qui résulte des dimensions insuffisantes des cheminées peut être considérable, et nous pourrions citer des usines, des sucreries, par exemple, où la réfection partielle de la cheminée a procuré une économie de plus de 20 p. 100. Il suffit, d’ailleurs, de considérer les panaches de fumée qui s’échappent de la plupart des cheminées d’usines, pour voir combien en général la combustion est incomplète et pour apprécier les progrès qu’il y a à réaliser dans la construction des foyers.
- Peu de personnes se rendent compte de ce que c’est que la fumée et de la manière dont elle se produit.
- Le carbone n’est nullement volatil, et ce n’est pas à l’état solide que la suie et la fumée se séparent du foyer où le combustible est accumulé; c’est toujours à l’état de combinaison gazeuse, et très-généralement à l’état de carbures d’hydrogène qui sont, ou des gaz permanents, ou des carbures liquides réduits en vapeur.
- Or, lorsqu’un carbure d’hydrogène se trouve en présence d’une quantité d’oxygène insuffisante pour le brûler complètement dans les circonstances de température qui se rencontrent dans la plupart des foyers industriels, c’est toujoursl’hydrogènequibrûleenpremier, et sa combustion est accompagnée de la formation d’un dépôt de carbone divisé qui constitue la fumée. La fumée une fois produite ne peut plus eïre brûlée; il faut l’empêcher de se produire en mélangeant intimement le gaz combustible et l’oxygène en quantité suffisante dans des conditions de température où la combustion peut avoir lieu. Or, fë carboné divisé qui se sépare ainsi de l’élément gazeux est du combustible pur, parfaitement utilisable; et la production du dépôt correspond à une perte d’effet utile, à ce point qu’on pourrait comparer un foyer qui produit de la fumée à une lampe ou à un bec de gaz mal réglé qui brûle avec une flamme fuligineuse et
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- sans donner de lumière, tandis qu’en réglant convenablement l’accès de l’air, on obtient une lumière blanche et vive sans surcroît de dépense.
- La règle générale, qui doit guider dans l’étude des dispositions qui doivent assurer la bonne combustion, est des plus simples. Il faut mélanger intimement les gaz combustibles avec l’air dans les conditions de température spéciales à la nature de chacun de ces gaz, pour que la combinaison s’effectue en donnant comme produit final de l’acide carbonique. Si la règle théorique est simple, on n’en peut pas malheureusement dire autant de son application : rien n’est plus difficile à construire qu’un bon foyer, et les dispositions à prendre varient dans chaque cas particulier, avec la nature du combustible, avec son état physique, avec la quantité à brûler dans un temps donné, avec le mode d’emploi et d’utilisation de la chaleur et avec la température de l’enceinte à échauffer.
- C’est le cas de dire quelques mots d’un système particulier de foyers étudiés il y a vingt ans par Ebelmen, et employés depuis, à plusieurs reprises, par MM. Thomas et Laurens, et, plus tard, avec quelques modifications, par MM. Siemens et autres : nous voulons parler des gazogènes.
- Dans ces foyers, les combustibles solides sont convertis en combustibles gazeux dans un appareil de forme spéciale, et ces gaz, amenés par des conduits dans les fours à échauffer, y sont mélangés d’air en quantité suffisante pour que la combustion s’opère d’une manière complète.
- Sans entrer dans le détail de dispositions nombreuses qui ont été adoptées, qu’il nous suffise de dire que, presque toujours, on a pu réaliser par ce moyen des économies de 25. à 50 pour 100, et quelquefois davantage.
- Jusqu’ici, ces foyers et les autres analogues ont été appliqués à la production des températures les plus élevées dont on fasse usage dans l’industrie : fours à puddler, à réchauffer, à fondre l’acier, les glaces, le verre, le cristal, etc.
- Leur prix élevé, la place qu’ils occupent, les frais de construction et d’autres motifs ont empêché de les appliquer à la production de températures assez basses, telles que celles qui conviennent au chauffage des chaudières à vapeur et d’autres appareils où les flammes ne se trouvent pas au contact de parois incandescentes. Désormais, il n’en sera plus ainsi, et de récents perfectionnements les rendent applicables à la production des températures moyennes, en même temps que les simplifications apportées permettent de les établir à un prix qui diffère assez peu du prix des foyers ordinaires, pour que les,industriels ne reculent pas devant cette installation.
- Pour le service de ces foyers où l’action du chauffeur se trouve réduite à une simple manœuvre de registres, l’analyse des gaz est le guide le plus certain que l’on puisse avoir; elle permet d’exercer un contrôle in-
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- cessant, de reconnaître les moindres dérangements dans l’allure de la combustion et d’y remédier aussitôt avec la plus grande facilité.
- Les indications données par l’analyse des gaz ne seront pas moins utiles dans la métallurgie. En effet, il est à remarquer que dans presque tous les appareils métallurgiques, tels que le haut fourneau, le four à puddler, le four de grillage et même le cubilot, les gaz jouent le princi-palrôle dansraccomplissementdes réactions chimiques que l’on cherche à produire.
- C'est en soumettant l’oxyde de fer à l’action de l’oxyde de carbone à haute température qu’on en opère la réduction. C’est en mettant l’oxyde réduit dans un courant de gaz incandescents qu’on en opère la fusion. C’est en soumettant la fonte à une flamme oxydante qu’on opère sa décarburation et sa transformation en fer ou en acier.
- La fabrication de l’acier Bessemér repose sur la réaction de l’air dans un bain de fonte en fusion.
- Les paquets destinés au laminoir sont chauffés dans des fours où la flamme doit être réductrice, pour éviter un trop grand déchet du fer.
- Lorsqu’un gaz réducteur, après avoir traversé un four qui renferme un oxyde métallique à réduire, se trouve, au sortir du four, chargé dùme proportion d’acide carbonique plus grande qu’à l’entrée, n’est-il pas évident que Loxygène, ayant été fourni par la matière à traiter, la quantité d’acide carbonique produit fournit d’utiles renseignements sur la marche de l’opération?
- Dans le traitement des minerais sulfurés, nous voyons le départ du soufre s’effectuer par un grillage dans une flamme oxydante, puis la réduction du métal et sa fusion s’opérer dans une flamme réductrice.
- Dans la fabrication du blanc de zinc et du minium, nous voyons le métal soumis à un courant de gaz oxydants, qui agit à la fois par sa composition et sa température.
- Il serait facile de multiplier les exemples d’opérations effectuées sous l'influence des gaz; toute la métallurgie repose sur la manière de les produire et de les employer. D’une manière générale, on peut dire que tous les foyers métallurgiques se rapportent à deux types principaux, les fours réducteurs et les fours oxydants.
- Dans le premier type sont compris tous les fours à manche, le haut fourneau en tête et les fours comme ceux employés dans le traitement du zinc où le charbon agit en vase clos. Dans ces fours, le combustible solide est mélangé au minerai.
- Dans le second type se rangent les fours à réverbère. Ces fours, qui n’étaient guère employés autrefois que pour l’oxydation, constituent un progrès important sur les fours à manche, en ce sens que, suivant la manière dont le feu est conduit, ils peuvent être oxydants ou réducteurs, et, de plus, réchauffement des matières qui est dû en partie à la réverbération de la voûte peut, à certaines périodes de l’opération, être en
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- quelque sorte indépendant de la composition des gaz qui traversent le four. En outre, ils présentent cet avantage que les cendres du combustible restent dans le foyer et ne viennent pas altérer la pureté des matières soumises au traitement.
- Ce four est le type de ceux qu’emploient les industries chimiques; il se prête très-bien à opérer les réactions, non plus par du combustible solide, chargé de toutes sortes d’impuretés, mais par des gaz propres dont on peut, jusqu’à un certain point, faire varier la composition.
- Au cours des opérations faites dans ces fours, il faudrait, pour bien faire, être maître de varier à volonté la température, la quantité de chaleur fournie dans un temps donné et la composition chimique de l’atmosphère gazeuse; malheureusement, ces trois données sont habituellement loin d’être indépendantes, et on n’a que la cheminée dont on règle le tirage à volonté pour les faire varier. Aussi qu’arrive-t-il? Pour chauffer beaucoup, on active le tirage; mais en même temps l’air rentre dans le four par les portes de travail et vient nuire souvent aux opérations, tantôt en produisant des oxydations, tantôt en refroidissant les gaz du foyer, et produisant ainsi de la fumée.
- Pour arriver à rendre indépendants les trois éléments dont nous avons parlé : composition de la flamme, température et quantité de chaleur fournie dans un temps donné, il faut modifier la construction des foyers, et l’analyse des gaz pourra fournir pour cette étude des indications précieuses.
- Dans d’autres industries, combien voit-on d’opérations fondées sur l’emploi des gaz?
- Dans les sucreries, on emploie pour la carbonatation des jus déféqués l’acide carbonique produit à grands frais dans les fours à chaux. Ces fours sont sujets à des dérangements d’allure, et quelquefois fournissent toute autre chose que de l’acide carbonique. On ne s’en aperçoit qu’à la non-réussite des opérations. Quel service ne rendrait pas un appareil qui signalerait le mal et permettrait d’y remédier?
- Combien les fabricants de sucre ne préféreraient-ils pas puiser l’acide carbonique à la base de leurs cheminées, dans les gaz venant des chaudières, en supposant que l’on y opère la combustion parfaite, et se débarrasser de leurs fours à chaux encombrants? Ils feraient leur chaux en été, la cuiraient à la houille au lieu d’employer des cokes de choix,' et la conserveraient en pâte dans des fosses ou des citernes jusqu’au moment de l’emploi.
- L’acide carbonique est encore un des éléments de fabrication de la céruse, des carbonates et bicarbonates alcalins par voie humide. On le produit dans des appareils spéciaux dont l’analyse des gaz permet de contrôler la marche.
- Toutes les fermentations, qu’il s’agisse de fabriquer du vin, du cidre, de la bière ou de l’alcool, donnent naissance à de l’acide carbonique, et
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- la rapidité plus ou moins grande de sa production est un indice de la manière dont les opérations s’effectuent. La fermentation des tabacs en masse et celle des engrais sont encore des sources d’acide carbonique.
- En dehors des gaz dont nous avons parlé jusqu’ici, il en est d’autres dont la production et l’emploi sont la base d’industries importantes.
- Ainsi, dans la fabrication de l’acide sulfurique, le soufre ou les pyrites brûlés dans des foyers spéciaux fournissent du gaz acide sulfureux. Ce gaz est ensuite introduit dans les chambres de plomb où l’on fait arriver de l’air en quantité déterminée, et l’opération marche plus ou moins bien, suivant que les proportions des deux gaz sont plus ou moins bien réglées.
- L’acide sulfureux mélangé d’air sert également au blanchiment des laines et de certaines substances.
- Dans les papeteries où l’on emploie le chlore au blanchiment des pâtes à papier, il est très-important de bien ménager son action, pour éviter l’altération de la substance.
- Dans toutes ces opérations, l’analyse des mélanges gazeux est appelée à fournir d’utiles indications.
- L’analyse des gaz, simplifiée et mise en quelque sorte à la portée de tous, permettrait aux ingénieurs des mines de surveiller attentivement la viciation de l’air qui s’opère dans les travaux souterrains, tant par le dégagement du grisou que par la combustion des lampes et par la respiration des ouvriers. Combien d’accidents auraient pu être évités, si l’on avait eu un moyen rapide et facile pour contrôler, dans les galeries mêmes, l’état de pureté ou de viciation de l’air qui y circule, et de régler l’appel des ventilateurs dans telle ou telle direction, suivant que le danger s’y montrerait plus ou moins imminent.
- En dehors des travaux de mines, les études sur l’aérage et la ventilation ont une importance extrême, quand il s’agit de la salubrité des hôpitaux, des prisons, des théâtres et de tous les lieux où se produit à un moment donné une grande agglomération d’individus. Toutes ces questions sont à l’ordre du jour; les savants et les médecins se préoccupent de l’intensité du renouvellement de l’air qui est nécessaire pour le maintenir à un état respirable au point de vue de l’hygiène. Combien ces études seraient facilitées, si l’on pouvait y joindre de nombreuses observations faites sur la composition de l’air dans des lieux de réunion, et si chaque médecin pouvait, en deux ou trois minutes, Faire l’analyse de l’air dont il cherche à constater les propriétés hygiéniques. Grâce à l’appareil que nous allons donner, rien ne sera plus facile; son maniement est tellement simple, qu’il n’est nullement nécessaire pour l’employer de connaître la chimie, et M. Orsat, qui l’emploie depuis plus d’un an à des recherches chimiques du plus grand intérêt, n’a eu aucune peine à apprendre à deux de ses ouvriers à s’en servir, et il a pu leur
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- faire faire d’heure en heure, pendant six mois consécutifs, des analyses qui lui ont permis d’étudier la théorie jusqu’ici mal définie de la fabrication de la céruse par le procédé hollandais.
- Deux méthodes peuvent être employées pour l’analyse des mélanges gazeux. On peut faire entrer les gaz en combinaison chacun à leur tour avec des réactifs convenables renfermés dans des tubes pesés exactement ; puis on constate, à l’aide de balances très-sensibles, l’augmentation de poids provenant de la condensation des gaz. Cette méthode est d’une grande exactitude, mais elle nécessite l’emploi d’instruments délicats et d’une grande précision qu’il n’est pas donné à tout le monde de posséder et de savoir manier.
- On peut faire usage de réactifs en dissolution, et absorber les gaz successivement, en notant chaque fois la diminution de volume : c’est sur l’emploi de cette méthode, moins précise peut-être, mais infiniment plus simple et bien suffisamment exacte pour la pratique que M. Orsat a basé son appareil.
- M. Orsat n’a pas voulu avoir seul l’honneur de son invention, et il a tenu à indiquer les sources où il a puisé, et placer son nouvel appareil sous le patronage de MM. Régnault et Schlœsing. Son appareil est, en effet, une simplification de l’eudiomètre de Régnault, et l’emploi du chlorhydrate d’ammoniaque ammoniacal en présence du cuivre, comme réactif capable d’absorber l’oxygène et l’oxyde de carbone, avait été indiqué par M. Schlœsing dans un Mémoire présenté à l’Académie des sciences.
- Nous n’avons pas à entrer dans la description de l’eudiomètre de M. Régnault; il est décrit dans les ouvrages de physique et de chimie : c’est un appareil d’une précision extrême, mais d’une délicatesse si grande, que peu de personnes sont capables de s’en servir avec fruit.
- On tient compte de toutes les causes d’erreur : variations de pression barométrique, variations de température, variations dans l’état hygrométrique des gaz, etc. Avec cet appareil, une analyse de produits de la combustion faite par une personne exercée dure quelques heures, quelquefois plusieurs jours.
- L’appareil de M. Orsat ne vise pas à l’exactitude absolue. Il donne les résultats avec une approximation bien suffisante pour la pratique; mais ce qui le rend précieux, c’est la rapidité avec laquelle il permet d’opérer. Une analyse dure 2 à 3 minutes, pas davantage.
- Il en résulte que, comme il donne les résultats presque instantanément, il peut servir à diriger avec certitude les opérations en cours d’exécution. Cette facilité de se rendre compte, dans tous leurs détails, delà marche des appareils industriels dont la conduite devait souvent être confiée à des ouvriers habiles, qui, en raison même des services qu’ils rendaient, étaient quelquefois portés à se croire indispensables et à ën abuser, permettra à leurs chefs de se soustraire à des exigences
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- dont ils ont eu bien souvent à souffrir, et les mettra à même de former eux-mêmes des ouvriers qui seront d'autant plus faciles à conduire, qu’ils verront que leur patron n’aura nulle difficulté, en cas de mauvaise conduite de leur part, à pourvoir à leur remplacement.
- Sous ce rapport, l’appareil est, croyons-nous, destiné à rendre des services, d’autant mieux que son maniement que nous allons exposer est, comme nous l’avons dit, extrêmement facile.
- DESCRIPTION DE L’APPAREIL.
- B 1 i
- À Flacon tubulé servant d’aspirateur, il est bouché quand on ne se sert pas de l’appareil .
- B -Éprouvette à pied renfermant la cloche à potasse.
- G Éprouvette à pied renfermant la liqueur ammoniacale. a Niveau normal du liquide au repos dans l’aspirateur. b Niveau normal de la dissolution de potasse dans l’éprouvette, c Niveau normal de la liqueur ammoniacale dans l’éprouvette. d Repère du tube mesureur correspondant au zéro de la graduation, e Repère de la cloche à potasse, indiquant le niveau auquel doit être ramené le liquide au commencement et à la fin de chaque opération. f Repère semblable pour la cloche à solution ammoniacale. g Petite trompe servant à purger les conduites d’arrivée du gaz.
- I Tube de caoutchouc par lequel se fait l'expulsion des gaz.
- k Long tube de caoutchouc, allant de l’aspirateur au mesureur.
- r Robinet de la cloche à potasse.
- rj Robinet de la cloche à, solution ammoniacale.
- r2 Robinet de purge des gaz.
- r3 Robinet d’aspiration des gaz.
- r4 Robinet de l’éprouvette à solution ammoniacale, qui doit toujours être fermé quand on no se sert pas de l’appareil.
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- Réduit à sa plus grande simplicité, tel qu’il suffit pour la plupart des opérations, l’appareil se compose des organes suivants :
- Un flacon tubulé A, que Ton tient à la main et qui renferme de l’eau acidulée par quelques gouttes d’acide chlorhydrique.
- Ce flacon est relié, par un long tube de caoutchouc, à la partie inférieure d’un large tube gradué qui se termine à la partie supérieure par un tube capillaire servant de mesureur.
- Ce mesureur est placé dans un manchon rempli d’eau, qui est destiné â maintenir la température du mesureur, et par suite celle des gaz qu’il renferme, constante pendant la durée d’une analyse, ce qui dispense des corrections dues à la dilatation des gaz, qui seraient nécessaires si la température venait à varier.
- Le flacon joue le rôle d’aspirateur : c’est lui qui sert à remplir la cloche graduée du mélange gazeux à analyser; c’est également lui qui sert à faire passer ce mélange gazeux dans les parties de l’appareil qui renferment les réactifs absorbants.
- Le tube capillaire qui termine le tube gradué à sa partie supérieure étant mis en communication avec la source du gaz, si nous supposons la cloche remplie d’eau, il suffit, pour aspirer le gaz, de prendre à la main le flacon aspirateur et de l’abaisser, ce qui est facile à cause de la longueur du tube de caoutchouc. Le niveau tendant à s’établir, le liquide baissera dans le mesureur pour entrer dans le flacon, et le gaz sera aspiré.
- Pour le refouler, il suffira de faire le mouvement inverse, c’est-à-dire d’élever le flacon. L’eau repassant parle tube de caoutchouc remplira le tube, et le gaz sera expulsé par le tube capillaire.
- Ce tube capillaire se recourbe horizontalement et porte trois tubulures soufflées fermées par des robinets de verre.
- La première tubulure conduit à l’appareil d’absorption de l’acide car-bonique.
- Celui-ci se compose d’une cloche de verre effilée à sa partie supérieure en un tube capillaire qui est réuni au tube horizontal par un caoutchouc.
- La cloche est ouverte par le bas et est placée dans une éprouvette à pied, munie d’un bouchon percé de deux trous : l’un au milieu qui donne passage au bout effilé de la cloche, et l’autre qui porte un petit tube qui sert à établir la communication avec l’air.
- La cloche renferme une dissolution de potasse caustique marquant 40 degrés à l’aréomètre de Baumé.
- Afin de multiplier la surface que la dissolution présente à l’absorption des gaz, la cloche est remplie de tubes de verre ouverts à leurs deux extrémités qui plongent complètement dans le liquide, lorsque la dissolution affleure à son niveau normal indiqué par un trait de repère trace sur la partie effilée de la cloche en e.
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- Lorsque, par suite du refoulement du gaz, le liquide vient à baisser dans la cloche, les tubes de verre se découvrent, et ils présentent à l’absorption du gaz leur surface intérieure et extérieure mouillée de dissolution de potasse. Cette surface est telle, que l’absorption de l’acide carbonique est presque instantanée.
- A la suite de la cloche à potasse s’en trouve une seconde semblable, qui renferme une solution de chlorhydrate d’ammoniaque ammoniacal, et dans laquelle la multiplication de la surface absorbante est obtenue au moyen d’une toile métallique de cuivre rouge enroulée en spirale. Cette toile métallique, outre quelle sert de surface absorbante, joue encore un rôle chimique; car, en se dissolvant petit à petit dans le liquide, elle détermine l’absorption de l’oxygène contenu dans les gaz mis en contact avec elle.
- Cette dissolution est destinée à absorber à la fois l’oxygène et l’oxyde de carbone qui peuvent existerons le mélange gazeux, et elle est même tellement avide d’oxygène, qu’il a fallu mettre un robinet au petit tube qui établit la communication avec l’air, et qu’il faut, si on ne veut pas voir la liqueur s’altérer rapidement, avoir la précaution de refermer ce robinet après chaque opération.
- Au premier abord, il semble que l’emploi d’un réactif qui absorbe à la fois l’oxygène et l’oxyde de carbone doit apporter quelque confusion dans l’analyse ; il est facile de se convaincre qu’il n’en est pas ainsi chaque fois que l’oxygène a été fourni exclusivement par l’air qui a servi à alimenter la combustion, et que l’on a fait usage d’un combustible ne renfermant pas d’oxygène.
- On sait que l’air est composé en volumes de 79'd’azote et 21 d’oxygène. On sait que l’oxygène se transforme en acide cabonique sans changer de volume, et que, lorsqu’il se transforme en oxyde de carbone, il double de volume.
- Il en résulte que’ si le mélange gazeux soumis à l’analyse ne renferme pas d’autres gaz que de l’azote, de l’acide carbonique et de l’oxygène libre, le volume sera égal à celui de l’air qui a servi à le produire, et que le volume d’azote étant 79, la somme des volumes d’acide carbonique et de l’oxygène sera égal à 21.
- Si le mélange à analyser renferme en outre de l’oxyde de carbone, l’augmentation, de volume (eu égard au volume primitif de l’oxygène) sera précisément égale à la moitié du volume de ce gaz.
- Ainsi, étant donné le volume d'azote, on calculera facilement le volume de l’oxygène correspondant, et la différence-entre la somme des volumes de l’oxygène calculé et de l’azote, et le volume du mélange gazeux avant l’absorption, représente la moitié du volume de l’oxyde de carbone renfermé dans le mélange.
- Si l’on admet qu’on a opéré sur 100 volumes de gaz, ce qui sera le
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- cas ordinaire, parce que l’on cherche à exprimer la composition du gaz en centièmes, on posera les équations suivantes :
- Soit x le volume de l’azote,
- y celui de l’oxygène et de l’acide carbonique réunis, z le volume de l’oxyde de carbone;
- On a les relations :
- x y —J— z = 100
- x ____79.
- y-\-£~ 21 ’
- 2
- remplaçant dans la seconde équation y par sa valeur tirée delà première et simplifiant, on a :
- 100 a? = 7900 — 79 ~,
- qui donne les valeurs de z correspondant à la valeur trouvée pour x en faisant l’analyse.
- Comme l’instrument est destiné à être manié par des personnes qui ne sont pas familières avec le calcul, nous avons, pour simplifier les opérations, donné les deux tables suivantes.
- La première, rapportée à un volume constant d’azote égal à 79cc, ou, ce qui est la même chose, à un volume initial d’air égal à 100cc, donne les augmentations de volume correspondant à des quantités d’oxyde de carbone qui sont successivement 1, 2, 3, 4, etc., centimètres cubes.
- La seconde, qui sera d’un usage plus général dans la pratique industrielle, est rapportée à un volume constant de 100cc de mélange gazeux soumis à l’analyse, et donne les volumes d’azote correspondant à des proportions d’oxyde de carbone qui sont successivement 1 0/0, 2 0/0, 3 0/0, 4 0/0, etc.
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- 'ffatole S
- des augmentations de volume qu’éprouve une quantité de 100cc d’air, lorsqu’une portion de l’oxygène est transformée en oxyde de carbone.
- AZOTE. OXYGÈNE. OXYDE DE CARBONE. V0LDME' FINAL.
- 79 21 » 0 . 1 on »
- 79 ..... 20 50 1 .. 100 50
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- Table II
- donnant en centimètres cubes les quantités d’oxyde de carbone produites par la combustion du charbon alimentée avec l’air atmosphérique,' et les quantités correspondantes d’azote, en admettant que l’on opère l’analyse sur un volume constant de 100cc de mélange gazeux.
- OXYGÈNE OXYDE de carbone. VOLUME INITIAL DE L’AIE
- AZOTE. et acide carbonique, réunis. qui a été employé à produire les gaz.
- 79,00 21,00 ...... .... 0,00 .... 100,00
- 78,605 20,395 .... 1,00 .... 99,50
- 78,21 19,79 .... 2,00 .... 99,00
- . 78,00 19,47 .... 2,53 .... 98,74
- 77,815 19,185 .... 3,00 ..... 98,50
- 77,42 18,58 .... 4,00 .... 98,00
- 77,025 17,975 .... 5,00 .... 97,50
- 77,00 17,94 .... 5,06 .... ......... 97,47
- 76,63 17,37 6,00 .... ........ 97,00
- 76,135 16,865 .... 7,00 .... 96,50
- 76.00 16,40 .... 7,60 .... 96,20
- 75,84 16,16 .... 8,00 .... 96,00
- 75,405 ........ 15,595 .... 9,00 .... 95,50
- 75,05 14,95 .... 10,00 .... '. 95,00
- 75,00 14,87 .... 10,13 .... 94,94
- 74,655 14,345 .... 11,00 .... 94,50
- 74,26 13,74 .... 12,00 .... ........ 94,00
- 74,00 13,34 .... 12,66 .... 93,67
- 73,865 13,135 .... 13,00 .... 93,50
- 73,47 12,53 .... 14,00 .... 93,00
- * 73,075 11,925 .... 15,00 .... 92,50
- 73,00 11,81 .... 15,19 92,41
- 72,68 11,32 16,00 .... ........ 92,00
- 72,286 10,714 .... 17;00 .... 91,50
- 72,00 10,28 .... 17,72 .... ........ 91,14
- 71,89 ........ 10,11 ...... .... 18,00 .... 91,00
- 71,495 • 9,505 .... 19,00 .... ........ 90,50
- 71,10 .... 8,90 ....20,00 .... 90,00
- 71,00 8,75 .... 20,25 .... ' 89,88
- 70,705 8,295 ...,2i,od .... ........ 89,50
- 70,31 .... ........ 7,69 ...... .... 22,00 .... ........ 89,00
- 70,00 7,21 .... 22,79 .... 88,61
- 69,925 .... 7,085 .... 23,00 .... 88,50
- 69,52 . . • . ......;. 6,48 ...... 24,00 .... ........ 88,00
- 69,125 5,875 .... 25,00 .... 87,50
- 69,00 5,68 ...... 5,27 ....25,32 .... 87,34
- 08,73 .. • .... 26,00. .... 87,00
- 68,235 4,765 .... 27,00 .... X...... 86,50
- ,68,00 4,15 .... 27,85 86,08
- ‘ 67,94 4,06 ...... .... 28,00 .... ....... 86,00
- 67,505 3,495 ....29,00 .... ........ 85,50
- > 67,15 2,85 ....30,00 .... 85,00
- 67,00 ........ 2,62 ...... .... 30,58, .... 84,81
- 66',755 2,245 .... 31,00 .... ...”84,50
- 66,36 1,64 ...... . ...32,00 ... 84,00
- 66,00 1,09 . , .... 32,91 ..... 83,55
- 65,965 .... 1.035 .... 33,00 .... 83,50
- 65,67 0,33 .'... 34,00 .... 83,00
- 65,29 .... 0,00 .... 34,71 .... 82,65
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- Avec ces tables, rien de plus facile que de se rendre compte de la quantité d’oxyde de carbone contenu dans le mélange gazeux à analyser.
- Exemple : Admettons, ce qui sera le cas général, que l’on ait mesuré dans le tube gradué 10QCC de gaz; nous faisons passer dans la cloche â potasse, et nous notons ensuite une diminution de volume de 8CC,5. Nous faisons passer dans la seconde cloche, et nous observons 73cc de gaz restant qui est de l’azote. La diminution produite par la deuxième cloche est donc de 100 — 73,00 — 8,5 = 18,5. Dans la seconde cloche, les 18,5 de gaz absorbés représentant la somme des volumes de l’ogygène et de l’oxyde de carbone, comment avoir le volume de chacun d’eux?
- En regardant la table II, nous voyons qu’à 73 d’azote correspondent 15,19 d’oxyde de carbone; retranchant 15,19 de 18,5 le reste, soit 3,31, représente le volume de l’oxygène, et la composition du mélange à analyser s’inscrit ainsi : ^
- Oxygène, . ............................................ 3,31
- Acide carbonique.. t ..... * ; . , . 8,50
- Oxyde de carbone............................„ , t . . . 15,19
- Azote. ...................... . € . ............. 73,00
- 100,00
- La table nous indique, en outre, que le volume d’air employé à produire ce mélange gazeux était de 92cc.41.
- Il nous reste maintenant à donner quelques détails pratiques sur l’emploi de l’appareil.
- FONCTIONNEMENT ET USAGE DE L’APPAREIL.
- La première chose à faire, lorsqu’on se prépare à faire une analyse de gaz, est'de vérifier si le niveau du liquide dans toutes les cloches à absorption correspond bien au repère tracé à leur partie supérieure,
- S’il n’en est pas ainsi, on rétablit le niveau normal en abaissant un peu l’aspirateur, et on ferme avec soin les robinets de chaque cloche.
- Il faut ensuite purger l’appareil qui peut renfermer quelques résidus des gaz de la dernière analyse. -
- Pour cela, les robinets r, rx r2 étant fermés et r3 ouvert, on abaisse le flacon aspirateur que l’on tient de la main droite pendant que delà main gauche on prend le long tube de caoutchouc qui le relie à la cloche graduée, ce qui permet de régler le mouvement du gaz. Le gaz à analyser s’introduisant par le robinet rs emplit l’appareil; quand ceci est fait, on pince avec la main gauche le tube de caoutchouc, ce qui produit une fermeture hermétique; on replace l’aspirateur sur son support, et, avec la main droite qui devient libre, on ferme le robinet r3 et on ouvre
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- le robinet r2. Élevant alors le flacon aspirateur, on chasse dehors le gaz qui remplit l'appareil. On répète cette manœuvre une seconde et une troisième fois et plus si cela est nécessaire, cela dépend de la longueur de la conduite qui amène le gaz, et on arrive à remplir l’appareil du mélange qui doit être soumis à l’analyse.
- Une précaution indispensable, c’est de ne pas laisser le liquide s’introduire dans le tube capillaire horizontal; il en résulterait des inconvénients qui fausseraient l’exactitude des analyses. En effet, la capillarité, retenant les gouttelettes liquides, s’oppose au libre passage des gaz et cause des différences de pression et par suite de volume; et, en outre, le liquide qui mouillerait le tube capillaire pourrait exercer une action absorbante sur les gaz au moment où on mesure le volume gazeux à analyser, et, la composition du mélange se trouvant ainsi altérée dès l’origine, l’analyse serait nécessairement inexacte.
- Les liquides des cloches à absorption étant particulièrement nuisibles, on ne saurait trop recommander de faire bien attention à ne jamais les laisser s’introduire dans les tubes capillaires.il suffit, pour cela, détenir toujours de la main gauche le tube de caoutchouc pendant que la droite élève ou abaisse l’aspirateur; en pinçant plus ou moins ce tube, on modère très-facilement l’ascension des liquides dans les cloches, et on peut l’arrêter brusquement quand on est près d’atteindre le trait de diamant qui forme repère.
- Dans le cas où, par mégarde, un peu de liquide aurait passé dans le tube capillaire, il ne serait pas nécessaire de démonter l’appareil, mais on procéderait de la manière suivante :
- On ferait d’abord rentrer dans la cloche le liquide qui en serait sorti. Puis, en élevant le flacon aspirateur, on ferait passer dans le tube capillaire quelques gouttes du liquide qu’il contient, de façon à laver la paroi avec le liquide aspirateur dont quelques gouttes pénétreraient dans la cloche. Puis, refermant le robinet de la cloche, on abaisserait l’aspirateur pour remplir d’air le tube gradué. On rouvrirait alors le robinet de la cloche, et, en montant et baissant l’aspirateur plusieurs fois successivement, on ferait partir toutes les gouttelettes que la capillarité maintient dans le tube capillaire ; on continuerait encore à faire passer de l’air dans le tube capillaire tantôt dans un sens, tantôt dans l’autre, pour en sécher les parois et l’appareil se trouverait de nouveau prêt à fonctionner. Mais comme cette manœuvre est assez longue, on ne saurait, nous le répétons, apporter trop de soin à ne pas laisser le liquide s’introduire dans les tubes capillaires. Gela peut avoir encore l’inconvénient d’altérer les caoutchoucs.
- Lorsque les conduits qui amènent le gaz à l’appareil sont d’un diamètre un peu fort ou d’une grande longueur, on serait trop long à les purger; dans œe cas, on fait usage d’une petite trompe à eau qui fait suite au robinet rr <
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- Il suffit d’adapter au tube de caoutchouc supérieur de la trompe un entonnoir et d’y verser de beau. Cette eau, en passant à la partie étranglée du tube vertical, produit une aspiration par le tube horizontal, et en quelques instants la conduite se trouve purgée.
- Une précaution à prendre, au moment où on lit sur la cloche graduée le volume d’un gaz, est de soulever de la main droite le flacon aspirateur et de le placer contre le manchon qui entoure la cloche graduée, de telle sorte que le niveau du liquide dans l’aspirateur soit le même que dans la cloche graduée. On évite ainsi les erreurs dues aux différences de pression des gaz qui résulteraient des différences de niveau des liquides.
- Habituellement, la quantité de liquide que contient l’aspirateur est telle, que, lorsqu’il est placé sur la planchette près de la cloche graduée qui sert de mesureur,le niveau du liquide dans celle-ci affleure à la division 100.
- Il arrive souvent que les carneaux] dans lesquels se prend le gaz ne sont pas à la pression de l’air ambiant et que les cheminées y produisent un vide partiel résultant du tirage; quelquefois, au contraire, il y a excès de pression.
- Une précaution nécessaire, lorsqu’on fait la prise du gaz, est donc d’aspirer plus de gaz qu’il n’est nécessaire, de fermer le robinet rs; puis, plaçant le flacon sur la planchette, si nous admettons qu’il est rempli comme il vient d’être expliqué, on ouvre le robinet r2 : l’excès de gaz s’en va, et après avoir vérifié que le liquide affleure bien à la division \ 00, on ferme le robinet r% et on procède à l’analyse.
- Lorsque les liquides sont neufs, l’absorption des gaz est pour ainsi dire instantanée; néanmoins, il est bon de faire passer le gaz trois fois dans chaque cloche et un plus grand nombre de fois lorsque, à force de servir, la faculté absorbante de dissolution commence à diminuer. Le degré de concentration des liquides absorbants est tel, qu’ils peuvent servir à faire plus de 2000 analyses sans que la rapidité d’absorption des gaz soit diminuée de plus de moitié. Seulement, quand les liquides servent depuis un an, à raison de trois ou quatre analyses par jour, on en est quitte pour faire passer le gaz dans les cloches quelques fois de plus. A la dernière fois, il faut faire attention à envoyer le volume complet dans la cloche, toujours en surveillant bien l’introduction du liquide dans les tubes capillaires. Quand l’absorption est faite dans une cloche, on a soin de ramener le niveau du liquide dans la cloche au niveau normal, puis on ferme le robinet, et on lit sur le tube mesureur la diminution de volume.
- Un moyen très-facile de contrôler le degré d’activité des liquides absorbants est de faire de temps en temps l’analyse d’un gaz connu, l’air, par exemple, pour contrôler la liqueur cuivreuse, et celle d’un mélange dosé à l’avance d’acide carbonique et d’air pour contrôler la disse-
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- lution de potasse. (Bien entendu, l’acide carbonique est préparé chimiquement pour cela.)
- L’éprouvette à pied dans laquelle est la cloche à liqueur cuivreuse porte un petit tube muni d’un robinet ; il faut avoir soin de n’ouvrir ce robinet que pendant les analyses, car la liqueur est tellement avide d’oxygène, que, si elle était en communication constante avec l’air par le robinet resté ouvert, elle s’altérerait très-rapidement.
- CAUSES, d’erreur DE L’APPAREIL ET DEGRE DE PRÉCISION DES ANALYSES.
- Après avoir expliqué la manière dont l’appareil est construit et la manière de l’employer, il nous a paru utile de dire quelques mots du degré de précision sur lequel on peut compter pour les analyses.
- Une première cause d’erreur tient à ce que le liquide qui remplit l’aspirateur peut émettre des vapeurs à la température ambiante, et qu’il en résulte que, lorsqu’on mesure! 00cc de gaz dans la cloche graduée, on n’a pas en réalité cette quantité de gaz à cause de la tension de la vapeur du liquide de la cloche.
- Cette cause d’erreur est apparente plutôt que réelle.
- En effet, comme la durée des analyses ne dépasse pas quelques minutes, et que la température des gaz que contient l’appareil est maintenue constante par l’eau que renferme le manchon qui entoure le tube mesureur, la tension de la vapeur d’eau a pour effet de diminuer dans un rapport constant le volume de tous les gaz ; c’est absolument comme si les divisions du mesureur, bien qu’égales entre elles, ne représentaient pas exactement des centimètres cubes, le résultat de l’analyse n’en serait pas affecté.
- Une autre cause d’erreur tient à ce que les gaz sur lesquels on opère ont tous des degrés différents de solubilité. Comme ils se trouvent en présence de l’eau, il peut en résulter une légère altération dans la composition du mélange soumis à l’analyse. Mais, d’une part, la durée d’une analyse est si courte, et la quantité qui mouille les parois du mesureur si faible, qu’il ne peut se dissoudre qu’une quantité infiniment petite, et que, en ayant la précaution de faire passer deqx ou trois fois le gaz dans chaque cloche, le gaz dissous se dégage en grande partie au moment où on fait revenir le mélange dans le mesureur en abaissant l’aspirateur, puisque la tension de chaque gaz diminue, et, par suite,; sa solubilité au fur et à mesure qu’il est absorbé dans les cloches. On peut donc dire que, bien que théoriquement vraie, cette cause d’erreur est en réalité si petite qu’elle ne peut influer sur les résultats de l’analyse.
- Une autre cause d’erreur peut provenir de ce que, lors d’une analyse
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- précédente, une certaine Quantité de gaz a été dissoute dans le liquide qui remplit l'aspirateur et que ces gaz peuvent se dégager au cours de l’analyse suivante dont ils vicient les résultats. Pour diminuer encore cette cause d’erreur déjà très-faible par elle-même, tant à cause du peu de durée d’une opération que de la faible quantité de liquide employée, il suffit de laisser à la fin de chaque analyse le mesureur rempli d’azote, c’est-à-dire de ne pas le purger. Il s’en dissoudra une petite quantité dont une faible portion pourra se dégager pendant les manœuvres de gaz ; mais à la fin de l’analyse, la tension de l’azote étant la même qu’au commencement, la solubilité sera la même; de sorte que les résultats de l’analyse ne pourront être sensiblement altérés.
- On peut encore invoquer comme cause d’erreur le volume des tubes capillaires et des robinets et raccords entre le point d’affleurement du liquide dans le mesuréur et les divers repères; mais l’appareil est construit de telle sorte, que ce volume est aussi réduit que possible, et qu’il ne dépasse pas un demi-centimètre cube, ce qui, en supposant que l’erreur porte sur un seul des gaz qui constituent le mélange à analyser, ne pourrait pas produire une erreur de plus de un 1/2 pour 100, et si elle se répartit sur chacun des gaz proportionnellement à son volume dans le mélange, l’erreur devient alors tout à fait négligeable.
- Dans tous les cas, et quelle que soit la valeur absolue de chacune des causes d’erreur que nous venons de signaler, les résultats successivement obtenus seront toujours comparables., et c’est là le point capital à faire ressortir.
- Dans des appareils de laboratoires destinés à faire des recherches théoriques, on pourrait, en se servant de mercure au lieu d’eau pour l’aspirateur, se soustraire à la plupart des causes d’erreur ci-dessus énumérées.
- Dans quelques cas particuliers, lorsqu’il s’agit de gaz très-solubles dans l’eau, comme le chlore, l’acide sulfureux, etc., on peut remplacer l’eau de l’aspirateur par des dissolutions salines convenablement appropriées, ou encore par de l’acide sulfurique du commerce.
- L’appareil, tel que nous venoris de le décrire, est facilement transportable d’un endroit à un autre; on peut le placer à proximité des fours, chaudières, foyers et autres appareils où se produisent les gaz à analyser. Les prises de gaz se font par des trous percés dans lamaçonnerie, et dans lesquels on fait passer un petit tube en fer comme ceux qui servent pour les conduits de gaz d’éclairage. Quand on a affaire à des gaz à très-haute température et que l’on a à craindre que le fer n’exerce sur eux une action, on emploie des tubes de porcelaine qu’on place dans un canon de fusil ou un tube de fer épais; les gaz se refroidissant très-vite, on peut sans danger, à une petite distance du four, continuer la conduite de prise de gaz par un tube de caoutchouc qui se relie à l’appareil.
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- Dans bien des circonstances, surtout dans les usines métallurgiques, où il y a un grand nombre de fours et de foyers, on aura avantage à placer l’appareil à poste fixe quelque part dans l’atelier ou même au dehors, et à établir une série de canalisations en petits tubes de plomb de 5 ou 6 millimètres de diamètre qui aboutiront à chacune des prises de gaz.
- Grâce à la petite trompe aspirante dont l’appareil est muni, et qu’on reliera avec une conduite d’eau, rien ne sera plus facile que de passer en revue, en un quart d’heure, la marche de tous les appareils de l’usine, et de donner rapidement les indications utiles pour leur fonctionnement. Ce contrôle s’exerce sans même que les ouvriers s’en doutent et facilite beaucoup la surveillance.
- Nous pourrions citer comme exemple une usine à gaz d’une ville importante, dans laquelle on avait fort à se plaindre de la négligence des chauffeurs qui bourraient leur foyer outre mesure, pour avoir de longs intervalles de repos, et produisaient ainsi de l’oxyde de carbone qui s’en allait en pure perte par la cheminée.
- Le directeur a pris le parti de faire des analyses du gaz à la sortie des fours, et de donner aux ouvriers une prime sur l’acide carbonique produit, et de les mettre â l’amende quand ils faisaient de l’oxyde de carbone. A partir de ce jour la surveillance a été simplifiée, et les ouvriers ont appris en peu de temps à conduire leurs foyers d’une manière plus rationnelle.
- Aujourd’hui que de plus en plus l’industrie tend à s’affranchir de la routine et appelle à son service les notions scientifiques, à ce point que dans la fabrication de l’acier Bessemer on n’a pas craint d’avoir recours, pour la conduite des opérations, à l’emploi d’un appareil aussi délicat que le spectroscope, nous espérons que l’appareil de M. Orsat sera apprécié d’autant plus vite que son maniement ne nécessite aucune connaissance en chimie, et qu’il est appelé à fournir des indications précieuses à toutes les personnes qui emploient des foyers.
- L’emploi de cet appareil ne doit pas se borner à l’analyse des gaz de la combustion que nous avons eu principalement en vue dans ce qui précède. Sa forme même le rend susceptible de modifications et d’additions propres à chaque cas particulier.
- F C’est ainsi qu’en modifiant la nature des liquides absorbants, on peut arriver à doser l’acide sulfureux et l’acide sulfhydrique, et à les séparer de l’acide carbonique et de l’oxygène.
- Quelques modifications en ce moment à l’étude permettront de l’utiliser pour les analyses des hydrogènes carbonés qui se produisent dans les mines et dans la fabrication du gaz d’éclairage. Nous ne croyons pas que ce soit ici le moment d’entrer dans des détails sur les applications spéciales; nous avons voulu faire connaître l’appareil le plus simple,
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- celui que nous voudrions voir bientôt entre les mains de tous les industriels.
- MONTAGE DE L’APPAREIL.
- L’appareil est trop fragile pour pouvoir être emballé et expédié tout monté; il faut que le montage soit fait sur place, au moins en partie; aussi nous a-t-il paru utile de donner quelques instructions à ce sujet.
- L’appareil, au moment ou on le reçoit, se compose des pièces suivantes, qui sont fixées définitivement à la place qu’elles doivent occuper.
- Le tube capillaire horizontal est détaché de son support en bois, et il porte les deux raccords^en caoutchouc, munis de robinets auxquels lés cloches à absorption doivent être adaptées.
- La petite trompe aspirante est prête à réunir au tube capillaire et fixée après la monture.
- Il ne reste donc plus qu’à placer le tube capillaire, les cloches à absorption et le tube gradué servant de mesureur.
- Cloche à potasse. — On commence par découper dans la feuille de caoutchouc qui accompagne l’appareil un cercle d’un diamètre un peu supérieur à celui de l’éprouvette à pied; ce cercle, interposé entre le bouchon de liège et l’éprouvette, sert à obtenir un joint hermétique. Il est, comme le bouchon, percé de deux trous : l’un pour le passage du bout effilé de la cloche, l’autre pour un petit tube qui sert à établir la communication entre l’air extérieur et la capacité qui reste entre le bouchon et le niveau du liquide dans l’éprouvette quand l’appareil est monté. Ce tube sert en même temps au remplissage de l’éprouvette. '
- On passe alors le bout effilé de la cloche dans le trou du bouchon, et, renversant la cloche, on y place les petits tubes de verre ouverts aux deux extrémités, les plus longs au centre, de telle sorte que la cloche en soit complètement remplie.
- On coiffe alors la cloche avec l’éprouvette à pied, et on retourne le tout avec précaution pour éviter de casser le fond de l'éprouvette ; on fixe alors le bouchon en l’enfonçant avec précaution, et on soulève ensuite légèrement la cloche de 2 à 3 millimètres, de sorte qu’elle laisse -au-dessous de son bord inférieur un passage pour le liquide qui doit la remplir.
- On n’a plus alors qu’à enfiler le bout effilé de la cloche dans le tube de caoutchouc qui est au-dessous du robinet, et on doit faire bien attention à n’exercer aucun effort sur le tube capillaire horizontal, L’introduction est facilitée en graissant légèrement le bout du verre avec un
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- peu de suif. On approche la cloche en la tenant inclinée, et on la redresse au fur et à mesure qu’on l’introduit dans le caoutchouc, pour arriver à la mettre en définitive dans l’entàille pratiquée sur la planchette qui sert de socle à l’appareil.
- Cloche à solution ammoniacale. — On procède, comme pour la cloche à potasse, en commençant par la feuille de caoutchouc et le bouchon; on met ensuite dans la cloche le rouleau de toile métallique de cuivre, puis on renverse la cloche dans l’éprouvette, et on met le tout en place en opérant le raccordement avec le tube de caoutchouc, toujours avec grand soin et sans exercer d’effort.
- Tube mesureur. — Le tube mesureur est placé dans un manchon de verre ; son extrémité supérieure est effilée en tube capillaire et passe dans un trou percé dans le bouchon, tandis que sa partie inférieure est munie d’un long tube de caoutchouc qui sert à le mettre en communication avec le flacon tubulé qui sert d’aspirateur.
- Le bout supérieur effilé du tube mesureur se raccorde avec le bout du tube capillaire, toujours par l’intermédiaire d’un caoutchouc qu’on place toujours avec les mêmes précautions, et on fixe ensuite le manchon à sa partie supérieure au moyen d’une petite bride en cuivre.
- Lorsque l’appareil est ainsi monté, il faut assujettir et consolider les raccords avec des ligatures que l’on fait en fil de cuivre mince, recuit, en se guidant sur ceux qui existent déjà, et on termine la fixation de l’appareil au moyen d’attaches en fil de cuivre plus gros, également recuit, qui, passant dans des trous percés dans les planchettes, assurent la position des raccords et empêchent les accidents.
- Il n’y a qu’à tordre ensemble avec précaution, au moyen d’une pince, le deux bouts du gros fil de cuivre que l’on tient assez longs pour qu’ils dépassent derrière la planchette.
- Pour le remplissage des cloches, on l’effectue à l’aide de petits tubes qui traversent les bouchons des éprouvettes, sur lesquels on adapte, avec un bout de caoutchouc, un entonnoir dans lequel on verse la dissolution. La potasse attaquant vivement le caoutchouc, le petit tube ne peut servir qu’une fois.
- On remplit d’eau le manchon du tube mesureur en soulevant légèrement le bouchon qui le termine en haut; quant au flacon aspirateur, on y verse de l’eau qu’on additionne de cinq à six grammes d’acide chlorhydrique, jusqu’à ce que le niveau soit tel, que'le flacon étant posé sur son support et le robinet qui fait communiquer le tube capillaire avec l’extérieur étant ouvert, le liquide affleure dans le mesureur à la division 100.
- Préparation des liqueurs. — Potasse. On fait dissoudre, dans de l’eau
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- ordinaire, de la potasse caustique à la chaux, jusqu’à ce que la dissolution marque 40° à l’aréomètre de Baumé. La dissolution est trouble et doit être filtrée sur un filtre en papier blanc, formé de deux ou trois feuilles l’une dans l’autre. Une simple épaisseur de papier serait vite percée.
- La filtration est très-lente, et on a soin de recouvrir l’entonnoir pour éviter l’action de l’acide carbonique de l’air sur la dissolution.
- Liqueur ammoniacale. — On fait une solution saturée à froid de chlorhydrate d’ammoniaque; on la filtre, et on y ajoute un tiers de son volume d’ammoniaque liquide du commerce. La liqueur incolore, lorsqu’on vient de la préparer, devient bleue dès qu’on la met en présence du cuivre.
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- NOTICE
- SUR UN PROJET
- DE
- RtSEAlI DE CHEMINS BS Mi DANS PARIS'
- ^Mi'Wn'WitrT‘rTfffitir'Tirr,‘A*r rn—t-........
- Par A. E. EETEEEIES6.
- La difficulté, bien connue des Parisiens, de se procurer un fiacre ou de trouver place dans un modeste omnibus, quand ces véhicules sont le plus indispensables, nous a conduit, vers la fin de l’année 1863, à étudier l’établissement, dans l’intérieur de Paris, d’un mode de transport rapide, où les places ne manquent presque jamais et avec lequel la certitude de rentrer prochainement chez soi, autrement qu’à pied, dorme la patience d’attendre un peu dans une salle ou sur un quai couvert.
- Ceux qui ont vu les principales fêtes des environs de Paris et de Londres ont pu remarquer avec quelle tranquillité d’esprit des milliers de promeneurs se réunissent dans une localité éloignée et s'y attardent, même avec de petits enfants. C’est parce que tous savent que le chemin de fer les ramènera dans l’intérieur de là métropole.
- Les promeneurs et les gens affairés seraient beaucoup plus nombreux encore si, à chaque grande gare terminus dans Paris, ils trouvaient un autre chemin de fer les conduisant toujours, cinq ou dix minutes après leur arrivée et quelquefois sans changer de wagons, dans leurs quartiers respectifs et à un demi-kilomètre au plus de leur habitation, ce qui éviterait aux voyageurs sans gros bagages des frais de fiacre souvent plus coûteux que le chemin de fer même.
- C’est ce résultat que nous avons essayé d'atteindre, en étudiant patiemment le projet de réseau parisien de chemins de fer, représenté, avec le réseau exploité ou en construction à Londres, placé en regard, sur les quatre dessins très-détaillés que nous mettons sous vos yeux (plans,
- (1) Voir le compte rendu des séances des 7 mars, 21 mars, 5 avril 1873 et du G février 1874.
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- 9
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- Dressé par A.E.LETELLIER Jn^énieurCivil.
- ( présenté à Mr le Préfet de la Seine le 22 Avril 1872 )
- CARTE D'EN SEMBLE DES TRACES. (Extrait delaPlanclieWl.)
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- à construire ultérieurem.en.t.JiT.tETEl/liIER-
- Les chiffres indignent,en mètres, les distances entre les Stations.
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- profils en long et coupes transversales de la pleine ligne et des stations souterraines des deux grandes métropoles). f
- Ge projet a été présenté à M. le Préfet de la Seine le 22 avril 1872, à la Société des Ingénieurs civils le 16 mai, et admis en juillet à l’Exposition des Champs-Elysées, où il figurait dans la section d’architecture.
- Il se compose : 1° d’un certain nombre de lignes de fer formant réseau à construire aussitôt après le solde du dernier milliard, parce qu’elles offriront des correspondances dans tous les sens, rendront faciles et rapides les communications entre les divers quartiers de Paris et s’apporteront mutuellement des éléments de trafic; 2° de six embranchements à simple voie et d’une ligne de fer éventuels, mais à prévoir dans un projet d’ensemble, ne fût-ce que pour aider à déterminer l’emplacement le plus convenable à donner aux stations d’où partiront ces embranchements.
- Les chemins de fer projetés doivent desservir les points de Paris où la population est la plus dense et la circulation la plus active. Cette circulation étant étudiée constamment, depuis nombreuses années, par la Compagnie des omnibus, nous avons fait faire, pour connaître exactement ces points, un grand nombre de comptages, renouvelés entièrement en 1869 et au commencement de 1870, sur chacune des 32 lignes d’omnibus. Ces comptages, rapportés aux chiffres de l’exercice de 1869, indiqués par cette Compagnie à ses actionnaires, sont représentés graphiquement, avec des teintes différentes, sur un plan de Paris que nous mettons sous vos yeux, à raison d’un millimètre de largeur par 500 000 voyageurs. On peut ainsi saisir, d’une façon très-claire, la direction et l’importance des courants de voyageurs.
- En outre, toutes les stations des chemins de fer compris dans l’intérieur du mur d’enceinte sont représentées à la même échelle, sur ce plan, par des cercles dont les diamètres sont proportionnels à leur nombre de voyageurs durant l’année 1869, et ce nombre est inscrit à côté de chacune d’elles.
- lignes de fer à constfoire de «aalte.
- La ligne n° 1, duPont de Neuilly à la Bastille, par les Champs-Élysées et les boulevards intérieurs, suit les avenues de Neuilly, de la Grande-Armée et des Champs-Elysées; près de la place de la Concorde, elle s’infléchit à gauche vers la Madeleine, et suit les boulevards intérieurs jusqu’à la place de la Bastille. Au delà, cette ligne de fer sort du sol, sous la gare du chemin de fer de Yincennes, et se prolonge, sans interruption de rails, jusqu’aux gares de Lyon, d’Orléans, etc.
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- La ligne n° 1 est souterraine, avec une demi-douzaine de stations entièrement ou partiellement à ciel ouvert.
- La ligne n° 2, des Champs-Elysées à la Bastille, par la rue de Rivoli, s’embranche, aux Champs-Élysées, sur la ligne n° \, traverse la place de la Concorde, le côté nord du jardin des Tuileries, suit les rues de Rivoli et Saint-Antoine, et arrive, sous la place de la Bastille, au même niveau que la ligne n° \.
- Elle est souterraine sur toute sa longueur, avec stations bien ventilées au jardin des Tuileries, à celui du Louvre, au square de la Tour Saint-Jacques, etc.
- La ligne n° 3, de la station de T Ouest-Ceinture à celle de la Chapelle Saint-Denis, par la rue de Rennes et le prolongement éventuel de cette rue, passe sous l’Institut, sous la Seine, sous les Halles centrales qu’elle dessert, la rue de Turbigo, les boulevards de Sébastopol et de Strasbourg. Au delà de la gare de l’Est, elle passe souterrainement au travers de propriétés particulières peu importantes, et ensuite sous l’un des accotements de la grande route de Paris à Saint-Denis.
- La ligne n° 3 est à ciel ouvert depuis son origine jusqu’auprès de la gare de Montparnasse, souterraine depuis cette gare jusqu’au boulevard de la Chapelle, et à ciel ouvert depuis ce boulevard jusqu’aux dépendances de la gare des marchandises de la Chapelle.
- La ligne n° 3 se raccorde avec les chemins de fer de l’Ouest (R. G.) et duNord, au moyen de deux jonctions qui permettront d’envoyer, la nuit, aux Halles Centrales et à la Halle au blé, des trains d’approvisionnement (wagons complètement chargés de blé, farine, viande, marée, légumes, etc.) et de mieux utiliser les 40 000 mètres carrés du sous-sol des Halles.
- Si les acquisitions de terrain entre la gare de Montparnasse et la station de T Ouest-Ceinture devaient être onéreuses, le Métropolitain irait rejoindre le chemin de fer de Ceinture à la station de Montrouge, parla chaussée du Maine.
- La ligne n° 4, de l’École militaire au chemin de fer de l’Est, par l’Arc de Triomphe de l’Étoile, longe le Champ de Mars, passe sur la Seine, pénètre sous le Trocadéro, les avenues du Roi-de-Rome et de la Reine-Hortense, les anciens boulevards extérieurs, le boulevard de Magenta, la place de Roubaix (gare du Nord), traverse souterrainement un pâté de constructions et vient se raccorder à la ligne n° 3, devant la gare de l'Est.
- La ligne n° 4 est à ciel ouvert depuis son origine jusqu’au Trocadéro, et ensuite en souterrain jusqu’à son extrémité. Sept stations de cette ligne sont à ciel ouvert.
- La ligne n° 4 bis {continuation de la ligne n° 4), de l’École militaire à la Bastille, par les gares die Montparnasse, d’Orléans, de Lyon et de Vincennes, longe d’abord l’École militaire, traverse quelques terrains peu bâtis, passe sous les boulevards du Montparnasse et de Port-Royal, sort de terre
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- près de la rue Berthollet et passe, à 5 mètres environ au-dessus des rues, au travers de constructions de peu de valeur, au nord de l’église Saint-Médard, à l’angle sud du Jardin des Plantes, traverse, au moyen de ponts métalliques, la gare d’Orléans (à 7 mètres au-dessus des rails) et la Seine, touche la gare de Lyon au niveau de ses rails, passe au-dessus de l’avenue Daumesnil et descend, en pente de 250 millimètres, sous la gare du chemin de fer de Yincennes pour se relier, place de la Bastille, aux lignes souterraines n° 4 et n° 2.
- La ligne n° 4 bis est souterraine depuis l’École militaire jusqu’à la rue Berthollet, et à ciel ouvert depuis ce point jusqu’à la gare actuelle de la Bastille.
- Toutes les stations de cette ligne sont à ciel ouvert.
- La ligne n° 5, dunouvel Opéra au chemin de fer de l'Ouest (R. D.), s’embranche sur la ligne n° \, passe sous la place de l’Opéra, sous les rues Auber et de Rome, et se raccorde avec les rails du chemin de fer d’Auteuil près du boulevard des Batignolles. Elle ,est souterraine sur toute sa longueur.
- Ligue de fer à double voie et embranchements à voie unique à construire ultérieurement.
- Une ligne de fer entre le Jardin des Plantes et le Champ de Mars, par la rue des Écoles et l’hôtel des Invalides ;
- Six embranchements, à voie unique, aboutissant tous, excepté un, au chemin de fer de Ceinture, savoir :
- 1° De la place Blanche à la station de l’avenue de Saint-Ouen;
- 2° De la gare de l’Est à la station de Belleville-Villette;
- 3° Du boulevard des Filles -du-Calvaire à la station de Ménilmontant ;
- 4° De la place de la Bastille à la station de Charonne;
- 5° Du Champ de Mars à la station de Grenelle ;
- 6° Du square de Cluny à la gare de Sceaux.
- Outre les raccordements avec les lignes du Nord et de l’Ouest (R. G. et R.D.) et de Yincennes, déjà compris dans les travaux à faire de suite, d’autres sont prévus avec les lignes de l’Est, de Lyon et d’Orléans.
- Nous ne parlerons pas d’un tramway entre le pont de Neuilly et la station de Puteaux, qui raccourcirait d’environ 4 kilomètres le trajet vers Saint-Cloud et Versailles.
- Avant d’indiquer les conditions techniques à observer pour l’exécution des tracés que nous venons d’énumérer, il y a lieu d’examiner les précédents, et nous croyons utile de donner à plusieurs de nos collègues,
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- qui n’ont point visité Londres depuis longtemps, quelques renseignements sur les railways établis au cœur même de cette viile. Ceux construits ai^ sud de la Tamise sont sur arcades en briques, à 5 ou 6 mètres au-dessus du niveau des rues, et à la place de maisons dont les plus élevées dépassaient rarement deux étages. Nous ne nous arrêterons pas sur ce mode d'établissement, qui serait très-dispendieux et, par conséquent, inadmissible dans l’intérieur de Paris où les habitations, pressées les unes contre les autres, sont généralement à cinq étages.
- Au nord de la Tamise, le Metropolitan Railway et son prolongement, nommé le District Railway, décrivent, sous les larges rues de Maryle-bone et d’Euston, au milieu des agglomérations de maisons london-niennes, et sous le nouveau quai de la Tamise, une courbe elliptique irrégulière, non encore fermée vers l’est, commençant à Moorgate Street, passant à l’ouest du palais de Kensington et finissant provisoirement près de Mansion House, demeure du lord maire. Un coup d’œil jeté sur le plan de la ville de Londres suppléera avec avantage à la description que nous pourrions donner de la direction de ces deux railways constamment au-dessous des rues de la ville.
- Le tracé du Metropolitan Railway proprement dit fut approuvé en 1853 et 1854 par le Parlement. Des embarras financiers retardèrent jusqu’en 1859 le commencement des travaux, à l’exécution desquels s’intéressa pécuniairement la Compagnie du Great Western, pour amener ses voyageurs et ses marchandises vers le centre de Londres. Le premier tronçon, compris entre les stations de Bishop’s Road et de Farringdon Street, fut ouvert aux voyageurs le 10 janvier 1863. MM. Derome et Bo-reux, ingénieurs, en publièrent, dans les Annales des ponts et chaussées de juillet et août 1866, une remarquable description sommaire, à laquelle nous ferons plusieurs emprunts, ainsi qu’à une note de la Sous-Commission des tramways.
- Ce tronçon, exécuté à deux voies, était à peine ouvert au public, que la Compagnie du Metropolitan, en vue d’une grande extension de trafic, achetait déjà les terrains pour construire, entre la station de King’s Cross et celle projetée à Moorgate, une autre ligne de fer également à deux voies, parallèle à la première et passant sous celle-ci, près de la station de Farringdon, afin d’établir la communication directe des chemins de fer du Great Western, du Great Northern et du Midland avec celui du Chatham et avec la gare de marchandises projetée sous le marché à la viande de Smithfield, sans gêner la circulation des nombreux trains de voyageurs sur les deux autres voies du Metropolitan. Cette ligne de fer additionnelle fut ouverte aux trains de marchandises le 27 janvier 1868, et aux trains de voyageurs le 17 février suivant, entre King’s Cross et Farringdon.
- Le deuxième tronçon du Metropolitan, compris entre les stations de Farringdon et de Moorgate, est presque entièrement à ciel ouvert. Il est
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- également à quatre voies, dont les deux, premières, qui étaient mixtes, furent mises en exploitation : les voies étroites, le 23 décembre 1865, les voies larges, le 1er juillet 1866. Les deux autres voies furent mises en exploitation le 13 juillet 1868 jusqu’à Moorgate, pour la Compagnie du Midland.
- Le troisième tronçon du Metropolitan, mis en exploitation le 24 décembre 1868, s'embranche près d’Edgware Road et s’avance vers l’ouest, jusqu’auprès de la station de Notting Hill, s’infléchit ensuite vers le sud jusqu’à la station de South Kensington, où il se soude avec le District Railway. Ce troisième tronçon fut, comme le deuxième, construit à grands frais à travers les maisons qu’on acheta et qu’on démolit presque toutes à l’emplacement du railway, parce que, dit-on, le sol sableux, en s’asséchant par suite de l’ouverture de la tranchée, les faisait se crevasser!
- On fit de même sur le District Railway, jusqu’à Mansion House, excepté sur les bords de la Tamise, entre les ponts de Westminster et de Rlackfriars, où le chemin de fer fut établi sous le quai monumental en construction sur la rive gauche de cette rivière.
- Laissant de côté le District Railway, ainsi que les deuxième et troisième tronçons du Metropolitan, établis très-onéreusement, nous allons donner des détails sur la construction du tronçon primitif du Metropolitan Railway établi en grande partie sous les rues (comme on devra, autant que possible, le faire à Paris).
- On s’était, à l’origine, exagéré les inconvénients du parcours en souterrain, qui nous occupe ; car il a suffi de quelques ouvertures pratiquées après coup dans le souterrain de 3250 mètres, pour le rendre aussi commode à parcourir que le reste du réseau. Aujourd’hui, personne ne se plaint, quoique les locomotives du Metropolitan et celles des autres Compagnies ne (s’astreignent plus aux précautions des premiers temps, et marchent avec le même combustible et dans les mêmes conditions de condensation intermittente que dans les autres parties mieux aérées du railway.
- description soMmaire «lu tronçon primitif du Metropolitan Eailway.
- Ce tronçon fut construit d’abord à deux voies. Il s’embranche sur le Great Western Railway à la station de Bishojfs Road, établie à ciel ouvert, se dirige souterrainement vers l’est de la Métropole sous plusieurs rues jusqu’à la station d’Edgware Road, également établie à ciel ouvert, ainsi que ses ateliers et remisages de locomotives et de wagons,
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- à l’emplacement de propriétés privées. En quittant cette station, le rail-way entre en un souterrain de 3 250 mètres de longueur, sous Maryiebone Road et Euston Road (avec trois stations à Baker Street, à Portland Road et à Gower Street), jusqu’à l’importante station de King’s Cross, également établie à ciel ouvert, à la place de propriétés bâties.
- Au delà de King’s Cross, le raihvay, qui se dirigeait vers l’est, s’infléchit vers le sud-est. Il se développe à ciel ouvert, dans une tranchée avec murs de soutènement, à l’emplacement des maisons et sous une demi-douzaine de rues transversales, franchit ensuite deux tunnels, distants de 56 mètres, finissant à Ray-Street.
- Au delà de cette rue, le railway est de nouveau à ciel ouvert et en tranchée muraillée, à la place de propriétés bâties, jusqu’à la station de Farringdon inclusivement.
- Le tracé de la ligne principale comporte des courbes de divers rayons, dont trois petits de 201m.16 (10 chains), ayant ensemble un développement de 343 mètres et, près de la station de Bishop’s Road, une courbe de 175 mètres de rayon sur 158 mètres de longueur.
- Le développement delà partie primitive du Metropolitan
- est de.............................................. 6.082 mètres.
- Celui des deux embranchements reliant la station de King’s Cross à celle du Great-Northern est de.......1.129
- Total. . . . 7.211
- Profil en long. — Le railway est constamment au-dessous des rues. Les rampes maxima ne dépassent pas 10 millimètres par mètre ('), dont deux dans les stations souterraines de Baker Street et de Gower Street, et une en courbe de 201 mètres de rayon, à la sortie de Farringdon, vers Moor-gâte Street.
- Sections couvertes avec voûtes. — La section type des voûtes de pleine ligne est une anse de panier à 3 centres, avec piédroits en arc de cercle. La hauteur de ces piédroits est de 2m.02, dont 1m.68 au-dessus
- (1) Les déclivités sont plus grandes sur le deuxième tronçon du Metropolitan, notamment entre les stations de Gloucester Road et de Notting Hill Gâte, où deux rampes de 0m.0143
- , presque consécutives et en très-grande partie souterraines, ont ensemble un développement de 1146m.63.
- Sur l’embranchement de Saint John’s Wood, entre la station de ce nom et celle de Baker Street, existe une pente de 0m.0227 (jlj sur mètres, sans parler d’une rampe-de 0m.0167 ayant 649 mètres de longueur.
- Sur le railway établi entre les Rtations de Farringdon et de Ludgate Hill, près de cette dernière, il y a une rampe de 0m.0255 sur 344 mètres de longueur.
- 'à
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- des rails, L'ouverture aux naissances est de 8m.69, la montée de 3m.3ô ; la clef est à 5m.03 au-dessus des rails.
- La maçonnerie est entièrement en briques. La voûte est formée de 6 anneaux de briques ayant ensemble une épaisseur de 0m.69; les tympans sont remplis de béton, la chape est en asphalte.
- Quand la nature du terrain l’a exigé, on a établi un radier général en arc de cercle, exécuté en briques, sur une épaisseur de 0m.46.
- La largeur exceptionnelle de la plate-forme du chemin de fer résulte de ce qu’on avait primitivement établi chaque voie à 3 rails, dont les deux extrêmes étaient écartés de 2m.13, pour le large matériel du Great Western, en grande partie modifié depuis.
- Dans ces dernières années, pour augmenter la ventilation et l'éclairage de la portion du grand tunnel sous Euston Road, on a découvert en partie la" station de Portland Road; on a acheté une ou deux maisons qu’on a démolies pour établir des appels d’air sur le côté et on a pratiqué, au sommet de la voûte, cinq ouvertures composées d’une série de trous circulaires tangents, revêtus de fonte sur toute l’épaisseur de cette voûte, et formant une longue fissure ovale de 6m.50 de long sur 0m.90 de large, recouverte, au niveau des refuges établis sur l’axe de cette large rue, par des plaques de fonte évidées.
- En 1872, cinq ouvertures semblables ont été pratiquées dans la voûte du tunnel sous Marylebone Road.
- Sans grande dépense on est arrivé, par ces moyens, à mettre l’exploitation du Metropolitan dans de bonnes conditions.
- Mode? de construction des tunnels. — La partie de tunnel construite en galerie est à peine d’une centaine de mètres sur les 3 250 mètres en souterrain continu.
- Les tunnels ont été généralement construits à ciel ouvert. Voici comment on a procédé pour gêner le moins possible la circulation :
- On ouvrait, sur une faible longueur, de chaque côté de l’axe, une tranchée correspondante aux piédroits projetés, descendant jusqu’à la profondeur assignée à la fondation. Ces deux tranchées étaient généralement blindées sur toute leur hauteur. Les déblais, retroussés à droite et à gauche vers l’axe, étaient presque immédiatement enlevés au tombereau, la partie centrale restant non touchée et libre, tant pour les chantiers de maçonnerie que pour ceux de terrassement.
- On faisait la maçonnerie des fondations et l’on montait jusqu’aux naissances celle des piédroits ; à ce moment on enlevait, sur une longueur restreinte, toute la masse de terre comprise entre le niveau du sol et les parois des deux tranchées jusqu’à un mètre environ aü-dessous de la clef de la future voûte. Posant des cintres en fer appuyés sur coins, avec chandelles verticales portées sur les patins saillants du béton de fondation, on clavait la voûte, on y faisait la chape en asphalte et on
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- remblayait immédiatement, avec une partie des terres provenant du pâté central supérieur de la portion à voûter à la suite. De la sorte, on n’obstruait avec la terre, les tombereaux et les matériaux de construction, qu’un espace restreint et pendant un temps relativement court; car, une fois la voûte faite sur une certaine longueur, on choisissait un endroit convenable, où les dégagements fussent faciles ; on laissait, au point correspondant dans cette voûte, une ouverture par laquelle les terres du pâté central étaient remontées, et on descendait les matériaux nécessaires pour compléter la maçonnerie, construire l’aqueduc de drainage central et le radier, quand il était ordonné.
- Les terres, chargées sur wagonnets, venaient, par le souterrain voûté, au fur et à mesure de leur enlèvement, se présenter sous l’ouverture, où des grues à vapeur les ramenaient au-dessus du sol, dans les tombereaux disposés pour les recevoir et les conduire soit à une décharge publique, soit à tout autre point où l’entrepreneur savait qu’on en manquait^).
- >Sections couvertes avec poutres. — Quand on était limité en hauteur *par des égouts, des conduites d’eau, des voies publiques, etc., les voûtes ont été remplacées par des tabliers métalliques, dont la description intéresserait peu, et au-dessus desquels restait une distance minimum de 0m.30 à 0m.45 pour le macadamisage ou le pavage de la chaussée.
- Sections a ciel ouvert. — Les parties en tranchée sont revêtues de murs de soutènement, afin qu’elles occupent la moindre largeur possible dans des terrains d’un prix élevé. Ces murs, inclinés au 1/8, sont formés de piliers entièrement en briques, de 0m.91 de largeur, d’espacement et d’épaisseur variant avec la nature du terrain et la profondeur des tranchées. Au-dessus de ces piliers sont jetées de petites voûtes supportant le mur de clôture, haut de 6 pieds (1m.83). Ces piliers sont reliés par des murs courbes inclinés, comme eux, au 1 /8, épais d’une brique et demie (0m.33) à leur base et d’une brique (0m.22) à leur sommet, quand la différence de niveau entre les rails et le sol n’est que de 4m.50 à 6 mètres.
- En arrière du massif ainsi formé et pour remplir le vide entre le mur courbe et la paroi de la fouille, on a coulé du béton de ciment relié avec celui des fondations.
- En certains points de la.tranchée, surtout quand la profondeur augmente, les deux murs parallèles sont entretoisés par des croisillons en fonte.
- (1) Plus tard, quand le Metropolitan s’est approché de la Tamise, on amenait les terres au bord de la rivière, et on les déchargeait sur des chalands, lesquels les remontaient en remhlai du nouveau parc de Battersea, ou les descendaient vers Blackwall, pour l’installation des établissements récents où se manipulent les^déjections de Londres.
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- Égouts, conduites d’eau et de gaz rencontrés.—Les conduites d’eau et de gaz, longeant la ligne, ont été placées sur les reins de la voûte du tunnel ou à faible distance de son sommet. Celles qu’on coupait plus ou moins obliquement ont été ramenées perpendiculairement à l’axe de la section couverte et, dans le cas où elles auraient pénétré dans la voûte, on remplaçait, en ce point, la section voûtée par une section à poutres métalliques, naturellement moins élevée au-dessus du rail et permettant aux conduites de passer sans que leur forme fût modifiée.
- Les difficultés ont été beaucoup plus sérieuses pour les égouts. On a obtenu de modifier la direction des égouts secondaires rencontrés à un niveau tel, qu’on ne pouvait passer ni au-dessus ni au-dessous d’eux. On a été autorisé à les ramener latéralement au railway, sans changer leur section, sur les reins des voûtes ou derrière les murs latéraux, jusqu’à ce qu’on rencontrât un égout inférieur plus important sur lequel on pût les brancher.
- Mais il a fallu conserver la direction, la pente et la section des égouts principaux, sauf à remplacer, au besoin, le tube en maçonnerie par un tube métallique de même section et de même forme, mais à parois moins épaisses, ou bien à enlever la calotte supérieure de l’ouvrage maçonné et à la remplacer par des plaques métalliques bien étanches et fortement assujetties, afin de résister aux sous-pressions.
- Stations. — Le tronçon primitif du Metropolitan Railvay comporte sept stations : quatre à ciel ouvert et trois en souterrain (dont une découverte partiellement).
- Stations à ciel ouvert. —, Les quatre stations à ciel ouvert, en tranchée muraillée, sont celles de Bishop’s Road, d’EdgwareRoad, de King’s Cross et de Farringdon Street. Dans ces stations, le bâtiment est placé au-dessus du chemin de fer, perpendiculairement aux voies, avec entrée sur la voie publique. Un comble métallique vitré couvre les voies et les quais, sur une longueur de 90 mètres environ. Des passerelles, avec escaliers ménagés ordinairement dans l’épaisseur des murs de soutènement, établissent la communication entre les quais et la voie publique, et vice versa, et même des quais entre eux.
- Stations en souterrain. — Les trois stations souterraines sont celles de Baker Street, de Gower Street et de Portlând Road. Cette dernière ayant été découverte partiellement dans ces dernières années, nous ne décrirons que le type appliqué aux deux autres stations, qui ont chacune pour axe celui de la chaussée.
- Ce type de station, dont l’aspect extérieur n’a rien de monumental, se compose de deux pavillons carrés, identiques, ayant environ 11 mètres de côté, à simple rez-de-chaussée, établis en regard, ^de chaque côté
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- de la rue, au niveau des trottoirs, dans les jardinets qui bordent cette rue. Chaque pavillon, construit en briques, contient seulement un bureau de distribution des billets, placé entre deux escaliers qui conduisent les voyageurs sur le quai, ou les amènent sur la voie publique. Les quais, de plain-pied avec le plancher des wagons, sont formés de murettes en maçonnerie supportant des madriers recouverts d’un platelage parallèle aux voies. Ils ont une longueur de 90 mètres environ sur 3 mètres de largeur (largeur qu’on vient d’augmenter, par suite de la suppression du troisième rail spécial au large matériel du Great Western).
- Sur cette longueur, les deux voies et les quais sont recouverts par une voûte en arc de cercle de 9m.75 de rayon, 13m.7â de corde et 2m.74 de flèche. La voûte est faite de dix rangs de briques aux naissances et de six rangs à la clef, ayant une épaisseur de 0m.74. Les rails sont à 3m„50 en contre-bas des naissances.
- Les piédroits, larges de 4 “.14, espacés de 3m.04 d’axe en axe et faisant saillie de 0m.46 sur le nu du mur, sont verticaux. Entre ces piédroits, la voûte est percée, à sa naissance, de grands soupiraux pour l’éclairage et la ventilation de la station. Ils ont 3m.30 de hauteur maximum et 4 m. 45 entre les faces latérales, raccordées en haut et en bas par des surfaces cylindriques dont la génératrice inférieure est inclinée à 45°. La surface intérieure de ces soupiraux est revêtue de carreaux blancs en faïence qui réfléchissent une lumière suffisante dans la station souterraine. Ces grands soupiraux, nombreux de chaque côté de la voie, débouchent dans la partie des jardinets contiguë au trottoir -de la rue. Ils sont recouverts de plaques de fonte, dont les vides sont égaux aux pleins et qu’on peut soulever pour nettoyer l’intérieur.
- Matériel fixe. — Voies et Aiguillages. — A l’origine, chaque voie du Metropolitan était mixte, c’est-à-dire formée de trois rails à patin dont les deux extrêmes, espacés de 2m.l 3 , recevaient le large matériel du Great Western. Le rail intermédiaire formait, avec le rail intérieur, la voie étroite sur laquelle circulent encore aujourd’hui le matériel du Metropolitan et celui des autres Compagnies. Les rails de cette voie sont espacés, comme en France, de 1m.ô0 d’axe en axe.
- Le Great Western ayant diminué la largeur d’une grande partie de son matériel, le troisième rail, devenu inutile, a été enlevé.
- Les aiguillages ne présentent rien de particulier, sinon que ceux dont on se sert souvent, tels que ceux des bifurcations, sont manœuvrés à des distances parfois très-grandes, au moyen de grosses tiges rondes en fer. En principe, le même agent manœuvre à distance, à la fois, l’aiguillage et le signal ; un système d’enclanchement spécial l’empêche, non de se tromper, mais de faire des signaux contradictoires.
- Signaux. — Les signaux usités sur le Metropolitan sont du système
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- Saxby et Farmer. Ils sont généralement fixés à un poteau carré placé en tête de chaque quai à voyageurs, ou à la poutre de rive d’un tablier métallique voisin de la tête du train en stationnement. Ils sont tous ma-nœuvrés à distance par un agent spécial [signal man) à poste fixe, dans une grande guérite d’où il manœuvre, également à distance, les principaux aiguillages. Chaque signal se compose d’une lanterne immobile, éclairée au gaz, devant laquelle oscille, dans un plan vertical, un rectangle métallique peint en vermillon, où sont enchâssés, l’un au-dessus de l’autre, deux verres lenticulaires : un rouge et un de couleur verte.
- La voie est fermée quand le rectangle vermillon est horizontal, et alors le verre rouge est devant la lanterne.
- La voie est libre quand ce rectangle s’incline à 45°, et alors c’est la lentille verte qui est éclairée.
- La protection des trains a lieu par le système du blocus, c’eït-à-dire à voie fermée. Un train ne doit partir d’une station qu’après la mise à voie libre du signal Saxby. Or, ceci ne peut avoir lieu que quand l’agent spé-cial, enfermé dans sa guérite, a vu l’indicateur mobile placé sous ses yeux, et manœuvré télégraphiquement de la station voisine, lui annoncer que le train marchant sur la même voie quitte cette station. Du reste, il existe entre le signal Saxby et l'indicateur télégraphique une liaison réciproque qui assure le fonctionnement régulier du système et prévient toute erreur. Par ce système, les trains sont forcément espacés du temps nécessaire au parcours de la distance maximum entre deux stations consécutives. Celles-ci étant espacées d’une manière assez uniforme, excepté entre Gower Street et King’s Cross (distance 1187 mètres), et entre cette dernière station et celle de Farringdon (distance actuelle 1589 mètres), on a réduit fictivement de moitié ces deux distances, en y établissant des stations télégraphiques, avec agent à poste fixe qui arrête les trains jusqu’à ce que la voie soit libre dans la station vers laquelle on se dirige.
- On voit que, sans changer la vitesse, si l’on voulait augmenter le nombre des trains, il suffirait d’établir d’autres postçs télégraphiques entre les stations.
- Matériel roulant. — L’exploitation d’une ligne de fer en grande partie souterraine, à rampes de 10 millimètres, à courbes n’ayant parfois que 201 mètres de rayon et dont les stations sont fort rapprochées, exigeait un matériel spécial.
- Locomotives. — Les locomotives sont disposées de manière à pouvoir s’arrêter très-rapidement, facilement, repartir de même et avoir repris, en quelques secondes, la vitesse normale de 40 kilomètres à l’heure, sans laisser, dans les parties souterraines, ni fumée, ni gaz, ni vapeur en quantité suffisante pour gêner les voyageurs ou empêcher de voir parfaitement les signaux.
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- Pour atteindre ces divers résultats, les locomotives ont des cylindres, un foyer et une grille, de dimensions exceptionnelles, au moyen desquels on obtient, en quelques instants, une quantité de vapeur considérable et la vitesse normale de 40, kilomètres. La vapeur et la fumée peuvent, à la volonté du mécanicien, s’échapper par la cheminée, ou être envoyées dans deux grandes soutes remplies d’eau froide, placées de chaque côté de la chaudière, et dont le contenu s’échauffe assez rapidement pour qa’on soit obligé de le renouveler dès l’arrivée à la station extrême.
- Les dimensions de ces soutes, fort insuffisantes autrefois, sont déterminées de telle façon que la condensation s’effectue jusqu’à la fin du trajet du train.j
- Wagons. — [Les wagons sont (plus longs que ceux des cinq grandes Compagnies de chemins de fer français. Chaque compartiment fermé est éclairé par deux becs de gaz. Ce gaz est contenu dans un grand sac rectangulaire en caoutchouc, placé dans une boîte couvrant entièrement le wagon et qu’on remplit aux gares extrêmes, à chaque voyage, au moyen d’un grand tube en caoutchouc communiquant avec un gazomètre. Un cadran à aiguille indique le moment où le remplissage est terminé.
- Trains ordinaires.— Un train de voyageurs se compose presque invariablement de cinq wagons à huit compartiments ou de dix à quatre compartiments, dont deux wagons de deuxième classe à une extrémité, un de première classe au milieu et deux de troisième classe à l’autre extrémité.
- A la station terminus, la locomotive du train reste bloquée au fond de cette station jusqu’après le départ de ce train, ce dont elle profite pour renouveler son eau de condensation et s’alimenter, afin d’être prête à repartir en tête du train suivant.
- Chaque train s’arrête une demi-minute environ aux gares intermédiaires et 4 à 5 minutes aux deux gares extrêmes.
- La vitesse est de 25 milles ou 40 kilomètres à l’heure entre les stations. Tous arrêts compris, elle ne dépasse pas la moitié de ce chiffre.
- Le nombre de trains a été sans cesse en augmentant depuis l’ouverture du Metropolitan.
- En août 1 863, il était de 146 par jour. En juin 1865, il était déjà de 310 par jour, soit 155 trains dans chaque sens, de six heures du matin à minuit, et le nombre des voyageurs était, à cette époque, de 151 en moyenne par train.
- La longueur actuellement exploitée, à deux ou à quatre voies, du Metropolitan railway proprement dit, depuis le fond de la station de Moorgate jusqu’à l’axe de celle de South Kensington, est de 11 530 mètres, d’après les chiffres officiels du Clearing House, et de 11 370 mètres d’après les profils en long du Metropolitan, non compris les raccordements avec quatre des grandes lignes de fer aboutissant à Londres.
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- Pour cette exploitation, le Metropolitan possédait, au 31 décembre 1872, le matériel suivant :
- 49 machines-tenders, munies de condenseurs.
- 43 voitures de première classe.
- 31 — mixtes.
- 40 — de deuxième classe.
- 66 — de troisième classe.
- 11 wagons à ballast.
- 4 — breacks.
- Le nombre de locomotives et de voitures des trois classes était le même depuis deux ans.
- Afin d’éviter de transborder les voyageurs au point où la ligne du Metropolitan et celle du District se soudent, les deux Compagnies se sont entendues pour que chacun de leurs trains parcoure entièrement les deux lignes (depuis Moorgate jusqu’à Mansion House et vice versa).
- Trains spéciaux d'ouvriers. — La plupart des Compagnies de chemins de fer aboutissant à Londres ont des trains spéciaux d’ouvriers, le matin de très-bonne heure et le soir après la fermeture des ateliers, afin que les ouvriers qui habitent la banlieue puissent arriver, sans fatigue, à l’usine ou au chantier situé dans la métropole. Ces trains, dont les prix sont très-réduits, ne comportent que des wagons de troisième classe. Les Compagnies du Great Eastern et du Chatham délivrent des abonnements à la semaine. D’autres Compagnies ne délivrent pas encore d’abonnements, mais accordent une réduction de 50 p. 100 sur le tarif ordinaire. Le Metropolitan Railway délivre des billets d’aller et retour moyennant 21 centimes (2 pence) pour ces trains spéciaux qui, en juillet 1866, transportaient déjà 1800 à 2 000 ouvriers par jour.
- Dépenses. —- Le tronçon primitif du Metropolitan Railway (entre les stations de Bishop’s Road et de Farringdon Street), d’une longueur totale de 7211 mètres, y compris les deux raccordements du Great Northern, a coûté 32 500 000 fr. (1 300 000 livres sterling), soit environ 4 500 fr. le mètre courant, dont un cinquième, environ, construit à travers les propriétés particulières. Les deux autres tronçons, l’un vers Moorgate, l’autre vers Brompton, ont donné lieu à des dépenses exorbitantes qui ont compromis la prospérité du Railway.
- Recettes, bénéfices êt taux du revenu annuel. — Voici, d’après les comptes rendus semestriels publiés par la Compagnie du Metropolitan, la statistique des recettes, des dépenses et du revenu annuel, depuis l’ouverture du chemin de fer, le 10 janvier 1863, jusqu’au 31 décembre 1872.
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- \ Revenu p . 100 annuel des divers capitaux émis successivement
- Recettes Dépenses Rapport par la Compagnie du Metropolitan Railway. Montant total,
- d’exploitation .. au 31 décembre,
- Nombre de Bénéfices d’exploitation
- Années. Yoyageurs (entretien et renouvellement de la voie, des bâtiments et des dépenses J4 Ci O S «Q . rf 03 S y O 03 03 CO OO £ Jà wO U r- oS 2 • S cô * f" JU OO 3 II stock. capital. bonds. capital. O O si O •» U rf .E 'S £ fi *fi de tous les capitaux émis et émprunts faits
- voyageurs. et du matériel. nets (1). aux a <j <u S S o> Ssd U o o > s® fi 03 11 fi tn -O -.2 o-g par la Compagnie du
- marchandises Appointements recettes. S £ oo > Ci fi U 11 ÊS "«à c 3 'S eu •3 O « S-a •** «fi 3 Metropolitan
- seulement (l). et salaires). V t-t (U ëg t C3 f* U 03 03 ' Xi O >6 o 03 eE Raihvay.
- La A* K Ë Q3 ta 03 £ M OJ U eu 03 «E 6r 03 M t-i Ai W Q SS 03 O a U £ 03 fl
- fr. fr. fr. fr. fr. fr.
- 1863 9.455.175 2.542.675 1.508.675 1.034.000 0.593 5 » » » » » » 5 et 6 » 5 » » 43.557.675
- 1864 11.721.889 2.912.225 1.142.850 1.769.375 0.392 5 » > » » s U 4 1/4 à 6 7 6 1/4 » » 59.331.350
- 1865 15.763.907 3.537.825 1.387.625 2.150.200 0.392 5 » » » » » » 41 /4 à 6 7 7 » » 90.974.350
- 1866 21.273.104 5.256.050 2.114.000 3.142.050 0.402 5 » » > » » » 41/4 à 6 7 7 » » 118.091.425
- 1867. 23.405.282 5.829.500 2.251.775 3.577.725 0.386 5 5 » » » 6 inconnu » “7 » » 143.705.875
- 1868 27.708.011 7.106.075 2.646.725 4.459.350 0.372 5 5 » » > » 6 4 à 5 » 7 6 6 8 159.367.725
- 1869 36.893.791 9.352.075 4.114.500 5.237.575 0.440 5 5 5 5 » D 4 4 à 5 JL i_ 173.229.700
- 1870 39.160.849 9.634.300 3.837.250 '5.797.050 0.398 5 5 5 5 7> » » 4 à 5 » 3 1/4 6 1/2 183.781.525
- 1871 42.765.427 9.901.700 3.754.700 6.147.000 0.379 5 5 5 5 5 > » 4 à 5 » 3 1/4 5 3/4 3/4 189.166.650
- 1872 44.392.440 10.034.750 4.806.925 5.227.825 0.479 5 5 5 5 5 5 » 4 à 5 » 1 1/2 3 0 193.816.625
- » 272.539,875 66.107.175 27.565.025 38.542.150 » D » » » » 3) » » » » » » »
- (1) Non compris le revenu annuel des locations :
- 1° Dans les stations (buffets, affiches, librairies, etc.), qui a été de 638425 francs en 1872, de 632 500 francs en 1871, de 657825 francs en 1870, de 649150 francs en 1869, etc., etc. .
- 2° Des propriétés bâties ou non bâties, devenues disponibles après la construction du chemin de fer. Ces propriétés, que le Metropolitan vend au iur et à mesure, avaient, en février 1870, une valeur vénale de trente millions de francs, savoir :
- Maisons non hypothéquées. ................................................................... 13.618.000 fr.
- Terrains non hypothéqués..................................................................... 13.150.2S0
- Maisons louées à bail, à divers termes.......................................................... 3.273.475
- Total................................. 30.041.725 fr.
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- Le tableau précédent démontre que le Metropolitan Railway était dans une situation prospère, même après la construction coûteuse du tronçon à quatre voies, en grande partie à ciel ouvert, entre les stations de Far-ringdon et de Moorgate; car, du deuxième semestre'de 1864 jusqu’au deuxième de 4868, le « Consolidated stock», le principal des capitaux créés successivement par la Compagnie, rapportait 7 p. 400 par an, alors que la Compagnie trouvait à emprunter plus de 40 millions au taux de 4, 4 1/4 et 4 4/2 p. 400 par an. Ce furent les dépenses exagérées du troisième tronçon, construit à ciel ouvert, à travers les maisons du West End, entre Edgware Road et South Kensington, mis en exploitation le 24 décembre 4 868, qui portèrent un coup funeste à cette prospérité qui nlétait point factice ; car, avec l’autorisation du Parlement, la Compagnie du Metropolitan souscrivait, en 4867, pour 2 500 000 fr. (100 000 livres sterling) à l’achèvement du Saint-John’s Wood Railway, s’embranchant à la station de Baker Street.
- M. E. Flachat « ne peut admettre que les Anglais aient abandonné, à Londres, l’emploi du souterrain par suite des difficultés cCaération. La preuve est que ces difficultés ont été surmontées dans celui qui existe, avec de légères dépenses, et jamais on n’a entendu donner ce motif par les ingénieurs anglais qui ont dirigé ces entreprises. Le motif a, évidemment, été tout autre. »;(Séance des Ingénieurs civils, du 47 mai 4 872.)
- Tarifs. — En avril 4865, le prix des places fut diminué, entre deux stations intermédiaires, et fixé ainsi qu’il suit-:
- Parcours total {entre Farringdon et Bishop's Road = 6,082 mètres).
- CLASSES. Billets simples. Billets d’aller et retour.
- lre classe 0f 60 0f 90
- 2e classe 0 40 0 60
- 3° classe 0 30 0 50
- Parcours entre deux stations intermédiaires.
- CLASSES. Billets simples. Billets d’aller et retour.
- tre classe.... ; 0f 30 0f 40
- 2e classe 0 20 0 30
- 3e classe 0 10 0 20
- Cette réduction fut aussi avantageuse pour la Compagnie que pour le public.
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- Le 1er novembre 1870, le prix des places fut de nouveau réduit entre la station de Moorgate et celles du West End, aussi loin que Bayswater (distance 8 088 mètres), savoir
- TARIFS. Billets simples. Billets cl’aller et retour.
- lre classe. 2° classe. 3e classe. lre classe. 2e classe. 3e classe.
- Ancien tarif.. Nouveau tarif. 0* 83 0 63 0f 63 0 42 O O CO ^ iO U 23 0 94 0f U 0 63 0f 63 0 52
- L'Administrateur général du Metropolitan constate que le résultat de ces réductions fut satisfaisant, et il projette d’en proposer pour quelques autres stations. (Rapport semestriel de février 1871, page 3.)
- Supposant que les divers renseignements qui viennent d’être donnés sur ce qui existe à Londres suffiront, nous allons continuer la description de notre Projet de chemins de fer dans Paris, et indiquer les principales conditions techniques à observer pour l’exécution des tracés énumérés en tête de cette Notice.
- Suite de la descffipti©ia du Hcseau projeté daias Paris.
- Profils en long. — Les profils en long du Réseau indiquent les paliers, pentes et rampes, les courbes et les alignements, les types de tunnels ou de tabliers métalliques à construire sur chaque point du projet, les distances entre les stations projetées, les cotes du sol, d’après les nivellements des ingénieurs de la Ville, ou ceux que nous avons fait faire dans quatre ou cinq quartiers de Paris, tous les égouts, leurs cotes de radier et leurs types numérotés qu’on retrouve, dessinés à grande échelle, sur la feuille spéciale des coupes transversales.
- Voici, sommairement, les principales conditions remplies dans l’étude des profils en long.
- Aucune rue n’est interceptée, ni déviée, ni traversée à niveau.
- Deux lignes de fer ne se croisent jamais au même niveau, afin d’éviter des accidents ou des retards qui compromettraient la régularité indispensable des nombreux trains circulant sur chacune d’elles.
- Aucune rampe ne dépasse 20 millimètres.
- Un palier de 100 mètres, au moins, est prévu entre toutes les déclivités en sens contraire.
- Le rayon minimum des courbes est de 200 mètres. Hormis deux ex-
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- ceptions qui disparaîtront peut-être après étude du parcellaire, ce minimum ne figure qu’aux raccordements des chemins de fer de l’Est, de Lyon et d’Orléans avec le réseau métropolitain.
- Un alignement droit est prévu entre toutes les courbes en sens contraire, afin de pouvoir exhausser le rail extérieur de chaque voie courbe et combattre l'action de la force centrifuge.
- On profite de ce que le rez-de-chaussée de la gare de Vincennes n’est guère occupé, du côté du canal Saint-Martin, que par un escalier de 6 mètres de largeur, pour mettre en rampe de 0m.0â0 le chemin de fer métropolitain qui, en souterrain sous la place de la Bastille, franchit sur un pont métallique l’avenue Daumesnil, passe presque au niveau des rails de la gare de Lyon, et, après avoir traversé la Seine sur un pont, arrive au-dessus de la gare d’Orléans, où des escaliers ou des ascenseurs mettront le Métropolitain en communication immédiate avec les salles d’attente ou de sortie de cette gare.
- L’exécution de ponts sur la Seine, â l’angle N.-O. du Champ de Mars et en face de la gare d’Orléans, ne présente évidemment rien qui ne soit déjà connu des ingénieurs, car bon nombre de ponts ont été construits sur la Seine, dans leur voisinage, depuis le commencement du dix-neuvième siècle.
- Le tunnel sous la Seine, entre l’Institut et l’angle S.-E. du Louvre, présentera certainement moins de difficultés que celles qui ont été surmontées, à Londres, par notre compatriote Brunei, quand il a exécuté un tunnel deux fois aussi long, dans le sol presque bourbeux de la Tamise, sans gêner le passage des nombreux navires arrivant de tous les points du globe!
- C’est évidemment ce même sol qu’ont rencontré les ingénieurs du Metropolitan District Railway, entre les stations de Victoria et de Mansion House, où la fondation du tunnel longeant la Tamise descend jusqu’à 24 pieds (7m,32) au-dessous du rail pour trouver le gravier ou l’argile suffisamment solide.
- Sous la Seine, près de l’Institut, rien de semblable ne paraît à redouter; car il résulte de sondages faits par ordre des ingénieurs de la Navigation, à quelque distance de là, sondages descendant à 10 mètres en contrebas du fond du fleuve, qu’au dessous d’une couche de sable vaseux, ayant moins d’un mètre d’épaisseur, on trouve le terrain solide composé successivement de gravier, calcaire marneux, calcaire siliceux, terre marneuse, calcaire blanchâtre, marne blanche, calcaire blanchâtre très-dur, etc.
- En jetant les yeux sur la belle carte géologique, avec coupes verticales, du département de la Seine, dressée en 1865par M. Delesse, ingénieur en chef des Mines, on constate que le terrain dans lequel est projeté le tunnel est identique à celui des sondages dont il vient d’être question. a ‘
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- La longueur totale des lignes à construire de suite est de. . . 40 650m
- id. id. id. éventuellement.. . 17 850
- Total........ 58 500m
- non compris les raccordements spéciaux, par rails, avec tous les chemins de fer (excepté celui de Sceaux) en exploitation dans Paris, les voies projetées pour desservir directement le sous-sol des Halles centrales et pour relier, près de la porte Saint-Martin, la ligne de fer des boulevards intérieurs avec celle du boulevard de Sébastopol.
- Les divers éléments des tracés et des profils en long du réseau à construire de suite sont résumés ci-après :
- TRACÉS ET PROFILS. LONGUEURS.
- 1° TRACÉS EN PLAN. . Alignements droits mètres. 31.462 2.466 4.396 449 1.282 160 435
- de rayons supérieurs à 300 mètres.
- de 300 mètres de rayon
- rmirW de ray°ns compris entre 250 et 300 mètres.. . . ' ’ de 250 mètres de rayon
- de 230 mètres de rayon
- de 200 mètres de rayon
- Total
- 40.650
- 2° PROFILS EN LONG. Parties en palier 6.148 17.860 1.576 8.911 6.155
- / inférieures à 10 millimètres par mètre
- r.r n. ... I égales à 10 millimètres
- Déclivités.... j eS(re el2() milllmètr;s
- V égales à 20 millimètres
- Total
- 40.650
- Profils en travers. — Après avoir examiné, surplace, les divers chemins de fer établis dans l’intérieur des principales villes d’Angleterre, d’Ecosse, etc., et constaté que leur section transversale n’était pas réduite, nous avons adopté, pour les lignes de fer à construire de suite, les dimensions de 7m.40 de largeur entre les piédroits des souterrains et autres ouvrages dJart, et dé 4m.30 de hauteur libre au-dessus du rail extérieur. Ce sont les dimensions normales des six grandes lignes de fer aboutissant à Paris. Elles permettront aux trains de l’extérieur d’arriver jusqu’au centre de la ville, et vice versa, comme à Londres.
- Les parties de lignes de fer souterraines seront ordinairement voûtées en plein cintre et, exceptionnellement, à voûte surbaissée ou à tablier métallique.
- Les parties en tranchée seront muraillées, afin d’occuper moins de surface.
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- Les parties au-dessus du sol seront, autant que possible, en remblai muraille ou sur arcades en maçonnerie.
- Des tabliers métalliques sur colonnes seront établis où ils sont indispensables pour assurer les communications, sans masquer la vue, notamment à la traversée de la gare d'Orléans.
- Les épaisseurs des voûtes et des tabliers métalliques sont calculées pour supporter les gros rouleaux compresseurs employés par le Service municipal de Paris, pour le cylindrage des chaussées. On se rappelle qu’un de ces rouleaux passa au travers d’un viaduc de la ligne d’Orléans, près de la gare de Paris.
- Dans les parties souterraines ou muraillées, des niches seront établies à \ 5 mètres les unes des autres, afin de permettre aux agents de la voie de se garer.
- Mode de construction des tunnels. — 1° Sous les voies publiques. Le mode de construction, à ciel ouvert, des tunftels du Réseau parisien, sous les voies publiques, sera identique à celui du Metropolitan Railway, dont nous venons de donner la description détaillée. La maçonnerie sera en meulière et ciment durcissant rapidement, afin de gêner le moins longtemps possible la circulation dans les rues.
- 2° Sous les propriétés bâties. D’après les nouvelles Annales de la construction, M. Bassompierre, ingénieur principal du chemin de fer de Paris à Yincennes, a construit les tunnels de Yincennes et de Reuilly à ciel ouvert, par tranches successives, et de la manière suivante : Après avoir arrêté l’axe du tracé sur le terrain, on creusait d’abord deux tranchées latérales destinées à recevoir les piédroits de la voûte, et on les étrésillonnait avec soin. Cela fait, et les piédroits construits, on retenait les terres au moyen de deux petits murs de soutènement, depuis la naissance de la voûte‘à établir, jusqu’à une distance du niveau du sol, variable suivant la consistance du terrain.
- Au souterrain de Yincennes, qui est construit sous une rue entre deux rangées de maisons, les murs de soutènement ont été poussés jusqu’à 0m,60 environ en contrebas du pavé. C’est alors seulement que l’on enlevait la partie supérieure du bloc de terre laissé intact entre les deux tranchées, afin d’établir les cintres de la voûte et de maçonner la voûte elle-même sur 0m,70 environ d’épaisseur.
- Pour éviter la démolition de la cité ouvrière de Reuilly, M. Bassompierre a pris le parti de construire le tunnel par anneaux successifs, en commençant par ceux destinés à soutenir les angles et les parties résistantes des bâtiments, et en remplissant ensuite les intervalles par des voûtes continues, faites à ciel ouvert. Cette méthode ingénieuse, appliquée pour la première fois dans le cas dont il s’agit, a parfaitement réussi. Les maçonneries de la Cité n’ont pas manifesté le moindre mouvement, et les constructions ont été rendues au service dans l’état où
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- elles se trouvaient avant le passage du chemin de 1er. L’ordre des travaux, pour la construction d’un anneau, était le suivant : Après avoir tracé l’axe du tunnel, étrésillonné les portes et fenêtres et étayé les points principaux de la maçonnerie, on creusait, au pied des murs des divers bâtiments, des rigoles assez profondes pour passer, sous les fondations des angles, de gros madriers transversaux ayant 0m,35 d’équarrissage. Cela fait, et la maçonnerie delà maison se trouvant ainsi parfaitement soutenue, on établissait d’abord, dans deux tranchées, larges de 3 mètres et profondes de 8m.20, les piédroits de la voûte et ensuite la voûte elle-même, en deux opérations successives. La voûte faite, on la reliait au coin de l’édifice en posant sur elle une sorte de pyramide à faces courbes et évasées ayant pour base les reins de la voûte et pour sommet le pied des fondations à soutenir. Il ne restait plus alors qu'a joindre ensemble les différents anneaux du tunnel et à remblayer, comme d’ordinaire.
- 3® Sous la Seine. Le tunnel sous la Seine, près de l’Institut, sera également construit à ciel ouvert, à l’époque des basses eaux, et en trois portions, afm de ne pas gêner la navigation. Un lit de béton, d’épaisseur suffisante, recouvrira la'voûte en maçonnerie, afin de la préserver des ancres de marine. Le dessus de ce lit de béton sera à 2m.50 en contrebas de l’étiage, distance adoptée par le service de la Navigation.
- Plantations. — Sauf exception, aucune plantation ne sera supprimée au-dessus du chemin de fer souterrain, qui sera construit à une profondeur suffisante pour le maintien des plantations d’arbres, si chères aux Parisiens, ou leur remplacement par d’autres essences d’arbres à racines exigeant une profondeur moindre.
- Voici, à ce sujet, lesindications qui nous ont été fournies par un savant arboriculteur et horticulteur :
- La distance indispensable entre le niveau du sol parisien et l’extrados de la voûte dutupnel, pour que les arbres continuent à se développer, est d’environ :
- 1m.00 à 1m.30 pour les acacias, les érables et les catalpas;
- 2m.00 pour les platanes;
- 2m.75 pour les marronniers;
- 3m.00 pour les ormes.
- Égouts. — Notre projet de réseau métropolitain peut être exécuté sans toucher à aucun égout important. Les profils en long comportent l’étude dans ces conditions. Toutefois, il serait utile de déplacer deux fois, sans changement de niveau, le collecteur (type 5) des coteaux de la rive droite : 1° rue Saint-Lazare (ligne du nouvel Opéra au chemin de fer de l’Ouest), afin de ne point enfoncer trop profondément cette ligne
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- dans la nappe aquifère et, surtout, pour diminuer la différence de niveau et, par conséquent, le nombre de marches d’escalier entre la salle des Pas-Perdus de la gare Saint-Lazare et les quais de la station contiguë ; 2° à l’intersection de la rue du Château-d’Eau et du boulevard de Strasbourg (ligne de fer n° 3), afin d’éviter l’alternative d’un plus grand nombre de marches d’escalier entre la gare de l’Est et la station contiguë, ou l’établissement d’une rampe dépassant le maximum de 20 millimètres, qui serait la seule de tout le Réseau.
- Stations. — Les stations souterraines auront 15 mètres de largeur entre le nu des murs, et des quais de 100 mètres de longueur. Elles seront, suivant les hauteurs disponibles, voûtées en arc de cercle ou à tablier métallique. Dans la plupart des stations de croisement ou de raccordement de lignes de fer, des passerelles permettront d’aller d’un quai sur un autre sans remonter au niveau de la chaussée.
- Un certain nombre de stations seront à ciel ouvert, ou avec de larges ouvertures ménagées dans la voûte et, autant que possible, aux extrémités, au-dessus du point d’arrêt des locomotives. Dans le cas où l’établissement des ouvertures au sommet serait impossible, des hottes en tôle, longues de plusieurs mètres et un peu plus larges que la partie supérieure des cheminées de locomotives, affleureront le dessus de ces cheminées et recevront directement la fumée qui, ensuite, sera conduite à l’extérieur, au moyen d’un kiosque à enseignes transparentes, ou d’une colonne couverte d’affiches de théâtre, comme il en existe beaucoup sur les boulevards, ou, à défaut, dans une cheminée plate métallique fixée au mur d'une maison ; en un mot la ventilation sëra établie de telle sorte que la fumée et les gaz ne gênent point les voyageurs, résultat déjà atteint au Metropolitan Raihvay.
- Les stations du réseau à construire de suite sont au nombre de 39, savoir : 9 stations doubles (bifurcation ou croisement de lignes à exécuter de suite), et 30 stations simples, non compris une station à établir sur la ligne de Yincennes, à son intersection avec la rue de Charenton, figurée depuislongtemps/au Projet.
- Leur espacement moyen sera de 910 mètres environ. Celui des Metropolitan et District Railways de Londres est de 861 mètres environ (non compris les deux raccordements avec le West London Raihvay).
- Toutes les fois que cela sera possible, les stations seront construites au-dessus du chemin de fer même, comme sur la ligne d’Auteuil, et avec escaliers différents pour monter ou descendre sur chaque quai, afin d’éviter la rencontre de flots de voyageurs marchant en sens contraire. Quand les stations ne pourront être placées ainsi, les bureaux de billets, etc., seront établis au rez-de-c,haus^ée de deux maisons situées vis-à-vis, dans la même rue ou sur le même boulevard.
- Le bâtiment des stations voisines d’un grand monument (Arc de
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- l’Étoile, École militaire, etc.), sera construit en bois et à simple rez-de-chaussée, sur la voûte du chemin de fer, afin de ne pas plus nuire à l’as-pectdu monument voisin, que ne le font les bureaux d’omnibus à la porte Saint-Denis, à la Bourse, etc.
- Voies. — Comme au Metropolitan Railway, les rails, pesant plus de 40 kil/og., seront en acier doux, afin de présenter une grande résistance et ne point se passer net. Ils seront posés sur traverses. (Les rails des chemins de fer, généralement un peu faibles, se courbent sous le poids du matériel roulant, ce qui détermine, à chaque joint, un choc des roues auquel sont dues, en partie, les trépidations dont se plaignent les voyageurs.)
- Les voies seront posées à lm.30 d’écartement entre les rails et à 2m.OO d’entrevôie.
- Signaux. — Les signaux seront installés en blocus et à enclanchement, c’est-à-dire de manière qu’un train ne parte jamais d’une station sans avoir la certitude que lu train qui le précède a quitté la station voisine, ce qui rendra les collisions impossibles.
- „ Matériel roulant. — Locomotives. — Les locomotives seront d’un type spécial, car elles devront, comme celles du Metropolitan, pouvoir s’arrêter très-rapidement, repartir de même, avoir repris, en quelques secondes, la vitesse normale de quarante kilomètres à l’heure et fonctionner dans les parties souterraines sans laisser ni vapeur, ni fumée, ni gaz.
- Les dimensions de leurs soutes à eau seront déterminées de telle façon que la condensation puisse s’effectuer jusqu’à la fin du trajet du train.
- Comme à Londres, les locomotives et les wagons seront munis de freins puissants (deux au moins par train), permettant l’arrêt au poiiit voulu, sans secousse appréciable.
- Wagons. — Il y aura trois classes de wagons analogues âux grands types circulant sur les chemins de fer français.
- Éclairage des wagons. — Chaque compartiment sera éclairé au gaz contenu dans un grand sac rectangulaire en caoutchouc, placé dans une boîte sur le wagon.
- Trains. --Les trains seront toujours composés de la même façon. A une extrémité, les wagons de deuxième classe ; ceux de première au milieu et ceux de troisième classe à l’autre extrémité.
- Dans les stations, des écriteaux indiqueront la position qu’occuperont en arrivant les différentes classes de voitures ; les voyageurs viendront se placer près d’eux, sur des quais en bois de plain pied avec le plancher des wagons, et remplaceront immédiatement les personnes descendant du train.
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- De six heures et demie du matin à minuit, les trains de voyageurs se succéderont de cinq minutes en cinq minutes, sur les lignes du centre de Paris, et à dix minu tes d’intervalle sur les lignes desservant les quartiers excentriques.
- Comme à Londres, la vitesse sera de quarante kilomètres à l’heure, la vitesse moyenne, tous arrêts compris, ne dépassant guère la moitié de ce chiffre. ^
- Ventilation des tunnels. —» La question de ventilation étant considérée par beaucoup de personnes comme rendant impossible rétablissement de railways souterrains dans notre Métropole, nous croyons utile de citer un passage du rapport de la deuxième Commission nommée par le Conseil général de la Seine, pour l’examen des chemins dé fer d’intérêt local dans Paris, rapport rédigé par nos éminents collègues MM. Ch. Gallon et Dupuy, membres de ce Conseil.
- « Reste la question de ventilation ou d’aération. Nous résumerons « comme suit les conclusions auxquelles votre Commission a été con-« duite :
- « Pour les souterrains, tels qu’ils se présentent dans notre projet, la « locomotive ordinaire ne serait évidemment pas possible.
- « Il faut absolument supprimer, pendant le passage en souterrain, « l’émission delà vapeur, c’est-à-dire il faut la condenser; problème saris « difficulté, car il se réduit à avoir des condenseurs d’un volume àppro-« prié à la longueur du souterrain, au temps nécessaire pour le par-« courir et à la température maximum qu’il convient de ne pas dépasser « dans.l’appareil de condensation.
- « Reste à se débarrasser des gaz. — Le premier moyen qui se présenté « à l’esprit est celui dont on fait usage à Londres, le capuchonnement de « la cheminée ^c’est-à-dire que l’on fait cesser la production de vàpëur, « de telle sorte que la pression de la machine va s’affaiblissant à mesure « que le train s’avance dans le souterrain.
- « Mais il faut que cet affaiblissement de la pression ne dépasse pas « une certaine limite. A Londres, il paraît qu’il n’en est pas toujours <i ainsi, et que le mécanicien se trouve parfois dans l’impossibilité « d’exécuter rigoureusement le règlement. Ce fait ne prouve qu’une « chose, c’est que la locomotive n’a pas été disposée en vue du service « spécial qu’elle doit faire, ou, en d’autres termes, que sa chaudière « n’est pas assez grande pour emmagasiner urie suffisante quatttité de « chaleur. « Ori a calculé (page 40 du rapport de la Commission tech-« nique) qu’avec une locomotive-tender de 50 à 52 tonnes (celles de « Londres sont de 42 tonnes), on pourrait, en la préparant convenable-« ment, ne pas produire de vapeur pendant un parcours de 5 à 6 kilo-« mètres, ou plutôt ne pas brûler de combustible pendant ceS 6 kilo-
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- « mètres, et se borner à dépenser le calorique absorbé d’avance par « l’eau de la chaudière. »
- « Voilà donc un premier élément de la solution du problème.
- « Elle pourrait être complétée par l’installation, à chaque station,
- « d’un souffleur qui relèverait la pression pendant l’arrêt; à cet égard,
- « ,des expériences précises, communiquées par M. l’ingénieur Mayer, ne « laissent aucun doute sur l’efficacité du procédé.
- « Une seconde solution, étudiée avec beaucoup de soin par M. l’ingé-« nieur Vuillemin, nous paraîtrait préférable. Elle consisterait, la va-« peur étant condensée comme tout à l’heure, à produire le tirage par un « ventilateur installé sur la locomotive et actionné par elle, et à débar-« rasser le souterrain des gaz de la combustion par une ventilation ar-« tificielle dont le courant serait très-modéré, et dont le coût, rapporté « au kilomètre de souterrain, ne serait quûine faible fraction de la dé-« pense kilométrique totale. Il est essentiel de remarquer que, si la Com-u mission technique, à la page 39 de son Rapport, condamne la venti-« lation artificielle, c’est en tant qu’on voudrait l’appliquer à l’enlève-« ment des gaz et de la vapeur tout à la fois, mais non pas en tant qu’on « l’appliquerait d’une manière restreinte à l’enlèvement des gaz, la va-« peur étant condensée.
- « Nous avons la ferme conviction, en présence des recherches que cette ques « tion 'provoque en Angleterre et en France, (que la solution pratique est t reste prochaine, et qu'elle ne fera pas défaut et la Compagnie concessionnaire, « quand le moment d’exploiter sera venu.
- « Néanmoins, il convient de dire que plusieurs membres de votre « Commission, préoccupés de rompre le plus possible la continuité du « souterrain de la ligne des boulevards intérieurs, ont indiqué l’établis-<c sement de stations en tranchée aux points suivants :
- « Devant l’Opéra, devant le Gymnase, au Château-d’Eau, peut-être à « la rue des Filles-du-Calvaire et enfin à la Bastille. » 9
- Dépenses et recettes. — Ce serait assurément dépasser les limites du cadre d’une simple communication à la Société, que d’entrer dans le détail de la'question, fort controversée, des recettes probables et des dépenses d’exécution du réseau métropolitain, surtout à la traversée des propriétés particulières.
- Dépenses. Les dépenses de construction seront certainement considérables. Voyons d’abord ce qu’ont coûté plusieurs chemins de fer établis dans l’intérieur de la ville de Londres.
- La longueur du District Railway, y compris ses" deux raccordements avec le West-London, est de 11 668 mètres. A la fin de 1871, le capital était de 1302159225 fr., soit, en moyenne, 11163 fr. par mètre courant.
- La ligne de fer de Fenchurch Street, à Blackwall, établie en viaduc au
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- milieu des propriétés particulières de la partie Est de la ville, a coûté 5 474 fr. le mètre courant. Or, chacun sait qu’un chemin de fer sur via-duc, dans une grande ville, coûte plus cher que si on l’établissait en souterrain, parce qu’il entraîne la démolition de toutes les maisons et empêche de tirer parti du terrain qu’il occupe, même quand il est construit sur arcades qu’on ferme quelquefois pour y établir des magasins, difficiles à louer à cause des suintements.
- Le tronçon primitif du Metropolitan Railway, construit à deux voies, en souterrain et en tranchée à ciel ouvert, entre les stations de Bishop’s Road et de Farringdon Street, au cœur même de Londres, sur une longueur de 7211 mètres, dont 1 470 mètres environ ou 20 p. 100, à travers les propriétés particulières, a coûté 1 300 000 livres sterling ou 32500 000 fr., soit 4 500 fr. environ le mètre courant, quoique le prix des terrains fût plus élevé qu’à l’emplacement du chemin de fer de Blackwall.
- Si on considère : 1° les tâtonnements et les fausses manœuvres d’une première exécution, dont les ingénieurs français sauront profiter; 2° que la main-d’œuvre, à Londres, en 1862, plus élevée que‘celle de Paris à cette époque, dilfère peu dé celle-ci aujourd’hui, par suite de l’augmentation des salaires ; 3° qu’au lieu de démolir, comme à Londres, la presque totalité des maisons rencontrées par le railway, on devra profiter de la solidité du sol parisien pour conserver ces maisons, auxquelles on supprimera seulement quelques caves pour le passage du tunnel ; on peut admettre que les 40 650 mètres de chemins de fer à construire de suite dans Paris, dont 6 700 mètres environ ou 16 p. 100 à travers les propriétés particulières situées, pour la plus grande partie, non point au cœur de la ville, comme à Londres, mais en dehors des anciens boulevards extérieurs, ne coûteront pas, en moyenne, plus de 5 000 fr. par mètre courant ou 5 millions par kilomètre. Ce chiffre réserve une certaine marge pour les indemnités de terrain et de servitude, les détour- ‘ nements d’égouts et de tuyauterie, le matériel fixe, le matériel roulant, les frais généraux et les intérêts perdus pendant la construction, car le résumé des estimations détaillées (travaux seulement) indique, par mètre courant : . '
- 1.320 fr. en moyenne, pour les tranchées muraillées et pour les viaducs ordinaires ; •
- 1.50Q fr. en moyenne, pour les tunnels de 7m.40 de largeur
- (pleine ligne) ;
- 2.900 fr. (a) en moyenne-, pour les tunnels de 15 mètres delargeur. (stations souterraines) ;
- (1) Un tunnel à deux voies, construit à ciel ouvert, il y & plusieurs années, par la Compagnie du Nord, en tête de la gare d’Amiens, a coûté 1000 francs le mètre courant, non compris les terrains et les voies. •
- (.2) L’abaissement du canal Saint-Martin, à Paris, sur deux kilomètres, dont un quart eu
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- enfin 2.500.000 fr. (*) pour les deux ponts en pierre oü en métal, sur la Seine, près du Champ de Mars et en face du chemin de fer d’Orléans.
- La longueur de 6700 mètres, indiquée ci-dessus pour la traversée des propriétés particulières, par le réseau ferré projeté, se décompose ainsi :
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- Entre l’église de la Madeleine et l’avenue Gabriel.............. ;
- Entre le nouvel Opéra et le boulevard des Capucines..............
- A l’angle du boulevard de Sébastopol et de la rae de Turbigo.....
- Entre l’église Saint-Germain~des-Prés et la Seine (prolongement de la
- rue de Rennes, projeté par la Ville)...........................
- Entre l’église Saint-Eustache et la rue de Rivoli................
- Entre l’avenue de Lowendal et le boulevard du Montparnasse (compris en entier dans le prolongement de l’avenue de Suffren, projeté par
- la Ville)......................................................
- Entre la gare de Montparnasse et la station de l’Ouest-Ceinture (longueur 1800 mètres dont on pourrait, au besoin, éviter l’acquisition, en dirigeant le railway vers la station de Montrouge, sous la
- chaussée du Maine).............................................) 5.700
- Entre les boulevards de Port-Royal et de l’Hôpital................
- Entre la Seine et la gare de la Bastille.............. ...........
- Entre la gare de l’Est et la station de la Chapelle-Ceinture......
- Id. et la gare du Nord..........................
- A l’angle des boulevards de Magenta et Rochechouart..............
- Au coude du boulevard de Clichy, près du cimetière Montmartre. .
- Total:..,........... 6.700 mètres
- 1.000 mètres
- Le développement total du réseau de voies ferrées, qu’on devrait, suivant nous, construire dans Paris aussitôt après le solde du dernier milliard, est de 40 650 mètres courants se répartissant ainsi :
- tranchée muraillée, et trois quarts recouverts d’une voûte de 19m.50 de portée, sur laquelle se trouve le boulevard Richard-Lenoir (travail exécuté il y a Une douzaine d’années, à quatre mètres de profondeur dans la nappe aquifère), a coûté 2 500 francs le mètre courant.
- Le grand égout collecteur de 5m.20 de largeur et de 4m.33 de hauteur sous clef, construit à Paris, sous le boulevard de Sébastopol, a coûté 480 francs le mètre courant.
- (1) Le pont double de Bercy, construit en pierre sur la Seine, a coûté 1 800 000 francs, y compris les viaducs des quais. Sa longueur entre les culées est de 188 mètres; sa largeur entre parapet^ est de Ï5m.47, dont 7m«56 pour le chemin de fer de ceinture; 0m,10 pour la clôture en fonte et 7m.81 pour le chemin communal.
- Le pont de Solférino, construit en 1859 sur la Seine, dans l’axe transversal du jardin des Tuileries, va coûté 1 083 700 francs. La distance entre les culées est de 126m.50; sa largeur entre les têtes est de 20m.00.
- Le pont d’Argenteuil, construit sur la Seine en 1862, pour chemin de fér à deux.voies, a coûté 1.300.000 francs environ. La distance entre les culées est de 192m.80.
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- DESIGNATION. LONGUEURS. PRIX du mètre eourant. DÉPENSES.
- Au-dessus ou au-dessous des rues, boulevards, jardins mètres. fr. fr.
- et autres propriétés de la Ville ou de l’État Au-dessus ou au-dessous des J 33.950 3.500 118.825.000
- propriétés particulières, ' Au cœur de la ville.. qu’on démolira le moins! Dans les quartiers 1.000 20.000 20.000.000
- possible J éloignés du centre.. Supplément pour les deux ponts sur la Seine, pour le tunnel sous la Seine, comptés comme mètre 5.700 10.000 57.000.000
- courant de railway ordinaire, etc., etc » » 4.175.000
- Total 40.650 » 200.000.00U
- Ce qui fait ressortir à 4 920 fr.' le prix moyen du mètre courant de chemin de fer à construire, y compris les stations, le matériel roulant, etc.
- Recettes. En raison de la plus grande vitesse et de la certitude de trouver place dans les wagons, de partir et d’arriver à heure fixe, nous croyons qu’on peut attribuer à chaque ligne de fer le nombre de voyageurs des lignes d’omnibus parallèles et une grande partie de celui des principales gares directement desservies. A l’aide de notre graphique des stations de chemins de fer et des lignes d’omnibus dans- Paris, où chaque millimètre de largeur représente 500 000 voyageurs, chacun peut approximativement déterminer ce nombre et, par conséquent, les recettes pour les diverses portions des lignes de fer projetées.
- Trois ans après la mise en exploitation du Metropolitan Railway, la recette brute dépassait 600 000 fr. par kilomètre et; dépasse aujourd’hui 800 000 fr., y compris les recettes accessoires. Dès la seconde année, les frais d’exploitation n’atteignaient que 39 p. 100 de la recette brute.
- Si on songe que ce railway ne desservait alors qu’une direction et, par conséquent, n’était utilisé que par les personnes allant dans cette direction, tandis qu’on se servira du Réseau parisien pour aller dans n’importe quelle direction, nous ne croyons pas qu’il y ait exagération à attribuer â ce réseau :
- Recette brute kilométrique . .... 500 000 fr.
- Frais d’exploitation, 40 p. 100 delà recette 200 000
- Bénéfice fiet .... 300 000 fr. par kiloniètre;
- soit, pour 40k,650, une somme de 12 195 000 fr., qui, pour un capital de 200 millions, représente une annuité de plus de 6 p. 100, suffisante pour payer les intérêts et amortir le capital engagé.
- (En 1869, la recette de la ligne d’omnibus, de la Madeleine à la Bastille, a été de 1 827 743 fr., soit 407 800 fr. par kilomètre. Depuis, elle s’est élevée à 425 000 francs.)
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- RACHAT DU CHEMIN DE FER DE CEINTURE.
- La Société qui se formera pour construire le réseau métropolitain parisien devra faire les démarches nécessaires pour obtenir la rétrocession du chemin de fer de Ceinture existant dans l’intérieur de Paris. Actuellement d’intérêt général, il perdra évidemment ce caractère après la construction du Chemin de fer de grande ceinture extra muros, actuellement à l’enquête d’utilité publique.
- Voici les renseignements colligés par M. Le Hir, au sujet du droit de rachat du chemin de Ceinture :
- « Le 1er juin 1865, le gouvernement de l'Empire présentait au Corps législatif un projet de loi concernant la concession du chemin de fer de Ceinture de Paris (rive gauche) à la Compagnie du chemin de fer de l’Ouest.
- « La réserve de rachat était faite, disait l’exposé dès motifs, en prévision de l’exécution éventuelle d’un chemin de fer dit Métropolitain, qui devait pénétrer dans l’intérieur de Paris. Bien que l’exécution de ce chemin ne paraisse pas d’une réalisation certaine, on a cru devoir réserver le droit de rachat des lignes auxquelles il pourrait se rattacher. » [Moniteur du 9 juillet 1865.)
- Dans le rapport au Corps législatif, par la Commission nommée pour examiner le projet de loi, on lit :
- « La Commission a vivement insisté sur ce qui concerne les moyens à rechercher pour pénétrer dans l’intérieur de Paris, depuis les gares du chemin'de fer de Ceinture....
- « On peut, dès aujourd’hui, affirmer que le besoin de pénétrer dans Paris sur plusieurs points, par des voies ferrées, pour communiquer avec le chemin de fer de Ceinture, se fera plus que jamais sentir d’une manière impérieuse, puisque déjà on réclame des communications autres que celles qui existent actuellement.
- « Votre Commission, sans discuter plus amplement une question de cette nature, demande, néanmoins, à la Chambre de vouloir bien s’associer à elle, de la façon la plus accentuée, pour inviter le Gouvernement à rechercher les moyens qui répondront le mieux aux vœux exprimés.
- « En pénétrant dans Paris, comme on a commencé à le faire avec le chemin de Vincennes, on rendra, à tous les points de vue, d’immenses services au commerce, à l’industrie et surtout aux nombreux ouvriers qui résident dans la banlieue. C’est avec ces artères, qui partiront en quelque sorte du centre de la ville, que le chemin de Ceinture deviendra d’une utilité réelle. Heureux de répondre à la sollicitude de vos Commissaires pour toutes les personnes qui entrent chaque jour dans Paris ou qui en sortent, le Gouvernement leur a fait la promesse la plus formelle de ne rien négliger
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- pour arriver à la réalisation des avantages qu’ils désiraient. » {Moniteur du 8 juillet 1865.)
- C’est par la loi du 10 juillet 1865 que la concession fut octroyée. Cette loi dispose : « Article unique : Sont approuvés les articles 3, 4, 7, 8 et 9 dé la convention passée le 31 mai 1865 entre le Ministre de l’Agriculture, du Commerce et des Travaux publics et la Compagnie des chemins de fer de l’Ouest, lesdits articles relatifs aux engagements mis à la charge du trésor par cette convention. »
- L’article 9 de la convention du 31 mai 1865 est ainsi conçu : « Le Gouvernement se. réserve, pendant un délai de huit ans d partir du décret qui approuvera la présente convention, de rachètera la Compagnie de l'Ouest, soit ensemble, soit séparément, d'une part, le chemin de fer d’Auteuil, y compris le raccordement de ce chemin avec le chemin de Ceinture (rive droite); d'autre part, le chemin de fer de Ceinture {rive gauche). »
- Le décret qui a approuvé l'a convention du 31 mai 1865 est du 18 juillet suivant.
- C’est donc te 18 juillet 1873 qu'expirera le délai de rachat du chemin de fer d'Auteuil et du chemin de fer de Ceinture {rive gauche).
- Traversée des propriétés privées. — Plusieurs personnes reprocheront, sans doute, à notre Projet de n’être,point resté constamment sous les voies publiques.
- Ce projet étant étudié pour relier entre elles toutes les gares terminales des chemins de fer pénétrant dans Paris, de façon que les voyageurs du réseau métropolitain projeté débouchent directement dans les salles des pas-perdus de ces gares, et vice versa, et que tous ces chemins de fer soient raccordés par mils (excepté celui de Sceaux) avec le Métropolitain, les tracés ont dû quitter les voies publiques pour pénétrer dans les propriétés privées, quand la somme des avantages a paru motiver l’augmentation de dépenses qui devait en résulter. Dans le doute, nous avons tracé une variante, figurée en rouge, au plan général de la Ville, entre la Madeleine et la place de la Concorde; entre la igare de Montparnasse et la station de Montrouge.
- Citons quelques exemples :
- 1° Le tracé du Métropolitain pouvait rester entièrement sous le boulevard de Magenta, mais les gares du Nord et de l’Est n’auraient pas été desservies suffisamment ;
- 2° On pouvait aussi (comme nous l’avions projeté dès l’origine de notre étude) prolonger le railway du boulevard de Sébastopol, sous le boulevard Saint-Michel, jusqu’à la gare de Sceaux; mais alors les Halles centrales et la gare aux marchandises qu’on peut établir au-dessous, comme au marché de Smithfield, à Londres, ne seraient, éventuellement, des-
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- servies que d’une façon imparfaite et la gare de Montparnasse ne léserait pas du tout, quoiqu’elle soit le terminus d’une ligne de fer desservant une grande partie de l’ouest de la France. En 1869, elle a eu 2 812 298 voyageurs, quand la gare de Sceaux n’en avait que 1 250 652.
- En outre, par le boulevard Saint-Michel, le tunnel fût resté à une grande profondeur (trois fois plus longue'que celle de notre projet, près du Louvre) sous les deux bras de la Seine, sous plusieurs monuments et en contrebas de trois égouts (dont deux collecteurs) qui existent sous ce boulevard, entre le pont Saint-Michel et le boulevard Saint-Germain.
- 3° Pour desservir directement les gares des chemins de fer de Lyon et d’Orléans, et raccorder éventuellement, par rails, ces deux chemins avec le Métropolitain,* il a fallu sortir des voies publiques.
- En pareil cas, nos voisins d’outre-Manche, qui sont incontestablement des gens pratiques, n’hésitent pas, et, malgré les grandes dépenses du District Railway et des deuxième et troisième tronçons du Metropolitan, le Central London Railway, reliant les lignes du North Western et du Midland à la station de Charing Cross, s’exécute au cœur de la ville de Londres, entièrement à travers les maisons, parallèlement à Tottenham Court Road, au lieu de passer dans cette rue conformément au tracé approuvé par le Parlement, dans la session de 1864.
- La concession d’un autre chemin de fer appelé le Mid London a été demandée au Parlement, en 1872, entièrement à travers les maisons, parallèlement aux larges voies publiques appelées Edgware Road, Oxford Street, Holborn, etc.
- Cette demande ayant été repoussée, une nouvelle demande est présentée au Parlement (session de 1873) pour l’établissement d’un chemin de fer entre les stations métropolitaines de Farringdon et de South-Kensing-ton, passant sous les voies publiques appelées Brompton Road, Picca-dilly, et ensuite à travers les maisons, parallèlement à New Oxford Street et à High Holborn.
- Nous terminerons en disant que les chemins de fer à travers les propriétés bâties s’exécutent bien ailleurs qu’à Londres. Dans la seule ville de Liverpool, le chemin de fer de Manchester amène souterrainement les voyageurs au centre de la haute ville; un autre railway, venant du Nord, au-dessus des rues, amène les voyageurs au centre de la basse ville. Deux autres chemins de fer, pour marchandises seulement, traversent souterrainement, en ligne droite, toute la ville, pour desservir des 'docks et des gares de marchandises, situées sur le bord de la rivière Mersey. Il paraît que ces deux derniers chemins de fer étaient productifs, car un troisième a été construit depuis peu, pour relier le Dock du Canada à la ligne de Manchester, comme les deux autres. Seulement ce dernier venu est chargé d’un service de voyageurs.
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- Omnibus. — On aurait tort de croire que les chemins de fer métropolitains détruiront les omnibus.
- A Londres, ces véhicules parcourent les deux larges rues d’Euston et de Marylebpne, sous l’axe desquelles est établie la partie primitive du Metropolitan Railway; la concession d’un tramway longeant ces deux rues était même demandée en 1872. Notre collègue, M. Sérafon, dans son livre sur les Moyens de transport en commun à Londres, constate que, depuis le développement des chemins de fer dans cette métropole, le nombre d’omnibus n’a pas sensiblement diminué, mais leur parcours a été modifié.
- D’après le rapport de M. Gallon au Conseil général de la Seine, « le chemin de fer d’Auteuil transporte un peu moins de voyageurs que la Compagnie des omnibus dans cette direction; mais la Compagnie des omnibus en transporte beaucoup plus qu’avant le chemin de fer d’Au-teuil. Donc l’établissement de ce chemin de fer n’a pas empêché le trafic des omnibus de s’accroître d’année en année. »
- « Autrefois, la ligne des quais était considérée comme mauvaise, au point de vue des produits; la Compagnie des omnibus demandait à en être déchargée. Depuis, on a établi les bateaux-mouches qui ont, dans le principe, rencontré une certaine hostilité. On ne croyait pas au succès de cette entreprise. Cependant, depuis 1 867, la proportion de voyageurs que ces bateaux transportent augmente régulièrement d’un quart chaque année. Il en est de même du chemin de fer de Ceinture : on ne voulait pas admettre qu’il s’établirait sur ce chemin un mouvement de voyageurs; cependant ce mouvement existe, il s’accentue chaque année davantage et il est déjà considérable. »
- D'après une brochure, publiée en 1868 par la Compagnie parisienne des omnibus, le dividende moyen, pour les treize années de 185541867, a été de 52 fr. 50 par an, soit 6 p. 100 de la valeur des actions de cette Compagnie, capitalisées à 875fr.Le taux d’amortissement de ces actions est de 500 fr.
- En 1866, cette Compagnie a transporté 107,212,074 voyageurs, ou soixante fois la population de Paris.
- Programme.
- Le Conseil général de la Seine, par délibération du 10 novembre 1871, demande que le réseau de Chemins de fer et Tramways réalise autant que possible les conditions suivantes : ^
- « 1° Mettre les différentes parties du département de la Seine en communication avec un chemin de fer de Ceinture qui serait placé à l’inte-rieur de Paris, en dedans du chemin de fer de Ceinture actuel ;
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- « 2° Mettre ce nouveau chemin de fer de Ceinture en communication avec le centre de la ville de Paris ;
- « 3° Desservir la ligne des quais, en prolongeant le tracé à l’amont et à l’aval ;
- « 4° Desservir la ligne des boulevards intérieurs ;
- « 5° Relier les différentes gares de chemins de fer, soit entre elles, soit avec le nouveau chemin de fer, soit avec le centre de Paris. »
- Notre projet, présenté àM. le Préfet de la Seine le 22 avril 1872, aux échelles réglementaires, satisfait entièrement à ce magnifique programme, sauf la ligne des quais remplacée par une ligne parallèle, très-rapprochée, passant rue de Rivoli, où la circulation est plus grande que sur les quais, déjà desservis par les bateaux jâ vapeur-et par une ligne d’omnibus peu productive.
- Le Conseil général, dans sa séance du 10 mai suivant, approuvait les tracés désignés ci-après :
- Article 1er.
- Le Préfet de la Seine est autorisé à concéder, avec le concours d’une Commission de cinq membres du Conseil général, nommée par le Conseil, l’exécution d’un premier réseau de chemins de fer métropolitains dans Paris, dans les conditions déterminées par la loi du 12'juillet 1865 sur les chemins de fer d’intérêt local.
- Art. 2.
- La concession comprendra :
- 1° Une ligne allant du bois de Boulogne aux chemins de fer de Vincennes et de Lyon par les boulevards intérieurs, passant par ou près la place de l’Étoile, et aboutissant aux boulevards entre la place de la Concorde et le nouvel Opéra;
- 2° Une deuxième ligne partant du boulevard de Sébastopol, en face des Halles centrales, suivant ce boulevard, Yavenue Magenta et l’avenue d’Ornano en partie, et venant aboutir au chemin de fer de Ceinture [rive droite);
- 3° Une troisième ligne ayant son point de départ au chemin de fer de Cein-ture [rive gauche), entre Montrouge et Ouest-Ceinture, suivant le boulevard Saint-Michel, le boulevard Saint-Germain, et aboutissant au chemin de fer d’Orléans;
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- 4° Enfin une première jonction entre le boulevard Saint-Michel et le boulevard de Sébastopol, si elle est reconnue possible, et une seconde jonction entre la ligne aboutissant au chemin de fer d'Orléans et la ligne aboutissant au chemin de fer de Lyon.
- Ces lignes devront passer à côté des gares de voyageurs des lignes de Y Ouest (rive droite), du Nord, de V Est, de Lyon et d'Orléans et de Sceaux, et se relier à ces lignes, s’il est possible, par rails, soit directement, soit par embranchement.
- La gare de la Bastille sera placée aussi près que possible des salles d’attente de la ligne de Yincennes.
- Le concessionnaire ne sera tenu d’exécuter immédiatement que la section comprise entre le chemin de fer de l'Ouest (rive droite) et le chemin de fer de Lyon.
- Il sera demandé au Conseil municipal de mettre gratuitement à la disposition delà Compagnie, pendant la durée de la concession : 1° le terrain appartenant à la ville de Paris et situé entre le boulevard Mor-land et le quai Henri IV ; 2° un emplacement de 10 hectares destiné à l’établissement, soit de la gare terminus, soit des remises, ateliers et dépendances dans la partie du bois de Boulogne comprise entre la porte Dauphine, la porte Maillot, l’allée de Longchamps et les fortifications.
- Art. 3.
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- Le capital pourra être formé : - en actions et - en obligations.
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- Le capital nécessaire à la première section devra être souscrit avant la concession. Il ne pourra être inférieur à 12 500 000 fr. en actions. Les obligations ne pourront être émises que lorsque la moitié de ce capital-actions, soit 6 250 000 fr., aura été employée en travaux de la première section et que la Compagnie concessionnaire aura justifié de cet emploi.
- Art. 4.
- Les projets devront être présentés à la préfecture de la Seine dans un délai de six mois, à partir delà date où la concession sera devenue définitive.
- Les travaux seront commencés dans le mois qui suivra l’approbation des projets par le Préfet de la Seine, et terminés dans un délai de deux ans, à dater de cette approbation.
- Art. 5.
- Le concessionnaire ne sera tenu d’exécuter les autres parties du réseau que lorsque la première section aura donné un revenu brut kilométrique de 400 000 fr. pendant une année d'exploitation.
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- Les autres parties du réseau pourront, du reste, être partagées en quatre sections à exécuter successivement, suivant l’ordre qui sera déterminé par l’Administration, le concessionnaire entendu.
- Les délais, pour la présentation des projets de chaque section, seront de six mois à partir de la date où l’exécution sera devenue obligatoire ; et chaque section devra être achevée et exploitée dans un délai de dix-huit mois à dater de l’approbation des projets.
- Art. 6.
- Dans le cas où la première section concédée n’aurait pas donné un revenu brut kilométrique de 300 000 francs pendant aucune des quatre premières années de l’exploitation, l’Administration pourra, si bon lui semble, relever le concessionnaire des obligations qu’il contracte pour l’exécution éventuelle des autres sections du réseau, et elle restera libre de lescôncéder à dJâutres personnes, ou de les exécuter elle-même.
- Le concessionnaire sera relevé de plein droit de ces obligations si ce minimum de 300 000 francs n’est pas atteint après la huitième année.
- Art. 7.
- Le cahier des charges de la concession sera rédigé par le Préfet de la Seine et la commission du Conseil général dont il est parlé à l’article 1er.
- Il limitera le maximum du tarif à 10 centimes par kilomètre pour la première classe et à 6 centimes pour la deuxième avec un minimum de perception de 30 et de 20 centimes. Le tarif des places sera réduit de moitié pendant la première heure du service.
- Art. 8.
- Sont nommés membres de la Commission chargée d’assister M. le ' Préfet de la Seine, dans la concession du Métropolitain, les membres du Conseil général dont les noms suivent :
- MM.
- Fait et délibéré par le Conseil général, dans la séance du 10 mai 1872. Paris, le
- Signé : Léon Say.
- Si on figure, sur un plan de Paris, les tracés approuvés par le Conseil général, on est surpris de la singularité de ce réseau Métropolitain, si éloigné du beau programme du 10 novembre 1871.
- D’abord, où est le nouveau chemin de fer de Ceinture intérieur? Ensuite, la gare dë Montparnasse est à plus d’un kilomètre de la ligne
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- de ferla moins éloignée. Les gares du Nord et de l’Est ne sont guère desservies, car les voyageurs, après être remontés au niveau du boulevard de Magenta, auront encore à parcourir, à pied, près de 200 mètres (distance trop faible pour motiver une voiture), exposés aux intempéries, pour arriver devant la façade de ces deux gares.
- Dans ces conditions, nous doutons fort que les grandes Compagnies de chemins de fer contribuent à l’exécution de ce réseau, comme cela eut lieu à Londres, où le Great Western Railway contribua pour plusieurs millions à la construction du Metropolitan Railway, lequel, à son tour, souscrivit pour 2 500 000 fr. à l’achèvement du petit chemin de fer de Saint-John’s Wood, un de ses futurs affluents, se raccordant à la station de Baker-Street.
- Enfin, si la ligne du bois de Boulogne à la gare de Lyon se rapproche de la gare Saint-Lazare et la dessert bien ou mal (il nous a été impossible de nous procurer ce tracé), elle délaisse complètement les boulevards intérieurs des Capucines et de la Madeleine, la rue Royale, la place de la Concorde et les Champs-Elysées, quoique la circulation soit énorme dans cette région.
- On se demande pourquoi faire une dépense aussi coûteuse que celle d’un chemin de fer dans l’avenue Uhrich (ou de l’Impératrice), qui, en moyenne, n’est guère fréquentée que huit heures par jour et où la Compagnie des omnibus n’a même pas encore fait circuler un seul de ses véhicules.
- D’après l’art. 7, il n’y aura que des voitures de première et de deuxième classe, quand il est constaté, à Londres, que les sept dixièmes des voyageurs du Metropolitan Railway appartiennent à la classe ouvrière (vjorking population, dit le compte rendu officiel de février 1870, page 8). La suppression ;de la troisième classe équivaudrait presque à l’exclusion des ouvriers et des petits employés qui, par économie, ont installé leurs familles dans les quartiers compris entre les anciens boulevards extérieurs et le mur d’enceinte, et descendent chaque matin dans Paris.
- Nous avons déjà signalé les grandes difficultés qu’on éprouverait si, pour passer en railway du boulevard de Sébastopol au boulevard Saint-Michel, on établissait un tunnel à un niveau très-bas (sur une longueur triple de celle de notre projet, près du Louvre), d’abord sous les deux bras de la Seine, et ensuite parallèlement et en contre-bas des trois égouts (dont deux collecteurs) qui existent sous le boulevard Saint-Michel, entre le pont de ce nom et le boulevard Saint-Germain.
- A Londres, la Compagnie du Central London Railway a pris l’engagement de construire une rue sur la partie du chemin de fer souterrain dont elle a la concession. Le Bureau des Travaux publics lui accorde, à cet effet, une subvention de 17 500 000 fr. (sans parler de la rente annuelle de 1250 000 fr. que les chemins de fer du South Eastern et du
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- Midland se sont engagés à lui payer pour avoir le droit de faire courir leurs trains sur ses rails). La ville de Paris ne suivra-t-elle pas cet exemple pour le prolongement de la rue de Rennes, projeté par elle depuis longtemps?
- Pour terminer, nous dirons que nous ne croyons pas que la gêne apportée à la circulation, par la construction des tunnels en meulière et ciment romain sous les voies publiques, soit beaucoup plus grande que ne l’a été celle résultant de la construction de certains égouts municipaux.
- Service éventuel de marchandises. — Nous avons traité uniquement la question voyageurs, sans dire un mot du transport des petits colis que le Métropolitain pourrait effectuer; mais notre projet est étudié de façon à réserver complètement l’avenir de la question marchandises. Comme il est très-bien dit dans le rapport au Conseil général de la Seine : « L’expérience prononcera à cet égard; elle montrera s’il est possible de tirer parti d’un service de nuit appliqué aux marchandises; elle dira le dernier mot sur la question de l’approvisionnement des Halles, sur celle de l’introduction des marchandises dans des entrepôts situés au centre de la ville, sur celle de l’extension du Métropolitain dans les arrondissements excentriques (ancienne banlieue), où se trouvent de nombreuses usines. Il suffit, quant à présent, que cet avenir se trouve réservé, autant que possible, par l’adoption de la section haute qui, seule, permet l’application du raccordement effectif. »
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- OBSERVATIONS
- FAITES
- AU PROJET DE CHEMIN DE FER DANSJPAR1
- DE M. LETELLIER.
- Par M. AiiPiioMSE DESPItÉS
- En prenant part à cette discussion, je ne prétends pas apporter une solution définitive, surtout lorsque je vois des savants éclairés et pratiques avoir des opinions tout à fait divergentes sur une question dont on ne saurait actuellement se désintéresser. Je crois que le chemin de fer Métropolitain de Paris est dans les besoins, dans les idées, et qu’il existera.
- J’ai participé aux travaux d’une Société d’études qui a présenté au Conseil général de la Seine un projet comprenant les lignes de Neuilly à la Bastille et à Montrouge et de la Chapelle aux Halles; puis d’autres lignes intérieures ou extérieures, formant un réseau de 110 kilomètres, et dont la dépense était évaluée à 200 millions environ1. Mais je dois dire que je n’ai nullement mission de parler au nom de cette Société. Je vais même exposer des projets qui ne sont point dans son programme; nous nous rencontrerons sur des points communs et obligés, voilà tout. -1
- Je crois que je dois commencer par parler du projet qui nous a été communiqué par M. Letellier. Ce travail mérite toute notre attention, et je dirai même tous nos égards, par sa grandeur et l’abondance de documents rassemblés par son auteur.
- M. Letellier prouve, pièces en main, que les installations des services du Métropolitain sont possibles et presque faciles. C’est un grand service rendu à cette cause, mais je crois que les détails ont tait oublier à l’auteur le point de départ, c’est-à-dire l’emplacement du tracé. Oui, on peut aller d’ici là; oui, on peut faire cette branche de un ou deux
- I. .Vai en l’honneur de déposer ce projet, à la Société des Ingénieurs civils. '
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- kilomètres; oui, on peut exécuter tels travaux pour faire passer telle ligne à tel point; mais cette branche produira-t-elle? mais ces stations du chemin de fer de Ceinture peuvent-elles recevoir un embranchement? mais ces travaux n’occasionneront-ils pas des dépenses en disproportion complète avec les produits?
- Je signalerai donc à M. Letellier certains points de son projet qui me semblent devoir causer quelques embarras dans l’exécution.
- M. Letellier dit que son chemin de fer est souterrain à la place de la Bastille et qu’il sort du sol sous le bâtiment de la ligne de Yincennes.
- Répondant à M. Dupuy, M. Letellier nous a dit que, pour obtenir ce résultat, il modifiait l’emplacement du canal.
- J’ai voulu étudier ce passage :
- La place de la Bastille est à l’ordonnée............. 37.37
- Le rail de Yincennes est à l'ordonnée................. 44. »
- Le niveau de l’eau du bassin de l’Arsenal à.......... 30.14
- La rampe admise pour le Métropolitain est de 2om par mètre.
- Ce sont les quatre éléments sur lesquels j’agis.
- La place de la Bastille étant, dis-je, à 37.37, le rail du Métropolitain devra se placer à 32.86.
- Le chemin à construire ne pourra rester sous celui de Vincennes qu’autant qu’on pourra conserver 5m.25, au minimum, entre le niveau des deux rails. Le tracé devra, à ce moment, sortir de dessous le chemin de fer de Yincennes. Or, c’est à 293 mètres delà façade du bâtiment actuel que cette sortie devra s’opérer. Mais à ce point, le Métropolitain, à moins d’abaisser la chaussée de 2 mètres, ne pourra traverser l’avenue Daumesnil; il faudra parcourir 99 mètres sur le trottoir et parallèlement au chemin de fer de Yincennes, avant de pouvoir traverser et laisser une hauteur libre de 4m.40 sous poutres, et tout en n’admettant que 0,87 du dessous des poutres au-dessus du rail.
- Si on considère maintenant la position du canal dévié et que l’on admette seulement une hauteur nécessaire de 4m.30 entre le niveau de l’eau, toujours plus bas que les chemins de halage et le dessous des poutres, il faudra que la traversée du canal s’opère à 122 mètres en arrière de la façade du bâtiment de Yincennes. Pour arriver à ce point, quel que soit le rayon des courbes autorisé pour le nouveau canal, actuellement en ligne droite, il faudra l’exécuter au travers de propriétés bâties, à l’amont et à l’aval, et je ne sais comment il débouchera au travers des entrepôts existants.
- Sur le plan qui nous a été exposé, j’ai remarqué que M. Letellier passait franchement au travers de l’embarcadère de la Compagnie d’Orléans.
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- Il ne pouvait en être autrement, à moins d’entrer dans la Salpêtrière.
- Mais j’ai peine à croire que la Compagnie d’Orléans souffre patiemment une construction qui défigurera certainement et complètement le monument qu’elle vient de construire. Il faudrait sans doute desr colonnes ou supports pour soutenir le tablier métallique du nouveau chemin : or, cela s’accorderait mal avec les dépenses faites par la Compagnie d’Or-léanspour l’édification d’une marquise superbe, d’uneportée de 80 mètres sans aucun support, probablement pour la plus grande commodité de ses installations.
- Les salles, les étages hauts de 16 mètres, la marquise haute de 27 mètres, tout cela serait coupé par une grosse horizontale située à 5 mètres de hauteur.
- J’avoue que je suppose qu’il y aurait là une sérieuse résistance.
- Il ne faut pas non plus oublier qu’il circule continuellement des voyageurs sur les trottoirs de cette gare, et dans un espace relativement resserré; il peut tomber quelque objet du haut du Métropolitain.
- Je passe à la traversée de la Seine près de l’Institut.
- J’ai toujours considéré la traversée par-dessous la Seine comme œuvre exécutable en tant que construction, mais comme œuvre ne pouvant fournir une exploitation rationnelle. En effet, si nous suivons M. Letellier dans sa description, nous allons voir à quel niveau le rail doit être placé.
- L’étiage est à environ. .................................... "26m.10
- Il faut retrancher :
- Pour la navigation, comme le dit M. Letellier. , , . 2^,50
- L’épaisseur du lit de béton. ...................... , 1m.5Q
- L’épaisseur de la voûte. .......................... 0m,70
- La hauteur sous clef. , .............. 5m.50
- 4 0m.20 10m.20
- L’ordonnée du rail serait................. 5“.90
- Mon opinion est que cette profondeur serait encore trop faible.
- Or, du bord de la Seine aux Halles, nous avons une distance de 550 mètres environ, compris tous développements, Avecunerampe de 0^.02 nous aurions, à ce point, le rail à l’ordonnée 26m.90, c’esbà-dire à 7m.9Q au-dessous du niveau des rues, ce qui donnerait une station fort profonde et bien difficile à exécuter (50 marches environ).
- Sur l’autre bord de la Seine, il faudrait monter avec une rampe de 2cra jusqu’à un point situé entre la rue du Four et la rue du yieux-Colom-bier pour avoir une station à la profondeur ordinaire.
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- Donc, une distance de 1500 mètres entre les deux stations, dont celle des Halles fort mal placée.
- Tout en admettant de nouveaux moyens récemment inventés, je crois que cette traversée dans un sol très-perméable coûterait des sommes considérables; je ne crois pas exagérer en disant qu’il faudrait dépenser au moins 25 000 fr. par mètre linéaire. Il faut aussi tenir compte d’une longueur d’environ 200 mètres de chaque côté du bord de la Seine sur laquelle les travaux seraient fort difficiles; et il ne faut pas oublier non plus les frais d’entretien d’un pareil profil,
- Je trouve une petite erreur dans la brochure de M. Letellier : sur le Métropolitain de Londres la marche est de 20 kilomètres à l’heure, temps d’arrêt compris, et non de 40. Il peut s’en convaincre par XIndicateur de la marche des trains. Les deux stations extrêmes sont séparées par une distance de 19 500 mètres, il faut une heure pour parcourir le Métropolitain et le District,
- Ceci dit, voici quels sont les principes qui dirigent mes idées dans la constitution du Métropolitain :
- 1° Tout chemin circulaire, qu’il soit de petite, de moyenne ou de grande ceinture, ne donnera qu’éventuellement de bons résultats, parce que les intérêts à desservir sont dans le sens du centre aux divers points de la circonférence;
- 2° Tout raccordement par rails dans les gares de Paris est impraticable, les chemins de fer doivent être raccordés avec le Métropolitain, à l’extérieur;
- 3° Le Métropolitain ne doit pas être construit dans le but évident de faire une concurrence mesquine aux omnibus; il doit viser à faire transporter le voyageur par la vapeur là où le cheval serait trop lent. En effet, on ne prendra pas lé chemin de fer pour aller de la Madeleine à la rue .Lepelletier, on prendra l’omnibus; maison délaissera ce dernier pour aller de la gare Saint-Lazare à la Bastille, surtout parce qu’il y aura une grosse économie de temps.
- Je crois que le tracé du Métropolitain doit être dirigé de manière à éviter, autant que possible, les obstacles naturels ou artificiels. Tous les obstacles du sous-sol de Paris peuvent être atténués au moyen d’un certain travail et de certaines dépenses; mais il faut voir si les dépenses sont en proportion avec le résultat à obtenir, et les difficultés d’un tracé mal placé peuvent devenir inextricables par leur nombre.
- Le chemin de fer Métropolitain de Paris doit, selon moi, se composer à l’origine de deux lignes :
- J 0 Une ligne de transit de Saint-Denis à Choisy-le-Roi ;
- 2° Une ligne du pont de Saint-Cloud à la précédente par le bois de
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- Boulogne, les boulevards du centre et Bercy, avec embranchement du bois de Boulogne à Asnières.
- La première ligne a pour but de raccorder les chemins de fer du Nord, de l’Est, de Vincennes, de Lyon et d’Orléans par une ligne extérieure, courte et affranchie des manœuvres de la ceinture. En effet, nous voyons un wagon expédié du Nord au Midi être obligé d’entrer en gare de Paris, de sortir par la ceinture pour rentrer dans une autre gare de Paris et ne sortir définitivement qu’après ces manœuvres longues, difficiles, encombrantes et coûteuses tant pour les marchandises que pour la ville dont l’octroi doit surveiller le passage des objets même qui n’ont rien à lui payer.
- La deuxième ligne, traversant Paris, met les points les plus centraux de la capitale en communication avec tous les chemins de fer que nous venons d’indiquer et avec Saint-Lazare par rapprochement ou par escaliers et plus tard par rails, lorsque l’embranchement d’Asnières sera terminé.
- Alors tous les chemins de fer de France seraient reliés entre eux et par Paris.
- Le voyageur pourrait abandonner le train qui l’amène, au point de bifurcation, et entrer en ville par le Métropolitain.
- Les Parisiens, qui sont si désireux de se promener à la campagne, pourraient, en s’embarquant sur un point quelconque du Métropolitain, aller dans quelque banlieue que ce soit de leur choix.
- Les deux grandes et véritables promenades, les bois de Boulogne et de Vincennes, seraient à quelques minutes du centre de Paris.
- Dans l’état actuel, les industries placées extra muros se sont généralement groupées vers le point de provenance de leurs matières premières et principalement dans la plaine d’Aubervilliers ; mais si leur position est bonne par rapport aux arrivages, elle l’est moins par rapport aux expéditions. Je suis persuadé que les industriels chercheraient à se rapprocher des parties extérieures du Métropolitain et à s’y raccorder, puisque là ils seraient en communication avec toutes les voies ferrées de France.
- Dans son rapport à l’Assemblée nationale, sur le chemin de fer de Calais à Marseille, M. Césanne dit :
- « ... Relier plus commodément les lignes extérieures avec le chemin « de fer de ceinture, envelopper Paris d’une ceinture extra muros: telles « sont les principales mesures, toutes locales et relativement peu dis-« pendieuses, qui augmenteraient considérablement la capacité de transit port du réseau du Nord, et l’on peut dire de tout le réseau français « pour lequel Paris est un lieu de passage obligé et trop sujet à encom-« brement.
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- « Le commerce parisien est surtout intéressé à ces mesures; car, dans « les moments difficiles, les gares de Paris sont en partie obstruées par « une circulation étrangère à Paris même... »
- La ligne de Saint-Denis à Choisy paraît, quoi qu’il n’en soit rien, être le résultat de ce programme.
- En écrivant ces mots, M. Césanne visait évidemment la grande ceinture actuellement en projet. Je ne nie nullement l’utilité de la grande ceinture, mais son développement entre les divers chemins sera trop grand pour songer à la relier au Métropolitain, et puis cette ligne desservira de tout autres intérêts que nous.
- Si je prends un exemple dans le réseau français, je dirai que ce n’a pas été une raison, parce que l’Orléans était relié à Lyon par la ligne de Tours à Nevers, pour qu’on ne le reliât pas encore par celle d’Orléans à Gien, toutes les deux dans la même direction.
- En outre, si l’industrie trouve commode de placer ses établissements à quelques kilomètres de Paris, je ne pense pas qu’il en serait de même s’il fallait aller les placer très-loin, dans un autre département.
- Le département de la Seine et Paris doivent s’efforcer de conserver les industries et ne doivent pas les envoyer dans Seine-et-Oise.
- Après ces quelques explications qui, je l’espère, vous ont démontré que la ligne de Saint-Denis à Choisy était toute d’intérêt local et se rattachait intimement au Métropolitain qu’elle alimenterait, je ne m’étendrai pas plus longtemps sur sa description, pour arriver à étudier le chemin intérieur de la ville.
- Il me suffira de vous dire que cette ligne raccorde le Nord à Saint-Denis, l’Est près Pantin, Yincennes entre Bel-Air et Vincennes, Lyon à Maisons et l’Orléans à Choisy.
- Sa longueur est de 22 kilomètres.
- La dépense est estimée à 25 900 000 fr., soit 1 167 000 fr. par kilomètre. Les acquisitions de terrains y sont comprises pour 6 millions.
- Le trafic probable, sans y comprendre les voyageurs de transit ni ceux en provenance ou en destination de Paris, est estimé à 202 500 fr. par kilomètre.
- Il n’y aurait pas de mal à ajouter cette branche nourricière au Métropolitain, que certains esprits considèrent, à tort, comme devant être improductif.
- Je passerai immédiatement à la ligne du pont de Saint-Cloud à celle que je viens de décrire.
- Je commencerai parce qui pourrait paraître la fin, par l'extrémité Est qui, selon moi, est le commencement.
- Tout d’abord, je vois deux moyens d’entrer en ville.
- Le premier, qui est le moins coûteux, serait le résultat d’une convention à intervenir avec la Compagnie de l’Est et consisterait à emprunter
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- la ligne de Vincennes, raccordée à la ligne de transit de Saint-rDenis à Choisy et à la parcourir jusqu’à la Bastille. Comme il n’est pas possible de songer à traverser cette place avec un viaduc, quelque élégant qu’il soit, il faudrait infléchir le tracé de manière que le viaduc formât l’un des côtés de la place. Le Métropolitain traverserait trois pâtés de maisons, et abordant le boulevard Richard-Lenoir, près de la rue Saint-Sabin, le traverserait et s’infléchirait à droite pour rester parallèle à ce boulevard.
- Depuis la rue du Chemin-Vert jusqu’à la rue Saint-Sébastien, aucune voie ne traversant le boulevard, on peut passer du viaduc au souterrain avec une pente de 0.0197 par mètre.
- Ce passage a été indiqué pa*r la Société d’études.
- Ensuite le tracé, suivant souterrainement le boulevard Voltaire, déboucherait à la place du Château-d’Eau qui paraît être le point central de tous les projets.
- Avec cette combinaison, pour arriver à ce point du Château-d’Eau, il suffirait d’exécuter :
- 1 056m de viaduc,
- 754m de souterrain,
- 466m de tranchée et amorce de viaduc.
- Total. . . 2! 276m et en plus une modification à la gare de Vincennes, du côté des Quinze-Vingts.
- Les 466 mètres de tranchée ou d’amorce de souterrain n’interrompraient pas complètement la circulation, puisque, sur 142 mètres, les piétons pourraient passer sous le viaduc.
- Si l’on ne pouvait s’entendre avec la Compagnie de l’Est, la ligne intérieure devrait se détacher de la ligne de transit de Saint-Denis à Choisy, près de Conflans, passer par-dessus le pont Napoléon, suivre les quais en viaduc jusqu’au pont d’Austerlitz, et établir une station sur la place Mazas pour les deux gares d’Orléans et de Lyon qui n’en sont éloignées que de 270 mètres chacune. Le passage du pont d’Austerlitz s’effectuerait par-dessous et à l’extrémité de la culée. De ce point on gagnerait l’écluse du canal, puis on suivrait parallèlement le bassin de l’Arsenal qui n’offre de ce côté ni magasins, ni entrepôt.
- Cette situation serait d’ailleurs excellente, et je dirai même exceptionnelle, pour établir des docks dans les anciens terrains du Grenier d’abondance, ces docks ayant les avantages des transports par eau et par voie de fer.
- M. Dupuy, expliquant ce passage avec une parfaite clarté, a laissé percer la crainte que les grandes eaux ne nuisissent à son établissement. Ce point a encore été étudié par la Société d’études. Je veux dissiper les craintes de M. Dupuy. L’extrémité du pont d’Austerlitz est, à l’ordonnée,
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- 37m.18; la station précéderait le pont, et le rail serait placé à 31m.9 !. La distance entre le pont d’Austerlitz et le point à franchir est de 180 mètres; avec une rampe de 0m.02, le rail, à l’écluse, serait à l’ordonnée 35m.51, laissant sous poutres une hauteur libre de plus de 4 mètres. Le niveau des crues extraordinaires, non de celles de cette année, celui des crues dont on ne peut préciser la date, est 35m.40. Le passage serait donc à l’abri.
- Le pont qui fait actuellement communiquer le boulevard Bourdon avec la place Mazas serait reporté entre celui du chemin de fer et la Seine, et un accès latéral serait créé jusqu’au pont d’Austerlitz. Il y aurait un remaniement un peu général des abords du pont, et ce ne serait pas inutile.
- Après avoir passé l’écluse, le chemin s’inclinerait en pente de 15 millimètres, pour s’engager en souterrain sous la place de la Bastille et sous les boulevards, jusqu’à la place du Château-d’Eau.
- De la gare du Château-d’Eau , vous connaissez le tracé qui suit les boulevards jusqu’au nouvel Opéra, la rue Auber, dessert la gare de Saint-Lazare par une station placée au carrefour de la rue du Havre et du boulevard Haussmann, suit ce boulevard, l’avenue Friedland, la place de l’Arc-de-Triomphe et l’avenue Uhrich ou Impératrice, pour aboutir au jardin d’acclimatation.
- Je crois que, du passage des fortifications, le chemin de fer métropolitain devrait s’infléchir à gauche, et suivant parallèlement, à 50 mètres de distance, les allées de Longchamps et de la Reine-Marguerite, aller sortir du bois près de la porte de Boulogne et gagner le pont de Saint-Cloud, desservant ainsi tous les points voisins des promenades favorites. Sur toute la traversée du bois de Boulogne, le rail serait en tranchée.
- Je suppose une bifurcation, après avoir passé les fortifications, se dirigeant sur le pont d’Asnières, desservant Neuilly et Levallois-Perret, et reliant par rails l’Ouest à tous les autres chemins (Montparnasse étant relié à Versailles).
- La liaison de tous les chemins entre eux et avec le Métropolitain serait alors complète.
- Nous allons passer en revue les principales difficultés que nous rencontrons sur ce parcours.
- Il y a toute une série de petites difficultés, de petits égouts, conduites d’eau, de gaz, etc. ; mais je ne veux pas les exposer : ce serait trop long; et, si elles sont l’objet, de dépenses, elles ne valent pas la peine de s'y arrêter.
- Il ne faut pas oublier les obligations suivantes :
- 1° Les égouts doivent être traversés par-dessus ou par-dessous, ou modifiés d’une façon qui soit conforme aux usages de l’administration;
- 2° Aucune voie carrossable ne doit être traversée à niveau ;
- 3° Aucune voie de fer ne doit être traversée à niveau;
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- 4° On n’admet pas de traversée de voie sur les chemins existants dans les sections avoisinant Paris.
- Je crois que le Métropolitain, rencontrant sur son parcours les égouts collecteurs, doit être accompagné généralement de deux égouts latéraux, de dimensions suffisantes pour récolter tous les égouts secondaires rencontrés à niveau et pour les conduire dans les collecteurs traversés.
- Si nous examinons la couche aquifère que M. Dupuy nous a indiquée, à si juste titre, comme l’une des difficultés les plus considérables de l’établissement du Métropolitain souterrain, nous dirons que la Société d’études a pensé qu’avant l’exécution du souterrain proprement dit, il faudrait établir à un niveau inférieur au rail un égout d’un petit type. La pente de cet égout serait dirigée uniformément vers un seul point, où une machine fixe enlèverait les eaux pour les jeter dans un collecteur. Ce travail préliminaire, fonctionnant comme drainage, améliorerait sensiblement les conditions d’exécution du souterrain.
- Je crois que, pour l’exécution du souterrain dans les terrains imprégnés, il faudrait descendre les tranchées des deux piédroits isolément, et par petites parties d’une trentaine de mètres environ, exécuter ce piédroit en bon béton, d’une forte épaisseur, tenu verticalement du côté intérieur et à pleine feuille de l’autre côté, puis exécuter la voûte sur pâté, recouvrir et vider le souterrain par plusieurs attaques, mais sans que la circulation en souffre en aucune façon.
- Ala traversée du boulevard Sébastopol, on rencontre un grand égout; on peut passer dessous. On peut toujours dire : on pourra passer par-dessous tel égout; mais c’est une grosse difficulté, qui aurait pour premier résultat de ne pas permettre d'établir de station, dans de bonnes conditions, entre celles du Château-d’Eaü et du Gymnase. De plus, la profondeur à laquelle on s’enfoncerait dans la couche aquifère causerait des dépenses qu’aucun calcul certain ne peut déterminer. Il faudrait aussi, pendant l’exploitation, établir là une machine pour l’enlèvement des eaux. Si l’administration l’autorisait, il y aurait une solution plus simple et plus pratique. En-effet, depuis la rencontre de l’égout collecteur des coteaux jusqu’au boulevard,l’égoutSébastopol ne reçoitaucun autre égout. Il faudrait porter sa jonction avec le collecteur des coteaux à la rue de Lancry, le faire suivre cette rue, traverser sous le Métropolitain près du théâtre de l’Ambigu, suivre le chemin de fer latéralement, pour rejoindre l’égout actuel au boulevard Sébastopol. La position du rail à la traversée du boulevard laisserait encore une hauteur libre de lm.50 du radier de l’égout existant au-dessous du rail. La cunette de l’égout, qui n’a que 1m.30 de largeur, fonctionnerait à l’amont comme petit égout.
- Eres de Saint-Augustin, le tracé rencontre le grand collecteur; il serait nécessaire de le dévier par la rue Abatucci et la rue Miromesnil, pour le ramener à son emplacement actuel, sur le boulevard de Courcelles.
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- Le Métropolitain passerait;alors par-dessus le collecteur à la rue Miro-mesnil.
- M. Letellier demande pourquoi le tracé ne se dirigerait pas plutôt par les boulevards des Capucines, de la Madeleine, la rue Royale et les Champs-Elysées. Ce tracé est, en effet, bien tentant; il vaudrait mieux aborder les Champs-Elysées par le bas et les parcourir. L’ampleur de cette voie faciliterait singulièrement la construction. Mais ce passage, qui avait été indiqué comme une variante, ne pourrait s’exécuter qu’avec l’autorisation de dévier le grand collecteur sur une longueur importante; car il ne faut pas songer à l’avoir pour voisin supérieur sur toute la longueur de la rue Royale.
- Après le passage de cet égout, on sort des terrains imprégnés par la nappe d’eau, et le collecteur de la rive gauche est traversé sur la place de l’Étoile à un niveau bien supérieur à celui qu’il occupe.
- M. Letellier se demande pourquoi on a choisi, pour gagner le bois de Boulogne, l’avenue de l’Impératrice plutôt que celle de la Grande-Armée.
- Quelque peu incommodes que nous supposions les souterrains, on doit chercher à en diminuer la longueur. Or, sur l’avenue de la Grande-Armée, on ne trouve pas un seul point où l’on puisse passer du souterrain au viaduc sans interrompre la traversée d’une rue, étant donnée la rampe maxima de 0m.02, et l’obligation que le rail ne doit traverser aucune voie à niveau. Il faudrait donc alors passer par-dessous le chemin de fer de Ceinture. Le rail, à la porte Maillot, serait à l’ordonnée 30 mètres; le sol étant, à l’Arc-de-Triomphe, à la cote 57, il faudrait s’y tenir à une grande profondeur et n’y point établir de station. Ou bien, si l’on voulait y créer une station d’une profondeur de 7 mètres, il y aurait 20 mètres de différence de niveau à racheter sur une longueur de 800 mètres, ce qui donnerait une déclivité de 0m.025 par mètre.
- Sur l’avenue de l’Impératrice, on peut rester en tranchée et passer sous le chemin de fer de Ceinture, avec des déclivités de 0.01, ou bien mieux, passer du souterrain au viaduc entre l’avenue Malakof et les fortifications.
- La circulation de huit heures de l’avenue de l’Impératrice vaut bien la peine qu’on la desserve.
- Une circonstance, qui a surgi, m’a fait étudier une variante à ce projet.
- Lors des délibérations du Conseil général sur le Métropolitain, on a tout à coup parlé de protestations du commerce de luxe des boulevards des Italiens, des Capucines, etc. ; la construction du Métropolitain devait pendant plusieurs mois chasser tous les acquéreurs et imposer un blocus. au commerce des boulevards. L’exploitation, par ses trépidations, devait chasser tous les habitants réveillés ou surpris par des bruits souterrains.
- Il ne peut venir à l’esprit d’un ingénieur d’entamer le boulevard sur
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- une grande longueur. Le travail, pour sa réussite même, doit être fait par petites parties et avec prudence ; la première crainte n’a donc rien de sérieux.
- Quant à la seconde, elle est encore plus chimérique que la première ; et, pour exemple, je vous dirai que je demeure au-dessus des souterrains des Batignolles, complètement au-dessus, et je vous garantis que je ne ressens aucun mouvement gênant; on y dort parfaitement et les plafonds sont intacts. Certains trains font choquer les verres, mais avec une force bien moins considérable que le passage d’une voiture de boucher lancée au galop ou le passage d’un fardier.
- Cependant on peut craindre une résistance d’autant plus vive qu’elle serait sans motif.
- Dans ce cas, il faudrait infléchir le tracé à droite,à partir du Gymnase, demander à la ville la création d’une rue de 620 mètres de longueur, depuis l’angle du faubourg Poissonnière jusqu’à la rencontre de la rue de Châteaudun avec la rue de Lafayette, et y placer le chemin de fer qui y serait complètement éclairé et aéré. Si vous examinez le plan du Paris, vous verrez que cette rue déchargerait considérablement la circulation trop entravée du faubourg Montmartre entre la rue Lafayette et le boulevard.
- Le tracé.suivrait ensuite la rue de Châteaudun, la rue Saint-Lazare, jusqu’au coin de la rue d’Amsterdam, et de là, au moyen d’une expropriation, et par une courbe de 200 mètres de rayon, irait se placer latéralement aux voies de Saint-Lazare et établirait une station près de la rue de Stockholm. Ensuite le Métropolitain suivrait la rue de Rome, passerait sous Chaptal à une profondeur de 4 4m.65 au-dessous du sol et sortirait en tranchée entre la rue Miromesnil et le boulevard Malesherbes, après avoir passé par-dessus le collecteur. Puis on suivrait en tranchée de 3m.o0 à 5 mètres de profondeur les anciens boulevards extérieurs jusqu’à la place de l’Étoile où l’on rencontrerait l’ancien tracé.
- Dans la rue de Châteaudun, on rencontre le collecteur des coteaux ; on devrait lui faire suivre le chemin de fer latéralement jusqu’à la rue de Constantinople à l’extrémité de laquelle il serait rejeté dans le grand collecteur de la rive droite.
- Le chemin serait parfaitement aéré près de la rue de Stockholm, près de Chaptal du côté du chemin de fer de l’Ouest et sur les boulevards extérieurs.
- J’avoue cependant mes préférences pour le premier tracé.
- Aux deux premières lignes que je viens de décrire s’arrêtent les projets que j’appellerai de première période. Devant les dépenses considérables de leur construction, il faut savoir s’arrêter, attendre les résultats et ne pas se lancer dans la construction de lignes, même probablement fructueuses,sans avoir expérimenté celles qui paraissent évidemment bonnes,
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- Je crois qu’on pourrait prévoir dans l’avenir une ligne du Château-d’Eau à l’Arc-de-Triomphe par le boulevard Magenta et les anciens boulevards extérieurs.
- Une autre ligne se présente encore à l’esprit : c’est celle de la Bastille à l’Arc-de-Triomphe par les boulevards Saint-Germain et Saint-Michel, le Luxembourg et les anciens boulevards extérieurs.
- Permettez-moi de vous signaler, à ce sujet, un point important, je puis dire, trouvé par la Société d’études. Comme j’ai eu l’honneur de vous l’exposer, je crois la traversée par-dessous la Seine mauvaise comme exploitation. Or, près du quai Henri IV, se trouve le seul point de Paris où l’on puisse, sortant du souterrain, passer la Seine à un niveau supérieur aux plus hautes eaux connues,et en suivant le quai Saint-Bernard, rentrer en souterrain, sous le boulevard Saint-Germain, sans avoir intercepté aucune voie.
- Si ces deux lignes étaient exécutées, dans un temps plus ou moins éloigné, on aurait le chemin circulaire et une transversale.
- Je n’ai rien dit de la ligne des Halles ; je ne puis pas la passer complètement sous silence, car presque tous les projets ont visé à en desservir les approvisionnements. C’est avec crainte que j’aborde ce sujet, car ce que j’ai à en dire va probablement paraître une hérésie.
- Je comprends l'établissement d’une petite branche à une voie, envoyant aux Plalles des wagons de service pour l’enlèvement des .détritus et divers usages étrangers à la grande vitesse ; je comprends que quelques grands services viennent se grouper autour du Métropolitain, que la grande Poste vienne, par exemple, s’établir au Château-d’Eau et que ses bureaux ambulants aillent jusque dans les cours de l’Hôtel; mais après avoir sérieusement étudié les dispositions du sous-sol des Halles, je ne puis y comprendre l’installation d’un service de voyageurs, de tous ses accessoires et des outillages qu’il nécessite.
- Les Halles où elles sont, et comme elles sont, constituent un marché et ne peuvent être gare de chemin de fer.
- Si le document que je possède n’est pas erroné, tout le sous-sol devrait être abaissé d’environ 0m.50 pour avoir la hauteur du gabarit des. grandes Compagnies sous les voûtes d’arête.
- Et d’ailleurs, examinons les arrivages : les approvisionnements des Halles sont amenés principalement par les deux chemins de fer d’Orléans et de Lyon ; ils arrivent par plusieurs trains de voyageurs à des heures espacées de 3 à 5 heures du matin. Les wagons mis à quai, on fait le triage dans chaque wagon et souvent un marché préliminaire s’établit; puis les paniers sont enlevés en quelques minutes et conduits aux Halles par les camions. Et il faut remarquer que tout ne va pas dans le sous-sol des Halles, une partie est camionnée à domicile dans les rues adjacentes. Avec l’arrivage direct, ce triage dans le wagon se
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- ferait donc dans le sous-sol des Halles déjà occupé par divers services? L’encombrement des abords des Halles ne serait-il pas augmenté de ce transport du sous-sol à domicile ?
- Si nous prenons pour exemple les arrivages de l’Orléans, nous voyons que les denrées arrivent par six trains différents directs ou exprès, et sont transportées aux Halles en six périodes partielles. ,
- Il faudrait, avec le chemin direct, faire arrêter tous ces trains de voyageurs à la bifurcation ou à la ceinture, et trier les wagons en destination des Halles. Attendrait-on l’arrivée du dernier train pour former un convoi de tous les wagons d’une même Compagnie, ou bien ferait-on un convoi de quatre ou cinq wagons à chaque arrivage? La première supposition causerait retard et encombrement ; la seconde n’est pas pratique.
- Je vais encore oser une appréciation. Je ne sais pas si, pour une ville de 9 millions d’habitants, des Halles centrales, où tout doit venir, sont bien l’idéal d’un bon approvisionnement, et si le marché de quartier, recevant directement, neferait pas bien mieux l’affaire du consommateur.
- Je crois que je dois ne plus traiter les questions de tracé; je vais exposer quelques idées sur la marche de la construction.
- Selon moi, la construction doit se partager en deux grandes phases ou sections.
- L’une comprenant la ligne de transit de Saint-Denis à Choisy-le-Roi, et son prolongement jusqu’au Château-d’Eau.
- L’autre comprenant la ligne du Château-d’Eau au pont de Saint-Cloud avec embranchement sur Asnières.
- A quelle section doit-on donner la préférence pour l’exécution immédiate?
- Quoique la banlieue de l’Ouest soit plus suivie que celle de l’Est, je n’hésite pas à donner la préférence au côté Est, parce que cette section relie du premier coup quatre grandes Compagnies, et Yincennes entre elles, et à un point plus central de Paris. En outre, la partie entre la Bastille et le Château7d’Eau, très-courte et ne présentant pas les difficultés des parties construites dans la nappe aquifère, serait une étude pour tous, pour les ingénieurs, pour les voyageurs et pour les habitants ôu voisins.
- Quant à l’exécution d’un tronçon de section comme celui de Saint-Lazare à la Bastille ou au chemin de fer de Lyon, j’ose le déclarer inexploitable. On n’installe pas une exploitation de chemin de fer dans un tube. On peut fournir un très-bon service dans un défilé, mais à la condition d’avoir ses aises au moins à l’une des extrémités, pour y faire toutes ses manœuvres, réparations, approvisionnements, etc. ; comme je
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- l’ai dit en commençant, le Métropolitain ne peut se raccorder par rails dans les gares de Paris. En effet, sur quelle voie se raccorderait-on ? Sur celle de Ceinture, de Saint-Germain ou de Rouen ? Sur celle de St-Denis, de Soissons ou de Creil? Les terrains du quai Henri IV sont un secours ; mais ce n’est pas suffisant ; on ne peut d’ailleurs avoir la même chose du côté de Saint-Lazare.
- Si nous, examinons les dépenses de construction, je vous soumettrai les résultats de mes estimations.
- Le réseau, construit comme je l’ai indiqué,' aurait en longueur :
- Ligne de transit de Saint-Denis à Choisy......... 22 kil.
- Ligne du pont de Saint-Cloud à la précédente.....
- Embranchement d’Asnières......................... 5
- Total........... . 47 kil.
- Nous avons dit que les dépenses de la ligne de transit
- de Saint-Denis à Choisy étaient estimées à............ 25 900 000 fr.
- Nous.avons, pour la ligne du pont de Saint-Cloud à la précédente (Conflans) :
- En viaduc.............
- En souterrain. . : . . En passage de souterrain en viaduc . . . Dans le bois de Boulogne ................
- En construction ordinaire dans les terrains particuliers. .
- 4100m à 3 000* = 12 300 000 fr.
- 7700 à 4 600 = 35420 000
- 2 000 à 2 000 = 4 000 000
- 3000 à 1 000 = 3000000
- 3200 à 1500 = 4 800 000
- Embranchement d’Asnières :
- En viaduc ......
- En point de passage . Dans les terrains particuliers ............
- 4 000“ à 3 000*= 3 000 000 500 à 1 000 = 500 000
- 3500 à 1 500 = 5250 000 fr.
- 59 520 000
- 8 750 000
- Ensemble........ 94170 000
- Somme complémentaire........ 830 000
- Total.......... 95 00.0.000 fr.
- Soit, en moyenne, par kilomètre :
- 95 000 000 47* •
- =2 021 276 fr. par kilomètre.
- Si on se servait de la ligne de Vincennes, la longueur à construire se-
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- rait seulement de 41 kilomètres, et la dépense serait évaluée à 82 millions, tous raccordements compris, présentant une économie, sur l’ensemble des dépenses, de 13 millions et une légère augmentation sur le coût kilométrique.
- Malgré le soin apporté à ces estimations, on n’est cependant pas sans quelques inquiétudes lorsqu’on voit que le chemin de fer de ceinture est indiqué comme ayant coûté 11 500000 fr. par kilomètre.
- Pour l’examen des recettes probables du réseau, je ne puis que vous présenter des évaluations personnelles, cette question étant trop controversée, comme celle du coût de premier établissement. La tarification a une importance capitale pour le résultat de ces calculs : or, un demandeur en concession peut seul être juge des tarifs qu’il doit proposer, et je ne suis pas demandeur en concession.
- Pour une dépense de 95 millions ou de 2050 0-00 fr. par kilomètre, il faudrait un revenu de :
- Intérêts à 6 fr. 60 p. 100, amortissement compris, des ca-
- pitaux engagés, par kilomètre...................... 468300 fr.
- Frais d’exploitation à 40 p. 4 00 du produit brut....... 44 2 300
- Total de la recette brute nécessaire. .... 280 600
- et pour 47 kil., 43 488000 fr.
- Or, nous avons vu que la ligne de transit de Saint-Denis . à Ghoisy devait rapporter, en marchandises et en trafic
- purement local................................... 4444000
- Augmentation du trafic de cette ligne par le service de banlieue et l’échange en voyageurs entre les grandes
- lignes, 30 000 fr. par kilomètre . ................ 660 000
- La ligne de Vincennes rapportant plus de 110000 fr. par kilomètre, nous estimons que la section de la Bastille à Conflans rapporterait 400000 fr. par kilomètre, ci. . . . 370000
- L’estimation nous donne, pour T embranchement d’Asnières, 60 000 fr. par kilomètre, ci................. 300 000
- Nous trouvons aussi par kilomètre intérieur et du bois de Boulogne, pour le service des marchandises, 30 000 fr., soit, pour 20 kilomètres............ 600000
- Ensemble» » . , t . . 6374 000 fr.
- Il reste donc à demander au service des voyageurs de la ligne du pont de Saint-Cloud à la Bastille, par le bois de Boulogne et les boulevards, un produit brut de 6844000 fr. ou 340700 fr. par kilomètre. Je crois
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- que l’espérance de faire cette recette n’a rien d’invraisemblable, surtout si l’on considère qu’en ne relevant même que la population des quartiers touchés par le tracé, cette ligne dessert une population intérieure de 482000 habitants et les villes de Boulogne et de Saint-Cloud.
- Les statistiques établissent que chaque habitant de Paris est transporté cent fois par an, soit en omnibus, soit en petite voiture. Nous sommes sur la ligne d’omnibus, qui, à elle seule, transporte quatre fois plus de voyageurs que les meilleures lignes du reste du réseau. Est-ce à dire que les habitants des alentours des boulevards sont plus remuants que le reste de la population? non; c’est que tout Paris a besoin de circuler là. Nous ne prendrons cependant que 40 voyages par habitant ; nous laisserons de côté la population des villes de Boulogne et St-Cloud ; ensuite, quoique le parcours moyen d’un voyageur d’omnibus ne soit que de 4 kilomètres, nous acceptons que le voyageur parcourra \ 0 kilomètres de chemin de fer à un prix moyen et unique de 20 centimes, et nous obtiendrons :
- 482 000h X 40t X 0f,2Q X2,r
- = 395600 fr.
- rieur à celui que nous cherchons.
- par kilomètre, chiffre supé-
- Ces calculs, faits d’appréciation, n’ont aucune base qui ne soit discutable ; mais nous les croyons au-dessous de la vérité. Donnez au Parisien le moyen facile et prompt de se rendre journellement aux deux promenades de Yincennes et du bois de Boulogne, et vous verrez comme il en usera. C’est tellement certain que des personnes, de la compétence desquelles il n’y a pas lieu de douter, disent que le service du bois de Boulogne serait trop chargé. Je trouve cette crainte exagérée; mais je crois que, lorsqu’on pourra se rendre de l’Opéra aux lacs du bois de Boulogne en 45 minutes, avec une marche de 20 kilomètres à l’heure, personne ne voudra se passer d’aller respirer un peu et se reposer dans une vraie promenade.
- Dans une ville comme Paris, il est impossible de chiffrer les résultats de l’exploitation du Métropolitain ; nous en avons la preuve par la ligne des quais, qui n’était point productive pour les omnibus, et qui est devenue très-fructueuse pour les petits bateaux.
- Nous avons, pour appuyer nos espérances, le Métropolitain de Londres, qui donne un produit brut de,550 à,600 000 fr. par kilomètre.
- ’ Je ne crois pas devoir vous entretenir de la question d’éclairage et de ventilation, qui a été insuffisamment élucidée. J’ai voyagé pendant huit jours consécutifs sur le Métropolitain, soit dans les wagons où j’ai rencontré les toilettes les plus fraîches de dames, soit sur la machine, et je wous garantis que, dans les endroits les plus obscurs, je n’ai éprouvé
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- aucune incommodité. Le voyageur ne se doute pas, dans son wagon, de cette obscurité.
- Ces épouvantails seraient d'ailleurs bien vite éloignés de l’imagination du public, lorsqu’il aura été transporté commodément et vite.
- Sans vouloir aborder la question de tarification, je crois qu’il faut des prix uniques dans Paris et des voitures de trois classes. Les troisièmes classes se rapprochent de l’impériale des omnibus, les deuxièmes valent l’intérieur et les premières seraient des places de luxe. Les wagons ne devraient pas être divisés en compartiments. Je crois que chaque classe, moyennant un supplément, devrait avoir droit à une correspondance d’omnibus, et je pense que la Compagnie des omnibus, s’entendant avec la Compagnie du Métropolitain à ce sujet, pourrait raccourcir ses lignes en mettant leur point de départ et de correspondance au Métropolitain, et alors les prolonger plus avant dans les anciennes banlieues.
- Le prix étant unique pour l’intérieur et kilométrique pour les lignes extérieures, le voyageur pourrait trouver à s’approvisionner de billets de parcours intérieurs dans tous les quartiers; il y aurait deux sortes de billets : le billet sans correspondance et le billet à correspondance. Ce dernier, divisé comme un billet d’aller et retour, serait composté à rentrée dans le train et serait valable pour une correspondance dans tout le cours de la journée.
- En terminant, je dirai que, malgré l’équilibre que j’ai cherché à démontrer entre les dépenses et les recettes, je ne crois pas qu’il soit possible à la ville de Paris et au département de la Seine de se désintéresser d’une question si importante pour leur prospérité, ou de ne donner qu’une approbation banale en laissant faire. Lorsqu’une ville a dépensé, par kilomètre de nouvelle voie ouverte, dix fois le prix d’un kilomètre métropolitain, il n’est pas possible qu’elle devienne tout d’un coup si pauvre qu’elle ne puisse plus rien. Notre pays a des charges écrasantes, c’est vrai, mais l’inertie n’a jamais rien vivifié. Lorsqu'on est ruiné, il faut se remettre au travail, et on ne travaille pas sans user d’outils. J’entendais un jour dire par un conseiller général de la Somme au maire d’une ville bien éprouvée par la guerre : « Lorsque nos champs sont gre-
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- « lés, nous ne mettons pas la charrue en remise, nous la sortons, au « contraire, nous labourons et nous dépensons pour semer, dans l’espé-« rance de récolter. » Pour moi, j’espère que le Conseil général de la Seine reconnaîtra qu’il doit s'intéresser, plus directement qu’il ne l’a fait jusqu’à présent, à l’existence du Métropolitain.
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- ANALYSE
- DE L’OUVRAGE INTITULÉ
- LES
- EAUX DE MIES, DE PARIS ET DE LONDRES
- _____
- Par MM. et €e©es©ïe@ ©HJM0MT.
- Sans vouloir donner ici l’historique des diverses et nombreux projets proposés pour l'adduction et la distribution, à Nîmes, des eaux filtrées du Rhône, je ferai remarquer que la question des eaux de Nîmes était depuis plus d’un siècle l’objet des préoccupations de l’administration municipale.
- Cette ville, qui compte une population de 60000 âmes et qui possède une industrie tinctoriale très-développée, n’était alimentée, avant l’adduction des eaux du Rhône, que par la fontaine Nemausa, qui, en été, débite un volume d’eau insuffisant pour les besoins de la population.
- Ce volume est descendu plusieurs fois à 21400 mètres cubes par jour.
- Aussi, l’amenée des eaux du Rhône à Nîmes a-t-elle été pour cette ville un grand événement.
- Le principe de la solution adoptée, et qui donne aujourd’hui d’excellents résultat, consiste;
- 1° Dans la filtration naturelle des eaux du Rhône dans les graviers qui bordent ses rives;
- 2" Dans l’élévation de ces eaux sur le plateau de Nîmes, à l’aide de puissantes machines à vapeur établies sur le bord du fleuve, à la Roche-de-Comps, près de Beaucaire.
- De là, les eaux s’écoulent jusqu’à Nîmes, dans un réservoir situé à la cote 60, au-dessus du niveau de la mer.
- Cette cote était celle de l’ancien aqueduc romain; elle domine les 19/30 de la ville.
- Cette solution simple et pratique, qui se base sur l’expérience et sur
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- les progrès récents de cette importante industrie des distributions d’eau, a un grand caractère de généralité.
- Les travaux exécutés dans ce même ordre d’idées par M. Aristide Dumont, pour la distribution des eaux du Rhône à Lyon, et ceux qui ont été terminés récemment pour la distribution de ces mêmes eaux à Nîmes, permettent d’établir :
- 1° Que le coût de l’élévation des eaux, à l’aide de puissants appareils à vapeur, à une hauteur moyenne de 60 mètres, varie, en France, de 1 à 2 centimes par mètre cube, suivant les prix locaux de la houille;
- 2° Que, en règle générale, la dépense d’entretien des machines éléva-toires, dans les distribution d’eau, est de peu de conséquence. Si on remarque que les machines puissantes sont capables de réaliser des services d’eau à bon marché, essentiellement élastiques et toujours appropriés aux besoins croissants des populations, on doit en conclure que, presque toujours, l’emploi intelligent de ces machines constitue la solution la plus économique et la plus simple.
- Ce que nous venons de dire ici est surtout frappant pour la ville de Nîmes, placée dans une situation toute particulière.
- Cette ville est bâtie sur un plateau bordé de tous côtés par les dépressions de la vallée du Rhône et de celle du Gardon, à une cote moyenne de 45 mètres, au-dessus du niveau de la mer.
- Il en résulte que l’on ne pouvait songer à une dérivation naturelle des eaux du Rhône ou du Gardon à cause des travaux immenses qu’une pareille opération eût nécessité, travaux qui se seraient trouvés hors de proportion avec les résultats à obtenir.
- Les Romains avaient tourné cette difficulté en recueillant des eaux de source aux environs d’Uzès, en leur faisant franchir à l’aide du pont du Gard la vallée du Gardon, et en les amenant à Nîmes au moyen d’un aqueduc, en partie souterrain, qui suivait toutes les sinuosités du terrain.
- (L’ouvrage contient des notes détaillées sur la construction de cet aqueduc, sur l’état de conservation de plusieurs de ses parties, et sur les sédiments calcaires qui s’y sont déposés et ont fini par l’obstruer presque complètement à certains endroits.)
- Il était impossible de songer à restaurer complètement cet aqueduc, bien que dans certaines de ses parties il fut assez bien conservé; l’opération n’aurait été ni avantageuse ni même possible, car les sources des environs d’Uzès sont insuffisantes et utilisées depuis longtemps par les nombreuses industries de cette ville; mais le tracé de l’aquedu.c se rapprochant beaucoup du Rhône, aux environs du village de Bezouce, on fsongea à utiliser la partie comprise entre ce dernier point et Nîmes, sur 13 000 mètres environ, en l’alimentant par des machines à vapeur qui y auraient versé les eaux du Rhône filtrées naturellement.
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- Dans tout le parcours indiqué, 1-aqueduc romain est précisément bien conservé et souterrain.
- Malheureusement ce projet, qui était une sorte de conciliation entre la solution romaine et les progrès de la science moderne, ne put pas être adopté par suite du prix exagéré que l’on demandait pour le rachat de cet aqueduc.
- Le projet définitivement adopté et exécuté consiste donc dans l’établissement d’une conduite fermée et continue de 0m,80 de diamètre, depuis l’usine de la Roche de Comps jusqu’à Nîmes. Il comprend les travaux suivants :
- 1° Une galerie de filtration et une usine;
- 2° La pose de deux machines de 190 chevaux chacune;
- 3° Une conduité continue, soit de refoulement, soit d’amenée, de 0m,80 de diamètre intérieur, de la Roche-de-Comps à Nîmes, munie de ses robinets d’arrêt nécessaires;
- 4° Un réservoir de départ établi à la métairie Pages, d’une capacité de 3 000 mètres cubes;
- 5° Un réservoir de distribution établi à Nîmes, à la porte d’Alais, d’une capacité de 6 000 mètres cubes;
- 6° La fourniture et la pose d’une conduite de 0m,60 de diamètre intérieur pour rattacher à ce réservoir le système déjà existant de distribution intérieure.
- L’estimation totale du projet s’élevait à 3 millions.
- A l’aide de ce système, le volume fourni journellement à la ville de Nîmes peut s’évaluer à 30.000 mètres cubes, soit 500 litres par habitant et par jour, ce qui représente un volume bien supérieur à celui qui est fourni dans les villes les plus favorisées.
- J’ajouterai quelques détails sur Inexécution de ces divers ouvrages :
- Prise d’eau.
- La prise d’eau se compose de trois organes principaux :
- 4° La galerie de filtration;
- 2° La galerie d’amenée conduisant les eaux de la galerie de filtration jusqu’aux machines;
- 3° Les puisards des machines.
- La filtration s’opère uniquement dans la galerie.
- Le dessus du radier des deux galeries et des puisards est à 2 mètres en contre-bas de l’étiage du Rhône, c’est-à-dire à la cote 3 mètres, au-dessus du niveau de la mer (la cote de l’étiage étant de 5 mètres).
- Dans les plus basses eaux du Rhône, il y a donc toujours une hauteur de 2 mètres d’eau filtrée dans tout le système des deux galeries et des puisards.
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- Le galerie de filtration a une longueur de 500 mètres; elle se compose d’une voûte en arc de cercle en maçonnerie ordinaire de chaux hydraulique du theil.
- Le rayon de la voûte est de 5m,75; l’ouverture intérieure, entre les culées, de \\ mètres. Les culées sont fondées sur le gravier, au niveau de l’étiage, leur épaisseur est de 3 mètres, avec une retraite de 0.50 à la hauteur de 1 mètre, au-dessus de l’étiage.
- Le radier filtrant de la galerie se compose d’une demi-ellipse dont le grand axe est de 8 mètres, le petit axe de 3 mètres, et de deux berges en gravier de \ mètre de largeur chacune.
- La surface filtrante de la galerie est de 5 500 mètres carrés.
- En l’état ordinaire des choses, il n’existe aucune communication directe entre le Rhône et l’intérieur de la galerie.
- Les eaux n’arrivent donc dans cette galerie que par filtration à travers la masse de graviers dans laquelle elle est creusée.
- Lorsque les machines actionnent, les eaux s’abaissent d’abord dans les puisards étanches des machines; il s’établit un courant des galeries de filtration et dJamenée à ces puisards.
- Le niveau des eaux s’abaisse dans la galerie de filtration ; il se crée alors une pression du Rhône à l’intérieur de la galerie; cette pression donne naissance à une filtration à travers les couches de gravier, et les eaux claires affluent dans la galerie par tous les points du radier. En un mot, il s’établit sur toute la surface de ce radier des sources artificielles.
- Quand l’équilibre s’est établi entre l’aspiration des machines et le produit de ces sources artificielles de la galerie, le niveau de cette dernière reste constant.
- Le produit de la filtration dépend d’ailleurs de trois coefficients ;
- 1° La surface du radier filtrant;
- 2° La différence de niveau entre les eaux du fleuve et celles de la galerie, différence qui est produite par l’aspiration des machines;
- 3° Enfin la hauteur des eaux du Rhône au-dessus de l’étiage.
- Pour que ce travail de filtration présente une permanence et un état satisfaisant, il doit remplir certaines conditions.
- Il faut :
- 1° Que la vitesse avec laquelle les eaux affluent dans la galerie par son radier ne soit pas assez forte pour provoquer des affouillements sous les culées, qui auraient pour effet d’entraîner les sables et les graviers;
- 2° Qu’aucune filtration n’ait lieu dans le radier des puisards des machines ni dans celui de la galerie d’amenée, car une telle filtration pourrait à la longue compromettre la solidité des massifs qui supportent les machines et les pompes.
- C’est dans ce but que les puisards ont été dallés, et comme la galerie
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- d’amenée a été composée de tuyaux en tôle noyés dans un massif de béton hydraulique entièrement étanche, sur une longueur de 50 mètres, aucun travail de filtration ne peut s’opérer à proximité des machines.
- L’expérience du système établi à Lyon a fait fixer entre 5 et 6 mètres cubes d’eau par mètre carré de surface filtrante et par heure la proportion qui doit exister entre l’aspiration et la surface filtrante, pour que la vitesse de filtration ne puisse compromettre la stabilité delà galerie.
- De cette façon, quand le Rhône est à l’étiage, c’est-à-dire dans les circonstances les plus défavorables, la galerie de filtration peut fournir au moins 30 000 mètres cubes par vingt-quatre heures.
- Quand le fleuve croît de quelques centimètres au-dessus de l’étiage, le produit de la filtration augmente dans une proportion énorme, et au bout de quelques instants les machines deviennent impuissantes à provoquer le moindre abaissement dans le niveau de beau de la galerie.
- Le nettoyage du filtre se fait naturellement, car les troubles dont les eaux du Rhône sont chargées se déposent sur la première couche de gravier qui tapisse son lit, sur une épaisseur de 20 à 30 centimètres seulement. Cette couche étant sans cesse renouvelée et enlevée dans les crues du fleuve, il en résulte que ce dernier se charge de nettoyer ce filtre naturel et d’assurer ainsi sa permanence.
- Le même fait explique la permanence des filtres naturels établis de la même manière à Lyon, à Toulouse et, en généra], de tous les filtres naturels établis sur des rivières présentant un lit de composition analogue à celui du Rhône.
- Il convient d’ajouter que la galerie de filtration est construite le long d’un bras du Rhône, appelé Bras-de-Saint-Romain. Ce bras viendrait-il à s’attérir que le produit de la galerie ne serait pas sensiblement modifié, attendu que les eaux de filtration affluent dans la galerie de tous côtés, aussi bien du côté du fleuve que du côté opposé.
- La filtration se produisant dans toute la masse des graviers dans laquelle la galerie est creusée, ces eaux afïïuentes constituent une très-minime partie du fleuve clair et souterrain qui circule sous le lit visible du Rhône.
- Enfin, pour se mettre à l’abri de toute éventualité, on a disposé en queue de la galerie un aqueduc de 2 mètres de large dont le radier est à 0m,75 au-dessous des plus basses eaux du Rhône, afin de pouvoir introduire directement et à volonté les eaux du fleuve dans la galerie.
- Ordinairement cet aqueduc est fermé par une vanne. Dans les plus grandes crues, le dessus de la galerie pourrait être recouvert de 2m,li de hauteur d’eau ; aussi les regards disposés sur la galerie sont-ils fermés par des tampons en fonte pour que, dans ces cas exceptionnels, cette galerie reçoive toujours l’eau par son radier filtrant,
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- Mâchâmes.
- Les machines élévatoires, construites par le Creusot, sont du système Woolf. Elles ont une force nominale de 190 chevaux chacune. La pompe et le cylindre à vapeur se trouvent sur le même axe vertical. Le mouvement est direct.
- Chaque machine a deux petits réservoirs d’air, un pour chaque pompe. Ces réservoirs sont eux-mêmes en communication avec un grand réservoir d’air commun réunissant les tuyaux de refoulement.
- Cette disposition a pour avantage de manier facilement la colonne d’eau refoulée sur une longueur de 9 661 mètres, colonne qui atteint le poids énorme de 5000 tonnes environ.
- Une petite machine foulante à air comprimé alimente spécialement tous les réservoirs; elle doit fournir 30 mètres cubes d’air à la pression de huit atmosphères, soit un volume libre de 240 mètres cubes.
- Usîflie hydraul&qrae.
- L’usine hydraulique contenant les machines, les chaudières et leurs dépendances, se compose de quatre corps de bâtiments.
- Le corps central contient deux machines et la place pour en installer une troisième. v
- Les corps latéraux servent : le premier à loger les mécaniciens ; le deuxième contient T atelier de réparations et le dépôt de charbon.
- Le quatrième corps de bâtiment, placé derrière la chambre des machines, contient les chaudières au nombre de sept.
- Ces chaudières sont tubulaires à foyer amovible.
- Les machines élévatoires de Nîmes présentent des perfectionnements importants sur les appareils de même genre exécutés jusqu’ici. Ces perfectionnements sont :
- 1° L’absence de tout engrenage; mouvement direct des pistons moteurs avec les pompes;
- 2° Réservoirs d’air multiples pour actionner le refoulement; petits réservoirs d’air entre les pompes et grand réservoir d’air; ce dernier a 14 mètres de hauteur;
- 3° Adoption de deux cylindres pour les machines, ce qui permet de pousser très-loin la détente.
- L’expérience a prouvé que ces machines consomment de 1k,4- à 1k,6 de charbon de qualité moyenne par heure et par force de cheval, calculée en eau montée.
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- Refoulement.
- Le refoulement a lieu dans une conduite en fonte de 0m,80 de diamètre, de l’usine au réservoir Pagès, sur 9 661 mètres de longueur.
- La pression supportée par la colonne dans le bas, vers l’usine, est de six atmosphères. Les tuyaux ayant 4 mètres de longueur, il y en a 2415 dans la conduite de refoulement.
- La proportion des tuyaux cassés a été de 2 0/0. Ces casses ont eu pour causes :
- 10 La faiblesse de quelques tuyaux ;
- 2° Les affaissements de terrain.
- Dans les premiers essais, on jugeait prudent, avant de remettre en marche les machines, de vider la portion de conduite montante sur une longueur de 2 400 mètres, ce qui, à chaque essai, occasionnait une perte d’eau de 4 200 mètres. On a, depuis, renoncé à cette précaution, l’expérience ayant démontré qu’elle n’était pas nécessaire.
- L’entreprise du tuyautage a cru devoir substituer, à la colonne de refoulement direct, une cuvette placée sur un mamelon près de l’usine, ce qui réduit la longueur du refoulement à 1 560 mètres.
- Cette cuvette est posée à une hauteur telle, que le niveau des eaux y soit à 13 mètres au-dessus du point culminant du mamelon, de manière que sans rien modifier à la colonne de refoulement et à son point de dégorgement au réservoir de Pagès, son débit puisse être de 30 000 mètres par vingt-quatre heures.
- Cette cuvette est en tôle; elle a 5 mètres de hauteur et se trouve placée à 8 mètres au-dessus du sol.
- De cette façon on peut refouler indifféremment l’eau, soit sur la cuvette, soit sur Pagès, par un simple jeu de robinets.
- Quoique l’établissement de cette cuvette présente quelques facilités dans l’exploitation, l’expérience prouve cependant qu’elle n’était point nécessaire et que le refoulement direct réussit parfaitement.
- Pour terminer ces explications, nous ajouterons seulement quelques mots sur la conduite d’adduction du réservoir Pagès à Nîmes.
- Sur 9 000 mètres, cette conduite a été exécutée en tuyaux de béton de ciment d’une épaisseur variable suivant les pressions supportées.
- D’une manière générale, les conduites en béton de ciment, d’un fort diamètre, ne présentent sur la fonte d’avantages sérieux, d’économie et de sécurité, que lorsqu’on les emploie sous de faibles charges ne dépassant pas 10 à 45 mètres,
- C’est pour cette raison que de pareilles conduites n’ont pas été employées pour le refoulement de l’usine à Pagès, ni pour l’arrivée des
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- eaux à Nîmes; car, dans ces deux parties, les tuyaux sont soumis à une pression de plusieurs atmosphères.
- Mais sur le plateau, depuis le réservoir de Pagès jusqu’au village de Saint-Gervasy, le niveau du terrain diffère peu, et il existe là une longueur de 9 kilomètres où la pression d’eau maxima supportée par la conduite ne dépasse pas 12 mètres, en tenant compte de la profondeur de la tranchée et des pertes de charges.
- La canalisation en béton de ciment, exécutée dans ce parcours, a parfaitement réussi et a donné d’excellents résultats.
- Les épaisseurs de cette conduite étaient déterminées au moyen de la
- f l rf DH
- formule E — -—-.
- ü
- H pression. D diamètre.
- Nous terminerons en disant qu'en général, dans l’exécution des canalisations en béton de ciment, on peut se baser pour l’estimation de la dépense sur le prix de 60 francs le mètre cube de béton employé, en tenant compte des joints, bourrelets, etc., qui augmentent le volume des tuyaux de 1/6 environ. On trouvera d’ailleurs, dans l’ouvrage, des détails complets sur le prix, le cube et l’épaisseur des tuyaux pour des diamètres variables et des pressions variables.
- \
- Paris, —lmp, VIÉV1LLE et CAPIOMQNT, ruo dos Poitevins, 6. Imprimeurs de la Société des Ingénieurs civils.
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- MÉMOIRES
- ET
- COMPTE RENDU DES TRAVAUX
- DE LA
- SOCIÉTÉ BBS INGÉNIEURS CIVILS
- (AVRIL, MAI, JUIN 4874)
- M® 26
- Pendant ce trimestre, les questions suivantes ont été traitées :
- 1° Canne à sucre et l'industrie sucrière sur la côte méridionale de l'Espagne (Culture de la), par M. Grand (séance du 10 avril, page 266).
- 2° Ports maritimes aux États-Unis (Analyse du rapport de M. Malé-zieux sur les), par M. Mallet (séance du 4 0 avril, page 270).
- 3° Mines et transports des charbons de terre en Pensylvanie (Analyse du rapport de M. Malézieux sur les), par M. Brüll (séance du 10 avril, page 270). *
- k0 £aint-Gothard(Note surle),par MM. Colladon et Richard (séances des 40 avril et 19 juin, pages 271 et 314).
- 5° Fondations en rivière aux États-Unis (Analyse du rapport de M. Malézieux sur les), par M. Fortin-Herrmann, communiqué par M. Marché (séance du 24 avril, page 274).
- 6° Distributions d'eau aux États-Unis (Analyse du rapport de M. Malézieux sur les), par M. Fortin-Herrmann , communiqué par M. Jules Morandière (séance du 24 avril, page 273).
- 7° Chemins de fer aux États-Unis (Analyse du rapport de M. Malézieux sur les), par M. Morandière (séance du 24 avril, page 273).
- 8° Poutres métalliques (Résistance des), par M. de Blonay, communiqué par M. Dallot (séance du 1er mai, page 278).
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- 9° Ports de mer (Nouveau moyen crapprofondir l’entrée des), par M. Bergeron (séances des 1er et 15 mai, pages 280 et 301).
- 10° Caisses de retraite instituées par les Compagnies de chemins de fer, par M. Marché (séance du 15 mai, page 290).
- 11° Hauts fourneaux aux États-Unis (Accidents survenus dans les), par M. Cornuault (séance du 15 mai, page 297).
- 12° Congrès international des sciences géographiques (séance du 5 juin, page 303).
- 13° Locomotives à l’exposition de Vienne en 1873, par M. Jules Mo-randière (séance du 5 juin, page 304).
- 14° Bassin houiller des Asturies, par M. Grand (séances des 5 et 19 juin, pages 304 et 315).
- 15° Situation financière de la Société (Exposé de la), (séance du 19 juin, page 313).
- 16° Médaille d'or décernée à M. Ronnapour son mémoire sur l’assainissement des villes et des cours d’eau. Égouts et irrigations (séance du 19 juin, page 314),
- Pendant ce trimestre, la Société a reçu :
- 1° DeM. Dupuy, membre de la Société, un exemplaire de son rapport sur le projet de Création d'un nouveau réseau dé Omnibus dans Paris.
- 2° De M. Chabrier, membre de la Société, un exemplaire de son rapport sur les Chemins de fer économiques.
- 3° DeM. de Cossigny, ingénieur, un exemplaire de son ouvrage, intitulé : Notions élémentaires théoriques et pratiques sur les irrigations.
- 4° De M. de Mastaing, membre de la Société, un exemplaire de son Cours de mécanique appliquée à la résistance des matériaux, leçons professées à l'École centrale des Arts et Manufactures, de 1862 à 1872.
- 6° De M. Alfred Dupap^Glaye, ingénieur des popts et chaussées :
- 1° Un exemplaire de son étude; Expériences sur les affouille-
- ments;
- 2° Un exemplaire de son rapport sur la Situation de la question
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- des ecmx d’égout et de leur emploi agricole en France et à l’étranger ;
- 3° Un exemplaire du rapport de la Commission chargée dè décerner
- des Récompenses aux cultivateurs de la plaine de Gennevilliers qui
- auront justifié du meilleur emploi des eaux d'égouts.
- 6° De M. Fontaine (Hippolyte), membre de la Société, un exemplaire de la Description des machines les plus remarquables et les plus nouvelles à l'Exposition de Vienne en 1873 (avec atlas).
- 7° De M. Evrard (Alfred), membre de la Société, un exemplaire du tome second de son ouvrage sur les Moyens de transport appliqués dans les mines, les usines et les travaux publics (avec atlas).
- 8° De M. le Ministre des travaux publics, un exemplaire du tome X de la Revue de Géologie pour les années 1870 et 1871, par MM. Delesse et de Lapparent, ingénieurs des mines.
- 9° De M. Caillaux, membre de la Société, une analyse de l’ouvrage de M. de Cossigny intitulé : Notions élémentaires théoriques et pratiques sur les irrigations et une analyse de la troisième livraison de l’ouvrage de M. A. Evrard intitulé : Les moyens de transport appliqués dans les mines, les usines et les travaux publics.
- 10° De M. Forquenot, membre de la Société, deux exemplaires du compte rendu des Opérations du service du matériel et de la traction du chemin de fer de Paris à Orléans.
- 11° De M. Monnot, membre de la Société, un exemplaire de sa brochure intitulée : Délia coltivazione délia Barbabietola da zucchero e delprogretto.
- 12° De M. Haughton, membre de la Société, un exemplaire de sa brochure intitulée : The Railwags amaïgamated and grouped in compe-ting Systems.
- 13° De M. Jules Petin, ingénieur, une note sur les Fours rotatifs pour le puddlage du fer, système Pernot.
- 14° DeM. deBurgue, ingénieur, un exemplaire de sa brochure sur la Métrologie anglaise.
- 15° De M. Liébault, membre de la Société, un exemplaire de son Rapport sur le Labourage à vapeur.
- 16° De M. Ferdinand Mathias, membre de la Société, un exemplaire de ses Observations sur la manière dont on évalue, à Lille et dans les environs, la force des machines et des générateurs.
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- 17° De M. Poillon, membre de la Société, un exemplaire de sa note sur les avantages de la vapeur surchauffée ou désaturée appliquée aux machines.
- 18° De M. de Comberousse, membre de la Société, des exemplaires d’une notice sur Y Introduction à la mécanique industrielle et sur le Cours de mécanique appliqué aux machines, de M. J.-V. Poncelet.
- 19° Dè M. Grand, membre de la Société, un Mémoire sur le Bassin houiller des Asturies [Espagne).
- 20° De M. Arthus Bertrand, éditeur, un exemplaire des Rapports de la délégation du Ministre de la marine à VExposition de Vienne en 1873.
- 21° De M. Jules Morandière, membre de la Société, un exemplaire d’une notice sur les Locomotives à ïExposition de Vienne en 1873.
- 22° DeM. Yoyacek, membre delà Société, un exemplaire d’un ouvrage de M. Ed. Guyer, sur la Construction et Vinstallation des principaux hôtels en Allemagne et sur le Grand-Hôtel et VHôtel du Louvre à Paris.
- 23° De M. Pichault, membre de la Société, une note sur les Chaudières sans feu, sans fumée, inexplosibles, applicables au remorquage mécanique des voitures de travaux.
- 24° De M. Achille Bazaine, membre de la Société, un exemplaire d’une étude sur le Monopole et la concurrence dans les chemins de fer d'Angleterre en 1872 et i 873.
- 25° De M. Yvon-Yillarceau, membre de la Société, un exemplaire de sa note sur les Nouveaux théorèmes sur les attractions locales et applications à la détermination de la vraie figure de la terre, et un exemplaire de son rapport sur le Programme des observations astronomiques qui devront être observées dans toutes les stations, d'après une décision prise par la Commission du passage de Vénus.
- 26° De M. Lencauchez, membre de la Société : 1° une Description de la drague à sec ou excavateur, système Alph. Couvreux; 2° une note sur la Production du gaz à l'eau; 3° une note sur le Traitement des fontes et des fers phosphoreux.
- 27° De M. le Ministre des travaux publics, un exemplaire du Résumé, par ligne, des dépenses de premier établissement et des résultats de l'exploitation des six Compagnies principales des chemins de fer français.
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- 28° De la Société industrielle de Reims, les numéros de son bulletin de mai et juin de 1873.
- 29° De la Reçue horticole, les numéros du premier trimestre 1874.
- 30° De la Gazette du Village, les numéros du deuxième trimestre 1874.
- 31° De la Société des Ingénieurs autrichiens, les numéros du quatrième trimestre de 1873, de leur Revue -périodique
- 32° Du Journal Organ fur die Fortschritte des Eisenbahnwesens, le numéro 3 de 1873.
- 33° De la Société de l’industrie minérale de Saint-E tienne, lenuméro du troisième trimestre 1873 de son bulletin.
- 34° Du Journal d’agriculture pratique, les numéros du deuxième trimestre 1874.
- 35° De la Revue d’architecture, les numéros 7 et 8 de l’année
- 1873.
- 36° De la Revue les Mondes, les numéros du deuxième trimestre
- 1874.
- 37° Du journal The Engineer, les numéros du deuxième trimestre 1874.
- 38° De la Société d’encouragement, les numéros du deuxième trimestre 1874 de son bulletin.
- 39° De la Société de géographie, les numéros du deuxième trimestre 1874 de son bulletin.
- 40° De la Société nationale et centrale d’agriculture, les numéros de novembre et décembre 1872 de son bulletin.
- 41° Des Annales des chemins vicinaux, les numéros du deuxième trimestre 1874.
- 42° De la Revista de obras publicas, les numéros du premier trimestre 1874.
- 43° De la Revue des Deux Mondes, les numéros du deuxième trimestre 1874.
- 44° Du journal le Moniteur des travaux publics, les numéros du deuxième trimestre 1874.
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- 45° Du Journal de l'éclairage au gaz, les numéros du deuxième trimestre 1874.
- 46° Du journal de la Revue industrielle, les numéros du deuxième trimestre 1874.
- 47° Des Annales du Génie civil, les numéros du deuxième trimestre 1874.
- 48° Du Journal des chemins de fer, les numéros du deuxième trimestre 1874.
- 49° Du journal le Cosmos, les numéros du premier trimestre 1874.
- 50° De la Société des Ingénieurs portugais, les numéros du quatrième trimestre 1873 de leur bulletin.
- Si0 Du journal la Semaine financière, les numéros du deuxième trimestre 1874.
- 52° Des Annales des Conducteurs des ponts et chaussées, les numéros du quatrième trimestre 1873.
- 53° Des Nouvelles Annales de la construction, les numéros du premier trimestre 1874.
- 34° Du Portefeuille économique des machines, les numéros du premier trimestre 1874.
- 53° Du journal la Houille, les numéros du deuxième trimestre 1874.
- 56° Des Comptes rendus de VAcadémie des scieneesi les numéros du deuxième trimestre 1874.
- 37° De Y Union des charbonnages, mines et usines métalliques de la province de Liège, les numéros du troisième trimestre 1873 de son bulletin.
- 58° Du journal Engineering, les numéros du deuxième trimestre 1874.
- 59° Des Annales des ponts et chaussées, les numéros du quatrième trimestre 1873.
- 60° Société industrielle de Saint-Quentin et de ïAisne, le quatrième numéro de son bulletin de 1873.
- 61° Société académique cl'agriculture, des sciences, arts et belles-
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- lettres du département de VAubei le tome XIII de là quatrième sérié de son bulletin.
- 62° Institution of civil Engineers, le numéro de leurs Minutes of Proceedings de 1873.
- 63° Société des Ingénieurs anglais, le numéro de leurs Transactions pour l’année 1873.
- 64° Du Comité des forges de France, le numéro 83 du bulletin.
- 65° De la Société industrielle de Mulhouse, les numéros de janvier, février et mars 1873 de son bulletin.
- 66° De Y Association des anciens élèves de l'École de Liège* les numéros 23 et 24 de 1872 de son bulletin.
- 67° Des Annales des mines, les numéros des 5e et 6e livraisons de 1873.
- 68° De la Revue universelle des mines et de la métallurgie* les numéros du premier trimestre 1874.
- 69° De Y Aéronaute, bulletin international dé là navigation aérienne, les numéros du quatrième trimestre 1873.
- 70° Du Moniteur des fils, des tissus, des apprêts et de là teinture, les numéros du prémiéï trimestre 1874. 1 5
- 71° Société nationale des sciences, de Vagriculture et des arts de Lille, le numéro du troisième trimestre 1872 de son bulletin.
- 72M Magyar Méthôk-Ëgÿeêùléi Kôilànye, léMumérôs du quatrième trimestre 1873.
- 73° De la Société des anciens élèties des Ecoles d'arts et métiers, les numéros de son bùllélïn du prémiér trimestre 1874.
- 74° De la Société Scientifigue industrielle de Marseille+ les numéros de l’année 1873 do son bulletin.'
- 75° Société des Architectes et Ingénieurs du Hanovre, les numéros 4 -et 5 de 1872 de leur bulletin.
- 76° Société des Arts d’Edimburgh, le deuxième numéro de 1873 de son bulletin.
- 77° De Y Encyclopédie d'architecture, le numéro du premier trimestre de 1874.
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- 78° De VAssociation amicale des anciens élèves de VEcole centrale des arts et manufactures, les numéros du deuxième trimestre de son bulletin de l’année 1874.
- 79° Institution of Mining Engineers, les numéros de leurs Transactions.
- 80° De l’Institution of Mechanical Engineers, les numéros du troisième trimestre 1873 de son bulletin.
- 81° Annales industrielles, les numéros du deuxième trimestre 1874.
- 82° De la Société des Ingénieurs civils d'Écosse, leur bulletin du quatrième trimestre de 1873.
- 83° De la Société industrielle de Rouen, les numéros de leur bulletin pour l’année 1873.
- Les Membres admis pendant ce trimestre sont :
- Au mois d’avril.
- MM. Barré, présenté par MM. Bellet, Carimantrand et Saint-James. Bonnard (de), présenté par MM. Asselin, Barrault et Fouché. Chapron, présenté par MM. Callon, Crétin et Viollet le Duc. Chrétien, présenté par MM. Barrault, Buquet et Vidard.
- Demans, présenté par MM. Barrault, Jordan et Richard.
- Dumont, présenté par MM. Barrault, Buquet et Vidard.
- Fontaine, présenté par MM. Barrault, Buquet et Vidard.
- Gouault, présenté par MM. Armengaud (Jules), de Cœne et Jordan. Kraft, présenté par MM. Callon, Laurens et Ivon-Villarceau. Mallié, présenté par MM. Callon, Loustau et Mesdach.
- Maxeville, présenté par MM. Caillaux, Javal et Jordan.
- Pascal (de), présenté par MM. Carimantrand, Guérin de Litteau et Pereire.
- Rognetta, présenté par MM. Dallot, de Dion et Jordan. /
- Au mois de mai.
- MM. D’Aquin, présenté par MM. Alquié, Contamin et Jordan. Brossard, présenté par MM. Dujour, Hallopeau et Jordan. Cossigny (de), présenté par MM. Caillaux, Chabrier et Jordan. CrozeI1, présenté par MM. Jordan, Molinos'et Vce.
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- MM. Duluc, présenté par MM. Barrault, Jordan et Pascal.
- Escalle, présenté par MM. Euverte, Hallopeau et Jordan. Floücaud, présenté par MM. Jordan, Molinos et Richard.
- Jourdan, présenté par MM. Carimantrand, Marché et E. Pereire. Revy, présenté par MM. Jordan, Molinos et Richard.
- Sanchès Blanco, présenté par MM. Carimantrand, Guérin de Lit-teau et Marché.
- Voisin, présenté par MM. Jordan, Molinos et Richard.
- Comme Membres associés :
- MM. Foucàrt, présenté par MM. Jordan, Servier et Vée.
- Gueldry, présenté par MM. Carimantrand, Marché et Orsatti.
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- RÉSUMÉ
- DES
- PROCÈS-YERMÙX DES SÉANCES
- DU
- IIe TRIMESTRE DE L’ANNÉE 1874
- Séance du 1« Avi'il 1874.
- Présidence de M. Félix Mathias, Vice-Président.
- La séance est ouverte à 8 heures et demie.
- Le procès-verbal de la séance du 20 mars est adopté.
- M. le Président annonce le décès de M. Borgella, membre de la Société.
- M. Grand donne communication de sa note sur la culture de la canne à sucre et l’industrie sucriers sur la cote méridionalejdeJ Espagne.
- Quoiqu’au premier abord il puisse paraître singulier de venir parler de culture de cannes à sucre sous le 37e degré de latitude nord, il est facile cependant de trouver l’explication de ce fait dans la situation orographiqüe particulière de la contrée dont il s’agit et les conditions climatériques toutes spéciales qui en sont la conséquence.
- La partie de la côte d’Andalousie propre à la culture de la canne, comprise entre le 36e et le 37e degré de latitude nord, s’étend depuis le village d’Adra à l’Est jusqu’à l’embouchure du Rio-Guadiaro à l’Ouest, à peu de distance de Gibraltar, mesurant entre ces deux points extremes une longueur de 220 a 230 kilométrés.
- Sur toute cette longueur s’étend parallèlement à la mer, à une certaine distance du rivage, une chaîne de montagnes qui, partant de la Sierra-Nevada au-dessous de Grenade, se prolonge vers l’Est jusqu’aux hauteurs de la Serrania de Rondo, formant l’extrémité de la ligne de partage des eaux entre l’Océan et la Méditerranée.
- Cette chaîne, dont certains sommets atteignent la limite des neiges éternelles, forme un abri contre les vents du Nord, et si l’on remarque en outre que la direction de cette partie de la côte est sensiblement de O 30° S à E 30° N, on compren-
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- dra qu’elle se présente ainsi dans les meilleures conditions pour utiliser aussi complètement que possible la chaleur solaire. Grâce à ces conditions spéciales, cette partie de la côte andalouse jouit d’un climat tout à fait exceptionnel, qui y rend possible la culture de la plupart des plantes tropicales parallèlement à celle des végétaux moins délicats de nos contrées plus froides.
- Tous les sept ou huit ans seulement, une gelée de courte durée se fait sentir : mais par une récolte prématurée, on arrive la plupart du temps, sinon à annuler complètement, du moins à restreindre beaucoup son action sur le rendement des plantations sucrières.
- Un climat chaud n’est pas la seule condition nécessaire à la culture de la canne ; il faut encore que le sol sur lequel on la cultive présente constamment un certain degré d’humidité. Ce résultat est atteint pendant une grande partie de l’année par la fréquence des pluies ; mais, à partir du mois de juin jusqu’au mois de septembre* il devient absolument nécessaire de combattre la sécheresse par des irrigations artificielles. Cette condition exige le voisinage d'un cours d’eau d’une certaine importance et restreint conséquemment l’étendue des plantations à un petit ^nombre de localités privilégiées.
- On remarque, en effet, que la chaîne de montagnes dont il a été question plus haut* loin de suivre les sinuosités de la côte, tantôt s’en approche de telle sorte que les derniers contreforts viennent plonger dans la mer, tantôt s’en éloigne en formant de grandes plaines arrosées par des cours d’eau qui déposent incessamment sur leurs rives des limons fertilisants* Chacune de ces plaines est devenue le centre d’une culture de cannes plus ou moins développée, tandis que les parties montagneuses, à peine recouvertes d’une [mince couche de terre végétale, sont affectées à la culture delà vigne qui constitue également l’une des principales richesses du pays*
- Sans examiner si la culture de la canne à sucre sur la côte d’Andalousie remonte réellement à l’époque de l’occupation romaine, il résulte de documents authentiques qu’elle acquit un grand développement sous la domination arabe* L’expulsion des Maures et la découverte de l’Amérique, où cette culture atteignit promptement une extension considérable, firent décliner peu à peu l’industrie indigène depuis la fin du seizième siècle jusqu’au moment où, vers le milieu de notre siècle, l’attention fut de rechef attirée sur cette question, et où, grâèè à ürie impulsion nouvelle, l’industrie sucrière en Espagne entra de nouveau dans une ère de prospérité.
- A cette époque, la culture de là canne n’occupait que là région orientale de là côte ; mais depuis quelques années elle a pris possession également de là partie située entre Malaga et Gibraltar où elle tend aujourd’hui à se développer chaque jour davantage.
- Des trois variétés de cannes actuellement cultivées dans cette dernière région, la variété dite américaine est celle qui donne le meilleur rendement et qui tend à remplacer les deux autres cfans toutes les plantations nouvelles.
- La durée industrielle de la canne est de 7 ou 8 ans en moyenne. La plantation se fait par boutures de 30 à 40 centimètres, coupées dans des cannes saines provenant de la récolte précédente et placées horizontalement bout à bout sur deux rangées parallèles au fond de largés sillons. Cette opération, pour laquelle on emploi© environ 13 à 4.4,000 kilogrammes de cannes par hectare, se fait généralement au mois de mai. A la fin d’octobre, la canne, qui a atteint lm,50 à 2 mètres, commence à jaunir et finit par arriver à maturité complète au mois de février, époque à laquelle commence la récolte qui dure généralement 3 mois (de fin février à fin mai).
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- La quantité d’eau que l’on distribue'par hectare de plantations est d’environ 800 à 1,000 mètres cubes pour chaque irrigation. Le nombre de ces irrigations reparties sur les trois ou quatre mois de sécheresse étant de 10 à 12, cela représente une quantité annuelle de 10 000 mètres cubes par hectare, et comme à la fin de l’été, au moment où les irrigations sont le plus nécessaires le débit des rivières se trouve sensiblement réduit, il est, le plus souvent, indispensable de faire au printemps des réserves d’eau, que l’on accumule dans des bassins de dépôt disposés à cet effet.
- L’emploi des engrais est de la plus haute importance dans la culture de la canne, qui ne tarderait pas sans cela à épuiser le sol. La difficulté de se procurer facilement des engrais artificiels n’a pas permis de faire jusqu’ici des expériences bien complètes sur leur application, et l’on se sert généralement du fumier de ferme employé seul ou mélangé à la bagasse de la récolte précédente. La quantité de fumier distribuée par hectare est estimée à 30 ou 40 000 kilogrammes. Lorsque l’on cultive par récoltes biennales, on emploie, la seconde année, le guano de préférence au fumier, par suite de la plus grande i facilité qu’il présente pour sa distribution dans les plantations hautes et touffues.
- Suivant la quantité d’engrais employée et les soins apportés à la culture, le rendement moyen d’un hectare de plantation pourra varier de 35 000 à 57 000 kilogrammes. Dans les conditions ordinaires, on peut dire que le rendement d’une plantation par hectare est de 50 000 kilogrammes en récoltes annuelles, et de 75 à 78 000 dans le cas de récoltes biennales.
- Dans ces conditions, le prix de revient de la canne coupée et prête à passer au moulin est de 18 à 20 francs par 1 000 kilogrammes, non compris la location de la terre, qui, à raison de 380 à 400 francs par hectare, élève ce prix de revient à 30 francs en moyenne.
- Le prix de vente est 45 francs les 1 000 kilogrammes.
- Les procédés delà fabrication du sucre de cannes, en Andalousie, rappellent ceux qui étaient appliqués à la fabrication du sucre de betteraves avant l'emploi de la carbonatation. L'extraction du jus s’opère à l’aide de moulins à 3 cylindres, dans lesquels on fait passer deux fois la bagasse. Le rendement en jus, après la deuxième pression, est de 72 à 75 pour 100; ce jus marquant environ 9 à 11° à l’aréomètre de Baumé.
- M. Gband indique ensuite rapidement la disposition générale d’une fabrique de sucre de cannes et la série des opérations qui s’y effectuent.
- Le rendement de fabrication, selon lui, serait de 7 1/2 à 10 pour 100 de sucre, et 2.5 à 3 pour 100 de mélasse, représentant une moyenne de 8.5 pour 100 environ.
- Le prix de revient du sucre ainsi fabriqué s'élèverait à 70 francs pour 100 kilogrammes , qui se décomposent de la manière suivante :
- Prix du sucre dans la canne, estimée à 45 francs les 1 000 kilo-
- grammes................................................... 54 fr. »
- Frais de fabrication........................................ 16 »
- Total. ........................70 fr. »
- La culture de la canne à sucre, en Andalousie, tend journellement à se développer; mais il arrivera une époque plus ou moins prochaine où, après avoir envahi toutes les localités dont les conditions climatériques se prêtent à son développement, il faudra nécessairement s’arrêter. Cette situation préoccupe ajuste litre les l’abri-
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- cants de sucre et les cultivateurs, qui ont songé, dès lors, à l’avantage qu’il y aurait à pouvoir introduire en Espagne une plante sucrière moins délicate, susceptible, par conséquent,- de suppléer la canne partout où celle-ci ne peut être cultivée avec succès. Quelques essais ont été tentés dans ce sens pour l’acclimatation delà betterave, et il y a lieu d’espérer qu’avec le temps on arrivera à résoudre ce problème, qui intéresse au plus haut degré l’industrie sucrière, et se recommande, par conséquent, à l’attention de tous les ingénieurs qui s’occupent particulièrement de cette branche de l’industrie.
- M. de Mastaing pense, d’après l’intéressante communication de M. Grand, qu’il y aurait un sérieux intérêt à associer, dans les contrées méridionales d^l’Espagne, la culture de la betterave à celle de la canne, si on pouvait obtenir la récolte de chacune de ces plantes à une époque différente, on doublerait ainsi l’utilisation du matériel de la sucrerie.
- M. de Mastaing demande s’il a été fait quelques essais pour réaliser la récolte de la betterave dans ces conditions, ce qui pourrait se faire, par exemple, en faisant sa culture sur des régions plus élevées.
- M. Grand n’a pas de renseignements précis sur les essais qui ont dû être faits dans cette voie. Il fait remarquer, toutefois, que l’époque la plus favorable pour la récolte de la betterave, en Andalousie, paraît être le printemps, mais qu’en tenant compte de ce que la récolte de la canne dure du mois de février au mois de mai, on pourrait, en avançant l’une et reculant l’autre, ne pas obtenir une simultanéité complète.
- M. de Mastaing indique qu’en Italie, dans les deux ou trois fabriques de sucre de betterave qui y sont établies, on a cherché à éviter les difficultés de la conservation de la betterave sous un climat chaud en espaçant son ensemencement, de manière à conserver les racines à l’état végétant.
- Le chiffre de 2 kilogrammes de charbon brûlé par kilogramme de sucre, indiqué par M. Grand, est bien élevé; il conduirait, en effet, à 170 kilogrammes par 1 000 kilogrammes de cannes; tandis que pour le même poids de betteraves on ne consomme en France que HO kilogrammes; aux Antilles on ne dépense que 60 kilogrammes par tonne de cannes, et en Egypte, où l’absence de pluie permet de sécher la ba-gasse au soleil, on se passe de tout autre combustible; il est vrai que, d’après M. Grand, en Espagne on n’emploie pas la bagasse au chauffage; elle ne sert que comme engrais.
- Le prix de revient du sucre ressortirait à 70 francs les 100 kilogrammes pour l’Espagne, tandis qu’en France on obtient le sucre de betterave à moins de 50 francs ; le prix de la culture pèse lourdement sur le premier, et cette industrie ne peut évidemment subsister en Espagne qu’à la faveur de droits protecteurs très-élevés.
- M. Cartier fait observer qu’on peut également attribuer en partie l’élévation de ce prix de revient au faible rendement de la canne, d’où on ne retire que 8 pour 100 de sucre en moyenne, tandis que la densité du jus indique la présence de 16 à 18 pour 100 ; on n’en retirerait donc pas même la moitié, ce qui doit faire soupçonner quelque vice sérieux dans les procédés de fabrication.
- M. de Mastaing rappelle à ce sujet qu’il faut être très-prudent dans l’évaluation de la richesse en sucre d’après la densité du jus, parce qu’il peut dans ce jus, à côté du sucre cristallisable et utilisable, se trouver du glucose, dont la présence fausse complètement les indications.
- M. le Président remercie M. Grand de son intéressante communication.
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- L’ordre du jour appelle la suite du compte rendu du rapport de M. Malézieux sur les travaux publics aux États-Unis, ports maritimes.
- RÎTT^atxet expose que cette partie du rapport de M. Malézieux n’a pas l'importance qu’on pourrait lui supposer à première vue, parce que les ports des États-Unis, étant établis dans des baies naturelles ou à l’embouchure de grands fleuves' qui forment de véritables ports intérieurs, n’ont pas exigé d’ouvrages considérables; en outre, le peu d’élévation des marées rend inutile l’établissement de bassins pour maintenir les navires à flot et simplifie encore les travaux à exécuter.
- Le seul ouvrage à la mer qu’on puisse signaler est la digue de défense du port de refuge de la Delaware, construite en blocs naturels. Cette digue a 1 600 mètres de longueur.
- Les ports américains diffèrent totalement des nôtres dans leur aménagement intérieur. Les quais sont généralement en bois, et des estacades ou wharfs en charpente s’en projettent normalement sur une assez grande longueur pour recevoir de chaque côté les navires. Cette disposition donne de grandes facilités pour les manutentions, mais on peut lui reprocher de former des espaces encaissés où l’eau reste stagnante, cause sérieuse d’insalubrité.
- Le rapport de M. Malézieux contient d’intéressants détails sur l’extraction des roches sous-marines ; il signale, entre autres, la méthode vraiment originale employée au dérasement du Blossom-rock, à San-Francisco ; puis ensuite à celui du Hell-gate, à New-York': méthode qui consiste à descendre sur la roche au moyen d’un caisson, puis à la creuser intérieurement en ne laissant qu’une croûte superficielle, qu’on fait sauter à la poudre.
- Les appareils de mise à sec des navires en faveur en Amérique sont toujours les formes flottantes en bois, sectional docks et balance docks et les screw docks. Les formes de radoub en maçonnerie n’y sont toujours qu’à l’état d’exception. La raison de cette préférence est la facilité d’établissement des premiers appareils appartenant à l’industrie privée.
- M. Mallet entre dans quelques détails sur les bateaux à vapeur américains, qui, pour la navigation fluviale, diffèrent totalement des nôtres. Tout, n’est certainement pas à imiter dans ces bateaux, dont l’amour-propre national a fidèlement conservé le type invariable depuis quarante ans; toutefois, il serait injuste de nier les avantages de leur disposition générale, avantages qui les ont fait partiellement imiter en Europe. Des bateaux salons, qui rappellent beaucoup le type américain, naviguent actuellement sur un certain nombre de grands fleuves d’Angleterre et d’Allemagne et sur des lacs de la Suisse et de l’Italie.
- M. Malézieux, dans le chapitre relatif aux bateaux à vapeur, donne quelques détails sur les ferries ou bateaux-bacs, si répandus aux États-Unis, surtout pour passages ordinaires, et termine par une critique fort sensée du projet de bateaux porte-trains, qu’on a si souvent proposés pour la traversée dü Pas-de-Calais.
- M. Mallet partage entièrement l’opinion de M. Malézieux; il croit que la solution est bien plutôt dans l’amélioration des navires actuels que dans des changements radicaux présentant des difficultés nouvelles et spéciales. Il n’y a d’ailleurs, pour cela, qu’à imiter le service établi il y a déjà une douzaine d’années pour le transport des malles d’Irlande entre Holyhead et Dublin, service qui peut être considéré comme un modèle dans l’espèce.
- Il est donné lecture d’une analyse de ce même rapport de M. Malézieux, faite par M. Brüll, sur les mines et les transports des charbons de terre dans la Pensylvanie.
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- Ces analyses seront publiées in extenso dans le Bulletin trimestriel.
- Il est ensuite donné lecture d’une note remise par M. Ch. Callon, de la part de M. Colladon, sur le tunnel de Saint-Gqtbard.
- Une polémique, qui a eu lieu dernièrement entre un journal italien et l’entrepre-neur du tunnel, M. L. Favre, a donné lieu à celui-ci de publier les chiffres suivants :
- La perforation mécanique, commencée à Gœschenen fin mars 1873, et à Airolo fin juin, a donné, au 31 mars 1874, une vitesse moyenne de 2 mètres par jour, de chaque côté. Du côté de Gœschenen, ce travail a marché avec une accélération croissante, de mois en mois [1 mètre par jour en avril 1873 ; im,S0 en mai; 2m,fi3 en mars 1874]. Du côté d’Airolo, le travail a été de 1 m,51 par jour dès le premier mois (juillet 1873); il s’est élevé, en août, jusqu'à 2m,86; il a été, en mars 1874, de 2m,02.
- Si l’on compare, avec cette période d! essai, les résultats de la dernière année (1870) de travail du Mont-Fréjus, on trouve :
- Côté de Bardonèche. . . 889ra,15, ou 2m,44 par jour, .
- - Modane.............745“,85, ou 2“,04 — jM°yenneî *
- L’entrepreneur trouve dans ces chiffres comparés, et avec raison, selon nous, la démonstration de la fausseté des allégations, manifestées plusieurs fois dans la presse, touchant la prétendue lenteur des travaux de percement du Saint-Gothard.
- Séaetce dm 24 Avril ISffÆ.
- Présidence de M, Jordan,
- La séance est ouverte à huit heures.
- Le procès-verbal de la séance du 10 avril est adopté. , '
- M. le Président annonce que M. Mony a fait don à la Société d’une grande partie des livres provenant de la bibliothèque de M. Eugène Flachat, et il est certain d’être l’interprète de tous les membres de la Société en témoignant à M, Mony toute leur reconnaissance pour ce don qui leur sera doublement précieux.
- L’ordre du jour appelle la suite du compte rendu de l’ouvrage de M. Malézieux.
- M, Marché résume l’analyse très-étendue, faite par M. Fortin-Herrmann, de deux parties de ce rapport. JLes descriptions sont assez claires pour se comprendre sans dessins à l’appui, et donnent une idée très-nette des remarquables travaux faits par les Américains.
- Les parties choisies par M. Fortin-Herrmann sont :
- 1? Le CHAPITRE Ier, § 6s, Détails spéciaux sur trois ponts en cours d’exécution, (Fondations et superstructure.)
- 2° Le CHAPITRE Y, 2® section, Distributions d’eau.
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- M. Marché résume les renseignements donnés sur les fondations à l’air comprimé des piles et des culées des ponts d’Omaha, sur le Missouri, de Saint-Louis, sur le Mississipi, et du pont sur la rivière de l’Est, entre New-York et Brooklyn.
- Le pont à’Omaha, construit pour une voie, est formé de 11 travées de 76m,25 de portée chacune. Le tablier est à 15“,25 au-dessus des hautes eaux, et les piles sont fondées sur le rocher qui se trouve à 30 mètres environ au-dessous du niveau des hautes eaux. Le rocher est recouvert d’une couche épaisse de sable excessivement affouillable.
- Chaque pile se compose de deux colonnes en fonte, de 2m,59 de diamètre, remplies de maçonnerie, et .est défendue contre les chocs violents à redouter lors de la débâcle des glaces par une troisième colonne, reliée aux deux premières par de fortes plaques de tôle formant un avant-bec en forme de proue de navire.
- Les données de cet ouvrage ont une grande analogie avec celles du pont construit, en 1859, à Bordeaux, et les moyens employés pour la fondation des piles sont à peu près les mêmes.
- Le pont de Saint-Louis a une portée totale de 500 mètres; mais comme les affouil-lements, la débâcle des glaces et le choc des bateaux sont plus redoutables qu’à Omaha, on a réduit à deux le nombre des piles en plein lit de la rivière.
- Le pont est à deux étages et a 16 mètres de largeur; à la partie supérieure est une chaussée pour voitures, et au-dessus un tablier supportant deux voies séparées par un passage pour piétons, de 2 mètres de largeur.
- Le tablier est supporté par des montants verticaux reposant sur 4 arcs en acier.
- La culée de l’Ouest, où le rocher se trouve à 3m,97 de profondeur, a été fondée à l’aide d’un batardeau formé d’un corroi d’argile de lm,53 d’épaisseur maintenu par deux files de palplanches.
- Pour les deux piles on a employé un caisson en tôle, hexagonal, ayant 18m,50 de largeur et 25 mètres de longueur, enfoncé à l’air comprimé, à 31 mètres en contrebas des eaux ordinaires et sur lequel on a construit au fur et à mesure de la descente du caisson le massif de maçonnerie qui constitue la pile.
- 11 convient de signaler dans la construction de ce caisson l’emploi de deux cloisons longitudinales qui le divisent en trois compartiments, soulagent les poutres du plafond et assurent la rigidité de l’ensemble. Ces cloisons sont en bois de chêne, et formées de deux rangs,de pièces de 30 sur 30, reliés au plafond par des goussets en tôle verticaux.
- Enfin, la culée de l’Est est également fondée sur un caisson hexagonal; mais on a substitué en grande partie le bois au fer dans sa construction : le plafond qui a lm,47 d’épaisseur, la muraille d’en ceinte qui a 2“,60 d’épaisseur au niveau du toit et les cloisons longitudinales ayantfm,06 d’épaisseur au pied et 3m,05 en haut, sont formés de grosses pièces en chêne blanc fortement chevillées et boulonnées.
- Quant au pont sur la rivière de l’Est, il constituera un ouvrage tout à fait exceptionnel par ses dimensions considérables. Il comprendra un tablier de 26 mètres de largeur supportant deux voies ferrées, un passage promenade pour piétons et quatre voies à rail plat pour tramways. Ce tablier est soutenu par quatre câbles et le pont aura une portée totale de 1066 mètres, soit deux travées extrêmes de 286m,70 et une travée centrale de 4$3 mètres.
- Chacune des deux piles constituant une tour en maçonnerie, au sommet de laquelle s’attachent les câbles, aura une hauteur totale de 85 mètres au-dessus des eaux ordinaires.
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- Le caisson de chaque pile aura 52 mètres de longueur sur 41 mètres de largeur, soit une surface totale de 1632m2. Il sera complètement en bois et surmonté d’un plateau en pièces de chêne n’ayant pas moins de 4ra,73 d’épaisseur.
- M. Marché fait ressortir la tendance des ingénieurs américains à étendre l’emploi du bois à mesure que la surface des caissons augmente. Il signale, en outre, l’immobilisation des écluses à air à la partie inférieure du puits qui constitue une innovation capitale, l’emploi de la mine dans l’air comprimé, l’usage des dragues, l’extraction automatique du sable au moyen d’un courant d’eau ascensionnel, à la façon de l’injecteur Giffard, des essais d’éclairage avec lumières entourées de tubes de cristal soumis à la pression ordinaire, etc.
- Le rapport de M. Malézieux examine également les conditions sanitaires du travail dans l’air comprimé à des •profondeurs de 33 mètres. L’opinion des ingénieurs américains est que, dans ces conditions, la durée du travail d’un ouvrier doit être limitée à une heure seulement.
- M. Morandière donne ensuite quelques détails sur les distributions d'eau.
- Les distributions d’eau examinées se rapportent aux villes de New-York, Boston, Washington, Philadelphie, Chicago, Montréal. Un tableau résume les conditions des distributions de diverses autres villes.
- De grands aqueducs se trouvent pour les conduites' de New-York, de Boston et de Washington. Le profil transversal en œuf a été inauguré pour ces deux dernières.
- Il convient de citer le siphon de Manhattan avec sa flèche de 32 mètres ; Yaqueduc-pont de la grande rue de Washington, obtenu en formant un arc au moyen de la . double conduite en fonte et plaçant un pont sur cet arc; l’idée de M. Graff de placer des tuyaux en ligne droite-, supportés par des chaînes articulées, s’arc-boutant aux tuyaux eux-mêmes, d’après ce qui se fait pour certaines poutres de ponts américains.
- La double conduite de Wissahukon a quatre travées de 51 mètres d’ouverture, suspendue à 30 mètres de hauteur, type à imiter quand le manque de charge se refuse à l’emploi du siphon, comme aussi pour franchir les'terrains rebelles aux fondations. Pour les machines élévatoires : la porte à rabattement facilitant la mise à sec des turbines, l’abaissement du balancier des grandes machines de Cornouailles; les pompes à vapeur de Worthington. Pour les travaux hydraidiques : le fonçage des grands tambours et des puits de prise d’eau. Le tunnel de Chicago; faits caractéristiques de l’aisance moderne, d’exécution de ces travaux et de leurs nombreuses et importantes applications. Enfin, les conduites à joints flexibles pour le cas où aucune autre solution plus certaine n’est offerte, comme sur le Schuglkill, à Philadelphie.
- Les vues et les déductions élevées qui ressortent du rapport de Mission font de l’ouvrage de M. Malézieux une œuvre pratique essentiellement utile à consulter; l’étude approfondie d’aussi remarquables travaux ne peut que développer l’esprit d initiative de notre génie civil et le conduire plus rapidement encore aux grandes conceptions et aux grandes solutions d’intérêt national.
- M. Jules Morandière présente ensuite l’analyse de la première section du chapitre relatif aux chemins de fer du même ouvrage.
- Cette analyse devant être imprimée in extenso dans le Bulletin, il ne sera donné ici qu’un exposé sommaire des points intéressants du rapport précité.
- Dans cette première section, l’auteur donne quelques renseignements généraux sur les chemins de fer américains.
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- Un premier paragraphe jette un coup d'œil d'ensemble sur l'étendue du réseau (76,000 kilomètres au 1èr janvier 1870); — sur le grand nombre des Compagnies et la petite vitesse relative des réseaux; — sur la dépense d'établissement estimée en moyenne à 130,000 francs le kilomètre; — et sur les faibles dividendes donnés par les Compagnies américaines.
- Le deuxième paragraphe traite de la construction des chemins de fer en Amérique.
- Voie. Les courbes, même sut les lignes principales, descendent fréquemment aux abords des stations à 125 mètres et 150 mètres de rayon. Les pentes ne dépassent pas généralement 11 millimètres par mètre, bien que, par exception,- des rampes de 24 et 27 millimètres puissent être signalées. Lés grands remblais sont souvent remplacés par des estacades en charpente.
- Les clôtures sont très-rares, et les paàsâges à niveau n’ont point de barrières.
- Lès largeurs de voie varient entre i“,436 et i^^O, et sont indiquées parle rapport que nous analysons, dans un tableau spécial avec quelques exemples des lignes qui les ont adoptées.
- Le ballast est à peu près inconnu, et il est remplacé par un grand rapprochement dès traverses, 0m,60 est presque un maximum. Le rail à patin, « dit Vignoles, » est le seul employé.
- M. Malézieux décrit un changement de voie, « système Wharton, » qui paraît devoir remplacer aux États-Unis les changements ordinaires très-primitifs, à rails mobiles, analogues aux changements d’entrepreneurs. Dans le système Wharton, les rails de la voie principale ou directe ne sont pas entaillés, et le train qui prend la voie déviée passe au-dessus de l’autre voie. ‘
- Matériel roulant. —Les courbes de petit rayon qui se tfouvènt sur toutes les lignes ont conduit à l’adoption générale, pour les wagons, de même que pour l’avant des locomotives, du truck mobile à 4 roues, « dit bogie. »
- La Société ayant eu déjà de nombreuses occasions de s’occuper de ce sujet, nous nous contenterons d’énumérer, pour ainsi dire, les points traités dans le rapport de M. Malézieux.
- Locomotives. — Avant-train mobile; âbsencè de châssis très-solides; cabane-abri du mécanicien; cheminée à étouffoir pour brûler du bois; cloche d’avertissement: chasse-vache (cow-catèlier), remplaçant le chasse-pierre.
- Wagôns. — Une seule classe de voiturès à voyageurs; grande longueur des voitures; verrous d’accès; couloir central: sièges à dossier bas et mobile; fenêtres à guillotine; ventilation parla toiture; chauffage par des poêles; éclairage; cabinets d’aisances ; fontaine d’eau glacée \ cordé dé communication des voyageurs avec le mécanicien.
- Wagons spéciaux destinés à améliorer le confortable des voyageurs, tels que : wagons salons ; wagons restaurants ; wagons à lits des Compagnies et de la Compagnie Pailman ; wagons hôtels;'wagon-locomotive pour tournées de directeur.
- Un paragraphe est consacré : i° au détail de la suspension, très-bonne, de ces immenses Véhicules, dont les poids Varient do 16 à 30 tonnes et atteignent, par exception, 35 tonnes, le nombre des roues étant alors de 8 pour chacun des deux trucks; et 2° à l’examen des freins et dès attelages, parmi lesquels un attelage nouveau, système Miller^: assez remarquable.
- Le troisième paragraphe renferme des détails sur la simplicité de Y exploitation et sur les facilités données au public.
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- Le rapporteur examine : le service des trains, comprenant la composition des trains, leur personnel, le personnel restreint des gares; les billets pris à l’avance; le public admis sur les trottoirs sans stationner dans les salles d’attente, ce qui évite le spectacle des voyageurs lâchés; le contrôle des billets pendant la route; l’enregistrement des bagages remplacé par le chêquage, c’est-à-dire par la fixation au colis d’un jeton de cuivre portant ün numéro, dont le voyageur reçoit le double; le transport des bagages à domicile à l’arrivée par des porteurs Spéciaux.
- La vitesse des trains, en Amérique, n’est pas aussi faible que lé croient généralement les ingénieurs. Des vitesses effectives de 40 à 53 kilomètres à l’heure Se trouvent sur certaines lignes; mais comme lés stationnements sont très-espacés, la vitesse de pleine marche varié de 48 à 64 kilomètres àü plüs à l’heure. Ces nombres sont détaillés dans divers tableaux.
- Les tarifs kilométriques sont, en général, plus élevés qu’en France pour les voyageurs; ils sont de 5 à 8 centimes eh moyenne pbür les marchandises.
- L’examen du trafic est l’objet d’un paragraphe spécial et de quelques tableaux, suivis de renseignements Statistiques particuliers aux chomins de fer de l’État de New-York.
- Enfin, le 3e paragraphe de cette lriS section du chapitre des chemins de fer se termine par une note sur les accidents et leur fréquence.
- M. Morandière annonce qu’il continuera, dans une prochaine séance, par le compte rendu des détails particuliers sur quelques lignes, de la législation américaine en matière de chemins de fer, et des tramways.
- M. Richard demande à faire quelques observations au sujet de certains points de la communication que vient de faire M. Morandière^
- 11 signale qu’un croisement de voie à ressaüt, comme celui qui paraît employé; en Amérique, c’est-à-dire dans lequel le boudin des roues de la machine était conduit par une surélévation de la voie déviée, à passer au point de croisement par dessus le rail non interrompu de la voie principale pour retomber ensuite au niveau de cette voie, avait été essayé sans succès à la gare de Saintes (Charentes). Le déraillement se produisait à ce croisement dès que la vitesse devenait un peu grande.
- En ce qui concerne le chauffage des trains par poêles, usité en Amérique et en Russie, M. Richard pense que ce chauffage rudimentaire et dangereux pourra être avantageusement remplacé par un chauffage à eau chauffée par la vapeur venant de la machine ou d’un réservoir de vapeur quelconque mis en communication avec le train, à son passage dans lés stations, analogue à celui établi déjà depuis deux ans par les Compagnies des Charentes pour chauffer les voitures de toutes classes d’un trâin.
- M. Richard donnera prochainement à la Société tous les renseignements les plus précis sur ce système qui réussit très-bien et qui a déjà attiré l’attention des ingénieurs des Compagnies françaises.
- M. Richard fait ensuite remarquer, relativement à l’économie du service dans les trains américains, que l’Angleterre et la France sont certainement ailées plus loin que l’Amérique. Notre collègue Bergeron a cité, dans son remarquable rapport au gouvernement français^ à la suite de la hiissiort qu’il avait reçue d’aller examiner les chemins de fer économiques eii Irlande et en Écosse, de nombreux exemples d’économie qui effacent ce que l’on peut citer de l’Amérique.
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- En France, notre collègue M. Desgrange, qui a si habilement dirigé le matériel et la traction des chemins de fer Sud-Autriche, pendant quatorze ans, nous a apporté le fruit de son expérience et a créé une exploitation des plus économiques sur le chemin de fer d’intérêt local de Trévaut à Gamaches et au Tréport. 11 a d’abord composé un train de voitures spéciales, à couloir longitudinal, au moyen desquelles le service de perception, le pesage des bagages se font en route.
- Dans les stations, qui sont réduites comme bâtiments et comme voies, à leur plus simple expression, il n’y a pas de chef de station; une femme délivre un ticket portant le nom de la station de départ qui est remis au conducteur de route pour qu’il fasse payer la distance entre la station de départ et celle de là destination. En descendant du train, le voyageur remet à cette dernière station le ticket délivré par le conducteur qui atteste le payement.
- Pour les marchandises, l’économie du service est aussi grande. Il n’y a pas d’employés dans les stations pour les manœuvres de marchandises. Les wagons sont mis à .a disposition des expéditeurs, au jour dit, sur leur demande, et ils font eux-mêmes, à leurs frais, le chargement de leurs marchandises. Le Chemin de fer constate seulement avant le départ que le wagon chargé passe bien au gabarit. Pour les déchargements, c’est la même chose; les destinataires sont avisés et viennent prendre eux-mêmes livraison de la marchandise.
- M. Richard appelle l’attention de la Société sur ces dispositions dont les résultats économiques sont importants.
- M. Farcot demande quelques explications sur les conduites immergées sous l’eau-au moyen d’articulations souples.
- M. Morandière indique le principe de ce joint qui est formé de deux portions sphériques s’emboîtant l’une dans l’autre1.
- M. Maldant demande quel est le mode d’établissement du changement de voie dont a parlé M. Morandière; il suppose que puisque les trains y passent couramment en Amérique, quoique à des vitesses modérées, il doit différer de celui dont a parlé M. Richard.
- M. Morandière donne le croquis de la disposition de ce changement.
- 11 résulte de cette description que le changement des Charentes n’était pas le même que le changement Wharton; dans ce dernier, la hauteur du boudin (0m,035) environ, est rachetée par une partie en pente de lm,50 environ de longueur, sans ressaut brusque.
- M. Marché ajoute aux renseignements donnés sur l’ensemble des chemins de fer, en Amérique, quelques indications sur les tarifs appliqués.
- Pour les voyageurs, les prix par kilomètre, sur les grandes lignes ayant des transports considérables en voyageurs et en marchandises à la fois, sont compris entre 6 et 9 centimes; hors de là les prix sont de 10 à 12 centimes, ils atteignent 15 cen-
- 1» Voici comment s’exprime, à ce sujet, M, Malézieux, p. 495 :
- « Dans ce système inventé par M. John F. Ward (de Jersey City), les joints sont à etn-« boitement ; mais la portion évasée du tuyau femelle est creusée en forme de segment « sphérique, et l’autre tuyau porte à son extrémité deux nervures saillantes qu’une rainure « sépare. Le plomb que l’on coule se fixe au bout mâle en se moulant à l’extérieur., suivant
- « une surface lisse; c’est un genou qui permet à l’emboîtement de jouer.--On coule le
- « plomb à bord du bateau ou du radeau qui porte les tuyaux. »
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- limes sur les lignes de bains de mer et 20 et 22 centimes dans les conditions tout à fait exceptionnelles du chemin de fer du Pacifique.
- Pour les marchandises, le prix kilométrique moyen est compris entre 5 et 8 centimes sur les lignes les plus importantes qui luttent entre elles ou contre des voies navigables; sur les autres, il est généralement compris entre 12 et 18 centimes.
- Dans ces conditions, la recette moyenne par kilomètre est estimée à 30,000 francs. Au début des chemins de -fer, les recettes provenant des voyageurs étaient supérieures à celles provenant des marchandises, en 1851 il y avait à peu près égalité ; actuellement les recettes des marchandises, s’accroissant plus rapidement que les autres, sont d’environ deux fois et demie celle des voyageurs.
- M. Malezieux n’a pu recueillir de renseignements détaillés sur les frais d’exploitation. Il indique que, pour les chemins de New-York, la dépense moyenne par kilo-
- mètre, en 1869, a été :
- Pour l’entretien delà voie......................... . 12,485 fr.
- Pour les réparations de machines..................... 6,784 »
- Pour l’exploitation.................................. 14,844 »
- 34,113 fr.
- et que le rapport de la dépense à la recette a été de 69 11 0/0.
- D’autre part, M. Malezieux affirme que très-peu de lignes donnent des dividendes à leurs actionnaires. Il y a lieu d’en conclure que le chiffre relatif à l’État de New-York s’applique aux autres chemins et qu’aux États-Unis, on exploite en général à raison de 70 0/0 des recettes.
- M. Marché pense qu’il serait intéressant d’avoir le détail des frais d’exploitation en Amérique et de savoir à quelles circonstances est due leur proportion considérable par rapport aux recettes.
- Les tarifs appliqués, sur les grandes lignes du moins, sont à peu près ceux prélevés en France, la vitesse des trains n’y est pas plus grande et la proportion de la petite vitesse à la grande y est plus considérable ; si donc, dans ces conditions, les dépenses d’exploitation sont de beaucoup supérieures à celles de nos chemins, et si, comme il y a lieu de le croire, leur augmentation tient au prix élevé des choses en Amérique, au taux de la main-d’œuvre, des combustibles, etc., il y aurait lieu d’en conclure que les tarifs appliqués, quoique égaux en valeur absolue à ceux perçus en France, sont relativement inférieurs.
- M. Malezieux-donne du reste à entendre qu’aux États-Unis, les capitaux sont entraînés dans la construction des lignes nouvelles moins par les dividendes à retirer de leur exploitation que par la plus-value qu’elles donnent aux échanges dans les régions desservies : « A la question de savoir comment il se fait qu’on trouve encore « des actionnaires en Amérique, on répond qu’il n’y a pas de ligne si mauvaise « qui ne rapporte au pays trois ou quatre fois autant qu’elle a coûté. »
- M. Dupuy demande si les accidents donnent lieu à des indemnités qui grèvent notablement l’exploitation.
- M. Marché répond que ces indemnités sont en effet considérables. Une Commission nommée pour s’enquérir de la manière dont s’applique la loi sur les dommages-intérêts pensait que le jury ne fonctionnait pas bien en cette matière et donnait des ' indemnités trop fortes : le rapport de la Commission concluait, soit à la nomination'
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- d’iin tribunal spécial, assisté d’un service d’ingénieurs et' de médecins, soit à la continuation du renvoi au jury, mais en limitant les allocations aux chiffre^ suivants :
- 25,000 fr. pour un voyageur de classe.
- 12,500 pour un voyageur de 2e classe.
- 7,500 pour un voyageur de 3e classe.
- MM. Barré de Bonnard, Chrétien, Chapron, Damans, Fontaine, Gouault, Kraft, Mallié, Maxeyille, de Pascal et Rpgnettà ont été reçus membres, sociétaires.
- Séance du 1er Mat 1874.
- Présidence de M. Richard, Vice-Président.
- La séance est ouverte à neuf heures.
- Le procès-yerbal de la séance du 24 avril est adopté.
- M. le Président donne connaissance d’une lettre de M. Dujour, ayant pour but d’établir que l’idée des écluses à air fixées à la partie inférieure des caissons, et dont il a été question dans l’analyse du rapport de Mission en Amérique, de M. l’ingénieur en chef Malézieux, n’est pas une invention américaine.
- Sous réserve de cette observation, le procès-verbal e?t adopté.
- M. le Président, a le plaisir d’annoncer à la Société que M. Ernest Gouin, grand industriel ét'président dp la Chambre de commerce, vient d’être nommé commandeur de la Légion d’honneur.
- L’ordre du jour appelle, ensuite |a communication de M. Dallot analysant la note de M. de-Bl'pnay sur la ré^^,i^p^^m^aHiguÿ;
- M. Dallqt rend compte d’une note présentée par M, de Blpnay, membre de la Société, sur la détermination graphique des charges correspondant à une portée.et à un coefficient de travail déterminés, que peut supporter un fer à double T reposant sur deux appuis, dont on connaît le moment d’inertie et la hauteur.
- La construction du tableau, qui accompagne la note de M* de Blpnay, repose sur une remarque analytique fort ingénieuse.
- La relation entre le profil d’.une. poutre reposant librement sur deux appuis, sa portée et la charge, uniformément répartie correspondant à un coefficient donné, s’exprime par. l’équation .
- PC _ RI
- ” ‘2’ • V,:>
- dans laquelle pn appelle
- 2 G l’écartement des appuis,
- ' 2 P le poids total uniformément réparti,
- RI le moment de résistance.
- •. • VT ' ,
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- Si l’on regarde 2 G et 2 P comme deux quantités variables, que l’on design® res-
- e t> T
- pectivement par x et y, et que l’on représente par A ^quantité constante la relation précédente devient
- xy = k,
- équation d’une hyperbole rapportée à ses asymptotes.
- Si, conservant à l’ordonnée sa valeur, on remplace l’abscisse as par une nouvelle •1
- abscisse x' égale à on peut écrire
- y == A os',
- équation d’une ligne droite passant par l’origine.
- On voit que pour x = o, on a xr = <x ; que la valeur de æ croissant, la valeur correspondante de x' décroît; et que pour x == oo on a x' == o.
- La valeur de x’ décroissant à mesure que la portée augmente, il en résulte que les portées devraient être comptées à partir de l’infini positif de droite à gauche.
- M. de Blonay, remarquant qu’il est plus habituel et plus commode de faire croître l’abscisse de gauche à droite, change dans la dernière équation le signe du coefficient angulaire, ce qui lui donne, en posant —A = B,
- y=Bxr,
- équation d’une droite symétrique de la première, qui représente la relation entre la charge et la portée, avec cette différence que les valeurs positives des portées croissent de gauche à droite.
- Remarquant, en outre, qu’il est inutile en pratique de s’occuper des portées inférieures à un minimum donné, M. de Blonay transporte l’origine vers la gauche, à une
- 1
- distance a, la portée minimum que l’on considère étant égale à-, La nouvelle abscisse X a pour valeur æ'-J-q, et l’équation de la droite précédente devient
- y = B (X — a).
- Quelle que soit la valeur de B, la droite coupe l’axe des x au point ou l’abscisse est égale à a. On la détermine donc complètement en calculant l’ordonnée d’un second point, par exemple de celui qui correspond à X == o. ; et fion peut ensuite obtenir
- graphiquement la charge correspondant à une portée quelconque supérieure à
- 1
- a
- Le diagramme d’une clarté parfaite, d’une construction très-soignée et d’un usage extrêmement facile, qui accompagne la note deM. de Blonay, éontient l'épure de cinquante droites correspondant à cinquante profils de fers à double T, tirés des ^albums des forges françaises. On peut aisément rapporter sur ce diagramme la droite représentative de la résistance fi’un fer quelconque dont on connaît le moment d’inertie et la hauteur. Par une heureuse idée, le poids du mètre courant de chaque profil est indiqué à l’échelle sur un côté du tableau; et l’on peut ainsi déterminer d’un coup d’œil, de plusieurs profils présentant la même résistance, quel est celui qu’il est le plus avantageux d’employer. •
- Le diagramme tracé par M. de Blonay, outre le mérite de sa construction théorique, est donc appelé à rendre les plus grands services aux ingénieurs, et tous les membres de cette Société seront certainement bien aises d’en trouver la reproduction dans nos comptes rendus.
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- M. le Président trouve que le tableau de M. de Blonay est d'une grande utilité pratique, et, en vertu de cet intérêt, il devra être joint au Bulletin trimestriel avec la note qui l’accompagne.
- M. Bergeron est appelé à donner connaissance de son nouveau moyen d’approfondir l'entrée des ports
- Au mois de février dernier, dit-il, j’ai rédigé une note sur un nouveau moyen d'approfondir les ports de mer et de maintenir leur entrée libre à toute heure de la •marée, aux navires d’un fort tonnage.
- L’idée m’en était venue à l’esprit, après avoir vu fonctionner, en Angleterre, l’appareil de l’aéro-vapeur de Warsop, qui consiste à poser au fond d’une chaudière à vapeur un tube percé de petits trous, dans lequel, au moyen djune pompe solidaire du mouvementde la machine, onintroduit de l’air à une pression supérieure à . celle de la vapeur. . L’air, en s’échappant par les petits trous, produit dans la masse liquide une telle agitation, que les incrustations et les dépôts calcaires ne peuvent se fixer ou s’attacher ni sur les tubes bouilleurs, ni sur les parois des chaudières.
- Il m’a semblé que, par un procédé du même genre, on parviendrait peut-être à empêcher les dépôts et eplever les bancs de sable qui barrent l’entrée de presque tous les ports de mer.
- J’ai donc imaginé l’emploi de tuyaux métalliques percés de trous enfoncés dans le banc de sable qu’il s’agit d'enlever, dans lesquels on ferait entrer de l’eau soumise à une forte pression. Cette eau s’écoulant avec rapidité par les orifices des tuyaux agirait comme autant de petites sources venant du fond; elle soulèverait le sable qui serait ensuite emporté au large ou sur la plage par le courant des rivières, des chasses provenant des réservoirs de retenue ou seulement de la marée descendante.
- J’ai écrit cette Note sur l’invitation d’un de mes amis, ingénieur des ponts et chaussées, membre de l’Assemblée nationale, qui prend le plus grand intérêt à la situation présente et à l’avenir des ports de mer français. J’en ai adressé quelques exemplaires au Ministre des travaux publics, à la Société des Ingénieurs civils, à un grand nombre d’inspecteurs généraux et ingénieurs des ponts et chaussées.
- Ceux qui ont bien voulu en prendre connaissance et méditer les propositions qui y sont formulées, tout en reconnaissant que l’idée est rationnelle et peut donner de bons résultats, ne sont pas d’accord sur les moyens d’en faire l’application.
- M. Plocq, ingénieur en chef des ponts et chaussées, auteur de nombreux et remarquables projets pour l’amélioration et l’entretien du port de Dunkerque, croit que ce procédé de désensablement ne doit être employé que comme auxiliaire des grandes chasses provenant de réservoirs construits ou'à construire à l’arrière-port.
- Il admet qu’au moment de la basse mer de vive eau, quand, en moins d’une heure, on pourra faire couler dans le chenal plus d’un million de mètres cubes, cette masse d’eau trouvant au bout des jetées des sillons ou fossés profonds creusés en ligne droite par des sources sortant des tubes métalliques enfouis dans le sable, s’y précipitera, les élargira et emportera au large le sable qui barre aujourd’hui l’entrée du port. '
- Il m’a donc engagé, pour faire l’essai de ce système, à attendre l’achèvement des grands travaux projetés par lui et qui sont en cours d’exécution.
- Mais comme le manqué d’argent l’empêche de donner à ces travaux toute-l'ac-
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- tivité désirable, le banc de sable qui gêne si fort la navigation tend à s’élever de plus en plus à l’extrémité des jetées du port de Dunkerque.
- En 1863, l’écluse du bassin des chasses était en bon état et fonctionnait régulièrement. Par son moyen, la hauteur de l’eau sur le banc de sable, aux basses mers de vives eaux, n’était pas moindre de lm,35, et comme l’ascension moyenne des vives eaux est de 5m,4o, cela faisait une profondeur totale de 6m,80 (23 pieds) plus que suffisante pour le passage des plus gros navires du commerce.
- Mais, depuis plusieurs années, les chasses ne marchent plus comme autrefois, la hauteur du banc de sable s’est augmentée de 60 à 70 centimètres. Les navires de commerce tendant à prendre tous les ans de plus grandes dimensions et à exiger par conséquent un plus fort tirant d’eau, le manque de profondeur, à l’entrée du port, se fait sentir.plus vivement que jamais. Des négociants de Dunkerque m’ont affirmé que bien souvent des navires d’un fort tonnage, qui fréquentaient autrefois leur port, séjournent des semaines entières dans la rade, en attendant une marée exceptionnelle leur permettant de passer, et si cette marée ne vient pas, ils vont à Anvers décharger leur cargaison.
- Soit par des commissions du conseil municipal et de la chambre de commerce, soit par les députés du Nord à l’Assemblée nationale, la ville de Dunkerque a adressé bien souvent des réclamations au Gouvernement. Elle se plaint du mauvais état de son port et supplie le Ministre des travaux publics d’y remédier.
- Malheureusement les finances de l’État, celles du département du Nord et de la ville de Dunkerque sont loin d’être florissantes, et M. Plocq ne peut disposer que de sommes trop peu importantes pour entreprendre sérieusement ses travaux et les mener à bonne fin. Il se borne à faire usage de guideaux quand le temps est favorable. Ces guideaux sont des coffres en bois qu’on fait échouer dans la passe sinueuse du courant de la basse mer à la sortie du port. Ils agissent comme des murs de quai provisoires, en prolongement des jetées; ils forcent le courant trop faible des chasses, venant de l’arrière-port, à se précipiter contre le banc de sable et à l’entamer si c’est possible. Mais en raison de leur trop faible étendue, en raison de ce qu’ils ne peuvent fonctionner que par des temps très-beaux et des mers parfaitement calmes, ils n’ont pas réalisé les bons effets qu’on pouvait en espérer.
- H me semble cependant que, sans attendre la mise en bon état de l’écluse des chasses, on pourrait bien essayer le système de désensablement que je propose.
- Si on ne peut pas profiter du puissant courant qui doit un jour descendre comme un fleuve rapide et profond entre les quais et les jetées, depuis l’arrière-port jusqu’à la mer, pourquoi ne profiterait-on pas de la marée elle-même qui, deux fois par jour, produit un courant très-fort parallèle à la côte, tantôt de l’ouest à l’est, tantôt de l’est à l’ouest, suivant le flux ou le reflux, le flot ou le jusant.
- M. Plocq, dans une note très-intéressante sur les attérages de la rade de Dunkerque, qui est le résumé de plusieurs Mémoires publiés par lui dans les Annales des Ponts et Chaussées, et qu’il a bien voulu me communiquer, décrit ainsi l’action des courants sur le littoral du département du Pas-de-Calais et du Nord, dans les extraits que voici :
- « Les vitesses des courants de flot dans les régions du littoral sont à leur maximum, « dans les marées moyennes de vives eaux :
- « A Boulogne, de 3 milles par heure ou 1 m,50 par seconde;
- « A Calais, de 4 milles 2/10 ou 2“, 16 par seconde;
- « Dans la rade de Dunkerque, de 3 milles 1/2 ou lm,8Ô par seconde.
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- « Les vitesses des courants de jusant, dans les régions du littoral, sont à leur maxi-« mum, dans les marées moyennes de vives eaux :
- « A Boulogne, de 2 milles 6/10 par heure ou lm,35 par seconde;
- « A "Calais,, de 4 milles 8/10ou 2 mètres par seconde;
- « Dans la rade de Dunkerque, de 3 milles ou lm,50 par seconde.
- « Daps ces marnes régions, les directions des courants de flot sont, au moment « des plus grandes vitesses, dans les marées moyennes de vives eaux :
- « A Boulogne, N. N. E., 3/4 d’heure après le plein;
- « A Calais, N. E., au moment du plein';
- « Dans la rade de Dunkerque, E. N. E., un peu après le plein.
- « Les directions des courants de jusant, au moment de leurs plus grandes ’vites-« ses, dans les marées moyennes de vives eaux, sont :
- « A Boulogne, S. S. O., un peu après la basse mer;
- « A Calais, O. S. O., un peu après la basse mer; -
- « Dans la rade de Dunkerque, O., aux environs de la basse mer. »
- Ainsi, à l’époque des vives eaux, quand il convient de faire fonctionner l’écluse des chasses, le courant seul de la nier du Nard court vis-à-vis Dunkerque, parallèlement au littoral, avec des vitesses de lm,5Q à lm,80 par seconde; ce n’est per-tainement pas alors que les sables, entraînés par lui, peuvent se déposer au fond de l’eau. Ils sont charriés tantôt à droite, tantôt à gauche et seulement à Yétale, quand il y a équilibre entre tous ces courants, le sable tombe sur le banc et s’y attache au point de ne plus pouvoir être désagrégé par le seul mouvement de la mer qui roule au-dessus.
- Je ferai remarquer que la plage ou estran qui, à droite et à gauche des jetées de Dunkerque, se découvre à marée basse de vives eaux, sur près d’un kilomètre de largeur, est exposée à l’action du vent et du soleil, et tout le sable desséché y devient de la poussière. Le vent de la mer le soulève èt l’emporte contre les dunes qui bor-^ dent le rivage. A plus forte raison, les molécules de ce sable sont-elles ramassées par les vagues, quand vient l’heure de la pleine mer» L’eau prend alors, urie teinte jaunâtre, et aussi longtemps qu’elle est agitée le sable peste en suspension.
- Si le courant parallèle au rivage, venant de loin, se trouve tout à coup arrêté par les jetées du port prolongées bien en avant dans la mer, le sable n’étant plus en^-traîné, vient s’accumuler contre elles. La mer, en se retirant, en amène une grande quantité a l’entrée du port. Les courants de flot et de jusant se rencontrent à un moment donné avec celui qui descend de l’arrière-port, lequel, pendant toute la durée de la basse mer, a porté des alluvions et de la vase. Çes courants se neutralisent en tourbillonnant sur eux-mêmes et le sable tombe, C’est ainsi que s’est formé le banc qui barre l’entrée du port, et qui tend sans cesse à s'accroître à chaque marée.
- Cela n’empêche pas aux courants de la marée de passer deux fois par jour a«r> dessus de ce banc de sable sans l’entamer, fis glissent à sa surface comme sur un lit de béton. Les grains de sable et les molécules de vase se sont collés et. tassés; ils forment un tapis résistant sur lequel on pourrait se promener sans y enfoncer les pieds.
- Ceux qui habitent les ports de mer où la plage est sablonneuse peuvent voir souvent des chevaux courir au bord de Beau, à la basse mer, spr le sable encore humide, comme sur la pelouse d’un hippodrome.
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- Une plage de bains de mer se maintient généralement résistante e| au même niveau, sur toute sa surface, à la basse mer, quand elle ne doit pas rester longtemps à découvert.
- On peut se rendre compte ainsi que, mêrne sous l’action des chasses, le Itanc d§ sable est difficilement attaqué.
- Mais si, par le moyen que j’ai décrit plus haut, je parviens à faire surgir du fond de ce banc de sable une quantité de petites sources, il est évident que le sable sera soulevé et se mélangera à l’eau qui passe au-dessus. Cette eau étant entraînée dans le courant, le sable le sera aussi. C’est par le courant seul de la marée qu’il y a été apporté; le même courant devra le remporter, quand il s’y trouvera de nouveau en suspension.
- Je ne crois donc pas qu’il soit nécessaire, comme me le conseille M. Plocq, d’at-téndre l’achèvement de tous les grands travaux projetés par lui pour expérimenter le nouveau procédé de désensablement.
- Depuis longtemps j’ai demandé à quelques négociants de Dunkerque de contribuer dans les dépenses d’un essai qui aurait pour eux le plus grand intérêt. Ils m’ont répondu que l’État seul avait qualité pour apprécier la valeur d’un procédé ayant pour but l’amélioration de leur port, et que c’était à ses ingénieurs qu’il appartient d’entreprendre tous les essais de ce genre.
- En Angleterre, cela ne se passerait pas ainsi.
- Je suis persuadé que, dans ce pays, les négociants et armateurs d’une ville de l’importance et de la richesse de Dunkerque n’hésiteraient pas à mettre immédiatement à l’épreuve un procédé ayant pour but d’assurer en tout temps l’entrée de leur port aux navires d’un fort tonnage.
- M. Plocq est très-bien disposé ; il m’a écrit récemment qu’il se prêterait volontiers, avec Vautorisation du Ministre des travaux publics, à tous les essais que je voudrais tenter, à mes frais II
- Est-ce bien à moi d’en supporter la dépense?
- J’ai cru devoir appeler l’attention de la Société des Ingénieurs civils sur cette importante question, afin qu’éclairés par la discussion qui peut en résulter, MM. les députés du Nord puissent agir auprès de l’administration supérieure et obtenir, soit de l’État, soit du département, soit de la ville de Dunkerque, les fonds nécessaires à une expérience que je vais décrire et que j’estime pouvoir se faire sans une trop grande dépense. ”
- Le procédé de désensablement des ports de mer, que je propose, est, jusqu’à un certain point, emprunté à la nature.
- Sur les bords de la mer, des mollusques, tels que les poulpes que les pêcheurs coupent en morceaux pour en faire des amorces à prendre les poissons, vont se cacher sous les pierres du rivage, à marée basse, après en avoir bien nettoyé les abords. Us chassent le sable environnant par une sorte de respiration liquide provenant d’une poche qui se gonfle ou se resserre en projetant de l’eau tout autour, de leur retraite. Les pêcheurs qui vont à leur recherche les trouvent facilement, rien qu’en observant sur la plage, à marée basse, les pierres complètement dégarnies de sable.
- Les ingénieurs savent tous qu’en posant verticalement un tube en fer sur le fond de sable d’une rivière, soit qu’on y comprime de l’eau, spit qu’on y fasse, le vide, il descend très-rapidement, parce que î’eau chassée ou aspirée à la base enlève dans son courant le sable sur lequel le tube reposait. Le poids du métal suffit pour le faire
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- enfoncer, et il descend très-rapidement sous l’action d’une pompe aspirante ou foulante.
- C’est ainsi que l’on a enfoncé des pieux en fonte pour la fondation des piles et des culées de plusieurs ponts en Angleterre.
- J’ai pu, un jour, assister à une expérience de ce genre et j’ai été frappé de la facilité avec laquelle le tube descendait à de grandes profondeurs.
- Le même effet s’obtiendra avec des tuyaux percés de petits trous dans leur partie inférieure et simplement posés sur le banc de sable.
- Jusqu’à présent, aucun des ingénieurs, à qui j’ai pu expliquer mon idée, n’a émis le moindre doute sur renfoncement immédiat et rapide de ces tuyaux dans lesquels de l’eau serait soumise à une forte pression.
- Je poserais, par exemple, un tuyau en fonte, de n’importe quel diamètre, sur une couche de sable qui se découvre à la basse mer.
- Si, par une conduite flexible en caoutchouc ou en toile, partant d’un réservoir disposé comme une chaudière verticale en tôle, dans lequel on aurait accumulé de l’eau, au moyen d’une pompe, sous une couche d’air comprimé à plusieurs atmosphères, on faisait arriver cette eau, il est évident que, sortapt avec force par chacun des petits trous, la couche de sable serait disloquée, comme si chaque filet d’eau était une aiguille ou un clou; le sable serait divisé, soulevé et chassé, le tuyau descendrait par son propre poids au fond de la fouille qui se serait produite au-dessous. Le sable remis en suspension serait emporté par le courant de la marée.
- Dans son rapport sur les travaux publics d’Amérique, M. Malézieux, ingénieur en chef des ponts et chaussées, décrit la pose de conduites en fonte servant à la distribution des eaux dans les villes, après avoir traversé au fond le lit de quelques grandes rivières. Les tuyaux sont reliés entre eux par des joints à rotule qui restent partaitement étanches, tout en se courbant suivant les sinuosités du sol sur lequel ils reposent.
- J’avais supposé, dans ma note du mois de février, qu’on se servirait de tuyaux semblables pour creuser dans le banc qui est à l’extrémité du port de Dunkerque des fossés ou des sillons que le courant des chasses aurait élargis ensuite jusqu’à la rade ou mer profonde.
- Mais comme le banc de sable ne présente à sa surface aucune irrégularité de forme et de nature à faire présumer des inégalités de résistance dans son affouillement, je proposerai d’essayer un cadre rigide composé de tuyaux en fonte, assemblés sur le rivage.
- Je supposerai un cadre de 20 mètres de long et 6 mètres de largeur.
- Les tuyaux extérieurs auraient 10 centimètres et ceux à l’intérieur o centimètres seulement.
- ' Les uns et les autres seraient assemblés par des joints à brides.
- _ J’ai calculé que le poids total d’un pareil cadre serait inférieur à 2 000 kilogrammes (2 tonnes).
- Le tuyau de 10 centimètres aurait cinq rangées de petits trous de 5 millimètres de .diamètre; celui de 5 centimètres, trois rangées de trous également de: 5 millimètres de diamètre.
- ; j Le nombre des trous par où devra s’écouler l’eau sera d’environ B8000 pour tout l’appareil. r, .
- ^Le^'cadfe^aurait'à ses extrémités deux orifices ou tubulures par où l’eau entrerai1
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- dans les conduites en fonte, au moyen de tuyaux flexibles en toile ou en caoutchouc partant de réservoirs dans lesquels se trouve l’eau soumise à une forte pression. Ces tuyaux sont doués d’une très-grande résistance. J’en ai vu qui servent aux perforatrices du tunnel du Saint-Gothard et qui livrent, sans se déchirer, passage à de l’air comprimé à 7 et 8 atmosphères.
- On peut donc admettre que des tuyaux de ce genre transmettront sans perte, à toute la masse liquide enfermée dans le grillage en tuyaux de fonte, la pression des récipients des pompes à vapeur.
- Le cadre étant bien établi, bien ajusté sur le rivage, serait suspendu par des cordes à deux bateaux munis chacun d’une pompe à vapeur et d’un récipient d’air comprimé.
- Par une mer qui ne serait pas trop agitée, on conduirait le cadre au-dessus du banc de sable, on lâcherait les cordes qui le soutiennent suspendu aux bateaux. Ceux-ci obéiraient sans inconvénient aux mouvements de la houle.
- Les cordes enroulées sur des poulies, portant à leurs extrémités des contre-poids, retiendraient de chaque côté les bateaux ; le cadre leur servirait d’ancre. lisseraient, en outre, attachés au cadre par des tuyaux flexibles destinés à transmettre l’eau des pompes dans les conduites du cadre.
- En faisant jouer les pompes, les réservoirs se rempliraient d’eau à une pression de plusieurs atmosphères.
- Les bateaux présenteraient leur avant au courant du flot ou du jusant, et c’est au moment où le courant latéral au rivage serait le plus fort que l’on ouvrirait les robinets des tuyaux flexibles.
- La pression se transmettant immédiatement dans toutes les conduites en fonte du cadre, le sable serait dispersé et rejeté avec force dans le courant qui l’emporterait au loin.
- De même que pour les tuyaux de fondation du pont de Rochester, qu’on faisait descendre, en faisant le vide dans leur intérieur, à 2 mètres de profondeur, en quelques secondes, j’estime que le cadre en tuyaux de 10 et 5 centimètres s’enfoncerait très-rapidement jusqu’à 1 mètre de profondeur. Il ne conviendrait pas de le laisser s’enfoncer plus profondément. Les cordes de suspension qui l’attachent aux bateaux permettraient d’arrêter son enfoncement, quand on le voudrait.
- En admettant qu’il soit arrêté à 1 mètre, cette opération aurait eu pour effet d’enlever 100 mètres cubes de sable emportés au loin ou déposés sur Yesiran.
- Au moyen de cabestans, on relèverait le cadre au-dessus de sa fouille. L’appareil tout entier flotterait de nouveau ; on le conduirait plus loin et on le ferait fonctionner de la même manière que ci-dessus.
- Par une série d’opérations de ce genre, faites en temps favorable, on creuserait aisément sur 1 mètre de profondeur et 20 mètres de largeur, sur toute son étendue, le banc de sable à l’entrée du port de Dunkerque.
- Ce travail, comme on le voit, ne présente pas la moindre difficulté, et l’expérience peut s’en faire à peu de frais.
- J’ai cependant imaginé une autre combinaison qui, sans être aussi efficace, pourrait être essayée plus aisément et à moins de frais que la précédente.
- Jusqu’à présent, on n’a pas pu se servir de dragues ordinaires pour enlever le banc de sable de Dunkerque. En raison de la marée qui élève ou abaisse à chaque instant la ligne de flottaison des bateaux, en raison de la houle qui expose la drague
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- à des mouvements irréguliers de roulis et de tangage, la manœuvre de la chaîne à godets devient presque impossible.
- Si on avait pu installer, à Dunkerque, des dragues pareilles à celles qui ont servi ay creusement du canal de Suez, et qui sont employées aujourd’hui au canal d’Amsterdam à la mer, depuis longtemps, on aurait fait disparaître le banc de sable qui barre l’entrée dii port et qui cause un si grand préjudice au commerce maritime de cette ville. Mais on ne peut pas parvenir à rendre la chaîne à godets indépendante du bateau qui la porte; elle monte ou descend sous l’action de la ttioindre vague; elle est exposée à des secousses qui peuvent la briser; il a donc fallu renoncer à son emploi.
- Partant de l’idée qu’on doit, par les moyens indiqués plus haut, pouvoir profiter deë Courants dë la marée pour y rejeter le sable déposé à l’entrée du port, j’ai imaginé utte dragiie indépendante du.flot, dont l’emploi serait simple, efficace et peu dispendieux.
- La dragué est faite d'un tuyau cylindrique en fonte de 30 à 40 centimètres de diamètre intérieur, représentant ia demi-circonférence d’un tore, qüe l’on fera échouer sur le banc dé sable, comme le cadre de tuyaux dont j’ai donné la description plus haut.
- La génératrice inférieure dü tore, qüi est én contact avec le sable, sera garnie de dents, comme une herse. Ces dents seront percées sur toute leur longueur de trous de 5 millimètres de diamètre et seront ajustées sur le tuyau de fonte, comme les cheminées à capsules d’un fusil à piston.
- Les extrémités de la herse seront en acier et auront la forme d’un soc de charrue, pour leur permettre de pénétrer plus facilement dans le sable. Deux chaînes en fér, partant de chaque bout de la hérse, viendront s’accrocher à un câble qui peut être, tiré d’un bateau amarré à une distance égale à la longueur de la coupure que l’on veut obtenir dans le banc de sablé.
- Quand on fera tourner le cabestan de ce bateau, la herse s’avancera, chaque dent raclera le banc de sable et y tracera une petite ornière.
- Au-dessus de la rangée inférieure, où sont les dents de la herse, le tore sera percé de deux rangées de trous semblables à ceux dont il a été question pour le cadre. '
- Je ferai remarquer que céite drague, reposant sur îe banc de sable, est complètement indépendante du mouvement de la marée et des vagues.
- Un deuxième bateau est placé au-dessus de la herse. Il est disposé comme ceux qüé j’ai décrits plus haut, c’est-à-dire qu’il est muni de deux cordes qui peuvent soutenir la herse suspendue aussi près que possible de sori centre dé gravité.
- LèS cordes passent sur des poulies dé chaque côté dü bateau. Au moyen de contre-poids, elles sont tenues dans ùh état de tension suffisante pour maintenir le bateau au-dessus de la herse, tout en lui permettant d’obéir aux flots ét à la marée.
- Le bateau a une pompe à vapeur refoulant de l’eau dans un récipient, à la pression convenable. De ce récipient part un tuyau flexible en caoutchouc ou en toile, qui vient s’ajuster à la tubulure par un joint à brides.
- En ouvrant la communication du tuyau flexible avec le récipient, l’eau descendra âvec forcé dans là herse j elle en sortira par les petits troüs percés dans la partie inférieure. Le sable sera déplacé tout autour de là dragué et chassé avec une intensité et une portée proportionnelles à la charge dè l’eàii dans le récipient. Les socs de la
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- charrue étant eux-mêmes percés de trous, la herse ne rencontrera aucune résistance à s’avancer. Elle s’enfoncera dans le sable de la quantité qu’on veut obtenir, et qui sera réglée de la même manière que pour le cadre décrit, plus haut. Elle tracera ainsi un sillon de 10 mètres de largeur, et, si l’on veut, d’un mètre de profondeur à travers le banc de sable.
- Quand la herse sera arrivée au bout de sa course, on là soulèvera de nouveau au-dessous du bateau. Le câble de traction sera déroulé, le courant ramènera le bateau portant les pompes près du point de départ; mais il sera dirigé de manière à se placer, soit à droite, soit à gauche, à dix mètres de distance de la première position , afin de pouvoir creuser dans le sable uh nouveau fossé contigu âü précédent.
- On arrivera facilement, par fine sticôessiori dé manœuvres de ce genre, a faire disparaître le banc de sable de Dunkerque.
- Un Mémoire de M. Plocq (tome V de la 4® série des Annales des pûhts et chaussées, 1er semestre de 1863) donne un dessin de l’eiltrée de ce porta . Cette figure fait voir qu’entre les jetéés il y a dans le pdrt £m,50 et 3 mètres.de profondeur, et qu’il y avait encore lta,35 en moyenne sur le banc de sable èn 1863, à la mer basse de vive eau.
- D’après les renseignements qui viennent de m’être donnés sur l'état actuel des lieux, le banc de sable se serait notablement élevé par défaut des chasses que l’on a été obligé de suspendre depuis quelques années.
- L’entrée du port ne serait pas loin de revenir au triste état où elle était en 1851, lorsque la courbe de niveau, d’un mètre de profondeur, s’étendait à plus de 400 mètres au delà des jetées.
- Il y a donc nécessité de remédier de suite à ce fâcheux état, sans attendre que M. Plocq ait terminé les grands ouvrages qu’il a projetés, et dont l’efficacité ne pourra que s’accroître, comme il l’a reconnu lui-même, par les procédés dont je viens de donner la description.
- On peut faire confectionner à bon marché chacun des deux appareils et les essayer successivement, afin de voir quel est le meilleur.
- Si la Société des Ingénieurs civils estime que la question mérite d’être sérieusement étudiée, j’ai toute raison de croire que les négociants de Dunkerque, les membres du conseil général et les députés du Nord obtiendront de M. le Ministre des travaux publics les fonds rîécessaires pour ces expériences, et une invitation adressée à M. Plocq de les entreprendre, en lui laissant le soin d’en déterminer d’une manière rigoureuse, les proportions et la dépense.
- M. le Président pense que le procédé aura bieii l’effet de désagrégation èherché; mais il croit qu’il ne doit être considéré que comme un auxiliaire des, moyens puissants qui doivent être employés pour enlever des masses considérables de sable, c’èst-à-dire comme un agent préparateur de l’action des chasses ou des effets d’approfondissement déterminés par les éourânts de marée dans des canaux ou rivières endiguées.
- le Président estime d’ailleurs' que, pour compléter la question, il y aurait encore lieu de savoir quelle serait la dépense s’il s’agissait de mettre en mouvement des cubés considérables de Sable par une désagrégation pour ainsi dire moléculaire. Cette question de désensablement des ports et rivières est très-importante; elle préoccupe vivement ies ingénieurs; elle intéresse l’avenir des fleuves qui, comme la Gironde et là Loire, s’ensablent continuellement. Ôn ne peut, en effet, endiguer ces
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- rivières parallèlement à leur axe longitudinal, à cause des intérêts riverains qui seraient sérieusement lésés par un rétrécissement du lit; on a essayé le système d’épis perpendiculaires à Taxe du fleuve, qui, placés de distance en distance, forment des chambres où le remous qui se produit derrière ces obstacles vient déposer les sables entraînés par le courant qui s’établit dans la partie du lit rétréci. Mais tous ces moyens ont été jusqu’à ce jour impuissants ou trop dispendieux, à ce point que l’on s’est demandé s’il ne vaudrait pas mieux faire des canaux latéraux aux fleuves que d’essayer de les désensabler. Il serait donc très-intéressant d’avoir un procédé qui fût à la fois certain et économique.
- M. Bergeron fait observer que les chasses ayant cessé, le- port s’est ensablé par couches minces. Aujourd’hui, il s’agit d’enlever 60,000 mètres cubes, et il croit que son procédé permettrait de les ôter en deux mois.
- M. Lavalley estime que le système de M. Bergeron est un agitateur. Un courant tend à raviner le fond, surtout lorsqu’il est composé de matières tenues. A Honfleur, au moment des chasses, des ouvriers descendent dans le chenal et divisent la vase, qui est alors entraînée plus facilement par le courant.
- A Dunkerque, c’est l’effet qu’il faut produire, et le courant parallèle au rivage sera probablement assez fort pour balayer le sable divisé. Une fois l’enlèvement fait, l’entretien se fera par le procédé ordinaire des chasses, qui était suffisant autrefois.
- M. Dallot voit deux points dans la communication de M. Bergeron : 1° un appareil permanent fonctionnant périodiquement; et 2° une idée ingénieuse, paraissant pratique, pour parer à une difficulté actuelle.
- M. Bergeron donne communication d’un article d’un journal du Nord, dans lequel sont envisagés les moyens de sortir de la position critique du moment.
- M. J. Morandière désire rapporter un fait qui s’est passé récemment au port de Honfleur, et qui est en même temps une indication de l’action des courants dans certaines circonstances. 11 s’agissait de rétablir une passe envasée et découvrant à chaque marée, en se basant sur cette observation, qu’un courant rencontrant une rangée de pieux, placés à une distance convenable les uns des autres, produit un affouillement notable derrière ces pieux. Dans l’espèce, le peu de temps dont on disposait entre chaque marée ne permettait pas de déplacer et replacer les pieux, et l’ingénieur chargé du travail eut recéursàuneautre sorte d’obstacle. Des paniers solides à poissons furent attachés, par une corde assez courte, à une pierré reposant sur le sable. La pierre descendait en même temps que l’affouillement se produisait et maintenait le panier à bonne hauteur au-dessus du sol. La passe fut ainsi rétablie au bout d’un temps relativement très-court.
- M. le Président trouve que ce fait viendrait à l’appui des idées de M. Bergeron.
- M. Mallet croit devoir rappeler le système de dévasement qui a été appliqué, dès 1859, au bassin de Saint-Nazaire, par M. Leferme, ingénieur des ponts et chaussées, système fondé sur le pompage des vases semi-fluides, et qui a fonctionné sur une grande échelle, puisque depuis cette date jusqu’en 1867, époque où a été publiée sur ce système une notice très-détaillée dans les Annales des ponts et chaussées, les trois bateaux pompeurs n’auraient pas enlevé moins de deux millions de mètres cubes de vase.
- Le système de pompage présente une certaine analogie avec le système proposé par M. Bergeron, en ce que tous deux partent de la mise en suspension des dépôts,
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- mais avec cette différence capitale qu'à Saint-Nazaire les pompes enlevaient directement les matières, tandis que M. Bergeron s’en remet à l’action des courants pour les emporter au large.
- M. Mallet insiste sur un point essentiel, c’est que le système de pompage réussit parfaitement sur les vases fraîchement déposées, tandis qu’il se montre absolument rebelle en présence des vases anciennes ou mélangées de sables. Le point est acquis non-seulement par l’expérience de Saint-Nazaire, mais encore par divers autres essais, et entre autres par ceux qui ont été faits aux colonies hollandaises des Indes orientales, où un bateau pompeur de vase avait été envoyé en 1861 ; et on s’explique facilement pourquoi, malgré des premiers succès bien constatés, ce système ne s’est pas répandu.
- M. Gillot rappelle les résultats remarquables de la baie du mont Saint-Michel,, où, grâce à des endiguements, trois rivières se sont fait des chenaux spéciaux, et les terrains qu’elles inondaient autrefois ont été donnés à l’agriculture.
- M. Brull désirerait savoir si M. Bergeron a fait des essais sur son idée ingénieuse; s’il s’est rendu compte de la vitesse de la pénétration, des quantités d’eau nécessaires et des dépenses à faire.
- M. Bergeron n'a pas fait d’expériences; mais il pense qu’en présence des faits connus de l’enfoncement des tubes par le vide, ou inversement par compression de l’eau, l’efficacité du procédé et sa promptitude ne peuvent être mis en doute. Les dépenses d’exploitation, à première vue, paraissent devoir être faibles, car il s’agit de comprimer de l’eau pendant quelques heures, le courant devant se charger ensuite de l’enlèvement du sable.
- M. Lavalley rapporte que dans le Nil, lorsque la partie grossière du limon est déposée, l’eau, très-trouble encore, ne laisse aucun dépôt quand elle a une vitesse de 0m,50 à la seconde ; il est donc probable que le courant de Dunkerque, faisant im,80 à la seconde, entraînera le sable divisé et le tiendra en suspension sans le laisser déposer. Il serait facile de faire une expérience pour s’en rendre compte.
- M. Brull estime que ces sortes d’expériences seraient peu coûteuses à faire, et n’auraient pas besoin d’être faites en grand. Récemment, M. Alfred jDurand-Claye, ingénieur des ponts et chaussées, a fait des expériences d’une nature analogue pour rechercher l’influence de la forme des obstacles, piles de ponts, etc., sur les affouil-lements produits par un courant d’une vitesse donnée. L’expérimentation s’est faite dans un canal de 0m,80 de largeur environ, avec des piles de 20 à 40 centimètres de largeur, et les effets ont pu être très-fidèlement observés. Une publication technique a d’ailleurs rendu compte de ces essais.
- M. le Président remercie M. Bergeron de cette communication, à laquelle la Sbciété a pris, comme la discussion le montre, le plus grand intérêt, et il pense que les idées exprimées pourront exercer une influence favorable sur la décision à intervenir au sujettes expériences que M. Bergeron voudrait voir entreprendre.
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- Séance dis 15 Mai 1874.
- Présidence de M. Félix Mathias, Vice-Président.
- La séance est ouverte à huit heures et demie du soir.
- Le procès-verbal de la séance du 1er mai est adopté.
- M. le Président informe la Société du décès de M. Belanger, ancien professeur à l’École centrale, membre honoraire de la Société , et de M. O’Brien, membre de la Société.
- M. Marché donne communication d’une Note sur les Caisses de retraite instituées par' les Compagnies de chemin ge fer.
- Toutes les grandes Compagnies françaises §e sont préoccupées d assurer à ceux de leurs agents, qui ont rempli certaines conditions d’âge et de temps de service, une pension viagère représentant une fraction plus ou moins grande du traitement , moyen qu’ils ont perçu pendant les dernières années de leur présence.
- Le capital de cette pension est, en général, constitué à l’aide de retenues faites aux agents sur leur traitement et d’une dotation annuelle effectuée par la Compagnie.
- Les Caisses de retraite instituées par les Compagnies diffèrent non-seulement par les conditions à remplir pour donner droit à la retraite, par le taux des retenues et des versements, le montant de la pension, etc., mais encore par leur système général de fonctionnement, par les mesures prises pour constituer les ressources nécessaires.
- Il y a plus, chacune des Compagnies a plusieurs fois modifié l’organisation de sa Caisse de retraites et il en est plusieurs qui étudient encore actuellement la révision de leur règlement ; la question n’est donc pas encore complètement résolue et cette situation donne un certain intérêt à l’examen comparatif des stipulations en vigueur.
- M. Marché établit d’abord les formules générales qui peuvent servir de base à l’étude comparative des données adoptées par chacune des Compagnies.
- Si on désigne par 6 le traitement annuel moyen d’un agent en supposant ce traitement constant pendant toute la durée de son service, par q le faux pour cent de ce traitement qui est versé annuellement à la Caisse de retraites par l’agent et par la Compagnie; par f,le taux de l’intérêt et par n le nombre d’années pendant lequel les versements sont effectués, on trouve que le capital constitué par un versement
- annuel de 7^- 6 est :
- 100
- f! (l-f.f)n-l 100 t
- On voit que, par rapport au traitement moyen annuel 0, le capital constitué est
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- d’autant plus élevé que le taux des versements, celui de l’intérêt et le nombre d’an* nées de service sont plus considérables.
- D'autre part, étant donné le capital C, le taux de la pension viagère qu’il permet de constituer dépendra de l’âge de l’ayant droit à la retraite et sera basé sur la durée probable de son existence calculée d'après les tables de mortalité.
- Le taux de la pension viagère est donc
- m=kç
- et le coefficient k variant selon l’âge du retraité sera, par exemple, si on prend, comme au chemin de fer de PEst, les tarifs de la Compagnie d’assurances « la Gé-
- nérale » pour type :
- Pour un agent âgé de quarante-cinq ans.......... 0,07
- — cinquante ans.......... ' 0,07 8
- — cinquante-cinq ans. 0,08 75
- — soixante ans............. . , . 0,09 86
- — soixante-cinq ans. 0,1Ï
- En partant de ces données, on peut se rendre compte des conditions dans lesquelles serait placé un employé, si, en dehors de toute Caisse de retraites organisée, il avait à se constituer, par son épargne personnelle et en se chargeant lui-même du placement de cette épargne, une pension déterminée :
- Si, par exemple, un agent entrant au service d’une Compagnie à l’âge de vingt-cinq ans et la quittant à l’âge de 50 ans, après vingt-cinq ans de service (ce sont là des conditions moyennes), avait épargné annuellement a 0/0 de son traitement 0, supposé constant, il se serait constitué, pour le moment où il cesse son travail, un capital
- „ a.0 (lXt)25— 1
- L“100 t ‘
- Supposons t = 0,05, et nous trouverons
- C = 0.516 a.0.
- Et ce capital lui permettra, à l’âge de cinquante ans, dé se constituer une pen« sion viagère : . .
- m = 0,07 8 X 0,516 a.0 = 0,04025 q.ô;
- et si, enfin, nous supposons que l’agent considéré désire jouir aü moment où il prend sa retraite d’une pension viagère égale à la moitié du traitement moyen qu'il a perçu pendant la durée de son service, on aura :
- d’où l’on tire : ou
- m = 0,500 0 = 0,040.25 q.0 j 0,500 . a~ 0,04025 a =12,5.
- Ainsi, l’employé livré à lui-même et se chargeant seul de s’assurer son avenir devrait épargner annuellement 12,5 0/0 de son traitement pour se constituer, à l’âge de cinquante ans, après vingt-cinq ans de service et d’épargne, une pension viagère égale à la moitié de son traitement moyen.
- Ce chiffre montre la nécessité de l’intervention des Compagnies, et si on en rapproche le taux des retenues et des versements, stipulés dans les règlements des
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- Caisses instituées, et qui varie, pour les deux éléments réunis, de 4 à 8 0/0, il démontre en outre la nécessité d’accroître les ressources de ces Caisses par des mesures spéciales.
- Ces mesures consistent en général à reculer au delà de cinquante ans la limite d’âge auquel la retraite est liquidée, à augmenter le temps de service, à effectuer et à accroître le fonds destiné à constituer les retraites des agents qui y ont droit à l’aide de tout ou partie des versements faits pour ceux des agents qui, par démission, révocation ou décès, viennent à perdre les droits à la retraite.
- M. Marché, après ces considérations préliminaires, examine successivement les règlements adoptés par les Compagnies du Nord, de l’Ouest, du Midi, de Lyon et de l’Est.
- Au Nord, à proprement parler, il n’existe pas une Caisse de retraites : « Une re-« tenue de 3 0/0, obligatoire pour les employés commissionnés, appointés à l'année, « facultative pour les ouvriers payés à la journée, est effectuée tous les mois sur «. les appointements et salaires.
- « Le montant de cette retenue, qui appartient en propre à l’agent qui l’a subie, « est versé tous les trois mois, à son compte personnel, à la Caisse de retraites'pour « la vieillesse, à l’effet de lui constituer une pension viagère, à partir de l’âge de « cinquante ans.
- « Les versements sont effectués, soit à fonds perdus, soit à capital réservé, au « choix de chaque agent, conformément aux règlements de la Caisse de retraites « pour la vieillesse. »
- (Art. 1er du règlement d’avril 1868.)
- La Compagnie n’est ici qu’un intermédiaire entre la Caisse de retraites pour la vieillesse (gérée par l’État) et son personnel qu’elle oblige à avoir recours à celte Caisse; elle perçoit l’épargne des agents et la transmet à la Caisse de la vieillesse en laissant ces agents personnellement propriétaires du montant de leurs retenues et des intérêts accumulés, qu’ils restent ou non ultérieurement au service de la Compagnie. . .
- En dehors de cette opération, la Compagnie fait liquider des pensions viagères indépendantes de celles acquises par les versements du personnel et établies sur les bases suivantes :
- « 1° Pour le personnel commissionné, la pension est de un'quatre-vingtième du « traitement moyen des six dernières années pour chaque année de service accom-« plie sans interruption.
- « 2° Pour les ouvriers à la journée, qui se sont soumis à la retenue spécifiée à « l’article premier, la pension est égale à la rente acquise à la Caisse de retraites « pour la vieillesse, au moyen de cette retenue, etc., etc. »
- (Art. 7 du règlement.)
- Il n’y a donc pas, nous le répétons, une Caisse de retraites ayant une existence et un fonctionnement particuliers; il y a, d’une part, l’obligation pour les employés de s’assurer à la Caisse de la vieillesse par l’intermédiaire de la Compagnie, et de l’autre, des pensions de retraite, d’une valeur fixée à l’avance, octroyées par la Compagnie, motu proprio, celle-ci faisant face aux charges qui en résultent, comme elle l’entend.
- Aussi le règlement des pensions de retraite du Nord ne renferme aucune stipulation, quant à la manière dont la Compagnie réalisera et gérera les ressources qui
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- lui sont nécessaires pour constituer, à l’époque voulue, la pension dont elle a pris la charge.
- On sait par les comptes rendus de la Compagnie que, pour satisfaire à ses engagements, elle a constitué un fonds de dotation qu’elle gère elle-même et qu’elle alimente actuellement par un versement annuel égal au montant total des retenues faites aux employés, soit 3 0/0 du traitement total annuel du personnel.
- Ce fonds de dotation, géré par la Compagnie, fructifie par l’accumulation des intérêts et par l’effet des radiations des employés démissionnaires, révoqués, etc., qui restent bien possesseurs du montant de leurs retenues personnelles, mais n'ont aucun droit sur le fonds de dotation.
- Les conditions à remplir pour avoir droit à la retraite sont, au Nord :
- 1° Cinquante ans d’âge;
- 2° L’agent doit compter vingt-cinq ans de service, au moins, en qualité d’employé du service sédentaire et vingt ans dans le service actif. Les pensions des employés du service actif, admis à la retraite après vingt ans, mais avant vingt-cinq ans de service, sont liquidées sur le pied de vingt-cinq ans de service.
- A la Compagnie de l’Ouest, l’article premier du règlement (juillet 1869) formule qu’il est institué une Caisse de retraites dont le fonds est formé :
- 1° Par les valeurs au crédit de la Caisse précédemment instituée;
- 2° Par les retenues opérées sur les traitements fixes des employés, à savoir : 4 0/0 du traitement (retenue faite mensuellement) et le premier douzième de toute augmentation de traitement ;
- 3° Par une dotation de la Compagnie, dont le montant, égal aux retenues indiquées ci-dessus, est versé aux mêmes époques;
- 4° et 5° Par les dons, les amendes et le produit du placement des fonds de la Caisse.
- Mais, aux termes de l’article 3, le montant des retenues, lesquelles appartiennent en propre aux employés qui les ont subies, est versé tous les trois mois à la Caisse de la vieillesse, dans les mêmes conditions qu’à la Compagnie du Nord.
- Ces sommes n’entrent donc dans la Caisse de retraites que pour en ressortir aussitôt, ou pour mieux dire elles n’y entrent pas,, et les choses se passent comme au Nord : la Caisse n’a, en réalité, à réaliser et à gérer que les fonds provenant de la dotation de la Compagnie.
- J1 y a seulement cette différence que la quotité, le placement et l’emploi des fonds de cette dotation sont réglementés.
- La Compagnie assure à l’agent remplissant les conditions d’âge et de service une pension totale égale à la moitié de son traitement moyen des six dernières années, y compris la pension acquise à l’employé par ses retenues versées à la Caisse de la vieillesse. C’est donc la différence, entre la moitié du traitement moyen et la pension produite par les retenues de l’agent, que la Compagnie garantit et qu’elle assurera à l’aide de son fonds de dotation.
- Pour avoir droit à la retraite, les conditions à remplir sont :
- Pour les agents du service des trains, cinquante-cinq ans d’âge et vingt-cinq ans de service ;
- Pour les agents du service ordinaire, soixante ans d’âge et trente ans de service.
- M. Marché fait remarquer que si la Compagnie de l’Ouest assure une pension de
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- retraite supérieure à celle que les agents de la Cotiipâgnie du Nord peuvent obtenir, dans les conditions moyennes, ellle exige une retenue plus élevée, recule l’âge du retraité de cinquante à cinquante-cinq et soixante ans, et demandé cinq ans de service de plus.
- Les Compagnies du Midi et de Lyon ont institué, dans toute l’acception du terme, une Caisse de retraites, recevant à la fois les retendes dès employés et les verse» ments dé la Compagnie qui font dans la Caisse màsse commune. il n’y a plus intervention de la Caisse de la vieillesse.
- "Au Midi, le fonds est constitué :
- 1° Par une retenue de 3 0/0 sur les traitements et salaires, et la retenue du premier mois, sur toute augmentation de traitement;
- 2° Par le versement fait chaque mois par la Compagnie d’ühe somme égale au Tiébs du total des retenues opérées sur les agents.
- Au chemin de Lyon, la retenue au personnel est de 4 pour 100 et la participation de la Compagnie de 3 pour 100, sur les trois quarts des retenues opérées sur les agents.
- L’art. 4 du règlement du Midi porte que les retenues et lèS versements de la Compagnie forment le fonds nécessaire pour servir les pensions acquises aux employés au moment de leur mise à la retraite > et l’arL 5 dit qüë l’agent âgé de 53 ans et 25 ans de service a droit à une pension égale à la moitié de son traitement moyen des six dernières années de service; Le principe de la garantie de la Compagnie n’est pas inscrit dans le règlement.
- Qu’arriverait-il alors si la somme en caisse ne formait pâs, à un moment donné, les fonds nécessaires à la constitution des pensions dont le chiffre est déterminé à l’avânce?
- Faut-il penser que la Compagnie a calculé le taux des retenues et des versements de manière à être certaine de toujours fournir les fonds nécessaires? Il est permis d’en douter, surtout en présence de là faible part fournie parla Compagnie, qui n’est que le tiers de celle versée par les employés.
- Il faut remarquer qu’aii Midi et au Lyon, les retenues faites aux employés ne restent pas, comme an Nord et à l’Ouest, leur propriété individuelle; elles sont acquises (sauf quelques cas particuliers] à la caisse des retraites du jour où elles sont opérées. « AuCùn employé quittant la Compagnie, » dit le règlement du Midi, par démission, révocation, etc., n’a droit au remboursement des retenues.
- Le fonds commun bénéficie donc, du fait des radiations, non-seulement, comme au Nord et à l’Ouest, de la part versée pour les agents rayés par la Compagnie, mais encore des retenues elles-mêmes et de leur produit par Laccumulation des intérêts.
- C’êst là le caractère distinctif de l’organisation des caisses du Midi et du Lyon, et C’est grâce aux bénéfices résultant de ces mesures que ces Compagnies ont pu réduire leur part de versement à un taux inférieur à celui des retenues, tout en assurant une pension dont ie montant est fixé à l’avance.
- Enfin, la Compagnie de l’Est a constitué également une caisse de retraites alimentée par la retenue faite aüx agents et les versements de la Compagnie, formant une masse commune gérée par la Compagnie; les retenues sont également acquises à la caisse du jour où elles sont effectuées, mais cette caisse diffère des deux précédentes en ce que le versement de la Compagnie est égal à la retenue, soit 2 pour 100 du traitement pdr chàêühé des dêùi pâftiës, et eh cè qiié le frmnfânt delà pension de fètrâite n’est.
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- point fixé à l’avance, mais déterminé d’après le montant des fonds én câisSë au-moment de la liquidation de cette pension.
- Les art. 6, 7 et 12 du règlement de l’Est fixent ainsi les règles à suivre pour déterminer le montant de la pension de retraite :
- « Il sera tenu un état nominatif des employés indiquant : ï6 lâ durée des services « de chacun d’eux, son âge et la somme des traitements qu’il aura reçus depuis son « entrée à la Compagnie ; 2° le total des traitements payés depuis leur entrée à tôuS « les employés encore en fonctions.
- « L’évaluation du capital d'une retraite s’obtiendra én multipliant la.valeur du fonds « en caisse au jour de la liquidation de la retraite par la sommé des traitements de « l’employé qui se retire, et en divisant le produit par la somme des traitements reçus « par tout le personnel en fonctions à la même époque.
- « Le capital représentatif de la retraite sera employé par la Compagnie à là Côn-« stitution d’une rente viagère immédiate ou différée, sur üriè ou plusieurs têtes, « d’après les tarifs et règlements de la Compagnie d’assurances sur là vie là « Générale. »
- Soit F le fonds en caisse au moment où un employé, âgé de 5Ô ans ét avant 25 ans de service, a droit à la retraite.
- Soit 2t le total des traitements annuels qu’il a perçus pendant ses 2o ans de service.
- Soit enfin 2 T la somme des traitements reçus par tout lé personnel ên fonctions.
- On pose ce principe que le fonds en caisse constitue la propriété collective de tous les employés restés au service de la Compagnie, et que chacun d’eux y à droit lorsqu’il prend sa retraite, en raison de la manière dont il a participé à sa formation, c’est-à-dire au prorata de ses versements ou, ce qui revient au même, du montant des traitements soumis à la retenue.
- On a donc, en désignant par C le capital de la retraite de l’employé considéré :
- C_ _ 21
- F _ 2Ï”
- d’où
- F ^ 2* C — ST’
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- telle est la formule du calcul indiqué plus haut.
- En principe donc, le chiffre de la pension n’est pas ici fixé à l’avance, et dépend du montant des fonds en caisse et de la quotité des versements effectués par le për-sonnel et par la Compagnie; il ne saurait donc y avoir d’insuffisance exigeant îa garantie préalable de la Compagnie, dont les charges se trouvent ainsi limitées aux versements qu’elle a faits.
- Nous disons en principe parce qu’il n’en serait ainsi que lorsque la caisse aurait atteint sa période de fonctionnement normal, après 20 ou 25 ans, lorsque toutes les pensions à liquider concerneraient des employés ayant concouru à la formation du fonds en caisse, pendant la totalité de leur service, sous le régime du règlement actuel.
- Pratiquement, il n’en a pas été ainsi. Le règlement considéré ést du 1er janvier 4862, et à cette époque la Compagnie, avait en service un grand nombre d’employés dont il a fallu liquider la retraite dès les premières années de fonctionnement du nouveau système. Les pensions résultant de l’application des règles précédentes
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- ont été insuffisantes, et la Compagnie a dû, par des dispositions spéciales, prendre à sa charge le complément nécessaire pour assurer une pension d’un taux déterminé, variant du tiers à la moitié du traitement moyen.
- Il y a lieu de croire que les charges résultant pour la Compagnie de cette intervention sont devenues considérables, car elle se préoccupe de modifier le règlement actuel en se rapprochant des conditions et du taux de retenues de la Compagnie de l’Ouest.
- M. Marché ne parle pas dans cette comparaison de la Compagnie d’Orléans, qui n’a pas institué de Caisse de retraites. La Compagnie d’Orléans fait participer ses employés dans les bénéfices de l’exploitation, et elle verse une partie de la somme attribuée dans la répartition à chaque employé, à la Caisse de la Vieillesse et à la Caisse d’épargne.
- Il n’est point fait de retenue sur les traitements, mais les ouvriers et les employés ont formé, sous le patronage de la Compagnie, une société de secours mutuels, qui reçoit leurs versements personnels.
- M. Courras ajoute que la Compagnie d’Orléans est celle qui fait le versement le plus considérable, ce versement atteignant 10 pour 0/0 du traitement de l’employé.
- M. Marché, résumant les caractères distinctifs des diverses combinaisons qu’il vient d’analyser, insiste sur les dispositions relatives aux retenues faites aux agents. Il pense que le mieux est, comme au Nord et à l’Ouest, de reconnaître aux employés leur droit entier et personnel à la propriété et au produit des retenues faites sur leur traitement.
- Il ajoute, en terminant, qu’on trouvera dans la note qu’il soumet à la Société, des détails complets sur toutes les autres questions qui se rapportent aux Caisses de retraites : situation des veuves et des enfants mineurs, conditions des pensions différées ou anticipées, effet des radiations, démissions, décès, etc., etc.
- M. le Président pense que le système des retenues « acquises » constitue un embarras pour les Compagnies, parce qu’il paralyse d’une certaine mesure leur liberté d’action quand il s’agit de congédier des agents.
- Or, les Compagnies ont intérêt à avoir un personnel actif et valide, et il ne faut pas qu’il puisse venir à l’esprit des employés qu’en leur retirant leur emploi avant l’âge de la retraite, la Compagnie veut bénéficier des retenues effectuées ; c’est pourquoi la Compagnie du Nord ne demande absolument rien à son personnel pour lui constituer des rentes viagères. Néanmoins, comme tout agent doit être son premier assureur, la Compagnie du Nord lui fait vérser une retenue de 3 pour 100 de ses appointements à la Caisse des retraites pour la vieillesse de l’État; mais la rente que procure cette retenue appartient à chaque employé en propre. Pour qu’un règlement de retraite puisse contribuer à fixer les agents, il faut qu’il indique nettement le taux de la pension de retraite.
- La formule ingénieuse de la Compagnie de l’Est, en particulier, laisse l’employé dans une grande incertitude sur la situation qui lui est réservée.
- M. le Président ajoute qu’au Nord, il n’est, en général, rien ou presque rien fait pour la veuve. En cas de décès d’un agent en activité de service ayant rempli les conditions pour obtenir une pension, la Compagnie du Nord accorde bien à la veuve le tiers delà pension qui aurait été acquise au mari, mais si l’agent meurt après sa mise à la retraite, il n’est rien stipulé pour sa veuve. Il y a là une lacune à combler.
- M. Courras dit qu’à YOuest la pension de retraite est réversible par moitié sur la tête de la1 veuve.
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- M. Mabché ajoute qu’il en est de même au Lyon et au Midi. Quant à la Compagnie de l’Est, si le règlement ne fait pas mention de la veuve du retraité, c’est que, si le retraité est marié, la rente viagère peut être constituée sur deux têtes.
- M. Cornuault donne communication d’une Note sur les accidents de fourneaux aux États-Unis : -
- Presque tous les ingénieurs d’usines à fonte se sont trouvés aux prises avec des fourneaux dérangés dans leur allure, menaçant de s’engorger, etc.; mais il en est peu qui aient eu l’occasion, pendant leur carrière pratique, d’être témoins des divers genres d’accidents qui peuvent survenir à ces grands appareils.
- Ces accidents sont variés dans leurs causes comme dans leurs effets, et il en est parmi eux qui peuvent surprendre les métallurgistes les plus expérimentés.
- Les ingénieurs de nos usines françaises n’aiment pas, paraît-il, à publier le récit des événements de cette nature, car nos recueils techniques sont fort pauvres sur ce point. Aussi, croyons-nous intéressant de rapporter ici, d’après des notes disséminées dans des journaux techniques américains, un certain nombre d’accidents de hauts fourneaux, survenus aux États-Unis et plus spécialement en Pensylvanie l’année dernière.
- La ün de l’année 1872 et le commencement de 1873 ont en effet été marqués par une véritable épidémie de désastres pour les fourneaux américains : écroulements, engorgements, explosions, se sont succédé avec une inquiétante rapidité.
- Une des causes de ces accidents pourrait bien avoir été l’avidité des maîtres de forges américains à profiter de la période de hauts prix et de grande demande de la fonte. i
- Les hauts fourneaux ont été surmenés. *
- On a employé des charges excessives, enrichi outre mesure les lits de fusion ; on a forcé, enfin, la vitesse des fourneaux.
- Sans doute, les maîtres de forges ont dû faire de fort beaux bénéfices pendant cette période, mais il n’est cependant pas prouvé que ces fourneaux, qui ont eu à supporter de graves avaries, n’auraient pas, en somme, donné des résultats plus brillants si on les avait laissé fonctionner normalement et avec une production quotidienne un peu moindre.
- Des appareils qui ont éprouvé des accidents comme ceux dont nous parlons vieillissent avant le temps, et la construction d’un haut fourneau est aujourd’hui chose assez coûteuse pour qu’on ait avantage à le ménager.
- C’est dans le voisinage de Pittsburgh, l’un des centres sidérurgiques des Étatsr Unis, que se trouvent les divers hauts fourneaux dont nous allons raconter les épreuves.
- Écroulements.
- Le haut fourneau n° 1 de l’usine Isabella fut mis hors feu par suite de l’effondre-, ment de son appareil de chargement. Le Cup and cône s’est enfoncé dans le fourneau, le 13 décembre 1873, entraînant dans sa chute un ouvrier qui fut tué et causant de graves blessures à un autre ouvrier.
- L’accident est dû à l’écroulement du briquetage qui supportait la coupe, et l’érosion de la paroi de la cuve, produite par la chute de la charge, est certainement la cause de cet écroulement.
- Autrement, il semblerait difficile d’admettre qu’une érosion affaiblissant la paroi de la cuve ait pu se produire précisément à cette hauteur du fourneau sans que le
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- revêtement ne fût détérioré du haut en bas. Le fait est d’ailleurs Connu dés métallurgistes, et l’on a souvent pris des précautions spéciales à Cet égard, soit ëii construisant cette portlürt de la cüvë avec des briques particulièrement dures, soit en ajoutant un revêtement en tôle ou en fonte.
- La chute peut aussi être attribuée à l'insuffisante épaisseur de la maçonnerie réfractaire du haut de la cuve : lorsque le support portant le balancier auquel est suspendu le cône est placé trop près du bord de la coupe, tout le poids de la coupe, de la charge, etc., est appliqué sur une surface restreinte, et au point précisément où la maçonnerie est peu épaisse. Cette épaisseur se trouve trop faible pour soutenir des chocs fréquents et supporter lé poids considérable qui pèse sur elle.
- Une première amélioration, outre le soin à apporter dans la confection de la maçonnerie, consiste â éloigner davantage de l’axe du fourneau le support portant le balancier auquel est suspendu le cône; on petit encore introduire de fortes barres de fonte solidement encastrées dans la maçonnerie et formant une sorte de liaison entre les matériaux. Cette précaution est bonne, et le dommage êausé par la chuté de l’appareil de chargement est assez grand pour mériter l’emploi de moyens de précaution. L’isabella n’est pas d’àilleurs le seul des fourneaux de Pittsburgh à qui soit arrivée pareille mésaventure; untaccident tout semblable se produisit à l'usine « Soho » dans l’hiver de 1872.
- Infiltrations de fonte.
- Les deux hauts fdurrteàüxdë l’usirië « Mbëlla» ont ëü également dés avaries produites par suite de fuites au creuset : la fonte liquide pénétra jüsqtië dans les fondations. On employa le remède ordinaire en déblayant jusqu’aux carneaux dans la maçonnerie, et en y introduisant un coulis d’argile réfractaire et d’eau> de fàçon à solidifier d’abord la fonte dans lês flssürës, püis â lès remplir dë bas ën hailt.
- C’est également par suite d’une infiltration dé lâ fonte dans les galêriës des fort-dations qüë S’est produite fécèmffiént àüx fOfgëS dè Ghâtlllon êt Gomhiëhtry la terrible explosion dônt tous les joürnaüx Ont parlé. Trois ouvriers fdrertt grièvement blessés directement pdf la projection dés matériaux, tandis que trois dütfës tombant dans une dés galeries dii fournéâü, dOnt lé fêgdrü avait été déplacé par fexplôsidh, y trouvaient la mort.
- Engorgements.
- Le haut fourneau de l’usine Lucy, situé sur la rivière Alleghany, dans un faubourg de Pittsburgh, est un appareil moderne de 22m,50 de haut et de 6 mètres de diamètre au ventre. Il fonctionne très-bien dvec des minerais rendant environ 5,0 % et produisait par jour 70 à 75 tonnes de fonte.
- On avait en stock 500 tonnes du minerai « République », un des meilleurs du lac Supérieur, rendant plus de 68 %. au fourneau, minerai que l’on s’étaii procuré pour faire un essai de fortte à Bessemer.
- On le chargea seul et, d’après le rapport du fondeur Skelding, on ne put parvenir à faire une seule coulée; le fourneau s’engorgea depuis le creuset jusqu’au haut des étalages sur près de 7m,50 de hauteur. Malgré toutes les tentatives, il fut impossible de le sauver et il fallut bientôt entreprendre la tâche désagréable de le vider; on avait déjà déblayé l’ouvrage sur 2 ou 3 mètres de hauteur, lorsque Skelding demanda à l’un des directeurs présents de lui procurer un canon. On se procura un mortier à l’arsenal et on se mit à tirer à boulet, de bas en haut, contre le’loup qui remplissait le fourneau; un grand nombre de coupé furent ainsi tirés avec assez de
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- succès, chacun d’èux Misant tomber des fragments de la masse ; mais Celle-ci se trouvant pâteuse finit par retenir ët enfouir les boulets qu’on avait à sa disposition. Skelding mit alors daris le mortier une forte charge de poudre, puis remplissant le mortier de déchets de coton il plaça dessus Un mtifceaü de minerai dur pesant environ 2b kilogrammes.
- Cette charge extraordinaire produisit son effet : tout descendit à là fois, charge et boulets, et le fourneau Se' trouva enfin déblayé!
- L’auteur du récit ne dit pas que le procédé ait été breveté, de sorte qu’il est à la disposition dés amateurs.
- Explosions.
- Les explosions de gaz dans les hauts fourneaux sont assez fréquentes pour éveiller des craintes continuelles chez les directeurs de fourneaux, et d’autant plus que les dégâts causés sont ordinairement très-graves et qu’il y a souvent mort d’homme à déplorer.
- La température extrêmement élevée dans l’ouvrage des grands fourneaux modernes, l’énorme masse de matières contenue, la hauteur croissante du profil, telles sont les principales faisons qui augmentent les chances d’explosions de gaz; les grandes conduites de vent chaud de 40 cèntim'ètres et même 60 centimètres de diamètre, qui vont de l’appareil à air chaud aux tuyères, facilitent la pénétration des gaz depuis le fourneau jusqu’au régulateur et à la machine, où l’explosion a généralement lieu, bien que, dans quelques cas, elle se soit produite dans l’appareil à air chaud.
- Le 18 janvier 1873, une explosion terrible eut lieu au haut fourneau de Monti-cello; le bâtiment de là soufflerie fut détruit, la soufflerie elle-même très-èndom-magée, conduites de vent et régulateur sautèrent.
- Le chef fondeur avait quitté Son poste à minuit, tout allant bien, mais le mécanicien avait omis de signaler que l’éau manquait presque dans les réservoirs et que les pompes fonctionnaient mal. À trois heures ét demie l’eàu manqua complètement aux tuyères, qui se trouvèrent dès lors toutes brûléès en même temps, et laissèrent couler l’eau dans le fourneau. Une quantité énorme de gaz se produisit, et le second mécanicien ayant arrêté la machine, le gaz refoula par les bases et le porte-vent, jusque dans les appareils et le régulateur, où il fit explosion.
- Une explosion des plus graves eut également lieu aü fourneau dë Dunbar; voici, tout d’abord, quelques données sur cètte üsirië :
- Pendàht les douzé mois dé l’année 1873, lë iqiUt fourneau dë î)üribâf g produit plus de H 000 tonnés sur lesquelles il n’y a eu ni fouie blanche ni fonte traitée et à peine b % de fonte à grain fin ; Un tiers dé là prodUétion a été dé la fonte de moulage j et le resté dé la fonte grisé d’affinage.
- Le foujneau a 4m,80 de largeur au ventre et itte,b0 dé hauteur, ii est à gueulard fermé; le combustible consommé est le coke dè Cotinelsvillé; le minerai, un carbonate argileux crû èontenàht 3b à 40 °/0 de fer, mélange avec 1/10 à 1/b de minerai du lâc Supérieur et de scories ; la Consommation du cokê est de j bOO à 1 7b0 kilogrammes par tonne de fonte ; la température Soigneusement réglée de 450 à 480°; la pression ordinaire du vent est de 20 à 2b c. de mercure, mais elle atteint dans certains cas 40 et* 45 c. de mercure. .
- La marche do l’usine est des plus régulières et le fondeur dés plus soigneux.
- Ces éxcellentës conditions fürëfit brüsquêïhëfit interrompues par une épouvantable explosion de gaz, le 16 janvier 1874.
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- Une tuyère qui fuyait venait d’être retirée de l’embrasure de rustine lorsque le fondeur se prit à douter de la nouvelle tuyère et‘fit couler, à huit au lieu de neuf heures, comme d’habitude; la fonte coula chaude et fluide, c’était un n° 2 de moulage. Le fondeur faisait retirer la tuyère de rustine, quand se produisit une explosion d’une violence effrayante ébranlant tous les environs, comme l’aurait fait un tremblement de terre; le bruit de l’explosion fut distinctement entendu à une distance de 15 à 20 kilomètres. La disposition du réservoir et des conduites était celle-ci :
- Un réservoir de lm,50 de diamètre et de 22 mètres de longueur en excellente tôle de 4mm,5 d’épaisseur ; il communiquait d’un côté avec un tuyau de 0m,7b, conduisant aux appareils chauds, de l’autre avec des tuyaux de même dimension, conduisant, l’un à une nouvelle, l’autre à une vieille machine soufflante.
- Le réservoir éclata en morceaux, violemment tordus en tous sens ; des fragments furent lancés à plus de 400 mètres. Le toit de la halle de coulée fut roulé en m.asse informe et lancé dans un coin de la halle; d’étranges singularités se produisirent: le tuyau entre l’appareil à air chaud et le régulateur n’éprouva aucun dommage, pas un rivet ne fut même arraché ; tandis que tout ce qui resta du régulateur fut la tubulure par laquelle il communiquait avec ce tuyau.
- De même, entre le régulateur et les cylindres soufflants, une portion des tuyaux resta complètement intacte , tandis que les autres portions étaient violemment projetées.
- La force de l’explosion fut telle qu’en faisant sauter le tuyau relié à la nouvelle machine, les extrémités supérieures et inférieures du cylindre soufflant, pièces en fonte épaisse, furent arrachées, et le support du cylindre soufflant fut brisé.
- La machine se trouvait dès lors hors de service.
- Un homme fut tué sur le coup, décapité par un morceau du régulateur ; sa tête fut retrouvée à 15 mètres de son corps; deux autres furent blessés.
- Les conduites de vapeur et d’eau n’éprouvèrent aucune avarie ; la vieille machine seule était endommagée, et l’on avait sous la main des'tuyaux de rechange. En travaillant nuit et jour, on réussit à remettre en train au bout de trois jours seulement. Quelle avait été la cause de l’explosion?
- Jamais le fourneau n’avait été dans de meilleures conditions, son allure était parfaitement régulière, la tuyère dont on doutait ne fuyait pas, comme on le reconnut plus tard, et elle fut longtemps encore en service. Le gueulard était ouvert comme d’habitude, quand on arrête le vent; il y avait une valve sur chaque porte-vent et toutes avaient été fermées, sauf cependant celle de rustine. Le gaz doit donc avoir refoulé à travers cette ouverture (de 15 centimètres seulement) par les appareils à air chaud et les tuyaux de 0m,75 sans causer jusque-là d’avaries, puis, arrivé au régulateur, il aurait fait explosion.
- Ce refoulement du gaz par un tuyau d’un aussi petit diamètre, alors qu’il avait une issue de 3™,25 au gueulard, peut paraître singulier; cependant c’est la règle dans les fourneaux à l’anthracite, et on eut à le constater dans une explosion à peu près aussi désastreuse (que celle du haut fourneau de Dunbar et qui se produisit au fourneau de Bethlehem, dans le nord de la Pensylvanie. L’explosion eut pour cause, cette fois, une fuite de tuyère, ce qui est, comme on sait, la cause normale des explosions de gaz.
- Voici, selon le métallurgiste américain Acheson, les régies à suivre minutieusement pour éviter tout désastre :
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- 1° Avoir de bons fondeurs, capables de reconnaître si de l’eau est introduite dans le fourneau (c’est chose facile à un bon fondeur) et d’en faire arrêter immédiatement l’écoulement.
- 2°, Ne jamais manquer d’avoir un registre convenable susceptible d’être facilement et rapidement manœuvré dans la conduite principale d’air chaud, tout près et avant le point où sont les tubulures qui conduisent le vent chaud aux tuyères, et toujours fermer ce registre juste au moment où on arrête le vent, afin d’empêcher le retour du gaz du fourneau dans les conduites de vent. Quelquefois on met un papillon à chaque tuyère, mais un seul, placé dans la conduite principale, remplit mieux le but et est bien préférable pour fermer rapidement.
- 3° Ouvrir les regards des porte-vents par lesquels on dégage les tuyères encombrées aussitôt après que l’on a arrêté le vent; le plus sûr moyen est même d’ouvrir ces regards avant l’ârrêt du vent, aussitôt après on ferme le registre et le gaz du fourneau a dès lors libre issue par les regards, tandis que le passage dans les tuyaux de vent chaud lui est interdit.
- 4° Si le fourneau est à gueulard fermé, toujours avoir soin d’ouvrir l’appareil de chargement lorsqu’on arrête le vent, et le laisser ainsi jusqu’à ce que l’on recommence à souffler. Pour avoir toute sécurité à cet égard, on doit avoir une sonnette au gueulard, et placée de telle façon que le fondeur puisse avertir les chargeurs d’ouvrir le gueulard au moment où le mécanicien arrête la machine et où le vent cesse d’être introduit dans le fourneau.
- Il est donné lecture de la lettre suivante adressée par M. Bergeron :
- « Monsieur le Président,
- « J’ai l’honneur de vous exposer que les appareils dont j'ai donné la description à la dernière séance doivent avoir pour but, surtout de démontrer l’efficacité d’un système destiné à faire disparaître les dépôts de sable à l’entrée des morts de mer, au moyen d’une multitude de petites sources artificielles surgissant de tubes métalliques enfouis dans le sable, à la profondeur que l’on veut obtenir, au dessous des basses mers de vives eaux.
- « Au lieu de se borner à draguer ou à raboter la surface d’un banc de sable, il ser.ait bien préférable d’installer d’une manière définitive, à 4 ou 5 mètres de profondeur, et sur toute l’étendue d’un barrage que l’on voudrait‘faire disparaître, un véritable grillage en tuyaux percés de petits trous, dans lesquels on ferait arriver en abondance de l’eau soumise à une forte pression.
- « Ce grillage, à l’abri des vagues et des coups de mer, ne serait pas dérangé. On pourrait le faire fonctionner tous les jours, à n’importe quelle heure de la marée, en choisissant -toutefois les moments où les courants de flot ou de jusant sont les plus forts.
- « Je suis persuadé qu’un jour arrivera où tous les ports de mer seront munis d’appareils de ce genre.*
- « On donnera ainsi satisfaction au vœu de la Commission d’enquête instituée dans le département du Pas-de-Calais, à l’effet de donner son avis sur le Projet de Chemin de fer sous-marin entre la France et V Angleterre ; projet dont je m’occupe en ce moment, et sur lequel j’espère avoir bientôt l’honneur d’adresser une communication à la Société.
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- « Voici comment ce vœu est formulé :
- « La Commission,
- « Considérant que les villes du littoral ont des droits acquis qu’il importe de « respecter,
- « Considérant qu’il convient, de mettre la navigation des ports de ces villes en « état de soutenir la concurrence qui lui serait faite un jour par le chemin de fer ' « sous-marin,
- « Emet le vœu que l’État fasse exécuter, aussitôt que possible, les travaux néces-« saires pour rendre les ports de Boulogne et de Calais accessibles à toute heure de « marée, aux bâtiments d’un fort tonnage. »
- « Les ports de Boulogne et deÇalais pe sont malheureusement pas les seuls qu’on n’aborde qu’à marée haute et qui ne peuvent recevoir qu’exceptionnellement des navires d’un fort tonnage.
- « Tous les autres ports de la Manche, et même ceux de l’Océan, depuis Bayonne jusqu’à Dunkerque, sont dans le même pas, lorsqu’ils débouchent sur des plages de sable. Les difficultés que rencontrent les ingénieurs à les maintenir à la profondeur nécessaire, et à empêcher les sables d’en obstruer l’entrée, ont fait surgir de nombreux projets de nouveaux ports à construire en pleine mer, à une assez grande distance de la côte.
- « M. Dupuy de Lôme en a imaginé un à quelques kilomètres à l’ouest de Calais.
- « M. John Fowler, ingénieur du Metropolitan de Londres, a proposé celui d’Audrezelles, près du Cap Grisnez, et en a demandé la concession au Gouvernement français, après avoir obtenu du Gouvernement anglais celle d’un nouveau port près de Douvres.
- « M. Charles Liddell et M. Legros en ont projeté un autre au sud de Boulogne.
- « La ville de Dieppe est favorisée d’un projet semblable par un ingénieur anglais dont j’ai oublié Je nom.
- « Je ne vois pas ce que les villes du littoral de la Manche auraient à gagner, avec des ports ou des havres établis au large, loin des centres de population, que l’on ne pourrait aborder qu’au moyen de jetées, de digues ou d’estacades portant des voies ferrées destinées à transporter les voyageurs et les marchandises des bateaux à va-, peur dans les gares de chemins de fer ou réciproquement.
- « Les magasins, les docks, les entrepôts situés le long des quais ou dans l’intérieur des villes, n’en profiteraient nullement.
- fv « Les villes du littoral du Pas-de-Calais ont certainement autant de motifs pour redouter la concurrence des nouveaux ports projetés en dehors de leur enceinte, que celle du Chemin de fer sous-marin entre la France et l’Angleterre; elles doivent désirer surtout, comme la Commission d’enquête désignée plus haut en a exprimé le vœu, que « l’État fasse exécuter les travaux nécessaires, pour rendre les ports « actuels accessibles à toute heure de marée, aux navires d'un fort tonnage. ».
- « Je n’ai point à décrire les travaux proposés dans çe but depuis, longtemps par les" ingénieurs des ponts et chaussées chargés de l’entretien des ports de mer. Leurs projets sont déposés au Ministère des travaux publics, et le Gouvernement attend l’occasion d’être de nouveau assez riche pour en ordonner l’exécution et en payer la dépense.
- « En attendant, je crois avoir trouvé un moyen simple et économique de remédier à l’ensablement des ports.de mer; moyen qui peut être essayé immédiatement
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- et à peu de frais, et dont j’ai donné la description à la dernière réunion de la Société.
- « Avec les ingénieurs qui ont bien voulu formuler une opinion à ce sujet, je ne demande qu’une chose : c’est de voir' faire une expérience complète du système qui peut être tentée aussi bien sur les bords de la Seine que dans un port de mer.
- « C’est à Londres, sur les bords vaseux de la Tamise, que j’ai vu essayer pour la première fois le procédé Potts, employé par MM. Fox et Hendesson à la fondation des piles du pont de Rochester.
- « Pourquoi ne ferions-nous pas de même pour le procédé de désensablement à essayer, à Paris ou dans les environs ?
- cc II me semble que si nous parvenons à enlever facilement le sable des berges de la Seine, nous devons pouvoir en faire autant avec les sables des ports de la Manche qui sont plus fins et plus faciles à remuer.
- « M. Brull estime que çes sortes d’expérience sont peu coûteuses, et il cite l’exemple de M. A. Durand-Claye, ingénieur des ponts et chaussées, qui en a fait d’une nature analogue, pour rechercher l’influence de la forme des obstacles, pilotis, piles de ponts, barrages, etc., sur les affôuillements produits par un courant d’eau d’une vitesse déterminée.
- « Je me permettrai donc de faire appel à la Société des Ingénieurs civils et de prier quelques-uns de nos collègues de m’aider à entreprendre et mener à bonne fin des expériences propres à démontrer l’efficacité du procédé de désensablement que je propose.
- « Veuillez agréer, Monsieur le Président, etc., etp. »
- MM. d’Aquin, Brossard, de Cossigny, Crozet, Duluc, Escalle, Floucaud, Jourdan, Revy, Sanchez Blanco et Voisin ont été reçus membres sociétaires, et MM. Foucart et Gueldry membres àssociés. ' 1
- Séance du 5 «loin 1ST4.
- Présidence de ÎYt. Jorçan.
- La séance est ouverte à 8 heures et demie,
- Le procès-verbal dç la séance du 15 mai est adopté.
- M. le Président annonce qu’il a reçu de la Société de Géographie une lettre et des documents relatifs au Congrès international des Sciences ptéfigraphiflues qui se réunira à Paris, au printen^T|fê,ÿ?BnjST^®f^^ç^'soy le patronage d’un Comité d’honneur, composé de notabilités étrangères et françaises,
- Un Comité d’organisation, délégué par la Société de Géographie de paris, s’occupe plus particulièrement des détails que nécessite la réunion de ce Congrès.
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- Pour répondre aux divers besoins de l’œuvre, ce Comité se subdivise en cinq sections :
- 1» Scientifique; 2° d’Organisation; 3° de Publicité ; 4° d’Exposition ; 5° de Comptabilité.
- La section scientifique est partagée en sept groupes, répondant à la division scientifique adoptée pour le Congrès. Ce sont les groupes :
- 1° Mathématiques ; 2° Hydrographique; 3° Physique ; 4° Historique; 5° Économique; 6° Didactique; 7° des Voyages.
- Chaque groupe est spécialement chargé de ce qui se rapporte à l’admission, au classement et au développement des questions qui le concernent.
- Une liste des questions soumises au Congrès à chacun de ces groupes est déposée au siège de la Société, et les Sociétaires que cela intéresse pourront en prendre connaissance.
- M. Jules Morandière dépose sur le Bureau un exemplaire d’une Note, formant la première partie d’un travail qu’il a fait en collaboration avec M. Deghilage, sur les locomotives à l’Exposition de Vienne.
- Cette partie comprend les locomotives à quatre roues accouplées, au nombre de quinze, représentées à l’échelle de l/50e, dans leurs parties essentielles, chaudières, bâtis, roues, mécanisme, ressorts....
- Toutefois, les chaudières ne sont représentées qu’en vue extérieure, et des coupes seront données ultérieurement pour les chaudières qui diffèrent des types classiques.
- Les conditions d’établissement qui ne sont pas données par le dessin se trouvent, soit dans un tableau spécial, soit dans un texte explicatif.
- En tête de cette première partie, se trouve une note sommaire sur la répartition et l’emploi des divers types de locomotives en Allemagne et en Autriche. Une carte donne l’indication des principaux courants de trafics horizontaux ou verticaux.
- Quelques renseignements sont en outre donnés sur la vitesse des trains dans les diverses contrées de l’Europe centrale, ainsi que sur les principales données d’établissement de locomotives remarquables ne figurant pas à l’Exposition de Vienne.
- M. Grand a la parole pour sa communication sur le Bassin houiller des Asturies (Espagne). , ---------• •
- On estime généralement à i50 000 hectares la surface occupée par le terrain houiller en Espagne. La production annuelle des houillères ne dépasse cependant pas 5 à 600 000 tonnes, alors que, pour une même surface, la Belgique produit annuellement plus de 10 millions de tonnes de houille. Cette différence s’explique suffisamment par les conditions économiques spéciales et la situation industrielle particulière de chacun de ces deux pays ; mais on peut dire que le manque presque absolu de voies de communications faciles et rapides a été jusqu’ici l’un des principaux obstacles'au développement de l’exploitation houillère en Espagne. Cet obstacle tend aujourd’hui à disparaître, et le moment est proche où les principaux bassins houillers de la Péninsule se trouveront desservis par des voies ferrées qui les mettront en communication directe avec les centres de consommation.
- Pour ne parler que des plus importants,. M. Grand cite le bassin de Belmez et d’Espiel, en Andalousie, qui communique déjà aujourd’hui avec le chemin de fer de Ciudad-Réal à Badajoz, par l’embranchement de Belmez à Almorchon, embranchement qui doit venir également se relier à Cordoue, aux lignes de Séville et de Ma-
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- laga; le bassin de San Juan de las Abadesas, sur le versant, méridional des Pyrénées-Orientales, qu’une ligne ferrée, depuis longtemps projetée, doit réunir au chemin de fer de Barcelone à Gerone; au nord-ouest, enfin, celui des Asturies, que doit traverser la ligne de Léon à Gijon, actuellement en construction.
- A ces bassins, on pourrait ajouter encore les gisements importants de lignites de la Catalogne et de l’Aragon; ceux de la province de Teruel, notamment, qui s’étendent sur une surface de près de 20 lieues carrées et qui doivent être reliés' un jour à Saragossepar une ligne ferrée de 130 kilomètres environ.
- Le bassin du nord-ouest, par sa situation et son étendue, est sans contredit le plus remarquable de tous.
- Les renseignements que nous possédons sur cette contrée sont dus principalement aux excellents travaux de MM. Paillette et Schulz, dont une partie se trouve publiée dans le Bulletin de la Société géologique de 1844 à 1849.
- La description géologique de la province des Asturies, publiée par M. Schulz, est certainement un travail des plus remarquables et devient un guide indispensable pour tous ceux qui veulent étudier cette contrée. Dans les Notices de M. Paillette, nous trouvons également quelques renseignements intéressants, notamment un tableau de 50 analyses d’échantillons de houille provenant de diverses parties de la province, puis la description des principaux gisements de minerais de fer; l’analyse de quelques calcaires pouvant servir de fondant dans le traitement métallurgique; enfin, certaines indications sur les exploitations houillères de l’époque. Mais depuis ce temps l’exploitation s’est quelque peu étendue et il devenait intéressant de connaître exactement sa situation, au moment où l’ouverture de voies nouvelles de communications va permettre d’en étendre considérablement le champ.
- D’ailleurs les Mémoires de MM. Schulz et Paillette portent un caractère plus scientifique qu’industriel; M. Grand a pensé qu’il y avait place pour une étude faite à un point de vue plus pratique, et c’est dans ce but qu’il a rédigé le Mémoire qui fait l’objet de la présente communication.
- En jetant un coup d’œil sur la carte géologique de l’Espagne et du Portugal, on remarque que les terrains primitifs et dé transition y occupent à peu près la moitié de la Péninsule, s’étendant sous forme d’une large bande sur toute la partie occidentale.
- Le terrain carbonifère qui termine la série de terrains de transition se montre, au sud, sous forme de quelques lambeaux isolés dont le principal est celui qui renferme les bassins houillers de Belmez et d’Espiel ; au Nord, il apparaît sur une étendue beaucoup plus considérable occupant à la fois la moitié de i quatre provinces: celles”d’Oviedo et de Léon, à l’Ouest, de Santander et. de Palencia, à l’Est.
- 11 s’en faut malheureusement de beaucoup que sur cette étendue, qui ne comprend pas moins de 135 kilomètres de longueur dans le sens de l’Est à l’Ouest, le terrain carbonifère se présente avec tous les caractères du terrain houiller. Celui-ci ne couvre que des surfaces très-restreintes formant une série d’amas isolés, que l’on peut rapporter à trois groupes principaux :
- 1° A l’Est, celui de la Castille, situé dans la province de Palencia, et auquel apr partiennent les mines de Baruelo qui alimentent actuellement le chemin de fer du Nord de l’Espagne et le Gaz de Madrid ;
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- 2° Au Sud-Ouest, sur le revers méridional de la chaîne cantabrique, dans la province de Léon, celui de Sabero, qui a été particulièrement étudié par M. Cassiano de Prado ;
- 3° Au nord de ce dernier, et sur le revers septentrional de la même chaîne, le bassin des Asturies qui se compose, indépendamment d’un grand nombre de petits gisements secondaires, des deux bassins de Quiros et de Samci et Mières. Ce dernier, le plus important par son étendue, est celui qui va nous occuper.
- Le sol des Asturies est éminemment montagneux. La limite méridionale* de la province est formée par la chaîne cantabrique dont quelques sommets atteignent plus de 2 500 mètres de hauteur. De cette ligne de faîte jusqu’au rivage de la mer qui forme la limite septentrionale, s’étend une série de vallées profondes ne présentant pour la plupart aucun des caractères des vallées d’érosion et accusant par conséquent une stratification essentiellement tourmentée. La rapidité des pentes rend souvent l’accès des sommets fort difficile, et l’abondance de la végétation ne permet pas toujours de reconnaître facilement l’allure des couches, toujours fortement inclinées.
- Le relief actuel du sol n’est pas d’ailleurs le résultat d’un seul accident géologique; avant le soulèvement qui a façonné pour ainsi dire, en dernier lieu, le profil actuel de la chaîne pyrénéo-cantabrique, soulèvement qui a éLé reconnu postérieur au dépôt du terrain nummulitique^ plusieurs soulèvements antérieurs ont bouleversé le sol de la contrée , fractionnant en tous sens les couches superposées et donnant lieu à une complication qui en rend l’étude fort difficile aujourd’hui.
- D’après M. Schulz, le terrain carbonifère normal du centre des Asturies s’étend sur une surface de 33 lieues carrées, depuis le mont Aramo, jusqu’à la chaîne do Penamayor au Nord, et au Sud depuis les pics de Aguëria, au-dessus de Quiros, jusqu’au col de Vegaradci, dans la vallée d’Aller. Quoique composé dans toute cette partie des roches caractéristiques, grès, ardoises, poudingueset calcaires, qui seront décrites plus loin, il ne présente cependant pas sur toute son étendue une égale richesse en houille, et il convient de réduire à 16 lieues carrées la région réellement exploitable qui comprend les districts de Riosa, de Mières, de Tudela, de Langreo, de Sierù, de Nava, de Bimenes, de Rey-Aurelio, une partie de ceux de Laviana, d’Aller, de Lena et de Quiros.
- Toute cette région, située directement sur le versant septentrional de la chaîne Cantabrique, est parcourue par une série de vallées dont les principales sont au nombre de trois :
- 1° La vallée dé la Lena et du Caudal qui se dirigé à peu près,, suivant le méridien, de la Pola de Lena à Mières pour tourner ensuite à l’Ouest et sortir du bassin;
- 2° et 3° (iîü Nord et au Sud, les vallées du Nalon et de Y Aller, à peu près perpendiculaires à la précédente.
- A ces vallées principales il faut ajouter les vallées secondaires : du Rio Candin, au nord du bassin; puis, entre le Caudal et le Nalon, celles de San Juan et de Turon, perpendiculaires aux premières, et celles de Lada, de Sama et de Zamuno, perpendiculaires au second.
- Ces diverses vallées découpent le soi du bassin en une série de massifs plus ou
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- moins élevés, atteignant jusqu’à 8 et 900 mètres de hauteur, vers la partie méridionale à mesure que l’on se rapproche de la chaîne principale.»
- Le terrain houiller des Asturies est composé de quatre espèces de roches distinctes :
- 1° Le grés houiller, dont la composition parait assez complexe, mais dans laquelle dominent surtout le quartz et le mica. Il forme des bancs souvent très-puissants, présentant toutes les variétés de texture, depuis le grès dur, compacte, à cassure largement conchoïdale, jusqu’au grès schisteux servant de passage aux schistes proprement dits;
- 2° Les schistes plus ou moins feuilletés, quelquefois compactés, plus abondants dans la partie septentrionale du bassin et généralement délitables après une courte exposition à l’air atmosphérique.
- Les grès et les schistes contiennent fréquemment des empreintes Végétales parmi lesquelles dominent les calamites et les sigillariées. Le stigmaria ficoïdes sè rencontré également assez souvent. Ori ÿ trouve aussi quelques lëpidodendroiis,' et plus rarement des empreintes de fougères appartenant aux genres pecoptèfis et ne-vr opteris. Certaines couches dé grès schisteux et de schistes Contiennent, par exception, des fossiles marins. ' . ^
- 3° Le calcaire carbonifère, à texture compacte, a cassure conchoïdale, de couleur bleu grisâtre foncée, tirant quelquefois sur le noir et traversé de veines de calcaire' blanc cristallin. Ce calcaire forme des bancs généralement isolés au milieu des grès ou des schistes du terrain houiller. Il renferme presque toujours de nombreux débris de fossiles marins, parmi lesquels dominent particulièrement les spirifers, les productus et les débris d’entroques, comme on peut le voir par la collection qui se trouve exposée sous les yeux de la Société.
- 4° Les poudingues ou conglomérats siliceux et calcaires. Les premiers sont les plus importants et forment trois bancs ou groupes principaux :
- Le premier partant de Riosa, à l’ouest du bassin, se dirige par* Mières, Loredo et Tudela, jusqu’à Riano, à l’Est, à peu près parallèlement à sa limite septentrionale. Il se compose de plusieurs bancs distincts de poudingues alternant avec des couches de grès et quelques bancs de houille formant un massif dont l’épaisseur totale varie de 300 à I 000 mètres. Yers l’extrémité septentrionale de son affleurement on constate également la présence de quelques bancs de conglomérats calcaires alternant avec le poudingue siliceux.
- Le seqond partant du mont Ranero> à l’est de Pola de Lena, se dirige d’abord S. N. 30° Ë., coupe une pretnière fois la Lena, à Sanriello^ repasse ensuite sur la rive droite, au-dessus du confluent de l’Aller, remonte jusqu’aux environs de Mières pour tourner à l’Est et, après avoir traversé la vallée de San Juan> gagner la rive gauche du Nalon, au nord-ouest de Sama, en prenant la direction E. 10° N. à O. 10° S. Ce groupe de poudingues est divisé en deux bancs qui se suivent à peu de distance, séparés par une couche de grès renfermant quelques lits de houille.
- Un troisième massif de poudingue apparaît dans la vallée d’Aller, à l’est de Santa-Cruz. où les trois bancs superposés qui le composent viennent dessiner un grand arc de soulèvement, sur le versant septentrional de la vallée. *
- Ces poudingues sont formés de cailloux de quartzile roulés, dont la grosseur varie depuis celle d’une tête d’enfant jusqu’à celle d’un œuf de pigeon; le ciment qui les
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- relie est également siliceux, quelquefois plus ou moins ferrugineux. On remarque cette particularité que'certains de ces cailloux semblent avoir pénétré leurs voisins à la faveur d’un ramollissement momentané, dont la cause est restée jusqu’ici inexpliquée.
- Le calcaire carbonifère domine particulièrement dans toute la partie orientale de la province, où les couches de houille sont assez rares ; à mesure que la houille apparaît en plus grande abondance, on voit se développer également les couches aréna-cées et schisteuses ; mais, de même que l’on rencontre des couches de houille au milieu du calcaire carbonifère, ce dernier apparaît également jusque dans les parties les plus riches du bassin. Il est donc probable qu’il n’y a pas lieu de séparer ces dépôts houillers de l’étage du calcaire carbonifère, et qu’on doit les considérer comme antérieurs géologiquement à ceux du Nord et du Centre de la France, de la Belgique et de l’Angleterre. L’examen des fossiles marins, que l’on peut recueillir dans les grès et les schistes qui accompagnent certaines couches de houille, confirme cette hypothèse; ces fossiles, franchement carbonifères, ne laissent aucun doute sur la contemporanéité des divers dépôts qui constituent le terrain du centre des Asturies.
- L’inclinaison des couches, toujours très-forte, se maintient le plus généralement entre 60 et 70°; il n’est pas rare de la voir changer de sens plusieurs fois, sur une longueur de quelques kilomètres; de Santa-Cruz à Moreda, dans la vallée d’Aller, on peut compter sept variations successives; il en est de même en remontant la même vallée, à partir de Collanzo, et dans celle du Nalon, entre Sama de Langreo et Pola de Laviana.
- U est souvent difficile de saisir les relations qui existent entre les couches ainsi disloquées, dont on ne peut pas toujours suivre les ondulations, et qui ne sont peut-être souvent que les fragments, brisés et accolés les uns contre les autres, d’une même série de couches.
- Les variations de direction ne sont pas moins fréquentes, mais en écartant celles qui n’ont qu’une importance locale, on peut les ramener en général à deux directions principales; l’une, S. S. O. à N. N. E., caractérise particulièrement la partie méridionale du bassin; on la trouve dans les couches de la rive gauche de la Lena, entre cette rivière et le mont Aramo, dans les couches du mont Ranero et dans celles qui coupent la vallée d’Aller, entre Moreda et Pineres; on la retrouve enfin également à l’extrémité septentrionale, dans les couches de la vallée du Gandin qui se dirigent S. 10° O. à N. 10 E.
- Dans la vallée de Turon, Mi Virlet d’Aoust a signalé la direction O. 18° N. à E. 18° S. qui est celle du système des Pyrénées; à partir de la vallée de San Juan, domine, au contraire, d’une manière générale, la direction O. i0° S. à E. 10° N., qui est celle du premier massif de poudingues, au nord de Mières, et qui se constate également dans les grès cinabrifères de la Pena et dans toutes les couches qui viennent affleurer sur la rive gauche du Nalon, entre les vallées de Lada et de Zamuno.
- Il serait intéressant de pouvoir fixer l’épaisseur probable de la formation houillère et le nombre exact de couches de houilles distinctes que l’on serait en droit d’y compter; mais, jusqu’ici, les observations acquises sont insuffisantes pour pouvoir résoudre la question. On peut déduire de l’examen de certaines localités, où le parallélisme des couches se maintient sur une assez grande étendue (telles que la vallée
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- du Candin, la rive gauche du Nalon, aux environs de Sama, et enfin la vallée d’Aller, entre Moreda et Pineres), que l’épaisseur probable de la formation n’est pas inférieure à 2 ou 3 000 mètres. Mais il reste à savoir si les massifs, ainsi observés sur différents points du bassin, doivent être considérés comme indépendants, ou s’ils ne sont, au contraire, que le prolongement les uns des autres. La continuité de certaines couches, telles que les bancs de poudingue qui, du Ranero, se poursuivent sans interruption, jusqu’à l’entrée de la vallée du Candin, accompagnés sur tout leur parcours par des couches de houille et de schistes fossilifères faciles à reconnaître, est déjà un fait qui vient appuyer cette dernière hypothèse. Il est également probable que les couches de la partie septentrionale, qui se trouvent dans le voisinage du premier massif de poudingues, se poursuivent sans interruption sur toute la largeur du bassin. Il resterait donc à compléter ces quelques indications par des observations faites sur d’autres points.
- L’épaisseur des couches de houille est le plus généralement en raison inverse de leur nombre. Cette règle s’applique également au bassin des Asturies, où les couches, souvent très-nombreuses, ne dépassent généralement pas 1 à 2m,00. Quelques couches de 2m,50 à 3 mètres, exploitées dans la vallée du Candin, sont de véritables exceptions. Par contre, celles de 0m,30 et 0m,40 sont assez fréquentes, et l’on peut estimer la moyenne générale, de 0m,60 à 0m,70.
- L’inclinaison, parallèle à celle du terrain, est toujours comprise entre 60 et70 degrés.
- Les couches, distantes en moyenne de 50 à 60 mètres, forment généralement un certain nombre de groupes distincts. A la mine de la Mosquitera, dans la vallée du Candin, on compte vingt-trois couches, sur une longueur de 1 300 mètres, et dans la vallée d’Atler, gntre Moreda et Pineres, j’ai reconnu une quarantaine de couches, sur une étendue de 2 000 mètres environ. M. Virlet, dans la vallée de Turon, a signalé quatre-vingts couches distinctes, d’une épaisseur supérieure à 0m,40.
- La houille des Asturies est généralement grasse, collante, propre à la fabrication du coke et du gaz d’éclairage, mais toujours un peu légère.
- Voici, d’après les analyses d’Adrien Paillette, la composition moyenne de plusieurs échantillons de houille de diverses provenances :
- Coke pour 100. Cendres pour 100.
- Houille d’Olloniego 63.4 3.6
- — de Tudela. ........ 67.7 1.7
- — de Mières 63.9 2.4
- — de Lena 67.5 3.3
- — de Langreo 59.1 1.9
- — deSiero... '. 59.4 1.8
- On voit par ce tableau que les houilles de Sama sont moins avantageuses que celles du reste du bassin; elles sont également plus sulfureuses et contiennent, généralement, une plus forte proportion de schistes.
- Le rendement industriel des houilles de Sama, en coke, ne dépasse pas 50 0/0; à Mières, il atteint de 57 à 63 0/0.
- Appliquées à la fabrication du gaz, pour l’éclairage de la ville d’Oviedo, les houilles de Sama et de Mières donnent 18 à 20 mètres cubes de gaz, avant un pouvoir éclairant suffisant pour ne pas exiger l’addition du cannel coal.
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- L’exploitation de la houille a pris, jusqu’ici, son principal développement dans les vallées du Gandin et du Nalon, par suite de la construction de la ligne ferrée de Sama à Gijon. Néanmoins, les, exploitations réunies de Sa ma, Mières, Olloniego, etc., ne produisent pas actuellement plus de 350 000 tonnes annuelles. A l’exception de deux ou trois principales, ces exploitations n’ont qu'une importance excessivement restreinte.
- Les procédés d’exploitation sont d’ailleurs d’une grande simplicité que favorisent naturellement les conditions spéciales dans lesquelles se trouvent les couches de houille des Asturies. L’élévation des massifs entre les vallées permet d’exploiter en hauteur sans avoir besoin de recourir à des puits d’extraction ; de là, suppression complète de l’emploi des machines, tant pour l’extraction que pour l’épuisement. L’absence de grisou permet, en outre, l’usage des lampes ordinaires pour l’éclairage intérieur, et met les exploitants à l’abri des dangers auxquels on se trouve exposé dans la plupart des autres exploitations houillères.
- Par contre, il faut signaler la rareté de la main-d’œuvre, qui est un des princU paux obstacles au développement de l’exploitation. Les ouvriers abandonnent volontiers les travaux souterrains pour ceux de la campagne, à l’époque des recolles, et l’on peut dire qu’ils n’apportent pas dans le travail de la mine tout le soin et toute l’activité désirables.
- Un autre inconvénient, qui a son influence sur les conditions économiques de l’exploitation, c’est la fréquence des crains qui viennent interrompre momentanément les couches de houilles exploitées, 11 en résulte la nécessité, pour l’exploitant, d’avoir toujours en réserve un certain nombre de chantiers prêts à remplacer ceux qui, d’un moment à l’autre, peuvent venir à manquer.
- Voici, en quelques mots, comment s’effectue l’extraction :
- Les couches, venant le plus généralement couper obliquement l’axe de la yallée, sont recoupées par une galerie transversale, établie un peu au-dessus du niveau dp thalweg. Une seconde, puis une troisième galerie, percées au-dessus de la première) servent à diviser le massif en deux ou trois étages, de 30 à 40 mètres de hauteur. Des galeries en direction sont ensuite ouvertes dans le plan même des couches, de chaque côté des galeries transversales, et prolongées au fur et à mesure de l’avancement des tailles. La hauteur dp chaque étage est découpée en gradins de 2m,50 de hauteur, sur 2m,50 à 3 mètres de longueur. Chaque piqueur avance, dans sa journée, de 0m,90 à 1 mètre, sur toute la hauteur du gradin. La houille abattue, tombant par son propre poids dans les galeries inférieures, est recueillie dans des wagonnets traînés par des rouleurs qui les conduisent au jour par les galeries transversales. Des plans inclinés, établis à flanc de coteau, permettent dp descendre automatiquement les produits de l’extraction des galeries supérieures, jusqu’au niveau inférieur, où se trouvent les cribles et les laveurs.
- La proportion de menu dans la houille des Asturies est de 50 à 60 0/0. Elle s’élève quelquefois jusqu’à 90 0/0 et descend, d’autres fois, à 25 ou 30 0/0 seulement..
- La perte au lavage, pour les menus, varie de 20 à 30 0/0.
- En tenant compte de l’épaisseur moyenne des couches (0m,60 à 0m,70) et du travail effectué par les ouvriers piqueurs, on peut dire que le produit journalier de chacun d’eux ne dépasse pas 20 à 25 hectolitres, soit environ % tonnes. Dans ces conditions,
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- le prix de revient de la tonne se trouve compris entre les limites de 7 à 8 francs, que l’on peut décomposer comme il suit :
- Main-d’œuvre, à l’intérieur et à l’extérieur. ........... 4,50 à S fr.
- Fournitures diverses, bois, huile, poudre, outils divers, etc.. 4,50 à 2
- Frais généraux et entretien............................. 1,00 à 1
- 7,00 à 8 fr.
- Ce prix de revient incontestablement élevé, eu égard aux conditions spéciales dans lesquelles se trouvent les houillères des Asturies, pourrait être réduit par l’introduction de certaines améliorations dans le mode d’exploitation. La première condition à remplir serait de chercher à intéresser les ouvriers à leur travail, de les attacher, en quelque sorte, à l’entreprise par la construction de maisons d’habitation et la fondation de cantines.
- f?n ce qui concerne l’exploitation proprement dite, la substitution des chevaux aux hommes pour le roulage intérieur dans les galeries principales, l’emploi de laveurs mécaniques, aux lieu et place de laveurs à main, enfin l’introduction des machines à perforer, pour le percement des galeries, amèneraient certainement une économie sensible dans les frais d’extraction du charbon.
- Avant de passer àj’examen des voies et moyens de communication qui mettent le bassin des Asturies en rapport avec l’intérieur de l’Espagne et avec les pays étrangers, des gîtes métallifères qui lui sont subordonnés et des établissements métallurgiques qu’ils alimentent, M. Grand prie M. le Président de bien vouloir donner la parole à ceux des membres de la Société qui auraient à présenter quelques observations sur cette première partie de sa communication.
- M. Virlet d’Aoust, invité à assister à la séance , est d’accord avecM. Grand sur l’importance du bassin houiller des Asturies ; il a eu occasion d’examiner deux des concessions qui en font partie, et ses recherches lui ont fait reconnaître l’existence de 80 couches de houille exploitables, sur une superficie de 2 737 hectares, ce qui conduirait à admettre l’existence de 26b millions de tonnes de combustible. En appliquant ces données à l’ensemble du bassin houiller, dont la superficie est de 33 lieues carrées géographiques, même en n’en comptant que 16 de terrain riche, on arriverait au chiffre fabuleux de 11 milliards de tonnes de houille.
- Si l’on réfléchit au mouvement de capitaux que nécessitera l’exploitation future de pareilles masses, on doit reconnaître qu’il y a là un élément énorme de richesse pour le pays qui les possède. ,
- M. Virlet d’Aoust considère comme très-intéressants, au point de vue géologique, les gisements de mercure exploités dans le terrain houiller, qu’a signalés M. Grand; jusqu’ici, en effet, on avait considéré le mercure comme étant d’une origine ancienne; or, les terrains d’alluvion supérieurs au terrain houiller sont imprégnés de vapeur de mercure, ce métal y est donc arrivé à l’état de vapeur à une époque relativement récente.
- M. le Président fait remarquer qu’en l’absence de travaux en profondeur, il lui paraît bien difficile de donner des évaluations de tonnage présentant quelque certitude. D’après les renseignements fournis par M. Grand, on paraît n’avoir encore reconnu que les parties de couches plus ou moins voisines de la surface.
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- M. Delesse, ingénieur en chef des mines, invité à assister à la séance, désire présenter quelques observations sur la partie géologique du mémoire de M. Grand. Le bassin des Asturies présente un grand intérêt sous ce rapport. Les houilles de ce bassin sont anciennes, car elles sont recouvertes par du calcaire carbonifère ; à ce titre, et comme existant dans des terrains très-tourmentés, où la houille a généralement une tendance à passer à l’anthracite, ces houilles devraient être sèches ou anthraciteuses, peu riches, par conséquent, en principes volatils; il n’en est pas ainsi, puisqu'elles sont propres à la fabrication du gaz ; il y a là un fait curieux.
- M. Delesse appelle également l’attention sur l’intercalation de la houille qui est lacustre dans le calcaire carbonifère, qui est marin; cette particularité, qui est assez exceptionnelle, doit faire désirer que l’étude des fossiles végétaux et animaux soit faite de la manière la plus approfondie.
- Au point de vue de la richesse en houille, M. Delesse croit, d’ailleurs, qu’il faut être très-réservé dans les conclusions à tirer du nombre apparent des couches^car souvent ces couches ont éprouvé des ploiements et leurs ondulations peuvent faire croire à l’existence de couches différentes. Des faits de ce genre ont été constatés récemment en Belgique, où l’on a dû reconnaître que le nombre des couches de houille avait été grandement exagéré. S’il en était de même en Espagne, il y aurait lieu de faire subir une importante réduction aux chiffres par lesquels on a cherché à évaluer la richesse du bassin des Asturies.
- M. Grand, répondant à M. Delesse, rappelle que la détermination des fossiles carbonifères des Asturies a fait l’objet d’une étude spéciale de MM. de Yerneuil et d’Archiac, publiée dans le Bulletin de la Société géologique.
- Il pense, comme M. Delesse, qu’il faut se garder de croire à l’existence d'un grand nombre de couches de houilles dans les Asturies, et que des recherches ultérieures démontreront que plusieurs d'entre elles formeront sans doute le prolongement d’une même couche.
- M. Gillot constate que dans les questions géologiques, on invoque des théories qu’on regarde comme irréfutables, souvent à tort, selon lui. Il citera entre autres la théorie des soulèvements ; il n’y a jamais eu de soulèvements, mais bien des amoncellements disloqués de roches flottantes sur l’immense sphéroïde terrestre encore fluide, comme on le voit se produire dans les débâcles des glaces à la surface des fleuves. De plus, il se trouve qu’on néglige beaucoup trop l’influence des faits extérieurs et celle des agents physiques, tels que l’électricité, la chaleur, etc. Pourquoi n’admettrait-on même pas que des bolides énormes, tombés à des époques anciennes, ont pu donner lieu, dans une certaine mesure, aux bouleversements que l’on observe et qu'on attribue aux soulèvements ?
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- Séance du 19 Juin 1874.
- 'Présidence de M. Jordan.
- La séance est ouverte à huit heures et demie du soir.
- Le procès-verbal de la séance du 5 juin est adopté.
- M. le Président annonce que M. Goschler, membre de la Société, vient d’être nommé Commandeur de l’Ordre du Medjidié.
- Conformément à l’article 17 des Statuts, M. Loustau, trésorier, donne communication de l’exposé de la situation financière de la Société.
- Il indique que le nombre des Sociétaires, qui était, au 19 décembre 1873,
- de.................................................................. „ 1113
- s’est augmenté, par suite de nouvelles admissions, de. ............... SO
- 1163
- A déduire, par suite de décès, pendant ce semestre. 8
- Nombre total des Sociétaires au 19 juin 1874............... H55
- Les recettes effectuées pendant le 1er semestre 1874 se sont élevées à :
- fr. c.
- 1° Pour le service courant, droits d’admission, cotisations, locations de salles................................ 20,172 »
- 2° Pour l’augmentation du fonds social inaliénable, exonération............................................... 600 »
- Il reste à recouvrer en droits d’admission et cotisations. .
- Total de ce qui était dû à la Société.
- fr.
- 20,772
- 34,015
- 54,787
- 0.
- »
- »
- »
- Au 19 décembre 1873, le solde en caisse était de. . . . 14,147 201
- Les recettes effectuées pendant le 1er semestre de 1874 \ 34,919 20
- se sont élevées à....................................... 20,772 »
- Les sorties de caisse du semestre se sont élevées à :
- 1° Pour dépenses diverses, impressions, appointe- , , ments, affranchissements, intérêts de l’emprunt, etc. . 17,845 85
- 2° Payements aux entrepreneurs pour solde. ..... 2,867 »
- 3° Honoraires de l’architecte pour solde............... 217 75
- 20,930 60
- 11 reste en caisse à ce jour.........,........... 13,988 60
- La Société possède en outre : comme fonds social inaliénable, un hôtel qui a coûté une somme de 278,706 fr. 90 c.
- M. le Président met aux-voix l’approbation des comptes du trésorier; ces comptes sont approuvés.
- M. le Président adresse au nom de la Société des remerciements à M. Loustau, pour sa bonne gestion et son dévouement aux intérêts de la Société.
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- L’ordre du jour appelle la remise de la médaille d’or décernée au meilleur Mémoire inédit déposé à la Société pendant l’année lÎ73r''?.... ' ' ' ;
- Cette médaille est décernée, cette année, à M. A. Ronna pour son Mémoire sur Y Assainissement des villes et des cours d’eau, égouts eF irrigations.
- M. Richard demande la permission, avant que la parole soit donnée à M. Grand pour la suite de son intéressante communication, de faire savoir à la Société qu’il arrive de visiter, avec un assez grand nombre d’ingénieurs français, dont plusieurs sont membres de la Société, les travaux de percement du Saint-Gothard.
- Il n’entrera pas aujourd’hui dans les détails des travaux qui feront l’objet d’une communication ultérieure; il veut seulement payer une dette de reconnaissance en disant à la Société des Ingénieurs civils, combien ses membres ont été reçus cordialement par tout le personnel de l’Entreprise générale, et en exprimant publiquement à tout ce personnel et à son chef combien ont été admirés la perfection des installations, la bonne direction des travaux et le dévouement de chacun.
- Quelques mots seulement mettront la Société au courant de la situation de l’affaire.
- Le percement du Saint-Gothard est entrepris à forfait par M. Favre, entrepreneur qui a fait de grands travaux publics de chemins de fer en France.
- M. Favre est assisté.par le savant professeur, M. Colladon, comme ingénieur-conseil de l’Entreprise. L’Entreprise générale fonctionne sous le contrôle des ingénieurs allemands de la Compagnie, avec une entière liberté d’action pour les moyens d’exécution et avec un personnel en grande partie français. '
- La longueur du tunnel est de 14 900 mètres. .
- Actuellement, 2 000 mètres, soit i 000 mètres à chaque tête, sont percés.
- L’avancement dans la roche granitique est de 3 mètres à 4 mètres par vingt-quatre heures dans chaque galerie.
- Avec cette yitesse d’avancement, qui augmentera dès que l’on aura atteint les calcaires que l’on doit rencontrer sous le plateau d’Àndermatt et. sur une longueur de plusieurs kilomètres, le tunnel doit être achevé pour l’époque prévue, septembre 1880. Le seul obstacle à craipdre, c’est l’eau qui arrive en abondance (22Q litres par seconde) dans la galerie d’Airolo (côté de la vallée du Tessin). Cette galerie est sous la direction d’un de nos collègues, M. Maury, dont l’intelligence et la persévérance sont à la hauteur des difficultés à vaincre.
- Dans la galerie du côté de Gœschenen (vallée de la Reüss), dont la direction est confiée à un très-habile ingénieur suisse, on n’a pas encore trouvé l’eau.
- Les installations mécaniques marchent par l’air comprimé, comme au Mont-Cenis, mais elles sont plus simples et perfectionnées.
- On dispose, par la Reuss, d’une puissance hydraulique considérable, en sorte que les compresseurs d’air sont actionnés par des turbines de très-grand effet, quoique de petites dimensions,
- Les compresseurs de Gœschenen sont du système de M. Colladon et ont été exécutés par M. Roy, de Vevey, ainsi que les turbines.
- Les compresseurs d’Airolo sont aussi du Système de M. Colladon et ont été exécutés à Genève. Les moteurs ont été construits à Zurich.
- Divers systèmes de perforatrices fonctionnent sous les galeries.
- Le description en sera donnée à la Société dans la communication détaillée qui
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- lui sera faite et que nous devrons à l’obligeance de M. Ribourg, un de nos jeunes camarades les plus distingués de la promotion de 18T2, qui est chargé de la direction de la partie mécanique, et que M. Favre considère comme un de ses bons auxiliaires.
- Il est intéressant de voir attachés à cette grande affaire du Saint-Gothard le savant M. Colladon, qui a été professeur à l’École centrale, à son origine (1829-1830), et un jeune élève, sorti quarante-deux ans plus tard de la même École.
- M. Richaud, en terminant, dit que, bien qu’il ne puisse noiqmer aujourd’hui tous, les ingénieurs qui ont droit à la reconnaissance de la Société, ce serait de l’ingrati? tude de ne pas désigner l’un de nos collègues, M. Ziégler, établi en Suisse, qui a tou? jours été leur compagnon et leur introducteur, et à la bienveillance duquel les ingénieurs qui ont visité le Saint-Gothard sont certainement redevables dû gracieux accueil qui leur a été fait partout,
- M. le Président prend acte du travail annoncé que la Société verra avec infiniment d’intérêt.
- L’ordre du jour appelle la suite de la communication de M. Grand sur le bassin houider des Asturies, ,
- M. Grand rappelle que, dans la dernière séance, il a essayé de donner iine description succincte de la constitution géologique du bassin des Asturies et des pro? cédés'actuellement employés pour son exploitation.
- Il lui reste à parler aujourd’hui des voies de communication, qui mettent ce bassin en relation, soit avec l’extérieur, soit avec l’intérieur de l’Espagne, et à dire quelques mots des gisements métallifères qu’il renferme, et des industries métallurgiques qui s’y sont créées.
- Il a dit précédemment que, selon lui, le manque de voies de communication, faciles et rapides avait été jusqu’ici le principal obstacle au développement de l’exploitation des bassins houillers-de l’Espagne- La même observation pourrait s’appliquer également à la plupart des gisements métallifères, si riches et si nombreux de CO pays. Sous ce rapport, le bassin des Asturies n’a pas été jusqu’ici beaucoup mieux partagé que les autres, L'influence immense exercée par la longueur et le coût du transport sur le prix de revient de fa houille fait de cette question uq des princii paux éléments de l’étude d’unbassin houiller; il croit donc qu’il convient de s’y arrêter quelques instants.
- Actuellement, le bassin des Asturies se divise, sous ce rapport, en deux régions distinctes. L’une, celle du Nord-Est, qui comprend les vallées, du Çandin et du Na-lon, jusqu’aux environs de Sama, est desservie par le chemin de fer deGijonà Lan-greo, et, par cela même, est devenue le centre des exploitations les plus importantes de tout le bassin ; l’autre, traversée par la route de Léon à Oviedo, qui suit la vallée de la Lena et du Caudal, n’a d’autres débouchés que la consommation de l’usine de Mières et de quelques industries de la ville d’Oviedo. La longueur de la route et sur? tout les difficultés qu’offre son profil excessivement accidenté rendent le transport trop coûteux pour que les houilles des Asturies puissent utiliser cette voie pour se répandre dans l’intérieur de l’Espagne. La situation changera, suivant lui, lorsque la ligne du Nord-Ouest, qui doit' ielier Léon à Oviedo et Gijon, sera complètement achevée.
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- Le chemin de fer de Gijon à Langreo a été construit en 1854 pour relier au port de Gijon les mines de la vallée du Gandin, qui appartenaient à la reine Christine.
- Sa longueur est de 39 kilomètres et demi. Il se distingue des autres chemins espagnols par la largeur de sa voie qui est de lm,50, au lieu de lm,67. La particularité la plus remarquable consiste dans l’emploi d’un plan incliné qui le divise en deux sections à peu près égales. Ce plan incliné, qui a été adopté pour éviter un long circuit de 8 ou 9 kilomètres, a une longueur de 754 mètres ; sa pente est de 125 millimètres; il est à double voie et desservi par deux machines fixes conjuguées, de 75 chevaux, placées au niveau supérieur. Ces deux machines agissent sur un arbre portant deux tambours sur lesquels s’enroulent en sens inverse deux câbles ronds en fil de fer, de 6 centimètres de diamètre.
- La charge appliquée à l’extrémité de chacun d’eux ne dépasse pas 75 tonnes.
- Pour les trains de marchandises, on fixe directement l’extrémité du câble au dernier wagon ; lorsqu’il s’agit de faire monter ou descendre les voitures à voyageurs, on a soin d’interposer un wagon-frein portant un mécanisme particulier qui agit, en cas de rupture du câble, en appliquant contre les rails de fortes mâchoires en fer, et oppose ainsi une résistance suffisante au mouvement de descente.
- Le matériel roulant de ce chemin se compose presque uniquement de wagons à houille, les uns de 3 tonnes, les autres de 5, ayant invariablement un poids mort de 2 tonnes. Les machines à quatre et à six roues pèsent de 20 à 22 tonnes seulement.
- L’emploi d’un plan incliné complique considérablement le service, qui se fait de la manière suivante : Une première machine est affectée à la formation des trains, entre les stations de Sama et du Carbayn, sur toute la longueur de la vallée du Can-din; une seconde machine conduit le train ainsi formé au haut du plan incliné, Là, il est décomposé en deux ou trois sections, que l’on descend successivement en remontant en même temps celles du train venant de Gijon. Au bas du plan incliné, le train recomposé trouve la troisième machine qui fait le service entre ce point et la gare de Gijon. Une machine spéciale dessert l’embranchement qui part de la gare pour aller rejoindre la jetée d’embarquement.
- Les frais d’exploitation, pendant l’année 1872, ont été de 596 081 francs 95 centimes, soit 15109 francs 01 centime par kilomètre.
- D’autre part, les recettes générales en marchandises et voyageurs ayant donné un produit brut de 1 071 05.7 francs 20 centimes, soit 29 646 francs 02 centimes par kilomètre, il en résulte que les frais d’exploitation représentent 50.90 0/0 de la recette brute.
- L’examen de l’ensemble des résultats de l’exploitation, tels qu’ils se trouvent exposés dans le rapport du Conseil d’administration de la Compagnie pour l’année 1872, permet de tirer les conclusions suivantes :
- 1° Il résulte du relevé des produits transportés, que la houille y figure pour 38 0/0 du poids des marchandises transportées;
- 2° Que cette proportion correspond à un chiffre de 103 120 tonnes de houille, qui représente l’exportation annuelle du bassin des Asturies;
- 3° Que les frais d’exploitation, par tonne et par kilomètre, s’élèvent à 7e,7, Je produit brut étant dans les mêmes conditions de 15e,2, chiffres très-élevés qui montrent que l’exploitation se fait évidemment dans de mauvaises conditions économiques.
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- L’existence du plan incliné et les frais supplémentaires qui en résultent sont sans doute une des causes de l’élévation des dépenses d’exploitation. Les conditions d’établissement du matériel roulant ne paraissent pas non plus proportionnées à l’importance du trafic. Il y aurait certainement avantage pour la Compagnie à augmenter le poids de ses machines et à construire des wagons d’un plus fort tonnage. Il résulte de cette situation que, pour obtenir un bénéfice suffisant, la Compagnie applique des tarifs très-élevés qui grèvent d’une manière considérable le prix des produits transportés et de la houille en particulier. La taxe perçue actuellement pour les trois catégories de marchandises est réciproquement 13 centimes, 26 centimes et 52 centimes. Dans ces conditions, le prix de la houille transportée de Sama à Gijon se trouve grevé de 5 francs pardonne, ce qui, pour les charbons criblés, représente la ipoitié de leur valeur.au pied de la mine. En tenant compte des frais accessoires, chargement, déchargement et embarquement sur navires, ce chiffre s’élève à 5 fr. 50 cent, environ par tonne de houille mise à bord.
- L’embarquement des charbons se fait actuellement dans le port de Gijon à l’aide de deux drops établis, par la Compagnie du chemin de fer, sur l’une des jetées.. Un troisième appareil du même genre, dont la construction doit être achevée aujourd’hui, permettra d’augmenter l’exportation à laquelle les deux premiers pouvaient à peine suffire. La situation du port de Gijon est telle, en effet, que son bassin n’est accessible qu’aux navires de faible tonnage et que le chargement n’y est possible que pendant la marée haute. La construction du troisième drop permettra sans doute de doubler la quantité de tonnes annuellement embarquées, parce que sa position plus avancée en facilitera l’accès aux navires de plus fort tonnage que ceux qui viennent aujourd’hui charger à l’aide des deux premiers. Mais pour peu que l’exportation prenne une plus grande extension, et c’est là ce qu’on peut prévoir en raison de l’importance du bassin des Asturies, il deviendra de toute nécessité de modifier les conditions du port d’embarquement. Déjà on a établi dans l’avant-port, en un point où le tirant d’eau est plus considérable, une jetée en bois desservie par des grues roulantes à vapeur et contre laquelle peuvent venir charger des navires de i 000 tonneaux ; mais la place manquera pour multiplier ces installations et il faudra avoir recours à une autre solution. Cette solution d’ailleurs intéresse tout particulièrement la nouvelle ligne, celle du Nord-Ouest, qui va avoir besoin, elle aussi, de s’assurer les moyens d’embarquer les produits de son trafic.
- La ligne du Nord-Ouest, partant de Palencia, doit aller, en passant par Léon, aboutir d’une part en Galice, à la Corogne, de l’autre à Gijon, en Asturies.
- L’embranchement de Léon à Gijon, passant par Busdongo et Oviedo, est actuellement en voie de construction. Une première section de Léon à Busdongo, sur le versant méridional de la chaîne cantabrique, est seule ouverte à la circulation ;mne seconde section, celle de Gijon à Pola de Lena, doit être livrée à l’exploitation dans le courant de cette année. La partie comprise entre Pola de Lena et Busdongo, comprenant le tunnel qui doit traverser la chaîne au-dessous du col de Pajares, ne sera terminée que dans quelques années. L’ouverture de la section de Pola de Lena à Gijon mettra la partie occidentale du bassin des Asturies en communication directe avec la mer et la placera, par conséquent, dans les mêmes conditions que la région de Sama. • .
- La ligne qui suit la vallée de la Lena et du Caudal, jusqu’au-dessus de Mières, traverse en tunnel la côte du Padron pour aller déboucher à Olloniégo et gagner
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- Oviedo, en suivant la vallée du Nalon. Le tracé primitif, quittant la vallée de la Lena à la hauteur de Campomanes, décrivait un long circuit dans les vallées de Nembra et d’Aller pour venir traverser le Caudal, à Ujo. Ce tracé a été abandonné et aujourd’hui la ligne, après avoir traversé la Lena au-dessus de Pola de Lena, reste sur la rive gauche, jusqu’au moment où, au-dessus de Mières, elle sort de nouveau du bassin carbonifère. Il en résulte que les exploitations des vallées d’Aller, de Tu-ron, de San-iuan, c’est-à-dire de la partie la plus riche du bassin, se trouveront séparées delà ligne du Nord-Ouest par une rivière large et torrentielle dont le passage difficile et coûteux sera une charge des plus onéreuses pour les exploitants de cette région.,Il y a là une double erreur, au point de vue du développement de l’exploitation et des intérêts mêmes de la Compagnie du chemin de fer qui devait, au contraire, étudier son tracé en vue de desservir le plus directement possible les principaux centres de production houillère.
- À ces fâcheuses conditions vient encore s’ajouter celle de l’insuffisance du port d’embarquement, dont il a déjà été question plus haut. C’est pour remédier à cet état de choses que l’on avait songé, tout d’abord, à construire, à l’ouest du port actuel de Gijon, deux ou trois bassins protégés par la jetée de Pavant-port. Ce projet étudié par M. Regueral, ingénieur de la Compagnie, fut ensuite abandonné et l’on S’occupe exclusivement aujourd’hui de la construction du port du Musel, qui doit remplir le double but de remplacer le port de Gijon devenu insuffisant, et de servir de port de refuge aux navires qui parcourent le golfe de Gascogne. Il n’existe, en effet, sur toute la côte cantabrique aucun port accessible en temps d’orage aux navires de fort tonnage qui, surpris par la tempête dans ces parages, ne savent où aller Se réfugier.
- Lé port, du Musel, situé à l’extrétnité opposée du golfe de Gijon, se composera d’un port et d’un avant-port, pouvant contenir plusieurs centaines de navires. Sa Surface sera de 300 000 mètres carrés environ; les bassins, au nombre de trois, pourront facilement suffire à l’embarquement de 3 000 000 de tonnes de houille, et il est peu probable que l’exportation du bassin des Asturies atteigne jamais ce chiffre.
- L’ënserhbîè des travaux exigera une dépense estimée à 12000 000 de francs.
- Malheureusement, un travail de cette importance demandera pour être mené à bonne fin un certain nombre d’années; on pense, toutefois, que dans un délai de deux à trois ans on pourra déjà utiliser une partie des travaux exécutés pour établie des jetées provisoires.
- Arrivant à là question des gisements métallifères, M. Grand fait observer qu’ils ne sont pas abondants dans l’intérieur du baSsin hoüiller des Asturies. On y rencontre rarement des Couches de fer carbonate, et encore cës couches n’ont-elles pas une importance suffisante pour être exploitées*
- C’est dans le terrain devonien que se trouvent les gisements les plus importants de minerais de fer, où ils forment la plupart du temps des Couches en stratification concordante avec le terrain environnant, de telle sorte que ce sont de véritables grès ferrugineuxCes dépôts se sont-ils formés directement dans des eaux chargées d’oxyde de fer, ou faut-il voir dans ces gisements des produits d’imprégnations postérieures à la formation des couches arénacées, Comme cela a évidemment eu lieu pour les gîtes cinabrifères et antimonifères dont il sera question plus loin? C’est ce que l’on ne saurait décider aujourd’hui; mais il-y a là un problème géologique intéressant à étudier. . : . , ;L UL '-S „i fùliib.:''
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- Les minerais de fer que Ton rencontre le plps habituellement dans cette partie des Asturies peuvent se classer en trois catégories :
- 1° Les grés ferrugineux, propres au terrain devonien, tels que ceux que l’on exploite aux environs de Luanco, sur la côte, à Quiros et au mont Naranco, au nord-ouest d’Oviedo. Les minerais de Quiros contiennent en moyenne 16 0/0 de silice et jusqu’à 78 0/0 d’oxyde de fer. Dans ceux du Naranco, la proportion de silice s’élève à 25 et 30 0/0, et le rendement en fonte, au haut fourneau, descend à 33 0/0 ;
- 2° Minerais à gangue calcaire, tels que ceux de Grandota et Lagos, dans la partie septentrionale du bassin. Ces gisements, qui se rencontrent généralement dans le calcaire carbonifère, ne présentent qu’une .importance relative et ne peuvent suffire à alimenter une fabrication régulière;
- 3° Les hématites rouges fibreuses et compactes que l’on rencontre particulièrement dans la partie supérieure de la vallée d’Aller, et dont l’exploitation présente de grandes difficultés;
- 4° Les limonites de l’Aramo et des environs de Laviana.
- En dehors des minerais de fer, il faut signaler également parmi les produits métallifères de la contrée :
- Le gisement de stibine qui se rencontre au sud de Lola de Lena, dans une Couché de calcaire carbonifère, gisement qui a été reconnu sur plusieurs points, mais dont on n’a pas encore pu tirer de parti avantageux-
- Les couches de grès cinabrifères, qui se trouvent situées sur la rive gauche de la Lena, où on peut les suivre depuis les environs de la Pola jusqu’à Mièrës; elles traversent le Caudal à la Pena, au nord de cette ville, en s’inclinant suivant là direction commune des couches dans cette partie du bassin (CL 10° S. àE. 10° N.) pour se diriger vers Sama.
- On ne compte aujourd’hui dans tout le bassin des Asturies que deux établissements métallurgiques : les hauts fourneaux de là Felguera, à l’entrée de la vallée du Gandin, et ceux de Mières, dans la vallée du CaudaL
- Construite ven 1857, l'usine delà Felguera comprend :
- 2 Hauts fourneaux.
- 26 Fours à puddler.
- 9 Fours à réchauffer;
- 6 Trains de laminoirs, dont i pour rails; .JV
- 2 Marteaux pilons. ,1
- 36 Fours à coke système belge. , .
- 36 Fours à coke Appolt,
- auxquels il faut ajouter pour l’usine de Yega, qui appartient à la même Société ;
- 1 Haut fourneau.
- 2 Cubilots.
- 25 Fours à coke.
- Ces établissements occupent environ 1200 ouvriers et produisent annuellement 12 000 tonnes de fers laminés.
- Les minerais traités dans les hauts fourneaux de la Felguera et de Yega proviennent, soit de Bilbao, soit des mines des environs de Luanco.. Les premiers donnent un rendement moyen de Bq 0/0j les seconds* 40 à 50 0/0. On y ajoute également les minerais de Naranco. A -u,
- L’usine de Mières est loin de présenter des conditions aussi avantageuses que
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- celle de la Felguera ; complètement isolée, n’ayant d’autres moyens de communication que la route d’Oviedo à Busdongo, dont le profil accidenté rend les transports excessivement longs et coûteux, elle se trouve dans une situation économique fort désavantageuse, à laquelle, il faut l’espérer, l’ouverture de la ligne de Pola de Lena à Gijon viendra prochainement porter remède.
- Elle comprend actuellement : /
- 2 Hauts fourneaux, dont 1 de 20 tonnes et 1 de 10.
- 13 Fours à puddler.
- 2 Trains de laminoir.
- 2 Cubilots.
- 4 Machines soufflantes.
- Sa position ne lui permet pas de recevoir économiquement les minerais de Biscaye, et ce sont les minerais du Naranco et ceux que fournissent en petite quantité les quelques gisements des environs, qui alimentent seuls, actuellement, ses hauts fourneaux.
- Parmi les industries diverses qui, sans appartenir directement au bassin houiller du centre des Asturies, se trouvent néanmoins dans son voisinage, il faut citer la fonderie de canons de Truvia, les hauts fourneaux de Quiros, construits sur un bassin houiller spécial et à proximité d’une puissante couche de minerai de fer.
- La verrerie de Gijon, qui possède 3 fours produisant annuellement 2 000 à 2 500 tonnes de verre et consommant 7 à 8 000 tonnes'de charbon.
- L’usine d’Avilès, construite par la Compagnie royale Asturienne, pour le traitement des minerais de zinc des mines environnantes.
- Enfin l’usine à mercure de la Pena, près de Mières.
- L’exploitation de la mine de la Pena se fait en profondeur, et le puits d’extraction atteint actuellement près de 100 mètres. La teneur moyenne du minerai extrait est de 1/2 0/0 de mercure. Le traitement s’effectue dans 4 fours contenant chacun 7 chambres de condensations.
- La charge des fours est,de 10 à 12 tonnes, et la durée de l’opération de cinq jours. Au bout de ce temps, les poussières condensées sont recueillies et le mercure en est séparé par une série de lavage et de lévigations.
- M. Deligny ayant dirigé pendant quelques années des exploitations dans les Asturies peut donner à la Société quelques explications sur la situation et l’avenir de ce pays, au sujet duquel, suivant lui, trop d’illusions ont été souvent entretenues. Le bassin des Asturies est dépourvu de moyens de transport vers l’intérieur ou l’extérieur, et il a à subir la concurrence des bassins de Castille et du midi de l’Espagne. En supposant que la houille pût arriver facilement et en grande quantité au port de Gijon, elle n’y trouverait pas de navires pour suffire à son exportation, car ce port ne comporte qu’un mouvement très-restreint. A l’époque où M. Deligny se trouvait dans les Asturies, l’exportation ne dépassait pas 60000 tonnes par an. Le fret, de 18 à 20 francs, qu’il faut payer pour transporter ces houilles sur la côte de la Méditerranée, est supérieur à celui que payent les charbons anglais. Le tonnage ne pourrait s’accroître que si de nombreux navires de Nantes ou de la Rochelle, se rendant sur lest dans la Méditerranée, venaient charger du charbon à Gijon. La consommation des provinces basques tend également à augmenter et offre un débouché aux houilles des Asturies. Mais M. Deligny ne pense pas qu’avec les ressources dont
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- on dispose, l’exportation, qui, d’après ce qu’a dit M. Grand, atteint aujourd'hui 100000 tonnes, arrive à s’étendre beaucoup dans l’avenir.
- La situation actuelle ne pourrait être, suivant lui, que difficilement modifiée parce que les Asturies n’ont pas d’importation, ce qui oblige les navires qui viennent charger du charbon à faire un voyage sur lest.
- La seule importation possible est celle des minerais des provinces basques : les navires venant de Bilbao, chargés de minerais de fer, remporteraient du charbon ; l’avenir du bassin des Asturies est donc intimement lié au développement de l’industrie métallurgique; M. Deligny a soutenu cette opinion depuis 1854 et il croit toujours que des usines nouvelles pourraient se créer dans les Asturies, où l’on pourrait fabriquer des rails à des conditions aussi avantageuses que dans tout autre pays.
- M. Dallot demande comment ces rails pourront être exportés, en présence de la pénurie des moyens de transport révélée par M. Deligny.
- M. Deligny fait observer que des rails vendus 250 francs la tonne peuvent supporter un fret que les charbons ne peuvent accepter, surtout en présence des conditions qui favorisent les houilles anglaises. Ainsi, dans le midi de l’Espagne, les navires anglais viennent chercher des pyrites pour le district de Huelva; l’exportation de ces matières atteint près de 400 000 tonnes par année, payant 16 à 18 shillings de transport, ce qui permet d’importer en même temps de la houille anglaise, au fret très-faible de 10 à 12 shillings.
- Les houilles des Asturies ne sont d’ailleurs pas comparables aux houilles anglaises, elles donnent beaucoup de menu, et valent 20 0/0 de moins. Elles sont généralement pyriteuses ; M. Deligny en a connu qui prenaient feu pendant le transport. Le bois est cher dans le pays pour les travaux de mines, et le prix de 8 francs, indiqué par M. Grand pour l’extraction, lui paraît un minimum.
- Les couches bonnes pour les chaudières à vapeur ne sont pas exploitées parce qu’il faudrait aller en profondeur, et que jusqu’à ce jour les exploitants se sont bornés aux conditions faciles de l’exploitation en hauteur, Mais il existe de bonnes couches ; aussi, M. Deligny ne veut-il pas présenter une critique générale, d’autant plus qu’il croit à l’avenir du bassin, dans les conditions citées plus haut.
- 11 veut seulement dissiper les illusions de ceux qui voudraient aller trop vite et croire à la réalisation d’une prompte amélioration de la situation.
- M. Virlet d’Aoust pense que les conditions commerciales changeront. Il existe des couches ne donnant qu’un tiers de menu, et le menu lui-même peut être converti en coke. La houille anglaise arrivait à Santander et à Bilbao au prix de 25 francs la tonne avant l’augmentation des prix et, depuis lors, la houille des Asturies a dû pouvoir lutter, tout au moins pour les chemins de fer.
- M. Grand, répondant à M. Deligny, fait observer que le bassin des Asturies peut lutter avantageusement contre les autres bassins houillers de l’Espagne. Le principal, celui de Belmez, en Andalousie, se trouve à la même distance de Madrid, de telle sorte que les houilles des Asturies arriveront à un prix inférieur dans tout le nord de l’Espagne.
- En ce qui concerne la consommation du midi et particulièrement des ports de la Méditerranée, il faut remarquer que les houilles des Asturies n’ont à subir qu’un transport par terre de 60 kilomètres pour arriver au port de Gijon, tandis que celles de Belmez doivent parcourir près de 200 kilomètres avant d’atteindre Malaga ou
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- Cadix et que l’augmentation de pris qui en résulte compensera largement la différence du fret, si elle existe. Les houilles des Asturies ont été employées déjà sur tout le littoral méridional et jusqu’à Barcelone, mais le tort des exploitants des Asturies a été d’augmenter leurs prix en môme temps que celui des charbons anglais, au lieu de profiter de la hausse momentanée de ces derniers pour s’emparer du marché. Or, à conditions de prix égales, la qualité étant inférieure, comme l’a dit M. Deligny, on préférera toujours les houilles anglaises.
- Quant aux houilles de la province de Castille, elles sont de qualité inférieure à celles des Asturies.
- Enfin M. Grand croit devoir observer que les houilles pyriteuses dont a parlé M. Deligny appartiennent à la région de Sama, tandis que les houilles de la partie méridionale sont généralement exemptes de pyrites.
- M. le Président demande si le projet de port d’embarquement se préoccupe de bassins à flot pourvus des moyens mécaniques d’embarquement du charbon.
- M. Grand répond qu’il n’a pas connaissance des dispositions qui ont pu être projetées à cet égard; il fait observer que, vu la nature de la côte, le nouveau port offrira toujours, même à marée basse, 4m,50 à 6 mètres de profondeur, ce qui fait qu’il sera toujours abordable même pour les navires d’un fort tonnage.
- M. le Président remercie M. Grand de cette communication à laquelle la Société a pris grand intérêt.
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- ASSÀMSSEiEIT DES VILLES ET DES COUDS D’EAU
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- ÉGOUTS ET IRRIGATIONS
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- Par ffl, A. ROÜVSTA»
- QUATRIÈME PARTIE1
- I
- Conditions «te l’irtrigation.
- L’utilisation du sewage s’impose avant tout pour l’hygiène des villes. Toutes les municipalités ont le devoir impérieux de débarrasser les villes des liquides qui corrompent les eaux courantes et nuisent Ma santé publique; mais elles doivent les en débarrasser en rendant service à l’agriculture. Quant aux résultats pécuniaires à attendre de leur entreprise» ils sont d’un ordre secondaire, et ne doivent pas faire oublier le point principal : l’obligation de rejeter les liquides insalubres , sans compromettre la santé des localités où ils s’écoulent.
- Pour les municipalités, la question commerciale n’est pas la même que pour les particuliers, au point de vue du bénéfice à retirer, sous forme d’engrais vendu à l’agriculture, ou d’abonnement à l’irrigation fournie par le sewage.
- Il s’agit de montrer d’abord au cultivateur qu’il y a autant de profit à employer sur sa terre du sewage précipité ou du sewage liquide, que du guano, du superphosphate ou tous autres engrais commerciaux. Dans le cas de l’irrigation, il faut créer» en outre, chez lui la conviction qu’il y a intérêt à changer son mode de culture, ses récoltés, ses habitudes, etc. Enfin, il importe de créer un marché pour le sewage, de même que pour les autres engrais commerciaux» afin de lui assigner un prix courant.
- La pratique seule, et la pratique par les agriculteurs eux-mêmes» devra fournir à la longue la démonstration des avantages résultant de l’emploi du sewage. Les exemples d’exploitations agricoles, recourant en
- l.Voir la première partie, page 515 (3e trimestre 1872), la deuxième partie, page 683 (4e trimestre 1872) et la troisième partie, page 452 (3e trimestre, 1873).
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- totalité ou en partie au sewage comme fertilisant, sont peut-être encore trop rares pour obtenir d’ores et déjà que les agriculteurs payent le prix des eaux d’égout aux villes, sans sacrifices importants de la part de celles-ci.
- Au point de vue commercial, il convient de noter que le sewage se distingue, par sa composition variable, des engrais que l’agriculture a l’habitude d’employer. Quand on dit que la tonne de guano vaut de 300 à 350 francs, on fixe les extrêmes de la valeur fertilisante de cet engrais. Il en est de même du prix du fumier; et pourtant il y a guano et guano; il y a fumier et fumier. Or le sewage d’aujourd’hui n’est pas le même exactement que le sewage d’hier; bien plus, sa composition varie dans le courant d’une même journée. Quoique là composition moyenne soit assez fixe pour faire apprécier sa valeur, elle peut être affectée notablement par une saison très-pluvieuse, par un accroissement inusité d’eaux de source ou d’eaux potables distribuées à la ville et s’écoulant dans les égouts. Les écarts peuvent donc être très-sensibles, et il importe d’en tenir compte dans la fixation d’un prix de vente fixe, ou d’un abonnement.
- Voici qui explique les inconvénients, ou mieux, les lenteurs dans l’application du sewage; maintenant examinons ses avantages.
- Un des caractères essentiels et des avantages du sewage, comme engrais, c’est la facilité et l’opportunité de son emploi pour les récoltes sur pied. En effet, au lieu d’attendre, comme dans la culture ordinaire, que le sol soit fumé dans l’intervalle de deux récoltes, on peut immédiatement le labourer et le semer. Cette économie de temps, à elle seule, permettra souvent au fermier de couvrir le prix de son loyer ; de là vient que le sewage est presque toujours appliqué aux récoltes sur pied, plutôt qu’au sol en jachère. Mais il y a loin de là à l’objection produite, que le fermier est dans l’obligation d’irriguer des récoltes pendant toutes les saisons, qu’elles aient ou non besoin d’engrais, et qu’il en résulte pour lui une charge tellement onéreuse, que la valeur réelle de cet engrais en est très-notablement réduite.
- Au printemps, comme en été, il y a toujours, sur une exploitation bien conduite, une récolte sur pied qui peut tirer parti du sewage. Ainsi, pendant une moitié de l’année, la valeur fertilisante des liquides est utilisable. Cette valeur est même accrue par la faculté dont on jouit, de pouvoir arroser quand on veut. Pendant l’autre moitié de l’année, il est vrai que le sewage ferait plutôt du mal par l’eau qu’il renferme, que du bien par l’engrais contenu. Mais le cultivateur n’a-t-il pas à cette époque la disposition des surfaces en prairies ou en jachère? C’est précisément pendant cette époque, que le fumier et les engrais sont répandus sur le sol; pourquoi avec le sewage ne pas faire de même?
- Il est certain que si l’irrigation se pratiqua mal, si la surface irriguée n’est pas en rapport convenable avec la population qui fournit aux égouts
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- la matière fertilisante, il est difficile de conserver toute la valeur du sewage, parce qu’on devra fournir plus d’engrais au sol que les plantes n’en exigent. L’objection n’est donc sérieuse que dans le cas d’une application mal entendue.
- Nous insistons donc ici sur les conditions pratiques d’une irrigation bien faite. Ceux qui relèguent au second plan l’utilisation agricole, et n’envisagent, au point de vue de l’ingénieur municipal, que l’épuration du sewage par les précipitants, ou par le filtrage à haute dose sur le sol, retardent d’autant la véritable solution du problème qui préoccupe plus que jamais l'agriculture.
- 1. ÉTENDUE DU TERRAIN ARROSABLE.
- Le premier point à considérer par les autorités municipales, qui ont résolu d’utiliser le sewage par irrigation, c’est de déterminer l’étendue du terrain arrosable, suivant que la population de la ville est en voie d’accroissement ou stationnaire.
- D’après M. Hope, il faut compter, dans le premier cas, sur le sewage de 50 habitants, et dans le second, sur celui de 100 habitants à l’hectare. Cette dernière proportion est un maximum, le même sol ne pou-, vant purifier au delà du sewage de 100 à 110 habitants à l’hectare, pendant un délai indéterminé.
- Pour établir ces chiffres, M. Hope s'est basé sur le débit moyen du sewage de Londres. Il est vrai que la distribution d’eau y est plus abon- . dante qu’ailleurs; mais les eaux superficielles .ou de drainage y sont moindres par rapport à la population, concentrée sur une moins grande surface. Les données officielles fixent le débit de l’eau potable, à Rondres, à 136 litres environ par tête et par jour, ce qui représente, en nombres ronds, 50 mètres cubes pour l’année. Il s’ensuit, pour M. Hope, que 5000 mètres cubes correspondent en général au sewage de 100 individus. Or, le sewage*de 100 individus étant le maximum que l’on puisse utilement employer par hectare de ray-grass, et le ray-grass ne pouvant se cultiver par arrosage que tous les deux ans, il ne faut compter que sur le sewage de 50 individus, eu égard au chiffre de la population.
- M. Baldwin Latharn n’admet pas que cette proportion soit suffisante pour maintenir le sol irrigué à l’état fertile. Il se fonde sur l’analyse du sewage du Rugby, qui indique 27 d’acide phosphorique et 42 de potasse pour 100 parties d’ammoniaque, et il en conclut que le sewage étant relativement pauvre en phosphates et en potasse, il faut compter sur 250 individus au moins par hectare, afin de conserver à la terre la fertilité que lui font perdre les cultures autres que le ray-grass, et de l’enrichir. Le docteur Voèlcker se range de l’avis de M. Latharn, surtout lorsque l’on emploie le sewage à l’irrigation des terres en jachère.
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- M. Bailey Denton1 pense qu’il faut acquérir plus d’expérience que l’on en a sur les exigences du sol pour l’épuration, d’une part, et pour la meilleure culture, d’autre, part, avant de fixer des limites invariables dans tous les cas. Il observe toutefois, d’après les résultats déjà constatés, des indications utiles pour guider dans le choix des surfaces, Ainsi, â Bedford, où le sol et le sous-sol sont perméables, le sewage de plus de 16000 habitants est réparti sur 22 hectares, ce qui correspond à plus de 700 individus à l’hectare. Les liquides sont complètement absorbés sans écoulement superficiel. Les autorités municipales n’en ont pas moins étendu la surface arrosée à 80 hectares (soit 200 habitants par hectare), afin de tirer un*meilleur parti agricole du sewage et d’éviter l’insalubrité.
- A Carliste, où le sol est très-perméable, le sewage de 22 000 habitants est répandu sur 45 hectares environ de prairies permanentes, soit 500 habitants par hectare. La totalité du sewage est absorbée et filtre jusqu’au niveau des sources qui, se déversent dans les rivières Calder et Eden.
- A Croydon, le sewage de 35000 habitants est distribué sur 105 hectares de terres perméables à Beddington, soit 333 habitants à l’hectare, et à South Norwood pour 4 000 habitants, sur 12 hectares environ, dans la même proportion ; seulement le sol à Norwood est argileux. L’épuration se fait bien; mais, dans les deux cas, on a décidé d’irriguer sur des surfaces plus étendues, ce qui diminuera d’autant la proportion d’habitants à l’hectare.
- A Rugby, où le sol est mixte, on a affermé, pour l’utilisation du sewage des 8000 habitants, une surface de 26 hectares, soit 305 habitants environ à l’hectare. Ce rapport a dû être calculé pratiquement, à la suite des nombreuses expériences faites à Rugby même.
- A Tavistock, le sol est argileux et le sous-sol caillouteux; le sewage de 9 00Q habitants est déversé sur 36 hectares, soit 250 habitants à l’hectare.
- A Banbury, le sewage de 11 000 habitants sert à irriguer 48 hectares de terrains argileux, soit 230 habitants à Thectare. L’épuration est imparfaite, mais plutôt à cause du drainage mal compris, qui emporte le sewage à la rivière, avant son infiltration dans le sol.
- A Aldershott, le sewage de 7000 adultes, formant la population du camp, est répandu sur 32 hectares de terrain sableux, soit 218 adultes à Hiectare ; mais cette proportion excède de beaucoup celle que donne-raient 218 individus de population urbaine comprenant les femmes et les enfants.
- A Worthing, 8 000 habitants fournissent le sewage nécessaire àl’arror
- 1. Journal of the F armer s’ Club: mars 1S 7 0. ,
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- sage de 38 hectares de terre perméable, dont 21 en culture et 17 en prairies permanentes, soit 210 individus environ par hectare.
- A Malvern, le sewage de 5 000 individus est répandu sur 34 hectares de sol, en partie sableux et en partie argileux, dont 22 en prairies permanentes et 12 en cultures arables. La proportion est de 148 habitants à l’hectare.
- La Commission d’enquête sur les rivières (1866 à 1869) avait conclu au chiffre de 370 habitants à l’hectare; mais, d’après les exemples qui viennent d’être cités, le rapport de 250 habitants serait beaucoup plus rapproché de la moyenne, en considérant indistinctement des terres légères et compactes, ainsi qu’une population mixte, composée d’hommes, * de femmes et d’enfants.
- M. Bailey Denton admet donc le chiffre de 250 habitants à l’hectare, comme représentant une moyenne suffisamment exacte pour des terres quelconques; mais il croit indispensable de compter sur une surface additionnelle d’un tiers, par rapport à celle soumise à l’irrigation, c’est-à-dire sur un hectare non irrigué contre deux hectares irrigués, de façon à permettre d’alterner les récoltes. Enfin, il conseille de pourvoir à l’augmentation progressive de la population par l’acquisition de surfaces supplémentaires destinées à l’arrosage. En doublant la surface qui utilise le sewage de 250 habitants à l’hectare, on obtient donc celle qu’il faudra tôt ou tard affecter à l’emploi du sewage.
- M. Bailey Denton, en d’autres termes, calcule sur une moyenne de 125 habitants à l’hectare, et cette proportion ne s’écarte guère de celle que M. Hope a établie. Seulement, M. Hope n’admet pas que l’on doive ajouter 50 pour 100 de terrains à ceux soumis à l’arrosage, mais bien que l’on réduise le nombre de personnes dont le sewage est utilsé sur un hectare.
- Il est certain qu’il n’y a pas de perte actuelle à augmenter la dose de sewage à l’hectare, tant que les éléments fertilisants non épuisés s’accumulent dans le sol; mais au bout d’un certainmombre d’années, le sol ayant retenu tout ce qu’il peut retenir, laissera échapper ce qu’on lui donne en trop, et on pourra s’exposer à corrompre les eaux superficielles et l’atmosphère.
- On devra, en tous cas, s’assurer par des dispositions convenables qu’aucunes matières solides, fécales ou autres, n’arrivent sur le sol, soit qu’on les mélange intimement, soit qu’on les recueille sur des grilles ou claies. Ces matières, inutiles au point de vue agricole, parce qu’elles encroûtent la surface, auraient le grave inconvénient de nuire à la salubrité de l’atmosphère. M. Howard attribue au tamisage ou au filtrage préalable des eaux d’égout une influence sur la détermination de la surface nécessaire,* ou de la dose de sewage à l’hectare. A Croydon, M. Baldwin Latham a fait établir, dans le bassin à sewage, des roues per-
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- forées qui rejettent au dehors toutes les matières solides, avant que le liquide ne soit déversé dans les canaux de distribution. Nous en avons déjà donné la description page 191. Il y aurait lieu, dans ce cas, d’acquérir une surface moins étendue pour l’irrigation1.
- 2. CHOIX DU TERRAIN.
- L’étendue du terrain arrosable étant déterminée, il s’agit de choisir des terres de la qualité mieux appropriée à l’irrigation. Si l’on se reporte aux exemples fournis par les villes qui utilisent leur sewage, on serait enclin à choisir des terres sableuses, légères, perméables, dont Edimbourg, Lodge Farm, Aldershott, Malvern, etc., tirent des produits si considérables. Ces terres étaient naturellement si stériles, avant l’arrosage, qu’on serait porté à n’attribuer aucune importance à la qualité du sol arrosé, du moment où il se laisse pénétrer facilement.
- Les sables absolument sans valeur de Craigentinny produisent, depuis qu’ils sont arrosés, de 1500 à2000 francs à l’hectare; les sables caillouteux, chargés de peroxyde de fer, à Aldershott, qui valaient à peine 10 francs Fhectare, sont loués parM. Blackburn, pour le jardinage, 300 francs. Il est donc très-important, les terrains qui avoisinent les villes étant toujours à un prix élevé, de pouvoir disposer de terres pauvres, mais perméables.
- On a objecté à l’irrigation par le sewage que la terre est saturée de plus d’eau qu’elle n’en peut utiliser. Il suffit d’avoir exploité en Angleterre ou en Écosse, pour savoir qu’il n’y a aucune difficulté matérielle à se débarrasser de l’eau, dans certaines limites. C’est une question de drainE^Jfe; or, on ne peut avoir de bonnes récoltes sur des sols compactes, sans un drainage du sous-sol, que l'on emploie ou non le sewage. Le drainage est donc imposé par l’état physique du sol, indépendamment de l’utilisation du sewage. Dans les terres dressées en ados, les drains sont placés dans chaque raie, et, dans ce cas, le sewage peut être appliqué sur les terres les plus tenaces, les plus imperméables, avec grand avantage.»
- D’après le docteur Yoelcker, lès terres argileuses, llabourées profondément et bien drainées, sont susceptibles d’un rendement plus élevé, sous l’action du sewage, que les terres franches et légères; malheureusement, comme le fait observer M. Hope, ce sont les terres les moins propres à la culture maraîchère.
- ' Toutefoisj il convient d’éviter les terrains trop perméables, tels que ceux dont Lodge Farm offre un exemple, quand on veut tirer du sewage
- le meilleur parti possible. Nous référons pour cela aux observations
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- 1. Journal of the F armer n' Club, mars 1870.
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- que les rapports de M. Morgan nous ont suggérées à l’occasion de l’excès de sewage qu’absorbent certaines récoltes, notamment le ray-grass. De même, il n’y a pas lieu, pour assurer l’absorption du sewage, d’exagérer le drainage qui transforme l’irrigation en filtrage.
- M. Hope conseille avec raison le choix de terres argilo-sableuses, légères, non pas à cause de leur action spéciale ni de leur composition chimique, mais parce qu’on les cultive plus facilement, et parce qu’elles sont mieux appropriées à la culture maraîchère. C’est l’état physique des terres qui devra surtout guider le choix.
- Sols tourbeux. — M. John Hart ' a envisagé spécialement l’emploi du sewage à l’irrigation des prés tourbeux. D’après lui, il résulte de l’expérience que le sewage appliqué d’une’ manière continue à ces prés, y développe les plantes les plus grossières au détriment des autres, et donne des résultats rien moins que satisfaisants. M. Hart modifie le système appliqué jusqu’alors, en n’employant que du sewage épuré1 2 et en pratiquant des rigoles différentes de celles auxquelles on a recours sur les terrains ordinaires. Des ados à la charrue sont en effet impraticables; il propose, pour l’établissement des rigoles, de découper des bandes de tourbe, plus épaisses sur l’un des bords, que l’on retourne en sens inverse sur le sol; ou de découper des bandes d’égale épaisseur, que l’on remet en place sur le sol préalablement dressé, sous forme d’ondulations. La pente longitudinale des rigoles doit être établie avec le plus grand soin. Les figures a, b, c, d, e, f, h, planche II, représentent les coupes des diverses formes de rigoles proposées par M. Hart.
- Le fait sur lequel M. Hart s’appuie, pour affirmer que le sewage ne donne pas des résultats satisfaisants sur les prés tourbeux, ne concorde pas avec ce que l’on sait des effets de l’irrigation sur les terres, tourbeuses. Le'sous-sol a pour cette irrigation une plus grande importance que le sol lui-même. Si le sous-sol se draine facilement et se maintient dans une situation relative de sécheresse, des arrosements réitérés, mais de courte durée, conviennent le mieux. Même avec un sous-sol humide, l’irrigation est avantageuse, surtout lorsqu’on l’applique à grande eau. C’est un fait avéré que le passage rapide d’un volume d’eau suffisant améliore notablement les terres tourbeuses, en les déprivant de leur acidité. Aussi l’irrigation par infiltration convient-elle particulièrement aux marais récemment mis à sec, et dont le sol spongieux est très-absorbant.
- Les expériences de filtrage de M. Frankland, que nous avons rapportées plus haut (p. 280), démontrent que le sol tourbeux de Leyland est susceptible de nitrification autant que le sable et l’argile.
- 1. Trealment of seivage by John Hart. London, 1869.
- 2. Voir page 112.
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- Après avoir été convenablement drainée, la tourbe soumise à l’arrosage fournit d’aussi abondantes récoltes que les autres terrains. Ce serait d’un énorme intérêt de pouvoir ainsi convertir en terres fertiles les vastes tourbières de certaines localités très-habitées. En tous cas, la valeur des sols tourbeux a été très-notablement accrue par l’irrigation à l’aide du sewage ; elle peut être portée de 10 francs à \ 800 francs à l’hectare, lorsque les nourrisseurs des environs peuvent disposer du fourrage’.
- Dans un projet soumis aux commissaires des rivières (1870), M. J. Newton, ingénieur, se proposait d’intercepter l’écoulement des égouts dans rirwell et ses tributaires, d’élever les eaux par des machines à vapeur jusqu’au niveau le plus élevé des tourbières de Chat Moss, et d’irriguer ces tourbières. En élevant les liquides de 1o mètres, on commanderait l’irrigation de 3 000 hectares, dont la plus grande partie est actuellement stérile.
- En examinant l’appropriation des sols tourbeux pour cette opération, l’auteur du projet reconnaît que, dans l’état d’humidité où se trouve une partie du Chat Moss, il serait insensé d’y déverser plus de liquide pour augmenter ses propriétés marécageuses; mais par un drainage complet, tel que celui des terres avoisinantes, on peut mettre le sol en état d’absorber autant de liquide que les sables d’Edimbourg, et, par un marnage bien entendu, le rendre tout aussi fertile1 2.
- 3. CONFIGURATION DU TERRAIN.
- Comme configuration générale du sol, on devra préférer les terrains de niveau, ou du moins en pente douce et uniforme. M. Rawlinson ne partage pas cet avis, les terrains plats offrant le plus de difficultés pour une irrigation étendue. Il préfère même des pentes rapides à l’absence de pente, pourvu que le sewage débouche à un niveau suffisant, et s’il le faut, même, l’élever par les pompes. En effet, avec des pentes rapides, le sewage circule suivant la ligne de niveau le plus élevé, et après l’arrosage d’une partie de la surface il peut être repris dans les canaux tracés sur une ligne de niveau inférieur, de façon à l’utiliser deux ou trois fois de suite. Le volume de sewage utilisable sur une surface déterminée peut être ainsi plus, considérable qu’en terrain plat et plus complètement épuré.
- L’opinion de M. Rawlinson, toute justifiable qu’elle paraît au point de vue technique, ne l’est pas pour le fermier qui éprouverait des
- 1. W. H. Corfield. The treatment and utilisation of sewage, 2nd édition. London, 1S T 1, page 24T.
- 2. First report of the commissioners (Mersey and llibble basins), volume II, 1870, page 314.
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- difficultés très-sérieuses à cultiver avec des rigoles de contour, à moins de recourir exclusivement pour les labours à la charrue tourne-orcilles, qui est plus dispendieuse et moins durable que la charrue ordinaire. M. Hope, qui a pratiqué l’irrigation en terrain plat et accidenté, se prononce avec raison pour l’adoption de terres de niveau, ou en pente douce.
- Il est essentiel, dans tous les cas, pour assurer le succès de F arrosage, que le sol soit drainé.
- 4. PRIX DU TERRAIN ET DU SEWAGE.
- Pour déterminer le prix du fermage ou le loyer d’une ferme où l’on utilise le sewage, il faut envisager les trois questions suivantes : 1°la valeur productive du sol par rapport au volume de sewage absorbé ; 2° la proximité de la ferme, du marché ; 3° la qualité du sewage.
- Nous ne reviendrons pas sur la première question : elle a été suffisamment élucidée. Du moment où des terrains pauvres, mais naturellement drainés, se prêtent aussi bien à l’utilisation que les sols argileux, ameublis et artificiellement drainés, la seconde question, relative à la proximité des marchés, acquiert une grande importance. En effet, les cultures qui réussissent le mieux au sewage sont précisément celles dont les villes qui fournissent le sewage ont le plus grand besoin. Ainsi le ray-grass nourrit les vaches sur la ferme, et se convertit en lait dont il faut chercher le débit journalier dans la ville, ou bien le ray-grass et les racines sont recherchés par les nourrisseurs des environs ; les légumes de tous genres sont demandés par la ville. C’est par ce motif que les terres arables, dans le voisinage immédiat des villes, se louent ou s’achètent à des prix plus élevés que les terrains vagues, à moins que ceux-ci ne puissent être utilisés par l’industrie. Les commissaires des rivières ont établi comme règle que les fermes à sewage doivent être éloignées à 2 kilomètres des villes ; mais cette limite n’est pas de nature à faire obtenir un prix inférieur pour la terre, si l’on est obligé de choisir des terres arables. Les autorités municipales devront donc examiner s’il n’y a pas plus d’avantage à élever le sewage par des machines, pour le rejeter sur des terrains à bas prix, que de le mener au loin par gravitation sur des terres en culture, d’un prix élevé.
- Prenons un exemple. Une ville trouve à acheter au prix de 9 000 francs l’hectare une surface de 60 hectares de terres arables que le sewage atteindra par gravitation, ou bien au prix de 3 000 fr. l’hectare une même surface de terrains, mais plus pauvres, d’un niveau élevé, et sur lesquels il faut amener le sewage par des pompes. Le prix d’acquisition, dans le premier cas, représente 540 000 fr. et dans le second 180 000 fr. Si la ville se décide pour îes terrains élevés, mais plus rapprochés des
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- marchés, elle trouvera dans l’écart des prix d’acquisition, soit 360000fr., de quoi solder et au delà les frais d’installation- de pompes, de canalisation, et capitaliser les dépenses annuelles courantes.
- S’il s’agit, dans les mêmes conditions, de louer au lieu d’acheter, et que le terrain en contre-bas se loue de 180 à 300 francs l’hectare, tandis que celui-ci, à un niveau élevé, se loue 60 francs; la différence du prix total de location sera d’au moins 1 0 000 francs, lesquels, capitalisés pendant trente années de bail, représentent 300000 francs. Cettë somme sera bien plus que suffisante pour solder les frais d’élévation des eaux et de leur distribution pendant la durée du bail.
- L’avantage que l’on peut avoir à élever les eaux ne consiste pas seulement dans une économie d’argent, mais le plus souvent dans la facilité d’éviter des contestations ou des objections de la part des propriétaires.
- En résumé, il semble rationnel d’admettre que le loyer du terrain à irriguer, sans tenir compte du sewage, ni des bâtiments, ni de la préparation des terres de la ferme, devra être le même que celui des autres terrains situés dans le voisinage des villes.
- Reste la troisième question de la qualité du sewage, qui détermine sa valeur argent.
- . Comme on l’a vu au commencement de ce travail, MM. Lawes et Way ont établi la valeur intrinsèque du sewage à 10 fr. 40 par habitant et par an ; M. Hope à 5 fr. 20, et M. Bailey Denton à 3 fr. 45, en comptant sur un volume d’eau distribuée de 33 mètres cubes par habitant et par an. Il n’y a pas de motif, ajoute M. Denton, pour que le sewage, parce qu’il jouit de Davantage de pouvoir être distribué sans main-d’œuvre sur le sol, et de fournir un aliment directement assimilable aux plantes, quelque considérable que soit cet avantage, doive être coté commercialement, autrement que les autres engrais des villes. A Croydon, par exemple, le produit brut par mètre cube de sewage est inférieur à 5 centimes, et représente 3 francs par habitant et par an. A Aldershott, il représente 4 fr. 15? et à Norwood, 4 fr. 65. Encore est-il difficile de faire dans ce produit la part du sewage propremént dit et celle du sol, celle de la main-d’œuvre, etc.
- En admettant le prix de 3 fr. 45 par habitant, basé sur celui de 6f,10 par mètre cube de sewage, tel que l’entend M. Denton, il le répartit également entre le propriétaire qui fournit le sewage et le fermier qui l’utilise. Le fermier devra ainsi payer pour la disposition du sewage 1f,72 par habitant. Pour une ville de 10 000 habitants, cela représenterait 17200 francs par an, et en calculant sur le sewage de 250 habitants à l’hectare, là valeur du sewage consommé à l’hectare serait de 430 francs.
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- 5. PRATIQUE DES IRRIGATIONS.
- Les irrigations n’exigent pas un capital considérable pour procurer des bénéfices et accroître la production, mais encore faut-il qu’elles soient bien dirigées. Dans le cas spécial du sewage, l’irrigation peut être envisagée sous trois aspects distincts : la conduite du sewage de la ville jusque dans la campagne; la distribution sur les fermes et la préparation des terres à arroser; l’épandage sur le sol suivant les cultures.
- Les fermiers étant généralement peu entendus en matière d’irrigation, les soins de la distribution incombent presque toujours aux ingénieurs, peu initiés malheureusement aux besoins de la culture, et peu intéressés au succès d’une application dont les villes font le plus souvent les frais. La conduite des eaux des égouts et leur distribution sur le sol sont ainsi plus particulièrement du domaine de l’ingénieur. Mais, comme le fait justement remarquer M. Mechi, « il est aussi inutile de conduire du « sewage, si on ne sait pas Remployer, que de transporter du gaz ou de « l’eau potable à ceux qui n’en veulent pour rien, ou qui se refusent à les « payer. »
- a. CONDUITE DU SEWAGE SUR LE TERRAIN.
- L’ingénieur connaît le mode le meilleur et le plus économique pour transporter un. volume d’eau d’un point sur un autre. Il est guidé par les circonstances et par les ressources locales; les travaux dépendront du niveau qui implique l’écoulement des eaux par gravitation, par élévation, ou par des conduites à refoulement.
- Il ressort de l’enquête de la Commission présidée par lord A. Mon-tagu, que mille mètres cubes de sewage, représentant une hauteur de de0m,10 de pluie à l’hectare, peuvent être élevés à 100 mètres de hauteur moyennant une dépense de 18 à 19 francs, de telle sorte qu’avec une pente de 1 millimètre 1/21 par mètre, l’écoulement peut se faire jusqu’à 50 et 100 kilomètres de distance.
- A Glasgow, un conduit de 1m,22 de diamètre amène journellement 100 000 mètres cubes d’eau du Loch-Katrine, situé à 64 kilomètres de distance, la pente étant de 1 millimètre 1/2 par mètre. Les travaux représentent une dépense de 20 millions de francs.
- Quand il y a excès de pression, il y a évidemment plus de facilité pour l’épandage. Ainsi, lorsque le collecteur principal est un conduit en fonte, et que le sewage y est refoulé par de puissantes machines, la distribution sur le sol devient très-simple. Mais si le sewage arrive à l’émissaire par gravitation, il ne peut être répandu que sur des terres situées à un niveau inférieur à celui de l’émissaire, et dans bien des loca-
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- lités, c’est là une grande difficulté. Les collecteurs à air libre, en béton, de préférence aux briques, aux poteries et aux grès , etc., s’appliquent aux cas où il n’y a pas refoulement des eaux.
- On a objecté au transport du sewage à l’air libre que son élément le plus fertilisant, l’ammoniaque, se dégage pendant le trajet. Or le sewage frais ne renferme pas d’ammoniaque à l’état libre. En admettant qu’il se fût développé par la fermentation ou par un repos prolongé, le sewage s’étant converti en liqueur ammoniacale, il est probable que l’eau, dont l’affinité pour l’ammoniaque est plus grande que celle de l’atmosphère, le retiendrait.
- La Commission de 1868 a voulu déterminer jusqu’à quelles distances le sewage pouvait être transporté dans les conduits à l’air libre, sans perte d’ammoniaque. Le sewage est surtout riche en carbonate d’ammoniaque, qui, lorsqu’il est pur et concentré, se volatilise rapidement dans l’air; mais, à cause de son excessive solubilité, il est repris immédiatement à l’air par l’eau. On a soumis une dissolution de carbonate d’ammoniaque, du même titrage que le plus riche sewage de Londres, à l’action d’un fort courant d’air, nuit et jour, pendant quinze jours. Cette dissolution était placée dans deux vases, sur une épaisseur de 0m,30 dans l’un, et de 0m,05 dans l’autre.
- Dans le premier cas, la température du liquide ayant varié entre 10°,5 et 16°,5 centigrades, la perte, après quinze jours, a été de un et demi cent-millième sur 9,75.
- Dans le second cas, la température du liquide ayant varié entre 9°,9 et 16°,8 centigrades, la perte, après quinze jours, s’est élevée à 4 cent-millièmes 1/2 sur 9,25.
- On peut donc affirmer que pour un long trajet, dans les conditions les plus défavorables, la perte par évaporation du carbonate d’ammoniaque est inappréciable. En effet, au bout de 72 heures, le sewage ayant parcouru 110 kilomètres, à la vitesse de 1 kilomètre 1 /2 à l’heure, la perte proportionnelle est légèrement supérieure à 1,3 pour 100, dans le cas d’une épaisseur de nappe de 0m,05. Or, un courant de sewage n’a guère moins de 0m,30 d’épaisseur, et, d’après l’expérience, la perte serait absolument nulle pendant 72 heures.
- Le transport du sewage d’une petite ville de 10 à 20 000 âmes n’offre pas de grands obstacles ; il suffit le plus souvent d’atteindre une ferme unique dont les terres sont d’un seul tenant.
- Pour de courtes distances et de faibles pressions, les conduites en poterie peuvent servir aux branchements ; mais elles font un mauvais usage. Les conduites en fonte sont évidemment plus commodes, mais trop coûteuses. M. Mechi, sur la ferme de Tiptree-Hall, emploie depuis vingt ans des tuyaux en fonte, qui, à la profondeur de 0m,50, ont très-bien résisté dans les terrains légers. Dans les terrains argileux, ils se
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- sont oxydés extérieurement. Au prix de 125 francs la tonne, rendus sur la ferme, ces tuyaux représentent par mètre courant, pose non comprise, une dépense de 2 fr. 60. Les conduites en carton bitumé n’ont pas réussi1.
- Les canaux creusés en terre sont d’un excellent usage et très-commodes; mais à moins que leur niveau coïncide, suivant le relief du sol, avec les rigoles de distribution, ils sont d’un établissement coûteux et occupent trop de place.
- M. Hope a proposé, pour certaines localités dont l’accès est difficile par suite des routes, des ravins à traverser, etc., l’emploi de rigoles en tôle, à section demi-cylindrique, soutenues sur des chevalets en bois. Ces rigoles, maintenues à une hauteur suffisante au-dessus de la surface, n’occupent guère plus de place qu’un canal de niveau. Si la hauteur est trop considérable, ou bien s’il faut traverser un ravin ou une tranchée, on modifie la section des rigoles en tôle : au lieu de la forme demi-cylindrique, on diminue le diamètre pour surélever les parois que l’on consolide par des fers d’angle. C’est ainsi qu’à Lodge-Farm, M. Hope avait fait établir, sur une longueur de 4 kilomètres, et à une hauteur au-dessus du sol de 5 à 7 mètres, une rigole qui a résisté^au vent et à toutes les dégradations.
- La meilleure forme pour la résistance, la capacité et la convenance du travail, c’est une rigole à parois verticales, fortifiées par des fers d’angle et des cornières, avec un fond semi-cylindrique ou plat, mais arrondi aux angles. C’est sous cette forme que sont établies les rigoles de Bre-ton’s-Farm, en remplacement de celles qui existent actuellement.
- Des rigoles en tôle de l’un ou l’autre modèle peuvent être établies sur chevalets à 1m,20 de hauteur, peinture comprise, au prix de 9f,15 à 9f,80 le mètre courant. Si on leur adapte tous les dix mètres les éclusettes ou ouvertures de M. Edwin Maw, le prix atteint 10 francs par mètre courant. Ces rigoles se recommandent par leur durée et leur économie pour le transport du sewage dans les localités où les canaux en tranchée sont impossibles. Le prix de leur établissement à l’hectare peut être estimé, d’après M. Hope, de 30 à 60 francs.
- Les rigoles en bois n’ont qu’un caractère provisoire et reviennent, à la longue, à un prix bien plus élevé que les rigoles en tôle, outre qu’elles exigent des frais constants d’entretien pour éviter les infiltrations.
- Pour les conduites volantes ou mobiles, M. Mechi a essayé la gutta-percha, le caoutchouc et le cuir. Celles en cuir ont seules donné de bons résultats, à la condition de les tenir étanches et graissées quand elles ne sont pas en service.
- Quand il s’agit de répartir le sewage d’une grande ville entre plusieurs fermes isolées, les difficultés sont du même ordre pour le tracé des col-
- 1. Mechi, {Times, l01’ juillet 1870.)
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- lecteurs ou des canaux principaux le long des routes d’accès - de ces fermes, que pour les canaux de drainage. Au lieu de recueillir, comme dans le drainage, les eaux superficielles de^plusieurs propriétés et de *les entraîner dans un collecteur unique, on dispose d’un collecteur unique dont on a à distribuer le liquide sur plusieurs propriétés.
- b. SYSTÈMES DE DISTRIBUTION.
- Le sewage étant amené de la ville jusqu’aux limites de la ferme, divers systèmes de distribution s’offrent au fermier pour déterminer le mode de préparation du sol.
- Un premier système de distribution, connu sous le nom de système tubulaire1, qui implique la conduite du sewage sous pression dans des tuyaux, et l’arrosage à la lance, a été abandonné successivement par les villes et parles exploitations qui en faisaient usage. Nous avons indiqué la reprise de ce système, sous le nom de Brown, page 299.
- Un second procédé d’irrigation souterraine, qui consiste à laisser le sewage s’infiltrer parles drains dans le sous-sol, est basé sur un principe erroné! Les matières fertilisantes sont détournées des racines qui peuvent les assimiler, et l’eau qui tient ces matières en suspension et en dissolution remonte par la capillarité du sous-sol à la surface, maintient une évaporation constante qui abaisse la température et'nuit aux progrès de la végétation.
- L’épandage superficiel du sewage, qui constitue le troisième mode, est de beaucoup le plus recommandable, puisqu’il fournit un aliment direct aux plantes, et élève la température du sol par rapport à celle de l’air. Ce dernier avantage est commun, du reste, à tous les modes d’irrigation superficielle.
- Que l’on adopte le système par déversement etupar reprises d’eau, applicable aux terrains en pente, tel que M. Rawlinson le recommande, ou le système par ados, appliqué aux terrains en plaine, il convient de lever très-exactement le plan de la ferme à irriguer, d’en faire un nivellement très-exact avec repères cotés, et seulement alors on peut tracer les canaux principaux, en ayant soin que les branchements soient, autant que possible, perpendiculaires. Puis on s'occupe de la division du sol compris entre les canaux principaux, pour y établir les rigoles de distribution.
- C. IRRIGATION PAR PLANCHES ET ADOS.
- !
- Le mode d’irrigation par ados est le plus perfectionné, en ce sens qu’il permet mieux que tout autre d’économiser les liquides, conformément
- 1, Utilisation des eaux d'égout en Angleterre, page 64.
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- au principe élémentaire qui veut que l’eau arrive partout et 11e séjourne nulle part. Les ados des Vosges, les marcites milanaises offrent des exemples hien connus de ce genre d’arrosage. M. Baldwin-Latliam l’a appliqué le premier à Croydon pour le sewage, et M. Hope a profité de l’expérience de M. Morton, à Lodge-Farm, pour le modifier ensuite sur sa ferme de Romford.
- Pratique de M. Hope. — Lorsque le relief du terrain le permet, il est sans contredit préférable de diviser la surface en planches rectangulaires, et de la labourer de manière à former un ados central, comme dans les anciennes prairies des comtés du centre de l’Angleterre (middle counties), Le long de cet ados, on pratique à la charrue une rigole qui communique avec le canal principal, dirigé normalement au bord qui occupe la largeur de la planche. Le sewage déversé par le canal, dans la rigole d’ados, déborde et arrose les deux versants de chaque planche.
- La forme rectangulaire permet de cultiver sans charrue tourne-oreilles, et sans matériel spécial. Elle assure, en outre, une grande économie des liquides, car il est évident que de l’ados à la raie, il y aura toujours assez de pente pour l’écoulement. Les plantes sont ainsi régulièrement arrosées. Il suffit de régler la pente de la rigole d’ados, en remuant le moins de terre possible.
- M. Hope signale le cas d’une pièce de 4 hectares sur laquelle le sewage débouchait en un point un peu moins élevé que la plupart des autres parties de la pièce. Malgré cette légère différence de niveau, défavorable à l’irrigation, le système des rigoles en ados a été appliqué. La pièce fut divisée en planches ayant à peu près la même largeur, et de pente croissante, commençant par une planche très-plate et finissant par une planche à pente accentuée; la dernière offrait, en effet, une pente de 1/10 entre l’ados et la raie. Les dimensions reconnues les meilleures pour chaque planche ont été de 9 à 10 mètres de largeur entre deux raies, avec une pente de 1 /20 de l’ados à chaque raie, et une longueur de 100 à 400 mètres, suivant la pente.
- Après un labour en travers, qui comble les anciens billons, et les autres façons nécessaires, on laboure de manière à amener les ados approximativement à la hauteur voulue. On roule alors lourdement les ados pour reconnaître si leur pente est continue et en état de recevoir une rigole. Quand même il serait nécessaire de faire des changements ultérieurs, l’ados roulé rendra les charrois plus faciles.
- , Comparé à tel système qui modifierait la surface entière d’un champ, celui-ci est des plus simples. Un dernier avantage qu’il offre, la surface dé chaque planche ayant été déterminée, c’est de permettre d’évaluer exactement les frais de main-d’œuvre pour les labours, les façons, le volume de sewage et les produits.
- M. Hope estime que la formation des ados correspond, comme dépense, ' 22
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- à un second labour dans les terrains ordinaires. ha dépense totale atr teindrait 160 francs à l’hectare.
- Le transport et le relèvement des terres le long de Fados n’occasionne pas des frais considérables, si la surface pour l’irrigation a été convenablement choisie.
- On a objecté au système des ados élevés et des planches large?, que. les terres ne peuvent être ainsi dressées sans ramener beaucoup du sous-sol à la surface. C’est vrai; mais outre que le catchwazer système offre le même caractère, l’expérience acquise dans l’arrosage montre que la nature du sol n’a pas grande importance. Le résultat comme récolte n’en est pas sensiblement affecté.
- Pratique de Lodge-Farm. - En 1868, M, Petre a fait dresser, d’après le système des ados, 20 hectares environ de^a surface de Lodge-Farm. Les planches de formes diverses avaient une largeur variable de 1 à 11 mètres. Les travaux exécutés principalement à l’aide de la charrue représentaient une dépense moyenne de 120 francs à l’hectare. Les planches, de 8 kl\ mètres, de largeur, sont établies d’iUne manière permanente; celles plus étroites,,de 1 à 3 mètres, qui correspondent aux tonds de la culture ordinaire, sont renouvelées après chaque récolte; mais le nivellement est acquis.
- Squs le rapport de la meilleuré forme et des dimensions à donner aux planches, M,xPfP.tre penche pour l’emploi de planches larges, quand il s’agit de prairies, de Géréales et de récoltes qui couvrent la surface de végétation; au contraire, il préfère l’emploi de planches étroites pour les choux, les]betteraves,!leg mangolds, etc., qui exigent de l’espace et de l’air.
- sP* Morgan, qui a dirigé les nivellements et les travaux.de la surface à;Lpdged?arm, depuis la retraite de M. Morton, a consacré à cette ques* tion ?un Mémoire spécial que nous analyserons brièvement1. Cet ingé^ mcnr s’egt proposé de déterminer ;
- 1° Les moyens économiques pour réaliser des arrosages plus ou moins prolongés, suivant la nature des cultures;
- 2° 'Le volume nécessaire à chacun et les époques préférables pour l’éjpandage.
- . « mpdo.d’irrigatiQn n’çstiefficace et économique, établit-il fout
- d’abord, s’il altère en quoi que ce soit le mode ordinaire de labour et de culture ; .s’il .nécessite le piétinement de la surface ou la réparation trop fréquente de? rigoles. On doit éviter également le’layage trop abpnr dent ou le saturation du sol, et la formation de haches ou mufeg ; chacUh de ceajuopnvénienfs .entraîne ,flpe:4épppe. continue en maiu-d’muvre
- l, Notes m thetoistrilmtiQn pf,sevfage, by H.-h Morgan. Londrosnaoût 1800.
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- et une perte de sewage. Enfin, le terrain doit être distribué de manière à ce que les récoltes voisines ne soient pas endommagées par les manœuvres de l’irrigation, ni par l’enlèvement des récoltes. »
- L’égouttement de la surface arrosée n’exige pas moins de soins que l’humectation. Aussi la construction des drains, d’où dépend l’égouttement, est-elle assujettie au choix des cultures, suivant qu’elles impliquent un arrosage fréquent, comme les prairies, ou un arrosage intermittent comme celles qui font suite au ray-grass, par exemple.
- Les drains qui ont un caractère permanent sont établis surtout d’après la nature physique du sol, perméable ou compacte.
- La pente à donner aux rigoles et aux versants est calculée d’après les matériaux qui. forment ces rigoles et la nature de la surface. La perte par infiltration étant proportionnelle à la perméabilité, une argile tenace exigera moins de pente qu’un terrain sableux. Si l’on admet une vitesse' du courant de sewage dans les rigoles, de 30 mètres par minute, sans que les bords soient rongés ni endommagés, il faudra, à cause des5 coudes, des courbes et des inégalités, calculer sur une vitesse plus grande.
- Dans le choix des dimensions à donner aux planches, Mi., Morgan se* prononce en faveur des plus grandes. Les petites planches de .4 mètres, entre la rigole d’ados et la raie, entraînent, selon lui, à des dépenses continues et à une déperdition trop forte de sewage à cause de la multi-r plicité des rigoles ; les rigoles permanentes doivent avoir un caractère permanent, »
- M. Morgan compare deux planches de Lodge-Farm, de dimensions, différentes, avec rigoles en terre.
- La plus grande de ces planches, établie par M. Morton, mesurait 21 “,50 de l’ados au billon, soit 43 mètres^ de largeur totale et 165 mètres de longueur. La surface totale est ainsi de 71 ares. La pente, sur la largeur du versant, est de 0m,40 et, sur la longueur de la planche, de 0m,46. La rigole principale a une section de 0,40, et théoriquementi devrait débiter 28,5 mètres cubes par minute, avec une vitesse dei 73 mètres. Or, effectivement, le cinquième à peine, de ce volume est débité. La pompe qui alimente la ferme permet de mesurer ce volume. Mais en admettant que la rigole fût parfaitement unie, sans infiltration, etc., et que son débit fût réellement de 28,5 mètres cubes par minute, on pourrait distribuer, à raison de 620 mètres cubes par hectare, 440 mètres cubes sur 71 ares, en 15 minutes. Cette vitesse ne saurait être recommandée pour tous les cas; M. Morgan l’admet pour le cas d’une prairie, sur un terrain susceptible d’absorber rapidement 0m,06 d’eau. Plus la vitesse sera grande, moins il y aura de déperdition par infiltration perpendiculaire et dans les rigoles.
- La plus petite des. planches, en prairies également, mgsuraiy 1 mètres de largeur totale et 119 mètres de longueur, soit 13,aresf Larpente, sur,
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- la largeur du versant, est de 0m,30 et, sur la longueur de la planche, de 0m,38. La rigole principale a une section de 5 décimètres carrés et, en admettant les mêmes conditions que pour la rigole de la grande planche, devrait débiter, à la vitesse de 46 mètres par minute, 2m,5 et distribuer 210 mètres cubes sur les 13 ares en 30 minutes.
- Il a donc fallu moitié moins de temps pour arroser la grande planche, bien que la pente de la petite fût plus forte, et la distance de fados à la, raie fût moindre. La plus grande planche reçoit environ 28 mètres cubes et la petite 2,5 mètres cubes à la minute. Le sol étant également perméable dans les deux cas, la petite planche offrira* une infiltration plus considérable.
- De même que la vitesse de l’eau répandue sur les planches est réglée par la nature du sol et des cultures, la dimension des rigoles devra également en dépendre. Il convient de proportionner cette dimension aux exigences de l’arrosage, plutôt que d’accroître la pente à partir de l’ados.
- L’inconvénient d’une pente rapide donnée aux petites planches augmente, au fur et à mesure des labours, pour les cultures qui succèdent à la prairie. Il est vrai qu’après chaque coupe on perd moins de temps pour reprendre l’arrosage d’une petite planche.
- Si l’on compare les deux planches au point de vue d’une autre culture que celle des prairies, les choux, par exemple, on constate une grande différence à Davantage de la plus grande planche, sous le rapport de la manœuvre, de la régularité de l’épandage et de l’entretien de la surface. La petite planche ne comportant pas de rigole permanente, aura été défoncée par le labour, d’où résultera une absorption du sewage plus irrégulière, par suite de la pente plus rapide des versants et de la formation de flaches. Dans la grande, au contraire, les plants disposés en lignes perpendiculaires à la rigole recevront le sewage sans que la surface soit entièrement inondée, et l’épandage s’opérera assez lentement pour que l’éclusier puisse surveiller l’écoulement hors de la rigole, sans piétiner la surface et sans qu’elle se ravine.
- * Un dernier inconvénient inhérent à la division en petites planches
- consiste dans la difficulté de maintenir en culture les plantes semées dans les raies, dont le sewage durcit la surface, tout en entretenant, dans le sous-sol, par les racines, une humidité nuisible à la végétation
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- (fig. 4). Il faut donc éviter les raies autant que possible, si le sous-sol est peu perméable.
- M. Morgan a choisi, comme exemple du meilleur mode à suivre pour l’irrigation mixte, une surface de 20 hectares suffisamment drainée et pourvue d’un émissaire où s’échappe l’eau du sol.
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- Plan d’irrigation mixte.
- Pour distribuer cette surface, il admet que 3 à 4 tonnes de ray-graSs sont nécessaires pour la vente ou la consommation journalière, et comme la rotation avec trois pièces en ray-grass semble préférable, il
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- affecte trois fois plus de terrain à cette culture qu’il n’eh faudrait pour fournir 3 à 4 tonnes de fourrage par jour. Les pièces de 40 ares chacune sont partagées transversalement par une rigole secondaire, afm de pouvoir arroser chaque demi-pièce de deux jours l’un.
- Si la pièce en ray-grass doit être défoncée en octobre pour y semer de l’avoine, etc,, tandis qu’une autre, ensemencée au mois d’août précédent, est prête pour une première coupe, et qu’on doive faire suivre l’avoine, de choux, de pommes de terre ou d’une récolte dérobée de navets, puis de blé, avant dé remettre la pièce en ray-grass, il n’y aura pas de trop de trois fois la surface, affectée à la culture du ray-grass.
- Le canal principal d’amenée du sewage est dirigé de A en B (fîg. 5) le long de la route. La pente du terrain à gauche de ce canal étant mieux adaptée à l’établissement de planches en ados, M. Morgan y a disposé les pièces de ray-grass (7 hectares en tout) dont un tiers, formé de six planches, est mis successivement en prairie'. Les six planches de la pièce n° 3, situées à un niveau inférieur, reçoivent le sewage par les rigoles de distribution ou colateurs de la pièce n° 2.
- Une pièce n° 4, consacrée à la culture maraîchère, est arrosée par les eaux d’égouttement de la pièce n° 2, et par les eaux provenant des ados et raies de la pièce n° i.
- A gauche du canal AB, le terrain de A en Â' est au-dessus de l’étiage du canal, et affecté aux bâtiments de la ferme, etc. Plus loin, en A', le canal d’amenée reçoit un embranchement à angle droit, et, en B, il tourne perpendiculairemement pour passer en siphon de B en G; il débouche de C en D dans un canal en bois supporté par des chevalets (fig. 6) et rentre en ferre à partir de D. Le relief de cette partie du terrain
- Fig. 6. — Canal en bois supporté par des chevalets.
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- permet l’établissement de rigoles de contour et de déversement, alimentées par le canal en A'B et BD. Des routes donnent accès pour la culture et l’enlèvement des récoltes,
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- Chacune* des' planches de râÿ-grâss (40 ares) est disposée pour recevoir 250 mètres cubes de sewage à l’heure, et un intervalle de 24 jours est réservé entre lés Cdüpës de clïaqüe 10 ares. D’après le niveau des eaux à l’émissaire, la pente du canal principal est 1 /240e; ce qui permet le passage en siphon,
- M. Morgan condamne l’uniformité de pente dans toute la longueur du canal, et propose de l’établir par gradins successifs dont la longueur est déterminée par le volume maximum de sewage à débiter. Grâce à ces gradins, on peut accélérer la vitesse, en plaçant l’eclusette à moitié, par exemple, de la longueur des gradins, ou bien la diminuer, en la reculant jusqu’! l’extrémité.
- Des piânchéttes traversent lé canal de mètre en mètre, pour que l’éclu-sier puisse cheminer le long du canal* comme l’indique la figure 7.
- Fig. 7. — Canal avec planchettes de service.
- Les planches ont Une' petite de 4 centimètre et demi par mètre, de l’ados â la raie (Il mètres)* Les rigoles* disposées de manière à utiliser toutde volume d’eau du canal principal, ont une longueur de 82 mètres et peuvent débiter 4,3 métrés cubes de sewage k la minute, otî 258 mètres cubes â l'heure, Elles sont divisées chacune en neuf gradins de 9 mètres environ* ce qui correspond à un écoulement de 250 mètres cubes par heure et par 40 ares.
- Pour les planches affectées à la culture potagère, le COÎafettr est alimenté soit par Uliê des rigoles des planches situées a un tiivéâti supérieur, soit par les eaux écoulées des planches n° 4 et n" 2, Le sol est divisé en planches de 4 mètre k i *,-20' de largeur,- et les raies entre chaque planche servent de rigole de distribution aux légumes. Le but que l’on se propose ici n’est pas d’inonder la surface, mais bien d’alimenter les racines des plantes par infiltration. Au labour suivant, les raies étant déplacées, pour faire partie de planches remises en culture, il n’y a pas de perte de matières fertilisantes.
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- Les figures 8 et 9 indiquent le fonctionnement des éclusettes à main
- Fig. 8. — Éclusette en place pour l’écoulement des rigoles en terre.
- Fig. 9. — Manœuvre d’arrêt de l’écoulement des rigoles en terre.
- sur les rigoles de distribution dans le sol, et la figure 4 0, celui des éclusettes adaptées aux rigoles en bois.
- Fig. 10. — Plan, montrant l’épandage à l’aide de rigoles en bois.
- M. Morgan évalue, comme il suit, la dépense d’établissement des travaux d’irrigation :
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- 220 mètres de canal principal supporté à 0m,60 au-dessus du sol,
- en moyenne.................................................. 650 fr.
- Pose, idem.. . ....................' . ..................... 100
- 330 mètres de tuyaux pour siphons et pose. . . .'...............1123
- Main-d’œuvre pour la formation en planches, l’établissement des rigoles dans le sol, etc., soit 110 fr. par hectare, pour 7 hectares................. ..................................'. . . 770
- 180 châssis pour éclusettes des 18 rigoles d’ados.............. 300
- Établissement des rigoles de contour, 5 hectares à 30 fr. .“ . . . 150
- 73 mètres de rigoles en bois................................... 180
- Pose, idem....................................................... 30
- Labour de 2,5 hectares en plates-bandes maraîchères, à 30 fr. l’hectare................................................. 75
- Soit, pour 14,5 hectares..................... 3000 fr.
- ou 250 fr. environ par hectare.
- Voici quels seraient, d’après M. Morgan, les prix des rigoles en bois et en fer :
- Bois. N° 4. 0m ,55 largeur X0m 1 ,25 profondeur 2f 75
- N° 2. 0 ,45 » xo ,25 )) 2 45
- No 3. 0 ,28 » X o ,25 )> 2 00
- Fer. No 1. 0 ,60 diamètre, 0 ,30 profondeur 3 50
- No 2. 0 ,53 » 0 ,2b » 3 00
- N° 3. 0 ,30 » 0 ,15 » 1 70
- Les poteries demi-cylindriques de 0m,60 de longueur, 0m,30 de diamètre et 0m,15 de profondeur valent autant que les rigoles en bois n° 3.
- M. Morgan préconise les rigoles en bois pour l’économie et la rapidité des essais; elles sont plus faciles à réparer et moins coûteuses que les rigoles en tôle ; mais il s’abstient de les recommander pour un établissement permanent.
- Si le canal principal était établi en terre, à la même hauteur au-dessus du sol, avec talus et banquettes, il faudrait calculer sur 4 mètres cubes de terre par mètre de longueur, soit à 5 fr. par mètre courant, 1200 fr. pour 220 mètres, au lieu de 650 fr. que représente le canal en bois.
- En regard du prix établi par M. Morgan, M. Bailey Denton estime que la dépense en travaux préparatoires pour l’irrigation peut varier entre 125 et 1 000 francs à l’hectare. Le prix de 425 francs est inférieur à celui que M. Ilope indique pour les travaux d’irrigation en ados, en plaine. Le prix de 4 000 francs comprend, d’après M. Denton, les cas les plus difficiles et tous les travaux de drainage du sous-sol.
- Pour établir une ferme à sewage sur 60 hectares, la construction des bâtiments d’exploitation et d’habitation double le chiffre des dépenses à l’hectare, de telle sorte que l'annuité, qui permet de rembourser
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- en trente ails lè Capital dë premier établissement, peut ôtïve évaluée à 7500 francs. En moyenne, On peut compter sur une charge annuelle, de 5 000 francs seulement,.
- 6. CULTURE PAR LE SEWAGE.
- La surface à consacrer à chaque culture dépendra évidemment du choix des récoltes. Or, une des plus importantes récoltes, c’est l’herbe; parce qu’elle occupe toujours la surface et qu’elle est toujours, plus ou moins en croissance, depuis l'approche du printemps jusque très-avant en automne. Elle se prête donc le plus avantageusement à remploi quotidien du sewage pendant toute l’année. Comme d’ailleurs, là où il y a une grande population susceptible de consommer de l’herbe sous forme de viande, de laitage ou de travail des chevaux, il y a aussi un gros volume de sewage, les prairies artificielles répondent aux conditions du problème, sans crainte qiie leurs produits encombrent lé marché.
- Le sewage s’adapte aussi bien aux céréales et aux légumes qu’aüx prairies; seulement, les légumes procurent un plus fort rendement à l’hectare, parce qu’üs consomment plus de sewage que les céréales.
- Le sewage étant transporté à une grande distance de la ville, au milieu d’une ferme en culture, il peut convenir d’arroser les céréales pendant la durée limitée de leur végétation, aussi bien que les autres récoltes ; mais au début dü printemps, lorsque les racines et les légumineuses viennent d’être semées, le sewage s’applique plus utilement au blé et au& âVoitiës d’hiver qu’à toutes autres récoltes. C’est grâce au sewage, employé,' il est Vrai- à doses très-faibles* qu’à Lodge^Farm on a pu faire suivre quatre récoltes de blé sur le même terrain graveleux et exceptionnellement pauvre, sans autre engrais
- i/avoine, le seigle* l’orge* le maïs* profitent également du sewage comme engrais unique.
- Pendant l’hiver où l’on dispose de masses considérables de sewage, il n’y a aucune difficulté à ouvrir les écluses et à le répandre sur le soL C’est- êrt hiver que lé fumier est péniblement charrôyé sur les routes ët répandu; c’est en hivér aussi que le sewage peut être abondamment fourni pour colmaterj L’essêntiel est qUé le sol soit drainé,
- Examinons actuellement le volume de sewage et les conditions d’arro-^ sage des principales cultures.
- Prairies. Pour les prairies, il y a lieu de considérer l’espèce d’herbe, l’époque convenable de l'ensemencement, afin de déterminer le volume dé sewage à utiliser.
- 5 On à perisé d’àbord= que lé sewage était applicable avéd profit àüt prés naturels^ en irriguanUcônstamrhent* comme à Craigentinny* Or,
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- l’eau et l’engrais qui composent le sewage activent tellement la croissance des variétés les plus .dures et les plus communes, qu’au bout dé peu de temps, les variétés meilleures sont étoufféès et disparaissent. L’herbe acquiert alors une qualité inférieure, comme à Craigentinny, où l’on remarque le chiendent et d’autres espèces aussi mauvaises, tellement touffues, qu’après la coupe, les tiges restent blaïichies faute d’air et de lumière.
- Lorsque les prés naturels sont pâturés, au lieu d’être fauchés, les inconvénients de l’arrosage continu ne sont pas aussi manifestes. Mais le bétail né saurait profiter autant de l'alimentation que fournit Une herbë souillée de sewage, et de plus, on n’obtient pas ainsi autant d’herbe que par des coupes régulières, sous l'influencé d’üne culture systématique.
- Cela ne veut pas dire que des prés naturels, arrôsés occasionnellement, ne profitent beaucoup plus du sewage que de tous autres engrais répandus en couverture.
- Ray-grass. — Quant aux variétés pour prairies artificielles, il n’y en a pas jusqu’ici qui approchent du rày-grass d’Italie, sbus lé l'apport de la vigueur et dé la qualité. Les différents brèmes lui Sont très-infé-^-rieurs.
- Le ray-grass non arrosé paraît devoir atteindre sa hauteur totale* aVec un rendement déterminé à l’hectare, pendant Une végétation de 3 où 4 années de durée;
- Sous l’influence du sewage, sa végétation est tellement activée, que la hauteur totale et le rendement s’obtiennent eh une année* et la plante est épuisée; C’est ce qui explique pourquoi, après avoir été semé ah mois d’août, à raison de 270'’ à 360 hectolitres à l'hectare, on obtient une première coupe à l'automne, et, successivement à partir dü printemps* une coupe mensuelle de 10 tonnes à l’hectare; ce qui fait pour 14 mois plus de 140 tonnes à l’hectare;
- M. Hope met hors de doute qu’en semant.le ray-grâss en temps convenable, c’est-à-dire au mois d’août, et en lui appliquant un ou deux arrosages à l’automne, on peut obtenir dans Une saison 10 coupés, représentant en moyenne de 200 à 250 tonnes à l’hec.tare;
- La première coupe de l'automne a surtout pour effet dp débarrasser l’herbe des tiges trop faibles, et de constituer Une végétation vigoureuse qui résiste à Fhivër et préparé les Cdüpes suivantes à partir de janvier, de février ou de mars, suivant là rigueur dé l’hiver. Ce qui n’empêche pas que le sewage puisse être appliqué, lors même qu’il n’y à pas de végétation apparente; en effet, le sol emmagasine k l’hiver ce que la plante n’utilise pas en aussi grande abondance ; et. d’ailleurs le sewage* saîif en temps de gelée, est â une température sensiblement supérieure à celle des eaux courantes et entretient la vigueur des plantes herbacées. '
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- Dès que les premières chaleurs ont lieu, ces plantes, vigoureusement constituées, partent avec toute leur sève et donnent, comme à Lodge-Farm, 10 coupes en une année, représentant 170 tonnes.
- Après dix coupes dans l’année qui a suivi l’ensemencement à l’automne, on défonce. La seconde année offrirait des coupes très-variables, très-vivement affectées par l’hiver suivant.
- D’après les observations sur la croissance du ray-grass soumis à l’irrigation, on a reconnu que pendant les 10 ou 12 jours après chaque coupe, il croît de 21/2 centimètres par jour et que cet accroissement correspond à une augmentation en poids de 1 tonne à l’hectare. Les premières coupes atteignent de 0m,50 à lm,60 de hauteur et pèsent de 20 à 24 tonnes à l’hectare avant que les plantes ne soient en graine. C’est pour cela que dans le dressage du sol ensemencé en ray-grass, il convient d’établir des parcelles, telles que l’on puisse couper en rotation avant la graine.
- M. Morgan a constaté queTextrême sécheresse de l’atmosphère nuisait à cette culture sur des terres perméables, quelque abondants que fussent les arrosages. Sous l’influence de la sécheresse, le volume de sewage distribué et le rendement des coupes varient, en raison du pouvoir plus ou moins absorbant du sol. Le sol étant trop poreux, le sewage le traverse trop rapidement pour que ses principes, fertilisants soient fixés, et il faut régler l’épandage en conséquence.
- Si l’écoulement se fait lentement sur une grande longueur de planche, le ray-grass prospère; autrement, il s’étiole et jaunit, tandis que le long des rigoles de distribution ou d’égouttement, il est de bonne venue.
- En somme, la culture du ray-grass mérite d’être classée parmi celles que les fermes à sewage ont le plus d’intérêt à pratiquer. Aucune plante n’est mieux appropriée à l’épuration d’un volume maximum de sewage; aucune n’est d’une culture plus facile et d’un rendement aussi important.
- Il est évident, d’après cela, que si l’on n’a pas la certitude de pouvoir vendre toutes ses coupes de ray-grass, il faut avoir du bétail sur la ferme pour les consommer. Un agriculteur qui produirait de l’herbe sans pouvoir la vendre aux environs, ni la faire consommer chez lui, ferait une triste spéculation. Toutefois, la culture du ray-grass irrigué gagnerait beaucoup par l’application d’une machine ou d’un système, susceptible de convertir économiquement le fourrage vert en foin.
- Le prix de vente du ray-grass dépend de la proximité du marché. U a atteint plus de 25 francs par tonne, coupé à l’état frais ; mais le prix moyen, d’après M. Bailey Denton, ne sera probablement que de \ 3f,75 s’il y avait une demande constante par la consommation ; or, cette demande èst loin d’être constante, et pour des petites villes telles que Rugby, Bedford, Banbury et Warwick, on éprouve une certaine difficulté à vendre le ray-grass frais. A Banbury, la vente aux enchères de deux coupes n’a produit
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- que 680 francs à l’hectare, ce qui est bien au-dessous des prix obtenus à Lodge-Farm, c’est-à-dire 4560 francs à l’hectare sous M. Morton, et 1570 francs sous M. Petre. A Norwood, le produit de 6 coupes en 1869 a excédé 1600 francs. M. Marriage, à Croydon, a pu vendre son ray-grass frais coupé à 18£,75 tâtonne, rendu en ville, mais le prix ordinaire à la ferme variait entre 16£,25 et 17£,50.
- Le ray-grass, bien que réservé presque exclusivement à l’alimentation des vaches, a été employé par MM. Pickford et Ci0, les grands entrepreneurs de camionnage de Londres, et par M. Darby, de Rugby, pour la nourriture des chevaux, avec d’excellents résultats. Il y a donc là un débouché considérable, aux portes des grandes villes.
- Il importe de remarquer que le ray-grass n’épuise pas tous les principes fertilisants contenus dans le sewage. Soit que le sewage renferme trop d’ammoniaque pour les besoins dutay-grass; soit que l’eau contenue en excès implique moins de sewage pour faire consommer à la plante tous les éléments fertilisants, le fait est reconnu; et il y a lieu d’examiner comment on peut tirer le meilleur parti de ce que le ray-grass n’a pas utilisé, par les récoltes lui succédant.
- L’avoine faisant suite au ray-grass, sur un sol qui avait fourni 170 tonnes de ray-grass, et absorbé \ 0 000 mètres cubes de sewage à l’hectare, a magnifiquement réussi à Lodge-Farm. Mais les pommes de terre qui craignent l’eau du sewage réussiraient aussi bien et seraient mieux appropriées que l’avoine à l’épuisement de l’excédant d’engrais abandonné par le ray-grass.
- Céréales. — Les céréales ont joué jusqu’ici un rôle peu important dans les fermes à sewage, à cause de leur faible consommation de liquide et de leur rendement peu élevé, par rapport aux autres cultures irriguées ; mais la paille des céréales est un élément essentiel dans une exploitation bien entendue, et le fumier, dans certains sols arrosés, doit rendre l’ameublissement plus facile. A Lodge-Farm, comme à Breton’s-Farm, les céréales se sont succédé d’année en année avec profit, grâce à l’irrigation. Il n’y a donc pas d’objection pratique à la culture répétée du blé, de l’avoine et même de l’orge. Si, d’ailleurs, là paille trouve une utile application comme fumier des bêtes à cornes, on ne voit pas pourquoi les céréales, qui exigent une main-d’œuvre réduite, n’alterneraient pas, sur certaines terres, avec les cultures en vert, et même ne se succéderaient pas au grand profit du fermier?
- Les céréales soumises à l’arrosage n’offrent guère plus de rendement en grain que celles fumées avec le fumier; mais lorsqu’elles alternent avec du ray-grass ou des racines arrosées , le sewage qui reste dans le sol suffit pour produire d’excellentes récoltes de blé et d’avoine, sans engrais additionnels. Aussi peut-il convenir d’arroser, même à l’hiver, des terres en jachère, pour obtenir à l’été suivant des céréales avec de
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- fortes quantités 4e paille. Selon M. Denton, l’excédant de paille dû au s,ewage. est un des grands avantages que promet l’arrosage des céréales.
- Ji ne faut pas, oublier que le blé ne doit pas être arrosé après Tépiage, et bien que cette recommandation ne soit pas aussi stricte pour l’avoine, on devra chercher à éviter la verse.
- Mangolds. r— Le mangold-wurzel occupe une place prédominante dans l'assolement des fermes à sewage de l’Angleterre. C’est, en effet, une racine facile à emmagasiner, à, écouler et d’un excellent usage pendant les mois ffe la saison printanière. Le fermier, qui dispose de sewage a des facilités exceptionnelles pour çeffe culture. On sème en mai et l’on arrose, dès que le plant est formé, avec probabilité d’atteindre un produit de 100 000 et 125 000 kilogr. à l’hectare. En plantant, on peut retarder de deux mois, et obtenir préalablement une récolte de pommes de terre hâtives. ,
- La question est de savoir si, dans tous les terrains, le sewage seul suffit pour obtenir d’aussi lourdes récoltes, et s’il ne conviendrait pas de fumer avec des phosphates en semant, sauf à arroser fortement un peu plus tard. Il convient que le sous-sol, en tout eus, soit défoncé.
- On a obtenu à Lodge-Farm, avec 2 700 mètres cubes de sewage à l’hectare, 129 tonnes ffe rapines, venant après céréales. Or, d’après des calculs déjà admis, 2 700 mitres cubes correspondent au sewage de 54 personnes à Vhectare, Cette quantité pourrait être facilement doublée, en augmentant le rendement à l’hectare de 40 à 50 tonnes. D’ailleurs, les causes qui affectent le rendement des mangolds dans la culture ordinaire n’existent pas pour la culture au séwage. La graine a plus de chances de lever lorsque le sol reçoit 2 ou 3 arrosages après l’ensemencement ; et le plant rer prend en tops cas avec certitude ; les repiquages n’offrent rien d’aléatoire. En outre, Ph combat par le sewage la montée en graines, qui se produit dans la culture ordinaire, lorsque la pluie succède à la sécheresse. Enfin, oh s’oppose à la perte provenant de l’action directe de la sécheresse, en arrosant, c'est-à-dire en entretenant la plante dans les conditions les plus favorables à son plein développement, lp soleil et l’eau, Rien d'extraordinaire par conséquent dans le rendement de 100 tonnes de mangolds avec un arrosage de 5 090 mètres cubes à l’hectare, correspondant à 199 personnes.
- Cultures maraîchères, rn On peut dire, que tous les légumes et les produits, maraîchers les plus difficiles à obtenir ont réussi avec le s.ewage. Oignons, salades, asperges, céleris, cresson, épinards, concombres, courges, melons., haricots, choux-fleurs, eboux de Bruxelles, etc-., sont des; produits, courants des jardins arrosés.
- L,a Culture maraîchère par le sewage est évidemment celle qui offre les chances de pins gros rendement et de consommation très-consi-
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- dérable de liquide, mais encore faut-il pouvoir écouler régulièrement les produits sur un marché suffisamment populeux. Même aux portes d’une grande capitale, comme Lopdres pu ÎParis, il y a une juste mesure à garder daps l’importance de la culture des légumes jirroség, concurremment avec celle des mardis ordinaires.
- M. Morgan a écrit, dans un de ses rapports, « qu’il ne fallait pas songer « à comparer les cultures par le sewage avec celles obtenues par d’ha-« biles maraîchers, sur des terres en plein rapport depuis des années, « mieux préparées pour de gros rendements, mieux servies par la main-« d’œuvre. Ce n’est pas discréditer la culture par le sewage, ajoute-t-il, « que de constater que certaines récoltes des maraîchers, venues dans « la saison froide et humide, à force d’engrais artificiels ou de terreaux, « sont plus précoces et de meilleure qualité que celles arrosées par le « sewage, sur des sols le plus souvent pauvres. La chaleur communiquée « à la terre par le fumier ou le terreau est activée par la pluie. Malgré « des vents froids et à défaut de soleil, les avantages de ces fumures « subsistent. Au contraire, lè vent froid et l’absence de soleil ont une « action défavorable sur la terre arrosée ; ils ralentissent la végétation « et augmentent la tendance du terrain à faire croûte. »
- Indépendamment de cette cause d’infériorité qui s’oppose aux primeurs, la main-d’œuvre joue un rôle si essentiel dans la culture marai? chère, que l’ojgi doit en tenir un grand çompte dans l’évql lotion d,es profits par l’arrosage. Il n’y a pas dp direption si habile, si aftentïye, qui puisse entreprendre ce genre de culture au delà d’une certame éteqdue de marais. Aussi, à Aldersliott, s’est-on décidé à sous-louer progressivement les planches de légumes à des jardiniers de la localité, qui reçoivent le sewtage moyennant un loyer de 1,540 francs à l'hectare. Ce pj'ix indique assez le très-gros profit de la culture parçellée1.
- M. Moll, qui a exploité la ferme de Yaujours par les engrais liquides de Bondy, n’a pas hésité à indiquer les obstacles qu’offre la culturp ex-clusivement maraîchère, par l’arrosage, aux environs de Paris2.
- « Si Paris, dit-il, est un des points de la France où fruits et légumes « se vendent le plus cher au détail, c’est aussi un de ceux où ils se ven-1 « dent le moins cher en gros. t - «
- « On en a la preuve par ce fait : Toutes les localités qui environnent « Paris, dans un rayon de 30 à 35 kilomètres, sont approvisionnées de « fruits et de légumes par la halle de Paris. - iu.-n
- « Comment se fait-il cependant que tout afflue'sur Paris?
- « La certitude de vendre des quantités quelconques suffit pour l’expli-
- 1. Journal of lhe Royal Agric. Soc. of England. 2° série, vol. VII, part. ir.
- 2. Exploitation de la ferme de Vaujours, Compte rendu du gérant, 1859-60.
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- « quer, et quant à l’espèce de monopole qu’ont su s’approprier certaines « localités, comme la plaine des Vertus, le territoire de Noisy-le-Sec, et « autres, pour la production maraîchère, c’est là un de ces prodiges « de la petite culture que la grande culture doit admirer, doit étudier, « mais qu’elle ne doit pas chercher à imiter, parce qu’elle y échoue-« rait. »
- Nous ajouterons que cette petite culture, dans le cas de Paris, s’exerce surplus de 7,000 hectares de marais, à Montrouge, à Charonne, à Pantin, à Clichy, etc., grâce à une main-d’œuvre et à des ressources d’argent exceptionnelles.
- Il faut donc abandonner l’idée de cultures maraîchères trop étendues, même en présence de grands marchés ; d’autant plus que la vente des produits, suivant la saison et la nécessité impérieuse de disposer,des récoltes à jour fixe, a un caractère très-aléatoire. M. Hope cite le fait de 600 douzaines de choux dont la moitié, cultivée par le sewage, s’écoula le même jour sur le marché de Covent-Garden, à Londres, au prix de 1f,40 la douzaine. L’autre moitié, cultivée par les procédés usuels, se vendit en partie à 0£,80 et à 0f,60, et l’on eut de la peine à s’en défaire1. Les récoltes d’oignons, de choux, etc., obtenues à Breton’s-Farm, sont souvent si considérables, étant à terme au même moment, que, malgré le voisinage de Londres, M. Hope a dû parfois en enfouir une partie, ou les donner au bétail.
- S’il n’est pas rare d’obtenir un produit brut de 6,000 et même de 10,000 fr. à l’hectare de légumes, c’est à la condition que ces légumes soient variés et restreints à une surface en proportion avec celle de la ferme.
- Betteraves. — La culture de la betterave par le sewage a été essayée à Lodge-Farm en 1870-71, sur deux pièces de terre arrosée depuis cinq ans par le sewage. Sur l’une de ces pièces, dont la, moitié fumée addi-tionnellement avec du superphosphate de chaux, on sema la betterave à sucre. Sur l’autre pièce, dans les mêmes conditions, on piqua des plants de betterave.
- À cause de la quantité de pluie, de l’excès de vigueur de la végétation et de la tendance à pousser au vert, on dut resteindre l’arrosage dès le début. Les parties arrosées et non arrosées donnèrent une excellente, récolte. Peut-être même les betteraves non arrosées offraient-elles un meilleur aspect, les têtes ne s’étant pas aussi développées et les racines n’ayant pas acquis un aussi gros volume. •
- Dans les deux cas, le sol avait été bien labouré, et le binage également bien façonné.
- Les analyses des betteraves confiées aux soins deM.Duncan, de Laven-ham, ont donné les résultats suivants :
- 1. Journal of the Farmer’s Club, mars 1870.
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- N° 1. Analyse dès betteraves fumées avec 250 kil. de supèrphosphate de chaux à l’hectare.
- POIDS DES BETTERAVES. POIDS MOYEN. TENEUR EN SUCRE POUR CENT.
- 0\821 à 1\476 1\148 7,83
- 0k,935 à 2k,124 lk,529 6,93
- 3k,031 à 4k,392 3k,711 4,09
- N° 2. Analyse des betteraves fumées avec 1,325 mètres cubes de sewage à l’hectare.
- POIDS DES BETTERAVES. POIDS MOYEN. TENEUR EN SUCRE POUR CENT.
- 0\453 à lk,589 lk,021 8,03
- 2\039 à 2k,465 2k,252 7,13
- 4k,137 à 4k,902 4k,519 3,06
- Les betteraves de Lavenham , destinées à la sucrerie de M. Duncan, offraient une teneur en sucre inférieure de 2 p. 100, cette année, à celle de l’année précédente.
- On peut donc considérer les betteraves venues à Lodge-Farm comme offrant une plus forte teneur dans toutes les saisons. Celles de plus grosses dimensions, moins riches en sucre, ne sauraient convenir qu’à la distillation.
- Les expériences n’ayant indiqué aucune différence notable en poids, par rapport aux betteraves de Lavenham, on calculait, à Lodge-Farm, sur un rendement de beaucoup supérieur à 75,000 kil. à l’hectare.
- Pommes de terre.—La culture de la pomme de terre s’est beaucoup développée dans ces dernières années sur les fermes à sewage. On emmagasine la récolte où l’on veut et facilement. Bien que l’irrigation n’assure pas de plus gros produits que la fumure ordinaire, elle semble préserver la plante de la' maladie. Il y aurait, toutefois , pour ce dernier point, à recueillir plus d’observations que l’on n’en a, surtout pour la culture des variétés hâtives.
- Choux. — Les choux sont tellement avides d’engrais azotés et de terres profondes, que l’on s’explique sans peine leur réussite dans les fermes arrosées. Il suffit de se reporter aux prix obtenus pour les récoltes de choux pendant l’année 1870 de grande sécheresse, pour se convaincre des avantages de cette culture. Il n’y a aucune difficulté à obtenir
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- 100,000 kil. à l’hectare de choux ordinaires pour bétail. En 1873, M. Hope a obtenu, à Breton’s-Farm, les récoltes suivantes à l’hectare :
- Choux cavalier, 60 à 75,000 pieds, pesant ensemble 75 à tÔO tonnes. Choux à vache, 12,000 pieds,
- Choux de Milan, 24,000 pieds
- ’ | pesant ensemble 150 tonnes.
- Carottes et panais. — Ces cultures sont faciles en grand, et d’un gros rendement sur les fermes à sewage.
- Culture générale. — M. Mechi a résumé les avantages de la culture générale par le sewage, d’après sa propre expérience.
- Si chaque fermier, dit-il, sur le parcours d’un canal de sewage pou° vait recevoir assez d’eau pour arroser seulement le dixième de ses terres, il obtiendrait ainsi, non-seulement une nourriture abondante pour Son bétail et ses chevaux, mais encore assez d’engrais par la consommation du ray-grass, pour fumer annuellement un quart de. sa ferme. !M. Mechi a constaté qu’après deux années de ray-grass irrigué par le Sewage, il petit obtenir une récolte de pois excellents pour le marché de Londres, puis, dans la même année une récolte de turneps qu’il fait consommer sur place, et au mois de décembre, il peut semer encore du blé qui, sur le sol léger de Tiptreehall, produit 40 hectolitres à l’hectare, et l’orge suit immédiatement le blé.
- Durée de l'épandage. — M, Morgan a noté quelques observations sur la 'durée de l’épandage, relativement à la consistance du sol et à la nature des récoltes, qu’il convient de rapporter ici.
- Ainsi, une pièce de ray-grass d’un sol très-perméable exige un épandage rapide, à raison de 2 400 litres à l’hectare, occupant un homme pendant huit heures, tandis qu’une autre pièce de ray-grass, mais d’un sol compacte, exige seulement778 litres à l’hectare, occupant un homme pendant quatre heures.
- Une pièce de mangolds, à sol pauvre, reçoit 2210 litres à l’hectare en dix heures et demie, et une autre à sol compacte, ou de bonne terre, réclame seulement 930 litres en six heures et quart.
- Sur une moyenne de 9 pièces affectées à des cultures potagères diverses, choux, mangolds, panais, oignons, etc., l’épandage avait exigé 1 500 litres à l’hectare et duré huit heures.
- Il est de toute évidence que le sewage assure un meilleur rendement par rapport au volume distribué, et qu’il s’épure mieux sur une bonne qüe sür une mauvaise terre, pauvre ou trop perméable. Mais il ne faut pas oublier qu’une mauvaise terre, dans ces conditions, représente un foyer bien moindre 'et finit par épurer des volumes considérables de sewage tout en s'améliorant et en augmentant de valeur.
- U’une manière générale, les arrosages trop souvent répétés consolident
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- trop le sol et le mettent en mottes. Pour contrebalancer cet effet, il convient d’émietter profondément avant l’ensemencement. Parla mise en Pillons avant l’hiver, la gelée produit son action de délitement ; mais M. Morgan va plus loin en proposant, ce qui se fait actuellement à Lodge-Farm, d’enfouir à la charrue une certaine quantité de fumier et d’engrais phosphatés, en préparant le sol.
- 7. ÉVALUATIONS'DE RENDEMENT DE LA CULTURE,
- Évaluation de m, denton. — M. Bailey Denton a établi, d’après les prix réalisés dans diverses localités pour les récoltes, le compte fictif, recettes et dépenses, d’une ferme de 60 hectares correspondant au sewage d’une ville de 10 000 âmes, arrosant 40 hectares seulement. Il suppose que la ferme est assez bien dirigée pour que la surface fournisse une récolte au moins dans l’année, et que cette récolte se réalise de suite.
- Recettes.
- 16 hectares en ray-grass d’Italie, dont :
- 8 hectares vendus en vert, à 1550 fr, par hectare. . . 12,500 fr. 8 hectares vendus comme foin, à 776 fr, par hectare. .6,200
- 8 — en prairie permanente; .dont 4 hectares pour irrigation
- d’hiver, à 375 fr. l’hectare en moyenne.......... 3,000
- 8 — mangolds, à 1530 fr. l’hectare en moyenne . 12,300
- ' 4 — pommes de terre, à 1550 fr. l’hectare en moyenne. . , 6,200
- 2 — carottes, à 2000 fr. l’hectare en moyenne. 4,000
- 2 — panais, à 2000 fr. l’hectare en moyenne................, . 4,000
- 4 — choux, à 1580 fr. l’hectare en moyenne. ........ 6,200
- 16 — céréales, à 1000 fr. l’hectare en moyenne» 16,000
- 60 70,400 fr.
- Dépenses,
- Loyer de la ferme, y compris les impôts et taxes. . . . 15,000f
- Prix du sewage................ 46,025
- Annuité pour rembourser le capital affecté aux travaux préparatoires d’irrigation et de drainage, ...... 5,000
- Main-d’œuvre : chevaux et ouvriers, 12,500
- Semences; réparation d’outils, etc. 5,000
- Intérêt du capital. ...................................1,,875
- 56,300
- Bénéfice, ,, . . . . 14,100 fr.
- Il résulte de ce compte que le bénéfice du fermier, y compris l’intérêt du capital, atteint 15,975 fr., et que les autorités ntunieipaies peuvent réaliser le même profit, outre celui des 16,925 fr. qu’ils perçoivent pour
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- le sewage. La recette, pour une population de 10,000 âmes, s’élèverait ainsi à environ 3f,30 par habitant.
- M. Bailey Denton ajoute que les conditions où il s’est placé pour établir ce compte sont favorables, puisqu’il a supposé la vente entière des récoltes et l’encaissement des produits dans l’année. Mais il peut ne pas en être ainsi. Le fermier est d’abord tenu d’utiliser le sewage pen-»dant toute l’année, quelle que soit la saison. Or, à 90 litres par habitant, une ville de 40 000 âmes représente un débit de 9,000 mètres cubes de sewage, que le fermier doit rejeter après épuration. Si le sol en jachère suffit à cette épuration pendant l’hiver, la difficulté est bien moindre; mais encore faut-il adopter le mode de filtrage le plus convenable pour emmagasiner à la surface les éléments fertilisants des récoltes à venir.
- Le fermier est tenu, en outre, s’il veut obtenir le prix le plus rémunérateur pour son ray-grass, de placer le fourrage, dès qu’il est prêt à être coupé ; s’il n’a pas de client pour l’enlever en vert aussitôt coupé, le ray-grass se détériore sur place, ou nuit à la coupe suivante. A défaut de client, il doit transformer son ray-grass en foin, ou acheter du bétail qui le consomme en vert, et, dans les deux cas, il ne vend plus ses récoltes aussitôt qu’elles sont prêtes ; aussi, le compte des dépenses et des recettes est-il complètement modifié. Autrement, il faut vendre l’herbe sur pied, aux enchères, comme cela se pratique à Edimbourg, à Ban-bury et ailleurs, et transférer le risque de la mise en foin aux acheteurs.
- Il est vrai que les recettes peuvent être de beaucoup supérieures à celles qui figurent au compte ci-dessus, si l’on fait une plus large place à la culture maraîchère, dans laquelle entrent les oignons, les pois hâtifs, les salades ; ou bien encore si, ayant des vaches laitières, le fermier trouve un débit avantageux pour le lait.
- Évaluation de m, hope. — M. Hope a présenté des calculs qui différent de ceux de M. Denton; ils se basent sur le prix de 40 centimes à payer par le fermier à la compagnie du Metropolitan sewage pour 4 mètre cube de sewage. Nous rappelons que ce prix est moitié moindre de celui indiqué par l’analyse chimique et par les résultats pratiques de l’arrosage, M. Hope en conclut que si l’on triple, ou si l’on quadruple même le prix de la main-d’œuvre établi par M. Denton dans son compte des 4épenses, il faudrait tripler ou quadrupler la somme totale portée en recettes. En payant 45,000 francs par an pour le sewage des 6,000 habitants de Romford, soit 2f,50 par -habitant, M. Hope obtient déjà 40 fr. de revenu par habitant.
- Légumes. — Les maraîchers des environs de Londres emploient, d’après M. Hope, de 600 à 4;000 fr. d’engrais solides, à l’hectare, pour des cul-
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- tures telles que le céleri, le chou-fleur, le chou, etc., qui n’exigent que 1,200 à 2,400 mètres cubes de sewage à l’hectare. En donnant à 2,400 mètres cubes, chiffre de la consommation le plus élevé, la valeur de 600 fr., on aurait 0f,25 pour chaque mètre cube de sewage. Les maraîchers pourraient donc payer 25 c. le mètre cube de sewage, en se passant d’engrais solide et en profitant de l’avantage qu’offre le sewage de pouvoir être utilisé aux époques les plus favorables, sans recourir à l’eau ordinaire pour les arrosages.
- Ray-grass. — En comptant sur 220 à 250 tonnes de ray-grass pour un volume de 12,000 mètres cubes de sewage à l’hectare, comme il est permis de l’espérer lorsqu’on sème au mois d’août, on a :
- 12,000 mètres cubes de sewage à 0f,10,
- Loyer et impôts à l’hectare........
- Épandage, intérêts, etc...............
- 10 coupes à la faucheuse..........
- Transport de 240 tonnes de fourrage..
- soit 1800 francs.
- Inutile de compter les dépenses de labour, de hersage, de roulage et de semences, soldées à l’automne précédent, parce qu’elles sont remboursées par la coupe faite avant l’hiver.
- Or, une tonne de ray-grass peut être évaluée en moyenne à 18f,75 pour l’alimentation des vaches, lorsque le lait se vend sur la ferme au prix de 0f,16 à 0f,18 le litre, ou sous la forme de beurre au même prix par livre (soit 0f,35 à 0f40 le kilo) : le lait écrémé s’emploie à la nourriture des porcs. On a alors comme recette brute à l’hectare, 240 tonnes à 18f,75, soit 4,500 fr. ; et, en défalquant 1,800 fr. de dépenses, une recette nette de 2,700 fr. Ce revenu est plus que suffisant pour rémunérer le capital employé à l’achat de vaches.
- En ne calculant sur un rendement à l’hectare que de 170 tonnes, comme à Lodge-Farm, le produit excéderait de beaucoup celui porté en recette par M. Denton.
- Le prix de I8f,75, estimé comme la représentation de la valeur de la tonne de ray-grass en vert pour la nourriture des vaches, a donné lieu à quelques discussions. On a prétendu que ce prix ne devait pas être évalué à plus de 10 fr. M. Petre fait observer toutefois qu’à Lodge-Farm, pendant les mois de mai, juin et juillet 1869, la ferme a livré, avec 52 vaches, en moyenne, 654 litres de lait par jour. Ces vaches n’ont eu à manger pendant ce temps que 4 tonnes de ray-grass chaque jour, et occasionnellement 45 kil. de maïs, plus 5k,4 de tourteau lorsqu’elles avaient récemment vélé, ou maigri. Au prix très-réduit de 0‘,185 le litre, à la ferme, la recette quotidienne du lait s’élevait ainsi à environ 120 fr. Or, en calculant
- 1200 fr. 250 60 90 150
- 1750 fr.'
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- le ray-grass à 18f,75, la nourriture des vaches, y compris le maïs et le tourteau, représente à peine 80 fr. A l’ouest de Londres, le prix du litre de lait n’est pas de 0f,185, mais bien dé 0f,225, et la recette quotidienne, si Lodge-Farm alimentait cette partie de la ville, atteindrait 162 francs.
- Il n’y a pas de nourriture pour les vaches à l’étable, fournissant cette quantité de lait, qui puisse se comparer au ray-grass, au prix de 18f,75 la tonne.
- Le ray-grass n’est pas moins précieux pour l’engraissement.
- En 1868, deux jeunes taureaux, nourris exclusivement avec du ray-grass, à Lodge-Farm, ont augmenté, en onze semaines, du 18 mai au 7 août, dans les proportions suivantes :
- I.
- Poids vivant, 18 mai.......... » . . . 393k,5
- Poids vivant, 7 août............. . . . 469 ,7
- 76 ,2
- En 1869, cinq jeunes taureaux de cinq ans, choisis pour l’engraissement, ont été nourris exclusivement avec du ray-grass, du 24 avril au 15 juin. Après sept semaines, ils pesaient respectivement :
- I. II. III. IV. v.
- Poids vivant, 24 avril..........381k 368k 355k 381k 394k
- Poids vivant, 15 juin............ 444 419 406 406 457
- Différences en plus....... 63 51 51 25 63
- Pendant dette période, la consommation, par tête et par jour, avait été inférieure à 75 kil. de ray-grass.
- il.
- 304k,6 368 ,2
- 63 ,6
- Racines mangolds. —‘ Le calcul présenté par M. Hope pour les mari-golds diffère peu de celui du ray-grass.
- 5000 mètres cubes de sewage à 0f,10.... ............ 500 fr.
- Loyer et impôts..................................... 250
- Épandage, intérêts, etc.. . .'.................... . . 60
- Culture..................................... . 118 fr.
- Semence.. .................................. 30
- fiiiïage. ....................... 4 30
- Récolte (175 tonnes), < . ................ 21Ç
- ïofal par hectare................. 1194 fr.
- soit 1200 francs.
- En évaluant la tonne de mangolds comme aliment, au même p?ix que le ray-grass, soit à 18f,75, on a 3,300 francs de recette brute, êt* si l’on en déduit 1,200 francs de frais, une recette nette de 2,100 francs à l’hectare.
- Dn peut objecter à ces calculs qu’ils sont basés sur le sewage d’une
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- grande, et non d’une petite ville. Mais si la pluie est moins abondante à Londres par rapport à la population, la distribution d’eau y est plus considérable, et ces deux conditions assurent ensemble de 80 à 90 mètres cubes de sewage par tête et par an, au lieu de 50 mètres cubes quiont été comptés.
- Projet d’une ferme a sewage. — Dans un projet d’association pour l’irrigation de vastes terrains, situés dans le comté d’Essex1, M. Hope a exposé les résultats agricoles qu’on pouvait attendre d’une opération d’ensemble, basée sur l’utilisation des eaux d’égout de Londres. Bien que ce projet n’ait pas été exécuté, il renferme des indications dont l’analyse sera du moins très-utile pour fixer les idées sur la valeur attribuée par un praticien, à l’irrigation par le sewage.
- M. Hope suppose un terrain d’un seul tenant, de 3,000 hectares environ, représentant une somme de 6,000,000 de francs. Ce terrain n’a ni routes, ni clôtures, ni habitations, à l’exception d’une seule. La surface est à peu près nue, bordée par la Tamise, et desservie comme voies d’accès par le fleuve avec trois criques, et par trois stations de chemin de fer. Comme il n’y a ni clôtures, ni routes à modifier, la surface peut être immédiatement installée pour la culture et le transport à la vapeur.
- Le terrain sera divisé en parallélogrammes, bordés par les routes d’accès et les chemins de labourage à vapeur. Sur les premières routes seront établis les canaux d’amenée du sewage, et sur les secondes, les rigoles de distribution. Ces parallélogrammes seront eux-mêmes divisés en planches, comme à Lodge-Farm et à Romford. Si ces pièces ont 6m,5 del’ados au billon, elles peuvent être labourées dans leur entière largeur en une seule opération par le cultivateur à vapeur; et, en admettant le travail au cultivateur de 6,500 mètres à l’heure, il sera cultivé 10 hectares par jour ou 60 hectares par semaine. Le hersage, l’ensemencement et le roulage à vapeur se feront dans les mêmes conditions ; de telle sorte que la culture de 10 hectares exigera comme outillage et main-d’œuvre :
- I paire de machines avec 2 mécaniciens, 2 hommes aux câbles, etc., 1 laboureur; total : 2 machines et 5 hommes, plus 2 aides, Le prix de la main-d’œuvre représente 2f,50 à l’hectare.
- L’alimentation d’eau pour les machines peut être établie par des puits ou des canaux sur le bord des routes. ,
- II y a lieu d’ajouter au prix de la main-d’œuvre celui du combustible,
- amené directement sur la ferme au plus bas prix, et celui de l’entretien et de l’usure des machines, soit ensemble 0f,75. Le prix-total à l’hectare sera ainsi de 3f,25. '
- 1. Essex Sewage Farming Association, by W. Hope; London, 1870,
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- La récolte des racines pourra se faire également au prix de 2 fr. à Thectare. i
- Ainsi, la culture n’exigera pas de chevaux et dispensera d’écuries, de fourrage, de harnais, etc., et de toutes les causes de dépense qu’entraîne une cavalerie considérable sur une grande exploitation agricole.
- Cultures. — Le ray-grass, qui forme la base de la culture d’une ferme à sewage, est le plus avantageusement appliqué à la nourriture des vaches laitières, des agneaux et des brebis.
- En calculant sur le prix de 550 fr. pour une vache pleine (short-horn), on peut vendre les veaux, suivant l’état du marché, entre 37 et 63 fr., et si on les garde une dizaine de semaines, pour les engraisser avec 2/3 de lait des vaches et 12 à 15 fr. de maïs, leur prix atteindra de 150 à 200 fr.
- Une vache en stabulation mange 75 kil. de ray-grass par jour, et produit pendant neuf mois, en moyenne, de 14 à 17 litres de lait, soit 14 litres à 0f,10 ou 2f,40 par jour.
- En calculant le prix du ray-grass à 18f,75 la tonne, soit à lf,40 pour 75 kil., et en ajoutant 0f,25 pour les soins à donner à une vache (un homme à 3f,75 par jour pouvant traire et soigner 15 vaches), on établit la dépense par vache comme il suit :
- Ray-grass, T'S kil.......................................... 1f 40
- Soins et main-d’œuvre....................................... 0 25
- Intérêt sur coût d’installation des étables, prix d’achat de
- l’animal et dépréciation1................................ 0 25
- 1 90
- Quant à la litière, elle fournit un assez bon fumier pour que la recette contre-balance la dépense.
- Le coût total du lait étant de lf,90, le bénéfice net par vache et par jour est de 0f,50. Le bénéfice par hectare est de 1,880 fr., et le prix de 18f,75 pour la tonne de ray-grass est par conséquent très-modéré.
- Sur la ferme d’Essex, 2,000 vaches, nourries pendant la saison avec le ray-grass de 167 hectares, fourniraient un revenu, au prix de 18f,75 la tonne, de 250 fr. par hectare pour loyer et taxes, et en admettant pour prix du lait sa valeur moyenne sur le marché.
- Pour l’alimentation de 2,000 vaches, pendant l’hiver, on peut compter qu’une vache mange par jour 50 kil. de racines en pulpe, avec d’autres matières. Dans ce cas, 52 hectares seront nécessaires; ils donneront un revenu de 212,000 fr., après payement de 250 fr. par hectare pour loyer
- .1. L’intérêt se calcule pour l’année, ainsi qu’il suit :
- 1° sur les bâtiments d’étables, par boxe.. 12r 50
- 2° sur le prix d’achat d’une vache, 550 fr. a 5 °/0. . . . 27 50
- 3° dépréciation, etc., 10 % sur 500 fr....................... 55 00
- Total par an.................................. 95 00
- soit, par jour, 0f 25. : f '
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- et taxes. Le bénéfice net de la vente du lait produit par 2,000 vaches, maintenues été et hiver par 219 hectares, sera ainsi de 984,000 fr. En d’autres termes, ce bénéfice s’acquerra en maintenant 2,000 places d’étable successivement garnies de vaches, la première vache étant remplacée au bout de neuf mois. Pendant les trois mois restants, l’animal pourra être mis en pâture ou au régime de la paille. Une dépense de 12f,50 par mois suffira pour son entretien; la valeur du veau couvrira et au delà cette dépense.
- L’année suivante, une pleine récolte de pommes de terre, après ray-grass arrosé, c’est-à-dire sans engrais, produira, à 2,500 fr. de rendement à l’hectare :
- Pour 167 hectares.. ...................................... 417,500 fr.
- À déduire :
- Frais de culture à l’hectare.............. 50 fr.
- Frais de semence à l’hectare.............. . 250
- Frais de récolte.......................... 185
- Frais de loyer et taxes.. . .............. 250
- 715 fr.'
- soit pour 167 hectares.................................. 120,000
- et il reste comme revenu net............................... 297,500 fr.
- ou pour 334 hectares, alternativement en pommes de terre et en ray-grass, 595,0Q0 fr., comprenant le payement de 250 fr. de loyer et d’impôts à, l’hectare; ce qui correspond à un produit net de 1,780 fr. par hectare de pommes de terre.
- Le reste de la surface de la ferme peut être consacré aux cultures potagères, notamment aux choux et choux-fleurs, aux mangolds et betteraves, etc., aux récoltes^industrielles et arbustives, dont M. Hope signale les principales.
- Le mangold peut être converti en pulpe et en tourteau de meilleure qualité alimentaire, d’après l’analyse du Dr Yœlcker, que le tourteau de lin1.
- DÉSIGNATION. MANGOLD. Tourteau. LIN. Tourteau. *
- Kan 8,64 12,36
- Snc.rfl.. 41,70
- Huile . 14,96
- Matières extractives, solubles, digestives 10,33 21,64 r
- Matières albumineuses, azotées 8,81» 29,69
- Fibre végétale 21,74 13,94
- Matières minérales 8,78 3,41
- Total ' 100,00 100,00
- i. Azote i.41 4,75
- 1. Analyses du Dp Voelcker.
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- Pour une tonne de tourteau, il faut 8 tonnes de mangolds, et la fabrication revient à 37f,50 par tonne.
- Ainsi, 1 hectare de mangolds produisant 176 tonnes fournirait, moyennant une dépense additionnelle de 37f,50 par tonne, 22 tonnes de tourteau. La dépense additionnelle par hectare étant de 800 fr. environ, le prix de revient total, frais de culture à vapeur compris, sera de 1,850 fr.
- En vendant la tonne de tourteau 300 fr., soit aux deux tiers de la valeur du tourteau de lin, on aurait par hectare, loyer et taxes payés, un bénéfice de 2,450 fr.
- Quoiqu’on ne puisse pas cultiver les mangolds consécutivement sur le même sol avec les engrais ordinaires, il est permis de croire qu’avec le sewage on pourrait le tenter, d’autant plus que les feuilles, étant mises également en tourteau et données en nourriture au bétail et aux chevaux, pourraient retourner au sol sous forme d’engrais d’excellente qualité.
- La betterave est appelée à prendre une place non moins importante dans l’assolement, que le mangold. Au point de vue de la fabrication du sucre, les essais de Lodge-Farm avec le sewage de Londres ont donné des betteraves tenant 8 p. 100 de sucre. La betterave craint les gelées au début de sa croissance, mais elle n’exige pas une chaleur très-forte pour arriver à maturité. Il n’y a pas de motif pour que, sous le climat du comté d’Essex, la betterave ne vienne pas aussi bien qu’en Hollande, ou en Allemagne. En prenant 20 fr, comme prix de la tonne et des frais de culture identiques à ceux du mangold, le bénéfice par hectare sera également de 2,400 fr.
- Au cas où l’association fabriquerait le sucre elle-même, ce bénéfice serait considérablement accru.
- Les choux-fleurs ont l’avantage de pouvoir, chaque année, occuper une grande étendue pendant peu de temps. On peut calculer sur 2 pieds et demi par mètre carré, soit 25,000 pieds à l’hectare. Le prix varie de 20 à 60 c. par pied. A 20 c., l’hectare représente une recette brute de 5,000 fr,, dont il faut déduire 1,000 fr. pour les frais suivants :
- Prix du sewage. 320 fr.
- Loyer et taxes.............................................. 230
- Culture. . . ................................. . . . ^ . . . 30
- Graine et transplantation................................... 60
- Récolte et transport............... . ................... 320
- 1000 fr.
- et il reste 4000 fr. comme bénéfice net. ................... r
- Les choux cavalier que consomme le marché de Londres se plantent à raison de 1Û par mètre carré ou ^de 100,000 h l’hectare ; ils, se vendent à des prix très-variables, mais on peut calculer sur un prix moyen delf,25 par 12 paquets de 5 choux chacun, soit à l’hectare un revenu brut
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- de 2,200 fr. Or, le chou constitue une récolte dérobée, et l’on peut compter sur au moins deux récoltes; il faut donc doubler le revenu, soit 4,400 fr. En déduisant de ce produit les frais suivants ;
- Prix dusewage...................... . ................. 430 fr.
- Loyer et taxes......................................... 250
- Gràine et transplantation................................ 180
- Culture................................. . •........... 100
- Récolte et transport...................................... 640
- Soit................. 1600 fr.
- il reste comme bénéfice par hectare de choux, 2,800 fr.
- Les choux de Milan et rouges constituent d’autres variétés donnant un bénéfice presque égal à celui des choux-fleurs.
- Aux choux-fleurs ordinaires il faut comparer, comme produit à l’hectare, les navets, qui restent à peu près le même temps en terre, et les carottes, bien que plus longues à venir à maturité. Les panais donnent un produit beaucoup plus considérable, mais ils ont une croissance longue.
- Le céleri acquiert de très-grosses dimensions, et, avec un peu plus de main-d’œuvre que les choux-fleurs, donné le même bénéfice. Pour les artichauts, les asperges et le chou marin, qui réussissent très-bien avec le sewage, il faut des essais de culture en grand, afin d’évaluer plus exactement le bénéfice à en retirer! Les oignons viennent également bien quand ils sont semés en février. La récolte'se fait en août, et le revenu brut varie entre 3,000 et 3,700 fr. â l’hectare. La salade de laitue, les épinards, très-demandés sur lé marché de Londres, peuvent s’obtenir en culture dérobée avec grand bénéfice. Le haricot vert de qualité très-supérieure se cultive à l’aide du sewage dans la saison la plus sèche. De Couleur tendre et d'un goût délicat, il est très-recherché sur le marché. Le produit à l’hectare et les prix sont trop variables pour estimer le bénéfice exactement, mais la culture du haridôt donne toujours des résultats satisfaisants. Les haricots ordinaires et les pois ne sont pas d’un rendement assez certain pour que le fermier compte absolument sur ces récoltes. Le chanvre, malgré l’épuisement qu’il crée dans le sol, a réussi à Lodge-Farm sur une terre épuisée, mais arrosée par le sewage. Le chanvre y a rapporté brut plus de 2,000 fr. à l’hectare, pour un volume de sewage d’une valeur de 182 fr. Le houblon, d’après ce que l’on sait de la nécessité de le fumer pendant sa croissance et de lui fournir l’ammoniaque en grande quantité, semble devoir beaucoup profiter du sewage, lorsque le sol est approprié à sa culture.
- Restent les arbustes fruitiers, tels que groseilliers, framboisiers, et les fraisiers qui donnent de gros bénéfices sous l’action du sewage. Le revenu brut de l’hectare de fraisiers peut atteindre jusqu'à 6,000 fr.
- Dans le projet de société de M. Hope, les 3,000 hectares pouvaient s’acquérir au prix de 1,800 à 2,000 fr. l’hectare; les travaux de construc-
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- __ 364 —
- tion, de drainage, d’irrigation, etc., auraient été exécutés par des compagnies foncières déjà établies, moyennant une annuité et un intérêt à 6 3/4 ou 6 7/8 p. °/0, avec remboursement en 25 ans. Le capital de roulement eût été de 2 millions et demi de francs, dont 1 million à consacrer à l’achat des vaches, 500,000 fr. à l’achat du matériel de labourage, de chariots, d’instruments divers, etc., plus une somme indéterminée pour l’achat de quelques chevaux et le payement du personnel. Il n’y a pas lieu, pour les conclusions utiles à notre travail, de rechercher les avantages financiers d’une combinaison aussi vaste, qui tout d’abord ne s’est pas réalisée, et puis, dont nous n’avons voulu parler que pour donner une idée de l’organisation d’une grande exploitation agricole par l’arrosage, et des produits à en attendre.
- Évaluation Little. — M. Herbert Little, de Northampton, dans un intéressant Mémoire sur le Sewage farming, a examiné le revenu probable d’une ferme de 200 hectares, recevant le sewage d'une population de 20,000 habitants, soit à raison de 100 habitants par hectare1. A 50 mètres cubes par tête et par an, la distribution d’eau potable représenterait un volume total de 1,000,000 mètres cubes pour l’irrigation. En d’autres termes, le fermier aurait à sa disposition, pour toute la surface, 5,000 mètres cubes de sewage à l’hectare.
- Si, toutefois, une certaine partie de la surface était réservée à la culture des céréales, le volume de sewage disponible pour le reste de la ferme serait bien plus considérable. Les céréales n’exigent, en effet, quand elles se suivent, qu’une distribution très-modérée, et quand elles suivent des racines et des choux, arrosés, elles n’en exigent point.
- M. Herbert Little, admettant la culture des céréales, attribue, sur les 200 hectares, 80 hectares à leur culture, 40 hectares au ray-grass, 20 hectares aux mangolds, 20 aux choux et 40 hectares à la culture maraîchère. L’assolement sur les 160 hectares de la ferme, supposée partagée en .pièces de 20 hectares, est figuré dans les tableaux suivants :
- Assolement sur 160 hectares.
- 40 hectares céréales après mangolds et choux
- 40 — céréales après céréales;
- 40 — ray-grass d’Ilalie après céréales;
- 20 — mangolds après ray-grass;
- 20 — choux après ray-grass.
- 160 40 hectares culture maraîchère.
- 200 hectares. Total.
- 1. Journal of theRoyal Âgricultural Society of England, 2® série, vol. VII, p. n, page 413. 1871.
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- Le tableau suivant reproduit, d’après cet assolement, la succession de quatre années sur 160 hectares.
- 20 hectares. 20 hectares 20 hectares 2 0 hectares 20 hectares 20 hectares 20 hectares 20 hectares Hectares.
- tre année. Blé. Blé. Blé. Blé. Mangold. Choux, Ray-grass. Ray-grass. = 160
- 2e année. Ray-grass. Ray-grass. Blé. Blé. Blé. Blé. Mangold. Choux. = 160
- 3e année. Mangold. Choux. Ray-grass. Ray-grass. Blé. Blé. Blé. Blé. = 160
- 4e année. Blé. Blé. Mangold. Choux. Ray-grass. Ray-grass. Blé. Blé.- = 160
- Cet ordre de rotation offrirait beaucoup d’avantages, d’après M. Herbert Little, puisque les céréales, ne se succédant pas pendant plus de deux années, une proportion modérée d’autres cultures nécessaires à la consommation de la ferme réduirait à un minimum les produits vendables.
- En admettant que 150 vaches soient maintenues sur la ferme, il y a, lieu d’observer que certaines des cultures désignées pour la rotation pourront être remplacées par d’autres non moins profitables. Ainsi, les mangolds peuvent faire place aux carottes ou aux panais ; les choux, aux pommes de terre. Le but de M. H. Little est de démontrer que, pour une ville de 20,000 âmes, avec 40 hectares consacrés aux cultures maraîchèresf il y a moyen de faire des récoltes telles que le fermier puisse en disposer pour sa propre exploitation, ou, sans difficulté, sur le marché. Yoici, d’après cela, quelles seraient les recettes et les dépenses d’une ferme à sewage de 200 hectares.
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- Comptes d’une ferme à sewage de 200 hectares.
- RECETTES.
- Bétail. D'exploitation. I 1 3°0 SeTOUx? Ple‘n raPP°r''
- Céréales. 80 hectarçs en blé (ou en céréales de valeur correspondante); 32,35 hectolitres à l'hectare, s — à 21 fr .75. .
- Ray-grass 1. 40 hectares, avec une récolte moyenne de - 100 tonnes à l’hectare, — Récolte totale 4000
- tonnes : à déduire du montant la consommation de 150 vaches pendant, 153 jours, à raison de 76k,17 par tête et par jour, du 1er mai au 1er octobre. — Reste pour la vente 227 9 tonnes à 12 fr. 50............. . o . . . . ...........
- Choux. 20 hectares. Récolte moyenne 100 tonnes à l’hectare. Récolte totale 2000 tonnes, à déduire du montant consommé par les vaches pendant 92 jours, du 1er octobre au 1er janvier, à raison de 50k,7S par jour. — Reste pour la vente 1300 tonnes à 18 fr. 75....................................
- Mangolds, 20 hectares. Récolte moyenne 100 tonnes h l’hectare. Récolte totale 2000 tonnes, à déduire du montant consommé parles vaches, du 1er janvier au 1er mai, soit pendant 120 jours, à raison de 50k,78 par tête et par jour. — Reste pour la vente 1100 tonnés à 18 fr. 75. . . . r . . . .
- Lait. De 150 vaches en plein rapport ; moyenne par vache 14 litres par jour, à 17 c. 1/2 le litre, environ.
- Vaches. Vendues après avoir été traites pendant six mois, soit 150 x 2 •= 300, à raison de 37 5 fr. par tête.
- Légumes. 40 hectares en cultures maraîchères, à raison de 1870 fr. à l'hectare...............................
- Total. , . ...... .......
- FR'é c.
- 56,250 00
- 28,487 00
- 24,375 00
- 20,625 00 135,000 00 •112,500 00 74,800 00
- 452,037 00
- 1. Dans le cas où il n’y aurait pas d’écoulement pour le ray-grass, il faudrait le remplacer par une autre récolte, telle que les pommes de terre, mais en tenant compte de la consommation des 30 chevaux prélevée sur le ray-grass.
- DÉPENSES,
- Royer, contributions et redevances, à raison de 250 fr. à
- l'hectare, pour 200 hectares...................
- Main-d’œuvre sur 80 hectares de terre à blé, à raison dé
- 250 fr. à, l’hectare..........................
- ^Main-d'œuvre sur 40 hectares de terres à mangold et à choux, à raison de 37 5 fr. à l’hectare. ......
- Main-d’œuvre sur 40 hectares de ray-grass, à 375 fr. à
- | l’hectare.....................................
- Main-d'œuvre sur 40 hectares de jardin maraîcher, à raison
- de 937 fr. 50 à l'hectare. ................. .
- Blé de semence, 180 litres (ou l’équivalent), à raison de
- 43 fr. 75 à l'hectare.........................
- Semences î choux et mangolds, à raison de 31 fr. 25 à
- l’hectare. ................................. .
- Graine de ray-grass, 270 litres, soit à raison de 65 fr. 60 à 1 hectare. . . . . . «o. .
- Graines maraîchères, à raison de 125 fr. à l'hectare. . .
- Outils, réparations, factures. ......................
- Chevaux; entretien de 20 chevaux à 750 par tête. . . . Tourteaux ou grain pour 150 vaches, à raison de lk,30
- par jour, soit 73 tonnes, à 250 fr.............
- Superphosphate} ou autre engrais, 15 tonnes à 125 fr.
- environ........................................
- ; Foin pour les vaches, 100 tonnes à 125 fr....... .
- . Houille pour la machine............................
- Vaches en plein rendement; 300 achetées à 500 fr. . . .
- Perte sur le stock des vaches ; 5 % en moyenne.......
- Terrains vagues, routes, immeubles, etc., provisions pour 16 heclares, à raison de 250 fr. à l'hectare. . . .
- Total des dépenses brutes..........
- Intérêt à 10 % sur 250,000 fr. de capital. . . . . . Solde, profits et pertes, ou excédant des recettes sur les dépenses1. ................
- Total égal.......
- «...
- . © .
- FR. C.
- 50,000 oo :
- 20,000 00
- 15,000 oo ;
- 15,000 oo. \ .j
- 37,500 00 :
- 3,500 oo
- 1,250 oo1
- 2,620 00
- 5,000 00 ;
- 12,500 00
- 22,500 00
- 18,250 00
- 1,880 ‘00 :
- 12,500 001
- 3,750 00''
- 150,000 00
- 3,750 00 '
- 4;000 00 ;
- 370,000 00
- 25,000 00 .
- 48,037 00
- 452,037 00
- 4. Ce solde représente pour le mètre cube de sewage une valeur de 4 centimes environ.
- 0}
- CS
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- La ferme dont M. Herbert Litlle donne le compte d’exploitation exigerait une consommation de 2,650 mètres cubes de sewage par jour, aussi bien en hiver qu’en été. Une surface de 40 hectares de terre, labourée et divisée de façon à recevoir des arrosages alternatifs, suffirait pour utiliser ce débit en hiver, en admettant qu’aucune autre partie de la-ferme eût besoin de sewage. Grâce à des engrais phosphatés complémentaires, ce débit serait suffisant pour les mois d’été , la culture des céréales ayant un rôle important à jouer dans l'assolement de la ferme et n’exigeant pas d’arrosage.
- D’ailleurs, d’après M. Little, on pourrait disposer des volumes suivants pour chaque culture respective :
- Ray-grass; 40 hectares, à 10,000 mètres cubes à l’hectare.. . 400,000^c
- Choux; 20 hectares, à 5,000 mètres’cubes à l’hectare............ 100,000
- Mangold; 20 hectares, à 2,500 mètres cubes à l'hectare.-. . . . -50,000
- Cultures maraîchères; 40 hectares, à 5,000 mètres cubes... . 200,000
- -Céréales; 40 hectares, à 6,000 mètres cubes.. ................. 200,000
- Reste disponible.............................................. 50,000 .
- Total.......................... 1,000,000
- On peut objecter à cette répartition qu’iln’est pas tenu compte de la perte en hiver. Mais M. Little conteste qu’il y ait lieu, en hiver, d’arroser inutilement du ray-grass, et qu’il faille faire autre chose.que de colmater le sol que l’on doit ensemencer au printemps suivant.
- D’ailleurs, dans le compte de fa ferme à sewage, il n’a été fait aucune mention des récoltes dérobées pour lesquelles le sewage offre des avantages essentiels, ni des fumiers d’étable venant ajouter à la richesse fertilisante du sewage, ni enfin de la facilité de pouvoir suspendre successivement l’arrosage, pendant une année, sur une des parties de l’exploitation, ce qui convient à la plupart des terrainst
- II
- Salubrité dé l’irriggafâou.
- 1. — CONSIDÉRATIONS SCIENTIFIQUES.
- Les attaques dirigées contre l’irrigation, au point de vue de la salubrité, s’appuient sur des considérations scientifiques que nous commencerons par examiner. Le rôle de l’atmosphère, des eaux et du sol a été étudié dans de nombreux rapports, à l’occasion des épidémies de
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- date récente. Nous signalerons seulement les principaux résultats de ces études, se référant à la question du sewage qui souille les eaux et le sol.
- Dans son rapport au président du Ëoard of health-, au sujet des ravages du choléra de 1854, le Conseil médical insistait principalement, parmi les causes d’impuretés de l’atmosphère de Londres, sur le système actuel des égouts. « Le Conseil n’a pas la prétention de juger des mérites des divers systèmes, ni de décider quel est celui qui remplit mieux les conditions théoriques du transport d’un volume donné'de fluide; mais il affirme avec certitude que les égouts actuels ne réalisent pas souvent le but essentiel pour lequel ils ont été établis. Au lieu d’entraîner, sans qu’elles soient perceptibles à l’odorat, les matières excrémentielles, ils dégagent des effluves nuisibles qui causent des maladies générales, pernicieuses. Il importe de faire remarquer que l’intensité de ce mal est aggravé dans certains districts de la métropole par les obstructions auxquelles leur écoulement est soumis, en raison de leur décharge dans le fleuve à marée2. »
- « Des faits consignés à l’enquête, il résulte une relation également très-étroite entre l’épidémie et l’impureté des eaux qui servent à l’alimentation.... Les recherches chimiques et microscopiques sur les eaux dis-
- tribuées dans les districts envahis par le choléra, faites par le docteur Thomson et le docteur Hassall,.... démontrent que la suppression des fosses d’aisance, bien que constituant par elle-même un avantage sanitaire, a créé indirectement un autre mal. Les déjections de la population sont actuellement rejetées en grande partie dans la Tamise, et les observations ont permis de retrouver les traces de ces infectes ordures dans l’eau potable fournie à une grande partie de la population3. »
- Le rapport du docteur J. Simon, médecin du Board ofhealth, sur les épidémies cholériques de 1849 et 1854% confirme les funestes effets de l’eau potable imprégnée d'impuretés, signalés dans le rapport de M. Ayrton Paris, déjà présenté au Conseil médical.
- Neuf districts de la rive sud de la Tamise (Saint-Saviour, Saint-Olave, Saint-George, Southwark, Bermondsey, Newington, Lambeth, Wands-worth, Camberwell et Rotherhithe) avaient souffert exceptionnellement de l’épidémie toutes les fois qu’elle apparut. Toutes autres circonstances • étant égales pour ces districts, une seule variait, la qualité des eaux potables. La Compagnie Lambeth puisant ses eaux de distribution en
- s-
- 1. General Board of health. Medical inquiry. Report of the medical council in relation to the choiera épidémie of 1854. — Londdn, 1855.
- 2. Id., page 4.
- 3. Id.y page 6.
- 4. Report on the.iwo last choiera épidémies of London, by the medical ofilcer of the Board. — London, 1856.
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- amont les fournissait de qualité aussi parfaite que possible; la Compagnie de Southwark et Yauxhall, puisant en aval, livrait, au contraire, des eaux d’une grande impureté (saumâtres sous l’action de latf marée, souillées par les résidus de la ville, fourmillant d’infusoires et renfermant des parcelles de matières excrémentielles). Les conduites de ces deux Compagnies, ramifiées sur la même surface, couraient parallèlement dans certaines rues, de telle sorte que sur 31 sous-districts, représentant ensemble 466 000 habitants en 1849, et 510 000 en 1854, les deux Compagnies desservaient simultanément 23 sous-districts. La Compagnie Lambeth y distribuait l’eau à 25 000 maisons, et la Compagnie Southwark à 40 000 environ. Dans ces conditions, il fut facile de constater, par le nombre des attaques cholériques et des décès, que la population alimentée d’eau impure avait souffert trois fois et demie de plus que celle consommant de l’eau pure. La comparaison des analyses des eaux fournies en 1849 et en 1854 par les deux Compagnies a permis, en outre, de conclure que pour la Compagnie Lambeth, qui avait notablement amélioré la qualité des eaux depuis 1849, la mortalité due au choléra s’était réduite d’un tiers en 4852-54. Pour la Compagnie Southwark, dont les eaux étaient, au contraire, encore plus impures qu’en 1849, la mortalité avait augmenté de près de 10 pour 100. Dans le premier cas, vu l’amélioration des eaux, fa mortalité s’était abaissée de 125 à 37, et dans le second cas, elle s’était élevée de 118 à 130. Ces conclusions, également vraies pour les cas de diarrhée constatés dans ces deux périodes, reposent sur des faits incontestables.
- Des publications nombreuses ont précisé ces faits pour d’autres localités. . „
- Ainsi, le Comité paroissial de Saint-James, Westminster, a conclu que l’attaque subite, grave, mais heureusement circonscrite, du choléra, dans le voisinage de Wardour-Street, pendant l’automne de 1854, « était attri-« buableà l'emploi de l’eau impure, fournie parle puits de Broad-Street1.» On constata que dans la même rue, dans les mêmes maisons, les individus qui avaient bu de cette eau avaient été victimes de l’épidémie. La même remarque s’étendit à des individus qui envoyaient chercher de l’eau des rues avoisinantes, au puits de Broad-Street. L’analyse y révéla la présence, par litre, de. 0sr,085 de matière organique provenant du sewage, et le docteur Lankestery découvrit au microscope un sporule remarquable qui végétait sur cette matière, au sein de l’eau.
- Le Dr Greenhow, résumant les résultats de ses recherches, en 1859, sur les causes des attaques de diarrhée à Coventry, Birmingham, Wol-verhampton, Dudley, Merthyr-Tydvil, Ndttingham, Leeds et Manchester, à l’occasion de l’apparition de l’épidémie dans la prison de Salford,
- 1. Report on the choiera outbreak in the Varish of Saint-Jamet (Westminster). July, ' 1855.
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- dit que « l’excès de mortalité est attribuable, dans toutes ces loca-« lités, à l’une des deux causes locales et définies, suivantes : 1° l’impu-« reté atmosphérique, par suite de la décomposition putride, notam-« ment des matières fécales; 2° l’usage habituel d’eaux impures comme (( boisson. »
- La marche du choléra dans la partie orientale de Londres, en 1866, a été surtout éclairée par les publications hebdomadaires du Reyistrar general, auxquelles étaient annexées les analyses du docteur Frankland, et par le travail du docteur Lankester, sur les effets de la distribution d’eau dans ce district de la métropole Le docteur Radcliffe, guidé par les précédentes conclusions du docteur J. Simon, a également reconnu que la force destructive de l’épidémie coïncidait aveG la surface de distribution delà Compagnie East-London1 2. Malgré les affirmations contraires du docteur Letheby et de M. Orton, les faits sont indiscutables. Ainsi le nombre des décès par le choléra et la diarrhée, dans le rayon alimenté par la Compagnie East-London, s’est élevé à 89 par 10 000 habitants, tandis que, dans le rayon des autres Compagnies, au nord de la Tamise, ce nombre n’a pas dépassé 18. En prenant seulement les décès des cholériques, la mortalité due à l’action de la Compagnie East-London avait été neuf fois plus grande que celle due à la Compagnie New-River, et vingt fois’plus grande que celle des Compagnies situées au nord-ouest : West Middlesex, Grand-Junction, Cheisea. Sur une mortalité totale de S 9 i 5, 4276 cas furent constatés dans le district oriental et les districts suburbains de West-Hâm et Stratford. « Ces districts, ajoute « M. Radcliffe, avant l’apparition de l’épidémie, étaient alimentés, au vu « de tous, par de l’eau impure. Nüa météorologie pendant la période, <c ni l’altitude, ni la nature du sol, ni la densité de la population, ni le « nettoiement des ’égouts, ni les localités elles-mêmes ne fournissent « l’explication des ravages circonscrits aux districts de l’est. Une seule « condition, commune à toute la surface envahie, la distribution d’eau, a « pu propager le choléra. »
- *•' Le docteur Thorne3, chargé par le Conseil’privé de faire une enquête sur une attaque de fièvre typhoïde dont le village de Terling eut beaucoup à souffrir en 1867, en attribue l’origine à la consommation de l’eau de certains puits. L’analyse chimique ne permit pas de découvrir aucune matière nuisible; mais l’eau de trois des puits avait été souillée préalablement par du sewage ou des matières animales.
- Le docteur Buchanan, dans son rapport sur l’attaque de fièvre typhoïde à laquelle fut soumise la ville de Guildford, en 1867, prouve que l’influence funeste du mal s’étendit à cette partie de la population qu’ali-
- 1. Quarterly Journal of science, janvier 1867.
- 2. 9th Report of medical offiCer of the Privy council, page 331.
- 3. 10t!î Report of medical ojfwer of the Privy council, 1867.
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- mentait exclusivement un réservoir spécial « high service réservoir. » Ce réservoir reçut, par suite d’un vice de construction, les infiltrations des égouts pendant un seul jour. « Aucune autre raison, résultant d’une enquête minutieuse, n’explique l’invasion du typhus. »
- Le docteur Stevenson Macadam, aux congrès de Belfast (1867) et de Birmingham (1868)1, a montré, dans l’étude des relations qui existent entre la distribution d’eau des villes de FÉcosse, et la santé des habitants, que les ravages du choléra coïncident comme date et comme localisa^ tion avec l’emploi des eaux impures de diverses sources. En 4866, les grandes villes bien approvisionnées ont relativement peu souffert du choléra, tandis que d’autres villes peuplées, mais alimentées d’eaux corrompues, ont gravement périclité. « Dans aucune localité où l’eau est « salubre et pure, le choléra n’exerce de ravages. Le comté d’Édim-« bourg n’est séparé du comté de Fife que par le bras de mer, connu « sous le nom de Firth of Forth, et bien que les communications soient « incessantes par bateaux à vapeur entre les deux comtés, de nomn « breuses localités du comté de Fife étaient ravagées par l’épidémie^ « lorsqu’on ne constatait qu’un ou deux cas isolés à Edimbourg, A « Leith, dont le port est très-fréquenté, et par conséquent très-exposé, « quelques cas seulement furent signalés, venus probablement du de-« hors, et l’épidémie ne se propagea pas. Ce résultat est dû à l’eau pure. « A 40 kilomètres plus loin, sur la côte, à Musselburgh, alimenté pur « des puits dont le servage infecte les eaux, le choléra sévit avec rage-« Pourtant sur la grande route de communication entre Musselburgh et « Leith, la ville de Portobello n’eut pas un seul cas de choléra. Or, Por-« tobello est alimenté par les eaux pures d’Edimbourg. Un grand nom™ « bre de cholériques venus de Musselburgh avaient été transportés à « Portobello, et logés dans plusieurs maisons; aucun symptôme de « choléra ne se déclara dans la ville. Le village de Slateford, à l’ouest « d’Edimbourg, où les victimes furent nombreuses, était approvisionné « d’eau souillée par des matières organiques en décomposition, »
- Le Dr Alfred ïïill, dans sa communication à l’association réunie à Birmingham (4 868), établit que dans les localités où la diarrhée et la fièvre typhoïde ont de la fréquence, les eaux des puits sont très-char-gées de matières solides organiques et d’acide nitrique. Dans une de ces localités, la construction des égouts et l’installation d’un drainage perfectionné furent suivies d’un abaissement dans la mortalité due aux deux maladies épidémiques qui, jusque là, régnaient dans ces parages. (( Tant que le mode actuel de traitement des matières excrémentielles « subsistera, il y a peu d’espoir d’améliorer la distribution d’eau. Les « fosses d’aisance, sèches ou liquides, continueront à empoisonner les
- 1. Transactions of national Association for social science at Belfast, 1867, page 560; at Birmingham, 1868, page 467.
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- « eaux des puits, tandis que les water-closets corrompront les rivières « devenues trop souvent des égouts à ciel ouvert. Le remède sanitaire le « plus [efficace à obtenir consiste à utiliser les matières sur le sol. Des nations, que nous nous plaisons à traiter de barbares, l’ont compris et « pratiqué. A moins que nous ne les imitions, la distribution d’eau de-« meurera une source abondante de maladies pernicieuses1. »
- Parmi les objections alarmantes faites, en particulier, à l’irrigation par le sevvage, il faut mentionner celles relatives au danger d’inoculation de maladies entozoïques par les légumes arrosés, ou par la viande des animaux nourris des récoltes du sewage, ainsi quJà la transmission du typhus par le lait des vaches nourries d’herbe arrosée.
- Le sewage d’une ville renfermant les œufs de plusieurs variétés de vers, sans parler de Yechinococcus des chiens, et des autres formes qui ne vivent pas chez l’homme, le Dr Spencer Cobbold avait soutenu énergiquement que ces œufs, répandus à la surface des cultures par le sewage, devaient propager d’une manière certaine les maladies entozoïques qui attaquent une certaine proportion d’habitants.
- Pour répondre à cette première objection2, partagée par un certain nombre de médecins, M. Hope a nourri, sous la surveillance du Comité de TAssociation britannique, un bœuf issu d’animaux eux-mêmes nourris sur une ferme à sewage, exclusivement avec des produits de la ferme de Romford, et le plus souvent avec les détritus des salades, des choux et les regains de ray-grass arrosés. L’eau était fournie par le puits de la ferme et non par l’abreuvoir. Au bout de vingt-deux mois de ce régime, l’animal fut tué sous les yeux du Dr Cobbold, assisté des professeurs Corfield et Marshall, et examiné. Le Dr Cobbold, chargé de rendre compte de cet examen à l’Association britannique, fut obligé de déclarer qu’il n’était parvenu à découvrir aucuns parasites dans les divers organes de l’animal, aussi bien dans les viscères qu’à la surface des muscles.
- Dans ses visites sur le terrain irrigué, il n’a reconnu aucuns mollusques, ni insectes, sauf le succinea putris, et cela dans un fossé où le sewage n’avait pas d’accès; sur les bords mêmes des rigoles, feutrés de matières végétales, il n’a trouvé que le batrachospermum moniliforme, sans aucune trace d’œufs entozoaires. Le sewage exhalait une forte odeur de bière, ce qui semblait indiquer la présence d’alcool en quantité suffisante pour détruire la vitalité des germes parasitiques.
- « Dans la dissection des muscles, pratiquée avec un soin particulier,
- « notamment pour les scaleni et sterno-maxillaires, et dans l’examen de « la cervelle, des poumons, du foie, de la vessie, du cæcum et des
- 1. Transactions of national Association for social science at Birmingham, page 497.
- 2. Sewage irrigation considered in connection with Public health, by W. Hope.— British Medical Journal, 30 septembre 1871.
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- « autres viscères, il fut impossible de déceler aucuns indices entozoo-« génétiques. L’animal n’était pas extrêmement gras, mais ses muscles « très-développés avaient tout leur éclat. »
- Le Dr Alfred Carpenter, consulté par la Société microscopique de Croydon, a résolu la question dans le même sens négatif. « Souvent il cc avait recherché des œufs entozoaires, à l'émissaire de Beddington, « sans pouvoir jamais en trouver. L’idée que ces œufs peuvent être « transportés sur le sol, adhérents aux plantes et consommés dans le « même état par le bétail, démontre que l’on n'a pas la moindre con-« naissance de ce qui a lieu dans l’irrigation par le sewage1. »
- La seconde objection a été produite récemment par M. A. Smee, adversaire de l’irrigation, à l’occasion d’une épidémie typhoïde qui aurait décimé les enfants, notamment dans certains districts de Londres ; Mary-lebone, Mayfair, etc. , •
- Depuis quelques années déjà, divers médecins, cherchant à expliquer l’origine de ces attaques locales du typhus, avaient cru pouvoir l’attribuer au lait de vache distribué à la consommation. C’est ainsi que le Dr Ballard, dans un Mémoire sur une épidémie typhoïde à Islington, en juillet 1870, regarde le lait comme ayant été le véhicule du poison. Ce lait, provenant d’une vacherie où l’eau de la citerne était infectée par des infiltrations de fossés anciens, avait été distribué dans la région atteinte par le typhus. Soit que l’eau corrompue eût été mélangée avec le lait, soit qu’elle eût servi au nettoyage des vases de la laiterie; soit, enfin, que les vaches eussent bu directement l’eau de la citerne, le lait était empoisonné. Dans une circonstance analogue, le Dr Ballard eut des preuves absolues que le lait avait servi à propager la fièvre typhoïde aux environs de Birmingham.
- Antérieurement, le Dr W. Sedgwick avait appelé l’attention de la Société royale de médecine et de chirurgie2 sur ce fait « que le lait lui-« même, dont la sécrétion est supposée exempte de toute influence cho-« lérique, peut subir des altérations et acquérir des propriétés délétères, « susceptibles de causer l’empoisonnement, dont les symptômes sont « analogues et même identiques à ceux du choléra. »
- D’après le même ordre d’idées, Sir W, Jenner et le Dr Murchison crurent devoir attribuer la récente épidémie typhoïde de Marylebone, qui frappait leurs propres enfants, au lait fourni par la Dainj Reform Company. Une enquête officielle constatait que, sur les huit fermes de cette Compagnie alimentant le district attaqué, une seule donnait lieu à quelques soupçons de souillure, par l’eau d’un puits infecté, servant aux usages de la laiterie. Jusqu’alors, toutefois, le lait livré par la Compagnie avait été reconnu irréprochable pour sa pureté et sa qualité, et plus
- 1. The Farmer, The supposed dangers of sewage Parais.— 1873.
- 2. Transactions, ale., 1867. *
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- de cinquante employés le consommaient régulièrement dans leurs familles, sans que le moindre accident morbide se fût produit.
- La faculté de l’eau corrompue par des déjections typhoïdes, de régénérer la maladie, étant acceptée par les médecins, il restait à démontrer si des déjections typhoïdes avaient contaminé le puits, et comment le poison avait pu être communiqué au lait. Or, l’honorabilité de la Compagnie faisant écarter l’idée de la dilution du lait par de l’eau impure, on ne pouvait s’arrêter qu’à celle du rinçage des vases, ou à l’alimentation des vaches elles-mêmes.
- C’est dans ces circonstances que M. Smee crut devoir, d’une manière générale, assigner une des causes de l’empoisonnement typhoïde à l’herbe arrosée par le sewage, bien qu’aucune des fermes en question eût donné de cette herbe en nourriture aux vaches. M. Smee n’avait d’autres faits à l’appui de son opinion que celui du beurre fourni, à deux reprises différentes, par des vaches de sa ferme de Wellington-, nourries avec de l’herbe à sewage de Croydon. Le lait acquérait, selon lui, une légère odeur de rance au bout d’un repos de vingt-quatre heures, et le beurre devenait intolérable, un jour ou deux après sa fabrication1.
- En présence d’une imputation aussi grave et aussi légèrement motivée, les réponses les plus précises furent apportées de tous côtés pour affirmer que l’alimentation du bétail par le seiuage-grass n’avait donné lieu, jusqu’alors, à aucuns symptômes endémiques quelconques. Les médecins des asiles de Sussex, de Devon, des écoles de Sutton, où les résidents consomment, depuis des années, du lait de vaches nourries de sewage-grass ; les inspecteurs de salubrité et des praticiens dans l’irrigation, tels que MM. Latham, Denton, Hope, Morgan, etc., sont venus tour à tour déclarer que l’assertion de M. Smee était dénuée de tout fondement.
- i M. Robert Rawlinson, intervenant dans le débat, rappelle que la Commission royale d’enquête de 1864, dont les expériences furent confiées, sur la ferme à sewage de Rugby, à MM. Lawes et Way, n’a constaté aucuns indices de maladie propagée par le lait. « Au contraire, il a été « prouvé que le ray-grass d’Italie, provenant de l’irrigation par le se-« wage, alimentait des vaches dont le rendement en lait et en beurre « était accru. Les deux produits étaient d’ailleurs de meilleure qualité « et susceptibles de conservation2. »
- « En ce qui regarde l’eau que consomment les vaches, ajoute-t-il, et « l’accusation portée contre leur lait, les vaches de toutes les fermes et « en tout temps boivent et ont bu l’eau sale, de préférence à l’eau de « source. Le lait en est-il plus mauvais?
- « Quant à la nourriture affectant les vertus du lait, il ëst avéré que
- 1. The Times. Infec);ed millt. -—IC aügust 1873.
- 2. Utilisation des eaux d’égout, page 95.
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- « certaines plantes* consommées par le bétail, peuvent empoisonner « occasionnellement le lait. Mais produisent-elles la fièvre typhoïde? Les cc turneps et d’autres racines donnent un goût, mais le. lait ainsi dété-« rioré est-il pernicieux? Les vaches ont bu et boiront de l’eau très-sale « (des eaux à purin); leur lait a-t-il engendré la fièvre typhoïde?
- « Tous les nourrisseurs savent que le lait est un produit délicat, existe géant une propreté extrême des vases et de l’atmosphère, et suscep-« tible de s’avarier par la moindre impureté. Cela étant, toutes plaintes « contre le lait, d’une provenance déterminée, devraient porter plutôt « sur la négligence de la laiterie que sur l'herbe arrosée par le sewage.
- « Venir dire que cette herbe produit du lait susceptible d’engendrer '« la fièvre typhoïde, en face des nombreux témoignages du contraire, « c’est diffamer les cultivateurs qui font de l’irrigation... C’est, en tous « cas, une imputation des plus terribles, pour laquelle il faut des « preuves11 »
- Ces preuves n’ont pas été produites et aucun fait nouveau n’a pu être signalé qui fît du lait l’agent toxique, ou conducteur de miasmes typhoïdes.
- M. Hope a vivement insisté, pour sa part, sur l’importance extrême d’une enquête médicale et physiologique par le gouvernement. On mettrait un terme, par là, à ces sortes de paniques vagues et insensées, à l’aide desquelles on prédispose l’opinion publique contre l’irrigation à l’aide du sewage.
- Cette enquête esb*elle nécessaire? Oui, répond M. Hope. « Non pas que « j’aie le moindre doute sur les résultats d’une enquête scientifique pour « l’œuvre à laquelle j’ai dévoué ma vie; mais parce que je lisais, il y â « peu de jours encore, dans le Times, qu’en 1872, .97 personnes étaient « mortes de faim à Londres ; parce que j’ai nourri 60 têtes de bétail avec « le ray-grass de 3 hectares pendant les trois derniers mois; et parce « qu’on ne cesse de tenir des réunions publiques pour se plaindre du « prix des provisions2. »
- En somme, malgré l’épidémie typhoïde de Marylebone, les états de décès de la ville de Londres n’ont témoigné d’aucun accroissement de mortalité dû au typhus pendant la même période. Le lait suspect de la Compagnie Dairy Reform ne provenait pas d’herbe arrosée par le sewage; et l’émotion considérable créée par la presse de Londres n'aura eu d’autre conséquence que de faire exercer une surveillance plus active sur les fermes des nourrisseurs qui approvisionnent de lait la métropole.
- En dehors de ces deux objections, partout où la fièvre typhoïde et le
- 1. The Times. Sewage farming, 22 august 1873.
- 2. The Times. — Sewage farm produee, 25 august 1873,
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- choléra ont apparu, les rapports des délégués ont constaté la souillure des eaux potables par des matières excrémenteuses, Partout l’analyse a signalé la corruption due à des matières animales ; mais nulle part on n’a pu découvrir la substance délétère. Tant que la physiologie n’aura pas fait connaître à quelle matière sont attribuables les funestes effets de cette altération, l’analyse même des déjections des cholériques ou des typhoïdes n’aboutira pas.
- La Commission médicale de 1854 avait conclu en ces termes :
- « La doctrine du choléra épidémique, qui semble devoir être partout « accueillie, ne prétend pas expliquer quelle est la cause stimulante de « l’affection qui éclate à des intervalles indéterminés sur divers points « du globe, parfois s’étendant irrégulièrement sur de vastes étendues, « parfois suivant une marche mieux définie. Ce mystère restant sans « explication, il ressort de plus en plus, sous forme de doctrine intel-« ligible et pratique, que cette cause ignorée affecte le mode d’action « d’un ferment, c’est-à-dire qu’elle se développe seulement dans cer-« taines circonstances de milieu favorables, et que le lieu où elle fo-« mente le poison doit être de l’air ou de l’eau, imprégnés d’impuretés « organiques1. »
- Toutefois, à Munich, où la distribution d’eau, comme à Londres, provient de sources diverses et des puits intra muros, le Dr Pettenkofer, dans l’enquête dont il fut chargé par le gouvernement bavarois, a constaté que la comparaison des décès des cholériques, dans les populations approvisionnées de ces eaux, ne permettait pas d’attribuer aux eaux infectées des puits une relation quelconque avec l’épidémie2.
- « Le docteur Pettenkofer a décrit à cette occasion toutes les recherches tentées jusqu’alors, dans le but de déterminer les causes originaires du choléra. Il reconnaît que la source du choléra épidémique est une substance organique, un sporule, qui a échappé à l’observation aidée du plus puissant microscope, mais qui, sans nul doute, engendre cette terrible maladie, en pénétrant en masse dans les poumons et dans l’estomac du corps humain. Comme toutes les autres substances organiques, les sporules cholériques exigent un milieu spécial pour se développer. Ce milieu serait le sol, imprégné de liquides stagnants, de matières organiques en putréfaction ; ce qui se rencontre surtout lorsque la population est entassée sur un espace trop restreint3. » '
- Que les déjections des cholériques ou des typhoïques puissent ou non
- 1. Report of the Committee’s scientific enquiries in relation îo the choiera Epidémies of 1853-54, page 48.
- 2. Untersuchungen und Bèobachtungen über die Verbreitungsart der choiera; von Dr Max Pettenkofer, München, 1855.
- 3. Wesèr Zeilung. V
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- rencontrer dans certains sols des conditions favorables à la propagation de la maladie, M. le docteur Rumsey croit pouvoir conclure de la théorie de Pettenkofer que l’eau, d’abord, doit être le véhicule du contagium spécifique à travers le sol, jusqu’au niveau de la nappe du sous-sol. C’est après l'infiltration, lorsque le sol en se desséchant devient perméable à l’air, que le germe morbide peut se transmettre à l’homme par évaporation. « L’eau serait ainsi le premier véhicule; l’air, le second, et le sol « ne serait que le milieu intermédiaire1. »
- L’enseignement à retirer de la théorie du célèbre professeur, c’est qu’il faut, suivant le docteur Rumsey, assurer autant que possible la sécheresse du sol, et empêcher que, dans le voisinage immédiat des habitations, il ne soit souillé par des impuretés organiques.
- Étant donnée la présence dans les eaux de matières organiques pu-trescentes, provenant des infiltrations des égouts et des fosses, ou amenées par les égouts directement dans les cours d’eau, la question a été agitée de savoir comment rendre ces matières inertes pour la santé publique. Il est vrai que, dans un temps suffisant, le courant étant suffisamment prolongé, l’eau étant aérée convenablement, une certaine partie de ces matières en dissolution ou en suspension sera consumée par l’oxygène qui existe naturellement dans l’eau, et que l’air renouvelle constamment. L’action de l’oxygène si rapide dans l’atmosphère est également efficace, bien qu’à un moindre degré, dans l’eau courante, mais encore faut-il que les résidus rejetés dans la rivière ne soient pas en excès et ne neutralisent pas l’action comburante de l’oxygène. Ainsi, le professeur Miller établit qu’en 1834, lorsque la Tamise était au comble d’infection,, les eaux, à Kingston, renfermaient une proportion normale d’oxygène; à Hammersmith, la proportion s’était réduite de moitié; à Sommerset-house, à un cinquième; à Greenwich et à Woolwich, à zéro. *
- L’action épurante naturelle des eaux aérées a donc une limite. Il est difficile de déterminer le point où cette limite doit s’arrêter pour la salubrité.
- On a éprouvé de même une difficulté à fixer la dose de matières organiques dont la présence dans les eaux suffit pour engendrer la maladie. Ces matières peuvent être entièrement végétales ou animales, ou un mélange des deux; elles peuvent être fixes, ou combinées à l’état de nitrates, de nitrites et mieux d’ammoniaque, ou en fermentation plus ou moins avancée. Le congrès sanitaire réuni en 1853, à Bruxelles, décidait que l’eau potable, pour être salubre, ne devait pas renfermer plus de 0sr,5 de matières solides par litre, soit 0Br,015 de matière organique. Le br Parkes avait fixé la teneur désirable de matière organique par litre,
- 1. Address on health, by H. W. Rumsey.— Transactions of the Association for the^promotion of social science at Birmingham. London, 1869, page 105.
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- à 0sr,02. Nous avons dit quelle était la limite fixée par la Commission d’enquête de 1868 (page 52).
- Mais la qualité, plutôt que la quantité, des matières organiques donne la mesure du danger. Nous ignorons complètement le degré de vitalité des germes des maladies spécifiques. La chimie est même impuissante à fixer une démarcation très-nette entre la matière en putréfaction et celle qui ne l’est pas.
- M. Tiehborne, dans son Mémoire1 2, déclare qu’il est absurde de chercher dans l’eau un moyen caractéristique de déterminer les miasmes.
- « Il y a des substances subtiles d’une énergie intense, physiquement « inappréciables. Jusqu’ici, la,balance ne permet pas de les peser, ni le « microscope de les voir. » Le permanganate de potasse qui révèle la perte d’oxygène et l’insalubrité de l’eau ne sert pas pour doser les matières organiques pernicieuses. La présence des nitrates et des nitrites qui attestent que l’oxygène a achevé sa combustion n’empêche pas que les eaux limpides, fraîches, savoureuses, de certains puits des villes ne soient des plus dangereuses.-
- Le professeur Frankland établit dans une lettre adressée au Registrar general3 sur l’état de l’eau fournie à Londres en 1866, par la Compagnie East London, « qu’il a des preuves concluantes que l’ébullition elle-même, « considérée jusqu’alors comme un moyen très-efficace de corn-« battre la corruption des eaux (imprégnées de matières organiques, « supposées constituer le poison cholérique) ne les empêche pas de « produire des crampes violentes, ainsi que la diarrhée. Ce fait, « ajoute-t-il, concorde avec cette théorie que le poison cholérique et « les autres poisons analogues sont des germes d’organismes, cardl est « avéré que des germes organiques peuvent se développer et végéter, « après avoir été soumis à l’ébullition pendant un certain temps. »
- Il n’y a donc pas lieu de s’étonner si des opinions très-diverg-entes se sont produites devant le Board of health de Londres, sur le degré et la rapidité de l’oxydation des matières organiques du sewage, entraînées par les cours d’eau.
- Le Dr Letheby maintient que l’action oxydante est tellement énergique, la faculté d’assimilation des plantes rudimentaires, conferves, etc., est si complète, qu’un volume donné d’eau impure se purifie rapidement de lui-même, indépendamment de la précipitation. Les observations qu’il a faites avec le Dr Angus Smith le démontrent.
- Le Dr Ballot3 élève, au contraire, des doutes sur l’oxydation des œufs, des larves et des liquides organiques. Quand on retrouve Y epithelium, dans un aussi énorme volume d’eau que celui de la Tamise, aux endroits
- 1. Medical Association at Dublin, 1867.
- 2. The Times, ^septembre 1866.
- 3. Medical Times and Gazette, 8 mai 1868,
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- blêmes où des Compagnies puisent les eaux pour la consommation de Londres, à Teddington par exemple, on peut douter de l’effet persistant de l’oxydation par les eaux courantes. En tous cas, pour en revenir à l’irrigation par le sewage, d’après M. le professeur Parkes, le volume, la vitesse, le degré d’aération des eaux, la quantité de plantes soumises à l’arrosage, etc., jouent un rôle si important dans la solution de la question, qu’il est malaisé de rencontrer un avis unanime. « Ce qui est cer-« tain, c’est qu’on éprouve des difficultés à produire des preuves d’ac-« tion malsaine attribuable à l’irrigation par le sewage; il n’y a pas, en « effet, de motif sérieux pour que cette action ait lieu L »
- Le Dr Frankland a exprimé son peu de confiance dans l’épuration atmosphérique naturelle, et n’a voulu admettre qu’une action très-lente et limitée des eaux courantes sur les matières organiques. La Commission de 1868, dont il faisait partie, a repris des expériences très-intéressantes à ce sujet.
- Ainsi, l’on avait prétendu que, dans le sewage mélangé avec vingt fois ou trente fois son volume d’eau de rivière, la matière organique s’oxyderait ou disparaîtrait complètement, sur un parcours de 20 à 25 kilomètres, par exemple. *
- La Commission a voulu vérifier cette assertion par des essais directs sur certains cours d’eau du Lancashire, et par des recherches de laboratoire. L’Irwell, au sortir de Manchester, à partir du barrage de Thros-tlenest, coule sur une longueur de 18 kilomètres jusqu’à son embouchure dans la Mersey, sans recevoir d’affluents impurs, ni d’égouts. La Mersey est dans les mêmes conditions entre le pont de Stratford Road et sa jonction avec l’Irwell, sur une longueur de 21 kilomètres; la Dar-wen également, entre les villes de Blackburn et de Walton-lé-Dale, où elle coule sur un parcours de 21 kilomètres.
- Sans tenir compte des variations de composition, dues aux vitesses différentes des courants et au mélange des eaux des affluents, mais en ayant égard aux différences de volume, pour la Darwen, par exemple, qui est doublée dans le parcours de la prise d’échantillons, la Commission a constaté les réductions suivantes dans les proportions de carbone et d’azote organique.
- 1. Armij medical Department. Report on hijgiene for 1868, by E. A. ParkeS, professor of hygiene at the Army medical School.
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- DÉSIGNATION des RIVIÈRES. ta g® 2 « ^ t-CS bfl 'ta P* G RÉDUCTION pour 100,000 parties d’eau. RÉDUCTION pour 100 d’éléments organiques.
- S eu ta ° H Carbone. Azote. Carbone. Azote.
- 1. Irwell, après un parcours de 18 kilomètres. 6° 6 0,093 0 4,5 0
- 2. Irwell, après un parcours de 18 kilomètres. •12 7 0 0,028 0 11,8
- 3. Irwell, après un parcours de 18 kilomètres. 17 8 0,632 0 29,6 0
- 4. Mersey, après un parcours de 21 kilomètres. 4 6 0,250 0,017 20,8 17,9
- 5. Darvien, après un parcours de 21 kilomètres. 8 7 0 0,039 0 13,2
- Ainsi, lorsque la température n’excède pas 18° centigrades, l’action d’un parcours de 18 à 20 kilomètres sur la purification est peu sensible. Des essais de laboratoire, exécutés avec un mélange d’une partie de sewage de Londres et neuf parties d’eau filtrée s’écoulant d’une manière continue par un siphon, avec une chute de 0m,90 entre les deux vases, ont confirmé les résultats précédents. Soit qu’on ait fait varier la proportion du mélange, la vitesse du parcours, la longueur entre 150 et 300 kilomètres, les conditions de remous, et la température, on constate que l’oxydation des matières organiques est extrêmement lente, même en été1.
- Un mélange de sewage avec vingt fois son volume d’eau de rivière non-seulement ne s’oxyde pas dans un parcours de 15 à 20 kilomètres, mais encore il perd à peine les deux tiers de ses éléments organiques en dissolution, sur un parcours de 270 kilomètres à la vitesse de lk,6 par heure, ou après une semaine d’écoulement.
- Si l’oxydation des matières organiques solubles n’est pas activée par le parcours, il en est tout autrement des matières en suspension qu’un long trajet laisse déposer, surtout lorsque la vitesse du courant s’affaiblit sur certains points. Mais alors il se forme des atterrissements qui deviennent une source d’émanations insalubres et que les grosses crues rejettent dans la circulation. %
- D’après le tableau suivant, l’Irwell et la Darwen, dont les eaux sont particulièrement troubles, déposent, en effet, sur une longueur de 18 à 20 kilomètres, près de la moitié des matières qu’elles renferment en suspension. C’est sans doute à cette clarification par dépôt, que l’on a attribué à tort la purification par l’aérage des eaux animalisées.
- 1. Ces essais sont décrits tout au long dans le First Report of lhe Rivers Pollution Commission (1868). London, 1870.
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- DÉSIGNATION des RIVIÈRES. RÉDUCTION sur 100,000 parties d'eau. RÉDUCTION pour 100 de matières en suspension.
- Mars 1869. Minérales. Organiques. Total. Minérales. Organiques. Total.
- t. Irwell, après un parcours de 18 kilomètres. 0.88 0,48 1 ,36 47,8 50,0 48,6
- 2. Mersey, après un parcours de 2 1 kilomètres. 0,10 0,04 0,14 10,6 13,3 12,0
- 3. Darvjen, après un parcours de 21 kilomètres. 0,54 1,42 1,96 30,3 79,8 55,1
- Les boues déposées par quelques-unes des rivières ont été analysées :
- DÉSIGNATION. DÉPÔTS BOUEUX DE
- l’irk. l’irweel. LA MEDLOCIC.
- Matière organique 6,63 8,25 5,30
- Matière minérale 25,98 19,40 19,96
- Eau 67,39 72,35 74,74
- Total......... 100,00 100,00 100,00
- La matière organique, si abondante, y est éminemment putrescible. Celle de l’Irwell, renfermant 2,79 de carbone et 0,29 d’azote, était méphitique, lorsqu’on la recueillit à Peel Park.
- Nous avons examiné l’action de l’atmosphère et des eaux; examinons actuellement celle du sol.
- Les propriétés dont jouissent les terres, notamment argileuses, d’arrêter, de fixer et d’assimiler certains sels organiques azotés, etc., ont été révélées par les remarquables recherches du professeur Way. Les sols les plus pauvres, ceux qui consistent principalement ou entièrement en gravier, sable, silice ou schiste, leur doivent, on le sait, de pouvoir se convertir par l’emploi du sewage en terres arables productives. Ces sols sont susceptibles, en effet, d’absorber un volume quelconque de sewage, témoin les sables de Craigentinny, les terres d’Aldershott, etc. Mais ces sols ne possèdent pas la propriété de décomposer les matières fixes azotées; et comme ils ne les décomposent pas, ils ne peuvent en fournir les éléments à la végétation. Ils favorisent seulement l’action rapide, énergique de l’oxygène sur les matières azotées en dissolution. Leur rôle est mécanique. C’est ce qui a pu faire penser avec quelque raison que la part de
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- ces sols dans l’épuration des liquides est secondaire; « qu’ils abandon-« nent tout au végétal et ne peuvent retenir pour eux-mêmes que des « matières terreuses en suspension, lesquelles ont une faible part dans « l’infection des cours d’eaux. »
- D’autres sols jouissent, il est vrai, de la faculté, non-seulement de désinfecter, mais encore d’enlever aux matières animales en décomposition, les éléments assimilables, par les racines des plantes. Il est avéré, par exemple, que les matières animales recouvertes de terre sèche argileuse, marneuse ou tourbeuse, lui abandonnent leurs éléments azotés volatils et leurs phosphates. La désinfection est parfaite parce qu’elle résulte d’une action lente et chimique. Le produit résultant du mélange devient en peu de temps inodore et susceptible de servir à une nouvelle désinfection de matières fraîches. Le même volume de terre peut ainsi être utilisé plusieurs fois de suite. C’est sur cette propriété qu’est fondé l’emploi du sol des cimetières, et surtout de la terre sèche du cabinet Moule dont il sera parlé.
- La faculté d’absorption dont jouit tel sol pour l’ammoniaque et les autres matières fertilisantes ne s’exerce, en tout cas, que partiellement sur les solutions aqueuses très-diluées. Telle est la conclusion des recherches du Dr Yoelcker, et des professeurs Wolff, Knop, Sonnscheim, Stohmann, etc. Le sol ne retient pas toutes les particules d’ammoniaque, d’acide phosphorique, de potasse, contenues- dans le sewage; c'est tout ce qu’il est permis d’affirmer.
- C’est donc une erreur d’attribuer à la végétation seule la faculté de purifier le sewage, par une vertu sélective qui enrichit la plante1 2. Le fait vraisemblable à signaler, c’est que, comme il existe pour chaque plante une combinaison de principes nutritifs qui lui est particulièrement favorable, et dans laquelle elle croît mieux et plus vite, l’eau d’égout offre cette combinaison sous la forme la mieux appropriée pour, la plupart des récoltes3. On a encore ajouté que, pendant la période de repos en hiver, les plantes déterminaient la séparation des matières et les fixaient. L’expérience de M. Morton à Lodge-Farm, dans les mois de janvier et de février '1867, alors que la végétation n’avait pas encore repris, lui a permis d’établir que « l’on perd- son « argent à vouloir surmonter la tendance naturelle des choses. » Si le sewage sort relativement épuré de la terre pendant l’hiver, il faut l’attribuer à l’oxydation par la surface, et à la filtration latérale, plutôt qu’à l’action des plantes. Aussi, des terres en jachères, mais naturellement ou artificiellement drainées, jouent à peu près le même rôle en .hiver que des champs de ray-grass. M. Bailey-Denton, qui a eu une longue
- 1. De Freycinet. Emploi des eaux d’égout en agriculture, 1869, page 129.
- 2. De Freycinet, idem.
- 3. Voir Julius Sachs. Physiologie végétale, traduction do Marc Micheli, 1JB68, page 182.
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- expérience des travaux de drainage, est d’avis que la couche arable étant suffisamment épaisse, le sewage peut s’y purifier sans végétation à la surface.
- Les expériences de la Commission de 1868 sur le filtrage du sewage à travers divers sols, non couverts de végétation, détruisent d’ailleurs les assertions trop tranchées, d’après lesquelles ce serait une grave erreur de chercher par l’irrigation à féconder le sol, et de poursuivre l’idée du colmatage.
- Ces expériences1 démontrent que le sol servant au filtrage du sewage exerce, non-seulement une action mécanique qui consiste à arrêter les matières solides en suspension, mais encore une action chimique, en ce sens que les substances organiques infectantes s’oxydent et se transforment. Ce serait l’état physique du sol, c’est-à-dire son état de division et de perméabilité, plutôt que sa composition chimique qui déterminerait le second mode d’action si essentiel pour l’épuration. Que l’on se reporte, en effet, aux résultats constatés par la Commission, on y remarquera que les sols expérimentés de Bed-dington (Croydon) et de Barking, bien qu’ayant à peu près la même composition chimique, agissent très-différemment comme filtres du sewage. Le sol de Beddington nitrifie la matière organique animale; celui de Barking la nitrifie très-imparfaitement ou pas du tout. Pour un volume déterminé de sewage, le premier conserve sa puissance d’épuration pendant une longue période; pour le même volume, le second n’épure plus et emmagasine les impuretés organiques. L’un et l’autre échantillon avaient été prélevés sur des terres soumises depuis quelques années à l’irrigation.
- De même, les sols de Hambrook et de Durslev, qui présentent une composition chimique à peu près identique, exercent sur le sewage une action épurante, qui varie du simple au double.
- D’autre part, le sol de Hambrook, dont la composition est si différente de celle du sable, a donné des résultats analogues comme filtrage per ascensum.
- En résumé, et nous conclurons par là, la Commission nommée en 1868 a déduit, des renseignements fournis par les précédents rapports que nous avons analysés, et des dépositions recueillies par elle :
- 1° Qu’il existe à un certain moment, dans les matières fécales, une substance susceptible d’engendrer des maladies pernicieuses chez l’homme ; *
- 2° Cette substance morbifique ne peut être déterminée que par son action spécifique sur l’organisme humain. L’analyse chimique et mi-
- 1. Voir page 273.
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- eroscopique est impuissante à la découvrir dans les déjections concentrées, et à plus forte raison lorsqu’elles sont diluées ;
- 3° Les matières organiques du sewage étant oxydées et détruites avec une extrême lenteur dans l’eau courante, il est très-probable que la substance morbifique échappe à la décomposition et se transporte à de grandes distances;
- 4° L’oxydation et la destruction des matières organiques du sewage s’opérant rapidement par le filtrage à travers des sols poreux, il n’y a pas beaucoup à craindre que la matière morbifique arrive jusqu’aux puits profonds, dont les nappes sont alimentées par les eaux de la surface’.
- 2. — FAITS DE LA PRATIQUE.
- Nous examinerons actuellement les faits d’insalubrité imputés à l’irrigation, dans les localités où elle se pratique de longue date.
- Le professeur Christison, président de la Société royale d’Edimbourg, qui avait de forts préjugés contre l’irrigation des prairies, dans le voisinage de cette ville, a déclaré à la réunion de l’association des Sciences sociales de 1863, et maintenu en 1870 devant la Commission d’enquête, qu’il n’avait pu rattacher à l’irrigation aucun des cas de typhus, de fièvre, de dyssenterie, de choléra, observés pendant les saisons épidémiques ou non épidémiques. M. Lockwood, chirurgien major des fusiliers Scot-Greys, après une résidence, pendant deux années, du régiment dans les casernes de Piershill, n’a remarqué aucune altération des viandes comme on l’avait prétendu 25 ans auparavant, ni aucune endémie spéciale parmi ses hommes. « Je crois juste, ajoute M. Christison, de porter ces faits « précis à la connaissance du public, au moment où l’on introduit le « système d’irrigation de Craigentinny aux environs d’autres grandes « villes. »
- Le docteur Ligertwood, chirurgien major du 8e hussards, logé dans les casernes de Piershill, est plus explicite. « Les hommes, les femmes et en-« fants, jouissent d’une parfaite santé. Entre les casernes et la mer, près « de 80 hectares arrosés par le sewage de la ville n’exercent aucune in-« fluence fâcheuse sur la santé des troupes. Pour mieux dire, la santé se « maintient bonne, malgré le voisinage de ces prés, à cause de Texpo-« sition même des casernes, très-ouverte, et soumise à l’action des vents « de mer. Ces prés sont certainement une cause d’incommodité pour les « résidents, par suite des émanations des tranchées à ciel ouvert qui amè-
- 1. Report on the Merseij and Ribble basins, 1 870, page 1 16.
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- « nent le sewage, et de l’épandage mal fait (injudicious) ; l’odeur dans les « casernes est parfois nauséabonde. Mais il serait facile d’y remédier en « recouvrant les canaux, ou en adoptant pour l’arrosage des tuyaux et « des vannettes atfx endroits voulus. Le 4e hussards, qui a logé également « à Piershill de 1865 à 1868, y a joui d’une santé excellente ; et pourtant « pendant son séjour le choléra sévissait à Leith et à Edimbourg; aucun « cas ne fut observé aux casernes de Piershill. »
- Bien qu’en 1866 le choléra fût très-pernicieux dans les quartiers nord de Londres, l’irrigation à l’aide du sewage ne donna lieu à Barking, ni aux environs de Lodge-Farm, à aucun cas épidémique. Un seul exemple de fièvre scarlatine, relevé dans une des dépendances de Lodge-Farm, dut être attribué à l’importation du dehors. La maladie ne s’est pas répandue.
- Devant la première Commission pour la corruption des rivières (février 1866), le Dr Creswell avait attribué aux prés irrigués de Norwood la fréquence des fièvres intermittentes parmi les enfants du voisinage. En 1869, son avis s’est complètement modifié, après une plus longue résidence dans la localité. « Mes recherches et mes observations pendant les trois « dernières années, écrit-il, me font le. partisan de ce mode d’utilisation « du sewage. Comme exemple de la perfection que l’épuration atteint, « je puis citer avoir vu plus d’une fois boire l’eau provenant des prés « irrigués par des individus qui ignoraient sa provenance. L’eau est « limpide, transparente, sans aucun goût. Je répété donc, après avoir « suivi de près l’opération, que le système d’irrigation bien conduite « n’exerce pas la moindre influence sur la santé des habitants du voisi-« nage immédiat.... Dans aucun cas, je n’ai pu attribuer la maladie à la « proximité des terres arrosées. Je ne dis pas qu’il n’y ait parfois quel-« ques émanations, mais elles sont si rarement perceptibles, qu’une « maison située à 200 ou 300 mètres des prés irrigués n’est pas plus « dépréciée dans sa valeur que si elle était à un kilomètre. »
- LeJ> Carpenter a eu souvent à témoigner devant les enquêtes sur la parfaite salubrité de l’irrigation à Beddington (Croydon), bien que quelque incommodité, due à l’envasement des canaux ou à la stagnation des flaques du sewage, ait été occasionnellement constatée.
- Les adversaires de l’irrigation et notamment le capitaine Liernur, auteur d’un système de vidange atmosphérique et de récepteurs spéciaux, se sont attachés, d’après des statistiques imparfaites, à infirmer les résultats sanitaires de l’irrigation par le sewage de Croydon. M. Baldwin Latham a répondu comme il convenait à ces attaques imméritées en se basant sur le rapport même du Dr Buchanan, invoqué par M. Liernur. C’est ainsi que le Dr Buchanan constate une diminution progressive dans la mortalité de Croydon, d’année en année, de même que dans
- t. Engineering, 21 février 1868, page 161.
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- les cas mortels des maladies épidémiques, et principalement du typhus qui sévit si violemment en 1848-49 dans cette localité.
- Pour une population de 50 000 habitants à Croydon et de 63 000 habi- -tants, en y comprenant les communes suburbaines/lê taux de la mortalité s’est abaissé à 18,6 pour 1000 depuis l’achèvement des travaux de distribution d’eau, des égouts, et d’irrigation par le sewage1.
- Or, la mortalité moyenne de Croydon pendant les sept années qui avaient précédé l’achèvement des travaux était de 23,6 pour 1000. En 4848, la mortalité atteignait 28,16, et en 1867,16,6 pour 1000. En 1848, la population urbaine était de 49 380 habitants, et en 1867, de 50750; Ainsi, la population ayant augmenté de. 160 pour 100 entre ces deux années extrêmes, le taux de la mortalité s’est abaissé de 40 pour 100.
- Dans son Mémoire lu à l’association de Bristol en 1869, le Dr Carpenter affirme qu’avant l’établissement de la ferme à sewage de Norwood, la localité souffrait de la fièvre et que, depuis l’irrigation, la mortalité a constamment diminué, et pourtant plus de 400 habitants sont logés à 200 mètres des terres arrosées. Yoici le relevé des tables de mortalité dressées par le Dr Westall pour la population de 50000 âmes.
- 4863....................................................... 18,76
- 1864 .................................................... 18,89
- 1865 (date de l’établissement de la ferme)............... 18,17
- 1866....................................................... 45,34
- 1867 .................................................... 14,21
- 1868 ................................................•. 12,07
- Si la réduction dans le chiffre de la mortalité n’est pas dû à l’irrigation, du moins est-il permis d’en conclure que la mortalité n’a pas augmenté et que les maladies ont diminué.
- Une route très-fréquentée par les promeneurs de Norwood traverse les terres irriguées, sans que leur agrément en souffre.
- La ferme de 120 hectares de Beddington est un peu plus éloignée du centre peuplé de la ville que celle de Norwood. Bien qu’elle soit située à 500 mètres dans la direction occidentale, la persistance des vents d’ouest est toujours accompagnée d’un abaissement dans le nombre des cas de maladie. La mortalité moyenne se maintient au-dessous de 20 pour 1000.
- Il est clair que la salubrité de l’arrosage, attestée par tant d’autorités médicales, dépend du degré de perfection avec lequel il s’opère. « Le « pouvoir épurant du sol et de la plante dépend de la régülarité de r. l'épandage, de l’étendue de la surface et de la durée de l’irrigation. « Si le sewage est déversé sur une terre argileuse qui se fendille en
- 1. Inaugural address by Baldwin Latham, president.; Transactions of the Society of En' gineers, 20 janvier 1868,
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- « temps sec jusqu’à la profondeur des drains, il s’échappera imparfai-« tement purifié. De même, si la surface est inégalement dressée, si le « débit est irrégulier et intermittent, les plantes sur les points saturés « de sewage sont arrêtées dans leur croissance et aussi incapables « d’épurer que de se développer. Partout où, comme à Warwick et à « Norwood sur un sol argileux, et à Barking, à Croydon, à Bedford sur cc des sols perméables, l’épandage a lieu uniformément sur une surface « suffisante et alimente constamment les plantes à croissance rapide « ou succulente, les résultats sont satisfaisants ; le sewage est débar-« rassé de ses impuretés au profit de récoltes d’un rendement élevé. »
- C’est ainsique la Commission de 1868 se croit autorisée à recommander l’irrigation comme un mode d’épuration du sewage, aussi salubre que profitable.
- Influence des saisons. “—Les commissaires de 1868 ont recherché l’influence des saisons sur l’épuration par l’arrosage. Il était intéressant de déterminer l’action de la végétation pendant les différentes saisons, et notamment pendant l’hiver où elle est au repos. Des échantillons recueillis périodiquement à Croydon et à Norwood sur le sewage après arrosage, depuis le 24 septembre 1868 jusqu’au 24 septembre 1869, ont été tour à tour analysés. La moyenne, exprimée en cent-millièmes, des 58 analyses ainsi exécutées, figure, pour chacune des saisons, en regard de la composition moyenne du sewage naturel.
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- i 1 DÉSIGNATION. I Matières solides en dissolution. Carbone organique. Azote organique.- < Ammoniaque. ] f Azote à l’état de nitrates. Azote total combiné. ^ ry thlore.
- Sewage naturel. Norwood; composition moyenne. . Croydon; composition moyenne. • 94,9 45,7 3,972 2,508 1,586 : 1,576 6,032 3,006 0,000 0,000 6,554 3,527 - 8,66 4,23
- Sewage après arrosage. Printemps : Norwood. Croydon. .*• *••••••#♦• 88,1 35,4 1,500 0,594 0,303 0,104 0,816 0,072 5 0,220 -0,225 1,194 0,388 8,37 ' 2,32
- Été: Norwood Croydon. • 88,6 35,4 1,883 0,607 0,312 - 0,126 0,462' 0,069 0,657 ' 0,155 .1,361 • 0,300 11,03 2,57 '
- Automne : Norwood.. Croydon .. 87,0 43,1 1,349 0,690 - 0,203 0,138 0,835 0,185 0,734 : 0,589 1,629 0,792 8,94 3,20
- Hiver : Norwood Croydon 87,0 40,6 1,271 0,612 0,273 6,145 0,876 0,204 0,313 0,533 1,-255 0,846 7,71 ' ' 2,72
- Sept jours après la gelée. Norwood. ................ Croydon 88,8 45,6 1,356 . 0,591 0;413 0,239 1,145" 0,371 P 0,156 0,448 1,534 0,992 8,84 2,88
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- En examinant ce tableau, on reconnaît que la proportion de matières solides en dissolution demeure à peu près la même. Quant au degré d’épuration, il importe de tenir compte des variations qu’apporte chaque saison dans.le degré d’impureté du sewage. Ce degré est indiqué approximativement par la teneur en chlore. Il en résulte qu’à Norwood, le sewage étant plus chargé en été, les éléments organiques prédominent dans le sewage après arrosage ; l’inverse a lieu en hiver. A Croydôn, au contraire, le sewage est plus chargé à l’automne et en hiver, et le sewage est relativement moins pur après arrosage dans ces deux saisons. En été, et au printemps surtout, l’épuration est plus complète.
- Si les saisons ont moins d’influence que la qualité même du sewage pour l’épuration, sous le rapport des éléments organiques, sauf en cas de gelée, il n’en est pas de même pour les matières fertilisantes inorganiques (l’ammoniaque, les nitrates, les nitrites), qui sont enlevées avec plus d’avidité au printemps et en été qu’en automne et en hiver, aiçsi que l’indiquent les chiffres suivants des variations de l’azote à l’état d’ammoniaque, de nitrates et de nitrites, exprimés en cent-millièmes :
- Azote. *
- Norwood. Croydon.
- Printemps..................... 0,892 0,284
- Été........................... 1 ,026 0,212
- Automne....................... 1,422 0,741
- Hiver......................... 1,011 0,701
- Irrigation d’hiver.— Le comité Grantham de l’Association britannique a aussi institué des essais très-intéressants sur l’épuration du sewage par le sol pendant les grands froids de l’hiver (1870 à 1871) dans les trois fermes à irrigation de Itomford (Breton’s-Farm), de Croydon (Beddington-Farm) et de Norwood-Farm. Il en a été rendu compte 'à la réunion d’Edimbourg (août 1871). Les échantillons ont été prélevés dans la première semaine de janvier, la température moyenne extérieure à midi étant à zéro. Chaque échantillon à ^omford avait été composé de cinq volumes de liquide puisés à des intervalles différents et mélangés dans le rapport du débit, au moment de la prise.
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- ÉCHANTILLONS. 1870 -1871. Température. Matières solides Clilore. Ammoniaa ue. Azote à l’état de nitrates et de nitrites.
- EN DISSOLUTION. t EN SUSPENSION. ’ Libre, Albuminoïde
- Desséchées à 100° C. Après incinération. Desséchées à 100°C. Après incinération.
- Ro) mford (Breton’s Farm), 2 janvier If m.
- Sewage de la ville _. 7°,7 C. 87,60 47,60 27,66 6,52 11,50 5,084 0,294 »
- Sewage du réservoir.. 7°,7 C. 98,20 50’20 8,05 1,60 11,99 5,628 0,524 »
- Sewage après irrigation, provenant des'drains. 4 °,7 C. 66,60 47,40 )) » • 8,15 0,143 0,059 1,208
- Croydon ( Beddington-Farm ), 3 janvier 1871.
- Sewage filtré avant l’épandage.-, ................. » 48,70 » 15,70 » 5,36 5,440 0,188 0
- Sewage près de la ferme ... » 42,70 » » n 3,69 2,384 i 0,064 0,242
- Sewage après irrigation, au confluent des deux émissaires. » 45,30 » » » 3,82 0,744 0,045 0,305
- Norwood (Farm),> 5 janvier 1871.
- Sewage naturel, puisé à 1,15 p. m. .......... ..... 5»,5 C. 71,70 28,40 37,20 14,84 indéterminé. 7,420 0,264 )>
- Sewage après irrigation, puisé à 12,45 p.. m............. lo,l c* 92,30 29,40 0,82 0,62. 17,38 2,056 0,060 0,961
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- Breton s-Farm. — A Breton’s-Farm, le sewage de la ville, après avoir passé par les pompes,tient moins de matières en suspension; mais l’agh-tation ayant cessé, l’ammoniaque des matières organiques en suspension s’est dissoute ; aussi la teneur en ammoniaque albuminoïde a presque doublé.
- Le sewage étant beaucoup plus riche qu’en été devrait s’épurer moins bien, considérant le froid et l’absence de végétation. On constate, au contraire, que l’épuration s’opère parfaitement. La teneur en ammoniaque libre est, en effet, réduite de 5,628 à 0,143, et celle de l’ammoniaque albuminoïde de 0,524 à 0,059. En outre, on remarque que très-peu d’azote échappe sous forme d’ammoniaque ou d’azote'organique, même en hiver, lorsque la végétation a si peu d'action pour épurer. La quantité convertie en nitrates et en nitrites diffère à peine de celle constatée en été, soit 1,106.
- Ainsi, dans un sol drainé : 1° l’oxydation du sewage se poursuit aussi bien en hiver qu’en été, et presque tout l’azote perdu s’échappe à l’état salubre ; 2° la perte avec un sewage plus chargé, par suite de l’irrigation en hiver, n’est guère plus forte que celle constatée en été avec un sewage plus faible. Il n’y a donc pas de perte additionnelle d’engrais* du fait de l’arrosage pendant l’hiver.
- Beddington^ Farm. L’analyse du sewage des Beddington fields montre qu’il renfermait* le 3 janvier 1871, à peu près la même quantité d’ammoniaque que celui distribué le jour avant à Breton’s-Earm. Or le liquide, après irrigation, contient 0,744 d’ammoniaque,'c'est-à-dire de 5 à 6 fois plus d’ammoniaque qu’à Breton’s-Farm. En outre, l’ammoniaque à l’état albuminoïde n’y est réduit que dés trois quarts, et s’ÿ trouve en'quantité insignifiante à l’état de nitrates ét de nitrites. Il en résulte que l’azote perdu à Beddington y est à l’état où il arrive sur là ferme, et l’action Superficielle du sol (sur laquelle on compte) n’est pas suffisante pour oxyder l’ammoniaque et les matières organiques dü sewage, ce qui n’empêche pas que l’épuration ne soit efficace.
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- Norwood-Farm. — Le sewage recueilli le 5 janvier à Norwood était très-concentré, puisqu’il titrait 7,42 cent-millièmes. Or, d’après les analyses, on reconnaît que deux parties d’ammoniaque* libre et un quart d’ammoniaque à l’état albuminoïde s’échappent dans le liquide après irrigation. Malgré la perte considérable d’azote dans des circonstances spéciales de froid, l’épuration avait été notable.
- Les résultats comparatifs témoignent ainsi en faveur du drainage du sous-sol pour l’irrigation et de la nécessité de faire filtrer le sewage dans le sol, au lieu de le déverser à la surface. Ils indiquent en outre que, pendant l’hiver, l’abaissement de la température dü sewage par le passage
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- à travers lè sol est moindre que par l’écoulement superficiel. Au contraire, en été, pendant les semaines les plus chaudes, la température du sewage s’abaisse plus par la pénétration dans le sol que par le déversement à la surfacè. Ces observations confirment donc l’avantage du filtrage par le sol.
- III
- Londres.
- 1. CONCESSION DE LA COMPAGNIE METROPOLIS SEWAGE.
- On se rappelle en quels termes et dans quelles circonstances la concession du sewage de la rive nord de Londres fut accordée à la Compagnie Metropolis sewage and Essex réclamation par le metropolitan Board of Works. Malgré l’opposition du lord-maire et de la corporation de Londres, malgré les nombreux intéressés dans les projets concurrents, malgré les avis peu favorables de Liebig et d’autres éminents personnages, MM. Hope et Napier, les promoteurs de la Compagnie concessionnaire, assistés sous main par le Board of works, finirent par obtenir du Parlement une loi, en date du 19 juin 1865, en vertu de laquelle le sewage, détourné de la Tamise à Barking, devait être conduit, par un collecteur de 70 kilomètres environ, jusqu’aux sables de Maplin, sur la côte d’Essex, qu’il s’agissait d’endiguer et de mettre en culture par l’irrigation. La loi n’avait pas coûté moins de 750 000 fr. à obtenir; elle confirmait, pour la Compagnie, la concession du sewage, pendant cinquante-quatre années, aux conditions suivantes :
- « Pendant les quatre premières années, les bénéfices appartiendront en entier à la Compagnie ;. ,
- « A l’expiration de cette période, la Compagnie prélèvera 5 pour 100 d’intérêt sur le capital; au-dessus de 5 pour ï00 et jusqu’à 15 p. 100, elle partagera par moitié avec le Board of works; de 15 à 25 p. 100, elle abandonnera trois quarts au Board of works; enfin, au delà de 25 pour 100, le partage aura lieu par moitié. » '
- Le capital autorisé par la loi du 19 juin devait être de 52500 000 fr., et, s’il n’était pas suffisant, la Compagnie avait la faculté de créer des obligations jusqu’à concurrence de 17 500 000 fr.
- Nous ne reviendrons pas sur les devis primitifs des travaux et les bénéfices espérés de la concession. Nous les avons exposés dans notre pre-
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- mier travaill, Toujours est-il que le Board of ivorks, très-pénétré alors de l’importance des effets de l’application du sewage au point de vue des bénéfices qui devaient dégrever les contribuables, avait engagé avec la Compagnie métropolitaine un traité quelque peu léonin. M. Hope, de son côté, ayant obtenu, l’acte de concession, s’assurait le concours financier nécessaire pour faire souscrire le capital et commencer les travaux.
- Pour se rendre compte de l’importance des travaux soumissionnés par la Compagnie, il convient de rappeler les conditions dans lesquelles s’opère le drainage de la rive nord de Londres. La surface drainée par ie collecteur de cette rive, correspondant à une population de 2300 000 personnes, est de 80 kilomètres carrés. La valeur foncière de la propriété desservie parles égouts|, sur cette surface, atteint 312 millions de francs. Le flot qui s’écoule journellement (pendant 24 heures) par l’émissaire de Barking dans la Tamise, depuis juillet 1863, est en moyenne de 140 800 mètres cubes, et celui que rejettent quelques autres égouts directement dans le fleuve, tel que l’égout de Victoria-Street, de 85 000 000 mètres cubes. Le sewage, qui est élevé par les pompes à vapeur à la station d’Abbey - Mills, à raison de 32 mille mètres cubes par vingt-quatre heures, correspond à une surface drainée de 27 kilomètres carrés, occupée, en 1869, par environ 980 000 habitants. La dépense annuelle des machines et des pompes d’Abbey-Mills est de 87500 fr.
- Le sewage élevé par les pompes, depuis le 8 mai 1868, est déversé dans des réservoirs couverts, situés près de Barking-Creek, jusqu’après la marée haute. C’est lorsque le niveau du sewage dans le réservoir et celui de la Tamise sont sur le même plan que commence l’écoulement.
- En temps ordinaire, l’écoulement se fait de une heure à une heure et demie, après la marée haute, et dure environ deux heures. Les écluses du réservoir sont alors fermées, pour se rouvrir dans les mêmes conditions après la marée haute suivante. La dépense annuelle du service des écluses et du réservoir s’élève à 37 500 fr.
- A l’émissaire de Barking, le métropolitain Board of Works possède 25 hectares de terrain, dont une partie occupée par la Compagnie métropolitaine, et une autre partie par la Compagnie du gaz Chartered, plus 6 hectares de rives en roseaux, en quais et en digues.
- D’après les plans des ingénieurs de la Compagnie, MM. Bateman et Hemans, le canal de dérivation devait s’embrancher sur le collecteur de la ville, à Barking, et sur un bassin de sortie, à un niveau de 5 mètres au-dessous du réservoir. Le second branchement était destiné à la prise des eaux du réservoir, lorsque les eaux d’orage devraient être écoulées directement, du collecteur dans la Tamise. Le tracé du canal, tel qu’il apparaît dans la carte annexée au rapport de M. Rawlinson, sur l’en-
- t. Utilisation des eaux d’égouts, page 115.
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- quête de Barking (1869), le fait partir du collecteur principal de la ville, au delà du point de jonction des trois collecteurs de niveaux différents de Londres, c’est-à-dire d’une station des pompes entre Bow et West-Ham. Quoi qu’il en soit, à partir de son branchement, le canal de dérivation sur la carte indiquée suit de l’ouest à l’est le cours de la Tamise, en s’éloignant de la rive, jusqu’à 9 kilomètres, dans la partie du fleuve désignée sous le nom de Northfleet. Après avoir quitté Little-Ilford, il passe non loin de Dagenham et de Upminstêr, puis par Cranham, Bul-pham, Horndon, Vange et Pitsey où il se rapproche du fleuve. De South-Benfleet à Leigh, il côtoie la rive du fleuve, et de Leigh il remonte au nord-ouest, par Eastwoodet Rochford, jusque vers l’île Wallâsea, au-dessus de Paglesham. Arrivé à ce point, il se bifurque. Un des bras traverse l’île de Wallasea et redescend sur l’île de Foulness aux sables de Maplin, le long de la mer. L’autre bras, continuant dans la direction nord-est, traverse la Crouch, les marais de Burnsham et de Southminster pour se rendre aux sables de Dengie. Ce tracé diffère donc de celui publié au début par la Compagnie, approuvé et autorisé par le Conseil métropolitain et le Parlement, et reproduit dans notre premier travail1. Les sables qu’il s’agit de conquérir en grande partie sur la mer restent les mêmes.
- D’après le plan Bateman et Hemans, pour pouvoir arroser économiquement, c’est-à-dire par gravitation, une surface suffisante de terrains sur le parcours du Canal, déboucher sur les sables à une cote déterminée an-dessus de la basse mer, et éviter les dépôts dans le conduit, on devait élever la dérivation de près de 20 mètres, au moyen de deux sta_ tions de pompes, dont l’une à 6 kilomètres de Barking, poihpant le se-wage à 9 mètres, et l’autre à 6 kilomètres plus loin, pompant les eaux à plus de 10 mètres. Ces deux niveaux assuraient l’irrigation d’une surface de 40 000 hectares de terres. Le canal, enterré dans le sol sur la moitié de $a longueur, se poursuivait sur remblai pour une partie, et sur aqueduc pour l’autre. Les vallées sont franchies par des tuyaux, et la Crouch par un siphon. La couronné de l’aqueduc devait être pourvue, à chaque intervalle de 200 mètres, d’un regard fermé par une plaque de fonte et servant à la prisé du se\yage.
- Le branchement principal, destiné à l’irrigation de 8 000 hectares de sables de Maplin, nécessitait, pour commencer, l’endiguement de 3 000 hectares, dont le niveau moyen au-dessus de la basse mer est de 4 mètres, le niveau minimum étant de 1m,80. Cette superficie offre une pente Uniforme vers la mer de 0m,0006 par mètre.
- La digue devait être établie conformément aux travaux exécutés dans îa baie de Malâhide, c’est-à-dire avec le sable provenant des fossés intérieurs de ceinture et du banc. Le revêtement extérieur se serait exécuté
- 1. PI. 5. Utilisation des eaux d'égouts, 1866.
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- en argile pilonnée recouverte de chaux; le revêtement intérieur, en matériaux simplement tassés. Au-dessus de la haute mer, la digue et le couronnement auraient été gazonnés avec soin. Les dimensions de la digue projetée par M. Hemans sont les suivantes :
- Hauteur moyenne.................................. . 5m.50
- Hauteur maximum.................................. 8m.00
- Hauteur au-dessus des plus hautes marées......... . lm.75
- Largeur au sommet. . . . ...................... lm.25
- Profondeur moyenne. ............................ 24m.00
- En outre, la grande étendue des bancs en avant de l’enceinte devait servir de brise-lames contre la grosse mer.
- Le deuxième branchement du canal de dérivation, conduisant aux sables de Dengie, où l’on pouvait enclore 5 000 hectares, ne devait être exécuté que plus tard, et seulement après la complète utilisation de Maplin.
- Pour terminer l’exposé du plan des ingénieurs de la Compagnie, il convient de faire remarquer que l’eaü après arrosage, ne pouvant s’écouler d’une manière continue à la mer, puisque les terrains irrigués sont au-dessous du niveau de la haute marée, ils proposaient de les retenir jusqu’à marée basse dans le fossé de ceinture, de 8 mètres de largeur sur 0m,40 de profondeur, et de les écouler, ainsi que les eaüx douces courantes reçues dans le même fossé, à travers la digue, par des vannes ouvrant de dedans en dehors. Au cas où le fossé ne suffirait pas, rien n’empêcherait d’élever d’un mètre, par des pompes à vapeur, l’eau de drainage réjetée par le sol arrosé.
- Parmi les objections faites au plan de la Compagnie, plusieurs, fondées sur l’infection de la contrée ; sur la trop faible surface desservie par gravitation, et qui aurait dû être étendue à 200 000 hectares au moins, afin.de ne distribuer que 2 à 3 000 mètres cubés par àn et par hectare; sur l’impossibilité de fertiliser des sables purs, etc., pouvaient avoir quelque raison d’être au moment où la Compagnie se fondait. Les faits acquis par l’expérience ultérieure détruisent chacune d*elles.
- Toutefois, pour répondre à celle présentée par Liebig, qù’il faudrait mélanger plus de 2 millions de tonnes d’argile aux sables de Maplin, afin de former un soi susceptible d'être fertilisé par l’arrosage, la Compagnie a fait transporter à Barking du sablé dé Maplin, qU’elle a répandu sur 1 hectare 1/2 de terrain, en couché de 0m,30 d’épaisseur, ét â démontré aux incrédules que le ray*grass, l’avoine et les légumes, sous un arrosage abondant, y poussaient merveilleusement. L’expérience de Lodge-Farm, d’Aldershott, etc., sans parler de celle dé Craigentinny, a réduit à néant cette spécieuse difficulté.
- Aux objections techniques que la surface de Maplin ne pourrait être préservée efficacement contre les eaux de la mer, à cause des infiltra-
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- tions et de la poussée sur les sables mouvants, les exemples imposants offerts par les travaux des baies de Malahide et de Morecambe ont satisfait les plus récalcitrants.
- C’est aux objections financières que devait se heurter la Compagnie; c’est au refus de ses souscripteurs de faire les versements, qu’elle devait d’arrêter ses travaux à peine commencés. Les motifs de cet insuccès, que l’on a pris plaisir à exploiter contre l’idée même du projet, méritent d’être exposés.
- Aux termes du cahier des charges, les travaux de la Compagnie, en ce qui concerne les conduits, devraient être terminés dans le délai de dix années à partir de la loi de concession, soit le 19 juin 1875, et dans, un délai illimité pour les travaux d’endiguement de Foulness. Commencés dès les premiers mois de 1866, ils furent suspendus en 1868 pour ne plus être repris.
- D’après la déclaration de Lingénieur en chef, M. Bazalgette1, au mois de juin 1869, les travaux exécutés se bornaient : 1° à l’achèvement du canal voûté de 3 mètres de diamètre sur 800 mètres de longueur; 2° au presque achèvement du même canal sur 400 mètres à la suite; 3° à la construction, à divers degrés d’achèvement, de 800 mètres de canal, des réservoirs, bâtiments, etc. ; 4° à l’établissement d’une conduite en fonte de 0m,38 de diamètre, sur une longueur de 3 kilomètres, et d’une machine à vapeur de 25 chevaux pour envoyer le sewage de Barking à la ferme de Lodge-Farm, située à Rippleside et exploitée par la Compagnie.
- M. Hope a fait savoir à l’enquête de Barking que la dépense de ces constructions atteignait déjà 5 millions de francs. Indépendamment des travaux encore plus coûteux, pour le passage en siphon de Barking-Creek et le,branchement de la Compagnie sur l’émissaire de la ville, le kilomètre de conduit avait coûté plus de 620 000 fr. Cette énorme dépense, selon M. Hope, aurait pu être réduite des deux tiers. La moitié seulement du capital de 52 millions aurait dû suffire pour mener les travaux à bien, et permettre d’irriguer de 16 à 20 000 hectares, à raison de 6 à 7 000 mètres cubes par hectare et par an, cette surface devant utiliser la totalité du sewage de la rive nord. 1
- MM. Bateman et Hemans, les ingénieurs chargés des travaux, ont voulu répondre aux critiques faites contre la manière dont ils avaient dirigé les premiers travaux. Ils ont d’abord objecté aux promoteurs de la Compagnie qu’ils avaient laissé à tort introduire dans l’acte du Parlement la stipulation que le conduit principal serait en briques et couvert-sur toute la longueur du parcours. La construction d’un canal voûté de 3 mètres de diamètre était inutile pour la plus grande partie de la dis-
- 1. Report on the Pollution of the river Tharnes, by Rob. Rawlinson, 1869. Appendix, page 108. ‘
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- tance. Il est vrai que le col entre la Tamise et le chemin de fer Tilbury et South-Western étant vaseux, sur une dizaine de mètres d’épaisseur, il avait fallu substituer au canal un aqueduc fort coûteux.
- Quoi qu’il en soit, Y International Loan Company avait avancé à la Compagnie métropolitaine la partie du capital déjà absorbée en travaux, et le concours financier qu’elle avait promis pour la souscription publique vint alors à manquer. Malgré les tentatives de M. Hope pour substituer d’autres capitalistes à ceux précédemment engagés, les travaux durent être arrêtés. Les actionnaires prirent prétexte des dépenses considérables déjà faites pour refuser de nouveaux versements. Au fond, ils avaient cédé au sentiment de méfiance exprimé par des membres influents du Board of works, et consigné dans les rapports annuels du Conseil1.
- En effet, le Board of works commence par témoigner, dans son compte rendu de 1866, sa pleine satisfaction des essais de culture entrepris à l’aide du sewage sur des sables de Maplin, rapportés à Barking. Contrairement aux assertions de Liebig et d’autres savants éminents, il déclare «-qu’il ne paraît y avoir aucune raison pour douter du succès « final de l’entreprise poursuivie par la Compagnie pour la mise en cul-« ture des sables de Maplin. » Il ajoute, au sujet de la concession sollicitée par M. Ellis pour le sewage de la rive sud, « qu'on ne doit pas avoir « seulement en vue d’empêcher l’écoulement dans la Tamise, mais prin-« cipalement d’accepter un projet pouvant donner des bénéfices assez « sérieux, qui diminuent la charge des impôts sur les contribuables « de Londres. »
- En 1867, le rapport fait mention des cultures expérimentales de Bar-king, dont les produits, envoyés à diverses expositions agricoles, ont été trouvés sans égal. «Ces résultats tendent à confirmer l’avis précédem-« ment exprimé par le Board, sur la valeur du sewage comme fertilisant; « mais la question, au point de vue économique, reste à résoudre. »
- Dans l’enquête 'de Barking, M. Pollard, secrétaire du Board of works, confirme que le Conseil métropolitain n’a pas confiance dans le succès commercial de l’entreprise, bien que l’on croie au succès agricole, et il justifie son opinion parle fait des dépenses énormes que la'Compagnie devrait payer pour exécuter les travaux.
- Que le Board of works ait voulu ou non éclairer le public des'souscripteurs sur la valeur des actions de la Compagnie, en dépréciant les résultats économiques à attendre de l’entreprise, il portait un coup fatal à la constitution financière de la Compagnie. Loin de vouloir l’amoindrir, il rappelle, dans son rapport de 1868, que le délai de quatre années accordé pour l’achèvement des travaux a été prolongé par l’amendement à la loi de 1865 obtenu par la Compagnie en 1866 ; mais que ce
- 1. Report on the Pollution of the river Thames. London, 1689. Minutes of evidenee, n° 1016 à 1066. /-
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- délai expire en juillet 1870, et que les travaux, à peine commencés, ont dû être suspendus.
- Pendant tout ce temps, et depuis lors, le sewage de la ville de Londres a été rejeté dans la Tamise, à Barking pour la rive nord, et à Cross-ness pour la rive sud.
- 2. ENQUÊTE DE BARKING.
- L’écoulement dans la Tamise du sewage de la rive nord de Londres, élevé par les pompes à vapeur de Barking, a donné lieu à une enquête importante par les dépositions et les déclarations produites devant le commissaire délégué, M, Rawlinson.
- Au mois de mai 1868, 124 habitants de la ville de Barking adressaient au secrétaire ministre de l’intérieur une pétition contre le métropolitain, Board of works, dans laquelle ils exposaient les graves dommages causés par l’écoulement du sewage de la métropole dans leur localité. L’accumulation des dépôts du sewage était telle, d’après eux, qu’un banc s’était formé dans le chenal du fleuve, réduisant la profondeur de plus de 3 mètres, et que la rive, à quelques mètres des habitations, était recouverte d’amas solides, sur une épaisseur de 2 à 3 mètres, formés de boues en putréfaction. Là où le poisson abondait, il avait disparu. L’entrée de la crique de Barking était tellement barrée par les dépôts que les navires de 200 à 250 tonneaux ne pouvaient plus y pénétrer, ni accoster pour charger ou décharger les marchandises.
- La ville de Barking est située sur la rivière Rodnig, à 3 kilomètres environ de l’embouchure dans la Tamise, et au centre d’un district d’une superficie de 45 kilomètres. C’est immédiatement au-dessus du confluent de la rivière Rodnig que débouche le collecteur nord de Londres. En face, et un peu plus en aval sur l'autre rive, débouche le collecteur sud. Barking, pour une population de 5 à 6000 habitants, n’a ni conseil municipal ni conseil de salubrité; les maisons sont pourvues de fosses d’aisances qui imprègnent le sol et les eaux des puits, et de plus un égout décharge ses liquides dans la crique formée par la Rodnig* Enfin, le commerce principal des engrais se fait sur les quais de la crique où les barques déchargent leurs produits pour les mettre sur wagons et les expédier à l’intérieur. Grâce à sa situation sur deux rivières, Barking est devenu le refuge d’un très-grand nombre d’industries insalubres, telles que les fabriques d’acide sulfurique, de produits chimiques, d’engrais, de noir, de colle forte, etc., des papeteries de sparte, des usines à gaz, etc. On conçoit que dans de telles conditions, sans surveillance d’aucune sorte pour son assainissement, la ville de Barking offre une mortalité excessive. L’écoulement du sewage de la métropole ne devait pas sensiblement améliorer cet état de choses.
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- Le sewage qui représente les eaux de drainage d’une surface de 80 kilomètres carrés atteint un volume quotidien de ISO 000 mètres cubes. Le terrain possédé par le Board of works à Barking est loué en partie à l’usine à gaz de Beckton et à la Compagnie du sewage métropolitain ; le reste des 30 hectares est occupé par la station .des pompes à vapeur et les bassins. Ceux-ci sont vidés chaque jour à marée haute; l’écoulement dure deux heures environ. Or cet écoulement se fait sur un point du fleuve où la section est 4 fois plus grande, et le volume des eaux du flux 400 fois plus considérable qu’à London-Bridge.
- Dans l’enquête instituée du 21 juin au 31 juillet 1869, 38 témoins furent assignés, parmi lesquels les ingénieurs Bazalgette, Cooper, Grant, Haywood, Leach, Mac Dougall, attachés au service du Board of works, de la Commission des égouts et de la conservation de la Tamise ; les ingénieurs civils Bidder, Hawkshaw, Hawksley, Hemans; les chimistes Crowe, Miller, Odiing, et M. Hope de la Compagnie du Metropolis Sewage. 3 561 questions furent posées et répondues. Les conclusions du rapport de l’inspecteur Robert Rawlinson, président de l’enquête, sont les suivantes :
- « 1° Les allégations des pétitionnaires n’ont été qu’en partie justifiées;
- « 2° Les pétitionnaires n’ont pas pu établir que la détérioration de la santé des habitants de Barking était due àx l’écoulement des eaux de l’égout collecteur, la ville de Barking n’ayant ni institution locale sanitaire ni égouts, mais bien des fosses qui ont infecté le sous-sol, et une distribution d’eau imparfaite;
- « 3° La Tamise est infectée par le sewage de Londres et reçoit les détritus des rues et routes contenus dans le sewage ;
- « 4° Mais le chenal principal de la Tamise n’a pas éprouvé de réduction en profondeur par ces détritus ;
- « 5° La crique de Barking n’est pas fermée aux navires d’un tonnage de 250 tonneaux;
- « 6° Le poisson y a été détruit, mais très-probablement par l’écoulement des résidus des fabriques ;
- « 7° Une accumulation de boues s’est produite sur les rives de la Tamise et de la crique de Barking, sans que des causes spéciales aient pu être indiquées;
- « 8° Le Metropolitan Board of works reconnaît dans ses comptes rendus annuels l’obligation de purifier la Tamise, et, dans ce but, il a traité avec une Compagnie pour l’utilisation du sewage des collecteurs du nord par l’irrigation ;
- c< 9° Le Board, dans toutes ses transactions pour remploi du sewage, a stipulé un dédommagement pécuniaire en faveur des contribuables de Londres; ^ ,
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- « 10° Le Board s’est opposé à l’écoulement du sewage des villes situées en amont de Londres dans la Tamise, et justifie, par conséquent, les objections produites par les villes en aval, contre l’émission du sewage de Londres même;
- « "11° La désinfection du sewage métropolitain par des réactifs serait très-coûteuse pour les contribuables, et sans effet certain;
- « 12° La corruption dé la Tamise par le sewage peut être empêchée. »
- Deux points importants ressortent de ces conclusions du savant président, l’un des promoteurs les plus zélés de l’irrigation : la mauvaise condition sanitaire de Barking et la condamnation du système de décharge adopté par le Board of works.
- Le second point seul mérite de nous arrêter. Dès le 31 juillet 1837, MM. J. Simpson, Blackwell et Galton, auteurs d’un projet pour la décharge du sewage de Londres à Sea-Reach, à 30 kilomètres en aval de Barking, s’étaient vus écartés par les motifs de l’énorme dépense des travaux évalués à 300 millions de francs, et surtout de la putréfaction rapide du sewage mélangé avec l’eau salée. C’est alors que le projet des ingénieurs du Board of works, MM. Bidder, Hawksley et Bazalgette, fut approuvé, et depuis exécuté. Le conseil de conservation delà Tamise avait sanctionné, en 1860, ce dernier projet, comprenant un émissaire à Barking, mais à la condition expresse qu’aucun des dépôts solides du bassin de Barking ne serait déchargé dans le fleuve et que les matières en suspension seraient préalablement précipitées avant le rejet du sewage. Cette condition, il est vrai, n’était que verbale, et dans le Board of works act il est question seulement de la mise en œuvre d’un procédé d’épuration du sewage liquide avant l’écoulement. Ce procédé par la chaux ajété, en effet, essayé ; mais la dépense pour obtenir un précipité sans valeur et l’opinion qui a prévalu, que la décharge du sewage sans dépôt préalable n’aurait aucun inconvénient, l’ont fait bientôt abandonner.
- Le Board of works, après avoir concédé le sewage du Nord à la Compagnie métropolitaine, ne sJest plus préoccupé de la décharge à Barking, affectant de s’en remettre entièrement pour les conséquences à l’exécution du traité par la Compagnie. Les paragraphes 11 et 12 des conclusions du rapport de M. Rawlinson indiquent pourtant qu’il n’y a pas d’autre solution pratique à rechercher que celle à laquelle la Compagnie métropolitaine s’était engagée.
- Le Parlement, l’opinion publique aidant, s’efforce d’amener cette solution. En juin 1870, le Comité spécial de la chambre des Communes, considérant que le Board of works n’a rien fait encore pour l’utilisation du sewage qui continue à être déversé dans la Tamise, et, cela, malgré la loi de 1855, amendée en 1858, qui interdit ce déversement; malgré la loi de 1865, qui a constitué une Compagnie spécialement chargée de
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- l’irrigation des sables de Maplin, a approuvé un bill qui interdit désormais toute décharge des égouts de la métropole dans le fleuve; ce qui n’empêche pas qu’elle se continue.
- Le bill pour la navigation de la Tamise fut voté par les deux Chambres. Malgré cela, en réponse à une interpellation de M. J. Howard1 sur l’exécution de la loi en ce qui concerne l’enlèvement des vases aux frais des contribuables, M. Ayrton > commissaire des travaux publics, a persisté à rendre la Compagnie métropolitaine seule responsable.
- « La Compagnie, répondit M. Ayrton, n’a rien fait ou presque rien, « pour remplir le but de sa formation, bien qu’elle ait reçu beaucoup « d’argent du public. Il est vrai que les principaux intéressés de la « Compagnie ont tenté, en revanche, de transférer aux contribuables de « Londres les pertes dont sont menacés leurs actionnaires. Il appartient « au Parlement de faire que la Compagnie soit seule à supporter ces « pertes et qu’elle ne soit pas relevée de ses engagements. Le Board of « ivorks devra donc contraindre la Compagnie à les remplir; on com-« prendra seulement que cette contrainte ne saurait s’exercer avec pré-« cipitation, car aucune ville, Londres surtout, ne peut se débarrasser « du sewage par l’irrigation sans avoir acquis des terrains. »
- Contrairement à l’avis de M. Ayrton, l’opinion répandue dans la presse anglaise et dans le public ne rend pas la Compagnie métropolitaine responsable de son insuccès financier. En déclarant que la Compagnie ne réussirait pas • commercialement, le Board of ivorks a empêché la souscription du capital et la continuation des travaux. Or, quelle que fût sa conviction à l’endroit des dividendes futurs delà Compagnie, le premier devoir du Board of works était de convertir le plus tôt possible, en un agent utile, le flot impur qui n’est qu’une source de corruption , sauf à en tirer plus tard, et s’il y avait lieu, un bénéfice pour les contribuables. Il était tenu moralement d’user de toute son influence et de sa puissance pour aider le crédit de l’entreprise qu’il avait approuvée et fait approuver par le Parlement, au lieu de se borner à stipuler un partage de dividendes onéreux pour la Compagnie, alors qu’il croyait à de gros bénéfices, et, plus tard, de révéler ses appréhensions au public sur le succès fmalg
- M. Rawlinson a parfaitement défini les devoirs de la municipalité de Londres quand il a dit au secrétaire du Board of works dans l’enquête de Barking :
- « J’ai été souvent mêlé à la question d’emploi du sewage; j’ai visité tant de localités où il importerait que l’expérience fût obligatoire, quel que dût être le résultat pécuniaire, que depuis longtemps j’ai cessé de considérer comme nécessaire que l’irrigation donne des bénéfices, ou assure des dividendes. I/utilisation des eaux d’égout par l’irrigation,
- 1. Séance de la Chambre des Communes, du 4 juillet 1870.
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- dans un but agricole, est toutefois moins coûteuse pour une ville, que tout autre procédé d’épuration; elle peut seule permettre de purifier chimiquement le sewage avec quelques chances de bénéfice1. »
- Il ne reste plus au Board of tvorks d’autre issue, grâce aux lois nouvellement édictées, que de poursuivre lui-même, aux frais des contribuables le projet de la Compagnie métropolitaine, sinon, d’accorder à cette Compagnie ou à toute autre un intérêt de garantie sur les capitaux engagés dans l’opération. C’est vers l’une de ces solutions que pousse l’opinion publique; elle ne saurait être plus longtemps ajournée. Si la grande expérience poursuivie depuis 1870 eût réussi, elle aurait entraîné plus de villes importantes que l’on n’en compte aujourd’hui vers l’irrigation. Au point de vue de tous les pays, on devra regretter le retard apporté à la solution de Londres par l’attitude du conseil métropolitain.
- IY
- Bruxelles et Vienne.
- 1. PARIS. . SITUATION DE L’ASSAINISSEMENT.
- Personne ne saurait contester la grandeur et le succès des efforts réalisés dans les vingt dernières années, par l’administration municipale, pour l'assainissement de la Ville de Paris.
- Sans parler des immenses opérations de voirie exécutées dans ce laps de temps, telles que les nombreuses constructions publiques.et privées; les grands boulevards plantés et les voies spacieuses reliant entre eux les quartiers extrêmes de la capitale, et Satisfaisant aux besoins toujours croissants de la circulation; les ponts et les quais construits ou 'réédifiés; les reprisés d’alignement des rues, des trottoirs et du pavage; l’éblàirage plus que doublé; le nettoiement et l’ébouage perfectionnés; les promenades transformées ou luxueusement embellies; les squares et les riants jardins apportant l’air, la lumière et la santé dans les quartiers les pliis déshérités, comme les plus riches, etc.; l’administration entreprenait et conduisait à bon terme des travaux de bien plus longue baleiné, pour accroître et améliorer la distribution des eaux et compléter le drainage de la surface.
- Distribution d'eau. En effet, îa Ville qui disposait, en 1851, de
- 1. Report npon inquinj on the pollution of ths river Thames. London, 18G9. Minutes of cvidencc, n° 2038,
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- 4 05 000 mètres cubes d’eau par jour, sur lesquels elle ne pouvait distribuer que 70 à 80 000 mètres cubes, portait, en 4867, sa distribution moyenne à 250 000 mètres cubes, grâce à la dérivation des sources d’eau pure de la Dhuis, du Surmelin, etc. Actuellement, la capacité des réservoirs, y compris celui de Montrouge avec les eaux de la dérivation de la Vanne, est d’environ 400 000 mètres cubes, et la Ville peut disposer de 300 000 mètres cubes par jour1.
- Egouts. — Dans la même période, les égouts étaient portés d’une longueur de 4 47 à 537 kilomètres. Les nouvelles galeries recevaient des dimensions plus grandes, d’après des types définis, se prêtant au curage par chasse. Les eaux pluviales et ménagères provenant des maisons ne devaient plus s’écouler sur la voie publique, mais bien être rejetées directement aux égouts, par des branchements souterrains.
- Enfin, de grands collecteurs, abaissant le niveau des eaux qui refluaient et inondaient certains districts par les égouts, ont admis la décharge de tous les canaux des deux rives du fleuve, pour les porter en Seine, à Asnières et à Saint-Denis.
- C’est ainsi que Paris, tant par sa distribution d’eau abondante, susceptible d’atteindre les points les plus éloignés, que par sa canalisation incomparable, s’est élevé au rang des premières capitales du monde, dans une courte période.
- Desiderata de Vassainissement. — Malgré cela, malgré la splendeur de ses édifices et de ses voies, malgré l’ordre des services publics, Paris n’a pas encore résolu les deux plus graves questions de l’assainissement : la distribution d’eau libre à domicile, et Vécoulement des déjections à l'égout. L’eau n’est pas dans toutes les maisons, et les fosses d’aisances, entraînant après elles la lèpre de la vidange, y sont maintenues. Aussi* sur ces deux points d’un intérêt exceptionnel pour l’hygiène de la cité, la situation d’infériorité de Paris comparé à Londres, à Milan, à Bruxelles, à Vienne, aux nombreuses villes de l’Angleterre, jadis régies par le Public health act, est évidente.
- Les deux termes inséparables de l’assainissement, la distribution
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- 1. L'administration municipale disposant, dès à présent, de 300,000 mètres cubes pour uae population, eh nombres ronds, de 2 millions d’habitants, pourrait établir sa distribution quotidienne sur la base de 150 litres par tête; mais la réserve qui est faite sur la quantité totale, la réduisant à 280,000 mètres cubes, la consommation, calculée par chaque habitant, se trouve restreinte à 140 litres. Lorsque le système sera complet, c’est-à-dire lorsque le volume des eaux de la Dhuis aura été doublé (40,000 au.dieu de 20,000 mètres cubes par jour), et que la ville de Paris sera en pleine possession des eaux de la Vanne (100,000 mètres cubes), on disposera de 420,000 mètres cubes, et la consommation de l’eau, pour tous les usages, atteindra 210 litres par tête et par jotif, (VEconomiste français, article de A, Iîusson, sur les eaux dé Paris, 1873.)
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- d’eau et le drainage clés habitations, demeurent parfaitement séparés à Paris, et il suffit de pénétrer dans les maisons, celles mêmes des classes les plus aisées, « pour reconnaître combien peu sont exemptes de mau-« vais air, combien peu présentent cette aisance salubre et commode que « procure l’usage de l’eau. »
- Quant aux maisons d’ouvriers, nous laisserons parler M. Belgrand1* « Les cabinets d’aîsances y sont communs, dit-il, c’est-à-dire que le même cabinet sert à plusieurs locataires. Il en résulte une première cause d’insalubrité : il suffit qu’un seul ménage soit malpropre, pour que tous les autres usagers cessent d’être propres. En outre, par suite de l’absence totale d’eau et de l’interdiction des lavages, les matières solides s’accumulent sur le siège; le sol du cabinet est couvert d’urine en putréfaction. Personne ne peut se faire une idée de ces foyers d’infection, s’il ne les a vus de ses propres yeux; et c’est à leur présence qu’il faut attribuer les habitudes de malpropreté de nos ouvriers et la mauvaise tenue de leurs logements. Comment pourrait-il en être autrement, et quel intérêt auraient-ils à établir chez eux la propreté du ménage anglais ou flamand, lorsqu’ils ont à côté d’eux une telle accumulation d’ordures fétides. »
- Nous n’avons pas à envisager ici comment le service de l’eau à pleine pression et à robinet libre, avec un robinet au moins par maison, ou par citerne, sinon par étage, pour les, besoins de l’intérieur et des cabinets d’aisances, pourrait être établi2.
- A Londres, il y a trente ans, les fosses existaient partout; l’eau n’était pas appliquée à emporter au loin les matières dont la décomposition rapide est un danger permanent pour la santé. Aujourd’hui, les fosses sont comblées; quelques exceptions seules se dérobent aux autorités sanitaires. Toutes les maisons ont l’eau à discrétion par abonnement. Le water-closet y a remplacé le privé; il est muni de fermetures herméti-
- 1. Préfecture du département de la Seine. Mémoire de l'Inspecteur général, directeur des eaux et des égouts. Paris, 1871.
- 2. D'après M. Husson, l’approvisionnement actuel de la ville de Paris en eaux de diverses
- origines s’établit ainsi qu’il suit :
- Eau de l’Ourcq...........................par jour. 160,000 mètres cubes.
- Eau de la Marne. .....'.............................. 43,000 —
- Eau de la Seine...................................... 86,400 —
- ;Eau des sources de Belleville et des Prés-Saint-Gervais. 200 —
- !î Eau d’Arcueil............ . . .................... . 1,500 —
- EaudelaDhuis........................................ 20,000 —
- Eau du puits artésien de Grenelle. . ................... 400 —
- : Eau du puits artésien de Passy.. ................. 7,000 —
- ~ H' '' ' Total. ........ 318,500 mètres cubes.
- Pour rester dans la vérité, on doit n’évaluer cette quantité totale disponible chaque jour qu’à 300,000 mètres, et la consommation effective qu’à 260 ou 280,000 mètres cubes. Or,
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- ques et pourvu de l’eau nécessaire pour l’entraînement des vidanges à l’égout. Les cours, les écuries, les cuisines, les toitures, y perdent également leurs eaux souterraines, etc.
- Par des commandements exécutoires à bref délai, les autorités municipales de Londres ont exigé des propriétaires l’eau dans l’habitation et la perte des vidanges. Guidées avant tout par les saines notions de l’hygiène appliquée aux grandes agglomérations, aucune municipalité anglaise n’a songé à rouvrir les fosses, quelque importance qu’eût la récolte des engrais, et aucune n’a contesté cette vérité : « Que la mauvaise odeur « dans la maison, dans la rue, dans la [ville, signale une'atteinte à la « santé publique. »
- Vidanges et voiries. — On se fera une idée de l’infection maintenue dans Paris par les fosses, en parcourant le relevé de l’administration , publié en 1871 L
- Sur 68 000 maisons, dont 60310 avaient été explorées par le service
- des vidanges, on comptait, en effet :
- Fosses fixes...................................................... 85,775
- Fosses mobiles ordinaires..................................’..... 19,203
- Appareils diviseurs écoulant leurs liquides dans des réservoirs,. 12,520
- Tinettes-filtres......1............................................ 6,444
- Total des fosses régulières......................... 123,942
- Les autres maisons donnaient lieu à des vidanges frauduleuses, par des fosses perméables, des puisards, des tonneaux non réglementaires, vidés dans les jardins, etc.
- Les matières reçues par les 190 753 fosses fixes ou mobiles, envoyées au dépotoir ou à la voirie de Bondy, cubaient, en 1869, 600 521 'mètres cubes; ce qui correspond à l’émission de 1 640 mètres cubes par jour.
- Si l’on remarque que la plupart de ces matières séjournent en moyenne deux ans sous les habitations, donnant lieu parleur fermentation aux gaz les plus méphitiques, en communication libre avec l’atmosphère habitée
- sur cette consommation, les services privés, y compris les établissements industriels, les lavoirs, les établissements de bains, hospitaliers, de l’État , du Département et de la Ville, absorbent 110,000 mètres cubes. La consommation bornée aux besoins intérieurs des ménages atteindrait seulement 25,000 mètres cubes, et cela, en lui attribuant la moitié du débit des fontaines de puisage gratuit, 1,500 mètres cubes, et des bornes-fontaines à repoussoir, 2,500 mètres cubes; la totalité des fontaines marchandes où les porteurs d’eau viennent puiser pour transporter à domicile, 1,200 mètres cubes; et le cinquième des concessions particulières, soit 20,000 mètres cubes. Ainsi, le calcul des quantités d’eau employées par les, ménages parisiens, c’est-à-dire de celles qu’on applique à la boisson, au nettoyage, à la cqction des alimenls, aux petits lavages intérieurs et aux soins de toilette, indiquerait, pour une population de 2 millions d’âmes, 12 litres et demi par habitant et par jour.
- 1. Mémoire de l'Inspecteur général, etc,, 1871.
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- ou ambiante, on reconnaîtra ce que cette seule cause d’émanations, sans cesse renaissante, a de grave pour la salubrité publique.
- Que l’on ajoute à ces 200 000 foyers pestilentiels les manœuvres plus ou moins perfectionnées de la vidange ordinaire, à l’aide des pompes et des tonnes, les exhalaisons qui empoisonnent des quartiers entiers périodiquement; le tapage nocturne produit par les hommes, les chevaux et les lourds convois de transport, répandant partout où ils passent les gaz des' matières fermentées, et l’on n’aura pas encore signalé les traits les plus repoussants de cette odieuse pratique. En effet, il reste encore à la Gillette le dépotoir général; et aux environs de la capitale, la voirie centrale de Bondy, ainsi qu’une foule de dépotoirs particuliers, occupant un grand nombre d’hectares, émanant librement à l’air et au soleil, et rendant la banlieue inhabitable en été, sur les points où ils sont situés.
- Ce n’est pas que des projets ingénieux et que des tentatives sérieuses n’aient été conçus pour pallier les inconvénients de cette situation. Mais si l’administration paraît préoccupée depuis longtemps de la suppression des fosses fixes et de la voirie centrale, l’édilité parisienne n’a pas encore osé prendre sur elle le parti radical de la vidange à l’égout, et de l’introduction obligatoire de l’eau dans la maison.
- Nous serions entraîné trop loin si nous voulions seulement énumérer les types de récepteurs fixes ou mobiles, les procédés et appareils de vidange, les mélanges désinfectants, les systèmes de traitement final des matières, proposés ou appliqués à Paris, et tombés les uns après les autres en désuétude.
- Dans une récente occasion1, le conseil municipal ayant décrété la suppression, à court terme, de Bondy, faisait mettre en adjudication, par la préfecture de la Seine, l’exploitation de cette voirie pour quinze ans, au plus, à la condition de traiter toutes les eaux vannes et les matières solides, au fur et à mesure de leur arrivée, dans des vases et bâtiments clos et couverts, sans répandre d’odeur incommode aux environs, et de manière à ne renvoyer à la Seine que des eaux désinfectées. Les enchères portaient sur le prix du mètre cube de matière tout-venant, envoyée à Bondy. L’adjudicataire devait également traiter le stock des matières sur place et appartenant à la Ville, à charge de payer une redevance par chaque mètre cube de matière, extrait des bassins, et au fur et à mesure de l’extraction.
- Profitant des enchères, la Compagnie Peat Engineering and sewage filtration, dont nous avons parlé page 100, se rendait adjudicataire pour quinze années, au prix de 6f,07 par chaque mètre cube, de matières dosant seulement 3 à 4, 5 kilogrammes d’azote. Depuis le mois de juin \ 872, les opérations des adjudicataires, basées sur leur procédé de traitement par le
- 1. 5 février 1872.
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- charbon de tourbe, n’ont pu être sérieusement commencées. Une conséquence des négociations ouvertes par la Compagnie anglaise reconstituée, pour un abaissement de l’absurde redevance, pour une prolongation de délais, et du non-traitement des produits : c’est qu’aujour-d’hui, seize hectares de bassins sont remplis à pleins bords de matières fermentant à l’air libre et au soleil, sur une épaisseur moyenne de 5 à 6 mètres, répandant dans l’air des vapeurs fétides « en telle abon-« dance que le mélange avec la masse de l’atmosphère ne peut en dé-« traire l’odeur. » Une autre conséquence, c’est que les bassins étant remplis, il faut chaque jour déverser directement à la Seine les 4 500 mètres cubes d’eaux vannes expédiées par la Villette.
- Comme, d’ailleurs, la vidange est libre pour quiconque justifie de pouvoir traiter les matières qu’il emporte, conformément aux règlements nouveaux, des dépotoirs se sont installés ou développés, avec fabriques d’ammoniaque, entre les mains des Compagnies existantes de vidanges, Lesage, Chevron, Paris, etc.; à Aubervilliers, Drancy, Choisy-le-Roi,s Bobigny, Point-du-Jour, Courbevoie, etc. Aussi, l’état de transition de la voirie est tel, malgré les louables efforts du Conseil municipal, que l’atmosphère de la capitale est plus que jamais empestéo à 4 ou 5 kilomètres à la ronde.
- Les règlements nouveaux, d’après le programme de Padministration, obligent à recevoir les matières dans des bassins clos et couverts ; les liquides, formant les huit dixièmes du cube total, doivent être décantés au bout de vingt-quatre heures et renvoyés en Seine, après avoir passé par la fabrique d’ammoniaque; un autre dixième sera obtenu par une décantation plus longue et traité de même. Le dernier dixième, composé des matières pâteuses, sera converti en poudrette. Tous les gaz, enfin, seront brûlés dans les foyers des générateurs de vapeur de la fabrique d’ammoniaque. On conçoit que ces prescriptions puissent être suivies pour des dépotoirs en création, et comment le seront-elles? mais les exiger avec la reprise d’un stock aussi énorme que celui de Bondy, c’était imposer une charge hors de toute proportion aux soumissionnaires; aussi le stopk, non-seulement, subsisté* mais s’augmente, et Bondy ne se supprime pas. c
- A côté de cette tentative, nous devons signaler le projet développé par M. Belgrand et repoussé par la Commission municipale, qui consistait à terminer les 350 kilomètres d’égout en quinze années ; à remplacer les fosses fixes ou mobiles par des appareils diviseurs ou tinettes-filtres; et à construire tous les branchements d’égout où s’écouleraient au moins les quatre cinquièmes des matières fécales. -a ,
- M. Belgrand ne s’est pas borné à présenter ce projet; il a voulu tirer toutes les conséquences de la vidange complète à l’égout, comme procurant aux locataires l’avantage d’un abonnement aux eaux de la Ville;
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- comme ne pouvant nuire à1 la salubrité des égouts; comme étant moins nuisible encore à la salubrité du fleuve. S’il ne conclut pas pour que l’on rende obligatoire immédiatement la vidange des solides à l’égout, c’est qu’il faut du temps pour transformer les fosses et pour achever les égouts; il faut également surmonter les préjugés de la population et, d’ailleursy« l’administration supérieure ne paraît pas disposée à recevoir « les matières solides dans la Seine. Il faudrait donc, avant d’arriver à « uneisolution sur ce point, que l’emploi des eaux d’égout, au profit de « l’agriculture, fût généralisé. »
- éEn attendant, la vidange des liquides à l’égout serait rendue obligatoire, moyennant une taxe de 30 francs par chute, imposée par une loi spéciale,'iconformément à un règlement imposé aux propriétaires. Le montant de cette taxe, ajouté à la somme inscrite au budget ordinaire, devrait permettre d’exécuter, en quinze ans, les travaux complémentaires des-collecteurs et égouts, représentant une somme totale'de 40 millions de francs. Du moins, le montant delà taxe pourrait-il justifier l’émission dJun emprunt spécial, remboursable au moyen des excédants de recettes des dernières années, qui assurent un crédit uniforme annuel de 3 millions de francs pour l’exécution des travaux.
- Les raisons légitimes qui ont fait repousser ce projet de tinettes taxées par la Ville, et ajourner l’achèvement proposé du réseau des égouts, ne sauraient empêcher, à notre sens, d’établir de suite la vidange complète à l’égout, pour tous les bâtiments favorablement disposés.
- Déjà les tinettes-filtres, autorisées par l’administration, laissent écouler les liquides au fur et à mesure de leur émission, mais en retenant les solides, et les ingénieurs du service des eaux et des égouts ont reconnu unanimement que «l’écoulement des liquides frais à l’égout ne présente « aucun inconvénient. » Il y en a pourtant un pour les habitants : c’est que la plupart des maisons ne se prêtant pas à la prolongation du branchement d’égout à travers les caves, les tinettes pleines, quelque bien closes qu’elles soient, doivent être extraites par la maison. Cet inconvénient, quoi qu’on en dise, est sérieux pour la circulation et offensant, autant pour la vue que pour l’odorat. Se figure-t-on les 68 000 maisons de Paris pourvues de tinettes-filtres, remplaçables en moyenne une fois par semaine, et tout ce que ce service comporterait de charroi, de cavalerie,ud’obstacles et de dégoûts de tous genres1 !
- ; Les" tinettes-filtres ne sauraient être une solution pratique pour une
- ^-1-. " i> •
- ï/Â ce‘propos, M. Le Chatelier, inspecteur général des mines, dans sa note sur l’épuration des eaux d’égout, confirme que « l’envoi à l’égout desliquides seuls, les solides étant « retenus par des appareils diviseurs, serait une mesure insuffisante. L’enlèvement des tïriet-« tes, qu’il est difficile d'obtenir avec une régularité parfaite, resterait une cause de gêne et « de malpropreté dans les maisons, une cause d’encombrement sur la voie publique. On ne « saurait donc prescrire trop tôt l’évacuation permanente des vidanges à l’égout. »
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- ville comme Paris, d’autant plus que les liquides, c’est-à-dire les quatre cinquièmes des déjections sont perdus à l’égout, sans que les frais de vidange soient notablement diminués, et sans que l’agriculture y trouve une source suffisante d’engrais.
- Alors se présente la question de la projection simultanée des liquides et des solides à l’égout : sur ce point, après mûr examen, M. Belgrand déclare « qu’il a la certitude que les 25 litres de matières fraîches que les « Parisiens produisent par seconde peuvent se mélanger aux 3 000 litres « que les collecteurs généraux débitent dans le même temps, sans aug-(( menter l’insalubrité des égouts, et sans que les ouvriers en ressentent « aucune incommodité. »
- « Tous les égouts, ajoute-t-il, même dans les conditions les plus diffi-« ciles, pourront être lavés » en complétant le système de chaque îlot et en manœuvrant des vannes. Le réseau étant complet, il suffira d’une quantité d’eau complémentaire de 20 000 mètres cubes pour laver tous les égouts; et cette quantité est aujourd’hui disponible.
- Ce qu’il nous importe de constater finalement avec M. Belgrand, c’est « qu’avec les trois conditions remplies, une pente suffisante, une solide « canalisation entre le pied du tuyau de chute et l’égout, de l’eau abon-« dante dans la maison, la vidange complète à l’égout qui fonctionne « régulièrement depuis longtemps dans les principales villes d’Angle-« terra, fonctionnera bien mieux encore à Paris :
- « 1° Parce que tous les égouts sont praticables, tandis qu’en Angle-a terre ils sont trop petits pour être visités, et par conséquent s’engor-« gent et deviennent fétides;
- « 2° Parce que la Seine n’est pas soumise à l’action de la marée et que « les matières qui y tombent s’écoulent régulièrement. »
- Le premier point est appuyé de l’autorité de M. Le Chatelier, quand il dit : « que le premier devoir qui s’impose à l’autorité municipale « est de faire évacuer toutes les déjections humaines, au fur et à mesure « de leur production, avant qu’elles soient entrées en'décomposition, « et elle en a le moyen à sa disposition, dans l’admirable réseau de ses « égouts souterrains, qu’il est facile d’achever en peu d’années. »
- Le second point, sur lequel il est difficile de partager l’avis de M. Belgrand, mérite notre attention. S’il est vrai, en etfet, qu’à Londres, les 400 000 mètres cubes d’eaux d’égout déversés chaque jour dans la Tamise maritime, à Barking et à Crossness, ne créent! pas une cause d’insalubrité aussi redoutable que lorsqu’ils débouchaient dans l’intérieur même de la ville, et menaçaient d’engendrer une épidémie en 1859, avant la construction des collecteurs, c’est que le fleuve a plus de 800 mètres de largeur à l’endroit des émissaires, que les rives y sont désertes ou occupées par des fabriques insalubres, et les impuretés y sont noyées dans un volume d’eau énorme, sans cesse balayé par les marées qui ne peuvent plus les faire refluer à 30 kilomètres en arrière, jusque dans
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- la ville habitée. Comment comparer sincèrement cette situation avec celle créée à Asnières et à Saint-Denis par les collecteurs déversant 300 000 mètres cubes d’eaux sales, sur des points où le courant est réduit et où le débit, en temps de basses eaux, n'est que de 6 000 000 de mètres cubes? Que deviennent alors les faits démontrant « que l’état d’infection produit « en Seine par le double débouché des collecteurs exige impérieuse-« ment des mesures préventives, réclamées par les riverains, par les « départements voisins1... »
- C’est que M. Belgrand est de ceux qui écrivent encore que « le moyen « le moins insalubre et le moins incommode pour se débarrasser des dé-« jections des villes consiste à les jeter dans les rivières, et, en effet,
- « on comprend,sans peine, d’après lui, qu’en les moyant dans un grand « volume d’eau, on fait disparaître la cause la plus énergique d’insalu-« brité, les émanations fétides. >> Le moins incommode, c’est possible! mais le moins insalubre, c’est ce que personne de bonne foi, habitant Asnières ou Saint-Denis, ne songerait à affirmer, ni à déclarer d’une manière générale, après avoir lu le compte rendu des enquêtes sanitaires des dernières années!
- Tout pn partageant l’avis de M. l’Inspecteur général, que la vidange à l’égout peut améliorer jusqu’à un certain point l’état du fleuve, par la suppression à Saint-Denis de l’écoulemént des liquides fétides expulsés de la voirie de Bondy, dont la niasse s’est élevée, pour 4 869, à 503 000 mètres cubes, npus n§ saurions admettre que les déjections du collecteur d’Asnières y entretiennent la salubrité. Nous aimons mieux croire qu’il y a de sérieux efforts à faire pour éviter le draguage annuel, aux frais de la ville, de 4^0 000 mètres cubes de matières boueuses, déposées par les égouts, au fond et sur les rives du fleuve, et pour utiliser les 4 300 tonnes d’azote emportées par les collecteurs.
- Essais d’utilisation du sewage. — C’est surtout à ce second point de vue, rutilisalion des eaux d’égout au profit de l’agriculture, qu’il convient de s’arrêter, en signalant les essais poursuivis par la Ville de Paris, depuis la fin de .4 865.
- La première série d’expériences confiées, dès cette époque, à M. Mille, ingénieur en chef des ponts et chaussées, eut lieu sur un champ d’une superficie d’un hectare et demi environ^situé sur la rive droite de la Seine, à Clichy, à environ 300 mètres de l’embouchure du grand égout collecteur. Des pompes à vapeur envoyaient journellement, dans une cuvette placée à l’extrémité du champ, un volume de 500 mètres cubes de sewage. Ce sewage devait servir à deux fins : d’une part, à essayer sur une échelle pratique l’épuration au sulfate d’alumine proposée par
- 1. Conseil municipal de Paris.— Rapport présenté par M. Callon, annexe au procès-verbal de la séance du 26 février 1872.
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- M. Le Chatelier; d’autre part, à arroser diverses cultures, notamment des légumes, et à colmater en fabriquant du terreau.
- Nous avons rendu compte, page 153, des essais d’épuration demeurés très-incomplets. Quant aux essais de culture qui avaient duré deux années, les résultats ont été consignés dans des rapports très-détaillés, très-importants, des ingénieurs du service, MM. Mille et Alfred Durand-Claye, auxquels nous renvoyons. Pour ces premières tentatives M. Bel-grand lui-même a reconnu « qu’elles n’avaient pas été heureuses et qu’elles n’avaient rien démontré. »
- Nous avions, pour notre part, constaté, à cette époque, que ces expériences servaient uniquement à confirmer ce que nous savions déjà: « c’est-« à-dire que les eaux d’égout utilisées pour l’arrosage des légumes, des « racines, etc., ou pour la fumure directe du sol, activent la croissance « des plantes, sans leur communiquer aucun mauvais goût, sans nuire à « leur qualité et sans infecter l’atmosphère environnante. M. Mille a pu « faire voir à l’Exposition de 1867 de très-beaux légumes provenant du « phamp arrosé : nous avons, nous-même, constaté la belle apparence,
- « sur pied, des betteraves, des globes jaunes, des artichauts, etc., culti-« vés à Clichy 1, »
- Nous ajoutions toutefois, que, « en attendant les résultats précis de « ces premières campagnes, nous nous permettions quelques légères << critiques : c’est que, dès le début, il n’eût pas été tenu un compte « exact du volume d’eau consommé par chacune des récoltes; que ces « récoltes n’eussent pas été obtenues comparativement avec des récoltes « de même nature, non arrosées; c’est, enfin, qu’elles n’eussent pas été « confiées aux soins d’un maraîcher ou d’un cultivateur, se plaçant dans « les conditions ordinaires de la pratique, et non plus seulement au « point de vue expérimental. »
- Il n’y avait pas lieu d’insister, selon nous, sur l'extrême valeur d'essais ainsi complétés.
- La seconde période expérimentale décidée par la municipalité, sur la présentation d’un projet des ingénieurs, moyennant le vote d’un nouveau crédit de 800 000 francs, débutait le 1er juin 1869. A partir de cette date, 5000 à 6000 mètres cubes d’eau d’égout furent journellement élevés par des machines de la force de 40 chevaux et par des pompes centrifuges, passés d’abord, pour les deux tiers, dans les bassins d’épuration, et distribués sur un certain nombre d’hectares de la plaine de Gennevilliers, y compris 6 hectares appartenant à la Ville.
- Les eaux étaient librement et gratuitement employées par les cultivateurs; les cubes d’eau consacrés à la culture atteignaient 120 000 mètres d’eau mensuellement à la fin de 1869; et les bassins d’épuration, devenus complètement inutiles, étaient fermés.
- î. Journal <? Agriculture pratique, 7 novembre 1867.
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- Le-premier semestre de 1871 vint confirmer les faits acquis, entre autres, la perméabilité du sol permettant l’absorption par hectare et par an d’une moyenne de 50000 mètres cubes d’eau d’égout; la fertilisation provenant des matières du sewage et permettant d’obtenir des rendements considérables pour les récoltes de légumes en plein champ; l’accroissement de la valeur locative des terrains sur les parcelles accessibles aux eaux ; aucune trace d’insalubrité en hiver comme en été ; la construction d’un village, les Grésillons, autour du domaine municipal, etc.
- D’après M. Belgrand, l’essai de Gennevilliers « a été une démonstration complète. » Il est désormais établh « que les eaux d’égout pour-« ront être très-utilement employées dans les terres perméables et « arides, comme les caps de graviers des anciens lits des fleuves, et <c qu’elles seront acceptées par les cultivateurs, non-seulement parce « qu’elles portent un engrais avec elles, mais encore parce qu’elles en-« Retiennent la fraîcheur dont les terrains de cette nature sont privés « en été, et sans laquelle ils sont stériles, quelle que soit, d’ailleurs, « l’abondance de la fumure. » Un autre fait se trouve vérifié, c’est que les 2000 hectares de gravier de la plaine de Gennevilliers peuvent absorber toutes les eaux d’égout qui ne seraient pas utilement employées. .« MM. Mille et Durand-Claye ont donc résolu déjà une partie du pro-« blême; ils savent qu’en s’adressant à la culture libre, iis auront des « clients nombreux, et ils peuvent donner la mesure de la surface du « terrain qui leur est nécessaire. »
- Ces ingénieurs, en effet, ne tardaient pas à rédiger un projet étendant l’opération à la totalité de la plaine. « La dose d’arrosage et de colmate tage, reconnue pratiquement par le service d’un an, cadrait parfaite-« ment avec les surfaces de terrain et les quantités d’eau disponibles: « 50000 mètres cubes multipliés par 2000 hectares donnaient 100 mil-« lions de mètres cubes par an, soit, à très-peu près, le débit total des « collecteurs pour douze mois \ »
- . ; j' :
- Survint la guerre fatale de 1870, et le projet, dont les dépenses étaient évaluées à 10 millions de francs, approuvé par le conseil général des ponts et chaussées et par le ministre, fut naturellement écarté. La guerre civile apaisée, le service des ingénieurs chargés des essais des eaux d’égout fut placé sous la direction de M. Belgrand. On reprit alors et l’on étudia en détail l’avant-projet de 1870, dont les dépenses furent réduites de moitié, c’est-à-dire à 5 millions de francs.
- Les premiers travaux à faire pour développer l’essai de Gennevilliers comprenaient :
- 1. Annales des ponts et chaussées, l. V, 1873. Élude par M. A. Durand-Claye sur la si tuation de la question des eaux d’égout.
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- 1° La dérivation du collecteur de Saint-Denis, apportant par la gravitation seule un'volume de sewage de 44 000 mètres cubes par vingt-
- quatre heures; coût...................................... 400000fr.
- 2° Une dérivation du collecteur d’Asnières, avec établissement d’une partie de l’usine où les machines refouleront par les deux conduites du pont de Clichy un volume de 43000 mètres cubes par vingt-quatre heures; coût......... 600000 fr.
- Soit.......1 000 000 fr:
- pour répandre sur la plaine un volume de 87000 mètres cubes de sewage, représentant le tiers du débit moyen des deux collecteurs réunis.
- La somme d’un million de francs.demandée au conseil municipal, sur le rapport de M. Callon, fut accordée le 2 mars 1872, en l’imputant à un emprunt spécial des travaux de dérivation de la Vanne.
- Les constructions sont aujourd’hui terminées; elles permettent de débiter 80 000 mètres cubes par jour sur la plaine; et M. Belgrand, envisageant le projet dans son entier, constate que « si l’expérience décisive sur « la plaine de Gennevilliers réussit, comme on en a aujourd’hui presque « la certitude, on pourra, avant peu d’années, débarrasser la Seine des « déjections des égouts, et ce grand résultat sera obtenu avec une dé-« pense première de 5 millions de francs, et une dépense annuelle a d’exploitation qui, suivant lui, ne doit pas dépasser 1 million de francs.»
- Sans vouloir troubler la haute confiance que la direction des eaux et des égouts a dans le succès définitif des irrigations de Gennevilliers ; sans vouloir amoindrir en rien l’idée que les ingénieurs ont conçue de leur service, « dont aucun à l’étranger n’est monté sur ce pied ; » ni les mérites de continuité et de persévérance de l’administration « qui s’est souvenue que « le vrai progrès est lent et sûr, et que les révolutions seules sont ra-« pides et dangereuses; » il y a lieu d’examiner les conditions dans lesquelles les essais ont été faits et vont être poursuivis à Gennevilliers.
- En face des dépenses considérables, dépassant déjà .2 millions de francs, et des sacrifices journellement imposés à la Ville par ces essais, nous croyons utile de poser d’abord les questions suivantes :
- S’agit-il, dans un but soi-disant hygiénique, de démontrer qu’on peut délivrer la Seine d’une partie ou de la totalité des eaux des égouts, en les répandant, à des doses quelconques et à loisir, sur un sol exceptionnellement perméable?
- Ou bien, s’agit-il d’obtenir le résultat hygiénique, en mettant; à la disposition de la culture une masse de matières fertilisantes, représentant une valeur considérable, à la condition d’un emploi rationnel et plus tard rétribué ?
- En d’autres termes, poursuit-on uniquement l’assainissement du fleuve, devoir municipal; ou bien l’assainissement par l’utilisation agricole , devoir municipal et social?
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- Si nous devions juger des expériences déjà faites* nous serions enclin à penser que le premier aspect de la question est celui qui domine le service administratif. En effet, sous prétexte que les cultures agricoles ont été confiées jusqu’ici à la pratique journalière, « en dehors de rince fluence directe des ingénieurs qui considèrent comme leur premier « devoir de laisser à la culture une liberté d’allures complète, » il n’y a pas de résultats agricoles proprement dits. Quelque intérêt qu’il y ait à savoir que les pommes de terre ont rendu 39 000 kilogrammes à l’hectare; les luzernes, 80 000 kilogrammes; le ray-grass, 72000; les betteraves, 228 700; la menthe, 28000 ; les choux, 90 000 kilogrammes, etc. ; le tout calculé, d’après des lots d’une surface de 600 à \ 500 mètres carrés, et sur quelques parcelles en grande culture, de 10 à 20 ares; il y en aurait eu un beaucoup plus grand à connaître ce que ces récoltes ont coûté. Il est vrai que, pour deux parcelles de 480 et de 1585 mètres carrés, deux jardiniers ont présenté des comptes de culture, indiquant *un disponible de 6 000 francs à l'hectare pour représenter les frais de location, de matériel, de transport et de vente, et le bénéfice.
- Ce n’est pas qu’il y ait lieu de diminuer la valeur des observations consignées par les ingénieurs dans leurs rapports, sur les variations horaires, journalières, mensuelles et annuelles des débits du collecteur; sur les variations horaires, mensuelles et annuelles de la température, sur les quantités d’eau pluviale tombées moyennement par jour, sur les essais continus de la composition chimique des liquides, ni les minutieux détails sur le système de pompes, de machines, de réservoirs, etc. Tous ces documents constituent la partie purement technique de i’application et ils sont complets; mais la partie pratique çj.e l’emploi des eaux, dans la culture en grand, reste intacte.
- On était fixé depuis longtemps sur la qualité et l’importance des récoltes obtenues par les eaux d’égout. Les chiffres de rendement déter-^ minés, à Gennevilliers, d’après des parcelles, sans aucun contrôle des quantités d’eaux absorbées, du mode d’épandage, du prix de revient pour chaque récolte, etc., ne sont pas des données suffisantes pour la solution agricole. Les prix de vente des produits comestibles arrosés* et l’indication de la clientèle n’ont de signification que s’ils sont comparés à ceux des mêmes produits non arrosés, mais fumés avec les engrais de la localité ou autres, et vendus concurremment. Or, les publibations des ingénieurs chargés du service de Gennevilliers n’ont reproduit jus1 qu’iei que ces données approximatives, ëafis qu’aiieuné dés inconnues de l’application agricole dit été résolue;
- Aussi M. Le Chatelier a-t-il Cru devoir formuler de la manière suivante les inconnues à déterminer1 :
- 1. Note siir fiépüratioil des eàux d’%out, par M. Le Chat'elier, 18 T1 ; — 'Annales du Génie civil.
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- « Quel volume d’eau annuel peut-on faire absorber par uite superficie « donnée, pour ne pas outre-passer les besoins d’unë culture; pour ne « pas faire de la culture elle-même une cause d’iîlSalUbrité locale oü « générale?
- « Sous quelle forme l’agriculture devfa-t-ellg emplojër ces baux :
- « prairies permanentes, grandes cultures, culture rtiaraîchefe ?
- « Par quels moyens et dans quels délais pourrà-t-bn surmonter les « difficultés inhérentes à l’extrême morcellement du sol, à la consti-« tütion de la propriété et à son exploitation par baux à courts ter-« mes, etc. ?»
- Nous ajoutions1 : « Quel bénéfice ressort de la culture à l’eau d’égout « par rapport à la culture ordinaire? »
- Il ne suffit pas d’affirmer que la culture du domaine municipal (6 hectares), remise entre les mains de divers cultivateurs émérites, fleuristes, arboriculteurs, horticulteurs, maraîchers* etc., continue à servir de type, dans la localité, sous le nom de jardin modèle, et « que les ingénieurs ou « leurs agents se gardent bien de se transformer en jardiniers ou rriaraî-« chers...... laissant au libre jeu de l’industrie privée à fixer les espèces
- « les plus avantageuses à cultiver et les procédés les plus rationnels « correspondant à chaque genre de culture. » Il ^appartiendrait pas, on le conçoit, aux ingénieurs de se transformer en cultivateurs ni en fleuristes, bien que dans une autre branche du service dé la ville dé Paris (celui des plantations et des promenades) on a pu constater quel degré de perfection l’horticulture et l’arboriculture ont atteint sous la direction éclairée d’un ingénieur; mais il incombait et il incombe à l’administra1-tion de procurer tout au moins une exploitation suffisante, d’une centaine d’hectares, par exemple, à un agriculteur, dont elle eût pu chaque année obtenir une balance des cultures irriguées par rapport à la culture ordinaire. La Ville de Paris n’est pas la première vernie ; elle nè saurait aborder un problème de cette importance, en consentant à dès frais d’expérience aussi lourds pour les contribuables, sans le faite pratiquement résoudre! C’est aux ingénieurs chargés de son service spécial, à déterminer la clientèle des agriculteurs à adopter le système offert ët à payer l’engrais fourni.
- Il se peut que le développement qu’a pris jusqd’ici, à Londres, l’Utilisation agricole soit médiocre; nous cri avons donné les motifs, et, d’ailleurs* Londres n’est pas Paris, et Londres a le temps d’attendre, parce que son œuvre d’assainissement est terminée. Mais coiriiherit nierait-on l’importance de la comptabilité de Lodge-Farm, régulièrement tenue et livrée annuellement au public? Non-seulement cliaqué pièce de terre y a son historique, nous l’avons montré, ët son borripte particu-
- 1. Le service municipal des eaux d’égout à GèrinévUliers^ par Â. Rdntià, — Joiàkcà 'd’A* griculture pratique, 1872.
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- lier, mais la balance générale des profits et pertes, malgré toutes les charges de l’élévation, du refoulement et delà distribution des eaux qui pèsent intégralement sur l’exploitation de la Compagnie, est établie à chaque exercice, par rapport à l’exercice précédent; de telle sorte que l’on a en main les éléments du prix de revient des récoltes, indispensables pour une plus large opération. Que l’on ajoute aux résultats de Lodge-Farm ceux de Romford, des municipalités de Bedford, de Chel-tenham, de Banbury, etc., et les faits multiples de la pratique anglaise consignés dans le présent travail, et l’on reconnaîtra qu’il ne suffit pas de se désintéresser de la question agricole pour la résoudre. Comment, d’ailleurs, obtenir le concours de l’intérêt privé, quand même l’épuration pour Paris devrait se borner aux 2,000 hectares de la plaine de Gen-nevilliers, s’il n’est pas préalablement éclairé par une culture, basée sur une comptabilité quelconque, dépenses et recettes?
- Qu’a-t-on fait, au contraire, jusqu’à présent? L’admmistration était parvenue, fin 1869, à faire prendre librement de l’eau d’égout, sur 40 hectares, sans qu’elle lui fût payée. Et, en 1872, vingt-deux cultivateurs de la plaine offraient 45 hectares à l’irrigation, utilisant, avec le jardin municipal, 1,600,000 mètres cubes d’eau en six mois et demi, sans les payer davantage ! On annonce, il est vrai, que l’administration a reçu des demandes régulières pour l’irrigation de 571 hectares, capables d'absorber par jour 93,495 mètres cubes d’eau, avec taxes progressives au bout de cinq ans de gratuité. Mais, sur ces 571 hectares, il en faut défalquer 400, sur lesquels MM. Jolicler et Brüll, concessionnaires en date du 15 juin 1872, par traité passé avec la Ville de Paris, devront absorber les quatre cinquièmes des 87,000 mètres cubes de sewage qui seront envoyés, au maximum par jour, dans la plaine de Gennevilliers. Or, ces concessionnaires, n’ayant pour toutes données pratiques que des essais personnels de culture sur 7 hectares, et celles des ingénieurs; désarmés vis-à-vis de la concurrence que l’administration pouvait leur faire atout moment,à Paide du cinquième des eaux réservé, ou des deux autres tiers du sewage non élevé ; et laissés en présence des prétentions insolites des propriétaires, ont cherché en vain à réunir le capital nécessaire pour l'acquisition, la location et l’exploitation des 400 hectares qu’ils devaient irriguer. S’il ne paraît pas qu’on doive compter sur cette surface, que sont alors les 171 hectares restants, vis-à-vis de la masse fertilisante à utiliser? Dans quelles mains sont ces 171 hectares? sinon dans celles d’intermédiaires ou de cultivateurs à court bail, dès que l’on se réfère aux noms des soumissionnaires fournis par l’administration elle-même. Où sont les propriétaires figurant au cadastre et les fermiers de la plaine ayant souscrit avec la ville un engagement ou des abonnements de longue durée?
- Comment, maintenant, les eaux d’égout ont-elles été employées depuis 1871 sur les hectares arrosés? Est-ce d’une manière continue? Les preneurs
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- ont-ils été tenus d’employer journellement un volume déterminé de liquide, livré à la tête de leurs champs? ou bien l’ont-ils utilisé à leur guise et à loisir, en telle quantité qui leur convenait, pour colmater en place de terreau ou de fumier, ou pour arroser en temps chaud? Dans ce dernier cas, qui est peut-être le seul avéré, ce n’est pas de l’irrigation, mai^bien un arrosage sans intérêt, indépendant de l’action administrative, et inutile pour la solution du problème. En vérité, les paysans delà plaine seraient bien dépourvus d’intelligence s’ils refusaient l’eau qu’on leur donne gratuitement pour arroser en temps sec, ou pour fumer leurs terres. Jusqu’à quand cette libéralité durera-t-elle? Lorsque les 300,000 mètres cubes du flot quotidien des collecteurs atteindront Gennevilliers , faudra-t-il attendre que les paysans, pendant quelques semaines seulement de l’année, et tous aux mêmes saisons, et aux mêmes moments, demandent de l’eau, pour faire consommer le cube élevé parles machines? Devront-ils seuls prononcer le verdict favorable ou défavorable à l’irrigation? Faudra-t-il autrement emmagasiner le sewage, l’épurer au sulfate d’alumine, ou le déverser sur le sol à des doses « qui auraient atteint en certains points 400,000 mètres cubes à l’hectare, en deux mois? »
- Mais, dans ce dernier cas, mieux vaudrait ne pas songer à l’utilisation agricole, et au lieu de se ranger d’avance, et pour cause, à la méthode de filtration intermittente appliquée à Merthyr-Tydfil, il serait préférable de construire de nouveaux bassins d’épuration et de dépôt (voir pagie 104), suivant le système exposé par M. Le Chatelier, ou de filtrer directement dans le gravier de la plaine, à raison d’une surface de 45 hectares pour les 110 millions de mètres cubes d’eau que les collecteurs vomissent annuellement dans la Seine. Ce dernier parti ne serait malheureusement praticable qu’en portant la plus grande atteinte à la salubrité générale.
- Il resterait bien d’autres points d’un très-vif intérêt à examiner, notamment celui de la consommation de 50,000 mètres cubes de sewage par hectare et par an, qui figure dans les rapports des ingénieurs et qui sert de base à toutes les combinaisons.
- « La nature du sol et le climat permettent, dit-on, d’atteindre de fortes « doses, 50,000 mètres cubes par hectare et par an. » M. Callon avance, dans'son rapport au Conseil municipal, que «la pratique ayant démon-« tré la perméabilité extrême et constante de la plaine de Gennevilliers, « 50,000 mètres cubes peuvent et doivent passer chaque année pour « assurer une récolte productive de plantes aussi épuisantes que les « légumes. Si ces chiffres semblent s’éloigner, ajoute-t-il, des autres in-« diqués par certains auteurs, d’après des renseignements puisés en An-« gleterre, ils ont pour eux la consécration pratique, faite déjà sur place, « sous le climat de Paris, sur le sol de gravier de la plaine de Gennevil-« liens, avec les cultures propres à notre banlieue. Si les Anglais ont débuté
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- « par des doses de 10,000 à 15,000 mètres cubes seulement à l’hectare, « c’est que le sol, soumis aux essais, était essentiellement argileux, et exi-<t geait un drainage artificiel énergique ; c’est que le climat est froid et « pluvieux et ne peut donner à la végétation et à Vévaporation la puissance « que leur procure notre ciel plus clément ; c’est que la culture des légu-« mes est difficile et peu répandue en Angleterre; c’est qu’enfin la ipain-« d’œuvre est rare et coûteuse. De là l’usage, d’abord exclusif, des eaux « d’égout pour les prairies, à faibles doses, et sans produit bien rémunéra-« teur. » Il en résulte qu’une des conditions essentielles imposées par l’administration aux concessionnaires, MM. Brüll et Joliclerc, c’est de faire absorber 50,000 mètres cubes de sewage par an, à chaque hectare. Ce chiffre est le seul indiqué dans le projet approuvé ou mis à exécution par la haute administration.
- Nous ne saurions nous arrêter à discuter les considérations fantaisistes suggérées à M. Callon par la pratique anglaise : notre travail contribuera à en démontrer toute l’inanité ; mais nous en retirons ce fait, que la dose annuelle de 50 000 mètres cubes à l’hectare répond à la culture des légumes. Mais alors quels légumes? Les cultures de Romford, de Lodge-Farm, etc., indiquent vingt variétés différentes de légumes, consommant chacune utilement des volumes très-variables de sewage. Y-a-t-il donc un légume particulier à Gennevilliers qui doive absorber» 50 000 mètres cubes d’eaux à l’hectare par an? Et il devrait y avoir 2 000 hectares de ce légume particulier !
- En vérité, imposer une dose-type, sans se préoccuper des cultures à installer le plus profitablement dans la plaine, prairies permanentes ou deray-grass, céréales, cultures potagères diverses, c’est méconnaître les lois les plus élémentaires de l’agriculture et de l’irrigation.
- La culture maraîchère trop développée deviendrait à la longue, avec des doses pareilles, une cause flagrante d’insalubrité, surtout si l’on songe à envoyer plus tard à l’égout la totalité des immondices. La tendance du sol sableux à se feutrer à la surface, par les matières solides du sewage, accroît le danger de la putréfaction et des émanations; et la culture maraîchère, dans les intervalles libres laissés par les plantes, finirait par reproduire en été, à moins de clarification préalable, les graves inconvénients du colmatage sur des surfaces étendues ; du colmatage, pratiqué même en hiver.
- D’ailleurs, si la culture des légumes donne les plus gros profits, avec une bonne main-d’œuvre,, elle serait impraticable dans les conditions exclusives où on la voudrait placer à Gennevilliers, à moins de la faire entrer dans un assolement général, dont la prairie artificielle formerait l’élément principal. M. de Freycinet confirme cet avis en disant « que la « culture maraîchère, fût-elle possible, n’offrirait qu’un débouché insuf-« fisant. Les eaux d’égout de Paris couvriraient une surface supérieure à « celle qui est nécessaire pour alimenter la capitale en légumineux; en
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- « outre, ees sortes de végétaux se prêtent mal à une absorption d’eau en « toute saison *. » Nous avons indiqué déjà, page 335, l’opinion autorisée de M. Moll à ce sujet.
- On est aux portes d’une grande capitale, où l’on peut tirer un énorme parti de l’herbe, pour le lait et le beurre, pour l’engraissement du bétail, la viande et pour la nourriture des chevaux. Pourquoi la bannir sans raison de l’assolement futur? Les avantages du ray-grass ont été signalés à maintes reprises. Il consomme de la manière la plus salubre une masse considérable de sewage (voir Breton’s-Farm, Lodge-Farm, etc.,) en se renouvelant par 8 ou 1 0 coupes à l’année. Il s’établit vite et produit, à peine ensemencé sur de vastes surfaces, un fourrage des plus sains, en abondance ! ‘
- Enfin, devons-nous insister sur ce que, dans toutes les expériences suivies jusqu’ici à Genuevilliers, les eaux d’égout, que Ton a traitées, ne seront pas celles de demain, contenant les eaux les plus riches du collecteur de Saint-Denis1 2 3, ni celles de l’avenir, si l’on se décide à envoyer toutes les déjections aux égouts, Il n’est donc pas possible d’assigner une limite d’absorption sans tenir compte des modifications du liquide fertilisant, ni des besoins des plantes assimilantes !
- La considération la plus grave, qu’affectent d’écarter les ingénieurs de l’administration, en rendant la population de la presqu’île de Gennevil-liers juge souveraine pour décider « s’il faut jeter les eaux d’égout dans « la Seine ou les répandre dans la plaine, » c’est la manière de se procurer, à des conditions raisonnables, les surfaces nécessaires à l’irrigation.
- La difficulté disparaîtrait évidemment le jour où la loi consacrerait le principe de l’expropriation pour cause d’utilité publique, des terrains nécessaires à l’épuration des eaux rejetées par les villes, de même qu’elle a consacré celui de l’expropriation pour les sources d’eaux potables. Ce jour-là, il n’y aurait pas lieu pour Paris de se renfermer dans la plaine de Gennevilliers, où les propriétaires du sol ne veulent pas se dessaisir de leurs terrains industriels, si ce n’est à des prix exorbitants, de 12 000 et de 15 000 francs à l’hectare*. Dût-on élever les eaux de 10 mètres pour les rejeter sur les grèves de la Seine ; de 50 mètres pour atteindre les plateaux de Montmorency, de Noisy; de 100 mètres pour gagner la Brie et
- 1. Assainissement industriel et municipal, rapport de M. Freycinet. Paris, 1868.
- 2. Le collecteur général de Saint-Denis porte par mètre cube d’eau:
- Matières organiques, y compris 0k,040 d’azote...................... lk,518
- Matières minérales, y compris 0k,040 d’acide phosphorique.......... lk,943
- Total........................... 3k,461
- 3. Ces prix Sont ceux auxquels MM. Brüll et Joliclerc avaient accédé dans leurs contrats provisoires de vente, au cas où leur entreprise se serait définitivement constituée.
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- la Beauce, etc., on disposerait de surfaces en pleine et vraie culture, loin des gadoues et des fumiers de la ville. La difficulté s'accroît, il est vrai, d’un problème de mécanique pour soulever de grandes masses d’eau à bas prix. La ville de Londres n’a pas hésité pourtant à le résoudre pour la réunion des eaux de ses collecteurs. Elle a établi de puissantes machines à vapeur de 2 380 chevaux de force, élevant 400 000 mètres cubes d’eau par jour, et les a fait déboucher par un aqueduc de 30 kilomètres dans la Tamise. L’expérience est faite; si l’on remarque que l’élévation de l’eau d’égout à 75 mètres n’augmente pas en Angleterre le prix du mètre cube de plus de 0f,04, il faudra admettre qu’en France l’augmentation ne saurait excéder 2 centimes pour une élévation à 4 00 mètres. C’est ici que viennent alors se placer les projets de MM. Mille et A. Dumont.
- Dès 4 862, M. Mille proposait de produire par des barrages en Seine la force nécessaire pour élever les eaux d’égout. «Réglés à 3 mètres et à « 2m,40 de chute, retenant un fleuve de 75 mètres cubes à l’étiage sur « Suresnes et Bezons, et de 4 20 mètres cubes environ après le confluent « de l’Oise, les barrages créeraient des forces motrices de 2400 chevaux à
- « Suresnes, comme à Marly et à Bezons, et de 3 600 chevaux à Andresy....
- « Avec six roues absorbant 4 200 chevaux, par le système actuel de la « machine de Marly, on aurait raison des 200 000 mètres cubes que ver-« sera l’émissaire. Si le barrage que l’on doit construire à Suresnes était « descendu 7 kilomètres plus bas et porté à Asnières ; si l’on dotait « ainsi l’embouchure en Seine d’une force motrice de 2 400 chevaux, on « peut affirmer que la solution économique serait complète. La puissance « de la chute mènerait les appareils dé draguage et de filtrage des solides « d’égout et enverrait les liquides dans la campagne, partout où la con-« sommation agricole le demanderait. »
- Dans ce projet de M. Mille, il fallait sucessivement desservir les allu-vions peu fertiles de la Seine, entre les confluents de la Marne et de l’Oise; puis, au-dessus des grèves de la Seine, la culture maraîchère et les céréales établies dans la plaine de l’Ile de France entre Montmorency, Saint-Denis et Noisy-le-Sec, puis au sud-est de Meaux, à Gorbeil, la Brie, « plateau argileux qui, comme la Flandre, se livre à la culture indus-« trielle, tandis qu’au sud-ouest, au delà de Versailles, la Beauce con-« tinue le plateau de Trappes et montre encore un grenier de céréales. »
- Pour M. Dumont, les eaux élevées par les machines d’Asnières devaient être envoyées dans trois directions différentes ; le long du chemin de fer du Nord pour se bifurquer au delà de l’Oise ; le long de la ligne de l’Est pour se bifurquer sur les plateaux de la Brie ; enfin le long du chemin de fer de l’Ouest, vers les plateaux de la Beauce et de Dreux.
- M. de Freycinet, dans l’examen qu’il fait de ces deux projets, au point de vue d’une entreprise d’irrigation, concessionnaire de la Ville, ne cache pas qu’ils sont impraticables, sans l’expropriation. « Il faut, de
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- toute nécessité, selon lui, introduire parmi les données du problème la condition qu'un minimum de superficie pourra être acquis par voie d’expropriation. » Autrement, on est obligé de multiplier les canaux pour trouver des emplacements favorables, et les frais de conduite sont hors de proportion avec la valeur des eaux, ou bien il faut compter sur un espoir chimérique, celui d’une vente régulière d’engrais aux cultivateurs, au fur et à mesure de l’avancement des canaux de distribution.
- « L’expropriation, pour cause d’utilité publique, des terrains indispen-« sables à l’arrosage serait la mise en pratique de la pensée exprimée par « la Commission anglaise de 1868, pensée reprise par les autorités belges « et déposée par elles dans le contrat passé avec les entrepreneurs de l’as-« sainissement de la Senne (Bruxelles). Il ne s’agirait pas, bien entendu, « d’une expropriation sans limites et sans garanties, mais elle serait « soumise à certaines réserves. Ainsi la superficie expropriable pourrait « être restreinte à la moitié de celle dont on aurait besoin pour opérer « l'arrosage dans des conditions commerciales acceptables, soit à un « hectare 1/2 par 1 000 âmes de la population; l’autre moitié serait « acquise par le concessionnaire, de gré à gré. On exproprierait donc « 3 000 hectares (dont remplacement serait fixé par le même décret qui « approuverait l’établissement de l’aqueduc et des ouvrages d’art) avec « lesquels on pourrait, à la rigueur, faire face aux nécessités de l’assai-« nissement, et on acquerrait à l’amiable les 3 000 autres hectares desti-« nés à procurer la rémunération des capitaux. C’est seulement avec « une base d'opération assurée qu’un entrepreneur pourrait s’engager « raisonnablement dans l’affaire et s’exposer aux prétentions des pro-« priétaires pour le surplus des acquisitionsf. »
- C’est sans* doute d’une concession des eaux d’égout de Paris, fondée sur ce principe, que M. Belgrand parle, en faisant savoir que M. de Freycinet demandait, par un mémoire du 11 avril 1870, une subvention annuelle de 4 000 000 de francs pendant cinquante ans, au nom d’une Compagnie dont il était le représentant. « L’état des finances de la Ville « ne permettait pas certainement l’inscription d’une pareille somme à « son budget. »
- La loi d’expropriation nJétant pas faite; si l’on admet qu’ellène puisse pas l’être prochainement, il resterait à tirer parti de la loi de 1865 sur les associations syndicales, entre propriétaires du sol et cultivateurs des localités accessibles par la canalisation. Des associations formées avec l’intervention de l’administration ou autorisées par elle traiteraient pour les travaux à exécuter, pour le payement des redevances ou des abonnements. Leurs obligations, garanties ou non, assureraient les
- 1. Ch. de Freycinet, ingénieur au corps des mines. Emploi des eaux d'égout en agriculture.— Paris, 1869, p. 117.
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- capitaux nécessaires pour exécuter les; travaux de la surface, pour mener rapidement la canalisation aussi loin qu’il serait nécessaire, et, plus tard, pour l’élévation de la totalité des eaux. Il existe en France un nombre considérable d’associations syndicales, voire même de très-anciennes, comme celles des Watteringues, dans le département du Nord, et celle de l’Œuvre d’Arles, dans le département des Bouches-du-Rhône. La plupart ont entrepris ou entretenu des travaux d’une utilité collective, tels que les irrigations et le colmatage, d’après ce principe, que là où un propriétaire isolé, réduit à ses seules ressources, ne peut pas entreprendre des travaux de quelque importance, quelle que soit leur utilité, cela devient possible par l’association avec d’autres propriétaires, au moyen de taxes proportionnées à l’intérêt de chacun. Il^s’agit, en somme, d’irrigations à l’aide d’eaux spécialement fertilisantes, pour lesquelles les précédents ne sont pas à créer.
- En s’arrêtant au district de Gennevilliers, sans envisager la possibilité de dévier d’une direction fixée par la rigole principale, et de gagner des localités où les eaux d’égout seraient très-favorablement accueillies, il n’y a guère de chances de constituer une association bien importante; mais encore serait-ce à tenter, sous l’impulsion énergique de l’administration. Si l’on voulait franchir la Seine, vers Argenteuil, on ne tarderait pas à obtenir, par un syndicat, des propriétaires, les ressources nécessaires pour payer les dépenses excédantes d’élévation des eaux.
- A ces légitimes préoccupations de l’avenir, envisagées au point de vue de l’expropriation ou du syndicat, les ingénieurs du service des eaux d’égout répondent péremptoirement par ce qu’ils appellent le système de la liberté. Or, ce système consiste à distribuer gratuitement le sewage, sur le parcours des rigoles, à quiconque en demande et en telle quantité qu’il demande. On n’a pas à s’inquiéter de ce que devient Ce sewagé, et on se borne à laisser ouvrir les éclusettes pour l’épandage sur le sol. Peu importe de constater ce que telles récoltes de choux, d’avoine, de racines, etc., consomment utilement et couramment d’eati d’égout; ou même d’indiquer la nature de récoltes préférable pour lâ plus utile consommation du sewage. C’est le paysan de Gennevilliers qui a seul intérêt à le savoir. Il est vrai qu’il ne saurait l’apprendre, car l’eaü lui est accordée pour rien, en telle quantité et à l’époque qui lui Conviennent, et il n’en est pas comptable. Pourvu que sa récolte soit meilleure que dans le temps passé, ce qui n’est pas difficile, ayant de l’engrais et de l’eau à discrétion, il n’a aucun souci d’économiser, ni de chercher Une meilleure application que celle de la routine la plus vulgaire. On lui à dit que, sur le sol sableux de la plaine, on peut* sans inconvénient, user du sewage jusqu’à concurrence de 50 000 mètres cubes à l’hectare et par an ; il en use. Son voisin finit par l’imiter, et la surface arrosée devra s’augmenter ainsi progressivement!
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- Ainsi j lés ingénieurs, ne voulant pas recourir avec raison à réputation des bassins, qui coûte le double de l’arrosage, ont pour unique objectif de filtrer, de filtrer qüand même, sur 40, s-ur 100 ou sur 400 hectares de terrain, les 80 000 mètres cubes de sewage, dont l’élévation représente pour la ville une dépense additionnelle d’installation, de't million de francs et des frais annuels de 4 à 500 000 francs. Puis, lorsque la surface inscrite par les rigoles maîtresses consommera ad libitum ces 80 000 mètres cubes, on demandera un autre million de francs pour doubler,1e volume d’eaux d’égout, et ainsi de suite.
- Ce système, assurément simple et commode, est blâmable par deux motifs essentiels, dont se sont emparés les adversaires de l’irrigation : Y insalubrité et le gaspillage : V insalubrité, car il est inadmissible qu’avec des doses variant entre 50 000 et 150 000 mètres cubes d’eau d’égout à l’hectare et par an, on veuille affirmer que l’espace arrosé ne devienne promptement un dépotoir; le gaspillage, car ces doses à l’hectare sont dix et vingt fois supérieures à celles que les récoltes réclament. D’ailleurs, si l’eau a Une valeur agricole considérable (puisque, en effet, 4 300 tonnes d’azote seulement, à 3 000 francs la tonne, représenteraient 12 millions de francs par an), elle doit être mesurée à chacun suivant les exigences de sa culture et contre un engagement quelconque de payer le volume d’eau mis journellement à sa disposition. Elle ne saurait toujours être donnée gratuitement, ni, librement. Elle représente un actif important où la Ville doit chercher, sinon un profit, du moins une compensation pour les frais d’élévation et de canaux.
- Dans le système de liberté des ingénieurs, l’utilisation agricole dévient donc une fiction qui masque, pour le moment, un filtrage Saiis contrôle, peu Utile pour P agriculture et prochainement insalubre*
- Nous terminons ces considérations sommaires sur l’asêainisSement de Paris, en renouvelant nos craintes que la seule solution possible, aux yeux des hommes adonnés à l’étude des problèmes d’économie sociale, pour éviter la perte d’éléments de fertilisation aussi précieux, ne soit encore dé longtemps ajournée par l’administration. Nous nous reportons, malgré nous, à la déclaration de M. Belgrand, directeur du service, « qu’il faut envisager l’irrigation de là plaine dé GenhevillierS, « surtout conimé un moyen d’assainir la.Seine*.* C’est une question de « pure salubrité. Pourquoi s'adresse-t-on toujours â Paris, ajouteddl, « lorsqu’il s’agit d’utiliser les déjections humaines, tandis qU’il y a hors « de Paris 35 millions de Français qui pourraient appliquer früctueu-« sement leurs déjections aux besoins de l’agriculture? » Nous laissons aux contribuables parisiens, le jour où ils voudront s’occuper de leurs intérêts et de l’état sanitaire définitif de leur cité, le soin de répondre à cette question. ,
- Nous préférons conclure par l’encouragement que formulait en de si
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- excellents termes M. Eugène Tisserand, dans le rapport de la sous-commission de la grande enquête agricole1.
- « Sans doute la solution proposée offre encore bien des difficultés. Il « faut vaincre les préjugés, d’une part, acquérir des terrains permettant « l’absorption des eaux qui, dans le début, ne seront pas achetées par les « cultivateurs; c’est toute une révolution qu’il faut produire avant « d’arriver à un emploi convenable et complet des eaux d’égout, il y a « une période de difficultés, de luttes, de sacrifices peut-être, à traverser. « Mais ces obstacles ne sont pas de ceux qui arrêtent longtemps l’admi-« nistration française. Celle-ci n’a qu’à imiter Londres, pour les voies et « moyens, et nul doute qu’elle ne trouve dans des conditions semblables « {meilleures) une compagnie qui, armée des mêmes droits, aurait les « mêmes {de plus grandes) ressources.
- « Quand Paris aura donné l’exemple, il sera imité par toutes les autres « villes, et alors, au lieu de reprocher à la capitale ses exigences, les « campagnes lui céderont volontiers ces eaux (les eaux potables) qu’elle « leur demande, assurées de voir revenir vers elle ces mêmes eaux plus « riches et plus fécondantes. »
- 2. BRUXELLES.
- Comme assainissement général, la ville de Bruxelles prend place entre Londres et Paris. Dans les dix dernières années, les efforts et les sacrifices d’argent les plus considérables ont été réalisés par la commune bruxelloise, pour améliorer la salubrité de la capitale.
- Ainsi, la distribution, par abonnement des eaux publiques, accrue et remplacée dans maints cas particuliers par les eaux de pluie et de citerne, a permis d’installer l’évacuation directe des déjections à l’égout, et, par conséquent, la suppression des vidanges. Deux collecteurs latéraux à la Senne, avec galeries branchées dans la ville basse, ont été construits pour réunir les liquides de tous les égouts secondaires dans un collecteur unique. Enfin, la Senne elle-même, canalisée et voûtée dans la traversée de la ville, formant un large boulevard planté à la surface, et préservant désormais les quartiers bas et populeux, des inondations dont la fréquence était si désastreuse, reçoit le sewage du collecteur unique, à plus de 5 kilomètres en aval des faubourgs, au delà du bourg de Wilvorde.
- Les projets de la municipalité, pour être complets, comportaient la défécation des eaux d’égout dans une usine spéciale, formée de bassins
- 1. Cette sous-commission composée de MM. Chevreul, président, Boussingault, Combes, Dailly et Eugène Tisserand, rapporteur, déposait son rapport sur les questions relatives aux engrais des villes, en janvier 1868,
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- de dépôt et occupant une superficie de ,12 hectares, expropriés par les soins de la ville; puis l’arrosage de terres en prairies, à l’aide des eaux clarifiées. L’épuration avait semblé indispensable à cause de la proximité des lieux habités, et afin de prévenir toutes causes de fermentation et d’émanation par les matières abandonnées sur le sol.
- Une Compagnie anglaise {the Belgian public works Company) obtenait, par arrêté royal du 29 novembre 1866, déclarant l’utilité publique, la concession des travaux des collecteurs et de la canalisation de la rivière, du boulevard au-dessus de la Senne, d’une Bourse, de maisons ouvrières, etc., en même temps que celle de l’épuration du sewage et de son utilisation agricole.
- La convention définitive passée' avec cette Compagnie par le conseil communal stipulait une subvention en capital de 15 400 000 francs payables : 12 millions suivant l’état des travaux; 2 millions après l’installation du service d’épuration, et le reste à ajouter au cautionnement de la Compagnie. Dans ce traité portant la concession à soixante-six ans et fixant l’achèvement des travaux dans un délai de quatre années et demie, à dater de l’arrêté royal, les clauses plus spéciales au sewage réservaient l’abandon des eaux d’égout pour la durée de la concession, avec une subvention totale de 6 millions, dont 2 millions de francs représentant le capital d’une rente annuelle de 100 000 francs.
- Le volume du sewage devait atteindre, grâce à l’augmentation de la distribution d’eau, 40000 mètres cubes par jour, soit environ 15 millions de mètres cubes par an. La seule condition imposée à la Compagnie pour l’irrigation, c’est qu’elle dut être cc aussi parfaite qu’à Blind-Corner « (Croydon), c’est-à-dire sans odeur pour le voisinage. » La Compagnie devait acquérir à ses risques et périls les terrains d’arrosage ; mais l’autorité communale, à sa demande, devait faire toute diligence auprès du gouvernement pour obtenir : »
- « 1° L'expropriation, pour cause d’utilité publique, des terrains1;
- « 2° L’autorisation de raccorder l’usine de décantation et d’épuration « par voie ferrée, au réseau des chemins de fer. » •
- Malgré la redevance considérable finalement assurée à la Compagnie2; malgré le principe inscrit au traité, de l’expropriation pour cause d’utilité publique, la Compagnie anglaise, après avoir mené activement les travaux à partir de septembre 1868 seulement, dut les arrêter, sous le Qoup de deux faillites successives.
- , t
- 1. Ces terrains étaient limités à un minimum de 60 hectares; ce qui, pour 15 millions de mètres cubes à l’année, aurait représenté une absorption de 250,000 mètres cubes de sewage à l’hectare et par an. La Compagnie concessionnaire se proposait, toutefois, d’acquérir 1,800 hectares pour une consommation de 8 à 9,000 mètres cubes par hectare et par an.
- 2. Le forfait final était de 24 millions de francs, plus l’abandon de la plus-value obtenue par la vente des terrains du boulevard.
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- La municipalité reprit alors et acheva les travaux abandonnés, mais sans avoir encore rien décidé pour l’emploi des eaux des égouts.
- La Compagnie avait cru à des bénéfices considérables provenant do l’arrosage des prairies dans la vallée de la Senne, situées sur des terrains d’alluvions assez peu perméables. Les ingénieurs municipaux actuels ne partageant plus absolument les mêmes illusions, voudraient, paraît-il, faire des essais de culture maraîchère et proposent d’élever par des machines, le sewage à 20 et 35 mètres, afin d’arroser les vastes terrains sableux et pauvres des plateaux de Loo et Penthy. Il faut espérer que pour la solution agricole, ils mettront à profit les enseignements récents de la pratique anglaise que nous avons essayé de vulgariser.
- 3. VIENNE*
- L’édilité viennoise a beaucoup fait pour améliorer l’état sanitaire et embellir la capitale de l’empire. Bien que son œuvre ne soit pas terminée, elle mérite d'être signalée, après celle de Londres et dé Paris, comme à Bruxelles.
- Indépendamment des nombreux édifices publics, théâtres, marchés, hôpitaux, casernes, etc., et des luxueuses habitations, seigneuriales ou particulières, de construction récente, la ville de Vienne s’est ornée de boulevards plantés, d’une largeur de 60 mètres environ, en remplacement de la ceinture de fortifications de l’ancienne cité (stadt)i Lesnou-velles rues qui aboutissent à ce vingt et celles des faubourgs, ont une largeur minimum de 15 mètres et une largeur maximum de 25 mètres. Des ponts sur le Canal du Danube et sur la Wien ont donné satisfaction au mouvement croissant de la circulation. De vastes places ont été réservées dans les quartiers neufs; les jardins et les promenades, le Prateiï, notamment, à l’occasion de l’Exposition universelle, ont été mieux aménagés et soignés. Le service de l’éclairage s’est étendu et celui du pavage a été surtout amélioré dans l’ancienne enceinte.
- Mais en tête de toutes ces améliorations, il convient de citer celles apportées à la distribution des eaux. Jusqu’à cette année, l’alimentatiôtt de Vienne était assurée en partie par des puits, et en partie par des sources. Les puits recevaient les eaux calcaires, légèrement animalisées du Danube, filtrant à travers le gravier d’alluvion {schotter), ou bien celles moins crues, mais aussi peu fraîches, de la nappe superficielle retenue par i’argile (tegel). Les sources des environs alimentaient dix-Sept aqueducs, y compris ceux du château impérial, d’eaux de pureté très-variable. En '1861, le conseil communal, pour remédier à l’insuffisance et à la mauvaise qualité des eaux, mit au concours et adopta un projet pour conduire à Vienne, sur un parcours de 75 kilomètres, deux des
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- sources fraîches et pures du mont Schneeberg : la Kaiserbrunnen, concédée par l’empereur à la ville, et la Stixenquelle, concédée également par le comte Hoyos. Ces deux sources qui débitent en moyenne 70 000 mètres cubes par jour, assurent un volume quotidien de 75 litres par habitant, pour une population de 900 000 habitants. Les travaux de conduite des eaux du Schneeberg, tant en galerie qu’en aqueduc et des réservoirs, évalués à 140 millions de francs, sont aujourd’hui terminés. Ils ont été solennellement inaugurés dans .les derniers jours d’octobre 1873.
- Depuis des siècles, Vienne possède une canalisation qui permet de ne point recourir aux fosses d’aisances. Les égouts, à cause de leur ancienneté, offrent une grande variété de types, mais chaque année leur réseau est étendu ou modifié suivant des profils mieux étudiés pour les canaux. Les eaux pluviales et ménagères et les déjections des habitants se rendent aux égouts. Jusqu’en 1859, les règlements de voirie imposèrent à chaque propriétaire l’établissement d’une citerne dont l’eau servait en partie au curage dü branchement en communication avec l’égout. Les eaux du trop-plein des aqueducs entraînaient les matières au canal du Danube, dans la Wien,et dans deux ruisseaux à ciel ouvert. Ces deux ruisseaux, l’Alserbach et 1’Ottakriilgerbach, ont été voûtés et forment deux collecteurs, dont le premier a une largeur variant de 4 à 7 mètres sur une hauteur de 2ta,50 à 3m,2Ô; et le second a 1 “,65 de largeur sur 2 mètres de hauteur en moyenne ; ils débouchent dans le canal du Danube. La Wien a été l’objet également de travaux importants pour sa régularisation; des barrages amenaient, au moment des crues, l’inondation des bas quartiers et la destruction des ponts; ils ont été démolis, et deux collecteurs ont été construits parallèlement à ses' rives pour recevoir les eaux des égouts et permettre aux eaux torrentielles de se déverser dans le ruisseau, sans y entraîner les matières solides du radier. Il reste encore à Construire les collecteurs de la Bri-gittenau dont le réseau représente une longueur de 25 kilomètres, de la Favoritenlinie, d’une longueur de 52 kilomètres, et finalement ceux parallèles au canal du Danube où se déversent actuellement tous les collecteurs. Si cette canalisation reste encore imparfaite et donne lieu à des plaintes, surtout pour les riverains de la Wien , on ne peut mé^ connaître que le conseil communal fait de louables efforts pour l’étendre et l’améliorer. A la fin de 1872, la longueur totale des égouts comprenait déjà 195 kilomètres, et celle des branchements des habitations 332 kilomètres.
- Le plus grand progrès sera réalisé par le nouveau service des eaux qui laveront abondamment les canaux, tout en contribuant au nettoyage des chaussées pavées et au rafraîchissement des voies macadamisées.
- Jusqu’en 1868, le curage des branchements des maisons se faisait par
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- les soins des propriétaires. Les exigences de l’hygiène ont décidé le conseil communal à se charger du curage de tous les égouts et de leur désinfection.
- En somme, la ville de Vienne offre ces avantages sur Paris, que la vidange et les voiries n’y existent pas, et que, grâce à une distribution abondante d’eaux d’alimentation, la salubrité des égouts sera assurée. La question de l’utilisation du sewage y reste tout entière; elle ne pourra être d’ailleurs sérieusement considérée que lorsque le canal du Danube aura reçu ses collecteurs sur chacune des rives, et que le régime du Danube régularisé aura été établi.
- V
- Enlèvement et écoulement.
- Nous avons réservé pour ce chapitre, en manière de conclusion, l’examen des objections présentées au système de l’écoulement, en faveur du système de l’enlèvement qui a été appliqué, de tout temps et de la manière la plus générale, dans tous les pays.
- \. OBJECTIONS A L’ÉCOULEMENT.
- Le plus grave reproche fait au système de l’écoulement est le suivant ; les immondices entraînées directement par les égouts dans les cours d’eau, qu’ils empoisonnent, sont perdues pour les campagnes et développent le long des rives des miasmes pernicieux. Ce système assure peut-être une plus grande propreté dans les habitations, mais il est insalubre pour les villes, dissipateur des richesses fertilisantes accumulées par les centres populeux, et désastreux pour les rivières et les eaux courantes.
- S’agit-il, d’après le même système, de dériver les eaux des égouts dans lesquelles sont reçues les matières fécales, pour les faire servir à l’irrigation de terres spécialement préparées, les objections" sont alors multiples. Résumons-les, en citant les conclusions de plusieurs travaux récents où les auteurs se sont efforcés de trouver la véritable formule de l’utilisation de l’engrais humain.
- « Les égouts, dit l’un1, qui ne servent efficacement, au point de vue
- 1. De Vassainissement des villes, par Renier Malherbe. — Mons, 1870, page 7 7.
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- « de la salubrité, que lorsqu’ils sont suffisamment lavés, pour détruire « en quelque sorte les matières qu’ils transportent, constituent la néga-« tion du progrès, car on ne peut Concevoir qu’on dépense des sommes « fabuleuses à leur construction pour ne produire d’autre résultat « que l’enfouissement d’une richesse considérable... Sans doute, le « sewage, comme corollaire des égouts, a pu provoquer des illusions « bien excusables. Mais, dans l’application, on a déjà reconnu, pour « bien des cas, l’impraticabilité d’un mode d’arrosage permanent qui « peut créer des marécages, lorsque l’enclave arrosable ne présente pas « une surface immense. Un mot a condamné le sewage : « C’est enfouir « des millions pour créer des marais pontins. » Et encore, sans le se-« wage, l’égout est à son orifice une cause importante d’insalubrité, « dont- les germes se transportent par un coup de vent. Donc, en der-« nière analyse, les égouts, comme mode de véhicule des déjections, ne « sont plus admissibles à l’avenir. »
- Suivant un second écrivain1, « le système de l'écoulement produit un « volume si énorme de sewage qu’il ne peut être ni emmagasiné ni « transporté; mais il faut, dans la plupart des cas, l’élever par des ma-« chines dispendieuses lorsqu’on veut l’appliquer à l’irrigation. Lors-« que, dans certaines circonstances exceptionnelles, la gravitation suffit « au transport de la masse du sewage, on peut rarement trouver des « sols appropriés à l’arrosage spécial. Dans les circonstances les plus « favorables, les céréales ni les cultures maraîchères ne peuvent être « arrosées; le riz, seul, dans les climats chauds, peut être ainsi produit. « La plupart des terres ont plutôt besoin de drainage que d’arrosage, « pour empêcher la formation de la paille dans les céréales. La seule « récolte que l’on puisse retirer du sewage, grâce à un concours très-« rare de conditions locales, est une sorte d’herbe grossière, qui,.mal-« gré son abondance, est de qualité inférieure et ne produit ni lait , ni « beurre, ni fromage, ni viande de bonne qualité. Ce médiocre emploi « ne saurait être,* toutefois, toléré dans le voisinage des centres habités, « à moins que le sewage n’ait été désinfecté; à cause des émanations « délétères de toute eau chargée de substances organiques en putré-: « faction. Il en est surtout ainsi lorsque cette eau est répandue sur de « larges surfaces, sous une couche de peu d’épaisseur. Lors même que « les champs irrigués sont éloignés des villes, l’atmosphère ne cesse « de se charger de vapeurs et de gaz nuisibles, elle les transporte au « moindre vent sur quelques lieux habités et les y rend aussi pernicieux « que sur l’endroit irrigué. En résumé, aucune irrigation par le sewage, « ne devrait être tolérée sur aucun point du globe. » :
- D’après d’autres auteurs2,. « le système de l’écoulement, partout où
- 1. The sewage question, by J.-G. Krepp. — London, 1867, page 109.
- 2. Comptes rendus des travaux de la Société des agriculteurs de France. Extraits du mémoire de MM. Renard et Frontuult. — Paris, 1870, page 728.
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- « il est facilement applicable, peut donner d’excellents résultats, au « point de vue de l’hygiène et de la richesse des récoltes, mais il n’est « pas d’une pratique générale, et il coûte cher à établir. Pour qu’il « puisse être mis en œuvre dans des conditions rémunératrices, il faut « que les terrains destinés à le recevoir possèdent une pente convenable « et une suffisante perméabilité, qu’ils soient situés dans un rayon très-« rapproché du lieu de production, et assez voisins de la mer pour pou-« voir s’y décharger sans difficulté de toutes les eaux en excès. Donc, et « en un mot, la méthode de l’écoulement, dans des cas donnés, peut « être employée avec certains avantages, mais elle n’est pas écono-« mique, ne donne pas de solution complète et ne peut prétendre à une « application générale. »
- Certains écrivains, qui ne nient pas les effets utiles de l’irrigation, ont été jusqu’à faire remarquer1 que les trois villes citées le plus souvent comme exemple d’arrosage par le sewage : Édimbourg, Worthing et Croydon, n’employaient pas d’une manière continue la totalité des eaux d’égout sur le sol et disposaient d’autres voies .d’écoulement. Ainsi, à Edimbourg, l’application n’aurait lieu que pendant une partie de l’année, et le burn ou ruisseau, recevrait le sewage pendant l’autre partie. A Worthing, lorsque le sol est saturé, on évacuerait le sewage directement à la mer. A Croydon, on écoulerait, quand il est nécessaire, dans les égouts. On expliquerait seulement ainsi les bons effets de l’irrigation sur les terres et les récoltes obtenues dans ces localités.
- Nous avons fait voir surabondamment qu’aucune de- ces assertions n’est exacte.
- Les fermes à sewage ont été également attaquées avec une persistance et une injustice dont on ne saurait toujours découvrir le motif. Ainsi, le Dr Letheby n’a pas cessé de déclarer que toutes les fermes à sewage étaient des marais pestilentiels. M. Hope a reconnu, en effet, qu’il pouvait en être ainsi pour beaucoup d’entre elles. Ce sont des ingénieurs, le plus souvent, qui installent ces exploitations, sans avoir étudié préalablement l’agriculture, et qui perdent de vue, dans la réalisation des moyens, le but à atteindre. « Les travaux de conduite des eaux depuis « la ville jusque sur le sol arrosable sont les moyens; l’utilisation agri-« cole de ces eaux est le but, et les moyens doivent être subordonnés « au but. » Pour citer quelques erreurs commises par les ingénieurs anglais, nous ferons observer que l’épandage égal et uniforme, à la surface du sol, pendant la nuit, est un problème des plus difficiles à résoudre pratiquement; et pourtant la plupart n’ont nullement songé à construire des réservoirs afin d’y emmagasiner le sewage', la nuit.
- Aucun cultivateur ne consentirait à distribuer plus d’engrais sur ses terres que les récoltes n’en peuvent consommer; s’il a des doutes, il
- 1. Barry. Utilisation of sewage, Brilish Association. — Exeter, 1869.
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- consulte autour de lui, voire même un chimiste ou un fabricant d’engrais. Ce qui n’empêche pas que les ingénieurs chargés de distribuer le sewage ne dressent un hectare de terrain par 250 habitants, le nombre 250 étant facile à retenir, et ne décrètent d’avance que les cultures de chaque hectare doivent consommer la dose d’azote correspondant à ce chiffre considérable d’habitants.
- Il a été reconnu encore que le ray-grass d’Italie (lolium italicum) ne peut donner qu’un certain nombre de coupes pendant sa végétation, et que les coupes les plus vigoureuses, au nombre de huit ou dix, peuvent être concentrées dans une saison. Il est d’usage, toutefois, pour les ingénieurs de consacrer toute la surface arrosable au ray-grass, sans tenir compte d’un assolement quelconque.
- Enfin, pour cultiver les plantes sous l’action de l’eau, le sol doit être poreux et bien aéré; or, les ingénieurs se refusent, le plus souvent, à drainer le sol arrosable. On conçoit que si, dans des nuits obscures, on verse des eaux animalisées sur un soi non drainé, déjà saturé, couvert d’une végétation impuissante à utiliser l’engrais, il en résulte des marais assurément pestilentiels. Ce n’est pas une raison pour affirmer, avec le Dr Letheby, que toutes les fermes arrosées doivent être en cet état1.
- En général, les conclusions des auteurs, dictées par un sentiment trop manifeste de partialité en faveur de méthodes spéciales que patronne chacun d’eux, en Belgique, en Angleterre ou en France, se résument dans Yinsalubrité de l’irrigation par le sewage, dans la difficulté etlevice économique de cette solution, d’ailleurs incomplète. Nous croyons avoir répondu péremptoirement, par l’exposé des faits, à des déductions que justifie seulement l’ignorance de l’état actuel de la question. Il a été démontré que l’irrigation par le sewage est parfaitement salubre, d’une application simple et économique, susceptible de donner lieu à des rendements inespérés, quand elle est bien dirigée.
- Dans la méthode d’enlèvement opposée à celle d’écoulement, on peut, d’après les zélés partisans que préoccupe la question agricole, si l’on a soin d’éloigner des récepteurs fixes ou mobiles, les eaux de propreté ou ménagères, afin de concentrer la totalité des matières fécales sous un volume et un poidâ minimum, vider ces récepteurs périodiquement, sans que le sol,les eaux, ni l’atmosphère en soient atteints, et convertir le contenu en engrais divers, notamment en sels ammoniacaux, dont l’agriculture a le plus pressant besoin. Les excréments sont des immondices particulières, devant subir un traitement spécial, et se recueillir aux lieux mêmes de production; elles ne nécessitent pas un ensemble de constructions coûteuses, égouts, canaux, machines, etc., ni une énorme dépense d’eau, ni des conditions orographiques spéciales.
- 1. British medical Association at Pltjmouth. — Report l>y W. Hope. August, 1871.
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- « La méthode d’enlèvement doit donc être mise en pratique dans le « plus grand nombre des cas. »
- 2. RÉPONSE AUX OBJECTIONS.
- Quelque intérêt immense qu’offre pour l’agriculture l’emploi des déjections recueillies isolément et des engrais des villes non restitués aux campagnes, les avantages que signalent les partisans de l’enlèvement sont malheureusement théoriques. La pratique journalière est loin de les réaliser. Depuis longtemps, le procès pour cause d’insalubrité, de gaspillage et d’incommodité, est fait aux récepteurs quelconques de ces immondices dans nos habitations, et gagné. S’il faut s’étonner d’une chose, c’est de voir se perpétuer un pareil système dans les villes où existent des égouts et une bonne distribution d’eau.
- Ü. RÉCOLTE DES MATIÈRES.
- Fosses fixes. — Les fosses fixes, malgré les règlements de police les plus sévères, là où ils sont en vigueur, sont rarement étanches. Elles reçoivent d’autres liquides que les urines. Au fur et à mesure que les habitudes de propreté se développent dans la population, le volume des eaux de toilette et de lavage rejetées dans les fosses augmente. Les gaz méphitiques des matières sans cesse en fermentation, quel que soit le système de fermeture employé, envahissent d’une manière continue les habitations. Des infiltrations s’établissent dans le sous-sol qu’elles corrompent, et gagnent les nappes d’eau superficielles, puis les eaux courantes.
- Fosses sèches. — Quant aux fosses sèches (âsh-pits), usitées dans certains pays, principalement dans les districts houillers du Lancashire, la projection journalière des cendres de foyer a pour but d’absorber les liquides, au fur et à mesure de leur émission. Les solides font prise, au dire des promoteurs de cette méthode, sans qu’il y ait dégagement de gaz, ni infiltration dans le sous-sol et dans les eaux. Les campagnes peuvent ainsi disposer d’un compost tout préparé. Les voiries et les dépotoirs deviennent inutiles.
- Or, de la pratique constatée partant d’enquêtes successives, il ressort que les cendres sont le plus souvent insuffisantes pour la solidification des matières fécales, car elles manquent dans les habitations pauvres où elles seraient le plus nécessaires, et abondent chez les riches ; de telle sorte que l’ammoniaque s’évapore, ou bien le dégagement gazeux s’accroît par l’addition des substances étrangères. Les cendres de houille, qui ne renferment pas de potasse, et peu de phosphates, occasionnent, par
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- l’effet de la chaux caustique, des pertes assez considérables d’ammoniaque. Il faut alors faire communiquer les fosses avec les égouts pour y écouler le trop-plein des liquides; sinon ils s’infiltrent dans le sol.
- Outre que la répartition des matières s’opère de la manière la plus imparfaite à la voirie, des cendres ainsi imprégnées ne représentent pas, comme valeur d’engrais, les dépenses de charroi; et les agriculteurs se refusent à les employer.
- Dans les deux cas, on n’échappe pas à la vidange, d’autant plus fréquente que l’on emploie plus d"eau; à la vidange, avec sa circulation, son travail dégoûtant, ses exhalaisons nauséabondes et malsaines. La vidange par le vide pneumatique, obtenu à l’aide de la vapeur ou autrement, n’empêche pas l’enlèvement à bras des matières solides, ni celui d’une partie des liquides, par suite du défaut d’étanchéité d’un grand nombre de fosses. On n’échappe pas davantage aux dépotoirs, ni aux ateliers limitrophes des villes, qui frappent d’insalubrité et de défaveur les localités où ils s’établissent.
- Les fosses sèches participent comme les fosses mixtes à ces inconvé-nienls que notre civilisation désavoue. A Manchester, par exemple, où les autorités luttent énergiquement pour leur maintien, la Commission de 1868 a remarqué que, malgré une inspection des plus vigilantes et un service de vidange des mieux organisés, on tolère dans la ville des accumulations de matières les plus pernicieuses. On ne se déeidej presque partout, à réclamer la vidange que lorsque les fosses débordent. Des files de maisons sont alors soumises à la répugnante pratiqué pendant la même nuit, et tout un quartier est empoisonné à la fois. Les vidangeurs divisent le contenu des fosses sèches en matières solides et en matières fluides; celles-ci sont seules considérées comme engrais et transportées aux dépotoirs; celles-là sont déchargées comme résidus dans les endroits spécialeriient assignés aux environs de la ville ; elles servent à combler les déblais, à niveler le terrain, et il n’est pas rare qu’on y construise des habitations. Au ravin de Collyhurst, situé au nord' de Manchester, on trouve un remblai ainsi formé, sur 5 à" 6 mètres, de hauteur, qui s’étend sur plusieurs hectares. Les liquides qui suintent de ces remblais sont beaucoup plus chargés de matières organiques que le sewage le plus impur. On conçoit dans quelles conditions d’assainissement peuvent se trouver des habitations construites sur de pareilles voiries. Une certaine partie des faubourgs de Manchester, de Bol-ton, de Oldham, etc., a été bâtie sur d’anciennes voiries, provenant des résidus solides des fosses sèches.
- Fosses mobiles. — Reste la fosse mobile qui varie comme forme, depuis le simple bac à'cendres ou à tan, des villes, belges, jusqu’à la tinette à diaphragme de Richer, de Mosselman, et aux autres appareils désinfectants : Goux, Moule, Blanchard, etc. La capacité de ces tinettes ou des
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- appareils récepteurs ne saurait excéder un hectolitre, puisqu’il faut pouvoir les déplacer facilement et souvent. Un des grands avantages sur lesquels on insiste particulièrement consisterait dans la fréquence de ces enlèvements qui permet d’éviter la fermentation des matières et de leur conserver leur valeur fertilisante. La tinette offrirait, en outre, l’avantage d’être toujours accessible et facilement surveillée. Elle constituerait enfin la seule solution possible de la récolte intégrale de l’engrais humain.
- Les exigences sociales et sanitaires d’une cité quelconque, nous l’avons vu pour Paris, n’admettent pas la généralisation d’un système, si perfectionné que l’on voudra, de fosses mobiles. On a reconnu à peu près partout, à l’usage, que les tinettes, sans division de matières et sans introduction de substances absorbantes, ne suppriment pas la fermentation, ni l’infection. Or, séparer les matières fluides des matières solides revient presque toujours à sacrifier lès liquides. Ainsi, pour la séparation, on a eu recours au débordement, c’est-à-dire à l’écoulement des urines plus ou moins diluées, dans les égouts : nous examinons ce cas plus loin. On a eu encore recours à la filtration, dans les appareils mêmes, au fur et à mesure de l’émission des matières; les urines sont absorbées ou écoulées. Enfin, la séparation par capillarité est basée sur l’entraînement des liquides par un circuit oblique dans des réceptacles spéciaux, où ils sont désinfectés, à moins qu’on ne les laisse se déverser directement à l’égout.
- Dans le procédé Blanchard et Château, la fosse mobile n’admet les liquides à l’écoulement qu’après leur avoir fait traverser une couche de sulfate de magnésie et d’acide phosphorique. L’inodorité n’est pas complète , et les eaux vahnes sont encore tellement chargées de principes fertilisants, que leur décharge dans l’égout équivaut presque à l’écoulement direct des urines.
- Dans le système Mosselmann, la séparation exige deux récepteurs superposés, dont chacun est séparé en deux compartiments inégaux par une cloison verticale ; les urines sont absorbées par de la farine de chaux.
- Dans le procédé Müîler-Schür, appliqué en Allemagne, les appareils sont disposés de manière à ce qu’après chaque visite, les déjections soient saupoudrées d’un mélange désinfectant de chaux et de charbon de bois.
- Avec le cabinet Moule, dont l’application a été autorisée en Angleterre, là où le water-closet était de rigueur, le dégagement gazeux est empêché par l’introduction mécanique, à chaque émission, de terre en poudre, séchée à l’air ou à l’étuve. ç
- Enfin, dans la fosse Goux, la fosse est garnie d’une couche de matières absorbantes, formée de paille, de poussier de charbon de bois et de sulfate de fer, que les liquides imprègnent.
- Les deux derniers appareils Moule et Goux méritent, toutefois, une
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- mention spéciale parce qu’ils sont applicables avec avantage, vu leur simplicité, dans les campagnes, dans les établissements publics, collèges, casernes, prisons, etc., et dans les ateliers des faubourgs des villes manufacturières, où la collecte des matières se fait, soit dans des fosses extérieures, soit dans des tinettes à l’intérieur des bâtiments d’habitation.
- Le cabinet Moule, adopté par quelques villes anglaises du nord-ouest et ailleurs, a été l’objet d’un examen spécial de la plupart des hygiénistes et des conseils de salubrité.
- Dans un rapport spécial présenté à la réunion de l’Association britannique (1871), le Dr Gilbert établit que, dans ses essais sur l'efficacité désinfectante du cabinet Moule, il a employé 700 kilogrammes de terre argileuse, séchée à l’air et tamisée. L’accroissement de la proportion d’azote a été seulement de 0,15 0/0, chaque fois que la terre fut remise en service. Après avoir- servi plusieurs fois, la terre n’est guère plus riche qu’un bon terreau de jardin; il est donc certain qu’un pareil engrais, quand bien même il ne coûterait rien, ne peut supporter dès frais de transport considérables. M. Rawlinson a présenté d’une manière originale, devant l’association pour les sciences sociales, à Leeds, les inconvénients de ce système.
- « On a objecté, dit-il, à l’écoulement , que l’atmosphère des habi-« tâtions était corrompue parles gaz des égouts. Mais aucun égout « bien établi ne doit communiquer directement avec l’habitation. Une « cheminée spéciale de ventilation, débouchant à l’air libre, doit en-« tramer les gaz du branchement, sans qu’ils aient accès dans l’habi-« tation.
- « De même, on a objecté que l’eau ne désinfecte pas, sous prétexte que « la terre sèche désinfecte beaucoup mieux. On ne saurait refuser d’ad-« mettre, toutefois, que l’eau arrête la putréfaction pendant un temps « suffisant pour que les fluides s’écoulent hors de la ville sans déga-« gement nuisible; la manipulation se borne, dans ce cas., à tourner « une manette qui introduit l’eau necessaire à l’entraînement des déjem-« lions. Au contraire, pour le cabinet Moule, il faut intervenir personne nellement une fois au moins par semaine, et, pour le tenir propre, une « fois par jour. Il en résulte que, pour deux ou trois cabinets par maison, « il faudrait, dans un cas, cinquante-deux manipulations par cabinet et « par an, et, dans le second cas, trois cent soixante-cinq manipulations. « La valeur de l’engrais représentant 15 francs par tête et par an, on « peut se demander qui voudrait consentir à des manipulations aussi réi-« térées pour une pareille rémunération. »
- Tous les systèmes de fosses mobiles exigent, pour fonctionner pratiquement, que la quantité d’eau de lavage soit aussi limitée que possible. De là des dispositions plus ou moins ingénieuses, proposées également pour les urinoirs publics, qui perihettent d’écouler les eaux de
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- lavage ,par des tuyaux distincts du tuyau de chute des matières. Ils exigent, en outre, pour assurer l’inodorité, que les appareils soient hermétiquement fermés et que l’écoulement des liquides se fasse le plus rapidement possible, afin de prévenir le contact prolongé qui développe la fermentation.
- L’accès et la surveillance facile des fosses mobiles deviennent de sérieux inconvénients, au lieu d’avantages, par suite de la nécessité d’avoir trop souvent à pénétrer dans -les habitations pour le service. Aussi, l’idéal consisterait à les disposer de manière à en faciliter l’enlèvement et l’accès par la rue, ou par l’égout. Mais, même alors, le récepteur n’étant plus sous la surveillance immédiate du particulier, l’engrais est tellement dilué que les frais d’installation ne sont plus suffisamment rémunérateurs.
- Que penser, enfin, sous le rapport des convenances, d’une sujétion aussi peu agréable que celle imposée par la surveillance quotidienne de ces appareils? Comment recommander à une ville des procédés dont la pleine réussite est basée sur des approvisionnements de réactifs de désin- » fection; sur une économie rigoureuse de l’eau de lavage et de toilette; sur l’obligation de recourir quelque temps d’avance à telle ou telle Compagnie particulière chargée du service, etc.? Combien toutes ces incommodités ne s’augmentent-elles pas avec des récepteurs d’aussi faible capacité, lorsqu’ils desservent des habitations où logent plusieurs familles, dans des corps de bâtiment distincts? Combien de frais inutiles en main-d’œuvre, en personnel, en matériel, en charrois , etc.; quel encombrement apporté dans la circulation d’une ville active, par ces transports et ces manutentions incessantes !
- Nous avons fait remarquer à dessein que, dans tous ces procédés, la récolte et l’utilisation des urines est sacrifiée. C’est encore bien plus flagrant pour la voie publique où les urines sont abandonnées, soit que les chaussées les absorbent, que des tonneaux spéciaux les maintiennent en pleine fermentation ou qu’un courant d’eau les entraîne continûment à l’égout. On a cherché, il est vrai, à isoler les urines des eaux de lavage, en astreignant les passants à une sujétion qu’ils ne consentent pas à remplir, celle de se rendre à des endroits désignés et de se placer sur deux semelles à bascule. On a également proposé d’établir une canalisation spéciale qui conduirait toutes les urines émises dans certain rayon, à des réservoirs où les principes fertilisants seraient fixés et concentrés. Autant de petits dépotoirs, créés sur divers points de la ville, en admettant que cette canalisation ne représente aucun frais, et que l’eau de lavage soit rejetée!
- La perte, le mauvais emploi même des urines, sont la condamnation la plus grave des procédés de division appliqués aux centres populeux, et surtout de la mesure qui avait prévalu dans quelques villes, entre autres
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- à Paris, de rejeter les liquides soi-disant désinfectés dans les égouts, afin de diminuer le volume des matières à emporter aux dépotoirs.
- Il ressort, en effet, des tables calculées par Rôder et Eichborn, sur les analyses de Wolff et Lehman, que dans les matières fécales d’une population nombreuse (hommes, femmes, garçons et filles), le rapport de l’azote organique, renfermé dans les matières solides, est à celui contenu dans les urines :: \ : 7,87. Bien qu’une quantité importante de l’azote organique de l’urine (l’urée) ne puisse pas être considérée comme une source directe d’infection des eaux, car l’urée se transforme rapidement en carbonate d’ammoniaque, il n’en est pas moins avéré que cette transformation a lieu avec développement de myriades d’organismes vivants, vibrions et bactéries, qui causent la prompte putréfaction des matières organiques avec lesquelles l’urine modifiée entre en Contact. Le rapport de 8 d’azote dans l’urine, contre A dans les matières solides, étant établi, c’est une erreur grossière de prétendre qu’en empêchant les matières solides de tomber dans les égouts, lorsque les urines s’y rendent par la voie publique, par les infiltrations des fosses, par les systèmes diviseurs, etc., on préserve les égouts et les cours d’eau de l’infection.
- Ô, EMPLOI DES MATIÈRES.
- Voulons-nous examiner sommairement les modes d’emploi ou de traitement des vidanges ? On constatera que pour tous la difficulté pratique est la même, que les matières soient fermentées ou non. Il faut, le plus souvent, isoler les liquides des solides, afin d’empêcher la déperdition de l’ammoniaque parla fermentation, et d’éviter le transport de masses d’eau trop considérables; il faut désinfecter et solidifier les résidus, et obtenir des conditions de transport qui facilitent l’arrivée des matières au milieu des centres agricoles.
- De tous les modes d’utilisation, celui qui intéresse le plus vivement l’agriculture consiste dans l’épandage sur le sol des matières vertes, c’est-à-dire sans mélange, pratiqué de temps immémorial dans certaines régions de la France, le Nord, l’Alsace, le Rhône, l’Isère, le Var, les Alpes-Maritimes, etc., et dans d’autres pays, la Belgique, la Suisse, l’Italie, etc. Tout travail, pour dénaturer les vidanges des villes, coûtera toujours plus cher, quoi qu’on fasse, que de les transporter à leur étatjnormal.
- On connaît la disposition des fosses étanches et voûtées qui sont l’annexe de chaque ferme de la Flandre. Des deux ouvertures ménagées dans la voûte, l’une donne accès à l’air, l’autre aux matières transportées hors des villes et des bourgades avoisinantes. Lorsque le transport est achevé et que la fermentation établie dans la masse y a développé la viscosité voulue, l’épandage s’opère au tonneau et à l’écope. Les matières de
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- premier choix titrant 2! degrés à l’aréomètre Baumé se payent jusqu’à 5 fr. 60 le mètre cube; leur prix descend parfois jusqu’à 4 fr.60, et il n'est pas rare aujourd’hui dans les grandes villes, à Lille notamment, que les cultivateurs se refusent à les enlever, lors même que les propriétaires les leur abandonnent gratuitement , à cause de leur dilution excessive. Dans d’autres localités, à Grenoble, à Vienne, à Lyon, la désinfection par la couperose et la chaux, imposée par les municipalités., déprécie sensiblement la valeur de l’engrais naturel. Le procédé flamand se retrouve dans les provinces de Milan, de Brescia, de Lucques * de Pise.
- Les autres procédés d’utilisation sont basés sur le mélange avec l’eau ou avec diverses substances, sur l’évaporation atmosphérique ou artificielle, et sur le traitement chimique.
- Matières diluées. — La dilution des matières fécales dans Peau nous ramène aux procédés des engrais liquides décrits dans notre premier travail1, et à l’emploi du sewage pour l’irrigation. Le procédé tubulaire installé à Vaujours par M. Moll, pour l’arrosage à la lance, a été continué, assure-t-on, par M. Soyer, sans que nous sachions dire si les résultats se sont améliorés ou maintenus. M. du Couëdic, comme M. Mechi l’avait fait longtemps auparavant sur sa ferme de Tiptree-Hall, utilisait pour l’arrosage les engrais extraits des fosses et des latrines de Quimperlé. Ces exemples ont été suivis dans beaucoup de régions par les propriétaires oii fermiers adjudicataires des eaux vannes et des vidanges. M. Dailly, sur la ferme de Trappes ( Seine-et-Oise); M; Gérardin, avec les liquides de Gonesse, près de Saint-Denis, arrosent ainsi leurs terres, Nous avons décrit2 l’heureuse application du même genre, poursuivie par M. Albert André sur son domaine de Gaujac, avec les produits des fosses et latrines d’Anduze (Gard). Les cas analogues d’irrigation que nous pourrions citer n’intéressent pas la question d’assainissement des villes; ils constituent * à proprement parler, des faits d’exploitation agricole,
- Matières désinfectéesDivers modes de désinfection ont été pratiqués sur les matières des vidanges, dans les récepteurs mêmes. Les dissolutions métalliques employées jusqu’ici désinfectent* mais ne fixent pas les corps volatils ou infects ; les matières ne sont pas saturées* ni solidifiées. v
- Parmi les éléments qui déterminent, au point de vue de la salubrité, l’infection des engrais liquides et des vidanges, les plus actifs sont le Carbonate et le sufhydrate d’ammoniaque et l’odeur caractéristique des
- 1. Utilisation des eaux (Végouii p. 64.
- 2. Journal d’agriculture pratique, décembre 1868.
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- matières animales. La désinfection des vidanges au moyen des sels métalliques, sulfate de fer, chlorure de manganèse Ou de zinc, avec ou sans addition de charbon ou de matières goudronneuses, s’obtient complètement sur de petites quantités, en ne ménageant ni le temps ni les réactifs, de manière à obtenir des produits inodores et des liquides incolores.
- Industriellement, et pour dés opérations faites de nuit dans tous les quartiers d’une ville ou dans des fosses anciennes et ihal surveillées, la désinfection devient bien moins facile. Aucun Parisien ne songerait, par exemple, à demander le rétablissement du coulage sur la voie publique des eaux-vannes qu’on prétendait avoir désinfectées. C’est que l’opération, pour être bien faite économiquement* exige non-seulement que les sels* métalliques réagissent pendant cinq et huit jours sur les vidanges afin de fixer lés sels ammoniacaux, mais que l’on opère un brassage éneïgique avec addition de charbon ou de goudron, pour neutraliser l’odeur sui generis de la matière animale dans la partie solide, extraite en dernier.
- Quant à la saturation ou à la solidification des déjections, elle est le fait de la fabrication proprement dite ; et ici les mélanges avec diverses matières varient à l’infinn Celui le plus généralement adopté se fonde sur l’immixtion des immondices avec la terre, les boues, les balayures, les cendres des villes; C’est le procédé surtout usité en Belgique, en Allemagne, etc. Dans les provinces de Maeerata et de Ravenne (Italie), les vidanges sont enfouies en terre, puis retournées pendant deux années.
- L’abondance et la nature dés matières premières ou des débris de toute espèce qui peuvent absorber le plus d’humidité déterminent la fabrication du compost avec les déjections. C.e sont, parmi les ma? tières minérales ; les poudres de phosphate, les cendres , les chaînées, l’argile, la suie, etc,; parmi les matières animales i les, poussiers de batterie, les râpures de cornes, sciures d’os, tontisses, chiffons, bourres, etc» ; enfin, parmi les matières végétales : les poudres de tourteaux, les touraillons de brasserie, les marcs de raisin, etc.
- Quelques-uns de ces composts résultent ;dcs procédés mêmes de récolte des vidanges; ce sont ceux obtenus par le mélange avec la terre sèche (procédés Moule et Liernur) ; les cendres de houille (procédé du Lancasliire); la chaux et le charbon de bois (procédé Müller-Schür) ; la chaux (procédé Mosselman) ; le terreau carbonisé ou charbon animalisé (procédé Salmon), la tourbe sèche (procédé nantais), etc.
- Ces produits à richesse très-variable sont sans doute intéressants pour Tutilisation des .matières de mélange ; mais ils résultent d’une véritable fabrication où les matières fécales jouent trop souvent un rôle secondaire. L’analyse chimique seule détermine leur valeur fertilisante. L’essentiel est de savoir si l’hygiène publique et les habitudes de propreté étant sacrifiées dans les centres de population par la collecte de
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- matières, fermentées ou non, l’intérêt agricole trouve de très-sérieux avantages dans leur emploi, après leur dénaturation par les mélanges indiqués.
- Matières évaporées. — La fabrication de la poudrette, basée sur l’évaporation atmosphérique, tant de fois décrite, pourrait rendre d’importants services, car la poudrette constitue un engrais excellent, mais elle ne représente qu’une faible partie des substances fertilisantes contenues dans la vidange. « Qu’elle emploie des procédés de désinfection certains,
- « durables et à bon marché, dit M. Dumas, elle pourra se modifier « utilement; mais, telle qu’elle est, la confiance qu’elle a dans son propre « avenir est trop faible pour qu’on puisse y engager de grands capitaux « en améliorations. » Sous le rapport de la salubrité, aucun mode de traitement n’est plus condamnable. Les mesures imposées récemment dans le cahier des charges de la ville de Paris, aux adjudicataires de la voirie, de Bondy (page 319), ne sauraient mettre fin, dans un avenir prochain, à ce mode d’évaporation, si justement décrié.
- L’évaporation naturelle ou artificielle a été appliquée au traitement des eaux vannes.
- Dans le système Eurêka, installé il y a quelques années à Manchester, la chaleur de fours spéciaux, d’ailleurs bien conçus, servait à évaporer la plus grande partie de l’eau contenue dans les matières solides et liquides , préalablement désinfectées. L’engrais était finalement desséché par le mélange avec des cendres, de la poudre d’os, etc.
- Le procédé Chodzko combinait la désinfection de ces eaux par le sulfate brut de magnésie, ou par un mélange de ce sulfate et de vitriol, avec l’évaporation dans des bâtiments de graduation, du même type que ceux usités autrefois à Moutiers et essayés par la Compagnie des salins du Midi, pour la concentration des eaux salées. Les fascines chargées des matières en suspension dans l’urine étaient abandonnées à la dessiccation, déprivées de leurs sels qué l’on concentrait en chaudière, etc. L’engrais dit atmosphérique, pas plus que le procédé Chodzko installé au camp de Châlons, n’a réussi à se vulgariser.
- M. Porion, de Wardrecques-Saint-Omer, a imaginé un appareil d’évaporation économique, s’appliquant â tous les liquides résidus de fabrication : vinasses, lessives, eaux gélatineuses, etc. Des expériences ont dû être faites pour l’évaporation des eaux vannes. Mais quelque économique que soit le foyer de M. Porion, nous ne craignons pas d'avancer que la masse.d’eau à évaporer, pour recueillir les sels fertilisants des urines, est un obstacle capital à ce mode d’utilisation, .
- On connaît enfin le système spécial de distillation des urines et des eaux vannes pour en retirer l’ammoniaque à l’état de sulfate. On dépince la base par un excès de chaux ; on chasse le gaz par la distillation et on le recueille dans de l’acide sulfurique. Tel est le système sur lequel:sont
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- basés les appareils Mallet, ceux de MM. Margueritte et Sourdeval, si longtemps appliqués à Bondy par MM. Lesage et Cie. Dans l’appareil Chevalet, on a cherché à rendre l’opération plus rationnelle ou plus économique, en n’employant de la chaux que juste ce qu’il faut pour décomposer les sels fixes, sulfates et chlorhydrates.
- Enfin, le docteur Abendroth, de Dresde, a fabriqué, sous le nom de guano saxon, un produit résultant du mélange des résidus de la distillation des urines et de la carbonisation des matières solides des vidanges, avec les immondices fraîches. D’après les calculs établis par le fabricant, les déjections rapporteraient, tant en sulfate d’ammoniaque qu’en guano humain, dosant 4,5 0/0 d’azote, un peu plus de 2 francs par habitant, déduction faite des frais de fabrication et de l’intérêt du capital employé à l’établissement de l’usine.
- Matières chimiquement traitées. — Parmi les procédés chimiques pour l’élaboration des matières fécales,il conviendrait de mentionner ceux plus complets, et très-longuement décrits par les intéressés, que l’on connaît sous le nom de Blanchard et Château, à base de phosphate; de la Compagnie Chaufournière ou Mosselmann, à base de chaux; de M. Krafft, etc. Ils constituent de véritables industries chimiques pour la fabrication des engrais, et, à ce titre, ils ne sauraient nous occuper ici.
- C. TRANSPORT DES MATIÈRES.
- Quel que soit le procédé de dessiccation, qui enlève aux matières les 93 0/0 d’eau qu’elles renferment, ou le réactif employé à la désinfection, la dépense de la manipulation sera toujours plus élevée que celle nécessaire à la traction sur les chemins de fer ou sur les routes, jusqu’à une distance variable. Malheureusement cette distance, dans Tétât actuel, est très-courte; et il faut tenir compte des frais de manutention, comme de la déperdition des matières utiles par la fermentation. Bien des systèmes ont été proposés pour entreposer les matières préalablement désinfectées par les entrepreneurs des vidanges, dans des fosses spéciales où elles seraient à pied d’œuvre et tenues, pour ainsi dire, à la disposition des cultivateurs.
- M. Gargan, reprenant l’idée de M. Schmidt, de Belgique, avait créé un service de wagons-citernes emplis sur l’embranchement de la conduite du dépotoir, que Ton expédiait de Pantin, par chemin de fer ou par bateaux, jusqu’en Champagne. Le contenu de ces wagons était déversé dans des bassins en maçonnerie, à proximité des gares.
- On a insisté, dans la plupart des enquêtes, pour que les Compagnies de chemins de fer réduisissent leurs tarifs et les rendissent uniformes, en vue surtout du transport des vidanges, dans le but d’empêcher que leur prix de revient dans un rayon de 100 kilomètres fût plus élevé que
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- celui du fumier d’étable. On a proposé de sépater mécaniquement les déjections liquides, de les expédier journellement en barriques bien com ditionnées et bondées, par wagons complets, moyennant retour à vide, au tarif de 4 centimes par tonne et par kilomètre ; ce qui mettrait le prix du wagon de 4,000 kilogrammes, transporté à 100 kilomètres, à 16 francs, et de réduire de moitié le tarif pour le transport des matières solides en vrac. C’est à une conclusion de ce genre, indépendamment de la question des tarifs, qu’est arrivée la Commission nommée en 1865 par le ministre d’agriculture de Prusse, von Selchow, pour l’étude du meilleur mode d’enlèvement et d’utilisation des vidanges1, en proposant de récolter les matières dans dés tonneaux mobiles, hermétiquement fermés, que l’on expédierait directement aux cultivateurs chargés de les renvoyer à vide.
- M. Dumas a parfaitement résumé, au nom de la Commission des engrais, les difficultés qui font échouer Ges tentatives, « Les vidanges, outre « qu’elles ne peuvent être appliquées indifféremment à tous les sols et à cc toutes les cultures, ne supportent pas de gros frais de transport, et, en « l’état actuel, tout tend à exagérer cette dépense. Les règlements de « police ne permettent pas aux administrations de chemins de fer d’exé-« cuter librement le transport des vidanges, Les Compagnies doivent « avoir des dépotoirs spéciaux dans leurs gares... éloignés des habita-« tions ; les vidanges ne peuvent circuler que de nuit, au dehors de la « gare ; il faut pour ces transports des wagons spéciaux dont l’entretien « exige soins et dépenses; la manipulation des vidanges, enfin, inspire « aux ouvriers une répugnance qui ne peut être vaincue qu’à prix d’ar-« gent. Toutes ces circonstances tendent à augmenter la valeur vénale « des vidanges,.. D’autres obstacles s’opposent encore à une fructueuse « application, Les matières se reproduisent tous les jours, tandis que leur « emploi aü profit de l’agriculture est restreint à quelques époques dé-« terminées. Ces circonstances forcent le cultivateur ou le marchand à « conserver les vidanges dans des citernes, dépotoirs ou lieUx de dépôt « quelconques, Mais la loi qui régit les établissements insalubres déter-« mine une distance, autour des habitations, en deçà de laquelle lés « matières fécales ne peuvent séjourner. Il résulte de là que, dans un « grand nombre de circonstances, les cultivateurs ne pourraient ouvrir « des citernes, même sur leurs propres terrains, pour y déposer les « vidanges dont ils auraient à disposer. »
- Ces dernières remarques s’appliquent de même, en France, aux fabriques d’engrais quelconques* rangées parmi les établissements insalubres de première classe.
- Comme M, Dumas l’établit plus loin, dans ce même rapport* « il reste « à la science à exonérer la dignité humaine de tout rapport direct avec
- 1. Die Aufbruch und Veriuesunç) der Dungstûffe. — Berlin* 1865.
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- « des restes pour lesquels l’homme éprouve une répugnance qu’il faut « respecter. La perfection de l’étât social ne consiste pas à recueillir ces « restes et à les utiliser en surmontant le dégoût qu’ils inspirent* comme « on le pratique en Chine. Non I elle consiste à les dénaturer, à les trans-« former et à en rendre les dérivés maniables, en leur conservant toute « leur valeur, mais en leur enlevant tout ce qui provoque un légitime « dégoût. »
- Les essais de dénaturation ou de transformation des déjections humaines ne font pas défaut, il faut le reconnaître; mais la solution du problème « de leur désinfection instantanée et durable, suivie de leur « concentration à bon marché, sans perte pour l’agriculture, » est encore à trouver.
- 3. AVANTAGES DE L’ÉCOULEMENT AUX ÉGOUTS.
- Eau potable et égouts. — Le système des fosses fixes ou mobiles et tous les modes plus ou moins perfectionnés du traitement des matières que nous venons de passer èn revue ne dispensent pas plus une ville de construire des égouts, que de se procurer en abondance de l’eau pure et salubre. Une bonne distribution d’eau est aussi essentielle aux usages variés de la vie domestiqué et de l’industrie, qu’à l’assainissement des villes par le lavage, à leur sécurité contre l’incendie et à leur embellissement par les fontaines jaillissantes des places publiques et des promenades.
- A la séance de la Chambre des députes du $ mars 1846, Atago, rappelant les services immenses de l’eau, sous le rapport dé la salubrité, citait le mot de ce grand écrivain , un Père de l’Église, la propreté est une vertu; et il ajoutait : « Uil Voyageur Célèbre dit qti’il à pu presque « partout juger du degré de civilisation des peuples par leur propreté. » Liebig, développant cette même pensée pour la rendre plus saisissante, dit que : « la consommation du savon chez un peuple pourrait servir à estimer le degré de richesse et de civilisation qu’il a atteint. De deux pays possédant la même population* celui qui consommera le plus grand poids de savon sera le plus riche et le plus civilisé L »
- Or, la propreté ne peut exister, pour une population comme pour tin individu, qu’à la condition de pouvoir se défaire rapidement et complépieraient de l’eau lorsqu’elle a servi dans l’habitation, dans les établissements et sur la voie publique, et dans les usines. Ainsi, quand on a procuré à une ville le volume d’eau nécessaire, on n’a résolu que la moitié du problème. Il faut* pour la solution complète, débarrasser la ville de cette eau chargée de toutes les impuretés qui nuisent à la santé ou
- 1. Famüiar letters on chemistry, by Juslus Liebig, edited by'J. Gardner. London, 1843.
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- au bien-être des habitants. Autrement, elle devient bientôt une cause d’infection, qui rend les villes inhabitables.
- « Il suffit de lire l’histoire de Rome et de toutes les grandes villes « modernes, dit Parent du Châtelet, pour savoir que les égouts ont fait « disparaître pour toujours des épidémies qui, avant leur établissement,
- « revenaient d’une manière presque périodique. » ,
- L'aqueduc, qui a pour complément obligatoire l’égout, améliore non-seulement l’état sanitaire général, mais concourt, comme lui, à la diminution de la misère, du paupérisme et des vices qui dégradent les cités.
- Water-closets. — Dans les villes où les water-closets sont appliqués, l’eau est distribuée aux divers étages. La communication des maisons avec les égouts est le plus souvent double : un branchement y conduit les matières des sièges entraînées par l’eau; un autre , les eaux ménagères des cuisines. Les eaux pluviales débouchent, en outre; dans l’un ou l’autre de ces tuyaux et contribuent au lavage.
- Il n’y a donc pas lieu de faire le procès aux égouts en raison des water-closets. S’ils ne reçoivent pas des torrents d’eau comme dans l’ancienne Rome, afin d’y entretenir une parfaite salubrité ; s’ils laissent se dégager, comme on le prétend d’une manière générale, des gaz délétères, c’est qu’ils ont été mal conçus et établis. Les conditions d’un bon système d’égout ont été nettement posées au congrès général d’hygiène de Bruxelles, en 1832; nous les rappelons :
- 1° Offrir un écoulement facile aux eaux ménagères et pluviales qui peuvent y être introduites;
- 2° Empêcher tout dégagement d’odeurs méphitiques, soit dans l’intérieur des habitations, soit sur la voie publique;
- 3° Etre parfaitement imperméables ou étanches, pour prévenir rinfil-traition des eaux corrompues dans le sol;
- 4°, Être pourvus de moyens d’aération tels que les gaz délétères ne puissent y. séjourner; -
- 5° Présenter de distance en distance, et en contre-bas du radier, des réservoirs où puissent se déposer et être promptement enlevées les matières plus ou moins solides, susceptibles d’être employées avantageusement par l’agriculture.
- Nous n'avons pas à développer les principes de construction qui permettent de réaliser ces conditions essentielles; tels ils sont, tels on les trouve réalisés dans un grand nombre de villes, surtout parmi celles, en Angleterre, qui se sont conformées aux instructions du general Boord of Health.
- Lorsque la perfection n’a pas été atteinte dans l’établissement du système des égouts d’une ville, de nombreux procédés ont été indiqués, et
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- onfc souvent réussi, pour les ventiler et les rendre salubres. Soit que les branchements aient été pourvus d’obturateurs aux orifices ouvrant dans les galeries, soit que des cheminées spéciales appellent les gaz formés, soit enfin que le courant d’eau entraîne toutes les matières sans les laisser stationner, le meilleur de tous les procédés consiste dans l’abondance de l’eau, et c’est vers un approvisionnement considérable d’eau que tendent toutes les villes de progrès.
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- Le comité Grantham de l’Association britannique a voulu comparer la situation des villes à water-closets, possédant une mauvaise canalisation, avec celle des villes pourvues de fosses d’aisance, mais dont la canalisation fut bien établie. Il a choisi pour son examen deux villes de régime absolument opposé : Bury et Cambridge1.
- Bury. — A Bury domine le système de fosses sèches ou à cendres, dont on prône l’efficacité et l’économie dans le Lancashire.L’absence de water-closets à Bury devait permettre de juger, par la nature même des liquides recueillis aux égouts, si d’autres systèmes de collecte de matières fécales, tels que le cabinet Moule, sont susceptibles de résoudre la question du sewage, indépendamment de l’irrigation.
- Le district de Bury, y compris Elton (Lancashire), est régi par un local act du 27 juillet 1846, et peuplé de 40 000 âmes environ. Il contient 6 500 maisons, 3 859 fosses, 1 922 bacs à cendres et 153 water-closets. La récolte et l’enlèvement des matières fécales, des ordures et immondices des maisons, y sont des plus intolérables. Il n’est pas rare, en effet, que 20 maisons d’ouvriers soient desservies par deux fosses d’aisances seulement. Le traitement appliqué à la vidange consiste à l’additionner de cendres. La diminution qui s’ensuit dans la valeur de l’engrais, la dépense qu’implique le service de nuit, font que les commissaires municipaux retirent un profit net annuel de 2 500 fr. seulement.
- L’enlèvement des ordures par balayage de la voie publique, faute de tout dépôt de voirie, représente une dépense de 15,750 fr. et une recette insignifiante de 750 fr.
- Les liquides des habitations et de la surface sont reçus dans des égouts spacieux, bien établis, en vue des eaux d’orage et de leur non-perméabilité aux eaux du sous-sol.
- La distribution d’eau potabley est à système constant ; elle provient des bassins de la Compagnie, situés à Holden-Wood. 1
- Les égouts débouchent dans l’Irwell par trois émissaires, à Bury-Bridge, Little-Bridge et Hinds, et représente un volume de 2 300 mètres cubes par 24 heures. Les analyses du sewage prélevé à chacun des émissai-
- 1. British Association. —- Report of the 40th meeting. Liverpool, 1870, pages 56-61.
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- res démontrent que s’il est plus faible et conséquemment moins précieux que celui de la moyenne des villes à water-closets, il n’en exige pas moins une épuration aussi complète.
- 11 août, jour. 15 au 16 août, nuit.
- SEWAGE DE BURY. BUBY- BRIDGE. LÏTTLE- BRIDGE. HINDS. BURY- BRXDGE. LITTLE- BRIDGE. HINDS.
- s Matières solides en dissolution, à 100« G,. 56,00 72,20 42,50 44,80 38,60 38,00
- Matières en suspension » 64,84 3,74 peu. peu. peu.
- Chlore. 10,79 13,63 4,83 5,18 4,69 3,76
- Ammoniaque. . 2,554 3,834 0,884 0,459 0,760 0,040 0,099
- Id. matières albuminoïdes... 0,100 0,198 0,052 0,034 0,030
- Azote, à l'état de nitrates et de nitrites... 0 0 0 0 0 0
- Le sewage coule très-limpide entre trois et six heures du matin ; à huit heures, il acquiert une consistance épaisse, savonneuse, qu’il conserve en prenant une couleur noirâtre et en laissant émaner des gaz putrides jusqu’à minuit.
- Cambridge, La ville de Cambridge possède un réseau complet d’égouts et une bonne distribution d’eau. Elle se régit, d’après des lois loca,les% par des commissaires spéciaux (improvement commissioners). A. l’exception des collèges universitaires, les maisons, au nombre de 6 000, ont des water-closets.
- La population compte environ 217,000 âmes. La distribution d’eau provient, pour la plus grande partie, des sources defCherry-Hinton, et, pour le reste, de sources particulières, entre autres, de puits artésiens forés dans le gault et du ruisseau Hobson. Là Compagnie des eaux distribue journellement 2,000 mètres cubes', dont 1 200 pour les usages domestiques (21 50Q habitants), et 800 pour l’industrie et le service d’arrosage.
- Les égouts sont lavés en chasse et périodiquement, par les soins de la Compagnie. Les'habitations pourvues de water-closets n’ont pas de système de ventilation, par suite des soupapes adoptées. La surface du district est parfaitement drainée, et les égouts reçoivent, outre les produits des water-closets, des cuisines et des bains, beau de pluie recueillie par les toits, les cours et les rues. Les chaussées sont la plupart macadamisées. Le sous-sol est du gravier de \ à 3 mètres d?ëpaisséur, surmontant une couche de gault de 36 à 40 mètres. Saturé autrefois par les liquides échappés des fosses, le sous-sol a été drainé à la partie supérieure par les égouts; mais les puits n’en restent pas moins souillés
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- par les infiltrations des égouts, et leurs eaux ne peuvent convenir qu’au lavage.
- Non-seulement la pente des égouts de Cambridge, qui varie entre 4/420 et 1/2000, n’est pas suffisante pour empêcher l’accumulation des dépôts sur certains points, mais ils sont perméables et laissent leur contenu filtrer dans le sous-sol. Enfin, comme ils débouchent par douze émissaires amdessous du niveau de la Cam, il en résulte que le sewage est refoulé parla rivière, et que le sous-sol de la ville en est constamment saturé. Aussi, l’analyse du sewage n’eut-elle rien appris.
- Le service des cendres et des ordures de balayage se fait journellement et représente comme bénéfice 5,000 fr. par an. Ainsi, Bury, avec ses 40,000 habitants, vend le produit des fosses d’aisances, mélangé de cendres et de son balayage, pour 3,250 fr. par an, et Cambridge, qui n’a pas de fosses d’aisances, dispose des produits de sa voirie pour 5,000 fr.
- Malgré une abondante distribution d’eau et une canalisation complète, le niveau des parties basses de la ville rend la solution de l’irrigation difficile pour Cambridge. Il eût été essentiel, par cela même, de construire des égouts imperméables; et, encore aujourd’hui, l’établissement de drains spéciaux pour recueillir* les eaux du sous-sol est reconnu indispensable.
- La situation des deux villes, examinée par le comité Grantham, se résume donc ainsi ;
- A Bury, bonne distribution d’eau, réseau d’égouts complet et bien établi, mais on y maintient les fosses d’aisances sans profit pour la salubrité , pour l’agriculture, ni pour les finances de la ville.
- A Cambridge, bonne distribution d’eau, réseau d’égouts complet, mais mal établi; les water-closets partout installés causent l’insalubrité du sous-sol et de la ville, sans plus de profit pour l’agriculture, ni pour la caisse municipale.
- Lorsque la canalisation est bien établie, on ne peut pas dire que, par l’écoulement direct des matières fécales dans les égouts, ceux-ci se transforment en véritables fosses d’aisances à ciel ouvert, viciant l’air et le sol des rues et des villes. On ne peut pas se figurer davantage que parce que les branchements des fosses sont en communication avec les égouts, on voit couler dans les galeries le fluide infect renfermé aujourd'hui dans les tonneaux des vidangeurs ; ou que les matières arrêtées sur certains points vont être extraites par les trappes et chargées dans les tombereaux, etc., etc. Outre que l’émission des matières fraîches a lieu par petites quantités à la fois, répétées, il est vrai, à toutes heures sur un grand nombre de points de la canalisation, il est facile de se convaincre que ces matières au total n’opèrent aucune influence sur l’infection des égouts, à cause de leur très-faible proportion par rapport au volume
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- d'eau considérable qui a son courant dans les galeries, et des principes mêmes de la construction de ces galeries.
- La Commission anglaise de 1868 s’est chargée d’ailleurs de le démontrer, en portant le dernier coup à l’école de l’enlèvement qui prêche l’intérêt exclusif de l’agriculture. Son enquête portait principalement sur les villes des bassins de la Mersey et de la Ribble, où les municipalités sont restées fidèles au système des fosses; or, elle a constaté que, dans ces villes, le sewage écoulé aux rivières était tout aussi chargé que celui des autres villes où le système des water-closets avait prévalu, et que le bénéfice espéré de la vente aux agriculteurs des produits fertilisants des fosses s’était changé en une perte d’argent. La démonstration résulte des renseignements statistiques et analytiques recueillis dans les principales villes des comtés de Lancaster et de Cheshire. Le tableau suivant reproduit, en regard de la population de chaque localité, le nombre de maisons, de fosses, de water-closets; le volume des engrais extraits, le prix d’extraction, la recette delà vente d’engrais, enfin, la teneur en ammoniaque des eaux des rivières recevant la décharge des égouts, en amont et en aval de chacune de^s villes.
- Si, dans ce tableau, on ne fait les totaux que des nombres correspondants aux villes marquées (a), on remarque que,. sur une population de 1,330,000 individus recourant à 120,000 fosses-et à 45,000 water-closètS, dont 30,000 dans la seule ville de Liverpool, il a été extrait 347,000 tonnes d’engrais d’une valeur inférieure à 0f,50 et coûtant d’extraction plus de 1 fr. par tête et par an. Ce résultat n’implique pas que 'l’agriculture y ait perdu, mais il dénote tout au moins un vice d’administration ou une imperfection dans le mode de traitement des matières, dont les partisans de l’enlèvement ne sauraient faire profiter leur système.
- L’ammoniaque, l’élément caractéristique du sewage, a été dosé, dans les eaux des rivières qui drainent les villes pourvues de fosses, afin d’indiquer que, malgré l’absence de water-closets, ces eaux sont souvent plus chargées d’ammoniaque que lorsque le sewage s’y écoulé directement.
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- Il 1 Matières- Engrais. Par tête. Ammoniaque
- DESIGNATION NOMBRE NOMBRE NOMBRE NOMS
- des VILLES. POPULATION. de maisons. de fosses. de water-closels NOMBRE RECETTES DÉPENSES des d'eaux DE RIVIÈRE.
- de tonnes RECETTE. DÉPENSE. RIVIÈRES.
- 1 extraites. encaissées. d’extraction En amont des villes. En aval des villes.
- Ashton (a) 39.000 7.200 6.250 200 6.637 fr. 2.375 fr. ï) fr. c. 0,06 fr. c. » Tame....... 0,211 0,640
- Rochdale 46.000 9.000 4.000 300 4.500 » * 32.500 » » Spodden. ... Iloch 0,002 0,322 0,423
- Bolton (a) 77.000 15.154 6.890 300 22.405 39.175 79.300 0,51 0,08 1 ,03 Croal 0,024 0,512 0,394 0,972 Perte.
- Bury (a). ..... 30.000 5.760 3.765 147 7.000 2.500 17.500 0,58 Roch. ...... I rwell
- OIdham (a). ... 81.259 16.294 2.305 700 50.000 50.000 150.000 0,61 1,96 Medlock 0,004 1,020
- Manchester (al.. 362.000 70.000 38.000 10.000 73.594 168.500 441.500 0,46 0,72 1,22 Irwell. 0,075 “an r
- Salford (a) 133.627 25.555 21.642 1.500 46.000 96.750 165.000 1 ,23 Medlock,.... Irk 0,019 0,220 1,660 0,740 1,250 ) 0,106
- Warrington.... 30.000 6.000 4.500 500 5.000 )> * 5.750 » » Mersey 0,082
- Widnes (a) 12.000 2.009 2.950 » 1.800 3.750 9.625 0,31 » Mersey )) »
- Runcorn 14.000 2.620 2.500 20 5.000 » * 7.500 » 11 Mersey » »
- Liverpool (a)... 500.676 86.176 20.000 2.150 29.000 138.777 200.000 525.000 0,40 1,04 Mersey » »
- Blackburn (a)... 75.000 15.000 13.500 700 » 6.425 40.950 0,08 0,54 Darwen Blakewaler. . 0,300 0,OÛS 0,644
- Chorley 19.000 4.000 2.000 200 5.000 2.500 * 7.250 » » Chor 0,001 3,176
- Cüyieroe 7.000 1.680 1.680 » 1.200 1.150 * 1.750 » » Ribble » »
- Preston 93.000 17.241 16.000 2.300 30.000 ï) 35.775 » )) Ribble 0,018 0,080
- Southport 20.000 3.050 3.050 1.050 9.000 18.500 25.000 0,81 1,25 » )) »
- Stoc-kport 54.682 12.000 , 5.6G0 » » » » » » Tame Goyt 0,630 0,143 0,622
- Nortîrwich..... 1.187 280 150 60 » » » » » Weaver 0,012 0,017
- 36.000 10.102 Dane....... 0,002
- Macclesfield.... 2.945 220 3.000 » 6.250 » » Bollin. 0,008 0,142
- Stalèybridge. .. 25.000 5.200 2.000 450 » » » » )) Tame 0,040 0,211
- GIossop. ...... 17.000 » i) » » » » » » Gorse-brook.. 0,002 0,140
- Wigan........ 41.000 6.700 1.500 210 » )) 20.000 » » Dmifrlafi 0,078 0,260
- N. B. — Les’nombres marqués d’un * sont incertains, parce qu’ils représentent les sommes additionnelles payées aux entrepreneurs, en plus appartient, ou bien parce que les autorités ne font vider qu’une partie des fosses, les propriétaires faisant vider le reste. de la valeur de l’engrais (non déclaré) qui leur
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- La Commission de 4868 a poussé plus loin ses recherches en analysant complètement : d’une part, 37 échantillons de sewage provenant des villes pourvues exclusivement de fosses d’aisances, et, d’autre pari, 50 écham Liions de sewage fournis par des villes où le système des water-closets eèt exclusivement adopté. Les moyennes de ces analyses sont reproduites ci-après, les unités exprimant des cent-millièmes.
- Désignation. COMPOSITION MOYENNE DU SEWAGE
- De 1 S villes avec fosses; De 1 7 villes avec water-closets.
- Matières solides en dissolution, total 82,4 72*2
- 4 Carbone organique. 4,181 4,696
- Azote organique 1,975 2,205
- Ammoniaque 5,435 6,703
- Azote à, l’état de nitrates, etc 0 0,003
- Azote total combiné 6,451 7,728
- Chlore 11,54 10,66
- Matières en suspensioti.
- Matières minérales ............. 17,81 24,18
- Matières organiques. ..... « 21,30 20,51
- Total 39,11 44,69
- Ainsi; la composition du sewage, dans les deux cas, offre une analogie remarquable. Si la proportion des matières organiques en dissolution est üti peu plus forte dans les eaux d’égôut des villes à water-closets, cèlle des mêmes matières en suspension est un peu plus faible. On peut ' dire que, sous le rapport agricole, \ 0 mètres cubes de sewage des villes à water-closets équivaut à \ 2 mètres cubes de sewage dès villes avec fosses d^aisances. L’excédant, dans le second cas, du chlore qui correspond au sél marin contenu dans les urines, indique seul que la distribution d’eau est moins abondante dans cette classe de villes. Le volume du sewage y est moindre, mais sa composition né varie pas sensiblement; et c’est à tort, d’après cela, qüè l’on Cherche à protéger les cours d’eau contre l’infection, en empêchant les matières fécales solides de se rendre aux égouts.
- ~ " ' 4. CONCLUSIONS .
- En résumé, des deux écoles en présence, l’une maintient en pleine fer-: nîentation dans le voisinage des villes, dans les habitations elles-mêmes, lés matières qu’elle recueille imparfaitement; ou bien elle lés enlève par petites parties t. après désinfection plus ou moins incomplète, et les
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- traite comme engrais dans les usines; tandis que l’autre les entraîne en totalité, avants qu’elles n’aient subi aucune fermentation. Voilà pour la question hygiénique !
- Par le premier système* on parvient* à grands frais et aux dépens de la salubrité, à conserver ùn cinquième environ des matières exerémen-titielles. Dans certaines localités, ce cinquième est noyé dans dix ou Vingt fois son poids de cendres, de tan, de terre, de chaux, etc., de telle sorte que les frais de vidange et de transport aux champs sont plus élevés que la valeur des produits. Ailleurs, on charrie les matières vertes pour en convertir les parties solides ou pâteuses en poudrette, après trois où quatre années de manipulation, avec une perte des sept dixièmes de l’azote primitivement contenu ; les parties liquides sont distillées pour en retirer les sels ammoniacaux, ou absorbées par des réactifs d’un volume encombrant ou absolument inertes comme matière d’engrais, ou, enfin, écoulées dans les cours d’eau. La fabrication des sels ammoniacaux, dont l’agriculture intensive a un si impérieux besoin, devient elle-même très-onéreuse lorsque les liquides sont trop dilués. Or, la tendance générale à la propreté, dans les populations policées, fait que cette dilution va sans cesse en croissant.
- Les partisans de l’école de l’enlèvement, quand ils déclarent que les excréments sont des immondices particulières devant subir un traitement spécial, ont un intérêt justifiable, celui de l’agriculture, mais condamnable au point de vue de l’hygiène et du bien-être des populations urbaines. Ils demandent à faire reculer la civilisation au profit des procédés spéciaux de fabrication de poudrette, de taffo, de chaux animali-sée, de fécondine, etc., sans aucun doute intéressants par eux-mêmes, s’ils se bornaient au traitement des matières fraîches, là où elles peuvent être fournies, et s’ils ne s’imposaient pas comme mesure générale sanitaire.
- Par le deuxième système, on enlève sans frais et sans perte aucune la totalité des matières, mais non pas, comme on veut l’insinuer, pour les décharger dans les rivières. S'il en a été longtemps ainsi dans les villes convenablement drainées, c’est qu’en effet c’était moins incommode; c’est que les municipalités ont inconsidérément cédé aux pressions locales, sans se préoccuper des dommages causés au district et au pays entier. Elles ont profité le plus souvent de l’absence de règlements de police des cours d’eau, et reculé autant devant les dépenses de l’épuration et de l’irrigation, que devant une nouvelle responsabilité gênante. Les municipalités ne se soucient pas de pratiques nouvelles, encouragées en cela par l’apathie des cultivateurs. Mais une législation sanitaire bien entendue devra mettre un terme à toutes ces hésitations et ces lenteurs ; le rejet du sewage aux rivières n’est pas la conséquence forcée de la suppression des fosses, ni d’une bonne canalisation des villes. Là où il fallait une armée d’ouvriers spéciaux, une cavalerie considérable, un
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- matériel spécial de voitures, de bateaux, de pompes, etc., pour vider et charger les matières, les transporter, les manipuler, les charger de nouveau, les charrier aux champs, les répandre sur le sol, les enfouir, etc., on pourra tout remplacer par un véhicule abondant, économique, l’eau, qui apporte les matières où il convient, sur les champs, à l’état de division sous lequel elles peuvent le plus rapidement pénétrer dans le sol et donner aux récoltes le maximum de fertilité dans un temps donné. Voilà pour la question agricole !
- Si nous avons pu convaincre les esprits incrédules, ou prévenus, des bienfaits dus à l’irrigation, sous le rapport de l’assainissement des villes et de la fertilisation des campagnes environnantes, nous aurons la satisfaction d’avoir travaillé à réaliser une grande pensée, ou à détruire deux grands maux, l’insalubrité et le paupérisme.
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- APPENDICE
- r;:s; i
- PUBLIC HEALTH ACT 1872.
- Le Public health act de 1872 met fin à la confusion des pouvoirs sanitaires exercés par des autorités différentes dans la même localité, et rétablit aux mains du gouvernement la direction de l’ensemble des travaux et des mesures de salubrité. Les vestries (conseils de paroisse) ne sont plus chargés de fonctions sanitaires. Les seules catégories d’autorités maintenues sont urbaines ou rurales, et, à ce titre, investies de pouvoirs sur leurs districts respectifs. Une exception a lieu relativement aux autorités urbaines, en ce que les Boards of guardiàns (bureaux des pauvres) demeurent chargés de faire exécuter dans les districts urbains la loi : Diseases prévention act (pour la protection contre les épidémies) . Dans un pays où la décentralisation est arrivée au plus haut degré, la loi nouvelle centralise dans un conseil supérieur, le Local government Board, les pouvoirs législatifs nécessaires pour le maintien de l’hygiène publique et les travaux d’assainissement.
- Ainsi, les modifications importantes, apportées à la législation anglaise par le public health act de 1872, sont les suivantes :
- 1° La création d’autorités sanitaires dans les ports du royaume;
- 2° L’obligation pour les autorités urbaines ou rurales de désigner des médecins de santé, et, pour les autorités rurales, de désigner des inspecteurs de nuisances;
- 3° La remise au Local government Board (bureau central du gouvernement) de tous pouvoirs et fonctions exercés jusqu'alors par le secrétaire d’État (intérieur), en vertu des Turnpihe acts (lois de péage des routes et chaussées);
- 4° L'obligation pour les Local Boards (conseils locaux), comme pour toutes autres autorités sanitaires, de payer le timbre; !
- 5° L'autorisation donnée au gouvernement de prêter de l’argent à 3 et demi pour, cent d’intérêt, pour l’exécution des travaux d’assainissement ;
- 6° Le pouvoir accordé au Local government Board de rappeler, de modifier ou d’amender les lois locales {local acts) du Parlement.
- Le Public health act comprend 60 clauses ou articles qui se résument de la manière suivante :
- Titre général.
- 1. Titre de la loi résumée sous l’appellation de Public health act 1872.
- 2. Extension de cette loi à toute l’Angleterre, en dehors de la métropole, sauf pour l’autorité sanitaire du port de Londres,
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- Autorités sanitaires.
- 3. Création de districts sanitaires, urbains et ruraux.
- 4. Constitution des boroughs (bourgs); des improvement commisionners (commissaires des travaux d’assainissement) ; des Local Boards (conseils locaux), en districts sanitaires urbains. Des exceptions se réfèrent aux bourgs |de Oxford, Cambridge, Blandford, Calne, Wenlock, Folkestone et Newport (île de Wight). Cet article pourvoit aux cas où la juridiction serait comprise, pour les mesures sanitaires, dans un ressort plus étendu.
- 5. Constitution de tout ou partie de YUnion (administration des pauvres), comme autorité sanitaire rurale pour les cas où elle n’est pas comprise déjà dans le ressort d’une autorité urbaine.
- 6. Ordre à toutes les autorités sanitaires de se réunir dans les 28 jours à dater de la promulgation de la loi.
- 7. Les local government acts (y compris le public health act 1848)' resteront en vigueur dans les districts urbains, et les autorités sanitaires y exerceront les pouvoirs, en même temps qu’elles auront les responsabilités, stipulés par les acts : Servage utilization et Sanitanj pour les égouts, et par les acts ; Nuisance removal, Com-mon Lodging houses, Artisans and labourers dwellings et Bakehouse régulation pour les mesures locales.
- 8. Dès la première réunion d’une autorité rurale, elle s’attribuera les mêmes pouvoirs et,responsabilités que ceux stipulés dans les lois énumérées à l’article précédent, en y ajoutant ceux du Diseases prévention act.
- 9. ; Transfert aux autorités sanitaires (urbaines ou rurales) de toutes propriétés avec leurs charges, obligations, etc., possédées antérieurement par l’autorité spéciale à laquelle elles succèdent.
- 10. Obligation pour toute autorité urbaine dénommer un médecin de la salubrité, et pour toute autorité rurale de nommer un ou plusieurs médecins ou inspecteurs de nuisances, ainsi que tous aiitres employés nécessaires, Dans certaines conditions détprminées, le Local govemmerif Board soldera la moitié des appointements des. médecins et inspecteurs, sur la caisse du trésor public,
- ,11. Annulation,du quatrième chapitre {sect. IV) du BweUings act for artisans,and labourers 1868. ,
- 12. Règlement pour lq nomination dp secrétaire (clerk) et du trésorier des auto-
- rités urbaines et rurales, et pour Je payement de leurs honoraires, Le secrétaire et le trésorier des autorités rurales seront ceux déjà appointés par YUnion} ils recevront seulement une rétribution supplémentaire pour les fonctions assignées par la présente loi. i m? >
- 13. Toute autorité rurale pourra;,nommer un comité choisi entièrement dans ses propres membres, auquel sera confiée l’autorité sanitaire pendant la durée de ses fonctions, Toute autorité rurale, (y compris le comité çi-dessus) pourra 'nommer des comités paroissiaux, choisis parmi ses membres uniquement, ou, en partie? Parml les contribuables. Les comités paroissiaux ne seront que des agents délégués par l’autorité sanitaire et soumis à ses règlements.
- ‘ 14. Annulation du chapitre IV (sect. 4) du Sanitary act, 1860,
- 15. Lesr inspecteurs du gouvernement (Local governmçrit Board) sont autorisés à assister aux séances des autorités rurales et des Local Boards (conseils locaux).
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- 16. Mode de règlement des dépenses faites par les autorités urbaines
- 17. Mode de règlement des dépenses faites par les autorités rurales. Elles seront réparties en deux catégories ; 1° dépenses générales à couvrir par les fonds communs du district ; 2p dépenses spéciales à répartir entre les localités taxées qufsqnt : (a) les districts spéciaux de drainage; (6) les paroisses situées en dehors d’un district spécial de drainage, ou d’un district urbain; (c) telle partie d’une paroisse située dans le même cas.
- 18. Mode de perception des taxes dans les districts ruraux, à l’aide de comman-j dements exécutoires. L’argent prélevé pqur dépenses spéciales devra être mis au crédit du compte de chaque localité taxée.
- 16. Cet article remédie aux cas où les percepteurs négligeraient de payer la somme fixée par commandement d’une autorité rurale.
- Autorités sanitaires des ports.
- 20. Le Local government Board (conseil central) a tous pouvoirs pour constituer une autorité spéciale, comprenant tout ou partie d’une autorité déjà en fonctions, dont le district aboutit à un port et aux eaux de ce port, ainsi que tous conservateurs ou commissaires exerçant des fonctions dans ce port. Cette autorité, dite sanitaire des ports, peut déléguer tout ou partie de ces pouvoirs à l’une des autorités riveraines déjà en fonctions.
- Le maire et la corporation dp Londres pp-nt constitués en autorité sanitaire du port de Londres. Le mot port est défini par l’exercice de la douane.
- 21. Les dépenses de l’autorité sanitaire d’un port sont payées sur un fonds commun, prélevé par les autorités sanitaires riveraines, d’après le mode que déterminera le Local government Board (conseil central).
- Modification $e§ districts,
- 22. Autorisation donnée au Local government Board de dissoudre ou de modifier un district local de gouvernement ; de dissoudre ou de modifier un district existant en vertu d’un improvement act dans les limites d’un bourg; de dissoudre un district spécial de drainage dans lequel aucuns travaux d’assainissement ne sont exécutés et aucuns fonds n’ont été empruntés à cet effet. Dans le cas où des fonds auront été versés, le Local government Board pourra, outre la dissolution du district‘de drainage, l’incorporér dans la paroisse Où il est situé.
- 23. Le Local government Board, a tous pouvoirs, à la demande d’une autorité de district sanitaire rural, ou des contribuables représentant un dixième des produits nets des contributions, de convertir ce district en un district sanitaire urbain, avec les mêmes pouvoirs que ceux accordés par une loi spéciale.
- 24. Le Local government Board a tous droits de déclarer que tel district sanitaire rural, en entierù)ù partiellement, est un! (district urbain. '
- 25. Les lois locales ou leurs clauses ne seront pas adoptées sans l’assentiment du Local government Board. Les autorités rurales, avec cet assentiment, peuvent convertir tout ou partie de leur juridiction en un district spécial !de drainage.
- ,:s in-, xs. :mî ?>h
- Association de districts. ;v ' ‘ ..... iV
- * J ’
- 26. Le Local governmeniBoard peut, I la demande des intéressés et après (enquête, associer des districts sgjiitaj,r§§ ,oq poycppticm* ppqr les suivants :
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- a, une distribution d’eau commune; 6, des collecteurs pour drainage; c, toutes autres mesures des Sanitarys ac.ts.
- 27. Tout projet d’association sera publié préalablement dans un journal de la localité ; Jes frais seront supportés par les fonds desicontributions ; l’ordre exécutif sera la preuve que toutes les exigences légales auront été remplies. -i
- >28. L’administration d’un district uni (associé) sera confiée à un conseil spécial de membres électifs, dont le nombre sera déterminé par le Local government Board. •
- 29. Mode de composition de ce conseil, dont les pouvoirs mettent fin à ceux des autorités sanitaires des localités ou districts associés.
- 30. Les dépenses-seront payées sur les fonds communs., et le conseil syndical pourra emprunter de l’argent sur ces fonds.
- 31. Les fonds nécessaires seront prélevés par commandement do chacune des autorités constituant le syndicat.
- 32. Pour établir les émissaires des collecteurs dans le ressort des districts situés au niveau, inférieur, une juridiction spéciale est conférée au syndicat sur les autorités de ces districts.
- r
- Abrogation des lois locales.
- 33. Le Local government Board est autorisé à abroger, à modifier ou amender toutes lois locales du Parlement, sauf celles relatives à la conservation "des cours d’eau.
- Articles divers.
- , .T >, .1
- 34. L’assentiment du Local government Board est substitué à celui du secrétaire d’État et de la Trésorerie, pour les emprunts d’ârgent et le choix des fonctionnaires de la salubrité. L’approbation du Local government Board remplace celle du secrétaire d’État, pour la nomination des chimistes chargés de l’analyse des aliments. Le Local government Board décide en dernier ressort toutes contestations relatives à l’interprétation des mesures sanitaires énoncées dans la loi.
- 33. A partir du 1er janvier 1873, le Local government Board est investi des pouvoirs et fonctions du Board of Brade (conseil supérieur du commerce) en vertu de YAlkali act (produits chimiques) de 1863, et des Metropolis water acts (distribution d’eau de la Métropole) de 1832 et 1871.
- .,36.. Le Board reçoit les pouvoirs et fonctions du secrétaire d’État, en vertu des Highway et Turnpike acts (routes, chaussées et péages).
- 37. Les fonctionnaires et employés pour l’application des lois ci-dessus relèveront du Board.
- 38. Fixation des honoraires de l’inspecteur médical du Local government Board.
- 39. Règlement des contestations par commandement provisoire, en ce qui concerne le transfert de pouvoirs ou de propriétés des autorités sanitaires.
- 40. Pouvoirs accordés aux autorités sanitaires pour emprunter de l’argent, en vue de travaux permanents, sur les fonds des contributions.
- 41. Pouvoirs accordés aux autorités sanitaires pour lever des contributions sur les terrains, travaux et propriétés de ces autorités.
- 42. Abrogation du § 151 du Public Health act de 1848, qui exemptait des droits
- de timbre les actés desLocal Boards (conseils loceiux). f 1 • " •'
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- 43. Toute limite fixée par une loi locale du Parlement, pour la perception des .contributions, ne s’appliquera pas aux dépenses des travaux sanitaires.
- 44. Les commissaires des emprunts pour travaux publics (Public works Loan com-missioners) sont autorisés à prêter de l’argent aux autorités sanitaires à un intérêt de 3 1/2 pour 100.
- 45. Les ordres provisoires du Local government Board seront confirmés par le Parlement.
- 46. Si la période pour les remboursements des emprunts est étendue à cinquante années, là garantie donnée d’abord, pour une période moins longue, ne’, sera pas amoindrie.
- 47. Les frais encourus pour obtenir des fonds pourront être payés sur le montant
- prélevé. 11
- 48. Tous ordres du Local government Board (à moins de dispositions contraires) seront publiés dans la London Gazette.
- 49. Les comptes de toutes les autorités sanitaires seront clos au jour fixé par le
- Local government Board; et ceux des autorités rurales seront vérifiés par les contrôleurs des Poor Laws (lois sur les pauvres). . ‘
- 60. Les frais des avoués, quand les autorités sanitaires le demanderont, seront taxés par le clerli of peace (greffier de paix) pour l’arrêt de leurs comptes.
- 61. Les autorités sanitaires ont droit de faire détruire les objets de vêtements, de
- mobilièr, etc., infectés, et de dédommager les propriétaires. . , .
- 62. Une amende est infligée à tout individu reconnu coupable 3e négligence vo-
- lontaire ou de refus d’obéissance aux injonctions, etc., du Local government Board, etc., etc. -, - -,
- Procédure légale.
- 63. L’intervention des.autorités sanitaires, au point de. vue.légal, n’est pas modifiée pàr la présente loi. : :
- 64. Il est pourvu au mode de prélèvement des sommes nécessaires pour le payement
- des dettes contractées par une.autorité sanitaire faisant défaut.; (r; , V y,
- Les articles nos 65 à 60, inclusivement, ont trait aux réserves par rapport à d’autres lois existantes et en vigueur. .................. i
- ?.!*« ; . ................................. ,.r '*! ;
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- L-.'.-' T->?<-'.- îf', ' . v, i-.-.y ; . y en?-: ‘ty \
- . ... ........................' . '
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- II
- LISTE des réactifs et des mélanges proposés pour la désinfection 5 et l’utilisation du sewage et des eaux-vannes1.
- DÉSIGNATION DES MÉLANGES ET DES RÉACTIFS. INVENTEURS. DATES.
- Acétate de plomb et proto-sulfate de fer Reboissieu.. . T , . ., 1762 1785
- Chlore.
- Estienpe. .....-j 1802
- Charbon de bois en poudre (Giraud ,.. 1805
- Chlore et chlorure de chaux Guy ton-Mnrvea.ii 1805
- ! Gendres Ch an mette. . 1815
- Sable v Duprat. 1818
- Sulfate 4e fer..............rt. • • •. • ••, .. Briant. ^.. » 1824
- Chlorure de sodium......... .................. Labarraque., , 1824
- Chlorure de .manganèse (résidus) . .............. Payen et Chevalier . .. . 1825
- Sulfate de chaux. .......... .'i... . .V Siret,........ 1827
- Charbon ou noir animal. Prigerio 1 1 829
- Tourbe Guibourt et Sansop.,,. 1883
- Charbon de bois* marne et vases calcinées Pottevin 1835
- Sulfates de fer et de zinc avec tan et gpudron.... Siret 1837
- Terre, chaux et déchets divers. Bossier. _, _ 1837
- Cendres de tourbe ............ D?Arcet. .. .. ’ 1840
- Oxydes métalliques et carbone Krafft et Suequet. 1840
- Chlorure de zinc. .... f„,f.... fr.....,....,. Sir Vyillam Burneft, ,. 1840
- Coke de schiste Hompesche. . ! ’ 1841
- Détritus divers, charbon de bois et cendres...... Albert.'.'....... 1842
- Lignite en poudre. ....... .s. Jourdan.; 18 43
- Alun impur Siret . . , 1843
- Sulfate de zinc, charbon de bois et argile Gagnage et Régnault... 1844
- Persulfate de fer 1 Baronnet. ..... 1845
- Coke de schiste Du Boisson 1845
- Chlorure de fer et de zinc Dubois T. 1846
- Chaux et bassins de précipitation Hicus 1846
- Azotate de plomb Ledoven 1847
- Sels résidus de fer, plomb et zinc, avec matières
- pyroligneuses, cendres, etc Brown 1847
- Pyrolignate et perchlorure de fer Ellerman 1847
- Chlorure de manganèse impur. ..Young 1847
- Varechs séchés, chaux et sulfates de fer et de zinc.. Salman 1848
- Charbon de tourbe. Rogers 1848
- Charbon de bois, suie, sels minéraux, etc Legras 1849
- Charbon de tan épuisé Tarling .. 1850
- Écorce de tan, sulfate de fer et charbon de tourbe. Angely 1850
- Sous-sels métalliques de fer, d’alumine, etc Browne 1850
- Lait de chaux et récolte du dépôt Wicksteed 1851
- 1. Extrait de l'ouvrage du Dr Letheby : The sewage Question. London, 1872.
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- LISTE des réactifs et des mélanges proposés pour la désinfection et l'utilisation du sewage et des eaux-vannes {Suite).
- DÉSIGNATION DES MÉLANGES ET DES RÉACTIFS. INVENTEURS. DATES.
- Sels acides et métalliques et filtrage sur charbon, argile, tourbe, plâtre, etc,, Chlorure (muriate de fer) Dover, 1851
- Raies. . . ?
- Chaux, sulfates d’alumine et de zinc, et charbon de bois Stnf.hert. 1852 ia 5? 1852
- Chaux, dolomie, sulfate de zinc ou de fer et charbon de bois. Glll)6@i
- Cendres tamisées, braise pu charbon de tourbe,,,, Perks.
- Sulfate de zinc, potasse, alun et sable ayec tan,
- cendres, chaux, suie, etc !.. Pinel . . ........ 1853
- Sulfates métalliques, chlorures id., ou charbon et spls magnésiens, llcrapath 1853
- Sels obtenus des batteries galvaniques. ...... f. Pering.,,.j,4<...f . 1853
- Tourbe ou terre tourbeuse renfermant des sels ou
- oxydes de fer. ... Rîmsdale . . 1853
- Tourbe et autre charbon et chlorure de sodium, etc. Macpherson.......... 1853
- Noir anipial, alpn, carbonate de soude et gypse.. . Manning. . , ;. 1853
- Magnésie et, chaux avec acides sulfureux etphénique. Smith et MapTDougal. v 1854
- Chaux et charbon de bois en poudre Wiclrsteed 1854
- Coke de boghead Herapath : . . . 1854 - ! -
- Résidu des fabriques d’alun avec chaux et charbon
- de bois. ..y.,.,...,...,,...,,,, 1854
- Charbon de tourbe avec acide sulfurique. Longipaid. 1855 1
- Schiste alunifère et autres minerais alumineux avec chaux et charbon de bois. Manning, 1855
- Manganates et permanganates. Condy.............. 1857
- Superphosphate, dp chaux avec magnésie et chaux.. Blyth..... i-:.. 1858
- Superphosphate de magnésie Sir James Murray ?
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- III
- BIRMINGHAM i.
- État actuel de Vassainissement des eaux d’êgout.
- La ferme de Birmingham comprend actuellement (octobre 1873) 55 hectares; la Corporation a acheté d’autres terrains* mais elle n’en dispose pas encore.
- Le procédé suivi aujourd’hui consiste à déféquer et à épurer le sewage au moyen de la chaux et de la précipitation ; à disposer des précipités en en transformant une partie en ciment par le procédé Scott, et en enfouissant l’autre partie dans le sol.
- Pour l’épuration à la chaux, on a construit des hangars où la chaux est emmagasinée, puis éteinte et tamisée. A l’état de poudre, elle est déposée dans un réservoir d’où on l’élève, par une chaîne à godets, au premier étage, pour y être mêlée avec de l’eau dans une cuve. La quantité de chaux est réglée par la vitesse de travail de la chaîne. Au centre de la cuve, un arbre à bras entraîne circulairement sur le fond deux blocs de bois qui réduisent en pâte les parties les plus résistantes de la chaux. Le lait ainsi préparé est débité uniformément à une hauteur de 1 mètre environ, dans le canal où passe le sewage, et le fluide s’écoule sur une longueur de 400 mètres, suffisante pour que le mélange s’opère complètement. Il débouche dans deux bassins de 110 mètres de longueur et de 28 mètres de largeur. Chacun de ces bassins est divisé en trois compartiments : dans le premier, le précipité le plus lourd se dépose ; dans les deux autres, les parties solides plus ténues se déposent également, et le liquide de décharge convenablement clarifié est déversé dans la Tame.
- L’alderman Avery a fait connaître à la Corporation le mode d’emploi des dépôts des bassins*. Ces dépôts s’écoulent dans un puits, d’où une chaîne à godets les élève pour qu’ils soient entraînés dans des canaux provisoires, jusqu’à fiendroit où le terrain a été défoncé en tranchée. Dès que le dépôt s’est écoulé, on le recouvre de la terre enlevée, sans qu’il séjourne assez de temps à l'air libre pour se décomposer. Le terrain peut recevoir ainsi 4,000 tonnes de dépôt vaseux à l’hectare et par an, sans aucune insalubrité ; mais la surface de la ferme suffit à peine pour que chaque hectare reçoive cette dose tous les deux ans. Aucune plainte d’insalubrité ne s’est renouvelée depuis l’enfouissement ainsi pratiqué. La dépense est considérable; elle représente de 35,000 à 45,000 francs par an.
- Le procédé Scott n’a été appliqué qu'expérimentalement, sur une petite échelle, pour la transformation des dépôts vaseux en ciment. Ces dépôts formés de l’argile des chaussées, du carbonate de chaux provenant de la défécation, et des détritus organiques de sewage, sont comprimés par une presse hydraulique dans des sacs,
- 1. Addition à la page 581 du texte.
- 2. The sewage question at Birmingham. Iron, n° 38, vol. II, 1873.
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- d’où l’on retire la masse argileuse. On découpe cette massé solide en briquettes que l’on fait cuire pour détruire la matière organique, et que l’on réduit ensuite en poudre. Le ciment ainsi obtenu est un peu inférieur en qualité à celui de Portland, mais supérieur à celui fabriqué dans la localité. Le prix de revient de la fabrication en grand serait de 40 francs les 1,000 kilogrammes, et le prix de vente de 62 francs.
- Les comptes du trésorier de la ville montrent que, dans l’année 1872, la Corporation de Birmingham avait dépensé pour l’épuration du sewage la somme de 581,550 francs, à savoir : r '
- Au compte de la ferme...........................................
- Au compte du service de l’émissaire.. . ............
- Au compte de procédure, et du bill soumis au Parlement. . . . Payements divers. ... . . . . , . ..............................
- 59,127 fr. 185,181 306,898 30,341
- Ensemble,
- 581,550 fr.
- Si l’on ajoute à cette somme les dépenses suivantes :
- Pour intérêts et amortissement sur le capital affecté aux travaux
- d’assainissement. ....................................... 257,250 fr.
- Pour service de vidange et d’ébouage.......... 436,560
- Comme à-compte sur l’emploi du sewage..................... 140,895
- Comme à-compte sur la ferme à sewage.................... 72,310
- Total............................... 907,015 fr.
- On trouvera que la ville a supporté comme charges de l’exercice
- 1872, pour le drainage, une dépense totale de . . ............ 1,488,515 fr.
- Il convient de remarquer enfin que la ville a signé un traité d’acquisition de terrains complémentaires pour une somme de fr. 575,000; et la question est encore à l’état d’essai ! !-
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- iV
- ENQUÊTE DU COMITÉ DE l/AÊSQÜtÂTlOÜSï BÉiïÂïîjÜÏQÜE.
- A ia dernière réunion de l’Association Britannique, à Bradford1, le comité Gran-tham, ayant épuisé les fonds mis à sa disposition, a présenté le résumé de l’enquête dont il s’était chargé sur la question de l’emploi du sewage, dans tyois rapports dont le premier, par M. Grantham, sur les recherches du comité en 1872-73 ; le second, par M. Hope, sur Breton’s Farm; et le troisième, par le professeur Corfield, sur l’ensemble des travaux et les conclusions du comité depuis 1868*.
- Résultats pour 1872.
- Breton’s fîarm. — Les mêmes observations ont été relevées, que celles publiées en 1871-72 (page'251) et présentées sous forme de tableaux. La plupart des résultats comparés à ceux de l’année précédente offrent un grand intérêt. Le point essentiel à noter, c’est que l’eau d’égouttement est légèrement plus pure; ce qui démontrerait que le sol n’est pas saturé de sewage. Une analyse des échantillons du sol pris eh avril 187.3, sur le même point de la fermé où on avait prélevé l'échantillon analysé du mois d’avril 1870, avant toute distribution de sewage, prouve que le sol renferme des quantités notables d’acide phosphorique, d’ammoniaque et d’acide azotique, dont il était absolument dépourvu en 1870.
- Le Comité a également constaté que le chiffre de la population de Romford avait été beaucoup exagéré par le local board, car, au lieu de 7 à 8,000 habitants drainés par les égouts, il n’y a que 4,600 habitants en tout. Cette constatation donne un tout autre aspect aux résultats agricoles obtenus. Entre autres faits nouveaux et importants qui en découlent, il importe de remarquer que, dans le cas de Romford, le sewage de la population, recevant les résidus des cuisines, des eaux ménagères et industrielles, des chevaux et du bétail, contient de bk,894 à 6k,348 d’azote par tête et par an2.
- Conclusions générales du Comité. — Le professeur Corfield a récapitulé les travaux du Comité, depuis sa nomination, en insistant sur les points suivants :
- 1° Tous les systèmes de conservation ou d’enlèvement des matières, y compris les fosses d’aisances, humides ou sèches ; les fosses mobiles avec cendres sèches ou terre sèche, etc., ne réussissent pas à résoudre la question générale de la collecte des déjections et des résidus d’une population; ils ne s’appliquent qu’à une faible partie des engrais solides. Quel que soit le système adopté, les villes doivent être canalisées, et le sewage des égouts doit être purifié. L’engrais obtenu dans tous les cas (à l’exception des tinettes où aucunes matières étrangères n’ont été ajoutées), est pauvre, et ne supporte des frais de transport que jusqu’à une courte distance.
- 1. The Times. The British Association, 23 september 1873.
- 2. Addition à la page 538 du texte.
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- L’ëîïgriiië dli Cabinet Moitié'iül-rfiiêthé, lorsque là itiètftë térré sêfché â êéî-Vi trois fpi& dé Suite, ti’est cdffipàfâbië qn^ dü tërreàu de jardin. !
- D'àiileürs, dans tous ces Sÿsièmés, on viole Une dès lois lès plus irnportàiilëé de rassâinissertieiit, d’après làquelië tûiis les résidus susceptibles de nuire à là sanie publique doivent être immédiatement enlevés, et traités ensuite. Dans tous cëS systèmes, il semble que ce soit Ün avantagé évident, àu poüit dé vue économique, de Conserver , lès résidus âiiSsi longtemps qùè pôSsiblé dans lës localités habitées'Vl’ètn-plbi dès désinfectants vient à l'appui de l'idée qùé l’Ori à de cét avantagé ; mais tous rëpôsenfc Sur un principe ëfroidë.. Ôii doit doriC, autant que possible, les reprouver et H’ÿ rëcdtiHr qu’à titre pr'o'vïsoiCê, 6u pour des popüiàtiôhs.péû nombreuses, dans des circonstances exceptionnelles.. ' " ' '
- Ôb Lé système de i’èdàùlèitleiît par1 l'eail ë!st bàèd',' aû'ëoniVâifë; sut le vrai' principe del’enléyemént immédiat dé toüs' lëà résidus ëxcitémëntiëisj'dë là manière la plüé ëcônohiictüè,; C’eSt-à-diré par. grâyitâti'oiij et ôri devra y recourir dans tous lés càé, sauf pour déë cirèOilStaUces égaiê'rriëîit èxèèptibrinëiïêâ.''
- Lé Comité a fôrifiüié sbh Opinion sur ià hëCèsSité de construire tous les ëgdiïts eii 'Mtériàüi imperméables, et'd’éfabiir"dëS (irài'në Spéciaux pbür lêS ëàüx du soüs-soi. Là librë Vehtila.tio'n des égdutS, déS bfànéherhéiits, dëè' Êüÿaüx, ést iion moins éssenL tièllé pêür empèchéi* l'àÇcürîiulàtion dël'air mëphitiqilèî kèlatlvémënt à l’emploi du SeWagé, le Comité est arrive à Conclure que, dë tous léS procédés de précipitation qu’il a e&âmliiëâ, âilChii në jDërmèt; ët Cela fôrceîrient, ' dé Séparer plus d’une faibïè proportion dés précieux ingrédients du séWagé, oii'de l’épürer autrement qu’en partie. Plusieurs, procédés servent toutefois à'sépârér.'plus rapidement et plus complètement la vase, du sévvagé.
- Le filtrage per ascension ne fait que clarifier ët lié résout pas la question.-Lè procédé dé filtrage sur charbon, dO Wearë, tël.qü’il est appliqué a PhOSpice de Stoké-upoii-îrent, n’a pas donné dé résultats satisfaisants. L’eau dë déchargé y était du sewage Sensiblement dütie. Ôn pourra toutefois ëiâffiinér bientôt cë procédé avec Ses modifications récentes, SUr uiie bieri pluS gi'artdé échelle ët .dans , de meilleures conditions, à Bradford.
- Le filtrage intermittent per descensüm à travers le soi, appliqué à jïeriiiyr ïÿdvil, donne le moyen de purifier le sewage dans des conditions favorables, mais ôii ne peut pas dire que ce soit un mode d’utilisation; car, d’après l’examen du Comité, l’eau d’égouttement renferme autant d’azote qu’il y en avait à l’origine dans le sewage, mais l’azote y est à l’état d’acide nitrique, au lieu d’ammoniaque et d’azote organique. Il n’est pas douteux que ce procédé puisse être utilisé, comme auxiliaire, quand on ne pourra pas recourir à une irrigation convenable.
- L’irrigation bien conduite fournit la solution du problème de l’utilisation du se-wagei On a déjà fait observer qu’un procédé de précipitation ou de clarification quelconque peut servir dans tous les cas. Il est essentiel, quoi qu’il en soit, que le terrain soit bien drainé; que le sewage passe en totalité à travers le sol et ne s’.écoule pas seulement à la surface. Autrement, il n’est purifié, comme cela a été démontré, que d’une manière insuffisante.
- Le système d’irrigation par rigoles de niveau (catch water), ou de sursaturation comme le Comité le désigne, n’est recommandable à aucun des points de vue de l’agriculture, de la chimie ou de l’hygiène.
- On devra donc pratiquer sur une ferme à sewage le filtrage intermittent per des-censum dans le sol, de manière à ce que le Bewage soit complètement purifié, en
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- même temps qu’utilisé au maximum. Il est avéré que toutes les récoltes peuvent être obtenues à l’aide du sewage, de telle sorte que le fermier peut cultiver celles dont la vente est la plus profitable. Néanmoins, l’assolement devra comprendre surtout des récoltes pour l’alimentation du bétail, et occasionnellement des récoltes de céréales. Il est avéré également, d’après les analyses du sol arrosé,, qu’il s’enrichit beaucoup et que les éléments fertilisants du sewage s’y accumulent. Il convient de nourrir du bétail sur la ferme; ce qui contribue à un accroissement considérable dans la production de la viande et du lait, deux besoins essentiels d’une population qui produit du sewage. C’est ainsi que le système de culture devra être spécialisé, et le capital employé; à moins de réaliser ces conditions, on oppose de grands obstacles à la solution pratique du problème.
- Le Comité n’a pu constater aucuns mauvais effets produits sur la santé des personnes résidant dans le voisinage des fermes arrosées, même lorsque ces fermes sont mal exploitées. Il n’existe aucune preuve de l’infériorité des plantes cultivées par le sewage, par rapport à celles obtenues dans la culture ordinaire. Au contraire, il y a des témoignages abondants pour affirmer que ces plantes sont parfaitement appropriées à la nourriture de l’homme et des animaux, et que le lait fourni par les vaches nourries d’herbe arrosée est parfaitement sain. M. Dyke, inspecteur médecin de Merthyr Tydvil, constate que depuis la production abondante du lait des vaches nourries d’herbe arrosée, la mortalité des enfants s’est abaissée de 48, 50 et 52 pour 100, à 39 pour 100, et loin que la diarrhée ait prévalu par suite de la consommation des choux arrosés, le registrar general a appelé l’attention sur ce fait que, l’an dernier, il y avait moins de diarrhée à Merthyr que dans toutes autres localités de l’Angleterre et du pays de Galles. 11 exprime enfin l’avis que « les plantes ainsi cultivées sont parfaitement salubres. » '
- Quant à l’assertion que l’irrigation est de nature à propager les maladies ento-zoïques, le Comité a pu recueillir des preuves et plus spécialement des faits positifs par expérimentation, pour démontrer sa nullité. Le Comité est d’avis que ces maladies ne sont pas propagées plus rapidement par l’arrosage que par l’emploi des déjections à l’état d’engrais solides, et qu’elles le sont probablement moins, si l’on a le soin d’empêcher les animaux de paître, ou de leur apporter l’herbe coupée, à ’étable.
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- VILLES.
- Altrincham........
- Ashby-de-la-Zouch.
- Banbury............
- Bedford............
- Bishop’s-Stortford..
- Blackburn..........
- Bury Saint-Edmunds.
- Braintree. . Chelmsford.
- Cheltenham. Chorley....,
- Croydon-Beddington....
- Croydon-South-Norwood. East fiarnet..........
- Edmonton. Epsom....
- Eton.
- arrogate.....
- Harrow........
- Kidderminster. Maidenhead. .. Malvern.......
- Malvern-Link..
- Merlhyr-Tydfil.
- Ormskirk............
- Pensliurst.......
- Plympton Saint-Mary.
- Beigate.............
- Romford........... .
- Rugby...............
- Saint-Nicholas. ooutbampton,.
- Swaffham.
- Swindon Ville-Neuve... Swindon Ville-Vieille. ,
- Swindon Ville-Vieille. Swinton et Pendlebury.
- Tunbridge-Wells.......
- Tyldesley et Shakerley. W arwick..............
- Watford.
- Wüsden.
- Wolverhampton.
- Worthing. Wrexham.
- POPULATION
- DESSERVIE.
- 8.74,8
- 4.20*0
- 11.718
- 16.851 6.250
- 76.000
- 14.928
- 4.790 8.000
- 45.000 13.000
- 45.000 7.500 2.924
- 13.859 6.276
- 3.000
- moyenne* 6.000 hiver. 14.000 été. 5.010 19.463 6.137 5.694 2.000
- 52.000
- 6.000 250 2.267 15.914 6.335 8.400
- 1.200
- 6.000
- 3.700
- 7.628
- 4.092
- . 4.092
- 7>
- 19.410
- 3.000
- 11.000
- 7.500
- 1.6 00
- 68.237
- 8.000
- 8.537
- SURFACE RE LA FERME.
- EFFECTIVE.
- 577.318
- hectares,
- 22,20
- 11.31
- exploités ; 55,75 acquis ; 40,40 73,93
- 32.32
- 71,50
- 10,90
- 8,88
- 28,28
- achetés : 52,9? loués : 80,80 35,14
- 187,86
- 24,24
- 21,01
- 46,05
- 132,10
- 21,81
- 19.39
- 7,67
- 40.40 10,90 24,24
- 8,08
- 30,30
- 27.47 0,61
- »
- 17,37
- 48.48 29,09
- 303,00
- 40,40
- 1,21
- 42,42
- 52,52
- 12,93
- 119,18
- 9,70
- 54,54
- . 6,87 0,32
- 114,33
- 39,19
- 33,94
- 2051,95 =
- 0,48
- 0,39
- Y. — ENQUÊTE
- Etat des fermes à sewaçfe
- UE LA CHAMBRE DES COMMUNES (Voir page 306.)
- d’après le rapport présenté le 1er avril 1873 au Parlement1.
- Pour 100
- de la population. Ueclares.
- 0,25 0,27 0,47 0,34 0,4 0 0,51
- 0,07
- 0,18
- 0,35
- 0,12
- 0,18
- 0,27
- 0,41
- 0,33
- 0,71
- 0,33
- 2,10
- 0,73
- 0,32 0,14 0,13 0,21 ' 0,17 0,41 0,40
- 0,05
- 0,05
- 0,24
- 2,15
- 0,11
- 0,77
- 0,35
- 25,20
- 0,65
- 0,03
- 0,56
- 0,68
- 1,29
- 0,60
- 0,32
- 0,48
- 0,09
- 0,50
- 0,16
- NATURE
- DU SOL ARROSÉ.
- En grande partie tourbeux...
- Argileux.................. .
- Tenace et compacte..........
- »
- Gravier.....................
- Gravier et argile.......’ '’
- Variée, mais perméable. Gravier et sable. ......
- En grande partie gravier......
- Argile légère; sous-sol de gravier.............
- Argile.......................
- Sous-sol argileux compacte et
- sableux...................
- Sable et gravier............
- Argile compacte.............
- Argile déposée avec bancs de
- gros gravier....,.........
- Argile de Londres...........
- Sous-sol gravier............
- Argile et sous-sol de gravier. Argile........................
- Argile..................
- Sol léger et gravier.....
- Perméable.'..............
- Argile, marne et gravier. Gravier et marne.........
- Argile sur gros gravier.
- Argile.............
- Sable, très-poreux.
- Argile.............
- Gravier............
- Argile et gravier. .
- Grés rouge. Gravier. ..,
- Argile.
- Argile.
- Tertiaire; argileux. ..........
- Argile tenace; peu drainée...
- Argile : ferme du Nord. Sable : ferme du Midi.,
- Argile tenace..........
- Argile tenace..........
- Argile légère. . Argile et sable.
- Argile et sable; tourbe et sol léger.........................
- Argile..........
- Gravier et argile.
- soit 281 habitants en moyenne, par hectare arrosé.
- CHUTE D’EAU pluviale annuelle. REPENSES. 18 7 1. NOMBRE UTILISATION DU SEWAGE SUR LA FERME.
- TERRAINS. INSTALLATION. Dépenses totales de l’année. Recettes totales de l’année. d’années d’exploitation.
- métros. francs. francs. francs. francs.
- 0,86 ' 77 175 88.725 9.575 2 Par le conseil local
- » 7> 16.550 3.050 2 Id
- 0,75 585.000 125.000 38.850 32.725 4 Id
- » 174 425 48.275 38.950 4 Id
- 0,56 180 000 » » Id
- environ.
- 1,06 indéterminées. 7) » » Parle Bourg
- 0,63 7> 70.000 9.775 3.750 6 Par concessionnaire
- environ.
- » 75.000 7.100 2.300 1 Par le conseil local
- 9 » 22.500 » » 7 Par un fermier
- 0,64 450 000 34.075 24.375 2 Par cinq fermiers
- 1,14 244 125 38.900 15.625 O Par l’autorité paroissiale...
- 0,66 540 125 136.300 95.500 14 Par concessionnaire
- » 148.350 41.875 35.275 27.200 10 m ~ Par le conseil local
- 0,61 environ. 282.950 pour 15 hectare?. 150.000 » 7> • 1 Par l’autorité paroissiale..
- y> 340.325 205.550 26.850 » » Par le conseil local
- » » 72.450 38.000 » 3 Par locataire
- 0,58 500.000 42.375 9.975 1 Par le conseil local :..
- » 7> » 7.900 3.625 3 Id
- » 107.500 11.250 3.550 3 Id
- >* U î> )> Id
- 0,65 4.750 3.275 1 Par le Bourg
- 0,61 , » 7> 1) Par fermier
- » » 3.125 * 1.750 t/2 Par concessionnairè
- 1,00 < R » » 1 Par le conseil local. .....
- 7> 33 550 27.200 24.200 3 - Id
- » 10 000 525 )) 3 Par concessionnaire.......’
- Yl » 25.000 625 b 2 Id
- » 61.550 8.925 4.000 1 Par le Bourg
- » 495 400 62.050 22.825 4 Par concessionnaire
- 0,55 173.450 28.500 31.025 18.400 3 Par conseil local
- environ.
- » 1) » 1.125 » „
- » M » » » » Id
- » » U » 1 Par locataire de l’autorité paroissiale
- 0,66 287.375 » » 5 Par autorité locale
- 0,61 1 250 10.325 10.600 5 Id
- » 7> » D Id
- 0,99 » 7.325 » » 1 1/2 Par conseil local
- 0,96 2.143.000 110.800 76.275 2 1/2 Id
- 0,94 y> » » 1 Par fermier •
- 0,66 " 267.500 » 52.075 V- 4 Par conseil local
- )) » 35.000 9.900 8.100 1 Id
- 9 » » D 38 Par fermier
- 0,65 750.000 47.000 18.750 2 Par concessionnaire
- 0,60 - » » )) 9 Par compagnie j
- » 11.250 13.400 12.525 2 Par locataire
- sé. |
- OBSERVATIONS.
- Les terrains ont été loués pour 20 ans ; l’irrigation commence à peine.
- Location des terrains pour 30 ans, moyennant S,000 francs par an.
- Emprunt spécial pour payer l’installation.
- O ' -
- La ferme n’est pas encore installée ; l’arrosage n’a pas commencé.
- Outre 177 hectares loués, en vertu de la loi locale de 1870, il y a d’autres acquisitions en vue. L’arrosage n’a pas commencé.
- Un fonds d’amortissement de 52 fr. 50 c. pour 100 est formé pour rembourser les emprunts. Sewage filtré et précipité.
- Le fermier paye au conseil une redevance annuelle; il n’y a pas eu besoin d’acheter de terrains. Les 53 hectares qui utilisent le sewage, en dehors des 81 achetés par le Bourg, appartiennent aux propriétaires voisins.
- J)
- Les comptes de 1871 comprennent le règlement d’arriérés avec le fermier.
- »
- L’arrosage n’a pas encore commencé. 6 hectares sont loués pour 21 ans à 1,468 francs par an. Le terrain a été dressé avec le plus grand soin et la direction confiée à un régisseur.
- Les installations ne sont pas achevées et l’arrosage n’a pas commencé.
- Depuis 18 69, le conseil local a établi des machines d’élévation pour l’arrosage d’une quarantaine, d’hectares, outre ceux arrosés par gravitation.
- du lait.
- Les installations de la ferme ne sont pas encore commencées.
- L’irrigation n’a pas fonctionné assez longtemps pour laisser prévoir les bénéfices.
- Le fermier s’est chatgé de toutes les dépenses d’utilisation, et le conseil local n’a rien eu à débourser. Le terrain a été loué pour 33 ans à 125 francs par hectare; et le concessionnaire paye au conseil 3,500 francs par an.
- Outre les 30 hectares arrosés, le conseil fait dresser 66 hectares pour l’irrigation, et les travaux sont en cours.
- Les dépenses comprennent l’achat de chevaux, bétail, outillage, etc.
- Le concessionnaire reçoit le sewage et en dispose à ses frais.
- Le concessionnaire reçoit le sewage et paye les frais d’utilisation.
- »
- »
- Plus de 5 hectares ont été affermés en 1871 pour obvier aux inondations du collecteur.
- Le terrain divisé en petites fermes est à flanc de coteau.
- Encore à l’état de projet ; un commandement provisoire a été obtenu pour l’achat des terrains en vue de l’installation des machines, pompes, etc.
- Cette ferme entièrement en prés qu’il était interdit de défoncer dut être abandonnée, et remplacée par la ferme ci-après.
- Les travaux d’installation sont en cours.
- Le sewage est filtré aux frais du conseil; l’irrigation sur 6 hectares a lieu par les soins des curateurs du duc de Bridgewater qui ont donné le terrain.
- Les dépenses de l’année comprennent l’achat de bétail.
- Un fermier utilise le sewage à son compte, sans redevance au conseil.
- Le terrain a été loué pour 21 ans ; les frais d’installation de l’arrosage se sont élevés à 17,500 fr.; et un emprunt de 250,000 francs a été contracté pour rembourser les frais de canalisation, de machines, etc. 1
- Depuis 38 ans le sewage du collecteur sert à l’irrigation d’un vaste pré; sans charges pour la ville,'ni pour le propriétaire..
- 60 hectares peuvent être arrosés par gravitation, sur lesquels 28 sont arrosés. Les frais de préparation du sol ont été de 500 francs à l’hectare. La concession du sewage par le Bourg est de sept années.
- Pendant les sept premières années, la compagnie n’a payé aucune redevance au conseil ; depuis deux ans, elle paye 250 francs par an.
- Jusqu’en février 1872, la corporation s’était chargée de l’arrosage.
- /i'.tiiAti I ... . «JiL.
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- ETUDES
- SUR
- UNE ' PROPRIÉTÉ SPÉCIALE DU SABLE
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- ET SUR SES APPLICATIONS
- Par L. A. ®EAIJ©EM©ÏJLIRI
- Ingénieur en chef des ponts et chaussées en retraite.
- APERÇU GÉNÉRAL.
- Pendant un séjour assez long, que j’ai fait à Londres, j’ai lu par hasard dans un journal technique, Y Engineering du 30 décembre 1870, l’extrait, assez étendu et avec figures, du procès-verbal des expériences faites au Conservatoire des Arts et Métiers de Paris, sur les nouveaux appareils de décintrement, dont je suis l’auteur1.
- Ce procès-verbal a été publié dans les Annales du Conservatoire (dernier fasciculede 1870) ; — en l’examinant, j’y ai retrouvé avec regret des erreurs, sur les figures et dans le texte, qui m’avaient frappé dans la traduction anglaise.
- Les appareils expérimentés au Conservatoire ne sont pas encore entrés dans la pratique.—Ils ont figuré à l’Exposition universelle de 1867, mais dans des conditions qui n’ont pas permis au public industriel de les voir travailler et de les apprécier, bien qu une médaille dior leur ait été décernée sur la proposition du jury international;—la « complète efficacité» de leur fonctionnement est d’ailleurs constatée par le procès-verbal précité.
- Ces appareils sont les conséquences logiques de mes études sur le sable, dont on a fait depuis 24 ans de très-utiles et nombreuses applications. Mais on n’en a pris que la partie matérielle; le principe qui m’a dirigé
- 1. Cet article, qui n’est pas simplement une traduction, mais un extrait raisonné, a été publié d’abord dans le Van-Mostrand’s eclectic Engineering Magazine, recueil fort estimé, auquel les journaux techniques étrangers font souvent des emprunts.
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- reste encore peu compris, bien que j’en aie à nouveau démontré toute l’utilité, en donnant un grand perfectionnement (le procédé différentiel) qui en est le corollaire immédiat, et est entré de suite dans la pratique générale.
- Base de mes études. — Le principe en question résulte d’une propriété physique du sable, assez extraordinaire pour être difficilement admise en théorie.
- Le sable, siliceux et bien sec, mis dans une enveloppe relativement mince, comme un sac de toile, dont le diamètre est d’environ 0m,40 quand il est plein, et placé sous une charge portée jusqu’à 45 000 kilogrammes, forme un conglomérat très-résistant, après un faible tassement résultant de l’enchevêtrement par les interstices.
- Ce conglomérat, par une exception très-curieuse et peut-être unique, se montre dépourvu de toute élasticité, de toute réaction; il reste néanmoins très-divisible, et si quelque orifice est ouvert dans l’enveloppe, le sable s’écoule spontanément par sa.propre pesanteur, sans le moindre effluve ou jaillissement quelle que soit la charge;le plus faible obstacle suffit pour l’arrêter.
- Le phénomène est plus nettement accusé encore quand le sable est contenu dans une boîte cylindrique en tôle, comme celles maintenant en usage pour les déciptrernents.
- J’ai vu fonctionner cette boîte, au pont de l’Alma de Paris, sous des charges de 60 000 kilogrammes ; j’ai vu que le sable écoulé par un orifice de 0m,02 de diamètre et arrêté par le socle en bois, formait un petit demi-cône restant parfaitement stable, sous cette charge de 60 000 kilogrammes ; j’ai balayé à la main ce petit cône, il s’en est aussitôt produit un autre tout semblable ; j’ai balayé seulement une partie de celui-ci, il s’est spontanément complété de suite.
- Ce fait du petit demi-cône suffisant pour arrêter tout écoulement sous les plus fortes charges, puis se reproduisant intégralement dès qu’il a été balayé en totalité ou en partie, a fortement attiré mon attention ; il m’a inspiré lq procédé différentiel, dont l’utilité pratique est presque aussi grande que celle de l’invention initiale, soit l’application du sable aux déejmtremenls,
- Procédé différentiel. — Ce procédé est fort simple :
- Puisqu’un petit cône çle sable, enlevé soit en totalité, soit en partie, se complète de lui-même aussitôt après, il est clair qu’on peut donner successivement à chaque point d’appui (d'un cintre), représenté par un cylindre plein de sable, une diminution très-petite dans le volume, et, à plus forte raison, dans la hauteur de ce sable; ôn peut même approcher à volonté dè Ÿinfiniment petit, en n’enlevant qu’une faible portion du petit cône, lequel se complète aussitôt spontanément.
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- De là le nom de différentiel donné au procédé : avec lui, les opérations les plus amples et compliquées deviennent simples, économiques et par suite infaillibles. Il suffit d’employer peu d’ouvriers et même un seul, chargé d’aller, successivement et dans un ordre déterminé, balayer un petit cône de sable à chacun des cylindres ou points d’appui. On verra plus loin la description d’un nouvel instrument [le collier balayeur) qui facilite et'régularise beaucoup cette besogne.
- Le procédé différentiel que j’ai publié en 1857, dans les Annales des 'ponts et chaussées, a été, de suite, et pour la première, fois appliqué au dé-cintrement simultané des trois arches du pont Saint-Michel, à Paris,
- Par les procédés antérieurs, il aurait fallu employer 192 ouvriers, autant qu’il y avait de points d’appui ; par le différentiel, douze ont suffi, et l’opération a été faite en deux heures.
- On comprend que cette grande diminution dans le nombre des ouvriers soit une cause importante d’ordre et de sécurité dans le travail : aussi le procédé différentiel est-il entré aussitôt dans la pratique générale. Mais il n’est pas encore logiquement appliqué.
- Fautes dans les applications. — Le décinfrement le plus remar-, quâble qui ait été fait dans ces derniers temps est celui de Varche-type de celle dite de la Monnaie, qu’on doit exécuter près du Pont-Neuf, dans l’axe de la rue de Rennes. Cette arche-type a été construite aux carrières de Souppes; ses dimensions exceptionnelles (ouverture, 37“,.886 ; flèche 2m,10) ont été les motifs de cet essai préliminaire et dispendieux.
- L’opération était fort délicate ; j’en ai lu la description dans une notice de M. le conducteur Servais, publiée dans le Portefeuille des conducteurs et gardes-mines (1869, 7e série, 4, 5 et 6).
- A chacun des cylindres d’une travée du cintre on a placé un ouvrier, lequel, après avoir débouché un orifice, a balayé à la main cinq ou six des petits cônes de sable qui se sont succédé ; puis après, sur l’ordre de l’Ingénieur, lui et ses camarades ont passé à une autre travée, pour y faire les mêmes choses.
- Ainsi, on avait en main un procédé et un instrument de précision .vau lieu de les utiliser logiquement, en ne balayant qu’un seul cône par cy-lindre, ou, si l’on était pressé, en en balayant quatre, mais pris à des orifices différents, on en a balayé de suite 5 à ,6 et cela par un seul et même orifice. ; v
- On a réussi cependant; mais tout succès qui n’est pas raisonné est un succès de hasard, et j’espère que mes observations pourront être utilisées par les ingénieurs qui seront un jour chargés de construire l’arche définitive de la Monnaie.
- Au reste, cet exemple m’a engagé à l’étude de procédés et engins nouveaux, que je décrirai plus loinnt qui résoudront les difficultés.
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- Exemple tiré d’une notice officielle. — Un autre exemple, que je vais citer, montre aussi combien il est encore nécessaire d’expliquer la théorie des décintrements au moyen du sable.
- - C’est la notice qui fait partie du recueil publié par les soins du Ministère des Travaux publics, pour l'Exposition universelle de Londres en 1862.
- Cette notice ne dit pas un seul mot du procédé différentiel, qui, depuis 1857, était déjà fort répandul. Elle ne cite même pas les curieuses propriétés du sable, et se borne à la description des cylindres en tôle, qui ont pris naissance à Paris; mais elle signale comme un inconvénient ce petit cône de sable qui suffit pour arrêter l’écoulement et qui est, âmes yeux, la base de toute application, présente et future, du sable à Yétat dynamique intermittent.
- La notice porte, page 256 : « Il faut de temps en temps dégager les « orifices du sable qui s’y accumule; sans cette précaution, le petit « cône de sable, qui se forme au droit de chaque orifice , arrête l’écoute lement..»
- S’il en est ainsi, ce n’est pas de temps en temps, mais constamment qu’il faut dégager les orifices. De pareilles inadvertances sont regrettables, surtout dans un recueil officiel.
- Conclusions de l’exposé général. — J’ai plusieurs fois, dans les Annales des ponts et chaussées, appelé l’attention sur l’étude du sable, comme principe ; mais elle a été négligée : la matière est si excellente pour les opérations analogues aux décintrements, qu'elle réussit toujours. Alors, ceux qui n’avaient besoin que du fait se sont peu soucies de la théorie.
- De cette indifférence serait résultée l’absence de tout progrès notable et de toute extension dans les applications du sable, si je n’avais pas donné le procédé différentiel. Les cylindres en forte tôle, qui ont pris une vogue, à mon avis fort peu méritée, sont en contre-sens avec le principe de la non-réaction, et montrent combien peu celui-ci est compris.
- En résumé :
- > Le sable, dépourvu de toute élasticité, de toute réaction, est un phénomène en physique.
- J’en ai tiré de grandes et utiles applications, généralement imitées, tant en Erance qu’à l’étranger.
- Des lueurs nouvelles ont jailli pour moi des quelques expériences du Conservatoire des arts et métiers, lesquelles étaient naturellement dirigées dans un but de contrôle rigoureux.
- Un fait nouveau en physique est une conquête dont l’industrie doit,
- 1. La notice pour l’Exposition de 1867 n’en parle pas davantage, bien que le procédé fut alors devenu presque universel;—elle reproduit à peu près celle publiée en 1862.
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- tôt ou tard, tirer parti. Les décintrements ne sont qu’une application spéciale; on en trouvera bien d’autres1.
- D’après les motifs résultant de l’aperçu qui précède, je crois pouvoir être utile en publiant l’ensemble de mes études sur les applications du sable; j’y comprendrai mes nouveaux appareils, qui ont fait partie de l’Exposition en 1867, et les expériences du Conservatoire auxquelles ils ont été soumis.
- Le Mémoire qui va suivre présente l’étude théori-praiique des applications du sable à l’état dynamique intermittent; il se divise en trois chapitres :
- 1° Précis historique sur les procédés actuellement en usage ;
- 2° Appareils nouveaux, mis à l’Exposition universelle de ,1867, et tendant à expliquer logiquement les procédés, puis à les généraliser au profit de l’industrie;
- 3° Expériences faites sur les nouveaux appareils au Conservatoire des arts et métiers; discussion au point de vue du principe de non-réaction.
- 1. J'ai dit déjà que mon nouvel appareil était composé en vue d’opérations plus amples et plus délicates que les décintrements.
- Je vais expliquer sommairement quelques applications qui pourront appeler l’attention des industriels.
- Par cette curieuse propriété de ne pas réagir sur l'enveloppe, le sable peut être grandement utilisé pour former, avec des châssis en planches de sapin ou en feuilles de zinc, des murs très-résistants sous la charge et d’autant plus commodes pour les maisons rurales que leur épaisseur défendra les habitants contre les variations de la température extérieure. Les maisons en fer qui ont été admises à l’Exposition universelle de 1867 n’ont pas cette précieuse qualité, et sont loin d’arriver au même degré d’économie.
- Les substances qu’on emploie, par injection ou immersion, pour préserver les bois de la pourriture, comme le sulfate de cuivre, la créosote, etc., sont, par cela même, des poisons pour les vers, les insectes, les rongeurs; elles doivent être, tout au moins, aniipa-thiques aux rats, souris, mulots, etc. ; de plus, elles rendent les bois presque incombustibles.
- Ce peu de mots engagera peut-être les constructeurs ruraux à faire l’essai des murs en sable pour les granges, pour les étables, etc.
- En architecture, on a souvent besoin de décoration à bon marché : par exemple, une colonnade dans un café.—Avec des fûts en zinc, façonnés et cannelés sur un mandrin, on fera, en les emplissant de sable, des colonnes pouvant très-bien porter un plancher ou une voûte.
- A l’état dynamique intermittent, c’est-à-dire traité par le procédé différentiel, le sable peut rendre de nombreux services à la mécanique industrielle.
- Par exemple, une ou plusieurs maisons se trouvent déchaussées, ou privées d’accès par l’ouverture ou la transformation d’une rue; avec le sable et le procédé, on pourra les faire descendre au niveau voulu, sans la moindre trépidation, par degrés insensibles, sans déranger ni un meuble, ni même un habitant.
- Je me borne à ce simple aperçu, qui peut ouvrir la voie à beaucoup d’autres applications.
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- CHAPITRE PREMIER.
- Précis historique sur les procédés actuellement en usage.
- Emploi du sable. Procédés antérieurs. — C’est en 1847 que j’ai eu l’idée d’appliquer le sable au décintrement des grandes arches.
- Ingénieur en chef de la 1re section du chemin de fer de Tours à Bor-deaux, j’avais à décintrer deux viaducs, dont l’un, celùi de Port-de-Piles, sur la Creuse, avait trois arches surbaissées de 31 mètres d’ouverture chacune.
- J’avais vu précédemment appliquer, au décintrement d’arches de 20 mètres, des coins en chêne réunis par paires et qui étaient alors d’un usage général.
- Ces coins, à l’exception de ceux de rive, beaucoup moins chargés, refusaient absolument de glisser, bien que frappés à grands coups de masse et nonobstant des précautions préliminaires de graissage, savonnage et même interposition de plaques métalliques1.
- On était obligé de ruiner à la hache chacune des paires de coins, après avoir placé près d’elle une bille en bois moins haute de 5 centimètres; puis on ruinait celle-ci, près de laquelle on avait placé une autre moins haute encore, et ainsi de suite.
- Le cintre tombait par parties et fort inégalement, car la ruine des coins ou cales ne pouvait être simultanée; il produisait dans la charpente de très-forts craquements et, dans la voûte, des forces vives et des déformations parfois assez graves.
- L’application de ce procédé à des arches surbaissées de 31 mètres
- 1. Les faits, que je cite ici, ont été vus par moi au décintrement d’une arche du pont de *Mont-Louis, puis des cinq du pont du Cher décintrées deux ans après, exactement suivant lés mêines procédés.
- Dans le Cours de construction lithographié pour l’École des ponts et chaussées, lé chapitre relatif àü décintrement porte qu’à Mont-Louis les coins qui avaient servi pendant le montage du cintre et de la voûte refusaient absolument de glisser, et qu’il fallut les ruiner â la hache, quand on voulut décintrer ; mais il ajouté, qu’on plaçait près de chaque paire, avant de la ruiner, une autre paire de coins frais et savonnés, lesquels glissaient ëhsuite avec facilité.
- Il y à là, je pense, une méprise d’aüiant plus regrettable, qu’elle conduit à une idée fausse. Elle laissé supposer que la résistance au glissement des coins dépend seulement du frottement des surfaces; elle ne tient pas compte de la charge, qui est évidemment l’élément Capital de cette résistance.
- Si la quantité d'action développée par les coups de masse est très-inférieure à cette charge, il est clair qu’il n’y aura pas glissement, quel que soit l’état des surfaces frottantes,
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- d’ouverture me paraissant chanceuse, j’ai dû chercher d’autres moyens, et, après y avoir bien pensé, je suis arrivé au plus simple, au plus efficace, Yemploi du sable.
- Premières études sur le sable. — Cet emploi n’est pas une invention due au hasard, mais le résultat d’une étude.
- J’avais lu, dans la Revue britannique de 1829, le détail des curieuses expériences faites à Genève (entre autres celle d’un œuf retiré sans dommage d’un massif de sable fortement chargé); puis, dans le Mémorial du Génie de 1835, les expériences, sur la,même matière, faites parle capitaine Niel, qui depuis... Je savais que le sable avait été employé comme sol de fondation rapporté, en 1822, par l’ingéiiieuf de Villiers du Ter* rage; puis, en 1826, par le colonel d’artillerie Durbach; puis j én 1830, par le capitaine du génie Gauzence, etc.1.
- Des expériences précitées j’ai conclu :
- 1° L’incompressibilité presque absolue du sable siliceux, aprçès un faille tassement.
- 2° La faculté qu’il acquiert, en s’enchevêtrant par les interstices et les aspérités, de former un corps quasi-solide et cependant quasi-fluide, quand il est bien sec; dont les éléments se maintiennent stables sous la plus forte charge mais peuvent s’écouler sans le moindre effluve quand un orifice est ouvert dans l’enveloppe2.
- 3° Enfin et surtout cette curieuse propriété , signalée par le capitaine Niel, de donner, par un orifice ouvert, un écoulement constant en poids et tout à fait indépendant de la charge.
- Cette dernière, qui est la base de Y horloge à sable, m’a conduit à penser que lé sable eh masse devait être dépourvu de réaction OU d’èlastiêité, et pouvait ihe servir grandement poür l’opératioh que j’RVàis ëü vile.
- Expériences sûr le sable. — J’ai donc essayé, au moyen de la presse
- hydraulique, du sable siliceux, séché au feu et contenu dans un sâc én
- .>
- \
- 1. Le succès de quelques-unes de ces dernières applications ne s’est pas maintenu par une cause qui doit être l’invasion des eaux, soit extérieures, soit de sources locales ;—si elles avaient une issue, elles formaient courant et entraînaient le sabie ; — si elles n’en avaient pas, elles prenaient un certain volume dont l’élasticité naturelle devenait sous la charge un élément de désaggrégation et de rupture pour l’enveloppe. Ainsi le ëabie en massif rapporté n’est bon, comme sol de fondation, qü’à la condition d’être rnis sbigneüséiheiit à l’âbri des eaux, même pluviales; celles-ci entraînent dans les interstices les particules téniies ët produisent ün tassement, qüe j’ai trouvé très-apparent dans plusieurs expériences.
- 2. La quasi-solidité est prouvée par le fait capital d’un conglomérat formé, dans urt simple sac de toilé qu’on charge de 45,000 à 60,000 kilogrammes : la quasi-fluidité résulte de toutes les expériences faites avec le sable bien séché au feu. G’est Seulement quand le Sable est humide, qu’il faut employer un bâton ou crochet pour le diviser et l’extraire.
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- toile. Le sac s’est fort bien maintenu jusqu’à la pression de 60,000 kilogrammes. Alors, il s’est fendu sur une longueur d’environ 0m,30 et peut-être par un accident inaperçu.
- A la suite de cette expérience, le maximum de charge que devaient porter les sacs des deux viaducs à décintrer étant de 45,000 kilogrammes, j’ai pu indiquer le procédé comme infaillible à M. l’ingénieur Desnoyers, mon camarade et ami, lequel a fait la première application au viaduc d’Auzon, sur la Vienne, composé de cinq arches surbaissées, ayant chacune 20 mètres d’ouverture.
- /
- Btlles en bois recoupées. — Précédemment, j’avais fait monter plusieurs cintres pour la construction des voûtes, laquelle était pressante. Ils avâient été établis sur des billes en bois de sapin, posées debout entre le couronnement'des pieux et la semelle portant la charpente. J’avais pensé à faire le décintrement par la recoupe graduelle et régulière des billes, dont la hauteur était de 0m,40 et l’équarrissage de 0m,30. Près de chacune on en aurait placé une autre, moins haute de 0m,05; on aurait ruiné la première en la taillant en biseau, et les fibres du bois, en s’émoussant ou se retroussant peu à peu sous la charge., auraient amorti la transition d'une bille à l’autre.
- Ce procédé, préparé pour le cas où l’expérience ne serait pas favorable aux sacs de s’able, a été appliqué, quand elle n’était pas encore faite, à l’une des arches du viaduc de YAuzon, dont l'ouverture était de 20 mètres. Il a réussi remarquablement bien'et a évité les ressauts, les forces vives que donnait, avec les coins en chêne, la recoupe de leurs fifires dans un sens transversal.
- Expérience remarquable. — Toutes les’opérations faites ayec les sacs pleins de sable ont eu un succès complet. A l’une d’elles assistaient MM. les ingénieurs de la 2me section du chemin de fer de Tours à Bordeaux. M. Morandière, mon camarade et ami, qui m’avait aidé dans mes expériences avec la presse hydraulique et m’avait même procuré celle-ci, avait, comme moi, une foi robuste dans la non-réaction du sable. Il demanda qu’un coup de hache fût asséné sur un sac portant la charge d'environ 40,000 kilogrammes. J’ai consenti à cette expérience assez hardie, par l’oiiverture, longue de 0m,30 à 0m,40, les assistants ont vu sortir le sablé,, sans le moindre jaillissement ou effluve, superficiellement et pour ainsi dire grain à grain. Un copeau plat, trouvé sous la main et glissé entre les lèvres de la coupure, a réduit presque à rien l’écoulement. Depuis ce temps, M. l’ingénieur Desnoyers a chargé, dans toutes les opérations avec les sacs, un ouvrier, muni de fil et d’aiguilles, de raccommoder sur place ceux qui se trouvaient, endommagés par quelques maladresses accidentelles : les mêmes sacs, transportés d’un pont à l’autre, après1 avoir été rapiécés, au besoin, ont toujours bien fonctionné dans plusieurs décintrements.
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- Opération. — Je dirai sommairement comment se fait l'opération : on trouvera dans la légende et sur les figures les détails nécessaires à l’exécution. Ceux qui suivent pourront être utiles dans le cas où la vogue, peu rationnelle, des boîtes en tôle viendrait à cesser.
- Quand une voûte est construite avec une partie des tympans et fermée depuis dix à quinze jours, on choisit un jour non pluvieux pour faire le décintrement1.
- Les sacs de toile, emplis à couvert de sable siliceux et bien sec, sont apportés et placés chacun près d’une bille, sur une planchette en bois de chêne ayant environ 0m,03 d’épaisseur. Entre la planchette et la semelle inférieure, on bat fortement des coins, afin de presser le plus possible le sac contre la semelle supérieure.
- Chaque sac a deux gueules fermées par des ficelles, qu’on a enroulées de façon à bien tasser le sable; il a de plus deux ajutages ou tuyaux en toile, longs d’environ 0m,15 et de 0m,04 de diamètre; ils sont fermés, près de l’orifice du sac, par des ficelles disposées à nœud coulant, de manière à pouvoir facilement arrêter l’écoulement du sable, qui, d’ailleurs, ne réagit pas, quelle que soit la charge.
- Les sacs étant posés et bien serrés par les coins, les charpentiers viennent faire la recoupe des billes. Pour une, ils enlèvent successivement de chaque côté parallèle à l’axe deux tranches prismatiques triangulaires, suivant des traces marquées d’avance au crayon.
- Quand la base de la bille était réduite à une largeur de 0m,10, elle marquait son empreinte sur la semelle, qui était en bois de chêne; quand elle s’approchait d’être réduite à une arête, celle-ci s’émoussait peu à peu, et la partie correspondante delà charge portait à plein sur le sac.
- Le tassement, pendant ces opérations préliminaires, était d’environ 2 centimètres; quand elles étaient achevées, on procédait à l’extraction du sable. *
- Dans l’origine, celui-ci était seulement séché à l’air; j’avais craint pour les arches de 31 mètres d’employer le sable passé au feu ; c’est à une arche de 20 mètres du viaduc de YAuzon qu’il a été ainsi essayé, et la grande facilité, que donnait son écoulement spontané, rend très-recommandable le séchage au feu.
- Cependant, comme le sable peut* par une cause quelconque, se trouver un peu humide, je vais dire comment on peut encore en tirer bon parti.
- Pour les arches de 31 mètres, un ouvrier était attaché à chaque sac; il dénouait la ficelle d’un ajutage, et le sable, simplement séché à l’air, s’écoulait spontanément d’abord, et parfois aussi ne sortait qu’après
- 1. Si l’on est forcé d’opérer pendant la pluie, le plus grand nombre des sacs se trouvera couvert par la voûte : il faudra seulement garantir ceux voisins de la tête exposée au vent. Au reste, ce cas doit être accidentel, puisque les sacs ne sont apportés qu’au moment du décintrement, et qu’on est généralement maître d'ajourner l’opéralion, dont la durée est d’environ deux heures, jusqu’à un temps favorable.
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- avoir été sollicité avec une réglette en bois introduite par l’ajutage. L’ouvrier avait un & jauge, moins haute de 0m,05 que l’intervalle de 0m,40 entre les semelles. Quand celles-ci s’étaient rapprochées d’autant, il arrêtait, jusqu’à la vérification des employés, en faisant à l’ajutage un simple tour de ficelle ; puis il recommençait après la visite.
- Le cintre descendait ainsi par mouvements très-doux, presque insensibles, et sans faire entendre le moindre craquement dans les bois1. Quand il était séparé de la voûte, ce dont on s’apercevait par la poussière qui en descendait, on accélérait l’opération en ouvrant les gueules des sacs. Le sable se montrait alors comme un corps solide; il s’était nettement moulé, sous la charge de 40,000 kilogrammes, suivant les plis formés par les gueules; il fallait le gratter avec les doigts pour le faire ébouler, parce qu’il ri avait pas été séché au feu. On l’enlevait presque entièrement, et le cintre s’abaissait jusqu’à laisser entre lui et la voûte , un intervalle de Qm,2o, fort commode pour l’enlèvement ultérieur des couchis, etc.
- .Tai vu bien des voûtes décintrées par ce procédé et les al toujours trouvées pures et sans jarrets; elles n’avaient pas besoin d’étre ragréées, comme celles pour lesquelles on employait précédemment des coins en chêne.
- • r-
- Procédé différentiel , appliqué avec sacs en toile. — Maintenant que le procédé différentiel est devenu d’un usage général, voici le moyen simple de l’appliquer avec les sacs.—Un ouvrier muni d’une mesure, comme un petit verre à boire, ira de l’un à l’autre, suivant un ordre déterminé ; il ouvrira un ajutage, emplira son verre, le videra, puis refermera l’ajutage par un simple nœud coulant. Cela sera facile, car une faible pression de l’ajutage entre l’index et le pouce suffit pour arrêter l’écoulement du sable.
- Si celui-ci est un peu humide, une réglette ou un petit bâton sera nécessaire pour le solliciter. Il sera même bon, vers la fin de l’opération, de laisser la réglette dans l’ajutage^ parce qu’il se forme, par la vidange, des plis dans la toile qui obstruent parfois l’orifice.
- J’ai parlé d’un seul ouvrier. Il est clair qu’on ira plus vite en en prenant quelques-uns de plus, par exemple, un par file de pieux.
- Les sacs de toile ont servi, pendant plusieurs années et toujours avec
- i. Plus tard, après avoir (juitté le service, j’ai assisté à un décintrement fait avec les sac* de sable et pendant lequel les bois craquaient. J’en ai cdficlu que les nombreux ouvriers ne procédaient pas avec ordre. Là certitude du succès final, acquise par les dééintfements antérieurs, faisait négliger les précautions.
- J’ai indiqué, comme un moyen simple de régularité, l’emploi d’une mesure (un petit verre à boire) remise à chaque ouvrier, successivement remplie, puis vidée par lui au moment d’un signal convenu. Au reste, le procédé différentiel, trouvé depuis, a mis à néant les graves difficultés qui résultaient du grand nombre des ouvriers employés jusqu’alors.
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- plein succès, pour un assez grand nombre de décintrements* parmi lesquels celui des arches du viaduc construit en \ 853, à Bercy, pour le chemin de fer de ceinture.
- Cylindres en tôle. — 1re application, — L’année suivante, a été reconstruit, par les mêmes entrepreneurs et ouvriers, le pont d’Austerlitz, assez voisin du précédent.
- M. le conducteur Bouziat, attaché à ce service, a eu l’idée d’employer au décintrement des arches le sable contenu, non plus dans des sacs de toile , mais dans des boîtes cylindriques en forte tôle1, dont chacune est percée de quatre orifices d’écoulement qu’on ferme avec des bouchons en liège.
- Un journal, Y Ingénieur du 15 octobre 1855, a donné une description étendue et avec figures des procédés employés avec plein succès pour ces décintrements; il ne cite pas les ingénieurs, qui paraîtraient avoir laissé à leur subordonné le soin et le mérite des détails, car aucun d’eux n’a jamais rien publié à ce sujet.
- Le principe de la non-réaction du sable était alors bien loin de toutes les idées. Là substitution de la forte tôle à la toile lui était Opposée; Cependant M. Bouziat s’en est rapproché par une sorte d’instinct, quand il a fermé les orifices de ses cylindres avec de simples bouchons en bon liège. Gettè idée remarquable a toujours été appliquée depuis vingt ans, bien qu’on ait vu parfois des bouchons desséchés par le soleil tomber d’eux-mêmes et livrer passage à un petit cône de sable qui aurait dû faire réfléchir, parce qu’il suffisait pour arrêter tout écoulement, quelle que fût la charge.
- Les cylindres en tôle ont une régularité de forme, que n’ont pas les sacs de toile; ils font bien àu dessin et à la vue; ils avaient été appliqués à Paris, pour la première fois; ils ont pris une vogue singulière * à mon avis, et ont remplacé les sacs primitifs * tant en France qu’à l’étranger, où l’emploi du sable pour le décintrement s’est fort répandu.
- Réapparition des sacs de toile et perfectionnement. Cependant, en \ 862, M. l’ingénieur Maréchal, chargé à Brest d’une section de chemin de fer, ayant à construite environ quarante viaducs de diverses grandeurs, a d’abord employé les cylindres en Usage pour décintrer les premiers; puis il a eu l’idée d’essayer les sacs eU toile, pleins de sable, et Vest trouvé si bien de leur économique simplicité, qu’il a renoncé entièrement aux boîtes en tôle. ?
- 1. La priorité de l’idée, quant à la tôle, appartient à un ingénieur distingué, feu de Sa-zilly, mon ami, qui me l’avait communiqdée plusieurs années avant i’appiication : je l’ai même publiée, avec des observations, dans les Annales des ponts et chaussées, à la date du 0 mars 1854. Mais M. le conducteur Bouziat n’en à pas eu connaissance, car il a employé des bouchons en bon liège, là où feu de Sazilly proposait des portes métalliques.
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- J’ai visité, en 1863, ces travaux alors à peu près terminés. M. Maréchal m'a dit que, dans son application des sacs de sable, il avait remplacé chacune de mes billes en sapin par une paire de coins de pose, près de laquelle on plaçait le sac sur sa planchette. Entre celle-ci et la semelle on battait fortement d’autres coins qui serraient le sable, au point que les coins de pose pouvaient ensuite être retirés sans difficulté et même parfois à Ta main.
- Ce procédé qui épargne la recoupe des billes peut être bon pour des arches de médiocre importance et en plein cin tre, chargeant peu les cintres, comme étaient généralement celles que j’ai vues, dans cette visite; mais il serait impraticable pour de grandes arches faisant porter à chaque sac de 15 000 à 40 000 kilogrammes.
- J’ai vivement engagé M. Maréchal à publier son procédé avec détails, mais il s’est abstenu. Quoiqu’il en soit, la réapparition des sacs de toile, mis en oubli pendant dix ans, m’engage à présenter ici la comparaison logique entre les deux procédés, sacs et cylindres: il y a là une étude à faire, dont l’importance sera comprise.
- Comparaison des sacs de toile avec les cylindres de tôle. — Les sacs de toile coûtent beaucoup moins que les boîtes cylindriques en tôle et donnent un effet utile trois fois plus grand; — car, pour un intervalle de 0m,40 entre les semelles inférieures et supérieures (fig. A, pl. LXII), le sac permet un abaissement de 0m,25 à 0m,27.
- Le cylindre, pour un intervalle de 0m,50 (fig. B), ne peut donner qu’un abaissement de 0m,13, au maximum, à cause de la hauteur de la partie morte de l’appareil, à cause aussi de la couche de sable, qui ne peut s’écouler dès que son talus est descendu au-dessous des orifices.
- Ce chiffre 0m,13 est même souvent réduit à 0m,10 ou 0^,09, par suite des coins que les besoins de l’ajustage jobligent parfois de battre entre quelques pistons et la semelle supérieure. On comprend que le>piston qui baisse le moins règle la descente générale, puisqu’il faut conserver l’horizontalité.
- Cet abaissement de 0m,09 à 0m,10 s’est trouvé fort insuffisant, pour le pont de Y Alma où les tassements, dans les piles et dans les arches, ont été .deux à trois fois plus forts. Il a fallu remplacer [au moyen de l'appareil
- à verrins1} les cylindres épuisés, par d'autres moins hauts de moitié,
- s..
- 1. Cet appareil est remarquable : on l’employait au pont de Y Alma, pour remplacer par un cylindre plein de sable et muni de son piston chacune des billes en bois sur lesquelles le cintre avait d’abord été construit. Composé de deux plaques en fer, qui ont en carré 0.40 de côté sur trois à quatre centimètres d’épaisseur, l’appareil est relativement fort léger. Les deux plaques sont reliées vers les angles par quatre vis ou petits verrins de 4 centimètres de diamètre : la puissance de ccs vis est telle, qu’un ouvrier soulèfve peu à peu, à l’aide d’une clef, la semelle du cintre, en Vinfléchissant, et donne le jeu nécessaire pour l’enlèvement de la bille et son remplacement par le cylindre.
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- et les décintrements n’ont pu être achevés qu’avec beaucoup de difficultés, qu’on aurait évitées en partie, si l’on avait eu l’idée de remplacer les premiers cylindres, non par d'autres, mais par des sacs pleins de sable.
- Emploi des ciments, conséquence de celui des cylindres.—L’exiguïté de l'effet utile des cylindres a eu des conséquences encore plus fâcheuses par leur généralité.
- Elle a poussé les ingénieurs à l’emploi exagéré des ciments énergiques, lesquels coûtent fort cher. On s’est fait un point d’honneur d’obtenir le minimum possible de tassement; on a mis du ciment dans la maçonnerie des arches d’abord, puis dans celle des piles, puis enfin dans les massifs en béton des fondations. Les fabricants dé cette matière ont fait de grosses fortunes.
- A mon avis, l’emploi des ciments dans les maçonneries, sauf le cas où il s’agit d'arrêter des filtrations, est une faute assez grave pour motiver une courte digression.
- C’est surtout dans la construction des voûtes que leur application est fâcheuse. Avec eux, le moindre tassement se traduit en rupture ou fendillements, car les ciments passent promptement à l’état de pierres et ne peuvent plus se réaggréger.
- Il n’en est pas de même pourles mortiers calcaires qui, sous uneforte compression, ont la propriété de reprendrela ductilité, même après vingt jours de pose. Ce fait estbien connu. J’aifait maintes fois, par un battage au pilon sans addition d’eau, se régénérer des mortiers desséchés ;—à tous mes décintrements, j’ai vu les mortiers, ayant vingt jours et plus de pose, refluer par les joints à l'état pâteux.
- Il est clair qu’ils peuvent alors s’introduire dans les vides laissés par la négligence des maçons, puis se souder fortement, soit entre eux, soit avec les autres matériaux. u
- Les tassements qui, dans les grandes arches maçonnées avec de bons mortiers hydrauliques, sont d’environ huit à 10 centimètres, et en prévision desquels on surélève un peu le cintre, me paraissent un avantage; car ils donnent la pesanteur comme auxiliaire, en lui laissant le soin.de perfectionner l’œuvre et de la rendre plus compacte.
- J’ai sous les yeux les dessins de plusieurs viaducs des chemins de fer de la Compagnie d’Orléans, après les écroulements partiels causés par des faits de guerre; je les dois à l’obligeance de M. l’Inspecteur général Mo-randière. Ils montrent des piles ou culées portant en encorbellement de fortes parties des arches détruites. Au viaduc de Meung, plus, du quart de la voûte est ainsi porté par une culée : à celui de Vendôme, la première pile porte plus du tiers. ^ v
- Or ces arches ont été maçonnées avec de bons mortiers hydrauliques ordinaires. ,
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- Que pourraient faire de plus les ciments sous le rapport de l’utilité?
- Sous celui de la curiosité, les fabricants ont présenté des résultats plus grands, comme la moitié d’une arche tenue en encorbellement; mais celle-ci n’est pas construite en gros matériaux, mais surtout elle n’a pas subi les forces vives d’un écroulement.
- En résumé, les ciments à prise rapide peuvent être fort utiles, quand il s’agit de lutter contre les eaux, soit filtrantes, soit envahissantes; mais pour les constructions ordinaires et particulièrement celle des voûtes , les bons mortiers calcaires me paraissent préférables; le tassement est une garantie de compacité, et je ne comprendrais pas les fortes dépenses qu’on fait pour l’amoindrir, si elles n’étaient pas devenues indispensables par l’exiguïté de l’effet utile du procédé de décintrement dont l’usage est devenu général.
- Tendance au déversement résultant de la hauteur de l’appareil. — J’appellerai maintenant l’attention sur un autre inconvénient des boîtes cylindriques : c’est le bras de levier que la hauteur de T appareil donne à la tendance au déversement, laquelle pourrait devenir fort dangereuse si l’on augmentait cette hauteur afin d’obtenir un plus grand effet.
- La tendance en question tient à ce que le piston n’est pas en général posé bien verticalement; elle est augmentée quelquefois par les coins d’ajustage dont j'ai parlé. Ainsi, j’ai vu au pont de Y Alma plusieurs cylindres qui, après l’emploi, se montraient faussés vers la base, par suite de l’inclinaison du piston.
- levais citer de ce fait un exemple remarquable, qui peut, d’ailleurs, être utile sous d’autres rapports.
- Lors de la construction, en 1863, du beau viaduc élevé sur la Seine, au Point-du-Jour, les ingénieurs ont employé les boîtes cylindriques pour le décintrement des arches en rivière. Bien que le procédé fût alors très-connu, ils ont eu l’idée d’en faire une expérience préliminaire à grandeur d’exécution; ils ont, en conséquence, dans un emplacement déblayé sur la berge droite, fait construire, sur pilotis, une arche type, mais à pierres sèches et sur moitié de la largeur environ.
- J’ai vu plusieurs fois ce travail en me promenant, et j’ai reconnu qu’un certain nombre de cylindres en tôle s’étaient enfoncés sous la charge, angulairèment, dans les bois des chapeaux, quelques-uns de 4 à 5 centimètres, en s’inclinant vers l’axe de la voûte.
- L’inclinaison rendait le décintrement impossible, et il n’a pas même été tenté ; toutefois, on a pu enlever sans accidentée crois, la masse de pierres dont on avait chargé le cintre.
- La tendance au déversement, dont j’ai parlé, s’est montrée avec plus d’évidenc’e â cetté arche type, parce qu’on avait employé du bois de sapin pour faire les chapeaux des pieux. Je rappelle qu’un socle en bois dur est
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- indispensable pour porter un cylindre à arêtes vives, surtout quand on emploie du bois de sapin pour faire la semelle inférieure.
- Qualité importante des cylindres en tôle. — Après avoir indiqué certains inconvénients pratiques des boîtes cylindriques en tôle, dont le plus grave est l’exiguïté de l’effet utile, je dois signaler une qualité qu’ils doivent au calibrage exact de leurs orifices, et qui leur permettrait de servir comme instrument de précision, bien que l’exécution de leurs autres parties n’exige aucun soin dispendieux.'
- Toutefois, cette précision, qui m’a inspiré le procédé différentiel, n’est pas indispensable pour la très-grande majorité des décmtreménts; elle n’a pas été utilisée, jusqu’à présent, même pour l’opération si difficile faite aux carrières de Souppes. Néanmoins, elle appelle l’attention et l’étude, comme question scientifique d’abord, puis pour préparer les applications, que l’industrie générale pourra demander au sable quand ses curieuses propriétés seront comprises et répandues.
- Quand j’ai eu l’idée d’employer cette matière dans les décintrements, j’ai pris comme enveloppe de simples sacs en toile, dont le succès a été complet et constant pour de grandes arches surbaissées, ayant jusqu’à 31 mètres d’ouverture et'donnant une charge de 45,000 kilogrammes sur chaque sac.
- Les inventeurs à la suite, séduits par la forme, ont substitué à mes sacs des boîtes cylindriques en forte tôle. Ils n’ont pas vu que la nature de l’enveloppe n’avait aucune importance; que la forte tôle était même un contre-sens au principe de la non-réaction, sans lequel le décintrement par le moyen du sable n'existerait pas. Cette erreur d’appréciation a conduit à des procédés dont j’ai montré ci-dessus les imperfections et les conséquences fâcheuses. Il est évident que le sac en toile, qui coûte moins et donne un effet utile trois fois plus grand que la boîte en tôle, vaut beaucoup mieux. — On y reviendra.
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- CHAPITRE II.
- Exposition universelle de 1867.
- C’est par l’Exposition de Londres, en 1862, que l’emploi du sable dans les décintrements a pu se répandre à l’étranger; mais la propriété si curieuse, qui m’a guidé dans l’invention, n’étant pas appréciée en France, l’envoi fait par le Ministère des travaux publics se composait uniquement de la boîte cylindrique en forte tôle avec ses quatre bouchons en bon liège. La notice explicative dit un mot cependant des sacs en toile avec lesquels ont été faites les premières applications, mais elle se tient à l’écart des questions théoriques et se borne à des détails pratiques, lesquels se sont transmis sans commentaires parmi les ingénieurs des divers pays. •
- Il est fâcheux que je n’aie pas été consulté sur la rédaction de cette notice. Toutefois, ayant été cité comme premier appliquant, j’ai reçu la médaille anglaise, sans avoir rien exposé.
- En 1867, les approches de la grande Exposition m’ont fait penser que je pouvais être encore utile en initiant l’industrie générale à la connaissance de ce grand fait, l’absence de toute réaction ou élasticité de la part du sable soumis aux plus fortes charges.
- : Nouvel appareil conforme a l’étude théorique. — On avait largement, après moi, appliqué le fait aux décintrements, mais par des moyens peu logiques. J’ai voulu porter la lumière sur une théorie jusqu’alors méconnue, en composant un nouvel appareil qui en fût l’expression même, et dont la simple vue montrât aux industriels et le principe et le parti que chacun pourrait en tirer.
- La planche ci-jointe présente l’ensemble des appareils appliqués jusqu’ici à l’emploi du sable, tels qu’ils ont figuré à l’Exposition de 1867.
- Le sac de toile et la boîte en tôle ont fonctionné avec succès dans de nombreux décintrements ; mais le nouvel appareil n’a encore été soumis qu’à des essais, parmi lesquels ceux du Conservatoire des arts et métiers ont été portés, comme on le verra plus loin, à la pression de 26,265 kilogrammes. Il est donc nécessaire de donner une description détaillée dudit appareil.
- Description. — C’est dans la prévision d’opérations plus délicates et plus amples que les décintrements, lesquelles seront demandées au sable, quand ses qualités physiques seront mieux connues, que j’ai fait entrer
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- les orifices et Y élément cijlindrique dans la composition du nouvel appareil dont j’ai fait l’étude, et dont le succès est maintenant constaté par les expériences faites au Conservatoire des arts et métiers.
- La boîte qui contient le sable n'est pas cylindrique, mais composée de petits cylindres en tôle, hauts de 11 centimètres, dont dix apparents. Ces cylindres ou anneaux s’emboîtent de 1 centimètre les uns dans les autres, comme les tubes d’une lunette, mais avec un jeu moyen d’un demi-centimètre environ, maintenu constant par des goupilles à têtes rondes (fig. C et D). — Le piston en bois a la même hauteur.
- Ajustage des anneaux. — Le nombre des anneaux nécessaires à un décintrement rend importante l’économie qu’on peut apporter à leur fabrication. J'ai pensé que la précision de l’appareil tenait beaucoup plus à celle des orifices d’écoulement qu’à celle des formes générales; en conséquence, les anneaux ont été simplement cintrés etbrasés à la forge, sans être passés par le tour, qui aurait fort augmenté le prix de façon.
- Les goupilles à tête ronde assurent le glissement facile des anneaux, nonobstant les petites irrégularités de formes causées par cette fabrication économique ; elles n’ont pas encorevété essayées. J’avais d’abord employé à leur place trois languettes saillant sur chaque anneau et glissant dans trois rainures intérieures de l’anneau qui enveloppe ; mais ces rainures affaiblissent la tôle, et les expériences du Conservatoire des arts et métiers, dont je parlerai plus loin, m’ont décidé à préférer les goupilles A tête ronde. — Cependant cet affaiblissement n’a eu d’influence que pour un modèle à demi-grandeur et épaisseur : l’appareil effectif pour décintrement a fort bien résisté.
- Comparaison du nouvel appareil avec la boîte cylindrique en usage. — 11 résulte des dispositions de mon appareil comparé à la boîte cylindrique :
- 1° Que Y effet utile est bien plus grand qu’avec les cylindres en usage.
- 2° Que, si le piston n’est pas posé exactement vertical, ce qui arrive presque toujours dans la pratique, le bras de levier de l'inclinaison sera court. Celle-ci n’aura, d’ailleurs, aucune action sur la paroi, dont la form,e générale est conique; de plus, le piston court se redressera par suite de l’écoulement du sable.
- Ainsi se trouve évité l’inconvénient de la tendance au déversement, si grave pour les boîtes cylindriques, qu’elle les rendrait impossibles si l’on avait la prétention d’augmenter leur hauteur et leurs effets actuels.
- 3° Enfin, que le nouvel appareil, dont le nombre des anneaux est facultatif, se prête à des opérations plus amples que les décintrements ; son effet utile s’accroîtra dans un rapport plus grand que celui des hauteurs, puisque celle de l’emboîtage, ou partie morte, est constante.
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- Collier balayeur. — JJai voulu donner à mon appareil une précision qui le rendît propre aux opérations les plus délicates; j’y ai ajouté un organe mécanique fort simple et indépendant de l’incurie des ouvriers.
- Je l’ai appelé collier balayeur; il est le complément et le régulateur du procédé différentiel.
- Ce collier en tôle (fig. C et D) porte quatre palettes terminées chacune par une petite bande en cuir souple. Il balaye exactement, et à frottements doux, par un seul mouvement de va-et-vient, les quatre demi-cônes de sable déposés sur les bavettes.
- Chacun des colliers a une queue saillante de 0m,10, laquelle, au moyen d’un fil de fer de tirage, relie tous ceux d’une même ligne ; les frottements sur les appuis sont assez faibles pour que vingt colliers placés en ligne puissent être mis en mouvement avec facilité par un seul ouvrier.
- Dans le cas où l’on voudrait procéder par degrés presque infiniment petits, il suffira de relever les palettes de façon à ne balayer qu’une portion des cônes, par exemple les sommets, lesquels seront immédiatement et spontanément complétés.
- Le collier balayeur est un organe assez important pour motiver le résumé que je donne ici.
- DIFFICULTÉS INCIDENTES.
- L’Exposition universelle de 1867 m’avait paru l’occasion de vulgariser, mieux que je n’avais pu le faire jusqu’alors, le principe de la non-réaction du sable, que je crois appelé à rendre service à l’industrie générale.
- Ge principe semble anormal en physique; mais la gravité des faits, que je puis citer à l’appui, mérite la plus sérieuse attention.
- J’ai voulu le rendre évident en exposant un appareil dont le public industriel aurait compris la portée, en s’en servant pour produire lui-même un petit cône de sable aussitôt remplacé par un autre.
- Malheureusement je n’ai pu obtenir un emplacement dans les galeries couvertes et fréquentées : mon appareil, composé pour fonctionner par l’écoulement du sable sec, a été relégué dans un coin du parc et exposé à la pluie, dont l’abondance à cette époque l’a mis hors de service deux jours après qu’il était monté.
- Le but de vulgarisation, le seul que je me sois proposé en exposant, a donc été complètement manqué.
- Seule expérience faite à l’Exposition. — Cependant, le premier jour du montage, l’appareil a été examiné et expérimenté devant \ejury international. Ensuite j’ai dû le couvrir et le cacher avec des toiles cirées, mes demandes pour obtenir un autre emplacement n’ayant pas abouti.
- Cette expérience, qui a été unique et même incomplète, a eu un résultat que j’étais loin d’attendre sur la demande du jury international,
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- une médaille d'or m’a été décernée, vers la fin de l’Exposition, par M. le Ministre des travaux publics.
- Erreur dans les notices officielles et utilité de confier la rédaction de celles-ci aux exposants. — Une erreur de la notice officielle, sur le décintrement par le moyen du sable, doit avoir contribué à m’attirer cette faveur. Ladite notice porte à la fin :
- « M. Beaudemoulin propose de remplacer, par des bouchons mêtalli-« ques, ceux en liège dont on fait usage. »
- Les membres du jury, qui s’étaient sans doute préparés à leur examen par la lecture de,la notice, ont dû être frappés du contraste étrange des bouchons métalliques, annoncés par elle, avec les petits carrés de papier mince, qui fermaient les orifices ; ils y auront vu la preuve évidente de ce principe de la non-réaction, que j’avais largement utilisé vingt ans avant, et que mes successeurs ont bien plus largement encore appliqué, mais, il faut bien le dire, sans l’étudier et le comprendre.
- De là cette récompense, ayant pour but de signaler un grand fait encore ignoré et qui est appelé à devenir fécond pour l’industrie générale.
- Les erreurs, que j’avais lues dans la notice officielle sur le décintrement parle moyen du sable, pour l’Exposition de 1862, m’avaient engagé, pour celle de 1867, à proposer de me charger de la rédaction de la notice, dont l’étendue me serait d’ailleurs fixée d’avance. Mon offre n’a pas été agréée.
- Je pense et je crois utile de dire que, pour les expositions futures, l’administration trouverait grand avantage à remettre aux exposants eux-mêmes le soin d’expliquer leurs œuvres. On leur fixerait le nombre de lignes mises à leur disposition ; ils s’arrangeraient pour ne les employer qu’à la partie substantielle et la plus nécessaire pour l’intelligence : « ce que Von conçoit bien s’énonce clairement. » Ainsi serait évitée la responsabilité d’erreurs qui doivent échapper à la rapidité d’un travail fort long, et qui sont d’autant plus regrettables qu’elles seront plus répandues.
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- CHAPITRE III.
- Expériences faites an Conservatoire dles Arts et Métiers.
- Mes nouveaux appareils n’avaient été essayés, soit à l’atelier, soit à l’Exposition universelle, qu’avec des poids usuels, montant ensemble à 500 kilogrammes. Un plus grand nombre de ces poids auraient causé des embarras excessifs.
- Je tenais à des épreuves beaucoup plus fortes, pour lesquelles la presse hydraulique était indispensable, et je me suis adressé au Conservatoire des arts et métiers afin de les obtenir.
- M. le sous-directeur de cet établissement a bien voulu s’en charger ; elles avaient pour lui un intérêt particulier, car il avait traité avec grand succès le problème de la fluidité ou de l’écoulement des solides et avait, sur le rapport de M. le général Morin, obtenu le prix de mécanique à l'Académie des Sciences.
- Or, je présentais non pas un corps, mais un conglomérat très-résistant, divisible presque autant qu’un fluidë,et cependant refusant absolument de fluer, sous des charges de 60000 kilogrammes, ainsi que je l’avais vu au pont de l’Alma.
- Je devais donc m’attendre à des épreuves rigoureuses en m’adressant au Conservatoire, etM. le sous-directeur m’en avait prévenu en me disant: je briserai comme verre vos cerclés de tôle: or, cette rigueur était précisément ce que je recherchais et pour mon instruction et pour l’utilité générale. 1
- Les expériences, à quelques-unes desquelles j’ai assisté, ont été faites en 1868 et 1869. D’autres, dont je n’ai eu connaissance que par le procès-verbal, ont été faites pour une étude particulière à M. le sous-directeur. \
- Le projet de procès-verbal, sauf cette dernière partie, m’a été communiqué le 30 septembre 1869, avec demande de mes observations auxquelles on aurait égard : je les ai remises le 20 octobre suivant.
- Depuis, les grandes occupations de M. le sous-directeur ne lui ont pas permis de conserver avec moi des relations, et je croyais le procès-verbal définitif enterré, quand, par hasard, j’en ai lu l’extrait dans un journal anglais, Y Engineering du 30 décembre 1870.
- Sans cette circonstance, j’aurais entièrement ignoré la publication faite, car aucune lettre d’avis ne m’a été adressée à son sujet, bien que des notes rédigées par moi en fassent partie.
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- Le procès-verbal est inséré dans le dernier fascicule, pour 1870, des Annales du Conservatoire des arts et métiers. J’ai pu me le procurer.
- Erreurs dans le procès-verbal. — J’ai vu avec regret, dans cette pièce officielle, des erreurs de dessin et de texte, qui m’avaient frappé dans l’extrait anglais : elle diffère beaucoup .du projet qui m’avait été communiqué; elle contient un chapitre distinct sur la recherche des lois de transmission des pressions, avec des détails d’expériences et des dessins dont je n’avais pas eu connaissance.
- La publicité donnée à ce chapitre, qui est un mémoire particulier, et l’importance scientifique et technique des questions qu’il soulève, donnent le droit et le devoir de l’examiner avec une sérieuse attention.
- Les expériences du Conservatoire sur mes appareils ont constaté leur complète efficacité; elles m’ont été fort utiles en me présentant une anomalie apparente, et c’est à un procédé fort ingénieux de M. le sous-directeur que j’ai dû les moyens d’en trouver la solution.
- Mais le compte rendu de ces expériences répand plutôt le doute que la clarté sur le principe de la non-élasticité du sable, que je tiens à mettre en pleine lumière, parce que je lui crois une grande utilité d'avenir, indépendamment de toute celle qu’il a montrée jusqu’à ce jour.
- C’est à ce point de vue que je vais résumer les expériences et les appréciations dont se compose le procès-verbal.
- Fautes dans les dessins. — Je parlerai d'abord de quelques fautes dans le dessin qui nuisent à l’intelligence de mes appareils.
- La principale consiste en ce que chaque palette du collier balayeur est présentée dans l’axe d’un orifice d’écoulement; comme elle est moins épaisse que le diamètre de cet orifice , on aurait dû montrer, en plan et en élévation, le sable écotilé de chaque côté sur la bavette; il n’en est rien et la figure d’un appareil fonctionnant par le sable ne présente pas trace de celui-ci. Il en résulte que la bavette, qui joue un rôle important, n’est pas appréciable en élévation.
- Cette erreur m’avait frappé dans le dessin donné par Y Engineering ; je l'ai retrouvée sur la planche officielle, et l’indique dans l’espoir qu’elle pourra être un jour corrigée.
- Appareils soumis aux épreuves. — Le plus grand de mes deux appareils a neuf anneaux et une hauteur de 4m,07. Il a fonctionné à l’atelier, puis une fois à l’Exposition universelle ; mais il n’a pu être expérimenté au Conservatoire, parce que les dimensions ou dispositions de la presse hydraulique ne le permettaient pas.
- L’appareil soumis aux épreuves est celuLqui convient aux décintre-mentSy il a trois anneaux et 0m,47 de hauteur.
- Le procès-verbal porte à 26265 kilogrammes la pression maxima ap-
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- pliquée audit appareil: j'ai demandé plusieurs fois, verbalement et par écrit, qu’elle fût portée au moins à 60 000 kilogrammes, comme la charge que j’avais vue au pont de Y Alma, sur les cylindres en tôle (lettres des 4 octobre 1869 et 29 janvier 1870). Cette épreuve n’a pas été faite officiellement, mais je sais quelle a été dépassée dans des expériences particulières sur le poinçonnage, et le procès-verbal y fait allusion, quand il traite d’exagérées les pressions auxquelles ledit appareil a été soumis.
- Il a bien résisté à toutes et, naturellement, les détails qui le concernent ont peu d'étendue.
- Modèle expérimenté. Ruptures. — Il n’en est pas demême pour les expériences relatives à un modèle du grand appareil, réduit à l’échelle moitié d’exécution.
- Ce modèle, léger et transportable aux amphithéâtres, m’a été demandé pour l’École des arts et métiers, puis pour celle des ponts et chaussées. Dans les rainures que j’avais pratiquées aux anneaux pour l’ajustage, l’épaisseur de la tôle se trouvait réduite à moins d’un demi-millimètre.
- J’ai vu, après les expériences, que mes rainures et languettes affaiblissaient trop la tôle, et j’ai proposé de les remplacer par de simples goupilles, comme je l’ai dit précédemment.
- Par suite de cet affaiblissement, à la première expérience sur le modèle, le second anneau, à partir du piston, s’est rompu suivant une rainure, sous la pression de 12 257 kilogrammes; à la seconde, c’est le premier anneau qui a éclaté, toujours suivant une rainure, sous la pression de 10500 kilogrammes.
- Absence de poussée sur les orifices. — Un fait très-digne de remarque est Y absence à.e> poussée, de la part du sable, sur les quatre orifices d’écoule-ment et de ûm,015 de diamètre, percés dans l’anneau inférieur (le 9me au-dessous du piston). Ces orifices étaient clos par de petits carrés de papier mince, maintenus par un simple fil de coton, passant sur les centres et noué après le collier: or les pressions de 12257kilogrammes et 10500 kilogrammes, lesquellesfaisaient éclater un des anneaux supérieurs, n’exerçaient aucune action appréciable sur les morceaux de papier qui ne se retroussaient même pas autour du fil, bien qu’ils ne fussent qu’à 0m,25 en contre-bas des anneaux qui éclataient.
- Études sur les^ruptures. — Ces ruptures, peu significatives au point de vue pratique, puisqu'il s’agissaitj d’un modèle et que l’appareil effectif résistait fort bien, avaient une grande importance au point de vue théorique; car elles paraissaient en contradiction avec mon principe de Yinélasticité du sable, dont j’avais cependant fait de larges applications.
- Ma foi en lui était si grande, que j’avais essayé des sacs en papier pleins
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- de sable, et avais été fort surpris de les voir éclater sous des charges de 2100 à 500 kilogrammes.
- Papier témoin. Détails. — C'est au papier témoin de M. le sous-directeur Tresca que j’ai dû l’intelligence nette de cette anomalie plus apparente que réelle, et dont j’étais fort préoccupé.
- On prend une feuille de papier joseph ou de soie; on l’applique à la main sur une feuille de carton mince et lisse, un peu plus haute; on place verticalement les deux dans l’axe de Vappareil, en soutenant avec les doigts; puis on verse le sable avec précaution jusqu’au niveau que doit occuper la base du piston ; ensuite on retire doucement la feuille de carton et celle de papier se trouve retenue par les rugosités du sable.
- Cela fait, on pose le piston et l’on presse à 210 ou 30,000 kilogrammes. Après un temps facultatif, on ôte le piston ; on retire le sable avec pré7 caution en le faisant couler par les orifices; puis la feuille de papier, qui paraît d’abord un chiffon, et en étendant celle-ci à la main, sur une table, on reconnaît dans son tissu de nombreuses stries, qui indiquent les mouvements des grains du sable sous la charge.
- L’ensemble de ces stries forme une section elliptique fort remarquable par sa netteté ; elle a pour grand axe le diamètre du piston, soit 0,2585, et pour petit, une flèche de 0,07 à 0,08.
- Au-dessous du contour de Y ellipse, le papier indique, par l’absence de stries, que la stabilité du sable était complète.
- J’ai vu une de ces expériences. Il en a été fait plusieurs, car on m’a montré trois papiers à peü près semblables et conservés sous verre.
- Explication importante des ruptures et de la transmission des pressions. — Ce spécimen m’a fait comprendre la cause de la rupture des anneaux supérieurs du modèle et aussi de mes sacs en papier.
- L’explication est assez importante pour la détailler ici. Je l’avais d’ailleurs indiquée dans une note adressée à MM. les directeurs du Conservatoire, contenant beaucoup d’autres observations, et qui a été publiée, sans que j’en aie fait la demande, comme annexe dudit procès-verbal.
- Quand ori pose le piston sur le sable, la surface de celui-ci n’est jamais, dans la pratique, ni parfaitement plane, ni parfaitement horizontale.
- La pression énergique transmise par le piston tend à réduire toutes les inégalités au plan absolu de sa base. Il incorpore à outrance dans la masse toutes les parties saillantes; il forme avec elles un solide distinct, de condensation maximâ, et ce solide, qui, d’après le papier témoin, ést une calotte ellipsoïdale, devient et se comporte comme un annexe du piston lui-même. Il transmet normalement à la surface ellipsôïdalè les pressions verticales reçues par ledit piston.
- Près du bord où. le rayon de courbure est le plus petit, la normale agit presque horizontalement sur l’anneau ; elle n’est, en raison de son incli-
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- liaison, qu’une très-faible partie de la charge verticale. Les autres normales croissent en puissance à mesure qu’elles se rapprochent de la verticale, et, par suite, leur action sur Y enveloppe diminue.
- De tout cela résulte clairement :
- 1° Que la force par laquelle les deux anneaux supérieurs du modèle ont été rompus n’est, en aucune façon, la réactIon du sable; elle est Faction même d’une portion de la charge centrale décomposée;
- <2° Que cette portion, suffisante pour rompre les anneaux du modèle suivant une rainure, s’est montrée tout à fait impuissante contre les anneaux de l’appareil effectif dont l’épaisseur était double, et qui ont d’ailleurs été soumis à des charges beaucoup plus fortes;
- 3° Que l’action latérale est limitée, dans ses effets appréciables, à une zone de sable d’environ 20 centimètres au-dessous du piston , puisque les petits carrés de papier, qui fermaient les orifices d’écoulement à cette distance des cercles rompus, n'ont pas montré la moindre trace d’insuffisance sous la pression de 12,257 kilogrammes.
- La loi de transmission des pressions dans le sable me paraît fort nettement établie par cette explication, qui n’est d’ailleurs que la traduction logique de la figure régulière donnée par le papier témoin.
- Omissions graves dans le procès-verbal. — En lisant le procès-verbal dans les Annales du Conservatoire, j’ai été frappé de voir la pièce officielle s’occuper beaucoup de la loi de transmission des pressions et ne pas dire-un mot, sauf la publication de ma note, de la solution que j’avais présentée et développée verbalement.
- De plus, j’ai été surpris de ne trouver dans le procès-verbal absolument rien des expériences faites sur mon appareil avec le papier témoin, et à l'une desquelles f ai assisté.
- Enfin, le papier témoin, obtenu avec mon appareil, qui offre un spécimen si remarquable par la régularité de ses formes, n’a pas été publié en regard de deux autres spécimens irréguliers, beaucoup moins significatifs et obtenus dans des expériences particulières, que je crois utile d’examiner, puisque la publication en a été faite.
- Expériences et théorie particulières. — Le chapitre du procès-verbal relatif aux lois de transmission commence en ces termes :
- « Les expériences précédentes (celles relatives à mes appareils), bien « que suffisantes pour constater les propriétés remarquables du sable çt « la complète efficacité des appareils de décintrement, ne permettent pas « de décider suivant quelles lois les pressions extérieures se transmet-« tent dans l’intérieur de la masse et jusque sur les parois qui la main-« tiennent dans sa forme primitive. *
- « La rupture des parois dans certains cas, la pulvérisation sous de « grandes charges, la formation du bourrelet dans l’espace annulaire « compris entre sa surface (celle du piston) et celle de l’anneau, appa-
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- « raissent comme autant de raisons de crojre que la transmission des « pressions avait lieu avec perte considérable d’un point à un autre,
- « bien que cette explication fût en partie contredite par l’arrêt de tout « écoulement, si facilement obtenu, soit par l’application d’une petite « feuille de papier sur les orifices des appareils de décintrement, soit « par la présence seule du cône de retenue. »
- La citation précédente devrait me convenir si je ne recherchais que des satisfactions d’amour-propre, car elle constate la complète efficacité de mes appareils, signalée d’ailleurs dans d’autres parties du procès-verbal; mais les considérations vagues, les raisons de croire et de ne pas croire, que je trouve dans le second paragraphe, ne me paraissent pas en rapport avec l’étude sérieuse du principe de la non-élasticité du sable, que je tiens à dégager de toute obscurité, parce que je lui crois une grande utilité d’avenir, indépendamment de toute celle qufil a montrée depuis vingt ans pour les décintrements.
- Emploi des pistons de formes variées. — Les expériences particulières, relatées au procès-verbal, ont été faites avec deux systèmes de piston : l’un, évidé par le centre, suivant un cylindre dont le diamètre a été progressivement augmenté; l’autre piston a été réduit en grosseur, de manière à former une sorte de poinçon pouvant pénétrer le sable dont la surface était beaucoup plus grande.
- Ce genre de recherches peut avoir un intérêt de curiosité; on aurait pu Y étendre indéfiniment en donnant au piston une base soit carrée, soit triangulaire, soit, etc. ; mais je ne vois pas trop quelle est son utilité pratique. Les papiers témoins qui en sont résultés sont déformés différentes, irrégulières et bien éloignées de la signification précise du spécimen obtenu avec mon appareil.
- Si ce spécimen avait été publié en regard des deux autres, comme cela aurait dû être fait', puisqu’il résultait d’expériences officielles, dont le procès-verbal a le tort de ne rien dire, il aurait frappé les yeux et rendu évidente l’explication que j’avais donnée.
- Celle-ci présente nettement pour le cas normal, pratique et utile, la loi de transmission des pressions dans le sable. En recherchant cette loi, pour des cas fantaisistes, le procès-verbal ne conclut rien que des doutes, et ceux qu’il soulève n’ont, je suis obligé de le dire, aucune relation avec la loi de transmission.
- Ainsi, après la rupture dans certains cas, qui, d’après.ma démonstration, explique la loi de transmission et se trouve expliquée par elle, il signale la pulvérisation du sable sous de grandes charges; puis la formation d'un bourrelet entre le piston et /’anneau.
- Explication simple de la poussière produite. — La pulvérisation du sable, mis en mouvement sous de fortes charges, est un fait tout simple. Le
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- frottement des grains anguleux les uns contre les autres agit à l’instar de la lime et produit la poussière.
- Tous les ingénieurs ont entendu grincer le sable employé, même dans des sacs de toile, à un décintrement. Cet effet dynamique n’a aucun rapport avec la transmission des pressions.
- Il pourrait en avoir un, assez compliqué d’ailleurs, si la pulvérisation se montrait à l’état statique; mais il n’en est pas ainsi, et le procès-verbal porte textuellement : « Cette pulvérisation est un fait remarquable, mais « elle ne se produit peut-être pas à Tétât statique.
- « L’appareil s’est très-bien comporté, d’ailleurs, malgré cette pulvé-« risation, sous l’action des pressions exagérées auxquelles il a été « soumis. »
- L’argumentation n’est donc pas applicable à l’espèce; elle établit seulement que mon appareil a été soumis, dans des expériences particulières, à des pressions bien plus fortes que le chiffre de 26,265 kilogrammes, officiellement maintenu.
- Bourrelet. — Quant au bourrelet de sable formé entre le piston et l’anneau, il n’à également rien de commun avec la transmission des pressions. C’est l’effet naturel d’un premier tassement; c’est l’empreinte d'un pas sur le sable. Il en serait tout autrement si le bourrelet se fût élevé au-dessus de l’anneau, dont le bord dépassait d’un centimètre seulement la base du piston; mais jamais le sable n’a débordé, même avec les cylindres du pont de Y Alma, où la charge était de 60,000 kilogrammes : donc, la hauteur de ce bourrelet, mesurée h trois millimètres, sur du sable meuble, est peü certaine et ne peut avoir une signification utile dans la question.
- Résumé. — En résumé, l’application du sable aux décintrements est maintenant générale; elle s’étendra un jour à d’autres problèmes industriels, quand le principe qui m’a dirigé dans l’invention sera compris et répandu.
- Mais ce principe paraît contraire à celui de Yélasticité des corps, lequel fait loi en physique. De là des répulsions fort concevables, et, quand les grandes opérations, dont j’ai pris l’initiative, ont eu démontré l’efficacité du sable, on a pris la partie matérielle de l’invention sans se préoccuper de Y idée.
- Mes nouveaux appareils sont l’expression de celle-ci, et c’est la cause de leur supériorité pratique sur ceux qui les ont précédés.
- Je tenais, pour mon instruction et pour l’utilité générale, à soumettre lesdits appareils à des expériences rigoureuses.
- Celles du Conservatoire des arts et métiers m’ont été fort utiles, en soulevant une difficulté ou anomalie que je ne connaissais pas; puis en me donnant, grâce au papier témoin dû à M. le sous-directeur, les moyens
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- de la résoudre avec netteté, tout en ajoutant à la partie scientifique un élément important.
- Enfin, le procès-verbal, publié deux ans après les expériences, constate « la complète efficacité des appareils. » Mais il présente des lacunes qui nuisent à la clarté de la question scientifique.
- Ainsi, il ne dit rien, sauf la citation de ma note, de la solution que j’ai donnée sur le problème de la transmission des pressions, la seule qui soit claire, qui explique la rupture des anneaux, qui s’applique au cas vraiment utile et pratique du piston ordinaire.
- Il ne dit rien des expériences faites avec le papier témoin sur mon appareil, et à l’une desquelles j'ai assisté.
- Il ne publie pas en regard de deux papiers témoins, obtenus avec des pistons de formes fantaisistes, le spécimen donné par le piston ordinaire, et dont la régularité remarquable aurait fait comprendre, à première vue, la transmission des pressions comme je l’ai comprise moi-même.
- Enfin, Une porte, comme maximum officiel de la pression imposée à mon appareil effectif, que 26,265 kilogrammes, bien que j’aie demandé, même par écrit, que cette pression fût portée à 60,000 kilogrammes* On avait poussé à outrance et jusqu’à rupture d’un anneau, suivant les expressions du procès-verbal, les épreuves sur le modèle réduit; à plus forte raison le même honneur devait-il être accordé à mon appareil effectif.
- Par toutes les causes résumées ci-dessus, bien que très-reconnaissant de ce que m’ont appris les expériences du Conservatoire, je ne puis m’empêcher de les trouver incomplètes, et c’est dans l’espoir d’en provoquer de nouvelles que je me suis décidé à la présente publication.
- Le principe qui m’a guidé n’est pas précisément contraire à la loi physique de Y élasticité des corps, puisque le sable n’est pas un corps, mais un conglomérat de corpuscules; il peut reposer sur une anomalie, mais il a rendu déjà de grands services et est appelé à en rendre de plus grands encore à l’industrie générale quand il sera compris et vulgarisé.
- Il a donc droit à la sérieuse attention des savants, des constructeurs et des industriels.
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- APPENDICE.
- Le Mémoire qui précède a d’abord été présenté aux Annales des ponts et chaussées.
- Je devais cet hommage au corps dont j’ai fait partie plus de trente ans.
- J’avais d’ailleurs la longue habitude de publier dans ce Recueil les résultats de mes études et les procédés nouveaux qu’elles m’inspiraient.
- Ceux-ci ont évidemment fait progresser l’art des constructions,, puisqu’ils sont entrés et restés dans la pratique générale.
- Ainsi les fondations hydrauliques en béton sont encore exécutées suivant l’ordre d’idées et les moyens pratiques donnés par moi, il y a quarante ans, dans mon premier ouvrage : Recherches thèori-pratiques, sur la fondation, etc. — Mes procédés pour la restauration du pont de Tours ont servi pour celle du pont de Y Alma; — mes caisses sans fond pour la fondation des piles de pont sont d’un usage général ; — enfin, l’emploi du sable dans les décintrements est devenu exclusif, par suite do sa grande supériorité sur tous les moyens connus précédemment.
- Cette dernière invention, si largement utilisée, m’a attiré de la part de la. Commission actuelle des Annales un mécompte que je n’avais pas encore subi : elle a refusé l’insertion de mon Mémoire, et m’a renvoyé le manuscrit avec une lettre en date du 13 mars 1872 et dont voici l’extrait :
- « La Commission a lu avec le plus grand intérêt les observations très-judicieuses « et très-instructives dont ce; Mémoire est rempli ; mais elle a pensé qu’il convien-
- « drait d’abréger l’exposé historique.... et surtout de retrancher toute apparence
- « de récrimination, etc. »
- Ainsi, voilà un travail jugé très •intéressant et très-instructif, au fond, dont l’insertion est refusée à raison de certaines convenances et de prétendues récriminations, qui ne sont autre chose que la constatation d'erreurs dont la publicité paraît blessante pour des susceptibilités personnelles ou d’esprit de corps.
- J’ai toujours pensé que la recherche de Y erreur était un pas vers la vérité; ce pas, je n’ai jamais hésité à le faire, quand il en pouvait résulter quelque lumière sur un sujet utile et peu connu; je n’ai, d’ailleurs, besoin de récriminer contre personne, puisque les procédés assez nombreux, que j’ai trouvés et appliqués, ont eu la chance d’entrer et de rester dans la pratique générale, après leur publication.
- Le Mémoire qui m’a été renvoyé porte en marges des notes au crayon, signées des initiales de l’honorable rapporteur; elles semblent avoir été laissées là pour mon instruction. Je désire être utile à la sienne et, aussi, à celle de la question elle-même, en relevant ici quelques erreurs de la note principale et en ajoutant, sur le fait qu’elle conteste, une explication que j’aurais présentée à la Commission des
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- Annales, si elle m’avait fait l’honneur de m’appeler. La chose qu’elle avait à examiner était mienne. Je l’avais inventée, largement appliquée, puis grandement perfectionnée ; elle est universellement employée, sans être bien comprise encore, et la Commission aurait pu penser que je devais la connaître mieux que personne.
- Yoici le texte de cette note, que j’ai détâché et conservé.
- « Chaque grain de sable est doué d’élasticité. Le sable transmet les pressions, « puisqu’on parvient à rompre les récipients qui le renferment. La faculté d’arc-« boutement qu’il possède, comme tous les conglomérats composés de fragments « nombreux, est la seule cause de la limitation de l’étendue à laquelle la transmis-« sion s’opère. »
- Cette note est une simple négation, lancée de parti-pris, sans le moindre examen de ce qui est écrit dans le chapitre III.
- S’il y avait arc-boutement, comme l’entend la note, la plus grande partie de la charge verticale se répartirait sur l’enveloppe et, remarquons-le bien, l’écoulement régulier du sable, par un orifice ouvert, ne serait pas possible, puisqu’il se formerait aussitôt une voûte au-dessus de cet orifice dont le diamètre est de 2 centimètres.
- Or, la régularité parfaite de cet écoulement, quand le sable est bien sec, est constatée par toutes les applications faites depuis plus de vingt ans. Elle résulte de cette propriété si curieuse, l’aôsence de toute réaction ou élasticité, sans laquelle le décintrement par le moyen du sable n’existerait pas.
- Or, il est maintenant d’un usâge universel.
- Je n’entends pas nier la loi physique de Y élasticité des corps. Ce que j’ai dit s’applique non à un corps, mais au sable siliceux passé à la claie, et qui forme un conglomérat de corpuscules très-durs, sensiblement égaux en volume et très-secs.
- La note précitée fait erreur, quand elle compare à un conglomérat quelconque, celui-ci, qui est tout spècial.
- Quoi qu’il en soit, je crois utile de résumer ici, en d’autres termes, le phénomène, ainsi que je le comprends; mais je rappelle que le grand fait des décintre-ments domine toutes les explications.
- Les grains de sable dont se compose le conglomérat sont durs, secs, anguleux et sensiblement égaux ; ils éprouvent d’abord un tassement sous la charge parce qu’ils se pénètrent par les interstices et s’enchevêtrent par leurs aspérités.
- En cet état, chaque grain porte une partie de la charge, mais il ne peut la transmettre latéralement, de manière à produire un glissement : d’abord — à cause des frottements dus aux aspérités; ensuite, et surtout à cause de la multitude de facettes, à inclinaisons diverses, que présente l’ensemble des grains. Ils se contre-buttent et se neutralisent ainsi l’un l’autre et forment un corps quasi-solide, très-résistant dans le sens vertical, et sans autre action latérale sur l’enveloppe que celle du poids individuel des grains qui peuvent se détacher isolément de la masse, quand un orifice est ouvert, et cela, sans effluve ou jaillissement, quelle que soit la charge centrale.
- Le refus de la Commission des Annales avait été précédé d’un autre, non moins étrange, de la Commission d’examen pour l’admission à l’Exposition universelle de 1867.
- Il a été infligé à mon appareil propre « à la descente de lourdes constructions par « degrés différentiels, » celui-là même qui, reçu par tolérance, sans avoir été admis, a été honoré d’une médaille d’or, sur la proposition du jury international.
- Les motifs du rejet indiqués par la lettre officielle du 6 novembre 1866, qui me
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- l’annonçait, sont que cet appareil « est une invention générale, ne se rattachant pas « nécessairement aux travaux publics et ne se rapportant à aucun ouvrage exécuté « dans ces dernières années aux frais de l’État. »
- Les mêmes motifs sont appliqués à la lunette plongeante et au chemin de fer aérien, que j’avais aussi présentés.'
- De tout cela, la Commission n’acceptait que le sac de toile plein de sable.
- Or, la lunette et le chemin aérien avaient été inventés et largement utilisés par moi à la restauration du pont de Tours, faite aux frais de l'État; ils sont, d’ailleurs, amplement décrits, avec planches, dans les Annales des ponts et chaussées.
- Ces faits montrent que les Commissions ont généralement peu d’aptitude pour examiner les idées nouvelles. Chacun de leurs membres a son bagage d’idées à lui, qu’il tient surtout à faire prévaloir; — il éprouve une répugnance naturelle pour tout ce qui tend à établir que ce bagage n’est pas complet.
- Les corps spéciaux, dont les Commissions font partie, sont fortement entrés dans nos moeurs. Ils sont une conséquence de notre système de centralisation; ils sont un aliment pour la vanité nationale. Ainsi, quand un journal cite l’un d’eux, il ne manque pas d’ajouter une périphrase prétentieuse, qui semble stéréotypée : ce corps que l’Europe nous envie; mais ils ont l’inconvénient fort grave d’être systématiquement hostiles au progrès1.
- On vient de lire les motifs étroits opposés par les deux Commissions à la publication de mes appareils; on peut apprécier, aupointde vue général, les conséquences de cette hostilité par un grand fait qui les rend évidentes.
- Pendant plus de vingt ans la France n’a eu avec l’Angleterre aucune relation. Après la paix de 1815, un ingénieur français, le baron Dupin, a pu enfin visiter les travaux publics de la Grande-Bretagne. Il a constaté, dans un bel ouvrage, leur ampleur et la rapidité qui présidait à leur exécution; il a signalé la beauté et la bonté des routes macadamisées, le succès des procédés employés pour la composition et l’entretien des ports, des canaux, des rivières, etc.; puis, enfin, le grand développement donné aux chemins de fer, alors presque inconnus chez nous.)
- Nonobstant toutes les répugnances de la routine, il a bien fallu accepter enfin des Anglais leur macadam pour nos routes, leurs ingénieurs et même leurs ouvriers pour nos premiers chemins de fer, etc.
- J’ai vu alors, avec l’étonnement d’un élève ingénieur nourri dans les principes de notre vieille école, construire en deux campagnes, par l’ingénieur-entrepreneur Mackensie, les plus grands viaducs du chemin de Rouen, alors que notre administration fastueuse consacrait à l’exécution de chacun de nos grands ponts cinq ou six années, en y affectant un état-major composé'd’un inspecteur général, avec un ou deux ingénieurs en chef, etc.
- La grande différence entre le développement des travaux publics anglais, pendant cette période de vingt années, et l’état comparativement stationnaire des nôtres, me paraît tenir à cette cause que : nos voisins n’ont pas de corps spécial, tandis que nous en possédons un.
- En Angleterre, l’État .fait appel à toutes les intelligences, et laisse à l’intérêt privé le soin de les développer au profit de l’intérêt public.
- î. Citons, en passant, l’exemple du comité d’artillerie. Le canon rayé était soumis à son examen qu n’aboutissait pas. Napoléon III en a fait, quand'même, exécuter quelques pièces. Elles ont fait merveille à Soîférino, avant d’avoir reçu l’approbation ofJîcieUe,
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- En France, où nous aimons le faste, les récompenses, l’œil et la main du pouvoir, nous avons des corps spéciaux, recrutés certainement parmi les plus capables, mais à un âge déterminé. Ainsi se trouvent exclus tous ceux que les circonstances ont éloignés des concours, et dont les facultés intellectuelles peuvent se développer après vingt ans, souvent avec d’autant plus de solidité, qu’elles seront naturelles. Quel homme mûr n’a pas la conscience du progrès qui s’est fait dans son esprit, depuis cet âge de vingt ans ?
- L’étude des sciences est assurément fort utile, surtout parce qu’elle élève le cœur au niveau de l’esprit. C’est à elle, en partie, que nos corps spéciaux doivent cette réputation de probité, qui est leur plus bel apanage. Mais cette étude ne donne pas la faculté d’inventer, c’est-à-dire de voir ce que le,,grand nombre ne voit pas; elle crée môme un esprit d’hostilité contre les innovations qui viennent déjouer ses calculs.
- Il faut une aptitude spéciale pour faire un véritable savant, un ingénieur, comme je le comprends, enfin, un homme éminent, dans quelque profession que ce soit. Ainsi, Stephenson le père, que j’ai pu voir encore à mon premier voyage d’Angleterre, n’était certes pas un savant, et c’est lui qui a donné au monde le bienfait de la locomotion rapide. Beaucoup d’autres, parmi lesquels je ne puis oublier notre Jacquart, ont enrichi l’industrie, et n’étaient en commençant que de simples ouvriers.
- Notre corps des ponts et chaussées a une hiérarchie, que la faveur recrute parfois : il est dégagé de toute responsabilité individuelle pour ses œuvres, tandis que la loi en impose une sévère aux architectes, entrepreneurs, etc.
- Ce privilège, joint à l’instruction reçue à l’École polytechnique, donne aux ingénieurs de l’État la plus haute opinion de leur valeur comme corps et comme individus; il les rend naturellement antipathiques aux idées nouvelles.
- Il faut considérer, cependant, que par la force des choses, et par le progrès incessant de l’industrie, l’influence des corps spéciaux tend à se modifier grandement, sinon à s'amoindrir.
- Ainsi, nos chemins de fer, nos canaux, nos ponts à péage, etc., sont exécutés par des Compagnies, à leurs risques et périls, mais aussi avec les moyens et les agents qui leur conviennent ; de grands établissements [industriels fournissent à l’État, et sous le contrôle nominal de ses ingénieurs, de grands ponts en fer, tout posés. Ils entreprennent les fondations profondes, à air comprimé dans un caisson en tôle, etc. Il résulte de ce mode d’exécution une grande quiétude pour les ingénieurs de l’État, auquel le public attribue le mérite de ces opérations très-délicates.
- On comprendrait l’utilité du contrôle, s’il était préventif, s’il s’appliquait à l’étude des procédés, avant leur emploi, mais il n’en est rien.
- Ainsi, j’ai vu, à Paris, les préparatifs pour l’immersion du grand syphon en tôle, voisin du pont de Y Alma; — ils m’ont paru si défectueux, que j’ai regardé comme un devoir d’en parler aux ingénieurs chargés du contrôle, que j’ai vus sur les lieux. Ils m’ont répondu qu’ils n’avaient pas à intervenir, l’entrepreneur étant chargé, à ses risques et périls, de livrer le syphbn en place.
- Quelques jours après, l’immersion a été tentée; l’action du courant a fortement incliné le syphon, et fait tomber à la rivière la plus grande partie des gueuses en fonte qui le chargeaient, plusieurs ouvriers et l’honorable entrepreneur lui-même.
- L’opération n’a pu.être reprise [et menée à bien qu’après deux mois environ, em~
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- ployés à extraire les gueuses, réparer les avaries et battre des pieux, pour maintenir le syphon1.
- En résumé, je pense depuis longtemps, et j’en ai plusieurs fois parlé à d’anciens camarades, qui, je dois le dire, n’étaient pas de mon avis, qu’il y a nécessité, dans l’intérêt général, de réformer nos corps spéciaux, et particulièrement celui des ponts et chaussées.
- En introduisant dans leurs conseils ou commissions des personnes distinguées dans des professions analogues, comme ingénieurs libres, architectes, constructeurs, on pourrait modifier leur organisation dans un sens favorable au progrès, qui est pour le pays une condition d’existence.
- Il y a là un sujet d’étude, que je ne puis aborder ici.
- i. Je crois utile de dire sommairement les procédés employés et ceux que j’avais indiqués.
- Le syphon se compose de deux tubes accolés et imperméables en tôle, d’un mètre de diamètre et d’environ 150 mètres de longueur, dont la partie moyenne est horizontale et dont les deux extrêmes se relèvent pour joindre, suivant le talus de chaque berge, l’ouverture de l’un et l’autre égout, à mettre en communication; — un massif en béton avait été préalablement immergé et préparé pour recevoir le syphon; — celui-ci était soutenu par des chèvres, mais flottait en partie.
- Quand j’ai vu le syphon, on plaçait dessus un plancher qu’on commençait à charger avec des gueuses en fonte. Cette charge, qui devait être grande et montée au-dessus du centre de gravité du système, m’a paru dangereuse, en raison de l’action du courant. J’ai cru devoir proposer de charger les tubes, non pas extérieurement, mais intérieurement, en les emplissant d’eau : de cette façon, l’immersion pouvait être rapide, moins exposée au courant, et s’il y avait eu quelques déviations, les tubes un peu soulevés par les chèvres auraient pu être ramenés assez facilement dans leur place normale.
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- Figure A.
- SACS EN TOILE.
- Figure B.
- CYLINDRES EN TÔLE.
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- LÉGENDE (Planche 62).
- I a — Semelle inférieure ou chapeau, b — Semelle supérieure sur laquelle est monté le cintre ou la charge.
- c — Bille en bois de sapin posée debout, portant sa part de la semelle, puis du cintre, puis de la voûte. La partie hachée,
- Idans l’élévation, indique la section, faite à la hache, d’un prisme; en plan, les quatre sections sont marquées par des lignes ponctuées.
- d — Sac en toile, plein de sable sec ; porté sur une planchette avec laquelle il est glissé près de la bille, au moment fixé pour le décintrement.
- d'' — Gueule du sac , fermée par une ficelle faisant plusieurs tours, pour tendre la toile et tasser le sable, d" — Ajutage ou tuyau en toile pour l’écoulement, fermé par une ficelle à nœud coulant.
- dw — Planchette en chêne, de 0,03 d’épaisseur, d”" _ Coins en bois, fortement battus sous la planchette, pour transmettre au sac la plus grande charge possible. (Avec des coins en fer et un doublage en tôle, sans la planchette, on donnerait un battage plus énergique.-— C’est un essai à 1 faire.)
- Ie — Socle carré en chêne, 0m,32 sur 0m,32 ; épaisseur, 0m,04 à 0m,05.
- f— Boîte cylindrique en tôle, diamètre 0m,30; épaisseur, 0m,0025 ; hauteur, 0m,23.
- f' — Orifices d'écoulement, percés à 0m,03 au-dessus du bord des cylindres, sur 0m,02 de diamètre. Les orifices sont fermés par des bouehons en bon liège.
- g — Piston en chêne-, diamètre, 0m,28; hauteur, 0ni,26, dont 0m,0-3 pour l’emboîtage.
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- Figures G et D.
- NOUVEAUX APPAREILS.
- h — Socle en bois dur, cylindrique avec chanfrein; hauteur, 0m,011, dont 0m,01 caché par l’emboîtage, k —Premier anneau, emboîtant le- socle; diamètre, 0m,32; hauteur, 0m,11; épaisseur, 0m,0025.
- 1 — Orifices pour l’écoulement du sable; diamètre, 0m,02. m — Bavettes horizontales en tôle, retenant les cônes de sable, n — Collier balayeur, glissant à frottement doux, par va-et-vient, entre quatre supports à crochet et des arrêts supérieurs : diamètre, 0m,34; hauteur, 0m,02; épaisseur, 0m,0025. p — Palettes balayeuses fixées au collier par des pattes à vis pouvant être relevées ou retirées; terminées en bas par une bande en cuir souple, qui rend le balayage fort doux.
- q — Queue, fixée sur le collier, saillante de 0m,10, ayant un œil où s’attachent les fils en fer de tirage. kr, k", ]s!", etc. — Anneaux successifs, s’emboîtant l’un dans l’autre, diminuant graduellement en diamètre, mais ayant tous une hauteur de Om,ll, dont un caché par l’emboîtage; épaisseur, 0m,002.
- r—Piston en chêne tourné, hauteur, Om,ll dont un caché; diamètre minimum, 0m,20; ce diamètre règle celui qu’on doit donner à chacun des autres anneaux, en raison de leur nombre ou de la hauteur de l’appareil. Avant d’adopter le minimum, il faut considérer la charge à porter.
- S — Traits peints à Vhuile sur les anneaux et le piston, et formant repères pour le montage.
- N. B. — Les petits procédés qui règlent le jeu des anneaux entre eux ne peuvent être exprimés sur les figures, et doivent être étudiés dans la description.
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- 3^® Série 1 Tt,ie ToTinne
- MECANIQUE.
- Philosophie mécanique de la marche des machines locomotives
- ïïg.3
- Fig.4
- Fig. 5
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- o pV
- APPLICATION DU SABLE.
- PI,
- APPLICATION DU SABLE
- ctwxt
- xt oox-oo OAdeJLedjLOi-w ouuxXrquD.cE.
- Ensemble des appareils mis a l’exposition
- Fig P, Nouvel appareil propre a des opérations plus amples que les ' décmlrements:(1881)
- Bèîaals du premier anneau et du collier Majeur.
- Semelle des fardeaux.
- Fig. A
- Première application en 1817 du saUeanx decmtrements sacs en toile.
- Eig.B. ïi£.C. >
- Application en 1817 ' Nouvel appareil
- des cjlmdres en tôle , propre aux. dédntrements ' (1867.)
- Semelle du Cintre
- Echelle, d& o^ZO pour mètre,.
- Eclhdle de- o'n'o5 powi' urètre-,
- iAvto.XBroisz.etCourtier, h. de Dunkerque., A3 à-l&r
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- PHILOSOPHIE MÉCANIQUE
- DE LA MARCHE
- DES
- MACHINES LOCOMOTIVES
- "SSÉifâiSSBwM '<-. ~ ^ v -Æt&fC
- Par M. BENOIT Dl-PORTAIL.
- On a bien fait la théorie du travail mécanique des machines locomotives, mais on n’a pas encore fait ce que j’appellerai la philosophie mécanique de la marche des machines locomotives, c'est-à-dire qu’on ri a pas exposé les considérations mécaniques qui permettent d’expliquer comment il se fait qu’une machine locomotive marche et remorque des trains sous la seule action de la vapeur et de ses pistons : c’est ce que je vais essayer de faire ici.
- La vapeur agit alternativement sur le piston dans le sens de la marche et en sens contraire : dans le premier cas, la bielle motrice agit au-dessus de l’axe de l’essieu moteur, et, dans le second cas, elle agit au-dessous, comme l’indiquent les flèches A et B, croquis n° \.
- Il faut que nous considérions d’abord les conditions dans lesquelles la roue va se trouver alternativement sous l’action de là bielle, sans tenir compte des autres forces qui agissent sur elle.
- Pour cela, nous supposerons la roue isolée de la machine, mais reposant sur le sol et soumise d’abord seulement à une force oblique F, exquis n°2, agissant âu-deséus de l’axe O de l’essieu, faisant un anglé « avec l’horizontale, et dont le point d’application se trouvé à l’extrémité G d’un rayon O C = r, qui fait lui-même un angle ê avec l’horizontale, et dont la projection CE sera égale à r sin é. , : *
- P
- La force F qui est égale à -- ---, en appelant P la pression sur le piston, produira deux composantes : l’une verticale Fo, qui sera égale à F sin «, l’autre horizontale F h, qui sera égale à F cos « = P.
- Les composantes verticales agissent symétriquement de chaque côté
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- de l’axe de l’essieu, et leurs moments sont alternativement négatifs et positifs : c’est-à-dire que, dans le premier quadrant, ils se retranchent des moments de la composante horizontale, et que, dans le quatrième quadrant, ils s’y ajoutent; mais comme la somme de ces moments est la même dans chaque quadrant, c’est-à-dire de chaque côté de la verticale, leur action finale se borne à des perturbations dans la marche du système, à des retards et à des accélérations, et nous n’en tiendrons pas compte.
- D’ailleurs, la valeur de ces forces est relativement très-faible, puisque, au maximum, elles sont aux composantes horizontales dans le rapport de r ; sj L2—r2, soit approximativement dans la pratique : : 1 : 5 et que leurs moments atteignent à peu près comme maximum la valeur
- soit
- r
- L2 —- r2 À
- :XfX —
- v 2
- 1
- 5 r2XF 2
- --- = y-x F = 0,10 Fr,
- tandis que le moment des forces horizontales, rapporté à l’axe de l’es-
- . L X F r
- sieu, atteint en meme temps pour valeur —/ . X et comme
- L2 — - r2 2
- diffère peu de 1, cette dernière valeur est approximati-
- vA2-
- 2
- 5
- veinent égale à F X —= = 0,71 Fr, soit sept fois la valeur du moment y'2
- des forces verticales.
- Nous ne considérerons donc que l’action de la composante horizontale, et d’abord dans le cas où cette force agit au-dessus de l’axe de l’essieu.
- La roue se trouvera alors soumise à cette composante horizontale FA = P, d’une part, et à la réaction horizontale Q du point d’appui, que l’on appelle l’adhérence, figure 3, d’autre part.
- Qu’est-ce qui va se passer?
- La force Q n’est qu’une force passive, une réaction, dans le véritable sens du mot : elle ne peut donc pas imprimer un mouvement àu système
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- matériel sur lequel elle agit ; elle ne fournit en quelque sorte qu’une série de points d’appui instantanés.
- Par conséquent, le mouvement sera imprimé par la force FA agissant au bout d’un bras de levier G & = r sin g -j- R. Il va donc se produire un mouvement de rotation autour du centre instantané D, à la suite duquel la force FA sera remplacée par FA' = F cos a' et la projection r sin ê, du rayon de la manivelle, par rsinS'. Le point O sera venu O', le point C en G', le point D en D'.
- Une fois que le point d’application sera arrivé à l’extrémité K du diamètre horizontal passant par l’axe de l’essieu, la direction de la force passant par le centre de gravité du système, cette force tirera le système directement et tendra non plus à le faire tourner, mais à le faire glisser, pendant un temps infiniment petit. Et le glissement n’aura pas lieu, du reste, puisque, dans le même temps, la seconde roue du ;même essieu sera soumise à une autre composante horizontale dont le moment atteindra alors son maximum d’action.
- Lorsque le point mort sera dépassé, figure 4, la bielle exercera sur la manivelle une force horizontale F\ = F cos c^, qui tendra à faire tourner le système dans le sens indiqué par la flèche, c’est-à-dire dans le sens du mouvement du piston et en sens contraire de la marche dans la première période. Il tendra donc à se produire un mouvement de rotation instantané autour du point Dx, à la suite duquel la force FAX sera remplacée par FA'X = F cosa'x, et la projection rsinê^ du rayon de la manivelle, par r sin 6^. Le point 0X viendrait en O'j, le point Cx en C'p le point Dx en D'r
- L’expérience est très-facile à faire : on n’a qu’à attacher une corde en un point quelconque d’un rayon d’une roue et à tirer alternativement dans un certain sens, au-dessus de l’axe de l’essieu et, en sens contraire, au-dessous, et l’on verra la roue marcher alternativement dans les deux sensT; on peut également tirer alternativement au-dessus et au-dessous de l’axe de l’essieu, mais toujours dans le même sens, et l’on verra la roue marcher, dans les deux cas, dans le sens de la direction de la force.
- Si donc les roues motrices d’une machine locomotive n’étaient soumises qu’à l’action de la bielle, elles tourneraient alternativement dans un sens et dans l’autre, et la machine avancerait et reculerait alternativement.
- Il faut donc qu’il y ait une autre force dont l’action s’exerce sur les roues et qui détermine la continuité du mouvement.
- Quelle est cette force?
- Cette force est la réaction de la vapeur, sur le fond des cylindres, qui
- 1. Cette expérience a été faite par de jeunes ingénieurs qui ne croyaient pas que ma théorie fût exacte et qui ont reconnu, à leur grand étonnement, qu’elle l’était.
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- se transmet par l’intermédiaire du bâtis à l’axe de l’essieu moteur. Nous supposerons que l’axe des cylindres et des pistons est horizontal; on pourrait le supposer oblique, et il serait facile de calculer l’effet de cette obliquité; mais cela est inutile au but que nous nous proposons, et nous ne considérerons pas ce cas pour rendre notre explication plus simple.
- Maintenant, le problème est pour ainsi dire résolu ipso facto.
- Si nous considérons le piston dans la position ab, figure 5, et la vapeur agissant sur lui dans le sens de la flèche À, la manivelle C se trouvera soumise à une force A1 = P agissant par rapport au point de rotation instantané D, à l’extrémité d’un bras de levier
- CG=:H=:GM + MG = R+rsin6;
- et l’axe de l’essieu se trouvera soumis à une force A2 — — P à l’extrémité d’un bras de levier OD = R. Les moments de ces forces seront P (R -f- r sin 6) pour la première et — PR pour la seconde; la somme de ces moments sera
- P (R -f- r sin 6) — PR =5 Vr sin 6 > 0,
- en comptant les moments positifs dans le sens de la flèche S; par conséquent, la roue tendra à tourner dans le sens de la flèche T, et la machine à marcher dans le sens de la flèche S;
- Si, maintenant, nous considérons la vapeur agissant sur le piston dans le sens de la flèche B, celui-ci étant encCre dans la position ab, nous voyons que la manivelle Cx se trouvera soumise à la force 1^==—P agissant avec Un bras de levier Cx G=MG— Ca G = R — rsinê (la position des points C et Cx étant symétrique par rapport !à l’horizontale passant par l’axe de l’essieu), et que l’axe de l’essieu se trouvera soumis à une force B2 = -j-P agissant à l’extrémité du bras de levier OD==R. Les moments de ces forces seront, pour la première, — P (R — z’sin ê], et, pour la seconde, PR; la somme de ces moments sera donc :
- — P (R-~r sinë)-j-PR==+Pr sin ê;
- par conséquent, la roue tendra encore à tourner dans le sens de la flèche T; et la machine à marcher dans le sens de la flèche S, comme dans le premier cas. ,
- En résumé, les roues motrices se trouveront dans des conditions identiques1 pour tous les points symétriques par rapport au plan horizontal passant par l’axe de l’essieu.
- 1. En ne tenant pas compte de la différence de la valeur de P, à l’avant et à l’arrière du cylindre, par suite de l’espace occupé dans le second cas par la tige du piston.
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- ANALYSE
- de la troisième livraison de l’ouvrage de M. Alfred EVRARD
- SUR
- « ' / .
- LES MOYENS DE TRANSPORT APPLIQUÉS
- DANS LES MINES, LES USINES ET LES TRAVAUX PUBLICS
- .l!y r. _ ‘V,Wv*sO v>.
- Par M. A. CAILLAUX.
- Cette 3e livraison appartient au second volume, dont la dernière partie est aujourd’hui sous presse.
- Après avoir passé en revue, dans le premier volume, les questions intéressantes des transports divers, aériens, par câbles, par conduites souterraines, par brouettes, par camions et voitures; après avoir réuni, dans ce volume, tous les renseignements pratiques relatifs à la construction, l’aménagement et l’ameublement des écuries, dans leurs plus minutieux détails, l’auteur consacre la 3e livraison à l’étude presque exclusive des chemins de fer industriels.
- Il passe successivement en revue :
- Dans le chapitre xv, — les chemins en bois, — chemins de fer à rails plats et à ornières creuses, — système portatif de Ch. Corbin.
- Chap. xvi, tracé des chemins de fer souterrains et extérieurs, — conditions d’établissement de la voie, travaux accessoires.
- Chap. xvn, — matériel fixe des chemins de fer souterrains et extérieurs, — pose de la voie, — appareils de la voie ; changements, croisements et accessoires de la voie.
- Dans un appendice, il donne les prix de revient de divers chemins de fer d’intérêt local.
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- Cette 3e livraison répond aux promesses faites par le premier volume. Comme lui, elle est remplie d’une foule de détails et de chiffres précis, et elle reste soumise au même esprit méthodique qui a dicté l’ensemble du travail.
- Un atlas de 32 planches, faites avec le plus grand soin, complète les explications.
- Les industriels y trouveront tous les documents nécessaires aptes à les guider dans le choix économique des voies de petites dimensions qu’ils pourraient avoir à étudier ou à construire pour leur usage, et eh même temps tous les détails concernant une question dont, avec raison, tm se préoccupe beaucoup aujourd’hui, celle des chemins de fer à petites sections.
- On y remarquera surtout des discussions d’un grand intérêt relatives à rétablissement de ces derniers, comparé à celui des chemins de fer à large voie.
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- PARIS. — 1MP. VIEVItiLE RT CAFIOMONT, G, RUE DES POITEVINS.
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- MÉMOIRES
- ET
- COMPTE RENDU DES TRAVAUX
- DE LA
- SOCIÉTÉ BES mGÉmEUBS CIVIZiS
- (JUILLET, AOUT, SEPTEMBRE 1874)
- K° 27
- Pendant ce trimestre, les questions suivantes ont été traitées : ' /K'
- 1° Percement du Sïmplon, par M. Vaulhier (séance du 17 juillet, page 513).
- 2° Chemins de fer américains, analyse du Rapport de M. Malézieux, par M. Jules Morandière (séance du 17 juillet, page 515).
- 3° Fours rotatifs pour puddlage de fer et fabrication de l'acier fondu, système Pernot (séance du 17 juillet, page 515).
- 4° Voies navigables de la France, ouvrage de M. Larué présenté par M. Rubin (séance du 7 août, page 523).
- 5° Fontes de fers phosphoreux pour la fabrication de l'acier fondu pour rails [Traitement des), par M. Lencauchez (séance des 7 août et 4 septembre, pages 523 et 531).
- 6° Médaille d'or offerte par M. Ronna (séance du 4 septembre, page 532).
- 7° Saint-Gothard. Note de M. Colladon (séance du 4 septembre, page 532)1 “
- 8° Hydraulique des grands cours d'eau de la Garana, V Uruguay et l'estuaire delà Plata {Analyse de l'ouvrage de M. Révy, sur V), par M. Louis Leloup (séance du 4 septembre, page 533).
- • j:
- 9° Combustion des gaz, par M. Lencauchez (séances des 4 et 18 septembre, pages 537 et 542).
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- 10° Machines les plus remarquables et les plus nouvelles à l'Exposition de Vienne de 1873 (Analyse de l'ouvrage de M. Fontaine sur les), par M. Marché (séance du 18 septembre, page 547).
- 11° Aciers [Classification des), par M. Marché (séance du 18 septembre, page 550).
- Pendant ce trimestre, la Société a reçu :
- 1° De M. Yauthier, membre de la Société, deux exemplaires de sa brochure sur le Percement du Simplon.
- 2° De M. Baudry, éditeur, un exemplaire de l’ouvrage de M. Michel Costa de Bastelica sur les Torrents.
- 3° De M. Perissé, membre de la Société, un exemplaire de sa notice sur un nouveau procédé de Fabrication de l'acide carbonique.
- 4° De M. Bourdais, membre de la Société, ur^exemplaire du Mémoire descriptif du projet de concours pour une Maison de répression à Nanterre.
- , 5° De M. Heilman, un exemplaire d’une note sur son Foyer à com-g partiments jumeaux et solidaires, l'un gazogène, Vautre fumivore.
- 6° De M. le Ministre des travaux publics, un exemplaire des Résultats généraux de VExploitation des chemins de fer de VEurope pendant les années 1867 et 1868.
- 7° De M. Malézieux, ingénieur en chef des ponts et chaussées, un exemplaire de son Mémoire Sur les fondations par l'air comprimé.
- 8° De M. A. Larue, chef du service des transports des usines du Creuzot, un exemplaire de son MauueJ, des voies navigables de la France.
- 9° De M. Furno, ingénieur, un exemplaire d’une étude sur je Conducteur autonome universel Jacquemier.
- 10° De M. Vuillemin (Émile), membre de la Société, un exemplaire d’une Carte des bassins houillers du Nord et du Pas-de-Calais.
- . F . .
- 11° De M. Lencauchez, membre de la Société, une étude sur /’M/z-mentation des chaudières à vapeur.
- 12° De M. Ogier, membre de la Société, un Mémoire sur la fabrication du caoutchouc. *
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- 13° De M. Dupny, membre de la Société, un exemplaire du Rapport de la 2e Commission du Conseil général de la Seine sur les chemins vicinaux.
- 14° De la Société des Agriculteurs de France, un exemplaire de son Annuaire 'pour Vannée 4874.
- 15° De M. Friedmann, membre de la Société, un exemplaire de la traduction qu’il a fai le de son rapport officiel sur la Marine et les Travaux maritimes à l'Exposition universelle de Vienne, en 1873.
- 16° De M. Giquel, membre delà Société, un exemplaire d’un Mémoire sur l'arsenal de Foutcheou.
- 17° De MM, Gaillard et Haillot, des exemplaires du procès-verbal des expériences faites sur leurs Calorifères à briques réfractaires creuses.
- 18° De M. de Lesseps (Ferdinand), membre de la Société, un exeijp-plaire de sa communication faite à l’Académie sur les Lacs amers de l'isthme de Suez. *
- . \
- 19° De M. Malézieux, ingénieur en chef des ponts et chaussées, un exemplaire de son rapport de mission sur les Chemins de fer anglais en 1873.
- 20° De M. Lemaréchal, membre de la Société, un exemplaire de l’album des Fontes de fumisterie de la maison Reveilhac.
- 21° De M. Cialdi, ingénieur, un exemplaire d’une brochure intitulée : Nozioni preliminari per un Trattato sulla costruzione dei Porti nel Mediterraneo.
- 22^° De M. Rognetta, membre de la Société : 1° un exemplaire de son Manuel de l'artillerie ; 2° un exemplaire d’une note sur les Canons cerclés ; 3° un exemplaire d’une brochure intitulée : Cenno sull' impiego dell' artigliera campale.
- 23° De M. Ernest Stamm, ingénieur, un exemplaire de son Mémoire sur : Un Chemin de fer perçant le massif du Mont-Blanc et rejoignant la vallée d'Aoste à la Haute-Savoie,
- 24° De M. Émile With, ingénieur : 1° un exemplaire d’une note intitulée: Neuer Personenwagen nut Coupi-Abtheilung unt Intercommunication Durch Seitengany (système Housinger von Waldegg) ; 2° un exemplaire d’une brochure intitulée Die Cgnstry,ctiqn der Epppefda-cher von W. Schwelder.
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- 253 Du journal le Courrier municipal, les numéros du troisième trimestre 1874.
- 26° Du journal le Moniteur des chemins de fer, les numéros du troisième trimestre 1874.
- 27° De la Gazette des Architectes, les numéros du troisième trimestre 1874.
- 28° De la Société industrielle de Reims, les numéros de son bulletin de juillet et août de 1873.
- 29° De la Revue horticole, les numéros du deuxième trimestre 1874.
- -30° De la Gazette du Villaqe, les numéros du troisième trimestre 1874.
- 31° De la Société des Ingénieurs autrichiens, les numéros du premier trimestre de 1874, de leur Revue périodique.
- 32° Du Journal Organ für die Fortschritte des Eisenbahnwesens, le numéro 4 de 1873.
- 33° De la Société de Vindustrie minérale de Saint-Etienne, le numéro du quatrième trimestre 1873 de son bulletin.
- 34° Du Journal d’agriculture pratique, les numéros du troisième trimestre 1874.
- 35° De la Revue d’architecture, les numéros 9 et 10 de l’année
- 1873. ..
- 36° De la Revue les Mondes, les numéros du troisième trimestre
- 1874. ' *
- 37° Du journal The Engineer, les numéros du .troisième trimestre 1874.
- 38° De la Société d'encouragement, les numéros du troisième trimestre 1874 de son bulletin.
- 39° De la Société de géographie, les numéros du troisième trimestre 1874 de son
- ... :.i-
- 40° De la Société nationale et centrale d’agriculture, les numéros de janvier et février 1874 de son bulletin.
- 41° Des Annales des chemins vicinaux, les numéros du troisième trimestre 1874„
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- 42° De la Revista de obras publicas, les numéros du deuxième trimestre 1874.
- 43° De la Revue des Deux Mondes, les numéros du troisième trimestre 1874.
- 44° Du journal le Moniteur des travaux publics, les numéros du troisième trimestre 1874.
- 45° Du Journal de Véclairage au gaz, les numéros du troisième trimestre 1874.
- 46° Du journal de la Revue industrielle, les numéros du troisième trimestre 1874.
- 47° Des Annales du Génie civil, les numéros du troisième trimestre 1874.
- 48° Du Journal des chemins de fer, les numéros du troisième trimestre 1874.
- 49° Du journal le Cosmos, les numéros du deuxième trimestre 1874.
- 50° De la Société des Ingénieurs portugais, les numéros du premier trimestre 1874 de leur bulletin.
- SI0 Du journal la Semaine financière,, les numéros du troisième trimestre 1874.
- 52° Des Annales des Conducteurs des ponts et chaussées, les numéros du premierjrimestre 1874.
- 53° Des Nouvelles Annales de la construction, les numéros du deuxième trimestre 1874.
- o4° Du Portefeuille économique des machines, les numéros du deuxième trimestre 1874.
- 5o° Du journal la Houille, les numéros du troisième trimestre 1874.
- . * )
- 56° Des Comptes rendus de VAcadémie des sciences, les numéros du troisième trimestre 1874.
- o7° De Y Union des charbonnages, mines et usines métalliques de la province de Liège, les numéros du quatrième trimestre 1873 de son bulletin. v 1
- 58° Du journal Engineering, les numéros du troisième trimestre 1874. ' '
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- 89° Des Annales dès ponts et chaussées, les numéros du premier trimestre 1874.
- 60° Société industrielle de Saint-Quentin et de VAisne, le premier numéro de son bulletin de 1874.
- 61° Société académique d'agriculture, des sciences, arts et belles-lettres du département de VAube, le tome XIV de la quatrième série de son bulletin.
- 62° Institution of civil Engineers, le numéro de leurs Minutes of Procèédings de 1878.
- 63° Société des Ingénieurs anglais, le numéro de leurs Transactions pour l’année 1873.
- 64° Du Comité des forges de France, le numéro 86 du bulletin.
- 65° De la Société industrielle de Mulhouse, les numéros d’avril, mai et juin 1873 de son bulletin.
- 66° BqYAssociation des anciens élèves de l'École de Liège, les numéros 23 ët 2è de 1873 de soîi bulletin.
- 67° Des Annales des mines, les numéros des lre et 2e livraisons de 1874.
- 68° De la Revue universelle des mines et de la métallurgie, les numéros dii deuxième trimestre 1874.
- 69° De YAéronaute, bulletin international de la navigation aérienne, les numéros dti premier trimestre 1874.
- 70° Du Moniteur des fils, des tissus, des apprêts et delà teinture, les numéros du deuxième trimestre 1874.
- 71° Société nationale des sciences, de l'agriculture et des arts de Lille, le numéro du quatrième trimestre 1873 de son bulletin.
- 72° A Magyar Mémôk-Egyesület Kôzlonye, les numéros du premier trimestre 1874.
- 73° De la Société des anciens élèves des Écoles d'arts et métiers, les numéros de Son bulletin du deuxième trimestre 1874.
- 74° De la Société Scientifique industrielle de Marseille, les numéros de l’année 1873 de son bulletin.
- 75° Société des Architectes et Ingénieurs du Hanovre, les numéros 6 et 7 de 1873 de leur bulletin.
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- 76° Société des Arts d’Edimburgh, le troisième numéro de 1873 de son bulletin.
- 77° De Y Encyclopédie d'architecture, le numéro du deuxième trimestre de 1874.
- 78° De l'Association amicale des anciens élèves de l'Ecole centrale des arts et manufactures, les numéros du troisième trimestre de son bulletin de l’année 1874.
- 79° Institution of Mining Engineersi les numéros de leurs Transactions.
- 80° De l’Institution of Mechanical Engineers, les numéros du quatrième trimestre 1873 de son bulletin*
- 81° Annales industrielles, les numéros du troisième trimestre 1874.
- 82° De la Société des Ingénieurs civils d'Ecosse, leur bulletin du premier trimestre de 1874.
- 83° De la Société industrielle de Rouen, les nüméros de leur bulletin pour l’année 1873.
- 84° De la Société de Physique, les numéros de son bulletin du premier trimestre de l’année 1874.
- Les Membres admis pendant ce trimestre sont :
- Au mois de juillet :
- MM. Basset, présenté par MM. Brüll, Muller et Orsat.
- Bazaine, présenté par MM. Bobin, Mauguin et Richard. Bonnardel, présenté par MM. Bertheault, Callon et Prudon. Constant, présenté par MM. Cornuault, Jordan et Richard. Durant, présenté par MM. Forquenot, de Fontenay et Jordan. Gélot, présenté par MM. Jordan, Périssé et Richard.
- Gillot, présenté par MM. Decaux, de Fontenay et Forquenot. Girard, présenté par MM. Contamin, Jordan et Letellier. Noyer, présenté par MM. Forquenot, Matthiessen et Richard. Uhagon, présenté par MM. Jordan, Piquet et Richard.
- Au mois d’août :
- MM. Beliard, présenté par MM. Barrault, Laurens et Séraphin.
- Beringer, présenté par MM. Gottschalk, Morandière et Polonceàu.
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- MM. Buron, présenté par MM. Demanet, de Fontenay et Forquenot. Calleja, présenté par MM. Geyler, Huet et Piquet.
- Coullant, présenté par MM. Carimantrand, Litsclifousse etMarché. Dorion, présenté par MM. Flachat (Yvan), Hallopeau et Jordan. .Ellissen, présenté par MM. Gigot, Jordan et Vée.
- Peiger (de), présenté par MM. Barrault, Urbain et Vée.
- Terrier, présenté par MM. Dupuy, Urbain et Vée.
- Au mois de septembre :
- MM. Brunon, présenté par MM. Barrault, Chrétien et Fontaine. Boursin, présenté par MM. Jordan, Richard et Tresca. Deshayes, présenté par MM. Jordan, de Mastaing et Valton. Friedmann, présenté par MM. Gottschalk, Marché et Ronna. Ibran, présenté par MM. Carimantrand, Grand et Marché. Lesauvage, présenté par MM. Bourdon, Normand et Verrier. L’lamas, présenté par MM. Desnos, Huet et Loustau. Ribourd, présenté par MM. Loustau, Maury et Richard. Watson, présenté par MM. Bévan de Massy, Javal et Marché.
- Comme Membres associés :
- MM. Blanchet, présenté par MM. Alcan, Molinos et Thomé de Gamond. Bizot, présenté par MM. Jordan, Loriol et Vautier.
- Hügüin, présenté par MM. Alcan, Molinos et Thomé de Gamond.
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- RÉSUMÉ
- DES
- PROCÈS-YERB AUX DES SÉANCES
- DU
- IIIe TRIMESTRE DE L’ANNÉE 1874
- Séance du 17 Juillet 1874.
- Présidence de M. Richard, Vice-Président.
- La séance est ouverte à 8 heures 1/2.
- if l
- Le procès-verbal de la séance du 19 juin est adopté. '
- M. le Président annonce les nominations suivantes dans l’ordre de la Légion d’honneur :
- M. Durenne (Antoine), comme officier.
- MM. Binder (Jules), Fouquet, Laveissière (Jules),Poirrier et Weyher, comme chevaliers.
- M. Vauthier fait hommage à la Société de deux exemplaires d’une brochure, avec cartes à l’appui, qu’il vient de publier sur le gercement du jSfbnyfon. et demande à exposer en quelques mots l’objet de cet écrit et lès points sur lesquels il désire appeler spécialement l’attention de ses collègues. *
- Le but.de l’auteur est double. Il a voulu, d’une part, montrer combien il importe à l’intérêt commercial de la France qu’on le défende contre le Saint-Gothard, et établir, de l’autre, que c’est seulement par une percée au Simplon, établie dans certaines conditions, que la lutte contre le passage allemand est possible et efficace.
- Le Saint-Gothard une fois ouvert — et une communication des plus intéressantes faite à la Société dans sa dernière séance montre combien cette ouverture peut être prochaine — si ce passage n’a d’autres concurrents que le mont Cenis et la ligne du littoral méditerranéen, il attire vers la Suisse allemande et la vallée du Rhin une portion notable du courant qui, par le midi de la France et la vallée du Rhône, se dirige aujourd’hui vers l’Italie. Entre le mont Cenis et le Saint-Gothard, existant seuls, la
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- ligne séparative des bassins commerciaux naturels passerait au sud du Havre, de Paris et de Troyes, et marcherait veré le Jura en côtoyant à peu de distance la ligne de Dijon à Pontarlier. Tout le nord et l’est de notre territoire appartiendraient au Saint-Gothard. Ce passage deviendrait la voie la plus courte pour la Belgique et l’Angleterre, dans leurs rapports avec l’Italie et l’Orient, et nous verrions s’établir en dehors de nos frontières ce grand courant de transit dont la France a la possession séculaire. .
- Avec le Simplon, percé dans les conditions qu’indique M. Vauthier, les choses changent de face.
- Notre territoire cesse d’appartenir au bassin commercial du Saint-Gothard. Suivant qu’on prend en Italie Milan ou Gênes pour objectifs, les limites de ce bassin sont rejetées au delà des Vosges ou même sur la rive droite du Rhin* et la France, qui conquiert par le nouveau passage de vastes marchés dans la haute Italie, s’assure par lui le maintien sur ses voies ferrées du grand mouvement de transit de la Belgique et de l’Angleterre.
- Quelle est la solution technique qui donne au Simplon les importantes propriétés commerciales qui viennent d’être indiquées?
- Un tracé placé extrêmement bas* mais irhpliqüant en revanche le percement d’un tunnel encore plus long que celui du Saint-Gothard.
- Au Simplon, la base de la montagne est plus mince que partout ailleurs. On peut, du côté du nord, entrer en tunnel dans le plan même de la vallée du Rhône et sortir en versant italien à une hauteur de 300 mètres à peine au-dessus de la vallée du Tessin — qu’on peut atteindre sans dépasser la pente de 20 millimètres.
- II y a donc là une solution tout à fait exceptionnelle — ce que l’auteur a dénommé depuis longtemps déjà : un chemin de plaine à travers les Alpes. Mais le tunnel à ouvrir a 18 kilomètres de longueur. Ôh potiffàit, en le déviant légèrement, le raccourcir de quelques kilomètres; mais cela aurait pour effet d’élever la tête sud et de rendre plus difficile la descente à la vallée du Tessin. M. Vauthier tient à son tunnel de 18 kilomètres qui est là solution radicale et la plus rationnelle;
- Cette solution n’est d’ailleurs pas plus chère qu’aucune autre. L’estimation ne dépasse pas 80 millions. Et quant à la durée d’exécution, que l’auteur supposait de dix à onze ans, les faits constatés au Saint-Gothard permettent déjà de réduire cette évaluation à sepi ans au plus.
- Ce ne sont pas, toutefois, ces points spéciaux sur lesquels M. Vauthier prétend appeler l’attehtion de là Société; c’est Une question plus générale qu’il désire surtout lui soumettre. l ..
- Pour déterminer les lignes de partage des bassins commerciaux» ayant à comparer des ligries à faible pente et des lignes à forte pente» il a été conduit à rechercher l’influeiice de ces dernières sur la durée du pareoürs et les frais d’éxploitatiori. Il est .arrivé, par des considérations presque exclusivement pratiques, à constituer à ce sujet uhe échelle miimérique, applicable» suivant lui, à tous les cas; et qu’il serait incontestablement utile que la Société voulût bien examiner et critiquer s’il y a lieu. '*(!, v -m- .. - .
- En sollicitant de la Société l’examen de son travail, c’est particulièrement-au Sujet de ses idées sur l’influence des fortes rampes qu’il désirerait que la Société voulut bien se prononcer. ' » r
- M. le PuÉsiDENT dit quë, pour ltii, le percement du Simplon est là meilleure réponse au Saint-Gothard, si les conditions pratiqués dè ce percement se présentent
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- d’ünë manière avantageuse, comme l’indique M. Yaüthier et comme il l’espère. A ce titre, ii accepte avec fëmëfcîments, aü nom dé la Société* le dépôt fait pâr M. Yàü-thier. Le Comité examinera certainemeiit son travail avec intérêt.
- M. Jules Morandière termine l’analyse du rapport de Mi Malézieux sur les chemins de fer américains. (Cette analyse sera insérée in extenso dans le bulletin triméstrieLT
- M. Lencauchez demande à présenter quelques observations sut un croquis de rail de tramway à deux fins, présenté par M. Morandière. La saillie, doit être irès^ gênante pour la circulation des voitures ordinaires, et la forme du rail, dit Loubht, avec gorge formant rainure pour le boudin, lui paraît préférable. Ce bail, employé de Paris à Versailles* présente divers types plds ou moins élégis, tels que le modèle Tardieu ou Bazaine. L’avenir de l'exploitation des tramways est bién compromis par les exigences du service municipal qui coupe les routés poiir diverses riaturè§ de travaux : égouts, conduites d’eâu, de gaz, etc. •
- Dans le tramway de Paris à Versailles, lés roues n’ont de boudin qüe d’un Seul côté, afin de ne pas tendre à écarter la voie. Les traverses longitudinales ont pu alors être supprimées en majorité, et les longues et lourdes voitures ne fatiguent plus la voie en courbes.
- M. Morandière fait'remarquer que, dans le croquis fait au tableau, la Saillie du rail a été exagérée, elle est au plus de 2 centimètres ‘ et elle ne paraît pas nuirez car cette forme de rail est très-répandue. . • .
- Quant à la question de fatigue dans les courbes, la France est la Seule ayant supprimé les boudins d’un côté. L’amélioration paraît consister à rendre la voiturB moins longue et moins lourde* ce qui permet de la faire traîner par un cheval et de multiplier les départs, tels sont les tramways d’üne partie de Bruxelles* étci
- M. lé Président remercie M; Morandière de sa communication et exprime la pensée, pour clore lès résumés divers présentéssur le rapport dé Mt-l’ingénieUî1 èn chéf Malézieux, qu’après les discussions auxquelles Ont été soiimiseS les différentes, parties de ce rapport; il h’ÿàpas lieu de partager l’enthousiasme du rapporteur pbtir les travaux américains. Les discussions qüi ont eu lieu à la Société des Ingéniëurs Civils ôht, en effet, prouvé què si; cès travaüx avaient en général lè caractère d’une grande audace/ils péchaient souvent par les conceptiohs premières et par l’économie t Le calcul préalable y joue rarement un rôle important. Efi France* au contraire* on jouit certainement d’urië moins grande liberté d'allUre; l’esprit d’éntreprise est trop souvent ehtràvé par la formalité administrative* mais tous les travaux soht eh général mûris par une intelligence et une capacité pleines de prévoyances qui éloignent les mécomptes dë toute sortei Et il doit en être ainsi* puisqü’en France les conditions du travail* les circonstances locàles, les mœurs* les responsabilités rie permettent pas de laisser rien à l’aventure. 11 faut donc laisser â chaque peuple son génie particulier* Néanmoins, les Américains peuvent nous donner de bons éxbm-ples; à ce titre, le remarquable rapport de M. l'ingénieur en chef Malézieux sera toujours consulté avec fruit par les ingénieurs, et nüiis devons le remercier d’en avoir fait hommage à la Société. , .
- Il ëst donné lecture d’ùrie note de M. Jules Petin sur lès fours rotatifs Pernbt poür puddlage de fer. et fabrication de l’acier fondu*
- Mil èe Mi àgrandi; âifièi qùe ^indiquait la riôtë ÜÜ Ü dëcôhibi’ê ië73, l-'Ôü fait
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- aujourd’hui des charges de 900 kilogrammes de fer fin, de 1 000 kilogrammes de fer ordinaire, et l’opération marche plus vite et dans de meilleures conditions. Comme on le verra dans le tableau A ci-annexé, le déchet en fer fin est de 3.7 pour 100 environ sur une production de 90000 kilogrammes; la consommation de combustible est de 1100 à 1 200 kilogrammes par tonne avec une houille maigre à 20 pour 100 de cendres (incinération au laboratoire) et les prix de revient pris sur les livres de MM. Petin et Gaudet, comparés avec les autres prix dans la même usine, donnent une différence de 40 francs au maximum à l’avantage du nouveau procédé de puddlage.
- Pour la fonte ordinaire, on ne pourrait donner des chiffres aussi exacts ; car on a peu travaillé dans cette allure ; mais les premiers jours d’essais contradictoires qui se font avec une des grandes usines du bassin de la Loire, la Compagnie de l’Horme, paraissent indiquer une moyenne de 6 pour 100 de déchet et une consommation de 700 kilogrammes de houille. Dans quelques semaines on pourra donner des chiffres aussi précis que les premiers, puisqu’ils seront basés sur une fabrication prolongée.
- Quant à la production par poste de douze heures, elle varie beaucoup avec la qualité des fontes, mais on peut dire, qu’elle est double ou triple de ce que font les fours ordinaires.
- Avec des fontes du Pouzin on arrive à traiter plus de 4 500 kilogrammes par poste. Une opération dure deux heures et on obtient, sur 1 000 kilogrammes de fonte, 940 kilogrammes de fer en barres. C’est un fort curieux coup d’œil de voir retirer 17 à 18 boules d’un seul four, la dernière boule sortant aussi chaude que la première, et les barres laminées étant remarquablement propres et exemptes de criques.
- En un mot, on peut dire aujourd’hui que le procédé de M. Pernot est tout à fait entré dans la pratique; ce n’est plus un essai à poursuivre, c’est un mode de fabrication à adopter complet, sans tâtonnements, dans lequel on obtient avec sûreté et facilité les différents produits que l’on demande à un four à puddler soit du fer fin, soit du fer ordinaire, soit de l’acier puddlé. Quant à ce dernier produit, il n’en a pas encore été question parce que les quantités produites ont été faibles, on n’en a fait que, 5 ou 6 charges, mais avec autant de facilité que le fer. Quant à la qualité de ces divers produits, elle est meilleure que celle donnée par les fours ordinaires; c’est un fait que la pratique constate dans ce four, comme dans le four Danks.
- Dans les fours anciens c’est toujours la même couche de fonte qui est soumise à l’action des scories, et les parties touchant la sole ne subissent pas cette action, tandis que dans le four tournant à sole inclinée, les différentes molécules viennent successivement s’étaler en lames minces au moment où elles sont entraînées par la rotation dans la région supérieure du four, et cependant elles ne subissent pas l’action oxydante d’une manière trop prolongée, parce qu’elles viennent après cela replonger dans le bain qui est à la région inférieure. j
- La même série de faits produit un chauffage très-complet de la masse pour plusieurs causes : 1° le chauffage physique par la chaleur du foyer soufflé est très-régulier; 2° chaque partie du bain vient se chauffer successivement par lame mince au lieu de se chauffer par la surface seulement comme dans les fours ordinaires ; 3° la chaleur provenant des réactions chimiques, la combustion intermoléculaire, comme l’a si bien nommée M. Jordan dans son explication des phénomènes du procédé Bes-semer, se manifeste d’une manière très-énergique. ..ïî: ai,
- Les améliorations remarquables réalisées par ce mode de chauffage ont amené
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- SI. Pernot à appliquer son four à un autre objet; l’intérêt que la Société des Ingénieurs civils a apporté au premier procédé de M. Pernot a engagé M. J. Petin à nous donner la communication de cette seconde idée.
- M. Pernot a appliqué sa sole tournante à la fusion de l’acier en y joignant le chauffage au moyen des générateurs à gaz et régénérateurs Siemens. Dire qu’il a réussi n’est pas suffisant. Ce procédé, par un chargement spécial, par la rotation qui donne un chauffage meilleur et une décarburation plus rapides, a tellement modifié les conditions dans lesquelles on fondait l’acier sur sole qu’il n'y a plus d’analogie avec les anciennes méthodes; les mêmes gazogènes, qu'employait un four Martin-Siemens, appliqués à ce nouveau four, produisent dans le même temps deux fois plus d’acier, avec les économies correspondantes de main-d’œuvre, frais généraux, etc.
- Ces seuls résultats assureraient le succès d’un procédé, mais l’influence de ce mode de travail va plus loin ; des traitements impossibles dans les anciens fours peuvent se faire ici sans difficultés. Ainsi, on est arrivé à traiter directement de la fonte grise sans addition aucune dé riblons de fer ou d’acier, et à la transformer directement en fer fondu, puis, en la recarburant par le spiegel, comme au procédé Bessemer, on a coulé un acier parfaitement malléable qui a donné d’excellents rails ; l’analogie des réactions avec celles du procédé Bessemer est très-grande. Enfin, l’on a parfaitement réussi à. fondre des rails d’acier sans addition de fonte, mais l’opération est un peu longue (sept à huit heures).
- Pour le moment, les nécessités du service de l’usine ont amené à se servir du four pour refondre des rails d’acier (avec addition de fonte).
- Le four se comprend facilement pour ceux qui connaissent le four de M. Pernot pour le puddlage, c’est la même sole tournante chauffée par le procédé Siemens. La sole est en sable siliceux battu et recuit.
- Le four chauffé est chargé immédiatement de la quantité totale de la fonte qui doit former le bain. On la répartit uniformément sur la sole, opération simple à cause de la rotation qui vient présenter successivement toutes ses parties devant la porte de travail.
- La fonte étant ainsi répartie et portée à une haute température, on introduit de la même façon la totalité de la charge en vieux rails, quelles que soient Jeurs dimensions, jusqu’à 1 mètre et lm,200 de longueur; l’on peut effectuer ce chargement en une seule fois.
- A cause de la mobilité de la sole la chaleur peut pénétrer régulièrement dans toute la masse et chaque morceau vient successivement passer dans le bain de fonte qui commence à se former. Cette immersion fait fondre les rails sans passer par l’état de fer brûlé, ce qui se produirait dans un four à sole fixe si on chargeait trop à la fois, c’est-à-dire plus que le bain ne pourrait recouvrir.
- De plus, ce mode de chargement diminue le nombre d’hommes employés au four, car on n’a que des manœuvres qui, dès que le chargement est fait, sont employés à d’autres travaux. La charge étant achevée, on ferme la porte, et on chauffe en faisant tourner la sole avec une vitesse de deux tours environ par minute, comme, du reste, pendant le chargement. La charge est fondue en deux heures; au bout de trois heures à peu près on commence à prendre des éprouvettes pour voir où en est la décarburation. Quand on juge l’opération suffisamment avancée, c’est-à-dire le métal un peu plus doux qu’on ne le cherche, on ajoute la quantité de spiegel pour le ramener à la dureté que l’on veut obtenir, puis on reprend une éprouvette ; si le résultat est bon, on coule l’acier.
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- TABLEAU A,
- FORGES DE SAINT-CHAMOND
- PUDpLÂGE
- FOUR PERNOT.
- FER FIN.
- Fabrication de février 1874.
- Journées de fours. CONSOMMATION. Production. MISE AUX 1000.
- Houille. Fontes. Riblons. Battitupes et minerai. <y *3 O W Fontes. | Riblons. Battitures et minerai.
- 27 2 t/2 107 155 93 950 )) 4605 90 568 1183 1037 » 51
- Production moyenne par journée de four..... 3328.
- DÉPENSES :
- Prix de revient
- par tonne.
- 80 820 kil. Fonte de Toga E. R 186.91 15 106.06
- J1 750 Id. S. L. R 187.00 2197.28
- 800 Id. E. S. L. R.... 187.00 149.60 .
- 580 Id. R. E 197.13 114.35
- 93 950 1 Prix moyen. 186.98 17 567.25 193.98
- 3 000 kil. Battitures 21.02 63.05
- 1 605 Minerai Mokta 35.80 57.45
- 4 605 120.50 1.32
- 107155 kil. Houille 17.51 1876,30 20.72
- Main-d’œuvre 1 256.75 13.88
- Frais d’entretien f 946.00 10.45
- Frais généraux de fabrication. 276.05 13.04
- Frais généraux d’usines 295.15 3.25
- 4 650.25
- 246.64
- Total général
- 22338.00
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- 519 -
- FORGES DE SAINT-GHAMOND
- PUDDLAGE
- ANCIEN SYSTÈME.
- FEU Fm.
- Fabrication de février 4874.
- Jou rnées CONSOMMATION. MISE AUX 1000.
- de fours. Houille. Fontes. Riblons. Battitures et minerai. Production. <y ‘3 o H Fontes. | Riblons. s -!£ a> 33 c n e
- 259 5 467 960 305 420 21 237 10 429 278101 1682 1098 76 37
- Production moyenne par journée de four..... 1072.
- DÉPENSES
- Prix de revient
- par tonne.
- 92 885 lui. 167 G15 25080 5 350 14490
- 305 420
- 21 237 ldi. 10329 100
- 31066
- 467 960 lui.
- 17 982.50 31 328.85 4 689.95 1 054.75 1 703.10
- Prix moyen 189.11 57 759 15 207. 70
- Riblons „ 109.00 2 314 .85
- Battitures 21.02 217 .10
- Minerai Saint-Léon Mokta.. .. . 35.80 3 .60
- 2 535 .55 9 .11
- Houille. 17.51 8 194 .00 29 .47
- Main-d’œuvre 8 034 .80 28 .90
- Frais d’entretien 2 394 .25 8 .60
- Frais généraux de fabrication. . 1 765 .70 6 34
- Frais généraux d’usines 1 888 .25 6 .78
- Fonte grise de Clavières.».. Fonte douce de Toga E. R. Fonte de Toga E. S. L. R..
- Id. B. E..........
- Id. M. S. L. R.
- 193.60
- 186.91
- 186.91
- 197.13
- 186.91
- 22276.00
- 82570.70
- 296.90
- Total général
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-
- TABLEAU B
- FORGES DE SAINT-CHAMOND
- PUDDLAGE
- FOUR PERNOT.
- FER ORDINAIRE.
- fontes de l’horme. Fabrication du 20 au 25 avril 1874.
- Journées de fours. CONSOMMATIONS. Production. MISE AUX 1000.
- Houille. Fontes. Riblons. Tournure. Battitures. Minerais. Houille. ] I Fontes. Riblons. | Tournure.^ ÎBattituresi 1 Minerais.
- h » hect. 418 35 530 52 000 2800 3800 2205 48 969 Fer de tour- nure. H 94 726 1062 57 79 45
- PRIX DE REVIENT PAR TONNE :
- Fonte........................
- Houille......................
- Tournure.....................
- Battitures...................
- Minerais.....................
- A déduire :
- Fer de tournure..............
- 1062k à 123.97 131.65
- 726 à 17.75 12.89
- 57 à 90.00 5.13
- 79 k 21.17 1.67
- 45 k 35.80 1.61
- 152.95
- 28k à 190.00 4.56
- 148.39
- Main-d’œuvre.................
- Frais d’entretien ...........
- Frais généraux de fabrication Frais généraux d’usines.
- 17.19
- 6.06
- 3.10
- 3.70
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- S21 —
- FORGES DE SAINT-CHAMOND.
- PUDDLAGE.
- ANCIEN SYSTÈME.
- FER ORDINAIRE.
- Fabrication du iat juillet 1873 au 28 février 1874.
- Journées de fours. CONSOMMATIONS. Production. MISE AUX 1000.
- Houille. Fontes. Riblons. Battitures. Houille. Fontes. | Riblons. Battitures
- 2992 7 3 576 590 5 893 345 96 611 131673 5 106 430 1092 1154 18 25
- Production moyenne par journée de four.... 1706 kil.
- DÉPENSES :
- 5 893 345 kil. Fontes........ à 123.97
- 96 611 Riblons........ à 113.71
- 131 673 Battitures... à 21.17
- 5 576 590 Houille........ à 17.75
- Main-d’œuvre.................
- Frais d’entretien............
- Frais généraux de fabrication Frais généraux d’usines......
- Total fr............
- Prix de revient par tonne.
- 730642.25 143.09
- 10986.35 2 777.80 2.69
- 99 012.35 19.39
- 87748.75 17.19
- 30 927.05 6.06
- 15 851.70 3.10
- 18 933.70 3.70
- 996879.95 195.22
- Il ne reste rien sur la sole, on n’a jamais dans ce four, comme dans ceux qui sont fixes, des morceaux de rails ou de métal qui n’ont pu fondre, ni des attachements du métal à la sole; il en résulte que la mise en état du four après la coulée est très-rapide; on se contente de battre un peu la sole, et on recharge.
- La durée totale d’une charge, y compris le chargement et la réparation, dure de trois heures et demie à quatre heures, les charges sont de 4000 à 4 300 kilogrammes;
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- l’on a fait 19 000 kilogrammes en vingt-quatre heures avec quatre charges et demie, et 21 000 kilogrammes avec cinq charges ; on arrivera facilement à faire encore plus, quand on aura un personnel exercé, et tout le monde sait que le four Martin-Siemens ne fait encore que deux chaudes, soit au plus 10 000 kilogrammes par vingt-quatre heures.
- Les avantages du nouveau four sont bien marqués.
- 1° Augmentation de production. On arrivera à plus du double de ce que font les fours Martin-Siemens.
- 2° Diminution de même importance sur la main-d’œuvre, le charbon * les frais généraux, etc.
- 3° Le prix de revient résultant de trdis Sémàihes d’essais de toutes sortes faits pendant cette période ressort à 223f,87, en partant de matières coûtant 163 francs, tandis qu’en partant des mêmes matières on arrive, avec le Martin-Siemens, à un prix de revient de 264f,26.
- 4° Les réparations de voûtes ou autres parties du four sont faciles et rapides. Grâce à la mobilité du chariot on retire la cuve du four, et l’énorme ouverture laissée par l’enlèvement de la sole fait que cinq ou six heures après le four est assez froid pour qu’on y travaille facilement; dix heures suffisent pour réparer Une voûte corn-plète; on voit que dans une interruption de seize heures, plus dix heures pour réchauffer, on peut faire toufes les réparations les plus considérables. Cela rentre donc dans les réparations ordinaires de fours à puddler et à réchauffer qui peuvent, comme on le sait, se faire dans l’intervalle du samedi soir au lundi matin; cela ne change rien aux habitudes des usines.
- Revenant maintenant sur le traitement de la fonte seule dans cet appareil pour produire de l’acier, tout un nouvel ordre de faits se présente.
- L’installation d’un four pouvant être évaluée de 33 à 40 000 francs, trois fours produisant chacun de 15 à 20 tonnes par vingt-quatre heures remplaceront une installation de deux convertisseurs Bessemer, c’est-à-dire qu’un capital de'120000 francs produirait autant qu’un capital trois fois plus grand et donnerait des produits d’un prix de revient semblable à celui de Bessemer en première fusion. On pourra même, plus tard, réaliser une nouvelle économie en faisant couler directement la fonte du haut fourneau sur la sole tournante ; de plus, ce procédé s’applique tout aussi bien à une petite qu’à une grande production, et l’on n’a pas l’entretien de cette machine gigantesque qui caractérise le procédé Bessemer. Une petite usine aura son four et ne produira que pour ses besoins, une grande en aura plusieurs.
- En résumé, ce procédé a aujourd’hui trois mois de pratique sans insuccès.
- Il est donc prêt à être employé par quiconque voudra l’adopter.
- 1° Son installation est peu coûteuse relativement à la production.
- 2° Il n’exige pas de personnel d’une instruction spéciale.
- 3° L’entretien est peu dispendieux et facile.
- 4° Le prix de revient du produit est très-faible, sans qu’on puisse le préciser exactement, mais, par ce que j’en ai dit, on peut en juger.
- 5° On est toujours maître de son opération et i’on peut la modifier dans un sens ou dans l’autre jusqu’au moment de la coulée (avantage incontestable sur le procédé Bessemer).
- 6° L’homogénéité de l’acier est parfaite, grâce au brassage qui. se produit par la rotation, supériorité sérieuse sur lè procédé Martin.
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- 7° On n’a pas, comme au Martin* de brassage à la main, par suite d’usure d’outil. 8» Ce procédé est applicable aux petites comme aux grandes installations.
- M. le Président déclare que, vu l’importance de cette communication* elle sera insérée in extenso au procès-verbal.
- MM. Basset, Bazaine, (Achille), Bonnardel, Constant, Durant, Gelot* Gillot, Girard* Noyer et Uhagon ont été reçus membres sociétaires. .
- Séance dm 7 Août 1874.
- Présidence de M. Jordan.
- La séance est ouverte à huit heures et demie.
- Le procès-verbal de la séance du 17 juillet est adopté.
- M. le Président annonce que la Société anglaise des maîtres de forges (Iron and Steel instüute) a sa réunion semestrielle à Barrow, les 1«, 2* 3 et 4 septembre.
- M. Rubin présente, au nom de son ami et collègue M. Larlie, un ouvrage et une carte sur les Voies navigables de la France. M. Larue est chef du service des trans-ports aux usines du Creusot, ou 1 ou sait que les voies navigables sont tres-employées; c’est donc un homme particulièrement spécial. Son ouvrage remplace et complète celui déjà ancien de M. Granger. Il est divisé en trois parties :
- l°/Pour chaque voie navigable, indication du tirant d’eau, des dimensions des écluses, des ports et de leur distance entre eux* du mode de halage, etc., etc. ;
- 2° Droits de navigation généraux et spéciaux pour chaque voie navigable et chaque nature de marchandise -,
- 3° Gares d’eau, appareils ou mode de transbordement. Ces deux dernières parties sont tout à fait nouvelles, et ont demandé beaucoup de recherches. M. Larue* par sa position, a pu recueillir des renseignements officiels peu connus du public même spécial.
- La carte, jointe au livre, indique bien nettement toutes les voies navigables, les ports et les gares d’eau. Les chemins de fer sont tracés en traits fins.
- Un détail à signaler : livre et carte ont été imprimés, dessinés, lithographiés et édités dans la ville du Çreusot.
- M. le Président remercie M. Rubin et le prie de vouloir bien être son interprète auprès de M. Larue, et lui exprimer les remercîments au nom des membres de la Société qui pourront puiser d’utiles renseignements dans cet intéressant Ouvrage.
- M. Lencauchez donne communication de sa note sur le traitement des fontesetjies fers phosphoreux pour la fabrication de l’acier fondu pour rails, e"lc.
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- Dans la séance du 20 février dernier, notre collègue, M. Euverte, nous a fait une très-remarquable communication sur le rôle que joue le phosphore dans la métallurgie de fer et d’acier. t
- Il résulte de ce que l’on sait déjà et de ce que M. Euverte nous a appris, que :
- 1° Une fonte phosphoreuse de Moselle peut renfermer, en moyenne, une quantité de phosphore de 10 à 12 pour 1 000;
- 2° Le fer puddlé de cette fonte n’est réellement de bonne qualité pour rails que s’il ne renferme plus qu’une quantité de phosphore de 4 à S pour 1 000;
- 3° D’après M. Euverte, l’acier fondu, provenant de cette fonte ou de ce fer, ne sera de qualité acceptable pour rails qu’autant que sa teneur en phosphore sera réduite au moins à 2 et 2 1/2 pour 1 000 au plus.
- Comme depuis 1865 j’ai eu l’occasion de vérifier ce fait, je vais raconter ce qui s’est passé à Paris, dans d’autres conditions, afin de bien faire voir jusqu’à quel point notre collègue a raison, en disant que mieux vaudrait ne pas avoir du tout de phosphore dans un acier fondu; mais que cependant les fontes et les fers phosphoreux peuvent, bien travaillés, donner des aciers très-acceptables pour rails et pièces de forge.
- Pendant la période de 1865 à 1868, on a produit par mois, chez MM. Coûtant frères, à lvry, 50 à 60 tonnes d’aciers, fondus au creuset, pour l’entreprise de MM. Borel, Lavalley et Cie (du canal maritime de Suez). Ces aciers étaient soumis à une réception des plus rigoureuses et cependant MM. Coûtant ont pu soutenir avec avantage la concurrence des aciéries de la Loire, pour ce genre de production entièrement nouveau pour eux.
- Yoici pourquoi : MM. Coûtant avaient pris pour fondeurs MM. Yerdié et Micolon, qui prétendaient avoir un secret pour la fabrication des aciers de riblons d’acier et de fer, et le hasard voulant qu’ils ne puissent se procurer à Paris d’autres creusets que ceux en graphite, venant d’Angleterre, ce hasard fit réussir une méthode qui jusqu’ici avait échoué autre part. ;
- Avant d’étudier la question au point de vue chimique j je vais faire connaître le dosage en produits secondaires ou fondants qui étaient le secret de MM. Yerdié et Micolon. \
- Nos D’ORDRE. DÉSIGNATION DES SUBSTANCES employées PAR 100 KILOGRAMMES D’aCIER FONDU. FORMULE N° I. FORMULE N° 2.
- 1 Peroxyde de manganèse, Mn203 0k,750 à 2k,000 0k,500 à 2k,300
- 2 Wolfram, 4 (FeO, MnO) -j-WO3 0 ,200 à 0 ,700 0 ,150 à 0 ,750
- 3 Borax, NaO, 2Bo O3-j-10.HO (Borate de soude) 0 ,300 à O ,900 0 ',400 à 1 ,000
- 4 Carbonate de soude, NaO, CO2-j- 10 HO. ... 1 ,000 à 2 ,000 1 ,500 à 3 ,000
- 5 Cliaux vive, CaO. : 0 ,000 à 0 ,500 0 ,000 à 0 ,000
- 6 Sel ammoniacal, AzH3, HCl 0 ,000 à 0 ,000 0 ,150 à 0 ,300
- 7 Charbon de bois en poudre, C 0 ,150 à 0 ,600 0 ,100 à 0 ,500
- Total pour 100 lcil. d’acier fondu.... 2 ,400 à 6 ,700 2 ,800 à 7 ,860
- Ces matières étaient bien broyées ensemble, puis calcinées dans des creusets hors de service à la mise bas des fours à la fin de la journée; de sorte que pendant la nuit, soit penda nt douze à quatorze heures, ces divers produits étaient exposés à une
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- température de 1200° à l’origine, jusqu’à 500° à la fin, moment où l’on détournait pour reprendre le travail de fonderie.
- Il est facile de voir que, dans cette calcination, il devait se former du manganate de soude, ainsi que du borate basique NaO, BoO3, et que le sel ammoniacal était complètement décomposé, sous forme de chlore et de chlorure de fer pris au wolfram ; puis, l’eau de combinaison du borax et dù carbonate de soude étant décomposée en partie aux températures supérieures à 600°, devait céder de l’oxygène au peroxyde pour faciliter la production des manganates de soude et de chaux.
- On remarque qu’ici il n’y a pas de trace de silicé dans ces produits qui, à l’égard de cet acide, auraient joué le rôle des bases les plus énergiques; ce qui fait que leur emploi n’était possible que dans les creusets en graphite, que le hasard seul fournissait à MM. Yerdié et Micolon.
- De 1865 à 1868, MM. Coûtant livrèrent à MM. Borel, Lavalley et Cie des quantités considérables d’acier fondu, provenant de riblons d’acier tout venant, fortement mélangés de fers divers; et cependant ces aciers étaient de première qualité pour pièces de forges et gros outils1.
- A la même époque, sur la demande de M. Schneider, du Creusot, 200 kilos de débouchures de trous d’éclisses de rails en fer, furent fondus et transformés en bon acier de forge ( sans addition de charbon), mais la fusion fut longue et pénible ; elle dura quatre heures et demie au lieu d’une heure trois quarts. Les creusets furent mis hors de service en une seule opération, la quantité de flux employée étant au maximum.
- Quelque temps après, M. de Wendel demanda aussi pour les fers au coke d’Hayange une semblable transformation ; mais MM. Yerdié et Micolon ayant trouvé plus commode (pour faciliter la fusion) de cémenter préalablement les fers de M. de Wendel, l’acier obtenu fut de très-mauvaise qualité; ce qui sera expliqué plus loin, le phosphore n’ayant pu être oxydé dans ce dernier cas.
- Plus tard, M. de Wendel, essayant la méthode de Heaton, trouva que la quantité de phosphore enlevé à la fonte par ce procédé, qu’on pouvait appeler foudroyant, était aussi considérable que celle enlevée par le puddlage; et depuis, de savants métallurgistes, comme M. Gruner, ont fait voir combien le nitrate de soude est énergi-que<en son action sur les phosphures.
- Enfin, en 1872, M. Pierre Thomas, notre collègue, a fait voir que la plupart des métaux alcalino-terreux sont solubles à haute température dans la soude caustique.
- Yoici tout ce que je savais sur cette question, quand, il y a quelque temps, je fus appelé à faire l’avant-projet d’une usine à phosphore. L’étude m’a conduit à remarquer :
- 1° Qu’il n’existe que peu ou point de phosphures dans la nature; , "
- 2» Que les phosphates tribasiques insolubles sont nombreux;
- 3° Que le phosphate bibasique de fer, 2Fe203Pù0s, est très-rare dans les minerais de fer;
- 4° Que la gangue des minerais oolithiques est très-riche en phosphate de chaux tribasique 3 CaO.P/tO5.
- 1. M. Gallet, chez M. Carré-Kerisouët (Côtes-du-Nord), et JIM. Lepet frères, de la Villelte, actuellement à Ermont (Seine-et-Oise), fondeurs d’acier au creuset, emploient des dosages si peu différents de ceux que je Tiens défaire connaître, qu’à mon avis il n’y a aucun intérêt à les reproduire ici.
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- Or, pour obtenir le phosphore du commerce, on prend des phosphates tribasiques de chaux que l’on attaque par l’acide sulfurique : cet acide leur prend 2 équivalents de chaux et laisse un phosphate monobasique acide et hydraté, CaO+^HO.P/iO*.
- Si l’on chauffe au rouge ce phosphate, on obtient le métaphosphate insoluble, CaO.PAO8.
- Ce sel, additionné de 3 | équivalents de carbone et chauffé à blanc, abandonne les | de son phosphore qui distille
- Ca0,Pft0B+3{C = fP/t. + 3{C0-K(3Ca0,P/i05),
- à la condition que les vapeurs de phosphore ne rencontrent aucun métal ou métalloïde avec lequel elles formeraient un phosphure, notamment avec le fer, pour lequel elles ont une affinité des plus énergiques.
- Ceci étant dit, en admettant que l’acide silicique SfO3 à haute température se comporte comme l’acide sulfurique à 100°, il devient facile d’expliquer comment le phosphate tribasique de chaux des minerais oolithiques agit dans le haut fourneau, et comment les phosphures se comportent pendant les périodes du puddlage d’une fonte obtenue avec ces minerais.
- 4° Bans le haut fourneau.
- a. Le phosphate de fer en présence du charbon donne lieu à la réaction suivante :
- 2Fe203,PùQ5-|-H C = Fe%Pft-J-llCO,
- et comme il y a un grand excès de fer, ce phosphure se trouve dissous en toute proportion dans la masse, pour former de la fonte phosphoreuse, à laquelle il serait impossible de donner une formule chimique.
- b. Le phosphate tribasique de chaux, en présence de la silice et du charbon, donne lieu à cette réaction :
- 3Ça0,Pù08+ 3Sï03 + 5C = P/i + 3(Ca0,Sî03) + S.C0.
- Dans ce cas, les vapeurs de phosphore se combinent avec le fer pour former la fonte phpsphorée ou phosphurée, et le silicate de chaux se combine avec le laitier pour former les silicates multiples qui le composent,
- A la vérité, dans un creuset, les choses ne se passeraient pas ainsi, et seulement les 1 du phosphore seraient mis en liberté; mais.ici, comme il y a grand excès d’acide silicique et de carbone, la réaction se continue sur le tiers qui a échappé à la première attaque, d’où il suit qu’à la deuxième il ne reste plus que | du phosphate primitif; à la troisième, à la quatrième, -57, et ainsi de suite jusqu’à ce qu’il ne reste plus trace de phosphate et jusqu’à ce que tout le phosphore soit incorporé à la fonte. Comme toutes ces actions successives n’en forment qu’une en réalité, qui est la fusion du minerai, on peut donc admettre la formule ci-dessus comme vraie et comme résultat final.
- Ce que je cite ici n’est applicable qu’aux hauts fourneaux produisant des fontes siliceuses, c’est-à-dire marchant avec un laitier très-acide ; c’est souvent le cas des hauts fourneaux à fonte d’affinage où l’on fait usage de vent très-chaud et où l’on n’emploie que la moindre quantité possible de castine ou de minerai à gangue calcique. Enfin, c’est toujours celui des fourneaux en allure de fonte à Bessemer, puisque, par un grand excès de silice, on cherche à incorporer à cette fonte jusqu’à
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- 2 et 2 1/2 pour 100 de silicium. Donc, il est tout naturel d’exclure les minerais phosphatés des hauts fourneaux où l’on veut produire des fontes pour aciers à obtenir par le procédé Bessemer.
- II résulte de ceci que si l’on veut produire avec des minerais phosphatés de bonnes fontes d’affinage, il faut que l’allure du fourneau soit dirigée vers l’obtention des laitiers les plus basiques, que l’on puisse cependant rendre encore fusibles aux plus hautes températures aujourd’hui connues. C’est ce que j’ai remarqué, en novembre dernier, chez M. Desforges, à Marnaval, près Saint-Dizier, où le laitier du haut fourneau est tellement basique et calcique qu’il tombe en poussière impalpable quelques heures après en être sorti. Cette pqussière est tellement fine que le moindre souffle du vent l’entraîne à distance; de plus, elle est très-blanche. La fonte produite par ce haut fourneau est peu phosphoreuse,- comme qualité elle se classe en n° 2 pour seconde fusion, mais rien ne s’oppose à ce que le même appareil, en réduisant ces charges de coke, ne donne une bonne fonte d’affinage aussi peu phosphoreuse que la précédente.
- Dans une allure en laitier aussi basique que celui que je viens de citer, le manque d’acide silicique pour la chaux, l’alumine et les oxydes métalliques, fait que peu de chaux du phosphate peut être attaqué par la silice ; de sorte que ce phosphate passe en notable partie dans les laiters, qui présentent toujours à l’acide phosphorique un excès de base, et, par conséquent, l’acide silicique ne peut le déplacer que difficilement.
- Comme conclusion, on doit admettre que •pour obtenir des minerais oolithiques ou d’autres minerais phosphatés une bonne fonte d’affinage, il faut que celle-ci ne renferme que la moindre quantité possible de silicium, mieux serait de n’en avoir pas de trace; car qui dit silicium, dans ce cas, dit aussi phosphore.
- %?. J)qm le four à puddler,
- Le phosphore s’y trouve à l’état de phosphure métallique ;Toxydation, portant sur toute la masse, transforme d’abord le silicium en acide silicique, puis le carbone, en oxyde; plus tard, l’oxydation du fer et du phosphore se produit et il se forme du phosphate de fer. Mais ce phosphate est vivement attaqué par la silice, qui se combine avec l’oxyde de fer et'met l’acide phosphorique en liberté. Celui-ci se réduit en partie au contact du fer métallique qu’il o^yde pour reformer du phosphure qui repasse dans le métal et du phosphate qui passe dans la scorie.
- Ceci fait voir comment une fonte à 10 pour 1 000 et plus de phosphore donne au puddlage un fer qui n’en renferme plus que 4 à 5.
- De là on est conduit à remarquer que moins la] fonte sera siliceuse, moins elle, fournira de silice, et, par conséquent, moins de phosphate sera ramené à l’état de phosphure et plus il en passera dans les scories. De même, moins les parois du four seront siliceuses, moins le garnissage le sera, plus le fer obtenu sera exempt de phosphore. Enfin, on remarquera que si le garnissage est fait en chaux ou en carbonate de chaux très-pur, presque tout le phosphore, après oxydation, passera dans les scories à l’état de phosphate tribasique de chaux; les scories renfermeront très-peu d’oxyde métallique, et l’on obtiendra un bon fer pour rail ou marchand, renfermant de 4, à 5 pour i 000 de phosphore, mais incapable de donner de l’acier fondu; de plus, le rendement métallique sera à sop maximum.
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- 3® De la fusion du fer phosphoreux à 4 ou 5 pour 1000 avec les réactifs dont il a été
- question à la page 524.
- Si l’on prend le fer brut de puddlage dont je viens de parler, et si on l’introduit dans un four à fondre dont la sole est très-basique, en l’additionnant de rainerais d’Algérie ne renfermant pas trace de phosphore, on oxydera ce fer par voie de fusion et si on laisse quelque temps l’oxyde réagir sur le phosphore que renferme le métal, on produira une certaine quantité de phosphate de fer qui ne sera pas réduit tant que le fer en fusion sera chargé d’un excès d’oxyde métallique; si alors on ajoute le fondant ou flux indiqué page 524, on voit qu’on oxydera encore fortement le bain de fusion, le manganate de soude, No O, Mn O3, lui cédant de l’oxygène; l’acide man-ganique étant ramené à l’état d’oxyde rouge, MnO-f-MnJ03, la soude déplacera l’oxyde de fer et se combinera avec l’acide phosphorique .pour former le phosphate de soude, 3 N oO, Vh O5, très-stable et très-fusible. La chaux vive, le borax, l’excès de soude devenu caustique, le wolfram et l’oxyde de manganèse formeront un flux qui retiendra fortement le phosphate tribasique, qui se trouvera dissous et noyé dans la masse de ce laitier. Alors, on n’aura plus à craindre que l’acide phosphorique puisse lui échapper, et l’on pourra s’occuper de réduire l’oxyde de fer dissous dans le métal en fusion ; à moins d’employer à hautes doses le borax, comme le faisaient MM. Verdié et Micolon.
- Gomme la dépense de borax serait trop considérable et que, d’un autre côté, elle conduirait à une forte perte de métal, je crois qu’il y aurait ici lieu d’employer le perchage comme dans l’affinage du cuivre rouge; chose qui serait plus économique que/l’usage du ferro-manganèse.
- En effet, qu’y a-t-il de plus simple et de plus économique que d’introduire une perche'de bois vert dans le four, après avoir jeté sur le bain trois ou quatre pelletées de charbon de bois, puis de remuer la masse pendant cinq minutes?
- La quantité de flux à employer n’a pas besoin d’être considérable, vu qu’elle ne doit correspondre qu’à l’indispensable pour oxyder le phosphore et combiner son acide avec la soude.
- Je crois que, sans accepter aveuglément les formules empiriques Verdié-Micolon, on pourrait se contenter de n’employer en quantité notable que la chaux, le peroxyde de manganèse et la soude caustique ; après tout, on remarquera que MM. Verdié et Micolon n’employaient que pour 15 francs, en moyenne, de réactifs par tonne d’acier fondu. »
- Nous venons de voir comment on peut transformer en acier de forge une fonte phosphoreuse, après qu’elle a été puddlée; mais n’est-ce pas le cas de remarquer que rien ne serait plus facile que de fondre tous les vieux rails pour les transformer en acier? Or, ce que MM. Verdié et Micolon ont obtenu en 1865, avec les rails en fer du Greusot, peut être bien mieux réalisé aujourd’hui, non plus dans les creusets, mais bien sur sole et par coulées de 3 à 4000 kilogrammes à la fois. On voit en même temps que si les fers de M. de Wendel, après cémentation, n’ont pu 'donner un métal fondu, susceptible de s’étirer, cela tenait à ce que le carbone, s’étant, opposé à l’oxydation d’une partie du fer, le phosphore n’ayant pu être transformé en acide phosphorique et en phosphate tribasique de soude, est resté dans le métal fondu qui, en renfermant alors 5 pour 1 000, était cassant. Gomme M. Euverte l’a fait remarquer, quand le fer fondu a une teneur en phosphore supérieure à 3 pour 1 000, il ne peut se laminer convenablement ni répondre aux exigences du
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- cahier des charges des Compagnies de chemins de fer, et ceci prouve qu’il est plus facile de transformer un fer phosphoreux en acier fondu sur sole qu’au creuset, qui offre peu d’accès à l’action oxydante de la flamme.
- J’ai parlé, il y a un instant, de l’affinage du cuivre qui se produit à la température de fusion de ce métal; or, aujourd’hui, au moyen des fours chauffés au gaz et à chaleur récupérée, on peut aussi bien affiner le fer à la température de sa fusion, que le cuivre à la température nécessaire pour la sienne, et certains fours, principalement celui à sole tournante de M. Maudslay, plus particulièrement que tout autre, peut se prêter à cette opération.
- En effet, que Ton suppose un four :
- 1° A sole tournante (système Maudslay) ;
- 2° A chalumeau A. L., comme celui expérimenté chez M. de Wendel ;
- 3° A récupérateur de chaleur (type Gaillard et Haillot);
- 4° Alimenté de gaz par un gazogène distillateur.
- On voit que la sole de ce four pourra recevoir la plus haute température connue industriellement, sans que ses parois en souffrent; on conçoit facilement qu’une fonte phosphoreuse soit introduite dans ce four, et qu’elle y soit rapidement fondue' et affinée mécaniquement, avec addition de chaux et de minerai pur de toute souillure de phosphore. Ce serait la première période d’affinage.
- Après cela, on écumerait le bain pour chasser la scorie qui emporterait les -§ environ du phosphore sous forme de phosphate tribasique de chaux, comme dans le four à puddler; ce qui serait la seconde période.
- Puis on introduirait dans le four, pour une charge de 3000 kilogrammes par exemple, 75 kil. de flux composé: de 20 kil. de minerai d’Algérie, de 15 Ml. de peroxyde de manganèse, de 20 kil. de soude caustique, de 10 kil. de chaux vive, ne renfermant pas trace de silice, de 6 kil. de wolfram , et enfin 4 kil. de borax calciné, et on laisserait la sole tourner pendant un certain temps avec ces réactifs; ce serait la troisième période.
- Après quoi, on écoulerait ou écumerait le laitier formé qui entraînerait avec lui les dernières traces nuisibles du phosphore sous forme de phosphate tribasique de soude. Le métal serait ici amené à une teneur de 1 à 1{ par 1000, ce serait la quatrième période.
- Ensuite on jetterait trois à quatre pelletées de charbon de bois, en laissant la sole tourner toujours, opération qui remplacerait le perchage et ferait disparaître l’oxyde de fer dissous par le métal fondu ; le charbon de bois, n’étant pas mis en excès, ne pourrait carburer ce métal, et s’il retenait encore quelques traces d’oxyde de fer, elles seraient dissoutes par le laitier : ce serait la cinquième période.
- Enfin, après sept à huit minutes de repos, en soumettant le métal fondu a la plus haute température que le four puisse donner, on pratiquerait la coulée; ce serait la sixième et dernière période.
- Dans les recherches et essais faits chezM. de Wendel on a constaté que notre gros chalumeau est capable de mettre en fusion 3000 kilogrammes d’acier en 50 à 60 minutes, soit une heure; si les recherches dirigées dans cette voie n’ont pas été poursuivies, c’est qu’à cette époque (1866), on ne pouvait alimenter régulièrement de gaz ce chalumeau, qui faisait merveille tous les 15 jours pendant deux à trois heures, par la seule raison que le gazogène qui le fournissait était mauvais. Ce gazogène n’a jamais pu donner, régulièrement, du gaz pendant trois heures, et il cessait com-
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- plétement d’en fournir au bout de deux à trois jours. Ce détestable appareil était du reste une espèce de cubilot à grille soufflée.
- Mais si ce gazogène était défectueux, il n’en était nullement de même du four. Or, comme aujourd’hui on peut réaliser un bon four, en combinant les quatre détails d’appareils indiqués plus haut, et ayant fait leurs preuves, l’un chez M. de Wendel, les autres à la Compagnie parisienne du gaz, et le premier chez MM. Petin et Gaudet, on peut être sûr de réussir du premier coup, et d’affiner à température de fusion une fonte phosphoreuse, réalisant les qualités requises par les cahiers des charges pour rails fondus. Ce métal ne serait nullement un acier phosphoreux, puisque, par tous les moyens que la chimie met à notre disposition, on se serait efforcé d’en faire disparaître jusqu’aux dernières traces de phosphore, ou mieux jusqu’aux dernières traces pouvant en être chassées industriellement.
- Les hautes températures obtenues au moyen du récupérateur Gaillard et Haillot, la combustion théorique réalisée par le chalumeau et la richesse du gaz produit par les gazogènes distillateurs, me font croire qu’un affinage complet à température de fusion ne réclamerait pas plus de trois heures, pour des charges de 3 à 4000 kilogrammes, et l’on est en droit d’admettre qu’un seul appareil pourrait produire 20 tonnes d’acier fondu par jour. De plus, cet appareil complet, gazogène compris, etc., ne coûterait pas 50 000 francs de frais d’établissement.
- On voit donc que sous peu la Lorraine pourra faire des rails fondus comme elle produit des'fers corroyés. Ces rails lui coûteront moins cher que leBessemer de la Loire, provenant et ne pouvant provenir que de minerais quatre fois plus chers que les siens.
- Comme suite à cette discussion, je ferai remarquer combien est grande l’illusion de certains métallurgistes, qui croient encore que l’hydrogène et la vapeur d’eau peuvent chasser le phosphore de ses combinaisons avec un métal ou ses oxydes, quand, en réalité, le gaz hydrogène est sans action sur le phosphore et les phosphu-res, et quand, dans la décomposition de la vapeur d’eau, l’oxygène seul se combine avec le phosphore, enfin, quand l’hydrogène phosphoré et les phosphures d’hydrogène, en présence d’un métal, sont décomposés à température modérée (7 à 800°), pour former des phosphures métalliques, en mettant leur hydrogène en liberté.
- Personne ne demandant la parole, M. le Président propose de renvoyer à une prochaine séance la discussion de l’intéressante communication de M. Lencauchez. En ce qui concerne la présence du phosphore à l’état de .phosphate de chaux, il croit pouvoir dire que ce fait a conduit plusieurs usines à essayer une épuration préalable des minerais par des moyens chimiques.
- M. le Président demande ensuite à M. Lencauchez quels sont les appareils dont il a parlé sous le nom de gazogène distillateur, de récupérateur de chaleur Gaillard et Haillot, de chalumeau AL.
- M. Lencauchez donne au tableau une description sommaire de ces appareils, et annonce qu’il se réserve d’en entretenir ultérieurement la Société avec plus de détails. Le récupérateur Gaillard et Raillot a été appliqué par lui dans des fours à cornues de la Compagnie Parisienne du gaz ; il sert à porter à une haute température l’air qui vient alimenter la combustion dans une sorte de calorifère chauffé par les flammes perdues, formé de tuyaux verticaux en poterie, communiquant par le bas avec une chambre à air froid et débouchant par le haut dans une chambre à air chaud. Essayé concurremment avec d’autres systèmes à la Compagnie Parisienne,
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- il a donné une économie de 14 pour 100 au début (réduite après quelque temps à 11 ou 12 pour 100), .alors que les fours Siemens, modifiés par M. Arson, donnaient 11 pour 100. La perte de 2 à 3 pour 100 était due à une mauvaise distribution de flammes qui vient d’être changée.
- Dans le gazogène distillateur, on s’est proposé d’obtenir avec de la houille des gaz combustibles très-pauvres en acide carbonique; des cornues sont placées sur le gazogène, et les gaz sortant de ces cornues, ou distillés de la houille, viennent se mélanger avec ceux provenant du coke placé sur la grille du gazogène.
- Quant au brûleur à chalumeau, c’est une sorte de grand chalumeau à flamme renversée, formé par des briques réfractaires, dans lequel on fait arriver les gaz. avec une vitesse plus grande que celle de propagation de la flamme (comme dans le chalumeau Schlœsing). M. Lencauchez se préoccupe beaucoup de la vitesse d'arrivée des gaz; il a fait des expériences et il déclare que, dans les usines à hauts fourneaux, on perd souvent du gaz en lui donnant une vitesse trop grande pour qu’il puisse brûler.
- M. le Président prie M. Lencauchez de préparer les détails qu’il annonce sur le chauffage au gaz, de façon à pouvoir prendre part à la discussion qui doit avoir lieu à propos de la communication de M. Fichet.
- Il est ensuite donné lecture d’une notice bibliographique, rédigée parM. Caillaux, sur l’ouvrage de M. J. Charpentier de Cossigny, intitulé : Notions, élémentaires, théoriques et pratiques, sur les irrigations. Cette notice sera insérée in extenso dans Je Bulletin trimestriel.
- MM. Beliard, Berenger, Buron, Calleja, Coullaut, Daburon, Dorion, Ellisen, Peiger et Tèrrier ont été reçus membres sociétaires, et M. Bizot membre associé.
- Séance du 4 Septembre 1874.
- Présidence de M. Richard, Vice-Président.
- La séance est ouverte à 8 heures et demie.
- Le procès-verbal de la séance du 7 août est adopté.
- M. de Président fait part à la Société du décès de MM. Flaud, Leblond et Mo-léon, membres de la Société.
- Il annonce la nomination de M. Noisette, ingénieur des ateliers de la Compagnie des Omnibus, comme Chevalier de la Légion d’honneur.
- M. le Président donne lopturp d’une lettre adressée par la Société anonyme des aciéries d’Ermont, aq sujet de la communicatipq faite par M. Lencauchez dans la séance du 7 août, où il est dit «quéHf. "Gallet, chez M. Carré-Kerisouet (Côtes-du-
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- Nord) et MM. Lepet frères de la Villette, actuellement à Ermont, fondeurs d’acier au creuset, emploient des dosages si peu différents de ceux qu’il vient de faire connaître, qu’à son avis-il n’y a aucun intérêt à les reproduire.»
- Le procédé de MM. Lepet, acquis par la Société des aciéries d’Ermont, étant un secret, M. Lencauchez doit certainement l’ignorer.
- Il est donné lecture de la lettre suivante de M. Ronna :
- « Monsieur le Président,
- . « J’ai reçu des mains de notre estimé collègue et secrétaire, M. Husquin de Rhé-ville, la médaille d’or que la Société m’a accordée pour mon Mémoire sur «l’assainissement des villes et des cours d’eau. »
- « Je m'empresse, dès mon retour d’Autriche, de recourir à votre entremise, en vous priant de vouloir bien exprimer à la Société ma très-vive reconnaissance de l’honneur qu’elle m’a fait. De pareilles distinctions sont des plus, flatteuses pour un ingénieur, et, dans une Société comme la nôtre , il ne saurait y avoir trop d’occasions d’émulation pour les mériter. Aussi, je viens solliciter la remise, pour l’année prochaine ou l’année suivante, d’une seconde médaille d’or que le Comité décer-nerait au meilleur Mémoire sur une question de génie civil.
- « Dans l’espoir que cette demande obtiendra l’assentiment du Comité et le vôtre, je remets à notre Secrétaire la somme de trois cents Francs, destinée à faire frapper cette médaille.
- « Veuillez agréer, M. le Président, etc., etc. »
- M. le Président annonce que le Comité a accepté l’offre de M. Ronna, et lui a adressé les remercîments de la Société. —-
- M. Callon adresse à la Société l’extrait d’une lettre qu’il a reçue de M. Colladon, relativement au tunnel du Saint-Gothard.
- « Nous faisons des additions importantes au tunnel du Saint-Gothard. Les princi-« pales sont :
- « 1° Le nombre des groupes compresseurs à air sera porté à cinq.
- « 2° Nous ajouterons à chaque extrémité du tunnel des compresseurs à air de mon « système, comprimant l’air à quatorze atmosphères, pour alimenter deux loco-« motives à air comprimé dont le réservoir recevra l’air comprimé à douze atmo-« sphères.
- « 3° Du côté d’Airolo, la Tremola n’a fourni, pendant l’hiver dernier, que 180 à « 200 litres par 1" au lieu de 700 que portaient les tableaux d’expériences faites les « hivers précédents par des ingénieurs tessinois. En conséquence, nous faisons une « dérivation du Tessin, longue de plus de 3000 mètres, et nous construirons, pour « clarifier cette eau, un second réservoir placé à 90 centimètres au-dessous des « roues tangentielles actuelles. — Sur l’arbre de chacune de ces roues, nous fixe-« rons une turbine du système Girard, destinée à recevoir l’eau du Tessin, quand « celle de la Tremola fera défaut. — Ainsi, chacun des quatre moteurs d’Airolo « pourra marcher, à volonté, ou par l’eau de la Tremola, sous une chute de 180 « mètres, ou par l’eau du Tessin, sous une chute de 90 mètres.
- «....Ce mois-ci, nous espérons avancer de près de 200 mètres au tunnel du Saint-
- « Gotbard; la dernière semaine donne 49m,90 d’avancement, total, en sept jours. »
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- M. Leloup (Louis) fait un compte rendu sommaire de l’ouvrage de M. J.~J. Revy, offert à la Société par M. Paul, l’un de ses membres,et intitulé : Hydraulics of great river s the 'Parana, the Uruguay and the la Plata Estuary; soit, en traduisant': Hydraulique des grands cours d’eau le Parana, l’Uruguay et l’estuaire de la Plata1.
- L’ouvrage de M. J.-J. Revy contient les détails d’une série très-importante d’études faites sur les deux grands fleuves appelés le Parana ei Y Uruguay , et sur l’estuaire ou bras de mer formant l’embouchure de ces” cîeux fleuves et que l’on nomme la Plata, tous trois situés dans l’Amérique méridionale et dans la République Argentine.
- Ces études comprennent les surveys, mot pour lequel il n’y a pas d’équivalent exact en français et qui correspond aux levers de plans, nivellements, sondages, jaugeages et autres opérations et observations auxquelles donne lieu la reconnaissance détaillée d’un cours d’eau, ainsi que la discussion des opérations et de leurs résultats. ,
- L’ouvrage dont il s’agit présente certainement un grand intérêt à cause du grand nombre d’observations qu’il mentionne ; du soin avec lequel ces observations paraissent avoir été faites; de l’importance hors ligne des cours d’eau étudiés et des moyens puissants d’observation dont on a disposé.
- Cependant on se borne ici à présenter un compte rendu très-succinct. Il nous a semblé qu’il n’y avait pas de moyenne possible entre ce dernier parti et une traduction presque complète, laquelle eût été d’une extrême longueur, à cause de la multiplicité des détails dont .se compose l’ouvrage, détails dont on ne peut, pour ainsi dire, négliger aucun, si l’on veut rester dans la méthode pratique suivie par l’auteur.
- Nous allons donc indiquer seulement l’ordre des chapitres de l’ouvrage et en résumer les principales observations.
- Chapitre Ier. — Ce chapitre est consacré à des observations générales sur les procédés d’études (surveys) des cours d’eau. On y critique certains moyens, tels que l’emploi des flotteurs, soit simples, soit doubles; celui des nivellements en long, ainsi que l’usage des formules basées sur des expériences faites dans de petits canaux artificiels. On commence à recommander l’usage du sextant pour les levers de plans, et du ouvrent meter pour le mesurage des vitesses de courant.
- On explique aussi le plan général suivi, lequel a consisté à supposer au commencement que l’on ne connaissait rien relativement au mouvement de l’eau des grands fleuves, et que l’on avait à tirer toutes informations de l’observation directe sur les cours d’eau eux-mêmes. Partant de ce point de vue, un grand nombre d’observations, et des observations très-exactes, étaient nécessaires, et c’est ce que l’on s’est efforcé de réaliser.
- Chapitre II. — Dans ce chapitre, on donne le détail du mode d’opérations adopté et on rend compte de ces opérations, en ce qui concerne principalement l’une .des branches du Parana, celle dite le Parana de las Palmas. La première opération a été l’établissement d’une section transversale. Après avoir choisi un emplacement convenable et établi dos lignes de base marquées par des balises, on a d’abord procédé «
- 1. 11 n’existe pas en anglais de mot exactement correspondant au mot français fleuve. Le mot river (rivière) s’applique à tous les cours d’eau de quelque importance, et lorsqu’on veut en mentionner de très-importants on les appelle, comme on l’a fait ici, great rivers, mot à mot, grandes rivières.
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- aux sondages dont les profondeurs, atteignant 25 mètres, ont été prises au moyen d’une sonde en plomb suspendue à une corde. Pour chaque point, après avoir mesuré et noté les angles du point considéré avec les balises de repère, fixées sur les rives, on mesurait la longueur immergée de la corde, à sa sortie de l’eau, et l’on prenait note tant des angles, qui servaient ensuite à calculer les abscisses, que des profondeurs d’eau qui devenaient les ordonnées.
- Les angles étaient généralement mesurés au moyeu du sextant de 8 centimètres de diamètre donnant les demi-minutes; ceux les plus importants, servant pour la triangulation principale, étaient mesurés par le sextant de marine de 15 à 20 centimètres de diamètre, donnant les angles à 10 secondes près.
- On a procédé ensuite à la mesure dé la vitesse du courant. OU s’est servi pour cela de ^instrument appelé dans l’ouvragé ouvrent meter, et qui ne diffère pas, quant à son principe, de celui connu sous le nom de moulinet de ivoltmünn ou de Stroh-messer.
- Chapitre ilî. — Ce chapitre est consacré à décrire d’abord en détail l’estuaire de la Plata, dont la longueur est d’environ 200 kilomètres et la largeur, au point le plus étroit, de 37 kilomètres. Des détails intéressants y sont donnés sur l’influence des marées sur le courant ; sur les vagues provenant du vent et sur celles produites par les marées; sür l’avenir probable du grand cours d’eau observé d’après la considératiqu de ce que l’on connaît de son état ancien, combinée avec l’effet actuel, des courants. Ôn y indique comme probable que l'embouchure du ^rana sera reportée au point où se trouve maintenant l’embouchure de la Plata, et que Ce vaste estuaire aura disparu pour ne plus former qu’un delta du genre de celui qui se trouve à l’embouchure du Mississipi.
- On passe ensuite aux opérations déterminant la vitesse du courant en différents points de la iargeur et à différentes profondeurs, d’où l’on tire la vitesse moyenne ; et l’on énonce comme résultat des expériences cette loi, sur laquelle on insiste beaucoup dans le cours de i’ouvrage, savoir : que la décroissance de vitesse de la surface au fond a lieu d’une manière uniforme, représentée par conséquent sur les diagrammes par une ligne droite dont l’inclinaison est gouvernée par la profondeur d’eau.
- Chapitre IV. — Dans ce chapitre, on revient au Parana de las Palmas dont il a déjà, été question au chapitre Ier, et qui a servi d’exemple pour l’indication de la marche générale des opérations. Cette fois on indique avec tous leurs détails les levers de plans, sondages, jaugeages qui ont été faits, et que l’on consigne dans de nombreux tableaux avec renvoi aux planches pour ce qui concerne la représentation graphique.
- Chapitre V. — Le chapitre Y est consacré au Parana-Guazù, fleuve qui, suivant l’auteur, est à peu près inconnu en Europe, et qui forme la suite, en remontant, du Parana de las'Patinas décrit dans le chapitre précédent. On commence par décrire longuement le cours de ce fleuve et des terres qui le bordent; plusieurs paragraphes discutent la constitution géologique du pays. On passe ensuite aux détails des opérations faites sur le cours d’eau, lesquelles sont sensiblement les mêmes que celles déjà indiquées. On fait remarquer que cette branche du Parana présente une section transversale d’une remarquable régularité s’étendant sur une largeur de 1 500 mètres
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- et présentant une profondeur de 22 mètres au milieu, et qu’elle est, parmi celles dont on s’occupe, une des plus propres, par suite de cette régularité, à fournir des données desquelles on puisse tirer des résultats généraux, et l’on fait ressortir que ces résultats confirment la loi, déjà indiquée, de la décroissance uniforme des vitesses depuis la surface jusqu’au fond.
- Dans ce chapitre aussi on s’occupe de déterminer la position du centre de gravité de la section transversale et de la comparer avec celle de ce centre dans l’aire du diagramme représentant le courant à la surface. Les deux lignes verticales contenant cés centres de gravité seraient toujours très-rapprochées l’une de l’autre et dans certains cas identiques. Et l’auteur tire de cette coïncidence la confirmation de la dépendance qu’il a déjà signalée entre ies profondeurs du lit et les courants à la surface. Quant aux petites différences entre la coïncidence des centres de gravité, dans quelques cas, il les attribue au défaut de rectitude des berges et indique même que l’on peut, au moyen de ces différences, déterminer approximativement la courbure du lit d’un fleuve, et le sens de cette courbure; ce qui peut être une indication utile pour le cas où les berges ne sont pas visibles à une certaine distance.
- Chapitre YI. — Dans ce chapitre, qui est le dernier, on indique, en détail, les opérations faites sur ie fleuve Uruguay, le second des deux affluents principaux de la Plata.
- Les mêmes détails ne sont donnés que pour les précédents cours d’eau, savoir : Description topographique; sondage pour l’établissement de plusieurs sections transversales, jaugeages au moyen du moulinet ; — Discussion et comparaison des résultats avec ceux déjà trouvés; Centres de gravité, etc. Comparé au Parana que l’on considère comme le type d’un véritable grand fleuve, l’Uruguay, à cause de l’irrégularité de son débit, représente un puissant torrent, de dimensions extraordinaires.
- Conclusion. — L’auteur rappelle que ses observations ont révélé et établi la dépendance qui existe entre les profondeurs et les courants ; c’est-à-dire que, à une inclinaison donnée, les courants de la surface sont gouvernés par les ^profondeurs seules et sont proportionnels à ces.dernières. j
- Ce fait est très-important. On peut immédiatement comparer l’inclinaison, dans les localités diverses, sur le même, où sur différents cours d’eau ; et le courant sera non-seulement le plus exact, mais on peut dire l’unique contrôle de l’inclinaison effective dans une autre localité donnée. Si l’on combine avec ce premier principe le second révélé par les mêmes observations , savoir : que, en cas de variation de la vitesse, le courant âu fond croît dans une proportion plus grande que celui de la surface, on a déjà les deux points principaux d’une base certaine qui peut servir à. résoudre un grand nombre de cas de la pratique. Si de plus on combine avec les deux principes précédents le troisième que, pour le même courant à la surface, le courant au fond sera plus rapide quand la profondeur est plus grande, et encore le quatrième que le courant moyen est la moyenne arithmétique entre celui de la surface et celui du fond, on aura suffisamment élucidé le sujet pour comprendre ce qui se passera effectivement dans un cours d’eau, sans se servir d’aucune formule.
- Le plus grand courant est à la surface; lé plus petit au fond; puis à mesure que la profondeur s’accroît ou que le courant à la surface devient plus grand, de même la différence entre les courants du fond et de la surface devient de plus en plus
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- petite, jusqu’à ce que, dans les très-grandes profondeurs ou dans les très-forts courants de surface, cette différence soit sensiblement nulle.
- Certains auteurs ayant traité de l’hydraulique indiquent que la vitesse moyenne peut être déduite de la vitesse à la surface moyennant un certain coefficient qui est différent pour chacune des différentes pentes. D'après l’auteur de l’ouvrage anglais, un coefficient unique pour chaque pente donnée ne devrait pas être employé, puisque, d’après ses expériences, la profondeur influe sur la relation dont il s’agit. D’après lui aussi, la base de toute opération de jaugeage doit être la mesure des surfaces de section, et les observations de vitesses faites au moyen du moulinet. Outre le volume, on peut en conclure la pente par mètre. Quant à l’autre méthode usitée , consistant à se servir de la pente longitudinale et de la section transversale, il la rejette entièrement par la raison principale qu’elle ne tient pas compte du rapport de la profondeur et des vitesses.
- Appendice. — Un appendice assez étendu est consacré, à la fin du volume, à la description détaillée de l’instrument ayant servi à mesurer la vitesse de l’eau. Cet instrument, que l’auteur appelle improved current meter (mot à mot : mesureur de courant perfectionné), n’est , ainsi qu’on l’a dit, qu’une modification du moulinet de woltmann, instrument bien connu.
- Les perfectionnements principaux consistent dans une exécution soignée de l’instrument et dans l’adjonction d’une sphère creuse en métal sur laquelle sont fixées les ailettes héliçoïdales. Le diamètre de cette sphère est déterminé par la condition qu’elle déplace un poids^d’eau égal au poids de l’axe de rotation et des accessoires qui y adhèrent, c’est-à-dire des ailettes et de la sphère elle-même. Celte sphère est étanche (water light) et lorsque l’appareil est plongé dans l’eau, l’axe est en équilibre dans son coussinet et ne développe que des frictions presque nulles et égales dans toute la circonférence du coussinet, ce qui n’a pas lieu dans l’instrument ordinaire. Du côté opposé aux ailettes, et dans le plan vertical passant par l’axe de rota-: tion, se trouve une vanne de direction ayant pour objet de maintenir le mouvement de ces ailettes dans un plan normal au courant.
- Il est difficile dans ce court résumé de donner tous les détails de cet instrument, lesquels, d’ailleurs, seraient difficiles à comprendre dans un dessin; le mieux pour s’en rendre compte sera de consulter l’ouvrage et d’examiner les planches.
- L’instrument perfectionné se fabrique, à Londres, chezEUiot-Bross, et coûte environ 10 guinées (250 fr.).
- On peut être surpris que dans le présent résumé, où l’on signale quelques divergences entre les principes indiqués par l’auteur et ceux généralement admis dans les calculs de l’hydraulique, on n’ait pas donné quelques formules rectifiées d’après les nombreuses expériences faites : à cela, nous répondrons que l’auteur lui-même ne l’a pas fait ; et que nous n’avons pas pu entreprendre ce travail, qui dépasse à la fois notre compétence et le temps que nous pouvions y consacrer. Toutefois le sujet mérite considération, et les nombreux tableaux, résultats d’expériences insérées dans l’ouvrage anglais ainsi que l’étude^ des diagrammes y annexés, pourraient servir de base à nos collègues s’occupant spécialement .d’hydraulique et qui voudraient entreprendre de nouvelles formules simples et faciles h employer, lesquelles seraient surtout utiles dans les cas où l’approximation donnée par les formules ordinaires n’est pas suffisante.
- En résumé, l’ouvrage dont il vient d’être question présente incontestablement un
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- très-grand intérêt dans sa partie descriptive qui donne des notions sur le cours de fleuves immenses et jusqu’ici peu connus, mais surtout dans sa partie expérimentale qui contient des observations nouvelles et précises, applicables à la science hydraulique.
- M. le Président remercie M. Leloup de l’intéressante analysé qu’il vient de nous communiquer.
- M. le Président donne la parole à M. Lencauchez pour la continuation de ses communications sur la combustion jle divers gaz.7
- M. Lencauchez fait remarquer que son chalumeau métallurgique ( ! 865) se compose de trois zones, dont deux d’air chaud et une de gaz combustible chaud placée entre les deux premières ; de façon que l’air et les gaz pénètrent dans l’appareil brûleur, avec la plus grande vitesse possible due aux colonnes d’air et de gaz chauds, de 5 mètres de hauteur, en conservant cependant encore, dans l’intérieur du four, une pression manométrique de flamme, de 0m,002 d’eau : cette vitesse pour du gaz et de l’air aux températures de.800° à 900° est encore (vu la disposition particulière des buses) de 8 à 10 mètres à la seconde, et la vite'sse relative des molécules de gaz et d’air qui s’entrechoquent dans le Bruleur-chàlumeau d’environ 17 mètres à la seconde. Le courant gazeux devant donner, la flamme sort, du chalumeau pour pénétrer dans le four avec une vitesse de 10 à 12 mètres à l’état de mélange intime; dans ces conditions, il n’y a pas combustion dans le brûleur-chalumeau, qui fait la voûte ou le dôme du four .et qui, reposant sur quatre colonnesj ne peut le charger ; aussi les réparations sont-elles très-rares et sans • importance, puisque l’on voit toujours dans l’intérieur du chalumeau les lits et joints des briques et pièces spéciales à buses qui le composent.
- Ces résultats avantageux sont obtenus sans le secours d’aucune espèce de soufflerie; il suffit pour ceci que la sole du four soit placée à 5 mètres au-dessus de la prise d’air des récupérateurs et de la sole des gazogènes.
- Dans le four de la Compagnie parisienne du gaz, four à 12 chalumeaux, la flamme des gros brûleurs pénétraii dans l’appareil, par des orifices de 0m,200 sur Ôm,300, présentant une sortie de 6 décimètres carrés, ils ne donnaient que Ôm,250 de hâu-leur de flamme et une combustion complète avec un excès d’air atmosphérique de 20 0/0; d’où il suit que le kilogramme de carbone y était brûlé par 10™,657 d’air pris à 0° et à la pression deOm,76 de mercure, tandis que théoriquement lé même kilogramme n’en aurait exigé que 8m3,881. Pour des raisons trop longues'pour être rapportées ici, on a considéré ce résultat comme le plus voisin qu’il soit possible d’obtenir pour approcher de la combustion théorique; le gaz à brûler étant de l’oxyde de carbone presque pur allié à 62 0/0 d’azote. Du reste, les fours Siemens, Ponsard et Aroson Siemeés, ses voisins,marchaient avec 35 et45 p. 0/0 d’air en excès;il va de soi que de tels brûleurs rie sont pas utiles pour l’industrie de l’éclairage au gaz. Ces résultats ont été obtenus sans le secours d’aucune espèce,de soufflerie, et la pression de flamme était encore de 0m,002 millimètres d’eau dans ce four.
- M. Lencauchez rapporte cet essai de six mois de marche régulière pour faire connaître les avantages que l’on peut tirer du chalumeau pour la localisation du calorique dans la fusion des métaux, et principalement dé l’acier.
- Enfin M. Lencauchez cite l’opinion de MM. le général Morin et H. Tresca, sur le chalumeau à gaz,.Dans une communication faite à l’Académie des sciences, M. le
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- général Morin s’est exprimé ainsi en parlant du chalumeau employé pour la fusion des 250 kilogrammes de platine iridié qui doivent servir à la confection des mètres étalons :
- «.............La facilité d’allumage et de réglage donne à ce procédé un véri-
- » table avantage sur les méthodes jusitées jusqu’ici. Il .est possible qu’on puisse en « tirer un grand profit en métallurgie, et dès maintenant l’installation du CooseryU-« toire est mise à la disposition des industriels qui voudraient en faire l’essai. . . »
- Pour le chalumeau à brûler le gaz de haut fourneau, M, Lencauchez le dispose pour le nettoyage pendant la marche; les six qu’il vient de construire pour fes forges de Liverdun sont à ‘28 buses chacun ; l’air et le gaz sont intimement mélangés en proportion voulue avant la combustion; la vitesse du mélange est de 7 mètres à la seconde, dans les buses où il n'y a pas trace de combustion, une aspiration de cheminée de 0m,004 d’eau suffit à cet effet; en sortant des buses pour pénétrer dans la boîte à feu, la vitesse tombe brusquement à 1®,25, et la combustion y est spont-a*-née et complète. Ges chalumeaux sont en fonte à buses droites et mobiles : dans la prochaine séance, M. Lencauchez en communiquera les plans.
- M. Lencauchez passe à la description du récupérateur Gaillard et Haillot ; il fait voir que cet appareil se compose seulement de 900 pièces spéciales pour 120^? de surface utile de chauffe: que, de plus, il est à libre dilatation et peut être nettoyé pendant la marche sans difficulté aucune; que Pair n'y est pas chicané, et que sa vitesse dans l’appareil y est uniformément accélérée, d’où il suit qu’il n’y a pas de perte de force vive. Le récupérateur Gaillard et Haillot est moins encombrant à effet utile égal que les chambres à briques Siemens ; il peut se réparer aussi facilement que celles-ci, les arrêts et réallumages sont sans effet sur lui; pour 120m2de surface utile de chauffe, il ne présente que 460 mètres de joints développés. Ges joints sont tous horizontaux, par conséquent chargés; de plus, ils sont protégés par un triple couvre-joints, faisant entre-toise et forçant la fumée à parcourir l’appareil horizontalement. Seule, celle-ci est chicanée par 4 ou 6 renversements à grande section ; de sorte qu’en donnant aux brûleurs-chalumeaux des vitesses d’air et de gaz de 10 mètres à la seconde, la différence de pression entre l’air chaud et la fumée n’est seulement que 0m,003 millimètres d’eau sur les parois intérieures de l’appareil récupérateur; aussi l’analyse des produits de la combustion à l’entrée et a leur sortie de l’appareil a-t-elle constaté une composition identique. Enfin M. Len-cauçhez fait remarquer que ces bons résultats sont obtenus par des parois céramiques de 0™,015 qui, cependant, vu leur disposition particulière, présentent une solidité à toute épreuve : aussi les soixante-cinq appareils montés par MM. Gaillard et Haillot, depuis 1869, n’ont-iis donné lieu à aucune plainte et à aucune réparation. Cependant la plupart de ces appareils sont mis hors feu et réallumés cent cinquante fois par année. •
- M. Lencauchez fait voir des spécimens des pièces spéciales qui composent ces ré-çupérateups-calorifères, et communique sur leur effet utile un très-remarquable travail de M. H. Tresca, de l’Institut. Ce sayant et habile expérimentateur estime à 80 •et même à 85 p. 0/0 le rendement des appareils Gaillard et Haillot.
- M, Lencauche£ donne lecture de la première partie de son mémoire sur les gaz de chauffage industriel. ....................................... . .................
- Il fait remarquer que CQ .etH, dit gaz à l’eau, qui n’est pas encore entré dans la pratique, présente de grandes difficultés pour être obtenu à bon marché, vu l’énorme quantité de calorique absorbée par la décomposition de la vapeur d’eau ; il dit qu’il
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- n’a pu s’expliquer comment M. Tessié du Motay pouvait, à Comines, en produire d’aussi grandes quantités (qu’un-rapport de M. Pourcel le disait),au moyen d’un gazogène dit Universel. Ce surprenant appareil faisait du gaz hydrogène pur H, .dq gaz à l’eau pur CO et H et du gaz de fourneau GO et Az, dgns la proportion de 1016“?? de Go et Az pour 510m3 de H.
- M. Lencauchez croit que notre collègue s’p.st trompé, attendu que, par le calcul, il ne trouve qu’une production d’hydrogène II de SI mètres cubes (théoriquement) qu’en bonne pratique op doit ramener à 25m3, si lp gazogène est alimenté par de Pair et de la vapeur surchauffés tous les deux à S0.0° au moins.
- M., Lencauchez dit que les résultats que l’on a cru obtenir à Comines doivent être entachés d’erreurs d’appréciation; attendu qu’avec de la vapeur saturée ou légèrement surchauffée, sous pression de 0^.76 de mercure à son entrée dans le gazogène, si celui-ci est alimenté d’air froid, la production d’hydrogène ne peut être que i, 1/2 p. 100; ce que, du reste, l’expérience a démontré depuis longtemps, à la Compagnie parisienne, où on ne trouve que 2 p. 100 d’hydrogène dans le gqz de fourneau obtenu avec du coke, et où 1/2 p. 100 de ce gaz est dû à la calcination complète de ce coke dans les gazogènes.
- M. Lencauchez fait remarquer, qu’à la vérité, on trouve souvent dans les gaz des gazogènes Siemens jusqu'à 8 p. 100 d’hydrogène, quand ceux-ci sont alimentés de houille grasse et gazeuse, mais cette production insolite a pour cause une très^ mauvaise gazéification. Voici ce qui se passe dans ce cas: il se forme des agglomérations de combustible; on pique la grille et Ton pratique des évents par lesquels passe une grande quantité d’air en excès et de vapeur d’eau arrosage, lg tout en s introduisant un grand excès d’azote; de sorte que le gaz, au lieu d’avoir une puissance calorifique de 1700 calories, ramené à 0° et à la pression de 0m.7fi de mgrcnre, n’en a plus que 1060 au mètre cube; de là des différences notables dans les températures théoriques, calculées, servant de base dé comparaison pour les températures pratiques, que chaque système d’appareils de combustion peut donner.
- Quand le gaz possède une puissance de 1700 calories, la température théorique (suivant MM. Régnault et Péclet) qu’il pourrait produire serajt„de 225.0°, tandis que s’il est appauvri à 1060 calories, il ne pourrait plus dbnner qy.e celle de 1920?., 3Er*r fin, le calcul et l’analyse surtout prouvent que les meilleures bouilles perdent dans les conditions les plus Ifavorables pour leur transformation en .'gaz 26 p, j0Q de leur pouvoir calorifique? si le gaz n’est refroidi qu’-à 300°, et 35 p. 100 s’il est rgfroidi à 0°. Quand les appareils fonctionnent à peu près bien, ce qui est le cas général,,;, la perte est supérieure à 33 p. 100, soit un tiers du pouvoir calorifique total 1 des "gaz étant dans la conduite sypbon à 300° environ, lequel est, de plus,‘caps© fl’une autre perte notable due à la condensation des hydrpçar.bnres et à dgs dépôts d/gnpir de fumée. *• „q
- Suivant M. Lencauchez, le refroidissement repojmmandé par ^.Siemens n’est que nuisible et ne saurait jamais être de la moindre'utilité pratique, attendu que l’qn peut conduire à plus de 200 mètres des gaz chauds sans dépôts ni condensation, §i ceux-ci conservent une température supérieure à 450°, et si la conduite est convenablement protégée par. un revêtement intérieur en petites briques creuses, à joints bien croisés, représentant six voussoirs pu assises bien liées, ayant au moins 0^40 d’épaisseur.
- Comme on dit qu’il faut de la pression dans les fours, M. Lencauchez fait remar-
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- quer que si la sole des gazogènes est à 4 à 5 mètres en contre-bas desdits fours, la pression est bien plus grande avec des gaz chauds qu’avec des gaz froids.
- Enfin, M. Lenca.uchez fait remarquer que l’on doit à M. Le Treust, régisseur delà Compagnie parisienne, un dispositif qui prouve que si les gaz ne sont pas refroidis, il n’y a pas de dépôt dans la conduite, tant que ces gaz sont à une température supérieure à 450°. Ce dispositif, nommé anti-réfrigérant, sert à masquer et noyer les têtes de cornues et les tuyaux montant au barillet, dans une épaisseur de briques de 0m,45, de façon à doubler l’épaisseur du mur de face : alors le refroidissement est combattu et le dépôt ne se forme plus que hors de l’anti-réfrigérant et en moins grande quantité. Il est vrai qu’il rend le nettoyage des tuyaux montants (ou pipes) plus difficile. Cependant, il ne faudrait pas attacher d’importance à ceci, car cette bien petite ou prétendue difficulté n’a jamais été cause du moindre embarras dans une usine de 80 fours à 7 et à 8 cornues chacun, et ceci depuis trois années.
- Incidemment M. Lencauchez fait remarquer que l’anti-réfrigérant fait une économie théorique de calorique de 4 p. 100, qui ne peut plus traverser les parois de face, mais que celte économie, en pratique, s’élève à 16 p. 100, ce qui semble paradoxal. Cependant rien n’est plus vrai ; car, en effet, les 4 p. 100 du calorique théorique s’appliquent aux produits de la combustion (fumée), ramenés à 0°, tandis que le 0°, pour le four, est 1200°, température de l’échappement de la fumée. Si la flamme à l’origine a la température de 1600°, on voit que seulement le 1/4 du calorique est utilisé par le four; donc les 4 p. 100 que l’on vient de signaler, et qui se perdent par les parois (qui sont intérieurement à une température au moins égale à
- 1600° — 1200°
- celle de l’échappement de fumée et en moyenne celle de 200° —--------------------au-
- dessus) s’appliquent exclusivement au quart du calorique total qui est utilisé; de sorte que cette fraction est entièrement utilisée à son tour, puisqu’elle ne se perd plus par rayonnement.
- D’où il suit que
- 4 p. 100 0,2o
- 16 p. 100. L’expérience de trois années de marche
- prouve qu’il en est ainsi; aussi, l’économie suivant les appareils ne varie-t-elle qu’entre 12 p. 100 au moins et 16 p. 100 au plus.
- C’est ce qui prouve qu’une bonne disposition de four et d’épaisses parois sont souvent bien plus utiles que les récupérations si vantées, que l’on voit souvent se réduire à rien quand elles ne se traduisent pas par des pertes. Comme M. Lencauchez a obtenu les plus grandes économies de combustible réalisées jusqu’ici dans l’industrie du gaz, il se croit en droit de désabuser un grand nombre de nos collègues sûr les^prétendus avantages de certaines et singulières méthodes de chauffage : ainsi l’anti-réfrigérant Le Treust coûte 200 fr. pâr four et donne une économie assurée moyenne de 14 p. 100, tandis que certains procédés de chauffage, dits à chaleur régénérée ou récupérée, coûtent 12,000 fr. par four et donnent depuis 0 jusqu’à
- 2 p. 100 d’économie.
- M. Gillot dit que les1 capacités calorifiques que l’on trouve dans les ouvrages de nos meilleurs auteurs sont remplies d’erreurs et qu’il ne saurait admettre les tem-pératuresrdont M^Lencauchez a parlé.
- • Mi'1 Lencauchez répond que les chiffres qu’il a cités sont des termes de comparaison pour les combustibles et gaz dont il a entretenu la Société, ettqu’il n’a pas songé à leur donner de valeur absolue, qu’après tout ses loisirs ne lui permettent pas de réformer les travaux de MM- Dumas, Régnault et Péclet.
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- M. Gillot dit qu’en ce qui concerne la production du gaz de distillation, il se forme des dépôts graphiteux dans les cornues et des dépôts goudronneux dans les conduites, enfin que même le gaz dit permanent, aux températures moyennes de nos climats, perd toujours de son carbone sous forme d’hydrocarbures diverses qui se condensent dans les gazomètres ; qu’en d’autres termes, le gaz perd son pouvoir éclairant et que s’il était conservé six mois en cloche il ne pourrait plus servir à l’éclairage.
- M. Lencauchez répond qu’il n’a pas traité cette question, et que de ce côté il est du même avis que M. Gillot ; mais comme dans un gazogène le carbone est brûlé, il ne peut se former de dépôt graphiteux, un gazogène n’étant pas une cornue; enfin qu’en ce qui concerne les dépôts goudronneux , ils ne peuvent se produire dans la conduite, si celle-ci n’est pas soumise au refroidissement; et l’expérience a démontré que l’on peut faire sortir un bon gaz de son gazogène à 700° pour le conduire à 200 mètres de distance où il arrive encore à la température de o00 degrés; dans ces conditions obtenues au moyen d’une conduite soigneusement isolée , comme il l’a déjà fait remarquer, il ne se produira point de dépôts de noir ni de goudron, la* température finale étant supérieure à 450°. ^
- M. Perissé croit comprendre, d’après un des faits cités par M. Lencauchez, qu’il n’aurait pas de déperdition dans les conduites; or il résulte de ses propres expé-' riences que la déperdition de chaleur des conduites est très-considérable, et il se propose.d’entretenir dans quelque temps la Société à ce sujet.
- M. Lencauchez répond qu’il n’a jamais parlé du non refroidissement absolu, qui n’a rien à voir dans cette affaire; il répète que l’on peut conduire du gaz à grande distance, sans dépôt de noir et goudron, à la condition d’isoler convenablement ces tuyaux de conduite et en maintenant au gaz une température de 500° au moins, ce qui est très-pratique et justifié par l’expérience. Pour les appareils Withwell et Cowper, on compte sur un refroidissement de 1° par mètre courant de conduite pour une épaisseur de 0m,22 de voussoir pleine et d’une seule pièce, pour des vitesses de vent chaud, de 10 mètres à la seconde et à la température de 600°; or, les essais faits à Liverdun par M. Dreyfus, ancien élève de l’École polytechnique, docteur ès sciences, ont démontré que la conductibilité de la brique creuse bien liée est égale à celle du bois à travers fil ; donc une conduite de gaz l’écoulant à la vitesse de 2 mètres à la seconde, doublée intérieurement de 0m,400 de briques creuses bien liées et bien croisées, ne saurait donner lieu à un abaissement de température de 1° par mètre courant, ce qui permettra toujours d’isoler avec avantage les gazogènes des fours, sans les rendre solidaires les uns des autres; mais M. Lencauchez fait remarquer qu’en parlant de conduire les gaz à distance il n’entend pas par là dire que c’est chose utile ou indispensable; au contraire, comme économie de mise de fonds et comme conservation du calorique, il faut toujours réduire les distances le plus possible; il a seulement voulu dire que, quand la nécessité impose de longues conduites, on peut toujours y avoir recours sans autre inconvénient que la dépense à faire pour leur établissement ; la disposition des lieux et la séparation de la production du gaz des opérations des fours qui doivent le brûler, devant seules servir de guide dans le choix des moyens à adopter dans les cas particuliers où l’on se trouve en un point déterminé. 5
- En ce qui concerne la production insolite de gaz hydrogène dont il a parlé, M. Lencauchez la formule ainsi :
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- Quand la vapeur d'eau se trouve en liberté dans un gazogène, en présence du bicàrhufé d’hydrogène, elle donne lieu aux réactions suivantes :
- 4 HO + G4 H4 == 4 GO 4- 8 H.
- Ën préséttcé du proto-carbure, elle donne :
- 2HO + C*H* = 2CO + 6H,
- Et quand c’est l’acide carbonique qui se trouve en présence de ces gaz, il donné £
- 4C0* + C*H*==8C0 4-4H
- 2 CO2 -f* C2HV ; 4 CO + 4 H,
- ce qui fait voir* dans Cé cas, qu’à une production exagérée d’hydrogéné Correspond une grande quantité d’azote»
- Quand on pensé que l’on considère comme une bonne ttiafchê de gazogène üiiè composition dë gaz à 4 p* 100 d’acide carbonique, qui ri’ont pu réagir sur lès hydrocarbures de la houille au sein de ce gazogène, il né fàüt plüs s'étonner éii constatant combien a été grande la perte ,due à la transformation du combustible solide en combustible gazeux, perte que les régénérateurs ne peuvent récupérer. ( Voit les analyses des usines de Saint-Gobain sur la composition des gaz des gazogènes Siemens.)
- La suite de la discussion est remise à la prochaine séance.
- MM. Brundn, Boursin, Ibran, Lesauvage etL’lamas ont été reçus membres sociétaires, et MM. Blanchet et Huguin, membres associés.
- Séaiice du 18 Septembre 1874.
- ! Présidence de Mi Jordan*
- La séance est oüvèrte à 8 heures et deniiè.
- M. le Président a reçu deux observations par lettres au sujet du procès*verbal de la dernière séance.
- Dans la première de ces lettres, 3\L Lencauchcz déclaré qu’ayant été déphis 1885 jusqu’en 1869 en rapport continuel avec MM. Yerdié, MiCdlOn, Alexis Lëpct ét L'epet frères, et les procédés de ceux-ci remontant aUX eësais dé Màisoris-Àlfort èh 4803 pour la fusion au cubilot de l’aëiër fofidü ffldtilé, ayant pour bàsë l’emploi du borax à hautes doses, il a cru et croit encore n’être pas sorti des convenances ëh disant cë qu’il a dit d’ün procédé dont il a du reste fait- l’ëlOge ët il hé comprend pas la réclamation des aciéries d’Ermont.
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- La seconde lettre de M. Ponsard qui s’exprime ainsi : « A la page 179, M. Len-cauchez dit que, dans le four de la Compagnie Parisienne et avec son brûleur chalumeau, la combustion était complète avec 20 pour 100 d’air en excès, tandis que lès fours Siemens et Ponsard marchaient avec 3» et 45 pour 100 d’air en excès. — Ces deux derniers chiffres sont erronés (en ce qui concerne du moins le four Ponsard) puisque lés analysés des gaz brûlés, faites avec le plus grand soin par la Compagnie Parisienne, ont donné exactement 2 1/2 p. 100 d’oXygène libre dans les fumées du four Ponsard et 3,75 p. 100 dans celles du four Lencaueheza Pair conséquent' fë chiffre de 20 p. 100 peut être considéré comme exacte mais le chiffre de 35 à 45 p. 100 doit être remplacé par 13 p. 100. »
- HL Lencaughez, présent à la séance, demande à ajouter quelques mots au sujet de l’emploi du borax. 11 croit devoir faire remarquer que ce seïa la propriété de dissoudre les oxydes métalliques et qufil joue, dans la fusion de l’acier, le même rôle que le ferro-manganèse. En effet, le borax désoxyde le métal en fusion et l’empêcïiè d’être cassant, comme l’est le ftr fondu, dit brûlé; en même temps, il s’oppose à ce que l’oxygène des oxydes réagisse sur le carbone dissous dans l’acier : ce qui a pour effet d’éviter la production du gaz oxyde de carbone qui, en se dégageant de îa masse pendant la coulée et tandis qu’elle passe à l’état pâteux, rend les pièces et les lingots caverneux. Donc, le borax donne de la ténacité, de la malléabilité et de la qualité à l’acier, en même temps qu'il le rend exempt de soufflures.
- M* Lengauchez, en réponse à la lettre de M.- Ponsard, dit qu’à îa vérité il n’a pas qualité pour donner officiellement les chiffres de la Compagnie Parisienne, mais qu’apFès ceux donnés par M. Ponsard sur l’oxygène libre trouvé dans les fumées, il ne peut s’expliquer la différence inverse trouvée dans l’utilisation de la chaleur, il ne comprend pas les deux chiffres de 2 1/2 p. 100 trouvé dans un, four ou le gaz et l’air arrivaient par deux trous carrés en produisant une longue flamme, et de 3,75 p* 100 dans un four où les gaz et l’air se mélangeaient en sortant par 36 orifices et produisaient une flamme de 30 centimètres seulement. Il croit que dans le premier de ces fours il y a eu, par suite de la cassure de 9 cornues sur 4 6, échappement dû gaz d’éclairage dans les carneaux et modification de la composition des fumées qui ne représentaient plus les gaz brûlés provenant du foyer* Du reste il paraîtrait (d’après M. H* Tresca, Machines à vapeur, tome I, p. 363) que l’air en excès n’est pas toujours bien nuisible, puisque même avec 50 p» 100 d’air en excès le rendement d’un*générateur à vapeur n’est pas modifié.
- Au surplus, et quoiqu’il ne puisse donner officiellement des chiffres de la Compagnie Parisienne*. M. Lencauchez croit posséder exactement ceux qui se rapportent aux essais faits en avril, mai et octobre 1873 sur les divers modes de chauffage appliqués aux fours doubles à 16 cornues à gaz, et il demande à les communiquer à la Société.
- Übhk’àirhîhâUôrtè âê c'ô'Ké ëiî hèdiàlitfei1 pd¥ iôUtië âè Ub'ûitîè dîÛïttée.
- (È'édnctîôif faite des économies réalisées par lés ànti-rdfngérantë iefréiist.)
- . --J ... -
- 1° Expériences d'avril et mait,
- & Fours ordinaires doubles à 14> cornues, ju i . ,»:t, .< . j 5**00'sert 200' Mil.* b Füufs Siemens, doubles tü 16 dôrfluésy générateurs&gaz
- indépendàntéïaveo syphoîiy sans ànti-réfrigéraffife. * , » * 4 *60ei 184
- Fours Arsoü-Siemens, doubles k 1& cornues, générateurs > à gaz faKànt corps avec le fouh.- < y *•.> j . . y * * 4; ,45
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- S44
- d Fours Ponsard, doubles à 16 cornues avec récupérateur
- Ponsard.. .............................................. 4h,45
- e Fours Lencauchez, doubles à 16 cornues, avec récupérateur
- Gaillard et Haillot modifié.......................... 4 ,31
- 2° Expériences d’octobre (après arrêt de deux mois).
- c Fours Arson-Siemens..................................... 4h,f>7 soit 183k,8
- d Four Ponsard........................................... 4 ,90 196
- e Four Lencauchez..................................... . 4,46 178 ,4
- Le four Ponsard, qui se trouvait entre les deux fours Arson-Siemens et Lencauchez, ayant été éteint le dernier, a consommé 4h,85 pendant sa période de marche isolée; à sa remise au feu, entre deux fours en activité, la consommation est devenue 4h,90 par suite de certaines dislocations de récupérateur.
- Le four Lencauchez était en bout'de batterie, ce qui lui créait une situation plus défavorable par suite de l’isolement d’un côté : dans la marche d’octobre, par suite d’engorgement de certains brûleurs par des vitrifications provenant des cornues, il a fallu condamner 4 brûleurs sur 12. Aussi M. Lencauchez trouve-t-il vicieux de placer les brûleurs dans la sole du four, et les place ordinairement dans la voûte. Il croit enfin être d’accord avec les praticiens en évaluant à 4 pour 100 l’excès de consommation de combustible dû à l’isolement d’un côté.
- M. Perissé,'en l’absence de M. Ponsard, demande à répondre à M. Lencauchez. Il a cru comprendre que celui-ci reprochait aux fours Ponsard de donner des fuites à la suite des extinctions, et il déclare qu’il n’en est rien; que des fours éteints et rallumés jusqu’à dix fois ont donné des résultats identiques : ceux installés à la Compagnie Parisienne sont encore dans les mêmes conditions.
- Il ne connaît pas les résultats des mois comparatifs de la Compagnie Parisienne et il n’ëst autorisé à donner que les chiffres contenus dans la lettre de M. Ponsard, et qui indiquent comment la combustion s’est opérée. 11 croit cependant savoir qu’en effet le four Lencauchez a donné une économie un peu supérieure à celle obtenue dans les autres fours, et il attribue cet avantage à une récupération plus complète résultant de ce que le récupérateur du four Lencauchez dispose d’une plus grande surface de chauffe, ce qui s’explique d’ailleurs, ce récupérateur ayant coûté 5 à 6 000 francs, tandis que celui de l’autre four n’a coûté que 1 500 à 2 000 francs. La proportion de 2 à 2 1/2 pour 100 d’oxygène libre qu’on trouve dans les fumées du foür Ponsard prouve assez qu’il n’y a pap de fuites.
- Quant aux essais du mois d’octobre, il convient de remarquer que le four Ponsard avait marché plus longtemps que les autres, et qu’il a été rallumé sans réparations.
- M. Lencauchez demande à ajouter que les fours n’ont pas été arrêtés par suite d’accidents aux appareils, mais sur sa demande, afin de voir ce qui se passerait pour chacun d’eux après un refroidissement et un rallumage. Le four de son système n’â pas été plus réparé que les autres : on a seulement arràché quelques vitrifications provenant des cornues. Les effets produits sur les cornues par les hautes températures étaient du reste les mêmes dans les deux fours, quoique à un degré moindre dans le four Ponsard (jui avait cependant un mois de service de plus que l’autre. Quant à la valeur du récupérateur Gaillard et Haillot, elle est de 3 500 francs pour 200 mètres carrés de surface de chauffe utile et non pas de 6 000 francs.
- M. le Président observe que cette discussion sous forme de rectification au procès-verbal ne peut se prolonger, et il espère qu’elle prouvera à M. Périssé l’utilité de
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- faire le plus tôt possible à la Société la communication qu’il a annoncée sur le système de chauffage de M. Ponsard.
- M. Périsse annonce cette communication pour le mois d’octobre.
- Sous le bénéfice des observations qui précèdent, le procès-verbal de la séance du 4 septembre est adopté.
- M. Lencauchez a la parole pour terminer sa communication sur le chauffage au gà2rP8fr“'i®^considérations sur les récupérateurs.
- Il dit que la quantité de calorique sur laquelle la récupération peut agir peut se déterminer ainsi, et a pour expression :
- en appelant
- r
- _ 2Y l 3 y ^ T X
- |~Q —(Q' + g)^
- r......La quantité de calorique que théoriquement, le récupérateur devrait transmettre à
- l’air, soit à 2 Y.
- 2 V... Le volume d’uir chauffé.
- 3 Y... Le volume de fumée à refroidir.
- t......La température communiquée à l’air.
- T. . .. La température de sortie des flammes du four.
- Q. .. . La quantité de calorique total donnée par la combustion complète.
- Q'.... La quantité de ce calorique utilisée et absorbée par le four.
- q......La quantité de calorique emportée par la fumée à 200° pour un tirage eonvenable
- de cheminée.
- M. Lencauchez fait remarquer que la quantité de chaleur possédée par un mètre cube d’air, de gaz de fourneau et de fumée, pris sous même pression et à la même température ayant pour expression
- G = V X P X e X T
- (où G est la quantité de calories, V le volume, p sa densité, e le coefficient de la capacité, T la température), est sensiblement la même, à une fraction infinitésimale près, attendu que si p croit, e décroît et que, fin de compte, pour un même volume, la valeur C reste la même en pratique industrielle. D’où il suit que les volumes peuvent être pris comme base de comparaison sans correctif.
- Enfin, M. Lencauchez fait remarquer que lorsque la houille est transformée en gaz, pour être brûlé par l’air chaud, venant d’un récupérateur, généralement 1 volume d’air passe par le gazogène pour engendrer le gaz, et 2 volumes passent par le récupérateur pour venir brûler ce gaz dans le four, lesquels forment 3 volumes de fumée, l’air et la fumée étant pour comparaison ramenés aux mêmes pression et température. D’où il suit que leur valeur peut se remplacer dans la formule par :
- 2V
- 0,666 = ^
- et si l’on fait : -
- k = [q-(Q'+ï)].
- la quantité de dalorique perdue par le four est inutile pour le tirage de la cheminée. La formule de la récupération se réduit à :
- „ f Tl
- r = 0,666 x »
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- En donnant à tj à T, à R et à Q leurs valeurs numériques, on voit que dans les fours employés pour la distillation de la houille à la fabrication du gaz d’éclairage*
- r = 0,-33 environ*
- Êar conséquent, pour ies appareils qui ont donné 10 pour cent d’économie l’effet utile a lé de. i . i i i i < i . ; ; , : i ; j , t .. .. è,
- Pour ceux de fl pour cent d'économie* l'effet utile a été de; . t .• . .• s
- 33
- il
- Pour ceux de 8 pour cent d’économie, l’effet utile a été de........... d-
- 0 0
- 3
- Pour ceux de 3 pour cent d’économie, l’effet utile a été de........... ^
- d’où il suit que le rendement des récupérations comparées est de : ,
- 1 fi \ \ 8 a
- 33 = 48 O/o, 33 — 33 O/o, 33. = 24 O/o, et enfin — = 9’ O/o.
- On voit donc ici qu’à hautes températures êt en mâtièrè dé fé'cüpë’râ'tlon, les choses ne se passent plus comme pour le chauffage dé ï’âïf pétrè lès Èrpjiaffements, où le volume d’air .chauffé est toujours plùà considérable i|uè' lê v'dîtinié' dê' fumée à refroidir. Ainsi, par êxendplë, M. È. TréScâ, dé l’rfistittft, i tfodVë qtfè', ééittihe calorifère, l’appareil Gaillard et Hâillôt rëfid dé 80 à 85 pdiir' fOfit, è’t ici hétis trouvons due, Commé fécùpërdtéür, il n’â fè'fidü qué'4'8 pour 100. tfdiié la' fbrffiüléqùëM. Leu-cauchez vient de faire connaître doit subir la correction suivàtifé’:’
- r' = O,606X|X|xe, A.
- où e est le coefficient pratique de réduction de l’effet utile théorique; r' étant lé calorique utilisé, soit l’économie rêaïisêè. Pâr fexerîîplé que M. Lencauchez vient de citer,, oii voit'que* suivant les récupérateurs et les systèmes-de récupérations eife*-' plôf és dans certains cas déterminés, e prend lés val eu fs de 3 é = 0*48 peur lêS'appareils GàilfaM ét Hdîllôt.
- - ë = 0,33 AfSon'aSiémeflSi
- e — 0,2À ^ Siëiflërfë sètflv
- e = 0,00 Pdtfëüfâ;'
- La récupération appliquée aux chaudières à vapeur ne peut donc que produire R 1
- dés effets désastreux: pétant la quantité càloîiqtfë soustrait à Id vàpôrîsMiën ; d& voit ici que seulement 0,48; 0,33; 0,24 et 0,09 de cette quantité multiplié par 0,666 X ^ sont utilisés, alors qu’en production de vapeur elle le serait entièrement et sans perte aucune.
- Si l’on ajoute à ceci que la grille d’un gazogène est la cause d’une pëitë dé 0,07 par rayonnement, on trouvera qüe, dans les conditions les plus favorables, la récupération appliquée à la production de la vapeur sera cause d’une perte de 35 pour 100 au moins* et efue plus R sera grand*, plus la perte sera considérable. Donc, la récupération appliquée aux appareils générateurs dè vapeur doit êtrè cofisidérée comme une utopie.
- Pour terminer, M. Lencauchez fait ieffiafqù'è'f cfûé, dàns les fuites et étranglements
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- à la bas© d’une chemifté©, soit dans ? appareil rècupétdtèUr, là vitesse théorique avec laquelle l’air chaud à 300° seulement peut traverses céè fuites serait de 7 mètres à là seconde, pour une différence de pression ou aspiration dë O^OOâ*111 d’ëau; mais quê suivant Péclet {Voir Claudel^ édition 1334, p. 364, g 236), cette vitesse théorique dé 7 mètres peut être portée à celle dé 28 mètres 'â là seconde, pratiquement.
- 11 résulte de ceci que si le récupérateur d’M appareil brûlant lÜÜ'krl. de houille â l’heure a 9 000 mètres de joints développés SUS toutes les faces, dont 6000 mètres en joints verticaux non chargés et non projetés par âëS couvre-joints, cés derniers joints devront donner lieu à des fuites après plusieurs âfrèts et réallumages.
- Si l’on admet que la moitié seulement des joints verticaux sè sont tiüverts et quê' leurs jours ne sOnt que dè 0“,0003 (trois dixièthés de rhîUirhétfèj, il est certain que quand on Visitera ce récupérateur, on lé trouvera intact êt l’on sè Croira en droit de dire qu’on n’y a pas vu de trace de fuite,' enfin qu'il èst parfait. Cependant, rien ne
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- sera plus trompeur que cette apparence de sécurité, attendu que —^— = 3 000 riaè"
- très, soit la moitié des joints Verticaux multipliée pàr 0“b0003 donnenturié sdîhme de section de fuites totales de 3000m X 0m,0003 == O™2,90 décimètres carrés.
- Si la chêfhinée de la chaüdièrë où dü four auquel le réëüpératèur èst appliqué n’a que 16 mètres dê hauteur, sà section utile pour débiter les produits de la combustion (fumée) de 1Ô0 kiî. de hoùille àî’heùre sera de^^ =• 0m2j25 décimètres carrés (Voir Claudel* p, 368, §288).
- Donc, dans ces conditions, la somme des sections de fuites sera de Gm,$0 qüànd la section utile de la cheminée ne sera que de 0m2,23j donc lès fuîtès pourraient laisser passer dans la fumée trois fois' plus d’air chaud que là chémiriëè rie pourrait en enlever»
- Aussi, M. Lencaudhêz mairitientdl que c’est à ces fuites ifnpëreeptibleS qti’ëSt drié la faible valeur de e (soit 0,00) qu’il viènt de signaler» d’âütâfït plüS que l’àif étâflf à une température de 300 à 330° au-dessous de celle dê la fùfiidë qui S'écoute dâtië le récupérateur de haut en bas par renversement, doit iriêitiè, pour une différence dê pression manométrique de 0m,0Gl d’eari, donner lieu à üri passage très-Considérâblë de cet air dans cette fumée, et l’éxcès de pression de O^OOl d'ëfitti de t’ait sur là fqmée est bien la plus basse preésioh à laquelle il ri© soit permis d’atteindfè qüé très-difficilement dans la pratique , ou l’on Constaté des excès dé 0^,003 M 0^,003 d’eau, et c’est ce qui fait que cet appareil ne peut supporter le tiràgé dès hàùteS cheminées s
- Ü%fsÜHlië hë dèrridridârit là parole, Al. le Président pense que là discussion rie peut âVOir llëü ütiléfriéht qü*après lâ communication annoncée par M» Périssé sur le-sysj tëffië Pdfièafd.
- M. MAHCHÉ'donne communication de la première partie de l’analyse de l’ouvrage publié pàr fil. K; F'ôiitâiHë SOUS lê titré dë : ÜescnpliM dès Machines les plus reirnar-&uUhlei èt lès plus houVëilèS kVEcèposition, dë Vienne, en ’ "'mm
- 'Or ^IT-ÎIW^rfi’S^arps, tfàris PespVit âè son â'utëufj TFpreréritidn de constituer une œuvre scientifique ni un travail synthétique complet sur les iriabhines exposées à Vienne etM. Fontàirië riè se proposait que d’y résumer et d’y classer méthodique-therit lès Crèquis et lés notés qü'un Séjour prolongé à Vienne lui a permis dè rassembler. !
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- Mais on doit reconnaître que grâce à un classement bien étudié, à des rapprochements intéressants entre les appareils et les produits examinés et ceux de même nature remarqués aux expositions précédentes, à des descriptions succinctes, mais très-claires, à des planches soignées, etc., M. Fontaine a réussi à faire de cet ouvrage un tableau complet des progrès généraux accomplis pendant ces dernières années et mis en lumière par l’Exposition de Tienne.
- Cet ouvrage intéresse les ingénieurs qui ont visité et étudié l’Exposition de 4873 et qui y retrouvent, bien groupés, tous les faits et tous les appareils qui les ont frappés; il intéressera plus encore ceux qui n’ont pu se rendre à Vienne et qui, après avoir, dans les publications spéciales, étudié séparément et en détail les questions qui se rapportent à leurs travaux ordinaires, seront heureux de compléter et de coordonner leurs impressions par un coup d’œil jeté sur l’ensemble de l’Exposition.
- Il est certain, qu’en raison des circonstances, le nombre des ingénieurs français qui ont pu se rendre à Vienne et y séjourner assez longtemps pour y faire des études sérieuses n’a pas été aussi grand qu’il aurait dû l’être et qu’en outre ceux des membres de la Société qui l’ont pu faire ont été jusqu’ici fort réservés et ne nous ont pas suffisamment entretenus des faits nombreux qu’ils ont pu recueillir.
- M. Marché remercie donc pour sa part M. Fontaine, de l’occasion qu’il fournit à la Société de porter son attention sur FExposition de 1873 et fait appel à ceux de nos collègues qui sont allés à Vienne afin qu’ils complètent par leurs communications les indications qui vont être données dans cette analyse.
- L’ouvrage de M. Fontaine débute naturellement par quelques considérations sur le rôle et sur l’avenir des expositions universelles.
- Si le caractère des premières expositions était tout particulier, si les objets nouveaux s’y trouvaient en si grande quantité qu’elles constituaient pour la plupart des visiteurs une sorte de révélation, dans les expositions, suivantes, ce fut dans la construction des machines, dans le fini des pièces, la qualité des matières premières, etc., que se manifestèrent les progrès réalisés. L’impression sur la masse des visiteurs fut alors moins vive, les perfectionnements frappant moins que les inventions qui ne fopt certes pas complètement défaut mais sont disséminées au milieu de produits connus; les premières Expositions ont d’ailleurs développé les éléments de comparaison, les publications spéciales donnent aux idées nouvelles une plus large et plus rapide communication, et enfin les expositions internationales sont trop rapprochées pour qu’une invention ait le temps d’arriver à maturité d’une exposition à l'autre.
- D’autre part, tandis qu’à Londres où les expositions sont organisées par des Compagnies privées, on a, en 1851, dépens^ 7 200 000 fr. pour une recette de 12 600 000fr. et en 1862 équilibré les dépenses et les recettes, en France et en Autriche, par suite de l’ingérence de l’État dans toute l’affaire, on s’est trouvé en présence de déficits considérables : 7 800000 fr. en 1855, 9 000 000 en 1867 et près de 30 millions à Vienne.
- M.’Fontaine conclut donc, sur l’avenir des expositions internationales, en disant que leur succès ne peut être assuré qu’à la triple condition d’être plus complètes que les précédentes, à des Intervalles de dix ans les unes des autres et confiées aux soins d’une Compagnie concessionnaire particulière. . t - , .
- ’J' Plusieurs chapitres sont consacrés à l’organisation d’un jury des récompenses, à l’emplacement, au plan, au classement, et enfin à la construction du Palais de l’Exposition. '
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- Voici le tableau des espaces occupés par les Expositions universelles internationales :
- EXPOSITION DE ANNÉES. VILLES. EXPOSANTS. METRES CARRÉS. i
- Londres 1851 Hvde-Park. 14000 73 000
- Paris 1855 Champs-Elysées 24000 116 000
- Londres 1862 Cromwell-Road 30000 95 000
- Paris 1867 Champ-de-Mars et Billancourt 42000 688 000
- Vienne 1873 Praler .... 50000 1000 000
- Mais il faut dire qu’à Vienne la surface couverte ne différait pas beaucoup de celle de Paris en 1867; elle était, en effet, de 230400 mètres, celle de Paris étant de 224 000 mètres.
- La classification adoptée rendait les recherches faciles à Vienne : elle était basée sur la situation géographique de chaque nation; mais on n’avait pu éviter l’inconvénient des Expositions antérieures résultant de l’impossibilité de loger dans le même local tous les produits similaires par suite de demandes d'admission tardives.
- On peut grouper en quatre divisions les divers sujets traités par M. Fontaine : Métallurgie, Machines-Outils, Moteurs et Accessoires (chaudières, régulateurs, petits moteurs industriels), Appareils divers (chemins de fer, hydraulique, électricité, etc.).
- La partie relative à la métallurgie débute par un intéressant chapitre sur l’ensemble des Progrès récents de la métallurgie. M. Fontaine y montre que les Expositions- ont jeté sur la métallurgie un vif reflet et ont beaucoup servi à généraliser les bonnes méthodes : l’Exposition de 1831 mit en présence les différents procédés usités dans la fabrication du fer par la Prusse, la Suède, l’Angleterre et la France, et déterminait ainsi l’état de la métallurgie à cette époque.
- En 1853, l’acier puddlé faisait son apparition; l’acier fondu se présentait dans des aspects nouveaux, et la puissance de l’outillage se manifestait par les tôles de 1 550 kilogr. de Montataire, les fers en I de 0m,30 de hauteur de la Providence, les blindages de 11 centimètres du Creusot, les bandages sans soudure, les roues entièrement forgées, etc.
- En 1862, des produits incomparablement plus beaux étaient exposés : le bloc d’acier fondu au creuset de 21 tonnes, de Krüpp; le bourdon en acier fondu de 10 tonnes, de Bochune; les blindages, etc.; mais tout pâlissait devant la découverte de Bessemer.
- L’Exposition de 1867, enfin, consacrait le succès du procédé Bessemer et apportait un nouvel élément à la fabrication du fer, le four Siemens.
- A Vienne, ce qui frappait le plus, c’étaient les pièces colossales que la puissance toujours croissante de l’outillage permet d’obtenir : le bloc d’acier de Krupp de 52 tonnes, le canon russe de 40 tonnes, les tôles Barrouin et le modèle de l'enclume du pilon de Perm, coulée en place et pesant 633 000 kilogrammes.
- Il y avait des produits tout à fait hors ligne, principalement dans les expositions autrichienne, française, suédoise et1 russe. Nous devons citer les fours à puddler rotatifs (Sellers et Danks), lesîffêrsdainihës â'ÎFjqjd (Amérique), l’appareil Whitwell, le four Siemens pour1a'fâb%àMlfei'dl'rëcté,:^il<%féibr, la classification des aciers du-Creusot; les fers, aciers et ipi’nlràis de Suèdèîi(ex’p'dsïtion collective dite du Comptoir de fer); les produits de Quillacqÿd'Anzin^dés.ïusili^SîÜëiMarquise, des métallurgistes de la Loire, etc., etc "! *n::b -wjfcÇ/'î) n > .1 *’•
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- Mais il n’y avait d’exposition réellement complète que celle de l’Allemagne, seule représentée par ses grandes usines, ses principales houillères et ses mines les plus renommées.
- M.- fontaine consacre un chapitre entier aux aciéries Krupp d’Essen, énumère les richesses en minerais de fer et en houille, et rend toute justice à l’excellence de la fabrication en Allemagne; il termine son tableau des progrès récents de la métallurgie par quelques lignes qu’il conyient de reproduire textuellement:
- « L?Exposition de Vienne a donné tant de relief â la métallurgie allemande, que « nous avons entendu dire, que nous avons même lu dans plusieurs journaux spé*
- « ciaux que la France était au deuxième rang aujourd’hui pour l’exploitation des « mines et le travail des métaux, C’est là, suivant nous, une erreur complète qu’il « importe de relever et de combattre.
- « Les tôles exposées par Barrpuin, de Saint-Etienne, étaient les plus beaux spé?
- <r cimens de laminage de toute l’Exposition de Vienne ; les roues Arbel et celles de « Brunon frères sont incomparablement mieux faites que celles des pays allemands ;
- « les aciers Martin, de Firminy, ,s°nt beaucoup plus remarquables que les a pi e r s « similaires exposés par la Suède. Gela prouve que si nous pe possédons pas, près « de nous, les éléments constitutifs d’une bonne fabrication, nous savons les choisir « et les employer supérieurement.
- « Mais nous avons un argument capital à opposer à pos détracteurs : tous les grands « travaux métallurgiques que l’Autriche vient de mettre en adjudication depuis « quatre ans ont été donnés à des constructeurs français : Cail, Fjyes, Gouin, le « Creusot, etc.; c’est une maison d’Anzjn (Çudlacq et (?) qui fournit pn Allemagne « le plus grand nombre de machines d’extraction; enfin, MM. Pipard, à Marquise, « ont livré, en 1872 seulement, 18 millions de kilogrammes d© tuyaux de conduites « d’eau en Prusse et en Autripfie. La canalisation de Berlin même a été faite ayec « des tuyaux de cette usine. Qu’on ne vienne donc pas prétendro que ppus sojnfPPs « en arrière. Nous ne réclamons aucune suprématie, mais il nous est impossible « d’entendre dire, sans le démentir hautement, que, malgré ses malheurs, la Fra&fiP « n’ait pas conservé son haut rang industriel. »
- M. Marché passe ensuite successivement en revue les chapitres spéciaux que M. Fontaine a consacrés aux hauts-fourneaux, à la fabrication direçte du fer Pt dp V acier par le procédé M. Siemens et à l’exposition dp Y usine du Creusât (chapitre ?x).
- L’exposition du Greusot, en ce qui concerne la métallurgie, comprenait :
- Les charbons du Greusot, Monlcbanjp, Decize, etc. ; les minerais oxvdulés magnétiques de Mokta, le fer oligiste de Pile d’Elbe, le fer spathique de Maurienne, le minerai pisolithique dp Berry et Je minerai eolithique de Mazepoy; une série d’échantillons de pièces de fonte, de fer et d’acier, et le classement méthodique des fers et des aciers. Y
- La classification des aciers était surtout remarquée, et M. Fontaine a considéré que,les,documents relatifs à cette classification avaient une valeur telle qu’il convenait de les publier in extenso. ‘
- M, Marché partage l’opinion de M. Fontaine sur l’intérêt que présente la classification des aciers du Creusot, et croit utile, en conséquence, d’entrer dans quel* ques détails sur les données et les principes qui ont servi de base à cette classification.
- Voici, d’après la Note publiée par MM. Schneider et O8, en vue de l’Exposition de Vienne, comment il a été procédé :
- JDes ,essais physiques et çhimiqtffis, en grand nombre; ont été faits sur des écham* tillons des marques d’acier les mieux classées dans le commerce; les essais à te
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- traction furent effectués sur des barreaux tournés de 200 millimètres carrés de section et 400 millimèfcFPS de longueur, amenés rigeureuseme©t aux mêmes dimensions par une préparation identique et soumis aux mêmes instruments par les mêmes opérateurs.
- Ges travaux ont établi, pour les diverses marques, des différences notables de pureté dans La .composition. chimique, à côté des nuapçes de dureté manifestées par d.es aiLopge,méats permanents différents.
- Au point de vue de la pureté, on a groupé les aciers en trois catégories ; la qua«-lité dite A, formant la grande masse de la production et comprenant la généralité des métaux Bessemer et Martin, utilisée habituellement en rails, bandages çt essieux-la qualité G, présentant une pureté de métal exceptionnelle gui n’a gugpe été trouvée que dans les meilleurs aciers au creuset, provenant de fers au bois de la marque supérieure Dannemora, et une qualité B, intermédiaire.
- Pour la dureté, on a pris pour base rallongement à la rupture, constaté Sur les barreaux de 0,100 de longueur et 200 millimètres de section, en adoptant pour termes extrêmes, comme type de plus grande dureté (dans la fabrication habituelle du Creusot), un métal qui, sous l’échantillon Constamment reproduit dans les essais journaliers, soit susceptible d’un allongement, à la rupture, de 12 à 14 pour 100, et comme type du métal le plus doux et le plus pur, celui qui, sous le même échantillon, donne jusqu'à 34 et 30, soit en moyenne 33 pour 100.
- MM. Schneider et Cifi se déclarant arrivés à produire, avee une certitude pratique, le métal à la dureté voulue pour chaque coulée,-de telle sorte que l’allongement correspondant se maintienne dans les limites de 1 pour 100 en plus ou en moins, ont été conduits à diviser toute la série de leurs aciers en numéros de dureté, distants entre eux de 2 en 2 pour 100 d’allongement, en commençant par les trois marques à 13 pour 100 d’allongement comme origine commune. Seulement, comme la limite extrême d’allongement recule à mesure que la pureté du métal augmente, on a été conduit à admettre pouf numéros pour 1p. quafifé A, dix numéros pour la qualité ^ et onze numéros pour lu qualité G.
- O pire rallongement perouwent à la rupture et la charge de rupture par millimètre carré de section primitive, le tableau et les graphiques du Creuset.fournissent d’autres données concourant à la définition complète des propriétés de chaque acier.
- Nous extrayons du tableau d’ensemble les données relatives à la qualité courante, dite qualité A.
- NUMÉRO ALLONGEMENT ‘charge CHARGE STRICTION CHARGE
- de permanent de rupture par de rupture par ou rapport de la correspondant
- au moment de la millimètre carré millimètre carré section rompue à la
- dureté. rupture. de . section primitive. de section rompue. à la section primitive. limite d’élasticité.
- p. iOO. kilos. kilog. kilog.
- 1 13 76.2 95.2 0.800 39
- 2 15 73.6 98.5 0.749 ' 37.8
- 3 17 70.3 101 0.697 36.4
- 4 19 66.8 103.2 0.646 34.9
- 3 21 62.8 105.6 0.593 33.2
- 6 23 58 106.8 0.544 31
- 7 25 53.2 108 0.493 28.8
- 8 27 49.2 110 0.441 26.6
- 9 29 45 114 0 395 22.5
- OBSERVATIONS. — Essais à la traction sur et 100 millimètres de longueur. barreaux tournés de 200 millimètres carrés de section,
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- Cette classification doit être examinée à trois points de vue :
- 1° Au point de vue scientifique, en la considérant comme une échelle des aciers classés d’après les résultats moyens d’un grand nombre d’essais faits méthodiquement;
- *
- 2° Au point de vue des consommateurs d’acier ayant à rechercher, d’après les définitions données pour les diverses marques, les aciers qu’il leur conviendra de préférer ;
- 3° Enfin, au point de vue de la production, en examinant dans quelles limites de précision on peut admettre que les usines pourront pratiquement fournir des produits répondant aux définitions précédentes.
- M. Marché, après avoir exposé quelques conditions générales sur Ta tendance que manifestent les Compagnies de chemin de fer, par la nature et les conditions des épreuves qu’elles stipulent, à apprécier la qualité des matières premières employées pour la fabrication des rails, des bandages et des essieux, et spécialement de l’acier, par l’étude des déformations permanentes qui se produisent entre le moment où les charges dépassent la limite d’élasticité et celui où la rupture se produit, se propose de comparer aux chiffres de la classification du Creusot, considérée comme donnant les résultats moyens des essais faits à cette usine, un certain nombre d’essais qu’il a eu l’occasion de faire exécuter sur des échantillons provenant de bandages de machines et de wagons et d’essieux. ,
- En communiquant les résultats de ces essais, il donne quelques détails sur les circonstances particulières qui se présentent dans la rupture à la traction des barreaux courts, sur l’influence de la longueur et de la forme des pièces sur Yallongement'proportionnel à la rupture, sur la loi des allongements permanents successifs, etc.
- L’heure avancée obligeant M. Marché à remettre à la prochaine séance la suite de cette communication, le résumé en sera donné dans le prochain procès-verbal, avec les conclusions qu’il se propose de tirer de la comparaison des essais faits en Belgique et en Allemagne avec ceux qui ont servi de base au classement du Creusot.
- MM. Deshayes, Friedmann,Ribourt et Watson ont été reçus Membres Sociétaires.
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- ETUDE
- SUR LE
- BASSIN HOUILLER BES ASTURIES
- (ESPAGNE)
- CONSTITUTION GEOLOGIQUE MODE D’EXPLOITATION — VOIES DE COMMUNICATION AVENIR INDUSTRIEL
- Par M. AIiBE&t CcSIAW».
- INTRODUCTION
- L’Espagne introduit chaque année pour sa consommation particulière une quantité assez importante de houilles étrangères. La plupart des villes industrielles du Nord et du Midi telles que Bilbao, Barcelone, Sar-ragosse, Alicante, Carthagène et Malaga, emploient principalement comme combustible des houilles anglaises; et cependant l’Espagne renferme dans son propre sol une étendue de gisements houillers plus que suffisante pour alimenter sa consommation et assurer l’avenir de son industrie. Le manque de voies de communication faciles et rapides est sans contredit la cause principale de cet état de choses ; mais cet obstacle qui a entravé jusqu’ici le développement de l’exploitation des houillères en Espagne tend à disparaître de jour en jour; et bientôt, sans doute, les principaux bassins houillers se trouveront en communication directe avec les centres de consommation les plus importants de la Péninsule, parles diverses voies ferrées projetées ou en cours d’exécution qui doivent les desservir.
- L’étude et la description de tous ces gisements houillers serait sans
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- contredit un travail des plus intéressants et formerait une page importante de l’histoire générale des houillères; pour ne parler que des principaux, le bassin de Belmez.-pt d'Espiel* au sud-ouest, dans la province de Cordoue, celui de Suroçâa ou Sqn-Juan-ëe-ln-Abadesas, situé en Catalogne sur le revers méridional des Pyrénées orientales, à 90 kilomètres environ au nord de Barcelone, enfin le grand massif carbonifère du Nord-Ouest qui s’étend sur les deux versants de la chaîne cantabrique où il constitue les bassins de Palencia, de Leon et des Asturies, présentent le plus grand intérêt au double: point dé vue géologique^ ef tndusr triel. On pourrait y ajouter également les importants gisements de lignites de la Catalogne, de l’Aragon, de la Navarre et de la Biscaye, dont quelques-uns, tels que ceux de Gargstilo et à'Utrillcis, dans la province de Teruel, couvrent une surface de plusieurs milliers de lieues carrées1; celui de Berga, dans la province de Barcelone, paraît également remarquable par la nature de ses produits qui se rapprochent sensiblement de la houille proprement dite.
- Quoi qu’il en soit,, le but de cette étude n’est pas de passer en revue ces divers gisements de combustibles minéraux dont la surface réunie représente environ 150,909 hectares, mais simplement d’attirer l’attention sur celui d’entre eux qui, au double point de vue de sa situation et de son étendue, paraît appelé à jouer le rôlede plus important dans la production houillère de l’Espagne. Ce bassin est celui des Asturies, et quel que soit l’intérêt qu’il pourrait y avoir à relier son étude à celle des bassins de Palencia. et de Sabero qui font partie du même massif carbonifère, je serai obligé de ne citer ces derniers que pour mémoire, les renseignements que je possède actuellement sur leur constitution n’étant pas suffisants pour servir de base5 à une étude sérieuse.
- Les seuls travaux qui aient été publiés jusqu’ici sur ies Asturies sont ceux de MM. Paillette et Guillaume Schulz. Le plus important est sans contredit le Mémoire descriptif publié en espagnol par M. Schulz et qui renferme une (description géologique complète de la; province des Asturies2 * *., Dans ce travail, accompagné de cartes et de coupes géologiques, et qui est, aujourd’hui le guide indispensable de ceux qui veulent parcourir cette contrée, M. Schulz passe successivement en revue les différents genres de terrains qui composent le sol de la province, en commençant par les plus anciens,, décrivant pour chacun d’eux les principales espèces, de roches qui le caractérisent, les substances minérales qu’il ren-
- 1. ' Voir, sur cette province-,. les intéressants travaux de MM. Coquaud et Villanova.
- 2. Description geolôg.ica de Asturias, por D. Guillermo Schulz, inspeçtor general primero
- de minas y consejero de instruction püblica. Madrid, 1858. Voir aussi la description oryc-
- tognostique des Asturies, par le même, dans le Bulletin de la Société géologique de France
- 1-837, t. VII, p. -325. ,
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- ferme et les roches d’origine volcanique qui ont traversé ses couches à diverses époques.
- Les terrains de transition qui occupent à eux seuls la presque totalité du sol des Asturies le partagent en trois régions bien caractérisées. A l’ouest, s’étendent, sur toute la moitié occidentale dé la provihcëV lei couches du terrain silurien représenté par diverses espèces de schistes ardoisiers,-des graùwackes et quelques bancs de quaftzites. Cès couches, toujours fortement inclinées, suivent des directions variant! du N. N. O. au N/E. et plongent vers l’0. ou FO. N. 0. Les changements dé direction s’effectuent insensiblement, dé telle sorte que les Couchés semblent décrire une immense courbé dont la convexité serait5 tournée
- vers l’O. N. 0. La galène argentifère, la blende, les pyrites de fer et de cuivre, les sulfures d’antimoine et d'argent forment quelques gisements de peu d’importance dans ce terrain qui d’une manière générale n’est pas très-riche en produits métallifères; on .y rencontre également quelques couches et filons de minerais de fer; mais le fait le plus intéressant est sans contredit la présence d’un certain nombre de gisements houil-lers qui «e trouvent enclavés dans les couches du terrain silurien, quoique certains d’entre eux soient accompagnés de grès et depoudin-gües caractéristiques de l’époque carbonifère. ‘-
- Le terrain devonièn avec ses alternances de vieux' grès rouge, de graùwackes, de schistes argileux et de calcaires le plus souvent dolo-mitiques, forme une seconderégion de moindre étendue que la première, qui occupe la partie centrale de la province et dans laquelle les cou-
- ches s’inclinent tantôt parallèlement tantôt en, sens contraire des précédentes. . " .E,
- Les substances métalliques sont principalement représentées dans le terrain devonien par des minerais de fer qui se rencontrent souvent sous forme de véritables couchés de grès ferrugineux. Quelques traces d’exploitations anciennes dénôtent également F existence de qu'elqueS minés de cuivre, d’étain et d’or. Gommé dans le terrain silurien ôh rencontré aussi, enclavés dans les assises du terrain devonien?fufi certain nombre de gisements houillers : tels sont ceux de Ferrônes, d’Arnao, "de feberga, dont l’origine semble âsséz difficile , à'expliquer ; car, s’ils pfësenfenf dn général les Caractères distinctifs du terrain carbonifère, leur position en stratification concordante au milieu des°couches devofiiennes ferait supposer ^qu’ils appartiennent à la même époque que cès dernières.'!
- Là? description du terrain carbonifère, presque uniquement composé du calcaire de montagne% est la partie la plus importante du travail,de M. Schulz. Il y,passe successivement en revue les.diyersesq’qgipns occupées par ce terrain qu’il classe en trois catégories* désignées chacuné par june teinte spéciale sur la carte géoiogiqùe qui accompagneMémoire : la région calcaire proprement dite, la régl6h'cérl)'ô'tif^ê'' ^àdtiiéî qui renferme quelques bancs de houille, et enfin la région Carbonifère
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- riche, qui constitue le véritable terrain houiller des Asturies, et dans laquelle dominent, au contraire des précédentes, de nombreux bancs de houille.
- Il décrit avec beaucoup de soin les différentes couches de poudingues siliceux et calcaires qui caractérisent d’une manière toute spéciale cet -étage de la formation carbonifère, et s’attache à faire ressortir les nombreuses irrégularités qui affectent la stratification du terrain houiller et rendent son étude particulièrement difficile et compliquée.
- Le Mémoire se termine par la description des terrains plus modernes appartenant aux marnes irisées, au lias, à la craie et à l’étage nummuli-tiqué, qui forment quelques lambeaux isolés au centre et au nord de la province.
- Dans une note communiquée à la Société géologique (séance du 19 mai 1845)1, M. Paillette donne une description succincte des divers terrains des Asturies, suivie d’un tableau d’analyse de soixante échantillons de houille, recueillis sur différents points de la province. Il passe en revue successivement les gisements houillers â’Âmao, de Ferrones, de San-tofirme, du Rio Nova, au nord du mont Naranco, de Mières et de Sama, dans le bassin central, de Venta de la Cruz, de Libres, du Puerto Sueve, de Binon, de Colunga et de Sotiello, dans la partie orientale des Asturies ; ces descriptions, bornées à quelques indications succinctes de la direction des couches et des particularités les plus remarquables de la constitution du terrain, ont pour but principal de servir de complément à l’étude et à la description des fossiles recueillis par M. Paillette dans ces différentes localités, description qui fait l’objet d’une note spéciale de MM. de Yerneuil et d'Archiac, insérée dans le même Bulletin.
- On-trouve quelques renseignements intéressants sur la direction des couches, dans la vallée de la Lena, dans une note communiquée également par M. Paillette, l’année suivante, à la Société géologique et servant d’introduction à une seconde étude de M. de Yerneuil sur les fossiles du terrain carbonifère du centre des Asturies.
- Je dois mentionner enfin son Mémoire sur les minerais de fer de la province des Asturies2, dans lequel il décrit les gisements métallifères les plus importants contenus dans les divers terrains de la contrée.
- A l’époque où M. Paillette envoyait ses notes à ^'Société géologique, on ne possédait pas encore de carte géologique de la province, et les cartes géographiques elles-mêmes ne présentaient qu’une exactitude très-imparfaite, ce qui rendait fort difficile toute étude d’ensemble. L’exploi-
- 1. Recherches sur quelques-unes des roches qui constituent la province des Asturies ( Espagnej, parM. Adrieü' Paillette, suivies d’une Notice sur les fossiles qu’elles renferment, par MM. de Verneuil et d’Archiac.
- 2. Coup d'œil sur les gisements et la composition chimique de quelques minerais de fer de la province des Asturies (Espagne), par MM. Adrien Paillette et Émile Bénard. (Bulletin delà Société géologique de France, t. VI, 1849.)
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- tation d’ailleurs était encore peu développée; le chemin de fer de Sama à Gijon n’existait pas; il en résulte que les travaux publiés par lui, aussi bien que ceux de M. Schulz, portent un caractère plus scientifique qu’industriel. Depuis, la situation a considérablement changé, et l’ouverture prochaine de nouvelles voies de communication va y apporter encore, sans aucun doute, des modifications nouvelles.
- Il devenait donc intéressant d’étudier la situation actuelle et d’ajouter aux renseignements fournis par les travaux précédents quelques données sur le côté industriel de la question. La partie géologique elle-même laisse encore d’ailleurs une vaste étendue aux nouvelles recherches que facilitera le développement des travaux d’exploitation, à mesure que l’industrie minière viendra prendre possession des nouveaux districts restés jusqu’ici inexplorés. Les observations de MM. Schulz et Paillette, en ce qui concerne les couches de houille, se sont trouvées nécessairement restreintes aux quelques localités alors exploitées et demandent à être complétées par l’étude des parties découvertes depuis cette époque.
- La description complète du bassin houiller n’est pas d’ailleurs un travail aussi facile qu’il semblerait l’être au premier abord. Les nombreux accidents qui ont donné au sol des Asturies son relief actuel rendent aujourd’hui cette étude fort compliquée, et les renseignements que nous possédons ne nous permettent pas encore de résoudre tous les problèmes qui se posent à la vue de la stratification si profondément accidentée du terrain houiller.
- Si donc j’ai essayé, dans cette étude, de remplir une lacune en venant présenter un aperçu de la situation du bassin des Asturies, au double point de vue géologiquè et industriel, je ne prétends pas avoir épuisé la question. Bien au contraire, à mon avis, le travail est à peine ébauché, et pour le mèner à bonne fin il faudrait une étude de longue haleine, à laquelle je n’ai pu jusqu’ici me livrer. Mais, quel que soit celui qui l’entreprenne, j’ai pensé qu’il serait toujours utile de consigner dans ces quelques pages les observations que j’ai pu faire, pendant un séjour de quelques mois dans les Asturies, et les conséquences que je crois pouvoir en tirer. Ces déductions sont plutôt des hypothèses que des affirmations, hypothèses suggérées par un rapide examen de l’allure ' de la stratification et qui attendent leur confirmation de recherches plus étendues.
- Ayant principalement pour but dans ce travail le point de vue industriel, je me suis occupé d’une manière spéciale de l’étude des couches de houille et des procédés de leur exploitation ; j’ai décrit succinctement le mode d’extraction en usage dans les mines ouvertes depuis de longues années et j’ai cherché à indiquer les modifications principales qu’il conviendrait d’introduire à l’avenir dans ces procédés pour faciliter le développement de la production et obtenir une réduction dans les prix’
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- de revient. Je pie suis trouvé naturellement amené à étudier les voies de communication dont l’influence est si grande sur la situation économique des bassins houillers, et j’ai pensé devoir donner une description succincte des voies ferrées qui desservent aujourd’hui les Asturies. Les moyens d’embarquement des houilles destinées à l’exportation rentraient nécessairement aussi dans la série des questions qui se rattachent à l’exploitation du bassin ; j’en ai fait le sujet de quelques pages dans lesquelles je donne la description du port de Gijon et du projet de port du Musel destiné à le remplacer. L’avenir du bassin des Asturies me paraît intimement lié au développement de. l’industrie métallurgique dans cette contrée; il était donc, nécessaire de jeter un coup d’œil en passant sur la situation actuelle de cette industrie et de dire quelques mots des gisements métallifères qui font partie du bassin, ou qui se rencontrent dans son voisinage. C’est par là que j’ai terminé série des questions qui font l’objet de l’étude qui va suivre.
- Albert GRAND.
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- Description géologique 4u bassin carbonifère ' des Asturies.
- Consridéraitieifes En Jetant *imj.c:onip là^BÜ isur ta
- Carte géologique de l'Espagne ;et! du Portugal, Km remarque i®naÉué+ diatement f«tendue occupée par les terrains anciens -qui couvrent presque sans interruption la moitié occidentale de la Péninsmlèubériquei Aux deux'.extrémités de ne puissant massif se détachent quelques.Mets de terrain dévonien et Carbonifère, s’appuyant sur les dépôts siluriens qui forment à eux seuls là majeure partie des terrains de transition, eu reposant directement sur les roches plus anciennes gneiss et granités qui constituent la base de support de l’ensemble «te-'ees formations.
- Plus développé que sut d’autres points, le terrain carbonifère du Nord s’étend sur Une surface d’environ &0O lieues carrées, formant sur les deux versants delà chaîne cantabrique de puissantes assises, dont les couches fortement inclinées et irrégulièrement contournées atteignent quelquefois des‘altitudes de plusse -i500 mètres-1 .LÂ l’iOiu®st:etiau Sud-Ouest, il vient butter en ^stratification discordante > contre les couches redressées dm terrain dévonien tandis qu’à PEst et au Sud, il disparaît d’une part sous'les assises plus modernes du trias et de ta craie du massif de la Biscaye, de l’autre, sous les plaines tertiaires du royaume debéon, Sur cette étendue, qui comprend environ 40 lieues de côtes, il pénètre à la fois dans lès quatre provincesOviedo , de LemaAe -PuknfmM temder.
- Principaux t»a§sins houillcr» du Nord-Ouest de fl^àpe.
- -=-‘41 s’en ’faut dé beaucoup que sur cettëfmmense étendue la formation carbonifère se présenté avec les caractères du terrain houiller; celuhéf ne forme à sa surface qu’une série 4-îlots indépendants. Beaucoup d’entre eux ne présentent d’ailleurs qu’une étendue excessivement destreiutévet l’on peut dire qu’il tt’existe, à proprement parler, que trois b-assins bouil-lers principaux, auxquels on peut rattacher les gisements de moindre importance qui les entourent.
- Ces trois groupes jde gisements houillers sont : , r *
- 1° A l’Est, celui de Baruelo dans la province de Palencia^ qui constitue le bassin houiller de la Vieille-Castille ;
- 1. Les pics d'Europe, entre les provinces d’Oviedo et de Santander, mesurent des hauteurs variant entre 2520 et 2630 mètres. (Voir la Carte dresséepa¥M,8ckiils.)
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- %° Au Sud, sur le revers méridional de la chaîne cantabrique, le bassin de Sabero, dans la province de Léon ;
- 3° Enfin au Nord-Ouest, celuLdes Asturies comprenant principalement les deux bassins de Quiros et d'Oviedo.
- Le plus important de ces divers bassins, au double point de vue de l’étendue et de la qualité des produits, est sans contredit le dernier. C’est de lui qu’il va spécialement être question dans cette étude.
- Bassin houiller des Asturies.— La carte ci-jointe, pi. 64, représente le bassin central des Asturies, d’après les cartes géographique et géologique de cette province dressées par M. Guillaume Schulz, dontdes remarquables travaux ont contribué pour une large part à jeter quelque lumière sur la constitution géologique de cette contrée montagneuse1.
- « Le terrain carbonifère normal du centre des Asturies, dit M. Schulz2, « présente une largeur moyenne de six lieues de l’Est à l’Ouest, s’éten-« dant au Nord depuis la chaîne calcaire de Y Araaio au-dessus de Riosa « jusqu’à celle de Penamayor au-dessus de Nava; et au Sud, depuis les « Pics de Aguéria qui dominent la vallée de Quiros au col de Vegarada « dans la vallée d'Aller. Loin de s’arrêter à la chaîne cantabrique, il « s’étend encore sur le versant méridional jusque dans la province de « Léon ; sa longueur du Nord au Sud dans la province des Asturies peut « s’estimer en moyenne à 5 lieues et demie, de telle sorte qu’il occupe une « superficie de trente-trois lieues carrées ; mais si, sur toute cette étendue « on rencontre le terrain carbonifère avec son aspect caractéristique et « constitué en majeure partie par le grès et le schiste communs alter-« nant avec quelques bancs de calcaire et de poudingue, il ne faut « cependant pas au point de vue industriel lui accorder une importance « aussi considérable, car au Sud de la chaîne cantabrique et dans cette « même chaîne il paraît être assez pauvre en charbon; du moins, ne « connaît-on pas à ce jour un grand nombre de couches de houille dans « cette région. »
- « On peut donc limiter à 16 lieues carrées la partie riche en dépôts « Jhouillers. Cette région comprend les districts de Riosa, Mieres, Tu-« delà, Langreo, Siero et Nava (en partie), Rimanes et Rey Aurelio, une « grande partie de celui de Laviana, le nord-ouest de la vallée d'Aller, « le nord de celle de la Lena et partie de celle de Quiros. »
- Avant d’aborder la description du terrain qui nous occupe, il ne sera pas inutile de rappeler en quelques mots les caractères généraux qui distinguent la période géologique à laquelle il appartient. ( ; ,
- 1. Voir le Mémoire intitulé : Description geolôgicade Asturias, por D. Guillermo Schulz,
- Madrid, 1858. ' -
- 2. Patres 71 et suivantes. *'• ~*<! «« >
- OÂÎ! «<»'
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- Divisé en trois sous-étages, l’étage carbonifère qui termine la période dite de transition comprend à partir de la base :
- 1° Le calcaire carbonifère, formé de couches puissantes d’un calcaire généralement dur et compacte, caractérisé le plus souvent par sa couleur foncée1 et la présence de nombreux fossiles marins. On y distingue également de fréquentes alternances de dépôts schisteux et arénacés et quelquefois des couches de houille plus généralement maigre et anthra-citeuse, d’autres fois, par exception, douée de toutes les qualités des meilleures houilles plus modernes.
- 2° Le millstone grit, dont la base constituée par les poudingues siliceux ou felspathiques formés de débris des roches sous-jacentes supporte une série de couches arénacées, où les éléments de plus en plus petits diminuent progressivement de grosseur depuis les brèches directement superposées aux poudingues jusqu’aux grès les plus fins qui représentent les derniers termes de la série.
- 3° L’étage houiller proprement dit, essentiellement composé de dépôts arénacés alternant avec des schistes argileux ou des argiles schisteuses, et renfermant ordinairement un plus ou moins grand nombre de couches de houille. Les nombreux débris de végétaux que l’on rencontre dans les grès et les schistes houillers caractérisent d’une manière toute spéciale au point de vue paléontologique cette partie delà formation carbonifère et autorisent à y voir exclusivement des dépôts d’eau douce, tandis que la faune de l’étage inférieur présente un caractère marin parfaitement défini.
- Il s’en faut de beaucoup que les trois divisions précédentes se trouvent toujours et également représentées dans la succession des dépôts qui constituent les différents bassins carbonifères. Pour ne parler que de ceux qui renferment des couches de houille et qui seuls par conséquent peuvent présenter un certain intérêt au point de vue purement industriel où je me place dans cette étude, on remarque des différences très-sensibles dans l’ensemble de leur composition géologique.
- Dans les uns, la série des dépôts semble s’être arrêtée au premier étage. Les couches de houille alternant avec'des calcaires essentiellement marins paraissent avoir été formées à l’embouchure de rivières ou sur les côtes basses et marécageuses des anciens continents, dont l’abaissement lent et successif a permis aux eaux de la mer de venir progressivement recouvrir de leurs dépôts les couches formées par les détritus des végétaux qui s’y étaient accumulés durant les périodes d’émersion.
- ( Les autres, ne renfermant que des couches d’origine lacustre, se présentent en amas isolés, au milieu des terrains anciens sur lesquels ils
- t. Ce caractère est cependant loin d’être essentiel : on sait que les calcaires carbonifères des environs de Moscou sont blancs. , *
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- reposent directement, sans avoir pour base les .assises du calcaire carbonifère. ïl semble qu’ils aient pris.naissance dans des lacs d’eau douce qui. occupaient les dépressions des anciens continents. Les dépôts inférieurs y représentent l’étage moyen de la formation par des.poudingues, des brèches et des grès dont les éléments sont empruntés aux roches environnantes. ,
- Quelques-uns,, enfin, présentent la série complète. Alix dépôts marins le plus généralement dépourvus de couches de houilles succèdent les assises arénàcées de la période moyenne, suivies à leur tpur d’une,série de dépôts d’eau douce alternant avec de nombreux lits de charbon. Ce changement coinplpt daris la natifre des sédiments indique suffisamment qu’ils ont du süb'ir â une cèïtàine époque de leur formation une modification dans léut situation géologique.
- C’èst aux premiers qu’il faut rapporter salis doute lébassin dès Asturies, dôht les dépôts hoiiillers s'emblënt avoir été contemporains dü calcaire carbonifère qui représente la base dé la formation êt qui dominé sur toute l’étendue qü’elle y neciipe dans cette contrée L •La fanne^ êxcessi-vemènt riche et parfaitement bien caractérisée 4u 'calcaire dés Asturies ne laissé au'étitt Mdôüté sur là place qu’il faut lui assigner dans la série géologique et permet dcle nonsid érer pommelé correspondant du mountain liméstonë dés Anglais', le >éale'aWë-'âemëntàgné-dè nos bassins du Nord-. QüOique les dépôts houillers, loin de recouvrir toute l'étendue occupée par la formation calcairej y dessinent seulementéune série d’îlots dont les limites-sont assez-faciles 4 tracer, rien me pérmèt cependant d’établir une distinction bien tranchée dans la série des dépôts, qui semblent s’étrO succédé sans interruption depuis la fim dû la période'devoniehné jusqu’à là formation dés dernières couches-de houille.' A travers les nombreux accidents’ qui ont postérieurement -détruit l’ffi or'mentalité des -strates, brisé et renversé lëé éouéhës, interrompant leur Continuité au point de rendré1 aujourd'hui fort difficile le rétaMi'ssemènt exact de fondre primitif dé superpositioni'un fait ressorbdépendant très-nettement de 4’observation, c’est- lé paralléliemè dés-COUclies qui-Constituent l’énsemblé dô l’étage carbonifère. • ; n-:‘i • ;
- lW--ëiêïâiàirë^àHoMfè^ê:^^îé^^ lui-même,; süé pluSiéürs pbMts; et principaiemëh-t Aux environs dés'b:assin:s bdtiiltérs proprement dits, quelques co'ücîie's dé hôuillè et,dé-scMstë hoüiller; de Mlë;;so!fte que, si la formation dë; là:boulllê paraît, toutefois, àvolr éoïnéidë, à l’époquè Jde
- 1. On peut èllèr ]5a!rùif lés bë&ins houillers dêl’Ëùrôpë, âppàrtén'ant’à cëtté mêmë'époquëy ceiÉrtlu ëud dè l^cbsëe^dür-bas éoulôiïais-ènï’rà'ûfcev die Môscôu', du ©dnetz et de rOiiràly en Ruépie-i; bansÆës diverses localités,':cpjmme.4ans tes .Astiuries, les couches calcaires; schisteuses pu arénacées qui accompagnent les bancs de houille renferment les fossiles marins, caractéristiques du calcaire carbonifère. On rapporte également à la même période les gisements de.la .jTjiriUie .d’A?ië,>.entre JÊcegli êt.Amasri,,.,sur le.s bords de la nier Noire.,.étudiés par M.,Schlehan; et ceux beaucoup plus considérables de l’Empire chinoiSi. .; : .
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- son plus grand développement, avec le dépôt de sédiments schisteux et arénacés, on ne saurait voir dans cette nouvelle série, stratigraphique-ment caractérisée par la présence des grès et clés poudingues, et par Ta rareté du calcaire, que le prolongement, avec un caractère houiller plus prononcé, de la période antérieure dans laquelle la houille a fait sa première apparition.
- Les caractères paléontologiques, tirés de l’étudè de la faune, semblent d’ailleurs confirmer la liaison intime que les considérations delà stratification permettent d’établir entre les divers éléments de cette formation. Les mêmes fossiles marins qui caractérisent si complètement le calcaire carbonifère des Asturies et permettent de fixer son âge relatif, se rencontrent dans certaines couches schisteuses et àrënacées qui font partie de l’ensemble des dépôts houillers supérieurs, oii ils alternent avec des couches à empreintes végétales. Cette persistance de la faune carbonifère, pendant toute la durée de la période houillère des Asturies, est un caractère distinctif qui permettrait de ia rapporter définitivement à l’étage inférieur de la formation carbonifère, si la présence de .certaines empreintes végétales d’époque plus récente n’autorisait cependant à voir dans une partie de ses couches les représentants de l’étage moyen-. Quoi qu’il en soit, il n’en resté pas moins acquis que les gisements houiUers du Nord-Ouest de l’Espagne sont, dedoute façon, antérieurs à ceux des bassins du Nord de la France et de la Belgique1,
- itoeStes du jterraint iioniiufer. — Dans toute ia région'houiïiçfe, la roclfe dominante est le grès houiller ; viennent ensuite les schistes, les poud.ingüés et je calcaire carbonifère. , v , f ,j(i ,
- Grès houiller. Le grès houiller des Asturies se présente en bancs d’une'puissance souvent considérable, dont quelques-uns plus résistants que lès autres forment des crêtes saillantes au moyen desquelles on peut suivie ia direction générale ..des couches. Sa couleur est le bleu grisâtre tirant sur le vert dans les parties exposées à l’air. Quelques bancs à. texture fine et serrée,, à cassure largement concboïdaie, fournissent d^xcellentes pierres .d’appareil. D’autres, moins tenaces, à texture pjusou moins schisteuse, se délitent à l’air et nécessitent dans ies gale-, ries qui les traversent l’emploi de solides boisages. Le grès houiller domine principalement dans la partie occidentale du bassin, où il ac-
- ,1. Quelques-uns des bassins secondaires de lac province d’Qvieâo paraissent même appartenir à une époque encore plus ancienne. L’étude des fossiles du gisementj houiller de Ferrones, faite par MJL Yèrheuil et d’Ârchiac, a conduit ces géologues à le considérer cotante appartenant à la formation devoniëniie. ( Bulletin de la Société yéologïqilè1, séance du 19 mai 1845.) J’ai, cité également dans Vbmodûctldn qui précède eette noter et d’apiès M, Schulz, quelques autres gisements enclavés dans les terrains silurien et devonien de la province, dont l’origine paraît être quelquefois contemporaine de ces3formations, ÎT4V;
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- compagne les couches de houille la plupart du temps à l’état de grès schisteux fortement délitable.
- Schistes. — Les schistes proprement dits se relient au grès houiller par une série de grès plus ou moins schisteux qui établissent pour ainsi dire un passage ininterrompu entre les deux espèces de roches. Les schistes sont plus fréquents dans la partie orientale où ils forment tantôt le toit, tantôt le mur des couches de houille qu’ils accompagnent. Ils contiennent souvent, dans cette région, une assez forte proportion de pyrites, surtout dans le voisinage des couches de houille, beaucoup plus sulfureuses elles-mêmes sur ce point que les houilles des vallées de Mières, de Turon et d’Aller.
- On trouve dans les schistes et dans les grès de nombreux débris de la flore houillère parmi lesquels dominent surtout les tiges de. calamites et de sigillaria, quelques lepidodendrons et stigmaria (stigmaria ficoïdes). Les empreintes de fougères y sont plus rares.
- Quelques empreintes de poissons ont été signalées également dans les schistes qui accompagnent les couches de houille des environs de Sama. Certaines couches renferment enfin un grand nombre de coquilles marines identiques à celles que l’on rencontre dans le calcaire carbonifère.
- Poudingues. — On distingue dans le bassin des Asturies deux espèces de poudingues : l’un à base de quartz, l’autre formé d’éléments essentiellement calcaires. Le premier se compose de galets de quartzite de grosseur inégale réunis par un ciment siliceux, sorte de grès plus ou moins fin, souvent ferrugineux. Les galets sont généralement elliptiques; beaucoup d’entre eux semblent avoir été fortement comprimés et portent l’empreinte de leurs voisins, d’où il semblerait résulter que, lors de la formation du poudingue ou à une époque postérieure, ils se sont trouvés soumis à l’influence de quelque agent chimique qui aurait eu pour résultat de ramollir momentanément quelques-uns d’entre eux.
- Les galets des conglomérats calcaires, plus petits généralement que ceux des poudingues siliceux, ne dépassent guère la grosseur d’une noix; leur couleur varie du blanc au gris plus ou moins jaunâtre. La pâte calcaire est de couleur généralement plus claire. On y rencontre également quelques débris de fossiles; ces fossiles déformés par un frottement prolongé ont été roulés sans doute avec les cailloux qui les accompagnent et proviennent comme eux des couches sous-jacentes.
- Trois bancs principaux de conglomérats ou poudingues siliceux traversent lë'bassin houiller dans une partie de son étendue. Le plus puissant prend naissance à l’ouest de JRiosa et Morcin, à la limite occidentale du terrain houiller, passe au village de la Foz et se dirige de là vers l’est en traversant les environs de Loredo et Tudela pour aller se perdre sous les couches du Trias, près de Piano de Langreo. Dans ce trajet, il coupe à
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- peu près perpendiculairement la vallée de Caudal au-dessus de Mières où la route d’Oviedo le traverse dans toute son épaisseur.
- Sa puissance varie, d’après M. Schulz, de 300 à 1,000 mètres, en y comprenant les quelques bancs de grès, de schistes et même de houille qui s’y trouvent intercalés; dans la partie septentrionale, quelques bancs de poudingue calcaire alternent également avec les couches du conglomérat siliceux.
- De la montagne du Ranero à l’est de La Pola de Lena, et à la limite méridionale de la partie riche du bassin, part un second banc de poudingue siliceux, réellement composé de deux couches distinctes dont l’écartement assez faible à l’origine augmente sensiblement à mesure que l’on s’avance vers le nord. Ce double banc de poudingue parcourt du sud au nord le bassin carbonifère en décrivant une immense courbe qui tourne sa convexité vers le nord-ouest. Traversant d’abord la rivière de la Lena au niveau de la fabrique d’acier de la Barcena, suivant une direction S. N. 30° E|, il la recoupe de nouveau en face de l’embouchure du Rio Aller pour traverser ensuite les vallées de Turon et San Juan et aboutir finalement au-dessus de Sama en suivant la direction 0.10° S.— E. 10° N. On remarque entre ces deux bancs de poudingue deux petites couches de houille.
- Le troisième groupe de poudingues siliceux n’apparaît que dans la partie méridionale où il est traversé par la vallée d’Aller. Il se compose de trois bancs superposés séparés par des couches de grès, dont l’ensemble apparaît sur le flanc de la vallée en formant un immense arc de soulèvement qui affecte toutes les couches environnantes à l’est du village de Santa Cruz (fig. 1, page 569).
- Les mêmes bancs apparaissent entre Turon et Urbiès où les couches qui les recouvraient dans la vallée d’Àller semblent avoir disparu', puis se dirigent vers Langreo pour aller se terminer dans le haut de la vallée de Zamuno.
- Quelques bancs de poudingues calcaires apparaissent dans la vallée du Nalon à l’est de Sama. A la hauteur de Ciano de Langreo on compte trois de ces bancs, peu éloignés les uns des autres, et renfermant quelques rares débris de fossiles. Ces trois bancs, entre lesquels on a reconnu quelques couches de houille, se dirigent à peu près S. N., et vont affleurer de nouveau dans la vallée du Candin qu’ils coupent sous un angle aigu. Un autre banc plus petit s’aperçoit aux environs de Linares.
- Calcaire. — Le calcaire carbonifère, si abondant dans toute l’étendue de la formation carbonifère des Asturies, apparaît plus .rarement dans l’intérieur des bassins houillers proprement dits. On le rencontre presque uniquement sur leurs limites où sa présence peut être considérée
- 1. Schulz. Description geolôgica de Âsturias, etc.
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- comme l’indice de la disparition prochaine des couches de houille. Dans la vallée d’Aller, quelques bancs dé calcaire alternent cependant avec les douches de houille. Il en est de même sur le Ranero.
- La coiffeur du calcaire carbonifère est le gris plus ou moins bleuâtre avec veines blanches de spath calcaire; sa texture est fine et serrée, sa cassure légèrement conchoïdale. Toutes les couches de calcaire sont plus, ou moins fossilifères; quelques-unes ne renferment que de rares débris d’entroques, cTaütres au contraire présentent une faune riche et variée parmi laquelle on rencontre surtout de nombreuses espèces de spirifers et de pr'oducius très-abondants dans les calcaires de la rive gauche de la Lena, du Ranero et de la vallée d’Aller1.
- §ti*atfficat£oBâ. — ©ijpectioat et fBfiçlinalaoû des e®sicBies. — Épaisaem* probable de la fforBiaatf ©bb„ — Après avoir examiné la nature des roches.qui composent la formation houillère des Asturies et exposé les considérations qui peuvent servir à en déterminer l’âge relatif, il me reste â parler d’une question fort importante, tant au point de vue géologique qu’au point de vue industriel et qui se présente îbi tout naturellement. Quelle est l’épaisseur probable de l’étage houiller et quel est le nombre de couches de houilles qui se sont successivement déposées pendant cette longue période de végétation puissante qui caractérise d’une manière si remarquable cette grande époque géologique?
- La réponse ne' laisse pas que de présentée certaines difficultés. Le simple examen de la carte orographique des Asturies dressée par M. Scliuiz montre que Ton1 a affaire à une contrée essentiellement montagneuse, coupée en tous sens par des vallées étroites et profondes, et dont le relief accidenté accuse une stratification fortement bouleversée. L’examen géologique des lieux confirme pleinement ces suppositions ”ët met en évidence les irrégularités de direction et d’inclinaison, Conséquences inévitables des nombreux accidents qui ont affecté à diverses reprises le terrain houiller des AsturiesSur plus d’ufi point les Couches
- - 1. Ces fossiles sont identique» à ceux qui caractérisent le calcaire carbonifère des autres
- • contrées et qe,laissent par conséquent aucun doute sur l’âge relatif .de ces. dépôts,. Iis ne sont pas d’ailleurs particuliers aux couches calcaires, et on les retrouve, ainsi que je le disais précédemment, dans certaines couches de schiste et de grès qui accompagnent des bancs de 'houille. Cette circonstance est importante à noter, puisqu’elle permet de préciser la relation intime qui existe entre les divers éléments du terrain houiller deâ Asturies. DeS recherches plus attentives permettront sans doute de multiplier les observations de ce genre ; pour le , moment j je qne0contenterai. de .signaler la présence du Spirifex yiosquensis, des Pwduciiis semireticuiatus, P. cora, P. longispinus, etc., dans les schistes qui accompagnent une coüche de houille voisine du second banc de poudingue, et dans une couche de grès schisteux faisant partie de l’ensemble de la formation houillère de la tâllée d’Aller^ èhtre! les villages ûotïMoveda et de Pinères* m- '"-a J>
- 2. Le soulèvement qui a donné à la chaîne pyrénéenne son relief actuel, et dont la date est postérieure au dépôt du terrain nummuiitique, n’est, pas le seul accident qui ait contribué à émerger le sol des Asturies. On retrouve les traces de ce soulèvement parfaiteihent
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- paraissent avoir subi un renversement complet, d’autres sont brisées et brusquement interrompues, et au milieu de la contusion générale qui résulte de ce bouleversement de la stratification, il devient fort difficile d’établir l’ordre naturel de superposition en fixant à chacune des couches la place exacte qu’elle devait primitivement occuper dans Fensëmble delà formation; L’observation superficielle du terrain ne sera pas toujours suffisante pour arriver à cette détermination * et jusqu’ici l'exploitation confinée dans une région peu étendue n’a pas été d’un grand secours aux études géologiques.
- L’extension de l’exploitation sur toute l’étendue du bassin mettra sans doute en évidence une foule de faits ignorés jusqu’à cê jour et fera-ressortir les relations qui peuvent exister entre les couches- exploitées sur différents points plus ou moins éloignés les uns des autres. L’observation comparée des roches traversées par les galeries de recherché; et d’extraction permettra de déterminer un certain nombre d'horizons quf sérVïrônt de points de repère pour rétablir l’ordre de superpositiorii»Mais avant qu’une étude'approfondiè et détaillée de toutes les parties du bassin ait permis de réunir les éléments suffisants pour déterminer dette sucees-
- indiquées dans la bande de terrain crétacé qui vient affleurer au sud de Saberq, sur le versant méridional de la chaîne cantabrique pour se perdre sous jes dépôts tertiaires et diluviens de la plaine de Léon et dé Castille. Mais une direction à peu près'p'drallëïè''&érencontre également dans fine série d’aecidents qui ont dû affecter le sol de* cette' éottfrééà’üne époque^ de beaucoup antérieure:. C’est à eux. qu’il faut rapporter, sans doute* la direction du grand axe des bassins houillers de Baruelo et de Sabero, celles des couches siluriennes à Paradoxides, enclavées, dans le terrain deyonien de la Pola de Gordon et des alternances de terrain carbonifère et dévonien des environs de Busdongo, directions qui'paraissent devoir rattacher'ces accidents au système du Forez, dont la direction 0. 15°, N. à È. 15°, S. se ietrouve, d’après M. Élite de-Beaumont, dans les couches du• terrain càœbcmifèré inférieur des bassins du centré d.e la France et des Corbières, dans ,les Pyrénées-Orientales; dans le Mihlstone grit du pays de Galles et de White-Haven, et jusque dans la chaîne des Monts Obdores, au nord de l’Oural; il cite encore, comme subordonné à ce même soulèvement, le sous-sol du bassin houiller de Sùrocca (San-.luan-de-las-Abadesas ), en Catalogne, qui lui aurait ainsi emprunté sa direction E.»0‘. Un coup d’œil jeté sur la carte géologique dé MM. dé Verneuil et Collomb fait immédiatement saisir le parallélisme de ces gisements houillers, situés aux deux extrémités de la chaîne pyrénéo-cantabrique, et il semble difficile de ne pas compléter le rapprochement en rapportant au même soulèvement les accidents qui ont déterminé la direction de leurs axes.
- Une autre direction, qui paraît tout aussi fréquente que les précédentes dans la contrée qui nous occupe, est sensiblement parallèle au méridien géographique, a peu près perpendiculaire, par conséquent, aux deux premières et à la direction de.la côte cantabrique, Eette direction, qui est celle de plusieurs vallées secondaires de la province des Asturies, dopùne dans les lignes de séparation des divers terrains de transition et dans le tracé de lq côte occidentale de la Péninsule. En s’avançant de la côte de la Galice, vers l’Est, on remonté la série géologique des terrains, depuis le granité jusqu’au trias, et on les voit s’appuyant les uns contre les autres, suivant une série de lignes dirigées sensiblement N. 20° E. ?/.
- 11 est probable qu’une analyse attentive de la stratification du sol des Asturies permettra de reconnaître successivement, dans les nombreux accidents qui en ont troublé la régularité, les traces des divers soulèvements déjà signalés par M. Durocher (Annales des Mines, t. VI, 4e série, 1844) dans la partie orientale de la chaîne Pyrénéo-Cantâbrique.
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- sion, il ne me paraît pas possible d’apprécier d’une manière exacte la puissance totale que pouvait avoir la formation houillère.
- Je me contenterai donc d’exposer d’une manière sommaire les principales observations sur lesquelles on peut s’appuyer aujourd’hui. Les considérations qu’un rapide examen de la localité m’a permis d’ajouter aux faits connus serviront, je l’espère, sinon à trouver immédiatement la solution, du moins à éclairer la voie dans laquelle il convient de poursuivre les recherches.
- Quelques mots auparavant sur l’orographie de la contrée faciliteront cette étude.
- Situé sur le revers septentrional de la chaîne cantabrique, le bassin houiller du centre des Asturies présente un relief fortement accidenté. Les couches du terrain, partout relevées dans une position voisine de la verticale, atteignent vers la partie méridionale une altitude de près de 1,000 mètres sur le Ranero et le Carrocedo.
- Trois vallées principales traversent le terrain houiller suivant deux directions à peu près perpendiculaires : la vallée de la Lena et du Caudal qui se dirige à peu près N. S. entre la Pola de Lena et Mières pour tourner ensuite à l’ouest; celle du Nalon qui entre dans le bassin houiller à Pola de Laviana et le coupe transversalement dans sa partie septentrionale suivant une direction N. N. E. à S. S. O. en passant par Sama de Langreo pour en sortir à Tudela. Une troisième vallée, celle de Y Aller, parallèle à la seconde, coupe le bassin à quelques kilomètres au-dessus de Pola de Lena.
- Le massif montagneux compris entre les deux vallées du Nalon et du Caudal est à son tour divisé par un certain nombre de vallées secondaires s’élevant jusqu’à la ligne de faîte qui sépare les bassins des deux rivières, et dont les principales sont : du côté du Caudal, les vallées de luron et de San-Juan, orientées à peu près E. 0.; du côté du Nalon, celles de Lada, de Sama et de Zamuno perpendiculaires à sa direction. Les deux premières communiquent avec la vallée de San-Juan par un col qui sert de passage entre les vallées de Mières et de Sama. Au Nord-Ouest de Sama, s’ouvre sur la rive droite du Nalon une autre vallée secondaire, celle du Candin, qui se termine à la limite même du terrain carbonifère dont les couches fortement relevées servent ici de support aux dépôts plus modernes du trias et de la craie.
- Ces vallées coupent le plus souvent perpendiculairement ou obliquement la direction de la stratification. De la Pola de Lena à Mières les couches suivent sensiblement la direction du méridien et se trouvent par conséquent à peu près parallèles à l’axe de la vallée qu’elles coupent sous un angle très-aigu aux environs d’Ujo. Cette direction oscillant entre N. 10° E. et N. 40° E., se retrouve dans les couches de la vallée d’Aller entre Moreda et Pineres, et à l’autre extrémité du bassin dans la vallée du Candin, ouille se maintient entre 10° et 15° Est. Sur l’autre
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- versant du LongaJendo, dans la vallée de Turon, on remarque au contraire une direction à peu près perpendiculaire à la précédente 0. 18° N. à E. 18°S., signalée par M. Virlet d’Aoust, et qui coïncide par conséquent avec celle de la chaîne Pyrénéo-Cantabrique ; mais c’est la direction E. \ 0° N. à O. 10° S. qui semble dominer presque exclusivement dans toute la partie septentrionale du bassin entre les vallées de San-Juan et du Nalon; on peut la constater dans les mines de la rive gauche du Caudal, vis-à-vis de Miè-res, dans les grès cinabrifères de la Pena, comme aussi dans les couches qui viennent affleurer sur la rive gauche du Nalon „„ aux environs de Sama. De telle sorte que l’on peut dire, d’une manière générale, que les directions des couches relevées du terrain houiller dans le bassin central, abstraction faite de quelques accidents secondaires, peuvent être rapportées à deux directions principales : l’une N. N. E. à S. S. O. particulière à la partie méridionale; l’autre E. O. avec oscillation de quelques degrés en dessus et en dessous, qui semble avoir infléchi toutes les couches vers l’Est, à partir d’un certain point; l’une de ces directions se trouvant parallèle à l’axe de la chaîne principale et à la ligne de la côte, l’autre coïncidant avec celle des vallées transversales'.
- Plus fréquents que les précédents, les changements d’inclinaison se succèdent sur certains points avec une grande rapidité. C’est ainsi que dans les deux premières lieues de la vallée d’Aller, à partir delà chaîne principale jusqu’à Collanzo, M. Schulz compte sept changements d’inclinaison dans les • affleurements qui se dessinent sur les versants de la vallée et qui plongent ainsi dans cet intervalle trois fois au N. N. O., trois fois au S. S. E., une fois suivant la verticale. De Santa-Cruz à
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- Moreda, à Feutrée de la même vallée, on remarque, en suivant la route tracée à flanc de coteau une succession de quatre inclinaisons à l’ouest-nord-ouest, et de trois à l’est-nord-est (fig. \, p. 569). Au-dessus de Moreda l’inclinaison O. N. O. se maintient sur une étendue de plus de 2 kilomètres (fig. 2, p. 571). Le même phénomène se retrouve dans la vallée du Nalon où les couches changent sept fois d’inclinaison entre Pola de Laviana et Sama de Langreo sur un espace de deux lieues. « En tenant compte, dit « M. Schulz1, du fractionnement du terrain dont les divers tronçons <c posés sur leur tranche apparaissent accolés les uns aux autres, et en « considérant que le nombre des bancs de houille actuellement décou-« verts dans cet espace de deux lieues peut s’estimer à 70, il suffirait que « le bassin primitif, avant d’avoir été fractionné et replié sur lui-même,
- « eût contenu une série de dix couches de houille superposées pour qu’on « en vît aujourd’hui 70, sans qu’il soit actuellement possible de désigner « celles qui en sont les premières ou les dernières. »
- Sur certains points, cependant, le plissement du terrain s’étant effectué sans briser les couches, on peut dans une certaine mesure en suivre les ondulations et en déterminer les relations. C’est ce qui a lieu pour la partie occidentale de là vallée d’Aller où j’ai déjà signalé plus haut l’affleurement d'un arc de soulèvement fourni par le plissement des couches du poudingue et celles du grès carbonifère avec lequel elles alternent, comme on peut le voir sur la figure i. Cette première ondulation, qui occupe une longueur de plus d’un kilomètre, est suivie de plusieurs autres de moindre importance, qui paraissent n’avoir affecté qu’une partie des couches superposées au poudingue; mais en aucun de ces points le terrain houiller n’apparaît dans toute son épaisseur.
- J’ai dit qu’à l’Est de Moreda on pouvait suivre sur plus de 2 kilomètres la stratification du terrain sans rencontrer de changement dans l’inclinaison. L’ensemble de ces couches en stratification concordante, formées d’alternances de grès et de schistes avec couches de houille et comprenant accidentellement quelques couches de calcaire carbonifère, représenterait, en tenant compte de .l’inclinaison moyenne de 70°, une épaisseur totale de 1900 mètres au minimum.
- Or, ce système de couches est évidemment indépendant de celui que l’on peut observer à Féntrée de‘la vallée comme superposé au poudingue de Santa-Cruz, car on ne retrouve pas dans les ondulations du terrain qui le recouvre les mêmes successions de couches observées entre Moreda et Pineres et dont l’ensemble se trouve parfaitement caractérisé par la présence des bancs de calcaire de Loyanco et de Miciegos (fig. 2).
- D’autre part il est à supposer que, conformément à ce qui se passe dans les autres bassins houillers, le système des bancs de poudingue de Santa-Cruz représente l’horizon inférieur de la formation dont les cou-
- 1, Mémoire déjà cité.
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- ches relevées entre Moreda et Pineres représenteraient à leur tour la partie supérieure. En supposant que cette hypothèse se vérifie, on trouverait pour l’ensemble de la formation une épaisseur supérieure à 3 000 mètres. Mais il faut avant tout que l’étude des autres parties du bassin vienne confirmer ces suppositions, et pour cela, il convient tout d’abord de se rendre compte des relations qui existent entre le système des couches qui viennent couper la vallée d’Aller, et celles dont les affleurements se dessinent dans les vallées du Nalon, du Candin et aux environs de Mières. Ces dernières sont-elles le prolongement des premières, ou forment-elles encore un système indépendant, dont l’épaisseur viendrait s’ajouter à la première? Pour résoudre cette question il faudrait nécessairement posséder un nombre d’observations beaucoup plus considérable que celui dont je puis disposer actuellement. Mais, en prenant pour termes de comparaison les deux vallées d’Aller et du Nalon, qui coupent toutes deux sous un angle voisin de 90° le plan de stratification du terrain, et qui présentent une certaine facilité d’observation, on pourrait constater sans grandes difficultés s’il y a lieu ou non d’établir un rapprochement entre les couches qui viennent respectivement y affleurer.
- Quelques couches caractéristiques convenablement choisies serviraient de base à ces recherches. Déjà l’on peut dire que les cou-
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- ches exploitées dans la vallée du Candin sont le prolongement de celles qui affleurent sur la rive gauche du Nalon entre les vallées de Lada et de Sama. On peut même affirmer que certaines de ces couches traversent le bassin houiller dans toute sa longueur du S. 0. au N. E., en décrivant une courbe dont la convexité est tournée vers le N. O.fJ’ai dit, en effet, précédemment, que le second banc de poudingue sicileux qui partait des hauteurs du Ranero, à l’Est de la Pola de Lena, se retrouvait sur les rives du Nalon en face de la Felguera, après avoir, traversé les vallées de Lena, de Turon et de San-Juan, c’est-à-dire toute la partie centrale du bassin. Les couches de. grès et de houille qui l’accompagnent dans la vallée de la Lena semblent le suivre également dans ce long parcours. Quoique la distance qui sépare la houille du poudingue aille en augmentant à mesure que l’on se rapproche de Sama, aucun accident de stratification ne fait supposer que la continuité de cet ensemble de couches ne soit pas complète sur toute la longueur du bassin. Il y a plus : la couche de houille qui vient affleurer à l’Est du deuxième banc de poudingue sur la rive droite de la Lena, en face du hameau de Sanriello, est accompagnée d’un banc de schiste fossilifère, dont j’ai déjà précédemment signalé l’existence et particulièrement caractérisé par l’abondance des valves du Spirifer Mosquensis, dont il est pour ainsi dire pétri; or, ces mêmes fossiles ont été rencontrés dans les schistes de même nature qui accompagnent la couche « Leon'a » exploitée autrefois sur la rive gauche du Nalon à peu de distance de l’affleurement du même banc de poudingue. Ce fait ne me paraît laisser aucun doute sur l’identité des deux couches, et semble affirmer d’une manière complète la continuité de la stratification dans cette partie du bassin. Or, la direction E. 10° S. — O. 10° N. suivie par le banc de poudingue aux environs de la mine« Leona » se retrouve dans les couches que l’on rencontre en tournant le Confelet en remontant la vallée de Sama; ces mêmes couches prolongées traversent en partie la vallée de San-Juan, formant ainsi un faisceau compacte qui se trouve directement en contact avec le poudingue de Ranero. Le sens de l’inclinaison semblerait indiquer que le banc de poudingue leur serait superposé; toutefois, certains indices résultant dé l’examen des couches de houille peuvent faire supposer que l’ensemble du système a subi un renversement qui a interverti dans cette partie l’ordre naturel de superposition. Ce renversement des couches est d’ailleurs un accident assez fréquent dans le terrain de transition des Asturies. Plusieurs exemples de ce genre, fort intéressants, dans lesquels le terrain carbonifère se présente recouvert par des assises appartenant à la période devonienne, ont été signalés par MM. Schulz et Cassiano de Prado tant dans la partie occidentale des Asturies que dans le bassin de Sabero situé sur le versant méridional de la chaîne cantabrique.
- On se rappellera que cette direction de l’Est \ 0° Sud à l’Ouest \ 0° Nord est également celle des couches qui traversent le Caudal au-dessus de
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- Mières; on la retrouve aussi dans le premier banc de poudingue qui suit la limite septentrionale du bassin houiller de La Eoz à Tudela, de telle sorte que, si une coupe de terrain faite perpendiculairement à cette direction entre la vallée du Nalon aux environs de Tudela et la vallée de Zamuno au Sud-Est de Sama venait confirmer les suppositions que l’on peut déduire du parallélisme de direction, quant à la concordance de stratification, l’épaisseur du terrain houiller prise sur ce point dépasserait de beaucoup celle que j’ai supposée précédemment.
- Ce ne sont encore là, toutefois, que des conjectures qu’un examen approfondi du terrain accompagné de plans et de '.coupes pourra seul transformer en réalités. L’étude des divers bancs de poudingue siliceux et calcaires qui sillonnent le terrain houiller serait particulièrement intéressante au point de vue des données qu’elle pourrait fournir sur leur situation primitive par rapport à l’ensemble de la formation. Ces groupes de conglomérats qui viennent affleurer suivant la limite septentrionale du bassin houiller représentent-ils la base de la formation? Les deux couches de poudingue qui traversent obliquement le bassin depuis Sanriello jusqu’au-dessus de Sama et les bancs plus puissants qui coupent la vallée d’Aller à l’Est de Santa-Cruz sont-ils complètement indépendants des premiers, de telle sorte que, superposés à une certaine distance les uns des autres, ils divisent la formation en deux ou trois étages successifs? Ce sont autant de questions qu’il faudrait pouvoir résoudre. Un fait certain, c’est que le plissement des couches de poudingue dans la vallée d’Aller à l’Est de Santa-Cruz est le résultat d’un soulèvement qui a amené ces couches au jour en brisant et en écartant les assises supérieures. Or, il est à remarquer qu’en traçant une ligne de Santa-Cruz à l’extrémité de la vallée de Zamuno, où, suivant M. Schulz, vient disparaître l’affleurement de ces couches de poudingue, cette ligne suit à très-peu près la direction E. 40° N.-O. 40° S., qui est celle de la stratification dans la partie septentrionale du bassin. Cette direction serait donc intimement liée au soulèvement qui a produit le grand arc de Santa-Cruz, et c’est sur ce point, par conséquent, qu’il conviendrait, à mon avis, de concentrer son attention.
- Mais j’en ai dit assez pour faire comprendre les difficultés qui se présentent et l’intérêt qu’il y aurait à les résoudre.
- Pour résumer les considérations précédentes, il paraît résulter de l’ensemble des observations acquises aujourd’hui que certaines couches se prolongent sur toute l’étendue du bassin; que cette continuité.de direction paraît être interrompue dans le centre et le Sud-Est parle soulèvement qui a amené au jour les poudingues de Santa-Cruz et brisé les couches superposées; qu’il résulte de ce bouleversement une complication telle dans la situation de ces couches brisées et quelquefois même probablement renversées, qu’il n’est pas possible aujourd’hui de déterminer d’une manière exacte leur ordre de succession et d’en
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- rétablir la continuité, sans une étude de longue haleine. Jusqu’à ce que ce travail ait- été exécuté, il demeure impossible de fixer d’une façon certaine l’épaisseur moyenne de la formation.
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- De la houille des Asturies. — Situation des couches.
- Leur puissance. — lature de la houille.
- Nombre des concises de taonille. — Les couches de houille qui caractérisent d’une manière si spéciale la période carbonifère se rencontrent en abondance dans le terrain du centre des Asturies. Leur plus grand développement correspond à l’époque du dépôt des couches aré-nacées et schisteuses qui ont succédé au calcaire carbonifère, et qui constituent le véritable terrain houiller des Asturies. Elles alternent tantôt avec les bancs de poudingue siliceux et calcaire, tantôt avec les couches de grès et de schistes, se succédant souvent à des distances très-rappro-chées et généralement groupées de manière à former des séries successives séparées par des massifs complètement stériles.
- Jusqu’ici, aucune étude d’ensemble n’a permis de coordonner les recherches exécutées sur les différents points du bassin, et il suffit de se reporter aux observations qui terminent le chapitre précédent pour comprendre qu’il n’est pas possible de fixer dès à présent le nombre exact des couches de houille qui se sont successivement déposées et dont on ne retrouve aujourd’hui que des fragments souvent isolés, quelquefois brisés et répli-és de manière à produire une confusion au milieu de laquelle il est difficile de rétablir l’ordre primitif. Les exploitations actuelles n’occupent d’ailleurs qu’une bien faible partie du bassin; sur tous les autres points les couches de houille ne sont réellement connues que par leurs affleurements; et l’on comprend que des trayaux de recherche spéciaux seraient indispensables pour en déterminer exactement le nombre et l’importance. Néanmoins, en admettant même que des observations ultérieures viennent à démontrer l’identité des couches reconnues dans les vallées de Turon et d'Aller avec celles que bon exploite actuellement aux environs de Saïqa et de Mières, les résultats des reconnaissances faites jusqu’à ce jour permettent encore d’affny mer que le nombre total des couches de houille atteint un chiffre assez élevé. La galerie de travers banc de la mine « la Mosquitera » dans la vallée du Gandin, prolongée jusqu’à lq vallée de San-Andrés sur une longueur totale de 3500 mètres doit recouper 70 couches. Mais la différence de pendage observée à ses deux extrémités fait supposer que ces cou-
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- ches doivent former dans l’intérieur du massif qui sépare les deux vallées un pli en forme de fond de bateau, et que par conséquent une partie des couches de houille rencontrées dans la vallée de San-Andrès ne seraient que le prolongement de celles de la vallée du Gandin. Jusqu’ici le tronçon ouvert de ce côté a traversé sur une longueur de 1 300 mètres et sans changement d’inclinaison 23 couches exploitables mesurant par conséquent une épaisseur minima de 0®,30.
- Dans la vallée de Turon M. Virlet d’Aout a dernièrement reconnu plus de 80 couches différentes exploitables:
- Des recherches que j’ai faites moi-même dans la vallée d’Aller, aux environs de Moreda, m’ont permis de constater sur ce point la présence d’une quarantaine de couches espacées sur une longueur de deux kilomètres environ et régulièrement superposées.
- Épaisseur des conciles. — L’épaisseur des bancs de houille déposés dans un même bassin est généralement en proportion inverse de leur nombre. C’est ainsi que, tandis que les bassins houillers du Nord de la France, de la Belgique, de la Rhur en Westphalie, contiennent un nombre de couches variant de 50 à 14 0, d’.une puissance moyenne de 0.50 à 0.70,les couches des bassins de la Loire et de Saône-et-Loire qui ne sont pas au nombre de plus de 10 pour le dernier et 25 pour le premier, atteignent des épaisseurs de 10,20,30 et même 40 mètres sur quelques points (le Creusot, Monchanin).
- La même règle s’applique au bassin des Asturies. Comme dans le Nord de la France les couches y sont nombreuses, mais leur épaisseur varie depuis 25 et 30 centimètres à 2 et 3 mètres au plus. A l'entrée delà vallée du Gandin, du côté de la Felguera, on rencontre deux couches de 2 mètres et 2m,50. M. Virlet a signalé également dans la vallée de Turon une couche de 2m.10. Dans la vallée d’Aller, on rencontre quelques couches dont l’épaisseur moyenne atteint 1m.50. La généralité, cependant, ne dépasse pas 0m.90 à 1 mètre, et l’on peut dire que la puissance moyenne des couches dans tout le bassin houiller des Asturies se maintient entré 0^.60 et 0m.90.
- Leur distance varie comme leur puissance; il faut observer, toutefois, qu’elles sont généralement groupées en nombre plus ou moins considérable, formant des massifs isolés par des parties complètement stériles. Dans ces massifs l’écartement moyen des couches est de 50 à 60 mètres, quoique souvent elles se rapprochent à 10 ou 15 mètres et quelquefois moins. La coupe indiquée par la figure 2 (p. 571) montre la disposition des couches sur une étendue de 2000 mètres, dans la vallée d’Aller, entre Moréda et Miciegos. On voit que les couches de houille au nombre de 18 y alternent avec des bancs de grès houiller et de calcaire carbonifère, dont les épaisseurs atteignent sur quelques points des dimensions considérables.
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- L’inconvénient résultant de cet écartement, au point de vue du développement à donner aux galeries à travers banc, disparaît dans le cas présent; l’axe de la vallée étant à peu près perpendiculaire à la direction de la stratification, les couches peuvent être attaquées directement sans qu’il soit besoin de les recouper par une galerie transversale.
- Cette particularité se reproduit également sur la rive gauche du Nalon entre Sama et la vallée de Lada, où les couches viennent affleurer sous une direction E. 10° N. à peu près perpendiculaire à celle de la vallée.
- Direction et inclinaison des couches. — La direction des bancs de houille suit naturellement celle de la stratification du terrain encaissant; elle partage ses variations et subit comme elle de fréquents changements. C’est ainsi que, tandis que vers le milieu de la vallée d’Aller la direction des couches de houille fait avec le méridien magnétique un angle de 30 à 40° vers l’est, elle affecte dans la vallée de Turon la direction générale de la chaîne cantabrique E. 18° S. à O. 18° N.; entre les vallées de San-Juan, de Sama et du Nalon elle devient O. 10° S. à E. 10° N. pour s’incliner de nouveau au N. 15° E. dans la vallée du Candin. 11 est clair que ces variations de direction amènent nécessairement de nombreux changements dans le sens de l’inclinaison des couches qui plongent tantôt au N. O., tantôt au S. E., mais généralement sous un angle de 60 à 80°. L’inclinaison se réduit cependant quelquefois à 45 ou 50° vers les points d’affleurement, ce qui semblerait indiquer qu’au moment du soulèvement qui les a relevées dans leur position actuelle, les couches n’avaient pas encore atteint leur complet durcissement et qu’elles ont dû céder sous le poids des dépôts qui les recouvraient.
- Je me suis suffisamment étendu sur ces questions de stratification dans le chapitre précédent pour n’avoir pas à m’y arrêter plus longtemps. Mais je dois signaler l’influence que ces accidents généraux ont exercé sur l’allure des couches de houille intercalées. Les plissements résultant des perturbations géologiques qui ont si profondément affecté le sol des Asturies viennent souvent modifier dans une même couche le sens de l’inclinaison. J’ai déjà cité plus haut les nombreuses variations d’inclinaison qu’affectent les assises du terrain de la vallée du Nalon et de la vallée d’Aller, variations auxquelles participent nécessairement les couches de houille qui les accompagnent. Le même phénomène se répète sur plusieurs autres points, et il est (probable que l’extension de l’exploitation en fera successivement constater de nouveaux exemples. Mais de tous les accidents, qui affectent généralement les couches de houille, les plus communs dans les Asturies sont les crains ou rétrécissements subits qui ont le plus souvent pour conséquence de faire disparaître momentanément toute, trace de charbon. Ces accidents, qui se
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- répètent quelquefois tous les 200 ou 300 mètres, entravent considérablement l’exploitation.
- Si les recherches entreprises en vue de déterminer l’épaisseur probable de la formation houillère doivent présenter un intérêt tout spécial au point de vue industriel en permettant de déterminer le nombre des couches de houille que l’on devra rencontrer sur tel point déterminé, il est une autre question qui n’intéresse pas moins l’exploitation et qu’une étude plus complète de la stratification du terrain houiller permettrait également de résoudre : je veux parler de la continuité des couches en profondeur. Sur toute l’étendue du bassin les couches relevées sous un angle de 70 à 80° forment entre les vallées des massifs montagneux dont la hauteur moyenne peut être évaluée à 3 ou 400 mètres au-dessus du thalweg. L’exploitation en hauteur des lits de charbon intercalés dans ces massifs nécessitera sans doute un certain nombre d’années; mais il viendra un moment où la partie supérieure des couches se trouvant épuisée, il faudra descendre au-dessous du niveau des vallées. Quelle sera l’étendue de ce nouveau champ d’exploitation?
- Ces couches si fortement inclinées dont les tranches successives composent la surface actuelle du sol ne peuvent se prolonger indéfiniment en profondeur. Peut-être ces affleurements sont-ils les prolongements redressés de couches spperposées qui reprendront en dessous du sol une position plus voisine de l’horizontale? Si, au contraire, les divers groupes qui viennent s’appuyer ou butter les uns contre les autres sont autant de fragments distincts du terrain soulevé et brisé, la hauteur verticale des couches sera nécessairement proportionnelle à l’étendue de ces fragments que nous voyons aujourd’hui dans une position perpendiculaire à celle qu’ils occupaient lors de leur formation. Cette étendue, nous ne la connaissons pas aujourd’hui, et aucune recherche nJa permis de déterminer encore la profondeur à laquelle on doit rencontrer au-dessous du terrain houiller les couches qui lui servent de support. Je laisse donc à l’avenir le soin de résoudre la question.
- Katnre de la bouille. — Les houilles des Asturies sont généralement de nature grasse, et particulièrement propres aux usages de la métallurgie; au feu, elles se boursouflent, se collent et brûlent avec une flamme longue. Riches en produits gazeux, elles sont peu pesantes, présentent un éclat brillant et se brisent avec une grande facilité. Ces caractères généraux se modifient cependant dans une certaine mesure suivant la localité ; sur certains points on ne rencontre même que des houilles maigres et sèches au point de ne pouvoir pas servir à la fabrication du coke. Ces variétés sont toutefois plutôt des exceptions, et la généralité des houilles exploitées dans toute l’étendue du bassin donne de bons résultats à la calcination.
- De nombreuses analyses ont été faites sur les houilles des Asturies
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- par M. Paillette, auquel on doit d’intéressantes observations sur la géologie de cette province'. On trouve dans l’ouvrage de M. Schulz un résumé de ces analyses que je crois devoir reproduire ici :
- s sa J= G MOYENNE DES ESSAIS '
- JfS COKE CENDRES de chaque groupe.
- S LOCALITÉS. pour 100 pour 100
- H ® C/3 de bouille, de houille. COKE pour 1 00. CENDRES pour 100.
- 6 * Olloniego 60.1 à 66.4 1.6 à 4.7 63.4 3.6
- 3 * Tudela 66.0 69.0 1.0 2.0 67.7 1.7
- 11 * Mieres, 69.3 69.0 0.7 4.8 63.9 2.4
- 2 * Lena 62.2 68.7 2..8 3.7 67.5 3.3
- 15 * Langreo 64.6 63.6 0.4 3.9 59.1 1.9
- 24 * Siero 63.0 62.6 0.6 3.7 59.4 1.8
- 1 9 Torazo en Cabranes.., Villon, au sud de Villa- 77.0 » 1.6 » )) »
- viciosa 72.0 62.0 3.0 5.0 85.2 4.3
- 2 Colunga 89.0 90.0 6 6 6.0 89 5 5 8
- 1 Ronciello (Nueva)..,. . 70.0 », 7.5 » )) »
- 1 Arenas de Cabrales. . . 68.0 » 10.0 » )) >)
- Les six premières analyses se rapportent à des échantillons provenant du bassin principal des Asturies; les autres correspondent à divers bassins secondaires.
- Yoici, d’autre part, également d’après M. Schulz, un extrait des analyses faites par M. de Aspiroz, au laboratoire de la fabrique d’armes de Truvia, sur divers échantillons de houille des Asturies1 2 :
- COUCHES. LOCALITÉS, COKE pour 100 (le houille. CENDRES pour 100 de, houille. NOMBRE DE CALORIES correspondantes en prenant pour base Je chiffre de 7.815 pour le carbone pur.
- 4 Riosa et Morcin. ..... 58.4 à67.0 3.4à 8.2 6.173 à 6.6.42
- 2 Olloniego. 62.2 63.0 2.2 5.8 » »
- 4 Sama. , 56.0 66.5 2.2 4.0 5.627 0.508
- 9 Santa-Ana,......... 58.0 61.Q 2.4 4.0 6.200 6.400
- 3 Arenas en Siero 55.4 58.8 1r4 3.0 6.018 6.174
- 1 Santofirme . 57.4 » 9.6 » 5.734 »
- 1 Arnao (Avilès) 54.4 58.6 8.0 18.0 4.220 5.157
- 2! Anthracite de Colpnga, 86.4 87.4 5,4 6.5 7.268 7.336
- 1. Voir le Mémoire intitulé : Recherches sur quelques roches qui constituent la province des Asturies, par A. Paillette. Bulletin de la Société géologique de France, 1845.
- 2. Ces analyses ont été publiées par la Société économique d’Oviedo, en 1843 et 1857, et dans la Revista minera, tome VI, page 56 et suivantes.
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- Les cinq premières correspondent seules au bassin central.
- On voit par ces résultats que la teneur en coke des houilles du centre des Asturies serait en moyenne de 50 à 67 poür 100 pour une quantité de cendres variant de 1,7 à 3,6 pour 100.
- Les résultats industriels restent sensiblement au-dessous de ces rendements.
- Dans le bassin de Sama, le rendement des houilles menues calcinées à l’usine de la Felguera ne dépasse pas 50 pour 100 de coke. Plusieurs qualités de houille de cette localité ne peuvent se traiter qu?au four Ap-pold, et il existe même au nord-est du bassin certaines couches de houilles sèches tout à fait impropres à la fabrication du coke.
- Les houilles de cette partie du bassin sont généralement pyriteuses et les menus fortement mélangés de schistes demandent à être préalablement lavés avec soin.
- Dans la vallée du Caudal et aux environs de Mières, la qualité de la houille paraît supérieure. On y rencontre peu ou point de pyrite et le rendement en coke atteint un chilfre plus avantageux. Les charbons des environs de Figaredo, à l’entrée de la vallée de Turon, produisent à Vair libre un coke d’excellente qualité pour les applications métallurgiques. Les' menus employés à l’usine de Mières pour la fabrication du coke dans les fours ordinaires donnent un rendement de 56 à 63 pour 100; la moyenne peut être estimée à 57 1/2 pour 100. Le coke obtenu est dur, brillant, sonore et d’un bon emploi.
- Appliqués à la fabrication du gaz, les charbons des Asturies (Sama, Olloniego, Mières) donnent un rendement moyen de 18 à 20 mètres cubes de gaz et 55 à 60 pour 100 de coke1. Le gaz produit est de bonne qualité et doué d’un pouvoir éclairant suffisant pour qu’il ne soit pas nécessaire de l'enrichir par une addition de cannel coal.
- Dans ces conditions, il est incontestable que les houilles des Asturies pourront être employées avec avantage à la fabrication du gaz dans les villes du littoral et de l’intérieur de l’Espagne, en concurrence avec les charbons anglais, aussitôt que l’ouverture de voies de communication rapides leur permettra d’arriver sur ces différents points dans des conditions de prix satisfaisantes.
- 1. Usine à gaz d’Oviedo..
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- III
- Exploitations houillères du bassin des Asturies.
- Principaux points d’exploitation.—Ii existe actuellement dans le bassin central des Asturies deux centres d’exploitation principaux : à l’Est, ceux de Sama et de Laviana; à l’Ouest, celui de Mières. Au nord, sur la route d’Oviedo, à la limite du terrain carbonifère, on exploite également quelques couches aux environs d’Olloniégo. Les autres parties du bassin, privées jusqu’à ce jour de moyens faciles de communication, n’offrent que quelques exploitations isolées et de peu d’importance.
- Le groupe principal est celui de Sama de Langreo qui comprend les mines ouvertes dans les vallées du Gandin, du Paramaraibo, du Nalon, et fournit actuellement 2 à 300 000 tonnes annuelles, tant à la consommation locale qu’à l’exportation. C’est à l’existence du chemin de fer de Gijon à Langreo, dont la construction remonte à l’année 1854, que l’on doit le développement qu’a pris l’exploitation de la houille dans cette partie du bassin, moins bien favorisée cependant sous le rapport de la nature des produits que la région du sud-ouest, où, il faut l’espérer du moins, l’ouverture prochaine de la ligne de Gijon à la Pola de Lena produira les mêmes heureux résultats. Mais en attendant que la mise en exploitation de la ligne ferrée qui doit desservir la vallée du Caudal et les vallées transversales vienne donner à l’industrie minière de cette région une impulsion nouvelle, les produits des mines environnantes n’ont d’autres débouchés que les hauts fourneaux de Mières et le marché de la ville d’Oviedo, où l’usine à gaz et quelques fonderies s’alimentent en partie de leurs charbons.
- Si le nombre des mines ouvertes dans ces diverses localités est assez considérable' pour qu'il soit difficile de l’apprécier à première vue, il n’en est pas de même de celui des exploitations de quelque importance dont le nombre est encore aujourd’hui fort restreint. Dans les vallées du Candin et du Nalon, on ne compte guère plus de cinq à six entreprises minières vraiment dignes de ce nom; encore la moitié d’entre elles n'ont-elles qu’une importance relative bien faible, si on la compare aux exploitations de nos bassins houillers.
- En comparant, en effet, au nombre de ces exploitations le chiffre de la production donné plus haut, on voit que la moyenne maxima pour chacune d’elles serait d’environ 50 000 tonnes. Hâtons-nous de dire que s’il y en a une ou deux qui la dépassent, les autres sont loin de Pattern-
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- dre. Et cependant, sans tenir compte du contingent que viendraient offrir encore à la production les nombreuses concessions de moindre importance, dont j’ai signalé l’existence, il n’y a nul doute que chacune des grandes entreprises minières du bassin de Sama ne puisse facilement obtenir une production de 100 à 150 000 tonnes annuelles. Ce résultat se déduit naturellement de l'étendue de leurs concessions qui atteignent en moyenne 1 000 à 1 500 hectares et pourraient facilement recevoir chacune un millier d’ouvriers. J’expliquerai plus loin les causes auxquelles il faut attribuer cette situation qui semble au premier abord anormale, en ce qui concerne le bassin de Sama. Pour le moment, je vais en quelques mots décrire ses procédés d’exploitation et résumer les principaux faits qui s'y rattachent.
- Expï©iÉ;ati®M ppopperaaessi dite. — Avaaitages et inconvé-B&feBaÉs. — L’exploitation de la houille dans les Asturies rencontre dans l’allure même des gisements certaines circonstances favorables dont on peut tirer un parti avantageux, au point de vue de l’économie d’installation et de la simplicité des procédés d’exploitation. Grâce à la forte inclinaison de la stratification, à la nature accidentée du sol qui présente une succession de vallées profondes, séparées par des massifs montagneux de plusieurs centaines de mètres de hauteur, l’épuisement de la partie située au-dessus du niveau des vallées offrira pendant longtemps un vaste champ d’exploitation. Dans ces conditions, l’extraction ne présente aucunes difficultés sérieuses, l’exploitation se faisant par simples galeries débouchant à flanc de coteau, et les produits arrivant au jour sans le secours de puits ni de machines d’extraction. Par le même fait se trouvent supprimées les pompes d’épuisement d’une installation souvent si coûteuse; ici, l’eau d’infiltration, qui pénètre dans les travaux en suivant les plans de stratification ou les délits des couches, s’écoule naturellement par les galeries de roulage, auxquelles il suffît de donner une pente régulière vers l’ouverture en ménageant une rigole sur le côté. A l’entrée et à la sortie des ouvriers, on économisera la perte de temps qui résulte habituellement de la manœuvre des cages, ou de l’emploi des échelles dans les puits de service : en résumé, il y aura, d’une part, simplification dans le travail de l’extraction et, d’autre part, économie considérable dans les frais d’installation, par la suppression des puits et de tout le matériel qui les dessert habituellement.
- L’absence presque complète de grisou dans les couches de houille des Asturies permet également d’employer dans le travail souterrain les lampes ordinaires, et exempte les exploitants des précautions auxquelles ils doivent se soumettre dans les mines où la production du gaz est une cause permanente de dangers auxquels on ne saurait se soustraire que par une surveillance constante.
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- M„ Ed. Cifuentes, ingénieur en chef des mines de la province d’Oviedo, pense que les perturbations qui ont affecté le sol des Asturies et donné aux couches de houille la position presque verticale qu’elles occupent actuellement ne seraient pas étrangères à l’absence du grisou dans les mines de ce bassin. Les couches de houille en venant affleurer sous un angle de 60 à 70° auraient ainsi offert une issue facile aux gaz de l’intérieur, qui, s'échappant au furet à mesuré de leur formation, ne peuvent s’accumuler en quantités suffisantes pour présenter un danger sérieux. Cette situation se maintiendra-t-elle lorsque l’on descendra au-dessous du sol? C’est ce que l’expérience seule apprendra; mais l’époque en est encore probablement bien éloignée, et de longues années peuvent s’écouler, avant que les exploitants des Asturies aient à se préoccuper des dangers que pourrait occasionner la présence, dans leurs travaux, de cet agent, au compte duquel il faut malheureusement porter chaque année quelques terribles catastrophes.
- A côté de ces avantages, il existe aussi quelques inconvénients.
- Le premier de tous, celui dont l’importance influe le plus sur le développement de l’exploitation des mines en Asturies, c’est la rareté de la main-d’œuvre. Dans l’état actuel, le nombre des ouvriers mineurs est déjà insuffisant, et la plupart des exploitants éprouvent de la difficulté à réunir le personnel nécessaire à leurs travaux. La division de la propriété et la fertilité du sol éloignent sans doute du travail souterrain la population, d’ailleurs peu dense, de la contrée. Pendant les saisons des récoltes les bras manquent aux travaux de la campagne, qui réclament le concours des ouvriers employés dans les mines. Le bas prix de la main-d’œuvre exerce également son influence sur cette situation. Il est évident qu’un ouvrier qui ne gagne que 2 francs à 2f,50 par jour, pour travailler pendant huit ou dix heures dans l’intérieur d’une taille ou d’une galerie, profitera de la première occasion qui se présentera à lui de gagner le même salaire aux travaux de la campagne, pour abandonner momentanément la mine. Il le fera d’autant plus facilement que la rareté de la main-d’œuvre empêche à ce moment l’exploitant de le remplacer immédiatement et le force, pour ainsi dire, à le reprendre, lorsque, la récolte achevée, il vient de nouveau se présenter au chantier. Beaucoup d’ouvriers possèdent, d’ailleurs, eux-mêmes quelque coin de terre qui nécessite leurs soins à certaines époques de l’année; on peut même dire qu’un grand nombre d’entre eux ne travaillent dans les mines que lorsqu’ils n’ont pas de travail aux champs. Le manque de soins et d’activité dans le travail souterrain sont les conséquences nécessaires de cette situation particulière. Ajoutons à cela que ces mêmes ouvriers sont quelquefois obligés de faire une ou deux lieues à pied le matin, au travers des montagnes, pour se fendre au chantier, autant le soir pour rentrer chez eux, qu’ils sont mai logés, mal nourris, et l’on ne s’étonnera
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- pas de voirie travail se ressentir des mauvaises conditions économiques élans lesquelles se trouve le travailleur.
- Il est de fait que le rendement de l’ouvrier mineur en Asturies est relativement faible et qu’il y aurait lieu d’étudier les moyens à employer pour l’élever graduellement. Je reviendrai plus loin sur Ce point capital en traitant du développement possible de l’exploitation houillère dans cette contrée. Pour le moment, je me contenterai d’appeler l’attention sur les difficultés présentes qui résultent, pour l’exploitant, de cet état de choses, difficultés auxquelles il faut encore ajouter celles qui sont la conséquence naturelle de l’allure irrégulière des couches en direction. Exposé sans cesse à voir varier l’épaisseur de la couche poursuivie, â la voir même disparaître complètement dans une étreinte, il lui faut nécessairement tenir constamment en réserve un certain nombre de chantiers qui lui permettent de faire face aux accidents imprévus qui pourraient venir momentanément interrompre la production des couches en exploitation. Si l’on considère que de pareils accidents se répètent fréquemment, quelquefois tous les 2 ou 3D0 mètres, on comprendra qu’il en résulte une sujétion excessivement coûteuse. La préparation et l’entretien des chantiers de réserve, les frais supplémentaires qui résultent de l’abandon d’une taille en exploitation et de là reprise du travail sur un autre point de la mine, sont autant de dépenses qui viennent grever les frais d’exploitation ordinaires de la houille.
- Il faut enfin prendre en considération la difficulté que rencontrent les exploitants à se procurer dans les environs les bois nécessaires au soutènement des tailles et des galeries. La plus grande partie des bois dé mines employés dans le bassin de Sama provient de là côte dés Asturies ou de la province dé Galice. Ce sont des bois de pins, bien inférieurs certainement, en résistance et en durée, âu châtaignier, que fourbit la localité ; mais celui-ci ne se rencontre pas en assez grande abondance pour suffire aux besoins d’une exploitation de quelque importance.
- Mode d’exploitatioss. — Couches fortement inclinées, dont l’angle à l’horizon varie de 60 à 70° en moyenne, présentant une épaisseur ordinaire de 0.50 à 1 mètre, toit et mur formés de grès houiller schisteux ou de schiste proprement dit, généralement délitables après une exposition plus ou moins prolongée à l’air atmosphérique, telles sont les conditions dans lesquelles se présente la houille du bassin central des Asturies.
- L’exploitation se fait par étages superposés de 30 à 40 mètres dé hauteur dans lesquels l’abatage a lieu par gradins renversés. Yoici en général comment on proeède.
- . Les couches venant dans la plupart des cas couper obliquement les vallées, dont l’axe forme avec leur direction un angle plus ou rnoins aiguy on: commence par les recouper au moyen d’ùiïe galerie principale
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- à travers banc menée perpendiculairement à leur direction ou à l’axe de la vallée. Au-dessus de cette première galerie ouverte à 10 ou 15 mètres plus haut que le niveau du thalweg, on en perce une seconde, puis une troisième et une quatrième s’il y a lieu, de manière à diviser le massif à exploiter en deux ou plusieurs étages superposés. Chaque couche recoupée par les galeries à travers banc est ensuite divisée par des galeries en direction en autant de tailles qu’il y a d’étages, formant ainsi une série de massifs de 30 à 40 mètres d’élévation. Les tailles sont à leur tour divisées en 12 ou 15 gradins mesurant chacun 2m.50 de hauteur. L’écartement des gradins dans le sens horizontal ne dépasse pas 2m.50 à 3 mètres, de telle sorte que la ligne d’abatage fait avec la verticale un angle de 45 à 50°.
- L’avancement moyen par journée d e travail est de 0m. 90 à1 rnètrecorres-pondant à la profondeur du havage qui varie nécessairement avec la nature de la houille exploitée. 11 résulte de ces chiffres que le produit journalier d’un ouvrier piqueur à la veine, en supposant une couche moyenne de 0m.60, sera de 2.50x0.60x0.90 = 1mc350, correspondant à 20 hectolitres ou 1,750 kilogrammes. Ce rendement, qui suit nécessairement les mêmes variations que l’épaisseur des couches, peut s’élèver jusqu’à 70 et 80 hectolitres dans quelques couches puissantes de 2 mètres à 2m.50, mais qu’il faut considérer plutôt comme des exceptions. En moyenne, le rendement par mètre carré de couche ne paraît par dépasser 9 à 10 hectolitres.
- L’abatage se fait au pic ou à la poudre suivant la nature de la houille. Les produits de chaque taille sont versés par des cheminées dans les wagonnets qui desservent les voies de roulage et conduisent le charbon au jour; là, des plans inclinés établis à flanc de coteau descendent les wagonnets au niveau des cribles et des laveurs. Comme on le voit, il n’existe pas de puits intérieurs pour relier entre eux les divers étages qui ne communiquent que par l’intermédiaire des tailles et des plans inclinés extérieurs. Dans la plupart des exploitations, les galeries qui desservent souvent un grand nombre de tailles n’ont cependant qu’une faible section, juste suffisante pour le passage des wagonnets dont le service est fait par des ouvriers rouleurs.
- S’il en résulte une certaine économie dans le percement des galeries à travers bancs, condition essentielle pour la plupart des exploitations de cette contrée qui ne possèdent qu’un capital relativement très-restreint, il ne faut pas se dissimuler que cette circonstance nuira considérablement au développement ultérieur de leur champ d’exploitation env s’opposant à l’organisation d’un service de transport plus actif et surtout plus économique. Seule parmi toutes les mines du bassin de Sama, la galerie principale de la Mosquitera, située à l’extrémité de la vallée du Oandin, a reçu des dimensions qui permettent d’employer des chevaux au roulage intérieur, et il y a lieu de s’étonner de ne pas rencontrer la même disposition dans les autres exploitations. Nul cloute qu’à un moment
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- donné elles ne se trouvent obligées de transformer leurs galeries actuelles en galeries à grande section pour supprimer le roulage à la main qui deviendra fort coûteux lorsque les voies de roulage atteindront une certaine longueur; il eût mieux valu prévoir dès l’origine les besoins de l’avenir que de s’exposer ainsi à des transformations ultérieures qui ne laisseront pas que d’être fort dispendieuses.
- Le matériel du roulage se compose de wagonnets en bois d’une contenance de 6 à 7 hectolitres circulant sur des voies de 0m,50 à 0m,60.
- L’emploi des wagons en fer ne s’est pas encore répandu quels que soient les avantages qu’il pouvait présenter au point de vue de }a durée. La manœuvre des plans inclinés qui reçoivent les wagonnets au sortir des galeries se fait automatiquement. Le poids des wagons pleins étant utilisé pour remonter les wagons vides; un frein placé sur le tambour permet de modérer la vitesse et de régler la descente,
- Le rapide aperçu qui précède montre que le' service complet de rexploitation se fait sans l’intervention d’aucun moteur mécanique, les produits extraits tendant continiiellement descendre par leur propre poids ; il en est de même pour l’épuisement des eaux qui s’écoulent naturellement par les galeries de transport auxquelles on donne une légère pente vers l’extérieur. Si on se souvient de la complète absence de grisou dans les houillères des Asturies, on comprendra qu’il n’y a pas non plus nécessité absolue d’avoir recours à remploi d’un moyen mécanique de ventilation pour assainir les tailles et les galeries de service.
- Je dois faire observer cependant que le système de ventilation naturelle laisse souvent à désirer. Le courant s’établit de l’étage inférieur à l’étage supérieur en passant par les tailles. Lorsqu’il existe un plus grand nombre d’étages, les galeries de transport intermédiaires sont munies de portes qui s’opposent à la sortie de l’air et forcent le courant établi à traverser les étages supérieurs ; mais si le nombre des tailles est un peu considérable, il se produit nécessairement de grandes irrégularités dans la distribution de l’air aux divers chantiers ; l’emploi delà poudre vient encore souvent vicier l’air des galeries et des tailles et exigerait un renouvellement plus actif. Le seul exemple de ventilation artificielle se trouve dans la mine de la Mosquitera qui a établi, au second étage de son exploitation une cheminée d’appel alimentée par un foyer. Ce moyen très-simple, qui ne présente aucun danger, vu l’absence de gaz hydrocarbonés, pourrait être avantageusement employé dans la plupart des autres exploitations. Le travail, dans l’intérieur des tailles, y deviendrait certainement plus productif si l’on s’appliquait à placer le travailleur dans des conditions matérielles plus favorables.
- Dans le plus grand nombre des cas, en effet, la circulation de l’air dans les tailles s’effectue mal; soumise à toutes les variations des con-
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- ditions atmosphériques, elle manque de régularité. C’est surtout à l’extrémité des galeries en percement que l’absence d’une ventilation suffisante se fait particulièrement sentir. Le même inconvénient se reproduit lors du montage des tailles; au lieu de découper à l’avance les massifs destinés à l’exploitation en prolongeant d’une quantité suffisante les galeries en direction et les réunissant par des cheminées ou galeries montantes qui assureraient la ventilation, on attaque directement la couche par la galerie inférieure que l’on prolonge au fur et à mesure du montage de la taille, de telle sorte que jusqu’au moment où l’on a atteint la galerie supérieure, le renouvellement de l’air dans l'intérieur des gradins se fait d’une manière tout à fait insuffisante. Il résulte encore de l’emploi de cette méthode un autre inconvénient. L’avance des galeries en direction sur les tailles est toujours très-faible; s’il survient une étreinte ou tout autre accident qui vienne momentanément paralyser la production de la couche exploitée, le mineur se trouvant pris au dépourvu, est obligé d’ouvrir rapidement un nouveau chantier pour compenser l’abandon du premier. S’il avait eu la précaution de prolonger tout d’abord d’une quantité suffisante les galeries en direction, de les relier à une certaine distance par une cheminée et d’attaquer ensuite le massif ainsi découpé soit par une extrémité soit par l’autre, tous les inconvénients précédents auraient disparu. Certain de la continuité de la couche, de sa régularité sur l’espace qu’il vient ainsi de reconnaître, il n’aurait plus à craindre de se trouver subitement interrompu dans son travail et il pourrait avec certitude compter sur une production correspondant à l’importance du massif isolé. Il est vrai que cette méthode suppose un développement d’exploitation et une organisation souvent incompatibles avec les conditions de production restreinte de la plupart des mines en Asturies.
- Le criblage de la houille et le lavage des menus s’effectuent à la sortie de la mine. Ici encore on remarque l’absence de tout moteur mécanique. Le lavage se fait à la main dans des caisses à piston du modèle ordinaire; cette opération est généralement effectuée par des femmes dont le salaire peu élevé permet de la réaliser dans des conditions économiques. La substitution du lavage mécanique au lavage à la main1 présenterait cependant l’avantage d’un rendement plus considérable et d’une réduction de dépense, circonstances qui tirent une grande importance de la proportion même du menu fourni par les exploitations des Asturies; elle permettrait également de supprimer une partie du travail manuel et, à ce point de vue, elle se relie à l’ensemble des perfectionnements qu’il y aurait lieu d’étudier pour diminuer autant que possible
- i. Le lavage mécanique est aujourd’hui appliqué dans les usines de la Felguera et de Mîères.
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- dans l’exploitation des houillères de ce pays l’importance de la main-d’œuvre proprement dite; condition essentielle au développement de cette exploitation en raison du petit nombre de bras dont elle peut disposer actuellement. Je reviendrai plus tard sur cette question.
- Organisation dn travail. — Pour terminer cet exposé succinct de là situation de l’exploitation dans les Asturies, il convient de dire quelques mots de l’organisation générale du travail dans les houillères.
- le nombre des ouvriers occupés dans les exploitations des Asturies est proportionnellement le même que dans les autres bassins houillers; on peut dire qu’il est généralement égal à quatre fois celui des piqueurs à la veine employés à l’abatage de la houille. Or le rendement moyen drun piqueur à la veine étant de IM/Sl à 2 tonnes par jour, on voit que pour une exploitation moyenne de 300 tonnes par jour, le nombre total des ouvriers serait de 6 à 800 environ.
- La durée de la journée de travail est de 8 à 10 heures. Le travail de nuit n’existe pas, pour l’exploitation proprement dite. Il y aurait cependant tout avantage pour les exploitants à organiser un double service qui leur permît, par un travail continu, de doubler la production de leurs chantiers et de diminuer ainsi de moitié le nombre des tailles en exploitation et les nombreux frais d’entretien qui résultent du système actuellement adopté. Ils auraient à lutter, il est vrai, contre les coutumes depuis longtemps établies dans l’exploitation du pays, et c’est sans doute dans une raison de cette nature qu’il faut chercher l’explication d’un fait si contraire.aux intérêts bien entendus de l’exploitation.
- Quoi qu’il en soit, les heures de nuit sont exclusivement résefvées à la réparation et à l’entretien des galeries et des voies de service.
- L’abatage et l’extraction des produits au jour font généralement l’objet de contrats passés entre l’exploitant et un entrepreneur qui s’engage à lui livrer la houille extraite à un prix déterminé à l’avance. Dans les conditions actuelles, le prix moyen payé pour l’extraction du charbon tout venant est de 1 réal le quintal, ce qui équivaut à 5f,60 la tonne. Dans ce prix ne se trouvent pas compris les frais d’entretien des travaux et du matériel, les dépenses de criblage et dé lavage, qui demeurent à la charge du propriétaire, et auxquels il faut ajouter encore lés frais généraux et l'amortissement. Le plus souvent aussi, le propriétaire doit s’engager à fournir les bois employés dans les tailles et dont Len-trepreneur effectue seulement la pose. La fourniture des outils, de la poudre, de l’huile d’éclairage incombent à ce dernier.
- Produits de l'exploitation. — J’ai dit plus haut que le charbon des Asturies était de nature grasse, léger et friable; aussi la proportion de menu fournie par l’exploitation est-elle généralement assez forte. Les
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- couches les plus dures donnent 70 à 75 pour 100 de charbon criblé (gros et gaillettes), mais le plus grand nombre produit à l’abatage 50 à 60 pour 100 de menu, et dans quelques couches très-friables des environs de Mières, la proportion s’élève même à 85 et 90 pour 1001.
- En général, il faut admettre comme moyenne un rendement de 50 à 60 pour 100 seulement en charbon criblé. Or, l’utilisation de ces 40 ou 50 pour 100 de menu ne] laisse pas que de présenter certaines difficultés dans un pays où l’industrie métallurgique compte encore fort peu de centres importants. Certaines exploitations se trouvent ainsi entravées dans leur développement par l’impossibilité d’écouler, au fur et à mesure de leur production, les quantités considérables de menus qui encombrent les abords de leurs mines. En attendant que la création de nouvelles usines métallurgiques permette de compter sur une consommation locale plus considérable, il serait de l’intérêt des exploitants de construire des fours à coke pour utiliser immédiatement leurs menus; le coke obtenu, étant de bonne qualité, pourrait alors s’exporter facilement. L’avantage qu’ils en retireraient serait considérable, car, aujourd’hui, le manque de concurrence pour l’achat des menus fait que leur valeur actuelle n’atteint pas le prix de revient moyen de la tonne sur le carreau de la mine. Aussi, dans les contrats passés avec les entrepreneurs, préfère-t-on quelquefois ne tenir compte que du charbon criblé, en augmentant proportionnellement le prix alloué, et n’attribuer aucune valeur au menu. De cette façon, l’entrepreneur a tout intérêt à en diminuer la proportion autant que cela lui est possible.
- Pi»lx de revient. — Le prix de revient varie nécessairement avec les conditions particulières de chaque exploitation, et il est impossible d’en fixer les bases d’une manière absolue. Il semble osciller toutefois, actuellement, entre les limites de 7 et 8 francs la tonne. J’ai dit précédemment que le prix de l’extraction par entreprise était en moyenne de 5f,60 par tonne pour le charbon tout venant. En y ajoutant les frais supplémentaires qui restent à la charge de l’exploitant, on se rapproche sensiblement des chiffres précédents. Si, au contraire, le contrat est passé de telle sorte que l’on ne tienne compte à l’entrepreneur que du charbon criblé, celui-ci étant payé à raison de 1r1/2 le quintal, soit 8f,40 la tonne, le prix total de revient s’élèvera à 10 ou 11 francs.
- Supposons enfin que l’exploitation se fa|se directement; dans ce cas, une moyenne d’épaisseur de couche de 0m.60, donnant un rendement de 20 à 25 hectolitres par journée de piqueur à la veine, on peut compter que le prix de revient se décomposera à peu près de la manière suivante :
- 1. Cette friabilité se retrouve d’ailleurê dans tous les charbons des bassins du nord-ouest de l’Espagne.
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- Main-d’œuvre pour travaux à l’intérieur et à l’extérieur, 4.50 à 5 fr.
- Fournitures diverses de bois, poudre, huile d’éclairage, outils, etc.., 1.50 à 2 fr.
- Entretien, frais généraux, travaux préparatoires.............1 . » 1 fr.
- 7. » à 8 fr.
- Ce prix s’applique à l’ensemble des produits de l’exploitation, et si l’on remarque que l’extraction fournit environ 50 pour 100 de menu, dont la valeur actuelle ne dépasse pas o francs la tonne, le prix du charbon criblé ressortira, en moyenne comme précédemment, à 10 ou 11 francs sur le carreau de la mine.
- Le détail ci-dessus montre l’influence exercée par la main-d’œuvre sur le prix total. Ce n’est pas que le taux des salaires soit par lui-même très-élevé; la journée de travail d’un piqueur ne dépasse pas 2f,50 à 3 francs; les manœuvres se payent à raison de 2 francs, et les femmes et les enfants 1f,50. C’est donc plutôt dans la nature même des couches exploitées qu’il faut chercher les raisons de ce prix de revient élevé. La grande inclinaison des couches s'oppose à une trop grande extension du front d’abatage, tandis que, d’autre part, la faible épaisseur entre le toit et le mur diminue d’autant le rendement par mètre carré de veine.
- Dans ces conditions, le prix de la main-d’œuvre d’abatage et de boisage, aussi bien que les dépenses [d’éclairage et les frais généraux de toute sorte se répartissent sur une production relativement restreinte. Dans les exploitations où un certain nombre de couches plus puissantes (telles que celles que j’ai signalées précédemment dans les vallées du Candin, de Turon et d’Aller) viendront compenser les inconvénients que présentent les couches de faible épaisseur, la moyenne du prix de revient pourra descendre certainement au-dessous des limites que je viens de fixer. Mais ces couches de 2 et 3 mètres sont des exceptions, ne l’oublions pas, et si l’on peut encore compter en assez grand nombre celles dont l’épaisseur est comprise entre 0m,90 et 1 mètre, il ne faut pas perdre de vue que la moyenne générale des exploitations ne s’élèvera guère au-dessus de 0m,60 à 0m,70. Dans ces conditions, cependant, il y a encore possibilité d’arriver à augmenter un peu le rendement de l’ouvrier; j’ai déjà indiqué, en outre, quelques-unes des modifications principales que l’intérêt bien entendu de l’exploitation devrait engager les mineurs à réaliser, et je n’ai pas besoin, je crois, d’insister ici sur l’influence qu’elles pourront exercer sur le prix de revient, qui dans une exploitation bien organisée ne devrait pas certainement dépasser 6 à 7francs par tonne. Telle est la limite à laquelle je crois possible d’arriver dans les conditions où se présentent les gisements houillers des Asturies, et tel est le but vers lequel doivent tendre les efforts constants des ingénieurs qui se trouveront à la tête de ces exploitations.
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- IV
- Voies de communication. — Chemins de fer. — Fort d’embarquement.
- Considérations générales. —L’exploitation d’un bassin houiller est nécessairement subordonnée à la facilité d’écoulement des produits. Si l’industrie locale nJo(fre pas un développement suffisant pour absorber la production toLale, il faut qu’une partie des houilles extraites, quelquefois même la presque totalité, aille chercher un débouché plus certain sur le marché étranger. De là, la nécessité de moyens de communication et de transport assez perfectionnés pour que les frais qui résulteront du parcours que l’on fera subir à la houille n’en augmentent pas le prix au delà de la valeur qui lui est attribuée sur le marché auquel elle doit se rendre.
- Comme la plupart des autres centres de production houillère ou minérale de l’Espagne, le bassin carbonifère des Asturies n’a malheureusement pas été jusqu’ici favorisé sous ce rapport; aussi,, malgré sa richesse incontestable, malgré sa situation exceptionnelle à proximité du littoral, au milieu d’une contrée essentiellement métallifère et destinée par la multiplicité de ses ressources à devenir un jour un centre métallurgique d’une grande importance, le bassin en question est-il resté jusqu’ici bien au dessous du rôle qu’il est appelé à jouer dans la production générale des houillères du continent européen.
- Depuis une vingtaine d’années un chemin de fer de 35 kilomètres dessert la partie du bassin plus particulièrement connue sous le nom de bassin dé Sama. Sa construction a permis à quelques exploitations de se développer et de prospérer dans les vallées du Gandin et du Nalon, qui occupent la partie septentrionale du bassin. Toutefois, encore aujourd’hui, leur production ne paraît pas être en rapport (pour la plupart d’entre elles du moins) avec l’importance des concessions qu’elles réunissent. Dans les autres centres, à Laviana, à Mières, l'exploitation réduite à la consommation locale ri’a pris jusqu’ici qu’un développement excessivement restreint. •
- Un examen plus complet de la situation des communications permettra de mieux apprécier l’état actuel de la question et les modifications qu’un avenir plus ou moins prochain ne peut manquer d’y apporter.
- Le bassin central des Asturies se trouve actuellement relié à la mer par le chemin de fer de Sama à Gijon ; il communique avec l’intérieur de l’Espagne par la route d’Oviedo à Léon, qui se relie à Busdongo sur le
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- versant méridional de la chaîne cantabriqué au réseau des chemins de fer du Nord-Ouest. Le prolongement de cette dernière ligne sur Oviedo et Gijon, actuellement en construction, sera prochainement ouvert à la circulation pour la partie comprise entre Gijon et Pola de Lena ; la réunion des deux tronçons exigeant l’ouverture d’un tunnel pour traverser le col de Paj ares ne s’effectuera pas sans doute avant quelques années.
- Chcinfii de fer de ®aa*aa â Gijon. — Le chemin de fer de Sama de Langreo à Gijon, construit en 1854, fut établi en vue de l’exploitation des mines de cette partie du bassin. Sa longueur est de 39 kilomètres 1/2 seulement, sur lesquels on rencontre deux tunnels, l’un de 167 mètres, Pautre de 874 mètres de longueur.
- Contrairement aux autres chemins de fer espagnols, le chemin de Sama à Gijon possède une voie de lm,50; mais sa particularité la plus intéressante consiste dans le plan incliné qui le divise en deux parties entre les kilomètres 15 et 16 à peu près à moitié de sa longueur. La construction de ce plan incliné a eu pour but d’éviter un long détour de 8 ou 9 kilomètres qu’il eût été nécessaire de faire pouf descendre eh pente douce jusqu’à Gijon à partir du sommet du plateau de Norena. Cette disposition prise en vue de réaliser une économie sensible sur les frais de premier établissement grève considérablement les frais d’exploitation et aujourd’hui encore il y aurait intérêt pour là Compagnie à supprimer le plan incliné et à relier les deux tronçons de sa ligne par un nouveau tracé L
- La longueur du pian incliné est dé 754 mètres, sâ pènté de 425 millimètres par mètre. La voie est double sur toüte sa longueur, tandis que le reste de la ligne ne possède qu’une simple voie. Deux machines fixes horizontales conjuguées de 75 chevaux chacune sont établies au haut du plan incliné pour le service des trains montants et descendants. Elles agissent par l’intermédiaire d’engrehages sur deux tambours de 4 mètres de diamètre, sur lesquels s’enroulent deux câbles ronds en fils de fer de 6 centimètres de diamètre. Ces câbles sont calculés pour une résistance de 100 tonnes; mais la charge qui leur est affectée né dépasse pas 7ff tonnes-. Des galets placés dé distance en distance sur les traverses, entre les deux files de rails, leur servent de support el les maintiennent constamment dans l’axe de la voie.
- Les deux machines alimentées par une chaudière de 450 chevaux fonctionnent, à la vitesse moyenne de 60 tours par minute.
- Pour les trains de marchandise le câble s’attache directement à 1!’ue des wagons. Dans les trains de voyageurs, il convient de prévenir les accidents qui pourraient arriver par suite de; la rupture inattendue du
- 1J. Ce projet paraît devoir être prochainement mis à oxéculion.
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- câble; à cet effet, la jonction se fait par l’intermédiaire d’un wagon spécial muni d’un frein puissant qui agit sur les rails, en cas de rupture, au moyen de fortes mâchoires, et s’oppose ainsi au mouvement de descente.
- Le matériel roulant du chemin de fer de Gijon et Sama comprend quatorze machines, dont 8 à quatre roues et 6 à six. roues, quelques voitures à voyageurs, wagbns à marchandise et environ 500 wagons à houille. Le poids des machines est de 20 et 22 tonnes; les wagons construits sur deux modèles différents pèsent 2 tonnes à vide et reçoivent une charge de 3 tonnes pour l’ancien type et de 5 tonnes pour le nouveau.
- Un atelier de réparation est annexé à la gare de Gijon.
- Le nombre des trains qui circulent actuellement sur la ligne est de 13 trains descendants et 14 trains montants. Le service est organisé de la manière suivante :
- Une machine spéciale est appliquée à la formation des trains entre les stations de Sama et du Carbayn, faisant le service le long de la vallée du Candin, où se trouvent situéeste plus grand nombre des mines en exploitation. Une seconde machine conduit ensuite le train jusqu'au haut du plan incliné, tandis qu’un autre train venu de Gijon s’arrête au bas de la pente. Les deux trains sont alors divisés chacun en trois sectiong, deux d’entre elles étantfixées aux extrémités des câbles, l’une à la partie supérieure, l’autre à la partie inférieure du plan incliné, de telle sorte que le passage complet des deux trains montant et descendant nécessite trois manœuvres successives; la durée moyenne de la descente et de l’ascension étant de cinq minutes, si on y ajoute le temps nécessaire à la division et à la formation des trains au départ et à l’arrivée, on voit que le seul passage du plan incliné nécessite une durée de 25 à 30 minutes par train.
- En arrivant à la gare de Gijon, les wagons à houille sont conduits par une quatrième machine jusqu’au quai d’embarquement desservi par un embranchement spécial qui n'est que le prolongement de la ligne principale.
- Il résulte de cette organisation que sur ce faible parcours de 39k 1 /2, il y a continuellement'quatre machines en service.
- L’examen des résultats de l’exploitation de la ligne pour l’année 1872 nous fournit quelques renseignements intéressants à signaler1. Le pre-
- 1. Il résulte du rapport présenté par le Conseil d’administration à l’Assemblée générale du 27 avril 1873, que les résultats de l’exploitation, pendant le cours de l’année 1872, ont été les suivants :
- Le produit de l’exploitation, pendant l’année 1873, s’est élevé à 1 171 057f.20,
- représentant une recette kilométrique de. ............................... 29 646f.02c
- soit, par jour et kilomètre.............................................. 8lf.22c
- et un produit net, par jour et kilomètre, de............................. 39f.83c
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- mier c’est que l’importance de ce trafic tend à devenir la même dans les deux sens, quoique le principal élément sur lequel on ait fondé l’établissement du chemin fût le transport des houilles du bassin de Sama au port de Gijon. L’augmentation de la population et la construction de l’usine métallurgique de la Felguera ont eu pour effet de créer dans le
- D’autre part, les dépenses d’exploitation se sont élevées, pour le même temps, à
- 596 801f.95c,
- représentant une dépense kilométrique de................................. 15109f.01c
- soit, par jour et kilomètre.............................................. 41f.39c
- On voit par ce résumé que les dépenses d’exploitation s’élèvent à 50„96 0/0 du produit brut; leur répartition peut se faire de la manière suivante :
- Frais d’exploitation proprement dits............................ 44.57
- Frais d’entretien............................................... 43.40
- Frais généraux.................................................. 12.03
- 100.00
- Le tableau suivant indique le mouvement comparatif du trafic, pendant les deux années consécutives de 1871 et 1872.
- DESIGNATION. 1872. 1871.
- Nombre total de tonnes transportées 270.989‘.16 211.145V71
- Produit brut du transport des marchandises 1.042.742'. 63° 850.079f.53°
- Distance totale parcourue en kilomètres 6.851.430k.62 5.481.888k.91
- Distance moyenne par tonne. 25k.28 25k.96
- Produit par tonne 3‘.85 4f.056
- Produit par tonne et kilomètre 0M52 0f.155
- Le service du matériel et de la traction a donné, de son côté, les résultats suivants :
- Année 1872.
- Moyenne des frais de réparations par machine en service........... 3 222f .78e
- Consommation de combustible par kilomètre parcouru................ 18k.777
- Total des frais, applicables à chaque machine, par kilomètre parcouru :
- Réparation.'............................................. 0f.266
- Combustible............................................ 0 .335
- Divers................................................. 0.169
- 0f.77e
- Distance moyenne parcourue par chaque wagon....................... 5,47lk.368
- Nombre moyen de wagons remorqués :
- Par train montant................................................. 24
- Par train descendant.............................................. 23
- Frais* de réparation par wagon.......................................... 156f.40e
- Frais de réparation par kilomètre parcouru................................ 0f.028
- Consommation de graisse par wagon................................. 26k. 36
- Consommation par wagon et kilomètre............................... 0k.0048
- Coût du graissage par wagon............................................... 2f.37c
- Coût du graissage par wagon et kilomètre.................................. 0f.003
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- sens inverse pour le transport des vins, des céréales, dés minerais et des matériaux de construction, un trafic dont l’importance croît tous les jours.
- Le second fait qui ressort du tableau dès trànsportspoui* l’année 1872, c’est que l’exportation de la houille pour le bassin de Sama a atteint le chiffre de 103 120 tonnes,*ce qui, en tenant compte delà consommation locale, nous permet d’estimer à 200 ou 250 000 tonnes la production totale du bassin actuellement exploité. La presque totalité dès 100000 tonnes amenées à Gijon sont embarquées pour être dirigées sur différents points de la côte.
- Si l’on applique au produit brut du transport des marchandises, pendant l’année 1872, la proportion de 50.96 0/0, qui exprime le rapport des dépenses aux recettes pour l’ensemble de l'exploitation1, on trouve que les frais correspondants ont été de 531 981 f,65 pour une quantité de 270 989l,16 et une distance kilométrique parcourue de 6 851 430k,62, ce qui porte le prix du transport de la tonne à 7e,7 par kilomètre, prix fort élevé, si l’on considère qu’il s’applique â un trafic de 6 860 tonnes par kilomètre, presque entièrement représenté par des transports de houille ou de produits similaires. Les manœuvres du plan incliné et la compli-çption qu’elles entraînent dans le service de la ligne ne sont certainement pas étrangères à cette situation qui exige l’application de tarifs élevés, peu en rapport avec la nature du trafic et les conditions ordinaires d’une exploitation houillère.
- En effet, les marchandises de la première catégorie,, telles que les houilles, minerais, fers, etc., sont taxées à raison dé 50 centièmes de réal, soit 0^13 centimes par tonne et par kilomètre; les produits appartenant aux autres catégories du classement adopté payent 1 et 2 féaux, soit 0f,26 centimes et 0E,52 centimes,.
- Il en résulte que le seul trajet de L.angreo, à Gijon, qui ne comprend que 39 kilomètres et demi, grève le prix dé revient de la houille de 5£,10 centimes (soit environ 75 0/0 dii prix d’eitraotion). Il faut bien dire également que, pendant longtemps la Compagnie n’a possédé qu'un matériel de transport fort imparfait, au point de vue de l’économie des frais de traction. Les wagons à houille de l’ancien modèle, dont la charge ne dépassait pas 3 tonnes pour un poids brut de 2 000 kilos, donnaient pour rapport du poids mort au poids utile 66 Ô/0, tandis que pour les nouveaux, qui peuvent transporter 5 tonnes, le rapport s’abaisse à 40 0/0 et se rapproche ainsi des, conditions habituellement adoptées.
- Le faible poids des machines (20 à 22 tonnes) ne se trouve pas non plus en rapport avec les conditions d’établissement de la toi© et les exigences d’un trafic qui acquiert de jour en jour une plus grande importance.
- 1 j ....... ... - , L
- t. Voir la noie précédente. !
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- Poré de Gijoia- — J’ai dit plus haut qu’â partir de la gare de Gijon un prolongement de la ligne conduisait les wagons jusque sur le port. Le plan ci-joint (voir pl. 65) indique ce tracé. On voit que la ligne, après avoir longé une partie de la ville, s’engage sur la jetée occidentale du port, où sont établis actuellement trois drops de chargement, dont le dernier vient d’être récemment construit. L'extrémité seule de la jetée se trouvant en dedans de la limite des basses eaux, il s'ensuit que les deux premiers drops qui sont placés au delà ne peuvent recevoir que des navires de faible tonnage, pouvant venir s’échouer à marée basse, ou capables d’être chargés dans l’intervalle de deux marées. Aussi les deux appareils en question suffisaient-ils à peine à l’embarquement des 100000 tonnes annuelles qui représentent la moyenne de l’exportation actuelle. La position du troisième drop, voisine de l’extrémité de la jetée, permettra d’en tirer meilleur parti et de doubler au moins le nombre détonnes embarquées1.
- Mais là ne doit pas s’arrêter la production d’un bassin carbonifère présentant, ainsi que je l’ai dit précédemment, une surface de 16 lieues carrées, et, en présence de l’ouverture prochaine du chemin de fer de Pola de Lena à Gijon, il devient nécessaire de se préoccuper des moyens que l’on aura à sa disposition pour faire face aux exigences de l’avenir.
- Or, il est facile de s’assurer, en jetant les yeux sur le plan ci-joiiit, que le port actuel de Gijon est loin de présenter les ressources nécessaires à cet égard. La presque totalité de l’unique bassin dont il se composé est située en dehors des limites de la basse mer et ne peut recevoir, pAr conséquent, que des navires d’un très-faible tirant d’eau. On pourrait, il est vrai, utiliser pour l’embarquement l’espace compris entre la jetée septentrionale et le brise-lame qui limite l’avant-port; une tentative dé ce genre a déjà été faite par l’établissement d’un warf en Charpenté qüi part de l’extrémité de la jetée et permet aux navires d’un plus fort tonnage de venir charger directement sans l’intermédiaire de chalands; le long de ce warf est établie une voie ferrée sur laquelle Circule une grue à vapeur servant à effectuer le Chargement et le déchargement. Mais l’avant-port, comme le port lui-même, if offre sur la plus grande partie dé sa surface qu’un tirant d’eau fort insignifiant, et ce n’est qu'à l’extrémité de la jetée que l’on pourrait établir un second warf en regard du pre-
- 1. Le nombre de wagons que l’on peut décharger à f aide de chacun de ces appareils, étant de 12 par heure en moyenne, sera poiir une journée de dix'heures de 120, qui, à raison de 5 tonnes chacun, représenteront un total de 600 tonnes par jour,, soit 200.0.00 tonnes par année. On voit donc que, même en tenant compte des pertes de temps occasionnées par les,manœuvres de,s trains, des journées perdues pour cause de mauvais temps, ce n’est pas trop présumer que d’estimer à 200 000 tonnes environ la quantité de houille que pourra embarquer la Compagnie du chemin de fer de Gijon à Langreo, à l’aide de ses trois appareils. : - i
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- mier; indépendamment des inconvénients qu’il y aurait à masquer ainsi partiellement l’entrée de l’avant-port, à faire faire aux wagons du chemin de fer le long circuit qui devrait les amener jusqu’à l’extrémité de la jetée, à établir enfin une voie de communication donnant lieu à une circulation active, sur un quai de peu de largeur continuellement encombré par les chargements de bois de mine et de minerais, il faut encore remarquer que le nouveau warf, comme le premier d’ailleurs, ne serait accessible que par les temps de calme.
- En dépit de la jetée qui le protège, au Nord, contre l’action directe des vents de mer, l’avant-port est loin de présenter aux navires un abri sûr contre le mauvais temps.
- Pas plus que les autres ports de la côte cantabrique, celui de Gijon ne peut servir de port de refuge aux navires d’un fort tonnage que la tempête surprend dans ces parages. Son insuffisance, au double point de vue des moyens d’embarquement et de la sécurité d’ancrage, la nécessité pour le développement de l’industrie minière et métallurgique de la contrée de trouver dans un port voisin la facilité d’écouler leurs produits, l’intérêt du commerce maritime, en général, qui réclame l’établissement, sur la côte d’Espagne, d’un port de refuge capable d’offrir un abri assuré en cas de mauvais temps, ont nécessairement appelé depuis longtemps l’attention du gouvernement espagnol sur l’opportunité de modifier cette situation.
- Or, on remarquera sur la carte générale du bassin carbonifère des Asturies (pl. 64), ci-annexée, qu’il existe précisément sur la côte, entre Gijon et Avilès, une presqu’île assez étendue dont la base forme la partie orientale du golfe de Gijon. En cet endroit le rivage, qui, aux environs de Gijon, est formé d’une plage sablonneuse descendant en pente douce jusqu'au niveau de la basse mer, se relève subitement; la paroi abrupte plongeant perpendiculairement dans la mer, qui vient en baigner le pied, forme un abri naturel contre les vents du nord-ouest, et la profondeur des eaux sur cette côte rocheuse peut en permettre l’accès aux bâtiments du plus fort tonnage. C’est au fond de ce golfe, à la base du promontoire qui se termine par le cap de Torres, que se trouve le point choisi pour l’établissement du nouveau port dit port du Musel.
- La figure 1 de la planche 65 montre la position qu’il doit occuper, par rapport au golfe de Gijon, et la figure 21 indique le plan des principaux travaux projetés.
- Ainsi qu’on le voit par l’inspection du dessin, le nouveau port doit se composer de deux jetées perpendiculaires l’une à l’autre, laissant entre leurs extrémités un passage libre de 4 00 mètres, pour l’entrée des navires.
- Une troisième jetée ferme l’avant-port du côté du Nord, en décrivant au-dessus des deux premières un immense arc de cercle de 284 mètres de rayon. Son extrémité s’avance de manière à protéger l’entrée du port
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- tout en laissant en dehors de la jetée de l’Est un espace libre de 2100 mètres.
- A l’intérieur, trois bassins de 1 50 mètres de long sur 60 mètres de large sont destinés à recevoir les navires en chargement et en déchargement; l’espace compris entre ces bassins et la jetée de l’Est est réservé pour la construction des formes de carénage.
- Les dépenses relatives à l’ensemble de ces travaux sont estimées à 45 419 9991X,14 centimes, soit 1l972711f,75 centimes, d’après les devis approuvés par le gouvernement.
- 11 est facile de se rendre compte maintenant des avantages que présentera le nouveau port.
- Préservé contre les vents du nord et du nord-ouest par les falaises du cap de Torres et la jetée du Nord, il offrira un refuge aussi sûr que possible aux navires qui, pendant la tempête, pourront venir jeter l’ancre dans l’avant-port et y attendre sans danger le retour du beau temps pour reprendre leur course interrompue. Le fond, à marée basse, se trouvant encore à 6 mètres dans les parties les moins profondes, on voit que le tirant d’eau sera suffisant pour en permettre l’accès aux navires de fort tonnage. Dans les bassins du port intérieur la profondeur mi-nima est de 4m,60, aux plus basses eaux; en cas d’échouage, la nature du fond, essentiellement composé de sable, écarte d’ailleurs tout danger d’avaries, d’autant plus que la quantité d’eau restant sera toujours suffisante pour maintenir les navires à flot.
- En tenant compte de la surface totale du port et de l’avant-port, estimée à 300 000 mètres carrés, on voit que le nombre des bâtiments qui pourront venir s’y abriter sera considérable. Quelle que soit l’activité de la navigation dans le golfe de Gascogne et sur la côte cantabrique, il est peu probable que d'ici à longtemps la nécessité d’agrandir ce port se fasse sentir. Chaque bassin ayant une longueur de 150 mètres pourra contenir au moins 6 navires en chargement, soit un total de 18 pour les trois bassins. En supposant une moyenne de chargement de 500 tonnes par jour et par navire, on pourrait embarquer ainsi par année plus de 3 000 000 de tonnes de houille. Sans prétendre qu’il faille espérer un pareil résultat de l’exploitation du bassin des Asturies, on voit qu’en tous cas le nouveau port sera plus que suffisant pour répondre aux besoins créés par le développement que le commerce des charbons est destiné à prendre dans cette contrée, aussitôt que les voies de communication et les moyens d'embarquement pourront assurer l’écoulement des produits exploités et favoriser l’extension de l’exploitation.
- Toutefois, l’ac:ièvement d’un ensemble de travaux d’une aussi grande importance ne laissera pas que d’exiger un nombre d’années assez considérable. Quoi jue la date de la concession remonte déjà à plusieurs années, les travaux sont à peine commencés, et il paraît peu probable qu’ils puissent é tre terminés avant huit ou dix ans. Comment s’effectuera,
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- d’ici là, l’embarquement des produits de toute nature que le chemin de fer du Nord-Ouest amènera prochainement à Gijori, et particulièrement des houilles et des fers de la vallée du Caudal, qui constitueront la base principale de son trafic? C’est là une question de la plus haute importance dans laquelle la Compagnie du Nord-Ouest se trouve trop directement intéressée pour n’avoir pas cherché les moyens de la résoudre. Cette solution est d’autant plus nécessaire pour elle que, d’ici à plusieurs années, la section de Lena à Gijon, qui doit être la première ouverte à l’exploitation, ne pourra pas se trouver en communication directe avec le réseau des chemins de fer qui desservent l’intérieur de l’Espagne, et que pendant cette période, dont la durée paraît aujourd’hui difficile à apprécier, l’exportation des produits du bassin houiller constituera son principal trafic.
- Aussi avait-elle d’abord songé à utiliser à son profit le port actuel de Gijon en construisant, à l’abri du brise-lame de l’avant-port un nouveau bassin, à l’ouest de la première jetée. La fig. 3, pl. 65, montre la disposition d’ensemble de ce projet, étudié par M. l’ingénieur D. Salustino Regueral. Il se composait, en principe, d’un quai longitudinal s’étendant de la gare du chemin de fer du nord-ouest jusqu’au port actuel; de ce quai s’avancent pependiculairement deux jetées, de plus de 200 mètres de longueur, divisant l’espace utilisé en deux bassins de 90 mètres de largeur. La position de la ligne des basses eaux, par rapport à l’extrémité de ces jetées, montre qu’elles auraient été abordables aux navires qui ne peuvent aujourd’hui s’aventurer dans l’ancien port. Ce projet avait, en outre, l’avantage de pouvoir être exécuté facilement dans une durée de deux à trois ans, ce qui eut permis, en le commençant immédiatement, de l’avoir terminé à l’époque de la mise en exploitation de la ligne. Il est vrai que les deux nouveaux bassins, dans la position qu’ils devaient occuper, n’eussent pas été suffisamment abrités pour permettre aux navires de venir y charger par tous les temps. Néanmoins, considéré au simple point de vue d’un service provisoire, le projet en question présentait des avantages incontestables, et il esta regretter, sans aucun doute, que la Compagnie ait renoncé à le mettre à exécution1. Il est probable que, pour le remplacer, elle établira au Musël quelques petites jetées provisoires aussitôt que la construction du brise-lame, qui doit terminer l’avant-port, sera suffisamment avancée pour abriter les navires qui viendront y aborder. Quoi qii’iï en soit, l’établissement d’un système provisoire quelconque demandera tain ement un an ou deux, pendant lesquels il faut encore, s’il s’agit du Musel, construire l’embranchement qui doit réunir ce port à la ligne du Nord-Ouest. D’ici là,
- 1. Ce projet a été repris, depuis, par d’autres personnes qui ont commencé la construction du mur de quai et le remblavage des terrains ainsi gagnés sur la mer. Toulefois, il ne paraît pas probable qu’il puisse être complètement exécuté, et. tout se réduira peut-être à l’achèvement du quai commencé.
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- il parait difficile de songer à organiser nn service d’embarquement économique et régulier, et le trafic de la nouvelle ligne ne manquera pas de se ressentir pendant longtemps d’une situation aussi anormale.
- CIieiiiÊBi de fer dis ETord-Oaiesf. — Avant de quitter cette question, je dirai quelques mots de cette ligne dont l’ouverture, déjà plusieurs fois retardée, doit avoir lieu dans le courant de cette année.
- La ligne de Pola de Lena à Gijon fait partie du réseau des chemins de fer du nord-ouest de l’Espagne, qui, partant de Palencia, sur la ligne du Nord, doivent traverser les Asturies et la Galice pour relier à la métropole et à l’intérieur de l’Espagne, d’une part, Oviedo et Gijon, de l’autre, le port de La Corogne. Comme celles du nord de l’Espagne, de Bilbao et deSantander, les lignes des Asturies et de la Galice ont à traverser, dans toute sa largeur, la chaîne cantabrique, et ce passage difficile exige l’exécution de travaux importants dont l’achèvement retardera probablement pendant longtemps encore la mise en exploitation complète du réseau projeté.
- La première section de la ligne des Asturies s’arrête aujourd’hui à Busdongo, sur le versant méridional de la chaîne principale, à 4 kilomètres environ du sommet du col de Pajares qui sert de passage à la route de Léon à Oviedo, et qui se trouve situé à la cote de \ 363 mètres au-dessus du niveau de la mer h De ce point, à la Pola de Lena, point été départ de la seconde section de la ligne, la longueur horizontale mesurée sur la carte est de 18 à 19kilomètres; mais, quoiqu’il n’existe ainsi entre ces deux points qu’une distance de 4 à 5 lieues, les diligences qui font le service entre Busdongo et Oviedo mettent actuellement quatre à cinq heures de temps pour traverser le col et atteindre Pola de Lena, et cinq ou six heures pour faire le trajet en sens inverse de la Pola à Busdongo, Les mêmes difficultés se rencontrent encore pour la partie de la route située entre la Pola de Lena et Oviedo; le passage du Padron, au-dessus de Mières, et la montée d’Olloniégo, sur la rive droite du Nalon opposent des obstacles sérieux à l’établissement d’un service de transports rapides et économiques. Les galères, attelées de sept mules et les charrettes à deux roues, traînées par une paire de bœufs, sont les seuls véhicules qui circulent sur cette route; certains transports s’y font également à dos de mulets; mais l’on comprend qu’avec de semblables moyens, et en raison des difficultés que présente le profil très-accidenté de la route, il soit presque impossible de transporter aujourd’hui la houille des vaK lées d’Aller, de Turon et de Mières à Busdongo, pour la diriger de là, par voie ferrée," sur l’intérieur de l’Espagne; du côté d’Oviedo, là facilité n’est guère plus grande et le marché est si restreint qu’il n’y a pas lieu d’ailleurs de s’y arrêter.
- P®
- 1, Carie générale de la province des Asturies, de Guillermo Sehuljs.
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- Mais si le débouché du côté de l’intérieur de l’Espagne doit continuer à être fermé aussi longtemps que les travaux à exécuter pour le passage du col ne seront pas achevés, la mise en exploitation prochaine de la ligne entre [Pola de Lena et Gijon facilitera, tout au moins, du côté de la mer, l’écoulement des produits de cette partie du bassin, ,sous la réserve, toutefois, des considérations précédemment exposées, relativement à l’état du port d’embarquement.
- La ligne construite à une seule voie à l’écartement normal de 1m,67 (voie espagnole) suit la vallée de la Lena et du Caudal, jusqu’au-dessus de Mières, où elle traverse cette rivière pour passer en tunnel sous la côte du Padron et gagner Oviedo par Olloniégo et la vallée du Nalon. Trois ponts sur la Lena, le Caudal et le Nalon, et le tunnel d’Olloniégo, composent les principaux ouvrages d’art. Le tracé primitif, quittant la vallée de la Lena, au droit de Campomanes, décrivait un long circuit dans les vallées de Nembra et d’Aller, pour revenir couper le Caudal à Ujo, après avoir parcouru ainsi la partie méridionale du bassin houiller. Dans le tracé définitif, on a cru devoir renoncer à ce long détour et suivre uniquement la rive gauche de la vallée, en longeant la route actuelle, depuis la Pola jusqu’à Mières.
- Cette modification entraînait sans aucun doute des économies sérieuses dans les dépenses de construction de la voie, en évitant plusieurs traversées de rivières et en raccourcissant la longueur totale du tracé de plusieurs kilomètres. Mais il est une observation qui n’échappera à personne après avoir pris connaissance de la localité : c’est que le siège principal de l’exploitation houillère, dans la partie occidentale du bassin, se trouvera nécessairement sur la rive droite du Caudal où viennent déboucher les trois vallées d’Aller, de Turon et de San-Juan,|vallées qui pénètrent âu cœur du bassin et traversent un nombre considérable de couches de houille, dont on distingue les affleurements sur leurs flancs escarpés. Or il est à remarquer (et l’on peut facilement s’en rendre compte par la simple inspection de la carte géologique ci-jointe) que le tracé du chemin de fer passe précisément sur la rive opposée au moment d’entrer dans la partie riche du terrain carbonifère, pour revenir sur la rive droite en approchant de la limite septentrionale du bassin. Il s’ensuit que les exploitations des vallées transversales ainsi que les forges de Mières devront, pour se relier à la ligne principale, soit établir une voie auxiliaire sur la rive droite, soit construire à leurs frais, et aux points qui leur paraîtront les plus favorables, un ou plusieurs ponts sur le Caudal. Cette considération, qui pourrait avoir peu d’importance en certains cas, en acquiert une considérable dans le cas présent où il s’agit de la traversée d’un torrent dont la largeur ne descend pas au-dessous de 50 mètres, coulant au milieu d’une vallée large et profonde; la nature du sol est telle, qu’à l’exception de quelques points où le lit du torrent passe sur la tranche de quelques bancs
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- degrés dur qui traversent d’une rive à l’autre, la construction des piles et des culées présentera de grandes difficultés. La mise de fonds nécessaire à la construction de ces ponts fera certainement hésiter bien des exploitants, et deviendra par conséquent un obstacle sérieux pour le développement rapide de l’exploitation houillère sur la rive droite du Caudal et dans les vallées transversales.
- La meilleure solution à adopter, pour éviter la répétition de travaux aussi coûteux, serait sans aucun doute l’établissement d’une voie ferrée sur la rive droite du Caudal, depuis l’embouchure du Rio Aller jusqu'à l’usine de Mières, avec des embranchements desservant les vallées d’Aller, de Turon et. de Mières. La jonction de cette ligne avec celle du'Nord-Ouest se ferait, soit en traversant le Caudal à Mières, soit en prolongeant la ligne jusqu’à l’entrée du tunnel du Padron. L’exécution de ce projet, qui, en raison du service spécial auquel il est destiné, comporte parfaitement l’emploi d’une voie à petite section, n’exigerait qu’une dépense relativement peu importante eu égard aux avantages incontestables que les exploitants pourraient en retirer. Il est donc à souhaiter que les diverses entreprises intéressées dans cette question unissent leurs efforts, et par un mutuel concours arrivent à créer cette.voie de première utilité, que la Compagnie du Nord-Ouest aurait dû comprendre dans son tracé.
- Une dernière question, sur laquelle je crois devoir appeler l’attention parce qu’elle ne paraît pas encore définitivement résolue, c’est celle du tarif applicable au transport de la houille. Le cahier des charges de la Compagnie du Nord-Ouest autorise cette Compagnie à prélever, conformément aux précédents établis en Espagne* une taxe de 0r.50 soit 13 centimes par tonne et par kilomètre. Nous avons vu que tel était encore le tarif appliqué actuellement par le chemin de Gijon à Langreo, et qu’à ces conditions le prix de revient de la houille du bassin de Sama, rendue au port de Gijon se trouvait grevé de 5£.10 par tonne. Quoique, sous certains rapports la qualité des houilles de la partie occidentale soit préférable à celle des houilles du bassin de Sama, et que par conséquent on soit en droit de compter sur une plus-value pour les premières sur le marché de Gijon, il faut remarquer, cependant que la distance moyenne de ce port au bassin de Mières étant de 60 kilomètres(au lieu de 39), le prix du transport calculé sur le même taux serait de 7f.80 la tonne, ce qui représente une augmentation de 2£.70 dans le prix de revient à Gijon (en supposant que les frais d’exploitation soient les mêmes de part et d’autre)1.
- t. Il ne faut pas oublier, d’ailleurs, que la plupart des mines desservies par le chemin du Nord-Ouest, toutes celles du moins qui appartiennent à la rive droite du Caudal et de la Lena (et ce sont les plus importantes), ne se trouvent pas directement placées sur le parcours de la ligne. Il y aura donc à tenir' compte, en outre, des frais de transport, de la mine à la station, frais qui pourront varier de 5 à 10 centimes par tonne et par kilomètre, suivant les moyens de transport adoptés. Pour pouvoir exploiter les mines situées dans les vallées
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- Mais si la Compagnie de Langreo peut trouver dans les difficultés spéciales de son exploitation des raisons suffisantes pour maintenir les prix actuels de son tarif, il est à présumer que le jour où elle supprimera son plan incliné elle comprendra qu’il est également de son intérêt d’abaisser son tarif proportionnellement à la diminution des frais d’exploitation qui sera la conséquence immédiate du changement apporté à son tracé primitif; les mêmes raisons n’existent pas d’ailleurs pour la Compagnie du Nord-Ouest qui, traversant dans toute sa longueur le bassin houiller le plus important de l’Espagne, est appelée certainement à voir son trafic se développer d’une manière très-rapide. Dans ces conditions, ce serait méconnaître singulièrement ses intérêts que de maintenir un tarif aussi élevé sur une ligne dont les frais d’exploitation seront certainement de beaucoup inférieurs à ceux du Chemin de Langreo'.
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- Misés métalliques. — Industries diverses.
- Cfltàtëidéi'atiottS générales. — Un rapide coup d’œil jeté sur les qùeïqnes établissements industriels du pays,, en précisant la situation aètuèllé de l’industrie en Asturies* servira de complément à l’étude du bUssin hoùillôt ët permettra de mieux apprécier ce qui reste à faire pour développer son exploitation.
- Maïs, auparavant,' il convient d’examiner en quelques roots les diverses substances minérales que l’on rencontre, soit à l’intérieur même, suit sur les limites du bassin èt qui servent de base à ces industries. Nous nbus rendrons cohipte en même temps des ressources que l’on en peut tirer dans l’avenir.
- d'Al'fêri, dè'Tùron, dé Sari Jurin, â,1 8 otf 10 kilornètres de distancé,, il sera nécessaire d’él'â-blir datas ces vallées des chemins de fer à petite section permettant d’arriver au minimum de dépense; mais ce transport,, quelqu’économique qu’il soit, n’en grèvera pas moins le prix, de la houille de 40 ou 50 centimes-par tonne pour la plupart des exploitations.
- 1. En appliquant le tarif réduit de 8 centimes par tonne et par kilomètre, le prix dé transport dé la hoüiïl'é, pour ûne d'istânéë moyenne de 60 kilomètres, serait- de 4f.80, soit 5 francs en tenant compte des frais de chargement, et de déchargement.
- On ne saurait, à mon avis, faire supporter au transport de la houille des Asturies un prix plus élevé sans compromettre gravement l’avenir de son exportation.
- Ji’ai dit plus haut que le prix de revient du charbon criblé au pied de ta mine s’élevait
- au moins à . .... .,*.>*. ........................................... 10f »•
- En y ajoutant*pour frais de transport à la station...... ................. 0 .50
- v Dito dilo de la station, au port et mise à bord...................... 5 »
- Lé prix 'dèf'lé fifôüiïlë stfri navfreé, â Gijén', ressértirâïÉ, au minimum, 15f.50
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- Le bassin houiller, proprement dit, des Asturies n’est pas excessivement riche en produits minéraux, et ce fait n’a rien d’anormal: le terrain houiller., en général, offre, rarement des gîtes métallifères importants; seul le fer carbonatélithoïde s’y présente quelquefois en couches alternant avec les lits de houille, èt dans beaucoup de cas (le nord de là France, par exemple) il n’est même pas assez abondant pour alimenter des exploitations métallurgiqueSi
- M. Paillette cite, aux environs de Gasanueva, sur ta rive droite de la Lena, et àRinquintin, quelques couchés de fer carbonaté des houillères1; mais sur aucun point du bassin des Asturies on n’a encore rencontré ce minerai en quantité suffisante pour donner lieu à une exploitation régulière.
- Par contre, on peut citer dans les couches du calcaire carbonifère quelques gisements de fer oxydé, de manganèse et de minéraux sulfurés (pyrites, galène, blende), ces derniers toutefois en petite quantité.
- On trouve dans ce même calcaire, aux environs de Pota de Lênà, de la stibine (antimoine sulfuré); enfin on remarque sûr quelques points là présence de plusieurs couches de brèches et grès cinabrifères,plh,s iïfté* ressantes par l’étendue qu’elies occupent et la particularité qu’elles pressentent que par l’importance qu’ellés peuvent offrir au point dê Vue de l’exploitation.
- Mais si la partie du terrain qui appartient à là période carbonifère ;né paraît pas très-riche en produits métallifères, il n’en-est pas dè -M'êMê des couches du terrain dévonien, où la présence dü fer en partiêùiiëf semble avoir joué un rôle important dans la constitüti;ônïd’'ün grâM nombre de ses assises. Là se rencontrent ©n abondance des grès Silfis ceux fortement chargés d’oxyde de fer, représentant de véritables raine* rais en masse; Ces couches sont-elles le résultat dé dépôts ferrugineux contemporains' de la formation même du terrain encaissâhtj oü doiveùt* elles leur richesse métallique 4 des imprégnations ultérieures qui au* raient pénétré les grès siliceux postérieurement à leur dépêt, Oothrtie cela a dû avoir lieu pour les couches cinâbrifèrês et ursénicales de Polà de Lena et de Mi ères? Il est difficile de le dire. La présence du fer dans les roches de là période dévonienne est d’ailleurs un fait constant dont la formation du vieux grès rouge est l’expression la plus générale. Peut-être les couches métallifères des Asturies ne sont-elles que le résultat de la même cause qui, agissant avec plus d’intensité, a produit au lieu des grès ferrugineux ordinaires de véritables oxydes de fer siliceux. Toujours est-il que l’étude comparée de ces gisements offrirait, au double point de vue de leurs applications industrielles et des causes probables qui .ont présidé à leur formation, un intérêt particulier qùi les recommande d’une manière spéciale à ^attention des géologues et des ingénieurs.
- I* Recherches sur quelques-unes dès rochns qui constituent lu province dèè Astüdes-, pâV A.d. Paillette. Bulletin de la Société géologique, séance du 19 mai 1848.
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- La plupart de ces gisements occupent des positions voisines du point de contact entre le terrain dévonien et le terrain carbonifère (Quiros, Mont Naranco), ce qui contribue à favoriser considérablement leur exploitation. D’autres, situés le long delà côte, ont attiré également l’attention des métallurgistes, grâce au voisinage de la mer qui offre à leurs produits un moyen de transport facile.
- Il existe, enfin, au contact du granit et des terrains sédimentaires anciens, un certain nombre de gîtes métallifères que je me contente de citer pour mémoire, ces gisements se trouvant généralement dans le terrain silurien qui occupe la partie occidentale de la province.
- J’ajputerai maintenant quelques mots sur les principaux minerais qui constituent les diverses sortes de gisements plus ou moins directement subordonnés au bassin houiller dont je me suis occupé dans ce qui précède.
- Minerais de fer. — Sauf quelques rares exceptions, les minerais de fer que l’on rencontre, soit à l’intérieur, soit aux environs du bassin, appartiennent presque tous à la catégorie des oxydes. On y distingue principalement :
- 4° Les minerais siliceux, qui sont à proprement parler des grès ferrugineux généralement devoniens, dont quelques-uns sont assez riches en oxyde defer pour présenter l’aspect de véritables hématites rouges compactes. Ces grès se rencontrent en couches d’épaisseur variable atteignant parfois plusieurs mètres, et en stratification concordante avec le terrain encaissant. A cette classe appartiennent presque tous les minerais du terrain dévonien qui entoure au nord et à l’ouest le terrain carbonifère; on y distingue particulièrement les minerais exploités aux environs de Luanco et de Gijon (Llumères, Careno), ceux de la montagne du Naranco au nord-ouest>d’Oviedo, et enfin les couches puissantes de la vallée de Quiros qui alimentent uniquement les hauts fourneaux de cette localité.
- Ces minerais dans lesquels la proportion de silice s'élève quelquefois jusqu’à 40 pour 100, présentent une teneur moyenne de 40 à 50 pour 400 de fer.
- L’analyse des minerais de Llumères et Careno a donné les résultats suivants1 :
- Peroxyde de fer........................... 56 à 79 0/0
- .Silice.................................... 42 à 20
- Eau et matières volatiles.................. 2 à t
- 7ôô TckT
- Plus avantageux, les minerais de Quiros qui ne renferment que 46
- - 1. Extrait des renseignements publiés en 1866 par le directeur des forges et hauts fourneaux de La Felguera, en réponse aux questions posées par la Commission spéciale pour la révision des tarifs.
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- pour 100 de silice, contiennent jusqu’à 78 pour 100 d’oxyde de fer. Au Naranco, au contraire, la proportion de silice se maintient en moyenne à 25 pour 100, et le rendement en fer au haut fourneau ne s’élève guère au-dessus de 35 pour 100.
- Tous ces minerais très-réfractaires sont généralement d’un traitement difficile et exigent l'emploi d’une très-forte proportion de castine. Les couches calcaires si abondantes, soit dans le terrain carbonifère, soit dans les terrains plus modernes qui les recouvrent, fournissent heureusement un excellent fondant.
- 2° Les minerais à gangue calcaire, qui se rencontrent en gisements isolés, sous forme de nodules ou de poches, dans les couches du calcaire carbonifère.
- Tels sont ceux de la Grandota et de Lagos, à la limite septentrionale du bassin houiller. Dans ces minerais et plusieurs autres de même nature, actuellement exploités pour les hauts fourneaux de Mières, la proportion d’oxyde de fer varie de 30 à 75 pour 100 pour 50 à 10 pour 100 de carbonate de chaux. Le minerai de la Grandota, que l’on peut considérer comme un type moyen, contient:
- Oxyde de fer...............................
- Silice.....................................
- Alumine......................................
- Chaux......................................
- Soufre.....................................
- Oxyde de cuivre............................
- Perte par calcination......................
- avec traces de manganèse et de phosphore.
- 69.40
- 3.80
- 1.80 18. »
- 0.26
- 0.14
- 6.50
- 99.90
- Ces minerais, d’un traitement beaucoup plus facile que les précédents, ne forment que des gisements d’une importance restreinte. Aussi ne peuvent-ils suffire à alimenter seuls une fabrication courante.
- 3° Les hématites rouges, compactes ou fibreuses, analogues à celles plus connues de la province de Léon. Ces minerais forment quelques gisements indéterminés dans les régions qui avoisinent la ligne de faîte de la chaîne principale, à la limite méridionale du bassin houiller, et principalement dans le haut de la vallée d’Aller. Les difficultés, de leur situation ont empêché jusqu’ici de mettre en exploitation ces gîtes encore peu connus, sur lesquels je ne possède pas de renseignements assez précis pour les consigner ici.
- • 4° Les limonites concrétionnées ou mamelonnées, que l’on rencontre au col de l’Aramo et sur quelques points aux environs des vallées d’Aller et du Nalon. —d
- En dehors des minerais de fer que je viens de citer, on rencontre dans le terrain carbonifère quelques sulfures métalliques, parmi les-
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- quels, il faut surtout citer la stibine et le cinabre, qui ont pénétré eer*-taines couches calcaires et arénacées de la région occidentale.
- ®Siaaea»aS® d’aratienoiiie. —‘La stibine à texture fine et légèrement fibreuse, sans apparence de cristallisation distincte, accompagne une couche de calcaire carbonifère, qui semble partir du Carrocedo, traverse la Lena au nord de Gampornanès et,vient affleurer de nouveau sur la rive gauche au-dessous delà Pola de Lena, où elle change sa direction première pour s’incliner au N. 40° E., participant ainsi au mouvement qui semble avoir infléchi dans cette direction, toutes les couches1 de la partie méridionale du bassin, houiller.
- Cette couche calcaire, de 80 à 90 centimètres d’épaisseur à l’afflerUFe-ment, comprise entre grès et schiste, est irrégulièrement traversée paides nodules ou amas de minerais, diversement contournés.
- Les reconnaissances faites jusqu’à ce jour sur ce gisement n’ont pas encore permis de s’assurer de sa richesse en profondeur, et, pour le moment, tous travaux,d’exploitation sont suspendus.
- Conches cinafoidffères. — A quelque distance à l’ouest de cette couche antimonifère se rencontrent les premiers bancs de grès cinabri-fères, qui, de Castillo de Lena jusqu’à Val de Cuna, se dirigent à peu près N.-S. Ces mêmes couches se retrouvent au nord dé Mi ères, sur la rive droite du Caudal à la Pena, où elles affectent la direction générale de cette partie du terrain 0. 4 0° S. à l’E. 4 0° N. Ellea renferment sur ce point quelques traces de houille , souvent pénétrée elle-même par les sublimations cinabrifères. Une exploitation, assez ancienne déjà, a tiré parti de la'présence de ce minéral dans les grès de la Pena pour établir une fabrique de mercure, dont je dirai, quelques mots. plus, loin.,
- Forges et haiùs foorwearax de la Felgnera, •«- Le principal établissement métallurgique des Asturies est, sans contredit, celui de la Peignera, près Sama de Langreo. Placé directement sur le chemin de fer de Samas à' Gijoir, à proximité'des exploitations houillères dé la vallée du*Candin, il5 se* présente dans des conditions qui doivent nçcesr sairement assurer sa prospérité.1 ' 1
- v Construit en* 4857, il occupe aujourd’hui plus de 4',200 ouvriers et peut fournir'annuellement 42,000 tonnes de fer.
- Dès l’année 4866, on y comptait :
- Deux hauts fourneaux ;
- Seize fours.à puddler ;
- Six fours à réchauffer;
- Sixstrains; de laminoirs;!
- Deux marteaux-pilons de 2 tonnes 4/2;,
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- Vingt-Six machines à vapeur représentant «une forcetotale de-SOO chevaux;
- Trente-six fours à coke, système belge ;
- Trente-six foursà coke, système Apport;
- Un laveur à charbon, .du système ^leynier;
- Auxquels dl fallait sencpre ajouter :
- Un haut fourneau,;
- Vingt-cinq fours à coke, système belge;
- Beux cubilots pour seconde fusion ;
- composant le matériel d’une seconde usine, celle de Vega, voisine de la première, dont elle n’est séparée que par la voie du chemin de fer, et qui est exploitée par la même Compagnie.
- Depuis cette époque quelques changements ont été apportés Fel-guera, qui compte aujourd’hui vingt-six fours à puddler et neuf ifours à réchauffer. Qn y construit également un troisièmehaut fourneau, ce qui portera à quatre le nombre de ceux dont T'usine pourra disposer. La hauteur des premiers hauts fourneaux construits à la Felguera et à Vega est de 14 mètres ; lenouveau doit avoir 1 4m,80. Ghacun.d’eux est desservi par une machine soufflante de 60 chevaux; leur production en fonte d’affinage est, en moyenne, de 20 à 25 .tonnes par jour.
- Pendant longtemps la fabrication consistait uniquement en fers en barres,,fers profilés pour la construction et rails de mines. Aujourd’hui, grâce à d’installation d’un train de laïqinqir §pqcial, dtps.ine peut livrer des railsjde chemins de fer. C’est., Jp crois,, ,1e premjer établissement qui ait inauguré en Espagne cette fabrication, appelée à s’y développer. j
- L’usine de la Felguera emploie principalement, comme matière première, des minerais de Biscaye [Sômorrostro ei Ollargan^y Aont le rendement moyen au haut fourneau est de 46 pqpr 4,(30 pppr îGclqiîd’Ollargan et 55 pour 100 pour celui de .Somorrostro ; ces minerais, «dont le prix normal, rendu à.bord,„à.Bilbao, était de 8,à 93frapGsdaitonne, revenaient vendus Ad’usine au prix de 17 et 20 francs1. A côté de ces .minerais, on fait usage également de minerais du pays, provenait.(Jespiirtes deUpena etrde Llumères , aux environs de dyijon, 5minqs,!tqui happ#rtiqnpqnt à la même Compagnie.rGes;minerais,fQrtementisiliceux,«donnent,©nmoyenne 40 à 50 pour 400 de fonte aushaut fourneau; mais des 484-20 pour 100 de.sili.ee qu’ils renferment rendent‘leur traitement difficile et coûteux ; il en est de même pour les minerais;dpflIfiar?ip(cq.,.ttjlp>nt.4,.âL"â^,ip(iîqué-précédemment le faible reniement2. . ;
- 4. Ges prix-ont sensiblement augmenté |4ans ces.derniers «temps par.suite ide»l'investissement de Bilbao, qui a momentanément interrompu l’exploitation des.mines de fer des en-virons. Mais il est à supposer qu’après la pacification de cette contrée, le prix des minerai reviendra à son taux primitif, ou s’en rapprochera tout au moins sensiblement'. ^
- 2. Voici,'d’après la notice publiée en 1866 pai''fa'clminiëtration idèf la'Société dès'forges
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- Forges et hauts fourneaux de Mâères. — Moins bien situées que celles de la Felguera, les forges de Mières del Camino ont éprouvé
- de la Felguera(a), quelques renseignements sur les prix de revient des divers produits fabriqués. Quoiqu’ils soient déjà de date ancienne, puisqu’ils remontent à plus de huit ans, ils ne sont pas cependant sans intérêt, et j’ai cru qu’il serait utile de les consigner ici,
- Prix de revient de la tonne de fonte fendant Vannée 1864.
- Haut fourneau Haut fourneau n° 1. n° 2.
- Minerais..............,.................................. . 36f.05 36f.62
- Coke...,................/.............................. 33.28 27.85
- Calcaire (fondant)......;.............................. 4.87 4.92
- Houille pour le chauffage des chaudières, et le chauffage
- du vent............................................. 5.94 5.32
- Main-d’œuvre................................................. 6.23 5.7 7
- Préparation des mineras et de la castine.................... 2.04 1.87
- Réparation et entretien...................................... 2.94 2.26
- Contributions, administration, direction et frais généraux. 7.07 6.23
- Total par tonne de fonte......................... 98.42 90.84
- Prix de revient du fer puddlé pendant la même année.
- Fonte en lingots............................................ 120f.95
- Combustible............................................. 15.11
- Minerais pour soles de four.....-....................... 3.45
- Main-d’œuvre.............................................. 17.21
- Réparations et entretien....................................... 8.43
- Contributions et frais généraux............................... 4.81
- Total par tonne de fer puddlé.......................... 169.96
- Prix de revient du fer laminé pendant la même année.
- Fer puddlé en barres.................................... 208f. »
- Combustible.................................................. 15.51
- Main-d’œuvre............................................... 16.13
- Réparations et entretien....................................... 7.87
- Contributions et frais généraux.............................. 5.94
- Total par tonne de fer laminé.......................... 253.45
- En ajoutant à ce, dernier prix les frais provenant du service des intérêts ql de l’amortis-
- sement, on obtient le résultat suivant :
- Prix de revient de fabrication du fer laminé...................... 253f.45
- > Intérêts à 7 0/0 du capital de premier établissement, estimé
- à 14 535 323r.49, soit par tonne de fer produit................... 40.47
- Intérêts à 9 0/0 du fonds de roulement, estimé à 3 945 769r.34,
- soit par tonne de fer produit..................................... 14.09
- Amortissement du capital en quarante années......................... 14.43
- Prix de revient définitif de la tonne de fer laminé............... 322f,44
- Or, si le prix de la main-d’œuvre a quelque peu augmenté depuis cette époque, il faut observer que le prix des minerais et du charbon est resté sensiblement le même et que la
- (a) Altos homos y fabrica de hierros de la Sociedad metalûrgica Duro y Compania « la Felguera, » — Contestacion al interogatorio hecho por la Comicion especial arancelaria, <— Madrid, 1866.
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- jusqu’ici de nombreuses vicissitudes. La prochaine ouverture de la ligne de Lena à Gijon modifiera sensiblement les conditions actuelles et leur permettra sans doute de développer leurs moyens d’action en facilitant l’écoulement de leurs produits et l'arrivée des matières premières.
- L’absence complète d’ordre et de coordination, qui semble avoir présidé à leur construction, a exercé pendant longtemps une fâcheuse influence sur la marche de la fabrication, et le manque absolu de communications faciles et rapides a placé jusqu’ici ces établissements dans les plus mauvaises conditions économiques que l’on puisse imaginer pour une usine métallurgique. Les minerais, originaires en presque totalité delà contrée, ont à subir pour arriver à l’usine un transport long et coûteux, sur des routes accidentées, dans des charrettes traînées par des bœufs. A cela il faut ajouter que plusieurs d’entre eux sont extraits de gisements situés à d’assez grande hauteur, dont l’exploitation offre de véritables difficultés. Une grande partie provient de la montagne de Naranco, au nord-ouest d’Oviedo; le trajet qu’ils ont à parcourir pour arriver à destination n’a pas moins de 25 ou 30 kilomètres; la distance est encore plus grande pour les minerais venant de la côte ou de la Biscaye, dont le prix de revient, dans ces conditions, est tellement élevé qu’il annule les avantages que l’on pourrait retirer d’une composition moins réfractaire et d’un traitement plus facile. Enfin, le même trajet qu’ont à subir les matières premières, les produits fabriqués doivent le faire à leur tour; c’est au fond des galeras, ou sur des charrettes traînées par des bœufs, quelquefois même à dos de mulet, que les barres de fer laminé quittent chaque jour l’usine pour se diriger sur Oviedo et Gijon ou gagner la province de Léon/,en traversant le col de Pajares. Un isolement aussi complet, dans un pays où d’autres établissements rivaux jouissent de toutes les facilités que les progrès de la civilisation ont mis au service de l’industrie moderne, où les fabricants étrangers, de France, d’Angleterre et de Belgique, peuvent venir avec tant de facilité apporter sur le marché des produits similaires, crée nécessairement à l’usine de Mières une position aussi désastreuse qu’exceptionnelle, à laquelle il est temps que l’ouverture de voies de communications plus rapides vienne porter remède.
- En attendant la construction d’un nouveau train de laminoir qui lui permettra de joindre à sa fabrication actuelle celle des rails de chemin de fer, l’usine de Mières comprend :
- production, qui n’était alors que de 6 615 tonnes, atteint aujourd’hui près du double de ce chiffre. Les dépenses relatives aux frais d’administration et aux frais généraux de toute sorte se trouvant ainsi réparties sur une production double perdent considérablement de leur importance relative ; en résumé, si les résultats indiqués ci-dessus doivent être modifiés, il n’est pas probable qu’ils aient à subir cependant un grand changement, et la modification devrait peut-être avoir lieu plutôt dans le sens d’une réduction.
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- Deux, hauts fourneaux, dont un de 10 et un de 20 tonnes;
- Treize fours à puddler ;
- Trois fours à réchauffer;
- Deux trains de laminoirs;
- Quatre machines soufflantes;
- fet deux cubilots pour seconde fusion.
- JÉtalilisseinents divers. —Je ne citerai £ici que pour mémoire les hauts fourneaux de Quïros alimentés par les gisements de fer oxydé dont j’ai déjà parlé plushaût. Ces hauts fourneaux situés nu milieu d’un petit bassin carbonifère isolé se trouvent complètement 'indépendants de la région dont j’ai parlé jusqu’ici.
- 11 èn est de même de la fonderie nationale de canons de TrüVia, au ,sud-ouest .d’Oviedo, alimentée aujourd’hui par les houilles et les fontes .de Quiros, de l’usine â’Aviles, construite par la 'Société royale asturienne pour le traitement des minerais de zinc qui forment aux environs de cette ville quelques gisements importants ; cétte usine dire son danibus-tible d’une mine de houille voisine, qui présente cétte particularité d’être Ja seule de la contrée dans laquëllef exploitation se fasse en profondeur, au moyen de puits d’extraction et de galeries qui suivent les'couches jusque sous le niveau de la mer. 'Ce petit bassin, dhilleurs enclavé‘dans le lerrain devonien , est également complètementIndépendant de cèlui que je viens de décrire.
- Je signalerai encore, en passant, ‘la fabrique d’armes ttOviedo et fia verrerie de Dijon, l’un des '‘établissements industriels des plus -importants de la contrée. La verrerie de Dijon, qui possède trois fours pour la fabrication du verre* à vitre, de la gobeleterie et du'verre à bouteille, /consomme annuellement environ 7 à 8 000 tonnes de Charbon‘pour une .^production correspondante de % 000 à 2SOOfonnes de verre.
- Ifllne die niereiiee ,ejt usine de la Pena, —--Il me >reSte enfin à citer l’exploitation de la mine de mercure delà Peîia, exploitation qui, bien que relativement peu importante, présente un intérêtf ont'particulier, en raison de la rareté des établissements similaires.
- - : Le cinabre,accompagné d’un peu de pyrite se trouve très-inégalement réparti-.'dans la masse du (grès qui1 lui sert de gangue, formant çà et là quelques centres de condensation."jiïüs* riches que les! pârtiesbnviron-nantes. Néanmoins, la teneur moyenne du minerài,’ après en avoir Séparé le.s parties .stériles?, n£ s’élève, pas à plus de 1/2 0/0 de mercure, teneur etrès-rfaible qui .explique l’innocuité coinplètede l’habitàtiqn .delai mine pour lest ouvriersi qui y (.travaillent, alors qu’à, iAlinaden, - où la teneur "mdÿénrie ’dü minerai est de 10'à* 12 0/0, les mineurs'nei'tardenfcpas à su-^îr lés fünéstës effets de! l’action des vapeurs mercurielles.
- L’exploitation, après avoir épuisé les^affleufements "des'CdUèhes et
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- toute la partie située au-dessus du niveau de la vallée, descend aujourd’hui à une profondeur de près de 100 mètres,
- L’usine ou s’effectue le traitement des minerais, placée à proximité de l’entrée de la mine, comprend quatre fours avant chacun une série de sept, chambres de condensation. Ces fours, de construction analogue à ceux d’Âlmaden , reçoivent une charge de 10 à 121 tonnes. Le minerai concassé et moulé en pains est introduit par la partie supérieure. A,U bout de cinq jours, de distillation,,, on recueille les poussières déposées au bas de chaque chambre pour les soumettre à des lavages méthodiques et séparer ainsi le mercure par lévigation. Le métal obtenu est immédiatement introduit, dans les bouteilles en fer qui servent à son transport.
- VI
- De l'avenir du Dassin Dpuilfet fle&Astura.
- Comme conclusion du travail qui précède, je me permettrai d’ajouter ici quelques considérations, générales sur l’avenir probable1 de l’exploitation: houillère; en Asturie.
- Ën;i86S, la production totale des mines de houille ded'Espagne s’éle-vait à 529 057 tonnes, se répartissant comme; suit- entreles diverses pro-
- vin cesd :
- Oviedo (bassin des Asturies)................................... 358‘.235L7
- Palencia (bassin de Baruelo);........................... 90.606.05
- Cordpue (bassifi. d.ei B,eluji(e,z)j 74,55i,.7<
- Léon (bassin de Sabero),,.,. 3.Q.69.3
- Gerone (bassin de Surroca)............................... 2.833.»
- Séville........................................................... 1.401.3
- Bùrgos............................................ 1.360.0*
- Tbtal............................................... 529.037‘,6
- Cette production, correspondait à une surface exploitée de 14641 hectares, qui représente à peu près le dixième' de la superficie totale; des gisements, houillers de d’Espagne,.estimés à 140 ou lüO 000 hectares^.
- Les 358 235, tonnesattribuées à la province d’Oyiedoù proviennent; en majeure partie des; exploitations de Sama- et' de Mières. On; a vu> plus haut; que l'exportation par le portt.de! Gijon s’élevait’ en moyenne; à 1,00,00:0. tonnes annuelles, ce qui réduiraità 250i000 tonnes environ la consommation des; industries locales.
- Sur les 14641 hectares exploités en 1868, la seule, province d’Oviedo
- 1. Estadistica minera.
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- figure pour 11 426 hectares, soit 80 0/0 de l’ensemble. Cette grande étendue de concessions n’est pas en rapport avec le chiffre de 358 000 tonnes, qui figure au tableau ci-dessus, et la proportion qui en ressort ne saurait être prise pour base .dans l’évaluation de la production future. Un grand nombre des concessions, situées en effet loin de toute voie de communication, n’ont point encore été exploitées jusqu’ici; celles, d’ailleurs, qui participent à la production sont loin d’avoir donné à leurs travaux d’exploitation le développement dont ils seraient susceptibles. Telle mine qui pourrait facilement extraire 100 000 tonnes par année se contente d’une production de 20 ou 25 000 tonnes; ajoutez encore à cela que.cette mine fait probablement.partie d’une concession dans laquelle on pourrait en ouvrir plusieurs autres sans gêner en rien l’exploitation; je pourrais citer telle concession de plus de 1 500 hectares qui ne produit actuellement que 45 à 50 000 tonnes par année.
- Cettè situation trouve son explication dans les conditions particulières où se trouve l’industrie minière de cette contrée. J’ai déjà exposé précédemment les principales difficultés contre lesquelles ont à lutter les exploitants, difficultés qui ont entravé jusqu’ici le développement de la production, et sur lesquelles je ne reviendrai que pour examiner rapidement les modifications qui me paraissent nécessaires pour en combattre la funeste influence.
- La première dë ces difficultés est l’insuffisance du personnel ouvrier. La main-d’œuvre est rare et le rendement du travailleur généralement très-faible, double condition qui doit nécessairement peser gravement sur une exploitation industrielle.
- Le remède à une pareille situation consistera nécessairement, d’une part, à remplacer autant que possible le travail des bras par celui des bêtes de somme ou des machines, de l’autre, à étudier les moyens de tirer un meilleur parti des ouvriers dont on dispose. C’est dans cette double voie que devront s’engager, à l’avenir, les exploitants des Asturies.
- La substitution des chevaux aux hommes pour le roulage intérieur est une des premières améliorations qui s’imposera dans une exploitation nouvelle. L’emploi des machines pour le forage des trous de mine dans le percement des galeries permettrait d’arriver à une plus grande rapidité d’exécution dans ce travail, qui nécessite généralement un personnel expérimenté et coûteux. Il serait à désirer que l’on pût introduire également dans l’exploitation de ces mines les haveitses mécaniques dont l’usage commence à se répandre dans certains bassins houillers. Jusqu’ici/ il est vrai, ces appareils n’ont fonctionné avec quelque succès que dans les couches de faible inclinaison, mais il faut espérer que les perfectionnements apportés à leur construction permettront de les appliquer également aux couches fortement inclinées , telles que celles des Asturies.
- Je ne reviendrai pas sur ce que j’ai dit précédemment de üopportunité
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- d?une meilleure ventilation des travaux; tout le monde comprendra, sans plus d’explications, les avantages que l’on pourrait en retirer au point de vue de la régularité et de la rapidité du travail. L’influence du milieu ambiant sur l’effet utile de l’ouvrier est un fait acquis, sur lequel il n’est pas besoin de m’étendre plus longtemps. Mais il ne suffira pas de placer cet ouvrier dans un chantier bien aéré, de lui épargner les fatigues d’une atmosphère étouffée pendant les quelques heures du jour qu’il devra passer dans la mine; il faut que par une nourriture saine et abondante il puisse convenablement réparer ses forces, il faut qu’en lui offrant à proximité de la mine un logement sain et confortable on l’attache à l’exploitation, et que, satisfait des efforts qui auront été faits pour améliorer sa situation, on puisse compter que soff intérêt répondra de son zèle.
- Je ne saurais donc trop recommander à tout exploitant de construire aux environs de la mine des maisons ouvrières en nombre suffisant pour loger la plus grande partie, si ce n’est la totalité de leur personnel, d’établir des cantines où leurs ouvriers puissent se procurer à bas prix les denrées nécessaires à leur alimentation quotidienne. Quand bien même son intérêt ne se trouverait pas directement engagé à introduire ces modifications, l’humanité lui ferait un devoir de songer à assurer, par tous les moyens qui sont en son pouvoir, le bien-être des ouvriers qu’il emploie.
- L’amélioration de la situation de la classe ouvrière favorisera peu à peu l’immigration des habitants des provinces voisines, et si l’on tient compte des modifications que peut apporter dans l’organisation du travail l’introduction plus ou moins complète des machines on peut espérer de voir disparaître les inconvénients qui résultent aujourd’hui de la rareté de la main-d’œuvre.
- Supposons ce résultat atteint; il restera la" question des débouchés qui pèsera longtemps encore "sur le développement de l’exploitation, aussi longtemps que la situation du port de Gijon ne se trouvera pas modifiée. J’ai dit plus haut que des travaux provisoires pourraient sans doute, dans un délai de deux ou trois ans, rendre accessible aux navires ie nouveau port de Musel; si cette supposition se réalise, il est fort probable que les moyens d’embarquement dont on pourra disposer alors seront plus que suffisants pour écouler la production des nouvelles exploitations, auxquelles il faut nécessairement laisser le temps de s’organiser et de se développer. En tous cas, il est à supposer que d’ici à une dizaine d’années les travaux du port du Musel et le percement du tunnel de Pajarès seront complètement terminés.
- A ce moment rien ne s’opposera plus à ce que l’exportation prenne toute l’extension dont elle est susceptible, et les charbons des Asturies pourront se répandre sur toute l’étendue du littoral'où ils arriveront à des prix relativement peu élevés. Du côté de l’intérieur ils auront à lutter
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- surtout contre les charbons du midi provenant des bassins de Belmez et d'Espiel, les seuls qui puissent sérieusement entrer en concurrence avec eux. De Belmez à Madrid la distance est de 483 kilomètres; celle de Madrid à Busdongo, étant de 467 kilomètres, si Ton y ajoute 20 kilomètres pour la partie inachevée de Busdongo au bassin houiller, ori voit que la distance sera sensiblement égale de part et d’autre, mais que pour toutes les villes situées au Nord de Madrid Davantage demeurera au profit des houilles des Asturies. Le bassin de Belmez a d’ailleurs l’inconvénient d’être situe à une grande distance de la cote. Le port le plus voisin est celui de Malaga distant de plus de 240 kilomètres, tandis que la distance de La Pola de Lena à Gijon n’est que de 64 kilomètres. Il en résulte une différence de 183 kilomètres dans les transports par terre, qui à raison de 0f.08 par tonne représente pour la houille de la province de Cordoue une augmentation de prix de 14180, qui compensera largement la différence du fret pour les ports delà Méditerranée; de telle sorte, que les houilles des Asturies pourront encore arriver avec avantage à Carthagène, à Alicante, à Valence et même à Barcelone'. Il n’y a pas lieu non plus de redouter la concurrence des bassins voisins, tels que ceux de Sabero et de Castille. Le premier, d’une étendue beaucoup moins considérable que celui des Asturies* est plus éloigné de la côte. Le second n’a fourni jusqu’ici que des houilles de qualité inférieure. Mais si la lutte paraît facile en ce qui concerne les charbons indigènes , il ne faut pas se dissimuler qu’il n’en sera pas de même vis-â-vis des houilles anglaises, qui auront toujours sur celles des Asturies le double avantage d’une qualité supérieure et d’un fret moins élevé. Il en résultera que les exploitants des Asturies, désireux de développer l’exportation de leur charbon, devront nécessairement toujours maintenir leur prix au-dessouS de ceux des houilles de provenance étrangère.
- Le principal débouché des houilles des Asturies, celui auquel les destine tout particulièrement leur nature, paraît être d’ailleurs la consommation locale.
- L’industrie métallurgique est appelée à se développer promptement dans une contrée où l’on peut se procurer à bon marché un combustible de bonne qualité; si les minerais du pays ne satisfont pas toujours aux conditions d’un traitement facile et avantageux, il ne faut pas oublier que la province des Asturies est voisine de celles de Santander et de Bilbao, où abondent les minerais de fer d’excellente qualité. De son côté, îa Galice paraît renfermer également de grandes richesses minérales encore inexploitées et souvent même inexplorées. En somme* la côte can-
- 1, Il faut, toutefois, observer que sur ce dernier geint elles àüfüiit à soutenir là coït* currence des charbons de la Catalogne, provenant du bassin houiiler de Sân-JMH de las Abadems ou du gisement de lignite de Berga*
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- tab.ri.que tout entière offre sur une multitude de points d’excellents gîtes minéraux, dont les produits transportés par mer à Gijon arriveront encore dans de bonnes conditions au pied des hauts fourneaux.
- Le prix de revient des minerais de Bilbao ou de Santander rendus à l’usine peut s’établir comme suit :
- Prix dJachat (moyen)* sur bâteau1, à Bilbao ou Santander............. 13 fr«
- Frêt- de Bilbao ou Santarade-r à Gifo»........ 5 fr.
- Transport de Gijon à l’usine en supposant une distance moyenne de
- 50 kilomètres.......................................... 4 fr.
- Total,........................................... 22 fr.
- D’autre part, le prix du coke en se basant sur la valeur actuelle des menus, résulterait du compte suivant :
- /
- Valeur de 2 220 kilos de menu non lavé, à 5 francs la tonne, rendus à l’usine 11.10 Perte au lavage 25 0/0'.
- Reste 1 666 kilos de menu lavé produisant, à 60 0/0 de rendement, 1000 kilos*
- de coke.
- Frais de lavage de 2 220 kilos de menu à 1 franc la tonne...................... 2.20
- Frais de la fabrication de 1 000 kilos de coke, à raison de 3 francs............ 3.00
- Prix de revient de la tonne de coke....................................... 16.30
- En admettant un rendement moyen de 55 pour 0/0 au haut fourneau, qui est celui des minerais de Biscaye, le prix de revient de la fonte d’affinage ne devra pas dépasser 100 à 110 francs la tonne.
- On voit donc que la situation se présente aussi favorablement que possible pour le développement de l’industrie métallurgique, et qu’il serait difficile de trouver sur d’autres points de l’Espagne une réunion de conditions aussi avantageuses.
- Dans ces conditions, l’exploitation pourra se développer en pleine sécurité, et l’étendue qu’occupe le terrain houiller estimée à environ 25000 hectares permettrait facilement une production de 2000000 de tonnes annuelles.
- Sans prétendre qu’un tel résultat puisse être immédiatement obtenu, il n’y a rien d’exagéré à supposer que dans peu d’années la production atteindra au moins la moitié de ce chiffre, savoir :
- Pour l’exportation par le port du Musel........... 300.000
- Pour l’intérieur de l’Espagne......................... 100.000
- Pour la consommation locale. ......................... 600.000
- Total..'........................................ .. 1.000.000
- Si l’on se rappelle, en effet, que la consommation locale atteint actuellement déjà près de 250 000 tonnes, alors que l’un des deux seuls établissements métallurgiques du bassin (celui de Mières) ne produit pas plus du tiers de sa fabrication normale, on comprendra qu’il suffirait d’une amélioration dans la situation actuelle et de la construction d’un troi-
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- sième établissement métallurgique pour atteindre bientôt le chiffre sup posé de 600000 tonnes. Ce résultat ne peut certainement tarder beaucoup.
- Quoi qu’il en soit, un bassin houiller de près de 30 000 hectares de superficie, dans lequel la qualité de la houille ne laisse rien à désirer, situé à proximité de la mer et entouré de contrées métallifères, est nécessairement appelé à jouer un jour ou l’autre un rôle important dans la production industrielle. Pendant plus ou moins longtemps son développement peut être paralysé par des circonstances particulières, locales, ou générales; le manque de voies de communication, l’absence des capitaux nécessaires, la stagnation de l’industrie dans le pays auquel il appartient peuvent momentanément le condamner à une inertie plus ou moins complète; un jour viendra où ces obstacles disparaissant successivement, les éléments qu’il renferme trouveront une application immédiate; ce jour-là le bassin des Asturies prendra parmi les contrées houillères le rang que lui assignent naturellement son importance et la qualité de ses produits.
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- MÉMOIRE
- SUR
- LA MACHINERIE THÉÂTRALE
- CAM e-s-?. %%:%& f €ir>vt-i
- à propos du nouvel Opéra
- Par M. A. OUÉS8.UEL.
- Une question mécanique qui n’est pas sans intérêt pour le génie civil, et qui, on peut le dire, est de son domaine, semble, à propos de l’agencement de la scène du nouvel Opéra, prendre une importance suffisante pour qu’il m’ait paru intéressant d’en entretenir la Société. C’est de la machinerie théâtrale que je veux parler.
- Par une exception singulière, et dont le théâtre présente peut-être l’unique exemple, le progrès, qui s’introduit partout, n’a pas encore pénétré dans le mécanisme théâtral. En sorte que nos scènes sont encore ce qu’elles étaient il y a deux siècles ; la charpente et le mécanisme sont construits en bois et les mouvements de force accomplis à bras d’hommes.
- Ce n’est pas, toutefois, sans que des esprits novateurs, frappés des inconvénients et de l’impuissance de ces machines théâtrales, n’aient tenté des améliorations et que des recherches laborieuses n’aient été* faites dans ce sens ; mais la base du système actuel, la charpente en bois, ne se prête guère, par son défaut d’inertie et de résistance, à de sérieuses réformes; aussi, presque toutes ces tentatives, faites dans ces mauvaises conditions, sont elles demeurées stériles.
- Ce sont ces insuccès qui ont en quelque sorte légitimé un préjugé fort en crédit au théâtre, qui repousse tout projet d’amélioration dans la machinerie, améliorations que l’on considère comme une utopie.
- Cependant, je me hâte de le dire, depuis quelques années ce préjugé tend à perdre en présence des élaborations plus sérieuses que cette question a suscitées.
- L’administration elle-même avait dû charger une commission de douze
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- membres de rechercher et de formuler ces améliorations; mais, après deux années d’études et de tentatives demeurées infructueuses, l’administration a dû faire appel aux mécaniciens, et c’est à cet appel, et dans l’assurance d’un concours annoncé par cette dernière, que j'ai étudié cette question.
- J’ai reconnu, dès le début, qu’entrer timidement dans le système d'améliorations greffées sur ce qui existe actuellement ne pouvait conduire qu’à une solution bâtarde, incomplète, incertaine dans ses résultats, qui eût compromis ces tentatives et les eût exposées à un nouvel échec.
- Je suis donc entré résolûment dans les réformes, sentant bien que ce parti radical, seul rationnel pour une véritable solution, exposerait mes propositions aux plus sourdes critiques et aux oppositions les plus rétives de la routine.
- Quoi qu’il en soit, j’ai persévéré dans cette voie, et ce sont les faibles essais que j’ai présentés à ce concours que je viens aujourd’hui soumettre à l’examen et aux critiques de la Société.
- Deux raisons, d’ailleurs, m’engagent à le faire. La première est un vif désir de connaître l’opinion de mes honorables confrères sur la manière dont la question technique a été traitée et d’enténdre lèurs objections; afin de trouver dans cette discussion le mot de l’énigme qui a déterminé mes juges à demeurer dans le silence le plus absolu sur ce point.
- La deuxième raison est de porter cette question de machinerie théâtrale dans le milieu qui lui convient et d’appeler sur elle l’attention de la Société.
- J’ajoute que si, de l’ébauche que je vais avoir l’honneur de vous communiquer, il ressort par l’étude de quelques-uns d’entre vous, Messieurs, une solution plus complète, qui ramène la Commission dans une meilleure voie, j'aurai à me féliciter du bien et de l’utilité qui résultera de cette communication, et, je le déclare, mon but sera atteint.
- L’agencement de la scène est généralement peu connu. Il n’y a guère que les architectes chargés des théâtres qui possèdent plus ou moins la science de l’organisation de la scène; et encore, la plupart d’entre eux s’eri rèmettent-ils aux praticiens de la scène, aux machinistes.
- Gela est si vrai, que j’ai vu un ouvrage d’architecture sur les théâtres dans lequel on lisait pour tout le chapitre de la machinerie : «Lamachi-nation de la scène est une chose spéciale et du ressort du machiniste; aussi engageons-nous les architectes qui auraient à édifier des théâtres à s'adresser à un machiniste. »
- Ceci donne la mesure de la science des architectes dans la machination delà scène, comme ils l’appellent. Et cependant, ce sont eux qui, par la nature des choses et pâr habitude, en sont encore exclusivement chargés.
- Je crois utile de donner, préalablement à toute description et pour en faciliter l’intelligence, un aperçu de l’agencement des scènes actuelles.
- Puis après, j’exposerai mes propositions, et, si vous voulez bien me le
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- permettre, je terminerai cette communication parla discussion du projet dressé après coup par l'administration de l’Opéra.
- Le plancher, on a pu le remarquer, est incliné vers la salle; sa surface est sillonnée transversalement d’un certain nombre de rainures parallèles C (pl. 66, fig. 3). Ces rainures se nomment costières; elles servent de passage aux pieds de mâts M (pl. 66, fig. 1 et 2) qui s’implantent danS des encastrements ménagés dans des chariots B. Les mâts sont destinés à recevoir les châssis de décoration, qui, au moyen de cette disposition, peuvent courir transversalement à la scène.
- Les costières séparent la scène en deux séries de bandes d’inégales largeurs R, r (fig. 2 et 3).
- Les bandes larges se nomment rues; les bandes étroites se nomment pé-titesrues. La réunion d’une rue et d’une petite rue forme un plan.Al’Opéra actuel, il y a 12 plans. Chacune de ces bandes de plancher se compose de deux lambourdes à feuillure AA (fig. 1 et 2) et de petits panneaux en bois, qu’on nomme trappes; ces dernières reposent dans les feuillures et peuvent glisser horizontalement. De deux mètres en deux mètres, ces lambourdes sont emmanchées à tenons et mortaises sur des potelets p, qüi, à leur tour, sont encastrés de la même manière sur les poutres DD du premier dessous. On doit remarquer que le couple de bandes de chaque petite rue et leurs potelets s’implantent sur une seule poutre D qüi se répète par D', poutre du deuxième dessous; l’une et l’aütre portées par • des poteaux P et P\
- Chaque poutre D est munie d’un petit rail én fer sur lequel courent les chariots B. C’est ainsi que l’on fait avancer ou reculer transversalement les décors sur la scène. Ces chariots n’ont que deux roues placées dans le plan longitudinal et ne sont maintenus verticalement que par leur jkrtië supérieure qui glisse dans les co’stières.
- Dans les changements à vue, on fait apparaître ou disparaître à travers le plancher de grandes décorations qui occupent toute là largeur de la scène. Ce mouvement de décors se fait par les petites rüès dont on découvre la superficie, en faisant glisser horizontalement les trappil-lons r, qui aiors se remisent sous les côtés fixes de la scène. Ce génre de décor L (fig. 2), qu’on nomme ferme de décoration, est appliqué par le dos sur des coulisses en bois N placées verticalement, lesquelles coulisses sont elles-mêmes fixées contre les poutres D, D' et les chapeaux' de fermes A du lointain des petites rues ; de telle sorte que le décor tenu par derrière est affranchi d’attache du côté de la peinturé.
- Les apparitions de personnages en scène, les apothéoses et lés meubles surgissent par lès rues. Tous ces mouvements mécaniques se produisent avec des contre-poids qu’on fait agir au moment voulu.
- Comme on le voit, ces tranches de charpente isolées n’ont aucun con-treventement entre elles ; elles n’ont d’autre moyen de tenue que les encastrements des extrémités des poutrès dans la maçonnerie, et pour toute
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- liaison que de petits crochets mobiles K K qui les rattachent les unes aux autres. Ces crochets, qui d’ailleurs ne contreventent pas, sont à tout moment enlevés pour les mouvements des décors et des chariots ; en sorte que ces tranches sont chancelantes et flottent au gré du moindre effort. C’est ce qui fait que la décoration plantée sur le plancher ne se tient pas verticalement.
- Ce vice, provenant de la trop grande faiblesse delà charpente du sous-scène, nécessite à tout moment l’emploi de pinces et de crics pour redresser les choses à leur place; et, malgré tous les efforts, le plancher de la scène coule toujours vers la face.
- La partie supérieure de la scène est ce que l’on nomme les cintres ; c’est un prolongement vertical de la scène où se remisent les rideaux du répertoire.
- Dans les théâtres anglais et allemands, la hauteur du cintre est telle, que les rideaux sont enlevés droits et remisés sans plis ni enroulement. Les cintres de nos théâtres ne sont pas assez élevés pour qu’on puisse opérer ainsi. Nos rideaux ont deux vergues : une à la partie supérieure qui est attachée au gi*il par six ou sept fils .de longueur suffisante pour tenir le rideau en scène ; l’autre, au dos du rideau et vers la demi-hauteur, a également six ou sept fils de courants destinés à manœuvrer le rideau.
- En agissant à la fois sur les sept fils de la vergue du milieu, on enlève ce rideau par cette partie en le pliant en deux parties, et c’est ainsi que l’on parvient à loger les rideaux dans des cintres d’une faible élévation.
- Les manœuvres de force se font au moyen d’un système de treuils simples, sans engrenages, ayant, pour quelques-uns, des tambours à deux ou trois diamètres. Ces treuils sont mus à bras d’hommes; les rayons sur lesquels on agit rappellent assez les anciennes presses à imprimer à la main. Les manœuvres de grande puissance et d’une vitesse assez rapide sont opérées au moyen de contre-poids élevés à l’avance à la partie supérieure de la scène ; ces contre-poids agissent par leur descente et au moment nécessaire sur le grand rayon d’un treuil, pendant que le petit rayon de ce même axe de tambour actionne le décor en enroulant son cordage.
- Au théâtre du Châtelet, il y a environ soixante à soixante-dix treuils de ce genre; à l’Opéra il y en a plus d’un cent.
- En résumé, cette prétendue simplicité de machines devient un ensemble extrêmement compliqué; la limite de service de chacun de ces organes en exige la multiplicité. Ainsi, un treuil équipé pour un rideau du Prophète ne peut servir à un rideau d’une autre pièce; telle équipe du vaisseau de l'Africaine ne peut servir au vaisseau du Corsaire, et ainsi de suite. On comprend tout ce que coûtent de temps, de peines et d’argent ces constructions, ces substitutions incessantes et renouvelées tous les jours. A chaque équipement de décors ou de trucs, il faut répéter, s’as-
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- surer de sa marche; ce qui n’empêche pas assez souvent de les voir rester coi au milieu dffine représentation.
- La scène, ainsi constituée, permet néanmoins d’y représenter des tableaux assez variés. Mais les progrès accomplis depuis une trentaine d’années dans l’art décoratif, progrès, ai-je dit, qui n'ont pas été suivis par le mécanisme théâtral, réclament aujourd’hui des améliorations notables.
- (Test pour ce motif que la Commission de peinture théâtrale insiste pour que l’on remédie à la faiblesse et à l’instabilité de la charpente du sous-scène, qui coule toujours vers la face et ne tient pas les décors en position verticale. Ce vice de constitution de la charpente contre lequel luttent vainement les machinistes, sans pouvoir y porter aucun remède, laisse la décoration flottante. Cette dernière incline tantôt à la face, tantôt au lointain, et ruine'’ ainsi les conceptions artistiques en y faisant apparaître des déformations disgracieuses.
- Bon nombre de tableaux pittoresques, mouvementés dans le sol, réclament la possibilité de reproduire sur la scène des montagnes et des vallées qui doivent être pratiqués par les acteurs. On conçoit que les praticables des montagnes peuvent toujours être faits en menuiserie légère, que l’on monte et démonte à chaque tableau et pendant les entr’actes. Mais il est impossible, avec les planchers actuels, de créer des excavations de toutes formes que réclament les besoins de la peinture. Le glissement des trappes donne bien, il est vrai, des tranchées transversales, mais les chapeaux des fermes qui supportent les trappes et demeurent fixes sont un obstacle à l’extension de l’ouverture en longueur; en sorte que l’on ne peut obtenir une tranchée longitudinale à la scène. Cette difficulté, contre laquelle se heurte à tout moment la peinture théâtrale, a fait insister tout particulièrement la Commission de peinture sur la nécessité de résoudre le problème de la mobilisation du plancher de la scène.
- La solution de ce problème serait facile s’il s’agissait d’un plancher ordinaire, mais elle devient d’une difficulté extrême en présence des fonctions multiples du plancher. Ce dernier doit toujours porter la décoration et se prêter aux mouvements des apparitions et des disparitions des personnages et des décors qui le traversent verticalement à tous les plans et dans toute la largeur.
- Toute la difficulté gît donc dans cette complexité de services à laquelle la mobilité verticale du plancher ne doit porter nulle atteinte.
- Le choix des matériaux de construction et particulièrement la forme sous laquelle ces matériaux doivent être employés ne sont pas indifférents à la solution du problème. C’est donc par ce point fondamental que j’ai dû commencer.
- Le plancher doit être construit en bois et exempt de toute espèce de ferrure à sa surface.
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- Il y a six ans, époque où j’ai commencé cette étude, la Commission avait décidé que la charpente du sous-scène serait construite en bois avec cinq étages. Mais je n’hésitai pas, en présence des isolements forcés de ce genre de construction, et qui, en bois, eût donné des parties fléchissantes, de proposer le métal, fer ou acier, de forme tubulaire qui, seul, est en état de constituer une base fixe et inébranlable à un mécanisme aussi découpé. Pour simplifier et diminuer le prix de la dépense, je proposai aussi le retranchement de deux étages des dessous sur les cinq projetés par l’architecte.
- Ainsi, le plancher en bois léger, tel que sapin d’Amérique ou cèdre blanc, la charpente métallique et tubulaire et trois dessous : tels sont les caractères fondamentaux et distinctifs de mon projet.
- Le point de départ de l’étude d’une scène, celui autour duquel gravitent tous les agencements de la machinerie, est le plancher de la scène. En effet, le plancher de la scène règle, par sa disposition et par sa division, la position des ponts volants, des herses d’éclairage, des rideaux et des cases à décors. La première opération consiste donc à fixer sa division et à arrêter les dispositions de toutes les parties qui le composent et celles qui s’y rattachent; la mobilité verticale du plancher par plan transversal et par section longitudinale de la scène vient après.
- La scène du nouvel Opéra est la plus vaste scène qui existe. Sa longueur totale est de 26 mètres entre le mur dû cadre et celui du lointain. Sa largeur totale est de 53 mètres dont 30m,60 pour la scène proprement dite; le reste est réservé pour les cases à décors placées aux côtés. Sa hauteur totale est de 62m,75 dont 15 mètres pour le sous-scène, 36 mètres pour la scène et les cintres, et le reste, 17m,75 pour les combles où sont trois planchers à claire-voie qu’on nomme grils.
- La largeur utile de la scène, ai-je dit, est de 30m,60, et sa longueur de 26 mètres. Je propose de diviser cette dernière en dix parties, qui constituent dix plans de 2m,60 chacun (voir pl. 67, fig. \, 2 et 3). Pour des raisons que je ferai ressortir plus loin, je ne propose qu’une rue et qu’une petite rue par plan.
- Chaque plan comprend une rue de lm,35 de largeur (dimension prise dans le sens de la longueur de la scène) et 16 mètres de longueur, et une petite rue de 0,25 de largeur et de 22 mètres de longueur, exactement comme cela existe actuellement dans les théâtres. Les trappes et les trappillons sont disposés de telle manière qu’ils peuvent glisser sous les parties fixes du plancher des deux côtés de la scène. Ces mouvements destinés à faire des ouvertures plus ou moins grandes dans le plancher pour le passage vertical des décors, des trucs et des personnages. Ce service exige que l’espace des rues et des petites rues soit libre du haut en bas, et soit dégagé de toute espèce de traverse.
- Le plancher est supporté par vingt poutres P en fer de treillis du type
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- tubulaire, soit deux poutres par plan. Ces poutres, en forme de parallé-lipipèdes, traversent tout le sous-scène et auront 32m,50 de longueur, 0m,34 de largeur et \ mètre de hauteur. Elles seront établies avec deux rails intérieurs, et leurs, côtés supérieurs seront fendus longitudinalement d’une rainure de 0m,03 de largeur. C’est la costière par laquelle passeront les pieds des mâts. Ces poutres, pn le voit (pl. 67, fig. 4), ne sont autre chose que la réunion des deux lambourdes à feuillure du système actuel ; seulement, au lieu de la maigre dimension de celles-ci et de la faiblesse que cause leur isolement, leur réunion, constituant une grande section, donnera une résistance considérable dans tous les sens. C’est dans ces poutres, et sur la paire de rails ménagée à l’intérieur, que rouleront les chariots C en fer à quatre roues, destinés à porter les châssis de décoration. En sorte que la surface de la scène sera un plancher complètement en bois à travers lequel les décors pourront être mus comme cela a lieu actuellement.
- Cette poutre tubulaire dans laquelle les chariots roulent simplifie singulièrement le problème de la mobilisation du plancher, en ce qu’elle réduit à vingt poutres le nombre de quarante lambourdes exigé par l’ancien système, et que cette disposition donne aux poutres une section suffisante pour en permettre le tronçonnement, et arriver ainsi à diviser la surface de la scène en parcelles carrées comme l’est un échiquier.
- Cette division parcellaire se réduirait aux huit plans internes du plancher, le premier plan, celui de l’avant-scène, devant demeurer fixe, ainsi que le dernier plan du lointain. 16 mètres de la partie centrale de la scène seraient ainsi seuls mobilisés, Les huit plans seraient donc coupés par des perpendiculaires espacées de 2 mètres entre elles ; ce qui formerait huit bandes longitudinales à la scène coupant huit bandes transversales et donnant soixante-quatre parcelles. *
- Les poutres tubulaires, ai-je dit, sont placées transversalement à la scène. Seize d’entre elles seront donc sectionnées dans leur partie centrale en huit tronçons de 2 mètres de longueur, correspondant à la dimension des parcelles de plancher qu’elles supportent.
- La structure de ces poutres tronçonnées se compose (voir fig. 4).,: \° d’un fer à U qui en est la base; 2° des fers cornières qui encadrent trois côtés des extrémités des tronçons et qui servent dé bridés de raccordement; 3° des croisillons qui en forment les côtés verticaux; 4° de deux fers à Z sur lesquels sont fixées les deux''frises!en chêne qui forment le côté supérieur des poutres et une partie de la surface du plancher; 5° de deux fers cornières adossés, un de chaque côté, aux fers à Z de façon à former fond de feuillure pour porter les trappes, Ces fers cornières sont relevés sur le bord de manière à retenir les trappes et à les empêcher d’échapper.
- Les crochets amovibles k (pl.66, fig. 2) des dessous de scène construits en bois, crochets que Von met dans l’intention de relier les tranches va-
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- cillantes de la charpente, ne seront plus de mise dans une charpente en fer, en ce que, si cette dernière n’était pas bien combinée, les crochets ne seraient pas plus en état de la retenir dans ses écarts que de la ramener. Les dessous sont donc débarrassés de ces entraves et du même coup les méticuleuses manœuvres de crochets sont supprimées.
- La charpente, étant composée de tranches isolées les unes des autres, doit être constituée de telle sorte que sa résistance soit suffisante pour tenir verticalement les décors qu’elle est appelée à supporter, et que l’immobilité du plancher soit complète sous les impulsions cadencées de la danse.
- Dans ces conditions d’isolement il n’y a que la poutre à deux âmes (dite tubulaire) qui présente une garantie sérieuse de stabilité. Sa résistance est calculée pour que chaque ligne de plantation de décors, qui prend point d’appui sur une poutre au moyen des mâts qui pénètrent dans son intérieur, soit maintenue verticalement sans qu’il soit nécessaire de l’étayer, comme on le fait assez souvent.
- Voici le moyen que je propose pour solidariser les tronçons des poutres tubulaires lorsqu’on voudra les fixer au repos.
- Après évolution, le plancher étant remis en place, les tronçons, dont la longueur aura été exactement réglée de façon à se toucher à frottement doux par les surfaces rabotées de leurs cornières de bordure, seront brochetées entre eux par des verrous. Dans ces conditions, il suffira, pour assurer l’immobilité d’une poutre ainsi tronçonnée, de serrer fortement les tronçons les uns contre les autres par une pression suffisante. Or, deux coins placés, un à chaque extrémité des parties sectionnées d’une poutre, rcoins qui seraient mus par des pistons hydrauliques et qui effectueraient une pression utile de 10 000 kilogrammes, assureront une ligne immobile, tant qu’une force supérieure à 5 000 kilogrammes ne sera pas exercée latéralement sur l’un des joints des tronçons.
- Ainsi la poutre tubulaire tronçonnée que je viens de décrire remplit complètement les conditions indispensables : immobilité absolue pour là danse, tenue verticale des décors et possibilité de planter sur plancher en évolution.
- La poutre tubulaire avec rails et chariots à l’intérieur est incontestablement la clef du plancher mobile, et c’est donc avec raison qu’on peut dire que, sans cette poutre tubulaire à grande section, la solution du problème n’est pas possible.
- Tant que le plancher de la scène sera au repos et que les poutres .seront serrées comme il a été dit, il y aura dans l’ensemble du plancher une rigidité suffisante. Mais si le plancher est en évolution, les parcelles détachées les unes des autres et occupant différentes hauteurs ne se toucheront plus; il sera alors impérieusement nécessaire que la charpente des dessous, seul point d’appui de ces tronçons isolés, soit une base inébranlable. On conçoit que si les dessous ne présentaient pas cette soli-
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- dite indispensable, les pièces mobiles seraient exposées à sortir de leurs lignes géométriques de fonctionnement et à ne plus se présenter dans leur juste position lorsqu’on rétablirait le plancher en place. C’est là le point culminant de la difficulté : pour le franchir, il n’y a qu’une route à suivre ; si l’on s’en écarte, on aboutira à un échec sans remède, comme cela est déjà arrivé.
- On ne peut donc mieux faire, pour les poutres du premier et du deuxième dessous, que de continuer d’employer la forme tubulaire, celle qui, pour un poids de matière donné, présente le plus de résistance.
- Les poutres P' P" (pi. 67, fïg. 3) de ces deux étages seraient entre elles de même échantillon ; elles auraient la même longueur et la même largeur que les poutres du plancher supérieur. Elles en différeraient en ce qu’elles seraient à deux âmes pleines, que leur hauteur serait moindre de moitié, et que leur longueur serait continue et parfaitement rigide en ce sens. Dans les murs latéraux seraient scellés de puissants encastrements recevant les extrémités des poutres, qui ne pourraient jouer que dans le sens de la longueur, pour laisser toute liberté à la dilatation. A la limite des rues et en dehors des espaces qui ne doivent pas être traversés par des liaisons, les poutres des trois étages seraient assemblées dans le plan horizontal par des tubes rectangulaires, et contreventées par des plates-bandes en écharpe qui assureraient à ces parties latérales une solidarité et une solidité telles, que tous les efforts accumulés du mécanisme en mouvement ne puissent y porter le moindre trouble.
- Les deux étages des dessous seraient portés par quatre rangs de colonnes creuses en fonte de 0m,300 de diamètre. Les colonnes de pied seraient en quelque sorte jumellées deux à deux par le socle S en fonte sur lequel ces colonnes seraient fortement boulonnées, de manière à concourir par cette base solidaire à la stabilité des poutres qu’elles supportent. Les deux rangs de colonnes des côtés pourront recevoir des arceaux de contreveritement dans trois sens.
- Les poutres en treillis du plancher de la scène ne pourront être supportées que par les encastrements et par les deux rangs de colonnes de côté ; car il faut que les tronçons qui composent les 16 mètres de cette partie centrale puissent descendre de deux mètres ou monter de 8 mètres. Ainsi donc les deux parties fixes de ces poutres sont maintenues à leurs extrémités par les encastrements et près de leurs sections par des colonnes. Il y aura en outre une armature calculée, destinée àcontrebuter l’effort de serrage exercé par les coins sur les tronçons.
- Pour supporter les tronçons et les mouvoir verticalement, je propose de boulonner perpendiculairement au centre et sous la base de chacun des tronçons un tube E en fer cylindré au tour de 0m,180 de diamètre extérieur.
- Ces tubes que je nommerai épontilles, au nombre de cent vingt-huit et supportant les cent vingt-huit tronçons, auraient 13 mètres de longueur et
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- descendraient, en traversant des douilles placées dans l’axe des poutres inférieures, jusque dans le dernier dessous. Ils seraient percés diamétralement de mortaises destinées à recevoir des clavettes pour les tenir à la hauteur voulue. Cette disposition est si simple, si rationnelle, que l’on aperçoit de suite avec quelle aisance on pourra lui imprimer le mouvement. Il suffira de mouvoir verticalement une traverse qui por-^ fera autant de douilles qu’il y a d’épontilles par poutre, pour que les tubes clavetés soulèvent ou abaissent les tronçons qu’ils supportent.
- Voici comment j’entends procéder : une grande traverse T (pl. 67, fig. 3) à deux âmes en treillis de proportionnelle résistance serait placée en projection verticale des poutres et dans le deuxième dessous. Cette traverse serait munie de huit douilles alésées dans lesquelles passeraient les huit épontilles des huit tronçons de la poutre supérieure; sa longueur serait de 15 mètres, sa hauteur au centre 1m,50 , et elle aurait pour moteur le piston d’une presse hydraulique dont la course serait de 4 mètres. Le piston hydraulique H serait lié à la traverse par un fort boulon qui traverserait la tête du piston et la partie supérieure et centrale de cette dernière, de façon à permettre quelques mouvements oscillatoires sans rien forcer. La tête du piston serait guidée dans son mouvement vertical par un galet de grand diamètre. Le piston traverserait la poutre inférieure du deuxième dessous et plongerait dans le corps de presse qui serait supporté, à son collet, par une double arcade en fonte, boulonnée aux deux colonnes voisines.
- On voit avec quelle facilité on fera évoluer le plancher, Doit-on élever toute une poutre? Après l’avoir préalablement détachée, en retirant les verrous et desserrant les coins, opération qui sera aussi rapide que celle d’ouvrir une porte, on traversera chaque tube d’une clavette au-dessus des douilles de la traverse motrice, puis ouvrant le tiroir de distribution d’eau à la presse, on aura un mouvement ascensionnel dont la vitesse et la durée seront à la merci du conducteur. Doit-on 1’abaisser ? Le renversement du mouvement du tiroir produira la descente jusqu’au point voulu. On conçoit qu’on peut laisser tel tronçon d’une poutre en repos et mouvoir les autres à différentes hauteurs et leur donner différentes inclinaisons en combinant les clavetages.
- Mais, dira-t-on, si l’on élève isolément un seul côté delà scène, la somme des poids agissant sur une seule branche de la traverse rompra l’équilibre et tendra à la faire basculer. Cette objection n’est pas une difficulté, car il y a un moyen qui la résout d’une manière radicale,.
- Par ce moyen, expérimenté sur un petit modèle, quel que soit le point chargé de la traverse, quel que soit le point d’effort destiné h lever la charge, fussent-ils l’un à un bout, l’autre à l’extrémité opposée, l’équilibre des forces et le parallélisme du mouvement seront rigoureusement assurés.
- Supposons que le centre de gravité delà charge soit d’un seul côté (fig. 3)
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- au point Q de la traverse T dont le centre repose sur le piston moteur H. Il est évident que le poids Q tendra à renverser en B ; mais si l’on attache à l’extrémité B de la traverse un fil métallique b, que ce fil monte verticalement, qu’il passe sur la poulie D, qu’il descende vers la poulie D', qu’il traverse le sous-scène, passe à tours adhérents sur D", d’où il remonte se rattacher à A, extrémité opposée de la traverse, on voit de suite la propriété de cette disposition qui transportera de B en A la moitié des moments du fardeau et établira ainsi un équilibre absolu. Et réciproquement, l’excès de poids agissant sur la branche A passera parle même moyen sur la branche B. Cette disposition, si précieuse à tous égards, présente encore un grand avantage : c’est que l’on peut solidariser le mouvement de deux ou plusieurs presses ensemble, lorsque la simulta-tanéité du mouvement est réclamée. Ainsi les poulies C et D' sur lesquelles passent à tours adhérents les fils régulateurs a et b, montées folles sur des arbres i i (fig. 2), peuvent être solidarisées avec ces arbres au moyen d’embrayages. Et comme il y a deux arbres, on peut chevaucher la solidarisation de telle manière que la presse n° \ agisse de concert avec la presse n° 4 pendant que la presse n° 3 agira avec les presses 8, 9, 10, 11 et 12. La conséquence de ces réunions, de ces combinaisons, de ces permutations de moteurs, sera que jamais aucun chômage ne sera à redouter ; car l’on pourra toujours substituer, presque instantanément, n’importe quelle presse à n’importe quelle autre qui viendrait à manquer.
- Ce point, qu’on le remarque bien, est capital dans la question. Nous aurons à examiner s’il se trouve quelque chose qui le vaille dans les prétendus perfectionnements que l’on essaye d’introduire dans mes conceptions, ou si, au contraire, ces amputations ne sont pas des déchirures.
- Voilà donc huit plans mobiles, composés de soixante-quatre parcelles de plancher. Ces soixante-quatre parcelles sont portées par cent vingt-huit tronçons de poutres qui reçoivent le mouvement par leurs tiges tubulaires de seize traverses fixées aux têtes ds seize pistons de presses hydrauliques. C’est, on le voit, une division d’éléments et d’organes moteurs qui se prêtera à des combinaisons infinies, dont la manœuvre sera plus rapide, plus docile, plus précise et infiniment plus certaine que celles opérées aujourd’hui à grand renfort d’hommes et de dépenses. Eh bien I quelque richesse de mouvement et de puissance que présente cette disposition, je propose de la doubler, en quelque sorte, par une simple addition de traverses motrices dans le troisième dessous. Cette addition aura pour effet de mettre à tous les points de la scène des forces et des mouvements exactement opposés à ceux des pistons hydrauliques, en sorte que le machiniste sera en mesure d’opérer à vue. les mouvements les plus variés et les plus opposés, tels que d’une vallée en faire surgir une montagne, et au même moment et, dans un autre lieu de la scène, d’une montagne en faire une vallée.
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- Cette addition de traverses motrices se fera de la manière la plus simple et la plus aisée.
- Dans le troisième dessous et dans l’axe des poutres, je répète les seize traverses motrices du deuxième dessous; les extrémités de ces traverses T' ("pi. 67, fig. 3) sont attachées aux fils descendants des premières traverses ; c’est par ces fils qu’elles en reçoivent le mouvement, comme l’action si connue de seaux de puits fixés aux extrémités d’une même corde qui passe sur une poulie.
- Ainsi, quand la traverse supérieure montera, la traverse correspondante descendra, et réciproquement. Les avantages de cette disposition sont trop réels et trop évidents pour qu’il soit utile de les développer.
- Pour achever la description de ce qui concerne les mouvements verticaux du plancher, je dois dire que les clavettes destinées à traverser les épontilles tubulaires seront munies de verrous qui, une fois entrés, les maintiendront à leur place. Les douilles courantes des traverses et les douilles dormantes des poutres dans lesquelles glissent verticalement les épontilles seront couvertes d’une sur-douille mobile circulairement, et ces sur-douilles seront munies d’encoches dans lesquelles pénétreront les clavettes. Il est aisé de voir que les sur-douilles pivoteront avec le tronçon qui y prendra point d’appui, et qu’il suffira d’un arrêt, un lin-guet,, comme ceux des plaques tournantes des chemins de fer pour fixer l’angle d’orientation du tronçon. La conséquence de cette disposition sera de prévenir tout mouvement de giration intempestif qui pourrait se produire pendant les évolutions dans les tronçons isolés.
- Ceci décrit, je puis maintenant donner quelques détails sur les mouvements du plancher, sur ceux du glissement horizontal des trappes, et enfin sur l’installation des décors et des trucs qui surgissent à travers le plancher.
- D’abord il faut distinguer le mouvement des trappes d’avec celui des parcelles de plancher, qui sont loin d’être une même chose. Les trappes et les trappillons sont de simples panneaux en bois, tandis que chaque parcelle de plancher se compose d’une trappe, d’un trappillon, de deux tronçons de poutres tubulaires dans lesquels les chariots peuvent demeurer pendant les évolutions, et de deux épontilles tubulaires. En sorte que, toutes les fois que l’on essayera d’établir un plancher uniquement composé de trappes à mouvement vertical, on manquera le but, ainsi que nous le verrons plus loin.
- Les trappes, ai-je dit, reposent sur des cornières rabotées fixées à la partie supérieure des poutres du plancher; ces cornières ont une certaine largeur et la rive supérieure est terminée par un rebord saillant de 15 millimètres. J’ajoute que les rives portantes de ces trappes seront rainées ainsi que l’indique la figure 4 de la planche 67, de telle façon qu’il y ait un jeu de 5 centimètres entre la semelle portante métallique dont elles seraient garnies et la saillie finale de la cornière. Les trappes
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- pourront alors opérer un mouvement de glissement transversal pour favoriser l’allongement du plancher pendant les pentes, sans être exposées à échapper du point d’appui.
- Pour obtenir des pentes longitudinales à la scène avec le plancher (fig. 2 et 3), on clavèttera chaque couple d’épontilles de même trappe, à des hauteurs inégales dont la différence ne dépassera pas 50 centimètres. Au levage simultané des traverses motrices, on aura des parcelles de plancher plus ou moins inclinées, soit à la face, soit au lointain, selon le sens dégradé du clavetage des épontilles. Dans ces manœuvres, un oubli ou une erreur dans la pose des clavettes pourrait causer des chutes de trappes et des accidents ; il est donc bien essentiel d’installer ce mécanisme de manière que de pareils dangers ne soient pas à redouter. Ainsi je puis faire avec une installation très-simple qu’une trappe levée inopinément par un seul bord n’échappe pas de sa feuillure et reste dans une position inclinée de 15°, y eût-il deux ou trois personnes dessus.
- Les pentes transversales à la scène pourront être établies de deux manières, en gradins et en pentes accidentées en demi-gradins. Ce dernier genre sera avantageux pour l’illusion, en ce que les artistes ne paraîtront pas, comme cela a lieu aujourd’hui, descendre un chemin uni; ils auront au contraire une marche accidentée qui imitera celle que déterminent les chemins raboteux et difficiles des montagnes. Dans ces deux espèces de pentes, le clavetage des épontilles doit être fait à niveau pour chaque couple d’épontilles appartenant à une même parcelle de plancher ; et la gradation qui est transversale à la scène ne doit pas dépasser 0m,50 d’un couple à l’autre.
- Ces opérations de clavetage, très-rapides d’ailleurs, seront faites à l’avance ou pendant qu’on joue ; de sorte que de grandes évolutions de plancher pourront s’opérer sous les yeux du public et ne pas dépasser en durée vingt secondes.
- Les pentes en diagonale peuvent être faites en partie avec le plancher de la scène ; elles seront, il est vrai, un peu plus compliquées, et ne pourront se produire ni disparaître à vue ; elles seront dans tous les cas plus rapides et moins encombrantes que celles faites par les moyens actuels.
- Les tronçons destinés à l’établissement de la pente seront préalablement déchargés de leurs trappes et de leurs trappillons. Une fois les épontilles clavetées aux mortaises convenables, les presses les lèveront ou les abaisseront, et arrivées aux hauteurs déterminées, on fera pivoter les tronçons pour obtenir l’obliquité nécessaire, A ce moment, des panneaux de mesure, pour ce genre de mouvement, seront posés dans les feuillures des tronçons, et l’on pourra ainsi produire toute espèce de terrain accidenté.
- Pour prévenir les erreurs et éviter toute confusion dans ces opérations, les clavetages et les glissements des trappes seraient écrits comme on
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- écrit de la musique; chaque brigadier muni de sa feuille ne fera pas plus de fausse manœuvre qu’un musicien ne fait de fausses notes.
- JJai dit que les trappes et les trappillons doivent se coulisser horizontalement pour découvrir plus ou moins les rues et les petites rues, et que ces trappes et ces trappillons reposaient sur des cornières bien dressées que je nomme coulisses. Il reste à dire comment le glissement de ces trappes se fera et comment elles se remiseront sous les parties fixes du plancher en abord de la scène et des deux côtés. Pour faire glisser ces trappes sous le plancher, les cornières coulisses des tronçons en abord peuvent être abaissées de 6 centimètres, afin de produire un plan incliné vers les côtés, plan incliné qui se raccorde avec des cornières coulisses qui régnent sous ces parties fixes du plancher. En sorte qu’il suffit de lier par des crochets toute la demi-série des trappes d’une rue pour qu'en entraînant la première, toute la demi-série solidaire suive le mouvement et ouvre plus ou moins la rue. De même pour l’autre demi-série de rue, et semblable manœuvre pour les trappillons des petites rues. En poussant les trappes extrêmes, tout revient à sa place; puis, au moyen de leviers à excentriques, on relève de 6 centimètres le bout des cornières coulisses, afin de remettre les trappes latérales à niveau. Les crochets de liaison de trappes entre elles sont amovibles ; 'ils doivent être retirés pour les mouvements acccidentés du plancher auxquels ils feraiént obstacle.
- Je n’entreprendrai pas de décrire les moyens mécaniques que j’entends employer pour la manœuvre de ces trappes ; ils sont plutôt du domaine de l’étude définitive du projet que de l’invention. Qu’il me suffise, d’ailleurs, de dire que le mouvement initial pour le glissement des trappes doit être pris sur les presses hydrauliques qui, au nombre de seize, suffiront à tout le service du sous-scène.
- Si les combinaisons compliquées et confuses sont coûteuses et pleines de difficultés souvent inextricables, si elles ne donnent en fin de compte que de minces résultats, on a pu remarquer, au contraire, que les combinaisons rationnelles, simples e't bien ordonnées, s’agencent aisément, qu’elles se prêtent à une foule d’applications, tout en étant d’une conduite facile et économique. C’est là, en un mot, la pierre de touche d’une étude de mécanisme. L’étude qui fait l’objet de cette description semble réaliser ces avantages de bonne combinaison ; car, comme on va le voir, outre rutilisation que l’on fait des presses hydrauliques pour mouvoir le plancher et pour glisser les trappes, ces presses se prêtent encore merveilleusement bien par leur position et leur puissance à deux ordres d’emploi très-importants.
- Le premier emploi consiste à utiliser les presses à lever tous les trucs et tous les personnages qui apparaissent par les rues. Limitrophes des rues, leurs traverses peuvent être accouplées par les embrayages décrits ; les sous-traverses dont les mouvements sont opposés peuvent, avec
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- les premières, se prêter à toutes les combinaisons possibles et à tous les emplois, depuis l’apparition d’un Amour jusqu’à celle d’un groupe d’apothéose, depuis l’apparition d’une cassette jusqu’à celle d’un palais chargé de monde et resplendissant de lumière. Sur ces traverses motrices tout peut être équipé avec célérité et sûreté, et l’on a à sa disposition 20 000 kilogrammes de puissance et 140 mètres cubes de volume par chaque rue.
- Le deuxième ordre d’emploi des presses hydrauliques est celui qui permet de manœuvrer verticalement les fermes de décoration par les petites rues. Ces fermes sont posées sur des châssis mobiles M en bois (voir pl. 67, fig. 3) armés de fer, qui régnent dans toute la longueur des petites rues, et sont tenus verticalement par des mâts en fer qui peuvent s’implanter dans tous les points des châssis. Chaque châssis est guidé dans son mouvement vertical par quatre fortes coulisses N en acier, bien ajustées, qui glissent.verticalement dans leurs coulisseaux fixés sur la charpente des dessous sans jamais dépasser le niveau de la scène. Ce sont ces décors équipés sur ces châssis qu’il s’agit de faire surgir rapidement à travers le plancher. Le moyen est bien simple: il suffit d’établir deux palans inverses par presse, les réas courants O dans les traverses mobiles et les réas dormants O’ dans la poutre inférieure.
- On sait que le fonctionnement de ce genre de transmission est précisément l’inverse de celui du palan ordinaire destiné à lever lentement de lourds fardeaux.
- On conçoit que, si l’on attache ces fils courants au châssis d’une petite rue, on guindera en scène avec une grande rapidité les fermes de décoration qui auront été équipées sur ce châssis. Et comme chaque petite rue a deux traverses motrices limitrophes, elles auront des moteurs doublés, ou, en d’autres termes, deux cordes à leur arc.
- Tout ceci, on le voit, est d’une grande simplicité, eu égard à la diversité des services et aux nombreux usages auxquels est assujetti ce mécanisme. Il ne serait donc pas juste d’adresser à ces combinaisons le reproche de complication excessive et d’être d’une manœuvre difficile.
- Pour achever ce qui regarde le plancher de la scène, je dois dire que les mâts actuels implantés dans les chariots et qui portent la décoration sont faits en bois ayant à l’emplanture des plates-bandes en fer pour racheter l’affaiblissement de leurs pieds amincis. La hauteur de ces mâts est de 8 mètres et leur transport s’effectue d’un lieu à un autre vertica-calement et à bras d’homme. Un mât ne peut être porté que par un seul homme: il en résulte que les mâts, dont la'hauteur et le poids sont maxima pour un homme, ne pourront plus être manœuvrés de la sorte si on en augmente la hauteur et le poids. Or les décors de l’Opéra actuel ont 9m,60 de hauteur et ceux du nouvel Opéra auront \ 4 mètres ; il faudra donc des mâts plus forts et plus lourds, qui deviendront alors plus difficiles à manœuvrer. Pour résoudre cette difficulté, je propose (voir pl. 67,
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- fig. 4) de composer ces mâts Y en deux pièces : 1° d’un pied en acier fondu de résistance et de formes calculées, qui, comme à l’ordinaire, traverserait le plancher par les costières et s’implanterait dans les chariots, et prendrait, dans la partie de \ mètre qui dépasserait le plancher, une forme tubulaire et conique ; 2° d’un tube conique de 7 à 8 mètres de longueur, garni d’échelons de perroquet, tube qui s’emboîterait juste et à frottement doux sur le pied C, comme un cierge s’emmanche sur l’âme du chandelier. Le poids serait donc divisé en deux pièces, et l’on pourrait user de la faculté de pivotement du mât pour présenter les décors sous tous les degrés d’angles nécessaires.
- Cintres.
- Nous avons vu que les rideaux et les plafonds sont suspendus aux cintres par une série de fils qui les tiennent par des vergues. Ces fils distribués dans la longueur du rideau, montent verticalement, passent chacun sur une poulie, et, se réunissant en faisceau, s’enroulent sur un treuil. Je n’ai d’autre modification à proposer que de supprimer ces treuils et de faire descendre les faisceaux de fils dans les coursives verticales, dites cheminées, qui existent aux côtés de la scène. Chaque faisceau serait accroché par sa boucle finale aux taquets fixés sur les garde-corps des corridors des cintres qui sont les postes de manœuvre des machinistes.
- Les moteurs généraux de ces faisceaux de fils, ainsi distribués sur les deux côtés de la scène, seraient des câbles métalliques courant verticalement dans ces coursives. Ces câbles seraient entraînés, de haut en bas, par des machines hydrauliques, et seraient munis de crochets, porte-mousqueton, pour saisir les boucles des faisceaux de fils appartenant aux rideaux à manœuvrer. Chaque câble passerait à retour de descente sur une poulie placée au sommet des coursives, et serait rappelé par un contre-poids, les machines hydrauliques étant à simple effet de traction.
- Vingt machines de ce genre, installées au bas des coursives verticales. du nouvel Opéra, pourront actionner quarante câbles métalliques et donner à tous les points de la scène autant de mouvements indépendants, tant aux cintres que sur la scène ou dans les dessous.
- Au surplus, cette proposition d’application de moteurs hydrauliques dans les théâtres n’est plus à l’état de projet; le problème est résolu par un commencement d’application au théâtre de la Gaîté. La, un seul appareil a fait mouvoir alternativement des rideaux, des fermes, des barques, etc., avec toute la précision et toutes les vitesses désirables.
- Il reste encore six points à traiter, ce sont :
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- 4° La juxtaposition des plafonds sur les châssis;
- 2° L’établissement d’un panorama demi-circulaire;
- 3° Le transport et le remisage des décors sur les côtés de la scène ;
- 4° L’établissement du plancher pour les bals et la faculté de varier, pendant les ouvertures et pendant le jeu, l’altitude de l’orchestre;
- 5° L’éclairage de la décoration;
- 6° Les machines motrices et les moyens d’extinction d'incendie *.
- Les quatre premiers points, dont les solutions sont en grande partie élaborées, n’ont qu’un intérêt secondaire. Cette communication ne permet pas d’ailleurs d’entrer dans des développements qui sont du domaine d’une étude définitive. Je terminerai donc cet exposé par quelques mots sur l’éclairage et l’incendie.
- L’éclairage des hauts de la scène se fait au moyen de rampes à gaz suspendues comme les rideaux, ce qui permet de les guinder à la hauteur nécessaire. Sur ce point, tout est bien, et lorsque ces rampes seront munies de moyens de coloration, il n’y aura rien de mieux à proposer.
- L’éclairage des décorations latérales se fait actuellement au moyen dè portants en bois, sur lesquels sont installés verticalement des becs alimentés de gaz par un tube en cuir qui l’apporte des dessous.
- Cette disposition, insuffisante au point de vue de l’intensité de l’éclairage, ne peut se prêter, par suite de son immobilité forcée, aux variations de nuance de lumière si vivement réclamées. Ce système a aussi l’inconvénient de faire suivre à la lumière le sort des décors auxquels sont accrochés les portants : c’est-à-dire que ces portants sont placés et ôtés, que ces becs sont allumés et éteints à chaque changement de tableau. Ces longs tubes en cuir qui serpentent sur le plancher, après l’avoir traversé, sont un embarras pour la circulation et un obstacle au glissement des trappes. Voici ce que je propose à la place.
- Un tube en fer de 50 millimètres de diamètre et de 43 mètres de longueur remplacera l'appareil portant. Il sera garni de trente à trente-cinq becs. L’extrémité inférieure sera fermée au moyen d’un robinet à raccord. L’extrémité supérieure sera munie d’un raccord pour recevoir le gaz du tube flexible. C'est près de ce raccord qu’il sera suspendu à la hauteur des corridors à une potence à mouvement radial dont les brisures pourront le placer à tous les points compris dans la demi-circonférence de 8 mètres de rayon.
- Dix appareils de ce genre qui seraient disposés de chaque côté de la scène du nouvel Opéra suffiraient pour tous les besoins de l’éclairage latéral.
- t. Voir la communication faite le 9 janvier 1874, organisation des secours contre l’incendie, page 620.
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- Le pivotement du tube s’effectuerait aisément; il permettrait aux verres de nuances dégradées, dont serait muni chaque bec, de varier les tons delà lumière, afin de produire les différents tons du crépuscule.
- MiacVïiïiès) «tëstinèés à prodsiil’c ï’é&ü fôlëceë pékaï» I© âÿpviee des» àramsmissionë Iàÿdskîktsli«iaië^.
- L’eau forcée devra avoir 20 atmosphères de pression; elle sera envoyée aux accumulateurs pdf des pompes mues par des machines à tapeur. Je dis des Machines, parce tjüë tous ces engins devront être ddü-btës; afin d’avoir une garantie sérieuse contre les chômages.
- Oh conçoit maintenant quelle sûreté présenteraient, en cas d'incendie, d’aussi grandes masses d’eau forcée, toujours prêtes à s’élancer sür ce fléaü destrüctéür. J'ai proposé eh outre de garnir les cintrés dê Vastes réservoirs et de tubes distributeurs percés de trôuS d’arroSâge qui, en cas de feU, jetteraient dës plüiëS torrentielles de ces hauteurs.
- Charge par centimètre carré des pièces principales du mécanisme et de la charpente.
- ï° Mâts en acier.. ............................. . . . , . 1 406*, 25
- 2° Poutres à rails en fer, force tendant à les ouvrir. .... 283
- 3° Tubes-supports en fer.............. i ................ 546 , 12
- 4° Grande traverse en fer treillis........ y .. . 484
- 5° Poutres intermédiaires poussées latérales cumulées. . i 450
- 6° Poutres verticales guidant la tête du piston hydraulique. 483
- Puissance des presses. ............................... 14120
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- Tableau; du. cube et du pcidds de ïa charpente et du mécanisme du? sous-scène.
- NOMBRE.- DÉSIGNATION DES PIÈGES. A GIE JK : FER. FONTE. TOTAUX kilogrammes. '
- Mètres cubes. Kilos. Mètres cubes. Kilos, Mètres cubes. Kilos.
- 18 Poutres à rails,. ........ »- » 14,686200 i14440 » » 114440
- 30 Poutres: tubulaires. . ,v..,. ......... r. . . » » 22,821344 178003 » » 178003
- . 72. Colonnes en fonte; avec leurs: socles........ » ... » ïï ; )> 25,126576 180907 180907
- Poutres verticales en tôle. » ys- 2,688000 2087-7 » » 20866
- Ï0 Écharpes en fonte;, » )>•. ï) ! » 4,032000 29020 29020
- r 300 M'ètres & poutres de liaison longitudinale.. )>. » 6,282000 49000 )) î) 49000
- 1 5.4 Socles en font A, portant les poutres»... » » » » 1,690000 12168 12168
- m Grandes traverses motrices en fer., ... _ » >r- 9,404281 . 74131 )) )) 74131
- I . Presses hvdrauliques.. » » » » 5,519700 39741 39741
- 8Ô Douilles- en fonte. ....... «.......... » »: » » 720640 5188 5188
- 79 »' 2,102400 16400 1,512000 8198 24598
- 40- 4083-20 3184 )) » » » 3184
- 32 Cassettes métalliques , 544000 4041 » )) . 1,088000 7795 11836
- 192 ; Poulies à moufles*., , , » »• )> » 560000 4032 4032
- 0,952320 7225 ' 57,984225 452840 40,248916 287049 747114
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- DES SECOURS CONTRE L’INCENDIE
- DANS LA VILLE DE PARIS
- ;... ..„. _ J,,
- ET DE
- QUELQUES MOYENS A. EMPLOYER DANS LES THÉÂTRES
- POUR CONJURER CES SINISTRES
- Par M. A. OUEÉIÏlTI-L.
- Avant le dix-septième siècle, aucun service régulier contre l’incendie n’était organisé. Des édits des quatorzième et quinzième siècles prescrivaient aux propriétaires de maisons de tenir constamment un muid d’eau près de leurs portes et d’avoir des lanternes et des chandeliers à plaque dans les écuries. Plus tard on défendit de brûler de la paille et de tirer des pétards dans les rues; mais ces précautions, fort sages assurément, étaient impuissantes à combattre un incendie sérieux. Aussi, lorsque le feu se déclarait dans une maison, il était rare qu’il ne dévorât pas la rue tout entière ; heureux encore lorsqu’on pouvait circonscrire ses ravages par des abattis à grande distance. '
- C’est en 1670 que l’édilité parisienne donna aux secours contre l’incendie une certaine régularité. Une ordonnance statua que les maîtres maçons, charpentiers et couvreurs seraient tenus de se rendre sur le lieu du sinistre avec leurs compagnons et de se mettre aux ordres des commissaires de police qui dirigeaient les secours et ordonnançaient les salaires. Le matériel employé alors consistait en perches à croc, en échelles et en seaux remplis d’eau que l’on se passait de main en main. |t
- C’est de 1,699, époque où fonctionnèrent les premières pompes à incendie dans la ville de Paris, que date l’établissement d’un service public de secours contre l’incendie. Ces premières pompes, au nombre de douze, avaient été construites par Dumourrier-Duperrier qui avait vu fonctionner ce genre de pompes en Hollande et en Allemagne et en avait
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- obtenu le privilège de la construction en France. Elles étaient montées sur quatre roues, servies par les ouvriers Dumourrier-Duperrier, et furent employées avec succès dans plusieurs incendies.
- En 1705, le nombre de pompes fut porté à vingt, une par chaque quartier de Paris.
- En 1716,* Dumourrier-Duperrier est nommé directeur des pompes avec privilège de construction, et cette direction et ce privilège furént continués à ses successeurs jusqu’en 1793, date de leur abolition. Pendant cette période, une première Compagnie de soixante hommès fut créée parmi les ouvriers pompiers et de bâtiments, et le nombre de pompes porté à trente.
- En 1764, l’effectif de la Compagnie des gardes-pompes fut porté à quatre-vingts hommes, et l’on créa six corps de gardes. L’état-major était situé rue de la Jussienne. !
- A la suite d’incendies successifs de plusieurs théâtres, les administrations théâtrales furent assujetties, par deux lois des 1er août 1790 et 19 janvier 1791, confirmées plus tard par celle du 1er germinal an Vil!; à recevoir des gardes-pompes pendant les représentations et à payer leurs services.
- La première application du concours pour l’obtention des grades aux gardes-pompes eut lieu, à l’Hôtel de Ville, le 20 avril 1793, où les candidats subirent un examen. Ce fut M. Picard-Ledoux qui fut élu commandant du corps des gardes-pompes à la suite de ces examens. - m
- Peu de temps après, un décret organisa le corps. Le nombre des pompes fut porté à soixante, celui des tonneaux à cinquante-quatre et l’effectif à deux cent quatre-vingt-un hommes.
- C’est par un décret en date du 18 septembre 1811 que le corps de gardes-pompes prit un caractère plus militaire. Ce nouveau corps,sous le titre de sapeurs-pompiers, fut institué en un bataillon formé de quatre compagnies, composé de treize officiers, nommés par le chef de l’État, et cinq cent soixante-trois hommes de troupe. Ce bataillon fut armé de fusils, caserné et soumis à la discipline et aux lois militaires.
- C’est vers cette époque de 1812 à 1815 que le matériel d’incendie reçut d’importantes améliorations. v ^ ;r
- - Nous avons dit que les premières pompes à incendie étaient montées directement sur un train à quatre roues dont elles ne pouvaient être détachées. i ^
- Elles se composaient de deux corps de pompe en cuivre. Les pistons étaient articulés au moyen de bielles à un balancier disposé perpendiculairement à l’axe du train ; en sorte que les travailleurs agissaient sur les leviers qui se trouvaient en dehors des roues.
- C’est à peu près le type, mais très-amplifié et très-amélioré, dont se servent encore les Anglais.
- Je me souviens avoir eu sous les yeux, de 1824 jusqu’en 1844, époque
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- où j’en ai fait opérer la démolition, une machine de çe genre, à bâche en bois, que l’on portait à quatre hommes, au moyen de brancards.
- C’est en 1815 qu’apparut le. type de, pompe à incendie à patin.;indépendant du chariot, tel que nous le voyons aujourd'hui. Depuis 1825, j’ai suivi ces appareils et je puis dire que les modifications n’ont porté que sur de minimes détails qui n’ont rien ajouté à la valeur de cet excellent engin, j’ai eu maintes fois l’occasion de, comparer le jet d’une pompe de 1818, dont le balancier avait été un peu allongé, avec une pompe de 182*8 et une autre pompe de 1844, de M. Plaud, modèle de la ville de Paris, je n’ai point trouvé de différence^ ni dans les effor«tfs développés, ni dans le rendement. i,
- Jusqu’en 1825, l'alimentation des pompes se faisait an moyen de Maux en osier, garnis d’une toile goudronnée, dont le transport était difficile; la plupart du temps on arrivait sur le lieu du sinistre sans moyen immédiat de remplissage de la pompe- 6’cst alors que l’on imagina les seaux en toile, que tout le monde connaît, seaux qui s?empilent au nombre de trente dans deux sacs en cuir attachés à la pompe*'Ce fut peu de temps après que l’on joignit à?chaque pompe une échelle pliante.à.mre-chets et un sac de sauvetage. ' i rn .
- Jusqu’alors toutes les pompes étaient simplement foulantes, leupprise d’eau se faisant dans la bâche, On construisit un certain nombre de pompes aspirantes; pompes qui pouvaient au be.soini prendre, leur alimentation au moyen d’un boyau à ressorts 5 boudin dans un. bassin inférieur à la pompe. Mais outre la difficulté de l’étanchéité de ce tube flexible et de ses raccords, la circulation de beau à travers le boudin produit des résistances qui rendent la manœuvre pénible et réduit. Je débit et la puissance du jet qui est presque toujours injecté d’air*
- Pu 1830 jusqu’au 5 décembre 4.s$fy le corps des* sapeursrpompiers fut augmenté successivement de plusieurs compagnies. A cette dernière date, le corps, composé de douze compagnies de cent vingtffiemmes» fut constitué en régiment et muni d’un matériel de pompes plus considérable., t-; é---':-
- Cependant l’Exposition de 1867, pù de nombreux spécimenS'de pompes à vapeur figuraient, ne put encore faire adm.etfpej, par le eqrps des pompiers, ces puissants appareils;, cerne fut ,qu’i la suite des in-cendies allumés dans Paris par la guerre civile ef ap.rès la veuu.% des pompes anglaises que cinq pompes à vapeur, dont une de cette.ovigiine, entrèrent dans le matériel de secpurs contre l’incendie de la ville de Pari», . ...... : , ... . ..
- ij ; - : :•! J- : • ?. : brî \! J hof; rvmd U-V*
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- ÏNCEîfDIES.
- Sans entrer dans le détail des principaux incendies qui ont eu Heu dans la ville de Paris, nous pensons qu?il sera intéressant d’en citer quelques-uns.
- Le premier incendie dqnt on" fait mention est celui qui eut lieu à l’approche de Labiénus, l’un des lieutenants de Jules César, cinquante-sept ans avant notre ère. Les Parisiens forcés d’abandonner la 'ville qui n’était pas fortifiée y mirent le feu pour aller ensuite, près de Meudon, livrer une bataille aux Romains, où ils succombèrent glorieusement. Après c.es désastres, sous la domination romaine, les maisons furent construites en meilleurs matériaux, ce qui n’empêcha pas que de nouveaux et vastes incendies ne dévastèrent pendant plusieurs siècles la capitale.
- Sops Childehert Ie*, le feu prit aux maisons bâties sur le pont qui reliait l’île de la Cité au Grand-Châtelet et gagna de proche en proche une grande partie de la ville. On rapporte que saint Luhin, évêque de Chartres, était, à ce moment à Paris, On eut recours aux prières du saint, et, grâce, à son intercession, le feu s’arrêta miraculeusement,
- En 585, sous Chilpério P*, une femme, dit Grégoire de Tours, parcourut les rues de Paris pendant trois jours, annonçant qu’un désastre prochain lui avait été révélé dans un songe. L’incrédulité de? Parisiens ne cessa qu’aux premières lueurs de rmcendie., Saint, Germain, com-tinue l’évêqiue, apparut aux prisonniers, brisa leurs chaînes et ouvrit les portes de la prison au moment où les flammes l’envahissaient. Ceux-ci, à peine sortis, se rendirent processionnellement à l’église Saint-,Vincent, où était le tombeau de celui qui venait de les délivrer. ; : « ,
- Plus de dix siècles après, le 6 février 1661, le feu prit au.Louvre dans la galerie des peintures qui fut fort endommagée. Le feu avait déjà gagné lat grande galerie lorsqu’on parvint à s’en rendre maître, Louis XIV$t apporter de Saint-Germain-l’Auxerrois le Saint-Sacrement sqp le « lieu de l’incendie pour en arrêter les progrès. Il alla,’ accompagné dê la reine, le recevoir à la porte du Louvre et le reconduisit ensuite à pied jusqu’à l’église. ,u :.ii«
- Sous le même règne de Louis XIV, une pauvre femme dont le fils s’était noyé dans la Seine mit sur l’eau, d’après, une superstition trèa en/vogue à cette époque, une écuelle en bois contenant une chandelle allumée en
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- rhonneur de saint Antoine de Padoue, dans la confiance que la lumière s’arrêterait dans l’endroit où se trouvait le corps de son enfant; elle aurait la consolation de le faire inhumer en terre sainte. Malheureusement il ne devait pas en être ainsi; l’éçuelle alla s’arrêter auprès de quelques bateaux chargés de foiif qui s’embrasèrent et vinrent, entraînés par le courant, mettre le feu aux maisons du Petit-Pont. On eut beaucoup de peine à préserver l’Hôtel-Dieu, et les quartiers de la rive gauche ne durent leur salut qu’à l’épaisseur des murs du Petit-Châtelet. Le Petit-Pont, que ce sinistre avait détruit, fut rebâti plus tard sans maisons.
- Pendant seize siècles, la capitale est régulièrement dévorée par des incendies en quelque sorte périodiques, et qui ne s’arrêtent que lorsqu’il n’y a plus d’aliments.
- Il a fallu l’exemple des étrangers et l’intelligente initiative de Dumour-rier-Duperrier pour amener l’importation de procédés d’extinction d’incendies, déjà en usage chez nos voisins.
- C’est en 1705, dans l’incendie qui éclata chez un artificier, dont les ateliers étaient contigus à l’église du Petit-Saint-Antoine, qu’est mentionnée, pour la première fois, la présence des pompes Dumourrier-Du-perrier; leur action puissante fut décisive à cette occasion et excita l’admiration des Parisiens. < .
- Le premier incendie qui soit signalé de l’Opéra eut lieu en 1763. Dans la matinée du 6 avril, l’Opéra, qui se trouvait alors dans la partie méridionale de la cour des Fontaines, brûla entièrement. Il fut rebâti sur le même emplacement.
- En 1781, le 8 juin, le feu se déclara une deuxième fois à l’Opéra, au moment où le spectacle finissait. La salle devint en un moment la proie des flammes et vingt et une personnes périrent dans cet incendie.
- L’architecte Lenoir construisit en soixante-quinze jours une salle provisoire dont l’ouverture eut lieu le 27 octobre de la même année. Cette salle, que nous avons connue sous le nom de théâtre de la Porte-Saint-Martin, et qui a été incendiée le 24 mai 1871, servit à l’Opéra jusqu’au 28 juillet 1794, date de l’inauguration de la salle de la rue Richelieu.
- Après l’assassinat du duc de Berry, arrivé le 13 février 1820, à la sortie de l’Opéra de la rue Richelieu, sur les instances du confesseur du duc de Berry et le vœu de ce dernier, on ferma le théâtre de l’Opéra de la' rue Richelieu. Une nouvelle salle provisoire fut construite sur remplacement des jardins de l’hôtel de Choiseul, rue Lepelletier. Cette salle fut* inaugurée en 1821.
- Le 20 juillet 1873, un peu après minuit, le feu se déclara dans le magasin des décors de l’Opéra, situé rue Richer; la grande quantité de matières inflammables, les dimensions énormes des locaux transmirent rapidement le feu.à toutes les maisons voisines. Dix pompes manœuvrèrent pendant quatre heures/.
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- MATÉRIEL
- CONTRE L’INCENDIE DES THÉÂTRES
- ET
- CONSIGNE GÉNÉRALE POUR LE SERVICE DES SAPEURS-POMPIERS.
- Les théâtres, plus particulièrement exposés aux incendies qu’aucun autre édifice, ont été, de la part de l’état-major du corps des sapeurs-pompiers, l'objet d’élaboration de consignes qui assurent une surveillance permanente et prescrivent l’installationj d’un matériel spécial dit : établissement fixe.
- Dans une précédente communication que j’ai eu l’honneur de faire à la Société, le 6 septembre 1872, j’ai eu occasion de décrire sommairement la scène d’un théâtre; je ne crois pas utile de reprendre cet|e description.
- Pour exprimer mathématiquement les progrès du feu dans un théâtre, on peut en formuler le développement en disant qu’il croît comme le cube du temps des premiers instants où il apparaît. En présence d’une aussi prodigieuse puissance d’accroissement, des moyens d’attaque très-rapides sont nécessaires, et voici ce qui a été fait pour atteindre ce but.
- Comme nous ne nous occupons que de l’Opéra, je ne parlerai que de ce qui concerne ce théâtre ; les installations et services des autres scènes étant proportionnelles à leur importance.
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- Dans une cave voûtée, enfumée et sans air, située au delà de la scèliê, "sous‘les bâtiments d’administrationsont placées, suy le soi#, quatre pompes du même modèle que celles transportées sur chariot. Ces pompes ont un tube d’aspiration qui puise dans dès réservoirs ou dans un puits, et les quatre colonnes de refoulement montent aux quatre angles de là scène jusqu’aux combles où ils aboutissent à des réservoirs à compression. Dans les1 dessous; sur >la scène et aux différents-étages des corridors de service sont branchés des robinets à raccords à vis sur lesquels Sont fixées des demi-garnitures (boyaux en cuir) terminées chacune par une lance. Auprès de chaque station est un mouvement de !sonnettetqui prévient à la cave des pompes. ! ni;’!'.
- 1 Les deux réservoirs supérieurs sont généralement placés à cheval sur le mur de refend de la scène et de la salle.' h’un d’eux,; en communi-'éàtion avec les conduites -verticales 5 dont nous avons parlée est rempli d’eau et reçoit sa compression de l’eau que contient son voisin, laquelle eau, descendant dans tin troisième réservoirîplaéè dans les .souss-sols,
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- refoule l’air qui y est enfermé et transmet sa compression dans le premier récipient supérieur, effet qui n’est autre que l’application du principe de la fontaine de Héron. On obtient ainsi une pression moyenne de 4 kilogrammes par centimètre carré.
- Cette disposition réalise le premier but que l’on se propose : c’est-à-dire mettre sous la main des sapeurs en observation un jet d’eau forcé d’une durée de dix minutes, qui donne le temps de mettre les pompes en manœuvre.
- Grâce à cette installation et à l’addition de cinq petites pompes placées dans les cintres de la scène, beaucoup de commencements d’incendie ont été arrêtés, sans que le public et une partie du personnel de la scène se soient aperçus des dangers auxquels ils venaient d’échapper.
- Il ne serait donc pas juste de dire que le service d’incendie soit mal organisé et impuissant, car ces modestes exploits témoignent au contraire de la vigilance des sapeurs et de la prévoyance des chefs. Ce n’est pas à dire pour cela que les secours contre l’incendie soient complètement exempts de critiques, et que, au milieu des progrès qui s’accomplissent chaque jour dans les sciences, les arts et l’industrie, on ne trouve pas des moyens préventifs contre le feu, d’une puissance assez grande pour le dominer lorsqu’il prend un certain développement.
- Des tentatives ont été faites pour séparer la scène incendiée de la salle et, dans ce but, les ordonnances de police exigent que le cadre de la scène, en dehors des représentations et des répétitions, soit fermé par un rideau en fer, qui doit être descendu chaque soir après la représentation et pendant le spectacle, en cas de feu. Ce rideau est un vaste châssis en fer rond grillagé de mailles en fil de fer de 50 millimètres de côté. Il n’intercepte point le passage de la fumée ni des flammes et peut servir, tout au plus, à préserver la chute, pendant les premiers instants du feu, des toiles enflammées qui pourraient tomber dans la salle. C’est, on le voit, un palladium de mince importance et qui pourrait être perfectionné.
- On a pensé aussi que la substitution du fer au bois, pour la construction des cintres, assurerait à l’édifice une conservation que le bois ne pouvait donner; et, dans ce but, les corridors de service des cintres, les plafonds de scènes, les grils des théâtres du Châtelet et du Lyrique, qui étaient en construction de bois, furent démontés et refaits en fer. L’incendie récent du Théâtre-Lyrique a démontré le fonds que l'on pouvait faire sur cette combinaison. Une charpente métallique, placée au-dessus d’un amas de bois et de matières combustibles, ne saurait résister. Le métal chauffé au rouge s’est amolli, tordu, et a amené la chute de la toiture; en sorte que la différence finale, entre le bois et le fer, a été, en faveur de ce dernier, le produit de la vente de ces métaux hors de service. .. , r ^
- Une mauvaise application ne peut arriver qu’à de mauvais effets.
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- Quand on poursuit un but, oii ne doit pas s’arrêter à mi-chemin ; il faut le parcourir tout d’un trait si l’on se sent la force de le faire.
- L’emploi du fer pour la construction des scènes ressort d’une bonne étude de la question.
- Ce parti diminue les chances d’incendie, désencombre les dessous, et assure une stabilité à la scène dont elle a bien besoin.
- Je rie reviendrai pas ici sur les deux derniers points dont je crois avoir démontré les avantages dans ma communication sur la machinerie théâtrale; mais je dois insister sur la plus grande sécurité, en cas de feu, que présentent les dessous de scène construits en fer, sur Ceux construits en bois.
- La première est celle qui résulte du grand espacement des colonnes en fonte et la suppression de planchers, disposition qui isole les engins de scène qui s’y trouvent logés. Dans ces conditions, le métal ne peut être altéré ni atteint par ces faibles aliments d’incendie.
- Une fuite de gaz qui donnerait dé grandes flammes dans de pareils dessous, construits en fer, serait presque sans danger pendant un certain temps* alors que si ce fait se produisait dans les dessous du théâtre,de la Porte-Saint-Martin, où les piliers en bois sont au nombre de trois cents, il n’y aurait qu’à faire vider le théâtre au plus vite, afin d’éviter ces redoutables Catastrophes dont nous avons eu beaucoup trop d’exemples. :
- En construisant ainsi toutes les parties de la scène qui, hormis le plancher, peuvent être en métal, on arriverait à réduire considérablement les causes d’incendie.’ Les parties basses surtout ont une grande importance, car elles forment actuellement des foyers qu’il est impossible d’atteindre. En second lieu, on devrait substituer au rideau à claire-voie en fer qui ferme le cadre de la scène un rideau en tôle convenablement construit et agencé de telle sorte qu’à un signal d’alarme donné on: ferme hermétiquement et presque instantanément la scène.-
- Mais le plancher de la scène, les châssis de décors, les bâtis et les faux planchers, matières essentiellement combustibles, exposés aux projections inattendues des fuites de gaz et aux combustions artificielles'de toutes espèces qu’exige la mise en scène, sont des dangers que l’on ne peut écarter et avec lesquels il faut compter.
- Dans ces conjonctures, ma première pensée a été , pour rendre le rideau en feri efficace dans ses effets, de placer, directement au-dessus et en projection verticale, un tube horizontal, percé de trous; qui distribuerait sur le rideau une nappe d’eau, rempêcherait de rougir, en conserverait la forme et isolerait réellement la salle de la scène.
- En examinant les avantages de sécurité que l’on retirerait de cette disposition, je n’hésitai pas d’en étendre l’application à toute la scène, à la salle et aux magasins de décors. A cet effet, je demande la permission de transcrire ici ce que j’ai proposé à l’architecte de l’Opéra, le
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- 4s novembre ï186'6;' à Vocbasion^d’ün projet def machinerie pour k scène du nouvel'0-pèra’: <> im,.- •;«. J'ur/’h Jiroi 'ii':1;
- t « Kous ètvons dit que* par une sage prévoyance* l'édifiée idè l’Opéra « se construisait en matières incombustibles, afin que Ce monument né (< se prête pas* par lunmèrrie, aux causes d’incendié. Cependant* quelle « que soit la sécurité quê prëéentôfa cet édifice,, èn doit néanmoins re^ « douter et prévoir les- • conséqiienceé d’un incendie qui* iemontimënt « dut-il résister, n’auraient pas moins leur gravité par les victimes qùé « lé feu Ou la frayeur pourrait faire, et des ravagés incalculables qui ai en résulteraient: , ,
- « La salle, par elle-même, ne se prêtera pas sérieusement aux caüses « d’incendie ; les parquets et les boiseries des loges pourront tout au « plus en êtréie motif, en lui fournissant un aliment, Mais, si l’on â pu a -s’affranchir des Causes d’incëhdie dans la sallë et dans les dessOus de « la scène, il ïi’en sera pas malheureusement de même de la scène. Ce << 'Vaste vaisseau dont le plancher séra en bois aura, dans Ses côtés* des « tas et dès magasins de décors, et, dans ses hauts, une multitude de << tollés peintes, matières inflammables par excellence* au milieu des*-t( quelles seront de puissants feiiat d’éclairage; conditions fafalés, caüses « prbpiCëS et incessantes -d’incendie qui, dans Un éclat * sé prêtent à ’« tin développement si rapide qü’aucun moyen d’extihétion n’a pu jus-« qu’à présent dominer. , >
- « G’est en présence d’une pareille éventualité qu’il faut së plaeer et t< voir si un commencement d’incendie* au milieu des décors ou des C Mies suspendues, fie serait pà'S OônjtiTablérqtiëlié' que soit la'finit lence de son éclat. ; ^
- h préoccupés de cette idêeVucUfs avons pensé qu’un vaste réservoir « 'd’eau, de 100 mètres cubes* pourrait être placé au-déssus du corri-à dôr'dù lointain de la scène, à la hauteur du deuxième gril;
- « Ati-dessüS dës magasins dé décors, des tas èt des petidrillons du la te scène,1 seraient disposés horizontalement dés tübës en fer percés de t trous comme ceux pour arrosage. Ces tubes seraient espacés de façon à à répandre l’eau en pluie à peu près également. On diviserait la surit fàcé dé la scène ert dotke zottës dont quake au-désSUs dé là scène « proprement dite, et huit amdèSstià des tâs ét des magasins de déoorS; ce Chaque zottë serait deSèëfVi'é par Un robinet donnant lès eaUX libres ce du réservoir de* 100 mètres cÜbeS; dé télle ëoftê -que; l’alarme étant ô:1 donnée, leSî !pdmpiefepuiSséht OtiCriP ëès écluses êt fàifé1 tombée dés «Cataractes d’eâu sur le liéü attaqué P okü mv.hî - ^
- « L’alimeâtatîOn du résërvOir éë feraitau môÿéndë conduites dé GP*, 30 drdës êàux dë ïâ villé èt de pompes dé ComprCsSiOh* CeS dernières cptii-tt éêrâiénf i’ëàu dà'nê1 leS Citeraès éëtiWfâiftëa du ihOhumètit.ts0iJ 1 ~::t flans P intérêt de ia conservation' dü matériel et1 de la- salubrité, on idfêfà uaagé des ^aux de ce réservoir pour tons les beâoina dn théâtre et
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- « de l'administration. Cet usage journalier assurera la limpidité de l’eau « par un renouvellement constant. On pourra en user avec largesse,. car « les moyens de l’élever seront faciles et les sources intarissables.
- « Les bâtiments de l’administration et les loges d’artistes se trouvant « dans les conditions ordinaires des bâtiments d’habitation, et exposés « par conséquent à des incendies partiels, on pourra ménager, de place « en place, sût* lés tüfâux dé distribution de CégtjauXj,; des prises d’in-« cendie qui, recevant une pression de quatre à cinq atmosphères, suf-« firont pleinement pour combattre le feu qui pourrait éclater de ce « côté.
- « Ceci, bien entendu, n’est qu’un côté de la question d’extinction, car « nous entendons toujours faire usage d’eau forcée, afin d’avoir un ou « plusieurs jets dirigeables sur le point en combustion.
- « Nous âvons dit, à l’article Moteurs* que deux accumulateurs étaient « établis pour emmagasiner l’eau forcée à dou^e ou quinze atmosphères* « eau toujours prête à porter sa puissance dynamique aux trente-six « machines hydrauliques. Il nous semble difficile d’imaginer une diSpo-k sition meilleure pour cortjurér les incendies^ C’est sur plusieurs sys* « tèrnés de pompes mues par deux machines à vapeur de vingt chevaux # et sur ces accumulateurs qüe nous grefferons notre service d’incendiè « en lê distribuant, par une canalisation étudiée, dans les points les « plus impdrtants de l’édifice. Nous aurons alors le produit d’équivalent « de vingt pompés à incendie, eaü forcée à six atmosphères, toujours « prête à s’élancer des quatre coins de la scène ou de la salle* sur la prè-« miète étincelle, avec une puissance irrésistible et une continuité infa-« tigable. » /
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- INCENDIE DE L'OPÉRA EN 1873.
- Les renseignements très-détaillés qu’ont donnés les journaux, de l’incendie de l’Opéra, me dispensent de rentrer dans les détails qui, en somme, seraient des redites d’un médiocre intérêt.
- Je me contenterai donc de les retracer sommairement.
- Tout le monde est d’accord que c’est vers onze heures et demie qu’une fumée, d’abord assez rare, mais d’une âcreté particulière, commença à donner l’éveil aux personnes qui se trouvaient dans les rues Rossini, Lepelletier, Drouot et sur les boulevards, et avant; que le poste des pompiers de service n’en eut eu connaissance. Cette fumée sortait par les fissures du magasin de décors, qui donne sur la rue Rossini. Elle devenait de plus en plus suffoquante et indiquait suffisamment que le feu était dans les décors enfermés dans ce magasin.
- En effet, à onze heures trois quarts, on n’apercevait encore dans la scène et dans la salle aucune lueur ; une fumée noire et épaisse, seule, annonçait les immenses progrès du feu du magasin de décors. Le caractère asphyxiant de cette fumée dut faire renoncer à toute tentative de reconnaître le foyer et d’en faire l’attaque de ce côté.
- Pendant ce temps, les premiers postes de pompiers de la mairie de la rue Drouot et du voisinage s’établissaient rue Rossini, à l’extrémité de la rue Chauchat et, sur les indications des passants et des habitants de la rue, défonçaient les portes dont l’une donnait accès, par un escalier, dans le magasin de décors, situé à 5 mètres''au-dessus du niveau de la rue Rossini. C’était là, en effet, qu’était le foyer. Mais l’ouverture de cette porte fut une cause activante et, presque aussitôt, les flammes gagnèrent le comble du magasin, rougirent la porte en fer qui le séparait de la scène, où il ne tarda pas à pénétrer. On pouvait dire, à ce moment, que le théâtre était perdu. ,
- Je suis loin de blâmer cette tentative d’attaque par le défoncement des seules portes qui pouvaient faire reconnaître le lieu incendié et lui donner un accès, car la scène et la salle, menacées par le feu, étaient à défendre; mais ce côté de l’incendie n’était pas praticable et les tentatives qui ont été faites ont failli faire des victimes. On ne pouvait davan-
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- tage, sans exposer les hommes aux plus grands dangers, attaquer par le haut, où les pans de bois dominaient. L’isolement de la scène et de la salle devenait tout à fait impossible.
- Dans une situation aussi critique, où l’extension du feu croissait comme le cube du temps, il n’y avait plus qu’une chose à faire : abandonner le théâtre et tenir les dépendances et le voisinage sur une ferme défensive; c’est ce qui a été fait avec succès.
- Ainsi, quelques heures ont suffi pour anéantir la première scène de Paris, avec un répertoire de quatorze pièces qui formaient soixante-quinze tableaux de décoration, sans compter les nombreuses toiles appartenant aux décorations remisées rue Richer, aux magasins de l’Opéra.
- L’origine du feu paraît être encore inconnue. .On a supposé d’abord qu’il était dû à des allumettes tombées de la poche des ouvriers machinistes et écrasées entre les châssis de décoration ; on a supposé encore qu’une lampe allumée avait été oubliée dans quelque coin du magasin qui, alors, était bondé de menuiserie. Le gaz pouvait être aussi une raison suffisante de ce désastre. L’enquête, jusqu’ici, n’a encore rien révélé de précis.
- Ce sinistre, dans lequel on a à regretter une malheureuse victime de son dévouement (le sapeur-pompier Belet), aurait pu prendre les proportions d’une catastrophe s’il s’était déclaré au moment d’une représentation, par le désordre inévitable qu’il eût jeté parmi les spectateurs.
- C’est ici le cas de se demander si toutes les précautions préventives du feu dans les théâtres sont bien prises, et si les moyens d’extinction sont suffisants.
- En ce qui concerne les précautions pour éviter l’inflammation des décors par le gaz, je pense que l’on pourrait faire autre chose que d’appliquer au dos des feuilles de décoration des portants de becs à gaz, ainsi qu’on le pratique aujourd’hui ; les brûleurs sont à 8 ou 10 centimètres de distance du décor; il y a là une cause permanente de feu qui s’accroît lorsque des verres de becs éclatent, ce qui arrive fréquemment.
- A ces portants en bois on pourrait substituer des tubes en fer, suspendus par un moyen quelconque, tubes sur lesquels seraient fixés les becs et qui pourraient être arrêtés à plusieurs décimètres des feuilles de décoration. Ces dernières seraient alors bien moins exposées au feu, On ne pourrait objecter, contre ce système, la gêne ou le supplément de travail. Considérée sous ce double point de vue, cette disposition présenterait au contraire des avantages incontestables.
- Un autre point, touchant l’installation du gaz, a arrêté mon attention : c’est la canalisation du gaz. A l’Opéra et dans la plupart des théâtres, même de construction récente, la canalisation générale des eaux et du
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- gaz est établie sans plans et sans étude; elle présente l’aspect de la plus belle confusion. A l’Opéra qui vient de brûler, la conduite générale du gaz, en plomb pour la scène, arrivait dans les dessous. Sur le bout apparent de cette conduite venaient se greffer une quantité de tubes en plomb de toutes grosseurs, passant les uns sur les autres, se greffant à tort et à travers, ce qui donnait à ce désordre l’aspect d’une puissante racine de hêtre des plus emmêlées. La confusion de ces canalisations est tellement grande que les employés attachés à ce service ont parfois de la peine à s’y reconnaître. C’est ainsi que, au théâtre de la Gaîté, je les ai vus très-actionnés pour la recherche d’obturation et des fuites qui s’étaient produites. De plus, cette canalisation prête à de grands dangers, et c’est ce qui faisait dire au régisseur général de la Gaîté que, si une fuite sérieuse ou une fausse manœuvre se produisait en l’absence dû chef gazier, il n’y aurait personne dans tout le théâtre, y compris le concierge, qui fût en état de fermer le robinet interrupteur.
- Ce fait, au surplus, s’est produit en ma présence pour l’eau. Par suite d’indications erronées, j’ai fait percer un tuyau de plomb, dont l’eau, me disait-oii, était barrée. Cependant il n’en était rien et les dessous furent inondés par ce percement. Ce ne fut qu’après plus de deux heures de recherches avec les machinistes, le concierge et les pompiers, que je pus enfin arrêter l’eau. Personne dans le théâtre, pas même les pompiers", ne connaissaient le plan de canalisation.
- On peut donc conclure que ce double service : eau et gaz, est mal ordonné et confus, et qu’il laisse bien à désirer dans les théâtres. ''''Maintenant examinons si les moyens d’extinction actuellement en usage sont suffisants. A cette question, les faits se chargent de répondre par la négative, puisque, quels que soient le personnel et le matériel mis en jeu pour combattre le feu dans un théâtre, même au début, on ne peut le maîtriser par cette raison qu’il devient immédiatement inabordable.
- lia grande dimension du vaisseau, son excessive hauteur, ne permettent pas d’atteindre les parties en feu, et les émanations suffocantes des toiles peintes à la collé, qui se distillent autant qu’elles brûlent, empêchent dé pénétrer.
- Mais si un théâtre était muni des appareils de répartition d’eau, tel qu’il est décrit plus haut , les conditions changeraient complètement; car, quelle que soit la fumée, ces cataractes finiraient par atteindre le foyer, et, lors même qu’il y aurait insuffisance d’eau pour l’intensité du feu, on recueillera le bénéfice d’une production de vapeur qui, l’édifice étant fermé, s’opposera d’autant mieux à l’extension du feu, que toutes les parties environnantes seront mouillées. Ainsi, au lieu de chercher à pénétrer à l’intérieur pour lancer les jets sur les foyers, on s’attacherait à fermer partout. ° !
- Un théâtre, ainsrêquipe, présenterait de telles conditions de sécurité,
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- qu’il y a tout lieu de penser que le public, confiant et rassuré en voyant fonctionner l’extincteur, ne s’affolerait pas à la vue du feu sur la scène et viderait le théâtre sans accident.
- L’incendie de l’Opéra a aussi mis en lumière un côté faible de l’organisation des sapeurs-pompiers de Paris : c’est l’expérience acquise par une longue pratique. Comment peut-on espérer avoir un corps de sapeurs-pompiers habile et expérimenté, lorsqu’on le renouvelle sans cesse par le recrutement ordinaire? On ne fait pas un pompier en trois ou quatre ans, et encore moins de bons officiers en prenant indistinctement ces derniers dans les cadres de l’armée.
- L’administration devrait se préoccuper de cette situation et faire de telle sorte qu’un bon noyau d’officiers, de sous-officiers et de sapeurs, contents de leur situation, prennent leur arme à cœur et y demeurent un laps de temps suffisant pour en faire des hommes vigilants, habiles et expérimentés.
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- COMPARAISON
- DE S BIFFÉRENTS PROJETS
- présentés pour le nouvel Opéra.
- Deux motifs m’engagent à reprendre là communication que j’ai eu l’honneur de faire à la Société, le 6 septembre 1872, sur l’agencement des scènes théâtrales.
- Le premier est pour répondre à une question qui m’a été posée dans cette séance, et à laquelle je n’ai pu satisfaire faute de renseignements suffisants. On m’a demandé : quel est le système adopté pour l’Opéra?
- Sans avoir rien de bien précis sur ce point, quelques documents et quelques renseignements recueillis me permettent aujourd’hui d’y répondre; et je crois qu’à cette occasion l’examen de différents projets présentés pour le nouvel Opéra aura un certain intérêt pour la Société; c’est ce que je me propose de faire.
- J’ai pensé aussi qu’une discussion technique de ces systèmes pourrait avoir son utilité au moment où ces travaux vont entrer dans la période d’exécution. Quelques bons esprits estiment, à tort ou à raison, que le projefauquel s’est arrêtée l’administration a deux défauts : le premier est de ne pas remplir le programme de la machinerie théâtrale, tel qu’il ressort des rapports de la sous-commission de peinture scénique ; le deuxième consiste dans l’agencement général du mécanisme scénique, qui ne donne aucune garantie de fonctionnement. Ce deuxième point est entièrement de la compétence des ingénieurs.
- J’ai eu sous les yeux le Mémoire descriptif du projet officiel dressé par M. Sabathier, sous la direction de l’architecte de l’Opéra, et j’ai retenu de ce mémoire les dispositions principales. J’ai entre les mains un.ouvrage intitulé : Le Théâtre, publié en 1871; par M. Charles Garnier, architecte de l’Opéra. Ce sont ces deux documents que je me propose d’analyser et de soumettre aux appréciations de la Société.
- En prenant les choses dans l’ordre historique, tel qu’il existe, d’ailleurs, dans l’ouvrage de M. Garnier, nous examinerons plus spécialement la question du plancher mécanique et du sous-scène.
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- A la première page du chapitre de la machinerie théâtrale, M. Garnier débute par une double erreur : il annonce que la machinerie théâtrale de l’Angleterre et de l’Allemagne paraît plus imparfaite qu’en France. J’ai eu sous les yeux un modèle très-exact du théâtre anglais, et ce modèle paraissait annoncer le contraire. Cette impression était confirmée par un machiniste parisien qui a dirigé une scène anglaise, et qui reconnaissait que la machinerie et l’éclairage du théâtre anglais étaient supérieurs aux nôtres. L’installation du théâtre allemand, fait par des ingénieurs architectes, est également mieux comprise. Les cintres sont très-élevés, ils permettent de loger les rideaux sans les plier en deux parties; chaque plan est pourvu de vols bien établis: le pouliage est métallique. Les poulies ont autant de gorges qu’il y a de fils, et leur rayon est trois ou quatre fois plus grand que celui du pouliage en bois que l’on emploie encore à Paris. Les tambours en bois (treuils à deux diamètres) sont supprimés; les rideaux sont exactement équilibrés, les contre-poids guidés, et la manœuvre des cintres se fait sur la scène avec beaucoup moins d’ouvriers, et là où nous employons vingt hommes, un seul machiniste suffit. M. Garnier a sans doute voulu dire que ces pays étaient loin de rivaliser avec la peinture scénique et l’art de la décoration française, dont, en effet, ils n’approchent pas. Mais il demeure démontré que, dans la mécanique théâtrale et l’éclairage, nos voisins nous sont incontestablement supérieurs.
- Le premier projet qui fut soumis à la commission de la scène du nouvel Opéra est de M. Barthélemy, de Nancy. Au lieu de planter la décoration sur la scène, comme on le pratique actuellement, M. Barthélemy proposait de suspendre les décors à des galets qui devaient rouler sur des rails fixés aux cintres.
- L’administration de l’Opéra était partisan de ce genre de suspension, et l’avait indiqué dans le programme général du concours pour la construction de l’édifice. Aussi, M. Garnier, partageant cette opinion, s’empressa-t-il de présenter à la commission des machines de TOpéra un projet et un modèle de ce procédé. La sous-commission de peinture ne put admettre ce système, dans lequel les maisons auraient été suspendues par les cheminées, les arbres par les feuilles supérieures et les édifices par les clochers. Toute illusion eût été détruite par les attaches supérieures qu’il aurait fallu masquer, et par les balancements continuels auxquels ces décors auraient été exposés. Les plantations, au lieu d’être parallèles, obliques et accidentées, comme on le pratique aujour d’hui, étaient réduites au parallèle. Les changements à vue devenaient monotones et inadmissibles; les châssis de fond, qu’ils représentent une forêt, un édifice, s’ouvraient en deux parties, qui partaient de chaque côté de la scène pour être remplacés par de semblables dislocations. De plus, le réseau des rails, très-serré, ne permettait guère les manœuvres des cintres; en sorte que ce système, rationnel au point de vue mécani-
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- que, mais tout à fait impropre au service auquel on voulait le destiner, a dû être écarté.
- Au sujet de la décoration, je crois utile de citer un genre particulier, qui, quoique partiellement appliqué au théâtre, a été présenté d’une manière plus complète par M. Raignard. Ce machiniste proposait d’envelopper toute la scène d’un vaste rideau contourné en demi-cylindre et coiffé par un quart de sphère de même diamètre. Ce genre de décoration , dit panoramique, convenait à merveille pour les horizons sans bornes et les grands sites pittoresques, tels qu’un désert, la pleine mer, un pays montagneux. Mais aucune décoration architecturale ne pouvait supporter les déformations inévitables qui résulteraient pour la plupart des spectateurs. Car un pareil tableau cylindrique n’a qu’un point de perspective exact; il serait juste pour un spectateur et faux pour tous les autres. On aurait pu encore admettre cette disposition pour les grands horizons; mais les difficultés insurmontables pour l’établissement de ce panorama et son remisage ont fait y renoncer.
- La sous-commission de peinture avait signalé dans ses rapports diverses améliorations à réaliser. En première ligne, elle demandait que l’état du plancher, des chariots et des mâts fût tel, que la verticalité, des châssis de décoration fût assurée. Elle demandait, en second lieu, que le plancher de la scène fût construit detelle manière, qu’il pût se défoncer ou s’élever, de façon à se relier avec les mouvements du sol réclamé par la peinture.
- Dans le but de répondre à ce dernier desideratum.^.Barthélemy, dont nous avons parlé, avait réduit le plancher de la scène en trappes indépendantes qui, au nombre de cent, étaient articulées, aux quatre angles, avec l’extrémité supérieure de tiges de pistons hydrauliques. L’ossature des dessous était en fer plein, avec des renflures pour le passage des tiges mobiles. La suspension de la décoration aux cintres, que comportait son projet, le délivrait des difficultés capitales; il n’y avait plus de mâts, plus de costières, plus, de chariots, plus de trappilïons. Le problème devenait extrêmement simple, et, quoiqu’ainsi réduit, M. Barthélemy avait encore supprimé le mouvement horizontal des trappes, qui,r articulées, s’ouvraient en décrivant un quart de cercle inférieur.
- L’élimination du système de suspension des, décors devait nécessairement faire rejeter ce complément, lors même qu’il eut présenté des probabilités de fonctionnement plus certaines.
- M. Raignard a aussi produit un projet de mobilisation, du plancher; mais, imbu du véritable programme , ce praticien de la scène mainter-nait les plantations sur le plancher.
- Le rapport de l’architecte de l’Opéra fait mention de la prise en com sidération de ce projet, et il indique que, dans le but de réduire les difficultés, le mouvement élévatoire du plancher devait être supprimé, la commission s’en tenant au mouvement de descente, soit par rue, soit
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- par fraction de rue. Une machine à gaz était le moteur, et le mouvement devait être transmis au moyen de crémaillères, pignons, arbres, courroies et tendeurs. Les potelets de soutien des parcelles du plancher, qui devaient glisser verticalement, étaient en bois!, ainsi que toute la charpente du sous-scène.
- Le rapport ne dit rien des chariots, ni de leurs viaducs; en sorte qu’on pouvait croire que les parcelles de plancher passaient encore à l’état de trappes, ce qui est inadmissible pour toute personne au courant de la question.
- A ce point de vue, on doit rendre justice à M. Raignard; ce machiniste s’est tenu à ce principe. Son système, appliqué depuis à la scène du Vaudeville, a du moins cette qualité. Les chariots suivent les évolutions du plancher, de façon à recevoir les mâts et la décoration dans quelque position que se trouve le plancher. C’était, du reste, la seule qualité de ce projet; car, dans l’exécution qui en a été faite, on peut,lui reprocher d’avoir manqué au principe élémentaire de toute construction mécanique, qui exige une base inébranlable. Le sous-scène du Vaudeville est exécuté en fer de mince section. Il en résulte que le mécanisme, fixé sur des bases fléchissantes, ne peut conserver ses lignes de fonctionnement, et l’on ne doit pas être surpris que dans ces écarts et ces flexions les crémaillères et les pignons, agents moteurs, se soient dégrénés, et que dans un premier essai, fait en présence du préfet de la Seine, un plan, à peine soulevé de 50 centimètres, soit tombé subitement jusqu’au premier dessous, où il est demeuré en repos (1868),
- Malgré le rapport favorable de M. Garnier, la commission n’adopta pas le projet de M. Raignard (1864).
- M. Sabathier, chef des travaux ‘de 1* entrepreneur de maçonnerie de l’Opéra, a présenté deux esquisses de projets, et ce sont sans doute ces projets dont parle M. Garnier en ces termes : « Je ne puis passer en
- revue tous les nouveaux systèmes qui ont été présentés......Laissant
- de côté les idées encore indécises des inventeurs...» l’un des projets de M, Sabathier reprenait le système de suspension des décors et le plancher redevenait trappes. Chaque trappe était formée par le fond d’une haute caisse tournée sens dessus dessous. En sorte que les dessous de la scène étaient garnis de cent caisses ouvertes par le bas et dont les parois verticales se touchaient à frottement. Au centre de chaque caisse, et fixé au fond-trappe, était un corps de presse hydraulique dont le piston creux à socle reposait sur le sol. Il suffisait de mettre en mouvement les presses hydrauliques pour obtenir des gradations dans le plan-? cher. Avec ce système, il n’y avait plus à espérer faire apparaître ou disparaître le moindre personnage.
- Avant d’arriver à mon premier projet, je dois rectifier un anachronisme. M. Garnier place au milieu des descriptions dê la scène actuelle un lambeau de mes propositions qui n’est pas à sa place. Cette transpo-
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- sition dans l’ordre des faits pourrait faire croire que les études, dont il va être question, ont été guidées par les considérations que je vais citer, alors que ces considérations appartiennent inséparablement à ces études.
- Yoici ce passage.
- Après avoir décrit la charpente du sous-scène et fait ressortir les vices d’instabilité de cette charpente, M. Garnier continue en ces termes :
- « Disons tout de suite, et pour ne plus revenir sur cet inconvénient, qu’il est fort possible d’y porter remède, aujourd'hui où le fer nous offre tant de ressources; des fermes en tôle peuvent traverser le théâtre de la cour au jardin et se sceller dans les parois latérales, ce qui sera déjà presque suffisant pour empêcher le dévers. Les poteaux de support peuvent aussi se construire en fer ou en fonte, et avoir une section combinée de telle sorte que la rigidité d’assiette soit plus grande que celle des poteaux en bois; enfin, mille moyens sont offerts maintenant à l’architecte pour établir avec une solidité très-suffisante tout cet ensemble des dessous, et l’inconvénient que j’ai dû signaler peut être à peu près évité. »
- En citant la disposition la plus précieuse des projets qui ont été présentés à la commission, sans dire la source où elle avait été puisée, M. l’architecte de l’Opéra a omis une chose indispensable : c’est de pourvoir à la dilatation. Or, ces projets font ressortir toute l’importance des effets de stabilité que procureraient des poutres en tôle et cornières qui traverseraient le sous-scène ; mais au lieu de les sceller dans les murs latéraux, comme l’indique M. Garnier, ces projets disent que les extrémités de ces poutres reposeraient dans des encastrements métalliques bien ajustés, qui, eux, seraient scellés dans les murs, afin de donner toute liberté à la dilatation et maintenir ces poutres rigoureusement dans leurs lignes. v
- A la suite de cette interversion, M. l’architecte de l’Opéra continue en ces termes ; « Après ces projets, dérivant des inventeurs dont j’ai déjà parlé, s’en sont produits d’autres, émis par des hommes plus pratiques
- peut-être....Ainsi, un système1 présenté par MM. Sabathier et Quérùel,
- système fort ingénieux et nouveau, consistant en poutres tubulaires servant de guides (viaducs) aux chariots et mues au moyen de presses hydrauliques partielles, a été écarté, et parce que ces grandes poutres offraient par leur hauteur de grands obstacles au service des dessous, et parce que les presses étaient encore trop nombreuses et encombraient les dessous. Cependant je dois dire que ce projet était étudié avec grand soin, qu’il a été débattu et discuté longuement, et qu'en résumé, tout en le repoussant, on a rendu justice à l’ingéniosité et au talent des inven teurs, inventeurs qui, du reste, ont reconnu plus tard les côtés faibles
- 1. Élaboré par M. Quéruel.
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- de leur projet, et se sont retirés : l’un, M. Sabathier, pour se consacrer aux études générales de tous les projets présentés à la commission; l’autre, M. Quéruel, pour dresser un nouveau projet fort intéressant, et dont je parlerai plus bas. »
- Les poutres tubulaires viaducs des chariots, qui ont été la cause déclarée du rejet du projet, étaient sensiblement les mêmes que celles représentées ci-contre. Elles comportaient deux rails r à l’intérieur, et l’incision supérieure c formait la costière. L’inconvénient qu’elles présentaient était d’exiger la descente du plancher du premier dessous d’un mètre de plus pour la circulation de face au lointain, dans le sous-scène. C’est un inconvénient, sans doute ; mais il m’a paru tellement mince en présence des avantages que présentait cette disposition, tout à fait neuve, que j’ai cru devoir la maintenir dans tous mes projets. D’ailleurs, la preuve de son excellence se trouve dans le dernier projet du machiniste en chef de l’Opéra, M. Sacré, qui, en sa qualité de membre de la commission, a tenu mes projets entre ses mains et a pu leur emprunter là disposition de la poutre tubulaire de un mètre de hauteur, comme nous allons le voir.
- Quant aux presses hydrauliques placées au centre des rues et en nombre égal à celui des parcelles de plancher, elles étaient ainsi disposées par suite de renseignements incomplets et surtout d’absence de programme. J’ai reconnu qu’il y avait lieu de modifier leur nombre et leur position, et c’est de là qu’est né le projet dont j’ai déjà eu l’honneur d’entretenir la Société.
- Les projets présentés par MM. Sacré et Brabant, machinistes et membres de la commission, avaient une grande similitude entre eux. Tous deux proposaient de construire le sous-scène en bois. Ils partageaient la scène en parcelles rectangulaires, liaient le premier dessous au plancher, dont il suivait les évolutions, maintenant ainsi les chariots à proximité; sur ce point, il y avait similité de principe avec les projets Raignard et Quéruel. Chaque parcelle avait un mouvement indépendant, qui lui était transmis par un système funiculaire, qui la recevait d’un treuil à*bras. La différence entre ces deux propositions était bien mince. M. Sacré équilibrait une partie du poids des parcelles; M. Brabant ne les équilibrait pas, afin de simplifier un peu cet appareil si complexe. Ces transmissions de mouvement étaient restreintes et spéciales au plancher; elles ne pouvaient servir à aucun autre emploi, bien qu’elles exigeassent 96 treuils, 768 contrepoids, 1 152 cordages métalliques et 3 840 poulies de 0m, 10 de diamètre.
- Après plusieurs examens de la commission, ces deux projets bifurquèrent. Le deuxième projet de M. Sacré se basait sur l’emploi du fer, dont il se réservait les dispositions particulières par un brevet. La solidarité des chariots avec le plancher était maintenue, et pour donner du compact à sa nouvelle disposition, il empruntait à mon premier projet ce
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- qui, précisément, avait été condamné quelques jours auparavant, c’est-à-dire une disposition équivalente à la poutre-viaduc et présentant les mêmes avantages. De même que dans mon projet, les chariots étaient diminués de hauteur, et les dangers de cisaillement pour le personnel circulant dans le premier dessous étaient évités.
- Le machiniste de l’Opéra était, mieux que personne, en état d’apprécier le bon et le mauvais de cette disposition, et il faut croire qu’à ses yeux le bon l’emportait sur le mauvais, puisqu’il l’a reprise, en lui appliquant le mouvement funiculaire à bras qu’il a toujours préconisé.
- M. Brabant semble avoir abandonné le principe de la solidarité de mouvement des chariots avec le plancher, et s’être rallié à l’idée de M, Garnier, qui a toujours considéré le plancher d’une scène comme un assemblage de trappes; ce qui n’est pas exact, puisqu’il y a un complément: des costières, des chapeaux de fermes et des chariots. Sans se préoccuper de ce point essentiel, la commission était d’avis d’articuler les supports en bois des trappes aux deux extrémités; ce qui faisait quatre épontilles par trappe, avec des aiguilles verticales en bois ou en fer, et de faire évoluer ces trappes et ces trappillons au moyen du système funiculaire déjà décrit.
- C’est sur cette question qu’est demeurée la commission pendant plus d’une année, et elle y serait probablement encore si mon dernieç projet n’était venu l’en tirer.
- « Après ces deux systèmes, Sacré et Brabant, appuyés sur la pratique des manœuvres usuelles du théâtre, nous allons tout de suite, dit M. Garnier, vers un système qui s’en éloigne complètement et qui a été présenté par M. Quéruel.
- « Je parle là du dernier projet élaboré.par M. Quéruel, car cet ingénieur en a dressé cinq ou six, tous repoussés plus ou moins complètement par la commission, et tous employant un grand nombre de presses hydrauliques, dont la manœuvre devenait difficile et dont la quantité était une cause d'encombrement. Tous ces projets, néanmoins, contenaient des idées intéressantes et témoignaient, sinon alors d’une connaissance approfondie des services du théâtre, au moins d’une aptitude mécanique qu’il serait injuste de ne pas reconnaître.
- « Le dernier système proposé par M. Quéruel est ainsi composé : de grandes poutres tubulaires de \ mètre de hauteur1 sont placées au droit et au-dessous de chaque costière du plancher. Ces poutres traversent tout le théâtre et sont établies en équilibre à leur centre sur un grand piston de presse hydraulique. Quand le piston monte, la grande poutre monte; quand le piston descend, la grande poutre descend. Jusqu’à présent, il n’y a rien de bien particulier; mais ce qui est plus typique, c’est la manière dont cette grande poutre transversale fait manœuvrer tout ou partie
- l. Désignation erronée. Ce sont des traverses motrices à deux âmes de 1,30 de hauteur.
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- des sablières placées au-dessus d’elle. A cet effet, la poutre est percée d’ouvertures circulaires par où passent toutes les tiges de support d’un même plan. Lorsque rien n’arrête ces tiges, la poutre monte ou descend sans les influencer en rien; mais si, au contraire, on introduit dans les supports des clavettes faisant saillie, lorsque la poutre s’élève, elle rencontre la clavette et soulève par conséquent la tige ainsi clavetée; lorsque la poutre redescend, la tige, qui s’appuie sur elle au moyen de la clavette, redescend aussi jusqu’à ce qu’elle se retrouve à sa place déterminée, où un autre moyen d’arrêt la fixe à son tour. On comprend dès lors qu’en clavetant une ou plusieurs tiges à des hauteurs semblables ou différentes, on produise des élévations ou des abaissements de sablières semblables ou diverses, et que de cette façon la mobilité du plancher paraît résolue. »
- A cette description sommaire, je demande la permission d’ajouter quelques détails nécessaires pour donner une basé de comparaison avec les systèmes qui ont été opposés â ce projet.
- Dans ce projet, la poutre â deux âmes de treillis, viaduc des chariots, qui portent le plancher de la scène, est conservée. Elle est tronçonnée en huit parties, et les bords de raccordement en fer cornière spécial sont rabotés et biseautés à la partie inférieure. Les fronçons, brochetés par des verrous, peuvent être solidarisés au moyen d’une pression énergique, opérée par des coins de même profil que la poutre, agissant aux extrémités de la partie sectionnée. Chaque tronçon est porté à son centre par une unique tige tubulaire cylindrée et percée de mortaises diamétrales pour le clavetage. Les douilles de glissement de ces tubes destinées à transmettre les poids qu’ils reçoivent, soit sur la traversé motrice, soit sur la poutre de repos, portent des surdouiïles à mouvement de pivotage. Ces surdouilles sont solidaires au mouvement de pivotage des tronçons par les encastrements dans lesquels reposent les clavettes de soutien , et sont munies delinguets d’arrêt. On peut donc empêcher les mouvements de giration intempestifs et fixer l’angle d’orientation du tronçon au degré réclamé par le mouvement du plancher.
- Chaque petite rue est garnie d’un châssis de plantation de ferme de décoration toujours équipé sur ses coulisses verticales, coulisses qui ne dépasseraient jamais le niveau delà scène. Des mâts amovibles, qui se planteraient dans tous les points de la longueur de ces châssis, permettraient de fixer dans chaque petite rue et dans chaque entr’acte june nouvelle ferme de décoration.
- Le mouvement vertical de ces châssis sera donné au moyen de palans inverses qu’on pourra établir sur les traverses motrices, palans dont le nombre illimité sera une source féconde de mouvements aussi puissants que variés. "
- Enfin, le système d’équilibre absolu des traverses motrices, établi par des renvois funiculaires, permet encore d’établir des mouvements soli-
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- daires et des permutations entre les presses hydrauliques dès dessous, donnant ainsi à volonté indépendance ou solidarité.
- « Ce système a été écarté, continue M. Garnier, parce qu’il nécessitait encore un nombre de presses assez considérable, soit : trois ou quatre par plan, suivant le nombre des trappillons, et parce que Véquilibre de la poutre sur un seul point central n’a pas paru suffisant. On eût bien pu rendre l’équilibre stable en faisant supporter la poutre par deux presses placées à chacune des deux extrémités; mais cela eût doublé encore le nombre des appareils déjà trop considérable. M. Qüéruel avait aussi proposé un moyen ingénieux pour relier ensemble les poutres de divers plans et pour les faire manœuvrer à la fois, ce qui paraît indispensable pour arriver à un bon résultat; mais, malgré cela, le projet a été repoussé à cause des inconvénients que je viens de signaler. »
- Je n’ai d’autre réponse à faire à ces arguments, qu’ils font supposer que M. l’architecte de l’Opéra, qui a eu entre les mains pendant deux années mon projet et ce modèle, n’en a pas suffisamment compris les dispositions.
- Il annonce trois ou quatre presses par plan, alors qu’il n’y en a que deux; il prétend que l’équilibre de la traverse motrice portée en un seul point central ne sera pas suffisant et qu’il faut deux presses pour le rendre stable. Mais je me suis bien gardé de cette disposition qui eût compromis la certitude de fonctionnement; tandis que le moyen funiculaire de transport des excès de charge assure, à la fois, l’équilibre le plus absolu et le fonctionnement parallèle. Avec cette disposition , je le répète, quel que soit le point de centre de gravité de la charge, quel que soit le point de centre de gravité de l’effort de levage, fussent-ils l’un à une extrémité, l’autre à l’extrémité opposée, l’équilibre des forces est rigoureusement et exactement assuré.
- « Néanmoins, écrit M. Garnier, si ce système n’a pas réuni l’assentiment de la commission, il a apporté un élément nouveau qui a servi de base au projet qui, actuellement, paraît devoir être suivi. »
- Ce dernier projet, œuvre collective de MM. Garnier et Sabathier, résumant pour ainsi dire les travaux dont il vient d’être question, M. l’architecte de l’Opéra croit pouvoir s’étendre davantage sur lui que sur les autres, et, dans cette intention, reproduit dans son ouvrage le rapport explicatif qu’il a présenté à la commission. Ce rapport ne contenant que dès-indications sommaires et insuffisantes pour un examen technique, je crois préférable de passer à l’analyse du Mémoire descriptif, rédigé par M. Sabathier. Tout incomplet que soit ce Mémoire, il contient néanmoins des données arrêtées, des croquis cotés, des quantités chiffrées, qui seront des éléments de discussion sur lesquels la Société pourra statuer avec le plus de certitude.
- L’idée dominante de l’architecte de l’Opéra, et de son collaborateur,
- est de faire de la scène une réunion de trappes, sans tenir compte des
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- accessoires attenant au plancher. C’est le point qui diffère le plus complètement de mes propositions. Ainsi, ni dans l’ouvrage de M. Garnier, ni dans le Mémoire de M. Sabathier, on ne trouve d’indication concernant les chariots et leurs viaducs, et l’on ne peut se rendre compte de quelle manière se comporteront les chariots pendant les évolutions du plancher. Il y a nécessairement une lacune, qui, étant données les dispositions que nous allons examiner, paraît difficile à combler.
- Le Mémoire à l’appui du projet divise la scène en 12 plans, à 3 costiè-res, dont 9 de ces plans sont mobiles. Les plans mobiles, dont la longueur est de 27 mètres (la longueur prise dans le sens transversal de la scène), sont coupés par 11 perpendiculaires, qui en font 260 trappes et trappillons. Chaque trappe et chaque trappillon repose en feuillure sur des lambourdes de même longueur, et ces dernières, au nombre de 520, sont articulées à l’extrémité supérieure de 1 040 tiges épontilles tubulaires de 0m,05 de diamètre extérieur et de 14 mètres de longueur. Il y a donc 4 épontilles par trappe et par trappillon. Entre les lambourdes qui portent les trappes et celles qui portent les trappillons est réservé un espace de 40 millimètres de largeur; c’est la costière, incision dans le plancher pour le passage des lames d’implanture des mâts destinés à porter la décoration. La solidarité de ces tronçons de lambourdes s’établit au moyen d’éclisses boulonnées. _
- Le premier dessous serait formé de poutres en fer, dont la structure . n’est pas indiquée; mais les deux lignes d’épontilles qui doivent traverser les semelles conduiront à les construire à une âme comme toutes les autres; ces poutres seraient épontillëes par des colonnettes sur le deuxième dessous, et les semelles percées de 2 080 trous de 60 millimètres pour le passage des épontilles.
- La charpente de deuxième dessous est composée d’une série d’arcs en fer à une âme pleine de 0m,30 de hauteur et de 0m,24 de largeur de semelles, qui, elles, seraient percées de 2 080 trous, comme les poutres du premier dessous. L’ouverture de ces arcs est de 31 mètres et la flèche de 1 mètre. Ces arcs s’arc-boutent sur les maçonneries latérales du sous-scène.
- Nous retrouvons les moteurs, déjà décrits par M. Garnier. Deux cadres superposés dans les dessous, dont les dimensions, indiquéesidans le sens de l’édifice, sont : longueur 20 mètres, largeur 28 mètres, hauteur 1 mètre. Ces cadres, dont la forme, vue en plan, rappelle celle d’un gril, seraient composés, chacun, de vingt-sept poutres à une âme pleine, reliées aux deux extrémités à deux poutres à trois âmes pleines. Les semelles des poutres simples seraient percées de 4160 trous de 60 millimètres pour le passage des 1 040 épontilles du plancher supérieur. Les deux grils seraient sensiblement équilibrés et liés de mouvement par des câbles ou chaînes à cheval sur oes poulies. Le gril supérieur, qui devra conserver plus de pesanteur, serait mis en mouvement par quatre
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- puissantes presses hydrauliques, placées sous les quatre angles, le gril inférieur étant un peu plus grand.
- Telle est la disposition générale du projet, et, je le répète, il n’est point question de chariots, ni fie l’établissement des coulisses verticales des petites rues.
- Le premier point à déterminer dansl’établissement d’une scène est celui de la division de sa surface en plans. Les plans doivent avoir une dimension proportionnée à lascène, et l’on doit ménager des espaces suffisants pour satisfaire au service du sous-scène. Il est désirable aussi que les dimensions des plans et des rues soient en nombres ronds, tels que 2 mètres, 2m,20, 2m,50, afin que les travaux de mise en scène, les études de peinture qui se feront en grand nombre, ne nécessitent pas des opérations arithmétiques fastidieuses, incompatibles avec ces travaux d'art. Or, le projet fixe 2m,186 pour les plans, 66 pour les rues, etc., toutes dimensions qui, pour la moindre combinaison, exigeront un calcul en forme et ne satisferont pas plus aux conditions du programme qu’ils ne répondront aux exigences du service. $
- Ainsi, qu’on ait à faire surgir une table servie, l’ouverture franche de la rue n’étant que de 0m,966, la largeur de la table sera réduite à 0m,800, afin de passer sans accroc. Un fauteuil de style a souvent 1 mètre de projection verticale; ce meuble, comme tant d’autres, ne passerait pas. Les ouvertures utiles des rues devraient avoir lm,30 au moins.
- Il y a deux objections à faire à la disposition de deux petites rues par plan, telle que l’indique le projet. La première porte sür le morcellement excessif qu’elles créent dans le plancher et les complications qui en sont la conséquence. La deuxième porte sur leur utilité, qui est contestable. En effet, supposons que les deux petites rues limitrophes soient garnies de fermes de décoration , et que , dans la même pièce, un mouvement de plancher soit nécessaire. Dans ce cas, il faudra claveter et déclaveter les épontilles, et ces dernières étant comprises et enfermées entre les deux décors, comment ferâ-t-on pour y arriver? Il n’y a qu’un moyen : c’est de ne point faire usage de l’une des deux petites rues. Donc, l’une des deux est inutile. Il y a lieu de douter aussi que la division du plancher de la scène, telle qu’elle est indiquée, cadre avec la division des colonnes latérales de la scène, de telle manière que le mouvement horizontal des trappes puisse s’exécuter sans obstacle.
- * C’est sans doute pour avoir une dissemblance avec lé projet qui a-servi de base, que M. Sabathier ne met pas de clavettes aux épontilles. Des bagues en acier, lisses à l’intérieur, légèrement coniques et filetées à l’extérieur, avec solution de continuité dans la couronne, seraient serrées sur les tiges au moyen d’un écrou également conique. Ce seraient ces bagues qui tiendraient lieu de clavettes et arrêteraient les tiges, soit sur la poutre de repos, soit sur le gril.
- •uQuel sera le degré de stabilité, d'inertie1 que présentera le plancher?
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- Les trappes, avons-nous dit, reposent en feuillure sur de petites pièces de bois de 0m,10 de largeur, sur 0m,20 de hauteur et de même longueur qu’elles-mêmes. Au repos, ces lambourdes sont réunies par des éclisses; ce sont les seuls éléments d’inertie latérale, avec ceux que peuvent procurer les épontilles de 5' centimètres de diamètre. En supposant, et c’est attribuer une efficacité plus grande qu’elle ne sera effectivement, que les éclisses rachètent les solutions de continuité de ces cours de lambourdes, trouvera-t-on dans cet emmanchement une inertie suffisante pour résister aux efforts de poussée latérale qu’exerceront les mâts chargés de décoration instable et aux balancements périodiques que produira la danse? On doit envisager que cette ligne, raboutie et sans contrevente-ment, aura 27 mètres d’abandon pour 10 centimètres de largeur, soit 1 /270 de la longueur.
- Ce n’est certes pas l’articulation projetée des épontilles avec les lambourdes qui viendra racheter ce vice; il ne pourrait que l’aggraver, si ces articulations étaient praticables. Or, il n’est pas nécessaire de discuter ce point, car il n’est personne d’entre nous qui n’ait aperçu déjà l’impossibilité de réaliser cette idée fixe de l’architecte de l’Opéra, qui espère obtenir des pentes par ce procédé d’articulation. La projection verticale des trappes sera comme le cosinus de l’angle d’inclinaison, et, dans ce cas, que deviendraient les têtes d’épontilles dans ces mouvements de pente?
- Quel avantage tirera-t-on de ces arcs surbaissés qui forment la charpente du deuxième dessous? Est-ce pour éviter les piliers? Cette pensée est excellente, et, pour mon compte, je la pratique toutes les fois que je puis le faire. Mais, dans ce cas, cela me paraît difficile, car une portée dé 31 mètres exige une hauteur de poutre de 3 mètres environ, qui serait gênante et sans utilité positive. D’après les travaux de la commission, ceux dont parle M. Garnier, qui avaient transpiré au dehors, les piliers du sous-scène devaient être au nombre de 512. Mon premier projet réduisait ce nombre à 27, et par des assemblages boulonnés sur des socles solidaires deux à deux, réussissait à transmettre au plancher de la scène une certaine puissance d’inertie très-bienfaisante. On doit remarquer que les arcs auront à porter non-seulement le deuxième dessous, mais encore le premier dessous, qui s’appuie dessus, et le plancher de la scène, qui porte sur les poutres du premier dessous, en sorte que la charge sera considérable. Les arcs étant isolés les uns des autres, il en résulte que la flèche doit êtreconsidérée comme un levier, ou une manivelle, qui n’a qu’un point mathématique de stabilité, et qui, hors de ce point, et c’est ainsi qu’on doit le considérer, devient instable et agit constamment sur les encastrements des culées et tend à renverser l’arc.
- La poussée horizontale des 32 arcs du sous-scène sera de deux mille tonnes sur chacun des murs des culées.
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- MOTEUR.
- Nous avons maintenant à examiner la construction, le poids et le fonctionnement des grjls, et nous verrons ensuite les presses hydrauliques, les accumulateurs et la source de puissance.
- Les grils ne peuvent être identiquement semblables ; le gril supérieur étant porté par les presses hydrauliques, le gril inférieur doit être plus petit pour laisser les presses à son extérieur, ou plus grand s’il les circonscrit.
- Chacun des grils serait formé de 27 poutres, disposées parallèlement en travers de la scène et en projection verticale des costières, et de deux poutres de même hauteur à trois âmes formant assemblage de têtes. Ce sont ces deux dernières poutres qui transmettraient sur les quatre pistons hydrauliques les efforts et le poids des 27 poutres internes.
- On peut remarquer, tout d’abord, que la portée des poutres internes est de 28 mètres et leur hauteur de \ mètre seulement; la proportion de 1/28 répond mal au principe du bon emploi de la matière. Ce vice est encore aggravé par les nombreux trous de passages, qui, deux à deux dans le même plan, coupent les semelles travaillantes, cornières et bandes, de ces poutres et en réduisent la résistance de moitié. On pourra bien, il est vrai, racheter un peu ce défaut par des plaques additionnelles, mais ce sera toujours un travail peu élégant.
- On ne comprend pas davantage le parti des poutres de têtes à trois âmes. Ce genre de construction n’est pas usité, et s’il a été exécuté c’était sans doute pour des causes particulières qui empêchaient de faire autrement. On a déjà remarqué que le centre de gravité de résistance de ces poutres à trois âmes passe verticalement par l’axe de la poutre, et que le centre de gravité des efforts tranchants, en décharge des poutres internes, tombe sur le côté où sont fixées ces dernières. Il y a là un effort gauche, si je puis m’exprimer ainsi, qui met hors de l’axe de résistance et sur une seule âme toute la charge destinée à la poutre entière, et lui imprimera un effort de torsion défavorable à tous égards. Remédierâ-t-on à ce vice en établissant des diaphragmes pour transporter à travers la poutre ces etforts désorganisateurs? Il n’y à pas lieu de le supposer, car ce serait ajoifter aux difficultés de construction de cette poutre et la charger d’un nouveau poids.
- Nous ne sommes pas d’accord, M. Sabathier et moi, sur le poids des grils mobiles, et cependant les calculs ont été faits sur ses propres croquis cotés.
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- CALCULS.
- Sabathier. Quéruel.
- Une poutre à âme pleine.. ............. 6890k 9 200k
- Une poutre à trois âmes.. ...... 40000 40000
- Poids totaux........................... 261 630 324 000
- Différence. . ......................... 62 370
- 324 000 324 000
- M. Sabathier annonce pour poids total 200 000 kilogrammes, alors que l’addition des poids particuliers lui donnait 261 630, et qu’effectivement le poids est de 324 tonnes pour un gril, et 648 tonnes pour les deux grils.
- Le fonctionnement des grils ne paraît pas avoir beaucoup préoccupé les auteurs du projet; il y avait cependant à assurer le mouvement parallèle malgré les perturbations de charge, et sur ce point capital aucun calcul n’a été produit. Des colonnes en fonte seraient disposées vers les angles des grils; elles serviraient, soit par voie de glissement, soit par voie de roulement, cela n’est pas désigné, à maintenir les surfaces des grils horizontaux pendant les évolutions. Cette disposition implique l’articulation du gril avec les pistons hydrauliques; car la solidarité aurait de la peine à s’accorder avec le mode de guider qui a été désigné.
- J)
- ----Jàp
- Dans l’hypothèse du levage dJun seul côté de la scène, on aura pour répartition de la charge sur les angles des coulisseaux : v
- il
- h
- = a? +
- plu 2 A’
- ou
- tl-Oll
- a^ 840 000u. 2 h
- 43
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- Dans lesquels :
- poids de la dernière partie du plancher, = 80 000 kilogrammes;
- /, levier de rotation du poids au point de contact des coulisseaux, = 21m,25;
- V, distance des presses les plus rapprochées du point de contact, = 1 mètre;
- V, distance des presses les plus éloignées du point de contact, = 28 mètres ;
- x, effort agissant eq diagonale.
- L'effort qui réagira sur les angles des guides ou sur les galets sera donc dans ces circonstances de 540 000 kilogrammes, en supposant que ces organes soient en état de les supporter sans désordre.
- Si les pistons sont solidaires avec le gril, alors ce sont eux qui serviront de guides, et tous les défauts d’équilibre seront supportés par ces organes. Ainsi, qu’une obstruction fortuite se produise dans le tube distributeur, ou qu’une inégale répartition de pression ait lieu par une cause quelconque à une ou deux presses, accident qui paralyse entièrement leur puissance pendant que les autres agiront avec toute la leur, il résultera de cet accident une force désorganisatrice qui enrayera le mouvement et portera tout entière sur les pistons hydrauliques qu'elle tendra à rompre au collet.
- Supposons que, par une cause quelconque, deux presses soient paralysées, on aura :
- ou
- d’où
- Dans lesquels :
- 2 elr — x tt (-r4— r'*) ;
- 2 elr
- 7r (r4— r,4)
- 150\47.
- r, rayon extérieur du piston, == 05,250 i r', rayon extérieur du piston, = 0m,180; e, puissance de chaque presse, 100 000 kilogrammes;
- 1, longueur du levier en prenant de l’axe d’une presse au point opposé enrayé, 27 mètres;
- 2, coefficient de el, représente les deux presses agissantes;
- 4, coefficient du deuxième terme, représente les quatre sections de pistons supportant l’effort de rupture ; x, effort par millimètre carré.
- Ce chiffre de 150 kilogrammes d’effort par millimètre carré de fonte suffit, sans autre'commentaire, pour condamner une disposition dont
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- le principal organe romprait infailliblement sous le coup de cette perturbation très-possible.
- Quant au mouvement renversé des deux grils, dont le poids total atteindrait 650 tonnes, si l’on en juge par l’essai infructueux qui a été fait d’un pont à une voie qui devait se lever au moyen de 4 chaînes, 4 poulies, 4 contrepoids et d’une transmission de mouvement métallique qui devait assurer la solidarité du mouvement et la levée parallèle du pont, on n’en peut guère augurer rien de bon, puisque ce pont, qui ne pesait que 2Q topnes et qui n’était pas traversé par des. aiguilles, n?a pu fonc-r donner.
- Mais arrivons aux évaluations de puissance et à l’utilisation qu’en fera ce système.
- Le Mémoire estime que 10 tonnes suffiront pour mettre ces masses considérables en mouvement. Outre les frottements des chaînes, des poulies, des coulisseaux-guides, il y aura ceux des 1 040 épontilles, qui passeront dans quatre douilles chacune. Il n’y a donc pas d’exagération à
- mettre 15 pour 100 pour ce travail passif.
- Soit 648 000 X0,15..........= 97000*
- Quatre pistons de presses.................. 20 000
- Plancher................................... 160 000
- Différence de poids des grils.. . . ....... 80 000
- Total............... , . . 357 000*
- Pour être bien assuré du fonctionnement, il popvient de donner à chaque presse 1Q0Q00 kilogrammes de puissance. Étant donné des pistons de 0“,SO, on aura pour pression d’eau :
- -——— = 51 atmosphères en nombre rcund,
- Sans nous arrêter aux divers procédés proposés par le ^épipire pour charger les accumulateurs, nous examinerons le dernier iqoyep proposé comme étant le plus pratique.
- La force motrice aérait empruntée aux eaux forcées de la ville de Paris, qui, dans le quartier du nouvel Opéra, ont 5,5 mètres de presaiop effective, et non pas' 80 mètre^, comme l’a indiqué M. Sabathiçr. Ypiçi son appareil de compression : -
- Les accumulateurs seraient au nombre de deux et placés horizoutaie-?nent. Les pistons auraient 01?,74 de diamètre et fi mètres dç CQursjeî c’est-à-dire d’une capacité un peu supérieure aux quatre presses, qu’ilg doivent alimenter,
- L’açtio,n foulante serait a.cpQWphfi directement par de$ piatqns d’un Pju.s grapd diamètre, qui OIM 4ck
- ville. Üéquation d’équilibre'de çes pistons\diyérediip]§
- nrz;
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- Dans lesquels p' est la pression résultante*, p — 55 mètres, pression initiale des eaux de la ville ; r’ rayon du grand cylindre; r rayon de Tac-cumulateur.
- En admettant qu’un dixième de l’effort brut suffise pour rompre l’équilibre et faire fonctionner les appareils compresseurs, on aura en puissance nette :
- 27 S 4.
- 27ltm-,34-----V-=r24at“-,61.
- 4 0
- Ainsi, le diamètre des cylindres compresseurs indiqués à 4“,750 sera insuffisant pour obtenir la pression de 54 atmosphères nécessaire. Recherchons quel devrait être ce diamètre.
- d’où r' = i/!iP2:’ = lM8<.
- V 10 p
- Donc un diamètre de 2m,362 et une canalisation spéciale de l’Opéra à Belleville, dont le diamètre serait de 4ni,20.
- . Comme on le voit, ce système conduit à des dimensions inusitées, dont le fonctionnement est en dehors de l’expérience et peut exposer à des mécomptes et à des déceptions.
- Il est superflu de traiter la question économique et de dire que le gaspillage de force ne le cédera en rien au gaspillage de matière. Ai-je besoin de calculer ce que coûteront de force vive ces colossales manœuvres? qu’il s’agisse de lever toute la scène ou une infime partie, que l’on guindé toute une troupe ou une bayadère, il faudra mettre en mouvement 800 tonnes de métal et une colonne d’eau de 4m,20 de diamètre et de 5 kilomètres de longueur, qu’il faudra encore arrêter subitement. 24 000 kilogrammètres seront employés à manœuvrer la valve et 2 400 000 kil. seront dépensés pour faire surgir un coffret en scène.
- Reste la question du programme de peinture, et, sur ce point, c’est a MM. les peintres décorateurs de la scène à juger si ce projet répond au desideratum qu’ils ont arrêté.
- M. Sabathier propose d’adopter, sans discussion, le mouvement éléva-toire du plancher à 2 mètres au-dessus du plan normal de la scène. Cette altitude sera insuffisante, si l’on en juge par ce qui se pratique couramment. Les constructions en bois, dites praticables, dépassent cette hauteur. Dans Guillaume Tell, dans Moïse, les praticables ont au moins
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- 4 mètres de hauteur; Freijschutz exige des montagnes de 6 à 7 mètres. Cette première condition, n’étant pas remplie, constitue un défaut dans la réalisation du programme.
- La deuxième donnée est de pouvoir faire surgir des terrains successivement de la façon la plus indépendante. Pour n’en citer qu’un exemple, et il y en a mille autres, comment lèvera-t-on des terrains bas à la face avant d’élever les terrains élevés au lointain, lorsque le temps ne permettra pas une reprise? Cette donnée est irréalisable avec un moteur solidaire, qui ne permettra pas de distribuer les. départs et de varier les mouvements. On peut donc considérer que ce système ne répond pas au deuxième point du programme, et que lorsque les circonstances exigeront ces effets, il faudra établir de nouveaux moteurs pour suppléer à l’insuffisance du premier.
- La combinaison des emmanchements du plancher permettra-t-elle d’espérer une justesse et une rigidité suffisante pour tenir verticalement la décoration plantée sur chariots? On peut en douter; car nous avons vu le fond de rigidité que l’on peut attendre des lambourdes abouties et éclissées et des maigres épontilles, pour craindre que ces découpures, dans d’aussi minces sections, ne soient pas encore inférieures aux chapeaux de ferme actuels qui, eux, sont sans solution de continuité. Il y aura, bien certainement, des flexions importantes darfS ces emmanchements, et tout porte à croire que la verticalité de la décoration ne sera pas mieux assurée qu’aujourd’hui.
- Donc ce troisième point n’est pas plus résolu que les deux premiers et conduit à cette conclusion : en ce qui concerne la peinture scénique, le programme n’est pas rempli.
- L’intérêt public ne peut être indifférent à la réussite de cette tentative de réforme que l’on se propose d’inaugurer dans la plus grande scène qui existe. Il y a là, en dehors même de l’intérêt immédiat des finances, convenance supérieure à ne pas manquer une telle entreprise, et l’esprit général, l’opinion publique, exigent une réussite. C’est donc à ces sentiments élevés et au devoir de chacun que je fais appel pour pénétrer dans les détails de la question, et s’assurer si la voie dans laquelle l’administration s'est engagée conduit à une réussite ou à un échec.
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- ÉTUDES
- SUR
- LA COMBUSTION
- ET SUR
- LA CONSTRUCTION RATIONNELLE
- FOYERS INDUSTRIELS
- Par A. ÜCHET.
- L’emploi économique des combustibles et la construction rationnelle des foyers industriels ont, à plusieurs reprises, attiré l’attention des savants et des ingénieurs dans tous les pays. Il est pëü de sujets qui aient été* plus que ceiui-là, l’objet d’études approfondies, de recherchés pratiques; et cependant la question n’est pas épuisée, puisque nous voyons encore les cheminées des usines lancer dans l’atmosphère des flots de fumée, et puisque tous les jours des ihvëntëürs proposent de nouveaux appareils fumivorés promettant des économies de Combustibles, et trouvent des industriels pdür essayer leurs systèmes.
- C’est que le combustible, tout en étant un des plus préCieüx agents dé l’industrie, est en même temps un des plus coûteux. Au fur et à mesure que l’extension des moyens de transport augmente pour les consommateurs le champ d’approvisionnement des produits fabriqués, la lutte devient plus vive et la concurrence plüs directe entre les fabricants, et ceux-ci sont obligés de rechercher toujours les moyens de réduire leurs dépenses pour abaisser leur prix de revient et l’emporter sur leurs concurrents.
- En dehors de ces considérations, n’est-ce pas d’ailleurs un devoir pour les ingénieurs de songer que les amas de combustibles minéraux dont notre génération use si largement ne sont pas inépuisables; n’est-ce pas à eux qu’appartient la mission d’en étudier l’emploi économique, afin que ceux qui viendront après nous et qui exploiteront à grands frais des couches plus profondes, dont l’extraction est regardée aujourd’hui comme trop coûteuse, ne nous accusent pas justement d’avoir
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- gaspillé des richessës qui, sagëmeüt ménagées, auraient suffi aux besoins de plusieurs générations.
- Péclet, dans son Traité sur la chaleür, qui rënfëfmë Une des plus remarquables étudës qui aiënt été faites sur la manière d’utiliser les divers combustibles, montre en quoi sont mauvais la plupart des foyers industriels; il indique les conditions qu’ils devraient remplir, mais il reste dans le domaine de la science et ne peut arrivër à présenter un type de foyer complètement satisfaisant. Bien plus, il est obligé de déclarer qu’il n’existe et qu’il ne peut exister des foyers parfaits pour brûler les combustibles solides.
- Un foyer s’approche d’autant plus de la perfection que le combustible y est brûlé d’une manière plus complété et avec la plus petite quantité d’air en excès. Or, il suffit de regarder la fumée qui s’échappe des foyers et dës cheminéës poür s’assurer cpië la coiübüstioü est incomplète, ët si Ton pouvait à première vue se rendre compte de la composition du mélange gazeux dans lequel la fumée est en suspension, on verrait que l’air y est la plupart du temps ën très-gfàüd ëxëès. Or, cet eXëès d’air est niiisiblë à bien des points de vue. O’üne part, il abaisse la température des gâz de la coinbustion aux dépens desquels il s*é-chauffe, ët oblige d’aiigiüèntef la surface de chauffe dès appareils qui .servent à utiliser lâ ëlialëür; d’antre part, il eôndult nécessairement à de plus grandes dimensions de câfrteaüx, d’oü résulté nûè âügmën-tation du prix de construction, et, ënfin, comtnë les gàz qüi S’écëülent par la cheminée doivent, pour qiië lë tirage soit suffisant, posséder encore une certaine température, la quantité de chaleür pèf düe, dë ce chef, est proportionnelle à là quantité de gaz qui pasSë par la chêminéë.
- Ainsi, dans le cas de chauffage des chaudières à vapeur, par exeiüplë, l’excès d’âir qui traverse lë foyer refroidit là iiàmmë, diminue lâ production de vapeur par mètre carré de surface dë ciiâüffë, ët obligé d’âlig-mentër la surface du générateur pour arriver à üttë production donnée dë vapeur ét poür refroidir suffisamment là furnéë. Ën oütre, si Ton admet qüe là tèïüpèratüre daüs la cheminée est de â00s pour uri tirage moyen, la quantité de chaleür perdue de Cé côté ést doUblë Oü triple de la perte üürthalë, si on a employé une quantité d’âir correspondant à deux ou trois fois la quantité théorique. La cheüiinëë èÜë-iüêinë, devant évacüèf plus de gaz qü’il de serait nééëssâire avec dès foyers construits pour ne pas ^employer d’excès d’air, doit avoir dë plus gràüdês dimensions, oü biërt, comme Cela rt’arrive que trop sdüveüt, On est conduit, pour avoir un tirage suffisant, à moins refroidir lès gaz et â les përdre, à 300° ou à 400°.
- INTest-ce pas d’ailleurs urt fait singulier et bien digne d’attirer Tâtteü-tion des industriels, qüe la divergence d’opinioüs qui existe entre les ingénieurs, au sujet des dimensions à donner aux foyers pour brûler une certaine quantité de combustible. Par exemple, pour ne considérer que
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- des foyers de même nature, les foyers des chaudières, nous voyons la consommation de combustible par décimètre carré de grille, et par heure, soumise aux plus grandes variations.
- Dans les chaudières de Cornouailles, elle est de 0k/15 à 0\20.
- Dans un grand nombre de chaudières à bouilleurs, elle est de 0k,4Q à 0k,60.
- Toutes ces grilles sont dites à combustion lente.
- Dans un nombre tout aussi grand, la consommation est de 0k,8 à \ kilogramme.
- On les désigne sous le nom de grilles à combustion moyenne.
- Enfin, avec des tirages puissants, on arrive à brûler par décimètre carré, et par heure, 'lk,2 et même tk,5 sur des grilles à combustion vive.
- Avec ces différences considérables d’activité de la combustion, il semble qu’on devrait trouver des différences semblables de rendements : il n’en est rien; les rendements sont à peu près les mêmes. Il est juste de dire que la disposition des surfaces de chauffe varie suivant que la combustion est plus ou moins active, et qu’on peut, par une bonne disposition de l’appareil refroidisseur de la fumée, arriver à corriger, jusqu’à un certain point, les imperfections de l’appareil de combustion. Ainsi, dans les foyers industriels, la combustion complète que donnent les grandes grilles à faible tirage ne produit pas plus d’effet utile que la combustion incomplète sur les grilles où on brûle beaucoup de combustible avec un fort tirage. Cela tient à ce que la fumivorité n’est obtenue dans les foyers à combustion lente qu’à l’aide d’un excès d’air dont l’effet nuisible compense l’avantage résultant d’une combustion plus complète que dans ceux où la combustion est activée par un fort tirage.
- Quand, au lieu de considérer les chaudières à vapeur, nous considérons les opérations industrielles qui se passent à des températures élevées supérieures au rouge, par exemple, les inconvénients de l’excès d’air dans les produits de la combustion se manifestent avec plus d’intensité.
- La loi de Newton, sur la transmission de chaleur entre les solides et les gaz, nous apprend qu’il y a tout avantage à réduire, dans les opérations industrielles, la durée de la période d’échauffement, en élevant autant que possible la température des flammes, puisque la vitesse de la transmission de la chaleur est sensiblement proportionnelle à la différence des températures.
- Mais'les expériences de Dulong et Petit, confirmées par celles de Péclet, nous montrent que la loi de Newton est inexacte, surtout aux températures élevées, qu’en réalité la vitesse de transmission de la chaleur varie beaucoup plus rapidement qqe l’excès de température, et qu’en ne tenant compte que de la transmission de chaleur provenant du contact, la vitesse est déjà
- v = w d-283
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- n étant un coefficient qui dépend de la forme et de l'étendue de la surface des corps.
- Il serait intéressant, en parlant des lois de transmission de la chaleur, d’examiner pour diverses industries l’influence de la température des flammes sur la durée des opérations, et de déterminer les différences d’effet utile des combustibles employés à produire de hautes températures, en faisant varier l’excès d’air dans les gaz de la combustion ; mais cette étude sommaire sur les foyers ne comporte pas de pareils développements, et, de ce qui précède, nous ne devons retenir qu’un point, c’est que, pour toutes les opérations où il s’agira d’échauffer des corps solides en les plongeant dans un milieu de gaz à haute température, plus la température que devra prëndre le corps solide sera élevée, et plus on devra s’attacher, par de bonnes dispositions du foyer et de l’ensemble des appareils, à augmenter la différence de température entre le corps à échauffer et le milieu dans lequel il est plongé.
- Aujourd’hui, ces vérités commencent à pénétrer dans la pratique industrielle, et toutes les personnes qui s’occupent de métallurgie savent que l’avenir de cette industrie est plus que jamais dans la production et le maniement des températures les plus élevées.
- Les progrès accomplis dans cette voie, depuis quelques années, sont remarquables; il nous sufira de citer Ebelmen, Thomas, Laurens, Siemens, Boétius, Bessemer, Ponsard, etc., dont les noms marquent autant de succès obtenus dans l’art de produire et d’utiliser les hautes températures.
- Les progrès dont nous avons à nous occuper ici sont d’un ordre plus modeste, et les températures, dont la production économique appellera notre attention, seront celles que nous pouvons appeler moyennes, c’est-à-dire celles qui commencent au rouge sombre pour s’élever au maximum jusqu’au rouge blanc, soit, depuis 500° jusqu’à \ 000 à 1100 degrés environ.
- Un très-grand nombre d’industries emploient ces températures, et pour montrer l’importance du sujet, il nous suffit de nommer la cuisson de la chaux, celle des ciments et des produits céramiques, la fabrication du gaz d’éclairage, la carbonisation du bois et de la houille; un grand nombre d’industries chimiques, la fabrication de la soude, la calcination des os, la'révivification du noir animal, et enfin le groupe nombreux des appareils évaporatoires et de vaporisation qui comprend tous les systèmes de chaudières à vapeur.
- En nous imposant dans cette étude le rouge blanc comme limite supérieure des températures, dont nous étudierons la production et l’emploi, nous écartons tout un ensemble de difficultés qui se rencontrent aux températures supérieures, et nous n’aurons pas à nous occuper de la dissociation, qui, dans ces dernières années, a fait l’objet des rèmar-
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- quables travaux de MM. Dëville et Bebrâÿ; mais iibiis àiirons à ëfivi-sager bien d’autres difficultés, et, pour les faire saisir, il convient tout d’abord de définir la combustion et d’examiner les phénomènes auxquels elle donne lieu.
- Nous n’envisagerons dans toute là série des combustions que celles qui résultent de l’union de l’oxygène de l’air, gaz comburant par excellence, avec le carbone et l’hydrogène qui, soit isolés, soit combinés, constituent toute la partie combustible de ce que f où peut appeler les combustibles industriels, solides, liqüides et gàzeüx.
- Pour que la combustion puisse avoir lieu, il faut d’abord assurer le coùtact entre l’oxygène et le corps Combustible auquel il doit se combiner, et il faut, en outre, que l’affinité chimique entre les deux substances soit assez développée pour que leur combinaison puisse s’effectuer.
- De ce que les combustibles exposés à l’air ne prennent pas feu spontanément, il n’en faut pas conclure que l'affinité n’ëxisté pas entre l’oxygène et le combustible. Elle existe; seulement dans les circonstances ordinaires elle n’est pas suffisamment développée poiir que la combustion commence sans l’intervention dlune cause extérieure.
- Parmi les moyens de développer l’affinité chimiqüë, un des plus répandus est l’élévation de température, soit du gaz Comburant, soit du corps Combustible, soit des deux ensemble. Un coiffant d’air suffisamment chaud enflamme le bois et lë charbon, et ces corps une fois allumés continuent de brûler dans l’atmosphère, à moins que, par une Cause quelconque, la surface incandescente hé vienne à së refroidir, ce qui arrive quarld le courant d’air est trop vif [bougie soufflée) ou qüand la chaleur se pëfd par rayonnement (mOrcëàu de coke allürilë et exposé à l’air).
- Quand l’oxygène et tin corps combustible sont en présence l’un de l’autre, bien des causes peuvent produire l’élévation de température nécessaire pour commencer la combustion : le frottement, la fermentation, le choc, l’étincelle électrique, lâ concentration des rayons solaires, l’appfoChe d’un cërps en ignitidn, etc.
- Une fois la cbhibüstion commencée, ëilë ëst d’autant plus rapide que lë contact du combustible et de l’oxygène ëst plus intime et plus Complet : ainsi des copeaüx enflammés brûlent plüs vite qüe dü bois en mdrceaux; le lycbpode répandu dans l’air y brûle prësque instantanément, ët si nous considérons le cas d’iin mélange tout à fait intimé, tel qu’on le produit en réunissant dans Un même récipient dè l’oxygène et un gaz combustible, cbiiime lé gaz d’éclairage, la cornbüstion est tellement rapide qu’ellé a lieu avec explosion dans un temps infiniment court.
- De là ces deux règles si simples, qu’il serait superflu de les énoncer, si elles ri’avàieilt été négligées bien souvent dahs la Construction des
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- foyers, que, pour obtenir une combustion aussi complète que possible dans le minimum de temps, il faut et il suffit :
- 1° De rendre le contact du combustible et dé V oxygéné de Pair aussi parfait que possible;
- 2° De maintenir pendant tout le temps de la combustion une température assez élevée pour que l’affinité chimique détermine la combinaison des corps en présence.
- Cette dernière condition, facile à énoncer* n’est pas toujours facile à réaliser dans la pratique; et pour bien faire saisir la nature des difficultés, considérons un cas très-simple, celui du mélange intime de l’air avec un gaz combustible, l’oxyde de carbone par exemple. Lë mélange étant renfermé dans un eüdiomètrë, les proportions suivant lesquelles chacun des deux gaz entrera dans le mélange aiiroüt la pltïs grande influence sur la manière dont s’efféctuera la combustion.
- Ainsi, si le volume de l’oxyde de carbone étant \ celui de l’air est 2 1/2, en enflammant le mélange avec une étincelle électrique la combustion aura lieu avec explosion et sera complète. Si les volumes de l’oxyde de carbone et de l’air sont égaux, il pourra arriver qüe le passage de l’étincelle dans le mélange ne détermine aucune combustion. Si alors on élève la température du mélangé gazeux, en chauffant; par exemple, le vase qui les contient, on pourra, en faisant passer l’étincelle dans les gaz chauds, déterminer la combinaison de l’oxygèiie avec utte portion de l’oxyde de carbone. Cette variation de combustibilité provient de l’azote qui se trouve mélangé à l’oxygène de l’air et qui joué; vis-à-vis des autres gaz, le rôle d’un dissolvant inerte.
- ~ Pour bien montrer le rôle des gaz inertes, prenons un exemple dans Un autre ordre d’idées.
- Si noüs plaçons sur notre langue un grain de sel, nous én sentons le goût, si petit que soit le inorcèau. Mais si nous prenons tih ifforceau semblable et le faisons fondre dans un verre d’eau, nous ne sehtirdns âucün goût en buvant le verre d’eati, et cependant la quantité de Sel absorbée dans les deux cas sera la même. Par sa dissolution dans ühe grande quantité d’un liquide insipide comme l’eau, le sel a perdu sa saveur qui est une de ses propriétés, ou du moins elle a été en s’affaiblisSUfit au fur et à mesure que ses molécules se distendaient, et finalement est devenue insensible poür nos organes. Remarquons êh passant que le sel occupe toute la masse de l’eau et que chaque goùtte de liquide eii renferme une quantité égale.
- On ferait une comparaison analogue avec un mélange d’eâü et de vin. Au fur et à mesure qu’on ajoute de l’eau, les propriétés dü vin, sa saveur, sa couleur vont en diminuant et son volume augmente! Mais la couleur affaiblie, tout en étant encore perceptible, nous montré que le vin, comme l’eau, occupe toujours tout l’espace dans lequel le mélangé est contenu.
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- Il se produit avec les gaz des phénomènes tout à fait analogues.
- Si nous introduisons sous une cloche renversée sur l’eau un mélange à équivalents égaux d’oxygène et de gaz combustible, d’oxyde de carbone, par exemple, en faisant passer une étincelle électrique, l’explosion se produit, et si les parois ne sont pas très-résistantes la cloche est brisée par la violence de l’explosion.
- Dans une cloche semblable, introduisons le même mélange explosif et en même quantité, et ajoutons-y son volume d’un gaz inerte, acide carbonique ou azote. Le volume du mélange explosif augmente comme le volume du vin augmentait tout à l’heure, puisque les gaz, en vertu de leur force élastique, remplissent toujours les espaces qui les contiennent. Si nous faisons passer l’étincelle électrique, l’explosion se produira encore, mais moins forte que la première fois, et la cloche ne sera pas brisée. Recommençons l’expérience plusieurs fois, toujours sur la même quantité de mélange explosif, mais en augmentant à chaque fois le volume du gaz inerte, la force de l’explosion ira toujours en diminuant. Bientôt la combustion ne sera plus complète, par le passag.e d’une seule étincelle électrique, et il faudra recommencer deux, trois et quatre fois l’inflammation.
- Enfin, la quantité de gaz inerte dans laquelle sont diluées les molécules du mélange explosif augmentant au delà de certaines limites, le passage, même répété de l’étincelle électrique, ne pourra plus déterminer la combinaison de l'oxygène et de l’oxyde de carbone, dont les molécules sont cependant intimement mélangées.
- Nous pouvons donc en conclure que :
- De même que les molécules du sel ou du vin en se distendant dans le verre d’eau voyaient décroître, petit à petit, leur saveur et leur couleur, au fur et à mesure qu’elles occupaient un plus grand volume, ainsi, dans le second, cas, les gaz combustibles, dans cette sorte de dilution dans/les gaz inertes, voient décroître l’énergie de leurs propriétés, et l’étincelle électrique, qui, lorsque la tension était suffisante, élevait la température de deux molécules voisines assez pour exalter leur affinité chimique, au point de déterminer leur combinaison, reste sans action sur les molécules distendues.
- Au contraire, vient*on à resserrer les molécules, à augmenter leur tension, soit en enlevant du gaz inerte, soit en comprimant le mélange, la combustibilité reparaît, et le passage de l’étincelle ou l’approche d’un corps enflammé déterminent en un point la combustion qui se propage dans toute la masse.
- L’expérience nous montre, en outre, que l’élévation de température, en exaltant l’affinité chimique des corps en présence, peut les rendre combustibles à de faibles tensions, soit que ces tensions faibles soient produites par une raréfaction de la pression dans le vase qui renferme
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- le mélange, soit qu’elles soient causées par l’introduction d’une certaine quantité de gaz inerte dans un mélange à pression constante.
- On vérifie ces propriétés des gaz par l’expérience directe, et nous en citerons deux que l’on fait quelquefois dans les cours de chimie élémentaire.
- Sous la cloche de la machine pneumatique on place une bougie allumée et on commence à faire le vide.
- Aux premiers coups de piston, on voit la flamme s’allonger et devenir rouge et fumeuse, de blanche et claire qu’elle était, et bientôt elle s’éteint.
- Si l’on fait l’analyse du gaz qui reste à ce moment sous la cloche, on voit que l’oxygène est loin d’être épuisé.
- Si, au lieu de faire le vide sous la cloche, on laisse la bougie brûler tranquillement, la flamme passe par la même série de perturbations et s’éteint également^ avant que tout l’oxygène de la cloche ait été absorbé par la combustion.
- La comparaison des deux analyses après l’extinction montre en outre que, dans le premier cas, la richesse en oxygène du gaz restant est plus grande que dans le second ; mais la combustion s’est arrêtée plus tôt parce que la raréfaction de l’air a amené une diminution de tension de l’oxygène, dont l’effet s’est ajouté à celle produite par la formation de l’acide carbonique.
- Il se produit dans les foyers industriels des phénomènes absolument analogues.
- L’air extérieur appelé par le tirage de la cheminée traverse la couche de combustible répartie sur la grille et une portion de l’oxygène se transforme en acide carbonique. L'air déjà appauvri par ce fait rencontre les gaz combustibles qui forment les flammes et la transformation de l’oxygène en acide carbonique continue jusqu’à ce que dans le mélange gazeux la tension de l’oxygène et des gaz combustibles soit devenue assez faible pour que, malgré l’élévation de température, l’affinité chimique ne puisse plus déterminer leur combinaison.
- N’est-il pas. évident que si l’oxygène n’est pas en assez grand excès pour conserver jusqu’à la fin de la combustion une tension suffisante, il restera une certaine quantité de gaz combustible non brûlé, alors surtout que les parois du générateur, s’il s’agit de chaudières, auront déjà absorbe une certaine quantité de chaleur et auront ainsi, en abaissant la température, contribué à diminuer l’énergie de l’affinité chimique, qui aurait eu besoin au contraire d’être d’autant plus forte que la tension des gaz qui doivent se combiner devenait plus faible. /
- L’analyse des gaz qui s’échappent des foyers de générateurs a été faite bien souvent et a montré que, pour obtenir une combustion à peu près complète, il faut employer une quantité d’air doublé ou triple delà quantité théorique et quelquefois davantage; encore arrive-t-il souvent qu’au contact des parois froides de la tôle la flamme s’éteint en produisant un
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- dépôt de nojr de fumée qui s’attache à la surface de la chaudière'et la recouvre d’une sorte d’enduit qui s’oppose au passage de la chaleur.
- Ces foyers sont donc mauvais pour la plupart, et dans leur construction on n’a pas tenu compte des deux lois que nous avons énoncées plus haut, savoir :
- Mélange Intime dp combustible avec l’oxygène;
- Maintien jusqu’à la fin de la combustion d’une température suffisamment élevée pour que l’affinité chimique s’exerce malgré la diminution de tension des gaz combustibles et comburants, diminution qui provient de lq formation de l’acide carbonique en quantité toujours croissante et de la présence de l’azote.
- Lorsqu’un combustible en gros morceaux est répandu sur une grille traversée par un courant d’air, on ne peut pas dire qu’il y ait mélange intime de l’air et du combustible, puisque la surface seule des morceaux est au contact de l’air.
- Pour que deux corps puissent être mélangés intimement, il faut absolument qu’ils soient tous deux ou liquides ou gazeux. La pulvérisation de diverses substances solides permet b.jen d’en opérer le mélange jusqu’à qn certain point, mais toujours le microscope permet de reconnaître les divers éléments d’un pareil mélange et de les séparer.
- Lorsqu’au contraire on mélange deux liquides comme l’eau et le vin, pu deux gaz comme l’oxygène et l’oxyde de carbone, il y a réunion complète des éléments. Il n’y a pas une molécule qui ne renferme à la fois les deux substances. Le mélange est complet et intime dans toute l’acception du mot.
- De l’observation de cette vérité est née la pensée de transformer les combustibles solides en gaz et de les mélanger intimement en cet état avec l’oxygène de l’air pour opérer la combustion.
- C’est à un Français, Ébelmen, ingénieur des mines, qu’est due cette idée de transformer les combustibles solides en combustibles gazeux, et c’est également lui qui l’a mise à exécution le premier.
- Dans unMénqoire présenté à l’Académie des sciences le 24 janvier 1842, dans lequel il exposait les résultats d’expériences qu’il venait de faire aux forges d’Audincourt pendant l’année précédente, U a signalé à l’attention des ingénieurs et des savants le parti que l’on pouvait tirer des débris de charbpn de bois et des combustibles de peu de valeur, en les soumettant dans des gazogènes à l’action d’un courant d’air forcé à haute température, pour les transformer en oxyde de carbone, et en employant ce gaz comme combustible aux diverses opérations de la métallurgie du fer.
- Il ne lui a pas: été .donné d’assister à la transformation opérée dans l’industrie, métallurgique par T application des idées qu’il avait si netr j;emeot.fprnmlées dans ce Mémoire, et dans cepx qui s,p,nt venus ensuite Compléter aa penspe ei indiquer les moyens de la mettre en pratique; la
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- mort l’a enlevé avant qu’il ait eu le temps de mettre la dernière main à son œuvre, et au moment où il se proposait d’appliquer ses idées à la construction des fours de la Manufacture de Sèvres dont il était devenu directeur.
- Mais on retrouve, dans les Mémoires et dans les notes qu’il a laissés, le principe de tous les appareils qui ont été construits depuis, pour transformer les combustibles solides en combustibles gazeux et utiliser les gaz produits.
- Emploi de l’air, soufflé et non soufflé.
- Emploi de la vapeur d’eau, surchauffée ou non.
- Emploi de l’air, chaud ou froid, soit pour produire les gaz, soit pour les brûler.
- Division de l’air et dp gaz pn lames minces, pour produire le mélange parfait, et récupération de la chaleur employée à chauffer l’air nécessaire à la combustion des gaz.
- Ces idées étaient trop nouvelles et trop hardies pour être adoptées de suite par les industriels. Un petit nombre d’ingénieurs seulement, parmi lesquels nous devons citer MM. Thomas et Laurens, continuèrent à s’occuper de ces questions; mais ce ne fut guère qu’après vingt années qu’elles entrèrent dans la pratique industrielle, à la suite des remarquables perfectionnements apportés par Siemens.
- Aujourd’hui, les gazogènes sont devenus d’un eipploi général; les usines métallurgiques, les fabriques de glaces, les cristalleries, les verreries et beaucoup d’autres industries ne construisent plus d’autres foyers, et l’on peut sans crainte annoncer que, dans quelques années, ils auront, dans toutes les industries, remplacé tous les foyers de quelque importance.
- On commence à les employer ipour de petits foyers, et déjà on peut citer plusieurs usines qui s’en servent, avec avantagé, pour des foyers qui ne brûlent que 15 à 20 kilogrammes de combustible par heure.
- Quand on étudie cette question de la transformation des combustibles solides en combustibles gazeux et qu’on passe en reyue toute la série des progrès accomplis depuis une dizaine d’années, soit dans la manière de produire les gaz, soit dans les moyens d’utiliser la haute température qu’ils développent en brûlant, il semble, au premier abord, qu’il ne doit pas rester beaucoup d’améliorations à rechercher. Il n’en est rien. Si les principes généraux de la construction des. gazogènes sont établis d’une manière indiscutable, il reste encore bien des perfectionnements de détails à trouver pour rendre, les combustibles gazeux: applicables, avec avantage, à toutes les opérations industrielles, et la preuve en sera fournie par les diverses* industries que nous allons passer en revue. „,j
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- Chauffage des ffoua8» à fabriquer le gaz d’éclaia8»ge, par distillation de la la®ullle.
- En 1869, M. E. Muller, ancien président de la Société des Ingénieurs civils, ayant occasion de réparer et de faire construire à nouveau, tant dans son usine d’Ivry que dans sa clientèle d’ingénieur, des fours destinés à la cuisson des produits céramiques, des tuiles et matériaux réfractaires, et désireux, naturellement, de réaliser autant que possible des économies de combustible, commença une longue série d’études et d’expériences sur l’application des foyers à gaz à l’industrie céramique. Déjà des essais avaient été faits à plusieurs reprises et avaient été abandonnés. Les résultats n’étaient pas encourageants, et il ne fallait pas songer à marcher dans la même voie que les devanciers. Aussi avec M. Muller, dont j’étais devenu le collaborateur au cours de ces essais, nous dûmes étudier, en suivant d’autres voies, la construction des nouveaux fours, et les modifier au fur et à mesure que l’expérience nous apprenait à mieux tirer parti des gaz fournis par les divers combustibles.
- Des expériences de cette nature demandent des années de travail. Aussi, bien quelles soient près d’être terminées, devons-nous remettre à plus tard la publication des résultats obtenus. Nous pouvons dire cependant, dès aujourd’hui, que le succès nous semble assuré et que les fours nouveaux permettront de cuire les produits céramiques de toute nature, briques, tuiles, poteries, faïences, porcelaine, avec économie de temps, de main-d’œuvre et de combustible. Relativement aux produits réfractaires, l’emploi des combustibles gazeux, en donnant les moyens d’en opérer la cuisson à des températures inusitées jusqu’à ce jour, et supérieures ou égales à celles auxquelles ils auront à résister plus tard, les mettra à l’abri du retrait provenant de süreuisson, et leur donnera des qualités telles, que l’on peut espérer que l’avantage restera aux matériaux réfractaires dans la lutte engagée entre les températures dont la métallurgie a besoin, et la résistance des parois des fours dans lesquelles doivent se passer les opérations.
- Au cours de ces essais et études, M. Muller, que la fabrication des produits réfractaires mettait en relation avec les constructeurs d’usines à gaz, communiqua à un praticien connu, M. Eichelbrenner, qui s’occupait spécialement de* cette industrie, ses idées nouvelles sur la construction des foyers, et il fut convenu que l’application en serait faite à l’un des fours de l’usine à gaz de Montreuil, que M. Eichelbrenner construisait à cette époque. Après quelques modifications de détails, le succès fut obtenu d’une manière complète, et, lorsqu’il fut bien constaté que les résultats, économiques se maintenaient d’une manière régulière et constante en marche industrielle, les nouveaux fours ne tardèrent pas à se répandre.
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- Aujourd’hui, les fours de ce système sont installés dans un grand nombre d’usines, où ils fonctionnent tantôt exclusivement, tantôt à côté des anciens fours, que l’on transforme au fur et à mesure qu’ils ont besoin d’être réparés.
- Cette marche parallèle des deux systèmes dans les mêmes établissements a permis de faire un grand nombre d’expériences comparatives, de telle sorte que les résultats économiques que nous indiquons dans cette étude ont pu être établis d’une manière indiscutable.
- Les résultats varient quelque peu d’une usine à l’autre parce que, dans la plupart des cas, les anciens fours ont été conservés et on s’est contenté d’y appliquer le nouveau mode de chauffage, ce qui se fait du reste sans difficultés. Les résultats économiques constatés dans tous ces établissements permettent d’affirmer que les nouveaux fours peuvent soutenir avantageusement la comparaison avec les fours construits par la Compagnie parisienne et dans lesquels on a adopté également le chauffage par gazogènes, mais en se servant du système Siemens, modifié par les ingénieurs de la Compagnie. Si l’on compare les consommations des différents systèmes de fours aujourd’hui en usage, en prenant pour terme de comparaison la quantité de coke consommée pour la distillation de 100 kil. de houille, et en admettant que la houille perde à la distillation 30 pour 100 de son poids et fournisse par conséquent 70 kil. de coke, nous croyons pouvoir dire que les moyennes de consommation des divers systèmes sont à peu près les suivantes :
- Avec les anciens fours, c’est-à-dire chauffés avec des grilles ordinaires, fours à 8 cornues de la Compagnie parisienne, groupés par batterie de 16 fours et plus, marchant tous ensemble, 24k,5 de coke consommé pour 100 kil. de houille distillée.
- Fours à 5, 6 et 7 cornues marchant isolément dans diverses usinés, et ayant par conséquent toutes leurs faces exposées au refroidissement, 30 à 35 kil. de coke pour 100 kil. de houille. Dans un très-grand nombre d’usines, avec des fours en mauvais état, on a trouvé des consommations de 50 kil. et plus pour 100 kil. de houille.
- Fours nouveaux, c’est-à-dire chauffés par des gazogènes ; fours de la Compagnie parisienne, à 8 cornues, groupés par batterie et marchant tous ensemble, 18 à 19 kil. de coke par 100 kil. de houille distillée.
- Fours du système Muller et Eichelbrenner (derniers construits), à 5, 6, et 7 cornues, marchant isolément ou groupés deux à deux, 17k,5 de coke par 100 kil. de houille distillée. . '
- Ainsi, tandis que les foyers à grille consomment 35 à 50 pour 100 dû coke fabriqué, les foyers à gazogène ne consomment que 25 à 27 pour 100.
- Pour trouver les motifs de cette économie, il faut comparer le mode de construction et de fonctionnement dés deux systèmes.
- Dans les fours munis de foyers à grilles, les chauffeurs bourrent le
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- foyer d’autant de coke qu’il en peut contenir afin de se ménager de longs intervalles de repos, et aussi parce qu’il est bien difficile de leur faire comprendre que la quantité de chaleur que produit un foyer n’est pas du tout proportionnelle à l’épaisseur de combustible chargé sur la grille. Avec cette méthode de chargement à outrance, ils obtiennent une combustion incomplète, et produisent de très-grandes quantités d’oxyde de carbone qui traverse le four sans y rencontrer assez d’air pour se brûler et qui s’en va en pure perte dans la cheminée.
- Si, au lieu de charger leur foyer de cette manière, ils le négligent comme cela n’arrive encore que trop souvent, et s’ils laissent pendant quelque temps la grille recouverte d’une épaisseur de combustible insuffisante, il passe au travers de la grille un excès d’air qui refroidit les produits de la combustion, et abaisse la température du four.
- Dans un cas comme dans l’autre la distillation est mauvaise. Il y a bien un juste milieu, et une épaisseur de combustible qui correspond à une bonne marche; mais, soit par suite de difficultés de surveillance, soit par tout autre motif, dans la plupart des usines à gaz il est rare de trouver un foyer convenablement alimenté.
- D’ailleurs, l’alimentation à épaisseur convenable exige du soin et de l’intelligence ; il faut charger peu à la fois et répartir également le combustible sur la grille, ce qui oblige d’ouvrir fréquemment la porte, et chaque fois l’air extérieur froid s’introduit par la porte ouverte, ce qui peut faire fendre les cornues, -et est en tout cas une cause de refroidissement. Le décrassage des grilles occasionne des entraînements de cendres qui se déposent sur les cornues et empêchent la transmission de la chaleur, si on n’a pas la précaution de les nettoyer de temps en temps.
- L’emploi des gazogènes Muller et Eichelbrenner a remédié à tous ces inconvénients. L’épaisseur de la couche de combustible traversée par l’air étant constante, il suffit une fois pour toutes de régler le registre du gazogène pour assurer la régularité de la production du gaz : par le règlement du registre d’air on effectue la combustion complète du gaz dans le four sans excès d’air; on a donc dans le four une production de chaleur absolument régulière. Comme les orifices de gaz sont répartis dans toute la longueur du four et réglables à volonté, on produit dans tous les points du four une température régulière, difficile à obtenir avec les grilles qui chauffent toujours un point plus que les autres. On n’a jamais à ouvrir de portes de foyers, donc pas de rentrées d’air qui font, outre la perte, casser les cornues. Il n’y a aucun entraînement de cendres qui empêchent la transmission de la chaleur.
- Le chargement du combustible ne se faisant que toutes les 8 ou 12 heures, on réalise une grande économie de main-d’œuvre, et en peu de jours on fait du premier manœuvre venu un excellent chauffeur. Le gaspillage du combustible est-absolument impossible, les ouvriers ne pouvant charger dans la trémie plus de combustible qu’elle n’en peut
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- contenir; de là une simplification du service et de la surveillance et une économie de combustible : en somme beaucoup d’avantages et pas un seul inconvénient.
- L’examen des dispositions des gazogènes et des fours montre comment ces résultats ont été obtenus.
- Les figures 1,2, 3, 4 (pl. 63) représentent deux fours à 7 cornues, accolés, avec un gazogène placé en arrière dans l’axe du mur de séparation des deux fours, et disposé de manière à pouvoir chauffer à volonté l’un ou l’autre des deux fours ou les deux ensemble.
- Le gazogène, dont la figure 4 représente la coupe verticale, se compose d’une trémie A qui a la hauteur du four et des dimensions proportionnées à la quantité de gaz à produire par 24 heures. Une grille à gradins B, placée à la partie inférieure, empêche le combustible de tomber en dehors et sert à l’introduction de l’air. La trémie est complètement remplie de coke. Ce coke brûle à la partie inférieure dans toute la hauteur comprise entre la grille B et les orifices de sortie du gaz h, et l’épaisseur de combustible traversée est telle, que l’oxygène de l’air, après s’être transformé en acide carbonique, se convertit en oxyde de carbone, gaz combustible, qui, sortant par les conduits h, se rend dans le canal S, placé dans l’axe de four, à la partie inférieure. Un registre r, placé sur le parcours, sert à régler l’écoulement du gaz. Le conduit S, qui traverse le four dans toute sa longueur, est muni, à sa partie supérieure, d’un certain nombre d’orifices par lesquels le gaz se rend dans le four, formant ainsi une véritable rampe de flamme. De chaque côté des becs de gaz, l’air chaud destiné à la combustion est amené des carneaux a par des conduits inclinés qui le dirigent sur les jets de gaz.
- La flamme ne s’élève pas verticalement jusqu’à la cornue du milieu qu’elle pourrait détériorer, mais elle rencontre une dalle réfractaire contre laquelle elle vient se briser.
- Ce changement de direction a, en outre, pour but et pour effet de diriger la flamme contre les cornues du bas, de chaque côté, qui sont souvent moins chauffées que les autres dans les fours ordinaires. Après avoir passé entre les cornues, la flamme gagne le sommet de la voûte et se rabat ensuite de chaque côté, passe sous les cornues inférieures et se rend par les conduits /‘à la cheminée.
- Quant à l’air nécessaire à la combustion <du gaz, il s’introduit dans les conduits a par une ouverture munie d’un registre, circule dans l’épaisseur de la maçonnerie ou dans des tuyaux métalliques chauffés par les conduits f de fumée, dont la chaleur se trouve ainsi utilisée, et il arrive après cette circulation aux orifices brûleurs.
- La trémie est construite en briques et munie d’une chemise intérieure réfractaire; elle se ferme à la partie supérieure par une plaque de fonte qu’on lute avec un peu de terre, ou qui entre dans une rainure qu’on remplit de poussière.
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- Le rôle du chauffeur se borne à remplir la trémie deux ou trois fois par vingt-quatre heures et à faire une fois par jour le décrassage de la grille. Son travail est donc aussi réduit que possible.
- A l’aide des registres de gaz et d’air, on règle les proportions respectives des deux gaz qui doivent être introduits dans le four, pour que la combustion soit complète, sans excès de l’un ou de l'autre, et avec le registre de la cheminée on modifie à volonté la température du four. Une fois les registres réglés, on n’y touche plus tant que le four reste allumé, ce qui peut durer aussi longtemps que les cornues n’ont pas besoin d’être remplacées, c'est-à-dire un an et quelquefois davantage.
- En effet, il est facile de comprendre que les cornues étant toujours à une température parfaitement égale, et n’étant jamais exposées aux courants d’air froid qui dans les fours ordinaires s’introduisent par la porte, quand on l’ouvre pour charger les fours, leur durée doit se trouver notablement augmentée.
- La trémie n’étant ouverte qu’aux heures de chargement, et le chauffeur ne devant toucher à son feu qu’une fois ou deux par jour pour faire le décrassage, le gaspillage du coke est impossible. Le gazogène brûle toujours la même quantité dans le même temps, et on ne peut faire varier la consommation qu’en variant l’ouverture des registres.
- Quant au prix d’installation des fours Muller et Eichelbrenner, il varie évidemment suivant les localités avec le prix des matériaux et de la main-d’œuvre; mais l’examen du dessin montre qu’il ne peut jamais être bien élevé. Sauf les brûleurs, qui sont en pièces spéciales réfractaires, et qui avec les divers canaux représentent un poids de 2 000 kilogrammes au maximum, rien n’est changé aux fours ordinaires.
- La trémie représente, suivant ses dimensions, de 4 à 6 mètres cubes de maçonnerie.
- Avec ces données, tout industriel peut se rendre facilement compte du prix de revient d’installation.
- Les figures 5, 6, 7, 8, représentent un ensemble de deux fours à trois cornues convenables pour des papeteries, des sucreries et généralement pour des usines qui fabriquent leur gaz elles-mêmes.
- Un gazogène suffit pour les deux fours. On l’a figuré à l’extrémité du massif. On peut marcher avec les deux fours en hiver, et avec un seul en été. L’emplacement du gazogène varie à volonté. Pour les fours isolés, on le place tantôt derrière, tantôt sur le côté; cela dépend uniquement de l’emplacement disponible.
- Comme dans la planche précédente, la lettre A désigne la trémie du gazogène, B la grille, h le conduit de sortie du gaz, r le registre, S le canal de gaz, a les conduits d’air et fies conduits de fumée.
- En indiquant les résultats économiques obtenus par le nouveau système, nous avons fait remarquer qu’avec ces appareils très-simples, et
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- d'une conduite très-facile, la consommation de coke par 400 kilogrammes de houille distillée atteignait à peine celle constatée dans les grands fours de la Compagnie parisienne rangés en batterie et chauffés à l’aide des gazogènes Siemens, modifiés par la Compagnie.
- En faisant cette comparaison, nous n’avons pas la pensée de critiquer le système Siemens, qui a suffisamment fait ses preuves pour être à l’abri de toute atteinte; mais il nous a semblé que, devant la Société des Ingénieurs civils, plus que partout ailleurs, et précisément parce que chacun de nous est au courant des progrès accomplis grâce à ces appareils dans l’industrie métallurgique, on pouvait, sans aucune arrière-pensée, critiquer l’application spéciale qui en a été faite à l’industrie du gaz d’éclairage et dire que les résultats obtenus ne répondent pas à ce que l’on était en droit d’espérer après des dépenses aussi grandes. Ce n’est pas la faute du système de chauffage, mais il est arrivé dans ce cas, comme dans bien d’autres, que l’application à une industrie nouvelle d’appareils combinés pour les besoins d’une autre industrie n’a pas donné, dans le second cas, des résultats aussi complètement satisfaisants que dans le premier.
- Il faut, pour bien se rendre compte de cela, remonter à l’origine des gazogènes et voir dans quel ordre d’idées ont travaillé les différents ingénieurs qui les ont inventés et successivement perfectionnés.
- Si le combustible est encore aujourd’hui mal utilisé dans un grand nombre dé foyers, c’était bien autre chose il y a une trentaine d’années, alors que l’industrie était encore dans son enfance. Il n'est donc pas étonnant que l’attention des ingénieurs se soit dirigée tout d’abord vers les usines dont les foyers utilisaient le moins bien la chaleur et vers celles qui, par leur importance, tenaient les premiers rangs parmi les consommateurs.
- La métallurgie tenait le premier rang.
- C’est elle qui emploie les plus hautes températures, qui possède le plus grand nombre de foyers, et, avant les travaux d’Ebelmen, on pouvait dire hardiment qu’il n’y avait pas une industrie qui employât plus de combustible et pas une qui l’utilisât aussi mal.
- Ebelmen étudia la question, à la fois comme savant et comme praticien. En même temps qu’il faisait au laboratoire ses recherches analytiques sur la composition des gaz des hauts fourneaux et des foyers d’af-finerie, il s’installait dans les forges de la Franche-Comté, construisait ses gazogènes et ses fours métallurgiques dans les usines où se fabriquait le fer, empruntait l’air forcé, nécessaire à la marche de ses appareils, aux puissantes souffleries d’Àudincourt et de Clerval, et contrôlait, par des expériences vraiment industrielles, les résultats scientifiques que les travaux du laboratoire lui faisaient découvrir.
- ,Ayant constamment à sa disposition de l’air sous pression fourni par les machines soufflantes, il en usa largement et put, grâce à la commo-
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- dité de ses installations, mener à bonne tin les travaux remarquables qui lui avaient valu, bien jeune encore (il avait trente-deux ans), une célébrité universelle dans le monde savant.
- Le temps lui a manqué pour vulgariser l’emploi des gazogènes, pour montrer que les fortes pressions d’air ne sont pas indispensables à leur bon fonctionnement et que le simple tirage d’une colonne de gaz échauffés suffit pour faire traverser à l’air les couches épaisses de combustible qui doivent se transformer en gaz.
- Cependant chacun avait lu ses Mémoires et avait vu que toujours ses appareils fonctionnaient avec des pressions de 25 à 40 centimètres d’eau, et comme les souffleries de cette puissance sont rares, et qu’on s’habituait à les croire nécessaires, ses appareils ne.se répandirent pas.
- Sauf un très-petit nombre d’ingénieurs, contemporains ou successeurs d’Ebelmen, qui avaient connu ses travaux, et dont l’attention était éveillée, on oublia bientôt Ebelmen et ses expériences. Pendant près de vingt ans les usines métallurgiques, dont le nombre et l’importance augmentaient chaque jour, continuèrent à se faire remarquer entre toutes les industries, parles quantités toujours croissantes de houille que leurs foyers engloutissaient chaque jour, et par les torrents de flammes qui s’échappaient de leurs hautes cheminées. La température était même si élevée qu’il fallait les construire en briques réfractaires et les garnir de solides armatures pour les mettre en état de résister à la chaleur perdue des fours.
- Après les travaux de MM. Thomas et Laurens, Siemens arriva avec tout un ensemble de dispositions savamment étudiées, et dont une expérience de plusieurs années dans les usines d’Angleterre avait démontré la valeur pratique.
- Il présenta aux industriels toute une série d’appareils, leur indiqua où ils pouvaient les voir fonctionner, leur dit les résultats obtenus, et leur montra ceux qu’il était permis d’espérer.
- Les machines soufflantes n’étaient plus nécessaires, une simple cheminée pouvait les remplacer. Les constructions étaient compliquées, il est vrai, et rompaient avec la routine traditionnelle, mais la marche des appareils était des plus simples.
- Les dépenses d’installations étaient considérables : il fallait reconstruire les fours, remanier le sol des usines, l’abaisser sur certains points, rélever sur d’autres, établir au-dessous des fours, qui jusqu’alors reposaient sur le sol, des chambres voûtées et des galeries; bref, c’était une révolution, dans la bonne acception du mot. Mais l’économie était grande, et d’autant plus tentante que les principes du libre échange nouvellement appliqués rendaient la lutte industrielle plus vive.
- Après quelques hésitations, les premières installations furent entreprises, bientôt le succès ayant dépassé toutes Tes espérances, les nou-
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- veaux procédés se répandirent rapidement, et en peu d’années la transformation des usines métallurgiques fut accomplie.
- Cependant, le prix élevé des installations arrêta bien des industriels et eut pour effet de limiter à la métallurgie, tout d'abord, puis à la verrerie, et encore seulement dans les grands établissements, les applications des appareils Siemens. Ce fut un de nos collègues, M. Clémandot, qui le premier en France appliqua les procédés Siemens à la verrerie dans la cristallerie de Clichy, dont il était directeur.
- Un grand nombre d’industriels auraient bien désiré profiter des avantages du système, mais se trouvaient arrêtés par la dépense à faire tout d’abord pour l’installer.
- Sous cette impression se sont écoulées encore une dizaine d’années, pendant lesquelles un certain nombre d’ingénieurs étudièrent la question à un autre point de vue. Ils s’appliquèrent par dessus tout à la recherche de formes et d’appareils plus simples et plus économiques que ceux de Siemens, et aptes, cependant, à réaliser les conditions générales qu’E-belmen avait indiquées et que doivent remplir tous les foyers pour tirer parti d’une manière rationnelle et complète des combustibles industriels.
- Après des années d’études persévérantes et d’expériences souvent fort coûteuses, le résultat cherché fut atteint; les gazogènes et l’ensemble des appareils qui servent à l’utilisation des gaz purent être construits d’une manière économique, et donner des résultats satisfaisants. Dès lors le champ des applications des foyers à gaz s’étendit beaucoup, et un grand nombre d’industries peuvent aujourd’hui profiter de leurs avantages.
- Les fours qui viennent d’être décrits en sont des exemples.
- Les premiers marchent depuis quatre ans et chaque jour amène une installation nouvelle ; les usines qui les ont adoptées n’en veulent plus d’autres ; et, l’année dernière, la Société d’encouragement pour l’industrie nationale a récompensé par une médaille d'or les efforts persévérants qui ont abouti aux résultats qui viennent d’être exposés.
- à réviTfifilea8 le moîi* mutinai.
- L’application que nous avons faite, en 1873, des gazogènes aux fours à revivifier le noir animal présentait un intérêt tout particulier.
- La révivification est en effet une opération assez délicate, qui représente pour les fabricants de sucre ef pour les raffmeurs une assez forte dépense, et qui, lorsqu’elle n’est pas bien réussie, a pour effet de compromettre la qualité des jus et des sirops soumis à la filtration, et dont la valeur dépasse de beaucoup celle du noir employé. Or, il n’existe aucun moyen de reconnaître à première vue le noir bien révivifié de celui qui l’est mal, et rien n’est plus facile que de faire des mélanges de qualités plus ou moins bonnes; les raffmeurs ne le savent que trop.
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- La qualité constante du noir est très-importante pour le raffmeur, parce que, connaissant le pouvoir décolorant de son noir et la nature des jus et des sirops qui doivent être soumis à son action, il détermine d’avance le volume ou le poids du noir à employer, et son opération réussit à coup sûr.
- Or, pour obtenir la qualité constante, le point capital est de cuire le noir toujours à la même température.
- Des foyers, qui, pendant plus d’une année, procurent sans aucun soin de la part des chauffeurs, avec une économie de combustible et de main-d’œuvre, une température toujours égale et réglable à volonté, ne pouvaient manquer d’être appréciés par les raffineurs et les fabricants de sucre. D’un autre côté, les bons résultats obtenus dans toutes les usines à gaz où ils étaient employés au chauffage des cornues horizontales ne permettaient pas de douter du succès, quand on les appliquerait au chauffage des cornues verticales, usitées dans la plupart des fours de révivification.
- C’est ce qui n’a pas manqué d’arriver.
- Désormais, plus de noir brûlé par négligence des chauffeurs, plus de noir mal cuit et renfermant dans ses pores de la matière organique à demi décomposée.
- Le foyer, surtout si l’on emploie le coke, peut être chargé pour douze heures; le noir étant mis en tas sur le sommet du four descend de lui-même dans les cornues.
- Les tirées peuvent se faire par le bas, à intervalles réguliers, et d’une manière automatique, comme dans certains fours en usage; le noir étant cuit juste à point possède son maximum de pouvoir décolorant et ne fournit presque plus de déchet et de poussière. Et tous ces avantages sont obtenus avec économie de main-d’œuvre, et sans que, ainsi que cela n’arrive que trop souvent dans les sucreries, la marche d’un établissement et la qualité des produits soient à la merci de l’intelligence ou^ de la bonne volonté d’un ouvrier chauffeur, qui se montre souvent d’autant plus exigeant qu’il se croit indispensable.
- Dans les sucreries, comme dans les usines à gaz, les patrons et directeurs peuvent enfin être maîtres chez eux, et ne sont plus obligés de fermer les yeux sur certains abus qu’ils se sentent incapables de réprimer.
- Le matin et le soir, le contre-maître fait en sa présence remplir la trémie et enlever les mâchefers, ce qui est l’affaire de dix minutes, et avec cela il peut être tranquille; la température est invariable. Une horloge à pointage permet de contrôler la régularité des tirées, et la qualité du produit se trouve ainsi assurée, et indépendante de l’adresse et du soin des ouvriers.
- La majeure partie des fours à révivifier rentre dans le système des fours coulants. Le noir y est chargé à la partie supérieure; il remplit des
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- cornues verticales, et l’on extrait une partie du contenu à intervalles réglés.
- Avec les fours à gaz, rien de plus facile que de modérer la production, en cas de ralentissement des travaux de l’usine. La température ne pouvant s’élever, le noir peut séjourner vingt-quatre heures dans les cornues sans risquer d’être brûlé.
- Il suffit de régler en conséquence le registre du gazogène, ce qui est aussi facile que de régler la lumière d’un bec de gaz avec le robinet.
- Quant à l’économie de combustible, tout ce que nous avons dit précédemment au sujet de la combustion faite avec l’air employé en quantité suffisante et sans excès est évidemment applicable ici. On ne peut donner un chiffre absolu indiquant par 100 kilogrammes de noir révivifié le poids de combustible employé, parce que les manières de travailler le noir varient d’un établissement à l’autre. Les uns travaillent le noir en gros grains, les autres en grains fins; les uns le mettent sur les fours tout ruisselant d’eau, les autres l’essorent; d’autres chassent la majeure partie de l’eau à l’aide d’un courant de vapeur qui nettoie les pores avantageusement.
- Les systèmes de fours varient aussi d’un constructeur à l’autre : les uns emploient des cornues verticales, les autres des cornues inclinées ; on les fait tantôt cylindriques, tantôt ovales; tantôt elles ont 10 centimètres de diamètre, tantôt elles en ont 50; tantôt elles sont en fonte, tantôt en terre cuite; enfin les uns construisent de petits fours capables de révivifier 2 400 kilogrammes en vingt-quatre heures, les autres font des grands fours qui produisent 15 000 kilogrammes et même plus.
- Toutes ces considérations influent trop sur la dépense de combustible pour qu’on puisse donner des chiffres qui ne s’appliqueraient qu’à des cas particuliers; et d’ailleurs ce n’est pas le point capital,et la régularité du produit est bien plus importante. Il suffit d’être assuré qull y a économie de main-d’œuvre et de combustible, et qu’aucune cause de dépense nouvelle ne peut entrer en balance avec les avantages obtenus.
- Les fabricants de sucre et les raffineurs connaissent tous les avantages et les inconvénients des méthodes de révivification qu’ils suivent et des systèmes de fours qu’ils emploient, et le nouveau système de chauffage par gazogènes étant également applicable à tous ou à presque tous les appareils existants, il n’y a pas lieu d’en indiquer quelques-uns d’une manière spéciale.
- Ce n’est donc qu’à titre de renseignement et pour faire comprendre le mode d’application du chauffage au gaz que nous donnons, figures 9 et 10, le dessin d’un four à quatorze cornues qui produit environ 6 000 kilogrammes de noir révivifié par vingt-quatre heures. Le noir employé est placé sur le sommet du four sans avoir été passé à la vapeur.
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- Les cornues sont rangées sur deux rangs, sept de chaque côté ; on pourrait en mettre douze ou quinze aussi facilement. Entre les deux rangs est un intervalle de 80 centimètres de largeur environ, qui se trouve réduit à 40 centimètres sur les deux tiers de la hauteur, au moyen de deux petites murettes verticales.
- Le gazogène placé à côté du four n’est pas représenté sur la figure ; le gaz qui en provient parcourt le conduit g suivant la direction des flèches, son débit est réglé par le registre R. Le haut du conduit g est formé de pièces réfractaires qui, de deux en deux, sont évidées pour laisser passer une lame mince de gaz par un orifice légèrement évasé vers le haut, qui se voit sur la coupe transversale, figure 10.
- Entre ces pièces, dites pièces à gaz, se trouvent d’autres pièces dites pièces à air, mais dans lesquelles l’évidement a une autre forme, ainsi que cela est représenté par les traits pointillés.
- L’air arrive de chaque côté après s’être échauffé dans son passage entre les cornues qui renferment le noir chaud à sa sortie du four, et il forme des lames parallèles aux lames de gaz, de telle sorte que les lames sont alternativement d’air et de gaz dans toute la profondeur du four.
- La largeur, l’épaisseur et l’écartement des lames sont déterminés suivant la puissance de production du four. Les flammes montent verticalement entre les deux murettes, rencontrent la voûte supérieure, et se renversent de chaque côté pour envelopper les cornues entre lesquelles elles descendent. Arrivés en bas, les produits de la combustion passent par des orifices latéraux pour remonter dans des petits canaux verticaux f qui les conduisent à la partie supérieure du [four, où ils rejoignent dans l’axe les carneaux F qui les conduisent à la cheminée.
- Dans ce parcours, ils passent entre les cornues qui sont munies de fentes par lesquelles se dégage l’humidité du noir, qui est ainsi desséché progressivement avant d’arriver dans la région de haute température.
- L’ensemble du canal de gaz g et des brûleurs repose sur deux fers à T et est placé à la hauteur de la grille ordinaire, sans que rien soit modifié aux dimensions du four ni à la disposition des carneaux et des conduits de fumée. Les brûleurs sont munis de moyens de règlement qui ne sont pas représentés sur le dessin pour ne pas embrouiller la figure, et qui permettent d’établir dans toutes les parties du four une régularité absolue de température. Des regards r servent à s’assurer, en cas de besoin, que cette régularité existe. Une fois réglée, l’allure du four se maintient invariable, sans exiger d’autre soin que le chargement de la trémie toutes les douze heures.
- Cet exemple suffit à faire comprendre comment les fours chauffés par des foyers ordinaires à grille peuvent se transformer facilement en fours
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- du nouveau système, par l'adjonction d’un canal de gaz et de brûleurs. Quant au gazogène, on le place indifféremment d’un côté ou de l’autre, sur la face du four, où sa présence est moins sujette à en gêner le service.
- Généralement il occupe l’emplacement réservé au chauffeur.
- De même que pour les fours à gaz d’éclairage décrits précédemment, on peut mettre un gazogène entre deux fours; il sert à les chauffer, soit ensemble, soit alternativement.
- CIs!&aBdlfèiBes à vapeais».
- Les quantités de combustibles consommés chaque jour dans les foyers de générateurs à vapeur sont trop considérables, et la dépense occasionnée dans toutes les industries par la création de la force motrice est trop grande pour que notre attention n’ait pas été dès l’origine tournée de ce côté, et pour que nous n’ayons pas recherché avec persévérance les moyens d’appliquer aux chaudières les combustibles gazeux et tous leurs avantages.
- Depuis 1869 la question est à l’étude, et ce n’est qu’en 1873 que des résultats tout à fait satisfaisants ont. pu être réalisés en marche courante, après un grand nombre d’essais.
- Quand on passe en revue la série de modifications et de perfectionnements apportés depuis une quinzaine d’années à la construction des générateurs à vapeur, il est impossible de ne pas être frappé d’une observation qui ressort de cette étude comparative, c’est que pendant cette longue période de temps, presque tous les inventeurs et les constructeurs semblent avoir concentré leurs efforts vers l’utilisation de plus en plus parfaite de la chaleur des produits gazeux qui s’échappent du foyer, bien plus que sur les améliorations à apporter à la combustion elle-même.
- C’est ainsi que l’on a fait un grand nombre de chaudières tubulaires qui, en réduisant les diamètres des parties cylindriques soumises à la pression de la vapeur, ont permis de réduire les épaisseurs de parois dans une grande partie de la surface de chauffe, et ont facilité de la sorte la transmission de la chaleur et le refroidissement de la fumée.
- Les nécessités du nettoyage et le désir d’occuper le moins de place possible avec des appareils d’une grande puissance ont conduit à modifier à l’infini les chaudières tubulaires dont un grand nombre font aujourd’hui un bon service. .
- D’autre part, après que les expériences et études si intéressantes de la Société industrielle de Mulhouse, faites par MM. Scheurer et Meunier, eurent démontré qu’avec les chaudières ordinaires à bouilleurs logées dans des fourneaux en briques, la perte de chaleur par les maçonneries pouvait devenir considérable, les constructeurs ont cherché à remédier
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- à cet inconvénient. Ils ont varié de types les chaudières à foyer intérieur qui, depuis quelques années surtout, tendent à se substituer aux chaudières à bouilleurs, au fur et à mesure que Fart de les construire se perfectionne et que les progrès de la métallurgie permettent de compter davantage sur la qualité des tôles employées à leur confection.
- DJautres fois, comme dans la chaudière Field, on a utilisé, de la façon la plus ingénieuse, les différences de densité de deux colonnes fluides à des températures inégales, pour activer le plus possible le mouvement de l’eau et sa circulation le long des parois exposées à Faction de la chaleur, et la quantité de vapeur produite par mètre carré de surface de chauffe s’est trouvée beaucoup augmentée.
- Dans tout cela, il n’est pas question de la combustion, et depuis la chaudière de MM. Molinos et Pronier, qui date déjà de dix-huit ans, il ne semble pas qu’il ait été réalisé de progrès sérieux dans la manière de brûler les combustibles dans les foyers de générateurs.
- Un très-grand nombre d’appareils plus ou moins fumivores ont été, il est vrai, inventés et essayés, nous pourrions même ajouter oubliés à la suite des essais, sans qu’un seul soit arrivé à se faire adopter par l’industrie, et nous continuons à voir les cheminées des usines et les manufactures de l’Etat elles-mêmes lancer dans l’atmosphère des flots de fumée noire, malgré les règlements de police qui prescrivent de la brûler, mais qui n’en indiquent pas les moyens. Une seule fait exception : la manufacture des tabacs du Gros-Caillou, dans laquelle depuis longues années les ingénieurs se sont préoccupés des moyens d’améliorer la combustion et se sont livrés à des études sérieuses à ce point de vue.
- Dans tous les traités spéciaux on donne la mesure des quantités de combustible qui sont ainsi perdues pour les industriels, au grand détriment de leurs voisins; on signale le besoin de bons appareils fumivores; mais en même temps on constate par des expériences faites avec grand soin que la fumivorité, quand on peut la réaliser, n’est pas une source d’économie, parce que ce n’est qu’au prix d’un grand appel d’air en excès que l’on arrive à l’obtenir.
- Les principes généraux sur les phénomènes de la combustion, que nous avons rappelés sommairement au commencement de cette étude, montrent à quelles causes il faut attribuer les insuccès, et font voir que, pour arriver à la combustion complète et économique, il fallait suivre une toute autre voie que celle des modifications des grilles et des modes de chargement des foyers; aussi nous pensons qu’il sera de quelque intérêt de faire connaître, en même temps que la solution, la série des essais que nous avons dû faire avant d’y arriver.
- Lorsque nous avons appliqué aux générateurs à vapeur, avec quelques modifications de détails, les dispositions qui nous avaient donné de bons résultats dans les usines à gaz, nous avions lieu d’espérer un succès semblable; mais il s’est produit, par suite du refroidissement ra-
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- pide de la flamme au contact des parois des générateurs, plusieurs phénomènes qui nous ont amené à modifier profondément notre appareil brûleur.
- Lorsque nous faisions usage de combustibles maigres et que nous n’admettions, pour opérer la combustion des gaz, qu’un léger excès d’air en plus de la quantité théorique, la flamme s’éteignait au contact de la chaudière, et l’analyse des produits de la combustion nous révélait l’existence d’un mélange d’oxygène libre et d’oxyde de carbone non brûlé accompagnés de gaz inertes, azote et carbonique.
- Lorsque les gaz combustibles étaient fournis par des houilles grasses, nous obtenions en outre de la fumée, ce qui n’était jamais arrivé dans les applications précédentes.
- Les principes sur la combustion des gaz, que nous avons formulés au commencement de ce travail, n’étaient pas à ce moment aussi nettement établis que nous l’avons pu faire par la suite, et nous avons dû, tout d’abord, consacrer un temps assez long à des expériences qui avaient pour but d’étudier le mode de formation de la fumée dans diverses circonstances, et de bien définir à nos propres yeux là nature des difficultés qui se présentaient, et dont nous ne donnons ici qu’une idée sommaire.
- Nous fîmes successivement l’essai d’un certain nombre de formes et de dispositions d’appareils brûleurs, en nous guidant toujours sur l’analyse des produits gazeux de la combustion plus ou moins complète que nos appareils nous permettaient de réaliser et sur des observations de températures faites avec le calorimètre, car les thèrmomètres ordinaires ne pouvaient pas être employés.
- En rappelant aujourd’hui le souvenir de ces longues et minutieuses recherches, nous sommes heureux de dire quels services nous a rendus l’appareil à analyser les gaz, de M. Orsat, sur lequel nous avons appelé l’année dernière l’attention de la Société des Ingénieurs civils.
- Grâce à lui, nous obtenions en moins de deux minutes les résultats d’une analyse, et en multipliant les prises de gaz depuis le lieu de leur formation dans le gazogène, sur les divers points dé leurs parcours, à la base de la flamme, dans son milieu, à son extrémité et dans les divers carneaux jusqu’au départ vers la cheminée, nous avons pu étudier la composition intime de la flamme, suivre pas à pas les variations tantôt croissantes, tantôt décroissantes' de la température, reconnaître en chaque point l’influence du défaut et de l’excès d’air, rechercher dans chaque cas particulier, et pour chaque nature de combustible, les épaisseurs, les directions et les vitesses qu’il convenait de donner aux lames de gaz et d’air. .
- C’est par centaines que nous pouvons compter les analyses de gaz qui ont été faites, et nous devons reconnaître que si de pareils instruments de recherches avaient été mis à la disposition de nos devanciers, et nô-
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- tamment de notre illustre maître, M. Peclet, qui a consacré toute sa vie à l’étude des lois de la chaleur, il est probable que les applications que nous signalons aujourd’hui, comme nouvelles, seraient entrées depuis bien des années dans la pratique industrielle.
- Nous n’entrerons pas dans le détail des diverses modifications que les appareils de chauffage ont dû subir et des résultats obtenus dans les diverses séries d’expériences. Cette revue rétrospective serait sans intérêt dans un travail où nous nous proposons d’indiquer surtout des résultats pratiques; mais nous reconnaîtrons avec plaisir, et nous le dirons pour encourager ceux qui voudraient se livrer à des études analogues, que jamais dans aucune circonstance nous n’avons trouvé la théorie en défaut. Souvent, après des heures passées à observer des phénomènes qui se produisaient sans que nous les attendions et sans que nous puissions, tout d’abord, nous en rendre un compte exact, c’est en étudiant avec plus de soin les lois de la physique et de la chimie que nous avons trouvé la clef des solutions que nous cherchions, et toujours nous avons dû reconnaître que notre insuccès tenait à ce que nous avions mal appliqué une théorie vraie, ou cherché dans l’expérience la confirmation d’idées inexactes, au lieu d’analyser complètement, et sans parti pris, les faits qui se passaient sous nos yeux.
- Aujourd’hui que les appareils fonctionnent depuis un temps assez long pour que nous puissions affirmer en toute sécurité les résultats obtenus, nous nous bornerons à faire connaître.leur mode de construction, qui nous permet d’arriver dans les foyers de générateurs à la combustion parfaite, c’est-à-dire'complète sans excès d’air mélangé aux produits gazeux de la combustion.
- Le principe sur lequel ils reposent est bien simple : il consiste à mélanger intimement dans une capacité en matériaux réfractaires, à haute température, les gaz combustibles et l’air, tous deux divisés en filets minces, à laisser la combustion s’effectuer d’une manière complète dans cette capacité, que nous nommons la chambre de combustion, et à ne mettre en contact avec les parois des chaudières, qu’il s’agit de chauffer, que des gaz complètement brûlés et dont il ne reste plus qu’à utiliser la chaleur.
- Le fait de brûler complètement les gaz dans les foyers de générateurs munis de chambres de combustion, et avant toute utilisation de la chaleur, constitue suivant nous un principe nouveau, fécond en résultats économiques et susceptible d’être employé, avec des modifications de détails de constructions, dans un grand nombre de circonstances.
- C'est en se conformant à ce principe que l’on arrivera à construire de véritables foyers fumivores.
- L’examen des dispositions d’ensemble de l’appareil de chauffage appliqué à diverses chaudières de systèmes différents montre avec quelle fa-
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- cilité il se modifie pour s’adapter dans chaque cas particulier aux formes de foyers les plus variées.
- Gomme types d’applications, nous en décrirons successivement trois dans lesquels peuvent rentrer la plupart des chaudières habituellement employées dans l’industrie: ce sont la chaudière à bouilleurs et réchauffeurs, la chaudière cylindrique à foyer intérieur et la chaudière verticale du système Field.
- Claaasêlièa8© à iî®aafil!e&sss®.
- Les premiers essais sur ce type de chaudières ont eu lieu à l’usine de M. E. Muller, à Ivry. Les bouilleurs ont 60 centimètres de diamètre; le corps cylindrique a 1m,10 de diamètre, et la surface de chauffe est de 52 mètres carrés, non compris la surface des réchauffeurs.
- Deux chaudières absolument identiques sont installées, à côté l’une de l’autre, depuis dix ans : en été une seule est allumée, parce que la machine marche à condensation; en hiver les deux chaudières marchent habituellement ensemble, parce qu’alors la machine fonctionne sans condensation, et que la vapeur d’échappement circule dans une longue conduite qui chauffe les ateliers et les séchoirs.
- Les figures 1 1 et 12 montrent l’ensemble de l’installation du gazogène et de la chaudière. Le gazogène, dont la forme n’est plus la même que celle de ceux que nous avons décrits précédemment, repose cependant sur les mêmes principes. Il est construit en avant de la chaudière et en contrebas, de telle sorte que son niveau supérieur est au sol de la chambre de chauffe. Une boîte à clapet et à joint de sable sert à l’introduction du combustible, qui se fait toutes les heures par quantités de 100 kilogrammes environ. La disposition de la boîte permet d’effectuer le chargement sans qu’il se produise de dégagement de gaz, quand il y a pression dans le gazogène, et sans qu’il y ait introduction d’air, quand il y a aspiration : c’est la boîte ordinaire de chargement des gazogènes. Le combustible tombe, au moment où l’on soulève le contre-poids du clapet, dans une trémie en maçonnerie, où la température est peu élevée et où le manque d’air ne permet pas à la combustion de se produire. Là, le combustible se dessèche et s’échauffe progressivement au fur et à mesure qu’en descendant lentement il arrive dans des parties où la température est plus élevée. Quand il a dépassé la voûte, il se trouve en contact avec les gaz chauds produits à la partie inférieure, et sa distillation commence lentement et à la surface libre seulement, parce que le charbon est mauvais conducteur de la chaleur; puis elle gagne petit à petit, et la houille, au moment où elle arrive à la partie inférieure où elle reçoit l’action de l’air, s’est transformée en coke sous la pression du combustible oui remplit la trémie. Pendant cette descente et cette distil-
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- iation progressive, la houille menue qui a été chargée en haut s’est agglomérée et a donné un coke dense qui ne se brise pas pendant la combustion, et est cependant assez poreux pour se laisser facilement traverser par l'air. Des regards pratiqués dans la voûte supérieure permettent de surveiller la marche du feu, au besoin de faciliter la descente du combustible, et aussi d’enfoncer les voûtes qui viendraient à se former dans la masse en combustion.
- Pour éviter les pertes de chaleur par rayonnement au travers des barreaux de la grille, nous avons placé en avant une porte battante formée de deux feuilles de tôle écartées l’une de l’autre et percées d’ouvertures qui sont disposées de telle sorte que l’air nécessaire à la combustion circule entre les portes et s’y échauffe en les empêchant de s’échauffer elles-mêmes.
- Le combustible, lorsqu’il a dans son mouvement de descente dépassé le niveau de la voûte supérieure, s’éboule en formant un talus incliné, et les pentes des faces de la trémie sont réglées de manière à faciliter cet éboulement. Les formes de trémies sont délicates à déterminer; elles doivent varier avec la nature des combustibles et la puissance des appareils. L'épaisseur de la couche que l’on doit traverser est également variable avec l’état physique des combustibles dont on fait usage et la température de l’air employé.
- Le gaz, une fois produit, est dirigé par un conduit incliné dans un carneau <7 construit dans l’axe du cendrier de la chaudière.
- Le plafond du carneau est formé de pièces plates en terre réfractaire laissant entre elles des vides par lesquels le gaz s’échappe en lames minces verticales dans la chambre de combustion c placée au-dessus.
- Un registre r sert à régler à volonté le débit du gaz. Quand on veut suspendre la production de la vapeur pour un temps assez long, on ferme ce registre complètement, et on ferme, en outre, les ouvertures d’accès d’air de la porte en tôle du cendrier. Le gazogène peut rester ainsi sans s’éteindre pendant plusieurs jours, et son allure normale revient en quelques heures quand on ouvre les registres pour faire passer l’air.
- Quant à l’air nécessaire à la combustion du gaz, il arrive du dehors par un conduit a placé dans le carneau F qui conduit les gaz à la cheminée de l’usine; il s’échauffe dans ce parcours, se rend dans la cheminée d’air a, située sous le canal de gaz, monte de chaque côté de celui-ci, entre les murs du canal et les pieds droits du fourneau, pour arriver en a et pénétrer dans la chambre de combustion par les pièces tubulaires qui en forment les parois verticales. L’air, qui s’est échauffé dans le conduit F, continue à s’échauffer en longeant le canal de gaz et arrive chaud aux brûleurs, ce qui est une bonne condition ; mais, en outre, comme cet échauflfement a commencé à se produire à la.partie inférieure, il a acquis une certaine force ascensionnelle qui le fait sortir
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- avec vitesse par les orifices brûleurs, ce qui permet de le déverser en minces filets qui, venant rencontrer les filets de gaz animés de vitesses et de directions différentes, produisent des remous favorables à un bon mélange.
- Quand nous comparons cette disposition, assurément fort simple et qui fonctionne d’une manière aussi complètement satisfaisante qu’on peut le demander à un appareil industriel, aux complications par lesquelles nous avons passé avant d’arriver à l’ensemble que nous décrivons aujourd’hui, nous nous demandons pourquoi nous n’avons pas commencé par là tout d’abord. C’est qu’au début le problème à résoudre n’était pas posé aussi nettement que nous l’avons défini en parlant de la combustion, et bien souvent nous constations que les résultats obtenus n’étaient pas satisfaisants, sans que nous pussions dire, avec quelque certitude, à quelle cause il fallait attribuer l’insuccès.
- Ainsi, pour en donner une idée, avant que nous eussions cherché à donner à Pair comburant sa force ascensionnelle par son échauffement à un niveau inférieur, nous nous étions dit qu’il nous suffisait de régler avec le registre r la production du gaz et que nous pourrions toujours faire arriver Pair dans la chambre de combustion en faisant agir l’aspiration de la cheminée, que nous pouvions modérer avec un registre. L’orifice du conduit de prise d’air à l’extérieur était d’ailleurs réglable à volonté. Effectivement, la combustion du gaz s’est bien faite, mais toujours l’analyse nous montrait que nous avions de l’air en excès. Nous en sommes arrivés à fermer complètement la prise d’air extérieur, et toujours l’air était en excès.
- D’où pouvait-il venir?
- Bien que la maçonnerie eut été faite avec le plus grand.soin, nous avons cru que pendaut le séchage du fourneau il s’était produit quelque fissure; nous avons fait refaire tous les joints, et toujours l’àir était en excès. '
- Ce n’est qu’après de longues et minutieuses recherches que nous avons pu acquérir la certitude que l’air pénétrait dans les carneaux, par toute la surface de la maçonnerie, et passait au travers des pores de la brique, ainsi que M. Thomas Pavait déjà constaté dans ses très-intéressantes expériences.
- C’était le tirage de la cheminée qui, par la différence de pression, cependant bien faible, qu’il produisait entre l’extérieur et les carneaux, déterminait cette filtration de Pair en travers des murs du fourneau.
- Les difficultés d’observations étaient très-grandes, et il sera facile de s’en convaincre quand on saura que c’est avec des différences de pression qui se mesurent par de petites fractions de millimètre d’eau qu’on donne aux gaz les vitesses qu’ils doivent avoir.
- C’est en nous guidant d’après ces observations délicates, et toujours d’après l’analyse des mélanges gazeux dont la composition variait à tout
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- moment pendant leur parcours dans les carneaux, que nous avons pu, tout d’abord, reconnaître par où péchaient nos premiers appareils et arriver petit à petit, de modifications en modifications, à celui que nous venons de décrire et qui fonctionne, depuis un temps déjà assez long, avec économie et régularité.
- Le combustible est chargé toutes les heures dans la trémie; le chauffeur a bientôt constaté avec satisfaction que le gazogène marchait d’autant mieux qu’on y touchait moins.
- Il y a quelque temps, un ingénieur, dont la parole fait autorité dans toutes les questions relatives aux chaudières et aux machines, M. Joseph Farçot, examinait à Ivry le nouveau mode de chauffage et, après avoir étudié son fonctionnement, le comparait à une lampe. Autrefois, disait-il, quand on s’éclairait à la chandelle, il fallait de temps en temps couper la mèche pQur maintenir l’égalité de la lumière; avec la lampe on se contente de mettre l’huile, de monter le ressort et d’allumer, et ia lumière se règle en montant la mèche ou le verre et dure autant que la mèche est imprégnée d’huile, sans qu’on ait à s’en occuper; avec le chauffage par gazogène, et au moyen de chambres de combustion, on charge le charbon, on règle les registres, une fois pour toutes, et le chauffage se produit régulièrement, tant qu’on alimente le gazogène.
- Perfectionnez et simplifiez, nous disait-il, vous êtes dans la bonne voie.
- L’emploi des gazogènes au lieu des foyers ordinaires à grille réalise la même régularité de chauffage et la même économie de soins que les lampes d’aujourd’hui, quand on les compare aux chandelles employées autrefois.
- Plus de coups de feu aux chaudières, plus de combustible gaspillé par des chauffeurs maladroits ; les chaudières restent propres ainsi que les carneaux, elles'ne sont pas soumises à des variations de température, la production de vapeur est plus régulière sur les divers points de la surface de chauffe, qui sont chauffés plus également; le premier manœuvre venu peut en quelques jours devenir un chauffeur; il y a diminution de main-d’œuvre, puisqu’il n’y a plus de foyer à soigner incessamment; la surveillance est beaucoup plus facile, le combustible mieux utilisé, et enfin, ce qui n’est pas le moins important pour les industriels, il y a une économie de combustible réelle.
- La question d’économie était capitale et nous avons cherché à l’étudier aussi exactement que possible, à partir du moment où il a été bien constaté que le nouveau mode de chauffage fonctionnait avec une régularité parfaite et que nous ne pouvions plus trouver, ni dans l’ensemble ni dans les détails de l’appareil, matière à perfectionnement.
- La chaudière, voisine de celle qui avait été transformée, continuait à fonctionner avec une grille ordinaire, on a d’abord posé comme règle que l’on emploierait en même temps aux deux appareils toujours la
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- même houille et toujours la même qualité d’eau, afin d’avoir un terme de comparaison.
- Nous n’avons pas tardé à reconnaître qu’avec les natures de charbons employées couramment dans l’usine, qui sont des charbons gras et demi-gras, du Nord et de la Belgique, avec la chaudière à grille, la vaporisation se maintenait à peu près constamment vers 6 kilogrammes par kilogramme de houille, plutôt un peu en dessous. Ce chiffre de 6 kilogrammes d’eau vaporisée par kilogramme de houille est du reste parfaitement d’accord avec celui trouvé par la Société industrielle de Mulhouse, dans les expériences faites il y a quelque temps à Wesserling1. Il est également d’accord avec les chiffres d’un grand nombre d’expérimentateurs et d’industriels. Il correspond au maximum des rendements trouvés par des Compagnies de chemins de fer qui font faire régulièrement les essais de combustible.
- Les renseignements que nous avons pris dans plusieurs établissements dans lesquels les chaudières sont maintenues en état ordinaire d’entretien, c’est-à-dire dont on nettoie les carneaux une fois par an, nous permettent de dire que pour les chaudières à bouilleurs, le chiffre de 6 kilogrammes est un maximum qui n’est pas toujours atteint, à beaucoup près, en service courant.
- Pour se rendre compte de la quantité d’eau vaporisée, on a opéré de la manière suivante.
- Un réservoir A muni d’un tube de niveau gradué recevait l’eau destinée à l’alimentation; sa capacité était de 300 litres. Cette eau provenait, tantôt de la condensation de la vapeur dans tout le système de tuyaux de chauffage de l’usine, tantôt de la conduite des eaux de la ville.
- Un tuyau court muni d’une soupape de 8 centimètres de diamètre mettait en communication le réservoir À avec un second réservoir B placé à un niveau inférieur, dont, la capacité est de 4 mètres eubes en-
- 1. La série d’expériences dont il est question est publiée dans le Bulletin de la Société industrielle de Mulhouse, en juillet 1873. Elles ont été faites sur la demande et aux frais de l’administration de la blanchisserie Thaon, qui, ayant à. installer des générateurs, avait intérêt à être édifiée sur la valeur comparative des systèmes à bouilleurs et à foyers intérieurs.
- Les chaudières à bouilleurs et réchauffeurs étaient celles de l’établissement de MM'. Gros-Roman, Marozeau et Cie, à Wesserling; les chaudières à foyers intérieurs fonctionnaient chez MM. Sulzer frères, constructeurs à Winterthur.
- La houille employée était celle de tout-venant de Saarbrüçk. Qu a expérimenté successivement sur deux chaudières à foyer intérieur, de 52m,2 de surface de chauffe, La première avait un seul tube intérieur de 72 centimètres ; la seconde avait deux tubes intérieurs ; il n’y avait pas de réchauffeurs.,
- La houille renfermant 13 pour 100 de cendres environ, la première chaudière a vaporisé 6k,334, et la seconde 6k,448. 7
- A Wesserling, la chaudière avait 33in,18 de surface de chauffe, et lesré'chauffeurs, placé à la suite, avaient 47m,25 de surface. La houille renfermait 11, 16 pour 100 de cendres, et la vaporisation a été de 6k,0l8.
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- viron. Le réservoir B est également muni d’un tube de niveau gradué. C’est dans le réservoir B que puise la pompe alimentaire.
- Chaque expérience a duré onze heures.
- Au commencement, on notait le niveau de l’eau dans la chaudière, la prise de vapeur étant fermée. On notait également le niveau de l’eau dans le réservoir B et on avait soin que le gazogène fût plein de combustible.
- On remplissait alors le réservoir B au moyen du réservoir A, duquel on faisait écouler chaque fois 250 litres, et on notait la quantité d’eau qui passait dans le réservoir A. On laissait ensuite la pompe puiser dans le réservoir B, jusqu’à ce qu’il soit presque vide, et on le remplissait à nouveau avec le réservoir A, en notant chaque fois la quantité d’eau introduite. On prenait la température de l’eau dans le réservoir B, avant et après son remplissage, et on appliquait la moyenne des résultats.
- A la fin de la journée, on ramenait au niveau primitif le niveau de la chaudière et celui du réservoir, et on remplissait complètement le gazogène.
- Le détail des expériences est donné dans les tableaux annexés à ce Mémoire.
- En opérant de cette façon, nous avons trouvé en marche courante que la production de vapeur par kilogramme de houille varie de 8l£, 60 à 9l£,20, soit 8lc,90 en moyenne.
- Soit une augmentation d’effet utile de 48 pour 100, si on la compare à la production de 6 kilogrammes que donnait l’autre chaudière, soit une économie de 32 pour 100 pour une même production de vapeur.
- Un autre avantage résulte encore de l’application de ce mode de chauffage aux générateurs à vapeur.
- Comme la flamme se produit sans excès d’air, elle est à plus haute température que dans le cas des foyers ordinaires. Comme l’absence de tirage empêche l’air de s’introduire dans les carneaux par suite de la porosité des maçonneries, celles-ci prennent une plus haute température. Par ces deux motifs, la chaudière se trouvant dans un milieu plus chaud produit plus de vapeur par mètre carré de surface de chauffe, ce qui fait que la pression se maintient bien plus facilement.
- Cette considération est importante pour les industriels qui sont un peu à court comme puissance de générateurs, et qui sont gênés pour l’installation de nouvelles chaudières1.
- Il est bon de remarquer, en outre, que par ce mode de chauffage tous les points de la chaudière concourent à l’augmentation de la production de la vapeur, tandis que lorsqu’on pousse les feux avec une grille ordi-
- 1. Une série d’expériences faites en vue de reconnaître l’influence que peut avoir sur l’entraînement d’eau vésiculaire la production de vapeur par mètre carré de surface de chauffe, nous fait admettre le chiffre de 10 à 12 kil. par mètre carré comme celui qui correspond au meilleur effet utile.
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- naire, on risque, surtout quand on fait usage d’un courant d’air forcé pour traverser une couche de combustible un peu épaisse et qu’il se forme un vide entre deux morceaux, d’avoir un dard de chalumeau, et, en outre, la partie qui est au-dessus du foyer est exposée à des dilatations et des coups de feu qui ne sont pas à craindre avec le chauffage au gaz, qui est très-régulier. (
- Gomme il n’y a ni production de suie ni entraînement de cendres, la chaudière reste absolument propre, ce qu’il est facile de constater sur la chaudière d’Ivry au moyen des regards ménagés sur la paroi du fourneau. Cette propreté de la tôle est favorable à la transmission de la chaleur et aussi à la conservation du métal.
- Gomme les carneaux n’ont jamais besoin d’être nettoyés, on peut, avec avantage, mettre les réchautfeurs sous les bouilleurs, au lieu de les placer à côté de la chaudière, ce qui fait gagner de la place et économise de la maçonnerie; c’est cette disposition qui est figurée sur notre dessin, figure W.
- A la chaudière d’Ivry, les réchauffeurs, par suite d’une réparation à deux d’entre eux (il doit y en avoir quatre), n’avaient pas une surface suffisante pour bien refroidir les produits de la combustion, aussi s’échappaient-ils par la cheminée, à une température de 225° environ. Évidemment, il y avait là une mauvaise disposition et on aurait pu facilement, avec une petite augmentation de la surface de chauffe, augmenter l’effet utile du combustible. Il est à penser qu’il en serait ainsi avec les chaudières alsaciennes, dans lesquelles la surface de chauffe des réchauffeurs est au moins les 2/3 et souvent la même que celle de la chaudière.
- Avec les chaudières tubulaires, le refroidissement serait aussi plus complet. Dans peu de temps nous serons en mesure d’apporter les renseignements sur ce point, quand les nouvelles installations qui se font en ce moment auront fonctionné pendant un temps suffisamment prolongé.
- Chaudière» à foyer inférieur.
- Si le refroidissement brusque de la flamme et l’extinction qui en était la conséquence avaient nécessité des précautions spéciales, dans le cas de chaudières à bouilleurs, on comprendra facilement qu’elles ont dû être un sujet de préoccupations dans l’application des combustibles gazeux aux chaudières à foyers intérieurs.
- La difficulté se trouvait encore augmentée par ce fait que, dans les chaudières ordinaires, on pouvait profiter d’un espace assez grand pour loger les conduits de gaz et d’air ainsi que l’appareil brûleur et la chambre de combustion, tandis que dans les chaudières à foyer intérieur la place dont on peut disposer est extrêmement réduite. Aussi a-t-il fallu modifier complètement l’appareil brûleur, afin d’employer peu de place et
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- de perdre le moins possible de la surface de chauffe, sans cependant manquer aux conditions qui seules peuvent assurer la combustion complète sans excès d’air.
- Nous avons profité de ce que nous n’avions plus à redouter les rentrées d’air provenant de la perméabilité des maçonneries, et nous nous servons de l’aspiration de la cheminée pour admettre l’air nécessaire à la combustion,
- Les figures 13 et 14 montrent la disposition de l’appareil de chauffage d’une chaudière à foyer intérieur.
- Le gazogène est placé comme précédemment en avant de la chaudière et en contre-bas du sol.
- En avant du fourneau est un petit avant-corps en maçonnerie, dans l’intérieur duquel arrive le gaz, et qui communique avec le tube-foyer. Cet avant-corps est fermé avec une porte inclinée, garnie à l’intérieur d’une chemise réfractaire.
- Cette porte est percée de trous nombreux dans lesquels sont fixés des tubes en fer, ouverts à leurs deux extrémités, et par lesquels l’air s’introduit dans la chambre de combustion.
- Chaque tube forme ainsi au milieu de la masse de gaz combustible une sorte de buse de soufflet, et comme ils sont très-nombreux:, l’air est réparti sur toute la surface de la section du tube et donne une combustion vive.
- Sur toute la longueur de la flamme, le tube bouilleur est garni à l’intérieur d’une chemise réfractaire qui empêche le trop prompt refroidissement et permet à la combustion de s’effectuer complètement avant que la flamme n’arrive au contact de la tôle.
- Quelquefois nous trouvons avantage à fermer, à quelque distance de l’entrée, la chambre de combustion par une grille à claire-voie, formée de briques creuses ou autres pièces réfractaires, ainsi que cela est indiqué figure 16, avec une variante du mode d’introduction d’air, qui se fait dans ce cas sous forme de deux longues lames verticales. La forme des orifices d’introduction d’air peut varier de bien des manières, suivant les dimensions de la chaudière et le diamètre du bouilleur intérieur. Ce bouilleur peut en outre être muni de tubes Gallôway ou autres servant à refroidir la fumée. Les gaz de la combustion circulent ensuite autour de la chaudière, dans les conduits f, et s’en vont à la cheminée par le carneau F, à la partie inférieure.
- Il nous paraît inutile d’entrer dans plus de détails pour bien faire comprendre cette disposition qui s’adapte à toute une série de types de chaudières à foyers intérieurs tubulaires, demi-tubulaires, etc..., en modifiant, chaque fois que cela est nécessaire, les détails de l’appareil brûleur.
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- Chaudière® verticale®.
- Quant au groupe nombreux de chaudières verticales, dont les dispositions sont encore plus variées, nous avons figuré comme exemple, figure 17, le chauffage d’une chaudière du système Field.
- L’ensemble de l’appareil montre avec quelle facilité il peut s’appliquer à toutes les chaudières de cette catégorie. Le gaz montant par le conduit g vient rencontrer une dalle réfractaire à qui l’oblige de sortir en nappe horizontale dans la chambre de combustion c, tout autour de laquelle l’air arrive par une série d’orifices qui communiquent avec un conduit annulaire qui reçoit l’air venant de la partie inférieure. Les gaz brûlés s’échappent par une quantité de trous percés dans la dalle réfractaire qui limite la chambre de combustion, à la partie supérieure, et ils circulent autour des tubes et s’en vont à la cheminée, à la manière ordinaire.
- Des regards R, répartis en divers points, permettent de voir comment s’effectue la combustion et donnent le moyen de régler convenablement les registres d’air et de gaz.
- CONCLUSION
- Nous pensons, avec les exemples qui précèdent, avoir suffisamment démontré que l’emploi des combustibles gazeux est facile dans la plupart des foyers industriels, que la disposition des appareils peut se modifier à l’infini, et que, dans chaque application particulière, on peut, en étudiant convenablement la distribution de l’air et du gaz, satisfaire aux deux lois de la combustion parfaite que nous avons formulées ;
- Mélange intime du gaz combustible et de l'air.
- Maintien de la température élevée pendant la combustion.
- Quant aux avantages de toüte nature qüe procure la transformation des combustibles en gaz, nous les avons indiqués; ils sont trop nombreux pour ne pas frapper l’esprit des industriels, et nous espérons avoir fait partager à nos collègues de la' Société des Ingénieurs civils l’opinion que nous avons exprimée au commencement de cette étude, que les gazogènes convenablement disposés pour chaque nature de combustible et accompagnés d’appareils brûleurs, étudiés avec soin et en vue des effets à produire dans chaque cas particulier, devront, dans un avenir prochain, remplacer partout dans l’industrie les foyers à grille de .quelque importance.
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- Nous espérons être, dans quelque temps, en mesure de continuer cette étude sur l’emploi des combustibles gazeux par la publication des résultats obtenus à l’aide de nos nouveaux fours à gaz, destinés à la cuisson des produits céramiques et des ciments.
- Nous avons déjà construit plusieurs fours, qui nous ont servi à faire des expériences et à l’aide desquels nous avons déterminé les proportions d’un four d,e grande puissance destiné à une marche tout à fait industrielle. Déjà nous avons pu constater que la cuisson s’opère dans la flamme du gaz avec régularité et économie; mais il faut une marche continue de plusieurs mois pour établir avec certitude les chiffres qui permettent de comparer les avantages de cette cuisson avec celle opérée avec les foyers à grilles. Nous attendrons ce moment pour appeler sur cette application nouvelle des combustibles gazeux l’attention de la Société des Ingénieurs civils.
- Janvier 1874.
- Observations sur le» tableaux d’expérience».
- Ces tableaux, étant la reproduction exacte des expériences de rendement qui ont été faites pendant une semaine, présentent en quelques points des anomalies, qui ont du reste assez peu d’importance et qui tiennent à ce que les compteurs n’étaient pas exactement tarés, surtout au commencement. Nous avons préféré laisser subsister ces anomalies, qu’il eût été facile de corriger, car elles n’influent pas sensiblement sur le résultat final, qui peut se traduire de la manière suivante :
- Charbon brûlé en une semaine pendant les heures de travail. 5,540k
- Eau vaporisée pendant le même temps................. 50,088
- Soit :
- Eau vaporisée par kilogramme de houille brute, moyenne. . 9k,04
- Quant à la consommation de nuit, elle a été considérable puisqu’elle s’est élevée en moyenne à 377 kilogrammes par nuit. Il n’a pas été tenu compte de la vapeur produite pendant la nuit qui s’échappait par les soupapes. Chaque matin, au moyen de l’injecteur, on ramenait le niveau dans la chaudière au point où on l’avait laissé la veille au soir; mais l’appareil n’était pas commodément disposé pour mesurer cette eau, aussi ne donnons-nous pas les chiffres qui ont été observés la nuit et auxquels nous ne pouvons accorder assez de confiance.
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- Cette consommation en pure perte pendant la nuit vient en déduction notable de l'économie réalisée pendant le jour, et nous avons dû chercher à y remédier. Elle tenait surtout à l’imperfection de la fermeture des registres; plus tard, ces'registres ont été remplacés par d’autres fermant mieux, et les courants de gaz ne se produisant plus que par les fissures et la porosité des maçonneries, la consommation de nuit s’est trouvée réduite à 80 kilogrammes environ. Ce chiffre est encore trop considérable, et nous continuons à travailler la question en vue de rendre la perte pendant les heures de repos aussi petite que possible. Nous ne désespérons pas d’y arriver dans quelque temps , et lorsque nous aurons atteint ce résultat et réalisé quelques autres perfectionnements auxquels nous travaillons, nous nous proposons d’adresser une nouvelle communication à la Société des Ingénieurs civils, que nous remercions de l’accueil qu’elle a fait à la première partie de notre travail.
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- Expériences sur le rendement de la chaudière chauffée par le gazogène
- Nature et provenance du combustible. Humidité dans le charbon pris au tas.
- Analyse du combustible sec. j ‘
- Cendres.............................
- Surface de chauffe de la chaudière..
- Grand Hornü. 2.21 0/o
- 27.72
- 72.28
- J 100
- 9.36 0/o 52mq.
- Poids de combustible brut consommé en 11 heures.............
- Poids d’eau vaporisée en 11 heures.................
- Poids de scories (sèches) en 11 heures.....................
- Poids d'eau vaporisée par kilogramme de combustible brut.. Poids d’eau à 0U vaporisée par kilogramme de combustible pur. Poids d’eau vaporisée par mètre carré de surface de chauffe..
- 820*.00 6900 .00 72 .00 8 .40 8 .80 12. 00
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 00 19 20
- z Combustible. Eau d’alimentation. O Analyses des gaz. Températures observées dans les carneaux
- O « .
- H s PS < P S £ CO CO 03 ^ en * ù £ a U »C3 o; Ï-. 5- 03 3 E- ri *3 U ,|| . h ri S O B O r03 s s .i S LIEU Az et autres gaz. J Jo a a « •o u B'p n m (4 S s eo V> U Q> fl o5 *cj a) C. «S OBSERVATIONS.
- P ° w K S O U a-s £ ê 1 a> E fcD l* s g U1T3 SJ m îO •3 bd < .Ë g S £.3.3 H K <0 <u O O s* O M 3 ** a o U e" O o o ‘-5 ü ri a - « a « 1 1 a S 3 y S ê a de la prise de gaz. C0S 0 CO < H O H « O n a s S s- ed H "S £•* rt S ri RS d Æ -< U • P i- (d CV3 < u M *“« QJ .2-s . <! — Qi
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- heures. 6 matin. 7 » 10 9 » 2 degrés. 24 9 kit. 1620 U 13.050 B 8 H atmosph. 6 1/4 5 B Gazogène.. B 0 D D B » 100 100 degrés. 625 degrés. > degrés. B degrés. B B • Pour contrôler le mesurage de l’eau d’alimentation, on faisait passer cette eau successivement
- Chambre de dans un réservoir jaugé, puis dans
- combustion . 16 P D 84 100 deux compteurs placés sur la même, conduite.
- ' Extrémité de la chaudière. 171/2 D B 821/2 100
- 8 » 9 2 B B D D 5 Gazogène.. 1 D B 69 100 9 336 332 262 B
- 9 » & 2 9 B B 8 5 Chambre... 17 B B 83 100
- Extrémité.. 16 1/2 » 0 83 1/2 100
- 10 » D 2 m » » 9 » 5 Gazogène.. 0 B D 100 100 626 B 8 D »
- Chambre.. . 16 D n 84 100
- Extrémité.. 16 1/2 B D 83 1/2 100 » 326 321 B 9 (1) Ces 8B0 kilog. d’eau ont été envoyés dans une chaudière voi-
- Midi. 5 2 24 850 0 B D 6 1/2
- 1 soir. B 2 D B 0 9 5 sine. La chaudière à gaz a reçupar conséquent 7>750—850=6,900 kil.
- 2 » D 2 B 8 8 B 4 3/4 Gazogène.. 1 D B 99 100 490 » B 9 B
- 3 » D 2 9 D B B 5 Chambre... 181/2 D B 81 1/2 100 d’eau.
- Extrémité, . 16 1/2 D B 83 1/2 100 » 398 358 » B
- 4 B » 2 D 9 B 5 Gazogène.. 0 B D 100 100 263 D
- 5 » 6 b B » 2 B B 29 1620 B 20.800 B D 4 1/2 4 Chambre... Extrémité.. 16 15 0 D B D 84 85 100 100 708 D B D 0 La quantité de combustible brûlée le matin, avant six heures, pour mettre le gazogène en allure normale a été de 500 kil. Tout le combustible apporté a été consommé.
- 9 15 » Me 25 2/3 • Diff. 7750 B Me 5 D » D » » » B B 0 n B
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- Expériences sur le rendement de la chaudière chauffée par le gazogène
- Nature et provenance du combustible. Humidité dans le charbon pris au tas.
- Analyse du combustible sec. j *
- Cendres.............................
- Surface de chauffe de la chaudière..
- Grand Hornü.
- 2.21 0/o 27.72 > 72.28 f
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- Poids de combustible brut consommé en 11 heures.........
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- Poids de scories (sèches) en 11 heures....................
- Poids d’eau vaporisée par kilogramme de combustible brut.. Poids d’eau à 0U vaporisée par kilogramme de combustible pur. Poids d’eau vaporisée par mètre carré de surface de chauffe.
- 818k.00 6845 .00 76 .5 8 .37 8 .83 12 .00
- Températures observées dans les carneaux
- Combustible.
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- Eau d’alimentation.
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- de la prise de gaz.
- OBSERVATIONS.
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- gaz.
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- 6 matin
- degrés.
- atmospti.
- La quantité de combustible brûlée pendant la nuit a été de 354 kilogrammes.
- 21.230
- Gazogène.. Chambre. . Extrémité... Gazogène.. Chambre. . Extrémité..
- Gazogène Chambre. Extrémité
- 1 soir.
- Gazogène Chambre. Extrémité
- Il reste devant la chaudière 500 kiiogr.. de combustible.
- M8 28 2/3:
- Dîff: 5500
- Diff. 1345
- Me 4 1/2
- Total. 6.845
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- Expériences sur le rendement de la chaudière chauffée par le gazogène.
- Nature et provenance du combustible. Humidité dans le charbon pris au tas.
- Analyse du combustible sec. j ’
- Cendres.............................
- Surface de chauffe dé la chaudière..
- Grand Hornu. 2.21 0/o 27.72 | 100 72.28 j iUU 9.36 0/o 62m.
- Poids de combustible brut consommé en 11 heures...........
- Poids d'eau vaporisée en 11 heures........................
- Poids de scories (sèches) en 11 heures....................
- Poids d’eau vaporisée par kilogramme de combustible brut.. Poids d’eau à 0° vaporisée par kilogramme de combustible pur Poids d’eau vaporisée par mètre carré de surface de chauffe.
- 91P.00 7850 .00 89 .00 - 8 .61 9 .08 13 .72
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20
- Combustible. Eau d’alimentation. © Analyses des gaz. Températures observées dans les carneaux
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- 8 » 6 » » a » » 5 Gazogène.. 1/2 0 B 99 1/2 100 D D a > >)
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- Extrémité de la chaudière. 16 a a 84 100 a D 9 » »
- 10 » D 2 9 0 D D 4 1/2 » D D 9 D a a 365 356 » »
- 11 » 9 O 9 0 D D 4 9 a 9 a 9 D a » » » »
- Midi. D 1) D O D D 6 1/4 B D » a » D a » » O »
- 1 soir. 0 2 a D 1» a 4 1/2 a a D a 9 a a D » » >
- 2 » B 3 a 0 9 9 4 1/2 D » D D a a » D » *
- 3 » D 2 a a a 0 5 3/4 Gazogène.. 0 0 21 79 100 a a » » »
- Chambre 1. 9 9 1 81 100 a 0 y> » )> (1) Résultat douteux.
- 4 * D D . 2 9 » D 0 4 1/2 Extrémité de la chaudière. 14 1/2 4 1 80 1/2 100 577 a » 9 »
- 5 9 6 o I) D 2 a D 31 1390 0 D 1) 15.235 4 3/4 2 » » 9 D a D » a D 9 a a a a 410 a 417 D a a » » Tout le combustible apporté a été consommé.
- 9 8broueltes + S00k 9 Me 27.5 Diff. 1090 » Diff, 8940 Me 5 a » a a D a 'a a » » »
- - Différence 7.850
- p.1x708 - vue 709/956
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-
-
- Expériences sur le rendement de la chaudière chauffée par le gazogène,
- Nature et provenance du combustible. Humidité dans le charbon pris au tas.
- Analyse du combustible sec, j Coke' '
- Cendres.............................
- Surface de chauffe de la chaudière..
- Ngeux, Fosse n° 4. 2.01 o/o 28.87 )
- 71.13 j 6.42 0/o 52 ®q.
- 100
- Poids de combustible brut consommé en 11 heures............
- Poids d’eau vaporisée en 11 heures......................
- Poids de scories (sèches) en 11 heures.....................
- Poids d’eau vaporisée par kilogramme de combustible brut.. Poids d'eau à 0° vaporisée par kilogramme de combustible pur. Poids d’eau vaporisée par mètre carré de surface de chauffe..
- 103P.00 8810 .00 126 .00
- 8 .54
- 9 .33 15 .40
- i 2 3 .4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20
- HEURE DE BSERVATION. Combustible. Eau d’alimentation. CD Ànaly ses des gaz. Températures observées dans les carneaux
- M* CO S “ |-s| îs versées 1 dans 1 azogène. / S i 5 g C3 W r h C h 3 « o> a u J.1 s n s _J f-c O S « g-'* •- i". ^ « ri M §1 . "Ü o o o ;0 « ri O H § «J 2 y i g 5 LIEU de la prise C02 0 CO Àz et autres J < H O O •O) *5 3 3 d> «3 zi pC -3 » 3 O •o g rri -a> 6^3 'g 3 iî «a « « <8 P ’—' ÛJ c g P- JS O 3 «Sa -O 3 fc- Rî 3.^3 03 •o o c 1 s -G 4) £ 'S OBSERVATIONS.
- O U fc s O U JZi PQ —« a n H .2 B ^ a o pq -h ri 3 H-( ^3 >2 ri t-H S de gaz. gaz. g j5 G Tu H — ri <1 43 'O ' H «e o «H 'O
- heures. 6 matin. 6 7 degrés. 28 kil. 100 » 15.235 atmosph. 5 1/4 D » » B 9 9 degrés. » degrés. » degrés. y> degrés. » degrés. » La quantité de combustible consommée pondant la nuit a été
- 7 » 6 2 D D 9 » 5 9 » 9 X> 9 9 > a » » » de 377 kilogrammes.
- 8 » D 1 D 0 D B 5 1/4 Gazogène.. 1 0 20 79 100 » 9 » » »
- 9 » D 2 D 9 D D 4 1/2 Chambre de combustion.. 8.5 5.5 2.5 83.5 100 » > » » 2>
- Chambre. . 11 9 0 80 100 613 y> » » y>
- 10 » 0 2 D D v 9 9 4 3/4 f Extrémitéde la chaudière. 11 2 5 82 100 9 384 » » 9
- 11 » B J> O D D B 4 Chambre... 14 5 0.5 80.5 100 » » 336 » »
- Midi. 2 2 B 9 9 > 6 9 » 9 9 0 D » » » » »
- 1 soir. 0 0 » 9 9 9 5 9 » 9 D D B J» > » » »
- 2 » B 2 J) 9 » D 5 9 » 9 9 B 9 » » » > »
- 3 » 2 2 26 9 0 B 4 1/2 Gazogène., 0.5 0 20 79 100 » » » » »
- Chambre. . 13 5.5 0.5 81 100 676 » » » »
- 4 » 2 2 D 9 B 9 5 Extrémitéde la chaudière 6.5 9.5 0.5 83 5 100 9 351 » 193 »
- 5 » 9 2 D D » 9 4 1/2 Chambre. . 15 3.5 0 81 100 9 » 349 » Il reste devant la chaudière deux brouettes de charbon.
- 6 » » D 30 1075 Î1 25.020 2 » 7> 9 D 0 9 D » » » »
- 9 18 » Me 28 Diff. 975 i Diff. 9785 Me 4 3/4 » 9 9 9 B D D » » » »
- • Différence 8. 810
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- Expériences sur le rendement de la chaudière chauffée par le gazogène.
- Nature et provenance du combustible. Humidité dans le charbon pris au tas.
- Analyse du combustible sec. j çj^ê’ ’
- Cendres.. .... :.....................
- Surface de chauffe de la chaudière....
- Nœux, Fosse n° 4 2.01 0/o 28.87 > 0Q 71.13 1 lüü
- 6.42 0/o 52m5.
- Poids de combustible brut consommé en 11 heures............
- Poids d’eau vaporisée en 11 heures.........................
- Poids de scories (sèches) en 11 heures.................
- Poids d’eau vaporisée par kilogramme de combustible brut.. Poids d’eau à 0° vaporisée par kilogramme de combustible pur. Poids d’eau vaporisée par mètre carré de surface de chauffe..
- 1127k. 00 11858 .00. 101 .00
- 10 .52
- 11 .39 20 .73
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20
- 55 Combustible. Eau d’alimentation. c5 Analyses des gaz. Températures observées dans les .carneaux
- w a H < C3 > P PS A4 OO « CO t-t -sa tn •8 g C/3 M S_> /O) <13 en fat S ' n' 3 'S G? g -Ss 1 „ S u a 3 o S •ri eu • t- O J O S a d § • LIEU À z et antres gaz. >s « :§ 2 T3 3 3 « ci Z2 •»s ~ -eu 5 "5 •o 3 en Ht C3 3 —* y . en 2 CJ s 03 *03 G 03 • •n a ri *-* OBSERVATIONS. . ,
- M W t/i PS O 11 e-s « O *- ^ g- P ^ S O _2 M «8 cd 3 te pq —. 2 G t* d CJ .<8 S u C3 y H -s g s s S ^-S 3 ^ cd 03 fa — a E"" u O o ^ U a 5 3 M -a « e ^ u o a =3 “ « « 3 “ -a hh ri g 0 H3 de la prise de gaz. G02 0 CO H ‘ O H “1 S* xz CJ S c-g d 5-. ri ’S'3 a « ri <i « _ ta G 3 ri ri J < u •a Sx enta Il ' U .3 a Æ ri 03 <* O •T3
- heures. 4+2 degrés. kit. 25.670 atmosph. degrés. degrés. degrés. degrés.
- 6 matin. 4 25 525 n 5' 1/2 5 D » D D D 9 D » >? » » I.a q nullité de combustible
- 7 » 3 2 D D » brûlée pendant la nuit a été de
- « 9 6 1 D S 1) D 5 Gazogène.. 1 0 20 79 100 n » » n D 369 kilogrammes.
- » » D 9 » D » D D
- Extrémité.. 15 2 2 81 100 D » » . 9 D
- 9 » S D D 9 9 » 5 1/4 Chambre. . 19.5 1 0.5 79 100 751 9 » » D
- 10 9 D 2 D 9 9 D 51/4 » 9 9 9 D h D 396 350 244 D
- 11 Chambre. . 16 0 2 82 100 D » » D »
- 9 9 D a 9 )) U 41/4 Extrémité.. 16 2 0 82 100 » » » h »
- Midi. 9 2 32 9 ». D 5 1/2 » » » D D » » » » 9 S ;
- 1 soir. D D 9 9- 9 D 5 1/2 D D ' » 9 » D » » » D a
- 2 B D 3 Q T) 9 D 5 » 9 » » » J) 1) » » D D
- 3 » 2 D 9 9 D S 5 Chambre. . 16 0.5 0.5 S3 100 » » » » D
- Gazogène.. 5 0 16 79 100 » » » B »
- % Extrémité.. 14 4 0 82 100 D » » a a
- 4 9 D .2. • D 9 D » 5 Gazogène.. 0 0 21 79 100 686 » » D a
- 5 D S 2 D 9 D » 5 D D D » 9 » » 397 : 376 219 a Tout le charbon apporté a été
- 6 D » D 31 1050 D 38.053 3 9 D 9 » » n » » O » consommé.
- 9 17 D Me 29 1/3 Diff. 525 9 Diff 12383 Me 5 )) » 2) 9 9 » » » » D 13
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- Expériences sur le rendement de la chaudière chauffée par le gazogène.
- Nature et provenance du combustible. Humidité dans le charbon pris au tas.
- Analyse du combustible sec, j (jokè' "
- Cendres.............................
- Surface de chauffe de la chaudière...
- Nœux, Fosse n° 4. 2.01 0/o 28.87 » ,qq 71.13 J iUU
- 6.42 o/o 52m<l.
- Poids de combustible brut consommé en 11 heures............ 833*.00
- Poids d’eau vaporisée en 11 heures............'............ 7825 .00
- Poids de scories (sèches) en 11 heures..................... 99 .00
- Poids d’eau vaporisée par kilogramme de combustible brut. 9 .39 Poids d’eau à 0U vaporisée par kilogramme de combustible pur. 10 .12 Poids d’eau vaporisée par mètre carré de surface de chauffe.. 13 .70'
- 1 2 • 3 4 5 6 7 8 9 10 41 12 13 14 1 5 16 47 18 19 20
- s; ^Combustible. Eau d’alimentation. cj •g - h a < ° Analyses de gaz. Températures observées dans les carneaux
- O W £ r qS CO «3 “ m <13 ù •«o, « ïï .3 « 5 o <Ü . a -3 tu . <-3 2 « > t-, C3 3 o S •.Ü a, • w. .11. LIEU Az et autres J O eÇJ È2 £ S if £ -a; S^S .«U 3 tn u « B 3 3 o •03 03 G s*e OBSERVATIONS.
- w w 3 2 |J3 -, t/5 B-S« ..o > g O .iS-oü " c (-»OJ « C3 £.-= -s a -b st o d 0? 0-0-S Cv5 fcs " C3 o 0 ^ « fl ïs® ü o o S rt g a de la prise CO2 0 CO < H O •B 3 « O ±î m V.æ SJ « ~»ta 5 3 «ta .vu G P rt C3 *5
- O U fe % O Sh -O 5 tu 6 u 03 <U H ^ 3 h ed 03 W —11 3 =* ^ -O a a ^•a de gaz. gaz. H a <u u ~ G QJ W -s « *X3 U <•8 K. 03
- heures. ‘ degrés. ki). almosph. degrés. degrés. degrés. degrés. La quantité de combustible
- 6 matin. 10 4 fi 200 25.550 36.430 6 J) » 9 ’ fi fi fi » fi fi »
- 7 » 1 2 D .* D fi 5 1/4 fi S D • D D » » l) fi » brûlée pendant la nuit a été de 369 kilogrammes.
- 8 » » 2 26 fi fi S 5 fi 0 D ' » fi fi ;» » fi » fi
- 9 D 0 2 8 D fi U 5 Gazogène.. 0 0 •' 20 80 100 » » • D fi » »
- Chambre. . 15 1 0.5 83.5 100 610 » S 1) »
- 10 » 2 2 fi fi B ' D 4 3 /4 Extrémité.. 15 4 0 81 100 » 355 305 210 fi
- 11 * D D D » D • T) 5 » » fi fi D B » » D fi »
- Midi. D 2 D •fi D fi 6 1/4 fi D D D 1) 0 .» )> D fi »
- 1 soir. fi 2 28 D D » 4 3/4 Gazogène.. 0.5 0 201/2 79 100 » » » D »
- Chambre. . 13 1 . 4 82 100 » » fi ' D »
- 2 » J) 2 » D » B 4 3/4 . Extrémité.... 15 1 ; 3 81 100 659 » D » »
- 8 » 1 2 D fi I) D 5 » n fi • D fi n » 406 381 191 »
- 4 n • B 2 D 1) fi fi 5 Chambre.; . 13 1 4 82 100 » » D fi »
- Gazogène.. 1 ' 0 19 80 100 » » D fi fi
- 5 » D » D .fi fi • fi •41/2 Chambre. . 17 0 1 82 100 » » fi B » Il reste 30 kilogrammes de
- 6 » 8 D 30 1760 34.905 45.845 3 D » J) fi D » » » B D » charbon devant la chaudière.
- » .14 D Me 28 Diff. 1560 d.9355 Diff. 9415 Ms 5 ' D 0 D ‘ U 8 fi * » D U D
- Moyenne 9385
- Différence 7825 kit. |
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- NOTE
- SUR ^EXTRACTION, _ AU MOYEN DE LA BARYTE
- DU SUCRE CRISTALLISABLE
- CONTENU DANS LES MELASSES DE FABRIQUE ET DE RAFFINERIE
- Par M. C. BOIJMR» aillé.
- * Je viens décrire le plus succinctement possible l’industrie, aussi intéressante que peu connue, de l’extraction, au moyen de la baryte, du sucre cristallisable contenu dans les mélasses ; industrie pour laquelle j’installai, en 1851, sous la savante direction de MM. Dubrunfaut et Leplay, l’établissement de Courrières (Pas-de-Calais); le seul qui, je crois, existe et fonctionne encore aujourd’hui.
- Comme depuis vingt ans je ne m’occupe plus de cette industrie, qui s’éteignit provisoirement vers la fin de 1852, je n’aurais pas songé à en dire quelques mots à la Société des Ingénieurs civils, si notre Président et l’un de nos vice-présidents, mon ami, M. Henri Péligot, ne m’y avaient engagé, dans le but de compléter Ehistorique de la fabrication du sucre en France, sujet sur lequel MM. de Mastaing et Linard ont communiqué à la Société des notices si intéressantes, auxquelles est encore venu s’ajouter, pendant que je réunissais ies éléments de cette note, l’excellent exposé de M. Gazes, sur les différents procédés connus d’extraction du sucre de la mélasse, travail où l’on trouve les données théoriques du procédé barytique; ce qui, je l’espère, donnera à ma communication comme un regain d’actualité.
- Historique.
- Jusqu’en 1847 ou 1848, on croyait généralement que les mélasses ne contenaient que du sucre incristallisable.
- En conséquence, sucreries et raffineries les livraient aux distillateurs,
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- — 713 —
- qui en convertissaient le sucre en alcool et en retiraient de la potasse brute.
- M. Dubrunfaut, à qui l’industrie doit tant de belles découvertes, fut, je crois, le premier qui démontra que la presque totalité du sucre contenu dans la mélasse était identique au sucre ordinaire et que si on n’avait pas, jusque là, réussi à l’en extraire par cristallisation, cela venait de l’accumulation, dans la mélasse, de tous les salins, soit de la betterave, soit de la canne.
- Déjà, à l’époque de ces travaux, on savait que le sucre, en présence de certains oxydes alcalins ou terreux, jouait le rôle d’un acide, se combinait avec eux, et formait des sucrâtes insolubles dans l’eau.
- Ainsi, le procédé Rousseau, point de départ de la fabrication actuelle du sucre, avait vulgarisé la connaissance du sucrate de chaux. M. Eugène Péligot, si ma mémoire est fidèle, avait déjà étudié les sucrâtes de chaux et de strontiane, quand M. Dubrunfaut mit en présence la mélasse, chauffée et suffisamment étendue d’eau, avec une dissolution bouillante de baryte caustique, et obtint un abondant précipité de su-.crate de baryte, presque chimiquement insoluble dans l’eau, lequel précipité, lavé et décomposé par l’acide carbonique, donna : d’une part, du carbonate de baryte et, de l’autre, un jus sucré qui, travaillé par les procédés ordinaires, fournit finalement du sucre identique au sucre ordinaire.
- Le procédé était trouvé, un brevet fut pris, et, dès 1850, fut appliqué non-seulement à la mélasse, mais directement au jus de betterave, dans la sucrerie de MM. Charbonneau frères, à Tournus, près Mâcon (Saône-et-Loire).
- M. Leplay, qui avait secondé M. Dubrunfaut dans toutes ses recherches, dirigeait cette première campagne.
- En même temps, c’est-à-dire pendant l’hiver de 1851, une sorte d’usine-école avait été installée dans une raffinerie, à la Villette, pour traiter les mélasses de raffinerie; M. Dubrunfaut surveillait celle-ci directement et M. Méhay, sorti tout récemment de l’École centrale, en dirigeait le laboratoire.
- Enfin, un autre atelier barytique avait été installé à Valenciennes, dans la raffinerie de M. Numa Grard.
- Dès ce moment, j’étais désigné pour construire Pusine de Courriéres. En conséquence, j’étudiai la nouvelle industrie dans les deux établissements de Tournus et de la Villette.
- La construction de l’établissement de Courriéres date du printemps de 1851, et, sous la savante direction de M. Leplay, venu de Tournus pour mettre cette usine en train, j’étais chargé de la partie technique et industrielle de l’affaire.
- Nous marchions régulièrement depuis un an, nous avions même commencé à développer nos moyens de fabrication, d’abord assez modestes,
- 46
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- lorsque la hausse énorme des alcools, provoquée par plusieurs mauvaises récoltes consécutives de vin, fit monter les mélasses à tel point, que le procédé barytique ne permettait plus d’en extraire, sans perte, le sucre qui, lui, avait conservé ses prix ordinaires.
- Cette même cause devait entraîner les propriétaires de l’établissement à fabriquer de l’alcool; l’usine barytique fut donc arrêtée; nous construisîmes une distillerie pour travailler notre stock de mélasses d’abord, puis, ensuite, pour fabriquer de l’alcool avec la betterave, car c’est de cette époque (1853) que date cette industrie.
- J’ai appris que depuis quelques années l’exploitation du procédé barytique était reprise à Courrières, mais, ayant quitté le pays vers la fin de 1856 et n’y ayant plus de relations suivies depuis cette époque, je décrirai les procédés tels qu’ils existaient en 1852, laissant à d’autres le soin d’indiquer les progrès qui ont pu être réalisés depuis.
- Quant aux usines de Tournus, la Villette et Valenciennes, elles étaient arrêtées dès 1851, et celle de Courrières restait seule encore en exploitation.
- Opéirations-diverses eenstftis&Bat le procédé.
- L’ensemble des opérations du. procédé barytique peut se diviser comme suit :
- 1° Fabrication de 1-a solution barytique;
- 2° Formation du précipité de sucrate de baryte;
- 3° Lavage du précipité pour le débarrasser des eaux-mères contenant tous les salins de la mélasse;
- 4° Décomposition, par l’acide carbonique, du sucrate de baryte, suffisamment additionné d’eau, et (implicitement) fabrication en grand de l’acide carbonique;
- 5° Extraction du jus sucré, par sa séparation d’avec le Carbonate de baryte formé ;
- 6° Débarytation des jus;
- 7° Filtration, cuite, etc.; travaux ordinaires de la sucrerie;
- 8° Débarytation des eaux-mères ;
- 9° Concentration èt incinération des eaux-mères; fabrication de la potasse brute.
- 10° Révivification du carbonate de baryté artificiel formé, ou sa transformation en baryte caustique;
- 11° Opération accessoire, consistant à convertir partie dé la potasse brute en potasse caustique, pour le cas le plus ordinaire, celui où on s’adresse au sulfate de baryte pour fabriquer la dissolution barytique, laquelle est alors du sulfuré de barytimu
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- Eh effet, on verra par l’étude des réactions, que nous allons faire ci-après, que, dans ce cas, l’intervention de la potasse est indispensable à la formation du sucrate de baryte.
- Disons de suite, cependant, qu’une usine marchant exclusivement au carbonate de baryte, tant naturel qu’artificiel, n’aurait besoin de faire ni la huitième ni la onzième opération et livrerait toüt simplement toute sa potasse brute au commercé.
- Je suppose donc l’emploi de sulfate de baryte comme matière première de mise en train, et je commence par la fabrication de la solution barytiqUe.
- I
- Fabrication du snifsire de baryum.
- Le sulfate de baryte naturel, provenant, soit d’Auvergne, soit de la Prusse rhénane, soit de toute autre localité, est concassé, broyé et tamisé; la partie fine est employée à la fabrication et l’autre est renvoyée à l’atelier de broyage.
- Le sulfate pulvérisé est converti en sulfure dans de grands fours à réverbère à une ou deux soles. Cette conversion se fait par l’addition, au sulfate, de 40 à 45 0/0 environ de son poids en houille maigre*
- Ce mélange reste seize heures dans le four sous l’action d’une température très-élevée, et la formule suivante indique la réaction à laquelle est due le sulfure de baryum :
- S03,BaO-f C^SBa-jriCO,
- c'est-à-dire que le carbone s’empare de l’oxygène du sulfate pour former de l’oxyde de carbone, et laisse sur la sole du sulfure de baryum mélangé d’uh peü de charbon resté en excès.
- Les fours ayant en général deux soles, il s’ensuit qu’on détournait toutes les huit heures, le mélange restant huit heures sur la sole supérieure et huit heures sur la sole inféfîèure.
- Orl brassait dé temps en temps pour rëttduVëiër lëâ surfaces en contact, et on reconnaissait que la réaction était terminée, quand lë dégagement de gaz cessait à là surface du mélange et qu'il se concrétait sous lë ringard; tandis qu’au commencement de l’opération, il était dWe fluidité telle qu’on osait â peine le brasser.
- Naturellement, tout le sulfate n’étâit pas réduit, et c’éiàitlà une des principales causes de perte de matière première, lê sulfaté non réduit restant dans lé résidu du lessivage du SUlftire.
- Lé Sulfure formé était déchargé, au moyen d’uil ringard, du four dans
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- — 746
- des etouffoirs en tôle, contenant environ 'un hectolitre, où on le laissait refroidir.
- On le reprenait alors, et, par un système de lessivage méthodique, pratiqué dans des vases en tôle munis de barbotteurs de vapeur, on obtenait finalement une solution de sulfate marquant, bouillante, 28° B., et on n'abandonnait la matière lessivée que quand les eaux ne marquaient plus que 4° B. La solution à 28° servait à la réaction sur la mélasse, et les autres eaux de lessivage, dont le mélange formait une solution à 42° environ, servaient, par l’additiôn à nouveau de sulfure de baryum venant des fours, à reformer une nouvelle solution à 28°.
- Cette solution à 28° était emmagasinée dans un réchauffeur à serpentin, de façon à la porter à l’ébullition au moment de la réaction sur la mélasse. Quant à celle-ci, après avoir été un peu étendue d’eau, elle était portée à l’ébullition dans un réchauffeur identique, au moment d’être mise en présence du sulfure. *
- II
- Formation dsi sncrate de baryte.
- Pour produire dans de bonnes conditions le précipité de sucrate de baryte, on faisait réagir 900 litres de dissolution bouillante, à 28° B., sur 500 litres de mélasse, à 48° B (soit 550 litres de mélasse bouillante, à 37° B) et additionnés de 180 litres de potasse caustique, à 42° B.
- En effet, quand on précipite le sucre de la mélasse par le sulfure de baryum, iï faut employer de la potasse pour saturer le soufre mis en liberté, il se produit alors un sulfhydrate de sulfure de potassium et du sucrate de baryte, comme l’indique la formule suivante de la réaction :
- 2 S Ba+H2 O+2 Mélasse-f-K Q ^ C12 HOTBa11O -f S K, S H2.
- sucrate de baryte.
- On a alors un précipité de sucrate de baryte insoluble, baignant dans les eaux-mères contenant l'eau et les salins de la mélasse, plus le sulfhydrate de sulfure de potassium.
- Pour que le précipité de sucrate se lave bien (ce qui est indispensable au succès de l’opération), il est de toute nécessité que son état moléculaire ne soit pas changé; c’est-à-dire qu’il ne faut pas, comme on le fait d’habitude, agiter la masse au moment de la précipitation. On briserait le grain du précipité, et il se convertirait en une masse amorphe et boueuse qui ne se laisserait pas traverser par les eaux de lavage.
- Il avait donc fallu avoir recours à un tour de main pour bien mélan-
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- ger les deux liquides et, pour cela, nous avions fait construire un réservoir roulant sur rails et divisé en deux parties inégales par une cloison verticale. Une d’elles contenait les 900 litres de sulfure ; d’autre, les 550 litres de mélasse, plus, les 180 litres de potasse.
- Un clapet, rendu étanche par un joint et une vis de pression, obturait l’orifice commun aux deux compartiments, lequel était divisé lui-même, par la cloison intérieure, en deux sections proportionnelles aux quantités à écouler dans le même temps.
- On amenait le réservoir au-dessus du cuvier à précipiter ; on ouvrait le clapet; et mélasse et sulfure tombaient dans le cuvier, à la fois, et dans les proportions les plus propres à la formation immédiate du précipité. Comme les sections d’écoulement étaient grandes, le réservoir était vidé, et le précipité formé en quatre ou cinq secondes ; on donnait, seulement alors, deux coups de mouveron pour parfaire le mélange, et rien que deux coups pour ne pas briser le grain, car, alors, le précipité ne se serait pas lavé.
- Les cuviers dans lesquels se faisait la précipitation étaient en bois de sapin, et de 18 hectolitres de contenance; au fond, était une claire-voie en bois, de 5 centimètres de hauteur, et sur celle-ci reposait un double fond en toi'le métallique de fer très-serrée.
- Au niveau du fond du bac était un robinet en bois, destiné à l’écoulement des eaux-mères du précipité d’abord, et ensuite des eaux de lavage. A l’autre extrémité du diamètre passant par le robinet, mais alors au niveau de la toile métallique, se trouvait un trou d’homme rectangulaire, fermé par un plateau à vis de serrage, sur joint en corde et terre glaise.
- Avant de faire tomber les matières dans le cuvier, on avait eu soin d’y faire arriver de Teau bouillante, jusqu’à noyer la toile métallique, pour qu’il n’allât pas former de précipité au-dessous de celle-ci.
- ni
- Lavage du précipité.
- On laissait le précipité reposer un quart d’heure, puis on ouvrait le robinet en bois de la partie inférieure et, en même temps, un robinet supérieur qui fournissait de l’eau contenant, en dissolution, un peu de baryte ; sans quoi, si peu soluble que soit le sucrate de baryte dans l’eau, il y en eût eu un peu d’entraîné par dissolution dans les eaux de lavage.
- Les eaux-mères qui s’écoulaient étaient dirigées dans des cuves spéciales et remplacées par l’eau qui arrivait de la partie supérieure. On
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- suivait l'opération, et, dès que les eaux de lavage ne marquaient plus que 8° B, on les dirigeait dans un réservoir spécial, et c’était elles qui servaient à commencer le lavage, comme je l’ai dit plus haut. Celui-ci était terminé par des eaux pures, contenant seulement quelques traces de baryte.
- Quand les eaux d’écoulement ne marquaient plus que 4° B et qu’elles étaient entièrement incolores, ce qui avait lieu au bout d'environ vingt-quatre heures, on considérait le précipité comme lavé et pn arrêtait l’écoulement.
- On ouvrait alors le trou d’homme du cuvier et, avec un rabot en bois, on faisait tomber dans une grande cuve, placée au-dessous, la pâte fluide du précipité; on lavait le cuvier, et cette eau allait aussi dans la grande cuve; on refermait alors le trou d’hompae pour recommencer une nouvelle opération,
- IV
- ©éc©aaap®®IticîiBi dra sucpate de baryte par l’acide
- carbonique.
- Les grandes cuves placées au-dessous des cuviers de précipitation contenaient le volume de deux précipités. Quand elles les avaient reçus, on y opérait la décomposition du suerate, au moyen d’un fort courant d’acide carbonique; il se formait du carbonate de baryte insoluble, et le sucre mis en liberté était dissous par l’eau qui baignait le précipité; on avait donc du carbonate de baryte délayé dans de,l’eau sucrée.
- L’acide carbonique arrivait dans la cuve par un tuyau en fonte, de 0m,13 intérieur, muni d’un robinet, et qui se recourbait, en un tour de serpentin, au fond de la cuve, lequel serpentin était percé d’une quantité de trous de 3 millimètres.
- On reconnaissait que la réaction était terminée quand le jus n’avait aucun mauvais goût, mais il y avait pour cela un moyen beaucoup plus certain.
- En effet, les eaux de lavage contenant toujours des traces sensibles de sulfure, et la décomposition de celui-ci, par l’acide carbonique, ne commençant qu’après l’entière décomposition du suerate, on n’avait qu’à tremper un peu de papier réactif au plomb dans la matière de la cuve; celle-ci colorait le papier en noir, tout le temps de l’opération, jusqu’au moment où le sulfure de baryum en liberté était à son tour entièrement converti en carbonate de baryte, et l’on était, dès lors, certain que la cuve ne contenait plus que du carbonate de baryte et de l’eau sucrée,
- Sur toutes les cuves de carbonatation, passait une cheminée horizon-
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- taie en bois terminée par une cheminée verticale s’élevant au-dessus du toit de l’usine, entraînant dans l’atmosphère l’excédant d’acide carbonique, comme aqssi l’acide sulfhydrique se dégageant à la fin de la réaction.
- ffatoricatloBs de l’aeâde carbonique.
- L'acide carbonique était fourni par un four à chaux que j’avais fait construire en forme de haut-fourneau. Le gueulard était coiffé d’un cylindre en fonte reposant par un rebord sur la plate-forme supérieure et descendant de 0m,60 dans l’intérieur du four; le calcaire emplissait toujours le cylindre jusqu’au-dessus du bord supérieur et fermait le four. L’acide carbonique se répandait dans l’intervalle annulaire compris entre le haut de la partie conique du four et le manchon en fonte. Cet espace était percé de trous ménagés tout autour dans la chemise du fourneau et qui débouchaient dans une petite galerie circulaire mise en communication avec une forte pompe aspirante et foulante.
- Le gaz aspiré par la pompe descendait d’abord du four par une cheminée en briques, dans laquelle la plus grande partie des cendres entraînées se déposait. Puis, il passait dans un labyrinthe de tuyaux de 0m,25 de diamètre, plongés dans une grande citerne alimentée d’eau froide.
- Enfin, entre ce labyrinthe et la pompe, était une cloche de dépôt convenablement disposée pour recueillir et arrêter les derniers vestiges de cendres. Le gaz ainsi refroidi et débarrassé de corps étrangers arrivait à la pompe, qui le lançait dans les cuves de décarbonatation.
- Mais, revenons à la suite .des opérations industrielles.
- Y
- Extraction dit Jus sucré.
- Quand la décomposition du sucrate par l’açidç carbonique était terminée, au moyen' de gros robinets placés à la partie inférieure des grandes cuves, on faisait écouler la matière dans un petit réservoir muni lui-même d’un robinet placé au-dessus d’une plate-forme creuse; sous ce robinet, on présentait des sacs en croisé de coton, et de la grandeur des sacs à pulpe ordinaire; les sacs remplis du magma liquide étaient liés fortement avec une ficelle et jetés dans une auge verticale en bois, dans laquelle se mouvait le plateau d’une presse à vis mue à la main, et à marche très-lente, pour ne pas crever les sacs. On obtenait par cette pression 80 0/0 du jus sucré; les sacs étaient alors déliés, puis
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- étendus entre les claies en fer d’une presse hydraulique, qui extrayait le restant du jus, comme cela se pratique d’ordinaire dans les sucreries.
- Les jus des deux pressions étaient conduits dans un réservoir supérieur par un monte-jus pour être distribués, de là, dans une chaudière de débarytation.
- VI
- Débarytation des jus.
- La débarytation des jus était une des plus importantes opérations du procédé, vu les propriétés toxiques du carbonate de baryte.
- En effet, ce sel se décompose sous l’influence des acides de l’estomac et laisse en liberté la baryte, qui détruit rapidement les tissus. Il est vrai que le remède est prompt et facile, car un peu de limonade sulfurique avalée suffit pour convertir la baryte et le carbonate en sulfate, corps d’une innocuité complète, vu sa fixité et son insolubilité.
- Il ne fallait pas moins que les jus fussent complètement débarrassés de carbonate, avant de les livrer aux opérations de la sucrerie.
- Pour cela, on employait une chaudière de 12 hectolitres environ, et, une fois remplie de jus à débaryter, on y ajoutait, à froid, 2 à 3 litres d’une dissolution de sulfate d’alumine.
- Voici la formule de la réaction qui avait lieu : ' ,
- C O2, Ba O -f S O3, Al2O3 = S O3, Ba O + G O2 + Al2 O8,
- c’est-à-dire que le carbonate était converti en sulfate de baryte insoluble; l’alumine, également insoluble, était mise en liberté et il y avait un peu d’acide carbonique dégagé.
- Pour s’assurer que tout le carbonate de baryte avait bien été converti en sulfate, on filtrait un peu du jus débaryté et on y ajoutait quelques gouttes de sulfate de soude; s’il y avait un précipité, c’était du sulfate de baryte, et on en concluait qu’on n’avait pas assez mis de sulfate d’alumine; on en rajoutait donc jusqu’à ce que le jus filtré ne se troublât plus au contact du sulfate de soude.
- YII
- Siltration, etc.
- Une fois les jus ainsi débarytés, on pouvait y ajouter du sang et les clarifier, ou les filtrer seulement sur de petits filtres à noir, destinés uni-
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- quement à retenir le sulfate de baryte, l’alumine, et quelques impuretés en suspension, car les jus étaient absolument incolores quand les précipités avaient été bien lavés.
- Les jus filtrés étant à un degré suffisamment élevé, étaient cuits directement sans évaporation préalable, et le sucre obtenu était très-sec, à très-gros grains, ressemblant assez à du sel de cuisine.
- Revenons au travail des presses.
- Vu la grande densité des jus livrés par les presses et la plasticité du carbonate de baryte, qui lui permettait d’en retenir une notable partie, le déchet aurait été considérable si on n’avait pas fait subir un nouveau délayage audit carbonate, sortant des presses hydrauliques.
- A cet effet, les sacs étaient vidés dans un débourbeur, grand cylindre en fonte, où se mouvaient des agitateurs et des râteaux, on y ajoutait de l’eau et on obtenait ainsi une boue liquide que l’on remettait en sacs, et qui subissait encore deux pressions.
- La quantité d’eau ajoutée était telle que ces jus faibles ne marquassent pas plus de 4° B. Ils étaient renvoyés dans les cuves à décomposer le sucrate de baryte, où ils s’ajoutaient aux eaux du précipité et se retrouvaient, par conséquent, dans les jus des premières pressions.
- Le carbonate, retiré des sacs après ce travail, était considéré comme épuisé. On le séchait sur de grandes plaques de fonte, chauffées en dessous, ce qui demandait beaucoup de temps et de main-d’œuvre pour retourner et diviser la matière. Une fois sec, il était mis très-facilement à l’état pulvérulent, puis emmagasiné pour être traité dans les fours de réduction.
- VIIL
- Débarytation de» eaux-mère».
- Revenons maintenant aux eaux-mères provenant du lavage des sucrâtes et qui contenaient, outre tous les salins de la mélasse, un peu de sulfure de baryum, restant en excès après la formation du sucrate, et le sulfhydrate de sulfure de potassium. Elles étaient envoyées dans de grandes cuves en bois, identiques à celles de carbonatation des sucrâtes, et on les soumettait à un courant d'acide carbonique qui transformait en carbonate de baryte le sulfure de baryum resté libre. Une fois cette réaction terminée, on vidait la cuve dans de grandes citernes, au fond desquelles on laissait déposer le carbonate, puis on décantait les eaux-mères, épurées de carbonate, pour les envoyer à l’évaporation. Il y avait plusieurs grandes citernes, afin que le dépôt pût se faire dans Tune, pendant qu’une autre était en décantation, et une troisième en vidangé.
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- Pour cette dernière, on retirait le carbonate resté au fond et encore imbibé d’eau-mère, et on le déposait tout autour de la citerne, sur une aire inclinée ayant son égout dans celle-ci, on le laissait ainsi se purger d’eau-mère, puis on le portait au séchoir, où on le réunissait à celui sortant des presses.
- On voit donc que rien, théoriquement du moins, n’était perdu et que l’agent barytique se trouvait reformé. Cependant, dans la pratique, il y avait des pertes réelles, dont les principales provenaient, tant de l’imparfaite conversion du sulfate en sulfure, que de celle du carbonate en baryte caustique, et le sulfate, comme le carbonate, non réduits, se trouvaient perdus dans les résidus du lessivage.
- De ces causes, et d’autres secondaires, il résultait qu'il fallait toujours employer à nouveau du sulfate de baryte naturel, même quand le carbonate artificiel entrait dans la fabrication, comme nous le dirons un peu plus loin.
- II
- Concentratt^n et ineinération «les eaux-ancres.
- l’aferlcatioH de la petas$e, *
- Revenons au travail des eaux-mères débarytées.
- Elles étaient concentrées à 25° B. dans des chaudières chauffées parla chaleur perdue des fours de réduction, puis étaient déversées dans une autre grande chaudière, montée sur le four à salins, où on les amenait à 40° B. Elles étaient alors bonnes à brûler, mais, avant de les faire couler sur la sole du four à salins, on recouvrait celle-ci, déjà chauffée au rouge, de chaux et de craie; puis on faisait arriver les eaux-mères et on chauffait en ayant soin de brasser toutes les dix minutes. La matière entrait bientôt en combustion, on brassait encore plus souvent; à la combustion succédait bientôt la fusion; et quand le bain, au beu de laisser dégager les flanunes blanches fuligineuses, ne montrait plus que de per titeg -flammes bleuâtres, on débouchait un trou de coulée et, avec le ringard, on faisait tomber la matière pâteuse dans un bassin formé au pied du four avec des cendres.
- On laissait refroidir le four jusqu’à ce que le peu de matière attachée à la sole fût durcie, et on recommençait,'dans les memes conditions, une nouvelle charge.
- be produit ainsi obtenu était de la potasse brute, provenant tant des salins de la mélasse que de la potasse ajoutée pour favoriser la précipitation du suçrate par le sulfure,
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- Voici la formule de la réaction qui se passait dans, le four à salins : SH2,SK-f-Ca0 + C08, Ca O = H8 0 + 2 S Ca-f- KO, CO2,
- c’est-à-dire que le sulfhydrate de sulfure contenu dans les eaux-mères formait, avec la chaux et le carbonate de chaux répandus sur la sole, du sulfure de calcium et du carbonate de potasse, plus de l’eau qui s’évaporait,
- La potasse brute que nous fabriquions contenait donc du sulfure de calcium.
- X
- Kévivifieation tin carbonate de baryte artificiel.
- Nous avons dit que le carbonate de baryte formé par la réaction de l’acide carbonique sur le sucrate était réduit dans les fours, c’est-à-dire converti en baryte caustique (BaO); cela se faisait absolument comme pour la conversion du sulfate en sulfure, en ajoutant au carbonate de la houille maigre en poudre ; il ne fallait alors qu’un équivalent de carbone au lieu de quatre, ainsi que l’indique la formule suivante s
- GO2, Ba 0 + G == Ba 0 -j- 2 CO.
- Le résultat de la réaction était donc de la baryte caustique au lieu d’être du sulfure de baryum, et l’on faisait réagir sur la mélasse une dissolution de baryte au lieu d’une dissolution de sulfure. Dès lors, la formation du sucrate pouvait se faire sans addition de potasse caustique.
- Par suite, les eaux-mères ne contenant plus de potasse en combinaison avec le soufre, elles étaient brûlées dans le four à salins sans addition de chaux ni de craie, et la potasse brute obtenue (GO2, KQ) était pxepipte de sulfure de calcium. Enfin, on n’avait plus besoin de caustifier une partie de cette potasse, puisqu’elle était désormais mutile à la formation du sucrate.
- Tel eût été le travail d’un établissement travaillant seulement an catv bonate de baryte, tant naturel qu’artificiel, et il eût été bien plus simple que celui basé sur le sulfate dq baryte, qui, lui, comprend leg dêux thodes. Mais, à l’époque dont je parle (1851), on se procurait difficilement le carbonate naturel; il ne nous en venait guère que d’Angleterre, où il formait, je crois, la gangue d’un minerai de plomb ; on en recevait peu et il était cher. On était donc obligé de considérer le sulfate comme la base du travail. Dès lors, l’usine devait marcher simultanément! au sulfate naturel et au carbonate artificiel. Nous avions donc deux ateliers de dissolution barytique, l’un pour le sulfure, l’autre pour la baryte, et
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- les précipités de sucrate se faisaient tantôt avec l’une, tantôt aveç l’autre de ces dissolutions. Mais comme il eût été très-compliqué de séparer les deux sortes d’eaux-mères, et que cela ne nous eût pas dispensé de travailler celles au sulfure, on les mélangeait toutes ensemble et on leur faisait subir les opérations décrites ci-dessus.
- Il faut conclure de cela qu’un établissement barytique qui se fonderait devrait choisir le travail au carbonate de baryte naturel; mais, je le répète, cela n’était pas possible à l’époque dont je parle (1851), et je ne sais si cela le serait aujourd’hui.
- Mais revenons à la description de notre procédé.
- XI
- Caustification de la potasse, destinée à la précipitation par le sulfure de baryum.
- Il faut, pour terminer le roulement du procédé barytique, que nous parlions de la fabrication de la potasse caustique, que l’on ajoutait à la mélasse avant de la mettre en présence du sulfure.
- On concassait, pulvérisait et blutait ce qu’il fallait de potasse brute sortant du four à salins ; puis, au moyen d’un épuisement méthodique par l’eau, on obtenait une lessive de carbonate de potasse
- (H2 O, KO, C02-j-2SCa)
- marquant 18° B., qu’il s’agissait de caustifier. Pour cela, on remplissait de cette lessive un barbotteur en tôle de 10 hectolitres environ, on y ajoutait 1 /2 hectolitre de chaux vive, et on faisait bouillir le mélange pendant une heure
- (H20, K0,SG02+ 2SC«-j-CaO—H20, K0-|-C02, Ca O -f-2 S Ca).
- potasse caustique.
- On laissait déposer et [on décantait la dissolution de potasse caustique, que l’on concentrait à 42° B., dans des chaudières en fer à serpentin de même matière. Quant au carbonate de chaux imprégné de potasse caustique restant au fond du barbotteur, on le mettait dans de grands réservoirs où on le lavait par décantation, et les petites eaux obtenues étaient réunies à la potasse caustifiée et concentrées avec elle.
- Nous voici donc revenus au point de départ, et nous avons fermé le cercle des opérations constituant l’ensemble de ce qu’on appelait le procédé barytique.
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- L’établissement de Courrières était disposé par étages, c’est-à-dire que baryte et mélasses étant élevés à la partie supérieure du bâtiment, dissolutions, précipités, eaux-mères, jus sucré et carbonate de baryte formé n’avaient plus qu’à descendre par leur propre poids, et que, par conséquent, les pompes, monte-jus, etc., étaient évités autant que possible.
- Tel était l’ensemble du procédé barytique en 4851; je crois qu’il en existait peu d’aussi logique et d’aussi élégant. Il permettait de retirer de la mélasse et le sucre et les salins , n’en abandonnant absolument que l’eau, et il reproduisait, pour ainsi dire, secondairement et par la conséquence rationnelle des opérations nécessaires à l’isolement du sucre, l’agent principal et indispensable à cette extraction.
- Comme je l’ai dit plus haut, la hausse considérable des mélasses, conséquence de celle des alcools, arrêta cette industrie au moment même où elle commençait à se développer.
- Depuis quelques années, ainsi que je l’ai appris de différentes sources, elle est de nouveau en activité à Courrières. Notre confrère, M. Périssé, pourrait peut-être compléter ces renseignements en nous mettant au courant des progrès qui ont dû être réalisés, tant dans l’outillage que dans la fabrication (et il y en avait de nombreux à faire).
- En effet, lui-même vient d’y appliquer aux fours de réduction le procédé Ponsard, qui, paraît-il, y a réussi pleinement.
- Avec les immenses sucreries que l’on construit maintenant, il me semble que les énormes quantités de mélasse, qui s’y trouvent réunies à la fin de chaque campagne, sont un puissant motif pour déterminer les gérants de ces établissements à monter des annexes permettant d’en extraire et le sucre et la potasse, ou bien l’alcool et la potasse, suivant les cours relatifs des sucres et des alcools.
- Donc, chacun de ces grands ateliers devrait être complété par une distillerie et par une installation permettant d’extraire le sucre de la mélasse. §era-ce le procédé barytique ou l’un de ceux basés sur la formation de sucrâtes de chaux, décrits par M. Caze, qui sera reconnu le meilleur dans la pratique, c’est ce que nous dira l’avenir.
- L’important, c’est de lancer l’industrie sucrière dans cette voie. Si cette notice peut y contribuer dans une mesure quelconque, je serai très-heureux, et je remercierai et notre président et notre vice-président, mon ami Henri Péligot, de m’avoir incité à exhumer ces souvenirs des limbes de ma mémoire, où ils dormaient depuis vingt ans.
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- SUR LES
- PRINCIPAUX TRAVAUX D’UTILITÉ PUBLIQUE DE L’ÉGYPTE
- ANALYSE
- de l’ouvrage de M. LINANT DE B1LLEFOND8 Bey
- ancien Ministre des travaux publics* membre du Conseil privé, etc.
- Par lv ®Â©©I®.
- La Société a reçu de M. Linaiit de Bellefonds Bey, ancien directeur et Ministre des travaux publics en Egypte, un exemplaire de son ouvrage intitulé :
- Mémoires srar les prlEiciparax travaux d’raiilitfé psâMIqn© exéeaatés est Égypte
- depuis la plus Siaute antiquité Jusqu’à bîos Jours.
- Lè livre, gr. in-8° de 600 pages, est accompagné d’ün bel atlas in-folio imprimé en couleurs V
- M. Linant de Bellefonds a eu le rare avantage de commencer sa carrière en Égypte au moment où le génie de Méhémet-Ali ouvrait pour ce pays une ère nouvelle.
- Aucune des grandes questions qui s’y sont agitées depuis quarante ans ne lui est étrangère, et il a participé et présidé à tous les travaux qui se sont accomplis pendant cette période dans cette vallée si extraordinaire du -Nil, et dont le résultat a été d’assurer à l’Égypte une valeur politique nouvelle.
- On comprend combien doit être intéressant le livre où l’auteur a résumé ce qu’il a vu, ce qu’il a fait, en rattachant les travaux de l’époque actuelle à ceux que mentionne l’histoire de l’antiquité.
- 1. Paris. — Arthus Bertrand, éditeur, 21, rue Hautefeuille, — 1872-73.
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- De tout temps le grand problème pour ce pays est resté le même: maintenir régulières et utiliser le mieux possible les inondations fécondantes du fleuve mystérieux.
- De tout temps aussi on a cherché à faire communiquer la mer Rouge avec la Méditerranée.
- Examiner les solutions essayées par les civilisations anciennes, les discuter, les comparer avec les faits réalisés par l’industrie moderne, quel attrayant sujet d’études !
- Ce n’est cependant pas à ce point de vue que l’auteur s’est placé; il a soin de prévenir le lecteur qu’il ne prétend pas avoir produit un ouvrage méthodique ni touchant à tout, qu’il a voülu seulement réunir des notes, des mémoires , des souvenirs,
- Mais de l’ensemble de ces documents, où la critiqüe historique et les discussions techniques se rencontrent également* appliquées au même objet, il ressort une grande satisfaction pour l’esprit, qui d’Un Coup d’œil suit toutes les phases des travaux dont il est question depuis leur premier germe jusqu’à leur état actuel.
- L’ouvrage de M. Linant de Bellefonds est en même temps pour lui Une revendication.
- Pendant quarante années, il a coopéré aux progrès et à la régénération de l’Égypte; il cherche à établir sa part d’influence et de responsabilité dans cette grande œuvre.
- Sous ce rapport, son livre contient des détails curieux et quelquefois piquants sur les faits et sur les personnes. Ils intéresseront tous ceux qui de près ou de loin ont suivi ce grand mouvement.
- Mais nous ne pouvons sur ce sujet que renvoyer au texte lui-même lés personnes désireuses de juger en toute connaissance de cause les faits qui se sont produits, et nous nous bornerons à donner quelques indications sur les sujets traités par M. Linant Bey.
- tee® irrigations et de® arrosage®.
- On s’attend bien naturellement à ce qu’une large part soit faite aux irrigations et aux arrosages des terres par les éàüx dü NiL La questidn de l’amélioration du régime du fleuve* source de toute richesse, n’a pas, en effet* cessé de prédcèüpef les souverains de l’Égypte.
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- Dès 4816, Méhémet-Ali entreprit dans ce but, dans la Haute-Égypte, de grands travaux de canaux, de digues et de chaussées. Son fils aîné, Ibrahim-Pacha, père du khédive actuel, fit lui-même exécuter les principales lignes, et, pour donner une idée de l’importance de ce genre de travaux, il suffit de dire qu’ils ont conduit, dans une seule année, à l’exécution de plus de 50 millions de mètres cubes de terrassements.
- Description du sol égyptien. — Le théâtre de ce labeur prodigieux est cependant assez restreint. La partie cultivable et habitée de l’Égypte est la plaine d’alluvions limitée, depuis Edfou jusqu’à la Méditerranée, par la chaîne libyque à l’ouest et la chaîne arabique à Test. Il y a peu de terrains à ensemencer à Test, entre le fleuve et la chaîne arabique ; à l’ouest, la zone productive a une douzaine de kilomètres de largeur.
- La pente générale du sol est la même que celle des eaux pendant les grandes crues, soit 0m,00022 par mètre, pour la Haute et la Moyenne Égypte, et 0m,000085 pour la Basse Égypte.
- Transversalement il existe une autre pente qui descend des bords du fleuve vers le désert, et qui donne jusqu’à 4 mètres de dépression du sol à la limite des terrains cultivés.
- Ceci fait voir comment les crues du Nil peuvent inonder tout le territoire, et explique la formation de plusieurs cours d’eau parallèles au Nil, tels que le Sohagieh et le Bahr-Joussef. Ils proviennent évidemment des ravines creusées dans les parties basses de la plaine pendant les grandes crues, qui souvent atteignaient des proportions désastreuses.
- Nécessité des inondations. — La constitution du sol de l’Égypte explique très-bien la nécessité des inondations pour conserver aux terres leur fécondité.
- La partie supérieure se compose de couches de limon superposées à des couches de sable et de gravier, reposant plus profondément sur un lit de glaise. *
- Le sous-sol est imprégné de différents sels ; de telle sorte que, lorsque les terrains restent pendant plusieurs années sans être recouverts par les eaux des crues, ils deviennent salés et ne peuvent plus être cultivés, à moins d’être lavés par de nouvelles crues.
- Les eaux d’infiltration ne sont pas suffisantes pour opérer ce lavage; elles sont elles-mêmes saumâtres à tel point que, quand ces eaux se retirent dans les moments d’étiage, elles laissent sur les terrains un tapis d’efflorescences salines.
- Premiers travaux faits. — Pour se mettre à l’abri des dangers des débordements insolites, on a dû tout d’abord penser à créer des digues pour retenir les eaux, et qui servaient aussi à inonder les terrains plus élevés.
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- C’est pour préserver ïa ville de Memphis que le roi Menés fit faire une digue que l’on croit reconnaître aujourd’hui dans celle de Cochéïché, la plus importante de l’Égypte.
- C’est pour exhausser les eaux, en vue de les faire arriver sur des terrains élevés, que furent construits, dans la Haute-Égypte et la Nubie, des épis, des barrages dont on retrouve encore aujourd’hui les traces.
- Mais en cherchant à empêcher tout excès dans le volume et l’intensité de l’inondation, il fallait également veiller à ce que le phénomène se produisît normalement dans les années où la crue serait faible.
- Pour cela, au moyen de levées transversales, réunies par des chaussées parallèles au cours du fleuve, on a formé, sur toute la surface de la Haute et de la Moyenne Égypte, un ensemble de bassins échelonnés dans lesquels l’inondation peut se produire et se compléter successivement.
- Ce grand résultat fut obtenu sous Méhémet-Ali. Mais il restait encore à vérifier quelle était l’influence de ces travaux sur le régime du fleuve.
- Les crues du Nil et leur mesure. — Les crues du Nil commencent dans le mois de juin. Elles se manifestent le 15 à Esnée, et le 25 au Caire.
- Le maximum au Caire est vers le 20 ou le 30 septembre; quelquefois le Nil monte encore jusqu’au 15 octobre.
- Alors les eaux diminuent d’abord rapidement jusqu’en janvier, puis 1 entement j usqu’en j üin.
- La crue se mesure en plusieurs points, mais spécialement, chaque jour, au Nilomètre de l’île de Rhoda, vis-à-vis du Vieux-Caire.. Les indications fournies par ce Nilomètre avaient autrefois une grande importance : elles guidaient pour l’ouverture des canaux et servaient de base pour la perception des impôts à payer par les cultivateurs, d’après les inductions qu’on en tirait sur le rendement probable des récoltes.
- Aujourd’hui ces indications ne sont plus aussi sûres à cause des différences que subit le régime du fleuve par suite des changements qui ont été opérés dans le mode de culture et dans les irrigations.
- Pour pouvoir tirer des conclusions certaines des observations de la crue du Nil, il faudrait établir le Nilomètre, ditM. Linant Bey, en amont de toute prise d’eau de canaux, soit au Gebel-Cilcilly, point qu’il a d’ailleurs proposé d’adopter pour la prise d’eau d’un grand canal destiné, à cause de son niveau supérieur, à compléter d’une manière certaine l’inondation successive des bassins échelonnés de la Moyenne Égypte.
- Hauteur actuelle des crues du Nil. — Quoi qu’il en soit, il est constaté
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- que les crues atteignent maintenant au Caire 25 coudées et même 25 coudées 3/4 (14m,425 et14m,85), tandis qu’anciennement elles étaient loin d’arriver à cette hauteur.
- Une première raison de ce fait est que le sol et le fond du lit s’élèvent constamment vers l’embouchure par l’apport des sables et limons.
- Mais cela n’est pas la cause la plus importante de l’élévation des eaux. Cette cause tient au système actuel des irrigations, qui même présente, si l’on n’y prend garde, un certain danger pour Tavenir.
- Non-seulement l’eau des crues est employée, comme elle l’a toujours été, aux irrigations, par le moyen des canaux d’inondation dits nili, mais on fait de plus pendant l’étiage, dans la Basse-Égypte, des arrosages par les canaux dits d'été ou séfi.
- Ces arrosages permettent d’obtenir des produits riches tels que les cotons, maïs, riz, sésame, etc., et ils tendent beaucoup à s’accroître.
- Or, les récoltes des semences ainsi arrosées se font pendant la période des hautes eaux. Dès lors, quand arrivent les crues, une partie des terrains n’ayant pas besoin d’être irrigués, les canaux correspondants restent fermés, et l’eau s’écoule en plus grande quantité par le lit du fleuve, au lieu de s’épancher par les canaux. De là il s’ensuit une surélévation des eaux dans les bras principaux.
- Des arrosages d'été. — M. Linant Bey décrit à ce sujet avec détail les systèmes d’irrigation et d’arrosage employés pour chaque province. Il fait voir quelle est leur influence sur le régime du fleuve, et s’étend longuement sur les canaux nili et séfi.
- Les cultures d’été ou séfi ont, suivant lui, de graves inconvénients.
- La nécessité de creuser les canaux qui les desservent en contre-bas des étiages moyens rend leur curage très-difficile.
- Ces cultures absorbent en outre une telle quantité d’eau, alors qu’il y en a le moins, que la navigation ne peut plus se faire.
- Enfin, elles détournent une partie des eaux qui autrefois séjournaient dans les grands bassins d’inondation, et les terrains inondés ne reçoivent plus une aussi grande quantité d’eau que par le passé. Us sont moins lavés et moins fécondés parle limon; ils s’appauvrissent et donnent de moins belles récoltes.
- M. Linant Bey conclut qu’il serait sage de ne faire des cultures séfi que sur le tiers des terres cultivables de la Basse-Égypte.
- Il propose d’ailleurs de creuser les canaux d’été jusqu’à un mètre seulement au-dessus de l’étiage moyen, et d’élever par des machines les eaux du Nil jusqu’à ces canaux. Il démontre tous les avantages qui résulteraient de ce mode dé procéder, tant ppur la fortune publique que pour le bon entretien des canaux. *
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- II
- Le Lac Mœrîsi.
- On sait par Hérodote que le lac Mœris, formé de main d'homme, était destiné à recevoir les eaux du Nil à l’époque des inondations et à fournir à son tour, au moyen de retenues et d’écluses*. une inondation artificielle^ aux campagnes environnantes jusqu’au delà de Memphis, soit durant la saison sèche, soit quand la crue du Nil était.insuffisante.
- L’exécution de ce travail merveilleux datait du roi Âménemha III de la XIIe dynastie.
- Qu’était devenu ce lac? quelle était anciennement sa position?
- Tout concorde à prouver qu’il se trouvait dans la province du Fayouih. Mais était-on autorisé à l’identifier, comme on l’a fait jusqu’à ces derniers temps, au Birket-el-Korn (ou lac Kéroun), grand lac qui se développe au fond de cette province vers le nord et sur une longueur de près de 50 kilomètres sur 7 ou 8 kilomètres de largeur moyenne?
- Le lac Mœris n’est pas le Birket-el-Korn. — M. Linant Bey démontre, par une étude topographique et historique pleine de sagacité et d’érudition, que le Birket-el-Korn ne se rapporte pas aux citations des auteurs anciens, et qu’il ne pouvait avoir l’utilité attribuée au lac Mœris : à cause de sa position d’abord, et attendu surtout que son niveau se. trouve à 6Îm,80 au-dessous de l’étiage du Nil, et que par conséquent les eaux que les crues y auraient versées n’auraient jamais pu retourner au fleuve4 comme Hérodote en .fait mention. • - ,
- Or, cette dépression n’est pas l’effet d’une cause ayant agi depuis la construction du lac Mœris; elle existait alors et complétait même le système de réglementation des crues, ainsi que je l’expliquerai ci-après.
- Emplacement du lac Mœris. — Non-Séfileihertt M. Linant Bey à pu prouver que remplacement cherché n’étâit pas au lâc Kéroun, mais il a indiqué d’une manière précisé là vraie situation qu'il Occupait.
- Il a reconnu au nord; au nord-est et au Süd de lâ ville actuelle de Médinet-el-Fayoum, dans un développement de plus de 50 kilomètres, des portions encore nombreuses d’une ancienne et très-forte digue qui enveloppait en partie le plateau supérieur duFayoum. G’est dans l’es-pàcè circonscrit par ces vestiges que M; Linant Béy- retrouve le bassin du lac Mœris. Les deux pyramides en grande partie détruites de Biahttio en occupent l’angle N.-O. De ce point on peut suivre la digue, à l’est, jusqu’au Wadi-Wardane, et au sud jusqu’au petit lac de Garak. La surface de terrain ainsi limitée est de 40>550 hectares.
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- Son utilité ancienne. — Dans cette position, on reconnaît aisément toute l’utilité du lac Mœris.
- Pendant l’inondation, les eaux s’y rendaient par le Bahr-Joussef, le plus grand bras de dérivation du Nil. L’introduction se faisait au seuil d’Awarat par le pont d’Illaoun, par où les eaux pouvaient ressortir ensuite, de même que par un autre déversoir, celui de Gédallah.
- Le volume d’eau apporté par les plus fortes crues pouvait aller jusqu’à 3,900,000,000 de mètres cubes qui, répartis sur la surface du lac, donnaient une couche de 9m,60 de hauteur d’eau.
- L’évaporation du 1er novembre au 4er août, temps pendant lequel le eaux auraient pu rester emmagasinées, aurait été, à raison de 0m,009 par jour en moyenne, de 2m,4-3 ou de 986,000,000 de mètres cubes.
- On aurait donc pu disposer, pendant la période des arrosages, de 2,914,000,000 de mètres cubes, qui pouvaient être renvoyés en Égypte et servir à l’irrigation de 336,000 hectares.
- Si, par suite d’une trop forte inondation, on voulait se débarrasser d’un surcroît d’eau et décharger le lac Mœris, on laissait couler les eaux dans le Birket-el-Korn, où elles se dissipaient par évaporation en une année environ.
- Causes de destruction. — Quelles ont pu être les causes de la destruction de cet ouvrage?
- Il est assez facile de les présumer : à chaque inondation, le fond du lac s’exhaussait par l’apport du limon, ce qui nécessitait (vu l’absence de moyens de curage) de rehausser de loin en loin les digues et les dé* versoirs.
- Or, à une époque de mauvaise administration, ce soin aura été négligé et, une très-forte crue survenant, les digues auront été coupées et rompues par l’eau passant par-dessus.
- Utilité moderne de la restauration du lac Mœris.— Maintenant, est-il utile et,facile de restaurer le lac Mœris?
- L’utilité ne serait pas douteuse. On perdrait, il est vrai, 46,800 hectares de terres cultivées, mais on pourrait arroser pendant l’étiage, et par conséquent ensemencer en cultures d'été ou séfi, près de 336,000 hectares, c’est-à-dire une surface vingt fois plus considérable.
- De plus et, comme dans l’antiquité, en cas de faible crue du Nil, on pourrait avec l’eau du lac compléter l’inondation.
- En cas de crue trop forte ou venant en retard, on pourrait, au moment ,propice, faire écouler par là et envoyer dans le Birket-el-Korn jusqu’à 4/24 du volume total des eaux du Nil, ce qui serait un grand avantage. -, Quant à la facilité d’exécution, il faut tenir compte que le sol actuel de l’ancien lac se trouve élevé de 8 mètres au moins au-dessus de son
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- premier niveau, ee qui conduirait à une grande dépense pour la reconstruction des digues.
- M. Linant Bey estime le travail à effectuer à plus de 21,000,000 de mètres cubes de terrassements. Mais une telle entreprise n’a aujourd’hui rien d’extraordinaire.
- III
- L’Isthme de Suez.
- L’histoire des travaux relatifs à l’isthme de Suez tient une grande place dans le livre de M. Linant Bey.
- On comprendra d’autant mieux qu’il en soit ainsi, quand on saura que l’auteur a fait du projet du canal de Suez l’étude de toute sa vie, qu’il a participé à tous les actes d’exécution de ce grand œuvre, ou qu’il s’y est trouvé mêlé directement comme ministre du gouvernement égyptien.
- Ses voyages et ses séjours dans l’Isthme ont été nombreux et prolongés : d’abord en 1821, 1822, 1823, puis en 1827, 1829, 1830, et enfin en 1840, pour ne parler que de l’époque qui a précédé l’entreprise du Canal.
- Dès 1833, M. Linant Bey avait résumé toutes ses études. Son projet servit de base à tous ceux qui ont été produits » depuis, malgré qu’à cette époque il n’eût pas encore vérifié complètement le nivellement de M. Lepère, ni découvert l’erreur qui fit croire pendant si longtemps à une différence de plus de 7 mètres entre le niveau des deux mers. Cette erreur ne se dévoila que plus tard, en 1847, lors du nivellement Bour-daloüe.
- On ne saurait donc lire sans un vif intérêt cette partie de l’ouvrage.
- Le sujet est assez connu pour que je puisse me dispenser de le développer avec détail. J’en dirai pourtant quelques mots, pour signaler les points principaux du Mémoire de M. Linant Bey.
- Ce qu'était VIsthme anciennement. — L’auteur en décrit la constitution géographique et géologique ; il indique quel fut le mode de formation des atterrissements et des dunes de sable, deux choses qui ont contribué à modifier constamment la surface de cette contrée.
- Il démontre que si les deux mers (la mer Bouge et la Méditerranée) ont été primitivement en communication, la première barrière qui s’est élevée entre elles a été le seuil d’El Gisr. La mer Rouge arrivait donc anciennement jusqu’au lac Timsah et aux environs d’Abou-Ballah.I
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- Ensuite se seront formés le seuil du Sérapéum — celui-là même qui servit à la fuite des Hébreux, alors qu’il était déjà assez élevé pour se découvrir à marée basse, — puis le seuil de Chalouf-et-Terraba.
- Cela étant connu, on s’explique les divergences que l’on rencontre dans les anciens auteurs au sujet des limites de la mer Rouge ou du fond du golfe.
- Anciens canaux de communication des deux mers. — Dans une seconde partie, l’auteur marque en détail quelle était la position des villes anciennes dans l’Isthme, telles que Babylone, Héliopolis, Daphnée, Bu-baste, Héroopolis, Arsinoé ou Cléopatris, Migdol ou Magdolum, etc.
- Puis il fait l’histoire des anciens canaux de communication de la Méditerranée à la mer Rouge, soit directement, soit par le Nil, et il résume ainsi sa dissertation :
- « Il y a eu un canal de communication directe de la Méditerranée à « la mer Rouge, qu’il ait été achevé ou non, et c’est celui qui vient des « lagunes du lac Menzaleh au lac Timsah, par le seuil d’El Gisr. Ce tra-« vail fut fait à l’époque où le fond du‘golfe Arabique arrivait jusque-là*
- « Il y en eut un autre, du Nil à la mer Rouge, avant la guerre de « Troie, qui fut fait par Sésostris vers l’année 1480 avant J.-C., ou bien « 1910 ans, si l’on s’en rapporte aux auteurs arabes qui prétendent qu’on « l’exécuta du temps d’Abraham.
- « Plus tard, Nécos travailla à un canal de communication directe, et « il l’abandonna; mais il. entreprit aussi un canal de communication du « Nil à la mer Rouge, environ 668 années avant notre ère.
- « Darius, en l’an 500 avant J.-C., travailla aussi au canal : mais ce ne « fut que sous le règne des Ptolémées que le canal fut complètement « snavigable, c’est-à-dire 284 ans environ avant notre ère : il y a 2,154 ans « de cela.
- « L’empereur Adrien, en l’année 117 av. J.-C., rétablit le canal sous « .un nouveau système.
- « Et, enfin, ce fut en l’année 663 de notre ère qu’Amrou, sous le ca-« lifat d’Omar, recreusa le canal et le conduisit jusqu’à Suez d’aujour-« d’hui ou Kolzoum d’autrefois. »
- jLe canal de Suez. — Ce canal resta, navigable pendant 103 ans, puis, en 767, le second calife Abasside, Abou-Djafar-el-Mansour, le fit fermer pour empêcher les vivres de parvenir à un de ses lieutenants révolté contre lui à Médine.
- Depuis ce temps, il a été entièrement abandonné.
- C’est à peine si quelques tentatives furent faites de loin en loin pour le restaurer, jusqu’à l’expédition d’Égypte et âu projet Lepère qui fut malheureusement basé sur un nivellement erroné. > fi
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- C’est en 1840 que M. Linant termina son projet; en 1847 que fut constituée en France une société d’études du canal de Suez et qu’eut lieu le premier nivellement de M.. Bourdaloüe, qui démontra la presque'égalité du niveau des deux mers.
- En 1853, ce nivellement fut vérifié, et dès lors la question du canal maritime de Suez entra dans la période active et effective d’exécution, sous la vigoureuse impulsion de M. Ferdinand de Lesseps.
- On sait quels obstacles et quelles difficultés cette entreprise a dû surmonter pour arriver à sa réalisation; on se rappelle qu’en outre du canal maritime, elle a conduit à la création du Canal d’eau douce Ismaïlieh, qui prend l’eau du Nil au Caire et qui aboutit à Suez après avoir arrosé le beau domaine de l’Ouadée, et apporté l’eau douce à Ismaïlia, cette ville nouvelle, capitale de l’Isthme, fondée au milieu du désert, comme Port-Saïd et son port l’ont été sur une berge de sable aux confins du lac Menzaleh.
- Nous sommes à même d’apprécier aujourd’hui quels services ont été ainsi rendus à l’Égypte et au monde, et quels titres de gloire impérissable se sont assurés les promoteurs de cette grande idée.
- Qu’il soit donc rendu justice à M. Linant de Bellefonds, qu’on paraît vouloir .trop oublier, et qui cependant a ouvert la voie par ses patientes et constantes recherches sur le sol même de l'Isthme, et qui, dans son projet, à peine modifié par les études ultérieures, faites sur ses propres cartes et plans, a indiqué le tracé logique du canal maritime duquel, en réalité, on s’est très-peu écarté. i
- 1Y
- Le® fearragcs de Ml, à la tête dm Delta.
- La conception des barrages dû’ Nil, à la naissance des branches de Damiette et de Rosette, repose sur la possibilité qu’il y aurait de laisser passer successivement toutes les eaux du Nil dans l’une ou l’autre branche, et d’améliorer ainsi les conditions des inondations dans la Basse-Égypte. i
- Elle est basée aussi sur une nécessité : celle de s’opposer à la répartition de plus en plus inégale des eaux du Nil entre les deux branches, ce qui amènerait la ruine d’une partie de la contrée, s’il n’y était apporté remède.
- 'ivi,
- Baria configuration du sol du Delta, les eaux ont tendance à s’écouler de la branche de Damiette vers celle de Rosette. C’est donc naturelle-.» ment dans la première que se trouvent la majeure partie des prises d’eaux des canaux les plus importants.
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- On a établi sur ces canaux des barrages pour retenir les eaux et les élever au niveau des terres à irriguer. Il s’ensuit que la pente des eaux, et par conséquent la vitesse d’écoulement, diminue sans cesse dans la branche de Damiette, dont le lit se relève d’autant plus encore par l’apport du limon qui n’est plus entraîné par le courant.
- Dès lors les eaux du Nil, ne trouvant plus par là le même écoulement, se rejettent dans la branche de Rosette qui se creuse toujours davantage par suite de l’excédant d’eau qu’elle reçoit. Ce fait se produit surtout pendant la période d’étiage.
- Déjà, en 4 818, Méhémet-Ali avait fait fermer par une forte digue le Pharaonieh, cours d’eau naturel qui faisait communiquer les deux branches entre Bir-Shams et Nadir, en passant par Menouf.
- Mais cela ne suffisait pas. Quelques années plus tard, une nouvelle communication s’était ouverte entre les deux branches au-dessous de Chalagan, en passant devant Derawé. Méhémet-Ali l’ayant remarqué eut l’idée de faire sur le Nil un ouvrage d’art dont le but était de rejeter les eaux dans la branche de Damiette au détriment de celle de Rosette.
- M. Linant Bey fut appelé d’abord à construire cet ouvrage.
- Son projet consistait à fermer chacune des branches, à 8 kilomètres environ au nord de la pointe du Delta, par deux barrages mobiles qui auraient fonctionné indépendamment l’un de l’autre. La construction ne devait pas se faire dans le fleuve même, mais dans des excavations creusées à des emplacements bien choisis, où l’on aurait ensuite amené les eaux par des dérivations.
- Ce projet simple et pratique fut abandonné en cours d’exécution pour suivre une autre idée, celle de M. Mougel, qui consistait à reporter ies barrages tout à fait à la pointe du Delta, à les réunir en un seul ouvrage et à les fonder dans le lit. même du Nil.
- On sait que ce système, qui fut exécuté en grande partie mais non achevé, a déjà occasionné une dépense exorbitante (plus de 45,000,000f), et que les difficultés non vaincues de l’exécution ont produit un travail défectueux dont on n’a pas encore pu tirer parti pour Je but qu’on se proposait.
- La question est posée de savoir si, dans l’état où se trouvent aujourd’hui les constructions, il vaut mieux les terminer que de les abandonner comme ouvrage hydraulique, pour ne s’en servir que comme pont de passage.
- Il est pénible d’avoir à constater un pareil dénouement pour une idée si utile et une aussi grande conception; et l’on ne saurait trop déplorer la mauvaise administration qui a présidé au début de l’entreprise, et dont les effets sont rappelés avec détail par M. Linant Bey, mais que je ne crois pas utile de consigner ici.
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- Je borne aux quelques sujets que je viens de passer en revue l’exposé que je voulais faire des travaux qui caractérisent plus spécialement l’Égypte, et qui composent la plus,grande partie du livre de M. Linant Bey.
- L’examen des autres travaux dont il fait l’histoire sortirait des limites d’une simple analyse.
- Il suffira de rappeler, pour îes mentionner, que depuis vingt ans l’Égypte a vu s’exécuter le chemin de fer du Caire à Suez à travers le désert, et celui d’Alexandrie au Caire ;
- Qu’un grand et beau port a été créé sur la mer Rouge à Suez, en même temps que celui d’Alexandrie recevait des développements et des améliorations considérables;
- Que les villes d’Alexandrie et du Caire ont été dotées de distributions d’eau et de quartiers nouveaux; que de nombreux et importants canaux ont été créés ou améliorés.
- Enfin il faut reconnaître que ce pays a marché à grands pas dans la voie de la civilisation sous la généreuse impulsion de ses derniers souverains, et surtout sous l’administration du khédive qui règne aujourd’hui, Ismaïl Pacha, et l’histoire dira que la part de la France dans cette œuvre de progrès reste encore de beaucoup la plus importante.
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- ANALYSE
- de l’ouvrage de ,T. CHARPENTIER DE COSSiGNY
- INTITULÉ
- NOTIONS ÉLÉMENTAIRES* THÉORIQUES ET PRATIQUES
- SUË LES IRRIGATIONS
- Par M. À. ^ÀÏULÀlJl.
- L’Irrigation des terres est certainement un des moyens qui contribuent le plus à accroître la production agricole et, par suite, à répandre l’aisance partout où il est convenablement appliqué. Les anciens peuples de l’Asie, les Égyptiens, les Romains, les Maures, aux époques respectives de leur splendeur, savaient utiliser l’eau pour l’agriculture, et celles de leurs possessions qui ont été renommées par leur fertilité exceptionnelle le devaient, au moins en partie, à l’art dont il s’agit. Il en est de même aujourd’hui pour les parties les plus riches de l’Italie, pour les plus belles régions de l’Espagne, enfin pour celles de nos provinces méridionales que baigne la Méditerranée. On a constaté que, dans ces contrées, l’irrigation appliquée à une terre qui en avait été jusque-là privée’lui procure immédiatement une plus-value qui double au moins, et décuple parfois la valeur primitive du fond. Ce fait nous donne la mesure de l’amélioration réalisée et de l’accroissement de la richesse publique qui pourrait résulter de son extension.
- L’avenir de notre colonie algérienne est en partie lié au développement de l’irrigation. En effet, même dans le Tell, toutes les cultures dites industrielles, c’est-à-dire les plus rémunératrices, ne sont possibles qu’avec son concours. Quant au désert, on sait que les rares oasis qui en interrompent la solitude ne sont que des créations artificielles résultant de l’utilisation de quelques filets d’eau, les uns descendant des ramifications les plus méridionales des montagnes, les autres obtenues à l’aide de puits ou de trous de sonde.
- Si du midi de l’Europe nous passons à des régions plus tempérées, nous voyons que l’irrigation, quoique appliquée généralement sous une
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- autre forme, joue dans certaines localités un rôle qui n’est guère moins important. Tandis que, dans le Midi, l’eau est appliquée aux terres labourées et à tous les genres de cultures, dans le Nord on l’emploie de préférence à la création et à l’entretien des prairies : les Cévennes, les Vosges, pour ne citer que les localités les plus classiques, doivent à l’irrigation les moyens de nourrir un nombreux bétail et de maintenir une agriculture assez prospère dans des portions de montagnes qui resteraient sans cela à peu près improductives et inhabitables.
- Indépendamment des applications exclusivement agricoles qui viennent d’être indiquées, il s’en présente aujourd’hui une nouvelle ayant un double caractère d’utilité : c’est cette question de l’assainissement des villes dont M. Ronna a entretenu la Société dans un remarquable mémoire récent.
- Depuis bien des années cette grave question des égouts a été l’objet' des études d’ingénieurs éminents. Après bien des tentatives diverses et même infructueuses, un pas immense a été fait tout récemment et cette question est décidément entrée dans une phase nouvelle. Il est désormais reconnu que l’eau d’égout peut être partout directement appliquée à toutes espèces de culture et donne lieu à la végétation la plus splendide, à la condition seulement que le sol soit naturellement perméable, ou qu’il ait été rendu tel par un drainage préalable,
- Enfin, les irrigations s’imposent partout avec le même caractère d’utilité publique et privée; mais la plus grande partie de l’oeuvre, je pourrais presque dire la totalité, est encore à accomplir.
- Or, avec les nouveaux débouchés que les chemins de fer ont procurés aux produits-agricoles , au milieu des transformations qui s’accomplissent, en tout et partout, à leur suite, l'œuvre dont il s’agit ne peut rester délaissée : c’est donc là une question toute d’actualité ; et si Ton pouvait douter que l’opinion publique ne commençât à s’en préoccuper sérieusement, on en trouverait une preuve dans la faveur que rencontre, tant parmi les populations qu’auprès de l’administration, le projet de M. Aristide Dumont qui consiste, on le sait, dans la construction d’un nouveau canal d’arrosage de 15 mètres de largeur et de 2 mètres de profondeur, devant dériver une partie des eaux du Rhône, un peu en aval de Vienne, pour les diriger vers la mer, aux environs de Montpellier, en irriguant, chemin faisant, une grande partie des quatre départements de la Drôme, de Vaucluse, du Gard et de l’Hérault.
- Si les irrigations, en tant que pratique agricole, remontent à la plus haute antiquité, ce nJest guère que de nos jours qu’elles ont attiré l’attention des savants et des écrivains. Les rares traités que nous possédons sur la matière ne renferment que des documents incomplets, sans liaison entre eux et parfois même contradictoires. Telle était du moins la manière de voir de la Société des agriculteurs de France, quand elle a voté un prix de 2,000 francs et une médaillé d’qr à décerner à l’auteur qui
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- lui fournirait le meilleur traité nouveau sur les irrigations. De ce concours sont résultés plusieurs écrits intéressants, parmi lesquels celui de M. de Cossigny, remarquable par la clarté de l’exposition, la netteté des idées et bon nombre d’aperçus nouveaux, a obtenu le premier rang.
- Pour mener à bien un ouvrage de ce genre, il fallait joindre à des connaissances théoriques cette sûreté de coup d’œil qui ne s’acquiert que par la pratique. L’auteur, ancien élève de l’École polytechnique et de l’École des mines, a pu mettre à profit, outre les documents rassemblés par ses devanciers, des observations personnelles recueillies dans ses voyages pendant sa carrière d’ingénieur civil, et enfin l’expérience spéciale acquise pendant la dernière partie de sa vie plus particulièrement consacrée à l’agriculture.
- Toutes les questions sont foncièrement traitées au double point de vue de la théorie et des détails d’application. En s’appuyant sur les principes connus de la physique, de la chimie et de la physiologie végétale, il réussit presque toujours à expliquer d’une manière rationnelle les diverses pratiques, liées le plus souvent aux circonstances locales, mais auxquelles les cultivateurs n’étaient arrivés que par tâtonnements et d’une manière empirique. Il a en outre parsemé son ouvrage d’aperçus intéressants touchant Tutilisation des eaux impures, telles que celles qui contiennent des résidus de diverses industries, ou celles qui ont traversé de grands centres de population. Il nous montre de quelle importance est la restitution de toutes ces matières entraînées parles eaux, matières qui, tirant du sol leur première origine, sont appelées à le fertiliser par des applications bien entendues.
- Au point de vue technique, l’auteur s’étend surtout sur les travaux les plus simples qui peuvent être entrepris par les cultivateurs ou les propriétaires. S’il ne traite que d’une manière sommaire des questions telles, par exemple, que la construction des grands canaux d’irrigation, c’est que ces questions sont du ressort des ingénieurs et qu’à ceux-ci il n’est pas besoin d’apprendre ce qui constitue essentiellement leur profession. Mais, avant d’entreprendre l’exécution d’un travail ou la rédaction d’un projet, il importe de se faire d’abord une idée bien nette du but à atteindre et des conditions finales à remplir. C’est à ce point de vue que certains d’entre nous peuvent se trouver, à un jour donné, dans des circonstances telles qu’ils trouveront alors infiniment d’intérêt et de profit dans la lecture de l’ouvrage dont M. A. Caillaux vient d’entretenir la Société.
- Paris, —.Imprimerie VIKVILLE etCAPIOMONT, rue dos Poitevins, 5. Imprimeurs de la Société dns Ini»<Sniaur9 civils.
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- COMPTE RENDU DES TRAVAUX
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- SOCIÉTÉ B ISS INGÉNIEURS CIVILS
- (OCTOBRE, NOVEMBRE, DÉCEMBRE 1874)
- Mo 28
- Pendant ce trimestre, les questions suivantes ont été traitées :
- 1° Chemins de fer de montagnes, par M. Mallet (séance du 2 octobre, page 709).
- 2° Aciers (Classification des), par M. Marché (séance du 2 octobre, page 714).
- 3° Four à gaz avec récupérateur de chaleur, système Ponsard, par M. Perissé (séance du 16 octobre, page 722).
- 4° Chemin de fer économique, par M. Jules Morandiôre (séance du 6 novembre, page 725).
- 5° Caoutchouc (Fabrication et emploi du), Mémoire de M. Ogier, présenté par M. Marché (séance du 20 novembre, page 732).
- 6° Grues et appareils de levage à traction directe, par M. Chrétien (séances des 20 novembre et 4 décembre, pages 738 et 746).
- 7° Canal Saint-Louis et les embouchures du Rhône, par M. Dornès (séance du 4 décembre, page 740).
- 8° Dynamite, communication de M. Brüll (séance du 4 décembre, page 747).
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- 9° Situation financière de la Société (séance du 18 décembre, page 750).
- 10° Élections des Membres du Bureau et du Comité (séance du 18 décembre, page 751).
- Pendant ce trimestre, la Société a*reçu :
- 1° De M. Vauthier, membre de la Société, un exemplaire de son Rapport sur le projet d"Etablissement de conduites en maçonnerie dans la 'plaine de Gennevilliers pour Vutilisation agricole des eaux d’égouts.
- 2° De M. Pimentel, membre de la Société, un exemplaire de son Mémoire sur le Mouvement des astres.
- 3° De M. Sageret, un exemplaire de son Annuaire du bâtiment.
- 4° De M. Ronna, membre de la Société, un exemplaire de sa Note sur la Ferme de sewage de Wrexham, et un exemplaire de sa Note sur la Culture à vapeur améliorante.
- 5° De M. Caillaux, membre de la Société, un exemplaire de sa Note sur l’origine des Phosphates de chaux.
- 6° De M. Dejey, membre de la Société, un exemplaire d’un volume sur la Section militaire à l'Exposition de Vienne m 1873.
- 7° De M. le Ministre des Travaux publics, un exemplaire de la Situation des chemins de fer en 1873, et un exemplaire des documents relatifs à la Construction et à l'exploitation des chemins de fer.
- 8° De M. Perissé, membre de la Société, un Mémoire sur les Fours du système Ponsard.
- 9° De M. Brunfaut (Jules), ingénieur, un exemplaire de son ouvrage sur l'Exploitation des soufres.
- 10° De M. Chrétien, membre de la Société, une Note sur les grues et appareils de levage à traction directe.
- 11° De M. Lencauchez, membre de la Société, un exemplaire d’une Note sur les Chaudières à vapeur à foyers gazogènes frimivores et à bouilleurs ou tubulaires, système Bourgois et Bouchez.
- 12° De M. Poulain, chef de bataillon du génie, membre de la Société,
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- un exemplaire d’une Note sur un Nouvel organe mécanique réciproque et principe d’un nouveau navire de guerre sans roulis ni tangage.
- 13° De M. Petitgand, membre de la Société, la collection complète du Journal des Mines.
- 14° De M. Ronna, membre de la Société, un exemplaire d’une Notice sur les Établissements industriels de la Société autrichienne des chemins de fer de l’État.
- 15° De M. Germon, membre de la Société, un exemplaire de deux brocb ures sur les Recherches cliniques, sur le traitement du Daltonisme, par M. le docteur A. Favre.
- 16° De M. Chabrier, membre de la Société, un exemplaire d’un Mémoire sur un Chemin de fer rural de Brie-Comte-Robert à Chivry, Coubert et Grisy-Suines [Seine-et-Marne).
- 17° De M. E. Barrault, membre de la Société, deux exemplaires de son ouvrage sur la Législation des États-Unis pour les brevets d'invention.
- 18° De M. Bonnin, membre de la Société, un exemplaire de son étude sur la Stabilité des voûtes en maçonnerie.
- 19° De M. Trélat (Émile), membre de la Société, un exemplaire de sa lettre, adressée à M. le Préfet de la Seine, sur la nécessité d'Approprier les locaux scolaires à l'éducation du sens plastique.
- 20°. De Madame veuve de Perpigna, la collection complète des Brevets, d'invention de 1811 à 1858, 60 volumes et 35 atlas, et la collection des Bulletins de la Société d'Encouragement de 1801 à 1853, 57 volumes.
- 21° De M. de Bruignac, membre de la Société, un Mémoire sur la Navigation aérienne.
- 22° De M. Maurice Jourdain, membre de la Société, un exemplaire de son étude sur le Chauffage en Russie.
- 23° De M. Grénier, ingénieur, un exemplaire de sa Notice sur les Chaudières à foyers intérieurs réverbères, et un exemplaire d’üne Notice sur le Rhône au point de vue de la navigation.
- 24q De M* Jules Garnier, membre de la Société, un exemplaire de son ouvrage intitulé le Fer.
- 25° De M. Jules Génisseux, membre de la Société, une Noté sur les Canalisations d'eau dans les grands ateliers pour le cas d'incendie,
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- 26° De M. Couche, inspecteur général des mines, un exemplaire du premier fascicule du tome III de son ouvrage sur les Chemins de fer [production et distribution de la vapeur),
- 27° De M. Panisset et Cie, fabricants de papiers peints, un exemplaire de sa grande Carte murale des chemins de fer français.
- 28° De M. Jucqueau, inspecteur de la voie au chemin de fer d’Orléans, un exemplaire de sa Notice sur un mode de Construction des voies ferrées avec traverses en fer laminé.
- 29° De la Revue horticole, les numéros du troisième trimestre 1874.
- 30° De la Gazette du Village, les numéros du quatrième trimestre 1874.
- 31° De la Société des Ingénieurs autrichiens, les numéros du deuxième trimestre de 1874, de leur Revue périodique.
- 32° Du Journal Organ fur die Fortschritte des Eisenbahnwesens, le numéro 5 et 6 de 1873.
- 33° De la Société de l’industrie minéralede Saint-Etienne, le numéro du premier trimestre 1874 de son bulletin.
- 34° Du Journal d’agriculture pratiquerez numéros du quatrième trimestre 1874.
- 35° De la Revue d’architecture, les numéros 11 et 12 de l’année 1874.
- 36° De la Revue les Mondes, les numéros du quatrième trimestre 1874.
- 37° Du journal The Engineer, les numéros du quatrième trimestre 1874.
- 38° De la Société d’encouragement, les numéros du quatrième trimestre 1874 de son bulletin.
- 39° De la Société de géographie, les numéros du quatrième trimestre 1874 de son bulletin.
- 40° De la Société nationale et centrale d’agriculture, les numéros de mars et avril 1874 de son bulletin.
- 41° Des Annales des chemins vicinaux, les numéros du quatrième trimestre 1874.
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- 42° Do la Revista de obras publicas, les numéros du troisième trimestre 1874.
- 43° De la Revue des Deux Mondes, les numéros du quatrième trimestre 1874.
- 44° Du journal le Moniteur des travaux publics, les numéros du quatrième trimestre 1874.
- 45° Du Journal de Véclairage au gaz, les numéros du quatrième trimestre 1874.
- 46° Du journal de la Revue industrielle, les numéros du quatrième trimestre 1874.
- 47° Des Annales du Génie civil, les numéros du quatrième trimestre 1874.
- 48° Du Journal des chemins de fer, les numéros du quatrième trimestre 1874.
- 49° Du journal le Cosmos, les numéros du troisième trimestre 1874.
- 50° De la Société des Ingénieurs portugais, les numéros du deuxième trimestre 1874 de leur bulletin.
- 51° Dujournal la Semaine financière, les numéros du quatrième trimestre 1874.
- 52° Des Annales des Conducteurs des ponts et chaussées, les numéros du deuxième trimestre 1874.
- 53° Des Nouvelles Annales de la construction, les numéros du troisième trimestre 1874.
- 54° Du Portefeuille économique des machines, les numéros du troisième trimestre 1874.
- 55° Du journal la Houille, les numéros du quatrième trimeslre 1874.
- 50° Des Comptes rendus de VAcadémie des sciences, les numéros du quatrième trimestre 1874.
- 57° De l’Union des charbonnages, mines et usines métalliques de la province de Liège, les numéros du premier trimestre 1874 de son bulletin.
- 58° Du journal Engineering, les numéros du quatrième'trimeslre 1874. ' ’ , ; - c .
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- 69° Des Annales des ponts et chaussées, les numéros du deuxième trimestre 1874.
- 60° Société industrielle de Saint-Quentin et de ïAisne, le deuxième numéro de son bulletin de 1874.
- 61° Société académique dé agriculture, des sciences, arts et belles-lettres du département de F Aube, le tome XV de la quatrième série de son bulletin.
- 62° Institution of civil Engineers, le numéro de leurs Minutes of Proceedings de 1873.
- 63° Société des Ingénieurs anglais, le numéro de leurs Transactions pour l’année 1873.
- 64° Du Comité des forges de France, le numéro 87 du bulletin.
- 63° De la Société industrielle de Mulhouse, les numéros de juillet, août et septembre 1873 de son bulletin.
- 66° Del 'Association des anciens élèves de l'École de Liège, les numéros 27 et 28 de 1873 de son bulletin.
- 67° Des Annales des mines, les numéros des 3e et 4e livraisons de 1874.
- 68° De la Revue universelle des mines et de la métallurgie, les numéros du troisième trimestre 1874.
- 69° De l’Aéronaute, bulletin international de la navigation aérienne, les numéros du deuxième et troisième trimestre 1874.
- 70° Du Moniteur des fils, des tissus, des apprêts et delà teinture, les numéros du troisième trimestre 1874.
- 71° Société nationale des sciences, de Vagriculture et des arts de Lille, le numéro du premier trimestre 1874 de son bulletin.
- 72° A Magyar Mémôk-Egyesület Kôzlonye, les numéros du deuxième trimestre 1874.
- 73° De la Société des anciens élèves des Écoles d'arts et métiers, les numéros de son bulletin du troisième trimestre 1874.
- 74° De la Société Scientifique industrielle de Marseille, les numéros de l’année 1874 de son bulletin.
- 73° Société des Architectes et Ingénieurs du Hanovre, les numéros 8, 9, 10, 11 et 12 de 1873 de leur bulletin.
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- 76° Société des Arts d’Edimburgh, le quatrième numéro de 1873 de son bulletin.
- 77° De b Encyclopédie d'architecture, le numéro du troisième trimestre de 1874.
- 78° De l'Association amicale des anciens élèves de VEcole centrale des arts et manufactures, les numéros du quatrième trimestre de son bulletin de l’année 1874.
- 79° Institution of Mining Engineers, les numéros de leurs Transactions.
- 80° De l’Institution of Mechanical Engineers, les numéros du premier trimestre 1874 de son bulletin.
- 81° Annales industrielles, les numéros du quatrième trimestre 1874.
- 82“ De la Société des Ingénieurs civils d'Ecosse, leur bulletin du deuxième trimestre de 1874.
- 83° De la Société industrielle de Rouen, les numéros de leur bulletin pour l’année 1874.
- 84° De la Société de Physique, les numéros de son bulletin du deuxième trimestre de l’année 1874.
- 85° Du journal le Courrier municipal, les numéros du quatrième trimestre 1874.
- 86° Du journal le Moniteur, des chemins de fer, les numéros du quatrième trimestre 1874.
- 87° De la Gazette des Architectes, les numéros du quatrième trimestre 1874.
- 88° De la Société industrielle de Reims, les numéros de son bulletin de septembre et octobre de 1873.
- Les Membres admis pendant ce trimestre sont :
- Au mois d’octobre :
- MM. Adcock, présenté par MM. Bourdon père, Bourdon fils et Normand.
- Bonnin, présenté par MM. Badois, Belin et Jordan.
- Mollet, présenté par MM. Fichet, Jordan et Muller.
- Comme Membre Associé :
- M. Pimentel (de), présenté par MM. Loustau, Yaessen et Wissocq.
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- Au mois do novembre :
- MM. Caldaya, présenté par MM. Cornuault, Jordan et de Mastaing. Duthu, présenté par MM. Cornuault, Jordan et de Mastaing. Herbet, présenté par MM. Carimantrand, Jordan et Marché. Mangini (Lucien), présenté par MM. Desgrange, Jordan et Molinos. Mangini (Félix), présenté par MM. Desgrange, Jordan et Molinos. Powel, présenté pa^* MM. De Cœne, Haugtherson et Jordan. Verstraet, présenté par MM. Gérard, Le Cyre et Thomas (Pierre)-West, présenté par MM. Cornuault, Jordan et De Dion.
- Au mois de décembre :
- MM. Beaumetz, présenté par MM. Cornuault, Jordan etWurgler. Bornèque, présenté par MM. Cornuault, Jordan etMeiner.
- Deby, présenté par MM. Cornuault, Jordan et Virla.
- Duroeux, présenté par MM. Callon, Jordan et Muller.
- Estoublon, présenté par MM. Cornuault, Jordan et Tronquoy. Ferr, présenté par MM. Cornuault, Jordan ét Vée.
- Gargan, présenté par MM. Ghabrier, Jordan et Loustau. Guyenet, présenté par MM. Eiffel, Jordan et Sautter.
- Henry, présenté par MM. Callon, Courtin et Yigreux.
- Hoülon, présenté par MM. Cornuault, Jordan et Vée.
- Hugon, présenté par MM. Cornuault, Jordan et Vée.
- Jugnaüx, présenté par MM. Beudin, Bronne et Lemoine.
- Landry, présenté par MM. de Cœne, Jordan et Petit (Lucien). Légat, présenté par MM. Carimantrand, Jordan et Marché. Reydellet (de), présenté par MM. Cornuault, Jordan et Wurgler.
- Comme Membres associés :
- MM. Barbedfenne, présenté par MM. Chabrier, Jordan et Peligot.
- Piat, présenté par MM. Jordan, Peligot et Périssé.
- Robert de Beauchamp, présenté par MM. Jordan, Périssé et Richard.
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- RÉSUMÉ
- DES
- PROCÈS -YERBAUX DES SÉANCES
- DU
- IYE TRIMESTRE DE L’ANNÉE -1874
- Séîmce «Isa % ©cé«bSj>b»c H8T4.
- V
- Présidence de'M. de Mastaing, Vice-Président.
- La séance est ouverte à huit heures et demie du soir.
- Le procès-verbal de la séance cFu 18 septembre est adopté.
- M. de Président annonce le décès de M. Thirion (Oswal).
- M. Mallet présente sa communication sur les chemins de fer de montagnes. Il rappelle que, dans la séance du 20 octobre 1871, il a eu l’honneur de faire connaître à la Société les intéressantes applications faites par son ami et compatriote, M.Rig-genbach, alors ingénieur du matériel et de la traction du chemin de fer Central-Suisse, de la crémaillère pour l’ascension de rampes exceptionnelles. Ces applications étaient toutês1récentes,Té chemin de fer du Rigi ne fonctionnait que depuis quelques mois, celui d’Ostermündingen depuis quelques jours.
- Aussi, malgré le succès qui avait accueilli dès leur début ces hardies tentatives et la confiance personnelle qu’il avait dans leur avenir, M. Mallet crut-il à cette époque devoir être sobre de conclusions, et réserver à une expérience prolongée le soin de porter un jugement définitif sur la valeur de ce système.
- Dans sa communication d’aujourd’hui, M. Mallet se propose de faire connaître l’état actuel des lignes primitives avec leurs extensions, les résultats que la pratique a confirmés, et les nouvelles applications qui assurent dès maintenant au système à crémaillère une place sérieuse dans l’exploitation des chemins de fer.
- En 1871 le chemin du Rigi se composait de la section de Vitznauylsur le lac de Lucerne, au Staffel-Ilôhe, d’une longueur de 5,100 mètres, franchissant une hauteur
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- de 1,121 mètres, avec des rampes dont le maximum atteint vingt-cinq centimètres, par mètre. La partie comprise entre le Staffel-Hohe et le Kuhn, située sur le territoire d’un autre canton (Schwitz), a été concédée à une autre Compagnie qui a également une ligne du Staffel-Hohe à Arth sur le lac de Zug. Enfin une troisième ligne suit la crête de la montagne entre le Kallbad et le Rigi-Scheideck.
- L’ancienne ligne a eu ses bâtiments de station augmentés, les changements de voie complétés et une seconde voie posée entre Freibengen et le Kaltbad ; le matériel a été augmenté et se compose de 10 locomotives, 12 voitures à voyageurs et 4 wagons à marchandises; M. Mallet rappelle que la description complète du matériel fixe et roulant, ainsi que de la ligne, a été donnée dans les Mémoires et comptes rendus de la Société, 2me trimestre de 1871.
- Le chemin du Kalbad au Rigi-Scheideck a 6,700 mètres de longueur, il n’est encore exploité que dans une partie.
- Les rampes ne dépassent pas 5 pour 100, il n’y a pas de crémaillère, la voie est à l’écartement de 1 mètre. On y emploie des locomotives ordinaires à six roues couplées, pesant 16 tonnes; il y a d’assez nombreux travaux d’art sur cette ligne, le principal est un pont en fer de 50 mètres de longueur. Ce chemin appartient à une Société qui s’intitule la Regina Montium, et qui exploite en outre plusieurs hôtels sur le Rigi..
- Du Staffel-hohe au Kulm la différence de niveau est de 190 mètres et la pente maxima de 22 p. 100.
- Entre Arth, sur le lac de Zug, et le Staffel, la distance est de 9,150 mètres; il y a d’abord une section de 1,500 mètres entre Arth et Ober-Arth, avec des pentes maxima de 2 1/2 pour 100, et qui sera exploitée (car la-ligne n’ouvrira que la saison prochaine) par des locomotives ordinaires, cette section devant être exploitée d’une manière permanente et se reliant à Ober-Arth à la ligne du Saint-Gothard.
- Entre Ober-Arth et le Staffel le maximum des pentes est de 20 pour 100, le rayon des courbes 180 mètres.
- La voie et le matériel sont les mêmes qu’à la'première ligne du Rigi, seulement les chaudières verticales, qui présentent quelques difficultés de service et ont surtout des foyers trop petits, sont remplacées par des chaudières horizontales à tubes courts.
- Toutes ces lignes ont été construites pour le compte des Compagnies, par une Société fondée par M. Riggenbach, sous le nom de Société internationale pour la construction des chemins de fer des montagnes et dont le siège est à Aarau, Elle vient d’établir dans cette ville de grands ateliers où se fait la construction des locomotives, des crémaillères et autres appareils de la voie, des ponts, etc.
- Ces ateliers, qui ont coûté plus d’un million, peuvent occuper 1,500 ouvriers; i|s renferment un outillage très-complet, un atelier de montage pour 16 locomotives avec pont roulant de 30 tonnes, etc. Ils sont reliés à la ligne du chemin de fer Olten-Aarau-Zurich. Enfin un groupe de cités ouvrières y eSt annexé.
- Voici les points qu’on peut considérer comme acquis par une pratique de trois campagnes consécutives.
- L’usure des dents de la. crémaillère peut être considérée comme nulle. La roue dentée qui engrène avec la crémaillère, faite en acier Krupp de qualité supérieure, peut fonctionner au moins deux campagnes avant que l’usure soit notable. Les engrenages de transmission, également en acier, ont une durée encore plus considérable.
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- M. Mallet est heureux de signaler ce fait qu’il regarde comme particulièrement intéressant, si on le rapproche de l’expérience des engrenages faite au Semmering (voir à ce sujet le Bulletin du 2me trimestre de 1871).
- En somme on peut dire que M. Riggenbach est arrivé au succès dès la première application et que la pratique n’aura eu à suggérer que des modifications de détail d’une importance secondaire.
- Le chemin du Rigi aura eu, outre le succès technique, un succès financier presque sans exemple. Voici quelques résultats de l’exploitation des trois premières années.
- DÉSIGNATION. ANNÉES
- 1871. 1872. 1873. Août 1874.
- Nombre de jours Nombre de trains Parcours kilométrique total Parcours de chaque machine Nombre de voyageurs Proportion de voyageurs à la montée Tonnage des marchandises Recette totale Recette kilométrique 146 1972 10159 3386 60262 55.05 16001 258,228' 50630' 126575' 168 2875 86896 53.1 365605r 148 3830 24290 2429 96062 51.8 43091 496587' 81000' 200000' 31 40460 829‘ • 199883'
- Recette kilométrique fictive rapportée à l’année entière
- Le 17 août 1874, on a transporté 1,984 voyageurs et fait une recette de plus de 10,000 francs.
- En 1873, les dépenses d’exploitation ont été de 173,161 francs, représentant 34,8 p. % de la recette brute. L'excédant a permis de distribuer aux actionnaires un dividende représentant 17 p. 100 du capital; cette proportion avait été de 10 p. 100 en 1871 et de 15 p. 100 en 1872. En outre, pendant ces trois années, 200,000 francs ont été mis au fond de réserve. '
- 11 est intéressant de mentionner que les frais de traction s’élèvent à 4 fr. 90 par kilomètre, et la dépense de combustible à 1 fr. 41 par kilomètre. •
- Il ne faut pas perdre de vue, pour l’appréciation de ces chiffres, que chaque kilomètre correspond à une élévation verticale moyenne de 200 mètres.
- Le chemin de fer d’Ostermündingen fonctionne depuis trois ans avec un plein succès. M. Mallet rappelle que la machine qui le dessert est disposée pour^marcher avec crémaillère sur une rampe de 10 p. 100 et par adhérence sur les parties de niveau. Cette machine a fait son service sans interruption et sans accident depuis le mois d’octobre 1871.
- Une application très-intéressante, parce qu’elle est faite dans des conditions nor^ males et pour une exploitation permanente de voyageurs et de marchandises, est celle du chemin de Rorschach, sur le lac de Constance, station de l’Union-Suisse, à Heiden, distance 5,350 mètres; la différence de niveau franchie est de 382 mètres et le maximum des rampes de 9 p. 100 : c’est un chemin à crémaillère ; mais la vitesse de translation sera beaucoup plus grande qu’au Rigi; elle atteindra 12 kilomètres à l’heure. Les machines sont analogues aux précédentes, mais à chaudières horizontales. Cette ligne sera ouverte au printemps prQchain,
- La Société Internationale des chemins de fer de montagnes a encore construit
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- deux lignes en Austro-Hongrie, l’une à Vienne, de Nufsdorf au Kahleberg, longueur S,300 mètres, qui marche depuis quatre mois, la seconde à Peslh, entre Ofen et le Swabenberg, longueur 3 kilomètres, qui est ouverte depuis deux mois. Sur ces deux lignes les rampes sont de 10 p. 100 et les courbes de 180 mètres. Le matériel est le même qu’au Rigi.
- La même Société a la concession de la ligne Mendrisio Monte-Generoso, dans le Tessin, dont on fait en ce moment les études définitives. Une application importante est à l’étude en France et sera prochainement mise en exécution.
- En disant, il y a trois ans, quelques mots du système Wetli, M. Mallet partageait l’avis des experts nommés par le Conseil fédéral, savoir que des essais en grand pouvaient seuls éclairer la question et démontrer la valeur pratique du système.
- M. Wetli est actuellement entré dans la voie de l’application. Son système, dans lequel une sorte de crémaillère est formée par une série de rails obliques en Y, sur laquelle engrène une roue héliçoïdale, sera employé sur une ligne établie entre Wadensweil, sur le lac de Zurich, et Einsiedeln. On sait que Einsiedeln, ou Notre-Dame-des-Hermites, est un lieu de pèlerinage très-fréquenté du canton de Schwitz.
- Cette ligne aura 16 kilomètres environ de longueur, dont 10 en rampe continue de 6 p. 100.
- 11 n’y a de fait qu’un tronçon de 404m,50 en rampe de 5 p. 100, avec courbes de 300 mètres au minimum. La machine-locomotive avec laquelle se font les expériences est d’une construction assez barbare; elle a une chaudière verticale de 46 mètres carrés de surface de chauffe, fournissant la vapeur à deux cylindres horizontaux extérieurs de 35 centimètres de diamètre et 54 de course, qui commandent un arbre portant la roue héliçoïdale; cet arbre est accouplé à deux essieux portant des roues du même diamètre que la roue héliçoïdale, soit 0m,888. La roue héliçoïdale peut être soulevée de quelques centimètres pour échapper aux rails obliques, dans les passages à niveau, et pour passer dans les changements de voie.
- Cette machine est d’un poids trop élevé pour sa puissance, car elle ressort à 422k,9, et 378 si l’on déduit le tambour héliçoïdal, par mètre carré de surface; il est difficile, en outre, de maintenir la vapeur à une pression suffisante.
- Dans ces mauvaises conditions, M. Wetli a fait des expériences de traction sur son plan incliné en découplant successivement un ou deux des essieux porte-roues d’avec le tambour hélicoïdal.
- Sans entrer dans le détail de ces expériences, M. Mallet se bornera à mentionner que, avec les quatre roues accouplées seules, on a remonté, suivant l’état des rails, de 25 à 40 tonnes, tandis qu’avec les roues accouplées et le tambour héliçoïdal, la charge a été, en toute circonstance, de 55 tonnes, et a même atteint momentanément 60. La vitesse a atteint sans difficulté -15 kilomètres à l’heure. M. Wetli s’occupe en ce moment de construire une machine plus convenable.
- M. Mallet se plaît à reconnaître que M. Wetli a surmonté plusieurs des objections qui lui avaient été faites, notamment celles qui étaient relatives aux changements de voie et aux courbes. Il croit néanmoins que les questions qui touchent l’entretien et le service pratique, et qui sont les plus graves, ne seront résolues définitivement que par une exploitation sérieuse et prolongée.
- M. Mallet demande la permission, avant de terminer sa communication, de signaler un chemin de fer «d’un tout autre système que les précédents, et qui est en exécution en Suisse. C’est le chemin d’Ouchy, sur le lac de Genève, à Lausanne ; la
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- longueur est de 1,496 mètres et la différence de niveau franchie de 103 mètres. Le tracé est entièrement en alignement droit.
- La traversée du chemin de fer de la Suisse occidentale, sous lequel passe la ligne par un tunnel de 111 mètres, a nécessité un raccordement, et il en est résulté quelque complication.
- Entre les points extrêmes, la traction aura lieu par câble avec rampes de 55 millimètres et 116 millimètres; entre la gare de la Suisse occidentale et Lausanne, il y aura en outre une voie à traction pneumatique de 320 mètres de longueur.
- Les moteurs, pour les câbles et pour la compresssion de l’air dans le tube, sont des turbines alimentées par l’eau provenant de la dérivation des eaux du lac de Bret, situé à 10 kilomètres de Lausanne et à 150 mètres au-dessus. Cette dérivation, qui a pour but l’alimentation d’eau de Lausanne, est faite par une conduite en ciment dans les parties où il n’y a que peu de charge, en fonte dans les autres. On compte employer une partie de ces eaux pour produire de petites forces motrices à domicile.
- Les travaux du chemin de fer présentent des difficultés assez sérieuses pour le percement des deux tunnels, par suite de la constitution géologique du sol. Il faudra deux ans pour les terminer.
- Ces travaux sont exécutés sous la direction de MM. Lochmann, directeur, et Cuenod, ingénieur en chef, par M. Pillichody, entrepreneur général, membre de la Société; tous ces messieurs sont anciens élèves de l’École Centrale.
- Pour les appareils mécaniques, il n’y a encore rien de bien arrêté, des projets ayant été demandés à différents constructeurs.
- M. le Président fait observer qu’il n’est pas étonnant que l’emploi de la crémaillère ait suscité des appréhensions au point de vue de l’usure, car, en courbe, géométriquement il n’y a qu’un point de contact.
- M. Mallet répond que la pratique a montré que la crémaillère se comportait très-bien; il faut prendre soin de la graisser de temps en temps.
- M. Morandière voit que M. Mallet serait enclin à professer l’emploi des engrenages pour les locomotives ordinaires marchant à petite vitesse. Il reconnaît que les engrenages peuvent bien fonctionner dans les circontances indiquées par M. Mallet, et mettant à part la disposition du chemin du Rigi, il se demande si l’absence d’engrenages ne produirait pas encore de meilleurs effets, dans certaines machines, comme celle des carrières d’Ostermundingen, et comme les locomotives routières en général. Les engrenages donnent lieu à beaucoup d'entretien. Ils servent, il est vrai, à multiplier les coups d’échappement et à activer le tirage, mais on peut se demandér si la condition de 3 tours par seconde, généralement adoptée, se continue par routine ou est réellement nécessaire. Or, à cet égard M. Morandière peut citer l’exemple de toutes les locomotives à 6 roues couplées des chemins de fer français, lesquelles fonctionnent le plus souvent avec des trains de marchandises à la vitesse de un demi et même un.tour par seconde sur les rampes où leur effet doit être le plus grandj tandis que pour certains moments et certains trains plus rares, elles vont à trois tours et même trois tours et demi par, seconde. Dans les deux cas ces machines vont d’une façon aussi satisfaisante.
- Des machines à mouvement direct et à essieu coudé ont été construites par Sharp-Stewart pour un chemin type Larmanjat, en Portugal, leur mécanismesé’est bien comporté jusqu’à ce jour. :
- t M. le Président dit que des études ont été depuis .longtemps, .faites en ce .sens
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- pour les locomotives routières. Elles ont montré que le poids du mécanisme avec cylindres à action directe n’est pas inférieur au poids du mécanisme à engrenages; et, comme ce dernier fournit un bien plus grand nombre de coups d’échappement dans le même temps, il permet d’entretenir dans les foyers une activité de combustion indispensable pour faire produire au générateur la quantité de vapeur requise pour effectuer le travail moteur. Or il faut remarquer que sur les routes, comme sur les voies ferrées, l’effort de traction à exercer par le moteur croît avec la vitesse du convoi, et que cet effort, à partir d’une certaine constante correspondant au mouvement le plus lent, subit des accroissements qui sont sensiblement proportionnels à la vitesse du convoi. Or, la constante qui entre dans l’expression de l’effort de la traction sur les routes est moins vingt fois plus grande que la constante correspondante dans l’effort de traction sur les voies de fer, tandis que le maximum de vitesse possible et permise sür les routes est dix fois moins grand que sur les chemins de fer. Il en résulte que pour les machines routières l’effort de traction ne s’élève pas très-considérablement au-dessus de la constante, tandis que pour les locomotives il est plus sensiblement proportionnel à la vitesse. Comme la production de vapeur du générateur est, dans les deux cas, activée par l’échappement, et avait avec le nombre de coups d’échappement qui ont lieu dans l’unité de temps, la locomotive de chemins de fer produit à peu près sa vapeur proportionnellement au travail de traction qu’elle est appelée à faire d’après sa vitesse, et la machine routière a besoin que ses machines donnent un grand nombre de coups d’échappement, même en marchant aux plus faibles vitesses ; c’est ce qui rend l’emploi des engrenages indispensable ; il y a plus, l’influence de la constante sur l’effort de traction est si grande qu’il est nécessaire d’avoir un rapport de vitesses, entre l’arbre commandé par les cylindres et l’essieu moteur, plus élevé pour les petites vitesses de translation que pour les grandes, ce qui conduit à appliquer entre eux deux paires de roues d’engrenages donnant à volonté un rapport de vitesses plus faible, suffisant pour marcher en plaine ou à la descente, ou plus élevé, nécessaire pour monter les plus fortes rampes. La multiplicité des coups d’échappement permet aussi d’obtenir la vapeur nécessaire au moyen d’un générateur moins pesant, ce qui est d’une grande importanpe puisque la charge sur les roues motrices est limitée par les règlements administratifs, dans l’intérêt bien entendu de la conservation des routes. La machine Sharp citée appartient à un système de chemin de fer mixte, et il est difficile de rien conclure de son emploi, relativement aux locomotives routières*
- M. Gillot croit devoir apprendre à la Société qu’à sa connaissance il se fait des études sérieuses pour augmenter l’adhérence par l’électricité.
- M. Leloup demande quelles sont les dispositions prises pour le personnel d’une Compagnie qui ne fonctionne pas toute l’année.
- M- Mallet dit qu’une partie du personnel, tels que les chefs de gare, machh nistes, etc.* sont conservés. Des trains de matériaux se font de temps à autre, et le personnel s’occupe de la réparation du matériel. Au contraire le personnel de la voie est presque entièrement licencié.
- Répondant à un autre membre, M. Mallet dit qu’un cantonnier précède toujours le train à la descente.
- _JM. Marche termine la communication qu’il avait commencée à la précédente séance sur la Glassification^AÆi^s.
- Reprenant l'examen de la classification établie par les usines du Creusot, consî-
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- dérée d’abord comme représentant la moyenne des résultats obtenus à la suite d’expériences nombreuses sur des échantillons des marques d’acier les mieux classées dans le commerce, il fait ressortir les conséquences suivantes des chiffres inscrits au tableau des propriétés physiques des aciers :
- En ce qui concerne spécialement la qualité courante dite A, comprenant la géné* ralité des aciers Bessemer et Martin, utilisée habituellement en rails, bandages, essieux, etc., et dans les limites de dureté correspondant à ces applications, il résulte du tableau du Creusot que les allongements permanents à la rupture, mesurés sur des barreaux cylindriques de 200 millimètres carrés de section et 100 millimètres de longueur, variant suivant la dureté de 13 p. 100 à 29 p. 100 (le plus grand allongement correspondant à l’acier le plus doux, c’est-à-dire pour des aciers ayant la même pureté, à l’acier le moins carburé), la résistance à la rupture, par millimètre carré de section primitive, varie de 76 kilos à 45 kilos et en raison inverse de l’allongement, suivant une loi qui peut être approximativement représentée par la relation :
- 2A-J-F = 102;
- A représentant l’allongement à la rupture en centimètres par mètre de longueur, et F la charge de rupture en kilogrammes par millimètre carré de section primitive.
- L'allongement permanent des barreaux a pour conséquence une réduction de section, et la tige ne conserve pas la forme cylindrique ; il se forme un amincissement dans la partie rompue, et la rupture se produit suivant une section réduite qui n’est qu’une fraction de la section primitive ; cette section de rupture est d’autant moindre que la tige s’est plus allongée, que l’acier est plus doux.
- On désigne sous le nom de striction le rapport de la section rompue à la section primitive, et cetle striction, qui varie de 80 pour 100, chiffre correspondant à l’acier A, le plus dur de ceux considérés, se rompant sous 76 kilos par millimètre de section primitive, et avec 13 pour 100 d’allongement , à 39,5 pour 100 correspondant à l’acier A le plus doux dont l’allongement est de 29 p. 100 et la résistance de 45 kil., peut être approximativement représentée par les relations :
- 2=108 —2,4A=F + 6 —0,4a,
- dans lesquelles 2 représente la striction en tant pour cent de la section primitive.
- Le tableau du Creusot donne en outre les valeurs de la charge de rupture par millimètre carré de section de rupture, qui, tandis que la charge de rupture diminue à mesure que l’allongement permanent augmente, varie de 95k,2 à 114k, c’est-à-dire est d’autant plus grande que l’acier est plus doux.
- Enfin le même tableau donne la valeur de la charge correspondant à là limite d’élasticité qui varie pour les aciers considérés de 39 à 22k,5, l’effort de rupture variant de 76k,2 à 45k j elle est donc sensiblement égale à la moitié de la charge de rupture.
- Cet ensemble de données définit parfaitement une série d’aciers de même provenance, de même pureté, différant entre eux parla teneur èn carbone, èt essayés à la traction sur des échantillons semblables, en opérant de la même façon.
- M. Marché donrte ensuite, à titre de comparaison, les classements adoptés à Seraing (usines J. Cockerill) et à Neuberg (Autriche).
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- 1° Classification de J. CockerilL
- TENEUR CHARGE DE RUPTURE ALLONGEMENTS
- en carbone. par millimètre carré de section. à la rupture.
- JiÜOgT. pour 100.
- 0.25 à 0.35 48 à 56 20 à 25
- 0.35 à 0.56 ) 56 à 69 10 à 20
- 0.55 et au-delà. ! 69 à 110 5 à 10
- 2° Classification de Neuberg {Autriche).
- TENEUR en carbone. CHARGE DE RUPTURE par millimètre carré de section. ALLONGEMENTS à la rupture.
- kilogr. pour 100.
- 0.05 à 0.15 40 à 48 25 à 30
- 0.15 à 0.3S 48 à 56.5 20 à 25
- 0.38 à 0.62 56.5 à 73 10 à 20
- 0.62 à 0.88 73 à 89 5 à 10
- 0.88 à 1.12 89 à 105 5
- La loi qui relie les charges de rupture à l’allongement final est à peu près la même pour ces deux séries d’aciers, elle ne diffère pas beaucoup du reste de celle correspondant à la série A du Creusot. On a, par exemple, pour les mêmes charges de rupture :
- ALLONGEMENTS A LA RUPTURE. OBSERVATIONS.
- * SÉRIE DE NEUBERG. SÉRIE A DU CREUSOT1.
- kilogr. pour 100, pour 100.
- 48 25 27 1, En appliquant la
- 56.5 20 22.75 formule empirique
- 73 iri 14.5 2 A -f F - 102. 1 '
- Les allongements de la série du Creusot sont supérieurs, pour les mêmes efforts de rupture, de 2 à 4 p. 100. Cette différence est certainement due à ce que les essais sont faits sur des barreaux de même longueur, mais de sections différentes ; ceux du Creusot ont 200 millimètres carrés de section et les autres 175 à 180 millimètres carrés.
- Les essais suivants, faits par M. J. Banschiner sur une série complète de barreaux d’acier Bessemer provenant des forges de Ternitz, font bien ressortir l’influence de la forme et des dimensions des échantillons sur les allongements finaux à la rupture.
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- Ces essais faits sur des barreaux à section rectangulaire de 70 millimètres sur 1 lu,,6, soit 812 millimètres carrés, et ayant 0m,400 de longueur, ont donné en effet :
- TENEUR en carbone. EFFORT DE RUPTURE par millimètre carré de section. ALLONGEMENT à la rupture. 1 La série A du Creusot donnerait pour les mêmes charges de rupture, d’après la formule 2 A + F = 102, 1 les allongements :
- 0.14 44k . 3 21.8 % 28.8 o/o
- 0.19 47.85 20.1 27.1
- 0.46 53.60 18.1 24.2
- 0.54 56.0 17.0 23.0
- 0.66 63.0 13.7 19.5
- 0.79 68.5 10.25 16.75
- 0.87 73.55 8.1 14.25
- 0.96 83.05 6.65 »
- Si les aciers de Ternitz étaient de même qualité que ceux de la série A du Creusot* il en résulterait que des tiges rectangulaires de 812 millimètres carrés de section et de 0m,400 de longueur donneraient des allongements à la rupture inférieurs de 0 à 7 p. 100 à ceux produits sur des barreaux cylindriques de 200 millimètres carrés de section et 0m,100 de longueur.
- M. Marché entre à ce sujet dans quelques détails sur les circonstances qui accompagnent la rupture des barreaux cylindriques, et montre par divers exemples que, pour des tiges de même section, l’allongement proportionnel est d’autant plus grand que les tiges sont plus courtes. (Les croquis et les chiffres relatifs à cette partie de cette communication se trouveront dans la note in extenso qui sera publiée dans le bulletin.) Il insiste sur la nécessité d’opérer dans toutes les usines sur des échantillons de même forme et de mêmes dimensions si on veut obtenir des résultats immédiatement comparatifs.
- M. Marché donne ensuite les résultats d’essais faits à l’usine J. Cockerill, à l’occasion de diverses réceptions de bandages et d’essieux, sur des barreaux de 15 millimètres de diamètre (section 176m2,6) et 0m,100 de longueur, soumis, à l’aide d’une machine à pression hydraulique, à des charges croissantes après l’application de chacune desquelles on mesurait les allongements permanents obtenus. .
- Voici le résumé de ces essais faits à des époques différentes, auxquels nous joindrons trois essais faits par la Compagnie d’Orléans, sur trois barreaux représentant les termes extrêmes et le terme moyen de la série :
- m
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- DÉSIGNATION.
- Bandages de wagon...
- Id..........
- Bandages de machine. Bandages de tender..
- Id..........
- Essieux.............
- Id.............
- Essais de la Compagnie d’Orléans........
- Nombre du barreaux Résistance à la rupture par millimètre carré de section. Allongement à la rupture. OBSERVATIONS.
- k. pour îoo.
- 2 66.6 21.65 Correspond au n° b. C de la série du Creuso
- 3 51.3 21.23 »
- 3 52.4 24.3 Id.' 7. A id.
- 2 49.65 26.7 Id. 8. A id.
- 3 54.1 18.9 »
- 1 61.8 22.2 Id. aux n08 b-6. A id.
- 1 55.0 21.0 »
- Teneur
- en carbone
- 0.215 47.3 25.25 Id. 8. A id.
- 1 0.295 62.0 20.50 Id. b. a id.
- 1 0.55 1 92.0 11.75 Acier plus dur que le n° 1. A du Creusot,
- (Tous les détails relatifs à ces essais seront consignés dans la Note in extenso.)
- M. Marché a conclu de ces divers essais qu’il ne suffisait pas, pour une appréciation complète de la nature et de la pureté d’un acier, de le définir par sa résistance à la rupture et l’allongement proportionnel correspondant, et qu’il était utile d’observer la loi des allongements permanents produits par des charges successives^
- Il prend, comme exemple, un essai fait sur un barreau extrait d’un bandage de wagon qui a donné une résistance à la rupture de 67k.5 avec allongement total de 21 pour 100. La teneur en carbone était de 0.24.
- Les allongements permanents observés ont été respectivement :
- Charge par n/m* de section : 19k.2 26k.3 33k.4 40*.5 47k.6 54*.7 61*.9 64X.6 67*.5
- Allongements : 0 0“m.4 0.8 1.5 3 4.7 8.6 14.5 21ram
- En prenant pour abscisses les charges par millimètre carré de section, et pour ordonnées les allongements correspondants, on pourra tracer la courbe qui représente la loi d’accroissement de ces allongements.
- Il convient d’observer qu’à mesure que les allongements permanents se produisent, la section des barreaux diminue et qu’il sera plus exact de rapporter les allongements aux charges par “/m2 de section moyenne de la tige allongée (supposée cylindrique et de densité constante), qu’aux charges par unité de section primitive.
- On a alors :
- Chargepar m/in2 de section moyenne : 33k.T 41k.2 49k.i 57k.3 67k.t 74k.O 81k.G Allongements correspondants : 0mm.8 1.5 3 4.7 8,6 1.4.5 21
- L’examen de la courbe tracée avec ces éléments montre que la déformation permanente se produit suivant une loi qui comprend deux périodes distinctes : pendant la première période, qu’on peut désigner sous le nom de période de déformation régulière, les allongements permanents obtenus sont sensiblement proportionnels aux excès des efforts exercés sur l’effort correspondant à la limite d’élasticité, pour lequel l’allongement est nul.
- Si X est la charge par “/m3 de section moyenne,
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- a, l’allongement correspondant,
- L, l’effort par nVm 8 correspondant à la limite d’élasticité,
- On a :
- X-L
- »
- = une constante que nous désignerons par D, et appellerons le
- a
- coefficient de déformation régulière.
- Si, comme on le fait pour le coefficient d’élasticité, on exprime les efforts en kilo* grammes par mètre carré de section, et les allongements en mètre, par mètre de longueur, on trouve, dans l’exemple considéré :
- D = 504000000.
- Cette proportionnalité de rallongement à la charge cesse lorsque l’effort atteint une valeur Q (d’environ 64 kil dans l’exemple choisi) et qui représente la limite de dêfor-> mation régulière. '
- Pendant la seconde période, depuis l’effort Q jusqu’à l’effort R correspondant à la rupture, les allongements croissent plus rapidement que les différences entre les charges et l’effort correspondant à la limite d’élasticité ; mais l’examen de la courbe montre que la loi de leur variation peut encore être représentée par une droite beaucoup plus inclinée sur l’axe des X, que celle qui représente la loi d’allon«< gement pendant la première période :
- Si représente rallongement correspondant à la limite Q de la déformation permanente,
- X, l’effort exercé, a'l’allongement correspondant, on a ;
- V •— proportionnel à X—Q, .... j
- d’où
- x-Q
- ^ Q—L = une constante que nous représenterons par Dr et qu’on peut appeler le coefficient de déformation de rupture correspondant à la période de fluidité du métal qui s’allonge alors par une sorte d'écoulement. T . :,VJ ,
- A la rupture, on a l’allongement total A et la formule ci-dessus devient :
- A = «=± + S±û.
- D T D,
- Si on rapporte, comme ci*dessus, les charges et les allongements au mètre carré de section et au mètre de longueur, on trouve, dans l’exemple considéré :
- D; = 142000000.
- • .7 ' Ü(* :
- Les trois échantillons essayés par la Compagnie d’Orléans, à Seraing, et qui représentent les termes extrêmes et le terme moyen des aciers J. Cockerill, dans la limite des applications courantee^ournissentiles données suivantes: ,
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- Acier à 0.21 5 Acier à 0.295 Acier à 0.55
- de carbone de carbone de carbone
- DÉSIGNATION. correspondant correspondant plus dur
- au n° 8 A au n° 5 A que le nu 1 A
- du Creusot. du Creusot. du Creusot.
- Allongement proportionnel à la rupture A. 25.25 o/o 20.50 % 11.75 o/o
- Résistance par millimètre carré de sec-
- tion primitive F. 47k .3 62k 92k
- Résistance par millimètre carré de sec-
- lion moyenne Limite d’élasticité R. 59 .1 74 102.8
- L. 24 32 44
- Limite de déformation régulière... . Q. 46 60 84
- Coefficient de déformation régulière. D. 293 000 000 560 000 000 11 050 000
- Coefficient de déformation de rupture. Dr. 74 800 000 95 000 000 2 360 000
- M. Marché, en montrant que, pendant toutes les phases de la déformation par traction, les barreaux d’acier donnent lieu à des phénomènes bien définis et variant d’un acier donné à un autre acier plus carburé, se propose surtout de prouver que, dans les limites de la pratique, l’allongement à la rupture est bien un élément en relation connue avec la dureté et avec la pureté de l’acier, et pouvant par suite servir de base sérieuse à un classement raisonné. 11 insiste sur l’utilité, dans les essais, de recueillir toutes les données nécessaires pour définir complètement la loi de la déformation, convaincu qu’on trouve dans l’étude de cette loi des renseignements sur la nature et la qualité des produits qu’on ne pourrait obtenir, en dehors de là, que par l’analyse chimique et un contrôle impossible sur l’origine des matières premières employées dans la fabrication de l’acier.
- D’autre part, les différences de qualité ou de dureté d’aciers, qui donneraient aux essais les mêmes résistances avec des allongements différents, ou les mêmes allongements avec des résistances différentes, ne sont clairement établies qu’en traçant les courbes des allongements successifs.
- Ainsi le Creusot classe sous le même numéro de dureté les aciers de différentes qualités qui donnent le même allongement à la rupture : or ces aciers, sous des efforts moindres que l’effort de rupture : ne donnent pas les mêmes allongements; ils n’ont donc pas, à proprement parler, la même dureté, et si des pièces semblables étaient fabriquées avec ces différents aciers, des rails ou des essieux par exemple, elles manifesteraient, sous les mêmes chocs d’épreuve, des flèches différentes.
- L’examen de divers tracés montre que, par .exemple
- 1° De deux aciers ayant la même résistance, le plus pur est celui qui s’allonge le plus : c’est donc le plus doux; }-
- 2° Au contraire, de deux aciers ayant le même allongement à la rupture, le plus pure st le plus résistant et est en même temps le moins doux.
- Il serait donc utile, pour mettre les agents en mesure d’apprécier, d’après les résultats des épreuves auxquelles les consommateurs font soumettre les aciers qui leur sont fournis, ces nuances utiles à constater, que lés classements fussent accompagnés du tracé de courbes types représentant les limites entre lesquelles, pour des aciers d’une série demandée, devra se trouver la courbe des allongements obtenus.
- M. Marché pense, du reste, que, si, au point de vue général et comme représen-
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- tation d’une sorte de gamme complète de toutes les espèces d’acier que le Creusot peut offrir, la classification de cette usine est excessivement intéressante, au point de vue commercial elle pourrait et devrait être simplifiée. Des différences de 1 à 2 pour 100 sur les allongements de tiges de 0m,100 de longueur sont difficiles à constater dans des essais aussi délicats qui ne pourront être faits par des agents réceptionnaires avec la précision des expériences du Creusot, et d’ailleurs les nécessités mêmes de la consommation n’exigent pas un aussi grand nombre de types.
- Pour les usages courants et spécialement pour le matériel des chemins de fer, M. Marché propose, en conséquence, un classement en quatre séries dans lequel figurent les limites entre lesquelles peut varier l’allongement et la résistance, chaque série étant accompagnée du tracé des courbes types des allongements permanents pendant toute la période de déformation des barreaux.
- Voici ce classement (sauf les tracés des courbes types qu’on trouvera dans la Note in extenso) :
- Essais sur des barreaux cylindriques de 180 à 200 millimètres carrés de section et 0m. 100 de longueur.' 1. ACIERS très - doux. 2. ACIERS doux. 3. ACIERS durs. 4. ACIERS très - durs.
- Résistance par millim _ < tre carré de section; , . . ... J Aciers les primitive. (plUSpurs... 40 à 50k 50 à 60 60 à 70 70 à 80
- 45 à 55 55 à 65 65 à 75 75 à 85
- Allongement proportionnel à la rupture. 30 h 25 % 25 à 20 20 à 15 15 à 10
- M. Marché termine par l’examen détaillé des épreuves à la flexion et au choc stipulées dans les cahiers des charges des Compagnies de chemins de fer pour la réception des rails, des essieux et des bandages en acier. Toutes ces stipulations ont pour effet de définir indirectement les aciers exigés, comme le ferait l’indication de la résistance et de l’allongement à la rupture constatés sur des barreaux d’essais dans les conditions du classement ci-dessus.
- Il convient de les maintenir, mais on y pourra joindre la définition des essais à la traction : c’est ce que font déjà plusieurs Compagnies.
- Il sera utile, pour que cette dernière indication n’implique pas de contradiction avec les conditions résultant des essais sur les pièces mêmes, de faire l’étude de la flexion des pièces déformées dans la limite de ces essais, et de rechercher, par exemple, la relation qui existe pour une pièce soumise au choc d’un mouton entre les flèches permanentes produites et les allongements permanents constatés par les essais à la traction.
- M. Marché se propose de reprendre ultérieurement Ce côté de la question.
- * M. de Dion fait observer que les essais faits au Creusot ne conviennent que pour comparer des produits essayés à la même machine, ainsi que tous ceux faits sur des barres, où l’essai ne porte que sur l’allongement dans un sens, et non sur une déformation pour ainsi dire prismatique. L’influence du mode d’attache joue dans ces essais un rôle considérable. ^
- M, Buron dit que des conditions accessoires, telles que : la rapidité de l’expéri-
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- mentation, le soin et la lenteur avec lesquels les augmentations de charge sont produites, jouent un grand rôle. Quant à l’influence du modèle de machine, il peut citer ce fait, que des barreaux d’acier découpés dans une même barre et essayés à trois machines différentes ont donné trois résultats également différents.
- M. le Président. Il n’y a de doute pour personne que la classification du Creusot n’est comparable que pour des essais faits par lui. La communication de M. Marché ne peut être discutée sans avoir été imprimée et lue attentivement. Il remercie M. Marché, au nom de la Société, d’avoir cherché à faire cesser la confusion actuelle; les prescriptions des divers cahiers des charges pour fournitures d’acier trahissent des hésitations au sujet des conditions à imposer aux fournisseurs, et une méthode générale d’essai et de classificatiop est bien désirable.
- Séance du 16 Octobre 1874.
- Présidence de M. Jordan.
- La séance est ouverte à huit heures et demie.
- Le procès-verbal de la séance du 2 octobre est adopté.
- M. Périsse donne lecture de sa Note sur le four à gaz avec récupérateur de cha-leur, système Ponsard. *
- U rappelle d’abord l’extension prise par le four à gaz de M. Siemens, et il donne la description du four Ponsard, qui est essentiellement composé : f° d’un gazogène dans lequel le combustible à l’état solide subit une combustion incomplète et se transforme en gaz eux-mêmes combustibles; 2° d’un appareil à air chaud, chauffé par les flammes perdues, appelé par son inventeur récupérateur de chaleur, et placé en contre-bas du four proprement dit; 3® d’un laboratoire de four où les gaz du gazogène subissent une combustion complète au moyen de l’air chaud fourni par le récupérateur; 4° d’une cheminée.
- M. Pébissé présente les dessins des deux principaux systèmes de gazogènes (les uns alimentés à l’air froid, les autres avec de l’air chaud), du récupérateur Ponsard, et d’un four à réchauffer le fer.
- Il cite les principales applications qui ont été faites de ce système de chauffage,
- savoir :
- Chauffage et soudagé du fer.
- Fusion de l’acier et de la fonte. Réchauffage de l’acier.
- Puddlage du fer.
- Traitement direct des minerais de fer.
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- Traitement direct des minerais de zinc.
- Fabrication du verre à bouteilles»
- Fabrication du gaz d’éclairage.
- Fabrication des produits chimiques et notamment de la baryte.
- Chauffage des chaudières à vapeur.
- Il entre ensuite dans de nombreux détails sur les fours à chauffer le fer qui font plus particulièrement l’objet de sa communication.
- Il cite les résultats relatifs aux cinq fours suivants :
- i° Un four à chauffer et à souder, à la forge du Basacle à Toulouse, appartenant à M. Pelegry.
- Cet appareil marche depuis deux ans et donne industriellement plus de 50 p. 100 d’économie de combustible, et environ 1/3 à 1/4 en moins de déchets au four. A.lui seul, il produit 30 p. 100 de plus que^deux fours ordinaires.
- M. Pelegry, notre collègue, se fera un plaisir de laisser visiter son four Ponsard aux Membres de la Société des Ingénieurs civils, et leur donnera tous les renseignements que la pratique de cet appareil lui a procurés.
- 2° Four à réchauffer de la fabrique de ferronnerie de M. Dervaux-Ibled à Vieux-Gondé (Nord).
- En marche depuis quinze mois, cet appareil n’a pas encore subi de grande réparation : avec le four ordinaire, 100 kilogrammes d’écrous exigent pour leur fabrication 115 kilogrammes de houille, et avec le four Ponsard, 53 kilogrammes seulement. L’économie dans les déchets de fer est approximativement évaluée à la moitié.
- 3° Trois fours à souder, en Italie, alimentés avec du lignite, type bois fossile bitumineux. Deux de ces appareils sont installés à l’usine de San-Giovanni di Val d’Arno, avec deux fours à puddler et trois chaudières : soit sept appareils chauffés par les systèmes Ponsard. L’autre four à souder, décrit dans la note, marche dans la petite forge de Mammiano, dans les Apennins.
- Le poids de lignite brûlé par tonne de fer produite est à peu près égal au poids de houille consommée dans les forges françaises, pour la même fabrication. C’est'là un résultat très-intéressant pour notre pays, qui possède de nombreux gisements de lignites. Ces combustibles inférieurs peuvent être considérés aujourd’hui comme propres aux opérations métallurgiques. »
- M. Périsse aborde ensuite l’exahien de questions présentant Un caractère scientifique; après avoir rappelé la classification des houilles, sur laquelle il a basé Ses calculs, il examine quelle est la composition des gaz fournis par les gazogènes, avec les différents combustibles, houille, coke, charbon de bois, lignites, toürbes.
- S’appuyant sur les analyses faites, et sur les nombreuses recherches du savant chimiste, M. Berthelot, il montré que les gaz produits par la combustion incomplète des houilles contiennent non-seulement de l’o.xyde de carbone, de l’acide carbonique et de l’azote, mais aussi une forte proportion d’hydrogène, mélangé à de l’acétylène et autres hydrocarbures gazeux.
- Des moyennes de nombreuses analyses faites sur les gaz sont ensuite données, et avec elles les analyses des différents combustibles qui les ont fournis.
- M. Périsse examinera question, encore si controversée, des chaleurs spécifiques des gaz; après avoir rappelé que les capacités “Calorifiques dè!â solides et des liquides
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- augmentent avec leur température, il recherche si cette augmentation n’existe pas aussi pour les gaz produits par la combustion.
- Il étudie quelle est l’influence de la température et de la vapeur d’eau sur la composition des gaz, ainsi que l’influence du refroidissement.
- Les dépôts spongieux observés dans les conduites des gaz chauds des fours Pon-sard ont été soumis à l’analyse qui a décelé la présence d’une forte proportion de silice, analogue de tous points à la silice observée par MM. Troost et Hautefeuille.
- Dans deux tableaux, M. Périsse a résumé les renseignements relatifs à la production du gaz, calories dégagées et perdues, températures théoriques et températures observées, et évaluation en centièmes de la chaleur totale, des pertes dues à la formation des gaz combustibles, soit dans les gazogènes ordinaires, soit dans les gazogènes surchauffés.
- Les gaz produits par la combustion complète dans le laboratoire du four sont soumis au môme examen que les gaz combustibles dans le but de rechercher leur composition, leurs températures, etc.
- La dissociation étudiée par M. Henri Sainte-Claire Deville assigne une limite aux températures développées et c’est dans l’emploi de hautes pressions et dans la diminution de la proportion des gaz inertes comme l’azote qu’il faut rechercher les températures très-élevées.
- La nature des gaz, leur mélange plus ou moins intime, leur vitesse sont examinés au point de vue de la rapidité de la combustion et de la longueur des flammes.
- Des analyses, des tableaux analogues à ceux fournis pour les gaz, sont communiqués ensuite pour les produits de la combustion. Avec les fours à gaz, le combustible et le comburant étant de môme nature physique, et chauds tous deux, peuvent ôtre mélangés d’une façon beaucoup plus intime et en proportions convenables de sorte que, avec un excès d’air très-faible par rapport à la quantité théoriquement nécessaire, on arrive à la combustion tout à fait complète.
- Après avoir examiné quelles houilles doivent ôtre employées de préférence aux gazogènes, M. Périssé recherche, d’après les données théoriques et pratiques, le rendement des fours à gaz Siemens et Ponsard, c’est-à-dire les quantités de chaleur perdues et utilisées. Les chiffres prouvent que le four Ponsard a une supériorité sur l’autre, puisqu’il çoffduit à b à 6 pour 100 de plus d’économie dans le combustible lorsqu’il est fait usage du gazogène ordinaire, et à 10 à 13 pour 100 lorsque la production du gaz est faite au moyen d’air chaud provenant du récupérateur. De plus, le four Ponsard coûte presque deux fois moins cher que le four Siémens.
- La comparaison d’un four à réchauffer ordinaire ayant l’utilisation de ses flammes perdues par le chauffage d’une chaudière à vapeur placée à la suite, la comparaison indique que l’avantage reste toujours au four Ponsard. D’ailleurs il comporte lui aussi une chaudière à la suite, lorsqu’il est muni d’un gazogène ordinaire. Un autre chef d’économie existe ; c’est la diminution dans les déchets de fer qui, avec un four à souder chauffé par le gaz, se traduit par une cinquantaine de francs d’écono-miejournalière.
- En résumé, avec les appareils Siemens ou Ponsard, on obtient d’une façon régulière des températures plus élevées qu’avec les autres fours. Les causes de cette supériorité sont : le même état physique du combustible et du comburant, leur température initiale, la possibilité de les mélanger suivant les proportions théoriques sans employer un.excès d’air notable, la possibilité de faire cette combinaison au point môme ou elle est nécessaire et çelg. spus une légère pression qui met le labo-
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- ratoire du four et les matières contenues à l'abri des refroidissements et des altérations causés par des entrées d’air extérieur.
- Or, la rapidité du chauffage dépend évidemment de l’excès de température des flammes par rapport à la température à laquelle il faut porter la matière; aussi, dans les fours à gaz, arrive-t-on dans le même temps à une production plus grande, et à une importante économie de combustible, indépendamment de celle qui résulte de la récupération.
- Cependant les hautes températures n’ont pas dit leur dernier mot, et il sera possible de dépasser celles que l’on obtient aujourd’hui lorsqu’on pourra agir sous forte pression dans un laboratoire de four à gaz, construit en matériaux suffisamment réfractaires. Comme nous le disait notre savant président il y a quelquesmois : un duel sans rémission est engagé, entre le feu, dont on suscite les manifestations les plus violentes, et la matière dont on veut se servir pour le contenir, le maîtriser, la matière
- REFRACTAIRE.
- M. le Président remercie M. Périssé de sa très-intéressante communication qui sera reproduite in extenso dans le Bulletin trimestriel, afin que les membres de la Société puissent en prendre connaissance et que la discussion puisse s’ouvrir le plus tôt possible sur les différents systèmes de fours à gaz.
- MM. Adcoclc, Bonnin et Mollet ont été reçus membres sociétaires et M. Pimentel membre associé.
- Séance du 6 Novembre 1874.
- Présidence de M. Jordan.
- La séance est ouverte à huit heures et demie.
- Le procès-verbal de la séance du 16 octobre est adopté.
- M. le Président annonce le décès de M. Castor.
- L’ordre du jour appelle la communication de M. Jules Morandière sur un chemin de fer économique,
- M. Morandière désire expliquer, en commençant, que cette communication devait, à l’origine, porter sur un ancien projet de chemin de fer économique. Mais elle a été successivement retardée, et il a pensé qu’il serait plus dans les traditions de la Société d’entendre parler de lignes réellement exécutées; en conséquence, il se propose de présenter un ensemble de renseignements sur plusieurs chemins de fer secondaires existants.
- De nombreuses discussions ont eu lieu sur ce sujet devant la Société, et quelques
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- exemples ont été cités: ainsi les chemins de Mohdalazac, de Commetttry, du Flénu, d’Anvers à Gand, deNorwége, de Lambach à Gmünden, du Broelthal, etc.; récemment M. Goschler a rappelé les chemins d’Écosse, cité le Festiniog, le chemin de Budweiz à Linz, les tramways de Constantinople, etc.
- La construction des chemins de fer secondaires a pris beaucoup d’extension depuis cès dernières communications, et pour ne parler que des chemins de fer à voie étroite, nous résumerons ci-dessous un tableau donnant par ligne la nomenclature de ces lignes, leur largeur de voie, le poids de leurs rails, locomotives et wagons, etc. Ce tableau, qui est loin d’être complet, présente déjà les longueurs suivantes :
- Europe. En exploitation plus de 1 063 kil. ; en construction plus de
- Asie, Inde. — 276 —
- Canada. — 736 -
- États-Unis. — 1 655 —
- Divers pays. — 165 —
- 110 kil. 653 600 -5 000
- Ensemble plus de 3 895 kil.
- plus de 6 363 kil.
- En Europe, la France compte 52 kilom. de chemins industriels de cette nature en exploitation, 15 kilom. de chemins transportant voyageurs et marchandises livrés au service, et une foule de cette catégorie en construction ou projet. 33 kilomètres de chemin de mines existent en Algérie. Les pays qui en comptent le plus en exploitation sont : la Norwége 280, la Suède 263, la Russie 13.5, etc.
- Dans l’Inde, outre les chiffres ci-dessus, il existe 2 760 kilom. en projets, dont une partie sera à voie étroite, le reste étant fait à la voie normale de ce pays (lm,68), par raison stratégique seulement.
- Cette étude ne portera pas sur tous les chemins secondaires, et comprendra cinq parties, comme il va être dit.
- CHAPITRE Ier. — Chemins à voie de lm,50, mais construits en vue d’admettre seulement les wagons de la voie ordinaire* c’est-à-dire établis avec rails, traverses, etc., ne comportant qu’une charge de 7 à 9 tonnes par essieu de machine ou wagon. Comme, par exemple : les chemins de Norwége et de Suède dans leur 2e étape, — le chemin de l’Hérault dont le cahier des charges mérite une mention spéciale, — un projet en Alsace par MM. Gambaro et J. Morandière, — le chemin de Yalkany à Perjamos (Hongrie), — le chemin de Brünig (Suisse), — le chemin de l’Uetli, — un chemin du Nord-Est Suisse, — plusieurs chemins dans l’Inde, — un chemin agricole du duc de Buckingham, de Qùainton à BrilL
- CHAPITRE II. Chemin de fer à voie réduite. — Lès États-Unis ont adopté des chemins de cette nature pour de grandes longueurs, et même des lignes destinées à devenir internationales, mais, si nous supposons des chemins à voie réduite intercalés au milieu d’un réseau à voie de lm,50, nous aurons, sans conteste, des chemins d’intérêt local. Les frais de transbordement imposés â ces lignes seront peü considérables si les précautions voulues sont prises, et sll est fait un grand usage de caisses passant au moyen de grues d’un wagon-plateforme sür üh autre : système déjà usité pour certaines marchandises, — marée, poteries, etc., sür les grandes lignes.
- L’un des principaux avantages de la voie réduite, au point de vue de l’eXploita-tioüj est là grande diminution du poids mort transporté. Le poids des véhicules
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- ordinaires a été toujours en augmentant par suite de l’accroissement de la longueur et de la vitesse des trains de toute nature. Avec les chemins à voie réduite, c’est-à-dire à trains courts marchant au plus à 50 kilomètres à l’heure, les conditions sont à peu près les mêmes qu’à l’origine des chemins de fer et le poids mort, rapporté à l’unité de charge, peut être diminué de 1/3 à moitié.
- Nous pouvons citer en première ligne trois cheminé placés parallèlement à une route, comme celui dit « Broëlthal, » mais avec rails en saillie et non au niveau de la route. Ce sont : en France la ligne de Lagny (près Paris) à Yillëneuve-le-Gomte et Neufmoutiers, avec prolongement décrété jusqu’à Mortcerf; en Italie, la ligne de Turin à Rivoli ; en Suisse, le chemin de Lausanne à Echallens, garni de matériel fixe et roulant provenant de la liquidation du chemin provisoire du Mont-Cenis, système Séguier-Fell. Ces trois lignes, comme le Broëlthal prolongé, transportent des voyageurs et des marchandises.
- Parmi les chemins purement industriels, se trouvent les suivants : mines de Roche-belle (Gard), — mines de Cessous et Trébiaü (Gard), — Mokta-el-Hadid (Algérie),—* Dinorwic (Angleterre), — ârSénal de Chatam, — Banat (Hongrie), — embranchements du Oberschlesische (Prüsse), — San Leone (Sardaigne), — Montepone (Sardaigne), — chemin de terrassements du Nord-Est-Suissé, — mines du Laurium (Grèce), — chemin agricole de Buskoet-Park en Angleterre.
- Voici maintenant une liste de chemins transportant des voyageurs : Tallylin (Angleterre), — État de Norwége, — lignes diverses en Suède, — Livonie (Russie), Novgorod à Tchudowa (Russie), — Ebensee à Ischl (Autriche), — Scheidek (Suisse),
- — Société des chemins secondaires (Suisse), — projet de chemin du lac de Côme au lac Majeur (Suisse et Italie), — chemin de fer de l’Inde, — Queensland (Australie), Kaissara (Nouvelle-Zélande), Dunedin et Port-Chalmers (Nouvelle-Zélande),—-Glascow et cap Breton (Nouvelle-Écosse), — Toronto à Bruce, Toronto à Nipissing et divers (Canada), chemin en bois (Canada), —iDenver et Rio-Grande (Colorado) et divers (États-Unis), — Pimentel et Chiclayo, — Patillos (Pérou), — Tongoï (Chili),
- — Carizel (Chili), — Canla-Gallo (Brésil), — Matanzas (Havane), — Madeira à Ma-moree (Bolivie), — etc.
- Les conditions d’établissement de ces chemins de fer sont des plus variées, nous nous contenterons dans ce résumé de signaler les termes extrêmes. Un tableau inséré au Bulletin donnera ces renseignements pour chaque ligne, ainsi que quelques prix de construction. Il existe en quelque sorte des chemins de fer à tous prix.
- Les largeurs de voie varient de 0,45 (arsenal de Chatam), a lm,22. Les plus Usitées sont celles de 0m,76, 0m,93 (États-Unis), 1 mètre (Lagny, Inde), et 1“,067 (Norwége, Russie). Les poids des rails sont de 12* 16, 17.5, 20, 23, 26 et 31 kilos par mètre courant. —
- Rails de 12 kilos en acier (Cessous et Trébiau), l’espacement moyen des traverses est de 0m,60 pour des essieux de locomotives exerçant une pression de 4 tonnes. Les traverses ont L50 4-0.10 •+• 0*12 pour une voie de 0.766.
- Rails de 16 kilos (Lagny), traverses espacées en moyenne de 0“V75 et ayant 1*60 4- 0.10 + 0.16 : locomotives de 4L5 par essieu.
- Rails de 20 kilos en fer (Norwége), traverses espacées de G"*,76, en bois de sapin, demi-rondes de 0.22 de diamètre et de-lm,80 de longueur. Les locomotives ont
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- 7 tonnes par essieu. Pour le Chemin de Mokta, les rails sont en acier, les traverses ont 0.12 sur 0.20, les autres conditions étant analogues.
- Rails de 24 kilos (Suisse), espacement moyen des traverses 0m,98 : les traverses ont l^.ôO de longueur, et les locomotives exercent une pression de 7‘.b à 8 tonnes par essieu.
- Les courbes de plus petit rayon, 2b mètres de rayon, se trouvent sur le chemin de Cessous à Trebiau, et les rampes de plus forte inclinaison, b centimètres par mètre, sur le chemin de Scheideck.
- La vitesse des trains varie sur ces diverses lignes de 10 à 3b et même 40 kilomètres à l’heure.
- CHAPITRE III. — Largeur à donner aux chemins à voie étroite. — M. Spooner, l’ingénieur du Festiniog, conseille 0“,76; M.Fairlie ne veut que de la voie deOm,91 ; l’administration royale dans l’Inde anglaise a adopté 1 mètre; les États de Norwége et de Russie ont choisi lm,067.
- Une grande latitude doit être laissée à ceux qui établissent les chemins. La voie deOm,91 paraît une limite inférieure pour le bon établissement des voitures à voyageurs. Leur largeur ne doit pas dépasser deux fois et demie celle de la voie, et il faut environ 2m,40 à2m,50 pour avoir une bonne utilisation de voiture à couloir intérieur ou extérieur.
- Une commission de l’Union des chemins de fer allemands a conclu qu’il était de l’intérêt général de n’avoir que deux largeurs de voie : 1 mètre lorsque te chemin devra transporter des voyageurs, et 0m,7b s’il est seulement industriel. La Suisse a pratiquement adopté et suivi cet avis.
- , CHAPITRE IV. — Des tramways considérés comme chemins économiques. — Les chemins de cette catégorie procurent l’économie de la construction de la chaussée; mais le type de la voie employée jusqu’à ce jour diminue cet avantage au point de l’annuler parfois; en outre, la résistance à la traction est double et triple, en beau temps, de ce qu’elle est sur rails en saillie. <
- Les exemples de tramway à vapeur sont rares, même en Amérique. A Chicago, des locomotives sans feu sont employées : la chaudière, remplie d’eau chaude à 15 atmosphères, peut fonctionner pendant plusieurs heures. Le tramway de Bou-gival, près Paris, doit être transformé et muni de locomotives; toutefois ce ne sera pas un chemin économique, la voie devant coûter 3b 000 fr. par kilomètre, d’après Y Officiel du 13 octobre dernier. Le même journal nous apprend que l’extension des chemins de fer sur les routes est retardée en France par une question administrative dont la solution est à l’étude. Une loi permettrait de dresser procès-verbal à ceux qui stationneraient ou laisseraient stationner sur la voie des bestiaux, voitures, etc. En outre, nous croyons savoir que la disposition de voie adoptée au Broelthal, c’est-à-dire absence de contre-rail et passage du boudin ménagé au moyen d’une dépression de la chaussée, serait adoptée. Les contre-rails sont gênants pour les voitures qui suivent la route. A Lille, l’espacement réservé était de 4 centimètres, dans le but de faire passer dans les rues, la nuit, les wagons du chemin de fer du Nord; il a fallu renoncer à ce service et ramener l’écartement à 3 centimètres.
- Quelques essais ont été faits pour diminuer le prix de la voie des tramways, en supprimant le rail formant gouttière et formant le passage du boudin par des pavés entaillés, ou par une dépression de la chaussée. A Bruxelles et à Louvain, un rail
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- en U, de 10 kilog., a été employé. L’usine de Seraing a laminé pour l’Amériqîe du Sud un rail Yiguoles à tête de forme particulière. A Stuttgart et à Strasbourg, un rail du genre Hartwich, de 0.185 de hauteur et entretoisé par des barres de fer, a été adopté sans longrines ni traverses en bois. Cette voie pèse 55 à 60 kilog. du mètre courant.
- En résumé,'un chemin établi en tramway sera moins cher qu’un chemin établi sur une plate-forme spéciale, mais sera plus cher, dans la plupart des cas, que le chemin établi avec rails en saillie sur une route convenablement élargie.
- CHAPITRE Y. — Frais d’exploitation. — Les lignes mises en service jusqu’à ce jour sont une copie réduite de l’exploitation des grandes lignes. Aucune d’elles ne réalise complètement le système de la diligence transportée sur rails, passant dans les villages, devant un bureau de correspondance, etc. Il n’est donc pas étonnant de voir les frais d’exploitation rester élevés.
- Dans un livre intitulé : l'État actuel des chemins de fer, MM. Du Lin et Fousset, l’un directeur de l’exploitation commerciale, l’autre ingénieur, du chemin de fer de Mammers à Saint-Calais, nous font part de leur expérience sur ce sujet, et donnent comme dépense minima par kilomètre et par an :
- Service commercial...........................•............ 1 700 fr.
- Service technique........................................... 2 300
- Ensemble........................................ 4 000
- Annuité de réfection du matériel............................ 1 000
- Total des dépenses......................... 5 000
- Ce chiffre s’élèverait graduellement à 6 000 fr., à mesure que la recette kilométrique passerait de 5 000 à 12 000 fr.
- Les Annales des Ponts et Chaussées de juillet 1874 contiennent un intéressant travail de M. Lavoine, sur les chemins de Suède et de Norwége, où il est donné des renseignements précieux sur les dépenses de l’exploitation.
- Grâce au bon marché de la main-d’œuvre, au faible poids mort remorqué, à la bonne utilisation du matériel, et probablement au peu d’exigence du commerce de ces pays, les dépenses ont pu descendre à des chiffres très-bas : en Suède 3 000fr., et en Norwége 2700 fr. par kilomètre, pour des recettes respectives de 6 300 et 3 400 fr. Comparées aux dépenses des chemins à voie de lm,50 dans la même contrée, les voies étroites présentent un avantage dans le rapport de 3 à 5 environ.
- Annexes. Chemins divers. — Nous examinerons maintenant quelques lignes ne
- rentrant pas directement dans l’une des deux catégories précédentes.
- 1 ... ,, *' ' '
- Système Handyside, pour gravir les rampes. — La locomotive se remorque sur la rampe, en laissant le train au pied de celle-ci et en déroulant une chaîne qui reste attachée au convoi. Arrivée au sommet'/la machine se fixe au rail au moyen d’une sorte de grapin, et un treuil à vapeur qu’elle porte remonte alors la chaîne et le train. ^
- Tramways de Lisbonne, — Il s’agit ici d’un chemin hors de Lisbonne, de 80 kilomètres environ de longueur , en partie placé sur une route, dans le système Larmanjat. La voie comporte un rail médian et deux bandes latérales en bois,-Les locomotives
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- sont à mouvement direct, sans intermédiaire d’engrenages. Soit par suite de mau^ vaise construction, soit par suite, croyons-nous, des défauts de principe inhérents au système, ce chemin, qui a coûté près de 100 000 fr. par kilomètre, n’a pas rendu les résultats espérés et ne donne lieu qu’à une exploitation très-irrégulière,
- Chemin de fer élevé à New-York. — Six kilomètres de chemin monté sur travées de 18 mètres, supportées par des piliers composés de quatre colonnes, fonctionnent dans une avenue. On y trouve des courbes de 16m,5 de rayon, et des inclinaisons de 0,023 par mètre. Les locomotives, du poids de 8 tonnes et à quatre roues, présentent l’aspect extérieur d’un wagon pour ne pas effrayer les chevaux.
- Chemin von Weber. — La Société se rappellera ces projets de lignes à voie de de lm,50,rasant le sol, sans ballast; la locomotive qui devait compléter cet ensemble était d’un nouveau type où le mouvement était commandé.jpar des galets lisses reposant sur les bandages des roues motrices. Un essai de locomotion de ce système a eu lieu en Autriche, mais sans succès.
- Tableaux divers. — Outre la liste des chemins à voie étroite dont nous avons parlé, des tableaux contiendront des renseignements sur la voie et sur divers modèles de locomotives et véhicules pour chemins secondaires.
- . Séance du 20 Novembre 1874.
- Présidence de M. Jordan.
- La séance est ouverte à 8 heures 1/2. ! '
- Le procès-verbal de la séance du 6 novembre est adopté. ,,
- M. le Président a le douloureux devoir d’annoncer à la Société la perte qu’elle a faite d’un de ses vice-présidents, et s’exprime ensuite en ces termes :
- î deJlasiamg.. que vous avez pu voir à notre dernière séance, assis à ce bureau,
- tombait ie surlendemain, dimanche, 8 courant, victime d’un accident déplorable dans une visite d’usine aux environs de Paris. Ce n’est pas ici le moment de nous arrêter sur les circonstances de cet accident : vous savez probablement tous que notre pauvre et cher collègue a été comme foudroyé pâr la rupture d’une pièce d’appareil centrifuge. La mort5l'a saisi sans qu’il ait pu la voir venir, et dans une occasion où il né s’attendait certainement à aucun risque puisqu’il avait conduit avec lui une de ses petites filles. Cette nouvelle a consterné votre comité et votre bureau, et c’est le coeur rempli d’une profonde émotion, d’une, sincère affliction, que nous nous sommes rencontrés le mercredi suivant pour rendre les derniers devoirs à notre camarade.
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- « Il était impossible, j’en suis sûr, au plus froid d’entre nous, en disant adieu pour toujours à cet ami que nous avions vu, peu de jours avant, si plein de santé et d’entrain et qui venait d’être si brusquement séparé de tous ses intérêts, de toutes ses affections par un événement tellement imprévu par lui, il était impossible de -ne pas songer que nous pouvons tous, nous, soldats de l’industrie, peut-être plus que d’autres, tomber comme lui sur nolrechamp de bataille au moment le plus inattendu, et de ne pas sentir que nous devons toujours être prêts à franchir le redoutable horizon qu’il a franchi si brusquement.
- « Louis Tavielde Mastaing était né en 1830 à peu de distance de Paris : il avait fait ses études à l’École Centrale dont il était sorti en 1851, dans la même promotion que M. Molinos, votre ancien président, et M. de Dion, votre vice-président. Les trois premières années de sa carrière furent consacrées, dans le cabinet de MM. Thomas et Laurens, à des études de moteurs à vapeur et d’appareils métallurgiques* Après cette sorte d’apprentissage sous des guides expérimentés, et à leur exemple, il s’associa avec un camarade, M, Ch. Thirion, pour la création d’un cabinet d’ingénieurs civils où, pendant un laps de huit années, il eut à s’occuper des questions les plus diverses. Chauffages, ventilations, séchages, moulins, mégisseries, raffineries de sucre, forges, travail du caoutchouc, ciments artificiels, chaudières et moteurs à vapeur et à air chaud, tels furent quelques-uns des travaux de l’association. C’est pendant cette partie de sa carrière queM.de Mastaing acquit cette diversité encyclopédique dp connaissances industrielles qui en fit plus tard un collaborateur si précieux pour les grandes entreprises qui se l’attachèrent.
- « Il avait cependant, à cette époque, une certaine préférence pour la métallurgie : la même année où il s’associait avec M. Thirion, il était nommé répétiteur du cours de métallurgie à l’École centrale, et il s’est occupé d’installations de forges et de laminoirs dans plusieurs occasions.
- « Lors de l’Exposition universelle de 1862, l’association Thirion et de Mastaing repré-sentait à Londres plus de 200 des principaux industriels et constructeurs français. De Mastaing procéda à l’installation de tous ces exposants, et . ses travaux furent assez remarqués pour que la Commission française, au milieu des embarras de l’installation générale, lui demandât un concours'qu’il prêta avec une intelligence, un talent et une délicatesse hautement appréciés, pour l’installation des machines de notre section. Ainsi qu’un des anciens membres de cette Commission nous en témoignait hier encore, de Mastaing rendit des services qui l’ont classé parmi les plus méritants des collaborateurs de la Commission : celle-ci lui décerna une médaille personnelle après la clôture de l’Exposition. 1
- « En 1863, il était appelé, par suite du décès de notre regretté M. Faure, à le remplacer comme professeur du cours de résistance des matériaux à l’École Centrale, et il remplit avec succès et distinction ces fonctions jusqu’en 1872. .üï
- «En 1865 il était entré à la participation J.-F.Cailet C1®, et Compagnie de Fives-Lille comme ingénieur conseil : l’étendue et la diversité de ses connaissances acquises par l’exercice même de la profession d’ingénieur civil, son goût particulier pour ' î’étude théorique des questions de mécanique l’avaient désigné au choix de ceux qui lui accordaient leur confiance. Depuis 1870 il était exclusivement attaché à la Compagnie de Fives-Lille comme ingénieur chargé de l’examen de tous les procédés nouveaux et de ,1a direction des affaires de sucrerie.. Ses occupations en cette qualité étaient devenues telles qu’il avait dû, en 1872, au grand regret de ses collègues, abandonner ses fonctions de professeur à l’École Centrale et donner sa démission. Il a pris
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- part à toutes les grandes affaires de sucrerie effectuées par les maisons auxquelles il était attaché, et il avait acquis dans cette spécialité une autorité que vous connaissez tous. Yous l’avez entendu, il y a peu de mois, exposer dans une de nos séances,à la demande de mon prédécesseur, et pour servir d’introduction à une série de communications spéciales, l’ensemble de l’industrie sucrière française avec une méthode et une clarté qui indiquaient le maître. Bien des fois il est intervenu dans nos discussions sur les sujets les plus variés d’une façon impromptue et toujours originale; je me rappelle encore une discussion qui eut lieu il y a quelques années, et dans laquelle, poussé par sa passion pour la vérité mathématique, il passa vivement au tableau noir et, dans une exposition improvisée, nous rappela, en la complétant et en en discutant les divers points, toute la théorie des régulateurs parallélogrammes, avec un entrain et une lucidité qui nous tinrent tous sous le charme. A cette connaissance profonde, à cet amour de la théorie, il joignait un tact exercé, un bon sens pratique qu’on ne trouve pas toujours associés au même degré avec elle. Membre de notre Société depuis 1855, vos suffrages, j’en suis persuadé, l’eussent prochainement appelé à occuper ce fauteuil de la présidence.
- « Mais je termine ici cette rapide revue des travaux de l’ingénieur pour dire quelques mots qui sont dus au camarade et à l’ami. Tous ceux qui ont fréquenté de Mastaing, tous ceux qui ont eu avec lui, même de simples rapports d’affaires, connaissaient sa serviabilité et son aménité de caractère. Malgré le peu de temps que lui laissaient ses travaux, il était toujours prêta rendre service à ceux qui recouraient à lui. Appelé par ses fonctions à avoir affaire à la classe susceptible des inventeurs, il savait n’être désagréable à aucun, tout en exprimant nettement sa manière de voir : les rapports de service devenaient avec lui des rapports d’amitié. Comme collègue, comme ami, il était aussi aimable dans ses manières que sûr dans ses relations. Aussi tous ceux qui l'ont connu prennent-ils une part sincère à la douleur de sa veuve et de ses deux pauvres orphelines. »
- M. le Président annonce également le décès de M. Gaildry (François), ancien inspecteur général des ponts-et-chaussées du gouvernement de la Roumanie.
- M. le Président annonce que la Société a reçu de Madame veuve de Perpigna la collection complète des Brevets d’invention de 1811 à 1858, 60 volumes et 35 atlas, et la collection des Bulletins de la Société d’Encouragement, depuis 1801 jusqu’à 1850, 57 volumes. Ces deux importantes collections sont parfaitement reliées.
- Outre l’intérêt qui s’attache à ces deux collections, ce don est d’autant plus précieux pour la Société, que c’est le premier qui lui est offert par une personne étrangère.
- M. le Président est l’interprète de la Société tout entière, en exprimant ici tous ses remerciements à Madame veuve de Perpigna, dont le nom figurera dans les archives de la Société parmi ceux des donateurs.
- M. Marché, en l’absence de M. Ogier, donne lecture de son Mémoire sur la fabrication et l’emploi du Caoutchouc vulcanisé.
- M. Ogier expose dTÏbord que la ïabrication du caoutchouc vulcanisé qui avait à l’origine obtenu de très-beaux résultats et vu se multiplier à l’infini les applications de ce produit, est arrivée à la période de difficultés que traversent toutes les industries après un certain temps d’existence, sous l’action de la concurrence.
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- Celte concurrence, surexcitée par les bénéfices considérables et peut-être exagérés des premières installations, a eu pour effet la hausse des matières premières dont la production est limitée et la baisse des prix de vente, puis pour conséquence le recours aux falsifications auxquelles ne se prêtait que trop la préparation du caoutchouc. La qualité des produits diminuant, les applications s’arrêtèrent et les consommateurs en présence d’une fabrication peu connue, sans autre garantie que la garantie illusoire de la densité, recevant des produits sans aucun rapport avec les produits primitifs, en sont arrivés à l’abandon d’une foule d’applications heureuses; celles de nécessité absolue ont pu seules survivre.
- On ne peut réagir contre cette tendance qu’en fournissant des moyens de contrôle sérieux déduits des conditions mêmes de l’emploi des pièces, l’application de ces moyens de contrôle ayant le double effet de faire accepter aux consommateurs une élévation du prix des objets fabriqués en rapport avec la qualité nécessaire de la matière première et de contraindre les producteurs à renoncer aux falsifications qui ne réduisent le coût des objets qu’en en altérant les propriétés jusqu’à en rendre l’emploi impossible.
- L’indication des essais pratiques à faire subir aux objets en caoutchouc est le but spécial que M. Ogier s’est proposé d’atteindre dans la Note qu’il présente à la Société.
- Le caoutchouc, composé d’hydrogène et de carbone, se recueille sous forme de suc laiteux exsudant à la suite d’incisions pratiquées à certaines variétés d’arbres qui croissent à peu près dans toutes les terres intertropicales.
- Après dessiccation partielle, ce suc nous est expédié sous forme de poires, boules, plaques, etc., qui contiennent toujours une forte proportion d’eau et généralement une grande quantité de matières étrangères, terres, bois, résines et autres.
- Ce caoutchouc naturel nous arrive sous des aspects différents, chaque pays producteur ayant sa manière particulière de le recueillir et de le.sécher. Si l’aspect en est variable suivant les contrées, la qualité l’est encore plus, de là des différences de prix de vente allant du simple au double. Ainsi le prix des gommes d’Afrique étant i, celui des gommes du Para est égal à 2 et même 2 1/2. r.
- Complètement pur, le caoutchouc est solide, blanc, d’une densité de 0.925, inaU taquable aux alcalis et aux acides, mais cependant détruit par l’acide sulfurique et l’acide nitrique bouillants ou à froid par un mélange de ces deux acides. 11 est plus ou moins soluble dans la térébenthine, les huiles .de houille liquides, l’éthèr sulfurique, le sulfure de carbone et tous les corps gras. r
- A la température ordinaire, 15 à 20°, il possède une grande élasticité qu’il perd à une température inférieure à 0° et supérieure à 50°, et ses surfaces fraîchement coupées se soudent à elles-mêmes avec la plus grande facilité.
- Les objets fabriqués avec le caoutchouc normal, malgré tous leurs avantages, avaient l’inconvénient de durcir au froid et de se ramollir à la chaleur, aussi les usages du caoutchouc n’auraient jamais atteint un grand développement sans la découverte de la vulcanisation.
- Si on mélange une proportion déterminée de fleur de soufre à du caoutchouc convenablement lavé, séché et malaxé, et qu’on place le produit ainsi obtenu dans des conditions telles, qu’il y ait cristallisation du soufre, une transformation complète s’opère : le produit était mou et cassant, il devient tenace et élastique; il était adhésif, se soudait à lui-même et se dissolvait facilement dans les essences, il ne se
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- soude plus et est complètement insoluble dans tous ses dissolvants connus ; enfin il durcissait au froid et se ramollissait à la chaleur, il conserve son élasticité depuis la température la plus basse jusqu’à la température la plus voisine de soif point de décomposition, qui est à peu près 180°.
- Le caoutchouc ainsi transformé a reçu le nom de caoutchouc vulcanisé.
- M. Ogier passe en revue les diverses méthodes employées pour la vulcanisation : emploi d’un dissolvant du caoutchouc susceptible d’être mélangé à un composé sulfuré qui se décompose facilement en abandonnant du soufre libre (deutochlorure de soufre, sulfure de carbone, bisulfure d’hydrogène}, emploi d'un bain de soufre fondu et enfin introduction directe du soufre mélangé mécaniquement au caoutchouc pendant les triturages et malaxages, suivie du façonnement de la pièce chauffée ensuite dans une chaudière, une étuve ou un bain liquide* à plüs de il2°, point de fusion du soufré. Cette dernière méthode est la plus généralé.
- Comme on peut pour chaque provenance de caoutchouc faire varier de toutes les façons pratiquement possibles le poids du soufre introduit, la température et la durée de l’opération, on comprend la multiplicité des préparations de caoutchouc.
- Il faut ajouter que le caoutchouc, pendant son élaboration, peut en outre recevoir comme mélanges accessoires les produits les plus divers, les uns dont l’emploi est justifié par des nécessités de fabrication, les autres ajoutés dans le but d’arriver à un prix de revient moindre que celui du caoutchouc pur. Parmi ces derniers le plus fréquemment employé consiste en débris de caoutchouc déjà vulcanisé ou en caoutchoucs vulcanisés hors d’usage.
- Ces débris sans valeur sont réduits en pulpe fine et mélangés au caoutchouc normal dans des proportions indéfinies, ils donnent des objets dont l’élasticité et la ténacité sont d’autant plus réduites que leur proportion est plus grande. C’est une falsification qui défie la balance hydrostatique et l’analyse la plus minutieuse.
- M. Ogier énumère ensuite les diverses matières étrangères que réclament les nécessités de la fabrication :
- Pour donner certaines colorations plus satisfaisantes à l’œil que ne l’est sa couleur naturelle, on emploie le blanc de zinc, le noir de fumée, le vermillon, etc. ; pour diminuer l’élasticité qui serait trop sensible, on ajoute de la craie, du talc, du kaolin ou des débris textiles convenablement broyés ; enfin pour faciliter la vulcanisation, on a recours aux sels de plomb, à la chaux fusée, à la magnésie calcinée, etc.
- Dans la préparation du caoutchouc dit minéralisé on applique, pendant la vulcanisation, l’action réciproque du soufre et des sels métalliques par l’emploi de certains polysulfures, tels que le soufre doré d’antimoine et des sursulfures de plomb de composition analogue.
- Ces sels étant d’un prix élevé, on n’a pas intérêt à les employer dans des produits secondaires, les propriétés spéciales généralement attribuées au caoutchouc minéralisé tiendraient donc plutôt à la belle qualité du caoutchouc qu’à la préparation même.
- La conclusion des observations précédentes serait que le consommateur est à peu près à la merci du producteur, et que dans la plupart des cas l’analyse chimique serait impuissante à lui fournir les moyens de reconnaître la qualité des produits fournis, mais il y a heureusement des moyens mécaniques, indiqués par les applications mêmes du caoutchouc qui permettent de savoir si un objet en caoutchouc peut ou non atteindre le but qu’on se propose.
- Ces moyens consistent à soumettre les pièces à des épreuves qui en indiquent
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- l’élasticité et la ténacité, comparativement à l’élasticité et à la ténacité de produits similaires obtenus avec du caoutchouc de première provenance, parfaitement pur et vulcanisé au point de conserver indéfiniment les propriétés constatées lors des expériences.
- M. Ogier donne comme type de ces épreuves le programme des essais prescrits par la marine de l’État.
- Ces essais sont les suivants :
- 1° Épreuve de la chaleur humide : Elle consiste à découper dans les feuilles de caoutchouc des échantillons qui doivent séjourner 48 heures dans une chaudière à vapeur à 5 atmosphères, sans perdre leur souplesse.
- 2° Épreuve-des clapets bouillis, c’est-à-dire ayant subi la première épreuve : ces clapets bouillis, placés sur le grillage d;une boîte à clapets, sous une surcharge de 3k.500 par centimètre carré, doivent supporter 9 100 coups, à raison de 100 coups par minute au maximum.
- 3° Les clapets non bouillis doivent dans les mêmes conditions supporter 17 100 coups.
- 4° Essai clés lanières bouillies : Des lanières ayant subi l’épreuve de la chaleur humide, ayant une section carrée de 20 millimètres sur 20 millimètres et une longueur de 0m,200 sont fixées entre deux amarrages, on leur donne un allongement préalable de 0m,100; elles doivent ensuite résister, sans se rompre, à un allongement alternatif de 0m,200, répété 22 fois par minute, pendant 24 heures. '
- 8° Les lanières non bouillies doivent dans les mêmes conditions résister pendant 100 heures. , .
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- M. Ogier indique comment on peut organiser ces épreuves d’allongements alternatifs, et décrit un appareil très-simple, à l’aide duquel on peut en tournant un volant en un des points duquel on fixe une extrémité de la bande de caoutchouc à essayer, l’autre étant fixée à un banc immobile, faire subir de 20 à 2b fois par minute un allongement déterminé.
- Dans ces conditions, des bandes de caoutchouc de première provenance, parfaitement pures et bien vulcanisées, cassent après 180 à 200 allongements alternatifs de 8 fois la longueur primitive.
- Les bandés tirées de feuilles également exemptes de tout mélange, mais fabriquées avec du caoutchouc de qualité secondaire, cassent après 80 à 60 allongements.
- Le caoutchouc de dernière provenance, ou contenant en mélange, même à faible dose, des matières minérales ou des débris de caoutchouc vulcanisé hors d’usage, ne donnent aucun résultat.
- M. Ogier s’occupe ensuite des courroies à transmission^ dites courroies mixtes, en toile et. caoutchouc, qui se font en repliant sur eux-mêmes de très-forts tissus préalablement enduits d’une préparation spéciale de caoutchouc.
- Par suite des propriétés adhésives du caoutchouc,, les. tissus superposés peuvent faire corps entre eux et, après vulcanisation, former un tout d’üne homogénéité comparable à celle du cuir le mieux corroyé.
- M. Tresca, à la suite d’eipériëncès faites sur des courroies en cuir, caoutcho’ùc et gutta-percha, avait montré que les courroies en cuir ont cette propriété caractéristique de donner lîefcf a des allongements qui ïïfdïssent moins rapidement que les charges,; le caoutchouc employé seul donnerait des allongements considérables et croissant
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- au moins aussi rapidement que les charges,- en l’associant aux tissus, on imite avec avantage les propriétés du cuir, on a une résistance égale et de très-faibles allongements permanents.
- Des expériences faites par M* Ogier pour déterminer le coefficient de frottement des courroies mixtes sur les poulies en fonte, coefficient qui est de 0.28 pour le cuir, il résulte que ce coefficient varie de 0.42 à 0.84. La valeur minirna correspond aux courroies caoutchouc et toile., sans gomme à l’extérieur, dites tissu extérieur.
- Sur des poulies déformés diverses, la valeur maxima du coefficient de frottement a été trouvée avec des poulies légèrement convexes et présentant des aspérités produites par un tournage à grain un peu gros. L’inverse se produit pour les courroies en cuir.
- La présence des corps gras exerce également sur les courroies mixtes une action inverse de celle produite sur les courroies en cuir : en recouvrant les courroies mixtes d’un léger vernis composé de moitié suif, moitié huile d’olive, fondus ensemble, on augmente l’adhérence* c’est un fait d’expérience que M. Ogier, qui ne conseille du reste l’emploi de ce vernis que pour les courroies extérieur tissu, attribue à une résinification résultant de l’action, sur le mélange indiqué, de l’excès de soufre que le caoutchouc vulcanisé rejette toujours après un certain temps.
- M. Ogier fait ensuite connaître les résultats d’une série d’expériences qu’il a exécutées sur des courroies en cuir et des courroies mixtes, afin de déterminer leur résistance à la rupture, et la loi des allongements élastiques et permanents obtenus sous des charges croissantes.
- Ces essais ont porté sur des courroies de 2m,50 de longueur, dont les extrémités étaient serrées entre des mâchoires en fer embrassant la courroie sur une longueur de0m,60, longueur nécessaire et suffisante pour s'opposer au glissement, sans recourir à un serrage trop fort. L’une des mâchoires était fixée au crochet d’une grue, l’autre tenait suspendue une caisse en bois dans laquelle on plaçait les charges successives. Les allongements n’étaient mesurés que une heure et demie après l’application de la charge.
- Le tableau suivant résume les résultats constatés :
- DÉSIGNATION DES COURROIES. CHARGE de rupture par millimèt. carré de section. ARLO Sous un de 0 par millim Élastique. NGEMEM e charge k.2S être carré. Permanent. PAR Ml Sous la prée la ru Élastique. ÊTRE. charge edant 3ture. Permanent.
- k. m. m. m. m.
- 1. Courroie cuir, 50m/n X 6»/m 2.246 0.107 0.022 0.233 0.095
- 2. Id. 50 X 6. . 2.246 0.094 0.022 0.275 0.095
- 3. Courroie mixte 2 plis de toile, 51“/m X 3m/m .5.. 2.640 0.027 0.002 0.074 0.011
- 4. Id. 2 r id. 51 X 3 .5.. 2.808 0.029 0.002 0.071 0.012
- 5. Id. 2 ffl. 51 X2 .8'. 3.622 0.058 0.002 0.144 0.008
- 6. Id. 4 id. 51 X 7 .5.. 2.640 0.058 0.002 0.123 0.008
- 7. Id. 4 id. 51 X 7 .5.. 2.443 0.043 0.002 0.084 0.008
- 8, Id. 6 id. 51 X 12 2.246 0.048 0.002 0.088 0.008
- 9, Id. . 6 id., 51 X 12. 2.243 0.049 0.002 0J10 0.007
- 10, Id. ' 4 idT 97 .5 X 7 2.640 0.033 0.002 0.083 0.012
- l. Extérieur tissu. - j ;) ; - 1 , ;
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- Les conséquences de ce tableau sont les suivantes :
- \° La résistance à la traction des courroies caoutchouc et toile, par millimètre carré de section, est au moins égale à celle des courroies en cuir.
- 2° Cette résistance par millimètre carré est indépendante des dimensions : longueur, largeur et épaisseur; cette condition ne pourrait être réalisée avec les courroies eu cuir, il convient donc de donner la préférence aux courroies mixtes, toutes les fois que les conditions de l'effort à transmettre entraînent l’emploi de courroies d’une grande longueur, d’une grande largeur et d'une forte épaisseur.
- 3° Les essais n° 4 et n° 5 montrent que le caoutchouc qui recouvre l’extérieur n’augmente en rien la résistance de la courroie, et que par suite il y a avantage à employer les courroies avec tissu extérieur qui, à poids et à prix égaux, donnent une résistance supérieure. Du reste, dans les courroies vulcanisées aux presses, le tissu extérieur est suffisamment imprégné de caoutchouc venant de l’intérieur, pour être inattaquable aux divers agents que peuvent renfermer les milieux où elles sont appelées à fonctionner.
- 4° Sous une même charge l’allongement élastique des courroies en cuir est double de celui des courroies mixtes; l’allongement permanent sous la charge de 0k,25 atteint 2 pour 100, tandis qu’il est à peu près nul pour les courroies mixtes. Ce dernier fait est de la plus grande importance : l’insuccès des courroies mixtes est presque toujours venu de ce que l’ouvrier préposé à l’entretien des courroies, habitué aux courroies en cuir et traitant de même celles en toile et caoutchouc, les raccourcit trop quand elles glissent, les casse en les montant ou les détruit rapidement en les faisant marcher sous une tension trop forte.
- Dans l’état actuel de l’industrie des cuirs et du caoutchouc, on peut dire qu’à effet utile égal le prix d’installation d’une courroie mixte est le même que celui d’une courroie en cuir, mais les dépenses d’entretien sont insignifiantes par rapport aux dépenses exigées par l’entretien des courroies en cuir de grandes dimensions.
- M. Marché rapproche, à titre de renseignement, des essais de M. Ogier, les résultats des expériences faites en 1872 par M. Tresca, et les conclusions qu’il en avait tirées et qui diffèrent peu de celles qui viennent d’être énumérées.
- M. Tresca a trouvé pour la résistance par millimètre carré des courroies mixtes des chiffres présentant de plus grands écarts que ceux de M. Ogier, et variant de 0k.95 à 3k.30. Cela tient sans doute à ce que M. Tresca a opéré sur des courroies de provenances diverses.
- M. Tresca évalue à 1 kilogramme par millimètre carré la charge habituelle sous laquelle on peut employer les courroies mixtes et les courroies en cuir, mais pour les transmissions à grand effet, pour lesquelles il convient de réserver les courroies en tissu et caoutchouc, il réduit à 0k,50 la limite de la tension.
- M. Ogier termine son mémoire en donnant quelques détails pratiques sur la fabrication du caoutchouc pour joints, des rondelles de tampons de choc et du caoutchouc durci.
- M. Normand fait observer que dans les comparaisons qui ont été faites entre les courroies en cuir et les courroies en caoutchouc, on a omis d’indiquer une particularité importante, c’est que pour les premières on se sert de résine qui s’interpose entre le cuir et la poulie, et joue un certain rôle au point de vue de la conservation et de l’adhérence.
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- Les caoutchoucs du commerce se détériorent facilement au contact des matières grasses ; c’est un fait qu’on péut vérifier journellement dans les clapets des pompes à air des machines à condensation par surface.
- M. Normand se plaît à reconnaître les immenses services que le caoutchouc a rendus aux machines marines; son emploi pour les clapets des pompes à air a seul permis de donner aux machines les vitesses de rotation usitées actuellement; on en fait tous les jours de nouvelles applications en marine, par exemple les stoppers dp chaînes avec compresseurs en caoutchouc.
- M. Normand trouve seulement que la qualité de ces produits laisse trop souvent à désirer; il voudrait savoir si les échantillons fournis par M. Ogier présentent une supériorité sur ce qui a été fait jusqu’ici; ces échantillons lui paraissent, à première vue, à peu près semblables à ceux qu’il a eu l’occasion de voir; or, à sa connaissance, les courroies mixtes n’ont pas donné de bons résultats, surtout sur les dragues.
- On doit faire observer, en outre, qu’avecle caoutchouc un commencement d’usure ou de déchirure doit amener rapidement la ruine complète de la courroie, ce qui n’a pas lieu avec les courroies en cuir qui, même usées, ont encore quelque valeur.
- M. Carimantrand indique que le caoutchouc rouge, dit minéralisé, résiste parfaitement à l’action des graisses même à une température élevée, seulement il est plus cher, ce qui en restreint forcément les applications. /
- Le caoutchouc est d’ailleurs bien moins altérable qu’on se le figure généralement; ainsi l’eau de mer n’a aucune action fâcheuse sur lui, puisqu’on le conserve dans l’eau salée.
- En réponse à une question de M. Normand, M. Carimantrand explique que les jonctions des courroies se font par couture, ce qui vaut mieux que par rivure, on est moins exposé à déchirer le caoutchouc.
- M. de Bruignac fait observer que lorsqu’on parle d’usure pour les courroies, il faut bien distinguer si cette usure a lieu sur la largeur ou sur l’épaisseur de la courroie; les conséquences sont dans les deux cas de gravité différente, et c’est ce qui peut expliquer la divergence des faits observés et cités par plusieurs membres.
- M. Badois, sans se prononcer sur la question du caoutchouc, croit devoir rappeler que l’exemple des dragues cité par M. Normand est fort peu probant; en effet, sur ces appareils, les courroies se trouvent dans les plus mauvaises conditions, exposées aux intempéries de l’air et au contact des matières extraites par les godets; aussi a-t-on aujourd’hui complètement abandonné l’emploi des courroies dans les dragues.
- M. Chrétien a la parole pour une communication sur les appareils de levage à traction directe.
- ""TmTengTns dont il s’agit sont, dit-il, caractérisés par l’emploi d’un long cylindre, qui permet d’obtenir, à chaque course du piston, une levée entière du fardeau; selon la hauteur de cette levée on multiplie la course du piston, au moyen de poulies ou de chaînes formant un palan renversé.
- M. Chrétien explique le fonctionnement des divers organes du système à l’aide de figures tracées au tableau; la distribution de la vapeur est surtout remarquable, en ce sens qu’elle permet d’en restreindre la dépense proportionnellement au travail utile produit.
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- M. Chrétien passe ensuite à la description des principaux types d’appareils, en commençant par les grues roulantes, généralement connues depuis l’Exposition de 1867. La facilité et la rapidité des manœuvres; la faible dépense de combustible; la douceur et la précision des mouvements qui sont limités automatiquement, à la levée comme à la descente, sont les qualités essentielles de ces engins.
- M. le Président demande comment se fait l’orientation. M. Chrétien répond qu’il a quelquefois employé l’orientation à vapeur, obtenue soit au moyen de petites machines rotatives Behrens, soit au moyen d’un cylindre spécial donnant une orientation complète à chaque coup de piston. Mais il préfère de beaucoup chercher, dans la construction générale de la grue, les conditions d’une orientation facile, et pouvoir ainsi l’obtenir à bras, sans trop de fatigue pour celui qui la conduit. De cette façon il n’y a pas à craindre de voir surmener l’appareil par une orientation trop rapide, comme cela peut avoir lieu par l’emploi de la vapeur, et l’on n’a pas à redouter les accidents et les ruptures qui en résultent quelquefois.
- M. Chrétien cite quelques résultats pratiques sur la dépense de combustible et le travail produit, dans quelques entreprises de travaux publics et de débarquements de charbon.
- Il passe ensuite à la description d’un appareil spécialement destiné au débarquement des charbons, minerais, sables, etc., dans lequel une bigue qui s’abaisse et se relève permet de supprimer le mouvement d’orientation et d’obtenir la plus grande célérité possible, en faisant suivre à la benne le plus court chemin du point de départ au point d’arrivée. Cet appareil est particulièrement remarquable en ce sens que la vapeur n’est introduite dans le cylindre que pendant les 2/5 de la course du piston, et que par conséquent le travail de la détente est utilisé pendant les 3/S de cette course. Une épure assez simple rend compte du mouvement et montre que, en dehors de toute participation du conducteur, la vitesse se règle d’elle-même et que la charge arrive et s’arrête automatiquement au point de déversement. Les résultats pratiques relatés sont également très-intéressants.
- Vient ensuite la description de divers monte-charges, et notamment des installations importantes qui existent à Paris, aux entrepôts de la Yillette, aux docks de Saint-Ouen; aux magasins généraux de Saint-Denis, etc,; puis la grue à pierres établie à la Yillette, remarquable par ses proportions et sa construction entièrement métallique. Cette grue colossale soulève 15 000 kilogrammes; .elle a 28 mètres de longueur, et ses trois mouvements de levage, d’amenée et de déplacement sont communiqués par la vapeur.
- M. Chrétien termine par quelques mots sur les sonnettes à traction directe, employées au battage des pieux; il entre dans diverses considérations sur les avantages que présente, pour l’enfoncement rapide, la fréquence des coups frappés ; il donne enfin quelques résultats pratiques.
- L’heure avancée ne permettant pas d’ouvrir la discussion sur cette intéressante communication, cette discussion est renvoyée à la prochaine séance.
- MM. Caldaya, Herbet, Mangini (Félix), Mangini (Lucien), Powell, Yerstraet et West, ont été reçus Membres sociétaires.
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- §caBice du 4 Béccisïbi'c 1874.
- Présidence de M. Jordan.
- La séance est ouverte à 8 heures et demie.
- Le procès-verbal de la séance du 20 novembre est adopté.
- M. Dornès donne communication de sa note sur le canal Saint-Louis etles embouchures du Rhône.
- Avant la création des chemins de fer, le Rhône était la principale voie de communication entre la Méditerranée etles plus grands centres industriels et commerciaux, tels que Arles, Beaucaire, Avignon, etc.
- Aussi la batellerie du Rhône était-elle justement célèbre, tant par sa grande importance que par l’habileté de ses pilotes à franchir les passes les plus difficiles. Mais par suite de ces difficultés les frets étaient*fort élevés, et l’établissement d’une voie ferrée entre Lyon et Marseille, en offrant de grands avantages d’économie et de régularité, vint porter à la navigation de ce grand fleuve un coup dont elle ne s’est jamais relevée.
- Outre les changements continuels de profondeur du lit du Rhône, le plus sérieux obstacle à franchir est la barre que forment à son embouchure principale les sables roulés sans cesse par ses eaux. Ce passage toujours dangereux, même en temps calme, est impossible lorsque la mer devient quelque peu houleuse.
- Tant que la navigation était florissante, grâce à un système de pilotage admirablement organisé, les passes étaient toujours indiquées d’une façon très-sûre, et les sinistres étaient assez rares. Mais dès que cette navigation perdit de son importance, le service se fit moins bien et les accidents se multiplièrent, à tel point qu’il fallut songer sérieusement à améliorer les passes de l’embouchure. Des travaux considérables furent entrepris à cet effet en 1852.
- A cette époque, le grand Rhône, qui seul du reste était navigable, se divisait en un certain nombre de bras au moment de se jeter dans la mer. Ces embouchures latérales qui existaient à droite et à gauche de l’embouchure principale portaient le nom de graus.
- En eaux moyennes, c’est-à-dire lorsque leur niveau était à environ 0m,40 au-dessus du niveau de la basse mer, c’est-à-dire pendant K à 6 mois de l’année, la largeur totale de ces différents graus était de 3 à 4 kilomètres.
- En basses eaux, cette largeur se réduisait à 1 kilomètre, et pendant les crues il n’y avait plus de graus appréciables parce que tous les terrains avoisinants se trouvaient submergés.
- On eut alors l’idée de fermer tous ces graus ou embouchures latérales et de rejeter ainsi tout le fleuve dans un seul bras, de façon à former un courant unique d’une plus grande puissance, capable d’entraîner au large la masse de sables formant la barre.
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- Ces sables seraient alors balayés et emportés par le courant littoral de la Méditerranée, allant de l’Est à l’Ouest, courant dont les effets avaient été maintes et maintes fois reconnus par les navigateurs et les savants, qui en citaient comme preuve principale la présence des sables du Rhône venant se déposer dans le port de Cette en masses très-considérables.
- Dans les premières années, ces travaux d’endiguement, quoique exécutés presque en pleine mer, avaient parfaitement réussi, plusieurs graus des plus importants avaient été bouchés. Ainsi qu’on .l’avait prévu, la barre s’était immédiatement déplacée en se portant plus au large ; on continua donc à resserrer le fleuve dans une embouchure unique, par la construction de digues latérales.
- En 1856 la barre se trouvait ainsi avancée en mer de près de 1 200 mètres, par rapport à sa position primitive, sans que cependant le courant littoral vînt en atténuer les effets déplorables en entraînant une partie des sables sans cesse déversés par le fleuve. Les passes de l’embouchure continuaient à être aussi dangereuses que par le passé, si non plus mauvaises à cause de la plus grande force du courant. Devant ce résultat incompréhensible qui réduisait à néant tous les travaux entrepris, on eut l’idée de vérifier exactement l’existence de ce courant littoral qui avait servi de base à l’entreprise.
- Dès les premières expériences on reconnut, avec un simple moulinet de Woltmann, que ce fameux courant n’était qu’un courant de surface, et qu'à 2 mètres de profondeur on retrouvait des eaux mortes.
- Ce phénomène était produit par les eaux mêmes du Rhône, qui, plus légères que l’eau de mer, restaient à la surface. Chassées alors par les vents d’E. et de S.-E. qui soufflent très-fréquemment sur cette côte, elles glissaient à la surface de la mer et venaient déposer les limons et sables qu’elles tiennent en suspension sur tout le littoral de la Méditerranée jusque dans le port de Cette, où la présence de ces sables du Rhône avait, comme je l’ai dit, paru pleinement confirmer l’existence du courant littoral. Depuis le cap Couronne jusqu’à Cette on ne rencontra que des courants superficiels produits le plus souvent par les vents régnants. Devant l'évidence on se décida à arrêter petit à petit les travaux d’endiguement de l’embouchure du Rhône; ces travaux devenaient désormais parfaitement inutiles, puisqu’il n’y avait pas de courant pour entraîner les sables de la barre.
- On ne pouvait pas cependant laisser ainsi la plus grande voie navigable du Midi sans communication facile et directe avec la mer. Les passes devenaient de jour en jour plus mauvaises, et le canal d’Arles à Bouc était tout à fait insuffisant, d’autant plus que la plupart des marchandises venant par mer devaient subir deux transbordements: un premier à Bouc, des navires de mer dans les barques du canal, et un second à Arles, de ces barques dans les grands bateaux à vapeur faisant le service du Rhône supérieur. i
- On songea alors à reprendre l’idée qui avait autrefois, sans doute, guidé Marius dans les travaux qu’il exécuta aux embouchures du Rhône, et dont on retrouve encore certains vestiges dans les environs du village de Foz. Cette idée consistait à tourner la barre du Rhône, en amenant la mer par un large chenal jusque contre le lit même du fleuve, où des quais parallèles permettraient un transbordement facile des marchandises des navires de mer dans les bateaux du Rhône et réciproquement.
- C'est dans cet esprit que furent entrepris les études et les travaux du canal Saint-Louis.
- Un chenal de 63 mètres de large au plan d’eau de basse mer, et de 6«mètres de
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- profondeur, vient déboucher d’un côté dans le golfe de Foz, ou baie du Repos, et aboutir à son autre extrémité à un bassin de 12 hectares de superficie, dont une des faces longe les quais du Rhône. Tel est en principe ce canal qui est destiné à mettre en communication facile le Rhône et la Méditerranée.
- Ce canal a environ 3 400 mètres de longueur, et le bassin auquel il aboutit et qui a été creusé au milieu même des terres est situé au pied même de la tour Saint-Louis (à laquelle il a du reste emprunté son nom), c’est-à-dire à environ 8 kilomètres de la mer en suivant la rive du fleuve.
- Une écluse de 185 mètres de long sur 22 mètres de large, avec sas de 154 mètres et portes en fer, fait communiquer le Rhône et le bassin, et complète ainsi ce travail vraiment gigantesque, qui n’aura pas coûté moins de 17 à 18 millions quand les quais du Rhône que l’on achève en ce moment seront terminés.
- Mais ce n’est pas sans difficultés de tous genres qu’un pareil travail a été mené à bonne fin. Marseille voyait dans la création du canal Saint-Louis la naissance d’un# port qui deviendrait peut-être un jour un rival sérieux. Arles, regrettant toujours son ancienne prospérité, sentait bien que le succès de cette entreprise serait son coup de grâce. Aussi ces deux villes firent-elles tout ce qui fut possible pour entraver les travaux et en dénigrer les résultats.
- Les commencements furent très-difficiles, plusieurs entrepreneurs se succédèrent sans pouvoir amener les premiers travaux à un résultat satisfaisant. Ainsi le canal, le bassin et l’écluse, commencés en 1863 , ne furent-ils terminés qu’en 1871. On finit en ce moment les quais du Rhône destinés à compléter cet ensemble de travaux.
- On a craint qu’ainsi qu’au canal de Suez, le chenal et le port ne fussent parfois obstrués par les sables soulevés, dans les plaines incultes avoisinant le canal Saint-Louis, par le vent du N. N.-O. ou mistral, qui atteint une très-grande violence dans ces contrées. Mais la végétation spontanée, dite engane, qui couvre ces immenses territoires, suffit à conjurer toute crainte de ce genre, en empêchant les entraînements de sable.
- Un danger beaucoup plus réel serait l’ensablement du golfe de Foz et par suite de l’entrée du canal, par les apports continuels du Rhône, qui, franchissant la barre, viennent former de véritables îles, dites theys, au delà de l’embouchure du fleuve. Ces theys ne tardent pas à être reliés entre eux et à former ainsi un prolongement du continent qui gagne tous les ans sur la mer. D’après les relevés faits par le service maritime, cet avancement incessant des terres dans la mer est d’environ 80 à 90 mètres par an. Cet empiètement extraordinaire n’a cependant rien qui doive surprendre si l’on songe que la tour Saint-Louis, qui, construite en 1737, se trouvait alors au bord de la mer, en est éloignée maintenant de 8 kilomètres et que le Rhône charrie annuellement 17 millions de mètres cubes de sables, c’est-à-dire 2000 mètres cubes à l’heure.
- C’est ce danger d’ensablement qui a été signalé, mais avec beaucoup d’exagération, dans le mémoire de M. l’ingénieur hydrographe Germain, chargé de dresser à nouveau la carte du littoral de la Méditerranée dans ces dernières années. C’est à la suite de ce rapport qu’il avait été un instant question d’abandonner le canal Saint-Louis et de reprendre l’idée de l’élargissement du canal d’Arles à Roue, en le prolongeant même jusqu’à Marseille.
- Cet ingénieur a constaté, en effet, que, dans l’anse de Foz, presque à l’entrée du canal Saint-Louis, les fonds s’étaient relevés de près de un mètre depuis 1841, époque
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- depuis laquelle aucune carte hydrographique de ces parages n’avait été dressée. M. Germain attribue cet exhaussement à une accumulation de matières qui auraient été repoussées par la mer dans l’anse de Foz après avoir franchi la barre du Rhône.
- C’est en effet la seule explication plausible, si l’on ne tient aucun compte de l’état des embouchures de la rive gauche du fleuve, avant les travaux entrepris en 1882. À cette époque, une partie des eaux du Rhône se déversaient directement dans l’anse de Foz, par un certain nombre de graus situés sur la rive gauche. Ces graus présentaient dans leur ensemble une largeur d’environ 1700 mètres au niveau de l’étiage du Rhône, c’est-à-dire pendant cinq à six mois de llannée, et près de 2800 mètres de largeur en temps de crues. Si on considère alors que de 1841 à 1852, époque à laquelle ces graus ont été fermés, c’est-à-dire pendant onze années, le déversement des eaux du Rhône dans l’anse de Foz a été continu, on arrive à une conclusion différente de celle de M. Germain, à savoir que le surhaussement des fonds que l’on a constaté provient des apports du Rhône de 1841 à 1882 et a conv plétement cessé depuis cette époque. Ce qui vient corroborer cette opinion, c’est que depuis 1865, c’est-à-dire depuis le commencement des travaux du canal Saint-Louis, ona dressé tous les ans une carte hydrographique de l’anse de Foz aux environs de l’entrée du canal, et on a ainsi constaté qu’il ne s’était produit aucune diminution dans les fonds de la baie, et que les profondeurs trouvées en 1865 concordent parfaitement avec celles trouvées en 1872 par M. Germain. Aucun doute ne peut donc subsister à cet égard et le canal et l’anse de Foz sont complètement à l’abri de tout danger d’ensablement.
- Quant à l’avancement continuel des terres dans la mer, par suite des apports du Rhône, sans que le péril soit imminent, il y a danger néanmoins, car, vu la direction même du grand bras du Rhône, ces dépôts tendent à fermer un jour l’entrée du golfe de Foz. Quoique d’ici à de longues années il n’y ait pas lieu d’avoir de sérieuses inquiétudes à ce sujet, il est peut-être bon d’y songer et la solution proposée par M. Germain paraît être la meilleure à tous les points de vue.
- Cette solution consiste à rouvrir un ou plusieurs des anciens graus de la rive droite, fermés en 1852. Une grande partie du courant du Rhône, qui se déverse actuellement par un seul bras, se trouverait rejetée vers l’ouest et peut-être même ces graus absorberaient-ils à un moment la presque totalité du débit du fleuve ; les sables entraînés viendraient alors se déposer le long du littoral dans l’ouest où leur présence n’aurait plus aucun inconvénient.
- Quant aux difficultés d’accès du canal Saint-Louis dans l’anse de Foz, signalées dans le rapport de M. Germain, de l’avis de marins très-expérimentés, elles sont tout à fait exagérées. En venant de l’Est comme de l’Ouest, on peut, en se tenant toujours dans la limite de protection des feux, courir des bordées dont la plus petite n’a pas moins de 5 kilomètres, et, dans ces conditions, on ne peut pas dire que la navigation soit difficile. Par les plus mauvais temps, les navires viennent se réfugier dans l’anse de Foz, qui mérite bien le nom de baie de Repos qu’elle porte depuis les temps les plus reculés.
- Dans son rapport de mission hydrographique, M. Germain compare le climat du canal Saint-Louis à celui de la Guyane et de Madagascar et déclare qu’on ne saurait jamais créer le moindre établissement dans des localités aussi pestilentielles j il base cette opinion sur ce que deux de ses auxiliaires et quinze marins du navire la Diligente, à bord duquel se trouvait la mission, furent pris des fièvres paludéennes pendant leur séjour h Saint-Louis. Si ces dix-sept personnes avaient été
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- atteintes par les épidémies du Sénégal ou de la Guyane, il est probable que plus de la moitié en seraient mortes, tandis qu’aucune d’elles n’a succombé. A Saint-Louis, comme dans tous les pays chauds, il faut prendre certaines précautions hygiéniques, et éviter de commettre des imprudences, si l’on ne veut pas être atteint de ces malaises que l’on désigne sous le nom de fièvres et que quelques grammes de sulfate de quinine coupent presque instantanément.
- Par exemple, il ne faut pas coucher sur le pont des bateaux après avoir passé sa journée en plein soleil, ainsi que l’a fait l’équipage de la Diligente pendant tout le temps de son séjour à Saint-Louis.
- Pendant les travaux il en était tout autrement; cet immense bassin de 12 hectares et ce canal de 3 kilomètres creusés dans des terres d’alluvion, contenant une quantité de détritus organiques, étaient un véritable foyer d’infection, sans compter ces masses énormes de remblais retroussés sur les bords du chenal et du bassin, qui sous l’influence du soleil du midi étaient une source constante d’émanations pernicieuses.
- On constata alors un certain nombre de cas de fièvres malignes, et par prudence on interrompit deux fois les travaux du 1er août au 1er octobre. Mais depuis que le bassin et le canal sont en eau, on n’a plus entendu parler d’un seul cas de fièvre pernicieuse. Du reste, même dans les climats du Nord, des phénomènes semblables se produisent toutes les fois que l’on fait de grands travaux de terrassements dans des terrains bas et humides, et il n’est pas rare de voir des épidémies de fièvres se répandre sur tout un pays à la suite de semblables mouvements de terres.
- Il est à remarquer qu’avant les travaux Saint-Louis était considéré comme un des endroits les plus sains de la Camargue, car c’était un lieu de convalescence pour les douaniers atteints de fièvres, et d’après les registres de l’état civil, depuis 1868, la mortalité rapportée au chiffre de la population n’a pas été plus grande à Saint-Louis qu’à Arles, même pendant la période des travaux. Ce climat n’est évidemment pas privilégié au point de vue de la salubrité, mais il n’a rien de comparable à ceux que M. Germain a cités.
- Comme complément indispensable du canal Saint-Louis, il faut également effectuer l’amélioration du cours du Rhône, travail qui est en voie d’exécution depuis longtemps déjà, mais ne se poursuit pas aussi activement que cela serait à désirer, à cause de l’exiguité du budget des travaux publics. (Il faut, en effet, encore une trentaine de millions pour donner seulement au Rhône supérieur un tirant de lm,2o à lm,30 à l’étiage.)
- Dans le bas Rhône, depuis Arles jusqu’à la mer, les travaux d’amélioration sont néanmoins assez avancés, et la manière dont on a procédé dans cette circonstance mérite d’être citée. On a construit dans le lit même du Rhône, qui est très-large dans toute cette partie de son cours, un véritable chenal de 3 à 400 mètres de largeur, formé par deux digues parallèles que l’on élève au milieu du fleuve, en jetant des moellons suivant les directions déterminées, jusqu’à ce que le sommet de ces cordons de pierres s’élève au-dessus des eaux basses du Rhône d’une certaine hauteur.-.
- De loin en loin ces digues parallèles sont reliées aux berges du fleuve, dont elles sont souvent fort éloignées, par des épis ou digues perpendiculaires au courant, lesquelles sont également construites en pierres de la même façon que celles formant les bords du chenal. Lors des crues, tout cet .ensemble de digues est entièrement submergé; le courant du fleuve ne se produit que dans le chenal situé entre les deux
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- digues parallèles, tandis que dans l’espace qui existe entre ces digues et les berges naturelles du Rhône, les épis perpendiculaires coupent le courant, forment des remous et permettent ainsi aux matières tenues en suspension de se déposer. Ces rives factices se forment avec une rapidité prodigieuse. Une seule crue suffit quelquefois à combler des profondeurs de 5 à 6 mètres, entre les digues submersibles et la berge réelle du fleuve. Dès que les terres d’alluvions déposées ainsi arrivent au niveau des digues et émergent par suite au moment des eaux basses, on les plante de petites branches de saule qui, en consolidant les terrains par leurs racines, empêcheront une autre crue de détruire ou de raviner ce que la précédente avait fait. Plantées dans ce limon fertile, les branches de saules sont devenues des osiers en quelques mois, c’est une terre nouvelle conquise sur le fleuve, laquelle s’exhausse à chaque crue par suite des dépôts que laissent les eaux bourbeuses en traversant cette immense claie formée par les pousses d’osiers. U n’est pas rare de voir ces berges artificielles s’élever à plus d’un mètre de hauteur au-dessus du sommet des digues qui ont servi à les former.
- Dans le chenal, au contraire, où tout le courant se trouve rejeté, le fleuve creuse lui-même son lit dans les'terres d’alluvion qui en forment le fond, et d’ici à quelques années on aura un véritable canal de 5 à 6 mètres de profondeur d’Arles à Saint-Louis, à part un seul point où l’on rencontre un banc de pouddingues, d’une faible longueur heureusement, que l’on sera obligé de faire sauter si l’on veut gagner un peu de profondeur.
- On voit donc que, lorsque ces travaux seront complètement terminés, avec le canal et le port Saint-Louis faisant suite au Rhône canalisé depuis Arles, on aura une voie navigable de premier ordre, qu’il serait très-regrettable de voir abandonner pour reprendre l’idée émise il y a quelque temps de l’élargissement du canal d’Arles à Bouc, avec prolongation jusqu’à Marseille. Outre la dépense considérable nécessitée par l’élargissement et l’approfondissement de ce canal, qui est creusé en tranchée dans le rocher sur près de 3 kilomètres, et dans des bancs de pouddingues dans plusieurs endroits, il faudrait entreprendre un travail d’une bien autre importance si l’on voulait prolonger ce canal jusqu’à Marseille. En effet, à moins de faire un tunnel de plus de 6 kilomètres pour franchir les collines qui dominent l’étang de Berre et vont mourir au cap Couronne, on ne peut arriver à Marseille que par un canal latéral à la mer, canal qui devrait être creusé dans le rocher sur presque toute sa longueur. Il faudrait à Marseille et à Bouc des écluses de dimensions inusitées (ISO mètres delong sur 20 mètres de large), afin que les grands bateaux du Rhône puissent venir jusqu’à Marseille; les éclusées seraient donc d’environ 15 000 mètres cubes. Et comme le plafond de ce canal devrait être à 3 mètres au-dessus du niveau de la basse mer, ces masses énormes d’eau devraient être élevées par machine.: ,
- Gela donne une idée d’une pareille entreprise qui ne coûterait pas moins de 40 à 50 millions, lesquels seraient certainement bien mieux employés, si on les consacrait à l’amélioration de la navigation du Rhône, cette grande voie navigable si peu utilisée jusqu’à ce jour. ,
- M. Vée demande quelle est la longueur du banc de poudingues signalé par M. Dornès. ! - y-
- M. Dornès. Cette longueur est d’environ 25 mètres à la traversée du Rhône; mais c’est ce même banc que l’on a rencontré sur une bien plus grande longueur lorsqu’on a approfondi le canal d’Arles à Bouc en 1856. ; : -è i
- M. Lavalley. Connaît-on l’épaisseur de ce banc? hw.|
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- . M. Dornès. Divers sondages ont été faits sous l’eau sans pouvoir atteindre le fond du banc. Celui-ci paraît se relever vers Marseille!
- M. Badois désirerait savoir pourquoi un tunnel serait nécessaire pour gagner directement Marseille.
- M. Dornès répond que du côté de Marseille l’étang de Berre est entouré de hautes collines, dans lesquelles a été percé le souterrain de la Nerthe. 11 faudrait donc un souterrain pour le canal. Quant à gagner Marseille en contournant le massif, il faudrait tailler le lit du canal entièrement dans le roc.
- M. Gaudry demande s’il existe toujours de longs bateaux sur le Rhône.
- M. Dornès. La navigation du Rhône se faisait autrefois avec des bateaux de 150 mètres, dont la longueur a été ramenée à 120 à 135 mètres.
- M. Molinos. Le Rhône présente à l’étiage des profondeurs qui atteignent à peine 0,70. Dans ces conditions les bateaux de la Compagnie générale ne peuvent porter 150 tonnes, et le prix de revient, de la tonne kilométrique s’élève de manière à rendre toute exploitation régulière impossible. Tant qu’on n’aura pas réalisé le projet de M. Tavernier, ingénieur en chef du Rhône, qui compte donner au Rhône une profondeur minima de lm,20, avec une dépense de 30 à 35 millions, il est à craindre que le fleuve, le plus admirablement situé qui existe en Europe pour subvenir à un immense trafic tant national que de transit vers les pays du Rhin, ne reste dans l’état d’abandon où nous le voyons aujourd’hui. Du 15 décembre 1873 à la fin de mai 1874, la Compagnie générale n’a pu effectuer un seul voyage par suite des basses eaux. Une navigation qui subit de pareilles intermittences ne peut satisfaire aux besoins du commerce. Elle perd sa clientèle, elle est condamnée à mort dans un bref délai. Peut-être finira-t-on par comprendre, dans notre pays, que les dépenses qui restent à faire pour créer une ou deux voies navigables qui n’existent encore que sur le papier sont encore insignifiantes à côté du résultat à obtenir.
- M. le Président remèrcie M. Dornès de son intéressante communication.
- L’ordre du jour appelie ensuite la discussion de la communication de M. Chrétien sur les grues à vapeur à traction directe.
- M. Évrard, sur l’invitation ide M. le Président, donne quelques renseignements sur des grues du système Brown construites et perfectionnées par M. Guyenet. Des cylindres à vapeur commandentun mouflage,etpour empêcher la charge de descendre, chaque grue est munie d’un frein hydraulique. Le mouvement d’orientation se fait à la vapeur. Ce type de grue a été récemment adopté par la Compagnie des forges dé Chatillon etCommentry pour les installations de Cette etdeBeaucaire ; ces installations s’achèvent en ce moment, et dans le courant de février M. Évrard pourra faire connaître à la Société les résultats obtenus à Cette et à Beaucaire avec les grues fournies par M; Guyeneti v r. -;i«j ; ! : [ -
- M. Chrétien répond que l’homme chargé de surveiller le travail de sa grue suffit à l’orienter, et il se fait fort de montrer, en laissant la vapeur sur son piston, que la condensation est insensible, et que la charge descend au plus de quelques centimètres, au bout d’une demi-heure.
- M. Lencauchez se demande si les grues avec treuils actionnés par des cylindres à vapeur à'grande vitesse ne sont pas préférables aux renvois par mouflâges nombreux nécessités dans le système de M. Chrétien pour des levées de 8 à 10 mètres, ainsi, par exemple, pour la grue à pierres de La Yillette.
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- * M. Chrétien convient que c’est là l'application la plus défavorable de son appareil,^ parce que le moteur est d’un prix insignifiant relativement à l’ensemble de l’appareil. Néanmoins son système présente l’avantage de ne donner aucune des trépidations désagréables et destructives qui sont observées sur les grues munies de treuils à vapeur.
- M. le Président remercie M. Chrétien de sa communication.
- L’ordre du jour appelle la communication de M. Briill sur la dynamite.
- M. Brull rappelle qu’en 1870 et 1871 il a entretenu la Société à diverses reprises de la dynamite et de ses applications militaires. Depuis cette époque le rôle de la dynamite et des explosifs organiques azotés en général s’est développé considérablement dans la plupart des pays civilisés, et Pon peut presque dire que la connaissance des propriétés, des usages et du mode d’emploi de ces substances forme aujourd’hui une nouvelle branche de l’art de l’ingénieur. Ces questions ont été étudiées dans un grand nombre d’ouvrages publiés dans ces derniers temps en France, en Angleterre et en Allemagne. M. Berlhelot, membre de l’Académie des sciences et M. Abel, chimiste au département de la guerre à Woolwich, ont travaillé la question au point de vue scientifique. M. Fritch, capitaine du génie français et MM. Trauzl et Loüer, officiers du génie autrichien, MM. Champion et Barbe, membres de la Société, ont traité surtout des propriétés et des emplois desnouveaux explosifs. D’autres publications fournissent aussi d’intéressants renseignements sur ces questions encore neuves. Ces divers travaux constituent déjà une collection considérable. M. Brull a mis à contribution tous ces documents, il s’est servi également des faits d’expérience qu’il a pu recueillir comme collaborateur de M. A. Nobel, inventeur de la dynamite, membre de la Société, et deM. P. Barbe, introducteur de la nouvelle industrie en France, en Espagne, en Italie et en Suisse.
- Le Mémoire que M. Brüll présente aujourd’hui se compose de deux parties. Dans la première il étudie, d’après les derniers travaux théoriques, le mode d’action des explosifs et la manière dont leur composition influe sur leurs propriétés spécifiques et sur les résultats qu’ils produisent ; dans la seconde, il traite de là composition, des propriétés, de la préparation, du mode d’emploi et de l’historique de la nitroglycérine, dè la composition, de la préparation, des propriétés de la dynamite, de i’emballage, du transport et de l’emmagasinage et des modes d’emploi de cette poudre. Parmi les applications, la note ne fait qu’énumérer les usages militaires du nouvel explosif, mais elle contient l’exposé détaillé des méthodes suivies et des résultats obtenus dans l’industrie. Elle contient de nombreux renseignements sur les travaux à la roche: puits, galeries, tunnels et tranchées, sur les travaux submergés, et sur les applications diverses. Enfin les derniers chapitres montrent l’étendue des services rendus par la dynamite et discutent les craintes que son introduction en France paraît avoir fait naître au point de vue de la sûreté publique. * ’
- M. Brüll donne lecture de la première partie de son Mémoire consacrée aux considérations théoriques. "-1 ' -j "•-«Oin-i
- Les substances explosives sont des composés susceptibles de dégager dans un temps très-court, par l’action mutuelle de leurs éléments, un très-grand volume de gaz à une température très-élevée^ Ils produisent dans les milieux qui les contiennent unë pression considérable e| üne grande somme de travail mécanique.
- Suivant le mode de groupement des corps simples qui constituent la substance* la
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- chaleur est produite soit par des combinaisons, soit par des décompositions, ou bien elle est la différence entre la chaleur consommée par la destruction des composés existants et la chaleur fournie par la formation des composés résultant de l’explosion.
- Le calorique dégagé se manifeste par des effets calorifiques proprement dits qui sont inutiles ou gênants au point de vue pratique et par des effets dynamiques dont les uns sont directement utiles tandis que les autres sont accessoires, sans utilité ou même nuisibles. Il en résulte que le nombre de calories qu’une explosion est susceptible de produire n’est pas la mesure de son effet utile. Cependant celte quantité de chaleur permet de comparer les effets qu’on peut attendre des différentes poudres, principalement lorsque ces poudres sont employées à donner surtout des effets de projection.
- Mais s’il s’agit d’effets brisants, la pression maxima que l’explosion peut théoriquement engendrer donne une idée plus exacte de la valeur pratique de la substance. On pourrait mesurer ces pressions directement, mais les expériences font encore défaut. On pourrait calculer ces pressions, mais il faudrait s’appuyer sur des lois physiques qui n’ont été vérifiées que pour des températures et des pressions incomparablement plus basses que celles qui se développent dans les phénomènes explosifs.
- M. Berthelot a proposé de prendre pour valeurs proportionnelles de ces pressions maxima le produit de la chaleur d’explosion par le volume des gaz dégagés. C’est, d’après le savant physicien, le nombre qui donne l’idée la plus juste des pressions comparatives que peuvent développer les divers agents explosifs.
- Pour calculer le nombre d’unités de chaleur que peut produire l’explosion d’une substance donnée, il faut connaître la composition chimique de la substance et la nature des produits de l’explosion. Ceux-ci ne se forment pas en général tout d’une pièce, ils sont d’ordinaire, en raison de la dissociation sous l’influence des très-hautes températures, le résultat de plusieurs décompositions et recompositions successives. La somme de chaleur dégagée n’en est pas changée, mais au lieu de se produire en une seule fois, elle est émise progressivement, de sorte que l’effet de la dissociation est de diminuer la température maxima et par suite la pression maxima que l’explosion peut engendrer, mais de maintenir plus longtemps la température et la pression dans le voisinage de leur maximum.
- On calcule la chaleur d’explosion en supposant que les composés primitifs qui constituent la substance se défont complètement, moyennant une absorption de chaleur égale à la chaleur qu’a fournie leur formation, et que les corps simples ainsi obtenus se combinent ensuite pour donner les produits définitifs de l’explosion en produisant un nombre de calories plus élevé. L’excès de ce dernier nombre sur le premier est la chaleur d’explosion.
- La chaleur produite par les diverses combinaisons nécessaires pour constituer soit la substance explosive, soit les produits de sa combustion, a été en général mesurée au calorimètre par divers expérimentateurs. Celles qui n’ont pas été mesurées s’établissent par comparaison ou se calculent à l’aide d’expériences calorimétriques faites sur des poudres dans la combustion desquelles ces combinaisons figurent pour une forte partie du calorique engendré.
- Pour calculer le volume des gaz il suffit de connaître la composition de ces gaz de l’explosion et de diviser par la densité de chacun d’eux le poids que représente le nombre d’équivalents donné par la formule. Ces volunges se ramènent à la température de 0° et à la pression de 0m,760 de mercure,
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- Le Mémoire renferme les calculs delà chaleur d’explosion et du volumo de gaz do plusieurs explosifs : la poudre à canon, la poudre à base de nitrate de soude, la nitroglycérine; la dynamite n° 1, formée de 75 p. 0/0 de nitroglycérine et de 25 p. 0/0 de silice, et la dynamite n^ 3, formée de 70 p. 0/0 de nitrate de soude, de 10 p. 0/0 de charbon et de 20 p. 0/0 de nitroglycérine. .
- Le tableau suivant résume le résultat de ces calculs pour un kilogramme de substance :
- DÉSIGNATION. CHALEUR VOLUME PRODUIT EFFETS
- COMPOSITION. d’explosion. de gaz. caractéristique. de la dissociation.
- Nitrate de
- potasse. . 74,70
- Poudre de guerre,' i Soufre. ... 12,4b 608° - 2251 137000 Considérables.
- Charbon. .. 1 Nitrate de 12,2b
- Poudre à base ; de nitrate de soude. i soude... Soufre. .... ( Charbon... 79,6 11,3 9,1 752 248 186469 Considérables.
- Nitroglycérine .... 1 Cfi H2 3 (AzOgH) . ». 1321 712 940500 Faibles.
- Dynamite n° 1 « , . ) Nitroglycérine j Silice .. 7b . 2b 991 534 396896 Faibles.
- i 1 Nitrate de
- j soude 70
- Dynamite n° 3...< Charbon. ... 10 740 370 273800 Considérables.
- ! Nitroglycérine 20 1
- Ainsi la chaleur d’explosion d’un kilogramme de nitroglycérine est plus que double de celle d’un kilogramme de poudre : de sorte qu’à poids égal l’ensemble des effets calorifiques et dynamiques de l’explosion est plus que double -pour l’huile
- explosive que pour la poudre. ...............
- Le volume^ de gaz permanents dégagés par 1 kilogramme de nitroglycérine est plus du triple du volume de gaz produit par l’explosion d’un kilogramme de poudre. ' a.
- La pression théorique maxima que peut développer l’explosion est de 6 à 7 fois plus grande à poids égal pour la nitroglycérine que pour la poudre. ,
- La dissociation joue un rôle plus important dans l’explosion de la poudre, de sorte que la pression réelle se tient plus loin du maximum théorique, mais se soutient mieux dans sa faible valeur que cela n’arrive pour la nitroglycérine. Dans les applications où l’on se propose surtout de produire des ruptures, l’huile (.explosive donnera donc des effets plus de sept fois supérieurs à ceux de i là poudre à poids égal.
- Si l’on compare les deux substances à volume égal, on trouve que la chaleur d’ex» plosion de la nitroglycérine est 4 fois et la pression théorique maxima 13 fois plus considérable que celles de la poudre. 5 ' ‘
- Les effets de l’une et de l’autre substance sont dus en définitive à la'combustion du carbone, de l’hydrogène et du soufre, à l’aide de l’oxygène du salpêtre ou de l’oxygène que l’acide azotique a apporté dans- la composition de la nitroglycérine. Le Mémoire analyse le mode suivant lequel ces réactions engendrent la chaleur, et rend compte1* des différences si considérables que signalent entre eux les calculs1 etcl’ex-périence. En résumé, les causes principales de la supériorité des'effets de la nitroglycérine sur la poudre sont : sa plus grande densité, le remplacement du soufre par
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- le charbon et un peu d’hydrogène, la réunion de ses éléments en une combinaison facile à détruire, sa richesse en oxygène et la substitution de l’eau à la potasse Cbmme véhicule de l’acide azotique.
- La lecture de la seconde partie du Mémoire est remise faute de temps à une prochaine séance.
- MM. Beaumetz, Bornèque, Deby, Durœux, Ëstoublon, Feer, Gargan, Guyane!, Henry, Houlon, Hugon,Jagnaux, Landry, Légat et de Reydellet ont été reçus mem bres sociétaires, et MM. Barbedienne, Piat et Robert de Beauchamp, membres associés.
- Séance du 18 Héceraftrc 1874.
- ASSEMBLÉE GÉNÉRALE.
- v 'Présidence de M. Jordan.
- Là séance est ouverte â huit heures et demie du soir.
- Le procès-verbal de la séance du 4 décembre est adopté.
- La parole est donnée à M. 1 Loustau, trésorier,1] pour l’Exposé de la situation financière de la Société.
- M. Loustau indique que le nombre des Sociétaires, qui était, au 19 décembre 1873,
- de.................................................... 1113
- s’est augmenté, par suite de nouvelles admissions, de. . ................. 114
- 1227
- A déduire, par suite de décès, démissions et radiations pendant
- l’exercice 1874.......i .... ......................... 30
- Nombre total des Sociétaires au 18 décembre 1874............. 1191
- Les recettes effectuées pendant l’exercice de 1874 se sont élevées à :1’7~
- 1 fr. c. 1 Ïï.
- 1° Pour le service courant, cotisations, etc............... 37,760 001 _ .
- 2° Pour le fonds social inaliénable. . . . ............. 2,400 00} 40,160 0
- & Il reste à recouvrer en droits d’admission et cotisations. ...... 20,667 00
- Total de ce qui était dû à la Société.......... 60,827 00
- Au 19 décembre 1873, le solde en caisse était de. . . . 14,147 20 J
- Les recettes effectuées pendant l’exercice de 1874 se V 84,307 20
- .sont élevées à.> •. . >% ..................... .... 40,160 00
- ; Les sorties dé caisse du semestre se sont élevées à :
- 1° Pour/dépenses diverses, impressions, appointements 5> .affranchissements, intérêts de l’emprunt, etc. . 35,206 00 2° Payements aux Entrepreneurs, honoraires 4de l’Architecte. .1» » » ;. > . » . . . . » * . » . » • .*••.. 3,084 7o
- ••nu dune:. îjj -j: il reste en caisse à ce jour............. ; •.
- 38,290 75
- 16,016 45
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- La Société possède en outre,' comme fonds social inaliénable, un hôtel qui a coûté une somme de 278,706 fr. 90 c.
- M. le Président met aux voix l’approbation des comptes du trésorier; ces comptes sont approuvés.
- M. le Président adresse au nom de la Société des remerciements à M. Loustau, pour sa bonne gestion et son dévouement aux intérêts de la Société.
- Il est ensuite procédé aux élections des Membres du Bureau, et du Comité pour l’année 1875.
- Ces élections ont donné le résultat suivant :
- BUREAU.
- Président :
- M. Lavalley.
- Vice-Présidents :
- Secrétaires : MM. Tresca (Alfred).
- MM. Mathias (Félix).
- De Dion (Henri). Richard (Jean-Louis). . Desgrange (Hubert).
- Mallet (Anatole). Badois (Edmond). Morandière (Jules),
- Trésorier : Loustau (G,).
- COMITÉ.
- MM. Jordan (Samson).
- MM. Caillaux (Alfred).
- Alcan (Michel). Forquenot (Victor), Yvon-Yillarceau. Callon (Charles). Mol inos (Léon). Demimuid (René). Brüll (Achille).
- Vée (Léonee).
- Muller (Émile), Daguin (Ernest). Dupuy (Léopold). Barrauit (Émile). Chabrier (Ernest). Ronna (Antoine). Farcot (Joseph).
- Marché (Ernest).
- Salvetat (Alphonse). Dallot (Auguste).
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- NOTE
- FOUR A GAZ
- AVEC! EÉCUFÉBATEUK DE CHALEUR
- Système Ponsard
- Par M. m&v&im PÉRISSJË,
- Les fours à gaz ont pris depuis quelques années une grande extension. C’est grâce à eux que, notamment, on a pu développer dans les fours à reverbère les hautes températures exigées pour la nouvelle fabrication de l’acier.
- Le système de chauffage employé par M. Siemens a rendu et est appelé à rendre encore de très-grands services. Il a permis de faire industriellement des opérations métallurgiques pour lesquelles le four ordinaire a été impuissant.
- Il a permis aussi de réaliser des économies très-importantes et d’employer des combustibles imparfaits, inutilisables jusqu’alors pour les opérations métallurgiques.
- En prenant place au fauteuil de la présidence de notre Société, M. Jordan nous a dit ici que la métallurgie de ï avenir est presque toute dans le développement de la science du feu, et il nous a cité les progrès considérables que la merveilleuse invention de Bessemer et le four Siemens avaient réalisés dans les usines sidérurgiques.
- Le four Ponsard est appelé, je crois, à prendre une place de quelque importance parmi les nouveaux procédés de chauffage, et c’est de cet appareil que je viens vous entretenir.
- Je ne parlerai pas aujourd’hui des nouveaux procédés métallurgiques, ni des fours de forme spécjale mettant en pratique ces nouveaux procédés pour le traitement des minerais de fer, de zinc et autres, car ce serait sortir du cadre que je me suis tracé.
- Après vous avoir donné une description succincte du système de
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- chauffage de M. Ponsard, et après vous avoir fait connaître les principales applications dont il est susceptible, je vous donnerai les résultats industriels de la marche de plusieurs fours à réchauffer ou à souder le fer, me réservant de vous faire connaître ultérieurement les résultats des autres applications, si la Société le juge intéressant.
- Puis j’aborderai un examen rapide de quelques-unes des questions qui nous ont été posées par notre savant Président, au commencement de cette année. Je le ferai pour répondre à cet appel et afin d’apporter dans ces questions, qui ont été jusqu’ici du domaine scientifique, quelques considérations et quelques chiffres indiqués par l’observation et par la pratique. Ainsi j’examinerai la composition des gaz, leur production, leurs capacités calorifiques, l’influence de la dissociation, l’influence des températures et des combustibles employés, et enfin je tâcherai de déterminer le rendement des fours à gaz et de faire leur comparaison avec les fours ordinaires en ce qui concerne plus spécialement le réchauffage du fer.
- Ce n’est donc pas un travail complet sur la matière que je viens vous présenter, mais seulement quelques considérations qui m’ont paru dignes de quelque intérêt.
- S5eges»Sg>tf©ia elss ffèsis» P©si$$ft*d,
- Il se compose essentiellement : 1° d’un gazogène, dans lequel le combustible à l’état solide subit une combustion incomplète et se transforme en gaz eux-mêmes combustibles; d’un appareil à air chaud, chauffé par les flammes perdues, appelé par son inventeur récupérateur de chaleur, et placé en contre-bas du four proprement dit; 3° d’un laboratoire de four, où les gaz du gazogène subissent une combustion complète au moyen de l’air chaud fourni par le récupérateur ; 4° enfin, d’une cheminée qui, par son appel convenablement réglé, force les produits de combustion à descendre sur toute la profondeur du récupérateur, pour les rejeter ensuite dans 'l’atmosphère.
- Examinons successivement ces différents organes essentiels :
- 1° Gazogène. — On emploie différentes formes de gazogènes ou générateurs de gaz, suivant la nature des combustibles. Ils peuvent être classés en deux catégories : les uns sont à grille, avec alimentation d’air froid : c’est ce que j’appelle les gazogènes ordinaires; les autres sont sans grille, alimentés avec de l’air chaud fourni par le récupérateur, et appelés par l’inventeur : gazogènes surchauffés.
- 1 Les premiers, employés depuis très-longtemps, sont analogues aux générateurs Siemens; mais ils ont toujours une grille inférieure, à peu près horizontale, sur laquelle la couche de combustible varie de^0,60
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- à d’épaisseur, suivant sa nature physique ou sa composition.
- Les dessins que je mets sous vos yeux me dispensent d’en faire une description (figures 1 et 2, planche n° 68).
- Le dessus du gazogène est généralement au niveau du sol et porte une ou plusieurs boîtes ou simples ouvertures par lesquelles le combustible est versé dans l’appareil. Il y a aussi des trous par lesquels on peut introduire des ringards pour piquer la couche de combustible et pour détruire les voûtes ou accrochages qui peuvent se former avec certaines houilles. Ces trous permettent au chautfeur de se rendre compte de l’allure de l'appareil et de lui indiquer le moment où il convient de faire les charges.
- La profondeur des gazogènes ordinaires est variable entre 2m,50 et 3 mètres. Chaque gazogène doit être muni d’un registre réfractaire pour pouvoir régler la quantité de gaz, ou intercepter à un moment donné la communication avec le four.
- Les gazogènes surchauffés sont d’une forme tout à fait différente. L’emploi de l’air chaud à üne température de 800 à 1,000Q ne rend, pas possible l’emploi d’une grille, parce qu’elle brûlerait ou s’encrasserait rapidement. Ces gazogènes sont donc à cuve, au-dessus du point où a lieu l’inflammation, et, au droit de l’arrivée de l’air chaud, l’appareil présente une grande chambre fermée (plus large que le bas de la cuve), dans laquelle le combustible descend en prenant son talus naturel d’éboule-ment. C’est par les vides formés entre ce talus et les parois verticales extérieures du gazogène que, d’une part, débouchent l’air, et, d’autre part,, le gaz produit par son passage à travers la couche incandescente (figurés 7 et 8),
- Les cendres ou mâchefers se rendent sur le sol de cette chambre, d’où ils sont enlevés de temps en temps par des ouvertures tenues normalement fermées, soit au moyen de clapets, soit avec un simple garnissage en terre grasse.. ; !
- n 2° Récupérateur. — Il constitue un appareil à air chaud, composé de briques réfractaires creuses ou pleines. (Voir les deux dessins intercalés dans le texte et les figures Set 6 de la planche n° 68.) Il se compose d’une premièré série d’intervalles, b, dans lesquels circulent les gaz brûlés chauds provenant du four, et d’une seconde série, p, dans laquelle passe ,l’air à chauffer, de telle sorte que chaque chambre verticale d’air soittou-• jours comprise entre deux chambres semblables de fumées, et réciproquement.^ Dans la disposition la plus généralemenLemployée, toutes jlpa cloisons, sont entretoisées par des briques, pour la plupart creuses, formant chicanes sur différentes assises en hauteur. Ces chicanes sont ^destinées à présenter beaucoup de surface aux fluides; et, de plus, elles ; établissent, entre les diverses chambres, des communications qui aüg-mn entent encore la surface de chauffe. Remarquons que ces briques sont
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- juxtaposées, c’est-à-dire jamais placées au bout les unes des autres, de telle façon que le récupérateur peut subir des efforts de dilatation et de contraction sans être exposé à aucune dislocation ; et, de plus, ces efforts, s’exerçant partiellement sur des pièces très-courtes, n’ont aucun effet sur les joints.
- Dans le récupérateur, le. chauffage est méthodique : les gaz brûlés arrivent en effet par le haut, descendent dans les compartiments qui leur sont destinés, et s’échappent ensuite dans la cheminée; l’air froid, au contraire, pénètre par la partie inférieure, s’élève dans les compartiments intermédiaires en s’échauffant graduellement, et sort, après avoir léché les parois les plus chaudes, pour se rendre dans la chambre de combustion. Un registre, placé en avant des canaux d’air inférieurs, permet de régler à volonté l’arrivée de l’air froid dans le récupérateur.
- Ainsi les gaz chauds descendent et par conséquent suivent tous les passages qui leur sont offerts, ainsi que l’ont prouvé les physiciens et notamment Peclet. Quant à l’air froid, il monte, et comme son volume s’accroît avec la température, on peut admettre que lui aussi chemine par tous les conduits qui lui sont réservés.
- Lorsqu’on a besoin de diviser Pair de façon à pouvoir en appliquer une partie quelconque à un but spécial, comme à l’alimentation du gazogène, par exemple, il est facile de diviser parfaitement le courant, et il suffit, pour cela, de remplacer une ligne verticale de briques creuses, qui mettent les canaux d’air en communication, par une ligne verticale de briques pleines. On a ainsi deux récupérateurs parfaitement distincts, quoique compris dans une même chambre, à la condition de placer deux registres d’arrivée au lieu d’un. : h
- L’appareil ainsi construit a une grande puissance sous un petit volume. Un récupérateur en briques de dimensions ordinaires présente, par mètre cube (calculé d’après-les dimensions extérieures), une surface totale de 23 mètres carrés en moyenne, dont moitié pour le refroidissement des gaz brûlés et moitié pour réchauffement de l’air. Le poids du mètre cube^est d’environ 900 kilogrammes; les briques spéciales coûtent d’achat, en ce moment, 41 fr. les 100 kilog,, ce qui porterie prix du mètre cube de récupérateur à 100 francs. r .
- Afin de rendre les joints verticaux parfaitement étanches, chaque brique-chicane porte aux points de jonction une rainure de 30 millimètres sur 2 à 3 millimètres : de cette façon, en présentant deux briques l’une contre l’autre, elles donnent un vide que le mortier vient remplir, en formant entre les deux pièces comme un clavetage qui rend le joint étanche, et les briques ne peuvent s’écarter, puisqu’elles sont juxtaposées et maintenues par les parois de la chambre. D’ailleurs, en admettant que, par suite d’un long service, le récupérateur présente quelques détériorations, l’inconvénient sera peu considérable; il n’y aura pas d’explosion à craindre, puisque les deux fluides en présence
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- sont de Pair et des gaz brûlés; il en résultera une température et une pression moindres pour l’air, et l’on devra réparer ou refaire le récupérateur lorsque cette température et cette pression ne seront plus suffisantes. *
- Pour effectuer cette réparation, il faut enlever l’une des quatre faces de la chambre du récupérateur qui donne sur une fosse juxtaposée. L’enlèvement de ce mur de façade est facile et rapide. Ce mur est percé de trous correspondant aux passages des fumées, trous fermés par des briques et lutés pendant la marche. Il est donc toujours facile de vérifier l’état du récupérateur et de le nettoyer des poussières ou dépôts qui auraient pu s’arrêter dans les conduits de fumées. On fait tomber ces dépôts d’étage en étage, au moyen d’un petit crochet muni ou non d’une chaînette à son extrémité ; ils se réunissent dans les grands carneaux inférieurs, ou bien ils sont retirés à chaque étage, si l’on a eu le soin de placer un fer plat dans le trou de nettoyage situé en dessous de celui par lequel on travaille.
- Le nettoyage du récupérateur peut se faire en marche, c’est-à-dire quand on travaille dans lé four; mais il vaut mieux évidemment profiter du chômage du dimanche pour faire cette opération. ;
- Dans le récupérateur Ponsard, la transmission de chaleur se fait par conductibilité à travers de faibles épaisseurs. La quantité de chaleur transmise dépend non-seulement de la différence des températures, mais encore du coefficient de conductibilité de la brique. Or, comme le plus souvent l’appareil fonctionne à des températures élevées, il en résulte que la transmission se fait dans de meilleures conditions, puisque le coefficient de conductibilité des ferres cuites augmente avec la température, et, dans l’espèce, ce coefficient est plus fort que ceux déjà déterminés par les -physiciens.
- 30! Laboratoire. — Dans le four ordinaire Ponsard, le laboratoire, c’est-à-dire'la chambre dans laquelle s’effectue la combustion, est placé à un niveau plus haut que celui du gazogène et du récupérateur. lien résulte que le gaz et l’air chaudS débouchent dans le laboratoire avec une pression de quelques millimètres d’eau, sans avoir besoin pour cela d’employer une soufflerie quelconque. *
- La combinaison du gaz combustible et de l’air comburant s’effectue donc sous une certaine pression, obtenue naturellement et uniformément puisqu’elle est fonction des dimensions du four. .
- Nousiverrons plus loin combien il est important, à tous les points'de vue, que le mélange soit fait d’une façon intime et surtout dans des pro-r portions se rapprochant aussi près que possible de celles qui sont déterminées par la combinaison théorique. Cette double condition né peut être obtenue que lorsque le combustible est. à Pétât gazeux, c’est-à-dire au même état physique que l’air destiné à le brûler. Il faut de plus que
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- les deux gaz soient à peu près à la même température et à la même pression. Pour obtenir une bonne combustion dans le laboratoire, pour être dans de bonnes conditions économiques, il me paraît indispensable d’avoir dans le four une pression aussi uniforme que possible, puisque, si elle était plus ou moins variable dans un court espace de temps, la combinaison ne se ferait pas dans de bonnes conditions voulues. Cette uniformité si désirable est obtenue pratiquement dans les fours à gaz munis de régénérateurs ou de récupérateurs de chaleur placés en contre-bas du laboratoire. A un autre point de vue, la pression est utile pour empêcher Pair extérieur de pénétrer dans le four, soit par les portes, soit par les fissures des maçonneries. Les entrées d’air qui se produisent toujours dans les autres appareils non soufflés ont pour effet, non-seu-r lement de refroidir le four, mais aussi d’exposer les matières contenues à des oxydations ou à des altérations nuisibles.
- On maintient la pression dans le laboratoire en réglant le tirage naturel de la cheminée, au moyen de son registre, jusqu’à ce que ce tirage ne se fasse plus sentir que vers la partie supérieure du récupérateur. Alors la pression des gaz brûlés, maxirna dans le laboratoire, sert à les faire descendre dans la chambre qui est placée entre le four et le récupérateur; la pression diminue de plus en plus dans cette chambre, et elle arrive à être nulle au point où l’aspiration de la cheminée commence à se faire sentir. <
- Les sections d’arrivée de gaz et d’air, celle du laboratoire, ainsique les sections des passages qui font communiquer le laboratoire avec la chambre de descente au récupérateur, doivent être déterminées avec soin, ou réglées de façon à obtenir le mélange et la vitesse convenables pour l’opération. La forme des brûleurs placés à une extrémité du laboratoire a aussi son influence et doit être déterminée en raison des températures et des pressions respectives. D’ailleurs, on a toujours à sa disposition les trois registres : celui du gaz combustible, celui de l’air comburant, et enfin celui de la cheminée, pour trouver et maintenir le meilleur régime du four non-seulement au point de vue du chauffage, mais aussi au point de vue de la nature de la flamme que l’on peut obtenir ainsi à volonté, neutre, réductrice ou oxydante, suivant les besoins de l’opération. ;
- Le laboratoire du four, les conduits de descente au récupérateur et les parois hautes de la chambre de celui-ci doivent être construits en briques de silice de première qualité, en raison des hautes températures développées. J’étudierai plus loin les conditions à remplir pour obtenir les plus hautes températures possibles, et il en sortira la preuve que le four Ponsard peut développer des températures aussi élevées*que tous les autres fours à gaz à tirage naturel. ;/ni c
- D’ailleurs, dans quelques fours Ponsard, on a dû rechercher les moyens de faire baisser la température en avant des brûleurs, parce que les
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- briques, en silice pour ainsi dire pure, y fondaient rapidement en formant des stalactites d’une assez grande longueur.
- Le four que je viens de décrire est donc à marche continue, sans renversements et sans valves métalliques exposées à se voiler.
- Les gaz combustibles sont amenés au laboratoire à leur température de formation, sans être refroidis comme dans le système Siemens, et il n’y a plus dans les conduites des dépôts d’hydrocarbures ou goudrons, ni des pertes de gaz au moment des inversions. Il est vrai que, dans le cas du gazogène ordinaire, la récupération est moins grande. J’étudierai plus loin l’utilisation dans les deux systèmes de fours à gaz, et je démontrerai la supériorité du four Ponsard sous le rapport de la dépense en combustible.
- Les explosions ne sont pas à craindre, puisque les gaz combustibles et l’air comburant ne cheminent dans des conduits voisins qu’au moment de leur arrivée dans le laboratoire, où ils s’enflamment toujours, puisque, avant de donner l’air du récupérateur et de marcher au gaz, on est, pour ainsi dire, obligé de commencer à chauffer le four comme avec un foyer ordinaire. C’est très-facile, puisqu’on a une grille à sa disposition et qu’il suffit de mettre en marche avec une faible épaisseur de combustible, pour ne l’augmenter que lorsque les brûleurs sont portés à la température suffisante pour l’inflammation des gaz. Enfin, le prix d’établissement des fours Ponsard est presque deux fois moindre que celui des fours Siemens correspondants.
- Pour tout mentionner, ajoutons, au désavantage du four Ponsard, que la construction du récupérateur exige des soins que ne demandent pas les régénérateurs Siemens; que les briques du récupérateur doivent être fabriquées très-uniformes, très-saines et en matériaux de choix; que, enfin, le voisinage du gazogène, par rapport au four, conduit à un espace nécessaire dont on ne dispose pas toujours.
- PRINCIPALES APPLICATIONS.
- Avant de parler plus spécialement des fours à réchauffer le fer, j’indiquerai les autres principales applications des procédés Ponsard ;
- Fusion de l’acier et de la fonte ;
- Réchauffage de l’acier ;
- Puddlage du fer;
- Traitement direct des minerais de fer;
- — — de zinc ;
- Fabrication du verre à bouteilles;
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- Fabrication du gaz d'éclairage;
- — de produits chimiques, et notamment de la baryte ; 'Chauffage des chaudières à vapeur.
- Je ne voudrais pas avoir mentionné le traitement direct des minerais de fer au four à réverbère sans faire connaître à la Société que, vers la tin du mois dernier, a eu lieu la première coulée de fonte produite dans le four de M. Robert de Beauchamp, maître de forges à Verrières (Vienne).
- Avec le minerai de Mokta, la séparation du métal a été à peu près complète, si on en juge par la nature des laitiers dont l’on fait en ce moment les analyses.
- Depuis huit jours, on a commencé le traitement des minerais du Poitou.
- A LA FORGE DU BASACLE, A TOULOUSE.
- Ce four est destiné au soudage des paquets de ferraille et au réchauffage de billettes ; sa première mise en marche date du 15 octobre 1872 : il y a donc deux ans que ce four fonctionne. — La forge de M. Pélegry reçoit des ferrailles comme matières premières et les transforme en gros feuillards, cercles de cuves et de roués, et autres petits fers marchands.
- Les ferrailles sont généralement petites, minces et très-oxydées, mais en bonne qualité de fer, puisque les produits sortant de la forge du Basâcle sont très-estimés dans le midi de la France.
- Les paquets, dont le poids varie généralement de 45 à 80 kilogrammes, sont soudés et passés au laminoir, pour, le plus souvent, fournir chacun deux billettes de 0m,50 à 0m,70 de longueur. Celles-ci sont ultérieurement chargées froides, pour être réchauffées et converties en fers marchands. Le laminoir est actionné par un moteur hydraulique.
- Avant l’établissement du four Ponsard, la forge marchait avec deux fours ordinaires dont la sole avait 4m,40 de largeur maxima sur 2^,40 de longueur et dont la grille était carrée avec une surface de 0m,84. Le four Ponsard a remplacé ces deux fours, et, à lui seul, il produit environ 30 p. 400 de plus que les deux anciens fours réunis.
- La sole du nouveau four a 2 mètres de largeur sur 3m,20 de longueur. Deux portes servent au chargement. Par celle qui est la plus éloignée
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- du gazogène, on introduit les paquets de ferraille, auxquels on fait faire ensuite quartier pour les amener en face de la première porte, parlaquelle les paquets soudés sont sortis du four et amenés au laminoir.
- Les billettes.sont toujours introduites par la porte la plus voisine du foyer et chargées froides ; elles arrivent au blanc soudant au bout de 10 à 20 minutes, suivant leur grosseur. Le réchauffage des billettes se fait de préférence pendant que les paquets à souder s’échauffent dans l’autre partie de la sole.
- Le four marche avec un seul gazogène, alimenté par de la houille de Decazeville (petite noisette), dont l’analyse immédiate a fourni :
- Eau (dessiccation à 110°). . . ................»................. 1.60
- Cendres. ............................................................ 11.40
- Coke peu boursouflé. ............................................... 49.60
- Matières volatiles................................................. 37.40
- 100.00
- Cette houille paraît tenir le milieu entre les houilles grasses et les houilles maigres à longue flamme. Pure, c’est-à-dire abstraction faite de l’eau et des cendres, elle donne 57 p, 100 de coke et 48 p. 100 de produits volatils. Elle devrait donc être classée parmi les houilles sèches à longue flamme (première catégorie de la classification) ; mais, par la nature de son coke, elle se rapprocherait plutôt des houilles grasses de la deuxième catégorie. Le charbon de Decazeville n’a pas une valeur commerciale aussi grande que le charbon de Carmaux, dont le prix, à Toulouse, dépasse de 4 à 6 francs celui de la noisette de Decazeville.
- Le récupérateur fournit les chiffres suivants :
- Cube du récupérateur. .............. 10m.80
- Surface totale de chauffe, ............. 126 mètres carrés.
- Poids des briques spéciales............. . 9,400 kilogrammes.
- En ramenant au mètre cube, on obtient un poids de 870 kilogrammes et une surface de chauffe de 11m,60 pour l’air et autant pour le refroidissement des gaz brûlés.
- Production. — Elle est variable avec la nature de la fabrication. Comme dans toutes les forges, la production journalière est d’autant plus grande que les mêmes cylindres restent plus longtemps en service continu et que l’échantillon fabriqué est de poids plus fort, sans dépasser toutefois les moyens d’action ordinaires de l’outillage et de la forge.
- Voici la copie des deux dernières semaines de marche inscrites au journal de fabrication, lors de ma visite à la forge il y a quatre ou cinq mois. Les chiffres du tableau se rapportent aux poids chargés.
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- DÉSIGNATION. 6 jours (le marche du 13 au 18 avril. 6 jours de marche du 20 au 25 avril.
- Paquels dégrossis et finis, c’est-à-dire à 2 opérations. . Paquets dégrossis en billettes ou en hallage à 1 opération. Billettes finies, à 1 opération 46,113k 22,082 16,007 43,631k 24,864 14,64 J
- Les quantités de la première ligne ont été passées au four, en paquets de ferraille, et converties en billettes, lesquelles sont revenues au four pour fabriquer des fers marchands, consistant surtout en gros feuillards
- -7-7—7-37-, pour cercles de cuves. Il y a donc eu deux opérations, un sou-é a 4 /2
- dage et un réchauffage.
- Il résulte du précédent tableau que la quantité de fer chargée dans le four, en vingt-quatre heures, a été d’au moins 20 tonnes. Ce chiffre est très-remarquable, eu égard surtout aux fers fabriqués, qui ne pèsent que 2 à 3 kilogrammes le mètre courant. Mais, dans les deux semaines précitées, la fabrication a pu se continuer sur le même échantillon, d’une façon pour ainsi dire non interrompue, et la production de ces deux semaines est supérieure à la moyenne.
- Voici les quantités chargées dans deux semaines, qui ont précédé l’arrêt du four, pour grande réparation au récupérateur.
- La fabrication a consisté en un grand nombre de petits fers carrés, rondins, bandelettes. On peut donc admettre que les chiffres suivants sont des minima.
- DÉSIGNATION. 6 JOURS. 6 JOURS.
- Paquets dégrossis et finis (2 opérations). Paquets dégrossis en billettes, lre opération Billettes finies, 2e opération 40,120k 5,846 6,254 39,986^ 7,212 6,458
- La quantité de fer chargé dans le four, en vingt-quatre heures, a donc été environ de 15 tonnes.
- Je n’ai pas pu relever lés quantités de fer fini entrant au magasin ; mais elles auraient dans l’espèce peu d’intérêt, puisque je donnerai plus loin la mise au mille. D’ailleurs, la ferraille employée est quelquefois tellement mince et oxydée, qu’elle conduit à des rebuts ou à des ébou-tures considérables; la forge a grand souci de sa fabrication, et il n’entre au magasin que des produits pour ainsi dire irréprochables.
- Combustible. — La quantité brûlée dans le mois de mai, en trente et un jours de chauffage, a été de 119,600 kilogrammes, dont 38,100- pen-
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- dant le jour et 61,500 kilogrammes pendant la nuit. Le chauffage est un peu ralenti le dimanche, puisque le four ne travaille pas.
- La consommation par vingt-quatre heures de travail est de 4,200 kilogrammes de houille de Decazeville; elle descend à 1,700‘kilogrammes pour les vingt-quatre heures du dimanche matin au lundi matin. Dans les sept jours de la semaine, dont six de travail, la quantité de houille brûlée est, par conséquent, de 27 tonnes. Par tonne de fer chargée, et en marche exceptionnelle, comme les deux semaines d’avril, la consom-27 000
- mation par tonne est - = 220 kilogrammes de houille.
- Chaque four ancien brûlait, à 200 ou 300 kilogrammes près, par vingt-quatre heures, la même quantité que le four Ponsard, et celui-ci produit environ 30 p. 100 de plus que les deux anciens réunis.
- 11 résulte donc des -chiffres précédents que l’économie réalisée sur le combustible est d’environ 60 p. 100.
- Encore faut-il remarquer que les fours anciens brûlaient du charbon de Cannaux, plus cher que celui de Decazeville.
- Déchets au four. — La moyenne d’un mois a donné une mise au mille de 1,220 kilogrammes de ferraille passée à deux chaudes, ce qui équivaut à 18 p. 100 de déchet sur le poids chargé. Avec le four ordinaire et la même qualité de ferraille, on a 23 à 26 p. 100 de déchet, toujours à deux chaudes.
- L’économie dans les déchets est donc d’environ un tiers.
- Chiffrons maintenant l’économie par jour de travail du four à gaz.
- Elle est de :
- 600 kilogrammes de ferraille, de 13 à 14 francs..........= 80 fr.
- Environ 5 tonnes de houille.......................... . . = 120
- Par 24 heures de travail continu.................... = 200 fr.
- Voici des chiffres accusés récemment par M. Pélegry, comme des moyennes générales obtenues industriellement :
- DÉSIGNATION. Four Ponsard. 2 fours anciens.
- Fer passé au four en 24 heures de travail. 17» 12»,5
- Production par mois (en moyenne 24 jours de travail),
- en paquets subissant 2 opérations 200» 15 G»
- Houille brûlée (mélange de Decazevillé et Carmaux pour
- fours anciens), y compris les jours de chômage.... 420» 180»
- Dépense par tonne et par opération 300* 600k
- L’économie sur le combustible est supérieure à 50 p. 400, et l’économie totale par vingt-quatre heures de travail, pour combustible et déchet, est de 200 francs par jour.
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- Cette économie ne reste pas entière, parce que les frais d’installation et d’entretien des fours à gaz sont supérieurs à ceux des fours ordinaires.
- Ceci m’amène à vous faire connaître le nombre d'arrêts qu’a eus le four depuis deux ans, et la nature des réparations [qu’il a été utile d’y faire.
- En décembre 1872, c’est-à-dire deux mois après sa première mise en marche, le four a subi une réparation consistant dans la réfection de la sole, qui s’était levée, et dans l’enlèvement de laitiers qui avaient percé l’autel et étaient descendus dans le gazogène.
- Un second arrêt de quinze jours, en mars 1873, a eu lieu pour une cause indépendante du four, et l’oii en a profité pour donner au registre d’air une meilleure disposition.
- En juillet 1873, c’est-à-dire neuf mois après la mise en service du four, le récupérateur a dû être refait dans sa moitié supérieure qui avait été encombrée par des crasses venues accidentellement de la sole. Six semaines après, M. Pélegry, profitant d’un chômage nécessité par une réparation à son moteur hydraulique, faisait installer, entre le laboratoire du four et le récupérateur, une chambre garnie de chicanes en briques, qu’il a appelée épurateur de flammes, et qui est destinée à arrêter, autant que possible, les poussières métalliques entraînées. La disposition de cet épurateur, imaginé par M. Pélegry, est des plus ingénieuses : il est formé de pièces moins réfractaires que celles du récupérateur et plus facilement attaquables par les oxydes de fer entraînés. Remarquons que ceux-ci ont d’autant plus d’importance que les ferrailles employées sont plus minces et plus oxydées. On peut aujourd’hui se prononcer sur le degré d’efficacité de l’épurateur : il n'est ni coûteux ni gênant, et ses chicanes peuvent être facilement remplacées. .
- Vers la fin du mois de mars dernier, dix-sept mois après la mise en marche du four, le récupérateur a été pour la première fois refait entièrement. L’arrêt occasionné par cette reconstruction a été de 15 jours, y compris quatre jours pour le refroidissement et le rallumage. Le récupérateur proprement dit a été reconstruit en quatre à cinq jours. Ce second récupérateur n’a pas duré autant que le premier, par suite d’un changement apporté dans la fabrication des briques creuses, qui n’a pas donné les résultats attendus.
- En somme, depuis deux ans, le four a été arrêté six fois, pendant quinze à vingt jours, pour les causes que je viens d’énumérer. M. Pélegry estime qu’il faut compter un arrêt de quinze jours tous les trois mois, et que la durée du récupérateur est de six à neuf mois, en ayant soin, à chaque réparation, de refaire les couches supérieures. L’épurateur de flammes dure trois mois.
- Un point remarquable à signaler, c’est que toutes les parties du four, à l’exception de la sole, du récupérateur des autels et des portes, sont
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- encore en parfait état, sans avoir subi aucune réparation. Les voûtes du four et de la chambre du récupérateur, construites en briques de silice de MM. E. Muller et Cie, ont parfaitement résisté aux hautes températures développées et sont encore, pour ainsi dire, intactes".
- Pôür terminer cette description déjà longue du four du Basâcle, j’ajouterai que la grille est décrassée à fond toutes.les douze heures; que l’allure chaude du gazogène est préférée parce qu’elle augmente la production du foür et qüe la consommation de houille par tonne de fer est moindre ; que le récupérateur est nettoyé toutes les semaines et les canaux de gaz toutes les douze heures. L’opération du nettoyage des ca^ naux de gaz, fort courts du reste, entre le gazogène et les brûleurs, n’exige que quelques minutes, grâce à des portes à charnières, convena* blement ménagées.
- M. Pélegry, notre collègue, m’a autorisé à dire qu’il se fera un plaisir de recevoir les membres de la Société des Ingénieurs civils qui désireraient visiter son four Portsard, et de leur transmettre tous les renseignements que l’expérience du système lui a procurés.
- foin* à réchauffer de la fabrique de ferrouuerie
- DE M. DËRVAÜX-IBLED, A VIEUX-CONDE (NORD).
- Ce four Ponsard est en marche depuis la fin du mois de juillet 1873 et n’a pas encore été arrêté pour réparations. L’appareil travaille tous les jours* à l’exception du dimanche, pour réchauffer les barres de fer destinées à la fabrication dès écrous ou autres petites pièces de forge. Il a remplacé un four à réchauffer ordinaire qui avait été construit sur le modèle employé aux forges d’Anzin.
- Comme le four qu’il a remplacé, le four Ponsard n’est en activité que dans là journée, de. six heures du matin à six heures et demie du soir. Le foür ne fonctionne donc pas la nuit, et le gazogène, abandonné à lui-même pendant huit heures, se maintient allumé, grâce aux précautions suivantes : àlâ fin de la journée» le chauffeur fait double chargé; il ferme les trois registres et revient le lendemain matin, à trois heures, pour remettre le gazogène en bon état, afin de pouvoir travailler lorsque les ouvriers entrent aux ateliers.
- . C’est le seul exemple de four Ponsard, à marche intermittente, qui existe actuellement, et je dois ajouter que la marche continue des fours à gaz est une condition indispensable pour un succès certain. J’entends par marché continue une marche de vingt-quatre heures par jour, sauf
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- à s’arrêter un jour par semaine, si la nature du travail le permet; et, pendant ce jour d’arrêt, il est bon et économique d’entretenir le gazogène, ainsi que nous le verrons plus loin, quand je vous parlerai des fours existant en Italie.
- Le four de Yieux-Condé a une sole de largeur 0m,70, longueur 1m,60.
- Il n’existe pas de porte de chargement. Sur une des faces longitudinales du four, il a été ménagé une baie fermée par une plaque portant dix à douze petites ouvertures rectangulaires par lesquelles on introduit les barres à chauffer.
- Le four est alimenté par un petit gazogène de 1 mètre de largeur construit à côté du laboratoire. Le récupérateur occupe un espace de 3 mètres cubes 1/2, avec un poids de briques spéciales de 3,250 kilogrammes et une surface de chauffe pour l’air comburant de 40 mètres carrés. Par mètre cube, le poids devient 930 kilogrammes et la surface de chauffe 11m,40, c’est-à-dire environ 23 mètres de surface totale, moitié pour l’air et moitié pour les fumées.
- Production journalière. — Elle est variable avec la grosseur des barres chauffées et des pièces fabriquées, aux machines à poinçonner ou à étamper que le four dessert. Le travail consiste, le plus souvent, à chauffer simultanément dix barres servant à la fabrication d’écrous pour boulons de 15 à 35 millimètres de diamètre.
- Ces barres ont généralement 2m,50 à 3 mètres de longueur, et elles pénètrent dans la flamme sur une longueur d’environ 0^,60 à 0“,65. Il y a toujours une dizaine de barres en train de chauffer, et on les prend une à une, successivement, pour les porter aux machines, dont la matrice et le poinçon sont constamment refroidis par un jet d’eau qui tombe par conséquent sur la barre chaude. Aussi ne peut-on pas aller jusqu’au bout de là partie chauffée, et l’on remet la barre au feu dès qu’on a perdu la chaleur blanche pour prendre la barre suivante, et ainsi de suite. On donne généralement six chaudes pour passer une barre de 2m,75 de longueur, et il reste un bout de 0m,50 à 0a,60.
- J’ai pu me rendre compte du temps nécessaire pour porter au blanc soudant du fer de 34 x26 et 30x20. ‘ -
- Une barre froide du premier a demandé 3 minutes 30 secondes, et* pour le second, 2 minutes 40 secondes. Chargée rouge, la même barre, 30x20, n’a été portée au blanc qu’au bout de 2 minutes 10 secondes.
- En écrous moyens, on fabrique avec le four Ponsard 2,100 à 2,300 kilogrammes d’écrous, dans la journée de onze heures effectives, correspondant à 10 ou 12,000 écrous; Dans les mêmes conditions, l’ancien four faisait un quart en moins, soit 1,500 à 1,700 kilogrammes.
- Consommation, —« Au four Ponsard, 13 à 14 hectolitres par jour d’une
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- houille, contenant 23 à 25 p. 100 de cendres, et du type des houilles grasses à longue flamme.
- Le four ancien dépensait 25 à 28 hectolitres du même charbon et avait à la suite une vieille chaudière à bouilleurs qui fournissait assez de vapeur pour alimenter une machine faisant 12 chevaux. Les fumées du four Ponsard s’échappent assez chaudes dans les carneaux de la cheminée pour pouvoir être utilisées à chauffer une chaudière Field, dont l’installation est en projet.
- Calculons quelle est, dans les deux cas, la dépense de houille pour 100 kilogrammes d’écrous.
- 1° Four ancien.
- 26 hectolitres et demi à 85 kilogrammes......... . 2,250 kil. de houille.
- A déduire : Utilisation, 12 chevaux-vapeur à 3 kilogrammes par
- heure, et pour 11 heures.................................... 400 —
- Reste pour 1,600 kilogrammes d’écrous................. 1,850 —
- Soit, pour 100 kilogrammes d’écrous..................... 115 —
- 2° Four Ponsard.
- 13 hectolitres et demi à 85 kilogrammes. ............. 1,150 —
- Pour produire 2,200 kilogrammes d’écrous.
- Soit, pour 100 kilogrammes d’écrous................ . 53 —
- L’économie nette dépasse donc 50 p. 100.
- Déchets de fer. — Ils n’ont pas pu être constatés d’une façon exacte; mais l’industriel estime que le déchet au four ancien était de 5 p. 100, tandis qu’il est descendu à 2, à 3 p. 100 avec le four à gaz.
- Décrassages et nettoyages. — On fait tous les jours trois grands décrassages de la grille : l’un en arrivant le matin, à trois heures; l’autre à l’heure du déjeuner, à huit heures et demie, et le troisième à l’heure du dîner, à une heure. En outre, le chauffeur fait dans les intervalles deux ou trois petits décrassages, suivant les besoins.
- Les brûleurs de gaz sont nettoyés tous les jours, à midi, et, toutes les semaines, on fait le nettoyage complet des conduites de gaz.
- Quant au récupérateur, il est nettoyé tous les quinze jours ou tous les mois.
- Fonrs alimentés avec des lignite®
- DU VAL D’ARNO (TOSCANE).
- Bans deux forges italiennes appartenant à la Société pour l’industrie du fer, dont le siège est à Florence, les procédés Ponsard ont reçu une
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- application des plus intéressantes, puisque le combustible exclusivement employé est du lignite, type bois fossile bitumineux.
- Dans l’une de ces forges, celle de San Giovanni di Val d’Arno, il a été installé, l’année dernière, deux fours à réchauffer, deux fours à puddler et trois chaudières, soit sept appareils chauffés par le système.Ponsard, qui sont en activité depuis le mois de mars dernier. La fabrication consiste en fer puddlé et en fers marchands ronds, carrés et plats. Ces fers sont fabriqués partie en fer puddlé corroyé et partie en paquets de ferraille et de vieux rails.
- Dans l’autre forge, celle de Mammiano, on a établi un four à réchauffer qui alimente un petit train à serpentage pour la fabrication des fers à clous et des fers pour la tréfilerie. On y fabrique plus spécialement les ronds et carrés de 4 à 7 millimètres, avec desbillettes provenant, soit des feux d’afîmerie de l’usine, soit de la forge de San Giovanni. 1
- Les lignites du Val d’Arno contiennent, à la sortie de la mine, de 40 à 50 p. 100 d’eau ; ils sont séchés, en les tenant exposés à l’air, sur de très-grandes aires où ils perdent, au bout d’un certain temps, environ moitié de leur eau. Une petite partie est séchée dans des galeries chauffées par un foyer spécial et parcourues par un courant d’air. Les lignites sont employées généralement avec une contenance de 20 à 25 p. 100 d’eau et à une grosseur très-variable, que l’on peut assimiler au tout-venant de houille.
- La quantité de cendres est de 15 p. 100.
- Pour rester dans le cadre que je me suis tracé, je ne donnerai des détails que sur les fours à réchauffer ; mais, dans la copie du rapport officiel qui va suivre, on trouvera quelques mentions intéressantes sur les fours à puddler.
- Les trois fours à réchauffer ont une sole rectangulaire de 1m,45 de largeur sur 3 mètres de longueur, avec deux portes de travail, le chio étant placé au milieu de la sole, à l’opposé des portes. Le récupérateur a un volume de 8m3,35, avec une surface de chauffe de 96 mètres carrés. Son poids est de 7,400 kilogrammes.iOn déduit de ces chiffres que, par mètre cube, le poids est de 886 kilogrammes et la surface de chauffe de 11m240.
- Le gazogène de chaque four brûle de 6,800 à 7,000 kilogrammes de lignite par vingt-quatre heures, avec une surface de grille de 2m2,64.
- Voici un extrait d’un rapport de M. Pareto, ingénieur-régisseur de l’usine de San Giovanni, qui donne des détails très-précis sur la marche des fours.
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- ïïonrs à s'échauffer.
- Production et déchet. — La production des fours à réchauffer dépend essentiellement de deux éléments : le temps depuis lequel ils sont allumés et l’état hygrométrique du lignite.
- Il est absolument indispensable d’allumer les fours douze heures avant de charger le fer; il vaudrait mieux même attendre 18 ou 24 heures. La production n’atteint son maximum qu’après b ou 6 jours de la mise en feu et même davantage, si le lignite n’est pas bien sec.
- Ainsi nous trouvons que, le 4 mai, le fourn0 1, allumé depuis 12 heures, a donné 4,697 kilos de fer rond marchand en 12 heures, tandis que, le 9, il a donné dans le même temps.* et avec les mêmes ouvriers, 3,346 kilos de ronds, plus 909 kilos de plats : en tout, 4,265 kilos; et, le Jl» il donnait une production de 5,276kilos de fer plat, et, le 15, la production atteignait 6,196 kilos. Le 16 terminait la quinzaine dé travail; le four fut donc éteint et puis rallumé le 18 au soir. Dans la journée du 19', c’est-à-dire 12 heures après, il donnait une production de 3,399 kilos seulement.
- Quant à l’humidité du lignite, je dois rappeler que cet hiver nous avons eu, certains jours, du combustible avec 50 pour 100 d’eau et même plus; dans ces conditions, les fours ne pouvaient pas donner plus de 3 à 3 tonnes et demie de fer en 12 heures, tandis qu’ils donnaient facilement de b tonnes à 5 tonnes et demie avec du lignite à 20 et 25 pour 100 d’eau.
- Le déchet du fer dans les fours suit une progression inverse de celle de la production. Ainsi, dans l’exemple que nous avons rappelé le 4 mai, les' paquets de fer puddlé ont donné un déchet de 26 pour 100, c’est-à-dire qu’il fallait employer 126 kilos de fer puddlé pour avoir 100 kilos de fer fini, tandis que, le 9, le déchet était descendu à 9 pour 100, et jusqu’à la fin de la quinzaine il s’est maintenu, oscillant entre des mises au mille de 1090 à 1120.
- Le travail du laminoir influe beaucoup sur la production et par suite sur le déchet. En faisant des billettesde 50 millimètres de côté, on peut facilement faire 7 charges, en 12 heures dans chaque four, et chacune de 1,000 kilos en paquets de vieux rails, ce qui donne environ 14 tonnes de fer chargé par 24 heures dans chaque four,
- Le 21 juillet, nous avons dépassé cette quantité, puisque la production des fours, en fer laminés, fut la suivante :
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- P É SI G N TI Q ïî. POIDS (tes billettes. POIDS des fers marchands.
- 1 Four n» 1. kil. kil.
- T ( Paquets de rails laminés en billettes ou ’* j Billettes laminées en fer marchand 4,606 ))
- )) 3,452
- N ,, (Paquets de rails laminés en billettes 1 '* (Billettes et paquets laminés en fer marchand Four n° 2. 3,000 »
- » 4,243
- j ( Paquets de rails laminés en billettes ' * ( Billettes laminées en fer marchand, 4,568 ï)
- » 3,400
- jj j, (Paquets de rails laminés en billettes. ’’ | Billettes et paquets laminés en fer marchand.. . ,i. 2,794 »
- » 3,608
- Production tqlqle pour les 2 fours en 24 heures, j 14,968 » » 14,703
- liP fer marchand était du fer plat de :
- 35X13, 37 X 14, 30X 13, 39X 14.
- Qualité du fer réchauffé dans les fours. —- Un fait singulier est que le fer réchauffé dans nos fours s’améliore beaucoup : avec les mêmes rails, nous faisons du fer meilleur que celui des autres établissements qui les réchauffent à la houille, dans les fours ordinaires. 1
- Des billettes de vieux rails, marque Alais, ont été étirés à Mammiano en petit carré, qui a été trouvé excellent pour faire des clous. Ici nous avons pu faire direc-tement, avec des paquets de vieux rails, des cercles de tonneaux, longs de dix mètres et de 43 X 10, 50X 5, 30 X 6, 30X 8, 35 X 6,5b X B, 35 X10.
- Travail des ouvriers. — Pour ce qui est du travail dès ouvriers, ceux-ci apprennent très-vite. L’opération si délicate dans les fours ordinaires, de bien conduire le feu, est ici très-facile: il suffit d’avoir le soin de maintenir le gazogène toujours plein. Quant au maître chauffeur il n’a pas à s’occuper du feu ; il suffit qu’il sache charger son fer, retourner les paquets dans'le four et connaître quand le fer est chaud. Ainsi, nous avons eu des ouvriers'complètement ignorants du métier qui sont devenus de très-habiles chauffeurs après ayoir travaillé quelques mois à ces fours.
- Flamme réductrice * — La flamme des fours est constamment privée d’oxygène. J’ai fait de nombreux essais en mettant dans le four une cuiller avec du cuivre qui y fondait sans s’oxyder. L’oxydation du fer est due tout entière à la vapeur d’eau qui existe dans le gaz du lignite, et qui se décompose.
- Réparations. — Les réparations du four ne sont ni nombreuses, ni importantes; une seule chose demande du soin : c’est de visiter souvent la petite chambre qui est avant le récupérateur, pour s’assurer que les scories n’y pénètrent pas.
- Laminoirs. — Le laminoir, comme vous le savez, doit spécialement servir plus
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- tard comme train de puddlage ; nous sommes maintenant obligés de l’employer pour faire même des fers marchands de très-petite dimension : c’est un travail peu convenable pour ce train-là. Néanmoins, avec deux fours, nous sommés arrivés à faire en moyenne, dans une quinzaine, plus de 10 tonnes de fer marchand par jour, moitié moyens et moitié petits échantillons ; et maintenant, avec trois fours à réchauffer, nous avons fait 14 et 15 tonnes en petit fer plat de 25 à 40 millimètres et des cercles de tonneaux1.
- Four» à puddleas
- Passons maintenant aux fours à puddler. Pour ces fours aussi, il est nécessaire d’avoir du lignite bien sec; quand le combustible contient de 40 à 50 pour 100d’eau, il n’est pas possible d’obtenir une température suffisante pour une bonne réduction de la fonte. Le bain de scorie reste pâteux et il en reste toujours d’enfermé dans la masse du fer cinglé.
- Une difficulté s’est rencontrée pour faire la sole.
- Dans les fours à gaz, il est difficile de brûler les riblons; nous avons maintenant surmonté cette difficulté en suivant vos indications, c’est-à-dire, en lançant au moyen d’un ventilateur de l’air dans le four, sur le riblon chaud. Nous avons ainsi pu faire d’excellentes soles.
- Qualité du fer puddlé. — Nous n’avons pas ici de convenance économique à faire du fer puddlé, à moins qu’il ne soit d’excellente qualité. La fonte de Follonica, telle que celle qui nous a été vendue cette année ne peut, lorsqu’elle est employée seule, remplir cette condition. On n’obtient avec cette fonte, à cause du soufre qu’elle corn tient, que du fer très-bon à froid, mais très-cassant à chaud. ,
- Nous avons une preuve que le système du four n’est pour rien dans cet effet, par le fait qu’à Mammiano, où l'on travaille cette même fonte de Follonica dans les feux comtois, on obtient du fer qui n’est pas bon à chaud.
- Mais si le puddlage obtenu avec les fontes de Follonica seules n’était pas de bonne qualité, nous avons obtenu du fer vraiment raffiné, de qualité supérieure, en mêlant à ces fontes de la fonte manganésée qui se fait également à Follonica.
- Les proportions étaient 100 kilos de fonte ordinaire et 150 kilos de fonte manganésée pour produire du fer à nerfs. La proportion de la fonte manganésée doit être plus forte si Ton veut obtenir du fer à grains.
- Production d’un four à puddler. — La production d’un four à puddler, en excellent fer raffiné, a été en moyenne de 2 tonnes en 24 heures. Elle augmentera certainement quand, au lieu du ventilateur à main que nous employons, nous aurons un ventilateur mû par la machine; nous pourrons alors faire la sole en moins de temps.
- 1. Plus les fers ébauchés qui servent à les produire.
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- Je crois inutile de donner ici, jour par jour, la copie du Journal de marche d’une quinzaine à, San Giovanni. Je me borne à un résumé, en divisant en trois les 48 postes de 12 heures, qui forment cette quinzaine, afin de faire voir que la production va en augmentant, tandis que le déchet au four va en diminuant. Les différences ne sont réellement sensibles que dans les premiers jours de la mise en feu, après chaque arrêt de quinzaine. Les chiffres du tableau suivant se rapportent à 48 postes successifs de 12 heures pour deux fours, dans la seconde quinzaine de juillet.
- DÉSIGNATION. PER CHARGÉ. )fer produit. MISE au mille ÉCHANTILLONS des fers fabriqués dans cette quinzaine.
- Total. Par poste. Total. Parposte. (moyennes).
- 16 premiers postes... 16 postes suivants. .. 16 derniers postes... 80.010 102. B 66 104.243 5.000 6.410 6.515 : 71.825 94.801 96.590 4.488 5.925 6.037 1.114 1.082 1.079 Petits fers marchands. . 30 à 40 de 7 à 13 . 35 à 40 de 4 à 5 . 35 à 40 de
- Pour les 48 postes de la quinzaine (2 fours),.. 286.819 5.975 263.216 5.483 1.091 12 à 15 1 de 27
- 10 à 12
- Par 24 heures et par four (moyenne des 48 nostes) ». 11.950 10.966 1.091
- Pendant la journée du 21 juillet, citée dans le Rapport, le poids total chargé a été de 31,803 pour les deux fours, ayant fourni 29,671 kilos de fer avèc une mise au mille de 1,072 seulement. C’est une marche exceptionnellement bonne : il faut d’ailleurs considérer que, ce jour-là, la fabrication a consisté seulement en fers de 30 à 40 millimètres de largeur sur 14 à 15 d’épaisseur. J
- J'ai déjà dit plus haut que la consommation en lignite est de 6,800 à 7,000 kilos par four et par 24 heures. Il en résulte une consommation de 585 kilos par tonne de fer chargé, correspondant à 638 kilos par tonne de fer laminé. Ces chiffres de consommation sont des minima, pour des fours ordinaires alimentés à la houille et faisant la même fabrication.
- Les chemins de fer romains admettent qu’avec ces mêmes lignites, séchés jusqu’à ne contenir que 15 pour 100 d’eau, il en faut environ deux tonnes pour remplacer une tonne de houille en briquettes.
- La consommation augmente rapidement, aussitôt que les proportions d’eau deviennent plus grandes.
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- Les contrats de la Compagnie portent que le lignite ne doit pas contenir plus de 18 pour 100 d’eau lorsqu’elle le reçoit : les mécaniciens peuvent faire tous les trains avec ce combustible lorsque la proportion d’eau descend à 13 pour 100.
- En ce qui concerne la petite forge de Mammiano, qui ne fait exclusivement que du serpentage (petits ronds et carrés de 4 à 7 millimètres), je vais reproduire le travail du mois de juin (25 jours de marche au laminoir), d’après un rapport officiel de M. Langer, directeur de la Société,
- Le poids total de billettes chargées a été de 210,269 kilos, et le fer ob- ' tenu 1 $2,632 kilos, avec une consommation totale de 205 tonnes de lignite. ,fl J
- On a donc passé au four, en 24 heures, une moyenne de 8,400 kilos, qui ont produit 7,700 kilos de fer fini. La consommation en combustible étant de 6,830 kilos par jour, le poids brûlé par tonne de fer produit est de 887 kilos; mais comme le four est maintenu chaud, pendant les jours où le laminoir ne travaille pas, cette consommation s’élève à 1,060 kilos,
- Des chiffres ci-dessus se déduit une mise au mille de 1,092 pour le mois de juin. Elle a été de 1,082 pour le mois de juillet et de 1,084 pour le mois d’août.
- Si l’on considère que les lignites employés ne contiennent pas moins d,e 20 à 25 pour 100 d’eau, et que conséquemment les gaz renferment une forte proportion de vapeur d’eau, on arrive à conclure que les mises au mille obtenues sont bien au-dessous de toutes celles que l’on pouvait attendre dans de semblables conditions.
- . Qu’il me s.oitpermis, en terminant ce que j’oyais à vous dire sur les fours pp lignite, dp yous faire remarquer que ce combustible doit être regardé, comme propre à toutes les opérations métallurgiques, et il suffira»,; pour obtenir les températures élevées qu’exige la fabrication de l(aç,ier?;d’enlever préalablement à ces combustibles la plus grande partie de leur eau, qu’ils ne peuvent abandonner qu’au moyen d’un séchage méthodique» a. ; j ..
- ,,.Les gisements;de lignites, plus pu mems avancés dans leur décomposition, sont très-nombreux en France, notamment dans le Périgord et dans..plusieurs, départements de notre littéral méditerranéen, et nous pouvons espérer que, dans un ayenir prochain, ces richesses seront mises à profit par l’industrie. ;k,u..oi‘£vfï:':
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- Classification des Houilles»
- La nature des houilles a une grande influence sur les effets calorifiques développés ainsi que sur la composition des gaz combustibles.
- Dans mes calculs j'ai considéré six types de houilles que j’ai tirés de la classification publiée par M. L. Gruner (Annales des mines, -1873). Dans son Mémoire, le savant ingénieur établit que d'analyse élémentaire, qui n’apprend rien sur le mode de combinaison, ne peut rien apprendre non plus sur le pouvoir calorifique, Elle fournit cependant nne indication importante ; la quantité d’oxygène contenue dans la houille. Il est admis, en effet, d’après les expériences de MM. .Scheurer-Kesther et Meunier, que la valeur d’une houille diminue au fur et. à.mesure que la quantité d’oxygène augmente. •••"•-•: >-•••• '
- Mais la valeur réelle d’une houille peut mieux être appréciée à l’aide de l'analyse immédiate qui consiste dans la détermination de la proportion des cendres, des matières volatiles; et du coke ou. carbone fixe,
- La nature du coke obtenu permet de se rendre compte du pouvoir agglomérant de la houille, et c’est là un point essentiel à noter.
- Le pouvoir calorifique varie dans le même sens que la proportion de carbone fixe laissé par la distillation, et il est toujours supérieur à celui qui serait donné par le calcul; d’après la loi de Dülong. Get ëkèès a varié de 3 à 8 pour% d’après les expériences calorimétriques de MM. Scheurer-Kestner et Meunier.
- Sans entrer dans plus de détails, puisqu’ils sont consignés dans des publications des ingénieurs précités, je vais reproduire, la classification des houilles. 4
- . l: = ./! (r. iji: - i ni U '
- NOMS dos COMPOSITION ÉLÉMENTAIRE. -§« » l POUVOIR ' * ù o fl NATURE
- CINQ TYPES : - • ; • "T -• ï ' §rl - calorifique ET
- ou CLASSES DE HOUILLE C ti - 0 + Azh :-J, réel. ASPECT RU COKE.
- . (S : ») S
- Houilles sèches à longue uu:- ou b'
- flamme............ 75 à 80 5.5 à 4.5 i91/2 a 15 v -u-: 50 à 60 50 à 40 8.00Q ai 8.500 Pulvérulent ou légè-. pement fritté,
- Houilles grasses à lon-
- gue flamme ou charbon V '
- à gaz 80 à 85 5.8 à 5 14 à 10 60 à 68 \ 40 à 32 S.BOOÎà 8.800 >• f . ; Aggloméré, poreux.
- Houilles px’oprement di-
- tes ou charbon de forgé 84 a 89 5 à 5.5 11 * i; à' * 51/2 68 à 74 32 à 26 8.800 à'9.800 Fondu", boursouflé.
- Houilles à courte flauime .-y,-, 1 ’V/; -, Uf jb TV;-; ,; 1... .• i - ’:i i}.l\ cî’id >'
- ou charbon à coke... 88 à 91 5.5 à 4.5 61/2 à 51/2 74 à 82 26 à 18 9.300 "à 9.600 Fondu,' compacte.
- Houilles maigres ou aB- n-..t ’?o -ii‘-
- thraciteuses 90 à 93 4.5 à 4 ., ! 51/2 k 3 82 à 90 18 à 10 9,500 à Q.200 Fritt^ ou pulvérulent.
- !> * ' ! r. Jt. .... 1. La proportion d’azote dépasse rarement 1 poip’lOO du poids des combustibles.,, » t . 7-b vVl ïî*.î.n-| Jy f!Oi‘ 'il;;'!
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- Les six types de houilles que j’ai considérés plus loin correspondent aux deux houilles extrêmes et aux quatre intermédiaires du tableau précédent, c’est-à-dire qu’ils sont définis par les chiffres suivants :
- DÉSIGNATION. COKE. CARBONE delà partie volatile. PUISSANCE calorifique.
- Limite des houilles maigres anthraciteuses, n° 1. 90 3 9.200
- — entre les houilles maigres et les
- houilles à coke n° 2. 82 9 9.500
- — entre les houilles à coke et les char-
- bons de forge n° 3. 74 14 9.300
- — entre les charbons de forge et les
- charbons à gaz n° 4. 68 17 8.800
- —- entre les charbons à gaz et les
- houilles riches n° 5. 60 20 8.500
- Limite des houilles sèches à longue flamme, n° G. 50 25 8.000
- J’ai cru inutile de faire figurer les autres chiffres, puisque le tableau de la classification les fournit à la simple inspection.
- Calcul de l'air nécessaire à la formation des gaz combustibles.
- Pour ce calcul, comme pour ceux qui suivront,
- Je suis parti des six types de houilles que je viens de définir et j’ai supposé :
- 1° Que tout le carbone correspondant au coke se transformait dans le gazogène en CO et CO2 ;
- 2° Que le carbone de la partie volatile donnait des hydrocarbures;
- 3° Que la proportion d’azote dans la houille était comprise entre 0,5 à 1,5 pour cent, en partant des houilles anthraciteuses, pour monter aux houilles sèches à longue flamme;
- 4° Que, dans Y hypothèse a, l’oxygène de la houille était combiné avec la proportion d’hydrogène correspondante, pour exister dans le gaz à l’état de vapeur d’eau;
- 5° Que, dans Y hypothèse b, cette vapeur d’eau était décomposée, c’est-à-dire que l’hydrogène redevenait libre et que l’oxygène avait servi à faire CO2ou CO;
- 6° Que l’hydrogène en excès restait à l’état libre;
- 7° Que l’air employé à la combustion incomplète des houilles était de l’air sec et qu’il n’y avait pas d’eau sous la grille.
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- Ayant ainsi indiqué les conditions théoriques dans lesquelles je me suis placé, j’ajouterai que, pour simplifier les calculs, j’ai admis que les 9/10 du coke se convertissaient en oxyde de carbone et l’autre dixième en acide carbonique.
- Voici le tableau des volumes d'air nécessaires :
- DÉSIGNATION. VOLUME D’AIR NÉCESSAIRE ' à la
- FORMATION DU GAZ.
- Houille n° 1.. ( hypothèse a m. 4.40
- " ' J hypothèse b 4.32
- Houille n° 2.. ( hypothèse a. 4.04
- ’ ' \ hypothèse b .. 3.90
- Houille n° 3.. j hypothèse a 3.66
- * * | hypothèse b 3.46
- Houille n° 4 .. ( hypothèse a 3.32
- * ’ j hypothèse b 3.03
- Houille nP 5.. ( hypothèse a 2.94
- * ' ( hypothèse b 2.47
- Houille n° 6.. J hypothèse a 2.45
- • • j hypothèse b 1.88
- Les analyses faites sur les gaz des gazogènes accusent presque toujours l’absence d’oxygène, et, lorsqu’on en trouve, les proportions sont si faibles, que je puis admettre, sans crainte de me tromper, que la quantité d’air pratiquement nécessaire pour la génération du gaz est égale à la quantité théorique donnée par le précédent tableau pour 1 kilog. de houille.
- Production des gaz.
- composition du gaz. — Les analyses faites ont fourni des compositions très-variables pour les gaz combustibles provenant des générateurs dits gazogènes, et j’examinerai les diverses causes de cette variabilité dans les chiffres de composition; mais, d’abord, j’étudierai la nature des gaz, élémentaires ou composés, que l’on rencontre dans les produits de la combustion incomplète.
- Je vais considérer les principaux combustibles, en commençant par les houilles, et en supposant l’absence de vapeur d’eau dans l’air qui alimente les gazogènes.
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- houilles. —- L’air arrivant sur le combustible incandescent produit d’abord de CO2 Y acide carbonique qui, en cheminant à travers la couche de houille plus ou moins cokéfiée, se transforme en majeure partie en CO oxyde de carbone. L’épaisseur de la houille doit être suffisante pour que cette transformation puisse s’effectuer à peu près complètement, et, pour cela, il est utile que la masse de combustible soit de telle nature physique que CÔ2 soit forcé de cheminer en léchant les surfaces des parties solides incandescentes. La qualité des houilles a donc de l’influence sur l’épaisseur qu’il est utile de donner à la couche, puisque, tantôt les houilles augmentent de volume sous l’action de la chaleur, ou forment des voûtes sous lesquelles existent des vides intérieurs ; tantôt, au contraire, elles se frittent et tombent à l’état pulvérulent.
- Les gaz trouvent donc des chemins bien différents, et l’épaisseur à traverser doit être d’autant plus grande que les chemins sont plus faciles, puisque les surfaces de contact en sont diminuées. Mais, quelles que soient les conditions dans lesquelles on se trouve, les gaz contiennent toujours une certaine quantité de CO2. Sa transformation en CO n’est jamais complète pratiquement. On pourrait, dans des expériences de laboratoire, effectuer cette transformation d’une façon complète ; mais il faudrait une action très-prolongée de l’élément gazeux sur le carbone qui n’agit que par sa surface.
- Les gaz combustibles ne sont pas seulement composés de CO2 et de CO : ils contiennent aussi de l’hydrogène et des hydrocarbures, parce que, dans la décomposition des houilles sous l’action de la chaleur, on obtient toujours une certaine proportion de ces gaz. „
- Toutes les houilles, en effet, contiennent des matières volatiles dont l’analyse élémentaire accuse du carbone, de l’hydrogène, de l’oxygène et même de l’azote.
- Quelle est la nature des hydrocarbures contenus dans les gaz considérés?
- Les analyses faites sur les produits des gazogènes n’ont jamais été, à ma connaissance, poussées assez loin pour fournir des indications sur ce point d’ailleurs très-délicat. Mais les nombreuses expériences et recherches faites par M. Berthelot, et consignées soit dans les comptes rendus de l’Académie des sciences, soit dans les publications de la Société chimique de Paris, viennent nous éclairer sur la question.
- ‘ M, Berthelot à reconnu que l’acétylène était l’hydrocarbure le plus stable;!! a, de plus, remarqué qu’il y a formation de ce carbure d’hydrogène dans le cas d’une combustion incomplète et toutes les fois qu’un composé organique brûle au contact de l’air avec production de noir de fumée. La stabilité de l’acétylène a été trouvée plus grande lorsqu’il est mélangé avec des gaz étrangers et principalement avec de l’hydrogène. ’ - J ' »
- L’acétylène^ dont on a reconnu la présence dans toute distillation de
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- houille, existe donc dans les gaz considérés, et même les observations de M* Befthelot permettent de penser et même d’affirmer que la proportion de ce gaz doit être plus forte que dans la distillation Ordinaire dés houilles. Sa formation est un phénomène général dans lés combustion^, incomplètes* Mais, dans le cas qui nous occupe, ce gaz ne peut provenir que de la décomposition des carbures plus condensés contenus.dans la houille* puisque, d’après cet illustre savant, la combinaison directe de l’hydrogène et du carbone ne s’effectue que sous l’influence de l’arc voltaïque, c’est-à-dire à une température qui n’est jamais atteinte dans lès gazogènes ordinaires.
- La quantité d'hydrogène libre accusée par les analysés est beaucoup plus grande que celle des hydrocarbures. Ce fait trouve aussi son explication dans les recherches de M. Berthelot sur les équilibres pyro-génés.
- Ainsi, par exemple, le gaz des marais* sous l’influence d’une température rouge, se transforme en carbures plus condensés avec perte d’hydrogène, ét, en partie du moins, il y a la réaction suivante :
- 2. CâH4 = C4H24- 6H.
- Mais il ne faut pas oublier que la réaction inverse est également possible et qu’on a là un équilibre incessamment variable. Il résulte cependant, des faits observés, que le mélange d’acétylène avec hydrogène libre en excès est le plus stable à haute température. J’examinerai plus loin les autres conditions qui sont favorables à la production de l’hydrogène, et qui expliquent encore .la proportion relativement considérable contenue dans les gaz produits dans les générateurs.
- Pour achever la nomenclature, jé ne dois pas oublier Yazote apporté par l’air de la combustion et aussi par les houilles, ainsi que je l’ai fait remarquer plus haut.
- La présence de l’oxygène a été quelquefois signalée par les analyses : elle s’explique par une insuffisance de la couche traversée, soit à cause de sa trop grande porosité, soit en raison de sa faible épaisseur.
- J’aurai occasion de revenir plus loin sur cette question, lorsque j’étudierai l’influence de la dissociation* "* .
- Je viens d’établir que les gaz de houilles contiennent de l’oxyde de carbone, de l’acide carbonique, dé l’hydrogène, des hydrocarbures ^et, par suite, une proportion notable d’acétylène)* de l’azote et de l’oxygène. Examinons rapidement la composition des gaz provenant des autres combustibles. - > ' ? ; ; * - . ^ ;
- . ' i
- cokes et charbons de bois. — Les gaz de cette provenance ne con-
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- tiennent que CO, CO2, azote, oxygène et aussi de l’hydrogène (mais en faibles proportions) qui est produit par la décomposition de l’humidité du combustible et des produits hydrogénés ayant échappé à la distillation de la houille et du bois.
- La quantité d’oxygène contenu paraît plus grande que dans les gaz de houille, et je l’attribue non-seulement à la plus grande porosité de la couche traversée, mais aussi à l'absence d’une proportion notable d’hydrogène qui, par sa grande diffusibilité, ne permet pas à l’oxygène d’échapper à la combustion.
- C’est dans ces gaz que l’analyse accuse la plus forte proportion d’oxyde de carbone, puisque le combustible se rapproche du carbone pur.
- combustibles incomplets. — Lignites, tourbes, bois, “»“ Tous les éléments des gaz de houille se rencontrent dans le cas des combustibles incomplets, mais dans des proportions bien différentes, comme le montreront les analyses reproduites plus loin.
- La différence la plus saillante consiste dans une quantité plus grande d’acide carbonique; je crois qu’il faut l’attribuer aussi bien à la grande pénétrabilité de la couche qu’à la forte proportion d’eau hygrométrique contenue dans le combustible, laquelle a notamment pour effet de faire baisser la température en dessous du point favorable à la transformation de l’acide carbonique en oxyde de carbone.
- Analyses.
- Je vais, dans un tableau, donner cinq séries d’analyses de gaz, faites avec des appareils Orsat à 21 et 3 cloches, au moyen desquels on dose l'acide carbonique et l’oxyde de carbone, et aussi l’oxygène quand l’appareil est muni des 3 cloches. Les analyses ont été faites sur des gazogènes différents, alimentés par diverses houilles. Elles ne doivent pas être considérées comme exactes, puisque l’appareil Orsat ne donne que des approximations ; mais chaque chiffre des deux premières lignes du tableau constitue une moyenne d’un assez grand nombre d’opérations.
- DÉSIGNATION. 1. 11. III. IV. V. Observations.!
- a Oxyde de carbone 21.0' 23.0 22.3 22.0 24.0
- Acide carbonique 6.0 4.0 4.3 4.4 4.0
- Azole 61.0 60.0 37.0 32.0 ' 33.0 Par calcul.
- Hydrogène et hydrocarbures 12.0 ' 11.0 16.0 21.6 17.0 Par différence.
- En volumes 100.0 100.0 100.0 100.0 100.0.,
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- La proportion d’azote a été calculée, et celle de l’hydrogène et hydrocarbures a été obtenue par différence. Pour avoir la proportion d’azote, on a calculé d’abord l’oxygène nécessaire à la formation des quantités de CO et CO2, accusées par les analyses, Puis, pour les trois premières I, II, III, correspondant à des gazogènes ordinaires, on a retranché la moitié de l’oxygène fourni par la houille, ce qui revient à supposer que Pautre moitié a été retenue par de l’hydrogène (moyenne entre les hypothèses a et-b).
- Pour l’analyse III, on a retranché déplus l’oxygène fourni par l’eau vaporisée sous la grille. En ce qui concerne les analyses IV et Y (gazogènes surchauffés et hypothèse b), on a retranché tout l’oxygène fourni par la houille et, aussi (IV), celui apporté par la vapeur d’eau introduite.
- L’oxygène apporté par l’air ayant été ainsi connu, la quantité d’azote correspondante en a été facilement déduite.
- Analyses' /. — La houille employée a donné à l’analyse immédiate, déduction faite des cendres et après dessiccation à 110°:
- it
- Colce. . . . . . Produits volatils,
- 79 à 81 21 à 19
- Houille pure,
- en présentant les caractères des houilles à coke de la classification.
- La proportion de cendres était de 9 à 18 pour 100.
- Des escarbilles, représentant 1/5 environ, étaient chargées avec le charbon.
- Le gazogène est alimenté à l’air froid et marche avec allure très-chaude, un peu trop vive, par suite de circonstances particulières.
- Analyses IL — On charge 3/5 de bonne houille grasse, à longue flamme, du type charbon à gaz* et 2/5 d’escarbilles provenant en grande partie de foyers étrangers.
- Le gazogène est ordinaire ; son allure est plutôt froide que chaude. Les gaz sont à environ 650°. r
- Analyses 111. — Avec emploi d’une houille grasse proprement dite, 3e classe; charbon de forge donnant 73 pour 100 de coke bien fondu, légèrement boursouflé, et 27 pour 100 de produits volatils.
- La houille contenait 20 pour 100 de cendres et était employée sans escarbilles.
- Les gaz s’échappaient du gazogène ordinaire à une température de 850°.
- En dessous de la grille tombait une pluie d’eau réglée au moyen d’un robinet. '
- * ' -Vf.' , :}.
- Analyses IV. —- Elles se rapportent à un gazogène à haute tempérà-
- 03
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- ture, alimenté avec de l’air chaud venant du récupérateur, et contenant de la Vapeur d’eau, mais en très-petite quantité.
- La houille est de qualité à gaz : 65 pour 100 de coke très-peu aggloméré et 35 pour 100 de produits Volatils. Cendres, 15 â 20 pour 100.
- La température des gaz était presque celle qui correspond à la fusion du cuivre rouge.
- Analyses V. — Mêmes conditions que les analyses IV, mais âvec air chaud et sec.
- Il n’est pas sans intérêt de reproduire ici les analyses publiées sur les gaz des générateurs des fours Siemens alimentés à la houille
- DÉSIGNATION. VI. Communication de M.Boistel «EPHÉSENTANT de M. Siemens. Vil. Ouvrage de Bl. Krans (1869) Analyses de Saint-Gobain. (Moyenne.) 1
- Oxyde de carbone 21 Va à 24 24.2
- Acide carbonique. 4 à 6 4.2
- Azote 60 à 64 61.2
- Hydrogène 5,2 à 9.5 8.2
- Hydrocarbures. 1,3 à 2.6 2.2
- En volume 100 100.0
- La première de ces analyses a été communiquée à la Société des Ingénieurs civils (août 1867), et la seconde est donnée pur M. Krans comme une moyenne obtenue à, t'usine de Saint-Gobain. Mais de nombreuses analyses plus récentes donnent des proportions de GO2- un peu moindres.
- En comparant les deux, précédents tableaux, et- plus spécialement les analyses III et VII qui sont les plus comparables en raison de la similitude des conditions, on voit que :
- 1° Les proportions d’acide carbonique sont un peu plus fortes et celles de l’oxyde de carbone un peu plus faibles dans les gaz Ponsard;
- 2° Que. ceux-ci sont plus riches en hydrogène et hydrocarbures, ce que j’aurai occasion d’expliquer plus loin;
- 3° Que; conséquemment, les gaz des fours Siemens contiennent,une plus forte proportion d’azote ;
- 4b Qüè lés gaz Siemens contiennent 34 pour 100 de produits combustibles, tandis qus les gaz Ponsard en contiennent 38 pour 100; soit un huitième en plus.
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- Analyses des gaz produits par du coke et du charbon de bois,
- J’emprunterai les premières au travail remarquable deM. Félix Leblanc sur les Usines à gaz de la Compagnie Parisienne, et les secondes aux mémorables expériences d’Ébelmen :
- DÉSIGNATION. VIII. GAZOGÈNES SIEMENS à la Compagnie Parisienne au coke. IX. ÈBE'L Gazogène au cl Avec air seo; I x. ME N. îarbon de bois. Air et vapeur d'ëau.
- Oxyde de carbone 26.0 33.3 27.2
- Acide carbonique 4.5 0.5 5.5
- Azote. 67.5 63.4 53.3
- Oxygène , 0.5 —
- Hydrogène non dosé. 2.8 14.0
- En volumè.. ,..,.. » ioo,o 100.0;
- Les chiffres de là Colonne Dt représentent la moyenne des analyses faites sur Un générateur1 à cuvé, à air forcé et 3ec, tandis que ceux de là colonne X se rapportent au même générateur alimenté par dé l}air et de la vapeur d’eau.
- Remarquons qüe le gââ produit avec de l’air sur le carbone en excès a pour composition théorique :
- 34 1/2 pour 100 de CO 65 1/2 pour 100 de Az
- en admettant qu’il n’y a pas formation d’acide carbonique.
- Analyses dé ga% de ïoïiïlBÊS'.
- GAZOGÈNE PONSARD. ANALYSES ÉBELMEN.
- DÉSIGNATION.
- XI. XII. XIII. XIY.
- i
- Oxyde de carbone, 21 23 22,63 21.04
- Acide carbonique H . 0 7.32 10.79
- — 64.13 58.81
- Hydrogène, etc, ....... *: “ ... 5.92 9,36
- • • - .
- XL — tourbe très-humide, contenant 50 pour 100 d’eau; mais elle
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- perdait une partie de son eau en séjournant quelque temps dans les boîtes ayant le chargement dans le gazogène.
- XII. — Tourbe humide, contenant 28 pour 100 d’eau.
- - L’analyse immédiate de la tourbe ayant fourni les analyses XI et XII a donné, après dessiccation :
- Matières volatiles.........................
- Matières fixes (cendres comprises).......
- La proportion de cendres a été de 8 pour 100
- XIII et XIV. — Tourbe sèche, contenant 18 pour 100 d’eau.
- Je n’ai pas encore les résultats des analyses des gaz provenant des lignites du val d’Arno, employés aux fours Ponsard.
- Toutes les analyses qui viennent d’être‘énumérées ne donnent pas, je crois, la composition exacte des gaz tels qu’ils existent dans les générateurs, parce que la prise du volume à analyser s’est faite au moyen d’un long tube dans lequel le gaz s’est refroidi successivement, jusqu’à prendre une température peu différente de celle du milieu ambiant.
- Dans ce refroidissement, l’oxygène libre qui pouvait exister dans le gazogène, par suite du phénomène de la dissociatiorî, s’est combiné avec une partie correspondante d’oxyde de carbone ou d’hydrogène. Cette altération de gaz, au moment de sa prise, a dû être d’autant plus grande que la température était plus élevée et le refroidissement plus lent.
- Il en résulte que les quantités d’acide carbonique accusées par les analyses sont trop fortes, principalement pour les gaz les plus chauds, et que ces circonstances de prise de gaz abaissent la proportion d’hydrogène et d’hydrocarbures existant réellement dans le gaz chaud.
- J’espère pouvoir, dans l’avenir, suivre les indications des^avants chimistes qui ont étudié la dissociation, et employer, comme eux, un tube de prise à courant d’eau, au moyen duquel le gaz est brusquement refroidi, trempé, pour ainsi dire, et conservé avec sa composition réelle.
- 58.5
- 41.5
- = 100.
- Capacité® calorifique® de® gaz,
- ! Je veux parler des chaleurs spécifiques à pression constante, puisque c’est dans cette'condition que se trouvent les gaz des appareils considérés, car leur pression diffère tellement peu de la pression atmosphérique que cet excès est sans aucune influence sur la chaleur spécifique. , ,
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- Plusieurs physiciens se sont occupés de la détermination des chaleurs spécifiques des différents corps solides, liquides et gazeux; mais le champ des investigations est encore assez vaste. Plusieurs lois ont été formulées, et je citerai la relation trouvée par Dulong et Petit : . - •'
- Que, pour les corps simples, comparables et pris à un état analogue (comme les métaux à l’état solide), les chaleurs spécifiques sont en raison inverse des poids atomiques.
- Les gaz simples, ou plutôt la plupart, de ceux considérés comme tels, paraissent obéir à cette loi qui. a été vérifiée par M. Régnault, et puis étendue aux corps composés au sujet desquels Newmann et Régnault ont trouvé que les chaleurs spécifiques des corps de constitution chir mique et de composition atomique semblables sont en raison inverse des poids moléculaires. ,
- Des recherches mathématiques toutes récentes,/ïaités;p,ar.M..Glau.dius,-par notfesavant-'collëgue, M. Ÿvon-Villarceau et par d’aûirîès!,'.tençl.ent à cohfifmer.les résultats dé l’observation ; mais rimportaiiie.gue'süqn de,s: chàleüfs spécifiques 'des gaz à volume constant et" à pression./constante est loin d’être élucidée complètement dans l’état actuel d.e,la science.,
- Je citerai, pai’ exemple, une lacune : c’est celle de la variation/des chaleurs spécifiques avec la température des corps. . '. |
- Pour les solides et les liquidés, lés physiciens adméitent que les,;capa-cités calorifiques augmentent avec la température, et, pour fixer un peii les idées, je vais reproduire les variations observées pour un métal, le fer, et pbür un liquidé, rèau/pris à diverses lênipératures. / . -r 7..
- Fer. — D’apres Dulong et Petit, la.chaleur, spécifique moyenne du.fer doux est de Û°à 10Ô° — 6,1 088 et de O9,à 30.0° — 0,1.218 : soit, .pour une différéncè de, 200“, "une augmentation dé 0,6.13,.i,pix 0,0065«pour.une différence de température de 1 00°. _,,,
- D’après Person, la chaleur, spécifique, moyenne entre. 0 et,1000° est. de 0,171, qui donne pour 90Qf de différence de. température un accroisse-ment de 0,0622,- et pour 100° un accroissement de; 0,05.69. ...
- Un de nos collègues, JM. Gillon, indique pour le fer 0,006 et pour la fonte'0,007, chiffres peu différents de ceux ci-dessus;. L’augmentation, de chaleur spécifique, ^ avec le degré de carburationJdu,fer, a: été constatée aussi par M. Régnault. . : .r,.
- Eau.La capacité calorifique 'de,Peau à 0° sert d’unité. jDes observations ont été faites depuis 0° jusqu’à 230°, et pour, .obtenir cette .dernière température, une pression de 27 atmosphères a, dû, être produite pour maintenir l’é^u à l’état liquide; ,-uJ; 7 W
- 1. Académie des^Scieiices, 1872, juillet at.aîoûl-.m- •
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- Les chiffres trouvés ont été ;
- A 0°............... C ~ 1.0000 } A 150°.. ..... c == 1,0262
- A 50°.............. C =s 1.0042 * A 200°. ......... c == (.0440
- A 100Q............. C = 1.0132 ) A 230»........... c — 1.0568
- d’où Pon a tiré la relation suivante pour la capacité calorifique de l’eau en fonction de la température t :
- j?==1 +0,00004 f +0,000 000 0<2,
- En effectuant les calculs entre 0° et 1 000°, on trouve que l’augmentation serait plus forte pour l’eau que celle constatée par l’expérience pour le fer.
- Gaz. — En ce qui concerne les gaz, on a supposé généralement dans les calculs, et notamment dans ceux qui ont servi à déterminer les températures théoriques, que la chaleur spécifique des gaz est constante avec la température, tout en mentionnant néanmoins la probabilité ffe son augmentation.
- En faisant l’hypothèse de l’invariabilité avec la température, on a suivi les indications des expériences de M. Régnault, qui, pour l’air, ont montré que la chaleur spécifique restait à peu près constante entre r-?30 et 225°. ,
- Que dévons-nous admettre dans pos calculs ? En faisant une hypothèse tendant à l’augmentation des capacités calorifiques avec la température, on s’expliquerait certaines différences entre les températures observées et les températures déduites des diverses hypothèses faites, Mais il est nécessaireÙPajouter que, tant que l’expérience ne nous aura pas permis de déterminer la composition réelle des gaz chauds, il régnera une grande incertitude sur la valeur des calculs numériques des températures.
- Dans le tableau Ax que je donnerai plus loin, on remarque des différences très-considérables entre les températures théorique^ et les températures observées* dans les gazogènes ordinaires. Çelles-ci? étant en moyenne'de 850°,!ont'pu être mesurées assez exactement avec, le calori-r-mètre à eau, en employant soit des éprouvettes en cuivre, soit des éprouvettes en fer,’déni la'chaleur spécifique paraît mieux constatée.
- Les températures observées au calorimètre ont très-peu varié, suivant que l’on employait l’un ou l’autre de ces métaux. On peut donc admettre qu’elles sont sensiblement exactes, d’autant plus qu’on a pu avoir une vérification approximative, par l’intensité de la couleur rouge observée.
- U Eli bien! lorsqu’on calcule la température théorique des gaz daps les générateurs, en supposant l’invariabilité des chaleurs spécifiques, on arrive à 1 400°, à 1 500° au lieu de 850. Or, remarquons que, dans le gazogène Ponsard, les gaz sont refroidis le moins possible et que la perte de
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- température ne provient guère que des pertes de chaleur dues au refroidissement des maçonneries du gazogène et au rayonnement de la grille. Il est vrai que là dissociation s’exerce déjà à cette température j mais, dans mes calculs, j’ai négligé d’autre part les calories développées dans l’appareil, par la transformation des hydrocarbures solides ou liquides de la houille, qui dégagent de la chaleur lorsqu’ils sont portés à une température assez élevée pour se convertir en produits plus simples, plus volatils.
- J’ai donc essayé de déterminer la perte due au refroidissement par rayonnement et par la transmission des parois, et, pour cela, j’ai appliqué les formules de-Dulonget Petit, qui m’ont conduit aux chiffres suivants, relatifs à un gazogène brûlant 156 kilogrammes à l’Heure.
- Mais d’abord je vais rappeler ces formules :
- > (Rayonnement) R = 1,â5.r«6 (af
- (Contact) F — 0.55/ (T — @)1,?S3
- a étant un coefficient constant égal à 1.QQ77; ;
- r coefficient de rayonnement du corps — 3.60 pour la brique ; f coefficient variable avec l’agitation de l’air pris égal à 5 pour les faces / exposées à l’air, et égal à pour les faces en contact avec le sol.
- Cette dernière hypothèse revient à supposer les faces rayonnant dans une enceinte fermée.
- Exççs de température de la ffiçe qui se refroidit,
- J’ai obtenu les chiffres suivants :
- Perte par la voûte supérieure....... ............ 13.160 calories.
- Perte par les côtés et fond du gazogène.................. 20.350 —
- Perte par le mur de face. : . . . .......... . . 13.300 —
- Perte par la surface au! d rôü de la’combuslion vive... v \> ' ‘f 16.860 !
- Perle par la grille,. , . . . . . . . . -ï . n.i.yd' 22.000 ‘ -i- . .
- ' Total des’éaîories percîûës par heure. ... « J-, . 85.670 eaiorïès,
- La perte par la grille n’a pu être calculée par la formule de Dulong et Petit,J qui1 suppose une différence de température plus petite que ^50 degrés. J’ai supposé que* par métré carré, cette perte était double de la perte maximum obtenue pour l’avant du gazogène, et je crois n’être pas loin de la vérité, parce que la perte par la grille inférieure se trouve un peu compensée par réchauffement de l’air nécessaire à "Palimentation du gazogène, je ne parle pas ici de l’utilisation par l’eau évaporée sous la grille, puisque les températures théoriques et réelles ont été déterminées en dehors de cette influence. . ..
- En somme, 85000 calories sont perdues ; soit 6 1/2! pour 100 sur les 1 375000 développées par la combustion complète des 156 kilogrammes de houille. .-je
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- Or le tableau A1 montre que, pour la houille n° 3, qui fournit des gaz à une température moyenne de 850 degrés, le nombre total de calories dépensées pourda transformation en gaz, et se traduisant par l’élévation
- de sa température, est en moyenne de ^ = 22 1/2 p. 100 de la
- chaleur développée par la combustion complète de la houille, autrement dit de sa puissance calorifique.
- Par les tableaux suivants, qui ont été calculés en admettant les chaleurs spécifiques constantes, nous voyons aussi que la moyenne des températures théoriques est de 1 460 degrés.
- Les températures observées devraient donc être de :
- 5___6 51
- 1 460° X *—= 1 040°, tandis qu’elles ne sont que de 850 degrés,
- et en supposant que cette différence de 190 degrés provienne de l’accroissement de la chaleur spécifique, cherchons dans quel rapport elle
- 1 040°
- augmenterait. Ce rapport est égal à——-—- = 1.22 pour la température
- oo0u . .
- de 850 degrés.
- En faisant les mêmes calculs pour lahouillè n° 4, colonne, a qui fournit des gaz à 850 degrés, on arrive à un rapport de 1.24, très-peu différent du précédent. Il s’en suivrait que, de 0 degré à 850 degrés, l’augmentation delà chaleur spécifique serait de 23 p. 100, c’est-à-dire pour l’air
- 23
- (c = 0,237), une augmentation de X 0,237 = 0,055, qui correspondent à 0,0065 pour 100 degrés.
- Les considérations quejeviens de présenter au sujet de l’accfoissément des chaleurs spécifiques avec la température ne reposent, sur aucune constatation scientifique : il n’y a donc pas lieu d’y ajouter foi.
- Mais, en raison de l’importance de la question, exprimons le vœu que les physiciens examinent de plus près ce point encore obscur de la science. r
- 5 J’ai fait entrer dans mes calculs les chaleurs spécifiques suivantes (à pression constante) déterminées par M. Régnault. J
- ZÏ.-1 ‘‘‘i-J’•> r: -U>r. ; ’ V-, . ; j
- Oxygène* ....<. Azote* .... • ., » . . « . • 0.218 ......... 0.244
- Hydrogène. ......... 3.405 ' ‘
- Oxydé decarboneV. ...... .. . •. . . . o.248;u'
- Acide carbonique.. ...... . 0.21 G
- ........ O 475 ' n\.
- Air.. ; . . ...... . . . . . . . .... 0.237 Uûori
- Gaz oléûant........... . . 0,370 1K f
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- La chaleur spécifique de l’acétylène n’ayant pas été à ma connaissance déterminée encore, je l’ai supposée égale à celle du gaz défiant G4 H4.
- Influence de la température sur la composition des gaz.
- Dans la décomposition d’une houille, les proportions d’hydrogène libre et d’hydrures moins riches en carbone sont d’autant plus grandes que la température est plus élevée. Cependant, parmi tous les hydrocarbures gazeux, l’acétylène est celui qui résiste le mieux à la chaleur.
- L’influence de la température donne une première explication de la plus grande richesse en hydrogène des gaz produits par un générateur à allure vive,et c’est le cas des gazogènes à grille inférieure et horizontale alimentant les fours Ponsard.
- La température assez élevée des gaz est rationnelle avec ces fours, puisqu’ils sont employés, à leur sortie du gazogène, sans refroidissement, tandis que, dans le cas des fours Siemens, il y a intérêt à produire les gaz à une température plus basse, puisqu’ils doivent Suivre des conduites dans lesquelles ils se refroidissent. Aussi les gazogènes sans grille horizontale sont-ils généralement préférés pour ces derniers fours.
- Quelles sont les conséquences d’une allure vive aux gazogènes? C’est d’abord de conduire à des appareils moins volumineux, qui coûtent moins cher, qui occupent moins de place ; mais, par contre, leur surveillance doit être plus grande pour maintenir l’appareil en marche normale, et, en second lieu, on obtient des gaz combustibles plus riches en hydrogène, en raison non-seulement de ce que je viens de !dire,1‘ mais aussi parce que l’élévation de la température permet de décomposer à travers la couche incandescente une quantité-d’eau plus grande provenant de la vaporisation par le rayonnement de la grille. v-ni.
- Influence de la, vapeur d’eau,
- Les gaz produits avec de l’air sur le carbone en excès ont pour composition théorique : , . ,
- GO.. . . .K ... . ,« . , . . . . .
- Az
- Produits avec de la vapeur d’eau, la composition est :
- 50.00
- 50,00
- 100.
- GO,
- H.
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- — 790 -*
- L’emploi de l’eau enrichit donc le gaz en hydrogène, en diminuant la quantité d’azote; mais cet emploi est très4imité dans les gazogènes, en raison de la nécessité de conserver une température suffisante.
- La décomposition de 1 kilogramme d’eau exige 3830 calories. En effet, 1 kilogramme d’hydrogène développe par sa combustion, avec 8 kilogrammes d’oxygène, 34 467 calories; inversement, 9 kilogrammes d’eau absorberont, pour se décomposer en leurs éléments, le même nombre
- 34 467
- de calorios, et J küogmmm@ d’çau absorbera —, soit 3830 calories.
- Afin dre fixer les idées, je Vais indiquer le poids d’eau correspondant à un réfrôidissement de 100sdegrés des gaz produits par 400 kilogrammes de houille; ' ‘ "u'
- ffouille n» 1, • ? -, ,• 1 • * .i o... , ... ?! •/;[ ? . 4M 5
- — flfi 2. ‘ * * *' .. ., . . ... , ; 4 ,07
- — n° 3. . . 3 ,07
- — 4 • ••••*•• 3 ,35
- n° 6. . . 2 ,90
- ti--! ii6 6. i L . . : 2 ,50
- Il est trèsqmpprtant de ne pas faire baisser la température en-dessous de celle qui est nécessaire à la décomposition, parce qu’alors l’eau res* terait à l’état de vapeur dans le gaz et serait nuisible le plus souvent, en raison jde s.on açtiqn oxydante, en même temps qu’elle abaisserait la température de combustion-,,11 est bon, de rappeler que l’intervention d’un excè.s d’equ augmenterait la proportion d'acide carbonique dans le gazj.pairçe,; que la température ne serait plus suffisante pour la transforr mation de l’acide carbonique en oxyde, de carbone.
- Inaction de la vapeur d’eau sur les gaz à haute température, et sa décomposition par l’oxyde, de carbone viennent d’être étudiées par M* Hau-tefeuille dont Ie?.n^périences,! encore inédites, ont indiqué qu’il y a un équilibre mobile ou!<wffiblé avec la température entre les quatre élé-? ments suivants : CO2, CO, H O, PI.
- Si par du charbon ou du fer, à une température convenable, on soustrait les deux éléments CO2 et HO, ou une partie de ces éléments, on peut énrichir le gaz en oxyde de carbone et en hydrogène.
- En résumé, il y a-dohfi intérêt & fâiVë arriver de Veau au gazogène, si la quantité en est judicieusement proportionnée. Les gazogènes à haute tempérà^tiref alimentés à l”air5<itlaud,‘se prêtent mieux à'cet emploi que les gazogènes ordinaires; les analyses précédentes accuseht iiriè richesse de 43 p. 100;çn gaj£ combustibles, avec une quantité d’azote de 52 p. 100 seulement. -;J-
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- m —
- Conduites «le gaz et refroidissement, ;':iî
- Nous avons vu que, dans les fours Ponsard, les dispositions sont telles que les gaz ne sont pas. refroidis, et,;à;oet effet, le gazogène esfc.placé le plus près possible du four. Néanmoins, le gaz doit avoir un conduit spécial ;en raison 4e l’obligation d’un registre destiné soit au réglage,!»soit à l’arrêt,, \i -À-,
- Les dispositions locales ont obligé quelquefois de placer le gazogène à une certaine distance du four, et le conduit s’est trouvé porté jusqu’à 7 mètres de longueur. Ce conduit doit être facilement nettoyable, parce que des dépôts spongieux très-légers se forment assez rapidement, diminuent les sections et opposent une assez grande résistance au passage du gaz. Quelle est la nature de ces dépôts?
- Les gaz ne sont pas suffisamment riches en hydrocarbures pour pouvoir admettre la production et le dépôt de charbon pulvérulent provenant de la décomposition de ces hydrocarbures, et, d’autre part, le refroidissement est trop faible pour obtenir un dépôt liquide ou solide d’hydrogènes carbonés.
- Cependant l’analyse décèle dans ces dépôts la présence d’une proportion notable de carbone mélangé avec de la matière minérale contenant une forte proportion de silice. L’état particulieri de cette niatière minérale? me permet de l’assimiler à une toile métallique sür des fils de,laquelle, le carbone des hydrocarbures les moins stables vient se fixer,.. ;-t~ ; ^ : mm. ; M .H /îrnimvxj
- Cemarhone a pu*être mis en liberté dans le gazogène 'mênie et entraîné mécaniquement. >S, ! i v < -j ' .nv> -Ülils
- Dans les conditions qui ne favorisent pas cette circonstance, les dépôts sont blancs et se réduisent à la matière minérale.
- L’incinération de dépôts très-noirs provenant d’un gazogène ordinaire a donné un tiers de cendres, et l'analyse plus complète de dépôts blanchâtres des conduits d’un gazogène surchauffé a donné 70 p. 100 de silice. Je dois ajouter que ce dernier gazogène était alimenté avec un mélange d’un tiers de charbon de bois et de deux tiers de houille.
- Les dépôts sont donc de nature différente, suivant la température et les conditions de marche; mais, dans l’un et l’autre cas, ils renferment de la silice sous un état particulier.
- Les choses se passent tout autrement dans les conduites de gaz des fours Siemens. Là le refroidissement descend jusqu’à 100 degrés de température et souvent moins.
- 1. Analogue de tous points, par sa composition et par sa structure, à la silice observée par MM. Troost et Haulefeuille. (Académie des Sciences, Recherches sur le silicium.)
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- L’expérience a prouvé que des dépôts goudronneux se forment dans les conduites. Leur quantité et leur nature doit évidemment varier avec les houilles employées, et, avec des houilles grasses, ^importance de ces dépôts doit être assez grande.
- Je ne connais pas assez exactement les quantités pour poser des chiffres; mais il est incontestable qu’une partie des hydrocarbures contenus dans les gaz Siemens, à leur sortie du générateur, se déposent dans les conduites et ne sont pas utilisés. Cette considération, jointe à celle de l’influence de la température, explique la richesse moins grande des gaz Siemens en produits combustibles.
- Je vais donner maintenant deux tableaux relatifs à la production des gaz combustibles avec les gazogènes alimentés à l’air froid et avec ceux alimentés à l’air chaud. Ces tableaux donnent (par exemple pour les températures et pour les quantités de chaleur dégagées et perdues) les résultats de calculs basés sur la théorie et ceux qui s’appuient sur les chiffres constatés par la pratique. a
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- Fours métallurgiques}
- (Système Ponsard).
- j AVEC GAZOGENE ORDINAIRE.
- Tableau
- Tableau des températures, quantités de chaleur dégagées et quantités perdues dans la production du gaz.
- 7
- 8
- 9
- 40
- H
- 12
- 13
- 14
- 15
- TYPES DE HOUILLES.
- Composition des gaz, d’après hypothèses a et b.
- Calories dégagées dans la transformation en
- gaz par la production de CO................
- Calories dégagées dans la transformation en
- gaz par la production de CO2.........*.....
- Calories totales dégagées dans la transformation
- en gaz.....................................
- Calories absorbées pour la vaporisation de l’eau
- de la houille..............................
- Calories absorbées pour la décomposition de
- l’eau de la houille........................
- Calories employées pour élever la température
- du gaz.....................................
- Puissance calorifique de la houille..........
- Chaleur totale dégagée dans la transformation
- en gaz °f .................................
- Chaleur employée pour élever la température
- du gaz %...................................
- Capacité calorifique totale des gaz de 1 Ml. de
- houille....................................
- Température théorique des gaz................
- Température résultant dé l’observation.......
- Calories apportées au four par le gaz en raison
- des températures observées.................
- Calories apportées au four par le gaz en raison
- des températures observées °/0.............
- Perte de chaleur due à la formation du gaz %.
- HOUILLE N° 1. HOUILLE N° 2. HOUILLE N° 3. HOUILLE N° 4. HOUILLE N° 5. HOUILLE K» 6.
- a b a 6 a b a b a b a b
- 2000*= 2000 1830 1830 1640 1640 1520 1520 1340 1340 1110 »
- 725e 725 660 660 600 600 550 550 485 485 405 ))
- 2725e 2725 2490 2490 2240 2240 2070 2070 1825 1825 1515 ))
- 18e » 25 )) 40 » 60 y> 100 » 125 »
- » 107*, » 150 » 235 )) 365 » 600 » y>
- 2707e 2618 2465 2340 2200 2005 2010 1705 1725 1225 1380 »
- 921 30e 95 00 93 00 88 00 85 00 80 00
- 29.6 29.6 26.2 26.2 24.00 24.00 23.5 23.5 21.5 21.5 19 »
- 29.4 28.5 25.9 24.6 23.60 21.5 22.8 19.4 20.3 14.45 17.3 »
- 1.73 1.71 1.59 1.56 1.47 1.41 1.36 1 .28 1.23 1.10 1.09 »
- 1560° 1530 1550 1500 1500 1420 1480 1330 1400 1100 i 1270 »
- 950° 950 950 900 900 800 850 800 800 675 775 »
- 1640e 1620 1510 1410 1330 1130 1155 1020 985 745 850 »
- 17.8 17.6 15.9 14.8 14.3 12.15 12.9 11.6 11.6 8.75 10.6 »
- 11.6 10.9 10.0 9.8 9.3 8.35 9.9 7.8 8.7 5.70 6.7 ))
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- Fours métallurgiques
- (Système Ponsard).
- j AVEC GAZOGÈNE SURCHAUFFÉ
- Tableau A2
- Tableau des|températures, quantités de chaleur dégagées et quantités perdues dans la production du gaz. i
- =F
- TYPES DE HOUILLES.
- Composition dos gaz, d’après l’hypothèse b.
- Calories dégagées dans la transformation en
- gaz par la production de CO..................
- Calories dégagées dans la- transformation en
- gaz par la, production de CO2............
- Calories totales dégagées dans la transformation,;
- en gaz.,..................................
- Calories absorbées pour la décomposition de l’eau Calories employées pour élever la température
- du gaz....... ...............................
- Puissance calorifique de la houille..........
- Poids de l’air nécessaire à la transformation en
- gaz.....-----------------------------------
- Calories apportées par cet air (à 1.000°) au gazogène. ....................................
- Calories totales servant à élever là température
- du gaz.,_______________________________________
- Capacité, calorifique totale des gaz de 1 Ml. de
- bouille.....................................
- Température théorique du gaz., ..............
- Température du gaz en admettant une perte de chaleur proportionnelle à celle du gazogène
- ordinaire....................................
- GalorieSr apportées par la- gaz an four en raison
- de celte température.........................
- Calories perdues.............................
- Perte de chaleur due à la formation du gaz °/0.
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- — 795
- Notes explicatives. ..
- Les calculs ont été faits d’après les 6 compositions de houilles-types tirées de la classification J, èt pour chaque houille j’ai fait les deux hypothèses a et' 6, dont j’ai déjà parlé. " > .
- Dans la première a, l’oxygène contenu dans la houille, et l’hydrogène (correspondant, sont supposés à l’état dé vapeur d’eaü dans le gaz) dans la seconde 6, cette vapeur d’eau est supposée décomposée dans le gazogène*
- Tableau A*. s
- (1) En partant des hypothèses faites lorsque j’ai calculé précédemment l’âir néces-
- saire à la formation des gaz combustibles, j’ai pu trouver leur composition théorique et j’ai ainsi obtenu, pour 1 kilogramme de houille, le nombre de calories dégagées par la production de l’oxyde de carbone, sachant que 1 kilog. do carbone dégage 2,473 calories par sa transformation en CÔ. s r ,
- (2) Même calcul pour l’acide carbonique, 1 kilog. de carbone dégageant 8,080
- calories par sa combustion en COè. .
- (3) Somme de 1 et de 2.
- (4) On à pris 637 calories pour la vaporisation de 1 kilog. d’eaü; •
- (5) La décomposition de 1 kilog. d’eau absorbe 3,830 calories^,c’est-à-dire
- 1 J
- (6) C’est la différence entre les chiffres 3 et les chiffres 4 et 5v
- (8 et 9) Gei sont les rapports des chiffres 3 et 6 à la puissance calorifique de la houille; Ces rapports sont exprimés en centièmes. i
- (10) Pour obtenir les chiffres du tableau, on a fait, pour chaque élément entrant
- dans la composition du gaz, le produit de son poids par sa chaleur spécifique ; c’est la somme de tous ces produits qui est appelée sur le tableau : capacité, calorifique totale des gaz de 1 kilogramme de houille. - ' ,
- (11) La température théorique a été obtenue en divisant lés chiffres 6 par 10. , „
- (12) Températures observées âü calorimètre. h.
- (13) Produits de 12 par 10; , ; > : r
- (14) Rapport en centièmes de 13.à 7a • -H-or»
- (15) Différences entre 9 et 14. "•iLuu;;.
- Tableau A2. ' ' 7 . .. . -
- L^iypothèso a paraît inadmissible dans le cas du gazogène'surchauffé.. Aussi le tabieau n'est-il rempli que dans les colonnes b. Les cinq premières lignes et quelques-unes des suivantes sont les mêmes que dans le tableau A,.
- (7) Chiffres calculés précédemment.
- •(8) L’air alimentant le gazogène a été supposé sortant du récupérateur à' 1000°.
- (9), Sommes de o et de 8. —-.......-
- (12) Les températures h’ont été observées que pour les houilles comprises entre les numéros 3 et 5. Elles sont inférieures aUx chiffres du tableau. L’écart entre lès températures doit provenir de la dissociation et‘ aussi peut-être de l’augmentation des chaleurs spécifiques avec la température.
- ,s (14) Différences de<9 et 13* • ‘j 17.;; 7 v
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- — 796
- Composition des produits de lu combustion.
- L’emploi des fours à gaz Siemens, Ponsard, etc., permet d’arriver à une combustion complète avec une quantité d’air très-peu supérieure à la quantité théorique, tandis que, avec les foyers ordinaires, on n’obtient une utilisation satisfaisante du combustible qu’à la condition d’employer un grand excès d’air.
- Cette quantité d’air employée dans les foyers industriels atteint, en effet, le plus souvent 15 à 16 mètres cubes par kilogramme de houille, c’est-à-dire presque le double de la quantité théoriquement nécessaire.
- Les expériences de M. Burnat et, plus tard, celles de M. Scheurer-Kestner, consignées dans les Bulletins de la Société industrielle de Mulhouse, ont montré que le maximum de rendement de la houille brûlée sous les chaudières à vapeur correspondait à une alimentation d’air de 11 à 12 mètres cubes, c’est-à-dire avec un tiers d’air en excès. Mais, dans ces expériences, l’appareil était conduit avec des soins inusités dans la pratique. Néanmoins il ressort que, malgré la présence de cet excès d’air, les produits de la combustion renferment encore une certaine proportion de gaz combustibles qui représentent 7 pour 100 de la puissance calorifique.
- Avec les fours à gaz le combustible et le comburant, étant de même nature physique, peuvent être mélangés dJune façon beaucoup plus intime et en proportions convenables, de sorte que, avec un excès d’air très-faible, ainsi que les analyses le démontrent, on peut arriver à la combustion complète.
- Les produits de la combustion du carbone pur, avec la quantité d’air théorique, renfermeraient 21 pour 100 d’acide'carbonique. Dans le cas de la houille, cette proportion est de 18 à 19 pour 100 par suite de la présence de l’hydrogène, dont la combustion en eau amène une nouvelle quantité d’azote dans les gaz brûlés.
- M. Krans admet, avec M. Siemens, que, pour une combustion complète au four à gaz, il faut compter sur un excès d’air de 20 pour 100. En ce qui concerne le four Ponsard, voici des analyses de gaz brûlés, faites avec l’appareil Orsat :
- ANALYSES. I III IV V XI ET XII. •
- CO2 - 15 16 15 •16 18 15 17 15 17 13 14.5 16 17 V. 18
- o......... 2 0.5 3 1 0 2 7. 0.5 3 1 0 4 3 1 0
- J’ai donné précédemment, pour les mêmes appareils, les analyses de
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- gaz combustibles. Elles sont indiquées par les mômes numéros : I, III, IV, V, XI et XII.
- Dans ces analyses des fumées, on n’a pas constaté la présence d’oxyde de carbone; rappelons que l’appareil Orsat n’est pas assez sensible pour accuser des proportions inférieures à '1/4 à 1/2 pour 100.
- Dans une précédente séance, il a été constaté ici que la Compagnie Pa* risienne du gaz a fait l’analyse exacte des fumées du four Ponsard, et qu’elle a trouvé une proportion d’oxygène de 21 1/21 pour 100.
- Il résulte de toutes ces constatations qu’au four Ponsard la combustion complète peut être, en moyenne, réalisée avec 10 pour 100 d’air en excès, et même moins, puisque les analyses accusent assez souvent l’absence totale d’oxygène dans les gaz brûlés. La différence avec le chiffre de 210 pour 100 admis par M. Siemens ne provient-elle pas de ce que le four Ponsard comporte des brûleurs plus parfaits qui, s’ils étaient appliqués aux fours Siemens, pourraient être détériorés par les flammes après leur renversement? '
- 7Ceaiïjpéa*a4&«»e® «1© çomlmstioii' Mssociatiosa,
- Les températures développées dans un four quelconque sont loin d’atteindre les températures théoriques.
- Celles-ci sont les suivantes
- Combustion du carbone par l'oxygène, . ......... 10.180°
- , ^ Combustion du carbone avec air ^théorique. . . ...... 2.750
- ’ ' Combustion du carboüe avec deux volumes d'air............ 1.400
- Combustion de l’hydrogène avec l’oxygène................. 6.800
- Combustion de l’hydrogène avec air théorique. . . . \ . . 2.700
- ' Combustion de l’hydrogène avec deux volumes d’air. .JTi 1.500
- La combustion d’une houille dans un foyer ordinaire, avec la quantité d’air froid théoriquement nécessaire, conduit à une température de 3,000 à 3,200°, en partant des puissances calorifiques que j’ai indiquées plus haut. ;
- Si la combustion s’effectue dans; un four à gaz avec régénérateur-oü récupérateur, la température théorique devient, pour les houilles, de 3,100 à 3,3.00°. On voit que ces températures théoriques dépassent seulement de 200 à 300° celles qui ont été calculées dans le cas de foyers ordinaires alimentés à l’air froid.
- Quelles sont, maintenant, les températures réellement obtenues? Elles sont de beaucoup inférieures aux chiffres théoriques.
- Ainsi, MM. II. Sainte-Claire Deville et Debray ont trouvé que la température de combustion de l’hydrogène par l’oxygène pur n’pst que de 2,o00°au lieu de 6,800°. > v • .•••* - m:
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- Bunsen avait trouvé 2,800°, mais il agissait sous une pression plus forte.
- Considérons la question à un autre point de vue. Le platine fond très-difficilement dans les fours qui développent la plus haute température, et cependant son point de fusion n’est que 1,900° environ, d’après les expériences de MM. Deville et Debray.
- D’autre part, M.;Griiner admet, d’après lés expériences de M. Poüillet, que le point de fusion de l’acier ordinaire est de 1,400° environ, et celui du fer doux, bu acier Bessemer, de 1,500°; oiy on arrive assez difficilement à fondre ce métal dans les fours ordinaires, qui cependant développent des températures très-élevées en apparence.
- Comment expliquer cette différence avec les températures théoriques?
- Une première explication consiste dans l’hypothèse de la variabilité delà chaleur spécifique et de son augmentation avec'latèinpérature; mais elle ne pourrait jamais conduire à démontrer de telles différences. M. Henri Sainte-Claire Deville l’explique autrement dans ses savantes leçons sur la dissociation (Bulletin de la Société chimique de Paris, 1864-1865). Il admet l’invariabilité de la chaleur spécifique des gaz, et, se basant sur des expériences faites avec le plus grand soin, il suppose une chaleur latente de combinaison, insensible par conséquent âu thermomètre.
- Ainsi, la quantité de calories absorbées par 1 kilog. d’eau, pour passer de 0 à 2,500°, est de : 637 -f (2,500 — 4 0*0) 0.475 = 1,680 calories;
- Or, la quantité de chaleur dégagée par la formation de 1 kilog. d’eau est de 3,830 calories. La perte (3,830 — 1,680 = 2,150e) représenterait la chaleur latente d’un changement d'état particulier, qüi est ici la décomposition de la vapeur d’eau, c’est-à-dire un phénomène chimique. ^ ' . ; .
- Comme cette décomposition exige autant de: chaleur pour s’effectuer que l’union d’unê égale proportion en dégagerait dans l’acte de la combinaison, bette hypothèse de chaleur latente revient à dire (et permet môme de calculer) la proportion exacte de la quantité d’éléments qui peuvent se combiner à la température de 2,500°;
- Avec cette proportion on peut calculer la tension des gaz non combinés dans le mélange gazeux/tension qui sert de mesure à ce phénomène nouveau et important qui a servi de base-'-Ma théorie de la dissociation; Elle n’est autre que l’étude systématique des décompositions partielles- sous l’influence de la chaleur1. P ' j ,
- La dissociation que subissent les différents -gaz produits par la combustion-apporte^ ainsi une limite aux températures51 développées. Ainsi, vers 1,200 ou 1,300, la tension de dissociation de l’acide carbonique;est déjà forte, et, à la température rouge, la dissociation s’exerce déjà d’üne façon sensible. Les gaz de la combustion ne peuvent donc pas seJcom-biner entièrement aux températures élevées, et si l’on a observé cette
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- combinaison, c’est que les- expériences oilfc> jusqu’à présent, presque toujours porté sur des gaz refroidis sans précautions particulières.
- L’augmentation de la pression facilite la combinaison et diminue la dissociation. Par conséquent, les températures s’élèvent au fur et à mesure que les pressions augmentent.
- Les essais de M. Cailletet sur un haut-fourneau et sur un four à souder ont permis de constater, sur des appareils industriels, les déductions théoriques du savant chimiste.
- Dans le cas de fours à tirage naturel, Siemens, Ponsard et autres, la température possible est celle que la dissociation limite Sous la pression atmosphérique ; car l’influence de la pression de quelques millimètres d’eau est nulle sur la tension de la difesociàtioh.
- C’est donc plutôt dans la diminution des gaz inertes^ coinme ï’azpte, qu’il faut tendre pour arriver à une certaine augmentation de la température, ou bien et surtout il faut la .rechercher par l’emploi de hautes pressions que ne comportent pas j usqulci les fours à réverbéré industriels.
- C’est la présence des gaz inertes, en plus' grande quantité dans les fours ordinaires, qui explique en partie pourquoi on Ue peut pas y obtenir des températures aussi élevées que dans les fours 5 gaz.
- • ;.iU. Rapidité de la eowbustioii. .uomgm- ;>
- h, c,; ; ;(;!'
- Plusieurs causes influent sur la râpidité de là combustion des gaz ^ \° La note du gaz. La combustion la plus rapide est celle de l’hydrogène'par l’oxygène dans les proportions voulues'; elle l’est beaucoup moins avec un mélange à équivalents égaux d’oxyde de carbone et.d’oxy-
- gène. v.-.. m
- L’inflammation ne se propage plus que lentement lorsqu il y, a excès de l’un ou l’autre des gaz, et pour une proportion même peu différente de( la proportion théorique l’œil peut suivre, la propagation , ( surtout dans le cas d’un mélange renfermant de l’oxÿde3de carbonep ^
- 2° Le mélange plus ou moins intime. On comprend, en effet, que la combustion se fait d’autant plus vite que les gaz sont plus intimement mélangés au moment de leur inflammation. Mais le parallélisme des courants gazeux retarde la combustion et allonge beaucoup la flamme.
- La présence d’un gaz étranger, comme l’azote, a pour effet de rendre moins rapide le mélange du gaz*combustible et du gaz comburant et d’augmenter, par conséquent, la longueur de la flamme;
- 3° La vitesse des gaz, qui a aussi pour effet de rendre les flammes plus longues.
- Je viens d’énumérer les trois causes qui ont le plus d’influence sur la
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- rapidité de la combustion. Le phénomène de la dissociation exerce aussi son action, mais celle-ci est presque négligeable devant la prépondérance des autres causes.
- Les résultats de ces calculs sont donnés par les deux tableaux suivants, B j etB2. On est parti des compositions théoriques des gaz d’après les hypothèses déjà indiquées, et on a supposé que la combustion était faite avec la quantité d'air théoriquement nécessaire.
- Dans la pratique, la composition des gaz est un peu,différente, mais les résultats du tableau peuvent être considérés comme se rapprochant beaucoup de la vérité.:
- La première ligne du tableau indique les volumes d’air nécessaires pour la combustion complète dès gaz de 1 kilog. de houille. Ces volumes varient de 4m3,93 à 5mS,65.
- Remarquons que, pour les houilles anthraciteuses n° 1, se rapprochant du carbone pur, les quantités1 d’air comburant' et d’air au gazogène sont presque égales, tandis que, pour les dernières houilles contenant beaucoup de principes volatils, la quantité d’air comburant est double de celle qui est nécessaire à la formation du gaz. Aussi le tableau B \ indique-t-il que le gain par la récupération, dans le cas du gazogène ordinaire, augmente avec la proportion de produits volatils contenus dans la houille, et que, par conséquent, la perte par les produits de la combustion diminue/ ^
- ; Lé' tableau accuse une différence® entre les températures théoriques des fumées à la sortie du récupérateur et celles qui résultent de l’observation. 1 i; ..no
- J’ai admis que cette différence représentait la perte par rayonnement ôt transinissiorivdes parois de la chambre du récupérateur,1 et, en calcu-lant cette perte au moyen de la formulé de Dulong et Petit, comme je Par déjà fait® pour le gazogène, oif trouve environ 7- pour 100, différant très-peu des chiffres du tableau, variant de 7,6 à 8,8 • pour 100.
- ij. .;-v :i\. ÜTOO fw ;ui i {•)'à '.v.\ r Vi J
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- Fours métalIurgiquesJ , Taî)leau B-,
- (Système Ponsard). | aveg gazogene ordinaire. Tableau des volumes, poids, températures et des pertes de chaleur.
- dues principalement aux produits de la combustion. (Combustion avec la quantité d’air théoriquement nécessaire.)
- g 9 TYPES DE HOUILLES. HOUILLE N° 1. HOUILLE N° 2. HOUILLE N° 3. HOUILLE N° 4. HOUILLE K° 5. HOUILLE N° 6.
- ! Z Composition du gaz, d’après hypothèses a et b. a b a b a b a b a b ! a b
- ! 1 "Volume d’air comburant par kilogramme de houille. >> 4m3.93 5.15 5.29 5.45 5.65 5.30 5.59 4.87 5.34 4.96 »
- 2 Volume d’air au gazogène par kilogramme de houille. » 4m3.32 4.04 3.90 3.66 3.46 3.32 3.03 2.94 2.47 2.45 7>>
- 3 Volume d’air total nécessaire à la combustion » 9m3.25 9.19 9.19 9.11 9.11 8.62 8.62 7.81 7.81 7.41 »
- 4 Poids de l’air comburant » 6k.35 6.65 6.85 7.05 7.28 6.84 7.20 6.30 6.90 6.40 »
- w m of; 11 O' 1 1 11
- D 6 Poids des produits de la combustion » 12k.95 12.85 li. oD 12.85 11 i 0 12.75 -il. 10 12.75 11 l’Z 12.12 12.12 | 1U.1U j 11.10 lu lU 11.10 y. oo 10.55 »
- T Capacité calorifique totale des produits de la com-
- bustion » » 3e.09 3.07 3.07 3.05 3.05 2.87 2.87 2.66 2.66 2.50 »
- 8 Puissance calorifique de la houille 9200e 9500 1 9300 8800 8500 8000
- 9 Chaleur totale des produits de la combustion arrivant
- au récupérateur à 1400° 4320e 4290 4290 4260 4260 4020 4020 S 3730 3730 3500 y>
- 10 Chaleur absorbée par l’air comburant pour s’échauf-
- fer à 1000° » 1510° 1580 1620 1670 1720 1620 1700 1500 1630 1520 »
- 11 Gain par la récupération en centièmes, de la puis-
- sance calorifique % » 16.3 16.4 17 17.9 18.1 18 19.5 !7.6 19.1 19
- 12 Gain par la récupération en centièmes, de là chaleur
- totale des produits de la combustion °/0 » 35 36.8 37.6 39.1 40.4 40.4 42.3 S 40.2 43.6 43.4 »
- 13 Chaleur perdue par les produits de la combustion.. » 2810e 2710 2670 2590 2540 2400 2320 J 2230 2100 1980 »
- 14 Abaissement de température des produits de la com-
- bustion » 490° 515 525 550 565 562 590 562 610 605 a
- 15 Température théorique des fumées, à la sortie du
- récupérateur » 910° 885 875 850 835 838 810 838 790 795 »
- 16 Température résultant de l’observation, à la sortie du
- récupérateur » 650° 630 620 610 600 600 575 575 550 550 »
- 17 Différence de température à cause des pertes par les
- » 260° 255 255 240 235. 238 . 235 1 263 240 245 » i
- 18 Perte par les fumées après le récupérateur °j0 » 21.8 20.5 20.2 20 19.6* 19.5 18.8 18.2 17.1 17.1 y> |
- 19 Perte par un refroidissement de 5 0° de l’air chaud
- entre le récupérateur et le four °/0 » 0.8 0.8 0.85 0.9 0.9 0.9 0.95 0.9 0.95 0.95 »
- 20 Perte par rayonnement et transmission de la chambre
- » 8.8 8.0 8.0 v.,r.7.8 7.7 7.7 7.6 8.1 7.6 7.7 h
- 21 Perte totale °/0 J » 31.4 29.3 29.0 28.7 28.2 28.1 27.3 27.2 25.6 25.7* »
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- Fours métallurgiques)
- , , >AVEC GAZOGENE SURCHAUFFE.
- ( Système Poasard). J
- Tableau B2
- Tableau des volumes, poids, températures et des pertes de chaleur dues principalement aux produits de la combustion.
- (Combustion avec la quantité d’air théoriquement nécessaire.)
- a (S a es o TYPES DE HOUILLE. HOUILLE N° 1. HOUILLE N° 2. HOUILLE N° 3. HOUILLE N° 4. HOUILLE K° 5. HOUILLE N° 6.
- h O Z Composition du gaz, d’après l’hypothèse b. a b a b a b a b a b a b
- 1 Volume d’air comburant par kilogramme de houille. fi 4m3.93 » 5.29 y> 5.65 fi 5.59 fi 5.34 » 5.53
- 2 Volume d’air au gazogène par kilogramme de houille. » 4m3.32 » 3.90 y> 3.46 fi 3.03 fi 2.47 )J 1.88
- 3 Volume d’air total nécessaire à la combustion : » 9m3.25 » 9.19 » 9.11 fi 8.62 y> 7.81 » 7.41
- 4 Poids de l’air comburant. 6k.35 » 6.85 » 7.28 » 7.20 » 6.90 y> 7.12
- 5 Poids de l’air au gazogène 5k.60 fi 5.00 » 4.47 fi 3.92 fi 3.20 » 2.43
- 6 Poids de Pair total. , 1P.95 12k95 11.85 » 11.75 y> 11.12 > 10.10 » 9.55
- 7 Poids des produits de la combustion. ....... » 12.85 a 12.75 » 12.12 » 11.10 » 10.55
- 8 Capacité calorifique totale des produits de la com- 2.87 2.66 2.50
- bustion » 3*. 09 » 3.07 > 3.05 » »
- 9 Puissance calorifique de la houille 92 30° 95 00 9300 8800 8500 8000
- 10 Chaleur totale des produits de la combustion arrivant 3620
- au récupérateur à 1450°.. fi 4470° fi 4450 » 4430 4150 ï> 3850 t fi
- 11 Chaleur totale absorbée par l’air pour s’échauffer 2270
- à 1000° » 2850° 2820 » 2790 » 2650 fi 2400 »
- 12 Gain parle récupérateur en centièmes de la puissance 28.4 28.4
- calorifique °/„ » 31 29.5 fi 30 » 30.2 » »
- 13 Gain par le récupérateur en centièmes de la chaleur 62.8 62.8
- totale des produits de la nombnsfion °^n ' » -63.7 63.7 fi 64.6 » 64.2 fi ))
- 14 Chaleur perdue par les produits de la combustion.. fi 2.620° 7> 1630 î) 1640 fi 1500 y> 1450 » 1350
- 15 Abaissement de température des produits de la com- '920 900 910
- bustion. » 925° 920 » 910 » fi »
- 16 Température théorique des fumées 530 540 » 530 fi 550 540
- 17 Température résultant de l’observation fi 250° 250 fi 250 » 250 fi 250 » 250
- 18 Différence de température a cause des pertes par les 300 290
- •parois .fi 275° .fi 280 » 290 280 fi fi
- 19 Perte par ies fumées Après le réeupérateur °j^ 8.5 fi 8.1 fi 8.1 y> 7.8 fi 7.8 fi 7.8
- 20 Perte par un refroidissement de 50° de l’air chaud 0.95 1.0
- 21 comburant entre le récupérateur et le four °fa,... Perte par rayonnement et transmission de la chambre fi 0.8 fi 0.85 » 0.9 » 0.95 fi fi
- 9.2 9.1
- du récupérateur °(0 » 9.0 * 9.0 fi 9.5 1 fi 9.2 » fi
- 22 ; 18.3 18.0 » 18.5 * 18.0 fi 18.0 : fi 17.9 1
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- Rfote® cxsïlicailîci,
- Tableau B*.
- On a supposé que la combustion complète est faite avec la quantité d’air théorie quement nécessaire, toujours dans les deux hypothèses a et b, et en supposant l’absence d’eau sous la grille du gazogène.
- Les six premières lignes indiquent des chiffres déjà calculés.
- (7) Chiffres obtenus de la même manière que les chiffres 10 du tableau A^
- (9) Produits de la température 1400° par lés chiffres 7.
- (10) Produits des poids d’air comburant, par la chaleur spécifique 0,237, et par la température 1000°. N
- (13) Différences entre 9 et 10.
- (14) Abaissement de température obtenu en divisant 10 par 7,
- (15) Quotients de 13 par 7, ou bien différences entre 1400° et les chiffres 14.
- (17) Différences entre 15 et 16.
- (18) Proportions en centièmes, par rapport à la puissance calorifique de la houille, de la chaleur emportée par les fumées arrivant à la cheminée aux températures 16.
- (19) Même proportion en centièmes due à un refroidissement de 50e? de l’air chaud, entre le récupérateur et les brûleurs du four. Ces chiffres de perte sont des maxima.
- (20) Perte par rayonnement et transmission dans la chambre du récupérateur, obtenue par différence entre la perte totale de la colonne 13 et la perte de la colonne 18.
- (21) Sommes des 18, 19 et 20.
- Tableau B2.
- Les calculs sont tout à fait analogues à ceux du tableau B*. 4veç le gazogène surchauffé, on se trouve toujours daps l’hypothèse 6.
- Quelles houille® doivent être employées de préférence?
- Nous avons vu que les pertes totales diminuaient au fur et à mesure que les houilles contenaient plus de principes volatils. Il n’en faudrait pas conclure cependant que les houilles maigres à longue flamme sont les meilleures pour les fours à gaz. D’abord leur puissance calorifique est la plus faible, et puis la température des gaz obtenus est beaucoup diminuée par suite de la bien plus grande proportion d’oxygène contenue dans la houille. J
- De plus, ces charbons, ainsi que les houilles maigres anthraciteuses n° \, conviennent beaucoup moins au point de vue de la conduite du gazogène. Ils passent facilement à travers la grille, et il est plus difficile de maintenir le générateur en bonne allure. * 1
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- Il vaut donc mieux employer les houilles intermédiaires en se rapprochant plutôt des houilles à gaz; les meilleures sont celles qui contiennent de 26 à 36 pour 100 de produits volatils, eau et cendres déduites.
- Un mélange de houille à gaz et de houille à coke donne de très-bons résultats, et il en est de même d’un mélange composé de 4/5 de bonne houille grasse et de 1/5 d’escarbilles, lesquelles ont pour effet de diminuer la formation des voûtes et collages qui se produisent surtout avec les houilles grasses proprement dites, ou charbons de forge.
- Rendement des Ponsavd.
- Pour se rendre compte de l’utilisation de la chaleur développée, il convient de totaliser les pertes et d’en faire la différence avec la chaleur totale. Les chiffres ainsi obtenus ne représentent pas, à proprement parler, la véritable utilisation,puisque celle-ci est fonction de l’effet obtenu ou du travail développé.
- Ne perdons pas de vue que les tableaux précédents ont été dressés dans l’hypothèse de fours métallurgiques, et plus spécialement de fours à souder. Or, pour ces fours, le travail produit ne consiste pas seulement à porter le fer à la température voulue, ou à fondre la matière considérée; il faut aussi maintenir à la température convenable pour l’opération les matériaux qui composent le laboratoire du four; et pour obtenir cette dernière condition, il faut plus de chaleur que celle nécessaire à l’opération métallurgique proprement dite, et il en faut d’autant plus que la température recherchée est plus considérable.
- Je vais citer quelques exemples :
- La fusion de 1 tonne de fonte exige 280,000 calories, cette chaleur correspond à une fonte obtenue chaude, comme au haut fourneau.
- Or, 280,000 calories représentent 30 à 35 kilos de houille ou coke, alors que dans les cubilots la dépense est trois ou quatre fois plus forte. L’utilisation ne serait donc que de 25 à 33 pour 100.
- Considérons maintenant la fusion de l’acier en creusets et, dans ce cas, il faut non-seulement chauffer l’enceinte dans laquelle les creusets sont placés; mais il faut encore que la chaleur traverse les parois du creuset pour opérer Ja fusion du métal.
- D’après M. Gruner [Annales des mines, tome IV, 1873), la chaleur totale nécessaire pour la fusion de 1 kilog. d’acier doux est de 310 calories ou 310,000 calories par tonne, qui représentent environ 40 kilos de coke pur.
- Dans les fours ordinaires on dépense environ 3,000 kilos de coke marchand, c’est-à-dire 70 à 75 fois plus. Le rendement n’atteint donc pas 2 pour 100.
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- Quelle est la chaleur nécessaire au réchauffage d’une tonne de fer jusqu’au blanc soudant et même à une température voisine de son point de fusion, c’est-à-dire à 1500 degrés. A cette température la capacité calorifique du fer est de environ 0,185.
- Il faut donc : 1500° x 0,185 X 1000k — 277,000 calories qui peuvent être fournies par 30 à 35 kilos de houille. Or, les fours ordinaires consomment suivant les conditions du travail, depuis 400kilos jusqu’à 1000 kilos par tonne. L’utilisation réelle ne serait donc que de 3 à 8 pour 100.
- Ces précédentes considérations montrent que, pour se rendre compte du rendement d’un four métallurgique, il ne faut pas considérer seulement le travail théorique obtenu, mais plutôt tenir compte de la différence entre les pertes et les calories totales dépensées.
- J’ai résumé dans les tableaux suivants C,l et C2 les pertes dans les fours Ponsard : elles sont de 32 à 42 pour 100 avec les gazogènes ordinaires, et de 30 à 35 pour 100 dans le cas des gazogènes alimentés à l’air chaud, et en supposant la quantité d’air théorique. Nous avons vu dans quelles limites cette quantité d’air augmente en pratique. Les chiffres des tableaux sont donc très-peu éloignés de la vérité, etla correction est facile à faire dans les différents cas qui se présentent.
- Les calculs supposent, d’autre part, une non-utilisation des flammes perdues à la suite du récupérateur, et, pour les fours métallurgiques à gazogène ordinaire, la température de ces fumées est assez élevée (550 à 650°) pour permettre une utilisation importante en faisant servir ces flammes perdues au chauffage d’une chaudière à vapeur,
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- Fours métallurgiques}
- , > AVEC GAZOGENE ORDINAIRE.
- (Système Ponsard). J
- TaBlean Gr
- Pertes de chalenr.
- TYPES DE HOUILLES. HOUILLE N° l. HOUILLE N» 2. HOUILLE N» 3. HOUILLE N» 4. BOUILLE N° 5. HOUILLE N° 6.
- Composition du gaz d’après hypothèses a et b. a b a b a b a b a b ; a b
- Perte par la transformation en gaz °/0... » 10.9 10.0 9.8. 9.3 8.35 9.9 7.8 8.7 ’ 5.7 6.7 »
- Perte par les produits cle la combustion °/0. » 31.4 29.3 29.0 . 28.7 28.2 28.1 '27.3 27.2 •' 25.6 25.7 »
- Perte totale. °/0. )) 42.3 39.3 38.8 38.0 36.55 38.0 35.1 35.9 : 31.3 32.4 »
- Utilisation (par différence) »/„. 57.7 60.7 61.2 62.0 63.45 62.0 64.9 64.i ; 68.7 67.6 »
- Fours métallurgiques
- (Système Ponsard).
- 4
- AVEC GAZOGÈNE SURCHAUFFÉ.
- Tableau Ca
- Pertes de chalenr.-
- ! TYPES DE HOUILLES, ij HOUILLE No i. HOUILLE N» 2. HOUILLE N° 3. HOUILLE N» 4. HOUILLE N» 5. HOUILLE No G.
- 1 Composition du gaz d’après l’hypothèse b. ; a b a b a b a b i a b a b
- Perte par la transformation en gaz 0/o... » 16.2 » 14.8 » 14.35 12.0 » ^ 9.0 » »
- Perteparles produits de la combustion °/0. )> 18.3 ï) 18.0 )) 18.5 )> 18.0 » 18.0 » »
- Perte totale °j0. » 34.5 ï) 32.8 » 32.85 » 30.0 : » .27.0 » »
- Utilisation (par différence) °/0 » 65.5 » -67.2 : » 67.15 70.0 » 73.0 » ))
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- Il serait très-intéressant dé comparer les chiffres de ce tableau à ceux; que l’on obtiendrait avec les fours Siemens, qui ont rendu et qui rendent de si grands services à. l’industrie.
- Dans son étude sur le four à gaz Siemens, M. Krans, professeur de métallurgie à Louvain, a fait des calculs analogues à ceux qui précèdent.
- Il évalue à 31,70 pour 100 la perte de chaleur due à la transformation en gaz. Puis il répartit ainsi les 68,30 restant, que le gaz dégage en brûlant dans le four :
- Évacuation par la cheminée............................ 11.31
- Transmission des régénérateurs............................ 12.55'
- Absorption par le fer et chaleur logée dans le four....... 76.14
- 100.00
- Comparativement à la chaleur totale que peut donner la houille, les chiffres deviennent :
- Perte pour la transformation en gaz. . ..... .31.7
- Perle par la cheminée. ................. 7.7
- Perte par les régénérateurs............ 8.6
- Utilisation. ........ j . ............
- Mais, dans ses calculs, M. Krans a fait des hypothèses un peu différentes de celles que j’ai faites moi-même. Il a admis des températures plus élevées, un excès d’âir de 20 pour 100 pour la combustion complète et des chiffres différents pour la puissance calorifique de la houille.
- Pour pouvoir faire une comparaison exacte, il faut se placer dans les mêmes conditions et c’est ce que je vais faire.
- 10 Perte par Ta transformation en gaz. — Par suite du refroidissement dans lés conduites, on perd dans les fours Siemens la totalité des calories dégagées dans le gazogène, c’est-à-dire les chiffres 9 du tableau A ; ou plutôt les sept huitièmes seulement de ces chiffres, si l’on tient compte des différences de température des gaz et de leur composition1.
- 2° Perte par les produits de la combustion. — Les fumées sortent sensiblement à la même température que celles du four Ponsardj avec gazogène
- 1. En faisant les calculs des pertes, d'après les tërripératures de génération du gaz dans les appareils Siemens, on n’arrive pas aux. mêmes résultats 'qu’en faisant cçs‘ipêmes calculs d’après les températures déduites de la composition des gaz, parce que, d’autre,part, on admet:que la perte par rayonnement, etc., est la jnèrpe qu’au gazogènô PonsardiiGette différence m’explique parfaitement par ce fait que cette dernière perle par rayonnement du gazogène doit être plus forte dans le cas du Siemens, puisque l’allure plus lente oblige d’avoir, pour une même quantité de combustible brûlé? des générateurs de gaz plus vplu-mineux et présentant plus de surface de déperdition.; v ! : '
- | Perte 48 % 52 %
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- alimenté à l’air chaud. La perte par les parois du régénérateur est supérieure dans le cas du four Siemens, puisqu’il y a deux appareils de récupération. Néanmoins, je suppose que la perte est égale à celle du four Ponsard avec gazogène surchauffé, et c’est évidemment une hypothèse favorable au four Siemens.
- Dans ces conditions le tableau G devient le suivant ;
- rv n T /N \T À ni T A \T HOUILLES.
- DESIGNA 110 N. No 1. N° 2. N» 3. N° 4. N° 5.
- Perte par la transformation en gaz (moyennes de a et 6) 28.5 25.2 22.6 21.1 17.4
- Perte par la transformation en gaz (sept huitièmes de ces moyennes) 24.9 22.0 19.8 18.5 15.2
- Perte par les produits de la combustion. 18.3 18.0 18.5 18.0 18.0
- Perte tolale Siemens 43.2 40.0 38.3 36.5 33.2
- Utilisation Siemens (par différence). 56.8 60.0 61.7 63.5 66.8
- Nous trouvons donc que Putilïsation du four Siemens est de 57 à 67 pour 100, au lieu d’être de 52 pour 100, comme l’indique M. Krans.
- Mais il y a lieu de tenir compte*de deux autres pertes dans le four Siemens. Je veux parler de celles qui résultent des renversements des courants gazeux et des dépôts de goudrons dans les conduites.
- La première de ces pertes est évaluée par l’auteur précité à 44 kilos de houille en 24 heures, ce qui revient à 4 à 2 pour 100. Quant à la seconde, elle ne peut pas être estimée à moins de 2 à 3 pour 100.
- Ces deux pertes constituent donc ensemble 4 pour 100 delà chaleur totale, et nous pouvons établir le tableau comparatif des rendements comme il suit :
- DÉSIGNATION. HOUILLES.
- N° 1. N° 2. N° 3. N° 4, N° 5.
- Utilisation four Ponsard , avec gazogène ordi-
- naire , 57.7 61.0 62.7 63.5 66.4
- Utilisation four Ponsard, avec gazogène sur-
- > chauffé,s..................... 65.5 67.2 67.1 70.0 73.0
- 52.8 56.0 57.7 59.5 ,62.8
- Il en Résulte, en faveur du four Ponsard, une différence de 5 à 6 p. 100
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- de la chaleur totale dans le cas du gazogène ordinaire et 10 à 13 p. 100 avec gazogène surchauffé.
- Remarquons en outre que le four ordinaire Ponsard comporte l’utilisation des fumées au chauffage d’une chaudière à vapeur, utilisation qui n’a pas sa raison d’être avec le four Siemens.
- Nous avons vu que, avec les fours à réchauffer ordinaires, l’utilisation réelle, au point de vue de l’opération métallurgique, n’était que de 3 à 8 p. 100. Gonsidéronsle four Pélegry, par exemple, et voyons de combien est cette utilisation. Plaçons-nous dans les meilleures conditions de marche, c’est-à-dire, par tonne réchauffée, 220 kilos de, houille de Decazeville. Cette houille se rapproche du type n° 5, et contient 13 pour 100 d’eau et de cendres; 220 kilos équivalent à 191 kilos de houille pure dégageant : 191 x 8,500— 1,624,000 calories. Pour porter unetoffnede fer à la température de 4500« il faut 1500 x 0,185 X 1000 = 277,000 calories qui représentent 17 pour 100 de la chaleur totale développée.
- Dans son étude M. Krans a trouvé, pour la même application, 15,48 de la chaleur développée parle gaz dans le laboratoire, c’est-à-dire 10,6 pour 100,de la chaleur totale. Mais il apris pour capacité calorifique du ter, 0,114. Avec le chiffre nouveau 0,185, l’utilisation devient également 17 pour 100.
- Les fours à gaz les plus perfectionnés donnent donc seulement un rendement réel de 17 pour 100 lorsqu’ils sont appliqués au réchauffage du fer; les fours ordinaires ne dépassent pas 8 pour 100. n
- Malgré les progrès considérables déjà réalisés, il ÿ a encore une large place pour les perfectionnements futurs. : '
- Comparaison avec,mai fonr à réchauffer ordinaire ; ayant cïiandlère à la suite.
- J’ai prouvé, par des résultats, que l’économie obtenue avec le four à réchauffer Ponsard, par rapport aux fours ordinaires, „était supérieure à 50 p. 100 du combustible brûlé par ces derniers fours. Mais cette économie serait diminuée si les flammes perdues des fours ordinaires étaient utilisées à la production de la vapeur.
- Que deviendrait cette économie dans cette hypothèse f - ....
- Des expériences faites avec le plus grand soin, dans des forges importantes du nord de la France, ont indiqué comme moyenne générale, pendant plusieurs mois de constatations, que :
- 1 kilogramme de houille brûlée, sur la grille des fours à chauffer, a
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- dénué 2k,50 dé vapeur aux chaudières horizontales alimentées par les flammes perdues.
- ‘ Une autre série d’expériences a donné 2k,69.
- 5 D’autre paru il est généralement admis, dans Un bassin métalluïgique important, que 25 chevaux-vapeur sont produits par les fours à souder, brûlant 5500 à 6000 kilogrammes de houille en 24 heures,
- "En supposant 18 kilogrammes de vapeur par cheval et par heure, on obtient ; 18 x 25 450 kilogrammes, et par vingt-quatré heures,
- il 000 kilogrammes de vapeur;
- Soit. 2.kilogrammes par, kilogramme de houille....
- o 500 1 "
- ;i : Wi :.».v ' ;Uü\. OU. . ; ". !
- s Dans Un autre'.bassin, où; lès chaudières -font verticales et très-élévées, 'la production dépasse, dit-on, 3 kilogrâmiiiês. 00 ' uu X' ?
- Ëh bien! faisons les calculs comparatifs dahsdertrois hypothèses de 2düLp2k,50-et 3 kil^et considérons un four ordinairev bMlaut en riugt-equatre’heiires 6 tonnes de houille-pour produire,'par ekemplè,i 0 tonnes 1 de -$eèï- Pour une même production, la consommation' au four Pdiisard serait inférieure à 3 tonnes de houille. dm; s -
- La quantité de vapeur produite, à la suite du four ordinaire, serait de rl2000Mlq 15000 ou 18 000ddL en vingt-quatré heures'-qhl-représentent 1 700 kil., 2140îkil., 2 570 ltili de houille, qu’il faudrait dépenser sur une chaudière isolée produisante kilogrammes de vapeür par kilogramme de houille. Ce chiffre est ! très-admissiblè, puisqu’il a été dépassé dans les expériences faites en Alsace. D’ailleurs, avec le système de chauffage au gaz, dont j’aurai occasion de vous entretenir plus tard, les chaudières à vapeur donnent une production supérieure au chiffre que je viens d’admettre. Faisons maintenant la comparaison :
- 1° Avec le four Ponsard, on brûlerait en moins 3 000 kilogrammes, et ce chiffre iié correspond qu’à une économie de 50 p. 100 qui peut être considérée comme tin minimdm. ;
- 2° Avec le four ordinaire, la quantité de vapeur produite représente 1700, à 1 io ou 2 570 kilogrammes cte houille. ' "! ‘
- ^ïl5'resté donc encore ât l’avantage dû font Ponsalcl'une économie de ’ÙSOO kil., 860 ou 430 kil. ; 'soit 2i p. 100, 14 et 7!p’. 100 dê lh dépense tbtàlè^fffoùr brdinaire. A>>'' 1 ':ji3j o.
- Mais considérons maintenant le cds où ib'ï'our Ponsât’d lâuraii âüssi une chaudière à lu suitèL'On doit îêtrè très-près de la vérité'èn adméttant 1k,25 de vapeur par kilogramme dépouillé brûlée, au gazogène. On produirait donc 3 000 X1,25 ^,3750^0. de vapeur,en vingt-quatre heures,
- ; .;?.{) . y b .don*
- &
- 1. On pourrait faire sortir les fumées un peu plus chaudes, en diminuant la surface dé chauffe du récupérateur, lequel deviendrait par eOnséqueht înüihs profondp-b-'
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- représentant 540 kil. de houille. L’économie de combustible serait, dans ce cas, de I 840 kil., 1 400 et 970 kil. soit 30 p. 100, 23 p. 100 et 16 pour io.o. > • - - ' ^ - : :
- Parmi lés différents systèmek dd nMudières à là Mtë dè^ffônrs, ce sont les chaudières verticales qui semblent donner la plus grande litilb-sation des flammes perdues en raison sans doute de leur plus grande Surface de chauffe; mais ces appareils présentent des dangers d’explosiori; Comme un accident récent est venu malheureusement le prouver. La réserve d’eau qui est au-dessus de la partie léchée par les flammes est trop faible par rapport surtout à l’intensité du chauffage â la Suite des fours ordinaires, et on ne peut pas augmenter cette réserve d’eau sans être conduit à des hauteurs exagérées et à des surfaces stériles considérables1.
- Ge danger d’explosion n’existerait pas au même degré,!JàveC des chaudières verticales placées à la Suite de fours^à gâz , pnîsique leS' tëmpérâ-tuFes des fumées sont deux fois moindreSy et par suiteiâ vaffôrisation beaucoup moins intense.0 H 1 j » - -v v.o ck-.'\
- D’ailleurs, à d’aûtres points de vue) la solidarité des fours avec les générateurs de vapeur présente des inconvénients ; il est donc rationnel et économique d’employer des fours à gaz.
- Mais un autre chef d’économie existe, et il est très-important. Je veux parler de la diminution dans les déchets de fer.-, -
- Les mises au mille obtenues à Toulouse et en Italie conduisent à une diminution de un tiers à un quart dans les déchets au four. Elle se traduit par une économie argent de plus de cinquante francs par four et par vingt-quatre heures de travail.
- Avant de terminer, permettez-moi de résumer en quelques mots les avantages des fours à gaz et de faire ressortir, par conséquent, l’avenir qui leur est réservé.
- Avec les appareils Siemens ou Ponsard, on obtient d’une façon régulière des températures plus élevées qu’avec les autres fours. C’est indiscutable. Les causes de cette supériorité sont, comme je l’ai démontré* le même état physique du combustible et du comburant, leurs températures initiales très-peu différentes entre elles, la possibilité de les mélanger suivant les proportions théoriques, sans employer un excès d’air notable* la possibilité de faire cette combinaison au point même où elle est nécessaire, et cela sous une légère pression qui met le laboratoire du four et les matières contenues à l’abri des refroidissements et des altérations causés par des entrées d’air extérieur.
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- Or la rapidité du chauffage dépend évidemment de l’excès de température des flammes par rapport à la température à laquelle il faut porter la matière; aussi, dans les fours à gaz arrive-t-on, dans le même temps, à une production plus grande ou, autrement dit, à un travail développé plus grand. L’opération se fait donc plus vite, et conséquemment les pertes diminuent dans de grandes proportions. Toutes ces causes réunies au gain obtenu par la récupération expliquent les grandes économies de combustible que les fours Siemens et Ponsard donnent par rapport aux autres systèmes qui ne réunissent pas les conditions avantageuses précédemment énumérées.
- Les hautes températures, cependant, n’ont pas dit leur dernier mot, et il sera possible de dépasser celles que l’on obtient aujourd’hui, lorsqu’on pourra agir sous forte pression, dans un laboratoire construit en matériaux suffisamment réfractaires. Comme nous le disait notre honorable président, il y a quelques mois : Un duel sans rémission est engagé entre le feu, dont on suscite les manifestations les plus violentes, et la matière dont on veut se servir pour le contenir, le maîtriser, la matière réfractaire.
- Paris, lb octobre 1874. ij. ; :
- jho!
- u f * i :
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- MÉMOIRE
- MÉTALLURGIE DE L’ACIER RESSEMER
- MARCHE
- A LA COULÉE DIRECTE DES HAUTS-FOURNEAUX
- EN EMPLOYANT LES FLAMMES PERDUES DES FOURS A COKE AINSI QUE LE GAZ DES GUEULARDS
- Par M. LENCAUCHEZ.
- 1° Comparaison des gaz combustibles de différentes sourcès. — Avant de discuter l’emploi des gaz des hauts fourneaux, il est bon de remarquer que les gazogènes à grilles inclinées ne produisent a qu’un volume de gaz de 4m3,200 par kilogramme de houille b ne possédant qu’un pouvoir calorifique de"1 060 calories par mètre cube ramenées à 0° et à 76; ce qui fait que les gàz combustibles produits par 1 kil. de houille employée par ces gazogènes ne représentent que 1 060 X 4m,200 == 4 452 calories, c’est-à-dire (900 X 5m3) 4 452 = 48
- calories en moins que les gaz de 1 kilogramme de coke employé au haut fourneau.
- 2° Perte du calorique due à la transformation de la houille en gaz combustible. — On doit remarquer en effet que la perte due à la transformation du combustible solide en combustible gazeux est, dans lés conditions les plus favorables, de - r' u
- a Perte due au refroidissement des gaz à 0°. ... . . . I 17 0/0
- b Perte due à la condensation des goudrons 3X2=. . 6 0/0
- c Perte due à la production d’acide carbonique ' 3
- 4 12
- 32 °U 100““
- 12 0/0
- 35 0(0 05
- Perte totale,
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- 39 Avantage qu’il y a à, considérer le haut fourneau comme gazogène. —- On voit donc que le haut fourneau est un meilleur gazogène que la grille inclinée, vu qu'il donne son gaz à l’état de sous-produit; les 33 0/0 perdus par les grilles inclinées étant par lui utilisés.
- Ebelmen évalue suivant le cas l’utilisation entre 35 et 38 0/0.
- 4° Utilisation des flammes perdues des fours à coke.Si les fours à coke fournissant le haut fourneau sont établis dans le voisinage, et si leurs flammes perdues sont utilisées à la production de la vapeur, on remarque que de ce côté il y a encore une utilisation de calorique qui échappe aux gazogènes spéciaux, puisque la carbonisation du combustible est indispensable pour assurer une bonne marche aux hauts fourneaux.
- 5° Toutes les houilles ne peuvent être employées avantageusement par les gazogènes à grilles inclinées. — Il faut aussi remarquer que, pour obtenir d’un gazogène à grille inclinée une bonne allure, il est indispensable de faire un choix judicieux des houilles à employer; de là un accroissement de dépense due à un prix plus élevé, car avec des houilles très-collantes, donnant des agglomérations de coke très-tenaces, la perte de 12 0/0 s’élève quelquefois à plus de 30 0/0, tandis qu’employée aux fours à coke, cette houille donne d’excellents produits. On voit souvent dans le bassin de la Loire que les gaz qui s’échappent des regards des gazogènes à grilles inclinées refusent de brûler à l’air libre, quoique se comportant bien dans les fours munis de régénérateur ou récupérateur; dans ce cas, la perte dépasse 50 0/0 comme perte totale.
- 6° Pour la fusion de l’acier les fours Siemens agissent à la façon des hauts fourneaux au coke ou au charbon de bois. — Il faut donc considérer l’appareil de M. Siemens comme on admet le haut fourneau perdant les gaz de la carbonisation de son combustible. En fusion d’acier, par exemple, il donne certains résultats comme le haut fourneau donne de la fonte avec le charbon de bois, alors qu’il ne pourrait en produire avec du bois vert; aussi est-ce une erreur grave que de confondre un résultat commercial avec une économie de-calorique* alors que c’est par une perte de combustible que ce résultat commercial peut être obtenu.
- La récupération du calorique n’est complète qu’à la condition de chauffer un même volume de gaz et d’air égal à celui de la fumée à refroidir. — Certaines personnes ont fondé grand espoir dans la construction d’appareils à chaleur récupérée, mais ne refroidissant pas leurs gaz dans le passage du gazogène aux fours (Siemens modifiés de Saint-Mandé et four de M. Ponsard); mais alors, si l’on évite la perte de
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- 35 0/0 du côté du gazogène, on la reporte dans la cheminée, vu qu’on est alors impuissant pour en refroidir la fumée qui s’en échappe à la température de 700° et au-dessus (1 v,5 pour 2V,5).
- Mais si les récupérateurs ou régénérateurs ne chauffent l’air qu’à 800° environ, la température de sortie de fumée sera aussi de 800° à peu de chose près; c’est ce cas qui généralement se présente dans la pratique.
- 8° La récupération est incomplète si le volume de gaz à chauffer n’est pas égal à celui de la fumée à refroidir. — J’ai fait voir que la transformation de la houille en gaz, si celui-ci est ramené à la température de 0°, est cause d’une perte de 35 0/0 1; voyons maintenant ce qui se passe si les gaz conservent, pour entrer dans le four oh ils doivent brûler, la température qu’ils ont en sortant de leur gazogène.
- On sait qu’un mètre cube d’air passant à l’état de gaz de fourneau* passe du volume de 4 000 litres à celui de 4 210 litres, d’où il suit que 4 000 AZ et O produisent 4 240 AZ et CO, lesquels peuvent être brûlés par 4 000 autres litres d’air AZ et O, pouf former 2 000 litres de fumée AZ et CO2; si le combustible employé est du coke, ainsi que cela se pratique pour le chauffage des cornues produisant le gaz d’éclairage.
- Dans ce cas, on a donc
- 4 24 0 À* * 00 : 1 000 et 0 : : 4v ae ** : 0V,827
- formule qui donne îa combustion théorique que le chalumeau peut produire; mais pour s’assurer d’une combustion complète, on fait généralement usage d’une quantité d’air de 4 T,250.
- En admettant la température de 4 600° pour les flammes à leur entrée dans le four et celle de 4 200° pour les flammes perdues, en admettant aussi que la température de 200° doit être celle de la fumée dans la cheminée pour produire un tirage convenable, on trouve que si les capacités pour la chaleur sont à peu près les mêmes pour l’air et la fumée, prises à même température et à volumes égaux, on trouve, dis-je, que le calorique développé par la combustion se comportera ainsi :
- 1. Mais si les gaz ne sont ramenés qu’à celle de 30Ô<q îa perte n’est plus que de 26 pour 100,
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- DÉSIGNATIONS. VALEUR de COMPARAISON. QUANTITÉ pour CENT.
- 1° Calorique développé par la combustion ; volume de
- fumée (lv,000-f-1T,250) X 1600° 2° Calorique que devrait prendre la cheminée pour un 3.600 100
- tirage convenable 2V,250 X 200° 450 i !
- 3° Calorique' absorbé par le four, 2V,250 X (1600°, — 1200°) — 38
- 900
- Calorique pouvant être récupéré 62
- 4° Calorique récupéré, Pair étant chauffé à la tempéra- 34
- ture de 1000°, 1Y,250 X 1000°. 1.250
- Calorique perdu qu’il est impossible de récupérer
- par les calorifères régénérateurs 28
- ia température réelle de sortie de fumée dans la cheminée serait de :
- i............ 3 600 —- (900 -f-1 250)
- * ' 2V,250 ‘ »
- Si l’appareil de M. Siemens condense les goudrons, celui de M. Pon-sard, ayant 6 à 8 kilomètres de joints verticaux non chargés et non protégés par des couvre-joints, doit donc donner lieu par ses fuites à des pertes plus considérables que celles dues à la condensation des goudrons; puis, enfin, le siphon réfrigérant de M. Siemens n’a aucune raison d’être pour tout le monde, excepté pour l’inventeur ; le seul point breveté de son appareil étant ce malencontreux siphon.
- 9° Des illusions que les fours à chaleur récupérée ont données, au sujet du remplacement des hauts fourneaux par les fours à cornues.
- Il y a quelque temps, certaines personnes avaient cru que les fours à chaleur, régénérée ou récupérée permettraient de supprimer les hauts fourneaux dans certains cas; mais ces personnes n’avaient pas compté sur la perte des 35 0/0 dont nous venons de parler, ni sur leur utilisation complète par les hauts fourneaux, ni enfin sur l’accroissement de dépense de calorique résultant de la suppression de la réduction par les gaz des fourneaux, ainsi que sur les embarras que les laitiers leur donneraient; aussi les nombreux essais de M. Ponsard n’ont-ils servi qu’à démontrer une fois de plus que le haut fourneau est encore le plus complet des appareils que jusqu’ici la métallurgie du fer ait possédés (a).
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- (a) Dépense de combustible par la méthode directe pour la conversion du minerai en fer laminé.
- (Voir les Annales industrielles du 8 juin 1873, page 714.)
- PROCÉDÉ DIRECT DE M. W. SIEMENS.
- Tableau n° 3, par le charbon de terre (haut fourneau et four à puddler).
- HAUTS FOURNEAUX. FOURS A PUDDLER.
- PAYS. — — TOTAL MOYEN.
- Dépense moyenne. Dépense moyenne.
- t. kil. • t. kil. t. ' kil.
- Silésie 2.750 1.000 3.750
- Belgique 2.380 900 3.280
- France 2.390 900 3.290
- Écosse 2.720 1.000 3.720
- Cleveland 1.990 1.000 2.990
- Sloffordshire 3.020 1.250 4.270
- South-Wales 1.480 0.850 2.380
- Rotator Siemens 1.250
- Le procédé Siemens réalise donc une économie de charbon de 1 tonne 130 kilogrammes, soit 47 pour d 00 sur le procédé ancien le plus économique.
- Dans cette note de M. Siemens, on remarque toujours le parti pris dans les comparaisons; pour ses appareils, il prend les conditions les plus favorables, voire môme du minerai idéal ou théorique, et pour les anciens appareils, il prend les conditions les plus fàcheus'es. Ainsi, il dit qu’en France on dépense 3 tonnes 290 kilogrammes de houille par tonne de fer puddlé ; cependant tout le monde sait que cette dépense se comporte ainsi qu’il suit :
- 1° Haut fourneau. détourné.
- La dépense de coke au haut-fourneau étant de 1,200 kilogrammes1 par tonne de fonte, on trouve que, s’il faut 1 tonne 150 kilogrammes de fonte pour obtenir une tonne de fer, la dépense en houille sera, pour la fonte,
- 1,150 kilogrammes x 1,200 coke X 1,33 houille =.................. lt,840lc
- 2° Four à puddler.
- Dépense de houille pour le puddlage en fer à rails. 660
- Total.................... 2t,500k
- On voit que là où nous ne dépensons que 2 tonnes 500 kilogrammes, et même, comme à Frouard, 1,610 kilogrammes pour le haut fourneau et 790 kilogrammes pour le puddlage, comme à Montataire, en tout 1,610 + 790 = 2,400 kilogrammes, M. Siemens en trouve 3 tonnes 290 kilogrammes.
- 1. En fonte d’affinage , à Frouard , on brûle par tonne 1050 ldi, de coke (mai 1873) soit 1400 kil. de houille.
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- Or, l’étude que je soumets à l’appréciation de la Société prouve qu’avec la quantité de houille indispensable pour la production de la fonte, dans les cas courants très-ordinaires, avec des minerais produisant 1,300 kilogrammes de laitier par tonne de fonte, on peut pratiquement, avec cette houille, transformer: 1° le minerai en fonte; 2° la fonte en fer brut; 3° le fer brut en fer corroyé, rail, etc.; ce qui fait qu’en exagérant les chiffres, on arrive à une dépense maximum de 3 tonnes de houille par tonne de fer corroyé ou rail livrée à l’industrie.
- Voyons maintenant ce que M. Siemens doit dépenser avec des minerais exceptionnels h pour livrer à l’industrie une tonne de rail dans les mêmes conditions : '
- 1<» Dépense de houille pour le fer brut, d’après les chiffres du tableau
- ci-contre 1 tonne 250 kilogrammes X 1,100, ci.. ........................ 1 l,375V
- 2° Dépense de houille pour la machine mettant en mouvement le rota-
- tor, ci................................................................. 0 ,100
- 3° Dépense de houille pour production de vapeur, pour le pilonnage et
- le laminage du fer brut d’affinage au rotator, ci....................... 0,400
- 4° Dépense de houille pour le corroyage d’un tiers des paquets et pour le laminage en rails, avec des fours à souder à chaleur régénérée, ci. . . 0 ,350 5° Dépense en houille pour la production de vapeur pour le laminage
- d’un tiers de corroyés et pour le laminage en rail, ci.................. 0 ,300
- 0s Dépense en houille pour force motrice, coupage à la scie et divers d’ateliers, ci............................................................ 0 ,075
- Dépense totale en houille par tonne de rails Unis. , , . 2t,50ûk
- Ici on voit donc que l’on arrive exactement à la même dépense avec les machines les plus perfectionnées, avec deç minerais très-purs et très-rares.
- Or, les minerais d’Espagne et d’Afrique n’ont jamais pu, en 1869 et avant cette époque, donner de la fonte à moins de 110 francs la tonne, alors qu’avec les minerais de pays on pouvait en produire, pour rail, entre 60 et 70 francs la tonne.
- Maintenant, si l’on veut tenir compte de ce que coûterait en frais généraux une batterie de rotators remplaçant un haut-fourneau de 40 tonnes, on verra que la nouvelle méthode de M. Siemens, au lieu de réduire le prix des rails, ne ferait que l’augmenter considérablement.
- Aussi ne saurait-on trop faire remarquer qu’en matière de production de fer, la force mécanique absorbe pour la génération de la vapeur deux fois plus de calorique que l’affinage et le rechauffage n'en réclament.
- 1 0° Si le haut fourneau devient un gazogène, les économies de coke perdent leur importance. — Pour bien étudier le chauffage au gaz, il faut prendre en considération
- a La production du gàz ;
- h La combustion de ce gaz ;
- c La forme de l’appareil et la nature du travail qui doit s’y faire;
- d Le système de récupération ou d’utilisation à donner à ses flammes perdues.
- 1. Avec ces minerais, en 1807 ou 1868, M. Galy-Cazalat faisait de l’acier fondu p creuset directement; la Société en a reçu communication par l’auteur.
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- 11° Exemple, — Pour ne citer qu’un exemple, je ferai remarquer que souvent on entend dire que les fours à souder et à réchauffer, de M. Siemens, donnent une économie de 30 0/0 sur les bons fours à souder ordir, naires; ce qui veut dire que l’appareil de M, Siemens dépense 70 kilogrammes de houille au lieu de 100 brûlés par les fours ordinaires. Mais il ne faut pas oublier que les fours ordinaires produisent 5 kilogrammes de vapeur par kilogramme de houille, c’est-à-dire qu’ils fournissent 500 kilogrammes de vapeur par 100 kilogrammes de houille brûlés sur la grille du four, S’il faut produire cette quantité de vapeur au moyen de chaudières spéciales en admettant la production exceptionnelle de 8 kilogrammes, on arrive à une dépense de :
- a Dépense de houille pour le four à souder de M. Siemens, ci,
- b — pour la chaudière spéciale fournissant
- les 500 kilogrammes de vapeur nécessaire — ......
- 8
- Total....................................
- L’augmentation de dépense est donc de 33 0/0, alors que l’on parle d’économie de 30 0/0 : ce qui est tout naturel, puisque l’on a perdu 35 0/0 pour faire du gaz.
- Nota Bene. —? En abordant l’objet principal de la communication, je crois devoir faire remarquer que le chiffre de 1 65Q kilogrammes de coke à 12 0/0 de cendre, pour fourneau de 30 tonnes marchant au vent chauffé à 350°, n’a rien d’absolu; ce chiffre a été jusqu’ici celui de certains hauts fourneaux àBessemer; donc je lJai pris comme il est venu sans ignorer que 1 200 kilogrammes et même 1 000 kilogrammes peuvent suffire.
- *
- 4 2° Observation. — Si le haut fourneau devient un gazogène ou est considéré comme tel, et si les flammes perdues de ses fours à coke sont utilisées, les économies sur le combustible introduit dans ce haut fourneau perdent leur importance.; alors les appareils chauffant le vent à la température de 800° n’ont plus aucune raison d’être, car ils ne présentent plus alors que des inconvénients sans compensation aucune.
- Ce que je vais dire pour une forge produisant le métal Bessemer est aussi applicable à une forge ordinaire à fours à puddler, ou à fours Danks, car le combustible employé par les appareils Bessemer dans le premier cas peut être tout aussi bien utilisé pour le puddlage dans le second cas. Le but que l’on doit se proposer, ainsi qu’on le verra plus loin, est d’employer toujours les gaz dans les appareils métallurgiques (fours à souder, à réchauffer et à puddler) avant tout et de n’utiliser à la production de la vapeur que leur excédant; en effet, on verra-que les
- 70ke
- 63
- TiT
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- gaz sont toujours mal utilisés à la production de la vapeur; à peine rendent-ils un effet utile de 40 0/0 du pouvoir calorifique qu’ils possèdent, tandis que les combustibles solides qui donnent lieu à une foule d’inconvénients employés directement dans les fours ou appareils métallurgiques (oxydation des métaux, pertes par escarbilles, chauffage inégal, destruction des parois des fours, etc., etc.) utilisés directement à la pro-
- duction de la vapeur peuvent rendre 72=------——--------; soit 72 0/0
- d’effet utile, si l’eau d’alimentation est prise dans les bâches de condensation à 30° pour être portée dans les chaudières à la température de 170°, sous pression de 8 atmosphères environ.
- Cette production de vapeur peut être encore augmentée, si l’on utilise les échappements des pilons à porter l’eau d’alimentation à 100°, car ii y a encore là une économie de calorique à réaliser
- _ (100°-30°)X'!00 ~“ 628
- ; soit de 11 0/0.
- Ce qui se passe aujourd’hui dans les forges peut se résumer ainsi :
- 1° Perte pratique pour remploi des gaz des hauts fourneaux à la production de la vapeur (40 0/0 pour la chaudière-\- 20 pour la cheminée) ;
- 100 — [40+20]=...................................... 40
- 2° Perte pratique due à la transformation de la houille en gaz pour les fours Siemens etPonsard............ 35
- Perte moyenne totale........................ 37 0/0
- 13° Laveur-condenseur. — La quantité d’eau renfermée par les charges des hauts fourneaux, lorsque le minerai employé n’est pas un hydrate, est en moyenne de 10 0/0 de leur poids. C’est ce qu’en renferment généralement tous les matériaux sortant des carrières exposées à la pluie et à toutes les injures du temps. Le coke, de son côté, en possède aussi autant à peu de chose près; donc on peut admettre que les charges moyennes renferment 10 0/0 d’eau.
- Les charges qui sont indiquées dans la note suivante se composent ainsi ;
- Coke. .
- Castines.
- Minerais
- Total.......................... 4 000 kilogr.
- 1 650 bilogr. 350
- 2 000
- La quantité d’eau renfermée parles gaz produits par 1 kilogramme de
- i iA i 0,1 x4000kil. coke est donc de — - ; : — = 0k,242 grammes. l,b50Jul.
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- Sachant qu’un 'kilogramme de coke fournit en moyenne Ôm3,000 de gaz, on trouve que le mètre cube renferme environ
- 0k 242 ^
- <——• = 0lc^048 grammes d’eau réduite en vapeur.
- O
- En admettant que le pouvoir dissolvant de ce gaz est le même que celui de l’air à volumes égaux, ces 48 grammes ne pourraient donner lieu à un commencement de condensation qu’au-dessous de la température -j- 42°; et pour précipiter seulement la moitié de ces 48 grammes d’eau, il faudrait abaisser la température du gaz au-dessous de celle de *-}- 26°; c’est tout ce qu’on peut réclamer d’une bonne pratique.
- Donc, si les gaz s’échappaient du laveur à une température supérieure à celle de 42°, loin d’y condenser une partie de la vapeur, on ne ferait qu’en augmenter la quantité; ce qui serait tout le contraire du but qu’on se serait proposé.
- Gomme en pratique il est admis qu’il faut un poids d’air égal au poids de gaz à brûler pour obtenir une bonne combustion, sachant qu’un mètre cube de gaz de fourneau pèse environ 1 kilogramme, on voit que les 48 grammes de vapeur d’eau se trouvent dissous dans 2 kilogrammes de fumée : donc l’action réfrigérante due à la vapeur, que les gaz renferment, doit être considérée, en pratique, comme sans importance (soit 2 1/2 0/0 environ).
- Il résulte de ce qui vient d’être dit que le lavage des gaz de haut fourneau ne doit point se faire dans le but exclusif d’en condenser la vapeur dissoute, mais bien dans celui de les dépouiller des cendres ou poussières qu’ils transportent, et évitant soigneusement par un abaissement de température, au-dessous de —1~ 30°, d’augmenter la quantité de vapeur d’eau qu’ils renferment.
- La pluie, la neige et la grêle parcourent souvent plus de 2 000 mètres dans leur chute, sans abaisser sensiblement la température de l’air à la surface de la terre; donc, pour les gaz comme pour l’air, une grave difficulté pratique pour le refroidissement rapide se présente dans le fonctionnement des appareils laveurs-condenseurs, vu qu’ils ne sauraient offrir aux gaz une surface suffisante de pluie réfrigérante pour en abaisser sensiblement la température, sans avoir recours aux pluies multiples, aux cascades, aux barbottages sous faible pression (0m,005) et au refroidissement graduel et méthodique.
- En un mot, dans la construction de ces appareils, on doit chercher par tous les moyens possibles à augmenter les surfaces et le contact par pénétration.
- Comme il vient d’être dit, le but que l’on doit se proposer en lavant les gaz de fourneau est de les débarrasser de la poussière qu’ils transportent; en effet, celle-ci, en quelques jours, encombre les appareils à air chaud et les galeries de chaudières à vapeur, en tapissant de plus
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- leurs parois d’une couverture épaisse et très-légère s’opposant énergiquement à la conductibilité; de là la nécessité de nettoyages réitérés et coûteux*? en même temps que celle d’une perte considérable de calorique.
- Les difficultés que M. Siemens et les partisans de ses appareils ont rencontrées dans l’utilisation des gaz de hauts fourneaux les ont bien vite forcés à y renoncer.
- Seul, M. Withwell est parvenu à tirer parti de ces gaz en rendant facultativement nettoyable l’appareil de MM. Krafft et Cowper ; mais il est facile de voir que, par le lavage des gaz, l’artifice de M. Withwell n’a plus sa raison d’être et, de plus, ce lavage est une économie de main-d’œuvre et de calorique (les gaz brûlant beaucoup mieux après lavage).
- Puis, comme on le verra plus loin, lorsqu'on est amené à considérer le haut fourneau comme le meilleur gazogène que l’on puisse construire, il n’y a plus lieu de chercher à réduire ses consommations de coke, en se créant toutes les difficultés que la marche au vent chaud à 800° peut donner, surtout lorsqu’on pense qu’avec l’intermittence des appareils à renversement la température moyenne dépasse rarement- dans la pratique celle de 500°, alors qu’avec de bons appareils en fonte, bien protégés au coup de feu par des doubles parois céramiques en faisant usage de gaz lavés, on peut obtenir cette température (800°) avec une^constance presque absolue (ô).
- (b) Températures théoriques des flammes de gaz de hauts fourneaux
- d’après mm. de langlade et lespinats.
- (Voir le journal la Métallurgie, numéro du U avril 1873.)
- La savante discussion de MM. de Langlade et Lespinats, tendant à prouver que le lavage des gaz est indispensable pour leur combustion à haute température, fait voir, au contraire, que si le lavage est nécessaire pour débarrasser les gaz des poussières qu’ils transportent (ce qui encombrerait rapidement les appareils récupérateurs au point d’en arrêter la marche en quelques jours) ; que, considéré comme condensation de la vapeur d’eau, ce lavage ne présente plus, malgré ce qu’assurent ces messieurs, le moindre intérêt, attendu 'que, comme nous l’avons fait voir, ce n’est pas 2 1/2 à 3 et même 4 pour 100 de vapeur qui peuvent influencer sensiblement les températures fournies par les flammes des gaz de hauts fourneaux, vu la variabilité de la composition de ces gaz et aussi vu l’excès d’air avec lequel on les fait brûler. De sorte que 3 pour 100 d’eau dans les gaz donnent à peine 11/2 pour 100 d’eau dans la fumée. Or, ce n’est pas ce 1 1/2 à. 3/4 ppur 100 qui peut modifier sensiblement les températures.
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- Du reste, voici les chiffres de MM. de Langlade et Lespinats ;
- «......................................................................;
- « ...................En résumé, la température de combustion théorique est:
- « 1° De 1,695° avec des gaz lavés et refroidis.
- « 2° De 1,700° — chargés à 10 pour 100 d’eau] renfermés par les
- « 3° De 1,620° — -— 20 — — ( charges.
- , ....... .................
- Il va sans dire que ces 10 et 20 pour 100 d’eau, ou mieux de vapeur d’eau, sont comptés ici sur les charges introduites au gueulard du haut fourneau combustible, castine et minerais, les gaz ayant conservé la température avec laquelle ils sortent du gueulard dudit haut fourneau.
- Dans le deuxième cas, les gaz chargés à 10 pour 100 d’eau {qui pour les hauts fourneaux au coke est le cas le plus général), leur température de sortie étant 110°, donneraient une température théorique de combustion de 1,700°, soit de 1,700° — 1,695° — 5° en plus que ne pourraient donner les mêmes gaz refroidis à -f- 25°.
- Donc, ici, le lavage est sans effet appréciable sur la température de combustion.
- Dans le troisième cas, qui jamais n’existe dans les hauts fourneaux au coke, la température est de 1,620°, soit 1,695° — 1,620 = 75° au-dessous de celle que les
- mêmes gaz peuvent donner après lavage : or = -.--7^, soit 4 1/2 pour 100,
- i >t)y t) i üjüu
- ne peuvent compenser les frais qu’ils ont nécessités.
- Donc le lavage des gaz de haut fourneau ne doit et ne peut avoir pour but que de les débarrasser de la poussière qu’ils transportent, vu que la condensation de la vapeur qu’ils renferment est sans effet utile appréciable sur leur combustion et quand, par un bon lavage, on n’a pas augmenté la quantité d’eau qu’ils possèdent, il faut s’estimer très-heureux.
- ETABLISSEMENT RESSEMER
- COMPOSÉ DE
- 2 liant® ffowrneanx cl© t®aîaa©s elaaetsn, et 'd'une' ff®i*ge produisant 40 tonne® de rail® laminé® et complètement fini®.
- De Vutilisation du calorique du combustible dans la méthode Bessemer, les flammes perdues des fours à coke fournissant de la vapeur.
- 4 4° Données principales. — Nous admettrons que 1 000 kilogrammes de lingots ont été produits par 1 200 kilogrammes de fonte, que 4 000 kilogrammes de fonte correspondent à une consommation de 4 650 kilo-
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- grammes de coke, et, enfin, que 4 0 JO kilogrammes de houille rendent 750 kilogrammes de coke; ainsi, on aura :
- 4° Lingots Bessemer. .................... 4 000 kilogr.
- 2° Bonte pour Bessemer................... 4 200
- 3° Coke (4 650 kil. X 4,2) ==............ 4 980
- 4 0 vr 4 0 0 \
- 4° Houille (4 980 kil. J =........ 2 600
- 45° Valeur des produits de la distillation de la houille. — Si la houille rend en coke 75 0/0, c’est 25 0/0 de produits volatils qui ont été chassés du four, sur lesquels 48 0/0 sont des gaz combustibles et des hydrocarbures, dont la puissance calorifique est en moyenne de 4 0 000 calories par kilogramme représentant une quantité de houille de :
- 4 0 000
- 48 kil. X - = 27 kilogrammes.
- Pour 100 kilogrammes de houille distillée, ces 18 kilogrammes d’hydrocarbure, valant 27 kilogrammes de la même houille, produiraient sur grille de chaudière 7 kilogrammes de vapeur pour l’équivalent du kilogramme de houille. Sachant que les flammes de tous fours à coke
- peuvent rendre 50 0/0 d’effet utile, on trouve que 27 x-= 94 kilo-
- A
- grammes de vapeur peuvent être produits par chaque 100 kilogrammes de houille, introduits dans les fours à coke, si ceux-ci sont pourvus de chaudières à utiliser la chaleur de leurs flammes perdues.
- 16° Production de vapeur par tonne de Bessemer. Pour obtenir une tonne de lingots, il faut, avons-nous dit, brûler 1 980 kilogrammes de coke au haut fourneau; soit 2 640 kilogrammes de houille introduite dans les fours à coke : donc la production de vapeur par tonne de Bes-2640
- semer sera de 94 kil. X -r-rr- = 2 482 kilogrammes.
- 17° Force mécanique obtenue. — Il est généralement admis qu’une machine à vapeur à condensation ne doit pas dépenser plus de 12 kilogrammes de vapeur par heure et par force de cheval; donc, si nous admettons qu’une soufflerie Bessemer ou autre ne doit pas dépenser plus de 15 kilogrammes, on ne pourra nous dire que nous voulons introduire dans la pratique de l’industrie métallurgique des appareils trop délicats. Dans ces conditions, chaque tonne Bessemer pourrait donc donner lieu 2 482
- à une production de .J—= 165 chevaux-vapeur de force en vent ou ' 15
- autrement.
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- 18° Rapport entre la puissance et la résistance. — 11 est aussi admis en pratique que la soufflerie d’un convertisseur Bessemer doit fonctionner trente minutes, soit une demi-heure par opération, en prenant 50 chevaux-vapeur de force par tonne de lingots produits par le convertisseur.
- Si le haut fourneau produit 1 200 kilogrammes de fonte à l’heure, soit 29 à 30 tonnes par jour, les fours à coke qui l’approvisionneront distilleront donc 2 640 kilogrammes de houille à l’heure en produisant, d’une façon constante, 165 chevaux de force; on voit donc que la force sera représentée par :
- 1 heure X 165 chevaux = 165 chevaux-vapeur horaires et la résistance par :
- 0h,5 X 50 chevaux-vapeur = 25 chevaux-vapeur horaires ;
- comme ~ = 6 la puissance est donc six fois plus considérable que 25 10
- la résistance (*).
- En pratique les choses ne se passent pas ainsi, vu qu’on ne saurait faire à l’heure deux opérations de 500 kilogrammes en lingots et que le haut fourneau ne se prêterait pas non plus à deux coulées de 600 kilogrammes dans le même temps.
- 19° Il faut deux hauts fourneaux pour pouvoir marcher régulièrement. — Un convertisseur ne fonctionne bien qu’à la condition de ne traiter par opération que 3 tonnes de lingots au moins; pour une bonne pratique, admettons qu’il en traite 4, c’est donc
- 4 X 1 200 kilogrammes = 4 800 kilogrammes de fonte
- qu’il faudra y introduire pour une opération, représentant une coulée toutes les quatre heures.
- La force absorbée pendant une demi-heure toutes.les quatre heures sera donc de
- 50 chevaux X 4 = 200 chevaux.
- Mais, § 17, nous avons vu que les flammes perdues des fours à coke ne produisaient que 165 chevaux, d’une façon continue : donc, pendant une demi-heure sur huit, 200 — 165 = 35 chevaux feront défaut.
- Si au lieu d’un haut fourneau marchant en allure Bessemer, on en a deux, la force constante que produiront les flammes perdues des fours à coke sera de :
- 165 chevaux x 2 = 330 chevaux.
- (*) Cetle désignation qui peut paraître bizarre permet, en faisant le cheval-vapeur horaire égal à 15 kil. de vapeur, de comparer la production de vapeur par heure à la consommation des machines dans un même temps.
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-
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- Donc, si Ton fait toutes les deux heures une opération Bessemer de 4 tonnes, prenant 200 chevaux de force, on aura un excès de puissance de 330 — 200 = 130 chevaux; dans ce cas la marche de la soufflerie Bessemer est assurée.
- Nous ferons remarquer qu’en Belgique, dans la province de Liège, certains hauts fourneaux utilisent les flammes perdues de leurs fours à coke et qu’il n’y a aucune raison à ce qu’il soit fait de même en France (c).
- (c) FOURS A COKE POUR HAUT FOURNEAU AVEC CHAUDIERES A VAPEUR.
- Renseignements pris à Haine-Saint-Pierre, le 26 mai 1873, chezM. Coppée, inventeur-constructeur de fours à coke métallurgique, très-répandus en Belgique, en Angleterre et en Westphalie.
- 1° Longueur du four......................
- 2° Largeur du côté du refouloir..........................
- ; 3° Largeur du côté du quai d’extinction...................
- 4° Pente du côté de l’extinction, 0m,005 par mètre sur l’horizontale.. .........................................
- 5° Hauteur du four sous clef..........................
- 6° Flammes renversées et aspiration par une galerie centrale rampante pour la fumée. .
- 7° Durée d’une opération ou cuisson................
- 8° Quantité de houille carbonisée par cuisson.. .......
- 9° Rendement en coke suivant les houilles ou les mélanges de
- houille.....................................................
- 10° Production de vapeur par four exprimée en chevaux de 75 kilogrammètres pour machine sans condensation (dépensant
- 25 kilogrammes de vapeur à l’heure)...................... . . .
- 11 *> Force en chevaux, par tonne de coke, produite par
- 24 heures. ........................................
- 12° Production de vapeur, par tonne de coke produite,
- 25 kilogrammes X 24 heures x 2 chevaux, avec chaudière ordinaire à deux bouilleurs. ........ ......... .
- 13° Production de vapeur par tonne de houille distillée. . .
- 14°'Équivalent en houille, production directe de la vapeur;
- 900k • ;
- ~ÿ£- — par tonne.. ..................... ...................
- N. B.'Dans certains cas, Un four sur trois produit du gaz d'éclairage; ce four sé trouve chauffé par ses deux voisins.
- Prix d’un four Coppée................................ . . . . 2,000 francs.
- (*) Par le calcul § 15, j’ai trouvé 94 kil. par 100 kilogrammes clR houille, soit 940 kil. par tonne.
- 9 mètres.
- 0m,450.
- 0m,500.
- 0m,045.
- lm,250.
- 24 heures.
- 2,500 kil.
- 1,900 à 2,000 kil.
- 4 chevaux. 2 chevaux.
- 4,200 kil. 900 kil. (*)
- 128 kil.
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-
-
- — 827 —
- 20o Les gaz qui s’échappent du gueulard d’un haut fourneau emportent 63 pour 100 du pouvoir calorifique du coke.— Les cokes moyens à 121 0/0 de cendre exigent aux tuyères 3m3,530 d’air à 0° et laissent échapper au gueulard environ 5 mètres cubés de gaz ramenés à la même température, c’est-à-dire 0°; comme la compositipn des gaz des hauts fourneaux est des plus variables en quantité et en qualité, suivant la nature des combustibles et des minerais employés, nous prenons les chiffres les plus faibles.
- Les gaz moyens des hauts fourneaux, suivant MM. Morin et Tresca, possèdent un pouvoir calorifique de 900 calories par mètre cube, ou kilogramme ramené à 0°; mais comme généralement, à leur arrivée aux foyers, ils possèdent une température de 200° à 300°, on serait en droit d’évaluer leur pouvoir calorifique à 960 calories; cependant nous n'en ferons rien, afin d’éviter toute exagération.
- Donc si un kilogramme de coke donne au gueulard 5 mètres cubes de gaz, possédant un pouvoir calorifique de 900 calories1 par mètre cube, c’est une quantité de 900 X 6 = 4 500 calories sur 7 050 qui n’a pas été utilisée par l’opération métallurgique, soit 62 0/0 pouvant être repris au gueulard pour d’autres usages.
- 21° Un haut fourneau peut être eenâidéré comme un bon gazogène* «- Par les méthodes Siemens, Boétius, Lundin et Ponsafd, certaines grilles inclinées sont employées comme gazogène et dans la transformation du combustible solide en combustible gazeux, leur rendement ne dépasse jamais, dans les conditions les plus favorables, 75 0/0. Dans l’appareil Siemens, où les gaz sont refroidis dans la conduite siphon, le rendement de bonne allure est de 65 0/0 environ; on conçoit donc que si le haut fourneau, après une opération métallurgique des plus parfaites et des mieux réussies, donne encore 63 0/0 de calorique disponible dans ses gaz gerdus, c’est sans contestation le plus économique de tous les gazogènes. 1 ' '
- Ainsi, un haut fourneau brûlant 1 980 kilogrammes de coke àvl‘heure laisse disponible dans ses gaz de gueulard l'équivalent calorifique de 1
- 4 980 (*) X 0,63 s=s 4 347 kiL de houille de première qualité
- qui peuvent être utilisés en totalité si les moteurs de la soufflerie sont mus par des forces hydrauliques et si le fourneau marche au yent froid.
- 1. Pour la détermination du volume, voir l’appendice à la fin, § 37,
- 1650k V 30*
- (*) 1980 kil. au lieu de-----—-------- = at.OGS^ j afin de ne pas exagérer la production
- : -> 24 :y ' ' , V ‘ E, . ..'-O
- de gaz dans les calculs, nous faisons une réduction de 2062 —1980 Uil, par heure.
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- — 828 —
- 22° Excès de gaz au gueulard dont les hauts fourneaux n’ont pas besoin. — Quand l’air ou vent du fourneau est chauffé à 350° et quand la soufflerie fonctionne à la vapeur, la quantité de gaz indispensable pour ces deux services est de :
- 1° (3m3,530 X 1 ,3 X 0,237) X 350° = 381 calories.
- 3m8,530, Quantité d’air à 0° et à 0,76 par kilogramme de coke brûlé au haut fourneau.
- 1,3. Densité de l’air à 0° et à 0,76.
- 0,237. Chaleur spécifique de l’air.
- 350. Température à laquelle le vent est éleyé dans l’appareil à air chaud.
- ' Pour des raisons qui seraient trop longues à énumérer pour être rapportées ici, nous nous contenterons de dire que les gaz de haut fourneau brûlent difficilement et que dans le cas du chauffage d’un appareil à air chaud, on ne doit pas compter sur un effet utile supérieur à 33 0/0, soit 1 /3; donc les 381 calories exigeront des gaz
- 381 X 0,333 = 1 143 calories
- 1143
- ou, - = 1m3,270 litres de gaz de gueulard sur 5 mètres cubes (§ 20). y uu
- 2° Sans entrer ici dans les calculs de soufflerie, de machines et de chaudières à vapeur, nous dirons qu’un haut fourneau brûlant 1 980 kilogrammes de coke à l’heure, sous une pression de vent de 15 à 17 de mercure sur les pistons soufflants, a besoin d’une force mécanique de
- 190 chevaux-vapeur, soit - — V&-‘ = Ochev.-vap., 0 950 par kilo-
- \ y y u
- gramme de coke et par heure; en bonne pratique, on peut compter sur 1/10e de cheval.
- Si l’on admet que la machine soufflante dépensera par heure et par cheval 15 kilogrammes de vapeur (§ 17), c’est une dépense de vapeur de 1k,500 par kilogramme de coke brûlé à l’heure par le haut fourneau. Ce kilogramme et demi prendra la quantité de calorique suivante :
- 1k,500 X (658 — 28) =945 calories.
- 1k,50Ô. Quantité de vapeur par kilogramme de coke ou par 5 mètres cubes de gaz de gueulard.
- 658. Chaleur totale sous pression de 8 atmosphères à la température de 170°. ,
- 28°. Température de beau de condensation à son entrée dans la chaudière (injection). r ‘ ' ' ;
- Comme nous l’avons dit, les gaz de haut fourneau ne se brûlent pas
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-
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- facilement: donc, en production de vapeur, nous ne compterons que sur un effet utile de 40 0/0*
- 945
- 900 X 0,40
- 2m3,625.
- Emploi des gaz.
- .4° Échappement de gaz au gueulard par lui. de coke. ômS,000
- 2° Quantité de gaz brûlé par l’appareil à air chaud et
- par kilogramme de coke..........................., . 4m?,270
- 3° Quantité de gaz brûlé sous les chaudières à vapeur de la machine soufflante, par kilogramme de coke. . . 2m3,625
- 4" Dépense de gaz pour le service du fourneau même. 3m3,895 5° Quantité de gaz disponible pour d’autres usages. 4ra3,4 05
- Il résulte de cet emploi que le haut fourneau laisse disponible un peu plus de 1/5° de ses gaz pour des usages qu'il ne réclame pas : soit donc à l’heure
- 4 980 kilogrammes x 4m3,405 -~2 200 mètres cubes, pouvant produire une force mécanique de X;;; :
- 2 200 X (900 X 0,40
- 4 x (658 — 28)
- : 83 chevaux-vapeur.
- Donc un haut fourneau produisant de 29 à 30 tonnes de fonte par jour peut laisser disponibles 83 chevaux, et deux hauts fourneaux réunis pour marcher en Bessemer 2 X 83 — 466 chevaux. • °
- .l--.' .........
- ' 23° Forcé disponible dans un établissement Bessemer faisant 50 tonnes de lingots par jour avec deux hauts fourneaux de 30 tonnes chacun V soit 60 tonnes de fonte. — Nous avons vu (fj-49) que la soufflerie Bessemer pour deux hauts fourneaux marchera toutes les deux heures en prenant 200 chevaux de force pendant une demi-heure.
- La force mécanique constante dont nous pourrons disposer sera de x
- fl0'La force provenant dés flammes perdues des fours à coke des deux fourneaux , 4’65 chevaux-vapeur X 2 ...... 330ü chev.
- ; 2° ‘ La force provenant des gaz disponibles des deux hauts /
- fourneaux/et dont ils n’ont pas l’emploi, 83 chevaux-va- r peüf X2 ==. . V . . ........... . - . ........ 466 »
- 3° Force constante dont on pourra disposer en tout temps ";i'.
- (cliëvàÜx-vapeur) ,* ci. .^1 . !*'. _. *.*, . ..... 4.96p chev.
- S6 ,
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-
- On voit ici qu’ayant besoin le 'quart du temps (une demi-heure sur deux heures) de 200 chevaux, alors que nous pouvons disposer de 496 chevaux, c’est comme si nous avions un excès de force constant de 446 chevaux, dont une forge dépendante des hauts fourneaux pourrait se servir en tout temps.
- Enfin la force totale de toutes les chaudières réunies serait de :
- 1° Chaudières des souffleries des deux “hauts fourneaux (§ 22),
- 190X2=................................ 380
- 2° Chaudières des fours à coke pour deux hauts fourneaux (§§ 17
- et 19), 165x2—................................... 330
- 3° Chaudières supplémentaires utilisant l’excès de gaz de deux
- hauts fourneaux (§ 22), 83 X 2 =. ......................... 166
- 4° Force totale d’un établissement Bessemer de deux hauts fourneaux d’une production "totale de 60 tonnes de fonte par jour; force exprimée en chevaux de 75 kilogràmmètres. .... . . . . 876
- 24° Les variations dans là pression de la vapeur peuvènt équilibrer les intermittences. — Si dans l’établissement de deux hauts fourneaux à Bessemer utilisant les flammes perdues de leurs fours à coke ainsi que les gaz du gueulard à la production de la vapeur, les chaudières employées sont timbrées 8 atmosphères 1/2 pour fonctionner à 8 environ et si les machines à vapeur des souffleries sont à grandes détentes, à enveloppe de circulation et à condensation (la détente étant variable par le régulateur), on conçoit que si les chaudières sont des générateurs cylindriques à grand volume d’eau, les pressions pourront varier entre 8 1/2 et 6 atmosphères, sans que leur effet utile soit modifié : car dans nos essais sur la consommation de vapeur des machines à! grandes dé-* tentes variables, à double enveloppe de circulation et à condensation,
- noqs avons remarqué qu’à partir de la .pression de 5 atmosphères 1/2, la dépense de vapeur reste constante par heure et -par cheval-, quelle
- que soit la pression au-dessus de o atmosphères 1 /2, vu que toute admission infériëüfVà — dit volume total )ne‘ donne plus ëh pr'aiïqtiè tî’eôb-
- nomie appréciable. 5 ir^
- Donc,, si sur, une production de 876 à 900 chevaux, toutes les deux heures pendant line demi-heure, on prend brusquement 200 chevaux, le seul effet appréciable ,sëra dé faire tomber la pression de 8 atmosphères 1/2 à 6, si les/reguiaTéurs des machines soufflantes sont ^compensation-, et,ceci ne saurait avoir aucun inconvénient : donc les chaudières doivent être les accumulateurs de la vaporisation. U serait oiseux de discuter cë principe aujourd’hui : car, depuis quinzeWs, nous possédons de vrais régulateurs à compensation; Fbücàult, Farcot, etc. ;: b
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- 25° On aurait avantage à employer les gaz des hauts fourneaux aux fours à réchauffer. — Comme la houille employée directement à la production de la vapeur rend un effet utile de 75 0/0, alors que les gaz de hauts fourneaux n’en rendent souvent que la moitié, il y aurait donc plus d’avantages à les employer dans les fours à gaz modifiés par nous, suivant la méthode Withwell : car alors, au lieu de donner un effet-utile de 33 et 40 0/0, ils rendraient 80 aux fours à réchauffer et à souder. Dans ces conditions, la forge dépendante de rétablissement Bessemer marcherait aux gaz des hauts fourneaux et la vapeur y serait produite dans des chaudières tubulaires.
- 26° Laminage et force indispensable pour ce travail. — Nous avons dit plus haut que 60 tonnes de fonte produiraient 50 tonnes de lingots Bessemer, lesquelles donneront 40 tonnes de rails finis, chutes, rebuts et déchets compris réutilisés.
- 1° Sans entrer dans tous les détails d’une forge, nous dirons que, pour laminer 50 à 54 tonnes de lingots en vingt-quatre .heures, il faut un train de 150 chevaux de force, prenant par suiteide sa marche intermittente une quantité de vapeur qui peut être évaluée comme prise constante
- aux chaudières, à.'. » .. .. v. ................ 120 chev.-vap.
- 2° Force de la scie à rails, 20 chevaux .prise moyenne
- de force, ci.................................. 5 »
- 3° Force pour une grosse cisaille, 30 chevaux prise moyenneSde force, en -. ,. • <. -. > ..>• . k ,20 » >
- 4° Force pour un pilon pour les lingots qui doivent être martelés, 40 chevaux -prise moyenne de force, ci. .15 »
- 5° Force pour une machine d’atelier de réparation et tours pour cylindres. . . . . . . . . .... . !. -. ... '•15
- 6° Force ?pour'fraisage des bouts de rails, -perçage ‘ .v.' • •: pour éclissage ët ajustage, dtc., et divers, prisemoyenne !
- 1dB%yco'(atelfer dé^'dur^eülëmefft)*v» 20 » * .
- >y*’^driceipdur^fêvîittcifn«d’eau,tdtillê-1-s'èHice '«non.» ' .-«rrur hydraulique'de dà forge‘ët dé -l’étaMissemetit Besse- -
- mer, etc...................................... » . 1 $5 '-»
- 8° Force totale indispensable exprimée en chevaux-
- vapeur de Td Kilogrammes. ........ .T. . ... 220 chev.-yap.
- Soit une force de 225 chevaux. Mais, comme le travail de la plupart des machines est irrégulier et intermittent; dlfout -pouvoir disposer de 250 chevaux'aumoins.tAU |s23,'nousmvons vu quJen dehors dü service des hauts fourneaux et des • convertisseurs, il nous restait, disponibles pour la forge, 446 chevaux en moyenne : donc, dans 446 chevaux de force en excès, on trouvera toutes les ressources .pour transformer en
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- produits marchands les lingots Bessemer qui ne réclameraient pour leur transformation en rails que la moitié de cette force : soit 225 chevaux-vapeur.
- 27° Consommation, de combustible pour le laminage des lingots. — Puisque la force nécessaire pour le laminage est assurée, les fours à réchauffer les lingots peuvent et doivent être des fours à gaz à récupérateurs du calorique.
- Ces fours, pouvant réchauffer à deux chaudes 10 000 kilogrammes de lingots par vingt-quatre heures, seront donc au nombre de
- 50.000
- 10.000
- = 5 fours.
- Pour une bonne marche, il en faudra six; mais nous n’en compterons que cinq en feu, dépensant en vingt-quatre heures l’équivalent en gaz de 5 000 kilogrammes x 0,65 (*) = 3 250 kilogrammes de houille.
- Donc c’est 3250 kilogrammes de houille qu’il faudra charger aux gazogènes, par four et par vingt-quatre heures : soit, pour cinq fours, 3 250 x 5 = 16 250 kilogrammes.
- f0 Combustible pour les premières chaudes : 2/3. x. . 10.840 ldi.
- 2° Combustible pour les secondes chaudes : 1/3... 5.410
- 3° Dépense totale de combustible pour transformer en
- rails 50 tonnes de lingots Bessemer................. 16.250 kil.
- 16 250k
- Ce qui correspond à une consommation de -.. = 677 kilogrammes
- à l’heure; et de
- 16 250 40
- 407 kilogrammes par tonne de rails finis.
- Nous n’avons pas tenu compte des chutes et des rebuts qui peuvent repasser, soit aux hauts fourneaux, soit aux convertisseurs, vu qu’ils ne font qu’augmenter le rendement que nous nous sqmmes fixé sans changer la dépense de combustible; si ce n’est 400 kilogrammes de houille pour le laminage par tonne revivifiée : ce qui est sans importance ici, les cinq fours pouvant réchauffer quelques tonnes de plus ou de moins (3 à 5 tonnes sur 50).
- 28° Consommation totale de combustible. — La consommation totale de l’établissement, composé :
- 1° De fours à coke;
- 2° De deux hauts fourneaux;
- 3* D’une forge de six fours à réchauffer, dont cinq en feu ;
- 4° Enfin, de divers petits feux de forge, etc.,
- • n' ^ci
- (*) 65--{-'35 == 100; 35 pour 100 étant l’économie due aux fours à gaz. , ;v-
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- — 833 —
- sera de :
- 1° Houille pour les fours à coke des deux hauts fourneaux (voir §14):
- 30 tonnes X 1 650 X 2 X —................... . 1321.000 kil.
- i5
- 2° Houille pour les gazogènes de la forge (voir § 27) :
- 3 250 kilogrammes X 5 fours................... 16‘.250
- 3° Houille pour allumage, pour divers petits feux de forge à chauffer les bouts de rails, etc., pour forges maréchales et d’outillage, etc., etc., et enfin pour l’imprévu. ................................................ 2^750 kil.
- Consommation totale de l’établissement en tonnes de houille : 151 tonnes.
- Consommation de combustible par tonnes de rails finis. — La dépense de houille par tonne de rails Bessemer, finis, est donc de :
- = 3 775 kilogrammes.
- 4U
- Nous prenons 40 tonnes de rails finis, attendu que les rebuts et les chutes produiront au moins en bonne moyenne 3 tonnes de rails.
- Rapport entre les consommations des hauts fourneaux et des fours à réchauffer. •—Ainsi 19 tonnes peuvent suffire au laminage, quand 151 tonnes sont employées pour le tout ; le rapport est donc comme :
- 151 : 19 : : 8 : 1.
- En métallurgie Bessemer, c’est dans une bonne marche donnée aux hauts fourneaux que se trouve la source des bénéfices. —• Donc, en matière de métallurgie Bessemer, c’est sur le bon emploi des flammes perdues des fours à coke et sur celui des gaz des hauts fourneaux que l’attention doit se porter : car, là, il y a une dépense de 8, quand le laminage ne donne lieu qu’à celle de 1 ; or, sur 8, on peut faire des économies appréciables, tandis que sur 1 on peut n’en faire que d’insignifiantes. :
- 29° Si toutes les flammes perdues et tous les gaz sont employés à la production de la vapeur, il y aura dans l’usine un grand excès de force.— Nous avons vu, au § 19, que la soufflerie Bessemer doit être de la force de 200 chevaux; au § 23, que la soufflerie des hauts fourneaux doit être de celle de 190 chevaux par fourneau, soit, pour deux hauts fourneaux, de 38,0 chevaux ; et au § 27, nous avons vu que la forge aurait
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-
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- besoin d’une force de 250 chevaux : ainsi ces forces se présentent comme
- il suit :
- 1° Force des souffleries des hauts fourneaux : chevaux. observations.
- 4 90x2=............ ............ 380 . . Constants.
- 2° Force de la soufflerie Ressemer........ 200 . . Intermittents.
- 3° Force pour la forge. ............ 250 . . Quelque peu
- variable.
- Force totale maximum............ . 830
- Le travail peut réclamer instantanément cette force de 830. à 850 che-vaux toutes les deux heures, pendant un quart d’heure à une demi-heure, suivant que la forge prend ou ne prend pas son maximum en même temps que le Ressemer fonctionne.
- Au § 23, nous avons vu qu’en utilisant toutes les flammes perdues des fours à coke et tous les gaz de gueulard, on pouvait en obtenir constamment 876 chevaux ; c’est donc un excès de 876 — 830= 46 chevaux dans les conditions les plus défavorables ; mais, si des 830 chevaux on retire les 200 chevaux du Ressemer, on n’aura plus que 8.30 -r* 200 = 630 chevaux, qui est le cas de marche normale, les trois quarts, du temps. Alors l’excès de force pendant ces trois quarts du temps sera de :
- 876 -r 630^ 246t
- Avoir le quart du temps 46 chevaux et les trois autres quarts la force de 246 chevaux, c’est comme si, d’une façon permanente, on avait un excès constant d'environ 495 chevaux-vapeur : ici, 495 chevaux représentent donc une perte continuelle de vapeur ou de gaz correspondant à cette force. _ > •
- 30° L’excès du gaz de haut fourneau peut assurer la marehe de la forge. Perdre en gaz la valeur de 4 95 chevaux, c'est ne point utiliser un volume de (voir | 22) : -
- 495chX45k,vX(658— 28) ==900 X 0,40 X#; ' :
- d’où
- x mètres cubes, 495 X45 X (658 —
- 900 X 0,40
- = 5,446mS.
- C’est, disons-nous, ne pas utiliser 5146 mètres cubes de %n de haut fourneau par heure, lesquels représentent un poids de houille de :
- - 1 5.116X900 '
- —yôQQ-’— = 658 kilogrammes.
- Il y a donc intérêt à ne pas subir une perte aussi considérable, car
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-
- « m
- 658 kilogrammes de houille à l’heure représentent une consommation quotidienne dp :
- 658k X 24 =5 15 792 kilogrammes.
- Or nous avons vu (§ 27) que la consommation de la forge ne serait que d’envirpn 16 250 kilogrammes : donc, si ces gaz élaiept employés au chauffage des fours à réchauffer, la quantité qui en ferait défaut serait représentée par l’équivalent de 16250 “15 792 = 458 kilogrammes de houille de première qualité; ce qui est sans importance et pouvant être considéré comme une erreur “d’appréciation.
- 3i° Conclusion. — Les hauts fourneaux doivent être considérés comme des gazogènes. Il résulte de. cette discussion, que, en applir quant à la méthode Bessemer tous les perfectionnements sanctionnés par la pratique universelle, on peut avec, les flammes perdues des fours à coke et avec les gaz de hauts fourneaux produire plus de force motrice que n’en exigent :
- 1° Les machines soufflantes desdits hauts fourneaux;
- 2° Les souffleries Bessemer;
- 3° Enfin les machines diverses qu’une forge à laminoirs renferme pour traiter les produits de ces hauts fourneaux.
- Cette discussion fait également ressortir d’une manière bien claire (| 28) qu’avec la huitième partie du poids de houille employée on peut laminer en rails la totalité des produits des hauts fourneaux, et qu’cnfin, vu l’excès de gaz de fourneau, il serait préférable d’employer ce gaz au chauffage des fours de la forge ; car, en faisant usage de chaudières tubulaires1 chauffées à la houille, on peut assurer 4 rétablissement une marche sans arrêt pendant le fonctionnement des appareils Bessemer, quand un défaut de force motrice viendrait se faire sentir. ^
- Si donc les hauts fourneaux produisent du gaz eq excès, on doit remployer pn considérant ces appareils comme les meilleurs gazjpgpnes qiÇo,n puisse q'éer, 7~ ‘
- p2XÉta^ d’une usine Besgemeîr pour rails. — Établissement composé de fpurs èj ephe, de deux hauts fpurneaux et de six fours à réchauffer pour productipn du rail Bessemer. '7
- Roulement par journée de vingt-quatre heures de travail pour marche à la cpulép directe des. hauts fourneaux.^ J
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- Etablissement composé de fours à coke, de deux hauts fourneaux et de six fours à réchauffer, pour la production du rail Bessemer
- • Roulement par journée? de 24 'heures de travail pour marche à la coulée directe des hauts fourneaux*
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- 1.
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- 3.
- 4.
- 5.
- 6.
- 7.
- 8.
- pmns : " / <• I Équivalent en houille
- POIDS EN METAL. des
- DÉSIGNATIONS. DES COMBUSTIBLES. » <» V»*»-, •'"S flammes perdues et de gaz
- ^ • ... j. *k* - -, ' V-:‘ Houille./ ' Coke. , \ Fonte. r-*»: Lingots. ( Rails. Utilisé. Produit.
- . * - \ L .. i * , 1 Fours à cokes ; : t. k.- 132.000 99.000 t. • k. » • t. » t. 8 )> t. )) 17.000 (a)
- Deux hauts fourneaux . '» 99.000 60.000 » 62.000(6)
- Appareils à air chaud. - )) » , » » » 8.000 (c) D
- Appareils Bessemer... j:. )) )) 60.000 50.000 » )) 0
- Forge et laminoirs'.. Si •2.750 ;; » » 50.000 40.000 i 6.000 (d) »
- Chaudièresjauxiliairestubulaires: ' ’ • .7
- deux appareils (type. Càil pour J . N-* C ' V'/
- sucrerie) de 150 mètres carrés l . ! ,
- de surface de chauffe chacun • 1»- . V I
- (n° 8°) ;.. i.". • ,'f. .1 -2.500 » » >> )) » )) i
- Chaudières chauffées par le gaz *
- des hauts fourneaux/ type à flamme renversée à bouilleurs. » v )) » )) » 20.000 (e) . ! »
- Chaudières chaufféès par les
- flammes'perdues des ffours à ••; ' ' » * * ...
- coke, type-semblable au prék VA**" F--** . ‘ • [ V - 16.000. {f) -
- cèdent./ . ..... r • » V ‘ * t » A •*., » -» : w )) ^ ;—r
- ïiToïaux;. .. .1 ^ -, f - 137.2507 )) )> - » v V'.. » 60. 000(3) 79.000(g0
- FORCE MOTRICE
- Employée.
- »
- 380 ch.-vap. »
- 200 ch.-vap. 250 ch.-vap.
- »
- »
- »
- Produite.
- »
- »
- )>
- »
- »
- 120 ch.-vap.
- 380 ch.-vap.
- 330 ch.-vap.
- 830 ch.-vap.
- Observations. — Çexamen de ce tableau fait voir qu’avec 138 tonnes environ, on peut produire 40tonnes de rails dracier soit i tonne^^d’acier^pour 3:450 d®
- 11 montre aussi que les/gaz^du gueüîard et les flammes perdues des fours-à coke représentent une valeur de 79 tonnes de houi e? 011 s -u- ^
- est utilisé par les appareils à air chaud; par les fours à réchauffer et par les chaudières. _ '
- Enfin, ce tableau fait voir que la.forcé auxiliaire de 120Ichevaux n’est utile que le quart du temps. V v - *
- œ
- co
- c*
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-
-
-
- 837
- 33° Renseignements sur les chiffres du tableau ci-contre. —Pour ne pas laisser de doute sur les ehiffies qui composent le tableau du § 32, nous allons en donner l’explication méthodique.
- 1° On trouve en a 17 tonnes comme l’équivalent en houille des flammes perdues des fours à coke n° 1 : ce chiffre est donné suivant ce 0 27
- qui a été dit au § 15, où représente le calorique utilisable pratiquement à la production de la vapeur; ayant 132 tonnes de houille à charger tous les jours aux fours à coke, on trouve que l’équivalent des
- flammes perdues par jour est de 132rX ^ 820 kilogrammes,
- soit 17 tonnes en chiffres ronds.
- 2° En b, on remarque 62.370 kilogrammes comme l’équivalent calorifique en houille des gaz produits par les 99 tonnes de coke introduites aux hauts fourneaux n° 2. Ce chiffre est donné par les 63 0/0 constatés au f 20, comme représentant la fraction calorifique du coke chargé aux fourneaux et qu’emportent au dehors les gaz qui s’échappent des gueulards, d’où 99.000 X 0,63= 62.370 kilogrammes
- soit 62 tonnes en chiffres ronds.
- 3° On trouve en c 8 tonnes comme étant la quantité de houille qu’il faudrait brûler sur les grilles des appareils à air chaud n° 3. Ce chiffre est donné suivant ce qui a été dit au § 22, où l’on a vu que les appareils à air chaud prennent aux gaz du gueulard une quantité de 1ra3,270 par
- 5 mètres cubes de gaz qui s’en échappent, soit donc une valeur de
- 1 “3,270 5“>8,000’
- de plus, il est dit au même paragraphe que les gaz ne produisent là qu’iin effet utile de 0,33 (tandis que, si les appareils étaient chauffés à la houille, ce combustible donnerait un effet utile de 0,70). Remarquant qu’én 6, n° 2,‘ l’équivalent des gaz de gueulard est en houille de 62.370 kilogrammes par jour, on trouve que : .,. ‘
- : , . °--870x (S*0-33)
- jOiîriïiU-, 0,70
- soit 8 tonnes en chiffres ronds. 1 s “
- 7.484 kilogrammes
- !.: ;
- 62‘37,0k. Équivalent des gaz en houille par jour.
- 1m3,270. Quantité de gaz que consomma l’appareil à air chaud par kilo-- f . gramme de coke chargé au haut fourneau. i;ai
- 5m3,000. Quantité de gaz produit par kilogramme de coke. v
- 0,33. Effet utile du gaz brûlant dans l’appareil à air chaud.
- 0,70. Effet utile de la houille brûlant dans l’appareil à air chaud.
- 4° On trouve en d, pour forge et laminoirs n° 5, 46 tonnes. Ce chiffre
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-
-
- est donné, en nombre, rond.,; d’après ce qui a été dit au § 27, comme étant la dépense en houille nécessaire à chauffer au gaz cinq foui’S à réchauffer les lingots, soit 16250, kilogrammes.
- 5° En e, on remarque que 20 tonnes de houille o,u leur équivalent en gaz doivent suffire au chauffage d’un groupe de chaudières-bouilleurs, produisant 380 chevaux n° 7 : soit donc une dépense de houille ou de son équivalent par heure et par cheval, de ;
- 20.000 kit.
- = 2k>200 grammes.
- 380 chev.-iv. X 24 h.
- 6° On trouve en f que 16 tonnes ou leur équivalent doivent, avec des
- chaudières cylindriques à bouilleurs n°8, prpduh’e 330 chevaux : soit donc une dépense par heure et par cheval, de :
- 16,000 kil.
- s 2k,020 grammes de houille,
- ff3Q chev.-v. x l4 h-ou leur équivalent en flammes perdues des fours à coke..
- 7° Enfin, en g et g' , on peut'remarquer que si, au lieu de brûler du gaz et d’employer les flammes des fours à-coke, on avait fait partout usage de houille directement en c, d, e et /, la consommation largement
- comptée aurait été de 60 tonnes (en çQmbustib(le à \% et 45 0/0 dp pendre^ c’est-Mire en ne rendant qu’un effet utile de 70 0/0,.,En g',pops trPuvons que théoriquement lep gaz sont ^équivalent de 79 à 80’ tonnes de houille de .première1 quàli’té, c’est-à-dire à 50/0 de cendre’: donc, si la houille,, pour un même travail, rend un effet utile de‘60T x 6,70 = 42T,
- le;gaz ne'rendra¥que = 53,‘soit 53 0/0 du pouvoir calorifique qu’il
- pept'dpvelopper par sa co/mbustion complète : dpnç on qe saurait nous accuser 'd’avoir exagéré les qualités de cê gazV , ; ' !
- '7!8ù‘Çh ppurra'itnous ffemandef pqurqüqiVn^anï an.plps qu’up défaut de force de 420' chevaux pendant trente^'minutés sur cent vingt, qpus nous donnons le luxe de deux chaudières pouvant au besoin produire 300 chevaüx-vapeurs? A ceci nous répondrons'que pUffs q’pn mettrons qu’une en feu, et qu’en pas d’accident aux autres générateurs de l’établissement, on sera bien aise d’avoir sous la main Un puissant auxiliaire capable d’assurer la marche de rétablissement en. Iqpfpqrpi^Pl jutant de vapeur que trois et quatre chaudières à bouilleurs.
- En travail courant, une seule chaudière sera'allumée et maintenue en pression' avec Un1 feu couvert et alors, quand la tension de la vapeur tombera de 8 atmosphères au-dessous de 6 (voir § ffij^Pn7n’aura qu’à donner du tirage en ouvrant Te registre' en grand et un coup de ringard dans le foyer, pour fairé'produiré'instantanémènt 450 Chevaux de force à cette’chaudière; suivant toute probabilité/Ssi 1‘usine ’est rb'ieh dirigée,
- ce cas se présentera bien rarement, r uoi mo ;
- •,! : -y;U-
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- ALasi donc, en comptant sui; une dépense cle 2 50Ù kilogramrnes de hopille pour le service de ce générateur auxiliaire, en p’est pas arndes;?, sous de la vérité, vu que 2 500 kilogrammes par jour représentent 104 kilogrammes à l’iieure, ou une force constante de 50, chevaux-vapeur ; tandis que celle qui fera défaut, le quart du temp's, n’est que de 420 chevaux \
- ou de- de la puissance totale maximum.
- Remarquons, en terminant, qu’avec cette disposition d’étahJis§einent,v on peut posséder une forge chauffée au gaz, sans cependant avoir de gazogène spécial, les hauts fourneaux fournissant ce gaz : il y a donc là encor# une grande économie de frais d’installation. q,
- 34° Observations finales, -«* De toutes les méthodes métallurgique^ connues, celle de Ressemer a le plus d’avenir, attendu qu’elle es,t presque exclusivement mécanique. Donc cette méthode, qui ne réclame que de bons directeurs et contre-maîtres, en s’accommodant d’hommes de peine, sera moins influencée que toutes les autres par la hausse des salaires. . . ? j;. ' . ,•/>
- Comparé à d’autres procédés, le système Bessemer est encore celui] qui a le plus de progrès à faire, puisque c’est aux moyens mécaniques qu’il s’adresse, lesquels peuvent toujours se perfectionner et gg. 4yfin§r former sans l’intervention de l’élément ouvrier.
- Comme le procédé Bessemer réclame, ainsi que lejiaut fourneau, beaucoup de force motrice et peu de main-d’œuvre, il est appelé à prendre du développement partout où l’on peut disposer de force hydraulique considérable; alors ses hauts fourneaux, faisant fonction de gazogènes, permettront le travail de la forge au gaz sans dépense aucune de combustible.
- Enfin, dans les conditions ordinaires où se trouvent aujourd’hui les applications de la méthode Bessemer, on peut dire qu’elle peut méca-
- niquement produire le rail en acier à raison de :
- 1° 3 tonnes de minerais à 30 francs la tonne........... 90 fr.
- 2° 3 tonnes et \ /2 de bouille à 20 francs............. 70 fr.
- dont la valeur moyenne, comme matière première, peut être évaluée, par tonne de rails finis, à la somme de. ........ 160 fr.
- Or fort peu de méthodes métallurgiques, même au prix de beaucoup de main-d’œuvre, peuvent arriver à ce résultat.
- 35° Conclusions. — Il ressort de ces considérations que les hauts fourneaux doivent être considérés comme des gazogènes, attendu que leurs gaz, employés à la production de la vapeur, ne donnent guère en moyenne que 40 0/0 d’effet utile, tandis que, brûlés dans des fours à récupérateurs, ils peuvent en produire 80 0/0.
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- Et il en ressort encore que la houille chargée aux gazogènes Siemens subit une perte de 26 0/0 pour le passage du combustible solide à l’état de combustible gazeux : donc il y a 40 0/0 à gagner à employer les gaz des hauts fourneaux aux fours à souder ou autres, et 30 0/0 à employer la houille en nature à la production de la vapeur au moyen de chaudières tubulaires. Aussi trouve-t-on, en discutant point à point ce qui se passe ici, qu’avec la houille indispensable à la marche des hauts fourneaux, on doit, en utilisant judicieusement leurs gaz, arriver à affiner et à laminer leurs produits.
- C’est ce que l’exemple de certains fourneaux belges prouve, ainsi que l’usine de Marquise où l’on voit que les deux tiers des gaz des fourneaux peuvent, avec des machines sans condensation, produire et chauffer le vent desdits fourneaux, qui laissent encore le tiers de leurs gaz disponible pour tous les usages que l’affinage et le réchauffage peuvent réclamer.
- Enfin, dans ces derniers temps, sans matière à brevet, comme on est généralement disposé à le croire, MM. Siemens, Lundin et de Langlade, maître de forges à Savignac, Thiviers, près Périgueux, ont prouvé et démontré, chacun de leur côté, par divers travaux étrangers les uns aux autres, que le haut fourneau doit être considéré comme le meilleur des gazogènes, ses gaz perdus étant judicieusement employés.
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- APPENDICE.
- 36° Volume et pouvoir calorifique des gaz de hauts fourneaux au coke. — Pour déterminer le volume de gaz que 1 kilogramme de coke à 12 0/0 de cendre peut produire dans un haut fourneau, il faut prendre pour base de comparaison le gaz azote, dont la neutralité absolue assure l’invariabilité en poids et en volume, quand ce gaz est ramené à sa sortie du haut fourneau à la pression et à la température qu’il possédait avant d’y entrer sous forme de vent.
- Au tableau dm § 197 (*), on voit que, pour 96,48 de volume total de gaz de haut fourneau, le gaz azote.y est compté pour 54,13: le volume
- d’azote pour 100 est donc 56,10
- 54,13X100
- 96,48
- Comme pour 1 kilogramme de coke moyen, contenant 0,05 d’eau, 0,03 de matières volatiles et 0,12 de cendre, les tuyères doivent fournir 4m3,410 X 0,80 = 3m3,528 décimètres cubes d’air pris à 0° et sous la pression 0m,76 pour chaque kilogramme de coke chargé au gueulard; et comme, d’un autre côté, l’air (vent) est composé de 787 d’azote et de 213 d’oxygène pour 1 000 en volume, quand les gaz sortant des hauts fourneaux ne renferment plus que 561 d’azote pour un même volume (soit 1 000), on trouve que la valeur de l’accroissement du volume gazeux est égale à
- a?X 0,561 =0,787:
- d’où
- ou
- 0,787 X~~ 0,561’
- x = 1,403.
- Donc la valeur 1,403 est le coefficient d’accroissement dé volume. o Alors on trouve que le volume d’air 3m3,528, qui a servi à brûler le kilogramme de coke, produit en gaz de haut fourneau celui de :
- 3m3,528 X 1,403 =4“8,940 :
- soit, en chiffre rond, 5 mètres cubes. i
- (*) Page 190, Mécanique pratique des machines à vapeur, t. le)p, Ire partie, MM. A.; Morin et H. Tresca, édition de 1863.
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- Cette valeur doit être considérée aujourd'hui comme au-dessous de la vérité, vu que, depuis que l’on a déterminé la composition des gaz de hauts fourneaux, on a constamment augmenté la température du vent (air), et par conséquent augmenté en quantité notable la production de l’oxyde de carbone et celle de l’hydrogène, cause principale de l’accroissement de ce volume.
- Donc on doit admettre que chaque kilogramme de coke chargé au gueulard d’un haut fourneau marchant au vent chaud produit au moins S mètres cubes de gaz.
- Le pouvoir calorifique de ce gaz de fourneau est déterminé comme suit, sachant qu’il renferme par mètre cube 0k,130 d’oxyde de carbone, #',02!fr d'hÿdfôgênè et 0k,030 d’hydrogène carboné de haut fourneau 'd’uhe^ature particulière ne brûlant pas facilement. (Voir la Mécanique 'pratiquécle MMÏ Morin et Tresca, f 221, p. 211, 1863.)
- DÉSIGNATION : I s d'és'!gâz. Proportion par kilogramme dé gaz. Pouvoirs calorifiques partiels, lés produits de la combustion non condensés. 2.400 29.'400 PRODUITS.
- Oxyde de carbone 0k. 130 1 0 .020 312 : 588
- Hydrogène-.
- i,| Pouvoir calorifique
- ,>Nousifiavons pas tenu Compte ici de 0\030 grammes ^hydrogène carbone que renferme le mètre cube de gaz de haut fourneau, vù sa nature particulière, qui fait qu’ils ne brûlent que difficilement ou à une très-haute température. "Ce gaz en production de vapeur ne donne aucun effet utile; mais, employé dans des fours à récupérateurs, il peut produire du calorique : donc, aux fours Siemens ou autres modifiés pour son emploi, le gaz des hauts fourneaux peut donner plus d’effet qu’il ne saurait en produire comme matière à chauffer les chaudières à vapeur.
- 37° Pouvoir calorifique de divers combustibles et quantité de gaz combustible produit ipaifila bouille; >lé coke et le bois. ^ Le [renseignement «quemous [allons donner Æônsisteîbien^^ dans le tableau ci-après que dans une •disoussionlpdur contrôlerdes chiffres. (Voir, dans la troisième partie, les §§ J, 3,, ,20, 221.et 24;rdans la quatrième partie, les §§ 39, 40, 41, 42, 43, 46 et'lfff
- Consulter enfin la Mécanique prfflfÿUe (tMàèftirtè$-'ià,:‘tfàpè,àrÿ? tftteêïér< Production de la vapeur, par MM. Morin et Tresca (1863). — Librairie 1Hafchettê efCiej Taris. . '
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- Données générales relatives aux combustibles employés industriellement,
- numéros d’ordrk. DÉSIGNATION DES COMBUSTIBLES. Quantité de gaz combustible fourni par 1 kilogramme de combustible solide. Volume à 0° et à 0,76. Pouvoir calorifique des combustibles à 0° et sous la pression 0,76, par kilogramme.
- 1. Anthracites. , , , . , , .... 7.884 à 7.100
- 2_ Houille 12 pour 100 de cendres. 6.300
- 3. Lignites communs. , 4.500
- 4 Touches de Picardie séchées h l’air , , 3.600
- 3. 6. Bois après huit mois de coupe Gaz à l’eau C 0 et H obtenu par le car- 2.650 par mètre eubeàO0
- bone pur 3m3,556 2.834
- 7. Gaz d’éclairage ordinaire à la houille.. 0m3,285 6.100
- 8. Gaz de houille, de gazogène, distillateur de MM. P. B. et A. L 3m3,2l2 1.728
- 9. Gaz de houille au gazogène à grille inclinée, Siemens ordinaire 4ra3,200 1.059
- 9 bis. Boélius , Ponsard , Lencauchez et Siemens modifiés Id. Id.
- 10. Gaz de bois vert après lavage et condensation lm3,164 1.494
- 11. Gaz de hauts fourneaux au coke, après lavage et condensation 5m3,000 900
- Po uvoi r calorifique des mêmes gaz combustibles à la température où ils pénètrent dans les appareils où ils sont brûlés. Température à laquelle le combustible gazeux (le gaz ) arrive aux appareils où il doit être brûlé. Perte due à la transformation du combustible solide en combustible V gazeux pour la température à laquelle le gaz arrivé aux fours ou appareils. Quantité d’air froid à 0° et à 0,76 employé pour brûler théoriquement un kilogramme de combustible solide ou un mètre cube de combustible gazeux. Température que la combustion théorique peutdonnersous la pression 0,76, Pair et le gaz 5étant pris à 0°.
- m3 m3 8,620 à 7,860 8,200 6,750 4,890 4,125 parmètrecubéa 0° 3,n3,087 8m8,5lO 2.400°
- 2.250° 1.700° : 1.150°
- 1.050°
- 0° Indéterminée. f: 2.667°
- Idï Id. 2.171°
- GO GO 500° 7 p. 100 T®3,590 O - 2.255°'
- 1.153 300° 26 p. 100 0m3,931' 1.921°
- 1.400 800» 9 p. 100 1 m3,078 2.150°
- 30° 12 p. 100 lm3,332 0m3,900': 2.035°
- 30® 37 p. 100 -i 1.645°
- i N. B. Dans ce dernier cas ces 37 °/„. sont employés à la production de Ja fonte. ~
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- Dans la pratique industrielle, on est loin d’obtenir directement du combustible les températures indiquées au tableau ci-contre. Généralement, pour l’anthracite, pour le coke, la houille et le charbon de bois, les températures sont réduites de 1 tiers; pour les autres combustibles, la réduction arrive souvent à moitié : car il est rare que le bois, la tourbe et les gaz de haut fourneau donnent des températures supérieures au rouge cerise (975°). Mais les gaz ont sur les combustibles solides l’avantage, comme l’air qui doit les brûler, de pouvoir être préalablement chauffés : de là une combustion plus complète s’approchant de celle indiquée par la théorie, ainsi qu’un accroissement de température proportionnelle à cette surchauffe préalable, tant que l’on n’approche pas delà limite où commencent les phénomènes de dissociation : c’est pourquoi les combustibles riches présentent peu d’intérêt pour leur transformation directe en gaz à l’usage de la métallurgie du fer, là où l’on peut et doit utiliser les flammes perdues à la production de la vapeur motrice de la forge.
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- ÉTUDE
- SUR
- L’EXTRACTION DU SBÇREJKJIMIS
- ET PARTICULIÈREMENT SUR LES
- NOUVEAUX PROCÉDÉS DE MM. MARGUERITTE ET LÀIR
- Par M. E. â. CÂZE8.
- I
- ConsMcrations générales.
- I. Intérêt de la question. — Malgré les nombreux perfectionnements introduits chaque jour dans toutes les parties de l’industrie du sucre de betteraves, il règne encore un écart considérable entre la quantité de sucre cristallisable contenue dans les matières traitées par cette industrie et celle que le travail le plus perfectionné parvient à en extraire.
- C’est ainsi qu’en France, où la moyenne de richesse saccharine des betteraves traitées varie de 8,5 à 12 pour 1 00, on n’obtient guère respectivement que 5 à 7 pour 100 de sucre commercial, c’est-à-dire moins de 58 pour 100 de la matière dont on se propose l’extraction.
- Les 42 pour 100 formant la différence non utilisée se répartissent en moyenne comme il suit :
- DÉTAIL-DES PERTES. Poids pour 100 de betterave. Poids pour 100 de sucre contenu dans la betterave.
- Sucre laissé dans la pulpe par insuffisance de pression.. . 1,40 à 2,00 1?
- Sucre laissé dans les jus et sirops imprégnant les matières
- étrangères séparées sous formes d’écumes ou défécations. 0,42 à 0,60 5
- Sucre laissé dans les jus et sirops imprégnant le noir
- animal employé à la filtration 0,39 à 0,56 5
- Sucre retenu dans la mélasse par impossibilité physique
- de cristallisation . , 1,18 à 1,68 14
- Pertes matérielles, entraînement par les mousses, etc.. . 0,11 à 0,16 1
- Total des perles. . - 3,50 à 5,00 42
- 57
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- Ces chiffres n’ont rien d’absolu, chacun d’eux pouvant varier avec la nature des betteraves traitées et les modes de fabrication suivis.
- Ils montrent cependant que la quantité de sucre engagée dans la mélasse représente le tiers des pertes et équivaut au quart et quelquefois même au tiers du sucre amené à l’état vendable.
- La statistique de la 'fabrication du sucre indigène en France pour 1871 -1872 montre que l’on a produit pendant cette période :
- Sucre de toutes nuances. ...... •. . . 316244204 kil.
- On a produit en même temps............. 215 938 750 kil. mélasse,
- contenant approximativement............ 106 469 375 kil. sucre réel,
- soit un tiers du sucre brut produit.
- Au cours moyen de 9 fr. 88 les 100 kil., résultant de la même statistique pour l’année 1871 -1872, les 212 938750 kil. de mélasse produite en
- France pendant cette campagne valent.............. 26438348f50
- Soit, en nombres ronds. ......................... 26 400 000
- Au cours moyen de 70 fr. les 100 kil., intermédiaire entre les cours moyens des sucres blancs et des sucres roux pour la même période, les 106 000 000 kil. de sucre
- réel contenus dans cette mélasse auraient valu.... 74200 000
- Sans tenir compte de la valeur des sels de potasse et de soude entrant dans la composition de la mélasse, la différence de valeur a donc été de . ............. 47800 000
- Ces chiffres établissent clairement l’intérêt considérable dmproblème de l’extraction du sucre des mélasses.
- 2. Là Mélasse; sa nature ; sa composition moyënne. La hnétasse est un sirop impur dont-la densité et la viscosité sont telles qu’il devient difficile et coûteux, sinon impossible, deùetirer le sucre qu’ellè contiéht par les procédés ordinaires de concentrationiet de cristallisation.
- - Le jus de betteraves!employé à la fabrication dix èsucre contient toujours, en quantités plus ou moins grandes, des'matières colorantes, des matières protéiques et des matières salines organiques et-inorganiques.
- On élimine une partie de ces matières étrangères, puis on obtient, par des concentrations et des cristallisations successives, d’une part, des sucres de rhoins en moins purs, que l’on sépare, par le turbinage, par exemple, des sirops où ils ont été formés; de l’autre, des sirops de plus en plus impurs, où se sont concentrées toutes les impuretés contenues dans le sirop primitif, moins la petite quantité entraînée par les cristaux de sucre; après la troisième et quelquefois la quatrième cristallisation, le sirop résidu est d’une viscosité telle que, si l’on essayait de le concentrer assez ^pour amener le sucre et l’eau dans les proportions nécessaires pour dépasser la saturation, il se prendrait en masse; il pèse alors 1380 à 1420 grammes le litre.
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- Voici, d’après des analyses de la sucrerie de ïavaux, quelques exemples de la composition de ces sirops résidus arrivés à l’état de mélasse :
- Nos DES ESSAIS Densité en degrés Baumé. 1 40°,7 2 38 o,? 3 43°,0 4 42°, 4 5 41°,5 6 41°, 3 7 42°, 3
- Sucre cristallisable.. 55,00 53,00 Gt.,00 i 59,00 56,50 55,00 55,50
- Sucre incristallisaMe. traces. traces. traces. traces. traces. ( traces. traces.
- Eau 21,08 28,G0 18,00 18,50 19,94 ' 18,44 17,00*
- Sels minéraux résidus de l’incinération.. 13,14 10,80 12,24 11,97 11,16 ? 12,38 10,53 1
- Matières organiques de toute nature détruites par l’incinération 9,88 T, G0 8,76 10,53 1,2,40 ' 14,18 ^ 16,97!
- 100,00 s 100,00 100,00 100,00 100,00 100,00 100,00
- Les cendres contiennent en général moitié de leur poids dénotasse, puis de la soude en proportion 5 ou,6 fois moindre, eienfin ;un jpeu de chaux provenant surtout du traitement industriel ; ie.reste du poids des cendres obtenues sans addition préalable d’acide.sulfurique se,compose surtout d’acide ïcarbonique résultant de lia décomposition de divers acides * organiques, ipuis d’acides sulfurique et phosphorique, >de silice et de chlore.
- Gomme onde voit, c’est surtout Pétât physique des matières engagées avec le sucre dans la même dissolution quiaoebobstacle à sarerktallisa-tion par les procédés ordinaires de concentration.
- dl
- Résumé historipe des principaux procédés, essayés industriellement.
- B. Différents types de méthodes d’extraction du sucre. — Les di“ verses méthodes imaginées jusqu’à ce jour pour tourner la difficulté peuvent se ramener aux quelques types suivants :
- 'Premier type. — Engager le sucre dans une.combinaison insoluble, quipeut être séparée du mélange salin, puis traitée à part pour mettre le sucre en liberté.
- Second type. — Éliminer tout ou partie des sels, et ramener ainsi !la mélasse à la composition et par suite à l’état physique d’un sirop plus
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- pur, pouvant donner une cristallisation plus ou moins complète, selon son degré de pureté.
- Troisième type. — Eliminer les sels et rendre ensuite le sucre lui-même insoluble dans la liqueur dont il se sépare par précipitation.
- Avant d’entrer dans l’examen des procédés qui font plus spécialement Fobjet de cette étude, il ne sera pas inutile d’indiquer rapidement les principaux essais faits en France sur le même objet. Nous nous bornerons à une énumération rapide, n’ayant pas eu l’occasion de suivre nous-même toutes ces applications industrielles.
- 4. Premier type. Procédé barytique de M. Bubrunfaut. — (VoirPayen, Chimie industrielle, t. II, p. 3321.) On précipite le sucre dans la mélasse par un excès de sulfure de baryum additionné de soude. Le sulfure de baryum est obtenu par réduction du sulfate de baryte au four à réverbère au moyen de la houille.
- Il se forme du sulfhydrate de sulfure de sodium soluble, du sucrate de baryte insoluble, et l’excès du sulfure de baryum reste dans la liqueur. On recueille le précipité par le filtre, on le lave et on le décompose par l’acide sulfureux. Il se précipite du sulfite de baryte, et le sucre reste en dissolution dans la liqueur. On épure cette dissolution des traces de baryte qu’elle a pu retenir, par un courant d’acide carbonique qui précipite du carbonate de baryte.
- La liqueur filtrée est un sirop que l’on peut traiter par les méthodes ordinaires. Le sulfite de baryte résidu est employé à nouveau à la fabrication du sulfure de baryum.
- 5. Premier type. Procédé barytique de M. Bubrunfaut modifié pàî? M. Robert de Massy. — (Voir Études sur P Exposition universelle, t. I, p. 923, M. Ronna.) On précipite le sucre à l’état de sucrate de baryte par le sulfure de baryum comme plus haut; mais on le traite, après lavage au sulfure de baryum et à l’eau, par l’acide carbonique au lieu de l’acide sulfureux. On obtient d’un côté un sirop, de l’autre du carbonate de baryte, que l’on traite par le sulfate de soude et l’acide carbonique. On obtient ainsi du carbonate de soude pour le commerce et du sulfate de baryte pour la fabrication du sulfure de baryum.
- 6. Premier type. Procédé barytique modifié de M. Bubrunfaut. —< '(Voir Payen, Chimie industrielle, 5e édition, t. II, p. 332.) On précipite le
- sucre à l’état de sucrate de baryte par une lessive de baryte caustique obtenue par la décomposition au four à réverbère à haute température du carbonate de baryte intimement mélangé à de la houille. On isole et on lave le précipité, puis on le traite par l’acide carbonique. On produit
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- ainsi un sirop et du carbonate de baryte disponible pour une nouvelle opération.
- Les divers procédés barytiques de M. Dubrunfaüt ont reçu une application industrielle dans quelques usines, à Valenciennes, à Tournus, à Courrières et à Busigny. Leur application ne s’est cependant pas généralisée, et nous croyons qu’elle ne subsiste aujourd’hui qu’à Cour-rièresi
- 7; Prèmier type. Procédé calcique Leplay. — Ce procédé consisterait à précipiter le sucre par la chaux à l’état de sucrate de chaux, et à l’isoler pour le traiter ensuite par l’acide carbonique et remettre le sucre en liberté.
- Pour obtenir ce sucrate, l’auteur propose de saturer la mélasse - étendue de moitié de son volume d’eau, par la chaux pure, d’additionner de chlorure de calcium et de décomposer ensuite le chlorure dé calcium à chaud par la soude caustique. Il en résulterait une précipitation du sucrate, que l’ori isolerait pour le traiter.
- Nous ne savons si ce procédé, cité par M. Ronna dans les Études sur l'Exposition universelle, a été l’objet d’essais industriels. Sa théorie aurait, ce nous semble, en tout cas, besoin de plus d’explications.
- 8. Premier type. Procédé calcique de M. Lair. — Ce procédé consiste essentiellement à former, par le mélange direct de la mélasse avec un lait de chaux très-épais, convenablement dosé, un sucrate de chaux, dont la formation fait prendre en masse tout le mélange, emprisonnant ainsi entre les éléments de sucrate de chaux tous les éléments étrangers'. Sous cet état, l’insolubilité du sucrâte de chaux formé est, dans certaines conditions, relativement assez faible pour que l’on puisse, par macération, le laver et entraîner une très-grande partie des matières étrangères. .
- On peut alors décomposer le sucrate par l’acide carbonique et reconstituer ainsi un sirop suffisamment pur pour en obtenir du sucre par concentration et cristallisation.
- Nous reviendrons plus loin sur les essais qui ont été faits pour l'application industrielle de ce système.
- 9. Premier type. Procédé calcique Scheibler. — Nous rangeons ce
- procédé dans le premier type, bien qu’il s’en écarte un peu par le fait que l’insolubilité du précipité est obtenue surtout par l’intervention de l’alcool. Mais c’est encore à l’état de sucrate de chaux que le sucre ést së-paré par précipitation de la masse où il se trouve en mélange, et c’èst ce qui rapproche beaucoup ce procédé de tous ceux qui ont été déjà . cités. • : ’• ' .
- Voici d’ailleurs comment ce procédé se trouve décrit dans un traité
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- spécial (voir Stammer, Traité complet de la; fabrication du sucre, p. 422) : « On ajoute à la mélasse trois équivalents de chaux pour chaque équivalent de sucre qu’elle contient; ensuite on dessèche complètement le produit, déjà presque solide, à 110°, jusqu’à obtenir une poudre anhydre.
- « Cette poudre est ensuite extraite dans un appareil à lévigation systématique, au moyen d’alcool à 40 degrés. Le sucrate tribasique see est beaucoup moins soluble dans ce liquide que le précipité récemment formé, et on obtient ainsi le sucrate presque pur.
- « Le sucrate de chaux peut servir à la défécation du jus de betteraves, de sorte que la séparation de la chaux et du sucre ne cause aucune dépense. Il n’y a pas de perte d’alcool par suite de son faible degré, et celui qui a passé dans les deux produits est complètement régénéré. Le résidu de la distillation de la dissolution des substances étrangères est employé immédiatement comme engrais : on restitue ainsi au sol toute la potasse enlevée parlés betteraves.
- « On obtient 40 kilogrammes de sucré cristallisé de 100 kilogrammes démêlasse, qui en contiennent 50. Par un procédé ingénieux, l’auteur a rendu pratique la défécation par le sucrate purifié; ce procédé ne présente aucune difficulté, hors celle peu essentielle de sécher le mélange de chaux et de mélasse.
- « Cependant cettê difficulté a été la cause que les travaux en fabrique et en travail continu ont dû être discontinués. »
- Ainsi ce procédé ne paraît pas être encore arrivé à la sanction industrielle.
- 40. Deuxième type. Osmose de M. Dùbrunfaut. — S dus ce titre, M. Du-brunfaut a créé l’application industrielle à l’épuration dés sirops et mélasses des propriétés des membranes connues en physique sous le nom d’exosmose et d’endosmose, de laisser passer à travers leurs pores des quantités différentes de liquides de deux compositions différentes qui baignent leurs parois opposées.
- Les découvertes de Dutrochet et de Grahâin avaient en effet établi que certains corps cristallisables traversent bien plus facilement que d’autres les membranes, et que tous les corps cristallisables les traversent plus facilement que les corps gommeux incristallisables, analogues à la colle, et nommés pour cette raison colloïdes.
- M. Dübrunfaut, appliquant cés propriétés, créa un appareil dans lequel des cloisons parallèles juxtaposées, garnies de membranes én papier parchemin spécial, forment une série de Vases alternativement remplis d’eau et de mélasse se déplaçant lentement et eh sens inverse, la mélasse dé bas en haut, l’eau de haut en bas, de chaque côté de la membrane qui les sépare. Par le phénomène osmotique, une partie des sels de la mélasse passe dans l’eau, tandis quune partie de l’eau passé dans lamé-
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- lasse. La mélasse se trouve donc d’autant plus épurée que cet échange est plus prolongé, et se trouve par conséquent ramenée à contenir des proportions nouvelles de sucre et de matières salines telles, que l’extraction du sucre par concentration et cristallisation redevienne possible. Nous n’entrerons pas dans plus de détails sur ce procédé, qui, bien que devenu manufacturier, n’est encore appliqué que par un nombre assez restreint de fabriques. (On trouvera de plus amples renseignements, dans le Traité de chimie industrielle, de Payen, t. II, p. 333, et dans les documents publiés à ce sujet par M. Dubrunfaut lui-même dans le Journal des Fabricants de sucre, sous le nom de Bulletins de l’Osmose.)
- Très-simple et très-rationnel, ce procédé a eu cependant à lutter contre de grandes difficultés- Nous croyons que les principales ont été la création d’une matière pouvant jouer industriellement le rôle de membrane osmogène, puis la conservation et la durée longtemps insuffisantes de ces membranes, et enfin, peut-être, les nombreuses manipulations et concentrations nécessaires pour arriver, par approximations successives, pour ainsi dire, à retirer des matières traitées le maximum de sucre, en faisant repasser à l’osmogène,. après turbinage, le l’ésidu non cristallisable de chaque opération antérieure.
- 1 \. Troisième type. Procédé à l’alcool Périer et Possoz. — Voici à peu près, en résumé, comment ce procédé se trouve décrit dans la Revue de T Exposition universelle de \867, t. I, p. 924, parM. Ronna: La mélasse serait d’abord épurée par du sulfate de fer qui précipiterait quelques matières organiques. Puis on y ajouterait 20 (?) volumes d’alcool à 80°, et dans le liquide clair on verserait une dose d’hydrate de chaux suffisante pour précipiter le glucose à l’état de glucosate de chaux. Après séparation de ce précipité, l’on ajouterait au liquide clair un excès de chaux vive en poudre délayée dans l’alcool, et l’on formerait ainsi un précipité insoluble de sucrate de chaux, que l’on recueillerait et dont on récupérerait l’alcool par un courant d’air circulant entre un réfrigérant et un réchauffeur. Le sucrate de chaux épuré peut rendre son sucre.et servir en même temps à l’épuration des jus de betteraves en l’employant au lieu de chaux à alçaliniser les jus pour les soumettre à la carbonatation.
- Nous ne savons si ce procédé a été l’objet d’essais industriels. :t-n î
- \%. Troisième type; Procédé à l’alcool Margueritte. —- Dans la.méfiasse,, étendue d’alçool'Suffisamment concentré, on précipite les bases par un acide. .«Après séparation des sels précipités, on détermine la précipitation . directe* par cristallisation, d’une grande parties du sucre contenu dans le mélange, en diminuant la solubilité du sucrespar une nouvelle addition d’alcool au titre maximum du commerce. On obtient ainsi :
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- 10 Des sels alcalins pour engrais ;
- 2° Du sucre pur;
- 3° Une mélasse appauvrie, étendue d’alcool, que l’on peut employer à la fabrication de l’alcool après avoir régénéré par distillation celui auquel elle se trouve mélangée.
- C’est ce procédé, relativement nouveau, que nous allons étudier maintenant en détail.
- III
- Étude du procédé Margueritte.
- 13. Théorie du procédé. — Ce procédé, comme nous venons de le voir, est fondé sur la très-faible solubilité du sucre dans les liqueurs alcooliques concentrées, sur l’insolubilité des divers sulfates alcalins dans les mômes liqueurs, insolubilité plus grande que celle du sucre pour un même titre alcoométrique, et sur la grande affinité de l’acide sulfurique pour les substances basiques qui se rencontrent dans la mélasse, affinité qui permet, en opérant dans une liqueur alcoolique à la température ordinaire et déterminant exactement d’avance par un dosage la quantité d’acide à employer, de précipiter ces bases à l’état de sels insolubles sans altérer le sucre, comme cela se produirait immédiatement avec le plus léger excès d’acide.
- De l’ensemble de ces diverses propriétés des corps considérés, il résulte que, si l’on prend une mélasse épuisée d’une fabrique de sucre indigène travaillant par la double carbonatation, mélasse qui contiendra, par exemple, en moyenne :
- Sucre cristallisable......................... 52
- Sels divers. . ....................................... 15,80
- Eau................................................ 16
- Matières organiques diverses. 16,20
- Total. .................... 100,00
- et qu’on verse cette mélasse, à proportion dJun kilogramme par litre, dans de l’alcool à 85° additionné de la quantité d’acide sulfurique exactement nécessaire pour transformer en sulfates tous les sels de la mélasse susceptibles de subir cette transformation, en provoquant d’ailleurs par une agitation convenable le mélange intime et complet de toutes les matières mises en présence, l’acide sulfurique s’engagera tout entier en combinaison, mettant en liberté, dJune part, les acides organiques qui formaient les sels décomposés ; de l’autre, le sucre engagé par ces sels dans des composés mélassiques.
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- Les sulfates formés et les sulfates préexistants, presque insolubles dans la liqueur alcoolique au degré alcoométrique résultant du mélange de l’éau delà mélasse à l’alcool à 85° employé, se précipiteront.
- Le sucre mis en liberté restera en dissolution dans la liqueur en même temps que tous les acides organiques et composés colorants, et une filtration ou une décantatation permettront de séparer, d’une part, tous les sels précipités ; de l’autre, une liqueur alcoolique contenant en dissolution la totalité du sucre et des matières organiques.
- Dans cet état, si Ton ajoute à cette liqueur alcoolique un nouveau volume, égal au premier, d’alcool du commerce au maximum de concentration, soit 95° environ, la solubilité du sucre ainsi que des traces de sulfates restées dans la liqueur se trouvera modifiée par l’élévation du titre alcoolique du mélange et amenée à un point suffisant pour obtenir une nouvelle précipitation des faibles quantités de sulfates restées en dissolution dans la première liqueur, en même temps qu’une cristallisation de 38 parties de sucre sur 52 contenues dans la mélasse traitée, la quantité de liqueur alcoolique en présence ne pouvant garder que î 4 parties de sucre en dissolution dans les nouvelles conditions de titre alcoolique où elle se trouve portée.
- Seulement, cette précipitation du sucre ne sera pas immédiate et rapide. Par un phénomène de sursaturation dont les exemples sont fréquents, la liqueur garde d’abord la totalité de son sucre en dissolution et ne l’abandonne que peu à peu, avec plus ou moins de lenteur ou de rapidité, selon que l’on soumet la liqueur à des conditions plus ou moins favorables à la rupture de cette sorte d’équilibre instable et à la production du phénomène de cristallisation.
- De cette propriété de la liqueur alcoolique sucrée de pouvoir, dans certaines conditions, retenir pendant un certain temps un excès de sucre en dissolution, résulte la possibilité de simplifier, si l’on veut, la manipulation indiquée précédemment, en mélangeant à la liqueur primitive, après précipitation des sulfates, tout ou partie du second volume d’alcool riche : ce qui déterminera immédiatement le précipité complémentaire des sulfates,.tout en laissant le sucre en dissolution un temps suffisant pour permettre de recueillir par filtration ou autrement tout le précipité sans retenir de sucre, pourvu que l’on écarte alors avec un soin scrupuleux toutes les conditions qui pourraient provoquer ou permettre la désaturation et la cristallisation.
- Il faudra,^par exemple, éviter avec le plus grand soin la présence de cristaux de sucre dans la liqueur, soit qu’ils proviennent de la mélasse, soit qu’ils se soient formés à la longue dans les appareils et proviennent des liquides sursaturés d’opérations antérieures. ; '
- Il faudra encore éviter avec soin les abaissements rapides de température, qui provoquent un précipité immédiat de sucre, soit sous forme cristalline, soit sous forme sirupeuse.
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- Il faudra enfin tout disposer pour assurer à l’opération une grande rapidité, le1 temps étant l’un des éléments qui aident à la désaturation et pouvant même suffire seul à la produire. Dans ce cas, les premiers: cristaux formés serviraient de. centre de cristallisation et détermineraient par leur présence une progression très-rapide dans la marche de la dé-saturation une fois commencée.
- Les précipités de sulfates séparés, on laisse le sucre se; précipiter à son tour. .A
- Formés au milieu d’un liquide impur, les cristaux Sont salis par les matières: organiques acides et colorantes en dissolution. Avant de les recueillir, il est, utile de les laver, et l’on peut faire ce lavage avec de l’alcool pur au titre maximum, pour dissoudre le moins de sucre possible. ' . -if-!:-.
- On sépare le sucre précipité et l’on récupère l’alcool qui le mouille par distillation, soit à sec, soit après dissolution préalable..
- Le sucre ainsi .obtenu est industriellement pur. Cent parties contiennent : ;
- Sucre cristaliisable.................. 99,500 à 99,550
- Cendres............................... 0,050 à 0,025
- Humidité et matières volatiles.. . . . 0*450 à 0,425
- ^ : : ; Glucose............... Traces inappréciables.
- Le résidu de toutes, ces opérations; est une liqueur alcoolique conte-nantenoore en dissolution 55 pourlOQ environ de la mélasse primitive, savoir : ! , -:.n
- Sucre cristaliisable. . .1 .... . ". ....... 16
- i’ sdî Acides organiques des sels primitifs. . .............. ' 7 (variable).
- Eaùi ï-, . . * . . ' ^ . i . . . • *• / . {6
- ••iocuf ci Matières'organiques.. . . v . é . . . ; . . . .;* . 10,20
- iiiî.'îi'r-, •môiijdl i,i : m:- 'Total. . . . .;VvY;; , 55,20
- Qn peut neutraliser les acides et régénérer l’alcool par distillation. On obtient alors comme résidu une mélasse pauvre, en sucre, dépouillée de sels minéraux, Représentant à peu près le tiers de la mélasse primitive, en la ramenant par,concentration 4 la même densité, et pouvant être utilisée 4la fabrication;defalcool. •. i ,
- 14, .Essais industriels du procédé.,— Le pçpôAdé dopt la théorie vient d’êtré exposée a. déjà été soumis à .deux essais-industriels. , ; >
- j Un premier essaient sur 10 000 .kilogrammes de mélasse a confirmé tout d’abord les résultats du laboratoire ; mais, }es appareils étant défectueux., , l’auteur, a jdu çliercjiev-les dispositions et formes d’appareils les piqsf propres à réaliser à grande échelle iç programme,théorique indiqué plus haut. : i. ' Tr'>
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- Une seconde série-Cessais a été faite à l’nsine de Marly-Yalenciennes avec un. outillage modifié. Ce sont ces essais, dont les résultats vont être, exposés.
- 15. Analyse préliminaire de la mélasse., Sa nécessité et son utilité.;— Avant toute opération, chaque lot de mélasse à traiter était analysé-., fie. soin est indispensable, la quantité d’acide sulfurique à ajouter devant être dosée très-exactement.
- Si Ton en ajoutait un excès, il détruirait du sucre cristalMsable et produirait du glucose,, dont la présence entraverait, l’opération, ajoutant une cause de trouble et de diminution de rendement à la perte déjà subie.
- Si l’on en mettait une quantité insuffisante,, une partie des sels dont on veut précipiter les bases resteraient dans la mélasse et le rendement en sucre serait encore réduit : premièrement, de toute la quantité de sucre qui resterait engagée dans la mélasse non décomposée, quantité égale à trois ou quatre fois le poids des sels non transformés ; et secondement, du sucre dont te mélange de cette mélasse non transformée gênerait la cristallisation. D’autre partîtes cristaux formés dans une mélasse moins fluide pourraient en emprisonner une certaine quantité et resteraient sales.
- L’excès comme le défaut d’acide entraînant une perte de sucre» on détermine, par l’analyse préliminaire de la mélasse à traiter, la quantité de sucre, d’eau, de sels et de glucose qu’elle contient: Ce dosage donne en même temps les éléments d’un contrôle rigoureux dès opérations et de leurs résultats. ;î;
- On tient compte par un dosage spécial des sulfates préexistants, pbur les déduire du poids total de sulfates constaté après le traitement des sels à l’acide Sulfurique et déduire delà différence entre ces deux quanr tités le poids d’acide nécessaire à la transformatiôn exacte de tous les sels en sulfatés. C’est la quantité ainsi calculée quel’on devra employer pour le traitement préliminaire de la mélasse.
- 46. Examen physique de la mélasse. — Il faut encore procéder à un examen physique de la mélasse et vérifier avec soin, àl’aide d’une très? forte loupe, qu’elle ne contient point de sucre déjà cristallisé.,, même en cristaux extrêmement ténus* M * 1
- Ces^ristaux, agissant en effet comme centres de cristallisation, au moment où l’on a besoin de maintenir f état de sursaturation sur lequel est basée la séparation facile des précipités salins en présence du sucre encore dissous, détruiraient la sursaturationenun temps très-court,‘et dé-terminant,! avant et pendant la filtration, la précipitation d’une partie du sucre, entraîneraient là perte de ce sucre, en mélange avec ^précipité salin, dans un état où il serait difficile de le séparer’économiquement.
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- 17. Préparation des mélasses contenant des cristaux de sucre. — Si la mélasse à traiter contient des cristaux, comme cela se produit fréquemment dans toute mélasse un peu riche et concentrée, abandonnée depuis longtemps au repos, il faudra, de toute nécessité, les éliminer avant le traitement, soit par une filtration parfaite, ce qui serait très-difficile, soit plus simplement par un chauffage suivi d’un refroidissement assez rapide pour que la cristallisation ne puisse se produire de nouveau.
- La mélasse du commerce se trouve le plus ordinairement à 40° ou 42° de l’aréomètre Baumé, ce qui correspond à une densité de 1,3834 à 1,4105.
- Si le chauffage ne suffisait pas à faire disparaître toute trace de cristaux, on y arriverait sûrement en étendant la mélasse d’eau en quantité suffisante pour l’amener à 35° B, correspondant à une densité de 1,3202, chauffant puis concentrant à.42° ou 45° Baumé, correspondant à une densité de 1,4531 et faisant refroidir rapidement.
- 18. Degré de concentration de la mélasse. — Le degré de concentration de la mélasse n’est pas indifférent pour le résultat; il a une influence assez considérable sur la facilité plus ou moins grande avec laquelle se produit et se maintient la sursaturation ; trop faible, elle amène une perte de sucre, la liqueur finale en retenant en dissolution une quantité exactement proportionnelle à l’eau qu’elle contient; trop forte, elle rend la sursaturation trop instable et peut entraîner une cristallisation trop rapide du sucre, qui se perd en se mélangeant au précipité, comme il a été dit plus haut.
- C’est entre les limites indiquées plus haut de 40° à 42° Baumé, mesurés à chaud au moment de la concentration, à 90° centigrades, par exemple, que l’expérience a prouvé qu’il fallait se maintenir. Cela correspond à une richesse moyenne en sucre d’environ 52 pour 100 et à une densité de 45° à 47° B (1,4531 à 1,4828), mesurée à la température de 15° centigrades.
- 19. Température de la mélasse. — Il est enfin nécessaire de surveiller la température de la mélasse au moment de son emploi, à cause de la grande influence qu’elle a sur la température du mélange alcoolique, et par suite sur les capacités de dissolution ou de saturation de ce mélange, aussi bien que sur l’activité des matières acides mises en présence du sucre. Cette température doit être telle, que le mélange, au moment de l’attaque par l’acide sulfurique, ne dépasse pas 25° à 30° centigrades et ne s’abaisse pas au-dessous de 20° centigrades.
- 20*d Mélange des matières. Description de l’appareil et de l'opération. — L’appareil destiné au mélange des matières à mettre en œuvre se composait, à Marly, d’un cylindre horizontal en fonte de 0m,60 environ
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- de diamètre sur 1m,l5 de long, dont les deux fonds plats, garnis déboîtés à étoupe, portaient un arbre armé à chacune de ses extrémités de manivelles calées à 180° l’une de l’autre, et muni, dans sa partie intermédiaire, de palettes disposées en hélice et permettant de brasser vigoureusement la matière contenue dans le cylindre et de lui donner rapidement l’homogénéité nécessaire. A la partie supérieure de ce cylindre, une tubulure de 0m,30 de diamètre, garnie d’un papillon bien ajusté et surmontée d’une trémie conique de 0m,30 de hauteur, servait à l’introduction de la mélasse et de l’acide sulfurique.
- Deux tuyaux, partant de la génératrice supérieure du cylindre, aboutissaient en se bifurquant, l-’un aux robinets d’écoulement de deux réservoirs supérieurs fermés contenant de l’alcool à 85° et de l’alcool à 95°, l’autre aux parties supérieures de ces mêmes réservoirs, pour établir à volonté l’équilibre de pression entre les atmosphères des vases à mettre en communication.
- Des tubes de niveau gradués, disposés le long des réservoirs d’alcool,-servaient en même temps de moyen de jauge./De petits serpentins de vapeur circulant à l’intérieur des réservoirs à alcool permettaient, pendant l’hiver, d’en élever la température à un degré voulu. Des thermomètres fixés au réservoir donnaient le moyen d’apprécier à chaque instant cette température.
- Un robinet fixé à la partie la plus basse du cylindre malaxeur permettait de donner issue aux dissolutions alcooliques préparées dans l’appareil.
- Le mélangeur, ainsi établi, pouvait traiter 100 kilogrammes de mélasse à la fois ; mais l'insufïisançe proportionnelle des appareils de filtration avait conduit à n’opérer que sur 50 kilogrammes par opération.
- La mélasse se pesait à l’avance dans un bassin portatif muni d’un bec et de deux anses, semblable à ceux que l’on emploie pour le transport de la masse cuite aux turbines.
- L’acide sulfurique, préalablement titré, était jaugé au volume dans un flacon gradué, convenablement armé pour éviter les accidents qui eussent pu résulter de sa rupture.
- Tout étant disposé, on introduisait d’abord dans le malaxeur, en ouvrant le robinet du réservoir correspondant, 50 litres d’alcool à 85°, porté au préalable à la température jugée nécessaire selon celle du milieu ambiant et celle de l’appareil malaxeur.
- Une fois le travail en roulement régulier, cet alcool à 85° peut être emprunté, sans rectification ni préparation d’aucune sorte, aux résidus d’une opération antérieure; il y a même à cela avantage au point de vue du rendement, cet alcool étant saturé de sucre et n’en pouvant dissoudre, même en petite quantité, comme le ferait de l’alcool pur au même degré. Nous désignerons cet alcool saturé de sucre et provenant d’opérations antérieures sous le nom d'alcool résidu.
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- L’alcool introduit, on versait en filet mince, par l’ouverture de la trémie, l’acide sulfurique préalablement jaugé, en même temps que l’on agitait constamment le liquide par le mouvement de rotation de l’arbre à palettes.
- Avec l’acide du commerce à 66° que l’on employait à Marly et la mélasse dont on y disposait, il fallait, pour opérer sur 50 kilogrammes de mélasse, 212,5 cent, cubes d’acide.
- Le mélange bien complet et l’acide bien divisé dans toute la masse, la température du mélange, élevée par l’action de l’acide sulfurique sur l’alcool, ne devait pas dépasser la moyenne indiquée précédemment de 25° à 30° centigrades. Si cette limite était dépassée, on attendait un instant, avant de continuer, que le malaxeur et son contenu se fussent refroidis au degré convenable, une trop haute température pouvant amener l’attaque du sucre pard’acide et déterminer la production de glucose.
- La température se trouvant convenable, on versait enfin rapidement par la trémie les 50 kilogrammes de mélasse préalablement pesés, la soupape -ne restant ouverte que le temps exactement nécessaire àd’in-troduction Heda matière, pour éviter les déperditions d’alcool en vapeur. On agitait en même temps, sans discontinuer, 'les palettes ma-laxeuses, et l’on continuait pendant dix minutes, l’appareil étant mû à bras d’hommes à raison de huit tours par minute.
- ’Ce travail suffisait à un mélange parfait des matières et à une attaque complète des sels à transformer en sulfates.
- Ceux-ci se trouvaient alors presque complètement précipités. Pour achever cette précipitation sans cependant pousser tropdoin la sursaturation du‘liquide <en sucre, on ajoutait alors(la moitié de l’alcool à 95° destiné à’ia produire, soit 25 litres, portés àila température de 50° centigrades pour éviter!la précipitation immédiate du sucre, qui, sans cette précaution, pourrait résulter de la sursaturation, etl’on assuraitl’homo-généité du mélange en continuant à tourner rapidement le malaxeur pendant un instant.
- Tousdes"essais faits pour ajouter en une seuledois dans le malaxeur, avant la filtration, la totalité d’alcool à 95° nécessaire à la sursaturation, ont échoué, cet état d’équilibre par lequël le sucre reste momentané-ment'dissous étant alors trop inétable et déterminant une précipitation partielle mais immédiate de sucre qui, se mélangeant avec les-sels que l’on doit séparer, se trouve perdu.
- 11 faut donc renoncer à ajouter la totalité de l'alcool riche avant la filtration.
- Dansle cas où-une concentration un peu forte de la mélasse employée pourrait faire^cràindre que la désaturation dedadiqueur-ne fût-trop facile ètdrop rapide, oh'peut, pour pallier cette tendance, ajouter après l’attaque, pour diluer le mélange sans changer sensiblement sa composition ni son titre alcoométrique ou sacCharimétrique, un demi-vol urne*
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- c’est-à-dire 25 litres pour 50 kilogrammes de mélasse, d’alcool résidu" saturé de sucre, qui pèse d’ordinaire 57° à 58° à l’alcoomètre et contient au moins 82 pour 100 d’alcool pur.
- Pour économiser l’alcool pur, on peut également lui substituer, pour la sursaturation, l’alcool concentré qui a servi (dans une opération antérieure, comme nous le Verrons plus loin, au-lavage du sucre. Cet alcool, saturé de sucre, contient 95 pour 100 d’alcool absolu.
- Le mélange de l’alcool riche était fait aussi rapidement quepossible; puis on arrêtait les palettes, pour éviter de provoquer la cristallisation immédiate du sucre et la précipitation prématurée de ^cristaux dans la liqueur, et l’on ouvrait immédiatement le robinet de vidange, par lequel tout le mélange s’écoulait dans une pompe, qui l’envoyait à 1-appareil de filtration pour la séparation des sulfates précipités.
- La durée totale des opérations décrites était de 30 minutes.
- 21. Précautions à prendre en vue des opérations ultérieures.— Aussitôt le malaxeur vide, si les autres appareils le permettaient, on pouvait sans inconvénient et sans précautions spéciales recommencer une nouvelle opération.
- Mais, si une cause quelconque obligeait à suspendre-pendant quelque temps l’emploi de l’appareil, il faudrait prendre la précaution de le laver avec soin ainsi que tous les tuyaux'où la liqueur (auraitséjourner, cette liqueur y abandonnant avec le temps »des cristaux de sucre, dont la présence, pour les raisons précédemment exposées, troublerait les opérations suivantes. On peut encore employer à •cëtmsage'&e’ralcool résidu provenant d’opérations antérieures, et se servir de cet alcool de lavage pour laver les précipités salins qui se trouvent imprégnés d’une dissolution de sucre beaucoup plus riche, donton évitera ainsîda perte.
- 22. Séparation des précipités. Appareils employés "à 'Msiïly. Du malaxeur, le - mélange alcoolique sursaturé de sucre se 'rendait à une pompe aspirante et foulante en traversant un vase filtrant destiné à retenir et arrêter tous les corps étrangers accidentellement mélangés à la mélasse, dont la présence eût pu entraver le jeu des mlapets ou des TO-binets dans les appareils suivants. '*
- L’a pompe,rnue par deux hommes, refoulait le liquide dans» un1 filtre-(presse, sous une.pression qui pouvait s’élever jusqu’à 5 atmosphères, par un tuyau muni «d’un manomètre de contrôlent d’une soupape de sûreté. ;!
- Il ysauraitdieu, soit de fdtrer les mélasses avant dedes employer, soit de^donner au vase’filtrant qui préeèdeda pompe une formedelle, qu’aucun dépôt de liquide ne pût s’y former qui ne fût entraîné*par le liquide qui y-pénétrerait ensuite, sousipeine derendre le.-lavage»très-*difficile et
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- de voir ce petit appareil devenir un centre de cristallisation et une source de mécomptes pour les opérations suivantes.
- Mêmes observations pour la pompe, avec l’inconvénient supplémentaire qui résulte du collage des clapets et de l’engorgement des sièges lorsque la cristallisation s’y produit.
- Le fdtre-presse employé était un petit filtre-presse Du Rieux à 11 plateaux de 0m,28 à0m,30 de diamètre, offrant une surface filtrante totale de 1mc,600.
- L’emploi de cet appareil a présenté, dès l’abord, plusieurs difficultés.
- Par suite d’inégalités d'ajustage, les épaisseurs des tourteaux étaient irrégulières.
- Dans une expérience du 13 avril, il y avait :
- 1 tourteau de 16m/m d’épaisseur;
- 4 tourteaux de 12m/m d’épaisseur;
- 5 tourteaux de 11m/m d’épaisseur;
- 2 tourteaux de 9m/m d’épaisseur.
- L’épaisseur moyenne était de 11m/m,4.
- Dans ces conditions, le filtre a’ débité, en 68 minutes, 165 litres de liquide brut, contenant 5 litres de précipités et 160 litres de liquide clair; ce qui correspondait à une puissance de filtration de 0lu,014-7 par décimètre carré de surface et par minute, sous une pression un peu variable de 4 à 5 atmosphères après la formation du gâteau.
- Cette marche, beaucoup trop lente, laissait au liquide le temps de se désaturer et de former dans les tourteaux salins descristaux de sucre, qui, servant à leur tour de centre de cristallisation, déterminaient une perte considérable.
- On fut ainsi conduit à diminuer l’épaisseur des tourteaux, formés de sels très-compactes, pour augmenter beaucoup la capacité de filtration, et à diminuer d’autre part la durée de l’opération par une réduction du volume traité proportionnelle à la réduction du volume destiné à recueillir les précipités.
- L’épaisseur des tourteaux fut réduite à une moyenne de 7m/m,75; et, dans ces conditions nouvelles, l'appareil put, le 15 avril, filtrer en 25 minutes 115lu,54 de liquide brut, contenant 6,54 litres de précipités et 109 litres de liquide clair; ce qui correspondait à une puissance de filtration de 0lil,0272 par décimètre carré de surface filtrante et par minute, c’est-à-dire à peu près le double de ce que l’on avait obtenu antérieurement, dans des conditions de pression semblables d’ailleurs.
- La filtration terminée, on chassait le liquide riche en sucre qui imprégnait les tourteaux salins, en introduisant dans le filtre, comme il a été indiqué, de l’alcool résidu.
- Le lavage ter.miçé, on isolait le filtre-presse; on en retirait les tour-
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- teaux de sulfates, et on le refermait pour le laver de nouveau à l’alcool résidu et dissoudre et entraîner le sucre qui pouvait adhérer aux toiles, et dont la présence aurait eu, pour les opérations suivantes, les inconvénients déjà signalés.
- L’alcool de lavage peut être, à volonté, réuni aux liquides à désaturer ou renvoyé au réservoir spécial. La durée moyenne d’une opération complète pour 50 kil. de mélasse traitée était de 55 minutes.
- C’est encore trop long. L’opération entière ne devrait pas durer plus de 30 minutes, soit 20 minutes de filtration et \ 0 minutes de lavage, sous peine de perdre du sucre par désaturation dans les tourteaux.
- 23. Modification projetée des appareils de séparation des précipités. — Malgré l’amélioration résultant de la diminution d’épaisseur des tourteaux, l’emploi du fdtre-presse ne laisse pas que d’être assez lent et de faciliter les accidents provenant éventuellement d’une désaturation trop rapide, puisque toute la liqueur se trouve forcée de passer au contact des cristaux de sucre qui ont pu se déposer ou se former dans les tourteaux de sels : on est dans ce cas dans les circonstances les plus favorables à la désaturation rapide.
- Pour éviter cet inconvénient, l’auteur du procédé se propose, dans les installations futures, d’employer pour la séparation des sels une turbine pleine horizontale, c’est-à-dire un cylindre complètement fermé, monté sur un axe horizontal et animé d’un mouvement de rotation très-rapide autour de son axe.
- Le liquide trouble à clarifier entre par l’une des extrémités au moyen de trous percés dans l’axe. La force centrifuge éclaircit immédiatement le liquide en lançant tous les sels contre la paroi, où ils se réunissent en couche de plus en plus épaisse, tandis que le liquide^ éclairci par le dépôt ainsi produit, s’écoule par d’autres trous ménagés dans l’autre extrémité de l’axe.
- On peut continuer l’introduction du liquide trouble aussi longtemps que le liquide sort clair à l’extrémité opposée; dès que, par l’abondance du dépôt déjà formé, la clarification devient insuffisante, on arrête l’introduction du liquide troublé sans arrêter le mouvement de la turbine : le liquide qui reste’dans la turbine s’éclaircit immédiatement, et on le déplace par de l’alcool résidu, pour le recueillir entièrement.
- L’alcool résidu destiné à la rectification est à son tour déplacé par de l’eau froide, et cette eau commence la dissolution des sels que l’on achève par de l’eau chaude.
- Ces,dissolutions, il va sans dire, sont recueillies à part. On les soumet tout d’abord à une distillation par barbotage de vapeur, pour entraîners condenser et recueillir l’alcool qui peut s’y trouver mélangé, et l’on obtient enfin une dissolution qui ne contient plus que les sels du précipité formé dans la mélasse.
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- 24. Traitement des résidus salins. — La composition moyenne des précipités salins obtenus dans les premiers essais s’est trouvée la suivante :
- Sulfate de potasse. 8
- Sulfate de soude. ......................................... 5
- Sulfate de chaux......................................... 2
- Total. ........................ 15 parties.
- Pour les amener à la forme commerciale la plus avantageuse, on élimine d’abord, par filtration, le sulfate de chaux, qui est presque insoluble et n’a pas de valeur. Cette filtration élimine en même temps les impuretés qui auraient pu être entraînées jusque-là. Puis on laisse refroidir la liqueur concentrée, qui abandonne près des 9/10 du sulfate de potasse qu’elle contient.
- Pour éviter des manipulations accessoires, on peut concentrer le reste en bloc, sans s’occuper de séparer le sulfate de potasse du sulfate de soude, et l’on peut vendre ces sels bruts aux fabricants d’engrais. Le traitement serait le même s’il s’agissait des tourteaux retirés des filtres-presses.
- On les dissout immédiatement, en les jetant dans l’eau au sortir du filtre-presse, pour éviter les pertes d’alcool, et l’on recueille successivement l’alcool et les sels comme ci-dessus,
- La perte d’alcool par évaporation, pendant la manipulation des tourteaux, est très-faible. On peut, à la température de 15° centigrades, l’estimer à 5gr,30 par décimètre carré et par heure.
- 25. Dispositions accessoires. — La grande volatilité de l’alcool, même à la température ordinaire, pouvant donner lieu à des pertes considérables, il doit être de règle que toutes les manipulations se fassent en vases clos. C’est ainsi qu’au lieu de se faire dans une gouttière, à l’air libre, l’écoulement des robinets du filtre-presse doit se faire par des tuyaux de caoutchouc, sur la longueur desquels on interpose un tronçon de tube de verre, qui permette de surveiller l’écoulement du liquide dans chaque compartiment, la limpidité de la liqueur, les différentes conditions du travail, et de remédier aux inconvénients que l’on constaterait en réglant ou fermant au besoin les robinets.
- Quel que soit l’appareil employé à la séparation des précipités, il sera utile dê le placer dans une position telle, qu’il puisse recevoir par écoulement libre le liquide de l’appareil antérieur et le verser par écoulement libre dans l’appareil suivant. On évitera ainsi l’emploi des pompes ou autres appareils de montage des liquides, qui peuvent devenir une cause de trouble dans la bonne marche des opérations, et nécessiteraient en tous cas des nettoyages incessants et des pertes de temps considérables ^
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- 26. Cristallisation, épuration et séparation du sucre. — Appareil de Marly. — X/appareil employé à Marly pour la désaturation de la liqueur alcoolique avait été étudié dans le but de pouvoir y faire aussi le clairçage et l’épuration du sucre produit, et d’y compléter son séchage, de manière à en retirer un produit en poudre prêt à être livré au commerce.
- A cet effet, l’appareil se composait de deux troncs de cône réunis par leur grande base à une pièce cylindrique centrale montée sur deux tourillons, qui permettaient de donner à tout le système un mouvement de rotation autour de son axe.
- Chacun des deux troncs de cône se termine par un cône plus petit. Le cône supérieur de l’appareil au repos est fermé à volonté- par un bouchon à bride serré par deux écrous ou raccordé par les mêmes écrous à la bride d’un tuyau qui amène les liquides à traiter. Le cône inférieur de l’appareil au repos est garni à sa base d’une toile métallique fdtrante engagée dans le joint du petit.cône terminal, qui est rempli lui-même de bourre de laine et terminé par un robinet de vidange, que l’on jonctionne à volonté aux,, réservoirs de liquide épuisé ou à une pompe, dont l’utilité sera indiquée plus loin.
- Enfin chacun des deux cônes est garni d’un cône enveloppe formant double fond. La vapeur peut être admise à volonté par l’un des tourillons disposé à cet effet et se répartir dans l’espace annulaire compris entre les deux enveloppes, tandis que le second tourillon, également creux, mis en communication avec un serpentin de condensation, peut donner à volonté issue aux vapeurs qui se produisent dans l’appareil quand on y chauffe des matières humides.
- Une toile métallique fixée devant rorifice du tourillon empêche d’ailleurs les matières solides de s’y engager.
- L’appareil étant au repos dans une position verticale, on raccorde le cône supérieur au tuyau qui amène du filtre-presse la liqueur claire.
- On a pris soin de réchauffer au besoin les parois du récipient avant l’introduction du mélange, pour éviter une précipitation brusque du sucre sous une forme sirupeuse, qui empâterait les cristaux déjà formés et en entraverait le développement régulier.
- Aussitôt la filtration terminée et l’écoulement arrêté, on introduit par le même orifice le complément de l’alcool concentré à 95°, qui augmente l’insolubilité du sucre et l’état de sursaturation de la liqueur. On l’échauffe également à 50° degrés centigrades, pour éviter une désaturation trop brusque.
- Enfin, pour déterminer une cristallisation plus facile ,et en abréger la durée, on introduit dans la liqueur sursaturée une certaine quantité de sucre en poudre, qui sert d’amorce à la cristallisation, et dont l’action est d’autant plus énergique, que ce sucre est en poudre plus fine et en quantité plus grande, et offre par conséquent une plus grande sur-
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- face d’action pour le dépôt des éléments cristallins abandonnés par la liqueur.
- On employait en moyenne, à Marly, dans les expériences faites du 13 au 21 avril 1870, une proportion de sucre en poudre égale à 50 pour 100 du poids de la mélasse traitée.
- Au point de vue de la dépense, cette quantité est indifférente, puisqu’elle se retrouve .intégralement à la fin de l’opération avec le sucre abandonné par la liqueur, et l’on a intérêt à l’augmenter pour accélérer le plus possible le dépôt de tout le sucre que la liqueur est susceptible d’abandonner.
- A peine le sucre et l’alcool introduits dans l’appareil, la désaturation marche avec rapidité.
- Pour l’accélérer encore, il faut renouveler les surfaces et multiplier les contacts en agitant les cristaux dans de la liqueur, et pour cela on ferme l’appareil et on lui imprime un mouvement de rotation continu autour de son axe.
- Favorisée par le mouvement continuel des cristaux au sein de la liqueur, la désaturation marche d’abord très-vite, ce que l’on peut facilement constater par l’observation du titre alcoométrique apparent de la liqueur. Ce titre, qui peut varier de \ 6° à 17° à l’alcoomètre, à la température de 18° centigrades au moment où la sursaturation est à son maximum, peut s’élever en une heure jusqu’à 40° ou 42° alcoomètri-ques. La seconde heure d’agitation ne fait plus gagner que 3 à 4 ou 5 degrés alcoométriques; les heures suivantes n’en font plus gagner qu’un ou deux, et, pour arriver à la désaturation complète, il ne faut pas moins de cinq heures : encore est-il nécessaire, si l’on veut obtenir la cristallisation aussi complète que possible, d’avoir recours à un artifice qui consiste à faire filtrer la liqueur à plusieurs reprises à travers les cristaux déjà formés.
- Aussi la marche la plus logique pour obtenir un travail rapide est-elle d’opérer la précipitation par agitation pendant une heure et demie à deux heures, puis d’arrêter le mouvement de l’appareil et de faire filtrer la liqueur à travers le sucre précipité, jusqu’à ce que la liqueur ait atteint un degré que l’on peut calculer d’avance, et à partir duquel il n’y a plus possibilité de faire cristalliser de nouvelles quantités de sucre.
- Dans les conditions moyennes précédemment définies, ce point est atteint quand l’alcoomètre marque 50° à 54° à la température de 18° centigrades.
- Pour faire cette filtration continue, on arrête le mouvement de l’appareil, on le place dans la position verticale, le cône filtrant en haut, pour le démonter et le garnir de laine neuve ; puis, ramenant en bas le cône filtrant, oTi fait communiquer les ajutages inférieur et supérieur de l’appareil avec une pompe aspirante et foulante; on ouvre le robinet inférieur, on met la pompe en mouvement/et l’on établit ainsi à travers
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- le sucre réuni à la base de l’appareil une circulation continue, que l’on fait durer le temps nécessaire pour amener la désaturation au point voulu, ce qu’indiquent au besoin les pesées faites de temps à autre à l’alcoomètre.
- Ce point obtenu, on laisse filtrer une dernière fois toute la liqueur, qui est alors ce que nous avons nommé l’alcool résidu, et on l’envoie dans le réservoir spécial destiné à le recueillir; on laisse égouter et l’on nettoie la surface des cristaux de sucre salie par l’alcool résidu qui les baignait, au moyen d’un clairçage à l’alcool pur concentré au titre de 95°, afin de dissoudre le moins possible de sucre. Cet alcool de clairçage, recueilli à part, servira, comme on l’a vu, à sursaturer les liqueurs d’une opération suivante.
- Le clairçage terminé, le sucre est pur, propre, mais imprégné d’alcool. Pour recueillir celui-ci en desséchant le sucre, on ferme l’appareil; on le met en mouvement et l’on chauffe les faux fonds par une introduction de vapeur. La masse de sucre déposée sur le filtre se sépare, roule dans l’appareil en se divisant, se désagrégeant et s’échauffant graduellement; l’alcool distille et se rend par le second tourillon creux dans un serpentin condenseur, tandis que le sucre devient peu à peu sec et pulvérulent.
- On arrête alors le mouvement de l’appareil, on ouvre le tampon du cône supérieur, et, amenant en bas son orifice, on fait écouler le sucre dans un récipient convenable. La poudre obtenue est très-fine et très-sèche; pour la recueillir sans perte, il est nécessaire d'employer des sacs en toile très-fine et d’éviter les mouvements de l’air, qui pourraient en entraîner une partie et occasionner des déchets.
- Avant de recommencer une opération nouvelle, on nettoie avec une raclette les parois intérieures de l’appareil, pour en détacher tout le sucre qui pourrait y adhérer encore par suite du chauffage direct, qui facilite cette adhérence. La croûte ainsi formée pourrait se caraméliser par son chauffage prolongé et arrêterait en partie le passage de la chaleur.
- Les dimensions de l’appareil mis en usage à Marly lui donnaient une contenance de plus de 400 litres : il pouvait donc aisément contenir les produits d’une opération faite sur 400 kilogrammes de mélasse. Pour cette quantité l’on peut estimer comme suit la durée moyenne de chaque détail de l’opération :
- Remplissage de l’appareil............................ 30' à 60'
- Introduction de l’alcool à 93° et du sucre amorce, fermeture de l’appareil et mise en train.............. 15'
- Rotation et première désaturation..................... 2h à 5h
- Filtration continue et désaturation complémentaire.. . 4h à lh30'
- Clairçage.......................................... 41* à 5h
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- Séchage. . ....................... 3h
- Ouverture de l’appareil, extraction du sucre, grattage. 30f
- Durée totale de l’opération,. .......... à 16b
- 27. Modification projetée des appareils de cristallisation et désaturation. — L’appareil qui vient d’être décrit avait été tout d’abord créé dans la pensée de réduire les pertes d’alcool en évitant les manipulations d’un vase à un autre, et c’est pour cela que l’auteur du procédé s’était surtout préoccupé de faire toutes les opérations dans un seul et même récipient convenablement approprié.
- La complication résultant de cette condition et la lenteur de travail qui en est la conséquence ont amené l’auteur du procédé à modifier cette partie de l’outillage, en séparant les diverses opérations et appliquant à chacune d’elles un appareil qui lui soit plus spécialement approprié.
- La cristallisation se ferait, dans la nouvelle disposition, par l’agitation du liquide sursaturé dans un cylindre horizontal tournant, qui recevrait, comme précédemment, le mélange alcoolique filtré, l’alcool à 95° et le sucre-amorce.
- On le laisse tourner un temps suffisant pour pouvoir constater à l’alcoomètre la désaturation complète; on fait alors écouler par l’axe le liquide et le sucre en suspension, qui se trouvent au-dessus de son niveau, puis le reste du liquide par un ajutage latéral placé au-dessous de l’axe; on laisse dans l’appareil, comme sucre-amorce, le sucre en assez grande quantité qui n’a pas été entraîné par le liquide.
- Toutes les matières sorties du désaturateur arrivent dans un filtre vertical fermé, de diamètre réduit, où on laisse d’abord décanter le tout; on soutire par un robinet latéral l’alcool résidu qui surnage au-dessus du sucre précipité, et par un robinet inférieur celui qui filtre à travers la masse du sucre précipité. Cet égouttage terminé, on lave le sucre et on l’épure dans le même filtre par un clairçage à l’alcool pur à 95°, qui servira plus tard à la sursaturation des opérations subséquentes.
- Au lieu de sécher le sucre après clairçage, on le redissout après égouttage complet de l’alcool avec de l’eau à 70° cenligrades. La dissolution est conduite dans un alambic où l’on régénère l’alcool. Aussitôt le sirop débarrassé d’alcool, on le traite comme un sirop ordinaire, on le filtre sur le noir animal et on le cuit. On obtient ainsi très-simplement du sucre d’une pureté remarquable.
- 28. Emploi des Résidus. — Par le roulement expliqué des alcools, en employant pour l’attaque et les lavages d’appareils l’alcool résidu d’opérations antérieures, et pour la saturation l’alcool de clairçage de ces mêmes opérations, on arrive à n’employer en somme, en alcool pur, qu’un hectolitre et quart par chaque cent kilogrammes de mélasse trai-
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- tée. On a donc, par chaque cent kilogrammes traités, un excédant disponible d’alcool résidu égal à la quantité d’alcool pur mise en œuvre, soit 1,215 hectolitre. Cet alcool est au titre approximatif de 82°. Il est saturé de tout le sucre qu’il peut dissoudre eu égard à la quantité d’eau à laquelle il est combiné, et contient de plus toutes les matières organiques et colorantes de la mélasse.
- Il faut récupérer, en le rectifiant, l’alcool engagé dans ce mélange et reconstituer avec le résidu une mélasse marchande.
- A cet effet, on étend ce résidu d’un volume égal d’eau, de manière à abaisser son titre à la teneur de 41 pour 100 d’alcool. On neutralise par la chaux tous les acides organiques existant dans la liqueur, et l’on rectifie. Il reste après cette rectification une vinasse, qui n’est autre qu’une mélasse propre à la fabrication de l’alcool par fermentation.
- 29. Rendement des essais de Marly. — Dans la série d’essais auxquels nous avons assisté, essais qui servaient surtout à l’étude des meilleures conditions de travail et d’emploi des appareils, plusieurs des opérations ont été troublées par quelques-uns des accidents que nous avons signalés au cours de cette étude comme devant être évités avec soin.
- Tantôt le filtre-presse, par l’épaisseur trop grande des vides laissés pour la formation des tourteaux, donnait une filtration trop lente, et l’on pouvait constater facilement, par une simple pesée à l’aréomètre du liquide sortant du filtre, que sa teneur en sucre, daus ce cas, allait constamment en s’abaissant. Le rendement se trouvait alors diminué de tout le poids du sucre cristallisé dans les tourteaux.
- Tantôt la mélasse contenait des cristaux invisibles à l’œil nu, mais perceptibles avec une loupe puissante; et, malgré une filtration rapide, le rendement était diminué par la précipitation du sucre qui commençait à se produire même dans le malaxeur et restait en mélange avec les sels.
- Lorsque les précautions indiquées ont été exactement prises, les rendements industriels se sont approchés des rendements les plus élevés du laboratoire.
- Nous devons ajouter que les opérations, même considérées comme défectueuses pour l’un des vices signalés plus haut ont encore donné des rendements assez satisfaisants. Ainsi les expériences des 16 et 17 avril, faites dans des conditions moyennes assez normales, ont produit en sucre 34,50 pour 100 du poids de la mélasse traitée.
- D’autres expériences, où la mélasse contenait des traces de cristaux, ont produit en sucre 26 pour 100 du poids de la mélasse traitée, et celles qui' avaient été rejetées comme défectueuses, par suite d’une filtration trop lente, avaient donné en sucre 25,80 pour 100 du poids de la mélasse traitée.
- Une autre opération, où les deux inconvénients de l’emploi d’une mé-
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- ïasse contenant des cristaux et d’une filtration un peu trop lente vers la tin se sont rencontrés, a cependant encore produit en sucre pur 31,18 pour 100 du poids de la mélasse traitée.
- Enfin une expérience faite dans les meilleures conditions possibles a donné un rendement de 37,50 pour 100.
- Il semble donc permis de conclure que ce procédé, appliqué régulièrement, avec les soins voulus, des appareils convenables et les précautions spécifiées dans l’étude qui précède, donnerait couramment 30 à 35 kilogrammes de sucre pur par 100 kilogrammes de mélasse moyenne à 50 pour 100 de sucre, et peut-être même davantage, ce rendement correspondant à une extraction de 60 à 70 pour 100 du sucre engagé dans la mélasse.
- On peut se rendre compte d’ailleurs que, dans une installation définitive, dont toutes les parties seraient bien proportionnées et les appareils simplifiés, comme il a été indiqué dans les passages relatifs aux modifications projetées des appareils d’essai, la main-d’œuvre serait assez faible, pouvant se faire mécaniquement, et l’intervention de l’ouvrier se réduisant à une simple surveillance et à quelques manipulations de matières.
- Il n’y a dans l’application industrielle du système qu’un seul point qui n’ait pas été contrôlé, et c’est ce qui en a retardé jusqu’à présent la mise en pratique courante : c’est la valeur de la perte à laquelle pourraient donner lieu les rectifications successives des excédants d’alcool résidu non réemployés, pour séparer l’alcool pur de la mélasse épuisée, et le ramener au degré de concentration voulu pour le faire rentrer indéfiniment dans le roulement de la fabrication.
- Les bonnes distilleries, montées avec les appareils les plus perfectionnés, font des alcools bon goût au maximum de concentration, avec une perte de manipulation de 1,5 à 2 pour 100. Il est permis de croire que ces chiffres ne seraient pas dépassés. Mais, comme la difficulté de se procurer des appareils de distillation à une échelle proportionnée aux essais faits jusqu’ici se traduisait par des dépenses d’installation relativement considérables pour des appareils sans emploi, vu leurs dimen? sions, une fois l’essai terminé, on n’a pas encore pu donner un chiffre pratique, établi sur des données expérimentales spéciales et incontestables, pour la limite de cette perte, et les industriels ont dû reculer jusqu’à présent devant l’éventualité de cet inconnu.
- En effet, la valeur de l’alcool étant d’ordinaire peu différente.de celle du sucre, et la quantité à revivifier à chaque opération représentant environ quatre fois le poids du sucre extrait de la mélasse, on comprend qu’une perte un peu forte sur l’alcool détruirait tout bénéfice et pourrait même entraîner des pertes.
- Ce n’est là qu’une hypothèse, et il est très-probable que l’expérience faite dans des conditions convenables la réduirait à néant; mais, pour
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- l’industriel prudent qui ne veut rien laisser au hasard, il est nécessaire que l’on éclaire expérimentalement ce dernier point de la question.
- Toutes les autres difficultés sont maintenant écartées, et le jour où le contrôle du dernier point resté douteux aura prouvé que les pertes de la revivification à faire ne dépassent pas celles du travail ordinaire des alcools, le procédé nouveau pourra entrer avec succès dans la pratique industrielle.
- IV
- Étude du procédé Lair.
- 30. Théorie du procédé. — Nous avons déjà rapidement indiqué que ce procédé consistait, en principe, à engager le sucre dans une combinaison moins soluble que les matières étrangères qui y restaient mélangées, et à profiter de ces différences de solubilité pour opérer par lessivage l’isolement de cette combinaison, dont on peut alors extraire avantageusement le sucre, si elle est assez épurée.
- La matière employée est la chaux.
- Le sucre dissous, mis en présence de la chaux, forme avec elle des combinaisons définies ou des mélanges variables de combinaisons définies, suivant les quantités de matière en présence, les quantités de dissolvants, leur nature, leur température.
- Les principales combinaisons du sucre avec la chaux sont :
- Le sucrate monobasique. C12 H11 O11, Ga O contenant : sucre 85,93, chaux 14,07
- Le sucrate sesquibasique. 2(C12H11011),3CaO — — 80,28, — 19,72
- Le sucrate bibasique. .. CiaH11011, 2CaO — — 75,34, — 24,66
- Le sucrate tribasique. . . C12H11011, 3 CaO — — 67,06, — 32,94
- Il existe aussi des combinaisons de sucrâtes avec le carbonate de chaux et des quantités d’eau variables.
- L’auteur du procédé se propose de produire le sucrate bibasique de chaux, contenant 24,66 centièmes de chaux pour 75,34 centièmes de sucre ou 326 parties de chaux pour 1,000 parties de sucre.
- D’après ses indications, ce sucrate est très-peu soluble à froid dans l’eau pure; il devient de plus en plus soluble à mesure que la température s’élève.
- Il se dissout aussi très-facilement dans l’eau qui ^contient du sucre libre; il se forme alors des mélanges de sucrate monobasique et de sucrate bibasique en proportions variables avec la température jusqu’à 70». A cette limite, il n’y a plus de sucrate bibasique dans la liqueur suffi-
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- samment étendue, mais seulement du sucrate monobasique, même en présence d’un excès de chaux.
- Il suffit de jeter les yeux sur le tableau suivant, extrait de la chimie industrielle de Payen, tableau qui indique, d’après M. Péligot, les quantités relatives de sucre et de chaux que peut dissoudre une même quantité d’eau, pour y voir la preuve de la variation continuelle des proportions de sucrâtes définis que peut contenir une liqueur sucrée, suivant qu’elle est plus ou moins étendue d’eau.
- Nous pensons que ces résultats ont été observés pour une tempéra-ture de 15° centigrades.
- Ce renseignement n’est pas donné dans l’ouvrage de M. Payen, d’où nous avons tiré le tableau que nous avons jugé utile de reproduire ici.
- SUCRE DISSOUS dans 100 parties d’eau. DENSITÉ du liquide sucré. DENSITÉ que prend le liquide en le saturant de chaux. CENT DE SUBSTANCES SÈCHES CONTIENNENT J
- SUCRE. CHAUX.
- )) » » 75,34 24*66*
- 40,0 1,122 1,179 79,0 21,0
- 37,5 1,116 1,175 79,2 20,8
- 35,0 1,110 1,166 79,5 “ 20,5
- 32,5 1,103 1,159 79,7 20,3
- 30,0 1,096 1,148 79,9 20,1
- 27,5 1,089 1,139 80,1 19,9
- 25,0 1,082 1,128 80,2 19,8
- » » » 80,282 19,718 2
- 22,5 1,07 5 1,116 80,7 19,3
- 20,0 1,068 1,104 81,2 18,8
- 17,5 1,060 1,092 81,3 V 18,7
- 15,0 1,052 1,080 81,5 18,5
- 12,5 1,044 1,067 81,7 18,3
- 10,0 1,036 1,053 81,9 18,1
- 7,5 1,027 " 1,040 83,1 16,9
- 5,0 1,018 1,026 84,7 15,3
- » » » 85,93 14,078
- 2,5 1,009 1,014 86,2 13,8
- 1. Composition du sucrate bibasique, — 2. CompoSitiôn du sucrate sesquibasique. — 3, Composition du sucrate monobasique.
- - : . L -U •„.................. • ...__________ . _____________
- Nous avons intercalé, comme on le voit dans cè tableau, à titre de renseignement, les compositions des sucrâtes monobasique, sesquibasi-qüe et bibasique, rapportées à cent de substances sèches, sans vouloir préjuger par là la composition des sucrâtes qui entrent dans chacune des dissolutions observées.
- Si l’on veut obtenir des composés de sucre plus chargés de chaux, il faut prendre non-seulement des dissolutions de sucre très-concentrées, mais encore delà chaux en lait très-épais, de manière à ce que celle-ci apporte très-peu d’eau dans le mélange.
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- Si les proportions des matières mises en présence correspondent à la composition du sucrate bibasique, on obtient une pâte qui s’échauffe tout d’abord par le fait de la combinaison et reste fluide, mais qui s’épaissit bientôt à mesure que la température revient à l’état normal, et acquiert avec plus ou moins de temps, selon la rapidité d’abaissement de la température, une consistance analogue à celle de la cire d’abeilles, avec une cassure résineuse.
- Ce sucrate est, comme on l’a vu, très-peu soluble à froid; placé dans l’eau pure, il se gonfle et prend une apparence feuilletée; placé dans l’eau sucrée, il s’y dissout en proportion d’autant plus grande que l’eau contient plus de sucre libre. Nous regrettons de n’avoir pas de tables indiquant exactement la mesure de ces divers phénomènes; elles n’ont pas encore été construites.
- De ces propriétés du sucrate bibasique il résulte que, si Ton parvient à engager le sucre de la mélasse dans une combinaison de cette forme, la grande solubilité dans l’eau de toutes les matières mêlées ou combinées au sucre dans la mélasse permettra de les séparer avec la plus grande facilité du sucrate insoluble, qui lui-même, une fois isolé, pourra, selon son degré d’épuration, fournir, par une décomposition ultérieure* du sucre plus ou moins pur.
- On additionne donc à de la mélasse à 40° ou 42° B. (1,38 à \ ,40 de densité) au moins, du lait de chaux à 30° ou 32° B. (1,26 à 1,28 de densité), en quantité telle, que la chaux réelle libre ajoutée soit au sucre contenu dans la mélasse dans le rapport de 35 à 100, légèrement supérieur au rapport théorique.
- On mélange rapidement et l’on abandonne le mélange à lui-même. Il se refroidit peu à peu et se prend en masse très-consistante. Au bout de deux ou trois jours, selon la température ambiante et l’exactitude des dosages, les pains, devenus très-durs, se fendillent par retrait et se cassent; on les découpe et l’on soumet la matière divisée en menus fragments à une lixiviation méthodique à l’eau de chaux» Celle-ci se charge progressivement des matières salines et colorantes, et sa densité s’élève ainsi jusqu’à 10° et 15° B. et même plus, tandis que le sucrate, lavé par des eaux de plus en plus pures, s’épure et blanchit progressivement. u '
- Quand le lavage est suffisant, le sucrate épuré est envoyé à une chaudière, où on le traite par l’acide carbonique, qui précipite la chaux et forme un sirop, que l’on peut, après décantation et filtration, traiter comme les sirops ordinaires par la cuite en grains, s’il est suffisamment épuré, ou par la cuite au filet, comme un sirop de second jet, s’il est moins pur. .
- D’autre part, les eaux de lavage carbonatées’et concentrées à’ nouveau donnent des mélasses reconstituées appauvries en sucre et enrichies en éléments salins et organiques. ’ 1
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- 31. Essais industriels du procédé. — Il a été fait jusqu’à présent trois essais industriels de cette méthode de traitement des mélasses.
- Comme pour le procédé précédemment décrit et comme pour tous les procédés nouveaux, ces essais ont surtout servi à l’étude des appareils les plus propres à réaliser le programme théorique du procédé.
- Un premier essai a été fait aux sucreries d’Anizy-le-Château et de Quincy-Basse; Tannée suivante, de nouvelles épreuves ont eu lieu à la sucrerie de Tavaux-Pontséricourt, d’une part, et en Allemagne, chez M. Eissfeldt, de l’autre.
- L’outillage employé dans les deux essais d’Anizy et de Tavaux était à peu près le même.
- C’est celui que nous allons décrire tout d’abord.
- 32. Préparation du sucrate. — Les lots de mélasse destinés à l’opération étaient analysés tout d’abord de manière à permettre le calcul des dosages.
- Un petit excès de chaux n’ayant pas d’inoonvénients, on rapportait cette analyse au volume au moyen d’une mesure de la densité, et Ton pouvait alors jauger la mélasse au volume.
- Le lait de chaux employé doit être très-épais, comme il a été déjà indiqué; mais il importe à la bonne préparation de la matière qu’il soit aussi susceptible d’un mélange très-intime avec la mélasse, puisque c’est la condition de rigueur d’une combinaison complète.
- On éteignait donc la chaux avec un excès d’eau, de manière à former un lait à 10° ou 12° Baurné; on le délayait parfaitement; on filtrait sur un tamis très-fin, pour séparer tous les grumeaux, et on laissait reposer ce lait très-liquide. Au bout de quelques heures, la chaux se précipitait et beau surnageait ; on décantait et Ton arrivait à obtenir ainsi un lait convenable, c’est-à-dire ayant une densité de 30° à 32° Baume et contenant en poids 25 pour 100 de chaux réelle libre.
- Les matières à employer étant emmagasinées d’avance dans des bacs destinés à cet emploi, de manière à ne les mettre en œuvre que refroidies à la température ordinaire, on jaugeait la mélasse destinée à l’opération et on la coulait dans le bac à mélange.
- On y faisait arriver d’antre part, en le jaugeant aussi, le lait de chaux épais, et des ouvriers placés de chaque côté agitaient et brassaient vivement le mélange avec des rabots, pour le rendre aussi homogène que possible.
- La masse s’échauffait de suite d’une quinzaine de degrés centigrades, et Ton procédait sans arrêt àsa mise en pains,enla coulant dans des cris-tallisoirs de 0m,70 sur 0m,70 de dimensions horizontales, et de 0m,15 de profondeur, où elle se refroidissait et faisait prise.
- Quand le dosage est bon, le mélange bien préparé commence à s’épaissir en moins d’une heure; au bout de douze heures, les pains sont
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- durs et pourraient être employés. Cependant la dureté va en augmentant encore les jours suivants, et il est préférable d’employer de la matière de deux ou trois jours.
- Au bout de ce temps, la masse commence à prendre du retrait et à se fendiller. La cassure est alors tout à fait brillante, sèche, résineuse, et les pains deviennent assez fragiles.
- 33. Découpage et macération du sucrate. — Les pains de sucrate arrivés à une consistance convenable étaient portés sur une table, où un couteau animé d’un mouvement de va-et-vient vertical les découpait en tranches de 8 à 10 millimètres d’épaisseur, cette division ayant pour but de rendre régulier et rapide le lavage auquel la matière devait être soumise.
- Ces tranches minces, disposées sur des claies d’osier, étaient empilées dans des bacs, dont elles occupaient ensemble toute la surface; et ces bacs eux-mêmes, étant disposés en série et reliés par des tuyaux convenablement disposés, pouvaient servir à un lavage méthodique de la masse.
- Les bacs étant remplis, on faisait arriver sur le premier de l’eau légèrement chaulée, pour neutraliser l’action de l’acide carbonique de l'air sur le sucrate en lui fournissant un excès de chaux disponible. Cette eau, chargée dans le premier bac de matières colorantes et salines, passait ensuite dans le second, puis dans le troisième, et arrivait ainsi progressivement à la densité de \%° à 14° Baumé.
- A cette densité, l’eau de lavage n’agissant guère plus utilement sur le sucrate, on la recueillait pour la carbonater et la concentrer,-en reconstituant ainsi une mélasse où l’on avait accumulé la plus grande partie des sels de la mélasse primitive.
- Le sucrate suffisamment macéré et lavé par des eaux de plus en plus pures, et en dernier lieu par de l’eau pure, ayant graduellement perdu sa coloration et pris une teinte blanche, on vidait l’eau de lavage, que l’on remontait dans un réservoir supérieur, pour la faire servir aux bacs suivants, et l’on extrayait le sucrate en le mélangeant au besoin avec un peu d’eau; puis on l’envoyait par un monte-jus dans les chaudières à carbonater. '
- Cette carbonatation offre un peu plus dê difficulté que celle des jus de betteraves, parce que le sucrate pâteux mousse très-facilement et tend à déborder des bats. Aussi ne faut-il remplir les chaudières qu’à moitié ou au tiers, et faire arriver l’acide carbonique lentement et à froid. Quand les mousses commencent à venir, on chauffe jusqu’à 70° ou 80<> centigrades, et on ne donne du gaz que progressivement et à mesure que les mousses s’abattent.
- La chaux se trouvant précipitée, on décantait et fdtrait : on séparait et lavait le dépôt; on isolait le jus limpide, et le travail restant à faire
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- n’était plus que le travail ordinaire des sirops : filtration sur le noir, évaporation, concentration, cuite.
- 84. Outillage employé en Allemagne. — Les essais faits en Allemagne ayant eu lieu dans une sucrerie qui travaille les betteraves par le procédé dit de macération ou de diffusion, son outillage spécial se trouvait parfaitement approprié au travail à faire sur le sucrate.
- Le coupe-racines destiné à découper les betteraves en cosseltes a servi à la division des pains de sucrate. Le lavage méthodique et la macération des sucrâtes se sont faits dans les batteries de diffuseurs destinés à la macération des cosseltes.
- Ces batteries, au nombre de deux, se composent chacune de 8 vases cylindriques de \ “,10 environ de diamètre et de lm,30 environ de hauteur, garnis chacun à la base d’un double fond en tôle et à la partie supérieure d’une fermeture mobile, et reliés par des tuyaux qui mettent en communication le haut de chaque appareil avec le bas du suivant et forment une série continue.
- La macération se fait comme d’ordinaire; quant au découpage, il se fait très-bien, à lacondition d’arroser constamment le sucrate, pour empêcher les fragments de se coller les uns aux autres; l’eau qui mouille de suite les surfaces empêche cet effet, et, le tout étant jeté de suite dans le liquide où va se faire la macération, l’agglomération en masse des morceaux divisés par la machine n’est plus à craindre.
- 35. Résultats obtenus. — Essais cL’Anizy. — Nous relatons ici ces résultats, dont nous devons la communication à l’auteur du procédé.
- On a employé 6 852 kilogrammes de mélasse ayant la composition relatée ci-dessous; d’où résulte, pour le rapport du sucre aux sels :
- 47,75 10,65 9,00 32,60 100,00
- Qn a obtenu directement de la cuite des sirops une mass'e cuite ayant
- pour composition :
- Sucre cristallisable............................. 70,00
- Sucre incristallisable......................... , . . 0,20
- Cendres sulfuriques............. 6,66
- Eau; matières organiques, divers.................... 23,14
- Total..................... 100,00
- 47,75 ___ M8 \ 0,65
- Mélasse employée :
- Sucre cristallisable,. . . .....................
- Sels............................................
- Matières organiques.............................
- Eau.................................
- ' " Total. .................
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- Gette masse cuite a donné au turbinage 1 050 kilogrammes de sucre de premier jet, où l’analyse a constaté :
- Sucre cristallisable.. . ............... 98,50
- Impuretés diverses................................ 1,50
- Total....................! 100,00
- Par concentration et cristallisation du sirop d’égout de ce turbinage, on a obtenu une masse cuite de second jet, qui elle-même a rendu 525kilogrammes de sucre de second jet, où l’analyse a constaté :
- Sucre cristallisable................................... 84,50
- Sels, matières organiques, etc......................... 15,50
- Total. 100,00
- Les eaux de lavage mises de côté avaient, d’autre part, une composition dont les deux analyses suivantes peuvent donner l’idée :
- Échantillon A. Échantillon B.
- Sucre cristallisable............... 5,90 5,85
- Cendres sulfuriques.. . ... . , . . 2,78 2,59
- Eau................................ 86,00 87,00
- Matières organiques et divers. . .'. . 5,32 4,56
- Totaux............... 100,00 100,00
- Densité. ......................... 8n B. 8° B.
- La concentration de toutes les eaux recueillies a donné une mélasse dont la composition moyenne s’est trouvée :
- Sucre cristallisable.................................. 46,00
- Sels................................. 22,50
- Matières organiques. ............................... 47,50
- Eau.................................................. 14,00
- Total. . ............; , 100,00
- Le poids de la mélasse ainsi obtenue a été de 2 710 kilogrammes.
- Les pertes de matière, assez considérables par suite du mauvais état de certaines parties de l’outillage employé, ont été, sans tenir compte de l’eau évaporée pendant la concentration de la mélasse reconstituée, de 547 kilogrammes de sucre et de 165 kilogrammes de sels.
- Ces pertes, qui correspondent ù 15 pour 100 du poids de la mélasse traitée, ne sont nullement inhérentes au système; nous ne les notons qu’avec la réserve indiquée plus haut relativement à leur cause probable. , ,
- De ces chiffres il résulte :
- Que le rapport du poids du sucre brut recueilli au poids de la mélasse traitée a été, dans cet essai, de 23 pour 100; que le rapport du poids
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- du sucre pur recueilli au poids du sucre pur engagé dans la mélasse traitée a été de 45 pour 100; que le rapport du poids de la mélasse reconstituée au poids de la mélasse traitée a été de 39,5 pour 100.
- 36. Essais faits en Allemagne, chez M. Eissfeldt. — La quantité de mélasse traitée a été de 100 000 kilogrammes.
- Cette mélasse, abstraction faite de l’eau, contenait :
- Matières sèches. .1 çU,Cre* ’ ’ ............... ^
- ( Sels et matières organiques.. . 37
- Total.................... 100
- Les eaux de diffusion retirées des appareils après deux jours de travail avaient une densité de 121° B.
- Abstraction faite de l’eau de dissolution, elles contenaient :
- Matières sèches. .
- fSr
- Sucre........................... 45
- Sels et matières organiques.. . 55
- Total...................... 100
- Si nous cherchons quelle proportion de sucre de la mélasse primitive est passée dans l’eau de diffusion, en supposant que tous les sels y soient passés et comparant leur poids à celui du sucre, on trouve :
- * *5 ,, ,
- 37 = 56’ doUæ = 30'
- Sur les 63 parties de sucre contenues dan^ 100 de matières sèches de la mélasse primitive, il en a donc passé 30 dans la mélasse reconstituée. On en a isolé ou perdu dans les manipulations 33, c’est-à-dire 52 pour 100 du sucre contenu dans la mélasse primitive. •
- Les résultats définitifs de l’ensemble du travail ont été :
- Sucre de premier jet titrant 97,80, sucre pur. . 16 800k, soit 16,8 %
- Sucre de second jet............................ 8 400 » 8,4 »
- Total du sucre retiré......... 25 200 » 25,2 »
- Mélasse reconstituée............................ 64 800 » 64,8 »
- Eau évaporée et pertes.......................... 10 000- » 10,0 »
- Ensemble..................... 100 000 » 100,0»
- 37. Essais faits à Tavaux-Pontséricourt. '— Nous ne parlerons que pour mémoire de ces essais, qui se sont trouvés interrompus par la nécessité de démonter, à l’approche de la fabrication, l’outillage provisoire qui uvait été installé au milieu de l’outillage courant de l’usine, dont une partie avait été utilisée.
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- Faits d’ailleurs à petite échelle dans le but de continuer les études commencées à Anizy et à Quincy des meilleures conditions de travail et des meilleures dispositions d’appareils, ils ont servi surtout à élucider le détail des conditions diverses nécessaires à la réussite de l’opération et nous allons donner maintenant les résultats auxquels a conduit cette étude.
- 38. Étude critique des divers essais. — Conditions à remplir pour réussir. — Choix des matières. — Toutes les mélasses ordinaires du commerce peuvent être employées pourvu qu’elles ne soient point altérées : il faut seulement les employer au maximum de concentration compatible avec la nécessité de faire un mélange bien intime, tout excès d’eau dans le mélange étant un obstacle à sa solidification et à sa cristallisation.
- Il ne faut pas que la quantité totale d’eau dépasse une proportion finale de 40 à 421 pour 100 du poids total des matières mises en œuvre dans le mélange.
- La chaux doit être aussi pure et aussi grasse que possible. Les chaux impures donnent trop difficilement des laits denses contenant la quantité minimum nécessaire de chaux réelle libre utile à la combinaison, soit 25 pour cent en poids du lait employé.
- De plus, les matières étrangères intimement mêlées à la chaux et par suite aux sucrâtes en détruisent la cohésion et facilitent la désagrégation de la matière pendant la sursaturation. Alors le sucrate tombe en boue et intercepte le passage régulier des eaux tandis qu’une partie peut être entraînée mécaniquement et perdue dans les eaux de lavage.
- 39. Températures à observer. —- Il faut éviter avec soin que la température des mélanges ou des eaux de lavage ne s’élève trop. Il faut donc, tout d’abord, n'employer les matières, lait de chaux ou mélasse, que froides; il se forme sans cela des composés calcaires que le lavage entraîne difficilement et que la carbonatation détruit incomplètement, et ces sels de chaux accompagnent le sucrate, puis le sucre mis en liberté dans toutes les opérations ultérieures, entravent la cuite et empêchent la cristallisation comme le font les sels de la mélasse.
- Il faut encore que les eaux employées à la-macération soient aussi froides que possible ; car la solubilité du sucrate augmente avec la température et la richesse en sucre de la liqueur qui le baigne. Les essais qui ont été réussis ont été faits au printemps par des1 températures moyennes assez basses. Ceux qui n’ont pu être menés à bonne fin avaient lieu aux mois de juin et de juillet. f '< '• -i. >y
- 40. Outillage. — L’appareil employé en Allemagne pour découper le
- sucrate en cossettes est le seul convenable pour cette‘opération. L
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- Le couteau mécanique employé à Anizy et à Tavaux n’était d’ailleurs qu’un outil économique et provisoire pour un essai à petite échelle. Son inconvénient est, d’une part, son faible rendement et la forte main-d’œuvre relative qu’il emploie, de l’autre, la nécessité pour les ouvriers de manipuler eux-mêmes tous ces morceaux de sucrate. Cette matière est presque aussi corrosive que la chaux pure. On est obligé de travailler avec des gants en caoutchouc qui se coupent de suite au contact des outils et qui sont une préservation insuffisante en même temps qu’un entretien coûteux.
- Dans les installations spéciales, les machines à cossettes laissent tomber la matière découpée dans un vase ou un wagonnet que l’on amène directement au-dessus de l’appareil à charger. Dans les essais d’Ànizy, Quincy et Tavaux, le sucrate était placé sur des claies en osier empilées dans des bacs. Il faut absolument proscrire ce mode de travail, La disposition de la matière sur des claies et le placement de ces claies sont des opérations coûteuses, La présence même de ces claies dans les bacs où circule l’eau de macération n’est pas compatible avec une distribution parfaitement homogène de la matière à laver; or cette homogénéité de distribution est elle-même une condition rigoureuse de la bonne répartition et du renouvellement régulier de l’eau de lavage, Aussi l’opération se fait-elle mal.
- Enfin l’enlèvement des claies et la séparation du sucrate pâteux qui y reste adhérent sont des opérations qui n’ont rien de courant et d’industriel.
- On a vu, par les résultats obtenus en Allemagne où le sucrate en cossettes était tout simplement jeté en vrac dans les diffuseurs, que cette disposition de claies, si onéreuse de main-d’œuvre et d’entretien, était absolument inutile. Il suffit pour cela que la matière soit suffisamment dure pour ne pas se tasser et se coller aux morceaux voisins en ne formant qu’une seule masse. C’est une question de bonne composition et de bonne préparation de la matière première.
- Les principes qui doivent guider dans le choix des appareils de macération sont les mêmes qui s’appliquent à toute espèce de macération et de lavage méthodique.
- Il faut que les vases de macération soient assez nombreux pour que les eaux de lavage puissent s’enrichir au maximum de la matière à dissoudre.
- Il faut que la circulation des liquides ait lieu de bas en haut pour diminuer les chances de répartition irrégulière du liquide et neutraliser en partie la tendance au tassement des matières solides que la poussée du liquide tend alors à soulever en l’entraînant dans son mouvement.
- Il faut que la section horizontale des vases de macération soit faible afin de pouvoir, pour un volume donné de matière mise en œuvre à la
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- fois j allonger lé circuit et mieux graduer l'augmentation de densité des eàux de lavage. En même temps cela permet d'augmenter la vitesse du courant assez pour qu’il ne se produise pas de liquation entre les diverses couches du liquide qui augmente de densité à mesure qu’il s’é* lève dans le Vase de macération.
- Aucune de ces conditions né Se trouvait remplie dans les èssais faits à Anizy et à Tavaux où, pour ne pâs créer un matériel spécial assez coûteux, on avait employé des bacs de carbonatation rectangulaires à large section et en petit nombre où les liquides circulaient de haut en bas.
- On ne pouvait disposer que de trois bacs à Tavaux. L’expérience a prouvé, comme on l’avait craint tout d’abord, l’impossibilité de réaliser dans ces conditions une macération convenable et l’inutilité de poursuivre les essais dans ces conditions.
- En résumé, ce procédé paraît susceptible de donner industriellement une extraction de sucre commercial égale à 25 pour 100 du poids de la mélasse traitée. Mais il a besoin, comme ceux que nous avons précédemment décrits, d’un complément de recherches et d’études pour assurer la régularité des résultats et entrer dans la pratique industrielle.
- Il faut, en effet, que l’on arrive tout^d’abord à fabriquer couramment le sucrate de chaux au degré exact de consistance nécessaire à la bonne réussite de l’opération, et c’est un point auquel une fabrication quelque peu suivie arriverait sans doute bien vite.
- Il faut ensuite s’assujettir à n’employer que des appareils parfaitement adaptés au travail spécial à faire.
- Il est enfin nécessaire d’obtenir., soit naturellement, soit artificiellement, le maintien exact des températures reconnues les plus convenables pour la macération, les variations de température ayant la plus grande influence sur la solubilité des matières à traiter.
- V
- Conclusion.
- 41. Conclusion. — Malgré toutes les études, les recherches et les essais faits depuis plusieurs années, l’extraction du sucre des mélasses n’est donc encore réalisée qu’à petite échelle et dans un petit nombre d’usines, par les procédés barytiques à Courrières, et par losmose dans quelques autres usines.
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- Cependant il nous semble résulter des faits que nous venons d’exposer, que les inventeurs qui, par des voies diverses, ont cherché de nouvelles solutions de cet intéressant problème sont maintenant bien près d’atteindre le but et que bientôt, ayant complété leurs travaux, ils pourront doter de moyens nouveaux et puissants cette branche nouvelle de l’industrie du sucre dont les chiffres cités au commencement de cette étude permettent d’apprécier la future importance.
- Tavaux-Pontséricourt, le 1er juin 1873.
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- NOTE
- SUR LA PRODUCTION
- Dü
- jjs^mwwsW^-V--
- GAZ A L’EAU; CO et H
- ET SUR CELLE DES
- GAZOGÈNES A BOIS VERT
- AVEC COMPARAISON SUR LES TEMPÉRATURES OBTENUES PAR LA COMBUSTION DE DIVERS GAZ (avec le minimum d’air) AU CHALUMEAU INDUSTRIEL POUR FOURS A PUDDLER
- A RÉCHAUFFER ET POUR FOURS DIVERS A CUIVRE, ZINC ET VERRE
- Par M. LENCA1TCHEZ.
- Comparaison entre le gaz oxyde de carbone des fourneaux et le gaz à l’eau.
- Quoique la fabrication du gaz à l’eau, soit au charbon de bois, soit au coke, ne nous olfre pas d’application industrielle, jusqu’ici du moins à notre connaissance, nous croyons cependant qu’il y a lieu d’en étudier la production, non comme un composé exclusif des gaz combustibles GO et H, mais bien seulement comme gaz additionnels à la gazéification de la houille, du coke, du bois, etc. ; attendu que l’on est généralement porté à croire à une production exagérée d’hydrogène, de la part des gazogènes actuellement employés à gazéifier les combustibles industriels, tels que les bois, les lignites, les tourbes et les houilles. Donc il y a intérêt à déterminer la quantité de calorique absorbé par la décomposition de la vapeur d’eau dans ces gazogènes, afin de déterminer aussi la quantité réelle d’hydrogène qu’ils peuvent produire.
- En effet, on verra plus loin qu’un gazogène remplissant toutes les conditions théoriques pour une bonne transformation de la houille en gaz combustible, l’air y étant admis à la température de 500° (avec la quantité de vapeur qui peut être décomposée, chauffée aussi à la même tempe-
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- rature, cet air et cette vapeur surchauffée étant introduits dans Vappareil à Vétatde mélange intime), ne peut donner, dans ces conditions exceptionnelles et théoriques, que 0,067 de gaz hydrogène, dont 0,063 seulement doivent leur origine à la décomposition de la vapeur d’eau. Donc, si en pratique on pouvait obtenir couramment 6 % d’hydrogène, il faudrait s’estimer très-heureux.
- Mais si le gazogène doit de plus vaporiser l’eau qu’il décompose, comme cela se pratique pour les appareils Siémens, Ponsard et autres, on verra plus loin que la quantité d’hydrogène qu’il pourra fournir ne saurait dépasser théoriquement 5%, et que, dans les conditions courantes où l’air est admis froid et où de plus la vaporisation de l’eau d’arrosage est considérée comme un rafraîchissement de la grille , la quantité d’hydrogène produite ne saurait atteindre 2 p/0 au plus.
- Or si, théoriquement, avec de l’air et de la vapeur surchauffés entre 500° à 600°, on ne peut obtenir que 5 à 6 0/o d’hydrogène, et si, comme dans la pratique, avec de l’air froid et de la vapeur fournie par l’action réfrigérante de l’arrosage, on ne peut même arriver à 2°/0, on est en droit de se demander comment les gazogènes à grilles inclinées peuvent fournir en moyenne 0,080 d’hydrogène.
- En recherchant la cause de cette production insolite, on trouve bientôt que la grille inclinée est loin d'être un appareil à action graduelle et méthodique, attendu que les encombrements de laitier ou mâchefer et d’agglomération de coke forcent à piquer et à sonder le gazogène à chaque instant : de là des vides et des orifices par lesquels passe un excès considérable d’air nuisible, venant brûler une notable partie des gaz combustibles formés, en donnant lieu à une combustion anticipée et aux réactions que nous allons indiquer, en introduisant une masse considérable d’azote plus nuisible encore au bon emploi de ces gaz.
- En effet, l’excès d’air produit dans le gazogène de la vapeur d’eau HO et de l’acide carbonique CO2, pour lesquels, à un volume de O, correspondent quatre volumes de Az, qui échappent à première vue dans ce cas: car HO ainsi que CO2, en présence des vapeurs de goudron, de l'hydrogène bb-carboné et de l’hydrogène proto-carboné, donnent lieu aux réactions suivantes ;
- 4*. ..... 4HO -J- C4H4 == 4CO -{- 8H W. .... . mo -j- C2H4 = 2CO -f- 6H 3°. .... . 4C02 -J-C4H4==8CO-J-4H 4°. ..... 2C02 -i-C2H*= 4CO-j-4H
- Ces réactions font voir que l'altération des hydrocarbures produit en abpndanqe du gaz hydrogène en introduisant quatre volumes d’azote pour chaque volume d’oxygène en excès, auxquels il faut encore ajouter dans le mélange quatre volumes d’acide carbonique, indiqués par l’anar lyse de Saint-Gobain, qui, ne trouvant pas d’éléments pour donner lieu
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- à la production soit de l’hydrogène, soit de l’oxyde de carbone, introduisent encore dans le mélange gazeux fourni par le gazogène un nouvel excès de seize volumes d’azote. Aussi ne faut-il pas s’étonner que la puissance calorifique du mètre cube de gaz fourni par les gazogènes à grilles inclinées alimentés à la houille ne soit que de 1060 calories au lieu de 1728 (à 0° et à 76) qu’il devrait avoir : doù il suit que plus ce gaz renferme d’hydrogène et dacide carbonique, plus il est mauvais, et plus il donne lieu à une perte considérable d’éléments combustibles, soit 35 0/o en moyenne.
- C'est pourquoi nous n’avons pu admettre les résultats signalés par MM, Tessié du Motay et Cie, et par M. Pourcel, ingénieur de Terrenoire, lorsque, dans une communication à la Société des ingénieurs civils, ces messieurs croyaient pouvoir asssurer qu’un certain gazogène de M. Tessié du Motay (janvier, février et mars 1871) produisait 510m3 d’hydrogène par chaque 1016m3 de gaz de fourneau Az et CO, quand, tout au plus, c’est 51m3 d’hydrogène que théoriquement ils auraient pu trouver, et pratiquement 25m3 à peine, ainsi que le tableau suivant va le démontrer irrécusahlement avec ses considérations.
- Comparaison entre le gaz de fourneau 00 et Az et le gaz à Veau CO et H.
- Production du gaz de fourneau 00 et A Z.
- Production du gaz à l’eau 0 0 et H.
- D’après M. Régnault, 1 Jtil, de carbone pur se transforme en oxydé, en exigeant 4m3,410 d’air atmosphérique pris à 0° sous la pression 0,76, en produisant un volume ainsi composé, ramené à la même température et à la même pression
- Azote, 3m3,528
- Oxydé de carboné. 1 ,765
- Volume égal....... 5 ,293 litres.
- Le volume d'air-employé étant de 4m3,410, 'augmentation est donc.dé :
- 5to3,293 -— 4m3,410 = 0ffl3,883.
- Le poids du volume gazeux après la transformation est de :
- 5m3,293 X lk,255 = 6k,654.
- Le pouvoir calorifique de ce volume de gaz est de :
- 1*«3,T65 X 3,033 = 5,353 calories.
- La perte de calorique est donc de :
- 7,200 — 5,353 = 1,847 Calories, soit 25%
- Si le gaz, pour son emploi, est ramené à 0° avant la combustion, 7,200 calories étant ia puissance calorifique du carbone.
- L’eau est composée de 11,1 d’hydrogène et de 88,9 d’oxygène pour 100, 1 kilogramme de carbone, passant à l’état d’oxyde, exige lk,383 d’oxygène, ëil mettant en liberté
- 11,1 X 1,33 , . .
- ----—- = 0k,155 d hydrogène.
- Ainsi on trouve ?
- Oxyde de carbone. Hydrogène .
- Total. ....
- POIDS. VOUJME.
- 2k,333 Ô ,155 lm3,7 65 1 ,7 91
- 2 ,498 ' 3 ,556 .1
- "M |jy« * yii uuxvixuqpiv vivj \j\j gun y v
- duits ri’éiant pas condensés) est de :
- Oxydé de carbone 1m3,7 6 5 X 3.033=5,353 Hydrogène..... 1 ,791X2.639=4.727
- Total........ 10.0801'
- poiivoir calorifique total dés gaz pfbvënanl de là combustioh de 1 liih dé carbone put par la vapeur d’eau passant à l’état de H et CO.
- Ces gaz, pour leur emploi, étant ramenéi à 0° température et à 0,76 avant la com-buslion.
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- IL RÉSULTE DU TABLEAU QUI PRÉCÈDE QUE :
- 1° Pour un même kilogramme de carbone, les poids des gaz sont entre eux comme, GAZ DE FOURNEAU. GAZ a l’eau.
- 6k ,654 5ms,293 5.353 calories. 2k,448 3m3,556 10.080 calories.
- 2° Les volumes sont entre eux comme (à 0° et à 0,76)
- 3° Enfin, les pouvoirs calorifiques sont entre eux comme «
- La perte de calorique est, comme dans le premier cas, de 1847 calories, soit 18 % pour celui de la production du gaz à l’eau au lieu de 25 t1).
- Mais remarquons que, d’après M. Régnault, la combustion du carbone en oxyde produit 1600 calories : c’est donc 10 080 — 1600 = 8480 calories qu’il a fallu communiquer à la vapeur pour la décomposer, soit 84 %.
- Il suit de là que dans un gazogène où l’on introduit du vent et de la vapeur, théoriquement, pour 100 kilogrammes de carbone, 84 kilogrammes doivent être transformés en gaz de fourneau pour 16 kilogrammes employés à produire du gaz à l’eau (2), alors les volumes sont :
- 1° Gaz de fourneau. 84x5m3,293 = 445ra3 2° Gaz à l’eau. . . . 16x3mS,556= 57m3
- Total. ............. 502 mètres cubes.
- Le rapport entre ces deux gaz est donc comme 502 : 57 ou comme 9 : 1 ; mais, dans ce gaz à l’eau, le volume d’oxyde de carbone est aussi considérable que celui de l’hydrogène, donc 100 kilogrammes de carbone ne pourront donner que 28m3 de gaz hydrogène, soit environ 5,1/2 % du volume total des gaz 502 : 28 : : 100 : 5,1/2.
- (1) La différence de 25 — 18 = 7 pour 100 est due à ce que le gaz à l’eau GO et H s’échappe du gazogène à 800° et non à 1220°, comme les gaz de fourneau CO et Az.
- (2) A la condition que la chaleur spécifique des gaz sortant du gazogène sera utilisée à chauffer l’air (le vent), et la vapeur avant leur introduction dans ledit gazogène, en un mot à la condition que les gaz Az, CO et H seront ramenés à 0° ; sans quoi, au lieu de 16 lui. de carbone employés à la décomposition, on n’en aurait que 5 à 6, soit le tiers, vu que, la température des gaz étant 1200° et celle de la décomposition 800° environ, on a :
- 1200° : (1200° — 800°) :: 3 : i.
- Le calorique produit étant de 1600 calories, le calorique utilisé (si les gaz à leur sortie du gazogène ne cèdent pas leur chaleur au vent et à la vapeur), ne serait plus que de :
- = 533 calories: d’où l’on tire = 15,9 :
- 3 533 ’
- et enfin, on a la proportion suivante :
- 15,9 : 1 :: 95 : 5,9.
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- — 885 —
- Donc, en pratique, un gazogène ordinaire à grille inclinée, alimenté au coke, ne peut donner que 1 ,3/4 % d’hydrogène dû. à la décomposition de la vapeur d’eau d’arrosage de la grille, les gaz ne pouvant être refroidis que de 1200° à 850 environ.
- Températures obtenues comparées.
- La combustion d’un kilogramme de carbone coke (*) donne la température de Q>25 = si cette combustion s’ac-
- complit complètement avec le minimum d’air, soit 8m3,200 pris sous la pression 0m,76 et à la température de 0°.
- Si le même combustible pur a produit du gaz de fourneau CO et Az aussi pur, lorsque ce gaz serait ramené à 0°, il ne pourra plus donner
- 5335
- que la température de 1 800°-
- On voit ici que seul le refroidissement du gaz peut être cause d’une perte de température (2) de 2400°— 1800°=600°, soit 1/4 ou 25 %; c’est ce que nous avons déjà vu à la page 3, sous une autre forme.
- Ainsi, si l’on veut produire ce gaz avec du coke, quoiqu’on n’ait pas à craindre de condensation d’hydrocarbure, on n’en doit pas moins combattre le refroidissement dans les conduites de gaz : car ceux-ci, devant s’échapper de leur gazogène à 1220°, perdent une quantité notable de calorique, s’ils arrivent aux fours à la température de 350°, comme cela a lieu avec le syphon Siémens, soit 18 °/0; car
- 1220° : 25 : : (1220°—350) : 18.
- Mais il serait fort difficile de conduire à distance des gaz à la température de 1220°, sans que ceux-ci ne se refroidissent ou ne disloquent les parois et enveloppes de leurs conduits. Alors, mieux vaut, par une injection de vapeur, faire tomber cette température de 1220° à 850°, en produisant du gaz à l’eau CO et H dans la proportion de 1 à 2 °/0.
- Combustion du gaz à Veau.
- FORMULES. GAZ. AIR. POIDS TOTAL.
- CO -J- O — CO2 1 2k,333 5*1,654 = AZ et CO = 7k,987
- H + O ~ HO...... 0 ,155 5 ,316 = AZ et HO = 5 ,471
- (1) Ou du charbon de bois à 6 pour 100 de cendre, et sans matière volatile.
- (2) Et par conséquent du calorique équivalent.
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- — 886
- Températures.
- '2.676° pour la combustion de CO par 0 avec Ass. 2.658° — d° — de H par O avec Az.
- Comme les gaz oxyde de carbone et hydrogène sont intimement liés, il faut prendre la moyenne (leurs volumes respectifs étant sensiblement égaux) pour comparer la température que le gaz à l’eau peut donner, à celle que d’autres éléments combustibles peuvent produire : ainsi
- 2.676°+2.658° ^ „„„
- ----— = 2.667°
- 2
- Le gaz de fourneau ne donne que 1800°, alors que dans les mêmes conditions le gaz à l’eau en donne 2667°; la différence de 867° est due à ce que ce dernier gaz, toutes choses égales, brûle avec 3m3090 d’azote en moins sur 8“3200 de volume total : de là l’augmentation de température : il y a donc intérêt à produire dans un gazogène le plus possible de gaz à l'eau, pourvu toutefois que cette production ne donne pas naissance à de l'acide carbonique; ce que l’on peut toujours réaliser si l’échappement des gaz du gazogène se fait à des températures supérieures à 830°.
- 5353
- 7\987X 0,250 4727
- 5\471 X 0,325
- Température donnée par le gass d’éclairage.
- On a de même intérêt à produire au gazogène le plus possible de gaz d’éclairage sans l’altérer : car, d’après MM. Tresca et Morin, ce gaz donne la température de
- lO^Si 2X0,268
- c’est-à-dire 2171°—1800°=371° de plus que le gaz de fourneau.
- Comparaison entre les températures obtenues par les gaz des gazogènes distillateurs et des gazogènes à grilles inclinées, marchant à la houille.
- Nous allons voir que les pouvoirs calorifiques du gaz des gazo^ gènes distillateurs et celui des gazogènes à grilles inclinées sont entre eux comme 100 : 61, à 0° et à 76 (car 1728° : 1060e : : 100 : 61).
- Leur poids au mètre cube étant sensiblement de 1 kilogramme, nous admettons ce chiffre sans le discuter: car c’est aussi le poids des gaz des hauts-fourneaux, 0° et à 76.
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- DÉSIGNATIONS. Gazogène distillateur. ~~ - Gazogène à grille inclinée.
- "
- GAZ a° AIR, ;gaz i AIR,
- à 0°età76 pour la combustion à 0° et à 76 pour la combustion
- m3 m3 iu3 mB
- ÀT.nfp , r 0,494 0,020 » 6,593 0,041 ))
- Acide carbonique... »
- Vapeur d’eau,. ,,. . 0,015 » 0,030 )>
- Gaz oxyde de carbone. 0,320 921 0,810 0,231 665 0,584
- ! Gaz hydrogène 0,067 163 0,160 0,080 194 6,190
- ! Gaz brut d’éclairage. 0,083 644 0,620 0,025 201 0,157
- Totaux...... TajoT 1,590 T,000 0,931
- Pouvoir calorifique total.. 1728 calories. 4060 palories,
- aa Pouvoirs calorifiques partiels, les produits de Ja combustion n’étant poiqt condensés.
- Les températures obtenues sont donc :
- 1<> Gaz des gazogènes distillateurs
- 1728 calories
- [(lm3,Xlk) -f (4“*,590X1 ^99)] X 0,25
- mo°
- 2° Gaz des gazogènes à grille inclinée 1060 calories
- _______________________—--------------5=5 1921'?
- [(1Œ3,X1k) + (0“8,931 X1 k,299)] X 0,25
- différence en faveur du gaz des gazogènes distillateurs : 2255°— 1921° = 334°. Ces températures sont entre elles comme 100 85, tandis que les pouvoirs calorifiques sont entre eux comme 100 i 61 (l).
- En pratique, un four, pour bien fonctionner, a toujours besoin d'être rempli de flammes : il est donc difficile d’en réduire le volume.
- Alors les économies ne peuvent se faire que sur le temps, économies toujours réalisables par un accroissement de température ; et, comme on le voit ici, c’est par une complète combustion avec le minimum d’air que l’on peut provoquer et obtenir cet accroissement.
- Si donc un four a besoin d’être rempli par la flamme et si sans récupération on arrive à avoir la température maximum qu'il peut supporter, comme dans le puddlage, par exemple , mieux vaut écarter les récupérateurs du calorique pour les remplacer par des chaudières à vapeur, fournissant à l’usine sa force motrice.
- Il résulte de ce qui précède que les hautes températures ne peuvent être obtenues que par deux moyens, que Ton doit toujours s’efforcer de réaliser en pratique et qui sont ;
- (1) Ge qui fait voir lo parti avautageux que l’on peut tirer des gaz de haut fodrneâtq judicieusement utilisés, leur puissance calorifique étant de 900 calories à 0° et à 76.
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- 888 —
- 1° La transformation du combustible solide en combustible gazeux avec le moins d’air possible pour avoir un gaz très-riche ;
- 2° La combustion de ce gaz avec le moins d’air que l’on puisse employer, afin de provoquer la haute température et afin aussi de réduire les pertes par l’échappement de la cheminée à leur minimum.
- Dans ces conditions, on doit arriver à produire et à brûler les gaz de 1 kil. de houille avec 10m3 d’air, et c’est ce que nous avons obtenu avec le chalumeau. (Dans certains cas nous avons pu, même avec 9m3, avoir une bonne marche et une complète combustion.) Aussi la température de la flamme de ce chalumeau était-elle assez chaude pour faire fondre (3000) trois mille kilogrammes d’acier en 50 minutes, l’air n’étant seulement chauffé qu’à 300° dans nos essais.
- De la production du gaz des fourneaux au moyen du bois vert.
- Emploi du bois vert au gazogène à cuve, à grille mobile et à descente graduelle
- et méthodique.
- Depuis longtemps on s’est occupé de transformer en gaz les combustibles inférieures (voir la Revue universelle des Mines, de la métallurgie, etc.,de M. Ch. de Cuyper, Liège, 1857 à 1858). Enfin, dans ces derniers temps (1857 à 1858), M. Lundin, métallurgiste suédois (Bulletin de la Société de F Industrie minérale, t. XIII, page 633), a rendu pratique le chauffage des fours à souder le fer, même avec la sciure de bois de sapin, en lavant les gaz à leur sortie du gazogène, pour en condenser la vapeur d’eau.
- Avant d’entrer dans l’étude de la constitution des gaz de bois, nous ferons remarquer qu’à peu de chose près tout ce que nous allons dire ici est applicable aux gaz de tourbe et de lignite {f) : donc, il serait inutile de les traiter spécialement : car, au point de vue pratique, ces deux questions sont bien secondaires pour l’emploi de ces gaz au chauffage.
- Le bois sec, suivant M. Chevandier, pour 100 kilogrammes, renferme en moyenne 0k,900 grammes d’hydrogène libre ; mais le bois introduit dans un gazogène à descente et à échappement graduel et méthodique, en perdant son eau de constitution à des températures supérieures à 800°, donne lieu à une production de 5\060 grammes d’oxyde de carbone et à celle de 8k,000 d’acide carbonique, en mettant en moyenne 0\448 grammes d’hydrogène en liberté, dont une notable partie vient de la décomposition de la vapeur d’eau qui remplit le gazogène et à laquelle vient s’ajouter celle que renferme l’air à son entrée dans cet appareil.
- Gela dit, nous passons à l’étude de la distillation du bois et à celle de sa conversion en gaz.
- (l)Dans ces derniers temps, M. Petitgand, membre de la Société, et MM.Bocquet et Bénard sont parvenus à transformer toutes les tourbes en combustible industriel, briquettes naturelles, à des prix variant entre 12 et 15 francs pour l’équivalent calorifique de la tonne de houille de bonne qualité.
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- Recherches pour la production du gaz de chauffage.
- Tableau analytique des produits de la fabrication du charbon roux ou bois torréfié à la température de 350°, d'après MM. Bineau, Ebelmen, Ber-thier, Payen, Schwartz, Chevreul, Karsten et Berzélius.
- DÉSIGNATIONS.
- Charbon roux obtenu à 350° centésimaux .............................
- Matières utilesI Gaz hydrogène libre...............
- combustibles. \ Gaz hydrogène carboné et bi-carboné.
- Gaz oxyde de carbone..............
- Huile empyreumatique volatile.....
- Matières nuisibles et sans valeur.
- Azote........................
- Acide carbonique.............
- Yapeur de l’eau de constitution. Yapeur de l’eau hygrométrique.
- Matières volatiles combustibles et autres, ayant
- une valeur commerciale.
- Goudron végétal renfermant des traces
- de diverses résines (1)..............
- Alcool de bois, ou mieux esprit de bois et essences diverses volatiles à 100°. Acide acétique, ou mieux acide pyroligneux concentré mais brut..............
- Ammoniaque combiné avec les acides acétique, carbonique, etc., etc........
- Total..............
- BOIS VERT SAPIN SEC
- DE SAPIN, PIN APRÈS 8 MOIS
- ET CONGÉNÈRES. d’abatage.
- kil. kil.
- 23,46 33,00
- 0,70 1,16
- 2,35 4,50
- 2,72 5,00
- : 0,99 1,20
- 0,37 0,50
- 6,41 8,60
- 9,83 14,34
- 43,50 28,50
- 3,57 4,80
- 2,23 3,00
- 2,70 3,50
- 1,17 1,58
- 100,00 109,68
- (l) D’après M. Berthier, en distillant le pin ou le sapin à 700° centésimaux, en vase clos, on obtient pour 100, de 23 à 27 de charbon, de 30 à 37 de gaz assez combustible pour brûler seul, de 1 8 à 20 d’eau acidulée et 18 de goudron ne donnant de vapeur qu’au-dessus de 256° centésimaux.
- En consultant le tableau ci-dessus, on voit que pour la production du gaz de chauffage industriel, principalement pour la métallurgie :
- 4° 100 kilogrammes de bois vert ne donnent que 33k,720 d’éléments combustibles pouvant avec avantage être transformés en gaz, soit donc 1 /3 du poids de ce bois vert;
- 2° 1 00 kilogrammes de bois sec ne donnent encore que 45 kilogrammes d’éléments combustibles pouvant produire le gaz industriel du chauffage;
- 3° 100 kilogrammes de bois vert ou sec donnent depuis 37 jusqu’à 50 kilogrammes de vapeur d’eau, suivant que ledit bois est plus ou moins sec.
- Il résulte de l’examen de ce tableau que, pour obtenir un gaz à flamme bien chaude avec le bois non carbonisé et non torréfié, il est indispensable de'faire usage d’un gazogène soufflé ou aspiré, muni d’un laveur condenseur (x), pour précipiter la vapeur d’eau; sans quoi l’on
- (1) Laveur condenseur Lencauchez. (Brevet du 2 février 1865.) 1
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- — 890 —
- arriverait à avoir un volume de vapeur sensiblement égal au volume des gaz combustibles produits en pratique. Et au lieu d’obtenir un gaz à 40 °/0 en volume d’éléments combustibles, on ne l’aurait plus qu’à 20 ou 23 °j0, limite extrême où il ne brûle qu’avec difficulté. D’un autre côté, les sous-produits dus à la condensation, acide pyroligneux, esprit de bois et ammoniaque, valent beaucoup plus d’argent comme produits chimiques que comtne combustibles. Donc on doit les recueillir, et, pour ce faire* point de torréfaction préalable : c’est déjà une première économie.
- Température d’échappement des gaz et des vapeurs d’un gazogène marchant au bois vert ou au bois, n’ayant pas une année de séchage après l’abatage.
- Nous avons vu au tableau analytique des produits de la distillation dü bois :
- 1° Qu’en moyenne il renferme 50 °/0 d’eau; soit la moitié de son poids ;
- 2° Que* carbonisé à des températures supérieures à 700°, il ne rend plus én moyenne que 20 kilogrammes de charbon noir pour 100 de bois vert.
- Or, dans un gazogène à descente graduelle et méthodique, le charbon formé arrivera dans la zone de l’oxyde de carbone pur [nous ne tenons pas compte de Vazoté) à la température de 900° à 1000% pour passer aux tuyères à la température de 1250° en moyenne, et enfin dans la zone partielle d’acide carbonique, où la température pourra atteindre 1500° : donc ce ïi’est que 20 kilogrammes de charbon qui seront exposés à l’action de l’oxygène du vent, pour être transformés en oxyde de carbone. Comme ces 20 kilogrammes ne donneront que 23 °/o du calorique disponible (*) qu’ils pourraient fournir s’ils étaient transformés en acide carbonique, la quantité d’eau qu’ils pourraient vaporiser sera, suivant les belles expériences de M.Porion [Exposition universelle de 1867), rigoureusement égale à ce qu’indique la théorie.
- Nous aurons donc en calorique disponible 20kx7000 caloriesx 0,23 ==32.200‘calories, qui Vaporiseront à la température de 101°
- 32.200
- • g36 = 50 kilog. deau. , . .
- On voit donc que si le bois renfermait plus dé 50 kilogrammes d’eaü pat* 100 kilogrammes de matières, il serait indispensable de chauffer le vent, sans quoi ori produirait dé l’acide Carbonique en grande quantité; mais, si l’on tient Compte que la distillation dès goudrons des acides pÿ-rolignetix, etc., ëtc., absorbe Une quantité notable de calorique, ori verra que quand lé bois renfermera 50 °/0 d’eau, le vent étant à 0% l’échappe-
- (t) D’après M. V. Régnault,
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- 891 —
- ment des gaz pourrait à peine se faire entre 95 et 100°, si les goudrons ne retombaient dans l’appareil pour couler aux tuyères, où ils sont décomposés et transformés partiellement en gaz f). Donc les conditions que nous venons de supposer ne pourront jamais exister, et, aü lieu de produire 10 kilogrammes de goudron avec le sapin, on n’en produira que â à 3 kilogrammes pour 100 kilos de bois : car l’échappement des gaz et vapeur se fera entre 180 et 200° à leur sortie du gazogène, température excellente pour une bonne distillation, c’est-à-dire produisant des gaz renfermant peu d’acide carbonique.
- Il résulte de cet examen .
- 1° Que la sortie des gaz du gazogène doit se faire à une température aussi basse que possible, mais assez élevée pour permettre l’extraction de l’acide pyroligneux , soit 175° en moyenne ;
- 2° Que, dans le cas où l’on voudrait recueillir le plus possible de goudron, il faudait chauffer l’air ou vent introduit dans le gazogène, afin de s’opposer à la retombée de ce goudron et aussi afin d’avoir à sa sortie la température de sa distillation, soit 300° environ ;
- 3° Qu’un gazogène à grille inclinée ne pourrait -donner qu’uii gaz chargé d’une quantité très-considérable d’acide carbonique et de vapeur d’eau, âu point de n’être plus du tout combustible ;
- 4° Que le lavage du gaz de bois est indispensable, attendu qu’il sert à la condensation de la vapeur d’eau que renferme ce gaz de distillation et de combustion ;
- 5° Que la perte de calorique due à l’abaissement des gaz de la température de sortie du gazogène (200°) à celle de condensation (25 à 30°) est insignifiante (sq?7 2% environ)-,
- 6° Que la plus grande perte de calorique est celle de 23 0/o dont il est question plus haut, et qui, en réalité, vu les gaz fournis par la distillation, ne représente qu’une diminution de 13 °/o sur le calorique total (2).
- Ainsi donc la vraie perte est celle qui est due à ia condensation de la vapeur d’eau {chaleur latente), mais il faut la subir de toute nécessité, car le lavage des gaz est ici le séchage du combustible, séchage, sans déperdition d'éléments combustibles, chose que la meilleure torréfaction ne saurait jamais réaliser.
- i -
- (1) La température^de vaporisation du goudron de bois en vase clos est 27 5° suivant Ber-thier; mais dans un gazogène les vapeurs de goudron peuvent s’enlever partiellement au-dessous de 200“.
- (2) 322 calories par kilogramme Sur 2350 calories que lès éléments combustibles du bois vert renferment au kilogramme :
- 2350 : 322 :: too : 13 ; ' i-
- 32 200
- ——— calories = 322 calories. (Voir plus haut, au précédent paragraphe.)
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-
-
- NUMEROS'D. ORDRE!
- Tableau analytique de la gazéification du bois vert.
- 3.
- 4.
- 6;
- 7. ;
- 8.
- ^ .DÉSIGNATIONS
- DE^ GAZ FOURNIS PAR LE GAZOGÈNE
- :C après lavage à 30°.
- Gaz oxyde de carbone, 23k,46 de charbon roux renfermant 16 Kil. de carbone, 2 kil. dé cendre et 5k,46 de gaz. Ces 16 kil. de carbone sont transformés en oxyde CO ' par le vent, ci............................. 37k,333
- Oxyde de carbone de distillation,
- 2k,720 + 2k,340..................= 5k,060
- .(Ces 2kj340 sont dus au passage de l’état de charbon roux à celui de charbon noir.)
- Gaz hydrogène, 0k, 44 8 0k, 7 00..................—
- ; (Ces 0k, 700 sont dus au passage du charbon roux à l’état de charbon noir.) .
- Gaz hydrogène carboné et bi-carboné,
- 2kj350 —j— 2k, 150..........................
- (Ces 2k,i50 sont dus au passage du charbon roux à l’état noir et à la retombée du goudron dans îe gazogène.)
- Huilé empyreumatique dissoute par le gaz.,.....
- Vapeur d’eau à -{- 30°, dissoute par le gaz Acide carbonique,' 6k,410 -J- lk,590............. =
- (Ces lk,590 sont dus à une réduction incomplète.) *
- Azote dû à l’air qui ajransformé en oxyde les 16 kil. de carbone et divers, 55m3,530 -{- 3m,056 -j- lk>500 = (Ces 3m-,056 sont dus à l’air qui a produit les tk,590 d’acide carbonique et les ik,500 à diverses sources.)’ ' •
- • • Totaux .......«•.*.*6
- POIDS des gaz VOLUME VOLUME POUR 100 ramené à 0° et à 0,76. PUISSANCE calorifique QUANTITÉ de
- de 100 kil. de bois vert. à 0° et à 0,76. GAZ non combustibles. GAZ combustibles. des gaz en volume à 0° et à 0,76. puissance calorifique.
- kil. m3 m3 m3 calories. calories.
- 42,393 34,105 » 29,407 3.033 89.191
- 1,148 12,155 » 10,952 2.639 28.901
- 4,500 4,650 » 4,000 7.000 28.000
- 1,000 0,450 » 0,388 8.500 3.298
- , 6,400 )) » » » ))
- 8,000 4,038 3,470 )) )) »
- 16,189 60,086 51,783 » » ))
- 140,430 116,384 55,253 44,747 )) 149,390
- 100 mètres cubes.
- 00
- CD
- IO
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-
-
-
- — 893 —
- Les gaz que 100 kilogrammes de bois vert fournissent au gazogène, après lavage et condensation, sont composés ainsi qu’on vient de le voir, en tenant compte de la quantité d’eau décomposée dans l’appareil, vapeur entraînée par le vent et fournie par le bois lui-même.
- L’examen du tableau ci-contre prouve que, pour un poids de 140 kilo-
- 1
- grammes environ, on a un volume de 116 — mètres cubes de gaz, dont la
- O
- densité au mètre cube est de : -
- 140 -o -
- —~ = 1k,206 à 0° et à 76. • - * - ^
- 116
- Perte de calorique due à la gazéification du bois.
- Nous venons de voir que 100 kilogrammes de bois vert donnent 116m3,384 de gaz après lavage, dont le pouvoir calorifique .est de 1494 calories par mètre cube à 0° et à 76. .. -
- Le calorique que 100 kilogrammes de bois peuvent fournir à l’état gazeux est donc de
- 116m3 x 1494 = 173 304 calories.
- Il suit de là que le gaz de 1 kilog. de bois vert possède
- 173304
- 400
- 1733
- calories et occupe un volume de 1 m3,164 à 0° et a 0,76. '
- Considérant que, dans la plupart des cas où l’on fait usage de bois comme combustible industriel, ce sont le pin et le sapin qui sont employés, nous avons donc basé tous nos calculs sur cet usage (au gazogène) pour la transformation en gaz. ;j-
- Or, d’après M. Chevandier, le sapin sec possède un pouvoir calorifique
- de 4443 calories (*) par kilog,
- vert, il doit donner 4443 X
- . : L!/
- 529
- 1000
- ==. 2350
- calories :1a perte théorique pour la transformation de ce combustible en gaz serait ainsi d’environ 2350 — 1733 = 617 calories, soit 26 pour>100 (2360 : 617 : : 400 : 26).
- Comme.le bois, en raison de là grande quantité.d’eau qu’il renferme, fournit aux produits de la combustion'cette eau sous forme de vapeur, qui, non condensée, emporte du calorique en pure perte,, il n’est pas étonnant que les gaz de ce bois s'échappent de ;leur gazogène, une températureinférieure à celle avec laquelle les produits de leur jCombus-tion s’échapperaient de la cheminée d’une chaudière à^vapeur, vu.qiie
- (1) 4443 calories d’après la composition chimique du Lois, les produits de,sa, combustion étant condensés; 4343 d’après MM. Morin etTresca, et 3660 bois séché entre 130 et 150°; 2945 bois séché à l’air après dix-huit mois de coupe; enfin} 2360 calories pour le bois vert. •ù u n.
- GO
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- dans ce cas ces gaz eombustibles n’emportent que les 23 centièmes du calorique total, qui est déduit parle calcul delà composition (de ce bois) au point de vue des éléments combustibles que chimiquement il renferme; et là, la condensation.de la vapeur d’eau qui se trouve mêlée aux gaz est le séchage absolu du combustible sans perte du pouvoir calorifique en. aucune manière.
- Plus haut on a vu que pour chasser l’eau de 100 kilçgramrnes de bois vert, il faut employer 32,200 calories, soit 322 par kilogramme : donc la perte réelle du calorique utilisable due à la conversion du bois vert en gaz n’est que de 617 — 322= 295 sur 2,350, c’est-à-dire 12 pour 100, qui sont emportés pour les 4/5 par les goudrons, par les huiles et par les essences qui sont recueillis à la suite du laveur condenseur et utilisés autrement, et pour 1 /5 environ par le calorique spécifique des gaz qui passent de 200° à leur sortie du gazogène à -f- 25°, température de sortie dudit laveur i 1fai3,l 64 X 1k,206 X 0,25 X (200° ^25) = 53 calories, soit un peu moins que le cinquième des 295 calories citées plus haut.
- ' ;;jj, ; , ; , , - ... ; . *
- Composition du gaz de bois et quantité d’air pour le brûler (température).
- DÉSIGNATIONS. (Voir le tableau précédent. ) - GAZ. AIR.
- inS ,, in3
- Azolc. . „ ; /.I Ô,5i8 ))
- Acide carbonique ; ... i ............. 0,035 )>
- Vapeur d’eau à -f- 30° (ëh poids (fko'àd). )> ï)
- Gai hydt’dgèiiés carbonés, etc.*. . 4 : . 4 ; i . . . , . 0,044 0,329
- pGaz hydrogène ,4;...... i.............. . . 0,109 0,259
- Gaz oxyde de carbone . 0,294 0,744
- Totaux 1,000 1,332
- Nous avons vu que le poids du mètre cube (densité) de gaz de bois est de lk,2Ô6 et que son pouvoir calorifique est Üe 1494 calories.
- . » La température que produira ce gaz en brûlant avec le minimum d’air indispensable pour sa combustion complété et absolue sera de : r
- (1mâX 1k,206) +;{i^;332 X/1,299] X 0,25.;^ ; t /:
- ( Précédèmftient On a vil è[üe le gaz des gazogènes à grilles inclinées, marchant à la houille, 'hé'?petit doniiei- quë 1920° I dohc le gaz de bois, quoique * d’une composition différente; petit lüf être Comparé, puisqu’il donhe ühe température pluë Considérable. Aussi doit-on trouver tout naturel que M. Lundin ait pu, avec du gaz de bois lavé et ramené à la température de -f- 25°, Obtenir avec les appareils Siemens les mêmes résultats que ceux que produisent ces appareils dans les contrées où l’on fait usage de la houille.
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- Si.M. Luîidin n’a: pu chauffer que; des fours de verrerie et des fours à souder et à réchauffer^ saiis arriver à faire pratiquement du puddlàgèj malgré l’ingénieuse combinaison de ses appareils avec ceux de ML Siemens modifiés, c’est que le puddlage à la main* exigeant une flamme à courant rapide et énergique remplissant bien le four, ne peut s'accommoder d’un four à récupérateur—à renversement; autrement ditÿ sans forttirâge de cheminée.
- Aihsi, puisque le gaz de bois vëff pëÜt doniïèr, après' une boniie épuration par lavage, la température de â000Q environ, s’il est brûlé par notre chalumeau, on peut donc l’employer directement au puddlage et aü réchauffage du fer, puisque ces opérations ne réclament point une température supérieure à 1600° ; et dans le cas où l’on a besoin de vapeur pour la force motrice de l’usine, on pourra mettre des chaudières à la suite des fours, comme cela se pratique dans toutes les forges à la houille. Mais généralement les établissements employant lé bois comme Combustible se trouvent placés dans des conditions spéciales et particulières^ qui leur permettent de disposer de forces hydrauliques èdhsidé^ râbles : dn devra dans ce cas recourir aux appareils récupérateurs, qui produiront alors une véritable - êemmniê dè cbtnbUétiblé] Soit ‘25 p; 100:pthir lés fours à puddler et 35 p. 100 pour les foürs à réchauffer, là forcé hib-i-trice de l’usine ne réclamant point de production de vapeur : 1 ; u
- Applications, générales.
- . /-u;;’;. r -1?î , • •' r
- Enfin beaucoup d’industries, telles que là métallurgie ÜU ètlivré' ainsi qUe celles dü zinc, de même que là Verfêrie et là’ëriëtàllerië, ëiëL; ëtCi; ne faisant pas usage de leurs flambies perdues pour la pfodüëtidh ide là vapeur* peuvent toujours avec avantage recourir à la récupérationrqüi leur assürera des économies réelles, aUxqüélles'viefidroht s’ajouter bêlles
- riiv ;vB 'H. .
- dues à la gazéification dü bois.
- En effet, dans un précédent mémoire [Métallurgie d'e l’acier, BesSé-^ mer* etc;, 4873-4874)* il a étésdëmontrë i\xLè'VAêriïê théôMÿuéftièWfrles pértes dues à la mauvaise gazéifieatioh de là houille Ainsi qüë cellës düës à ufië récupération incomplète peuvent être évaluées suivant les èàS entré 25 et 26 p.ù400»èt même 50 p.- 4 00. Or, Comme l-kilbgrammëklè hbUillê:JpfÔM duil 4m3,200i de gaz possédant Un pouVOiH Cftlorifiquê dé 1060 ëalèrièsj quand LU kilogrammè de bois vert en produit, après lâvâgè-et cOridéfisa-tion, 4mS>464 possédant Un pouvoir de 1494 : On voit dOnc qü?il faut
- t^ '< a a a i nw ui* ‘.-visai
- 1k X 4mâ,200 X 1060e,
- ' ; lj; lIu8,164 X 1494°
- :2k,556
- de bois vert pour remplacer 1 kilogramme de houille, soit 2,556 kilogrammes pour la tonne de bon charbon de terre à 12 p. 100 de cendre ; en pratique, 2 tonnes et demie de bois très-ordinaire (voir même des brin-
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- dilles à moitié sèches) peuvent remplacer avec grand avantagè une tonne de la houille que nous venons de citer, attendu que ce dernier combustible perdra 1/3 au moins de son pouvoir calorifique pour être transformé en gaz, tandis que le plus mauvais bois n’en perdra que 12 à 15 p. 100, soit 1/7 en moyenne.
- u Donc, dans ces conditions, le prix de la tonne de bois à brûler rendue
- 1,0
- à l’usine doit être — ou les 2/5 de celui de la tonne de houille également
- rendue dans la même usine. Exemple :
- Si la houille vaut 30 francs la tonne à l’usine, 1,000 kilogrammes de bois très-ordinaire vaudront : ' ;
- 30 *x v = 12 francs.
- ‘ 5 , . .
- , 0r le prix de 12 francs par tonne de bois est très-considérable : car généralement dans les pays forestiers on fait du charbon (de bois) à raison de 70 francs la tonne, ce qui met la tonne de bois au-dessous de 10 francs ; donc, dans ces conditions, on doit préférer le bois à la houille à 30 francs, les sous-produits de la gazéification du bois, cendre, acide pyroligneux, etc., ayant de la valeur et poüvant être recueillis sans frais par nos appareils. . u ;
- En entrant dans la discussion concernant la gazéification des bois, nous avons dit que la tourbe pouvait être convertie en gaz dans d’aussi bonnes conditions que ces bois : en effet’, la tourbe bien préparée, comme par les procédés de MM. Bocquet et Bénard, forme des briquettes dures et résistantes (ne renfermant que 15;pour 100 d’eau et 10 pour 100 descendre au plusjppossédant un pouvoir calorifique de 4,700 calories,*c’est-à-dire double de celui du bois vert; c’est ce qui fait que 1,500 kilogrammes de tourbe Bocquet chargés au gazogène y peuvent remplacer une tonne de bonne houille spéciale pour cet appareil, car cette tourbe ne donne jamais lieu à des encombrements.
- ^Commercialement, l’avantage est considérable :car 1,500 kilogrammes de ( tourbe >à. 12 francs la tonne rendue à l’usine, valent 18 francs; or actuellement; fort peu 4de localités jouissentide l’avantage de pouvoir se procure^de la houille commune à 20 francs la tonne. Et de plus, le refroidissement du gaz de tourbe donne par condensation depuis 160 jusqu’à 480 kilogrammes d’eau ammoniacale par tonne gazéifiée pouvant produire 70 kilogrammes de sulfate] d’ammoniaque, donnant, tous frais payés de fabrication, un bénéfice net de 8 à 10 francs; c’est dans certains cas la valeur du combustible sur place, comme à l’embouchure de la Somme, de la Seine et de la Loire.
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- NOTICE
- SUS Î.A CONSTRUCTION
- DE
- L'HOTEL DE U SOCIÉTÉ DES INGÉNIEURS CIVILS
- :tw-v ......w"-,- -•• - ••
- Par M. René DEHKHMTID,
- ARCHITECTE.
- La façade, dont la planche 69 donne le dessin, est complètement construite en pierres de taille. Tout le soubassement jusqu’au sol du rez-de-chaussée est en roche d’Euville, y compris le bandeau. La façade est en banc royal de Saint-Maximin, sauf la porte d’entrée, qui est en pierre dure de Chauvigny, y compris corniche; les pilastres des fenêtres géminées sont en roche d’Euville, dont la formation se prête bien à l’exécution de supports verticaux; les appuis des baies sont en pierre de Châ-tillon ; le couronnement de l’appui élevé des fenêtres de la grande salle est en banc royal de Savonnière ; les métopes de cet appui sont en terre cuite, de même que le devant du chéneau qui couronne la corniche principale. '
- Au-dessus de la corniche, le premier brisis du-comble est couvert en ardoises d’Angers, l’encadrement des lucarnes est en zinc. Le chéneau est complètement garni de plomb. Les autres rampants du comble sont couverts en zinc. Les lucarnes, au-dessus du membron couronnant le brisis couvert en ardoise, sont en zinc.
- Les souches de cheminées adossées aux murs mitoyens sont en briques de Bourgogne, et les chaperons en banc royal de Saint-Maximin.
- On entre par un porche où se trouve un large perron, en liais fin de Bagneux, faisant face à l’entrée et conduisant au vestibule du rez-de-chaussée, où l’onjjarrive par une porte vitrée. Ce porche est construit en pierre, son soubassement en roche de Chauvigny, et la partie haute en roche de Ravière.
- Le plafond est formé par des solives en fer restées apparentes et s’appuyant du côté du mur de face sur un chevêtre en tôle et cornières, et de l’autre côté sur une poutre apparente, également en tôle et cornières,
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- reposant sur deux forts pilastres en pierre de chaque côté de l’entrée du vestibule ; ces pilastres sont en roche de Ravière. Les entrevous entre les solives, coftstruits à la manière ordinaire ( sauf toutefois avec la précaution de relever les entretpises) , sont plafonnés en plâtre avec moulures reposant sur les bords des ailes des solives. Ce plafond est peint en laissant en ton de fer les solives et les poutres.
- Au palier du perron, dallé en liais fin deBagueux, sont deux parties en retour garanties pp unp fjàlnstrâdp ëfi fCr forgé, fft l’ufi§ présente qm dégagement pohr entrer chez le concierge:
- La disposition des faces latérales du porche, construites avec pilastres en pierre, laisse apercevoir en entrant : à gauche, la salle des Pas-Perdus; à droite, la loge du concierge.
- En passant dans le vestibule du rez-de-chaussée, nous trouvons deux portes à un vantail : l’une donnant par un dégagement dans la loge du concierge, l’autre dans le vestiaire; à gauche, une porte vitrée largement ouverte, et ayant à droite et à gauche des dormants également vitrés, conduit dans la salle des Pas-Perdus.
- La loge du Concierge comprend une. alcôve et comqiunique par un escalier à vis avec une Cuisine', et au-dessous une cave en sous-sol.
- Le vestiaire est éclairé sur la cour.
- En face de l’entrée du vestibule est la cage d’escalier; elle en est séparée seulement par la saillie des piles en roche de Ravière, portant une poutre en tôle et cornières, sur laquelle viennent s’appuyer, en même temps que* sur la poutre -âu-déssus de rentrée , des solives en fer «avec plafond disposé comme celui du porche. Les murs entre ces piles sont construits en briques façon Bourgogne et mortier de ciment; ces murs, ravalés en plâtre, sont peints! à Phuile d’un ton uni. Les stylobates, les chambranles et les menuiseries des portes sont peints en décor chêne. Le sol du vestibule est dallé en mosaïques à l’Italienne.
- h Entrons maintenant dans la salle» des Pas-Perdus.
- Gette salle prend toute la profondeur de l’hôtel ; elle est divisée en trois travées par les piles dosserets engagées dans le mur mitoyen et la saillie des piles correspondantes du vestibule; ces piles portent des poutres appareil les en tôle efcornières; contre le mur de face, il existe un chevêtre disposé comme celui du porche. Des solives apparentes reposent sur ces poutres, sauf du côté du mur mitoyen du fond, où ces solives s’encastrent. Les entrevous présentent une disposition particulière, le remplissage est également fait sur fantons reposant sur entre-toises, le tout liourdé en plâtre à la manière ordinaire; quant au plafond, il est formé par de petites voûtes de carreaux de terres cuites em boîtés, à rainure et languettes, et dont les sommiers reposent sur les ailes des solives. Ges carreaux, de dessins et dé tons Variés, portent de distance en distance des rosaces émaillées. ?
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- Au fond, contre le mur mitoyen, est une grande cheminée montant de fond; la cheminée proprement dite est en liais de Lignerolles; sur là partie haute, construite en plâtre et ravalée, est une ornementation de sculpture rapportée, formant cadre, d’une peinturé allégorique.
- Le sol de cette pièce est parqueté en chêne à compartiments; îesi murs portent une décoration peinte. Les fenêtres du rez-de-chausséë donnant sur la rue ont des balcons en fontë d’üü modèle spécial; elles sont garnies à l’intérieur de volets en tôle qui sé replient dans lès ébrasements.
- Si, sortant de la salle des Pas-Perdus, nous arrivons à là câgê dé l’es-caiier, dont lë palier à rez-de-chaussée est recouvert de mosaïques comme le vestibule, nous trouvons en face du vestibule l’escalïér qui monte au premier étage et dont la charpente en chêne repose sur deux marches de départ en liais de Grimaült, puis à droite, âü fond, l’escalier qui descend au sous-sol; en face de cette descente est l’entrée des lavabos et urinoirs prenant jour sur la cour ainsi qüe là cage d’escalier et le vestiaire.
- L’escalier est en chêne apparent avec limon à crémaillère; les plates-bandes en fer forgé sont apparentes et forment motifs de décoration; la rampe est en fer et fonte d’un dessin spécial etia main coürattte en noyer noirci et Vèrni. Les paliers sont parquetés en chêne à point de Hongrie. Quant à la cage, elle est peinte d’un ton uni depuis lé dessüs du stylo-bate, qui est en décor chêne ; deux forts filets de peinture terminent haut et Jbas. Le plafond sous l’escalier, ravalé en plâtre à partir de l’intérieur du limon, porte des moulures peintes de plusieurs tons.
- Prenons d’abord l’escalier qui descend âü sous-sol; cét escalier est également en bois et repose sur deux, marches, dé départ en liais de Bagneux.
- Nous trouvons, en arrivant âu sous-sol : en face de la Cage d’escalier, un vestibule, et à gauche en descendant deux portes à Un Vantail,Tune donnant accès à un lavabo et à un cabinet d’aisances, l’âutrô est la porte de la cour.
- Revenons au vestibule du sous-sol. On a employé le même mode de construction : solives apparentes et poutres rèposànt sür dés piles éîi pierres ; ces piles en sous-sol sont en roche d’Èüville; ici les .plafonds en plâtre entre les solives sont unis, et les murs de remplissage entre les piles, construits en briqués' de Vaugirard , fâçoti Bourgogne, sont enduits en ciment sur toute leur hauteur. ; ;;;
- Une large porte vitrée donne accès à la salle des Modèles,.placée sous, la sâlle des Pas-Perdus, et en tout semblable comme disposition : piles dosserets, poutres et solives apparentes ; les eritrevous sont construits comme au-dessus, en terres cuites formant plàfbtid de rnême disposi-tiort, seulement cés terres Suites sont unies. . ^
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- DEins le fond, contre le.mur mitoyen, est aussi une cheminée montant sur toute la hauteur, mais d’un modèle très-simple , la partie basse en liais de Lignerolles, la partie haute en briques ravalées en plâtre. Les murs sont complètement enduits en ciment. Le sol est également en ciment, mais divisé par dalles; L’aire en ciment est posée sur massif en béton reposant sur le terre-plein.
- . Regagnons par le vestibule la partie inférieure de la cage d’escalier : nons pouvons, comme nous l’avons dit plus haut, sortir dans la cour en descendant une marche. Le sol de cette cour, où est placé le châssis d’extraction de la fosse, est en ciment Vicat, le châssis d’extraction et les deux dalles de fermeture sont en roche du Moulin; en face de la porte est une petite borne-fontaine également en roche.
- Dans la cour, on trouve deux portes : l’une pleine, celle d’un cabinet d’aisances ; l’autre vitrée, qui donne accès dans la partie droite du sous-sol en contre-bas de la partie que nous venons de (parcourir. On arrive sur un pont en fer dont le .sol est carrelé ; ce pont laisse l’air et le jour à la partie destinée au calorifère placé en contre-bas; il aboutit à un plancher formant le sol de la cuisine du concierge. Au même niveau, à droite, se trouve une cave dont les deux murs supportent les faces latérales du porche et sont construits en meulières et ciment. Un escalier en fer descend à la partie réservée au calorifère et au dépôt de combustibles, ainsi qu’à une petite cave placée sous la cuisine du concierge et destinée à son service. Les cloisons sont en briques façon Bourgogne et mortier de ciment. Le calorifère est de construction spéciale : toutes les parties soumises à l’action du feu, destinées à chauffer l’air, sont en terres réfractaires; les portes, barreaux, cuvettes, sont seules en fonte ; l’enveloppe est en briques façon Bourgogne avec armatures en fer. L’air pour alimenter, le calorifère est pris dans la rue par la moitié d’une fenêtre géminée; cette ouverture sert également à l’entrée des combustibles , l’autre partie .de la fenêtre éclaire la cuisine du concierge.
- Les baies du sous-sol sur la rue sont garnies de grilles en fer forgé.
- Avant de quitter le sous-sol, disons quelques mots des fondations. La contruction repose surun sol de sable jaune; au droit des points d’appui en pierre mentionnés ci-dessus, on a construit des piles en meulières et ciment : ces piles sont reliées entre elles ainsi qu’au mur de face et aux murs mitoyens par des arcs en meulières et ciment. Du côté du calorifère, pour éviter les infiltrations d’eàu il a fallu établir un plateau en béton avec nervures en contre-bas.
- Regagnons maintenant le grand escalier, et montons jusqu’au premier étage: nous trouvons, en face d’un large palier*,un vestibule desservant toutes les pièces par quatre portes : celle faisant face à l’arrivée donne dans le bureau du secrétaire-archiviste, la porte à droite dans la biblio-.
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- tlièque, à gauche est la porte de la salle du Comité, puis enfin une porte à un vantail donne dans une petite pièce, précédant des lavabos, des urinoirs, puis un cabinet d’aisances.
- Le vestibule est peint des mêmes tons que la cage d’escalier ; il en est séparé par une large arcade, dont l’arc s’appuie à droite et à gauche sur des pieds droits en roche de Ravière, continuant les piles du rez-de-chaussée. Les portes et les stylobates sont peints en décor chêne.
- Entrons dans la bibliothèque: nous retrouvons dans cette pièce, placée au-dessus de la salle des Pas-Perdus, les mêmes dispositions de construction que dans cette salle, piles en pierre et dosserets du côté du mur mitoyen latéral, et plafond apparent avec poutres en tôles et cornières et solives en fer; on a disposé également entre les solives des petites voûtes en terre cuite, mais d’un dessin différent. Au fond une cheminée monte sur toute la hauteur de l’étage : la partie basse est en marbre Campan mélangé; la partie haute, construite en briques ravalées en plâtre avec moulures et sculptures rapportées, porte une niche ellipsoïde avec une console à la partie inférieure. Des peintures décoratives avec attributs ornent cette partie haute de la cheminée.
- Des bibliothèques en chêne ciré, avec ferrures apparentes d’un dessin spécial, garnissent presque tous les murs de la pièce ; les parties restantes portent des parcloses et moulures formant faux lambris peint en décor chêne, ainsique les portes, et régnant avec la hauteur des bibliothèques. La partie du mur au-dessus des bibliothèques et du faux lambris est peinte en ton foncé avec filages.
- De la bibliothèque nous pouvons gagner directement le cabinet du secrétaire-archiviste. Ce cabinet a toutes ses menuiseries, la corniche en plâtre, et les ébrasements, peints d’un ton foncé avec filages; un papier de tenture uni descend jusque sur les stylobates; ce papier est terminé haut et bas par des bordures foncées.
- Contre le pan coupé à gauche en entrant, est une cheminée en marbre noir avec glace encadrée d’une moulure en noyer noirci. Ce pan coupé est nécessité par le passage du tuyau de cheminée, qui devra s’obliquer à la partie haute pour sortir dans la cour. Une armoire sous tenture fait pendant à ce pan coupé.
- Du bureau du secrétaire-archiviste, nous entrons directement dans la salle du Comité, dont la décoration est identique.
- A cet étage, les murs de distribution et ceux sur la cour sont construits en briques façon Bourgogne, et ciment. La cloison qui sépare la salle du Comité dès cabinets est construite en briques creuses.
- Les sols des différentes pièces sont parquetés, sauf pour les lavabos, urinoirs et cabinet d’aisances, dont le sol est en ciment comme à rez-de-chaussée. \Ah * ^
- Le parquet de la bibliothèque est exécuté comme celui de la salle des
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- Pas-Perdus; Dans les autres pièces c’est du point de Hongrie ordinaire, avec* encadrement dans la salle du Comité.
- Reprenons l’escalier : il nous mène au deuxième étage, dans une pièce séparée seulement du palier par deux pilastres; nous trouvons deux portes, une à gauche à deux vantaux, qui est celle delà Salle des séances, une en face à un vantail donnant accès dans un petit salon. Cette pièce, désignée par le nom d’antisalle sur le plan, est éclairée par la partie haute ainsi que le salon voisin ; ù droite, un pupitre sert au registre d’inscription de présence aüx séances; la décoration est la même que dans la cage d’escalier.
- Entrons dans la salle des séances. Cette salle prend toute la longueur de la façade, et sa largeur est limitée par la cage d’escalier : on a donc profité detout l’eSpace possible. En entrant, on trouve à droite uneestrade élevée de 0^,20 au-dessus dû sol ; sur cette estrade est la table dü bureau ; derrière le bureau, dès places sont réservées pour les membres du Comité; après ces places et faisant fond de la salle, est unlargetableau noir prenant toute la largeur et toute la haütêur de la salle, déduction faite, comme largeur, de deux grands coffres de ventilation, et, Comme hauteur, d’urt soubassement élevé de trois marches : ce soubassement formant estrade est garanti par une balustrade; il permet les démonstrations au tableau, sans être gêné par les personnes assises sur festrade du bureau. Faisant face au bureau, est une série de banquettes disposées en amphithéâtre, et permettant une circulation facile tout autour et entre les banquettes.
- Pour éviter, une fois les séances commencées, les allées et venqes devant le bureau pour aller prendre place sur les banquettes, on peut, en continuant l’escalier, arriver à la partie haute de l’amphithéâtre, d’où l’on gagne facilement les diverses places.
- La partie haute de l’amphithéâtre, faisant face au tableau, est disposée d’une façon spéciale: derrière une cloison placée à distance du mur mitoyen , on a construit sür les côtés des coffres de ventilation et les tuyaux des cheminées des étages inférieurs, qui sont adossés au mur mitoyen ; la partie restante au milieu sert à l’arrivée de l’air destiné à renouveler celui de la salle ; cet air est pris à l’extérieur par des ouvertures sur la façade protégée par des grilles en fonte; il peut être mélangé avec de l’air chaud dans une chambre de mélange placée sous l’amphithéâtre; il se déverse dans la salle par un large Orifice ménagé dans la partie haute de la cloison. Le départ d’air vicié se fait dans le bas de la salle, par des ouvertures ménagées dans les gradins, sous les banquettes et en dessous de l’estrade du tableau; il gagne par là de grandes cheminées de ventilation placées aù milieu de la salle; on peut y allumer des becs de gaz pour faciliter l’appel.
- L’orifice d’entrée est fermé par une grille composée d’une série de
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- panneaux décoratifs en fontëpavec pilastres et rinceaux portant au milieu le chiffre de la Société, Sur lë linteau venant au-dessus de ces panneaux est une inscription où trois dates rappellent : 1° la date de la fondation de la (Société; 2° la date de la reconnaissance d’utilité publique; 3a la date de l’inauguration de l’Hôtel.
- Le plafond, à poutres et solives en fer comme dans les étagés inférieurs, a également des travées de terre cuite entre les solives ; seulement, ici les travées sont composées de panneaux de terre cuite d’une seule pièce, reposant sur les ailes des solives, et des coüvre-joints en terre cuite émaillée de deux tons séparent les différents panneaux. Les poutres sont également plus ornées que dans les salles principales des étages inférieurs ; elles portent, outre les rosaces et les rivets détachés par un autre ton sur l’ensemble de la poutre, des petits panneaux décoratifs peints sur une tôle rapportée au-dessus de vides ménagés dans la semelle inférieure.
- Les murs sont décorés d’un haut lambris figuré par des parcloses, et peint d’un ton foncé avec filages; au-dessus de ces lambris, entre les pilastres placés au droit des poutres, est une décoration peinte rappelant les tentures persanes. Au-dessus de ces panneaux décoratifs)est une architrave surmontée d’une corniche avec décoration, peinte; l’architrave porte tout autour de la pièce une série de tringles en for permettant d’accrocher des dessins pour les séances;
- Toutes les banquettes et les autres sièges de la salle sont en chêne et recouverts d’un tissu de crin noir.
- La salle est éclairée par trois larges baies sur la façade de l’Hôtel. Pour les séances, qui ont lieu ordinairement le soir, quatre grands lustres sont accrochés aux poutres'du plafond, et une rampe spéciale avec réflecteur éclaire le tableau. ; -
- Une très-belle horloge placée dans la Salle des séances a été offerte par M. Henry Lepaute, notre Collègue. (i;f’ -
- De l’estrade du bureau , on arrive de plain-pied dans le petit salon dont nous avons vu la porte en face de l'escalier; sa décoration est fort simple.; un .papier de tenture uni et des boiseries peintes de tons puis ; une large porte à deux vantaux permet en cas d’affluence de suivre les séances de ce petit salon.
- i/Vl; - ’-ac • ' '
- En reprenant la cage d’escalier et en continuant à monter, on" arrive au troisième étage» à l’appartement du secrétaire-archiviste, dont le plan indique la distribution ; cet étage est compris dans la partie inférieure du comble à la Mansard; . ( v i , ?
- Du palier du troisième étage, un escalier placé entre deux cloisons
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- — 904 —
- conduit à un étage supérieur, où se trouvent la pièce pour le réservoir d’eau, des pièces pour les archives et des greniers.
- La surface du terrain est de..................... 198m,35
- La surface construite est de................................186m,45
- Nous rappelons le prix de la construction de l’Hôtel avec le montant par corps d’état.,
- Ces dépenses sont ainsi réparties :
- Maçonnerie.................................... 61,400f
- Serrurerie..................................... 23,900
- Couverture et plomberie.......................... 8,350
- Menuiserie................................... 15,896
- Peinture......................................... 7,950
- Charpente en bois.....................: . . . 5,900
- Fontes........................................... 1,500
- Marbrerie........................................ 2,950
- Fumisterie..................................... 1,150
- Terres cuites.................................... 4,470
- Chauffage et ventilation......................... 4,542
- Bitume............................................. 100
- Peinture décorative.............................. 2,500
- Sculpture....................................... 3,025
- Total....................... 143,633 143,633f 00
- Ajoutant à ce prix :
- Le prix du terrain, delà mitoyenneté, frais d’actes, de
- cité, d’égout, etc., etc. ................................. 86,223 00
- La dépense pour l’installation et le mobilier................ 39,684 15
- Les honoraires de l’Architecte :
- d’une part, 143,633 fr. à 5 pour 100.......................... 7,181 65
- d’autre part, 39,684 fr. 15 c. à 5 pour 100................... 1,984 20
- Nous arrivons à un total de.............' 278,706 00
- Nous terminerons en rappelant les noms des artistes, entrepreneurs, fabricants et fournisseurs, qui ont donné leur concours à la construction de l’Hôtel.
- Maçonnerie..............
- Sérrurerie..............
- Couverture et plomberie,
- Menuiserie.. . .........
- Peinture. ..............
- Charpente en bois. . . . Fontes..................
- MM. Bobin et André.
- MM. Clairin et Escande.
- M. Poupard.
- M. Charles Braud.
- MM. Leclaire et Défournaux. M. Charles Loucheux.
- M. Durennes.
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- — 905
- Marbrerie...............................
- Fumisterie..............................
- Terres cuites ornées et terres réfractaires
- du calorifère..................... . .
- Chauffage et ventilation................
- Bitume..................................
- Peinture décorative.....................
- Sculpture...............................
- Installation du gaz et appareils..
- Régulateur à gaz. .........................
- Sièges : tapisserie.................... . .
- — menuiserie.........................
- Tableau noir. . ......................... .
- Glaces................................. . .
- Cadres des glaces. . . .................
- MM. Parfonry et Lemaire.
- M. Sgréna.
- MM. Muller et Cie.
- MM. Piet et Bellan.
- La Compagnie des asphaltes.
- M. Louis Rey.
- MM. Husquin et Libersac.
- MM. Gaudineau, Yalle etCio.
- M. Maldant.
- M. Penon. ...
- M. Grenier. ,...-
- M. Bonvallet.
- Les cristalleries de SaintjGobain. M. Simon (Jules). -,
- ? ' M::
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-
-
- TABLE DES MATIÈRES
- Pagos.
- Acier Bessethef (Mëmoifë SÜf là métallurgie de 1’), pàr M. Lëncàüchez......... 813
- Acier Bessemer et Martin en Allemagne (Fabrication de 1’), par RI. Corriüaüit, '’**"—>* résumé d’un mémoire de M. Hüpfeld sur l’importance actuelle de la fabrication (séance du 6 février), . . .'.........................A..................... 80
- Acier phosphore (Fabriëàtidu des rails ën), à l’usine de Tërrénoire, par ^
- M. Euvërlè (ééariëés dës 20’févfïer et 6 mars)..................... 100 et 110
- Aciers (Classification des), piaf M. Ë. Marché (séances des 18 septembre et
- 2 octobre)...........................................................5$0et 714.
- Agriculture (Société des Agriculteurs de France, session annuelle de 1874),
- par M. Chabrier (séance du 6 mars)..................................... . . . . 111
- Bassin houiller des Asturies (Espagne), par M. A. Grand (séances des 5 et 19
- juin)............................................................ 304, 315 pt 853,, Y*>
- Caisses de retraite instituées par les Compagnies de chemins de fer, par M. Mar- "
- ché (séance du 15 mai)..................................................... 290
- Canal Saint-Louis, par M. Dornès (séance dû 4 décembre)....................... 740*
- Canne à sucre et Industrie sucrière sur la côte méridionale (Culture de la), par
- M. Grand (séance du 10 avril).............................................. 266
- Caoutchouc vulcanisé (Fabrication et emploi du), analyse du mémoire de
- M. Ogier, par M. E. Marché (séance du 20 novembre).........................732
- Charbons de terre dans la Pensylvanie (Analyse du), rapport de M. Malezieux, ingénieur en chef des ponts et chaussées* par M. Brüll) (séance du 10 avril). ^f0
- Chemin de fer dans Paris, parM. Letellier (séance du 6 février).........89 et 192
- Chemins de fer dans Paris (Observations faites au projet de) de M. Letëîlier,
- par M. Després, Alphonse...................................................229
- Chemins de fer aux États-Unis, analyse du rapport de M. Malezieux, ingénieur en chef des ponts et chaussées, par M. Jules Morandière (séances des 24 avril
- et 17 juillet)...................................................^ . â^3 et Éf5
- Chemins de fer de montagne, par M. Mallet (séance du 2 octobre).. % . . 709
- Chemins de fer économiques, par M. Jules Morandière (séance du 6 novembre), l'îo Combustibles (Emploi économique des), par MM. Fichet et Gillot (séances des
- 23 janvier et 6 février)......................................... 77, 85 et
- Congrès international des sciences géographiques (séance du 5 juin)T’. TT . 3$8
- Cours d’eau le Parama , FUruguay et l’Estuaire de la Plata (Hydraulique des grands), compte rendu de l’ouvrage de M. Révy, par M. Louis Leloup
- (séance du 4 septembre)................................................ . 533
- Décès de MM. Hangard, Brunier, Grenier, Priestley, West, Borgella, Belan-ger, O’Brien, Flaud, Leblond, Moléon, Thirion (Oswal), Castor, de Mastaing et Gaildry (François) (séances des 9 janvier, 6 février, 6 mars, 10 avril,
- 15 mai, 4 septembre, 2 octobre, 6 et 20 novembre). 72, 84, 110, 266,
- 290, 531, 709, 725, 730 et 732
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-
-
-
- Pages.
- Décorations, Légion d’honneur: commandeur, M. Gouin; officiers, MM. Da-guin, Durenne (Antoine); chevaliers, MM. Binder (Jules), Fouquet, Laveis-sière (Jules), Poivrier* Weyher et Noisette (séances des 6 mars, 1er mai,
- 17 juillet et 4 septembre)................................ -110, 278, 513 et 531
- Décoration étrangère, Ordre du Medjidié : commandeur, M. Goschler (séance
- du 19 juin). ............................................................313
- Distribution d’eau aux États-Unis, analyse du rapport de M. Malezieux* ingénieur en chef des ponts et chaussées, par M. Fortin Herrmann (séance du
- 24 avril). ..................................223.
- Dynamite (delà), par M.Brüll (séance du 4 décembre); . . * . . . .. < . . . . 747,
- Eaux de Nîmes, de Paris et de Londres, par M. Dumont (séance dit 20 mars), /
- m et 247
- Égouts et irrigations, 4e et dernière partie du. mémoire de M. Ronna* .»»•». "¥23)
- Élections générales (séance du 18 décembre). . .............. 751
- Fondations en rivières aux États-Unis, analyse du rapport de M. MalezièuX, ingénieur en chef des ponts et chaussées, par M. Fortin-HerrmAnn (séance du 24 avril). ..... . 44^:...... ... ; 271
- Fontes et fers phosphoreux pour la fabrication de l’acier fondu pour rails, par MM. Euyerte et Lencauchez (séances des 20 février, 7 août et 4 septembre),
- . 414 . . .13523 et.
- Four à gaz, système Ponsard, par M, Périssé (séance du 16 octobre). » 722 et Gaz à l’eau; CO et II et sur celle des gazogènes à bois vert (Note sur lÉTpro-duction du), parM. Lencauchez. . : . » ; . .s . i .... . ; » : : . Gaz (Combustion des), par M. Lencauchez (séances des 4 et 18 septembre)................ . .......................... 537 et
- Gaz (Analyse des), appareil de M, Orsat,. par M. Fichet. ..; .*?*. .
- Grues et appareils de levage à traction directe, par M. Chrétien (séances des
- 20 novembre et 4 décembre).. . ........... i ....... 738 et
- Hauts fourneaux, aux États-Unis (Accidents), par M. Cornuault (séanctTdu 15 mai..................................
- m
- 752
- Hôtel delà Société des Ingénieurs civils (Construction de. 1’)^ par M mimuid. ......................... . .
- Incrustatio.n des chaudières (Épuration de l’eau employée aux prises d'eau
- René De-
- 881
- 542
- IBS
- «rf»WH**
- 746 à 297 897 ..
- d’Àigrefeuille et de Neuville-aux-Bois) pour l’alimentation des locomotives^
- par M. Forquenot (séance du 6 mars)............................ 112
- Irrigations (Notions élémentaires, théoriques et pratiques sur les), par M. de “"** Cossigny. . '• • • • 738
- Installation des Membre^ du bureau et du Comité, discours de MM. Molinos et .
- Jordan (séance du 9 janvier).. .......» »......... • ........ 52
- Liste générale des Sociétaires. ^ i ......... . 5
- Liste des Membres donateurs et des Membres exonérés. ............ 45
- Locomotives à L’Exposition de Vienne * par M; Jules Morandière (séance du
- 5 juin). . ......................... ......... . . . ..............804
- Machines les plus remarquables et les plus nouvelles à l’Exposition de Vienne en 1873 (Description des) , analyse de l’ouvrage de M. Fontaine, par
- M. E. Marché (séance du 18 septembre). .... .......................547
- Machines locomotives (Philosophie mécanique de la marche des), par M. Be-noit Duportail.......................................................499
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- Pages.
- $
- %
- Médaille d’or décernée au meilleur mémoire déposé pendant l’année 1873. Mémoire de M. Ronna sur l’assainissement des villes et des cours d’eau,
- égouts et irrigations (séances des 19 juin et 4 septembre)..........314 et
- Mines aux États-Unis, analyse du rapport.de M. Malezieux, ingénieur en chef
- des ponts et chaussées, par M. Brüll (séance du 10 avril)................ .
- Navigation intérieure aux États-Unis, analyse du rapport de M. Maleziéux, ingénieur en chef des ponts et chaussées, par M. Badois (séance du 20 mars). Population de la ville de Paris (Note descriptive et carte statistique figurant la
- répartition de la), par M. Vauthier (séance du 6 février). .............. .
- Ports maritimes aux États-Unis, analyse du rapport de M. Malezieux, ingénieur en chef des ponts et chaussées, par M. Mallet (séance du 10 avril) . . Ports de mer (Nouveau )moyen d’approfondir l’entrée des), par M. Bergeron
- (séances des 1er et 15 mai)......................................... 280 et
- Poutres métalliques (Résistance des), analyse de la note de M. de Blonaÿ, par
- M. Dallot (séance du 1er mai). ..............................................
- Puddlage mécanique, système Pernôt, par M. Molinos (séances des 6 mars et
- 17 juillet). . ..................... .-.117 et
- ‘Résumé du premier trimestre. ............................ .“T**. .
- Résumé du deuxième trimestre................... V........................ . . .
- Résumé du troisième trimestre..................................................
- Résumé du quatrième trimestre.............. ............................... . .
- Sable (Propriété spéciale du) et sur ses applications, par M. Beaudemoulin. . Saint-Gothard (Tunnel du), par MM. Colladon et Richard (séances des 10 avril,
- 19 juin et 4 septembre)........................................2ni, 314 et
- Secours contre l’incendie (Moyens employés dans la ville de Paris pourMës),
- par M. Queruel (séance du 9 janvier). . . ............................72 et
- Séparation mécanique des liquides contenus en suspension dans les vapeurs et
- ‘ les gaz, par M. Maldant (séance du 20 mars)..................................
- Simplon (Percement du), par M. Vauthier (séance du 17 juillet)................
- Situation financière de la Société (séances des 19 juin et 18 décembre). 313 et iucre cristallisable contenu dans les mélasses de fabriques et de raffineries (Note sur l’extraction au moyen de la baryte du), par M. C. Boudard aîné.. Sucre (Étude sur l’extraction du) des mélasses, par le procédé de MM. Marguerite et Lair, par M. Gazes.............................................. . .
- Théâtres (Agencement mécanique des), par M. Queruel (séance du 20 février),
- 94, 617 et
- , Transports (Moyens de) appliqués dans les mines, les usines et les travaux publics,^par M, Évrard| (/X'ho&ySf c)t& a*.2)V
- Travaux d’utilité publics exécutés en Égypte, depuis la haute antiquité jusqu’à nos jours (Analyse de l’ouvrage de M. Linant de Bellefonds Bey), par Mi Badois. . ............................................................. . . .
- Ventilation des grands souterrains de chemins de fer, par M. Guibal (séance
- du 6 février). ................................ . . ... . . . . .
- Voies de chemin de fer (Élasticité des), note de M. Caillé. ........ . .
- Voies navigables de la France, ouvrage de M. Larue, présenté par M. Rubin (séance du 7 août) ................................................*...........
- 532
- 270
- 89
- 301 278 _ '
- 515
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- 50
- 257
- 505
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- Fig. 1. — COUPE SUIVANT UV DU PLAN.
- Fig. 2. — COUPE SUIVANT XZ DU PLAN.
- Fig. 3. — PLAN.
- LEGENDE
- A Lambourdes.
- B Chariot.
- C Costières.
- D Poutres du premier dessous.
- D Poutres du deuxième dessous.
- K Crochets mobiles.
- L Décor surgissant par une petite rue r. M Mâts.
- N Coulisses en bois, dites cassettes, p Potelets du premier dessous.
- P Poteau du deuxième dessous.
- P’ Poieau du troisième dessous.
- R Rues, r Petites rues.
- Série, 7e Volume. ’ * . ' . . ' , ; PL 66
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- Note sur le Four à gaz,
- *
- par". Sylvain
- Sjstème Puisard
- Périsse
- PE CHAUFFAGE. DTJ PER.
- Fii$. 1. Coupé verticale suivant AB. • Fig.3. Coupe transversale suivant EF.
- FHF4. Coupe transversale suivant GH.
- Fig.2. Coupe, horizontale • suivant CI) .
- PHHti o IltifH
- !
- imsi/
- F5. Coupe horizontale dans le Récupérateur suivant KL.
- Nota. Les coupe,s verticales du Récupérateur sont intercalées dans le texte.
- Axe de
- iCC Coupe horizontale P dans le Récupérateur ffl suivant MN.
- Société des Ingénieurs datés
- Symétrie.
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- GAZOGENE SURCHAUFFE, SYSTEME PONSARD.
- Fig. 7. Coupe verticale suivant OP.
- Fig 8. Coupe horizontale suivant TT.S.
- -A-’ttéè -----
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