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Le Palais de cristal : journal illustré de l'exposition de 1851 et des progrès de l'industrie universelle : album de l'exposition
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- LE
- PALAIS DE CRISTAL
- IL ILLUSTRE DE L'EXPOSITION DE 1851
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- PARIS.— IMPRIMERIE CENTRALE DE NAPOLÉON CHAIX ET C° , RLE RERGÈRE, 20.
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- LE
- El DES
- PROGRÈS DE L’INDUSTRIE UNIVERSELLE
- 1'" MAI, — 11 Ol'.TOBKK.
- P avis
- A L’ADMINISTRATION DU JOURNAL
- PASSAGE JOUFFKOY, N° 2/)
- ET CHEZ LES PRINCIPAUX LIBRAIRES DE LA FRANCE ET DE L’ÉTRANGER.
- 1851
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- LE PALAIS à BbDE CRISTAL.
- JOURNAL ILLUSTRE DE L’EXPOSITION DE 1851.
- N° 1.
- LONDRES, MERCREDI, 7 MAI 1851.
- PRIX : 6d. (60 c.)
- Ce Journal paraît tous les mercredis pendant la durée de l’Exposition. Prix de l’abonnement pour la France et l’Angleterre, 25 fr. (£1) ; le port en sus pour l’Etranger.
- L’on s’abonne : à Londres, au Bureau du Journal, 2, Catherine-street, Strand; cbez M. Joseph Thomas, 1, Finch-lane, Cornhill; en France chez MM. Susse Frères, à Paris, Place de la Bourse, ainsi que chez les principaux libraires; pour l’Allemagne, chez M. Alexandre, à Strasbourg, qui reçoivent aussi les annonces.
- Toutes les réclamations et communications relatives au Palais de Cristal doivent être adressés (franco) au Bureau du Journal à Londres, 2, Catherine-street, Strand.
- En commençant sa publication, le palais de cristal éprouve le besoin de répéter qu’il est et qu’il sera toujours voué exclusivement aux intérêts français se rattachant à l’exposition de Londres. Cette déclaration déjà faite dans son numéro specimen, il devait la renouveller aujourd’hui en présence des publications nombreuses auxquelles la solennité industrielle de 1851 a donné naissance, publications qui ont toutes leur spécialité plus ou moins sérieuse.
- Certes en s’exprimant ainsi notre journal n’affiche pas la prétention de se poser en défenseur de l’industrie française à Londres : une telle prétention serait ridicule ; la France n’a besoin de la protection de personne, et d’ailleurs ses produits sont là qui parlent assez pour elle ; et puis les soins intelligents, l’expérience de notre commissariat qui s’est acquis par ses travaux de si hauts droits à l’estime publique, suffiraient au besoin.
- Le palais de cristal a une tâche plus modeste qu’il s’efforcera de remplir avec zèle. C’est
- non-seulement d’éclairer nos fabricants sur leurs droits ainsi que sur les découvertes étrangères qui peuvent profiter à la France, mais aussi de faire connaître au monde industriel la part qui revient souvent à notre nation dans ces inventions nouvelles, dans ces merveilles de l’art ou de la mécanique que le palais d’Hyde Park étale à tous les yeux. Ainsi telle découverte, tel procédé, aujourd’hui exposés dans leur application complète par l’Angleterre, l’Allemagne ou la Russie, l’idée première en appartient peut-être à un français forcé par les circonstances d’en laisser profiter un étranger. Ainsi telle statue, tel bijou, tel meuble, telle pièce de soie, qu’on voit figurer sur la partie anglaise du catalogue, le dessin, l’exécution en reviennent peut être à des7artistes, à des ouvriers français engagés à haut prix par l’Angleterre.
- Et puis combien n’est-il pas de produits auxquels il n’a manqué qu’un emplacement convenable et suffisant pour se présenter avec tous leurs justes avantages ? combien de ces articles de
- KLIN K INAUGURANT L EXPOSITION.
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- LE PALAIS DE CPISTAL.
- goût, de mode, d’un fini si délié, d’une délicatesse si imperceptible qu’on en peut juger en quelque sorte qu’à la loupe, auquel le jour manque parce qu’ils sont mal exposés, et aussi parce que tous les moyens d’en assurer l’équitable exhibition n’ont pas été souvent égaux entre les français et leurs voisins ?
- Oes remarques, ces révélations, le palais de cristal les publiera avec sincérité et sans jamais rien dissimuler. Aucun fait ne sera avancé par lui que les noms ne soient cités avec les preuves à l’appui, de façon à faciliter au jury des récompenses, la mission qui lui est dévolue.
- La vérité à tous et pour tous, ce n’est que justice, mais le malheur des derniers temps est tel que la France est obligé d’en revendiquer le bénéfice.
- Nous comptons au surplus sur les communications de nos compatriotes pour venir à; l’appui de notre travail. Le palais de cristal les accueillera toujours avec reconnaissance.
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- Le Palais de Cristal est partagé en deux par le grand cintre dans lequel sont pratiquées au sud et au nord les deux entrées principales. L’Angleterre à elle seule occupe l’une des moitiés entière du palais ainsi divisé, l’autre est remplie par les diverses nations concourant à l’exposition, Le plan typographique que nous donnons plus loin .représente les emplacements occupés par les produits de l’Angleterre, de la France et des autres peuples.
- Ce plan, dont nous garantissons l’exactitude mathématique, forme un véritable catalogue en miniature des produits exposés ; il nous servira à guider nos lecteurs dans les promenades nombreuses que nous leur ferons faire à travers le bâtiment de l’exposition, afin de les amener à découvrir et apprécier les signes éclatants de l’état du progrès du commerce et de l’industrie chez les différents peuples.
- De justes appréhensions avaient été plusieurs fois manifestées à propos du petit nombre de dégagements ainsi que de portes de sorties ménagées dans le Palais de Cristal. Nous devons dire que les entrepreneurs du bâtiment ont pris toutes les mesures pouvant. assurer la facilité des communications avec le dehors, aussi bien que la commodité au dedans des promeneurs et des exposants. Quatre portes d’entrée existent pour pénétrer dans l’intérieur de l’exposition. Les deux principales, appelées Entrée du Sud et du Nord, sont placées an centre du bâtiment, là où est le transept. Les deux autres sont situées, l’une à l’ouest à l’extrémité de la partie anglaise ; la seconde à l’est à l’extrémité opposée. Quant aux portes de sorties elles sont au nombre de treize, réparties également sur chacun des côtés du palais.
- INAUGURATION DU PALAIS DE L’EXPOSITION.
- Sa Majesté la Reine Victoria a ouvert le premier mai l’exposition universelle de 1851. Pour rendre complet le dessin que nous reproduisons de cette cérémonie, nous emprunterons aux journaux anglais leur récit officiel.
- Jamais le parc de Saint-James n’avait présenté un aspect si gai et si animé. Dès le matin, de bonne heure, la foule avait envahi toutes les avenues. Elle s’avançait comme une masse compacte, par Constitu-tion-hill et Green Park vers le Palais de Cristal. A l’approche de l’heure fixée par le programme pour la sortie de la Reine du Palais de Buckingham, la foule devint plus compacte encore, et ce fut avec grand peine que la police put ouvrir le chemin au cortège royal. Il faut le dire, cette tâche difficile fut accomplie avec la plus grande prudence, avec le calme dont la police de Londres a tant de fois donné des preuves.
- Quelques minutes avant onze heures, le Marquis de Winchester, Lord Steward de la Maison de la Reine, se dirigea vers le Palais. Bientôt après arrivèrent la Duchesse do Sutherland, Grande Dame d’Atours, et le Grand Chambellan, Marquis de Brea-dalbane.
- L’Archevêque de Cantorberry se dirigea vers Pall-Mall et Constitution-hill un peu après onze heures.
- Bientôt après, un détachement du 1er régiment des gardes, commandé par le colonel Hall, vint s’établir en face du Palais, et prit rang dans le^ortége.
- L’escorte royale, sous les ordres du colonel Parker, prit aussi position devant le Palais, suivie de huit voitures de la cour, attelées de deux chevaux
- chacune seulement, au grand désappointement du public qui n’apprit que par cette circonstance, que la Reine n’inaugurerait pas l’Exposition avec toute la splendeur des cérémonies royales.
- A onze heures vingt minutes le cortège sortit du Palais, Les sept premières voitures contenaient les principaux officiers de la Maison de la Reine, le prince de Prusse et sa suite, puis venait une partie de l’escorte, et, enfin, le carrosse royal, occupé par la Reine, le Prince Albert, le Prince de Galles et les Princesses Royales. Sa Majesté, dont les traits annonçaient la santé, fut reçue par la multitude aux cris mille fois répétés de “ Vive la Reine.” Elle remercia gracieusement la foule de ce témoignage de “ loyalty” et d'affection. Un deuxième détachement de gardes fermait la marche, et le cortège s’avança rapidement vers Constitution Hill au milieu d’acclamations unanimes.
- A partir de ce point la foule devenait plus compacte. Jamais speetacle plus imposant n’avait été offert à la curiosité. Ce vaste espace, rempli d’un peuple animé, la gaie verdure du printemps, le temps magnifique qui favorisait la fête, la foule d’étrangers venus cette fois en amis, et mêlant leurs acclamations à celles des loyaux anglais ; les toilettes éclatantes des femmes qui tranchaient sur le sombre aspect des habits noirs, et, derrière cette foule, dominant du haut des balcons de Grosvenor-place, la riche aristocratie du pays mêlant ses cris et ses vivats à ceux du peuple ; tout contribuait à donner à cette fête un caractère imposant, dont la population de Londres conservera longtemps le souvenir. .
- Malgré les nuages menaçants qui parcouraient le ciel, malgré la pluie dont quelques gouttes commencèrent à tomber au passage du cortège, la foule conserva ses rangs et sa bonne humeur, et il est inutile d’ajouter que dans cette partie de son parcours le cortège royal fut reçu avec les mêmes acclamations qui l’avaient accueilli à sa sortie du palais.
- A la hauteur d’Hyde Park, le spectacle se présentait sous une physionomie nouvelle. Depuis neuf heures du matin les larges voies de Piccadilly étaient sillonnées de voitures de toute espèce, amenant vers le Palais de Cristal- des milliers de spectateurs, et se suivant sans interruption, sur plusieurs files, depuis Long Acre et Regent Circus, c’est-à-dire sur une longueur de plus de trois milles. Le même mouvement régnait du côté de St. James’s et de Knights-bridge ; de l’ouest comme de l’est toute la vie de la grande cité convergeait vers un point unique ; l’Exposition.
- A onze heures et demie, le mouvement des voitures cessa, le peuple envahit toutes les voies publiques, et, comme dans toutes les occasions pareilles, il charma ses loisirs par les lazzis et les rires ; il s’égaya surtout des vains efforts que fit un constable pour ramener à terre un gamin qui, semblable à un écureuil, sautait de branche en branche sur un des arbres du parc, pour échapper à son persécuteur.
- Le cortège arriva ; mais sa marche fut si rapide à son entrée dans le parc, qu’il fut impossible de reconnaître les personnages que contenaient les voitures, et l’on put lire le désappointement exprimé sur tous les visages, lorsqu’au lieu de la voiture royale, traînée par huit chevaux café au lait, l’on vit la Reine et sa famille dans un simple carrosse à deux chevaux. Pour beaucoup de spectateurs, il ne fallait rien moins que le son du canon annonçant l’arrivée de la Reine au Palais de l’Industrie, pour les convaincre qu’ils avaient vu passer le cortège royal.
- Dès le matin, la foule prenait position le long de la chaussée, entre Hyde Park-corner et l’entrée septentrionale de l’Exposition. Vers dix heures, des masses innombrables de curieux sont survenues, et ont formé des deux côtés de la route une muraille compacte et impénétrable, qui s’est prolongée jusqu’aux portes même du palais. Les maisons qui avoisinent Albert-gate étaient chargées de spectateurs ; les balcons, les fenêtres, les toits, tout était plein. Les hauteurs, d’où la vue pouvait plonger sur quelques parties de la procession, ont été rapidement envahies par les nouveaux arrivants qui n’avaient pas été assez heureux pour se poster le long de la route, et bientôt le plus intrépide curieux, eût-il été doué d’une vigueur herculéenne, n’eût pu avancer d’un seul pas au milieu des rangs pressés, qui garnissaient le terrain. Ce qu’il v avait de remarquable, c’était l’animation joyeuse de la foule, et l’air de contentement qui respirait sur tous les visages. Chacun se prêtait à la circonstance ; et la fatigue, la presse, la poussière, les petits accidents ordinaires dans ces multitudes réunies, rien ne pouvait altérer la bonne humeur de tout cc peuple. Il est vrai, aussi, que le spectacle animé qu’on avait sous les yeux était bien propre à captiver l’attention. Ces équipages somptueux qui se suivaient .sans le moindre intervalle, avec leurs livrées si variées et si riches, étaient un sujet perpétuel de distractions, de questions, de ripostes et d’observations. Ici l’on distinguait la voiture d’un ministre, là celle d’un pair distingué ; plus loin c’était un des révérends pasteurs de l’Eglise ou bien un étranger connu, ou bien encore un membre du corps diplomatique. Ainsi, l’on attendait avec ardeur, mais sans impatience, l’arrivée de la cour et de la suite royale. De temps
- à autre, un spectacle d’une autre nature détournait l’attention et fournissait matière à de nouveaux sujets de gaieté. C’étaient des curieux déterminés qui s’aventuraient à grimper sur les arbres pour jouir du spectacle imposant que présentait cet océan de têtes humaines, s’étendant jusqu’aux dernières limites que la vue pouvait atteindre : mais ces amateurs de beaux coups-d’œil avaient compté sans la police ; celle-ci a fait son devoir. De-là des luttes et des ruses, des marches et des contre-marches, qui produisaient les scènes les plus comiques. Il y a bien eu, de temps à autre, quelques chutes, et plus d’un, parmi ceux qui s’étaient postés sur les branches, est tombé lourdement à terre : mais il ne parait pas qu’on ait eu à déplorer aucun accident sérieux.
- Vers onze heures et demie on a commencé à voir arriver au galop les officiers de police à cheval ; bientôt après, est apparu un corps de Horse Guards, épées nues, qui s’est rangé des deux côtés de la route à distances égales, pour maintenir le passage libre. Ces. dispositions semblaient annoncer l’arrivée de la Reine ; cependant l’opinion se maintenait dans la foule qu’une salve d’artillerie aurait prévenu le public du moment où la Reine aurait quitté le palais de Buckingham. Bientôt, cependant, le doute n’a plus été permis : à midi moins un quart, des acclamations lointaines se sont fait entendre ; peu à peu elles sont devenues plus éclatantes, et en quelques instants un chœur immense d’enthousiasme s’est élevé dans toute l’étendue de Hyde Park, à l’aspect du cortège royal qui s’avançait au milieu de la haie et se dirigeait vers l’entrée septentrionale de l’Exposition.
- A peine la procession avait-elle passé que la foule rompait les rangs et se dispersait. Ce mouvement se produisait avec une telle rapidité qu’il semblait, en vérité, qu’elle n’était venue que pour s’assurer par ses propres yeux de l’arrivée du couple royal. Les groupes se sont répandus alors dans les parties les plus éloignées du parc pour attendre le retour de la Reine, et se délasser par la promenade de leur longue et fatiguante station. Ce mouvement ne s’est cependant pas exécuté, sans que sur quelques points il n’en soit résulté un peu de confusion par suite des nouvelles cohortes de curieux qui arrivaient en sens contraire. Au moment où ces deux marées se rencontraient, elles formaient, au point de jonction, un tourbillon dangereux où plus d’un habit a été déchiré et plus d’un chapeau foulé. Un incident de ce genre a eu lieu le long du pont de la rivière Serpentine, à l’opposé d’Albert Gâte. Grande frayeur s’en est suivie ; plusieurs femmes' ont jeté, des cris perçants, et certainement, si les barrières n’avaient pas été solides, un grand nombre de personnes auraient été précipitées dans les eaux.
- Toutefois, par un accord admirable, et en quelque sorte instinctif, chacun s’est admirablement déterminé à conserver sa position ; et cette salutaire inspiration a permis aux gens les plus éloignés de se reculer, de faire place aux groupes du centre, de sorte qu’aucun accident, du moins à notre connaissance, n’est venu jeter du deuil sur cet instant de la journée.
- Les personnes qui s’étaient rangées aux abords de l’entrée du Palais de Cristal pour voir' descendre de voiture le cortège royal n’ont pas été trompées dans leur- attente, et ont pu doublement satisfaire leur curiosité, car elles ont vu successivement arriver les hauts personnages qui devaient se joindre à la Reine dans la procession à travers les galeries du bâtiment.
- Parmi les premières personnes qu’on, a vu mettre pied à terre, nous avons distingué le Lord Maire et les Shériffs, les membres et les officiers de la Corporation, lord John Russell, lord Stanley, le Chancelier de l’Echiquier, Sir George Grey, le Marquis de Clan-ricarde, et le Comte de Carlisïe. Quelques-uns de ces nobles personnages étaient accompagnés de leurs femmes et de leurs familles. Son altesse royale le Duc de Cambridge, le Prince de Prusse, le Ministre de Turquie, le Prince Henri de Hollande', et l’archevêque d’Oxford n’ont point tardé ensuite à descendre.
- À ce moment les Yecmen de la garde, un piquet d’honneur des grenadiers de la garde, avec bannières en tête et tambour, et un escadron des Horse-guards, ont entouré les abords de la porte par laquelle la Reine devaitentrer ; et uLe petite pluie, qui est venue très-à-propos pour éclaircir le temps, a été suivie d’un soleil radieux.
- Midi sonnait lorsque sa Majesté a quitté son carrosse. Le Prince Albert l’accompagnait avec le Prince de Galles et la Princesse Royale. Les troupes ont présenté les armes, et le cortège est entré dans le Palais de Cristal au milieu des acclamations répétées et enthousiastes de la foule, mêlées aux strophes de l’hymne national, qui sortait des profondeurs de l’édifice, chanté par un chœur de 400 voix.
- De même que toutes les autres parties du Palais, la nef était remplie de spectateurs. Dès neuf heures du matin, une foule immense s’y précipitait, mais telle est la vaste amplitude de ce bâtiment, qu’à peine s’apercevait-on à l’intérieur de ce constant afflux ; et, au moment même de la cérémonie, il était impossible de se figurer que 24,000 personnes eussent jnis place à l’aise autour de l’estrade royale, laissant vides, pour ainsi dire, et dans la solitude, les autres parties
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
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- clu monument. Toutefois, un grand nombre de spectateurs, mal à l’aise au milieu du transept, se réfugièrent dans la nef et surtout dans la division Ouest, où les exposants ont fait plus d’efforts pour être prêts le jour de l’inauguration, et où de nombreux vasistas donnaient accès à l’air frais d’une matinée de mai, et d’où l’on pouvait jouir de la vue dés arbres de Kensington, couverts de leur parure nouvelle.
- Afin de faire mieux comprendre à nos lecteurs l’aspect que présentait ce jour là le Palais de l’Industrie, il n’est jjas inutile de dire un mot des dispositions de ses principales parties. Chaque partie de la nef, chaque nef, si l’on peut s’exprimer ainsi, se compose de trois divisions longitudinales : celle du centre est la nef proprement dite, les deux autres sont appelées les ailes. Chaque aile est aussi large que la nef, et cette dernière était divisée dans sa longueur en trois parties, séparées par un cordon rouge. Le centre est occupé par les produits les plus remarquables ; dans les deux divisions latérales avaient été disposées des banquettes destinées aux dames, et derrière elles se tenaient debout les cavaliers. Les mêmes dispositions avaient été prises dans les galeries.
- Il est difficile de se faire une idée de l’aspect que. présentait aujourd’hui cette magnifique enceinte, pleine des richesses du monde entier, pleine aussi le 1er mai, et par exception, d’un peuple animé du même sentiment : l’émulation industrielle ; d’uri même désir : celui de voir la paix du monde affermie par ce concours universel.
- Peut-être au premier aspect, n’est on pas frappé de la vaste amplitude de cette étonnante construction ; il faut que l’œil s’accoutume à ces immenses perspectives, il faut qu’il s’en rende compte, qu’il en ait. conscience avant de les j uger, Mais bientôt l’esprit est saisi, et l’on reste étonné de la hardiesse de la conception et de la grandeur de l’œuvre.
- Que le lecteur se suppose un instant assis dans la galerie d’un édifice élevé, renfermant dans ses parties les moins hautes, des arbres immenses ; d’un édifice tel que cette seule galerie, où je le suppose assis, dépasse les dimensions de Westminster Hall. Qu’il s’imagine que cette moitié d’un tout immense vient aboutir à un édifice plus grandiose encore, plus élevé, plus vaste, puis se continue à travers cette nouvelle merville, et se perd dans une perspective qui échappe à l’œil le plus exercé. Qu’il jette les yeux vers le sol, et qu’il juge s’il le peut le spectacle qui s’offre à lui. Les machines aux formes gigantesques, des bâtiments entiers, des arbres séculaires semblent perdus au milieu de cette immensité ; et bien que des milliers de spectateurs se soient groupés dans cette enceinte, l’espace n’en semble point amoindri, un peuple entier pourrait encore y trouver place. L’œil s’accoutume à ces mille objets divers ; des tapis destinés aux plus vastes salons semblent autant de bannières suspendus à la voûte d’une église ; qu’il ne cherche pas à les compter, il y perdrait patience ; aussi ne sommes-nous pas étonnés d’entendre dire que pour se faire une juste idée des richesses renfermées dans le Palais de Cristal, les cent jours donnés au public sont à peine suffisants. A mesure qu’approchait l’heure fixée pour la cérémonie, on voyait arriver quelques personnages de marque : Lord Monteagle, Lord Naas, M. Sidney Herbert, M. Miles, Sir B. Hall, &c.
- Bientôt après, Lord Grey et M. Labouchere, en uniforme de Windsor, traversèrent la nef ; jmis arriva l’ambassadeur de Turquie, qui parut profondément frappé d’admiration. De temps à l’autre le son à peine perceptible d’un lointain applaudissement se faisait entendre, c’était, sans doute, l’entrée dans l’édifice de quelque personnage populaire ; mais ce n’est là qu’une conjecture ; car, s’il était difficile d’entendre les sons qui provenaient de cette distance, il ne l’était pas moins de distinguer les individus qui s’y trouvaient ; c’était une masse brillante, pleine de mouvement et de vie : voilà tout ce qu’il nous était permis de distinguer.
- Enfin un tonnerre d’applaudissements dont le bruit n’arrivait qu’affaibli aux oreilles de la forde qui remplissait la nef et le son lointain des trompettes qui, au couronnement, avaient rempli de leurs éclats l’Abbaye de Westminster, depuis le chœur jusqu’aux extrémités les plus reculées de la nef, annoncèrent aux spectateurs pressés du transept que Sa Majesté venait d’arriver.
- Bientôt après, le programme permettait aux visiteurs de la nef de comprendre que la Reine avait pris place sur le trône, car l’hymne national venait d’être entonné par les chœurs de quatre églises cathédrales ou collégiales, les élèves de deux sociétés musicales et “ quantité d’autres exécutants,” accompagnés de deux orgues magnifiques, et d’une excellente musique militaire, biais tout cela était tellement perdu pour les visiteurs éloignés de la nef que le programme officiel pouvait seul leur donner la certitude qu’il en était réellement ainsi.
- Après un moment de silence, qui se fit pendant-la prière de Primat, la musique du grande Alléluia” de Handel, exécutée par les mêmes choeurs et accompagnée par les deux orgues et la musique militaire, ne parvint qu’avec les mêmes sons affaiblis aux oreilles des spectateurs éloignés. Une seconde pause
- plus courte fut bientôt suivie d’une fanfare étouffée, qui leur annonça que la procession royale était en marche et se dirigeait d’abord vers la division anglaise de l’édifice, qu’elle traversa dans toute sa longueur, en montant d’un côté et redescendant joar l’autre.
- Lorsque la procession reparut, se dégageant de la masse immense aux costumes bigarrés qui encombrait le transept, elle offrit un des spectacles les plus riches et des plus variés qu’il soit possible d’imaginer. Ce fut d’abord une masse mouvante de bleu, d’or et de cramoisi, un rayonnement indistinct et confus, qui prit bientôt un aspect plus parfait et plus tranché, à mesure que procession s’avançait à pas lents au milieu de cette longue avenue de beautés élégantes qui réunissait l’élite de la noblesseanglaise.
- Les vivats augmentaient de moment en moment, car ils étaient répétés successivement par les spectateurs sur le passage de la procession, et précédaient l’approche de sa Majesté, qui était attendue partout avec la plus vive impatience et saluée avec le plus enthousiasme. Alors la procession fut tout-à-fait en vue, et à mesure qu’elle approchait on pouvait observer ceux qui la composaient. D’abord les hérauts avec leurs robes singulières et bigarrées,—souvenir étrange de siècles qui ne sont plus, car alors les fonctions de héraut n’étaieut pas une sinécure, elles embrassaient des devoirs plus sérieux et d’un caractère plus martial qu’aujourd’hui. Ils étaient suivi de trois paisibles citadins, les entrepreneurs et l’architecte, formant par leur simple interposition avec le passé le contraste le plus saisissant entre le règne naif de la chevalerie et le siècle positif de la science et de l’industrie.
- Viennent ensuite, deux par deux, des personnages civils, les uns en habit de cour, les autres en uniforme de Yeomen, précédant (ce qui était peut-être la partie la plus pittoresque du cortège) les Commissaires étrangers, en uniforme de leur pays, et représentant trente nations diverses. Après eux viennent encore quelques-uns de nos employés civils, puis les Commissaires Royaux de l’Exposition, au sein desquels se trouvent les plus distingués de nos fonctionnaires, depuis le député-lieutenant jusqu’au ministre d’Etat. Le magnifique uniforme de Windsor brillait dans ce dernier groupe, et attestait la présence de quelques-uns de nos hommes d’Etat les plus remarquables. Derrière les Commissaires Royaux, marchaient les ambassadeurs étrangers, puis deux illustres vétérans, applaudis sur tout leur passage : le duc de Wellington et le Marquis d’Angle-sea. Après eux venaient encore quelques-uns des ministres, et quelques uniformes de Windsor.
- Sir G. Grey et Sir C. Woodse faisaient remarquer par le plaisir que paraissait leur donner le spectacle qu’ils avaient sous les yeux- Le Prÿnat et ses chapelains, habillés de noir et de blanc, venaient ici trancher sur l’aspect brillant et gai du cortège. Mais après eux, les uniformes des officiers de la Maison de la Reine rendaient à la procession son aspect premier. Enfin, venait la Reine, reçue avec acclamation, par les assistants, Sa Majesté semblait jouir du plaisir que donnait sa présence. Les dames surtout se plaisaient à remarquer que la Reine était accompagnée de son royal époux et de ses deux enfants aînés. Le Prince semblait recueillir avec joie les hommages rendus à sa Majesté par l’élite des dames anglaises. La Reine était accompagnée du Prince de Galles. Le Prince tenait par la main la Princesse Royale, qui rappelait à un grand nombre de spectateurs son illustre mère, lorsqu’elle même était encore enfant:
- Le cortège fit le tour de la nef, puis s’avança vers le transept, passa de-là dans l’antre partie de la nef, pour revenir dans le transept, où la Reine prit de nouveau place sur l’estrade pour déclarer que l’Exposition était ouverte.
- Voici de plus grands détails sur l’inauguration Royale :
- DISCOURS DU PRINCE ALBERT AU NOM DE LA COMMISSION ROYALE.
- “ Que votre Majesté daigne nous permettre à nous, Commissaires nommés le 3 Janvier, 1850, par un acte de votre Gouvernement, pour l’organisation de l’Exposition de l’Industrie de toutes les nations, et postérieurement incorporé le 15 août de la même année par une charte royale, ' de vous demander respectueusement la permission de mettre sous vos yeux, une relation succincte de nos travaux jusqu’à ce jour heureux où l’Exposition va s’ouvrir sous les auspices de votre Majesté.
- “ En vertu de l’autorité que votre Majesté nous a si gracieusement conférée, nous avons fait une enquête sérieuse sur toutes les matières qu’elle a daigné confier à nos recherches, c’est-à-dire, d’une part, le meilleur moyen d’introduire dans ce royaume les productions des colonies britanniques, ainsi que celles des nations étrangères ;—d’autre part, le choix de l’emplacement le plus convenable pour y établir l’Exposition ; enfin, la conduite général de l’entreprise et la meilleure marche à suivre pour garantir que la plus impnrtiale équité présiderait à leur distribution.
- “ En conséquence de ces enquêtes, et pour accom-
- plir les devoirs que votre Majesté nous a assignés dans sa charte d’incorporation, nous avons eu de fréquentes réunions du corps entier des Commissaires ; nous avons en outre, confié la solutions des nombreuses questions qui se rattachaienc aux matières si variées de l’Exposition, à des comités composés en partie de membres de notre Commission et en partie de personnages distingués dans les diverses branches des sciences et des arts ; personnages qui ont cordialement répondu à notre appel et qui nous ont fait avec empresement le sacrifice d’un temps précieux.
- “ Parmi les premières questions qui ont été l’objet de notre examen, l’une des plus importantes était de définir les conditions d’après lesquelles on admettrait les articles des exposants ; nous avons considéré que le caractère principal de l’entreprise dans laquelle nous étions engagés était de la faire reposer entièrement sur les souscriptions volontaires de toute la nation. En conséquence, nons avons décidé sans hésiter qu’il ne serait perçu aucune redevance pour l’admission des articles. Nous avons considéré aussi que la mission de choisir les articles envoyés devait être laissé, quant aux articles étrangers, à des commissions formées par les nations étrangères elles-mêmes et que, en ce qui concerne les produits nationaux, la Commission royale devait se réserver le contrôle le plus absolu.
- “ Nous avons maintenant la satisfaction de pouvoir ajouter que toutes nos prévisions se sont réalisées. La gracieuse donation de votre Majesté en faveur du fonds de l’Exhibition a été le signal des souscriptions volontaires même parmi les plus humbles classes de vos sujets, et le capital qu’elles ont mis à notre disposition s’élève en ce moment à près de £65,000. Des comités locaux qui nous ont sans exception donné la coopération la plus zélée, se sont formés dans toutes les parties du royaume uni, dans plusieurs des colonies de votre Majesté et dans le territoire soumis à l’honorable compagnie des Indes orientales. Nous avons eu aussi le concours énergique de presque toutes les nations du monde chez lesquelles des commissions ont été nommées pour contribuer à l’accomplissement de l’œuvre que votre Majesté, dans son ordonnance royale, a justement caractérisé en la nommant ‘ l’Exposition Universelle de l’Industrie de toutes les nations du monde.’
- “ Nous devons rendre justice, ici, à l’empressement avec lequel des personnes de toutes les classes de la nation ont pris place parmi les exposans ; et c’est aussi notre devoir de vous offrir l’expression de notre respectueuse gratitude pour la gracieuse condescendance de votre Majesté qui a daigné s’associer à ses sujets et envoyer à l’exposition quelques-une des plus importants et des plus intéressans objets.
- “ Le nombre des exposans dont on a pu recevoir les produits s’élève à environ 15,000, dont moitié environ appartient à l’empire britannique. Les antres se partagent entre plus de quarante nations étrangères composant la presque totalité des nations civilisées de l’univers. En disposant d.e l’espace qui leur a été respectivement allouée, nous avons dû prendre en considération, et la nature de leurs productions et les facilités de transport, ou d’accès que présentaient leur position géographique, votre Majesté trouvera dans la partie occidentale de cet édifice les productions des autres places sous sa dénomination et dans la partie orientale, les produits des nations étrangères. Tous les articles ont été rangés en quatre grandes classes, savoir :—1. Les matières premières ; 2. Les machines ; 3. Les manufactures ; 4. La sculpture 'et les beaux arts. Une division d’une autre espèce a eu lieu d’après la position géographique des nations ; celle des pays chauds a été placée près du centre de l’édifice et celle des pays froids a été mise aux extrémités.
- “ Votre Majesté ayant gracieusement accordé un terrain dans son parc royal pour y faire l’exposition, les premiers fondemens de l’édifice qu’elle honore en ce moment de sa présence, furent posés le 26 Septembre dernier. Dans les sept mois qui se-sont écoulés depuis lors, l’énergie des contracteurs et l’activité de leurs ouvriers on produit un édifice d’une architecture et d’une construction toute nouvelle qui couvre un espace de plus de 18 acres mesurant 1851 pieds en longueur, et 456 pieds dans sa plus grande largeur, capable de contenir 40,000 visiteurs, et présentant quant aux marchandises une façade de plus de dix milles. C’est à Mr. Joseph Paxton que nous devons le principe tout nouveau de cette construction, et les commissaires sont heureux de lui rendre, ici, la justice qui lui est du pour cette intéressante portion de leur entreprise.
- “ Pour ce qui regarde la distribution des récompenses aux exposants qui l’auront mérité, nous avons décidé qu’elles seraient données sous formes de médailles, nos pas comme simple concurence individuelle, mais comme récompense de la supériorité sous quelque forme qu’elle puisse se présenter. Le choix des personnes à récompenser a été confié à des jurys composés également de sujets britanniques et d’étrangers, les premiers ayant été choisis par la Commission, sur les recommandations des comités
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
- LE LION AMOUREUX.
- locaux, et les derniers par les Gouvernements des nations étrangers dont les produits sont exposés. Les noms de ces jurés, comprenant plusieurs célébrités européennes offrent les meilleures garanties de l’impartialité avec laquelle les récompenses seront distribuées.
- “ Nous constatons avec beaucoup de plaisir, que, malgré la grandeur de cette entreprise, et les distances considérables d’où les objets maintenant exposés ont dû être remis, le jour où votre Majesté a daigné gracieusement assister à l’inauguration de l’exposition est le même que celui qui a été dès l’origine fixé pour son ouverture ; preuve éclatante de ce
- qu’avec la protection de Dieu, peut accomplir la bonne volonté et la coopération cordiale parmi les peuples, aidées des moyens que la science moderne a mis à notre disposition.
- “ Ayant ainsi brièvement exposé à votre Majesté les résultats de nos travaux, il ne nous reste plus qu’à porter jusqu’à votre Majesté, notre humble et loyale reconnaissance pour les encouragements et les secours que nous avons reçus de la gracieuse faveur de votre Majesté dans tout le cours de cette vaste et laborieuse tâche ; nous désirons ardemment que cette entreprise qui a pour but d’améliorer toutes les branches de l’industrie humaine et de
- resserrer les liens de la paix et de l’amitié entre toutes les nations de la terre, puisse, par les bénédictions de la divine Providence, faire le bonheur du peuple de votre Majesté et rester longtemps une des époques les plus mémorables de l’heureux et paisible règne de votre Majesté.”
- DISCOURS DE LA REINE.
- “Je reçois avec le plus grand plaisir l’adresse que vous m’avez présentée pour l’ouverture de cette Exposition.
- “ J’ai suivi avec un intérêt bien vif, toujours croissant, la marche de vos travaux, pour l’accomplisse-
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- ment ties. devoirs qui vtfus ont été confiés, par la Commission Royale ; et c’est avec une satisfaction bien sincère que je suis témoin de l’heureux résultat de vos efforts judicieux et incessants par le spectacle magnifique dont je suis entourée aujourd’hui.
- “ Je me joins cordialement à vous pour prier Dieu de bénir cette entreprise afin qu’elle profite au bien-être de mon peuple et aux intérêts du genre humain, en encourageant les arts de la paix et de l’industrie, en resserant les liens de l’union entre les nations de la terre, et encourageant une honorable et frater-le émulation dans l’exercice utile de ces facultés dont elles ont été gratifiées par les bienfaits de la Providence pour le bonheur de l’humanité. ”
- Sa Grâce l’archevêque a ensuite offert une priere appropriée à l’occasion.
- Aussitôt après la prière, sa Majesté la reine est descendue du trône, et la procession royale s est formée dans l’ordre suivant.: les membres de la commission royale, le comité exécutif, les ministres de Majesté, les membres du corps diplomatique et d’autres hauts fonctionnaires.
- Neuf.heures sonnaient, et certes, c’était bien 1 heure juste, car les plus fameux horlogers du monde y avaient mis la main à l’envi, et mille horloges étaient là se contrôlant entre elles, et pouvant se démentir à l’instant si si l’une d’elles eut osé soutenir un mensonge.
- Des portes s’ouvrirent, et alors commença une^ scène comme on n’en voit guère qu’aux soirées de Jenny Lind. Ici cette scène était multiplée. par le nombre des portes ouvertes ; que de pieds écrasés, que de poitrines pressées, tie robes fripées, de châles arrachés.
- Les gens du monde ont en vérité les coudes aussi pointus que la multitude ! Ils ont les tâtons aussi lourds, les poings aussi bien fermés, s auiaient, si l’on écoutait bien, les mêmes s a la bouche, pour témoigner leur impa-lence. Enfin les voilà entrés, mais il faut a"\ oir a première place ; et 24 mille personnes ie peu\ent en jouir à la fois. Alors recommen-.11 disputes de la porte ; chacun pour soi, sinon c acun chez soi, voilà la devise universel-c ans ce palais de tout le monde, et chacun agi en conséquence. Les dames ne se mon-rent pas les moins empressées. Elles veulent voiries meilleures places, et elles réussiraient assurément, si elles n’avaient à vaincre que la esif! ance des hommes, mais il faut combattre
- d’autres dames, et la bataille dure longtemps.
- Tout cela se fit en bonne humeur pourtant. On se plaignait, mais la confusion donnait lieu à des scènes ridicules ou risibles et on s’en égayait. Les Commissaires n’avaient fait aucun arrangement pour les places .; il s’agissait d’une cérémonie que quatre ou cinq milte personnes au plus pouvaient voir, et il se trouvait là vingt-quatre mille spectateurs ! La
- bord, c’était pour revenir bientôt, et ce flux et reflux dura longtemps sans colère, et sans impatience, ni d’une part ni d’une autre.
- COFFRE A TiTJOl'X.
- Tout porteur de ticket se croyait le droit unique à être bien placé. “ Policeman, où est l’escalier No. 5 P ’’ “ En Chine, Monsieur ; il faut aller en Chine, si vous voulez trouver l’escalier No. 5.” “ Et moi,. No. 101. Voyez donc mon billet, où faut-il que j’aille P” “ Tournez derrière la Grèce, Monsieur, au coin de la Perse, jusqu’à l’Asie Mineure, vous trouverez-là l’escalier.” “ Police, où est l’escalier des Echelles?”. “ Les Echelles sont au rez-de-chaussée, Monsieur, il n’y a pas d’escalier qui y mène.”
- . Cependant la foule augmente ; on voit briller par-ci par-là quelques uniformes, quelques habits de cour, les dames en grande toilette voient leurs plumes se faner, elles ont pris possession d’une estrade, la plus rapprochée, la mieux placée pour voir et pour voir et pour entendre. Tout-à-coup, la police s’ébranle, il faut quitter ces excellentes places gagnées à la force du poignet ! A qui donc est réservée cette estrade ? Est-ce poulie corps diplomatique?-—-pour les ministres, pour les jurés de l’Exposition ? Non, vraiment, c’est pour la “ famille du Lord Maire !” Cette nouvelle répand parmi les assistants une gaieté celle—quelle famille, bon Dieu ; le Lord Maire a-t-il donc épousé la mère Gigogne ? Punch nous le dira quelqu’un de ces jours, sans doute.
- Mais voici un groupe de Français, nous allons entendre des quolibets ! Ils sont tous de bon goût, néanmoins, et ne font qu’accroître la bonne humeur générale. Qu’un pauvre enfant, fifre ou tambour dans l’un de nos régiments, vienne à passer — place, place ])our ce jeune guerrier, s’écriera tout un groupe de longues barbes; voyez donc, qu’il est gentil le petit drôle ! Nos costumes antiques, nos respectables perruques provoquent aussi l’hilarité de nos voisins et amis. Voilà un drôle d’animal ; quelle est donc cette espèce-là ? Hélas, ce n’était autre qu’un citoyen de Londres, orné d’un grand] chapeau à cocarde, et emprisonné dans une culotte admirablement serrée.
- Le lieu choisi pour placer le trône ou plutôt le simple fauteuil où s’est assise la Reine, était précisément le centre du bâtiment, justement derrière la magnifique fontaine de cristal ; fontaine trop riche de corps pour son âme, trop massive en cristal, trop pauvre en eau. Le fauteuil de la Reine est or et cramoisi, c’est la couleur des rois ; au-dessus du fauteuil est
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- un dais de même couleur, surmonté de plumes d’autruche d’une blancheur éclatante.
- C’est sous ce dais, au milieu des acclamations, que vient s’asseoir la Reine, c’est là qu’elle prononça le discours que nous donnons plus haut, c’est de là qu’elle descendit pour être encore saluée par cent peuples divers, heureuse de cette victoire paisible, gage assuré d’une prospérité durable.
- Il est certain que jamais en Europe un nombre aussi grand de personnes ne fut réuni dans un édifice, et il n’est pas surprenant qu’une scène aussi vraiment saisissante ait attiré, comme par une sorte de fascination, les regards insatiables des spectateurs assemblés dans les galeries.
- Mais ce spectacle était bien plus enchanteur encore pour ceux qui pouvaient s’approcher jusqu’à l’extrémité de la galerie qui domine le transept. Même après le départ du cortège royal, le eoup-d’œil, de ce point offrait une magnificence vraiment orientale : ici d’énormes arbres sous la voûte immense du toit de cristal; de vastes fontaines au doux murmure; des parterres de fleurs ; là des costumes militaires et civils les plus variés, l’uniforme du hailebardier d’Elizabeth et celui des gardes du corps de Yictofia ; un océan d’êtres humains, ondulant à droite et à gauche du spectateur ; telle était la scène qui attirait les regards avant que l’on pût songer à les porter sur les richesses contenues dans les flancs du vaste édifice dont l’ouverture se faisait avec tant de magni-cence.
- En s’efforçant de jeter un regard fugitif sur ce qui les entourait, les visiteurs sentaient qu’il était impossible de les arrêter autre part que sur quelques-uns des groupes artistiques les plus rapprochés et qu’il fallait des semaines pour les examiner en détail.
- Cependant quelques-uns des objets exposés offraient un si vif intérêt que les yeux des spectateurs, fatigués par une attention soutenue de cinq ou six heures, ne pouvaient s’empêcher de s’y arrêter. Nous mentionnerons parmi ceux-ci : la machine de MM. Delarue et Cie, qui, rapide comme l’éclair, préparait d’élégantes enveloppes ; la machine télégraphique de MM. Brett et Cie, qui imprimait sur des bandes de satin, présentées à sa Majesté et gracieusement reçues par elle, les mots : “ Imprimé à l’inauguration de l’Exposition de toutes les Nations, 1 Mai 1851.”
- Alors les personnages les plus distingués étaient aperçus dans la foule. On entendait des dames- demander qui était ce gentilhomme déjà avancé en âge, vêtu d’un habit de cour en velours noir et leurs voisins répondaient que c’était le Grand-Chancelier. Ici on apercevait sir G. Grey, dans son uniforme de Windsor, se promener avec beaucoup d’intérêt et de satisfaction au milieu des objets exposés.
- Quelque étendu que l’édifice eût semblé auparavant, il paraissait bien plus vaste encore, depuis que les compartiments qui le divisaient avaient disparu.
- CLASSIFICATION DES OBJETS EXPOSÉS.
- L’inauguration du temple de l’industrie du monde, de ce palais sans exemple autant à cause de sa grandeur et des matériaux qui entrent dans sa construction, qu’à cause de sa destination et des produits qu’il renferme, rendra la journée de jeudi dernier à jamais mémorable comme une grande époque dans le progrès de la civilisation.
- Elevé exclusivement aux frais et par une souscription spontanée du peuple de la Grande-Bretagne, cet immense édifice a été destiné spécialement à célébrer le triomphe des arts utiles. Ses portes se sont ouvertes sans restriction aucune à toutes les nations qui, appelées à venir encourir à l’amiable, à exposer leurs moyens de rivalité, ont répondu avec empressement à l’appel qui leur avait été fait et dans l’esprit qui l’avait dicté. Les habitants des contrées orientales et occidentales, de celles du Nord, de celles du' Sud, des tropiques brûlants et des pôles glacés, sont venus par milliers déposer sur l’autel commun leurs belles offrandes, trophées qui signalent les victoires de l’esprit sur la matière, riches dépouilles enlevées par l’homme dans ses conquêtes sur la nature. Que ceux qui trouvent du plaisir à observer les progrès continuels de l’esprit humain et les nombreuses merveilles qu’il enfante veuillent bien entrer avec nous dans l’enceinte du Palais de Cristal, où ils trouveront dans chaque objet une source abondante et touj ours nouvelle d’admiration. Nous aurons soin de signaler ce qui est le plus digne d’attention, d’expliquer et de faire briller ce qui pourrait sembler obscur, de parcourir enfin tous les anneaux de cette grande chaîne en donnant les détails et explications nécessaires pour l’entière appréciation.
- Suivant le travail de la commission, les produits exposés ont été classés en trente principales divisions: quatre divisions pour les matières premières ; six pour la MÉCANIQUE, et vingt pour les PRODUITS MANUFACTURÉS.
- Il y a encore une quatrième classe ou division principale qui comprend certains objets concernant les Beaux-Arts, en Sculpture, en Mosaïques, en Emaux, qui font ressortir le goût et l’habileté qui président aux productions de l’industrie humaine,
- LE PALAIS DE CRISTAL.
- mais il semble qu’on puisse considérer cette division supplémentaire comme faisant partie à titre de branche d’ornement des produits manufacturés dans le large sens que nous donnons à ce terme.
- Nous allons donner maintenant une énumération abrégée des parties qui composent cette immense collection, classée suivant l’ordre que nous venons d’indiquer.
- Sous le nom de matières premières ou matériaux sont compris, non-seulement le minéral et le métal dans l’acception du mot, mais les matières préparées tels que les métaux qui sont obtenus par les procédés de métallurgie, mais aussi tous les divers instruments eux-mêmes qui servent dans la métallurgie. Les matériaux dans ce sens sont subdivisés en quatre principales classes :
- I. Produits de mine, de carrières, d’opérations
- MÉTALLURGIQUES ET PRODUITS MINÉRAUX.
- Cette subdivision comprend les objets qui ont rapport aux opérations ordinaires des mines, tels que : ouverture de puits, coupe de terrains, perforation, galerie, ventilation, illuminations, moyens de communication entre les régions souterraines et la surface, transport des hommes et des matériaux. — Elle renferme également les métaux et instruments qui ont rapport à l’action de broyer, de rôtir, de fondre, de réduire ; à l’action de tremper le fer où de le rendre malléable ; de faire l’acier ; ce qui tient aussi aux bronzes, aux armes à feu ; de plus encore, ces compositions si connues sous le nom de métal anglais, d’étain et d’argent d’Allemagne.
- Parmi les produits minéraux non métalliques ont été classés ceux qui sont ies plus importants par leur quantité et leur utilité ; ceux qui servent au chauffage, tels que le charbon de terre, dont l’exposition offre une très grande variété de collections; ceux qui servent à la bâtisse* tels que pierres et ardoises de toute espèce.
- Ensuite les marbres, les albâtres, les porphyres qui servent dans les beaux-arts ; les matériaux de construction, les pierres* les ciments artificiels, les ciments calcaires et hydrauliques* le gypse, etc... Ces classes de matières minérales ont été complétées par un grand nombre d’échantillons des terres qui servent à la fabrication de la porcelaine et du verre dans toutes leurs variétés, depuis les tuiles les plus grossières jusqu’aux petites chinoiseries les plus délicates et les mieux finies.
- II. Substances et procédés chimiques.
- La seconde division principale des matières premières renferme les produits appelés chimiques et ce qui sert à les préparer, soit : le soufre, le phosphore, les acides, les alcalis, les sels, du règne minéral ; elle comprend aussi ce long catalogue de substances minérales, végétales et animales dont se servent la médecine et la pharmacie.
- III. Nourriture Humaine.
- Dans la troisième division en a placé les aliments de l’homme, les végétaux et animaux, le produit de la ferme et du jardin, comprenant les variétés de grains, de légumes, d’huile, &c. ; ainsi que les fruits secs, les ingrédients qui entrent dans la composition des liqueurs fermentées, les épices, &e. ; le sucre de canne, de betterave, d’érable, de palmier, de bouleau, de peuplier, de chêne, de frêne et de raisin. Pour la nourriture animale on y voit tout ce qu’on connaît sous lé nom de conserves ainsi que les tablettes de bouillon ; les aliments orientaux tels que le miel, le sang, les nids d’hirondelles et les produits industriels tels que la gélatine, la colle de poisson, le gluten, &c.
- IY. Substances Animales et Végétales a l’usage . des Arts.
- Sont compris sous ce nom les gommes, résines, huiles, acides, couleurs; les matières fibreuses (le coton, le chanvre, le lin), les substances cellulaires (les lièges et écorces), les bois d’ornement ou de teinture et les produits mélangés (les savons et parfums, &c.)
- Les substances animales importantes et très variées qui servent dans tontes les branches de l’industrie, telles que les laines, crin, soie, plume, fourrures, os, corne, ivoire, perle, écaille, huile, suif, cire, éponge, glue, colle de poisson et certaines matières de teinture (la cochenille, le carmin).
- Voilà ce que renferme de produits exposés la première principale division que nous avons appelée Matériaux ou Matières premières.
- Passons maintenant à la Mécanique, la seconde principale division dans laquelle sont compris non seulement les machines proprement dites, mais tout agent mécanique, grand ou petit, simple ou complexe, qui sert de médiateur entre la main de l’homme ou une autre force motrice et l’objet auquel la force est appliquée. C’est pourquoi dans ce sens, la mécanique comprend toute espèce d’outillage. Cette division comprend six subdivisions :
- I. Machines.
- Cette classe, outre les instruments, machines et appareils de quelque forme que ce soit pour la locomotion sur terre, sur eau, dans l’air, renferme toutes les machines qu’on reconnaît comme puissances motrices telles que machines à vapeur, moulins à vent
- et à eau. Elle comprend aussi les machines, qui sans être premiers moteurs sont des moyens de transmission ou de modification de la force motrice, telles que les machines pneumatiques, pompes à air, soufflets de fourneaux ; les machines hydrauliques : comme pompes et pompes à incendie ; les grues, chèvres, cabestans et toutes machines mues soit par la force animale, soit par la vapeur, telles que les scieries, etc.
- Dans cette subdivision est compris tout le matériel employé dans la construction des chemins de fer, tels que les rails, les traverses, les coussinets, les leviers et aiguilles pour changement de rails, les plateaux tournants, les signaux et autres accessoires des stations, enfin aussi tous les appareils ou machines servant à mesurer ou peser les colis ou marchandises,
- II. Outillage de fabrique.
- Cette subdivision comprend les machines et les outils qu’on emploie pour la fabrication des substances animales et végétales ; toutes les variétés d’instruments nécessaires pour travailler le coton, la laine, le lin, le chanvre, la sole, le caout-chout, le gutta-percha, etc.'
- Elle contient également tous les instruments qui servent à travailler les métaux, à les fondre, à les polir ; les machines à tourner, à fraiser, à percer, à scier, etc. ; les machines et instruments dont on se Sert pour travailler l’oï et l’argent, pour faire les clous, les vis, les épingles, les aiguilles, les boutons, les plunles métalliques ; ceux qui servent à travailler le verre, ia pierre, le granit, l’albâtre, l’ardoise, à polir les pierres précieuses, etc.
- III. Génie civil et Architecture.
- Qn trouvera dans cette partie les machines et instruments dont on se sert dans les travaux hydrauliques, dans la constructoin des ponts, des tunnels, des bassins, des canaux, des phares, des fanaux, dès conduits d’eau et de gaz, des égoûts, enfin les calorifères et les ventilateurs.
- IV. Génie militaire et naval.
- Sous ce titre il faut compter les modèles de navires marchands et de vaisseaux de guerre, avec ou sans l’application de la vapeur, les yachts, les bateaux à rames, les bateaux de pèche, les bateaux de sauvetage, et enfin les ancres, les voiles, les cabestans, et tous les accessoires de la navigation ; sont compris dans la même partie les vêtements d’une armée, le matériel d’un camp* le cation de terre et de mer, les armes et projectiles de toute espèce, les appareils pour jeter un pont, ceux propres à la fortification.
- V. Agriculture et Horticulture.
- Ici sont- placés les instruments d’agriculture et d’horticulture, les charrues, herses, rouleaux, etc. ; les instruments propres à bêcher, à ensemencer, â récolter ; les appareils à nettoyer, mesurer, peser et moudre les grains, à couper la paille* à presser les foins, à broyer certains végétaux, enfin les instruments du jardinier pour la coupe des arbres.
- YI. Instruments des Sciences et des Arts.
- Nous trouvons ici les instruments qui servent dans les sciences et dans les arts, qui servent en astronomie, en musique, en . chirurgie : les télescopes, les globes, les instruments de topographie et d’hydrographie ; ceux qui servent en mécanique à mesurer les forces et à expliquer les lois de la physique ; ceux qui concernent l’acoustique, l’optique, la chaleur, le magnétisme et l’électricité ; les appareils de chimie dans toutes les variétés, et enfin les instruments de musique qui forment à eux seuls dans le Palais de Cristal une riche collection.
- Une autre belle collection prend ici sa place, c’est celle des montres, des pendules, des horloges pour églises et clochers, des chronomètres de l’astronome et du marin, des instruments qui marquent les changements de température, de ceux qui marquent le mouvement du soleil et de la lune et les éclipses, etc.
- Les instruments importans, si nombreux • et si variés qui servent en chirurgie sont classés par genres d’opérations ; ainsi l’on trouve ici ceux qui servent aux opérations de. l’oculiste, là ceux qui servent au dentiste, etc. ; à coté se trouvent encore les microscopes, et enfin les appareils qui servent pour les malades, les convalescents ou les estropiés.
- Tel est l’aspect général de cette grande partie des machines.
- La dernière et la plus considérable division principale des objets exposés, renferme tous les produits finis par le travail de l’homme, sous le nom de Produits FABRIQUÉS.
- Cette partie immense n’a pas moins de vingt subdivisions :
- I. Coton.
- Cette classe renferme tout ce qui se fait en filature et tissage en coton, depuis le coton à coudre jusqu’aux étoffes qui’ servent à l’habillement- des deux sexes, au service de la table, et depuis les étoffes imprimés pour ameublement jusqu’aux mousselines, aux tulles, aux dentelles et ouvrages les plus délicats.
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- II. Laine.
- Ici sont les draps de toute largeur et de toute couleur, les mérinos, les serges, les toiles de laiiie, les étoffes de laine, soie et coton, les alpacas et les moires mêlés de coton et de soie.
- III. Soie.
- Les articles de soierie se composent de la soie à coudre et à broder, des articles en soie, comme foulards, cravates, voiles, chapeaux, etc., et des étoffes de soie pour vêtements, ameublement ou tenture, telles que satins, gros de Naples, marcelines, pluches, gazes, crêpes, velours, etc.
- IV. Lin et Chanvre.
- Ici se trouvent les fils à coudre, et la toile sous toute espèce de formes et pour toute espèce d’usage, enfin les cordages, les filets, etc.
- V. Fabrications mélangées.
- Etoffes composées de coton mélangé de laine, de moire, de toile, de soie ou de végétaux de la Chine, pour robes,, linge damassé, souliers, châles, écharpes, etc. ; soie tissée avec de la laine, de la moire, du fil ou du coton, uni, ondulé ou relevé en bosse ; de la toile tissée avec de la laine, de la moire, de la soie ou du coton ondulé ou façonné ; des étoffes de soie et de coton, tissées avec du coton, de la moire, de la soie, de la laine filée ou des végétaux chinois ; enfin des châles tissus avee des matières premières mélangées de toutes espèces.
- VI. Cuirs et Peaux.
- Cette subdivision renferme le cuir tanné, corroyé, émaillé et teint, le cuir verni ou blanchi à l’alun. Les différentes peaux pour couvertures, parchemins et basanes, la sellerie et les harnais ; les fourrures de tçute espèce, telles que la martre zibeline, la loutre, le renard, l’ours et le castor, le buffle, le lynx, le blaireau, l’hermine, la belette, le veau marin, le lapin, l’agneau, l’écureuil, le chinchilla, le musc, le chat, la chèvre, le lion, le tigre et tous les animaux féroces; les plumes telles que celles d’autruche, de marabout, d’orfraie ; d’oiseaux de paradis, de héron, d’ibis, de cygne, de paon, de faisan, d’aigle et de tous les oiseaux communs ; enfin les poils artificiels destinés à remplacer la chevelure humaine ou transformés en ornements, en cilices, ou en objets d’ameublement.
- VII. Papier, Imprimerie et Reliure.
- Papier brut sortant de la papeterie et propre à l’emballage, imprimerie, dessins, écritures, tissus et tracés ; articles de papeterie, telles qu’enveloppes estampées sur modèles de fantaisie; papeterie de mariage et de deuil, cire, plumes, encre, etc. ; cartons, cartes, cartonnages, imprimeries en caractères, encrés d’impression et vernis ; reliures en toile, en basane, en cuir, en velours, en buis, en papier mâché et métal ; pupitres, bureaux et, en général, toutes les fournitures de bureau.
- VIII. Impressions sur étoffes et teintures. Telles que mousselines mélangées de soie, de laine .et d’alpaca ; cachemires, barèges et balzarines, couvertures de table, imprimées ou teintes, en soie ou coton, soies imprimées et teintes, telles que foulards, twils anglais et indiens ; soies filées, batistes, robes de soie filée et' de foulard, calicots imprimées, batistes, mousselines, velours, veloutés, châles imprimés ; cotonnades teintes telles que batistes, mousselines, velours et veloutés ; et, enfin, toutes les toiles imprimées ou teintes et les cuirs, les crins, les fourrures, etc., teintes et imprimées.
- IX. Tapisserie, Dentelle et Broderies.
- Cette classe renferme les tapis de touts espèce, fabriqués soit au métier, soit à la main, tels que ceux d Axminster, de Bruxelles et de ICidderminster ; tapisserie mosaïque et couvertures à longs poils, tapis de feutre imprimés, droguets, tapis de table et rideaux, draps brodés a la mécanique, pour tapis de table et rideaux, nattes de chanvre, de fibres de coco, de paille, „de roseau et de gazon ; toiles cirées pour parquets et tables, broderie tissue et au crochet, résilles, tapisserie ornementale de soie, de voile, de moire, de coton, de tissu métallique, ou les mélanges de ces diverses matières ; dentelles fabriquées au métier ou sur coussin, ou faites partie à la mécanique, partie à la main ; garnitures, dentelles, voiles, écharpes etc. ; mousselines cousues et au tambour, broderies, fils d’or, d’argent, de verre, de soie, de laine de Berlin, et broderies à la mécanique ; franges en passementerie, ouvrages de fantaisie et industriels, tels que tapisserie de Berlin, ouvrages à l’aiguille, etc.
- X. Coiffure, Ganterie et Chaussure.
- Telles que chapeaux, bonnets, chapeaux de soie,
- cle castor et d’autres matières pour hommes ; et de paille, ne soie, de copeaux, d’osier, d’herbes, de
- oscane, de tresses, &c., pour femmes ; garnitures en cnn, gants de bonneterie, de coton, de laine, de fil et de soie ; bottes et souliers de cuir, de peau et ( autres matières et habillememens divers pour les deux sexes.
- XL Coutellerie et Instruments tranchants.
- Tels que couteaux et fourchettes, canifs et cou-eaux de poche, ciseaux, cisailles, rasoirs, tire-bou-
- LE PALAIS DE CRISTAL.
- chons, crochets à boutonner, crochets de bottes, &c., limes et instruments tranchants employés par les mécaniciens, les maréchaux, les ouvriers en métaux, par les maçons pour bâtir, par les briquetiers et les plâtriers ; pour travailler les métaux fins, tels que dans l’horlogerie, la bijouterie, la gravure, le travail et le modelé des pierres précieuses ; pour les ouvrages en bois, les charpentiers, menuisiers, ébénistes, etc. ; par les ouvriers en cuir, tels que selliers, cordonniers, relieurs, &c., enfin pour les instruments artistiques à dessiner et à graver.
- XII. Fers et Quincaillerie.
- Objets manufacturés en cuivre jaune et rouge, en zinc, en étain et ferblanterie en général; objets manufacturés en fer, y compris les ustensiles de cuisine, bains, ventilateurs, tuyaux, gouttières, bêches, pelles à feu, &c., clous, vis, fers à’cheval, portes, grilles, &e., objets en acier, tels que outils, ornements d’acier, jouets de fantaisie, plumes d’acier, aiguilles, hameçons, boutons, tissu métallique, épingles, agrafes, paniers en toile métallique et cordages en fil d’archal.
- XIII. Métaux Précieux et Objets d’Art.
- Vaisselle d’or et d’argent pour les usages publics et domestiques, plaqué électrique, plaqué de Sheffield, ouvrages dorés et en or moulu, bijouterie de toute espèce, ornements et jouets en fer, en acier et autres métaux, tels que chaînes d’acier, poignées d’épée, boucles, ornements en fer de Berlin, chaînes, colliers, bracelets, ouvrages émaillés et damasquinés.
- XIV. Verre.
- Tels que verre à vitres, en feuilles et soufflé, verres colorés, ventilateurs et globes ; verre émaillé, bosselé, peint et dépoli pour ornement de fenêtres ; verre de vaisselle, verre à bouteilles, verres pour les appareils de chimie et de physique ; flint-glass blanc, coloré et orné pour vases, &c., verre à vitre et flint-glass pour le,? instruments d’optique.
- XV. Porcelaine.
- De fabrication orientale et étrangère, porcelaine statuaire, porcelaine tendre et molle, anglaise et française ; fayence vernie et non vernie ; poterie, vases de terre cuite, ornement d’architecture, tuiles, tuyaux de cheminée, briques, etc., porcelaine ornée ou décorée par des peintures à la main, ou couleurs transportées sur biscuit ou sur vernis, avec des imitations de lustre métallique, d’émail, de dorure, etc., porcelaine pour l’architecture.
- XVI, Ameublements.
- Décorations en général, imitations de bois et de marbre, meubles et boîte en marqueterie, boule, bois inscrustés, sièges sculptés, sophas, lits, etc., papiers peints, papier mâché, nacres écailles et laques.
- XVII. Objets manufacturés en substances minérales pour décorations architecturales.
- Objets en pierre commune, en ardoise, en ciment, et en pierre artificielle ; marbres, granit, porphyres, albâtre, marcasite, etc., disposés pour l’utilité ou l’ornement, et la décoration intérieure ou extérieure ; incrustations en pierre, marbre et autres substances minérales ; objets d’ornements en plâtre, composition, pouzzelane et imitation de marbre, combinaisons du fer et des autres métaux avec le verre et d’autres substances et destinées à l’architecture ou à d’autres buts.
- XVIII. Objets manufacturés en Substances
- Animales et Végétales et non compris dans les Classes Précédentes.
- Articles en caoutchouc et en gutta percha; ouvrages en ivoire, en écaille, en os, en corne, en soies de porc et ivoire végétal ; articles en bois tourné, sculpté, tonnellerie, vannerie ; articles en paille, en jonc et matières analogues.
- XIX. Divers.
- Parfumeries, articles de toilette, de voyage, fleurs artificielles, chandelles et bougies, confiserie, chapelets et jouets, parapluies ; ustensiles de pêche et d’archer, &c.
- XX. Beaux-Arts.
- Sculpture en or et en argent, en cuivre, en fer, en zinc, en plomb ; en métaux composés tels que le bronze, etc. ; en simples minéraux tels que le marbre, la pierre, les pierres précieuses, l’argile, etc. ; en matières artificielles comme le verre, la porcelaine, etc. ; en bois et substances animales tels que l’ivoire, les os, etc. ; produits frappés ou gravés en creux comme les monnaies, les médailles, les pierres précieuses et les cachets, les décorations architecturales, mosaïques et ouvrages incrustés, émaux, peintures à la fresque et à l’encaustique ; impressions d’ornements, lithographie, zincographie et modèles d’architecture, de topographie et d’anatomie.
- Tels sont les traits généraux de cette vaste collection des produits de l’industrie humaine.
- Si nous considérons la proportion dans laquelle les différentes nations de la terre y ont contribué, nous trouvons, comme on pouvait s’y attendre, que les différentes divisions de l’Europe fournissent la part la plus vaste et la plus variée, et pour la plupart les mêmes produits que ceux qui sont fournis par les exposants nationaux. Les produits qui arrivent
- 7
- de la distance la plus reculée et qui sont les plus limités, quant à la quantité et à la variété, offrent cependant un intérêt tout particulier.
- Ainsi nous trouvons une quantité considérable de produits naturels et artificiels fournis par les îles de l’archipel indien, et entre autres des nids d’oiseaux qui constituent un article important d’alimentation, et sont très estimés en Chine pour leurs propriétés nourrissantes et fortifiantes. Cette partie du globe a encore expédié un autre objet important d’alimentation, des nageoires de requins que les Chinois recherchent tout particulièrement.
- On expose de la cire produite par des abeilles de ces régions, dont les habitudes diffèrent beaucoup de celles des insectes de la même espèce qui habitent l’Europe, car elles ne bâtissent pas de ruches, mais elles suspendent leurs nids aux branches des arbres où ils forment quelquefois des masses d’un volume considérable. On a reçu des mêmes régions une vaste collection de bois employés pour les ameublements, et dont vingt-huit spécimens au moins figureront à l’exposition.
- Parmi ces produits est un échantillon de bois de Lingoa, qui forme, comme on sait, l’objet du commerce d’Amboyne, et dont une planche ne mesure pas moins de huit pieds de long sur près de cinq pieds de largeur.
- Parmi les matières textiles et les objets fabriqués des mêmes contrées, on trouve une espèce de fil remarquable pour sa force et sa durée, produit par l’écorce d’une espèce d’ortie appelée rami.
- On expose également des fils provenant des fibres de l’aloes, de l’ananas et du musa au plantain.
- Cette collection renferme en outre une quantité d’objets de fantaisies manufacturés, d’engins de pêche, d’appareils agricoles et industriels, d’articles divers et quelques modèles curieux de navires indigènes. Un de ces modèles représente un vaisseau pirate, de première classe, disposé pour porter un équipage de 100 hommes. Dans cette forme de vaisseau, le mât de beaupré est transformé en pont volant, destiné à faciliter l’abordage des navires que l’on attaque. Dans un plus petit modèle, de seconde classe, disposé pour un équipage de 50 hommes, une plateforme est attachée au mât avec des grapins, et sert de pont volant pour l’abordage.
- EXPLICATIONS DES DESSINS.
- LA NYMPHE 10 ET BACCHUS ENFANT.
- (Yoir page 4.)
- Cette jolie composition est de M. Foley, artiste anglais d’un grand mérite.
- La tête, l’attitude de la nymphe qui presse la grappe de raisin, sont pleines de grâce. Toute cette statue est parfaitement modelée ; elle vit, chose malheureusement bien rare dans la sculpture anglaise.
- M. Foley est inscrit dans la partie anglaise du catalogue à la page 146, dans la classe 30e.
- LE LION.
- (Yoir page 9.)
- En reproduisant en zinc la statue que nous donnons à nos lecteurs, MM.Devaranne et fils, de Berlin, ont fait une des œuvres d’art plastique les plus remarquables de l’exposition.
- La foule s’arrête constamment pour considérer l’attitude à la fois pleine de calme et de force du noble animal. Barry seul avait su donner une pareille physionomie au roi des animaux.
- Ce lion de M. Devaranne est placé dans la grande artère qui partage le palais de l’industrie dans toute sa longueur. Cette place d’honneur est méritée, car le lion dont nous parlons n’est là qu’un échantillon des nombreux produits, envoyés par MM. Devaranne, qui figureront dans la partie prussienne du catalogue sous le No. 280.
- GODEFROY DE BOUILLON.
- (Yoir page 16.)
- Cette statue, qui porte le No. 464 dans la partie belge du catalogue, est l’œuvre de M. Eugène, de Bruxelles.
- De tous les ouvrages d’art plastique figurant à l’exposition, le Godefroy de Bouillon est, sans contredit, le plus considérable. La figure gigantesque en zinc de la reine Victoria, assise sur son trône ; celle de l’amazone à cheval attaquée ' par un tigre, pourrait seule être mise en parallèle avec lui.
- La tête, l’attitude du héros Croisé, ne laissent rien à désirer comme noblesse de style et pureté de lignes. Le cheval, dont la tête est fort belle, fait seulement 'regretter un manque de souplesse dans sa partie inférieure. M. Eugène a encore exposé deux autres statues sur lesquelles nous aurons occasion de revenir.
- LE LION AMOUREUX.
- (Voir page 4.)
- La charmante fable de Lafontaine, dont chacun connaît la morale :
- Amour, amour quand tu nous tiens,
- On peut bien dire adieu prudence.
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- ENTRÉE OUEST.
- ÎJ Instruments® g^d’AQRICULTURE S. g—Classe 9, ma-S j* chine il vapeur 2. g semoirs, voitures Sf g à fumier,machine g-Çà battre,barattes,*, g fers <1 cheval, rou- g-y. leaux, scarifica- ?
- ' teurs, charrues, 0 ohache - paille et • §fnavets, moulin à «S “farine, etc.
- O Instruments ......
- rtd’AGUICULTURE
- 57. Tissus. Classe 18. ^.Échantillons d’im-^ pressionetde teinture tl.Cotons, mousselines P laines, soieries, étoffes ^ de lin, damas, etc. g Lin et Chanvre. S'Etoffes de lin, batis-S tes simples imprimés Fou teintes, surtout g d’Irlande, cordages, ^produits appart. à la 2. classe 14, damas, toi-« les ouvrées, gaufrées, o piquées, blanchies ou non, ou teintes, etc.
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- F Instruments® o (I’AgRICULTURE 5. g_—Classe 9, ma- § g-'chinc il vapeur S; g semoirs, voitures S* fumier,machine g-gjl battre .barattes,* 2*fers il cheval,rou- s Jq leaux, scarifica-F - teurs, charrues,p 3 hache - paille et 5'navets, etc. g.
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- Instruments D’Agriculture® de différentes sor-B. tes, outils de fer-3 me, etc., etc. B.
- Quincai.Cl. 22.:
- Esca-
- lier.
- ® Tissus mélangés. B-Classe 12. Popelines o irlandaises, étoffes à Bjgilets, alpagas, laina-S*ges, draps, flanelles, jytartans, fil. de Leeds, ~ etc., mélanges, laine g et coton, laine et soie y fantaisies de laine, de P soie et coton, quincaillerie, cuivre, etc.
- 9 Quincaillerie— g Classe 22. Fourneaux a, et coutellerie, princi-topalement de Sheffield. •v Meubles.— Classe ®26. Mobilier de ville, B.meubles riches et de § cabinet, objets vernis, g.perles, objets en é-5'caille.
- g- Quincaillerie—
- • Classe 22. Birming-S-ham; bronze, cuivre,
- • for, etc.
- ® Quincaillerie. 2 Classe 22. § p
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- Sculpture.
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- Australie & Canada.—Canada, cuivre Burra-burra, produits naturels végétaux, éponges, peaux, fourrures et coraux. Ouvrages en écaille, chanvre, paniers; grai nés de l’Australie ; roduits de la N. Zé-ande et de la Trinité.
- Pugin’s
- Court.
- Australie et Canada. Fourrures, graines, farine, meubles, pianos, conserves, pompes à incendie, cuir, minéraux, instruments d’agriculture, harnais, toile, cornes, peaux.
- Bureaux du ; Comité. •
- : Iniîes Orient. : Prod. nat.,coton, : laines, graines, : remplaçans pour : le lin, etc., etc.
- Bureaux du ; Comité. :
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- talés. Armes, ; Esca-cordages, nat- j lier.
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- instruments d’agriculture, peaux, fourrures, cornes, joyaux, bois à imprimer, tours etc.
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- Tunis et Chine. Costumes, couvertures, tapis, vases, ivoire et bois sculptés, écrans, lampes, meubles etc.
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- Brésil. Costumes, vêtemens de brocard de tous genres très riches tapis, etc.
- Bureaux du ; Comité. |
- Suisse. Belle toile sans aprêts ; draps Turcs rouges et imprimés, cotons imprimés de Neufchàtel, mousseline, etc.
- France. Gants, Franck. Joaillerie, bretelles,habillcmcns imitations de pierres, bottes, chapeaux, pa- fourrures,fantaisies papiers de couleur, des- risiemies, eliâles, draps, sins de fabriques, im- mérinos, lainages, etc. primés, lithographie, papiers, marbres de cheminée, etc.
- Sortie
- France. Meubles, fauteuils, miroirs, lits sofas, ottomanes, bibliothèques, girandoles, tapis, elc.
- Belgique. Cuirs aprêtés, lasts, armes de Liège, zinc, fer, soie, lin, toiles, cirées etc.
- Autriche. Matières premières, pierres, fer, etc.
- Autriche. Jouets, cuir, objets en papier mâché,pipes, porte cigares, fantaisies, pan-touffles, automates, chaussures, cannes, parapluies, etc.
- ZOLLVEREIN. Dro-guets en soie et imprimés, draps, lainages, tissus de laines, papeterie, lithograpli. coloriée, bonneterie, franges, châles de gui pure, bouton, toilés, cirées, couleurs, etc.
- Sortie
- Glaces de Thomas.
- Docks de Liver-pool.
- Phare.
- Brise-lames de Plymouth et de l’île de Wight.
- Barque du lord-maire.
- Fontaine.
- Métier
- pour popeline.
- Spécimen de cuivre.
- Ponts du Dnieper de la Britannia et de Chepstoiv.
- Eglise en terre cuite. Fourrure. Trophée. Plumes.
- Télescope (Ross) Phare.
- Cathédrale de Colebrook Dale.
- Shakspeare.
- Coutellerie.
- Horloge.
- Trophée
- chimique.
- Spécimen de gravure.
- La croix de Mrs. Ross.
- Colonnes de marbre.
- Fontaine.
- Modèles.
- Modèle de salle de réunion.
- Ornemens gothiques.
- Miroir.
- Salle de l’Opéra.
- Trophée en bois canadien.
- Cheval et dragon
- Suisse. Soie ;.......
- brodée, rubans, • Esca-inst. de rnusi- ; lier.
- que, — au-des- ;.......
- sus, tissus de paille, instruments d’agriculture, montres, etc.
- France. Bronzes, dorés et argentés et autres, objets d’or et d’argent,—dans la galerie, toiles cirées, dentelles, blondes,fleurs artificielles, eliâles, etc.
- Belgique.— !.........
- Tissus, flanel- ; Escales, draps, co- ; lier.
- tonnades, cali- ;.....
- cots imprimés, toiles, serviettes, damas, etc.
- Autriche. Meubles.
- Autriche. Sculptures de Milan, verrerie, porcelaine, lainages,toiles, étoilés mélangées, cordes, sellerie, etc.
- Allemagne. Tissus de divers genres. Machine à imprimer, télégraphie électrique, cotonnades, draps, tapis, broderies, instruments, fantaisies, eliâles, objets d’habillements, etc. etc.
- Esca-
- lier.
- Les chevaux de Stuttgard.
- Zollverein. Mi-
- Zollverien.
- néralogie, opérations Minéraux et 0- dane- Adam et Eve.
- métallurgiques, produits minéraux, terre factice, houilles, etc. pérations méta- mark. lurgiques, etc. Russie. Mi- suède Bloc de zinz.
- Russie. Produits naturels, etc., etc. UF néraux, produits et naturels, etc. Nor- vège. L’esclave grec.
- » 2. w : 0 « > : ^‘£55 : fcrf* Etats-Uius. Outils, cordages, tissus, châles, couleurs, impressions, Pont américain.
- (t\ 0 : 2g.": H : daguerréotvpe, télégra-
- H : phie, oiseaux empaillés,
- O'* » ri : pianos, reliure, voiture Indien mourant.
- p g ; du prince Albert, etc.
- 2.2.2:
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- .... Voitures.
- £> Classe 5. de g- tous les gen-o B res et prove-&.• nant princi-g Q paiement de [-h " g carossiers de g L a la capitale, g g i-- berlines, ca- g g U rosses, vis-à- ri-“ 9 vis", landaus, m P-1* coupés, cha- ” § B rettes, britz-“ a? ka, drows-S-P ki et tombe-P gl reaux pour g, tout usage, g1 etc., etc.
- Esca- ; lier. :
- Wagons.
- Jri Voitures.—<i g Classe 5. veloci- B. ^ % pèdes, tilburys, g o • chaises, cabrio- g 3 2lets, chars irlan- ^ 3 g dais, voitures à® S a chien etc. &
- Minéraux MANu-a facturés. Classe 27. Marbres, toiles, mo-saiques, ardoises, bri- •' ques, stucs et terres cuites, etc.
- Filature de coton en action, machine à imprimer le ca-lieot, machines pour la transformation complète des lins, coton, soie, laine, gutta percha, chanvre, crins, diverses machinesa-méricaines en mouvement, us tensils, et outils employés dans le travail des matières premières, et pour filer, tisser ou feutrer pour fabriques
- Dames.
- Messieurs.
- et tendre le ..papier, re-: lier, impri-: mer, pour : clous, vis, : boutons et : plume mé-: talli. ai-: guilles, et :instr. pour : la fabrique :de la coutellerie, é-ipingles.
- Sortie
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- gNUFACTÜRÉS. Mé-g œ caniques, classe 5. § «.machines à incen- V ”die pour distiller le ra gsucre, à vapeur.-1" g moulins à eaux et 3 crautres moteurs, es- o Vcalier géométrique, B. ^ métaux tournés et S g-travaillés.
- : Papier. Classe ^ 17. Cartes. Æ
- Papier. Classe g 17. Cartes. g
- BjsAUX-ARTS. Cl. g 30. Bois sculptés, 9 pierres taillées, im-4f primerie à l’huile, B lithographie, dessins g pour manufactures, p; etc. >|
- Beaux-arts. Cl.” 39. Mosaïques, marqueterie en pierre, bois et métal, fresque à l’encaustique. Modèles.
- f tri
- Machines en mouvement, machines pour le lin, machines hydrauliques, moulins, presses et en général machines et instruments pour les manufactures de la classe 6. pour le travail notamment du verre, de la pierre, granit, albâtre, ardoise, machines pour travailler les végétaux, appareil de brasserie etc.
- Sortie
- Machines en mouvement pour la transformation complète du coton, laine, lin, chanvre, soie, caout-chouc, gutta percha, crins etc, pour la fabrique et la teinture du papier, pour l’impression et le reliage, pour le travail des métaux, presses, modèles de machines pour le génie, l’architecture et les constructions des navires et des maisons, etc.
- Esca-; Indes-lier. ; Orientales.
- Trophée en soie. ;
- Vénus
- et
- Cupidon.
- Porcelaine de Sèvres.
- Le Koh-i-noor. (diamant)
- Indes-Orientales. Métaux incrustés, tapis, bronzes, brocarts, nattes, ivoire incrusté, etc. etc.
- Indes-Orient.
- Poteries, ivoire in- ; ......
- crusté, ornements ; Dames.
- d’appartemens....; ..........
- coupes, éven- ;
- tails, sandales ; Raffraîchisse-etc. : ment.
- Rafraîchissements. *
- Statue de Mr. de Bute.
- Jarre de Tolède.
- Canon d’airain.
- Statues de Rome.
- Statue de laReine en zinc.
- Bronzes et vases.
- Orgue français.
- Groupe—Cain et sa famille.
- Saint Michel et Satan.
- Godfroy de Bouillon.
- Sculpture.
- Mazeppa. Achille blessé.
- Vitraux de Milan.
- Fontes de Berlin.
- L’amazone et le tigre.
- Bronzes.
- Le lion de Bavière.
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- 25 Perse et i-3 Arabie.
- gEgypte et Tuh-æquie. — Produits-2 naturels, brocarts, ¥ ? soieries et velours, o mousselines, etc.
- Rafraîchissements.
- Esca- ; lier. ;
- Turquie.
- Espagne et Por-hTUGAL.—Cuirs, toile, ^ draps, soieries, den-2 telles, blondes, miné-• raux, etc.
- Italie. — Tables mosaïques, sculptures, bronzes, marqueterie, modèl. anatomiques en cire, peintures à l’encaustique, couteau de chasse, soie brute, etc.
- France. —Locomotives.
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- France. Pro- § CQ n
- induits algériens— STa
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- France. France.
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- France.—Locomo- France. Produits tives, roues à eau hori- naturels.—Cuirs a-zontales, machines pour prêtés, chimisterie, faire le papier, pour dis- soie, laine, plomb, tiller l’eau de la mer, fer, machines, fila-filtres,outils,armes,etc. ture, métiers, etc.
- Autriche. Modèles de construction de navires, locomotives, machines, voi tures, toiles cirées, vaisselles de zinc et d’étain, fer, cuivre, etc. Hollande.
- ......; Belgique.-
- Esca-; Tapis, meu-lier. ; blés, écrans
- ......; fontes en ijj
- bronze et en fer, pa- o pier de tenture, ba- £7 lance, oiseaux, etc. ^ Hollande. Coul. »
- Hollande. Laines,etc. Autriche. Verrerie et porcelaine, ameublement complet de Vienne lithographie, etc. Zollverein. Vitraux, sculptures, peintures sur porcelaine, eau de Cologne, imitation de bronze, porcelaine, etc.
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- Allemagne du Nord. Modèle d’01-<? denburg, tissus, meu-jS. blés, des objets en>g corne de cerf, etc. ç>
- Autriche. Machines à vapeur, instrumens de mé-nuisier et de charpentier, d’agriculture, voitures, billards, marqueterie, incrustations, etc.
- Zollverein.— Rafinage de sucre, métiers, voitures, quincaillerie, cou-coutellerie, etc. tri......
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- Belgique.
- Russie. Vases de porcelaine, candélabres, vases de jaspe,parquets, vases de cuivre travaillé, mosaïque de Florence, etc.
- Etats-Unis. Objets w en gomme élastique, e? machines et instru-'^, ments d’agriculture, fourneaux, grilles, » garde manger, etc.
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- Avait déjà inspiré l’un de nos peintres les plus distingués, M. Camille Roqueplan, dont le tableau a figuré avec avantage à l’un de nos dernières expositions de peinture.
- M. Geefs, sculpteur belge, a composé un groupe avec ce sujet.
- . Nous n’aurions que des éloges à donner pour la manière dont cette composition est traitée, si en voyant l’expression de tendresse que l’artiste s’est efforcé de donner à l’animal auquel on va couper les ongles, nous n’étions forcés de reconnaître que la sculpture s’était imposée une tâche impossible en prétendant reproduire la réalité d’une allégresse si délicatement exprimée par le poète.
- M. Geefs qui a exposé aussi une statue de l’amour, est inscrit sous le n° 466 du catalogue belge.
- BOITE A THÉ EN ARGENT.
- (Voir page 13.)
- Cette jolie boîte à thé, exposée par M. G. Angelh sous le n° 103, de l’orfèvrerie britannique, fait partie d’une riche service, gravé par Donalds.
- LE PRONOSTIQUEUR DE TEMPÊTES.
- (Voir page 13.)
- Jusqu’ici la sangsue était avantageusement connue dans le monde pour les services éminents qu’elle rendait aux malades, en leur enlevant le sang superflu ; mais la nouvelle propriété que lui a découverte le Dr. Merryweather, ne le cède en rien à celle qu’on lui connaissait déjà. Il ne s’agirait rien moins que de tenir lieu de baromètre, en indiquant l’état de l’atmosphère avec une telle précision, qu’un orage ne pourrait jamais surprendre à l’improviste un équipage, qui serait dès lors toujours à même de prendre à l’avance les mesures nécessaires pour se mettre à l’abri de la tempête ou pour s’y préparer.
- Depuis - longtemps on avait remarqué qu’à l’approche d’un changement dans la température, les sangsues se livraient à un mouvement inaccoutumé. En 1787, le poète Cowper, écrivant à sa cousine lady Hesketh, lui parlait d’une sangsue qu’il avait dans une bouteille, et qui, sur mer, l’avertissait de tous les changements de l’atmosphère. Le docteur Merryweather résolut d’appliquer cette particularité à un dessein utile. En conséquence, il construisit un petit appareil disposé de la manière suivante : Un timbre à sonnerie fut placé au haut d’une tige, et au bas de cette tige et tout autour, diverses bouteilles contenant chacune une sangsue. Une communication fut établie entre le tube qui terminait chaque bouteille et la sonnerie par un fil ; un petit ressort en baleine, auquel fut attaché ce fil, fut placé dans le tube de manière à ce que la sangsue, en voulant remonter le tube, ce qui lui arrivait au changement de l’atmosphère, faisait lâcher le ressort, tirer le fil et résonner le timbre : de telle sorte que même l’homme endormi est averti de l’orage qui se prépare. No. 151 du catalogue anglais, 10e classe.
- COFFRE A BIJOUX.
- (Voir page 5.)
- Ce meuble élégant a été exposé par Joan Martien Levien, jadis ébéniste à Barth, en Poméranie. Il est en bois de tulipier, orné d’or moulu et incrusté de porcelaine de Sèvres. No. 203 du catalogue anglais, classe 26.
- PIANO POUR LE PEUPLE.
- (Voir page 13.)
- Il y a un an et demi environ, un des écrivains du Chamber’s Edimburg Journal suggérait cette idée : Que l’étude de la musique doit élever les sentiments du peuple, et mettre entre lui et les classes plus élevées de la société une espèce de lien sympathique ; que, cependant, les basses classes n’ont ni bons ins-trumens, ni par conséquent de bons artistes, et que la raison qui les en empêche est la cherté des instruments ; que les pianos, par exemple, ne sont jamais achetés par le peuple, parce que le prix en est au-dessus de ses moyens.
- Cette idée de l’écrivain fut adoptée par M. Collard, fabricant de pianos, qui rechercha tous les mpyens pour construire ces instruments à un prix qui les mît plus à la portée de la basse classe. M. Collard a trouvé la solution de son problème principalement en employant pour le coffre du piano un bois moins dispendieux que ceux employés ordinairement. Ce bois, qu’il a trouvé, est le sapin de Norwège, qui est d’un blanc remarquable, et qui, lorsqu’il est poli et verni, est d’une grande beauté. Au moyen de l’économie réalisée par l’emploi de ce bois, et quelques autres améliorations, M. Collard est parvenu à pouvoir donner pour 30 guinées (780 fr.) un piano égal au meilleur d’entre les meilleurs.
- L’ASTRONOMIE.
- (Voir page 12.)
- M. Eose a exposé, sous le No. 54 de la classe 25 de la partie anglaise une jolie figure représentant l’astronomie. La pose est gracieuse et bien indiquée .
- LE PALAIS DE CRISTAL.
- LE BOILER IIOTJSE.
- (Voir page 8.
- Nous donnons autre part le du bâtiment dessin (Boilek-House) dans lequel sont placées les chaudières qui donnent la force motrice aux machines figurant à l’exposition.
- L’on se souvient en effet que les entrepreneurs du Palais de Cristal s’étaient engagés à fournir gratuitement la vapeur aux diverses machines exposées. Cet engagement ne pouvait être rempli d’une façon rassurante pour tout le monde qu’à la condition d’isoler les chaudières ainsi que leurs fournaises du bâtiment de l’exposition. C’est pourquoi le Boileb-Hoiise a été construit à la distance d’environ 150 pieds de l’angle nord-ouest du bâtiment principal.
- Cette maison de chauffage est d’une étendue de 96 pieds de long sur 24 de large. Le système adopté pour sa construction est le même que celui du palais de l’industrie ; c’est-à-dire des colonnes de fonte séparées l’une de l’autre par des intervalles réguliers. Seulement, au lieu d’être en bois, les parois sont de véritables murs de brique.
- Le Boieer-Hotjse est divisé en trois compartiments par deux murs de l’épaisseur d’une brique et demie. Le plus grand de ces compartiments au sud est destiné aux chaudières et il a 50 pieds de longueur ; les deux autres, de 20 et de 26 pieds d’étendue, font l’office de réservoirs. La hauteur de l’édifice est de 23 pieds environ du sol jusqu’à la toiture. Cette toiture est en fonte quant au compartiment où sont placées les chaudières.
- Les réservoirs sont revêtus de plaque de fonte à l’intérieur. D’une surface de 21 pieds carrés et de près de 5 pieds de profondeur, ces réservoirs peuvent contenir plus de 55 tonnes d’eau.
- Les chaudières sont au nombre de cinq, toutes montées sur briques. La principale, qui sort des ateliers de MM. Galloway et Cie de Manchester, est remarquable par deux grands tubes ou cylindres horizontaux se communiquant l’un à l’autre. Une poutre de fonte est placée de chaque côté de la chaudière, la flamme agit en dessous et à côté.
- La cheminée est construite de plaques en fer. Tout l’appareil est l’œuvre de M. Armstrong de Newcastle.
- Viennent maintenant les tuyaux transmettant la force motrice. Ces tuyaux sont en fonte et recouverts d’étain à leurs points de jonction comme dans l’ancien système. Ils reposent sur une fondation solide. En résumé, le Boilek-Hotjse réunit toutes les conditions désirables pour assurer le service des machines et préserver le palais de l’industrie des dangers d’un incendie ou d’une explosion.
- A la suite de la demande d’un grand nombre d’abonnés qui désiraient se procurer le numéro spécimen, aujourd’hui épuisé, du Palais de Cristal, pour avoir les deux belles vues de l’extérieur et de l’intérieur du Palais de l’exposition qui s’y trouvent, nous reproduisons ces deux jolis dessins dans le présent numéro.
- (Voir pages 5 et 12.)
- CHRONICLE DE L’EXPOSITION.
- Quoique la journée d’ouverture n’ait pas été perdue pour les visiteurs, il est évident que la foule accourue de tous les points pour assister à la cérémonie d’inauguration n’était préoccupée, le premier jour, que de la procession royale et du spectacle qui allait s’offrir à ses yeux. Après la séance un très-grand nombre de personnes se sont portées dans les divers départements de l’Exposition. Mais encore, est-il vrai que les salles de rafraîchissements ont eu la préférence. Chacun était pressé de sortir, d’abord parce que la séance avait été longue, et surtout parce que chacun avait besoin de communiquer ses impressions, parce que, en un mot, c’était fête au-dehors.
- C’est donc la deuxième journée qui a été le véritable commencement de l’examen des divers articles exposés. C’est là seulement que le public a commencé à regarder les choses en elles-mêmes, à les juger, à se préparer à un contrôle rigoureux de la décision du jury international.
- Dès dix heures du matin les portes du Palais de Cristal se sont ouvertes devant un grand nombre de personnes, venant de tous les points du globe. A quatre heures on évaluait déjà à 15,000 le nombre de visiteurs qui avaient pénétré dans le bâtiment, pour entreprendre, ce qu’on pourrait appeler, leur tour du monde industriel. Ces visiteurs sont la plupart porteurs de billets de saison. Néanmoins, il
- y a eu une grande quantité de visiteurs accidentels qui ont payé le prix du jour, c’est-à-dire, une guinée.
- Le bâtiment "est si vaste que la circulation y est toujours facile, malgré la foule. La partie réservée à l’Angleterre attirait particulièrement l’attention ainsi que celle réservée à la France. Nous aurons à examiner avec soin et en détail tous ces trésors du génie, toutes ces merveilles du labeur humain, toute cette riche moisson des fruits les plus exquis du travail accumulé des générations. Nous passerons sommairement aujourd’hui, nous bornant à noter certains points qui attiraient particulièrement l’attention : la puissante machine hydraulique qui a servi à élever le pont tubulaire du détroit de Menai, dit Britannnia-bridge, un modèle sur grande échelle et admirablement exécuté du pont lui-même ; une puisante locomotive ; un panorama de la ville de Liverpool, et cette magnifique fontaine de cristal, d’un travail si léger et si pur qu’elle semble faire corps avec les gerbes d’eau qui en échappent.
- On dirait, à première vue, que parmi les visiteurs de l’Exposition le nombre des dames est supérieur à celui des hommes. Toutes les physionomies portent l’empreinte de l’intérêt que leur inspire un spectacle si nouveau et si inattendu. C’est véritablement le tour du monde que l’on peut faire en plusieurs heures, entendant l’accent de toutes les langues, voyant en quelque sorte un panorama complet de la civilisation. On peut passer un quart-d’heure en Chine et une minute après se trouver en Suisse, en France, ou bien, en tournant à gauche, au Canada, à la Guyane, à la Trinité, dans toutes les parties du Royaume-uni, tant en Europe que sur les autres points du globe.
- NOTICE SUR LE BATIMENT DE L’EXPOSITION.
- L’emplacement de l’édifice dans ILyde Park a été dès l’origine proposé par le prince Albert à la réunion du 30 juin 1849. Sa surface forme un carré long d’environ 26 acres, mesurant environ 2,300 pieds (1) de longueur dans la direction Est et Ouest, sur 500 de largeur. Plusieurs ormes, de la plus grande dimension, occupaient le centre du terrain, et d’autres plus petits étaient dispersés çà et là. La plus grande partie de ces arbres a été conservée, et c’est à eux qu’on doit d’avoir ce magnifique transept en voûte qui couronne toute la construction et lui donne son principal caractère architectural. Le sol, quoique en apparence de niveau, offre cependant une pente qui n’a pas moins de l-250e de l’Ouest à l’Est ; quant à la situation du bâtiment, à la facilité des abords, à l’effet qu’il produit dans le paysage de quelque côté qu’on l’aperçoive, aux facilités qu’on a trouvées pour assécher le terrain et l’approvisionner de gaz et d’eau, chacun conviendra qu’on chercherait vainement une position plus heureusement appropriée.
- La principale entrée est au centre du bâtiment et au Sud; en posant le pied sur le seuil on jouit de toute la vue du transept ; après avoir, traversé un vestibule de 72 pieds par 94, on se trouve sous la voûte demi-cylindrique du transept qui a 408 pieds de longueur dans son axe, et dont la naissance commence à 68 pieds du soi, et qui s’ouvre sur un diamètre de 72 pieds.
- En continuant d’avancer, le visiteur se trouvera bientôt au centre du bâtiment d’où la vue pourra s’étendre à droite et à gauche dans la direction de la nef, à une distance de plus de 900 pieds, la longueur totale de l’édifice, vestibules compris, étant de 1,848 pieds. Cette nef forme une avenue de 72 pieds de largeur sous une hauteur de 64 pieds ; elle croise le transept à angles droits ; de chaque côté s’étendent des aïles de 24 pieds de large et au-dessus à une hauteur de 24 pieds ; il court des galeries sur tout le pourtour du bâtiment, de sorte qu’à cette hauteur, sous la toiture de la nef et du transept, il y a un second étage complet formé de galeries communiquant toutes les unes avec les autres. Entre ces premières aïles et parallèlement avec elles, à la distance de 48 pieds se trouvent de secondés aïles de semblable largeur, munies de galeries semblables à celles des premières aïles et élevées au même niveau. D’autres galeries transversales, formant comme des ponts, relient ces deux grandes lignes de galeries longitudinales ; elles divisent ainsi la surface des premières ailes et des aïles adjacentes en une série de cours do 48 pieds de largeur et dont chacune est disposée de manière à présenter un ensemble à l’œil du spectateur, lersqu’il plonge ses regards sur l’aire du rez-de-chaussée, ou lorsqu’il les jette autour de lui sur les quatre galeries qui déterminent la cour. On remarquera que tout cet ensemble de galeries disposées sur un même niveau, permet une circulation non interrompue entre toutes les parties de l’édifice.
- Le toit des aïles adjacentes s’élève à 44 pieds au-dessus du sol, et elles sont longées par une troisième ligne d’aîles, sans galeries supérieures, qui n’ont que 24 pieds de hauteur. Dix doubles escaliers de huit pieds de large, donnent accès dans les galeries.
- (1) Le pied anglais vaut 3,0479 de mètre.
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- LE PALAIS DE CRISTAL. ' Il
- L’aspect aérien cle toute la structure et ses dimensions excessives exciteront à la premièere vue l’étonnement et peut-être les craintes des visiteurs. Mais quand on saura avec quelle rigueur chacune des parties a été examinée, avec quels soins les pièces ont été assemblées, et qu’enfin la totalité de cet ensemble en apparence si compliqué n’est que la répétition d’un petit nombre d’élements d’une extrême simplicité, on mettra de côté toute timidité et l’on se reposera sur la consciencieuse investigation à laquelle se sont livrées les personnes qui ont eu charge de surveiller l’exécution et la solidité de l’édifice.
- La légèreté de la construction dit d’avance au spectateur quelle est le nature des matériaux. Les piliers verticaux sont en fonte et de fermes horison-tales sont composés de fonte et de fer forgé. 550 tonnes de fer forgé et 3,500 tonnes de fonte ont été consommées ; la toiture, située au-dessus des derniers ouvrages en fer,- est formée de vitres dans des châssis de bois, comme les parois extérieures de l’édifice. On estime le vitrage employé à 896,000 pieds carrés de superficie, équivalent à un poids de 400 tonnes de matière. Tout le bois qui entre dans la construction, planches compris, ne représente pas moins de 600,000 pieds cubes.
- Comme on a placé les colonnes avec une précision rigoureusement mathématique, on a ménagé à la vue de grandes lignes diagonales régulières formées par les points d’intersections des lignes qui se coupent à angles droits.
- Pour se rendre un compte exact de la construction, il suffit de décrire exactement une des travées de 24 pieds, prise au hasard dans l’étendue du bâtiment ; mais ce sont des détails de construction technique dans lesquels nous ne pouvons qu’indiquer quelques traits saillants, et qui d’ailleurs auraient besoin des secours de la gravure pour être parfaitement compris. Le grand point était d’assurer de bonnes fondations sur le sol graveleux qui s’étend sous tout le bâtiment. On a calculé pouf cela le poids de toute la masse, et l’on a pris des dispositions pour que dans aucune circonstance la pression ne fût de plus de deux tonnes et demie par pied superficiel de fondation. L’extrémité des colonnes est une pièce plate dans laquelle on a enchâssé au montage des conduits horizontaux pour les eaux. Cette base plate est enfoncée en terre de manière à ce que l’assemblage supérieur destiné à recevoir les colonnes dépasse le sol de trois pouces trois-quarts.
- Les colonnes ont 8 pouces de diamètre et celles du rez-de-chaussée ont 18 pieds 5 pouces et demi de hauteur. Le plan ou la section horizontale de ces colonnes, est adapté pour le but qu’elles ont à remplir, aussi bien sous le rapport mécanique que pour la disposition artistique; car/tout en offrant une variété d’aspect beaucoup plus agréable que la forme circulaire ordinaire, les parties plates prennent des surfaces éminemment appropriés à la réunion et à l’attachement des pièces de charpente en fer qui servent à la fois de support aux galeries et au toit, et relient tous les compartiments de l’édifice en un vaste réseau. Les colonnes sont creuses, afin de servir de conduits à l’eau qui tombe sur le toit du bâtiment ; et l’épaisseur du métal qui les compose varie, suivant le poids que chaque colonne doit supporter, depuis î de pouce jusqu’à 1 pouce Les faces carrées, dont il a déjà été question, ajoutent considérablement à l’aire de métal dont la force de ces colonnes dépend en grande partie.
- Au-dessus du chapiteau qui entoure la partie supérieure de la colonne sont cachées des projections semblables à celles qui garnissent le pied de la colonne ; ces projections servent à attacher les colonnes qui ont été désignées pour réunir sûrement et dans toutes les directions, au moyen d’une légère modification dans la fonte, les differents sommiers ou soli-lives qui forment la charpente de l’édifice.
- Afin de retenir les sommiers dans une position verticale et d’empêcher tout mouvement latéral, la face inférieure du sommier qui pose sur la projection correspondante de la pièce d’assemblage est garnie d’un verrou qui tombe dans une mortaise, disposée au moment de la fonte dans la partie de la pièce d’assemblage avec laquelle elle se trouve eu contact. La surface supérieure du sommier qui reçoit le crampon fondue sur la partie supérieure de la pièce d’assemblage est pourvue d’une rainure, à laquelle correspond une autre rainure, également creusée en largeur, sur la projection de la pièce d’assemblage, et on introduit entre elles un petit morceau de fer qui, agissant comme une clef ou un coin, empêche les deux surfaces de glisser l’une sur l’autre.
- Sur la partie supérieure et inférieure de la pièce d assemblage, entre les projections qui servent à maintenir les sommiers à leurs places, sont disposés des trous correspondant avec ceux des colonnes inférieures et supérieures, et destinés à recevoir des boulons qui, assurés au moyen d’écrous, assujétissent ensemble les colonnes et les pièces d'assemblage.
- Afin d avoir la certitude que le cadre ainsi formé par des colonnes alternées avec des pièces d’assemblage se maintiendrait dans une position parfaitement verticale, il était indispensable de s’assurer que les surface de contact étaient parfaitement justes et plates. Toutes les colonnes et toutes les pièces
- d’assemblages ont donc dû être placées dans un tour et la surface de chacune de leurs extrémités a dû être amenée à un plan parfaitement juste.
- Dans les pièces d’assemblage de '24 pieds de travée, dont il est question ici, les projections sont ron-dues de trois côtés, de façon que les sommiers puissent être attachés dans trois directions.
- Les sommiers, qui sont attachés comme nous venons de le dire aux pièces d’assemblage, servent à supporter les planches de la galerie. : Comme dans la construction de ce plancher il avait été calculé qu’il y aurait accumulation de pression sur les sommiers à des intervalles de 8 pieds, il était nécessaire de leur donner une forme, qui permît de concentrer la force sur ces points. Les lignes verticales ^des sommiers ont donc été disposées de manière à se rencontrer à des intervalles de 8 pieds. Des lignes diagonales joignent donc au centre les tables inférieures et supérieures, de sorte que le sommier représente un parallélograme dont les angles rentrants sont réunis par un X allongé.
- Les sommiers ont trois pieds de développement en largeur, et l’aire de la table supérieure qui forme un T, égale 5.31 pouces, et celle de la table inférieure qui a la même forme, égale 7.64 pouces. L’aire des barres diagonales et des liens est en moyenne de 3.50 pouces. Le poids nécessaire pour opérer la rupture des sommiers a été calculé à 30 tonneaux et ce calcul a été vérifié par de nombreuses expériences. Chacun des sommiers employés dans la construction de la galerie a été soumis sur le terrain à une pression de 15 tonneaux, et dans des cas exceptionnels, quand il a été raisonnable de prévoir qu’ils seraient soumis à une accumulation de poids, on a augmenté leur épaisseur et on les a soumis à une pression égale à 22£ tonneaux.
- Quelques chiffres suffiront pour indiquer clairement que ces sommiers sont en état de supporter la pression à laquelle ils peuvent être soumis. Une travée de la galerie du rez-de-chaussée mesurant 24 pieds par 24 pieds, contient 576 pieds carrés; et il a été reconnu par expérience, qu’on ne pouvait, en couvrant une surface d’hommes, lui faire supporter un poids supérieur à un quintal par pied de superficie. En supposant donc que 576 quintaux, c’est-à-dire, 30 tonneaux, puissent être accumulés sur une travée de la galerie du rez-de-chaussée, la charge sera distribuée sur quatre sommiers, dont deux seulement ont été reconnus parfaitement susceptibles de supporter cette charge.
- Le plancher, qui est supporté par des fermes ou sommiers, consiste en solives croisées reliées ensemble de manière à distribuer également tout le poids sur les huit points où lès extrémités des poutres reposent sur les fermes.
- Les colonnes, qui s’élèvent au niveau de la. galerie, ont 16 pieds 7j pouces de hauteur, et sont surmontées de pièces d’assemblage entièrement semblables à celles qui se trouvent au-dessous.
- La largeur totale de la nef étant de 72 pieds, il était par conséquent nécessaire d’employer dans sa construction des traverses, dont l’épaisseur ne pouvait excéder celle des pièces d’assemblage employées dans tout le bâtiment, c’est-à-dire, 3 pieds seulement ; et cependant ces traverses devaient avoir une assez grande force pour supporter le poids d’un toit beaucoup plus large que celui des autres parties de l’édifice. Le procédé employé pour la construction de ces grandes traverses a été le même que pour celles des traverses de 48 pieds, avec cette différence, que la dimension des angles de fer et des barres a dû être augmentée, et que leur longueur totale de 72 pieds est divisée en neuf longueurs de 8 pieds au lieu de six longueurs. Le poids d’une de ces traverses complètes est d’environ 35 quintaux ; la section de l’aire des deux angles de fer est de 5.71 pouces celle des barres inférieures, à leur maximum, est de 6.75 pouces, et celle des principales attaches diagonales de 3.38 pouces. Lorsqu’elles ont été chargées à l’épreuve d’un poids de 16 tonneaux, elles n’ont fléchi que de 6| pouces et ont repris leur élasticité quand le poids a été enlevé.
- Afin de diminuer l’intensité de la lumière et de conserver en même temps la fraîcheur dans le bâtiment, il a été pourvu d’une tente en toile qui couvre la surface entière du toit plat. Cette tenture est attachée aux combles, d’où elle retombe en festons le long des bas côtés. Comme une largeur de toile est insuffisante pour couvrir d’un faîte à l’autre, on en a cousu deux ensemble, en ayant soin que la couture se trouve au centre, immédiatement au-dessus de la gouttière. La pluie tombe le long de la toile en s’v attachant par l’action capillaire ; elle descend ainsi goutte à goutte jusqu’à ce qu’elle arrive à la couture, où elle traverse la toile pour tomber dans la gouttière Paxton. On obvie ainsi aux inconvénients du passage de l’eau à travers les carreaux qui se trouveraient cassés, ou les jointures qui ne seraient faites qu’imparfaitement.
- Le parquetage était une des inventions des plus ingénieuses de M. Paxton. Il est en bois, à claire voie, avec des espaces entre les planches, afin qu’en balayant, la poussière disparaisse tout-à-coup et tombe dans le vide qui existe sous le plancher.
- Les planches du parquet ont 1| pouce d’épais-
- seur ; elles sont séparées par des intervalles d’un demi-pouce, placées sur des lambourdes de 7* pouces sur 2| pouces, qui reposent elles-mêmes sur des dormants ou larges pièces de bois, de 13 pouces sur 3g pouces, séparées par des intervalles de 8 pieds.
- La surface totale du rez-de-chaussée est de 772,784 pieds carrés; celle des galeries est de 217,100; la totalité du volume cubique de l’édifice est de 33,000,000 pieds cubes; il y a près de 2,'300 fermes en fonte, et 358 longues traverses en fer pour soutenir les galeries et le toit; une longueur de trente milles en gouttières pour conduire l’eau dans-les colonnes, 202 milles de ban-eaux pour former les châssis et 900,000 pieds carrés de vitres, en nombre rond ; et c’est à 10 pieds près, le double en largeur de celle de la cathédrale de St. Paul, et plus du quadruple en longueur.
- L’un des points importants de la construction était celle des voussures du transept ; elles sont faites de trois épaisseurs dé bois coupées en segments de cercle, et l’on a pris les soins les plus minutieux pour les mettre à l’abri des causes d’accidents, soit des variations de la température, soit de l’humidité, soit de la poussée du vent.
- La colonne extérieure du bâtiment consiste en vitres enchâssées dans des châssis fixés sur deux colonnes distantes de 8 pieds ; au rez-de-chaussée on a, par précaution remplacé le vitrage par des planches.
- L’action latérale du vent devant être reçue principalement par les châssis vitrés, on a fait des recherches scientifiques à ce sujet. La plus grande force de vent connue est estimée à 22 livres par pied superficiel, d’où il résulte qüe sur la surface du bâtiment, la poussée totale ne peut dépasser 1,500 tonnes, et l’on a trouvé qffil pouvait résister à au moins, 6,360 tonnes, sans tenir compte des constructions accessoires qui lui donnent du soutien.
- Les ventilateurs agissent sur le bâtiment comme des organes respiratoires. La surface de ventilation est de près de 50,000 pieds carrés, et il suffirait d’un seul homme, appliqué successivement à 90 endroits différents, pour ouvrir, fermer, ou mettrer sous un angle quelconque la fenêtre ventilatoire.
- La décoration a été dirigée par M. Owen Jones,, à qui l’on doit également le dessin de la grille qui entoure la bâtiment.
- A la distance d’environ 155 pieds de l’angle nord-ouest, les architectes ont élevé une construction de 94 pieds sur 24 où sont placées les chaudières destinées à l’alimentation des machines en mouvement. L’apparence de cette construction rappelle le Palais lui-même : elle contient cinq chaudières, formant ensemble une force de 150 chevaux, et un immense réservoir formant la tête des tuyaux qui portent l’eau dans toutes les parties du Palais. La conduite principale qui entoure le bâtiment tout entier a 6 pouces de diamètre. A la distance de chaque 240 pieds sont placés des robinets ; 16 conduites secondaires sont soudées à la conduite principale, elles sont habilement distribuées dans toutes les parties du Palais. Sur la conduite principale est en outre soudée au Sud et au Nord une conduite de 5 pouces, qui passe par le transept et qui alimente les fontaines placées dans la nef.
- La mise en place des colonnes n’a rien présenté d’extraordinaire ; on s’est servi pour cette opération d’une chèvre à deux montants, retenus par un hauban. C’est au moyen de ce simple appareil qu’ont été placées toutes les colonnes et toutes les fermes.
- La fabrication des gouttières de M. Paxton présente pour les hommes de l’art un grand intérêt ; mais nous devons renoncer à le faire connaître à nos lecteurs, sans l’aide des figures indispensables à l’intelligence des machines employées dans ces ingénieux procédés. Qu’il suffise de dire que ces machines pouvaient fournir jusqu’à 2,000 pieds de gouttières par jour. Ces gouttières sont disposées de manière à présenter une rigole pour l’eau des pluies, et deux petites rigoles latérales destinées aux vapeurs condensées. Des scies circulaires placées sur les chantiers du Palais étaient destinées à couper les gouttières de longueur, quand elles arrivaient des ateliers.
- Ce fut une machine nouvelle due à M. Birch, qui fut employée à la confection des châssis de l’Exposition.
- La peinture de barres de châssis par les procédés ordinaires eût occupé un nombre considérable d’ouvriers, on s’y prit pour cette opération de la manière suivante :
- Les barres furent immergées dans un bain de couleur, puis un enfant les retirait et les passait entre des brosses placées les unes contre les autres dans lin châssis ; ces brosses n’avaient donc plus pour objet de peindre les barres, mais au contraire de les débarrasser de la couleur superflue qu’elles avaient dris dans le bain, et d’étaler convenablement la peinture dont elles restaient revêtues. Une machine à termes et à mortaise servait à assembler les châssis.
- Les dimensions de chacune des vitres est de 4 pieds 1 pouce sur 10 pouces, et le temps fort court qui était alloué, mit dans la nécessité de former à la hâte des ouvriers nouveaux, et ce n’était pas chose facile, puisque cette fabrication est pour ainsi dire
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
- VUE EXTÉRIEURE DU PALAIS DE CRISTAL. PRISE DU NORD.
- nouvelle en Angleterre où des ouvriers de Choisy l’ont importée il y a une vingtaine d’années.
- Voici quelle fut la progression du nombre des ouvriers employés :
- En 1850. Semaine finissant le 6 septembre 39 Do. do. 4 octobre 419
- Do. do. 1 novembre 1,474
- Do. do. 6 décembre 2,216
- En 1851. do. 3 janvier 2,112
- Depuis ce temps jusqu’au mois d’avril, le nombre
- des ouvriers s’est maintenu vers 2,000.
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- - APERÇU SUR LES MINERAUX EXPOSES.
- Les mires de cuivre de la Grande-Bretagne sont dignement représentées à l’exposition, et parmi les échantillons de minerai qui ont été envoyés, nous mentionnerons une masse énorme extraite de lamine de Par Consols, située à St. Blazey dans le Cornouailles.
- L'ASTRONOMIE.
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
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- Ce spécimen pèse environ. 1,500 livres, et contient une très grande proportion de métal. Il y a également divers échantillons dos cuivres de l’Irlande, et, entre autres, quelques-uns de minerai de cuivre jaune ou pyrites de cuivre, provenant de Mizenliead, dans le comté de Cork. Plusieurs spécimens de cuivre natif malléable sont également exposés ; les plus remarquables en ce genre sont des morceaux énormes de cette substance, qui viennent de la Serpentine, dans le voisinage immédiat du Lizard-Point dans le Cornouailles.
- Sur la muraille, près des spécimens de minerai de cuivre du Royaume-uni, dont il vient d’être question, on trouve une montre où sont exposés les détails d’un nouveau procédé bréveté pour l’extraction du cuivre, et de l’invention de M. Braukart. Sa méthode consiste à griller les sulfures ordinaires de ce métal jusqu’à ce qu’ils soient entièrement convertis en sulfates ; ils sont ensuite dissous dans l'eau et précipités à l’état métallique par l’addition de fer dans la solution. Ces produits sont accompagnés de • divers spécimens de combustible bréveté et d’échantillons de carbone natif trouvé dans les mines de houille de Penrose et Starbuck, situées dans la vallée de la Neath. ~
- Sur les tables se trouve, entre mille échantillons divers, un cristal monstrueux ou sulphate de baryte. C est assuremént le plus bel échantillon de cette substance a 1 état de cristal, et il se présente sous les formes les mieux définies appartenant à ce minéral.
- L industrie du Cornouailles est dignement et abondamment représentée. On y voit non-seulement des échantillons d oxide d’étain de mine et lavé, mais encore 1 étain lui-même en bloc très volumineux. MM. Bolitho, de Penzance, ont envoyé le modèle de leur appareil à fondre.
- Nous ^croyons devoir donner ici la déscription sommaire d’un appareil très ingénieux, destiné à séparer le minérai des substances hétérogènes. Cet appareil, appelé “ Lavoir circulaire, ” se compose d’un arbre creux, portant deux brosses, qui en se mouvant circu-lairement sur 1 aire de l’appareil, agitent le minerai pulvérisé. Ce minerai, tenu en suspension dans l’eau sous la forme d’une pâte très liquide, est jeté sur l’aire par 1 arbre creux ; les brosses le reprennent alors ou le lancent contre les parois, où il arrive par ordre de densité, et s’accumule au centre du lavoir.
- Les procédés métallurgiques du traitement duplomb et de 1 argent ont donné lieu à de nombreuses exposi-
- tions. On y voit les minerais du Cornouailles, tlë Galles, du Yorkshire, deDurham, et du Northumber-land, ceux des autres contrées du Nord et de l’Ecosse. Le duc de Buccleuch a exposé des modèles et des dessins d’appareils destinés au traitemens des minerais de ces deux métaux, qui méritent une mention toute particulière. Nous avons aussi remarqué de très belles plaques d’argent obtenues par les procédés de H. L. Pattinson, un dessin représente ces procédés. On sait qu’un alliage de plomb et d’argent est plus fusible que le plomb pur ; si donc on laisse refroidir cet alliage lentement, le plomb se séparera en quantité considérable. On pourra alors, à l’aide de cuillères perforées, retirer le plomb ainsi séparé, et le reste de ce métal, allié à une plus grande quantité d’argent, reste dans le creuset à l’état liquide. L’opération peut être répétée jusqu’à ce que chaque tonne d’alliage contienne jusqu’à 300 onces d’argent. L’alliage ainsi enrichi est exposé à une opération bien connue de raffinage, qui consiste, comme chacun sait, à brûler le plomb au moyen d’un courant d’air. L’oxide de plomb ainsi formé, en litharge, se fond alors, et filtre à travers les parois du creuset, et l’argent pur reste à la surface. La plaque d’argent la plus volumineuse est exposée^
- LE IMONOSTI <l*E K DE TJSMt'Él'KL
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- par M. Beaumont, elle pèse plus de 12,000 onces. Ce métal est pur, et vaut 83,750 francs.
- Dans la partie coloniale et étrangère nous trouvons aussi de remarquables spécimens de minerais et de métaux. Le Canada a envoyé des échantillons de minerais de fer et de cuivre ; des minerais contenant 3| pour cent d’argent, un spécimen d’or natif des montagnes Yertes, où les sables le contiennent en paillettes pesant jusqu’à plusieurs onces ; enfin du carbonate magnésie, du gjçpse, ou sulfate de chaux, et des pierres lithographiques et des ocres de diverses nuances complètent cette exposition Canadienne*
- L’Australie offre des échantillons du cuivre particulier à ces contrées. La malachite. et le carbonate bleu s’y montrent particulièrement, ainsi que quelques beaux échantillons de deux oxides contenus dans le cuivre natif.
- Dans la partie réservée aux Etats-Unis, se trouve du cuivre natif remarquable, du carbonate de fer, de la houille, &c. New Jersey montre un spécimen de minerai de zinc pesant 16,'400 livres, extrait d’une mine.plapée presqu'â la surface du sol dans le Sussex,
- La Russie n’a pas envoyé de nombreux échantillons. La Suède, la Norwège exposent leurs fûmeux minerais de. fer et des échantillons de leurs produits de toute espèce. Le nickel, le cobalt, sont au nombre des produits de .ces contrées.
- Le Zollverein, la Sardaigne sont riches en collections.;: .L’Espagne et le Portugal méritent d’être cités pour'leurs minerais de plomb et de magnifiques cristaux de sulfure d’antimoine.
- La Belgique s’est distinguée entre tous par le nombre et le classement de ses minerais de fer et de zinz, son kaolin, sa houille, son plomb, etc.
- L’Italie expose une belle collection ; elle a des é-chantillons de fer à divers degrés de fabrication, qui attestent une grande habileté.
- La Californie n’expose rien autre chose qu’une bouteille de mercure.
- La seconde journée publique de l’Exposifion n’a pas été moins brillante. La Heine qui ne se bornera pas aux.visites officielles, a fait samedi une première visite toute privée, et aKîommencé l’examen des divers articles. Son attention s’est arrêtée d’abord sur les produits anglais de l’art du joaillier et du bijoutier. Ces visites s.e répéteront, dit-on, fréquemment. La Heine est venue à une heure où les bâtiments de Ilyde Parle étaient ouverts au public. La foule, au lieu de s’attacher à ses pas, s’est retirée respectueusement, et a comprimé tout élan indiscret. La conduite du public en cette occasion est digne des plus grands éloges.
- Avec la première journée de l’Exposition, à la suite de' la séance royale, la seconde et la troisième journée, où le public n’a été admis qu’avec un billet de saison, ou en^pâyant 25 francs de droits d’entrée pour une seule visite, forment, à elles trois, une première période que les émotions de la nouveauté, la classe particulière des curieux et l’ignorance de la géographie de ce champ nouveau d’exploration, doivent marquer d’un cachet tout spécial et dont différera, sans doute, la période des curieux à cinq shillings.
- Il aurait fallu être doué de la vitesse d’Atalante et des yeux de l’espion Argus pour suivre les milliers de groupes qu’absorbaient, à mesure de leur arrivée, ces enfilades de squares distribués à profusion entre des galeries d’un demi-kilomètre de longueur. Aussi n’avons-nous pas la prétention de dire avec la précision d’un statisticien de profession quels sont les objets sur lesquels s’est porté tout d’abord le flot des promeneurs, quelles œuvres d’art, de force ou d’ha-bilité ont reçu les premiers hommages, dans quelle section de produits on a remarqué le plus d’empressement, à quelle nation enfin on a fait la faveur d’une plus longue visite. Mais nous pouvons dire qu’ en général les œuvres de goût, les articles riches, les matières précieuses, les plus belles étoffes, les objets de curiosité, les beaux meubles, les porcelaines, les cristaux, les travaux d’orfèvrerie ont attiré le plus de foule, et que par contre, la section des instruments d’agriculture, entre autres, a été la plus négligée. Qu’elle prenne patience ; son tour viendra lorsque la période à un shilling appellera dans Londres les honnêtes et prévoyans laboureurs !
- Montagne de lumière ! Koh-i-noor ! diamant merveilleux que l’auteur des Mille et UneNuits avait sans doute entrevu ; à toi le privilège d’être entouré de la cour la plus nombreuse d’admirateurs et d’admiratrices ! repose tranquillement dans ta cage dorée ; tu es désormais en sûreté. Les batailles, qui se sont livrées dans l’Orient pour te conquérir, ou pour te défendre, ont désonnais cessé. Tu appartiens à la Heine de la Grande Bretagne ; aujieu de briller au pommeau du sabre homicide d’un despote, tu orneras le diadème d’une glorieuse mère de famille, souveraine respectée d’un peuple libre.
- Tout auprès du diamant sont les jfirtraits, sur porcelaine de Sèvres, de la Reine et du Prince Albert, par Ducluseau, d’après AVinterhalter, délicieuses peintures qui, avec leur voisin doué de la puissance attractive, exercée par une valeur de vingt millions, entraînent les flots des visiteurs, et déterminent de leur côté une marée vivante vers le quartier des étrangers. . On a pu remarquer, en effet, que le plus fort courant da public se portait vers la porte orientale du Palais de l’Industrie. Peut-être un autre sentiment se glisse-t-il aussi dans le cœur des riches familles anglaises. Souvent accueillies à l’étranger avec la plus prévenante hospitalité, elles rendent au continent courtoisie pour courtoisie, en lui payant sa première visite. Suivons donc ce courant qui se dirige à l’Est. Dans une première exploration, les objets de la plus grande dimension attirent le plus les regards, et continuent
- LE PALAIS DE CRISTAL.
- ensuite à les fixer, lorsqu’au mérite de la masse ils joignent celui de la beauté des formes, de l’intérêt du sujet et de la difficulté industrielle vaincue. Tel est la célèbre groupe de l’Amazone montée sur un cheval attaqué par une bête féroce. Ce chef-d’œuvre de l’art est en outre un chef-d’œuvre d’industrie, car jamais jusqu’à ce jour morceau plus considérable ne fut coulé en zinz. Comme nous avons remarqué beaucoup de personnes tournant autour de ce morceau magistral pour trouver le meilleur point de vue, nous dirons que le meilleur point de vue est à droite, dans la galerie supérieure, un peu en avant du groupe.
- Le lion bavarois reçoit aussi des visiteurs un coup-cl’œil de respect ; 'mais la foule ne séjourne pas longtemps dans ce parage, elle suit un courant qui l’entraîne en Autriche. Cette vieille monarchie a eu l’heureuse idée de mettre une sorte d’unité et d’ensemble dans son exposition, de manière à écarter l’idée d’un bazar. Elle a parfaitement réussi et l’on se plait à visiter ces riches appartements où l’art du décorateur le dispute au goût de l’artiste, où le fini du travail ne le cède pas à la richesse des matériaux. Salle-à-manger, chambre-à-coucher, salons remplis de verres de Bohême, galerie de sculpture, toutes ces pièces sont constamment pleines de dames et de visiteurs empressés. A voir cette brillante société au sein de salons aussi splendides, on se croirait dans la maison d’un Prince ; à voir les fines peintures qui décorent les meubles et les délicieux morceaux de sculpture milanaise (contribution forcée de l’Italie au profit de la gloire autrichienne), on se croirait au centre d’un atelier !
- En sortant des salons de l’Autriche, les courants se divisent, et le fleuve des curieux se distribue en ruisseaux; la Belgique en reçoit quelques-uns qui la traversent et se rendent jusqu’à la France; d’autres se dirigent vers leZollverein.NilaEranceni leZollverein n’ont terminé leurs arrangements; la Belgique est aussi quelque peu arriérée ; on ne peut s'arrêter longtemps dans des quartiers inachevés, et nous ferons comme le public, nous réservant d’y venir plus tard porter le tribut de notre admiration. Pour en finir avec cette marée de visiteurs qui redescend vers le transept, nous nous arrêterons avec elle en Suisse. Des rubans de toutes nuances et de tous dessins s’y étalent avec tant de grâce et s’y montrent en telle profusion que d’intrépides curieuses élisent domicile devant les compartiments ef les vitrines qui renferment ces charmants objets de toilette. Puis viennent les soieries et les châles, les dentelles et la batiste brodée, tous objets d’égale attraction pour les dames ; aussi séjournent-elles trop longtemps dans cette galerie pour donner autre chose qu’un coup-d’œil aux magnifiques châles de Tunis, et aux délicieuses chinoiseries de la Chine. Mais ces deux intéressants contributeurs sont dédommagés par les promeneurs qui, en entrant par la porte du Sud, cpmtherLCent leurs pérégrinations par l’empire du milieu.
- Revenons au courant, qui, au sortir de l’Autriche, a prolongé sa reconnaissance à l’est, vers l’extrémité du transept. Passons, sans nous y arrêter, auprès de la fontaine d’aqua d’oro, où les dames ont la permission, dont elles usent largement, d’imprégner leur mouchoir de ce délicieux parfum, et nous verrons des groupes nasser rapidement en Russie et aux Etats-Unis, états un peu dépeuplés, où l’espace est trop grand pour la population des produits. Ce n’est pas que l’exposition de ces contrées ne présente un intérêt réel, mais nous suivons le public ; il passe vite et nous faisons comme lui, non sans remarquer cependant le caractère de sérieuse utilité que présentent les articles américains dans leur ensemble. Les Américains, cependant, n’ont pqs voulu laisser ignorer à l’Europe que parmi eux aussi on comptait des artistes, et, iis ont obtenu d’un de leurs compatriotes la permission d’exposer une délicieuse statue en marbre blanc, “ l’Esclave grecque.” Eipn de plus attrayant que ce marbre, inspiration éloignée de la Yénus de Médicis. Une balustrade très opportune tient à distance le cercle renaissant des admirateurs. Il ne fallait rien moins que cette œuvré d’art, placée comme une perle délicate auprès d’objets massifs, pour retenir quelque temps la marée des promeneurs qui va refluer vers le transept pour gagner îe côté britannique. Nous dirons ensuite qu’en s’en allant à l’ouest les visiteurs ne peuvent s’empêcher de s’arrêter en Portugal, et de s’informer de ce que contient une intéressante rangée de petits barils en chêne hermétiquement fermée. On leur montre aussitôt que ce n’est pas autre chose que de gigantesques tabatières telles qu’a pu les voir Gulliver chez les habitants de Brobdignag. Délicieux tabac ! qui fera éternuer des myriades de questionneurs arrêtés par ces tabatières. Le curieux pénètre plus loin, et admire de magnifiques marbres portugais, dont plusieurs présentent des nuances toutes nouvelles et très rares. L’Espagne qui est toute voisine arrête aussi un assez grand nombre de visiteurs par l’intérêt que présente sa collection minéralogique, si riche et si variée ; et, en la voyant, on se prend à réfléchir mélancoliquement sur les vicissitudes des peuples. On se demande pourquoi l’Espagne a dû perdre les mines du nouveau monde, avant de faire attention aux trésors qu’elle foulait à ses pieds.
- LISTE DES JURÉS FRANÇAIS.
- Une petite modification a été faite dans la formation du jury international de l’exposition, Le nombre des jurés qui devaient le composer, était primitivement de 270, dans lesquels les jurés français figuraient au nombre de 32. Depuis, le chiffre des jurés a été augmenté, et porté à 294, et celui des jurés français à 37. Nous donnons ci-après les noms des 32 premiers ; les cinq autres restent à nommer.
- I. Produits bruts.
- 1. Mines et carrières, produits minéraux et métallurgiques, M. Dufrenoy, membre de l’Institut..
- 2. Procédés chimiques et pharmaceutiques, produits chimiques en général, M. Dumas, membre de l’Institut,
- 3. Substances employées comme alimentation, M. Hervé de Kergorlay.
- 4. Matières végétales op animales employées dans les machines ou instruments, et l’ornementation, M. Payen, membre de l’Institut.
- II. Machines.
- 5. Machines d’un emploi direct, comprenant les voitures, le mécanisme naval et des chemins de fer. M. le colonel Morin, membre de T Institut ;
- 6. Machines et outils pour manufactures. M. le général Poncelet, membre de l’Institut ;
- 7. Systèmes applicables à la mécanique, au génie civil, à l’architecture et aux bâtiments. M. Combes, membre de l’Institut ;
- 8. Génie militaire et architecture navale, construction, armements, équipements. M, Charles Dupin, membre de l’Institut ;
- 9. Machines et instruments d’agriculture et d’horticulture. M. Moll ;
- 10. Instruments de mathématiques et de physique, appareils divers comprenant les procédés résultant de leur emploi, instruments de musique, d’horlogerie et d’acoustique. MM. Mathieu et Séguier, membres de l’Institut.
- III. Produits manufacturés.
- 11. Cotons. M. Mimerel ;
- 12. Etoffes de laine et laine filée. M. Randoing ;
- 13. Soieries et velours. M. Arles Dufour ;
- 14. Tissus et produits de lin et de chanvre. M. Le-gentil ;
- 15. Tissus mélangés comprenant les châles. M. Eaussen ;
- 16. Cuir comprenant la sellerie et les harnais, les peaux, la fourrure, le crin. M. Chevreul, membre de l’Institut;
- 17. Papier, imprimerie, reliure. M. Eirmin Didot ;
- 18. Objets tissés, filés, feutrés, foulés, comme spécimen d’impression et de teinture. MM. Perso? et Sallandrouze de Lamornaix.
- 19. Tapisserie, tapis, moquettes, dentelles et broderies, ouvrages de fantaisie. M. Laignel ;
- 20. Objets d’habillement d’usage immédiat, personnel, domestique. M, Emile Dolfus ;
- 21. Instruments de chirurgie, coutellerie et taillanderie M, Leplay ;
- 22. Quincaillerie, comprenant la serrurerie et les grilles de cheminées. M. Goldenberg ;
- 23. Ouvrages de métaux précieux, joaillerie, bijouterie, et tous les objets de luxe non désignés, dans les autres sections. M. Albert de Luynes, membre de l’Institut ;
- 24. Yerrene, M. Peligot ;
- 25. Produits céramiques, faïence, porcelaine, pote--rie, etc., M. Ebelm.cn ;
- 26. Décors, meubles, ameublement, papier de tenture, papier mâché et articles vernis. M. de Nieuwer-kerke ;
- 27. Substances minérales, manufacturées, employées dans le bâtiment et le décor, telles que marbres, ardoises, porphyres, ciments, pierres artificielles, etc. M. Héricart de Thury, membre de l’Institut ;
- 28. Substances végétales et minérales, manufacturées, mais non tissées ni feutrées. M. Balard, membre de l’Institut ;
- 29. Produits de manufactures diverses et petits ouvrages. M. AVolowski ;
- IY. Objets d'cirt. .
- 30. Sculptures, modèles, plastique, mosaïques, é-maux, etc. M. Léon de Labordc, membre de l’Institut ;
- Ont été nommés, pour suppléer les membres titulaires, en cas d’absence :
- MM. Henri Barbet, Seydoux, Le Chatelier, Aubry, E. Bernoville, Berlioz, Natalis Rondot, Lebeuf, Peu-pin, Eeray, Tavernier, Dumas (Justin), Billiet, De-nière fils, Eauler, Ledagre, Manière, Ziegler, artiste.
- Dans la composition desjurys la Erance a obtenu le la présidence dans quatre sections, ce sont MM. Dumas, Poncelet, Ch. Dupin et le dire Albert de Luynes.
- Nous donnerons dans un prochain numéro les noms des autres jurés.
- JURÉS DE LA GRANDE-BRETAGNE.
- I. Produits bruts.
- 1. Mines et carrières, produits minéraux et métallurgi-
- ques.
- Sir II. de la Beche, C.B., F.R.S.
- M. Faraday, E.R.S.
- AV. Logan, F.G.S., professeur du Royal Institution. Richard Taylor, F.G.S., Falmouth.
- 2. Procédés chimiqties et pharmaceutiques, et produits en
- général.
- Jacob Bell, M.P, pharmacien.
- Thomas Graham, F.R. S., professeur de chimie. John Mercer, F.C.S., imprimeur sur calicot.
- II. L. Pattinson, F.C.S., fabricant de produits chimiques.
- 3. Substances employées comme alimentation.
- Sir J. P. Boileau, Bart., F.R.S.
- Joseph D. Hooker, M.D., R.N., F.R.S., botaniste. Dr. Lindley, F.R.S., professeur de botanique.
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-
-
-
- LE PALAIS DE CRISTAL.
- 15
- 4. Matières végétales ou animales employées dans les ma*
- chines ou instnimens et Vornementation.
- Le professeur Richard Owen, F.R.S., curateur du collège des chirurgiens.
- Dr. Royle, F.R.S., professeur au King’s College. Le professeur Sally, F.R.S..
- N. Wallich, M.D., F.R.S.
- II. Machines.
- 5. Machines d'un emploi direct comprenant les voitures
- et le mécanisme naval et des chemins de fer.
- W. Fairbairn, Manchester, idgénieur.
- JohnFarey, ingénieur.
- John Hick, ingénieur.
- H. Maudslay, 4, ingénieur.
- Rev. E. Moseley, M.A., F.R.S., ancien professeur de Mécanique à King’s College.
- Robert Naçier, Glasgow, ingénieur.
- 5a. Sous jury pour les voitures.
- J. Holland.
- T. Hutton.
- 6. Machines et outils pour manufactures.
- Benjamin Fothergill, ingénieur.
- Charles Gascoigne Macles ingénieur.
- John Penn, Greenwich, ingénieur.
- George Rennie, F.R.S., ingénieur.
- T. R. Sewell, Carrington.
- R. Willis, F.R.S., Professeur de Mécanique à Cambridge.
- 7. Génie civil, architecture et constructions.
- Dr. Neil Arnott, F.R.S., docteur en médecine.
- I. K. Brunei, F.R.S., ingénieur.
- J. M. Rendel, F.R.S., ingénieur.
- "William Tite, F.R.S., architecte.
- 8. Architecture navale et génie militaire, artillerie, armes,
- et équipemens.
- Major-général sir John Burgoyne, K.C.B., inspecteur général des fortifications.
- A. F. Creuze, F.S.R.
- Major-général sirW. Morison, K.C.B.,M.P.,F.R.S. Sir Baldwin Walker, inspecteurrgônéral de la marine.
- 9. Machines etinstrumens d'agriculture et d'horticulture.
- Colonel Challoner.
- B. T. Brandreth Gibbs.
- A. Hammond.
- Joseph Locke, M.P.
- W. Miles, M.P.
- P. Pusey, M.P., F.R.S.,
- J. Y. Shelley.
- II. S. Thompson.
- 10. Instrumensphilosophiques et avec les procédés résultant de leur emploi, instrumens de musique, d’hor-logorie et de chirurgie.
- Sir David Brewster, F.R.S.,
- J. Glashier, F.R.S., de l’observateur de Greenwich, maître de la monnaie.
- Sir John Herschel, Bart., F.R.S.,
- W. II. Miller, F.R.S., professeur de Minéralogie. Richard Potter, F.R.S., Professeur de philosophie naturelle.
- Il reste un juré à nommer,
- Sous-Jury pour les Instrumens de Musique,
- AV. Sterndale Bennet, professeur à l’Académie de Musique.
- Sir H. Bishop, professeur de musique à Oxford.
- Sir G. Smart, organiste.
- Dr. "Wyide, professeur à l’Académie Royale de Musique.
- Sous-Jury pour les Instrumens de Chirurqie.
- J. II. Green, F.R.S.. président du collège des chirurgiens.
- AV. Lawrence, F.R.S., chirurgien.
- James Philp.
- III. Produits manufacturières.
- 11. Cotons.
- Sir James Anderson,
- Thomas Ashton,
- AV. Gray,
- George Jackson,
- J. Aspinal Turner,
- 12. Etoffes de laine et laine filée.
- Samuel Addington,
- Henry Brett,
- John Cooper, J. P.,
- Henry Forbes,
- George Lawton,
- Thomas Mailing,
- 13. Soie et velours.
- Samuel Courtauld,
- Thomas Jeffcoat,
- George Tawke Ivemp,
- Charles AVarwick,
- Thomas AVinkwprth,
- 14. T'issus et produits de lin et de chanvre. AVilliam Charley,
- John AI’Master,*
- John Moir,
- Charles Tee,
- John AVilkinson, J.P.,
- lô. Tissus mélangés : Châles de., (Classe 22).
- AA". Clabbum, Norwieh David Kemp, ’
- John R. Levanchy.
- John Morgan,
- AVilliam Prinsep,
- Titus Sait,
- Frederick Scbwann,
- 16. Cuirs: sellerie, harnais, peaux, fourrures, crins.
- Hon. Colonel George Anson,
- J. B. Bevington,
- Jon Foster,
- J. AV. Newonan,
- J. A Nicolay.
- 17. Papeterie, imprimerie, reliure.
- Thomas de la Rue.
- Viscount Mahon, F.R.S., M.P.
- C. Venables.
- C. AVhittingham.
- 18. Objets tissés, feutrés, foulés ; spécimens d'impression et de teinture.
- John Hargreaves.
- Alexander Harvey.
- Edmund Potter.
- C. Swaisland.
- Henry Tucker.
- 19. Tapisserie : tapis, dentelles, broderies et ouvrages de
- • fantaisie.
- D. Biddîe.
- Richard Birlcin.
- Peter Graham.
- Thomas Simcox Lea, J.P.'
- Robert Lindsay.
- 20. • Objets cl'habilleniens tout prêts, pour maître ou do-
- mestique.
- T. Browm.
- T. Christv.
- AVilliam Felkin.
- E. Smith.
- 21. Coutellerie et taillanderie.
- Joseph B.
- Mr. Alderman Peace.
- Lord AVharncliffe.
- 22. Fer et quincaillerie.
- Arthur Adams.
- AV. Bird.
- AV. Dyce.
- Sterling Howard.
- G. Shaw.
- Henry Van AYart, J.P.
- 23. Travail en métaux précieux, joaillerie et autres objets de luxe et de goût non compris dans les autres classes.
- James Garrard.
- John Gray.
- Henry Ilope, M.P,
- AVestley Richards.
- 24, Verrerie.
- E. H. Baldoek, M.P.
- R. L. Chance.
- Robert Obbayd,
- Lord de Mauley, F.R.S.
- 25. Produits céramiques, porcelaine, poterie, etc, etc.
- Duke of Argyll.
- AV. Mortlock.
- Baripg Wall, Esq., M.P., F.R.S.
- John A. AVise.
- 26. Décors, meubles, papiers de tenture, papier mâché, articles vernis.
- Lord Ashburton.
- John Lewis Aubert.
- J. G. Crace.
- John Jackson.
- Edward Snell.
- John AVebb.
- 27. Substances minérales pour les bâtisses et la décoration, en marbre, ardoise, porphyre, ciment,pierre artificielle.
- Professeur Ansted. F.R.S.
- George Godwin, F.R.S.
- Sir Charles Lemon, Bart., F.R.S., M.P.
- Lord Sudeley.
- 28. Substances animales et végétales manufacturées, au-
- tres que celles tissées et feutrées.
- J. E. Grav, F.R.S., P,B.S.
- Dr. E. Lankester, F.R.S.
- F. J. Miller.
- T. A. AVise, M.D., lion. E.I.C.S.
- 29. Manufactures diverses et petits ouvrages.
- Lord Çanning.
- Arthur Henfrey, F-R.S.
- AA7-arreu de la Rue, F.R.S., F.C.S.
- J. J. Mechi.
- IAr. Objets d’Art.
- 30. Sculpture, modèles et art plastique.
- C. R. Cockerell, R.A.
- Lord Colborne.
- .T. Gibson, sculpteur.
- AA7-. Newton.
- A. AV. Pugin.
- Richard Red grave, R.A.
- AV. AVyon, II.A.
- ♦
- RÉGLEMENT DE L’EXPOSITION.
- L’exposition sera ouverte tous les jours excepté le dimanche. Les portes seront ouvertes à 10 heures (le samedi à midi).
- prix d’entrée.
- Jusqu’au 25 mai exclusivement .Cinq shillings (6,25) Du 25 mai et jours suivants . . . .Un shilling (1,25) Excepté le vendredi où il est de . .Demi-couronne(3,10)
- Et le samedi où il est de......Cinq shillings (6,25)
- Billets pour toute la saison...Trois guinées (78,0)
- Les personnes en voiture entrent par les entrées du sud et de l’ouest, les personnes à pied peuvent entrer par le sud, l’ouest et l’est ; mais la dernière entrée leur est particulièrement réservée. Les billets de saison entrent par toutes les portes. Il y a des sorties pratiquées dans les diverses parties du bâtiment ; elles servent à la sortie seule, de même que les entrées servent à l’entrée seulement.
- Les salles des rafraîchissements sont situées dans diverses parties du bâtiment : celles du transept sont de première classe. Les prix y sont affichés.
- Jusqu’à nouvel ordre, il n’est pas interdit de garder avec soi sa canne, son parapluie ou son ombrelle ; mais il est expressément recommandé de ne rien toucher, soit avec ces objets, soit avec la main.
- Les chiens sont formellement exclus.
- La maison de MM. Susse frères, 31, Place de la Bourse, à Paris figure avantageusement à la grande exposition de 1851. Des bronzes d’art, modèles exécutés par les premiers artistes, soutiendront dignement la renommée de leur fabrique.
- Le peu d’emplacemenfaccordé à chaque exposant n’apas permis à MM. Susse de multiplier, comme ils l’auraient voulu, le nombre de leurs objets exposés à. Londres. Ils se contentent donc de rappeler aux personnes qui visiteraient Paris que leurs galeries de la Place de la Bourse contiennent une collection variée de tableaux, dessins et bronzes d’art des maîtres modernes ainsi qu’un grand choix de nouveautés et articles de fantaisie, ébénisterie, papeterie, &c.
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- On est instamment prié de ne pas §e laisser détourner par les cochers et les commissionnaires.
- prient d’être publié, une nouvelle traduction de
- y E CIEL et SES MERVEILLES ; le MONDE
- 1 l des ESPRITS (ou la Région intermédiaire qui est le premier séjour de l’homme après la mort) ; et l’ÉNEER: décrit par un témoin oculaire et auriculaire de ce qu’il décrit. Du latin de EMA-NÜEL SWEDENBORG. Traduit par Je REV. SAMUEL NOBLE. 2me édition, revue avec soin ; avec une nouvelle Préface, par le traducteur, comprenant des notes explicatives et des observations. Le tout avec la préface anglaise originale du Rév. Thomas Hartley, A. M. Recteur de Winwiçlt, Northamptonshire. In-octavo, avec couverture 5s. sans la préfacé de M. Hartley 4s.
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- FAITS DIVERS.
- Un Journal avait annoncé que Sa Majesté visiterait samedi prochain le bâtiment de l’exposition, et qu’elle examinerait en détail les articles exposés. Il est vrai que l’intention de Sa Majesté était de faire une telle visite, mais un grand nombre d’exposants étrangers sont encore en retard, et la visite n’aura lieu que lorsque tous les produits seront à leur place. Du reste, les exposants seront prévenus aussitôt que le jour aura été fixé définitivement.
- On raconte que le duc de Wellington, dans une visite à l’exposition avant l’ouverture, s’arrêta devant des ouvriers qui déballaient deux statuettes représentant l’une le duc lui-même et l’autre Napoléon. Le maréchal sourit de ce rapprochement et approuva le travail de l’artiste. Le bruit se répandit bientôt que le noble duc était sur le territoire français de l’exposition, et en un instant il fut environné par une troupe de Français qui, courtoisement, saluèrent le héros anglais. Celui-ci après leur avoir fait le salut militaire, continua sa visite dans le bâtiment.
- Le bruit avait couru, le jour de l’exposition, qu’un Français frappé par un constable avait immédiatement
- poignardé celui-ci qui était mort sur le coup. Nous sommes heureux de voir que rien n’a confirmé ces on-dits.
- Le Conseil et les Présidents des Jurys de l’Exposition de l’Industrie de toutes les nations se sont réunis lundi à onze heures et demie du matin à l’exposition. Etaient présents : Première Classe, sir H. Delabeche, C. B. ; 4e Classe, M. le Professeur Owen ; 5e Classe, le comte de Jersey; 8e Classe, le baron Charles Dupin; 9e Classe, M. Philippe Pusey, M.P.; 10e Classe, Sir David Brewster ; 10e Classe, sir H. R. Bishop ; lie Classe, Sir James Anderson ; 12e Classe, le Docteur Schafhault, pour le Professeur Hermann ; 13e Classe, M. George T. Ivamp ; 14e Classe, le Comte de Har-rack ; lôe Classe, M. Verregt, pour M. Van Hoegaer-den ;' 16e Classe, le Colonel George Anson ; 17e Classe, S. E. M. Van de Weyer ; 18e Classe, M. Henry Tucker ; 19e Classe, le Docteur Bolley ; 20e Classe, M. William Felkin ; 22e Classe, M. Horace Grefiey ; 24e Classe, Lord de Mauley ; 6e Classe, M. Adam Chevalier de Burg ; 28e Classe, M. Ramon de la Sagra, pour M. don Joaquin Alforano ; 29e Classe, le Vicomte Can-ning ; 30e Classe, M. de Viebahn. Le Conseil a été présidé par le Vicomte Canning ; le Docteur Lyon
- Playfair, le Colonel Llyod et le Lieutenant Ward étaient membres du bureau.
- Ainsi qu’on l’a déjà annoncé, les différents chefs de la police active des différens pays sont déjà réunis à Londres où ils doivent veiller à la sûreté des poches et des portefeuilles du public : Herr Felzenthal, le Daniel Forrester de la capitale de l’Autriche, et le vigilant M. Stieber, l’agent de la police de Berlin, sont arrivés à Londres où ils doivent passer la saison.
- Le nombre des colis reçus de l’étranger à l’Exposi-tionllniverselle, jusqu’au 3mai courant inclusivement, s’élève à 11,186, qui se répartissent ainsi :—
- Etranger.............................9,968
- Colonies.............................1,181
- Iles de la Manche...................... 37
- Total................11,186
- Parmi les nations dont les envois ont été le plus considérable on cite :—La France, 3,485 ; la Prusse, 1,093 ; la Belgique, 1,053 ; les Etats-Unis, 920 ; l’Autriche, 662 ; les Indes, 450 ; et le Canada, 345.
- London: Printed by Joseph Thomas,of No l,Finch-lane, Corn-hill, in the City of London; and Published by the said Joseph Thomas, at No 1, Finr.h-lane, Cornhill, in the City of London. Wednesday, May 7, 1851.
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- LE PALAIS
- DE CRISTAL
- JOURNAL ILLUSTRE DE L’EXPOSITION DE 1851.
- N° 2. LONDRES, MERCREDI, 14 MAI 1851. PRIX : 6d. (60 c.)
- Ce Journal paraît tous les mercredis pendant la durée de l’Exposition. Prix de l’abonnement pour la France et l’Angleterre, 25 fr. (£1) ; le port en sus pour l’Etranger.
- L’on s’abonne : à Londres, au Bureau du Journal, 2, Catheria'E-street, Strand; chez M. Joseph Thomas, 1, Finch-lane ; en France chez MM. Susse Frères, à Paris, Place de la Bourse, ainsi que chez les principaux libraires; pour l’Allemagne, chez M. Alexandre, à Strasbourg, qui reçoivent aussi les annonces.
- Toutes les réclamations et communications relatives au Palais de Cristal doivent être adressés (franco) au Bureau du Journal à Londres, 2, Catherine-Street, Strand.
- Londres, 13 mai 1851.
- Depuis l’admission du public, à 5 schellings (6 fr. 20 c.), l’exposition a pris un caractère tout différent. La masse des visiteurs s’est accrue et l’on y a remarqué un nombre plus considérable d’étrangers. Ajoutons à cela que les parties arriérées dans lesquelles les caisses étaient à peine ouvertes et les vitrines non montées, sont, à l’heure qu’il est, presque terminées, que la circulation ne se trouve plus interrompue, et l’on comprendra que la physionomie du Palais de Cristal soit tout différente.
- Ce n’est plus seulement la nef et le transept qui sont l’objet d’une curiosité spéciale. Chacun des quartiers particuliers de l’exposition sont incessamment parcourus par une foule avide de contempler chacune des merveilles des nations.
- Parmi les endroits qui sont les plus fréquentés, au point quelquefois d’occasionner de véritables attrou-pemens, nous citerons avec les Salons de VAutriche, la Jolie Esclave greco-amêricaine ; en France les étalages de Froment Meurice, les meubles de Louis Gradé, les fleurs de Constantin, la vitrine des armuriers de Paris, le buffet de Letourdinois avec ses attributs de chasse, le piano et la basse d’Erard, les
- montres du docteur Auzon, celle de M. Charrière le fabricant d’instrumens de chirurgie, l’exposition de la parure de 500,000 fr. pour la reine d’Espagne, par Lemonnier.
- Enfin le magnifique salon où se trouvent placés les produits des manufactures de Sèvres, des Gobelins, de Beauvais et d’Aubusson avec de véritables chefs-d’œuvres de Pradier et de Lemaire. Voilà les points principaux sur lesquels, en dehors des quartiers an-lais, se porte en ce moment la curiosité générale, i maintenant nous arrivons à l’Angleterre, nous signalerons : les cours du moyen-âge et des sculptures, la montre de Liverpool, la machine à faire des enveloppes de Delarue, enfin le magnifique emplacement où fonctionnent les machines.
- Pendant que nous parlons des points curieux du quartier anglais, gardons-nous d’oublier ce manne-qnin très compliqué, représentant un fashionnable, entièrement fabriqué en lames d’acier qui peuvent se rapprocher, s’unir, s’éloigner, se distendre, se resserrer, de manière à prendre toutes les formes du corps humain avec la précision de la cire à modeler. On nous a dit que cette curiosité coûtait environ 140,800 fr., et nous avons été stupéfaits d’apprendre que c’était un instrument de tailleur pour prendre
- LA REINE VISITANT LE KOH-I-NOOR.
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- LE PALAIS DE CPISTAL.
- mesure aux gens ! Quelle conscience il faut chez un tailleur pour consacrer un tel capital à l’exactitude, et quelle patience chez le dandy qui s’emmaillotera dans ces ressorts ! Mais aussi quel habit savamment ajusté et quel homme mathématiquement couvert ! Nous nous sommes demandé cependant si l’art et la grâce avaient souci de tant de compas et réclamaient de si nombreux ressorts.
- L’on reviendra souvent dans le quartier des machines en mouvement. Chaque jour on voit s’augmenter le nombre de celles qui fonctionnent ; bientôt marcheront toutes les machines anglaises, et nous espérons que ce mouvement ne sera pas long à se propager dans les parties françaises et belges, où l’on achève en ce moment l’établissement des diverses mécaniques exposées.
- La Turquie et Tunis reçoivent beaucoup de visi-tenrs.
- L’étrangeté des formes qui sont données aux divers articles y contr bue sans doute ; mais il nous semble aussi qu’il s’attache un sens plus profond à cette influence. Voir arriver au sein d’un pays chrétien la contribution musulmane, voir le croissant de Mahomet à côté de la croix grecque dans un temple industriel, inauguré par la prière d’un archevêque de l’église épiscopale d’Angleterre, c’est un fait des plus intéressants pour ceux qui regardent toute l’humanité comme ne formant qu’une même famille; c’est une frappante confirmation de la prévision du prince Albert, lorsqu’il attribuait à l’exposition universelle le mission de contribuer à la reconstitution de l’unité de la race humaine.
- Enfin, la France a commencé à prendre à l’exposition la place qui lui convient à si juste titre. Jusqu’à ces jours derniers l’encombrement des caisses, les vitrines inachevées, les étalages non terminés, les ouvriers circulant en tous sens ne permettaient pas de juger des objets qu’elle avait envoyés. Aujourd’hui son exposition est assez avancée pour qu’elle ait cru pouvoir développer son pavillon. Le drapeau tricolore flotte des deux côtés de la grande nef sur toute la façade qui nous est allouée ; chaque colonne porte, à la hauteur de la première galerie, un drapeau aux trois couleurs surmonté d’un écusson placé à la seconde corniche. Ces écussons renferment chacun sur un fond bleu et dans un cadre d’or, le nom d’une des principales villes de France : Sédan, Lou-viers, Amiens, Nîmes, St. Etienne, Iteims, Lille, Rouen, Bordeaux, Marseille, Paris et Aubusson.
- La Belgique, les Etats-Unis avaient déjà donné l’exemple du pavillon; mais ils n’y ont point joint comme chez nous les écussons. Cette disposition vue du transept fait un excellent effet ; elle habille brillamment l’espèce d’entablement qui forme le balcon de la première galerie.
- Chaque jour au surplus le quartier français semble se transformer d’une façon plus magnifique. En attendant que nous puissions le parcourir en détail et nous arrêter avec attention sur chacune des vitrines qu’il expose, l’on nous permettra de faire ici une excursion parmi ces étalages des arts de luxe qui justifient si bien chez nous cette parole de Napoléon : “ A mesure qu’un peuple avance en civilisation, son industrie devient de l’art ; et le luxe lui-même ainsi ennobli par sa combinaison avec le beau, invitant le superflu du riche à rémunérer le travail du pauvre, il devient un objet d’utilité, une des premières conditions de l’existence.”
- Dans un même salon se trouvent réunies les vitrines de Froment-Meurice, d’Odiot, de Durand, et d’une foule d’autres ; dans cette même salle, sont les bronzes de Vittoz, et tout à côté dans une autre salle, un assemblage d’ébénisterie qui peut aussi réclamer son rang parmi les œuvres artistiques. L’exposition de Froment-Meurice nous a presque exclusivement retenu, et nous croyons être agréables à nos lecteurs en leur donnant quelques détails sur le contenu d’une vitrine devant laquelle la foule se pressera dès qu’elle en connaîtra l’existence. M. Froment-Meurice est un orfèvre d’élite. Rien de ce qui touche à son art ne lui est étranger. Il a voulu d’abord prendre rang parmi les ouvriers afin d’apprendre à les diriger, et la pratique approfondie des secrets du métier, acquise avec une noble persévérance, la consciencieuse patience avec laquelle il forme des ouvriers de premier ordre, lui fournissent les moyens de réaliser les pensées des artistes qni viennent associer leur génie et leur goût à ses propres conceptions. Deux œuvres capitales signalent son exposition. L’une est la toilette offerte à la sœur du comte de Chambord, par les légitimistes de France, comme un témoignage de respect et de fidélité à l’occasion de son mariage avec l’Infant d’Espagne, prince héréditaire de Parme. L’autre est un milieu de table, commandé par le Duc de Luynes, membre du grand jury international de l’exposition universelle. Cgdernier ouvrage a coûté trois années de travail. Onze figures d’argent, toutes en ciselure repoussée, exécutées d’après les modèles de Jean Feuchères, mettent en scène ce vers d’un poète latin,
- “ Sine eerere ac Bacclio friget Venus.'’
- Un globe terrestre repose sur des supports ornés que soutiennent quatre géants monstres, à queues de ser-
- pent, terminées par la tête même du serpent ; autour du globe voltigent des génies, et au-dessus s’élèvent les trois gracieuses figures de Cérès, Bacchus et Vénus, avec leurs attributs divers. Cette charmante composition, qui se trouve à droite dans la vitrine, charmera tous les spectateurs ; elle a valu à M. Froment-Meurice une nouvelle médaille d’or à l’exposition parisienne de 1849. Les difficultés ont été accumulées comme à plaisir dans cette création : les figures en ronde-bosse sont d’une hardiesse sans égale, et cependant c’est la pureté qui en fait le principal mérite. Pour faire juger du mérite de l’exécution, il nous suffira de dire que tous les doigts sans exception sont creux, et que les mains des figures ont exigé quelquefois dix à douze pièces séparées.
- Dans la vitrine sont d’autres chefs-d’œuvre, parmi lesquels nous distinguons aussi de la joaillerie : le bouolier offert par le président de la République aux vainqueurs des courses de Chantilly, l’épée de Ca-vaignac, le calice du Pape, un vase offert par la ville de Paris à l’ingénieur Emmery, chargé pendant longtemps de l’approvisionnement des eaux nécessaires à cette grande cité. Il faudrait dix colonnes pour tout décrire en détail, nous laisserons donc à notre lecteur le plaisir de faire lui-même son voyage d’exploration et ses découvertes dans ce vaste champ des beaux-arts, et nous terminerons seulement par quelques détails sur la précieuse toilette de la duchesse de Parme qui occupe la partie centrale de la vitrine, et en forme la pièce principale,
- Les données architecturales de ce meuble en orfèvrerie ont été fournies par M. Duban, l’architecte à qui l’on doit la réparation, ou pour mieux dire, la nouvelle création de la Ste-Chapelle, à Paris. Il n’entre dans cette œuvre magnifique que de l’argent, de l’or et des émaux. On remarquera une longue suite d’émaux régnant tout autour du miroir et reproduisant les écussons de toutes les anciennes provinces de France. A droite et à gauche sont deux figures aux armes de Lucques et de France ; cotte de Lucques fleurdelysée sans nombre et cotte de France avec les trois fieurs-de-lys de la maison royale de Bourbon. Sur l’oriflamme de Lucques se lit la devise : “ Deus et Dies ; ” sur celui de France, le célèbre cri : “ Montjoie St. Denys,” au bas du cadran que supporte le miroir est la date du mariage, 10 novembre 1845. Le dessus de la table de toilette est toute en nieille, or et argent.
- Une aiguière et son plateau en vermeil, richement ciselés, reposent sur la toilette, et à chaque côté du miroir on voit deux délicieux coffrets à bijoux où vingt grands émaux, occupant le pourtour, reproduisent les peintures des femmes célèbres de France : Jeanne d’Arc, Jeanne d’Albret, Jeanne Hachette, Valentine de Milan, etc. ; aux angles sont les statuettes de Bayard, Duguesclin, Dunois, La Tré-mouille, et autres héros célèbres dans l’histoire de France.
- Cinq ans de travail ont été employés à cette im-meuse œuvre d’orfèvrerie qui n’a pas figuré à l’exposition parisienne. Nous nous sommes étendus longuement sur la vitrine de M. Froment-Meurice, parce qu’elle nous présente l’objet le plus important de l’orfèvrerie parisienne et l’un de ceux qui feront le plus d’honneur à la France dans la série des beaux-arts, car, en vérité, de pareilles œuvres ne sont plus de l’industrie —• les ouvriers, depuis le dernier jusqu’au contre-maître, sont des artistes qui appellent à eux l’art du sculpteur. Cette branche de la production française est en outre d’une importance qui lui mérite une place à part, car dans les cinq années, qui commencent à l’exposition de 1844, et finissent à 1848, le poids des matières d’or et d’argent fabriquées, qui ont été présentées au contrôle de la Monnaie, s’est élevé à près de 18,000 kilog. pour l’or et à 263,000 kilog. pour l’argent, ce qui fait plus de cent millions de francs. Dans ces chiffres se trouvent, il est vrai, compris l’or et l’argent travaillés par le bijoutier, mais on n’en estime pas moins en France que le prix de façon égale au moins le prix de la matière première ; ce qui peut faire juger de la quantité de salaires qui en résulte parmi des ouvriers habiles.
- Nous avons dit qu’à côté du salon des orfèvreries et des bronzes, se trouvait celui des meubles de luxe. Tous ces meubles ne sont pas encore découverts, quoique la garniture de cette travée semble complète ; nous ne voulons donc pas en parler en détail, mais nous ne pouvons nous empêcher de signaler à nos lecteurs un morceau précieux d’un genre nouveau, et qui donnera lieu à une ornementation aussi élégante et aussi riche qu’elle sera durable.
- Dans l’encoignure de l’angle sud-est de la salle, derrière une sorte de trophée, formé de magnifiques meubles de fantaisie en bois de rose, en genre boule, garnis de porcelaines, les amateurs de nouveautés découvriront une armoire à trois panneaux, dans chacun desquels est incrustée une jieinture aux couleurs les plus belles, et qui n’est autre que de la porcelaine tendre, peinte, cuite, découpée et incrustée dans ce bois. Le grand avantage de ce genre de décoration consiste d’abord dans les effets artistiques et tout à fait neufs qu’il permet d’obtenir par ce mariage du bois et de la porcelaine
- peinte et découpée, ensuite dans la solidité, enfin dans la durée. Il n’y a presque plus d’accidents à craindre comme dans les tablettes de porcelaine qui décorent les meubles en bois de rose, et on peut passer le vernis sur la porcelaine incrustée comme on le passe sur le bois.
- La difficulté la plus grande consistait à obtenir à la cuisson la porcelaine découpée, parfaitement plane pour que sa surface pût être mise de niveau avec le bois. Cuisson, découpure, planure, tout a fini par réussir à cet inventeur, toutefois après deux ans de travail et la consommation d’une partie de ses ressources. A côté de l’armoire l’exposant montre deux panneaux destinés à un meuble non terminé, et qui ressemblent plutôt à deux tableaux de fer destinés à être suspendus dans un appartement qu’à des battants de commode ou de secrétaire.
- Au train dont marche maintenant l’union de l’art et de l’industrie, nos meubles de luxe finiront par devenir des musées portatifs et notre goût s’épurera par la présence des objets artistiques qui garniront nos demeures.
- En parcourant à grands pas les autres salons de l’Exposition française et les galeries du haut, nous avons reconnu avec plaisir que les industriels de cette nation figureraient honorablement dans l’Exposition universelle, et qu’ils justifieraient la réputation de goût et de grâce dont ils sont justement en possession. Mais nous ne pouvons nous empêcher de répéter que l’arrivée du public à un shelling surprendra des fabricants encore en préparatifs, quoique chaque instant mette au jour un nouveau chef-d’œuvre.
- Nous avons vu extraire de son enveloppe de bois et débarbouiller de ses rognures de papier cette charmante femme en marbre qui, de ses bras, de ses genoux qu’elle enserre, forme un doux berceau naturel à deux mignons enfants, petits chérubins endormis comme deux oiseaux dans un nid. D’un autre côté, Tahan déballait ses adorables meubles de fantaisie, où nous avons remarqué de loin deux fort belles peintures sur porcelaine placées en panneaux et reproduisant les copies des deux tableaux légués par feu le duc d’Orléans à M. le comte Molé : Mignon regrettant sa patrie ; Mignon aspirant au ciel. f
- Au pied de chacune des colonnes qui se trouvent dans son département, la France semble mettre une sorte de coquetterie à former des trophées. L’idée est bonne, si tant est qu’elle puisse être aisément exécutée, lorsqu’on ne connaît pas encore toutes les richesses dont on peut disposer.
- Il est bien aussi qu’un certain arrangement combiné se retrouve dans les principaux salons ; mais comme il pourrait être difficile d’arriver du premier coup à établir les trophées et les arrangements des principaux salons dans leur plus grande perfection, on pourrait peut être imiter ce qui se fait en France dans les expositions de tableaux ; et, après une première période de deux à trois mois, faire quelques remaniements. Il est vrai qu’il doit être fort difficile de contenter tout le monde et que lë mieux est souvent l’ennemi du bien. Nous avons remarqué parmi les trophées dont nous venons de parler, celui de Ringuet, le tapissier des châteaux et des riches demeures de France ; celui d’Erard formé principalement d’un magnifique piano orné : celui de l’horlogerie où se trouve un instrument de Wagner destiné à rendre palpable l’accélération de la chute des corps ; une charmante cage de fleurs par Constantin. Mais la plupart de ces trophées ne sont pas complets ; et d’autres ne présentent encore que des châssis et un bâtis en bois blanc ; un de ces derniers, nous a-t-on dit, est destiné à des étoffes produites par l’industrie lyonnaise ; sans doute, Lyon, la reine des soieries, ne veut pas se montrer moins somptueusement que l’Angleterre qui a érigé à l’entrée de la nef un magnifique trophée en soieries.
- Emulation ! émulation ! tel sera dans l’ère qui s’ouvre devant nous le sentiment universel qui excitera les nations à se devancer les unes les autres. Les chefs-d’œuvre enfanteront les chefs-d’œuvre ; l’art engendrera l’art ; le bon marché luttera contre le bon marché ; et sous c,e concours universel pour l’appropriation de la nature brute aux besoins et aux passions des hommes, jailliront l’amélioration du sort des pauvres, l’élévation des sentiments des riches, et la reconnaissance de tous envers la Providence divine !
- REVUE DE L’EXPOSITION.
- Nous passerons successivement en revue chacune des sections se rattachant aux principales divisions de l’Exposition.
- On comprendra pourquoi aujourd’hui nos appréciations ont du surtout porter sur la partie anglaise, c’est la seule qui soit assez achevée pour une étude quelque peu approfondie :
- PRODUITS CHIMIQUES.
- SECTION I.
- La partie du bâtiment consacrée à l’exposition des produits chimiques de fabrication anglaise est située
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
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- dans la galerie du sud, un peu à l’ouest du transept, et se trouve limitée à l’est par une collection de soies de Paisley, et du côté opposé par l’espace accordé aux divers articles alimentaires employés en Angleterre.
- On peut voir également un superbe trophée chimique dans la nef. Une grande variété de préparations chimiques et pharmaceutiques sont en outre dispersées dans les différentes parties de l’édifice consacrées aux produits industriels des pays étrangers et dans celles où les colonies anglaises sont représentées.
- Si, après avoir monté l’escalier qui se trouve un peu à l’ouest du transept, on s’avance vers l’extrémité de la section, le long de la muraille du Sud, on ne manquera pas d’admirer une montre où sont exposés une grande variété de couleurs et de très beaux produits chimiques, provenant de la fabrique de Milhvall, dirigée par MM. Pontifex. Les objets plus frappants que présente cette collection sont dp magnifiques cristaux d’acide tartrique, substance que les imprimeurs de coton du nord de l’Angleterre emploient par milliers de tonneaux, indépendamment des quantités demandées par la médecine et la pharmacie, par les fabricants de limonade, de ginger-beer et d’autres boissons rafraîchissantes qui sont devenues si populaires depuis quelques années pendant les mois d’été.
- Cet acide est tiré de d’argol ou du tartre cru, qui se dépose dans les tonneaux pendant la fermentation du vin. L’Angleterre reçoit tous les ans des quantités considérables de cette substance brute, qui lui sont expédiées de Naples, de Marseille, et d’autres contrées vinicoles.
- Ces deux substances, car elles diffèrent très peu l’une de l’autre dans leur composition, contiennent une large proportion de bitartrate dp potasse. L’acide est facilement séparé de cet alcali par des moyens chimiques, et on le cristallise par l’ébullition pour le livrer au commerce.
- Cependant une seule cristallisation ne suffit pas à lui donner la blancheur parfaite ou plutôt la grande transparence que possèdent les spécimens exposés, parce que la solution est toujours plus ou moins teinte par des matières provenant du raisin ; mais on sépare ensuite ces matières par la filtration de la solution bouillante à travers du noir animal très divisé. Dans la partie nord de la montre, on voit un vaisseau de plomb qui contient quelques beaux cristaux d’acide citrique, que l’on extrait du jus de citron ou du limon, et qui est employé à la préparation des mêmes boissons que l'acide’’tartrique. Toutefois, les propriétés de l’acide citrique, différant sous beaucoup de rapport de celles de cet agent chimique, on l’applique à beaucoup d’usages où l’acide tartrique est rejeté.
- . Nous trouvons encore là, non-seulement des spécimens de sulfate de cuivre ou couperose bleue, que les. fabricants de couleurs emploient en quantité, mais encore du sulfate de potasse, produit secondaire de la fabrication de l’acide tartrique. Ce sel est quelquefois employé en médecine, mais la plus grande partie en est convertie en carbonate alcalin.
- On a exposé sur les tablettes toutes sortes de couleurs préparées pour.l’usage du peintre et du fabricant de papiers peints, et en même temps qu’une série de modèles indiquant la fonte et le raffinage du minerai de plomb et sa transmutation en céruse.
- Vis-à-vis cette collection est un très beau groupe de cristaux d’acétate—ou comme on l’appelle plus communément de sucre de plomb—provenant de la fabrique de produits chimiques de Melincrythan, et une ^caisse de réactifs chimiques extrêmement purs, préparés par M. Burton de Hoïbornbars, pour 1 usage de la chimie scientifique. On obtient l’acétate de plomb en saturant l’oxide de plomb ou la litharge, avec de l’acide acétique produit, soit par la fermentation acétique des liqueurs saccharines, soit par la distillation du bois. Cet article sert principalement à la préparation des teintures ou des couleurs.
- Près de là se trouve une série d - -tinu'u;; envoyés par les administrateurs de Ja succession J. Buckley de Manchester, et indiquant les procédés employés pour la fabrication de l’alun et du sulfate de fer ou ^couperose verte ; ces specimens commen-cent par être d’abord des blocs de schiste alumineux et finissent par se présenter sous forme de cristaux magnifiques de ces deux substances. L’alun et la coupeiose sont tous deux largement employés dans la emture. et^ la fabrication des couleurs ; mais il s en emploie également des quantités considérables
- ans 2a préparation de l’encre et pour donner une • eih e noire au cuir. D’autres séries de specimens, mai quant cette fabrication, ont été envovês par MM.
- \ ùson de Glasgow, M. L. Spence, de sa fabrique ü alun de I endertou, à Manchester, et M. P. Mober-
- le>nüeLand s end’près de Whitby-
- n îemarque encore ici quelques specimens de cannel-coah et des produits qu’on en tire. Ces der-niers ont été envoyés par la compagnie de gaz privilégié, et renferment .du naphte dans ses différentes transformations, ainsi que de magnifiques échantillons de naphtaline conservés sous des globes en verre. L’attention se fixe ensuite sur le beaux cris-
- taux de bichromate et de prussiate de potasse exposés dans le compartiment de MM. Dentith et Cie. La première de ces substances est presque exclusivement employée dans la préparation des différents chromâtes de plomb rouges et jaunes ; et la seconde, que l’on prépare au moyen de la calcination et du lessivage des substances animales, telles que la corne et les sabots des quadrupèdes, est principalement employée dans la fabrication fies divers bleus de Prusse dont se servent en si grandes quantités les peintres, les imprimeurs sur toile, et les fabricants de papiers peints.
- Nous trouvons ensuite des échantillons d’outremer et des diverses matières colorantes employées par les teinturiers de coton, de toile, de soie, et de laine. A la partie sud du comptoir est un compartiment qui renferme une superbe pyramide de sulfate de cuivre, des ateliers de MM. Hahmel et Ellis, de Manchester. Cette collection renferme encore quelques spécimens de nitrate de plomb, qui sont vraiment remarquables, et du soufre à ses différentes périodes de préparation ; et divers sels ammoniacaux tirés des eaux de rebut qui se produisent en abondance pendant la fabrication du gaz de houille.
- Notre attention se fixe immédiatement après sur des échantillons d’une nouvelle matière colorante, appelée oxichloride de plomb, préparée, suivant un procédé bréveté, par M. H. L. Pattinson, de New-castle-on-Tyne, qui tire directement cette couleur du sidfqro de plomb ou galène commune. Il est évident qne cette circonstance seule permet de fabriquer le nouveau produit ainsi obtenu, à de bien meilleures conditions que la céruse ordinaire, qui non-seulement doit être préparée avec le plomb métallique, mais doit rester encore exposée pendant environ trois mois aux vapeurs de l’acide acétique et de l’acide carbonique dans les couches de tan où elle sp forme. Cependant la couleur de cette substance n’est pas tout-à- fait aussi intense que celle du carbonate de plomb de bonne qualité, et ses propriétés, sous le rapport de la résistance et du rendement, n’qnt pas encore été constatées par l’expérience. Tout porte à croire cependant que l’épreuve en sera satisfaisante.
- Le comptoir à gauche est occupé par MM. Howard et Kent de Stratford, qui exposent une grande variété de substances extrêmement pures et magnifiquement cristallisées, porq’ dusage de la médecine et des arts. Parmi ces substances on peut citer le camphre, le borax, les acides tarlriques et citriques et diverses préparations d’antimoine, d’argent, de bismuth, de mercure et de fer.
- Dans une montre, contre la muraille du Sud, on voit une collection d’écprces étrangères et des différents alcaloïdes et sels qu’on en extrait. Parmi les préparations de cette classe, les montres de MM. Spencer et fils offrent (le beaux échantillons de théine et de cafféine, et celles de MM. Hemingway contiennent de superbes échantillons de sels doubles organiques.
- MM. Tennant et Cie., de Manchester, exposent des sels de cuivre, de zinc, d’étain, de potasse, et de soude, tels qu’ils sont employés par les imprimeurs sur étoffes de coton de ce voisinage. M. G. Young, d’Ardwick-bridge, expose des échantillons de “ paraffine,” d’huile minérale, de stannate de soude, de même qu’un modèle explicatif des procédés, récemment brévetés, que cet habile chimiste emploie pour tirer ce sel directement des minerais d’étain du Cornouailles.
- Contre la muraille du Sud on trouvera une petite vitrine qui renferme des spécimens d’actes, d’écrits, de livres, de gravures et de cartes, qui ont été altérés par l’âge, par la fumée, la vapeur, ou le feu, et restaurés ensuite par un procédé de l’invention de M. George Clifford de l’Inner Temple. Parmi ces restaurations oiT'remarque avec un intérêt tout particulier des portions d’actes, etc., arrachées du grand incendie de Lincoln’s-Inn, et dont les fragments, quelquefois entièrement décolorés, ont été rendus parfaitement lisibles par ce procédé.
- Ici se trouve encore une montre où sont exposés les procédés de fabrication de l’oxide de zinc, ou blanc de zinc, dont l’usage se répand si généralement en place de la céruse, qui était autrefois exclusivement employée par les peintres pour la préparation de la couleur blanche. Cette substance s’obtient en exposant du zinc fondu à un courant d’air, dans des fours spéciaux, construits en briques réfractaires, et auquels on donne à peu près la forme des cornues pour la fabrication du gaz de houille. Le zinc qui est un métal extrêmement volatile, en passant à l’état de vapeur, se combine à l’oxygène de l’air chauffé, et forme l’oxide blanc de ce métal, où le “ nihil album” des anciens alchimistes. Ce produit floconneux est ensuite conduit dans une série de chambres préparées pour sa condensation ; il y est ensuite repris, dans un état convenable pour être mélangé à l’huile de graine de lin raffinée et appliqué immédiatement comme peinture. La couleur obtenue par ce procédé a l’avantage sur la céruse de ne pas être attaqué par le gaz hydrogène sulfuré qui donne promptement une teinte brune foncée ou noire aux corps qui sont recouverts avec la peinture ordinaire ; elle est donc parfaitement adaptée dans tous les cas
- où la peinture à l’oxide de plomb serait exposée à cet inconvénient. Il y a cependant certaines circonstances qui semblent indiquer que cette substance ne peut pas toujours être d’un usage aussi économique que les^ composés de plomb qui ont été jusqu’ici employés à la décoration des charpentes de nos maisons.
- L’oxide de zinc, quoique d’une belle couleur blanche, a malheureusement une certaine transparence, qui, à proportions égales, l’empêche de recouvrir aussi bien 1 objet a peindre que son heureux concurrent. Upe autre difficulté s’oppose à l’usage de l’oxide de zinc : sans l’adjonction d’un siccatif convenable, il reste longtemps sur le bois avant d’acquérir la dureté nécessaire pour qu’il soit possible de le recouvrir d’upe seconde couche. Or, la plupait des compositions vendues sous le nom de siccatifs brevetés, contenant du plomb, leur mélange avec le blanc de zinc, donne à celui-ci la propriété de noircir lorsqu’il est exposé aux vapeurs de l’acide hydrosul-furipue, et lui enlève aussi une de ses plus précieuses qualités. Il est à désirer que les ressources de la chimie mofjm’fie trouvent enfin le moyen de remédier à ce désavantage, car la céruse exerce une si funeste influence su? les ouvriers employés à sa fabrication, et sur les peintres qui l’appliquent, que la découverte d’une substance d’un prix aussi peu élevé et qui la remplacerait avec avantage, serait un bienfait immense pour les deux classes de travailleurs.
- Quelques-unes des couleurs de zinc qui accompagnent les autres spécimens sont également très-belles et deviendront bientôt, sans nul doute, d’un usage général.
- En retournant à la ligne des comptoirs, l’attention des visiteurs se portera infailliblement sur un large gâtepu de sel ammoniac, ou hydrochlorate d'ammoniaque et d’admirables cristaux de nitrate de potasse, exposés par M- È. Hill de Deptford. De magnifiques cristaux de la ïpême substance provenant de la fabrique de MM. Richardson frères, de Londres, sont également exposés à côté de spécimens de salpêtre, de charbon de bois, et de soufre, que l’on a ingénieusement déposés, pour indiquer comment s’opère la fabrication de la poudre à canon aux célèbres moulins de Waltham Abbey.
- On trouve également là d’énormes cristaux de carbonate de soude, qui, exposés à une atmosphère d’acide. carbonique, se sont convertis extérieurement en bicarbonate de cpt alcali. On peut citer en même temps quelques beaux cristaux de carbonate de soude exposés par M. Cook, de Newcastle-on-Tyne. Cette substance s’obtenait autrefois par le lessivage de certaines espèces de varech que l’on ramassait en différentes localités pour cet usage. On connaissait sur le marché deux espèces de cette soude grossière que l’on, appelait “ barille” et “ soude commune.” La première est la cendre à demi fondue de la “ soda salsola,” qui croît sur les côtes espagnoles de la Méditerranée, dans les environs d’Alicante ; et la dernière est la cendre calcinée de certains “ fucus,” tels que le “ seratus,” le “ digitatus,” le “ nodosus,” et le “ vesiculosus,” que l’on trouve sur plusieurs des côtes rocailleuses de la Bretagne où elles étaient autrefois recueillies afin d’en extraire l’alcali qu’elles contiennent. Mais aujourd’hui les immenses quantités de carbonate de soude annuellement employées par diverses manufactures, comme celles de savon et de verres, et les masses non moins considérables de cette substance qui sont consommées pour les usages domestiques, sont exclusivement tirées du sel commun, que les chimistes appellent chlorure de soude. Ce produit, qui se rencontre à l’état natif dans beaucoup de pays du monde, abonde particulièrement dans le Cheshire, où il est d’abord converti en sulfate de soude par l’addition d’une certaine quantité d’acide sulfurique plus connu sous le nom de vitriol. Le sulfate de soude ainsi formé est ensuite broyé avec son poids de chaux (carbonate de chaux) et la moitié de son poids de charbon pulvérisé. Le mélange ainsi préparé est ensuite fortement chauffé dans un four à reverbère, ce qui détermine chimiquement la production d’un sulfure de chaux et du carbonate de soude, que l’on dissout ensuite dans l’eau et que l’on cristallise, sous la forme où il se trouve aujourd’hui dans le commerce.
- On appréciera justement l’étendue de cette fabrication dans la Grande-Bretagne et son importance comme source de notre richesse commerciale, quand on saura que la pro luction annuelle de ce. pays ne s’élève probablement pas à moins de 200,000 tonneaux, et qu’en 1850 les exportations seules se sont élevées à 44,407 tonneaux d’une valeur déclarée de 10,055,800 francs.
- On admirera encore dans cette partie de la section une vitrine, où MM. Windsor et Newton ont exposé de très-belles couleurs pour les artistes et une collection de brosses, de pinceaux, de palettes et d’autres accessoires indispensables à l’atelier du peintre-On trouve près de là des échantillons de couleurs, aussi bien pour le peintre artiste que pour le fabricant de papier peint, et sortant de la fabrique de MM. Blunaell et Spence de Hull. On y voit également des échantillons d’oxichlorure blanc de plomb, de peinture de blanc de zinc, de nouvelle huile siccative, de peintures corrosives et en stuc, et d’une
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- LE PALAIS DE CRISTAL,
- FONTAINE ET VASES EN BRONZE.
- composition pour empêcher la quille des navires de se pourrir et de s’incruster.
- Sur les comptoirs voisins, on trouvera plusieurs préparations d’une grande beauté, comprenant de la naphtaline, de la quinine, de la caféine, et des sels de morphine, de béberine, et d’autres alcaloïdes.
- MM. Huskisson exposent quelques beaux spécimens des préparations de soude, d’iode, de mercure, de potasse et de plomb ; en même temps que de magnifiques cristaux de divers acides organiques. Près de là sont des échantillons de couleurs fines, fabriquées par MM. Godfrey et Cooke, et renfermant de très-beau carmin, et une espèce ce laque soluble dans l’ammoniaque, et principalement employée dans la préparation des papiers de couleur.
- Parmi les préparations pharmaceutiques on trouvera, non-seulement une collection nombreuse et variée de drogues étrangères, mais encore les belles préparations et compositions qu’on en a obtenues par le traitement chimique. On trouve dans cette classe le jalap, le safran, le kousso, le bael indien, le coing du Bengale, les baies à savon, les jujubes, la rhubarbe, l’aloës, la salsepareille et quantité d’autres productions semblables. Parmi les produits préparés, on remarquera ceux qui sont exposés parM. M'Farlane, d’Edimbourg, et qui montrent la fabrication des sels de Morphine, en même temps que celle de l’acide gallique, et des spécimens de béberine tirés de l’écorce du “ green heart. ” Des échantillons de cantharidine, le principe vésicatoire de la cantharide, exciteront ici beaucoup de curiosité, de même que des bouteilles d’aloïne, la base de l’aloës, et des cristaux de mannite d’une beauté toute particulière.
- Les collections de produits chimiques ne sont pas très nombreuses dans les autres parties de l’exposition, mais quelques nations étrangères ont exposé des quantités considérables d’articles de droguerie et de produits chimiques. La France a envoyé de l’alun,
- du sulfate de cuivre, du prussiate de potasse, du sulfate de potasse, des iodures, de l’iode sublimé, du chlorure de potassiun, des vernis et de la gélatine. Dans la même division on trouve également des acétates de plomb, de soude, de cuivre, de la cé-ruse, de l’alcool rectifié et de la thérébentine.
- L’Autriche a du sel commun, de la crème de tartre, de l’acétate de soude, du chlorure de chaux, de l’acide acétique, de l’arsénic, du chlorure de potassium, des composés de mercure, des oxides de chro-dium et d’uranium. On peut ajouter à cette énumération de l’albumine, du prussiate de potasse, du
- SALIERE EX ARGENT.
- stannate de soude, du jaune de chrome, de l’outremer, et du cadmium jaune. Le même pays envoie du savon, de la litharge, du minium, du vermillon et cent quatre-vingts échantillons de couleurs fines, y compris les laques et les carmins.
- L’Allemagne expose du chloroforme, de l’éther sulfurique, de l’aciae acétique concentré et quantité d’autres produitsjchimiques de toute espèce.
- Du Portugal et de Madère, on a reçu de l’acide tartrique, du tartre cru, du sulfate de soude, du nitrate de baryte, du nitrate de strontium, du nitrate de plomb, du sulfate de zinc, de l’acétate de potasse, du salpêtre raffiné, de l’oxide de zinc et du carbonate de potasse. On trouve également dans cette division du sulfate de fer, du sublimé corrosif, de l’oxide rouge de mercure, de l’essence de lavande et de l’alcool concentré.
- La Sardaigne expose des spécimens de cê-ruse, de soude, de savon, d’acides nitrique et sulfuriques, de nitrate de baryte, d’acide .gallique, de sulfate et de citrate de quinine, d’acide stéarique, de sulfate de fer, de sulfate de cuivre, de sulfate d’alumine et diverses autres substances.
- La Toscane fournit des appareils chimiques en verre, et quelques produits chimiques, parmi lesquels nous citerons du sel gemme, de l’alun, du soufre et des préparations de quinine et de santonia, avec quelques composés de mercure et de l’acide borique.
- Le département assigné à l’Archipel indien renferme quelques spécimens d’aloës, de bois d’agala, de bois d’aigle, d’écorce de sagah, d’écorce de bois de sève, d’écorce de mangue, avec une collection de gommes dans de petites bouteilles, et de semences de perles que les Chinois emploient comme médicament.
- La Nouvelle-Zélande a envoyé des spécimens de bois employés pour la tannerie, et du savon fabriqué dans la colonie.
- Outre les objets ci-dessus énumérés, ontrou-î vera nombre de produits très beaux et très ‘‘ares, uisséminés dans les diverses parties de
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- l’édifice. Mais comme nous avons l’intention de donner de temps en temps une série d’articles sur les produits chimiques et pharmaceutiques de l’exposition universelle, nous remettons à une future occasion leur description particulière et l’examen de leurs diverses qualités.
- MACHINES.
- SECTION II.
- C’est à l’extrémité Sud-Est du bâtiment que se trouvent réunis les divers instrumens d’agriculture d’origine anglaise. Ils occupent une espace fort considérable. Nous ne saurions trop appeler l’attention des agriculteurs français sur ces produits de l’industrie anglaise qui ont fait, en Angleterre, une science véritable de l’agriculture, science qui ne reste jamais stationnaire et marche toujours avec les autres progrès du siècle.
- Les machines agricoles les plus remarquables comprennent les machines à vapeur fixes et mobiles. Quelques-unes sont d’une construction supérieure et bien appropriées au travail qu’elles ont à faire. Il en est de même de quelques instruments de ferme, tels que machines à battre le grain (fixes ou mobiles,) des coupe-paille, des coupe-racines, des moulins à pois, des machines à monder l’avoine, à moudre la graine de lin, des meules de moulin, des bascules, etc. Parmi les instruments aratoires il y a des charrues de toute espèce, des scarificateurs, des pulvérisateurs du sol subjacent, des herses, des rouleaux, des brise-mottes, des herses norvégiennes, des semeuses, des houes mécaniques, des râteaux, des machines à couper le foin, et des machines à moissonner, etc.
- On trouve aussi divers autres instruments, tels que des machines à tuiles, des railwails de ferme, des clôtures en fer, des scies mécaniques, des charrettes et des tombereaux, des parcs à moutons, des grillages en fil de fer, des auges pour les porcs et les bestiaux, &c. Nous avons également remarqué des machines pour labourer à la vapeur, exposées par Lord Willoughby. Il est à désirer que les mécaniciens agricols poursuivent ce but avec persévérance, car si cette invention nouvelle se perfectionne elle procurera aux agriculteurs une économie considérable dans leurs frais courants. La machine à moissonner est également un instrument nouveau, et mérite d’attirer toute l’attention des agriculteurs, afin qu’ils puissent porter un jugement libre de tout préjugé et de toute prévention sur cet engin destiné â accroître matériellement leur prospérité.
- Quand la houe mécanique fut d’abord introduite par MM. Garrett, on pensa généralement que le blé jeune et tendre ne subirait pas avec avantage cette opération; mais aujourd’hui tous ceux qui ont fait usage de cet instrument s’accordent à dire que c’est un des plus utiles qui aient jamais été produits, d’autant plus que dans les saisons précaires et dans le mauvais temps on peut houer avec une rapidité presque incroyable, tandis qu’autrefois les moissons se trouvaient complètement étouffées et perdues parce que cette opération n’avait pas pu se faire à la main dans un très court espace de temps. La semeuse et la houe de MM. Garrett sont si indispensables qu’aucun fermier ne voudra s’en passer. Ces deux machines doivent aller ensemble parce que l’une prépare le travail de l’autre, et qu’elles sont excellentes toutes les deux. Parmi les instrumens exposés par MM. Garrett on retrouve leurs semeuses à but multiple qui ont obtenu le prix au concours d’Exeter, et sont disposées pour les ensemencements et l’engrais de la terre. Toutes les espèces de grain et de semences peuvent être déposées séparément par cette machine à la distance et à la profondeur voulue, avec ou sans composition eu engrais artificiel. Ces instru-mens sont construits sur des dimensions variées afin de convenir à toute espèce de terrain labouré, soit à plat, soit en sillons, et le blé ou la semence peut être déposée avec l’engrais, et par le même conducteur, ou s’il est nécessaire par des coures. séparés qui enterrent l’engrais à deux ou trois pouces au-dessous et à dix ou douze pouces en avant de la semence, en laissant une portion de terreau entre les deux.
- MM. Garrett exposent encore un levier à blé et une semeuse qui est admirablement adaptée pour les petites fermes et pour 1 exportation ; elle convient parfaitement pour piquer toute espece de graines, de navets et d autres semences; au moyen de rouages on peut régler les quantités de. manière à déposer de une a six livres de semences par acre. La distance entre les rangées peut en outre varier à volonté de six pouces et plus, comme il convient aux différentes
- LA MENDIANTE.
- récoltes, et tout l’arrangement des parties en action de la machine est parfaitement à la portée de l’homme qui la dirige. Elle est spécialement disposée poulies terres labourées à plat et pour le tirage d’un cheval.
- Nous ne pouvons pas non plus omettre de citer la houe mécanique brevetée, que MM. Garrett exposent, et qui a mérité le prix au congrès de la Société Royale d’Agriculture, à Liverpool, Bristol, Derby, Southampton, Northampton, York, Norwich et Exeter. Cet instrument est calculé de manière à réaliser une amélioration importante dans la culture de la terre ; car, en l’employant, on peut houer supérieurement le blé ou les racines de toute espèce
- BOlTE At BIJOUX
- plantées en rangées espacées de 7 pouces au moins, en ne dépensant pas plus de 60c. par arpent. Cette houe est disposée pour tous les systèmes existants d^e culture en repiquage, pour nettoyer les récoltes plantées, soit sur des surfaces de niveau, soit dans des sillons ; car l’essieu des roues est mobile aux deux extrémités afin de s’adapter aux différents intervalles entre les rangées de semences plantées ; et, comme chaque houe est manœuvrée par un levier indépendant et séparé, les herbes sauvages se trouvent extirpées efficacement quelque soit l’inégalité de la surface, parce que les houes sont maintenues à une profondeur uniforme, au moyen de clés régulatrices. La houe mécanique offre encore, indépendamment de l’économie des frais, de grands avantages sur la houe à la main, en ce que l’ouvrage est exécuté en temps convenable et que les houes, pénétrant à une plus grand profondeur, les plantes reçoivent une vie nouvelle et une vigueur surprenante de ce que la terre est remuée autour de leurs tiges et de leurs racines. La direction de cet instrument est l’un de ses traits les plus intéressants : le* houes peuvent être dirigées avec la précision la plus parfaite, et on leur fait bêcher complètement les intervalles sans toucher aux plantes. On peut houer de dix à quinze arpents par jour au moins, avec un cheval, un homme et un jeune garçon.
- Un troisième instrument, exposé par MM. Garrett, mérite également de fixer l’attention des agriculteurs : c’est leur machine brevetée à battre le blé avec son chasse-paille patenté, son crible également breveté, et son vanneur. Cette machine est établie de manière à battre de grandes quantités de grains de toute espèce, et peut être mise en mouvement par la vapeur, par un courant d’eau ou simplement par la force des chevaux. Elle est pourvue d’un crible afin de chasser tous les épis brisés, les petites pailles, les débris, les feuilles, et les pierres, et de laisser le blé tout disposé pour la machine à nettoyer sans aucune autre préparation. Son chasse-paille breveté sépare le blé de la paille beaucoup plus promptement et plus efficacement que par l’ancien procédé à la main. Cette machine peut servir également à battre l’orge dont on veut faire de la drèche, et dans beaucoup de cas, les marchands de drèche le préfèrent à celui qui a été battu à la main. On calcule qu’avec cette machine, mue par une petite force de vapeur, on peut battre, nettoyer et cribler le blé avec une dépense qui n’excèdera pas (60 à 90 eent.) par kilogrammes.
- La machine à vapeur agricole mobile de MM. Garrett mérite également d’être remarquée. L’application de la vapeur au battage des grains et à d’autres opérations agricoles est devenue maintenant tellement universelle qu’une petite machine à vapeur, d’une, force suffisante, légère, mobile, pour cet usage était devenue à peu près indispensable. Il est évident qu’un des points les plus importants pour de telles machines, c’est que leur manœuvre puisse être facilement comprise d’hommes complètement étrangers à son emploi, car, il ne faut pas l’oublier, elles doivent être confiées à des travailleurs agricoles. . Cet objet n’a pas été perdu de vue dans cette machine, et on trouvera, nous en sommes certains, qu’elle a été combinée de manière à être aisé-menc comprise et manœuvrée par tout laboureur intelligent. Elle est adaptée pour les machines à tirer, à battre, à vanner, à moudre, et à couper les produits agricoles, à pomper l’eau, à scier, et autres ouvrages fixes de la ferme ou du domaine ; elle est pourvue de régulateurs, de sa couverture en feutre de crin, de ses jauges à vapeur et à eau et des autres accessoires indispensables; elle est montée sur de fortes roues de voitures avec des limons, et comme le tout ne pèse que 45 quintaux, elle est d’un déplacement facile et peut être aisément traînée par deux chevaux. C’est enfin ne acquisition indispensable qour les fermes d’une grande étendue et dont les meules et es granges sont à de grandes distances les unes des autres.
- Nous avons épuisé, ou à peu près, les machines qui touchent à l’agriculture. Nous allons passer maintenant aux machines en général et qui sont, sans contredit, le côté ‘le ulus remarquable de l’exposition anglaise.
- Si la Grande-Bretagne occupe aujourd’hui une position si biil-lante parmi les pays manufac tuners, on peut l’attribuer aussi bien è l’adresse et au génie de ses artisans et de ses mécaniciens qu’aux sources inépuisables de matières premières que son sol renferme. La haute réputation dont elle jouit, sous le rapport de la valeur et de la perfection de ses machines, lui a donné, dès le premier moment où l’exposi-,ion universelle fut annoncée,
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- l’opinion bien fondée que dans cette branche au moins, elle n’avait aucune crainte à concevoir sur le résultat du jugement à intervenir dans ce paisible tournoi de l’industrie du monde.
- “ Je ne doute pas, disait Lord Stanley, au grand banquet donné au Prince Albert à Mansion House, je ne doute pas que dans quelques objets manufacturés, les étrangers n’excellent de beaucoup en fertilité d’invention ; et que pour le goût du dessin, la grâce et le brillant de l’ornementation, nous ne soyons surpassés par nos rivaux étrangers. Mais je crois que dans les objets d’utilité pratique, dans l’habile application de la science mécanique à des buts pratiques, et surtout pour les machines montées et la perfection de l’outillage, nous n’avons à redouter la concurrence d’aucune nation.”
- Sans émettre aucune opinion sur l’étendue de la victoire qui peut, ou peut ne pas, être remportée dans cette lutte industrielle par les rivaux étrangers, en ce qui concerne les articles d’élégance et de goût, nous dirons toujours, que pour les hommes qui sont familiers avec les détails de la mécanique, et qui sont capables d’en apprécier les différents degrés de perfection, ce qui est exposé dans cette section est plus que suffisant pour justifier l’opinion du noble lord.
- Quant aux avantages de cette haute position dans la science pratique de la mécanique, il y a encore beaucoup d personnes qui s’imaginent que l’usage étendu des machines est réellement funeste au progrès et à la prospérité du pays. L’application de la vapeur à la mécanique est regardée par certains hommes comme une odieuse rivale de l’industrie humaine; car, dans cette lutte, les faibles muscles de l’homme sont opposés à la force massive du fer; la vie et le sang de l’humanité sont engagés dans un combat désespéré contre la force puissante de la vapeur. Il y en a d’autres cependant qui croient beaucoup plus justement que toute nouvelle invention en mécanique, servant à diminuer le travail de l’homme et à le rendre plus productif, est une addition à la richesse et aux ressources du pays. De ces deux opinions l’une est pleine de promesses et d’avenir, et indique que la société progresse en richesse et en bien-être ; tandis que l'autre nous présente le triste spectacle d’une nation qui descend de plus en plus dans les profondeurs de la misère et du malheur.
- Si nous étions disposés à le faire, et que ce fût ici le lieu convenable, les faits et les arguments ne nous manqueraient pas pour prouver que la dernière et la moins consolante de ces perspectives est non-seulement une théorie fausse, mais que c’est encore un fait démenti par les résultats de l’expérience. Mais administrer une telle preuve n’est pas le but et l’objet de l’exposition universelle. Cet objet, tel qu’il a été établi par l’illustre prince qui en a donné l’idée première, est de rendre un témoignage fidèle, et de présenter un tableau frappant du degré de développement atteint par l’humanité tout entière dans la grande tâche de dompter la nature, et de fixer en même temps une base qui servira de point de départ aux nouveaux efforts des nations dans la voie du progrès.
- C’est sous ce point de vue que nous allons parcourir l’importante section des machines dont les articles ne sont exposés qu’afin d’indiquer les agents que l’industrie humaine applique à la transformation des produits bruts de la nature.
- Ainsi considéré, le département des machines montrera que la pierre à feu et l’os de poisson du sauvage ont été remplacés par le plus ingénieux mécanisme; que le canot grossièrement creusé dans l’écorce d’un arbre a été remplacé par une machine en fer, que meut une machine puissante, mise elle-même en mouvement par la force expansive de la vapeur d’eau.
- C’est dans ce département que sont exposés les procédés au moyen desquels l’homme annihile le temps et l’espace, comble les vallées, joint les collines par des ponts immenses, perce les montagnes, et nivelle le terrain pour former les grandes routes. On y voit comment les vieux métiers et les rouets à filer, qui ne suffisaient pas même à fabriquer de rares vêtements à la population clair-semée des siècles passés—appareils que l’on conserve encore comme les reliques curieuses d’un âge qui n’est plus-—sont remplacés aujourd’hui par le métier à vapeur, la mule jenny, et toutes ces autres merveilles d’habileté mécanique qui sont associées au nom des Arkwrights et des Iîargreaves.
- Enfin ce département de l’exposition contient toutes les variétés des machines les plus parfaites. Le visiteur apprend là comment se font les draps de toute espèce, comment le chanvre est filé et tissé, la soie tordue, manufacturée et teinte; comment la dentelle la plus délicate, avec ses dessins exquis, est travaillée au moyen de la vapeur. Les machines exposées comprennent enfin dans leur catalogue, aussi long que varié,, celles qui font une épingle ou une aiguille, un bouton ou un couteau, une feuille de papier ou un tapis, un clou ou une vis. La presse à imprimer, cet instrument de diffusion de la science qui produit ces merveilles, est aussi là pour montrer la rapidité avec laquelle les grands journaux, ces types de la civilisation moderne, sont tirés pour l’instruction du monde.
- La section des machines est classée en trois grandes subdivisions. La première renferme les machines à emploi direct, tels que les moteurs primitifs, les parties séparées du mécanisme et des appareils, les machines pour soulever et mouvoir les corps, pour peser, mesurer et compter, les instruments de mathématiques, de physique et autres de la même nature, les fusils, pistolets et machines agricoles. La seconde comprend les machines servant à la production de tous les objets fabriqués et manufacturés, filés, tissés, feutrés, incrustés, pour la manufacture des métaux et des substances minérales, animales et végétales. La troisième subdivision comprend les modèles de tout ce qui se rapporte aux constructions du génie et de la mécanique.
- Prise ensemble, toute la section est groupée en six classes. Nos observations actuelles ne s’appliquent qu’à trois de ces classes, savoir: aux machines à emploi direct, aux machines des manufactures et à celles du génie civil.
- Nous laisserons à d’autres la tâche d’appeler en détail l’attention sur les articles exposés dans chacune de ces classes, et d’indiquer la nature des améliorations qu’elles ont éprouvées, s’il en existe, de même que leurs effets pour ce qui concerne l’accroissement de la production, la diminution du travail et l’économie de la main-d’œuvre.
- L’espace consacré aux machines dans ces trois classes est dans la partie nord-ouest du bâtiment. La plupart de ces machines sont montrées en mouvement. Un large espace à l’extrémité occidentale est entièrement occupé par les machines à coton du Royaume-Uni, mues par différentes machinés à vapeur. Chacune de ces machines est le résultat des contributions de divers inventeurs qui les ont amenées à leur état présent de perfection.
- C’est ainsi que le coton, qui était filé, il y a quatre-vingts ans, en fils simples par des femmes travaillant au rouet dans leurs propres chaumières, est maintenant devenu l’article manufacturé le plus important de ce pays, en place de la laine qui avait autrefois cet avantage.
- Cependant, aujourd’hui le lin menace de supplanter à son tour le coton, et de le remplacer partout dans les machines que celui ci occupe actuellement. Le temps seul peut dire avec quelle chance de succès s’opérerait cette substitution. Et pourtant à une époque où l’Angleterre s’est couverte en vingt ans d’un réseau de chemins de fer, où un immense édifice, sem blable à celui de l’exposition a été construit et garni en trente semaines, qui oserait dire que la base de la fabrication de ce pays ne sera pas radicalement changée dans quelques années !
- Une section du bâtiment, voisine de celle qui est occupée par le coton contient une vaste collection de machines pour carder, filer et tisser la laine et lin, et plusieurs métiers à la Jacquart, construits avec beaucoup de soin.
- En s’avançant le long du côté nord du bâtiment, on entre dans un vaste salon, dont la première partie est remplie de très beaux spécimens de machines à fabriquer les gouges, les planes, les formes et les autres outils du mécanicien. Ces instruments sont éxécutés avec une telle précision, si bien adaptés au but qu’ils ont à remplir, et si bien proportionnés, que pour l’œil exercé d’un mécanicien, ils possèdent, quoique dans un autre ordre d’idées, le genre de beauté qui excite l’admiration d’un artiste dans une statue ou dans un tableau.
- Au-delà des outils de mécaniciens est une collection de machines diverses, comprenant des grues, des pompés, des moulins à sucre, des machines à dentelle et à itaprimer, des presses, des moulins à farine, une brasserie, des machines à vapeur, des hélices, et des modèles de machines pour la marine, des chaudières, des machines à river, à couper le papier, et des presses hydrauliques. Ces machines s’étendent sur une partie de l’espace occupé parles Indes, tout près d’un magnifique spécimen de portes en fonte, envoyées par la Compagnie de Coalbrook-dale, et qui placées à l’extrémité nord du transept s’étendent presque d’un côté à l’autre.
- Si nous revenons vers l’extrémité occidentale de l’édifice, dans une direction parallèle à celle que nous avons traversée tout à l’heure, nous nous trouvons au milieu de bandes de roues, de spécimens de locomotives, de modèles perfectionnés de chemin de fer permanent et d’une foule d’autres applications de ce merveilleux système de locomotion qui s’est naturalisé chez nous depuis vingt ans.
- Traversant ensuite quantité de rails, de coussinets, de plateformes, d’aiguilles et de croisemens, et ne cédant pas à la tentation de nous arrêter aux machines pour la marine et aux autres engins qui sont à notre gauche, nous allons examiner un admirable choix de locomotives qui se tiennent là froides et immobiles, il est vrai, mais qui n’ont besoin que du stimulant d’un peu d’eau et de coke pour faire le tour de la terre en vingt jours.
- A côté de ces locomotives sont différens spécimens de diligences et de wagons sur lesquels nous reviendrons en détail plus tard comme pour les autres objets sur lesquels nous avons déjà jeté en passant un rapide coup-d’œil.
- Maintenant, nous avons atteint l’extrémité occidentale du bâtiment d’où nous sortons pour entrer dans une vaste division remplie de voitures, de charriots, de landaus, de voitures de chasse, et d’autres voitures d’agrément ; on a exposé là de nombreux échantillons de roues de constructions diverses ; et des harnais occupent la section voisine.
- En quittant les voitures d’agrément et s’avançant encore plus loin vers l’Est, on trouve une collection de voitures publiques, omnibus et cabriolets, sortant des ateliers de divers constructeurs ; et on remarque dans quelques-unes de ces voitures l’application d’un frein pour retarder le mouvement. Les freins sont ordinairement employés sur les routes ; ils soulagent les chevaux à la descente des côtes et les empêchent de s’emporter. Si un omnibus pouvait être arrêté par un frein placé sous le pied du cocher ou autrement au lieu de fatiguer la bouche des chevaux cette méthode épargnerait beaucoup de fatigue. Il est intéressant de comparer la construction des voitures employées à la locomotion sur les routes ordinales, avec celles qui sont construites spécialement pour les chemins de fer. Dans les premières toutes les parties sont rendues aussi légères qu’il est possible de le faire sans nuire à leur force ; tandis que dans les dernières tout est extrêmement massif. En effet le poids n’est
- plus ici qu’une considération secondaire ; car le cheval de vapeur et de fer n’est pas aussi aisément fourbu que son rival le quadrupède en chair et en os.
- En quittant les espaces réservés aux appareils destinés à la locomotion sûr terre, nous passons à l’examen des moteurs destinés à la locomotion sur l’eau. L’appareil le plus remarquable de cette classe est sans contredit la machine horizontale à quatre cylindres, de 700 chevaux de force et qui a été exposée par MM. B oui ton et Watt. Cette machine est destinée à un navire à hélice. Près de ce géant reposant sur lui-même, et non moins dignes d’intérêt, se trouvent deux curieux petits modèles qui ont été exécutés, par M. Murdock de Soho, en 1785. L’un de ces jolis appareils est la machine à cylindre oscillant, introduite dans l’usage des bateaux à vapeur avec tant de succès en ces dernières années. L’autre est une locomotive dont le foyer contient une lampe pour tout combustible.
- Il existe encore dans ce lieu réservé aux belles inventions d’autres machines oscillantes de Penn etCie.
- Au centre de cette division se trouve la fameüse grue de M. David Henderson, et près de là la presse hydraulique monstre qui a servi à élever les tubes du Britannia-bridge. Près de là des machines à gaz carbonique, dites à soda-water, mais dans la fabrication de laquelle il n’entre pas un atome de soude ; des chaudières, des générateurs, un appareil à séparer la houille dans la mine, des machines à peser, des pompes à incendie, des appareils de sauvetage, un appareil à cuire le sucre dans le vide, et plusieurs autres appareils moins volumineux.
- Quelques-uns des modèles les plus soignés appartenant à cette classe ont été placés dans la nef. Parmi eux nous devons placer en première ligne le modèle du Britania-bridge et celui du pont suspendu qu’érige en ce moment M. Yignoles sur le Dniepier à Kief, en Russie, et qui a été construit en Angleterre par MM, Fox Henderson, et Cie., entrepreneurs du palais de l’exposition. Près de ces modèles se trouve celui du pont de Chepstow, projetépar M. Brunei, et à l’extrémité Ouest, un modèle fort considérable des docks de Liverpool ; quelques modèles se trouvent aussi à l’extrémité delà galerie du Nord.
- Si nous en jugeons par ce qu’elle a exposé, laEran-ce a fait en cette branche des connaissances humaines des progrès importants.
- Des appareils nouveaux attestent son génie inventif, tandis que le goût et une exécution sûre et solide témoignent de l'intelligence de ses ouvriers. Les ingénieurs français semblent enfin s’être convaincus que la forme utile, nécessaire aux fonctions de la machine, est plus près de la perfection que ne saurait l’être les ornements inutiles et le poli du métal. C’était là le goût en mécanique.
- La Belgique expose deux locomotives, Une machine marine, des mules jennies, et autres machines d’une bonne exéention. La carosserie belge tient ici une place distinguée.
- Le reste du monde a peu concouru à enrichir l’Exposition d’envois mécaniques.
- L’inspection principale de cette partie importante de l’exposition a été confiée à M. Cubitt. La mise en place des articles, les allocations d’espace, etc., ont été confiées à M. Hensman, auquel on ne saurait donner trop d’éloges pour l’activité et le zèle qu’il a déployés et auxquels sont dus assurément les rapides progrès de cette partie de l’exposilion.
- Dans ses travaux fatigants et si utiles, M. Hensman a été puissamment secondé par MM. Couîson et Biddle.
- MM. Chance de Birmingham et MM. Wilkins de Long-acre ont exposé, dans la nef, deux grands appareils à lumière polyzonale et catadioptrique pour les phares. Dans la galerie du nord sont les modèles du phare de Skerryvore et de plusieurs autres, exécutés par M. Alan Stevenson, et envoyés par les Commissaires des phares du nord. H y a également un modèle très-intéressant de phare ordinaire, pourvu du perfectionnement indiqué par M. Gerge Wells, du département de l’amirauté, Somerset-House. Ce perfectionnement cons’ste à disposer quatre ouvertures ou un plus grand nombre, immédiatement au-dessous de la lanterne illuminée, à placer dans les ouvertures, des châssis de verre dépoli portant des caractères télégraphiques. On a exposé en outre divers autres modèles de feux, de phares, et de balises.
- On trouve encore dans cette galerie une vaste collection de ponts, de jetées, de plans inclinés, de brise-lames, de ports, de docks, de machines à épuisement, de viaducs, de tunnels, de toitures, marchés, de maisons, de fenêtres, de cheminées, d’appareils à plonger, de batteries galvaniques pour faire sauter h s mines, de signaux pour les navires, de pompes, de chaînes-câbles, d’écoutillons, etc. Parmi ces modèles, on remarque celui du pont à niveau élevé de Newcastle et un autre modèle de pont à treillis pour traverser le Rhin à Cologne, dessiné par le capitaine Moorsom. On rencontre aussi quelques modèles d’appareils à gaz et à gazomètre; mais l’exposition des appareils à gaz est très limitée par suite de ce qu’aucune lumière et aucun feu ne sont tolérés dans le bâtiment. Cette prohibition, très-nécessaire, a eu pour effet d’engager les fabricants d’appareils à gaz à refuser le bénéfice de l’Exposition. Près de là se trouve la pompe à ventilation de MM. O. et J. Hill, manœuvrée par un poids et refoulant une masse d’air considérable à une vélocité modérée, ce qui convient beaucoup pour la ventilation des maisons particulières. Il y a également des modèles de cottages et de maisons, et divers arrangements pour l’écoulement des eaux ménagères.
- Le département des machines, dans la section française du bâtiment, sur le côté du Nord, reste toujours en déshabillé. Une chaudière de locomotive vient d’arriver et on la dresse à sa place. Malheureusement
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- ceux des exposants qui ont déjà élevé leurs machines souffrent de la négligence et du manque de ponctualité des autres ; et plusieurs des machines qui étaient posées avant l’ouverture de l’Expositoin sont restées couvertes avec soin, depuis ce temps, pour les garantir de la poussière que soulèvent leurs voisins retardataires. On a dû déplacer une belle horloge avec son carillon, placée au centre d’un des passages, afin défaire entrer la locomotive dont nous avons parlé, et maintenant on la rétablit dans sa première position. Les machines françaises sont très-serrées, tandis que l’espace accordé aux Américains n’est pas à moitié rempli ; aussi a-t-on fort bien fait de donner à la France une partie de cet espace qui formait le coin Sud-est du bâtiment, tandis qu’une autre portion au coin Nord-est a été donné à la Belgique. Dans l’espace additionnel ainsi concédé à la France, il y a quelques voitures, une machine à vanner, et de beaux spécimens de cordes et de câbles.
- Dans la principale division des machines françaises se trouvent diverses machines à battre, nettoyer, carder et filer le coton, des machines à nettoyer la laine, des machines à laver et sécher, une machine à coudre, une machine à graver les rouleaux métalliques pour l’impression des cotonnades, des machines à tricoter, des machines à clous ; des presses lithographiques, à copier et autres ; des outils à percer, des machines à bouteilles et pour préparer l’eau de seltz, des poêles, une grande machine à papier; près de la locomotive ci-dessus mentionnée, des machines à peser, un appareil pour distiller l’eau de la mer, une machine à cuire le sucre dans le vide, une turbine, un appareil de sûreté pour les chaudières à vapeur, une machine à pompe horizontale, une machine à soulever les minéraux dans les mines, une machine à peser les monnaies, etc.
- La Compagnie du Zinc de la Vieille Montague a envoyé une grande quantité de zinc manufacturé. Le plus remarquable de ces objets est la grande statue de la Reine placée dans la nef, et dont le piédestal est également de zinc, et une fonte de la célèbre statue d’Eve à la fontaine par Baily, et une ou deux autres placées dans son voisinage. Le reste des articles de zinc se trouve parmi les machines françaises et com prend des statuettes, des bustes, des chandeliers et autres moulages ; des feuilles de zinc roulé, des modèles de toitures en zinc, des tuyaux, des corniches, et des chapelets de zinc roulé, etc. Une partie seulement de ces articles appartient à la classe dont nous occupons maintenant, mais nous les citons pour appeler l’attention sur l’exactitude et la perfection avec lesquelles on moule maintenant le zinc, ce qui fera sans doute employer ce métal à des usages auxquels il paraissait d’abord ne pouvoir être appliqué avec avantage.
- Dans la partie belge il y a deux locomotives, une machine pour la marine, et quelques autres plus petites ; des ventilateurs pour les navires et les mines et des appareils pour remonter les mineurs ; une traverse de chemin de fer, en fer forgé, suivant le procédé breveté de Marshal, un grand modèle de pont-levis, une machine à nettoyer le riz, une machine à écosser, des machines à tresser, des machines à tailler des peignes, a sculpter le bois, à tondre les draps, à tricoter des bas ; des moulins à blé, des poêles, des garde-mangers en fer, des tuyaux et des casseroles de cuivre, des faulx, des limes, etc,, et cinq ou six voitures. La di vision belge n’est cependant pas encore complète. Quelques-unes des machines, surtout des machines et des outils d’agriculture, vont être, dit-on, placées dans le coin Nord-est du bâtiment que les Etats-Unis n’ont pas rempli.
- La Hollande expose un moulin à sucre, une grue pour enlever et peser, des clous, des étaux et des outils, un cylindre de fonte pour calandrer le velours, une machine électro-magnétique et quelques autres engins.
- L’Autriche n’expose que très-peu de machines.
- La Prusse et le Zollverein ont envoyé quelques machines très-bien exécutées ; nous citerons, entre autres, des presser à frapper la monnaie par Uhlhorn, une machine à tailler les bouchons, un métier à la Jacquart, une machine à tondre le drap, des machines à carder, un coupe-paille, une machine à peser, une machine à fondre des caractères, une pompe à vapeur, un appareil à cuire le sucre dans le vide et le modèle d un autre appareil analogue, un tour et ses outils, des scies, des serrures, des balances et des poids, des fours chimiques, des poêles de fer et de faïence, des batteries galvaniques, des échantillons de fer, des roues et des ressorts de wagons, des rouleaux, &c. Il y a également quelques voitures, et dans un des Etats de 1 Allemagne nous avons remarqué une machine à composer les caractères d’imprimerie et qui peut egalement les distribuer.
- Les Etats-Unis ont beaucoup d’espace ; chaque machine est donc placée de manière à ce qu’on puisse circuler librement autour d’elle. La plupart de ces machines s’appliquent à l’agriculture, mais nous en remarquons cependant qui appartiennent à la classe que nous traitons. Nous appellerons notamment l’attention sur la machine calorique d’Erricson, en raison t e la perfection de la main-d’œuvre qui distingue cet ouvrage, et parce que c’est une tentative pour tirer de
- air échauffé la force que l’on obtient de la machine à ri K?6'11' A'60- Une ^en plus grande dépense de combus-i es. Quoique cette machine ne puisse pas être mise en mouvement dans l’Exposition, à cause des règles adoptées par le Comité pour ce qui regarde le feu, nous espérons qu il sera publié quelques données sur les expériences qu’on en a faites ; car nous comprenons que cette machine a été perfectionée sous certains i apports et doit être supérieure à celle qui fut cons-ruite en Angleterre, il y a plusieurs années, par le camtainp r
- M. Perkins expose, comme Américain, son appareil à eau bouillante, quoique cet appareil ait été construit en Angleterre. Son four de boulanger chauffé par l’eau chaude mérite un examen sérieux. Il expose encore les modèles d’une chaudière et d’une coupole, et un fusil à vapeur. Plusieurs presses et machines à tailler la pierre, un tour, un métier, un moulin à scie pour couper le bois de marine, et une meule de moulin portant l’étiquette : “ Présenté à Lord Stanley.“ Il y a aussi quelques voitures, dont une est surtout remarquable par son apparance de légèreté. Dans la nef est placé un grand pont à treillis de fer fondu et forgé.
- En comparant l’exposition de mécanique étrangère avec celle du Royaume-uni, il faut faire une large aux difficultés et aux frais du transport de ces lourdes machines dans ce pays. Nous devons aussi songer aux facilités que donnent aux manufacturiers anglais, le système incomparable de chemins de fer, de canaux et de cabotage de l’Angleterre. Nous considérons donc les machines étrangères plutôt sous le rapport de la qualité du travail et du mérite de l’invention que sous celui du nombre des machines exposées.
- GÉNIE MILITAIRE ET MARITIME, ARTILLERIE, ARMEMENT ET EQUIPEMENT. Classe VIII.
- C’est là évidemment la partie belliqueuse de l’Exposition. Le titre, aussi bien que la subdivision minitieusement scientifique sous lesquels cette branche a été rangée par M. le Professeur Playfair, permet d’admettre, dans cette entreprise si éminem ment pacifique sous tous les autres rapports, tous les engins que l’homme peut inventeur pour détruire ses frères avec autant de promptitude et de facilité que d’économie. Il paraît, en effet, que c’est un cartel amical envoyé par le savant professeur à ses collègues de l’état militaire. “ Nous désirons,” semble-t-il dire, “ encourager les arts de la paix, établir un conflit, pur de sang versé, entre les nations de la terre, une rivalité d’industrie et d’habileté, de goût et de génie ; mais cependant, bien que nous considérions votre manière de donner l’essor aux appétits belliqueux de notre nature, comme hors de saison et de raison ; bien que nous pensions fermement que le monde peut aussi bien exister sans guerres que la société sans duels ; cependant, messieurs de la Ion gue vue et de l’épée, nous ne pouvons pas vous refuser le champ-clos que nous offrons à toutes les industries. Il y a un district pour vous dans la partie centrale du bâtiment, il y a un capitaine pour l’arranger. Armée, marine, artillerie, que pouvez-vous faire ? Qu’avez-vous élaboré avec vos quatre cent millions par an P Et vous aussi, esprits chagrins, qui critiquez la répartition de ces fonds et qui croyez que vous fourniriez de meilleurs vaisseaux, de meilleurs fusils, de meilleures casernes et de meilleures citadelles, que ces administrations à qui vous prodiguez tant d’injures, montrez-nous ce que vous proposez d’y substituer et que le monde soit juge entre nous!”
- Cependant, il n’était pas facile d’exclure de cette classe beaucoup d’articles d’un caractère éminemment pacifique. De la marine militaire à la marine marchande il n’y a qu’un pas. Les steamers de guerre sont étroitement alliés aux paquebots à vapeur ; les chaloupes-cannonnières, aux bateaux de sauvetage ; et les armes à main sont aussi bien et aussi largement employées par les amateurs de chasse que par les grenadiers.
- Si nous bornons notre revue actuelle à la partie anglaise de l’édifice, nous constaterons que les exceptions sont en général devenues la règle ; car jamais réponse plus pacifique ne fut fait à un appel si belliqueux. La marine y a pris à peine garde, l’Armée bien moins encore. A quelques exceptions près, les modèles de vaisseaux de guerre et des appareils offensifs et défensifs, qui s’y rapportent, ne sont remarquables que par la perfection avec laquelle les modèles sont exécutés. U y a très peu de propositions de modes de destruction complète ; quelques perfectionnements proposés dans l’équipement militaire ; quelques efforts pour résoudre l’interminable question de la la coiffure de l’infanterie. Mais tout cela est noyé complètement par les bateaux de sauvetage, les bateaux de course, les fusils de chasse, et les filets de pêche.
- Cependant, nous nous proposons dans une autre oocasion d’attirer l’attention de nos lecteurs sur quelques-uns de ces objets, aussi bien que sur les inventions guerrières de quelques amateurs, parmi lesquelles nous pouvons citer le système de fortification entièrement nouveau proposé par M. Fergu-son. En agissant ainsi, nous nous efforcerons de laisser de côté toute répugnance sentimentale pour l’effusion du sang, et nous examinerons le mérite de cette invention destructive avec l’esprit purement scientifique qui a dirigé son auteur.
- Nous croyons que le petit nombre des engins destructifs n’est pas purement accidentel, nous croyons, au contraire, que, sous ce rapport, comme sous beaucoup d’autres, l’exposition est l’expression fidèle des pensées et des besoins de toutes les nations qui y concourent. A l’étranger, toute proposition tendant à perfectionner les moyens d’attaque et de défense est encouragée par l’État, soumise à un rigoureux examen, et si l’invention se ti'ouve efficace elle est immédiatement adoptée. L’in-
- venteur est couvert de décorations et comblé d’honneurs. Il est souvent récompensé beaucoup au-delà de ce qu’il mérite. En Angleterre, au contraire, le cas est différent. Un homme qui demande incessamment des changements et des améliorations, qu’il appartienne ou non à l’armée, est regardé souvent comme une peste par le gouvernement et repoussé comme il le mérite la plupart du temps. Il est très probable que cette manière de procéder nous fait glisser entre les doigts des inventions d’une valeur réelle. Mais c’est là certainement un mal beaucoup moins grand que celui que produisent les modifications subites et souvent imprudentes dans l’équipement militaire. Nous citerons, pour exemple, celle que l’on a fait subir récemment au fusil prussien et qui se trouve être maintenant une véritable bonne faute. Cette classe VIII était cependant une aubaine pour tous les inventeurs du royaume, et de ce qu’il y a eu si peu de projets de ce genre à l’exposition, il reste démontré que fort peu d’esprits sont tournés vers l’invention des engins de destruction.
- Quelques théoriciens diront qu’aucun art ne peut disparaître parmi ceux que l’humanité pratique jusqu’à ce qu’il ait atteint sa perfection. Si cela est vrai, il n’y a guère d’espoir de réussite pour la Société de la Paix ; car, quelque pauvre que soit notre exposition en machines de guerre, il n’en est pas moins Vrai, d’après ce que disent nos amis les militaires, qu’elles sont encore susceptibles de beaucoup d’aipéliorations. Prenons le canon, par exemple : il y a sans doute un métal ou une combinaison de métaux plus convenable pour les pièces de campagne que le cuivre, ou plutôt le bronze, actuellement en usage. On atteint avec ce dernier métal le minimum de poids, compatible avec l’impulsion suffisante à donner au projectile; mais le bronze est mou, et il le devient à un tel point, par la chaleur d’un feu rapide, que les canons fondus avec ce métal sont impropres à beaucoup d’usages importants. De plus, outre que l’emploi du bronze est très coûteux, on peut dire que c’est une trop belle matière première pour la laisser servir aux caprices d’un conquérant.
- On a souvent essayé de forger des canons de fer cannelé qui offrirait, à ce qu’on suppose, la même ténacité et le même poids que le cuivre. Jnsqu’à présent aucune de ces tentatives n’a été couronnée de succès aux yeux des hommes éminents qui décident de ces matières à Woolwich. Mais la partie belge de l’exposition nous montre quelques nouveaux essais sous ce rapport ; et ce qui est une proposition bien plus surprenante encore, M. Krapp, manufacturier de Essen, dans les provinces rhénanes de la Prusse, nous expose une pièce de 6, d’acier fondu, que nous admirerions comme un spécimen parfait de main-d’œuvre, même s’il n’avait pas d’autre mérite à nos yeux. Nous nous garderons bien de nous prononcer sur sa valeur, dont il serait d’ailleurs fort difficile de s’assurer à moins d’une expérience devant la butte de Woolwich; mais nous prions nos lecteurs militaires de l’examiner attentivement, et d’entendre les explications intéressantes qu’en donne son obligeant inventeur, s’il est encore en Angleterre. Toutes les pièces de l’affût sont d’acier fondu, et exposées seulement comme spécimen de main-d’œuvre ; le canon lui-même est d’acier fondu, excepté un fort cylindre en fer qui entoure la culasse. L’objet de ce cylindre est de donner du poids au canon, et nullement pour augmenter sa force.
- Indépendamment du canon il est possible qu’on puisse découvrir un meilleur projectile qu’une sphère, quoiqu’aucun autre jusqu’ici n’ait été trouvé plus efficace pour le canon ; et il est également possible de trouver une poudre qui ne laisse pas de résidu solide lorsqu’elle est consumée. Cependant, la simplicité est le point le plus important dans toutes ces choses ; car il n’est pas bon de donner trop à songer aux artilleurs eux-mêmes quand il sont au feu. Peu d’hommes sont capables de réfléchir avec calme, quand ils sont en présence de l’ennemi, laquelle de l’extrémité spéroïdale ou de l’extrémité paraboloï-dale d’un morceau de fer, doit aller la première dans la gueule d’un canon. L’homme qui doit le refouler à sa place doit le faire avec aussi peu de remords que celui qui le pointe sur l’ennemi, et il ne doit pas craindre qu’il reste à moitié chemin.
- Mais nous en avons réellement dit assez sur ce sujet quand à présent. Notre plume, ordinairement pacifique, nous conduirait à des détails qui nous font frémir. Nous nous bornerons donc à énoncer que tous les arrangemens de cette classe de l’exposition ont été placés sous la direction du capitaine West-macott, du Génie Royal, et de M. Watts, de la Marine Royale ; et que ces articles sont exposés principalement dans la galerie de l’est.
- De tous les correspondants entretenus à Londres par la plupart des grands journaux parisiens, M. Blanqui, de l’Institut, est le seul qui ait encore envoyé des réflexions réellement spéciales sur l’exposition. Comme notre feuille essaiera toujours, autant que possible, de se renfermer dans l’appréciation sérieuse des produits exposés à Londres, nous em-
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- i/ORGUE DE MM. GRAY ET DAVISOX.
- prunterons à M. Blanqui lesfpassages les plus saillants de ses lettres au directeur de la Presse :
- I.
- Monsieur,
- La première impression qui frappe le spectateur dans ce merveilleux monument si rapidement construit, c’est sa grandeur, sa simplicité et son élégance. Toutes les proportions y sont gardées avec un art extrême et une précision mathématique. Une longueur normale de 24 pieds anglais a été prise pour unité dans toutes les pièces de fonte ou de fer qui ont servi à sa construction. Yeut-on s’élever ! On place deux longueurs de 24 pieds pour en obtenir une de 48 ; veut-on s’élever encore ! On en ajoute une troisième pour arriver à 72. En long, en large, dans tous les sens, toujours des multiples de 24. Il en est résulté un palais construit avec des pièces de fonte de la même longueur, reliées les unes aux autres par de simples boulons et presque toutes coulées sur le même modèle, ou comme nous disons en économie politique, sur le même étalon. Si ce palais doit être détruit un jour, on pourra le démonter pièce à pièce et le replacer ailleurs, tout entier, sans aucun changement.
- Il se compose d’une nef immense, coupée en deux par une nef transversale plus courte, qu’on appelle le transept, et qui est d’une hauteur telle qu’elle renferme des arbres séculaires, en parfaite conservation, du plus gracieux effet. Une galerie supérieure, à laquelle on arrive par des escaliers nombreux et commode, règne tout le long de l’édifice. Placé à cette hauteur, j’ai pu jouir du spectacle admirable de toute la cérémonie, à laquelle assistaient plus de 20,000 personnes dans les toilettes les plus élégantes. Les journaux anglais ne manqueront pas de vous donner les détails du programme, auquel nos orgues et nos organistes ont concouru avec éclat. C’était vraiment un spectacle très noble et très imposan .
- En attendant que je vous envoie,
- Monsieur, ma faible part de travaux de cette grande exposition, je dois vous offrir ici tout d’abord un aperçu de la manière dont les nations sont rangées le long de l'espace qui leur a été réservé. L’An-
- gleterre a gardé pour elle-même la moitié du terrain, toute la partie située à l’ouest du Palais de Cristal, et il faut reconnaître qu’elle l’a si bien rempli, qu’on ne saurait lui faire le reproche de s’être attribué la part du lion. Toutes les autres nations se partagent, très inégalement d’ailleurs, la moitié disponible du côté de l’est, et c’est la Erance qui brille du plus vif éclat dans cette partie.
- i-E GIOÏ i O.
- Le transept est comme l’équateur de ce monde industriel. La Chine, Tunis, le Brésil, la Perse, l’Arabie, la Turquie et l’Egypte sont rangés près de lui comim une espèce de zone torride.
- Dans les régions plus froides, figure la Suisse, dont les exposants se sont fait remarquer par la promptitude et l’heureuse disposition de leur exhibition. Ils sont là, tous réunis comme les enfans d’une même famille, avec un goût exquis et une harmonie des plus agréables. Soyez sûr qu’ils feront parler d’eux.
- L’Espagne et même le Portugal, l’Italie et ses divers Etats ont envoyé des produits sans doute insuffisans pour faire apprécier leur valeur manufacturière et agricole ; mais ces Etats de second ordre présentent des objets d’art ou des matières premières d’une assez grande originalité.
- La Erance n’était réellement pas prête et l’on voyait encore une foule d’expo-sans, habit bas, quelques heures avant l’ouverture, rangeant avec précipitation leurs produits les plus beaux. Sous le rapport du goût, de l’art et de l’élégance, rien n’y manquait, et je puis vous dire que l’impression générale a été celle de sa supériorité artistique sur toutes les nations. Si j’osais me permettre une expression qui ne saurait blesser personne, j’ajouterais que tous les produits, de quelque part qu’ils fussent venus, avaient l’air commun et provincial, quand on les comparait à ceux de France. Les articles français seuls ont le cachet de distinction qui est dû au talent de nos dessinateurs et à l’habileté incomparable de nos artistes. Pour faire quelque chose de semblable à eux, il faut qu’on nous les vole, et la révolution de février en a malheureusement fait fuir plus d’un.
- Les Etats-Unis, qui occupent l’extrémité orientale de la grande nef, et qui planent sur toute l’exposition par leur aigle aux ailes ouvertes, ont envoyé surtout des matières premières, et peu de produits fabriqués. On dit qu’ils ont boudé, et il serait injuste de juger de leur puissance industrielle par les échantillons, d’ailleurs fort remarquables, qu’ils ont exposés.
- L’Autriche etl’Allemagne du Zollverein sont les nations qui occupent, avec la Belgique, le rang le plus élevé après laErance.
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- L’Autriche expose des produits assez remarquables pour avoir étonné les hommes les plus compétens et les plus avancés par leurs études spéciales sur ce pays. La Bussie est encore presque absente, et l’on assure
- PONT A AIR EN CAOUTCHOUC.
- que ses envois, impatiemment attendus, témoigneront d’un progrès sérieux, non moins étonnant que celui de l’Autriche.
- A première vue, ce qui frappait aujourd’hui les es-
- prits exercés, c' étaient les matières premières vraiment neuves et curieuses qui viennent de l’Inde, de l’Australie, des colonies américaines ; en Angleterre, la carrosserie et les machines, les produits chimiques surtout,
- VASE».
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- sont admirables, prodigieux ; en Autriche, la cristal te-rie, les châles, les travaux en bois sculpté; en Belgique, les dentelles et les armes ; en Suisse, les mousselin s et les rubans; en France, l’orfèvrerie d’Odiot, les bronzes, les châles, les tapis, les draps, les tissus de l’Alsace. L’attention est tellement divisée quand on jette les yeux sur ce panorama du monde industriel-, qü’il en résulte une sorte de veritige. Maistë'nez pôür certain, dès aujourd’hui, qUè les Anglais viennent d’inaugurer une époque nouvelle. Tout le inonde aura des leçons à recevoir sur le terrain où la lutte pacifique des nations s’engage avec tant d’éclat.
- II.
- Il convient, pour notre instruction, de ne rien négliger d’essentiel sur ce terrain d’études inépuisable. Tout y est si différent de nos habitudes, et tout a si bien réussi, que nous y pourrons trouver de quoi nous instruire, si nous voulons un moment faire trêve à notre orgueil national. Ainsi, pour ne parler d’abord que de l’idée elle-même, il a suffi de l’énoncer pour exciter l’enthousiasme de tous les hommes éminens de ce pays. On n’a rien demandé au budget ni à l’Etat. On s’est réuni ; on a calculé ce que coûterait un édifice immense, digne de l’entrèprise ; on a fait appel, pour le construire, à toutes les intelligences, et quand il a fallu trouver les ressources nécessaires, la Banque d’Angleterre a ouvert ses trésors, à la seule condition qu’il lui serait donné des garanties pour ses avances. Aussitôt les plus grands noms d’accourir et d’apporter la garantie de leur fortune à ce grand œuvre national. On cite des lords qui ont proposé de cautionner l’entreprise pour 200,000 fr., pour 500,000 fr., pour 1,000,000 de francs. Un simple particulier a souscrit pour 1,200,000 francs ! Yoilà ce que c’est que la foi.
- En même temps que ce témoignage significatif de confiance était donné à la fortune de l’Angleterre, les souscripteurs aux billets de saison ajoutaient leur garantie à celle des citoyens généreux qui venaient de mettre à exécution avec tant de résolution cette grande idée, venue de France, si stérilement pour nous, comme tant d’autres. Il est à peu près certain aujourd’hui que l’opération donnera non seulement des profits à l’Angleterre, mais aux entrepreneurs eux-mêmes. M. Paxton, l’habile auteur du Palais dé Cristal, qui est certainement le produit le plus eurieük de l’industrie anglaise, marchait, il y a peu de jours, en tête du cortège royal. Le prince Albert avait voulu que cet honneur public fût rendu à l’architecte qui venait de créer une merveille pour loger tant de merveilles. Ainsi, après avoir mené à bonne fin le projet d’exposition universelle, l’Angleterre a sü en honorer dignement les auteurs. Qu’y a-t-il de plus populaire, je vous le demande, que le fait de ëë modeste architecte, simple constructeur de serres, marchant le premier en tête du cortège royal de la reine d’Angleterre, en pareil jour !
- On ne saurait trop louer, non plus, la parfaite ordonnance des distributions intérieures de l’Exposition. Les nations sont rangées par ordre, selon l’importance de leurs industries, et distinguées les Unes des autres, soit par une inscription nominale, soit par leurs pavillions respectifs. L’accès de tous les étalages est très facile, la circulation partout libre et commode. Les produits sont exposés par catégories, les machines, la carrosserie, les tissus de même espèce assez généralement ensemble. Chaque nation a obtenu la faculté d’organiser à sa guise et selon son goût particulier, les vitrines et les cases où sont exposés ses produits. Il en est résulté une certaine diversité, qui n’offre pas moins d’intérêt que les produits mêmes, et qui représente avec originalité le caractère de toutes les nations appelées au concours.
- L’Angleterre, qui dispose, comme je vous l’ai mandé, de la moitié du terrain général de l’exposition, avait à pourvoir, en outre, aux moyens d’assurer la circulation, et aux embellissements qui devaient rendre le monument digne de sa destination. Ce résultat a été obtenu de la manière la plus heureuse par la distribution qui a été faite, au milieu de 3a nef principale, de toutes les grandes pièces de fonte ou de sculpture envoyées par la Prusse, la France et la Belgique, par la Prusse surtout. De distance en distance, plusieurs fontaines- d’eau jaillissante, dont une magnifique en cristal, répandent la fraîcheur et l’animation dans ce vaste espace où retentissent les voix de trois orgues, élevées de la façon la plus originale et la plus pittoresque.
- Enfin quelques arbres séculaires, conservés comme une sorte d’échelle à l’aide de laquelle on peut mesurer sans effort la hauteur du monument, ajoutent à cet ensemble imposant et gracieux le charme de leur végétation énergique.
- Tel est, dans sa simplicité grandiose, l’aspect général de l’exposition universelle. Le jour de l’inauguration, on y comptait plus de vingt-cinq mille personnes, et le palais avait l’air désert à ses extrémités. Le bruit de ces milliers de voix se faisait à peine entendre et se perdait réellement dans ce vaisseau aérien, où planait sur les spectateurs une lueur bleuâtre, comme l’azur du ciel, de l’effet le pli.s singulier et le plus inattendu. Rien n’excite plus l’étonnement, aussi, que ce bourdonnement de tant de langues différentes, et surtout que les costumes parfois si grotesques de tous ces étrangers.
- Chaque peuple occupe à l’exposition universelle une place inégale, et avant tout il faut reconnaître, pour être juste, que plusieurs nations, à commencer par la nôtre, n’y sont représentées que d’une manière très imparfaite. Evidemment, les Américains du Nord n’ont envoyé à ce grand rendez-vous que quelques marchandises de pacotille, et ils ont dû céder aux exposants voisins une partie de l’espace qui leur était
- inutile. Quelques charrues, quelques canots, quelques mauvaises cartes géographiques, un trop petit nombre de matières premières, tel est le fonds actuel de l’exposition américaine du Nord, et pour qui connaît la valeur industrielle et l’énergie laborieuse de ce grand peuple, il est impossible d’admettre que sa puissante productrice soit représentée par d’aussi faibles et d’àüssi peu nombreux échantillons.
- L’Espagne n’a guère envoyé que des matières premières, peü de laines, peu de soies, presque pas de tissus. La Catalogne, qui est le dernier repaire des prohibitionistes dans ce pays, s’est abstenue de paraître. Elle a craint, non sans motifs, d’être écrasée par la comparaison de ses détestables cotonnades avec celles du monde entier, et d’avoir à rendre compte au peuple espagnol du tribut qu’elle prélève sur lui, presque sans profit pour elle. Mais l’expérience ne sera pas moins décisive, et, pour être condamnés par défaut, les prohibitionistes honteux n’en seront pas moins condamnés, les uns pour leur impuissance comme en Espagne, les autres à cause de leur supériorité, niée par eux-mêmes et par avidité, comme en France. On ne peut faire un pas dans cette exposition sans que la vérité ne frappe tous les regards.
- Yoyez plutôt la coutellerie anglaise de Sheffield ! Quelle admirable variété ! quelle richesse ! quel bon marche ! What cheapness, comme ils disent avec orgueil et avec raison. Et nous avons raison de dire aussi : “ Quand nosfabricans auront le fer et l’acier à des prix plus raisonnables, ils feront aussi bien. “ Mais nos maîtres de forges ne l’entendent point ainsi. Voyez la carrosserie anglaise, si élégante, si riche, si variée : elle est prohibée en France, et la France est privée des moyens de comparaison où d’imitation qui profiteraient aux carrossiers eux-mêmes. Ainsi pour tout le reste. Nous démontrerons jusqu’à la dernière évidence que rien ne manquera à la supériorité de notre industrie dès le jour où, affranchie des tributs qu’bn lui imposé, sous couleur de protection, elle s’exercera dans la plénitude de sa liberté, sans subir ni infliger aucun joug.
- Ce fait est surtout frappant quand on examine l’exposition suisse. La Suisse occupe à l’exposition de Londres une place modeste et restreinte. C’est un pays de libre-échange, de montagnes, de communications difficiles, et cependant il a conquis un rang très distingué dans l’industrie européenne. C’est merveille dé voir l’élégance et le bon marché de ses rubans de Bâte et de Éluich, de ses mousselines brodées, de ses taffetas et de ses velours d:gnes de l’école lyonnaise d’où ils tirent évidemment leur origine, L’Autriche, qui laisse beaucoup à désirer pour le goût, même dans ses verres de Bohême et dans ses meubles admirablement sfe'ulptës s’ils ne sont dessinés avec art, l’Autriche mérite une place honorable à côté du Zollverein et de la BïüsSfe qui semblent aVoir plus de mouvement et de vie.
- Je ne veux hasarder en ce moment, aucun jugement prématuré. C’est après une étude attentive et comparée de tous ces innombrables produits qu’il sera possible d’émettre une opinion sérieuse et approfondie sur tant de chefs-d’œuvre et sur la valeur relative de chaque Exposition. Qu’il me suffise de dire, en Ce qui concerne la France, que nos Lyonnais, nos fabricans de Mulhouse, de Tarare, de Roubaix, commencent à peine leur installation, malgré la diligence et le zèle de uotre commissaire géné.xal, M. Sallandrouze, dont on ne saurait trop louer le dévoû-ment, la bienveillance et l’aménité. Il ne dépendait pas de lui de faire étaler plus tôt des produits restés à Dunkerque ou à la gare de Paris ; mais nous n’aurons rien perdu pour attendre, et j’ose ici assurer que, malgré ses nombreuses lacunes, l’exposition française sera toujours ce qu’elle a coutume d’être, chez elle comme ailleurs, l’exposition par excellence du bon goût, de la grâce et de l’élégance en toute chose.
- III.
- Avant d’arrêter définitivement mes opinions sur les résultats de cette grande exposition, j’aurais bien des choses à vous dire sur son ensemble, dont la grandeur semble augmenter à mesure qu’on y pénètre plus profondément. L’observateur est comme entraîné par une force magique d’un pays à l’autre, de l’est à l’ouest, du fer au coton, de la soie à la laine, des machines aux tissus, de l’instrument aux produits. On va, on vient, les yeux sans cesse éblouis par une sorte de mirage, sans même accorder un regard aux visiteurs de tous les pays du monde, qui ne sont pourtant pas les articles les moins curieux de l’exposition. Car, s’il y a une foule de marchandises dans toutes les galeries, il y a aussi une foule d’Anglais, d’Allemands, de Français, de Turcs, d’Italiens, d’Espagnols, d’indiens, dont les costumes bigarrés méritent l’attention qu’on leur refuse encore, à cause de l’espèce de fascination exercée par le magnifique spectacle de tant de chefs-d’œuvre de l’industrie humaine.
- On ne saurait trop conseiller à nos compatriotes de venir à tout prix visiter cette merveilleuse Exposition. Soyez sûr qu’ils n’en reverront pas de semblable dans le cours de leur vie. Et d’abord, nous devons les prémunir contre l’esprit de dénigrement qui a altéré la vérité dans plusieurs journaux de notre pays. 11 n’est pas vrai, comme on a osé le dire, que nul exposant n’ait été admis sans payer un billet de saison de trois livres sterling : tous les exposons sont admis gratuitement, sur la présentation d’une carte délivrée au com-missariait général. Il n’est pas vrai non plus que les logeir ens soient hors de prix : il ne sont pas plus chers qu’à l’ordinaire et ils ne sont pas tous occupés. Toutes les classes de ce pays se sont empressées d’exercer l’hospitalité envers les étrangers. A quelque rang qu’ils appartiennent, car il y a des rangs ici, les étran-
- gers sont sûrs de trouver, dans le rang correspondant à leur position sociale, bienveillance et cordialité.
- On n’entend plus parler que de soirées de Politesse. Pour commencer par les savans, M. le président de la Société royaie donnera trois raouts, .dans le courant de ce mois, aux savans de toutes les nations. Lord Granville a ouvert ses salons ; le reine donnera plusieurs bals. Toutes les corporations se préparent à fêter dignement leurs hôtes. Le lord-maire doit donner dans Guild hall une fête splendide aux principaux fabricans qui ont concouru au succès de l’Exposition. S’il était permis de citer des noms propres en dehors dü monde officiel, je pourrais vous donner une liste vraiment curieuse de tous les hommes considérables à des titres divers, qui ont regardé comme un devoir de faire les honneurs de leur pays au monde entier, convoqué à Cette grande fédération.
- Mais c’ëst surtout des ouvriers français que je souhaite voir arriver en foule à l’Exposition universelle. Nos grandes villes de fabrique et nos fabricans eux-mêmes ne sauraient faire trop de sacrifices pour en envoyer ici le plus grand nombre possible. On aurait dû organiser à Londres une agence spéciale pour leur faciliter l’étude des questions qui les intéressent et pour les initier à ces merveilles des arts dont la vue seule élève l’ame au dessus des misères de notre politique de carrefour. Les ouvriers français sortent trop rarement de chez eux, et ne font guère que leur tour de France. En venant à Londres, ils feraient sans efforts et presque sans dépense leur tour du monde ; ils apprendraient en huit jours plus de choses utiles qu’ils n’en ont appris, permettez-moi de le dire, dans les clubs, quand il y avait des clubs.
- C’est en effet ici, qu’il faut venir quand on veut avoir une juste idée de ce que peut l’esprit d’ordre et le génie de l’homme assoupli à la discipline industrielle pour les victoires de l’industrie. Songez que cet immense palais de Cristal a été coulé de toutes pièces et mis en place en moins de six mois. Coulé, c’est le mot, car il n’existait pas une seule des pièces qui le Composent, fonte et vitrerie, au mois de septembre dernier. Mais quand on observe dans son enceinte* même aujourd’hui, l’ordre admirable qui y règne ; quand on voit des milliers d’ouvriers se rassembler par petites troupes, aux heures des repas, silencieusement, sous les ordres de leurs contre-maîtres, avec une aisance presque militaire, puis sortir par leurs petites portes, sans aucun embarrras pour le public, on comprend mieux cette puissance sagement réglée, maîtresse d’ellé-même, et dont les allures sont si difiérenres des nôtres.
- Permettez-moi d’ajouter encore quelques détails qui me semblent intéressans pour les visiteurs de notre pays et qui leur inspireront peut-être le désir de venir à ce grand rendez-vous. Les dispositions locales ont été si bien prises dans toute l’étendue de l’Exposition, que, même dans les jours de plus grande affluence, il n’y a jamais eu le moindre encombrement. Trente mille personnes y circulent à l’aise, et à la fois, sans se gêner le moins du monde. Une foule de sièges commodes sont distribués dans toute la longuenr des galeries pour les personnes fatiguées. Trois grandes salles de refraîchissemens, dont les prix sont fixés par un tarif modéré, affiché aux portes, permettent aux visiteurs de passer la journée entière, sans être obligés de sortir pour prendre leurs repas. Le prix d’un catalogue immense, de format in-quarto, à l’aide duquel on peut aisément reconnaître tous les produits, a été limité à un shilling.
- Cependant nos compatriotes se hâtent peu d’arriver, et malgré l’activité qu’ils déploient, l’exposition française est encore en retard, sans avoir, comme l’exposition des Russes, l’excuse de la saison qui les a retenus dans les glaces de la Baltique. A mesure que ces magnifiques produits se déroulent et se rangent à leur poste, l’affluence des visiteurs commence. On voit déjà les dames anglaises en extase devant notre galerie des châles, devant la bijouterie de Froment-Meurice, devant l’orfèvrerie d’Odiot. Que sera-ce, quand Lyon et Mulhouse auront étalé leurs produits sans rivaux ? Nos ébénistes du faubourg Saint-An-toiée ont été salués par un cri général d’admiration. Eux seuls, en ce moment, sont complètement établis dans la galerie qui leur est destinée, et dépassent de cent coudées tout ce qui a été fabriqué de plus beau en ce genre. O ouvriers sans pareils, que ne faites-vous plus de meubles et moins de révolutions !
- La grande industrie anglaise des machines commence aussi à fonctionner. Vous savez que les Anglais ont eu l’heureuse idée d’étabiir en dehors du palais de l’Exposition un générateur de vapeur qui distribue par des canaux souterfains la force motrice dans tout l’édifice.
- Il a fait si froid depuis quelques jours, que cette vapeur, condensée en route, n’arrivait pas à sa destination ; mais depuis qu’elle arrive, on voit marcher les uns à côté des autres, et conduits par des ouvriers en costume de leur province et de leur état, une foule de métiers divers à filer, à tisser, à faire des bas. Un des nôtres attaché à la conduite d’une jenny mule (machine à filer), ayant rattaché le fil rompu du coton, “Bravo! Français!” se sont écriés tous les Anglais présents, et ils l’ont couvert d’applaudissements. Partout les chefs des industries démontrent avec empressement leurs appareils au public. Les pompes, et il y en a quelques-unes d’un effet puissant et nouveau, jouent sans cesse et font pleuvoir de véritables cataractes.
- C’est par là que les Anglais brillent d’un éclat qui ne sera surpassé par personne. Leur immense déploiement de machines ressemble à un parc d’artillerie. Ils ont des machines à vapeur pour bateau, à quatre cylindres, de la force de 700 chevaux, d’une perfection incomparable ; des locomotives nouvelles, gigantesques, à huit roues, du système de Crampton,
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- LE PALAIS DE CRISTAL
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- qui marchent, dit-on, à raison de vingt-quatre lieues à l’heure, avec une aisance parfaite. Leurs presses hydrauliques dépassent toutes les proportions connues. Ils ont exposé les détails de leur pont tubulaire de Menai, ce vaste tube suspendu dans les airs, au travers duquel p isse un chemin de fer et sous lequel un vaisseau de ligne peut circuler toutes voiles déployées. Outre ces énormes appareils, ont voit lonc-tionner de toutes parts des centaines de petites machines qui exécutent devant le public les tours les tours les plus ingénieux, depuis la fabrication des manches à couteaux jusqu’à celle des enveloppes de lettres.
- Il est facile à un homme attentif de reconnaître, aux divers procédés employés par les Anglais, quel est le caractère" distinctif de leur nation en matière d’éco-miepolitique. Ils travaillent surtout par leurs capitaux, et ils cherchent en toute chose les moyens mécaniques. Leur palais de cristal se compose de trois ou quatre pièces de fonte tirées à quelques centaines de mille exemplaires, dont ils pourraient, à la première commande, publier cinq ou six éditions. Leurs toiles peintes, qui n’égalent pas les nôtres pour le goût, les dépassent parle bon marché, grâce à la force mécanique qui leur permet d’opérer par millions de pièces et de réduire à presque rien leurs frais généraux. La réforme hardie qu’ils ont faite de leurs tarifs et de leurs lois de navigation a été une véritable augmentation de salaire pour leurs ouvriers, auxquels leur gouvernement pense et pour lesquels il agit plus plus efficacement que les nôtres, sans leur adresser jamais de fades complimens.
- Mais c’est surtout par le luxe des matières premières que brillent les Anglais. Cette partie de leur exposition sera visitée avec soin par les hommes sérieux qui savent où la richesse commence et à quelle source un peuple avisé doit aller la chercher. L’exposition anglaise offre, sous ce rapport, un spectacle digne du plus vif intérêt. Ils ont étalé avec une simplicité fière les échantillons 1er plus variés de leur production souterraine. On compte, au dedans et même au dehors de l’enceinte du palais, des masses énormes de charbon de terre de toutes leurs mines, avec des modèles en petit de bâtimens d’exploitation, les coupes minéralogiques du terrain, et tous les accessoires de cette curieuse industrie. Ils ont même exposé des échantillons de toutes leurs pierres à bâtir, de leurs ardoises, de leurs chaux, de leurs plâtres leurs pierres meulières. Leurs mines de fer, de houille, de plomb, d’étain, de cuivre, sont représentées par les plus riches collections de minerai à tous les degrés de préparation, sur une échelle immense. Tout y est expliqué par des dessins, des modèles d’outils, d’usines, de fourneaux, et les tours de main sont exécutés par de petits mannequins pareils aux joujoux de nos enfans.
- Evidemment, peu de leurs producteurs ont manqué au rendez vous général, et plus on visite avec soin la grande galerie, c’est à dire la moitié de l’espace total occupé par les Anglais, plus on est frappé du déploiement de puissance et de richesse de ce grand peuple.
- La lutte n’existe en réalité qu’entre eux et nous. La Belgique et l’Allemagne méritent sans doute une attention particulière ; mais le véritable concours est entre la France et l’Angleterre. Toutes les autres nations ne joueront, dans cette grande épreuve, que le rôle de comparses. Elles reconnaissent elles-mêmes l’incontestable supériorité des deux grandes puissances industrielles de notre temps. Ce n’est pas, toutefois, qu’on puisse pailer légèrement des efforts de l’Autriche, de la Prusse, du Zollvereîn et même de ceux de la Suisse ; mais tous ces contingens réunis ne sauraient entrer en ligne, pour le moment du moins, avec les deux premières nations manufacturières de l’Europe.
- C’est en étudiant avec détail les mérites divers de tous les peuples appelés au concours général, que nous pourrons rendre à chacun l’hommage qui lui est dû. La Saxe, par exemple, a envoyé des cartes topograhi-ques d’une perfection si admirable, qu’elles laissent loin derrière elles, pour la gravure, tout ce qui a été fait de plus étonnant par la France, l’Angleterre et l’état-major autrichien, si justement renommé en Europe. Il y a une carte des environs de Dresde qui est un véritable chef-d’œuvre en ce genre, et que nous signalons à l’attention de nos officiers. On peut juger du degré d’avancement de plus d’un art par de pareils modèles, qui honorent la nation capable de les produire. La cristallerie de Bohême a maintenu sa vieille réputation, que n’ont pas voulu affronter nosfabricans prohibitionnistes. Mais la prohibition, messieurs, a fait son temps, et elle ne sera bientôt plus, comme la féodalité, qu’une insolence du passé.
- Nous allons enfin pénétrer dans ces mystères des prix de revient, et nous saurons quel tribut paie la France à quelques manufacturiers qui ont levé jusqu’ici sur elle une véritable taxe des pauvres. Ceux qui n’ont pas voulu concourir ont implicitement avoué la vanité et l’inutilité du système protecteur. Ils ont craint qu'on ne mît à nu le vice d’un régime qui n’a d’autre résultat possible, désormais, que d’élever le prix des choses et de condamner la France à la cherté, tandis que partout ailleurs les autres nations travaillent à la conquête du bon marché.
- La prohibition est un non-sens à la suite des expositions internationales. Est-ce pour nous faire subir le supplice de Tantale qu’on nous aurait convoqués à ce grand spectacle ! Quoi ! nous ne pourrions à aucun prix faire arriver à notre foyer domestique uue peau de mouton ouatée, un couteau, un rasoir, une coupe de cristal, une cheminée en fonte moulée, parce qu’il existe en France quelques particuliers aux intérêts desquels il semble convenir que ces produits soient prohibés !
- Non, non, ce honteux état de choses ne durera pas longtemps, La France se lassera bientôt, je l’espère,
- du règne des orateurs ignorans, et elle profitera des leçons décisives qui jaillissent du spectacle que nous avons sous les yeux. Quant tout le monde saura que la Providence et le génie nu main, qui est son plus bel ouvrage, ont créé par toute la terre les élémens du bien-être par le travail, et qu’il suffirait d’un peu de liberté commerciale pour les répandre, il ne sera plus possible de maintenir les restrictions qui nous ravalent au rang des peuples dans l’enfance. Tout ce jue nous voyons ici ne sau ait être une représentation théâtrale destinée à amuser des curieux, mais une enquête définitive à la suite de laquelle le vieil édifice chinois de l’isolement des nations, s’écroulera sous le mépris public. Blanqui, de Y Institut,
- CHRONIQUE DE L’EXPOSITION.
- C’est aux dépens des Anglais que se justifient les exposants étrangers retardataires. “ S’il y avait eu “ égalité entre tous, s’écrient-ils, chaque peuple au-“ rait pu être prêt en même temps. Mais quel “ moyen de suivre l’exemple de l’Angleterre lorsque “ celle-ci s’était attribué le monopole de la tranquil-“ lité dans ses cantonnemens en prenant le soin de “ faire entrer, sortir, passer ses ouvriers par les par-“ ties occupées par les étrangers ? Ce va et vient perpétuel de 3,000 personnes a fait autant pour les lenteurs remarquées dans l’étalage de presque tous les produits du continent que toutes les autres causes signalées.
- Les Etats-Unis axquels une grande place avait été accordée ne l’ont remplie qu’à moitié ; non pas disent-ils pareequ’ils manquent de produits, mais parce que froissés des procédés anglais à leur égard, ils préfèrent laisser leurs objets à l’entrepôt de la douane que dans le bâtiment d’Hyde Park.
- L’empereur de Russie qui a permis à ses sujets de prendre part, par la présence de leurs produits, à la grande exhibition internationale de 1851, ne leur a pas en même temps octroyé la permission d’accompagner leurs œuvres dans ce grand champ-clos de l’industrie européenne ; trois ou quatre gardiens portant, sur le bras gauche, brodé en laine le mot “ Russia, ” parcourent de long en large les salles où sont disséminés des envois fesant honneur plutôt au commerce de St. Pétersbourg qu’aux fabricants russes eux-mêmes. Ces agents ne parlent ni français ni anglais, ni allemand ni polonais. Ils parlent russe, et les notices imprimées que nous avons pu trouver sur quelques-uns des articles mis en montre, sont écrits en langue russe exclusivement. Il était impossible comme on voit de faire mieux les choses.
- Ensuite de cette manière d’agir un peu sauvage, et de la défense absolue et générale de toucher les objets exposés, nous n’avons pu savoir à quelle nature de pâte appartenaient des rondelles à fond bleu-clair avec des sujets en bas-reliefs blancs que nous aurions pris pour un biscuit assez médiocre, si les moules en cuivre qui ont servi à produire ces figures ou ces sujets n’étaient exposés en même temps que les moulages qui leur sont dus.
- Les visiteurs remarquent en général dans la salle russe un meuble en bois de rose d’une assez bonne facture avec des ornements en cuivre doré et des encadrements en porcelaine. Tout cela est d’assez bon goût ; on assure que ce meuble n’a été que monté en Russie et qu’il est venu de Paris.
- Un drame enfantin s’est passé ces jours derniers devant les tables où se développent à perte de vue les joujoux de Nuremberg, avec tous les animaux de la création, tous les modèles de soldats du monde civilisé, tous les types de moulins, de fabriques, de cottages et de châteaux connus en Allemagne. Un joli petit garçon de 5 à 6 an,s, voulait ab œiument qu’on lui donnât la pièce principale qui est une vaste plaine de carton où s’étend le domaine de Rosenau, lieu de naissance du prince Albert. Les cris* le désespoir de l’enfant lorsqu’il fallut l’éloigner de l’étalage, étaient tels qu’on a dû l’emmener de force. Au surplus nos lecteurs jugeront si les soucis de l’enfant n’étaient pas un peu justifiés par la vue du joujou qui représente : Une fête de village animée par la présence de personnages mécaniques qui donne de la vie au premier plan de cette scène. Ici un monsieur suivi d’un chien, salue un monsieur qui a son parapluie sous le bras. Là, un étudiant s’avance avec les grandes bottes, la casquette classique, et les fleurets en sautoir sur son sac de voyage, en cuir noir. Non loin du tourne-broche inévitable, un cuisinier en plein vent, mesure l’air et le feu à des saucisses qui fument sur un gril posé en plein turf.
- La semaine dernière avait vu arriver un assez grand nombre de journalistes français ainsi que de personnages distingués de notre police. J. Janin, des Débats, Tessier du Siècle, Fiorentino du Constitutionnel, de Premaray de la Patrie, Achille Jubi-nal, sont en ce moment à Londres, ainsi que MM. Michel Chevalier, Blanqui, Dumas, ancien ministre du commerce. Nous citerons encore le colonel Morin, directeur du Conservatoire des Arts-et-Métiers à Paris, établissement presque recréé par ses soins et que nous recommandons aux Anglais qui se rendront en France ; M. Mimerel, qui a longtemps dirigé avec éclat, au ministère de la marine, le service important des constructions navales ; M. Ebelmen,
- le directeur de la manufacture de Sèvres, dout l’amour-propre a dû être vivement flatté, s’il a entendu les paroles d’admiration adressées aux délicieux spécimens exposés par l’établissement qu’il dirige. Nous avons ouï dire, autour de nous, que la plupart des plus jolis morceaux de l’exposition de Sèvres avaient été acquis par les habitants de Londres ; M. Leplây, l’un des hommes de France qui a le plus voyagé hors de son pays pour étudier l’Europe minéralogique, et qui la connaît le mieux ; M. Wo-lowski, beau-frère du ministre actuel de l’intérieur, et professeur distingué, nommé représentant du peuple par les électeurs de Paris.
- Le Ivoh-i-Noor, ce potentat capable d’acheter, peut-être, toute l’exposition, avait aujourd’hui un cercle moins épais de courtisans. La parure de la reine d’Espagne, lui faisait une concurrence sérieuse : l’un est une merveille de la nature ; l’autre est un chef-d’œuvre de l’art, — qu’ils se partagent les hommages.
- Le quartier des machines commencent à attirer la foule ; un très grand nombre de métiers fonctionnaient aujourd’hui à la satisfaction du public. Nous avons voulu nous rendre compte des différentes sortes de public qui se groupaient autour des parures en diamants et encombraient les couloirs ménagés autour des machines. Devant les vitrines de pierres précieuses, on demeurait quelques instants, on admirait et l’on passait outre. Autour des machines en mouvement, au contraire, on séjournait assez longtemps pour se rendre compte du mécanisme : on s’en entretenait avec ses voisins, on faisait des réflexions critiques ou laudatives, on comparait, on jugeait, en un mot, on étudiait. Excellent résultat et de bien loin préférable à la récréation fugitive que donne l’aspect des plus magnifiques bijoux. La salle des machines deviendra, sous peu de temps, la plus recherchée de l’exposition, et attirera la plus grande partie du public.
- EXPLICATIONS DES DESSINS.
- PONT A AIR EN CAOUTCHOUC.
- (Yoir page 25.
- Le pont en caoutchouc est l’un des specimen les plus animés de l’esprit inventif des Américains. A l’aide de ce pont qui s’alonge ou se raccourcit à volonté, qui en outre se transporte facilement, plus d’obstacle qu’une armée en campagne ne puisse franchir, plus de barrières capables d’arrêter les hardis pionniers de l’Ouest. Rivières, précipices, gorges de montagnes ne doivent plus effrayer le soldat ou le voyageur. Ces accidens de la nature ne fon lent pl s désormais que des décorations pittoresques et inoffênsives.
- LA MENDIANTE.
- (Yoir page 21.)
- Impossible de traduire dans notre langue le mot anglais Wanderer, ou la femme qui erre, autrement que par la mendianle. Toute cette statue est bien expressive et parfaitement modelée. Elle justifie ce que nous avons déjà dit de M. Foley à propos de sa nymphe Io et de Bacchus enfant : qu’il était du petit nombre des sculpteurs anglais qui savaient donner quelque vie à leurs œuvres. (Voir M. Foley à la page 14 du catalogue anglais.)
- LE GIOTTO.
- (Yoir page 24.)
- Cette statue en marbre du jeune berger Giotto, devenu plus tard un grand peintre, est de M. Tuerlinky, sculpteur belge qui figure au No 456 du catalogue.
- FONTAINE ET VASES EN BRONZE.
- (Voir pages 20 et 25.)
- Le vase ainsi que la fontaine avec groupe d’enfans sont de M. Marsch, manufacturier prussien. (Voir le No 240 du catalogue prussien.
- Le vase en jaspe vert, placé le premier à gauche, sort d’une des manufactures impériales russes ; il est destiné à la reine Victoria.
- Le vase d’albâtre, dans le style étrusque, est de M. Chevisi, du grand-duché de Toscane.
- Le 3me vase avec aigle est du sculpteur Testa, de l’île de Malte.
- Voir le catalogue aux pages 290, No. 23, 312 et 165, No. 30.
- L’ORGUE DE MM. GRAY ET D AVISO N.
- (Voir page 24.)
- Ce magnifique instrument, aussi remarquable par sa beauté extérieure que pari 'excellence de sa partie pratique, est placée dans la galerie septentrionale du transept. C’est une orgue d’église de première classe et on y a introduit tous les perfectionnements les plus récents.
- Le coffre est d’une composition toute nouvelle et est tout en chêne. Le dessin est de M. Albert Ilowell, architecte. No. 555 du catalogue (partie anglaise, classe 10).
- BALDAQUIN EN PORCELAINE DE SÈVRES. (Voir page 28.)
- Une faveur spéciale a étendu, pour ce magnifique spécimen de l’industrie française, le délai d’admission
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
- de rigueur. La manufacture de Sèvres n’avait pas besoin de ce modèle pour attester sa supériorité bien connue dans la fabrication de ces objets d’art.
- avec les poissons qui jettent l’eau dans le bassin. Sur le haut de la colonne sont trois autres enfants qui soutiennent la vasque d’en haut.
- ^FONTAINE EN FER FONDU.
- (Voir page 29.)
- M. Gasser, de Vienne, à qui l’on doit ce joli ouvrage, mérite la reconnaissance de tous les amis de l’art pour la persévérance infatigable qu’il a déployée à développer les idées des artistes allemands et à reproduire leurs œuvres dans une matière impérissable. Le sujet de la gravure est une fontaine de fer fondu. De la base s’élève une colonne triangulaire bordée en bas par trois marches sur laquelle sont groupées trois nymphes se préparant à entrer dans l’eau. Entre ces nymphes et sur des piédestaux sont de jeunes enfants jouant
- BOITE A BIJOUX.
- (Voir page 21.)
- Cette boîte est en bronze ciselé, doré à froid et doublé de velours rouge. Le devant s'ouvre et s’abaisse et laisse voir trois divisions avec tiroirs pour le# bijoux. Le milieu est occupé par une petite armoire, le tout avec ornements en bronze doré. Cet ouvrage d’Auguste Wallack, de Weimar, est marqué sou# le No. 767 du catalogue allemand (Magdebourg).
- SALIÈRE EN ARGENT.
- (Voir page 20.)
- Cette salière de Smith et Nicholson fait partie d’un service de table exposé sous le No. .110 du catalogue (partie anglaise, classe 23).
- BALDAQUIN EN PORCELAINE DE SÈVRES.
- DANS LE TRANSEPT.
- C’est la grande halte entre l’Angleterre et ses invités ; c’est un palais à lui seul ce transept, avec ses arbres verts, ses statues, ses eaux jaillissantes et son buffet rabelaisien devant lequel Gargantua lui-même reculerait épouvanté. Lorsqu’un rayon de soleil vient endiamanter la voûte, glisse entre le feuillage et, en passant pour aller se baigner dans les flots argentés de la fontaine de cristal, dore le pâle visage des aristocratiques ladies, le coup-d’œil est féerique. Cela ressemble à l’un de ces vestibules enchantés décrits par Galland et on cherche involontairement des yeux le dragon qui en défend l’entrée. Ce dragon est un modeste policeman à la physionomie inoffensive, au sourire hospitalier. Il en coûte cinq shillings pour le vaincre, à moins qu’on ne préfère le terrasser avec un billet de saison ou qu’on ne soit possesseur du talisman accordé aux Homères de l’Odyssée industrielle.
- Le transept est un véritable club joù les femme#
- sont admises, et on l’appellerait chez nous le cercle de la paix universelle. Oui, la paix est là signée tacitement entre tous ces peuples qui parlent une langue différente, mais qui s’entendent par la même pensée féconde et conciliatrice. N’a-t-on pas vu le premier mai Cobden et Wellington se serrer la main ? Le noble lord et le célèbre agitateur ont ainsi donné le signal ; le guerrier a salué le législateur ; il a compris que l’épée de Waterloo était passée de mode et devait désormais dormir au fourreau. Le premier mai 1851 est une date plus glorieuse pour l’Angleterre que le 18 juin 1815; il ne faut pas qu’elle l’oublie, si elle veut profiter de sa récente victoire. Au Mont St. Jean, l’Angleterre ne fut qu’une armée heureuse ; au Palais de Cristal elle est une grande nation.
- Ainsi je pensais tout bas en admirant les plantes tropicales, et ces beaux papillons aux ailes de cire roses bleues, dorées, argentées, qui voltigent dans le transept en dévorant des sandwichs et qu’on m’assure être des Anglaises. Je ne demande pas mieux que de le croire, et «i je me permets de les compa-
- rer à de brillants insectes, ce n’est pas un reproche que je leur fais, Pour mon compte, j’adore ces jupes balonnées, de toutes les couleurs, couleurs tendres, couleurs criardes surtout ; je me mettrais à genoux devant ses tailles si fines qu’elles tiendraient dans une bague ; et ces jolis visages, moitié femme et moitié enfant, ensevelis sous des flots de dentelles et de gaz me font rêver pendant des heures et quelques fois des nuits entières. Et puis quel charmant contraste entre la délicatesse des formes, la pâleur du visage, l’élégance des ajustements et l’appétit chez les Anglaises ! avec quelle adresse, et sans tacher leurs gants parfumés, elles font disparaître le quart d’un bœuf! O douces et poétiques filles d’Albion ! malheur à l’insensé qui en vous offrant son cœur oublie de vous offrir du jambon.
- J’en étais là de ma boutade humouristique lorsque j’apperçus à terre, près de la statue équestre de la reine, un billet ouvert, je le ramassai et pour le lire plus à mon aise j’allai faire un tour dans les Indes-Orientales. Serait-ce encore qnelque fou amoureux
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
- de sa souveraine ? me disais-je chemin faisant. Il aura jeté sa déclaration sous les pieds de marbre de la royale monture et il se sera cru bien avancé ! heureusement qu’il y a des places à Beldeam. Arrivé aux Indes je lus ce qui suit enjbon français : ^
- “ Qu’on n’accuse personne de ma mort ; force de “ rester en Angleterre par 'ma famille, je ne puis “ résister davantage au spleen dont tout mon etre est “ pour ainsi dire imprégné. Je n’ai qu’un moyen “ de tuer le spleen, c’est de me tuer moi-même. Ah ! “ s’il m’eût été permis de revoir la France, ne fût-ce « qu’une heure, j’aurais retrouvé de nouvelles forces “ dans cette vue, j’aurais consenti à vivre, même en “ Angleterre. Mais ma mauvaise étoile ne l’a pas “ voulu, soit donc. Je ne saisjsi je me précipiterai « du haut du monument ou si je me laisserai tom-“ ber dans la Tamise. Le monument est bien haut ! “ mais la Tamise est bien profonde ! peut-être me “ décidérai-je pour une séance du Parlement. On « trouvera ce billet sur mon cadavre.
- “ Signé : Horace B...., français.”
- Non pardieu, m’écriai-je, ce puisque et fou l’a perdu, c’est bon signe. Peut-être en ce moment le cherche-t-il de tous côtés. Je retournai dans le transept, à peine y étais-je arrivé, que j’aperçus un jeune homme pâle, dont les yeux, les yeux seulement, semblaient interroger le parquet. Un je ne sais quoi me dit que c’était mon désespéré. J’allai
- droit à lui, je lui pris le bras avec une certaine autorité, je l’emmenai vers la partie Est du Palais de Cristal et lui montrant le billet :
- —- Vous avez écrit cela ? lui dis-je.
- — Eh bien, oui, Monsieur, et rien ne me fera changer de résolution.
- — Quel enfantillage !
- — Un enfantillage sinistre.
- -— D’accord ; mais si l’on vous conduit en France ?
- — C’est impossible. Elle n’est pas même déballée ! ajouta-t-il avec amertume.
- Je vis où le bât le blessait, surtout quand il s’écria en s’animant par degré :
- — Non, la France n’est pas déballée ! la France ! quoi ! c’est la France ce tas de paille, ces caisses en désordre, ce chaos industrielle !
- Je l’interrompis car l’accès pouvait devenir dangereux et le malheureux était capable d’avaler un prospectus anglais pour en finir tout d’un coup.
- — Mon cher ami, car toutes les fois qu’on arrête un homme sur les bords d’une tombe on a le droit
- de 1 appeler son ami, vous me paraissez sous l’influence d’un préjugé énorme, vous répétez ce que vous avez attendu dire ces premiers jours. Que ne répétez vous aussi ces mille absurdités dont les sots vous assourdissent: la France joue un triste rôle à 1 Exposition universelle. Elle ne brille guère ! c’est un nouveau Waterloo pour elle.—Allons donc ! mais nous y sommes en France, tenez, regardez autour de nous, ni paille, ni caisses à moitié ouvertes, mais des chefs-d’œuvre au grand jour, et c’est le mot, car e soleil les éclaire en plein, et ce n’est pas le soleil de Waterloo, celui-là!
- • ^ donc est la paille et que sont devenues les
- caisses ? ^
- On a remisé le tout dans votre imaginatio: mu que vous êtes ! vous demandiez une heure e .b rance. suivez-moi et vous pleurerez tout à l’heu:
- admiration patriotique. La France vaincue au P lais de Cristal. non, monsieur, mais la France à -ete des arts et de la civilisation comme touiour voyez ses meubles sculptés, ses bronzes, ses de:
- FONTAINE EN FEU FONDU.
- telles, ses merveilles de poteries dignes de Bernard Palissy, et ses miracles d’orfèvrerie qu’on dirait signés par Benvenuto Cellini ; voyez ses tapis somptueux, ses tissus de Lyon, et même ses mécaniques, et vous ne chanterez plus ce stupide refrain de l’abaissement de la France, qui est un mensonge à l’exposition universelle où notre pays occupe, comme sur la carte du monde, une des premières et des plus glorieuses places. Voilà votre billet, monsieur.
- — Que voulez-vous que j’en fasse ?
- — Ne faut-il pas qu’on le trouve sur votre cadavre ?
- — Monsieur, me répondit le Français découragé en déchirant sa lettre de faire part, vous m’avez rendu la France pendant une heure et telle que je la désirais dans mon orgueil national : je vivrai.
- — A la bonne heure !
- Là dessus nous allâmes bras-dessus, bras-dessous à la salle des rafraîchissements. Toutes les places étaient occupées ; mais nous regardâmes manger les Anglais pendant dix ; minutes, cela nous fit admira-
- blement déjeuner, et pour un shilling six pences chacun !
- Jules de Prëmaeav.
- CHRONIQUE DE LONDRES.
- L’un des résultats principaux de l’exposition universelle sera certainement de resserrer les relations de tous les peuples et de les faire mieux se connaître les uns des autres. Ce bienfait apparaît déjà en perspective par l’invasion que la presse française vient de faire sur le sol britannique. Il faut espérer qu’après avoir vu et traité, nos journalistes comprendront enfin quelque chose aux mœurs de l’Angleterre, à son mouvement social, politique, industriel et moral.
- Jusqu’à présent, en effet, on peut affirmer que la Grande-Bretagne n’était guères mieux connue en France, que le Thibet ou le Japon, par ceux là même qui ont la prétention de régenter l’esprit public dans
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
- les premiers-Paris ou les simples feuilletons. Sauf un très'petit nombre de journaux qu’on peut citer, la presse française professe généralement une charmante ignorance sur toutes les choses de l’Angleterre, qu’elles appartiennent au monde moral ou au monde matériel. Comment pourrait-il en être autrement P La partie anglaise se fait dans les journaux au moyen d’un centre unique qui envoie à chaque administration une traduction extraite du courrier du matin. C’est la même chanson et le même air pour tous. De correspondances directes, il n’en est pas question, la presse française dédaignant beaucoup plus le fait que la phrase, et prisant infiniment plus un commérage politique où elle accomplira des merveilles de style, que l’examen d’une question étrangère indispensable à étudier et utile à propager. Il n’est pas un grand journal anglais qui n’entretienne un ou plusieurs correspondants à Paris, toujours à l’affût des événements comme des plus simples rumeurs, et vigies attentives, signalant le moindre fait dès qu’il se produit à l’horizon.
- Notre gouvernement et'ses ressorts les plus secrets, nos institutions, nos règlements administratifs, nos finances, l’armée, la marine, le commerce, nos hommes d’état, nos simples coteries politiques, les meneurs de coalition et les chefs de parti, tout est étudié, scruté, analysé et passé au crible d’un examen journalier. Douze heures après qu’un incident s’est produit à Paris, on en connaît mieux à Londres la source, la cause et le résultat que sur son propre théâtre même.
- Il n’en est pas ainsi de l’autre côté du détroit. Si un grand évènement s’accomplit ici, et que par patriotisme la presse anglaise ait intérêt à le dénaturer ou au moins à lui donner une certaine couleur, soyez certain que les journaux parisiens pataugeront pendant quinze jours au milieu des appréciations erronées et des assertions les plus contradictoires. Nous savons bien que Paris est une maison de verre beaucoup plus transparente que celle d'Hyde Parle, et plus accessible surtout ; qu’il est facile à l’étranger d’y pénétrer et de l’étudier grâce à la sociabilité de notre caractère et au laisser-aller de nos façons. Autant et plus que personne, nous savons encore combien il est difficile de voir à travers le filet aux mailles serrées dont l’Angleterre est toujours recouverte comme si elle craignait un abordage par surprise ; nous savons que c’est à travers une grille défendue par des tourières impassibles et silencieuses qu’il est seulement permis de jeter un coup-d’œil furtif sur l’intérieur du couvent, et qu’enfin les abords du sénat se trouvent défendus par les chevaux de frise de la hiérarchie aristocratique, par les barrières des mœurs et des habitudes exclusives. Mais raison de plus, alors, pour étudier avec soin ces mystères, pour essayer de les découvrir et de s’en rendre un compte exact et réel.
- L’exhibition industrielle de 1851 vient de produire en ce genre une véritable révolution. La presse parisienne sollicitée par la circonstance a tout à coup tourné ses regards vers l’Angleterre, et la voilà qui lance sur ce point tant méconnu par elle, l’essaim emplumé de l’article économique politique et du feuilleton. Pas un journal parisien de quelque valeur, qui n’ait au moins son représentant à Londres quand il n’en a pas deux. Jarqais concile œcuménique n’offrit une réunion plus complète de docteurs ès-sciences divines ou profanes. Jamais plus de lyres, de mandolines et de guitares réunies sur le même espace. L’hymne chanté n’est pas toujours à l’unisson. Il se module généralement d’après des circonstances de température, d’humeur gaie ou morose, de digestion agréable ou pénible. Ici, c’est un lyrisme exalté, empruntant à l’ode ses images ambitieuses :—la poète a parfaitement dîné.—Là, c’est la muse du pittoresque et de la fantaisie, alliant tour à tour les formules classiques à celles du romantisme : —le chantre a trouvé douce à ses lèvres la saveur mousseuse de l’ale et du porter.—Enfin, voici l’Ar-chiloque aux ïambes implacables, aux sarcasmes amers, à la critique de parti pris.—Celui-là est mécontent de tout, du ciel gris, des raffales humides et pénétrantes, de la houille fumant dans l’âtre, du poisson bouilli, du bœuf rôti, du pain peu cuit, de la froideur du temps et des gens.
- Il va sans dire, qu’au milieu d’appréciations excellentes, de revues ou dominent l’esprit d’observation, l’atticisme, la vérité et le style, il se glisse parfois d’étranges apperçus et des erreurs manifestes. Ainsi, un écrivain parisien qui s’est fait l’historien des clubs anglais entasse les unes sur les autres, des assertions inexactes. Il veut que tel club ne soit hanté que par la jeunesse aristocratique, tandis qu’au contraire il ne se compose guère que des pères conscrits du Parlement. Il indique sous le nom de Coventry un établissement qui n’existe pas ; il tient à ce que les jeunes lords s’amusent dans St. James’s Square, à faire battre des terriers et des griffons d’Ecosse contre des rats, assertion parfaitement erronée ; il place Soyer à 1’ Union Club, lui qui ne fut jamais qu’au Reform, qu’il g d’ailleurs quitté depuis plus d’un an ; il en fait un grand homme, et il ne se trompe pas, mais il méconnaît celles des qualités auxquelles cet émule de Carême dût sa célébrité. Enfin, à des aperçus ingénieux, il mêle des faits,
- dont on ne trouve trace nulle part, et il tire des conclusions extrêmement originales.
- Tant que nos historiographes parisiens restent dans le cercle des louanges, la presse de Londres se tient coi ou admire. Elle se fâche toute rouge quand une plume étrangère se trempe dans l’encrier de la critique. Un spirituel feuilletonniste s’avise l’autre semaine de maugréer contre le froid, la pluie, les brumes et autres inclémences de la température britannique. Grande colère du Morning Ilerald qui ne veut pas qu’on s’en prenne au ciel de de sa patrie. Tirade éloquente sur les agréments du soleil, de l’air et du climat anglais. Parallèle entre Londres, Paris, Vienne, Florence, Rome, Naples, Madrid et autre lieux. Là bas, des hivers secs, mais des étés trop chauds ; le mistral, le sirocco, les tremblements de terre, la malaria, des matinées ardentes, le midi tout en feu, des nuits étouffantes. Ici, peu ou point d’hiver, parfois du brouillard, ce qui ne rend que plus agréable le retour du soleil ; huit à neuf mois de pluies douces et anodines; un air toujours vif et favorable à la préparation des sucs gastriques, enfin une moyenne de température qui permet à l’homme, mieux que partout ailleurs, de se mouvoir à l’air libre.
- A des arguments de cette force, le malheureux journaliste n’avait rien à répondre. Aussi, n’a-t-il rien répondu, et sa confusion aussi bien que son silence prouvent ses torts.
- Les étrangers ne se précipitent point sur Londres comme des avalanches. Les hôtels s’emplissent difficilement et nous pouvons annoncer aux amateurs de France et de Navarre qu’il se trouve bien à louer en ce moment, cent mille logements plus ou moins confortables et à des prix parfaitement abordables.
- Les théâtres et les exhibitions publiques se ressentent des retards survenus dans le mouvement des voyageurs. Les salles ne se garnissent qu’à demi, et les recettes sont moins fortes qu’en temps ordinaire à pareille époque de l’année. Cependant, ce ne sont pas les éléments d’attraefion qui manquent. Toutes les entreprises, ayant les plaisirs du public pour objet, ont redoublé d’efforts. Malheureusement, la température, qui exerce ici une grande influence sur les velléités de plaisir, s’est montrée contraire avec une ohstinatination vraiment inouie. Le froid et les ondées continuelles ont enlevé aux programmes des différents établissements intra et extra muros ce qu’ils avaient d’attrayant. L’Hippodrome n’a pas fait dix livres de recette le jour de son inauguration. Le Vauxhall s’est ouvert avec une centaine de spectateurs intrépides qu’on voyait errer comnie des fantômes parmi les arbres dépouillés de verdure, pt frissonnant sops la morsure cl’une brise aiguë. De même pour Chemorne-gardens ; de même pour la foire de Rayswater que la commission exécutive avait imaginée pour retirer à’IIytfe Parc le trop plein de sa population de flâneurs, de prolétaires et de curieux de toutes les catégories,
- Un saltimbanque émérite yfbrjllait pourtant avec une troupe au grand complet ; jl s’y promettait de beaux succès. Aussi, le directeur ayait-il annoncé à ses pensionnaires qu’en faveur de la circonstance, leurs émoluments seraient payés d’après le chiffre réel des engagements et non soumis aux éventualités précaires de la recette. La troupe s’insurgea et tint à peu près le langage suivant à son chef : “ Dans les localités où nos talents sont mal appréciés, nous consentons à n’entrer qu’au prorata de la recette générale, faisant ainsi la part des temps mauvais; mais ici, où le succès est certain, nous ramener, à nos appointements primitifs et fixes, serait une injustice criante. Nous voulons le partage de fa recette aux proportions convenues, ou nous quittons
- Y administration-
- Le directeur dut passer sous ces fourches caudi-nes. Malheureusement le calcul de sa troupe était erroné. Le premier jour, jour de la grande exhibition, la recette s’éleva à neuf shillings, pour tomber le lendemain à cinq seulement. Sur ce, la troupe plia sa tente et chercha un gîte plus hospitalier.
- Les seuls établissements dont la prospérité soit incontestable c’est d’abord celui de Robin, l’habile prestidigitateur, et celui du Casino-Laurent,—l’escamotage et la seconde vue d’un côté, la Polka et la Shottish de l’autre.
- Le théâtre de Sa Majesté poursuit glorieusement le cours de la saison. Les opéras, les ballets se succèdent les uns aux autres avec la variété annoncée par le programme d’ouverture. Le public au surplus ne se montre pas ingrat; la salle toujours remplie ne ménage ses applaudissemens ni au directeur ni aux artistes éminens do la troupe. Les Tre Nozze d'Atari, représentées dernièrement avec succès à Paris ont été merveilleusement accueillies par la salle d’Haymarket. Mmes Sontag, Ida Bertrand, Giu-liani; Lablache, Gardoni et Fervanti se sont montrés les dignes interprètes de l’œuvre du jeune maître.
- Très prochainement vont avoir lieu les reprises de la Tempesta et de Don Juan. Puis viendront
- Y Enfant prodigue d’Auber, le Ficlelio de Bethoven avec les débuts de la Cruvelli ; un opéra de Thal-berg, dont le poème, composé par Scribe, doit être illustré par une mise en scène splendide ; c’est dit-
- on, d’uîï épisode des Marins en Espagne qu’il s’agit dans ce poème. Duprez, Duprez le célèbre ténor, a composé aussi un opéra qui sera représenté avant la fin de la saison. Musique et paroles tout est de l’illustre chanteur qui a pris pour sujet un petit drame d’intérieur.
- Enfin le Diable à quatre sera représenté avec Car-lotta Grisi. La Iiosati fera sa rentrée dans un divertissement nouveau. La jeune Marie Taglioni en ce moment à Varsovie où se trouve l’empereur de Russie, rentrera dans le célèbre ballet de la Sylphide. Et pour clore cette saison qui datera dans les fastes de Haymarket, M. de Saint Georges et Paul Taglioni nous donneront un grand ouvrage chorégraphique.
- Le théâtre français de St. James devrait bien imiter l’activité de la troupe de M. Lumley. Certes les roverbes d’Alfred de Musset et les pièces de M. cribe sont de fort jolies choses; mais la réputation de la scène française se compose aussi d’autres pièces que ne perdrait pas à entendre le public de Londres.
- On lit dans le Chronicle :
- Pour la première fois dans l’histoire du monde, les peuples se sont réunis par un motif de glorieuse émulation ; ils ont apporté les fruits choisis de leur civilisation pour le soumettre au jugement d’un jury international. La formation de ce jury internationale est le deuxième fait qui se présente dans cette nouvelle phase de la civilisation humaine^ ouverte à Londres le premier mai 1851.
- Ce jury est constitué depuis la semaine dernière, et siège régulièrement chaque jour de 11 à 1 heure. Il comprend toute la gravité, toute la solennité de sa mission et l’occomplira, nous n’en doutons pas, en parfaite conformité avec le principe de justice universelle dont il est chargé de faire une application toute nouvelle, sinon première. Si nous sommes bien informés, on en est encore aux questions préliminaires. Le travail d’examen direct des articles n’est pas commencé.
- Il y a encore un autre fait coincident avec la réunion, sur un même point et pour un même but, des produits de l’industrie du monde : c’est la préparation d’une liste de tous ces articles d’élite du lieu de leur production, du nom de leurs auteurs. Cette liste a été entreprise et en partie menée à bien par la publication d’un Catalogue général de l’exposition. En ajoutant à ce catalogue les dessins illustrés des articles, on y a introduit un remarquable perfectionnement.
- Nous avons là désormais les premiers rudiments d’un Guide Industriel et Commercial du Monde.
- La première édition du Catalogue est très imparfaite. Une autre édition suivra hientôt et sera, nous l’espérons, plus satisfaisante. C’est d’ailleurs aux délégués des diverses nations de faciliter et même de rendre possible l’exécution d’un catalogue exact et complet, en préparant chacun, pour l’exposition du pays qu’il représente, un catalogue spécial. Nous avons vu celui que les délégués de la Belgique ont déjà composé et publié, et nous souhaitons qu’il en soif ainsi de toutes les autres nations. Loin de nuire aq succès du Catalogue général, cela ne fera que l’assurer.
- Qn lit dans le Chronicle les observations suivantes, dqnt le sens pratique n’échappera à personne, et auxquelles nqus ne pouvons que nous joindre.
- “ Lorsque l’Exposition sera définitivement installée, il serait bqn que'l’on préparât pour les visiteurs de petits guides systématiques, appropriés aux divers buts que l’on peut se proposer, et au temps que chacun peut consacrer à sa visite. Il y aura quelques visiteurs qui n’auront que trois, que deux, même qu’une journée à leur disposition (on nous a parlé d’un Russe qui s’est précisément trouvé dans ce cas). Quelques nationaux auront obtenus un congé de huit jours, d’autres de cinq. En faisant abstraction des hommes spéciaux, qui sauront se rendre immédiatement dans le quartier où se trouvent les sujets de leurs études, les visiteurs ordinaires, limités par le temps, recevront avec reconnaissance un guide qui leur permettra d’utiliser lé plus avantageusement possible les courtes heures dont il auront à disposer. La nécessité de ces guides à bon marché se fait déjà sentir ; leurs titres pourraient être analogues à ceux-ci :
- “ D Exposition en une journée ; V Exposition en deux journées : VExposition en trois, quatre journées, etc. ; VExposition pour un Agriculteur ; l’Exposition pour un Musicien ; VExposition pour un Artiste ; VExposition pour un Marin, pour un Soldat, etc.
- “ 11 nous paraît qu’on pourrait calculer sur une durée de 6 à 7 heures et sur une marche de 4 à 6 milles, (c’est-à-dire de 6 à 10 kilomètres), en accompagnant ces itinéraires d’indications qui faciliteraient aux dames les moyens d’abréger leurs fatigues en négligeant certaines portions de l’Exposition et aux intrépides piétons les moyens d’allonger leur course en y joignant quelques excursions, pendant que leurs femmes se reposeraient sur un des sièges conforta-
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- blés répandus à profusion dans les grandes avenues du Palais.” _______
- FAITS DIVERS.
- Le banquet offert par les artistes anglais aux artistes étrangers ayant concouru à l’exposition universelle a eu fieu, sous la présidence de sir Charles East-lake, directeur de l’Académie Royale. La réunion était nombreuse ; elle se composait d’environ 80 célébrités artistiques des diverses nations. Le président a porté la santé des exposants étrangers. MM. Kiss et Duseimieur ont répondu. Nous donnons plu? bas le discours de M. Duseigneur, prononcé en français. M. Viebahn, commissaire prussien, a aussi prononcé un discours en français,
- Sir Charles Eastlake a ensuite porté un toast en l’honneur de l’exposition. M. Scott Russel, secrétaire de la commission royale, a répondu d’une façon très heureuse.
- “ DISCOURS DE M. DUSEIGNEUR. ”
- “ A la patrie de Shakespeare et de Milton.
- « Les poètes sont les premiers maîtres des arts plastiques ; les poètes préparent le canevas sur lequel l’artiste brode avec amour ; les poètes inventent les sujets que l’artiste exécute avec des formes et des coq-leurs toujours nouvelles. Eh ! quels poètes puissent jamais fait plus pour l’art que Shakespeare et Milton ? Ce sont deux éclatants foyers de poésie qui se reflètent sur l’art de tous les pays et de toutes les époques ; ce sont deux inépuisables sources de Beau idéal et de Vrai humain, où l'art puisera éternellement pour le plaisir des yeux et de l’esprit. Shakespeare, c'est le génie de la peinture lumineuse, multiple, originale et vivante ; Milton, c'est le genie de la statuaire, c est la statuaire simple, calme, solennelle et divine.
- “ A la patrie de Shakespeare et de Milton !
- “ Aux deux immortels inspirateurs de la peinture et de la sculpture modernes ! ”
- — On a introduit, vendredi dernier, dans les gale-
- ries de l’exposition, côté anglais, un modèle parfaitement exécuté du Théâtre de Sa Majesté. Le modèle a été construit par M. Dighton, Great College Street, Westminster. L’habileté de M. Tighton pour la construction des modèles d’architecture est bien connue. Le modèle du Théâtre de Sa Majesté est construit sur l’échelle d’un pouce par pied. La matière employée est un carton solide. Les riches décorations du théâtre, ont été modelées sur la même échelle. Un artiste du théâtre, M. Powell, a prêté son concours à M. Dighton. Comme œuvre d’art, cette élégante miniature de construction sera un objet de grande curiosité pour les amateurs. Comme imitation parfaite d’un des édifices les plus vastes et les plus élégants d’Angleterre, elle attirera l’attention des étrangers et des visiteurs.
- — A une réunion de la municipalité de Londres, il a été décidé qu'une série de fêtes et banquets seraient offerts dans Guildhall aux étrangers de distinction présents à Londres à l’occasion de l’Exposition Universelle. Un comité a été institué pour s’occuper d’organiser ces fêtes d’une manière digne de la Corporation de Londres, à laquelle il faut reporter en grande partie le succès pratique de la conception du prince Albert.
- RÉGLEMENT DE L’EXPOSITION.
- 1/exposition sera ouverte tous les jours excepté le dimanche, Les portes seront ouvertes à 10 heures (le samedi à midi),
- prix d’entrée.
- Jusqu’au 25 mai exclusivement .Cinq shillings (f},2â) Du 25 mai et jours suivants . , . .Un shilling (1,25) Excepté le vendredi où il est de . .Demi-c,ourqnue(3,10)
- Et le samedi où il est de , ....Cinq shillings (6,25)
- Billets pour tqute la saison.... .Trois guinées (78,0) Les personnes en voiture entrent par les entrées du sud §t de l’ouest, les personnes à pied peuvent entrer par le sud, l’ouest et l’est ; mais la dernière entrée
- leur est particulièrement réservée. Les billets de saison entrent par toutes les portes. Il y a des sorties pratiquées dans les diverses parties du bâtiment ; elles servent à la sortie seule, de même que les entrées servent à l’entrée seulement.
- Les salles des rafraîchissements sont situées dans diverses parties du bâtiment : celles du transept sont de première classe. Les prix y sont affichés.
- Jusqu’à nouvel ordre, il n’est pas. interdit de garder avec soi sa canne, son parapluie ou son ombrelle ; mais il est expressément recommandé de ne rien toucher, soit avec ces objets, soit avec la main.
- Les chiens sont formellement exclus.
- Nous donnerons dans notre prochain numéro le commencement de la liste des exposans français à l’Exposition de 1851 et nous la continuerons ainsi de semaine en semaine jusqu’à terminaison.
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- A commence a donner et donnera pendant toute la durée de la solennité industrielle de 1851, UN SUPPLEMENT GRATUIT DE VINGT-QUATRE COLONNES spécialement consacré à l’examen critique des objets de l’Exposition.
- Le Courrier de l’Europe donne dans chaque numéro toutes les nouvelles de la semaine, les articles les plus saillans de la presse française; une partie anglaise ; des bulletins originaux politiques et commerciaux ; la Revue de Paris de Pierre Durand ; la Semaine Dramatique de Jules Ja-nin, de Théophile Gautier, ou de Paul de Musset; la Semaine Scientifique de S. H. Rerthond : les Séances de l’Institut, et réproduit en entier les romans, nouvelles et œuvres de littérature dus à la plume des meilleurs écrivains de France.
- Le Courrier de l’Europe a maintenant plus de onze ans d’existence ; sa circulation vient de s’augmenter considérablement et s’augmente tous les jours. La justice et la modération de sa politique lui ont gagné l’estime de tous les partis ; et le grand espace qu’il consacre à la littérature R fait rechercher sur le Continent, dans les Colonies et dans les deux Amériques, partout enfin où le français se lit ou se parle.
- Etant le seul journal français établi depuis longtemps et d’une manière durable dans la Grande-Bretagne, il doit compter sur un grand accroissement de circulation pendant l’affluence des étrangers intelligents qui viendront à Londres en 1851, et à qui la langue française sera familière. Ayant aussi en Angleterre, surtout dans le grand monde, une circulation qui n’est surpassée par aucun journal de cette classe, il offre un moyen d annonce, sans égal, pour l’étendue et la respectabilité.
- On s’abonne chez M. JOSEPH THOMAS, 1, Finch-lane, Cornhill, City, et No 2, Catherine-street, Strand, Maison du Courrier de l'Europe. Trois mois, 6s. 6d. (8 fr. 50 c.) ; Six mois, 13s. (17 fr.) ; Un an, £1 6s. (34 fr.) S’adresser franco.
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
- MAISON SUSSE FRERES, PLACE DE LA BOURSE, No 31,
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- Mme marie élizabeth cayé.
- AVEC CETTE EPIGRAPHE DE RUBENS :
- Voir, comprendre, se souvenir, c’est savoir.
- Ces deux petits ouvrages de 150 pages d’impression, format Charpentier, se vendent chez MM. SUSSE Frères, Place de la Bourse, No 31, à Paris.
- Nous les recommandons vivement à toutes les personnes qui s’occupent de dessin et de peinture, et spécialement aux mères de famille qui veulent présider à l’éducation de leurs enfants. Impossible de présenter d’une façon plus simple, plus claire les élêmens pratiques de la science du dessin. Et de nos jours, comme le dit spirituellement l’auteur, le dessin n’est-il pas indispensable à tous ; apprenez à dessiner et vous aurez votre pensée non loin de votre crayon.
- Un de nos premiers peintres, M. Eugène de Lacroix, s’est exprimé ainsi à propos du dessin sans maître :
- “ Mme Cuvé ne s’occupe qu’à ren-
- L’AQUARELLE SANS MAITRE,
- PAR
- Mme MARIE élizabeth cave.
- AVEC CETTE ÉPIGRAPHE DE RUBENS :
- Voir, comprendre, se souvenir, c’est savoir.
- “ dre l’œil juste. Grâce à sa méthode “ qui est la simplicité même, les pro-“ portions, la tournure, la grâce, vien-“ dront d’elles même se tracer sur le “ papier ou sur la toile. Au moyen “ d’un calque de l’objet à représenter “ pris sur une gage transparente, elle “ donne à son élève la compréhension “ forcée des souvenirs, cet écueil de “ toute espèce de dessin ; elle accon-“ tume l’esprit à ce qu’ils offrent de “ bizarre et même d’incroyable. En “ faisant ensuite répéter de mémoire le “ trait en quelque sorte pris sur le fait, “ elle familiarise de plus en plus le “ commenéant avec les difficultés : c’est “ appeler la science au secours de l’ex-“ périence naissante, et ouvrir du mê-“ nie coup à l’élève la carrière de la “ composition, laquelle serait fermée à ‘ jamais sans le secours du dessin de “ mémoire.
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- 2. Des renseignements indispensables sur les mesures à prendre avant le départ, pendant le voyage et durant le séjour à Londres, ainsi que les moyens d’y vivre selon ses goûts et sa fortune.
- 3. Un aperçu des mœurs et des usages du pays, avec les principaux détails relatifs à son organisation.
- 4. Une Notice historique sur la capitale de l’Angleterre.
- ô. Le plan officiel et explicatif de l’Exposition de 1851, parfaitement colorié.
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- Ce vaste établissement occupe près de 400 ouvriers. Il se compose principalement de Machines à vapeur; — 25 presses 'mécaniques et à Bras; — Machines spéciales pour Journaux, tirant les unes 4,500 exemplaires à l’heure, et d’autres 3,500 des plus grands formats, ou 7,000 avec double composition;—Presses lithographiques, hydrauliques, à percussion et autres ; — Machines pour glacer j et rogner les papiers : — Mécaniques pour fabriquer les Billets de Chemins de fer, tirant chacune 20,000 exemplaires à l’heure. — Matériel considérable de Caractères, qui permet de conserver les planches des Clients, et de leur éviter ainsi des frais considérables de composition pour de nouveaux tirages. — On peut visiter cet établissement tous les jeudis, de 2 heures à 4 heures, en adressant une demande à VAdministration.
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- CINQ JOURS.
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- 9. Une Ndtice sur les Hôtels, les Magasins et Etablissements français.
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- ar.finpîday, May 14, 1851*
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- JOURNAL ILLUSTRÉ DE L’EXPOSITION DE 1851.
- N° 3. LONDRES, MERCREDI, 21 MAI 1851. PRIX : 6d. (60 c.)
- Ce journal paraît tous les mercredis pendant la durée de l’Exposition. Prix de l’abonnement pour la France et l’Angleterre, 25 fr. (£1) ; le port en sus pour l’Etranger.
- L’on s’abonne : à Londres, au Bureau du Journal, 2, Catherine-street, Strand; chez M. Joseph Thomas, 1, Finch-lane; en France chez MM. Susse Frères, à Paris, Place de la Bourse ; chez M. Hector Bossange, 25, Quai Voltaire, à Paris (pour -l’exportation), ainsi que chez les principaux libraires ; pour l’Allemagne, chez M. Alexandre, à Strasbourg, qui reçoivent aussi les annonces.
- Toutes les réclamations et communications relatives au Palais de Cristal doivent être adressés (franco) au Bureau du Journal à Londres, 2, Catherine-Street, Strand.
- Londres, 20 mai 1851.
- Dans quelques jours aura lieu la seconde inauguration de l’exposition universelle de 1851. Jusqu’ici, en effet, il faut le reconnaître, un nombre comparativement restreint d’êlus est venu prendre part au congrès européen ouvert dans le bâtiment d’Hyde Park. Il fallait avoir une certaine position de fortune, soit pour se procurer le luxe d’un billet de saison, qui ne coûte pas moins de trois guinées, ou soixante dix-huit francs, soit pour verser les vingt-six francs qui étaient exigés les deuxième et troisième jours de l’ouverture; il faut une certaine aisance pour pouvoir donner les six francs vingt-cinq centimes qu’il en coûte encore aujourd’hui pour chaque visite : l’exposition était donc universelle sous le point des industriels et des artistes qui y étaient venus de toutes les parties du monde apporter le contingent de leurs travaux ; mais elle n’était pas encore universelle quant au public visiteur. La masse du public, ce qu’on appelle en Angleterre le “ million,” n’a pas encore pu, à de très rares exceptions près, se permettre l’entrée du “ Palais de Cristal.” C’est lundi prochain que les barrières seront levées et que tous, riches*et pauvres, pour-
- ront jouir du spectacle extraordinaire qui s’offre aux regards dans le bâtiment d’Hyde Park. C’est lundi prochain que le jury populaire entrera en fonctions pour rendre ensuite ses arrêts souverains. D’après les côtés où se précipitera la foule, vous pourrez juger où est le succès : car dans les industries et dans les arts, comme en toute autre circonstance, l’on peut dire avec certitude, “ Vox populi, vox dei.”
- Nous pensons d’ailleurs que c’est également à partir de la semaine prochaine que l’affluence des étrangers va commencer à se faire sentir dans la capitale de l’Angleterre. On a jusqu’à ce jour éprouvé un certain désappointement quant aux espérances et, nous dirons même, aux illusions qui avaient surgi dans toutes les têtes. Ce flot de voyageurs que l’on attendait à voir venir de tous les coins de l’horizon, s’est borné jusqu’à présent à un mince filet incapable de désaltérer la terre sèche et crévassée des spéculateurs qui ont tous pris leurs arrangements en vue d’une inondation et qui ne peuvent se désaltérer pour si peu. Il n’y a guère qu’en Angleterre, d’ailleurs, où le prix d’entrée assez élevé qui a été perçu jusqu’à ce jour aux portes de l’Exposition ne serait pas un obstacle à l’af-
- FOTERIES DU ZOLLVEREIN.
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- LE PALAIS DE CPISTAL.
- fluence non-seulement du peuple proprement dit, mais encore de la bourgeoisie. Dans les diverses contrées du Continent, les voyageurs ont donc attendu que l’accès d’Hyde Park fut plus facile et moins coûteux.
- D’un autre côté, beaucoup de personnes qui avaient projeté une excursion à Londres pour l’été de 1851, ont été justement effrayés des récits exagérés que certains “fantaisistes” de 1*Angleterre ou du Continent ont tracés des tribulations qui attendaient le malheureux voyageur fourvoyé sur la rive inhospitalière de la 44 perfide Albion. ” MM. les feuilletonnistes de la presse parisienne n’ont pas été les derniers à jeter l’alarme dans le cœur de ceux qui se préparaient à visiter les rives de la Tamise. Depuis, il est vrai, ils ont eu peu désassombri le tableau ; mais le coup était porté.
- Que l’on se rassure : la cherté des logements et de la nourriture n’a jamais existé que dans l’esprit de quelques esprits pessimistes qui ne veulent jamais voir que le mauvais côté des choses, ou dans l’imagination vagabonde de journalistes qui étaient bien aises de produire des impressions à effet. On vit en ce moment à Londres au même prix que l’année dernière, c’est-à-dire aussi bon marché, sinon meilleur marché qu’à Paris. Des logements sont partout à louer ; les vivres arrivent chaque jour de tous les côtés de la Grande-Bretagne avec une affluence équivalente à la demande, quelqu’élevée qu’elle soit. Il est par conséquent inutile de se pourvoir de tentes ou autres objets de campement, et l’on n’a pas, non plus, à redouter le renouvellement de la scène du naufrage de la Méduse.
- En route donc, retardataires ! Confiez-vous à la vapeur, venez jouir d’un spectacle qui ne se renouvellera peut-être jamais et dont vous serez bien aises de pouvoir parler plus tard à vos arrière-neveux.
- SUITE DES LETTRES DE M. ELANQUI SUR L’EXPOSITION.
- IV.
- L’Exposition se complète et s’embellit de jour en jour. Les retardataires arrivent, les vitrines se remplissent ; tous les produits seront bientôt à leur place, et il sera désormais facile de les comparer entre eux, sans avoir à craindre aucun oubli important. Les grands résultats économiques commencent à se dessiner nettement aux yeux des hommes exercés ; ils seront bientôt visibles pour toute le monde. Le plus frappant de ces résultats, c’est que la lutte n’existe en réalité qu’entre la France et l’Angleterre, au moment où j’écris, mais qu’avant peu d’années elle deviendra sérieuse avec l’Europe tout entière, et surtout avec le continent germanique, armé de ses chemins de fer et des procédés des arts, dont il fait la conquête tous les jours.
- Plus on étudie, dans le Palais de Cristal, la portion consacrée à l’industrie anglaise, plus on reconnaît que les Anglais n’ont rien négligé nour paraître, avec tous leurs avantages, à ce mémorable tournoi. Ils sont au grand complet, armés de toutes pièces. Eux seuls, peut-être, de tous les concurrens, sont en mesure d’être jugés sans appel, parce qu’ils ont fait valoir leurs moyens sans réserve. Les protectionistes les plus déclarés, qui avaient le plus combattu l’idée de l’Exposition, une fois l’Exposition déoidée, n’ont plus songé qu’à y figurer noblement. Ils se sont exécutés de bonne grâce, et pas un seul manufacturier important n'a manqué à l’appel ; ils étaient tous prêts et en tenue le jour de l’ouverture.
- Ils occupent, nous l’avons dit, la moitié du terrain général consacré à l’Exposition tout entière, et ils s’y sont établis méthodiquement dans un ordre admirable. Toutes leurs machines fonctionnent aujourd’hui dans une suite de galeries où la vapeur arrive sous terre pour leur donner le mouvement. Soit par mesure d’économie, soit pour éviter le bruit effroyable de tant de métiers en action, chaque machine ne reçoit la vapeur que par intervalles, très rapprochés d’ailleurs, de manière qu’une partie des appareils se repose, pendant que l’autre travaille. Les oontre-maî-très donnent partout au public l’explication des pro» cédés ; on file, on tisse, on brode, on fait des bas, du tulle, des rubans, de la toile. C’est une véritable encyclopédie industrielle en action. La vapeur arrive à des machines de vingt chevaux et à des petits modèles delà grandeur d’une table de jeu. Gardez-vous de passer sans attention devant ces innombrables instru-mens de production : il n’y en a pas un qui ne présente quelque amélioration nouvelle ou quelque perfectionnement de détail.
- Aucune nation européenne, même parmi celles qui excellent dans la construction des machines, n’en offre une collection aussi brillante et aussi complète que l’Angleterre. Les Anglais sont véritablement là sur leur terrain naturel ; leurs presses hydrauliques, leurs locomotives, leurs machines à vapeur pour la navigation dépassent toutes les proportions connues. Us exposent des rails étirés de 20 mètres de long d’une
- seule pièce ; des bielles en fer forge pour machines de 800 chevaux ; des bancs à filer de 1,200 broches, c’est-à-dire des instrumens de mouvement ou de production gigantesques. Leurs grues, leurs pompes à épuisement, leurs wagons, leurs modèles de pont sont d’une hardiesse remarquable. On n’admire pas moins la perfection de leurs instrumens aratoires, si variés et si différens des nôtres. A défaut d’autre étude, celle de ces instrumens suffirait à prouver combien leur agriculture est avancée et digne de leur industrie.
- Leur supériorité se manifeste d’une manière encore plus frappante dans tous les ouvrages de fonte et dans la coutellerie. Le fer et la fonte sont, avec la houille, les principaux élémens de la fortune du peuple britannique. Entrez dans le moindre village : partout où nous employons du bois, les Anglais emploient de la fonte ou du fer. Les barrières à l’aide desquelles ils retiennent le bétail dans la campagne ne sont autre chose que de petites bandes de fer plat, percées de trois ou quatre rangs de trous, par lesquels passent des fils de fer de moyenne épaisseur, disposés comme ceux de nos télégraphes électriques. Leurs escaliers dans les usines, leurs conduites d’eau, de gaz ou d’air, leurs devans de cheminée, les grilles de leurs parcs, les en-cadremens de leurs fenêtres, les rampes de toute espèce, leurs membrures, leurs toits, leurs cloisons, tout est en fonte, en fer ou en tôle.
- L’observateur éclairé qui parcourt l’Exposition est surtout frappé de l’admirable perfection et de la variété de leurs outils, depuis la hache jusqu’au rabot, depuis les machines à forer jusqu’aux limes les plus délicates. Leur serrurerie, parfaitement étalonnée, s’adapte avec précision à toutes les clôtures. Leurs couteaux, leurs ciseaux, leurs rasoirs, leurs canifs, ces instrumens indispensables de la vie usuelle, dont l’imperfection nous cause tant petits ennuis journaliers, en France, sont ici d’une solidité à toute épreuve et d’un prix extrêmement modéré. La quincaillerie et la taillanderie se ressentent aussi du prix de la matière première et de l’avantage d’une exécution mécanique.
- Notre supériorité commence des qu’ils s’agit dégoût et d’objets d’art, et cette supériorité, toute française, brille non seulement dans notre lutte avec les Anglais, mais avec toutes les autres nations. La forme, l’élégance, la grâce, le je ne sais quoi, ce qui donne vie et âme à la matière, parfum aux fleurs, couleur aux objets, voilà l’apanage incontesté du génie français. Sous ce rapport, j’ose le dire sans préoccupation patriotique, notre exposition est écrasante, quoique incomplète. I.a question de prix, la question de travail, d’économie politique viendra plus tard et nous la discuterons envers et contre tous ; mais la question d’art et de goût, ce grand procès qu’on pouvait perdre, est gagné sans appel, de l’aveu de tous nos rivaux.
- Voyez les Autrichiens, les Belges, les Espagnols même et les Anglais pour le travail artistique dubois, dans une grande et belle industrie, celle des meubles : assurément, ils ont exposé de sérieux ouvrages, tables, canapés,fauteuils, bibliothèques; mais quelle absence de goût ! que de talent et d’habijeté en pure perte, faute de dessin, d’art et de sentiment ! Quelle comparaison peut supporter cette lourde bibliothèque allemande, hardiment exécutée d’ailleurs, avec la bibliothèque en palissandre des ouvriers de l’association ébéniste française ? Quel meuble peut prétendre à. un regard auprès du buffet de Krieger, de celui de Four-dinier et des ravissantes incrustations colorées de Krémer !
- Il en est de même pour les bronzes et pour l’orfèvrerie, quoique MM. Denière et Thomire aient fait défaut, comptant sur leurs lauriers. Ils ont eu tort, MM. Vittoz, Miroy, Barhedienne et tant d’autres, que nous citerons plus tard, ont dignement représenté cette grande fabrication, Anglais, Prussiens, Saxons, Autrichiens, tout s’incline devant les œuvres de nos fondeurs. Il y a dans ces œuvres une vigueur, un brio si extraordinaires, que tout le monde a été saisi, Voilà les grands artistes ! les gens de goût, les inventeurs, les gens qui possèdent le feu sacré des arts ! J’ai visité à plusieurs reprises l’exposition entière avec plusieurs habiles fahricans étrangers, qui exprimaient tous leur sincère admiration pour tant de chefs-d’œuvre. Froment Maurice et Odiol n’ont pas reçu moins de complimena de la part de M. Garrard, de Londres.
- Nous retrouvons partout cette flamme immortelle du génie français, qui est pour nous ce que les mines de fer et de charbon sont pour les Anglais, et de plus un capital inépuisable. Les manufacturiers de Mulhouse ont à peine étalé leurs jaconas imprimés, leurs toiles peintes, leurs perses, leurs mousselines de laine que déjà la victoire est à eux. Allez voir les mêmes articles au quartier anglais, au quartier autrichien, belge, saxon, suisse ou prussien : partout vous serez forcé de reconnaître, avec les progrès qui se sont accomplis, la supériorité définitive des étoffes françaises. Et cette fois, la question des prix n’excite plus aucun doute ; personne ne fait mieux et à meilleur marché. Voilà pour 1 fr. 50 le mètre, des tissus pour rideaux, ou plutôt de vraies masses de roses, de lilas, de camélias, qui flottent dans les airs, sur des fonds de calicot que M. Jean Dolfus trouve encore trop chers,
- Jean Dolfus a raison, Jean Dolfus est un loyal et habile manufacturier qui a parfaitement compris que le bon marché était la grande affaire de ce temps, et qui se jette dans la mêlée pour le triomphe des vrais principes. Que dit-il ! Une chose bien simple. Il dit ceci : “ Puisque nous sommes les premiers imprimeurs sur étoffes, et il a le droit de le dire, car il est l’un des plus habiles, nous n’avons qu’une chose à désirer, c’est que MM. les fabricans de calicots nous fournissent la matière première de nos toiles peintes au plus bas prix possible. Notre avantage comme imprimeurs n’est affaibli que par notre infériorité comme tisseurs. Nos tisseurs ne nous vendent les calicots- à si haut prix que
- parce que les filateurs (1) sont protégés par la prohibition au dessous de certains numéros. Supprimons la prohibition, qui est absurde et impertinente de tout point, et nous verrons tripler, déculper peut être l’industrie des toiles peintes. Nous achèterons du calicot blanc à meilleur marché et nous le revendrons embelli de mille couleurs.’’
- Sur ce, grande rumeur à Mulhouse, où il y a, comme ailleurs, beaucoup de fabricants ignorants en économie politique, moins tranchants et moins intolérants pourtant que MM. Lebeuf et Mimerel, ces grands maîtres dans l’art de fermer les portes et de bâtir des murailles de la Chine, et pour qui toute la France est à Creil et à Roubaix. Ces illustres représentants du peuple n’exposent rien à Londres. M. Lebeuf a craint pour la fragilité de ses soupières, et M. Mimerel a redouté la comparaison pour ses produits. Ceux qui pensent comme eux à Mulhouse, ne veulent pas que nos imprimeurs qui impriment si bien, impriment à meilleur marché ; que, par conséquent, ils fassent travailler plus d’ouvriers et créent plus de travail national.
- Voilà le procès qui sera jugé à l’exposition de Londres, soyez-en sûr, pièces en main.
- Ah ! monsieur, quel chagrin j’éprouve de penser qu’il y a plus de vingt-cinq ans que nous écrivons et que nous enseignons, mes maîtres et moi, pour démontrer à ce peuple qu’un bon couteau de trente sous vaux mieux qu’une mauvaise lame de trois francs, et que pour faire de l’acier, le fer de Suède vaut mieux que le nôtre ! — C’est peu patriotique, nous dit-on, et vous êtes les ennemis du travail national.— Comme si le travail national n’avait pas intérêt au bas prix des matières premières, et comme s’il n’y avait pas ën France des millions d’hommes qui se servent du fer, en regard de quelques milliers qui le produisent ! C’est à ce grand concours de toutes les industries du monde qu’il est aisé de juger quelle est l’influence du bas prix des matières premières. Toute la fortune, aujourd’hui ascendante des Anglais, vient delà. Us affranchissent tous les jours leurs matières premières et leurs objets de consommation. Pain, café, sucre, viande, thé : éléments de la nourriture, élémens du tissage, ils mettent tout à la portée du plus grand nombre, et voient croître à la fois le revenu de l’Etat et le bien être des citoyens.
- Quand on considère, dans ce vaste bazar de l’exposition univervelle, ce qui manque à chaque nation, il est facile de voir que c’est surtout la liberté de se le procurer à l’aide de ce qui ne lui manque pas. Les Etats-Unis exposent des matières premières variées en grand nombre, et des articles manufacturés peu abondants et très médiocres. Leur intérêt est de nous vendre ces matières premières et d’acheter nos produits.
- Avant de terminer cet aperçu rapide des faits généraux de l’exposition, il convient de signaler l’intérêt qui s’attaehe aux pays aujourd’hui arriérés, jadis prospères, du vieux monde civilisé. Les produits de l’Inde et de la Chine représentent avec assez d’exactitude l’état de l’industrie tel qu’il était il y a deux mille ans, alors que la France et l’Angleterre étaient couvertes de forêts. Ceux delà Malaisie actuelle peuvent être contemporains de la fondation des pyramides d’Egypte. L’exposition de Londres ne présente donc pas seulement les différentes industries des nations, mais celles des siècles ; et ce n’est pas non plus un spectacle sans intérêt que celui de ces dépouilles d’animaux venus de toutes les parties du monde, tels que tigres du Bengale, lions d’Afrique, ours de Russie, castors d’Amérique, et jusqu’à des peaux d’hippopotames parfaitement tannées et à l’épreuve de la balle.
- Je commencerai bientôt la revue de toutes ces richesses minérales, végétales et animales, nation par nation, en réservant les grandes questions pour la fin de mes études.
- A. Blanqtji, de VInstitut.
- Le Constitutionnel contient de son côté sur l’examen de certaines parties du palais de cristal un article dont nous croyons devoir reproduire quelques extraits ;
- Comme dans tout le reste de l’exposition anglaise, si admirable par la grandeur et par l’ensemble, la partie consacrée par l’Angleterre à l’orfèvrerie et à la joaillerie éblouit les regards et confond la pensée. L’imagination se refuse à calculer la valeur de ces richesses entassées sur la longueur de je ne sais combien de milles et qui occupent tout le côté gauche de la galerie supérieure, à partir du transept jusqu’à l’extrémité ouest. On a reproché à l’Angleterre de ne demander à l’argent que d’être bien brillant, bien massif et bien bruni ; de produire surtout des pièces énormes, des candélabres de style rococo, des surtouts de table contenant des forêts, des mentes, des piqueurs, des sangliers, des lions, des éléphans, le tout en argent mat ou poli ; de lourdes vaisselles des dessous de carafes à balustres et à galeries, des aiguières trapues, des plateaux bossués, des salières à sujets compliqués, des corbeilles enrichies de houblon et de pampres, et des soupières qui auraient pu figurer aux noces de Gamache. Aujourd’hui, la richesse et l’éclat ne suffisent plus aussi exclusivement aux Anglais : on les voit préoccupés davantage de la pureté des formes, de la légèreté et de l’élégance des ornemens, de l’unité du style et de la régularité du dessin. Ils recherchent les ouvriers habiles et se les attachent par des avantages considérables. Aussi voit-on figurer sur la liste honorable et brillante des orfèvres et des joailliers anglais, les noms de deux artistes, disons deux trans-
- (11 M, Jean Dolfus, filateur lui-même, a démontré aux filateurs que leurs bénéfices étaient de 30 pour cent.
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- fuges, dont l’un est Français, sans aucun doute, et dont Vautre, s’il n’est point Français d’origine, ce que j’ignore, a longtemps habité la France, y a été décoré, y a reçu toutes sortes d’ençouragemens. MM, Morel et Wechte. Le premier a exposé une statue équestre de la reine Elisabeth ; une coupe en agate orientale ; un vase en cristal de roche, monté en or et en émail, et un bouquet du diamans. M. AVechte s’est contenté d’exposer son grand vase qui représente Jupiter foudroyant les Titans. Des travaux de M. Wechte figurent dans la partie française de l’exhibition.
- Maintenant traversons la grande avenue, et entrons sans crainte ni des ardeurs du climat, ni des indigènes, ni des morsures des reptiles venimeux ; entrons, je vous prie, dans ces pays qu’il nous plaît d’appeler sauvages- En vérité j’en suis désolé pour notre amour-propre; mais notre civilisation si fièie doit s’incliner, en fait, d’art et de goût, et courber le front devant ces barbares ; voici des bijoux, des armes, des selles, des harnais qui viennent des Indes. Quel éclat ! quelle finesse ! quelle harmonie de couleurs ! Et comme ces peuples primitifs excellent dans l’art difficile de marier et de fondre les nuances ! Comme ces rubis, ces topazes, ces émeraudes brillent joyeusement, sans se heurter, et vont se placer, avec une grâce naturelle, sur ces cassolettes en cœur, sur cette bride aux houppes triomphantes, sur cette boucle de ceinture, sur ce manche de poignard! On resterait des jours entiers en contemplation devant cette selle en velours cramoisi, brodée d’or et de perles, ou devant cette autre selle en cuir rose aux lambrequins si curieusement découpés ! Quelle heureuse gradation de couleurs, et comme ces rappels sont bien entendus ! Figurez-vous cette bride et cette selle sur le cou et sur le dos d’un cheval arabe, blanc comme neige, à la crinière longue et soyeuse, et balayant de sa queue les sables du désert. Figurez-vous un cheval ainsi harnaché, monté par un de ces trois chefs de tribus dont vous voyez les armures, et qui s’appellent Ayer-Berlari, Paran-La-jow et Tam-Adding. Rien n’est plus fier ni plus galant que ces petits casques sur le sommet desquels sont plantées trois aigrettes de plumes noires ; ces boucliers ronds ornés de quatre clous d’or ; ces lances, ces arcs, ces flèches ; toute cette panoplie, en usage à Java ou à Bornéo, et les couteaux larges et pointus de Dusun, et les cottes de mailles et les chaînes meurtrières dont se servent les pirates de lTllanun. Tout auprès, sont de paisibles instrumens de musique d’une forme bizarre et grossière ; il y a des violons, des guitares, des mandolines, des théorbes, des tamtams, des morceaux de bois forés, des tuyaux de gutta-percha, des marmites couvertes de peau dont les virtuoses de Sumatra et de Singapore pourraient seuls nous expliquer la mécanisme et nous faire entendre les sons .mélodieux.
- Non loin de ces instrumens et de ces armures, on voit la plus curieuse collection de boîtes à parfums de différens modèles, selon le rang des personnages qui peuvent les porter ; car il y a une hiérarchie jusque dans les boîtes: telle forme n’est permise qu’au sultan, telle autre autre au hindahara, ou trésorier, telle autre au tamungung, ou ministre de la guerre. On ne saurait se faire une idée delà délicatesse et du soin que les Indiens apportent dans ces frêles ouvrages, ainsi que dans la menue bijputerie, dans les anneaux, dans les petits cachets, dans les broches, dans les fermoirs, dans les travaux de filigrane d'or et d’argent que Gênes n’a jamais poussés à un plus haut degré de légèreté et de fiuesse.
- Il paraît que, dans plusieurs contrées des Indes, on rencontre des joailliers ambulans ; l’orfèvre fait le tour de la ville comme chez nous le remouleur et l’éta-meur.^ Il passe dans la rue aux heures brûlantes de la journée et s’annonce aux pratiques par un chant monotone et doux. On l’appelle, on lui donne du sable d’or ou de petites feuilles d’argent et on lui commande le bijou qu’on désire. Le bonhomme a bientôt dressé ses fourneaux, son creuset, ses outils, et là, en présence de la jeune fille curieuse et ravie, et des marmots qui l’assourdissent et l’obsèdent de leur fatigant babil, sous les mains de l’habile ouvrier, le précieux métal prend la forme d’un collier, d’un bracelet ou d’une jolie paire de boucles d’oreiles dont on se pare à l’instant.
- Au reste, ce n’est point seulement dans les matiè; précieuses, mais dans les moindres vases de terre de cuivre qu’on admire ce goût charmant, cette fie de poésie et d’élégance. Il y a dans cette expositi indienne des amphores, des coupes, des lampes d’u pureté de style incomparable, et dont on ne trouver les modèles que dans les fouilles d’IIerculanum et Pompéï. Pour les tissus pour les tapis, pour les ( chemires, on sait que nul peuple ne surpasse, ni n gale les Indiens. On a réuni dans une tente artis ment disposée, les plus riches étoffes, les meub les plus rares, les tapisseries les plus surprenant Je ne croyais pas voir de ma vie tant de trésors acc mulés dans un si petit espace. Il y a là des tapis velours a broderies si épaisses et si grenues, qu’ dirait une plaque d’or au repoussé ; il y a de mervc leux brocarts lamés d’or et d’argent, des mousselir d une finesse idéale, des soieries douces au toucl comme le duvet d’une pêche, des cachemires car:
- une richesse inouï, et où les tons les plus vifs se fc ,ent .an^ nn admirable ensemble, des écrans, c éventails à chasser les mouches, dont les dossiers st sculptes, fouillés et découpés à jour eomme une de e e. Evidemment ces meubles ne peuvent être d tines qu au château d’une fée: car le moindre choc erai vo er en éclats. Vis-à-vis de cette magnifie tente, et comme pour compléter ce précieux arneub ment, on voit sur une estrade un lit d’une étonnai beaute. Rien n’est plus simple et plus riche, p charmant a la fois. Quatre sveltes colonnettes er emaille suportent le dais d’une légèreté exquise
- les rideaux de cachemire brodé où se jouent des fleurs, des oiseaux, mille délicieuses arabesques ; les pieds du lit figurent des clochettes renversées du plus gracieux effet ; les matelas sont de cachemire vert-tendre d’une adorable nuance ; deux oreillers longs et plats, à coins arrondis, ornés d’une élégante bordure, deux petits ronds de cachemire cerise, pour indiquer l’endroit où les têtes se posent, une comte-pointe qu’il faut renoncer à décrire, tant le dessin en est riche et le travail inimitable ; tel est ce lit dont on ne peut pas détacher les yeux une fois qu’on l’a vu, et que les sylphes mêmes terniraient de leurs ailes.
- Tout en admirant ces richesses on est saisi d’une pitié profonde pour les pauvres gens qui les produisent, car, afin que les curieux se rendant compte de tout, et de peurque l’ombre ne manque pas au tableau, on a étalé sur une table des figurines et des groupes de quelques pouces de hauteur ; on peut suivre ainsi à toute heure de jour et de la nuit l’existence de ces malheureux trava lleurs, leurs mœurs douces, leurs passe-temps, leurs pratiques religieuses ; on les voit presque nus, suspendus par centaines, comme l’araignée à sa toile, à leurs métiers à tisser et à broder qui sont d’une hauteur prodigieuse; on les voit filant le coton, dévidant la soie, broyant la canne à sucre. Voici des femmes nues, enfoncées jusqu’à mi-corps dans un étang, tordant et secouant le linge avec des bras fauves cemme du bronze florentin : ce sont les lavandières indiennes ; voici desjeunes gens agenouillés qui se versent dévotement sur la poitrine des sceaux d’eau lustrale ;yoici le marchand de dattes, le mendiant, le musicien, le magnétiseur qui charme et endort les serpens ; voici un barbier et son client qui me semblent avoir choisi une posture bien incommode ponr se livrer à une opération aussi délicate : ils sont tous les deux accroupis par terre, les jambes croisées à la manière orientale, et les genoux de l’un touchant les genoux de l’autre. La savonnette, le plat d’étain, le cuir à repasser sont posés sans façon sur le sable. Le barbier et le patient, mis en face l’un de l’autre, se regardent dans le blanc des yeux ; le barbier, d’un air grave, allonge son bras armé du redoutable instrument, le patient tend sa joue, et la barbe, et souvent la peau, sont enlevées en un clin-d’œil.
- Mais mon plus grand bonheur, depuis que le palais de cristal est ouvert, c’est de m’enfermer dans le Céleste-Empire et de vivre avec ce bon peuple chinois, si laborieux, si modeste et si doux, ce peuple mélodieux et cadencé dont chaque parole est une musique, chaque geste une danse, chaque regard un mystère. Je sais maintenant mes Chinois par cœur, et il n’est pas un de leurs bimbelots dopt je ne connaisse à fond les ressorts, l’origine et l’çmploi. C’est déjà une chose extrêmement curieuse et Intéressante que d’assister au déballage de leurs marchandises. Elles arrivent empaquetées, ficelées, ouatées avec un soin dont on ne se doute pas en Europe, Quand on a défait la première enveloppe, qui consiste en nattes finement tressées d’aloës et de bambou, on trouve une caisse bien rabotée, bien blanche et bien polie ; on introduit le bout du ciseau dans une des rainures latérales, et la planche qui forme le couvercle glisse sur ses charnières Gomme le dessus d’une boîte de damier. Qn voit paraître alors des rouleaux de papier de soie de différentes couleurs tout chargés de caractères étranges et d’hiér-oglyphes mystérieux. Ce spnt des maximes chinoises, des souhaits, de courtes prières pour implorer du piel que la marchandise arrive à bon port.
- Le premier objet qui frappe le visiteur par sa richesse et par sa singularité, c’est le costume d’un mandarin. Outre le chapeau à forme conique, les souliers a bout releve, et l’énorme chapelet suspendu au cou et tombant jusqu’à la ceinture, ce costume se compose d’une longue robe à manches évasées, sur laquelle oj\ a brode à 1 aiguille toute la cosmogonia chinoise, rhistoire ancienne et moderne, la création, le chaos ! Ce qu il a fallu de patience et de temps pour venir à bout de cet ouvrage, ne peut se comprendre. Je ne parle point de ces étoffes si renommées, ni de ces tables de laque avec incrustations de perles, ni de ces paravents, ni de ces coffres en ivoire d’un travail si exquis et d’un si charmant modèle. Il y en a une telle abondance, qu’il faudrait, pour tout voir et tout décrire, des mois et des volumes. Mais je ne puis me lasser d admirer ces beaux vases à émaux cloisonnés. Voici le procédé fort simple par lequel on obtient ces fleurs si vivaces, ces tons si harmonieux, ces brillans dessins : on passe d’abord et on applique au vase à peine ébauché un fil de fer ou de cuivrp qui se plie et s’enroule selon les capricieux méandres tracés par b’""' ' ' '"".s on remplit les vides et l’on présente
- e .d à i action du feu. J’ai remarqué aussi un grand vase d’une simplicité charmante, et dont la couleur tout unie imite le porphyre antique ; une chimère verte aux ailes diaprées s’enlace au col de ce vase, comme si elle voulait le mordre de ses dents de porcelaine. Je n’ai jamais rien vu de plus parfait comme forme et comme style, même dans les Musées de Naples, de Toscane et de Rome.
- Je ne cite que pour mémoire urne grande collection de paysages, à laquelle les chinois attachent le plus grand prix, et dont la. naïveté nous fait sourire. Ce sont des pierres dures de différentes couleurs, découpées par le mosaïste avec beaucoup de peine, et grossièrement appliquées sur un fond vert, jaune et azur. J’aime mieux leurs braseros de cuivre émaillé pour brûler les parfums et l’encens, dans les cérémonies funèbres. Ces énormes encensoirs qui affectent la figure d’un dôme, ou d’une pyramide entourée de gradins, sont surmontes par des lions et des chimères qui laissent échapper par leurs prunelles caves et par leurs naseaux beans la fumée des parfums parmi les mille objets consacrés par la tradition et destinés au pulte, il est une pièce unique et du plus grand intérêt : c est la copie ou plutôt la répétition exacte
- du fameux sceptre donné par l’empereur Jang-te-Yaou, dans l’année 2230 au chef du Céleste-Empire, pour avoir construit les canaux par où se sont écoulées les dernières eaux du déluge chinois. Ce curieux morceau de bois est arrondi par un bout comme un manche de contre-basse. Une quantité de figures, les unes dans une pose de béatitude ou de commandement, d’autres dans l’attitude de la supplication et de la prière, y sont sculptées et ciselées avec assez de finesse pour que ce sceptre ait une valeur comme objet d’art, outre la vénération qu’il inspire comme relique.
- REVUE DE L’EXPOSITION DES ÉTATS-UNIS
- PREMIÈRE JOURNÉE.
- L’exposition universelle, examinée successivement par nationalités, offre souvent à l’observateur les anomalies les plus singulières. Elle a des surprises tout-à fait inattendues pour l’homme qui sans se préoccuper de ce qui est réellement, cherche dans sa pensée ce qui pourrait et devrait être.
- L’Amérique, pensions-nous, avec ses savanes immenses, ses montagnes et ses lacs inexplorés, sa population rare et dispersée à d’énormes intervalles, l’Amériqua, comme la Russie sans doute, ne peut guère envoyer à l’Exposition que des matières premières : du coton, des cuirs, des bois, des minéraux; une immense variété des productions intertropicales, que ses États méridionaux arrachent sans travail au sol 'fécond des Carolines, de la Floride, et de la Louisiane.
- Nous savions d’avance que l’industrie manufacturière, les arts d’agrément et les beaux arts, seraient représentés par quelques-uns de ces émigrants d’Europe qui vont chercher, au-delà de l’Océan, un sol inoccupé, des débouchés inconnus, une civilisation plus naïve et moins raffinée. Mais les produits industriels, les objets artistiques, ne devraient, à nos yeux, venir à l’exposition qu’en seconde ligne et comme exception, plutôt que comme règle générale.
- L’examen que nous venons de faire en détail de l’exposition américaine nous a convaincu aujourd’hui que cette théorie faite d’avance,_ reposait sur une grave erreur ; à moins que les États-Unis, qui ont exposé une grande quantité d’objets manufacturés et peu ou point de matières premières, n’aient agi com me les avares qui étalent leur misère apparente et cachent leurs véritables richesses aux yeux (lu qion-de. Quoi qu’il en soit, l’industrie américaine a fait dans ces derniers temps des progrès remarquables et que nous constatons sans le moindre sentiment de jalousie; car les progrès que fait une nation Profitent à toutes les nations de la teiye.
- Les Ecats-Unis ont exposé relativement une très; grande quantité d’instruments et de machines agricoles, depuis la plus simple, telle que la bêche jusqu’à U charme à vapeur, dont ils ont envoyé un petit modèle. Cette quantité d’instruments et de machines agricoles se comprend très bien dans un pays où la main-d’œuvre est naturellement fort chère et oqjl a fallu songer par conséquent à supléer, par la vapeur ou par la force des animaux de trait, aux bras de l’homme qui sont plus demandés qu’offerts sur la terre américaine.
- Parmi les nombreux spécimens de charrues que l’Union a envoyés à l’Exposition, nous avons remarqué surtout celles de MM. Prouty et Mears qui ont eu l’exellente idée d’attacher les traits des chevau^ au soc de la charrue, de sorte que tout l’effort de la traction se porte sans intermédiaire sur la résistance à vaincre, et que la flèche, supportée par une petite roue, ne sert plus qu’à diriger la marche du coutre et dn soc. Dans les charrues ordinaires, le soc ne peut être maintenu à une profondeur uniforme que par un effort constant du laboureur, tandis que dans la nouvelle, la traction étant horizontale, le sillon se creuse suivant une parallèle exacte sans le moindre effort de l’homme qui tient la charrue.
- Nous avons remarqué à côté l’une de l’autre, deux machines à moissonner: l’une de M. Hussey, de Baltimore (Maryland), laisse le blé en javelle après son passage ; l’autre de M. M’Cormick de Chicago (Illinois), est beaucoup plus compliquée et par cela même peut-être d’un moins bon usage que la première.
- La machine de M. M’Cormick est nommée “ rea-per. ” L’inventeur, breveté en 1834, a constaté par chiffres remarquables les progrès de la consommation de cet article. Le nombre des machines vendues s’est accru dans la proportion suivante : 1843, 30;—1844, 100;—1845, 200;—1850, 1800.
- Après les machines agricoles, les objets en caoutchouc occupent un grand espace dans l’exposition américaine. Il y a là d’énormes cylindres, dont on fait des pontons solides en les gonflant d’air au moyen d’une pompe à vent. Quelques-uns de ces pontons sont en forme de soufflets carrés, qui, adaptés l’un au bout de l’autre, se gonflent d’air eux-mêmes. On y a joint plusieurs spécimens de bateaux de sauvetage de la même matière. Nous ne parlons pas des menus ouvrages et des tissus en caoutchouc, qui sont très nombreux, et ressemblent §. e^ux du même genre fabriqués en Europe ; mais nous avons vu là des ressorts de voiture en caoutchouc qui simplifieraient singulièrement l’art du carrossier et sur-
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- GRUE D’iIENDERSON.
- tout celui du charron, si leur usage était adopté ; car au lieu de placer le corps de la voiture sur des ressorts élégamment contournés, il suffirait de le faire reposer sur quatre manchons de caoutchouc.
- Parmi les curiosités mécaniques que renferme l’exposition américaine notre attention s’est fixée sur un fusil à vapeur de l’invention de Jacob Perkins. Si l’inventeur a eu pour but de trouver un engin de guerre tellement destructif que toute guerre deviendrait par ce seul fait impossible, on peut dire que son fusil à vapeur, ne réalise pas encore tout-à-fait ce résultat homéopathique ; car ce fusil est si compliqué, qu’un simple fantassin le maniera toujours difficilement, et il offre l’immense inconvénient de ne pouvoir être déplacé.
- Les modèles de grands ouvrages d’art sur les chemins de fer et les rivières sont en fort petit nombre ; cependant, les Etats-Unis ont exposé dans la grande nef deux spécimens de ponts suspendus. Par contre, il y a une immense quantité de daguerréotypes. L’esprit positif des Américains devait accueillir sans doute avec empressement cette reproduction méca-
- grueTd’henderson.
- nique des chefs-d’œuvre de l’art et de la nature ; mais la vieille Europe en veut au daguerréotype de n’avoir pas tenu toutes ses promesses, et elle passe un peu dédaigneusement devant le petit musée américain.
- Les fabricants de meubles de l’Union ont envoyé des chaises et des fauteuils à ressort qui nous semblent réaliser une véritable amélioration. Le siège, au lieu d’être mou comme celui de nos fauteuils élastiques, est ferme et soutenu sur des ressorts semblables à ceux d’une voiture. M. Bazan, de Philadelphie, a exposé des fauteuils auxquels on donne sans effort toutes les inclinaisons désirables, depuis l’angle droit jusqu’à la position complètementhori-zontale. Tous ces meubles sont légers et d’une grande simplicité. S’il y avait un peu plus de goût dans leur forme et dans la disposition de leur ressorts, ils seraient très-convenables dans un salon. Parmi les autres objets d’ameublements on remarque surtout un bois de lit en cèdre rouge qui donne à regretter que les américains n’aient pas cru devoir exposer une série des plus complète échantillons de leurs différents bois de con struction et de placage. Ce meuble sort des ateliers de M.Dunton de Philadelphie. La Compagnie du chemin de fer de la Caroline du Sud a exposé une table de comptoir circulaire, garnie au centre d’un double rang de casiers également circulaires.
- Les pianos américains sont assez nombreux. Leurs qualités, comme instruments de musique, ne le cèdent en rien aux meilleurs instruments d’Europe ; mais, comme ameublements, ils nous ont paru trop massifs et dépourvus d’élégance. Cependant un grand piano carré double, exposé par M. J. Pirson de New-York, nous a paru mériter l’attention des visiteurs.
- La Compagnie du flint-glass de Brooklyn expose quelques spécimens de cristaux, remarquables par la pureté de leur composition sinon par la grâce de leurs formes, tandis qu’une maison de Philadelphie a envoyé des spécimens de lampes, de girandoles et d’appareils à gaz où la variété de la forme et de la matière n’a guère été recherchée.
- L’exposition des tissus américains n’est pas brillante ; draps, cotonnades, impressions, étoffes légères, tout cela est terne, et revèle une industrie à peine sortie des langes. Pour couronner ce compartiment destiné aux étoffes, on a surtout déployé cinq ou six châles rouges dont le ton criard arrache les yeux.
- La bijouterie n’est pas largement représenté non plus ; quelque porte-crayons en or, et deux montres sont exposés par MM. Jacob et Cour-voisier, de New - York ; quelques plumes d’or par M. J. Beed and Son, de Philadelphie. Les instruments de précision ont été envoyés principalement par M. P. Erriccson, de New-York. Nous avons remarqué parmi ces instruments un modèle d’appareil pour mesurer les distances à la mer ; c’est une petite hélice placée sous la quille du navire, et qui correspond par un pignon d’engrenage avec un cadran disposé de l’habitacle et pourvu de trois aiguilles pour indiquer les milles, les centaines de milles, et les milliers parcourus par le navire.
- La collection d’armes est assez nombreuse ; mais on y a sacrifié tout à l’utilité.
- Nons avons remarqué une carabine dont le point de mire traverse deux anneaux l’un sur le tonnerre, l’autre à l’extré-
- mité du canon. Cette disposition doit favoriser singulièrement la justesse au tir. M. S. Colt, de Hartford (Connecticut), expose un assez grand nombre de pistolets et de carabines à plusieurs coups, mais à un seul canon. La culasse multiple de ces armes reçoit la charge, et présente tour à tour chacune de ses embouchures au canon par un procédé analogue à celui de nos pistolets à cinq ou six coups.
- La galerie supérieure réservée à l’Amérique serait complètement vide si un coiffeur de Philadelphie ne s’était installé là avec ses parfumeries et son savon, qui a la transparence et la consistance de la gélatine, et avec lequel l’ingénieux coiffeur a imaginé de construire une espèce de vitrail gothique.
- DEUXIÈME JOURNÉE.
- Nous sommes retournés à l’exposition américaine que nous avions consciencieusement parcourue pendant six longues heures et nous avons été confondus d’y retrouver aujourd’hui tout un monde que nous avions à peine entrevu. Que contient donc cet immense réceptacle de l’industrie humaine, qui peut bien s’appeler le Palais de toutes les nations, si deux longues journées sont loin de suffire à l’examen superficiel d’une exposition qui, comme tout le monde le sait, est fort incomplète ?
- Quand nous disons que l’exposition américaine est incomplète, nous entendons seulement parler par comparaison avec ce que les Etats de l’Union auraient pu fournir. Tous les Américains s’accordent à dire que cette exposition exprime d’une manière bien imparfaite l’état de leur industrie. Il y a de cela une cause plausible.
- Le temps a manqué aux producteurs américains pour la confection et l’expédition de leurs produits, parce que leurs envois ont été strictement calculés sur les délais de rigueur fixés en premier lieu par la Commission exécutive et qui ont été prolongés à plusieurs reprises en faveur des exposants européens. Heureusement, on attend de nouveaux produits qui indiqueront d’une manière plus complète l’ensemble de l’industrie transatlantique.
- Tout ce qui est aujourd’hui dans Hyde Park, disaient les Américains, est le produit de six semaines de travail.
- Nous avions commis une erreur en disant hier que l’Amérique n’avait exposé que très peu de matières premières. Nous avions eu le malheur de nous égarer dans le parcours topographique de ces immenses galeries. Aujourd’hui nous avons retrouvé le compartiment des matières premières américaines. L’espace que ces produits occupent est, au contraire, très bien rempli; et, d’accord avec la logique des faits, il offre sans aucun doute le côté le plus inté -ressant de l’exposition de la grande république du Nouveau-Monde.
- Ainsi, le coton que l’indurtrie moderne emploie en si grandes quantités, est représenté là par de magnifiques échantillons expédiés par MM. G. L. Holmes de Memphis (Tennessee), J. Nailor, G. D. Mitchell, de Vicsburgh, (Missouri), et plusieurs autres des divers Etats méridionaux de l’Union américaine.
- Tandis que les spécimens de laine expédiés par MM. P. A. Browne de Philadelphie, J. F. Ewing de. Washington, S. Sibley de Hopkington (New Hampshire), A. M. Kimber et Cie de Philadelphie, indiquent que les Américains ne se préoccupent pas uniquement de la production du coton et que les Etats du nord ont besoin de tissus plus moëlleux et plus chauds que ceux dont le coton est la base. Nous avons été frappé surtout par un remarquable
- GRUE d’HENDERSOX.
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- échantillon de laine de mérinos exposé par M. J. P. Blakeslee de North Castle (New York).
- Les huiles américaines se sont enrichies d’un nouveau produit.
- C’est l’huile de lard, que MM.
- Holbrook et Stanley, manufacturiers à Cincinnati (Ohio) obtiennent de la chair de porc, au moyen de la vapeur. Cette huile se fabrique en Amérique à 50 pour cent meilleur marché que l’huile de baleine, qu’elle remplace d’ailleurs très avantageusement comme moyen d’éclairage. Il est probable que ce produit n’offrirait pas les mêmes avantages en Angleterre et en France où le lard est beaucoup plus cher qu’en Amérique; mais c’est peut-être là une source nouvelle de richesse que l’Exposition universelle aura révélée aux éleveurs de la Hongrie, de la Pologne et des autres contrées de l’Europe orientale.
- On a également exposé quelques échantillons d’huile de ricin, d’huile de foie de morue et* d’huile de spermaceti, mais les plus beaux spécimens de ce dernier produit sont encore attendus.
- Les tanneries de l’Union ont envoyé de beaux échantillons de cuirs dont quelques-uns, exposés par M. Z. Pratt, de Prat-tsville (état de New-York), sont tannés avec l’écorce de la ciguë.
- Les préparations alimentaires sont assez nombreuses. L’Ohio a envoyé ses jambons préparés avec du sucre au lieu de sel, M. R. M. Hough, d’Ohie-heo, deux tierçons de bœuf salé, première qualité, dont l’un est rempli par 42 pièces. On y a joint un tonneau de de graisse de bœuf préparée qui peut servir à la cuisine, comme le suif de mouton sert à l’éclairage. Maïs l’objet le plus remarquable dans cette catégorie est incontestablement le biscuit de viande concentrée exposé par M. Gail Borden, de Galves-ton (Texas). Ce biscuit se prépare en faisant bouillir de la viande de bœuf pendant seize heures consécutives ; on retire ensuite les os et la matière fibreuse qui n’a pas été complètement dissoute, puis ce résidu est soumis à l’évaporation jusqu’à ce qu’il prenne la consistance de la mélasse. On y mélange alors de la farine pure en quantité suffisante, et on fait cuire le tout comme le biscuit ordinaire. Cette préparation qui ne contient ni sel, ni aucune épice, n’est pas attaquée par les insectes, et se conserve très bien pendant une année, même sous le ciel brûlant du Texas. Une livre de cette substance représente cinq livres au moins d’excellent bœuf, et les soldats des Etats-Unis qui défendent les frontières contre les incursions des Indiens se contentent parfaitement de cette nourriture. Le prix de revient de cette préparation alimentaire est extrêmement modéré. Sa légèreté relative et la forte proportion de substance nutritive qu’elle contient, la font choisir de préférence par les hardis voyageurs qui s’avancent à travers les solitudes du Missouri vers les montagnes aurifères de la Californie.
- L’Amérique, qui expédie tant de farines en Europe dans les années de disette, ne pouvait manquer de faire voir à l’Exposition universelle des échantillons de ses
- S’us beaux produits en ce genre.
- M. A. Harmon, de Clifton, J.
- Lathrod, de Leroy, M. S. et H. J.
- Leacb, de Lyons, tous de l’état de New-York, et plusieurs autres, se sont chargés de représenter la. meunerie américaine “ à la foire du monde,” comme on dit au-delà de l’Atlantique. Mais ce qui préoccupe surtout les Américains dans cette catégorie de produits, c’est l’idée de substituer partout la farine de maïs à la farine de blé, qui est un produit favori de l’agriculture américaine Les innombrables échantillons de maïs de toutes les formes et de toutes les couleurs exposés dans le compartiment des matières premières, par M. B. B.
- Kirtland de Greenbach (New-j£ork), les spécimens d’amidons de maïs envoyés par la manufacture d.amidon d’Oswego (New-York), indiquent assez la persistance courageuse, de cette idée vraiment américaine ; mais il est douteux que l’Europe consente à e mettre au régime des gaudes
- ^...iS.l'Ig—
- LA PRESSE HYDRAULIQUE DU PONT BRITANNIA.
- de la Franche-Comté, ou du pain de formentone que l’on mange en Italie, lors même qu’il ne serait pas constaté par la science, que l’usage exclusif du maïs engendre la dellagre. Dès lors que l’Amérique produit des blés de qualité supérieure, comme le prouvent assez les échantillons de froment envoyés à l’Exposition par la Société d’A-griculture de l’état de New-York et par M. Thomas Bell, de Morisania. Nous croyons que les Américains feront sagement de ne pas sacrifier une culture à l’autre.
- L’Amérique avait encore envo'yê à l’Exposition un produit de son sol jusqu’ici inconnu en Europe, du vin de Catawba. Le vin de Catawba est à l’Exposition, mais il demeure enfermé dans des caisses. Il subit la conséquence de la prohibition établie contre tous les spiriteux.
- Nous avons vu avec plaisir un herbier qui présente les spécimens les plus curieux de la flore américaine. C’est là une excellente idée, dont l’imitation par les nations étrangères à l’Europe eût apporté des renseignements précieux à la science de la botanique, si incomplète encore, et qui pourrait rendre cependant de si grands services à l’industrie.
- Les autres produits du règne végétal qui sont le plus largement représentés à l’exposition américaine sont les tabacs, le sucre d’érable, et le sucre de cannes.
- Les productions du règne minéral sont nombreuses, intéressantes, et très variées. En parcourant de l’œil l’ensemble de cette collection, on reconnaît immédiatement que les entrailles^duJNouveau-Monde
- PARAVAXT t EN JONC.
- renferment à peu près la même série de minéraux que celles du vieux continent européen. La compagnie d’exploration des mines de New-Jersey expose de superbes échantillons de zinc et de minerai de ce métal ; en même temps que de l’oxyde blanc de zinc, destiné à remplacer la céruse, et dont on a signalé dans ce journal, il y a peu de jours les avantages et les inconvénients comme peinture. Les minerais de fer sont très nombreux. MM. Morell, Steward et Cie de Cincinnati (Ohio), exposent de la tôle de fer fabriqué avec des minerais provenant de cet Etat. Tandis que la manufacture d’Adirondac (New-York) expose des spécimens de fer et d’acier américain et 500 livres d’aciers fondus assortis. On trouve en outre de beaux échantillons de minerai de fer magnétique et d’oxyde de fer fossilifère.
- MM. W. et J. W. Ward de Boston ont envoyé une collection très variée de spécimens de cuivre natif recueilli dans le Massachusets, et le docteur L. Feuchtwanger, deNew-York, tout un cabinet minéralogique, où l’on trouve des stalactites, des dents fossiles de Mastodonte et de Mammouth, des topazes du Connecticut, des pétrifications de facoïdes, du plomb argentifère du New Hampshire qui contient 75 pour cent de plomb et 100 onces d’argent par tonne, du minerai de chrome, du baryte de soufre de Connecticut, une masse de cuivre natif pesant 2,544 livres, et tiré de la mine nord-ouest du Lac Supérieur, et du cinabre natif de Californie. M. Cathin a envoyé une collection de quartz géodési-que, recueillie sur le haut Mississipi, et dont les cristallisations sont très curieuses.
- L Les spécimens de marbre sont assez nombreux. Le Dr. Feuchtwanger a exposé du marbre noir du Yermont, et du marbre vert antique. La statue de l’Indien blessé, par Stephenson, est en marbre blanc, d’un beau grain, et très propre à la statuaire, quoiqu’il soit légèrement veiné.
- L’anthracite américaine est représentée par de nombreux spécimens ; nous avons remarqué entre autres ceux qu’expose M. C. W. Peale, de Nickersville, Pennsylvanie, et qui sont tirés d’une veine de 20 pieds d’épaisseur, située à 70 brasses au-dessous du niveau de l’eau. M. E. H. Sims, du comté de Buckingham dans la Virginie, a envoyé une forte table d’ardoise et des échantillons d’ardoises pour toitures.
- M. B. W. Richards, de Philadelphie, a exposé des spécimens de plombagine, ainsi que M. îdeaburg de New-York. On a placé tout à côté une collection de creusets en blombagine. Cette matière est, somme on le sait, infusible à la plus haute tempé-
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- rature. ^ Ces creusets sortent de la manufacture de M. G. S. Atwood de Taunton (Massachusets).
- L’Etat de Maryland a eu l’excellente idée d’envoyer une montre chargée d’une collection de toutes ses productions minérales, végétales et industrielles. Si les autres Etats de l’Union l’avaient imité, l’exposition américaine nous offrirait aujourd’hui, dans un état de condensation très facile jàbuf l’étude, la statistique intéressante de tôÜS §68 prédùits naturels ou industriels.
- îftOÏSiSMË -J'GtrhMË;
- Les instruments dé précision exposés par lés Etats de l’Ünion américaine Spttt assez peu nombreux et presque tous de l'ihVhrtÜon dû capitaine Ërriccson ; cependant quelqüëS-ütiS d’etttré eux méritent une mention spéciale'. NouS plaéePÔhS en première ligne la balance expôsée paf M. le professeur Alexandre D. Bâche, et qüî est adoptée aujourd’hui dans tous les hôtels des UVohttaies de l’Amérique du Nord. Quoique d’une àSsez grande dimension, elle est d’une telle sensibilité quelle indique là dix millième partie d’une once; oit y à joint les étalons des différents poids adoptés aüx Etats-Unis. Si toutes les nations exposantes avaient eu la même idée, il eût été facile d’établir, aü titOyen d'uné vérification scientifique, le rapport eX&et de toütes lès mesures de superficie ou de capacité actuellement eh Usage chez tous les peuples de iâ terre, et de contrôler les tables souvent erronées qu’fe'U donnent lés voyageurs et les géographes. C’eût été d'âiUeUfs üh premier pas, et le plus important sah§ doute* Vers l’Unité des poids et mesures, qu’il est permis de rêver dans l’intérêt du commerce et de l’industrie aussi bien que dans celui de la consommation.
- Le barométre-Ularme du câpit'àiUe Ërriccson, nous a semblé upe invention précieuse non-seulement pour la navigation, niais encorè pour les observatoires et les savants chargés d’explorations météorologiques. Quand la pression atmosphérique fait descendre le mercure au-dessous de 28°, une détente détermine immédiatement la chûte d’un marteau qui va frapper un timbre métallique et donne ainsi l’éveil, sôit à l’observàtéür inattentif, soit au sàVant distrait par quelque opération moins importante. Si l’on songe aux brusques variations que subit quelquefois l’atmosphère sans qu’aucun signe précurseur les annonce d’avance, on comprendra de quelle utilité cet instrument peut être pôur le navigateur maritime menacé d’une tempête dans des parages difficiles, pour îë navigateur aérien qu’un aérostat emporté tout à coup dans lés régions de la foudre, pour le savant qui S’égare dans le ciel à la recherché dé quelque planète inconnue, tandis qu’une grande convulsion atmosphérique s’apprête à ébranler le frêle observatoire ou il vient d’établir sort télescope.
- Le même inventeur à encorè exposé Un plomb de sonde pourvu d’üîi tube dé Verre gradué qui indique la profondeur à laquelle on l’à descendu, par la hauteur de l'eau ffüè la pression atmosphérique à fait monter dans le ‘tube. Une sôüpapè établie au bas de l'instrument permet de Videï l’éaü pour recommencer Une 'nouvelle opération.
- Nous nè parlerons pas ici du 'nouveau moteur que le capitàihe Ërriccson expose sôus le nom de “ calorie engine," car cettè machiné n’est pas encore bré-vetée, èt l’inVenteUr, par conséquent, ne peut en livrer la description au public. ÏV ailleurs, elle ne ourràit être mise èn moüvemeïit daïïs lé b'ât'iméht e l’exposition, parce qu’il reposé sur lè principe de là dilatation de l’àir par là chaleur ; et qu’il est défendu, comme on le sait, d’allumer aUeUU feu da'ns lè bâtiment dè Hyde Pârk.
- L’horlogerie américaiftè ressemblé, béâüeoup à l’horlogerie commune Çpïi 'sé fabrique dàns lès montagne aè là Foret-Noirè. Qüéiques-uns de ces nombreux émigrants allemands-, qüi traversent la France avec leurs maisons rôUlailte's pôUr aller s’embarquer au HàVre et â LîVèrpôol, aurôUt sans doute transplanté cette industrie primitive dans les cités du Nouveau Monde. Cepêndaht, une de ees horloges, semblables aux autres en apparence, révèle de près une nouvelle invention de M. À. D. Creves, de New-York. Elle pèut marcher Un an sans être remontée; son balancier est remplacé par un chapelet horizontal de six balles de cuivre, auxquelles un ressoï’t-péndule, qui se tord et sé détord tour à tôur, communique un mouvement dè rotation sur lui-mêmè, tantôt à droite et tantôt à gauche. Si l’on eût fait quelques frais pour la décoïàtion de cette curiosité d’borlogerie, sinon de cette utile perfectionnement mécanique, les regards des visiteurs s’y porteraient sans doute davantage ; mais de loin elle ressemble à un coucou de là Ëorêt-Noirê, et personne h’y fait attention, tant il est vrai que souvent encore dàns notre vieille Europe, il faut être et paraître tout à la fois pour avoir l’honnèur et le bénéfice de la discussion.
- M. Kuemerle expose un tourne-feuille qui a reçu l’approbation de Mlle Jenny Üind. Une telle invention ne pouvait être brevetée par unè autorité plus compétente ; mais voilà eneoïe une industrie à là main que tué le démon de là mécanique. Que va devenir, hélas ! le talent de société de ces dilettanti qui savaientjuste assez de musique pour suivre le
- chant d’une cantatrice et tourner la feuille au bon moment ?
- La patrie de Franklin devait envoyer nécessairement des spécimens de paratonnerres. Aussi Messieurs Spratt et Janes de Cincinnati (Ohio) ont-ils envoyé des pointes de paratonnerres à plusieurs branchés, qui doivent soutirer l’électricité atmosphérique àVëc plus d’énergie que les paratonnerres ordinaires. Cette invention est peu appliquée en Angleterre, que son climat met à l’abri des grands orages ; mais çé perfectionnement sera sans doute apprécié dans les pays plus méridionaux, et surtout en Suisse, où l'on abuse du paratonnerre jusqu’à en placer une demi-douzaine sur la même maison.
- liés Américains ont encore exposé un télégraphe domestique'destiné à remplacer les jeux de sonnettes 'dans les grands hôtels. C’est un petit meuble qui peut se placer sur une console dans le bureau de rhètel. Aussitôt qu’un voyageur tire le cordon placé dâns sa Chambre, le timbre unique du télégraphe résonne, et le numéro de la chambre d’où l’on a SOriné se montre sur le cadran.
- M. John ÏI. Bobitt, de New-York, expose une CàsSe d’imprimerie, avec de nouveaux compartiments, C’êSt-à-dire, qUe certains monosyllabes, tels que “ the, ’aûd,t'ù, ts," etc., ont été fondus tout composés, et sont placés dans des cassins particuliers. Il y a fort longtemps que cette modification a été tentée en Europe-, et qu’on y a renoncé sans retour ; car elle est loin dé faciliter le travail du compositeur, et elle à lé désavantage dé compliquer la casse.
- La car'osserie américaine est représentée à l’expo-sitiOn universelle par quelques beaux spécimens* parmi lesquels nous avons remarqué un coupé destiné-, dit-on-, â M. Daniel Webster, un phaëton, d’uhe extrême légèreté, mais dont les roues à bandes étroites doivent s’enfoncer profondément dans les terrains métis et les routes sablonneuses. Nous avons remarqué aussi une voiture, dite américaine, exposée par M. E. îtiddle, de Boston (Massachusets. La capote de cette voiture est mobile, et peut se rapprocher sur le devant de manière à ne laisser que la place nécesssaire à deux personnes. Si, au contraire, on fait glisser la capote dans sa rainure et qu’on la pousse jusqu’à l’arrière, quatre personnes s’y trouvent commodément assises. Les harnais exposés au sud de la grande nef sont très riches, mais ils ne pourraient que gagner à être un peu moins surchargés d’ornements dans le goût indien.
- En fait d’originalité vraiment américàine, M. C. L. Denningtott, de New-York, a exposé le modèle d’une église flottante qui existe réellement dans le port de Philadelphie. Elle est fréquentée par les marins des navires en relâche ou en partance. Les frais de sa construction et de son entretien, et les émoluments du chapelain régulier qui la dessert, proviennent dè contributions volontaires recueillies dans la Pensylvanle et les états voisins.
- M. E. Wôolman, de Damarcoville (Ohio), a envoyé à l’Exposition le modèle d’une barrière que l’on peut ouvrir ou fermer sans descendre dé voiture ou de cheval. Il suffit de tirer un cordon qui détermine la pression dyün levier sur un engrenage à peu près semblable à celui d’une roue de gouvernail ; alôrs la barrière roule sans effort sur ses gonds, et se referme dar le même procédé quand la voiture est passée. Ce serait là sans doute une application utile en Angleterre où la circulation des voitures et dés cheVa'ux dans là campagne est arrêtée par un si grand nombre dè barrières, qu’il est quelquefois dangereux d’ouvrir soi-même quand on a un cheval ombrageux.
- Là boisséllerie américaine est largement représentée 'à l’Exposition, et rappelle celle de l’Allè-màgne, dü Tyrôl et dé là Suisse, c’est-à-dire ce qui se produit de mieux dans ce genre de fabrication si utile à la population des campagnes et aux établissements ruï'àitx-. Une autre industrie également simple et primitive est représentée par la maison E. Page de New-York et de Boston, qui expose deux avirons d’une seule pièce, de vingt-six pieds de long, et des échantillons de rames communes à différents degrés de fabrication. On peut ranger dans là même catégorie des chevilles de bois pour chaussures, manufacturées pàr M. S. K. Baldwin de New-Hamp-shiré, et dont on fait en Amérique une très grande consommation.
- Là taillanderie et la quincaillerie sont représentées d-aUS l’exposition américaine par d’assez beaux spécimens de haches et d’outils, envoyés par M. Sim-môms et compagnie, de New-York, et Brown et Wells, de Philadelphie ; tandis que M. J. D. Chevalier, de New-York, expose des instruments de chirurgie d’une exécution remarquable, et M. S. G. Poolèy, de New-York, de la coutellerie microscopique.
- Là collection des instruments de musique envoyée par l’Ünion, s’est enrichie d’un nouvelle instrument qui attire la foule par la singularité de sa construction et lè jrerfectionnement réel qu’il fait prévoir dans là construction des instruments d’orchestré. C'est un piano-violon, inventé par M. J. S. Wood de la Virginie. Le grand reproche adressé jusqu’ici au piaUé-forte* avec beaucoup de raison, selon nous, c’est le manque de transition entre les sons tirés de
- cet instrument, tandis que dans les instruments à vent et à archet les notes se fondent harmonieusement l’une dans l’autre par la persistance des vibration des sonores. M. Wood a remédié très ingénieusement à ce désavantage du piano-forte en lui adjoignant un violon, sur lequel courent deux paires d’archets mis en mouvement par une bascule que manœuvre le pied de l’exécutant. Le clavier donne à volonté ies notes du piano ou du violon seul ou des deux instruments réunis. Il est vrai que les sons de ce Violon mécanique rappellent singulièrement le jeu criard des ménétriers de village ; mais c’est là certainement l’indication d’un progrès auquel l’avenir sé chargera de mettre la dernière main.
- Maintenant si l’on recherche quels sont les Etats de l’Union américaine qui ont le plus exposé* oh trouvera que ce sont en général les états clU Nord, et que parmi ceux-ci New-York occupe la première place. En effet, New-York expose à la fois des machines agricoles et industrielles, des grains et des farines, des instruments de précision et de la quincaillerie, des armes, des cartes, des draps et des fourrures. La Pensylvahie vient ensuite en première ligne avec ses outils, ses savons, sa parfumerie, sa Sellerie, ses produits chimiques, ses lampes, ses instruments de musique, ses papiers peints, ses meubles, ses minéraux et ses charbons de terre.
- L’Ohio expose des paratonnerres, du maïs, des tabacs, des vins, de l’huile de lard, des fârines, des machines et des conserves alimentaires. Le Massachusets, le New-Hampshire et le Iihode Island leurs Cotonnades et leurs calicots imprimés ; le Tennessee son coton brut ; la Caroline du Sud ses cotons, ses riz, ses voitures; le New-Jersey ses minéraux dè zinc et son oxide de zinc pour la peinture ; l’Indiana ses machines agricoles; le Vermont ses sucres d’érà-ble ; le Missouri et la Virginie leurs minerais, leurs tabacs et leur sellerie.
- On voit par ce résumé que beaucoup des Etats de l’Union américaine manquent encore à l’appel. Espérons que des envois qui, dit-on, sont encore en route viendront combler bientôt les lacunes qui sont évidentes et manifestes dens les travées de l’Union et nous mettront à même dé juger l’indüstrië américaine dans son ensemble et sous son véritable jour.
- On lit dans lé Courrier de VEurope :
- Les journa ux sérieux se sont occupés, avec raison, selon nous, d’approuver tout d’abord au point de vue artistique les envois faits des différents points du globe au grand meeting de l’exposition. La sculpture qu’on a admise par privilège à orner ce que nous appelerons le parterre du palais de cristal, et qui s’est aussi établie dans quelques-unes des principales salles réservées aux industries spéciales, sera pour ie plus grand nombre des visiteurs une des principales causes d’attraction, et beaucoup d’entre-eux se retireront sans emporter de leur voyage à travers le grand bazar du monde, d’autres souvenirs que celui des objets d’art qu’ils y auront rencontrés.
- Disons d’abord pourquoi, en même temps qu’on faisait place à la statuaire, on a repoussé, non sans de certaines exceptions cependant, les produits de la peinture proprement dite. Ce n’est pas assurément, parce qu’il y a dans la reproduction plastique des hommes et des choses un côté matériel et en quelque sorte mécanique, qu’on admis les statues en repoussant les tableaux. Une autre raison a dominé lés résolutions prises à ce sujet par la commission royale. Cette raison est en quelque sorte une question matérielle. La sculpture se prêtait merveilleusement bien à l’ornementation générale du palais de cristal ; elle était, en quelque sorte, indispensable à la décoration générale de la nef et du transept, et tandis qu’on reconnaissait «la nécessité d’appeler, de ce côté, l’art à son secours, on comprenait en même temps combien il eut été difficile d'offrir aux productions des grands maîtres de l’art de peindre, une place convenable, sans changer d’une manière en quelque sorte ridicule la disposition et la destination de l’exhibition toute entière.
- On aura craint, et non ,pas sans raison, que la peinturé, une fois appelée dans les galeries de Hyde Fark, n’y affluât, avec ses habitudes ordinaires d’envahissement, et ne s’établit en maîtresse, là où on l’appelait seulement à titre d’invitée. Elle n’a donc été admise qu’avec beaucoup de réserve et quand elle s’est présentée sous la protection d’une amélioration matérielle quelconque. Là elle a dû son entrée à l’emploi d’une nouvelle toile, ici à une innovation en matière de fresque; ailleurs comme accessoire d’un ensemble ornemental, etc., etc.
- Nous n’aurons donc guère à nous occuper d’abord que des œuvres de sculpture qui décorent les différents quartiers de l’exhibition.
- La France, nous devons le reconnaître, occupe à ce point de vue le rang à peu près le plus élevé, et rltalie, la Belgique, l’Allemagne viennent à des titres différents, mais incontestables, avant l’Angleterre.
- Ce n’est pas que nous partagions l’admiration qui a saisi quelques-uns de nos confrères à la vue de l’ange St. Michel terrassant le démon de M. Jean Duseigneur, pièce que d’une autre part on a critiquée outre mesure. Nous croyons d’abord que les
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- conditions dans lesquelles ce groupe a été exposé lui sont défavorables. Il nous semble avoir été exécuté pour être vu d’en-haut et non d’en-bas. Nous ajouterons qu’on croit reconnaître deux /aires très différents dans la statue de l’archange et dans celle de Satan; l’une rappelant jusqu’à un certain point la manière raide et tranquille des anciens maîtres, l’autre au contraire respirant toute la sauvagerie de quelques-uns des novateurs de ce temps-ci. On dirait deux pièces rapportées et réunies seulement par le rocher où l’ange pose le pied, et en se cramponnant renverse le diable qu’il foudroie. Mais la Phryné de Pradier, la Bacchante de Clesinger, les deux grands groupes d’Etex, révèlent des qualités et un style que tout le monde reconnaît, bien que chacun des artistes que nous venons de nommer ait comme toujours ses partisans et ses adversaires. L’art en France, en ce moment, n’a point d’école proprement dite. . Chaque maître a ses qualités et ses défauts, à part quelques exclusionistes qu’on rencontre surtout dans les ateliers. On peut dire qu’il y a des admirations et des renommées pour les talents de tous les genres, comme pour les souvenirs de tous les temps.
- Mais ce qui distingue surtout l’art français, ce qui le fait briller d’un éclat sans ombre à l’exhibition de 1851, c’est la manière dont ses travaux se mêlent à ceux de l’industrie, pour produire ces admirables ouvrages que le luxe consacre aujourd’hui aux besoins usuels de la vie. La décoration des demeures du riche ne se compose plus aujourd’hui seulement de tableaux, de toiles ou de potiches ap-pendus aux murailles ou dressés dans les vestibules. C’est le mobilier lui-même que l’art s’est ingénié à embellir de ses prestiges. Il est devenu ainsi l’époux inséparable de l’industrie, et l’a anoblie par cette union.
- La toilette exhibée par M. Froment Meurice, la bibliothèque ornée par M. Barbedienne des réductions de la porte du baptistère dé Florence ; la grande console-buffet en chêne sculpté de M. Four-dinois, la porte en bronze doré, construite pour le Grand Seigneur, F Leau meuble de M. Ringüet-Le-prince, sont des preuves très remarquables de notre assertion. Nous reviendrons séparément sur chacune de ces pièces remarquables dans le travail d’examen et de comparaison que nous aurons à faire sur les produits analogues, que d’autres peuples ont envoyés au concours international.
- La Belgique est, sans contredit, moins avancée que la France au point de vue de l’art appliqué ; mais elle tient après elle une place honorable en matière d’art abstrait. Ce n’est pas que nous admirions bien le Godefroy de Bouillon de M. Simonis. L’effet d’ensemble de ce plâtre a quelque chose de grand et de large ; mais les détails sont susceptibles de plus d’une critique : le cheval est mou et, suivant l’expression que nous empruntons a un rapin, il a l’air de porter des pantalons de drap pilote. Le Lion Amoureux du même artiste manque d’idéal dans la composition et de vigueur dans l’exécution. La dame qui rogne les ongles du maître des forêts, nous parait une réminiscence peu heureuse d’une industrie qui a longtemps tenu ses assises à Paris sur les trottoirs du Pont-Neuf. En revanche les deux bambins de M. Simonis ont un grand et juste succès. Nous reparlerons une autre fois du Caïn de 'd. Jehotte, de la vierge de M. Van Linden, des bois culptés de M. Geerts de Louvain ; nous sommes pressés, pour aujourd’hui, de visiter, sous l’espèce de tente que l’Autriche a dressée à ses sculpteurs italiens, la curieuse et quelquefois admirable réunion des produits de l’école milanaise.
- Il n’est pas, hélas, possible d’appliquer aux populations lombardes retombées sous le joug de l’Autriche,^les vers par lesquels le poète latin consolait la Grèce conquise par les armes en lui faisant l’honneur d’avoir conquis son vainqueur.
- Gracia capte ferum vietorem cepit, et artes.
- Intulit ag-resti Latio.
- Mais il reste au moins à la moderne Italie la gloire de confondre ses conquêrans, sinon de les convertir et de refléter sur eux l’éclat de sa vieille auréole artistique.
- ( C’est à un Milanais que sont dus les riches objets d’art exposés dans les salons que l’ébéniste Leitsler a élevés, pour encadrer le riche mobilier qu’il a en-voyé à l’exposition de Londres ; c’est aux sculpteurs de Milan qu’appartient le privilège d’attirer une foule compacte dans les deux salles où sont groupées les statues dp marbre les plus remarquables de l’exposition ; ici une esclave voilée dont le visage de marbre ajiparaît avec tout le charme de ses lignes pures et gracieuses sous un voile de marbre qu’il faut toucher du doigt pour ne pas croire à la présence C U1i et que la première brise va enlever
- ou.^placer. Là, une image d’Ismael mourant de S?1 c ans le désert ; ou un nid d’amours comme Raphaël en fait voltiger autour de ses vierges.
- Nous ne dirons rien, par respect pour la reine, de a statue que la \ieille-Montagne, établissement à la ois prussien-belge-français et anglais, a exposée sur un piédestal très orné. Si la Vieille-Montagne n’a "voulu que prouver jusqu’à quel point le zinc coulé
- pouvait se prêter aux détails les plus minutieux de la reproduction plastique, elle a, sans nul doute, parfaitement réussi ; mais le modèle qu’on a fourni à ses fondeurs n’a pas été heureux, et nous préférons de beaucoup les essais de fonte en zinc exposés par les artistes de Berlin.
- Obligés de varier notre itinéraire à travers l’exposition, nous avons attendu jusqu’à aujourd’hui pour présenter dans un certain ensemble l’aspect de l’exhibition française. Mais quoique l’installation des produits français expédiés des quatre-vingt-six départements de la France et de ceux de l’Algérie ait fait un certain progrès depuis la semaine dernière, il reste beaucoup à faire encore, et nous constaterons seulement que chaque jour nous révèle de nouvelles richesses dans les salles dont l’état, au jour de l'inauguration, offrait un si triste aspect.
- Nous avons dit déjà combien l’exposition belge nous avait paru mériter d’attention par le caractère sérieux et utilitaire des produits que la Belgique nous a envoyés en assez grand nombre pour occuper, relativement à sa population et à son territoire, la plus grande place, et, sans nul doute, une des plus honorables dans le Palais de Cristal.
- Parmi les exposants de machines motrices, la France et la Belgique ont seules amené à Londres de grandes machines. Il y a dans le Palais treize locomotives, dont dix sont anglaises; une seule appartient à la France, deux autres sont d’origine belge. A propos de ces machines, s’il en faut croire des juges compétens, la locomotive de Seraing soutiendra dignement la lutte avec les meilleurs produits anglais devant le jury. On reprochera, peut-être, aux constructeurs d’avoir fait un tour de force en faisant porter l’avant-train sur des roues en fer forgé d’une seule pièce. C’est là une difficulté vaincue sans utilité réelle, et Seraing n’avait pas besoin de recourir aux excentricités pour faire valoir le mérite de ses marteleurs. L’arbre coudé de la machine à bateaux est un chef-d’œuvre dont on comprend l’importance.
- A côté des locomotives, Seraing a placé une machine à bateau de 140 chevaux de force, une machine à vapeur de 16 et une autre de 4 chevaux : celle-ci est un bijou dans son espèce. Couillet a étalé un ventillateur immense et dont quatorze charbonnages du bassin de Charleroi pourraient attester les bons services.
- Viennent ensuite la société du Phoenix de Gand et M. Troupin de Verviers. Celui-ci a exposé une tondeuse lewis finisseuse, celle-là un banc à broches et un batteur héliçoïde. Un pont de M. Van Es-schen de 40 pieds de longueur nous paraît une reproduction du principe des ponts Neville. Nous remarquons près de là, un humecteur pour les grains de M. Debeaune, une machine à tisser de M. Van-devin, où une simple toile toile remplace tous les cartons du métiers à la Jacquart, et des appareils pour purger et blanchir le sucre de M. Van Goe-them.
- Le fond de la salle est couvert sur une longueur de 120 pieds par des tapis en toile cirée. Au 1er étage s’étendent à la suite d’évêques en cire qui servent de moyen d’exhibition à une marchand de chasubles, la passementerie, la librairie et les dentelles ; derrière sont les verre à vitre et les vitraux peints. Puis, un groupe de statuettes de bronze, au milieu duquel est une réduction du lion de Waterloo : ce monument dont l’immensité a fait dire que les peuples qui avaient concouru à la journée du 18 juin 1815 étaient représentés sur le champ de bataille par des monumens, dont les dimensions étaient en proportion inverse de la part que chacun y avait prise. En effet, l’Angleterre a érigé à Waterloo deux ou trois tombes, la Prusse y a élevé une chapelle, et la Belgique y a placé une montagne terminée par un lion géant. MM. Pluys, de Ma-lines, et Capronnier, de Bruxelles, ont exposé des vitraux qui auront fort à faire pour lutter contre l’Angleterre, la France, la Toscane, l’Autriche et la Bavière. Il y a, toutefois, une œuvre remarquable de l’artiste bruxellois : la partie supérieure d’un vitrail dont le prince de Chimay fait hommage à l’église Saint-Julien à Rome.
- Aux confins de la Hollande les missels de M. Hanicq de Malines forment une pyramide de douze pieds d’élévation, puis sur un comptoir à deux faces sont rangés, les papiers, les fournitures de bureau, les livres, les lithographies, les passementeries, etc.
- C’est le tour des dentelles. Ypres, Grammont et Bruxelles se disputent la palme soit pour le tissu, soit pour le dessin. Le point dit de Valenciennes s’est recruté à Bruges et à Courtrai afin d’obtenir un ensemble complet : la maille ronde et la maille carrée ; le gros et le fin, la dentelle modeste du déshabillé et le volant de 50 centimètres ; le tissu d’un franc et de douze cents francs la yard sont entremêlés. Les dentelles noires figurent avec distinction dans cet ensemble; mais nous citerons surtout la dentelle de Bruxelles, celle qui a un si grand renom a 1 étranger sous la dénomination de point d’Angleterre. On cite parmi ces riches marchandises des dentelles de 1,000 francs le mètre et dont le fil ne coûte pas moins de 4,000 francs le kilogramme.
- L’orfèvrerie et la bijouterie terminent à l’ouest
- l’expositionbelge; elles ne tiennentqu’une petite 1able qui n’est pas sans mérite. Elle se compose des camées de Julin de Liège, de chaînes de M. Hubert et des bijoux de Levy-Prins de Bruxelles, de l’orfèvrerie de Verbeckt d’Anvers et enfin des incrustations et des ciselures de Faloise de Liège. Nous reprendrons, en visitant le côté sud de l’exhibition belge, l’examen des produits qui la complètent, les armes, la sellerie, les tissus, etc. Espérons qu’à la huitaine il nous sera enfin permis de parler de l’exposition française.
- ÉTUDES SPÉCIALES SUR LES PRINCIPALES DIVISIONS DE L’EXPOSITION.
- Teinture—impression sur calicot.
- Cette brillante masse, sur laquelle s’arrête les yeux, lorsqu’ils peuvent se détacher de la fontaine d’Ostler, c’est un trophée de soieries, produit des métiers de Spitalfields ; chaque pièce qui le compose est elle-même un triomphe de l’art. Cette pièce si brillamment colorée dans la galerie supérieure, c’est un tapis, œuvre de 150 dames. Ces teintes plus éloignées nous montrent les lainages de Leeds et de l’ouest de i’Angleterre, destinés au marché de la Chine ou de la Russie. A côté se trouvent les draps plus sombres mais aussi riches, que ces mêmes lieux offrent aux consommateurs britanniques. Non loin de là, et dans la même direction, nous trouvons les popelines de Dublin et les innombrables teintes des produits imprimés de Manchester. De l’autre côté du transept se trouvent les cotons d’Alsace, aux brillantes couleurs, les lainages imprimés de Paris, les soies de la Chine, lès velours de Gênes.
- Mais il est temps de passer de l’examen de l’ensemble à celui de chacune de cës branches de l’industrie. Nous pouvons admirer le tissu, le fini, le bon goût de l’artiste, l’éclat des couleurs qui charment les yeux. Mais cet examen, s’il se bornait là, serait bien superficiel. Par ce fait des procédés manufacturiers, combien de réflexions cependant se pressent à notre esprit. Quelle accumulation de science, l’habileté de travail il a fallu pour arriver à la fabrication d’un seul de Ces chefs-d’œuvre. Sans même parler des machines qui ont filé, tissé ces étoffes, que de travail il a fallu pour la simple application des couleurs. Ce bleu foncé, c’est à l’indigo qu’il est dû ; l’indigo c’est la culture de l’Inde. • Il a fallu six mois de mer pour l’apporter à Manchester. Et ce bleu moins solide, mais plus brillant, c’est le bleu de Prusse, produit de cornes, des sabots de chevaux, des chiffons de laine, des débris des abattoirs. Les verts sont une combinaison des bleus ci-dessus, avec une teinture jaune provenant d’un bois de Cuba, ou bien d’une écorce de l’Amérique du Nord, ou bien encore d’unefbaie des rivages de la Méditerranée. L’écarlate, le cramoisi sont produits par le corps même d’un insecte du Mexique, ou par les pétales d’une fleur de Bengale. Le coton est coloré en rouge par une racine venant de Turquie ou de Provence.
- Mais comment ces couleurs sont-elles fixées sur les étoffes ? Comment l’indigo vient-il adhérer aux fibres du coton, du fil, de la soie, pour y produire une teinte si vive. Quel rapport y a-t-il entre la corne du sabot d’un cheval à ce magnifique dessin, à ces convolvutes dont les pétales sont d’un bleu si éclatant ? Comment ce petit insecte gris, fourni par le Mexique, vient-il à être transformé en ce rouge qui éblouit les yeux P Comment se fait-il que les contrées qui fournissent des couleurs se trouvent si loin derrière nous pour leur usage ? A qui devons-nous notre supériorité ? Quelles sont les causes qui l’ont amenée P Quelle est la condition des travailleurs qui nous transmettent ces matières indispensables à nôtre propre industrie, des travailleurs qui viennent les mettre en œuvre ? Ces questions se présentent assurément aux milliers de visiteurs qui se pressent autour de ces riches étoffes, leur solution ne peut qu’être intéressante, même pour ceux qui ne recherchent que le plaisir sans instruction, car pour ces derniers un mot d’explioation peut les mettre à même de distinguer les teints faux et les bons teints, et c’est là une question qui se présente à chaque instant dans la vie de nos belles lectrices.
- Dans une série d’articles, nous nous proposons d’exposer les procédés de teinture et d’impression des étoffes, et de la fabrication même. Jamais nous n’avons eu une telle occasion d’étudier cette branche intéressante de l’industrie. Sous le même toit se trouvent étalés à nos yeux, des milliers d’échantillons de matières tinctoriales diverses, et nous pouvons reconnaître leurs qualités eu égard au lieu de provenance. Près de là se trouvent les substances chimiques, les mordants qui fixent, les avivants qui animent les couleurs. Souvent nous avons sous les yeux les modèles des appareils des machines qui servent à la fabrication de ces produits. Dans la galerie de sud-ouest se trouve toute une série de matières tinctoriales prêtes pour l’usage, et sur des capsules de porcelaine, l’action des divers agents chimiques sur ces couleurs. MM. Black, de Glasgow, à côté de leur remarquable collection d’étoffes, ont exposé la démonstration palpable des procédés qu’ils
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- SCENE DE LA PASSION, GROUPE EN PLATRE.
- emploient dans leur fabrique d’indiennes ou d’imprimés. D’abord nous voyons le tissu brut, non encore blanchi, puis ce même tissu blanchi, et préparé pour l’impression, puis imprimé à une couleur, puis à deux, à trois, &c. M. Hammersley, de l’école de dessin de Manchester, a fait une collection mportante des divers dessins des étoffes des fabri-
- ques de cette ville ; cette collection fait suivre du doigt les progrès de l’art, du goût et des procédés industriels de cette industrie depuis son enfance. A côté de cette collection et pour rendre l’étude complète se trouve aussi une collection de dessins et des procédés employés dans l’Inde, berceau de la fabrique des indiennes.
- Les procédés actuels des Malais ont été décrits par Pline-l’Ancien. Depuis ce temps ces peuples sont restés stationnaires ! Où chercher la cause d’un pareil phénomène ? Quels pas de géant a fait chez nous la fabrication des cotons imprimés ! Voyez les beaux produits des Hargreave, des Kœchlin, des Godefroy, et comparez ces chefs-d’œuvre aux produits de la fabrique malaise qui avait cependant sur nous une avance de deux mille ans au moins.
- Retournons vers la galerie du sud-ouest, nous y trouvons les blocs à imprimer et la déni mstration de la manière dont on imprime à la main une étoffe à quatre couleurs. Dans l’exposition de l’Inde se trouve aussi une série de blocs, mais aucune instruction ne nous enseigne leur usage.
- On annonce une machine à imprimer huit couleurs à la fois ; elle vient de Manchester, t sera digne de son origine, fest à l’aide d’une machine de ette espèce que MM. Nelson, Anowles et compagnie ont produit leur étoffe pour meubles à quatorze couleurs et deux effets. Déjà nous pouvons voir marcher un ingénieux appareil qui imprime l’étoffe des deux côtés à la fois. Rien ne nous manquera donc pour notre démonstration des procédés de teinture et d’impression des étoffes de coton, et jmur discuter les mérites comparatifs des diverses nations dans cette branche si intéressante de la grande industrie.
- MINES ET MINIÈRES.
- LA HOUILLE.
- Bien des minéraux onttrouvé place sur les tables de l’exposition. Le fer, le cuivre, l’étain, l’argent, l’or même y sont étalés à tous les regards. Et pour-
- MEIT.LES EN BGI'J TORD!
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
- tant, il n’est aucune de ces substances qui fassent plus de plaisir à voir, qui porte plus à méditer sur la force et la prospérité du monde que la houille, cet aliment inépuisable de son industrie. Trente-cinq millions de tonneaux de houille sont chaque année extraits du sein de la terre en Angleterre et en Ecosse seulement. Et cependant ce n’est pas pour les Anglais un objet de consommation bien ancienne. A peine au commencement du treizième siecle en avait-on entendu parler. En 1238, ont fit les premières recherches sur le haut terrain du bassin de Newcas-tle-on-Tyne ; puis en 1830, près de Lanchester; enfin, en 1500, s’ouvrirent les houillères de Gateshead, Whickham, et Tynemouth. C’était surtout pour l’usage de la forge que ces extractions se faisaient alors. Mais, bientôt après, les chaufourniers y eurent recours, et autour d’eux les ouvriers, les paysans commencèrent à s’en servir pour le foyer.
- En ce temps là, on Je comprend, l’art du mineur était bien borné ; on extrayait à ciel ouvert, à l’effleurement de la mine. On épuisait les eaux, soit par des chaînes à godets, soit par des pompes mues par un manège ou par une roue hydraulique. On y employait même et avec un assez grand succès, comme sur les Polders de la Hollande, les moulins a vent.
- La découverte de la vapeur a donné à cette industrie son essor. C’est seulement depuis la machine a vapeur que l’homme a pu pénétrer, comme il le fait aujourd’hui, jusque dans les entrailles de la terre, et en rapporter ces montagnes de houille destinées à s’envoler en fumée après avoir cédé à l’homme tout ce qu’il exige de cette précieuse matière—la chaleur.
- L’Angleterre et la Belgique sont en Europe, et, proportionnellement à leur étendue, les deux con-trêees les plus riches en charbon de terre. En Angleterre, on évalue à 1 20e de la superficie totale du du sol, celle du terrain houiller. La Suède, la Norvège, la Russie, l’Italie, la Grèce, sont entièrement dépourvues de houille. La Bohême, au contraire, est la contrée d’Allemagne où ce minerai est le plus abondant. L’Espagne, le Portugal, l’Autriche, la Pologne, possèdent des mines de houille, et ce minéral se trouve aussi dans l’Inde, dans la Chine, à Madagascar, à la terre de Yan Diemen, à la Nouvelle-Hollande, à la baie de la Conception, au Chili. Les Etats-Unis en sont abondamment pourvus. En aucune contrée du globe les houillières ne sont mieux situées, plus faciles à exploiter, les filons plus riches ou plus épais.
- En Angleterre, les plus importantes parmi'Tes houillières sont situées à Newcastle, dans la Lancas-tre, le Derby, le Stafibrdshire, et en Ecosse. Elles sont exploitées par galeries et par des puits d’extraction, comme le sont les métaux ; mais le volume des couches, la masse de houille retirée obligent à de grands soins et à de grands travaux, tant pour l’extraction que pour l’éclairage. Les qualités de houille sont variées. Nulle part on ne retrouve la forme du bois qui les a formées, bien que souvent elles portent l’empreinte de végétaux. La houille se trouve en masses compactes, de couleur noire ou noirâtre, quelquefois sans éclat, mais le plus souvent elles présentent une cassure vitrée et irisée. Sa pesanteur spécifique est bien supérieure à celle de l’eau, sa structure décidément granulaire. La plupart des houilles sont disposées en couches, elles ont un clivage à angle droit du plan de stratification. En général, les tranches dont elles se composent sont immédiates ; quelquefois elles sont séparées par des couches minières de pyrites de fer, de carbonate ou sulfate de chaux, ou de baryte, de galène, de sels de soude, et quelquefois aussi par le carbonnate double de chaux et de fer. La cassure des houilles brillantes est conchoïde, celle des autres qualités est inégale et sans forme arrêtée. Souvent la même mine présente des qualités différentes plus ou moins compactes, plus ou moins bitumineuses, plus ou moins riches en carbone.
- La composition des cendres provenant de la combustion de la houille est déterminée par la nature du sol où elle est placée. La composition chimique des houilles varie selon l’âge, selon les localités; bien que les éléments en soient variables dans leurs quantités respectives, ils sont toujours les mêmes.
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- Fourneaux. - houilles sont
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- TJ N BAIGNEUR.
- invariablement composées de carbone, d’hydrogène et d’oxygène. Elles contiennent en outre un résidu inorganique et du soufre ; elles offrent quelques traces d’azote, provenant des matières organiques dont elles sont composées.
- Parmi les houilles exposées, nous trouvons l’anthracite de Tenby de la Galles du Sud, et celui de Tipperary en Irlande ; puis vient celui de la vallée de Neath près de Swansea. Cette substance est la plus ancienne des formations houillères. On la trouve surtout dans les terrains de transition. La structure en est parfaitement homogène, la cassure conchoïde et vitrée, la couleur noire de jais, très souvent irisée. Elle contient une proportion considérable de carbone, très peu de matière bitumineuse, et par conséquent elle ne saurait servir à l’éclairage. L’anthracite est aujourd’hui employé avec succès au lieu de coke dans les hauts-fourneaux à l’air chaud.
- La quantité de carbone trouvée par l’analyse des deux variétés que nous venons de citer a été énoncée par le Dr. Lyon Playfair et sir H. T. de la Beche, comme suit : anthracite de la Neath : carbone, 91-69 ; hydrogène, 3-49 ; oxygène, 2-32 ; azote, 0-21 ; soufre, 0-79; cendre, 1-50. Anthracite de Tipperary: carbone, 80-18 ; hydrogène, 2-10 ; oxygène, traces, azote, 0-23 ; soufre, 6-76 ; cendre, 10-70. La pesanteur spécifique du premier est de 1-357 ; du second, 1,590.
- Parmi les spécimens des houillières galloises, nous remarquons le Duffryn Powell, le Merthyr Nixons de la Compagnie d’Aberdare, la veine noire de Merthyr et Risca, et la houille de Llangenneck, dont les mines sont situées à proximité du port de Llanelly. Toutes ces variétés se distinguent par une cassure brillante et irrégulière, irisée ; ce qui est assez rare dans les houilles des autres bassins d’Angleterre. Cette sorte est très bonne ; elle développe une très grande chaleur et donne très peu de fumée. Ses propriétés la font rechercher pour l’usage de la marine.
- La pesanteur spécifique de cette variété est de l'29 à 1-35. L’analyse de l’une de ces houilles, que nous tirons du rapport déjà cité de sir T. H. de la Beche et du Dr. Lyon Playfair, celle de Birch Grove Graigola est comme suit : carbone, 90-94 ^hydrogène,
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- 4*28 ; oxygène, 0‘94 ; azote, 1-25 ; soufre, 1T8; cendre, 1*41. * - ~ ” ’ " - ^ L !
- Le Lancastre nous a fourni des houilles, du can-nel-coal et des échantillons de coke provenant des charbonnages de Moss Hall-coal, à Ince, près de Wigan. Les provenances de cette contrée sont de bonne qualité, mais plus dures ; la cassure est cubique, elles contiennent plus de cendre et dégagent beaucoup de fumée quand on les allume ; elles sont plus riches en hydrogène que les précédentes et par conséquent sont plus recherchées pour l’éclairage que pour la grille. Le cannel-coal est une substance à part à cassure conchoïde, de couleur brun-noir, et qui n’est guère employée que pour le gaz. Son analyse est : carbone 80-21, hydrogène 6-30, oxygène, soufre et azote 8-54, cendre 4-95 ; une tonne de cette houille donne 11,000 pieds cubes de gaz, pouvant produire pendant sa combustion une lumière égale à celle de 1,150 bougies de blanc de baleine. Le coke de ce charbon est très friable, léger et presque sans usage. On l’emploie à la cuisson de la chaux.
- Les houilles du Derby se distinguent par une cassure irrégulière et une tendance à s’émietter en petits morceaux prismatiques alongés ; elles sont plus chargées de matières terreuses que les précédentes, et contiennent des pyrites de fer et des schistes. Les spécimens de cette variété viennent des hauts-fourneaux de Butterly près d’Alfreton. Analyse : carbone 80-41, hydrogène 4-65, nitrogène 1-59, oxygène 11-26,-soufre 0-36, cendre 1*23, pesanteur spécifique 1-301, et produit en outre 60-90 pour cent, de coke friable, \ <j
- Les houilles du Yorkshire ont en général une apparence plus schisteuse que la précédente variété ; elles ont, cependant, à peu près les mêmes qualités et la même composition. Le Staffordshire a fourni des spécimens monstrueux, qui démontrent avec quelle facilité ces houilles peuvent s’extraire en grosses masses ; l’échantillon de Denbigh-hall, près de Tipton, est remarquable,
- L’Ecosse a fourni son contingent. Nous citerons les spécimens de Dalkeith dans le bassin de Mid-lothian ; ce charbon est nommé “ splint il brûle avec longue flamme et beaucoup de fumée. Il convient à l’éclairage, ainsi que l’indique l’analyse que voici: carbone 76-94, hydrogène 5-20, azotes,traces, soufre 0-38, oxygène 14-37, cendre 3-10.
- L’Exposition présente encore un grand nombre de variétés de houille. Nous en parlerons en nous occupant des produits des autres contrées.
- INSTRUMENTS DE PRÉCISION ET DE PHYSIQUE, ETC.
- L’exposition n’offre aucun spécimen considérable d’instruments astronomiques. Les deux seuls instruments de quelque dimension que nous ayons remarqués sont : un instrument d’altitude et d’azimuth ou instrument de transit par Elliot, et, comme on l’appelle en Allemagne, un instrument universel, par Ertel, de Munich. Le premier est un ouvrage très élégant et admirablement exécuté d’après le modèle de Troughton ; mais nous n’y avons remarqué aucune nouveauté particulière de dessin ou de construction qui mérite d’être mentionnée.
- L’instrument universel d’Ertel est, comme son nom l’indique, applicable à tous les objets pour lesquels il faut mesurer les angles dans un direction verticale ou horizontale. C’est un instrument d’un travail admirable et parfaitement divisé. Le point le plus remarquable dans la construction de cet instrument est l’arrangement des verniers qui ont été adoptés depuis quelque temps en Allemagne pour les instruments de précision. Dans les instruments anglais qui sont gradués sur une surface plane, le vernier est ordinairement placé sur le bord équarri d’un morceau de métal qui glisse sur la surface du cercle divisé. Cette combinaison offre quelque incertitude pour lire la coïncidence des divisions dans un microscope, parce que les divisions ne sont pas sur des surfaces dans le même plan. On remédie à cet inconvénient , dans l’ins trament de Munich, en marquant les verniers sur un anneau qui leur est con c en trique, et comme si le cercle gradué y était com- ; pris, de fa i çon que les ; deux surfa- j ces soient ! dans le même plan.
- Afin d’évi- fourneaux.
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- ter la friction les deux bords gradués Sont bi-zeautés, de manière à laisser entre eux un espace qui ressemble à un Y renversé. Une autre particularité de cet instrument, c’est que les rayons de lumière provenant d’un objet sont reflétés àangle droit au centre de l’instrument, et atteignent l’oculaire à travers l’axe creux ; au moyen de cette disposition on peut se servir de l’instrument comme secteur de zénith.
- Il y a un très grand assortiment d’instruments pour les observations nautiques \ mais nous n’avons remarqué aucune invention nouvelle de quelque importance. Quelques-uns des instruments d’Elliot nous ont semblé d’un excellent travail. Des sextants et des cercles réflecteurs de Dennis et autres fabricants nous ont paru très recommandables, et nous avons remarqué, entre autres, un sextant d’argent chargé d’ornements, et dessiné, dit-on, par une dame.
- Dans la partie française il y a une série d’instruments nautiques et d’arpentage d’un excellent travail, exécutés par Yedy et très dignes de remarque, quoiqu’ils n’offrent aucune nouveauté particulière, excepté peut-être leur extrême légèreté. Quelques instruments de la même espèce, fabriqués par la maison Molteni et Siegler, méritent également une mention particulière.
- Le grand télescope équatorial de M. A. Itoss (et non le comte de Rosse, comme beaucoup de personnes l’on cru), a déjà été mentionné ; mais la construction de ce télescope est entièrement nouvelle sous beaucoup de rapports qu’il est indispensable de signaler. Ainsi le mouvement équatorial est produit au moyen de deux plaques, qui peuvent être ajustés dans deux directions perpendiculaires l’une à l’autre ; la plaque inférieure glissant sur l’encadrement, et la plaque supérieure sur l’inférieure. On a pratiqué dans la plaque supérieure une mortaise où repose l’extrémité inférieure de l’axe polaire. On a fixé aux deux côtés du grand télescope un petit télescope, dont on se sert quand le temps est brumeux, et deux chercheurs de forces différentes. Le même exposant a envoyé un petit équatorial placé sous la volée de son prototype, et dont le mouvement paraît très solide et très ferme ; plus solide, peut-être, en proportion, que celui du grand instrument, qui nous semble à peine assez massif pour la dimension considérable du grand télescope.
- Un petit équatorial, par M. Mœrz, de Munich, est un échantillon exquis de main-d’œuvre, mais il n’offre aucune nouveauté dans sa construction.
- Nous avons remarqué aussi un léger support de télescope en bois par Buron, dePam; il paraît un peu compliqué ; mais sa construction estsans doute considérablement affermie par les attaches qui le réunissent dans toutes les directions. Le télescope est élevé par une roue et une chaîne • quelques autres mouvements s’opèrent également par le même mécanisme.
- L*Exposition offre un très-grand choix d’instruments d’arpentage, comprenant dés théodolites, dès rapporteurs, des niveaux, etc. On peut ajouter beaucoup de noms à ceux que nous avons déjà cités pour la perfection delà main-d’œuvre; mais quelques-uns de ces instruments méritent un examen tout particulier. Nous devons signaler, entre, autres, le compas solaire de Bürt, dont on se sert généralement pour le tracé de tous les chemins de fer dans les Etats-Unis d’Amérique. Il a un mouvement équatorial et Une petite lentille pour ajuster l’instrument sur l’image du disque du soleil ; on y a pareillement adapté un appareil très-simple pour prendre Son point de repère sur une étoile. L’objet de cet instrument est de rectifier les erreurs que déterminent les attractions locales lorsqu’on calcule l’azy-muth au moyen de l’aiguille magnétique.
- Un théodolite de Shroedter, placé près des instruments de Munich, offre deux particularités qui méritent d’être signalées. Le cercle gradué et les ver-liiers sont sur le même plan, suivant le procédé suivi dans l’instrument universel d’Ertel, ci-dessus décrit ; ils sont en outre protégés par une plaque de cuivre ; et on lit leurs indications à travers deux ouvertures pratiquées dans la plaque.
- Près de cet instrument, nous en avons remarqué un autre également construit par Schrœdter ; mais nous croyous que le mérite de sa disposition revient à BreithaUpt. Le planimètre d’Ansfeld, de Gotha, est un instrument très-bien approprié pour l’estimation approximative des surfaces planes, au moyen du calcul intégral de deux mouvements qui se coupent mutuellement à angles droits.
- Une équerre conique de Kinzelbach, de Stuttgard, semble être un instrument très convenable pour le levé des plans sur un terrain très inégal. Quelques autres instruments du même fabricant sont également remarquables. Mais nous prendrons la liberté de critiquer la modification qu’il a faite au goniomètre de AYollaston, en y ajoutant un mouvement supplémentaire, qui n’est d’aucune utilité, et qui par conséquent embarasse au lieu d’aider l’ajustement d’un verre. Un mouvement additionnel' dans le plan du cercle gradué est très utile pour amener le bord mesuré, à peu près en coïncidence avec l’axe de l’instrument, afin d’éviter l’erreur de la parallaxe ; mais nous ne voyons pas comment ce but peut être
- LE PALAIS DE CRISTAL.
- atteint convenablement par l’arrangement de Kinzelbach.
- L’appareil très ingénieux dont s’est servie l’Amirauté, pour préparer les bases de triangulation du cadastre de la Grande-Bretagne et de l’Irlande, tient évidemment une place éminente parmi les instruments destinés à la mesure de l’espace linéaire. Deux de ces instruments sont renfermés dans deux montres vulgaires, placées devant les cartes minutieusement exécutées par l’Amirauté, et reléguées à occidentale de la galerie. Ces montres ont évidemment de longs états de service, et, comme beaucoup d’autres vétérans, elles ont été revêtues d’un nouvel uniforme bleu pour une revue publique, mais il nous semble que leur précieux contenu n’est pas disposé de manière à attirer sur lui toute l’attention qu’il mérite. L’objet de ces deux instruments est de déterminer deux points qui conservent toujours la même distance entre eux, nonobstant toutes les variations atmosphériques de chaleür ou de froid, de sécheresse, ou d’humidité : condition qui ne serait évidemment pas remplie par des baguettes ou des barres d’aucune substance connue. Cependant, avant d’expliquer leur construction, nous rappelerons de mémoire unemœcdote qui prouve leur extrême justesse.
- Dans l’une des basses mesurées, autant qu’il nous en souvient, en Irlande, il se trouvait une rivière d’environ 40 pieds de large. Il fallait, par conséquent, mesurer exactement cette dernière ; c’est pourquoi des piquets furent dressés, et des cannes de mesurage furent posées d’un piquet à l’autre avec des bateaux. La difficulté de planter les instruments avec l’aide si peu stable des bateaux, fit juger à propos de répéter l’opération. A la grande satisfaction des personnes employées à l’arpentage, il se trouva que la différence entre les deux opérations faites dans des circonstances si défavorables n’excédait pas D40 de pouce. Le principe sur lequel on a construit ces instruments de mesurage repose sur la compensation de l’inégalité d’expansion de métaux différents. Deux barres ou baguettes de dix pieds de longueur, l’une d’acier, l’autre de cuivre, sont emboîtées ensemble par le milieu, de façon à rester parallèles à une distance d’environ quinze pouces l’une de l’autre. Les extrémités sont reliées ensemble par des traverses que l’on prolonge de six à huit pouces au-delà de la barre d’acier. En supposant que les baguettes soient de la même longueur à la température moyenne de l’atmosphère, les pièces de traverse leur seront perpendiculaires. Si, au contraire, la température s’élève considérablement, les baguettes augmenteront toutes deux de longueur ; mais comme la baguette de cuivre s’allongera plus que celle d’acier, les barres de traverses ne resteront plus perpendiculaires à la longueur des baguettes ; elles inclineront intérieurement l’une vers l’autre. Si, d’un autre côté, nous supposons que les centres conservent partout leur même position, il est évident que la nouvelle position des traverses coupera celle qu’elles occupaient auparavant à un point donné d’intersection. Lorsque la température sera basse, le même fait se reproduira, mais dans un ordre inverse ; les points à travers lesquels les traverses, considérés comme de simples lignes, passeront à toutes les températures, peuvent être pris comme des points fixes de distance, et sont marqués sur les traverses par de petits points de repère en platine. Lorsqu’on se sert de ces instruments, la continuité de direction est maintenue par des mires verticales soudées aux extrémités de chaque système de barres ; et la continuité de distance est pareillement assurée, en amenant simultanément les points fixes aux extrémités adjacentes des deux systèmes, sous les lignes de vision de deux microscopes attachés au même support.
- Il est convenable de mentionner ici l’appare'l à mesurer de Bessell, exécuté par Baumann, de Berlin. L’objet de cet appareil n’est pas comme le précédent de donner une mesure absolue, mais d’estimer simplement les différences très subtiles de longueur entre deux barres, à la même température, et dont on veut se servir ensuite comme étalons. Les barres sont carrées et d’acier doux, mais leurs extrémités sont tournées, et leurs centres à projection sont d’acier rigide ou montés sur pierres. 11 y a également deux barres d’acier tournées d’environ cinq pouces de long, dont un bout est arrondi, tandis que l’autre est en cône aigu qui se termine par une pointe un peu obtuse. La barre étalon et les barres courtes dont nous venons de parler sont supportées par un cadre de cuivre, en ligne l’une avec l’autre, de façon que les extrémités arrondies des barres courtes s’appuient contre les centres projetés de l’étalon. Deux niveaux à esprit de vin, dont le calibre a un long rayon de courbes, sont placés aux extrémités de l’appareil, sur une ligne parallèle aux barres et tournent sur un centre un peu au-dessus de leur axe. Ces niveaux sont ajoutés par des vis pour indiquer la position horizontale quand ils sont en contact avec les extrémités pointues des barres courtes. Maintenant, si l’on enlève l’étalon et que l’on mette à sa place la barre que l’on veut comparer, il est évident qu’une très faible différence de longueur sera indiquée par une déviation augulaire très consi-
- dérable du niveau. La sensibilité de l’instrument dépendra évidemment aussi de la proximité entre lé point en contact avec la barre pointue, et le centre sur lequel tourne le niveau à esprit de vin.
- Nous citerons encore dans la partie française un ingénieux instrument de Perreaux pour graduer les tubes de thermomètres et autres instruments ; mais sa construction se comprend sans qu’il soit nécessaire de l’expliquer en détail.
- Parmi les instruments hydrographiques, nous n’en avons pas remarqué beaucoup qui offrissent quelque nouveauté, soit dans leur principe, soit dans leur application. Cependant plusieurs sont dignes de l’attention des hommes spéciaux. Quelques-unes des boussoles de Dent nous ont paru disposées pour indiquer la marche des navires par six séries de points sur le cadran ; mais, dans beaucoup de cas, il nous a été impossihle d’obtenir aucune information à leur égard. Nous avons également remarqué une boussole d’un travail accompli, exposé sous le même nom, et dont nous ne pouvons faire un plus grand éloge qu’en disant qu’elle ressemble à s’y méprendre, pour la main-d’œuvre, à celle de Barrow»
- MACHINES ÉLECTRIQUES ET ÉLECTRO-MÉTALLURGIQUES.
- On lit dans le Morning Chronicle, au sujet des machines électriques et électro-métallurgiques figurant à l’exposition.
- “ L’agent puissant qui, depuis quelques années, est venu, pour la première fois, sollicité par le savant, prêter son concours à l’industrie, mérite toute notre attention. Ici nous pouvons suivre le progrès à grands pas. Nous pouvons apprécier le pouvoir de la science, et noter son influence sur le bonheur et sur le bien-être du genre humain. En examinant ce sujet, nous commencrons par l’étude de la marche que la science a suivie pour obtenir le mouvement à l’aide de cette puissance, jusqu’alors insaisissable, et pour la forcer à prêter son concours au travailleur, au manufacturier. D’abord, nous avons la machine électrique cylindrique, exposée par MM. Watkins et Hill, qui est d’une rare perfection d’exécution. Puis vient la machine de gutta-percha plus moderne. C’est Faraday qui le premier, nous croyons, a dé* montré les propriétés électriques prononcées de cette matière, et il a remplacé le verre par une bandé dé gütta*percha. Loin de ces instruments, placée dans une autre division de l’exposition, nous trouvons la machine hydro-électrique de Armstrong, ou la près* sion exercée sur la vapeur détermine l’élefetrïcité de tension.
- Des machines électriques nous passons aux batte* ries dé Volta, qui sùnt assurément les machines les
- Elus extraordinaires de la civilisation moderne, (ans la partie anglaise de l’exposition nous trouvons en grand nombre, les batteries de Smee, adaptées à toutes sortes d’usages, puis la batterie à cuve de M, Home, construite plutôt pour l’ornement du salon que pour l’usage du laboratoire. Le principe sur lequel elle est basée est le dégagement de hydrogène d’un milieu conducteur, au moyen du platine ou au* tre métal excessivement divisé, A côté nous trou* vons la batterie de Grove, construite en zinc et plati* ne ; ce dernier plongeant dans l’acide nitrique. Cettè batterie est d’une grande puissance. Dans cette division M. Knight est le seul qui ait exposé la bat* terie de Daniell. Cette batterie est à présent rare* ment employée. Elle mérite la reconnaissance du monde industriel cependant, car elle a donné nais* sance à la métallurgie électrique.
- Des trois grandes batteries usitées dans la science, nous passons aux batteries à carbone, à celles où l’étain est substitué au platine, puis aux batteries à sable, qui peuvent à peine être rangées parmi les ins* truments destinés à produire la force voltaïque. M. Ritter expose une charmante petite batterie de Ince, bien construite, pour produire une action prolongée.
- M. Pulveracher expose à son tour une batterie à chaîne qui peut produire un courant d’une grande tension, mais de petite quantité. Dans toutes ces batteries la source de la puissance est la même, elle est due à la décomposition de l’eau par le zinc, et la formation d’un oxyde de zinc enlevé par l’acide étendu.
- Laissant de côté la force galvanique, essayons de décrire de quelle manière s’obtient la puissance électro-magnétique. La machine de M. Henley et celles de quelques autres exposants en sont la démonstration. Sans aucun doute M. Henley marche avant tous ses concurrents. Il affirme que la machine donne jusqu’à 10 pouces cubes de gaz mélangés par minute par la décomposition de l’eau entre deux points de platine. Nous engagerons tous ceux que la science intéresse à l’examiner avec soin. La machine électro-magnétique de MM. Horneet Thorn-thvaite démontre bien de quelle manière s’obtient l’électricité par un courant intermittent dans une direction avec un régulateur de vitesse ; c’est la seule machine fondée sur un pareil mouvement. Comme moyen de mesurer la puissance: nous avons les galvanomètres de plusieurs exposants. Le dynanomè-tre de Weber est considéré comme un instrument
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- curieux pour la mesure d’un courant galvanique. M. Hanley est aussi le premier constructeur d’ai-mans magnétiques.
- Mais à quel usage peut être employée la force ainsi reproduite ? Telle est la question qu’on se pose après avoir examiné les instruments que nous venons de décrire. Commençons par l’horloge magnétique placée dans le transept, et dont le dessin a été donné par M. Chven Jones. Cette horloge est mise en mouvement par six batteries de Smee ou plutôt par une batterie de six auges seulement, et cette faible force suffit pour que le mouvement de cette horloge, celui d’une deuxième horloge placée à l’extrémité ouest de la nef, et celui d’une troisième horloge placée au sud de la-galerie du transept, soient simultanés. Cette horloge électrique est certe la plus remarquable de l’Exposition. Les Français ont également exposé une horloge à timbre, mise en mouvement par vingt batteries de Daniell. Bain a aussi phi-sieurs de ces horloges. Le son des cloches de l’horloge française est plein de charme ; on se croirait dans une ville étrangère quand on l’entend. Désormais, la science de l’électro-galvanique est assez avancée pour qu’une seule horloge règle toutes les horloges de Londres : un peu de dépense en sus, et il serait facile d’avoir la même heure par toute l’Angleterre.
- Nous remarquons à l’exposition de très beaux spécimens d’électro-métallurgie, ou de l’art d’extraire ou de déposer les métaux par l’électricité. D’abord, nous remarquons un dépôt électrique de la tête de la base du Baron Vœbeth ; du côté étranger, nous trouvons le beau groupe de l’Avanie, bronzé par procédé électrique. La statue exécutée par El-kington, pour la Chambre des Lords, mérite à coup sûr la première place. Les bronzes électriques du même exposant sont très remarquables. Eikington a dans son art des concurrents étrangers. Son buffet bronze magnétique, bien que laissant à désirer sous le rapport du dessin, est une œuvre du plus grand inté- • rêt. C’est une conquête pour l’art d’orner nos appartements.
- Tous les gouvernemens, on le sait, ont encouragé cette branche de l’électricité appliquée. En Russie, l’empereur l’a remarquée avec faveur. En Autriche, le gouvernement a fait les essais lui-même, et il cherche à démontrer par l’exposition qu’il fait de cuivre repoussé, de caractères d’imprimerie électromagnétiques, de cadres et de grandes feuilles de cuivre, toute l’excellence du métal provenant du dépôt électro-magnétique. En Angleterre, cette branche de la science n’a pas reçu Un moindre patronage de la reine, du prince Albert, et du gouvernement. La reine a donné un écrin qu’elle a fait exécuter pour l’exposition, et dans lequel sont les portraits des princes et des princesses d’après nature, par M. Léonard Wyon, et dont on a fait des copies électromagnétiques. Dans quelques jours, nous le pensons, cette écrin sera exposé aux regards du public.
- Le prince Albert a permis que le traité de métallurgie-électrique lui fût dédié par son auteur, et le gouvernement expose lui-même une série des cartes de la guerre, qui, nous assure-t-on, ont été copiées à l’aide d’une batterie de Smee, préparée au bureau de l’artillerie pour cet objet. Le capitaine Ibbetson a exposé des feuilles recouvertes de cuivre par le procédé électrique. Elles sont moins bien venues toutefois que celles qu’il a déposées au Musée de Géologie économique.
- M. de la Rue expose des cartes imprimées au moyen de clichés électro-métalliques. On nous assure, et c’est là un fait bien digne de remarque, qu’un cliché de cuivre, ainsi obtenu, peut tirer plusieurs milliers d’épreuves, toutes aussi belles les unes que les autres, par la raison assez étrange que le cuivre refuse de prendre plus d’encre qu’il ne lui en faut.
- Le procédé de dorure et d’argenture par l’électricité est une belle acquisition pour l’art. Nous voyons sous nos yeux, en mille endroits de l’exposition, tant de spécimens de cet art, qu’il serait impossible de les citer tous. MM. Eikington se sont particulièrement distingués par la confection d’un vase qui vaut plus de 500 guinées. Un grand nombre d’instruments de chirurgie sont argentés par ce procédé. Nous remarquons en outre des boutons, des cuillères, des fourchettes, des couteaux, des cloches, des chandeliers, des instruments de physique, et mille autres objets que nous ne pouvons énumérer. Nous conseillons aux visiteurs de remarquer le spécimen d’argenture brunie de M. Lyon qu’on a placé dans la salle des machines en mouvement, comme si l’on craignait qu’il ne fût remarqué. Ce brunissage s obtient par l’addition d’une petite quantité de bisulfure de carbone à la dissolution métallique employée. La cause de ce remarquable phénomène n’a pas encore été trouvée ; elle pourrait cependant mener à des résultats encore inconnus, si elle était bien appréciée.^ Les visiteurs verront aussi dans cette partie de 1 exposition de nombreux spécimens de ce qu on appelle fer galvanisé. Nous regardons cette industrie très remarquable comme portant un nom qui ne lui convient pas, car le galvanisme n’a rien a fan-e ici. Cependant l’inventeur, M. Sorel, lui a donné ce nom par la raison que le fer et le zinc mis
- en contact forment un élément galvanique, et que dans cet élément l’oxygène de l’eau décomposée se porte porte sur le zinc, laissant le fer à nu.
- Polir le manufacturier, il n’existe encore que trois métaux qui puissent être maniés par l’électro-plastique : le cuivre, l’or et l’argent. Le savant se sert bien d’autres métaux encore, mais les procédés qu’il emploie ne sont pas du domaine industriel ; il faut attendre.
- Quelques physiologistes prétendaient que les nerfs sensitifs du corps humain sont les conducteurs électro-magnétiques qui portent au cerveau l’impression des organes de la sensation, et que les autres nerfs sont autant de télégraphes qui reportent aux membres la force qui fait mouvoir les muscles. En d’autres mets, de même que la nature avait pris soin de faire le modèle de la batterie électrique dans la torpille et l’anguille électrique, de même elle avait fait un télégraphe électrique dans notre propre organisation, quelques cinq mille, huit cents ans avant que nous ne l’appliquions sur nos chemins de fer. Le Grand-Duc de Toscane mérite nos louanges pour les soins qu’il a pris de faire exécuter les modèles de la torpille électrique de la Méditerranée. Déjà il avait fait présent au professeur Owen d’une série de modèles de ce même poisson. Nous engageons nos lecteurs à visiter ces pièces d’anatomie. Ils y verront les batteries dont se sert la nature.
- L’intense électricité qu’exige ce poisson pour retenir sa proie demandait des batteries puissantes, èt la manière dont sont disposés les augets est curieuse et très intéressante. Il faut dans ces batteries vivantes, comme dans celles dont se sert le physicien, que les matières en contact soient décomposées. L’homme se sert dé fer, dé zinc, mais la nature a fourni à la torpille le sang qui est nécessaire à ses batteries. Pour ses télégraphes, l’homme se Sert encore de métaux, Les conducteurs de la nature sont les fluides, La nature isole ses conducteurs au moyen des Corps gras : l’homme se sert de résine, de verre, de gütta-perclià, &c. C’est ainsi qu’ont été isolés les fils télégraphiques destinés à la communication entre Londres et Paris. Ces échantillons de MM, Brett et Little méritent bien qu’on les examine.
- Quant aüx télégraphes proprement dits, il s’en trouve ici Une grande profusion-. Le télégraphe à indicateur de Wheatstône, si communément employé, fait le tour du bâtiment et de là suit la Voie publique jusqu’à Scotknd-yard, dans Whitehàll, siège central de la police, rue de Jérusalem de Londres. Un télégraphe de M. Henley mérite l’attention. Le mouvement y est donné au moyen d’une machine électro-magnétique. M. Bakewell expose son télégraphe-copiste, qui copie si exactement l’écriture qu’on peut signer de Liverpool un pouvoir donné à son notaire à Londres. Le télégraphe, en ce cas, n’est plus qu’un bras un peu plus long que celui que nous a donné la nature. Nous trouvons ici un grand nombre de télégraphes-imprimeurs ; puis vient un télégraphe-comique où les signes sont les grimaces diverses d’une tête mise en communication avec les conducteurs. Des télégraphes-domestiques destinés à transmettre des ordres dans la maison, un mode de communiquer avec le conducteur d’un train de chemin de fer en mouvement. M. Ritter expose un télégraphe qui indique l’entrée des voleurs dans une maison, même à une grande distance.
- Mais, quelque nombreux que soient ces essais, on peut assurer qu’ils sont à peine un atome de ce que l’avenir réserve à cette application de la science. Nous ne saurions encore nous faire qu’une idée imparfaite des usages de Cet agent étonnant, et bien que les essais de lumière électrique tentés par deux exposants, MM. Duborgsoleil et Allum, soient encore du domaine de la science pure, on peut prédire que le temps n’est pas loin où l’industrie s’en emparera. M. Knight et quelques autres ont exposé des modèles de machines locomotives-électriques. Dans l’état actuel des choses, ce moteur est trop dispendieux pour entrer dans l’industrie ; le zinc est plus cher que la houille. S’il arrive quelque jour que la batterie galvanique puisse être chargée par l’usagfe du carbone, du coke ou autre hydro-carbone à bas prix, au lieu de zinc, alors l’électricité deviendra pour l’homme une source intarissable de lumière, de chaleur et de force motrice.
- L’examen attentif de cette partie de l’Exposition, nous permet de féliciter l’industrie des acquisitions qu’elle a faites pendant ces dernières années. Qui aurait pu prévoir, même le jour où Galvani vit sauter sous ses yeux étonnés la malheureuse grenouille fendue et dépouillée, que ce simple phénomène, observé par un homme de génie, nous amènerait un jour à la production de statues colossales ? Qui aurait pu penser alors au télégraphe électrique ? Ici, comme en toutes choses, le savant a précédé l’ap-plicateur, et l’Angleterre a la gloire d’avoir appliqué en grand les principes découverts par la science. Il n’est pas douteux que les institutions scientifiques, si répandues, si suivies, si encouragées parmi nous, n’aient contribué à vulgariser cette branche des connaissances humaines, — c’est la raison qui les place au premier rang parmi leurs compétiteurs.
- CHRONIQUE DE L’EXPOSITION.
- Le 23 courant commencera dans le bâtiment de Hyde Park une série de leçons explicatives sur les divers objets exposés et les procédés employés pour leur fabrication. Le professeur Cowper a entrepis la section de mécanique ; le professeur Anstead les minéraux et matières premières ; M. O’Brien les instruments scientifiques en général. Plusieurs travées, en ce moment inoccupées, seront consacrées à recevoir les auditeurs de ces cours d’un genre nouveau. Les Commissaires des diverses nations étrangères s’occupent aussi des mesures nécessaires pour procurer à leurs nationaux les mêmes moyens d’instruction.
- La recette de l’Exposition continue à s’accroître journellement. Samedi elle s’est élevée à £2,571 5 shellings (63,070 fr.), ce qui porte à plus de 255,000 fr. la recette provenant des billets à 5 shellings. Le nombre des billets de saison vendus n’a pas été aussi considérable que le jour précédent. On n’a reçu que £670 qui, avec la somme reçue ponr les billets à 5 shellings, fait monter la recette totale du jour à £3,241.
- Le comité local de Birmingham est, dit-on, dans l’intention d’offrir Une fête à la Commission exécutive de l’Exposition. La fête, qui aura lieu prochainement dans la grande salle de la ville, a pour objet de. féliciter la Commission exécutive du succès de ses efforts.
- On peut se souvenir que Birmingham avait été la première ville à se placer, sur plusieurs points, dans une sorte d’opposition contre la Commission exécutive. Nous n’avons pas besoin de dire que cette opposition ne portait pas du tout sur le principe de l’Exposition en elle-même, mais sur la manière d’atteindre un de ses principaux objets—l’appréciation du degré d’avancement auquel les différentes industries du globe sont arrivées.
- Cette initiative fait honneur à la ville de Birmingham. Prochainement il sera tenu une assemblée des principaux habitans de la vihe et des exposants, à l’effet d’arrêter les diverses, dispositions relatives à l’ordonnance de la fête.
- Comme le prix d’admission sera réduit à 1 shel-iing le lundi, 26 courant, et que l’on avait manifesté quelques doutes sur la possibilité de maintenir l’ordre au milieu de l’affluence probable des visiteurs, nos lecteurs apprendront avec plaisir que le sujet a déjà occupé l’attention de la Commission exécutive. Un plan très-simple lèvera toutes les difficultés. On demandera aux visiteurs de suivre la marche du soleil. D’un côté du bâtiment, les visiteurs iront de l’Est à l’Ouest ; de l’autre, ils marcheront de l’Ouest à l’Est.
- Il vient d’être publié une liste des prix des voitures publiques à partir de Whitehàll ou de la station de Prince’s Gâte, du Hyde Park et du Palais de l’Exposition, se dirigeant sur les points les plus fréquentés. Ce tarif a été préparé sous la direction des chefs de la police.
- Le prix de la course et les distances sont calculés pour tous les points importants de la ville.
- CHRONIQUE DE LONDRES.
- Nous manquerions à nos lecteurs qui s’intéressent à tout ce que Londres offre en ce moment de curieux et de remarquable, nous manquerions à la reconnaissance qu’inspire toujours une hospitalité généreuse, si nous omettions de parler de la fête donnée jeudi dernier par M. Soyer, dans sa maison de Gore Ilouse, à la presse anglaise et étrangère.
- Qui n’a pas entendu parler de Soyer en France comme en Angleterre ? de Soyer, le cuisinier heureux qui, après avoir élevé la table du “ Reform Club ” à la plus haute réputation gastronomique, est devenu le chef indispensable de tous les dîners aristocratiques de la Grande-Bretagne. Ici, tout menu signé Soyer doit être excellent ; ceux qui seraient d’opinion tant soit peu contraire n’auraient ni palais ni entrailles. Soyer n’est pas seulement le Carême anglais, il est même artiste et bienfaiteur de l’humanité. Artiste, car il compose des vers, des chansons, des ballets ; ami de l’humanité, car il a inventé la sauce et l’appareil Soyer, à l’aide desquels le voyageur abandonné peut encore recouvrer les douceurs de la cuisine ; car il fonde dans Gore House un établissement gastronomique sans pareil en Europe, établissement dans lequel les étrangers trouveront des ressources culinaires qu’ils n’auraient rencontré nulle part, même chez eux.
- C’est dans cet établissement de Gore House qu’a été donné, aux presses anglaise et étrangère, la fête et le dîner dont nous parlions en commençant.
- En voici le merveilleux menu digne d’une société d’impératrices :
- TRENTE-DEUX POTAGES.
- Douze Potages à la Gresham.
- “ “ à la Palestine, (clair.)
- “ “ à la Purée d’Asperge.
- “ “ à la Prince de Galles.
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
- STATUE ÉQUESTRE DE LA REINE VICTORIA.
- VINGT-HUIT POISSONS.
- Turbots à la Mazarin.
- Itougets en Matelotte Normande.
- Saumons à la Crème.
- Filets de Sole et Boudins et Turbot à la Cracovienne. ONZE RELEVÉS.
- Cinq Hanches de mouton au jus de Groseille. Cinq Quartiers d’Agneau de maison.
- LE HOTI MONSTllE DE BCE UE,
- Being nearly the whole Ox weight, 6101bs., fed by the lit. Hon. C. S. Lefevre, M.P., supplied by J. Main, Knightsbridge.
- QUATRE - VINGTS ENTRÉES CHAUD -FROIDES,
- Galantines à la Volière.
- Mayonaises de Volaille.
- Escaloppes de Mironton de Homards.
- Aiguilettes de poussins à l’écarlate.
- Nouveaux Pâtés de foie de Volaille à la Symposium. Jambons à la Westphalienne.
- Langues de Bœuf à la Montpellier.
- Poulets rôtis à la Crème.
- Poulets braisés à la Béchamel.
- Plats de Cannetons au jus d’Orange.
- RELEVÉS.
- Dix Culottes de Bœuf à la Garrick.
- ENTREMETS.
- Quinze Gelées de fraises à l’Ambroisie. Vingt Crèmes fouettées aux Fruits.
- “ Turbans de Meringues à la Crème.
- “ Côtelettes d’Agneau glacées au Café “ Tartelettes à la Comte d’Orsay.
- “ Pâtisserie assortie aux Abricots. Neuf Jambons Glacés en Surprise. Rissolante frappée à la Symposium.
- Si tout s’était borné à ces reliefs, assez somjhueux cependant pour faire pâlir le sensuel Apicius et combler de honte le vaniteux Lucullus, Soyer n’eût accompli après tout qu’un tour de force de manipulateur. Mais Amphytrion empressé et ordonnateur ingénieux, il a su apporter dans tous les détails de cette fête, une prévoyance, un art, une intelligence et un bon goût que plus d’un puissant de la terre envierait. Les vastes jardins de Gore Ilouse resplendissaient sous les feux de mille verres de couleur disposés avec un soin merveilleux parmi les plates-bandes de verdure et les épais quinconces. La salle du festin, vaste construction dont la forme rappelle celle du Palais de Cristal, jetait des torrents de lumière sur un système de tables disposées pour recevoir trois cents convives, et pour permettre aux gens de service de fonctionner avec célérité et sans encombre.
- Après les toasts officiels, l’amphytrion qui occupait la chaise présidentielle, s’est levé et a porté un toast en l’honneur de la presse étrangère et anglaise. Un journaliste parisien lui a répondu par une allocution bien sentie et facilement exprimée. Puis, M. Knox rédacteur du Morning Herald a pris la parole. Mais en s’adressant à Soyer, il l’a appelé M. Julien, confondant dans sa reconnaissance gastrique les deux français de Londres qui ont le mieux pratiqué à table la communion des journalistes. Ceux qui avaient assisté aux soupers de Jullien, dans les inaugurations annuelles de Drury-lane, et au temps où M. Gye n’y présidait pas, ont facilement excusé le lapsus linguce de M. Knox.
- Après un speech très original de Soyer et un discours moins léger de M. Van Lee d’Amsterdam, quelques toasts particuliers ont été portés, puis, la fête s’est terminée à onze heures, chaque convive emportant une haute idée de cette magnifique réception et souhaitant en son cœur que la prospérité
- et la fortune payent bientôt une hospitalité si large, si complète, si bien entendue et si convenablement exercée.
- LISTE DES EXPOSANTS FRANÇAIS.
- Adolphe, C., fabrique à Mulhouse (Haut-Rhin), chez M. Guebin, 8, rue de la Bourse, Paris. Pièces de soie et laines damassées, métiers à la Jacquard.
- Agombart, P., fabricant, St. Quentin (Aisne), chaux hydraulique pulvérisée.
- Alboy, L. N., fabricant, à Bois-Milon, Setz (Orne), instruments d’agriculture.
- Alcan et Locatelle, ingénieurs civils, 28, rue d’En-ghien, Paris. Soie filée, cocons de soie de Calcutta.
- Allix, A. J., modeleur en cire, 41, rue Montmartre, Paris, figures et têtes pour les coiffeurs, corps de jupe et articles de fantaisie.
- Angrand, fabricant, 59, rue Meslay, Paris, vignettes et papiers de fantaisie, cartes et papiers de Chine.
- Arduin et Chancel, fabricants, Briançon (Hautes-Alpes), bureau de la poste, soie blanche peignée, obtenue par la préparation et le cardage de la soie de rebut.
- Arrault, fabricant, 96, rue St. Denis, Paris, papiers de fantaisie, ornements nuancés en papiers découpés.
- Aubert et Noël, fabricants, 265 et 267, rue Richelieu, Paris, spiritueux et eaux-de-vie de fruits faits par la distillation dans le vide.
- Audot, fabrique et dépôt, 81, rue Richelieu, Paris, boîtes de travail et nécessaires de voyage.
- Augan, M., fabricant, 10, rue de la Tour d’Auvergne, Paris, gomme artificielle.
- Auzoux, 1, rue de l’Observance, Paris, modèles d’anatomie comparée.
- Aeklin, mécanicien, 36, rue Bourbon-Villeneuve, Paris, métier à la Jaequard, avec un appareil pour la substitution du papier ou du carton. •
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- LE PALAIS DE CRISTAL,
- Albinet fils, fabricant de couvertures, 19, rue de la Vieille - Estrapade,
- Paris, couvertures et courte-pointes de toute espèce en laine, mérinos et coton.
- Archambault, A., 124, rue Saint-Lazare, Paris.—
- Moulures, modèles de • toute espèce.
- Arnavon, H., Marseille,
- ( Bouches-du-Rhône ), savons pour l’exportation.
- Aubert et Noël, 265, rue Saint - Honoré, Paris, fruits à l’eau-de-vie, pêches, framboises, a-bricots, fraises.
- Aucher, 44, rue de Bondy,
- Paris, pianos droits, avec les cordes obliques et la table à jeu fixe, ou avec les cordes verticales et la table à jeu mobile.
- Auniller, 53, rue du Pau-bourg Poissonnière, à Paris, tuiles perfectionnées.
- Affourtit, Vallerange Gard, soies et cocons de soie.
- Allard et Claye, 317, rue St. Denis, Paris, pains et boules de savon; savons liquides ou en pâte de toute espèce ; parfums.
- Appert, fabricant de conserves alimentaires ,
- Paris, mouton conservé, rôti et farci.
- Arera, 3, rue de la Baril-lerie, Paris ; horloge £*» vec unnouveaucadran. hydromètre pour liquides.
- Arnheiter, M. fabricant d’instruments d’agriculture et d’horticulture, 9 Place St. Ger-main-des-Prés, Paris.
- —Appareils de séchoir et de fumigation.
- Aubergier P. H. Clermont-Perrand(Puy deDôme)
- —opium de Franc sirop de laitue.
- Ayae frères, fabriqu
- soie, 26 Port St. Clair àLyon, (Rhône),—soies teintes, soies pour passementeries, bordures et broderies.
- Alcan M. 38 rue d’Engheim moulin à filer la soie (Nisme), Paris ;-~soies crues, etc.
- Alluad, Limoges, (Haute-Vienne), — porcelaines pour table et toilette.
- Aucoc, fabricant, 6 rue de la Paix, Paris,—malles et boîtes de voyage, pour dames et messieurs.
- André, fabricant, Val d’Os-me, (Haute Marne), et 14 rue Neuve Menil. montant, Paris, — lits de fer, galeries pour chemin tes ; groupes d’animaux, candélabres, statues et vases.
- André et de Bruno Bronski aîné, château de St. Silve, arrondissement de Bordeaux, Gironde,—charrues.
- Aubanel, fabricant, 43 rue de Trévise, Paris.—chambranles de cheminées en bronze et en marbre.
- Audot, 81 rue Richelieu, Paris,—nécessaires pour toilette.
- Aubanel J. 43 rue de Trévise, Paris,—portes en fer fondu et bois sculpté et doré.
- Aubeur, fabricant, 6 rue de l’Impasse, Paris,-‘-étoffes pour gilets, modes et nouveautés.
- Aucler et Ledoux, au Fidèle Berger, 46 rue des Lombards, Paris,— sucreries de confiseur et articles à l’usage des confiseurs.
- Ayne frères, filateurs de soie, Lyon, 26 Port St. Clair, (Rhône),—soies grenadines.
- Agriculture (Société d’) de Lyon, (Rhône),—soie filée et cocons.
- Alcan H. fabricant à Annonay, (Ardèche),—roquets naturels, albumine des œufs.
- Allard et Claye, fabricants de savons, 317 rue St. Denis, Paris,—savons liquides et autres pour la parfumerie.
- Audelle G. et Cie. Epinac, (Saône et Loire),—bouteilles.
- Anthelene. (Aisne),—un bloc de potasse.
- Amour, 25 rue du Mont Parnasse, Paris,—voitures et calèches de 1 pouce à 5 pouces. Breveté.
- Avissean, à Tours, (Indre et Loire),—poteries émaillées ; gobelet rustique, etc.
- Aubry frères, 33 rue des Jeûneurs, Paris,—bordures
- fcwift et passemènteries [pour vêtements, châles, échar-
- pes, etc.
- Audiat F. 22 rue du Mail, Paris,—tulles brodés, imitation et application de dentelles.
- Bach, faubourg St. Denis, 99, Paris, transparents de couleur.
- Bacot et fils, à Sédan (Ardennes), satin de laine et serge.
- Badin, rue St. Denis, 337, Paris, fabricant de tissus de plumes.
- Baillière, rue Hautefeuille, 19, libraire.
- Bailly, Comte et fils, à Moret (Jura), horlogers.
- Bajelaire (de), à Moirans (Isère), fabricant de rubans.
- Bally, rue Notre-Dame-de-Nazareth, 25, Paris, horloger.
- Balay, rubans de soie.
- Balleidier, rue des Capucins, 20, à Lyon, fabricant de soieries.
- BaLny, jeune, rue de Charenton, 41, Paris, marchand de meubles.
- Bapterosse, rue de la Muette, 27, Paris, fabricant de porcelaine.
- Baranowski, rue de Panne, 3, Paris, machines pour fabriquer et compter les billets d’entrée ; machines à voter et autres. (Agents à Londres, "V. Lund, 24, Fleet-street, City.)
- Barallon et Brossard, à St. Etienne (Loire), satin uni, rubans.
- Barrai, à Ganges (Hérault), soies brutes et filées.
- Barraude, rue du Fer à Moulin, 26? Paris, tanneur.
- Barthelot, à Chatel St. Honoré (Allier), soies brutes et filées.
- Barbeaux, Lecuyer et Bazoncourt (Marne), fabricants de mérinos.
- Barre, à Orchamps (Jura), porcelaines.
- Barth, Massing et Plichon à Sarreguemines (Moselle) et rue du Temple, 29, à Paris, pluche pour chapeaux d’hommes.
- Barrère, rue Mazarine, 62, Paris, ingénieur et graveur.
- Barre, frères, St. Julien (Ardèche), soies brutes, filées et manufacturées.
- Bathier, à la Souteraine (Creuse), chaussure en bois. Bataille, àBlangy-sur-Brest (Seine-Inférieure) , pro duits chimiques pour teintures et impressions.
- Battailler, au Château du Portail près Montargis (Loiret), instruments d’agriculture.
- B irbat, à Chalons - sur -Marne, ouvrages illustrés.
- Barbe, Mulhouse (Haut-Rhin), dessins sur étof-ffes.
- Bato i et fils, rue Noire, 11, j. ™ i Lyon, chapeaux de feutre et de soie.
- B ittenberg, rare du Dragon, 20, à Paris, imprimeur.
- Baudon, rue Neuve St. Laurent, 6, Paris, bois teints.
- Banclon, L., 5, rue Grange-aux-Belles, Impasse Saint-Opportune, Paris, — papier et cartes, porcelaines blanches et coloriées, papiers et cartes façonnés et ornementés.
- Baudouin, rue de Richelieu, 74, Paris, peintures sur émail.
- Bauchet, Lille (Nord), fabricant de papier. Rasely, 11, rue Constantine Paris,---horlogerie. Basin, agent des mines de Marsame (Drôme), rue ti’Antin, à Paris, tripoli, dit tellurine.
- Bazin aîné, à Menil Saint-Germain (Oise), agriculteur.
- Bauclry, à Athis - Mons, (Seine-et-Oise) , acier pour ressorts et autres. .Bauerkeller et Compie, rue d’Enghien, 7, à Paris, cartes et plans géographiques.
- Bayard, rue de la Paix, 81, aux Batignolles, photographie.
- Bayret frères et Cie, à Choi-sy-le-Roi (Seine) et à Paris, rue Mauconseil, 16, cuirs et maroquins. Bay (de), passage Colbert, 5, à Paris, statuaire, pierres artificielles. Beaufort (de), rue de Bourgogne, 28, Paris, pierres artificielles. Beauvois (de), à Seiches)" (Mame-et-Loire), ruches, pigeonniers.
- Beard, rue J. J. Rousseau, 20, Paris, nouveau procédé de gravure en taille-douce.
- Belvalette frères, à Boulogne-sur-mer (Pas-de-Calais), voiture* de chasse à quatre roues.
- Beaufils, place des Quinconces,—bureaux de travail, tables à ouvrage, buffets, causeuses, sofa, fauteuils et chaises.
- Beaufils, ameublements, Bordeaux (Gironde). Beauvais, C., 18, rue Notre-Dame-de-Nazareth, Paris, —soie crue.
- Bechot et fils, 3, rue du Pont Louis-Philippe, Paris,— montres de voyage.
- Begon frères, Bordeaux, 6, impasse des Argentiers,— vermicelle, macaroni, &c.
- Béguin, 6, rue du Marché St. Honoré, Paris,—cartonnages.
- Bellangé, rue du Marais St. Martin à Paris,—meubles. Belleville frères, à Nancy (Meurthe),—amidon.
- Bellon, 2, rue du Griffon, à Lyon,—soieries avec figures. Benciaft, 36, rue de Ponthieu, Paris,—selles, harnais, etc.
- Benvaville, à Igny (Haute-Saône),—soies filées.
- Berard et Cie, 44, rue Blanche,—charbons de terre purifiés.
- Béranger, à Lyon (Rhône), balances brévetées.
- Berger, 27, rue de Paradis Poissonnière, Paris,—verres de limettes ; boutons de portes.
- Berger, F., St. Etienne (Rhône),—fusils de chasse. Bergerie nationale de Rambouillet,—laines et mérinos bruts.
- Bermger, B., armurier, 6, rue du Coq St. Honoré, Paris,—-fusils de cha*se.
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
- Befliner, 4, rue 4e Provence, Paris,—ornements calligraphiés.
- Berlioz et Cie, 16, rue de la Douane, Paris,—glaces. Bernard, 34, rue Constantine, Paris,—machine à filtrer,
- Bernard, 30, rue des Marmousets, Paris,—instruments d’optique.
- Bernard, à Valenciennes (Nord),—placages et marqueterie en bois.
- Bernard, L., armurier, 12, rue Villejust, Passy (Seine), —fusil et pistolet canons damasquinés.
- Bernardel aîné, 21 et 23, rue Croix des Petits Champs, —violons, violoncelles, altos, etc,
- Bernoville, L. et Cie, rue des Jeûneurs (Paris),—laines peignées, tissus écrus et teints, imprimés et façonnés.
- Bertèche, Chesnon et Cie, à Sedan (Ardennes), Paris, 29, rue des Possés St. Germain l'Auxerrois,— draps, satins de laine, etc,
- Bert, fabricant, rue Saint-Marcel, Lyon (Rhône, — divers échantillons des vieilles et anciennes fabriques de soie représentant les portraits de Louis XV et de Catherine II.
- Bertrand jeune, opticien, 32, rue de Bretagne, Paris, —verres, cristaux, prismes, verres lenticulaires, objectifs achromatiques.
- Berthault, fabricant à Issoudun (Indre),—parchemins de différentes sortes pour reliures, boîtes, etc, Berthiot, corroyeur, 5, rue Oblin, Paris, — cuirs de Paris et de Milan.
- Bertonnet, armurier, 56, Passage Choiseul, Paris, — armes à feu de plusieurs espèces sculptées, damasquinées, etc., pistolets de salon, etc,
- Berton, H., 13, Paubourg Saint-Martin, Paris,—boîtes en carton, boîtes à parfums, enveloppes, etc, Berthelot, N., Croyes (Aube),—métiers circulaires pour le tissage des bas, échantillons,
- Bertrand, P. et Cie, Ganges (Hérault), — filets de pêche pour la mer, faits par une machine avec un seul fil, bréveté.
- Bertrand, A., fabricant, 26, Port Saint-Clair, Lyon (Rhône),—articles de soie, nouveautés, popeline d’Ecosse, gros de Naples chiné, châles, et ombrelles chinés.
- Bertrand, Gayel et Dumontat, 27, place de la Comédie, Lyon (Rhône), — soies façonnés, châles, foulards, écharpes, etc.
- Bescher, R.-F., 2, rue Guénégaud, Hôtel des Monnaies, Paris, — composteur musical bréveté ; appareil représentant la gamme en rapport avec les clefs d’un piano.
- Besnard, Richoux et Genest, Angers (Maine-et-Loire) —cordes de chanvres de toutes sortes.
- Besson, G.-A., fabricant d’instruments de musique, 7, rue des Trois Couronnes, Paris,—cornets à piston en cuivre et en argent, ophicléides, etc. Bettignies (de), M., fabricant de porcelaine, à Samt-Amand-les-Eaux (Nord), — vases de porcelaines ornés et montés en bronze, fleurs, etc,
- Beyerbe, G., 44, rue Mazarine, Paris,—-verres concaves, polyprismes, verres lenticulaires et verres à lunettes.
- Bezault, J. et Cie, mécaniciens, 18, rue des Vinaigriers, Paris,—pompes.
- Bianchi, J. et Duseigneur, Lyon (Rhône), — divers échantillons de soie ouvrée.
- Bider, L., 32, rue Hauteville, Paris,— syphon-arosoir bréveté.
- Billeeoq, A., fabrique de châles, 25, boulevard Poissonnière, Paris, — châles et écharpes brodés, cachemire et crêpe.
- Billiet et Huot, 43, rue du Sentier, Paris,—laines peignées et filées.
- Biondetti, H., 48, rue Vivienne, Paris,—-bandages orthopédiques.
- Bisiaux, 54, rue de la Victoire, Paris, — peintures en imitation de bois et de marbre,
- Bisson, J., jeune, à Bernay (Eure), -— draps fins, drap bleu pilote.
- Blaize, H., graveur, 3, rue Touraine St. Germain, Paris,—gravure relevée en bosse sur cuivre. Blanohet frères, à Pures près Tullins (Isère),—assortiment d’articles en acier.
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- Blanquart, E., Lille (Nord),—un cadre contenant plusieurs épreuves de lithographie.
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- Boche, AL, 19, rue des Vinaigriers, Paris, boîtes à poudre et instnmrents de chasse,
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- Bonzel frères, fabricants, Haubourdin (Nord),—blanc de plomb, bouteille de bleu ultra-marin.
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- Bouillette, Hyvelin et Cie, joailliers, 46, rue Ste Avoye, Paris,—bracelets, broches et tous ornements de parure avec or, argent et pierres précieuses.
- Boufennois, fabrique de bronzes et d’objets d’art, 48, rue St. Sébastien, Paris,—bronzes de divers modèles.
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- Bourgogne, A., lampiste, 3, rue du Havre, Paris,— lampes à modérateur et à sonnette.
- Boutellier, F., Beauvais (Oise) et 24, rue du Moulin -à-l’huitre,—laines filées, draps, etc.
- Bouvard et Lançon, Lyon (Rhône),—soie façonnée, satins, damas, etc.
- Boyer, 22, rue de la Paix, Paris,—vases, coupes, peintures et corbeilles de différentes espèces.
- Boyer, P. J., horloger, Dole (Jura), montres brévetées marchant depuis huit jours jusqu’à trente-deux jours.
- Boyer, fabrique de bronzes, 38, rue Saintonge, Paris, divers articles et objets d’art en bronze, tels que pendules, candélabres, coupes, lustres, etc.
- Boyer et Cie, pharmaciens, 33, rue de la Harpe, Paris, albumine de sang appelé sérum albumineux, bréveté en France.
- Boyer jeune et Lacour frères, fabricants à Limoges (Haute-Vienne), flanelles.
- Brandus et Cie, 87, rue Richelieu et 40, rue Vivienne, P aris, —musique imprimée.
- Braquenie et Cie, fabricants de tapis, rue Viyienne, Paris,—assortiment de tapis de toute sorte.
- Braun, C., dessinateur, 34, boulevard Bonne-Nouvelle,
- Paris,—dessins pour rubans et pour les fabriques d’étoffes de soie en général.
- Braux (de), 10, rue de Castiglione, Paris,—vases, statues en zinc galvanisé, bustes en bronze.
- Breauté, E., fabricant, 11, rue de la Monnaie, Paris,— papier de fantaisie et colorié, cartes enluminées, papier à dessin, etc.
- Bredif frères, fabrique, 5, rue Colbert, à Tours, dépôt 3, rue Caumartin, Paris,—bottes et chaussures perfectionnées, etc., avec coutures.
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- Breton frères, 23, rue Dauphine, Paris,—pompes à air, appareils électro-médicaux, locomotive électrique.
- Breton, fabricant d’instruments de musique, rue Jean-Jacques Rousseau, Paris,—flûtes en cristal et en bois, clarinettes en bois.
- Breton frères et Cie, Pont-de-Claix, près Grenoble (Isère), deux paquets de papier avec dessins.
- Bricardet Gauthier, quincaillerie, AVoincourt (Somme), 3, rue Pavée St. Sauveur, Paris,—divers articles de serrurerie et des rouleaux pour les filatures.
- Bridard, J., 53, rue Vivienne, Paris,—souliers de cirasse, bottes de cheval et toute espèce de chaussures,
- Brie et Jeoffrin, modes, rue Richelieu, Paris,—articles de modes, chapeaux, bonnets, guirlandes, fleurs, Coiffures, etc,
- Briet J, C. 22 rue Neuve St. Jean, Paris,- divers appareils, avec un vase pour les liquides gazeux.
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- Briquet et Perrier, 22 rue Jean Robert, Paris,—tissus en caoutchouc élastique, divers échantillons et modèles.
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- Brisson frères, Lyon, (Rhône) et 13 rue du Griffon,— pluches de soie et coton.
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- Eruneau L, A, orfèvre, 40 rue de Montmorency, Paris,—assortiment d’articles d’orfèvrerie et de joaillerie. \
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- Le Courrier de l’Europe donne dans chaque numéro toutes les nouvelles de la semaine, les articles les plus saillans de la presse française; une partie anglaise ; des bulletins originaux politiques et commerciaux ;.la Revue de Paris de Pierre Durand ; la Semaine Dramatique de Jules Ja-nin, de Théophile Gantier, ou de Paul de Musset; la Semaine Scientifique de S. H. Berthoud; les Séances de l’Institut, et reproduit en entier les romans, nouvelles et œuvres de littérature dus à la plume des meilleurs écrivains de France.
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- Etant le seul journal français établi depuis longtemps et d’une manière durable dans la Grande-Bretagne, il doit compter sur un grand accroissement de circulation pendant l’affiuenee des étrangers intelligents qui viendront à Londres en 1851, et à qui la langue française sera familière. Ayant aussi en Angleterre, surtout dans le grand monde, une circulation qui n’est surpassée par aucun journal de cette classe, il offre un moyen d’annonce, sans égal, pour l’étendue et la respectabilité. .
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- ^ On a fait encore ces jours derniers des envois de Paris pour le Palais de Cristal ; mais cette faveur n’a été accordée qu’avec beaucoup de discrétion. Des arrivages sont encore attendus de Russie, des Etats-Unis et des Indes-Orientales.
- '““Le quartier français est toujours en retard marqué sur les exhibitions des puissances, ses voisines ; toutefois il y a des retardataires partout, même dans la partie anglaise. Dans la grande salle des machines, les monteurs sont encore à l’ouvrage, et les derniers soins qu’ils donnent à certains pa-pareils empêchent les autres de fonctionner. Jusqu’à présenties machines étrangères attendent la transmission des mouvements qui viendront à leur tour leur donner la vie.
- — Jusqu’à présent l’exposition, quoiqu’elle ait reçu des milliers ds personnes chaque jour, n’a réuni cependant ses visiteurs qu’en nombre relativement assez modéré poul que le public n’ait pu gêner les installations qui s’achèvent, dans les différentes évolutions à travers les avenues du Palais de Cristal ; mais on redoute à bon droit T effet que produira l’affluence attendue pmi les jours où le droit d’entrée ne sera plus que de un shilling par tête de visiteur. Il y a donc urgence pour les exposants de presser leurs derniers préparatifs, s’ils ne veulent voir leurs travaux troublés par une foule impatiente, et dont lc-s précautions les plus minu tieuses ne pourront toujours or ' tenir la turbulence.
- — Le premier article présente l’Exposition a été envoyé par une femme. Avant qu’aucun autre envoi ne fût arrivé, MM. Eox et Ilendcrson reçurent une élégante petite boîte à laquelle une clé était attachée. Cette boîte contenait deux jolisbonnets d’une forme nouvelle et distinguée. Une brève notice indiquait qu’ils étaient destinés à l’Exposition. Ainsi a commencé cette collection qui résume aujourd’hui les trésors de la civilisation !
- — Dans la partie française de l’Exposition, les vitrines réservées à l’industrie lyonnaise, qui étaient restées vides jusqu’ici, commencent à se remplir et les articles qui y sont exposés excitent une admiration générale. *
- — Des plaintes nomoreuses s é-tant produites contre l’entreprise des rafraîchissements à l’Exposition, le capitaine Ibettson a été chargé d’exercer une surveillance spéciale sur ce département.
- GEORGE DE PODIEBRAD, ROI DE BOHÈME.
- — On se plaint beaucoup, et on a raison de se'plaindre, de la façon dont est fait le catalogue de l’exposition, surtout en ce qui touche la nomenclature des expo-sans étrangers. C’est peu de chose que de voir les noms propres estropiés pour la plupart, et les a-dresses indiquées de la façon la plus incomplète ou la plus incorrecte. Les classifications des produits, ce qui est plus grave, ne sont indiquées presque nulle part, et comme néanmoins les séries alphabétiques recommencent pour les mmenclatures de chaque section, il est impossible enmême temps le trouver un nom au premier coup d’œil, et de connaître à quelle section d’exposant appartient la page que l’on parcourt.
- C’est, du reste, bien moins aux :mprimeurs du catalogue, qu’aux autorités qui leuront fourni les listes à imprimer, qu’il faut s’en irendre de ces regrettables incorrections. La partie anglaise du catalogue est au moins régulièrement classée, et l’on se demande pourquoi un ordre uniforme n’a pas été indiqué par la commission nationale au libellédeslistesqu’ont dû fournir les commissaires étran-g ers.
- — M. Baxton a bien voulu nous communiquer une copie de sa vue de laGrande-Exposition, imprimée en couleurs à l’huile, et il ne peut exister rien de plus parfait comme dessin et comme exécution. Les arts doivent beaucoup à M. Ba>-ton pour son invention de procédé d’imprimerie en couleurs à l’huile, et pour la perfection où il l’a portée, en y dévouant presque exclusivement sa vie. La vue de l’Exposition est au nombre des meilleurs spécimens qu’il a produits, et sera l’un des plus char-» mants comme l’un des plus fidèles et des plus frappants souvenus le ce grand congrès industriel.
- • La Compagnie des Marchands Drap iers, à laquelle appartient le présent Lord Maire de Londm, et dont le très-honorable dignitaire municipal était le président lors de la fête offerte à Sir Robert Pecl, sepropose d’inviter prochainement à un grand banquet les étrangeis présents à Londres à l’occasion de l’Exposition. Les autres Corporations suivront,dit-on, cet exemple, et rivaliseront de magnificence d ans leur hospitalité. .
- On a mis lundi en opération dans le compartiment américain une machine à raboter qui a excité beaucoup d’intérêt. Elle rabote une planche dans toute son étendue des deux côtés à la fois.
- Lord Leigh a invité ses nombreux tenants à venir à Londres visiter l’Exposition à ses frais.
- EXPLICATIONS DES DESSINS.
- LA PRESSE HYDRAULIQUE DU PONT BRI-TANNIA.
- (Voir page 37.)
- Au nombre des plus belles et des plus étonnantes conceptions de l’industrie humaine, on peut citer le pont tubulaire pratiqué sur le Menai, qui réunit aujourd’hui Holyhead à la terre ferme et sous lequel les bâtimens de la plus grande dimension passent à toutes voiles sans aucune crainte pour leur mâture. Si ce travail est extraordinaire, c’est surtoutpar par la difficulté qu’il y avait à élever les tubes qui devaient former le pont. Or cette difficulté a été levée à l’aide de la puissante machine hydraulique dont nous donnons le dessin et qui est exposé dans le bâtiment d’LIyde Park.
- LA GRUE BREVETÉE D’HENDERSON. (Voir page 36.)
- Cette machine a un double titre d’admission au Palais de l’Industrie : c’est elle qui a servi à élever ce bâtiment extraordinaire et c’est en outre un des plus ingénieux spécimens qui existent dans la section des mécaniques.
- GEORGE DE PODIEBRAD, ROI DE BOHÊME. (Voir page 48.)
- Cette noble statue est remarquable à plus d’un titre. La pose et l’expression font honneur à l’artiste qui Ta faite.
- LIBUSSA, REINE DE BOHEME.
- (Voir page 45.)
- Cette reine était fille de Krok qui était lui-même fils de Samo un des plus grands guerriers delaBohême. Après la mort de son mari, Libussa qui était à la fois belle, intelligente et courageuse, se mit à la tête du
- gouvernement. Elle régna pendant longtemps et sa mémoire est encore respectée aujourd’hui par le peuple Bohémien. Cette statue donne une juste idée de la femme qu’elle représente.
- PARAVENT EN JONC.
- (Voir page 37.)
- Un paravent est chose fort utile dans les appartements rétrécis, dans lesquels une seule pièce et quelque fois destinée à deux ou trois usages. IL est donc important de choisir ce meuble de manière à servir d’ornement à la pièce qu’il encombre trop souvent. Le paravent en osier dont nous donnons le dessin est un joli meuble en même temps qu’un meuble utile.
- POTERIE DU ZOLLVEREIN.
- (Voir page 33.)
- Ces produits de l’industrie allemande sont remarquables par le bon goût avec lequel ils ont été travaillés. Ils dénotent les progrès que l’Allemagne a fait depuis quelques années.
- SCÈNE DE LA PASSION, GROUPE EN PLATRE. (Voir page 40.)
- Ce groupe est l’œuvre d’un artiste Belge, M. Geess. On admire principalement la pose du sauveur.
- MEUBLES EN BOIS TORDU.
- (Voir page 40.)
- L’Autriche qui occupe un rang assez distingué à l’exposition pour les objets d’ameublement qu’elle y a envoyés, a encore exposé des meubles en bois tordu, fort léger et fort élégant.
- UN BAIGNEUR.
- (Voir page 41.)
- Cette statue se fait remarquer par le fini et le modelé des formes et fait honneur au talent de M. Polev.
- FOURNEAUX.
- (Voir page 41.)
- Les fourneaux dont nous reproduisons le dessin sont deux ingénieuses inventions dont Tune est dûe aux Américains.
- RÉGLEMENT DE L’EXPOSITION.
- L’exposition sera ouverte tous les joins excepté le dimanche. Les portes seront ouvertes à 10 heures (le samedi à midi).
- PRIX d’entrer.
- Jusqu’au 25 mai explusivement .Cinq shillings (6,25) Du 25 mai et jours suivants . . . .Un shilling (1,25) Excepté le vendredi où il est de . .Demi-couronne 13,10)
- Et le samedi où il est de......Cinq shillings 16,25)
- Billets pour toute la saison...Trois guinées (78,0)
- Les personnes en voiture entrent par les entrées du sud et de l’ouest, les personnes à pied peuvent entrer par le sud, l’ouest et Test ; mais la dernière entrée leur est particulièrement réservée. Les billets de saison entrent par toutes les portes. Il y a des sorties pratiquées dans les diverses parties du bâtiment ; elles servent à la sortie seule, de même que les entrées servent à l’entrée seulement.
- Les salles des rafraîchissements sont situées dans diverses parties du bâtiment : celles du transept sont de première classe. Les prix y sont affichés.
- Jusqu’à nouvel ordre, il n’est pas interdit de garder avec soi sa canne, son parapluie ou son ombrelle ; mais il est expressément recommandé de ne rien toucher, soit avec ces objets, soit avec la main.
- Les chiens sont formellement exclus.
- London : Printed by Joseph Thomas,of Ho l,Finch-lane,Com-nill, in the City of London ; and Published by the said Joseph Thomas, at No 1, Finch-lane, Comhill, in the City of London. 'Wedne«<J»*,.May 21, 1851.”
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- NUMÉRO 4.
- SAMEDI 34 MAI 4 854 .
- ADMINISTRATION : PASSAGE JOUFFROY, 24.
- LE PALAIS
- DE CRISTAL
- 1^31| tel
- rS“r.^c„
- JOURNAL ILLUSTRE DE L’EXPOSITION DE 1851 ET DU PROGRES DES ARTS INDUSTRIELS.
- ABONNEMENTS POUR paris et les DÉPARTEMENTS, 23 FRANCS pour la durée de l'exposition; six mois environ. — PORT en sus pour l’étranger.
- UN NUMÉRO : 75 CENTIMES.
- On s’abonne, a Paris, à l’Administration du Journal, 24, passage Jouffroy, boulevart Montmartre.— Chez MM. Susse frères, place de la Bourse, 31. — A Londres au* Bureau spécial du Journal, 2, Catherine Street Strand; — chez M. Thomas, l, Finch lam Cornhill ; — P. A. Delizy et Ce, 13, Regent Street; — Ciayton et Saline/06S Strand et 293 Piccadiily ; — Owhin Newsman, 1, Catherine Street. — Chez tous les Libraires de la France et de l’Etranger, dans les Bureaux de Poste et de Messageries Nationales — Envoyer franco un mandat sur Paris ou un bon sur la Poste à l’ordre du Gérant.
- SOMMAIRE.
- A nos lecteurs. — La France et l’Angleterre. — Les Passeports et lord Palmerslon. — Courrier de Londres, par Scheridan. — Les Economistes français à Londres : MM. Michel Chevalier, Blanqui et Charles Dupin. — M. Jules Janin; l’Orénoque à la mer; l’hospitalité anglaise. — Chronique de l’Expositiou : La voie la plus courte ;
- l’Ouvrier anglais; Gare aux VoleursI la Gent goudronnée; l’Exposition russe,— Nouvelles de la Cour; le lever de la Reine. — Dernières nouvelles de Londres. — Surtout de table, de Durand. — Le châle de Boticher. — L’Amazone de Kiss. — Le fauteuil de la Reine. — Courrier de Paris, par Honoré d’Urfé. — Bulletin scien-
- tifique. — Les trous à la lune. — L’ébénisterie de Tahan. — Avantages des Expositions cosmopolites. — Actes officiels : Législation industrielle. - Variétés : De l’influence des mécaniques sur le prix des salaires et le bien-être du peuple. — Nouvelles diverses et Annonces.
- A NOS LECTEURS.
- Le chiffre considérable qu’atteint notre tirage dès le troisième numéro de notre journal est un encouragement trop flatteur pour que nous ne devions pas d’abord en remercier les industriels, les chefs de fabrique, les artistes, les ouvriers même qui nous ont apporté leur adhésion, leur concours et leur souscription.
- Mais ce n’est point à la seule expression de notre gratitude que nous devons nous borner. L’estime dans laquelle les hautes intelligences de l’industrie nous tiennent, la faveur qu’elles ont bien voulu nous accorder agrandit le cercle de notre responsabilité. Succès oblige.
- Aussi le Palais de Crisial, qui n’était d’abord qu’une publication de circonstance, va-t-il devenir une œuvre permanente destinée à enregistrer les procédés, à vulgariser les découvertes, de celles surtout qui peuvent tourner au profit et à la gloire de la France industrielle et artistique.
- Nous ne faisons en cela que répondre au vœu de l’im-
- BOREAO fiOIUiqUE ALLEMAftl) , PAli M. I.U1AN.
- mense majorité de nos souscripteurs.
- Pour obvier en outre aux difficultés administratives par suite desquelles la vente au numéro de VIlluslratedLondon News a dû être forcément interrompue, nous avons établi à Paris le siège de notre imprimerie, en laissant toutefois à Londres un comité de rédaction chargé de nous transmettre les matériaux relatifs à l’Exposition.
- L’impression de notre feuille à Paris offre d’ailleurs l’avantage de pouvoir faire parvenir dans un état parfait de conservation les numéros adressés à nos souscripteurs, et non point froissés et maculés, inconvénient presque inséparable du double transport de Londres à Paris, et de Paris à destination définitive.
- Enfin un ordre méthodi-due, et conséquemment favorable aux recherches des collectionneurs, a été adopté pour les articles composant chaque livraison, et un sommaire placé en tête de chacune d’elles, permettra de trouver facilement le texte et les gravures que l’on se propose de consulter.
- LA FRANCE ET L’ANGLETERRE.
- Tel est le titre d’une lettre adressée, dans le journal les Annales des Chemins de fer, à M. le professeur Blanqui par M. Aristide Dumont.
- Nous n’avons pas l'honneur de connaître M. Arls^-tide Dumont; mais, si son nom n’avait pas des désinences on ne peut plus françaises, nous serions en droit, après avoir lu son factum contre la
- Fi'ance, de nous demander si M. Dumont n’est pas Anglais.
- M. Dumont se pose franchement en contradicteur de ce qu’il appelle l’optimisme de M. Blan-
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- 50 LE PALAIS DE CRISTAL.
- qui, en ennemi d’un « chauvinisme ridicule », en un mot en homme revenu des illusions patriotiques et peu disposé, pour tout dire en un mot vulgaire, à prendre des vessies pour des lanternes. — Heureux M. Dumont!
- M. Dumont entend démontrer à M. le professeur Blanqui que loin d’occuper le premier rang au grand meeting industriel de Londres, la France n’est plus que la très-humble servante de sa rivale ; que les produits du génie industriel de notre pays ne sont là que pour faire ressortir d’une manière évidente et sans réplique la supériorité anglaise; par conséquent, que ce que nous avons de mieux à faire, c’est de confesser humblement notre défaite. Laissons du reste la parole au contradicteur de M. Blanqui ;
- « Pour se convaincre, dit-il, de la supériorité industrielle de l’Angleterre, pour mesurer la puissance de cette Carthage moderne, il n’est point d’ailleurs nécessaire d’entrer dans ce merveilleux édifice qu’on appelle le Palais de Cristal ; il suffit de mettre le pied sur le sol de la Grande-Bretagne ; on 's’y sent de suite au milieu d’un peuple énergique et fort qui lutte contre les obstacles avec une énergie peu commune au milieu de nous. La race anglaise est évidemment taillée pour lutter corps à corps avec la barbarie dans tous les coins du monde. Pendant que nous jetons sur le sol ingrat de l’Algérie des millions par centaines ; qu’après plus de vingt années d’efforts nous sommes impuissants à fonder une colonie vivace à 48 heures de Marseille, l’Anglais s’établit réso-lûment dans les îles les plus fertiles de l’Océanie. Après avoir conquis l’Amérique du Nord, après avoir planté le drapeau de la civilisation à Sidney, il est en train, depuis 1840, de faire surgir dans la Nouvelle-Zélande une nouvelle Angleterre qui, dans vingt ans peut-être, se séparera de la mère patrie, mais qui n’en constituera pas moins un précieux jalon dans l’intérêt de la civilisation humaine. »
- Nous voyons bien que M. Dumont pousse une charge à fond du côté de l’Algérie et qu’il connaît le fort et le faible des choses et des gens, mais il est question de l’Exposition de Londres, et non point de l’Algérie; il serait peut-être bon de s’entendre sur le point en litige et, s’il s’agit de notre génie industriel, dé ne point mêler à cette question celle de notre génie colonisateur. Ce sont deux questions sans grand rapport.
- Que M. Dumont, si prompt à sortir du Palais de Cristal, nous permette donc de l’y ramener un moment. Libre à lui de partir ensuite, lui et son anglicanisme, pour la Nouvelle-Zélande ou pour les Grandes-Indes.
- De quoi s’agit-il en effet ? D’une affirmation de M. Blanqui, que nous laisserons dans les termes mêmes où M. Dumont l’a posée en tête de son article.
- M. Blanqui est accusé d’avoir écrit qu’il « afffir-mait, sans préoccupation patriotique, que notre triomphe est certain sur presque toute la ligne, et que la France a arboré son pavillon aux applaudissements de l’Europe entière. »
- S’il est curieux d’entendre un Français découvrir et soutenir le contraire à la face du monde, il ne l’est pas moins de connaître l’opinion des Anglais sur la même question.
- Eh bien, les Anglais sont mécontents de la partie anglaise de l’Exposition. Ils trouvent que la part qu’on leur a faite n’est pas assez belle ; que l’étranger a été favorisé aux dépens des industriels nationaux. Ce qui signifie que leur victoire n’est pas assez évidente et assez complète ; car, en bonne conscience, l’espace réservé à l’Angleterre (et cela était justice) l’emporte de beaucoup, par son étendue, sur celui attribué à chacune des autres nations, dont quelques-unes n’ont pu figurer vraiment que pour mémoire.
- Ainsi, à armes inégales, la mieux pourvue et la mieux armée, s’avoue placée en présence de rivaux bien redoutables. M. Dumont se montre donc plus Anglais ([uc les Anglais.
- On a raillé les Anglais de cette fantaisie d’hospitalité industrielle arrivant juste au moment où le continent européen, labouré par les révolutions, a dù nécessairement ralentir sa production et se détourner un moment des travaux industriels et des recherches scientifiques. C’était, avons-nous ouï dire, choisir bien son temps !
- Sans trop nous arrêter à ces accusations de machiavélisme anglais, qui ne peuvent avoir
- d’autre effet que de remuer le vieux levain des haines internationales, nous ferons simplement observer qu’il y avait de plus utiles leçons à tirer, pour nos industriels, d’une manière de voir moins passionnée et partant plus équitable que celle de M. Dumont. Nous admettons qu’en matière d’orgueil national il ne faille point aller jusqu’à l’exclusivisme; mais une certaine chaleur de cœur ne messied pas cependant, lorsqu’il s’agit, après tout, de rendre justice, même à des compatriotes; c’est ce que l’on reproche à M. Blanqui ; et pourtant l’indifférence, parée ou non du titre ambitieux d’impartialité, y voit aussi mal qu’un amour aveugle ou que la haine.
- Non, ce n’est pas là de l’impartialité.
- L’exposition française à Londres ne le cède à aucune autre; seulement elle a un caractère spécial conforme au génie de notre nation. Ses produits ont toujours ce cachet singulier de bon goût, d’intelligence de l’art appliqué aux produits fabriqués, aux objets mobiliers, et jusqu’aux machines, qui a fait dire si justement à M. Blanqui que tout semblait provincial à côté de nos échantillons.
- Il faut sans doute excepter de cette règle les produits de l’industrie asiatique. Tout ce qui provient de cette source antique de la civilisation et du luxe se rapporte nécessairement à des usages et à des mœurs inconnus ou abolis chez nous; mais nulle part l’unité de style, la scienee exquise de la coloration, le choix du galbe n’est plus caractéristique ni même dans une disproportion plus évidente avec la part de civilisation actuelle et réelle de ces pays et avec leurs moyens de production. Ceci tient à une toute petite chose, grande par ses résultats : l’ordre dans les idées, l’unité dans les croyances publiques.
- Il est fort remarquable, en effet, que l'unité de style manque absolument à l’ensemble des éléments décoratifs, nous ne dirons point de la France seulement, mais de toute l’Europe.
- Chaque objet d’art ou d’utilité est dessiné chez nous sous l’empire de la préoccupation d’un style différent ou d’une autre époque. Il y a unité, el unité assez parfaite, dans le dessin du meuble ou de l’instrument, nous le reconnaissons; mais l’ensemble des meubles ou des instruments n’appartient ni à une époque ni à un peuple. Ce n’est pas la France du xixe siècle que l’on y retrouve.
- Cette anarchie dans l’art et dans l’industrie est, chez nous particulièrement, — qui donnons toujours, et bon gré malgré le ton à nos voisins, —le résultat de l’anarchie de nos sentiments et de nos idées. C’est l’effét d’une richesse surabondante dans la science archéologique et d’une absence totale de direction et de foi, même artistique. C’est le scepticisme appliqué aux arts.
- -Voilà la vérité qu’il fallait dire hardiment, parce qu’elle est utile, mais qu’il ne fallait pas dénaturer en l’exagérant. L’auteur de la lettre à laquelle nous répondons a entrevu cette vérité, mais il ne l’a pas mise dans le relief qu’elle mérite. Il n’a pas tenu compte de l’individualité nationale quand il nous reproche de ne pas déployer dans certaines branches, toutes spéciales et plus ou moins étrangères à l’industrie elle-même, la même supériorité que les Anglais.
- Ainsi l’argument invoqué par lui de préférence est la comparaison à faire de l’expansion colonisatrice de la Grande-Bretagne avec la nôtre. Autant vaudrait reprocher à la vigne de végéter différemment du chêne ou du peuplier.
- L’Angleterre n’a pas de territoire. C’est une capitale dans une île au milieu des mers; c’est de l’argent dans un coffre-fort.
- Son premier besoin et la première condition de sa vie est de se tailler des provinces où elle peut, quitte à les échanger ou même à les perdre, après les avoir exploitées de son mieux.
- La grande colonie de la France, au contraire, c’est la France elle-même. La France a justement pour demeurer chez soi les raisons que l’Angleterre et la Hollande ont toujours eues d’en sortir.
- Aussi ne demandera-t on pas à la France combien elle a de comptoirs dans le nouveau monde, et dans les îles de tel ou tel archipel, pour évaluer sa puissance et sa grandeur. Il faut demander à la France dans quelle capitale, y compris Londres et Saint-Pétersbourg, les palais ne sont pas décorés de
- nos peintures, tendus de nos étoffes, garnis de nos meubles, ornés de nos bronzes, de nos porcelaines et de nos cristaux.
- Il faut demander à la France dans quel pays les dames n’adoptent point nos modes, ne portent point nos souliers, nos fleurs artificielles et nos gants.
- Il faut demander à la France dans quelle bibliothèque on ne trouve point ses livres.
- Il faut demander à la France dans quel monde on ne parle point français.
- Il faut lui demander chez quel peuple civilisé le génie de ses artistes, de ses musiciens, de ses orateurs, ne lui a point conquis ses grandes lettres de naturalisation.
- | Yoilà en quoi consiste la force expansive de la France
- Il faut laisser à l’Angleterre ses Hottes nombreuses, ses missionnaires marchands et ses manufactures.
- Il faut lui laisser ses Indes, partout où elle en a.
- Maintenant M. Dumont se demande :
- « A quoi faut-il attribuer ces progrès incessants de l’Angleterre? Est-ce seulement à l’énergie, au caractère entreprenant de cette race? Non , se répond-il à lui-même ; mais encore, mais surtout aux institutions. — Les observateurs consciencieux et qui ne se sont point laissé égarer par un faux amour-propre national, ne s’y sont pas trompés. »
- Si donc c’est aux institutions plus encore qu’au génie propre de l’Angleterre qu’il faut attribuer ses conquêtes, pourquoi tirer de ses conquêtes un argument en faveur de son industrie, qui n’y est pour rien ? Est-ce parce que l’Angleterre a ses excellentes machines qu’elle règne à Calcutta? Non, répond M. Dumont lui-même ; c’est parce qu’elle a ses excellentes institutions.
- Eh bien ! non. Ce n’est pas tout cela. Nous avons eu, nous aussi, des institutions anglaises, nous avons eu un gouvernement calqué sur le gouvernement anglais, A-t-if duré? A-t-il produit les merveilles de colonisation et de conquêtes dont la Grande-Bretagne est redevable au sien?
- Pas le moins du monde.
- Beaucoup de bons esprits pensent que' les institutions anglaises ont péri chez nous justement parce qu’elles étaient exotiques et, partant, peu conformes au génie national.
- Il serait également absurde et impossible de substituer le génie anglais au nôtre, en matière d’industrie et d’application de la science aux arts.
- Nous serons toujours médiocres, lorsque nous imiterons servilement.
- La France a un génie propre.
- C’est ce quelque chose que M. Dumont ne veut pas sentir en lui-même et qui s’y trouve certainement. Aussi ne nous étonnons-nous point de lui entendre demander :
- « Où gît la véritable supériorité industrielle d’un peuple ? Est-ce dans l’habileté exceptionnelle de quelques artistes de mérite? est-ce dans le goût plus ou moins parfait de quelques fabricants ?
- Ce qu’il appelle le goût de quelques fabricants, l’habileté exceptionnelle dé quelques artistes, c’est un goût, une habileté, disons mieux, un génie dont tout le monde chez nous a sa part, et qui frappe d’un cachet spécial nos moindres ouvrages, les meubles comme les objets d’art, les modes comme les écrits.
- M. Dumont voit la source du génie industriel « dans la masse des'capitaux accumulés depuis des siècles ;
- « Dans des moyens économiques de production;
- « Dans la perfection de ces machines qui sont les véritables ouvriers de l’industrie moderne;
- « Dans cette vigueur et cette persistance de génie qui lance sans relâche inventeurs, fabricants et ouvriers dans une voie nouvelle ;
- « Dans cet esprit de discipline au sein du penple travailleur qui moralise, rassure et active toutes les relations commerciales ;
- « Dans cette force d’expansion qui pousse sans cesse ce peuple au dehors pour le faire réagir sur le monde entier;
- « Dans eette liberté de travail et d’association sans lesquels l’industrie se meurt sous le despotisme de quelques intérêts ou l’outrecuidance de quelques administrations ;
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- « Enfin, et surtout, dans cette heureuse stabilité politique qui assure l’avenir et raffermit le passé. «
- Nous y consentons, et c’est encore pour cela que nous n’hésitons point à nous déclarer plus ingénieux industriellement que l’Angleterre; car, privés aujourd’hui passagèrement de presque toutes ces ressources, privés surtout de cette stabilité politique qui est la première condition du travail, nous parvenons encore, dans une exposition universelle, improvisée pour nous, lentement mûrie, conçue et exécutée par nos heureux voisins, à arracher de toutes les bouches, excepté celle de M. Dumont, cet aveu consolant : « Tout ce qui n’est pas français est 'provincial. Il manque à tout produit de l’industrie étrangère un quelque chose, qui est le génie FRANÇAIS! »
- G DE CUA.LAMONT.
- LES PASSEPORTS ET LORD PALMERSTON.
- A propos de l’Exposition de Londres, M. Léon Faucher, ministre de l’intérieur, vient de prendre une mesure qui a causé une vive satisfaction en Angleterre, et qui causera également un grand plaisir à nos voyageurs ; nous voulons parler de la suppression de cette formalité du permis d’embarquement, qui retardait quelquefois les départs, de telle sorte que, souvent le paquebot était parti lorsqu’on recevait l’autorisation d’embarquement. Il serait bien à désirer, puisque les Anglais sont satisfaits de cette mesure, que lord Palmerston voulût bien, en compensation, donner des ordres pour qu’à Douvres et Southampton, les difficultés si ennuyeuses, si tyranniques du visa des passeports fussent, sinon supprimées, du moins diminuées. Depuis l’ouverture de l’Exposition, il y a eu à cet égard un redoublement de sévérité, qui s’explique d’autant moins que le ministre a déclaré à la Chambre des communes, il n’y a pas un mois, que la formalité des passeports est inutile en Angleterre. Ces déclarations sont d’un excellent effet dans les journaux, mais elles ne perdraient rien à être confirmées par la pratique.
- béxëmct (de l’Ain).
- COURRIER DE LONDRES.
- tes visiteurs à un shilling. — Les Fleurs en plume du Brésil et les Ecrins russes. — Compliments à M. Léon Faucher. — ün Rouleau de papier gigantesque. — Congés donnés à l’Armée anglaise par le duc de Wellington. —Trains déplaisir pour les Ouvriers. —Le colonel Sipthorp. — Les Yankees. — Réception du 4 juin àMansion-House.
- Londres, le 28 mai 1851.
- Vous me demandez d’une si prévenante façon de vous écrire ce que vous appelez un Courrier de Londres, que je me décide à vous envoyer mes solécismes. Plus familier avec le Dictionnaire de l'Académie par la lecture que par l’usage de la parole, je serai sans doute Anglais encore jusque dans le choix des locutions, et vous croirez encore entendre ce que vous appelez notre petit hennissement britannique, comme nous entendons toujours votre french loquacily, jusque dans le bruit de vos pas et de votre respiration.
- Cela dit, nous comptons, n’est-ce pas ? sur une indulgence réciproque, et s’il m’arrive de plaisanter à l’anglaise, vous prendrez la chose à la française, c’est-à-dire spirituellement.
- Le public à 1 shilling par tête est admis dans le Cristal Palace depuis lundi dernier. Ainsi que l’avaient calculé les commissaires royaux, l’édifice contient tous les visiteurs sans autre inconvénient que celui d’une chaleur tropicale. Le nombre des visiteurs étrangers est moindre que dans nos prévisions : aussi les mesures prises pour garantir le bon ordre et la sécurité sont-elles plus que suffisantes. Il y a des barrières dressées aux abords des portes du Cristal Palace, pour contenir la foule, comme à la porte de vos théâtres. En outre, depuis lundi, un réseau de télégraphes électriques fonctionne entre le bureau du comité, situé dans le bâtiment même de Ilyde-Park et le débarcadère de nos chemins de fer, en sorte que, d’instant en instant, le comité est averti de l’arrivée des convois et du nombre des pèlerins qu’ils amènent. Les dernières recettes avant l’ouverture de l’Exposition au grand ou au petit public, — je laisse le mot au choix de votre opinion politique et sociale qui m’est incon-
- LE PALAIS DE CRISTAL.
- nue, — ont été considérables. Celles du samedi s’est élevée, m’a-t-on dit, à 3,539 liv. ster.
- J’avajs résolu de ne plus mettre les pieds au Cristal Palace et de vous parler de Londres et de l’Exposition, du fond de la Suisse ou de l’Allemagne, où je voulais aller, imitant en cela tant de reweioers spéciaux et bien informés de divers pays et même, je crois du vôtre, lorsque j’ai ouï dire que l’Exposition russe et l’Exposition brésilienne valaient la peine de me déranger. Je ne les avais point encore examinées, les envois et les déballages n’étant point terminés. Je me suis sacrifié pour votre journal (n’est-ce pas ainsi que disent vos modernes Curtius?), et j’ai vu les députations muettes du Brésil et de Pétersbourg. L’ambassadeur brésilien est un bouquet de fleurs faites avec des plumes, quelque chose de grand et de magnifique, tant par l’éclat des couleurs que la fidélité avec laquelle la Flore brésilienne est traduite en ailes de perruches et de colibris. C’est, en somme, une brillante et inimitable puérilité, alliant le goût du civilisé à la patience du sauvage.
- Quant à l’Exposition russe, je l’ai découverte avec une loupe : ce sont de petits écrins, dans lesquels il y a des noyaux de cerises en diamants et autres pierres précieuses pour une fabuleuse valeur ; on dirait que ce peuple, sans frontières autres que celles posées par les armes, les colonies ou la politique anglaise, a voulu créer un contraste remarquable entre sa propre immensité et la petitesse de ses envois, comme entre cette petitesse des objets et leur immense valeur.
- Mais j’étais allé à Hyde-Park une dernière fois pour la Russie et le Rrésil, et je ne m’y suis occupé réellement que des produits des fabriques de Lyon, à présent déployés sur la galerie.
- Voilà en vérité ce que j’ai vu de plus beau dans le meeting industriel de Londres, avec les échantillons de sellerie venus de la Perse et de l’Inde. 11 faut ôter son chapeau devant ces résultats fabuleux de l’industrie humaine, ce que j’ai fait de bon cœur. J’ajouterai pour vous flatter infiniment et comme vous le méritez à cause de votre sensibilité à la flatterie, votre approbativité, comme disent vos phrénologues, que cette estime de vos produits de Lyon est partagée par notre gracieuse souveraine^ ce qui en augmente beaucoup le prix, je le sais, surtout chez un peuple républicain.
- En un mot, vous allez de pair, dans sa royale admiration (appelez les industriels de Lyon pour leur dire cela d’une voix claire), avec les artisans d’Ispa-han, sinon avec les Chinois.
- Puisque je suis en train de vous être très-agréable, very most, je vous chargerai de présenter mes compliments à son exellence M. Léon Faucher, votre ministre de l’intérieur. Il a supprimé une formalité ridicule appelée permis d'embarquement, et qui retardait à Boulogne les voyageurs pour l’Angleterre. Cette coutume, qui n’aurait pas du être maintenue, a été enfin abolie par son excellence, et nous espérons, à jamais, pour vous et pour nous. Tout obstacle à la libre communication des peuples est une entrave au progrès et un élément de guerre. M. le ministre de l’intérieur est donc un parfait gentilhomme.
- Je lui souhaite, pour ma part, un ministère aussi long que le rouleau de papier exposé par nos compatriotes de Saint-Mary-Cray, MM. Doynson et Spicer. Vous aurez entendu parler de ce rouleau de 2,500 yards de longueur. 11 y a deux spécialités en jeu et en vue dans cette exhibition, celle du fabricant de papier à écrire, le célèbre Joynson, et celle des mécaniciens, MM. Spicer. Cette exhibition est, pour ces derniers, l’occasion de démontrer la perfection du mécanisme au moyen duquel la bouillie aqueuse, coulant sans interruption à l’une des extrémités de la machine, se trouve convertie en une feuille continue de large papier à écolier, qui arrive sec et bon à l’emploi à l’autre extrémité delà machine.
- Mais si nous faisons du papier avec une admirable rapidité, nous le débitons en enveloppes avec une rapidité non moins admirable. Quelques pas plus loin, une petite machine de M. Delarue fait cent enveloppes par minute. C’est le dernier mot du sphynx-mécanisme sur la papeterie.
- Pour compléter le toho-bohu d’une pareille Exposition (car il faut convenir que la bizarrerie l’emporte ici sur tout le reste, vu l’impossibilité où se trouve un magasin de curiosités, quelque vaste et complet qu’il soit, de résumer une civi-
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- lisation comme celle des peuples de l’Occident), monseigneur le duc de Wellington vient d’accorder un congé extraordinaire à tous les régiments de l’intérieur, pour voirie Cristal. A partir du 1er jusqu’au 30 juin, un officier supérieur, la moitié des capitaines et la moitié des sous-officiers de ces régiments auront un permis de quinze jours d’absence. Us se succéderont ainsi dans les salles de Hyde-Park, en sorte qu’il soit impossible de trouver un uniforme, un costume, une classe de citoyens qui n’y soit pas perpétuellement représentée. Cette vivante exhibition, les entrées à I shilling y aidant, ne sera pas moins originale que l’autre. Pour faciliter à MM. les militaires le voyage de leur casernement à Londres, il leur sera fait une remise de deux deniers ( 20 centimes ) par mille sur leurs frais de transport, par les compagnies, comme s’ils voyageaient pour le service de la reine et de l’État.
- Les commis et employés des services publics de Liverpool ont aussi reçu un congé d’une semaine chacun, et un souverain pour aller visiter l’Exposition. Les journaux français, quelques - uns du moins, ont même parlé de l’organisation de trains de plaisir pour le transport de nos ouvriers à Londres. C’était une pensée philanthropique; mais elle ne profitera qu’aux ouvriers aisés ou célibataires ; car, trouvât-on moyen de les amener et de les nourrir chez nous gratis , j’imagine que leurs femmes et leurs enfants ne vivront pas du grand air pendant l’absence du chef de la famille. C’est de la philanthropie en peinture, comme vous me permettrez de vous dire que vous en faites quelquefois !
- Cette visite ne serait toutefois pas stérile pour ces pèlerins du travail; car on a commencé une série de leçons explicatives sur les divers objets exposés et les procédés employés pour leur fabrication. Le professeur Cowper a entrepris la section de mécanique; le professeur Anstead , les minéraux et les matières premières ; M. O’Brien, les instruments de précision et les objets scientifiques. Plusieurs travées demeurées libres sont consacrées à recevoir les auditeurs de ces cours, d’un genre nouveau pour vous, mais auxquels nous ont habitués depuis longtemps ceux de notre institut polytechnique.
- Les commissaires de diverses nations étrangères s’occupent aussi des mesures nécessaires pour procurer à leurs nationaux les mêmes moyens d’instruction dans la langue de leur pays; mais je doute encore qu’ils y parviennent.
- Je n’ajouterai point à ces détails butinés au hasard, que nous avons, parmi nos industriels, beaucoup de mécontents. C’est un inconvénient qui résulte nécessairement de l’existence d’un jury d’admission et de l’impossibilité de satisfaire tous les amour-propres, D’ailleurs il faut, autant que possible, ne pas vous ressembler en matière d’indiscrétion nationale et faire en famille notre petite lessive. Nous ne sommes pas très-satisfaits de l’Exposition, mais à un point de vue différent de ceux qui ne s’en plaignent que parce qu’ils n’ont pas pu faire admettre leurs pommades, leurs perruques et leurs savons à barbe.
- Vous dirai-je à quel point de vue nous pourrions nous plaindre? Non. Nous autres Anglais, nous sommes là-dessus d’un commun accord : cela ne regarde que nous.
- Aussi bien, voulez-vous juger de l’accueil qui serait fait chez nous à l’émission officielle d’un avis contraire? Lisez l’une des dernières séances de la Chambre des lords, et vous saurez à quoi vous en tenir sur la discrétion nationale élevée à la hauteur du patriotisme.
- Un honorable lord ayant dit que l’Exposition a réalisé l’attente générale, le, colonel Sibthorp a interrompu l’optimiste par celte brusque apostrophe :
- « Permettez-moi de vous dire que l’Exposition n’a pas du tout réalisé l’attente générale; l’expérience de tous les jours vient confirmer l’opinion honnête, franche et patriotique que j’avais émise à cet égard. Les marchands de la capitale ont été volés, c’est le mot. Quant au palais de Hyde-Park, je ne le regarde 'qu’à distance, mais je le considère toujours comme une honte pour un pays libre, et je regrette de voir que l’étranger est favorisé au détriment de la population indigène, lourdement taxée. Quant à l’affluence, elle ne m’étonne pas ; partout où l’on voudra, je me
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
- fais fort d’amasser du monde autour d’un chat mort. »
- Inutile de dire que ce speach excentrique a été salué par une hilarité générale.
- Mais il aurait été fait en termes beaucoup plus choisis, qu’il aurait été improuvé non moins énergiquement ou hué, — comme les inconvenances le sont invariablement chez nous, — par le silence !
- Il en sera de même des plaisanteries tout à fait irrévérencieuses du Punch sur le prétendu fiasco produit à l’Exposition par les Yankees. Leur industrie, à en juger par les échantillons que nous avons vus, ne serait pas comparable à celle des trois-royaumes-, mais c’est beaucoup déjà qu’un pays aussi jeune et aussi neuf, émancipé trop tôt, trop tôt livré à lui-même, ne soit pas, comme beaucoup de jeunes adolescents échappés des mains de leur précepteur et de la surveillance paternelle, tombé dans un état fâcheux. La puissante nature du sol et ses richesses, fécondées par le génie des aborigènes, ont amené les résultats que nous voyons . de belles matières premières, des constructions promptes et gigantesques sans grande solidité. Je crois bien aussi que les Yankees nous boudent un peu; mais ils ont tort, ou on les a trompés ; car nous avons toujours le plus grand plaisir à les voir. Nous ferons même volontiers mention d’une invention de M. Kuemerle, qui nous a frappés au passage.
- M. Kuemerle, Américain, expose un tourne-feuille qui a reçu l’approbation de mademoiselle Jenny Lind. Une telle invention ne pouvait être brevetée par une autorité plus compétente ; mais voilà encore une industrie à la main que tue le démon de la mécanique. Que va devenir le talent de société de ces dilettanti qui savaient juste assez de musique pour suivre le chant d’une cantatrice et tourner le feuillet au bon moment ?
- En fait d’originalité vraiment américaine, M. C. L. Demington, de New-York, a exposé le modèle d’une église flottante, qui existe réellement
- " 'hj
- .1 ulillLI
- OI1GUE DE KEEJZ1NG (DE BEItKE).
- dans le port de Philadelphie. Elle est fréquentée par les marins des navires en relâche ou en partance. Les frais de sa construction et de son entretien et les émoluments du chapelain régulier qui la dessert, proviennent des contributions volontaires recueillies dans la Pensylvanie et les Etats voisins.
- Ainsi, les Américains ont des habitations flottantes pour le culte, comme les Chinois en ont sur leurs fleuves et sur leurs lacs pour la Yie commune et surtout pour certains plaisirs.
- Mais j’ai parlé au début de la frewh loquacity, et je m’aperçois qu’elle me gagne. Une dernière nouvelle relative au Cristal.
- Mercredi 4 juin, le lord-maire recevra à Man-sion-House la commission royale, les commissions étrangères, les jurés de l’Exposition, les ministres etrangers, des littérateurs et, savants anglais et
- étrangers, ainsi que les membres de la municipalité. L’épouse du lord-maire fera les honneurs de Mansion-Ilouse aux dames invitées. — A huitaine !
- Je suis, etc. w. sheridan.
- LES ÉCONOMISTES FRANÇAIS A LONDRES.
- Le plus vif intérêt s’attache naturellement aux appréciations des hommes spéciaux, savants et économistes, qui visitent l’Exposition de Londres, non pas en curieux, mais en maîtres de l’art industriel, et qui, seuls, sont à même d’en tirer des enseignements utiles dans leur application à notre industrie.
- A ce titre figuraient déjà dans nos colonnes les lettres de M. le professeur Blanqui. Nous y joignons aujourd’hui la première lettre de M. Michel Chevalier, publiée par le Journal des Débats, et nous espérons y joindre, dans un prochain numéro, une correspondance spéciale due à la plume brillante et féconde de M. Charles Dupin.
- I.
- Les bonnes idées font leur chemin, quelquefois, sans que le public, approbateur de leur mérite cependant, soupçonne l’avenir qui leur est réservé. L’Exposition de l’industrie, imaginée après le traité de Campo-Formio,
- MÉLODIUM.
- comme un appendice aux fêtes célébrées en l’honneur du succès de nos armes en Italie, devint chez nous une solennité périodique de plus en plus éclatante et utile en France. En i849, ce fut un des signes que la France se donna à elle-même de la vitalité qui survivait dans son sein aux violentes épreuves des révolutions. Le bâtiment des Champs-Ely sées n’était pas démoli encore que l’idée de l’Exposition passait le détroit, acquérait sur le sol anglais des proportions nouvelles et plus grandioses, etsuscitait le vaste et brillant concours dont nous sommes ici les spectateurs. C’est ainsi qu’un simple étalage, organisé principalement dans le but de jeter un peu de neuf sur l’appareil accoutumé des fêtes publiques, a donné lieu d’abord à une cérémonie nationale périodique du plus grand intérêt, et finalement a engendré ce qui se passe aujourd’hui à Londres, et ce n’est rien de moins qu’un événement, tenez-le pour certain.
- Ce n’est guère ici le lieu de récriminer contre les siens ; le sentiment dont on s’inspire à Londres, au milieu de l’Exposition universelle, est celui de la concorde. Comment le dissimuler pourtant, puisque l’histoire le dira, car l’histoire s’occupera de l’Exposition universelle comme d’un des plus grands faits de notre temps? la pensée de cette solennité était née parmi nous. En 1849, il avait été très-formellement question de donner à notre Exposition le caractère d’un concours entre tous les peuples; l’administration s’y montra favorable; elle en fit, et ce fut son tort, le sujet d’un débat officiel dans les Chambres de commerce, et une intrigue notoirement ourdie à Paris fit retourner en majorité des réponses négatives, devant lesquelles l’administration supposant, avec une humilité excessive, que l’opinion du pays repoussait son projet, fit taire son propre désir. Aiusinous fut ravi ce développement suprême d’une idée qui, éclose parmi nous il y a un demi-siècle, y avait reçu jusque-là tous ses agrandissements successifs Ainsi nous avons laissé échapper l’occasion de manifester une fois de plus l’initiative qui nous a si souvent distingués au milieu de la civilisation, des desseins les plus grands, les plus généreux, les plus utiles. Mais comprimons ces regrets, dont l'amertume gâterait l’admiration qu’inspire le tableau étalé sous nos yeux : excepté pour notre amour-propre national, il n’y a pas à déplorer que l’Exposition universelle se soit faite à Londres pour cette fois, qui ne sera pas la dernière.
- D’abord, par la mer, Londres est plus accessible que ne l’est Paris aux produits étrangers. En second lieu, nos règlements trop minutieux de la douane eussent donné des embarras ; et enfin, et surtout, deux circonstances qui donnent du relief à l’Exposition de Londres ne se fussent pas réalisées chez nous : je veux parler dn procédé par lequel l’Exposition a été instituée sans que le gouvernement s’en mêlât, et du bâtiment même où elle se tient, et qui est un des plus beaux ornements de la fête, le plus surprenant selon plus d'un bon juge
- Oui, cette Exposition s’est préparée, s’est organisée et
- s’accomplira jusqu’au dernier terme en dehors de la tu-
- telle administrative. Les dispositions ont été prises, les plans dressés, les travaux exécutés sans que l’autorité puisse en revendiquer l’initiative, sansqu’elle eût jamais ambitionné de tenir l’entreprise sous son patronage. Pour cette Exposition de Londres il y a eu vingt fois plus d’arrêtés ministériels rendus, de circulaires officielles signées et publiées, cent fois plus de paperasses noircies dans les bureaux de notre ministère du commerce que dans ceux de l’administration correspondante (1 eBoard of Trade) à Londres. Sans doute un grand personnage, dont la position officielle est extrêmement élevée, le prince Albert, y a pris la plus large part ; mais c’est à titre individuel; c’est son influence personnelle, plus considérable encore que son rang, que seule il a songé à mettre en jeu, que seule il y a mise.
- Yoici comme les choses se sont passées. Dans le sein d’une Société qui existe non par l’investiture ou la permission de l’autorité, mais par le zèle spontané de ses membres, la Société des Arts, le prince Albert, qui en fait partie, émit le 13 juin 1849, dans des termes qui lui font le plus grand honneur, et sur lesquels je pourrai bien revenir quelque jour, l’idée d'une Exposition universelle. La proposition fut goûtée par la Société, qui se mit à préparer les voies, en adressant des recommandations personnelles aux principaux chefs d’industrie. Là-dessus pourtant pas de loi, ni d’ordonnances, ni d’ordre en conseil. Ce sont quelques personnes en très-petit nombre, le prince Albert et trois ou quatre autres hommes dignes d’être ses collaborateurs dans ce magnifique dessein, qui, à titre privé, se réunissent, discutent, proposent et disposent provisoirement. L’entreprise est reconnue possible. Bien. Le comité de la Société des Arts en pose les bases d’une manière générale. Après avoir pris le temps de se reconnaître, et après quelques tâtonnements bien naturels, un appel est tait aux souscriptions volontaires afin de se procurer la somme à laquelle se monteront les frais, y compris 300,000 fr. pour les médailles et les récompenses. On obtient bientôt ainsi 63,000 liv. st. (l million 623,000 f.). La somme est ronde, mais c’est manifestement insuffisant. Alors comment faire? Des entrepreneurs courageux, MM. Mun-day, offrent de se charger de tout a leurs risques et périls. On leur témoigne une reconnaissance sincère, mais on les refuse. C’eût été se soumettre à un contrôle gênant, plus que gênant, malgré la grâce parfaite avec laquelle se présentaient MM. Munday et la déférence profonde qu’ils témoignaient envers les fondateurs. Alors un noyau d’hommes considérables appparaît sur la scène. Ces excellents citoyens s’engagent pour de grosses sommes, en cas que les recettes qu’on attend de la vente des billets ne couvrent pas les dépenses. Un membre du Parlement, M. S.-M. Peto, donne le signal : il signe pour 50,OOOliv. st. (1 million 230,000 f.); après lui, c’est entre autres M. Jones Loyd, récemment promu à la pairie sous le titre de lord Overstone, financier instruit, auparavant banquier. Les notabilités financières de la Cité se groupent autour d’eux. On rassemble ainsi
- une masse d’engagements individuels, montant à 200,000
- liv. st, (8 millions de fr.), sur quoi la Banque d’Angleterre, tenant avec raison la garantie pour très-valable, se déclare prête à faire toutes les avances. L’entreprise, de ce moment, est sauve : c’est Colomb qui a son navire après l’avoir tant souhaité. Il n’y a plus dès-lors qu’à faire venir les architectes. Mais le temps presse : on est en juin 1830, et l’ouverture de l’édifice non commencé, pour lequel on n’a. pas même de plan arrêté, est annoncée à l’univers pour le 1er mai 1831. En tout ceci, l'intervention de l’autorité s’est bornée à ce que la reine nommât officiellement la commission chargée de diriger l’entreprise. Il le fallait, moins encore pour entraîner l’adhésion unanime des chefs de l’industrie britannique, que pour investir la commission d’une influence effective vis-à-vis des peuples et des gouvernements étrangers dont il fallait le concours. C’est une circonstance à mentionner, qu’à un certain moment l’administration fut sollicitée de prendre une grande part à la direction
- HARN0N1UM.
- de l’entreprise ; on lui disait que' c’était indispensable au succès de l’entreprise. Mais, appréciant sainement le rôle qui lui convient, et justement confiante dans la puissance d’un public façonné de longue main à faire lui-mème ses affaires, elle a sans hésitation repoussé
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
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- cette offre, qui, en tout autre pays, eût été pour l’autorité une tentation irrésistible, et l’événement lui a complètement donné raison. L’Exposition a été ouverte au moment voulu ; tout s’y passe avec ordre, tout y fonctionne admirablement. Quant au côté financier de l’entreprise, il est parfaitement satisfaisant. Il faudra au-delà de 200,000 liv. st.; mais au moment où je parle, on a déjà reçu 130,000, sans toucher à l’engagement de 200,000 dont M. Peto avait donné le signal. La recette à la porte est toujours croissante : elle s'élève actuellement à 3,000 liv. st. (73,000 fr.) par jour. 11 est à peu près certain qu’il y aura un excédant considérable.
- Je suis frappé à chaque instant de cette qualité qu’ont les Anglais de se rapprocher, de se concerter dans l’intérêt commun, de tirer spontanément de leur sein une force collective devant laquelle tous les obstacles s’aplanissent, tous les mauvais vouloirs s’inclinent, respectueux ou intimidés, sans que l’autorité ait à enrégimenter les citoyens, à les aligner, à leur donner le mot d’ordre et le signal. Cette qualité précieuse, je l’envie pour mon pays, parce que c’est la qualité des peuples vraiment libres, et j’estime que, hors de la vraie liberté, il n’y a pas d’avenir pour nous. C’est ainsi seulement qu’une nation montre son aptitude à se gouverner elle-même, au lieu d’être indéfiniment gouvernée, réglementée, manipulée, foulée. C’est ainsi seulement que le gouvernement de la majorité est sincère et qu’il est stable. C’est sur cette base seule que peut se fonder comme sur le roc le règne de la loi. On est en quête dans notre patrie maintenant, avec une anxiété que je conçois et que je partage, de quelque, moyen qui soit propre à mettre la société à l’abri des coups de main de minorités infimes par la qualité de leurs éléments ou par le nombre. Je n’imagine pas qu’il en existe une autre que cette vertu si apparente en cette île, qui fait de l’homme un animal politique, comme on dit ici, un être éminemment propre à la vie sociale, comme disait Aristote. Seule en effet, elle donne à la société une cohésion indestructible. Seule elle communique à la majorité une énergie magique, et lorsqu’il faut agir, et lorsqu’il faut résister à une surprise, et lorsqu’il faut refouler l’oppression d’où qu’elle vienne, d’une troupe de factieux ou des dépositaires constitués du pouvoir. Tant que nous ne nous serons pas attribué ce bel attribut de la race anglo-saxonne, attendons-nous à être sans fin le jouet des révolutions. Rien ne nous en sauvera, pas même la tyrannie, qui compte pourtant chez nous tant de secrets partisans, tant d’adorateurs qui, au fond de leur cœur, lui ont érigé un petit temple. La tyrannie, même avec des troupes d’espions et des myriades de baïonnettes, n’offre pas un asile assuré contre les audacieuses tentatives des minorités, celles-ci fussent-elles toutes petites. Les moindres minorités, en effet, ont contre la tyrannie la mieux servie la ressource des conspirations qui, à la favenr des habitudes même que donne la tyrannie, peuvent avoir le plus insigne succès. A ceux qui en douteraient, je ne rappellerai pas les innombrables catastrophes qui, dans la Rome impériale ou à Constantinople, ont ensanglanté ou souillé le trône des Césars. Je ne leur citerai pas la fin cruelle de Paul Ier. Je leur mentionnerai seulement le nom de Mallet, qui s’attaquait pourtant au pouvoir du plus grand homme des temps modernes.
- Il eût donc manqué, dans l’Exposition universelle, si elle avait eu lieu hors de l’Angleterre, le grand enseignement politique et social qui ressort de la manière dont elle s’est organisée. Il y eût aussi manqué un monument merveilleux de l’industrie humaine. Vous savez déjà l’histoire pittoresque du bâtiment dans lequel l’Exposition est renfermée. 11 y a peu de jours, une plume chérie du publie l’a racontée encore dans vos colon-nés, et a célébré justement le nom de l’architecte habile à qui est dû le Palais de Cristal. Je ne vous ferai pas la description technique de ce palais de fer et de verre, dont le dessin a été répandu dans les quatre parties du monde avec profusion. Il n’y a qu’une voix sur les mérites de cette construction. C’est élégant et c’est simple, c’est grandiose et c’est commode, c’est inondé de lumière, c’est de l’abord le plus facile. Tout y a été prévu, la pluie la plus abondante et T incendie. Il fallait de la vapeur pour mettre en action les nombreuses machines et les nombreux métiers établis dans la salle des mécaniques , car on a voulu faire jouir le public de l’intéressant spectacle des ateliers en activité; voilà des tuyaux qui distribuent où on le veut la vapeur que produit un vaste générateur constamment en ébullition dans un pavillon extérieur. 11 fallait de l’eau pour donner la représentation de quelques machines hydrauliques en mouvement : il y a une distribution d’eau. Un télégraphe électrique est là pour porter à chaque instant à un bureau central, tout ce qu’on peut avoir à communiquer à la direction.
- C’est spacieux à ce point, qu’un palais deux fois long comme celui de Versailles pourrait s’y déployer à peu près. Il n’y a nulle part rien qui puisse en donner l’idée, ni par les dimensions, ni par le style, ni par
- STATUE GRANDEUR NATURELLE.
- SALON ANGLAIS.
- l’agencement des parties les unes avec les autres, ni par le nombre infiniment petit auquel ont été ramenées les pièces nécessaires à la composition de cette vaste structure. En vérité, on pourrait dire qu’elles se réduisent à deux : une colonne et un certain panneau à trois compartiments. Quant on songe que tout cela a été conçu, adopté, moulé, fondu, ajusté, posé et recouvert d’un vitrage de toute part dans l’intervalle de quelques mois, on se croit dans le royaume des fées. Le Palais de Cristal n’était possible qu’en Angleterre. Il atteste ce que peut l’industrie des fers en ce pays, la puis-
- ORFÈVRERIE. — SCRTOtJT DE TABLE*
- sance des moyens dont elle dispose, et le degré d’économie auquel a été portée ici la fabrication de cette matière première indispensable à tous les arts. Autrefois, il y a un siècle, l’industrie anglaise des fers était fort modeste; on ne faisait que du fer au bois ; c’est un mode de
- fabrication qu’on s’obstine encore à maintenir sur de grandes proportions en France. L’Angletetre alors fabriquait environ 17,000 tonnes de fer en gueuse, ou fonte brute. La tonne est un poids de l,00t) kilogr., à très-peu près ; quand le dix-huitième siècle se ferma, on n’en était encore qu’à 130,000 tonnes; l’industrie du fer à la houille n’avait pas eneore bien affermi ses procédés. On importait alors 40,000 tonnes de fer, presque tout forgé. En 1806, on atteignait 238,000 tonnes. En 1823, c’était plus que doublé : on était à 381,000. Quand les chemins de fer prirent leur grand essor, en 1833, on était arrivé à un million de tonnes. En 1847, c’était doublé. Maintenant on en est à 2 millions 200,000. C’est beaucoup plus que tout le reste du monde ensemble. Il est vrai qu’on en exporte beaucoup. L’exportation, en 1819, a été de 700.000 tonnes. On n’a cependant pas cessé d’en importer une certaine quantité, particulièrement du fer de Suède que l’on convertit en acier ; c’est une fabrication pour laquelle le fer de Suède est incomparable. L’importation, depuis quelques années, est de 23,000 à 30.000 tonnes de fer forgé, ce qui répond à 33 ou 42,000 tonnes de fonte.
- Mais sous quels auspices s’est étendue cette fabrication? Sous les auspices d’une puissance qui agrandit comme par enchantement la consommation et provoque sans cesse le perfectionnement de toutes les marchandises, sous les auspices du bon marché. Autrefois le fer anglais était cher, même fabriqué à la houille; le plus gros fer, le n° », qui exige une seconde façon avant de servir même aux usages les plus humbles, se vendait en moyenne 440 fr. la tonne. En 1822 et 1823, fi était tombé à moitié. Depuis un an, c’est de 12S fr. à' ISO fr. Quant à la fonte brute, elle a baissé dans la même proportion. Sur le grand marché de Glasgow, elle ne vaut plus que deux livres et demi (63 fr.) la tonne. Jusqu’en 1840, il était à peu près sans exemple qu’on l’eût vue au-dessous de 100 fr. Au commencement du siècle, c’était bien autre chose. Sous l’influence de causes dont je n’ai pas à donner ici le détail, pareil phénomène s’est manifesté pour l’autre matière dont ce bâtiment est fait, le verre. Le verre a beaucoup baissé de prix en Angleterre depuis une dizaine d’années, et la consommation s’en est de même beaucoup développée. L’augmentation même de la consommation a, tout comme pour le fer réagi sur la fabrication, et y a introduit des améliorations marquées.
- Voilà comment il se fait que lorsque M. Paxton a apporté son plan d’un édifice en fer et en cristal, on n’a en à être effrayé ni de la dépense ni du temps qu’il faudrait pour l’ériger. Ce fer fondu tout façonné ne revient vraisemblablement qu’à 130 fr. environ les 1,000 kilogrammes. En France maintenant, à une époque de prix relativement et momentanément avilis, vous le paieriez plus du double, et c’est une des raisons pour lesquelles on nous a fait toujours pour l’Exposition des baraques provisoires en planches et en plâtre, basses, mal aérées mal éclairées, quelque talent qu’eussent les architectes’ et très-coûteuses par la condition même qu’il fallait subir de les démolir à chaque cérémonie.
- Mais ce n’était pas seulement l’économie d’argent qui importait ; l’économie de temps était plus précieuse encore, il la fallait absolument. C’est encore le bon marché qui l’a procurée. Quant un article usuel est à bon marché, par cela même qu’il s’en consomme beaucoup, le nombre des ouvriers qui excellent à le manier est considérable. Ici donc on n’a eu qu’à faire un signe pour voir accourir une multitude d’hommes habiles à préparer, à finir, à poser les colonnes et les châssis de fonte et les plaques de verre. C’est ainsi qu’en trois ou quatre mois l’édifice a pu être terminé. Partout ailleurs, même avec beaucoup de bonne volonté, on y eût mis plus d’un an.
- Le bon marché est un grand magicien. Quand une nation se l’est assuré, elle possède la lampe d’Aladin pour accomplir, en un clin d’œil, des œuvres merveilleuses; il estbon à autre chose qu’à susciter des prodiges du genre du Palais de Cristal. Il n’a pas peu contribué à fournir à l’Angleterre Je moyen de traverser sans secousses une période où la plupart des peuples rencontrent sur leur chemin le redoutable génie des révolutions. Je vous signalais tout à l’heure un attribut du caractère anglais que je considère comme le fondement moral de la stabilité de leurs institutions. Le bon marché en est aujourd’hui la fondation matérielle. Ne cessons pas de le recommander chez nous. Il nous faut le bon marché des matières premières, le bon marehé des produits usuels. C’est l’abondance du travail et la vie à bon marché.
- Rien n'est plus digne de la sollicitude active de quiconque aime la patrie.
- Mais au miiieu de ces réflexions je m’écarterais de l’Exposition. J’y reviendrai dans une prochaine lettre.
- MICHEL CHEVALIER.
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- LE PALAIS DE CRISTAL
- A la suite de la lettre de M. Michel Chevalier, conçue peut-être avec des préoccupations un peu trop exclusivement favorables à l’Angleterre, on lira avec plaisir la suite de la correspondance éminemment française de M. Blanqui. Voici la cinquième lettre du savant professeur.
- V.
- Enfin, Monsieur, la France a arboré son pavilllon aux applaudissements de l’Europe entière, et d’ici à quelques jours, toutes ces industries pourront être appréciés à leur véritable valeur. La ville de Lyon s’est un peu fait attendre, comme il arrive parfois aux souverains de mauvaisehumeur; mais personne n’y aura rien perdu. On eût dit que l’Exposition n’était pas ouverte tant que les merveilles de la production de cette ville n’y étaient pas. A présent que Mulhouse et Lyon ont fini leur étalage élégant, simple et synoptique, il faut voir accourir les myriades de curieux qui se pressent autour de ces brillantes galeries du premier étage : c’est un flot perpétuel de visiteurs qui viennent saluer.la cité reine de nos industries. On n’entend partout que cette exclamation : « Beautiful! handsome!- very nice!» que je traduis librement par beau! magnifique! admirable!
- C’est le moment,, Monsieur, de rassurer nos compatriotes contre les bruits qui ont circulé à Paris, à ce que j’entends dire, sur notre infériorité à l’Exposition de Londres. Ces bruits n’ont pu avoir de fondement que pendant lés premiers jours, lorsqu’en effet, nous n’avîons presque rien déballé, et que le public passait, fort étonné, devant nos vitrines vides et nos caisses pleines de paille. C’était un spectacle affreux, et d’autant plus déplorable, que les premières impressions sont durables et survivent parfois à la réalité qui devrait les modifier. Mais c’était la faute des exposants, qui ont presque tous attendu jusqu’au dernier moment, les uns pour achever, lefs autre pour expédier leurs produits.
- Tout est réparé aujourd’hui, et avant de commencer l’examen comparatif de nos diverses industries avec celles de nos rivaux, je puis vous confirmer, sans préoccupation patriotique, ce que je vous avais fait entrevoir dès mes premières lettres, que notre triomphe est certain sur presque toute la ligne, éclatant surtout sur la ligne de Lyon. Ce n’est pas que je ne voie apparaître à l’horizon des puissances menaçantes; je vous les nommerai seulement, en attendant plus ample informé : la Suisse a des rubans, l’Italie a des velours et l’Espagne a des articles de soie qui méritent la plus grande attention. La Chine, dont je vous parlerai tout à l’heure, a des crêpes et des châles bien remarquables, même pour le goût des broderies. Mais tenez pour certain que nous restons les maîtres, les arbitres incontestables de l’initiative et de l’art. Un Anglais qui s’y connaît, me disait hier : «Nous avons la quantité, vous avez la qualité. » L’Anglais avait raison.
- 11 sera facile de démontrer que nous pourrons bientôt avoir l’un et l’autre. Il suffira de laisser entrer les matières premières du travail au plus bas prix où on les trouve, en quelque lieu du monde que ce soit. Ce qui nuit le plus habituellement au débit de nos articles, c’est leur cherté relative!, et cette cherté vient surtout du haut prix des matières premières. Dès qu’il sera bien compris que le génie national assure à nos œuvres une valeur supérieure à ceilequeleur donnent les autres nations, le seul moyen de ne pas perdre notre supériorité sera de ne pas permettre à ces nations de se procurer les éléments du travail à meilleur marché que nous.
- C’est une question de douanes, car pour ce qui est de l’art et du goût, ce feux sacré no peut se dérober ; l’Exposition universelle le prouve bien, et me le prouve à moi au-delà de mes espérances même. On ne nous enlèvera pas plus ce privilège—IA. que la douceur de notre climat et la grâce de nos femmes. Je vous demande si le grâce peut se vendre ou s’acheter.
- Ainsi, Monsieur, en attendant que nous reprenions ce grave sujet, naturellement réservé pour la fin de nos études, je puis résumer ici en peu de mots la position qui ressort pour nous de l’état présent à l’Exposition universelle. Nous sommes évidemment sans rivaux pour ta forme, le dessin et la couleur en toute chose : orfèvrerie, ébénisterie, bronzes, papiers peints, toiles peintes, articles de fantaisie, instruments de précision, arquebu-serie. Nous n’avons pas paru en matière de poterie et de cristaux. Saint-Louis et Baccarat ont déserté devant l’Angleterre et la Bohême.
- Nous avons peu de machines, et bien mal avisé serait celui qui jugerait de la puissance française par ce que nous avons exposé en ce genre, quoique nos produits soient forts beaux. Nos manufactures naguères royales, Sèvres, Beauvais, Gobelins, occupent une salle spèciale qui fait l’admiration de tous les visiteurs. Nos orgues, nos pianos, retentissent magistralement dans toute l’Exposition. On parcourt toutes les galeries pour y voir une foule de choses utiles; on revient sans cesse aux galeries françaises pour y connaître les vrais types du beau. Ce matin même , Monsieur, j’avais l’honneur d’accompagner madame la duchesse d’Orléans, qui nous disait, avec une satisfaction visible : « Décidément, messieurs, la France est toujours -la France ; et sa grandeur brille ici d’un éclat nouveau, par la comparaison!»
- Je vais maintenant conduire vos lecteurs sur le terrain le plus propriçe aux comparaisons entre nos indus-
- tries européennes et celles de l’ancien monde: je veux parler de l’Inde anglaise et de la Chine, qui ont étalé à l’Exposition universelle des produits vraiment extraordinaires par leur confection et par leur variété. Les fabricants de tout genre et de tous pays feront bien d’étudier les articles de la Chine et de l’Inde, car ils y trouveront de précieuses indications pour renouveler ou modifier leurs dessins, leurs formes, et même l’armature de certains métiers à tisser. La collection des produits de l’Inde anglaise est particulièrement intéressante en ce sens qu’elle est plus neuve et moins connue que les articles chinois. Elle est aussi plus complète; il est facile de voir que les ordres du gouvernement anglais n’ont pas été sans influence sur le soin avec lequel elle a été réunie.
- Quiconque ne connaît l’Inde que par les livres, et il n’y en a pas de meilleur sur ce sujet que celui de notre infortuné compatriote Jacquemont, peut la voir ici palpitante et réelle, sans peine et sans fatigue; elle y est tout entière; le climat,seul y manque, et j’ose dire que cette collection suffirait pour attirer en Angleterre des millions de visiteurs.
- La première chose qui frappe les regards est une double collection militaire et navale, celle de toutes les armes du pays et de tous les navires, grands ou petits, qui naviguent dans ces mers lointaines. Que de moyens de détruire! que de formes diverses -de fusils, de canons grossiers, de pistolets, de flèches, desabres, de poignards enjolivés de toutes façons, poignards à lames droites, à lames courbes, poignards dorés, niellés, yatagans, outils pour tuer, effrayants et charmants, et bien peu pour produire ! On dirait que la vie est trop longue dans ce pays-là, et qu’elle est un mal dont on ne saurait trop tôt se débarrasser. Les navires aussi semblent plutôt construits pour la piraterie que pour le commerce. Voyez ceux de Mindanao, à deux rangs de rames et à voiles carrées; les sampans, de Singaporeà voiles latines; le bateau-serpent de la Cochinchine à petites pelles en guise de rames, et toute cette flotte d’écumeurs de mer que balaient peu à peu, dans ces archipels de voleurs, les frégates à vapeur de l’Angleterre: n’est-ce pas l’image de ce vieil Orient qui cède tous les jours à l’ascendant du génie européen ?
- L’étude en est d’autant plus facile et curieuse à l’Exposition que les Anglais n’ont rien oublié. Il n’y a peut-être pas une seule profession qui ne soit représentée par une statuette en costume de l’emploi, costume souvent bien léger, qui donne une idée du climat, et surtout de la condition des peuples de ce pays. Quand on voit ces lourds palanquins, portés par des gens demi-nus, avec une allure de bête de somme, et en même temps l’éclat des meubles brodés d’or, celui des tissus d’or brodés de pierreries, tout ce luxe oriental, créé par tant d’indigence, ne fait que trop connaître le sort de l’espèce humaine dans ces vieux points de départ de la civilisation. C’est bien là qu’il est facile de voir que si le socialisme est une chimère, la misère est une réalité. C’est là, ce n’est pas chez nous que l’homme est vraiment exploité; c’est là que sont les vrais parias, condamnés à produire sans consommer, à travailler sans salaire, à vivre sans espérance !
- Les travaux de leur industrie sont pourtant dignes du plus vif intérêt. Si nos prohibitionistes avaient daigné paraître à l’Exposition universelle, nons aurions pris la liberté de leur indiquer la collection des poteries de l’Inde, dont les formes sont contemporaines de la conquête d’Alexandre, et méritent par leur variété et par leur originalité l’attention de tous les hommes qui s’occupent de céramique. Ces poteries, fines ou grossières, forment un véritable musée d’une couleur locale saisissante, et qui doit être d’un grand prix, car j’ai vu avec regret qu’il était défendu d’en posséder des dessins sans permission-, mais il n’est pas interdit d’en prendre une idée.
- Cette Exposition est une mine d’idées. Les deux ou trois délicieux petits salons consacrés aux tissus de l’Inde, depuis les châles jusqu’aux plus minces fichus de fantaisie, me semblent capables de révolutionner à eux seuls l’industrie des nouveautés.
- Envoyez-y donc le plus d’ouvriers que vous pourrez. Que ne peut-on les envoyer tous ici ! Que de créations, de richesses seraient le fruit de ce voyage! Que d’étoffes nouvelles nous pourrions fabriquer à l’aide de ces dessins âgés de trois mille ans! Il me semble d’ailleurs, monsieur, que, puisque la République de Platon est à la mode à Paris, nous devrions aussi étudier l’industrie contemporaine d’Aristote, dont l’élève a fait jadis la conquête de l’Inde.
- Il y a eu une grande industrie en Orient du temps d’Alexandre, comme il y en a eu une en Europe du temps de Napoléon. Si ces deux grands hommes pouvaient se rencontrer aujourd’hui à Londres, ils retrouveraient l’un et l’autre les meubles de leur cabinet et les épées de leurs soldats; il ne leur manquerait que les héros. Les hommes de ce temps-ci sont plus ingénieux, mais ils sont plats. Laissons-les donc tranquilles et revenons à nos Indiens.
- Ce qui donne un prix particulier à cette partie de l’exhibition anglaise, c’est qu’il est impossible de la retrouver ailleurs, en gros ou en détail. La plupart des articles indiens n’étant pas conformes aux goûts européens, il en vient ordinairement très-peu en Europe, et
- nous ne pouvons pas adapter à nos usages tout ce qui leur serait applicable, à l’aide de quelques inodificatious de peu d’importance. J’admirais hier, par exemple, plusieurs tissas orientaux brochés d’or et d’argent, auxquels il suffirait de faire subir un léger changement pour les transformer de la manière la plus originale, et les approprier au goût délicat et raffiné de nos femmes. Un filet de soie blanche substitué à l’argent, un filet de soie jaune à l’or, et tout serait accompli. Encore une fois, monsieur, envoyez-nous des ouvriers par centaines. Prêchez cette croisade. J’ose affirmer que pas un bon ouvrier ne peut venir passer quinze jours ici sans tripier ce que nous autres, économistes, nous appelons son capital moral, son capilal à lui, sa valeur intrinsèque; par conséquent, sans être devenu plus riche.
- L’Exposition de l’Inde a aussi pour moi son côté philosophique et politique. Quand, il y a quelques années, le brave général Allard me confiait l’éducation du fils adoptif de Rundjet-Sing, le maharadjad ou roi de Lahore, j’étais loin de penser que ce grand empire des Cinq-Rivières tomberait sitôt aux mains des Anglais, et que je rencontrerais un jour, dans un coin obscur de l’Exposition de Londies, le plan en relief de la ville de Lahore, avec sa triple enceinte de fortifications, hélas ! bien inutiles. Quinze années sont à peine écoulées, et le général Allard est mort, Rundjet-Sing est mort, son empire est mort et mon jeune ami est mort. J’ai rencontré à Londres bien d’autres grandeurs qui m’étaient plus chères, et qui sont tombées aussi. Pourquoi? Dieu le sait. Respectons ses décrets; mais j’ai souvent peine à les comprendre !
- Je veux pourtant faire trêve à mes regrets, pour vous entretenir d’une découverte qui se rattache, par Calcutta, à l'exposition indienne, quoique cette découverte soit exploitée en Ecosse : c’est l’introduction d’une matière textile nouvelle qu’on appelle ici jute, qui tient le milieu entre le lin et le chanvre, et par laquelle les Anglais espèrent se soustraire à la tyrannie du coton américain. Le jute es.t une espèce de chanvre qui pullule dans les plaines du Bengale, et qui possède, chose curieuse, avec les propriétés du lin, celle du coton, c’est-à-dire la faculté de se peigner en brins parallèles et celle de se carder. Un industriel distingué, le chevalier Claus-sen, est parvenu à la blanchir d’une manière si parfaite, qn’il n’y a pas de soie plus éclatante que le jute, après le blanchiment obtenu par un procédé nouveau dont je fais grâce à vos lecteurs, quoiqu’il constitue l’application la plus curieuse qui ait jamais été faite de la chimie à l’industrie, procédé qu’on pourrait appeler le blanchiment par distension.
- Le jute peut donc se réduire en filaments parallèles comme la soie, et en laine comme le coton. Il se combine également bien avec la soie, la laine, le fil et le coton. Ses mélanges sont aussi curieux que son emploi isolé. Les Anglais en exposent des flanelles, des tricots, des toiles, du drap. Il prend avec une égale facilité toutes les couleurs, et si, comme on l’espère, l’expérience qui s’est déjà faite sur plus de vingt mille tonnes importées, réussit complètement, les Anglais pourront s’affranchir un jour du joug américain et tirer de leur sol indien une matière première inépuisable. J’ai trouvé tous les hommes compétents assez vivement impressionnés de cet essai, qui est d’une grande importance, s’il est décidément l’inauguration d’une nouvelle matière textile dans le monde. Ce serait peut-être le fait le plus intéressant de l’Exposition universelle.
- Vous me permettrez d’y revenir et d’ajourner à une prochaine lettre le compte-rendu de la Chine, des Chinois et des Chinoises, qui sont infiniment moins beaux que leurs produits.
- blanqui (de l’Institut).
- Nous extrayons de la lettre du 22 mai, adressée par M. Jules Janin au Journal des Débats, divers passages non moins piquants pour les sujets traités que pour la manière dont ils le sont par le spirituel et érudit feuilletoniste.
- L’heure avance, et j’entends déjà le signal du retour. À peine arrivé, il faut partir; il faut prendre congé de toutes ces grandes choses, entrevues en courant, et sortir de cette ville immense à peu près comme on sort d’un rêve! Ah! c’es't dommage, et je commençais à m’habituer à cette grâce hospitalière! Inveni portum! disait lord Byron ; seulement il traduisait, en son ironie insatiable : J’ai trouvé du vin de Porto ! Grand bien lui fasse ! je préfère un peu d’amitié et de bienveillance à tous les vins de l’univers.
- Donc, puisque je n’ai plus le t-emps de m’abandonner à la joie et à la consolation d’écrire, et puisqu’il faut se hâter absolument, laissez-moi vous raconter mes trois ou quatre dernières journées ; vous verrez si j’ai le droit de m’écrier, moi aussi : « Une fois dans Alep, je vis un Vénitien! Un Vénitien ! J’ai vu Venise et ses splendeurs, samedi passé, — en pleine Tamise, au moment où le fleuve va ressembler à l’Océan ; l’Océan n’est pas loin, dont le Ilot monte et descend sous la pression des astres d’en haut ! J’ai assisté à un grand spectacle ! On devait lancer le plus grand bateau à vapeur qui fût sorti jusqu’alors des chantiers de l’Angleterre ! On voyait d’en bas la merveilleuse machine dont les drapeaux, — Angleterre et France, par courtoisie,—agitaient leurs flammes amies au-dessus dés deux tourelle? gothiques
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- (ouvrage d’hier) qui servent d’entrées à ces chantiers ! Tout était joie-et fiête.sur ces hauteurs complaisantes et sur ces ondes, doçiles ; fête calme et silencieuse, d’ahovd parce que le .silence est ici une des conditions de certaines joieg rêveuses, et parce qu’ensuite il est impossible de ne pas rester frappé de stupeur à l’as-•pect de cette imposante machine. A peine créée et mise au monde, qui s’en va tout à l’heure affronter pour la première fois, T'abîme des flots et les quatre vents du ciel ! On ne saurait avoir une juste idée d’une si vaste construction qu’en se figurant quelque maison formidable arrachée soudain de ses fondations et posée sur un amphithéâtre au penchant de la colline, afin que chacun puisse voir le travail souterrain de l’architecte, et se rendre compte de l’édifice, de a cave au grenier, du faîte à la base. Ainsi nous apparaissait l’O-rénoque avant d’aller rejoindre ses amis et ses ennemis, les flots , qui tantôt le berceront comme une mère son enfant endormi, et tantôt le voudront briser contre l’écueil, comme un enfant le jouet dont il est la' ! Cette masse énorme de bois taillé, courbé, obéissant; les trois étages de cette maison flottante, ce pont, grand comme le pont des Arts, cette force et cette grandeur au repos, tout vous étonne, et vous attendez avec une inquiétude sincère le moment où le nouveau-né de l’Océan, délivré des liens qui le retiennent à terre, fera ses premiers pas dans ses domaines légitimes! Telles étaient l’attitude etfagitation de l’assistance entière; et lorsque, enfin, nous avons vu cette masse énorme emportée à l’eau par son propre poids, et la Tamise elle-même reculer en gémissant sous ce faix qui la frappe, alors enfin de toutes ces poitrines oppressées s’est échappé le hurrah universel.
- Notez bien que ce même spectacle, qui était pour moi une grande fête, a passé inaperçu, à Londres même, dans l’histoire de chaque jour. Une maison entière s’était écroulée le matin même, emportant dans sa cliûte «ne quantité de malheureux : à peine savait-on cet accident terrible! Un bateau de plus dans ces flots si chargés, un maison de moins dans ces rues si remplies, est-ce la peine qu’on s’en inquiète? On construit en ce moment, dans ce même chantier, trois bateaux semblables à l’Orénoque, et chacun de ces bateaux, quand enfin rien ne manquera à cette force, aura coûté 92,000 liv. sterl. (2 millions 300,000 fr.J! La belle affaire! Et vous verrez que c’est moi qui leur apprendrai que la chose vaut la peine qu’on l’admire! 11 est bien entendu que ces quatre léviathans à vapeur appartiennent à de simples commerçants ; seulement, l’Orénoque, en attendant ses trois camarades, sera commandé par un capitaine de la marine royale, qui a présidé à ces vastes constructions.
- L’instant d’après, un immense salon, dans un vaste hôtel, accueillait lecapitaine, les ingénieurs, les actionnaires, le parrain et la marraine de l’œuvre nouvelle, et je vous assure que l’Orénoque pourrait chanter la chanson que chante le petit page à sa marraine :
- J’avais une marraine !
- Si l’Orénoque n’a pas chanté, ce n’est pas faute que l’on ait bu à sa naissance, à sa fortune, et qu’on t’ait voué mon beau navire, alcyon Albionis, à tous les sourires du soleil, à tous les astres favorables du Midi....
- Ce dîner à Richmond est digne d’être raconté. Depuis l’introduction de la Marseillaise brûlante et devenue froide dans nos banquets, depuis qu’un banquet est devenu le prétexte et le signal d’une si funeste révolution, on n’ose plus parler de ces réunions de plaisir, devenues les festins des Centaures et des Lapithes qui se battent comme des Thraces, avec la coupe érii-vrante des festins. Richmond c’est tout dire. Une grande cité possède Richmond, quand elle n’a pas Saint-Germain. L’auberge, ou, pour mieux dire, Je château de Richmond est situé sur la Tamise ; le gazon s’arrête au flot bleu et tout chargé de barques légères faites pointa joûte, et véritablement, quand je disais tout à l’heure : «J’ai vu un Vénitien », je ne pouvais pas mieux dire du spectacle de ces barques, de ces joûles, de ces guitares, de ces chansons. La ville entière de Richmond était pavoisée aux couleurs de toutes ces nations dont la bannière heureuse flotte en ce moment aux mâts du Palais de cristal ! Dans Je jardin se faisaient entendre les musiques militaires; sur le gazon se promenaient les dames qui venaient prendre leur part de ce beau jour, Chaque convive arrivait à l'heure indiquée, et, quand la réunion a élé complète, les citoyens notables de Richmond, représentés par leurs meilleurs magistrats, sont venus lire aux étrangers confiés à celte fête une Adresse de félicitations et de bienvenue. On ne saurait croire à quel point cette courtoisie était touchante, avec quelle ferveur toutes les tètes se sont découvertes, chacun cherchant à comprendre dans les veux de l’orateur ce qui lui échappait dans son langage. Une citation très-heureuse de l’illustre Pope, une des gloires de ce paysage qu’il a chanté (la forêt de Windsor est si proche!), a été ni bien accueillie et la bien venue, en elfet, par les quelques invités qui n’avaient aucun droit à se trouver dans cette réunion des représentants de l’industrie universelle du genre humain. Les vers du poète semblaient leur dire : Entrez ! il y a place ici pour 1 imagination, pour la rêverie, et nous ne reconnaissons pas seulement pour nos hôtes les métiers, les forges et les charrues! —À six heures sonnant, les cent soixante
- invités à à ce banquet, présidé par lord Ashburton, se mettaient chacun à sa place, désignée à l’avance. A la table du président étaient assis les ambassadeurs ou les ministres de France, de Belgique, de Sardaigne, deSaxe, de Portugal, d’Amérique; une place avait été réservée à lord Stanley, à lord Palmerston, à lord Grandville, à M. le baron CharlesDupin. Le dîner a commencé par une prière prononcée à haute voix, et la prière a été écoutée avec recueillement par l’assemblée. En ce moment les enfants même de Voltaire étaient forcés de s’incliner; et comme disait Saint Evremont à Mme de Mancini : — « Rappelez-vous, Madame, qu’une femme bien élevéeet de bonne compagnie est forcée de faire son salut si elle ne veut pas être confondue, en ce monde et dans l’autre, avec des femmes de rien ! »
- Je vous fais grâce du détail; il n’y a que les cuisiniers qui publient le menu du dîner qu’ils offrent ou qu’ils servent à leurs hôtes, et il faut être l’hôte d’un cuisinier pour compter en elfet les turbots, les saumons, les potages, les suprêmes, les fdets, les chapons, les bavaroises et autres arnois de gueule bons à tenir leur place dans le Gargantua. Ce qui fait l’étonnement et. l’admiration d’une réunion de ce genre, c’est la bienveillance de chacun et de tous, c’est le sentiment unanime qui parle en tant de langages si divers; voilà ce qu’il faut raconter, et non pas une carte de restaurateur.
- Le dîner achevé, on a chanté les grâces au piano, en quatuor. Après les grâces, l’assemblée a chanté le God save the Queen, avec accompagnement de clairons et de trompettes. Heureuses les nations qui ont un chant national appris dès le berceau !
- Après ce grave récit de l’hospitalité, assise sur le trône éclatant de cette île fameuse, il me faut raconter une de ces journées incroyables même à celui qui en a partagé le délire pendant douze heures d’enivrement et de tapage. Et comment m’y prendre, et par où commencer ?
- Deux mots suffiront pour vous mettre au courant de mon embarras et de mon impuissance : les courses d’Epsom ! L’Angleterre en parle trois mois à l’avance ; elle en parle encore après trois mois d’admiration et d’enthousiasme. On se battrait sur les rives de l’Océan, elle serait à Epsom. Et jamais course de chars aux plaines del’Elide, disputée par les rois; et jamais les luttes glorieuses de Sophocle et d’Euripide, évoquant l’histoire en deuil ; ni les coursiers fameux que chante Pindareen ses vers ; ni ces fêtes où se montraient lescoé-phores élégantes, des fleurs plein les corbeilles et des larmes plein les yeux; lui-même, Aristophane, le censeur, lorsqu’il livrait à la risée immense des multitudes leurs magistrats, leurs prêtres et leurs capitaines (joie incroyable du petit de rire à ses heures et de se moquer des plus grands !) ; aucune*de ces fêtes où TAttique entière était convoquée à certains moments choisis dans le calendrier des âges ne réunissait à un plus haut degré l’enthousiasme, l’intérêt et la passion de tout un peuple. Un Anglais se rend aux courses d’Epsom comme un Athénien se rendait au temple de la sybille ; il y va avec le même recueillement, il en revient avec les mêmes transports, enivré qu’il est de la vapeur du trépied !
- Dès la veille, on dirait que tout ce qui n’est, pas Epsom est une chose d’hier,—et le prince Iïamlet lui-même s’en viendrait pour démontrer à ces grands politiques qu’il y a quelque chose de vicieux dans la situation du Danemark, — où prenez-vous le Danemark? S’il est situé dans les plaines d’Epsom, nous y serons demain au grand jour! La nuit qui sépare l’Angleterre de ce grand jour est une nuit d’insomnie ; on ne dort pas, on rêve ! Il n’est pas, en ce moment, d’homme ou de femme, d’enfant ou de vieillard, qui ne songe à la fête de demain ; pas un enfant gâté de la fortune qui ne s'enivre à l’avance des promesses de cette minute heureuse entre toutes; pas de mortel si méprisé du sort qui n’invente un moyen de se faire présent à soi-même de cette journée. — A qui veut la prendre, une livre de ma chair, pour une place au sommet de l’omnibus! Ainsi ils parlent! Celui qui n’a pas de place en quelqu’un de ces véhicules de rencontre s’en va, en maugréant, par le chemin de fer; qui n’a pas de quoi prendre le chemin s’attache aux brancards des voitures; on va à cheval, on va à pied, on va comme on peut, pourvu qu’on aille! — On arrive enfin, et tout d’un coup voici la plaine qui s’étend ça et là et se perd dans l’horizon. Ce n’est, pas le .»ol uni et sablé du Lhamp-de-Mars ; ce n’est pas la vaste pelouse de < hantilly que dominent ces écuries semblables à un palais, les derniers vestiges de ces princes de. Oondé, illustres un instant, oubliés aujourd’hui. — Non, rien ne ressemble à ces plaines sans apprêt, tout au plus la Croix de Berny quand c’était la mode chez nous d’arriver au grand galop à ce ruisseau du chemin où tomb ient si souvent cavalier et cheval! Epsoin n’est pas un carrousel, et ce n’est pas une embûche ! La plaine est remplie yie ces accidents naturels, et tant mieux si Tolislacle se présente ; on ne cherche pas l’obstacle. 11 s’agit de courir et d arriver naturellement; que la pluie ait détrempé la terre, ou que le sol résiste à ce quadrupedans sonitus dont il est question dans Virgile. - Autant que le regard peut s’étendre, on découvre çà et là des tentes éparses, des maisons, des collines chargées de peuples, des files d’équipages, des mondes pleins de regards !......
- Cinq fois de suite se renouvelle, au même lieu et le même jour, le jeu délirant du cheval et du hasard ; chaque fois grandit la passion, augmente le délire, et chaque fois des sommes immenses passent de main çn main... des fortunes entières... qui vont et viennent à chaque pas de ce cheval... Nous avons cependant chez nous un proverbe qui dit : « Un bel écu de Dieu ne se « trouve guère sous les pas d’un cheval ! »
- Et pendant ces trois jours, où toutes choses sont suspendues en ces trois royaumes, et d’un bout à l’autre de ces royaumes, — cinq fois par jour, avec autant de coursiers nouveaux, le drame recommence avec la même furie, et la foule, à la fin, s’en va lassée et non pas assouvie ! Et non satiata recessil! jules janin .
- CHRONIQUE DE L’EXPOSITION.
- Cette semaine, il est arrivé beaucoup de voyageurs de France par la voie de Dieppe et de Newhaven, qui est la voie la plus courte entre Londres et Paris et que Ton semble apprécier. Si l’on considère aussi la diminution des droits d’entrée à l’Exposition, on peut compter sur un plus grand nombre encore de voyageurs. Nous ne doutons pas que cette voie ne devienne la ligne de communication la plus suivie avec le continent.
- — Assurément l’Exposition doit produire un grand effet sur les masses, et Ton va pouvoir maintenant savoir comment elles seront impressionnées par ce magnifique spectacle. Combien l’ouvrier anglais aura de choses à apprendre! Que de préventions, que de stupidités à écarter ! Nous ne doutons pas que les splendeurs de l’Exposition donneront naissance à de nobles et utiles influences, et, pour notre part, nous serons charmés de la voir contribuer à faire sortir graduellement nos classes industrielles d’une ignorance lamentable et d’un abaissement moral.
- — Il y a dans ce moment à Londres plus de 30 agents de police de la province qui sont sous la direction des autorités deScotland Gard. Ces hommes, choisis pour leur intelligence et à cause de la connaissance parfaite des villes d’où ils viennent, sont employés comme corps d’observation. Tous les jours ils font le service au Palais de Cristal. Ils signalent les voleurs aux agents de Londres. Ils stationnent aux débarcadères des chemins de fer. Le soir ils rôdent autour des lieux de rendez-vous des voleurs. —Les réunions des chartistes et des socialistes sont également surveillées.
- — Les directeurs de la cité des matelots, située dans Well-Street, près les docks de Londres, ont préparé aux plus bas prix possible des cabines pour y recevoir les marins qui viendraient voir l’Exposition. Déplus, des omnibus qui vont à Ilyde-Park stationnent près de cet établissement, de sorte que la gent goudronnée pourra à très-peu de frais se transporter au Palais de Cristal.
- — Malgré la vigilance des constables de la police, il se commet quelques vols au Palais de Cristal; c’est ainsi que, l’autre jour, un individu mis avec recherche, s’emparait avec un sang froid tout britannique d’une assez forte quantité de tabac élra.ngerexposéaux regards du public. Toutefois, àla demande même de la partie lésée, Télégant priseur ou fumeur fut condamné, séance tenante, comme ayant fraudé la douane, à verser 5 liv. st. (125 fr.) dans la caisse de secours des ouvriers blessés. Il va sans dire que notre homme ne se fit pas prier et qu’il se retira fort heureux d’en être quitte à si bon marché. —C’est à tort que Ton avait répandu le bruit que Ton retirerait de l’Exposition les objets de bijouterie d’une certaine valeur les jours de l’entrée à I sh. 11 n’en est rien, et la multitude britannique pourra, comme l’aristocratie, repaître sa vue de toutes les richesses accumulées dans le Palais de Cristal.
- — Presque (ouïes, les sections de l’Exposition sont complètes, à l’exception de celle de la Russie. La majeure partie des visiteurs qui était évidemment des ouvriers en habits des dimanches, examinaient attentivement les machines exposées dans la partie occidentale de l’édifice. Les articles de nos fabricants indigènes ont été l’objet d’une faveur et de préférences marquées. On ne peut que louer et admirer l’excellente tenue des milliers de visiteurs qui se pressent aujourd’hui dans le Palais de Cristal.
- — Un des résltats de la grande Exposition se
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- déroule en ce moment au grand effroi des marchands de Westminster et de Mary-lebone. Toute la haute société se dirige vers le Palais de Cristal avec tant d’empressement, qu’elle n’a ni le temps, ni le désir de courir les boutiques. Aussi les plus beaux magasins du West-End sont-ils, en mai, réduits à un état d’inaction qui ne se tait ordinairement sentir que trois mois plus tard. En un mot, la plus grande et la meilleure partie de la saison de Londres est déjà passée, et il n’est pas probable qu’elle se renouvelle. — On sait positivement que la plupart des belles choses exposées ont trouvé des acheteurs dans l’aristocratie anglaise, et il est certain que tout l’argent ainsi dépensé est à déduire de celui qu’on aurait porté, en cette saison, à Bond-street et à Regent-street. — On ne peut guère se figurer l’aspect que présentera Londres cette semaine et la prochaine. Les trains d’excursion de la province ne commencent qu’au 2 juin. Cette semaine appartient uniquement aux habitants de Londres. — Ce qu’on semble oublier, c’est que si l’Exposition favorise la circulation de l’argent, elle n’aura aucun effet sur l’accroissement de la richesse publique. On a déjà remarqué que les 4 00,000 francs reçus par les billets vendus ont été détournés d’autres emplois.
- Si 4 ou 2 millions d’individus viennent des provinces, et que chacun dépense à Londres 4 ou 2 1. st., cette somme de 3, k à 5 millions, ainsi dispersée, n’entrera pas dans la poche des marchands de Londres, et aura cependant, en définitive, été enlevée au commerce des villes et des provinces.
- — nouvelles de la cour. — Mercredi, la Reine a tenu un grand lever au palais de Saint-James. Il lui a été présenté beaucoup d’étrangers de distinction attirés à Londres par l’Exposition. Après le lever, il y a eu concert de la cour au palais de Buckingham.
- — Quant au bal costumé de la Reine, qui doit avoir lieu prochainement, on craint que les perruquiers de Londres ne suffisent pas pour toutes les coiffures.
- — Le lever de la Reine, hier, au palais de Saint-James, a été plus nombreux qu’aucun de ceux qui l’ont précédé. Sa Majesté et le prince Albert sont arrivés de Buckingam-Palace, escortés par un détachement de lifeguards. Le colonel Codrington a été reçu par la Reine, pour remettre à Sa Majesté le cordon et le collier de la grand’croix de l’ordre du Bain, qu’avait portés son père, feu l’amiral sir Edouard Codrington. Le chargé d’affaires de France a présenté à Sa Majesté le vicomte Héricard de Thury, le duc de Luynes, le baron Séguier, membre de l’Institut de France, juré de l’Exposition universelle. Le concert de la reine réunissait hier plus de trois cents personnes, y compris la famille royale, les princes étrangers, le corps diplomatique et bon nombre de membres de la première noblesse.
- ORFEVRERIE. — SURTOUT DE TABLE, PAU DURAND, DE PARIS#
- DERNIÈRES NOUVELLES DE LONDRES.
- FÊTE DE LA CORPORATION DES TAILLEURS. —
- La corporation des marchands de poisson a reçu hier, dans sa magnifique salle, beaucoup d’étrangers de distinction qui se trouvent à Londres. Parmi les assistants étaient le comte Granville, le vicomte Palmerston, le baron Ch. Dupin, M. Blanqui, M. Wo-lowski, etc.
- Le fauteuil a été occupé par sir S. Eas-thope, 1 administrateur de la corporation.
- Le président a porté un toast au prince Albert, qui ne veut pas enrichir l’Angleterre
- aux dépens des autres pays, mais qui, au contraire, proclame au monde que la prospérité, de l’Angleterre gagne surtout à promouvoir celle de toutes les nations.
- ( Applaudissements.)
- Le comte Granville, après avoir fait l’éloge du prince, dont la grande et belle pensée est comprise non-seulement par la nation anglaise , mais encore par les autres pays, fait remarquer que les travaux des 270 membres du jury choisis parmi toutes les nations se poursuivent avec l’ensemble le plus admirable, comme s’il ne s’agissait que de deux ou trois associés menant de front des affaires de commerce. (Applaudissements.) Il est évident que chaque juré retournera dans sa patrie, emportant la pensée que mieux vaut une bonne amitié entre les peuples qu’une rage de s’en-tre-couper la gorge (on rit), et que le bonheur de chacun contribue au bonheur de tous. (Applaudissements.) Le solicitor général a remercié l’assemblée d’un toast porté au ministère, lord Palmerston ayant été forcé de se rendre au concert du palais de Buckingham; il a fait l’éloge du dévouement du noble lord à la cause de la liberté, et de son désir qu’une entière confiance soit mise dans le peuple en masse.
- Le président porte un toast aux commissaires étrangers et à M. Ch. Dupin.
- M. Ch. Dupin : Messieurs, après avoir vu vos magasins, vos ports, vos docks, vos navires, j’ai pu en faire la description dans mon pays. Mais j’eusse été plus heureux s’il m’avait été donné de tout emporter avec moi. (On rit.) Sans doute, il n’y a pas de supériorité absolue d’un pays sur un autre; l’un excelle dans l’industrie, l’autre prime dans les arts. Mais il est ici des trésors mille fois plus précieux que ces richesses matérielles et que j’eusse voulu transporter avec moi en France; je veux parler de cet esprit d’industrie infatigable et de persévérance opiniâtre, de cette constance dans l’adversité, et, ce qui est plus rare encore, de cette fermeté dans la prospérité et cette activité dans le succès qui caractérisent les Anglais, et qui sont les véritables causes de tant de perfectionnements merveilleux. (Ecoutez!) Heureuse l’Angleterre où d’honorables liens réunissent toutes les classes de la société, depuis la base jusqu’au faîte de la pyramide, jusqu’à la sphère élevée où siège la Reine révérée, dont on parle ici avec tant de noblesse et d’affection! (Applaudissements.) Je sais les Anglais charitables: voilà pourquoi je n’ai pas craint de leur exprimer ici ma reconnaissance pour leur courtoisie en des termes qui, pour avoir cours, ont besoin de cette même charité. (Applaudissements.) — La corporation se sépare après quelques remerciements de sir James Brooke, rajah de Surawak, à qui un toast avait été porté.
- DESSIN DE CHALE BRODÉ EN SOIE SUR FOND DE SOIE.
- DE LA MAISON GABAIN, DE BERLIN.
- Lors d’un voyage que nous fîmes en Allemagne, nous avons eu l’occasion de visiter la manufacture de M. Gabain, à Berlin. Nous y avons admiré des broderies qui portent un double défi au règne végétal, si admirable d’éclat dans sa coloration, et à la peinture la plus savante.
- L’échantillon de dessin que nous reproduisons ici est dû au crayon de M. Botticher, de Berlin, qui l’a exécuté pour M. Gabain. Cette palme gracieuse est exécutée en soie brodée sur un fonds de soie uni, mais présentant dans son tissage des zônes de différentes nuances de la même couleur. C’est le plus bel échantillon allemand queo nous puissions donner de l’industrie des châles. Nous y reviendrons.
- DESSIN DE CHALE, PAR M. BOTTIOHEH-*
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- AMAZONE
- MODÈLE DE M. KISS, ATELIERS MÉTALLURGIQUES DE GEISS DE BERLIN
- L’emploi du zinc avait été généralement restreint jusqu’ici à la couverture des bâtiments et aux travaux de construction dans lesquels le plomb, plus lourd et plus coûteux, était usité autrefois. Ainsi les gouttières et les conduits à eau qui ne s’emploient que pour les eaux pluviales ou les eaux de petite irrigation sont généralement faits de zinc, en France et en Angleterre. A l’exposition de Paris de 4 839, on remarquait de magnifiques échantillons de feuilles de zinc de grandes dimensions et d’épaisseurs diverses. Depuis lors, une foule de monuments et de maisons ont été couverts de ces plaques métalliques légères et assez durables. Un industriel avait même imaginé de fixer ces
- AMAZONE COMBATTANT A CHGVAE CONTRE UN TIGRE , DE M. KISS.
- lutte corps à corps. La cavale fumante se cabre, un tigre au poitrail; mais le geste de l’amazone est si puissant de menace et d’intrépidité que l’on ne doute pas de sa victoire. La fougue, du geste, l’emporte sur le fini du détail ; mais tel est le caractère du modèle original, que la fidélité même avec laquelle M. Geiss s’y est tenu est pour lui un mérite et un sujet d’éloges.
- On voit encore à l’Exposition de Londres deux remarquables spécimens de cette fonderie d’art d’un genre nouveau : l’Eve de M. Bailly, l’Enfant au cygne de Kalide, enfin plusieurs belles copies d’après Ca-nova, Thorwald-sen et les plus fameux ouvrages de l’antiquité.
- Honneur aux fonderies berlinoises !
- plaques à la volige de la toiture, par un crochet pris à même le métal et garni de coulises estampées pour recevoir les pattes soudées à plat de la plaque ou ardoise de zinc placées au-dessus. Ce procédé levait l’objection tirée du peu de solidité et de cohésion des toitures de ce genre, et il a été adopté assez généralement.*
- Mais les applications du zinc à l’art décoratif ont été jusqu’ici, en France comme en Angleterre, très limitées et de nul intérêt au point de vue de cet art.
- Nous avons, dans notre numéro du 7 mai, reproduit un magnifique modèle de lion, dû au talent de notre célèbre sculpteur Barye et reproduit en zinc coulé par MM. Davaranne et fils, de Berlin. Ce bel échantillon des fonderies d’art porte le n9280 de la partie prussienne du catalogue.
- Un autre industriel de Berlin, M.
- Geiss, a résolu le même problème avec un bonheur non moins grand et plus grand peut-être; car son exposition ne se compose pas seulement d’objets d’art proprement dits : elle présente des é-chantillons de chapitaux, corniches, astragales, etc., dont la beauté et la solidité ne le cèdent en rien aux mêmes ouvrages exécutés en bronze.
- La pureté des formes, la perfection de la ciselure, combinées avec le bas prix du zinc et la légèreté de ce métal (un huitième du pois du bronze !) recommandent ces beaux produits à l’attention des architectes.
- Quant au groupe équestre dont nous reproduisons le dessin, il est au-dessus de tout éloge. On sait que la statue originale en bronze est située à Berlin, en face du nouveau Muséum, et qu’elle est due au savant professeur Kiss. La copie exposée à Hvde Park est de grandeur naturelle. Une réduction à mi-nature a été aussi envoyée par M. Geiss-toutes deux captivent les regards des visiteurs du Palais de Cristal, dont elles occupent l’aile centrale, département de l’étranger.
- Jamais femme guerrière de la Cap-padoce, née sur les bords du Thermo-deon, n’a soutenu plus vaillamment une
- FAUTEUIL D’APPARAT ou TRONE,
- DES ATELIERS DE M. DANCOUSKI, D’YORK.
- Voici un meuble dont il n’est pas loisible à chacun de faire usage, vu sa destination spéciale indiquée par les armoiries princières de son dossier et de son
- coussin, et la nécessité d’être au moins la reine d’Angleterre pour oser s’asseoir sur le blason du prince de Galles.
- Ce magnifique échantillon de broderie décorative et de luxe mobilier est l’œuvre d’un habile manufacturier d’York, ce qui prouverait que l’Irlande n’est pas encore si pauvre qu’elle passe pour l’être généralement. La monture est de bois sculpté et doré ; la garniture en velours de soie couleur de rubis, est splendidement bordée, frangée et brodée de passementerie d’or, d’argent, de soie et de pierreries.
- Les armes de la reine ont leurs deux supports sacramentels, le lion et la licorne, l’un brodé en haut relief et en or, l’autre en argent et encornée d’or. La couronne qui sert de cimier est un foyer de lumière. L’or, l’argent, la soie et les joyaux y rivalisent de brillant et de cou • leur. Au ruban qui porte la devise Honni soit qui mal y pense, s’enlace une guirlande de fleurs dont les pétales brodées en soie semblent détachées les unes des autres, tant le modèle en est parfait. Parmi les roses de l’Angleterre se montrent les chardons symboliques de la vieille Ecosse.
- Mais le tour de force le plus singulier peut-être de M. Dancouski est d’avoir figuré les plumes du blason du prince de Galles avec de la soie seulement, et d’avoir travaillé cette broderie avec tant d’art, que cette soie fait ab solument, au premier coup d’œil, l’effet de l’argenterie demi-mat..
- Les trois-royaumes, généralement arriérés pour ce qui concerne l’ébénisterie, seraient presque au niveau de la France s’ils avaient beaucoup de fabricants ar-tistes comme M. Dancouski.
- F. NEVERS.
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- LE PALAIS DF CRISTAL,
- COURRIER DE PARIS.
- Paris dépeuplé de Parisiens et peuplé d'Anglais. — Changements à vue. —les coups d’éponge et de rasoir. — Rentrée de louis XIV nul Tuileries, en peinture. — Une spéculation à faire. — l’ilétel gothique et l’Allée des Veuves.-lasses et Merlin, Monte-Christo et M. de Sdelcoff — Villes et calliédrUes portatives. — Marius et le marchand de pommes de terre frites. — les Kabyles, M. et madame Poilevin dans In lune, Molière et GeorgeSand. — Essai sur la linguistique anglaise. — Belphégor. — Bocarmé. — M. Nisard et les cloches é melon. — Meâ ciilpâ.
- Le Palais de Cristal bâti, à la mécanique, ce qui est plus anglais peut- être qu’architectural, et toutes les dispositions prises pour utiliser le séjour des consommateurs de tous les pays, convoqués à l’Exposition de Londres, — les Anglais ont agi en gens intelligents : ils ont fait voile pour le continent désert; et iis peuplent aujourd’hui nos boulevarts et nos quais, tandis que nous peuplons le Strand et Regent-Street.
- Aussi n’entend-on plus que des how à l’ombre de nos passages et de nos candélabres de bronze, que la civilisation moderne a substitués à nos grands et beaux ormes d’autrefois.
- Le fait est qu’avec ou sans arbres, Paris est encore très-riant. Les nuages d’une politique assombrie par les menaces de révision ou de non-révision n’ont point découragé nos visiteurs annuels d’outre-Manche; ils ne se sont même pourvu ni de manteaux imperméables, ni de parapluies.
- Que redouter, en effet, des révolutions et des orages, dans une ville ou l’on ne s’occupe guère qu’à enlever des ballons roses, comme dimanche dernier à l’Hippodrôme, et où l’on vient d’imaginer, ne trouvant pas la presse encore assez riante, un très-drôle de journal, intitulé le Journal du Plaisir. Il est vrai que ce journal, de peur d’égayer trop les gens, s’est chargé lui-même d’ombrer le tableau; car il offre en prime à ses abonnés,—devinez quoi ? les annales nu .crime et — hâtons-nous d’ajouter.
- DE L’INNOCENCE.
- Ainsi, les Anglais et leurs favoris couleur de feu se croisent en tous sens dans Paris. Le fait est que même pour ces insulaires nomades, qui viennent chaque année visiter leurs possessions du continent, Paris est presque aussi nouveau que s’ils n’y étaient jamais venus. Paris, depuis six mois, a fait véritablement peau neuve.
- Ici c’est un palais séculaire, le vieux Louvre, qui secoue la poudre et la fumée de ses pierres, et que la République achève de ciseler sur les dessins légués par les Valois.
- Là, c’est Notre-Dame, rajeunie des pieds à la tête, et plus neuve que la Cité ne l’a jamais vue.
- C’est la porte Saint-Denis et la porte Saint-Martin, fraîches et blanches au soleil, comme aux plus beaux jours de Louis XIV.
- Ce sont les Tuileries qui se réparent en attendant
- qu’on les remeuble....pour quel souverain collectif
- ou unipersonnel? Un avenir prochain nous le dira, peut-être.
- En attendant les réalités vivantes, le Buen-Retiro des Bourbons se repeuple de ses souvenirs de gloire. La restauration des grands appartements des Tuileries va être bientôt terminée. La République restaure à grands frais la salle des Maréchaux, le salon d’Apollon, et voire même la salle du Trône. Est-ce le sentiment de sa durée qui l’enhardit jusque-là, ou faut-il croire que la dame fait à petit bruit son testament? Devine si tu veux, et choisis si tu l’oses !
- En tout cas, il est d’un bon goût que l’on ne saurait trop louer, d’effacer la trace des désastres de février, de ces velours et de ces mosaïques, et de ne pas attrister le présent par les souvenir des saturnales du passé. Une magnifique tapisserie des Gobelins, exhumée du Carde-Meuble, va cacher les traces des coups de crosses et de baïonnettes qui, en février, avaient écorché les parois de la salle du Trône.
- C’est Louis XIV, visitant les Gobelins, le Renouvellement de l’alliance avec les Suisses, l’Audience du cardinal-légat Chigi, celle de l’ambassadeur d’Espagne, l’Entrevue de Louis XIV et de Philippe Ier, le Roi recevant les clefs de Namur, et d’autres sujets analogues, en tout huit panneaux splend des encadrés de velours cramoisi, et qui valent toute l’Exposition de Londres. Il paraît du moins ({lie c’est l’avis des Anglais, fugitifs de leur capitale, pour venir admirer la nôtre.
- Mais ce n’est pas tout, et en vérité il y aurait une. spéculation de librairie à faire, un livre à écrire, non pas seulement à l’usage des étrangers,
- mais des Parisiens eux-mêmes : c’est un Guide du voyageur à Paris.
- Les Parisiens ne se doutent pas des merveilles que le printemps fait éclore dans leur propre mur d’enceinte, et entre la barrière de l’Etoile et la barrière du Trône. Savent-ils quel miracle vient de s’opérer dans l’allée des Veuves, aux Champs-Elysées? On est allé au Champ -de-Mars pour les courses, pour les revues; mais on n’a pas eu le temps de surveiller ce qui se passait dans l’allée des Veuves.
- U est sorti de terre, comme par enchantement, sur le signe de la baguette d’or d’un Monte-Cristo russe, le prince de Saldecoff, un château gothique, construit moitié en briques, moitié en pierres, avec tourelles, créneaux, balcons, cheminées historiées, toits en dentelles. C’est M. Lassus qui a joué, dans cette magie, le rôle de Merlin. Du reste, pouvait-on attendre moins du savant et puissant artiste qui a rendu au portail de Saint-Germain-TAuxerrois les splendeurs qui l’illustraient du temps de Catherine de Médicis? du résurrecteur de la Sainte-Chapelle, de Notre-Dame, delà cathédrale de Chartresincendiée?
- Voilà, il faut en convenir, quelques morceaux qui manquent à l’Exposition de Londres. Il est vrai que, les chemins de fer inventés, le plus fort est l'ait,. L’un de ces jours, quelque machiniste, armé de moteurs inconnus, prendra la cathédrale de Strasbourg, la mettra dans un écrin bien rem-bouré et la portera à l’Exposition cosmopolite que l’on voudra, qu’elle ait lieu à Pékin, à Boston ou à Londres !
- Pourquoi non? Ne dévisse-t-on pas en quelques heures de temps une maison de cinq étages et ne remmène-t-on pas sans difficulté du chantier européen qui Ta vue naître, sur les rives du Sacra-mento ?
- On défait aujourd’hui une ville ou un palais en moins de temps qu’il n’en faut pour démolir une dynastie, une réputation ou une fortune. Aussi les premiers arrivants des bords de la Tamise, ceux qui n’abordent le continent que pour y faire des économies, et qui ne connaissent des grands hôtels princiers de la rue de Rivoli que les arcades; ont-ils été stupéfaits de ne plus retrouver l’hôtel de Nantes, l’hôtel de Lille et d’Albion ! Plus rien. Us se frottaient les yeux. Hoh! hoh! Us ne pouvaient rien tirer de plus de leur poitrine oppressée par la stupeur. C’est que le quartier que nous venons de voir disparaître de la cour du Carrousel était une petite ville de \5,000 âmes, rien que cela! Où tout cela a-t-il passé? Quelques plâtras, des fenêtres rangées avec leurs vitres plus ou moins entières sur une surface de quelques mètres, et un marchand de pommes de terre frites au cap formé par les décombres. On dirait Marius sur les ruines de Carthage. Sic transit gloria mundi.
- On n’en finirait pas si Ton voulait seulement dénombrer les merveilleux travaux d’embellissement, de déblai, de restauration, les chefs-d’œuvre de création nouvelle dont Paris s’enrichit et se pare de jour en jour.
- L’église paroissiale de Saint-Etienne-du-Mont, si remarquable par son architecture intérieure et par ses vitraux, qui possède plusieurs tableaux d’un assez grand prix, un buffet d’orgues dont la menuiserie et les sculptures en bois sont d’une grande délicatesse, ainsi que la plus belle chaire à prêcher de la capitale, vient de s’enrichir d’une nouvelle statue due au ciseau de M. Lescorné. Cette statue, placée dans la seconde travée du côté droit de la nef représente un Ecce Homo. Tous les détails de cette composition, aussi grande que nature, sont habilement traités; la tête du Christ surtout es! d’une expression remarquable. Avis aux touristes mêmes anglais, qui prisent, quelque,chose les magnificences non utilitaires et l’art religieux pour l’art et pour la religion.
- Quant à ceux qui ne trouvent sinon de curatif, du moins de palliatif à leur spleen que dans les spectacles nouveaux et bizarres, nous sommes en mesure de leur promettre des merveilles.
- Au premier jour, la curiosité publique sera vivement excitée à une des arrivées du chemin de fer de Lyon. Vingt Kabyles avec leurs armes s’élanceront sur vingt chevaux arabes venus par le même train. Cette petite troupe, suivant les boulevarts et les Champs-Elysées, devra se rendre à Sablonville, où M. Victor Franconi a fait disposer une maison pour la recevoir.
- Ces Arabes sont ceux qui doivent exécuter la Fantasia au Champ-de-Mars,
- Une autre troupe est également attendue par M. Arnault; mais cette dernière se distinguera de-Tautre en ce qu’elle comprend un certain nombre de chameaux qui doivent concourir au spectacle de l’Hippodrôme. M. Lamartinière, le Christophe Colomb incompris, le père malheureux de dix-sept journaux morts sans avoir vécu, n’a rien trouvé de mieux, dit-on, que de se faire le parrain de cette famille à double bosse.
- On attend avec impatience l’inauguration des courses d'été, au Champs-de-Mars. Ces courses, qui ont déjà lixé l’attention des hommes spéciaux, et auxquelles le gouvernement a cru devoir prêter un sage et encourageant, appui, sont destinées à avoir, dans un temps donné, une grande influence sur notre espèce chevaline. Elles formeront aussi un spectacle intéressant pour le public par l’adjonction d’une véritable Fantasia arabe et d’ascensions aérostatiques inconnues jusqu’à ce jour.
- M. et Mme Poitevin arriveront au milieu du Champ-de-Mars dans une calèche attelée de deux chevaux, domestique derrière ; l’équipage viendra se placer sous un ballon de proportions gigantesques, et bientôt voyageurs, chevaux et voiture, s’élèveront suspendus dans les airs.
- Le jour de l’inauguration des courses, un prix spécial, dit : Prix de consolation, sera offert. Sont appelés à disputer ce prix tous les chevaux qui, ce printemps, ont couru sans rien gagner, sur les Hippodromes de Paris, Chantilly et Versailles.
- En attendant ce spectacle, bien des promeneurs guettent déjà, sur les boulevarts et aux Champs-Elysées, l’arrivée de la Fantasia arabe.
- Que si le temps leur paraît trop long,, il n’ont qu’à prendre le convoi de Versailles. Là aussi des éblouissements les attendent. Paris ne fait pas seul toillette : la banlieue s’en mêle, et Versailles s’accommode, s’habille; ses ifs brossent leurs grandes perruques vertes à marteaux, ses allées se sablent, ses bassins s’apprêtent à dresser leurs crêtes de cristal liquide et à faire ruisseler leurs diamants.
- Le mois de juin ne se passera point que le gigantesque bassin de Latone et ses cent figures marines fluviales ne soient en mesure de saluer de mille gerbes LouisXlV lui-même, s’il lui prenait la fantaisie de ressusciter.
- C’est sans doute à l’influence de Tété que Ton doit toutes ces recrudescences aquatiques ; la fête de là République n’a été que le jeu d’une pompe, à grand renfort de la pluie du ciel, qui secondait de tout son pouvoir les monstres marins du pont de la Concorde.
- Ni le ciel ni les hommes ne semblent vouloir s’arrêter en si bon chemin, il pleut tous les deux jours, malgré les approches de la canicule, et le génie inventif des hydraulistes s’évertue à créer de nou veaux arrosoirs.
- Depuis huit jours, on voit fonctionner sur le quai des Tuileries une nouvelle voiture d’arrosement, destinee exclusivement au macadamisage, et qui est comme lui, dit-on, d’importation anglaise. Cette voiture, dont le fer des jantes a vingt centimètres de largeur, est un vaste coffre carré contenant environ quatre mètres cubes d’eau. Le conducteur , assis sur le devant, la mène à grandes guides. Sous ses pieds sont deux pédales auxquelles sont attachées des chaînes qui, passant sur des poulies placées sur le haut de la voiture; correspondent aux vannes d’ouverture. L’eau du réservoir est reçue dans' un petit coffre d’où elle s’échappe par un double iilet superposé dans toute la longueur et sur les côtés du coffre, et vient ainsi arroser une superficie double en largeur de celle des tonneaux anciens. Sans plaque et sans numéro d’ordre, cette voiture n’est, bien entendu, qu’un essai, et ne fonctionne que depuis bu t jours-, dès le troisième jour on a empêché le conducteur de monter sur son siège, l’obligeant à conduire son cheval parla bride.
- Le progrès allait si fort qu’il éclaboussait tous les passants, quand il ne les écrasait pas un peu. Décidément Tédilité parisienne est réactionnaire.
- Eclaboussés ou non, couvert ou non de poussière, les Anglais (j’en reviens toujours à eux, ne voyant plus qu’eux où que j’aille les chercher ou les fuir), les Anglais paraissent très-contents de retrouver leur cher macadam en lieu et place de nos pavés démagogiques. Us marchent sur la
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- chaussée avec la satisfaction de gens qui s’y retrouvent chez eux. Ilow ! disent-ils en hennissant et s’avertissant d’un regard qui commente l’interjection - omnibus dont se compose en substance leur adorable langage. Quelqu’un m’a assuré, — je ne sais pas un mot d’anglais, — que l’idiôme de la Grande-Bretagne ne se compose pas d’autre chose. Quelques terminaisons en table , prononcez teibeul, et en ment, prononcez miente, dites y es sir, et le tour est fait. Les Anglais n’ont, que faire de se communiquer leurs pensées, ajoutait mon érudit : ils savent d’avance tout ce qu’ils pourraient se dire.
- Il paraît que Jules Janin le sait si bien pour l’avoir entendu huit jours durant, qu’il reprend ces jours-ci le chemin de la rue de Vaugirard. Il a de Londres et du Palais de Cristal, et des repas de corps, et du porto, tout ce que son estomac de critique en peut porter.
- Le pauvre homme1, il va sé retrouver aux prises avec un Palais de Cristal, qu’on joue à la Porte-Saint-Martin !
- Un autre chagrin l’attend, l’homme de sens et l’homme de goût : il va trouver Molière, mis en scène par Georges Sand. Ah! si Molière vivait, comme il y aurait fait comparaître, sur la scène , l’homme de génie et l’homme de cœur, les dames humanitaires, qui ue sont après tout que des précieuses d’un nouveau genre , depuis madame Du-devant jusqu’à madame Niboyet.
- Puisque j’ai tant fait que d’entrer à la Porte-Saint-Martin et de commenter un peu trop cavalièrement son affiche , je vais tout d’un temps parler de Belphégor, la dernière nouveauté du théâtre de la Montansier.
- Il y a , vous le savez , un très-joli conte de La Fontaine qui porte ce nom. Belphégor, un pauvre diable que Satan envoie en mission extraordinaire dans ce bas-monde, pour savoir si décidément ce sont les maris qui font damner les femmes ou les femmes qui font damner les maris.
- Pour juger en toute connaissance de cause, Belphégor , devenu le commerçant Boderic, épouse la noble demoiselle Honesta.
- Dès que chez lui le diable eut amené Son épousée, il jugea par lui-même Ce qu’est l’hymen avec un tel démon.
- Toujours débats, toujours quelque sermon.
- Plein de sottise, en un degré suprême.
- Lorsque , échappé à ce joug, Belphégor se replonge dans l’enfer plutôt que de le subir de nouveau :
- Sire, dit-il, le nœud du mariage Damne aussi dru qu’aucuns autres états.
- Votre grandeur voit tomber ici-bas,
- Non par flocons, mais menus comme pluie,
- Ceux que l’hymen fait de sa confrérie ,
- J’ai par moi-même examiné le cas.
- Bien que de loin la chose ne soit bonne,
- Elle eut jadis un plus heureux destin.
- Mais comme tout se corrompt à la fin,
- Plus beau fleuron n’est en votre couronne.
- Satan le crut : il fut récompensé,
- Encor qu’il eût son retour avancé,
- Car qu’eût-il fait? Ce n’était pas merveilles Qu’ayant sans cesse un diable à ses oreilles, Toujours le même et toujours sur un ton,
- Il fût contraint d’enfiler la venelle;
- Dans les enfers encore en change-t-on :
- L’autre peine est, à mon sens, plus cruelle.
- Je voudrais voir quelque saint y durer :
- Elle eût à Job fait tourner la cervelle.
- Et voilà tout ce que vous saurez du vaudeville joué ces jours-ci à la Montansier, attendu qu’il a le grand et impardonnable tort de n’avoir d’autre charme que son titre. C’est beaucoup, dira-t-on; mais, hélas ! c’est plus qu’il n’en peut porter
- Après cela, si vous me croyez un juge malveillant ou prévenu, allez voir Belphégor, et je consens, si Sainville lui-même vous fait rire dans ce rôle de mari soufré et cornu ( d’origine ), à prendre sa place!.. Oui, et je vous assure que vous n’en rirez ni plus ni moins.
- Mais peut-être ne tenez-vous pas à rire. Tournons alors le dos à la scène et regardons du côté des spectateurs.
- C’est ici ipie se jouent les plus grands et les plus terribles drames, j’en conviens. C’est là que sont les héros et les monstres, j’en suis d’accord. Pour un mari qu’on tourmente ou qu’on ridiculise en scène, il y en a deux, trois et beaucoup plus qu’on assassine, beaucoup qu’on empoisonne
- LE PALAIS DE CRISTAL.
- énormément dans la vie réelle; sans compter les beaux-frères. Ce genre de spectacle est aujourd’hui à la portée des amateurs, sans le secours de la béquille d’Asmodée. Les Belges, jaloux sans doute de l’Exposition industrielle de Londres, se paient en ‘ ce moment une exposition judiciaire : ils ont lancé sur Mous une nuée de sténographes, de dessinateurs et d’impresarii pour recueillir par le menu les péripéties du drame Bocarmé, et consorts. Voici du reste un léger crayon des affiches que les libraires du pays se permettent, dans ce moment, d’enthousiasme toxicologique :
- PROCÈS
- DE BOCARMÉ.
- Edition qui aurait pu être ornée
- de plans, portraits, notices biographiques, historiques et géographiques, ainsi que d’armoiries, etc.
- « Rien n’a été omis pour assurer la prompte exécution de cette publication : piano-compositeur, presse à vapeur, papier mécanique, etc. Enfin, la rédaction est confiée aux soins de six sténographes officieux, dont quatre de Bruxelles et deux de Paris, accompagnés de tous leurs aides. , .
- « Lesdits Levert et Viseur, ne voulant pas réaliser de trop grands bénéfices, et afin de mettre cet ouvrage à la portée de toutes les bourses ( des pauvres comme des riches), ont fixé le prix de chaque livraison à
- CINQ CENTIMES.
- « Il ne faudrait pas avoir cinq centimes dans sa poche pour se refuser cet amusement.
- « Plan, rrran-plan, plan!...
- « Nous respectons trop nos souscripteurs pour nous lancer dans ces avis-circulaires qui sentent le saltimbanque à cent lieues à la ronde...
- « Notre publication, commencée avec honneur, suivie avec conscience et probité, ne sera pas terminée par de la camelotte. »
- Camelotée!! ! Les Anglais chercheront ce mot dans le dictionnaire et ne le trouveront pas ; ils attribueront cette création des gendelettres belges, à la pauvreté de la langue1 française !
- Mais, à notre tour, nous respectons trop nos lecteurs, pour pousser cette citation vvallône et gascone plus loin. D’ailleurs, pourquoi en reviendrions-nous, par un cercle vicieux, aux Bocarmé, aux Lafarge et aux dames Tiquet ? Il faut laisser ces funèbres fantaisies-là au Journal du Plaisir.
- Parlons plutôt de la réception de M. Nisard,. à l’Académie française... Ce n’est pas beaucoup plus gai, mais c’est moins affreux, quoique M. Nisard soit l’un des hommes les plus laids de son siècle, — après M. Crémieux s’entend.
- Est-ce parce que M. Nisard est laid ou qu’il est un grand homme, que sa1 réception avait attiré dimanche une foule choisie peut-être, mais assurément très-compacte, dans cette affreuse salle du palais de l’Institut, dont le moindre défaut est de ressembler à une grande cloche de jardin? On s’entassait, on s’empilait dans les tribunes, on étouffait partout. L’auditoire a pu faire sur lui-même l’expérience de l’ingénieux appareil d’horticulture, et se croire transporté sous les couches de faint-Mandé ou de Versailles. Il ne fallait rien moins que deux tartines académiques pour le rafraîchir.
- M. Nisard a fait l’éloge de M. de Feletz dans un discours très-vertueux, mais l’auditoire n’a pas eu de trop grands efforts de vertu à faire pour entendre d’un bout à l’autre. Il faut enregistrer ce fait académique, ne fût-ce que pour la rareté.
- Le puissant patron du Journal des Débats prétend que deux choses sont introuvables et impossibles : une bonne sauce au beurre et un bon Courrier de Paris. A relire le mien, j’ai le malheur et la modestie de m’apercevoir que le docte épicurien a raison sur le second chef. Quant au premier, je ne suis pas compétent, ne connaissant guère le beurre (pie par ouï dire; mais je propose d’y substituer les tartines académiques, ce qui n’est pas aussi gras, quoique souvent assez indigeste, et de dire... Non, il vaut mieux ne rien dire, car, après le vertueux discours de M. Nisard, nous avons eu la réplique spirituelle de M. Saint-^ Marc Girardin.
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- Terminous ceci par l’épitaphe de ce double exploit oratoire, en faisant d’inutiles vœux pour que ce s.oit aujourd’hui la nôtre :
- Insensiblement long,
- Et sensiblement court.
- HONORÉ d’üRFÉ.
- BULLETIN SCIENTIFIQUE.
- DATE CERTAINE DE LA PREMIÈRE LOCOMOTIVE
- a la vapeur. — Cuguot, né à Void (Meuse). Au nombre des précieuses machines déposées au Conservatoire des Arts-et - Métiers de Paris, se trouve depuis 4 801 une locomotive destinée a être mue par la vapeur sur les routes ordinaires. Cette locomotive fut construite en 4 770 à l’Arsenal de Paris, après le premier essai et sur les plans d’une machine analogue, présentée en 4769 par Cugnot, ingénieur français. L’essai avait eu lieu en présence du duc de Choiseul, alors ministre, du général Gribeauval et d’autres personnages marquants de l’époque. Des procès-verbaux et des pièces authentiques existent en grand nombre, rédigés par L. N. Rolland, au commencement de ce siècle, commissaire général d’artillerie et ordonnateur des guerres au ministère de la guerre.
- La machine de Cugnot pouvait supporter un poids de dix milliers, et par un mouvement continu, parcourir 4,800 à 2,000 toises par heure. Elle fut payée à peu près vingt mille livres.
- Le duc de Choiseul ayant été exilé, on abandonna les poursuites à donner à cette découverte devenue depuis si prodigieuse, puisqu’elle change les rapports politiques et commerciaux des peuples.
- Le même Rolland, par un acte d’énergie qu’il faut lier à sa mémoire, chassa, dit-il, en 93, un comité révolutionnaire qui voulait s’emparer de la voiture pour en faire de la ferraille, et la voiture fut conservée.
- Le général Gribeauval rédigea un mémoire sur la voiture de Cugnot, mue par le feu. Ce mémoire, présenté au duc de Choiseul, ne lui demandait, la machine une fois payée, que les frais nécessaires pour l’achat du bois de combustion pour produire la vapeur, et la journée de deux ouvriers. On lit dans le mémoire que les essais projetés devaient se faire dans le parc de Meudon, près de l’avenue de Versailles, pour y trouver un chemin fait et des rampes douces pour monter et descendre, et pour former les conducteurs, avant de se hasarder sur les chemins ordinaires. Au surplus, cette porte du parc étant fermée, on serait débarrassé de la foule des spectateurs.
- Les préoccupations politiques, et surtout les guerres incessantes de l’Empire furent les obstacles invincibles à la vulgarisation, au perfectionnement de la machine inventée par l’ingénieur Cugnot, auteur d’un ouvrage intitulé : Fortifications de campagnes ; Cugnot, né le 26 février 4725 à Yoid en Lorraine, à deux lieues de Yau-couleurs, mort à Paris, pauvre et ignoré, le 4 0 octobre 4 804, n’ayant pour vivre qu’une modique pension de mille francs.
- Le président de la République fait aujourd’hui rechercher la famille Cugnot, pour honorer et récompenser le génie du père dans la personne de ses descendants.
- On n’oubliera pas que c’est en 1769 seulement que Watt obtint sa première patente de perfectionnement des machines à vapeur fixes, et qu’il n’est point question de l’application de la vapeur à la locomotion des voitures; d’ailleurs les premières locomotives de Blenkinsop ne datent que de 4 8 ! 1.
- DOCTEUR GAFFE.
- les trous a la lune. — Un académicien de province, jaloux, sans doute, des tours joués par les journaux américains à leurs trop crédules lecteurs, vient de faire une découverte qui fera le désespoir des éditeurs du chou colossal et du serpent de mer. Au moyen d’un télescope, — celui de sir John Ilerschell peut-être, — il a découvert une nouvelle infirmité à la pâle Phébé, — l’astre des nuits des poètes classiques. La lune, — car c’est d’elle qu’il s’agit — est percée de part en part, absolument comme une écumoire : voilà ce qu’annonce notre savant. — Des trous à la lune. Goddem!
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- LE PALAIS DE CRISTAL
- INDUSTRIE FRANÇAISE.
- ÉBÉNISTERIE D’ART.
- Tahan.
- M. le professeur Blanqui écrivait, en 1849, dans un rapport du jury central de l’Exposition des produits de l’industrie :
- « M. Tahan, le prince de la petite ébénisterie, mériterait d’être rangé parmi les artistes de la tabletterie, qui a été de tout temps la spécialité de sa maison, si, depuis quelques années, il n’avait donné à la fabrication des meubles d’art une attention particulière.
- « Le petit bahut qu’il a exposé, relevé par de gracieuses figures sur por-
- NÉCESSAIRE1 DE VOYAGE.
- à la fois. Elle repose l’œil tout en l’attirant, et laisse tout leur effet aux groupes d’enfants et de feuillages qui relèvent les angles. Ces groupes supportent l’examen de l’artiste, ce que ne sauraient faire tant de bronzes pour pendule , qui sont pourtant l’objet principal au lieu d’être purement accessoires et décoratifs.
- TABLE A OUVRAGE»
- et des élans travaux.
- COFFRE SCULPTE,
- celaine, la variété ingénieuse de ses petits meubles et l’élégante originalité de toute son exposition, l’ont fait juger digne de la médaille d’argent. »
- Cette citation a ceci d’intéressant qu’elle constate d’une manière officielle la simultanéité d’une époque d’inquiétude commerciale d’une industrie toute princière, pour agrandir le cercle de ses Quel était le secret de M Tahan pour faire de l’art et du grand luxe, alors que les capitaux alarmés se refusaient encore toutes les hardiesses familières à une solide prospérité publique? Nous ne savons s’il faut l’attribuer à l’amour de M. Tahan pour sa belle profession ou à sa confiance dans l’avenir.
- Toujours est-il qu’aujourd’hui à Londres, comme à la dernière exposition française,
- M. Tahan brille au premier rang des industriels artistes, avec MM Susse, M. Barbe-dienne et M. Fourdinois.
- L’ébénisterie et les bronzes d’art soutiennent dignement, au Palais de Cristal, la réputation cosmopolite de nos manufactures de ce genre.
- Ces chefs-d’œuvre de petites dimensions n’ont pas de rivaux, et si les Etats voisins ont de grands chefs-d’œuvre de statuaire métallique à côté
- des nôtres, la petite fonderie, la ciselure fine et l’ébénisterie de luxe n’ont qu’une patrie : la France Placée dans la grande galerie, à l’entrée de la salle des bronzes et des ameublements, la collection des inimitables mignardises de Tahan se détache sur trois grands meubles qui y servent de fond.
- Un bureau de marqueterie de Boulle, garni de bronzes dorés, du style de Louis XVI, attire les regards par son élégante et opulente simplicité.
- La marqueterie se jouant sur un fond d’écaille bien choisie, est un ornement somptueux et tranquille
- Vient ensuite un charmant bureau orné de sculptures en bois encadrant avec bonheur deux médaillons de porcelaine, peints par un artiste de grand talent, madame Marielle, d’après les deux Mignons de Scheffer. Ce sont là de ces meubles qui pensent, pour ainsi dire, tant l’intention poétique de leur créateur s’y manifeste clairement et y vit, comme dans un
- livre'ou un tableau. On défigurerait ce grand style pour l’introduire dans nos existences et nos maisons exiguës du dix-neuvième siècle. M. Tahan a découvert un moyen de trancher la difficulté, ou plutôt, il a appliqué à l’industrie un procédé qui n’était connu jusqu’ici que des peintres; il a fait une petite chose qui a l’air grand ! ( Voir notre première page.)
- A la suite de ce meuble se présente un bahut qui se distingue par deux panneaux d’ébène incrustés de fleurs peintes sur porcelaine,
- Ici les médaillons sont découpés et affleurés au bois, qui les encadre comme les pièces d’une mosaïque.
- Ce nouveau procédé d’application, dû à MM. Rivart et Andrieux, a été habilement employé ici par M. Tahan. C’est du nouveau et du nouveau de bon goût.
- L’effet qui en résulte est saisissant, parce que l’harmonie et le jeu des couleurs y est calculé comme dans un bon tableau. L’obscurité du fond ne tue pas la peinture.
- C’est un rap-
- necf.ssaire de voyage avec broc et cuvette en ardent, mode anglaise.
- port qu’il n’était pas facile à trouver entre la sécheresse trop fré-quente des tons de la porcelaine peinte et la crudité austère de l’ébène.
- M. Tahan y est parvenu.
- Le principal mérite de cet ouvrage étant sa couleur, nous avons été privés de le reproduire par le dessin pour nos lecteurs.
- Cet art et cette__perfec-
- tion ^apportés
- TABLE-GUERIDON.
- par M. Tahan à ses ouvrages du plus grand volume, nous les retrouverons dans tous les détails de la collectionnom-breuse de ses charmantes fantaisies : en petites tables, guéridons, étagères, coffres,-petits meubles à l’usage des dames.
- Les pupitres, les coffres à joyaux, à lettres , ont tous un caractère aussi approprié à leur destination, et jus-
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- qu’aux boîtes à thé et caves à liqueurs sont interprétées d’une manière neuve et élégante. Cependant , de tous ces objets composés en bois de rose à raccords, ou de marqueterie de Boulle, ou d’ébène à monture de bronze, ce qui nous charme le plus, de loin comme de près, ce sont des scupltures en bois de poirier sur bois plein, ou avec fonds de velours, dont M. Talian a fait d’a-
- L. DIWARDIN ~S.
- NÉCESSAIRE DE VOYAGE.
- bord son meuble les Deux Mignons, puis des coffres à bijoux, des pupitres à lire, des buvards, d’un effet si simple et si riche à la fois, que l’on prévoit un grand succès d’avenir à ce moyen d’ornement fait pour reposer du renaissance et du rocaille.
- Mais personne n’est surpris de la facile supériorité que ces objets d’art et de goût français ont déjà marquée à l’Exposition universelle; ce qui nous préoccupait à l’avance, (fêtait la comparaison des objets dans lesquels la qualité est plus essentielle que la forme. M. Tahan n’a pas hésité à exposer six nécessaires de voyage, et il a pu nous démontrer quels progrès l’on avait fait en France depuis vingt ans dans la fabrication de la coutellerie et de tous les objets de toilette.
- Un nécessaire de voyage de luxe est presque toujours destiné à un présent. Il n’est donc pas indifférent que l’effet en soit élégant et marque une certaine recherche. La forme des pièces d’orfèvrerie, la gravure et la ciselure sont étudiées avec goût, et l’agencement a une certaine symétrie qui en rend l’usage plus facile. Il n’est pas douteux que pour ces objets du comfort la France a fait de grands progrès, et les articles similaires anglais sont, au contraire, absolument stationnaires, jusqu’aux objets en maroquain, dont M. Tahan fait, à Paris, un grand débit aux Anglais même.
- Il est vrai que ces articles fabriqués maintenant à
- COFFRE STYLE DE BOULLE.
- Paris sont plus agréables à l’œil, aussi bons et d’un prix moins élevé.
- On doit savoir gré aux industriels qui, comme M. Tahan, ont fait leurs efforts pour représenter dignement leur pays et leur industrie. Us ont sans doute agi sagement dans leur intérêt; ils ont aussi rendu un grand service à la fabrication nationale,quia tanta gagner à montrer aux exporteurs étranger que si d’autres nations sont plus habiles à vendre et à transporter les produits, nous
- LE palais DE CRISTAL.
- sommes certainement plus habiles à les concevoir et à les exécuter.
- On remarque aussi au Palais de Cristal, un prie-
- boite a tué.
- Dieu, des ateliers de M. Tahan, dont la sculpture savante est due à M. Champion.
- Les autres gravures représentent des objets que nous avons pris de préférence dans les magasins de M. Tahan, à Paris; voici pourquoi : nous avons voulu montrer que les objets envoyés à Londres n’étaient point de coûteuses exceptions fabriquées par M. Tahan en vue de l’Exposition même, mais bien des produits de ses ateliers pris pour ainsi dire au hasard, et que les produits dont nous donnons les dessins auraient
- û. OUW.ARD1M _ Sl.
- ETAGÈRE
- pu remplacer sans inconvénient, tant pour leur richesse que pour leur commodité et leur élégance.
- Nous regrettons seulement que la gravure les rende si imparfaitement, car il faudrait pour en donner une idée plus parfaite, toutes les ressources de la palette et du pinceau.
- Nous n’en avons pas fini avec M. Tahan, ni avec son industrie si remarquable.
- Nous ne savons si c’est une illusion, mais il nous semble que la manière vraiment heureuse avec laquelle le style dit Louis XVI a été repris en sous-œuvre et mis à la mode par M. Tahan, révèle chez lui autre chose qu’une intelligence spéciale, qu’un habile fabricant d’ébénisterie.
- Les artistes sérieux voient avec peine l’instabilité, le manque d’unité, de direction de l’art décoratif depuis soixante ans. L’école naturelle fondée en peinture par Greuze et Watteau, en littérature par Jean-Jacques, était venue décharger de leurs ro-cailles exagérées de leurs médaillons lourds et para sites, et de toutes leurs pédanteries, contemporaines de la perruque à Louis XIV, le profil de nos meubles, de nos monuments et de nos idées. C’était une voie heureuse; il fallait y persévérer, non pour
- arriver aux pauvretés raides et disgracieuses de l’empire, ce pastiche malheureux de l’Egypte et de l’ancienne Rome, mais pour devenir modernes en restant Français. Le style dit impérial, les modes extravagantes de l’ancienne république, les sphynx et les colonnes pesantes et unies, sont aujourd’hui condamnés eomme les flambeaux de pierre du monument expiatoire, la façade de Notre-Dame-de Lorette, et toutes ces pendules plus ou moins lourdes ou carrées, dont nos artistes eurent un moment la fantaisie malheureuse, non pas seulement de charger nos
- bAYE A LIQUEURS, MARQUETERIE, FLACON DORÉS.
- chéminées, mais de faire des églises et des monuments.
- Nous voici donc revenus au point où nous en étions quand le sol a manqué sous le pas de nos artistes français et que le génie national a subi un interrègne. Les meubles de M. Tahan sont généralement conçus dans cet esprit; nous l’en félicitons. Mille voix s’élèvent pour reprocher à la France et à ses voisins de n’avoir plus de style national. Des essais infructueux ont été faits. On a rajeuni plus ou moins bien le gothique, mais sans le comprendre toujours. On s’est jeté à corps perdu dans la Renaissance ; mais nous ne sommes plus au temps des Valois. Le Louis XVI a été aussi effleuré, mais sans persévérance. Il semblait que Ton parcourait le cycle des styles historiques le plus vite possible, pour en revenir au Louis XV et au Louis XVI, et de là s’élancer vers l’inconnu, le nouveau, non plus l’inconnu et le nouveau quelconques, grecs ou égyptiens, japonais ou asiatiques, mais le nouveau et l’inconnu français du XIXe siècle. Le style Fragonard n’est plus, le rocaille expire, et tandis que les maîtres du mouvement étudient, cherchent, demanden des inspirations au passé, mais au passé français seulement, pour que la conception du style nouveau soit à la fois la conséquence du style ancien, le symbole de nos besoins et de nos mœurs, M. Tahan, dans la sphère de l’ameublement, s’est déjà mis en marche vers l’avenir.
- Ses premiers pas dans la voie française sont si évidents, que sans le secours d’aucun plan du Cristal Palace, sans affiche sous les yeux, sans guide à la main, l’Exposition française se reconnaîtrait à la seule inspection des meubles de notre habile et ingénieux compatriote.
- PUPITRE DE DAME. «
- Que Ton étudie ce fait et qu’on le médite : les architectes eux-mêmes, comme les fabricants d’étoffes et tous les artisans décorateurs y trouveront des jalons et de précieux enseignements.
- OSCAR,
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
- AVANTAGES DES EXPOSITIONS COSMOPOLITES.
- Dans la séance de l’Assemblée législative du 26 mai, à propos de la discussion du projet de loi sur la garde nationale, un orateur de la gauche, M. Jules Favre, a fait ressortir, dans une digression de circonstance, les avantages généraux qui pourraient résulter dans l’avenir de ces expositions cosmopolites qui rapprochent fraternellement les nations.
- II y voit une promesse de désarmement.
- «Pouvez-vous donc nier, a-t-il dit, qu’une grande transformation doive s’opérer dans l’avenir militaire de l’Europe ? Ne voyez-vous pas les symptômes de cette transformation qui abaissera les barrières qui séparent les nationalités. N’en voyez-vous pas le premier acte dans cette magnifique exposition dp Londres, qui réunit les progrès industriels qui se sont accomplis par tout le monde depuis quelques années? L’Europe est écrasée sous le système militaire qui la dévore; que ne ferait-elle pas si les sommes qu’elle dépense pour, entretenir ses armées étaient consacrées à l’instruction du peuple, au progrès des sciences et de l’industrie ?
- « Il y a donc mieux à faire maintenant qu’à copier de vieilles lois et de vieilles institutions. »
- ACTES OFFICIELS. ^
- législation indüstrielle. — Un décret du pré-sidentde la République, en date du 17 mai, porte ce qui suit :
- Ne sont point compris dans la limite de durée du travail fixé par la loi du 9 septembre 1 848, les travaux industriels qui suivent :
- Travail des- ouvriers employés à la conduite des fourneaux, étuves, sécheries ou chaudières à débouillir , lessiver ou aviver ; travail des chauffeurs attachés au service des machines à vapeur, des ouvriers employés à allumer les feux avant l’ouverture des ateliers, des gardiens de nuit ; travaux de décatissage ; fabrication et dessication de la colle forte ; chauffage dans les fabriques de savon ; mouture des grains ; imprimeurs typographiques et imprimeurs lithographiques; fonte, affinage, étamage et galvanisation de métaux ; fabrication de projectiles de guerre.
- Sont également exceptés delà dispositton de l’art.
- Jer de la loi du 9 septembre 1 848 : r le nettoiement des machines à la fin de la journée ; 2° les travaux que rend immédiatement nécessaires un accident arrivé à un moteur , à une chaudière, à l’outillage ou au bâtiment même d’une usine, ou tout autre cas de force majeure.
- La durée du travail effectif peut être prolongée au-delà de la limite légale : 10 d’une heure à la fin de la journée de travail, pour le lavage et l’éten-dage des étoffes dans les teintureries,"blanchisseries et dans les fabriques d’indiennes ; 2° de deux heures dans les fabriques et raffineries de sucre, et dans les fabriques de produits chimiques ; 3° de deux jours ouvrables par année, au choix des chefs d’établissement, dans les usines de teinturerie, d’imprimerie sur étoffés , d’apprêt d’étoffes et de pressage
- Tout chef d’usine ou de manufacture qui voudra user des exceptions autorisées par le dernier-paragraphe de l’art 3, sera tenu de faire savoir préalablement au préfet, par l’intermédiaire du maire, qui donnera récépissé de sa déclaration, les jours pendant lesquels il se propose de donner au travail une durée exceptionnelle.
- CHRONIQUE GÉNÉRALE.
- avis au commerce.—xM. Le ministre du commerce vient d’adresser à la Chambre de commerce de Paris , une communication importante pour l’industrie et pour le commerce de la broderie.
- MM. les fabricants et commerçants sont invités instamment à en prendre connaissance, au secrétariat de la Chambre de commerce, à la Bourse, fous les jours, de midi à quatre heures.
- commerce d’exportation. — M. le directeur général des postes vient de faire afficher, à côté de la grande boite de la rue Jean-Jacques-Rousseau , le tableau de tous les navires de commerce
- qui sont en partance dans nos ports pour les colonies, telles que l’Asie, l’Afrique, l’Océanie et l’Amérique. On en compte près de 150.
- sèvres et les gorelins. — Par ordre de M. le ministre du commerce, le riche et magnifique musée de céramique de la manufacture de Sèvres est ouvert au public en ce moment tous les jeudis et dimanches, de midi à quatre heures, ainsi que la collection des modèles.
- L’on est également admis, sur la présentation d’un passeport, à visiter les salles d’exposition et les ateliers de la manufacture nationale des Gobe-lins, le mercredi et le samedi de chaque semaine, de deux heures à quatre heures.
- Dans un prochain travail nous rendrons compte de ces exhibitions intéressantes.
- un personnage excentrique, et dont on a pu remarquer, sur les boulevards et dans les promenades, le magnifique costume et la figure pleine d’originalité, vient d’arriver à Paris. C’est un manufacturier de Chiraz, en Perse, qui a envoyé à l’Exposition universelle de Londres, où il se rend en ce moment, des armes orientales qui font l’admiration de tous les amateurs. Cet industriel, qui a dans son pays une réputation considérable, se homme El-Ahouaz. Il a fait faire à ce genre de fabrication des progrès importants. Il jouit d’une fortune immense et fournit ses produits à toutes les cours d’Orient. Il est accompagné de deux de ses fils et d’une suite assez nombreuse. Il repassera par la France en revenant de Londres, et se propose de faire en Europe un voyage de plusieurs mois. Le seul établissement qu’il ait encore visité à Paris est le musée d’artillerie, qui a attiré son admiration par l’immense variété des objets qu’il renferme
- LES GROTTES DE FONTAINEBLEAU. — Le maire
- de Fontainebleau vient d’écrire à l’Académie des sciences qu’on avait découvert ces jours-ci, dans la foret, une grotte de grès cristalisés (cristaux rhomboédriques de carbonate de chaux quartzi-fère) dont la conservation intacte est de nature à intéresser les minéralogistes. Des mesures ont été prises, de concert avec l’administration des forêts, pour éviter le plus possible la dévastation dont cette grotte est menacée; l’Institut ayant été invité à indiquer les moyens de conserver à la science les cristaux qu’elle renferme, M. Elie de Beaumont a été chargé par le président de l’Académie de cette exploration, fort intéressante pour les nombreux touristes qui visitent Fontainebleau
- inauguration du chemin de fer. — C’est aujourd’hui jeudi, 29 mai, jour de l’Ascension, qu’aura lieu, à Bar-le-Duc, l’inauguration du chemin de fer de Paris à Strasbourg. Ce jour-là, dit Y Echo de l’Est, nos populations industrielles et agricoles se presseront en foule dans notre ville et viendront de tous les points du département partager notre enthousiasme et applaudir avec nous à cette merveille du génie de l’homme. A partir du 29, le chemin sera ouvert au public et son service régulier; les 256 kilomètres qui séparent notre ville de la capitale seront franchis en quelques heures, et alors la grande ville, au moyen de trains de plaisir qui s’organiseront, sera accessible à toutes les positions et à toutes les bourses. Pour consacrer dignement cette journée et faire de cette inauguration une fête qui laisse de profonds souvenirs, une commission ad hoc a été choisie dans le sein du conseil municipal.
- LES pirates chinois. — La chambre de commerce du Havre a reçu de M. le ministre de l’agriculture et du commerce la circulaire suivante :
- Paris, 14 mai 18S1.
- Messieurs, de récentes communications reçues par mou département insistent de nouveau sur la nécessité, pour les bâtiments marchands fréquentant les parages de la Chine, de se pourvoir des armes et moyens de défense nécessaires pour repousser les attaques des pirates qui en troublent la sécurité. Un avis spécial tendant à recommander de nouvelles précautions à nos armateurs à été inséré, par mes soins, dans le Moniteur du 8 de ce mois. Je crois devoir signaler particulièrement cet avis à voire attention, et je vous prie d’en donner connaissance aux capitaines et négociants de votre place qui font des expéditions pour les mers de Chine.
- Recevez, etc.
- L.BUFFET.
- VARIÉTÉS BIBLIOGRAPHIQUES.
- DE L’INFLUENCE DES MÉCANIQUES SUR LE PRIX DES SALAIRES ET LE BIEN-ETRE DU PEUPLE.
- Voici une publication qui, sous l’apparence modeste d’un opuscule de quelques pages, renferme plus de bonnes vérités que n’en contiennent, à coup su r, beaucoup de gros livres publiés en vue de la glorification de leurs auteurs. Son origine remonte à une vingtaine d’années, mais les vérités qu’il expose sont de tous les temps, surtout de ceux où l’ignorance et les préjugés s’égarent malheureusement à la suite de conseils aveugles ou perfides.
- On n’a point oublié, en effet, qu’après la commotion de juillet 1830, de même qu’après celle de février 1848, l’on vit des ouvriers, appréciant mal les éléments de la prospérité publique, se livrer à la destruction des machines appliquées à l’industrie. Ces nouveaux iconoclastes se ruèrent avec un incroyable acharnement contre ces agents indispensables de la production, sans s’inquiéter autrement des débris qu’ils amoncelaient autour d’eux; des propriétaires de manufactures importantes , de simples maîtres d’ateliers, réduits ainsi à l’impuissance de faire face aux engagements qu’ils avaient contractés, furent ruinés; les ouvriers eux-mêmes, privés par contre-coup du travail qui les faisait vivre ainsi que leur famille, durent subir les horreurs de la plus profonde misère; mais qu’importe! ceux-ci s’étaient vengés de leurs redoutables concurrentes, les mécaniques, qu’ils accusaient de tous leurs maux, et qu’ils auraient dù défendre plutôt, comme des agents dont l’effet, en définitive , devait leur être favorable, en les appelant bientôt à|partieiper au bien-être général.
- C’est alors/ que quelques esprits généreux ; pensant qu’il vaut toujours mieux éclairer que punir, se mirent à l’œuvre pour porter la lumière de la vérité au milieu des ténèbres de l’ignorance; M. Béranger , simple ouvrier horloger, fut l’un de ces hommes, et il écrivit à l’adresse de ses camarades quelques bonnes pages dont nous allons entretenir nos lecteurs.
- Débutant par une définition fort juste du mot égalité, l’auteur établit que la véritable égalité, la seule possible, la seule admissible, est celle qui permet à chacun , selon son rang et sa condition, d’aspirer à la plus grande somme de bonheur possible. Ainsi, si l’ouvrier, l’artisan, le cultivateur peut se vêtir de la même manière que le riche, s’il trouve dans son travail de quoi fournir à ses besoins, s’il n’éprouve d’autres privations que celles des choses dont l’usage n’est indispensable pour personne , et dont les riches ne sentent le besoin que parce qu’ils en ont l’habitude, il y aura entre eux une égalité réelle.
- Ainsi, le paysan qui prend une nourriture simple et presque sans apprêt, mais appropriée aux besoins de son estomac, est tout aussi bien portant que l’homme riche, dont le palais blasé reste souvent insensible aux jouissance des mets les plus recherchés. Un habit de gros drap bien chaud est, au fond, d’une valeur supérieure à un habit de drap très-beau, très-fin, qui ne garantit pas celui qui le porte de la rigueur du froid. 11 y a donc égalité réelle entre un paysan couvert d’une épaisse limousine à bon marché et d’un banquier drapé d’un manteau d’un prix élevé. Un lit grossier et dépourvu d’ornements vaut mieux pour celui qui s’y repose qu’un lit à la décoration duquel ont concouru les merveilles de la sculpture et de la dorure. Le pays—et ce pays est le nôtre — où chacun trouve plus facilement sa subsistance, c’est-à-dire la nourriture, le vêtement et le logement, est donc celui où les hommes approchent le plus de cette irréalisable utopie, l’égalité , — que Dieu lui-même a refusée aux hommes dans les conditions morales, intellectuelles et physiques où il les a placés.
- Nous ne suivrons pas l’auteur dans la rapide énumération des causes auxquelles il faut, selon lui, attribuer la misère du peuple, aux époques précédentes ; nous nous arrêterons au parallèle qu’il trace des anciens et des modernes, en faisant ressortir les avantages dus à l’introduction successive des mécaniques dans les arts et dans l’industrie. On pourra se faire une idée de la manière de vivre de nos ancêtres, dit M. Béranger, quand on saura (pie Philippe de Valois, qui monta sur le
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
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- trône en -1338, n’avait pour tapisser ses appartements que delà paille étendue sur un sol humide, inégal ; une ouverture pratiquée au platond de sa chambre était toute sa cheminée, h’art de taire des chandelles n’était pas encore connu, ce roi n’avait pour s’éclairer que des lampions ou des lampes peu commodes, et dont le moindre inconvénient était de répandre une odeur insupportable. A une époque peu éloignée de nous, les rois, aussi bien que leurs sujets, n’avaient point de vitres à leurs croisées; les premières qui parurent , .et dont il existe encore des fragments dans quelques églises, datent du règne de François 1er; on voit encore dans quelques vieilles maisons de Paris des carreaux formés d’une boule de verre qu’on faisait applaür à la chaleur, et qui ne laissaient pénétrer dans les habitations qu’une lumière insuffisante maintenant aux ouvriers de toutes les professions, il y a loin do là aux glaces dont on se sert aujourd’hui, aux globes qui couvrent nos pendules, aux cristaux de toute espèce qui sont d’un usage général et qui font travailler tant de monde.
- Sous le règne de Charles AI, il y a quatre cents ans environ, la France était désolée par la lèpre, dont les ravages se joignaient aux autres fléaux de l’époque pour désoler notre pays; la malpropreté engendrait cette maladie, ainsi qu’une foule d’autres, connues sous le nom de feu de Saint-Antoine, Mal des Ardens, Feu d’Enfer, etc., dont, ainsi que la lèpre, on ne connaît plus que le nom. La reine Isabelle de Bavière n’avait pour tout linge de corps que deux chemises de toile ; elle était peut-être seule en France possédant ces objets, qui étaient alors d’une valeur supérieure à celle de l’or et des diamants, et qui sont depuis bien longtemps devenus objets de première nécessité pour les plus pauvres de nos concitoyens. -C’est à l’invention mécanique des dévidoirs et des métiers à tisser que nous sommes redevables de la propreté et de la santé dont nous jouissons.
- Tous ceux qui connaissent un peu l’histoire savent que le roi Jean no possédait qu’une vingte taine de volumes manuscrits. Vers l’an 1020, son lils Charles V augmenta ce nombre et le porta à près de 000; enfin, vers l’an 1160, le roi Louis XI, voulant emprunter quelques ouvrages à l’université de Paris, fut obligé de lui donner en nantis sement une certaine quantité d’argenterie; et en outre, des seigneurs de sa cour engagèrent leur honneur en promettant qu’ils seraient fidèlement rendus. Sous ce règne, Villon, l’un des premiers poètes français, condamné à mort, obtint sa grâce en faveur de son instruction, parce qu'elle était alors très-rare et peu étendue : maintenant tous les enfants de dix ans savent lire, écrire, et les livres sont devenus à un prix si modique que le plus pauvre des ouvriers peut s’en procurer. L’auteur raconte les persécutions dirigées contre les inventeurs de l’imprimerie naissante, non seulement par les puissants du jour, dont elle sapait la base en contribuant si largement à l’instruction populaire, mais encore pour les copistes, dont l’invention nouvelle amoindrissait la condition, en donnant, par une large compensation, l’essor à une foule d’industries, papetiers, fabricants d’encre, graveurs et fondeurs de, caractères, imprimeurs, relieurs et libraires.
- 1 .a mécanique seule a rendu le sort du pauvre supportable, en lui fournissant à la fois du travail, et. les objets fabriqués à bas prix par les métiers! Sous le règne de Henri II, successeur de François Ier, les métiers à bas furent inventés par un mécanicien de Normandie, qui ne trouvant point en France les encouragements dont il avait besoin, porta chez les Anglais son invention ; il en résulta que nos cultivateurs aisés portaient des guêtres de cuir, tandis que depuis longtemps les matelots anglais portaient de beaux bas, tins et chauds.
- Sous le règne de Henri IV, les fabriques de tapisseries, les vers à soie furent introduits en France. Sully, premier ministre, craignait que ces innovations fissent languir l’agriculture, et les blâmait ; il s’y opposait de toute sa force! Où seraient les fabricants de Lyon, si le roi avait écouté son ministre? Henri sentait que l’extension de l’industrie et la prospérité du commerce sont inséparables des intérêts de l’agriculture, et favorisait tous les métiers qui pouvaient y contribuer e est que Sully n’était qu’un bon ministre, et que Henri était habile administrateur, grand homme et
- bon roi. Henri faisait raccommoder ses habits, parce que les fabriques de Louviers, Sédan, El-beuf, Mulhouse, etc., n’existaient pas encore, ou étaient fort peu de chose ; il sentait bien la nécessité d’acheter le moins possible aux étrangers , et saisissait avec empressement tous les moyens qui devaient nous amener un jour à pouvoir nous passer d’eux. A cette époque, les Anglais et les Flamands faisaient les plus beaux draps de l’Europe ; les trois quarts des Français étaient presque nus; le vêtement des paysans se composait, dans beaucoup d’endroits, de peaux de moutons assemblées et tenues autour du corps par une ceinture de cuir ; ce costume est encore celui de quelques vieux pasteurs du midi de la France.
- La richesse n’avait rien imaginé de .plus beau que de se couvrir d’or, de diamants et de bijoux travaillés sans goût et sans délicatese. Henri avait pensé qu’on pouvait arriver à quelque chose de mieux que ce qui existait de son temps; mais, à coup sûr, il n’avait deviné les merveilles du nôtre. Il n’avait pour sa femme et lui qu’une seule voiture, « toutefois on peut appeler de ce nom un chairiot dont la caisse était canotée en tous sens par suite de l’imperfection des ressorts, et dans laquelle on ne pouvait pas transporter un malade. Cinquante ans plus tard, Louis XIV avait un grand nombre de beaux et bons carrosses; maintenant ils courent le pavé des villes; la modicité de leur prix en met l’usage à la porté du plus pauvre ouvrier.
- L’auteur, qui écrivait à une époque où les chemins de fer n’existaient qu’en projet ou à i’état d’ébauche seulement, énumère les facilités qu’a données au commerce le perfectionnement de nos voies de communication et de nos moyens de transports. Il était loin de songer à l’application toute récente du télégraphe électrique à la transmission de la pensée, prodigieuse combinaison de l’esprit humain, qui annulle pour ainsi dire toutes les conditions d’espace et de temps, en les soumettant impérieusement aux exigences de la volonté.
- Mais M. Bérenger, qui, ainsi que nous l’avons dit, est horloger, rappelle que le roi Henri IV n’avait pour savoir l’heure que l’horloge de son château; car les montres de cette époque, qu’on appelait œufs de Nuremberg, à cause de leur forme, et parce que les premières furent fabriquées dans cette ville, ne donnaient l’heure que très-imparfaitement, fort souvent ne marchaient pas du tout, et étaient d’ailleurs très-peu portatives. Il y a cinquante à soixante ans, une montre à boîte d’argent était encore d’une valeur telle qu’il fallait être riche pour se la procurer. Et, maintenant, s’écrie l’auteur avec un orgueil bien légitime , quel est l’ouvrier qui n’a pas une pendule et une montre en or ? Sous Louis XV, les pendules de Julien-le-Roi, Lepaute, etc., qui, pour la grâce, la beauté des formes et la qualité même, sont bien loin d’approcher de celles qu’on fabrique maintenant, se vendaient encore dix fois plus cher qu’au-jourd’hui.
- C’est que les machines, facilitant la fabrication et rendant moins chers les produits, lui ont donné le plus large développement, tout en permettant aux ouvriers de se livrer plus entiers à la pratique de leur art, qui exige toutes les facultés du raisonnement.
- La question de l’influence des mécaniques sur le prix des salaires fournit à l’auteur de curieux développements. Il fait remarquer que si dès l’abord elles amènent l’abaissement temporaire du prix des journées, elles ne tardent point à remettre dans leur état primitif le salaire du travail; tout en augmentant le nombre des ouvriers et en contribuant à l’aisance publique.
- L’auteur appuie ces prémisses par des faits accomplis.
- Lorsque les métiers à fabriquer les bas furent introduits en France, dit-il, les femmes , qui jusqu’alors s’étaient occupées de ce travail , ne gagnaient guère plus de trente centimes par jour. D’abord leurs travaux diminuèrent encore de prix, parce (pie les métiers fabriquèrent tout a coup beaucoup plus vite et à meilleur marché que les tricoteuses. Il n’y a pas de doute que si leur avis eut été suivi, les métiers auraient été supprimés dès le commencement. Mais la gène qu’elles éprouvèrent ne fut pas de longue durée;
- à mesure que les ouvriers devinrent plus habiles et plus familiarisés avec le métier, les bas diminuèrent considérablement de prix ; la consommation s’augmenta à un tel point que bientôt le nombre de femmes occupées à coudre les bas, les bonnets, les caleçons faits au métier, devint plus grand que ne l’avait été celui des tricoteuses; elles gagnent aujourd’hui quinze à vingt sous par jour; tout le monde en Françe porte des bas, et plus de cent mille ouvriers y vivent de ce travail. Il y a des villes entières peuplées de bonnetiers; sur mille détenus qui sont au pénitencier de Melun, il y en a quatre-vingts environ qui sont fabricants ou couseurs; dans tous les établissements du même genre, ce travail a été introduit. On ne comprend pas dans cette énumération toutes les branches qui en ressortent, les mécaniciens, teinturiers, flleurs, etc.
- Les premiers métiers inventés pour faciliter la filature sont les rouets ; on ne connaît guère l’époque précise où ils parurent. Ils ne iirent point élever de murmures, parce que la modicité de leur prix les mettait à l’usage des plus pauvres fileuses, et que, d’ailleurs, ils ne faisaient pas beaucoup plus d’ouvrage que les fuseaux : ils ne produisirent aucun avantage général ou particulier; ils n’étaient pas assez abréviatifs, et ne firent pas révolution dans l’art du tisserand.
- Les premiers métiers à filer le coton furent introduits en France vers l’an 1780 ; ils étaient peu considérables, et ne portaient que 14 bobines. Ils subirent le sort commun de toutes les choses utiles et firent, dès leur apparition, l’animadversion des femmes, qui gagnaient alors environ 10 sous par jour à filer au rouet. Leurs travaux furent d’abord diminués de prix, et elles furent quelque temps sans occupation ; mais bientôt les machines s’étendirent, se perfectionnèrent et leur fournirent du travail au-delà de ce qu’elles leur en avaient retiré, par la consommation des toiles, des indiennes, que nous étions auparavant dans la nécessité d’acheter aux Anglais ; en 1804 ceux-ci nous fournissaient encore le coton filé. Les calicots, les percales, que nous payons aujourd’hui 1 franc et 1 franc 50 centimes, se vendaient alors 7 et 9 francs. évariste.
- (Sera continué.)
- Le gérant : MANSARI).
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- Ijl5 juin 1851 ; il se composera d’un lot de 5,Q0ü fr. et de 400 lots
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- 1 lot de vingt-cinq mille li anes, ci............. 25,000
- 1 lot de dix mille francs, ci...................... 10,000
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- 2 lots de deux mille francs, ci....................... 4,000
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- 200 lots de cinq cents francs, ci.................. 100,000
- 250 lots. 3ÔÔ,00T
- Il reste donc encore à distribuer dans les trois timorés RR9. Inis
- présentant une valeur de 375,000 fr. °
- One urande partie des lots proviennent des magasins de MM. Susse, frt res, 31, place de la Bourse, à Paris, auxquels il suffit d’envoyer un mandai franco rie 5 fr. pour recevoir un billet de 0 numéros participant à tous les lots des deux tirages.
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- A commencé à'donner et donnera pendant toute la durée de l’Exposition, un supplément gratuit de vingt-quatre colonnes, spécialement consacré à l’examen critique des objets de l’Exposition.
- Le Courrier de l’Europe donne dans chaque numéro toutes les nouvelles de la semaine, les articles les plus saillants de la Presse française; une partie anglaise; des bulletins politiques et commerciaux. Les revues littéraires, dramatiques et hebdomadaires des célébrités parisiennes. Les séances de l’Institut, etc., ete.
- Le Courrier de VEurope, ayant plus de onze ans d'existence, est le seul journal établi d’une manière durable dans la Grande-Bretagne. Le public auquel il s’adresse rend les annonces qu’on lui confie entièrement profitables.
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- Dans le Palais de Cristal.
- Une seule annonce de cinq lignes au moins, la igné........................... tfr. »c.
- Répétée cinq fois, ou une seule de 120 lignes................................ » 75
- Répétée dixf ois, ou une seule de 210 lignes . .............................. » 50
- Réclames..................................................................... 1 50
- Nota. — Les annonces anglaises sont comptées bgne pour ligne. — Les annonces alliches sont calculées sur du caractère de cinq points.
- S’adresser à l’Administration, 24, passage Jouffroy,
- PARIS, — Typographie BLONDEAU, me du Pelit-Carreau, 52.
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- LE PALAIS
- DE CRISTAL
- «fc-S T
- JOURNAL ILLUSTRÉ DE L’EXPOSITION DE 1851 ET DU PROGRES DES ARTS INDUSTRIELS.
- ABONNEMENTS pour Paris et les Départements, 25 fr. pour la durée de l’Exposition : six mois environ : port en sus pour l’Étranger. — L’on s’abonne à Paris, à l’Administration du Journal, 24, passage Jouffroy, boulevart Montmartre, et chez MM. Susse frères, place de la Bourse, 31 ; à Rouen,, chez M. Le Brument, libraire, ainsi que chez les principaux libraires de France et de l’Étranger, et aux bureaux de Postes et des Messageries nationales. —L’abonnement donne droit aux consultations et renseignements dont l’abonné pourrait avoir besoin à raison de son industrie et.de ses relations commerciales. — Les demandes d’abonnement doivent être adressées franco et être accompagnées d’un mandat sur la Poste ou sur une maison de Paris. — Correspondants à l’Étranger: — pour l’Allemagne, M. Alexandre, libraire, h Strasbourg ; — pour tout le Zollverein, M. Wollff, à Francfort-sur-Mein ; — pour l’Espagne, M. Monier, libraire de S. M. la reine, à Madrid ; —' pour la Belgique, M. Be-neau, directeur de la Presse industrielle, rue de Laeken, 13, à Bruxelles; — pour l’Angleterre, au bureau dn Palais de Cristal, 2 Catherine Street (Strand’), à Londres. — Toutes les lettres concernant l’administration et la rédaction doivent être adressées franco à l’administration à Paris, 24, passage Jouffroy. — S’adresser, pour les annonces, à l’Administration.
- ÎN° 5
- PARIS ET LONDRES, SAMEDI 7 JUIN 1851.
- SOMMA IRE.
- L’éducation professionnelle. — IlPalazzo di Cristal. — Ô journaux ! ô leçons! — Les limites de l’industrie. — Les Délégués; de l’industrie française à Londres. — Application du fer à l'art décoratif. — Revue de l’Exposition.—Courrier de Londres : L’émeute deTamworlh.
- — Guerre aux protestants.—Les boxeurs.—Le meeting d’assistance.
- — Les trains de plaisir.— MM. Christie, Cubitt, Barclay et Perkins. — L’asile de Sainte-Anne. — Les indiscrets. — La reine Victoria au Palais de Cristal. — La Fontaine d’eau de Cologne et le filet de vinaigre. — Les tartines de beurre. — Réticule et ridicule.— ün Fran-
- çais barbu. -* La dame au petit pied. — La musique anglaise, — La Crivelli, Fidelio et M. Lumley. — Les échecs et le capitaine Thomas. — La Fête delà Reine. — Les écoles au Cristal. — Les cottages anglais et les campagnes de France. — Le dernier mot de la civilisation.— Chronique de l’Exposition universelle. — Les drapeaux français.—M. Thiers.—Les Economistes français à Londres; M. Blanqui. Courrier de Paris ; Les Toasts. — Les Eaux-Bonnes. — Programme d’une Fête. — Les éditeurs Mécènes. — Les Concerts Helvétiques. — Le Tailleur et Jenny Lind, — Le iLouvre restauré. — La Statue de
- Napoléon. — La Voiture de Jules Janin. — Les Duels politiques. — Mlle Rachel et la Tragédienne de cire. — Le Palais de Cristal à la Porte Saint-Martin. — Mme Lafarge et Mme de Bocarmé.— Fatalité. —Cérémonie d’inauguration de la deuxième section du chemin de fer de Lyon.—Voyage sur la ligne.—Chronique générale; Inauguration du Musée du Louvre; Fête de la reine Victoria; Le roi Léopold; la Statue de Gassendi; la Rotation de la terre; Le Porte-voix d’Alexandre. — Prix des fers en Angleterre. —Explication des dessins du numéro, etc., etc.
- 1 .—VAISSELLE DE I.CXK, PIÈCE D’ORFÉVREllIE, PAR JIM. SMITH ET NlCHOtSOX
- L’ÉDUCATION PROFESSIONNELLE.
- La France occupe toujours sans contredit une des premières places parmi les nations industrielles, comme la brillante exposition de ses produits le démontre aujourd’hui invinciblemen .
- On a donc lieu de s’étonner qu’elle ne possède, en fait de publications technologiques, que des recueils inabordables pour le peuple et la majeure partie des petits industriels, tels que le fiuUehn de la Société d’encouragement.
- Cependant jamais peut-être les découvertes
- n’ont été plus nombreuses et ne se sont succédé avec plus de rapidité que de nos jours; malheureusement, la rigueur des temps et la pusillanimité bien concevable des capitaux, mais surtout l’absence de publicité sérieuse, contraignent à l’exil une foule d’inventions et d’inventeurs.
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
- En sorte que l’étranger se pare et tire avantage de nos veilles et de nos sueurs.
- En France le nombre des brevets délivrés s’é -lève à quatre par jour. Qui s’en doute et qui y songe?
- Il y a bien des affiches sur les murailles pour divulguer les découvertes de tel ou tel marchand d’orviétan ; mais il en est de la technologie comme de la poésie.: de ce que les rimailleurs fourmillent, est-ce à dire qu’il n’existe point de poètes? 11 ne faut pas confondre les inventeurs sérieux avec les chercheurs de mouvement perpétuel. Il n’y a guère jusqu’à présent de publicité que pour ceux ci.
- Que la fabrication des outils nécessaires pour exploiter le monde se popularise donc de plus en plus, et que le meilleur agent pour la vulgariser, — à savoir les publications spéciales — se mette à la portée de tous et de chacun ! Le droit de l’inventeur ne sera plus constesté. Des archives authentiques en feront foi. L’entrepont nous appartiendra ; nous y descendrons, et nous cesserons de nous disputer vainement sur le tillac.
- Un fabricant privé de journaux scientifiques et technologiques est nécessairement arriéré. Eh quoi! les jardiniers habiles, sont tous abonnés à de coûteuses publications relatives à leur art, et les fabricants n’ont pas les leurs ! Et cela quand il y va, pour l’industriel, de sa fortune, de sa production menacée de concurrence par une découverte dont il ignore jusqu’au nom !
- Sa position est analogue à celle du navigateur, obligé, sous peine de mort, de se tenir au courant du climat, des étoiles et des récifs.
- Dressons donc des mappemondes industrielles, et le fabricant y pourra suivre jour pour jour les progrès des industries tributaires ou limitrophes do la sienne.
- Cette concentration des forces éparses de l’industrie produira des miracles. Combien n’est-on pas. en droit d’attendre des sciences physiques unies à la mécanique, par exemple, après qu’on les a vues forcer le soleil à dessiner et' à peindre lui même l’image de tout ce qu’il éclaire ! quand l’eau, cette ennemie native du feu, ce type du froid, décomposée par la chimie, est contrainte d’éclairer et d’échauffer nos demeures ! quand l’air emprisonné ne demande qu’à s’atteler, comme un cheval robuste et bien dressé, à nos leviers circulaires et à nos chars ! quand chaque jour enfin voit éclore déjà de si rares merveilles !
- Mais il faut de la science aux travailleurs ; et c’est là, il faut en convenir, leur côté faible.
- La vulgarisation des sciences appliquées aura encore un autre bon effet : la France y perdra bientôt la manie de vouloir tout fabriquer chez soi. Elle comprendra aussi l’avantage et la nécessité de n’ôtre plus tributaire de l’étranger pour les produits qu’elle peut tirer de son propre fonds.
- Enfin une feuille destinée comme la nôtre à faire connaître à mesure les gisements découverts sans cesse dans toutes les parties du globe, fera disparaître cette étrange anomalie que présente, par exemple et tout près de nous, la Sicile, patrie d’Archimède, si riche en huiles et en vins et dépourvue de pressoirs!
- Nous terminons ce rapide exposé des motifs de notre entreprise par un nouvel appel à toutes les intelligences tournées vers l’application de l’industrie aux arts utiles et des sciences exactes à l’industrie, et nous leur promettons de leur ouvrir largement nos colonnes.
- Car il y a une lacune immense à combler dans notre pays, qui le nierait ? celle de I’éducatiox
- 1 * RO F K S S10 X N F LL K !
- IL PALAZZO DI CRISTAL.
- Qu’une idée vraiment utile soit jetée sur le ter rain du progrès, et bientôt vous l’y verrez prendre racine, grandir, et porter d’heureux fruits, grâce à la tendance générale des esprits à favoriser le développement de tout ce qui peut contribuer à l’amélioration et au bien-être de tous.
- C'est donc avec plaisir que nous apprenons que le Palais de Cristal vient de donner lieu en Italie à la création d’une entreprise rivale. Le Palazzo di Cristal s’est emparé, avec un heureux à-propos, et de notre titre et des dessins qui ont paru paru dans nos premiers numéros, qu’il reproduit à l’aide du crayon lithographique.
- Saluons la bienvenue de notre nouveau confrère, et faisons des vœux pour que ses efforts intelligents lui assurent le succès.
- JUÎNÉMCT.
- O JOURNAUX! O LEÇONS!...
- Il n’y a rien de plus instructif que de lire les vieux journaux.
- Voilà qui va sembler un paradoxe. Le nombre et l’étendue des feuilles publiques ne sont que trop aux dépens de ce qu’elles renferment, et le contenant vit un peu aux dépens du contenu. Que peuvent gagner ces carrés de papier à vieilliir et à jaunir?
- IM. de Girardin a voulu que la Presse renfermât une idée par jour. Etait-ce à dire qu’il n’y aurait qu’une idée par jour dans ce vaste journal, ou qu’il y en aurait une de joins par jour dans la Presse que dans les autres, journaux, atteints et convaincus de n’en point avoir une seule par semaine, par mois, par année?
- Que les lecteurs de journaux répondent pour nous à cette question indiscrète ; ce n’est pas notre affaire.
- Ce que nous nous contentons d’affirmer, c’est que les vieux journaux renferment ce que les journaux du jour ne renferment jamais: à savoir la réfutation de leurs propres bévues, la confusion de leur propre sottise.
- Cette réflexion nous est suggérée par la lecture des journaux du mois d’avril de l’an degrâcel8à9.
- Lisez donc un peu les journaux de ce temps-là! On y trouve en effet réunis tous les arguments les plus ingénieux et les plus saugrenus pour démontrer que l’idée d’une Exposition universelle, mise alors sur le tapis par quelques hommes intelligents, était à la fois dangereuse et impraticable.
- L’Angleterre a repris, comme toujours, cette idée d’autrui, cette idée française combattue et réduite à l’impuissance par l’administration, et l’a mise en œuvre.
- On niait le mouvement devant l’Angleterre: l’Angleterre, comme le philosophe, a marché.
- Voici quelques-unes des balivernes que nous trouvons dans le premier journal venu de cette époque sur le sujet en question:
- « L’administration vient enfin de renoncer au » projet défaire figurer les produits étrangers à » l’exposition nationale de 1849. Elle a officielle-» ment annoncé dans le Moniteur qu’elle ne don-» liait pas suite à cette idée, aussi intempestive » qu’inutile aux intérêts de l’industrie française. »
- Alors pourquoi avoir pris part, en 1851, à ce même concours ouvert à Londres, c’est-à-dire dans des conditions encore moins favorables pour-nous?
- « Encore une fois, il faut louer hautement » M. le ministre d’avoir aussi bien compris ce que » le respect de l'opinion et le progrès de nos mœurs » publiques lui imposaient, — d’autant plus que » d’autres, à sa place, eussent été, à ce qu’il pa-» raît, moins scrupuleux. L’école libre-échangiste » a, en effet, trouvé matière à une amère criti—
- » que dans l’acte droit et loyal de l’administra-» tion. Elle trouve que M. le ministre a eu tort ». de se rendre au vœu général ; qu’il aurait dû » avoir la force de caractère d’y résister. Quant » à elle, elle se serait, sans hésiter, mise au-des-» sus de l’opinion presque unanime de toutes les » chambres de commerce de France. »
- Est-il possible que la presque unanimité des chambres de commerce de France aient été aussi rétrogrades et aussi malavisées ? Qu’on vienne donc, après cela, nous vanter la sagesse et la clairvoyance des majorités ! C’est bien toujours cette vox popidi, vox Dei, qui faillit détrôner Pierre-le-Grand, quand il s’avisa de faire couper à ses sujets leur barbe crasseuse et de construire des vaisseaux de ligne !
- « Est-il besoin de dire à présent que les motifs » consciencieux, appuyés de raisons solides, que » les chambres de commerce ont présentés pour » repousser le projet d’exposition comparative,
- » ont été' complètement dénaturés par les écri-» vains du libre-échange. Ils font dire à ces lio-» norables chambres qu’elles veulent « qu’à aucun » prix et sous aucun prétexte, les marchandises « étrangères ne puissent franchir la frontière,
- » môme en échantillons. » Y a-t-il là un seul mot » de ce qui a été dit ? Toutes n’ont-elles pas dé-
- » claré, au contraire, qu’elles jugeraient intéres-» rant et utile qu’il fût fondé, à l’usage des indus-» triels, des dépôts d’échantillons étrangers, qu’ils » pourraient consulter à loisir et avec quelque » fruit, surtout si à ces échantillons étaient joints » des renseignements sur les procédés de fabrication » perfectionnée, employés au dehors? »
- S’est-il trouvé réellement des commerçants et des industriels assez jobards pour croire qu’en aucun cas les États voisins se feraient un plaisir de leur envoyer des échantillons de leurs industries nationales et particulières, avec des renseignements sur leurs procédés de fabrication ? Ne fallait-il pas, au contraire, intéresser, par un grand et solennel concours, l’amour-propre des États étrangers à produire leurs merveilles industrielles, afin de faire naître indirectement l’occasion d’étudier, disons mieux, de deviner les procédés de fabrication demeurés pour nous des mystères ?
- « Après cela, est-ce que l’on s’imaginerait sé-» rieusement, dans les régions de l’économie po-» litique spéculative, que nos fabricants ont at-» tendu son initiative pour s’informer de ce que Ton » sait faire en Belgique, en Angleterre, en Suisse » et en Allemagne ? Ce serait étrangement s’abu-» ser : il n’est point de perfectionnement opéré à » l’étranger dont notre industrie n’ait une con-» naissance immédiate ; point de marchandise » nouvelle dont nos centres manufacturiers ne » reçoivent des échantillons. »
- Il paraît bien que cela n’est pas entièrement vrai ! Si nous l’emportons à Londres par l’application des arts à l’industrie, nous avons encore, au dire des hommes spéciaux, bien des procédés industriels à étudier et à connaître.
- « Cette exposition aurait donc pu servir un peu » la cause du libre-échange, mais nullement celle » de la véiitè, dont il se préoccupe si fort. Oui, » le vrai est bon à faire connaître en tout, en in-» dustrie comme en autre chose. Mais qu’est-ce » que le vrai peut avoir à gagner à des faits mal » exposés, au rapprochement de produits créés » sous des conditions inégales, et dont le mérite » relatif ne pourrait être par conséquent qu’in-» justement apprécié? L’exposition comparative » n’aurait pas été la manifestation de la vérité, » ce n’eût été que sa dissimulation, et c’est pour-» quoi les chambres de commerce l’ont repous-» sée. Les industriels français ne craignent pas la » vérité sur les faits économiques ; ils la recher-» client au contraire et s’efforcent de la répan-» dre, persuadés qu’ils sont que ce nesera jamais » la parfaite connaissance des choses, mais bien » plutôt les notions superficielles qui pourront » grossir les rangs de leurs adversaires. »
- C’est pourquoi, il ne fallait point accepter le concours ouvert au Palais de Cristal par la Grande-Bretagne. Gomment donc se fait-il que l’opinion de la majorité, après avoir repoussé avec tant d’horreur l’idée d’une exposition universelle, l’ait, deux ans plus tard, accueillie avec tant de faveur et d’enthousiasme ?
- Est-ce parce que l’Exposition de Londres nous .coûtera quelque chose, beaucoup peut-être, tandis que faite à Paris, elle nous aurait rapporté des millions ?
- Et le petit coup d’encensoir de la fin ! Et toute cette forfanterie de l’obscurantisme ! Et tant de bruit pour empêcher une chose qui était inévitable, et dont il fallait savoir accepter l’initiative, afin de risquer au moins d’en remporter l’avantage et l’honneur !
- O le peuple le plus spirituel de la terre !
- Décidément la lecture des vieux journaux est instructive; mais, pour Dieu, sachons profiter de, leurs leçons !
- (î. DE CH.UAMOM.
- LES LIMITES DE L’INDUSTRIE.
- On ne saurait trop le répéter : les industries ont un cours naturel, des limites duquel elles ne sauraient sortir avec avantage.
- Cela est vrai pour l’industrie comme pour les arts.
- On a blâmé avec raison les empiètements des arts les uns sur les autres. On a plaisanté fort spirituellement et fort justement ces musiciens littérateurs qui veulent exprimer des idées à l’aide d’accords, et qui prétendent nommer et dessiner
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
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- les objets par des successions de sons inarticulés.
- Les littérateurs musiciens ont aussi fait école.
- Jadis on en vint à chercher des onomatopées pour les circonstances insignifiantes d’un récit et à faire de l'orchestration à coup de syllabes.
- Est-il plus ou moins ridicule de vouloir façonner toutes les substances en toutes sortes de meubles et d’instruments?
- On contrefait aujourd’hui la porcelaine avec du cristal, le bronze avec du fer-blanc et du zinc, le chocolat, hélas ! avec certains bronzes! pourquoi pas, tout de suite, le bronze avec du chocolat?
- On a fait en fer creux de fort mauvaises cannes imitant le jonc et le bambou.
- Un de ces jours on fera de la vaisselle avec du carton convenablement vernis. On fait bien des tabatières avec du gluten de pomme de terre?
- Dans l’architecture usuelle, dans l’industrie du bâtiment, on substitue ainsi aux matières premières adoptées par l’expérience et préférées parle bon sens, on expose à l’action du soleil et de la pluie, des substances attaquables par l’un et par l’autre, de mauvais badigeons qui s’écaillent, de mauvais ornements qui se délitent et se pourrissent, de mauvaises pâtisseries qui se brisent, se démanchent et ne durent pas.
- La rapidité, la négligence et la parcimonie qui président à la préparation des couleurs destinées à la peinture d’art sont telles, qu’aujourd’hui les plus beaux tableaux modernes sont défigurés après dix ans de musée.
- Regardez la Mort d’Elisabeth et le portrait de M. Guizot, peints par M. Delaroche. Y a-t-il aucune comparaison à faire entre la conservation de ces belles peintures modernes et celle du moindre tableau de Rubens ?
- Et pourtant le XVIe siècle ne savait ni la physique ni la chimie !
- Mais on fait les blancs avec de la céruse et non avec de l’argent.
- On fourre partout de l’ocre et du bleu de Prusse, et l'outremer est devenu une sorte de mythe.
- Les industriels devraient créer un tribunal d’honneur où l’on récompenserait les boulangers convaincus de n’avoir jamais fait du pain qu’avec de la farine, et où l’on frapperait d’une amende le premier inventeur qui se permettrait de faire des balcons en sucre, des candélabres en plâtre, ou des chapeaux en acajou.
- G. DE GHAI,AMONT.
- LES DÉLÉGUÉS DE L’INDUSTRIE FRANÇAISE A LONDRES.
- Une mesure, à laquelle ne sauraient trop applaudir les amis du progrès industriel, a été adoptée récemment par le Conseil municipal de Paris. Un crédit de 20,000 fr. a été voté par lui pour couvrir les frais de voyage et de.séjour d’un certain nombre dé contre-maîtres et d’ouvriers qui doivent être successivement envoyés par la ville à l’Exposition universelle de Londres. La chambre de commerce, prenant sa part de cette utile pensée, a offert à la ville son concours pour une somme de 10,000 fr. Le préfet de la Seine a chargé une commission spéciale de régler l’emploi de ces 30,000 fr. Un premier convoi de douze délégués de l’industrie parisienne est parti hier matin pour Londres par la voie de Dieppe et de Brighton.
- Dans la classification des catégories de métiers, et pour le choix qu’elle avait à faire des personnes, la commission spéciale a suivi la classification adoptée pour les conseils de prud’hommes en quatre grandes séries: métaux, tissus, produits chimiques, arts et industries diverses. Elle a sagement fixé les conditions du séjour à Londres, et décidé en principe que les mandataires parisiens vivraient en commun, dans une maison spécialement louée pour eux par les soins du commissariat général français à Londres, et qui serait exclusivement réservée à leur habitation.
- Le nombre des délégués a été fixé à quatre-vingt-quatre. Le temps de l’absence pour chaque délégué sera de quinze à dix sept jours. Il y aura sept départs, successifs, comprenant chacun douze délégués. Indépendamment des frais de \oyage (aller et retour), de logement et de nour riture que la ville de Paris prend à sa charge, la
- commission alloue à chaque délégué une indemnité de 100 fr., plus une somme de 20 fr. pour frais de nourriture pendant la route. La maison louée par les soins de la commission est située à Percy-street, 35 (Oxford), à vingt minutes du palais de l’Exposition universelle. La commission s’est occupée de régler d’avance le nombre , l’heure et la qualité des repas ; en un mot, elle a réuni, pour les délégués, toutes les conditions du bien-être désirables.
- Trois fois par semaine, à jour et heures fixes, les délégués se réuniront au commissariat général, sous la présidence d’un des membres de la commission française. Là, ils exposeront, de vive voix ou par écrit, les observations qu’ils auront faites dans leurs visites à l’Exposition, et recevront, au point de vue de l’intérêt national, des instructions positives sur la direction qu’il conviendra de donner à leurs appréciations; toutes les remarques présentées dans ces conférences seront recueillies sur un registre spécial et signées par les délégués présents; la préfecture de la Seine recevra, en outre, directement toutes les communications qu’il leur conviendrait de lui adresser lorsqu’ils seront de retour.. Tout cela formera plus tard un ensemble de documents que la commission mettra elle-même en ordre, en ayant soin d’écrire à côté de chaque observation le nom de son auteur. Ce travail sera remis au conseil municipal de Paris et à la chambre de commerce, éminemment propres à en apprécier les résultats et l’importance.
- Espérons que l’exemple donné par la capitale sera suivi par nos principales villes industrielles et manufacturières, et que bientôt la France s’enrichira de l’expérience nouvelle qu’auront acquise nos habiles ouvriers en étudiant les meilleurs procédés de la fabrication étrangère.
- EYARISTE,
- APPLICATION DU FER A L’ART DÉCORATIF.
- Quelle que soit l’importance des autres branches de l'industrie anglaise, il n’y a pas d’industrie plus variée dans ses applications, ni plus nationale, que l’industrie du fer.
- Voyons donc quel parti les Anglais ont tiré de l’application du fer à l’art décoratif.
- Les Anglais ont une habileté remarquable à manier le fer, il faut le reconnaître. Us le plient à toutes sortes d’exigences. Reste à savoir s’ils ne sont pas sortis des voies naturelles, en l’employant à des usages auxquels il était jusqu’ici considéré comme étranger.
- Ils croient que non. Us ont hardiment substitué la fonte de fer au bronze d’art, et ils en ont fait des candélabres et des cheminées couvertes de sculptures.
- Les Anglais reconnaissent hautement qu’ils nous doivent la partie artistique de cette industrie. Depuis longtemps, en effet, nos Palustres de fenêtres, nos rampes d’escalier et plusieurs autres parties de l’art décoratif sont exécutés en France, en fonte de fer, avec un luxe et un goût universellement admirés. Mais nous n’avons pas eu l’initiative de l’introduction de ce métal dans les salons et dans l’ensemble des appartements.
- Cela tient à ce que la houille n’est pas encore chez nous le combustible principal, et que la fonte de fer, qui convient particulièrement à la décoration des foyers à houille, serait seulement lourde et disgracieuse, employée à l’édification et à l’ornementation de cheminées au bois.
- On voit depuis quelques années chez nous, dans les cabinets d’étude et dans les ateliers, des poêles ou fourneaux cylindriques en fonte de 1er, uniquement destinés à la combustion du charbon minéral, mais peu ou point de cheminées de cette espèce. Quelques-uns sont d’un grand luxe et d’un assez bel effet.
- Nous croyons, toutefois, qu’une cheminée en fonte de fer est une chose laide et disgracieuse dans un salon, quel que soit le luxe d’ornementation que le fondeur y déploie.
- Mais les Anglais ne sont pas de cet avis.
- Les Prussiens sont allés plus loin que les Anglais. 'Dès. long-temps le fer de Berlin a acquis une certaine célébrité comme objet d’ornement pour la toilette. Tout le monde connaît les chaînes, les colliers, les bracelets, les broches et les boucles d’oreille en fer de Berlin. Nous avouons
- que ces mignardises sont jolies et de bon goût? mais c’est une application toute accidentelle et peu normale de la fonte, car la délicatesse du travail l’emporte de beaucoup trop, en valeur, sur la substance employée, et quelle que fût la beauté d’un bijou travaillé en carton ou en plâtre, par exemple, ce bijou ne serait jamais qu’un caprice et un clinquant. Ce sont de ces convenances générales qui se sentent mieux qu’elles ne se démontrent, fNiais tous nos lecteurs nous ont certainement compris.
- Les Anglais ont produit, depuis quelque temps, beaucoup de vases d’ornement pour jardin, de bancs et de chaises pour la même destination — en fonte de fer. Sur ce point ils se rencontrent avec nos industriels français. Mais, si la chaise à claire-voie ou le banc en fer sont admissibles dans une certaine mesure, le vase décoratif en fer est une tentative médiocre, dans l’un comme dans l’autre pays.
- En effet, le vase décoratif employé pour le couronnement des murs d’appui des terrasses, des bouts de marche du perron, des rampes de pierre, des pilastres de portes, etc., etc., est destiné à recevoir des fleurs naturelles ou des arbustes ayant racine, et, par conséquent, plantés dans la terre humide. Or, l’action naturelle et irrésistible de la terre et de l’eau sur le métal est l’oxidation de ce dernier. En outre, le fer est d’une couleur extrêmement désagréable à l’œil, et ce n’est qu’à l’aide de couleurs et d’enduits plus ou moins fragiles et altérables que l’on parvient à le dissimuler, quoique toujours imparfaitement.
- Les poteries seules, grès, faïences ou porcelaines unies ou décorées, avec ou sans reliefs et sculptures, ont le privilège de ce rôle dans la décoration : il faut le leur laisser. La plus grossière potiche en faïence de Chine est un couronnement d’un goût exquis et d’un certain luxe pour les pilastres et les rampes extérieures. Pourquoi les fabricants s’obstinent-ils donc à mettre le fer à toutes sauces, au lieu de rechercher avec soin, au point de vue de l’art, comme au point de vue de Futilité, à quoi il est bon ?
- U ne faut jamais séparer ces deux points de vue.
- Que si les producteurs quand même font litière du bon goût et des intérêts de l’art, de quoi sert alors qu’ils se donnent la peine de charger la fonte d’ornements et de ciselures? Qu’ils l’emploient toute unie et qu’ils en fassent tout de suite des lits et des pendules. Pourquoi pas des chapeaux et des cprnets à champagne? Au résumé, selon nous, la fonte de fer doit demeurer, jusqu’à nouvel ordre, employée, dans l’intérieur de nos. demeures, sous forme de poêles et de grilles à charbon.
- Cela dit, entrons dans l’examen du produit remarquable exposé par M. Vaudre. Laissons de côté la question de fonderie. L’échantillon est magnifique. (Voir le dessin , page 73.) Point de soufflures, point de coutures, ou presque point, malgré la grandeur de la surface, qui multiplie les causes d’imperfection. L’ensemble du dessin est d’un aspect agréable ; mais les deux cariatides sont mal ajustées sur les volutes d’angles. Des volutes ne sont pas des gaines, et c’étaient des gaines qu’il fallait absolument pour motiver les deux bustes de femmes. C’est de la Renaissance mêlée de Louis XV, et ce mélange est blessant surtout par le contraste que forment les pieds rocaille de la console avec la posta mosaïque qui encadre le foyer, et avec la ligne rigide que présente l’entablement. Quant au trophée musical du cartouche central, il ne cadre point avec les attributs d’automne qui dominent dans la composition. Enfin, les deux branches de roses qui courent sur le grillage en relief des tympans latéraux sont du Pompadour, fort maigre il est vrai, mais point de la Renaissance. C’est un cul-de-lampe de la vieille édition illustrée de Dorât, c’est une idylle de Berquin à propos de Michel-Ange. *
- Qu’on nous pardonne la sévérité de nos critiques : elles n’ont d’autre objet que l’intérêt de l’art appliqué à l’industrie.
- Or, nous croyons qu’en fonte de fer comme en marbre, comme en bronze, il faut respecter les lois, difficiles a appliquer, mais pourtant certaines, de l’harmonie et du goût,
- V. NKVKHS.
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
- REVUE DE L’EXPOSITION UNIVERSELLE.
- Opportunité de l’exibition des machines anglaise. — Locomotives. — Machines à vapeur. . — Produits belges. — Toiles cirées. —Tapis économiques. — Fourrures en poil de chat et de lapin.
- La part de la France et des autres Etats dont les machines figurent à l’Exposition est naturellement moins grande que celle de l’Angleterre. A la difficulté du déplacement et à la cherté du transport, se joignent, pour les nations rivales de celle-ci, d’autres obstacles empruntés aux ressources naturelles du sol, tels que l’abondance de la houille et la qualité du fer employés dans l’établissement de ces puissants instruments. C’est donc avec un sentiment de profonde surprise que nous recueillons les bruits propagés à Londres et confirmés par un meeting tenu à ce sujet, ces jours-ci, par un certain nombre de notabili-lités industrielles et scientifiques. Dans cette réunion , la question de savoir si l’exhibition des machines anglaises était opportune a été
- 22 — CANDELABRE EN FONTE DE FER, DE M. BROCHA (DE PARIS).
- sérieusement discutée ; l’on s’est demandé si l’industrie de la Grande-Bretagne n’aurait point à souffrir de la publicité donnée ainsi aux combinaisons artistiques qui assurent la préférence du bon marché à un si grand nombre de ses produits ; on a^té jusqu’à prétendre que pour s’assurer le bénéfice du secret, la prudence des exposants des trois royaumes avait dû les porter à s’abstenir de mettre sous les yeux du visiteur du Palais de Cristal leurs machines perfectionnées, de peur qu’elles ne fussent imitées par les étrangers. Nous, pour notre part, à croire à la vérité de! cette assertion, qui tend à faire jouer un rôle peu digne à la na-
- 23. — GUÉRIDON, PAR M,
- tion anglaise, celle qui a pris' l’offensive contre tous les autres peuples dans la guerre de la concurrence industrielle. Nous pensons, avec le Morning-Chronicle, que quand l’on est armé de fer et bien fourni de charbon ; quand on possède un capital dix fois supérieur à celui des autres nations, et que tous ces moyens d’action sont entre les mains d’une population nombreuse, intelligente et vigoureuse, dont les navires à voile et à vapeur sillonnent toutes les mers, on est mal venu à témoigner de l’hésitation ou de la peur. Quoi qu’il en soit, entrons dans quelques détails sur l’exhibition de quelques-uns de ces grands moteurs de la lomo-cotion et de la fabrication indus- trielle ; nous les tenons d’un ingénieur distingué, M. Perdon-net, qui s’exprime en ces termes, avec la double autorité du savoir spécial et de l’esprit d’analyse :
- Vingt-deux locomotives ont été exposées : quatorze à cylindres intérieurs, six à cylindres _ extérieurs.
- Les plus remarquables sont :
- 1° Une locomotive, Lord of the Mes, à cylindres intérieurs pour grande voie, de 2m,50, construite dans les ateliers de Great-VVesten pour le service de cette ligne. La chaudière présente 1,900 pieds anglais de surface de chauffe. Cette machine a huit roues; les roues motrices, placées les secondes à partir de la boîte à feu, ont 2“,50 de diamètre. Cette machine est construite avec soin pour l’Exposition.
- 2° Une locomotive Crampton pour petite voie, de lm,55, construite avec le plus grand soin et avec luxe pour l’Exposition, est, je crois, la plus grande machine en ce genre. Sa chaudière présente 2,300 pieds anglais de surface de chauffe ; elle a les cylindres à l’extérieur, et, à très-peu de chose près, les mêmes dispositions que les dernières machines faites pour le chemin de fer du Nord, par MM. Cail et Cie, sur les dessins de Crampton. Elle a été construite pour le London et North-Western railway par Bury. Curtie et Kennedy.
- 3° Une locomotive Crampton (dernier brevet), à cylindres intérieurs ; elle diffère en outre des machines ci-dessus : par l’arbre moteur ou des manivelles, qui ne porte pas les roues motrices; celles-ci sont montées sur un arbre spécial _droit ; deux longues bielles de couplage extérieures transmettent le mouvement de l’arbre moteur à manivelles aux roues motrices ; par le mode de suspension, les deux roues d’avant sont très-rapprochées et portent sur des ressorts longitudinaux ; les roues d’arrière, près la boîte à feu, portent sur un ressort transversal placé en avant des portes du fourneau et au-dessous d’elles sous une plaque de tôle. Il y a deux foyers séparés par un diaphragme, ayant une ouverture à la par tie postérieure du fourneau pour égaliser le tirage. L’arbre à manivelles , ne ^portant plus les roues motrices, a de plus petites dimensions que dans les autres machines de mêmejforce.
- Les roues motrices ont 2 mètres de diamètre; la chaudière présente 1,900 pieds anglais de surface de chauffe. Cette dernière machine a été construite par Stephenson, de Newcastle, pour un chemin à petite voie. Elle n’a pas été faite pour l’Exposition : aussi n’est-elle pas aussi polie que les autres. 1
- Les autres machines ne présentent rien de nouveau, du moins à un premier examen fait à la hâte.
- On remarque un grand wagon à voyageurs, de 12 mètres de longueur, porté sur quatre roues, contenant des places de lre et de 2e classe ; il est établi avec plus de luxe que les voitures ordinaires des chemins de fer anglais.
- MM. James, Watt et Cie, deLondres et Birmingham, ont exposé une très-belle machine de 700
- chevaux,à basse pression, à quatre cylindres horizontaux, placées symétriquement aux quatre coins de l’appareil. C’est la pièce la plus importante de l’Exposition ; elle est destinée à un bateau à hélice. Les cylindres ont 1 mètre de diamètre; la course est de 1 mètre, et la longueur des bielles de lm 90 ; les coussinets des menottes ont 0m 25, et 0m 13 (double) de largeur, les tourillons 9m 25. D’après ses dimensions on peut conclure que cette machine doit fonc tionnerà grande
- morand (de Londres). ., ,, ,
- 1 vitesse et; trans-
- mettre directement le mouvement à l’hélice. Les pompes à air sont au centre et [placées obliquement; elles reçoivent le mouvement directement de l’arbre principal, qui est coudé; le constructeur n’a pas craint de leur donner presque la même vitesse que celle des pistons à vapeur.
- A côté de la machine James, Watt et Cie s’en s’en trouve une autre à deux cylindres à grande vitesse, pour la transmission directe à une hélice; elle a été construite par MM. Stolhert Slanghtes et Cie, de Bristol, d’après le brevet de Edwards Slanghtes. Cet ingénieur a mis une transmission de mouvement pour les deux pompes à air, de façon à réduire la vitesse de celle-ci au quart de celle des pistons à vapeur.
- MM. Penn et Cie, de Greenwich, ont exposé une de leurs petites machines oscillantes, à basse pression, pour bateaux, et en outre une machine de bateau d’une disposition nouvelle, à deux cylindres. Les cylindres sont placés horizontalement ; les pistons sont annulaires et liés à des tubes qui traversent les couvercles par deux presse-étoupes ; les bielles pénètrent dans ces tubes, de sorte que l’arbre moteur est très-rap-proché des cylindres à vapeur ; en face, sur la
- 24. — FAUTEUIL, PAR M. JANSELME.
- même plaque de fondation, se trouvent deux pompes à air dans un condenseur, et deux pom-
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- pes alimentaires ; ces quatre pompes sont liées directement aux pistons à vapeur par quatre tiges qui traversent les couvercles. Tout l’appareil, ainsi ramassé, tient nécessairement très-peu de place ; il est destiné à agir directement sur une hélice. En voyant ces machines, surtout celle de Watt, on est effrayé en pensant à la vitesse que devront prendre les pistons à vapeur et surtoutles pompes à air.
- Dans la même sal le on trouve une chaudière à cuire le sucre dans le vide, une presse hydraulique d’une grande puissance pour essayer les fers de suspension des ponts ; un marteau pilon ; une arcade en fonte d’une forme élégante pour passerelle; un
- système d’attache et de retenue pour voûtes droites en briques ; deux jolies grues en fonte ; des signaux de jour et de nuit pour les chemins de fer, et deux machines à faire des briques à jour, ainsi que des tuyaux de drainage; enfin, des tuyaux en fonte pour conduites d’eau et de gaz, qui n’ont que là millimètres d’épaisseur pour un mètre de diamètre, et 4 6 millimètres pour lm, 30.
- Les deux salles de machines en mouvement renferment des appareils nombreux et variés; les métiers à filer et à tisser y dominent ; ils sont tous d’une exécution parfaite.
- Les métiers à la Jacquart sont nombreux et ont reçu en Angleterre quelques nouvelles dispositions qui aideront à les propager encore davantage.
- Les machines fonctionnent par groupes, ayant chacun un moteur particnlier; ce sont de petites machines à vapeur qui puisent à un générateur commun placé en dehors du bâtiment de l’exposition.
- il y a aussi environ trente machines à vapeur de petite force dont en général les dispositions ne sont pas très-heureuses ; les machines rotatives sont presque toutes très-bizarres, et il y en a qui sont non-seulement très-mauvaises , mais encore très -mal exécutées.
- Ce qu’il y a de très-remarquable dans ces deux salles, c’est une presse monétaire par A. Maudslay, qui a beaucoup copié notre compatriote, M. Thonnelier; l’exécution en est d’ailleurs parfaite. Cette presse est mise en mouvement par une petite machine à vapeur à deux cylindres dont les dispositions portent le cachet d’un habile ingénieur et d’un praticien exercé, de Maudslay, en un mot et dont l’exécution ne laisse rien à désirer. Cette petite machine à vapeur met en mouvement cinq petits modèles des cinq systèmes de machines différentes que Maudslay a adoptés pour bateaux, depuis la machine mère à balancier et bâtis ogivals, jusqu’aux dernières machines oscillantes, et celles à pistons portant plusieurs tiges.
- MM. Maudslay et Cie ont complété leur exhibition par une grande bielle de bateau, spécimen de leurs grands travaux.
- Dans la même salle se trouve une machine assez ingénieusement disposée, pour manœuvrer une grue à charger et à décharger des colis de toute nature, d’une manière prompte, facile et économique, au moyen de la pression d’une colonne d’eau.
- Il y a un assez grand nombre de pompes à incendie, dont quelques-unes sont très-puissantes, et sur lesquelles on peut appliquer un grand nombre de travailleurs : il y a progrès et études fructueuses à faire.
- Robinson a exposé une très-belle machine oscillante faisant mouvoir un moulin fsucre dé grandes dimensions.
- La Commission anglaise a donné aux machines Ct instruments de l’agriculture une place très-
- considérable et qui a été on ne peut mieux remplie.
- Les machines à battre et les semoirs se présentent sous toutes les formes.
- Pour mettre en mouvementées appareils nom-
- breux et variés, répandus sur toute la surface d’une exploitation, on fait beaucoup usage de machines à vapeur locomobiles; j’en ai compté, dans cette salle, dix-neuf modèles différents, dont quelques-uns sont très-convenablement et même élégamment disposés, ce qui prouverait que l’usage de ces machines est très-répandu. Elles s’appliquent également à des pompes et autres machines hydrauliques pour les épuisements et les irrigations.
- Il y a trois machines toupies pour l’extraction
- 6. — SEBRK-B1JOCX.— SALON" ANCLA1S.
- du sucre, semblables à peu près à celles qui sont en usage en France.
- Les machines-outils pour la fabrication des
- machines sont très-bien exécutées et présentent quelques perfectionnements utiles.
- J’ai remarqué un modèle de machine à draguer, copié, avec perfectionnements, sur les anciennes machines employées dans le midi de
- la France au curage des ports.
- Cette rapide nomenclature suffit, on le voit, pour prouver que les œuvres des mécaniciens anglais ont une large et honorable place dans l’Exposition, et que l’esprit machiavéli-oue du mercantilisme n’a point voulu les dérober à l’impartial examen des hommes compétens.
- Maintenant disons quelques mots de l’exhibition de Belgique.
- Nos industrieux voisins ne s’efforcent point, en général, de lutter en objets d’art ou de luxe avec les autres nations de l’Europe. Ils s’appliquent à produire à bon marché des objets d’un usage commun et partant d’un placement plus facile et souvent plus lucratif. Une grande partie des compartiments de l’exposition belge qui se trouvent dans la galerie inférieure du côté du nord est tapissée du haut en bas de toiles cirées. Cette tapisserie, qui est venue fort heureusement cacher la nudité par trop mesquine des cloisons, a été fournie par un seul exposant, M. Jorez fils, de Bruxelles. C’est là un nom déjà fort honorablement connu dans l’industrie, et la part que M. Jorez a prise à l’Exposition universelle ne peut qu’ajouter encore à la réputation que ses produits Se sont justement acquis. De quelque côté qu’on se tourne, quand on est dans le quartier de la Belgique, on est sûr de rencontrer des articles exposés par cet honorable industriel, et il n’est que juste d’ajouter que ces articles sont une très belle décoration et produisent un très jolie ffet.
- Il y a dans l’exposition de M. Jorez une très-grande variété de produits ; il est permis de juger par là de l’importance de son établissement. Tapis pour salons, pour voitures, toiles cirées imprimées pour meubles, tapis de table, étoffes imperméables pour vêtements et manteaux, cuirs et peaux vernis, toiles gommées, c’est l’assortiment le plus complet qu’on puisse imaginer. Il est inutile de s’arrêter longtemps à faire l’éloge de ses produits ; les encouragements si honorables que M. Jorez a reçus à toutes les expositions précédentes en Belgique ont été'pour lui un motif puissant d’améliorer sans cesse sa fabrication, et il est parvenu à rivaliser d’une manière heureuse, par le bon marché comme par la qualité de ses divers articles , avec les industries similaires de l’étranger.
- L’Angleterre ni le Zollverein n’ont rien exposé de mieux en ce genre, et les prix, c’est là un pointtrès essentiel, défient toute concurrence. Ainsi, pour ne citer que deux exemples, M. Jorez a exposé des taffetas gommés qu’il vend 5 fr. le mètre, tandis qu’en France le même genre d’étoffe, même qualité, se vend 6 fr. 50 c. et 7 fr. Le même industriel a des manteaux en étoffe imperméable au prix de 11, 13 et 18 fr. suivant la grandeur, tandis que les manteaux en caoutchouc coûtent à Londres de 25 à ZiO fr. De pareils résultats obtenus font regret ter une fois de plus que la commission directrice ait banni la question du prix des articles exposés, comme élément d’appréciation pour le public et pour le jury. Beaucoup d’industriels belges auraient gagné comme M. Jorez à ce qu’il en fût autrement.
- Les articles exposés par M. Ilanssens-Hap de Vilvorde, appartenant à un autre genre d’industrie, ont servi aussi à décorer une partie des
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- cloisons de l’exposition comme pièces de tenture et sont venus aussi en aide à la commission belge, qui, sans ce secours fourni par quelques industriels, aurait eu de la peine à se tirer d’embarras avec les ressources exiguës mises à sa disposition. Ces articles consistent en une grande variété de pièces d’étoffes aloès pour meubles, etc. Ce n’est là du reste qu’une partie de l’exposition de M. JJaussens-Hap ; il figure aussi dans l’exposition linière, à laquelle il a fourni un contigent considérable.
- Mentionnons ici les fourrures exposées par M. Weinkneclit, de Bruxelles. L’industrie à laquelle appartiennent ces produits n’a pas encore pris beaucoup de développement en Belgique; mais les échantillons qui figurent à l’exposition prouvent que l’on sait y traiter la fourrure aussi bien qu’à Hambourg, qu’à Leipsig et qu’à St-Pé-tersbourg.
- M. Weinkneclit est le seul industriel de son état qui ait exposé. Les ouvrages qui sortent de ses ateliers sont au nombre de douze. Son grand tapis de salon en fourrures mérite surtout de fixer l’attention, comme œuvre de beaucoup de goût. Si nous étions en hiver, tout le monde voudrait acheter cette pièce et mieux encore ses pelisses, dont le prix est fabuleux de modération. Quel est le voyageur qui pour 3 £ se refuserait la satisfaction de s’ensevelir dans une de ces fourrures bien chaudes et bien amples, tout comme pourrait le faire le plus riche boyard russe ?
- M. Dusanchoit, de Gand, a exposé aussi un assortiment de J'ourrures plus modestes, mais qui n’en ont pas moins leur prix ; ce sont des peaux de chats et des peaux de lapins préparées, imitant des fourrures plus précieuses, telles que l’hermine, le petit gris, la martre zibeline, le loutre, etc.; c’est le luxe mis à la portée de tout le monde. Pour 12 francs on peut avoir , à l’aide de ce subterfuge industriel, une magnifique palatine en hermine; il y a dans le commerce tant de choses de prix qui n’ont pas de meilleur certificat d’origine que celui de M. Dusanchoit à su donner à ses peaux ! Honneur aux peaux de chats et aux peaux de lapins !
- Dans la même catégorie figurent les articles exposés par MM. Ilesnault et frères, de Gand: peaux de lapins teintes et tannées, peau de chèvre teinte et tannée, peau de chien teinte et apprêtée, etc. Sans les produits de toutes ces petites industries l’exposition ne serait pas complète ; il faut savoir gré à ces honorables industriels du concours qu’ils lui ont prêté. stévens.
- COURRIER DE LONDRES.
- Londres, A juin.
- Monsieur,
- Un historien a bien des devoirs, surtout quand les faits abondent et que le cadre est petit. Jl est vrai qu’il peut supprimer ce qui le gêne ; mais il est plus honorable pour lui de tout consigner, et de se distinguer à la fois par la concision et l’exactitude. C’est ce à quoi je m’efforcerai aujourd’hui.
- Ce n’est point aborder la politique que de mentionner l’émeute anti-protectionniste de Tam-worth du 2û mai. Elle a été provoquée par une manifestation contraire, un banquet donné a l’hôtel des Armes du roi par les fermiers protectionnistes de la contrée. Ce désordre était facile à prévoir dans une localité telle que Tamworth, où tout le monde est free trader. L’échauffourée à été assez vive pour motiver l’envoi d’un détachement du /ie dragons de la garde ; mais l’intervention militaire s’est trouvée heureusement inutile. On a eu à déplorer quelques horions et quelques arrestations, devenues nécessaires par. suite du lancement à la rivière des voitures des fermiers protectionistes, par la populace, pendant le banquet.
- On peut dire que cette impulsion violente dom-née aux véhicules des fermiers protectionnistes n a fait faire un pas ni au libre échange ni à la civilisation. La morale regrettera aussi le choix fait de 3 annvorth. localité pleine des souvenirs de sir Robert Pool, pour un pique nique injurieux à la mémoire de cet homme éminent.
- Ce que je dis de 1 inutilité des coups de poings,
- et autres démonstrations grossières, à la cause du libre échange, je pourrais le dire aussi justement de l’inutilité des mêmes violences à la cause de la religion. Kilkenny (Irlande) vient d’être le théâtre d’une attaque des boutiquiers protestants, signataires de l’adresse à la Reine contre l’agression papale, par la population catholique. Des vitres ont été brisées, des bourgeois protestants, brûlés en effigie. Ces mœurs ne sont pas précisément d’accord avec la pensée qui a présidé à l’érection du Cristal Palace, non plus qu’avec la philosophie du xix° siècle.
- Mais, chez nous, le gouvernement est toujours -plus libéral et plus éclairé que le reste de la nation. En peut-on dire autant des autres États ? Je le souhaiterais pour leur prospérité.
- La semaine a ôté témoin, il faut se hâter de le dire, de meetings plus intéressants. Je laisse la description du meeting des boxeurs de Bottarn, à ces impressarii qui régalent périodiquement vos journaux de fables sur la matière ; je ne veux pas désenchanter les lecteurs éloignés sur les prodigieux exploits de nos athlètes, et faire rentrer d’aussi jolis canards dans l’œuf, s’ils sont nés viables. Ne faut-il pas que tout le monde vive?
- Quelque chose de bien plus honorable que des coups de poings, pour la philanthropie britannique, est le meeting pour l’assistance des étrangers, qui a été tenu la semaine passée et présidé par le duc d’Argyle. L’honorable lord a rapporté brièvement l’histoire de la réformation en Angleterre et en Ecosse, fait quelques allusions aux efforts de la papauté pour reconquérir spirituellement la Grande-Bretagne, montré du reste l’accord de toutes les doctrines chrétiennes sur un point, la charité, et présenté le résultat des missions de bienfaisance entreprises par les membres de la Société, tant Anglais, que Belges, Suisses,.etc., pour répandre la morale évangélique à Lisbonne, en Piémont, à Rouen, à Paris, à Elbeuf, à Lyon, etc., etc.
- Le revenu total de la Société s’est élevé cette année à 2,293 liv. st. Le président a exprimé le regret que les ressources de la bienfaisance soient si limitées, quand il s’agit de l’Europe, lorsqu’il se trouve des sommes énormes pour la conversion des idolâtres des autres continents. Après quelques discours de circonstance, la séance a été levée.
- Mais il est temps de revenir à l’Exposition universelle. Lundi ont recommencé les trains de plaisir qui, pendant quatre mois, amèneront à l’Exposition des visiteurs de toutes nos provinces. On peut calculer, terme moyen, que la plupart de ces visiteurs viendront chacun trois fois au Cristal Ainsi la foule sera renouvelée constamment. Toutefois l’affluence est, comme je vous l’ai déjà dit, sensiblement moindre que te comité ne l’avait pensé.
- Il faut faire ici mention de la généreuse mesure prise par MM. Christie et Cie de Londres, fabricants de chapeaux, Grâce Church Street, qui 'ont accordé la journée de lundi à leurs 600 ouvriers pour visiter l’Exposition et leur ont payé leurs frais de transport (aller et retour).
- Même compliment à adresser à MM. Cubitt et à quelques autres grands industriels de la métropole.
- J’apprends aussi .que MM. Barclay et Perkins, les célèbres brasseurs, vont donner une gratification a chacun de leurs ouvriers, afin que ces braves gens puissent aller voir l’Exposition.
- s- A- le Prince Albert avait du reste donné l’exemple, en payant sur sa cassette l’admission à l’Exposition des enfants de la société de l’Asyîe royal de Sainte-Anne. Ces jeunes visiteurs ont joui de ce congé royal, vendredi dernier, et se sont conduits très-sagement.
- Si les visiteurs ne sont pas innombrables, on peut juger, d après la vente des catalogues explicatifs, de l’extrême attention qu’ils donnent aux objets exposés. Les visiteurs à 1 shilling achètent plus de catalogues que ceux à 5 shillings. Le chiffre de cette vente a dépassé, en deux jours, celui des journées à 5 shillings, de 12 à 1,500 exemplaires.
- , Aiais, si tes visiteurs prennent un vif intérêt à l’Exposition, le comité exécutif se voit dans la triste nécessité de prendre des mesures pour remédier, d’unepart, àPencombrement de certaines parties de 1 édifice au détriment des autres parties, et à rindiscrétion avec laquelle une fouie
- de personnes touchent et manient les objets les plus fragiles et les plus précieux. Dernièreftient une dame (ce sont les dames qui se livrent à ce penchant de la plus répréhensible façon) tou-^ cliait du bout de son ombrelle une table milanaise à incrustations du plus grand prix; une autre frappait avec le même instrument le toit d’une pagode d’ivoire ciselé ; une troisième secouait une coupe de cristal comme un verre de six pences. Les commissaires devraient faire annoncer que quiconque touchera un objet sera expulsé sur-le-champ.
- On remarque que les visiteurs de la classe laborieuse s’arrêtent préférablement devant les machines relatives à leur industrie. Du Leste chaque classe de la société se porte vers urie région particulière'de l’Exposition. J’ai déjà eu l’occasion de vous signaler l’attention spéciale accordée par notre gracieuse souveraine à l’exposition lyonnaise. Les grands producteurs séricicoles des trois royaumes n’y ont rien perdu, car S. M. leur a fait de splendides commandes. Je citerai MM. Kerr et Scott, de Paislay et S'-Paüls, Church Yard, de Londres, à qui la Reine a acheté un châle long, en soie, d’un magnifique dessin et d\m tissu vraiment royal.
- S. M. a prêté aussi son attention aux magnifiques Châles de cachemire exposés, pour ainsi dire, par toutes les nations; car aujourd’hui (qui l’eût cru il y a quarante ans?), on fait des cachemires en Autriche, en France, en Angleterre, etc, comme aux Indes, et, selon quelques personnes, on les fait mieux. Je n’en suis pas à le prétendre. Je vois bien que les fabricants de cachemires européens ont bouleversé l’économie sacramentelle des palmes indiennes et toutes les traditions du Penjab ; qu’ils ont osé semer de dalhias, d’œillets , de pivoines, le fond de leurs tissus, et qu’en-fin le caprice de la mode est intervenu dans la confection de ce vêtement, admiré jadis justement parce qu’il n’avait pas plus d’âge que les ruines de Palmyre; mais j’aimais mieux le type oriental.
- Quoi qu’il en soit, au point de vue du travail et non plus de l’art seulement, le cachemire français est admirable. Le cachemire autrichien est la copie sans vergogne du cachemire français. Quant au cachemire anglais, il diffère des autres, et l’on doit dire que nul autre n’est comparable à celui qùe S. M. a choisi dans l’exhibition des produits de MM. Morgan et compagnie.
- Vous m’avez prié d’insister sur l’article physionomie de l’Exposition, comme vous appelez cela. Il faut donc que je renonce à partir ce soir pour la campagne, où il fait pourtant beaucoup meilleur que dans cette atmosphère de suie et de fumée.
- Du reste, ce sera bientôt fait. Figurez-vous de longues files d’équipages qui ne discontinuent point d’aller et de venir depuis l’ouverture jusqu’à l’heure de clôture. Voilà pour l’extérieur. A l’intérieur, on n’entre pas dans une travée sans entendre parler français, ce qui prouve que vos nationaux forment ici un contingent notable. J’ai constaté avec plaisir leur approbation et leur admiration, qui se manifestent par des acclamations très-variées. Les Français n’ont pas l’habitude de dissimuler leur opinion, et ils mettent volontiers le voisin, dont le visage même leur est inconnu, dans la confidence de leurs impressions les plus intimes. Ce n’est donc point commettre une indiscrétion que de les écouter. Je l’ai fait, et j’y af trouvé un notable agrément.
- Je regrette pour eux et tous les visiteurs à shilling que la fontaine d’eau de Cologne ait cesse de couler. Il en est de même des autres fontaines de la galerie du Sud, excepté toutefois celle de M. Rimmel, qui continue à lancer son grêle filet de .vinaigre de toilette aux personnes de toutes les conditions. S. M. a visité ce quar tier mardi dernier, et s’est montrée enchantée des bouquets de Heurs artificielles parfumées, exposés par M. Rimmel.
- Mais le Balais de l’Industrie est si vaste, que les parfums et le vinaigre de toilette de M. Rimmel, ne peuvent tenir lieu de tout autre cordial pour les pèlerins qui s’engagent sous les voûtes de ce labyrinthe.
- Vers les deux heures de l’après-midi, on rencontre sur tous les bancs des familles entières mangeant avec appétit des tartines de beurre que la prudente mère extrait libéralement de son réticule—Je ne sais pourquoi vous appelez cela en français uw ridicule, ce qui ne signifie
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
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- rien, puisqu’il n’y a rien de ridicule dans la précaution maternelle qui se charge de ce fardeau, ni dans le petit filet, réticulum, en quoi consiste ce meuble portatif. Mais en fait d’étymologie bizarre et impossible, vous avez encore choucroute et une foule d’autres locutions que je ne veux pas avoir la pédanterie de corriger.
- Il y a pourtant une petite correction que je me suis permis d’administrer à un Français très-barbu, mais plus ignorant encore, (ceci soit dit sans offenser aucune barbe française bien peignée et dignement portée!)— A ce mot de correction vous froncez le sourcil ; mais attendez la fin : je pense que la correction eût été de votre goût et ' que vous souhaiteriez de la recevoir, même sans l’avoir méritée.
- J’étais dans le salon de la Chinese Home à Albert gâte. Je voulais entendre la fameuse cantatrice chinoise, the small footed lady (la dame au petit pied), dont vous aurez ouï parler sans doute.
- La famille chinoise campée à Londres se compose de deux femmes, deux hommes et deux enfants. La séance s’est ouverte par une chanson vraiment extravagante, chantée par le maître de musique, avec un accompagnement de guitare dont le caractère saillant est de produire des sons faux. Après le Chinois, la Chinoise. Quelque chose de plus extravagant encore. Figurez-vous une voix médiocre, chantant au hasard comme chantent certains aliénés, et un accompagnement de guitare et de flûte, aussi au hasard, comme celui que pommaient faire deux enfants de cinq ans complètement sourds.
- Il y a des gens que cela fait fuir, d’autres que cela fait rire; pour moi j’en ai pris une attaque de nerfs, et mes yeux pleuraient comme si j’eusse mangé une salade au vinaigre de Bully.
- Mais il y a eu quelque chose de plus désopilant que cette musique chinoise ; c’est l’exclamation du Français barbu qui, prenant les paroles des couplets chinois pour de l’anglais, et la musique aussi apparemment, a dit en particulier à sa compagne, assez haut pour que tous ses voisins pussent l’entendre : « Décidément les Anglais sont des barbares en musique et en poésie. C’est du reste ce que j’avais toujours pensé. »
- J’ai gardé le silence et je suis parvenu à garder aussi mon sérieux ; j’ai seulement introduit dans la poche du gentleman étranger un programme et un billet de concert of the Beethoven s quartett Society. Il pourra revenir de son préjugé sur les exécutants de la Grande-Bretagne. Quant à la poésie!... Eh bien, je ne pouvais lui apprendre à lire lord Byron ni Shakespeare dans la langue originale ; mais il en trouvera bien quelque traduction passable à Paris à son retour!
- Encore une petite dissertation musicale, et je passe à un autre refrain.
- Les journaux de Londres, ou ceux qui parlent de Londres, sont tout hérissés de points d’exclamations, arrachés par l’apparition dans le Fidelio, de Beethoven, de MUe Sophie Cruvelli. L’enthousiasme que provoque ici la jeune et brillante cantatrice dépasse tout ce que Paris en ressentit en la voyant dans un unique opéra, Ernani.
- Je dois, à propos de ce début à Londres de la Cruvelli, citer une particularité. Le prince Albert, que la réussite de la grande exposition pa-tronée par lui en dehors des initiatives gouvernementales, a mis plus que jamais en haute faveur dans l’opinion, avait exprimé le désir de réentendre le Fidelio de Beethoven. C’était la compagnie rivale de Covent-Garden qui devait remettre en scène cet opéra disparu. Ai. Lumley va trouver la Cruvelli : Vous sentez-vous de taille à me chanter cela d’ici huit jours ? — Mais je n’en sais pas la première note! — Raison de plus... vous avez huit jours ! —C’est vrai... je chanterai dans huit jours!
- si bien que M. Lumley remuant ciel et terre... de théâtre, parvint à donner l’opéra désiré le mardi, tandis;quejCovent-Garden en était encore à se demander s’il serait prêt le jeudi! Tout Londres accourut, Reine et prince Albert en tète. Covent-Garden ne se console pas, et la Cruvelli a rendu le rôle de Fidelio bien difficile à la maturité de la Grisi.
- A oila ce que je puis vous dire de plus flatteur sur le talent de la virtuose. Est-ce assez ? serait-ce trop.? — • Enfin, c’est mon avis, comme l'impression générale.
- . ^ais nous aimons et comprenons la musique. \oici un fuit qui } rouve notre amour vé-
- ritable pour le jeu d’échecs. Vers la fin de 18A8, le capitaine Thomas, qui avait commencé, depuis six mois, une grande partie d’échecs au club royal de Londres avec M. Williamson, reçut l’ordre de partir pour le cap de Bonne-Espérance, où se trouvait son régiment. Les deux adversaires convinrent en se quittant, qu’ils termineraient par correspondance leur partie. Ils firent ainsi plusieurs coups ; mais le capitaine Thomas, blessé grièvement dans une rencontre contre les Cafres, est mort deux mois après sa blessure, à l’hôpital militaire de Cape-Town.
- Avant de mourir, il a rédigé un mémoire dans lequel, combinant tous les coups probables ou possibles de son adversaire, il terminait la partie commencée, et il a, par son testament, chargé un de ses collègues du club royal de le remplacer et de jouer d’après ces prescriptions. M. Williamson a loyalement accepté ces conditions, et après une lutte, qui a duré trois mois, entre lui et l’exécuteur testamentaire du capitaine Thomas, et qui a passionné tous les amateurs de Londres, ce dernier a été déclaré vainqueur.
- Le temps presse et m’empêche de ménager des transitions. J’aurai à vous raconter dans ma prochaine lettre le banquet de Mansion-House. Aujourd’hui, deux mots sur la fête de notre gracieuse souveraine, célébrée samedi dernier.
- A côté des salves et des cérémonies traditionnelles de la fête- de la Reine, le chevalier Le-molt a eu l’attention flatteuse et pour l’industrie moderne à laquelle nous devons de si in-ingénièux électrophores, et pour l’auguste et libérale princesse qui en était l’objet,—d’illuminer son balcon, à Caven iish-Square, avec de la lumière électrique produite par une batterie d’une puissance redoutable et de son invention.
- A ce même propos, la fête de Victoria, une grande revue a été passée le 30 mai, au parc de Saint-James, par le prince Albert, accompagné de Mgr le duc de Wellington, dè S. A. R. le duc de Saxe-Cobourg et d’autres illustres étrangers. Le 2e régiment des Life-Guards, les 2e et 3e bataillons des grenadiers de la garde et le 2e bataillon des Coldstream et des fusiliers de la garde s’étaient rendus dans ce parc. La beauté du temps avait attiré une" foule immense^le parc renfermait un public choisi, admisseulement avec des billets, et les toits des bâtiments voisins étaient littéralement couverts de curieux. Les plus chaleureux applaudissements ont salué le prince et son noble état-major.
- Le même jour, S. M. la Reine et le prince Albert ont visité les produits de la Suisse et témoigné à M. Patek leur admiration pour une collection aussi magnifique. M. ' Patek est l’habile horloger qui a fabriqué la belle montre offerte, il y a quelques années, par les émigrés polonais à lord Dudley-Stuart, et qui a été admirée par toute la Cour.
- Le Wurtemberg et Saxe-Meningen se sont chargés d’égayer les visiteurs de l’Exposition en envoyant, celui-ci un lustre philharmonique chargé de vingt caricatures admirablement exécutés par C. Sachsenwager, et représentant l’orchestre de Jullien ; celui-là les charmants groupes d’animaux empaillés, par Ploucquet, de Stuttgardt.
- Je vous ai dit que les écoles étaient admises à visiter le Cristal. C’est un spectacle curieux et touchant que de voir pénétrer dans ce sanctuaire de la civilisation les générations destinées à la porter plus loin que nous. Ces longues files de jeunes garçons et de jeunes filles s’avancent avec lenteur, et la foule des adultes s’écarte avec une sorte de respect pour les laisser passer. Chacun s’empresse de fournir à la jeunesse les explications qu’elle réclame, et l’admiration des enfants donne je ne sais quelle consécration religieuse à la splendeur de nos arts et de nos industries.
- Mais décidément, si vous le permettez, je ne ferai point à mes habitudes l’infraction de passer ici la soirée. Il y a, voyez-vous, Messieims les Parisiens, qui allez vous reposer de vos travaux du jour dans le compartiment étroit d’un théâtre infect, et qui avez le courage de vous en trouver bien, il y a ici, autour de Londres, la ville fumeuse et carbonique, j’en conviens, une autre ville de Londres, celle des cottages, riante et verte ceinture de plusieurs milles de largeur, où les maisons blanches ont leurs fenêtres encadrées de feuillages grimpants et de fleurs. On y voit en
- passant, attablée auprès de la croisée, toute une famille qui prend le thé, la mère et les jeunes filles blondes, et le bonheur domestique, le premier et le plus nécessaire, croyez-moi ! Le Cristal Palace passera ; mais les mœurs britanniques, le goût si moral de la villégiature, que satisfont chez nous les particuliers les plus ancrés dans la cité par leurs affaires, dès que l’heure du repos a sonné, voilà qui ne passera jamais, et voilà qui conserve à nôtre nation, autant et peut-être plus que les institutions qui la régissent, cette sûreté et cette pacificité d’esprit et de cœur à laquelle l’Angleterre doit de ne point ressentir le contrecoup de vos révolutions. - Cela dit en passant, non pour blesser vos susceptibilités, mais pour vous porter par la douce contagion de l’exemple à partager les mêmes biens, à jouir des mêmes avantages.
- f ous le pouvez : qu’y a-t-il au monde de plus riant que les campagnes de la France, et qu’est-ce que Buques, Morfontaine et Sceaux auraient à envier à nos prairies, si l’on y trouvait moins de cabarets et plus de cottages; moins de discoureurs d’estaminet et plus de pères de famille installés à l’ombre, riches ou pauvres, et partageant, par plaisir et par besoin, leurs jours de fête entre la salubre nature et les innocentes causeries de leurs enfants!
- Que voulez-vous? je suis perruque, ce qu’il faut l’être pour croire que c’est encore là le dernier mot de la civilisation !..
- Agréez, etc. w. sherhux.
- CHRONIQUE DE L’EXPOSITION UNIVERSELLE.
- S. M. la reine et le prince Albert, accompagnés du prince et de la princesse de Prusse, sont arrivés au Palais de l’Exposition, hier à 9 heures, et se sont rendus aussitôt dans la galerie supérieure du transept, qui renferme les poteries du Staf-fordshire ; après en avoir examiné avec soin les différents produits, la royale compagnie s’est plue à demeurer dans la galerie pour assister au spectacle de l’arrivée de la foule. S. M. prend le plus grand intérêt à connaître les impressions du public relativement à l’Exposition, et il parait qu’elle a été particulièrement satisfaite de voir la manière intelligente dont la foule se distribuait dans les diverses parties du Palais de Cristal ; elle a remarqué la division qui se manifestait dans les flots du peuple immédiatement après l’entrée, chaque groupe se dirigeant immédiatement, et sans hésiter, vers le quartier qu’il avait résolu de visiter.
- *** Dès qu’on sut que la reine avait manifesté l’intention d’assister au banquet qui doit avoir lieu à Guildhali, en l’honneur de l’Exposition de toutes les nations, il s’est formé un comité d’al-dermen et de conseillers pour diriger sur une grande échelle les préparatifs de cette fête, qui dépassera ce qu’on a encore vu dans ce genre, et donnera aux étrangers une preuve de la richesse et de la libéralité de la plus grande ville du monde. On annonce que près de 2,000 personnes pourront y assister.
- *** Le bel effet produit dans le quartier français de l’Exposition par la suspension de drapeaux dans les galeries faisant face à la grande nef a suggéré aux commissaires royaux l’idée d’une décoration semblable dans la partie anglaise. Ils ont proposé que chaque ville envoyât une bannière à ses armes, dont le prix ne soit pas trop élevé, mais assez belle pour mériter d’être conservée à la maison de ville ou tout autre lieu public, en mémoire du grand événement industriel. Manchester, Birmingham, Leeds, Bradford et Iluddenfeld ont déjà commandé les leurs, qui seront de soie et auront G pieds 3 pouces de long sur h pieds 6 pouces de large, et seront attachées à une hampe bleue, armée d’une lance d’or. Les armes seront représentées des deux côtés.
- *** La reine a acheté à M. Lemonnier, de Paris, un diadème de magnifiques saphirs et une broche consistant en deux énormes rubis entourés de diamants.
- ...h;. On lit dans le Morning-Herald du A juin:
- « AI. Adolphe Thiers. qui est en visite chez le très-honorable E. Ellice, membre du parlement en son hôtel d’Arlington-street. doit partir à fin de la semaine pour le confinent, ifex-minisfre va \a fous les jours à l'Exposition. »
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
- LES ÉCONOMISTES FRANÇAIS A LONDRES. lettres de m. blanqui sur l’exposition universelle.
- VI.
- Monsieur , je ne puijs m’empêcher de ramener vos lecteurs à l’Exposition des produits de Y Inde britannique. C’est tout un monde industriel nouveau pour nous, parson antiquité même , qui remonte aux temps héroïques , et par son caractère d’originalité à nul autre semblable. La Compagnie des Indes a dépensé plus de deux millions de francs pour paraître dignement à cette grande fédération des nations. Elle a voulu que son empire de cent cinquante millions de sujets fût dignement représenté, et elle y a parfaitement réussi. Depuis le commencement de l’Exposition, nous voyons tous lesjours apparaître des produits nouveaux, plus admirables les uns que les autres, et qui attirent au plus haut degré l’attention des visiteurs.
- L’art indien mérite, en effet, cette préférence : il ne ressemble à aucun autre. Il n’a point la bizarrerie du goût chinois, ni la régularité grecque et romaine, ni la vulgarité .moderne; c’est un art à part, conséquent avec lui-même, plus sobre qu’on ne pense jusque 'dans ses écarts, et qui semble n’avoir jamais varié ni emprunté quelque chose à autrui. Dans la céramique, il est plein de grâce et de simplicité. Les courbes sont d’une nature ondulée, souple et flexible, comme les allures du serpent; aussi riches et aussi variées dans la poterie grossière que dans la poterie fine. On en compte des milliers de modèles, qui ne sauraient manquer d’être imités en France, car nos fabricants ont sous les yeux ’lnde entière.
- Evidemment, l’art de tisser les étoffes est arrivé, dans ce pays,- à un état fort avancé. Sans parler des châles de Cachemire, qui sont devenus les types du genre, tout ce que la Compagnie des Indes a exposé semble une collection de chefs-d’œuvre. Mousselines brodées d’or, fichus diaprés de mille couleurs, écharpes éclatantes du goût le plus exquis, tapis de table émaillés de fleurs, tissus de toute espèce niellés de vert émeraude, selles, manteaux, étoffes pour tentures, mouchoirs d’odalisques à petits carreaux d’un rouge tendre, quadrillés d’argent, toutes les nuances que la nature a prodiguées aux ailes des papillons |se retrouvent dans cette collection indienne, qu’une compagnie aussi puissante quecelle des Indes pouvait seule réunir par ses ordres souverains. L’Orient tout entier est accouru à sa voix.
- Rien n’y manque. Toutes les professions du pays figurent sous la forme des gens qui les exercent.
- Pauvres gens ! vêtus du climat, nourris d’un peu de riz, logés habituellement sous la voûte des cieux ou des arbres, payés Dieu sait comment ! Nous les voyons dans leurs attitudes de labeur, leur s outils àla main, leur petits métiers de -vant !eux : ils vi-vent réellement sous les yeux. La Compagnie des Indes n’a pas même oublié des instruments de musique qui les charment et qui me font peur. Venez voir cela, mon cher Auber; vous trouverez peut-être quelques nouveaux moyens d’acoustique dans cette espèce de cymbale à vingt disques enfilés par lemilieu, autour d’un grand cercle d’un mètre de diamètre ; dans ces petits tamtams aigres-doux qui passent si vivement du plaisant au sévère, et dans ces mandolines primitives à cordes de cuivre doré.
- Voici les selles d’éléphants, les attelages d’hommes, les palanquins pour vous porter. Toute cette étrange civilisation s’explique à merveille par ses œuvres. Luxe et indigence la résument en deux mots.
- C’est ici, Monsieur, qu’il faut étudier l’histoire de l’Inde ancienne et moderne. Elle se complète par le tableau de tous les arts utiles, et le monde oriental y semble vivre de sa vie usuelle, si étrange, si lourde et si monotone. Je ne vous parle pas des diamants, devant les quels la foule des visiteurs est en extase; je vous laisse à penser le cas qu’on peut faire des commissaires-priseurs du fameux Goidnor, qui raisonnent ainsi : « Le diamant a coûté 1 million il y a tant d’années ; si cette somme avait été accumulée avec les intérêts , elle représenterait aujourd’hui 50 millions. Donc le diamant vaut 50 millions. » Nous n’admettons ni cette arithmétique, ni cette économie politique. Les diamants m’ont joujours paru la chose la plus
- folle et la plus inutile, quoique le femmes, dit-on , les recherchent comme l’ornement suprême; pour moi, je préfère l’aphorisme espagnol : A la jeunesse les amours, à la viellesse les respects. C’est moins cher.
- J’insiste beaucoup sur le mérite particulier de la collection indobritannique. Elle a produit une grande sensation sur tous les in industriels, et elle mérite la plus sérieuse attention à l’époque de transition où nous som- mes. L’intérêt qu’elle excite augmente chaque jour, à la vue des merveilles qui sont comme une véritable révélation de cet art antique et original. Il est à craindre, toutefois, que notre industrie ne puisse pas profiter des échantillons que la Compagnie des Indes a réunis, car on ne trouve nulle part à se les procurer.
- Je n’en dirai pas autant de la Chine. La Chine est plus connue et moins digne d’être imitée. Son goût bizarre et fantastique ne mérite pas autant d’estime et d’attention que le génie industriel des Indiens; mais jamais peut-être elle n’avait paru sous un aspect plusflatteur qu’à cette Exposition. Les hommes compétents ont été surtout frappés de l’abondance de ses matières premières et particulièrement de la beauté de ses soies. Elles y brillent, par masses, d’un éclat spécial qui n’a d’égal que le succès de ses châles de crêpe brodés, de ses poteries classiques et de ses merveilleux ouvrages d’ivoire, de corne et de marquetterie. Au demeurant, le peuple chinois est un peuple d’une industrie très-avancée, quoique opiniâtre et presque immobile. Tout ce qu’il a date de loin, et il avait ce que nous avons longtemps avant que nous en eussions fait la conquête. Il avait inventé la poudre avant nous; il connaissait la boussole avant que nous l’eussions découverte, et nous avons vu à Londres des produits dont la fabrication remonte à 1753 ans avant Jésus-Christ, c’est-à-dire à plus de 3,500 ans, et qui sont remarquables par leur excellente exécution.
- Les Anglais ne pouvaient manquer de nous offrir plusieurs riches collections de thé, et il y en a de fort belles à l’Exposition. Mais cet article présente aux Anglais seuls un intérêt sérieux. Eux seuls peuvent trouver du charme aux innombrables variétés de thés verts et noirs, dont la préparation est encore un mystère, malgré toutes les-monographies publiées sur cette substance alimentaire. On en compte plus de cinquante sortes, toutes aussi différentes les unes des autres que le blé est différent de l’avoine,et chaque jour en fait connaître de nouvelles. Le thé Capet, l’Orange-Pekoe, le thé Yulan, le Chalan, le thé Assam, le Congo, le Pouchong, le thé Padre, celui des jésuites, et une foule d’autres thés verts, noirs, gris, argentés, orangés, se disputent la faveur de la consommation, qui ne s’élève pas à moins de 3 ou 400 millions de francs par année. Les excellents Chinois reçoivent en échange de leur breuvage salubre les caisses d’opium que vous savez.
- L’Exposition universelle eût manqué de couleur locale, si le département de Chine n’avait pas exhibé aussi quelques Chinois. Il y en a quelques-uns de fort laids et de fort mélancoliques dans la galerie consacrée aux produits de leur pays. On les
- 7,—COITE D’IVOIRE, PAH M. HENRI IIEMPHILL, DE CLONMEL
- 8.—THEIERE, SUCRIER, BROCS A LAIT iT A ClUh'E (I ' forme et décor plrmiffprl nimit 4 tir ,• ,
- UBLOl eilclllfeei), UUC1IE A EAU (SI raie) a LISAGE DE LA TURQUIE. PAR VrEEUAVOOD.—{SALON ANGLAIS J
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- reconnaît aisément à leur costume pittoresque, à leurs petits chapeaux en entonnoirs évasés, dessous lesquels pend une longue queue tressée qui traîne jusqu’à terre, à leurs pommettes saillantes, à leurs yeux en amande et obliques, à leurs souliers étranges rehaussés d’une semelle épaisse et bombée. On montre aussi dans les environs du Palais de Cristal une Chinoise, qui passe pour maîtresse de musique, et qui attire un très-grand nombre de curieux, jaloux de voix ses petits pieds, très-singuliers, en vérité. Les Chinois sont représentés, en outre, depuis iong-
- “ tonneaux, ancrée dans la Tamise, et
- en outre, depuis long'
- temps, par une jonque de cinq ou six cents qui n’a pas effectué sans péril le trajet de Canton à Londres Quiconque veut don c étudier la Chine de près, sans fatigue et presque sans dépense, n’a qu’à faire aujourd’hui le voyage de Londres, et ses vœux seront accomplis. Il y joindra le voyage de l’Inde et bien d’autres , tous également fructueux. Nos industriels commencent à se ressentir de celui qu’ils ont fait pour eux-mêmes. Un grand nombre d’objets exposés sont déjà placés avec avantage. Le magnifique buffet de M. Fourdinois a été vendu avant-hier, à ce qu’on m’assure, trente mille francs. Je pourrais vous citer un de nos fabricants de bronze qui a reçu jusqu’à quatre commandes d’un groupe de fantaisie, dont le dessin est dû à l’un de nos plus habiles artistes; mais, par compensation, je rencontre tous les jours, parmi les produits anglais, des œuvres exécutées par des ouvriers français, que la détresse de 1848 a forcés de venir chercher fortune en Angleterre.
- Cette révolution aura été pour beaucoup d’entre eux une seconde édition de la révocation de l’Edit de Nantes.
- Je compte vous entretenir, dans ma prochaine lettre, de deux pays qui sortent de leurs ruines, aux deux extrémités de l’Europe, avec un égal éclat, l’Espagne et la Turquie. En attendant, je dois vous, instruire sommairement du mouvement d’idées qui se manifeste de plus en plus autour de l’Exposition. Les résultats dépassent toutes les espérances. Les recettes fabuleuses que Ton fait tous les jours (1) auront bientôt couvert toutes les dépenses, sans que la c.u-rosité paraisse s’épuiser. On voit exhiber sans cesse de nouveaux produits dans tous les compartiments de l’édifice. La ville de Lyon achève d’étaler ses magnifiques soieries dans toute leur splendeur. La Turquie a improvisé, depuis quarante-huit heures, un véritable musée, remarquable par la distinction des articles et par leur distribution à la manière des bazars de Constantinople. Partout, en un mot, régnent la vie et l’activité.
- Mardi prochain doit commencer l’admission du public à raison de 1 shilling par jour. Ce sera une véritable inondation, car la foule est déjà si grande en ce moment, où les billets coûtent six francs, que la circulation devient assez difficile vers cinq heures du soir. De quelque côté qu’on se tourne, on est captivé par mille objets intéressants, importants, saisissants.
- Il faut se créer une méthode particulière d’observation, une division systématique du travail, sous peine d’être absorbé par l’ensemble. L’ordre le plus
- parfait règne d’ailleurs par toct, dans ce pays où la loi se fait respecter sans distinction de rangs.
- VII.
- Arrêtons-nous aujourd’hui , Monsieur, en Espagne et en Turquie, aux deux extrémités de l’Europe, qui se touchent à l’Exposition, et qui se ressemblent par leur mouvement ascendant très-prononcé depuis quelques années.
- La Turquie et l’Espagne ne sont pas, comme on le croit communément, des pays usés ; ce sont des pays vierges. Le véritable esprit de progrès y prospère beau coup plus réellement qu’en d’autres lieux qui passent pour être des foyers de lumière, et qui propagent parfois l’incendie plutôt que la civilisation. J’ai visité l’Espagne et la Turquie, il y a peu d’années : je retrouve ici ces deux nations plus avancées que jamais dans la voie qui commençait à s’ouvrir devant elles, et leurs produits méritent une attention sérieuse, même à côté de ceux des grandes régions industrielles qui absorbent en ce moment l’admiration du monde.
- L’Espagne a été pendant longtemps une brillante arène où les arts manufacturiers ont brillé d’un éclat qui cherche à renaître. Ses fabriques d’armes, de papiers, de soieries, de draps, d’orfèvrerie, de tapis, ont occupé un rang honorable en Europe. Sa typographie a vu de beaux jours. Ses ouvriers ont eu un mérite rare, celui d’être originaux , sans tomber dans le faux goût qui a infesté un instant
- Leur exposition, à Londres, n’est pas très-abondante. Us se sont montrés presque aussi indifférents ici qu’ils le sont habituellement dans leurs expositions nationales, où ils ont toujours figuré en petit nombre, soit que ces fêtes nouvelles du monde matériel excitent moins leur enthousiasme que celles qu’ils avaient coutume de célébrer dans leurs temples, soit que la distance les ait effrayés, à cause.du mauvais état de leurs routes. J’ai déjà dit qu’ils avaient envoyé plus de matières premières que de produits fabriqués : j’y persiste et j’ajoute qu ils ont bien fait. L Espagne est surtout un pays riche en produits naturels, et je ne crois pas lui faire iniure en affirmant que ses vins, ses huiles, ses soies, ses marbres, ses métaux, lui J feront plus longtemps honneur et profit que ses draps
- et que ses cotonnades. Mais on ne doit pas moins honorer les efforts qu’elle tente pour entrer dans la voie du travail manufacturier , au moment le plus vif de la lutte qui s’est établie entre les nations européennes.
- Les produits qu’elle expose sont de très-bonne qualité. On a particulièrement remarqué des draps bleus et noirs, les noirs surtout, qui sont fabriqués avec les meilleures laines du pays, et qui peuvent soutenir la comparaison avec les qualités correspondantes dans les ateliers étrangers. Les soieriês de Valence ont aussi maintenu leur bonne réputation, mais elles laissent beaucoup à désirer pour l’apprêt, pour le dessin et même pour les nuances.. Un essai .de dentelle noire brodée en couleur a été moins heureux : peut-être est-ce une innovation appelée à obtenir quelque succès dans les colonies. De beaux et bons échantillons de toiles à voiles et de câbles témoignent aussi de la reprise de l’industrie des tissus de fil, qui possède de grands éléments d’avenir dans cette contrée.
- Les Espagnols ont exposé peu d’armes, mais de leur fabrique de Tolède, le pays, des bonnes dagues et des épées flexibles qui entrent dans le corps avec la souplesse des reptiles. Quelques nécessaires de pistolets et deux canons, l’un en bronze, l’autre en fer battu, celui-ci, dit-on, forgé à coups de marteau par les carlistes pendant la guerre civile, complètent leur collection d’armes, qui suffit à prouver de quoi ils sont capables en cegenre. Fasse le ciel qu’ils aient à employer leur fer à autre chose ! Ce fer est vraiment excellent et peut aller de pair avec le fer de Suède. On remarque aussi à l’exposition espagnole de forts beaux échantillons de leurs peaux de chevreau pour gants, que je considère comme les plus souples de la terre et les plus dignes de protéger des mains de femme. Que n’y a-t-il aussi dans la galerie espagnole quelques-unes de leurs admirables femmes, de celles qui excitent l’enthousiasme des grandes choses ! Les belles visiteuses du Nord sont si froides, si compassées ! Elles ont l’air de sortir d’un prêche presbytérien.
- Pardonnez-moi cette digression, Monsieur, car les femmes sont ici en majorité, et l’on croirait vraiment que c’est par pure galanterie pour elles que les Anglais ont organisé l’Exposition. Elles sont infatigables. Elles mangent comme des ogres, à tous les buffets. La détestable mode de la crinoline et même des paniers, qui s’est emparée d’ellés, leur donne un volume vraiment fantastique qui diminue chaque jour l’espace resté libre pour la circulation. Nos malheureuses étoiles ont fort à faire pour n’être pas entraînées dans l’orbite de ces immenses planètes, qui se pressent comme les soleils lointains, froids et inconnus de l’astronomie, dans le monde de l’Exposition. C’est même quelque chose d’étrange et de curieux à voir que cette exposition dans l’Exposition : mais celle-là prouve du moins qu’ici
- les femmes prennent , par leur instruction, une part véritable aux progrès de l’industrie , et qu’elles s’occupent sérieusement des intérêts et des travaux de leursmaris.
- Aussi les voyons-nous empressées comme des industriels ou des savants autour des matières premières rangées avec beaucoup d’ordre et de simplicité dans la galerie espagnole. Elles admirent les laines de l’Estramadure, les soies de Valence, les minerais de plomb, les marbres et surtout les fruits confits de Malaga. Cette collection est de toute beauté. C’est par sa richesse minérale inépuisable que l’Espagne refera sa fortune. Elle trouvera dans ses propres entrailles de quoi nourrir ses enfants. La richesse minérale est aujourd’hui le point dedépart de toutes les autres. Quand on a le fer, le plomb, le soufre, le mpreure, et même, si j’en juge par de fort beaux échantillons envoyés de la Galice, — quand on a l’étain et le cuivre, on possède les bases essentielles de toutes les fabrications. Je souhaite à la glorieuse Espagne de ne pas chercher ailleurs, au détriment de sa fortune naturelle, une fortune artificielle fondée sur des tarifs se
- 10.—CII1MINÉE DE FONTE I)E FER, PAR J -P. YAl'DBE
- leur littérature. Us ont emprunté aux traditions arabes une foule de procédés utiles et de formes charmantes, qu’ils ont appropriées avec sobriété et avec intelligence aux besoins de leur temps. Us n’ont jamais été plats et vulgaires, même alors que la flamme de leur génie semblait s’éteindre sous la passion du fanatisme. Ils sont tombés avec fierté.ou avec tristesse, comme tombent des Castillans, toujours prêts à se relever, et toujours dignes de respect.
- (1) Celle tlhier a dépassé 100,000 francs.
- des prohibitions qui ne lui donneraient pas des manufactures et qui lui rendraient la contrebande, sans parler du paupérisme industriel avec toutes ses conséquences.
- On peut donc former le même vœu pour la Turquie. Ella aspire aujourd’hui, avec beaucoup d’honneur pour elle, à compter parmi les nations civilisées. Le jeune sultan essaie loyalement de marcher sur les traces de son père; et il a trouvé dans Rechid-Pacha un'conseiller éclairé et un auxiliaire résolu. C’est certainement à leur puissante intervention qu’il faut attribuer le succès obtenu par l’exhibition turque. Elle est vraiment remarquable, et même, après avoir visité les bazars fameux
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- d’Àndrinople, de Constantinople et de Smyrne, je ne me serais pas attendu à trouver tant de diversité, de richesse et de goûtdans les articles qui ont été envoyésdu Levant. Je salue, en passant, la petite exposition grecque, où nous avons retrouvé les marbres classiques de Paros et le miel du Mont-IIymète. La postérité d’Homère et de Périclès a cultivé, depuis, les raisins de Corinthe, et elle exploite auiourd’hui les éponges etl’ecwwie de mer, qui sert, pardonnez-leur, ô dieux immortels, à faire des pipes! Pour moi, je voue tous les fumeurs aux dieux inferhaux.
- La Grèce a envoyé quelques beaux marbres noirs et des garances qui valent bien celles de Chypre. Los noix de galle, la gaude, deviendront bientôt des éléments de richesse pour ce pays ami de la France, qui a toujours eu nos sympathies et dont le réveil a contribué peut-être à celui de ses anciens maîtres.
- Je commence par avouer, en vous rendant compte de l’exposition turque, que j’ai été fort étonné de n’y trouver que des tapis vulgaires, solides comme ils les font tous et presque inaltérables ; mais le choix en est malheureux. Les tapis turcs sont peut-être les produits les plus susceptibles d’échange qui viennent de ce pays, et l’on n’aurait dû n’exposer que les plus distingués par le dessin et parla couleur. J’ai besoin dcfdire qu’ils paient à leur entrée en France des droits exorbitants, et que sans cette protection abusive, il y a longtemps que notre pays aurait pris l’habitude de ces précieux tissus, dont la consommation est presque nulle et devrait être immense. Nos compatriotes peuvent s’assurer par eux-mêmes, en Angleterre, qu’il n’est pas de lieu si secret où la propreté ne soit défendue par des tapis. C’est l’importation des châles de cachemire qui a fait la fortune des châles français; c’est l’importation des ta,pis turcs qui décidera parmi nous la consommation des ta-pis français.
- Les Turcs ont disposé leur exposition avec beaucoup d’art. Elle ressemble à un joli bazar, plus clair et plus coquet que ne sont les leurs, où les marchandises sont étalées à la manière orientale. Je ne parlerai pas de quelques essais de toiles- peintes qu’il ne faut pas encourager, car ils sont affreux et impardonnables, en raison de l’état avancé de cette industrie dans les pays les moins industrieux : mais leurs soieries légères , leurs étoffes brochées d’or, méritent l’attention, même auprès des produits analogues de l’Inde britannique. Les Turcs feront beaucoup mieux de se livrer à la production des matières premières, et surtout des matières tinctoriales. Leurs soies de Brousse ont de la réputation : leurs garances, leurs kermès, leurs sésames, leur riz, leur opium, leurs cuivres, leurs peaux deviendront de jour en jour des articles plus demandés, dont l’industrie européenne ne peut so passer. Il est utile pour eux comme pour nous de leur dire qu’ils feraient fausse route en négligeant leurs productions naturelles, d’un débit assuré, en vue d’un progrès manufacturier plus que douteux.
- Voilà ce que l’Exposition universelle apprendra à Lien des gens. Elle arrêtera les capitaux prêts à se précipiter vers les utopies industrielles, pour les diriger sur le terrain plus solide de l’agriculture et des matières premières. Si nous voulions tout fabriquer toute chose à tout prix, nous courrions le danger de manquer des matières les plus indispensables à la production, et de périr ou par l’insuffisance ou par l’encombremeut. Les Anglais sont aujourd’hui plus dépendants du coton des Américains que de leur propre fer. T,c fait caractéristique de la civilisation, c’est l’accroissement de cette dépendance mutuelle des peuples, qui est la garantie la plus solide de la paix. Les Turcs pourront juger par les besoins que l’Exposition leur aura révélés, de la direction qu’ils doivent donner à leurs travaux renaissants. Il suffit que cette Exposition les ait, pour me servir d’un terme vulgaire, lancés, pour qu’ils ne s’arrêtent plus.
- En vous envoyant aujourd’hui le résultat de mes études sur l’Espagne et la Turquie, je crois devoir ajouter quelques mots sur l’état de l’esprit public, tel qu’il se révèle chaque jour au contact de tant d’opinions éclairées. Toutes nos inquiétudes se dissipent, quant au résultat définitif de l’Exposition ; et quoiqu’il puisse paraître prématuré d’exprimer à ce sujet une opinion arrêtée, j’ose affirmer ici, sans crainte d’être démenti par l’événement, que la France sera jugée toujours digne d’clle-même. Je n’ai jamais douté de cette victoire, même après un examen rapide et superficiel ; qu’il me soit donc permis de dire, après trois semaines d’exploration continuelle, en compagnie des hommes les plus compétents de l’Europe entière, que plus on se livre à l’étude de ce sujet immense et difficile, plus on acquiert la conviction que notre pays a eu raison d’accourir à la lutte, et qu’il en sortira couvert d’une gloire nouvelle.
- a. m.ANqui, de VInstitut.
- COU; B IEB I)E 1>A BIS
- juin l'-'ôl.
- A la santé de Sa Seigneurie le lord maire de Londres et a celle de ses convives de Mansion-no use. les confédéré* industriels des quatre parties dit monde '.
- •le ne serai pas à votre banquet du h juin, Mes-
- LE PALAIS DE CRISTAL.
- sieurs, et je vous envoie mon toast d’avance. Il n’en sera pas moins cordial, croyez-le bien. C’est le toast de la presse pacifique, impartiale par excellence, c’est-à-dire non politique. En matière de nationalité en temps de guerre, nous sommes vos ennemis, Messieurs de la Grande-Bretagne,et vous avez toujours été beaucoup trop les nôtres. Mais nos mains s’unissent volontiers pendant les trêves. Assiégés et assiégeants fument ensemble et boivent à la santé les uns des autres, quand ils ne sont ni de garde ni de tranchée. Cela s’est vu et se verra tant que la civilisation debout sera en marche. Aujourd’hui c’est un concours industriel qui nous; rassemble : buvons à l’industrie et à ses pacifiques victoires !—A votre santé, Messieurs !
- Pour juger des progrès de l’Occident, que pourrait-on faire de mieux que de comparer le à juin d’il y a un siècle, deux siècles et plus, avec celui que nous célébrons? A quoi songeait l’humanité dans ce temps-là? Quelle était la grande affaire du moment? L’industrie et lacivi lisation y ont-elles gagné quelque chose ? Question qui ne saurait paraître oiseuse ni intempestive à personne. L’histoire est pleine d’enseignements et de leçons.
- Le A juin, il y a 106 ans, le grand Frédéric remportait sur les Autrichiens une grande bataille, la bataille de Friedberg. Singulier nom pour une sanglante journée! Friedberg signifie montagne de la paix.
- Uné victoire de la Prusse naissante, et contestée comme un bâtard venu au monde pendant la guerre, une victoire de la Prusse sur l’Autriche, samaràtreet son ennemie, c’était bien une conquête dont la paix européenne devait profiter et dont la civilisation et l’industrie devaient se réjouir un jour ; car ces merveilles industrielles venues de Berlin, ees belles statues, ces broderies splendides, auraient-elles jamais été conçues ni exécutées si la nationalité prussienne n’avait été fondée, et comme aguerrie aux labeurs de toutes sortes, par des guerres opiniâtres, poussées avec une activité infatigable par ce prince guerrier qui couchait, en campagne, sur une botte de paille, sa main sur son épée- et son tricorne sur les yeux. Les victoires de Frédéric IIet de Pierre-le-Grand ont fondé des États; le sang versé par eux a fécondé les sillons ; l’industrie et la civilisation leur doivent des temples. Que n’en peut-on dire autant de toutes les gloires militaires? Napoléon et Charles XII furent des héros; mais l’industrie et la civilisation ne sauraient boire à leurs épées comme à celles des deux autres ! Est-ce par de semblables comparaisons que l’Angleterre a appris à faire suivre de vaisseaux marchands ses paquebots de guerre; à emmagani-ser des denrées et des pacotilles jusque dans les affûts de ses canons ? — Peu importe en ce moment le génie guerrier de ses amiraux. C’est au génie industriel et commercial de l’Angleterre que nous buvons, sans jalousie et sans arrière-pensée. — A votre santé donc, Messieurs !
- Le A juin encore, il y a 2A2 ans, le roi de France Henri IV rendait un édit qui condamnait à mort, oui à mort, les banqueroutiers frauduleux et convaincus de l’être : sévère loi, tribunal d’honneur ! Nos lois d’aujourd’hui sont moins sévères. Et pourtant, quel tort irréparable fait à l’industrie, quelle entrave au libre échange des capitaux et du travail, c’est-à-dire des richesses de toutes sortes entre les hommes qui les possèdent ou qui les produisent, — que la banqueroute frauduleuse ! Qn condamine à mort le meurtrier et le déserteur. Le bon roi fit-il si mal de condamner à mort les déserteurs de la probité commerciale et les meurtriers du crédit ?
- Au nom du crédit et de la prospérité commerciale, buvons, Messieurs, au souvenir d’Henri IV!
- Ln A juin encore, il y a 602 ans, saint Louis abordait à Damiette, défaisait les Sarrasins et prenait la ville. Qu’allait faire le roi de France sur ces ri\âges ? Voltaire a tourné en dérision les croisades. Plus éclairé et plus impartiaux que Voltaire, ne savons-nous pas aujourd’hui, Messieurs, ce que l’Europe occidentale a gagné intellectuellement et matériellement aux croisades? Est-ce que les produits de l’industrie turque et égyptienne tiendraient une place dans votre Palais de Cristal, si ces guerres étranges, entreprises pour la conquête d'une Tombe, n’avaient fait naître des rapports inespérés entre deux ci-
- vilisations réputées incompatibles, celle du Croissant et celle de la Croix, si, et des faisceaux d’armes de ces conquêtes, la Providence ne s’était plue à former le berceau de notre civilisation ? — Un toast aux croisades civilisatrices, aux étoffes de soie, aux cachemires, aux roses de Provins, aux fruits savoureux importés chez nous de l’Orient !
- Buvons encore à un A juin, le A juin 1629 ! Ce jour-là Bichelieu posa la première pierre de ce Palais-Cardinal, appelé depuis Palais-Royal, Palais-Égalité, Palais-National, et qpi est aujourd’hui— avant tout — le Palais de l’Industrie. N’est-ce pas là, en effet, Messieurs, que vous venez avec nous, depuis un siècle bientôt, admirer les produits de l’industrie française, et surtout de cette branche particulière de nos manufactures que la langue commerciale désigne sous le nom d'articles de Paris? Gants, orfèvrerie , horlogerie, bronzes d’art, armes de luxe, parfums délicieux, Leroi, Naquet, Lahoche et Lepage, — que de merveilles réunies autour du vieux Palais Cardinal et sous ses arcades ! Le daguerréotype de Sabatier y a, — pour couronner l’œuvre, — élu domicile. Sans rancune pour la prise de la Rochelle, buvons ensemble à la mémoire de Richelieu, messieurs les Anglais !
- Cela dit, et ce dernier toast porté, je laisse à notre spirituel correspondant de Londres, celui qui signe du nom de Shéridan des lettres déjà remarquées et appréciées, le soin de raconter le banquet de Mansion-I-Iouse, et d’inscrire le A juin 1851 au tableau des éphémérides. Je reviens à Paris, où mon devoir m’enchaîne et d’où je vais pourtant m’exiler un moment encore, mais sans sortir de France ni du temps présent — cette fois.
- A ceux qui ne peuvent se faire à l’idée de passer à Paris les mois de Cérès et.de Flore, et qui se contentent de voir le Palais de Cristal de loin, dans nos gravures et nos descriptions, les invitations à la villégiature ne manquent point. La saison d’abord les y convie. Et puis ce sont les bois ombreux, les collines vaporeuses, les belles montagnes. C’est le cristal des glaciers, qui en dit plus, je le comprends, à l’imagination et au cœur des gens fatigués de la vie commerciale ou industrielle, que tout le flint glass de la Grande-Bretagne. Aussi, la besogne faite et l’inventaire clos, prennent-ils volontiers leur course vers les Alpes et les Pyrénées.
- C’est dans les gorges sauvages de ces dernières que notre spirituel et charmant écrivain, Ilenri Nicolle, se charge cette année de les conduire. Son petit livre des Eaux-Bonnes, publié par Amyot, rue de la Paix, est certes le cadre où nous ayons vu, de longtemps, sourire le plus doucement à nos yeux la perspective des pics èt des gaves qui ferment, d’un rideau de granit et de neige, la frontière espagnole à nos yeux français.
- Nous nous sommes donc promenés, en esprit, avec délices dans ces pages, trop courtes, entre les lignes desquelles soupirent tant de brises parfumées et passent tant d’horizons bleus.
- La belle chose que d’arriver avec Henri Nicolle dans cette riante vallée où se trouve, au pied du pic du Gers, le village des Eaux-Bonnes, de se sentir « pressé par ces entassements de collines » boisées surmontées de rochers arides, où les » nuages s’accrochent, se balancent et se déclii-» rent incessamment ! de contempler, d’en bas et » tout petit comme une cigale des prés, la double » pointe du pic du Midi, dépassant de mille mè-» très les sommets neigeux qui s’étagent autour » de lui et qui semblent courber leur tête blan-» chie devant ce granit géant, royal vieillard,
- » contemporain du déluge, dont le front dé-» nudé défie toutes les foudres du ciel !
- » Et puis ce sont les mille bruits de l’eau qui » murmure, qui s’irrite et se brise en écume » bouillonnante sur les rochers ; c’est l’oiseau » qui s’effraie et frôle le feuillage ; ce sont les » grands bœufs largement encornés qui s’arrê-» tent, la verdure encore à la bouche, et qui » lèvent leur mutle rose pour vous regarder » passer ; c’est la chèvre perchée sur la route; » c’est par-dessus tout le son fêlé de la clochette » des troupeaux !... »
- Ah ! si ce n’était mon titre qui m'appelle ailleurs avec ma plume, quelles visites je vous ferais faire avec Nicolle, à la fameuse buvette des Eaux-
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- Bonnes, chez le docteur Darralde, dont l’accueil charmant et la conversation suffiraient à guérir les malades d’ennui, sans lé secours des eaux sulfureuses et souveraines! Promenades d’artistes dans les montagnes, avec Posa Bonheur ; courses aventureuses parmi les neiges, et la chasse aux. vautours, et le pic du Gers! Que de plaisirs purs, que de suaves récréations, quel traitement de grand air et de libre fantaisie pour ceux qui vivent et se guérissent par le cœur, par l’oreille, par les yeux ! Mais silence, et laissons ces récits au voyageur artiste de l’année dernière, et renvoyons nos lecteurs, qu’ils partent pour les Pyrénées ou qu’ils en reviennent, au Vademecum charmant d’Henri Nicolle, aux Eaux-Bonnes de notre poète et de notre ami.
- Après tout, il n’est que faire d’aller si loin pour se procurer des jouissances d'artiste. Si l’on respire à pleins poumons ailleurs, n’est-ce pas à Paris qu’on pense à plein cerveau, que l’art produit et jette à pleines mains ses merveilles !
- Aussi quelle revanche Paris pourrait prendre, si Paris voulait ! Et comme il ordonnerait à tous ces étrangers opulents rassemblés à Londres d’accourir dans ses murs, et à tous les Parisiens qui ont passé la Manche de la repasser sans délai, s’il voulait exhiber, non plus des machines pour tout faire, ou des étoffes pour tout vêtir, mais des productions de l’art, tableaux, statues, œuvres littéraires et musicales, pour tout poétiser et tout charmer !
- Nous avons ouï parler d’une fête semblable dont le programme esta l’étude; oui, d’une sorte de symphonie gigantesque de tous les beaux-arts réunis. D’ici à quelques semaines, Paris aurait son exposition sans pareille. On nous a nommé Berlioz ; on nous a dit que tous les chants nationaux de l’Europe, exécutés par des députations musicales de tous les peuples, allaient retentir sous la coupole du Panthéon. La peinture et la sculpture se chargeraient d’embellir et de compléter la fête. Seulement on cherche le moyen de convier la littérature à se produire, et le moyen n’est pas encore trouvé.
- Jadis il y avait des salons littéraires où se lisaient les chefs-d’œuvre avant la représentation et l’impression. Molière savait où aller lire son Tartufe ; mais s’il y a des Carabine et même des Esther, il n’y a plus de Ninon de Lenclos.
- Mais cette fois l’amphitryon serait Paris lui-même; et le salon de lecture, une nef gigantesque. Par exemple, il serait à craindre que le lecteur eût besoin d’un porte-voix.
- Longtemps après que les salons littéraires eurent disparu, avec la caste oisive et intelligente qui employait du moins ses magnifiques loisirs à patroner les écrivains , il y eut encore des éditeurs—Mécènes , des Barba, des Ladvocat.... qui ont disparu de la scène du monde à leur tour.
- En ce temps-là, il y avait encore quelque part un couvert mis en bon lieu pour le poète de la mansarde. Quelqu’un d’assez heureux et d’assez hardi pour avoir des billets de banque dans son portefeuille, montait quelquefois encore l’escalier croulant et obscur de l’auteur laborieux et inconnu.
- Il est question de remplacer cet éditeur intelligent et magnifique, et c’est Paris lui-même, ou plutôt, c’est l’ahditoire cosmopolite de la fête qui se chargerait de ce rôle. La lecture d’une œuvre inédite aurait lieu, séance tenante,, et, séance tenante, l’auteur applaudi vendrait son manuscrit à son auditoire, appelé à souscrire sur-le-champ pour une édition magnifique de l’œuvre, dédiée à ses souscripteurs.
- Enfin, ce qu’il y a de plus étonnant, séance tenante ëilcore, le manuscrit serait typographié, mis en pages, tiré, broché et distribué tout chaud oq tout frais (comme on voudra) aux signataires de la souscription spontanée. Il a même été question de la reliure, pour convier une industrie de plus à ce prodige.
- Niais quel écrivain serait admis à ce concours? Voilà la question.
- Voici ia réponse projetée par l'intelligent ordonnateur de la fête, et qu’il nous a fait l’honneur de nous confier :
- « Je sais où prendre mon livre et mon homme. «
- — C’est une célébrité? lui demandai-je.
- — Absolument pas.
- — Mais vous espérez que cela pourra eu de\e-nir une ?
- — « Ecoutez, me dit-il. Je faisais naguère une » tournée d’ateliers. En passant dans un corri-» dor, comme il en règne dans les étages de man-» sarde........»
- Réflexion faite, je ne reproduirai point in extenso le récit de mon ordonnateur de fêtes. D’ailleurs, je dois avouer que son récit ne satisfit pas plus ma curiosité que ma réticence ne contente la vôtre. Je questionnai ; mais mes questions vinrent expirer contre un impitoyable silence. Aucun nom ne fut prononcé. Attendons patiemment la réalisation de tous ces rêves, et faisons, avant tout, des vœux pour qu’elle ait lieu. Ces rêves feront, en tout cas, honneur à celui qui les a si généreusement conçus.
- Lue solennité artistique de ce genre, il faut en convenir, serait d’un extraordinaire à propos, tant pour faire contraste avec l’Exposition industrielle de Londres, que pour ranimer, par un grand concours de monde, le commerce de luxe et toutes les industries parisiennes, dans la saison où elles chôment le plus, — l’été. Se figure-t-on quelle multitude d’étrangers et de français des provinces accourant à Paris pour assister à ce concert gigantesque? D’ailleurs, pour se faire une idée de i’aiïiuence que comportent les grandes solennités musicales, il suffit d’avoir assisté chez nos yoisins de la Suisse à l’un de leurs concerts fédéraux, appelés concerts helvétiques. Toute la Suisse exécutante, chantante, dilettante, se rassemble sur le point désigné, Bâle ou Berne, Zurich ou Lausanne, dès le premier coup d’archet, et il n’y a pourtant point en Suisse de chemins de fer !
- Telle est ia diversion promise à nos préoccupations politiques. On devine l’accueil fait à ce programme par nos illustrations artistiques, comme par l’édilité parisienne , et déjà par tous ceux qui y trouveront un mouvement d’activité, une occasion de bénéficier ou de se produire.
- On nous l’a dit tout bas : on ne désespère pas absolument d’obtenir une grâce, une faveur exceptionnelle de Jenny Lind. Mais.... mais.... nous devons avouer qu’il y a encore beaucoup de mais. Nous osons pourtant nous figurer qu’il n’y aura bientôt plus que des si.
- Aussi va-t-on voir accourir, sans doute, pour spéculer sur cette fête (dans l’hypothèse que MmC Jenny Lynd daignerait se rendre à notre humide requête), des spéculateurs américains du calibre de M. Elevay, ce tailleur de Cincinnati, qui acheta 575 dollars le premier billet du premier concert du rossignol suédois.
- 11 faut convenir que ce tailleur avait le génie des affaires ; car ayant parié avec l’un 20 dollars, avec l’autre 50, 100 dollars et plus, qu’il aurait, coûte que coûte, le premier billet, il le paya 575 dollars et gagna du coup tous ses paris, montant ensemble à 1,000 dollars : bénéfice net : A25. — Histoire aussi authentique que peu connue.
- Mais, si la fête en question donne lieu à de semblables coups de dés , ce sera tout-à-fait dans la coulisse; car il s’agit des beaux-arts et de la gloire de la France, d’une fête patronée, nous dit-on même, par M. le président de la République : il ne s’agit donc de spéculation qu’in-directement, et la grande spéculation sera avant tout la; satisfaction générale. En attendant cette fête accidentelle, en voici une qui commence et qu’on nous promet désormais perpétuelle : la réouverture du Louvre, restauré, embelli, réorganisé. Honneur aux administrateurs-artistes dont les efforts intelligents ont été couronnés d’un si heureux succès!
- Nous reviendrons en détail sur les nouveaux aménagements intérieurs de notre Pinacothèque française.
- Disons qu’une auj.re œuvre est poursuivie avec une égale opiniâtreté et non moins d’intelligence par M. deNieivwerkerke, à savoir, la grande statue équestre de l’empereur Napoléon. Sa destination, — il s’agit du tombeau de i’empereur aux Invalides, — est à elle seule un programme plein d’exigences inouïes, et il faut se sentir autant de courage que de talent pour aborder de sang-froid un si grand problème.
- Quel contraste! me disait un antiquaireémérite avec qui nous visitions l’atelier de l’habile sculpteur. ici on consacre la gloire du héros par le bronze et par le marbre, et ailleurs !... Devinez ce que j’ai ouï dire qu’était devenue ia voiture de
- Napoléon prise par les Prussiens le 18 juin 1815, jour de la bataille de Waterloo ? Elle sert de fiacre, oui de fiacre, — à Kœnigberg !
- Répondons aujourd’hui à notre antiquaire, pour le détromper et le consoler, que ce renseignement est complètement inexact. La voiture en question se trouve dans une des propriétés du général Blücher, près de la petite ville de Crem-men, dans la province de Brandebourg ; sa dimension, sa coupe et son poids énorme l’auraient rendue d’ailleurs impropre au misérable service auquel on la disait employée. La voiture impériale est traitée, non pas en guenille, mais en trophée. Seulement — ce n’est pas à Cremmen, en Saxe, chez le général Blücher, c’est à Paris, au Garde-Meuble, que nous souhaiterions de la voir;
- A propos de voiture, on nous raconté Un -propos fort spirituel et peu connu de M. Jules Janin (il est revenu de Londres où il a été fêté comme un .. Wellington de lettres !) Voici le fait. J. J. venait, il y a quelques années d’acheter un superbe attelage gris-de-souris (8,000 fr.) pour une calèche bleu de roi doublée de quinze-seizo blanc, d’un luxe d’ambassadeur. Le soir, l’équi page, avec sa livrée brillante, vient au péristyle de 1 Opéra attendre le prince des critiques. Un tas de jaloux, d’amis, d’envieux, étaient là, faisant la haie pour voir J. J, monter dans la cah^lK' admirée, exécrée. Le maître, en voyant cette mise en scène, se dit : Lfiable! c’est un piège.... gare les épigrammes confraternelles... Allons! une inspiration !
- Et s’approchant de ses confrères, il interpelle ceux d’entr’eux qui demeuraient vers le même quartier que lui, rue de Yaugirard, et les invite à monter. Quand il en a placé cinq, il reste un coussin, la place d’honneur qu’on lui réserve. Et sans laisser autrement à l’assistance ébahie le temps de la réflexion, il pousse un sixième... ami, dans la voiture, en referme lui-même la portière, de sa main gantée de paille, et crie au cocher: complet!
- Le cocher fouette, l’attelage emporte la charretée stupéfaite; ceux qui restent crient bravo ! et Jules Janin, allumant un cigare, s’en va tout bonnement chez lui à pied, laissant étrenner les brillants chevaux à ceux qui voulaient envieusement en faire l’objet de leurs sarcasmes !
- Allons, il est toujours bon d’avoir de l’esprit ; mais il est nécessaire d’en avoir. pour rouler voiture.
- Par exemple, s’il ne fallait, pour rouler voiture que de l’esprit, que de gens qui vont à pied et qui... Mais c’est pour le coup que tout le inonde aurait la prétention d’aller en carrosse !
- Et malheureusement en pareille matière, quoiqu’il y ait des cabs et des coupés à prix réduit, et qu’on nous promette-des véhicules charmants à 50 centimes le quart d’heure, —^vouloir ce n’est pas pouvoir. ",
- Il paraît que législativement aussi, vouloir ce n’est pas pouvoir. On a tout fait ou du moins cru tout faire pour abolir chez nous le déplorable usage du duel, et chaque jour ce sont de nouvelles rencontres.
- Les journaux parlent d’un second duel entre MM. . Delapierre et Gouruet. Ces messieurs s’étaient battus une première fois au sujet de la lettre adressée à M. le comte de Chambord par le citoyen Pyat. Traduit devant la justice correctionnelle, par suite de cette rencontre, M. Cour-net demanda que le tribunal se déclarât incompétent, le duel ayant occasionné à M. Delapierre une blessure entraînant incapacité de travail pendant plus de vingt jours... Le tribunal maintint sa compétence. M. Commet fit défaut. M. Delapierre plaida. Le jugement prononcé, une nouvelle discussion s’éleva entre, les parties, et un second duel fut décidé au pistolet cette fois.
- Un événement non moins tragique a été l’aventure arrivée à l’une des cantatrices les plus remarquables et les plus aimées du public parisien.
- Cette dame ayant reçu dans des conditions parfaitement normales et légitimes, selon toute apparence, la visite d’un M. de V..., grand admirateur de son magnifique talent, le mari de la virtuose, qui avait pris ombrage du culte de ce monsieur pour la voix de rossignol de sa femme, rentra brusquement chez lui et maltraita M. de \... en lui tirant un coup de pistolet, qui ne fit heureusement qu'effleurer ia tempe, et revenant
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
- à la charge avec un couteau-poignard, dont la pointe s’égara malheureusement dans les reins du jeune homme. La blessure, quoique grave,
- n’est pas mortelle. Mais, sans attendre les éclaircissements et d’enquête judiciaire nécessaire, le jaloux ombrageux a pris la clef... de la Belgique. Tout s’arrangera, on l’espère, et la délicieuse cantatrice n’en a pas moins chanté dès le lendemain deux rôles qui sont toujours, et qui ont été cette fois encore pour elle, deux véritables triomphes.
- Aussi le public paraissait-il assez consolé du'départ du mari, voyant qu’il n’avait point emporté le magnifique instrument de sa femme dans sa valise.
- 11 y a une autre absence que le public prend beaucoup moins philosophiquement: celle de Mlle Rachel.
- L’illustre tragédienne, le Talma féminin, éprouvait un véritable besoin de mêler des lauriers anglais à sa couronne. La voilà partie pour aller grossir le nombre des merveilles françaises à l’Exposition de Londres, et pour les éclipser toutes, y compris les oiseaux automates que le Vaucanson moderne de notre pays fait chanter, voleter et se becqueter dans la grande volière de cristal de Hyde-Park. Il y a un problème que Vaucanson lu i - même n’aborderait, assuré qu’il serait de ne pas le résoudre, c’est d’organiser une tragédienne de cire comme la tragédienne que vous
- l’on ne peut s’empêcher d’en rire à l’Odéon, malgré l’artifice de mise en scène de MM. Carré et Barbier.
- Nous avons perdu encore, à l’avantage de Bordeaux, notre pianiste inimitable de cet hiver, M. Gottschalk.
- Que nous reste-t-il ?
- Le Cirque des Champs-Élysées.
- La revue en cinquante-huit tableaux de la Porte-Saint-Martin, intitulée le Palais de Cristal.
- M. Monguignon a un gendre projeté, industriel émérite, inventeur de chapeaux en acajou. Cet industriel, nommé Badinot, est l’un des étalagistes du bazar-géant de Hyde-Park. Le futur beau-père va visiter l’étalage de son futur gendre, à Londres.
- Or, Léonora est la maîtresse de Badinot, et Badinot lui a promis de l’épouser, sans prévoir qu’il changerait de détermination au contact de Mlle Monguignon et de sa famille.
- De plus Léonora possède un autre'amant, très-ardent par parenthèse, dans la personne de M. Minotaure, grand, lovelace de chez Mabille et du parc d’Asnières. Badinot, que Minotaure veut croquer vif, sans le connaître personnellement, se déguise sous le pseudonyme de Chevillard.
- Mais il y a un véritable Chevillard.
- Mais ce véritable Chevillard est en-butte aux mauvaises plaisanteries et aux familiarités offensantes et narquoises de Minotaure, pqui le prend pour Badinot.
- Voilà Minotaure et Léonora à Londres, à la
- font oublier les danseuses viennoises de 18à5.
- Cela dit — Paulo majora canamus ! — Chantons un petit air sur des sujets un peu plus considérables.
- savez ! On n’admire et l’on ne se passionne véritablement pour un automate, quelque parfait qu’il soit, que dans les Contes d’Hoffmann; et
- 13. — BROCHE D'APRÈS L’ANTIQUE, PAR MM. WATERHÜUSE (DE DUBLIN.)
- poursuite de l’homme aux chapeaux d’acajou, l’un pour lui rendre la vie amère, l’autre pour la lui parer de force de nœuds et de rosettes conju-notariés gales.
- Le vrai Chevillard est aussi à Londres, où il avait cru trouver la sécurité perdue à Paris et dans les environs. Il voit poindre Minotaure à l’horizon et se cache dans une malle.
- C’est la malle de Minotaure, qui la charge sur ses fortes épaules et se met en marche.
- Nos voyageurs cherchent des chambres et n’en peuvent trouver ; ils sont tous contraints de coucher sub jove, ce qui est humide, même au mois de juin, dans la Grande-Bretagne, et de plus dangereux, au dire des auteurs de la revue en question : car Monguignon est dévalisé.
- A propos, est-ce que ce récit vous amuse ? je crains que non. Est-ce ma faute? je ne le crois pas. J’ai lu tous les feuilletons de mes confrères
- sur la matière et je les ai trouvés... comme la
- pièce.
- , Mon Dieu ! allez voir la Revue de MM. Clairville et Cordier, ce sera plus tôt fait; je crois même que ces messieurs vous feront rire; mais c’est par les hors-d’œuvre et point par l’intrigue de la pièce, comme vous l’imaginez. Vous y verrez défiler Turcs et Chinois, Indiens et Japonais, et toutes sortes d’extravagances fort drôles, et même un corps de ballet qui danse à ravir. Je vous recommande surtout Mlle Théleur et Mlles Dabas, qui
- U. — BROCHE D’APRÈS L ANTIQUE, PAR MH. NVATERHOUSE (DE DUBLIN)).
- Nous parlions de livres écrits par d’honnêtes gens ; de pièces de comédie sorties de cerveaux bien faits et pas criminels du tout; de ballets dansés par de jolies petites jambes qui n’ont jamais traîné d’autre boulet que celui de la répétition. Bagatelles que tout cela !
- Est-ce qu’il suffit, de nos jours, d’être un homme d’esprit et de cœur , maniant la plume avec distinction et avec talent, est-ce qu’il suffit d’avoir écrit de bons livres comme Ghante-roseou des livres charmants comme les Eaux-Bonnes., pour mériter que le public s’inquiète de vous?
- Non. Il faut avoir tué, empoisonné, fait les deux à la fois et volé, si c’est possible, par-dessus le marché,. pour être en droit de commander l’attention publique et les respects empressés des éditeurs.
- i- Il faut s’appeler Madame Lafarge ou Madame de Bo-carmé.
- Mme Lafarge a écrit ses
- mémoires. Qui ne les a lus? qui n’a relu ce lamentable procès dans la publication llustrée des Annales du Crime ?
- Mme de Bocarmé a écrit Adeline Helney, un roman qui va être traduit dans toutes les lan-
- 15.—BROCHE d’après l’antique, par mm. waterhouse (de DUBLIN).
- rues et lu dans toutes les villes de l’Europe! Ainsi va le monde.
- Mais quel scandale que le rapprochement des
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- pages d'Adeline Helney et des inculpations redoutables qui pèsent sur son auteur!
- Écoutez Adeline Helney :
- « Les sentiments généreux qui vous portent à » vous intéresser si vivement à mon sort, et l’en-» tière confiance que vous m’inspirez, madame, » me sont un sûr garant de votre noble indul-» gence à mon égard. Vous cesserez d’être éton-» née de la conduite que je tiens aujourd’hui, » lorsque vous connaîtrez les principaux événe-» ments qui firent le malheur de ma vie. Hélas ! » quel triste engagement je prends en voulant » me les rappeler à moi-même! »
- Et plus loin :
- « Je ne désire pas non plus de jouir d’une bril-» lante fortune : si je n’eusse pas été privée de » la mienne, je ne me serais jamais trouvée dans la
- iG. — PINCE A SUCRE, PAR M. HIGGINGS.
- » dure nécessité d’avoir besoin de protection, » encore moins dans celle de voir ma conduite » soumise au jugement d’un grand nombre de » personnes qui ne me connaissent point. »
- Proh ! pudor!
- La main qui a tracé ces lignes est accusée et véhémentement soupçonnée d’avoir versé du poison à son propre frère !
- Et aujourd’hui, pour écarter de sa tête le glaive de la justice, elle traîne son mari dans la boue.
- On raconte, au sujet de Gustave Fougnies, un fait qui n’inspire aucune sympathie pour ce héros.
- Gustave était, paraît-il, fort peu aimé dans sa
- 17. — BOUGEOIR, PAR M. HIGGINGS (l)E LONDRES).
- commune. C’était un caractère sombre et susceptible. Un trait de sa jeunesse, auquel il a dû
- (8. — CUILLÈRE A SEt. 19. — MANCHE DF. COUTEAU.
- l’infirmité qui le faisait appeler le béquilleux, suffira pour le peindre. M. Fougnies père vivait en mauvaise intelligence avec sa femme, qu’il finit par mettre hors de chez lui, comme l’a déclaré hier un témoin. Les enfants restèrent avec lui. On a raconté à une audience que Lydie tournait le dos à sa mère. — Gustave, passant un jour devant la porte de sa mère, la vit et lâcha les brides de son cheval pour lui faire de la main un geste de mépris. Le cheval se cabra, Gustave fut jeté iVterre, se cassa la jambe, et on fut obligé d’en faire l’amputation.
- 11 plane, d’ailleurs, depuis longtems, sur toute
- INAUGURATION DU CHEMIN DE FER DE LYON.
- SECTION DE TONNERRE A DIJON.
- L’inauguration de la deuxième partie de cette magnifique artère unique au monde, qui est destinée à faire circuler,. du nord au midi de la France, la vie industrielle et commerciale, et en nous ouvrant bientôt par la Méditerranée le profond Orient, à nous livrer, pour ainsi dire, le transit de l’Afrique et de l’Asie, a été faite le 1er juin par M. le Président de la République, entouré des principaux dignitaires de l’État, et au milieu d’un immense concours de population.
- 20. — CUILLÈRE A SAUCE, PAR M. HIGGINGS.
- Parmi les discours officiels prononcés à cette occasion, nous avons remarqué celui de M. l’évêque de Dijon, qui, au point de vue où le place son ministère sacré, a fait entendre de nobles et dignes paroles. Celles surtout qui se rattachent plus directement à l’objet principal de la cérémonie ont réuni tous les suffrages. Voici comment il sait rendre hommage au talent des ingé-
- UËLLE A POISSON, PAR M. HIGGINGS
- Ah! du moins, son mari, non moins coupable qu’elle en apparence, emploie tout ce qui lui reste d’intelligence et de présence d’esprit, à disculper sa femme en même temps que lui-même. 11 est moins vil, s’il est aussi criminel; il est moins lâche, s’il est assassin.
- 11 n’y a, du reste, guère plus lieu de s’intéresser à 1a. victime de M. et Aime de Rocarmé, qu’à ces deux accusés eux-mêmes.
- cette famille, un mauvais génie qui effraie les esprits faibles et leur fait prononcer ce mot qui, pour eux, excuse tant de faiblesse et pallie tant d’erreurs, le sombre mot de fatalité!
- HONORÉ D'ÇRFÉ.
- nieurs qui ont concouru à l’exécution du travail. « Messieurs, a dit l’éminent prélat, je laisse à des hommes plus compétents que moi le droit de reconnaître et le plaisir de publier tout ce qu’il a fallu de puissance dans l’esprit, de précision dans les calculs, de savoir dans les plans, d’ha-bilete et d’exactitude dans le tracé, pour qu’un succès aussi complet vînt justifier vos prévisions si positives. J’admire assurément, autant
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- que personne , ces magnifiques résultats d’un talent qu’on ne peut assez louer ; mais je louerai de préférence l’importance que vous attachez à cette bénédiction de votre œuvre, et je vous féliciterai d’avoir, par cette consécration solennelle, rendu gloire à celui de qui émane toute science : « Deus scientiarum dominus est... » et d’avoir ainsi fait remonter jusqu’à leur unique auteur ces rares talents qui vous distinguent. »
- La réception des autorités a suivi la cérémonie. A cette réception, le Président a remis à M. Jullien, ingénieur en chef directeur du chemin, les insignes de-commandeur de l’ordre de la Légion-d’Honneur ; à M. Sauvage, ingénieur du matériel, la croix d’officier, et la croix de chevalier à M. ïabouré, ingénieur ordinaire, ainsi qu’à M. Cendrier, architecte de l’administration, l’auteur du plan de la gare du boulevard Mazas.
- Jetons maintenant un coup-d'œuil sur les localités pittoresques ou empreintes de souvenirs attachant que traverse le chemin, ainsi que sur les immenses travaux auxquels a donné lieu son établissement.
- La nouvelle section, à sa sortie de Tonnerre, suit la vallée de l’Armançon, dans laquelle on était entré'à la Roche, et arrive ainsi à la station de Tanlay, puis à celles d’Ancy-le-Franc, de Nuits-sous-Ravières et d’Aisy. A Aisy on quitte la vallée de l’Armançon pour prendre celle de la Brenne, qui conduit jusqu’à JVlontbard, la patrie de Buffon.
- Le marteau des démolisseurs a respecté le château qu’habitait l’illustre historien de la nature. Autour du monument l’on voit encore ses pittoresques jardins dressés en amphithéâtre et distribués en (allées artistement tracées, en terrasses étagées au-dessus les unes des autres, jusqu’au sommet d’une colline que domine une tour séculaire. On aperçoit sur la plate-forme le pavillon où Buffon s’enfermait pour donner au monde les résultats de ses profondes méditations.
- Au-delà de Montbard, le chemin de fer côtoie le canal de Bourgogne jusqu’au village de No-gent, en s’appuyant sur le flanc du coteau. Ce canal est aussi, lui, un chef-d’œuvre du génie humain; son exécution a rencontré les mêmes obstacles que le chemin de fer ; on sait qu’il franchit le faîte qui sépare le bassin de la Seine et celui de la Saône et du Rhône, au moyen d’un souterrain de 3,333 mètres de longueur, et qu’il n’a pas fallu moins de 191 écluses pour racheter une chute totale de 499 mètres, savoir : 199 mètres sur le versant de la Saône et 300 mètres sur le versant de l’Yonne. Mais le canal avait la ressource des écluses.
- Le chemin de fer traverse le canal et la vallée de la Brenne, dont il suit la rive droite jusqu’à l’embouchure de l’Oze. Après viennent les stations : les Laumes, Verrey, Blaisy-Bas, Mâlain et Plombières-les-Dijon. Cependant les difficultés de terrain s’accroissent. Un peu après Tonnerre , on franchit le souterrain de Lézines, d’une longueur de 530 mètres, et celui de Sacy, d’une longueur de 1,000 mètres. Après avoir traversé une série de ponts sur le canal de Bourgogne et sur l’Armançon, un des fidèles affluents de l’Yonne, et quelques tranchées considérables dans des terrains difficiles etglissans, on pénètre, à travers dévastés déblais, dans la roche calcaire, et on s’élève, par une pente de 8 millimètres sur 2k kilomètres de longueur, jusqu’à l’entrée du souterrain de Blaisy, situé à 99 kilomètres de Tonnerre et à 20 seulement de Dijon; il sert à franchir la chaîne de montagnes qui sépare le bassin de la Seine du bassin du Rhône.
- Ce tunnel, qui marquera dans les fastes de l’art, est un des travaux les plus gigantesques qui soient été imaginés par les hommes et exécutés par leurs mains. Il se prolonge en ligne droite d’une longueur de 4,100 mètres (plus d’une lieue), et qui suit une pente de 4 millimètres par mètre, depuis l’entrée de Blaisy jusqu’à la sortie du côté du village de Mâlain, et, malgré la longueur de la percée, on voit très bien la lumière d'une extrémité à l’autre. Commencé en juillet 1846, il a été entièrement terminé le 31 octobre 1849. Ainsi, il a fallu trois ans et quatre mois pour mener à bonne fin cette rude et colossale entreprise.
- Pour apprécier les immenses difficultés qu’elle présentait, il faut considérer, mesurer de l’œil la montagne qu’on traverse. L’élévation de son point culminant au-dessus du niveau delà mer est de
- LE PALAIS DE CRISTAL.
- 592 mètres 23 centimètres ; elle est de 196 mètres 50 centimètres au-dessus du niveau des rails. Le souterrain est à 405 mètres 50 centimètres au-dessus du niveau de la mer. Son entrée, du côté de Paris, est le point le plus élevé du chemin de fer de Paris à Lyon.
- Le tunnel est entièrement voûté, et les piédroits qui supportent la voûte sont aussi revêtus en maçonnerie, excepté dans une très petite partie, où la dureté et l’inaltérabilité du rocher calcaire ont permis de le tailler et de le laisser à nu. Sa hauteur, de la clef de voûte au niveau des rails, est de 7 mètres 50 centimètres- A cette hauteur, il faut ajouter encore les 50 centimètres nécessaires pour la pose du ballast (couche de pierres cassées et de sable sur laquelle reposent les traverses), et un mètre pour la profondeur de l’aqueduc longitudinal placé dans l’axe du tunnel, et qui reçoit toutes les eaux venant des puits ou recueillies par les chapes construites au-dessus des voûtes. (La hauteur totale est donc de 9 mètres.)
- L’ouverture, large et majestueuse, présente une surface de 60 mèt. La longueur du souterrain est de 4,100 mètres, c’est-à-dire d’un peu. plus d’une lieue. Le tunnel de la Nerthe, sur le chemin de fer d’Avignon à Marseille, est un peu plus long; mais il diffère quant aux dimensions de la-percée, qui est moins grande, et à la profondeur des puits beaucoup moins considérable. On dirait que le génie et la main des hommes ont atteint au-delà du possible dans cet ouvrage, plus gigantesque que tous les tunnels de canaux et de chemins de fer connus jusqu’ici.
- On a peine à s’imaginer comment on a pu tracer un passage si large, si élevé qu chemin de fer, à travers ces masses rocheuses qui semblent inaccessibles. On ne s’est pas contenté d’attaquer le terrain par ses deux extrémités ; on n’en aurait jamais vu la fin. On a percé sur la montagne 22 puits alignés entre eux, d’une profondeur variable de 150 à 185 mèt., pour pouvoir commencer les travaux sur autant de points différents. Leur profondeur cumulée était de 2,458 mètres.
- Huit de ces puits ont été armés de manèges, et quatorze de machines à vapeur de la force de seize chevaux chacune, à l’effet de retirer les terres, d’épuiser les eaux et de descendre les matériaux pour la construction. Les déblais et les matériaux étaient conduits tant à l’intérieur qu’au dehors du souterrain sur des chemins de fer provisoires et dans des wagons mobiles, tantôt placés sur leurs trains, tantôt enlevés dans les puits par les machines.
- Au fond de chaque puits, on avait établi deux ateliers fouillant la terre en sens inverse, et avançant chacun vers l’atelier voisin. On comptait sur cette distance de 4,100 mètres quarante-quatre ateliers, non compris ceux des extrémités, travaillant tous à la fois et remontant les terres par les puits jusqu’à 200 mètres (600 pieds de hauteur).
- On évalue à 350,000 mètres cubes la masse de terres et de roches qui a été extraite pour l’ouverture du souterrain, et à 150,000 mètres cubes la masse des matériaux employés à la construction.
- Il a fallu plus de 150,000 kilogrammes de poudre de mine pour l’ouverture du tunnel et l’exploitation des carrières.
- Sur les vingt-deux puits, sept ont été comblés; les quinze autres sont revêtus de maçonnerie et seront conservés pour l’aérage du souterrain. Placés à 10 mètres de l’axe, ils communiquent avec la galerie principale par des galeries latérales dont la voûte, inclinée comme un tuyau rampant de cheminée, facilite l’évaporation de l’air du souterrain par les puits.
- La dépense d’établissement des 22 puits a dépassé 2 millions de francs.
- Les bois d’échafaudage ont coûté 400,000 fr. ; ils ont été tirés en grande partie des forêts voisines des bords du Doubs et de la Saône. On a également employé des sapins suisses, venant de Bâle par le canal du Rhône au Rhin et par le canal de Bourgogne.
- Les matériaux employés ont été : pour la pierre de taille et les moellons des voûtes et des piédroits, le calcaire à entroques et le'calcaire à gryphées, trouvés en grande partie dans les car-
- ! rières voisines du souterrain.
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- Pour les mortiers, le sable de Saône, qu’il a fallu faire venir de Saint-Jean-de-Losne, distant des travaux de 60 kilomètres.
- Pour les chappes, de ciment romain de Pouilly, et un ciment analogue à celui de Yassy, fabriqué avec des bancs très-minces de calcaire trouvés dans le souterrain même.
- On porte à un million les frais du matériel de premier établissement, consistant en forges, machines à vapeur, manèges, hangars, charrettes, chariots, tombereaux, bennes et wagons pour enlever les déblais, ventilateurs et autres appareils d’aérage, câbles et cordages de toute sorte, chemins de fer provisoires et chemins de service, pompes, constructions pour le logement des ouvriers.
- On a dépensé plus de 90,000 fr. pour créer et entretenir le chemin \ qui conduit du canal de Bourgogne à ses divers chantiers; 60 ou 80,000 fr. pour les constructions destinées aux logements des ouvriers et des employés, ainsi qu’à l’installation de ateliers de forge et de charronnage.
- Vingt-cinq ou trente forgerons, tourneurs et ajusteurs, quinze à vingt charrons, vingt-cinq a trente charpentiers ont été constamment occupés à la création et à l’entretien de ce matériel.
- Un grand nombre de maisons et de baraques ont été bâties ; il a fallu établir un chemin de communication entre le hameau de Pont-de-Pany, sur le canal de Bourgogne, et le village de Blaisy-Bas, en contournant toute la montagne, de manière à desservir les différents ateliers de construction et les agglomérations d’habitations nouvelles qui avaient été créées.
- Pour les 40 ou 50 ateliers qui fonctionnaient simultanément dans le souterrain, indépendamment de ceux employés à l’exploitation des carrières, à la confection des arches et à la préparation des bois et autres matériaux, le nombre des ouvriers, qui s’est élevé à 2,500, n’a jamais été au-dessous de 800. C’était une population improvisée de 3 à 4,000 personnes, en y comprenant les femmes, les enfants, les logeurs, les aubergistes, appelés subitement sur un point à peu près désert; car, au moment où les travaux ont commencé, les villages voisins ne renfermaient pas plus de 1,000 habitants. On conçoit qu’il a fallu pourvoir à l’alimentation de cette population par des moyens extraordinaires. L’entrepreneur général, M. Debains, avait dû faire de grands approvisionnements de farines ; il a établi des fours, et il a pu livrer ainsi du pain aux ouvriers et à leur famille à un prix très-inférieur à la taxe. Cette différence a été quelquefois de 9 centimes par kilogramme. Rien non plus n’avait été négligé pour assurer la sécurité des travailleurs, donner de prompts secours aux blessés et venir en aide aux familles malheureuses.
- Le souterrain de Blaisy, sans les puits, a coûté i,900 fr. par mètre, soit 7,790,000 fr. Le souterrain de la Nerthe, près Marseille, a coûté 10,285,000 fr.
- On aura une idée des difficultés contre lesquelles il a fallu lutter quand on saura que la rivière de l’Oze passe précisément au-dessus du souterrain de Blaisy. Ce travail merveilleux a coûté en totalité près de 10 millions.
- Au soçtir du tunnel de Blaisy, sur le versant de la Méditerranée, on redescend par une pente de 8 millimètres ; et .on remarquera que les difficultés étaient ici d’autant plus grandes' que l’inclinaison des diverses couches de terre se trouve dans le sens opposé à la pente du chemin de fer ; toutes- ces difficultés ont été vaincues.
- La voie de fer se dirige vers Dijon en parcourant une série de roches, de gorges et de vallons si rapprochés et si inattendus, qu’on passe à chaque instant d’un tunnel à un viaduc, d’une tranchée à un remblai. Sur ce parcours de 13 kilomètres, on distingue cinq petits souterrains qui ont ensemble 800 mètres environ ; puis neuf viaducs, dont quatre ont plus de 200 mètres de long, et deux présentent une doublerangée d’arcades pour racheter une profondeur d’à peu près 40 mètres. Celui qui est le plus voisin du souterrain de Blaisy a 225 mètres de longueur et 22 mètres d’élévation au-dessus du sol.
- Les plus importants de ces viaducs sont les suivants :
- Le viaduc de la Combe-de-Fin, de 220 mètres de développement sur 43 mètres de hauteur et deux rangs d’arches. Ce viaduc dépasse en h au-
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- teur la.colonne de la place Vendôme et' domine la vallée d’une manière prodigieuse. C’est un point de vue des plus pittoresque et des plus accidenté.
- Le chemin traverse ensuite des tranchées profondes, pratiquées à travers un calcaire bleuâtre ; il s’élance à travers les viaducs de la Combe-Bauchard, de 155 mètres de longueur sur 37 mètres de hauteur ; puis sur le viaduc de la Combe -Meuvon, de 226 mètres de long sur 20 mètres de hauteur ; le viaduc de I.ée : 234 mètres de long et 20 mètres de hauteur ; le viaduc de Mâlain : 225 mètres de long et 22 mètres de hauteur.
- Après s’êtro rapproché de l’Ouche, qui arrose de belles prairies, le chemin de fer longe la route nationale et arrive enfin , par une courbe d’un faible rayon, à la station de Dijon, située à l’ouest de la ville.
- La seconde section de la ligne de Paris à Lyon est, sans contredit, la partie la plus pittoresque, la plus curieuse et la plus extraordinaire du chemin. Dans les 118 kilomètres qui la composent, il s’agissait de traverser la contrée montagneuse qui forme la limite hydrographique entre les eaux de l’Océan et ceux de la Méditerranée. Il fallait trouver le moyen de franchir cette région en maintenant le tracé dans les conditions indispensables aux grandes vitesses, c’est-à-dire, combler de profondes vallées, percer de nombreux tunnels dans des rochers ou dans des terrains glissants, passer sous le sol des rivières, vaincre enfin tous les obstacles qu’apporte la nature la plus rebelle à l’exécution des voies ferrées. Tous ces obstacles, nos savants ingénieurs les ont surmontés avec une persistante habileté qui n’a guère de rivale dans les autres pays de l’Europe ou du Nouveau Monde ; ils ont prouvé une fois de plus, dans cette circonstance décisive, que le génie industriel de la France ne saurait faillir à la noble tâche qui lui est départie.
- Nous devons une mention particulière à ceux de nos ingénieurs qui ont dirigé ces magnifiques travaux, ainsi qu’aux entrepreneurs qui les ont exécutés.
- Directeur général de la ligne du chemin de fer de Paris à Lyon : M. A. Jullien, ingénieur en chef; section de Tonnerre à Aisy, M. Chaperon, ingénieur en chef, et M. Labouré, ingénieur ordinaire ; section d’Aisy à Dijon, M. Ducos, ingénieur en chef; MM. Acloque et Ruelle, ingénieurs ordinaires.
- Entrepreneurs.—Pour les souterrains de Lé-zinnes et de Pacy, MM. Parent et Schaken ; pour le souterrain de Blaisy, M. Debains; pour le via-duc de la Combe de Faim, M. Lavaurs ; pour les autres viaducs, MM. Klein et Langlois.
- Le chemin de fer de Paris à Lyon est le plus long parcours de ce genre que nous ayons dans notre pays (384 kilomètres). On pourra à l’aide des convois à grande vitesse et des bateaux à vapeur sur Ja Saône, parcourir en .14 ou 15 heures seulement les 515 kilomètres qui séparent les doux capitales dala France.
- lUCUK.
- CHRONIQUE GÉNÉRALE.
- INAUGURATION DU MUSÉE DU LOUVRE. — M. le
- président de la République, assisté de M. de Niewerkerke, directeur général du Musée, a présidé, le 5 de ce mois, la cérémonie d’inauguration du Musée du Louvre restauré. Les parties de cet édifice auxquelles on a plus particulièrement fait des travaux d’embellissement sont: le Grand Salon, la salle d’Apollon et celle dite des Sept Cheminées. On sait que c’est à M. Jeanron, l’exdirecteur, qu’est due la conception et l’exécution de ces importants travaux.
- fête de la reine Victoria. — L’anniversaire de la naissance de la Reine a été célébré samedi ù Londres par toutes les classes de la société avec le plus vif enthousiasme. Toutes les maisons étaient illuminées, les rues retentissaient d’acclamations, et dans les théâtres on chantait avec entraînement l’hymne national. Cette entente entre la reine et peuple qui est la base solide d’un pouvoir politique tous patriote, tout ami de l'humanité, dit en terminant la feuille anglaise, doit désirer qu’elle subsiste longtemps.
- Ce même jour une réception brillante a eu lieu à St-James Palace. Le chargé d’affaires français a présenté le colonel Morin, membre de l’Institut,
- juré pour l’Exposition, et M. Verrier, capitaine au 5° hussards. Assistaient également à cette réception: M. de Saux, secrétaire de l’ambassade français ; M. Sampayo, attaché à l’ambassade ; M. Ch. Dupin, président de la Commission française de l’Exposition universelle ; M. de Kergor-lay; M. Frédéric Barrot, secrétaire du commissariat français à Londres ; M. Octave Sallandrouze, attaché au commissariat.
- iiotsbeef monstre. — M. Soyer a célébré d’une manière tout-à-fait digne de lui la fête de sa bien-aimée souveraine. Uu bœuf des montagnes d’Ecosse, pesant 1,960 livres, a été rôti d’une seul pièce dans le pré d’Arsay, faisant partie du Symposium. Un concours immense de curieux de toutes les conditions assistait à ces préparatifs homériques de l’illustre cuisinier.
- le roi léopold. — On annonce que le roi des Belges ira à Londres du 15 au 20 juin, pour visiter l’Exposition universelle.
- statue du grand Frédéric. — De grandes fêtes ont eu lieu à Berlin le 31 mai pour y célébrer l’inauguration de la statue du grand Frédéric. A cette occasion, la Gazette deSpener, qui se publie dans cette ville, a donné le dessin de ce monument dans son numéro du jour, imprimé en lettres d’or sur vélin; M. Meyerbeer a dirigé l’exécution de son opéra, le Camp de Silésie, et lorsque la garde royale prussienne a défilé devant la statue, le corps de musique a exécuté la marche de fête (Eestmarsch), composée par le grand roi en 1752.
- la statue de Gassendi. — Le 24 du mois dernier, la population de Digne (Basses-Alpes) se pressait sur le cours des Arès pour voir élever sur son piédestal la statue en bronze de Gassendi. Cette opération s’est accomplie avec promptitude et précision. La statue a été aussitôt couverte d’un voile, qui ne sera levé que le jour de l’inauguration officielle. Cependant, durant les courts instants où elle est demeurée exposée aux regards, on a pu se former une idée rapide de l’œuvre deM. Ramus. Cet artiste, qui a sculpté aussi les statues de deux illustres magistrats qui ornent le Palais-de-Justice d’Aix, a placé debout le philosophe. Gassendi est représenté sous la robe de professeur à la Sorbonne ;„à ses pieds sont placés les instruments de la science astronomique. D’une main il tient le style, et de l’autre une de ces pages qui firent connaître à l’Europe entière son génie philosophique. Ses traits pleins de douceur expriment la méditation calme et profonde.
- la rotation de la terre. — Une foule considérable d’habitants de la ville et des alentours s’est réunie à Liverpool pour voir la première expérience d’un pendule prouvant la rotation de la terre. Le docteur Thompson, secrétaire honoraire de la Société littéraire et scientifique, a accompagné cette expérience de justes appréciations relatives à la neutralité de l’influence magnétique sur le mouvement du pendule. L’appareil est, dit-on, ce qu’on a vu de plus complet dans ce pays.
- les huîtres américaines. — Le marché anglais vient de s’approvisionner d’un nouvel article d’importation. Le paquebot le Prince-Albert y a apporté 30 caisses d’huîtres venant de New-York.
- CONGRÈS DES CHEMINS DE FER. — C’est lundi, 7
- juillet prochain, que s’ouvrira à Nuremberg le Congrès général des directions de chemins de fer de l’Europe. Des circulaires viennent d’être expédiées à ces directions pour les inviter à y envoyer des délégués. Les représentants des rails-ways d’Allemagne seront membres du Congrès ; ceux des voies ferrées des autres pays en feront partie en qualité d’hôtes.
- le porte-voix d’alexandue. — On vient de placer au Musée de la Société royale de Londres un objet très-précieux pour la science et l’archéologie, envoyé par le docteur Lindlay, qui exécute en ce moment un grand voyage dans l’Asie-Mi-neure. C’est un porte-voix en airain, trouvé dans les ruines d’Aiazzo, ancienne ville d’issus, en ci-licie. Il a trois mètres de longueur et il est construit d’après des données acoustiques excellentes, et qui permettent à la voix humaine de porter à des distances considérables. Il est dans un assez bon état de conservation. M. Lindlay pense que cet objet curieux a appartenu à Alexandre-le-Grand, qui fit longtemps la guerre dans cette partie de l'Asie-Mineure, où il gagna la célèbre bataille d’issus contre Darius, l’an 333 avant Jésus-
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- Christ, et qui, selon le témoignage, de Quinte-Curce. donnait ses ordres à toute son armée au moyen d’un porte-voix d’une grande dimension. Les parois extérieures de cet objet étaient ornées de bas-reliefs, que le temps a presque entièrement effacés.
- prix des fers en Angleterre. — On lit dans le Mining-Journal du 31 mai : « La dépression a continué sur le fer en barres du pays de Galles ; quelques affaires peu importantes se sont traitées à 4 liv., 5 liv. franco à bord, à Newport. De grandes commandes de rails sont offertes à des prix que les producteurs refusent d’accepter. Le fer du comté de Strafford a été demandé pour l’exportation; affaires milles pour la consommation indigène. Le fer en gueuses d’Écosse est coté en hausse de 6 den. par tonneau sur les cours précédents. A Glasgow, la semaine a été également mauvaise, les numéros mélangés à 39 sh. 6 den. par tonneau au comptant franco à bord. »
- MUe rachel. — La grande tragédienne, arrivée à Londres samedi soir, doit jouer ce soir Phèdre au théâtre de St-James ; mercredi elle se montrera dans Bajazet, vendredi dans Polyeucte et le Moineau, de Lesbie etsamedi dans Advienne Lecou-vreur. On nous a fait également espérer qu’elle voudra bien jouer dans Angelo, Valéria, Marie-Stuart, Jeanne d’Arc, les Horace, Virginie, Andro-maqu,o, Mademoiselle de Belle-Isle et Horace et Lydie. MUe Rachel sera secondée dans ces représentations par une société d’artistes des principaux théâtres de Paris et des provinces. Grâce à M. Mitchell, le public pourra jouir des plus beaux produits de la scène dramatique française.
- *** On dit que les commissaires de l’Exposition doivent réduire les billets de saison : du reste, ils doivent être contents, ils ont déjà réalisé en placements de billets environ 123,000 liv. st. ; ajoutez les souscriptions volontaires de 65,000 liv. st. dotal 200,000 liv. st. Dans différentes parties du Palais de CristaHl a été établi des télégraphes, de sorte que de petits messages peuvent être envoyés pour un shilling dans quelque quartier que ce soit. La ventilation laisse beaucoup à désirer, et souvent la chaleur est étouffante ; maintenanton trouve aux buffets du pain et du beurre,' du fromage et des viandes froides à des prix modérés.
- On calcule que pour payer toutes les dépenses de l’Exposition et acheter le Palais de Cristal comme palais perpétuel et permanent pour les expositions, il faudra encore 300,000 liv. st. Or, nous venons de voir que déjà les recettes s’élèvent à 200,000 liv. st. La masse n’étant pas encore venue voir l’Exposition, on peut compter pendant 100 jours sur une recette moyenne de 1,500 liv. par jour. En conséquence, on obtiendra les 100,000 liv. complémentaires, et il y aura même un petit excédant de recettes. Il y a des gens qui voudraient qu’avec l’excédant des recettes, on achetât tout ce que renferme l’Exposition ; mais on oublie que le contenu du Palais de Cristal est évalué à 12 millions sterling. Cette idée d’achat de toute l’exposition est donc à la fois hyperbolique et inexécutable.
- *** Parmi les rafraîchissements servis à la grande Exposition, le café est le breuvage préféré, surtout au centre, où M. Young Gusband a, dit-on, établi une succursale du Café de Paris, qui ne fait rien.autre chose, tant la demande est grande. Beaucoup de personnes, cependant, se pourvoient elles-mêmes , et en parcourant les parties les moins fréquentées du Palais, on rencontre fréquemment, à l’ombre de quelque énorme colis, des bivouacs où l’on dévore des sardines, où l’on vide certaines bouteilles noires, le tout avec une joie qu’on ne prend pas la peine de dissimuler.
- Implication des Dessins «le ce numéro.
- i. VAISSELLE DE LUXE, PIÈCES D’ORFÈVRERIE,
- PAR MM. SMITH ET NICJIOLSON.
- L Exposition de Londres, dans la partie anglaise, est remarquable par le luxe déployé dans la fabrication do l’orfèvrerie et de la vaisselle de luxe. Mais il faut cou venir que la valeur des métaux employés l’emporte sur le bon goût des formes, bizarres, ou chargées d’ornements parasites, sans galbe accentué, sans ordre dans la composition, stu tout sans unité de style.
- Le groupe d’objets exposés par MM. Smith et Nichol-son, que nous offrons aujourd’hui à nos lecteurs, encourra peut-être moins ce reproche que le reste, Le
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
- candélabre rustique est pourtant trop pesant du socle, sur tout comparativement aux délicatesses de ciselure des feuillages du faîte. Le grand surtout du milieu et les deux bouts-de-table sont mieux conçus. L’aiguière est une réminiscence altérée de l’art étrusque. En général ces créations de l’orfèvrerie anglaise ne se distinguent par aucun des mérites véritables de l’ameublement britannique: la commodité aux dépens de l’aspect, l’utilité préférée à l’agrément, les aises de la main, aux jouissances du regard. Sous le point de vue du luxe pur, les Anglais sont demeurés en arrière de la civilisation et au-dessous de la tradition. C’est leur richesse qui éclate seule, là où l’on chercherait les vestiges d’un style, d’un goût, ’ d’un génie national.
- 2. CANDELABRE EN FONTE DE FER,
- DE M. BROCHA (DE PARIS).
- Voilà une belle et utile application de la fonte de fer, Le modèle de candélabre que nous publions est dû aux fonderies de M. Broclion, et destiné à l’éclairage du chemin de fer de Strasbourg. Le style élégant et riche de cette pièce, la sage distribution des ornements, les oves du collet et les acanthes de la base, tout est d’un goût auquel nous ne serions que reprendre, si la finesse même des détails n’était pas en disproportion avec la distance moyenne du point de vue. En général, ces questions de perspective décorative sont aussi négligés de nos industriels que de nos peintres. Nous traiterons ce sujet en son lieu.
- 3. GUERIDON,
- PAR M. MORAND (DE LONDRES).
- Ce guéridon est un véritable chef-d’œuvre. Si nous sommes bien informés, M. Morand est originaire de la Suisse française. Il fait également honneur à ses deux patries.
- 4. FAUTEUIL,
- PAR M. JEANSELME.
- M. Jeanselme a exposé un grand nombre de fauteuils et de chaises à bras de divers modèles. Le fauteuil dont nous reproduisons le dessin est d’un beau travail ; mais c’est une tentative malheureuse de retour au style dit impérial, non moins incompatible que les meubles de la Rome des Césars, avec nos usages et avec nos mœurs.
- Fût-on très-bien assis sur le fauteuil de M. Jeanselme, il jure avec l’ensemble de nos ameublements, où dominent le Pompadour et la Pœnaissance. Ce n’est pas, encore une fois, qu’en lui-même le meuble en question n’ait l’incontestable mérite de la pureté de galbe et de la parfaite exécution.
- 5. PIIAETON,
- DES ATELIERS DE MM. HOLMES (DE DUBLIN).
- Il est inutile de répéter ce que tout le monde sait déjà, qu’en carosserie les Anglais sont les maîtres. Nous entendons parler ici de la perfection et de la solidité du travail ; l’échantillon ci-dessus de leur savoir-faire, a un mérite de plus que les plus beaux carosses de la Grande-Bretagne : il est d’un dessin charment et d’un goût parfait.
- 6. SERRE-BIJOUX. — (salon anglais).
- Bois précieux, métaux, cristal et ciselures, le luxe anglais avec son opulence, une certaine magnificence qui tient aux dimensions et à la pesanteur, une pauvreté et une disproportion singulières dans les détails de la coupe et du dessin. Ce meuble n’a de royal, à tout prendre, que son prix et ses croix d’honneur en sautoir.
- 7. COUPE D’IVOIRE,
- PAR M. HFNRI HEMPHILL, DE CLONMEL.
- Ce petit vase, qui fait partie de la collection de M. Hemphill, de Clonmcll, est en ivoire et dans le style
- d’Élisabeth. Il a quatre pouces de diamètres et cinq de hauteur. Ce’st un véritable prodige de bon goût, de fineese et de légéreté.
- 8. SERVICE A THÉ,
- PAR WEEGWOOD.
- . Réminiscence de Pomjréi ou des Etrusques, surcharge d’ornementation, goût suspect, telle est en peu de mots l’impression que produit à la première vue ce travail, bien au-dessous, du reste, de celui de nos artistes parisiens.
- 9. LA REINE MARGUERITE.
- MOLÈLE DE JOHN BELLT, FONDERIE DE MM. MESSENGER ET FILS.
- Cette statuette fait honneur à la sculpture anglaise. Elle est conçue avec simplicité et grandeur. On peut reprocher à juste titre aux draperies de la robe'd’engloutir le galbe des jambes de la.reine, d’une façon d’autant plus regrettable, que la figure de l’enfant, en partie adhérente à la figure de la mère, donne déjà plus de base au groupe qu’il ne lui en faut.
- Comme nous le faisait observer très-judicieusement un sculpteur, avec qui nous examinions cette statuette, toute figure debout, accompagnée d’une figure plus petite, est une figure à quatre pieds, et il faut lutter contre cette difficulté, en trompant et déroutant l’œil du spectateur avec le plus grand soin.
- Les têtes sont belles et expressives, les mains heureusement enlacées. Mais pour rendre plus saisissable le mérite d’expression de ce groupe historique, il est bon de rappeler brièvement l’histoire de cette reine malheureuse.
- Marguerite d’Anjou, fille de René d’Anjou, roi de Sicile, et femme de Henri VI, roi d’Angleterre, était une princesse entreprenante, courageuse, inébranlable. Elle eut tous les talents du gouvernement et toutes les vertus guerrières. Elle prit un tel empire sur son mari qu’elle régna sous son nom.
- La nation anglaise, que safermeté avait irritée, résolut de secouer le joug. Le duc d’York, Richard, profita de la fermentation des esprits pour faire valoir ses droits à la couronne : il se mit la tête d’une armée, battit Henri VI, en 1455, à St-Albans, et le fit prisonnier.
- Il régna sous le titre de protecteur, et ne laissa à Henri que l’apparence et les titres de la puissance.
- Marguerite voulut être plus forte que ses malheurs et que sa destinée. Elle leva des troupes, battit le protecteur et rentra en maîtresse à Londres.
- Mais son triomphe devait être rudement contesté par les vaincus. Le comte de Warwick et le duc d’York, à la tête des rebelles, furent défaits par deux fois encore, et le duc périt dans la seconde bataille, celle Wakefield. Ce n’était rien encore, et l’hydre révolutionnaire n’était que terrassée, non vaincue. La mémorable et sanglante bataille de Tawton, gagnée par le comte de Warwick sur la frontière de la province d’York, réduisit Marguerite à passer le détroit pour implorer de Louis XI, roi de France, une assistance qui lui fut refusée.
- C’est la suite de cette négociation inutile, que Marguerite perdit encore la bataille d’Exham en 1462, et dut se retirer dans les États de son père.
- Mais ce n’était que pour recueillir ses forces et préparer une revanche.
- Vains préparatifs, inutiles projets !
- Faite prisonnière en 1471, elle demeura quatre ans dans les fers, et recouvra la liberté en 1475 par suite du traité conclu entre Louis XI et Édouard IV. Le malheur avait usé ses forces sans abattre son courage. Elle vint terminer en France une vie de luttes et de douleurs intrépidement supportées pour l’amour de son fils, qui n’en recueillit aucun fruit que la pitié de l’Europe et la mort sur un champ de bataille. Le jeune Édouard, prince de Galles, que représente notre gravure, mourut en 1471, à la bataille Jewksbury, sans laisser de postérité.
- 10. CHEMINÉE DE FONTE DE FER, par j.-p. vaudre.
- Cette cheminée est due à l’habile fondeur français, M. Vaudre, qui n’a pas craint d’exécuter en un métal ingrat et massif un modèle que le marbre ou la poterie eût doublé de valeur. Nous développons, dans un article spécial de ce numéro, nos idées sur ce sujet, et nous y renvoyons nos lecteurs.
- 11,12, 13, lZi et 15. BROCHES (d’après l’antique),
- PAR MM. WATERHOUSE (DE DUBLIN).
- Le luxe des anciens, dans la parure, n’a, pour ainsi dire, pas encore été surpassé par les modèrnes, sinon sous le rapport des étoffes, du moins.au point.de vue des ornements, dos anneaux, de la bijouterie. MM. Wa-terhouse (de Dublin) ont eu l’heureuse idée de populariser, en les reproduisant, les plus beaux modèles de broches des musées de la Grande-Bretagne. C’est une entreprise qui révèle non moins l’artiste et l’antiquaire que l’industriel.
- 16. PINCE A SUCRE (argent ciselé, genre Italien), 17. BOUGEQIR,
- 18. CUILLER A SEL (ciselée).
- 19. MANCHE DE COUTEAU (en argent ciselé), 20. CUILLER A SAUCE (en argent ciselé),
- 21. PRUELLE A POISSON (d’un nouveau genre),
- PAR M. IIIGGINS (de LONDRES).
- A la'réserve de la truelle à poisson, qui est peut-être fort commode à manier quand on a des gants, mais dont le dessin est affreusement bizarre, les objets de l’Exposition de M. Higgins (de Londres) sont recommandables par la beauté des formes comme par la finesse de l’exécution. La cuillère à sel est d’un goût parfait, ainsi que le manche de couteau ciselé, et que le bougeoir.
- Quant à la poignée de la cuiller de service, elle est belle en soi, mais déplacée, tant par son poids que par sa forme, on ne peut moins, à la main.
- Quoi qu’il en soit, M. Higginss est sans contredit un très remarquable orfèvre.
- F. NEVERS
- La be le Literie de fer de M. Auguste Dupont attire l’attention des innombrables visiteurs, tant français qu’étrangers, qui se pressent chaque jour dans les immenses galeries de « Cristal Palace. » Nous avons particulièrement remarqué, parmi les riches spécimens sortis de la fabrique de M. Dupont, un lit « Louis XV » d’une richesse et d’une élégance sans égales. Les figurines et tous les ornements argentés ou dorés qui se détachent du fond atteignent la perfection des bronzes d’art qui figurent dans les salons les plus aristocratiques de France et d’Angleterre.
- Un autre lit, auquel les visiteurs ont donné le nom de lit chevalier, à cause des figures Renaissance, des couronnes, des armes et écus dont il est orné, dispute au précédent la faveur et l’attention publiques. On nous assure que M. le ministre résidant du Brésil a offert une somme considérable de ce beau meuble.
- Mais M. Auguste Dupont ne veut s’en défaire que lorsque son lit de prédilection sera resté exposé pendant quelque temps dans ses vastes magasins dte la rue Neuve-St-Augustin.
- Nous reviendrons sur cette importante branche de l’industrie parisienne.
- A. J.U'FFRF.T.
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- JOURNAL ILLUSTRÉ "DE L’EXPOSITION DE 1851 ET DU PROGRES DES ARTS INDUSTRIELS,
- ABONNEMENTS pour Paris et les Départements, 23 fr. pour la durée de l’Exposition : six mois environ : port en sus pour l’Etranger. — L’on s’abonne, à Paris, à l’Administration du Journal, 24, passage Joutfroy, boulevart Montmartre, et chez MM. Susse frères, place de la Bourse, 31,—pour l’exportation, chez Hector Bossange, IS, quai Voltaire ; — à Rouen, chez M. Le Brument, libraire, ainsi que chez les principaux libraires de France et de l’Etranger, et aux Bureaux de Postes et des Messageries Nationales. — L’abonnement donne droit aux consultations et renseignements dont l’Abonné pourrait avoir besoin à raison de son industrie et de ses relations commerciales. — Les demandes d’Abonnement doivent être adressées franco et être accompagnées d’un mandat sur la Poste ou sur une maison de Paris. — Correspondants à l’Etranger : — Pour l’Allemagne, M. Alexandre, libraire, à Strasbourg; — pour tout le Zollverein, M. Wollff, cà Francfort-sur-Mein; — pour l’Espagne, M. Monnier, libraire de S. M. la Reine, à Madrid; —pour la Belgique, M. Beneau, directeur de la Presse industrielle, rue de Laeken, 13, à 'Bruxelles; — pour l’Angleterre, au bureau du Palais de Cristal, 2, Catherine Street (Strand), à Londres. - Toutes les lettres concernant l’Administration et la Rédaction doivent être adressées franco à l’Administration à Paris, 24, passage Jouffroy. — S’adresser, pour les Annonces, à l’Administration.
- SOMMAIRE.
- A chacun selon ses oeuvres.—Simple question. — Propriété des objets volés. — L’Anglomanie.
- Courrier de Londres : Les dépenses et les recettes de l’Exposition universelle. — Le Palais de Cristal.—Birmingham.— Le banquet de Mansion-House.— Le café et la chicorée.— Le thé.— M. Thiers-lion. — Les courses d’Ascott.
- L’Exposition Lyonnaise : M. St-Jean et ses tableaux.
- Lettre de Londres : Le libre-échange et la protection.
- Revue de l’Exposition universelle : Les machines anglaises.—Chefs- |
- d’œuvre microscopiques. — L’Exposition américaine. — Encore les Lyonnais.— Nîmes et Saint-Etienne.
- Les Economistes français a Londres : M.Blanqui.
- Chronique de l’Exposition.
- Courrier de Paris : La Gaité.—-Les Français.— Le Gymnase.—La fantasia arabe.— line Saint-Barthélemy.— Honoré de Balzac.— Les statues-magots. — Le palais de Versailles. — La rue Saint-Thomas-du-Louvre.—Le Louvre. — Un mot inédit de M. Dupin.
- Bulletin scientifique : Classification des couleurs. — Nouveau procédé pour éteindre les incendies.
- Bulletin industriel.
- Variétés bibliographiques s De l’influence des mécaniques.
- Dessins : Visite des émigrants de la société de colonisation d’Amérique au Palais de Cristal. — Pompes rotatives.— Appareil pour la préparation des liquides gazeux.— La Fontaine de M. Thomas.—Une famille chinoise.— Trophée chinois. — Machines à bobines. — Vitraux, etc,, etc.
- VISITE DES EMffilUNTS DE (.4 SOCIÉTÉ DE COLONISATION D’AMÉRIQUE AU PALAIS DE CRISTAL.
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- A CHACUN SELON SES ŒUVRES!
- Une question très-délicate est soulevée en ce moment dans les hautes régions de l’industrie. 11 parait que certains exposants anglais n’ont pas craint de ranger parmi leurs produits des ouvrages pour la confection desquels le secours de la France leur a été, nous ne disons pas utile, mais indispensable Or, on peut qualifier d’emprunt ce que l’on a la ferme volonté de rendre-, mais comment qualifier ce que l’on donne pour sien, sans en être réellement propriétaire ? Comment surtout se parer, dans une exposition qui est un concours, de l’invention artistique ou scientifique d’autrui?
- On nous cite à l’appui de cette plainte grave une pièce d’orfèvrerie fabriquée par M. Rudolf!, de Paris, et rangée, au Cristal Palace, parmi les produits de l’orfèvrerie anglaise. On nous parle aussi de propositions faites naguère «à tels de nos illustres fabricants de bronze , pour qu’ils consentissent à embellir le salon anglais de l’Exposition , de merveilles sorties de ses ateliers, qui sont les ateliers delà France.
- Nous admettons qu’il soit, jusqu’à un certain point, humiliant pour les Anglais de se trouver, vis-à-vis de nous, dans une condition d’infériorité si marquée, pour tout ce qui regarde les industries artistiques proprement dites, et notamment l’industrie de luxe des bronzes. Mais après tout, à chaque peuple son génie et sa spécialité. Et si les Anglais sont de grands mécaniciens , ils ne sont pas tenus d’être de grands artistes.
- Pourquoi donc recourir à un malheureux subterfuge pour se donner le mérite le plus opposé à leur nature? Pourquoi se parer des plumes du paon?
- A chacun son domaine, à chaque peuple ses Indes. Celles d’Albion ne sauraient-elles lui suffire? n’a-t-elle pas, au soleil asiatique, des Indes jaunes, des revenus desquelles il lui est permis de se parer , au moins par droit de conquête, sinon par droit de naissance? N’a-t-elle pas de plus des Indes noires, des mines de houilles et de fer d’une superficie gigantesque, d’où elle tire des millions qui sont sa légitime propriété ? Que lui faut-il de plus ?
- A nous que des troubles civils récents ont appauvris et dont les inquiétudes d’avenir ne sont peut-être pas sans lien avec le machiavélisme politique de l’Angleterre; à nous ce domaine de l’imagination, du goût, de l’invention artistique, que nous n’avons emprunté ni acheté à personne; domaine incontesté, domaine inaliénable, que nous revendiquerons toujours avec justice, tout comme la Grande-Bretagne peut et doit revendiquer ses grandes machines, ses grandes banques et ses grands chevaux.
- Assurément, tout Anglais à le droit d’acquérir, pour son agrément et sa commodité, les produits de notre industrie. Tout Anglais a même le droit de payer à nos dessinateurs, à nos sculpteurs, à nos peintres d’ornements le droit de façonner des meubles, des tentures, des pendules sur nos modèles. Mais a-t-il plus le droit de les donner comme siens, que l’imprimeur anglais de donner les livres français qu’il lui conviendrait d’imprimer, pour un échantillon du bagage littéraire de sa nation? Pas que je sache.
- Mais le fait serait plus grave encore et tout à fait inqualifiable, si l’imprimeur anglais donnait pour son œuvre un livre français sorti des presses de M. l)idot.
- Voilà pourtant le fait dont M. Rudolfi s’est plaint à nous , moins encore en son nom personnel qu’au nom de la gloire industrielle de notre pays, dont il a bien , d’ailleurs, le droit de se considérer comme l’un des fermes soutiens en matière d’orfèvrerie et de vaisselle de luxe
- Quant aux fabricants de bronzes français qui, avertis à temps de la destination des commandes qu’on venait leur faire, ont décliné la complicité d’une pareille manœuvre, nous ne saurions que les féliciter de leur refus. Il les honore comme artistes, comme fabricants, comme citoyens. L’opinion publique leur en tiendra compte, et nous pourrions, au besoin, citer leurs noms recommandables.
- Eu attendant, nous invitons tous les industriels français auprès de qui pareille démarche aurait été faite, ou qui se seraient trouvés, par suite d’opérations commerciales, livrer à des trafiquants d’outre-Manche des produits français à tout titre, comme la belle pièce d’orfèvrerie de M. Rudolfi, nous les invitons, disons-nous, à nous faire connaître les faits de cette nature, et bonne justice en sera faite dans ces colonnes, ouvertes avant tout aux intérêts des industriels et des artistes de notre patrie.
- Ce n’est pas seulement une question de probité
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- pour Albion, et pour la France une question d’honneur national; c’est encore une question d’avenir, et voici pourquoi :
- La spécialité de nos industries de luxe ne saurait nous être ravie.sans que patrons et ouvriers y perdissent chez nous leurs avantages et leurs salaires Malheur aux industries qui ne doivent leur salut qu’à un droit prohibitif, qu’à une ligne de douanes ! Les douanes sont des frontières factices que des intérêts majeurs ont pu et dû tracer entre les peuples ; mais elles sont destinées à un effacement complet, dans un temps plus ou moins long.
- Les spécialités industrielles, c’est-à-dire les industries que chaque peuple se sera appropriées, en vertu soit de gisements particuliers des matières premières, soit d’un génie exceptionnel et de moyens inimitables pour les travailler, seront les vraies frontières impossibles à franchir.
- Eh bien, nrms croyons que l’habileté vraiment extraordinaire avec laquelle nous travaillons les bronzes est notre domaine, et que, sans transfuges, l’armée industrielle française est invincible à cet égard.
- Mettons-nous donc en mesure de revendiquer une victoire que nulle puissance ne saurait nous disputer.
- D’ailleurs, la meilleure preuve de ce que nous avançons, quant aux bronzes, à l’orfèvrerie, à Y article Paris mûn, c’est le procédé même auquel des industriels anglais ont dû avoir recours pour pouvoir offrir à l’admiration du monde des œuvres qui manquaient à leur exposition.
- Ils ont voulu montrer peut-être qu’avec de l’argent on se procurait tout, même les talents dont on n’a pas la bosse.
- Montrons à notre tour au monde et à l’Angleterre que certaines choses ne sauraient s’acheter, et commençons aujourd’hui par leur rappeler qu’elles ne sont pas à vendre.
- A côté de la marque de fabrique, il en est peut-être une autre qu’il serait bon d’inscrire sur tous les produits à la confection desquels l’art est appelé à concourir: la marque de l’artiste.et le nom de son pays. Nous soumettons cette idée aux artistes et aux industriels français.
- A chacun selon ses œuvres !
- (iCLLAÜD.
- SIMPLE QUESTION.
- Est-il vrai que des difficultés se sont élevées entre la sous-commission industrielle de l’Exposition française à Londres et la Commission scientifique appelée à présider à cette exposition ?
- Est-il vrai que les prétentions de la théorie ont froissé à plusieurs reprises les justes susceptibilités de la pratique?
- Est-il vrai que les docteurs ont humilié, par leurs allures, les industriels, les hommes du fait et de la mise en œuvre, sans lesquels la doctrine, quelque savante qu’elle fût, serait une lettre morte et une gloire en peinture et non en réalité?
- Nous le craignons. Mais nous souhaitons ardem-mentque ces bruits venus jusqu’à nous ne se vérifient point. L’union seule entre la théorie et la pratique, l’entente la plus cordiale, le plus fraternel concours, peuvent seuls assurer les intérêts des deux partis.
- Nous n’insistons point sur des nouvelles qui seraient bien regrettables si elles se confirmaient. L’univers entier nous regarde, et c’est maintenant ou jamais qu’il faut justifier l’estime dans laquelle nous tiennent les nations.
- Nous ne saurions mieux faire en tout cas que de rappeler ici le bon, l’excellent exemple, qu’un savant français, un théoricien profond et d’une réputation incontestée, l’illustre Alexandre Brongniard, ravi aux sciences il y a quelques années, donnait à ses émules en s’entourant des praticiens distingués, des industriels émérites, et se faisant gloire de les consulter et de les mettre, dans ses salons, en présence des théoriciens et des savants comme lui.
- C’est à cet esprit de sage impartialité, c’est à cette abnégation de toute morgue pharisienne, qu’il a dû peut-être son initiation parfaite à ce bel art céramique qu’il cultivait si glorieusement pour la France, à la manufacture royale de .Sèvres, et sur lequel il a' laissé un ouvrage sans précédent, sans pareil et sans rival.
- Réunies en faisceau, les forces vives de la science et de l’industrie créent des merveilles.
- Isolées, elles donnent le spectacle affligeant du travail infructueux et de la science utopique et inutile.
- r, i 1>R r.u U \MO*T.
- PROPRIÉTÉ DES OBJETS EXPOSÉS.
- La Chambre des communes doit entendre le 13 juin la seconde lecture de deux bills adoptés déjà par la chambre des lords et intitulés : Modification de l’administration de la justice criminelle et de la prévention des délits.
- 11 serait fort à propos d’insérer dans l’un de ces décrets une clause déclarant que les articles exposés sont la propriété des commissaires.
- En effet, vu l’ensemble de la législation criminelle anglaise, dans le cas où une soustraction aurait lieu à l’Exposition universelle, il serait difficile, très-difficile même, à l’exposant lésé dans sa propriété par un vol, de prouver son droit sur l’objet dérobé.
- La déclaration dont nous appelons de tous nos vœux l’introduction dans le bill qui y a rapport, aurait pour effet de créer un propriétaire fictif à tous les objets exposés, et le recours de l’exposant lui-même deviendrait alors bien facile à exercer.
- Nous signalons cette question importante à la Chambre des communes.
- G. DE CHAUMONT.
- L’ANGLOMANIE.
- Si nous en croyons ce qu’on nous rapporte, le jury chargé de prononcer sur le mérite des divers exposants aurait, en ce qui concerne les objets de coutellerie et les instruments de chirurgie, assigné le prix à l’un de nos compatriotes. Ainsi sur ce point, comme sur tant d’autres de la carrière industrielle, voilà que nous distançons la Grande-Bretagne : la réputation de ses grandes fabriques de Birmingham et de Manchester est désormais vigoureusement contrebalancée pour ne pas dire éclipsée, grâce aux, efforts de nos fabricants ! Mais une particularité piquante, que nous devons mentionner, se rattache précisément à l’habile manufacturier français objet d’une préférence si flatteuse pour notre industrie. C’est que, nouvel exemple de la vérité de cet adage : « nul n’est prophète en son pays, » lui-même n’aurait acquis sa nombreuse clien-telle qu’en livrant comme objets de provenance britannique la plupart des articles qui sortent de ses ateliers, composés exclusivement d’ouvriers français.
- Ce fait, et tant d’autres que nous pourrions citer à l’appui, n’est-il pas la preuve évidente des obstacles qu’oppose au travail intelligent de nos producteurs cette mode d’anglomanie qui nous domine, et qui ne nous porte que trop souvent à leur refuser la justice à laquelle ils ont des droits si légitimes ?
- Güllaud.
- COURRIER DE LONDRES.
- 12 juin.
- Monsieur,
- L’Exposition universelle sera ouverte quatre grands mois encore ; et dès à présent toutes les dépenses d’installation sont couvertes par les recettes. On peut donc affirmer que le bénéfice qui se trouvera lors de la clôture entre les mains des trésoriers sera considérable.
- Il serait heureux que les commissaires fussent à même d’offrir à la nation anglaise, en présent, le bâtiment du Palais de Cristal. Cet acte de magnificence serait digne de l’Angleterre et honorerait également les donateurs et les légataires. C’est une bagatelle de 75,000 liv. sterl., et le bénéfice prévu sera tel que la commission pourrait encore, par dessus le marché, fonder une rente perpétuelle pour l’entretien du Palais de Cristal et des prix de concours pour les applications les plus remarquables des sciences et des arts à l’industrie.
- La commission exécutive peut asseoir dès à présent ses calculs à ce sujet d’une manière certaine, puisque la moyenne bien constatée des visiteurs s’élève au chiffre de 50,000 personnes par jour.
- Le 10, au lieu de se porter à Ilyde-Park, l’affluence se concentrera à Birmingham. Les membres étrangers du jury, les commissions appartenant aux. nations étrangères, les commissaires royaux, tout l’état-major de l’Exposition ira visiter les grandes manufactures de Birmingham. Un banquet gigantesque terminera, comme de juste, cette inspection.
- 11 faut expliquer, pour les étrangers à qui je m’adresse, cette préférence donnée à Birmingham,
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- Birmingham a fourni le verre et le fer dont se compose \e Cristal, demêmequelamachinepresqueintel-ligente,— tant elle est bien organisée,— qui l’a édifié en juxtaposant les pièces, Du reste l’excursion à Birmingham ne sera vraisemblablement que le prélude d’autres pérégrinations ayant pour objet l’élude de nos ressources industrielles.
- Quelques mots du banquet de Mansion Honse. J’ai eu le bonheur d’y assister. C’était la plus brillante réunion que l’on eût vue, à l’occasion de l’Exposition universelle, depuis la cérémonie d’ouverture. 1,500 cartes d’invitation avaient été distribuées. Plusieurs de nos personnages éminents, qui s’étaient rendus à l’invitation du lord-maire, avaient envoyé de précieux spécimens de leurs collections privées. On y voyait aussi de curieux modèles pour la construction des navires. Mais on n’y admirait pas moins plusieurs objets d’une valeur incomparable au point de vue des antiquaires.
- Il y avait concert dans la salle Egyptienne, et le menu du festin était à la hauteur de la circonstance. Enfin tous les préparatifs étaient dignes de la fin que l’amphytrion de l’Hôtel-de-Ville s’était proposé : recevoir grandement et hospitalièrement les nationaux et les étrangers d’élite en séjour à Londres.
- Il n’est pas indifférent, pour un journal industriel comme le vôtre, de savoir de quelle façon les questions de falsification des produits nutritifs sont envisagés dans nos chambres.
- Jevous rapporterai donc très-succicntement ce qui s’est passé dans la séance de la Chambre des communes, le 5 du présent mois, au sujet de la sophistication du café moulu.
- Chacun sait que la chicorée se mélange avec le café dans des proportions plus ou moins considérables. Ce mélange n’est préjudiciable que lorsque la quantité de chicorée atteint une certaine proportion ; car l’Angleterre et l’Allemagne sont d’accord sur ce point qu’il faut de la chicorée dans le café au lait, et je crois savoir que cet avis est partagé par beaucoup d’amateurs français.
- Mais comme ce mélange donne lieu à des abus,— comme celui de l’eau avec le vin, —quelque innocent qu’il soit en lui-même, la pensée est venue à l’honorable M. Thomas Baring de réglementer la matière et de mettre les intérêts des consommateurs sous l’égide du gouvernement.
- M. Baring a donc proposé à la Chambre des communes de lever toute interdiction portant sur le mélange lui-même, attendu que ces interdictions ne sont, en dernière analyse, qu’un encouragement à la fraude; et d’autoriser la vente de la chicorée sous la condition expresse que la chicorée serait vendue séparément; de cette façon, les producteurs de chicorée, n’y perdraient point, le revenu public y gagnerait et les amateurs de chicorée, comme ceux qui n’emploient, que du moka pur, seraient dans une complète sécurité.
- M. le chancelier de l’Échiquier a insisté pour le maintien des réglements actuels. L’inconvénient qu’il voit à la proposition de M. Baring, c’est l’institution d’une visite domiciliaire perpétuelle chez le débitant, pour s’assurer si le mélange clandestin de la chicorée avec le café ne continue pas à côté de la vente séparée de la chicorée. Il résulterait de cet exercice à domicile une vexation telle, que la Chambre des pétitions serait assiégée, peu de temps après, par tous les débitants de café des trois royaumes. Ce n’est pas que le gouvernement renonce à la protection des consommateurs contre les fraudes des marchands; mais le consommateur a un moyen bien simple et peu coûteux de se prémunir contre cette fraude, et moyennant la somme de \ 8 deniers, il peut épargner les frais d’une législation ad hoc, à l’imagination des Chambres. (On rit.) En effet, il n’a qu’à acheter son café en grain et à le moudre lui-même avec un petit moulin portatif, ce qui n’est pas dispendieux.
- Ces observations entendues, la Chambre des communes à rejeté la proposition de M. Baring à une faible majorité de cinq voix.
- Cette délibération, vous le remarquerez, Monsieur, met en évidence deux choses: l’intervention du gouvernement dans cette discussion d’intérêt presque privée, a eu lieu dans un sens analogue à ce que serait chez vous l’abolition de l’exercice à domicile sur les vins.
- De plus, l’initiative libérale a donc été prise parle gouvernement, dans une question oû l’avis du gouvernement aurait suffi pour provoquer une majorité en sens contraire.
- Je remarque aussi une observation d’un intérêt
- général, présentée par M. le colonel Thompson, dans la même séance : Il est statistiquement avéré que plus l’aisance des classes ouvrières s’accroît dans un district, plus la consommation du café diminue. Cela tient à la substitution immédiate d’un déjeuner à la fourchette (pain et viande) au café au lait de l’ordinaire précédent.
- J’estime, toutefois, que passé la classe des ouvriers proprement dits, cette observation statistique cesserait de se vérifier, surtout dans votre pays où, plus l’occupation est intellectuelle, plus la consommation substantielle décroît.
- En effet, le déjeuner à la fourchette commande l’exercice, et il faut travailler des jambes et des bras comme les ouvriers, ou dormir comme les rentiers, après ces déjeuners-là; tandis qu’une tasse de café contente l’estomac sans allourdir le cerveau.
- Le thé, s’il vient à se populariser davantage, jouera un grand rôle dans la digestion humaine. Ses propriétés apéritives donneront raison d’une manière générale et universelle à l’observation statistique du colonel Thompson : le café sera détrôné dans les maisons de consommation. (Refection-houses.)
- A propos de thé, je répondrai à la question que vous m’avez adressée pour savoir si M. Henri Bul-wer, qui prend beaucoup de thé, négociait avec M. Webster qui, dit-on, n’en prend jamais, un traité par lequel les colonies anglaises de l’Amérique du Nord jouiraient des avantages du bill de réciprocité.
- Je ne crois pas que l’on doive ajouter crédit à cette nouvelle, car déjà M. Crampton, prédécesseur de sir Henry Bulwer, avait en vain fait des tentatives à ce sujet auprès de M. Clayton, et ce dernier avait allégué, comme prétexte de son refus, que le congrès devant s’occuper de cette question, le pouvoir exécutif ne devait pas s’immiscer dans ses délibérations. Il est donc peu probable que M. Webster ait conclu un traité dont le congrès a refusé de s’occuper, mais qu’il pourrait néanmoins discuter l’hiver prochain, s’il le jugeait convenable.
- Puisque nous en sommes sur le chapitre des hommes d’état, vous apprendrez sans doute avec plaisir que M. Thiers, qui a passé quelques jours à Londres, y a obtenu le plus grand succès. Nos incroyables ont voulu, comme M. Thiers, porter des pantalons à carreaux bleus et rouges; l’habit vert-pomme de l’ex-ministre a fait fureur, le tout pendant vingt-quatre heures, et nos pâtissiers n’ont eu qu’à se louer des béuéfiees que leur a procuré la vente, aux alentours du Palais de Cristal, de leurs brioches à la Their.
- Tout ce que je vous dirai des courses d’Ascott, c’est que le temps ne leur a pas été favorable : la reine y assistait, mais la foule était au Palais de Cristal. Le prix de l’empereur de Russie, qui consistait en une coupe admirablement ciselée de la valeur de cinq cents livres sterl., a été gagné par Woolwich, qui a débuté par un coup de maître, à la profonde stupéfaction des amateurs de réputations toutes faites.
- Sur ce, je vous prie, Monsieur, d’agréer, etc.
- W. SUKRIDAX.
- L*EX POSITION LYONNAIS E.
- M. SAINT-JEAN.
- Notre correspondant de Londres, M. W.Sheridan, nous adresse, sous ce titre, un article spécial que nos lecteurs nous sauront gré de reproduire :
- J’ai déjà trouvé l’oecasion de vous manifester franchement l’admiration sincère que nous éprouvons généralement ici pour les beaux produits de l’industrie lyonnaise; mais je reviens aujourd’hui sur ce sujet, pour signaler l’heureuse impression produite sur tous les amateurs de belles choses, parl’introduction parmi les tissus de soie envoyés par cette ville, d’un tissu plus précieux encore : je veux parler des magnifiques tableaux de fleurs d’un artiste lyonnais, M. Saint-Jean.
- 11 faut le dire celte admission unique a d’abord surpris les visiteurs, car l’Exposition Universelle est une exposition industrielle, et l’art n’y figure nulle part sans le concours de l’industrie. Les figures de bronze, les statues de diverses matières qui s’y trouvent ont eu, pour titre à leur introduction, la substance même, plus ou moins bien travaillée, en laquelle ces figures sont exécutées.
- Mais, avant que nulle explication n’eût été fournie, la surprise des visiteurs s’était changée en admiration ; car tous étaient frappés de la beauté d’exécution et de l’éclat de coloration de ces fleurs si savamment et si poétiquement peintes. Ce n’était point pour le cadre, ce n’était point comme spécimen du savoir-faire d’un marchand de couleurs fines, que ces magnifiques tableaux avaient été mis là. On sentait que c’était bien pour eux-mêmes.
- Enfin, ceci a frappé davantage les peintres et les con-
- naisseurs, le voisinage de tant d’objets de luxe, de tant de magnifiques étoffes et de tentures éblouissantes, n’ôte rien aux fleurs deM. Saint-Jean de leur vivacité de ton, ni de leur éclat.
- Le motif de cette exhibition exceptionnelle a été bientôt connu : c’est la Chambre de commerce de Lyon, c’est le comité des beaux-arts de Paris, qui avait spontanément exprimé le désir de voir cinq tableaux de M. Saint-Jean, figurer parmi les merveilles de l’Industrie lyonnaise. C’était un double hommage rendu au talent admirable d’un compatriote et au caractère particulièrement recommandable (much to be valued) de ce gentleman.
- Les exceptions appellent les exceptions. L’exposition de Londres ne peut que se féliciter de celle-là.
- Mais ces six tableaux risquent fort, je dois vous le dire, de ne pas retourner en France. Les amateurs de notre pays (et vous savez qu’ils sont opulents et nombreux) s’arrêtent trop volontiers devant ces toiles; ils se reposent avec trop déplaisir du tohu-bohu d’une exposition industrielle, par la contemplation de ces groupes de fleurs pleins d’harmonie et de grâce, pour que l’idée ne leur soit pas venue déjà de prolonger leurs jouissances au-delà des limites del’Exposition.
- D’ailleurs, un sixième tableau do M. Saint-Jean appartient déjà à une galerie publique de Londres, the Royal Àcademy.
- Je ne sais si je dois vous rappeler quels sont les sujets de ces peintures : sans doute vous les aurez admirés dans quelque exhibition artistiques de votre pays. Vous connaissez la Vierge aux Buissons. Un bouquet caché dans un bois ombragé par un rameau de chêne. Cet ouvrage est particulièrement estimé des connaisseurs, à raison de ce qu’ilsappellent, je crois, le bien rendu.
- Un troisième tableau représente un groupe de fleurs et de fruits sur un meuble du style de la renaissance.
- U y a là des framboises, des pavots et des raisins d’une solidité de ton et d’un éclat enchanteurs. ;
- Le quatrième, que j’ai aussi beaucoup admiré, est un bouquet humblement caché sous une feuille de chou, mais qui mériterait un plus précieux abri, s’il y avait rien de plus ou moins comme il faut dans l’œuvre de Dieu, et si, d’ailleurs, le pinceau de M. Saint-Jean ne donnait point des lettres-patentes aux moindres membres de la famille végétale.
- Enfin, il y a un petit vase de camélias d’une fraîcheur mate et satinée comme le teint de nos plus jeunes ladys, et un second tableau de fleurs et de fruits très-soigné aussi et d’un puissant effet.
- Quelqu’un me dit à l’instant que tous ces tableaux sont déjà vendus, sauf le vase de camélias, demandé par un amateur d’Amsterdam, mais encore disponible, le marché n’étant pas définitivement conclu. Il est à croire toutefois que l’amateur hollandais ne laissera point aller l’œuvre du rival de Van Huysum.
- On me parle aussi d’un septième tableau de M. Saint-Jean adjoint à la collection depuis le lî> mai. .Je ne l’ai pas bien vu, et je retournerai tout exprès au Cristal.
- Je n’ai pas l’honneur de connaître personnellement M. Saint-Jean ; mais comme j’exprimais devant un des membres de votre commission mon désir de voir l’attention de S. M. se porter sur des productions aussi intéressantes et aussi dignes de son précieux et noble suffrage, il me fit l’honneur de me dire que S. M, avait porté ses regards, avec une visible satisfaction, sur les toiles de M. Saint-Jean, dans ses visites au Cristal.
- Je me fie à vous, Monsieur, pour transmettre à M. Saint-Jean cette bonne nouvelle et pour encourager sa modestie à se vaincre elle-même, et son savant pinceau à terminer quelque huitième tableau avant la clôture du Cristal. Je ne doute pas que l’Angleterre ne le veuille conserver, et qui sait, peut-être est-ce une main royale qui s’étendra pour s’en saisir !...
- Veuillez, Monsieur, agréer, etc
- W. SomiDAN.
- On voit par la lettre qui précède que le talent de notre compatriote n’est pas moins apprécié à l’étranger qu’en France. Nous sera-t-il permis, à nous Parisiens, d’ajouter une critique à ces éloges et de nous plaindre de la rigueur de M. Saint-Jean à notre égard, malgré les invitations, qui lui ont été si souvent adressées, de se fixer au moins quelques mois-par an dans nos murs ?
- Dans son intérêt comme dans le nôtre, disons lui, — assez haut pour qu’il l’enténde à Ecully, près de Lyon, dans son humble et champêtre retraite, — que Paris est plus qu’un théâtre pour les grands artistes: c’est pour eux une mine féconde, à cause du concours singulier de magnificences qu’il renferme. Il n’est pas indifférent, — même pour un peintre de fleurs, — qu’il y ait ou non dans son voisinage et à sa portée, ces meubles d’art, ces riches draperies, ces musées et toute cette opulence dont le charme oculaire féconde l’imagination et engendre de nouveaux chefs-d’œuvre.
- IIO.NORÉ D’ÜRVÉ.
- A. U. La Vierge aux Unissons, de laquelle parle notre corresdondaut de Londres, appartient au Musée national du Luxembourg. La direction des Beaux-Arts a bien voulu rendre passagèrement cechef.d'oeuvre à son auteur, en faveur de l'exposition de Hyde-Park,
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
- le palais de-windsor.—'M. Jules Janin nous faisait pressentir son retour dans sa dernière lettre ; à l’heure où nous écrivons ces lignes, le prince des critiques a rapporté son érudition et son atticisme rue de Vaugirard : nous sommes rentrés dans notre bien. L’abondance'des matières nous interdit la reproduction in extenso de sa dernière improvisation d’outre-Manche, En voici un passage où l’on verra le palais de Windsor au prisme de l’histoire et delà poésie, et dont nous ne saurions priver nos lecteurs :
- « La reine habite, à Windsor, un vaste carré {le quadrangule), et de ses fenêtres elle peut voir chaque matin la statue équestre de Charles IL Le souvenir de ce roi des licences françaises est resté vivant à Windsor, le reste de l’Angleterre en a honte et s’en indigne encore comme d’une insulte à ses moeurs pnritaines. Huit jours avant qu’il disparût tout à fait de ce monde, ce roi éphémère et charmant, que l’exil avait dégradé, et qui du milieu des grandeurs de Versailles naissant n’avait rapporté que des vices, il donnait une fête, et cette fête a été racontée avec une rage et une indignation toute biblique par un écrivain contemporain :
- « Je n’oublierai jamais la luxure, la profanation, « le jeu, le mépris de Dieu (c’était un dimanche !) « dont je fus le témoin il y a sept jours. Le roifolâ-« trait avec ses filles de joie : la Portsmouth, la Cle-« veland, laMazarin, et deux ou trois autres à peine « vêtues ; un jeune rimailleur venu de France, le « luth en main, chantait de galantes paroles dans la « salle adjacente ; quelques favoris du prince, assis, « ou plutôt vautrés autour d’une table chargée d’or, « se disputaient, les cartes à la main, un rouleau de « 3,000 livres... Six jours après, chansons, maîtres-« ses, argent, favoris, faveur, tout était dit. Le roi « Charles II n’était plus qu’une vaine poussière dans « un cercueil. «
- « Que disons-nous? Ce même roi Charles II, entouré de ses parasites, de ses bouffons, de ses traîtres, prêts à vendre la patrie à qui les paie, il va reparaître avant peu, le 13 du mois de juin, dans tout l’éclat de sa grandeur éclipsée ! Elle-même, a reine d’Angleterre, dans ce grand bal costumé qu’elle donne à sa cour et à ses hôtes, elle a choisi
- pour texte à ces déguisements l’époque, le règne et la cour de Charles IL —Vous serez vêtus et habillés à l’ancienne mode de la cour de Charles II : tel est l’ordre, on n’en peut pas sortir, et depuis tantôt huit jours on ne parle plus dans la ville entière que de ce bal à la cour du dernier Stuart ! On s’épuise en recherches, on se tue en dépenses ; un artiste français, ingénieux s’il en fut oneques, Eugène Lami, fera sa fortune à composer des dessins pour toutes les belles dames et pour tous les gentilshommes de l’Angleterre. Ainsi le veut la reine ; elle commande, on obéit, parce que tel est son plaisir, et qu’il serait de mauvais goût de la chagriner pour tout ce qui regarde la fête et la joie de sa jeunesse. Aussi que de supplications et de prières chez notre artiste ! On lui écrit les lettres les plus charmantes; on se rappelle à son souvenir ; on le prie, on le supplie de composer un beau costume, exact, original, riche, unique, et qui convienne à la beauté de la dame, à la taille du monsieur. Les femmes les plus revenues des vanités de ce bas monde et les hommes les plus considérables par la dignité et par le caractère ont accepté sérieusement cette corvée, et j’ai eu l’honneur, moi qui vous parle, de présenter un ministre d’Etat à M. Eugène Lami ! « — O monsieur l’artiste! arrangez-vous de façon à ce que j’aie quelque plaisir à caresser du regard un miroir amoureux! — Et moi, dit l’autre, il faut trouver un moyen de sauver les favoris où s’encadre mon visage ; j’aurais si mauvaise grâce, le lendemain de la fête, avec mes deux joues pareilles à un champ de chaume après la moisson ! » Ainsi ils parlent les uns et les autres. Par les soucis de ces meseieurs vous pouvez juger des inquiétudes de ces dames, jusqu’à l’heure où elles répandront dans ces salles éclatantes les dons brillants de leur beauté !
- « Voilà donc à quoi ils s’occupent! voilà leur vie, à cette heure, qui se passe entre l’industrie et lebal, entre la fête et le triomphe, le matin au Palais de Cristal, à midi dans ces parcs et dans ces jardins où se cultive la douce violette intitulée : l’amour dans l’oisiveté, et le soir, dans ces salons splendides où la reine donne le signal à ces quadrilles des quatre nations, frétillantes d’or, de soie et de plaisir ! Le prin-
- temps de Windsor ou l’été de Richemond n’auront jamais vu de fêtes pareilles; ils n’auront jamais tiré de leurs serres et de leurs parterres plus de fleurs et plus de couronnes; ils n’aurontjamais entendu plus de refrains heureux et plus de louanges à leurs oreilles charmées, ils n’auroni jamais assisté à une comédie plus galante : l’Épilogue habillé en lady, le Prologue en habit de lord. » rotation de la terre. — Les si curieuses expériences relatives à la rotation de la terre, faites à Paris et en Angleterre, commencent à être l’objet de savantes dissertations. M. Isaac Gregory , de Manchester, soutient que la rotation d’un cercle autour de son centre de gravité n’est pas une preuve de la rotation de la terre sur son axe. — L’axe de la terre et le centre de gravité ( çoupé par chaque oscillation du pendule) ne peuvent pas être identiques. La thèse que la terre a deux mouvements de rotation, l’un sur son axe et l’autre autour d’un centre de gravité, est quelque chose d’étonnant. Si un cercle était tracé autour du pôle nord ou sud, ayant le pôle pour centre, et si un pendule était dans un plan constamment perpendiculaire, on comprendrait que ce serait une démonstration et celle de la rotation de la terre sur son axe; mais la démonstration actuelle du pendule ne démontré rien du tout. Il faut bien remarquer que le plan de vibration n’est pas constant. Le mouvement de rotation des lignes diamétriques n’est qu’apparent. Ce mouvement de rotation apparent ne peut s’expliquer que par le pouvoir de l’attraction magnétique qui influence le mouvement du pendule. L’oscillation tient à l’effort du pendule pour s’ajuster au méridien magnétique.
- Un pendule oscillant au Nord et au Sud, c’est-à-dire dans le plan du méridien géographique, irait, par suite de l’intensité de la force d’attraction, au-delà de divers degrés du Nord magnétique; il tendrait à l’Ouest de 15 à 20 degrés, et il lui faudrait pour cela un espace de temps plus long qu’une séance du public pendant une démonstration. M. Isaac Gregory croit qu’il serait bon que de plus larges expériences du pendule eussent lieu, en ce qui touche l’influence magnétique. Alors on pourrait se former une plus juste idée du pendule.
- APPAREIL DE COX,
- POUR LA PRÉPARATION DES LIQUIDES GAZEUX.
- L’absence de tout artifice mécanique dans l’appareil si simple et si pratique de j M. Cox, et l’entière exclusion de l’air atmosphérique, sont les deux points les plus ! emarquables de cet appareil, destiné à la préparation du sôda-water et de tout les liquides gazeux et mousseux.
- L’eau ou tel autre liquide est imprégné de gaz à outrance au moyen de la relation établie entre trois vaisseaux, que représente notre figure.
- Ces vaisseaux de forme sphéroï-dale sont tous trois composés de deux hémisphères boulonnés ensemble et pouvant se séparer pour le nettoyage. Les tubulures S. S. servent à vider les récipients durant l’opération.
- Les deux plus grands, qui reposent sur la table, sont le générateur et le purificateur. Ils sont en cuivre et étamés intérieurement.
- Le petit vase planté en F, sur le sommet du générateur, est de cuivre, comme les deux autres, mais de plus doublé de plomb, pour résister à l’action de l’acide qu’il est destiné à contenir.
- L’acide, C, est introduit dans le générateur par le tube G, que l’on ouvre et ferme à volonté au moyen de la poignée H.
- Pour établir l’équilibre entre la pression du gaz, en F, sous l’acide et la pression à la surface supérieure de cet acide, un tube communicateur, 1, est établi entre le générateur et le porte-acide.
- L’air atmosphérique que renferme l’appareil au commencement de l’opération est chassé par le développement du gaz pur, le clapet M, qu’on ferme dès que le gaz commence à se perdre par là.
- La chaux, ou tout autre alcali nécessaire à la production chimique du gaz, est introduite dans le générateur par l’ouverture L, que l’on bouche ensuite avec un
- boulon vissé.
- Enfin le générateur et le purificateur sont en communication par un tube, II, dont l’ouverture et la fermeture sont aussi à la volonté de l’opérateur, à raison d’un robi net indiqué sur la figure.
- Ce tube, N, plonge dans l’eau du récipient jusqu’à la distance du fond de 4 ou 5 pouces.
- Enfin, l’éprouvette, P, en communication avecledômeD, oupuri-ficateur et graduée comme un baromètre, sert à évaluer la pression du gaz et à la traduire en chiffres.
- Ces détails compris, l’opération est bien simple. Le générateur renferme de l’eau et de la chaux, que l’on,mêle convenablement pour que cette chaux pulvérisée soit tenue en suspension tant que dure l’opération. On introduit l’acide par le robinet. L’effervescence a lieu, le gaz se développe, remplit la cavité du générateur, pénètre dans le dôme du vase où est l’acide et dans le tube, N, jusqu’au robinet fermé. Il en résulte un équilibre dépréssion qui ne permetàl’acide de continuerà couler dans le générateur que lorsque la pression inférieure diminuera par l’ouverture du purificateur.
- On ouvre le purificateur, le gaz s’y précipite et s’y lave dans l’eau où le tube est plongé; il revient à la surface de cette eau et remplit le dôme D . enfin quand le gaz a acquis la force de pression souhaitée, on adapte au générateur et à la tubulure, Q, un tube de métal qui conduit le gaz dans les bouteilles à saturer à la pression souhaitée par le fabricant de liquide gazeux.
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- LE PALAIS DE CRISTAL
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- POMPES A ROTATION d’appold.
- Ceux de nos lecteurs qui ont déjà fait connaissance avec les applications variées et toutes utiles des appareils de la construction de M. Appold seront contents de voir que le salon de l’Exposition consacré à l’exhibition des machines renferme le modèle de sa pompe rotative, ou mieux pompe centrifuge.
- M. Appold a exposé deux pompes : l’une de trois pouces de diamètre, mue par la main; et l’autre de douze pouces, mise en œuvre par l’appareil oscillatoire de Clay-ton; le cylindre a huit pouces et demi de diamètre et une course de vingt-six pouces de long, ayant une pression variant avec la densité du liquide à épuiser. Le jour où nous avons vu fonctionner la machine, la pression était égale à 35 livres par pouce carré.
- Nous reviendrons sur la description et l’appréciation de ces utiles machines.
- LE PRONOSTiCATEUR
- DES TEMPÊTES.
- Nous avons, dans un précédent numéro, reproduit le modèle de l’appareil de nouvelle invention destiné à pronostiquer les tempêtes, non pas à quelques minutes d’avance comme le baromètre, mais quelques heures au moins, ce qui, dans la navigation, comme dans l’agriculture, est d’un immense intérêt.
- Cet instrument, dû à M. le docteur Merryweather, de Whitby ( dans le York-shire), est fondé sur la faculté qu’ont les sangsues de ressentir, dès leurs premiers symptômes, les perturbations magnétiques et électriques de l’atmosphère.
- Si l’on se reporte à la gravure que nous avons publiée, on verra une douzaine de bouteilles de la-
- POMPE ROTATIYE A MAIN, D’APPOLD.
- POMPE ROTATIVE A GRAND CYLINDRE, D’APPOLD,
- (Mue par la vapeur.)
- boratoire ou fonds-plats de cristal, rangés en cercle sur un élégant plateau portant au centre une colonne, au sommet de laquelle repose un timbre de la forme d’une clochette de table.
- Douze petits marteaux métalliques, disposés en cercle autour de la circonférence du timbre, sont liés à douze chaînettes légères, dont l’extrémité inférieure passe par un trou pratiqué dans le couvercle des fonds-plats, et va s’attacher à des flotteurs plongeant dans l’eau que renferment les bouteilles.
- Dans ces bouteilles se trouvent des sangsues. Aussitôt qu’une perturbation atmosphérique se déclare, aussitôt que l’électricité terrestre et l’électricité céleste entrent en lutte, ces petits reptiles, troublés dans leur somnolence habituelle, commencent à s’agiter et à serpenter vivement dans l’eau. Les flotteurs sont mis en branle, tendent légèrement les chaînes en les secouant, et les marteaux soulevés retombent sur le timbre.
- La sonnerie est d’autant plus bruyante, les coups sont d’autant plus fréquents, que l’agitation des sangsues est plus vive et la perturbation des fluides éthérés plus grave.
- On comprend quelles précieuses indications en résultent pour les marins. Aussi beaucoup de navires sont-ils dès à présent pourvus du tempest-prognos-ticator de M. le docteur Merryweather.
- Nous pensons que cet appareil se popularisera et que notamment les cultivateurs y trouveront l’avantage de savoir, plusieurs heures à l’avance, s’ils doivent faucher, moissonner, rentrer leurs céréales, couvrir leurs serres, etc., etc.
- Nous avons enfin sous les yeux un plan de l’appareil simplifié et mis à la portée de toutes les bourses par un intelligent opticien français.
- Un autre appareil du même geurese voit dans la galerie des Etats-Unis.
- jurv d’examen. — Le grand jury de l’Exposition continue, avec tout le soin qu’elle mérite, l’œuvre importante qui lui est confiée. Il s’est divisé, comme on sait, en 30 sections, et chaque section s’est aussi subdivisée en plusieurs groupes. Tous les articles sont examinés les uns après les autres Les exposants sont admis à présenter verbalement ou par écrit les observations qu’ils croient nécessaires pour éclairer la décision du jury. Il faudra bien six semaines encore avant que l’examen des articles soit terminé. Un membre de chaque jury spécial sera chargé de rédiger un rapport sur les articles soumis à l’appréciation du jury. Le choix du rapporteur a été recommandé comme une affaire de haute importance, attendu que les rapports doivent être développés et circonstanciés, qu’ils seront sans doute publiés et formeront la description la plus exacte de l’état de l’industrie de toutes les nations. Lorsqu’un jury sera arrivé à une décision sur une récompense
- à décerner, cette décision sera soumise à une assemblée de tous les jurés du même groupe pour recevoir confirmation, et au besoin être redressée s’il y a contestation. Les récompenses seront décernées sans aucune acception de nationalité. Suivant le vœu exprimé par la commission royale, les médailles indiqueront les différents genres de mérite seulement et non les divers degrés du même genre de mérite. Les jurys n’auront à décerner que la médaille de 1re classe et la médaille moyenne. La grande médaille sera décernée par le conseil des présidents, sur recommandations adressées par les juges spéciaux.
- réclamations des exposants. — La commission royale s’est réunie pour statuer sur la réclamation des exposants qui prétendaient à une admission gratuite. L’admission n’a pas été accordée; mais on
- augmentera le nombre des permissions pour les exposants.
- l’amazone de kiss, dont nous avons donné le dessin, a été achetée 3,500 guinées parle musée de Washington (Etats-Unis d’Amérique).
- tonneaux monstrueux. — Parmi les récents arrivages pour l’Exposition, on cite quatre tonneaux monstrueux qui surpassent en capacité tout ce qui a été connu jusqu’ici : les deux plus forts contiennent 2,900 galons, et les deux plus petits 1,450 seulement. Ces tonneaux, fabriqués en Angleterre, avaient été expédiés en Espagne, où ils furent remplis de vin de Sherry : ils ont été renvoyés en Angleterre pour l’Exposition. Leur contenu, qui a payé 1,500 liv. sterl. de droit (37,500 fr.), n’a pas été admis dans le Palais de Cristal par les commissaires et sera vendu comme rafraîchissement.
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- LE PALAIS DE CRISTAL,
- Londres, le 13 juin 1851*
- Monsieur le rédacteur,vous voulez bien me compter au nombre des économistes français présents à Londres et m’inviter à vous faire connaître à ce titre l’impression produite sur mon esprit par l’Exposition universelle. Je ne me reconnais pas, permettez-moi de vous le dire, qualité suffisante pour prendre ce titre d’économiste et j’ajouterai que je ne l’ambitionne point. La façon dont il m’est arrivé de toucher à l’économie politique sort de ce que j’appellerai la théorie pure. Aussi en est-il résulté cpie, l’ayant abordé d’une manière tout à fait pratique, je suis souvent parvenu, dans l’application, à des conséquences diamétralement opposées à celles qui sont enseignées à l’Académie et dans les chaires officielles par ceux qui ont le droit de porter le titre d’économistes. Comment voulez-vous, par exemple, que j’accepte l’honneur que vous voudriez me faire lorsque jevoisde véritables économistes, MM. Blanqui, Michel Chevalier, Dussard, etc., se faire les apôtres du libre échange, tandis que je crois à la nécessité de la protection?
- Si donc j’essaie de vous dire mes impressions ce ne seront point celles d’un économiste, ce seront celles d’un ingénieur, d’un industriel, d’un praticien venu à Londres à propos de l’Exposition et pour atïaires relatives à l’Exposition-. Vos lecteurs estimeront pour ce qu’il vaut le point de vue auquel je suis placé. Agent principal de Y Union de l’in -dustrie parisienne, je conserve sans doute en matière d’appréciation la plus complète indépendance. Mon opinion sur ces matières ne saurait engager celle de mes commettants; il faut que ceci soit bien entendu. Toutefois il est certain que les affaires auxquelles je suis mêlé, ou qui se font par mon intermédiaire, donnent à mes appréciations des bases et des motifs tout particuliers qui exigent d’ailleurs de ma part une certaine discrétion. Je voudrais donc avoir le loisir d’entrer dans quelques détails, pour bien motiver ce que j’aurais à vous dire. Mais ici, où les heures paraissent si longues quand on songe à sa chère France, le temps s’écoule pourtant si rapidement au milieu des affaires qu’il me faut forcément être bref avec le Palais de Cristal.
- En deux mots donc, voici le résumé du brouhaha qui se fait dans ma tête et dans mon cœur, chaque jour, pendant et après ma visite à l’Exposition :
- Il était naturel que la pensée d’une exposition universelle prît naissance en France, et il est bon que cela ait été ainsi : Peuple initiateur, nous ne devions point faillir à notre rôle. Mais il était juste et naturel que cette exposition industrielle se fît en Angleterre, c’est-à-dire chez le peuple qui a porté au plus haut degré la pratique industrielle et commerciale dans les temps modernes; en outre il était tout simple, dans les circonstances politiques où se trouve placée l’Europe, que les diverses nations du globe fussent conviées à se réunir sur le coin de terre civilisée qui paraît en ce moment le plus à l’abri de toute violente commotion révolutionnaire. Croire maintenant, parce que l’Exposition est placée le mieux possible qu’elle le soit parfaitement, c’est une erreur. Qu’y a-t-il donc de parfait en ce monde ? Mes compatriotes, qui se sentent si souvent froissés par les détails de l’hospitalité anglaise, devraient songer que leurs hôtes pratiquent ladite hospitalité à leur manière propre et se rappeler notre vieux et sage proverbe: A cheval donné on ne regarde pas la bride.
- Si j’envisage maintenant la partie matérielle de l’Exposition, je remarque que l’Exposition se recommande par le Palais même qui la contient et par les objets qui la composent. Le Palais de Cristal est fort beau, fort séduisant au premier aspect. C’est vaste, simple de dessins et d’exécution, bien aéré, bien éclairé, d’un agencement solide et économique, admirable par la rapidité qui a été apportée à son exécution et rempli de détails de construction qui seront fort appréciés des ingénieurs. Et cependant, permettez-moi de vous le dire, si j’avais à en construire un autre je ne prendrais pas celui-là pour modèle. Je voudrais quelque chose de plus élevé à l’extérieur pour cette immense surface couverte. Je voudrais y avoir moins de lumière et de chaleur, moins de soleil, pour ne pas être obligé de remplacer la vue du ciel par des toiles de coton qui simulent un brouillard permanent. En un mot, je voudrais un bâtiment d’exposition et non une serre-chaude, c’est-à-dire un bâtiment à conserver les produits et non à faire éclore des fleurs et des œufs de poule.
- Quant aux objets exposés, dussé-je être rangé dans la catégorie des Parisiens qui ne s’étonnent de rien et disent à tout : connu, connu! Je vous déclare qu’il n’y a rien de nouveau pour nous dans le Palais de Cristal, si l’on en excepte toutefois quelques spécimens de l’industrie de ces peuples que nous appelons barbares, parce que leur civilisation diffère de la nôtre, spécimens qui ont d’ailleurs plus d’excentricité que d’importance Industrielle proprement dite. Celà tient à deux causes, que je me hâte de vous dire, pour ne pas être accusé -d’ignorance ou de légérefé, c’est que bien des fabricants, et ce sont précisément ceux qui marchent à la tête des inventions de la. mécanique moderne, se sont abstenus d’exposer. Ensuite c’est que réellement il n’y avait guères de chances pour que l’on pût espérer beaucoup de neuf si peu de temps après notre exposition française de 1849. — Mais, me dira-t-on, vous semblez indiquer par là que la France marche à la tête des progrès industriels. Que faites-vous donc de l’Angleterre? — Je n’en fais rien du fout et je laisse à chacun son rôle.
- La France, qu’il me soit permis' de le dire, après avoir bien des fois visité l’Angleterre comme industriel, la France ne craint la comparaison avec sa rivale dans aucune branche de travail, soit qu’il s’agisse d’invention première , soit qu’il s’agisse d’exécution. Or, ce sont là les seules choses qui apparaissent dans une exposition. Là où le rôle de l’Angleterre devient le premier, c’est dans la masse des produits et souvent dans leur prix de revient. Je me contente de constater ce double fait sans me demander ici pourquoi notre rôle commercial est secondaire, quand il semble, à vue d’exposilion, qu’il pourrait être le premier. Tous me permettrez également, Monsieur, de ne pas trop scruter les motifs d’un grand nombre de fabricants qui brillent ici par leur absence ; il en est bien peu aujourd’hui, je le crois, qui ne reconnaissent avoir eu tort de manquer à l’inventaire industriel du milieu du dix neuvième siècle, fait qui acquerra de plus en plus de valeur avec le temps.
- Je devrais, pour compléter l’indication de mes impressions sur les objets exposés, vous parler de la manière dont ils le sont. Il y aurait là beaucoup à dire. Malgré la pression nécessairement exercée par le comité exécutif sur l’ensemble et les détails de l’Exposition, il serait facile de retrouver, dans la manière dont chaque nation s’est organisée dans l’espace qui lui était alloué, un spécimen de son caractère général. Sans les passer toutes en revue, je me contenterai de vous en citer trois : l’Angleterre, la France ci les Etats-Unis.
- La première, vous le savez, s’est réservée, pour elle et ses colonies, plus de la moitié de l’espace total. Elle s’est établie là-dedans avec un luxe qui n’est pas moins séduisant au premier aspect que la vue du Palais lui-même. Ses montres, ses vitrines, ses enseignes sont admirables; mais.....elles valent.sou-
- vent plus que les objets exposés. Non contente d’occuper toute la partie occidentale du bâtiment, l’Angleterre envahit encore, à travers tous les autres peuples, des portions de galerie au premier étage, du côté oriental ; elle semble avoir voulu prouver qu’elle était bien aise qu’on n’oubliât pas sa manie de planter son drapeau sur tous les coins du globe; elle a colonisé dans le Palais, comme elle le fait au milieu des mers.
- La F rance, serrée de tous côtés, malgré ses réclamations, étouffe dans son trop petit espace. Elle n’a pas voulu, elle n’a pas su s’y arranger. Après avoir vainement tenté de la contraindre à se contenter de ce qui lui avait été alloué, il a fallu céder, reconnaître que c’était impossible,.rompre les digues, autoriser le transport d’une partie de ses produits dans un espace supplémentaire. Mais là elle se considère comme exilée; privée du génie colonisateur de l’Angleterre, elle continue à faire tous ses efforts pour concentrer sur son maigre espace tous ses exposants. Cet espace est déjà trop petit. Que serait-ce si la moitié de ceux qui avaient d’abord annoncé leur arrivée n’avaient pas faussé compagnie aux persistants? Au Palais de Cristal, comme sur le sol national, la France conserve Je caractère qui la distingue en ce moment entre tous les autres : défaut d’ordre, d’ensemble et d’unité, exubérance de vie (pii bouillonne comme la lave d’un volcan et s’échappe par toutes les tissures, entassement de ses produits les uns sur les autres, comme elle entasse, les uns sur les autres, ses habitants à Paris, Lyon et autres grandes cités dans ses maisons à cinq, six et
- sept étages. Tout cela grouille, tout cela choque à première vue, et, si l’on y pénétré, on ne peut plus s’en détacher. Bien différente en cela de l’Exposition anglaise, qui vous saisit au premier aspect, mais où l’on ne tarde pas à s’ennuyer, quand on regarde autre chose que le mode d’étalage ou les produits originaux des peuples qu’elle fait esclaves sous, prétexte de commerce et de civilisation.
- Les Etats-Unis, dont je vous ai promis de vous dire quelques mots pour terminer ce spécimen d’appréciation, sont bien aussi dans le Palais de Cristal, comme sur le sol du Nouveau-Monde. Aussi loin que possible de l’Angleterre, ayant fait mille façons plus ou moins polies, pour venir à l’Exposition, ils ont obtenu un espace considérable qu’ils sont loin d’avoir garni. Il faut considérer bien plutôt comme une promesse d’exposition que comme une exposition elle-même cette collection de pastiches européens qui semblent, au milieu de ces salles vides, courir les uns après les autres, ainsi que font les villes à travers les déserts de l’Amérique du Nord.
- Les autres peuples, je vous le répète, vous donneraient, si vous vouliez les examiner à ce point de vue, un échantillon de leur caractère au moins aussi curieux que celui de leurs produits.
- Maintenant que doit-il sortir de cette exposition ? C’est la question que chacun répète, à laquelle les plus hardis, et j’ajouterai souvent les moins compétents, se hâtent de répondre avec un aplomb d’oracles. La pratique de la vie m’a enseigné trop de prudence pour que je nie permette, Monsieur, une réponse prématurée. Combien de calculs n’ont pa été déjoués par les faits ? Quel champ plus vaste e plus fertile en déceptions que celui des hypothèses ?
- Je vous le disais en commençant, pour un industriel, l’Exposition du Palais de Cristal n’offre rien de neuf; il n’y a là aucune invention saisissante qui puisse faire époque dans l’histoire du travail humain. Ceux donc qui se seraient attendus à la propagation rapide, sur toute la surface de la terre, de quelque nouveau procédé inconnu à l’Europe occidentale par suite de l’Exposition, éprouveront une déception profonde.
- J’avoue que, pour ma part, je n’y ai pas compté. Mais au moins serons-nous plus heureux sous le rapport commercial? Des relations directes, franches et loyales s’établiront-elles entre des peuples qui se connaissent aujourd’hui à peine de nom, qui ignorent la valeur et la nature même de leurs produits respectifs, qui sont obligés de passer par les mains d’intermédiaires dispendieux et peu sûrs? La France, par exemple, apprendra-t-elle là, par elle-même, ce que ses agents diplomatiques et commerciaux auraient dû lui faire connaître depuis longtemps? Et en profitera-t-elle? Je ne sais; c’est possible. Et l’Angleterre, quel profit tirera-t-elle de ce nouveau coup de dés qu’elle vient de lancer sur Je grand damier commercial? Nos profits, si nous en obtenons, seront-ils de nature à faire baisser les siens? Toutes questions encore insolubles aujourd’hui.
- Enfin, qui gagnera du libre échange ou de la protection dans la partie engagée? Ce ne sera peut-être ni l’un ni l’autre. On se lassera peut-être de la manière dont le problème économique a été posé par les théoriciens et résolu par les praticiens. On laissera les éternels discoureurs s’égarer dans les promesses fallacieuses d’une liberté meurtrière et les fabricants ultrà-cônservateurs se cramponner à des excès de protection qui compromettent la justice de leur principe. On se lancera dans des voies encore inconnues où les considérations matérielles ne seront plus les seules écoutées, où l’on tiendra compte non-seulement, de la politique des rapports généraux des peuples entre eux et dans leurs divisions territoriales respectives, mais aussi de cette politique des rapports particuliers purement et simplement abandonnée jusqu’à ce jour à la police; de cette politique qui s’occupera des individus, parce que ce sont des êtres vivants et qui composent la
- masse.....Mais, pardon, je m’aperçois que je me
- laisse aussi entraîner à prévoir. Je m’arrête, car la folle du logis s'emparerait de moi; elle est si séduisante, lorsqu'elle vient sçulever à vos yeux un coin du voile de l’avenir promis par le progrès!
- Agréez, etc.
- FÉUX TOBBîiECt.
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
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- REVUE DE L’EXPOSITION UNIVERSELLE.
- MM. Mandsley et Field se sont bien gardés d’imiter ceux de leurs confrères de la Grande-Bretagne, qui, dit-on, auraient renoncé à l’exhibition publique de leurs machines perfectionnées. Les ateliers de ces célèbres constructeurs en fournissent un grand nombre, de principes variés, et qui toutes attestent d’incontestables progrès. Pasune d’elles n’a consacré les formes en -usage il y a douze ans, et elles ont été incroyablement allégées et perfectionnées. Une autre maison anglaise, Penn et Son, de Greenwich, a exposé une paire de petites machines de mer à cylindres oscillants, dont elle a construit deux cents paires analogues; elle a aussi produit une de ses machines de-cinq cents chevaux. Les derniers perfectionnements subis par la vis d’Archimède, pour remplacer les roues à aubes des vapeurs, sont également soumis au public avec des dessins explicatifs; seulement nous regrettons, avec beaucoup de nos confrères, que le mode si instructif d’exposer les sections et les plans des modèles de machines n’ait pas été suivi; par là, en peu d’instants, on supplée à ce que l’œil n’aperçoit pas, et personne n’a visité le Conservatoire des Arts et Métiers.de Paris, sans en sentir les grands avantages.
- La locomotive de chemins de fer, suivie de ses trains de waggons, brille dans toutes ses monstrueuses dimensions, qui ne font qu’augmenter d’année en année. MM. Stephenson et Brunei luttent à qui en fera des éléphants ou des mammouths, tandis qu’à sa naissance, ce « courrier aux naseaux de métal » n’était, en comparaison, qu’un simple poney. Ce qu’il y a de plus original et estimable pour le comfort des voyageurs, ce sont des roues de papier mâché, aussi dures que du cœur de chêne, et qui ne produiront plus sur les rails ces chocs vibrants et agaçants des roues ordinaires en fonte, par lesquels on est si fort incommodé. Ces perfectionnements ne sont qu’un épisode de l’admirable, mais trop souvent dangereuse invention des loco- . motives, et on finira par leur fabriquer « des yeux de fer qui épieront de loin le paysan ivre endormi sur la voie, et feront que, par philantropie, le train s’arrêtera de lui-même. »
- Mais continuons notre examen et arrêtons-nous devant ce colosse de l’Exposition, la presse hydraulique, qui a servi à mettre en place les tubes du pont Britannia. C’est un des plus magnifiques résultats du génie humain ; avec un instrument de cette puissance, on pourrait, disons-le sans trop d’hyperbole, renouvelant l’œuvre des Titans, remuer des montagnes, entasser Pélion sur Ossa.
- Que si vous possédez une bonne vue ou un guide infaillible, vous pourrez peut-être découvrir un autre témoin de ce que peut le travail, aidé du temps et de la patience, lesquels, s’ils ne sont pas le génie, en tiennent souvent lieu. Il s’agit cette fois d’une arme meurtrière, d’un usage malheureusement trop répandu -parmi nous, malgré les sévères prescriptions des lois en matière de duel. Mais rassurez-vous, et contentez-vous d’admirer ce chef-d’œuvre. C’est un pistolet d’à peine deux millimètres de long,—une miniature dérobée à quelqu’arsenal de Lilliput, sans doute ; — cet instrument de guerre est fabriqué dans toutes les conditions de l’art de l’arquebusier : Lepage et Devisme ne trouveraient rien à reprendre dans son exécution. 11 est à canon tordu, son chien ne fait point défaut à la lumière, le ressort obéit ponctuellement à la pression du doigt sur la gâchette. A côté de ce joujou, s’en « étale » un autre dù également à l’industrie des horlogers suisses : c’est une montre enchâssée dans le manche d’un porte-crayon, et dont la face a la dimension d’une lentille. Elle marche trente heures ; elle donne sur un douzième de cadran les jours et les quantièmes. Elle est très-solide, et le mouvement a de la profondeur, nous a-t-on dit, — car il nous a été impossible de le voir au juste. —Qu’il est loin de nous le temps de notre enfance, où, dans le gousset paternel, se prélassait la vaste bassinoire, qui s’y trouvait hère, cependant, d’avoir supplanté pour jamais les ognons de Nuremberg du siècle de Voltaire !
- Quittons pour aujourd’hui, mais non sans l’espoir d’y revenir bientôt, le terrain de ces charmantes futilités, et allons demander l’hospitalité aux États-Unis, ce magnifique fleuron que je souille d’une révolution a fait tomber de la couronne britannique.
- On ne fera pas aux États-Unis le reproche d’avoir reculé devant l’exhibition de leurs mécaniques perfectionnées, bien que leur envoi en ce genre soit peu à la hauteur de la réputation de leurs ingé-
- nieurs. Il est plus naturel de penser qu’ ainsi que nous le disions dans notre dernier numéro, l’industrie américaine ne doit cette apparente infériorité qu’à l’impossibilité matérielle d’organiser en si peu de temps ses envois, et peut-être aussi à l’inconvénient qu’il y aurait eu pour elle à se priver, même momentanément, de quelques-uns de ces puissants moteurs de la production.
- Mais si le Nouveau-Monde ne rivalise point avec l’ancien dans cette partie si intéressante de l’Exposition, il lui apporte en abondance toutes ses richesses minéralogiques : les anthracites de la Pensylva-nie, les ardoises de la Virginie, les marbres du Vermont, les cuivres du Massachussets, le zinc de New-Jerson, les fers de l’Ohio et de New-York et les aciers fondus de la manufacture d’Adirondac.
- L’exposition américaine abonde aussi en échantillons alimentaires. Ses céréales en nature réduites en farines, ou préparées en biscuits, font bonne figure à côté de ses jambons préparés au sucre, de ses conserves de viande pour les voyages de long-cours, de ses huiles lampantes ou nutritives, bien que ces dernières soient loin de valoir celles de la Provence ou du Languedoc.
- Les cotons, source féconde de richesse pour les états du Nord, forment une des plus intéressantes parties de l’exposition américaine. Les spécimens que nous avons remarqués peuvent rivaliser avecles plus beaux du Levant. Le duvet en est blanc, soyeux, serré et bien dépouillé des détritus de la coque, parfaitement préparé enfin pour le tissage de qualité supérieure.
- Quelques échantillons de laine nous ont prouvé que sous ce rapport l’Amérique est en voie de progrès. Cependant il y a encore fort à faire pour que les laines puissent être employées avantageusement dans la fabrication des étoiles de choix. Mais leur usage nous paraît devoir s’adapter convenablement aux tapisseries de haute et basse lisse, aux satinés, à la bonneterie drapée, ou à quelques-unes de ces rudes étoffes qui servent à couvrir les épaules des cultivateurs yankees.
- En moins d’un siècle, les anciennes colonies anglaises du continent américain ont assuré leur émancipation politique et industrielle par des lois sagement conçues et les efforts incessants d’une population laborieuse ; mais le goût dans les arts, qui brille à un si haut degré parmi nos exposants parisiens, fait complètement défaut chez les exhibi-teurs de Boston, de Philadelphie et de New-York. Nous ne parlerons point de ces milles caprices qu’invente la mode du jour, de ces mille colifichets qui sont le luxe de l’industrie, nous parlerons des meubles et des vêtements d’un usage familier. C’est parfaitement commode, nous dit-on,, soit; mais pour en arriver à ce résultat, digne sans doute des plus louables efforts, était-il donc absolument nécessaire de sacrifier au goût le plus détestable ?
- Le caoutchouc a pris entre les mains des Américains les formes les plus variées. Une de ses plus heureuses transformations, par son but d’utilité, est celle dont un de nos précédents numéros a reproduit les dessins, passerelles économiques et bateaux de sauvetage.
- Un autre appareil des plus ingénieux, du genre de celui dont le Palais de Cristal a reproduit également le dessin dans son premier numéro, est dû au capitaine Tricton. Nous voulons parler du « Pronostiqueur des tempêtes. « Des expériences ont prouvé d’une manière fort satisfaisante la justesse de cet instrument, secours précieux pour la navigation dont il devient la seconde boussole.
- Depuis quelques années que l’usage de la mesure métrique et de ses multiples infinis est devenu obligatoire, l’on a imaginé une foule de balances perfectionnées : celle que présente le docteur Bâche, de New-York, est remarquable par son extrême sensibilité; elle indique la dix millième partie d’une once. La patrie de Francklin devait envoyer des paratonnerres : elle Ta fait; mais rien de bien essentiel ne distingue les cadets de leurs aînés. Attirer par une pointe aimantée le fluide électrique, le diriger par une ^erge métallique jusque dans des régions où son action destructive soit annihilée, voila le principe. Tout ce qu’on a pu faire jusqu’à présent, c’est de varier le thème posé par le Promé-tliée américain.
- Nous mentionnerons pour mémoire, cette fois, d’autres inventions moins importantes, telles qu’un petit télégraphe domestique pour remplacer les sonnettes dans l’intérieur des maisons, des horlo-
- ges qui peuvent marcher un an sans avoir besoin d’être remontées, des modèles de barrières s’ouvrant d’elles-mêmes sans que le voyageur qui veut les franchir soit obligé de descendre de sa voiture ou de son cheval, des modèles de poids et mesures, et quelques voitures dont la structure joint le comfort à la solidité; un piano-violon, plus original qu’heureux, un fusil à vapeur dont l’utilité ne nous est pas parfaitement démontrée; des spécimens de ponts suspendus dont la plupart ne sont que la reproduction du grand travail de Navier; des cristaux de la compagnie de Flint-Glass. Mais accordons des éloges aux machines agricoles que présente l’exhibition des Etats-Unis : leur nombre est grand et leur choix varié. Elles sont d’un précieux secours dans les vastes terrains des Etats-Unis, auxquels les bras font quelquefois défaut pour la culture.
- Parmi les objets d’art, il en est quelques-uns qui méritent d’être mentionnés : de ce nombre est l’Esclave grecque de M. Grant. Cette statue donne une idée fort avantageuse de l’art seuptural au Nouveau-Monde. L’orfèvrerie fait à peu près défaut : les Américains n’en ont exposé que de petits échantillons dont le travail n’a rien de particulièrement remarquable.
- Nous reviendrons en détail sur cette partie de l’exposition.
- L’industrie lyonnaise a le droit d’être fière du succès qu’elle obtient à l’exposition de Londres. L’admiration des visiteurs de toutes les nations lui a été acquise sur-le-champ, et les suffrages des connaisseurs et des concurrents eux-mêmes sont venus confirmer d’une manière éclatante cette première et excellente impression. C’est que si cette industrie est la première des industries françaises par son importance, par le nombre des travailleurs qu’elle fait vivre, par le chiffre des capitaux qu’elle emploie et qu’elle féconde, elle est aussi la première par la perfection du travail, par le goût qui l’inspire, par l’éclat et l’élégance qui la distinguent. Sur ce point les avis sont unanimes. L’exposition lyonnaise brille donc au premier rang dans cet immense bazar de l’industrie de toutes les nations, dans ce colossal entassement des produits de l’intelligence humaine. Fabricants, dessinateurs, ouvriers de tous genres, tous ceux qui concourent à la production de ces chefs-d’œuvre, admirés du monde entier, y soutiennent dignement la vieille renommée de la ville de Lyon. «Pour se convaincre de cette vérité, —dit un spirituel chroniqueur étranger, à qui son tajent a donné chez nous droit de cité, — Ton n’a qu’à visiter ces trois pavillons où sont réunis, sans désignation de nom ni de fabrique, les merveilleux produits de cette industrieuse cité. Admirez l’irrésistible éclat de ces moires antiques, brochées d’un si beau rose et d’un bleu si doux, de ces gazes brodées d’or et de soie, de ces crêpes brochés et gauffrés pour imiter le point de la tapisserie. Voici des grenadines, des barèges d’une fantaisie charmante et d’une légèreté aérienne; voici des impressions d’or sur mousseline, fixées par un nouveau mordant; arrêtons-nous un instant pour bien regarder ces étoffes d’un ton si vif, et d’un eftet si agréable à liœil et qui prouvait qu’en matière d’art appliqué à l’industrie de la soie, la fabrique lyonnaise n’a point de rivale au monde. »
- Nous aurons plus d’une occasion de parler encore de cette incroyable réunion de richesses mises en œuvre par la seconde ville de France. En attendant, donnons un éloge à nos manufacturiers pour l’heureuse idée qu’ils ont eue de se parer de leurs titres de noblesse : Ce sont des étoffes de soie fabriquées aux quinzième, seizième, dix-septième et dix-huitième siècle, entr’autres les portraits de Louis XV et de l’impératrice de Russie, exécutés à la grande tire, vers 1775, par Philippe de Lassale. MM. Le Mire père et fils, et Mathevon et Bouvard exposent, ceux-là des panneaux de tenture du siècle dernier, ceux-ci demagnifiques draps d’or pour ornements d’église, commandés pour les anciens sacres.
- Que düons-dous encore? que Nîmes et Saint-Etienne, sont dignement représentés à côté de la cité lyonnaise, par leurs tissus unis et leurs rubans aux riches combinaisons de couleurs? C’est ce dont personne, ne doute, pas même nos rivaux d’outre-Manche, qui, pour acclimater chez eux cette précieuse industrie, n’ont pourtant épargné ni soins, ni argent. Mais que voulez-vous? Le génie de la France appartient à la France, et il n’est heureusement donné à personne de l’emporter « à la semelle de ses souliers. »
- KvakistE.
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
- FONTAINE D’ACIS ET GALATHÉE,
- PAR M. THOMAS.
- Réminiscence palpable de nos fontaines de la place Louvois et de la Concorde. L’ensemble du groupe eût gagné assurément à ce que les statues d’Acis et de Galathée qui le surmontent fussent ramenées à de moindres dimensions, ou que la vasque fût notablement surélevée.
- Malgré ce disparate, cependant, la fontaine dont nous offrons le spécimen n’en a pas moins des qualités estimables comme exécution, et elle fait honneur àl’ar-tiste qui Ta courageusement soumise à la critique des visiteurs du Cristal-Palace.
- Un mot. pourtant encore sur cette composition. Il parler, comme une architecture
- y a
- en
- FONTAINE D’ACIS ET GALATHÉE.
- une architecture hydraulique, pour ainsi pierre, en marbre et en charpente. Cette
- partie de l’art architectural était étudiée avec soin dès la fin du quinzième siècle. Elle se propose pour objet de faire rentrer les lignes oculaires produites par le jaillissement ou l’écoulement des eaux, dans l’économie du monument auquel elles appartiennent. Cette portion de l’art, qui devrait être familière à M. Thomas, est complètement omise et négligée par lui. Les Néréides de la base sont trop rapprochées de la vasque centrale, pour que la maigreur des jets puisse être attribuée à des intentions de légèreté. De deux choses Tune : ou ces figures sont trop rapprochées du centre de la fontaine, ou leur nombre devrait être
- doublé, cequi ne ferait du reste que mettre davantage en évidence la pesanteur de la pièce du milieu,
- LA FAMILLE CHINOISE.
- Une agréable addition a été. faite à la collection chinoise. Elle consiste en une dame chinoise, appelée Pwan-ye-lloo, celle dont notre spirituel correspondant de Londres a parlé comme d’une cantatrice exception, et dont les pieds sont de la dimension d’une feuille de lotus (2 pouces 1/2);
- Un professeur de musique avec son lils et sa fille ;
- La femme de chambre de la dame;
- Et un interprète.
- Les enfants son gais, aimables et intelligents; la dame est agréable et intéressante, et le professeur civil et obligeant.
- Les rapports entre ces quatre personnes sont marqués, selon le rang et la qualité de chacune, au coin d’un empressement, d’une déférence, d’une confiance mutuelle qui fait plaisir à voir et qui donne une fa-
- vorable idée de la vie domestique des sujets du Céleste-Empire.
- Chacun de s’écrier, en prenant congé deux :
- Les mauvais musiciens ! Les bonnes gens !
- Nous n’avons qu’un regret à exprimer; c’est qu’on n’ait pas donné pour habitation à cette charmante famille la pagode de soieries et de merveilleux tissus chinois que Ton remarque à l’Exposition Hyde-Park, et dont nous donnons le dessin à la page ci-contre.
- On verrait avec plaisir, ces pauvres dépaysés entourés d’échantillons des produits de la terre natale, à défaut de consolation vivante.
- Et peut-être les sons harmonieux de ces orgues et de ces pianos excellents, qui remplissent incessamment le vaisseau du Cristal Palace, feraient-ils perdre à un musicien d’un autre hémisphère un peu du goût barbare qui préside aux compositions des Mozart de ce pays-là !
- La FAMILLE CHINOISE.
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- XiiOI'HÉli CHINOIS, P A K MM, KEUIi El C".
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- LE PALAfS DE CRISTAL
- LES ÉCONOMISTES FRANÇAIS A LONDRES.
- Dans la lettre que nous reproduisons aujourd’hui, M. Blanqui rapporte les détails d’une excursion qu’il vient de faire dans l’un des centres les plus actifs de la production anglaise ; c’est un plaidoyer fort spirituel de notre savant compatriote en faveur des doctrines anti-prohibitionnistes dont il s’est fait le plus fervent apôtre.
- VII.
- Liverpool..
- Monsieur, je me suis dérobé pendant quelques jours aux séductions de l’Exposition, pour venir étudier sur place certaines questions, auxquelles les réformes économiques accomplies dans ce pays donnent en ce moment un intérêt particulier. J’ai voulu voir si le grand déploiement de puissance industrielle que l’Angleterre vient de faire à Londres, et si la voie de liberté commerciale où elle est entrée depuis la mémorable ligue de Cobden étaient des symtômes réels ou trompeurs de son progrès social. .11 m’a paru enfin que c’était un devoir pour un économiste de ne point s’en tenir aux apparences et de s’assurer si réellement le peuple anglais avait gagné à toutes les réformes de douanes qui ont été le résultat d’une lutte si vive et si passionnée. L’abolition des taxes sur le blé a-t-elle été utile ou nuisible aux cultivateurs? Les ouvriers y ont-ils gagné en bien-être ce qu’on prétend que les agriculteurs ont perdu ? La réforme des lois céréales a-t-elle chance de durer? Quelles conséquences pourra-t-elle avoir?
- Ce sont là, Monsieur, de graves questions par le temps' qui court, je pourrais dire des questions de vie ou de mort, puisqu’il s’agit de la nourriture des populations et de l’agitation ou de la paix des Etats. Quel désappointement amer aussi, pour nous, s’il fallait mettre au rang des chimères, des utopies, les vives espérances qui nous ont encouragés dans la lutte que nous soutenons contre les prohibitionnistes de notre pays, lutte ingrate où nous avons souvent à recueillir la haine des uns et l'indifférence des autres. Heureusement, le moment approche où l’arbitre souverain, qu’on appelle l’expérience, aura prononcé, et l’on peut dire que ce moment est arrivé en Angleterre. Vous allez en juger, et puissent vos lecteurs donnera cette sérieuse lettre l’attention que je crois qu’elle mérite!
- Voici le fait dans toute sa simplicité : il y a quelques années, p’usieurs manufacturiers anglais, frappés de la détresse des classes ouvrières, en recherchèrent les causes et découvrirent bien vite que les taxes sur les matières premières et sur les substances alimentaires étaient la source principale de cette détresse. L’impôt reprenait aux ouvriers une partie de leur salaire, sous toutes sortes de formes, particulièrement sous la forme du droit d’entrée sur les blés. Il était évident que l’Etat et les grands propriétaires se partageaient le montant de ce droit, tout entier prélevé sur les classes laborieuses. Dès lors, M. Cobden et ses amis, car ce sont eux qui ont mené à bonne fin cette religieuse croisade, ne dirent point aux ouvriers : « Renversons le gouvernement et les institutions du pays ; chassons la reine et menaçons la propriété ; » ils dirent tranquillement : C’est aux lois céréales que votre détresse doit être attribuée ; supprimons les lois céréales, et les lois céréales ont été supprimées.
- Quand ils se furent aperçu que cette suppression avait pour résultat une véritable augmentation de bien-être, lespromoteurs de la réforme, persuadés que le plus sûr moyen d’imprimer un nouvel élan à la production britannique, était de lui assurer le plus bas prix des matières premières, se mirent avec une ardeur nouvelle à propager cette heureuse idée et à la faire triompher. Elle a triomphé à son tour. Enfin est venu le tour des lois de navigation, qui avaient pour objet de réserver au pavillon anglais le monopole des transports et la suprématie maritime. Ces lois viennent aussi de disparaître. Aujourd’hui les Anglais peuvent acheter leur blé où bon leur semble, sans payer de droits, et les matières premières leur parviennent de tous les points du monde sans taxes, ni privilège de pavillon.
- Assurément, Monsieur, jamais réforme économique ne fut plus radicale que celle-là. Elle attaquait du .même coup la propriété foncière dans ses revenus, l’Etat dans ses ressources, les susceptibilités nationales dans ce qu’elles ont de plus chatouilleux. Tout cela s’était fait sans brûler une amorce, par la seule force do la raison et du droit, par la persévérance, par la patience, ces deux grandes vertus si rares parmi nous. Mais il fallait s’attendre à une vive résistance pendant la lutte et à une réaction encore plus vive après le succès. Cette réaction dure encore, surtout de la part de l’élément agricole, et elle se complique, au moment présent, de la dépréciation extrême du prix des blés. Il était donc très-important d’étudier à sa source ce fait nouveau et digne d’attention.
- Je suis allé, en compagnie de mon savant ami Michel-Chevalier, professeur d’économie politique au collège de France, dans une des fermes les plus remarquables du Lancaster, dirigée par un des cultivateurs les plus distingués de l’Angleterre. Nous avons trouvé cet habile agriculteur, inébranlable comme un roc dans sa confiance en l'avenir de l’agriculture. Il ne considérait le bas prix actuel des céréales que comme un accident où, soit à l’abondance générale des blés qui a eu beu
- en Europe, soit à d’autres causes passagères, ou étrangères à la législation libérale nouvelle. 11 reconnaissait loyalement que cette réforme avait agi comme une augmentation générale des salaires, en assurant le bas prix du pain aux classes ouvrières. Quant à lui, disait-il, celte réforme le forçait de modifier ses cultures, et il venait de découvrir une nouvelle mine de richesses dans la multiplication des cochons. Nous en avons compté 4 ou SCO dans sa ferme.-Au lieu de produire du blé, M. W... produisait de la viande, et il ne doutait pas que l’abolition des lois céréales ne donnât de l’esprit à une foule d’agriculteurs qui s’étaient endormis depuis tant d’années sur l’oreiller delà protection.
- C’est là, Monsieur, que nos cultivateurs pourront voir la différence qui existe entre leur immobilité séculaire et l’application des procédés de l’industrie à l’agriculture. J’avais été très-frappé, en parcourant les galeries de l’Exposition universelle, de la variété singulière des instruments d’agriculture anglais, dont la plupart sont inconnus, même de nom, en France. Nous nous étions fait expliquer souvent, mon collègue et moi, à quels usages pouvaient servir, par exemple, de jolies petites machines à vapeur agricoles de la force de cinq ou six chevaux : nous le savons maintenant. Nous avons vu, tout le long de notre route, plusieurs de ces machines dans les basses-cours des villages. Elles servent à dépiquer le blé, à hacher le foin pour les bestiaux; on les emploie à labourer, en les établissant à poste fixe sur divers points des champs, d’où elles font mouvoir les charrues. M. W... ne désespère pas de les appliquer à une foule d’usages nouveaux, et il a eu l’obligeance de faire fonctionner devant nous deux modèles de machines destinées à saicler et à lécher à la vapeur. Cette dernière est vraiment ingénieuse, et il est impossible d’imiter avec plus d’exactitude le mouvement des bras de l’homme. « Avant peu, disait M. W..., toute l’Angleterre sera bêchée et passée au rateau comme mon jardin. »
- Pour bien comprendre la justesse et la réalisation probable de cette pensée, il suffit d’observer avec quelque attention les moeurs de ce pays. Le fermier qui nous a donné l’hospitalité possède trois mille arpents de (erre, et il vit avec une simplicité qui n’est pas sans grandeur. Il demeure sur le terrain de ses exploitations, il les surveille, il anime tout de son exemple. 11 ne dédaigne aucun détail important. 11 fait recueillir avec une sollicitude extrême la moindre parcelle de fumier solide ou liquide. Il parcourt les logements de ses nombreux cochons, s’informe de leur santé, veille à tous leurs besoins, C’est sa Californie à lui. Quinze mois suffisent pour voir naître et mourir ces utiles animaux, qui donnent des profits énormes à sa ferme. Mais quel ordre! quelle hiérarchie dans tous les travailleurs de cette ferme! Quelles habitudes graves et sévères! Nous avons été grandement surpris, à l’heure des repas, de voir arriver toute la domesticité mâle et femelle, portant un banc de bois blanc qui a été placé en face des fauteuils du maître et de sa famille. M. "W... a ouvert la Bible, lui assis sur son fauteuil, la domesticité sur le banc de bois; il a lu quelques chapitres, puis il s’est mis à genoux et ils se sont mis à genoux. Après la prière, les domestiques ont emporté leur banc et le maître a commencé son repas. Chacun ici respecte son semblable, le maître ses serviteurs, les serviteurs leur maître. Point de familiarité ni de hauteur. On parle peu de part et d’autre, mais on agit beaucoup.
- M. W... nous a conduits à travers champs, dans toutes ses cultures. Invitez, Monsieur, les agriculteurs de vos amis à faire ce voyage. Ils verront ce que c’est que l'agriculture ici; quel art admirable, méthodique, raisonné, plein de charme; comment la terre se maintient exempte d’extrême humidité et d’extrême sécheresse par le drainage; comment les engrais pulvérulents, tels que le guano, sont déposés par une machine autour de chaque grain de blé qui descend dans la terre au moyen du semoir; comment le fourrage est pressé pour éviter la fermentation; comment on mêle la paille et le foin; comment on broie les os pour employer le phosphate de chaux qu’ils contiennent. Sur d’immenses surfaces, tous les carrés de cultures spéciales sont environnés de leur clôture; partout de petites barrières en fer ou en bois, fermant bien, à l’aide de loquets ingénieux et économiques; des mangeoires à deux fins, des râteliers, des étables, des écuries, des laiteries d’une propreté admirable; les carreaux de vitres lavés tous les jours. On daigne résider ici, Monsieur; ou sait trouver le profit et le bonheur aux champs, et les champs ne sont pas injustes. Pour nous, Paris est tout; nous y sommes cloués par les deux influences les plus irrésistibles, par celle de la politique et par celle des femmes. Que Dieu le leur pardonne! Mais j’espère bien que l’agriculture n’a pas encore dit son dernier mot, et que la République rendra le séjour des villes tellement baïssab'e, que nous serons forcés d’aller chercher la paix et les douces émotions à la campagne.
- En autre traitées mœurs anglaises, c’est que la plupart des hommes qui s’occupent de culture sont généralement instruits et éclairés sur toutes les matières économiques. M. W... n’a pas seulement une rare collection d’instruments d’agriculture; il possède une excellente bibliothèque. Tous les fermiers de ce pays se tienent au courant des progrès de la chimie, de la botanique, de la mécanique, de l'horticulture. Ils auront
- d’autant moins de peine à sortir de l’engourdissemen où les avaient plongés les lois-céréales, qu’il leur suffira d’appliquer au régime de la concurrence les connaissances qu’ils laissaient trop souvent sommeiller sous le régime du monopole.
- Ce qui parait devoir résulter de l’abolition des lois-céréales, c’est d’abord une modification savante dans la culture anglaise, ou une diminution dans le revenu net du propiétaire. La portion de ce revenu, qui était prélevée sur le salaire des ouvriers, par la taxe sur le blé, sera réduite, au bénéfice du fermier, et peut-être celui-ci, découvrant des procédés nouveaux pour augmenter les profits de la terre, pourra-t-il continuer de payer ses fermages comme par le passé. 11 n’y aurait alors, ce que je crois probable, de la perte pour personne, et le bénéfice de la vie à bon marché serait assuré aux ouvriers, sans diminution de revenu des propiétaires. M. W... exprimait cette idée ingénieusement en me disant : « Nous tirerons plus de parti de nos terres et de « notre esprit; voilà tout; et c’est la liberté du coince merce qui aura fait ces prodiges. »
- Ainsi, Monsieur, l’expérience démontre chaque jour que l’abolition de la taxe du blé n’aura fait qu’accroître les facultés productives de ce pays. Les ouvriers, devenus grands consommateurs par la faculté qu’ils ont de vivre à bon marché, réagissent sur la production agricole, en lui faisant de plus fortes demandes. Ils consomment plus de viande, de fromage, de lait, de beurre, de légumes, précisément parce qu’ils peuvent acheter leur pain à bas prix. Désormais, seulement, une partie du blé viendra de l’étranger, en échange de marchandises anglaises, et l’Angleterre fournira le reste. Elle fabriquera plus de viande et moins de blé. Ne riez pas de ces expressions vulgaires et de ces détails matériels: le genre humain vit de bonne soupe et non de beau langage, selon Molière même, et les prohibitionnistes nous mettraient volontiers au pain et à l’eau, s’ils y trouvaient leur intérêt.
- Considérez donc comme une chose certaine que la cause de la liberté du commerce est définitivement gagnée en Angleterre, et que tous les efforts du régime restrictif ne prévaudront pas contre elle. 11 reste évidemment quelques abus à détruire dans l’administration des douanes,,et c’est un fait avéré que les habitudes tra-cassières de ce régime ont survécu aux modifications libérales de la nouvelle législation anglaise : mais la Chambre des communes a nommé une commission d’enquête pour y mettre un terme, et je tiens du président de cette commission même que l'enquête sera conduite dans l’esprit le plus libéral. Ce honteux régime d’espionnage, de visites personnelles, de colis brisés, de curiosité insolente, va bientôt finir. Ces brigandages connus sous le nom de préemption, de parts de prise, de récompense aux indicateurs, cesseront avant peu de déshonorer la législation des peuples, et s’en iront rejoindre tous les autres droits du seigneur. Il est temps qu’un navire arrivant sur nos côtes, qu’un père rentrant dans sa famille, qu’un négociant qui apporte la richesse dans son pays, cessent d’être considérés comme des ennemis, et d’être reçus par des percepteurs armés de carabines, lesquels se permettent de fouiller jusque dans les replis les plus secrets de nos bagages. Songez, Monsieur, que nous souffrons ces avanies depuis bien longtemps, non pas dans l’intérêt de l’Etat, qui adroit à tous nos sacrifices, mais dans le but d’assurer à quelques fabricants encroûtés la faculté de nous vendre leurs produits sans concurrence !
- 11 n’y a qu’un cri à Liverpool contre ces restes de bar barie commerciale, et cependant la douane y est infiniment moins tracassière qu’à l’embouchure de nos fleuves. On va et on vient à" l’embouchure de la Mersey sans être censé venir de l’Inde et de la Chine, et soumis à vérification, tandis qu’on peut se faire de graves affaires en revenant de Pauiüac et même de Racalan à Bordeaux par la rivière. La vie ardente du commerce ne se soumettra pas plus longtemps à ces entraves du passé, qu’une locomotive ne se prêterait aux allures pesantes de nos chevaux de poste. Il arrive à Liverpool environ cent navires par jour de tous les points du monde; il y en a toujours cinq ou six cents, en charge. Les chemins de fer font rayonner dans toutes les directions, avec la rapidité de la foudre, des convois chargés de voyageurs, et je'ferme cette lettre à quatre vingt-dix lieues de Londres, où je serais dans cinq heures, si je ne m’arrêtais un jour à Manchester.
- Que voulez-vous opposer à de pareils torrents ? Le régime actuel des douanes disparaîtra, non parce qu’il est absurde, mais parce qu’il est impossible.
- Mon honorable confrère de l’Institut, M. Léon Faucher, ministre de l’intérieur, vient de nous débarrasser à pCû près de la tyrannie des passeports; s’il devient ministre des finances, il aura une belle occasion de mettre fin aux abus du régime des douanes. 11 y aurait de quoi le faire passer glorieusement à la postérité !
- Aiirécz, etc.
- - Ri.anqci, de l’Institut.
- P. S. A propos de chemins de fer, et malgré la bonne envie que j’ai d’être agréable à nos hôtes d’Angleterre, je dois vous dire que la tenue de nos chemins de fer est infiniment supérieure a celle des leurs. 11 n’y a rien à comparer à l’excellente direction de notre chemin du Nord sous le rapport de l’ordre, de l’exactitude et de tous les services.
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
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- CHRONIQUE DE L’EXPOSITION.
- Le jour de la fête florale de Chiswick, le Cristal-Palace a reçu moins de visites qu’à l’ordinaire; mais à neuf heures et demie du matin, la reine et le prince Albert se sont rendus à l’Exposition, et ils y sont restés jusqu’à midi environ. La royale compagnie s’est particulièrement arrêtée dans le compartiment des machines en mouvement. Les exposants avaient été avertis de cette visite et se trouvaient là en grand nombre, prêts à les faire fonctionner. En sortant, la reine s’est arrêtée dans une des salles de rafraîchissements ; elle a été reçue par les deux entrepreneurs de ce service, MM. Masters et VVelcli, de la maison Schwepps et compagnie. La reine a désiré voir fonctionner la machine à vapeur brevetée, au moyen de laquelle M. Masters produit de la glace en une minute. En présence de S. M., des cylindres de glace ont été formés avec de l’eau de source. Ces cylindres de glace sont garnis d’empreintes de fruits et de feuilles, et deviennent ainsi un ornement de table d’un goût nouveau. Il n’a pas fallu plus de vingt minutes pour produire cent litres déglacé pour dessert.
- Vers une heure de l’après-midi, un nuage de fumée s’est élevé dans la nef de l’est du côté du transept. L’alarme se répanditbientôt. On croyaitquelcbà-liment était en feu ; mais on ne tarda pas à s’apercevoir qu’il s’agissait, au contraire, d’un simple accident provenant de l’abondance des moyens de parer à l’incendie qui existent dans le bâtiment de l’Exposition. Plusieurs des machines de M. Philips, dites annihilateurs d’incendie (fire annihilât or s),, se trouvent placées sous l’escalier n. 6, qui conduit à la galerie des soiries de Lyon.
- Quelqu’un avait frappé sur le bouton qui se trouve au-dessus du couvercle de la machine. Ce boulon communique par un ressort avec le vase qui contient la composition d’acide carbonique dont la propriété n’est pas seulement, d’éteindre le feu, mais de l’annihiler immédiatement. Comme cette composition produit une vapeur gazeuse, une personne présente, s’imaginant qu’il fallait procéder de la même manière que pour éteindre le feu, eut l’idée de jeter un sceau d’eau sur le gaz qui s’échappait du fire anni hilator. 11 en résulta un développement considérable de fumée s’échappant avec une odeur très-sem--blable à celle d’un feu au moment où il commence à s’éteindre par l’action de Teau. Rien n’a été plus facile que de maîtriser ce petit accident.
- — Les recettes de l’Exposition s’élevaient le samedi 7 juin, présent mois, à 210,441 liv. (5,261,025 fr.) — Les dépenses auxquelles a donné lieu l’entreprise et dont les commissaires royaux sont resposables, s’élèvent à 185,000 liv. (4,625,000 fr.) — Ainsi qu’on peut le voir, il y a déjà un excédant assez considérable des recettes sur les dépenses, et il nous semble que l’on pourrait dès à présent fixer raisonnablement au mois d’août l’époque à laquelle le public pourra être admis gratuitement à visiter le merveilleux palais d’Hyde-Park.
- — Parmi les nouveaux objets qu’on a récemment offerts à la curiosité publique, nous citerons une magnifique tapisserie des Gobelins, représentant le massacre des Mameloueks, d’après le tableau d’Horace Vernet. Cette tapisserie, que l’on a tout nouvellement placée dans la salle réservée aux produits de Sèvres, de Beauvais et des Gobelins, est un admirable spécimen de ce genre de fabrication et vaut, nous a-t-on dit, 80,000 fr.
- —On nous assure que le magnifique buffet, en bois sculpté, placé à la droite de l’entrée de cette salle, et dont les ornements et les figures dépassent ce que l’Exposition offre de mieux en ce genre, vient d’être acheté 1,200 liv. sterl. par un noble lord anglais. — Beaucoup d’achats du même genre se font journellement, et tout fait croire que bien peu des articles de quelque mérite, exposés en ce moment, retourneront à leurs propiétaires actuels.
- — La duchesse d’Orléans, le comte de Paris et le duc de Chartres sont arrivés à l’Exposition entre trois et quatre heures. Le commissaire français, M. Sallandrouze, les accompagnait dans la visite qu’ils ont rendue au compartiment russe.
- — Les chercheurs « d’Aqua d’Oro » l’ont trouvée très-agréablement remplacée par une fontaine de Soda Water, dont les explosions répétées ont, pendant une grande partie delà journée, semblé une canonnade en miniature. C’est avec plaisir que nous apprenons, dit un journal anglais, que les exposants étrangers ; dont les produits forment une branche si intéressante de l’Exposition, n’auront rien perdu
- à leur coopération à cette grande œuvre, même au point de vue commercial. Un assez grand nombre des plus beaux objets sont aujourd’hui marqués comme ayant été achetés par des personnes de distinction. Il est très-probable que la plus grande partie des magnifiques articles, rassemblés ici de tous les coins du globe, trouveront leur place dans les diverses collections du pays.
- — Parmi les derniers arrivages du continent pour l’Exposition, nous devons signaler celui d’un tonneau d’eau de Cologne destinée à la fontaine autrichienne du Palais de Cristal.
- — Le lundi de la Pentecôte devait, selon toutes les prévisions, amener un concours immense de visiteurs à l’Exposition ; aussi, malgré les menaces d’un ciel chargé de nuages, la foule s’est-eile précipitée vers llyde-Park, mais un peu plus tard qu’on ne s’y attendait. On aura une idée de l’empressement des arrivants à jouir du spectacle de l’Exposition, quand on saura que pendant la première heure, plus de 21,000 personnes étaient déjà entrées dans l’édifice. Après les deux premières heures, la pluie, qui tombait d’abord lentement et par intervalles, a commencé à devenir plus rapide et plus intense, et le nombre des arrivants a diminué sensiblement. Néanmoins, à cinq heures, 52,400 personnes s’étaient' présentées, et le montant total de la recette aux portes a été de 2,436 liv. sterl. 4 sch., et celle de la vente des billets de saison de 2 liv. st. 2 sch., formant un total de 2,438 liv. sterl. 6 sch. Les campagnards étaient plus nombreux que d’habitude, car les chemins de fer ont, pour la plupart, abaissé de moitié le prix des places pendant les fêtes de la Pentecôte, et les instruments et machines agricoles ont eu, par conséquent, plus de visiteurs que les autres jours.
- (Morning Chronicle.)
- On nous écrit de Londres, le 11 juin :
- Je crois pouvoir affirmer que sauf les malades, les détenus et quelques autres classes de la société sédentaire, par la forqg majeure, tous les habitants de la Grande-Bretagne apporteront le tribut de leur administration à l’Exposition universelle.
- J’ajouterai aujourd’hui à la liste nombreuse des pèlerins venus en corps 500 petits industriels, ferme rs, ouvriers arrivés le 5, avec leurs familles entières, de la paroisse de liarlow (Cambridge-Stret), lieu de leur résidence. Ces 500 visiteurs se sont fait conduire par un train spécial, et les affaires de la ville de liarlow ont été entièrement suspendues durant cette journée.
- Au débarcadère ils ont trouvé des voitures qui, moyennant 6 deniers (60 c.) par personne, les ont conduits à Hyde-Park.
- Un autre train spécial de douze voitures arrivait en même temps d’Enfrield.
- Les pauvres ne sont pas oubliés : on a organisé pour le jeudi de chaque semaine des trains à prix réduits affrétés à leur service.
- Le bruit suivant circulait hier confidentiellement à l’Exposition. On assurait, et la chose venait, disait-on, deM. Sallandrouze, que la métropole française avait l’intention d’inviter à un grand bal et à un souper qui auraient lieu à l’hôte 1-de-ville les commissaires royaux, la commission exécutive, les jurés, etc., qui seraient amenés à Paris et ramenés à Londres gratuitement.
- L’époque de cette solennité était, disait-on aussi, fixée à la semaine qui suivra le grand bal (pie doit donner notre hôtel-de-ville.
- Samedi, 28 courant, le lord maire et sa famille recevront à dîner, à Mansion-lïouse, les commissaires royaux, étrangers et exécutifs, ainsi que leurs dames, en l’honneur de l’Exposition de l’Industrie de toutes les nations.
- M. Dupin, président de l’Assemblée législative, parti de Paris pour Londres vendredi soir, avec M. Piron, administrateur des Postes, a visité samedi et dimanche l’Exposition. 11 était accompagné des membres de la commission royale. Hier matin, M. le président Dupin a rendu une visite au prince Albert. 11 était attendu le lendemain malin à Paris.
- La reine Victoria s’est montrée accessible à l’hommage qu’un de nos compatriotes lui a fait d’un arbuste artificiel admirable d’imitation. S. M. B. a bien voulu indiquer à son royal époux le Paveta des Indes sorti de la fabrique de M. Grudet du Fresue (de Paris).
- Madame la duchcssse d’Orléans, en passant d'avant
- la vitrine de cet intelligent industriel, a fait arrêter un moment le comte de Paris pour lui faire admire r ces produits de la ville artistique par excelleuce.
- BULLETIN SCIENTIFIQUE.
- classification i>es couleurs.—M. Chevreul poursuit avec un zèle infatigable ses travaux si remarquables sur l’origine et la nature des matières colorantes. Dans un savant mémoire qu’il vient de soumettre à l’examen de l’Académie, il fait l’exposé de sa méthode rationnelle et expérimentale, en énonçant quelques-unes de ses applications à un grand nombre de corps naturels et artificiels.
- En principe, dit M. Chevreul, une matière colorée en rouge, en jaune, en bleu, en vert, en orange et en violet ne peut être modifiée que de quatre manières par l'emploi qu’on en fait ou en peinture ou en teinture : 1° par du blanc qui, en l’éclaircissant, en affaiblit l’intensité; 2° par du noir qui, en l’assombrissant, en diminue l’intensité; 3° par une certaine couleur qui la change sans la ternir; 4» par une couleur qui la change en la ternissant; de sorte que si l’effet est porté au maximum, il en résulte soit du noir, soit du gris normal, ou, en d’autres termes, du noir mêlé de blanc.
- Afin de définir ces modifications sans ambiguité, le savant directeur des Gobelins a appelé tons d’une couleur les différents degrés d’intensité dont cette couleur est susceptible, suivant que la matière qui la présente est pure ousimplement'mélangée deblano ou de noir; il a nommé gamme l’ensemble des tons d’une couleur; il a appelé nuances d’une couleur les modifications que celle-ci éprouve de l’addition d’une certaine couleur qui la modifie sans la ternir, et enfin il a imaginé la construction chromatique hémisphérique, comprenant 14,421 tons. Quelques-uns de ces tons, exécutés sur laine et sur porcelaine, ont été mis sous les yeux de l’Académie.
- Par cette méthode, on peut établir une synonymie des couleurs appliquées sur des tissus teints ou des surfaces peintes par des moyens quelconques, et juger ainsi la palette de toutes les industries qui parlent aux yeux par des couleurs. On peut définir en chimie la couleur des corps colorés d’une manière plus satisfaisante qu’on ne le fait aujourd’hui. On peut également définir, en histoire naturelle, les couleurs des êtres vivants, et dès-lors distinguer celles qui n’éprouvent pas de changements d’avec celles, qui en éprouvent ‘flans le même individu à diverses époques de sa vie, ou dans des individus d’une même espèce. On peut enfui constater que les couleurs de la plupart, sinon de toutes les feuilles adultes, appartiennent à des tons rabattus ou affaiblis par du noir, tandis que les feuilles naissantes présentenfordinairementle jaune vert ou presque pur.
- Ce simple exposé de la nouvelle méthode suffira pour en faire apprécier les avantages, et pour faire reconnaître que, grâce à M. Chevreul, le choix et l’emploi des couleurs dans les arts industriels auront désormais leur base et leur règle.
- NOUVEAU PROCÉDÉ POUR ÉTEINDRE LES INCENDIES.----
- L’eau, presque uniquement employée pour éteindre le feu, n’agit que sur les parties qu’elle frappe en les saturant et les immergeant successivement, mais elle est sans action chimique sur l’air et les flammes. Toutes les propriétés de l’eau contre le feu consistent à mouiller, à refroidir les corps combustibles et à empêcher ainsi le développement des gaz inflammables; bien plus, si l’eau n’est pas projetée en suffisante quantité, la haute chaleur du foyer d’igni-lion la décompose, et les deux éléments, hydrogène et oxigène, qui constituent l’eau, une fois dissociés, deviennent eux-mêmes, par leur nature essentiellement combustible, un nouvel et puissant élément du feu que l’on avait eu l’espérance d’éteindre.
- La flamme, pour se produire et s’entretenir, exige trois conditions : le calorique ou la chaleur, soit un point en ignition; le gaz inflammable; l’air, c’est-à-dire T oxigène qu’il contient. Si une de ces conditions manque ou est détruite, la flamme ne peut exister. Sur ces données on avait, il y a déjà longtemps, conseillé d’éteindre le feu des cheminées principalement, en interceptant le courant d’air par l’occlusion des deux orifices avec des couvertures mouillées. Cette manœuvre exige de la promptitude, de l’agilité; le premier venu ne peut monter sur les toits facilement ou impunément; d’ailleurs, ce moyen, d’une exécution difficile, ne réussit pas toujours. Souvent on a mis en pratique un autre procédé ayant une action chimique ut qui consiste à jeter dans
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
- l’âlredela cheminée incendiée une proportion de fleurs de soufre (soufre sublimé) qui détermine par sa combustion un dégagement de gaz acide sulfureux, ce qui détruit l’oxigène de l’air, et par conséquent l’incendie. Mais ici on a à craindre deux dangers : les effets d’un gaz nuisible à la respiration, et, dans le cas où le tube de la cheminée ne serait pas solide, sa rupture par le développement trop rapide du gaz; alors l’incendie n’étant plus limité, se fraye rapidement des voies nouvelles.
- Un ingénieur anglais, M. Phillips, donne aujourd’hui à la fortune publique et privée une garantie nouvelle, sanctionnée par des expériences répétées; tantôt elles ont été faites sur des navires, dans des constructions en bois, encombrées de matières éminemment combustibles, telles que poix, résine, goudron, etc., etc., disposition prise en vue de l’expérience à dessein prémédité; le public a été témoin de cette même expérience lorsqu’il s’agissait d’un malheur réel, d’un incendie véritable. Dans tous ces cas, si différents, que l’incendie ait été provoqué artificiellement ou non, le succès du Fire-annihilator ne s’est point démenti en Angleterre, où ces expériences ont uniquement été faites jusqu’à présent. Une pareille découverte ne peut appartenir plus d’un seul jour à un seul pays; elle devient de suite la propriété de tous, comme le nom de l’inventeur va prendre place au rang des bienfaiteurs de l’humanité.
- Voici maintenant la description donnée par l’auteur lui-même :
- « Le principe de mon invention consiste dans la production du gaz résultant de la combustion. Ma machine portative se charge avec une composition de charbon de bois, de coke, de nitrate de potasse et de sulfate de chaux. Ces matières sont mêlées ensemble avec de l’eau, et préparées en forme de brique. Pour mettre cette charge en action, une fiole contenant un mélange de chlorate de potasse et de sucre, au-dessus duquel est placée une petite bouteille d’acide sulfurique, es4 introduite dans une cavité ménagée au centre de la brique. Cette charge ainsi préparée est placée dans un cylindre percé de plusieurs trous pour le passage du gaz; le tout est placé dans une double boîte cylindrique, construite de manière à contenir, dans la partie inférieure, un peu d’eau.
- « L’appareil ainsi préparé est fermé par deux couvercles ayant une ouverture, pour l’échappement des vapeurs.
- « Une verge de fer pointue, surmontée d’un bouton, et destinée à briser la fiole, est introduite par le centre des couvercles. La verge de fer étant pressée brise la fiole. L’acide sulfurique se répand sur le mélange de chlorate de potasse et de sucre; l’ignition se produit. Cette flamme se répand sur la
- partie supérieure de la brique ; une seconde ignition a lieu instantanément. Des gaz à une haute température se dégagent, lesquels, passant à travers les trous des cylindres, vont agir sur le réservoir contenant l’eau et produisant la vapeur. Cette vapeur d’eau, se mêlant avec les gaz, s’échappe avec eux par l’orifice de la machine. Ce jet, qui continue jusqu’à ce que la charge soit brûlée et l’eau épuisée, forme un nuage épais qui se dilate et se répand dans l’atmosphère du feu.
- « La réduction de la flamme, qui a lieu instantanément, réduit aussi le courant d’air par lequel la combustion était entretenue; les matières se trouvant enveloppées par la vapeur sortant de la machine, la combustion cesse, la chaleur est absorbée, et le feu s’éteint.
- « Il faut ajouter que la vapeur projetée par la machine n’exhale aucune odeur insupportable, et qu’elle joint à sa puissance de compression et de destruction de la flamme, une inocuité parfaite pour la respiration et la vie de l’homme. »
- Espérons que des expériences sur cet annihilateur du feu ne tarderont pas d’être répétées en France; car si les auteurs d’une découverte peuvent être revendiqués par leur pays, les applications scientifiques ne peuvent et ne doivent avoir de patrie; le monde entier est appelé à en profiter dans les délais les plus courts.
- Docteur (Jaffe.
- La nouvelle machine à bobines que représen tent les deux figures çi-contre, en attendant que le jury d’examen se soit définitivement prononcé sur sa valeur, a déjà reçu l’approbation des hommes compétents qui l’ont vu fonctionner.
- Au moyen de cet ingénieux mécanisme, le * travail du dévidage est singulièrement accéléré.
- Le fil qui en résulte est parfaitement lisse, sans que la solidité en soit altérée.
- Les dessins que nous donnons de l’appareil complet sont d’une exactitude parfaite, et font saisir d’un rapide coup d’œil l’ensemble de Foration.
- Cette variante de la mu II jenny, d’un travail moins compliqué et d’un prix peu élevé, est destinée à un grand succès, en Angleterre et en Amérique (Etat du Massassuchets), patrie de l’inventeur.
- FONTAINE
- d’eau DE COLOGNE.
- Cette petite fontaine est spécialement intéressante pour les dames qui visitent l’Exposition. On , peut dire qu’elle coule à leur adresse, de la part
- MACHINES A BOBINES,
- PAR M. JUDKINS.
- MACHINE A EMBOBINER LA SOIE.
- I
- M
- (I
- du très-célèbre parfumeur de Cologne, Jean-Marie Farina, dont le nom est aussi connu sur le continent et ailleurs, que ceux de Napoléon et du grand Frédéric.
- On peut même dire que M. Jean-Marie Farina a de plus qu’eux la gloire d’avoir eu beaucoup d’imitateurs et de contrefacteurs, et de n’avoir jamais fait couler à l’humanité d’autres larmes que celles de la reconnaissance dans des ' attaques de nerfs et les pâmoisons. L’impartialité nous commande toutefois de mentionner celles qu’arrache l’eau de Cologne au plus insensible, quand il a le malheur de s’en mettre dans l’œil. Autant vaudrait alors y avoir mis de la cendre chaude ou le doigt. Mais on y prend garde !
- Et c’est un véritable pèlerinage que celui des dames qui vont, dans le salon autrichien , tremper leur mouchoir dans cette fontaine de parfums.
- Dans un de nos pro chains numéros nous donnerons le dessin de cette fantaisie de « bon goût. »
- friscifal détail i>e cette machine.
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- FRAGMENTS D’UN VITRAIL GOTHIQUE NORMAND.
- L’AGNDS DEI. — L’ANNONCIATION.
- Ce magnifique vitrail a été dessiné et exécuté par par M. D. Gibson, deNewcastle. Il est disposé en cinq compartiments circulaires. Le compartiment supérieur représenteYAgnus Del environné d’une gloire. Un autre représente la Nativité. Deux des sujets traités dans cette pièce importante, par M. Gibson, sont reproduits dans nos gravures. Ils représentent Y Annonciation et Y Adoration des Mages. La couleur est riche et harmonieuse. Les fonds qui
- ! l’adoration des mages.
- séparent les cercles sont d’un «bleu d’azur et d’un rubis, d’un éclat et d’une pureté remarquables. Le dessin mérite aussi des éloges.
- Ce même artiste de Newcastle a aussi exposé un autre spécimen de coloration et de dessin sur verre qui attire l’attention des connaisseurs dans la partie Est de la galerie du Nord. Cet ouvrage intéressant, dont nous reproduisons le dessin ci-contre, se trouve parmi d’autres vitraux dûs à d’autres artistes verriers.
- DESSINS COLORIÉS SDH VERRE.
- COURRIER DE PARIS.
- A la Gaîté on a joué Suzanne, drame en cinq actes, par M. Dupeuty. Pourquoi ce théâtre-là se nomme-t-il la Gaîté ?
- Ou bien pourquoi y joue-t-on Suzanne ?
- Mais nous avouons que le plus grand tort des drames en cinq actes, joués à la Gaîté ou ailleurs, est d’arriver pour la canicule, qui, bien que pluvieuse cette année, autant qu’il semble, à ses étouffements et ses pesanteurs, surtout dans une salle de théâtre, avec le concours de certaines toilettes et les exhalaisons dont parle Catulle,— en latin difficile à traduire en français.
- Aux Français on a célébré l’anniversaire du grand Corneille. M. Théophile Gautier avait écrit un éloge de l’auteur du Cid pour la circonstance: les vers de M. Théophile Gautier n’ont pas été lus à la représentation. Louis XIV y était traité peut-être un peu légèrement. Le poète lui reprochait la pauvreté du grand tragique. C’était dura dire dans un théâtre fondé par Louis XIV et illustré par Molière, l’un des protégés du grand roi. Le Théâtre-Français, qui se pique de bons sentiments et qui a raison, a préféré aux vers de M. Gautier, un morceau de la composition de Beauvallet, qù les louanges données à Corneille ne sont pas des horions portés à la mémoire de l’Auguste et du Périclèséde la France, et où le relief donné à l’austère figure de l’un n’a pas eu besoin pour repoussoir du sacrifice de l’autre visage, ce que beaucoup de peintres ne manqueront pas de trouver plus habile.
- Après les vers de Beauvallet—le Cid, — c’était bien le meilleur encens à brûler devant l’idole. Les mânes du demi-dieu auront-elles été satisfaites de sa nouvelle prêtresse, Mlle Rimblot? Pourquoi pas? —Allons, cou-l'age, Mademoiselle ; vous y viendrez!
- Au Gymnase, la Petra Camara s’évertue et triomphe toujours. Décidément la danse espagnole a pour le public parisien beaucoup d’attrait. Du reste on a tant pef-fectionné toutes choses, dans nos mœurs et dans nos
- usages, dans nos institutions et dans nos costume que toute irruption vive et franche de la jeunesse, de nature, d’une originalité et d’une nationalité quelcoj que dans notre angle visuel, est une source d’émotioi et d heureux tressaillements. Nous devenons jeunes lorce d’ëtre vieux, naïfs à force d’être blasés.
- Est-ce que nous tomberions en enfance ?
- Autre divertissement très-prisé : la Fantasia arab Un es.t alle au Champ-de-Mars, on a vu bondir di C<^Ulsîeis aiabes pour de vrai,— gesticuler etmanau des Aiabes qui 11e sont pas nés rue Quincampoi et qu’on savonnerait avec du savon à détacher sans b eianchir.—Et l’on est revenu content.
- Si Paris est à ce point avide d’émotions, je pourra occuper la tête et le cœur des Parisiens de la décor eite d un vaste complot. Mais éprouvera-t-on pour d
- dangers réels les mêmes tressaillements que pour les pleurs de Didon ?
- Il y a une Saint-Barthélemy sur le tapis , rien que cela. Et quelle Saint-Barthélemy ! ! ! Et même Yopéra-tion est commencée.
- Il ne s'agit point ici de la Saint-Barthélemy de maisons de la place du Carrousel, non plus que de la Saint-Barthélemy de rats, dont les égoûts de Paris sont de temps en temps le théâtre et dont les fourreurs anglais achètent les victimes pour coiffer de leur poil ras (pardon du calembour) le plus de chrétiens qu’ils peuvent. Les gens qu’il s’agit de chouriner et de bocarmer en douceur ont bien ceci des rats qu’ils ne vivent trop souvent que de hasards culinaires, et que leur pelage est on ne peut plus râpé par endroits.
- Mais ce ne sont pas des rats.
- Ce ne sont pas des maisons non plus. Hélas ! les Huguenots dont il s’agit n’en ont même pas, et quelques-uns se sont trouvés fort à plaindre pour en avoir voulu bâtir et meubler à leur usage.
- Témoin certain palais conçu par le Monte-Cristo du feuilleton, construit sur ses plans, et que le Monte-Cristo dont il s’agit n’habita guère...
- Témoins les sept châteaux de ce feu roi de la Bohême littéraire, l’illustre Honoré de Balzac, lesquels durent demeurer en nantissement aux entrepreneurs et aux tapissiers même qui les avaient édifiés et décorés ; témoins bien d’autres misères ! Non, il n’y a pas de maisons pour les gens de lettres !
- Mais il faut bien se garder d’attribuer leurs disgrâces à des persécutions isolées, à des hasards, à des additions fautives dans leur budget. Je prétends, moi, qu’il existe un parti pris contre eux.
- Etudiez un peu avec moi ce qui se passe. Rappelez-vous cet octroi prohibitif dont on a taxé les muses, et qui rendrait aujourd’hui la publication de Réné, d'Eugénie Grandet ou de Manon Lescaut impossible, si Châ-teaubriand, Balzac et Prévost étaient de ce temps et de ce monde, et s’ils étaient assez peu « nababs » pour ne pouvoir publier leurs livres qu’à trois sous la ligne dans le rez-de-chaussée des journaux.
- Parti pris contre les gens de lettres !
- De quoi s’occupe le plus le gouvernement, et de quelle espérance de gloire se berce-t-il ?
- De l’extermination des gens de lettres...
- On persécute la littérature par le dédain, par l’oubli, plus cruel que la haine, parce qu’il tue, comme un fusil à vent, sans fracas.
- Etquandon s’occupede nous, c’est pournous fairepièce.
- Le gouvernement a trouvé récemment un moyen raffiné de vexer et d’humilier encore la littérature : il a, proh pudor ! fait les frais d’une médaille, devinez pour quiet pour quoi? Pour la meilleure des douze statues qui ont figuré aux Champs-Elysées à l’occasion de la fête du A mai !
- Or, vous vous rappelez ces statues, si tant est que ce nom puisse s’appliquer à de pareils magots !
- 11 y avait un Jacquart qui tombait dans ses bottes ;
- Un Corneille bien à plaindre, quant on songe à la maladie de la moelle épinière qui avait pu seule, dans un âge avancé, donner à sa colonne vertébrale un aussi funeste allongement;
- Un Richelieu qui avait renoncé à se couvrir, le quelque chose qu’on lui avait mis à la main dans ce but étant du diamètre d’une tabatière; que sais-je?... et que n’y avait-il pas ?
- M. Carlier défendit prudemment la circulation des voitures sur une voie flanquée de semblables épouvantails : on craignait une manifestation de chevaux ! mais le gouvernement éprouva le besoin d’encourager cette sculpture d’un nouveau genre, et, voyant la caisse des fonds destinés aux gens de lettres à peu près vide, il fit frapper une médaille d’or pour les bonshommes déplâtré des Champs-Elysées.
- J’ai ouï dire qu’on allait fonder une prime d’encouragement pour quiconque apportera, non plus la queue d’un rat, ou la tête d’une taupe, mais bien la chevelure d’un écrivain, fut-il public, un peu joliment scalpée.
- L’écriture sera abolie. On n’écrira plus, on fera des nœuds.
- Et on les appliquera sur les reins des contrevenants.
- Autre botte à l’adresse des neuf sœurs : Pithiviers, la ville des pâtés , inaugure le 1S , toujours avec garantie du gouvernement, la statue d’un homme canonisé pour n’avoir jamais fait que des chiffres , celle de Poisson , géomètre. Il est également question d’un monument du même genre à la gloire de l’inventeur des pâtés de Pithiviers.
- Autre insulte à la littérature : le siècle de Louis XIV, atteint et convaincu d’avoir été un siècle littéraire, et Voltaire ayant même écrit sur la matière certaine brochure qu’on ne veut plus avoir lue; l’Assemblée nationale hésite à voter nn crédit de 120,000 .francs pour réparations urgentes à faire au palais de Versailles. On voudrait voir s’écrouler un peu ce maudit palais.
- Foin de l’orangerie et du reste : Molière^peut y avoir mis les pieds!
- Et même Ton n’aurait pas été si pressé d’en finir avec la rue St-Thomas-du-Louvre, si Ton ne se fût souvenu que là certain hôtel appelé d’abord hôtel Pisani, puis hôtel Rambouillet, avait abrité des fronts littéraires et retenti de conversations qui sentaient le Parnasse d’une lieue.
- On cite enfin plus d’un éditeur entré, contre ses intérêts, dans la conspiration, et qui travaille de son mienx, par la publication obstinée des œuvres de tel ou tel Tur-lupin, à inspirer l’horreur des lettres françaises.
- Mais il manquait encore quelque chose au malheur de la gent porte-plume, et pour couronner l’œuvre, M. le
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
- président da la République, dans le discours d’ouverture des salles du Musée,-a parlé de tous les arts excepté de la littérature, qu’à l’instar de son oncle, il semble envelopper dans la même proscription que Yidéologie.
- Et tous, représentants et représentés, gouvernants et gouvernés, se frottent les mains et se disent en chuchotant, d’un air de triomphe : la littérature se meurt, la littérature est morte!
- Non par Apollon, Messieurs, vous ne viendrez pas à bout de cette divine chimère ! Les cendres de Gilbert ont été fécondes, et si vous envoyez la littérature ago-sante à l’hôpital, je sais bien qui l’y suivra de près!...
- Mais enfin, passons condamnation : il est question du Louvre, du grand Louvre, du vieux Louvre. L’histoire, la peinture, la poésie ne sauraient se jalouser ni cesser de s’aimer en sœurs, qnand elles se rencontrent dans ce palais.
- Salut donc au salon d’Apollon restauré, splendide, royal. Mais que font ici tous ces paletots et toutes ces chaussures poudreuses? Piaçe, place, la cour des Valois va paraître par cette porte ouverte à deux battants A ce balcon sur la rivière vont venir s’accouder, leur tête riante ou pensive dans la fraise de dentelle empesée, un groupe de courtisans, de seigneurs, de héros, peut-être un roi, peut-être le Béarnais lui-même, avec sa barbe grise. Silence, et place à l’histoire, aux belles dames amoureuses, aux splendeurs, aux merveilles, à tout ce qui n’était plus, mais qui est ressuscité sans doute, car voilà bien le Louvre d’autrefois!...
- A propos, quelqu’un qui lit ceci par dessus mon épaule, me trouve aujourcThui de bien mauvaise humeur. Ma foi ! je crois que ce quelqu'un a raison. Aussi bien, le baromètre et l’humanité aidant, je puis dire de mon cerveau ce matin, ce que M. Dupin disait l'autre jour de la Chambre, dans un-billet que je n’ai pourtant pas eu l’indiscrétion de lire, mais qu’il écrivait à Mme de... en lui refusant des billets de son... (j’allais dire de son théâtre ! voyez un peu!)
- Mons Dupin disait donc de certain palais et je dis d’autre chose :
- — Vous y verriez le travail d’une ruche qui produit plus de liel que de miel !
- Honoré d'ürfé.
- Il est à la fois classique et rationnel de perpétuer le souvenir des fêtes occasionnées par les victoires de l’industrie humaine sur les éléments et la nature. A ce titre, les fêtes d’inauguration des voies ferrées ne sauraient être omises dans les fastes de notre histoire moderne.
- C’est donc une heureuse pensée que de frapper une médaille commémorative de l’ouverture de la ligne de Paris à Dijon. Cette médaille, exécutée à la Monnaie, sur le modèle fourni par l’un de nos meilleurs artistes, perpétuera le souvenir de cette cérémonie présidée par le chef de l’Etat, et le nom des ingénieurs habi'es qui ont dû vaincre de si grandes difficultés pour établir cette importante communication.
- BULLETIN INDUSTRIEL.
- PREMIER ARTICLE.
- Appel aux inventeurs et artistes industriels. — De la propriété intellectuelle.—Des brevets' d'invention. Réformes nécessaires.— Le Palais de Cristal sera le journal des droits et des devoirs de l’industrie. — Respect à toutes les propriétés acquises; égalité de la loi en faveur de la propriété intellectuelle. —Récompenses nationales pour les inventeurs. —Alliance du génie et du capital.—Conclusion.
- I.
- Pendant bien des siècles, l’industrie n’a été qu’un métier ; aujourd’hui, c’est un art; l’industriel, un fabricant; aujourd’hui, c’est un artiste; l’inventeur, un utopiste; aujourd’hui, c’est un savant.
- Le Génie n’enfantait alors que des rêves;
- De nos jours, le Génie crée des réalités. Désormais, l’alliance clés arts, des sciences et de Vindustrie est un fait accompli ;
- Ce qui était naguère, aux yeux du monde, le signe impalpable d’une imagination qui passait pour folle, est devenu le produit matériel le plus saississable, et se traduit, de nos jours, par un mot qui est un gage de sécurité; ce mot est celui-ci : propriété intellectuelle.
- Ainsi, ce fait considérable est acquis; une propriété nouvelle, la plus incontestable de toutes, a pris place dans la société moderne parmi les richesses de notre temps : c’est la propriété du céme.
- Qui viendra maintenant contester à l’écrivain la propriété de ses œuvres ; au peintre, la propriété de son tableau, se reproduisant par la gravure et la lithographie ;
- Au musicien, la propriété de ce qui n’était qu’un son, reproduit sur un théâtre, ou dans un concert.
- Ce son, est devenu pour le musicien, l’élément d’une fortune matérielle, considérable;
- Qui viendra contester à l’inventeur le produit de se? recherches, le fruit de ses veilles ?
- Or, tout cela, c’est la propriété intellectuelle, propriété spéciale, dont le plus beau caractère est d’être essentiellement libéral et tout à la fois productif; propriété méconnue, persécutée, punie souvent, avant le dix-neuvième siècle; et qui se meut, au milieu de nous, avec indépendance, grandit avecfierté, devient pour la gloire même de ce siècle si fécond un signe de progrès et de civilisation, et pour l’homme qui travaille, un moyen légitime de s’enrichir.
- Certes, c’est là une des plus belles, une des plus nobles conquêtes de notre temps !
- Aussi est-il arrivé ce que Ton devait prévoir:
- Comme tout ce qui s’inspire de Dieu, le produit du génie devait, tout en appartenant au monde matériel, en prenant un corps, compter parmi les spéculations du monde moral, en s’alliant aux arts et aux sciences; c’est-à-dire que le métier devait devenir et est devenu partie intégrante de l’Idée, cette parcelle de l’âme divine qui élève le plus l’humanité :
- L’industrie, fruit du génie, participe de la science au moyen de laquelle, elle crée; et des arts au moyen desquels elle embellit.
- Dans un objet fabriqué de nos jours, l’observateur ne peut s’empêcher de voir, en étudiant les détails placés sous ses yeux,*le produit d’une force intellectuelle qui a inventé, et d’une autre force intellectuelle qui à perfectionné l’œuvre.
- En sorte qu’il n’est pas un objet, sorti d’un atelier industriel, qui ne porte avec soi le double cachet d’un progrès sous le rapport de l’invention et d’un perfectionnement sous le rapport du travail :
- D’où cette autre conséquence, dont le résultat est un bienfait incalculable, à savoir une économie notable dans la fabrication, et en même temps un fini remarquable dans l’œuvre.
- Que Ton y songe : Dans ce fait, en apparence indifférent, il y a une conquête, la plus précieuse des temps modernes : c’est l’enseignement des arts, s’accomplissant, peu à peu, par un progrès nécessaire, dans la sphère 'des classes qui recevaient jadis le nom de classes inférieures ; s’y introduisant pour élever l’esprit, ainsi que la musique s’y est introduite, par Y Orphéon et les méthodes simplifiées de l’harmonie, pour adoucir les cœurs.
- L’industrie, par son alliance intime avec les sciences et les arts, est devenue un élément de plus pour le développement des intelligences, et un gage de sécurité pour Tordre.
- IL
- Cependant, tandis que ce grand et sublime travail s’opère, il faut le reconnaître avec les hommes les plus élevés dans le monde savant, avec les législateurs les plus dévoués aux institutions modernes, les lois qui règlent les droits du génie ont besoin d’une réforme.
- Depuis Tannée 1791 jusqu’en 1844, c’est-à-dire pendant un demi-siècle, l’industrie marchait ; le génie enrichissait et fécondait le monde, en simplifiant les moyens de production et de travail ; les éléments, interrogés par le savant, lui livraient leurs ressources les plus secrètes ; l’inventeur apportait aux hommes sous une forme saisissable et matérielle, des progrès aussi réels‘que ceux que les philosophes apportaient aux peuples par le passé : et, pourtant, les droits du génie étaient une lettre morte; ses exigences légitimes ne trouvaient aucune réponse : la loi se taisait; et vainement, l’inventeur qui voyait bien que le monde marchait sous son impulsion, s’écriait comme Galilée epur si muove, « et pourtant, il se meut! ! » son cri demeurait stérile; la loi ne garantissait aucun de ses droits; la loi le négligeait ou elle était muette.
- Enfin, en 1844, un effort se manifesta en faveur du génie. Une loi nouvelle fut promulguée.
- Ce fut un pas... Mais, en conscience, ceux-là même qui l’ont fait, ce pas timide, en sont à se demander s’il ne valait pas mieux attendre encore, que de poser ce jalon faible et mal planté sur une base tremblante : N’était-ce pas s’exposer à revenir en arrière, après avoir jeté une sorte de perturbation dans les droits de l’inventeur, tels que les avait, établis la loi de 1791 ?
- Consultez tous les hommes qui sont placés à la tête de l'Industrie, les plus considérables, les plus intéressés au maintien de Tordre, les défenseurs les plus ardents même de la société moderne; tous, sans exception, vous répondront que la loi de 1844
- est complètement, par son texte, en désaccord avec l’esprit de réforme qui Ta dictée.
- Tous, sans aucune exception, affirment dans les occasions les plus solennelles, comme dans les communications les plus discrètes, que la législation qui régit actuellement les droits du génie est anormale, contradictoire, complètement à refaire.
- Nous qui, depuis longtemps, nous sommes dévoués à l’étude des droits impérissables de l’inventeur, sommes heureux d’avoir trouvé une tribune pour les défendre et pour les faire triompher.
- III.
- Le palais de cristal, ce journal, créé à l’occasion d’un fait immense, dépositaire des produits de l’Exposition de 1851, historiographe-artiste de l’art industriel, comprend la haute mission que l’avenir lui réserve, et veut devenir le centre de l’industrie moderne, l’organe puissant de ses droits, le conseil impartial de ses devoirs.
- Au début de notre tâche qui est de nature à soutenir notre dévouement, nous remercions les fondateurs intelligents et progressifs de ce beau recueil : Us mettent en nos mains une arme féconde qui nous permettra de défendre les droits de l’Inventeur.
- Exposons, dans ce premier article, à la suite des préliminaires que Ton vient de lire et qui constatent la situation actuelle des esprits, le point où en sont arrivés les progrès et les lois industriels, exposons sommairement les principes qui nous dirigeront dans la mission immense que nous entreprenons.
- Précisément parce que nous avons pour but de défendre les droits de l’inventeur et de l’artiste industriel, nous faisons appel à tous les hommes qui, dans l’industrie, dans les sciences et dans les arts, poursuivent courageusement le même but, les mêmes conquêtes.
- On peut chiffrer approximativement à quinze mille le nombre des inventeurs français.
- Groupez autour de ce chiffre les fabricants à qui sont faites les concessions du génie ; ajoutez-y les ateliers de fabrication, les ouvriers qui en font partie, et dites si le monde industriel tout entier, si les travailleurs consciencieux et progressifs, si les artistes dont les œuvres se multiplient sous leurs mains, ne sont pas appelés à venir s’associer à nos efforts, à nous aider de leurs lumières, à nous apporter leur concours.
- Un des traits les plus caractéristiques de notre temps, c’est la conscience de ceux qui travaillent dans un but de sécurité publique. Non-seulement, ils ne repoussent pas la lumière, mais encore ils la recherchent avec ardeur ; non-seulement ils ne craignent pas la discussion, mais ils l’appellent de tous leurs vœux.
- Ce n’est pas là cette concurrence désastreuse qui tue le progrès en tuant le producteur et en dénaturant l’œuvre; c’est l’émulation sincère vers le bien, le résultat pratique et l’observation attentive et patiente du progrès, la réalisation de toutes les pensées sages et fécondes.
- Nous convions à la discussion et à l’étude tous les hommes qui cherchent avec nous la vérité.
- IV.
- D’abord, pour être conséquent avec nous-même, et pour corroborer notre propre système, il est évident que nous devons respecter ce qui est aujourd’hui, si nous voulons que Ton respecte les droits de ce qui sera demain.
- C’est-là un des principes fondamentaux de la
- PROPRIÉTÉ INTELLECTUELLE.
- Il y a dans la loi sainte une formule qui a survécu et qui survivra à tous les bouleversements. Cette formule, qui est celle du progrès, parce qu’elle est l’expression la plus éclatante du droit, est celle-ci :
- « Ne fais pas à autrui ce que tu ne veux pas qui te soit fait. »
- Or, c’est surtout en matière industrielle que cette formule est devenue un article de foi.
- Les droits acquis doivent donc, avant tout, être sauvegardés.
- Maintenant , personne ne peut le contester sérieusement : Ce que le génie enfante pour le bien-être de l’humanité est et doit être aussi respectable que le sol même; et si la propriété territoriale doit être protégée légitimement contre l’usurpation, la propriété intellectuelle ne doit être, à son tour, ni usurpée, ni spoliée.
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- LE palais de cristal.
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- Combien l’histoire a-t-elle eu à déplorer la misère et la souffrance des hommes de génie isolés, abandonnés, morts à la peine ! combien de regrets ont été solennellement exprimés au pied de statues élevées par une reconnaissance touchante, mais tardive, en faveur d’inventeurs dont la biographie a constaté qu’ils moururent de faim, sans avoir laissé à leur famille d’autre héritage qu’un grand nom, et le souvenir des millions d’hommes sauvés de la misère par l’application d’un procédé mécanique, fruit de leurs veilles, produit de leurs douleurs, cause première de leur ruine !
- Le propriétaire de quelques hectares de terre vit et doit vivre tranquille : et le propriétaire d’un métier qui introduit l’économie dans le monde entier, meurt sans secours! D’où celà vient-il? Sinon d’une organisation incomplète de la propriété intellectuelle, sinon de la méconnaissance de ses droits ?
- Le mal est évident ; le remède est simple : que les hommes de bonne foi et de bonne volonté se mettent à l’œuvre avec nous :
- Que la propriété intellectuelle jouisse des mêmes avantages que la propriété matérielle ; que l’égalité devant la loi assure la même protection à l’une comme à l’autre; et le principe que nous proclamons sera réalisé.
- Nous applaudissons chaque jour, et nous avons bien raison de le faire, aux récompenses que l’on accorde aux bienfaiteurs de l’humanité.
- Qu’un homme signale son courage, son désintéressement, son dévouement, sa patience pour sauver son semblable; nous l’honorons, nous l’enrichissons, nous demandons pour lui des récompenses, des richesses, et nous illustrons sa mémoire; qu’il ait mérité ce privilège par une action d’éclat, ou même quelquefois par un simple effort de son talent oratoire.
- Pour nous, l'éloquence et la bravoure sont au même rang.
- Pourquoi ne pas créer les mêmes avantages, les mêmes privilèges, les mêmes droits, en faveur de l’homme qui, par son génie, ajoute une richesse découverte dans le domaine secret de la science, où il est allé enfouir sa fortune, sa santé, son repos?
- N’est-il pas digne d’une récompense nationale celui qui sauve, non pas seulement son semblable, son pays, mais l’humanité toute entière, en trouvant à l’aide de sa foi qui le guide, de ses labeurs qui l’épuisent, de son désintéressement qui le met aux prises avec le besoin, un procédé mécanique que bénit, chaque jour, le pauvre à qui il a donné le vêtement dont il est privé lui-même, le combustible économique dont l’absence a transi ses membres glacés ?
- La Société, équitable et réparatrice, peut-elle laisser subsister ce parallélisme inégal de deux existences semblables par le mérite, et dont l’une est honorée et florissante, tandis que l’autre est dédaignée et misérable ?
- Non, cela ne peut pas être : travaillons à ce que cela ne soit pas.
- V.
- Mais, dira-t-on :
- Le génie a ses chimères ;
- Le génie a ses illusions; et ce qu’il rêve est bien loin d’être une réalité.
- Cela est vrai: mais n’est-il donc pour un législateur, aucun moyen de ne pas laisser la chimère et l’illusion s’égarer et se perdre dans son monde éphémère et rêveur ; n’est-il, au contraire, rien de plus simple que d’arriver à constater la réalité palpable et matérielle de l’invention?
- Si le procédé doit avoir un résultat certain; et si le droit que la société lui accorde repose sur une hase solide, alors il est évident, incontestable, que les ressources nécessaires à l’exploitation se présenteront et viendront aider l’inventeur. Ce que l’on refuse, de nos jours, sous l’empire d’une législation qui ne garantit rien, on l’accordera, du moment où le droit sera reconnu, où l’avantage sera constant.
- Rien ne sera plus facile que de prendre le rêveur en flagrant délit d’utopie et d’impuissance, parce que les capitaux qui cessent d’être timides, quand ils se trouvent sur le terrain d’un droit consacré, pourront se risquer avec plus d’assurance, quand il y auracer-•itude pour les capitalistes de se voir protégés, dans le cas où l’invention sera sérieuse, dans le cas où le lu’evet sera garanti par les lois certaines et positives (lc la propriété.
- Ce qui les éloigne maintenant, c’est l’incertitude
- de l’avenir, par suite des contradictions de la loi, que la loi devienne une caution, l’invention sera sérieusement examinée, et trouvera, sans contredit, une protection efficace parmi les hommes qui, à défaut de génie ont de l’argent,
- VI.
- Ici, l’on soulève une objection sérieuse :
- Sans doute, les droits de l’inventeur doivent être sauvegardés : les avantages de l’invention doivent être consacrés-, et, si une loi tutélaire de ces avantages et de ces droits intervient, il est probable, il est certain que le capital viendra nécessairement en aide à l’industrie. Tout cela est fort bien.
- Mais, dit-on, la société ne peut pas, en faisant une concession, en créant une nouvelle branche de prospérité parla promulgation d’une loi, foire abnégation absolue d’elle-même.
- Elle a des avantages à réclamer pour elle; il est équitable qu’elle se trouve aussi sous l’influence de son bienfait, et ce qu’elle donne avec générosité à l’inventeur, ce privilège, elle doit aussi en réserver une part en faveur de ceux de ses membres qui protégeront l’inventeur contre les empiétements, contre l’usurpation, contre le dol et la contrefaçon.
- Vil.
- Tel est le langage, parfaitement sensé de la société.
- A cela deux réponses :
- D’abord, en thèse absolue, on pourrait dire qu’une invention, par cela seul qu’elle repose sur des procédés économiques, est déjà bienfaisante; la Société profite, en effet, de l’économie du procédé : car, là où elle dépensait 100, si elle ne dépense plus que 60, il est clair comme le jour que la société doit à l’inventeur 40 pour cent dans la diminution des frais primitifs qu’elle subissait.
- Mais néanmoins nous sommes touchés du sens moral de l’objection. Elle nous paraît digne d’être prise en sérieuse considération; et, selon nous, en effet, l’inventeur qui est garanti doit une indemnité à sa caution.
- Or, ce principe admis, la conséquence est des plus simples en pratique.
- En effet, de deux choses l’une :
- Ou l’invention est mauvaise,‘ou elle est bonne.
- Dans le premier cas, la société qui ne s’en sert pas ne doit rien ; la garantie étant illusoire, la caution ne peut subir aucun sacrifice.
- Dans le second cas, la Société signale sa faveur par l’achat; des bénéfices viennent enrichir l’inventeur ; et, alors, comme le signe le plus certain du bénéfice existant est la durée d’exploitation, la société peut légitimement demander une participation ces bénéfices au moyen d’un impôt dont le chiffre et l’assiette feront l’objet, de notre examen, lorsque nous serons arrivés aux détails d’une législation dont nous ne posons ici que les principes.
- L’impôt est donc, pour la Société protectrice de l’Inventeur, le moyen simple et légal d’entrer en participation dans les bénéfices assurés à l’exploitation du brevet.
- VIII.
- Ainsi, réforme dans la législation de 1844 ;
- Egalité à introduire dans la loi, en faveur de la propriété intellectuelle comme en faveur de toutes les propriétés consacrées ;
- Responsabilité par chacun de ses propres oeuvres, et respect des œuvres d’autrui;
- Récompenses nationales à ceux des inventeurs qui auront amélioré le sort de l’humanité ;
- Consécration des droits de l’Invention, et par suite affluence des capitaux qui pourront, ayant une base solide et durable, se risquer à la protection de l’industrie;
- Avantages attribués à la Société, en retour de la sauvegarde que l’Inventeur lui devra quand la législation sera réformée.
- Appel fait au concours des hommes intelligents, honnêtes, et puissants par le génie et la renommée pour opérer cette réforme.
- Tels sont les résultats (pie nous poursuivrons dans notre travail.
- IX.
- Il est, en outre, plusieurs' points très-importants sur lesquels nous aurons à porter l’attention de nos lecteurs.
- Un pays comme la France ne saurait perdre sa réputation de générosité et de probité.
- Un des premiers devoirs qu’elle peut accomplir,
- c’est de reconnaître aux étrangers les mêmes droits qu’aux nationaux, en matière d’invention, à condition, bien entendu, de réciprocité.
- Le génie est de tous les pays, et s’il n’est pas exact de dire, comme lord Byron, que « Molière n’était pas un français, mais qu’il appartenait à tous les peuples comme son génie à tous les siècles, » il est de l’essence même de l’industrie d’assurer l’exercice légitime de ses droits en France, aux inventeurs des autres nations par la raison que des procédés mécaniques et des produits matériels ont cet immense privilège d’être un bienfait pour l’humanité tout entière.
- C’est là une question de générosité et en même temps une question d’équité.
- Un autre point où vient s’engager notre honneur industriel, c’est de relever l’industrie et le commerce français d’une sorte de discrédit dont ses ennemis sont coupables.
- On le sait, des marchandises inférieures, vicieuses dans leur fabrication, sont exportées et compromettent le nom de la fabrique française sur les marchés étrangers.
- Les marques de fabrique sont le seul remède équitable que l’on puisse apporter à un pareil état de choses.
- Nous aurons à défendre cette doctrine, qui est une doctrine de loyauté et de probité. Il faut que, parmi les réformes à introduire, une des premières soit là réhabilitation de l’industrie française dans les pays où la fraude et la calomnie l’ont outragée, et finiraient par ajouter sa ruine à son déshonneur.
- X.
- Tels sont, en résumé, les différents points sur lesquels nous appelons l’attention de nos lecteurs.
- Cette enquête, cet appel, nous le faisons à l’industrie tout entière dont nous voulons défendre énergiquement les privilèges.
- Que les inventeurs et les artistes industriels ne se fassent pas faute de nous éclairer de leurs lumières, et de demander à nos travaux le dévouement et le concours infatigable que nous leur offrons.
- Nous leur avons montré le but ; rien ne nous arrêtera dans les efforts que nous ferons pour le triomphe de leurs droits.
- Alexandre Lava (I),
- Avocat à la Cour d'appel de Paris.
- VARIÉTÉS BIBLIOGRAPHIQUES.
- DE L’INFLUENCE DES MÉCANIQUES SUR LE PRIX DES SALAIRES ET LE BIEN-ETRE DU PEUPLE.
- £Suüe. — Voir te numéro h du Palais de. Cristal. )
- Le gouvernement de cette époque parvint, à force de prohibitions contre les étrangers et d’encouragements pour les fabricants français, à faire acquérir à nos filatures une perfection au moins égale à celle de nos voisins ; de progrès en progrès, nous sommes enfin arrivés à payer trois chemises de coton très-fines avec l’argent que nous coûtait autrefois une chemise de grosse toile. Mais il y a trois fois, six fois plus de lingères maintenant qu’il n’y avait de fileuses en 1780; elles gagnent l’une dans l’autre
- I franc 50 centimes, au lieu de 10 sous que gagnaient les fileuses ; mais il y a en France 400,000 ouvriers éplucheurs, cardeurs, préparateurs, fileurs, rattacheurs, calicotiers, rouenniers, teinturiers, blanchisseurs, qui ont reçu de l’activité, auxquels les mécaniques ont créé un salaire, ce qui est bien au-dessus d’une augmentation.
- Le village de Jouy fondé par M. Oberkampf, à qui Napoléon disait que la guerre qu’il faisait aux Anglais par sa fabrique de toiles peintes faisait plus de bien à la France que les batailles qu’on avait livrées et gagnées, était d’un bout à l’autre une création mécanique; les fabriques de Chollet, Laval, Guingamp, Saint-Denis, Rouen, etc,, doivent leur naissance^ ou un immense accroissement, aux progrès mécaniques des divers métiers quelles emploient,
- (i) Le Bulletin Industriel, confié à l’expérience de M. Lava, sera publié régulièrement toutes les semaines.
- II rendra compte des inventions prises en France et à l’étranger, et défendra, selon les principes exposés dans l’article que l’on vient de lire, les droits des inventeurs. M. Alexandre Laya recevra volontiers les communications qui lui seront adressées. (Envoyer franco au journal le Palais de Cristal. )
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- LE PALAIS DE CRISTAL
- Les tissus de coton ou de laine, imitant le cachemire, sont une création de notre siècle pour la France. Combien de bras se trouveraient tout-à-coup inoccupés, si toutes ces branches de commerce étaient anéanties par la destruction des machines qui sont indispensables à la fabrication !
- Les métiers filateurs ont aujourd’hui trois cents bobines; au moyen de la machine à vapeur, un homme et un enfant suffisent pour en diriger un, et préparer dans un jour le fil qu’emploient soixante calico tiers.
- L’horlogerie, sous le règne de Louis XVI, n’occupait en France que trois mille individus, tant maîtres qu’ouvriers; à Paris et en province. Ce nombre s’élève aujourd’hui à plus de vingt mille. Cette augmentation est facile à expliquer. En 1784, une montre d’argent coûtait 120 fr. ; elle en coûte aujourd’hui 25, par suite de la perfection des mécaniques de Suisse, de Genève et de Besançon : aussi la consommation est-elle au moins quarante fois plus grande aujourd’hui qu’à cette époque. Si les ouvriers de Besançon avaient, dès leur création, empêché l’emploi des mécaniques d’horlogerie, les Suisses, les Géne-vois seraient les seuls qui fourniraient des montres à toute la terre; ils nous les vendraient ce qu’ils voudraient, parce qu’il n’existe que ces trois centres de fabrication; celle d’Angleterre ne vaut pas la peine d’être comptée. Il se fait en France- une contrebande très-active sur ce genre de commerce; elle serait encore bien plus considérable, si nous n’avions trouvé les moyens de concourir, presque avec égalité, avec nos voisins.
- En 1800, tout se faisait encore à la main dans les mouvements de pendules ; il y avait dans cette partie 4 50 ouvriers fabricants.
- Les mouvements de qualité ordinaire coûtaient aux horlogers qui les établissaient \ 20 francs ; le nombre des pendules fabriquées ne s’élevait pas à plus de 1,500. Lorsque M. Pons inventa les outils à pignons, ce nombre s’éleva spontanément au double, et le mouvement ne coûta plus que 80 francs ; cependant, loin que le prix des façons soit diminué, les ouvriers ont vu depuis cette époque leurs gains s’augmenter et leur nombre s’accroître.
- De nombreux exemples viennent encore, sous la
- plume de Fauteur, prouver que les machines ont fait un bien incalculable, et n’ont jamais fait de tort réel à personne. Si leur émission a causé, momentanément quelques embarras, quelques différences dans le prix des salaires, cette différence, lorsqu’elle a continué à subsister, n’a jamais eu de suites fâcheuses, parce que chaque besoin satisfait a créé de nouveaux besoins, et que ceux-ci fournissent un aliment toujours nouveau au commerce et à l’industrie.
- (La fm prochainement, j Fvaiuste.
- Le gérant : MANSARD.
- La réputation et les relations européennes de la maison de modes de madame Il'ocquet, rue de Richelieu, no, nous dispensent d’en faire l’éloge pour la recommander aux élégantes étrangères qui passent à Paris. Chacun sait que la maison Ilocquet est du petit nombre de celles qui ont su conserver l’heureux privilège de l’initiative, dans sa partie spéciale de nouveautés, et surtout par les formes vaporeuses de ses chapeaux et le goût exquis de ses parures.
- — MM. Savary et Mosbach, qui ont obtenu une médaille d’or à l’Exposition de 1849, pour leurs imitations de pierres précieuses, viennent d’exposer cette année, à Londres, des pièces dont l’élégance des dessins et la richesse des montures ne le cèdent en rien à l’horlogerie fine.
- Tout le monde admire dans la vitrine de MM. Savary et Mosbach les belles imitations d’émeraude, de rubis et de saphir comme ce,qui, jusqu’à ce joui-, a approché le plus de ces pierres précieuses.
- — La Maison de Santé du docteur Ley (Paris, 45, allée desVeuves,Champs-Elysées), connuedepuisvingt-cinq ans pour le traitement des maladies aiguës, chroniques, opérations, accouchements, vient d’ajouter à son Etablissement de bains de toutes espèces, l’application de la méthode hydrothérapique; le concours des principales célébrités médicales, parmi lesquelles il suffit de citer MM. Jobert de Lamballe, Piorry, Chomel, Velpeau, Cruveilher, Ségalas, etc., reste acquis à cet Etablissement. — La Maison de Santé se compose de vastes bâtiments et jardins.—S’adresserait docteur Ley, propriétaire de l’Etablissement, 48, Allée des Veuves (Champs-Elysées), pour traiter du prix des appartements et de la pension.
- LE DESSIN ET, L’AQUARELLE SANS MAITRE, par
- madame E. CASÉ, ouvrages qui ont reçu l'approbation du ministre de l'intérieur et de nos premiers artistes, MM. Ingres, Horace Vernet et Eugène Delacroix, sont en vente chez MM. Susse, frères, éditeurs, place delà Bourse, n° 31, à Paris, au prix de 3 francs chaque.
- I OTERIE LYONNAISE. — Le 3e tirage aura lieu Je
- *J15 juin I85t ; il se eomposera d’un lot de 5,000 fr. et de 400 lots de 100 fr. chacun.
- Enfin le tirage général est fixé au 2 juillet suivant.
- 11 se composera comme il suit .
- t lot de CENT MILLE FIÎAHCS, Ci................. 100,000
- 1 lot de vingt-cinq mille francs, ci............ 25,000
- 1 lot de dix mille francs, ci................... 10,000
- 3 lots de cinq mille francs, ci.................. 15,000
- 2 lots de trois mille francs, ci................... 0,000
- 2 lots de deux mille francs, ci................... 4,000
- 40 lots de mille francs, ci........................ 40,000
- 200 lots de cinq cents francs, ci.................. 100,000
- 250 lots. 300,000
- 11 reste donc encore à distribuer dans les trois tirages 852 lots, représentant une valeur de 375,000 fr.
- Une grande partie des lots proviennent des magasins de MM. Susse, freres, 31, place de la Bourse, à Paris, auxquels il suffit d’envoyer un mandat franco rie 5 fr. pour recevoir un billet de 6 numéros participant à tous les lots des deux tirages.
- * VIS AUX ARTISTES ET AMATEURS.—Le seul Dépôt
- fï. pour la vente en gros et en détail des Crayons anglais à la mine de plpmb, de Watson, est chez MM. Susse frères, 31, place de la Bourse, à Paris.
- Ces crayons, d’une mine supérieure, ont été adoptés par nos premiers artistes français. Les numéros 1 et 2 conviennent pour le dessin; le no 3, pour l’écriture; le n° 4, pour l’architecture.
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- voyageurs, à des prix divers et modérés.
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- On est instamment prié de ne pas se laisser détourner par les cochers et les commissionnaires.
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- NUMÉRO 7.
- ADMINISTRATION : PASSAGE JOUFFROY, 24.
- SAMEDI 21 JUIN 1851.
- LE PALAIS
- JOURNAL ILLUSTRÉ DE L’EXPOSITION DE 1851 ET DU PROGRÈS DES ARTS INDUSTRIELS.
- ABONNEMENTS pour Paris et les Départements, 23 fr. pour la durée de l’Exposition : six mois environ : port en sus pour l’Etranger. — L’on s’abonne, à Paris, à l’Administration du Journal, 24, passage Jouiïroy. boulevart Montmartre, et chez MM. Susse frères, place de la Bourse, 31 Londres, chez MM. Owhin, Newsman, 4, Catherine Street; Delizy, 43, Regent Street, et Clayton et Salmer, £63 Strand, 293 Picadilly;— pour l’exportation, chez Hector Bossange, 13, quai Voltaire ; — à Rouen, chez M. Le Brument, libraire, ainsi que chez les principaux libraires de France et de l’Etranger, et aux Bureaux de Postes et des Messageries Nationales. — L’abonnement donne droit aux consultations et renseignements dont l’Abonné pourrait avoir besoin à raison de son industrie et de ses relations commerciales. — Les demandes d’Abonnement doivent être adressées franco et être accompagnées d’un mandat sur la Poste ou sur une maison de Paris. — Correspondants à l’Etranger : — Pour l’Allemagne, M. Alexandre, libraire, à Strasbourg;—pour tout le Zollverein, M.Wollff, à Francfort-sur-Mein; — pour l’Espagne, M. Monnier, libraire de S. M. la Reine, à Madrid; — pour la Belgique, M. Beneau, directeur de la Presse industrielle, rue de Laeken, 13, à Bruxelles; — pour l’Angleterre, au bureau' du Palais de Cristal, 2, Catherine Street (Strand), à Londres. — Toutes les lettres concernant l’Administration et la Rédaction doivent être adressées franco au Bureau du Journal, à Paris, 24, passage Jouffroy. — Les mandats de poste ou sur Paris doivent être adressés franco à l’ordre du Gérant.
- S’adresser à l’Administration pour les Annonces, et chez M. Dollingen, 83, rue Richelieu, à Paris.
- SOMMAIRE.
- De là Propriété et de ^'Exploitation tlt-s Inventions. — Bulletin industriel.—Démonstration de la rotation de la terre par le pendule.—Courrier de Londres.— Les Économistes français à Londres. — Mystificateurs mystifiés. — Kevue de l’Exposition universelle. — L’Album des gens de lettres au
- Palais de Cristal,— Pieeitig-Macbine de Grossley pour la manufacture des lainages. — Convention douanière entre la France et la Sardaigne. — La Morale de l’industrie.— Armées scientifiques.— Armées industrielles. —Roue à palette en éventail, deM. LeeStevens. — Courrier de Paris.— Dernières nouvelles de
- Londres. — Formalités pour les importations. — Utilisation de la fumée dans la navigation. — La vapeur et la voile.—Chemin de fer d’Alexandrie au Caire. — Lignes à vapeur. — Variétés bibliographiques : De l’influence des mécaniques sur le prix des salaires et le bien-être du peuple. — Explication des dessins. — Correspondance, etc., etc.
- DE LA PROPRIÉTÉ
- ET DE L’EXPLOITATION DES INVENTIONS.
- Les droits des inventeurs sont mal définis et mal garantis par les lois. Faut-il s’en prendre aux législateurs qui les ont faites, refondues, perfectionnées, qui s’en occupaient jadis pendant une session et qui s’en occupent aujourd’hui du Ier janvier jusqu’à la Saint-Sylvestre? Nous ne le croyons pas.
- Quels sont les moyens offerts à l’inventeur pour exploiter utilement sa découverte ou son invention ? Quand le mécanicien ou l’artisan ont agencé une machine, formulé un procédé nouveau, fruit de leurs recherches et de leur expérience, ils prennent un brevet d’invention. La définition de l’élément industriel de leur création est confiée au papier légal et déposé dans les archives de l’État. Survient un autre industriel qui change quelque chose au procédé, qui déplace un rouage ou en ajoute un nouveau, et voilà que ce nouvel inventeur ou peut-être ce plagiaire a droit de déposer, lui aussi, dans les archives et d’inscrire légalement sous son nom une chose qu’il n’a que modifiée ou perfectionnée.
- On répond à cela qu’il y a des juges à Berlin. Mais les juges sont institués pour établir des distinctions, et pour appliquer la lettre, toujours forcément élastique et plus ou moins indéterminante, de la loi, à des faits qui, souvent, surprennent le juriste et le mettent dans l’embarras, non pas lui seulement, à cause de la distance qui’ sépare les connaissances spéciales, des obscurités de la technologie, mais les technologues eux-mêmes, les ex-
- BIBLIOTHÈQUE EN PALISSANDRE.
- perts-jurés dont il invoque à son secours le sentiment et l’opinion.
- Quelle est la marche à suivre pour se réser ver la propriété d’une forme, d’un dessin nouveau? Com-
- ment le ianncant üe bronzes, l’industriel céramique, l’ébéniste, etc., peuvent-ils se créer une garantie légale du modèle de leur invention ? Il y a bien la formalité du dépôt de leurs modèles et de leurs dessins au Tribunal de commerce. Mais survient un praticien qui change un iota à la donnée, qui déplace une fleur, une anse, un relief, . qui dénature un peu le galbe, qui change la destination de l’objet, etc., et voilà notre artiste dépouillé, d’une si complète et normale façon ( au point de vue légal) que le praticien en question n’a qu’à déposer à son tour au Tribunal de commerce le modèle altéré ou modifié, pour se créer un titre légal à cette propriété d’emprunt. Il peut plaider, cette preuve à la main et gagner son procès, même par devant experts.
- C’est ici, plus encore qu’en matière de mécanique, d’application des sciences exactes à l’industrie, qu’il serait puéril d’invoquer les juges de Berlin.
- Les arbitres nommés par le Tribunal de commerce pour résoudre ces difficultés sont choisis d’ordinaire dans les branches d’industrie analogues et spéciales, et ces juges estimables sont souvent eux-mêmes fort embarrassés.
- C’est que la question d’imitation, de plagiat, en matière d’art, est beaucoup plus insaisissable qu’en matière scientifique. Un métier imité d’un autre métier se reconnaît encore; mais une forme, un ornement, un des mille caprices du dessinateur et du modeleur ? Il n’y a plus là de critérium certain, et l’imitateur ignore quelquefois lui-même qu’ii a imité.
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- LE PALAIS DE CPviSTAL.
- Si la propriété des inventions est encore mal garantie en France, malgré les perfectionnements incontestables introduits dans les fois- qui régissent la matière, le fameux adage : sic vos non vobis s’applique non moins bien au sort des inventions françaises qui passent à l’étranger, sans avoir reçu même un commencement d’application chez nous.
- Entre beaucoup d’exemples qu’on pourrait citer, les premiers venus suffiront :
- Le balancier, pour frapper les médailles ne fut-il pas inventé par Nicolas Briot en 1615? Ne sont-ce pas les Anglais qui, les premiers, ont frappé des médailles avec le balancier de Nicolas Briot?
- L’inventeur et son invention n’avaient point trouvé à s’utiliser en France. La France se défia de l’invention, 11e la trouva pas très-utile. Les procédés existants pouvaient suffire. La France répondit à Nicolas Briot qu’elle n’avait pas de monnaie !... ou, si l’on veut, qu’elle en avait ,assez sans le secours du balancier de nouvelle invention.
- L’invention de Briot, rétribuée largement par l’étranger, s’exila.
- Le moulin à papier et à cylindre eut le même sort : inventé en France en 1630, il fut porté en Hollande et ne revint que longtemps apres dans sa véritable patrie.
- Le métier à bas est originaire de Nîmes. Contrarié en France, l’inventeur passa en Angleterre et y fut magnifiquement récompensé. Et même les Anglais, toujours orgueilleux dans leur générosité, eurent la faiblesse d’avoii* la gloire de cette belle découverte, et de l’attribuer officiellement à un de leurs compatriotes.
- Les Anglais nous doivent encore une matrice particulière pour la monnaie, un métier à gaze, la teinture du coton en rouge, que sais-je? Tant de belles découvertes dont les propriétaires n’ont pas été prophètes dans leur pays, que nous serions le peuple le plus riche de la terre, si la Grande-Bretagne, toute seule, nous eût payé un droit sur les bienfaits de cette sorte dont elle est redevable à la France.
- Je vois venir les amateurs de réformes légales et je les entends nous dire : « légiférez ! légiférez ! que le gouvernement protège plus et mieux les inventeurs !... » Mon Dieu! le gouvernement, dont c’est après tout l’intérêt, a protégé tant qu’il a pu, protège à outrance et ne sauve rien ou presque rien. Ce n’est pas l’affaire du gouvernement.
- C’est avant tout une affaire d’esprit public, une affaire d’instinct, et l’instinct nous manque malheureusement en ce point. Suppléons-y du moins par le raisonnement.
- Il faudrait tout simplement que les inventeurs trouvassent facilement en France les capitaux nécessaires pour populariser le fruit de leurs recherches, à compter du jour où ce fruit a atteint sa maturité.
- Il faudrait qu’il y eût quelque proportion entre l’activité de ces vastes et beaux ateliers de l’intelligence, de l’imagination française, et celle des ateliers réalisateurs et producteurs.
- Une lettre du 28 avril 1819 adressée par le ministre de l’intérieur d’alors aux préfets des départements, pour les charger de la recherche officielle des savants, des artistes, des ouvriers qui font progresser l’industrie en quelque manière, est, on. le voit, une preuve que le gouvernement de Louis XVIII était déjà préoccupé de ces grandes questions. Les adversaires politiques de la restauration se plaisent à reconnaître toutefois et unanimement qu’en matière1 d’industrie, la restauration a voulu marquer son passage par des améliorations, et qu’elle y a réussi. Mais les efforts du gouvernement n’ont pas changé l’esprit public, dont la tendance est malheureusement de se défier de l’invention.
- Oui, cet esprit français, si prompt à inventer, si habile à découvrir les rapports, faculté que Voltaire n’hésite point à appeler le génie, cet esprit français est routinier dans la pratique, peu habitué à transporter dans la vie réelle les matériaux qu’il découvre en exploitant la mine, si riche dans notre pays, du monde intellectuel. Si quelque mouvement d’orgueil révolté proteste chez nos lecteurs contre cette déclaration franche et humble, qu’il jettent les yeux sur nos chemins de fer, et ils ratifieront ce jugement !
- On nous dit encore : il faut s’en prendre aux capitalistes. C’est le capital qui se refuse ! » Belle trouvaille ! Se refuserait-il s’il avait foi dans l’invention qu’on lui propose d’exploiter ?
- Les auteurs de cette objection ajoutent : « Puis-
- qu’il se refuse, il faut le prendre... légalement. Il faut que l’Etat se fasse industriel. «
- La réfutation de ce système n’est pas de notre ressort. C’est moins parce que l’esprit de parti et la politique courante ont fait, de cette absurde théorie, un mot de ralliement, un drapeau, que nous nous abstiendrons de la discuter, que parce que la théorie en question est toute réfutée dans l’esprit de nos lecteurs, gens habitués à compter, experts en matière industrielle et commerciale, et qui ont à l’usage des saugrenuités théoriques, des réfutations pratiques et chiffrées toutes prêtes, tirées de l’élude de leurs propres affaires, autant et plus que les livres d’économie.
- Ces réfutations-là sont les meilleures.
- Non, mille fois, il ne faut pas détruire le capital individuel pour le corriger de ses tendances. 11 ne faut pas couper la tête à un homme pour le guérir d’un rhume de cerveau.
- Le meilleur, le seul bon remède qu’il y ait aux hésitations et aux défiances exagérées du capital, quand il s’agit d’exploiter une découverte industrielle, c’est de l’habituer à distinguer la véritable industrie du charlatanisme. C’est de lui faire connaître, par des organes de publicité spéciaux et indépendants, les vrais gisements industriels, les sérieuses découvertes. C’est une œuvre que nous avons entreprise et que nous poursuivrons opiniâtrement, dès que le flot de la curiosité publique aura lavé, à force d’y passer et d’y repasser, le palais de l’Exposition universelle.
- Mais le moyen le plus efficace de remédier à ce défaut national, c’est assurément de rappeler, comme nous le faisons aujourd’hui, que le cinquième des découvertes dont nous faisons fi trouve des capitaux empressés à Londres.
- C’est que les hésitations et les timidités du premier capitaliste à qui l’inventeur propose d’exploiter son invention en compte à demi, donnent à un second capitaliste le temps d’arr ver, de tourner et de retourner l’huître, de l’ouvrir et de la manger.
- Et les coquilles restent pour compte au premier bailleur de fonds décourageant et à l’inventeur découragé.
- Le plagiat de l’invention, déguisé sous le prétexte d’un perfectionnement, viendrait-il en effet paralyser l’activité de l’inventeur, s’il avait trouvé à exploiter largement son brevet de prime-abord ?
- Et cette exploitation large et prompte ne l’aurait-elle pas conduit tout naturellement et très-vite au perfectionnement de détail qui permet à un autre de le dépouiller par la concurrence, avant que le premier ait pu constituer sa-part, faire son lot?
- Le fabricant qui couvrirait dès l’entrée la place d’un produit nouveau fabriqué économiquement et vendu à bas prix, aurait-il grand’chose à redouter d’un concurrent ? N’épuiserait-il pas la veine avant que l’autre n’eût trouvé moyen d’en détourner un filon à son avantage?
- La thèse que nous soutenons aujourd’hui repose d’ailleurs sur des faits certains ; nous connaissons des industriels qui ont, de propos délibéré, négligé de s’assurer légalement la propriété de leur invention, et qui ont eu le temps de faire fortune avant que la concurrence ne se déclarât, et même sans qu’il y ait eu jamais de sérieuse concurrence.
- Invenfeurs, fabricants, capitalistes, industriels, que la leçon nous serve. Ne nous préocupons pas tant de la refonte des lois que d’une modification à apporter dans notre manière d’utiliser les inventions nouvelles.
- Soyons plus que timides, soyons impitoyables pour l’invention suspecte, pour la découverte qui n’en est pas une, pour le procédé soi-disant nouveau délayé en phrases sonores par le charlatan.
- Mais quand il y a un élément probable de succès, ne soyons pas timides non plus; soyons hardis’ sachant qu’en pareil cas la perspicacité anglaise est téméraire.
- De cette façon nous utiliserons en France les inventions de la France; les premiers venus n’auront pas les os du festin, qui reviennent en bonne justice aux retardataires, tardé renient ibt/.s.
- Nos abeilles ne porteront'plus leur miel hors de la ruche. Cela 11e vaut-il pas mieux?
- O. UE ClLUAMOST.
- B UI, L E TIN IN1) U S T RIE L.
- DEUXIÈME ARTICLE.
- Revue rétrospective de la législation: lo avant 1791 ;
- — 2° de 1791 à 134 t. — Statistique des brevets pris de 1791
- à 1844. — Législation étrangère en matière de Brevet*
- d’invention. — Angleterre. —Belgique.
- I.
- Nous avons exposé sommairement quels étaient nos principes; nous avons indiqué notre but. Avant d’entrer dans les détails et de poursuivre énergiquement la réforme si impérieusement demandée par l’industrie tout entière, voyons sur quel terrain légal sont placés, en 1851, les inventeurs et les artistes industriels; puis nous entrerons en discussion, et. nous prouverons que la réforme est indispensable.
- Pour introduire dans l’économie de nos lois spéciales des modifications nécessaires, il faut être d’accord avec ses amis ou avec ses adversaires sur la situation des choses telles qu’elles existent, afin de n’être accusé ni de partialité, ni d’inexactitude.
- Cette revue rétrospective nous donnera d’ailleurs à observer les degrés que le génie humain a parcourus ; et il ne sera pas sans intérêt de voir quelles conquêtes a pu faire en bien peu de temps la pensée créatrice, c’est-à-dire l’Invention, qui asservit peu à peu le monde matériel, et assure à l’homme, quel qu’il soit, s’il cèdè à l’influence de son génie, la première place dans la société moderne.
- IL
- De l’invention avant 179t.
- De nos jours, il est accepté comme un axiome sanctionné par tous les honnêtes gens, et consacré tout récemment par le digne prélat qui dirige le diocèse de Paris (l’archevêque, dans son dernier mandement), que le produit du travail constitue pour l’homme la plus légitime de toutes les propriétés. Oû trouver une plus belle définition des droits du génie que ces paroles de l’archevêque?
- « Si par sa puissance d’action, l’homme produit volontairement quelque chose au dehors, s’il réalise librement une création de ses pensées, devra-t-il être frustré du fruit de son travail, du résultat de son activité propre, et son oeuvre ne sera-t-elle pas son œuvre, la chose sienne, sa propriété? Nulle puissance ne saurait le faire, parce que cela implique contradiction. L’usurpation ici ne peut se pallier, elle se trahit dans la langue elle-même ; car le maître de l’esclave ne dira jamais mon travail, en parlant du travail de son esclave. «
- Et encore :
- « Le devoir naturel du travail accompli donne le droit sacré à la jouissance régulière des fruits qu’on a produits par son activité intellectuelle ou physique. »
- Or, chose à peine croyable, il n’v a pas un siècle, le travail n’était pas même une faculté laissée au libre arbitre du citoyen.
- Turgot écrivait cette phrase parfaitement expressive :
- « Le droit de travailler était un droit royal que le roi pouvait vendre, et les sujets acheter.
- Alors, des corporations, tles jurandes, de s maîtrises avaient, à prix d’or et d’argent, payé la faculté de produire, pour le bien-être de l’humanité, ce que quelques privilégiés trouvaient par hasard, à trait de temps, ce dont ils s’emparaient sans grands efforts, et seulement pour augmenter les avantages et les privilèges attachés à leur institution.
- C’était un triste spectacle que la lutte subie à cette époque par le travail.
- Que l’on se figure un homme de génie placé dans le cercle ou hors du cercle de ces corps spéciaux oû le travail et ses produits étaient octroyés selon le caprice de nos rois.
- Il lui fallait aliéner, sous le joug d’une abnégation sublime, le plus clair des bénéfices matériels de son exploitation : la corporation venait absorber pour elle-même le fruit de son génie; et comme, dès lors, les lenteurs mêmes de ses efforts étaient le principal obstacle de l’esprit de recherches, il s’ensuivait que l’Invention, pendant bien des siècles, fut annihilée.
- La richesse des corporations suffisait à satisfaire les désirs des privilégiés ; et, sans la cupidité des mi nistres d’Etat, des surintendants ou des employés subalternes qui stimulaient le zèle de quelques cher cheurs de brevets, dont le plus clair entrait dans la poche de ceux qui octroyaient le privilège, le génie
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- humain se serait complètement endormi ; sans la réforme de toutes ces anomalies, les inventions qui sont sorties du cerveau créateur de la lin du dix-huitième siècle et de la première moitié du dix-neuvième, seraient encore à l’état d’utopie. On enfermerait encore, comme Jean de Causs, à Bicêtre, les hommes auxquels nous devons, à l’heure qu’il est, les plus magnifiques résultats de ce grand travail du génie-, qui cherche et rencontre le dernier mot des arcanes de la science, comme Tardent et infatigable mineur cherche et trouve le filon doré dans les entrailles de la terre.
- Or, pendant ce long sommeil de la France, sous l’influence des privilèges accordés aux jurandes et aux maîtrises, un pays voisin, l’Angleterre, avait dû à Jacques Ier une sorte d’émancipation du génie.
- L’esprit patient et tenace des Anglais trouvait dans une législation tutélaire du droit des inventeurs un élément de fortune privée et de bien-être public ; et tandis que l’esprit si vif, si inquiet, si naturellement chercheur des Français se laissait aller à l’insouciance, les Anglais passaient pour les inventeurs les plus heureux et les plus habiles.
- On attribuait au hasard ce qui n’était que le fruit du travail, à l’adresse ce qui n’était que le résultat d’une persévérance infatigable.
- Enfin, en 1762, les inconvénients de la concession pure et simple furent signalés.
- On s’aperçut et Ton déclara officiellement que les privilèges en fait de commerce, qui ont pour objet de récompenser l’industrie des inventeurs, ou d’exciter celle qui languissait dans une concurrence sans émulation, n’avaient pas toujours le succès qu’on en pouvait attendre, soit parce que les privilèges, accordés pour des temps illimités, semblaient plutôt être un patrimoine héréditaire qu’une récompense personnelle à l’inventeur, soit parce que le privilège pouvait être souvent cédé à des personnes qui n’avaient pas la capacité requise, soit enfin, parce que les enfants successeurs ou ayant-cause du pri vilégié, appelés par la loi à la jouissance du privilège négligeaient d’acquérir les talents nécessaires.
- On constatait enfin que le défaut d’exercice de ces privilèges pouvait avoir d’autant plus d’iuconvé-nients qu’ils gênaient la liberté, sans fournir au public les ressources qu’il en devait attendre; enfin, le défaut de publicité des titres du pri$îëge donnait souvent lieu au privilégié de l’étendre et de d’entraver abusivement l’industrie et le travail. (1)
- Il semble qu’on lise dans ce texte précis de la déclaration royale, l’histoire tout entière de l’Industrie, le chômage forcé du génie, l’inertie forcée des inventeurs :
- Les corporations et leurs privilèges ont tout absorbé ;
- Il n’y a pas d’émulation ;
- Le produit des inventions est devenu un patrimoine ;
- Les successeurs ne font autre chose que de tirer de ce produit une existence luxueuse qui, en les tenant dans l’asservissement de leur incapacité, fait de cette invention dont le génie de leurs ancêtres les a dotés, une lettre morte entre leurs mains.
- Enfin, l’invention ne peut même être perfectionnée.
- Sous le prétexte de couvrir le procédé breveté du voile d’un secret impénétrable, l’invention ne peut plus faire un pas : Le progrès est arrêté dans sa source : vouloir l’étendre, c’est vouloir s’exposer à une lutte désormais stérile.
- On commença donc par respecter les droits acquis.
- Il y avait de bonnes raisons pour cela, dans tous les ordres : raison politique ; bien des personnages se seraient trouvés compris dans la spoliation : raison financière; bien des surintendants y eussent été ruinés, et avec eux bien des mystères du budget dévoilés : enfin raison d’honnêteté.
- On étendit à quinze années le terme des concessions, mais on circonscrivit dans ce cercle Texploi -tation du privilège, sauf prorogation, s’il y avait lieu.
- C’était-là le premier coup porté à cette sorte d’immobilisation des avantages assurés aux jurandes et aux maîtrises. Enfin, il fallut en finir avec elles; et ce fut encore Turgot qui, le 12 mars 1776, en obtint définitivement la suppression.
- Les considérations qui produisirent cette révolution sont animées d’un esprit d’indépendance et de liberté où Ton ne peut pas se méprendre : La révolution française y a empreint son cachet; on y prévoit le mouvement révolutionnaire de 1789. Le
- (t) Voir Edit du 24 décembre IÎS2.
- LE PALAIS'DE CRISTAL.
- mot de Droit y est prononcé, disons plus : on y consacre le Droit naturel et commun.
- « Le roi, y est-il dit en termes textuels, doit à tous ses sujets de leur assurer la jouissance pleine et entière de leurs droits, il doit surtout cette protection à cette classe d’hommes qui, n’ayant de propriété que leur travail et leur industrie, ont d’autant plus le besoin et le droit d’employer dans toute leur étendue, les seules ressources qu’ils aient pour subsister.
- « Le roi voit avec peine les atteintes multipliées qu’ont données au droit naturel et commun des institutions anciennes, il est vrai, mais que ni le temps, ni l’opinion, ni les actes même émanés de l’autorité qui semble les avoir consacrés, n’ont pu légitimer. »
- Quelle critique plus amère peut-on désirer des travaux de ses devanciers?
- Puis, après l’exposé très-franc, très-explicite de ces griefs, le roi s’écrie :
- « Comment a-t-on pu porter l’illusion au point d’avancer que le droit de travailler était un droit royal que le prince pouvait vendre et que les sujets devaient acheter ?
- «Nous nous hâtons de rejeter une pareille maxime:
- «Dieu, en donnant à l’homme des besoins, en lui rendant nécessaire la ressource du travail, a fait du droit de travailler, la propriété de tout homme; et cette propriété est la première, la plus sacrée et la plus imprescriptible de toutes.
- « Nous regardons comme un des premiers devoirs de notre justice, et comme un des actes les plus dignes de notre bienfaisance d’affranchir nos sujets de toutes les atteintes portées à ce droit inaliénable de l’humanité. Nous voulons, en conséquence, abroger ces institutions arbitraires qui ne permettent pas à l’indigent de vivre de son travail, qui repoussent un sexe à qui sa faiblesse a donné le plus de besoins et moins de ressources, et semblent, en le condamnant à une misère inévitable, seconder la séduction et la débauche, qui éloignent l’émulation et l’industrie, et rendent inutiles les talents de ceux que les circonstances excluent d’une communauté, qui privent l’Etat et les arts de toutes les lumières que les étrangers y apporteraient ; qui retardent le progrès des arts par les difficultés multipliées que rencontrent les inventeurs auxquels les différentes communautés disputent le droit d’exécuter des découvertes qu’elles n’ont point faites, etc., etc. »
- Voilà ce qu’écrivait le contrôleur-général des finances, Turgot, et ce que contresignait Louis XVI, quelques années avant la Révolution.
- Mais, il faut se hâter de le dire, ce chef-d’œuvre de bon sens, de raison politique, d’exactitude économique devait soulever dans la noblesse, dans le parlement, dans le clergé, un toile général. On ne consentait pas alors à voir poindre dans un horizon qui se rapprochait tous les jours, une réforme radicale : et ce qui devait se passer dans le domaine des idées, devait se manifester aussi dans Tordre matériel.
- En vain Turgot chercha-t-il à paralyser la résistance systématique des adversaires jurés de toute émancipation ; il fut éloigné bientôt de la cour et mourut, cinq ans après, dans la retraite et dans le chagrin, après avoir vu ses grandes propositions détruites par un règlement de 1779 et par des lettres-patentes qui faisaient rétrograder la réforme et enchaînaient l’industrie.
- Il ne fallut rien moins que la révolution de 1789 pour faire franchir, d’un seul bond, comme cela se passe d’ordinaire, à l’émancipation partielle les limites de l’émancipation absolue; et M. de Boufflers, digne successeur des idées de Turgot, décréta, lé 30 décembre 1790, la loi qui fut sanctionnée par le roi le 7 janvier 1791.
- III.
- De la législation r/e ! 791 à 1814.
- ; Deux actes furent promulgués, l’un le 7 janvier, l’autre le 25 mai 1791, qui réglèrent les droits de l’industrie.
- Le préambule de la loi du 7 janvier contient tout l’esprit qui présidait au sentiment intime de cette innovation. Nous en reproduisons les principaux passages à la fin de cet article.
- La lecture seule de cet exposé suffit pour mettre en évidence, d’une part, tous les dangers inhérents à un état de choses qui dépouillait l’inventeur des fruits de son œuvre, décourageait l’industrie fran-
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- çaise et produisait dans les classes laborieuses l’inertie et la misère, éloignait de France les hommes de génie qui mouraient à la peine ou qui se voyaient, eux et leur famille, dénués de tout, après avoir enrichi les corporations d’une foule d’avantages dont quelques privilégiés profitaient, et qui sapait, dans leur base, les principes les plus sacrés de la justice et du droit.
- Les lois de 1791 sanctionnèrent ainsi les réclamations de l’industrie.
- La propriété de l’inventeur fut proclamée ;
- Les brevets importés furent garantis ;
- La durée des concessions fut échelonnée par cinq, dix ou quinze années;
- Les conditions d’exploitation et de déchéance furent réglées.
- On comprend que cette législation fut pour l’esprit de recherche et d’invention un vif aliment.
- Voici dans quelles proportions se manifesta, pendant un demi-siècle, le grand mouvement que Ton dût à la réforme, commencée par Turgot et continuée par les dispositions de cette législation nouvelle. Voici l’état des Brevets d’invention pris en France de 1791 à 1844 :
- IV.
- ÉTAT PAR ANNÉE
- DES BREVETS D’iNVENTION.
- I NOMBRE DES BREVETS.
- ANNÉES. de 5 ans. de 10 ans. de 15 ans. TOTAL.
- 1791.. . 10 9 14 33
- 1792. . 11 6 12 29
- 1793.... 3 )) 4 7
- 1794.... 2 1 )) 3
- 1795.... )) 2 3 5
- 1196.... 2 3 5 10
- 1797.... 1 1 5 7
- 1798.... 2 3 3 8
- 1799.... 13 3 7 23
- 1800.... 5 4 7 16
- 1801.... 13 5 10 28
- 1802.... 15 7 7 29
- 1803.... 16 8 8 32
- 1804.... 22 6 8 36
- 1805.... 26 16 14 54
- 1806.... 31 18 18 67
- 1807.... 24 7 5 36
- 1808.... 30 6 10 46
- 1809.... 19 10 11 40
- 1810.... 49 15 14 78
- 1811.... 27 8 10 45
- 1812.... 31 8 6 65
- 1813.... 42 14 13 69
- 1814.... 22 15 9 46
- 1815..,. 35 11 12 58
- 1816.... 53 26 15 94
- 1817.... 83 25 27 135
- 1818.... 62 22 37 121
- 1819.... 67 27 11 105
- 1820.... 70 24 24 118
- 1821.... 75 42 32 149
- 1822.... 74 38 25 137
- 1823.... 81 34 31 146
- 1824.... 82 39 45 166
- 1825.... 93 87 68 248
- 1826.... 97 61 57 215
- 1827.... 133 73 47 253
- 1828.... 173 69 42 284
- 1829.... 177 99 64 340
- 1830.... 123 71 67 261
- 1831.... 79 40 33 152
- 1832.... 114 49 39 202
- 1833.... 188 76 69 333
- ' 1834.... 232 125 69 436
- 1835.... 187 97 90 374
- 1836.... 206 128 83 417
- 1837.... 317 178 114 608
- 1838.... 420 221 248 889
- 1839.... 252 162 • 125 539
- 1840.... 706 372 234 1312
- 1841.... 335 193 135 663
- 1842.... 506 226 172 944
- 1843.... 492 290 189 971
- 1844.... 484 246 184 914
- Total... 6,432 3,367 2,587 12,386
- Moyenne par année.. 62,4 47,9
- 111,1 229,4
- V.
- Mais l’effervescence avec laquelle le génie se jeta sur l’arène qui lui était ouverte; la cupidité qui bientôt
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-
-
-
- LE PALAIS DE CRISTAL.
- comme l’envie, s’insinue dans les institutions hu-maines; la mauvaise foi, inséparable de ces deux passions ne tardèrent pas à se faire jour.
- La contrefaçon fut inventée le jour même que la garantie fut assurée aux concessionnaires des brevets.
- Pendant ce demi-siècle, la contrefaçon prit toutes les formes : et les arrêts de la jurisprudence devinrent si nombreux qu’il fallut imprimer un nouveau mouvement à la législation industrielle.
- La loi de 1 844 s’est produite dans ce but.
- Mais, il faut le dire, le but n’est, pas rempli; et nous prouverons, en discutant cette loi dont nous demandons la réforme, que les législateurs de 1844, bien loin d’arrêter le travail délétère de la contrefaçon, en ont, pour ainsi dire, étendu la plaie.
- C’est à guérir complètement cette plaie que tendent nos efforts.
- Nous renvoyons, ici, nos lecteurs, à la loi même.
- Nous les supposerons, dans nos discussions ultérieures, ayant le texte sous leurs yeux.
- Nous avons dû pour entrer désormais dans une discussion approfondie et consciencieuse, résumer ici les principes de nos lois, en faire connaître la marche progressive, expliquer par quelles phases l’esprit humain a passé. Pour que nos partisans soient armés de toutes pièces afin de combattre avec nous cette législation dont les inconvénients sont signalés chaque jour, nous terminerons cet articlepar un résumé de la législation étrangère sur la matière des brevets d’invention.
- VI.
- législation anglaise. —Le droit de Patent (brevet d’invention) c’est-à-dire le privilège exclusif accordé à l’auteur d’une nouvelle invention, d’en disposer pour une période de quatorze ans a été garanti par l’acte 21, Jac. 1er c. 3. Il paraîtrait que ce statut servit de point de départ à la législation qui régit les droits d’auteur {copyright).
- Deux actes nouveaux, ceux 5 et 6 William IV, c. 83 et 3, Victoria, c. 67, forment avec l’acte de Jacques Ier toute la législation actuelle sur les patents.
- Les Anglais demandent aussi la réforme de leur législation sur cette matière.
- Nous ne devons pas ici donner le détail des formalités à remplir pour obtenir un brevet d’invention : c’est l’affaire des agents.
- Une demande est formée : pendant six mois, à dater de cette demande, l’inventeur peut ajourner la remise de sa spécification, si toutefois, il échappe aux oppositions garanties par un caveat et dont la main-levée est décidée sur sommation (writ of sum-mons) par Y attorney general.
- La patente est donnée pour 1 4 ans.
- Voici les frais :
- Pour l’Angleterre et ses colonies (sauf les opposi tions qui coûtent L. 5) acte, procédure, et honoraires.........................L. Ll 5 — 2873 fr.
- Pour l’Écosse............... 80 — 2000
- Pour l’Irlande.............. 140 — 3500
- Donc pour le Royaume-Uni.. L. 335 — 8375 fr.
- Deux conditions principales sont exigées pour l’obtention d’un brevet:
- 1° Que l’objet en faveur duquel il est demandé soit une découverte nouvelle, utile, originale ;
- 2° Que la description des procédés soit claire et ntelligible, en sorte qu’à l’expiration du délai de j ouissance, le public soit en mesure de se servir de ces procédés.
- Un brevet peut être accordé pour une addition à une invention déjà faite; mais c’est au moyen des mêmes formalités que pour une découverte tout à fait nouvelle.
- Un brevet est nul, lorsqu’il n’est pas applicable dans son entier : ainsi, le brevet pris pour l’application de trois procédés dont un serait défectueux, est de nul effet.
- On applique aux poursuites en contrefaçon de brevets les mêmes règles que celles relatives à la propriété littéraire.
- VIL
- législation belge.—La Belgique est placée sous l’empire de la loi du 25 janvier 1817, et qui détermine la concession de droits exclusifs pour l’invention ou l’amélioration d’objets d’art ou d’industrie.
- Ces droits sont accordés, pour un temps limité, par lettres-patentes, sous le nom de brevets d’invention, à ceux qui auront fait urne invention ou un
- perfectionnement essentiel dans quelque branche des arts ou de l’industrie, ainsi qu’à ceux qui, les premiers, introduiront ou mettront en œuvre, dans le royaume, une invention ou un perfectionnement fait à l’étranger.
- Le droit des tiers, antérieur à la prise du brevet, est sauvegardé.
- Les brevets sont accordés pour 5, 10 ou 15 ans. Les droits à payer sont circonscrits entre la somme de 750 et de 150 florins, soit entre 587 fr. 30 c. et 317 fr. 45 c., selon la durée et l’importance du brevet.
- Bien que l’on puisse ne prendre de brevet que pour 5 ou 10 ans, il est possible d’obtenir une prorogation à raison des circonstances.
- Pour que les brevets d’importation soient valables, il faut, que les objets mentionnés soient fabriqués dans le royaume de Belgique, et, d’autre part, le privilège n’y a pas plus de durée que dans le pays même d’où il est importé.
- Voici les formalités à remplir pour l’impétrant :
- Il forme une demande en brevet, y joint sous cachet une description exacte, détaillée et signée par lui, de l’objet ou du secret pour lequel le brevet est demandé, accompagnée des plans et dessins nécessaires; cette description devra être publiée après l’expiration du délai de concession ; pourtant, le gouvernement peut, s’il le juge convenable, et pour des raisons importantes, différer cette publication.
- Quand un brevet est octroyé par le gouvernement, il y est stipulé que ce brevet pourra être déclaré nul dans les Vas suivants :
- 10 Lorsque l’obtenteur, dans la description jointe à sa demande, aura, avec intention, omis de faire mention d’une partie de son secret ou l’aura indiqué d’une manière fausse;
- 2® S’il paraissait que l’objet pour lequel un brevet aurait été accordé, fût déjà décrit antérieurement à cette époque dans quelque ouvrage imprimé et publié ;
- 3° Lorsque l’acquéreur, dans l’espace de deux années, à compter de la date de son brevet, n’en aura pas fait usage, sinon pour des raisons majeures dont le gouvernement jugera ;
- 4° Si celui qui aura obtenu un brevet d’invention, en obtenait ensuite un pour la même invention, dans un pays étranger ( ce qui rend illusoire la généro-si é française qui admet les étrangers aux mêmes avantages que les nationaux) ;
- 5° S’il paraissait que l’invention pour laquelle un brevet d’invention aurait été accordé, lut, par sa nature ou dans son application, dangereuse pour la sûreté du royaume ou de ses habitants;
- Enfin, une mesure d’intérêt public et parfaitement concordante avec le but de l’industrie laborieuse et du génie qui cherche, est inscrite dans la loi de 1817 : elle consiste à attribuer à des primes et à des récompenses pour l’encouragement des arts et de l’industrie nationale, le montant des droits à payer par ceux qui obtiendront un brevet d’invention.
- L’abondance des matières nous oblige à renvoyer au prochain numéro l’examen de la législation en Hollande, en Prusse, dans les Etats allemands, le Wurtemberg, la Bavière, l’Autriche, la Sardaigne, les Etats romains, l’Espagne, la Russie, les Etats-Unis, etc.
- Puis, ces législations indiquées, nous attaquerons la loi de 1844, et nous appuierons notre discussion sur l’analyse des faits industriels acquis depuis sa promulgation.
- Alexandre Laya,
- Avocat à la Cour d'appel de Paris.
- Voici lé préambule de la loi du 7 janvier 1791, dont il est parlé ci-dessus :
- « L’Assemblée nationale, considérant que toute idée nouvelle, dont la manifestation ou le développement peut devenir utile à la société, appartient à celui qui l’a conçue, et que ce serait attaquer les droits de l’homme dans leur essence de ne pas regarder une découverte industrielle comme la propriété de son auteur ; considérant en même temps combien le défaut d’une déclaration positive et authentique de cette vérité peut avoir contribué jusqu’à présent à décourager l’industrie française, en occasionnant l’émigration de plusieurs artistes distingués, et en faisant passer à l’étranger un grand nombre d’inventions nouvelles, dont cet empire aurait dû tirer les premiers avantages; considérant enfin que tous les principes de justice, d’ordre public et d’intérêt national lui commandent impérieu-
- sement de fixer désormais l’opinion des citoyens français sur ce genre de propriété par une loi qui le consacre et le protège... etc. «
- DÉMONSTRATION
- DE LA ROTATION DE LA TERRE PAR LE PENDULE.
- Nous ne saurions donner une plus juste idée de cette application nouvelle et singulière du pendule, dont quelques-uns de nos lecteurs ont, du reste, pu voir un échantillon à Sainte-Geneviève, qu’en reproduisant la lettre suivante adressée à l’éditeur d’un journal anglais par M. Charles FootGower :
- Nouvelle-Écosse, Ipswich, mai 1851.
- Monsieur, l’intéressante expérience de M. Foucault, consistant à suspendre un pendule et à lui imprimer un mouvement d’oscillation régulier dont le plan varie peu à peu et se croise avec lui-même par le fait du mouvement de rotation du globe, a été la cause de tant de controverses, que vos lecteurs seront bien aises d’en trouver une explication à la portée des personnes les plus étrangères aux mathématiques.
- Le phénomène, tel qu’il est observé aux pôles et à l’équateur, sera facilement compris, et cela posé, tout le reste de la démonstration sera d’une facile intelligence.
- J’accompagne ma démonstration de dessins; mais l’usage d’unuglobe rendrait plus intelligible encore ce que j’ai à "dire. Je recommande le choix d’une simple sphère à tous ceux qui en auraient une sous la main.
- Supposons un pendule placé au pôle nord et vibrant
- Fig. I.
- suivant un plan vertical ; supposons que les oscillations de ce pendule sont indépendantes du mouvement de la terre : il est évident que le pendule a son mouvement dans le même plan pendant que la terre tourne au-dessous. Le plan de vibration du pendule paraîtrait donc avoir fait une révolution complète, lorsque la terre aurait fait un tour entier sur elle-même suivant son axe polaire. Cette apparence viendrait de ce que le plan du pendule aurait été le même, tandis que la terre aurait été remuée.
- Il est à observer que Taxe ou direction du pendule est sur une même ligne que l’axe de la terre, et que le résultat est une révolution dans le temps du nyctéméron.
- Fig. Il,
- Changeons maintenant la position du pendule : ici
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-
-
- LE PALAIS DE CRISTAL-
- l’axe ou direction du pendule est à angle droit avec l’axe polaire du globe. Le résultat sera pour le pendule, pas de révolution apparente, car la révolution n’est pas celle du pendule, mais bien celle de la terre.
- Nous établissons le mouvement du pendule (comme on le voit indiqué dans la Fig. II.) du Nord au Sud : la rotation de la terre n’engagera pas le plan d’oscillation du pendule à dévier du Nord au Sud, qui est sa direction primitive. La révolution de la terre produit un mouvement perpendiculaire à l’axe polaire, puisqu’il est parallèle à l’équateur.
- Ayant maintenant établi le fait qu’au pôle il y aura révolution complète du pendule en vingt-quatre heures et qu’à l’équateur il n’y en aura point, il nous reste à montrer ce qui arriverait au pendule dans les latitudes intermédiaires.
- Nous voulons cependant considérer d’abord le mouvement du pendule et la raison qu’il a de persévérer dans son plan oscillatoire.
- Le mouvement de la balle du pendule, quoique si différent en apparence de celui d’une balle projetée en ligne droite, se rapporte pourtant à la même cause. La première loi du mouvement est, en effet, qu’un corps lancé en avant continuera à se mouvoir uniformément, si aucune force ne s’oppose à cette continuation de mouvement. Mais, si une opposition se déclare, si une force repousse l’objet foulé par une force à angle avec elle, la direction prise par l’objet sera une oblique, résultant des deux forces en question. En d’autres termes, si une balle, lancée de A en B, est sollicitée en même temps vers D par une autre force, elle décrira la ligne intermédiaire A C, résidante des deux forces B etD. (Figure III),
- B
- L-
- K
- D
- Fig. lit
- Observez maintenant ce que seraitla ligne décrite par une balle tirée de quelque point de l’équateur, contre un bouclier placé au sud de l’équateur. La balle traversera la terre dans la direction du Sud, mais pendant le temps qu’il lui faudra pour arriver au bouclier, la terre aura eu celui de progresser dans sa rotation du côté de l’Est, et, supposant la balle (figure IV ),
- -©...
- Fig. IV.
- tirée de A en B, au bouclier, par suite du| temps que la balle aura mis à arriver en B, la terre aura tourné à l’Est vers D. Aussi la balle gardant le mouvement primitif de la terre, arrivera en C et non en B. Le bouclier aussi se trouvera porté en C. Conséquemment, quoique, en regard de la terre, la balle ait décrit la ligne A B, le réel mouvement de la balle aurait été la ligne AC, si son passage dans l’espace avait pu s’accorder avec la rotation du monde sous elle, et en continuant cette ligne elle serait arrivée à F, arrivant là dans le même temps que A serait retourné vers C.
- Maintenant, considérons qu’elle aurait été l’action
- du pendule dans la même situation, s’il avait oscillé de A en B. Suivant la loi qui dirige la balle, il aurait atteint C’ à l’extrémité de son oscillation où la gravitation l’aurait contraint de retourner.
- Mais il ne retournera point dans la direction C A, car, ainsi, la balle irait à l’Ouest, et maintenant nous savons que la balle du pendule continuerait son mouvement à l’Est, suivant la loi qui guide la balle de fusil en F, et suivant la même loi qui amène le pendule en G, le point situé au-dessous de l’F est le même point auquel le point fixe A aurait été amené par la révolution terrestre.
- Conséquemment, quoique le pendule ait décrit les lignes AC, CG, dans l’espace, cependant, sur la surface du globe, il aura seulement marqué la même ligne droite du Nord au Sud AB, parce que la terre a toujours voyagé du côté de l’Est, dans la même étendue que la balle.
- La prochaine oscillation du pendule sera de G en II puis de H en I et C.
- Ici nous ferons observer que chaque oscillation du pendule dans l’espace (voyez AC, GH, IJ) décrit des lignes parallèles.
- Ayant établi le fait que chaque vibration du pendule dans l’espace décrira des lignes parallèles, nous travaillerons à déterminer ces parallèles sur la surface du globe, en abandonnant les lignes alternées qui causeraient de la confusion.
- Nous tirerons donc une série de lignes parallèles ( n° Y ) sur le papier, et nous les appliquerons sur
- Fig- v.
- l’équateur de notre globe. Nous aurons ainsi la géographie des oscillations du pendule à cette place ; et si nous les continuons autour du globe, nous obtiendrons des lignes parallèles, toutes dans la direction du Nord au Sud. Conséquemment, le pendule
- B C
- oscillera aussi, suivant ces lignes, dans la direction constante du Nord au Sud. Mais appliquons maintenant cette série de parallèles à d’autres latitudes, à la latitude 50, par exemple, parce que c’est la latitude la plus rapprochée de Londres, notre papier réglé ne couvrira pas une sphère et ne s’y adaptera point convenablement. Pour donner à nos lignes longitudinales la direction convenable, il faut décrire un cercle du même rayon que la sphère ( fig. YI ), tracer ensuite l’angle de latitude du degré 50 à A, mener AB perpendiculaire à la ligne A et BC, parallèle à cette ligne, BC sera le rayon voulu.
- Fig. VII.
- Décrivez maintenant un cercle avec ce rayon BC, et appliquez un nouveau papier réglé, de parallèles à cette hauteur ; si le papier a la même longueur que celui employé pour embrasser la terre à l’équateur, il sera d’environ un quart trop long à la hauteur de l’Observatoire de Greemvich. (Fig. VII.)
- Maintenant, si nous observons les différences qui existent entre les lignes qui indiquent la longitude sur le globe et les lignes parallèles du papier, qui indiquent les plans d’oscillation du pendule, nous remarquerons que, depuis la ligne O, point d’application de l’origine du papier, il n’y a de coïncidence qu’en de certains points (figure YIII) situés entre la longitude 7 et la longitude 8. Ailleurs que là, la direction des parallèles de la bande de papier rapportée sur le globe à la hauteur de Londres, ne coïncide point avec les longitudes tracées sur la sphère.
- C’est que les longitudes ne sont pas réellement parallèles, puisqu’elles se rencontrent au pôle, tandis que les parallèles du papier qui indiquent les plans d’oscillation du pendule, sont toujours à la même distance les unes des autres.
- Ainsi à la longitude 12 (Fig. YIII), le plan d’oscil-1 ation du pendule paraîtra avoir dévié de vingt et quelques degrés comme l’indique imparfaitement, ]e papier. A la logitude 15 ou 16 la longitude sphérique et la ligne de papier se couperont à angle de 45 degrés; ce qui indique qu’à ce point le pendule se trouve avoir depuis la longitude O, point de départ et de coïncidence normale, accompli la moitié d’une révolution.
- A la fin du pourtour, c’est-à-dire après une révolution entière du globe sur lui-même, on comprend que le pendule aurait accompli, lui aussi sa révolution apparente et se retrouverait comme à son point de départ, aux environs de la ligne O.
- Fig. VIII.
- Dans l’expérience réelle il se trouve en effet que le pendule ne se retrouve dans son plan d’oscillation qu’au bout de 31 heure 19 minutes et 48 secondes.
- Si la construction géométrique était faite en grand et avec soin sur le papier, on trouverait, on a trouvé exactement les mêmes chiffres.
- Il est bien évident à préseut, pour toute personne attentive, que la déviation apparente du pendule n’a d’autre cause que la révolution rotative du globe, puisque les faits cadrent parfaitement avec l’hypothèse explicative.
- ILE DE LA RÉUNION.
- Un document, que nous recevons de la Réunion, donne les détails suivants sur le mouvement commercial et maritime de cette importante colonie, pendant l’année 1850 :
- Il est arrivé à la Réunion 139 navires jaugeant ensemble 37,758 tonneaux. 132 de ces bâtiments étaient français, 7 étrangers. Parmi les premiers : Le Havre a fourni pour son contingent 12 navires, Nantes 29, Bordeaux 23, Marseille 16, Terre-Neuve 5, Buenos-Ayres, Saint-Malo et Boston 1 chacun. 12 bâtiments français sont venus de Pondichéry, 12 de Calcutta, 8 de Madagascar et Mayotte, 6 de Maurice, 2 de Coringuy, 1 de chacun des points suivants: Malcaste, Moulmein, Pempa, Cochin.
- Les sept navires étrangers é taient venus de Bue-nos-Ayres, Port-Natal, Maurice et Madagascar.
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- LE PALAIS DE CRISTAL,
- COURRIER DE LONDRES.
- Bien peu de temps et beaucoup de choses à dire. Enfin vous êtes libre de ménager des transitions et je vous abandonne ma prose. La seule chose que je vous demande, c’est de ne pas altérer le peu de jugements que je pourrai me trouver porter chemin faisant sur les hommes et les choses. Ces gens d’esprit de France n’y regardent pas à deux fois pour improviser un système au bénéfice d’une phrase. J’en ai vu et vous en connaissez qui forgent une poétique, une économie, une politique d’Aristote ou n’importe quel paradoxe pour remplir les pages blanches d’une préface !
- Au fait :
- Je vous parlais de M. Saint-Jean dans une lettre que je trouve imprimée dans vos colonnes. Depuis lors j’ai appris que le vœu que je formais, quant à un huitième tableau de lui, est en cours d’exaucement. Dans quelques jours M. Saint-Jean va nous envoyer un magnifique tableau de roses qui semblerait bien fait pour une reine..., mais sur la destination duquel M. Saint-Jean a gardé jusqu’ici la plus parfaite discrétion. Nous connaîtrons bientôt la vé rité. De qui ai-je appris cela?cela ne vous regarde pas; mais il paraît que j’ai des intelligences électriques avec Lyon!... Tous ne devriez jamais vous étonner, vous autres Parisiens blasés et indolents, de voir les étrangers vous connaître mieux, apprécier mieux votre grand pays et vos hommes de talent que vous-mêmes.
- Ces jours passés, — c’est-à-dire samedi, si je m’en souviens bien, — l’auguste reine exilée de France, accompagnée de la duchesse d’Orléans, est arrivée à l’Exposition vers une heure. La visite a duré plusieurs heures, dont la plus grande partie s’est passée dans les galeries françaises et dans les galeries russes.
- Que diriez-vous si je ne vous donnais quelques détails sur le bal costumé de la reine, qui a été le grand évènement de la semaine?
- Tous savez que cette sp’endide tête a eu lieu au palais de Buckingham, le 15 ?
- Le bal de la cour donné à Buckingham-Palace, dans le but, comme l’a dit S. M., de donner une impulsion au commerce de la métropole, n’aurait pas manqué de produire l’effet qu’on en attendait, même quand la noblesse n’aurait pas été inspirée du même esprit patriotique qui animait notre souveraine.
- Parmi les premiers arrivants, on a remarqué miss Burdett Coutts, sur laquelle brillaient de magnifiques bijoux. Miss Coutts portait, entr’autres ornements, une large rivière d’émeraudes et de diamants disposée en écharpe, tombant de l’épaule droite sur la hanche gauche, où elle se terminait par une énorme agrafe de diamants qui s’attachait derrière la robe ouverte par devant; en outre, de grosses pierres ornaient sa ceinture.
- Les gardes-du-corps de la reine, commandés par le marquis de Donegal, étaient de garde au palais. S. S. comme capitaine, sir George Lee comme lieutenant, et les capitaines Kincaid, Phibbs, Bellair et Ricford, comme capitaines exempts de la garde du corps, portaient le magnifique uniforme de ce corps sous le règne de Charles II. S. M. portait le grand habit de cour à la mode de celle de Louis XIV, apportée de France par Charles II; sa robe de soie grise était ornée par devant de quatre émeraudes d’un prix immense. S. A. R. le prince Albert portait un habit de drap d’or orné de nœuds de rubans roses et de bijoux ; son chapeau était garni de plumes roses et blanches, les bas de soie gris.
- Les dames du quadrille anglais, conduit par la marquise d’Ailesburv, étaient habillées de soie bleue avec des ornements soie et or.
- Celles du quadrille français, conduit par madame de Flahaut, étaient vêtues de satin blanc, avec des nœuds de ruban bleu clair ; le jupon était de drap d’or garni de franges d’argent.
- Les hommes portaient l’uniforme de mousquetaires noirs, habits rouges brodés d’argent, cuirasses bleu foncé et brodées d’argent; croix d’or ornée de fleurs de lys devant et derrière ; bas rouges, et plumes rouges au chapeau.
- Le page portait la livrée du roi do France.
- Les dames du quadrille espagnol, conduit par la comtesse de Granville, portaient des mantilles espagnoles noires et des robes de soie noire garnies de dentelle d'or et de rosettes roses. Les jupons étaient
- de damas gris orné de riches franges gris et or.
- Les hommes étaient vêtus de velours noir brodé d’or et portaient tous l’ordre de Calatrava, brodé en soie rouge sur l’habit et le manteau, bas de soie gris, chapeau de velours noir, avec plumes rouges et jaunes.
- Les diamants portés par la marquise de London-derry, avaient une valeur de 150,000 liv. st.
- Lorsque la reine se fut assise sur son trône, toute la société, préalablement réunie dans le salon vert, fut introduite dans la salle du trône, en présence de S. M.
- L’orchestre joua d’abord une marche; le quadrille espagnol entra le premier, suivi de celui de France, qui précédait celui d’Ecosse ; le quadrille anglais venait le dernier.
- Lorsqu’ils furent tous entrés et qu’ils eurent salué S. M., les quadrilles anglais et écossais ouvrirent le bal et cédèrent la place aux quadrilles français et espagnol. Après cette dernière danse, les dames des quatre quadrilles, rangées en ligne, s’avancèrent vers le trône et saluèrent S. M. Les hommes en ayant fait autant, tout le monde se retira par la porte qui communique à la galerie des tableaux.
- S. M. et le prince Albert se rendirent ensuite à la salle de bal, où le vrai bal commença par un quadrille suivi d’une polonaise conduite par la reine elle-même.
- La gaîté a été d’autant plus vive que les nouvelles de la récolte de l’Irlande sont fort satisfaisantes.
- Il s’en faut pourtant que la prospérité commerciale soit ici à sa hauteur accoutumée.
- Les correspondances de tous les districts manufacturiers évitent soigneusement toute allusion à l’état du commerce intérieur. Si l’on pense que tous les marchés étrangers et coloniaux sont encombrés de nos marchandises, on ne peut compter que sur une saison désastreuse. La baisse continue du prix du coton aux Etats-Unis a exercé hier un nouvel effet sur le marché de Liverpool, et à Manchester on ne réussit pas à arrêter la baisse des prix des marchandises Jusqu’à ce que le prix de la matière brute ait assez fléchi pour ne laisser qu’un bénéfice raisonnable au producteur, on peut présumer que l’on ne préviendra pas la baisse des articles manufacturés.
- La faillite de M. llyde, faisant le commerce du coton à Liverpool n’a pas été aussi considérable qu’on le supposait; le passif est de 120,000 liv. st. Le dividende pour les créanciers sera de 15 sh. à 17 sh. la liv.
- J’entends exprimer quelquefois à des Français en séjour ici des inquiétudes sur l’abondance de combustible minéral, au spectacle des quantités énormes de houille que dévorent ici nos cheminées et nos fourneaux. Qu’ils se rassurent :
- Les lits ou couches de charbons de terre de Nor-thumberland et de Durham présentent une épaisseur • moyenne de douze pieds. Chaque acre contient donc 4 9,360 mètres cubes de charbon, chaque mètre cube valant environ une tonne. L’étendue de la couche de charbon, dans ces deux comtés, étant de 500,000 acres, il résulte de là qu’ils contiennent dix milliards de tonnes de charbon, dont un million cinq cent mille seulement ont été consommés. La consommation annuelle étant en ce moment de dix millions de tonne, il ne faudrait pas moins de dix-huit cents ans pour épuiser ces deux seulsbassins.
- Je vois aussi des gens fort étonnés d’entendre nos jeunes gens de quinze à dix-huit ans, qui fréquentent le salon de l’agriculture avec leurs parents, au palais de Uyde-Park, s’arrêter devant les machines, les examiner avec attention, raisonner sur leur emploi, sur leurs avantages ou leurs défauts, comme le ferait en France un cultivateur consommé. Dans les autres parties de l’Exposition, on peut aussi constater la présence d’un nombre considérable de jeunes gens, et même d’enfants, auxquels leurs parents expliquent avec grand soin tous les procédés de fabrication des objets qui sont placés sous leurs yeux. La reine conduit également ses enfants à l’Exposition, et au lieu de mener le prince de Galles dans la salle des joujoux d’Allemagne ou de Suisse, qui l’amuseraient, elle lui montre et fait expliquer en sa présence la nature et l’utilité des différents produits.
- C’est, que pour la plupart des pères de famille anglais, l’Exposition universelle est un moyen de développer les connaissances de leurs enfants; on y envoie des députations, des colleges et pensions des diverses contrées d’Angleterre, et selon la vo-
- cation de chaque élève, la carrière qu’il se propose de suivre, on fixe son attention sur telle ou telle partie de l’Exposition.
- On trouve en Angleterre que cela vaut bien mieux que de faire pâlir les enfants sur du grec ou du latin ; on croit qu’il est plus utile pour un jeune homme, même riche, même de grande famille, de connaître tous les perfectionnements de l’agriculture ou de l’industrie, que d’étudier toutes les délicatesses de la langue de Cicéron ou de celle de Démosthènes.
- Nous ne sommes pourtant point, à cause de cela, des barbares. Vous en pouvez juger à l’empressement que met tout gentleman anglais, digne de ce nom, à encourager les beaux arts et à se rendre acquéreur des monuments classiques de cegenre. Ainsi, ces jours derniers, on a vendu la dernière partie de la célèbre collection d’estampes de M. Maberley.
- En voici les plus remarquables, avec les prix auxquels elles ont été adjugées :
- Œuvres de Rembrandt : Portrait du bourgmestre de Six, 2,050 fi*.; Mendiants à la porte d’une maison, 300 fr.; Vued’Amsterdam, 310 fr.; les Trois arbres, 825 fr.; Village près d’une grande route faisant coude, 525 fr.; Village avec une tour carrée, 4 ,400 fr.; Portrait du père de Rembrandt, 550 fr.; Paysage avec un canal et des cygnes, 600 fr.; Portrait du docteur Faust, 420 fr.; Portrait de Renier Aarto, 240 fr.; Portrait d’Abraham Franz,, 400 fr.; Haaring aîné, bourgmestre, 625 fr.; Haaring le jeune, 460 fr.; Jean Lattina, 800 fr.; Jean Asselin, 525 francs; Ephraïm Bonus, médecin Israélite, 625 fr.; IVe-tenbogardus, ministre hollandais, 330 fr.; Jean-Corneille Sylvius, 475 fr.; le Peseur d’or, épreuve primitive, avant que Rembrandt eût ajouté à la planche une cuisse remplie de monnaies d’or, 825 fr.; Portrait de Coppenal, 475 fr.; Tête orientale, ayant fait partie des collections du baron Denon, 360 fr.; Jeune homme enveloppé d’un manteau, 860 fr.; la Mancée juive, 425 fr.; Sainte Cathe fine, 4 90 fr.
- 2° Œuvres de Van Dyck : Le Christ couronné d’épines, 290 fr.; le Titien et sa maîtresse, avant que l’on y eût ajouté ces mots : Titian inventor, et l’adresse Bon-Enfant, 450 fr.; Portrait de Van Dyckrnême, 450 fr.;Portait de François Synders, 260 fr.; Portrait de Luc Vestermann, 34 0 fr.
- 3° Œuvres d’autres maîtres: Une Femme faisant des crêpes, par deJonge, 242 fr.; l’Attrapeur de rats, par le même, 250 fr.; les Patineurs, d’après Ostade, par le même, 250 fr.; les Pileuses, d’après Ostade, par le même, 4 4 0 fr. ; une Forêt près d'un canal avec une montagne, et le Chien enchaîné, par J. de Vlleger, 355 fr.
- La vente totale de la collection a produit 87,375 francs.
- Voulez-vous savoir à présent si l’Angleterre est intolérante, comme on l’entend dire quelquefois?
- Hier, après midi, quelques amis et admirateurs du docteur Cumniing se sont réunis pour s’entendre sur les moyens de lui offrir un éclatant témoignage de la reconnaissance qu’ils éprouvent des services qu’il a rendus à la grande cause du christianisme protestant. Il a été convenu d’enlever toute apparence d’esprit de secte, à ce témoignage qui ne fera, en conséquence, allusion qu’au zèle et autalent du docteur. Toutes les personnes attachées au grand principe de protestantisme évangélique seront admises à souscrire. Une forte somme a déjà été encaissée. 11 a été, en outre, arrêté que comme le docteur Cumming est évidemment le plus utile elle plus éloquent champion de nos temps modernes, des souscriptions seraient ouvertes pour lui dans toutes les parties du royaume, dès que l’adresse du comité aurait été publiée.
- Je suis en mesure de vous donner une liste officielle des sommes reçues depuis l’ouverture de l’Exposition : Souscriptions, 66,000 1. st.;—billets de saison, 66,173 ;— reçu à l’entrée, 76,401 43; — contrat du catalogue, 3,200 ; — id. sur les rafraîchissements, 5,500."— Total, 217,274 liv. st. 15 sch. — Recette d’hier, 2.165 3.-5Total général, 219,439 1. s. 18 sh. — recettes du droit perçu sur la vente du catalogue, à l’intérieur du bâtiment, ne sont pas comprises dans les chiffres ci-dessus.
- On se rappelle que, dès l’ouverture de l’Exposi tion, un pistolet exposé a été volé d’une manière incompréhensible. On l’a retrouvé aujourd’hui au moment où il était offert à un prêteur sur gages dans Kinghtsbridge. Le porteur du pistolet a été arrêté,
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- et doit, dit-on, comparaître aujourd’hui à Malbo-rough-Streef.
- Un original écrit au Daily-News pour proposer aux directeurs des théâtres de la Métropole, qui, par suite de l’Exposition, voient chaque soir leurs salles désertes, de donner leurs représentations à 8 heures du matin.
- L’idée pourrait être plus heureusement appliquée eliez nous à la représentation des drames renouvelés de Caldéron ou de Lope de Véga, et dont si peu de gens peuvent attendre la lin, grâce à l’heure avancée et à la tyrannie des cerbères parisiens.
- Veuillez agréer, etc.
- W. SUEllIIUN.
- LES ÉCONOMISTES FRANÇAIS
- A LONDRES.
- L’Exposition lyonnaise est pour M. RI an qui l’objet de savantes appréciations, qu’on lira avec plaisir après ce que nous avons dit nous-mêmes dans notre numéro précédent , à propos des tableaux de M. Saint-Jean et de notre revue générale de l’Exposition. Les dentelles et l’ébénisterie fournissent également au savant économiste une heureuse occasion de rendre toute justice aux nombreux ouvriers-artistes qui concourent à la fabrication de ces chefs-d’œuvre de notre industrie.
- IX.
- Londres, 26 mui I85i.
- Monsieur, à peine de retour démon excursion dans les comtés du Nord, je retrouve l’Exposition au grand complet, moins les Russes, qui viennent d’apparaître et qui disposent leurs étalages. Le moment est donc arrivé de vous parler de l’exposition française, dont j’ai eu le temps de comparer les produits à ceux des autres nations, et je vais essayer de remplir ma tâche sans autre préoccupation que celle de la vérité.
- L’évènement a confirmé toutes mes prévisions, et vous pouvez considérer désormais comme un fait accompli que la France a obtenu les suffrages de l’Europe dans une foule de spécialités, qui lui permet de braver toutes les concurrences.
- Je suis forcé de me borner à jdes indications sommaires, sans entrer dans des détails qui seraient d’une longueur infinie ; mais ces indications suffiront pour bien faire apprécier quelle sera notre position à la suite de ce concours mémorable. Le résultat capital de l’Exposition, pour les Français, c’est la reconnaissance universelle, absolue, incontestée, de leur supériorité en matière d’art et de goût. Dans les étoffes brochées ou peintes, dans l’ébénisterie, dans l’orfèvrerie, dans la fabrication des bronzes, des papiers peints, des porcelaines, ils n’ont pas même de rivaux. Quelle que soit ia valeur intrinsèque d’un produit, si la forme et le goût y entrent pour quelque chose, soyez sûr que les Français ont mis cet avantage de leur côlé.
- Je commence par la reine de toutes nos industries, par l’industrie lyonnaise, qui s’est un peu fait attendre, mais qui a dépassé toutes nos espérances. Elle s’est montrée plus belle ici qu’elle n'a jamais été. Elle est tellement au-dessus de ce que nous avons vu en 1849, lorsqu’elle échappait toute meurtrie aux émeutes et au règne des clubs, qu’on la croirait régénérée et toute resplendissante d’une vie nouvelle. Les Lyonnais ont eu l’heureuse idée de paraître à Londres en nom collectif, plutôt que comme exposants individuels. Ce ne sont pas quelques fabricants{qui exposent, c’est la fabrique tout entière. La Chambre de commerce a mené à ia victoire même les plus récalcitrants, en achetant leurs produits qu’ils ne voulaient pas exposer, et en les exposant malgré eux. Jamais les yeux d’un Français ne se sont reposés plus agréablement que sur cette belle galerie du premier étage, dont le souvenir restera comme le plus batteur de ceux que' l’Exposition nous ait laissés.
- Disons tout de suite que les Lyonnais ne se sont pas contentés d’envoyer des produits admirables ; ils les ont fait étaler par deux habiles Parisiens, MM. Lemoine et Dufolin, qui ont présidé à l’étalage de Mulhouse, et qui méritent une mention honorable pour l’art qu’ils y ont mis. 11 est impossible de distribuer les étoffes, d’assortir ou d’opposer les couleurs avec p us de goût et plus d’intelligence. Mon illustre confrère et ami, M. Che-vreul, qui a créé la science du contraste des couleurs, en sera ravi. Le public prouve tous les jours ses sympathies pour cette belle exposition, en y accourant en foule, et en exprimant sa satisfaction dans les termes les plus explicites.
- Rien n’y manque. Le passé et le présent s’v trouvent réunis, car les Lyonnais ont voulu que leurs anciens chefs-d’œuvre fussent exposés à côté des nouveaux, et plus d’un spectateur aura confondu dans son admira-cion des étoffes de style et de temps bien différents. Je consacrerai, Monsieur, une élude spéciale à celte précieuse coiiecfion, unique dans le monde: mais je dois dire tout de suite que si la France a prouvé en quelque chose, ici, sa plus haute supériorité, c’est dans la fabrication des soieries. Ceux mêmes d’entre nous qui conservaient le moindre doute à ce sujet ont été sur-
- pris de la différence extrême qui règne entre les produits les plus ordinaires de Lyon et les produits les plus distingués de l’Europe entière. Les vieilleries de Lyon sont plus belles que certaines nouveautés de l’Autriche, de l’Angleterre, de l’Espagne et de l’Ialie. C’est un fait aujourd’hui reconnu par ces nations elles-mêmes, et si remarquable, qu’il jette un lustre particulier sur l’exposition française tout entière.
- Il n’y a réellement pas une seule partie faible dans toute cette galerie lyonnaise. Les velours, les brocards, les satins, les crêpes, les taffetas, les unis, les brochés, tout est d’un goût exquis, graeieux, inimitable. La parole humaine ne saurait décrire les variétés infinies de dessins d’une richesse inouïe, et ces tissus émaillés de fleurs pures et fraîches comme la nature elle-même. On croirait vraiment qu’elles vont exhaler des parfums, tant l’aspect en est vif et doux et la légèreté merveilleuse.
- A ia vue de ces créations étonnantes, je n’ai pu me défendre pourtant des plus tristes réflexions. Ces beaux tissus, qu’on dirait créés par des doigts de fées, l’ont été par des hommes terribles, qui semblent manier parfois plus volontiers le sabre et le fusil que la navette et Yespoulin. Ils viennent d’une ville aujourd’hui enveloppée de forteresses, et ils ont été fabriqués sous la protection de l’état de siège!
- Dites-moi, Monsieur, est-ce bien là l’état normal d’un pays tel que le nôtre? Est-ce bien sous'ce régime que les ouvriers de Lyon, ces incomparables artistes, pourront donner cours à leur génie industriel et trouver des acheteurs pour leurs produits ! Est-ce la paix ou la guerre qui peut faire prospérer ces ateliers admirables?
- Il est vrai, et je l’écrivais il y a plus de vingt ans, que beaucoup de ces pauvres files qui façonnent le satin de leurs doigts amaigris, manquent souvent de linge ; il est vrai qu’elles reposent durement, sur de bien tristes lits, dans ces demeures étroites que j’ai tant de fois visitées, et dont nos républicains officiels contestent l’insalubrité, pour se dispenser d’y pourvoir: Mais moi, Monsieur, je me borne à dire que ce n’est pas dans l’agitation perpétuelle qu’on trouve des débouchés à des produits comme ceux de Lyon, ni la solution des problèmes si graves du paupérisme et delà misère. Il n’y a que la paix et ia stabilité, qui donnent le mot de ces énigmes de l’ordre social ! !
- Mais laissons là les énigmes, et blâmons sévèrement, en passant, MM. les fabricants de rubans de Saint-Etienne, qui n’ont pas daigné paraître, excepté cinq ou six, à l’Exposition universelle. Il ne suffit pas, Messieurs, d’être braves ; il faut sortir de sa tente les jours de bataille. Vous êtes les premiers fabricants de rubans du monde, c’est connu; vous vendez vos produits à Londres même, par millions, nous le savons; mais vous auriez dû vous montrer pour soutenir la haute renommée du département de la Loire.
- Vous êtes assez riche pour voyager. Savez-vous ce qui vous arrive! C’est que la rubannerie de Bâle et de Zurich a recueilli, ici, des commandes considérables ; c’est qu’elle a été universellement admirée à votre place, et que même les rubans anglais ont eu quelque succès. Je sais ce que vous allez répondre : « On nous vole nos dessins , on nous contrefait, on nous pille. » C’est un honneur pour vous. Un vous vole et on vous pille absents autant que présents, soyez-en sûrs. En visitant, il y a quelques jours, la ville de Manchester, j’ai rencontré un célèbre fabricant de toiles peintes qui m’a .dit qu’il payait tous les ans 7o mille francs à des dessinateurs français, en France pour avoir des dessins, ou à des correspondants pour avoir des échantillons. Est-ce que les contrefacteurs belges empêchent les grands écrivains d’écrire?
- Les fabricants de dentelles de la Haute-Loire ont montré plus de patriotisme, et je commence par eux quoiqu’ils ne soient pas les maîtres de l’art, parce-qu’ils ont importé du pain dans la montagne en y important l’industrie des dentelles. La rapidité de mon travail me permet rarement de nommer les fabricants, mais je veux rendre hommage à la fabrique du Puy, dans la personne de M. Robert Faure, qui a essayé de créer un genre nouveau, et qui contribue énergiquement au succès de l’école nouvelle établie au centre de cette région écartée.
- Au reste, la fabrication des dentelles atteste un progrès vraiment inespéré. Bayeux, Mirecour , Chantilly, Alençon brillent à l’Exposition de Londres d’un éclat sans rival. Le point d’Alençon surtout, cette noble dentelle toute française, gracieuse et robuste, élégante et sévère, a reparu plus brillante que jamais. M. Lefébure et M. Videcoq en ont exposé des échantillons qui rappellent les plus beaux jours de la fabrication.
- Les femmes ne sauraient trop encourager cette belle industrie, faite pour elles seules, exercée par des femmes, au foyer domestique, et qui compte aujourd’hui les ouvrières par centaines de mille , chose à peine croyable!... La dentelle a repris une importance considérable, qui ne s’arrêtera point. Celle de Bayeux et de Chantilly a fait des progrès immenses , dûs au zèle éclairé de quelques fabricants, parmi lesquels je citerai M. Violard, qui contribue tous les jours, par une foule de combinaisons ingénieuses, au succès de son art, et dont la réputation est européenne. Il n’est pas jusqu’aux blondes de soie qui ne cherchent à renaître, et M. R an-don, de Paris, en a exposé de fort original.s qui pour-
- raient bien rendre à cet article, presque tout entier d’exportation coloniale, la faveur de nos dames.
- En même temps que notre fabrique se déploie, les fabriques rivales ne demeurent pas stationnaires. La Belgique , jadis un des foyers de l’art, a envoyé beaucoup de belles choses devant lesquelles notre exposition n’a point pâli. L’Angleterre paraît en retard, de l’avis de tous les connaisseurs. Nous restons donc encore ici les maîtres du terrain. La fabrication des dentelles a fait de grands progrès, en France, même depuis l’Exposition de 1849. Couvrez-vous donc de dentelles, mes belles compatriotes ; vous seules les portez avec grâce, c’est l’ornement qui semble le mieux fait pour vous. Voici venir M. Mallet, qui expose des imitations de Valenciennes , en coton , presque au prix du simple tulle broché. La perfection de la filature est telle aujourd’hui, qu’il n’y a pas de limites à la finesse. Les gens du métier me comprendront, quand je leur dirai, à eux qui savent cejque c’est que le fil n° 400, réputé la limite raisonnable des finesses, que je rapporte un échantillon du n° 2070, filé à Manchester, et plus fin que les plus beaux fils de malquinerie, lesquels coûtent 5,000fr. le kilogramme.
- Les châles français n’ont pas soutenu avec moins d’honneur leur vieille réputation. J’ai retrouvé à leur poste avec un plaisir extrême les vétérans de la fabrication, l’ingénieux et modeste Deneyrousse, MM. Gaussen, M. Frédéric Hébert,MM. Duché, Chambellan, Boas, qui s’efforcent de maintenir la gloire de l’école française, en perfectionnant chaque jour ses procédés. Non loin d’eux, le belliqueux Biétry semblait fier du succès de nos cachemires, dont il a défendu avec honneur la pureté contre tout mélange adultérin de soie, de laine ou de. coton. Faut-il le dire? Cette belle industrie me semble arrivée à son apogée, et je crains bien qu’elle ne puisse plus que descendre. Ce qu’il y a de certain, c’est que quand on observe ses produits en Autriche et en Angleterre, les nôtres paraissent ce qu’ils sont, en effet, très-supérieurs ; mais si quelque jour la fabrique autrichienne parvient à adoucir les tons crus de ses châles, et l’Angleterre à soigner davantage la réduction des siens, ce genre deviendra presque entièrement une question de dessin, et de mécanique à la Jacquard. Les châles français seront aux châles de l’Inde ce que les gazes brochées sont aux mousselines brodées de Suisse et de Tarare.
- Notre supériorité redevient plus frappante à l’Exposition, dans l’ébénisterie, qui s’est réellement surpassée. Les ébénistes y sont peu nombreux, mai4 ils n’ont exposés, comme les Lyonnais, que des chefs-d’œuvre. Je vous ai déjà parlé du buffet de M. Fourdinois, qui est la pièce capitale de la fabrique française; la magnifique bibliothèque de M. Barbedienne, celle des ouvriers associés du faubourg Saint-Antoine, en palissandre ; les incrustations de couleur de M. Kruner ; le buffet en chêne brut de M. Kriéger, autre chef-d’œuvre ; celui de M. Jolly, si pur de forme, si simple et si gracieux, ont enlevé tous les suffrages, et il est peu probable qu’un seul de ces admirables meubles revienne à Paris. Pendant que les ébénistes parisiens obtiennent ce triomphe, tout entier dû à Part exquis du dessin et au fini de l’exécution, un fabricant de Bordeaux, hors de ligne, un simple ouvrier devenu maître habile, M. Beaufils, représente à lui seul l’ébénisterie domestique et courante, celle qui procède par la puissance du nombre et l’étendue des débouchés. M. Beaufils est parvenu à faire des meubles qui bravent les variations de température, si meurtrières dans les colonies. 11 choisit ses bois et il les débite avec tant d’intelligence, qu’aucun de ses meubles ne se tourmente, et que ses placages résistent à toutes les épreuves. Grâce à lui, notre ébénisterie devient chaque jour plus populaire dans les régions tropicales, et des marchés immenses s’ouvrent chaque jour devant elle. Cette élégante solidité a été fort remarquée dans tous les articles exposés par M. Beaufils.
- Voici ie moment, Monsieur, de vous dire l’opinion générale du public européen sur les diverses écoles d’é-bénisterie qui sont représentées à l’Exposition par la France, l’Angleterre et l’Autriche. Quelle que soit la supériorité de nos fabricants, il est évident que l’Autriche et l’Angleterre sont en progrès, et que leurs produits sont extrêmement distingués. L’Autriche attire un nombre infini de visiteurs dans les salons qu’elle a ornés avec beaucoup d’art des meubles de sa fabrique, et il faut convenir que ces meubles sont exécutés avec une rare habileté. Il ne leur manque que d’avoir été dessinés par une main plus exercée. Ils sont lourds et patauds, permettez-moi ce terme "familier, comme de véritables maisons bourgeoises. La bibliothèque en chêne, dont l’empereur a fait présent à la reine d’Angleterre, est assurément un bel ouvrage, mais sans style et sans caractère. On dirait une église réduite au centimètre comme ces petits modèles en bois qui figurent dans nos musées de curiosités. Les Autrichiens ont aussi exposé un lit de parade en acajou ou bois d’an-yica, qui dépasse vraiment tonies les proportions du genre, et dont les nombreux et lourds supports soulien-draienl un édifice tout entier. Néanmoins, celte architecture est travaillée avec une telle habileté de main, que le spectateur s’arrête involontairement devant les milliers de festons et d'astragales d’un effet bizarre et imposant, qui attirent scs regards.
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- La même observation s’applique à l’ébénisterie an-
- aise, qui est plus avancée que celle de l’Autriche, et qui s’est déployée à l’Exposition avec une variété de formes et une exubérance de meubles extraordinaire. Les Anglais n’y vont pas de main morte; ils emploient les plus riches bois à l’état massif, taillent dans l’acajou et dans l’ébène, comme dans le roc, et ils multiplient les surfaces, les bosses, les reliefs, comme si le bois ne coûtait rien. Leurs meubles sont remarquables par la masse, par l’ampleur, par l’énormité. Dans le genre bizarre et tourmenté il y en a de vraiment prodigieux; il y en a aussi beaucoup de formes commodes et régulières, et qui se rapprochent par une belle exécution de la correction et de l’élégance françaises. Les meubles anglais sont aux nôtres ce qu’est leur orfèvrerie à celle d’Odiot et aux formes de Christofle, ce que sont leurs faïences aux porcelaines de Sèvres. Je crois devoir signaler à nos fabricants l’emploi avantageux que l’ébénisterie anglaise a fait des bois autres que l’acajou et le palissandre classiques. C’est une étude très-importante à faire pour eux que celle des échantillons innombrables de bois charmants et de toutes couleurs qui brillent à l’Exposition. L’Australie, la terre de Yandiemen, l’Inde, les Moluques, le Brésil, i’Amérique du Sud tout entière ont envoyé des collections d’une beauté remarquable
- t-|Il faut sortir de l’ornière, sinon il arrivera aux meubles ce qui menace les châles : l’ennui naîtra de l’uniformité, et la consommation en souffrira. Nous avons amélioré les formes jusqu’à la perfection ; il faut maintenant varier les matières premières, et l’ébéniste rie a devant elle pour y suffire toutes les forêts des deux mondes.
- X.
- L’imprimerie, la cristallerie, les produits chimiques, les papiers peints de l’exposition autrichienne, tel est le thème varié de cette lettre particulièrement jemarquable, et qui renferme en outre des rapprochements fort ingénieux sur les industries similaires de la France.
- Monsieur, je fais trêve aujourd’hui à mes études sur l’industrie française pour vous parler de l’Autriche et de son exposition. L’Autriche occupe le troisième rang à ce congrès universel ; elle y a paru avec un déploiement de ressources qui a surpris tout le monde, excepté
- duits, qui témoignent d’un élan industriel digne de l’attention des nations manufacturières.
- Je suis bien aise de dire ici, en commençant par la plus libérale des industries, par l’imprimerie, que c’est l’imprimerie impériale de Vienne qui a exposé la collection la plus complète de spécimens de tous les caractères connus. Cette collection, qui ne contient pas moins de
- ARIANE ABANDONNÉE.
- les gens qui ne se décident pas sur la rumeur publique, et qui ne jugent pas les grands Etats d’après les préjuges de carrefour. L’Autriche a pris l’Exposition au sérieux. Elle y a paru armée de toutes pièces, et chaque our voit s’accroître l’intérêt qu’excitent ses divers pro-
- deux cent six langues ou dialectes, depuis les caractères phéniciens, les plus anciens du monde, jusqu’aux japonais, est la plus belle de l’Europe. Elle répond suffisamment au reproche d’obscurantisme si souvent adressé à l’Autriche, et qui n’a été longtemps mérité que par son gouvernement.
- L’Autriche est entrée aujourd’hui dans une voie nouvelle, et quoique la statue du maréchal Radetzki, qui semble veiller, appuyée sur une épée, au dépôt des richesses autrichiennes de l’Exposition , puisse paraître un emblème peu conforme au mouvement industriel des idées dans ce pays, il n’enest point qui mérite, au même degré, après la France et l’Angleterre, l’attention des hommes d’étude et de travail. C’est assurément un fait très-remarquable que cet hommage rendu aux sciences et à la pensée humaine, par l’industrie la plus capable de les propager dans le monde. Il suffit de réfléchir à l’immense quantité de linguistes, de professeurs, de compositeurs et d’ouvriers habiles que suppose un tel luxe de typographie, pour acquérir le rang qui est dû à l’Autriche dans la grande famille européenne.
- L’établissement impérial de Vienne possède tous les types des caractères imprimés dans ses ateliers, et il a exposé jusqu’aux matrices qui ont servi à les créer.
- On a particulièrement remarqué l’ingénieuse invention à l’aide de laquelle les 80 mille signes de la langue chinoise sont formés, comme la musique, par des types mobiles. Au point de vue fechnique, l’art avec lequel les Autrichiens sont parvenus à calculer l’espace occupé par chaque lettre isolée, permet de savoir à l’avance quelle sera l’étendue précise d’un manuscrit quand il est imprimé, et l’imprimerie impériale possède déjà 180 millions de caractères fondus d’après ce système.
- Les orientalistes ‘ont beaucoup admiré un ouvrage imprimé pour la première fois en japonais, avec des caractères mobiles, et qui semblait plutôt, par sa perfection, importé du pays même que reproduit en Allemagne. La typographie autrichienne s’est placée au premier rang par ce magnifique dé- "~7 ploiement de richesse; il faudrait un volume pour donner le simple catalogue de tout ce qu’elle a exposé dans ce genre, et ce volume exigerait des connaissances que je n’ai point.
- ^ J’ai regret de dire que l’Imprimerie nationale de France s’est bornée à opposer à ce luxe éblouissant de productions typographiques, un simple volume de spé-
- cimens qni ont sans doute leur mérite, mais qui ne représentent pas sérieusement la typographie française. Heureusement, M. Plon, M. Dupont et quelques autres ont eu à cœur de réparer cette omission. M. Marne, de Tours, que j’honore profondément comme l’imprimeur de France qui publie le plus de volumes à bon marché, et qui les imprime bien, a été fort admiré à côté des grands maîtres de l’art.
- Personne n’a encore exécuté avec l’habileté de M. Dupont le procédé qui lui permet de reproduire, sans altérer l’original, un feuillet perdu de tel ou tel ouvrage ancien, et de le restituer à l’ouvrage in-cqmplet. M. Silberman, de Strasbourg, n’a pas excité moins d’admiration par son vitrail imprimé en dix-huit couleurs, sur une hauteur de 102 centimètres et sur 37 centimètres de largeur. Le procédé entièrement nouveau qu’il a découvert, et qui lui a permis d’exécuter ce tour de force au-dessous des prix de lithochromie ordinaire, est une véritable conquête pour les arts, et nous sommes heureux d’avoir à l’opposer, avec toute l’exposition de M. Silberman , à la magnificence typographique de l’Autriche.
- L’Autriche a déployé aussi beaucoup de luxe dans ses productions topographiques, et ses cartes, déjà fort appréciées, ont conservé à l’Exposition le rang distingué qu'elles méritent. Que si nous sortons du domaine scientifique, pour entrer dans celui des arts industriels, nous retrouvons l’Autriche en progrès sensible et continu- Elle travaille le fer avec habileté dans ses usines de Styrie, dont les produits sont excellents ; elle a presque supplanté la ville de Nîmes dans l’exportation des châles communs ; elle exécute avec une grande supériorité les draps ordinaires, et malgré les reproches légitimes qui peuvent lui être adressés en matière de goût, ses meubles ont produit une certaine sensation à l’Exposition, à cause de la vigueur avec laquelle ils sont exécutés. Un pays qui fabrique jusqu’à huit millions de faulx et de faucilles, seulement pour l’exportation, est évidemment organisé pour la grande industrie.
- Mais c’est surtout dans les cristaux de Bohême que se retrouve l’une des supériorités les plus reconnues de la fabrication autrichienne, et c’est ici le cas de dire un mot de la situation de l’industrie du verre, telle qu’elle a été constatée à l’Exposition. Trois puissances avaient droit d’y figurer avec leurs caractères distinctifs : la France, l’Angleterre et l’Autriche. La France s’est abstenue. Nos belles fabriques de Saint-Louis et de Baccarat,
- SAINTE ÉLISABETH DE HONGRIE.
- dirigées par des prohibitionistes aussi habiles qu’encroûtés, n’ont rien envoyé, et elles pouvaient envoyer des chefs-d’œuvre que nous connaissons parfaitement, car il y en a une collection magnifique au Conservatoire des Arts-et-Métiers de Paris.
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- Nous n’hésitons même pas à dire, malgré le mauvais vouloir de ces messieurs, que cette collection aurait suffi pour battre, ici, toutes les collections rivales. Mais alors, en même temps que nous eussions constaté la supériorité de la cristallerie française, nous lui aurions demandé de quel droit elle osait lever tribut sur les consommateurs nationaux et se montrer si âpre au monopole, dont elle peut fort bien se passer.
- C’est ce que leur absence ne nous empêchera pas de demander. Outre que cette absence est une faute grave, le jour où il s’agit de défendre l’honneur du travail national, elle est aussi une précaution inutile, parce que le but de cette désertion calculée n’échappera à personne. Il est honteux de se cacher, quand on doit compte à son pays des efforts qu’il a payés si cher pour vous soutenir, et l’on perd tout droit à vanter sa supériorité quand on refuse de paraître à un concours tel que celui de Londres.
- Arrière donc, Messieurs, avec vos prétentions à interdire l’entrée en France des cristaux de Bohême et des autres pays! Arrière, percepteurs honteux qui levez sur nous, par la prohibition des impôts abusifs, et qui ne voulez pas qu’on discute l’étrange budget en vertu duquel vous nous faites payer si cher ce que nous aurions à bon marché! Le moment approche où vous allez rentrer dans le droit commun et dans la concurrence naturelle de tous les producteurs. Nous ferons volontiers des sacrifices pour l’Etat, qui nous garantit sécurité, routes, justice et administration: mais vous, que nous assurez-vous, monopoleurs effrontés ?
- Oui, vous auriez brillé ici d’un éclat sans pareil, sinon par le bon marché de vos produits, sinon par la couleur, au moins par la forme. Vous auriez été reconnus dignes d’occuper une situation moyenne entre l’Angleterre et l’Autriche. L’Angleterre semble avoir mérité la palme pour leblanc, l’Autriche pour les couleurs.
- La fontaine gigantesque des Anglais, haute de près de 10 mètres, dont les eaux versent dans le transept du Palais de Cristal une fraîcheur aujourd’hui délicieuse, est un spécimen glorieux que vous n’avez pas égalé. Les grandes pièces rouges de Bohême dont vous avez redouté la comparaison, n’ont sur les vôtres, en réalité, que l’avantage du bas prix. Vous auriez réuni presque tous les m rites, hors celui de ménager notre bourse. Allons, allons, mon savant collègue, Michel Chevalier, a dit vrai : « La France vous paie la taxe des pauvres, et elle ne vous la doit pas. »
- J’ai les larmes aux yeux ' en trouvant sous le pavillon autrichien les produits d’une grande partie de l’Italie; les soies de Milan, de Vérone, les beaux vitraux de Bertini, les mosaïques, toutee qui reste d’art et de grâce à ces malheureux Italiens. Hélas ! là aussi, c’est la discorde qui a plongé l’industrie dans un abîme de maux ! L Italia farà dà se ! Non, pas plus en industrie qu’en politique, on ne fait rien tout seul aujourd’hui.
- Quiconque a l’orgueil de croire qu’il n’a besoin de personne est perdu. La solidarité devient chaque jour plus étroite entre les peuples, et cette dépendance mutuelle est le plus sûr garant de leur progrès social. Est-ce que l’Angleterre et la France ne tirent pas leur coton des Etats-Unis? Est-ce que la poudre même que
- nous brûlons pour notre défense n’est pas faite avec du salpêtre de l’Inde et avec du soufre de Sicile? Est-ce que le plomb de nos cartouches ne vient pas de l’Espagne ? Est-ce que le bronze de nos canons n’est pas fait avec de l’étain anglais et du cuivre de Russie?
- L’Autriche a exposé de très-beaux échantillons de ses produits minéralogiques. Elle brille moins par ses étoffes de coton, qu’elle ferait bien d’abandonner. C’est la maladie des grands peuples, aujourd’hui de vouloir se procurer à tout prix, par un travail forcé, ce qu’ils auraient à bon marché, par leur travail naturel. Les toiles peintes de l’Autriche sont fort laides, plucheuses,
- mal apprêtées, en dépit du luxe des produits chimiques qui figurent sous son nom à l’Exposition.
- Les produits chimiques ont suivi les progrès de la science dans presque tous les pays de l’Europe, et, puisque je trouve l’occasion de le dire ici en passant, .j’ai recueilli à Manchester la preuve authentique du changement remarquable qui s’est manifesté en Angleterre à ce sujet, depuis peu d’années.
- Un des fabricants de toiles peintes les plus distingués nous a communiqué, d’après ses livres, le prix auquel il paie les substances suivantes : l’acide pyroligneux, environ 80 centimes les 4 litres et demi (le gallon); le
- sous-acétate de plomb, 40 francs les n2 livres anglaises • le sulfate de soude, S francs le quintal de 112 livres ; l’acétate de fer liquide, 33 centimes les 4 litres 1/2 ; le prussiate de potasse, 83 centimes la livre, et l’acide sulfurique, à 06 degrés je suppose, 9 centimes la livre. Les gens du métier jugeront si ces prix n’indiquent pas une fabrication très-avancée.
- En somme, l’Autriche occupe un rang très-distingué à l’Exposition universelle. Il y a dans la réunion presque encyclopédique de ses produits, quelque chose de mâle et de sévère qui caractérise la nation elle-même, une diversité dans la force, comme il y a cette diversité de race dans l’Empire. Les Bohémiens, les Hongrois, les Italiens, les Allemands purs, qui ont concouru à former le faisceau de l’industrie autrichienne, ont conservé sans doute leur physionomie particulière, et ils n’ont rien perdu à être associés.
- Ce sera plus tard, Monsieur, une étude intéressante à faire que celle du caractère spécial des populations ouvrières de tous les pays qui ont concouru à cette grande exposition : Français, Anglais, Allemands, Espagnols, Américains, Orientaux. Vous verrez quels rapports curieux existent entre l’ouvrier et l’œuvre, et combien le sort du premier est lié au succès de l’autre...
- Mais qui donc s’est occupé jusqu’à ce jour de savoir au juste ce que c’est qu’un ouvrier? On flatte les ouvriers quand ils sont forts, on les comprime quand ils abusent de leur force ; mais les étudier, les avertir, fi donc !
- Ils ignorent surtout d’où vient le vent qui souffle sur eux, et par quels liens mystérieux le débouché se rattache au produit, et l’acheteur au producteur. Voilà ce qu’il faut leur apprendre, et c’est la plus utile leçon qui ressortira de ce concours mémorable.
- XI.
- Dans cette partie de son excellent travail, le savant professeur revient sur l’exposition lyonnaise, et confirme, avec le talent qui lui appartient, ce que nous en avons dit nous-même dans notre numéro précédent. M. Blanqui termine par ce touchant hommage rendu aux laborieux et intelligents ouvriers de notre grande cité manufacturière :
- Ce qui distingue surtout la fabrique de Lyon, ajoute M-. Blanqui dans sa onzième lettre, c’est le goût suprême que respirent toutes ses productions, comme l’air naturel dans lequel vivent ses ouvriers ; c’est cette série de traditions que n’ont pu interrompre ni les révolutions de la mode, ni les dévastations de la guerre civile, ni les sauvages distractions de la politique. Iiy a un accord mystérieux entre les innombrables mains qui concourent, souvent sans se connaître, à la perfection de ces tissus admirables. Ourdisseurs, dessinateurs, apprêteurs, teinturiers, tous se prêtent sans effort et presque sans méthode un mutuel appui. Us font des chefs-d’œuvre comme on fait ailleurs des choses vulgaires : c’est leur nature. Voyez-les travailler : avec quel soin ils protègent, contre la poussière du foyer domestique, la blancheur immaculée de ces satins plus purs que l’argent, et de ces crêpes dont le grain ressort, par la pression d’un cylindre, garni de cuir grossier et rude au toucher ! Il n’y
- LA REINE ÉLISABETH D’ANGLETERRE.
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
- aura rien de plus curieux que l’histoire de ces hommes, quand elle sera faite avec sympathie pour eux, sans les flatter, sans les méconnaître non plus!
- Ces hommes, aujourd’hui, veulent leur place au soleil, et ils exhibent pour titres de noblesse les chefs-d’œuvre que nous venons d’admirer. Y ont-ils contribué, oui ou non ? Ont-ils honoré leur pays par ces productions sans pareilles? Y a-t-il, dans toute l’Exposition de Londres, des chefs-d’œuvre comparables à ceux qu’ils y ont envoyés? La patrie qui les honore à si juste titre, comme soldats, quand ils combattent pour elle, n’aura-t-elle jamais que de stériles compliments pour leur travail de tous les jours! Ils veulent leur part de gloire, ils l’auront.
- Je me souviens d’un heureux jour de ma vie, celui où, sur mon rapport au j ury de 1849, la croix d’honneur fut accordée à M. Roussy, un brave ouvrier de Lyon, auteur de plus de dix inventions ingénieuses, pour lesquelles ce digne homme n’avait pas même pris de brevet, voulant que tout le monde en jouit. 11 n’avait pas assez de fortuue pour faire à ses frais le voyage de Paris, et c’est par le télégraphe qu’il fut mandé aux frais du président de la République, qui le fit asseoir à sa table, et le combla de prévenances. Combien y a-t-il de chefs-d’œuvre à Londres qui sont dûs à des ouvriers du premier ordre, blottis et frémissants dans des greniers, à Valse, ou à la Croix-Rousse, et qui n’attendent qu’un regard bienveillant pour désarmer !
- Voilà, Monsieur, la leçon que tous les amis de l’ordre doivent recevoir de ce triomphe incontestable de la ville de Lyon à l’Exposition universelle. Sur ce champ de bataille, les ouvriers lyonnais ont tenu plus haut qu’aucun autre corps de l’armée industrielle l’étendard national. Il serait d’une juste et sage politique de les récompenser, après le grand jury universel, au nom du pays qu’ils ont honoré. Ce n’est pas peu de chose, en effet, qu’un triomphe, semblable, et vous ne sauriez croire, à moins de l’avoir vu comme nous, à quel point il a rejailli sur notre exposition tout entière.
- Blasqüi, de Clnslilul.
- L’exhibition de Hyde-Park n’a pas seulement pour objet de réunir sur un point unique tout ce que peut produire l’intelligence humaine aidée par une main-d’œuvre exercée; cette exhibition doit être pour chacune des nations qui y ont pris part une occasion solennelle d’attester, sinon sa supériorité exclusive sur ses rivales, du moins les7efforts qu’elle fait pour entrer en lutte avec elles. Rien de plus noble assurément qu’une pareille émulation, et de plus équitable à la fois que l’opinion qui doit en résulter. Mais il faudrait que la partie fût jouée loyalement, et non avec des cartes bizeautées ou des dés pipés, comme les faits l’ont déjà montré. Nous parlions l’autre jour d’une audacieuse rapine exercée au détriment de l’un de nos premiers artistes en orfèvrerie; on nous en signale une nouvelle qui du moins, cette fois, n’a point échappé à la juste réprobation qu’elle avait encourue. L’anecdote court les salons du Cristal-Palace, et personne encore n’en a contesté l'authenticité. On ne saurait donc, nous accuser de l’avoir inventée à plaisir, pour les besoins de la cause que nous défendons, celle de la légitime propriété. Voici le fait :
- On connaît la perfection’ des instruments de chirurgie fabriqués par M Charrière. Les Anglais ont des prétentions en ce genre. L'incontestable succès de noire habile compatriote ne leur en était que plus odieux. Tous les chirurgiens anglais, tous les fabricants d’instruments chirurgicaux chéri*,liaient dans leurs trousses leurs plus merveilleux scalpels, leurs plus délicates balances, pour les opposer aux chefs-d'œuvre parisiens. Un moment ils ont cru avoir réussi. L’un d’eux possédait un miroir (nous ne sommes pas assez savants ni assez hardis pour vous dire ce que ce c’était que ce miroir, et quel usage on en faisait; c’était, ep bref, un admirable miroir, pour lequel il n’y avait pas de secrets, un chef-d’œuvre, s’il en fut, aussi bien inventé que bien exécuté, le plus sincère des miroir et le plus parfait des instruments de chirurgie.,'On résolut d’apporter
- ce....miroir (le français, dans les mots brave
- l’honnêteté), sur le lieu même du triomphe de M. Charrière. « Vous êtes un habile ouvrier, M. Cliar-rière, m1 artiste, mais feriez-vous bien l’équivalent de ce miroir':’ » Tous les fabricants faisaient silence, attendant l’aveu d’une défaite.—« Ce miroir!’dit M. Charrière, je ne vous demande ni un jour, ni une heure, ni une minute. » Et prenant l’instrument dans sa main, il io dévisse, le démonte, et présente à 1 heureux possesseur, sur une toute petite vit oie imperceptible, impalpable, oubliée, un mot, un nom, une date qu’il fallut lire avec une loupe. Ce nom,
- c’était « Charrière, » et cette date : « A Paris, rue de TEcole-de-Médecine. »
- Aucune réflexion ne pourrait ajouter à la moralité (pii ressort naturellement de cette charmante historiette.
- Bknéihct.
- REVEE 1)E L’EXPOSITION UNIVERSELLE.
- La Rassie se place dans le Palais de Cristal avec avec toutes les ressources d’un territoire à la fois européen et asiatique. Ce sont des échantillons variés de ses métaux et de ses minerais, de ses bois de constructions, de ses pelleteries, de ses fourrures, de ses laines, de ses graisses, et principalement de ses graines farineuses. Rien de plus beau et de plus complet que cette exbibiton naturelle. Le comptoir circulaire sur lequel on a rangé les grains, dans de larges sébiles de bois peint, est couronné par une gerbe immense où la tige de chaque plante céréale, chargée de son épis, trouve sa place dans un faisceau particulier. De sorte, qu’après avoir palpé ce grain, on peut analyser botaniquement la plante qui le produit.
- Après la production des céréales, celle de la laine vient se placer en première ligne. Les échantillons de toisons communes et de mérinos exposés par la Russie sont très-beaux et peuvent soutenir la comparaison avec ceux du Zolwerein. On trouve parmi les échantillons de ce produit quelques spécimens du duvet de cachemire, qui, des montagnes du Thibet, des plateaux de l’Asie centrale, et des rivages delà mer Caspienne, est apporté chaque année par les Kirguises à la foire d’Astracan, nettoyé et éjarré à Moscou, et de là expédié presque en totalité à Paris.
- Le contingent des pelleteries russes doit nécessairement se ressentir de la saison et de la longueur du voyage; mais tel qu’il nous est offert, il soutient encore la vieille renommée de la Sibérie et de la Tartarie. 11 ne lui manque, pour l’emporter sur toutes les industries rivales, d’être plus à portée des fortunes modestes.
- Mais ce qui constitue le principal mérite de la Russie à l’Exposition universelle, c’est d’y avoir apporté des produits manufacturés avec une grande habileté. Les soieries de Saint-Pétersbourg ont beaucoup des qualités de dessin et de tissage de celles de Lyon, et y ajoutent une perfection nouvelle sous le rapport du brillant et du reflet qui est particulièrement propre aux soies de Chine que l’on y emploie.
- Les fabricants russes ont appelé à leur aide les meilleures méthodes, les métiers à la Jacquart, et les dessins les plus nouveaux. L’industrie de la soie, nous n’hésitons pas à le reconnaître, prend chez eux un notable accroissement, et si elle ne nous menace point encore d’une sérieuse concurrence, elle doit être pour nos manufacturiers et pour nos artistes un motif de constante émulation.
- De l’Exposition de la Russie à celle de la Turquie, il n’y a que l’épaisseur des Balkans, c’est-à-dire quelques pas seulement à faire dans les immenses galeries du Cristal-Palace. Entrons-v à la suite de M. Michel Chevalier, et laissons-lui l’honneur de décrire lui-même et d’apprécier tous ces objets d’une facture si étrange pour des yeux européens, empruntés à des mœurs si obstinément fidèles aux traditions du passé, et dont la présence sur le champ de bataille industriel atteste les nombreuses victoires qu’y a remportées le génie de la civilisation moderne.
- Entrons dans les salles réservées à ces pays, laissons de côté, pour un instant, les articles qui datent chez ces peuples d’une trentaine d’années à peine : j’v arriverai. Qu’est-ce qui s’offre le plus à nos regards? D’abord un petit nombre de matières premières, de la laine principalement, des grains, des dattes, du miel. J’y remarque aussi la valonée et la graine oléagineuse de sésame, célèbre déjà par les contes des Mille et une Nuits, non moins célèbre désormais par l’histoire d’un amendement voté chez nous en 1845, avec accompagnement de violences envers les ministres. En fait d’articles fabri-ques, j’v vois des tissus de laine quelque peu variés, des burnous, des voiles, des écharpes, des manteaux épais, des couvertures pour les'bêlrs et pour les (en-les, une tente toute dressée, des" selles de cheval avec leurs accessoires, quelques ustensiles en fer e( en bois, des vases éîamés. Tout cela est conforme aux modèles les plus antiques, à part la soie mélangée dans quelques-unes des étoffes et sauf l’étamage. Ces tissus de laine ne sont pas foulés, comme le sont nos draps; ils ne sont pas croises non plus comme
- les mérinos : c’est donc l’enfance de l’art. Je jurerais que les écharpes, les voiles, les ceintures, les tissus de laine d’une certaine finesse pour robes que j’a-percois çà et là, sont à l’image des cadeaux de noce de Jacob à Lia ou à Raehel. Cette tente dressée doit être la copie fidèle de celle sous laquelle l’infortuné général Sisara, épuisé de fatigue, chercha un asile dans le désert; et ce clou grossier est le fac-similé de celui que Jahel, violant les droits de l’hospitalité, lui enfonça dans la tête pendant son sommeil. Ce bât doit avoir servi à l’ànesse de Balaam. Ce panier hermétiquement fermé, qui est rempli de dattes, c’est, contenant et contenu, le pareil de ceux que Melchisedech avait dans ses magasins. Cette petite outre est exactement comme celle qu’Abraham donna remplie d’eau à la pauvre Agar lorsque la jalousie de Sarah obligea le patriarche à la renvoyer dans le désert, tenant son fils par la main.
- Dans l’Exposition de ces peuples demeurés primitifs on aperçoit des objets qui séduisent par leur éclat, et qu’on prendrait volontiers pour des preuves d’une industrie avancée. Ce sont des articles de luxe, des objets de sellerie surtout, qui resplendissent de l’éclat de l’or; c’est du velours rouge tout brodé et bordé d’or. Cette magnificence impose aux curieux. Ne nous pressons pourtant pas d’admirer. L’or et l’argent ont la vertu de plaire aux hommes. L’or plus encore que l’argent est inaltérable dans sa belle couleur; dans l’état où l’offre la nature il est extrêmement facile à travailler. Il est très-ductile, très-malléable, il se soude aisément. On en fait donc sans grand’peine des fils qui, convertis en galons et en tresses, relèvent singulièrement les tissus sur lesquels on les répand. Un ouvrage de bonne mine en or n’est donc qu’un douteux témoignage de puissance industrielle. Il n’y a pas de civilisation rudimentaire qui n’ait eu des bijoux en or d’une certaine beauté, en présence desquels les voyageurs qui ne réfléchissaient pas s’extasiaient. Fernand Cortez, au Mexique, est stupéfait des ouvrages en or et en argent • qu’il voit aux mains des envoyés de Montézuma. Il en écrit à l’empereur Charles-Quint dans les termes les plus admiratifs. C’étaient pourtant de très-médiocres industriels que les Mexicains. Mais je trouve ici, à l’Exposition même, la preuve du peu d’importance qu’il faut attacher aux ouvrages d’or ou d’argent, à moins que ce ne soient des œuvres d’art comme ce qu’ont exposés ici à pleines mains les Froment-Meurice, les Odiot, les Morel, les Mortimer, les Garrard, les Wagner, et tant d’autres orfèvres français, anglais, allemands, belges, hollandais. Suivez-moi dans le quartier des Barbares. Nous voilà sur la côte occidentale d’Afrique, parmi les Ashantis, les tribus de la Côte-d’Or, de la Côte-d’Ivoire. Regardez ce collier en or et cet autre bijou dont la forme rappelle les broches que portent nos dames. Vu d’un peu de distance, cela a bon air. Puis, regardez tous ces articles dont c’est entouré : est-ce qu’ils ne vous révèlent pas que vous êtes parmi les sauvages?
- Si vous voulez vous faire rapidement une idée passablement exacte du degré d’avancement auquel est parvenue l’industrie d’un peuple, ce n’est pas à l’or ni à l’argent qu’il faut regarder, c’est au fer. Sachez si une nation produit ou consomme beaucoup de fer. Voyez ses outils, ses ustensiles, ses machines ; examinez quelle ligure y fait le fer. Si la consommation du fer est grande; si, ce qui est la même chose, les outils et les ustensiles en fer sont nombreux, solides et de bonne mine ; si le fer fondu, forgé ou aciéré est la matière principale des machines ; si vous avez la preuve que les ouvriers sont adroits et prompts à entretenir ces instruments et ces appareils, vous pouvez prononcer désormais les yeux fermés : la nation dont il s’agit est avancée, très-avancée dans l’industrie. Si au contraire la consommation du fer est très-bornée, si les outils en fer ont mauvaise façon, si dans les machines et appareils on n’emploie le fer qu’avec parcimonie, s’il est mal travaillé, mal dressé, c’est encore un peuple toisé, il faut le classer à un rang inférieur.
- A force de patience ou de souplesse dans les doigts, il pourra offrir çà et là quelques branches de l’industrie qui lui fassent honneur ; mais l’ensemble de son industrie sera faible. La production de presque tous les articles sera bornée en proportion de la population, et par cela même le pays sera pauvre ; il sera pauvre, parce que la production est nécessairement bornée quand on a de mauvais outils et de mauvaises machines, ou (pie, faute de bons matériaux, on ne construit pas de machines. Et quand la production est bornée, il ne peut y avoir que peu de produits pour chacun ; la population est misérable
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- Cela posé, revenons aux articles de l’Égypte, de la Turquie, de Tunis, d’Alger. Ces selles cliamarées d’or tjui vous avaient séduits ; soulevez-en l’enveloppe. Regardez de près le mors, les étriers, les boucles les sangles, les anneaux, tout ce qui est en fer ; c’est de travers, c’est rude; cela pêche par le tond et la forme ; les anneaux ne sont ni ronds, ni ovales, les surfaces sont raboteuses, les soudures équivoques, les épaisseurs inégales ; passez aux outils, ils ont des ferrures mal façonnées, mal ajustées. Dans les machines, c’est de même, et elles sont grossières de tout point. Tous ces défauts viennent de ce qu’on n’a que peu de fer et de ce qu’on ne sait pas le travailler. On l’a remplacé par le bois autant que possible. Regardez, par exemple, dans l’exposition tunisienne, qui d’ailleurs, à beaucoup d’égards, est fort intéressante, cet outil à lame courbe, si étriqué, si faible : ce doit être une faucille à couper le blé. C’est pitoyable. Le moissonneur qui le manie doit s’exténuer en faisant très-peu de besogne. Quand le fer est très-rare, comment faire cependant? Un peu plus loin, dans un autre pays de l’Afrique, voyez cette serrure. Elle est toute en bois. L’écriteau vous avertit que c’est le même modèle que du temps des Pharaons : nouvelle agréable pour l’antiquaire, mais affligeante pour ceux qui aiment le progrès des arts, parce que c’est le gage certain de l’amélioration de la condition des hommes.
- Pour que la preuve de l’état arriéré de l’industrie chez les populations mahométanes soit plus complète, jetez un coup d’œil sur leurs machines d’un autre point de vue; informez-vous de la destination qu’elles ont. Vous distinguez des moulins à bras. Vous n’avez pas besoin d’aller plus loin : la cause est entendue. Quoi ! le blé est encore moulu à bras dans ces contrées ! On n’y est pas parvenu encore à affranchir le genre humain de ce pénible labeur qui a fait pousser aux esclaves de l’antiquité des gémissements dont tous les poètes de l’antiquité, depuis Homère, dans Y Odyssée, jusqu’à ceux de la décadence de l’empi,re romain, nous ont renvoyé le douloureux écho ! C’est la portion la plus faible de la société, ce sont les femmes qui, chez les Arabes de même que dans la maison d’Ulysse, ont cette charge écrasante; si bien qu’une des circonstances qui les consolent, en Algérie, de la domination française, c’est qu’avec les Français arrivent les moulins à eau. Une civilisation et une industrie qui en sont là sont jugées.
- Dans l’exposition des peuples musulmans, on remarque des articles assez nombreux qui ont un autre cachet que le reste, et où la main de l’Europe a laissé son empreinte, aisée à reconnaître : ce sont des tissus de coton ou de laine foulés; quelquefois ce sont des métaux passablement ouvrés. L’origine de ces marchandises est bien connue. Les gouvernements de l’Egypte et de Tunis s’efforcent de secouer le joug d’une routine séculaire. Ils ont attiré des ingénieurs français, anglais, italiens, qui ont établi des machines et des appareils divers, fondé des ateliers de plusieurs sortes.
- C’est ainsi qu’en Egypte, depuis plusieurs années, on travaille sur une grande échelle le coton à l’instar de Manchester, de Rouen, de Neufchâtel en Suisse et de la Saxe. Le bey de Tunis a établi de même plusieurs manufactures. Ces tentatives de progrès ont-elles toujours été parfaitement entendues ? 11 serait permis d’en douter. On a probablement eu trop de hâte de multiplier les fabriques de tissus par exemple. Ces contrées arriérées auraient eu de meilleurs résultats si, quant à présent, elles avaient consacré la majeure partie de leurs efforts à produire des matières premières. L’abondance des terres fertiles dont elles ont la disposition eût rendu leur labeur très-fructueux; elles auraient eu ensuite, par la voie des échanges avec l’Europe, plus d’articles manufacturés avec le même travail et le même capital qu’elles n’en obtiennent par la fabrication directe. 11 est incontestable pourtant que le transport des mécanismes et des méthodes de la civilisation occidentale dans le Levant est, sauf les erreurs qui ont pu en affecter l’application, digne d’encouragements et d’éloges. Les procédés des Occidentaux, leurs engins, leurs outils et leurs ustensiles ont une immense supériorité. La division du travail qu’ils ont adoptée et qu’ils étendent sans cesse est une source de richesses. La domination sur les forces de la nature, dont ils donnent l’exemple et le secret, centuple la puissance productive de l’homme. Après tout, quels que soient les motifs qu’on a pu leur prêter, les gouvernements mahométans , qui
- s’efforcent d’introduire chez eux les pratiques de l’industrie occidentale, sont les bienfaiteurs de leurs sujets.
- Après ce magnitique tableau, si digneà tous égards de la haute célébrité du maître qui l’a tracé, revenons sans autre forme de transition à nos modestes appréciations.
- Le progrès qui s’est manifesté depuis les cinquante dernières années, dans les diverses branches de l’industrie, a fait défaut presque complètement à une de ses parties les plus intéressantes, — la fabrication de la dentelle.
- Pour cette fabrication, en effet, nous sommes beaucoup moins avancés en France qu’on ne l’était vers la fin du seizième siècle, ou au commencement du dix-septième. Soit que la cherté des produits éloigne les consommateurs, soit que l’introduction des tissus de coton, tulles, blondes et mousseline, ait obtenu les faveurs de la mode, toujours est-il que l’art du dentellier n’a point participé au mouvement général.
- Disons toutefois que la Belgique ne mérite point d’être renfermée dans cette appréciation défavorable, en ce qui concerne la part que ses fabriques de dentelles ont prise à l’exposition du Palais de Cristal. Son salon est abondamment et richement pourvu; et prouve qu’elle marche avec succès dans la voie progressive que lui ont ouverte les vieux Flamands de Marie de Bourgogne et de Marguerite de Parme.
- Profitant avec habileté des procédés nouveaux applicables à l’art du dentellier, les Belges n’ont point sacrifié la solidité à l’élégance, et y ont ajouté les conditions du bon marché. Citons comme type de ces conditions favorables les dentelles exposées par une maison d’Ypres, celle de MM. Duhayon-Dubrun-faut et cornp®.
- L’Exposition de ces industriels comprend des dentelles de tous prix, depuis le prix de 40 c. jusqu’à celui de 1,500 fr. l’aune.
- Leur dentelle exposée sur carreau, dont la fabrication exige 1,700 fuseaux, est assurément l’échantillon le plus parfait qui ait jamais été produit; et l’on doit féliciter l’ouvrière qui a pu surmonter avec tant de talent les grandes difficultés dont ce travail est hérissé.
- Pour donner une idée du développement qu’a prise dans la seule ville d’Ypres, la fabrication des dentelles, disons que la Chambre de commerce de cette ville, dans une statistique récente, évalue à 22,000 le nombre d’ouvrières dont le travail est acheté par les fabricants de la ville, et que, sur ce nombre, 3,000 environ sont employées par MM.Duhayon Du-brunfaut et compagnie, indépendamment du millier qu’ils emploient à Bruxelles dans la spécialité des applications.
- On sait que le genre spécial de fabrication adopté par la ville d’Ypres est la fabrication de Valenciennes riches; on y produit avec infiniment de goût la dentelle à maille carrée, encadrant les mille diversités d’un dessin toujours correct, toujours proportionné à la force ou la souplesse du tissu qu’ii doit couvrir. Dans cette spécialité, reconnaissons-le, Ypres,Cand, Courtrai et Bruges se piquent d’une louable émulation qui, en définitive, tourne au profit de l’acheteur.
- Mais, hàtons-nous de le dire, parce que nous tenons de source certaine MM. Duhayon-Dubrunfaut dans leur désir légitime de soutenir cette concurrence, ne lui sacrifient point le bien-être de leurs nombreux ouvriers ; économistes, praticiens avant tout, iis ont su trouver la solution de ce douille problème : perfectionner le travail et augmenter le salaire des travailleurs ( I).
- Les papiers peints, destinés à la tenture des appartements, ont trouvé dansM. Devis, l’heureux successeur de la maison Aàm-Gelder-Parys, un habile et intelligent producteur : AL Devis a exposé trois à quatre cents articles du prix de 35 centimes à 40 francs le rouleau ; cette collection renferme tous les genres, papiers communs, rayures coutil à la mécanique, damas, feinte de fond, panneaux veloutés, etc., etc. Nous avons particulièremnt admiré un velouté soie transparent, à reflet, genre de fabrication tout nouveau qui imite parfaitement le damas suie et le velours d’Utrrcbt: il est impossible déporter plus loin i’iilusion. J.e bon marché, qui est une des premières conditions de succès en Belgique, est, nous a-t-on dit, dans les habitudes de la maison dont nous parti) II nVst pas inutile de remarquer que la plupart des ouvriers tels que cliarpenliers, mai-ans, menuisiers, couvreurs, etc., etc., ne trawnilent pas peu il uni niiuT, ce souf leurs femmes ou leurs en-f^n's tra'.afllsnt I t dentelle qui pourvoient aux Irais du ménagé.
- Ions: Ses papiers les plus inférieurs, du prix de 35 centimes le rouleau, sont fabriqués dans de très-bonnes conditions de solidité, de dessin et de choix de couleurs. On peut hardiment avancer que nulle autre maison, même à Paris, ne peut lutter sous le rapport du bon marché avec celle de M. Devis, qui présente à ses acquéreurs un avantage de 30 à 35 pour cent sur ses rivales. M. Devis a obtenu la médaille d’honneur à l’exposition de 18 47, et nous ne , doutons pas qu’il ne soit encore cette fois l’objet , d’une flatteuse distinction.
- La science dentaire fait depuis quelques années des progrès véritablement surprenants. Nous n’en voudrions pour preuve que les magnifiques produits exposés à Londres par l’un de nos compatriotes, le seul qui ait eu cet honneur.
- M. Paul Simon, médecin dentiste de la faculté de Paris, a tellement perfectionné ses ornements artificiels de la bouche, qu’il est parvenu à les faire confondre avec les plus belles dentures naturelles.
- Déjà le jury de l’Exposition française de I 8 49 avait remarqué les produits de M. Simon, et leur avait accordé la seule mention honorable que reçurent cette année les applications de l’art du dentiste.
- Les salles des États-Unis se sont encore'enrichies d’un assez grand nombre d’objets nouveaux. Nous avons remarqué, entre autres, la machine à coudre qui attire un immense concours de visiteurs, et dont la disposition tout à fait heureuse semble avoir définitivement résolu le problème jusqu’alors insoluble de la couture mécanique. Dans le compartiment des matières premières, une branche de cotonnier chargée de fruits, arrivés à maturité, laissent échapper le coton de leurs écailles entre ouvertes. Enfin, les Américains ont encore exposé un bois de lit dont les jointures à queue d’aronde, sans écrous ni vis, sont très-solides et peuvent non-seulement se monter et se démonter, mais encore se nettoyer avec la plus grande facilité.
- l’album DES GENS DE LETTRES AU PALAIS DE CRISTAL.
- — Dans la galerie du palais de Hyde-Park réservée aux produits de l’industrie française, se trouve exposée une œuvre merveilleuse à laquelle les peintres, les sculpteurs,les mus iciens, les littérateurs les plus célèbres de la France ont apporté chacun sa part de collaboration. C’est un album sans rival au monde, sous le double r, pporf du nombre et de la valeur des productions qu’il renferme. Les deux volumes de cet album sont ouverts sous une vitrine, et, pendant cent quatre-vingts jours, ils offriront chaque matin à la curiosité du public une page nouvelle, autographe, dessin ou morceau de musique. Le Palais de Cristal se fermera avant qu’on ait épuisé les trésors de cette immense collection.
- Commencé au mois d’octobre 1847, l’album de la société des gens de lettres figure au Palais de Cristal comme étant l’expression la plus haute de cette civilisation si féconde en merveilles, dont le monde entier s’est fait volontairement le tributaire. Ne sont-ce pas, en effet, les littérateurs et les artistes qui maintiennent, au milieu de notre population ouvrière, ces traditions d’élégance manuelle qui placent l’industrie française à la tête de toutes les autres? Les littérateurs et les artistes sont les professeurs naturels des fabricants d’objets de luxe et de fantaisie, comme les savants le sont des teinturiers, des doreurs sur métaux, des fila tours, des constructeurs de machines, de ces nombreux travailleurs enfin, qui approprient la matière à nos besoins de chaque jour. Les uns enseignent à manipuler les substances, les autres dirigent le metteur en œuvre dans le choix des formes, des dessins et des couleurs. L’imagination des romanciers et des peintres a créé la mode; elle a ressucité tour à tour, en fait de meubles et d’étoffes, les prodiges de l’antiquité grecque, du moyen-âge, de la renaissance, et les gracieux colifichets des salons Pompadour. Malheur au gouvernement qui laisserait périr ou se disperser toute cette intéressante famille de poètes et de penseurs ! Malheur à la nation française si elle voyait avec indifférence cette grande calamité s’accomplir ! Le sceptre du bon goût, que l’Europe lui abandonne, tomberait infailliblement de ses mains.
- M. le baron Taylor, président honoraire de, la société des gens de lettres, cl M. Godefroy, leur agent central, ont eu par conséquent une idée très-logique et très-heureuse, quand ils ont voulu mettre les œuvres de nos artistes en parallèle avec les produits de nos industriels. Us ont bien mérité et du public et de l’association.
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
- PIBMG-MiCaiNS
- DE CROSSLEY, POUR LA MANUFACTURE DES
- LAINAGES.
- Ceci est une amélioration apportée à l’ancien système de ra~ piècetage à la main. Il a été a-dopté depuis 4 ans dans quelques manufactures du West-morland et dans l’ouest de la Grande - Bretagne.
- Notre dessin a été fait d’après une machine de ce genre appartenant à Char-
- PIECING-aUCIIINE DE CROSSLEY*
- lecteurs spéciaux se feront facilement une justeidée du mécanisme et des avantages de la neuvelle machine de Crossley.
- Comme toute amélioration , celle-ci a eu besoin de faire son chemin envers et contre les obstacles que lui opposaient et que lui opposent encore l’ignorance et la routine , qui 7 nous devons l’avouer, exercent une redoutable influence dans
- les Bradish et fils, fabricants, près deHuddersfield, et quoique nous n’ayons pu 1 toutes les classes de la société, à commencer par la plus infime, par conséquent nous procurer les dessins particuliers des différentes sections de l’appareil, nos | celle qui devrait être la première à en profiter.
- Convention douanière entre la France et la Sardaigne.
- L’Assemblée nationale vient de consacrer par son vote la convention de commerce provisoirement conclue entre les gouvernements français et sarde, et qui ajoute de nouvelles dispositions au traité de commerce du 5 novembre 1840.
- Le roi de Sardaigne s’engage à étendre, à partir du 1er juin prochain, aux produits du sol et de l’industrie de la France, importés directement de France en Sardaigne, les réductions douanières stipulées par les traités conclus avec la Belgique le 24 janvier, et avec l’Angleterre le 27 février 1851.
- Le roi de Sardaigne s’engage, en outre, à abaisser, à partir de la même époque, les droits :
- 1° Sur les tissus de soie importés de France, dans la proportion suivante, savoir : Tissus de soie, de 20 fr. à 15 fr. le kilog. Tissus de soie et filoselle, de 12 fr. à 8 fr. le kilog. Boutons de soie et filoselle, de 8 fr. à 6 fr. Boutons mélangés, de 5 fr. à 3 fr.
- 2° Sur les livres importés de France, dans la proportion suivante, savoir: Livres reliés blancs, de 65 fr. et livres imprimés, de 60 fr. à 35 fr. les 100 kilog. Livres imprimés brochés, de 30 fr. à 18 fr. les 100 kilog.
- Le président de la République française, en compensation de ces avantages s’engage, de son côté, à abaisser : 1° d’un cinquième, soit de 20 pour 100, les droits actuels sur les bestiaux de la race ovine et caprine sardes, importés en France, soit par le littoral de la Méditerranée, soit par la frontière de terre dans la zone comprise entre la limite méridionale du département de l’Ain et de la Méditerranée, de telle sorte que les droits actuels de 5 fr. par chaque bête à laine, moutons, béliers etbrebis; de 1 fr. 50 c. pour chaque bête à cornes, boucs et chèvres ; de 30 c. pour chaque agneau, soient réduits à 4 fr., 1 fr. 20 c., et 25 c. ; 2° D’un cinquième, soit de 20 pour 100, les droits sur les fruits frais de table originaires des Etats sardes (1).
- On ne saurait trop applaudir à la prévoyante sollicitude qui porte les gouvernements à établir sur les bases d’une juste réciprocité, les dispositions législatives qui ont pour but de protéger efficacement les intérêts de leurs sujets. Déjà l’Angleterre et la Belgique ressentent les bienfaits de modifications semblables ; espérons que le nouveau traité qui lie la France et la Sardaigne amènera des résultats aussi favorables au développement de leur commerce et de leur industrie.
- G. DE CHÀIAMONT.
- La morale de l’industrie.
- L’industrie, confondue avec l’industrialisme, qui en est la verrue, le champignon, a subi toutes sortes
- (O Une disposilion additionnelle autorise le gouvernement français à étendre cette disposition aux produits similaires de la principauté de Monaco.
- d’outrages de la part de certains moralistes fermant les yeux sur une distinction nécessaire.
- Le mot industrie et tous ses dérivés ont été conspués à tort, et l’on ne saurait pourquoi, si le Robert-Macaire, ce type modernisé de Tartufe, n’était pas là pour expliquer trop bien l’horreur et le dégoût inspiré par le savoir-faire à beaucoup d’honnêtes gens.
- Industrieux, industriel sont, dans certaines bouches, synonimes de marchand de graines de chou colossal et autres épithètes mal sonnantes et très-mal portées.
- Que de gens pourtant qui, par leur intégrité, leur loyauté, leur grandeur dans les affaires, et même leur philantropie commerciale, lavent incessamment ces mots, français aussi, de leurs souillures accidentelles et ramènent le mot industrie à son sens primitif, à celui que lui donne le dictionnaire de l’Académie.
- Nous enregistrons aujourd’hui avec un singulier plaisir, deux faits bien honorables pour les deux industriels qui en ont pris l’initiative. Libre à nos lecteurs d’en tirer la moralité qu’ils voudront.
- La moralité des fables a son prix. Mais qu’est-ce auprès de la moralité des histoires !
- Le 18 mai dernier, M. Chapsal, ancien négociant, ancien maire de Joinville-le-Pont, a offert spontané-ment au conseil municipal de sa commune d’accorder, comme prime d’encouragement, aux cinquante premiers déposants, ouvriers des deux sexes, demeurant à Joinville, moitié en sus des sommes qu’ils verseront, pendant cinq ans, pour s’assurer une retraite de 600 francs, à l’âge de soixante ans.
- Le 30 du même mois, M. Chambard, négociant en vins, à Bercy, a montré une générosité semblable envers les ouvriers, pères de famille, déjà âgés et peu aisés de sa commune. Voici la lettre qu’il a écrite, à ce sujet, à M. le maire de Bercy :
- « Monsieur le maire, me rappelant comment j’ai commencé, je cherche depuis longtemps une occasion d’être utile aux ouvriers laborieux et économes. Cette occasion, la loi du 18 juin 1850, qui crée, sous la garantie de l’Etat, une caisse de retraites pour la vieillesse, me la fournit, et je m’empresse delà saisir; voici comment : j’offre de doubler la mise de vingt ouvriers, pères de famille, ayant au moins quarante ans d’âge aujourd’hui, qui, dans un délai de cinq ans, auront les premiers, par des versements successifs à la caisse des retraites, complété la somme de trois cents francs, pour avoir droit à une pension dans leurs vieux jours. Toutefois, ces primes n’auront lieu qu’en faveur d’ouvriers attachés au commerce des v.ns, et domiciliés dans la commune de Bercy.
- «Veuillez, je vous prie, monsieur le maire, faire part de cette proposition à votre conseil municipal, dans sa prochaine réunion.
- « Recevez, etc. »
- Le conseil municipal de Bercy s’est empressé d’offrir son concours pour l’exécution de cette intention généreuse. Nous voudrions que l’exemple donné par
- MM. Chapsal et Chambard trouvât beaucoup d’imitateurs.
- Disons mieux: nous sommes assurés qu’ils en auront.
- GtJiMup.
- Armées scientifiques.— Armées industrielles.
- Les Romains faisaient construire à leurs armées de magnifique voies et des fortifications redoutables. A ces armées industrielles ont sucoédé de nos jours les armées artistiques et archéologiques.
- On le dirait du moins, à voir ce qui se passe aujourd’hui en Algérie. Le 2me régiment de la légion étrangère se livre à d’intéressantes investigations sur le territoire de nos possessions africaines.
- Le résultat de ces travaux a été adressé à M. le ministre de la guerre, qui en a renvoyé l’examen à l’Académie des inscriptions et des belles lettres.
- Cette Académie a nommé une commission dont le rapporteur est M. Jomard.
- Nous sommes assez heureux pour pouvoir mettre sous les yeux de nos lecteurs un fragment de ce rapport. Le passage que nous citons montre de quelle façon s’étaient organisés les travaux :
- Si l’on trouvait une inscription, elle était immédiatement copiée par le dessinateur le plus exercé du détachement. Une statue, un morceau d’architecture étaient-ils enfouis, à l’instant des mains robustes et prudentes pratiquaient une fouille ; lemonument était mis au jour, dessiné ou emporté, et sa position était fixée sur la reconnaissance du terrain. Chaque soldat, transformé pour ainsi dire en antiquaire improvisé, docile à la direction qui lui était imprimée, exécutai avec empressement, même avec joie, les ordres du commandant. Ce n’est pas tout : sur les pas des premiers, de nouveaux explorateurs vérifiaient les mesures, les directions, les distances, et d’autres contrôlaient les copies des inscriptions ; plusieurs étaient occupés à évaluer les hauteurs relatives des lieux ; et l’on en prenait note, de manière à estimer le relief du terrain. Plusieurs plans topographiques étaient levés à la planchette, et l’on a même effectué sur quelques points des opérations trigonométriques.
- Des débris d’un grand nombre d’anciennes villes ont été découverts par cette véritable armée de savants. « Ces recherches, dit en effet le rapport, ont procuré la connaissance de plus de quarante villes ou positions romaines, de Castra, de Caste lia, ou postes fortifiés. Un grand nombre de ces points étaient ignorés; ils font retrouver aujourd’hui tous les lieux des itinéraires, soit par les distances marquées sur les bornes militaires concordant avec le plan du terrain, soit par le nom romain conservé dans Je nom actuel. L’on a retrouvé jusqu’à quatre-vingts bornes militaires, la plupart portant le chiffre de la distance de Séveste à Carthage, découverte des plus inattendues et des plus heureuses qu’on ait faites depuis qu’on s’occupe de géographie comparée, et sans exemple dans toute l’étendue de l’empire romain.»
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- A Lambresis, on a opéré une grande quantité de fouilles, travail de \ 4,000 journées, effectué gratuitement par les hommes de la légion. C’est là que sont les plus nombreux et les principaux monuments, notamment le temple d’Esculape, d’ordre dorique, avec l’autel et la statue colossale du dieu ; les dessins du temple, dont la façade, d’ordre ionique, est bien conservée, avec la statue d’Esculape en marbre blanc, ainsi que celle d’IIygie, de Jupiter et de Junon. Les autres monuments sont des portes triomphales,
- LE PALAIS DE CRISTAL.
- un prétoire, un temple de Minerve, un théâtre, un capitole, un cirque, un aqueduc, un palais, des portes de ville, des thermes, des mosaïques et des sculptures admirablement conservées. Le rapport demande que les travaux du deuxième régiment de la légion étrangère soient publiés aux frais de l’Etat, pour compléter l’ouvrage de la commission scienti-tilique d’Algérie et pour honorer l’armée d’Afrique.
- Nous nous associons de toute notre âme, à ce
- vœu d’équité, et nous verrons, dans sa réalisation, un heureux présage de civilisation.
- De quel prix deviendrait le séjour de notre jeunesse française sous les drapeaux, si cette jeunesse active et intelligente rendait à la patrie en belles œuvres, en nobles travaux, le pain et le vêtement qu’ils en reçoivent.
- Quelles utiles et précieuses conquêtes en temps de paix !
- Evariste.
- ROUE A PALETTE EN ÉVENTAIL.
- Parmi les modèles exposés au Palais de Cristal, dans la partie des machines, se trouve un nouveau système de propulseur appelé par son inventeur anglais the van-pacldle wheele; cette roue mérite une mention particulière. Nos dessins expliquent suffisamment la construction de ce puissant appareil locomoteur.
- jour et demi ou deux jours de moins avec des bâteaux gréés de cette nouvelle façon.
- Si d’autres raisons étaient nécessaires pour faire ressortir l’utilité et Vingê* niosité de la roue à palettes en éventail, nous rappellerons que son auteur,M. Lee Stevens, est ce même Lee Stevens à qui les intérêts maritimes sont redevables du plus excellent journal sur la matière : « la Gazette des Navires » (the Ship-ping-Gazette). Il„ en_était l’éditeur et le principal rédacteur.
- RO CE A PALETTES EN ÉVENTAIL.
- Les constructeurs nautiques conviennent que cette roue va faire une révolution dans la construction des paquebots. Cette roue évite l’inconvénient des vibrations, inséparable des palettes parallèles ordinaires; elle chasse plus d’eau que l’ancienne roue, et Ton a calculé que la rapidité de. la marche des bateaux en serait augmentée d’un huitième ou même d’un sixième.
- Il en résulterait donc tout d’abord que le passage de l’Atlantique prendrait un
- On comprend, à l’inspection de notre gravure, que lâ roue, en entrant en mouvement, comprime et chasse l’eau alternativement de la gauche et de la droite de la palette en contact avec le liquide. Les roues placées à l’extrémité des palettes sont reliées fortement entre elles, et ont pour objet de régulariser, en l’augmentant, le mouvement propulsif.
- On comprend enfin combien ces palettes en éventail sontrichesen applications.
- COURRIER DE PARIS.
- C’est toujours une bonne affaire que la substitution d’un appareil de contrôle, aréomètre, chronomètre ou défacatomètre,— à un gabelou, à un tribunal ou à des gendarmes.
- La morale publique et l’humanité en général y gagneraient certes, si ces substitutions pouvaient s’étendre ; car elles soumettraient les délits contre la bonne foi à l’infaillible justice de la mécanique des corps gazeux et liquides. La barrière n’aurait plus d’autre commis d’octroi que des pèse-liqueurs, ce qui, par exemple, et surtout lesjlundis soirs et autres jours de noce, pourrait empêcher beaucoup de gens de rentrer gratis intra mur os.
- Serait-ce un grand inconvénient ? Je 11e le pense pas. A quoi pourraient-ils s’en prendre ? Au mauvais vouloir des pèse-liqueurs ? Je prétends que le ridicule tuera toujours les insurrections contre les choses. On a vu des révolutionnaires, aveuglés sur les vrais intérêts du travail, briser des machines, saccager des ateliers peuplés d’ouvriers en bois, en vapeur d’eau, en cuivre ; mais ces aberrations-là ne se renouvellent jamais deux fois.
- J’entends quelqu’un me demander de quelle subs-itution nouvelle d’une machine à un gendarme il est ici question, et que signifie ce mot barbare et peu connu : défacatomètre.
- J’avoue que défacatomètre est laid. Défaca-
- tomètre est d’une prononciation assez laborieuse. Enfin défacatomètre est du plus mauvais goût. Mais il se cache une grande et bonne chose sous ce vilain mot. Il s’agit de rendre la vérification du sucre indigène non vexatoire, et la fraude en pareille matière impossible.
- On espère qu’une découverte qui assure à l’administration de pareils avantages fixera sérieusement l’attention de l’autorité.
- C’est à Ilénin-Liétard qu’un monsieur Létoille-Tondelier, géomètre-architecte habile et instruit, a fait la découverte de cet appareil. Notre objet 11’est. pas de le décrire, il nous manque pour cela des renseignements plus complets; mais nous avons ouï dire à des hommes compétents qu’il résout des difficultés jusqu’alors insurmontables.
- Les renseignements ont été déjà transmis du reste à l’administration des contributions indirectes par le receveur-contrôleur d’Hénin-Liétard, et le défacatomètre va recevoir le baptême d’un emploi général et partant de la publicité.
- On peut dire que l’Exposition de Londres porte déjà ses fruits. L’attention donnée par la publicité des journaux à des faits scientifiques et industriels dédaignés par elle jusqu’ici, en est la preuve irréfragable. Je le demande : qui se fut avisé il y a six mois, de parler défacatomètre dans un Courrier de Paris ? Et à quel titre le nom de M. Létoille-Fondelier aurait-il figuré dans une revue de ce genre? Il fallait
- pour cela qu’il y eût utl Palais de Cristal!
- Voici encore un fait qui vient se ranger tout naturellement sous notre plume et qu’on eût vainement attendu d’elle dans d’autres circonstances et sous d’autres auspices : il paraît que le dernier bulletin des recettes du chemin de fer du Nord constate encore une augmentation dans le nombre des colis vivants, et une diminution notable sur le chiffre des autres.
- On sait de reste où vont tous ces voyageurs empressés, où volent à tire d’aile tous ces oiseaux de passage : le colombier auquel ils se donnent rendez-vous n’est autre que la grande cage de verre de Hyde-Park.
- Mais la diminution dans le produit des marchandises a une autre cause. Et qu’elle est-elle? Il nous appartient de nous en informer. Eh bien la cause, la cause unique, c’est l’élévation des tarifs. Le remède, c’est la révision et la correction de ces tarifs.
- On a eu tort de n’y pas songer plus tôt. Aujourd’hui les habitudes du commerce commencent à ré pudier la voie ferrée; aujourd’hui et même depuis cinq à six mois, les marchandises voyagent par des services nouveaux organisés en concurrence avec le railway du Nord. La Compagnie ouvrira-t-elle enfin les yeux ?
- Voilà unebaisse à constater, non pour s’en affiiger en se croisant les bras, mais pour y porter un remède.
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- En voici une autre à laquelle il n’y en a pas : La chapellerie baisse énormément à Paris. La province s’est mise en mesure de lui faire une redoutable concurrence. Aussi les chapelleries départementales manquent-elles de bras, tandis que Paris ne sait plus que faire de ses ouvriers chapeliers. Cette concurrence meurtrière est le résultat du système d’association aujourd’hui à la mode. Il est prouvé par des chiffres inconstestables que les maîtres isolés maintenaient mieux les prix que les ouvriers associés. Ceux-ci, en effet, enivrés de leur situation, subissent volontairement un avilissement du salaire auquel leurs exploiteurs d’autrefois n’auraient osé les soumettre, et que d’ailleurs les ouvriers n’eussent point accepté.
- En ceci les ouvriers agissent comme ces paysans qui, pour devenir propiétaires d’un lambeau de terrain acceptent une position incomparablement moins bonne que celle de métayer chez autrui. Ainsi la propriété est l’objet d’un culte plus fervent que la possession. Et c’est au nom de la possession pourtant que l’on fait la guerre à la propriété, dans notre’ siècle. Singulière anomalie!
- Nous ne sommes pas au bout de mauvaises nouvelles. La situation commerciale de Lyon ne s’améliore pas. Les commissions attendues d’Amérique sont aujourd’hui arrivées ; mais elles se sont trouvées de beaucoup moindre importance que les industriels Lyonnais ne l’avaient espéré. Il y a toujours à Lyon les deux tiers des métiers qui chôment. Le marché des Etats-Unis est, dit-on, fort encombré, la crise dont souffrent les cours est pour beaucoup dans cette langueur des affaires.
- Le Nord est plus florissant au point de vue commercial, quoique le marasme se soit manifesté dans toutes les parties de la France, depuis le moment où les questions politiques sont devenues plus inquiétantes, plus actuelles, plus menaçantes par le rapprochement de dates fatales.... Toutefois les provinciaux du Nord ont encore un peu de cœur aux affaires. La liste de souscription destinée à recueillir les adhésions en faveur d’une société des amis des arts et de l’industrie, se couvre à Lille et à Douai de signatures.
- Une société analogue prospère chez nos voisins de la Belgique. À Bruges, la société Burger-Welzyn vient d’inaugurer sa nouvelle salle. Cette société rassemble les industriels par des liens fraternels, offre appui aux industries naissantes et rappelle vers cette ville des courants d’affaires qui s’en étaient détournés depuis trop longtemps.
- Le sud-est de la France ne se décourage pas non plus. Une cérémonie des plus intéressantes vient d’avoir lieu à Bourg-Argental. Mgr Bonnet, archevêque de Bordeaux, a béni le vaste établissement que la maison Yignat a fait construire à Bourg-Argental pour la confection des rubans de taffetas uni. Les manufactures de la Suisse étaient parvenues à ravir cette branche d’industrie à la France, malgré le prix élevé de la main-d’œuvre dans la Confédération helvétique. L’application d’un magnifique moteur, de la force de 4 60 chevaux, aux métiers de la fabrique de Bourg-Argental va rendre possible le retour d'une industrie productive dans le pays où elle avait pris naissance.
- Cette usine occupe déjà cinquante métiers.
- Mais assez parlé à Messieurs nos abonnés. N’est-il pas juste que nous ayons aussi quelques nouvelles du beau monde artistique et littéraire à adresser à Mesdames et Mesdemoiselles qui nous font l’honneur de nous feuilleter.
- Nous laissons à M. Shéridan le soin de leur parler du bal splendide que vient de donner la reine Victoria à l’aristocratie anglaise ou résidant à Londres. Mais nous ne céderons à personne le plaisir de leur annoncer des fêtes nouvelles et plus intéressantes peut-être, où plusieurs d’entre elles auront du plaisir à se rendre.
- En attendant que les progrès de la navigation et de la locomotion vous donnent les moyens d’aller visiter, sans grande fatigue, le musée napoléonien que Je prince Demidof vient de fonder à San Martino, dans l’ile d’Elbe, vons pouvez aller voir, tout près d’ici, une chose non moins extraordinaire que le dernier petit chapeau de l’empereur et roi, ou que les éperons dont il déchirait les lianes de son coursier de bataille à Austerlitz. Voyons, devinez ! je vous le donne en mille : c’est une chose réputée mensongère et impossible par le ci-devant spirituel auteur des Guêpes, Alphonse Karr, une chose de laquelle,
- s’il nous en souvient, il offrait quelque dix mille francs à qui la lui apporterait.
- 11 faut, je le vois bien, que je vienne à votre aide : il s’agit d’une rose bleue ! Nous avions dans l’histoire d’Angleterre la rivalité terrible de la rose rouge et de la rose blanche. Voici la rose bleue prête aies mettre d’accord, dans le cas où cette rivalité viendrait jamais à renaître. La rose bleue, ce serait comme qui dirait la fusion !... Peste! quel mot ai-je lâché là ! Mettons que je n’ai rien dit.
- Adieu, carje crains les mouchards,
- Comme dit le Père Eternel de Béranger. Si vous voulez en savoir plus long sur ce sujet, allez au Luxembourg, et entre la rose jaune, la rose noire et la rose panachée, vous verrez s’épanouir la rose d’azur.
- Je dois à la vérité d’ajouter ici que je ne suis que témoin auriculaire de ce phénomène visuel : ce qui n’est pas compromettant pour ma véracité.
- Si vous n’avez pu assister aux régates d’Anvers, auxquelles, malgré la distance ont voulu prendre part les canotiers parisiens, vous avez tout le temps . de vous préparer à une excursion moins longue pour | une belle fête qui aura lieu le 6 juillet à Beauvais. L’inauguration de la statue de Jeanne Hachette s’accomplira aux applaudissements de tout un peuple, oubliant sans doute ce jour-là, les tristes fariboles politiques du présent, pour honorer d’un cœur enthousiaste les fastes héroïques du passé. On annonce que le président de la République assistera à cette solennité.
- Ainsi, à défaut de grands hommes vivants, partout on élève des statues et des monuments à la mémoire des grands hommes morts. L’autre jour, c’était la statue de je ne sais déjà plus quel demi-dieu de Pi-thiviers. Le même jour, et ceci valait mieux, on coulait à Munich, en bronze, la statue du Gustave-Adolphe, destinée à l’une des places de Stockholm.
- Vous n’irez pas voir la statue de Gustave-Adolphe à Stockholm, ni probablement à Munich, mesdames; mais en conscience, vous ne sauriez vous dispenser d’aller faire un tour à Genève vers le 6 juillet, pour assister à l’ouverture du tir fédéral.
- Unt.irfédéral est une solennité à laquelle les Suisses apportent ce mélange de gravité et d’humeur bachique, de bonhomie et d’enthousiasme qui rend leurs fêtes bruyantes sans désordre, pacifiques sans ennui. Mais je parie des tirs fédéraux en homme qui n’a pas vu brûler une amorce de l’autre côté du Jura depuis la fatale guerre du Sonderbond, et peut-être le tir fédéral de Genève ne sera-t-il qu’une manifestation politique très-peu réjouissante pour les amateurs de loisirs champêtres et de réminiscences guerrières... en chansons!
- Enfin, si la chose tourne mal, et si les discours inter pocula de MM. de la Confédération deviennent par trop fédéraux ( c’est un superlatif suisse : on dit à Genève une averse fédérale, pour dire qu’il pleut très-fort) et s’enrichissent de figures à coups de poings ou de bâtons, les étrangers paisibles auront à Genève un asile contre ces clameurs et ces horions : le musée Rath, où l’on prépare un concours de peinture, de sculpture et de gravure pour le mois prochain. Avis, surtout, aux amateurs de Diday et de Calame !
- Je sais bien quelqu’un qui s’arrangera pour ne pas s’y trouver. Un Russe, figurez-vous, un Busse très-civilisé, comme le sont tous ceux qui voyagent en Occident avec l’agrément du czar, est devenu d’un dilettantisme si remarquable en peinture, il a été pris à la longue d'une si grande horreur de l’école de celui-ci et d’un si grand amour de la peinture de celui-là, qu’il achète certains tableaux, devinez pourquoi? — pour les détruire!
- Oui, le comte de M***, dont j’ai l’honneur de vous entretenir et qui n’est absolument pas fou, je vous prie de le croire, s’est chauffé tout l’hiver dernier avec toiles de MM. tels ou tels et leurs cadres de bois doré. Vous n’exigez pas de moi que je vous nomme les martyrs de ces auto-da-fés; mais vous devinerez facilement ce que je voulais taire, si j’ajoute que les dieux, à qui mon Moscovite offrait ces victimes en holocauste, étaient un Delacroix placé en lieu et place de miroir sur la cheminée, entre, deux Diaz de la meilleure venue.
- A propos de Delacroix (je ne sais si c’est là une. heureuse transition ), il est grandement question d’une éclipse, pour le 28 juillet, quelque chose de magnifique dont les astronomes ont déjà l’eau à la bouche, et pour laquelle ils retiennent des ballons afin d'aller voir les choses de plus près et d’en augmenter, s’il se peut, l’obscurité !...
- HONORÉ h’Crfk.
- On nous écrit encore de Londres le 19 juin :
- Le trente-huitième jour de l’Exposition, était en même temps le troisième jour des admissions à 2 sh.
- 6 d. Le nombre total des visiteurs s’est trouvé réduit au-dessous de 25,000, en grande partie porteurs de billets de saison. La recette a été de: liv. 2,246 3 sh.
- Le, duc de Devonshire a envoyé deux articles intéressants d’un grand prix. Ce sont des produits indiens. L’un consiste en une chaîne d’argent ouvré, représentant un serpent. Les anneaux de cette chaîne ont un pouce carré de dimension : le tout, est d’un aspect à la fois massif et élégant.
- L’autre article est un perroquet de grandeur naturelle. Le plumage est formé de centaines de rubis, ce qui donne à cette pièce une brillante couleur cramoisie. Sur le poitrail de l’oiseau brillent six large rubis longs de trois quarts de pouce. Ce curieux et rare ouvrage est évalué à 30,000 liv. (750,000 fr.)
- Le duc de Northumberland a ordonné à ses agens de choisir parmi les charrons, artisans et ouvriers de ferme de ses domaines, les plus intelligents, au nombre de 4 50, pour les faire jouir des merveilles du Palais de Cristal. S. S. a pris des arrangements pour qu’ils soint défrayés de toute dépense pendant leur route et leur séjour à Londres.
- Les jurys des différentes sections poursuivent la tâche dont ils sont chargés, de la façon la plus satisfaisante et la plus amicale, et nous avons une si haute idée de l’impartialité des hommes qui ont été choisis, que nous espérons que leurs jugements recevront l’approbation générale, résultat qui couronnera dignement l’œuvre de l’Exposition de Hyde-: Park.
- On ne se fait pas une idée de la quantité d’objets oubliés ou perdus par les visiteurs, qui entrent pourtant au Cristal sans armes ni bagages.
- Parmi les objets trouvés jusqu’à ce jour à l’Exposition et qui ont été déposés à la police, se trouvent 75 ombrelles et 4 75 foulards de soie qui n’ont pas été réclamés. La liste comprend aussijune montre d’argent et deux ou trois bourses garnies.
- Je termine en vous disant que j’ai rencontré, avec un vif plaisir, à l’Exposition, une députation d’agriculteurs envoyés par le département de Seine-et-Oise, pour examiner la partie de l’Exposition relative à l’agriculture, et faire un rapport au comice agricole du pays. Le duc de Luynes, un des riches propriétaires de ce département, a contribué pour une somme de 2,000 francs aux frais de cette mission. Il n’est pas douteux que l’exemple donné par le département de Seine-et-Oise, ne soit suivi par la plupart des départements français.
- \V. SCHEIUDAS,
- IMPORTATIONS. — FORMALITÉS. — Ull fort fot de
- marchandises comprenant, entre autres articles, des caisses et tonneaux d’alcool, étant arrivé à l’un des ports en communication avec la France pour être transmis à Londres, d’où on devait l’expédier immédiatement dans un pays étranger, on a demandé aux autorités si un examen partiel aurait lieu comme cela se pratique pour les marchandises importées directement, pour être transbordées immédiatement au port d’importation sur un navire frété pour un port étranger; lesdites autorités ont été d’avis que le privilège d’examen de quelques-uns des colis seulement ne pouvait être accordé qu’aux importations directes pour transbordement, et que, d’après les règles existantes, les marchandises dont il était question devaient subit la visite régulière de l’importation et être ensuite conduites à Londres, et ce, suivant les mesures et réglements de l’acte de magasinage, pour le chargement à destination.
- UTILISATION RE LA FUMÉE RANS LA NAVIGATION.
- — Un constructeur de locomotives ou machines pour les bateaux à vapeur vient de faire une application des plus heureuses d’une découverte récente. On sait peut-être qu’on a trouvé moyen d’utiliser dans la navigation à vapeur la fumée qui se dégage des fourneaux. Le constructeur dont il est ici question, et qui habite Liverpool, a su non-seulement tirer parti de la fumée, mais il est encore parvenu à supprimer le tuyau si disgracieux dans l’aspect du bateau à vapeur, tout en maintenant une pression de vapeur uniforme. C’est sur un navire de 300 tonneaux que l’expérience du nouveau procédé a été faite, et de nombreux témoins assurent qu’elle a réussi complètement.
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- LE PALAIS DE CRISTAL
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- la vapeur et la voile. — Une expérience du plus haut intérêt se fait en ce moment à Toulon, à bord du vaisseau le Charlemagne, de 90 canons, sur lequel on vient de pratiquer le système mixte de la vapeur et de la voile. Cet essai a pour but de résoudre le problème qui consiste à appliquer aux vaisseaux une grande et puissante machine, sans diminuer leur marche et tout en conservant la totalité de leurs approvisionnements et de leur artillerie’. On a adopté pour le Charlemagne le système de l’hélice, et le poids de la machine qui a été posée a changé dans la pratique les données qui ont présidé à sa construction. La marche du vaisseau a été complètement dérangée. On a essayé, pour l’alléger, de réduire certaines parties de ses approvisionnements, et, cette mesure n’ayant pas suffi, on a résolu de le décharger à l’arrière d’une portion de son artillerie, moyen qui, dans tous les cas, aura pour effet de diminuer sa force militaire. Tel est l’état de cette question, qui préoccupe au plus haut point tout le corps de la marine à Toulon.
- CHEMIN DE FER D’ALEXANDRIE AU CAIRE. — On
- assure que l’exécution du chemin de fer projeté entre Alexandrie et le caire est ajournée. Le pacha d’Egypte, qui devait faire ce travail à ses frais, sous la direction d’un ingénieur anglais d’un grand mérite, M. Stephenson, alléguerait la pénurie actuelle de son trésor ; mais au fond, cet ajournement n’aurait d’autre cause que les protestations de la Porte, de la Russie, de la France et de quelques autres puissances.
- lignes a vapeur. — Nous apprenons qu’il est question de la création de deux lignes à vapeur qui auraient une grande importance pour notre possession de Taïti. La première de ces lignes, organisée par une compagnie anglaise, irait de Panama à Taïti, à la Nouvelle-Zélande et à Sydney. La seconde irait de San-Francisco anx îles Sandwich, à à Taïti, à la Nouvelle-Zélande et à Sydney. Si ces projets se réalisent, on comprend que notre possession de Taïti, qui est, sans contredit, un des points les plus avantageux de l’Océanie, entrera dans une phase toute nouvelle et pourra acquérir une importance incalculable.
- VARIÉTÉS BIBLIOGRAPHIQUES.
- DE L’INFLUENCE DES MÉCANIQUES SUR LE PRIX DES SALAIRES ET LE BIEN-ETRE DU PEUPLE.
- (Suite et fin. — Voir les numéros 4 et G du Palais de Cristal. )
- Mais suivons encore M. Réranger dans son intéressante démonstration. Il ne faut pas, dit-il, entendre par augmentation ou diminution de salaire, une plus ou moins grande quantité d’argent reçu. Qu’importe la valeur numérique, c’est la valeur relative qui fait tout. Si en 1851 on vit aussi à son aise avec 5 francs qu’on le faisait avec 10 francs en 1810, et que la journée qui se payait 6 francs à cette époque ne se paie plus aujourd’hui que 4, il est évident que la somme de 4 francs sera encore préférable à celle de 6, eu égard aux deux époques: or, il s’agit d’examiner si Ton est dans ce cas.
- Il faut encore avoir soin de faire exception de toutes les denrées de première nécessité dont le prix n’a aucun rapport avec l’objet qui nous occupe ici. Ainsi le pain, le vin, etc., ne peuvent et ne doivent pas être compris dans cet examen, puisqu’ils sont des produits de la terre, et que leurs prix varient suivant leur abondance ou leur rareté ; il doit porter entièrement sur les produits de l’industrie. Par exemple, si l’habit que Ton payait 100 francs en 1810, ne coûte maintenant que 66 francs, il est évident que le revenu de celui qui porte cet habit se trouve augmenté d’un tiers sur cet article seulement ; si une chemise qui coûtait 9 francs, ne coûte plus que 4 fr. 50 c., il est évident que l’augmentation du revenu est de moitié sur cet objet ; si les bas, les mouchoirs, les cravates, les châles, les bonnets, sont des deux liers moins chers aujourd’hui qu’en 1810, l’augmentation de salaire ou de revenu sera des deux tiers, supposé que le prix de la journée soit demeuré le même.
- Si, par suite de la diminution de prix des divers objets nécessaires à son ménage, un ouvrier, qui ne gagne que 1,200 francs, se trouve maintenant vivre aussi commodément qu’il l’aurait fait en 1810 avec le double de cette somme, son gain ou tout au moins ses jouissances, ce qui revient au même, n’ont-ils pas augmenté de moitié?
- <)r, si Ton pousse plus loin l’examen, et que Ton
- compare 1730 et 1830, on trouvera qu’avec un revenu de quatre mille francs, on ne vivait pas aussi bien à la première de ces époques, qu’on le peut faire à la seconde, avec le quart de cette somme.
- Toutes les fois qu’un objet baisse de prix au point d’être à la portée de tous, n’est-ce pas là une véritable augmentation de salaire ou de revenu pour tous, mais spécialement pour les pauvres, puisque, coûte qui coûte, le riche trouve toujours moyen de satisfaire toutes ses fantaisies ?
- Combien de personnes font en voiture ou en diligence une course ou un voyage qu’elles auraient été obligées de faire à pied, il y a soixante ou quatre-vingts ans ; aujourd’hui cette course ne coûte que 1 fr. 50. c.; mais n’est-il pas évident que celui qui peut donner cette somme, se trouve précisément dans la même situation que le riche qui louait autrefois un carrose pour vingt-quatre francs ?
- Ce qui vient d’être dit est d’une vérité incontestable, et peut aussi bien s’appliquer aux superfluités, aux choses d’agrément qu’uax besoins réels ; ainsi beaucoup de personnes lisent, parce que les livres et les journaux sont à très-bon marché; mais aune époque fort peu éloignée de nous, eussent-ils été moitié moins chers qu’aujourd’hui, le peuple n’en aurait pas pu approcher, parce qu’il n’avait qu’a peine le nécessaire, et ne pouvait rien distraire de son gain pour son agrément. D’où vient donc, si les salaires son diminués, que les travailleurs peuvent se rapprocher plus facilement des habitudes et des jouissances des riches? N’est-ce pas parce que les machines abréviatives du travail ont fait baisser les prix de tous les objets nécessaires au ménage, et que, si le travailleur a reçu moins d’argent, il en a eu moins encore à dépenser pour le nécessaire, et qu’il lui en est resté pour le superflu ?
- L’écrivain-ouvrier aborde en terminant une série d’arguments non moins décisifs. Il compare entre elles les nations qui ont le plus favorisé l’introduction et l’usage des mécaniques, xiprès une large part de louanges faite à la prévoyante sollicitude des divers gouvernements de la France qui ont, par de bonnes lois, favorisé ce mouvement véritablement émanci-pateurr, en ce qu’il tend à dégager de plus en plus le travail de l’esprit de celui de la matière, il rend justice au génie manufacturier de nos voisins d’outre-Manche.
- L’Angleterre, dit M. Béranger, avec un ciel nébuleux, des froids plus rigoureux que les nôtres, nous a cependant précédés dans la carrière de l’industrie, sous le règne de la liberté, malgré l’infériorité de la fertilité de son sol. Depuis quarante ans nous l’avons atteinte au moins, et nous devons la dépasser promptement, puisque notre pays est plus riche en hommes et en produits naturels (4).
- L’Espagne, le Portugal, l’Italie, l’Egypte, qui sont, à coup sûr, des pays bien supérieurs en beauté et en fertilité à la France et à l’Angleterre, croupissent dans l’ignorance, le fanatisme et la misère, tandis que l’Allemagne, malgré son climat rude et son sol originairement peu fertile, suit de près la France et l’Angleterre. Cet état de prospérité, elle le doit à son travail ; car le peuple le plus heureux sera toujours celui qui saura tirer le meilleur parti de ce que la nature lui a donné.
- Dans ce rapide coup d’œil jeté sur une des questions de notre industrie, les plus vitales, les plus importantes, par les nombreux intérêts qui s’y rattachent, nous avons procédé par de longues citations du livre de M. Béranger. A part les justes éloges qui reviennent de droit à l’auteur, nous avons pensé que le meilleur moyen de coucourir à l’expansion des vérités qu'il renferme, c’était de leur laisser le langage simple et pittoresque dont il les a revêtues. Les discours académiques ne sont pas essentiellement indispensables quand il s’agit de vérités, répétons-le, qu’il est toujours bon de vulgariser. Espérons donc qu’au milieu des passions politiques qui grondent autour de nous, une voix amie, — de celles qui ne savent point farder leur pensée sous les beaux semblants d’une fausse philantrhopie, espérons que cette voix pénétrera jusqu’au cœur de l’ouvrier vraiment digne de ce titre. Puisse-t-elle contribuer à lui faire reconnaître le néant de certaines théories industrielles au souffle embrasé des révolutions, et à lui prouver une fois de plus que brûler n’est pas répondre !
- Eyariste.
- (i) Dix années ont suffi pour justifier ces prévisions. Les merveilles dont le Cristal-Palace offre le précieux spécimen sont la pour prouver que la France industrielle et arlisfique ne redoute la comparaison avec aucune de ses rivales.
- Explication des Dessins.
- CORPS DE BIBLIOTHÈQUE.
- (Fronlispice.j
- Nous n’ajouterons que quelques observations critiques à l’éloge qu’a fait M. Blanqui de ce morceau capital, observations qui, d’ailleurs ne s’adressent point à nos habiles ouvriers, mais bien à l’auteur du plan. Il nous paraît assez peu approprié à son usage : les entrecolonnements sont massifs, les parements pleins du bas rétrécissent l’espace déjà si parcimonieusement affecté aux livres, dont les lignes droites s’harmonisent assez peu avec les contours brisés des panneaux supérieurs.
- LE MASSACRE DES INNOCENTS.—ARIANE ABANDONNÉE.
- — SAINTE ÉLISABETH I)E HONGRIE.
- (Page 105 )
- Nous réunissons à dessein, dans cette page, trois statues dont les sujets n’ont aucun rapport : le massacre des Innocents, la douleur d’Ariane, l’austère et sereine figure d’Élisabeth de Hongrie.
- C’est qu’il est glorieux pour la statuaire, d’essence antique avant tout, d’avoir été pliée par nos artistes modernes à la traduction de sentiments et de pensées inconnus des anciens.
- L’école moderne peut aborder une Ariane et traiter ce sujet avec plus ou moins de bonheur. La mère, qui s’accroupit et se fait petite, et veut couvrir son enfant de son corps pour le dérober aux sicaires d’IIérode, rentre même, si Ton veut, dans la catégorie des Niobés. Mais Élisabeth de Hongrie, l’un des symboles vivants du christianisme, appartient à un tout autre ordre d’idées et de sentiments. Il n’y a entre Ariane et la femme juive angoissée pour son enfant, que la distance d’un siècle à un autre, de l’amante à la mère. Il y a une ère, un monde entre ces deux conditions de la femme et cette reine qui est une sainte, la reine du miracle des roses, la femme dont la famille n’est plus composée seulement d’enfants sortis de ses entrailles, mais de tous les pauvres que Jésus-Christ lui commande d’adopter pour siens et de traiter comme si c’était lui-même.
- La statue d’Elisabeth de Hongrie rend bien cette transfiguration de l’âme humaine. Elisabeth règne de pose et de geste, abstraction faite du diadème qui pare sa tête. On la devine mère, à la façon des saintes et des vierges, sans qu’il y ait à ses pieds ni dans ses bras aucun enfant.
- On peut reprocher à l’Ariane d’être une belle fille éplorée et peu vêtue; car sa douleur n’a rien de la majesté de Didon ni de Phèdre. On peut reprocher à sa désinvolture d’être plus moderne que sa coiffure et que sa tunique. Mais Elisabeth est bien la reine catholique si justement canonisée.
- Quant à la mère épouvantée qui serre son enfant en danger contre un sein tari par la frayeur, elle symbolise si admirablement le sujet qu’elle représente, qu’à défaut d’épigraphe, chacun s’écrierait encore, croyant voir le couteau levé sur ce groupe de douleur : C’est le massacre des innocents !
- LA REINE ÉLISABETH D’ANGLETERRE.
- (Page <06.)
- Ce groupe exécuté en argent, par M. Ancock , est d’un effet satisfaisant, quoique un peu lourd dans son ensemble. Les figures et les ornements sont bien fouillés, la figure d’Élisabeth et celle du page sont bien rendues; les draperies et les ornements attestent un savoir faire exercé, et qui fait honneur à l’artiste.
- Benedigt.
- Correspond an ce.
- M. H. F... à Bruxelles. — Le prix de six pences (12 sous) primitivement fixé par notre éditeur de Londres pour le Palais de Cristal, a dû être porté à 73 c. par suite de l’augmentation de main-d’œuvre résultant du transport de notre matériel d’impression à Paris. Cette augmentation n’est que la représentation exacte de'nos déboursés.
- M. F. de la P... à Morts. — Nous avons suspendu la publication de la liste des exposants dans notre journal, mais nous en faisons l’objet d’un travail spécial qui paraîtra prochainement sous ce titre : Catalogue officiel des Exposants de Londres, (France et Belgique.)
- M. R... au château de la Crusca, près Milan. — Votre beau mémoire sera analysé dans un article qui paraîtra prochainement dans le Palais de Cristal.
- M I.... à Madrid. — Nous vous expédions les 300 exemplaires que vous demandez. Nous faisons traite sur vous. Veuillez prendre note.
- Le. gérant : MANSARD.
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- LE PALAIS DE CRISTAL
- Nous avons annoncé dans noire précédent numéro que MM. Savarv et Mosbach, qui ont obtenu une médaille d’or à l’Exposition de \ 849, pour leurs imitations de pierres précieuses, viennent d’exposer cette année, à Londres, des pièces dont l’élégance des dessins et la richesse des montures ne le cèdent en rien à la joailllerie fine.
- Nous devons ajouter que tous les visiteurs du Palais de Cristal admirent les belles imitations par lesquelles la maison Savary et Mosbach se recommande depuis si longtemps.
- ERRATUM. — Dans une nouvelle de l’exposition de Londres, il a été question d’un industriel dont le nom a été défiguré par une erreur typographique. Nous nous empressons de rectifier cette erreur.,
- Au lieu de Grudet du Fresne, il faut lire Gaudet duFresne (de Paris), fabricant de feuillages artificiels.
- EXPOSITION de LONDRES en SOIERIES et CHALES. *
- Les plus belles nouveautés en Soieries et Châles qui figurent à l’exposition de Londres, sortent des fabriques françaises. C’est un fait acquis. LA VILLE DE LYON s’est surpassée par la richesse et la beauté de ses étoffes 5 jamais à aucune époque nous n’avions remarqué d’aussi jolies soieries , ni de plus beaux châles. Pour bien en juger, nous en» gageons nos lecteurs et nos lectrices qui doivent faire le voyage de Paris cette saison à visiter les magasins de la VILLE DE LYON, rue de la Vrillère, n° 2, en face la Banque de France; ils y trouveront réunis en soieries et en châles, les plus belles nouveautés des fabriques françaises. Un article qui à fixé notre attention, et pour sa fraîcheur et son prix, c’est de très-beaux FOULARDS à
- 29 fr. la robe. Monsieur GAY Jeune, pro-piétaire de cette maison, expédie en province et à l’étranger sur demandes qui lui sont faites, soit en Etoffes ou en Echantillons. Adresse: M. GAY Jeune, rue de la Vrillère, N° 2. a la VILLE DE LYON, a Paris.
- | E DESSIN ET L’AQUARELLE SANS MAITRE, par
- Si madame E. CASÉ, ouvrages qui ont reçu l’approbation du ministre de l’intérieur et de nos premiers artistes, MM. Ingres, Horace Vernet et Eugène Delacroix, sont en vente chez MM. Susse, frères, éditeurs, place delà Bourse, n° 3l,àParis,au prix de 3 francs chaque.
- | OTERIE LYONNAISE. — Le 3<= tirage aura lieu le
- |j!5 juin 1851 ; il se composera d’un lot de 5,000 fr. et de 500 lots
- de 100 fr. chacun.
- Enfin le Virage général est fixé an 2 juillet suivant.
- 11 se composera comme il suit ;
- I lot de CENT MILLE FRANCS, ci...................... 100,000
- 1 lot de vingt-cinq mille francs, ci............... 25,000
- 1. lot de dix mille francs, ci...................... 10,000
- 3 lois de cinq mille francs, ci....................... 15,000
- 2 lots de trois mille francs, ci....................... 0,000
- 2 lots de deux mille francs, ci........................ 5,000
- 50 lois de mille francs, ci............................ 40,000
- 200 lots de cinq cents francs, ci...................... 100,000
- '250 lois. ... . 30Ô(ÔÔCf
- 11 reste donc encore à distribuer dans les trois tirages 852 lots, représentant une valeur de 375,000 fr.
- Une grande partie des lots proviennent des magasins de MM. Susse, freres, 31, place de la Bourse, à Paris, auxquels il suffit d’envoyer un mandat franco rie 5 fr. pour recevoir un billet de 6 numéros participant à tous les lots des deux tirages.
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- ORNÉ DE GRAVURES, PLANS ET DESSINS
- PUBLIÉ PAR L’ADMINISTRATION DU
- PALAIS DE CRISTAL
- Se trouve au bureau du Journal, à Paris, 24, passage Jouffroy.
- Chez MM. SUSSE frères, place de la Bourse, 31, et chez tous les LIBRAIRES de France et de Belgique.
- PARIS. — Typographie BLÛNDZÂt, vue du Petit-Carreau, 51
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- NUMÉRO 8.
- ADMINISTRATION : PASSAGE JOUFFROY, U
- SAMEDI 28 JUIN 1851
- LE PALAIS
- DE CRISTAL
- JOURNAL ILLUSTRÉ DE L’EXPOSITION DE 1851 ET DU PROGRÈS DES ARTS INDUSTRIELS,
- ABONNEMENTS pour paris et les départements, 25 francs pour la durée de l’expositign; six mois environ, —'port en sus pour l’étranger.
- UN NUMÉRO : 75 CENTIMES.
- L’on s’abonne, à Paris, à l’Administration du Journal, 24, passage Jouffroy, boulevart Monlmartre, et chez Susse frères, place de la Bourse, 51 ; — Londres, au bureau du Palais de Cristal, Street (Strand); chez MM. O-whin, Newsman, 1, Catherine Street; Delizy, 15, Regent Street, et Clayton et Salmer, ü6S Strand, 295 Picadilly;— pour l’exportation, chez Hector Bossange, 15, quai Voltaire ; — à Rouen, chez M. Le Brument, libraire, ainsi que chez les principaux libraires de France et de l’Etranger, et • aux Bureaux' de Postes et des Messageries Nationales. — L’abonnement donne droit aux consultations et renseignements dont l’Abonné pourrait avoir besoin à raison de .son industrie et de ses relations commerciales. — Les demandes d’Àbonnement doivent être adressées franco et être accompagnées d'un mandat sur la Poste ou sur . une maison de Paris. — Correspondants à l’Etranger : — Pour l’Allemagne, M. Alexandre, libraire, à Strasbourg; — pour tout le Zollverein, M. Wollff, à Francfort-sur-Mein; — pour l’Espagne, M. Monnier, libraire de S. M. la Reine, à Madrid; — pour la Belgique, M. Beneau, directeur de la Presse industrielle, rue de Laeken, j5, à Bruxelles. — Toutes les lettres concernant l’Administration et la Rédaction doivent être adressées franco au Bureau du Journal, à Paris, 24, passage Jouffroy.— Les mandats de poste ou sur Paris doivent être adressés franco à l’ordre du Gérant. — Pour les Annonces, s’adresser à l’Administration.
- SOMMAIRE.
- Avis du Gérant sur la Rédaction nouvelle du Palais de Cristal — Bulletin industriel : Législation é-trangère :Hollande, Prusse, Autriche, Wurtemberg, Bavière, Etats allemands, États-Unis, Étals-Romains, Espagne.— Objets d’orfèvrerie de M. Joseph Angell etdeM. Rimmel.— Economistes français et étrangers : Lord Stanley-, MM. Charles Düpin, Jobard (deBruxelles), Michel Chevalier. — Bulletin officiel des brevets d’invention. — Belgique, Angleterre. — Bulletin bibliographique et de Jurisprudence.— Notice sur la Statue monumentale de la reine d’Angleterre.—Exposition universelle. — Lettre de M. J.-J. Arnoux. — Faits industriels. — Bulletin scientifique. Courrier de Paris et de Foudres. — Faits divers.
- DESSINS.
- Vitraux, par M. Galimard. — Objels d’orfèvrerie, par MM. Joseph Angell et Rimmel, de Londres (six dessins). Statue monumentale de la reine d’Angleterre. — Les Anges adorant la Vierge et l’Enfant Jésus.— Berceau et Bercelonnette. — Livres reliés. — Famille chinoise {deux dessins).
- vitraux de m, galimard. — Voir page
- pour la description de ces vitraux,.
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
- A NOS LECTEURS.
- . Nous nous empressons d’annoncer à nos souscripteurs qu’à partir de ce jour la rédaction en chef de notre journal a été confiée à M. Alexandre Laya, avocat à la Cour d’appel de Paris, membre du Comité des inventeurs et artistes industriels, et dont le nom est déjà compté parmi ceux de nos littérateurs et de nos publicistes les plus distingués.
- En acceptant la mission que nous lui avons offerte, M. Laya imprime dès ce jour une direction élevée à notre recueil-, ses précédents, ses travaux tour à tour scientifiques et littéraires nous garantissent que le Palais de Cristal sera désormais Vorgane véritable de /'alliance
- DES ARTS ET DE L’INDUSTRIE.
- Destiné à défendre d’une part les intérêts si considérables de la propriété intellectuelle et à satisfaire, d’autre part, aux tendances générales des esprits qüi, de nos jours, cherchent à réaliser toutes les séductions du bon goût et de l’élégance, notre journal se composera de deux parties bien distinctes : l’une, consacrée aux matières si importantes des droits de /Industrie^ l’autre aux productions brillantes des
- BEAUX-ARTS.
- Le champ est immense :
- Nous voulons que depuis l’atelier jusqu’au château, les lecteurs s’unissent dans le partage des grandes idées qui s’inspirent de l’art, et qui se réalisent par les produits industriels. Le spectacle de cette alliance nous est donné par l’Angleterre. Nous puisons dans la généreuse initiative de nos voisins la mission que nous voulons accomplir. Lord Stanley, comme on le verra dans le numéro d’aujourd’hui, a prouvé, lui, qui est placé à la tête de l’aristocratie anglaise, que les immenses progrès des arts industriels rapprochaient les hommes de toutes les classes : c’est à l’accomplissement de cette généreuse pensée que nous appliquerons tous nos efforts.
- L’accession de notre Rédacteur en chef nous donne l’assurance que nous compterons bientôt parmi nos collaborateurs les littérateurs et les artistes les plus aimés du public.
- Nous ferons connaître dans notre prochain numéro le nom de ceux qui nous ont déjà promis leur concours.
- E. C. Mansard.
- BULLE TIN INDUS T RIE L.
- TROISIÈME ARTICLE.
- Législation étrangère sur la propriété intellectuelle — I-loL
- lande.— Prusse.—Autriche.— Wurtemberg.— Bavière.
- — Etats-Allemands. — Etats-Unis.
- I.
- Nous avons commencé, dans notre dernier numéro, l’examen de la législation étrangère, en matière de brevets d’invention, afin, disions-nous, que ceux de nos lecteurs qui veulent bien nous prêter leur concours pour demander la réforme de la loi de ! 844-, soient armés de principes et de faits dans la discussion si grave des intérêts considérables que nous avons la mission de défendre.
- Aujourd’hui nous complétons ce travail : nous avons parlé de la législation anglaise et de la législation belge dans le dernier article. Examinons sur quelles bases repose la législation des aulres pays.
- II.
- HOLLANDE.
- La législation belge régit Impropriété industrielle en Hollande, de la même manière qu’en Belgique; sauf un point important et qui prouve, il faut le dire, en faveur des Etats-Néerlandais : c’est que les brevets d'importation y sont assimilés aux brevets d’invention pour le reste, les formalités sont les memes qu'en Belgique.
- III.
- 1> RUSSE.
- On comprend que la Prusse, qui est une des parties essentielles de la Confédération germanique, ait,
- comme presque tous les États allemands une législation complexe , à raison des modifications qui existent à l’égard de ses engagements vis à vis les autres parties de cette confédération.
- I.es lois qui régissent la propriété industrielle sont donc de deux sortes: 1° Celles qui concernent la Prusse seule; 2° Celles qui regardent les autres Etats, et dont les dispositions se retrouvent dans les législations mêmes de ces États.
- En ce qui concerne la Prusse proprement dite, voilà quelles sont les formalités que l’inventeur doit remplir pour se mettre en règle :
- D’abord le droit d’être breveté est un privilège accordé aux bourgeois prussiens. U s’en suit que, pour jouir de ce privilège, il faut être revêtu de cette qualité ou bien avoir acquis droit de bourgeoisie. Un étranger peut néanmoins jouir de ce privilège en cédant son droit à un citoyen des États prussiens, à qui le brevet est délivré.
- La loi ne distingue pas entre les brevets d’invention ou d’importation ; la nouveauté seule de la découverte suffit pour que le brevet soit valablement délivré.
- Le principe qui précède et en vertu duquel la nouveauté est le signe légal adopté pour la validité de l’invention impliquait nécessairement l’examen de deux systèmes : ou bien, le caractère de l’invention était livré au libre arbitre de celui qui se disait inventeur, sauf son recours devant les tribunaux; ou bien il fallait placer.au-dessus de cette faculté, de ce libre arbitre, un droit supérieur, une faculté d’appréciation qui le dominât, et soumettre dès-lors la chose inventée ou présumée telle à l’appréciation de cette autorité supérieure.
- C’est précisément à ce dernier système que s’est arrêté le gouvernement prussien.
- On adresse la demande de brevet au gouvernement provincial qui examine la description, les modèles et les dessins, et qui prononce.
- Ndus aurons, lorsque nous arriverons à la discussion approfondie de ces deux systèmes, à voir de combien de difficultés est hérissée cette appréciation, dont le gouvernement français a eu la sage pensée de s’affranchir en 1844, en exigeant qu’à la collation des brevets fut ajoutée la formule décisive : Sans garantie du Gouvernement.
- La demande en brevet peut être faite pour tout ou partie du royaume: Elle doit spécifier,'dansce cas, la limite dans laquelle l’inventeur désire la renfermer.
- La durée du brevet doit être au minimum de six mois, au maximum de quinze années.
- La Prusse a emprunté à nos usages français, en matière de société, les dispositions fort prudentes de la publication légale. L’inventeur breveté doit en faire annoncer l’objet dans les feuilles publiques des provinces pour lesquelles son brevet a été dé-livré ; et ce, à peine de nullité, si la formalité n’est pas remplie dans les six semaines de l’obtention du brevet.
- Le prix de collation du privilège est de 1 8 écus 26 scliell. 3 deniers.
- Il faut, enfin, à peine de nullité, que l’exploitation du brevet ait lieu dans les six mois au plus tard (i).
- AUTRICHE (2).
- Le gouvernement autrichien est, en ce moment, saisi officiellement d’une question importante, en ce qui concerne la législation sur les brevets d’invention Un jurisconsulte de Vienne, M. le docteur Bâcher, a été envoyé tout récemment en France pour s’entendre avec les différents comités de l’Association des sciences, des arts et de l’industrie ; et il est parti pour l’Autriche muni d’un projet de loi international tendant à régler le sort des inventions françaises en Autriche, et les droits réciproques de la propriété intellectuelle.
- Tout ce qui concerne l’industrie, tout ce qui est relatif aux arts, à la littérature et aux sciences a été élaboré par une commission dont ont fait partie les hommes de notre temps qui tiennent la première place dans ces divers ordres de l’esprit humain.
- Nous ne savons pas au juste ce qui résultera de celte première démarche. En tout cas, elle ne peut qu’amener des conséquences heureuses pour la réforme des lois sur la matière ; et nous tiendrons, très-prochainement, nos lecteurs au courant de cette grande enquête, ouverte en faveur de l’industrie.
- (D Ordonnances des 14 octobre 1815 et 18 septembre 1828, loi du 11 juin 1847.
- (2) Ordonnaiince du 31 mars (832.
- Il faut, du reste, le reconnaître : en Autriche, la loi contient des principes plus avancés que l’on ne le suppose ; et nous devons en faire ici connaître les termes que nous empruntons à l’ordonnance du 31 mars 1832.
- D’abord, la loi ne fait aucune distinction entre les nationaux et les étrangers. Tout individu peut réclamer le privilège de son invention; seulement, s’il s’agit d’un brevet d’importation, la durée du privilège ne peut excéder celle du brevet obtenu à l’étranger, ni, dans aucun cas, dépasser quinze années, sans une permission spéciale du gouvernement.
- Ici revient encore, comme en Prusse, la faculté d’examen.
- C’est au conseil de l’autorité provinciale qu’est portée la demande; elle doit contenir tous les détails ordinairement requis, tels que les nom, prénoms, qualités de l’impétrant, spécification développée, appuyée de dessins, plans et modèles.
- Dans le cas où le brevet serait refusé par l’autorité provinciale, la loi ouvre un recours devant la Chambre impériale.
- Ainsi, le principe d’appréciation est consacré ; d’où, selon nous, une sorte de responsabilité après concession faite.
- Ea limite du maximum est de quinze aimées.
- La taxe des brevets est favorable aux industriels. Le taux n’en est pas assez élevé pour que les fortunes les plus humbles y trouvent un obstacle à la garantie des droits assurés à l’inventeur.
- Les cinq premières années on paie \ 0 florins de convention par an.
- Soit donc pour 3 ans, i 0 florins.
- — 6 15 »
- — 7 20 »
- — 8 25 »
- — 9 30 »
- — 10 35 »
- — 11 ~ 40 «
- ---- 12 45 »
- — 13 50 »
- — 14 55 »
- — 15 60 «
- Total. . . 425 florins,
- c’est-à-dire 1,100 francs pour quinze ans, maximum de la durée.
- La taxe se paie moitié en présentant la demande et le reste par annuités et au commencement de chaque année, sous peine de déchéance.
- Une enquête a été ouverte sur la demande, avant de prononcer, à t’çffet de déclarer sur l’innocuité de la découverte. Cette enquête et les frais de timbre, ainsi qu’une somme de 3 florins en délivrance du brevet, doivent être payés en sus des taxes ci-dessus indiquées.
- En Autriche, la loi suppose le cas d’expropriation pour cause d’utilité publique. On comprend, en effet, qu’en cela comme en toute chose, la société est bien venue à réclamer de l’inventeur le bénéfice de son invention en l’indemnisant légitimement. Nous aurons à examiner, lors de la discussion, si cette indemnité est réglée selon des formes équitables, et sur quelles bases elle doit l’être pour que le devoir du citoyen soit ici en équilibre avec son droit.
- Nous aimons à constater que la législaton autrichienne est dans la voie [du progrès ; et l’enquête qu’elle vient d’ouvrir en France et en Angleterre, achèvera son œuvre.
- y.
- WURTEMBERG (1).
- Les concessions ne sont pas.accordées après exa men. La responsabilité de l’invention incombe ici à l’inventeur , cependant, le gouvernement se réserve trois cas de refus :
- 1 ° Lorsque la fabrication pour laquelle on demande le brevet, ou les moyens destinés à y être employés sont inconciliables avec les lois existantes; 2° lorsqu’il a déjà été délivré un brevet pour le même objet; 3° lorsque, notoirement, la prétendue invention a déjà été mise en usage dans le royaume.
- La durée du brevet est de 10 ans, sauf prorogation par acte législatif.
- La taxe est uniformément de 25 florins (53 francs 25 c.) par an.
- Les brevets d’importation tombent dans le domaine
- (i) Loi du 5 août 1830. — Instruction minist jriellc^du 12 octobre 1837.
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
- 115
- public, lorsque le brevet qui a été pris à l’étranger cesse d’avoir son effet.
- Dans la remise de la spécification, il est très-important de ne pas chercher à en dissimuler les moyens : car, en ce cas, la loi assimile à un délit d’escroquerie, la description frauduleuse des procédés.
- VI.
- BAVIÈRE ('1).
- Les nationaux ou les étrangers sont traités sur le même pied : et l’on accorde un brevet d’invention pour une découverte nouvelle, ou pour un simple perfectionnement.
- Afin d’encourager l’importation, on accorde à l’industrie importée les mêmes avantages qu’à l’industrie toute nouvelle, à condition qu’elle soit brevetée à l’étranger.
- Comme dans tous les autres pays,.il faut que la demande soit faite en termes clairs, précis, appuyée de plans, dessins et modèles, si cela est nécessaire, et ce, à peine de nullité.
- La limite accordée est encore de quinze ans. Le breveté peut obtenir la prolongation de la concession qui lui est faite, en faisant sa déclaration avant la fin du terme du premier brevet.
- La taxe n’est pas déterminée. Elle est fixée par le ministre de l’intérieur, selon l’importance du brevet, et selon la durée de l’exploitation. Le montant doit en être soldé, moitié lors de.la délivrance du titre, et le reste après l’expiration de la première moitié de la durée du brevet.
- On comprend combien est délicate cette appréciation laissée au caprice de l’administration publique; quels dangers l’entourent; à quels inconvénients elle est soumise sous le rapport de sa responsabilité et des attaques qu’elle peut avoir à subir.
- Là, comme dans plusieurs autres Etats, l’exploitation est obligatoire, et la concession peut être retirée par expropriation pour cause d’utilité, ou comme étant contraire à l’intérêt, de l’Etat' ou à l’hygiène
- ÉTATS ALLEMANDS (2).
- Nous venons de voir comment la loi sur les brevets d’invention était appliquée dans les principaux royaumes de l’Allemagne ; e> aminons en ce moment sous quelles dispositions sont réglées les conventions réciproques des Etats entre eux.
- La convention du 21 septembre 1842 a eu pour but d’aplanir les difficultés que présentait aux représentants des Etats cette double question :
- Le respect du libre arbitre de chaque Etat ;
- Le respect de la nationalité dont la Confédération germanique est l’expression.
- Pour résoudre cet intéressant problème, les Etats de l’Union ont décidé que chaque Etat aurait la faculté de réglementer les dispositions relatives à la délivrance des brevets, comme bon leur semblerait.
- Formalités à remplir, examen préalable, garantie tacite ou expresse dans la concession, procédure, tarifs, tout cela est essentiellement réservé à la décision des gouvernements. Rien ne doit porter atteinte à la volonté de chacun.
- Voilà pour les questions de détails.
- Quant aux questions fondamentales, aux principes généraux, voici ce qui a été arrêté par la convention du 21 septembre 1 842 :
- Premier principe. —Nouveauté pour les brevets d’invention.
- Tout brevet d’invention ne doit être délivré que pour des objets réellement neufs et d’une nature particulière. Ainsi, il ne sera point délivré de brevets d’objets qui, avant la délivrance du brevet, étaient déjà pratiqués ou connus de quelque manière que ce soit dans le territoire de l’Union ; spécialement, le brevet ne sera pas accordé pour des objets qui déjà auront été expliqués par l’impression ou par le dessin, soit en Allemagne, soit à l’étranger, de manière que l’exécution en soit facile pour tout le monde. Le gouvernement apprécie selon son gré la nouveauté ou la spécialité dont il est fait mention.
- Deuxième principe.— Nouveauté pour les brevets de perfectionnement.
- Un changement n’est pas brevetable, par cela seul
- (1) Loi du il septembre 1835.— Ordonnances du 15 août 1834 et du 28 décembre 1835.
- (2) Convention générale du 21 septembre 1842«
- qu’il modifie l’œuvre. 11 faut encore que le procédé modificateur soit nouveau et spécial. Il ne faut pas, non plus, que le procédé de perfectionnement porte préjudice aux brevets déjà délivrés ; en un mot, il ne faut pas que l’inventeur primitif, dont l’idée première a été pour le perfectionner un auxiliaire très-puissant, se voie frustré par ce dernier ; et il faudra, si l’importance du perfectionnement est telle que la participation au bénéfice du brevet originaire puisse être considérée comme équitable, il faudra que cette participation soit acquise par traité spécial.
- Troisième principe.—Le breveté n’a pas d’action sur les objets fabriqués.
- Un brevet ne peut pas être un obstacle au commerce. L’industriel doit, avant tout, chercher dans ses procédés l’économie pour le consommateur, et si des objets importés, ou si des objets conformes à ceux que le fabricant breveté livre au commerce sont tels que le prix de vente fasse concurrence à ceux du fabricant, celui-ci ne peut revendiquer aucune action qui paralyse la vente. Les Etats veulent bien protéger l’inventeur, mais ils se refusent à créer en sa faveur un monopole. Il peut faire défendre l’usage de machines ou d’outils préparés pour la production ou la fabrication, mais non de marchandises destinées à l’usage général du public.
- C’est la fin de toute émulation dans le travail que se sont proposée les législateurs de l’Union en écrivant ce principe dans la loi.
- Quatrième principe. — Libre arbitre laissé aux gouvernements sur ce même point.
- Cependant, ce qui est posé en principe général, quant à ce qui concerne l’union allemande, est modifié particulièrement en ce qui regarde les gouvernements. Ils peuvent, selon leur gré, et dans les limites de leur territoire respectif, accorder ou refuser le droit exclusif de production ou d’exportation de l’objet. De même, il est laissé à chaque gouvernement, dans les limites de son territoire, d’accorder au détenteur d’un brevet le droit exclusif d’appliquer une méthode nouvelle de fabrication, de manière à pouvoir interdire l’application de la méthode ou l’usage des objets brevetés, à quiconque n’aura pas acquis le dr<5ît, ou ces objets, du détenteur breveté.
- Cinquième principe. — Réciprocité des Etats de l’Union. — Réserves faites à cet égard.
- Dans chaque pays de l’Union, les sujets des autres pays de l’Union seront assimilés aux sujets du pays, tant par rapport à la délivrance des brevets, que par rapport à la garantie des droits résultant de cette délivrance. Cependant, la délivrance d’un brevet obtenu dans un pays ne pourra pas être alléguée comme motif suffisant d’un brevet semblable dans les autres pays de l’Union.
- Il appartient à tout gouvernement de décider si un objet est susceptible d’être breveté; et cela, sans qu’il soit permis d’invoquer contre ce gouvernement le précédent de décisions contraires prises par d’autres.
- Rien ne peut, quant aux formalités à remplir, à l’élection de domicile, à l’exercice des professions, modifier en rien les lois des Etats.
- Enfin, le respect que les Etats s’engagent à se porter les uns vis-à-vis des autres s’étend nécessairement à la validité ou à l’invalidité des brevets : si l’on reconnaît qu’un brevet pris par mégarde n’est revêtu d’aucun des deux caractères de spécialité et de nouveauté, le brevet sera retiré. Toute publicité sera donnée dans les journaux officiels de l’Union et contiendra l’objet, le nom et le domicile des détenteurs, et la durée du brevet.
- Les gouvernements se communiqueront, à la fin de chaque année, des registres complets des brevets accordés dans le cours des brevets.
- Y1IÏ.
- ÉTATS-UNIS (I).
- Les formalités préalables pour l’obtention des brevets (patents) sont les mêmes qu’en Angleterre. Il y a là les précautions du caveat qui tendent à sauvegarder les droits de l’inventeur.
- Mais les droits sont, de beaucoup, inférieurs à ceux imposés en Angleterre.
- (0 Ldi du 4 juillet 1836.
- La taxe est fixée à la somme de 30 dollars (4 62 fr.) pour tout citoyen américain, ainsi que pour l’étranger qui réside dans l’un des États de l’Union depuis un an, et qui déclare, sous serment, qu’il est dans l’intention de devenir lui-même citoyen des États-Unis.
- Tout étranger n’ayant jamais résidé dans l’un des États de l’Union, peut obtenir o\vàpatente en payant une taxe de 300 dollars (1,620 fr.).
- Deux conditions sont imposées à l’étranger bre veté. : l’une, d’exploiter sa découverte dans le délai de dix-huit mois; l’autre, d’exploiter sans interruption pendant dix-huit mois consécutifs.
- La taxe se paie en entier ; elle est accompagnée de la description exacte, détaillée, claire et précise de la découverte, des dessins, modèles et échantillons.
- Une disposition tutélaire est introduite ei\ faveur de l’inventeur.
- Elle est relative aux perfectionnements ou additions qu’il fait à son brevet originaire. Pour cela, l’inventeur breveté ne doit payer qu’une taxe de 15 dollars, mais après avoir rempli;, du reste, les formalités ordinaires pour l’obtention du brevet.
- 1^.
- ÉTATS-ROMAINS.
- Dans les Etats-Romains, le gouvernement accorde ou refuse le brevet dont la demande lui doit être adressée. Cette demande doit être faite en termes clairs, précis et détaillés.
- Le délai de concession est de 5 à 15 années. La taxe, de 40 écus romains par an, est payable parmoi-tié dans le premier mois de la concession et moitié dans le premier mois delà seconde partie delà durée du privilège.
- Il peut être pris des brevets d’invention, d e perfectionnement ou d’importation. Toutefois, ces derniers ne sont accordés que dans deux cas, à savoir : 1° pour l’introduction d’inventions déjà brevetées en pays étranger et dont le privilège dure encore; 2° pour l’introduction d’inventions connues et pratiquées librement en pays étrangers, mais non encore connues ni pratiquées dans les Etats -Romains. La taxe du brevet d’importation est de 4 5 écus romains.
- Le breveté est tenu à l’exploitation de son invention dans Tannée de la concession et de ne pas la suspendre pendant l’espace d’une année.
- X.
- ESPAGNE.
- Toute demande de brevet pour invention, perfectionnement ou importation doit être remise à l’intendant de Madrid et adressée au roi.
- La durée en est limitée de 5 à 10 et 4 5 ans. Mais les brevets d’importation ne peuvent avoir une concession de plus de 5 ans.
- Voici la taxe du privilège :
- Pour 5 ans, 4,000 réaux vellon. 250 francs.
- — 40 » 3,000 — 750 »
- — 45 » 6,000 — 4,500 »
- Quant aux brevets d’importation, ils sont taxés
- à 3,000 réaux, c’est- à-dire 750 francs.
- Les autres frais d’expédition s’élèvent à 80 reaux ou 20 francs.
- Le brevet est frappé de nullité dans les tro c suivants :
- 10 Lorsque le breveté n’aura pas retiré son brevet dans les trois mois de sa pétition;
- 2° Lorsqu’il n’aura pas fait usage de sa découverte dans Tannée de la date du brevet;
- 3° Lorsqu’il aura cessé d’exploiter pendant une année non interrompue.
- XL
- Telles sont les principales dispositions qui règlent la matière si grave des brevets d’invention dans les différents pays qui ont reconnu la propriété intellectuelle.
- Maintenant que nous avons posé la base de nos discussions, nous pourrons aborder les différents points de nos lois qui ont besoin d’être élucidés, et nous indiquerons les réformes qui sont depuis si longtemps réclamées par l’industrie.
- Cette tâche, nous la commencerons dans notre prochain numéro.
- Alexexdhe Lm,
- Avocat « la Cour rf’appe/.
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
- OBJETS D’ORFÈVRERIE, Fin M. JOSEPH ANGELE.
- Nous donnons ci-contre les dessins de plusieurs objets d’un grand prix et qui sortent des fabriques de M. joseph angell. Ce sont des pièces d’orfèvrerie, or et argent, dont le Uni ne laisse rien à désirer. C’est ce que l’on appelle en anglais du plaqué émaillé (plate ena-melled). Cette industrie est poussée, chez nos voisins, à un grand degré de richesse et de perfection : Cependant, il faut reconnaître que ces piè-sont, en général, un peu trop surchargées de détails.
- Ce qui distingue l’atelier de M. Joseph Angell, c’est que l’on n’y vend que des pièces originales.
- Celles que nous plaçons aujourd’hui sous lesyeux de nos lecteurs, sont :
- 1° Un service a thé (tea service);
- 2° Un gobelet (goblet);
- 3° Un calice (chalice)?
- 4° Un CRUCHON DE VIN DE
- bordeaux , entouré de vignes (vine-leaf claret-jugj;
- 5° Enfin un ancien pot a couvercle (antique tank-ard).
- Ces cinq objets, avons-nous dit, sortent des ateliers de M. Joseph Angell.
- La pièce la plus remarquable est, sans contredit, le Service à thé. L’artiste a reproduit sur les diverses pièces qui le composent quelques fables d’Esope, telles que celles du Renard et les raisins, du Loup et l'Agneau, du Lion et le Rat.
- Les ciselures sont d’un fini que rien n’égale. Seulement, puisque ce travail permet de faire sur une œuvre pareille une critique d’art, peut-être reeon-naîtra-t on qu’il y a un peu trop de complications dans l’agencement des sujets.
- Le caractère anglais se révèle en toutes choses; et nous, qui l’admirons très-sincèrement sous beaucoup de rapports, nous ne pouvons lui cacher nos vérités sous certains autres; or, une œuvre d’art n’aurait pas, dans le sens des Anglais, un succès complet, si la richesse matérielle de l’œuvre n'y resplendissait tout d’abord dans tout son éclat, avec toute sa signification.
- Il faut, en Angleterre, beaucoup d’or, beaucoup d’argent dans l’orfèvrerie, et fût-elle un peu lourde, une pièce d’orfèvrérie sera accueillie par une sympathie réelle quand, dans le dining room ou dans le drawing rom (dans la salle à manger ou dans le salon) les yeux seront éblouis, en même temps que le calcul flatté sur la valeur intrinsèque de l’œuvre.
- M. Joseph Angell a dû sacrifier à la prédominance na turelle du goût de ses compatriotes; et c’est peut-être à raison de cette obéissance un peu complaisapte à ce goût, qu’il a entassé tout l’esprit d’Esope sur une thé yère et quelques tasses. Sauf cet excès de luxe, l’on ne peut qu’admirer l’idée et l’exécution.
- Nous ne pouvons placer devant nos lecteurs ces charmants objets d’art, sans nous rendre compte de la pensée première qui inspire l’artiste , et ce sera désormais un des points sur lesquels nous introduirons, dans le Palais de Cristal, une heureuse innovation. C’est chose aride et sèche que déplacer pêle-mêle et sans méthode des vignettes sous l’œil de son lecteur, sans étudier le sens ou la forme des objets qu’elles représentent. Il faut, à de pareilles productions, qui toutes signalent un effort de l’esprit humain, une de ces* combinaisons où l’inspiration, cette sainte parcelle de l’âme qui vient d’en haut, s’imprime et se révèle
- GOBELET, PAR M. JOSEPH ANGELL.
- Que nos lecteurs ne l’oublient pas : rien n’est plus digne de leur sympathie que cette initiation secrète au travail du penseur et^le l’artiste, rien n’est indifférent, en toutes choses, où ce travail peut être étudié.
- Ce n’est donc pas sans intention que l’artiste a groupé dans chaque pièce de ce service à thé les fables d’Esope.
- Prendre le thé, surtout à Londres, n’est pas seulement un élégant usage de soirée : Prendre le thé, c’est un acte habituel, inhérent aux mœurs de la famille. Il n’est donc pas hors de propos de placer sous l’œil de ceux qui s’assoient devant ce service à thé ces fables dont la douce philosophie, dont l’ingénieux enseignement reporte l’esprit vers ces formules dont Esope eut le secret, et qui sont deve nues, grâce à ses élégants continuateurs, le langage de la saine raison.
- Ce serait donc méconnaître l’idée première de l’artiste que de ne pas lui savoir gré de propager par son travail cés morales instructives qui sont dans tous les souvenirs : « On a besoin d’un plus petit que soi ; Ils sont trop verts ; Comment l’aurais-je fait si je n’étais pas né? etc. etc.
- 11 y a donc dans l’œuvre de M. Joseph Angell le double mérite d’un beau travail et d’une bonne pensée.
- Nous devons aussi signaler la sévérité des ciselures de son calice, l’agencement des branches et des feuilles de vignes qui entourent son gobelet, son cruchon de claret, et son pot à couvercle. Toutefois, nous aurions préféré un peu moins d’uniformité.
- CAtlCF, PAR M. JOSEPH ANORLL.
- M. RIMMEL.
- A côté de ces cinq objets, nous avons placé en regard du service à thé, une œuvre pleine de grâce qui a pour titre : Fontaine de parfums, et qui sort des ateliers deM. Rimmel. L’auteur de ce meuble élégant a eu la pensée, probablement poür la saison d’hiver, de placer au centre d’une jardinière dans laquelle seraient,.des fleurs artificielles auxquelles on laisserait leur odeur
- par quelques combinaisons d’acides, une fontaine, mue par un ressort ana logue aux ressorts d’une lampe et d’un jet d’eau. Cette fontaine contient un parfum quelconque, du vinaigre de toilette, (comme celle qui est exposée) de 1 Eau de Cologne, ou de tout autre parfum. Elle a pour effet de répandre dans les appartements une odeur agréable et rafraîchissante.
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- LE PALAIS DE CRISTAL-
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- ECONOMISTES FRANÇAIS ET ETRANGERS.
- LORD STANLEY ET M. CHARLES DUPIN.
- BANQUET DE LA COMPAGNIE DES MARCHANDS TAILLEURS.
- La compagnie des marchands tailleurs de Londres a donné un grand banquet, auquel assistaient lord Stanley et M. Charles Dupin.
- Voici les discours que ces deux personnages ont prononcés, en réponse aux remerciements adressés par la Compagnie aux commissaires de l’Exposition :
- Lord Stanley. Ce n’est pas la première fois que je prends la parole au nom des commissaires de Sa Majesté. J’ai déjà parlé, dans cette cité même, à i’époque où l’hésitation s’etait emparée des esprits et où l’on flottait indécis entre la crainte et l’espérance, sur les suites de cette vaste entreprise. Je me rappelle l’enthousiasme avec lequel fut accueilli ce grand projet, lorsqu’il fut proposé par S. A. R. le prince Albert, sous les auspices de qui l’idée première a été fécondée et, je dois ajouter, accomplie, et cependant l’enthousiasme n’excluait pas le doute qui s’était fait jour dans les esprits.
- Puis-je énumérer tous les motifs de crainte?
- Craintes d’insuccès pécuniaire, et c’était la moindre de toutes ; craintes de dérangement continuel, en ce sens que l’époque de cette exposition venait coïncider avec les plaisirs habituels de notre saison fashionable ; craintes politiques ; on se demandait si la présence au milieu de nous de ce concours de toutes les nations ne deviendrait pas un foyer de séditions intestines ou d’anarchie étrangère.
- Messieurs, je rends grâce à Dieu, je rends grâce à mes concitoyens de ce que ces appréhensions sont dissipées. J’ai vu transporter au milieu de nous des trésors dont l’éclat dépasse les merveilleuses combinaisons de la fable ; j’ai vu sortir du sol, comme sous l’impulsion d’une baguette magique, un édifice incomparable à tout autre par son luxe et par sa simplicité, rempli des richesses du monde entier, et qu’un noble sentiment d’émulation et de rivalité sympathique a transporté au milieu nous, paisiblement, avec confiance, en se reposant avec sécurité sur l’honneur, sur la loyauté inaltérable du peuple de la Grande-Bretagne. Non! je n’en doute pas, tout le temps que durera ce noble tournoi de merveilles, jamais aucun sentiment qui ne prou-
- qu’un désir réciproque de concourir au but commun d’une harmonie inaltérable, et d’échanger, de tous les points les plus éloignés du globe, les ressources les ‘plus propres à développer parmi les peuples le commerce et l’industrie, en se communiquant les résultats miraculeux du travail incessant des sciences et des arts.
- Mais il est un sentiment qui domine mon âme plus encore que les merveilles de l’art, les triomphes de l’industrie, la magnificence des produits, et dont je suis fier, comme Anglais : c’est de voir mes concitoyens mettre en partage avec une sincérité cordiale, leur admiration, leur intérêt pour cette alliance solennelle de l’industria
- du monde entier. Ce n’est pas seulement le riche, le puissant, le grand marchand, celui qu tient le commerce de ce royaume sous ses lois, mais le simple et rude travailleur, l'enfant du sol et de l’atelier, qui accourt et admire ses merveilles. Tous se retirent après avoir visité ce palais, et disant au fond de son âme: Et moi aussi, je fais partie des classes de la société moderne à qui l’on doit toutes ces merveilles! Qu’il me soit permis d’ajouter, sans blesser en rien nos hôtes, que je suis fier surtout d’avoir vu ce qu’ils ont vu de leur côté, avec un sentiment légitime de respect et d’admiration : l’ordre, la discipline, la régularité avec laquelle un peuple libre, confiant dans la liberté de ses institutions, conserve et protège les trésors confiés à sa garde, sans le secours d’aucune force armée, sans qu’il soit besoin d’aucune répression.
- Remercions ensemble le président et les commissaires qui ont présidé à ce grand acte ; et recevez, vous, Messieurs, mes actions de grâce pour l’occasion que vous offrez de montrer aux commissaires étrangers présents à cette fête, un échantillon de l’hospitalité que savent pratiquer les grands corps commerciaux de cette cité. Nos hôtes apprécieront, j’en ai l’assurance, l’union des classes de la société moderne sous ces voûtes, et ce sentiment qui unit dans ces fêtes les intérêts de la religion, de l’éducation, du commerce, union qui a servi de base aux progrès immenses de notre grande nation, et qui doivent servir de base aux progrès des autres pays dans la même voie... »
- Après cet éloquent discours de lord Stanley, M Charles Dupin s’est levé, au nom des commissaires étrangers, et a pris la parole en ces termes :
- « Messieurs,
- « J’ai à vous exprimer toute la gratitude des hommes éminents qui ont présidé, comme commissaires, aux préparatifs de l’Exposition universelle. Je parle aussi au nom des membres du jury
- verait la délicatesse, la confiance, l’amitié ne troublera cette mutuelle exposition 1 chargés de prononcer sur le mérite des ehefs-d’œuvres d’art et d’industrie renfermes chefs-d’œuvre des nations entre elles: 11 ne restera dans le fond de nos cœurâ ( més dans le Palais de Cristal. Ces hommes choisis entre les plus célèbres dans l’or-
- ÏÛNTAINE DE VA11EUMS, PAR M. RIMMEL.
- dre de la science, de l’industrie et des beaux-arts, présentent un bien noble spectacle par l’harmonie qui règne entre eux, bien qu’ils soient divisés en cinquante jurys, dans l’accomplissement de leurs travaux, où le sentiment d’équité domine les intérêts divers de tant de nations.
- « Maintenant en reportanthnon attention sur votre honorable corporation, j’ai appris aujourd’hui même que vous êtes fidèles aux vertus traditionnelles qu1., depuis des siècles, forment la base de votre prospérité ainsi que de votre activité, votre probité et ce génie qui a produit la grandeur du commerce anglais.
- « Permettez-moi de vous soumettre un fait, un seul, qui donnerait à l’homme le moins exercé aux matières commerciales une idée des développements extraordinaires de ce commerce. Si, d’une part, vous calculez la production des fabriques de draps qui sont employées pour habiller le genre humain, drap que vous envoyez dans toutes les parties du monde, et si, d autre part, vous faites le calcul de la circonférence du globe, et que vous la divisiez en aunes (yards), vous trouverez que non-seulement chaque aune vous rapportera une livre sterling, mais qu’il vous resterait encore une somme énorme de surplus.
- « Je ne prétends pas, en disant cela, vous faire entendre que votre commerce est trop étendu, mais que les dimensions de la terre sont trop étroites pour un si grand commerce. Sans doute, s’il y avait 43,000,000 de livres sterling encaissés dans les coffres de la banque d’Angleterre, la Banque serait fort embarrassée de cette masse de richesses métalliques. Mais le commerce agit mieux : en- échange de celte masse énorme de produits manufacturés que la Grande-Bretagne exporte, le commerce lui rapporte une valeur équivalente de produits importés de tous les points du globe.
- « Si, de mémoire d’hommes, jamais commerce ne fut aussi grand, aussi actif que le vôtre, jamais aussi les liens que le commerce a formés n’ont été plus forts entre les nations, et n’ont assuré plus solidement une paix inaltérable dans le monde entier. »
- OjciEN pot a couvercle,>ar ». joseph AHGELL, (Voir,ci-contre, page 11 6,;
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
- M. JOBAllD (de BRUXELLES)
- Directeur du Musée Industriel belge.
- Le monde industriel entier connaît M. Jobard {de Bruxelles), l’auteur fécond de tous les projets qui servent, depuis plus de vingt ans, de base aux innovations et aux réformes réclamées par les lois sur la propriété industrielle.
- Nous devons à ses sentiments pleins de sympathie pour nous, une première communication de ce savant économiste, et nous sommes heureux de pouvoir promettre à nos lecteurs le concours de AJ. Jobard (de Bruxelles).
- ALEXANDRE L,«i.
- K SC A MOT A GE DU KOH-I-NOOR.
- la; plus gros diamant du monde et le plus gros morceau de houille devaient iigurer comme matière première à l’Exposition ; mais ces deux carbonari ne pouvaient vivre en frères., malgré leur proche parenté ; on a mis l’un sous verre, le verre en cage et la cage. dans un palais, tandis que l’autre, le meilleur des deux, est resté à la porte exposé aux injures de l’air ; ainsi va-t-il en ce bas monde, le plus brillant l’emporte souvent sur le plus méritant.
- La foule se laisse éblouir par un vain éclat et ne tient aucun compte des qualités solides; cependant, les mines de diamants noirs de l’Angleterre valent mille millions de fois mieux que celles de charbon transparent de l’Inde, car on en extrait trente-cinq millions de tonnes par an.
- Nous ne savons donc pas pourquoi cette petite pierre de la grosseur d’une noix tout au plus attire les respects, fixe les regards et devient l’objet unique de la convoitise universelle; à ce point qu’on a cru devoir prendre les précautionslesplus extraordinaires pour le défendre en cas d’attaque. On a convoqué les ingénieurs les plus illustres , qui ont dépensé les plus grands efforts d’imagination pour donner au Koh-i-noor le moyen de se sauver tout seul, en cas d’attaque de vive force ou de surprise nocturne, et on y est parvenu. On dirait cependant qu’il suffit de passer le bras à travers les barreaux dorés de sa cage, de soulever la cloche de verre qui le recouvre, pour s’enfuir avec cinquante à soixante millions dans le creux de la main. Il n’en est rien, la main du voleur ne rencontrerait que le vide ; car au moindre contact de la cloche, le Koh-i-noor, avec le coussin qui le porte s’enfoncerait à vingt pieds sous terre, dans un épais cylindre de fer entouré d’un énorme massif de pierre de taille; le tube de fer se fermerait sur lui avec une serrure incrochetable; et au besoin, une mine de coton poudre ferait sauter le voleur et ses complices.
- Ceci répond aux mauvaises langues qui prétendent qu’on n’a exposé t\xk'm\ fac-similé de la fameuse Montagne de lumière à laquelle de prétendus connaisseurs ne trouvent, disent-ils que l’éclat du strass. C’est sans doute pour les convaincre du contraire qu’on a construit depuis quelques jours une sorte de chambre obscure (caméra obscur a), en étoffe rouge, dans laquelle on fait défiler les curieux pour voir le Koh-i-noor à la bougie.—Une vingtaine de petits miroirs déposés à l’entour renvoient leurs rayons sur le diamant, qui brille de tous les feux de la terre et des cieux. Un dit que plusieurs dames l’ayant regardé trop longtemps en ont perdu la vue. Cela nous semble un peu exagéré.
- Un inventeur , du nom d’Ador, avait proposé de faire fuir le diamant jusque dans l’écrin de la reine par un tube souterrain 7 au moyen d’un réservoir d’air comprimé ouvert par le poids même du voleur.
- Nous croyons toutes ces précautions inutiles ; on ne songe pas à prendre ce cristal de carbone ; il n’y aurait personne de plus embarrassé que le voleur, qui ne trouverait pas à dîner, et serai! découvert avec sa montagne de lumière en poche.
- TOIïAKD.
- M. MICHEL CHEVALIER
- Dans un travail récent, cet économiste se rend compte d’un fait qui est le fruit de la paix dont les nations européennes jouissent depuis longtemps. Il cherche à faire ressortir la confraternité des idées qui préside, chez les nations occidentales, à cette communauté du travail industriel que le génie de chaque nation emprunte aux autres, et qui développe les bienfaits de l’invention au profit de leur bien-être commun.
- Cet article du savant professeur est une apprécia-
- tion plus psychologique que technique de l’Exposition, et c’est à ce titre que nous croyons devoir en citer les passages les plus remarquables.
- Nous y trouvons la preuve de toute l’importance qu’il y aurait à faire de la législation générale des brevets d’invention l’objet d’un examen international
- Alexandre Lava.
- l’europe.
- II faut pourtant parler enfin de la figure que fait dans le Palais de Cristal le groupe de nations que j’ai désigné sous le nom collectif de la civilisation occidentale : c’est l’ensemble des peuples chrétiens, c’est l’Europe et l’Amérique, en y rattachant les essaims d’Européens qui se sont répandus dans les autres parties du monde, et qu’on retrouve au cap de Bonne-Espérance, en Australie, à Java, sur vingt autres archipels. C’est en elle que réside incontestablement aujourd’hui la puissance du genre humain. Elle est visiblement aujourd’hui investie de l’empire et dépositaire de l’avenir.
- ...........La joute, à l’Exposition de Londres, est
- entre les nations de ce groupe; c’est entre elles à peu près seules que le jury aura à distribuer les récompenses, gages de la supériorité acquise, et à proclamer des vainqueurs. Les autres nations ne pourront obtenir que des encouragements, mais il est à croire qu’on ne les leur épargnera pas. Il manque bien à ce concours quelques conditions pour qu’il soit parfaitement significatif. Quelques unes des nations du monde occidental n’ont pu s’y faire représenter convenablement ; chez quelques autres, les chefs de plusieurs branches importantes de l’industrie ne l’ont pas voulu. Ainsi, par l’effet d’un malentendu sur l’époque de rigueur pour l’envoi des produits, les deux royaumes de la presqu’i e Scandinave n’ont, dans le palais de l’Exposition, qu’une représentation très-écourtée et très-insuffisante de leur savoir-faire, et notamment de leurs fers, dont la qualité a jusqu’à ce jour été incomparable pour la fabrication des aciers. Les retards accoutumés de l’ouverture de la Baltique avaient jusqu’à présent empêché la Russie de paraître; mais encore quelques jours, et elle s’étale enfin aux regards du public.
- On prétend que le gouvernement napolitain s’est refusé à ce que ses sujets participassent à l’Exposition. Le fait est que j’y ai vainement cherché les produits du sol si riche des Deux-Siciles. Aux Etats-Unis, il paraît que la plupart des chefs d’industrie y ont mis très-peu de bonne grâce. Frère Jonathan a boudé à John Bull. L’espace considérable qui avait été attribué à cette nation si entreprenante, si active, si ingénieuse, n’est que fort mal rempli. Dans un certain nombre d’autres Etats, il y a eu de ces mauvais vouloirs partiels. Ainsi, en Espagne, les manufacturiers de la Catalogne, qui sont les principaux de là Péninsule, se sont, de parti pris, abstenus de paraître. En France, les cristalleries de Baccarat, et de Saint-Louis, que rien ne surpasse dans le monde, n’ont rien voulu envoyer de leurs œuvres. De même les fabriques de glaces de Saint-Gobain et de Saint-Quirin, qui sont à la tête de leur art dans le monde. Il ne leur fallait pourtant pas grand effort pour montrer dans le Palais de Cristal des échantillons de leurs productions, car elles ont un dépôt à Londres. Nos maîtres de forges, en bloc, et la plupart de nos constructeurs mécaniciens ont suivi ce fâcheux exemple. Cependant la maison Cail, de Paris, la maison André Kœchlin, de Mulhouse, et que'ques autres encore, soutiennent dignement l’honneur de la mécanique française. Dans nos tissus de laine aussi il y a bien quelques lacune regrettables. Nos fabricants de produits chimiques se sont pareillement dispensés de répondre à l’appel. Quelques-uns de*nos fabricants de tissus de lin, les plus justement renommés, sont restés de m£me enfermés dans leur tente, intraitables comme Achille en courroux, au lieu de paraître dans la carrière où les attendait la victoire. En somme pourtant, sans s’y déployer aussi complètement que l’Angleterre, qui était chez elle, toutes les nations manufacturières de l’Europe ont à Londres des produits qui permettront de les apprécier avec justice.
- Quand on a inspecté, dans le palais de l’Exposition, les produits des différentes provenances de la civilisation occidentale, on est, de gré ou de force, saisi de la pensée que tous ces peuples divers ont en somme le même génie. Si le hasard vous faisait, successivement et dans un bref délai, traverser les salons de Paris, de Londres, de Berlin, de Vienne, de Saint-Pétersbourg, de Rome, je pourrais nommer aussi bien ceux ne Dresde, de Munich, de Turin, de Stokholm, de Madrid, une réflexion semblable s’emparerait de votre esprit ; vous reconnaîtriez que c’est la même famille :
- L’état, de l’industrie chez les nations de l’Occident donne de ce rapprochement une révélation éclatante. Partout en effet, parmi ces nations, ce sont les mêmes appareils et les mêmes procédés dérivés des mêmes théories. Dans l’industrie aujourd'hui, il n’y a plus de mystère possible de l’une à l’autre de nos nations européennes. Nous avons réciproquement la clef de nos opérations industrielles, tout comme celle de nos combinaisons politiques, parce que nous nous mouvons dans la même sphère de sentiments et d’idées. Tout ce que fera en industrie un Allemand ou unxFrançais, les An-
- glais ne tarderont pas à l’accomplir, s’ils le veulent bien. Qu’une découverte soit annoncée dans le comté de Lancastre ou au fond de l’Ecosse, les Français ou les Allemands, ou les Américains, en s’y appliquant, l’auront bientôt retrouvée. Gela se voit chaque jour dans tous les genres de découvertes. De. même que M. Nas-mith l’Anglais et M. Bourdon ^Français se disentcha-eun l’inventeur du marteau-pilon, de même que vingt drogues tinctoriales et cinquante procédés chimiques ont donné lieu à des contestations semblables, demême dans la science pure on se dispute très-fréquemment la gloire d’avoir eu le premier une idée grande et petite..............................................-
- En ce moment chacun des grands peuples de l’Europe s’est approprié, à un degré surprenant, la pratique de toutes les branches importantes de l’industrie.' Chacun d’eux s’est formé un personnel intelligent, rompu à la pratique, tant de chefs que d’ouvriers; chacun s’est fait ou s’est procuré un matériel pour toute' sorte de fabrications, un matériel sur les mêmes modèles, sorti souvent des mêmes ateliers. Les Anglais ont seuls, pendant un temps, fourni à toute la terre dès machines à filer le coton, le lin et la laine, et les machines à vapeur. Aujourd’hui, à Barcelone, de nombreux métiers d’André Kœchlin ou de Schlumberger filent le coton. Les ateliers de nos compagnies de chemins' de fer, de même que ceux des compagnies anglaises èt allemandes, ont îes outils-machines de Withwort, de Manchester, dont les connaisseurs admirent surtout la machine rodiale à l’Exposition, ou ceux de Nasmyth. ’ C’est la maison Cail qui fournit à toute l’Europe à peu près les machines à faire le sucre, de même que c’est ’ notre mécanicien Chapelle qui a répandu partout les plus parfaits appareils à faire le papier continu. Ce développement similaire des moyens d’action, tant dans le personnel que dans le matériel, qui entraîne néces- ’ sairement la similitude des produits, est frappant, surtout pour les trois peuples chez lesquels le mouvement de la pensée est le plus actif, le plus énergique, le plus libre, ce mot résume tout le reste, c’est-à-dire pour les Français, les Anglais, les Allemands, et quelques petits ' Etats, tels que la Suisse, la Belgique, la Hollande, le Piémont, qui, tout en jouissant de l’indépendance politique, n’en sont pas moins, sous le rapport industriel,; des satellites étroitement liés à ces trois grands cory- ‘ phées.
- La double similtiude que je signale n’est pas contestable quant aux méthodes et aux procédés de la production pour quiconque a visité les ateliers; elle ne l’est pas non plus quant au genre et au mérite des produits, puisque sur les marchés neutres, et dans ces petites enceintes qui forment présentement le domaine exigu de la liberté du commerce, je veux dire dans les entrepôts, vous trouvez luttant les uns contre les autres, et se vendant concurremment, les produits manufacturés des cinq ou six Etats que je viens de nommer.
- La solidarité industrielle entre les nations de la civilisation occidentale se révèle encore par cette circonstance, que dans le plus grand nombre des cas aujourd’hui les procédés eux-mêmes sont dûs au concert direct ou indirect, apparent ou latent, d’hommes de toutes les nations. L’idée première d’une machine ou d’un expédient manufacturier sera née à Paris ou à Londres, soit. Elle reçoit un premier perfectionnement dans quelque ville obscure delà Thuringé, et elle vient prendre corps pour la première fois à Manchester ou à Sheffield ; puis , par plusieurs transfigurations non moins curieuses que celle de Vichnou, elle reparaît successivement, toujours plus parfaite, dans les ateliers de Lyon ou dans ceux de Zurich, ou dans ceux de Itres-lauou de Verviers, ou d’Elberfeld ou de Glascow ; que sais-je? Ge sera peut-être de l’autre côté de l’Atlantique, à Lewell ou plus loin à Pittsburg, à la naissance de l’Ohio, qu’elle arrivera à la perfection. On avait déjà des exemples de faits semblables il y a quelque temps. Margraff tire, dans je ne sais quel coin de l’Allemagne, du sucre de la betterave, en échantillon ; Achard essaie d’en faire manufacturièrement à Berlin, et c’est de là que l’idée passe en France où elle est devenue ce que vous savez. Un ingénieur français imagine l’éclairage au ga/ : son idée franchit le détroit, et c’est en Angleterre qu’elle a eu un prodigieux succès dont l’univers entier profite maintenant. L’empereur Napoléon, dans le but de ruiner l’industrie anglaise par la substitution du lin au coton, offre un prix d’un million à qui résoudra le problème de filer le lin à la mécanique. Un Français, M. Philippe Girard, s’en occupe activement, et trouve, avant 1814, le principe de la solution ; après la paix, il s’établit à Varsovie, où il achève à peu près l’œuvre. De Varsovie son idée vint à Leeds, où M. Marshall la porte à là perfection, et en fait la base d’une grande industrie qui enrichit présentement cette même Angleterre dont, dans la pensée du promoteur, elle devait ébranler la puissance.
- Chaque année voit éclore quelque perfectionnement ou quelque application nouvelle du métier qu’inventa notre célèbre Jacquart, et dont on a obtenu tant de résultats en faveur du bon marché, sans parler de tant d’enfants qu’il a affranchis d'un labeur très-pénible. L’année passée, à Nottingham', on l’a appliqué à broder le tulle; de là une industrie qui fait la fortune de la
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
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- ville, en attendant qu’elle se répande sur toute l’Angleterre manufacturière et sur le Continent. Cette mise en commun des efforts des peuples est présentement le pain quotidien de la civilisation occidentale. Je dis le pain quotidien, car elle contribue beaucoup à augmenter la fécondité du travail et à enrichir chaque peuple en particulier.
- Le même produit reçoit ou peut recevoir une première façon chez un peuple, une seconde chez celui-ci, une troisième chez celui-là, et ainsi de suite; il traverse ainsi cinq ou six frontières, et s’élabore cinq ou six fois avant d’arriver aux mains du négociant qui le vend auprès ou au loin, dans sa propre ville ou dans un autre hémisphère. Voilà de la mousseline'qui a peut-être été tissée en Saxe avec du filé de Manchester obtenu avec un mélange de cotons récoltés à Surate, dans l’Inde, à Mobile, aux Etats-Unis et en Egypte; elle va se faire broder à Nancy, pour être vendue à Philadelphie, ou à Canton, ou à Batavia, après avoir passé par l’entrepôt de New-York, ou celui de Hong-Kong, ou delui de Singa-pore.
- Le Palais de Cristal est le bon endroit pour vérifier cette similitude, cette fraternité, cette égalité de l’industrie chez les peuples principaux de la civilisation occidentale. Elle y est évidente, elle y crève les yeux. Quand je me transporte du quartier anglais au quartier français, de là dans la région qu’occupe le Zollverein, ou chez les Suisses, ou chez les Belges, ou chez les Hollandais, je retrouve des objets d’un mérite équivalent à très-peu près, qui attestent à peu près et une même aptitude, et la même expérience, et le même acquit. C’est plus particulièrement visible pour l’Angleterre et la France, surtout si l’on a le soin de compléter notre Exposition à Londres par le souvenir des articles que nous avions âu carré Mârigny en 1849, et dont les producteurs abusés se sont refusés à envoyer les pareils à Londres. En parlant ainsi d’égalité, je ne prétends pas que les productions des principales nations soient identiques ; au contraire elles sont diverses, elles ont un cachet particulier. Elles révèlent dans le génie industriel des nuances spéciales, une originalité distincte, mais elles accusent, à très-peu près, un égal degré d’avancement. Si l’on est dépassé dans un genre d’articles, on est le premier dans un autre genre qui est tout voisin, qui est tput aussi difficile, et il n’est pas douteux que, quant au premier, on n’aurait besoin que d’être aiguillonné un peu pour rattraper la nation qui y excelle. En supposant que les. matières premières fussent partout au même degré de bon marché (et l’on en serait bien près si le législateur supprimait chez certains peuples des causes tout artificielles de cherté qu’il s’est plu à multiplier), les frais de production seraient, à peu de chose près, les mêmes, et ces diverses nations seraient, à très-peu près, égales les unes aux autres sous le rapport du bon marché. C’est une conclusion qui ressort,jele crois, des aperçus précédents. Je me propose, au surplus, de la mieux établir par le détail dans une des prochaines lettres.
- BULLETIN OFFICIEL
- DES B R E V E T S » D’l N V E N TIO N.
- A partir d’aujourd’hui, nous donnerons dans notre journal une nomenclature exacte des brevets d’invention accordés, pendant la semaine qui précé-. dera la publication de notre numéro, tant en France qu’à l’Étranger.
- Nous préparons un travail général sur les brevets pris en France depuis la promulgation de la loi de 1844 ; notre premier article sur cette importante matière sera publié dans la prochaine livraison du Palais de Cristal.
- BELGIQUE.
- Des arrêtés royaux, du 20 mai, accordent les brevets suivants :
- Au sieur Rupert-Rains, à Bruxelles, pour des perfectionnements apportés au collage du papier;
- Au sieur Canier (Félix), à Bruxelles, pour un four à coke à air chaud, breveté en sa faveuren France, pour 1» années, le 20 janvier issi ;
- Au sieur Bovy (R.), à Bruxelles, pour une espèce de touraille métallique, destinée aux brasseries, distilleries etc.;
- Au sieur Robin (P.-M.-B,), à Ixelles, pour un calorifère à eau et à air chaud;
- Au sieur Dunkan-Mackenzie, à Ixelles, pour une machine propre à transporter les dessins sur tissus ;
- Au sieur Schcidwciler (M.-J.), professeur, à Saint-Josse-ten-Noode, pour un système de moulin agricole;
- Au sieur Johnson (J.-H.), à Bruxelles, pour des perfectionnements apportés dans la fabrication des bottes et des souliers ;
- Au sieur Armengaud (J.-E.) aîné, à Saint-Josse-ten-Noode, pour une application de sonnerie aux serrures;
- Au sieur Place (J.-II.), à Ixelles, pour un propulseur destiné aux navires ;
- Au siehr Normandy (A.), à Ixelles, pour un appareil à distiller l’au de mer; _____,
- Aux sieurs Beuret (P.-C.) et Dertelle-Potoine (A.), à Saint-Josse-ten-Noode, pour une cuisinière en fonte;
- Au sieur Keleeom (Ad.), manufacturier, à Gand, pour l’application d’iin ressort à la fermeture des portes ;
- Au sieur Schieff’er (Ed.), mécanicien, à Gand, pour des modifications à la machine à repasser et à lustrer le linge à froid;
- Au sieur Lardinois (N.-G,), armurier, à Liège, pour une carabine de rempart portative;
- Des arrêtés royaux du 10 juin accordent les brevets suivants : *
- Au sieur Goutaux (P.), à Bruxelles, pour un moyen destiné à enlever au tabac unç partie de son acreté ;
- Au sieur Holt (H.-F.) à Bruxelles, pour des modifications dans les télégraphes électriques.
- Au sieur de Bergue (Ch.), à Bruxelles, pour un système de construction des voies ferrées des chemins de fer ;
- Au sieur Gabriel (M.-M.), à Bruxelles, pour l’application du caoutchouc à certains instruments de chirurgie ;
- Au sieur Sheârs (D.-T.), à Saint-Josse-ten-Noode, pour des perfectionnements dans la fabrication et le raffinage du sucre;
- AusieurWard (John), à Saint-Josse-ten-Noode, pour une machine, à sérancer le lin, le chanvre, etc.;
- Au sieur Haselowski, à Saint-Josse-ten-Noode, pour des appareils à laver, préparer et lustrer les étoffes.
- Au sieur Barrué (P.-A.), à Saint-Josse-ten-Noode, pour un procédé propre à la fabrication des épingles;
- Au sieur Barthel (N.), à Saint-Josse-ten-Noode, pour des modifications au système de décors et d’ornements, principalement applicables aux papiers peints ;
- Au sieur Mallet (A.), à Saint-Josse-ten-Noode, pour des modifications au procédé servant à l’épuration du gaz d’éclairage ;
- Au sieur Fievet(A.),propriétaire, à Nivelles, pour l’application de vis d’appel aux cordes de pianos ;
- Au sieur Mailleux (J.-A. L.), serrurier, à Liège, pour des modifications au calorifère.
- — Des arrêtés royaux du 27 mai accordent les brevets suivants :
- Au sieur Dureuil. (A-F.), à Anvers, pour des appareils destinés à la fabricatiou du coke et à l’utilisation du gaz hydrogène carbonisé.
- Au sieur Gharlier (F.), ardoisier, à Bruxelles, pour des appareils destinés à augmenter le-tirage des cheminées.
- . Au sieur de Liagre (G.), àfAhvers, pour dps modifications à l’appareil dit : Gq.so-compensateur;
- Au sieur Manghan (Georges), àMolenbeck Saint-Jean, pour un système de billes en tôles pour chemin de fer ;
- Au sieur Mercer (John) à Saint-Josse-ten-Noode, pour des perfectionnements à une méthode de préparer les matières filamenteuses.
- Au sieur Lefebvre (Alexis), fabricant depapiers peints, à Molenbeck Saint-Jean, pour une machine destinée à donner du brillant aux rouleaux de papiers peints, et pour la fabrication de panneaux de tenture en étoffe ,
- Au sieur Dixon (J.), à Bruxelles, pour des modifications à un appareil à filtrer ;
- Au sieur Marchai (M.), pâtissier-confiseur, à Bruxelles, pour une machine à broyer le chocolat et autres substances;
- Au sieur Henry (M.), à Bruxelles; pour une disposition de foyer à l’intérieur des chaudières;
- Au sieur Yanden Berghe de Binckum (F.-E.-X.-J.), à Lubbeck (Brabant), pour un semoir mécanique.
- — Des arrêtés royaux du 3 juin accordent les brevets suivants :
- Au sieur Hays (J.-J-), à Bruxelles, pour un procédé de préparation de la tourbe ;
- Au sieur Stoclet (A.), à Bruxelles, pour des perfection-nementsdans la manière de couvrir et d’aplanir les métaux ;
- Au sieur Ârnoud (C.), à Bruxelles, chez le sieur Ma-liieu, son mandataire, pour des modifications aux voitures pour voies ferrées ;
- Au sieur Mouton (L.), à Bruxelles, pour un système de ponts en fonte ;
- Au sieur Ledocte (IL), à Ixelles, chez le sieur Ledoe-te (M.). son mandataire, pour une houe dite Multiple.
- Au sieur Newton (W.-E.), à Ixelles, pour des perfectionnements aux appareils destinés à préparer les substances filamenteuses ;
- Au sieur Gibbée (W.-A.), à Ixelles, pour une pipe à fumer dite respiratoire ;
- Au sieur Buchholz (G.-A.), à Ixellos, pour des modifications au mode de transmission de mouvement;
- Au sieur Brooman (R.-A.), à Bruxelles, pour des perfectionnements à la machine à plier ;
- Au sieur Bienez (E.), à Bruxelles, pour une machine à vapeur rotative ;
- Au sieur de Libert (A.), à Chénée (Liège), pour un procédé de plombage de la tôle ;
- Au sieur Rissack (J.-J.), à lïerstal (Liège), pour une modification au pistolet à tonnerre tournant ;
- ANGLETERRE.
- Bureau général des brevets d’invention, à Londres, •4, South St Trusbury; et 24 , boulevart Poissonnière, à Paris.
- Liste officielle des brevets obtenus du 7 au 4 {juin 1851.
- Jacques Banister, de Birmingham, fondeur en cuivre; pour des perfectionnements dans la fabrication des tuyaux métalliques adaptés aux chaudières à vapeur et à d’autres usages. Scellé le 7 juin.
- Robert-Alexandre Hennedy, Manchester, filateur en coton; pour des perfectionnements dans les machines pour carder le coton et autres matières filamenteuses. Scellé le 10 juin.
- William-IIenry-Fox Talbot, Laycock Abbey ; pour des perfectionnements dans la photographie. Scellé le 12 jum.
- Jean-Emmanuel Lighlfoot, Rroad Ouk, imprimeur sur calicot, et Jaques Higgins, Manchester, chimiste ; pour des perfectionnements à traiter certaines matières colorantes qui doivent être employées à teindre et à imprimer. Scellé le 12 juin.
- Frederich-Grace Calvert, Manchester, chimiste ; pour une nouvelle application de certains fluides à la manipulation d’extraits applicables aux procédés de teinturc d’impression, de tannage, et aux appareils qui s’y rapportent. Scellé le 12 juin.
- L. de Fontaine-Mobea®,
- BULLETIN B I B LIO G II A PIII QUE
- ET DE JURISPRUDENCE INDUSTRIELLE
- Pour compléter notre œuvre, nous accompagnerons les listes que nous dressons sur les concessions de brevets, en France cl à l’étranger, d’un double travail, à savoir : une notice bibliographique sur cette matière et, en outre, une notice de jurisprudence industrielle
- Bibliographie.
- Il vient de paraître, en Angleterre, un livre intitulé : Index de toutes les Patentes accordées en Angleterre, de janvier 1846 à décembre 4 850, inclusivement.
- Ce livre 'fait suite au répertoire des xcls{repertory of arts) qui contient la spécification des Patentes de 4794 à nos jours. C’est une bibliothèque sur la matière.
- Nous tiendrons nos lecteurs au courant des ouvrages qui paraîtront, au fur et à mesure de la publication.
- ALEXANDRE I.AYA.
- Jurisprxidence.
- APPAREILS BREVETÉS. —VENTE. —CONTREFAÇON.— RESPONSABILITÉ I)E L’iNVENTEUR.
- MM. Rohlfe, SeyrigetCcont obtenu un brevet d’invention pour un appareil à force centrifuge, employé dans les raffineries de sucre. Ils font fabriquer cet appareil par MM. Derosne et Cail, et le vendent 3,000 francs.
- Plusieurs raffineurs, après avoir acheté les appareils au prix de 3,000 francs, ont appris qu’il existait une concurrence qui les vendait à meilleur marché. En conséquence, ils ont déclaré à MM. Rohifs, Sey-rig et Ce, qu’ils ne voulaient plus payer que i ,200 fr., à raison de la dépréciation résultant de la concurrence.
- Le tribunal, rappel an lies conclusions de l’Instançe, a décidé ce qui suit :
- « Attendu qu’il résulte des explications des parties et des pièces produites, qu’on ne justifie pas que le brevet des demandeurs ait encouru la déchéance ;
- » Qu’en outre, il résulte également des débats que les demandeurs, aussitôt qu’ils ont eu'connaissance qu’une contrefaçon existait, ont fait le nécessaire pour la faire supprimer;
- » Que ces derniers n’ont pas garanti aux défendeurs la conîrefaçon de leur appareil, et qu’il n’a été fait aucune réserve à cet égard lors de la vente de l’appareil dont s’agit;
- » Attendu en outre que les défendeurs ont pris livraison de cet appareil sans aucune réclamation sur sa construction; qu’ils doivent donc être tenus de payer le prix convenu, cl que dès-lors leurs offres 'sont insuffisantes;
- » En ce qui touche la demande d’un sursis,
- » Attendu que de ce qui précède, il résulte qu’il n’y a pas lieu d’y faire droit ;
- Par ces motifs,
- « Condamne les défendeurs à payer à Rohifs, Seyrig et U% la somme de 3,000 fr. avec intérêts et dépens.»
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- LE PALAIS DEfCRISTAL.
- STATUE MONUMENTALE
- PE LA REINE D’ANGLETERRE.
- Exposée par la Société
- UES MINES ET FONDERIES DE ZINC DE LA VIEILLE-MONTAGNE.
- Nous donnons aujourd’huiledessin de la statue monumentale de la reine d’Angleterre. Cet important travail, l’un des plus beaux produits de notre Exposition à Londres, a été entrepris par la société dès mines et fonderies de zinc de la Vieille-Montagne, dans le but de prouver, et les progrès de la fabrication en France et la possibilité d’appliquer le zinc, aussi bien que le cuivre, à la reproduction des objets d’art.
- L’expérience ne laisse aucun doute à cet égard; le zinc présente toutes garanties de solidité et de durée. L’exécution de la statue de la reine Victoria, ainsi que celle des ornements du piédestal démontrent, par la pureté de la fonte et le fini de la ciselure, que ce métal peut être amené au même degré de perfection que le cuivre.
- Restera donc l’avantage du prix tout en faveur du zinc, et dans des proportions considérables, lorsqu’il s’agit surtout d’un ouvrage aussi important que celui dont nous nous occupons. ‘
- C’est l’habile statuaire Dantan aîné qui a été chargé de l’exécution du modèle, et il faut reconnaître tout le soin consciencieux qu’il a mis dans ce remarquable travail.
- La pose est bien trouvée, on en comprend tout le calme et toute la dignité; les habits royaux, riche-ment ornés, ont une ampleur quifconvient à la statuaire monumentale, les j bijou, la force et l’énergie se retrouvent épaules de la reine sont charmantes et modelées avec une grande finesse. | maux qui le défendent.
- STATUE EN ZINC DE LA REINE VICTORIA»
- s’écarter si l’on veut leur plaire.
- M. Dantan aîné, qui comprend son art en homme sérieux, n’a pas pensé que la statuaire dût descendre aux afféteries mignardes de la peinture de boudoir et des vignettes de keepsake, il a surtout cherché l’exactitude dans la ressemblance, et il a su allier, dans son travail, la vérité à la noblesse digne et gracieuse à la fois qui distingue les traits de Sa Majesté Britannique.
- Le sculpteur a été secondé dignement par le travail de la main-d’œuvre, et l’innovation introduite par la société de la Vieille-Montagne est .un précédent dont le succès est bon à constater. Il y a là un sentiment d’émulation nationale que nous ne saurions trop louer, à une époque surtout où rien ne se fait qui ne soit inspiré par un mesquin sentiment d’égoïsme ou d’intérêt.
- M. Dantan aîné, dont la réputation de sculpteur est faite depuis si longtemps, a trouvé un digne auxiliaire en M. Louis Lenor-rnand, architecte, à qui l’on doit les belles restaurations de l’église de Dieppe et celles du magnifique château de Meillant, appartenant à M le duc de Mortemart ; c’est lui qui a dessiné les bas-reliefs du piédestal de la statue.
- Les ornements de ce piédestal ont été exécutés par MM. Har-douin, père et fils, ornemanistes de Paris; il est difficile de rencontrer un travail plus ferme à la fois et plus élégant dans les détails. L’écusson des armes d’Angleterre a presque la finesse d’un dans la pose et le mouvement des ani-
- beucead ei bercelonn'ette, (Voir pour la description, page 124-)
- Les Anglais ne jveulent pas admettre que leur reine puisse dépasser jamais l’âge de la jeune fille, ils ont pour la personne royale ce respect qui poétise, cet amour qui nie la trace laissée par chaque année qui s’écoule; enfin ils ont pour la représenter un type de fantaisie gracieuse dont il ne faut pas
- La fonte et la ciselure ont été éxécutées dans les ateliers de la. Vieille-Montagne, à Paris, sous l’habile direction de, M. Victor Paillard, un de nos premiers fabricants de bronze, et un des exposants de Londres.
- Il est à regretter peut-être que la Société n’ait pu, comme elle en avait l’in-
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- tention , faire cuivrer sa statue par les procédés galvaniques, ainsi que l’a fait M. Geiss, pour son Amazone, mais le temps a manqué; c’est d’ailleurs une omission qu’il sera toujours facile de réparer. Nous devons ajouter que ses procédés, déjà perfectionnés, au moyen desquels on donne aux objets d’art les teintes cuivrées, argentées, dorées ou bronzées résoudront bientôt toutes les difficultés et répondront à tous les goûts de l’artiste et de l’amateur.
- La Yieille-Montagne n’est pas seulement représentée dansle Palais de Cristal par la statue de la reine : cet ouvrage n’est en quelque sorte que le défi, que le combat à armes courtoises offert à l’Angleterre La Société a exposé ses magnifiques produits en minerais, fonte, zinc laminé, clous et fils de zinc provenant de ses usines et fonderies situées en Belgique et en France. Les grandes applications du zinc laminé pour les toitures, pour le doublage des navires, pour le satinage des papiers et étoffes, sont trop connus pour que nous ayons à nous y arrêter.
- Nous devons signaler encore à l’at-
- LES ANGES ADORANT LA VIERGE ET L’ENFANT.
- tention des artistes et des gens de goût les deux bustes, d’après l’antique, du Bacchus indien et de l’Ariane. Ces deux ouvrages cuivrés et bronzés sont d’une admirable exécution.
- Le buste de l’ambassadeur du Né-paul, par Dantan aîné, est un des objets exécutés par la Vieille-Montagne. La ressemblance du prince est parfaite, et tous les détails sont exécutés avec un soin extrême; seulement nous regrettons que M. Dantan ait cru devoir recouvrir le métal de couleurs qui enlèvent un peu du sérieux de son œuvre.
- Nous n’avons pas ici à faire l’éloge d’un établissement dont la puissance industrielle est européenne, nous devons néanmoins nous féliciter, toujours au point de vue de nos idées sur l’alliance des arts et de l’industrie, de voir que déjà des travaux considérables annoncent pour l’avenir des résultats qui feront faire à cette intéressante question d’immenses progrès.
- B. C. Mansard.
- U rfLOLkJ.
- M. Geerts, originaire
- LES ANGES ADORANT LA VIERGE ET l’ENFAN'I
- de Louvain, mais dont les fabriques sont en Suisse,
- a envoyé à l’Exposition un groupe en bois sculpté dont nous donnons ici la gravure. Le procédé du daguerréotype de M. Claudet, de Londres, en a fidèlement reproduit les détails, qui sont pleins de grâce et empreints d’une tendre piété.
- EXPOSITION UNIVERSELLE
- ORFEVRERIE, LERIE ET TERIE.
- JOAIL-BIJOU -
- (Correspondance).
- Londres, ce 18 juin 1851.
- Monsieur,
- J’allais vous envoyer l’étude que j’ai faite sur les bronzes exposés au Palais de Cristal, quand les commissaires de la Russie ont mis samedi dernier, sous les yeux du public étonné, les beaux produits qu’ils venaient de recevoir de Saint-Pétersbourg.
- Comme parmi ces produits, il se trouve d’importantes pièces d’orfèvrerie, de joaillerie et de bijouterie; comme, d’ün autre côté, on vient d’exposer, dans le département de la Hollande, une collection de joyauxd’unprixines-timable ; comme, en fin, quelques-uns de noshabiles fabricants ont enrichi leurs vi-
- LIVRES RELIES.
- de cristal où des fleurs naturelles baignent leurs tiges dans l’eau. A l’extrémité des branches horizontales du conifère sont vissées des bobèches destinées à recevoir des bougies. Au pied de l’arbre, l’artiste a représenté les derniers moments d’un héros moscovite, dont les visiteurs de notre dernière Exposition de peinture ont sans doute gardé bonne souvenance. Je parle de ce Dmitri Ivano-witch Donskhoï, qui gagna, en \ 378, sur les Tatars, commandés par Marnai, la fameuse bataille de Koulikovo. La victoire , remportée, Dmitri, blessé mortellement, est venu s’asseoir sous ce sapin : soutenu maintenant par deux hommes d’armes, ayant derrière lui son écuyer et son cheval de bataille, il va rendre son âme à Dieu.
- trines d’œuvres qui font honneur à la France, je crois devoir encore aujourd’hui, pour ne pas laisser de lacune dans mon compte-rendu et n’avoir point à revenir plus tard sur mes pas, vous entretenir une dernière Ifois des [productions des trois arts qui ont fait le sujet de mes précédents articles.
- Le mprceau capital de l’orfèvrerie russe est un grand postav, ou milieu de able. Qu’on se figure un sapin en argent, à cime tronquée, supportant un vase
- L’idée de transformer un sapin en candélabre n est pas très- heui euse ; mais ce défaut, ou du moins cette étrangeté de goût, est rachetée jusqu à un certain pointpar le talent de l’artiste et par la manière très-convenable dont il a traite l’ensemble et les détails de [ce sujet, soit qu’il l’ait choisi lui-meme, soit qu il n’ait fait qu’exécuter un programme imposé. Les figures, bien groupées, sont assez expressives; leur dessin est suffisant, celui du cheval çst hop. Lu autre
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
- mérite de cette composition, c’est la scrupuleuse vérité locale du costume. Casque, cotte de mailles, bottes, bouclier, armure entière, tout est fidèlement reproduit d’après d’anciennes pièces conservées dans l’arsenal du Kremlin.
- L’auteur a nom Sazikov. Sa manière semble démontrer qu’une école russe tend à se créer, sur laquelle quelques artistes français, et en particulier M. H. Vernet, n’auront pas été sans influence.
- M. Sazikov a en outre exposé une collection d’autres pièces d’orfèvrerie dont voici les plus remarquables :
- Un gban, ou pot à med (boisson rafraîchissante dans la composition de laquelle le miel entre pour une bonne part) ; ce gban est én argent doré, orné de ciselures ;
- Un kovsk, tasse évasée comme une grande écaille d’huître, que l’on tient au moyen d’une anse aplatie, et qui sert à puiser le med versé au préalable dans un grand vase;
- Un toury-rog, sorte de corne de bœuf en argent, cerclé d’or ciselé; et ustensile bizarre, qui n’est autre chose qu’un verre à champagne ou à med, est terminé par une tête de cheval et s’appuie sur un oiseau fabuleux, qui le soutient dansune inclinaison de 45 degrés;
- Deux vases byzantins, ayant la forme de coqs, en argent doré, et qui sont les copies, des deux originaux qui se trouvent dans le musée de Moscou ;
- Une reproduction, en très-petit format, de la grande cloche du Kremlin ;
- Une krougovaya, énorme verre à pied en argent doré, orné d’arabesques; sorte de coupe géante de quelque Hercule tatare.
- Dans toutes ces pièces, aussi étranges à l’œil de l’Europe latine que les mots qui les nomment le sont à notre oreille, il n’y a pas, cela va sans dire, trace de notre goût sévère et gracieux. Toutes présentent un amalgame curieux des styles byzantin ou persan, tatare ou sarazin : résultats hybrides du croisement des arts, qui ne manquent cependant pas plus d’unité et de beauté dans leurs formes, que les produits vivants obtenus du croisement des races.
- Un autre orfèvre russe, M. Yerkhovzoff, a exposé deux bas-reliefs en argent repoussé, représentant, l’un, divers sujets pieux dans de petits médaillons; l’autre, une descente de croix. Cette dernière est d’une exécution médiocre; il y a plus de finesse et de fermeté dans les médaillons. Ces deux pièces sont destinées à la reliure de livres saints.
- M. Albert Wagner, de Berlin, qui a exposé le beau vase dont j’ai parlé il y a quelques jours, et avec qui je visitais les œuvres des orfèvres russes, me disait qu’il avait craint de voir parmi les objets en argent ciselé qu’on attendait de Saint-Pétersbourg, des choses qui l’écraseraient, parce qu’il savait, ajoutait-il avec une franchise toute allemande, que beaucoup d’ouvriers français travaillaient dans cette ville, et que même un de ceux qui l’avaient aidé dans la ciselure de son vase y avait été mandé avec un traitement de 16,000 francs par an.
- Preuve nouvelle du rayonnement de l’art français chez les peuples les plus lointains !
- Saint-Pétersbourg n’ayant envoyé aucune pièce d’orfévrcrie faite par quelqu’un de nos artistes, M. Wagner était assuré désormais que Berlin marcherait immédiatement après Paris.
- Deux maisons russes ont étalé aux yeux des visiteurs de riches et beaux échantillons de joaillerie. L’une d’elles, dont les chefs, MM. W. Kaemmerer et Saefftigen, sont joailliers de l’empereur Nicolas, a un diadème en diamants et émeraudes cabochons du prix de 87,500 francs; un collier en rubis cabochons et diamants, un bouquet de diamants, un bouquet en diamants et turqoises. La seconde maison, celle de M. Jahn et Bolin, joailliers de la cour à Saint-Pétersbourg, expose deux broches, deux bracelets, une Sévigné, et un diadème, lequel renferme 1,800 brillants d’un poids de 260 carats, 1,600 roses, 11 opales, 67 rubis, et vaut 137,000 francs.
- Moins sveltes de dessin, moins pures de lignes que 'les pièces analogues exposées par MM. Froment-Meurice, Lemonnier et quelques autres joailliers parisiens, ces belles parures russes présentent une monture plus légère que la monture française, puisque l’on ne voit pas les griffes qui retiennent les pierres, tandis que chez nous le travail de la sertissure est plus apparent. Mais, le nouveau procédé
- employé à Saint-Pétersbourg offre-t-il assez de solidité? il est permis d’en douter-, la danseuse qui illuminera de ces joyaux son front, ses cheveux, ses épaules et son sein, pourra, bien représenter au naturel la fabuleuse Rosée, semant perles et diamants sur ses pas.
- J’examinais ces parures en compagnie d’un de nos plus habiles bijoutiers. Il me certifiait que le travail de la chaîne d’un des bracelets exposés par MM . Jahn et Bolin, était français. J’interrogeai M. Bolin, et j’appris de lui que c’était un ouvrier russe qui avait exécuté ce bracelet sur un modèle français rapporté, par cet honorable fabricant, de Paris à Saint-Pétersbourg. L’habikté manuelle de l’ouvrier russe avait trompé l’œil exercé de l’homme du métier : cette méprise ne se produira jamais devant un morceau exécuté par une main anglaise. L’art, qui s’étiole et dépérit en Angleterre, semble promettre un plus riche épanouissement sous le ciel de la Russie.
- M. Laggatt, de Montréal, a exposé, dans les galeries du Canada , quelques bijoux et une théière, qui dénotent un art à peine sorti de l’enfance. Ce que ces objets ont de plus curieux, c’est d’avoir été confectionnés avec des métaux et des pierres précieuses fournis par le Canada lui-même.
- M, Hope, l’opulent • banquier hollandais, a fait placer dans une cage de fer, à l’entrée des salles de la Hollande, une collection de quinze ou vingt joyaux de la plus grande rareté. On remarque, dans leur nombre, une perle, la plus grande connue, pesant 1,800 grains, puis les aigues-marines, des saphirs, des opales, des émeraudes, dont une dans sa matrice, le plus grand œil de chat connu, un autre œil de chat à teinte darse, un morceau de cristal de roche contenant de Peau dans son intérieur, des huîtres perlières, un assemblage d’améthystes de la Transylvanie, etc.
- L’art n’entre que pour fort peu de chose dans la plupart de ces trésors inmübes, et je me prends à plaindre la monomanie de teor possesseur quand je songe aux nobles plaisirs, amex jouissances de l’ordre le plus élevé qu’un particulier pourrait se donner avec tous les millions enfouis dans ces vaines curiosités.
- Rentrons en France, et, avant de clore cette revue, admirons quelques objets 'nouvellement exposés, dont la nature n’a pas fait tous les frais, que l’art a touchés de son doigt vivifiante, et qui parlent à l’âme comme aux yeux.
- Le duc d’Orléans, un ami avant la triste catastrophe qui lui coûta la vie, avril remporté en Angleter-un prix de courses et gagmé an bouclier. Désireux d’offrir, en retour, à ses hôtes d’Outre-Manche, une œuvre d’art digne d’être proposée en prix aux courses de Goodwood, il comiaanda à MM. Durand et Klagmann un vase qui fut exécuté à la satisfaction du prince et des amis de motoe orfèvrerie. Ce vase fut gagné par le duc de Richmond, qui a bien voulu le mettre à la disposition de M. Durand. C’est ainsi qu’il se trouve au Palais de Cristal.
- Sur le pied sont assis deux chevaliers complètement armés et tenant les armes de Philippe d’Orléans. Aux flancs se trouvent quaffiremédaillons où sont représentées l’équitation française, l’équitation anglaise,. la croupade allemande, le cavalier arabe. Au dessus des médaillons régime mie frise circulaire, divisée en deux moitiés égales jpar la naissance dès anses; dans l’une de ces moitiés, M. Klagmann a sculpté un tournoi sous François Pr; dans l’autre, un carrousel sous Louis X1W. Les anses sont formées par deux victoires aux ailes déployées et tenant des enroulements de métal qui l es unissent à deux chevaux placés sur chaque coté de l’ouverture du col. Tout cela forme un fort lu-.l -ensemble, où les détails de l’ornementation ne surrfiw'genl ni n’absorbent les lignes elles-mêmes du vase.
- Mais sommes-nous donc au temps où Néron faisait dorer les chefs-d’œuvre qu’il ravissait à la Grèce, du bien à cette époque infime o* quelque sacristain gâtait, par le même procède , Ses bas-reliefs de Jean Goujon au jubé; aujourd'hui détruit, de Saint-Ger-main-l’Auxerrois? Quicom que: a vu, il y a dix ans, le superbe aspect que la œoiiîcur de l’argent, oxydé donnait au vase de MM. Durand et Klagmann,'" le croira, s’il revoit aujourd’Huii ce même vase doré de, la base au sommet.
- Outre la monotonie de Faspect actuel, outre l’effacement des plans, combien d’exquises finesses de ciselure n’ont-elles pasdisjfiaui’U, surtout dans les pe -tifs détails; sous les riches eirapâtomonts de la du-
- : rare ! Ce pauvre diable de l’antiquité, qui, ne pouvant peindre Vénus belle, la peignait riche, ne cachait du moins que de très-laides choses sous les splendides vêtements qu’il donnait à sa triste déesse. On se sent donc tout disposé à l’absoudre. Mais peut-on être aussi indulgent envers MM. Storr et Mortimer, qui ont doré, c’est-à-dire voilé et éteint en partie les beautés de l’œuvre des deux artistes français?
- M. Durand a encore exposé un Milieu de Table, où des enfants bien dessinés jouent dans des ornements style Louis XV. Ces enfants se retirent à volonté et se remplacent par des coupes de cristal. Celte pièce ingénieuse fait partie d’un service de table, commandé par une riche étrangère qui habite Paris. Espérons que madame Ringham, qui paraît être une personne pleine de goût, ne fera pas dorer ces beaux objets.
- J’ai dit que M. Odiot se préocuppe malheureusement trop de l’art anglais, et je vais démontrer en deux mots la justesse de cette assertion.
- Les artistes de la Grèce et de Rome subordonnaient au vase proprement dit le pied, les anses, le col, le couvercle de ce même vase. Ainsi firent les orfèvres de la Renaissance, en donnant toutefois un peu plus d’importance à l’ornementation ; mais les galbes primitifs restèrent sous leurs mains toujours purs et tranquilles. A la Renaissance succéda l’époque de Louis XIV. Elle est représentée dar Lepautre, qui amoindrit la forme sous une grande abondance de détails. Puis vint le genre Louis XV, qui ne se contenta pas d’être abondant, mais se montra prodigue et luxuriant. Alors le vase subalternisé devint l’accessoire, et le pied, les anses, le col, le couvercle jouèrent les rôles principaux.
- Dans la plupart des œuvres de Lepautre on devine encore une forme qui ne manque pas absolument de grandeur. Dans celles des deux Germain, celle forme a entièrement disparu sous une incroyable fusion de détails tins et contournés. Si on parvient à la saisir par quelque échappée, on la trouve d’ordinaire humble et écrasée.
- Qu’ont fait les Anglais? Ils se sont contentés de dépouiller de tous leurs ornements les vases de la dernière époque française, dont je viens de parler, et ils n’en ont gardé que la forme défectueuse. C’est aussi précisément ce qu’a fait, après eux M. Odiot, avec moins de mauvais goût, il est vrai, parce que les ouvriers français qu’il emploie sont plus habiles que ceux des ateliers anglais.
- Ce jugement embrasse tous les objets exposés dans la vitrine de M. Odiot, si on en excepte le grand vase d’argent du triomphe cl’Amphitrite, qui' rappelle Lepautre, et les deux pièces destinées à compléter le service du duc de Penthièvre, et qui se rattachent directement à la manière de Thomas Germain.
- A quiconque, d’ailieurs, douterait de la justesse de nos appréciations, nous citerons les jugements du jury central des deux dernières expositions des produits de l’industrie française.
- En 1847, MM. Fontaine, Barbet, Beudin, Bianqui, Brogniart, Cbevreui, Denière, Firmin Didot, Ainédée Durand, Léon Feuchère, Ilericart de Thury le comte de Laborde, le comte de Noé, Picot, Sallandrpuze de Lamornaix, disaient à propos de M. Odiot ; « Cette
- ancienne maison....., conseillée sans doute par ses
- relations à l’étranger, s’est inspiré, dans sa fabrication, des formes anglaises. »
- En 1849, le jury, un peu modifié par l’adjonction de quelques nouvelles capacités, parmi lesquelles il faut compter MM. Pouillet, J. Persoz, Natalis, Ron-dot, Peupin, Bougon, Wolowski, disait encore : «La fabrique de M. Odiot... produit beaucoup pour l’exportation, en se pliant au goût des contrées d’où lui viennent les commandes. »
- Est-il besoin de tirer les conclusions qui découlent d’elles-mêmes de ces dernières lignes?
- Avec M. Odiot, nous sommes descendus de la liante orfèvrerie à l’orfèvrerie de commerce. Avec M. Chrislotlc et M. Thouret, si nous ne remontons pas aux régions élevées de l’art, nous avons du •moins l’avantage considérable, grâce aux précieux procédés qu’ils mettent en usage, de payer très-bon marché des produits relativement très-beaux.
- Nous n’ajouterons rien de plus sur ces maisons si honorablement connues, sinon que nous souhaitons, avec ie jury de 1849, que l’admirable procédé qui esl la propriété personnelle de M. Christofle, lui soit racheté par l’Etat pour être réuni au domaine pu blic.
- Toute industrie a sa raison d’être : celle des n
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- cessaires prospérera surtout chez un peuple voyageur. C’est ce qui fait que le touriste trouvera toujours dans les principales villes de l’Angleterre, de l’Ecosse et même de l’Irlande, une foule de magasins où il pourra choisir le nécessaire qui lui convient le mieux. En France, il n’en est pas ainsi, et Paris est la seule ville où un petit nombre de fabricants se soient occupés sérieusement de ces meubles qui, par le temps de locomotion qui court, méritent plus que jamais leur nom.
- Donc, au Palais de Cristal, le nombre des Anglais qui en ont exposé devait être et est, en effet, beaucoup plus grand que celui de leurs rivaux de France. A MM. Mechi, Charles Asprey, Edwards, Leuchars, Strudwick, Austin, de Dublin, Collis, de Birmingham, Hancock, Stocken, etc., nous n’avons à opposer que MM. Aucoc et Audot; mais on peut dire de ces derniers : Pauci numéro, sed vivid,a virtus. 11 est juste d’ajouter ici, sur un échelon inférieur, le nom de M. Laurent.
- Parmi ces trois exposants français, M.* Audot, qui paraît s’être renfermé dans cette spécialité, a exposé une collection de nécessaires simples et riches à la fois, à combinaisons variées, tous à pièces d’argent, où les émaux, les nielles, les damasquinures d’or se marient heureusement à la ciselure, à la gravure, au guilloché. Il n’est pas un nécessaire anglais qui puisse entrer en comparaison avec M. Audot, sous le rapport du bon goût, du fini du travail, et, remarquez bien ceci, du bon marché,
- Pour être à peu près complet dans le compterendu de la catégorie de produits qui m’occupe en ce moment, il me resterait à parler de MM. Bruneau, Maillot, Plichon, Cornillon, Payen jeune, Latellin et Payen, Fray Martial, Pichard, Bouillette etllyvelin, qui tous méritent à différents titres d’être honorablement mentionnés. MM. Bouvenat, Dafrique, et Savary et Mosbacb, méritent mieux qu’une simple mention; je terminerai cet article, déjà long, en leur consacrant quelques lignes.
- C’est plutôt sous le point de vue industriel que sous celui de l’art qu’il faut examiner l’Exposition de ces messieurs. M. Bouvenat, par exemple, me disait qu’il avait la préteution de faire, non de l’art, mais de la bonne fabrication s’adressant aux étrangers aisés de tous les pays, qui visitent la France, et qui s’en retournent rarement sans avoir acheté quelques-uns de ces bijoux que nous produisons avec une grande supériorité de main-d’œuvre et à meilleur marché que tous les autres peuples.
- Nous donnons purement et simplement le catalogue de quelques-uns des objets fabriqués et exposés par M. Rouvenat : c’est une page d’histoire qui en vaut bien une autre.
- Une épée d’honneur pour le général Mosquera, président de la Nouvelle-Grenade ;
- Une autre pour le général Ballivian, président de a Bolivie;
- Une autre pour le général Erran, président de la Nouvelle-Grenade ;
- Une autre pour le général Nicher; président d’IIaïti;
- Un sceptre, une main de justice, un globe impérial pour S. M. l’empereur Faustin 1er, sur la commande duquel M. Rouvenat a déjà confectionné une couronne d’or, du poids de huit livres, enrichie de diamants ;
- Une couronne, deux parures en diamants, un collier de l’ordre sainte Anne et la croix de sainte Anne, pour S. M. l’impératrice d’Haïti.
- M. Dafrique attire l’attention des connaisseurs par la beauté de ses camées montés en or et ornés de pierreries, et aussi par un très curieux bracelet en passementerie d’or, que nous avons manié et trouvé souple comme un ruban de gros de Naples. La fermeture de ce bracelet est à cliquetage, ou mieux à crémaillée ; et ce qui la rend plus remarquable, c’est d’avoir été appliquée à une chaîne tellement mince, qu’elle se trouve perdue entièrement. Son habileté a déjà valu deux fois la médaille d’argent à M. Dafrique.
- Quant à MM. Savary et Mosbacb, qui en ont obtenu une d’or en 1819 pour la perfection avec laquelle ils imitent la bijouterie line, on comprend qu’ils ne sauraient, rencontrer de vainqueurs au Palais de Cristal, eux qui ont à peine des rivaux à Paris.
- J-J. Aunoux.
- FAITS INDUSTRIELS.
- VISITE DE M. DUPIN AÎNÉ A L’EXPOSITION DE LONDRES. — Notre honorable compatriote, M. Dupin, président de l’Assemblée nationale, a voulu profiter des quatre journées pendant lesquelles il n’y a pas eu de séance publique, pour aller visiter, à Londres, les merveilles de l’Exposition, et juger par lui-même du rang qu’y occupe notre industrie nationale. Arrivé le 6 juin, M. Dupin était le lendemain à dix heures du matin sous les voûtes du Palais de Cristal. il en a d’abord examiné l’ensemble, admiré la structure à la fois ingénieuse et hardie, l’élévation de ses voûtes, leur étendue, et l’art avec lequel on avait multiplié et facilité les moyens de circulation. Il s’est ensuite dirigé vers le quartier français. Dans cette visite, il était accompagné de M. le baron Charles Dupin, son frère, l’un des présidents du jury, de MM. Sallandrouze, Héricart de Thury, Le-gentil et de plusieurs autres membres du commissariat français. M Dupin a parcouru successivement toutes les galeries où sont étalées les richesses de notre industrie; les tableaux des Gobelins, les tapis d’Aubusson, les meubles de Beauvais, les meubles incrustés; la magnifique argenterie d’Odiot et des autres orfèvres français, la coutellerie qui s’y mon.--tre avec une grande perfection, ainsi que nos fabriques d’armes; l’exposition lyonnaise avec ses étoffes d'or et d’argent, ses broderies, ses tentures, ses soieries offrant tour à tour les dessins les plus larges et les plus gracieux; les produits si variés de Mulhouse, puis les fleurs de Constantin, les parures étincelantes que les bijoutiers français ont édifiées pour la reine d’Espagne; les draps, les bronzes, l’horlogerie ; en un mot, toutes les parties composant le quartier français qui est incontestablement le plus beau, dans les plus grands genres, c’est-à-dire pour les objets de fabrication qui exigent le plus d’art et de goût.
- Vers midi, la reine d’Angleterre, qui visitait, avec le prince Albert, une autre partie de l’exposition, ayant été informée de la présence de M. le président Dupin’, a exprimé le désir qu’il lui fut présenté. M. Dupin s’étant aussitôt porté à la rencontre de Sa Majesté, elle daigna l’accueillir de la manière la plus gracieuse, se rappelant, quoiqu’elle fût alors bien jeune princesse, de l’avoir vu à dîner chez Mme la duchesse de Kent, sa mère, lors du voyage qu’il fit à Londres en 1834,
- Après avoir salué la reine et le prince Albert, M. Dupin reprit le cours de son examen, en parcourant successivement les quartiers des différents peuples : l’Inde, la Chine, la Russie, l’Autriche, la Prusse, la Belgique, et enfin l’exposition anglaise.
- La salle consacrée aux machines industrielles de l’Angleterre occupe à .elle seule un arpent de terrain. Les principales fonctionnaient devant les spectateurs, MaisM. Dupin fût surtout frappé du nonir bre et de la variété des machines et des instruments destinés à l’agriculture ; il convint hautement qu’à cet égard nous étions malheureusement fort loin de posséder de tels auxiliaires pour nos travaux agricoles.
- La visite ne cessa qu’à six heures du soir. Elle avait duré huit heures.
- situation industrielle. — Un de nos correspondants de Courtrai nous transmet les renseignements suivants sur la situation industrielle du département du Nord et de la Flandre :
- « Le malaise des industries de ce département va toujours croissant et quelsques-uns vont jusqu’à penser que la crise actuelle n’aboutira qu’à une ruine, à une grande ruine. Les fabricants disent : « L’année est plus mauvaise que 1848. Alors nous vendions, au moins, avec un bénéfice médiocre à la vérité; mais aujourd’hui la vente a presque cessé et nous ne trouvons à placer nos produits qu’avec perte. »
- « A Turcoing, à Roubaix, on ne travaille plus que trois jours par semaine. Le tissage est presque suspendu, ou du moins il ne tardera pas à l’être.
- « Il va sans dire que nos malheureux tisserands tlamands, occupés dans les fabriques du département du Nord, sont les premiers à être privés de travail. Quelques-uns sont revenus dans les Flandres; plusieurs vont faire la moisson dans les environs de Paris ou d’autres parties de la France
- « La semaine dernière , on a espéré un peu d’amélioration , mais la situation n’a pas changé, et, tout en restant dans une stagnation complète, les établissements qui occupent un certain nombre d’ouvriers en ont congédié plus de la moitié.
- « Les magasins sont encombrés. Les fabricants ont d’énormes quantités de laines et de cotons filés. On ne peut les employer.
- « A Turcoing, un fabricant a perdu plus de 15,000 fr. depuis quelques semaines par suite de cette malheureuse situation.
- « Le contre-coup de cette situation se fait sentir dans nos Flandres de la manière la plus pitoyable. A Gand, la cité qu’on appelle ici le chancre industriel de la Belgique, le travail s’arrête désormais à quatre heures dans les fabriques ; c’est là un commencement de chômage. A Courtrai, la moitié des tisserands est seulement occupée et encore ceux qui travaillent ne font-ils qu’une partie de leur tâche ordinaire.
- « il y aura heureusement, sinon une compensation, au moins un soulagement à la triste position que va faire aux classes ouvrières cette absence de travail prolongée, continue peut-être : ce sera l’abondance et la qualité de la récolte. Les tisserands sans ouvrage ou iront faire la moisson dans les départements français ou la feront chez nous. On ne voit pas jusqu’ici de mendiants et il faut souhaiter plutôt qu’espérer qu’on en verra peu. La récolte du colza commencera sous peu ; l’an passé, on a manqué de bras pour la faire. Puisse-t-il ne pas s’en présenter tpop, cette saison.
- « P. S. L’industrie des verres résiste seule à toutes les secousses politiques. Depuis longtemps déjà les maîtres des verreries ne font plus voyager : les commandes savent venir d’elles-mêmes. L’élan ascen-tionnel de cette industrie est vraiment étourdissant. »
- Balance monétaire exécutée par l’opticien Deleuil, d’après M. le baron Séguier. — Cette élégante machine, qui peut peser cent pièces par minute, à un milligramme près, est placée à hauteur d’homme. Elle repose sur une table ; une cage de verre la recouvre. C’est une petite roue en cuivre, armée de pointes longues et courtes. D’un côté, à moitié hauteur de la hauteur de la roue, est une sorte d’entonnoir où l’on jette les pièces à peser ; cet entonnoir se termine en une rigole qui descend sous la roue et passe de l’autre côté, à peu près comme le coursier d’une roue hydraulique. Les pièces se suivent l’une après l’autre dans cette rigole, à mesure que la roue, en tournant, les contraint à descendre. Au bas de la rigole, sur la table, se trouve un tube dans lequel descend la pièce ; le fond de ce tube est mobile ; le mouvement de la roue fait faire au fond mobile un petit déplacement horizontal, à l’aide duquel il porte délicatement la pièce sur le plateau d’une petite balance. La machine tourne toujours, et, l’instant d’après, une seconde pièce vient prendre la place de la première, en repoussant celle-ci qui glisse sur le plateau et tombe dans un trou qui est du côté opposé à ce plateau. Ce trou communique avec trois poches séparées placées en dehors de la table. C’est là que la magie commence. Si la pièce a le poids requis, elle parvient, après être tombée dans le trou, jusqu’à la poche du milieu, qui est celle des bonnes pièces; légère, elle arrive dans le plateau de gauche; lourde, dans celui de droite. —Voici maintenant comment les choses se passent dans l’intérieur de la table. Lorsque la pièce est sur le plateau de la balance et que son poids est exact, la pièce trouve, en tombant dans le trou, une conduite qui aboutit tout droit à la poche du milieu ; mais si la pièce est trop légère, le poids placé dans l’autre plateau l’emporte un peu , le fléau de la balance s’incline , et cé mouvement fait lever au-dessus de l’une des deux colonnes qui supportent le couteau (celle qui est la plus voisine du plateau portant le poids) une petite palette, à laquelle tient une tige verticale. Cette ligne descend le long de la colonne, pénètre dans la table, et met en mouvement un petit système qui forme le conduit direct et en ouvre un second aboutissant à la poche des pièces légères. Une manœuvre semblable s’opère sur la colonne la plus voisine de la pièce ; si celle-ci est trop lourde, le conduit direct des bonnes pièces est‘égahment fermé, et un troisième conduit, celui qui mène à la poche des pièces lourdes, s’ouvre alors divant la pièce affectée de ce défaut.—Cette machine travaille avec une rapidité et une précision surhumaine. C’est la première qui ait été faite, et elle n’a été finie qu’une semaine avant l’ouverture..— L’honorable inventeur de cette machine est le iils de feu le premier président de la cour d’appel de Paris. — Le soin de sa construction a été confié à M. Deleuil, opticien de Paris, médailliste aux Expositions 1834, 1839 et 1849.
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- LE PALAIS DE CRISTAL,
- VITRAUX DE L’ÉGLISE SAINT-LAURENT,
- PAU M. GALIMARD.
- Nous donnons dans ce numéro les gravures sur bois des magnifiques vitraux de M. Galimard.
- Proclamons-le, à la gloire de l’art moderne, la peinture sur verre de notre époque n’a plus rien à envier à celle du moyen-âge.
- Avant de rendre compte des immenses dessins dont nous publions les gravures, nous devons dire un mot sur l’ensemble de la décoration générale du chœur de l’église Saint-Laurent.
- Elle comprend neuf grandes compositions.
- — Trois au fond : Jésus-Christ donnant la bénédiction au peuple de Judée; saint Laurent et sainte Apolline. — Trois à droite, représentant le martyre de cette sainte, saint Domnole et les quatre Évangélistes. — Trois à gauche, ayant pour sujets le martyre de saint Laurent, sainte Philomène, et enfin les cinq épistolographes.
- On saisit d’abord la pensée synthétique qui a dicté cette composition monumentale : Loi divine, Obéissance, Récompense.
- La première est figurée par les apôtres, qui écrivent les épîtres et les évangiles ; la seconde montre les martyrs subissant la mort, en confessant le Rédempteur; la troisième représente ce qu’en langage panthéiste on appellerait une apothéose, et ce qu’en une autre langue on appelle les félicités célestes.
- — Récompenses assurées de tout ce qui fut juste sur cette terre.
- La verrière, placée au centre de la décoration que nous avons à peine indiquée, est au-dessus du maître-autel; elle représente le Christ dans la gloire. Le Fils de Dieu domine , les fidèles ; il est vêtu du manteau de pourpre parsemé d’étoiles, — symbole de son éternité. À la droite du Christ, du côté de l’Evangile, sainte Apolline est placée dans l’attitude de la prière ; une ineffable béatitude est empreinte sur ses traits. A gauche, sainte Apolline est représentée au moment où elle se précipite sur le bûcher. Les esprits célestes semblent l’inviter à ce suprême sacrifice, tandis qu’un autre ange lui présente la palme du martyre.
- La verrière qui touche au supplice de sainte Apolline montre saint Domnole, abbé de l’ancien monastère de Saint-Laurent.
- Les Évangélistes sont représentés sur une muraille contiguë à cette verrière : Saint Luc, saint Mathieu et saint Marc écrivant, pendant que Jean, le disciple et l’apôtre bien-aimé, se retourne avec une douloureuse tendresse vers la croix qui brille sur le Calvaire.
- A la gauche du Christ est saint Laurent. Le diacre presse sur son cœur la palme des élus, et il s’appuie sur l’instrument de son supplice.
- L’autre verrière représente le martyre de saint Laurent ; deux anges le soutiennent dans cette suprême épreuve; ils semblent attendre l’âme du juste.
- Sainte Philomène est peinte dans une attitude admirable de calme. Elle tient dans sa main un lys emblème de sa pureté.
- La dernière verrière montre les cinq épistolographes. Saint Paul est au milieu appuyé sur une épée, à la fois symbole de son éloquence et instrument de son supplice. Dans l’attitude pensive de saint Jean, on reconnaît l’ami dans le disciple; saint Pierre est assis tenant dans ses mains les clés mystiques. A notre avis, Tune des plus ingénieuses idées de M. Galimard, dans ce travail, consiste dans la délicate attention qu’il a eue de placer saint Pierre à l’angle du sanctuaire, comme pour rappeler que ce grand saint est la pierre angulaire de l’Eglise catholique. Les figures de saint Jacques et de saint Jude complètent cette composition.
- Tel est l’ensemble de cette décoration monumentale, commandée à M. Galimard, sous l’administration de M. de Rambuteau, et terminée par cet artiste, en 1849.
- Nous avons remarqué, dans les figures des verrières qui nous occupent, une expression que les anciens n’avaient pu donner aux leurs, soit que la théorie de Y harmonie des contrastes leur fut inconnue, soit • qu’une trop grande crudité de tons,
- : blessante pour le regard, ne se prêtât pas aux effets d’ombre obtenus de nos jours (1).
- Les"traits calmes du Christ et son regard inspiré sont rendus avec une grande pureté et une véritable onction.
- Ces vitraux, qui présentent une surface de quatorze cents pieds, sont traités dans le caractère de l’école romaine, et, sont avec ceux de Sainte-Gudule de Bruxelles, les plus importants que Ton connaisse.
- BERCEAU ET BERCELONNETTE.
- Ces meubles de la première enfance sont marquésaucoin dugénie artistique del’Angle-terre, c’est-à-dire que l’ornementation y est prodiguée aux dépens de l’harmonie des parties entre elles et delà délicatesse du dessin.
- (Voir les dessins page 120.)
- (I) La peinture au douzième siècle, n’était, comme on sait, qu’une mosaïque , et les dessins étaient simplement au trait sans ombre.
- BULLETIN SCIENTIFIQUE.
- Sciences appliquées aux arts.
- Il s’est introduit, depuis plusieurs années, dans l’hygiène publique, un élément qui est destiné, par l’emploi que Ton en fait, à rendre de grands services.
- Nous croyons devoir signaler aux industriels l’article suivant sur cette substance qui a le double -avantage de pouvoir être appliquée avec succès dans l’art médical et dans les arts industriels.
- de l’iode.
- L’iode fut découvert accidentellement par de Courtois en 1811 ou 12. Décrit d’abord par Clément, sa nature précise fut bientôt après déterminée par Gay-Lussac et sir Humphrey Davie. U n’existe pas dans la nature à l’état de liberté, comme le chlore et le brome, avec lesquels il a de grandes analogies, on le trouve en grande abondance toujours uni au sodium, dans les plantes marines, telles que les varechs, les vucus, et généralement dans la famille des algues ; mais il existe aussi dans les matières animales et dans le règne minéral, à l’état d’iodure d’argent.
- Son équivalent en poids est 124; sa densité à l’état solide et à 17° est de 4,948; en vapeur, 8,61. U entre en fusion à 107°, et en ébullition à 180° environ.
- Le meilleur iode, d’après M. Balard est fabriqué ou plutôt extrait des corps qui le renferment, dans les manufactures qui avoisinent Glasgow, en Ecosse; c’est de là du moins que vient celui qu’emploient les daguerréotypistes américains.
- On le prépare en extrayant d’abord loute la partie du sodium auquel il est uni, soluble dans l’eau, et en chauffant à 110°. On verse alors dans un bassin de pierre et on ajoute de l’acide sulfurique étendu d’eau, dans la proportion dé une once pour huit Une ébullition très-violente a lieu alors, et après qu’on a laissé refroidir, on obtient un précipité de soufre et des cristaux de soufre et de soude.
- L’ébullition est produite par le dégagement de l’acide carbonique, de l’hydrogène sulfuré et de l’acide sulfureux. Le soufre est formé par l’acide sulfureux et l’hydrogène sulfuré agissant Tun sur l’autre et se décomposant mutuellement; l’hydrogène se mêlant d’un côté avec l’oxygène de l’acide, pour former l’eau, et laissant libre le soufre qui se dépose; en filtrant, on obtient un liquide clair qui contient de l’acide iodhydrique. On mélange ce liquide avec du peroxyde de manganèse, en soumet! nf le tout à une chaleur douce et dans un vase de plomb. L’iode se dégage alors sous la forme de petites écailles gris-noir d’un éclat métallique. Le vase de plomb doit avoir un goulot très-court, correspondant avec un grand ballon de verre. De cette manière, une partie de l’oxygène du péroxyde de manganèse s’unit avec
- l’hydrogène de l’acide iodhydrique et forme de l’eau pendant que l’iode laissé libre se volatilise en passant dans le récipient, et que l’acide sulfurique se combine avec le protoxyde de manganèse et reste dans le vase de plomb.
- L’iode ainsi obtenu est un corps solide d’un bleu noir et d’un éclat métallique. Quand on le fait volatiliser lentement, sa vapeur, qui est d’une couleur violette très-riche et très-intense,— ce qui lui fait donner le nom d’iode, du mot grec se con-
- dense en lames rhomboïdales ou écailles. II détruit les couleurs végétales, tache en jaune l’épiderme, le papier, etc.; il a une saveur âcre et une odeur qui rappelle celle du chlore et du brome ; il s’unit avec l’oxygène, l’hydrogène, l’azote et les métaux.
- L’iode n’est pas toujours propre aux opérations daguerriennes, sa pureté étant absolument néees* saire. Quelquefois, quand il n’est pas volatilisé de nouveau, il contient environ 1/4 d’eau, a une couleur gris de plomb et une odeur prononcée de chlore. U contient aussi fréquemment une petite quantité de charbon de terre, de plombagine, d’oxyde de manganèse, d’antimoine et de charbon de bois. La présence de l’iode est facilement reconnue car, mis en contact avec l’amidon, il produit une combinaison bleue que Ton nomme iodure d'ami don. Cet iodure se décolore à la température de 70 à 80°, et reprend sa teinte bleue quand la liqueur se refroidit. Cependant 8} Tiode contenait de l’acide
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- iodique ou des iodales, l’amidon ne donnerait pas de couleur bleue, à moins que l’on n’ajoutât quelque agent désoxydant, tel que l’acide sulfureux ; et s’il était combiné avec un iodite, on devrait employer l’acide sulfurique ou l’acide nitrique.
- Les solutions contenant des iodates, traitées avec le nitrate d’argent, donnent un précipité blanc soluble dans l’ammoniaque ; les iodites, au contraire, donnent, avec le nitrate d’argent, un précipité jaunâtre, qui se dissout mal dans l’ammoniaque; avec l’acétate de plomb, un précipité d’un jaune brillant, et avec le bichlorite de mercure, un précipité écarlate.
- A ces détails sur l’iode, donnés en grande partie
- par MM. Balard et Cooleyynous en ajouterons quelques autres empruntés à M. Pelouze :
- Les plus beaux cristaux d’iode s’obtiennent en abandonnant une dissolution d’acide iodhydrique au contact de l'air dans un flacon ouvert. L’hydrogène de cet acide s’unit à l’oxygène de l’air pour former de l’eau, tandis que l’iode reste libre, se dépose sous forme d’octaèdres allongés, quelquefois très-volumineux
- L’iode est peu soluble dans l’eau, qui n’en dissout qu’environ 0,007 de son poids à la température ordinaire ; mais il est trés-soluble dans l’alcool, et lui communique une teinte brune très-foncée.
- Cette dissolution alcoolique laisse déposer par réva porisation des cristaux d’iode. Elle est précipitée par l’eau qui en sépare immédiatement l’iode sous la forme d’un précipité brun.
- L’iode se dissout dans le sulfure de carbone et donne à ce liquide une teinte violette.
- L’iode, en réagissant sur les autres corps, se comporte, en général, comme le chlore et le brome; mais ses affinités sont plus faibles, et ces deux métalloïdes le déplacent de la plupart de ses combinaisons; il ne décompose pas l’eau sous l’influence delà radiation solaire.
- Ernest Lacan.
- FAMILLE CHINOISE.
- L’Exposition des produits de l’industrie chinoise est ouverte au public.
- On se rappelle, qu’il y a quelques années, un vaste édifice, orné au-dehors de bannières chinoises, et qui présentait la forme architecturale d’une pagode, avait attiré un concours de monde considérable. Les produits merveilleux de ce pays y avaient été réunis. Tout ce que le sol et le travail chinois ont de plus curieux se trouvait recueilli dans cette enceinte. On y avait même figuré l’intérieur des boutiques, des ateliers, des chaumières , des résidences princiè-res: des vases d’une incomparable richesse, des étoifes décorées d’un vif éclat s’y trouvaient.
- Cet emplacement était situé au coin de Hyde-Park (Hyde-Park corner).
- Le palais de l’Exposition a reçu la plupart des objets qui se trouvaient dans l’enceinte de l’Exposition d’Hyde-Park corner, qui portait le nom de Chinese Exhibition. Quelques objets nouveaux ont été ajoutés.
- FAMILLE CHINOISE.
- y igucucn
- que nous donnons ici retracent deux groupes non vivants et qui ont été disposés par les industriels chinois pour faire connaître les divers costumes des naturels de cette curieuse nation.
- Mais, de tout ce qui vient de Chine, ce qui attire le plus l’attention, et est digne du plus vif intérêt, c’est une famille chinoise dont nous espérons donner bientôt les portraits à nos lecteurs.
- Cette famille se compose du père et de la mère, de deux de leurs enfants, d’une gouvernante et de deux autres jeune Chinois. La femme est l’objet d’une grande attention, et l’admiration qu’elle excite est très-légitime.
- Ce qui surtout est de nature à surprendre ses visiteurs, ce sont les deux pieds incomparables de cette dame. Us
- n’ont pas plus de deux pouces de long, et pourtant elle marche: ( epùr si muove, dit Galilée). Les deux enfants sont charmants, et, à en juger par leur gaieté, ils ne paraissent pas regretter leur voyage en Europe.
- Ces deux vignettes représentent des groupes muets : et, si exacte que fût leur attitude, cependant l’exposition chinoise n’eût pas été complète, sans la présence au milieu de nous d’une famille qui nous donnera un échantillon vivant de ce peuple mystérieux enfermé dans son impénétrable muraille, et dont les actes sont faits pour confondre notre admiration.
- Un des traits caractéristiques de notre temps c’est l’audace des investigations, et dans peu d’années, sans aucun doute, bien des recherches seront élucidées.
- Qui sait ce qui sortira de ces arcanes que la Chine, les Indes, l’Amérique centrale, les bords occidentaux de l’Océan Pacifique, vont livrer aux savants, aux artis : tes, aux industriels?
- Selon les termes d’une correspondance particulière que nous consultions il y a quelques jours, la Californie, qui peut être une illusion au point de vue des mines d’or, rendra du moins ce service au grand travail des sciences, des arts et de l’industrie, d’établir une communication qui deviendra de plus en plus facile avec la Chine.
- Nous ne doutons pas que l’Exposition de Londres ne nons prépare autre chose en ce qui concerne la terre de Gengis-Khan, que des renseignements de pure curiosité.
- Déjà l’Angleterrre en frayant à son commerce une route audacieuse dans les Indes centrales, a conduit les peuples occidentaux dans un monde de découvertes sur l’antiquité, qui sont de nature à éclairer bien des questions, laissées obscures depuis plusieurs siècles. Que les nations arrivent à se communiquer aisément la connaissance de leurs richesses, et les progrt s de l’esprit humain et de la civilisation seront incalculables.
- Par suite de ce grand mouvement, le travail intellectuel de l’Europe pénétrera jusqu’au sein des populations cachées et discrètes de la Chine. Les arts et l’industrie profiteront des travaux de ce peuple original, au même degré que l’histoire, qui y trouvera sans doute la solution de bien des problèmes, et nous enrichira des trésors d’une grande érudition.
- Alexandre Lata
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
- COURRIER DE PARIS ET DE LONDRES.
- 26 juin 1851.
- Au Rédacteur en chef du palais de cristal.
- Mon cher ami,
- J’arrive de Londres, où j’ai fait toutes vos commissions.
- Je n’ai pas eu beaucoup de peine à vous assurer, parmi vos amis de la presse et des arts, en Angleterre, le concours auquel vous vous attendiez. Je n’ai eu que l’embarras du choix. Votre accession à la rédaction en chef du Palais de Cristal a réveillé beaucoup de sympathies dans notre monde industriel, artistique et littéraire; et je vous annonce, pour le prochain numéro, un Courrier de John Moore.
- C’est, vous le savez, un de ces fantaisistes anglais digne de son ancêtre Thomas, l’ami de lord Byron. Il s’est inspiré du grand poète; il vit au milieu des mélodies de la mélancolique Irlande, au sein des rêveries de Young, dans le champ de bataille des épopées dramatiques du vieux William (I): voilà pour le poète.
- Il est initié aux créations bizarres de Cruik-shanks, aux mystérieuses épigrammes de l’éternel II. B (2), au bruit des grelots du Püncii, le Charivari de Londres, le digne pendant de notre spirituel Charivari. Il a ses entrées dans les ateliers des grands peintres et des grands sculpteurs : voilà pour l’artiste.
- Enfin, chasseur intrépide, coureur de premier rang sur le turf, compagnon aimable et plein de cette animation réservée que nos voisins appellent humour, et qui ne ressemble en rien à notre gaieté parfois un peu bruyante, et toujours un peu familière, John Moore sait se faire bien-venir des châteaux (car, en Angleterre, mon cher ami, il y a encore des châteaux), et des clubs (car, à Londres, il y a des clubs) ; non pas de ces réunions politiques où l’on se ruait chez nous pour ne modifier ni son opinion, ni celle des autres, mais de véritables palais qui rendent la vie commune des hommes pleine d’atticisme et de bon goût, malgré les reproches de quelques douairières ou les bouderies de quelques jolies fiancées : voilà pour l’homme du monde.
- Ainsi attendez-vous à recevoir de votre ami John Moore un courrier bien complet.
- Si je ne me trompe, (car il m’a fait ses confidences), le jeune neveu du poète irlandais a l’intention de vous faire passer devant les yeux un spectacle assez curieux, et dont les autres correspondants français ne s’occupent guère, c’est le spectacle des spectateurs. Vous n’avez pas idée des excentricités dont l’Anglais est témoin de la part de ses visiteurs; et certes, sa réputation d’hospitalité est encore bien au-dessous de ce qu’elle mérite, si l’on en juge par le contraste des habitudes de nos compatriotes avec ces mœurs compassées et uniformes de la vieille Angleterre, qui n’ont guère changé depuis la reine Elisabeth.
- Cela donnera à notrè ami l’occasion d’initier la France à des mœurs qui, du reste, ont leur bon côté.
- Je n’ai paé voulu, néanmoins, revenir de Londres sans butin; et, avant de vous parler des plaisirs de Paris, puisque désormais il faut que je m’y amuse, par ordre, je vous dirài ce que j’ai vu tout récemment, avant de reprendre le railway de Folk-stone.
- Et d’abord Un spectacle touchant :
- Samedi dernier, le Palais de Cristal était assiégé non plus par une foule élégante, active et pleine de jeunesse, mais par une foule de vieillards et d’infirmes choisis parmi les invalides du travail industriel , dans les hospices et dans les ateliers, et qui venaient, au déclin de la vie, saluer cette nouvelle aurore de l’industrie :et des arts. N’est-ce pas une noble et grande pensée que les commissaires royaux ont eue là, de mettre à la disposition de ces vieillards un certain' nombre de chaises roulantes, au moyen desquelles ces représentants d’une génération qui s’éteint viennent en quelque sorte bénir les destinées des générations qui grandissent. Quoi de plus touchant, quel hommage plus sympathique que ce salut du passé devant l’avenir. Je ne puis vous dire - toute l’émotion que les spectateurs privilégiés de cette promenade, qui avait quelque chose de saint, a laissé dans les âmes. En vérité, tel que Dieu l’a
- (1) Prénom de Shakespeare.
- (2) Célèbres caricaturistes.
- fait, le cœur humain est bon ; les jeunes gens jouissaient du plaisir de ces vénérables visiteurs.
- Je ne vous apprendrai rien de nouveau en vous disant que le chiffre des livres sterlings s’élève de jour en jour, et que plus de cent cinquante millions passeront dans la caisse du Palais de Cristal. Jugez maintenant des énormes dépenses qui vont être faites sur le continent anglais !
- Qu’ils sont habiles, nos voisins! de faire, d’un seul coup, un grand acte et une bonne affaire.
- Mais ce qui est à l’ordre du jour, en ce moment, ce sont les banquets.
- Le banquet est, chez nos amis les Anglais, le meilleur moyen de se reposer et de se féliciter. La tradition du toast, de ce discours armé d’un verre, est plus que jamais en cours d’exécution ; de tous côtés, on trinque. Hier, lord Stanley et M. Charles Dupin buvaient, comme vous le savez, à la gloire réciproque des nations, au milieu de la corporation des tailleurs ; puis à Derby, M. Fox qui, avec M. Paxton, a élevé le Palais de Cristal ; puis les imprimeurs mécaniciens, à la taverne des Francs-Maçons, sans compter les banquets anonymes où les représentants de l’industrie se promettent, pour le moment, le plus touchant accord, et s’élèvent avec une vive émotion contre cette noire déesse, VEnvie, la mère de tous vices, y compris la Concurrence. Tout cela est fort édifiant.
- Ce qui vient couronner l’œuvre, c’est que l’on s’entretient très-sérieusement, à Londres, d’une fête superbe que doit donner bientôt, à Paris, dans notre magnifique Hôtel-de-Ville, M Berger, le préfet de la Seine, qui s’y entend fort bien. Les commissaires royaux de l’Exposition seraient les héros de cette fête.
- Enfin, en dehors de l’Exposition, les joies de Londres ne laisseraient rien à envier aux habitués les plus infatigables de nos joies parisiennes : Carlotta Grisi, M11® Caroline Duprez, Mue Cruvelli et notre bien-aimé Lablaehe font les beaux jours de l’Opéra. M11' Rachel est au théâtre Saint-James ce qu’elle est aux Français, entourée d’admiration et de sympathie pour son 'talent qui va jusqu’à l’évocation des personnages qu’elle représente. Elle prépare en ce moment l’ouvrage de Victor Hugo : Angelo, tyran de Padoue On est curieux de savoir comment cet ouvrage, inédit à Londres, y sera accueilli.
- Mais en voilà assez sur Londres.
- Je traverse le détroit : ce n’est que l’affaire d’y songer ; et me voilà de retour à Paris, foyer de cette fournaise des lettres et des arts, où les œuvres de l’esprithumain s’élaborent pour se répandre en fusion dans le monde entier, cette .Argos où l’on revient toujours avec passion.
- Il faut avouer que je ne suis pas à plaindre au retour.
- . Je ne parle pas de ce que l’on est convenu de nommer les petits théâtres. Les uns sont fermés ; les autres vont fermer ; quelques autres enfin vont rouvrir. Voilà ce que je puis en dire de mieux pour cette semaine : Nous verrons plus tard.
- Mais, du moins, quant au ^grands théâtres, c’est autre chose !
- A l’Opéra, l’Alboni qui termine sa rentrée, laisse des souvenirs pleins de charme et d’expression dans la mémoire des dilettanti de la rue Le Pelletier et dans la caisse du théâtre. Quelques débuts heureux font très-volontiers supporter les 25 degrés de chaleur qui font fuir ordinairement la porte des- établissements dramatiques, porte dorée pendant l’hiver, porte du Dante, sans espérance et sans réalité, pendant les chaleurs de la canicule.
- Mais ce qui surtout me remplit d’aise, à mon retour, ce sont les deux faits considérables de la rue Richelieu : Le choix des membres du Comité de lecture et la première représentation de la comédie des Bâtons flottants, par M. Liadières.
- Tout le monde se demande à quoi bon le changement que le ministre de l’intérieur vient de faire du comité de lecture du Théâtre-Français
- Qu’est-ce, en effet, qu’un comité de lecture?
- Prenez au hasard dix, vingt, cent personnes: Posez-leur cette question ; il est à parier que vous aurez dix, vingt, cent opinions différentes :
- On vous dira :
- Un comité est il composé d’acteurs ? voilà ce qui se passe. M. un tel écoute le nom des personnages du drame ou de la comédie; s’il entrevoit qu’il a un bon rôle, il prépare sa boule blanche; s’il s’aperçoit que son camarade en a un meilleur que, lui, il se promet de mettre une boule noire ; s’il n’a pas de V
- rôle, il s’endort; et, tout naturellement il lance contre le pauvre poète la boule noire que pendant son cauchemar il a mise dans sa main.
- Mademoiselle une telle se conduit exactement de la même façon.
- Conclusion : arbitraire.
- Casimir Delavigne qui a eu, au début de sa vie, à se plaindre des comités de lecture, a fait, à l’occasion de cette magnifique, mais stérile institution, son meilleur ouvrage : Les Comédiens. Or, à ceux qui précèdent nous ajouterons les deux types que notre poète nous rappelle ; types historiques, comme on sait.
- En ce temps-là, les acteurs étaient tout-puissants et se partageaient la besogne. Les manuscrits étaient distribués à chacun des sociétaires qui prononçaient.
- L’un d’eux remit son manuscrit a un auteur éconduit, en lui faisant des observations assez longues et assez générales sur son œuvre, à la suite desquelles il concluait par un refus... Or, le manuscrit n’était autre chose qu’un rouleau de papier blanc.
- Un acteur qui ne voulait pas absolument admettre un jeune poète, lui rendit son drame sur le premier feuillet duquel était cette phrase, de la main même du sociétaire avec l’orthographe du sociétaire :
- Cette ouvrage est mal écrite.
- Mais, dira-t-on, où est le remède? Mon Dieu! selon nous, il n’y en a pas, en ce qui concerne l’organisation d’un comité. Le remède, c’est un bon directeur qui a de l’influence sur les juges.
- Or, à cet égard, M. Arsène Houssaye a prouvé, depuis qu’il est au théâtre Français, qu’il avait parfaitement l’intelligence de sa mission. Il a relevé le théâtre Français d’une ruine imminente ; il a ramené le public qui s’éloignait.
- Ajoutons, quant au comité de la comédie française, que les artistes de notre temps ne ressemblent que par les traditions du talent dramatique à leurs devanciers ; et que l’on compte, dans le nombre, des écrivains qui ont fait leurs preuves, tels que Sam-, son, etc...
- A quoi bon changer ce qui était bien depuis deux ans ?
- Ne risque-t-on pas maintenant, en introduisant dans le comité des littérateurs, qu’ils n’y fassent entrer avec eux leur système, leur affections ou leurs antipathies?
- . Selon nous, le meilleur moyen c’est de laisser à un directeur et à un comité d’artistes, le soin de choisir ou de refuser les œuvres dramatiques. Les chefs-d’œuvre ne sont jamais égarés; on les retrouve toujours; et là dessus, il n’y a pas la moindre inquiétude à avoir.
- Voici, du reste, la composition de ce nouveau comité :
- Le directeur.
- Comédiens : MM. Samson, Provost, Régnier, Gef-froy, Beauvallet, Mlle Rachel.
- Suppléants : MM. Maillard, mademoiselle Augustine Brohan
- Membresnouveaux.—Hommesde lettres: MM. Nau-det, Chasles, Magnin, Avenel, Jules Lefèvre, Emile Deschamps.
- Nous n’avons qu’un mot à dire quant au choix des membres nouveaux. Sous le rapport littéraire, MM. Naudet, Chasles et Magnin sont des érudits; et si les auteurs apportaient au comité quelqu’œuvre exhumée de la poudre de l’antiquité ou du moyen-âge, il est certain que ces messieurs feraient' avec sûreté 1 office de douaniers littéraires contre ces œuvres de contrebande. Quant au style et quant à l’intelligence de l’œuvre dramatique, ils ne paraîtront compétents à personne : ce sont de savants écrivains, sans aucun doute, mais en matière de conception théâtrale, ils ne peuvent faire autorité.
- MM. Emile Deschamps et Jules Lefèvre sont deux poètes lyriques: l’un plein de grâce, l’autre plein de verve.Placés au parterre, ils seraient debons juges; mais seront-ils sûrs de leurs jugements en dehors des effets électriques delà scène, dans le silence d’un salon, hors des passions qui se communiquent de spectateur à spectateur : voilà la question. En tout cas, on sera sûr de trouver en eux aménité et conscience.
- Tout naturellement, la première question que je me suis faite, en assistant à la première représentation des Bâtons flottants,Me M. Liadières; c’est de savoir si le comité de lecture nouvellement institué aurait reçu cet ouvrage : et, je l’avoue, ma réponse a ete douteuse, non pas que j’aie quelque reproche à taiie au nre littéraire de celte œuvre. Son princi-
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- LE palais de cristal.
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- pal défait est peut-être d’appartenir au genre irréprochable.
- Ce genre, en matière d’art, n’est souvent autre chose <{ue la solennité stérile de ces œuvres, qui ne sont douées ni de mouvement, ni d’audace. L’auteur dramatique de nos jours, doit être irréprochable quant au style, et quant à la moralité de son œuvre; mais il ne doit pas négliger de risquer d’encourir quelques reproches, de la part de ceux qui prennent la stérilité pour la sagesse, l’asservissement des traditions pour la raison, l’immobilité pour la prudence.
- Ceci n’est pas un paradoxe;
- C’est la loi de tous les progrès.
- A côté de cette fausse sagesse, de cet encroûtement, marche bientôt l’ennui; cette affreuse maladie de l’esprit qui a inspiré au poète ce cri :
- ... Tout est permis hors le genre ennuyeux.
- Mais, ce n’est pas tout :
- Nous éprouvons une répugnance invincible contre toute comédie politique, lorsque les passions sont en jeu; lorsque la politique nous tient sous sa main de fer; lorsqu’elle est inscrite sur tous les murs; lorsqu’on peut en dire, ce qu’on disait du drame, dans les temps de révolution, « la politique ! ! elle court les rues ! »
- Ce n’est pas, du reste, que l’œuvre de M. Lia- • dières soit, en cela, bien redoutable. Heureusement, pour le parterre, elle n’allumera aucune guerre civile; elle passera très-froidement au sein de notre société moderne, plutôt comme un ressouvenir du temps passé que comme une peinture des mœurs politiques de nos jours.
- Aussi, lorsque le roi Louis-Philippe, qui aimait et patronaitM Liadières, apprit, que l’ouvrage .de son aide de camp avait paru de nature à encourir la disgrâce de MM. les censeurs, s’écria-t-il, un peu épi-grammatiquement selon nous : « La censure est plus sévère que le roi ! ! »
- Quant à la comédie en elle-même, c’est une de ces œuvres dont l’analyse est inutile. C’est une critique générale sur les ministres trop confiants, les journalistes trop complaisants et les femmes politiques trop intrigantes. Quelques vers de la facture que vous savez, qui date dé Collin d’Harleville et d’Andrieux, moins la finesse ; voilà l’œuvre.
- Décidément, nous avons bien peur de le dire, le nouveau comité de lecture eut été aussi rigoureux que la censure.
- G.- DE BOUCONVILLE.
- Correspondance.
- Lettre adressée au gérant du Palais de Cristal par le Comité des Inventeurs et artistes industriels.
- Nous recevons une lettre qui témoigne delà sympathie que portent à notre journal un grand nombre d’inventeurs et d’artistes industriels. La lettre qui suit nous a été adressée par quelques membres de leur comité. On sait que ce comité compte parmi ses membres : MM. Armand Séguier, de l’Institut ; Armand de Melun, représentant; Pecqueur; Jobard (de Bruxelles); Etienne Blanc ; Tresca ; général de Rumi-gny ; dePastoret ; de Chazelles, représentant; Sil-bermann; Bréguet; etc. etc.
- « A Monsieur le Directeur du Palais de Cristal.
- « Monsieur,
- « Nous sommes très-reconnaissants de l’envoi que vous avez bien voulu nous faire de trois exemplaires du dernier numéro du Palais de Cristal, et nous avons lu avec un vif plaisir l’article remarqua ble, rédigé par M. Alexandre Lava, sur la propriété des brevets d’invention.
- « Nous suivrons avec l’intérêt qu’il inspire, le journal précieux que vous venez de fonder, et sommes assurés d’avance d’y voir traitées avec sympathie les questions industrielles pour la défense desquelles notre association a été fondée.
- « Veuillez agréer, etc.
- Signés : Taylor, Duval-Pirou; A. Michel, Bocquillon , Achille Comte, Galy-Cazai.at , Niepce de Saint-Victor, Acklin, An-draud, Ch. Tessier,Cadiat, etc.
- ACTES OFFICIELS.
- ÉTRANGER.
- UNION'DOUANIÈRE ET COMMERCIALE DE I.'ALLEMAGNE. — Le rapport de la troisième commission des conférences de Dresde sur la réalisation d’une union
- douanière et commerciale de l’Alleinagnevient d’être publié après avoir subi des modifications, et l’appui des gouvernements lui est assuré. 11 en résulte que cette question sera soumise aux délibérations de la diète Germanique, et que dans l’année 1858 un congrès sera convoqué à Francfort pour la discuter. Jusque-là aucun Etat ne pourra conclure un traité de commerce qui serait de nature à empêcher cette union. L’union devra embrasser même les provinces non allemandes de l’Autriche. C’est une nouvelle preuve que l’entrée de l’Autriche dans la Confédération Germanique avec tous ses Etals est considérée comme certaine.
- CONVENTION COMMERCIALE ENTRE LA SUISSE ET LA
- sardaigne. — Le traité de commerce entre la Confédération Helvétique et le gouvernement Sarde est conclu ; on n’attend plus que la ratification des chambres sardes et de l’Assemblée nationale fédérale.
- FAITS DIVERS.
- Canalisation de l’Ebre. — Le gouvernement espagnol vient d’accorder à M. Pourcet la concession définitive de la canalisation de l’Ebre. L’exécution de cette œuvre hardie, dont n’ont cessé de se préoc>-cuper les divers ministères qui se sont succédés depuis i 843 en Espagne, est confiée à un des plus habiles ingénieurs français, M. Job.
- Nous aurons plus tard à examiner la question de la navigation de l’Ebre, au point de vue des avantagés qui en résulteront pour le commerce extérieur en général, et pour nos départements méridionaux en particulier. Qu’il nous suffise aujourd’hui de dire que de l’accomplissement de cette entreprise, dépend la régénération agricole d’un bon tiers de la Péninsule. Combinée avec l’exécution des chemins de fer commencés ou projetés dans les autres parties du territoire, la canalisation de l’Ebre sera, on peut le dire sans exagération, un des plus grands faits politiques de notre époque; aujourd’hui, en effet, que les matières téndent de plus en plus à se classer par influence commerciale, il suffirait à l’Espagne d’employer ses immenses forces productives pour redevenir une puissance de premier ordre.
- Industrie de la nouvelle galles du sud. —Une nouvelle concurrence va être faite à nos produits vinicoles sur les marchés* de l’Angleterre, et de là sans doute, sur ceux de l’Europe. La nouvelle Galles du sud (Australie) vient d’envoyer à Londres, par le navire Waterloo, une première consignation de 3,000 gallons de vins, sous ces désignations quelque peu ambitieuses d’Hermitage, de Sauterné, d’Australie.
- Le palais de cristal, catalogue universel. — Quelques journaux publient une lettre dans laquelle on émet l’idée, fort heureuse assurément de réunir dans un catalogue illustré, les produits les plus remarqués à l’exposition universelle de Londres.
- Le Palais de Cristal, qui n’en est plus à l’état de théorie, c’est-à-dire de prospectus, réalise complètement le vœu émis par la lettre dont il est question. Chacun de ses numéros reproduit dans ses dessins, avec l’exactitude la plus scrupuleuse, les objets qui attirent le plus particulièrement l’attention des visiteurs, et cela sans distinction d’origine ou de provenance. Le Palais de Cristal est donc un catalogue vraiment universel, et qui fait de la gloire de chacun, la gloire de tous; celle qui, par conséquent, doit le plus contribuer au perfectionnement de l’art, de la science et- de l’industrie.
- concours agricoles. — La Société d’agriculture de Montreuil a fixé le concours annuel des bestiaux et des instruments aratoires, au dimanche 6 juillet, 9 heures du matin.
- Au concours agricole de Trivaux, on a fait fonctionner une charrue d’un nouveau genre, ditafouil-leuse, qui atteint un haut degré de perfection.
- — Les travaux de la nouvelle église de Sainte-Clotilde, sur la place Belle-Chasse, se poursuivent avec activité, et au point où ils sont parvenus, commencent à laisser entrevoir le genre d’ornementation de détail dont la sculpture s’enrichira.
- La partie la plus avancée et même terminée est le faîte des deux faces latérales ; les sommets angulaires et les aiguilles triangulaires qui les accompagnent sont couronnés par des fleurons imitant, à peu de choses près, la fleur de lys héraldique. Des dessins en angles décorent la base des aiguilles. Un pareil système d’ornementation entourera les deux tours.
- Des galeries extérieures, sculptées à jour, en forme
- de rosaces, sont déjà placées à la naissance de la toiture; celle-ci toute en charpente de fer, est déjà posée, et consiste en vastes arceaux sur lesquels portent de fortes membrures et des tiges plus légères où sont fixées les voliges.
- Ces travaux, dont le caractère artistique commence à se dessiner, arrêtent déjà de nombreux passants, et l’on peut augurer que ce monument religieux ne sera pas au-dessous de ceux que le moyen âge nous a laissés, et qu’on admire dans la capitale.
- — On sait que les deux escaliers qui conduisent au palais de la Bourse, sur la façade principale et la rue Notrc-Dame-des-Victoires, sont fermés par des murs de soutènement, (pie dominent des piédestaux. Sur l’un d’eux, rue Notre-Dame-des-Victoires, on vient de placer une belle statue, due au ciseau de notre célèbre artiste Pradier. C’est celle de l’Industrie. L’artiste l’a personnifiée sous les traits d’une jeune femme, dont la figure, pleine d’expression, semble, en se reposant d’un travail achevé, méditer de nouvelles œuvres. Elle est assise sur une enclume, tient de sa main gauche un marteau posé sur son épaule, et tandis que la main droite s’appuie sur des engrenages, des scies circulaires, etc., son pied repose sur un globe. Sur l’un des bords de l'enclume qui lui sert de siège, on voit une coupe en bronze remplie de joyaux, de colliers qui en débordent; et sous un manteau qui, tombant gracieusement, enveloppe la statue, on voit s’abriter une ruche, symbole du travail. Cette œuvre, remarquable à tous égards, et que ne répudierait pas un musée, fait honneur à l’artiste qui l’a conçue. Malheureusement, on ne nous promet son pendant que dans dix-huit mois.
- ÉCOLE DE MARINE MARCHANDE. A CETTE. — Ail
- moment où les tendances.vers l’industrie deviennent universelles, tout ce qui peut intéresser le commerce et particulièrement lés différents modes d’exportation doit attirer l’attention publique.
- Nous devons signaler à nos lecteurs l’achèvement tout récent d’un établissement nouveau dont le port de Cette vient d’être doté.
- Il s’agit d’une école de marine marchande.
- En 1842, un ancien fournisseur des armées de la République et de l’Empire, M. Bousquet, originaire du département de l’Hérault, est mort à Paris. Il léguait à son département une somme de 900,000 fr. destinée, aux termes de son testament, à la création, dans le port de Cette, d’une école de marine marchande. Le conseil général, réuni en session extraordinaire le 25 mars 1843, accepta le legs, et l’Ecole a été terminée il y a quelques semaines seulement, Ce n’est qu’en 1847 qu’on avait pu jeter les fondements de cet édifice.
- — Une industrie des plus considérables de Paris, celle de la fabrication des pâtes alimentaires est, depuis nombre d’années réprésentée avec une grande distinction par M. Groult jeune.
- Les produits qu’il a exposés à Londres se recommandent par une grande pureté et par une excessive modicité de prix. Grâce à M. Groult, l’alimentation a gagné quantité de substances jusqu’ici inconnues aux tables et aux fortunes modestes.
- Nous ne saurions d’ailleurs mieux apprécier ces services dont nous sommes redevables à M. Groult que ne l’a fait le rapport du jury de l’exposition de 1849.
- Yoici en quels termes il s’exprimait :
- « M. Groult, jeune, a obtenu une médaille de bronze à l’exposition de 1839, et le rappel de cette'médaille en 1844, pour les services qu’il a rendus à l’industrie alimentaire, en ccntralisant.la fabrication et la vente des pâtes et des farines de légumes cuits pour potages et purées. Cette industrie spéciale, qui ne date que de 1831, est en effet due à M. Groult. Avant lui, ces divers produits se trouvaient épars chez plusieurs commerçants et ne formaient qu’une partie accessoire de leur industrie. Il possède aujourd’hui, à Vitry-sur-Seine, une usine importante dans laquelle 11 emploie une machine à vapeur de la force de six chevaux, un grand appareil en bois pour euiie les légumes à la vapeur, des moulins et meules perfectionnés, etc.; il occupe, tant à Yitry qu’à Paris, quarante personnes. Grâce aux soins qu’il apporte à ses préparations, à leur qualité toujours uniforme et à leur prix modéré, il est arrivé à un chiffre d’affaires qui, en 1847 a dépassé 300,000 fr.
- « Les produits de M. Groult, qui sont aujourd’hu très-variés, ont amélioré sensiblement l’alimentation delà classe moyenne :1a consommation pour les
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- LE PALAIS DE CRISTAL
- enfants et les convalescents en est importante , il n’est pas une ville de France dans laquelle on ne le trouve; il s’en exporte même en Russie, en Angleterre, en Belgique, etc., des quantités assez considérables.
- « Le jury voulant récompenser les efforts de M. Groult, accorde à cet habile industriel la médaille d’argent. »
- Il n’y a rien à ajouter à un pareil compte-rendu, il.suffit de le rappeler au public pour louer comme'il le mérite un industriel, objet d’une pareille distinction.
- CORRESPONDANCE ADMINISTRATIVE.
- . M. le chevalier B... ancien inspecteur des postes au Luc (Var). Vous devez vous apercevoir que nous avons suivi vos conseils.
- M. C...n, à Tonnerre (Yonne). Aussitôt que l’espace nous le permettra, nous, donnerons une série d'études sur le premier sujet dont parlait votre lettre. Poulie second, nous ne pouvons.que vous renvoyer à la note placée en tête de notre numéro de ce jour.
- M.T. M... à Fontainebleau (Seine:et-Marne). Vous pouvez nous.adresser votre travail) il entré dans le cadre de notre journal.
- M. L. T..., à Narbonne. Nous ne pouvons publier votre dessin, quant; à présentée journal ne s’occupant que de l’Exposition Universelle. Un peu plus tard.
- M. M. R... à Saint-Chamas (Bouches-du-Rhône). Nous réservons une place à votre hèau dessin..
- M. L. N... à Paris. Nous acceptons volontiers votre proposition. -
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- NUMÉRO 9.
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- LE PALAIS
- 'j'csr
- JOURNAL ILLUSTRÉ DE L’EXPOSITION DE 1851 ET DU PROGRÈS DEPARTS INDUSTRIELS.
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- SOMMAIRE.
- TEXTE
- BULLETIN INDUSTRIEL. — Question du libre échange. — Richard Cobden. — Historique de la ligue anglaise (anti-corn law league.) — Association à Paris en 1846.— MM. le duc d’Harcourt, Renouard, Blanqui, Michel Chevalier. — Assemblée nationale 1831. —MM. Thiers et Sainte-Beuve.—Opinion des Economistes.
- — EXPOSITION DE LONDRES.— Les ARTS.—De la Photographie.—Album de la Société des gens de lettres. — Actes officiels. —Convention entre les Pays-Bas et la Belgique. —Zollwerein. —Chemins de fer allemands. — Brevets d’invention.
- COURRIER DE PARIS ET DE LONDRES.
- FAITS INDUSTRIELS.—Sciences et Arts.
- —Cloches de bateaux à vapeur. — Nouvelle machine aérostatique. —Exposition de Londres. — CORRESPONDANCE.
- SOMMAIRE.
- OESSINS.
- Divan circulaire, modèle pour ameublement. —Les Pléiades adorant la Nuit, par MM. J. Rose et C«. —Siège comfortable par MM. Lemercier.— Coupe orientale, par M. Morel. — Brûle-parfum, par M. Gueyton. — Ecran, par M. Aeker-mann.—La Guitarpa, nouvel instrument.
- Le Bouclier de Shakespeare, par Luke Limner. — Paul et Virginie, modèle de pendule, par M. Susse.—Vase en argent, par MM. Elkington et Ce. — Vase de* fonte, orné de fleurs appliquées. — Modèle de cheminée.
- DIVAN CIRCULAIRE.
- MODÈLE POUR AMEUBLEMENT DE PALAIS.
- M. Amédée Couder a exposé à Londres différent
- DIVAN CIRCULAIRE. — MODELE POUR AMEUBLEMENT DE PALAIS.
- dessins industriels d’une grande élégance. On sait quelle part cette branche de l’industrie a prise dans l’art du dessinateur, depuis plusieurs années. M. Cou-
- der a été un des promoteurs les plus actifs des progrès dont l’étranger est devenu tributaire de notre nation nnnr rps cpiivrps ’* r-----"
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
- tout entier. Nous nous proposons d’ouvrir nos colonnes à plusieurs des dessins de cet habile dessinateur.
- Pour aujourd’hui, nous exposons sur notre première page un divan, dans le goût de la Renaissance, qui est composé de dix-huit grands panneaux servant de dossiers : les tapisseries qui les recouvrent représentent des sujets mythologiques. Les statues des neuf Muses, des candélabres et des vases précieux couronnent la base de ce meuble.
- Cette première partie est surmontée, au centre, de trois figures de bronze aux formes herculéennes, supportant deux vasques superposées, remplies de fleurs et bordées de chimères lançant la flamme.
- Au sommet, Apollon préside, la main sur sa lyre et la tête ceinte de rayons lumineux.
- Sur les dix-huit grands panneaux sont décrits les douze travaux d’IIercule et six principales divinités du Paganisme.
- BULLETIN INDUSTRIEL.
- QUESTION DU LIBRE ÉCHANGE.
- richard cobden.—Historique de la ligue anglaise (anti-corn~law leaque).—Association à Paris.—MAI. le duc d’Harcourt, Renouard, Blanqui, Michel Chevalier.—Assemblée nationale : MAI. Thiers et Sainte-Beuve. — Opinions des économistes.
- En 1804, dans une petite ville du comté de Sus-sex, à Midhurst, naissait le fils d’un pauvre fermier, et en 1815, c’est-à-dire onze ans plus tard, ce même enfant conduisait dans les champs de son père un troupeau de moutons, au moment où l’aristocratie anglaise, forcée dans ses derniers retranchements par les désastres que la guerre avait amenés, imposait une contribution annuelle de près d’un milliard qui devait indemniser la propriété foncière des pertes qu’elle avait supportées.
- Cet enfant se nommait Richard Cobden.
- Quand l’âge le lui permit, le jeune Richard partit avec son frère aîné, et, en quelques années, dans la ville de Manchester, associé à son frère aîné, il était arrivé à se placer à la tête d’une manufacture de fil de coton et toiles imprimées qui avaient dans le commerce un grand succès.
- Les Cobden’s-prints étaient en vogue.
- Son instinct, son génie, les souffrances que l’industrie devait au système prohibitif absolu, inspirèrent au jeune manufacturier de Manchester la résolution énergique de frapper les esprits d’une réforme décisive.
- Avant de se lancer dans la voie agressive, Cobden voulut d’abord connaître à fond son terrain ; il partit, soit pour étendre son propre commerce, soit pour prendre sur place les renseignements précis dont il avait besoin.
- En 1834, il parcourt l’Égypte, la Grèce, la Turquie ; en 1835, l’Amérique du nord ; en 1837, le continent européen. Pendant ses excursions, il étudie et il écrit. Il s’inspire des lieux où il se trouve, et il commence à poser les bases de sa réforme. Deux idées le préoccupent pour son pays : l’abolition des douanes et l’abolition de la guerre.
- Au début, on attaque très-résolûment ses principes. Un écrivain prohibitionniste relève dans ses brochures un mot, un seul, qui exprimait ses tendances à détruire la crainte, selon lui, puérile, que Ton a des menées de la Russie, et qu’il appelle la Russophobie ; un agent diplomatique de lord Pal-merston, à Constantinople, M. Urghart, accuse le jeune écrivain d’être à la solde du ezar, et d’avoir reçu de lui 60,000 livres sterling.
- Cobden, sans se préoccuper de ces attaques, poursuit sa mission, et bientôt, devenu le leading-man, le chef de file de Manchester, Richard Cobden devient membre de la Chambre de commerce de cette ville.
- De 1835 à 1843, les crises commerciales de l’Angleterre grandissent. Où est le mal? Cobden le découvre et le signale. Le 4 août 1838, il fait partager ses idées à un certain nombre de riches manufacturiers, et un meeting s’assemble sous le titre de : Anti-corn-law-league meeting.
- On ne peut, si Ton n’y a assisté en Angleterre, se figurer l’immense éclat de rire qui accueillit les ligueurs de Rolton. Mais, au milieu des sifflets et des grognements (groans) de la multitude, les fondateurs de T Anti-corn-law-lectgue ne se lassent, pas : ils forment des souscriptions, inondent le sol britannique de leurs écrits, étonnent l’indifférence publique par leur audace, frappent les esprits sérieux par
- leurs calculs, indiquent hardiment les causes nécessaires, fatales, imminentes de la ruine publique.
- On riait d’eux ; on répondait par des épigrammes à leurs efforts. Richard Cobden prend en main, non-seulement le côté sérieux de la question, mais le côté plaisant : habile à manier le sarcasme, il s’attaqua vertement aux grotesques du parti prohibitionniste ; il jette à la foule les lambeaux de ce vieux corps à préjugés; et bientôt, les rieurs se mettent de son côté; bientôt la foule se retourne, voit les plaies de ses adversaires, s’émeut, et finit par s’armer elle-même en faveur de ceux qui veulent la sauver de maux incalculables.
- La ligue prend des proportions gigantesques; les chambres du Parlement sont elles-mêmes saisies de cette immense réforme. Un homme d’un véritable génie, sir Robert Peel, arrive aux affaires : et Ton sait qu’en quelques années ce noble esprit, ce ministre, dont la seule ambition fut de gouverner pour sauver l’Angleterre, et dont l’abnégation fut telle que, son pays étant une fois par lui arraché de la ruine, il descendit des hauteurs du pouvoir avec une incomparable grandeur, ce ministre fait adopter à l’aristocratie anglaise une loi dont le jeune marchand de Manchester avait été le promoteur et qui, bientôt, devint, pour le monde entier, la préoccupation impérieuse des économistes.
- En Angleterre, autour de Cobden, s’étalent groupés des hommes dont il faut, en quelques traits rapides, rappeler l’influence et l’originalité :
- Le président de la ligue était un jeune fabricant d’amidon, logé dans un faubourg de Manchester comme contre-maître, et exerçant dans cette ville une influence incalculable. C’est lui qui organise, qui établit la comptabilité de la ligue, qui est l’âme de sa correspondance, qui cache sous une apparente tranquilité d’esprit un feu, une ardeur que rien ne peut éteindre. Il se nomme Wilson.
- Près de Cobden, se place, comme orateur, John Wright. C’est un jeune quaker, à la démarche carrée, saccadée, à la voix retentissante. Personne ne manie le sarcasme avec plus d’autorité; personne ne dépeint avec plus de verve les souffrances des classes populaires; à Wright, il faut la lutte, il faut la guerre. Il aime à se servir de ses arguments, comme un stratégiste de la bombe et de la mitraille : On pourrait dire de lui, que c’est le Mural de Cobden.
- William Fox est le poète des ligueurs : il a de l’âme, de la mélancolie; son éloquence est persuasive, insinuante, puis entraînante, élevée, pleine d’images.
- « Ceux qui taxent le pain du peuple, s’écrie-t-il, taxeraient l’air et la lumière, s’ils le pouvaient; ils taxeraient les regards que nous jetons sur la voûte étoilée ; ils soumettraient les cieux avec toutes les constellations et la chevelure de Caniope, et le baudrier d’Orion, et les brillantes pléiades, et la grande et la petite ourse au jeu de l’échelle mobile.»
- Puis, se plaignant des temporisations du ministre : « Combien donc s’écrie-t-il, faudra-t-il de cas de mort par inanition ? quelle somme de maladies, de typhus, de mortalité serait-il nécessaire de constater pour justifier la remise du droit?...» Voilà donc les occupations d’un premier ministre!... Il faudra qu’il aille auprès du pays, qu’il compte ses pulsations, comme fait le médecin d’un régiment quand on flagelle un soldat, — la main sur son poignet, l’œil sur la blessure saignante, l’oreille attentive au bruit du fouet tombant sur les épaules nues, prêt à s’écrier: « arrêtez!... il se meurt!...» Tel est Fox.
- Voulant donner de la situation même des choses matérielles une statistique qui milite, en faveur de l’abolition des douanes; et désireux de combattre l’aristocratie anglaise, en lui prouvant ses goûtspour les denrées étrangères de toutes sortes, voici ce qu’il dit, avec infiniment d’esprit et d’à-propos :
- Mais qu’est-il donc ce grand seigneur, cei avocat de l’indépendance nationale, cet ennemi de toute dépendance étrangère ? Examinons sa vie. Voilà un cuisinier français qui prépare le diner pour le maître, et un va-iet suisse qui apprête le maître pour le dîner.— Milady est toute resplendissante de perles, qu’on ne trouve jamais dans les huîtres britanniques, et la plume qui flotte sur sa tête ne fit jamais partie de la queue d’un dindon anglais. Les viandes de sa table viènnent de la Belgique ; ses vins, du Rhin ou du Rhône. 11 repose sa vue, sur des fleurs venues de Y Amérique du Sud, et il gratifie son odorat de la fumée d’une feuille venue de Y Amérique du Nord. Son cheval favori est d’origine arabe, et son chien de la race de Saint-Bernard. Sa galerie est riche de tableaux flamands et de statues grecques. — Veut-il se distraire? il va entendre des chanteurs italiens, vociférant de la musique allemande, le tout suivi d’un ballet français, S’élève-t-il aux ,
- honneurs judiciaires? l’hermine qui décore ses épaules n’avait jamais figuré jusque-là sur le dos d’une bête britannique,— Son esprit même est une bigarrure de contributions exotiques. Sa philosophie et sa poésie viennent de la Grèce et de Rome ; sa géométrie d’Alexandrie; son arithmétique d’Arabie; et sa religion de Palestine. — Dès son berceau il presse ses dents naissantes sur du corail de Y Océan Indien ; et lorsqu’il mourra le marbre de Carare surmontera sa tombe... Et voilà l’homme qui dit : Soyons indépendants de l’étranger!...
- Enfin, l’état-major de la ligue recrutait de tous cotés des adhérents et des patrons : MM. Bowring, Villiers, Elphinstone, Joseph Hume, Ricardo, O’Con-nell lui-même que nous avons entendu, à Londres, accueilli avec un enthousiasme que rien ne peut décrire par dix mille auditeurs entassés dans une salle immense du Strand, où n’avaient pu pénétrer vingt mille autres auditeurs qui l’entouraient et l’emportaient sur leurs bras, dans la rue. Le grand agitateur O’Connell faisait entendre le 21 février 1844, sa voix puissante, en faveur du free trade.
- La cause fut gagnée en six ans, et si Ton veut des chiffres bien curieux, non-seulement pour démontrer l’entraînement avec lequel nos voisins soutiennent les causes nationales, mais une idée des sacrifices qu’ils savent faire (ainsi que le constate le Palais de l’Exposition de 1851), voici un détail bien authentique et bien intéressant :
- SOUSCRIPTIONS DE LA LIGUE.
- 1839 1.000 liv. sterl, ou 25,000 fr. 1ers fonds.
- 1839 5,000 125,000 1er vote.
- 1840 6,000 150,000 2e
- 1841 10,000 250,000 3 e
- 1842 25,000 625,000 4°
- 1843 50,000 1,250,000 5e
- 00 100,000 2,500,000 6e
- aO GO 500,000 12,500,000 7e
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- En 1844, 1e sixième delà souscription (400,000 francs) fut couvert dans la première séance.
- En 1845, 60,000 livres (1,500,000 francs) ont été souscrits dans la première séance.
- 25 souscripteurs s’engagèrent pour 1,000 livres chacun ; 24 pour 500 livres. M. Cobden fut de ce nombre. Un simple ouvrier souscrivit pour 625 fr. d’économies.
- Les souscriptions se faisaient généralement à la fin de Tannée, pour Tannée suivante. En 1846, la Ligue rTa demandé pour sa liquidation que 250,000 livres sur le demi-million sterling voté pour cet exercice.
- Cependant, la France ne pouvait rester indifférente à cet immense mouvement de nos voisins.
- On se rappelle qu’en 1846, se manifestèrent les premiers symptômes de Témotion libre-échangiste La grande cause de la liberté commerciale entraîna les esprits.
- 11 faudrait des volumes pour réunir les discours prononcés en Europe, à l’occasion de ce grand fait qui appartient à l’histoire, en matière industrielle, comme une réponse aussi grave, aussi puissante que celle des révolutions politiques ou religieuses les plus radicales.
- Rappelons seulement, à titre de souvenirs et de renseignements, laissant à déplus habiles le soin de mettre d’accord, pour certains hommes le passé avec le présent, les doctrines professées il y a cinq ans avec le silence ou le contraste de leur opinion, tels qu’ils ont cru devoir nous en rendre témoins, de nos jours; rappelons quelques-unes des phrases de leurs discours.
- A cette époque après avoir, dans des feuilles consacrées à l’économie politique, signalé leurs tendances, et demandé que le free trade s’introduisît en France, des hommes éminents de la Chambre des pairs, et de la Chambre des députés, des écrivains qui avaient conquis une certaine influence dans la presse, firent appel au public dans une mémorable séance tenue par Y Association pour la liberté des Echanges, le 28 août 1846, dans la vaste salle Montesquieu.
- Nous assistions personnellement à cette séance. 11 peut paraître curieux de rappeler ici le nom de quelques assistants :
- Le bureau était occupé par M. le duc d’Harcourt, président; MM. Anisson-Duperron et Renouard, pairs de France; Blanqui et Léon Faucher, députés; Horace Say , membre du conseil général de la Seine; Michel Chevalier, conseiller d’Etat ; Denière, président du. conseil des prud’hommes; Riglet, ancien juge au tribunal de commerce et fabricant de bronzes; Pontonié,
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- négociant; Paillotet , vice-président du conseil des prud’hommes; Peupin, prud’homme ouvrier, et Frédéric Bastiat,membre correspondant de l’Institut, secrétaire-général de la société.
- Sur l’estrade et parmi les auditeurs on remarquait encore: MM. Vincens-Saint-Laurent, pair de France; d’Haussonville, pair de FVance; L. Revbaud, député de Marseille, de Bastard, député de Bordeaux; Collignon, député de Strasbourg, ingénieur en chef; Mortimer-Ter-naux,- député de Bé.thel ; Léonce de Lavergne, député de Lombez, sous-directeur aux affaires étrangères; Lapène, député de Saint-Gaudens ; comte d’Aragon, député d’Al-by, Desjobert, député de Neufchâtel.
- Nous avons aussi remarqué parmi les assistants un grand nombre d’hommes distingués, qui sont ou que l’on peut croire opposés an principe de l’association : MM. Drouillard, directeur des forges d’Alais, député de Quirn-perlé ; Cabrol, directeur des forges de Decazeville, député de Bhodez ; Peltereau-Villeneuve, maître de forges à Donjeux, député de Saint-Dizier ; Ch. Lesseps, rédacteur en chef de YEsprit Public, député de Villeneuve-d’Agen ; Sallandrouze de la Mornaix, directeur de la manufacture d’Aubusson, et député de cette ville.
- Male duc d’Harcourt annonça dans son discours que le gouvernement avait approuvé la réunion et sactionné les statuts ne l’association. Plusieurs orateurs prirent successivement la parole : entre autres, M. Blanqui.
- Tout le monde, à cette époque, fut témoin de la vivacité avec laquelle le système des libre-échan-gistes se posa dans la discussion ; mais, depuis ce moment, d’autres préoccupations empêchèrent que l’on poursuivît la solution de ce problème.
- Nous ne reprendrons pas les arguments qui furent développés dans cette séance. Nous exposons aujourd’hui la question telle qu’elle se présente aux esprits, et en nous contentant de dire qu’en 1846 le libre échange fut regardé comme devant exercer en France une révolution commerciale et industrielle aussi radicale que celle qui a été le résultat des efforts de Cobden en Angleterre.
- Pour donner ici un travail complet, nous allons ajouter à l’historique des faits qui précèdent les éléments que nous puisons dans la grande discussion de la semaine dernière.
- En effet, s’il est une matière qui, par ses principes et par les faits considérables qui s’y rattachent, ait un intérêt pour le développement de notre industrie, c’est, sans contredit, le libre échange, dont M. Sainte-Beuve a entretenu l’Assemblée nationale.
- Il est de notre devoir de nous occuper de cette grave question : non pas que nous ayons la prétention de la résoudre!... c’est là un de ces problèmes dont le temps seul puisse se rendre maître; mais tout d’abord, il nous est permis d’exprimer un regret, c’est de voir que, de part et d’autre, dans les deux camps, la passion inspire les efforts de chacun; si bien que les partisans de la protection en viennent à consacrer le principe de la prohibition absolue, et que les partisans du libre échange emxien-nent à ne pas s’arrêter devant la ruine mêmeThî travail national.
- « Périssent les colonies, plutôt qu’un principe ! » a-t-on dit!
- « Périsse le progrès, ou périssent nos fabriques ! » disent de nos jours M. Thiersou M. Sainte-Beuve!
- Yoilà, selon nous, et au début de cette discussion, le résultat le plus clair des deux systèmes en présence, dont les défenseurs ne consentent à aucune transaction, à aucune restriction.
- Cependant, à notre sens, ce n’est ni d’un côté, ni de l’autre, que sir Robert Peel, cet homme d’Etat qui a fait une exception dans notre siècle, a voulu placer le triomphe du bien-être général, dont la question du libre échange et de la protection renferme la solution définitive.
- Il a commencé par imposer aux grands tenanciers de la propriété anglaise un sacrifice nécessaire et tout dans leur intérêt; et, par ce sacrifice, il a amené entre les parties belligérantes une de ces trêves pendant lesquelles les événements se chargent de poser les termes d’un accord définitif.
- Mais, chez nous, le grand tournoi d’éloquence qui s’est ouvert la semaine dernière, n’a eu d’autre résultat que le rejet pur et simple d’une question dont la fin ne pouvait être ni le libre échange ni la prohibition. C’est le statu guo que nous devrions à ces trois jours de discussion, si, heureusement pour l’industrie, les séances delà semaine dernière ne venaient remettre sur le tapis, pour être élaboré à nouveau, et repris plus tard, le problème qui a été résolu en Angleterre, et qui a préparé pour la Grande-Bretagne, une véritable révolution commerciale et industrielle.
- LE PALAIS DE CRISTAL-
- Quant à nous, respectueux envers la décision de l’Assemblée, nous prenons acte de cette discussion comme étant un jalon nouveau des progrès incessants que font, depuis vingt ans surtout, l’industrie et le commerce; et, prenant fort au sérieux les faits si graves que cette discussion nous a remis sous les yeux, nous devions donner à nos lecteurs tous les éléments propres à les aider dans la recherche de la vérité : C’est dans le passé d’abord , et c’est en second lieu dans le présent, que nous devions porter nos investigations, afin que notre œuvre fut méthodique et complète.
- POSITION DE LA QUESTION.
- M. Sainte Beuve, dans un savant discours, demandait l’abolition des droits imposés sur les matières premières et sur les produits manufacturés, en s’appuyant sur l’autorité des économistes qui ont, depuis dix ans, poursuivi le triomphe du laissez faire et du laissez passer.
- Voici dans quels termes M. Thiers a réfuté le discours de son collègue:
- M. Thiers est immédiatement entré dans l’examen des faits; M. Sainte-Beuve avait terminé son discours par une allégation qui était de nature à pré-, occuper profondément T Assemblée : il avait dit que la France languissait; que, de 1830 à 1850, l’Angleterre avait passé de 38 millions de livres sterling d’exportation à 70 millions ; c’est à dire que l’Angleterre avait doublé;,or, M. Thiers prétend, lui,
- , qu’en France voici ce qui s’est passé : en 1820,1e chiffre des exportations était de 162 millions, et, en 1847, il a été de 1 milliard 32 millions, c’est à dire qu’il a plus que quintuplé.
- Après avoir rendu hommage au génie de sir Robert Peel, M. Thiers trouve que ce grand homme d’Etat est allé un peu vite, et qu’il a exposé son pays à de rudes épreuves, par la hardiesse avec laquelle il a changé son système commercial.
- Voici comment aurait été faite l’expérience en Angleterre.
- Là, le produit des douanes est de 550 millions ; Y accise ou les contributions indirectes donnent 350 millions; ensemble, 900 millions. L’impôt direct ou assessed tax, 100 millions. Ainsi, les contributions qui portent sur la consommation donnent 900 millions ; le timbre, les postes et quelques accessoires portent à 12 ou 1,300 millions le revenu anglais.
- En France, quelle est la proportion ?
- Les contributions directes représentent 450 millions; les contributions indirectes, c’est à dire les impôts de consommation, provenant soit du dehors, soit de l’intérieur, rapportent à peu près 450 millions; les timbres, la poste, les forêts portent à 12 ou 1,300 millions, à peu près comme en Angleterre, le revenu de la France.
- D’où la différence entre les deux pays, à savoir que, pour l’Angleterre, la presque totalité des impôts porte sur les objets de consommation provenant soit du dehors, soit du dedans.
- Pendant la guerre, tous les impôts ont été surélevés, et, depuis la paix, on a successivement diminué comme en France les impôts de consommation.
- Par conséquent, si après M. Iluskisson qui, au Parlement anglais, a été le premier promoteur de ces mesures économiques en faveur des objets de consommation, lord Grey et sir Robert Pell ont voulu, pour équilibrer le budget, créer Yincome tax, et amener autant que possible la diminution des impôts de consommation, ils n’ont pas fait autre chose que d’imiter en cela la France qui, depuis 1789, a toujours cherché à opérer graduellement les diminutions des impôts sur ces objets, dont le bon marché se rattache essentiellement à la vie des classes laborieuses.
- Or, de nos jours, et après avoir subi un déficit de 52 millions par suite de cette diminution, l’Angleterre trouve, par Yincome tax, au lieu de 100 millions , un produit de 240 millions d’impôts directs contre 900 millions,
- Si donc, des deux pays, l’un a imité l’autre, il faut conclure de ce fait que c’est. l’Anglèterre qui a imité la France. Voilà pour les impôts.
- Quant au libre échange, c’est différent; et M Thiers espère que la France n’imitera pas l’exemple que ses voisins lui ont donné.
- Une des principales objections de M. Sainte-Beuve, c’est que tout, en France, n’est pas également protégé. M. Thiers va parcourir plusieurs de nos industries, afin de se rendre compte des différents degrés de protection accordée à chacune d’elles.
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- En France, sont protégés les blés, le bétail, les pâturages, les bois, les plantes oléagineuses, toutes les cultures industrielles, et puis toutes les industries, la houille, le fer, le coton, les draps, la soierie et les vins.
- « Les vins, je le sais, dit M. Thiers, sont très-fiers : ils croient pouvoir se passer de protection, bien qu’en Espagne, et dans le midi de l’itajr " naissent contre eux d’importantes concurrences^>>;jï M. Thiers examine successivement et dans les plus^ grands détails les industries qui sont protégées, telles que le blé, la laine, la houille, le fer, le coton, les draps, etc.
- Il démontre que pour le blé, le législateur a dû faire, en faveur de son application à l’alimentation, une exception , c’est de ne jamais permettre qu’on ne proportionnât les prix que d’après une échelle mobile. Or, voici comment il explique le jeu de cette échelle :
- « Ou a voulu assurer à chaque pays producteur un prix qui, d’après des expériences antérieures, paraissait être ce qu’on appelle le prix rémunérateur.
- « Ainsi, on a pensé que dans le midi de la France il fallait un prix rémunérateur de 24 fr. par hectolitre ; et cependant, tous les baux formés supposent un prix moyen de 20 fr. l’héctolitre dans le midi de la France ; dans le nord, de 18 fr. Eh bien! le tarif nouveau sur les blés a été fait dans la supposition qu’il fallait 24 fr., et savez-vous en quoi consiste l’échelle mobile? Lorsque le prix baisse d’un franc, qu’il tombe à 25 fr., le droit augmente de 2 fr. Je vais montrer le résultat que cela peut avoir, celui qu’il a aujourd’hui.
- « Dans la région à laquelle Marseille appartient, le prix du blé est tombé à 14 ou 18 fr., c’est-à-dire à l 4 fr. 90 c., slit is fr. La chute du prix a été de 21 à 18 fr., c’est-à-dire de 9 fr. Le droit étant le double du chiffre dont le prix est tombé, il est de 18 fr. par hectolitre.
- « Or, j’ai ici des états relevés sur les livres de commerce de maisons qui font le commerce de blé. Je sais à quel prix peut être, à Marseille, l’hectolitre de blé d’Odessa, et le meilleur. A 15 fr.
- Voilà donc une industrie qui a pour la protéger sur 13 fr. l’hectolitre un droit de 18 fr., c’est-à-dire près de ISO p. o/o. Je vous parle d’après les tarifs, 18 fr. sur 13 fr., c’est bien ISO p. 0/0-
- « Maintenant, M. Sainte-Beuve me dit : Ah î oui, mais le fer n’a pas d’échelle mobile, et quand le fer fait de trop gros bénéfices, on lui laisse faire tous ses bénéfices. Pour le blé, si le prix monte, on ne lui laisse pas faire tous les bénéfices, car l’échelle mobile s’abaissant, laisse entrer les blés étrangers.
- « Vous vous révoltez de cela! mais je me révolterais du contraire. Savez-vous pourquoi? C’est que quand U s’agit de protéger les céréales dans un pays, on a toujours préféré l’échelle mobile au droit fixe parce qu’on ne veut pas donner, quand il s’agit de l’alimentatiou du peuple, la faculté, après deux, trois, quatre mauvaises récoltes, de maintenir un prix qui serait un prix de famine.
- « Mais, me dites-vous, vous laissez exister un prix de famine pour le fer.
- « Je vais vous répondre par les faits : lorsque vous aurez une mauvaise récolte, une seconde, une troisième, est-ce que vous pouvez à l’instant même doubler, tripler la production du blé? Non; c’est très longuemeut que la culture du blé peut s’étendre. Savez-vous ce qui arrive, au contraire, pour le fer? Je vais vous citer un exemple :
- « A l’époque du très-grand développement des chemins de fer, savez-vous en deux ans ce qui est arrivé?
- « Il y ayait 38 hauts-fourneaux en 1844 ; j’étais membre de la commission des douanes on 1847 : nous avons travaillé six mois avec beaucoup de soins, avec beaucoup d’attention. Eh bien, voici ce que nous avons reconnu, c’est que tandis qu’il y avait 38 hauts-fourneaux, on en a créé, en deux ans, 61 de plus, et que la production avait tellement augmenté que, par l’effet de la concurrence intérieure, le prix s’était presque abaissé jusqu’au prix d’Angleterre.
- « Ainsi voilà la raison, c’est que, quand il s’agit de produits manufacturés, s’il y a une année de cherté, on trouve par la concurrence intérieure l’année d’après le correctif. Mais pour les céréales, ce n’est pas ainsi : quand il y a eu deux, trois, quatre années mauvaises de suite, et cela s’est vu, car vous savez que, par une expérience très-ancienne, il a été reconnu que les bonnes années et les mauvaises années s’enchaînent, vous arriveriez à des prix de famine. Voilà la raison qui, dans tous les pays sans exeption et chez tons les hommes éclairés, quand il s’agissait de protection de l’agriculture, a fait préférer l’échelle mobile fixe.
- « Ainsi en fait le blé en France est protégé par un droit qui, aujourd’hui, est de 180 O/O de la valeur.
- « Mais M. Sainte-Beuve, qui est très fécond dans ses aperçus, dit : le blé n’est pas protégé mais il n’en a pas besoin ; abolissez vos tarifs, vous introduirez les blés étrangers en France, les blés d’Odessa, ça ne fera rien du tout. j
- « Je lui demande d’abord comment le peuple doit
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- LE PALAIS DE CRISTAL,
- LES PLÉIADES ADORANT LA NUIT.
- - Ce groupe est placé, à l’Exposition, dans la partie septentrionale du transept, classe 25, n° 47, et sort des ateliers de MM. J. Ross et C% de Coakrook-Dale dans le Shropshire.
- Les Pléiades étaient, on le sait, les sept filles d’Atlas. On les nommait Maïa, Electre,
- Taygète, Astérope, Mérope, Alcyone, Céleno.
- Six d’entre elles eurent des dieux pour époux ou pour amants. Mérope seule épousa un mortel, le malheureux Sysiphe. Elles furent, selon la fable, métamorphosées en étoiles, et formèrent dans le ciel le groupe des Pléiades.
- Ce nom, elles le tenaient de leur mère Pléïone, une des Océnaïdes du mot grec ?naviguer, parce que la constellation qui porte leur nom, et qu’on voit au mois de mai, se montre à une époque favorable à la navigation.
- Nous devons donner ces détails, parce que nous désirons faire voir par quelles études a passé le travail industriel pour former cette belle alliance des arts et de l’industrie. Poésie, science, appropriation de la matière à l’expression reproduite par l’art, voilà l’industrie moderne.
- On voit ici les six Etoiles couronnant la Nuit. Le socle et la couronne resplendissent de l’éclat des étoiles qui les entourent.
- Ces Pléiades eurent un sort fort singulier et qui prouve, tour à tour, les bonnes ou les mauvaises intentions du souverain de l’Olympe; Jupiter, qui fut d’abord ému de ce que les Pléiades ne pouvaient se soustraire aux poursuites d’Orion, ce chasseur infatigable qui dut à son amour pour l’astronomie, l’honneur de faire partie des constellations, Jupiter les changea en étoiles
- Ceci était un acte d’indulgence céleste qui prouve en faveur de Jupin ; mais il paraît que tout le monde ne donne pas à Jupiter la même vertu : quelques détracteurs de sa haute réputation prétendent qu’il voulut, en admettant les Pléiades au ciel, leur infliger unepu-nition exemplaire à cause des indiscrétions qu’avait commises Atlas, en voulant surprendre les secrets des dieux.
- Les hommes eurent pour ces étoiles une certaine déférence; car, depuis que Jupiter des plaça au nombre des diamants célestes, elles servirent à désigner les
- LES PLÉIADES ADORANT IA NUIT, PAR MM. î. ROSS ET C1?
- réunions humaines douées de quelque éclat. On dit une pléiade pour exprimer un groupe de sept personnages célèbres.
- Ainsi, pléiade philosophique • ]es sept sages de la Grèce. La première
- pléiade poétique ou pléiade d’Alexandrie-, pléiade de Charlemagne, la pléiade Toulousaine-
- Enfin, Ronsard voulut, lui-même, remettre en honneur la pléiade poétique ! Il composa la sienne de lui-même, de Daurat, du Rellay, Remi Belleau, Jodelle, Baïf et Pontus de Thiard
- Au dix-septième siècle, elle devait se composer de Rupin, Commère, Larue, Santeuil, Ménage, Dupérier et Petit.
- Orion, qui fut la cause de la protection que Jupiter accorda aux filles d’Atlas, mérite bien, de notre part, quelque mention.
- Il était fils d’Hyriée, sorti de la peau d’une génisse.
- On sait que Diane fut jalouse; or, elle aimait Orion, qui était d’une grande taille et d’une grande beauté
- Orion trompa-t-il Diane, ou Diane se méprit-elle sur les sentiments de celui qui l’avait tant séduite ? Grave question qui est encore indécise.
- Toujours est-il que Diane fit piquer le bel Orion par un scorpion, puis elle devint inconsolable de sa mort ; et le dieu des dieux, qui craignait que Phébé ne devînt trop obscure, si elle devenait trop triste, voulut bien, pour rendre à Diane sa joie et sa clarté, placer Orion parmi les constellations du ciel.
- Les astronomes placent Orion moitié dans l’hémisphère boréal, moitié dans l’autre. Cette petite constellation se compose de soixante-dix-huit étoiles placées sur une même ligne. Elles ont reçu le nom de Baudrier d’Orion ou des Trois Rois. On peut voir, d’après les observations qui précèdent, que neus ne sommes pas ennemis de la mythologie appliquée aux arts. Cependant, nous désirerions qu’à l’instar de nos artistes français, les fabricants étrangers prissent dans les temps modernes des sujets où la poésie et la grâce ne leur feraient pas défaut.
- PAR MM. LEMERCIER.
- SIEGE COMEORTABLE, PAR MM. LEMERCIER.
- et des pommes de chêne, emblème du cœur de chêne de la vieille Angleterre.
- Enfin, la partie inférieure du siège est entourée d’une riche draperie, sur le damas de laquelle se développent de riches passementeries. On doit le dessin de ce siégé à M. John Paxworth, et les broderies à M. William Rogers.
- Le siège en tapisserie dont nous donnons ci-contre le dessin, a été fait dans les ateliers de MM. Lemer-cier, d’Hammermisth, en l’honneur de S. A. R. le prince de Galles.
- Les broderies de la tapisserie sont d’un grand éclat.
- Tout le dossier est couvert des insignes du prince.
- Au sommet, on remarque son plumet, attaché, non sans élégance, par sa jarretière, qui retient aussi dans ses nœuds la vieille harpe gallique. Les cordons en sont d’or, et on y voit, de distance en distance, des roses anglaises brodées,- au-dessous et comme pour encadrer cette harpe, se développent, d’un côté, des chardons écossais reliés en élégants bouquets, et de l’autre, une touffe de trèfles qui sont répartis avec une certaine harmonie sur l’ensemble : les uns et les autres sont attachés ensemble par des branches de volubilis qui les enlacent.
- Sur lesiéçe sontbrodées des feuilles
- COtJPE ORIENTALE, PAR M. MOREL*
- COUPE ORIENTALE.
- Cette coupe, qui a la forme d’un coquetier, est en agathe avec des incrustations d’or et d’argent qui se jouent sur le fond et l’entourent. Elle est à six faces, et sur chacune d’elles sont peintes des vues de Constantinople. (Voir p. 141.)
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- LE PALAIS DE CRISTAL-
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- BRULE-PARFUM,
- PAR GUEYTON.
- Ce petit meuble n’est pas d’invention moderne. Il y a long- temps que les parfums sont employés pour exciter les plus suaves sensations. Darius, Moïse, les rois d’Egypte s’en servaient; les Grecs et les Romains les regardaient comme un hommage rendu aux dieux, et plus encore, comme un signe de leur présence.
- Les morts étaient aussi l’objet du culte de leurs amis, au moyen de parfums répandus sur leur tombe. Dans les Indes, quand le voyageur passe la nuit dans la campagne, il n’est pas rare qu’il rencontre sur son chemin, à la lueur de torches, des familles âge -nouillées, dont un des membres est chargé d’entretenir un parfum qui brûle auprès d’une lampe sans cesse allumée.
- BRULE-PARFUM, PAR GUEYTON.
- La lampe, c’est l’âme du défunt; le parfum, c’est l’hommage des hommes.
- Dans le langage poétique, le mot parfum est employé au figuré, pour exprimer la quintessence d’un sentiment.
- Bernardin de Saint-Pierre écrivait cette phrase :
- « La Bienveillance estla fleur de l’Amitié, et son parfum dure toujours quand on la laisse sur sa tige, sans la cueillir. »
- Forget a écrit ces vers :
- « Au bienfaiteur un prix est dû,
- Mais tout bien dont l’auteur se vante
- Est un parfum dont la vertu
- Se perd aussitôt qu’il s’évente. »
- ÉCRAN, PARAI. ACKERMANN.
- ECRAN,
- PAR MM. ACKERMANN.
- Cet écran est monté sur une tige tournée d’une grande élégance. Sa forme est circulaire. On peut donner au tissu la cou leur que l’on désire. Celui dont nous donnons ici la description est d’une teinte blanchâtre, et la couronne qui y est peinte représente des fleurs marines. Le cadre est ciselé; le pied, tourné à la base, s’appuie sur un piédestal qui a trois pieds. Cet écran tourne aisément sur sa tige.
- MM. Ackermann ont fait une étude toute spéciale des couleurs propres à l’aquarelle. Ils ont exposé plusieurs autres écrans en osier sur lesquels ils ont adapté de larges feuilles qui permettent de placer ces écrans en paravents dans une chambre à coucher dont on croirait convenable de cacher le lit.
- Ainsi, on le voit, ici l’alliance de deux arts : la peinture et l’architecture.
- Presque tous ces écrans ont la forme gothique.
- LA GUITARPA.
- L’instrument de musique dont nous donnons la description a été inventé et construit par Don José de Gallegos, de Malaga.
- Le nom de ce nouvel instrument est la Guitarpa.
- Les sons harmonieux que l’on en tire tiennent de la guitare, de la harpe et du violoncelle. La guitare a trente-cinq cordes. Yingt-six d’entre elles donnent les sons de la harpe, et ving-une chevilles sont disposées de façon à donner tous les tons et demi-tons de la gamme, en diatoniques et chromatiques.
- £ix cordes dont on peut remarquer la position sur le plus petit des deux manches de l’instrument, rendent les sons de la guitare espagnole; enfin, trois cordes d’argent, placées sur le plus long des deux manches, et auxquelles sont adaptées huit chevilles donnent tous les sons du violoncelle.
- LA ÜOITARPA.
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
- avoir le pain à si bon marché par les blés d’Odessa, si ça ne doit pas abaisser le prix du blé. Comment, quand jl s’agit de faire adopter la mesure, vous parlez de l’intérêt du peuple; et quand ensuite vous voulez rassurer les producteurs, vous dites : ça ne fera rien du tout. Il faut s’entendre, cependant, ou ça ne fera rien du tout, ou ça fera quelque chose. (On rit.) »
- En Angleterre, les renseignements pris par l’orateur lui ont donné la preuve que la perte subie par l’aristocratie anglaise, qui est propriétaire du sol, est de 30 pour 100. En France, la classe des agriculteurs est beaucoup plus nombreuse et répartie dans tous les rangs de la société.
- Eh bien ! si le libre échange laissait entrer par exemple à Marseille les blés étrangers, le prix rému-nératoire nécessaire pour que l’agriculture subsiste étant de 20 francs l’hectolitre, que deviendrait-elle ? Les calculs faits prouvent, selon M. Thiers, que des ports de Londres ou d’Odessa, le prix serait abaissé à 14 francs au plus l’hectolitre.
- En Angleterre, l’aristocratie doit faire des sacrifices; mais en France, si l’agriculture en faisait, que deviendrait notre pays?
- On demande d’abolir le droit protecteur de 50 francs imposé sur le bétail à laines : On dit qu’il entrerait peut-être un peu de bétail dans le midi de la France par la Savoie, un peu dans l’Ouest, en Alsace, mais qu’il n’en viendrait pas dans la Normandie. M. Thiers pense qu’avec les chemins de fer, cela changerait ; et il ajoute :
- « Quant à la houille française, on dit : mais la houille, c’est le principe générateur de la force; sans houille il n’y a pas d’industrie ; la houille est l’arme delà paix. Vous n’avez pas assez dit; oui, c’est l’arme de la paix : il fallait ajouter que c’est aussi l’arme de la guerre. La houille, elle est nécessaire en tout temps. Eh bien, voilà ce secret de la protection. Oui, vous payez la houille plus cher en France qu’en Angleterre, mais comparativement, beaucoup moins cher que vous ne payez le blé, par rapport au blé russe et au blé napolitain. Savez-vous, à l’égard de la houille, ce qu’elle supporte de concurrence? Vous seriez effrayés, par exemple, si vous acceptiez pour le blé la concurrence de l’étranger pour un tiers de la consommation française.
- « La houille française supporte plus du tiers, c’est-à-dire que pour 51 millions d’hectolitres de houille française consommée en France, on consomme 30 millions d’hectolitres de houilles soit anglaises, soit belges.
- « Voilà donc une protection, et je crois qu’on peut dire qu’au-delà il y aurait imprudence. Eh bien, que vous en coûte-t-il? Sans doute la houille française coûte plus cher que la houille anglaise; mais savez-vous quelle est la cause de cette différence ? Croyez-vous que ce soit, par exemple, dans la production même de la houille? Voici des faits que je connais bien, et que je puis affirmer,
- « En moyenne, la houille en France, sur le carreau des mines, représente à peu près 70 à 80 centimes. Il y a des bassins qui la produisent à beaucoup meilleur marché, d’autres la produisent plus chèrement; mais on peut dire peut-être, car les moyennes sont toujours difficiles à étàblir, que la moyenne est en France de 70 cent.
- « Savez-vous qu’elle est la moyenne en Angleterre ? elle est de 30 ou 40 cent. A combien la houille revient-elle en France? Moyennement à2fr., c’est-à-dire 200 cent. Quelle est donc la grosse différence de prix entre la houille anglaise et la houille française? La différence est dans les prix de transport. Savez-vous pour combien, dans les 2 francs, on peut compter le prix du transport en France; pour 140 et 150 cent, en France, la viabilité a déjà produit de notables améliorations. Cela joint aux progrès faits dans le travail a amené ce résullat remarquable, à savoir que la houille qui valait en moyenne, 4 fr. et 3 fr. 50 cent., ne vaut plus que 2 fr.
- « Si elles entraient librement, arrivant à Rouen, Rordeaux, Angers, Marseille, elles entreraient à Paris, Orléans, Tours, remonteraient la Garonne, entreraient dans la Méditerranée et nos houilles seraient perdues. »
- M. Thiers porte les mêmes éléments d’argumentation sur le fer, et il conclut en assurant que si l’Angleterre pouvait introduire librement ses fers en France, elle inonderait notre pays de produits manufacturés dont elle regorge, et par ce nombre immense de produits paralyserait ainsi notre travail. Elle ferait, en un mot, ce que nous avons fait nous-mêmes lorsque nous avons écrasé la Suisse et l’Allemagne de nos tissus d’Alsace, dont nous ne sa-
- vions que faire. Cela sera facile à l’Angleterre, dans un moment de crise commerciale, lorsqu’il est avéré qu’elle travaille 300 millions de kilog. de coton quand nous en travaillons 65, et qu’elle produit 1,500,000 tonnes de fer et nous 400,000.
- Après avoir posé ses calculs, M. Thiers énonce plusieurs propositions qui ont soulevé dans la presse des réclamations dont nous devons entretenir nos lecteurs, et qui ont été adressées en réponse à son discours par MM. Blanqui et Michel Chevalier.
- D’abord,l’orateur protectionniste avait lancé contre les économistes quelques épi grammes assez vives. Ce sont, avait-il dit, les inventeurs d’une « littérature désastreuse. » M. Blanqui se demande si la plus désastreuse de toutes les littératures n’est pas celle qui préconise du haut de la tribune la guerre éternelle et l’éternelle cherté.
- Mais, laissant de côté la question d’amour-propre, M. Blanqui se demande si la France est destinée à rester toute seule soumise à un régime réformé de fond en comble non-seulement en Angleterre, mais en Autriche, même en Espagne.
- M. Thiers avait dit que la loi de Y anti-com n’avait pu améliorer le sort des classes ouvrières : or, c’est par centaine de mille que le nombre de ceux qui étaient inscrits au rôle des indigents a diminué.
- Quant à l’agriculture anglaise, les sacrifices faits tendent déjà à devenir beaucoup moins onéreux, à raison des efforts faits, soit par de nouveaux assolements, soit par l’amélioration des procédés.
- Les salaires; ils n’ont subi aucune diminution notable. Ce n’est qu’une réduction proportionnelle à la diminution des prix des denrées alimentaires.
- M. Thiers avait dit que le droit de 55 fr. par tête de bœuf payé à l’entrée et de 22 p. 100 sur les laines protégeait le paysan français; mais est-ce au paysan que cela s’applique? n’est-ce pas plutôt à l’éleveur? et la France, qui exporte des bestiaux en Angleterre par suite de l’abaissement des tarifs manque-t-elle, pour cela, de bétail, dans sa production intérieure?
- Le principal argument de M. Thiers, c’est la nécessité d’entretenir le travail national, en prévision de la guerre. Mais est-ce qu’èn 1840 il n’a pas fait venir du soufre de Sicile, du cuivre de Russie, du plomb d’Espagne, du coton d’Amérique, des laines d’Allemagne? Toujours la prévision de la guerre comme argument : l’exception pour obstacle à la règle !
- M. Thiers est, en outre, effrayé du bon marché. Il appelle la nécessité de tout faire à tout prix, la véritable pensée de Dieu !
- M. Blanqui pense, lui, que ces mots de travail national, dérivation de produits étrangers, sont de vieux mots représentant de vieilles idées ; que le peuple français finira par comprendre que c’est avec de bon acier que l’on fait de bons outils, et que ce n’est pas en maintenant des droits de 15 à 1,700 fr. par tonne sur certains aciers qu’on rend les outils moins chers; le peuple français comprendra qu’un droit de 130 pour 100 sur certains cafés est un odieux abus qui le force de consommer pour dix miilions de chicorée.
- Quant à M Michel Chevalier, le savant professeur commence par s’étonner de ce que M. Thiers ait, dans son discours, dérogé, sur deux points, à ses habitudes diplomatiques : d’abord en ce sens qu’il ne lance jamais d’injures contre ses adversaires ; et, en second lieu, qu’il parle des sujets qu’il traite sans les mêler, sans les confondre.
- Or, il a parlé de tout dans son discours : de François Ier, de Charles VIII, de Brennus, de Washington, de M. Jean Dolfus. Il a traité le système contraire au sien de puérilité, de sottise, ne s’apercevant pas que cette injure passait par dessus la tête de ses adversaires pour aller frapper Turgot, Franklin, Adam Smith, les constituants de 1789, etc., elc.
- M. Michel Chevalier est de ceux qui veulent (toutes réserves faites sur le mode régulier, sage et progressif de la transition) briser les entraves fiscales apportées à la circulation commerciale. U en est du système protecteur ce qu’il en a été de l’esclavage et du servage, qui, eux aussi eurent leur raison d’être. Dans notre siècle, la prohibition est devenue incompatible avec nos mœurs, avec nos progrès
- Relevant quelques erreurs de ce discours, M. Miche! Cheval er s’exprime ainsi :
- « Pour relever toutes les inexactitudes de ce discours, en signaler et en réfuter les paradoxes, il en faudrait deux, et la littérature des partisans delà liberté du commerce est, il l’a dit, fort ennuyeuse. 11 nous faut pourtant dire que l’analyse qu’il a donnée du tarif anglais n’est pas seulement incorrecte, qu'elle contient des as-
- sertions matériellement inexactes. Il a avancé que les toiles peintes communes étaient frappées en Angleterre d’un droit de 10 pour iOO ; c’est une erreur : elles entrent sans droit, de même que les tissus de laine, de même que les fils de laine, dont la France fournit à l’Angleterre une grande quantité/ Le tableau qu’il a donné des impôts établis en Angleterre n’est pas plus irréprochable. Suivant lui, il n’existerait en Angleterre de taxes direcles que pour IOO millions; il a dit plus loin 230 millions : c’est 573 à 400 millions qu’il aurait dû dire, en ne comptant que les assessed taxes, l’impôt sur le revenu et la taxe des pauvres, et en laissant de côté les taxes destinées aux dépenses d’intérêt local, qui sont considérables. L’impôt direct est tellement lourd en Angleterre, qu’il y a des exemples de propriétaires ayant abandonné leurs propriétés plutôt que de subir les charges auxquelles ils étaient condamnés. Nous pourrions lui montrer aussi que toute la partie de son discours qui est relative à la houille est un roman. Il a affirmé que si l’on toufchait au droit sur la houille, Marseille et Toulon ne pourraient plus, en cas de guerre, avoir que delà houille belge, qui reviendrait à 7 fr. ;>o c. l’heetolilre. parce que Saint-Etienne et Rive-de-Gier allaient être abandonnés, ainsi que la Grand’Combe. Je connais peu d’exemples d’assertions aussi téméraires. On assure que sur les bancs de l’Assemblée plus d’un prohibilionniîle au courant des affaires charbonnières a été stupéfai' de tant de hardiesse. Le fait est que si l’on supprimait le droit sur la bouille, et c’est le seul parti qu’il y ait à prendre à l’égard d’une substance aussi nécessaire à l’industrie, tout ce qui arriverait, c’est que les manufactures se multiplieraient sur notre littoral où presque partout aujourd’hui la houille est chère. L’expérience nous autorise à parler ainsi. »
- Mais le professeur laisse là la question de chiffres et il prend à partie le système lui-même, reprenant une à.une les conquêtes faites par la révolution de 1789, préconisées par M. Thiers; M. Michel Chevalier regarde comme une des conséquences nécessaires de cette révolution, la liberté du commerce et du travail. Or, un des faits qui consacrerait cette liberté avec le plus d’efficacité, ne serait-ce pas la faculté d’acheter les objets de première nécessité, là où on les.trouverait à meilleur marché; mais selon lui, nous sommes, de par les lois existantes, soumis au bon plaisir de ceux de nos concitoyens au profit desquels sont faites les lois prohibitives : Les visites à corps, le monopole de la loi de l’an V, les me sures fiscales relatives à l’industrie viticole, tout cela est en contradiction avec les principes de 1789; et ce n’est pas de l’infériorité de l’industrie qu’il s’agit; tout le monde reconnaît la supériorité actuelle du travail français; mais c’est du manque des matières premières.
- Comment se fait-il que M. Thiers, qui se déclare enthousiaste des principes de 1789, prenne des conclusions tout opposées aux principes qu’il proclame?
- Quant à l’appréciation que M. Thiers a faite de la politique de sir Robert Peel, M. Michel Chevalier a répondu en ces termes, qui terminent son article :
- SuivantM. Thiers, les hommes sérieux de l’Angleterre seraient unanimes aujourd’hui à penser que sir Robert Peel a agi avec trop de précipitation, et le résultat de ce qu’il lui plaît d’appeler une expérience serait incertain. Il s’est même aventuré à prédire que le droit sur les soieries serait relevé en Angleterre. Le fait est que s’il est un point sur lequel on soit unanime en Angleterre, c’est pour reconnaître que sans les réformes commerciales de sir Robert Peel notre révolution du 24 février aurait eu chez les Anglais un contre-coup terrible. Quant à sa prédiction sur les soieries, nous craignons bien qu’elle ne fasse qu’exciter chez nos voisins un sourire général. Nous supplions l’honorable M. Thiers d’y prendre garde. Evidemment l’éloquent orateur était hier en veine romanesque. La manière dont il a tracé ce chapitre de l’histoire contemporaine qui se passe à Londres depuis I8ï(> est, de nature à compromettre sa réputation d’historien. Il a inventé, pour l’agrément de son auditoire, une opinion publique anglaise qui n’existe pas. Il a exposé des incidents dont seul il a été témoin. S’il lui arrivait encore de céder ainsi aux caprices de son imagination, il ébranlerait singulièrement la confiance que scs contemporains étaient disposés à ajouter aux vastes compositions historiques dont il est l’auteur justement renommé.
- Le peuple français comprendra que si la Providence a fait naître quelque part des graines oléagineuses qui permettent d’avoir de l’huile à sept sous la livre, au lieu de quinze ou dix-neuf sous, c’est là (ju’il faut s’en approvisionner. Aucun mirage de tribune ne pourra prévaloir contre l’évidence de ces considérations.
- L'Exposition universelle de Londres a eu pour résultat décisif de mettre en regard les produits du monde entier, et de constater la supériorité française, non pas en toute chose, mais en une foule de
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
- choses. Elle a démontré jusqu’à l’évidence que ce qui manque à notre supériorité, c’est le bas prix, et que ce bas prix est facile à obtenir par la levée des prohibitions ou par l’abaissement des taxes.
- Or, l’abaissement des taxes et la levée des prohibitions auraient pour résultat la réduction des profits de quelques-uns, au bénéfice des salaires ou des consommations de tous.
- Puis, il termine en ces termes :
- « Au moment où tout conspire à rapprocher les hommes, à écarter les guerres, à multiplier les grands travaux publics, à améliorer le sort du plus grand nombre, il n’est sophisme qui parvienne à démontrer que la cherté des vivres et des matières premières est la pensée de Dieu, et le bon marché la pensée du diable. M. le préfet de police fait à Paris un métier peu agréable et qui doit l’exposer souvent à la mauvaise humeur d’un grand nombre de ses administrés, même quand il agit dans les intérêts de l’ordre et de la paix publique. Eh bien, personne ne niera qu’on ne lui ait tenu grand compte de ses tentatives en faveur du bon marché de la viande. On dit qu’il travaille à obtenir une réduction de moitié sur la taxe des vins; pour peu qu’il provoquât aussi une réduction sur le droit du café dans l’intérêt delà santé publique à Paris, ne serait-il pas exposé aux anathèmes de M. Thiers? »
- Telles sont les diverses opinions émises sur cette importante question : tel est l’historique que nous avons cru devoir en tracer. Nos lecteurs comprennent que le Palais de Cristal devait prendre occasion de cette discussion, pour mettre sous les yeux de ses lecteurs les éléments propres à les éclairer.
- Pour nous, la question du libre échange ne peut être résolue absolument et par une transition brusque, qui brise d’un coup les industries de notre pays; mais en faveur même de ces industries, qui grandiront sous l’égide de la paix, et dont le génie français, a déjà étendu les limites, il est indispensable d’arriver, peu à peu, à ce que les matières premières •soient abaissées, afin que le travailleur et le consommateur profitent du perfectionnement des moyens de fabrication.
- Si les tarifs sont abaissés, et si la propriété intellectuelle est assise sur des bases solides, le temps n’est pas éloigné où l’on appliquera cette belle parole du marquis de Mirabeau :
- « Laissons le commerce aller et venir à l’aise : d’homme à homme, il a fondé les familles; de famille à famille, il a fondé les peuples; de peuple à peuple, il fondera l’unité du monde. »
- üLEXANDBE LAVA,
- Avocat à la Cour d’appel.
- EXPOSITION DE LONDRES.
- Les Arts,
- De la Photographie. Album de la Société des gens de lettres.
- 1° DE LA PHOTOGRAPHIE.
- Depuis la découverte merveilleuse du daguerréotype, le génie humain s’est porté avec ardeur sur cette nouvelle branche d’industrie qui, elle surtout, a un lien étroit avec les arts, et l’esprit d’invention a été fécond dans ce genre de travail.
- L’usage de la photographie n’est pas restreint à ceux qui vivent de cet art. Beaucoup de gens du monde, savants modestes, s’en occupent : C’est à ce titre, que nous croyons devoir leur donner immédiatement les renseignements qui suivent, sur les produits de la photographie à l’Exposition de Londres, où l’on trouve des dessins de photographie de diverses sortes : et plusieurs nations y ont fourni leur contingent.
- Les Etats-Unis ont envoyé onze dessins, parmi lesquels plusieurs portraits, et en fait de réduction, les objets suivants : une vue de Cincinnati, composée de huit plaques réunies dans un même cadre, et dont les points dejonction sont cachés par des filets perpendiculaires, de façon que le spectateur semble voir la ville à travers une galerie à colonnes. Ce travail est de MM. Fontaine et Sarter.
- Un panorama de Philadelphie et une vue de Fair-mont ; le rapprochement des feuilles de papier sur lesquelles sont reproduits ces ditférents paysages permet de former un véritable panorama qui fait illusion. Ce travail est de MM. W. et F. Langenheim.
- M. W hippie, de Boston, a eu la .singulière idée de daguerréotyper la lune, au moyen d’un grand télescope de Cambridge.
- L’Allemagne a donné plusieurs épreuves sur papier, et des appareils photographiques de M. Albert. L’Autriche, quatorze, parmi lesquelles on remarque neuf têtes d’après l’antique, ou d’après des médailles ou des bas-reliefs.
- L’Italie n’a fourni que quelques portraits.
- Quant à la France, nous croyons devoir citer les noms des artistes qui ont exposé. Ce sont :
- M. II. Bayard, 414: Trois cadres contenant ensemble dix-sept épreuves sur papier.
- M. Blanquart-Evrard, de Lille, 1551 : Un cadre contenant neuf épreuves. L’auteur y a joint la note que voici :
- « Ces épreuves positives sont obtenues par un nouveau procédé, permettant avec un même négatif de faire et livrer dans la même journée deux à trois cents épreuves, par un temps de pluie. Le prix de revient de chaque épreuve peut varier de 15 à 20 centimes en raison de la grandeur. » Si ce procédé est, comme nous le pensons, aussi efficace, c’est un pas de plus fait dans le domaine du bon marché, le point le plus important en matière d’arts appliqués à l’industrie.
- M. Cousin, de Paris, 1577 : Sept épreuves positives obtenues par des négatifs sur papier.
- M. Ciiristofle Dans la vitrine de ce fabricant se trouve un portrait de jeune fille, sur plaque. C’est un spécimen de plaques préparées dans les ateliers deM. Ciiristofle, par le procédé électro-chimique.
- M. Flacheron-Nayard, 836 : Un cadre contenant sept grandes vues de Rome, sur papier.
- M. A. Gouin : Deux cadres contenant ensemble dix portraits, sur plaques, dont huit coloriés.
- M. Gustave Le Cray, 585: Deux cadres contenant chacun neuf épreuves, sur papier.
- M. Henry Lesecq, 592 : Deux cadres contenant chacun six épreuves, vues de différentes parties de la cathédrale de Reims, de celle d’Amiens et de celle de Chartres.
- M. Martens, 610 : Deux cadres dans lesquels sont quatorze épreuves photographiques sur verre et sur papier, obtenues avec l’appareil de Lerebours et Se-crétan. De plus une vue panoramique de Paris, prise sur plaque, d’une des tours de Notre-Dame, avec l’appareil panoramique de M. Martens.
- M. Maucomble, 620 : Cinq portraits sur plaques, coloriés.
- M. Sabatier, 1467 : Un portrait sur plaque.
- M. Saugrin : Quatre portraits sur plaque, coloriés.
- M. Amédée Thierry : Neuf plaques, dont huit reproduisent des vues de Lyon, et la neuvième, le portrait de l’auteur.
- En Angleterre, seize photographes ont exposés de leurs produits. Nous devons signaler à l’attention de nos lecteurs, M. Claudet, qui depuis longues années, a importé chez nos voisins un art dont il aurait dù faire profiter la France, son pays natal.
- Voici le contingent de M. Claudet : Vingt-un portraits sur plaques, en noir ; quarante-trois autres coloriés. M. Claudet a en outre exposé un paradoxe photographique, un photographomètre, un dynacti-nomètre, une nouvelle chambre obscure pour toute espèce de plaques et tous systèmes d’objectifs; une boite à mercure capable de contenir des plaques de toutes grandeurs et un grand nombre à la fois ; un appareil multiplicateur; un appareil à préparer les plaques sans poudres et sans liquides, une fois qu’elles ont été polies ; deux cadres contenant plusieurs spécimens d’expériences scientifiques. Il ne faut pas oublier un petit meuble en palissandre, orné de huit médaillons contenant des portraits de femme coloriés, entourant une plaque centrale où sont représentés des enfants également coloriés.
- Ces résultats prouvent que l’art de la photographie est en bonne voie. Cette science est devenue en France, l’objet d’un examen très-attentif. Une société dite héliographique s’est formée : elle tient des séances où les questions scienlifiques sur cette matière sont approfondies.
- Voici le compte-rendu de la dernière séance, tenue par les membres de cette Société :
- Société héliographique. — Séance du vendredi l^ juin 1851. — Présidence de M. l igier.
- M. le président fait part à la Société d’une lettre que lui a adressée M. Gouin, artiste héliographe à Paris, inventeur d’une nouvelle machine à polir, dont le système perfectionne et abrège tout à la fois l’opération la plus longue et la plus délicate de l’hé-liographie sur plaques métalliques; il demande que la Société veuille bien nommer une commission char-
- gée d’examiner cette nouvelle machine. La lettre de M. Gouin est accompagnée de quelques épreuves dont la beauté témoigne en faveur de l’invention. Une commission est nommée pour procéder à l’examen de celle-ci.
- M. Eugène Piot fait hommage à la Société de la première livraison de Y Italie monumentale. Placés sur le terrain industriel sous la forme et l’aspect que vient de leur donner M. Piot, les dessins photographiques lutteront certainement avec avantage contre les productions de la gravure et de la lithographie.
- M. Gaudin désirerait qu’il s’établît une discussion à propos de l’article du journal américain, où il est dit qu’on a trouvé le moyen de reproduire les couleurs sur plaques daguerriennes ; il serait bon de savoir jusqu’à quel point cette découverte est authentique.
- Quant à lui, il en doute beaucoup; et les savants français, MM. Beequerel et Niepce de Saint-Victor, qui se sont occupés de la question, ne doivent pas se décourager par cette nouvelle dans leurs recherches. Ils ont déjà, fait le premier pas, et je ne crois pas, dit M. Gaudin, que d’autres aient eu plus de succès.
- Comment peut-on obtenir des couleurs par la photographie? Il n’y a qu’un seul moyen, que M. Becquerel a employé, c’est d’impressionner un composé cristallisé de manière à ce que la couleur imprime à la substance une disposition toute particulière, une sorte de phosphorescence. Mais M. Gaudin ne croit pas qu’on puisse jamais faire paraître des couleurs avec le mercure, qui est un agent continuateur; il y a eu beaucoup d’illusions là-dessus.
- M. Bayard ne pense pas qu’il soit possible de traiter une pareille question en présence du peu de renseignements que l’on a sur cette découverte.
- M. Villis, Américain, présent à la séance, dit que le procédé de M. Hill n’a aucun rapport avec celui de M. Becquerel ; il a écrit à M. Hill pour le prier de lui envoyer quelques épreuves; ces épreuves lui ont été promises, l’inventeur en possédait alors cinquante-cinq. M. Villis ajoute qu’il a reçu plusieurs autres lettres qui confirment l’existence de cette importante découverte.
- M. le président demande à M. Villis si, dans les lettres qu’il a reçues, on lui annonce qu’il y ait eu des témoins oculaires de la découverte. Aucun , reprend M. Villis ; on lui écrit seulement qu’il n’y a pas le moindre doute à élever contre elle.
- M. de Montford pense que M. Hill ne compromettrait pas la réputation qu’il peut avoir si bien acquise comme photographe, en avançant légèrement un fait d’une si grande importance ; d’un autre côté, l’on doit penser que le journal américain qui a publié la lettre deM. Hill, et qui garantit le fait, serait peu disposé à encourir la responsabilité qu’il y aurait dans la propagation d’une pareille nouvelle si elle n’avait réellement aucun fondement. Au reste, ajoute M. de Montford, nous serons bientôt fixés là-dessus, j’ai un agent à New-York que j’ai chargé de prendre des renseignements à ce sujet, et j’en attends une réponse d’un jour à l’autre. M. Villis annonce ensuite qu’il partira pour l’Amérique dans quelques semaines, et qu’il se met à la disposition de la Société dans le cas où celle-ci voudrait le charger de prendre des renseignements, qu’il sera bien à même de lui faire parvenir. M. le Président remercie M. Villis de son offre obligeante, et plusieurs membres expriment ensuite le vœu que de nouveaux documents plus précis viennent confirmer l’existence d’une découverte dont la seule annonce a mis en émoi tout le monde photographique. L’Inventeur se hâtera certainement, pour convaincre les incrédules (et il y en a beaucoup), d’expédier en Europe un certain nombre d’épreuves qui permettront de reconnaître l’authenticité de la découverte, et déjuger de l’importance de ses premiers résultats. Ne doit-on pas s’étonner déjà qu’il n’y en ait pas quelques spécimens à la grande Exposition de Londres?
- Le débat étant clos sur ce sujet, M. Martin demande aux membres présents de la commission nommée pour l’examen des papiers destinés à la photographie, s'ils ont des renseignements à donner. M. Bayard, membre de cette commission, répond que celle-ci s’est réunie quelquefois, mais qu’elle est dans l’impuissance d’agir. Elle ne peut pas provoquer les fabricants à entreprendre un papier spécial ; tout ce qu’elle peut leur demander, c’est qu’ils donnent plus de soins à leur fabrication ordinaire, afin qu’il en sorte plus souvent des qualités de papiers mieux appropriés à la photographie.
- (Voir la suite à la page i38.)
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- LE PALAIS DE CRISTAL
- Le loucher de Shakespeare,
- PAR LUKE LIMNER.
- Il existe, en Angleterre, une œuvre fort originale, d’un goût un peu bizarre, mais qui est regardée comme un hommage rendu à la gloire du grand Shakespeare. Nous voulons parler de l’œuvre de LukeLimner, appelée le Bouclier de Shakespeare (the Shakespe-rian Shield).
- Cebouclier représente les diverses scènes de la vie, avec des phrases empruntées au grand poète.
- Au centre est le guerrier qui s’élance dans la carrière, sautantpar-dessus tous les obstacles. Il va parcourir le monde : Shakespeare est le poète qui chantera ses exploits; deux anges sont là qui l’accompagnent de leurs harpes harmonieuses.
- Autour de ce médaillon central, on lit ces mots :
- « Toutes les paroles sont comédie! Hommes et femmes sont des acteurs qui exécutent leurs entrées et leurs sorties. Un seul homme suffit à remplir plusieurs rôles, car sa vie a sept âges (c’est un drame en 7 actes).»
- Au-desssus et autour du médaillon central viennent se grouper les sept âges de la vie : le premier, c’est l’enfant en nourrice ; le second, cestl enfant à l’école; il commence à tromper; il s’enfuit et fait l’école
- LE BOGCLIEii DE SUAKESPEARE, PAR LUKE LIMNER.
- La pensée du vieux LukeLimner.
- buissonnière. Vient ensuite l’amoureux : il soupire; il chante une ballade ; il s’endort au charme des pensées qui bercent ses illusions. Puis, le voilà soldat; s’élançant armé de son glaive. Le cinquième acte, c’est l’homme rendant la justice dans son comté. Il écoute, auprès d’une table bien servie, le malheureux qui vient dérouler devant lui les disputes de sa vie. Enfin, au sixième âge, l’homme est tranquillement plongé dans des études profondes. Il a renoncé aux passions, à l’élégance; le voilà dans un pantalon et des pantoufles, un vieux livre à la main, cherchant bien des mystères de la vie, au moment où la vie va lui manquer :
- Car le septième de ces méd aillons représente la dernière scène de ce drame. La-vie va s’échapper. Le vieil lard est impotent, c’est, dit Shakespeare, la fin, la dernière scène de toutes choses : « Last scene of ail. »
- Ce bonclier, qui est exposé par MM. Leighton, est un des brillants produits de l’industrie.
- William a été parfaitement rendue par l’éminent artiste
- PAUL ET VIRGINIE.
- PAUL ET VIRGINIE (modèle DE PENDULE DE SUSSE.)
- Un des établissements les plus importants de Paris, et qui cherche depuis
- longtemps'à réaliser les idées d’alliance entre les arts et l’industrie que notre journal veut propager, c’est la ^maison Susse. Nous donnons ici une vignette
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- LE PALAIS DE CRISTAL
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- qui représente les divers épisodes de ce drame intime de Paul et Virginie qui est dans la mémoire de tous; première émotion du cœur, spectacle touchant de mœurs inconnues à l’époque où Bernardin de Saint-Pierre écrivait, et qui, depuis, ont reçu l’influence bienfaisante de notre civilisation.
- C’est à reproduire les scènes touchantes de cet écrit suave que MM. Susse se sont appliqués.
- Le groupe principal représente Paul et Virginie assis l’un auprès de l’autre. Domingo et Marie sont
- placés des deux côtés. Ils supportent des candélabres en forme de vases surmontés de plantes tropicales.
- Sous le socle de la pendule qui sert de base au groupe principal, sont les médaillons de la mère de Paul et de la mère de Virginie.
- Partout se trouvent enlacées des plantes.
- Ce qui tend à donner une couleur locale a été fait avec un soin infini par l’auteur de cette composition, M. Charles Cumberworth, et les détails en ont été
- exécutés avec un’soin et une supériorité remarquables par MM. Susse.
- Le grand modèle est haut d’un mètre.
- Il en existe quatre réductions différentes de 70, 50 et 25 centimètres.
- Cette charmante composition vient s’ajouter aux objets d’art qui ont placé MM. Susse parmi ceux de nos fabricants qui poursuivent avec une grande persévérance la confection des œuvres de bon goût avec la solution du problème des œuvres à bon marché.
- VASE EN ARGENT,
- PAR MM. ELKINGTON ET Ce.
- Ce vase semble, par les détails dont il se compose, être fait pour perpétuer le souvenir de l’Exposition de Londres.
- A la base sont assis des guerriers dont l’un est pensif, et dont l’autre porte les yeux au ciel, tenant un glaive brisé : c’est la paix qui a voué les guerriers au repos. Autour de ce vase s’élèvent des guirlandes de
- ACTES OFFICIELS.
- La convention conclue entre les Pays-Bas et la Belgique, pour l’abolition des droits de péages sur la partie commune du cours de la Meuse, ne comprend que deux articles, ainsi conçus :
- « Art. 1er. Les droits de navigation établis sur la partie de la Meuse qui sert délimité entre les Pays-Bas et la Belgique, et dont l’import est réglé par l’art. 3 de la convention du 20 mai 1834-, cesseront d’être perçus à partir du 4or juillet 4 851.
- « Art. 2. Ces droits ne pourront être rétablis qu’à l’expiration d’un délai de six mois après l’expiration de la présente convention, dont les ratifications seront échangées pendant les six semaines ou plus tôt si faire se peut. »
- — La Gazette de Cologne nous apporte les lignes suivantes :
- « Il semble se confirmer que le Zollverein ne veut pas renouveler le traité de commerce avec la Belgique, ou qu’il ne veut le faire qu’à des conditions équivalant à une dénonciation. »
- — La Hollande dirige ses chemins de fer de Rotterdam sur Nimègue et sur Anvers. La Prusse décrète une ligne de Trêves sur Luxembourg. Le grand-duché accorde la garantie d’un minimum d’intérêt pour les sections traversant son territoire.
- —Avant six mois, la ligne de Paris à Strasbourg sera reliée par Nancy et Metz à la frontière belge.
- fruits et de fleurs ; c’est l’Abondance, qui est le fruit de cette paix universelle dont l’Industrie est le signe le plus certain.
- Au-dessus, les sciences, les arts, sont représentés par les personnages qui ont le plus illustré l’Angleterre ; et des bas-reliefs placés autour, à côté de ces personnages, viennent consacrer le sens dont chacun d’eux est l’expression.
- Enfin, et au-dessus de ce vase, domine la statuette du prince Albert, le protecteur de l’Exposition,
- VASE EN ARGENT.
- BELGIQUE.
- Industrie. — Srevets.
- Des arrêtés royaux du 4 8 juin, accordent :
- Au sieur Gouteaux (Pierre), domicilié à Bruxelles, rue des Sœurs-Noires, 36, chez le sieur Hubert, son mandataire, un brevet d’invention de quinze années, pour un moyen destiné à enlever au tabac une partie de son âcreté;
- Au sieur Holt (H. F.), domicilié à Bruxelles, montagne de la Cour, 74, chez le sieur Piddington, son mandataire, un brevet d’importation de treize années, pour des modifications dans les télégraphes électriques, brevetées en Angleterre, pour quatorze années, le 16 novembre 4 850, en faveur du sieur Allan ;
- _ Au sieur de Bergue (Ch.), domicilié à Bruxelles, rue des Minimes, 8, chez le sieur Bienez, son mandataire, un brevet d’importation de douze années, pour un système de construction des voies ferrées des chemins de fer, breveté en sa faveur en Angleterre, pour quatorze années, le 7 février 1850 ;
- Au sieur Gabriel (M. M.), domicilié à Bruxelles, rue de la Fourche, 36, chez le sieur Mertens, son mandataire, un brevet d’importation de treize années, pour l’application du caoutchouc à certains instruments de chirurgie, brevetée en sa faveur en France, pour quinze années, le 26 février 4 850 ;
- Au sieur Shears (D. T.), domicilié àSaint-Josse-ten-Noode, rue deBra-bant, 4 6, chez le sieur Urling, son mandataire, un brevet d’importation de treize années, pour des perfectionnements dans la fabrication et le raffinage du sucre, brevetés en sa faveur en Angleterre, pour quatorze années, le 4 7 octobre 4 850 ;
- Au sieur Ward (John), domicilié à Saint-Josse-ten-Noode, rue Royale-Extérieure, 46, chez le sieur Bossuet, son mandataire, un brevet d’importation de dix années, pour une ma-chine à sérancer le lin, le chanvre, etc., brevetée en Angleterre, pour quatorze années, le 2 mars 4 840, en faveur du sieur Combe et Ce ;
- Au sieur Haselowski, domicilié à Saint-Josse-ten-Noode, rue de Brabant, 49, chez le sieur Urling, son mandataire, un brevet d’importation pour treize années, pour des appareils à laver, préparer et lustrer les étoffes, brevetés en sa faveur en Angleterre, pour quatorze années, le 2 novembre 4 850 ;
- Au sieur Barrué (P. A.), domicilié à Saint-Josse-ten-Noode, rue du Marché, 2, chez le sieur Bie-buyck, son mandataire, un brevet d’importation de quatorze années, pour un procédé propre à la fabrication des épingles, breveté en sa faveur en France, pour quinze années, le 4 5 avril 4 854 ;
- Au sieur Barthel (N.), domicilié à Saint-Josseten-Noode, rue de Brabant, 59, un brevet de perfectionnement de quatorze années pour des modifications au système de décors et d’ornements, principalement applicables aux papiers peints, déjà breveté en sa faveur, pour quinze années, le 4 0 août 4 850;
- Au sieur Mallet (A.), domicilié à Saint-Josse-ten-Noode, chez le sieur Semet (A. J.), directeur de l’usine à gaz, son mandataire, un brevet de perfectionnement de treize années et neuf mois, pour des modifications au procédé servant à l’épuration du gaz d’éclairage, breveté en sa faveur, pour quinze années, le 4 8 mars 4 850;
- An sieur Fievet (A.), propriétaire, domicilié à Nivelles, un brevet d’invention de dix années, pour l’application de vis d’appel aux cordes de pianos;
- Au sieux Mallieux (J. A.L.), serrurier, domiciliéà Liège, rue Sainte-Marguerite, 78, un brevet de perfectionnement de neuf années, pour des modifications au calorifère déjà breveté en sa faveur, pourlO années, le 6 juin 4 850.
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
- 2° ALBUM DE LA SOCIÉTÉ DES GENS DE LETTRES.
- Nous avons, dans un de nos derniers numéros fait connaître à nos lecteurs que, parmi les objets les plus dignes de l’attention des visiteurs du Palais de Cristal était un album unique, dépositaire des pensées de nos meilleurs prosateurs et poètes, et des dessins et aquarelles de nos artistes les plus renommés. Nous donnons aujourd’hni quelques détails particuliers sur les feuillets si curieux de cette riche collection.
- Parmi les dessins on y remarque :
- La figure de la Vierge, instruisant l’enfant par M. Jules Lecurieux, le Christ au tombeau, de M. Klagmann, une sépia de M. Auguste liesse qui reproduit la scène si dramatique du couronnement d’épines ; Y échelle mystérieuse de Jacob, dessin de M. Laëmlin. L’auteur de ce travail a voulu imiter la manière audacieuse avec laquelle Ziégler avait traité le même sujet en 1847. Il a employé les effets du fusin, du crayon noir et de la gouache, qui donnent un vif éclat aux œuvres de ce genre et dont Pierre de Cortone et Jouvcnet ont trouvé le secret.
- M. Glaise a pris pour sujet Y Union de la Littérature et des Arts, dont l’album était le prétexte : C’est un grand succès que celui d’une tentative heureuse qui reproduit avec un attrait nouveau quelques traits de la mythologie, dont nos devanciers avaient déjà, à certains égards, épuisé toutes les ressources. Sous la main habile de M. Glaize, il y a, dans son travail, une rénovation complète d’un genre qui pouvait paraître usé.
- Un de nos peintres les plus progressifs est, sans contredit, M. Couture. On se rappelle que lors de l’exposition de 1846, il avait donné un tableau remarquable intitulé : Y Amour de l’or. C’était l’avare que rien ne pouvait arracher à sa dévorante passion des biens matériels : ni les arts, ni la beauté ne pouvaient l’emporter sur la séduction de ses piles d’argent, sur le bruit de ses cascades métalliques, dans le murmure desquelles son imagination se perdait, noyée au milieu des jouissances ineffables que lui seul analysait, et dont lui seul savait dévoiler tous les mystères.
- M. Couture a, dans cet album, renouvelé cette scène, sous un autre aspect.
- Ici, ce n’est plus la séduction par l’éclat, c’est la commisération par la douleur, par les souffrances qu’il a voulu reproduire.
- L’avare est appelé à se décider en faveur d’une pauvre famille de créatures vouées à la misère, déchirées par les angoises de la faim.
- C’est un homme que la soif tue, et une jeune fille qui tombe en défaillance : Un père et une mère sont prosternés devant le riche : la mère lui tend une main avide; le père baise ses pieds : Mais l’avare retire son sac d’écus, et on le voit hésitant, l’œil en feu, en proie à tous lés entraînements d’une double passion dont son âme est dévorée, calculer le prix d’un déshonneur qui lui parait être une spoliation... tant est puissant, vif, supérieur, cet amour de l’or plus ardent que tout autre amour. C’est encore au moyen du fusin et delà gouache que M. Couture a rendu les effets dé cette composition poétique et imagée.
- On se rappelle les Océanides de M. Lehmann. Ce peintre a pris pour s’inspirer les divinités mystérieuses de la nuit ou des eaux : les Vénus qui glissent sur la surface des ondes, les Lianes qui se cachent dans les retraites sombres des forêts, ont révélé les tendances de son esprit.
- Dans l’album, il a pris pour sujet les Sirènes. Il a cherché à donner à leurs contours toute les finesses qu’on reconnaît dans ses autres compositions. Mais, peut-être, est-ce un peu sec, un peu éteint, sous le rapportées touches-, quoiqu’il y ait, dans le fond du dessin, de l’harmonie que le peintre doit à une alliance habile du crayon noir qui détermine les traits, du pastel qui anime et fait ressortir les contours.
- Quelques autres sujets qui font la richesse de cet album, (dont, le succès est tel que la reine Victoria et toute sa cour l’ont possédé et l’ont consulté pendant plusieurs jours), sont appréciés ainsi qu’il suit par la plume élégante d’un membre de la Société des gens de lettres, M. Félix Deriège :
- M. Camille Fontallard est plus éclectique dans ses goûts que M. Henri Lehmann, il varie ses sujets à l’infini. 11 va les prendre sans scrupule aussi bien à l’hôpital que sur la place d’armes ; il peint avec un égal plaisir, tantôt les chœurs des trois Grâces, tantôt les joyeux ébats des canotiers parisiens. Le
- paysage de lui que nous avons sous les yeux est un fouillis; mais on aperçoit à travers ces branches qui s’enchevêtrent, parmi ces arbres dont les formes fantastiques échappent à toute analyse, tant d’agaçantes figures de nymphes, de dryades, d’amadryades, qu’on est involontairement captivé par l’ingénieux désordre de cette jolie composition.
- Tout le monde connaît la fable de Clytie. Cette nymphe était tille de l’Océan et de Tliétis Apollon l’aima, et ce dieu, léger dans ses amours comme un simple mortel, l’abandonna pour Leucothoé. Clytie se laissa mourir et fut changée en héliotrope. Elle eût vécu de nos jours pour solliciter un débit de tabac ou un bureau de papier timbré.
- M. Galimard a représenté sa nymphe à demi-cou-chée au sommet d’une falaise. Au loin on aperçoit la mer et l’espace. La mourante se soutient sur ses bras, et son beau visage reçoit les derniers rayons du soleil couchant. L’absence presque complète d’ombres donne à cette composition une apparence étonnante de bas-relief antique. La tête, empreinte d’une voluptueuse défaillance, les épaules et la poitrine, sont d’une irréprochable beauté. Agasiasl’E-phésien n’eût pas tracé d’une main plus sure les deux lignes principa'es qui déterminent le profil de cette magnifique figure. Le bras gauche, qui s’efface à demi, est surtout attaché à l’épaule avec une hardiesse et une précision surprenantes Nous regrettons que M. Galimard n’ait pas soigné davantage les mains et les poignets de sa Clytie, et qu’il ait placé à côté d’elle, en tâtonnant, une jambe gauche qui semble ne pas lui appartenir.
- M. Simard n’a pas fait une œuvre moins remarquable que son confrère, M. Klagmann, quoiqu’il ait obéi à une inspiration bien différente. Ses Bergers écoutant un rhapsode semblent avoir été dérobés au portique d’un temple grec, tant leurs formes sont parfaites, tant il y a de grâce, de noble simplicité dans leurs poses. Un poète à l’air inspiré, au front ceint d’une couronne, drapé suivant les meilleures traditions de l’art antique, charme des bergers par ses chants. Deux hommes à l’aspect inculte, et deux jeunes gens l’écoutent, recueillis dans une pieuse admiration. Les uns sont assis ou penchés sur leur houlette, les autres inclinent, pour mieux l’entendre, leurs torses savamment modelés. Point d’accessoires qui trompent l’œil,point d’ombres tumulteuses, point de draperies qui sauvent un contour hasardé, un raccourci défectueux ! Les rares étoffes jetées sur les épaules des personnages ou rattachées à leur ceinture, offrent des plis souples, des masses flottantes heureusement distribuées; on dirait qu’un ciseau athénien les a sculptées dans le Pentélique. M. Simard est, sans conteste, un des plus savants dessinateurs de ce temps-ci.
- Il appartenait à M. Léon Noël, dont mille charmants dessins ont rendu le crayon populaire, de reproduire une des compositions les plus séduisantes de Boucher. Sa Poésie lyrique est une déesse du rococo le plus joli. Quelle figure spirituelle et distinguée ! quel galbe pur, fin et coquet ! Certes, elle doit s’ennuyer sur son nuage, cette muse gentille, qui inspira Chaulieu et Voisenon. Où veulent donc l’entraîner ces petits bonshommes joufflus dont l’un frappe son tambour de basque, tandis que l’autre secoue une torche auprès d’elle ? A Versailles sans doute, au jeu du roi, au bal de la reine. Allez, allez, quittez votre olympe, belle déesse ; jetez de la poudre sur vos cheveux, prenez votre robe à paniers, vos mules, votre bouqnet, votre éventail, tous vos colifichets de jolie femme : on vous attend à Trianon.
- Quel singulier dilettante que ce grand vaurien dans la chambre duquel nous introduit M. Armand Leleux, pendant qu’il se charme lui-même par le grincement de sa mandore et la mélodie plus sauvage encore de ses copias! Il mendiait peut-être ce matin sur le pavé de la reine, une espingole à la main; peut-être se battait-il hier contre les dragons ou les douaniers de Sa Majesté Catholique; mais il a terminé ses affaires, et le voilà qui se livre, en véritable Espagnol, à tous les plaisirs du farniente. A vrai dire, il remplit consciencieusement son double emploi d’auditeur et virtuose; c’est un gaillard qui n’a besoin, nous l’assurons, ni de Lablache ni de l’Alboni pour passer gaîment scs soirées. Jamais nous n’avons vu .se dessiner sur les fonds noirs que M. Armand Leleux affectionne une figure d’une vérité plus pittoresque que celle dont nous parlons. Le sombrero aux ailes retroussées, le gilet rouge, la ceinture de laine blanche, les guêtres de cuir dont
- les crevés laissent voir une jambe robuste, sont d’une exactitude parfaite et forment une gamme de couleurs de l’effet le plus harmonieux.
- Ne séparons point M. Armand Leleux de M. Adolphe Leleux, son frère, puisque ces deux artistes opposent contrebandier à guitarrero, Andalous à Aragonais avec la plus louable émulation. Au milieu d’une lande sauvage, un homme est étendu mort sur un lit de broussailles. Est-il tombé sous les coups d’un assassin? un douanier T a-t-il frappé tandis qu’il courait d’un pas agile sur la crête des rochers voisins? Hélas ! le drame qui a ensanglanté ce petit coin de terre est encore un mystère que tout le monde ignore. Une mère, une femme, des enfants, un vieux père éplorés, attendent peut-être la victime. Cependant un oiseau de proie, qu’attire l’odeur du sang, plane déjà sur elle; on le voit dessiner sa forme grise sur un ciel orageux. Ilâtez-vous, bonnes gens du village, si vous voulez donner, sous la croix du cimetière, un dernier asile au malheureux qui n’est plus.
- Le dessin de M. Adolphe Leleux est d’une couleur excellente, d’une pâte grasse, solide, qu’on obtient difficilement au moyen de l’aquarelle; le ciel a quelque chose des fantaisies veloutées de Diaz'. Mais le soin minutieux des détails n’a pas refroidi l’inspiration de l’artiste. L’ensemble de son œuvre est d’un effet grandiose. Ce cadavre abandonné, ces rochers immenses qui le dominent, cet oiseau de proie qui accourt à tire d’aile des profondeurs de l’horizon, tout cela rend à merveille les intentions dramatiques de l’auteur.
- Le Cervantès mort de M. Claudius Jacquand réunit toutes les qualités des meilleures compositions de ce peintre, qu’on a surnommé le Delacroix de la peinture de genre. La chambre où le grand homme vient d’expirer est froide, morne, désolée comme les murailles des cloîtres que M. Jacquand sait peindre avec tant de vérité, et l’on retrouve dans la physionomie de Cervantès la douleur touchante et résignée de cette pauvre mère, que l’artiste représentait au salon de 1849, vendant à un juif son dernier bijou. Pauvre Cervantès ! il tient encore un livre dans sa main crispée ; un livre ! l’instrument de sa gloire et la cause de ses malheurs.
- M. Théodore Chassériauestun de ces artistes dont les façons bizarres confondent toutes les théories et déroutent la critique. Elève du maître le plus, sévère de l’école actuelle, il possède au plus haut degré ce sentiment de la forme qui donne seul l’exactitude absolue du modelé et la perfection exquise des contours. Mais il est rare qu’auprès de ses figures les plus suaves M. Chassériau ne place pas quelque chose d’étrange, qui n’occupe aucune place dans l’échelle des êtres vivants. Sa Desdémona est certainement une admirable femme, pâle et frémissante devant la colère de son époux. Le mouvement de terreur qui la porte à abaisser brusquement le drap derrière lequel elle cachait sa ligure est d’une vérité bien sentie ; cette femme en est arrivée à ce moment suprême où il faut voir le danger en face. Mais quel Othello, bon Dieu ! Je vous jure que ce Maure est cagneux. Desdémona va mourir : tant pis pour elle-, nous lui en voulons maintenant d’avoir eu si mauvais goût.
- Arrivons aux rois de la fantaisie, aux peintres par excellence des jolies femmes, des coquettes au doux sourire, aux blanches épaules. Le nom deWinterhal-ter se présente tout d’abord et nous rappelle mille agréables souvenirs. Eh bien! ce n’est point une jeune fille de Florence, à. la cotte de velours, que le peintre du Décaméron a donné à l’album ; ce n’est point une marquise du faubourg Saint-Germain; c’est une ligure de style d’une beauté sévère, une robuste enfant des Maremmes, dont la jeunesse, pour être délicate, n’en est pas moins éclatante de fraîcheur et de santé. Imaginez quelque chose de plus chaste à la fois et de plus voluptueux que ce beau corps qui s’abandonne, que ces vêtements aux couleurs si heureusement assorties qui le recouvrent sans le cacher. Winterhalter possède une brosse en-.chantée qui fait naître des merveilles. Au bas de son dessin Lamartine écrirait avec plaisir le nom séduisant de Graziella
- Mais voici venir Millier avec sa Primcivera. Or, savez-vous ce que c’est qu’une Primavera de M. Millier? une délicieuse créature de seize ans, dont les grands yeux fendus en amande vous regardent avec amour, dont la bouche laisse voir en souriant des dents de nacre de perle, et qui croise sur sa poitrine des bras si ronds, des mains si fines et si potelées, qu’elle vous ferait oublier même la Ro-maine de M. Winterhalter. Aussi pourquoi la co-
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- quette a-t-elle mêlé des roses aux tresses de ses cheveux bruns ? pourquoi se montre-t-elle au milieu d’une verdure luxuriante, dont les tons crus rendent plus tendre encore le velouté de ses joues? La Romaine de M. Winterlialter s’est fait admirer sans y prendre garde ; la Prlrnavera de M. Millier est une coquette qui emploie tous les moyens, qui grimace même un peu pour vous séduire. Est-ce de bonne guerre ? Prononcez.
- Mais déjà l’espace commence à nous manquer; nous n’avons rien dit encore des paysagistes, des peintres de marine, de fleurs et d’animaux, et pourtant cent noms, et des meilleurs, se pressent sous notre plume. C’est M. Gigoux, le peintre de Cléopâtre et de Manon Lescaut, qui a reproduit la belle et pensive figure de Charlotte Corday ; M. Raverat, dont le dessin monumental trouverait bien sa place sous le cintre d’une grande voussure; M. Schnetz enfin : son Pèlerin mourant, d’une facture toute magistrale, eût mérité une élude approfondie.
- M. Clésinger a enrichi l’album d’un dessin à la plume qui rappelle sa Bacchante, et M. Devéria a prouvé, par une esquisse du même genre, que peu de personnés l’égalent pour la précision du trait et pour la science exacte des lignes et des contours.
- Nous retrouvons dans la Marguerite de M. A. Marquet ce style noble et simple qui lui a valu tous ses succès.
- M. Henry Monnier, en nous retraçant le type d’une Paysanne normande, s’est montré, comme toujours, aussi ingénieux dessinateur qu’il est spirituel écrivain.
- MM. Maindron et Carie Elschoët ont reproduit avec talent deux de leurs groupes les plus admirés : Le chien léchant la blessure d’un berger mordu par un serpent et la veuve du soldat franc pleurant sur le bouclier de son mari.
- L’album de la Société des gens de lettres jouira bientôt d’une grande célébrité. Nous nous bornons, faute d’espace, à signaler à l’attention les œuvres remarquables de MM. Th. et A. Fragonard, Alexandre Rida, Adolphe Yvon, Wattier, Victor Chavet, Oscar Gué, llipp. Ballue, Jules Villeneuve et Ducor-net; nous dirons que M. le Poittevin sait allier la grâce exquise au naturel ; que M. A. Lorentz excelle à peindre les centaures de la vieille garde, et M. Edmond Ilédouin les habitants delà vallée d’Ossau; que M. Andrieux est arrivé à faire un Chanteur des rues plus déguenillé encore que le Mendiant deM. Pinguilly-d’Haridon, qui eut tant de succès en f 847 ; que les Arabes de M. Philippoteaux et ceux de M. Lalaisse sont de brillants cavaliers ; qu’il y a infiniment de naïveté et de grâces enfantines dans les Vendangeurs, de madame Marie-Elisabeth Cavé, et dans les Petits gourmands, que M. Géniole a représentés croquant le goûter de leur jolie fermière. Il y aurait dix feuilletons à écrire sur les \ 80 dessins de l’album.
- Quelques mots encore sur les paysagistes, sur ces peintres adorés de la foule, qui s’évertuent à trouver sur leur palette toutes les couleurs, toutes les nuances, toutes les harmonies de ce panorama aux mille aspects divers, dont la nature étale incessamment à nos yeux l’incomparable splendeur. L’Effet de crépuscule de M. Corot se distingue par la même simplicité, par le même sentiment de vérité naïve que nous avons admiré si souvent dans ses tableaux. On regrette seulement que le ciel ne laisse pas tomber quelques rayons de plus sur ces massifs d’herbes et de feuilles, tout enveloppés de demi-teintes, que l’artiste a si laborieusement étudiés. Nous n’adresserons donc à M. Corot qu’un seul reproche : celui d’avoir surpris la nature... une ou deux heures trop
- tard...
- Un village plein d’air et de lumières, des paysans en habits de fête, un clocher gothique avec son aiguille d’ardoise, des arbres au feuillage diapré au-dessus de tous les chaumes, voilà ce que nous montre une aquarelle très-riche de tons, très-finie, remarquable par sa facture élégante, de M. Justin Ou-vrié.
- Dans le dessin qu’il a offert à l’album, comme dans ses œuvres les plus importantes, M. Théodore Rousseau est toujours le peintre séduisant qui sait animer tout ce qu’il touche, le traduire en l’imitant, mettre dans la représentation du vrai une poésie charmante, tantôt rêveuse et tantôt passionnée.
- Ce vieux Château de Bressuire aux tours colossales, aux courtines immenses, dont la masse absorbe les derniers rayons du jour, est le dernier chef-d’œuvre de Louis Marvy, mort dans tout l’éclat
- de sa réputation. Des précipices environnent de toutes parts le géant féodal ; derrière ses murailles énormes l’horizon se dérobe et s’efface ; il est là, seul, au milieu de cette page dantesque hardiment esquissée au fusin, comme un lugubre souvenir de la lutte suprême où le vieux monde s’écroula sous les coups de nos révolutions. Aux flancs de la montagne sombre, dans le creux d’un rocher qu’illumine une touche légère de crayon rouge, un pâtre vendéen se chauffe. Que l’homme semble petit à côté de cet amas énorme de pierres, formidable symbolisation du pouvoir immobile dans sa force et fatal dans son immobilité ! Hélas ! nous ne verrons plus Louis Marvy au salon, où, graveur infatigable, il apportait religieusement chaque année le produit de ses veilles. Les Corot, les Cabat, les Decamps, tous nos coloristes ont perdu un de leurs meilleurs interprètes, un artiste qui joignait à une haute intelligence de son art une habileté de main consommée.
- Dans un grand dessin à la plume intitulé : Souvenir de Tunis, M. Louis Boulanger nous retrace un cimetière turc, un arbre un peu lourd qui pyramide comme un minaret au-dessus d’une mosquée ronde, des chameaux et leurs conducteurs arrêtés sur la grève miroitante, çà et là des cyprès et des palmiers. Dans le fond, un massif de verdure se dessine en perspective L’artiste n’a mis en œuvre qu’une feuille de papier glacé et un peu d’encre, et cependant il nous fait comprendre qu’à travers un ciel pulvérulent, le soleil d’Afrique brûle de ses rayons ces murailles blanches, ces feuilles qu’aucun souffle n’agite, ces hommes et ces animaux accablés de lassitude. L’imagination ne s’arrête pas à ce petit coin de terre si ingénieusement trouvé, elle devine au-delà le désert fauve, sans habitations, sans verdure, qui se perd dans k-s rouges vapeurs de l’horizon.
- Plaçons comme contraste, à côté de ce paysage, la jolie Maison sur pilotis, de M. Fiers. Cette cabane de bois, verdâtre et moussue, que ses assises aériennes placent au-dessus des inondations les plus hautes, vous la connaissez ; vous l’avez vue cent fois sur les bords de la Marne ou de la Seine, en allant à l’ile Saint-Ouen peut-être. La rivière vagabonde la visite chaque année au printemps, alors que les aubiers forment des îles de verdure dans l’eau rapide-et limoneuse. Comme J’herbe est grasse, l’air vaporeux, le ciel humide dans ces riants et frais pâturages ! Certes, le crayon noir qui à donné la vie à ce délicieux paysage est un crayon magique, qui ne le cède à la peinture ni pour l’éclat des couleurs, ni pour la transparence des ombres, ni pour la vérité des tons.
- Tout ce que nous venons de dire sur le dessin de M. Fiers s’applique à celui de M. Édouard llostein. Vraiment, nous ne saurions choisir entre la Maison sur pilotis du premier et la mignonne cabane que le second a placée sur un bateau.
- C’est bien loin de là, sur les Ruines de Persépolis, que nous transporte M. Lottin de Laval, le voyageur intrépide, l’ingénieux reproducteur des monuments assyriens. Sur ces assises de marbre s’élevait jadis le palais du grand roi. Que reste-t-il aujourd’hui des splendeurs au milieu desquelles apparaissait Sa Majesté redoutable? D’énormes substructions ensevelies sous la poussière, des fûts brisés, des amas de sable qui ondulent comme un linceul sur la nécropole oubliée? Le palmier épanouit ses larges feuilles, le cactus étale la pourpre de ses fleurs là où les lions de marbre accroupis regardaient autrefois passer les pompes delà maison royale de Xerxès et de Darius. Des montagnes grises courent à l’horizon et s’animent d’un reste de vie aux rayons d’un soleil couchant, M. Lottin de Laval a compris tout cela en poète et l’a exprimé avec sentiment.
- Au pied d’une montagne couronnée de fortifications, sont alignées des maisons blanches dont les masses resplendissent et s’enlèvent en vigueur sur les noires bruyères du fond. A gauche, le ciel se mire dans une eau claire et transparente. Ce dessin, de M. Dauzats, représente le port de Cette, si ma mémoire n’est pas infidèle.
- L’artiste a cherché dans la boue d’encre ces tons si légers, si vrais, si caressants à l’œil qu’étalait avec un inconcevable entrain le pinceau fécond de Joseph Veruet. M. Dauzats connaît l’Orient; il a étudié la nature dans ce qu’elle a de grandiose et d’austère ; mais il en sait rendre aussi les aspects riants. A la noble simplicité des lignes, à la mâle vigueur du trait, à la savante disposition des plans, se trouvent unies dans son paysage une délicatesse de touche, une ri-
- chesse de coloris, une luxuriante profusion de lumière et d’ombre, de soleil et de brise qu’on ne se lasse point d’admirer.
- M. Biard a toujours la même verve mordante; qu’il exploite le drame ou la satire, qu’il vous fasse rire ou frissonner. Son Crépuscule aux pôles est d’un effet saisissant. Un bassin d’eau dormante et profonde, creusé dans des glaçons vert d’émeraude, un ciel verdâtre comme l’eau, une lumière rose et blanche dont le reflet est sinistre, et au milieu de cette solitude un voyageur découvrant/un cadavre sous la neige, telle est la scène de désolation qu’il a mise sous nos yeux. L’aquarelle de M. Biard contenterait parfaitement ceux qui aiment le froid, si l’air était plus limpide et si les étoiles brillaient à l’horizon à des profondeurs plus grandes. Peut-être son effet de crépuscule est-il exact malgré son étrangeté : l’envie ne viendra à personne d’aller s’en assurer.
- 11 nous reste à mentionner MM. Lapito, Hippolyte Sebron, Loncle et Duval-Lecamus père et fils;M. le marquis de Varennes, qui a enrichi sa feuille d’un frais paysage et d’un autographe intéressant; M. Nol-let et sa Vue prise dans la forêt de Fontainebleau; le Joli chemin, de M. Frédéric Legrip, qui tourne et se déroule si bien; la précieuse miniature de M. Michelin; le Coup de vent que M. A. Lucy a déchaîné sur ses marais; enfui, le dessin à la plume très-tin,très-achevé, très-remarquable, deM. Antony Béraud. Chacun de ces artistes pourrait fournir à la critique un paragraphe intéressant.
- Des marines de Gudin et de Mlle Henriette Gu-din, deMorel-Fatio, d’Héroult, etc., etc.; des fleurs de MM. Saint-Je an, Desportes, Chazal et Rossignol; des animaux peints par MM. Barye, Montpezat, The-not et Turpin de Crissé, achèvent de faire de l’album de la Société des gens de lettres un véritable musée contemporain. La plupart des artistes y ont reproduit leurs œuvres les plus méritantes; ceux qui l’ont illustré de dessins complètement inédits l’ont fait avec un soin d’autant plus grand, un bonheur d’autant plus rare, qu’il s’agissait pour eux, non seulement de graver leur souvenir au fronton d’un monument incomparable dans son genre, mais encore de s’associer à une idée noble et généreuse. Tous vous êtes arrêtés souvent devant les tableaux de- Mlle Rosa Bonheur; vous avez pensé qu’on ne pouvait pousser plus loin la poésie du sentiment, le charme de la vérité? Regardez l’aquarelle dont elle a enfiehi l’album de la Société des gens de lettres, et yous serez émerveillés de cette couleur blondissante, biondeggiante, comme disent les Italiens, qui repose les yeux; de ces ombres si habilement distribuées qu’elles semblent n’être qu’une harmonie de la lumière. La brosse féérique de Mlle Rosa Bonheur a-t-elle jamais créé un bélier qui sommeille avec une paresse plus majestueuse, des brebis mieux en train de ne rien faire? L’une dort, la tête appuyée sur l’herbe; une autre regarde d’un air curieux le voyageur qui passe à l’angle du chemin ; toutes ont une laine floconneuse apii fait illusion ; il y a des teintes gris-bleu d’une finesse et d’une vérité prodigieuses dans les tissures de leur toison. Mlle Rosa Bonheur a fait aussi bien, peut-être, mais certainement elle n’a jamais fait mieux.
- Nous examinerons plus tard les autographes des écrivains, des acteurs et des musiciens.
- P. S. Nous apprenons que l’Exposition Russe a eu un succès immense. Si l’abondance des matières nous le permettait, nous nous en occuperions dès aujourd’hui; mais notre intention étant de donner à nos lecteurs des détails précis à cet égard, nous ajournerons au prochain numéro le compte-rendu de cette brillante partie de l’Exposition de Londres. Nos dessinateurs sont à l’œnvre.
- Nous avons tout lieu de croire que le projet, de la grande fête nationale, à Paris, dont on a entretenu le public, ne sera pas mis à exécution. C’était une affaire dont les dépenses très-onéreuses ne pouvaient être couvertes aussitôt qu’on l’avait espéré : et l’autorité ne pouvait prêter son concours à un appel de fonds qui demandait plus de temps que l’on en avait pour être réalisé. Du reste, nous tiendrons nos lecteurs au courant de ce vaste projet qu’il serait désirable de voir mettre à exécution et qui est dû àM. Horeau, un de nos meilleurs architectes. On sc rappelle que lors du concours ouvert par l’Exposition de Londres, M. Moreau avait apporté à la commission un projet qui avait été adopté ; lorsque celui de M. Paxton a été définitivement choisi.
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
- VASE DE FONTE ORNÉ DE PIÈCES APPLIQUÉES.
- On sait qu’une des conquêtes les plus précieuses de l’industrie, c’est la fonte appliquée à des objets d’art. Disons quelques mots sur ce produit, dont l’Exposition de Londres a de très-beaux échantillons.
- La fonte est le produit immédiat du minerai de fer traité dans les hauts-fourneaux. L’analyse chimique de ce produit a fait découvrir qu’il est composé de fer, de carbone, et de quelque matière vitrifiée provenant de la fusion de la gangue du minerai, soit que cette gangue fût assez fusible pour être liquéfiée par la haute température des hauts-fourneaux, soit qu’elle ait cédé à l’action des matières ajoutées comme fondants.
- Les fontes sont de diverses espèces; leur résistance est différente; elle varie suivant la température; enfin, il y a plusieurs moyens de mesurer cette propriété essentielle de variation et de la soumettre au calcul pour les applications que l’on veut en faire.
- Pour la couleur, il en est de trois sortes : la fonte est blanche, grise ou noire.
- On comprend que la couleur et la résistance entrent pour beaucoup dans le choix que l’on croit devoir en faire pour l’appliquer à tel ou tel usage des arts ou de l’industrie.
- Sa malléabilité permet, en outre, d’en proportionner l’usage selon les diverses exigences de force auxquelles on veut la soumettre.
- Le vase dont nous donnons ici le dessin, et qui sort des ateliers de la compagnie de Coalbrookdale, comme un grand nombre d’autres, est d’une élégance très-remarquable. Sa hauteur^est de près de 72 centimètres. Il est monté sur un très-beau piédestal,
- VAS B DE FONTE ORNÉ DE PIÈCES APPLIQUÉES*
- et les moulures appliquées, quoique un peu communes de forme, sont d’un certain éclat.
- C’est encore là un de ces objets dont le bon marché peut les mettre à la discrétion des plus minces fortunes Nous ne devons laisser échapper aucune occasion d’appeler l’attention de nos lecteurs sur la portée de la question soulevée à l’occasion de ces vignettes, et qui peût les intéresser, dans le cas où ils appartiendraient à> classe'des industriels dont nous nous occupons, et dans le cas où, hommes du monde, ils seraient entraînés par l’intérêt qui se rattache à la solution de ces problèmes.
- M. Ferry fils donne à l’égard des fontes une formule que voici ; quand on a besoin de fontes d’une grande solidité, il faut les choisir parmi celles dont l’affinage donne un fer qui ne soit pas cassant à froid, quelles ques soient d’ailleurs ses qualités lorsqu’il est chauffé. Pour les machines à vapeur à haute pression, on doit éviter celles qui donneraient un fer cassant à chaud. En général, les fontes sont analogues au fer qui en est extrait, et manifestent, au moins en partie, ses bonnes ou ses mauvaises qualités.
- Dans le langage figuré, la fonte, qui est un dérivé de la matière dont nous nous occupons ci-dessus s’applique à divers objets.
- Ainsi, pour le statuaire, c’est la partie de cet art qui consiste à faire des statues de bronze, par exemple, à mouler en bronze, l’œuvre de plâtre ou de marbre de sculpture.
- La fonte en potée ou en moule de potée, est le moule levé sur le modèle de la statue que l’on veut jeter enbronze. On l’enduit d’une couchede cire d’épaisseur égaleàcelle quedoit avoir le bronze recouverte intérieurement et extérieurement d’un ciment à l’épreuve du feu
- CHEMINÉE.
- La cheminée que nous avons placée ci dessous est un de ces modèles dont l’industrie anglaise a eu longtemps le privilège. Nous devons le reconnaître : en France, ce n’est qu’à trait de temps que Ton arrive sur certains points à se modifier. Une fois le progrès admis en matière d’industrie et d’art, on perfectionne, on invente même chez nous avec un grand succès; mais ce qui coûte le plus, c’est le premier pas à faire.
- Les cheminées n’ont commencé à prendre une forme nouvelle que depuis seulement une trentaine d’années.
- En \ 825 ou 1826, le changement des ventilateurs a été tenté.- Nos pères nous ont longtemps * transmis, sous la même forme, Yâtre, le contre-cœur, les jambages et le manteau. Nous aurons à revenir sur les
- modifications successives que la France a introduites dans ventouses,
- CHEMINÉE.
- le chauffage et les
- En Angleterre, le charbon de terre a commandé aux inventeurs de chercher des moyens dont la science a eu le secret; et tous les jours on ajoute des perfectionnements à ce mode de chauffage.
- L’art n’a pas tardé à embellir le métier.
- La belle cheminée dont nous donnons ici la description est resplendissante de cuivre incrusté, d’ornements de fonte polie, de chenets qui sont représentés , pour supporter les accessoires, par deux aiglons dorés aux ailes étendues.
- En Italie, où les cheminées, dans les palais, sont de véritables objets d’art, on a pu donner aux Anglais le modèle de celles qu’ils ont appropriées à leurs habitations; et, en l’absence de marbre, ils ont appliqué le fer, la fonte et le cuivre à les orner.
- Nous ne terminerons pas ces observations sans faire remarquer que la différence des climats empêche
- d’apporter à la confection des cheminées le même soin quant à ce qui concerne le chauffage lui-même.
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- LE PALAIS DE CRISTAL
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- COUPE EN AGATHE, PAR M. MOREL.
- La coupe dont le dessin est ci-contre sort des ateliers de M. Morel, qui est un ancien fabricant de Londres. La coupe est en agath,-les ciselures enchâssées sont en or. C’est ait même fabricant que l’on doit aussi une coupe émaillée dont ce numéro contient la description. (Foirpage
- m.)
- Cette coupe qui représente des vues de Constantinople, est en émail. Il est fort difficile d’arriver à donner à l’émail une grande régularité dans l’œuvre.
- On sait que l’émail est un vernis vitreux, dont on se sert pour recouvrir, parla fusion, la porcelaine, la faïence, la poterie, le verre et les métaux. Celui qui sert de base aux autres, vient de la calcination du plomb et de l’étain.
- Il est deux branches de l’industrie pleines de difficultés :
- C’est le travail de la peinture sur porcelaine et la peinture en émail.
- Ces deux substances, l’émail et la porcelaine, doivent subir l’épreuve du feu ; et font le désespoir des artistes et des fabricants. Quand on a fini le dessin et la peinture, ce n’est que la partie du travail la plus agréable et la moins périlleuse pour 1 artiste. Le moment de la cuisson est le moment critique.
- Les émaux les plus estimés sont ceux de Venise, précisément parce qu’ils
- COUPE EN AGATHE, PAR M. MOREL.
- résistent plus que les autres à l’action du feu. Une des plus grandes qualités du travail de M. Morel, c’est précisément que les vues sur émail de Constantinople sont d’une grande régularité et d’une solidité évidente.
- Le travail de l’émailleur est un des plus pénibles.
- Il ne peut le faire que dans un lieu tout à fait privé de lumière et qui n’est éclairé que par sa lampe, lorsque l’action du feu s’exerce sur le métal qu’il veut assouplir, au point d’y incruster son dessin.
- L’instrument dit lampe d’é-mailleur a une propriété très-puissante; sa forme est celle d’un tube terminé en pointe recourbée : l’ouvrier souffle dans ce tube qu’il a eu soin de placer devant une flamme.
- Le souffle de l’ouvrier fait sortir du corps même de cette flamme qui s’élève verticalement, une parcelle de feu horizontale qui vient frapper l’objet que l’on veut soumettre à son action. La force en est telle que le verre, par exemple, tombe en fusion et suit toutes les oscillations qu’on lui imprime. Tous les objets de verre travaillé se soumettent à cette fusion, et c’est un travail fort curieux à observer.
- Seulement, on comprend toute la fatigue que doit éprouver l’émailleur par le simple exposé de ce travail.
- Dans le style figuré, (ceci pour les gens du monde qui nous font l’honneur de nous lire) l’émail est le synonime d’éclat et de transparence.
- LES DEUX JEUNES FILLES INDIENNES,
- PAH MM. HUET ET ROSKELL, A LONDRES.
- Les deux pendants ci-dessous, pleins d’élégance, représentent deux jeunes filles
- JEUNE INDIENNE CUEILLANT UNE PLANTE CONSACRÉE, PAR MM. HUNT ET ROSKELL DE LONDRES.
- Cet établissement est un véritable muséum.
- Ce qui nous frappe, à cet égard, c’est la tendance générale des esprits se portant avec recherche, sur des objets consacrés à une destination usuelle vers les mystères de la science et les inspirations de la poésie ou de la religion!
- La première de ces jeunes tilles cueille une plante sacrée, la sarcos-tema viminalis.
- La superstition attribue à] cette plante des propriétés merveilleuses.
- La seconde dépose sa lampe dans les eaux du Gange. On sait que, dans les Indes, la lampe est un symbole. La lampe que la jeune fille confie aux eaux du Gange peut être la sienne ou celle d’un ami. Elle demande aux eaux du Gange de la purifier, de lui assurer le bonheur, en l’épurant. Si elle pense à un fiancé, elle demande au Gange de la consacrer, de la protéger; enfin, si elle porte avec elle l’urne funéraire, alors la lampe devient pour elle le symbole d’une vie éteinte.
- Cette lampe, confiée aux eaux du Gange, est le pendant religieux de l’autre lampe que la piété filiale entretient sur le mausolée.
- U y a quelque chose de pieux dans ces descriptions de mœurs orientales, où les Anglais, en voulant y transporter la civilisation, ont rencontré la religion et la poésie.
- Les deux statuettes dont nous parlons sont sorties des ateliers de MM. Ilunt et Roskell, de Londres. Pour ceux qui connaissent l’ancienne maison Mortimer et Storr, la perfection avec laquelle ces œuvres d’art sont terminées n’a rien de surprenant.
- indiennes qui portent dans leur attitude, dans l’expression pleine de sentiments qu’on peut lire sur leurs traits, ces pieuses inspirations dont les Indes sont le berceau. Il faut reconnaître que la conquête des Anglais, dans ces parages lointains, a rendu service aux poètes et aux artistes.
- JEUNE INDIENNE DÉPOSANT UNE LAMPE DANS LES EAUX DU GANGE -PAR MM. HUNT ET ROSKELL, DE LONDRES.
- On ne peut méconnaître que cette industrie spéciale ne peut recevoir que de grands développements de certains recueils, qui comme le Palais de Cristal, ne négligent pas de bien déterminer les limites où commence l’art et où le métier peut s’unir à la pensée de l’artiste.
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- COURRIER DE PARIS ET DE LONDRES.
- M. Jolm Moore, notre correspondant, s’égaie fort aux dépens de notre idée d’un courrier de Londres. « Il y a, nous dit-il, à raconter des faits industriels, scientifiques, politiques, mais vouloir faire ce (pie vous appelez une revue des salons, c’est l’entreprise la plus extravagante qu’il soit possible d’imaginer. On rit beaucoup à Londres de quelques-uns de vos feuilletonistes français ; ces bonnes gens ont apporté au-delà du détroit leur petit bagage d’anecdotes qui leur ont déjà fait fort bon usage, ils les retouchent et les expédient en France comme importation nouvelle : M. X..., est devenu lord A..., Mme B... lady I)... et ainsi de suite. Mentir un peu, soit, mais à ce point cela est par trop maladroit. Aujourd’hui il n’y a point de société anglaise, elle est en voyage ou dans ses terres, ou par exception, jetée dans cette immense agitation industrielle qui supprime provisoirement la vie privée. » Et M. Jolm Moore nous envoie une foule de documents sur des faits qui intéressent l’art et l’industrie et dont la partie sérieuse du journal fera son profit. Il ajoute quelques détails que l’on va lire plus loin sur la vie des voyageurs à Londres et nous promet pourtant une anecdote avant la clôture de notre courrier. Il nous donnera, du reste, chaque semaine, sa revue que nous traduirons en français, et que nous relierons à notre courrier de Paris, comme aujourd’hui.
- A Londres, l’évènement de là semaine, est le banquet de Mansion-IIouse ; ainsi, des deux côtés du détroit, banquets : A Londres, banquet du lord-maire aux commissaires de la reine pour l’Exposition : En France, banquet à Poitiers pour l’inauguration du chemin de fer : Là toats officiels à M. Buffet notre ministre du commerce, au baron Dupin, à M. Sallandrouze et aussi à M. Pax-ton, l’ingénieux artiste qui a si merveilleusement soufflé le léger édifice d’IIyde-Park: Par ici, toasts à la ville de Poitiers, aux administrateurs, aux ingénieurs, aux promoteurs du chemin de fer : Des deux côtés toats à l’industrie, qui est aujourd’hui la reine la plus fêtée; car, comme le disait il y a quelques dix ans, M. Jules Janin, dans un banquet donné parla ville d’Elbeuf à M. Cunin-Gridaine : « Poètes, que sommes-nous ! A présent, la poésie c’est l’industrie ! » Et c’est là, il faut l’avouer, une poésie pleine de fantaisie, d'humour, d’imprévu, poésie sans désenchantement, poésie qui ne connaît ni les aspirations vagues, ni l’indolence, ni. l’abondance stérile, poésie dont chaque rêverie est une œuvre, chaque trait un bienfait.
- L’industrie ! l’industrie... Mais je veux dès le début capter la bienveillance de noslecteurs et j’espère qu’ils me sauron t gré de toutes les phrases que j’avais le droit de faire sur ce sujet et que je leur épargne.
- Je reviens donc à Londres, à Londres dépaysée, méconnaissable, Londres qui ne ressemble plus ni à Londres ni à n’importe quelle ville du monde, et qui n’est provisoirement qu’une immense auberge pleine sur la grande route de Paris. Londres ne pense plus, n’agit plus, ne vit plus pour son propre compte, Londres est aux fenêtres et regarde passer les quatre parties du monde qui se sont donné rendez-vous au boulevard des Italiens. Pourtant depuis quelques jours les Français deviennent assez nombreux et, comme d’habitude, ils font plus de. bruit que tous les autres ensemble. Cë qu’il y a de plus curieux c’est la sainte terreur qu’ils inspirent aux policemen. O11 sait le profond respect de l’Anglais pour la loi et pour tous ceux qui la représentent, mais il y a loin de la docilité britannique à l’esprit de rébellion contre la police qui est instinctif au Français le plus doux et le mieux élevé. Aussi chaque jour la patience des agents est-elle mise à la plus rude épreuve.
- A Cremorne-Gardens, avant-hier — Crem'orne, on lésait s’appellerait, à Paris, Mabille ou le Château-Rouge, ou plutôt Asnières, — à Cremorne-Gardens, disons-nous, on dansait avec une exaltation, avec une violence, une verve tombée chez nous en désuétude, depuis l’an 1830. Car il est bon de dire que les Anglais raffolent de cette danse (pie nous appelons le Cancan. Mais en dépit de l’orgueil national, ils l’avouent, c’est une passion bien malheureuse: On dirait vraiment à les voir, un lourd garde municipal du bon temps, dressant avec gestes, avec vignettes si l’on veut, un acte d’accusation devant le tribunal de police correctionnelle contre un danseur trop brillant.
- Enfin on dansait : Il y avait quelques Français,
- LE PALAIS DE CRISTAL.
- un petit groupe qui, on le pense bien, dut se faire remarquer immédiatement, et provoquer les remontrances de l’autorité ! Lepoliceman avait voulu saisir l’un deux, mais le groupe entier protesta :
- — Nous sommes tous Français !
- Ils étaient six : Le policeman se retira penaud, sans bruit, craignant la contagion de l’exemple.
- Il y avait là quinze cents Anglais qu’il eut emmenés tous d’un clignement de cils, mais les Français, qui ont mal lu Voltaire et Rousseau, se croiraient déshonorés s’ils obéissaient à la police.
- Des faits analogues se reproduisent à chaque instant et partout, ce sont les seuls épisodes de cette vie singulière que les circonstances imposent à Londres , le vrai Londres. Les Anglais, nous l’avons dit, regardent ; ils n’ont d’autre rôle que d’assister à cette espèce de dimanche parisien qui ne cesse de se dérouler devant eux depuis tantôt trois mois! Pour tout le monde la vie est dans la rue; c’est à peine si cette uniformité, analogue à ce qu’on est convenu d’appeler les réjouissances publiques, est rompue par quelques accidents ou malheureux ou grotesques, mais d’aventures point! Les badauds n’en ont qu’avec les sergents de ville.
- Quelle différence avec Paris ! Paris est la seule ville du monde qui ne soit pas une ville de province : c’est là seulement qu’on s’amuse ! excepté les jours de grandes fêtes, qui deviennent heureusement de plus en plus rares.
- Paris n’a pas besoin d’étrangers ni d’exhibitions, Paris se suffit à soi-même et aujourd’hui que Paris est insupportable grâce à une chaleur écrasante, je me trouve encore heureux d’y être confiné par mon métier de chroniqueur.
- Je vais bravement à l’Opéra sans regretter et la riante verdure et les bosquets ombreux, et les clairs ruisseaux; sans maudire les salles étouffées, les paysages de cartons, les orchestres qui ne valent pas le chant du rossignol, ainsi que font périodiquement tous les étés à tant la ligne nos meilleurs feuilletonistes. Mais non, Mme de Staël préférait le ruisseau de la rue du Bac au lac de Genève, moi, je l’avoue naïvement je préfère à la nature les décorations de MM. Sechan et Desplechin, et je l’avoue plus hautement encore, je préfère Mlle Masson à la fauvette, l’Alboni à tous les rossignols du monde, enfin l’orchestre de l’Opéra aux divines harmonies du-crépuscule, aux ravissantes mélodies qu’apporte la brise du soir.
- J’ai assisté, il y a deux jours, à la dernière représentation de Zerline ; cette œuvre charmante qu’a arrachée la jeunesse du cœur à la maturité un peu avancée du talent : Certes une femme, si haut placée qu’elle fût, serait fière de l’aventure ; c’est plus beau qu’un cadeau de prince : pour satisfaire à un caprice, M. Auber, à 68 ans, s’est résolu à l’exécution haletante, dans un délai fixe de trois mois, d’un opéra en trois actes : et il a accompli le plus heureusement du monde ce tour de force devant lequel plus jeune il eut peut-être reculé : ah ! puisse-t-il, pour l’Opéra et pour nous, toujours aimer ainsi, — celle-là, ou une autre, qu’importe, mais qu’il n’ait jamais de rides au cœur, qu’il trouve de nouveaux prétextes à de nouveaux triomphes pour cette riche nature del’Al-boni. L’enthousiasme de ce jour des adieux, adieux pour deux mois, a été tel qu’évidemment le public parisien aurait bien de la peine à s.’en déshabituer. Nul mieux que M. Auber n’a su mettre en relief des merveilles de voix et de science delà diva, et la pluie de fleurs qui est tombée lundi n’est faite pour décourager personne.
- A ce moment Paris dramatique se renouvelle; de main, disons-nous, l’Alboni part. Avant-hier les danseuses espagnoles ont jeté au public leurs derniers ronds de jambes, et des fleurs aussi ont amorti les derniers échos de leurs castagnettes, car la saison a été belle, les succès abondent. Adieu donc ces mines, ces allures provoquantes, ces jambes hardies, adieu l’amour madrilène; hier le sentiment a repris tous ses droits au Gymnase Si Dieu le veut, de MM. Bayard et Bie-ville, nous a rendu «ressaut, Geoffroy, Mlle Luther, Yillars, MUellrassine, Anna-Chéri; ces pièces-là ne s'analysent point, à quoi hou diminuer à l’avance le plaisir (pic vous éprouverez à l’entendre, à quoi bon réduire l’intérêt aux détails? à quoi bon vous dire déjà le dénouement ? on le devinera bien assez vite, trop vite peut-être. Mais qu’importe, il ne faut pas être trop sévère ; le nombre des dénouements à choisir est fort restreint, et le plus usé est. celui dont le public se lasse le moins ; cela est si bon de voir
- deux amants heureux ! Disons seulement que la pièce est jouée comme on ne joue guère qu’au Gymnase, c’est-à-dire, avec un ensemble merveilleux, avec une mise en scène d’une rigueur à exagérer l’i lusion. Bressant est, comme toujours, fort élégant, Geoffroy très-original, Mlle Luther d’une admirable naïveté : Mlle Brassine, qui, à peine installée a déjà créé deux rôles, joue avec beaucoup de goût ; elle est fort jolie, peut-être n’est-elle pas assez svelte ; mais notre poète Béranger, assure que ce n’est.pas un défaut.
- Villars a très-bien joué une petite scène de somnambulisme, et a su rendre parfaitement touchant un rôle comique.
- Les Variétés ont r’ouvert cette semaine leur salle au public, une salle restaurée par une direction remise à neuf. Maintenant, on embellit toutes les salles, on les rend claires, commodes, confortables : commercialement parlant, est-ce habile? Je ne sais. Le public aime-t-il à être reçu par des employés en cravate blanche, dans une salle élégante, bien aérée, bien dorée, bien rembourrée? Accordera-t-il la vogue à une direction polie, soigneuse, empressée au bien-être de sa clientèle? Question profonde et encore sans réponse! Quant à moi, j’ai toujours ou presque toujours vu les entreprises dramatiques les plus riches, les séries de succès les plus interminables, avec des contrôleurs crasseux et malhonnêtes, des salles enfumées, des corridors étroits et huileux, des banquettes invraisemblables et supportant, suivant les besoins de la circonstance, un nombre illimité de spectateurs : ces pauvres spectateurs finissaient, les bons jours, je me le rappelle, hélas ! par ne plus toucher tous à la banquette, maintenus au moyen du frottement, comme les pierres d’une arcade, par un monsieur qui servait de clef de voûte : c’était le bon temps, les directeurs faisaient fortune. Maintenant, on a changé tout cela : voilà les Variétés qui, depuis longtemps, ne ressemblaient déjà plus à ces bonnes vieilles salles d’autrefois, qui se transforment tout à fait. Les meilleures traditions se perdent. Les Variétés suivent, dans cette voie désastreuses, l’Opéra et le Gymnase ; la salle est charmante; c’est une affaire décidément compromise : des fauteuils excellents; des cariatides, blanc mat et or; au-dessus des avant-scènes, des groupes de becs de gaz dans des tulipes de verres bleuâtres qui rappellent un peu trop le bal champêtre, mais fort jolis. Ah ! j’ai bien peur pour la nouvelle administration, et pourtant les pièces sont charmantes ; et sur trois, deux ont pour elles les délicieuses petites dents blanches de Mlle Page. Bon courage, donc, on se sauverait à moins.
- Une grande question seulement : Mlle Delorme reste et continuera à jouer la comédie. Les envieux doivent être contents.
- Il faut parler aussi d’une inauguration qui a été faite avec quelque solennité cette semaine et qui, du reste, a son importance dans le monde artistique et littéraire: nous voulons parler d’une nouvelle salle de spectacle, de concert, ou de bal, à volonté, construite sur des plans tout à fait nouveaux : l’édifice est situé derrière le Chateau-d’Eau ; l’architecte est M. Barthélemy.
- En attendant un privilège que la direction des beaux-arts se gardera sans doute de refuser, cette salle servira d’asile à toutes les fêtes, à toutes les solennités nomades du monde des arts, et quelque jour elle sera, sinon le refuge, du moins un modèle utile pour quelqu’une de nos meilleures entreprises dramatiques.
- On a publié bien des descriptions de ce théâtre.
- Nous n’y reviendrons point; parlons seulement de la dernière expérience. La Société des artistes dramatiques a donné hier, dans cette salle, un concert dont une partie a semblé aux spectateurs peu enchantés une scène de ventriloquie : les voix, l’orchestre étaient dans le lustre, dans les caves, à droite, à gauche, dans la tapisserie, que sais-je? On abuse un peu, je crois, des excellentes dispositions acoutisques de l’édifice.
- Du Château-d’Eau à la Bastille il n’y a pas loin; là il se fait grand bruit de l’ouverture des Arènes Nationales-, ce n’est autre chose que l’ITippodrôme de la barrière de l’Etoile rendu deux fois plus vaste et livré au public des faubourgs à prix réduits. Nous retrouvons là la plupart des exercices déjà connus, deux ou trois nouveaux mais analogues, puis ces deux saltimbanques effrayants que l’on a déjà applaudis, non sans trembler, à la Porte-Saint-Martin.• Ainsi le Spring-Board, les courses de vitesse, es jockeys nains, une scène comique nouvelle,
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- M. de Pourçeaugnac, la fantasia arabe, les frères Buislay : il n’y manque qu’un seul exercice, le plus beau, le plus émouvant, du reste le plus aimé du public de l’IIippodrôme, et qui serait fort prisé à la Bastille : la course des chars, c’est-à-dire les grands airs romains, les beaux yeux noirs d’une vaillante amazone qui s’appelle, je crois, Mlle Joséphine.
- Dans les questions hippiques, il ne faut pas non plus oublier les arènes de Saint-Germain, fondées tout récemment, de compte à demi, par la ville et par la société du chemin de fer ; l’affaire, un moment compromise, vient, dit-on, d’être définitivement confiée à M. Victor Franconi, qui annonce l’ouverture dans un bref délai.
- Il est impossible, par le temps qu’il fait, sinon de ne pas aller à la campagne du moins de ne pas en parler un peu : disons donc, par acquit de conscience, que ces jours-ci c’était fête à Pierreüte, c’était fête à Sceaux, peut-être ailleurs encore ; je ne sais, peu m’importe, c’est toujours la même chose et, à vrai dire, cela n’est pas intéressant.
- Toutefois, dimanche dernier c’était Fête-Dieu, et comme il est d’usage dans tous les environs de Paris, pour encadrer la procession, chacun avait tapissé sa maison d'une paire de draps, les plus zélés avaient effeuillé des roses sur le passage du cortège, du reste, fort pieusement accueilli et accompagné de reposoir en reposoir. Cela était curieux et touchant, car tous ces braves gens ont un air de foi et de recueillement à convertir un renégat.
- Mais je veux aussi parler de la cérémonie plus édifiante encore qui a eu lieu hier, en commémoration du sublime héroïsme de monseigneur Affre. Mais que dire, sinon le rappeler simplement : le souvenir de ce noble dévoùment est gravé dans tous les cœurs ; et nul, j’en suis sûr, ne lira cette ligne sans émotion.
- Maintenant, passant du grave au doux, voici l’ai-necdote de M. John Moore : elle arrive directement d’Angleterre; elle est vraie, celle-là: Vous avez entendu parler sans doute de la Chinoise de Londres, tlie lady Small Footed, la femme au petit pied. Dans un club, un jeune homme de la plus haute aristocratie, fort élégant, et possédant une des plus belles fortunes d’Angleterre, s’engagea, un soir, à se procurer bon gré mal gré une des merveilleuses petites babouches que chausse l’étrangère, et parodiant le prince du conte de fées, car nous ne sommes en ce siècle, capables que de parodies, il jura d’épouser la nouvelle Cendrillon, quelle qu’elle fût, s’il trouvait pied à cette babouche : Les Chinoises, bien entendu, sont hors de concours : On sait la préparation que dès l’enfance subissent leurs orteils ramassés, reportés les uns sur les autres, écrasés de façon à rendre la marche sinon impossible du moins excessivement douloureuse : Je sache bien des Parisiennes qui sont chinoises en ce point : Pourtant la mutilation quoique plus horrible étant moins complète, ces Parisiennes ne sont point exclues : En attendant on essaie, on essaie chaque jour la babouche-fée, mais vainement : Enfin, il y a eu tant de déconvenues et de plaisanteries, que la vanité et la pruderie combinées ont trouvé un expédient : Les femmes se sont procuré la deuxième babouche, et l’on essaie en secret: peine perdue! Dérision: les deux babouches sont horriblement forcées mais toujours impénétrables: Elles vont passer le détroit : il y aura de curieuses boutades: Nous allons assister à la suite de l’anecdote : Verrons-nous le dénouement; je l’ignore Ce dont je réponds seulement c’est que ce jeune eccentric n’épousera pas une danseuse de l’Opéra.
- G. 1)E ButlCOHVir.LE.
- FAITS INDUSTRIELS.
- Sciences et Arts.
- cloches de bateaux a vapeur.—Tout le monde sait les malheurs sans nombre occasionnés sur mer par les paquebots à vapeur qui font la navigation transatlantique. Souvent il arrive à ces bâtiments d’écraser la nuit, sans les voir, des navires à voiles d’un rang inférieur. Pour éviter ces déplorables rencontres, le congrès de Washington vient de rendre tout récemment un bill qui oblige les capitaines des bâtiments à vapeur à avoir à leur bord une cloche en argent d’un timbre aigu, et qui doit être agitée la nuit toutes les minutes. Grâce à cette mesure, le son de la cloche étant entendu au loin, pourra per-
- LE PALAIS DE CRISTAL.
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- mettre aux navires d’éviter l’abordage et les sinistres dont il est cause.
- A la suite de négociations ouvertes dernièrement à Londres, le gouvernement de la Grande-Bretagne vient de signei avec les Etats-Unis une convention qui rend les dispositions du bill dont nous venons de parler, exécutoires pour les sujets anglais. On assure même que plusieurs autres nations, au nombre desquelles se trouve la France, vont se conformer à cette mesure.
- NOUVELLE MACHINE AEROSTATIQUE. — Oll lit dans
- un journal :
- On nous écrit de Madrid une lettre dont nous extrayons la nouvelle suivante :
- « Hier une foui ; immense était réunie sur la promenade du Prado. Il s’agissait d’un spectacle tel, qu’il n’en avait jamais été vu de pareil. Depuis quinze jours, tous les murs de la ville étaient couverts de placards, indiquant que, le 20 du courant, mademoiselle Juanita Perez, jeune fille de Barcelone, volerait dans les airs , à une hauteur de 200 mètres, dans un parcours d’environ 400 mètres. Il est inutile de vous dire que l’affluence des curieux, alléchée par les promesses de l’affiche, était considérable.
- « A quatre heures de l’après-midi, par une chaleur de 38 degrés, mademoiselle Juanita Perez a exécuté sa périlleuse ascension. Nous devons dire tout d’abord que cette épreuve a merveilleusement réussi. La jeune fille s’est élevée à une hauteur plus grande encore que celle qui était promise par le programme, et elle a parcouru dans son vol plus de la moitié de la longue promenade du Prado. Inutile de vous peindre le profond ébahissement de la foule, quand elle a vu planer dans les airs une femme que sa lourde corpulence devait naturellement clouer au sol.
- >> Si nous étions au moyen-âge, Juanita Perez serait infailliblement brûlée sur une place publique comme sorcière.
- « Malgré tout le désir que j’aurais de faire la des-cription du merveilleux appareil qui soutenait dans l’espace le vol de la femme aérienne, il m’est impossible de le faire complètement, la construction des ailes n’ayant pas été livrée à l’inspection du public.
- « Toutefois, je puis vous dire que la dimension de ces ailes avait au moins quatre ou cinq mètres d’envergure, rattachées par des ligaments d’une flexibilité telle, qu’elles se mouvaient dans l’air avec une prodigieuse facilité et avec un bruit qui res -semblait assez à celui que fait un moulin à vent de grande dimension. «
- « Tout Madrid s’entretient aujourd’hui de cette curieuse expérience, qui doit se répéter ce soir au théâtre d’El Oriente. Si cette épreuve réussit, je vous en rendrai compte dans une prochaine lettre. »
- Si les faits que nous transmet notre correspondant sont exacts, la science a fait un pas immense, et dès ce jour l’art aérostatique se trouve considérablement dépassé.
- Exposition de londres, etc. Plusieurs personnes assurent qu’elles ont vu à l’Exposition S. M. le roj des Belges, incognito mettant de côté sa dignité, et payant son shilling pour jouir à son aise de sa visite au Palais de Cristal.
- — Il résulte de relevés fournis par diverses lignes de chemins de fer communiquant avec la capitale que, cette semaine, des trains de plaisir ont amené de toutes les parties du royaume, à Londres, 20,000 voyageurs pour visiter le Palais de Cristal. Les bateaux à vapeur de IIull et du Nord ont amené aussi beaucoup de visiteurs. Il y a rivalité entre les chemins de fer et les bateaux à vapeur, pour faciliter aux classes industrielles le voyage à Londres.
- — Hier matin, les ouvriers de MM. Doultam et WTalts, à la poterie de Lambeth, au nombre de deux cents avec leurs femmes, ont été transportés à l’Exposition dans douze voitures couvertes retenues par les soins de la maison Doultam et Walts, avec orchestre et drapeau. En tête de cette procession était un drapeau sur lequel on lisait : « Pour la grande Exposition. » Chaque homme avait reçu 3 schellings et chaque enfants 2 schellings. Tout ouvrier qui avait avec lui sa femme avait reçu 1 schelling de plus.
- Dans notre numéro 5, page 68, figure le modèle d’un candélabre que notre correspondant de Lon-
- dres avait attribué au dépositaire et non à la maison productive elle-même.
- M A. Brochon, indiqué comme l’auteur de l’objet exposé, nous prie de rectilier cette erreur
- Nous y faisons droit en transcrivant les termes mêmes dans lesquels cette rectification nous est demandée :
- A la place de l’indication erronée, il faut lire : « Candélabre en fonte de fer, de MM. Muel, Walii etCoMP., de Tusey, près Vaucouleurs; dépôt a Paris, chez M. A Brochon, Il2, Faubourg-Saint-Denis.
- FAITS DIVERS.
- Nous avons dernièrement fait une fort intéressante promenade à l’Orangerie des Tuileries. On sait qu’une Exposition des produits de l’industrie parisienne a lieu en ce moment dans ce local
- Nous ne saurions, sur les fugitives impressions que nous avons recueillies dans une heure, consacrer un examen critique à chacun des objets qui ont attiré notre attention ; toutefois, il y en a d’assez saillants pour frapper'tout d’abord et pour laisser quelques images précises dans la mémoire.
- L’un des produits les plus ingénieux que nous ayons vus, c’est assurément les appareils à faire la glace qu’a exposés M Fumet, — homme compétent dans cette matière. — D’après ce nouveau système, on peut obtenir partout où l’on se trouve, en ville ou à la campagne, la glace dont on a besoin pour rafraîchir les boissons, les comestibles, et même, en cas de maladie, celle qui entre dans certains médicaments
- Et tout cela à volonté, à la minute et à des prix si bas que ce n’est pas la peine de les compter en augmentation sur le montant d’un dîner ou d’une partie campagne.
- Quant à l’appareil, son extrême simplicité a permis à son auteur de l’établir à un prix entièrement restreint. Grâce à lui, les plus petites bourses pourront désormais suffire pour boire frais.
- Nous félicitons M. Fumet d’avoir reculé les limites du bon marché dans ses produits, et de nous les faire connaître juste au moment où ils sont si utiles
- — M. Jarris, lui, a exposé un système de fourneaux économiques, au moyen duquel on peut, en hiver, chauffer tontes les pièces d’un appartement avec le feu qui sert à la ménagère pour faire son dîner, lequel pourrait être composé de quatre plats cuisant simultanément.
- En été, ce fourneau ne consomme guère que deux centimes et demi de combustible par jour.
- Nous avons eu l’occasion de voir, à l’exposition de l’orangerie, l’auteur de ce nouveau système ; et nous donnant lui-même les renseignements que nous indiquons ici. M. Jarris eut l’occasion de nous montrer une volumineuse correspondance, où on lui faisait les plus grands éloges de l’emploi de ses produits. Il y avait des noms appartenant à toutes les classes de la société et à toutes les fortunes, depuis la plus modeste, jusqu’aux industriels célèbres, depuis le petit rentier, jusqu’au riche propriétaire.
- Nous félicitons ici M. Jarris d’avoir su être utile à la société, sans appeler autour de son nom cette célébrité de mauvais aloi que, malheureusement, certains industriels exploitent au détriment des consommateurs.
- CORRESPONDANCE.
- M. Aug. M... fils, à Nancy (Meurthe). — L’un de nos prochains numéros doit contenir ce que vous demandez ; les dessins sont chez le graveur.
- M Ch. B...., à Arnay-le-Duc.—C’est expédié depuis deux jours.
- M L. T....n, à Falaise. — Nous acceptons avec reconnaissance.
- M. Th. P..... à Beaupréau. — Nous ne pouvons insé-
- rer les vers, parce qu’ils n’entrent pas dans notre cadre; mais le dessin paraîtra incessamment.
- M. J. L.....à Mougins, près Cannes (Var). — Vos
- modèles de machines sont très-beaux. Nous en ferons l'objet d’un examen étendu.
- M. M -R. H., à Tunis. — Nous ne pensons pas que ce soit d’un intérêt aussi vif que vous le croyez. Envoyez, ne fût-ce qu’à titre d’éléments.
- M. d’A...z, à Revcnas. — Plusieurs de nos abonnés
- se plaignent, comme vous, des irrégularités qu’ils éprouvent dans la réception du Palais de Cristal. Une énergique réclamation a été adressée par nous au directeur général. Nous espérons n’ètre pas obligé de la renouveler ; dans le cas contraire, nous aviserons.
- Le gérant. : MANSARD.
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- SAMEDI 12 JUILLET 1851.
- LE PALAIS
- DE CRISTAL
- JOURNAL ILLUSTRÉ DE L’EXPOSITION DE 1851 ET DU PROGRÈS DES ARTS INDUSTRIELS.
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- SOMMAIRE.
- Avis Important. — Bulletin industriel. — Exposition de
- Londres. — Examen philosophique de l’Exposition. Orient et Oc-cident. Peuples sans brevets. Invention nulle. Le travail esclave
- et le travail libre. Le besoin, père de la misère et non de I’indos-tiue. Un fermier anglais, libre-écliangiste. garantie, capital et travail. —Revue de l’Exposition de Londres. — De la Typogra-"phiè'française à l’Expositionr’^ïêtes'dë i’induTslrie. —Fuils 'divérsT Correspondance.
- DESSINS.
- Le duc de Wellington au déballage de la statue de Napoléon.— Vase à rafraicbir le vin. — Sujet offert à sir Moses Montefiore. — Vase de chasse. — L’Amour et Vénus. — Surtout de table. — Pendule de MM. Ilowell.— OEuvre typographique de l’Imprimerie nationale.— Vue extérieure du Transept. —Vue,intérieure du Transept.
- LE DUC DE WELLINGTON
- AU DÉBALLAGE DE LA STATUE DE NAPOLÉON.
- Dans le courant du mois d’avril dernier, au moment où nos ouvriers étaient réunis dans l’embarcadère du déballage pour les objets destinés à 'Exposition, une scène pleine d’émotion réelle est
- LE DUC DE WELLINGTON AU DÉBALLAGE DE LA STATUE DE NAPOLÉON
- venue un instant suspendre les travaux : et, il faut le dire, des larmes d’attendrissement ont été remarquées dans tous les yeux, car la cause de cette émotion était légitime.
- Le duc de Wellington se rendait avec sa belle-fille, madame la marquise de Douro, à cet embarcadère. Il avait déjà exprimé sa sympathie pour les produits de l’industrie française, lorsque nos ouvriers ouvri-
- rent une caisse et en retirèrent la statue de Napoléon.
- Le duc s’arrêta, retira son chapeau, s’inclina ; e il fut aisé de voir dans son attitude, dans l’expression de ses traits, que le vieux soldat était profondément ému. Il régna, dès lors, dans l’assemblée, un de ces silences éloquents qui disent plus que bien des paroles !...
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- LE PALAIS DE CRISTAL
- AVIS IMPORTANT
- A MM. les inventeurs, artistes industriels, hommes de lettres, peintres, architectes, sculpteur.s, graveurs, dessinateurs, etc.
- Nous recevons de toutes parts les adhésions les plus empressées et les plus formelles à la nouvelle marche que nous venons d’imprimer à notre recueil.
- Le Palais de Cristal, qui n’a aucun caractère politique, a fait appel aux hommes qui sont préoccupés de l’importance du grand problème de la propriété intellectuelle, et qui veulent réaliser l’alliance des arts et de l’industrie. Cet appel a été entendu.
- Nous sommes heureux de pouvoir, dès aujourd’hui, faire connaître à nos lecteurs la première liste des personnages importants qui donnent leur adhésion complète à nos principes et qui nous ont promis leur concours, dans l’ordre des sciences, des lettres, des arts et de l’industrie.
- Avant tout, citons et remercions avec reconnaissance, M. Jobard (de Bruxelles), le promoteur le plus ardent de la propriété intellectuelle, et qui déjà nous a donné des témoignages de sympathie, en nous adressant des articles de sa main. (Voir le numéro de ce jour et celui de la semaine dernière.)
- Dans une réunion qui a eu lieu le 8 de ce mois, le COMITÉ des inventeurs et des artistes industriels , sous la présidence de M. le baron Taylor, a promis son concours et son adhésion aux princi -pes développés dans les derniers numéros de notre journal, par notre rédacteur en chef M. Alexandre Lava. Etaient présents à cette réunion :
- MM. Andraud , ingénieur mécanicien;
- Acklin, id.
- Bertiiollet, architecte;
- Boquillon, bibliothécaire du Conservatoire des Arts et Métiers;
- Comte (Achille), professeur de l’Université ;
- Cadiat aîné, ingénieur-constructeur ;
- Jules Gaudry, ingénieur, inspecteur du matériel au chemin de fer de Strasbourg ;
- Duval, ingénieur colonial;
- Michel, chimiste;
- Ch. Rociiet, sculpteur ;
- Silbermann , conservateur des galeries au Conservatoire des Arts et Métiers ;
- Cii. Tessier, fabricant de bronzes, ancien élève de l’Ecole normale ;
- lesquels donnent ce concours au nom du Comité des Inventeurs et artistes industriels dont l’adhésion est ainsi consacrée et qui se compose de :
- MM. Armand (de Melun), représentant du peuple ;
- Armand Séguier, de l’Institut ;
- Pecqueur, ingénieur mécanicien;
- Tresca, ancien élève de l’Ecole Polytechnique.
- Etienne Blanc, avocat, auteur des ouvrages les plus importants sur la propriété industrielle ;
- Gaigneau, fabricant;
- de Ciiazelles, représentant ;
- Alcan, professeur à l’Ecole des arts et manufactures ;
- Martelet, professeur au Conservatoire des arts et métiers ;
- Le marquis de Pastoret ;
- Galy-Cazalat ;
- Bailly de Merlieux, secrétaire-général de la Société d’nor ticulture ;
- etc., etc.
- A ces adhésions nous devons joindre celles des membres du Comité des peintres, sculpteurs, architectes, graveurs et dessinateurs dont les noms suivent :
- MM. Dauzats, peintre;
- Albert Lenoir, architecte;
- Cibot, peintre;
- Coupery,id ;
- Bouchet, peintre dessinateur;
- Fréchot, architecte;
- Lemaire, graveur;
- Rociiet, sculpteur;
- Duval-Lecamus, peintre ;
- etc., etc.
- Enfin, le Palais de Cristal devant être l’organe des intérêts de la propriété intellectuelle, c’est-à-dire de la littérature aussi bien que des arts et de l’industrie, nous sommes heureux d’annoncer le con-
- cours de nos littérateurs les plus aimés et dont les noms suivent :
- MM. Léon Gozlan,
- Alphonse Royer,
- Eugène Guinot,
- Gustave Vaez,
- Paul Meurice,
- Aug. Vacquerie,
- Roger de Beauvoir,
- Armand de Barenton,
- Francis Wey,
- Eugène Mirecourt,
- Léo Lespès,
- Louis Lurine,
- Henri Celliez,
- Marie Aycard,
- Félix Deiuège,
- Etienne Enault,
- Emmanuel Gonzalès,
- J.-B. Laffitte,
- Gustave de Noireterres,
- Gustave de Lalandelle,
- J. J. Arnoijx, etc. etc.
- Nos lecteurs comprendront toute l’importance que doit prendre un recueil qui est ainsi voué à la défense de la propriété intellectuelle par les hommes d’élite qui composent la grande famille des littérateurs, savants, artistes et industriels.
- Dans très-peu de temps, nous publierons des travaux importants, dans tous les ordres de la pensée.
- Nous pouvons déjà annoncer que, sous le rapport del’art architectural, nous devons à M. Albert Lenoir, un de nos architectes les plus éminents, un beau travail qui est en cours d’exécution et qui paraîtra dans un de nos plus prochains numéros. C’est la reproduction complète du Palais de l’Exposition de Londres, dont l'auteur a exécuté un Polyorama qui sera exposé très-prochainement dans une des salles de la Société des Arts et de l'Industrie, au Bazar Bonne-Nouvelle.
- On le voit, nous faisons tous nos efforts pour nous placer à la hauteur de notre double mission. Science industrielle et beaux-arts, nous unissons dans notre recueil tout le sérieux d’une des questions les plus graves, celle de la propriété intellectuelle, au charme le plus séduisant, celui que l’on trouve dans les productions littéraires et artistiques, empruntées à nos meilleurs écrivains, à nos plus grands artistes.
- Avec ce double drapeau, qui n’a rien de politique, nous arriverons à servir de centre et d’organe à tous ceux qui, dans un sentiment commun, travaillent depuis si longtemps à Talliance des sciences,
- DES LETTRES, DES ARTS ET DE L’INDUSTRIE, et 110US
- trouverons une fervente adhésion à nos principes parmi les amateurs et les hommes du monde qui prennent tant à cœur les travaux de la pensée, lesquels savent seuls consoler de toutes les préoccupations.
- Le gérant du Palais de Cristal, Mansard.
- BULLETIN INDUSTRIEL.
- Ia Projet de loi sur les brev.ets d’invention à la Cliambre des lords (dernières nouvelles).
- 2“ Meeting, à Londres, sur la propriété littéraire.
- I.
- Nous recevons de Londres une communication particulière et ofticieuse relative à la troisième lecture et à l’adoption, par la Chambre des lords, du projet de loi sur les Brevets d’invention (Patents), présenté par lord Granville.
- Le monde industriel n’apprendra pas sans émotion l’étrange résultat des efforts combinés depuis longtemps de la presse anglaise, des inventeurs, tant anglais qu’étrangers, et de tous les hommes d’état qui poursuivaient le triomphe de nos principes. On s’attendait à ce que la législation déplorable, qui régit en Angleterre les droits du génie, fut bientôt l’objet d’une rétorme complète : or, le projet de loi, tel qu’il vient d’être adopté par la Chambre des lords, contient des dispositions qui, non-seulement ne paraissent pas être tutélaires de ces droits sacrés, mais qui viennent encore ajouter de nouvelles entraves à l’émancipation de l’industrie. On se demande si la Chambre haute n’a pas voulu, en quelque sorte, protester contre le grand fait de l’Exposition de 1851, en trompant l’espérance légitime des nombreuses
- sociétés formées pour réclamer énergiquement en faveur de la propriété industrielle.
- Heureusement que la Chambre des communes, animée d’un tout autre esprit, saura bien repousser ce projet de loi malencontreux; et, au besoin, il n’est pas possible que le ministère anglais qui a présidé, sous l’inspiration directe de la reine Victoria et du prince Albert, à l’Exposition de Londres, ne rejette pas tout ce qui, dans cette loi, viendrait contrarier la marche des pouvoirs dans l’affermissement définitif des droits depuis si longtemps réclamés.
- Parmi les termes incroyables du projet, nous trouvons, comme l’imprime souvent dans ses spirituels écrits le défensenr le plus considérable de la propriété intellectuelle, M. Jobard (de Bruxelles), nous trouvons « une nouvelle circonvallation de chevaux de frise hérissés de broussailles inextri-quables. »
- Voilà la chambre des lords qui ne se contente pas des obstacles déjà exorbitants d’un prix élevé dans la délivrance des patents, des arguties innombrables des disclamer et des caveat, contre lesquels on proteste de tous côtés; elle fait bien plus; elle a la fantaisie, aujourd’hui, d’ajouter à ces entravesle luxe de pénalités, de pénalités corporelles. « Seront punis, dit-elle, de la prison, les titulaires qui n’auraient pas déclaré exactement le montant de leurs transactions et la qualité réelle du cessionnaire d’un brevet. »
- Elle refuse de patenter les inventions qui auraient été ébruitées à l’étranger, et dont on retrouverait les traces dans un livre imprimé en langue quelconque.
- Encore un pas, et nous redescendons le passé ; nous voilà en plein moyen-âge !
- On va plus loin : Le signe caractéristique du système prohibitif en matière de génie, est sans contredit Y examen préalable. On sait ce que c’est, à quelles conséquences anormales, dangereuses, entachées d’arbitraire ou de concussion, conduit directement ce déplorable système. La Chambre des lords le rétablit.
- Enfin, chose bien étrange, en présence de ce beau Palais de Cristal, édifié au nom des peuples réunis parle lien industriel, les lords traitent les étrangers en Barbares, ils ne sont plus admis aux mêmes droits que les nationaux ; sorte de défi jeté à la décision récente de lord Campbell, et dont nous parlerons plus loin.
- Nous devrions peut-être, en notre qualité de Français, nous féliciter de cette inspiration qui a poussé les lords à cette singulière élucubration : c’est préparer à la France une sorte de revanche à la révocation de Y Édit de Nantes ; c’est ouvrir les barrières de notre nation au génie proscrit de l’Angleterre, qui viendra s’abriter chez nous sous le drapeau delà propriété intellectuelle.
- Mais, en théorie, en principe, nous ne pouvons que nous affliger de ce résultat imprévu, surtout en matière fiscale.
- Aujourd’hui, on peut obtenir une patente pour l’Angleterre et les colonies, moyennant la somme de 2,650 fr. en négligeant l’Ecosse et l’Irlande, ce que beaucoup d’inventeurs étaient heureux de pouvoir faire, pour diminuer leurs charges; désormais ils ne le pourront plus, et devront payer au minimum 4,125 fr. sans les colonies.
- Cette abolition de la patente pour les colonies fait naître deux pensées : lachambre des lords est d’avis ou bien que les patentes s’opposent au développement de l’industrie ou bien qu’elles le favorisent. Dans l’une ou l’autre hypothèse, cela dénote, de sa part, l’intention de ne pas laisser l’industrie se développer dans ses vastes possessions coloniales laissant, sous ce rapport, dans le statu quo les Etats semi-barba-resques qui les entourent.
- Nons ne pouvons en croire nos yeux : dans un moment où l’alliance des hommes qui ont la richesse avec les hommes qui produisent se manifeste avec tant d’éclat, sous les yeux delà Chambre des lords, on se demande comment il est possible qu’un pareil projet de loi vienne se jeter à la traverse de tant d’efforts généreux pour sauver le travail et l’industrie.
- Mais, nous le répétons, la Chambre des communes brisera ces entraves , et saura sauver les inventeurs industriels de la prison qui les menace, de l’inhospitalité quel’on veut édicter contre les droits du génie, des mesures fiscales contre lesquelles se révoltent
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
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- le bon sens, et l’intérêt bien entendu des finances de la Grande-Bretagne (1).
- II.
- Heureusement, qu’à côté de cet acte, la portion de l’Angleterre qui pense, qui travaille, qui agit, nous réserve des compensations :
- Il vient de se produire, à Londres, un fait très-important, et qui remet à l’ordre du jour une des question les plus délicates et les plus difficiles à résoudre qui soient proposées aux esprits : la question de la propriété littéraire
- Au moment où l’industrie du monde entier vient avec loyauté, avec franchise, s’exposer aux regards des Anglais, et prendre sur le sol britanique droit de bourgeoisie et d’hospitalité, il est beau de voir un magistrat, lord Campbell, prononcer en faveur des œuvres de la pensée, publiées en Angleterre, l’égalité devant les privilèges assurés par la loi aux œuvres nationales: Mais il est naturel, bâtons-nous de le reconnaître, de voir les auteurs, les publicistes, les éditeurs anglais s’émouvoir, se réunir en meeting et demander que du moins les peuples se plaçent, vis-à-vis les uns des autres, en cette matière, sur le pied d’une équitable réciprocité.
- Avant de parler de ce fait et du meeting, disons quelques mots de l’état actuel de la question :
- Depuis longtemps, les esprits les plus considérables ^préoccupaient de cette situation étrange, anormale, par suite de laquelle certaines nations se constituent, en fait, le grand marché de l’intelligence universelle.
- Ilest désormais avéré que, tout d’abord, la France, par ses travaux, dans tous les ordres de la littérature, soit par ses romans, soit par ses ouvrages dramatiques, soit par ses œuvres politiques, philosophiques, d’économie politique ou morale, est une espèce de phare vers la lumière et vers l’éclat duquel convergent toutes les nations. 11 faut ajouter que l’Angleterre partage avec la France ce même privilège.
- Sans aucun doute, la gloire qui est le résultat nécessaire de cette grande situation est la plus belle et la plus noble indemnité de ce que nous nommerons le grand approvisionnement de l’intelligence humaine : et la renommée est le plus riche impôt que l’écrivain puisse prélever sur les peuples du monde.
- Cependant, à côté de cette question toute morale, et qui séduit par les termes mêmes avec lesquels on la pose, se place une question d’économie et d’équité qu’il est important de résoudre :
- Au point de vue de la propagation même de l’œuvre, c’est-à-dire de la diffusion des lumières, si un droit quelconque, si mince qu’il soit, était assuré à l’auteur, il en résulterait évidemment, et par un simple calcul, que bien des œuvres étouffées faute d’argent, faute d’éditeur, se produiraient, viendraient s’ajouter aux ouvrages déjà publiés, et résoudraient ainsi bien des questions incomplètement traitées.
- Que les éditeurs répondent : N’en serait-il pas de cela ce qu’il en est de l’abaissement des droits en matière de brevets d’invention ? Plus ce droit est abaissé, plus le nombre des inventions tend à augmenter; et si la sécurité du droit de propriété devenait elle-même plus grande, il est clair que lesbien-
- (1) TAXE DE LA LOI DES LORDS. Pour déposer une pétition en demande de
- patente.................................... • •
- Pour notifier son intention de procéder à
- l'application..................................
- Pour le sceau des lettres patentes............
- Pour déposer la spécification.................
- Avant ou à l’expiration de la r>« année. . • Avant ou à l’expiration île la 7e année. . . Pour une extension de protection de 5 mois. Pour déposer des objections à l’obtention de
- lettres patentes................................
- Pour recherches et inspection d’une patente.
- Pour faire enregi-trer une licence............
- Pour certificat de licence et de translert. .
- Pour faire un disclaimer......................
- Caveat contre un disclaimer..................
- Droits de timbre à payer.
- Pour le warrant d’un officier de la loi, pour
- lettres patentes...............................
- Pour un certificat de paiement avant l’expi—
- fr.
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- ration de la troisième année...................
- Pour un certificat de paiement à l’expiration de la septième année...........................
- c.
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- Total..........4,805 23
- En cas où l’on ne rencontrerait aucun obstacle-. «.................................. 4,123 28
- faits de l’invention augmenteraient dans les mêmes proportions.
- Or, si l’éditeur, imprimeur ou libraire, trouvait plus de chances de gain et plus de sécurité dans les conventions internationales, il va de soi que, d’une part, les écrivains trouveraient plus de facilité pour publier leurs œuvres, partant plus de bien-être, et que, d’autre part, les lumières se répandraient en plus grande profusion.
- Que l’on ne s’imagine pas que le bon marché de la contrefaçon, lequel repose, il faut le dire, sur les mêmes avantages que ceux delà piraterie et de la contrebande, serait perdu,- tout au contraire. On comprend, en effet, que le nombre des exemplaires vendus à l’étranger, venant s’ajouter à celui des exemplaires achetés à l’intérieur, l’augmentation du produit permettrait aux éditeurs d’abaisser eux-mêmes le prix de vente ; ils feraient, sous la protection d’une loi d’équité, ce que font les contrefacteurs eux-mêmes ; et les ouvrages étant vendus partout à un prix uniforme, il s’en suivrait tout naturellement que les compatriotes d’un écrivain utile et célèbre ne seraient plus placés dans une situation plus désavantageuse que les étrangers; ce qui, conve-rions-en, est passablement injuste et anormal.
- Ainsi se trouveraient conciliés les avantages que peut donner la contrefaçon avec les résultats moraux qu’assurent l’esprit de justice et le droit.
- Depuis bien des années, cette question a préoccupé les esprits; et, des considérations d’ordre différent se sont produites à l’encontre d’une solution équitable.
- On sait, d’abord, que certains pays, la Belgique, la Hollande, trouvent dans le commerce de la contrefaçon des ressources considérables; et il a été bien difficile, sinon impossible, d’ébranler sur ce point les gouvernements de ces deux nations. Cependant, depuis que les œuvres des nations étrangères se sont propagées par les presses belges, on a remarqué que la littérature, les sciences, les arts même, tombaient en décadence en Belgique : étrange résultat et qui donne, en ce qui concerne la Belgique et la Hollande, un démenti aux idées que l’on se formait des avantages que pouvait donner la diffusion facile des lumières.
- Le théâtre est, en quelque sorte, nul dans presque tous les pays : ce n’est qu’en France que le génie de la comédie et du drame règne en maître du monde; et l’on ne saur it calculer le nombre de fois que sont représentées sur tous les points du globe les œuvres de nos auteurs dramatiques.
- D’où il résulte un double inconvénient :
- D’abord, de priver les auteurs français du fruit légitime de leurs travaux, et, en second lieu, d’arrêter (ce qui est un fait incontestable) le génie des nations étrangères dans la production des œuvres de la scène.
- Ainsi, l’on ne peut méconnaître qu’il se cache, derrière cette question économique, une haute question morale et intellectuelle.
- Or, plusieurs gouvernements se sont préoccupés delasolution de ce problème. En Sardaigne, en Por-tug 1, déjà, des traités internationaux sont intervenus, qui assurent à nos auteurs les mêmes droits qu’aux écrivains sardes ou po tugais. En Autriche, des tentatives ont été commencées. Il y a quelques mois, un Autrichien, M. le docteur Bâcher, s’est présenté, à Paris, aux comités de l’Association des lettres, des arts et de l’industrie, et il a remporté à Vienne un projet de traité international longuement élaboré par une commission dont nous avions l’honneur de faire partie, et qui a pour but de réglementer, pour la France et pour l’Autriche, les droits de la Propriété intellectuelle.
- Mais, si honorables que soient d’ailleurs ces efforts pour donner quelque consistance au droit de la propriété littéraire, malheureusement, ici, la réciprocité n’est pas d’une bien grande valeur; le Portugal, la Sardaigne et l’Autriche ne produisant et n’achetant pas un grand nombre d’œuvres de cet ordre : c’est, néanmoins, un grand exemple, surtout de la part de l’Autriche, où nos œuvres sont dignement appréciées et répandues : Espérons que, de ce côté, les conventions internationales posées en projet depuis six mois se ratifieront.
- Mais si l’Angleterre et si la Belgique venaient à s’entendre avec la France, alors, ce grand problème serait, en bien peu de temps, résolu.
- Or, voici ce qui vient de se passer tout récemment à Londres :
- Une décision toute nouvelle de lord Campbell a vi-
- vement ému les écrivains et les éditeurs Anglais. Ce magistrat a interprété la loi, en ce sens que tout écrivain ou éditeur étranger qui publiait son œuvre en Angleterre, avant toute autre publication, acquérait immédiatement, par ce fait seul, le droit d’auteur (the copyright) reconnu par la législation anglaise, et jouissait, en conséquence, de tous les avantages attribués à la propriété littéraire.
- Tout en reconnaissant le sentiment d’équité naturelle qui a pu dicter cette importante décision, les écrivains et éditeurs anglais ont été frappés de l’anomalie qui pouvait en résulter par suite de l’état de la législation internationale; et ils ont cru devoir saisir cette occasion pour provoquer la réforme de la loi, soit chez eux, soit internationalement, avec le concours des pouvoirs législatifs étrangers, afin du moins que ce qui leur paraissait équitable fût adopté comme tel par ceux qui s’enrichissent aux dépens de l’auteur ou de l’éditeur, par voie de contrefaçon.
- Un meeting vient donc d’être tenu, il y a quelques jours, à Londres, dans la grande salle d’IIanover-Square.
- La présidence a été offerte à sir Edward Lytton Bui.wer, un des romanciers les plus aimés de l’Angleterre, assisté de M. Henry Bounn, comme vice-président, et de MM. George Cruickshank, William Ilowitt, John Britton, Henry Colburn, B. H. Horne, William Mac Farlane, appartenant tous, à divers degrés de célébrité, à l’ordre littéraire et artistique de la Grande-Bretagne, comme membres du bureau.
- Sir Bulwer, le premier, prend la parole.
- Il commence par faire l’historique de la législation qui, depuis la reine Anne, détermine les droits attribués à la propriété littéraire (the copyright).
- Le premier acte (Queen Ann VIII) consacre d’une manière générale le droit d’auteur, afin, y est-il dit, « que la loi accorde ainsi aux écrivains un encouragement qui leur permette de répandre dans le public d’utiles connaissances sur les sciences et sur les arts, » et cet acte interdit la réimpression des œuvres sans le consentement des auteurs et éditeurs.
- A la suite, viennent d’autres statuts: les 12e de George II, 15e de George III, 41e de George III, etc., etc.
- Voilà pour le droit ; et, comme il n’y est pas fait mention des œuvres publiées à l’étranger, lord Campbell a eu raison d’assimiler ces œuvres aux œuvres nationales, la loi devant être protectrice de tous, sauf des exceptions qui doivent y être textuellement et impérieusement exprimées.
- Mais, maintenant, reste à examiner la question, soit en fait, eu égard au passé, soit en équité, eu égard à l’avenir.
- Or, dès l’origine, le nombre des ouvrages étrangers a été d’abord fort restreint. Cependant, quelques écrivains ont publié à l’étranger leurs œuvres, dont ils craignaient que la justice ne vint poursuivre, chez eux, le caractère politique ou philosophique. Ainsi, Voltaire, par exemple, et tant d’autres, ont imprimé leurs ouvrages en Hollande; mais il est reconnu qu’ils ne pouvaient, en tout cas, obtenir l’excercice du droit de copyright.
- On se rappelle, en effet, que le philosophe du XVIIIe siècle vint lui même à Londres, et excipa vainement de sa liaison avec Walpoole, pour obtenir l’exercice de ce droit. Il parvint à lever, par des souscriptions volontaires, une somme de liv. 6,000 (fr. 150,000); mais bien loin d’avoir consacré son droit d’auteur, il vit sous ses yeux, après avoir lui-même publié deux éditions dont il avait opéré le placement, naître et se vendre une troisième édition par les soins du libraire Thompson; il eut même la douleur poignante, pour un auteur, de lire dans cette publication contrefaite, les fautes qu’il avait pris soin de corriger lui-même dans ses éditions antérieures.
- Voltaire était infatigable dans la lutte.
- Il ne s’arrêta pas à ces tentatives. Il se mit bravement à traduire lui-même quelques-uns de ses ouvrages en anglais; et il retraduisit l’œuvre anglaise en français : certes, si jamais il put y avoir un droit d’auteur a consacrer, c’était bien dans ces circonstances. Eh bien ! en 1739 , on réimprima son œuvre. Voltaire, recommença le combat; il livra son œuvre au public sous le nom d’Arouel ; on la contrefit à Oxford. Le philosophe était furieux.
- Lord Campbell s’est appuyé sur le texte d’anciens (Voir la suite à la paye i&O.)
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
- VASE A RAFRAICHIR LE VIN,
- PAR M. EICHLER, DE BERLIN.
- Terre cuite.
- Depuis quelques années surtout, les travaux en terre cuite sont devenus un des produits qui prouve le plus combien le goût s’épure en matière d’art.
- Le vase en terre cuite dont nous donnons ci-contre le dessin, est un de ces chefs-d’œuvre comme l’Allemagne sait en produire depuis longtemps, et qui ont atteint les derniers degrés du perfectionnement de la céramique.
- Cet art, qui est un des plus anciens, était l’objet d’un grand culte, et il est sorti des entrailles de Pom-peï et d’Herculanum des vases d’argile qui prouvent combien les anciens y avaient eu de succès.
- Les Gaulois avaient conservé, par une sorte de tradition, les manières des anciennes œuvres campaniennes, et l’on a trouvé dans un état de fini assez remarquable, des amphores, des objets de poterie domestique et des figurines en terre cuite qui, bien qu’assez grossières, représent néanmoins assez correctement des divinités gauloises, romaines et égyptiennes.
- Pendant de longs siècles, la céramique n’a pas été un art : elle n’a guère produit que des ustensiles assez grossiers. On doit citer parmi les anciennes poteries du moyen-âge de grandes coupes d’argile recouvertes d’un vernis vitrifié que l’on plaçait sur le frontispice des églises, et des carreaux en terre cuite quelquefois ornés d’un émail et qui servaient de pavés dans les églises et dans les maisons des riches.
- Avant le quatorzième siècle, on ne connaissait pas, en Europe, de poterie à
- YASE EN TERRE CUITE, A RAFRAICHIR LE YIN, PAR M. EICHLER, DE BERLIN.
- pâte compacte, imperméable et dure comme celle que nous appelons grès, ou solide comme les faïences d’Italie, ni de poteries à vernis de plomb ou d’étain, résistant au feu et aux acides.
- De 1500 à 1510, Luca délia Robia etOrazzio Fontana découvrirent et perfectionnèrent cette belle nature de poteries à reliefs et à figures coloriées que les artistes les plus célèbres, comme Bernard Palissy, entre autres, ne dédaignèrent pas de fabriquer, retrouvant ainsi le secret de l’émail.
- Ce fut vers la fin seulement du dix-septième siècle que, sur le vu des porcelaines du Japon, des manufactures se fondèrent à St-Cloud, Chantilly, Orléans, Villeroi, etc. Depuis, la porcelaine, qui est la perfection de la céramique, est devenue un art qui ne le cède en rien, chez nous, aux plus belles productions chinoises.
- Mais un des bienfaits de cet art, c’est son perfectionnement pour les objets d’un ordre inférieur.
- Le vase a rafraîchir de M. Eichler est d’une grande élégance, et quoique cet objet appartienne au commerce ordinaire, c’est une œuvre d’art véritable.
- Il est rare de trouver dans les métaux les plus précieux et les mieux travaillés un bas-relief mieux exécuté. La vigne, répandue à profusion,. entoure le vase et enlace dans ses plis de jeunes amours tenant une coupe ou se laissant tomber joyeusement dans un lac sur lequel se pavanent des cygnes aux ailes déployées.
- M. Eichler, de Berlin, a su résoudre le problème qui doit avant tout préoccuper nos artistes, à savoir, la solution du bon marché et néanmoins le soin avec lequel l’art est représenté dans l’œuvre la plus indifférente et quelquefois la plus grossière.
- SUJET OFFERT
- A
- On sait que sir Moses Montefiore a été longtemps en Orient, chargé des intérêts de la nation juive, à laquelle il appartient. Ses coreligionnaires, en reconnaissance des services rendus par cet homme d’Etat, lui ont offert un sujet sculpté or et argent, qui a été confié à M. Brown, un des artistes les plus distingués dans ce genre. Les dessins ont été faits par sir J, Hayter, et ont trait à l’histoire hébraïque des temps passés et des temps modernes.
- Les sphynx qui sont à la base représentent la captivité des enfants d’Israël en Égypte; les figures qui sont placées au-dessus sont celles de Moïse, Esdras, le grand libérateur du peuple ; un juif de Damas, chargé déchaînés, et un autre juif en liberté.
- Des légendes en hébreu sont inscrites au-dessous des sujets, et la vigne et le figuier s’enlacent et les entourent ou retombent gracieusement aux coins de la composition générale
- Le groupe qui est au sommet représente le combat de Dauid contre le lion. L’énergie du
- vainqueur se retrouve bien exprimée dans les traits de David ; sa force musculaire est parfaitement rendue, les proportions académiques de l’œuvre en font un modèle d’étude.
- SUJET EN OR ET ARGENT, OFFERT A SIR MOSES MONTEFIORE, EXÉCUTÉ PAR M. BROWN, DR LONDRES,
- En éloquence, le mérite consiste à éviter beaucoup de choses en peu de mots.
- Quant au lion, il y a dans sa pose une grande vérité. On voit dans la contraction des griffes et dans le repli de ses pattes un affaissement général.
- Evidemment l’animal est terrassé.
- Les bas-reliefs représentent le passage de la mer Rouge et la défaite de l’armée de Pharaon.
- L’emploi de la violence et le mépris du droit trouvent leur expression dans un bas-relief représentant des loups dévorant un troupeau; enfin, on peut reconnaître sur les faces latérales d’autres sujets appartenant à la biographie même des héros; ainsi, l’on reconnaît sir Moses et lady Montefiore se rendant à Alexandrie, et sir Moses obtenant un firman du sultan.
- Ces groupes font le plus grand honneur au dessinateur et à l’industriel'qui les a exécutés.
- Nous nous permettrons seulement de faire à l’artiste une observation qui s’adresse à presque tous les fabricants et industriels qui cherchent à se rapprocher du domaine des arts : c’est que l’attention de l’observateur ne doit pas être distraite par la complication du sujet, la profusion des paroles et à dire
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- LE PALAIS DE CRISTAL
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- DU VASE DE CHASSE
- ET DE PLUSIEURS AUTRES OBJETS DE COALBROOKDALE.
- Un des établissements dont files produits sont le plus remarqués à l’Exposition de Londres, c’est celui de Coalbrookdale. Les objets qui sortent de cette usine sont en fonte.
- Nous avons eu, dans notre dernier numéro, occasion de parler des progrès obtenus par le travail sur la fonte; et cette matière a pris une place dans le domaine des arts qui doit un jour donner à ces produits une des premières places dans l’industrie.
- Parmi les objets dont nous parlons, nous devons signaler plusieurs vases de jardins presque tous posés sur un piédestal en marbre. Un de ces vases est surmonté par deux serpents en forme d’anse, et l’ouvrier a eu là des détails à terminer qui sont une difficulté vaincue, sous ce rapport .
- Un miroir du temps de la reine Elisabeth, argent et or, dont le modèle est plein d’élégance; trois branches de candélabres viennent de chaque côté de ce miroir s’arrondir et s’élever tour à tour ; des fleurs harmonieusement posées, soit en haut, soit en bas de ce système.
- Au-dessous se trouve un pot de fleurs divisé en
- VASE, DEJCUASSE.EK FONTE, DE L’ÉTABLISSEMENT^DE COAEBROOKDAEE, par M. BROWN.
- ce miroir, en complètent le trois compartiments et por-
- tant sur un élégant piédestal deux vases de Chine, à un étage inférieur ; trois au milieu, et un vase au sommet.
- Mais le morceau capital des objets exposés par l’établissement Coalbrookdale est, sans contredit, le beau vase dont nous donnons ici le dessin. Il est rare de pousser le perfectionnement des détails à ce degré de finesse. C’est un de ces beaux vases comme les sport-men aiment à en recevoir en prime, à la suite de quelque victoire sur le turf. Quatre têtes de cerfs sont placées à l’entour. Le seul reproche que nous puissions faire à cette composition, c’est que l’auteur a multiplié outre mesure les détails qui surchargent ce vase.
- Toujours le même défaut. Les Anglais ont plus de richesse et de luxe dans leur ornementation, mais il est évident que les fabricants français mettent plus d’art dans l’agencement de leurs sujets.
- Si l’on pouvait associer la fabrication anglaise au goût de l’inventeur et du dessinateur français, nul doute que l’on n’arrive à faire des œuvres presque irréprochables.
- Nous nous rappelons avoir eu entre les mains un petit travail en fer fondu poli, sorti des ateliers d’un de nos meilleurs ar -tistes industriels, M. Charles Tessier, fabricant de bronzes. Il est parvenu à donner au fer une finesse et une élégance qui, si ses ateliers peuvent les appliquer à des œuvres plus importantes,devront fairefairede grands pas à la fabrication des œuvres d’art dont le fer est la base.
- Au reste, l’établissement de Coalbrookdale ne laisse rien à désirer.
- Un des morceaux les plus remarqués à l’Exposition, c’est une vaste cheminée dont tous les détails sont ornés avec un luxe éblouissant,
- VÉNUS ET L’AMOUR.
- Des vases étrusques avec leur suave harmonie et leur teinte expressive ; des dessins d’une grande pureté, tels sont les travaux exposés par la maison Joshua Wedgwood, sous le titre : Etrurie.
- Nous donnons ci-contre deux pendants pleins de charme : ce sont les deux modèles, toujours les mêmes et éternellement beaux, de Vénus et de I’Amour.
- Une des qualités qu’ont cherché les dessinateurs habiles de ces modèles, c’est d’avoir reproduit autant que possible la pureté de lignes de Flaxmann.
- Mais nous devons relever ici une critique de détail qui doit frapper comme nous le lecteur : c’est que le dessin de Flaxmann, qui est pur, ne doit pas toujours exprimer la naïveté, surtout quand il s’agit de l’Amour et de Vénus. Il y a dans ces deux statuettes une timidité qui ne nous paraît pas concordante avec le sujet.
- statues de l’amour et de venus, d’après flaxmann, objets étrusques de mm. joshua ’WEDGWOQD.
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- LE PALAIS DE CRISTAL
- actes décrétés par Edward IV, Richard III, et que ceux de la reine Anne et les autres n’ont fait que corroborer. Cela peut être vrai ; mais, est-ce équitable? Voilà toute la question; question dont il faut demander la solution internationalement.
- Depuis que la paix règne en Europe, les ouvrages anglais ont été imprimés à profusion sur le continent. Le Ficaire de IFakefield de Goldsmith, les romans de Walter Scott, les poèmes de Byron, les œuvres désir Lytton Bulwerlui-même, celles d’Ains-worth, de Dickens, de Cruickshank, etc., etc. sont dans les mains de tout le monde.
- Quand il faisait partie du Parlement, M. Bulwer a déposé une proposition tendant à demander une révision de la législation sur la propriété littéraire, par voie internationale.
- Il est donc, aux yeux de l’orateur, de la plus haute importance de poursuivre cette réforme; et cela, non-seulement dans l’intérêt de l’Angleterre, mais aussi dans l’intérêt des nations qui exploitent la littérature par la contrefaçon.
- Ainsi, depuis Cooper et Irvine, à l’exception de M. Preseott, où en est la littérature américaine?
- Et en Belgique, depuis que les pirateries littéraire s’exerçent sur les œuvres françaises, quel auteur a produit le sol belge?
- Il faut donc, dans l’intérêt de tous, que cette réforme s’introduise le plus tôt possible; et c’est dans ce but que le meeting s’est réuni.
- Après M. Bulwer, M. Bunn prend la parole.
- Il cite plusieurs arrêts rendus avant celui qui a tant ému les écrivains, et qui consacrent une doctrine tout opposée à celle-ci. Un des arrêts les plus remarquables a été celui du baron Bailey dans une affaire Clementi C. JValker, et dans les considérants duquel se trouve cette conclusion :
- « S’il est vrai que le statut de la reine Anne a pour objet de protéger la propriété littéraire, il faut reconnaître que c’est en vue des œuvres produites sur le sol britannique. Intérêts anglais, instruction anglaise, presses anglaises, capitaux, ouvriers, matériel anglais, la reine Anne n’a pas voulu protéger autre chose ; et puisque les termes de ce statut ne contiennent pas de dispositions expresses et textuelles en faveur des œuvres des étrangers, il s’ensuit nécessairement que c’est aux nationaux, et à eux seuls, que le statut a voulu conserver le privilège dont il est question,
- M. Bunn conclut en déposant la proposition suivante :
- « Attendu que la décision prononcée par la Cour des erreurs ( Court of error) qui a pour but de placer les étrangers sur le même pied que les nationaux, porte un préjudice notable aux écrivains et éditeurs de la Grande-Bretagne, et tend à créer en Angleterre un privilège sans réciprocité en faveur des étrangers, le meeting proteste.
- Après plusieurs discours concluant à la même proposition , le meeting l’a adoptée et s’est séparé.
- En tout cas, et quel que soit le résultat de cette protestation, nous ne pouvons regarder la décision de lord Campbell que comme un précédent qui devra amener les législateurs étrangers à une modification nécessaire des lois sur cette matière. Il est équitable que cette décision serve de point de départ à une consécration internationale du droit de réciprocité.
- Félicitons-nous de ce pas fait dans une voie qui doit nous conduire à relever et à assurer les droits de la propriété littéraire.
- P. A- Comme nous l’avions annoncé plus haut, la collaboration de M. Jobard nous est acquise. Tout le monde sait que cet écrivain a fait de la tech nologie, science aride et sèche, une branche aussi attrayante qu’instructive de la littérature utile; c’est après la lecture de son rapport sur l’exposition française que le duc d’Orléans lui adressait, quelque temps avant sa mort, un magnifique porte-crayon d’or, orné d’un beau diamant ; avec ces mots pleins d’esprit et de délicatesse:
- « Monsieur, J’ai lu votre ouvrage ; quand on sait « si bien prendre des notes, il ne faut pas perdre son « crayon ; si cet accident vous arrivait, je vous prie « de vous servir de celui que j’ai le plaisir de vous « offrir. »
- M. Jobard, qui joint la pratique à la théorie, a vu toutes les Expositions industrielles de l’Europe, en qualité de commissaire rapporteur du gouvernement Belge. Nous sommes heureux qu’il ait été oublié
- cette année; il aura plus de temps à nous consacrer et n’en sera que plus libre dans ses appréciations sérieuses, ses digressions amusantes, et surtout par ses comparaisons qui frappent l’esprit par leur justesse et le forcent de se ressouvenir. M. Jobard est le créateur de la philosophie industrielle, il a remonté à son origine et peut tracer d’une main sûre, le chemin qu’elle est appelée à parcourir. On en jugera par l’article suivant que nous venons de recevoir.
- Ai.exandre Lava.
- Avocat à la Cour d'appel de Paris.
- EXPOSITION DE LONDRES.
- Examen philosophique de l’Exposition. — Orient et Occident.
- — Peuples sans brevets. — Invention nulle. — t,e travail
- esclave. — Le travail livre. — Le besoin, père de la misère
- et non de l’industrie. — Un fermier anglais libre-échangiste.
- — Garantie, capital et travail.
- Si la royauté est parfois une sinécure, ce n’est, certes, point par le temps d’exposition qui court. Les visites multipliées de la reine et du prince Albert, très-flatteuses pour les exposants, seront d’autant plus fatigantes pour eux, qu’ils semblent avoir pris l’héroïque résolution de tout voir, de tout entendre, et d’adresser des paroles de bienveillance à chaque exposant, la plupart du temps dans sa propre langue. Ainsi, nous avons entendu Sa Majesté inviter M. Fontaine Moreau à lui expliquer, en français, les avantages de son curieux métier à la Jacquart, sans car tes; elle en a examiné le résultat, en ajoutant qu’elle porterait volontiers une robe de cette jolie étoffe. Ce simple appui moral a valu la commande de vingt de ces métiers à l’inventeur.
- Au passage de la souveraine, toutes les machines fonctionnaient : elle s’est arrêtée devant celle qui attache les épingles sur un papier circulaire, avec toutes les têtes à la circonférence, ce qui représente une cocarde contenant cent épingles pour un sou. Cette ingénieuse picotteuse restera la propriété de M. Peylon, tant qu’il aura le moyen de pL.ider contre les contrefacteurs, qu’il n’attrapera pas facilement, car il leur sera toujours aisé de s’enfuir avec leur larcin sous le bras.
- Rien n’était mieux fait pour captiver l’attention de Sa Majesté que la jolie couseuse américaine,• nous répétons couseuse ou machine à coudre, car bien des gens croiront avoir mal entendu, en apprenant que leur rêve est enfin réalisé. C’est l’utopie, c’est la chimère, c’est \e ferreum verbum factum, c’est l’idée incarnée en ourlet, surget ou piqué. Nous ne savons lequel des trois elle exécute le mieux.
- Il faudrait bien des pages pour mal décrire cette petite merveille et compter les lamentations des ennemis de la mécanique, qui vont soulever contre ce petit bijou l’armée des couturières.
- Quant aux grandes machines de force et de vitesse qui fonctionnent dans ce vaste bazar, elles semblaient particulièrement fixer les yeux du prince Albert et des hommes d’Etat qui raccompagnaient; ils comprenaient, sans doute, que ces machines étaient en grande partie la cause de la richesse et de la puissance de l’Angleterre; mais nous ne pensons pas qu’ils aient remonté à l’origine de cette cause, qui n’est autre que la loi des patentes, comme nous allons le démontrer par des preuves incontestables; car jamais plus magnifique occasion ne s’est rencontrée d’observer l’infériorité de l’Orient sur l’Occident, et de chercher pourquoi l’Orient, qui a répandu les premiers germes des sciences et des arts sur les sauvages de l’Occident, se trouve aujourd’hui dépassé, conquis et écrasé pour jamais, selon l’opinion de M. Michel Chevalier, par les barbares aux cheveux rouges
- En recherchant ce qu’était l’industrie sur la terre, il y a trois à quatre siècles seulement, nous avons découvert sans beaucoup de peine que l’Angleterre n’était pas plus industrieuse que la France, que l’Allemagne, que l’Espagne, etc. A cette époque, la Turquie, la Perse, les Indes et la Chine étaient certainement plus avancées que l’Europe, puisqu’elles lui fournissaient ses tissus de laine, de soie et de coton et lui envoyaient de la porcelaine, des métaux rares et des produits chimiques les plus nécessaires à sa grossière industrie.
- Toute l’Europe enfin en était réduite aux indispensables fabrications que l’on retrouve encore dans les pays barbaresques. La France, l’Allemagne et l’Italie, pétrifiées dans le moule étroit des jurandes et des corporations, ne pouvaient en sortir pour
- déployer les ailes de leur génie, quand un souverain de la Grande-Bretagne, apprenant les persécutions auxquelles étaient surtouten butte les pauvres inventeurs de France, traqués par les maîtrises, enchaînés par les ordonnances de saint Louis, et vexés par les onze cents réglements de Colbert, leur offrit un refuge dans son royaume. Ces réfugiés, renforcés par ceux de la révocation de l’édit de Nantes, ont largement payé l’hospitalité de l’Angleterre, en lui donnant le sceptre de l’industrie, et, par conséquent, celui des mers. Nous désirons que toutes les catégories d’émigrés lui donnent la même satisfaction, et que leurs idées po!iiiques*lui soient aussi profitables que les idées pratiques et mécaniques des réfugiés de l’industrie.
- Jacques Ier fut, à notre avis, le plus grand inventeur du monde ; plus grand que Watt, plus grand qu’Arkwrigt,que Fultonet Stephenson, puisque c’est lui qui a inventé ces inventeurs. Oui, c’est Jacques Ier qui nous .a valu la première filature, la première machine à vapeur, la première locomotive et le premier pyroscaphe, en inventant, il y a 230 ans seulement, les brevets d’invention : rien que cela pourtant. Il n’eut eu que cette seule idée, que le monde entier devrait fondre les statues de tous ses conquérants pour lui en élever une impérissable.
- Les ennemis de toute propriété, même de la propriété intellectuelle, nous répondront que les grandes inventions ne seraient pas moins écloses sans la protection de la loi. Ecloses, cela est possible, mais exé entées, non ! Et, pour le prouver, nous n’avons qu’une réponse à faire à nos contradicteurs : c’est de les prier de se mettre un moment au lieu et place de l’inventeur après qu’il croit avoir fait sa découverte, parce qu’il l’a tracée sur le papier, ce qui ne lui a coûté que des efforts de génie et de patience ; mais quand il s’agit de meure la main à l’œuvre et de remplacer des lignes de crayon par des madriers et des barres de fer et d’acier, cela demande beaucoup d’argent, et, règle générale, l’inventeur n’en a pas; car, s’il en avait, il n’inventerait rien et se contenterait de jouir des inventions des autres, et de s’en emparer au besoin. Trouvera-t-il de l’or et de l’argent auprès des gouvernements ? — Non sans doute.—Auprès des banquiers? — Pas davantage; car il n’a d’autres titres à mettre en gage que son talent et sa conviction, choses de grande valeur peut-être, mais qui n’ont jamais, que nous sachions, été cotées en Bourse, pas plus que ces précieuses épures qui contiennent souvent le germe de la civilisation et de la richesse du monde. La plus sublime invention restera donc en plan comme la plus folle ; l’aiglon périra dans son œuf comme le plus vil têtard , et vous ne serez pas plus avancé dans mille ans qu’aujourd’hui. C’est ce que Jacques Ier aura pensé quand il a donné à l’inventeur un titre de propriété sur le dép 't duquel il a prévu que l’inventeui trouverait des bailleurs de fonds et des associés : ce qui est arrivé.
- Les grandes inventions que nous avons citées ont coûté plusieurs centaines de mille francs, plusieurs millions peut-être à construire et à perfectionner; qui donc en eût fait l’avance avec la certitude de les perdre, sans avoir le droit de poursuivre les innombrables plagiaires toujours prêts à se précipiter sur toute découverte de quelque valeur?
- Qui nous dit que les Indiens et les Chinois n’ont pas conçu avant nous les plans de toutes nos grandes inventions, et de bien d’autres plus sublimes encore ?
- Les Chinois ne sont pas ce qu’un vain peuple pense...
- Mais tous ces peuples n’ayant point eu de Jacques Pr, n’exécutent que les idées qu’ils peuvent garder sec.rettes et transmettre à leurs enfants ; avec les tours de mains qui leur donnent cette habileté qu’on ne rencontre que dans ce pays, où l’hérédité professionnelle parait transmettre aux enfants les habitudes congéniales de leurs parents.
- Quant aux inventions qui portent leur secret avec elles, jamais un Chinois ne s’en préoccupe; s’il en était autrement il y a longtemps qu’ils nous auraient dépassés et que notre vanité de civilisateurs du monde, sans le savoir, serait refoulée dans i’éeri-toire de nos flatteurs officiels, qui ne se doutent pas que le génie de l’invention ne peut grandir que dans la sécurité, la stabilité et la justice pour tous, même pour les inventeurs.
- Si l’Espagne avait, à l’époque de sa grandeur commerciale, laissé à chacun la propriété et la responsabilité de ses œuvres, au lieu et à la place de l’Angleterre, l’Angleterre serait aujour-
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- d’hui l’Espagne, et l’Espagne serait l’Angleterre : si demain la Turquie, la Perse ou la Chine, donnaient aux inventeurs une garantie meilleure et plus longue que ne le fait l’Angleterre, les inventeurs, mêmes les Anglais, iraient certainement planter leur tente sur un sol plus hospitalier pour eux; et si l’Angleterre abolissait l’œuvre à demi protectrice de Jacques JCf,son industrie descendrait bientôt au. niveau de l’industrie des peuples privés, ou à peu près, de toute garantie pour la propriété industrielle, tels que le Danemark, la Va-lachie, la Moldavie, le Maroc, les Amériques du Sud et les tribus africaines.
- Nous voyons à l’Exposition que toutes les nations qui ne protègent pas l’invention n’ont exposé que des matières premières ou des chefs-d’œuvre d’art et de patience individuels; car elles n’ont point d’industrie proprement dite, parce qu’elles n’ont pas de machines, et, les machines qui donnent à l’Europe sa supériorité datent à peine de deux siècles, c’est-à-dire de l’époque vers laquelle le gouvernement britannique a eu quelque pitié des inventeurs et les a sauvés de l’inquisition, des bûchers et des cachots du continent, pour les condamner trois fois à l’amende des patentes royales d’Ecosse, d’Irlande et d’Angleterre.
- N’importe ; sachons-lui gré de cette commutation de peine, puisque le continent, suivant son exemple, se contente aujourd’hui de demander aux inventeurs la bourse sans la vie.
- Voyez ces selles brodées, ces armes damasquinées, ces étoffes lamées d’or et d’argent des Orientaux ; ce ne sont là que des objets d’art dignes de figurer dans le Palais de l’Industrie. L’ouvrier de ces pièces élégantes est souvent unique; il peut emporter dans la tombe son habileté personnelle; il ne peut nous laisser ses doigts comme nos inventeurs nous laissent leurs machines. La tradition des chefs-d’œuvre de l’Orient est une chaîne sujette à se rompre , dont on ne saurait retrouver les anneaux aux bureaux des brevets, comme nous y retrouvons le dépôt de nos inventions oubliées ou dispersées dans le massacre des innocents. Mort l’inventeur oriental, meure son art cryptogamique ou caché ; mais, mort l’inventeur occidental, vive son invention déposée et publiée: voilà ce que l’on ne veut pas comprendre!
- Si les Orientaux s’aperçoivent de la cause première de la supériorité industrielle de l’Occident, gare à nous! gare à la marine à vapeur future de la Chine ! gare à l’artillerie future de l’Indoustan ! gare à l’industrie future de l’Orient! gare à la lutte de nos ouvriers à deux francs avec leurs ouvriers à deux sous ! gare au travail libre aux prises du libre échange avec le travail esclave, serf ou bar-baresque!
- Nous avons repris la corde aux Orientaux dans la course au clocher de l’industrie, il ne tient qu’à nous de la garder; mais malheur à l’Europe , si le secret de sa supériorité parvient aux oreilles des souverains de l’Orient, et si les professeurs de promiscuité intellectuelle ne leur obcurcissent pas la vue comme ils le font à nos hommes d’état, à l’endroit des brevets, en leur représentant le libre parcours, le libre pacage industriel, comme le beau idéal de la production à bon. marché; tandis que ce n’est autre chose que l’épuisement, la dévastation et la stérilisation des champs de la production, c’est-à-dire la mort de l’industrie et du commerce, et l’appauvrissement croissant de la société.
- On va chercher, comme on voit, beaucoup plus loin qu’il ne faut la cause réelle des progrès de l’Occident ; les uns l’attribuent aux influences clmalé-riques, les autres aux besoins que le temps a créés. Il en est qui feraient volontiers hommage du progrès aux institutions irrationnelles qui ont développé le paupérisme dans les pays de liberté, puisque, d’après eux, le besoin est le père de l’industrie. Ils ne savent pas que la misère ne peut engendrer que la misère, et le travail, seule source de toute valeur, n’est pas possible là où la propriété des fruits du travail n’est pas assurée.
- Vous aurez beau crier, travailler, déchiffrer, labourer labruyère territorialeou lajachère intellectuelle, le travailleur vous demandera d’abord si vous pouvez lui assurer la jouissance des fruits de son labeur; de votre réponse dépendra son activité ou son immobilité, c’est-à-dire la misère ou la richesse d’un pays; mais vous savez cela aussi bien que nous, ce sont de triviales vérités, de vrais lapalismes qui traînent dans le ruisseau du sens commun, et que vous vous efforcez de ne pas voir; cela vous est trop
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- inférieur : lesastrologuespolitiqups, occupés à chercher midi à quatorze heures, ne daignent pas viser si bas. Ils possèdent des formules stéréotypées que les faits ont beau dément'r, ils n’en démordent jamais; par exemple : l’excellence de la concurrence sans frein et sans contrôle, ou de la lutte sans foi ni loi, leur semble d’autant plus incontestable qu’ils ont trouvé, même en Angleterre, un fermier libre-échangiste qui, « ne pouvant plus cultiver de céréales à cause de la concurrence des grains étrangers s’est mis à cultiver du lard; il engraisse des cochons et il engage tous les cultivateurs à en faire autant; ce fermier phénoménal paraît convaincu que l’abolition des lois céréales donnera de l’esprit à une foule d’agriculteurs qui s’étaient endormis sur l’oreiller de la protection. »
- Nous avons rencontré, nous, un autre fermier dont l’opinion diffère entièrement de celle du fermier de MM Blanqui et Chevalier; nous allons soumettre à ces éminents professeurs le résultat de notre enquête, dans le but de nous éclairer dans cette question délicate.
- Nous leur demanderons d’abord si le libre échange arrêtera les cochons américains à l’entrée de l’Angleterre; sans cela leur gentleman farmer va- se trouver arrêté dans la production de lard comme dans la production du blé, car le lard d’Amérique est déjà de beaucoup meilleur marché à Londres que le lard national, l’un vaut 9 deniers la livre et l’autre en vaut 12; il est vrai que Y esprit aidant, il élèvera peut-être dubét il à cornes; mais nous avons vu à l’Exposition plusieurs tonnes de conserves de bœuf de l’Amérique du Sud, très-apé-tissant, si nous en jugeons à travers le fond vitré qui le recouvre. Or, il n’est pas possible que le libre échange repousse une aussi bonne aubaine; car on sait qu’un bœuf ne coûte que dix à quinze francs avec sa peau dans les pampas, en supposant qu’il vaille 50 francs préparé et 100 francs transporté, ce serait toujours de la viande à bon marché, arrachée à la dent des animaux féroces qui mangent, dit-on, d’autant moins d’hommes qu’ils ont plus de bœufs à dévorer. Cette phrase nous enseigne en passant que si le peuple d’Europe avait le même avantage, .il ne serait pas plus méchant que le jaguar d’Amérique.
- Notre fermier nous, raconta qu’ayant accompagné son seigneur dans le périple de la mer Noire, il était entré dans un pays où les forêts sont pleines de cochons dont la livre ne coûte qu’un sou ; il a précisément refait, avec son maître, le voyage des Argonautes; il a, comme Jason , retrouvé les pêcheries d’or à la toison, et dîné comme Ulysse avec des princes qui lui ont servi des bœufs rôtis tout entiers; c’est-là sans doute que le roi d’Itaque a été abandonné de ses compagnons, puisque leurs nombreux descendants peuplent encore les forêts de ce pays, où les glands abondent.
- Or, ce pays n’est pas loin, et nous nous étonnons que les Anglais ne l’aient pas encore découvert, ne fut-ce que pour envoyer du calicot à cette malheureuse population dont les femmes sont obligées de porter des chemises de soie, à défaut de coton. Cependant cette fertile bordure de la mer No're, opposée à la Circassie, n’est qu’à quelques journées du Bogaz, mais elle manque de ports; on ne peut remonter les courants qu’avec des barques d’un très-faible tirant d’eau. Espérons que nos économistes auront l’esprit de lever ces petites difficultés, pour empêcher leur collègue du Lancashire de tirer parti, sans concurrence, de ses bœufs et de ses cochons.
- S’il élève des lapins, il ne réussira guère mieux ; parce qu’il en arrive en quantité des côtes de Flandres.
- La culture des escargots, des grenouilles et des truites pourrait, jusqu’à un certain point, occuper ses loisirs; mais ce ne serait qu’un passe temps sans profits ; mieux vaudrait, en Angleterre, la culture des côtelletes ; mais la maison Cambacérès du Brésil qui fait cuire tout vifs à la vapeur, des troupeaux de mou tons à la fois, pour en tirer seulement un peu de suif, les enverra de préférence en Europe, dès qu’elle apprendra le triomphe définitif du libre échange; quelle aubaine pour nous, qui consommons sans produire!
- Dans l’étrange impasse où nous nous trouvons acculés, de quel côté qu’on se tourne, protection, libre-échange, échelle mobile, on n’aperçoit aucune isssue pour l’agriculture, à moins que le miracle de Bihy ou de Dussaut ne se réalise à l’instant.
- « Voulez-vous savoir la pensée qui me préoccupe
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- « depuis quelques années, nous disait notre fermier :
- « C’est que la production des céréales n’est presque « plus possible chez nous.
- « On ne peut guère produire un hectolitre de blé « au-dessous de 20 francs, dans les pays de liberté, « tandis que les pays d’esclavage, de servage, et de « barbarie le produisent à moitié prix. On me dira « qu’il faut l’aller chercher, cela est vrai, mais la va-« peur et les chemins de fer vont au-devant de cette « objection jadis si puissante, si faible aujourd’hui. « On me demandera ce qu’il faut faire de nos terres ; « je répondrai qu’il faut les convertir peu à peu en jar-« dins fruitiers etmaraîchers et nous livrer à urtè cul-« tureplus savante et plus avancée que la grossière « et primitive production des céréales. - Cette idée, « dit-on, applicable aux terres situées aux environs « des villes, ne l’est pas pour les terres éloignées ? « - J’éteins encore cette objection en montrant les « tronçons de chemins de fer qui croissent et se rami-« tient de tous côtés, comme les branches d’un càn-« cer qui, né au sein de l’Europe, est destiné à éten-« dre ses suçoirs sur tout le globe pour en soutirer la « nourriture; — mais si tout un pays produisait des « légumes et des fruits on en serait inondé et ils « se gâteraient bien plus vite que le foin et le grain ? « —je renvoie mes honorables contradicteurs à l’é-« talage de M. Masson, qui conserve tous les légu-« mes à l’état sec et aux nombreux continuateurs « d'Appert, qui conservent tous les fruits à l’état « humide. Mais il faut aussi des engrais pour pro-« duire des fruits? Eh bien ! changez Vos guérets en « prairies artificielles, et reboisez vos montagnes « pelées et vos coteaux dénudés, d’où partent ces K fréquentes inondations qui convertissent vos paisi-« blés rivières en torrents dévastateurs, lesquels em-« portent à la merle terreau ou l’humus, cette épar-« gne des siècles, cette précieuse réserve du travail « delà chimie naturelle, dont la seule accumulation « pourrait suffire à enrichir nos descendants, si nous « étions moins prompts à gaspiller leur héritage. — « Nos économistes me demanderont comment il fâu-« drait s’y prendre poûrobtenir auplusbas prixpos*-« sible les matières nutrimentaires, des pays arriérés « qui la produisent. Je réponds : il faut que les pays « avancés se livrent à l’industrie avec une nouvelle « ardeur, afin de pouvoir échanger leurs produits « manufacturés contre de* produits agricoles. —On « produit déjà trop, disent les échos de Sirieys « de Marinhac: cela n’est pas exact, car on ne pro-« duira jamais trop d’étoffes tant que la moitié des « hommes sera nue ; pas trop de serpes, de haches, « de bêches, de marmites et de fusils, tant qu’il y « aura d’immenses peuplades privées de clous, de « fils de fer, d’aiguilles, de poudre, de couteaux, etc. « disposées à nous donner en échange des noix de « cocos, des arachides, des bananes, et des bois « de construction ; du beurre, de la cire et du suif « végétal, des huiles, du caoutchouc et du gut-«ta-percha ; des minerais précieux, de l’ivoire, de « l’ambre, de la poudre d’or contre de la poudre à « tirer.
- « Le commerce a pour mission d’habiller les sau-« vages et d’en faire des consommateurs et surtout « des libre-échangistes. Mais pour arriver au libre-« échange, faut-il ouvrir tout d’un coup l’écluse, au « risque d’inonder ceux qui travaillent actuellement « au-dessous du niveau industriel de l’époque, ou « faut-il lever graduellement les ventelles ? M. Rit-« tinghauscn compare les partisans de cette der-« nière opinion, à ce chasseur, qui, voulant couper « la queue de son chien, proposait d’en enlever tous « les ans un tronçon afin de lui faire moins de mal.
- « En résumé, je prévois qu’on devra restreindre,
- « dans un temps qui n’est pas très-éloigné, la culte turc des céréales dans les pays qui adopteront le « libre-échange, mais ils devront se lancer tout à « fait dans l’industrie spécialisée, appropriée, mo-« nautopolisée de façon à ce qu’il y ait autant de « sûreté pour l’argent confié au travail industriel, « que pour l’argent placé sur hypothèque. Ce qu’il « faut pour y parvenir est bien simple ; il faut em-« pêcher le grand capital d’écraser le petit, comme le « géant écrasait jadis impunément le nain. C’est « pour réprimer cet ancien abus de la force que la « loi est intervenue et a dit : Tous les citoyens sont « égaux devant la loi. Eh bien ! qu’une loi sem-« blable vienne dire au Capital géant: lu respecteras « le petit Capital, ton frère ! Qu’elle empêche enfin « les contrefacteurs de s’emparer des inventions « des autres, comme elle a empêché le grand Fré-
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- SURTOUT EN BISCUIT,
- Des Magasins de M. Gunter, de Londres,
- EXÉCUTÉ PAR M. CONTÉ.
- Cette élégante composition est desti née à figurer comme Surtout; elle a été exécutée en biscuit par la maison Gunter, sur le modèle qui a été fourni par un artiste italien fort distingué,
- M. Conté.
- Le style est fort original ; la coupe est d’une rare légèreté ; on remarque surtout le goût avec lequel sont disposées les fleurs qui ornent l’entablement et l’harmonie du petit groupe d’amours enlacés au sommet, dont l’un soutient admirablement, détachée du reste du morceau, une corbeille de fleurs aux fines découpures.
- Le genre de terre cuite que l’on nomme biscuit est une espèce de porcelaine cuite au four qu’on laisse dans son blanc mat, sans peinture ni couverte.
- Uue des qualités de cette matière, c’est que la lumière s’y porte d’une manière fixe, et que les effets d’ombre peuvent y être observés dans toute leur valeur.
- C’est un avantage pour l’application que M. Gunter a faite dans le travail de M. Conté. Un surtout de table doit être éclairé de manière à puissent facilement apprécier les effets de sa composition, et plus que toute autre matière.
- PENDULE DE MM. HOWELL,
- DE LONDRES.
- SURTOUT EN BISCUIT, PAR GUNTER, DE LONDRES.
- ce que les convives le biscuit s’y prête
- La pendule dont on trouve ci-dessous le dessin sort des ateliers de MM. Ho well et James, de Londres, d’après les dessins de M. Adams, artiste plein de mérite.
- Bien que le sujet en soit un peu usé, cependant il faut reconnaître que l’exé cution en est pleine de soins et de bon goût.
- Au-dessus du cadran sont des bas-reliefs représentant les diverses saisons de l’année. De chaque côté, sont des groupes de femmes : l’Enfance, la Jeunesse, l’Age mur et la Vieillesse.
- Au sommet de cette composition est une couronne de fleurs qui en retient une autre ; puis une troisième vient se développer autour du cadran.
- Cette, cascade de couronnes n’est pas d’un très-bon goût, d’autant que l’intérieur même du cadran présente encore le même genre de dessin.
- Le socle de la pendule est un peu trop uni, et ne répond pas, par les dessins qui s’y trouvent, au caractère du reste de la composition.
- Heureusement que les figures sont faites avec soin, et qu’on y trouve un effort nouveau vers la vulgarisation de l’art par le travail industriel.
- Qu’il nous soit permis de le dire, nos fabricants français Froment-Meurice, Susse, Denière, Duponchel et tant d’autres, cherchent, avant tout, à résoudre la question d’art et à écarter le métier.
- PENDULE DE MM. UOYYELL ET JAMES, DE LONDRES.
- C’est là le cachet particulier de la fabrique fran -çaise ; et dans nos ateliers, si l’on suit attentivement le travail de l’ouvrier, on le voit s’appliquant avec la foi d’un artiste à assouplir le métal qui lui est
- confié pour que le dessin qui lui sert de modèle soit reproduit avec toutes ses finesses.
- On peut dire que nos ateliers d’orfèvrerie en France se ressentent des traditions de l’art dont
- Benvenuto Cellini, a fondé le berceau, sous François Ier dans le xvie siècle. Le sculpteur florentin avait, à cette époque, importé une première idée d’art, qui a été féconde et qui tend à se perfection ner de jour en jour.
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- ŒUVRE DE TYPOGRAPHIE FRANÇAISE,
- Exposée par l'Imprimerie Nationale,
- TITRE D'UN LIVRE INDIEN.
- formule : ÎUmeil îrvs |Jr0twka k iît«î>an}>.
- (Voir l’article page I3S.
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- LE PALAIS DE CRISTAL
- « dérlc de déposséder le meunier de Sans-Souci, « et vous verriez bientôt changer la plus vilaine face, « le plus vilain côté de ce beau inonde, que nous « avons laissé se gâter entre nos mains. Oui, vous « verriez alors chacun occupé à fouiller le sol de la « Californie intellectuelle et en retirer de magnifiques « pépites, dès que le fouet du commandeur 11e l’obli-« gérait plus à les laisser tomber aux pieds d’un « maître inhumain ; personne n’a encore fait la re-« marque, pourtant si vraie que le travail'primitif, le « travail du sauvage ne produit rien, que le « travail esclave produit peu, que le travail « serf augmente légèrement le capital social, et que « le travail salarié d’aujourd’hui l’accroît davantage « mais d’une manière insuffisante, puisque notre ré-« serve peut à peine subvenir aux beso'ns d’une « année calamiteuse. Il n’y a qu’un moyen d’ob • « tenir le maximum d’efforts et le maximum de ri-« chesse, c’est d’entrer au plus vite dans la phase « du travail ipséïste, perséïste ou égoïste, le mot est « lâché; c’est de faire que chacun puisse être mis « à même par son génie, son activité ou sa probité, « de travailler pour soi, pour ses enfants, pour ses « petits-enfants et sans association si cela lui con-« vient. C’est d’ordonner enfin que chacun soit pro-« priétaire et responsable de ses oeuvres. Oh, « alors ! tout ce que nous admirons dans ce magni-« fique Palais de Cristal serait bientôt remplacé, « machines et produits, par des choses meilleures, « plus commodes et à meilleur marché ! »
- Voilà ce que notre fermier, qui s’appelle Franklin, nous a prié de soumettre humblement à l’appréciation de MM. Blanqui et Chevalier. 11 nous paraît important pour eux d’étouffer des doctrines qui commencent à se propager d’une manière inquiétante pour les partisans du communisme intellectuel ; il faut qu’il se hâtent d’admettre eux-mêmes ou de chasser de l’esprit des inventeurs et des ouvriers qui visitent l’Exposition, l’idée qu’ils devraient avoir une part dans la propriété de tous ces tr sors, par la simple raison que ce sont eux qui les ont faits.
- O11 oublie trop que nos travailleurs affranchis n’ont plus rien de commun avec les serfs qui ont poli la grande Porte de Malachite, ces vases, ces tables et ces candélabres, dignes du palais du Tsar ou de Sardanapale! Nos travailleurs enfin, accablés de tous les soucis, de tous les inconvénients, de toutes les charges de la liberté, méritent plus de pitié, que les pauvres mais insouciants diogènes des bords de la Néva, dont le lendemain est assuré.
- Il n’est plus temps pour les slatuquistes de comprimer l’agitation commencée en faveur de la propriété intellectuelle, qui n’attendra plus longtemps ses Cobden en Angleterre, en France, en Allemagne et en Amérique; car partout l’on réclame la révision des lois incohérentes et sauvages qui régissent aujourd’hui la propriété des œuvres littéraires, artistiques et industrielles, au grand préjudice de la société.
- L’inventeur étant le père de l’industrie, il faut le faire jouir du droit commun et cesser de le traiter en paria, car lui seul est appelé à sauver la société que lui seul a constituée et qui n’existerait plus sans lui ! Il est temps de l’affranchir et de lui donner, dans l’intérêt de tous, la propriété de ses propres inventions, afin qu’il trouve des capitaux pour les exécuter, car sans capitaux pas d’outils ; pas de grands appareils, pas de machines de force et de vitesse ; sans machines, pas d’industrie ; sans industrie pas de travail, pas de pain ; misère à bâbord et à tribord, misère partout!
- Puissent nos pilotes égarés sur la nuée du doute et balottés par les flots de l’économie politique suivre le rumb du monautopole ou du monopole de ses propres œuvres, qui peut seul, d’après l’heureuse expression du docteur Stolle, nous conduire aux îles fortunées à travers l’Océan pacifique de la propriété universelle.
- JORARI).
- directeur du Musée Industriel de Bruxelles.
- REVUE DE L’EXPOSITION DE LONDRES.
- I)E L’ARMURERIE.
- 11 viendra peut-être un temps où l’on montrera dans les Musées, comme objets de curiosité, les instruments de guerre au moyen desquels les peuples ont voulu trouver la solution des questions qui les ont divisés. Toujours est-il qu’à l’Exposition de Londres, les gouvernements ne se sont pas fait faute délivrer les secrets du combat en livrant les secrets de la
- défense, et en dévoilant le mystère de leurs armes de guerre.
- Au reste, nous devons remarquer que si les progrès faits dans l’artillerie ont été s!gnalés depuis quelques années par des produits remarquables, cependant, l’armurerie s’est principalement appliquée à se perfectionner sur les œuvres destinées à la chasse et au sport. A l’Exposition, la Belgique et l’Espagne ont envoyé quelques spécimens d’armes d’ordonnance, et la Russie quelques boulets de canon; quant à l’Angleterre, elle a seulement exposé quelques modèles d’armes d’artillerie d’un travail et d’un fini très-remarquables, que l’on doit au capitaine Tylden, et un modèle de canon chargé par la culasse , par M. Gardner, de Lambeth. Ce système, qui est de très-ancienne date, avait été abandonné, à cause de la perte de vitesse qui survenait par suite de la fermeture incomplète de la culasse; mais un nouveau mode, au moyen duquel la force de concentration du foyer est assurée d’une façon plus précise, a permis d’attirer de nouveau l’attention sur ce point.
- En '1832, à Turin, on tit une tentative qui a parfaitement réussi :
- Les frères Jean creusèrent tout droit, dans la pièce de fonte, un calibre qui se terminait horizontalement à la culasse par un trou quadrilatéral, et fermé par un coin qui se déplaçait à volonté pour recevoir le boulet. Cette expérience avait été d’abord essayée sur un canon de petit calibre ; mais on recommença bientôt sur une pièce de six, et les résultats réussirent au point que Ton fondit un canon semblable dans une fonderie de Suède, sous la direction du baron Wahrendorff.
- La construction de ces pièces a le double avantage de permettre de les encaisser dans des casemates peu profondes, de n’employer que trois hommes au lieu de six, et enfin de pouvoir servir de défense jusqu’à la dernière extrémité, le coin pouvant être retiré, et par ce moyen, le canon ne pouvant, étant rendu hors de service, être tourné par les assiégeants qui s’en empareraient contre les assiégés.
- En 1842 , le baron Wahrendorff proposa en Angleterre l’essai d’une pièce de 24 d’après ce système; et on en fit l’essai à Woolwich. On espérait le faire adopter par la marine ; mais, la difficulté de bien fermer la culasse s’étant reproduite, on y renonça. 11 ne paraît pas que le nouveau modèle de M. Gardner résolve cette difficulté.
- L’on peut remarquer plusieurs pièces d’artillerie d’une grande magnificence, sorties des fonderies impériales de Russie et de Saxe. Il en est une, surtout, faite parM. Krupp, en acier, et qui est d’un fini qui prouve à quel point Ton peut perfectionner le travail du poli de l’acier, malgré son excessive densité : seulement, on se demande si la solidité répond à l’éclat de cette remarquable pièce d’artillerie, et si elle subirait pendant longtemps l’épreuve difficile d’un service actif et continu.
- Mais, de tous les exposants, sans aucune comparaison , les Français méritaient la palme. Toute la presse étrangère est unanime sur ce point. On remarque parmi les montres d’armurerie celles de MM. Caron, Lepage et Devisme.
- Les armuriers de Paris ont un grand avantage sur les autres industriels, c’est de mettre de côté tout esprit de concurrence malveillante, de ne se montrer, en aucune façon, hostiles les uns contre les autres, et d’unir leurs efforts pour arriver, par un concours commun, à réaliser les perfectionnements les plus désirables dans leur art.
- Ce qu’on admire surtout, à Londres, dans cette brillante partie de l’exposition française , c’est que le fini, le poli, le brillant des œuvres n’en exclut en aucune façon la solidité.
- Les armuriers de Paris ont compris que leur industrie n’est pas seulement une affaire de commerce et de luxe : ils se sont rendus compte de toute l’importance qu’il y a à ce que la confection des fusils qui sort de leurs mains soit irréprochable; car à chacun de ces fusils est attachée l’existence de ceux qui s’en servent.
- C’est à cause même du sentiment de ce devoir impérieux de leur profession, que bien loin de faire du tort à leur industrie par une concurrence qui eût pu devenir dangereuse pour le public, les armuriers se sont réunis en association; et c’est sur la proposition de l’un d’eux, de M. Devisme, qu’ils ont combinéleurs moyens d’exécution.
- M. Devisme, choisi par les associés pour leur dé-
- légué à Londres, a présidé à la confection d’une magnifique vitrine en chêne, ayant vingt cases de chacune un mètre de large dans laquelle la place de chacun est assignée.
- La case destinée à M. Devisme se distingue par des armes d’un fini admirable, et disons plus, d’une véritable richesse.
- On y remarque, entre autres, une carabine dont le bois est en ébène richement sculpté : les garnitures sont en argent ciselé, le canon et la platine sont d’une grande élégance. Nous en donnerons le dessin dans un prochain numéro.
- Une paire de pistolets fort riches, et dont toutes les pièces sont ciselées avec un goût extrême, attire particulièrement les amateurs.
- Enfin, M. Devisme a inventé des balles en pointe destinées à la chasse des éléphants : elles chargent une carabine faite ad hoc, et la force de ces balles est telle qu’elles ont pu traverser une plaque en fer d’un centimètre d’épaisseur.
- Un des objets curieux qui attire l’attention des visiteurs de l’Exposition est un fusil à air comprimé, en caoutchouc, construit par M. John Shaw, de Glossop, qui est un fabricant d’instruments de musique.
- DE LA TYPOGRAPHIE FRANÇAISE A L'EXPOSITION DE LONDRES
- I)E L’IMPRIMERIE NATIONALE.
- Une des branches de l’industrie française qui fait l’objet de l’admiration légitime des étrangers, c’est la typographie de notre pays; et, entre les spécimens qui attirent le plus l’attention, Ton remarque les types de l’Imprimerie Nationale.
- Nous aurons, dans le prochain numéro, à revenir sur cette partie importante de l’Exposition dont il nous est réservé de parler en détail ; Aujourd’hui, en donnant une planche des plus curieuses, et dont nous devons la communication aux administrateurs de cet établissement, unique dans le monde, nous devons à nos lecteurs quelques renseignements généraux et succints sur l’art de l’imprimerie en France, et notamment sur l’Imprimerie Nationale, renseignements que nous compléterons.
- Ce fut vers la fin du quinzième siècle, en J 470, que l’art delà typographie, qui venaitde se révéler, fut introduit en France; et on le doit à deux hommes d’étude, deux universitaires.
- Trois allemands, Ubrich Gering, Martin Crantz, et Michel Friburger furent appelés et installés en Sorbonne par un recteur de l’Université, Guillaume Fichet, et un prieur, Jean de la Pierre.
- Le premier ouvrage qui fut imprimé est intitulé : Gasparini Barzizii, Pergamensis epistolæ. Lettres de G asparin Barzizi, de Pergame. Le caractère de cet ouvrage est du type rond dit romain. Il se termine par des vers que voici :
- Primos ecce libros quos hœc Industria pinxit Francorum in terris...
- « Voici les premiers livres que cette industrie a composés sur les terres de France. »
- Ce futun nomméGilles Gourmont qui exécuta, àPa-r‘s, sous la direction de François Tissarcl, les premiers livres grecs et hébreux imprimés en France. La révolution introduite par ce moyen si rapide de propager la pensée fut comptée par Jean Molinet dans la Recollection des merveilles advenues en son temps
- J’ai veu grant multitude De livres imprimez Pour tirer en estude,
- Povres, mal argentez Par ces novelles méthodes,
- Aura maint escolier Decrets, bibles et codes Sans grant argent bailler.
- Mais ce fut Frauçois Ier qui eut la pensée de fonder, en 1640, le bel établissement qui subsiste encore de nos jours sous le nomd'Imprimerie Nationale. 11 avait donné le soin de cette fondation à Guaramond, célèbre graveur de son temps, chargé par le roi de graver, d’après les manuscrits d’Anjuverges, les beaux caractères grecs connus sous le nom de Grecs du roi, et ayant fait graver des caractères hébreux, grecs et latins, Guaramond en fournissait des fontes aux divers typographes de Paris.
- On doit à Louis XIII l’achat de beaux caractères orientaux, qui se trouvent de nos jours à l’Imprimerie Nationale. Il chargea de cet achat M. de Brèves, notre ambassadeur à Constantinople.
- L’emplaçenient occupé, de nos jours, par cette
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- imprimerie, était le Palais-Cardinal, qui avait appartenu au cardinal de Rohan. C’est là que madame Campan , dans ses Mémoires, place les scènes d’intrigues qui furent attribuées à Marie-Antoim tte.
- Parmi les objets exposés par l’Imprimerie Nationale , on compte trois volumes de poètes orientaux; un spécimen, volume in-folio des caractères étrangers que possède l’Imprimerie; trois cartes imprimées par un nouveau procédé typographique, et parmi lesquelles est la carte du bassin de la France.
- Enfin, le magnifique frontispice que nous donnons, page 153, et qui en esttête d’un ouvrage indien de la presqu’île du Gange. La pl;:que est imprimée en or et diverses couleurs; il y a huit tirages.
- Voici la traduction des trois mots que l’on remarque au centre de cette belle page :
- Medjmd — Recueil,
- D’Jmstal — Des Proverbes ,
- LU Meydâny — De Meïdany.
- Tout le monde est d’accord à reconnaître la supériorité des types de notre Imprimerie Nationale.
- En publiant, dans notre prochain numéro quelques-uns des caractères typographiques confiés à la direction savante de MM. de St-George, Rousseau et Rénémesnil, nous aurons à faire ressortir la différence qui existe entre ces richesses et les types de l’Imprimerie autrichienne. Il est même une erreur que nous devons signaler tout d’abord : c’est qu’on a dit que l’Autriche avait exposé 235 typés différents ; cela est inexact ; parmi ces types, il en est un grand nombre d’analogues. Nous y reviendrons.
- SUR LE JURY DES RÉCOMPENSES.
- Un des plus beaux attributs d’un jury destiné à décerner des récompenses, c’est, sans contredit; une impartialité complète.
- Or, le moment décisif approche, où l’on va répartir les récompenses entre les exposants; moment suprême pour l’Angleterre. Chacun se demande si elle saura achever largement cette grande œuvre de l’exposition si largement exécutée. Nous ne voulons certes pas mettre en doute l’impartialité du jury anglais, mais n’est-il pas à craindre que se trouvant en majorité, les jurés anglais ne se laissent surprendre à certains sentiments jaloux qui pourraient les influencer d’une manière fâcheuse, en ce qui concerne la France.
- Nous devons les prévenir d’avance contre des insinuations dont la nouvelle fâcheuse est venue jusqu’à nous. On laisse courir le bruit que, toutes les fois que l’Angleterre n’est pas jugée digne d’être placée au premier rang, on cherche à obtenir du jury qu’il mette au premier rang toute autre nation que la nôtre.
- Pour exprimer clairement cette malheureuse tendance, nous ne citerons que trois exemples : s’il s’agit des meubles, on parle de l’Autriche, s’il s’agit d’orfèvrerie d’art, on désigne la Prusse, enfin s’il est question de joaillerie, on oppose la Russie.
- Certes, nous n’ajoutons aucune foi à ces bruits malencontreux; nous ne faisons que les signaler, précisément parce que nous avons pleine et entière confiance dans la loyauté et dans l’esprit hospitalier de nos voisins.
- Il faut ajouter qu’en présence d’un cri général, d’admiration qni s’exprime tout haut, sans réticence, sans ambages, le France n’a rien à craindre même de la partialité, dont nous repoussons la moindre insinuation.
- Placée en face du monde entier comme juge, l’Angleterre sera ce qu’elle aime à se proclamer, équitable dans son verdict : et si nous relevons ces bruits de la coulisse, c’est que le jury est en ce moment comme la femme de César ; il ne doit pas même être soupçonné.
- Alexandre Laïa.
- ACTES OFFICIELS.
- BREVETS ANGLAIS SCELLÉS^DU '14 AU 24 JUIN.
- James Hincks, de Birmingham, pour des perfectionnements dans la construction de diviseurs métalliques de la soie et autres fils dans les appareils employés à leur confection.
- Prosper Durand, rue Mazagran, Paris ; pour des lerfectionnements dans les moyens de communiquer par télégraphe et autres.
- Thomas Crook et James Mason, de Preston, pour des perfectionnements dans les métiers à tisser.
- Francis John Silvaind Hessburn de Nolting-hall,
- pour des perfectionnements dans les voitures et autres véhicules.
- Godfrey Ermen, de Manchester, pour de certains perfectionnements dans les filatures.
- Richard Flescher, d’Ebrington, pour des perfectionnements dans les moyens d’obtenir les forces motrices.
- John Holmes, Birmingham, pour des perfectionnements dans les machines pour assouplir et frapper les métaux.
- John Brajet, de Manchester, pour des perfectionnements dans les procédés de teinture et dans la préparation des bois de teinture.
- Richard E. Ilodges et William Brochedon, Mid-dlesex, pour des perfectionnements dans les instruments de chirurgie.
- Alexander Paches, de Birmingham, pour des perfectionnements dans les procédés propres à séparer l’argent et autres métaux.
- Georges Jordan Firmins, Middlesex, pour des perfectionnements dans la fabrication de l’oxalate de potassium.
- COURRIER DE PARIS ET DE LONDRES.
- Les Anglais ont inventé Jenny Lind : ce fut un événement européen. Jusque-là, les compositeurs, les artistes arrivaient à Londres avec une réputation et des feuilletons tout faits; ils trouvaient des dilet-tanti dociles qui payaient et contresignaient, sans songer le moins du monde, non pas seulement à contester, mais même à discuter les jugements portés soit en Allemagne, soit en France. Je ne sais quel Barnum leur souffla que Jenny Lind était un rossignol, toujours est-il que, cette fois, le premier cri d’enthousiasme fut poussé à Londres ; on en fut si fier, si étonné, que l’exaltation fut portée au fanatisme ; il n’y eut bientôt ni assez de trompettes, ni assez d’excentricités pour apprendre à l’univers que, de la façon la plus heureuse et la plus inattendue, la société anglaise venait de manifester une opinion personnelle en musique, et la réputation de Jenny Lind dût rester sous la protection de l’orgueil national.
- Par un hasard incompréhensible, ces singuliers amateurs 11e s’étaient point trompés; leur jugement fut provisoirement confirmé de ci et de là. Dès lors l’exaltation n’eut plus de bornes-ils voulurent avoir la primeur d’un opéra, et juger eux-mêmes, dégagés de toute influence étrangère, quelque grande œuvre inédite ; la commande fut faite, et immédiatement partition, compositeur, poète, exécutants, tout fut expédié de Paris. La l'empesta fut jouée et applaudie à outrance au théâtre de Sa Majesté; celte fois la chance avait tourné, et ce beau succès vint crever misérablement au théâtre Italien de Paris; mais le mal était fait, la prétention est restée, les Anglais sont désormais convaincus de leur autorité en musique; et, à l’avenir, il faudra bien, bon gré mal gré, que chaque année quelque compositeur en renom vienne, pour une œuvre nouvelle, leur demander la recommandation, je veux dire le prestige de leur suffrage.
- A bout de résistance, enfin, M. Thalberg s’est décidé ces jours-ci à cette exhibition sans conséquence ; car M. Thalberg, le grand pianiste, vient de composer et de faire jouer au théâtre de la Reine un grand opéra en quatre actes, Florinda ou les Maures en Espagne. 11 est assez difficile d’imaginer ce qu’a pu produire, en fait de composition dramatique, un musicien dont le principal mérite est de donner lieu à des effets étranges, à des excentricités merveilleuses parfois, au moyen de fantaisies mécaniques d’exécution. Je ne sais trop, après tant de tours de force, ce qui peut rester d’inspiration pour exprimer des idées ou des sentiments; les amis de l’artiste assurent que l’orchestration est prodigieuse; maintenant l’opéra est-il beau, est-il bon? On ne peut pas savoir : à la première représentation, il n’y avait que des Anglais.
- Toujours est-il que le compositeur est dans les meilleures conditions de succès : il a pour poète M. Scribe, pour interprètes Lablache, Calzolari, Sims-Reeves et les deux Cruvelli. Nous reviendrons sur cette tentative. Mais conçoit-on qu’on aille chercher, même provisoirement, de pareils juges? E11 ce moment-ci, du reste, compris ou non, les mus'ciens abondent à Londres : Sivori, Piatti, Osborne, Vieux-Temps, Mme ügalde y font au moins autant de bruit que MUe Rachel au théâtre de Saint-James.
- A New-Market et à New-Gastle les courses ont été j
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- froides et sans incident; elles n’ont occupé que les intéressés.
- M. Paxton ne cesse d’appeler l’attention du public et du gouvernement sur l’avenir du Palais d’Hyde-Park. 11 parle, pétitionne, imprime, enfin il se reremue de son mieux pour obtenir qu’on éternise par décret le fragile édifice. M. Paxton voudrait en faire un jardin d’hiver ou plutôt de toutes saisons, une sorte d’oasis, de printemps éternel au milieu des brouillards de Londres, une campagne pour le bourgeois, enfin le ciel d’Italie de la petite propriété. Nous n’y voyons pas d’inconvénient : ce sera une curieuse expérience. Comme 011 a les eaux minérales, on aura le midi artificiel ; on obtiendra la guérison des poitrinaires en serre chaude. Voilà M. Paxton, qui ne s’en doutait guère, devenu un bienfaiteur du pauvre. Que l’industrie se hâte donc de déménager.
- Londres regorge toujours de Français : comme nous le disions samedi dernier, leur principale occupation consiste toujours à s’escrimer contre les policemen. Ils s’escriment aussi plus souvent encore contre la langue : mais elle, elle leur résiste et ils l’assassinent, comme disait Antony. Ce sont des drôleries dignes de Levassor ou d’André Hoffmann.
- Les plus comiques sont ceux qui parlent avec un dictionnaire. Un journaliste parisien qui a pris ce système s’indignait, il y a quelques jours, contre ce malheureux idiome : « les trois quarts des mots, disait-il, sont exactement les mots français, et la moitié du dernier quart ne diffère des mots correspondant dans notre langu que par l’orthographe, c’est-à-dire par des lettres doublées ou dédoublées mal à propos : seulement, quand il s’agit de prononcer il y a de quoi pouffer de rire à l’idée de l’air que chantent les Anglais sur ces paroles-là.
- Et il en concluait, généralisant peut-être outre mesure :
- — Décidément l’anglais! c’est uniquement l’art de mal prononcer le français ; c’est une habitude à prendre. Je m’y ferai...
- Voilà qui vaut mieux, je crois, que le goddem de Figaro, ce fameux goddem qui, à en croire le barbier, faisait le fonds de la langue.
- Et notre journaliste tâche de se souvenir des études qu’il a faites au théâtre Montansier ; et il parle à tout le monde comme Levassor dans Les Trois Dimanches. Mais à Londres on n’est point endurant, et voilà la vingtième fois qu’on lui dit en fort bon français :
- — C’est ma charge que vous faites, elle n’est pas bonne; vous êtes un insolent, etc.
- Et tous les désagréments qui s’ensuivent, et qui se traduisent en une langue commune à toutes les nations.
- A Paris, il est encore question, tout comme samedi dernier , d’un voyage présidentiel : inauguration toujours. Aujourd’hui, inauguration d’une statue; hier, demain, inaugurations de chemins de fer; car nous n’en finissons pas avec les inaugurations. Pour cinq ou six méchants railways longs comme le bras, voilà plus de trente inaugurations; cela devient une plaisanterie. Chaque fois qu’on plante une guérite de cantonnier, v’ian, vivat! enthousiasme général, un banquet et des discours; on dérange tout le monde pour aller pompeusement inaugurer la guérite, le rateau, la lanterne et la limousine.
- Du moins, l’inauguration de la statue de Jeanne-Hachette^ Beauvais, avait un caractère particulier: c’était un hommage rendu, par la ville et par le chef de l’État, à un des grands souvenirs de notre histoire. L’évêque a prononcé un discours éloquent; il a rappelé d’une manière très-touchante les mérites de l’héroïne. La cérémonie a été belle et imposante; la ville avait déployé toutes ses magnificences pour la solennité; du reste, toutes les précautions avaient été prises. Le sang n’est pas très-beau dans l’Oise, paraît-il, et les jolies filles manquant à quelques lieues à la ronde, le maire avait pris soin d’en faire expédier de Paris pour le cortège de Jeanne-Hachette.
- Tout s’est parfaitement passé. Le président a été fort bien accueilli ; il est reparti le soir même.
- A Paris même, peu ou point de nouvelles: Des Ihéàtreset desconcerts, rien de saillant. La salle-ventriloque de M. Barthélémy 11’a point r’ouvert ses portes depuis le concert de l’association des artistes dramatiques. L’Ambigu, pourtant, a repris avec quelque solennité un mélodrame du bon temps qui a eu trois cents représentations en 1825 : cela s’appelle le
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
- VUE DE L’EXTÉRIEUR ET DE L’INTÉRIEUR DU TRANSEPT.
- Les deux vignettes que nous donnons ici en regard donnent une idée de la partie du Palais de Cristal la plus curieuse, la plus éblouissante, et que l’on nomme le Transept.
- C’est au milieu de l’édifice que se trouve le Transept ; il sépare l’Exposition
- anglaise des autres parties. Au-dessus, et comme en dôme, sont des verres bleuâtres qui jettent sur l’intérieur une lueur douce, tendre, et presque fantastique par les jeux de reflets qui semblent tomber de la voûte.
- Au milieu s’élèvent, avec toute leur luxuriante audace, deux arbres qui n’atteignent pas le sommet et qui se déploient orgueilleusement, en étendant leurs ombres sur la foule.
- Auprès des arbres s’enlacent des plantes tropicales qui ont conservé toute leur verdure et leur beauté.
- Trois fontaines d’eau jaillissante sont placées de distance en distance et rafraîchissent les promeneurs.
- Des groupes de sculpture sont habilement répartis sur cette longue promenade.
- On y remarque :
- \ ° La statue équestre de la reine Victoria ;
- 2° Celle du prince Albert ;
- 3° Un Guerrier du temps de Cromwell ;
- 4° Enfin l’Amour et Psyché ;
- Et enfin plusieurs autres morceaux de_ sculpture très-remarquables.
- Un grand nombre d’objets de diverses nations y sontjexposés. D’abord, de l’Orient, les étoffes des Indes se déploient avec goût, çà et là, étendues, attachées, et formant des nœuds dont les bouts retombent avec une grande élégance.
- De vastes armoires, richement ornées, renferment des tissus qui sont en vue des visiteurs.
- Puis, non loin des étoffes, on voit des barques indiennes, des filets, un attirail complet de pêche et de navigation.
- Dans une des parties latérales du Transept, ou commence l’Exposition des produits anglais, or, peut remarquer des étoffes anglaises,
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- LE PALAIS DE CRISTAL
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- Non loin de là s’élèvent des statues en bronze, en marbre, parmi lesquelles on admire celle de Vénus désarmant l’Amour.
- Une barque de sauvetage en cuir, des modèles de petites embarcations du Canada, des modèles en caoutchouc attirent l’attention.
- Enfin quelques objets exposés par la Chine se trouvent placés comme pour orner le Transept.
- Il est impossible de se faire une idée de la surprise que l’on éprouve en entrant dans le Palais de Cristal ; mais c’est surtout au Transept que l’admi-
- ration s’exprime haut et sans contrainte.
- Nous avons appris avec un plaisir que nos lecteurs partageront sans doute, que bientôt M. Albert Lexoir, un de nos architectes les plus éminents, va faire retrouver au Bazar Bonne-Nouvelle, en nature, et par un effet d’optique qui ne laissera rien à désirer à l’illusion, une vue du Palais de Cristal.
- Nous avons pris nos mesures; et nous publierons très-prochainement une vignette faite avec le plus grand soin qui représentera le Transept exposé en polyorama.
- "VUE RE LTNTÉRIEER DU TRANSEPT,
- Le plan que l’habile architecte a choisi est fait pour laisser à l’esprit une confiance entière : on se croira transporté au Palais même de Londres.
- L’architecte place le public dans une des travées qui conduisent au Transept ; et l’on voit devant soi se développer hardiment cette belle partie de l’Exposition.
- Quaht à l’extérieur, que représente avec exactitude notre vignette, il est aisé de voir avec quelle audace se produit cette immense façade de l’édifice.
- C’est là que s’amoncèle la foule si curieuse que toutes les parties du monde ont envoyée à cette fête de l’industrie; c’est là que se développe, dans toute son expression, une sympathie unanime pour
- la pensée première, avant que la foule n’entre et ne vienne admirer au dedans les produits du dehors ; c’est là, enfin, que cette industrie qui s’unit de tous les points du globe réalise, en principe, l'alliance des arts et de l'industrie qui, sur le seuil même du Palais, à l’extérieur du Transept, se lie d’avance par l’expression d’une admiration commune.
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- LE PALAIS DE CRISTAL
- Monstre. C’est tout simplement un cadre assez compliqué pour les évolutions d’un clown; il y a beaucoup de soufre, de feux de Bengale, des coups de tam-tam et des grincements de cymbales : en somme, cela est amusant, et M. Beneni fait merveille.
- A l’Opéra on prépare fort activement Fert vert, un ballet nouveau destiné à nous montrer de nouvelles jambes, que l’on dit fort spirituelles et moins hypertrophiées qu’il n’est d’usage en chorégraphie : On assure que les pieds sont petits et malins, que les chevilles ne sont point hydropiques, et que cet ensemble irréprochable, sous le rapport de la statuaire et aussi de la fantaisie, ne nous donnera point le douloureux spectacle de ce qu’on appelle les ; ointes à la Fuoco : Entin ces jambes sont déjà avantageusement connues sous le nom de mademoiselle Priora.
- Le succès du nouveau ténor Lagrave se soutient : sa voix est fort jolie, peut-être un peu faible pour l’Opéra, mais il a des notes ravissantes etl’ensemble est fort sympathique : Son meilleur rôle sera, je crois, celui d’Edgard dans Lucie, rôle qui est tout à fait dans ses moyens. Avant-hier le public a été unanime. On ne saurait chanter avec plus de grâce, plus de tendre passion que M. Lagrave. Nous attendons avec impatience une nouvelle épreuve, mais ce n’est plus pour le juger.
- Plus rien : la politique absorbe tout, et je sache des passionnés qui ne demanderaient pas mieux que d’échanger une loge d’Opéra contre une entrée à l’Assemblée législative ; tant pis pour eux.
- En somme, M. Dudevant, le mari de George Sand, transformé, par je ne sais quel journal mauvais plaisant, de gentillàtre c mpagnard en vieux pensionnaire de la rue Copeau, puis tué, puis ressuscité avec amende honorable ;—et pour bouquet, le sinistre de l’agent de change M. Treilhet, voilà toutes les nouvelles de la semaine. Si vous ne trouvez pas tout cela gai, prenez vous-en à la révision de la Constitution et aux ex'gences de la véracité.
- La seule question un peu vivace parmi les questions frivoles, c’est la question des aérostats: les curieux s’en préoccupent singulièrement. Mais voici que le préfet de police défend les ascensions des filles de l’air et de la calèche de M. Poitevin; il défend enfin les ascensions d’amateurs. Cela est beaucoup plus grave, car le goût en prenait; et depuis que M. de P... avait, à la face de dix mille personnes, enlevé et emmené aux eaux la comtesse ***, chacun rêvait pareille aventure. Sans l’arrêté administratit, arrêté sur lequel on reviendra sans doute, de même qu’il y a bientôt vingt-cinq ans c’était la rage d’aller dégringoler ensemble aux Montagnes-Russes, il serait chez nous devenu d’usage que les personnes à imagination vive et tendre allassent demander à la région d’azur des impressions plus rares, plus pittoresques, plus originales, plus pures que les amours de la terre, et je sache bien des lunes de miel qui projetaient de partir avec M. Godard dans la direction du septième ciel. La commission décidera. Fasse Dieu qu’elle prenne en pitié ces pauvres âmes exilées, dépaysées ici-bas, qu’elle les rende à leur patrie,• ces pauvres âmes, comme dit Swe denborg, ne peuvent s’appareiller que dans les deux.
- En attendant, car l’Ilippodrôme et le Champ-de-Mars n’ont pas le monopole, les provinces les plus éloignées jouissent aussi du spectacle de quelques ébats aériens, et si là bas la représentation est moins solennelle, si l’ordre est moins rigoureux, grâce à l’insuffisance, soit de la police locale, soit du personnel destiné à aider l’aéronaute, il résulte de ces légers inconvénients des incidents qui ne laissent pas d’être fort curieux, et dont nous privera toujours hélas! nous autres parisiens, l’excellente administration de l’Ilippodrôme. Ecoutez plutôt :
- C’était à B***, je ne nomme pas le p:iys parce que les autorités sont en question : Là se trouve réunie une société d’élite, on prend les eaux. Il y a huit jours un aéronaute débutant mais fort hardi, avait fait annoncer une ascension qu’il devait accomplir dans une plaine située à une demie lieue du village. Le pays est fort élégamment habité, on vint de bien des kilomètres à la ronde.
- Suivez bien la scène. Tout est prêt pour le départ: huit hommes serrés de bien près par une foule compacte retiennent de toutes leurs forces les cordes du ballon, l’aréonaute est dans la nacelle annonçant au public que l’appareil auquel il se contie est capable d’enlever au moins trois personnes : puis il crie le signal sacramentel : lâchez tout ! tout d’un coup
- du premier rang des curieux un petit cri involontaire mais fort distinct s’échappe :
- — Ciel ! mon mari !
- Toutes les tètes se retournèrent; mais aussitôt,en un clin-d’œil, un jeune homme voisin du petit cri avait déposé une jeune femme dans la nacelle; puis, prompt comme un sylphe, s’était élancé à côté de l’aéronaute en murmurant : — Sauvés!
- Toute cette gibecière avait été exécutée avec une rapidité telle que l’assistance n’y vit qu’un nuage de soie, de tulle et de dentelles.
- Quatorze messieurs de l’extérieur le plus respectable parmi lesquels mêmes se trouvaient plusieurs membres de la Légion-d’Honneur rentrèrent immédiatement à leurs hôtels respectifs.
- Naturellement l’intérêt du public fut pour les voyageurs : on était fort inquiet à cause de l’inexpérience de l’aéronaute : on fut bientôt rassuré, on apprit qu’ils étaient tombés à douze lieues de là sur une cheminée. On ne compte qu’un seul blessé, l’adjoint au maire de B*4* qui n’était pas dans le ballon.
- G. DE BoDCONVII.LE.
- FÊTES DE L’INDUSTRIE UNIVERSELLE Offertes à toutes les notions du globe par souscription nationale.
- Le commerce français s’est ému d’un vaste projet de fêtes présenté à M. le président et approuvé par lui. En elfel, ce projet digne pendant de la splendide Exposition de Londres, a posé les éléments d’une solenn té originale, unique en son genre, et qui fera de Paris le théâtre d’une marche triomphale des produits de l’industrie du globe entier. Jusqu’ici les grandes fêtes publiques avaient toujours eu leur raison d’être par la commémoration d’une grande action historique, d’une grande victoire, ou d’une solennité religieuse. Mais le travail obscur et incessant avait été sans consécration, et ses conquêtes de chaque jour, cent fois plus glorieuses et plus utiles que les bulletinsd’un conquérant,n’avaient,pasencoreeuleur jour de triomphe et d’applaudissement. Tel est l’idée qui a dominé le projet de fêtes à l’industrie universelle, et pour le réaliser et lui donner des proportions importantes, les organisateurs ont pensé que la sanction la plus naturelle de ces fêtes, était une souscription nationale. Par ce moyen, la volonté de chacun reste indépendante et cependant, sans grever les impôts, sans surcharge au budget du pays, et par la libre et sympath que générosité de tous, on réalise une grande œuvre que le gouvernement surveille et patrone.
- La première journée de ces fêtes, dont le programme est bien connu maintenant, doit plus spécialement fixer notre atlention et celle de nos lecteurs.
- Le dimanche 25 août est choisi pour l’ouverture d’une série de cérémonies et fêtes en l’honneur du génie humain ; mais il est particulièrement consacré à une marche triomphale des produits industriels de tous les pays.
- Les fêtes des Flandres ont acquis une réputation européenne par le luxe de leurs processions et travestissements historiques. Mais ce qui est magnifique dans un cadre restreint, deviendrait mesquin sur les voies larges et monumentales d’une grande capitale. Ce n’est donc pas, comme pour les Incas de Valenciennes, une série de chaTs historiques, conduits, escortés ou montés par des personnages revêtus de costumes d’un autre âge ou d’une autre contrée, mais une marche bien ordonnée de chars de triomphe aussi splendides que possible, et chargés des produits les plus beaux, les plus ingénieux des industries nationales et cosmopolites. Ainsi MM. les exposants de Londres et MM. les commerçants qui n’auraient point exposé, sont invités à composer la décoration de ces chars de façon à placer en relief les pièces les plus magnifiques de leurs ateliers et manufactures. On peut, en effet, concevoir avec quel luxe et quel goût sera composé un char portant lesorfèvr ries de M. Odiotou de tel autre grand artiste de Paris. Combien une disposition ingénieuse sur un plateau ambulant, mettra en relief et en évidence, les velours, les riches étoffes de Lyon, les rubans de St-Etienne, les toiles précieuses ou peintes. Les inventions nouvelles, les travaux utiles et nierveilleux, les œuvres originales par leur excentricité utile, par leur application immédiate, ou l’élégance et la distinction de leurs formes, auront un public devant lequel ils étaleront toutes les faces et tous les contours qui resteraient inconnus ou
- ignorés dans l’entablement d’une galerie, et les auteurs, les propriétaires ou les inventeurs recueilleront, par de chauds applaudissements, ces bravos inconnus jusqu’ici aux arts utiles. Déjà de grandes maisons de Paris, des départements et de l’étranger ont saisi avec empressement l’idée d’une exposition de ce genre et se sont hâtées de donner leur adhésion. Des modèles de décorations se préparent, et par la grandeur, et la forme ingénieuse des dispositions, cette exhibition surpassera tout ce qui s’est fait dans ce genre.
- Les suites de chars industriels seront séparés par des chars allégoriques servant en quelque sorte de têtes de chapitres; car cette longue procession qui se déroulera du Champ de Mars à l’Arc de l’Etoile, de l’Etoile à la Madeleine, de la Madeleine à la colonne de Juillet et de l’Hôtel-de-Ville au Champs de Mars, à un moment de repos, n’occupera pas moins de toute la longueur des boulevards. Coupés dans son développement par des corps de musique, des escadrons et des bataillons de toutes armes, des groupes de drapeaux nationaux et une série de carrosses richement décorés et recevant sur leurs coussins élégants la grande députation des exposants de tous pays, invités le soir à un banquet à l’Hôtel-de-Villede Paris.
- Des prix seront décernés aux chars les mieux ordonnés; ils seront tous exposés au public dans les tentes du Champs de Mars ou dans la grande salle destinée à ces fêtes, dont ils seront un des principaux ornements, et qui s’ouvrira le lendemain lundi pour une exposition d’agriculture, dont le programme est digne d’un pays aussi agricole, qu’industriel et artistique.
- Dans notre prochain numéro, nous publierons le modèle des chars, leurs dimensions et enfin les conditions d’admission à cette exposition d’un mode nouveau, que dès aujourd’hui nous regardons comme un interprête qui honore les auteurs MM. Ch. Place, Hector Horeau etRuggieri.
- FAITS DIVERS.
- On lit dans les journaux de Londres :
- « Le célèbre poète anglais Chaucer, né en 1328 et mort en T 4-00, a prophétisé en quelque sorte l’Exposition universelle qui a lieu actuellement et la création du Palais de Cristal. Voici ce qu’il dit dans l’introduction à son poème intitulé : La Maison de la Renommée (the House of Famé) qu’il écrivit vers l’an 1380 :
- « Les esprits ont la puissance de faire naître des rêves, et l’âme , délivrée des liens du corps, peut, dans sa perfection , acquérir la facilité de percer le voile qui couvre l’avenir.
- « Je dormais, et d ins mon rêve je me trouvais dans un palais en verre, où étaient à divers endroits de nombreuses images en or, de riches tabernacles , beaucoup d’étagères remplies de joyaux, beaucoup de sculptures bizarres avec des figures extraordinaires, et une plus grande quantité d’objets d’orfèvrerie, tels que je n’en avais jamais vu auparavant.
- « Puis je voyais que d’un côté à l’autre, depuis le sol jusqu’aux combles, s’élevaient d’innombrables colonnes brillantes de lumières. Je regardais autour de moi, et je voyais affluer des hommes de différentes régions de la terre, de tous les rangs qui existent dans le monde sublunaire, des riches aussi bien que des pauvres.
- « Un essaim d’hommes tels que celui qui entrait et qui fourmillait sur tous les points du Palais ne m’avait jamais apparu, et probablement je ne le reverrai jamais. »
- — Malgré une pluie d’nrage qui s’était déclarée dés le matin du 2, le nombre des curieux del’Expo-sitionétait considérable, car on comptaithier, à onze heures, près de 22,000 entrées, et à cinq heures, elles s’étaient élevées au chiffre de 50,453. Les recettes ont été de 2,434 liv. sterl. (60,869 fr.)
- En passant devant les étalages de l’Exposition indienne, on peut remarquer une certaine quantité d’ouvrages en filigrane d’argent, que Gênes avait été jusqu’à présent seule à fabriquer en Europe. Ainsi cette industrie n’est pas née à Gênes , comme on le crovait généralement, mais bien dans la presqu’île de Tlndoustan, où elle continue de vivre.
- Dans la journée du 2, les promeneurs encombraient littéralement toutes les galeries et surtout le département des machines en mouvement, où la circulation était très-difficile. On entourait dans le département français un aveugle qui écrivait en
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- LE PALAIS DE CRISTAL
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- caractères très-lisibles, au moyen d’une machine de son invention.
- La salle des beaux-arts du Zollverein a subi quelques modifications : on a fait disparaître un camélia en porcelaine qui était dressé au milieu d’une des embrasures latérales, et on a rangé à sa place, sur des étagères, des porcelaines de Saxe. Présentées ainsi de face, ces porcelaines font plus d’effet qu’entassées de profil, comme elles l’étaient auparavant
- Les présidents des jurys de la commission royale de l’Exposition ont tenu hier une réunion au Palais de Cristal.
- — Samedi dernier, un convoi spécial de Long-port a amené à Londres plus de deux cents des ouvriers de M. W. Davenport, riche potier du Staf-fordshire, qui emploie plus de douze cents bras. Ces braves gens sont logés et nourris aux frais de leur respectable patron, et chaque matin des omnibus les transportent au Palais de Cristal.
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- Plans en relief. — Les Anglais qui ont visité le continent se portent en foule devant les plans en relief exposés par un de nos compatriotes, M. Victor Masse, et représentant avec la plus scrupuleuse fidélité cette nature à la fois si sombre et si riante, ce site si pittoresque, cette vallée si poétique qui a nom Chamonix.
- La vallée de Chamonix est sans contredit le coin de la terre qui a été le plus battu des touristes, des poètes et même des hommes politiques les plus éminents. Lord Byron, madame de Staël, Château-briand, Fontanes, Florian, Delille, Claude Genoux, sans pat 1er d’une foule d’autres noms plus ou moins connus, ont relaté les impressions que leur avait fait éprouver la vue des Alpes, prise du haut des monts, séjour de neiges éternelles, ou du fond de la vallée à l’atmosphère tiède comme celle de Naples
- On comprend que le gentleman touriste s’arrête devant une image en relief qui ravive en lui les souvenirs et les émotions des voyages de ses jeunes années. Chacun félicite M. Victor Masse de la précision qu’il a apportée dans la confection de ce magnifique relief.
- A côté de cette belle œuvre est le plan, en relief aussi, de la colonie agricole et pénitentiaire de Mettray, exécutée au i /750m*, et le vallon des bains St-Gervais (Savoie), exécuté au 1 /000.
- fonte émaillée. —Leproducteur français pousse des coudes admirablement chez lui, en France, et il sait très-bien conquérir sa place légitime sous le soleil de la renommée ; mais au dehors, mais au Palais de Cristal, quelque chose le retient comme la modestie ou la dignité. Il attend les hommages avec confiance, il les accepte, il ne les sollicite pas.
- Nous avons presque cherché sur le champ de bataille industriel, l’usine de Tusey. Nous savions que cette usine établie dans le département de la Meuse, près de Vaucouleurs, s’était permis un tour de force, et qu’après avoir produit des œuvres colossales, des pièces à la fois nerveuses, trapues et pleines d’élégance qui comptent leur poids par des milliers de kilogrammes, efle venait d’y ajouter la fabrication d’objets d’une délicatesse et d’un fini admirables.
- Le seul mot de fonte émaillée fait comprendre la nouvelle conquête de l’art au profit de l’utilité et de la fantaisie. L’espace et le temps nous serrent de trop près pour que nous donnions de longs détails. On devinera que des ustensiles de ménage, des casseroles, des vases de cuisine, des meubles, des brinborions d’étagères, des futilités indispensables à la décoration du salon et du cabinet, doivent obtenir de la fonte émaillée deux qualités essentielles : le bas prix et l’apprêt gracieux.
- Il est bon de rappeler que c’est de l’usine de Tusey que sont sorties les merveilles que l’on admire sur la place de la Concorde. Les candélabres, si parfaitement ornementés, les fontaines, leurs statues et leurs colonnes rostrales si sveltes, si souples, malgré leur grave caractère et leur vigueur herculéenne, ont placé depuis longtemps M. Muel, le créateur de cette fonderie, au premier rang des artistes français.
- étamage électro-chimique. — L’hygiène publique a fait une importante conquête le jour où de savants industriels trouvèrent l’étamage électro-chimique. Le fer, l’acier, la fonte, le zinc, le plomb, etc., peuvent actuellement être, à très-peu de frais, recouverts d’une couche d’étain qui, modifiant profondément
- leur oxidabilité, n’altèrent en rien ni leurs formes ni leurs propr étés essentielles.
- Le procédé Roseleur et Boucher nous rend ce service pour tous ces ustensiles usuels que nous étions jusqu’ici habitués à voir sous leur couleur naturelle, ou sous celle de la rouille.
- Entre autres objets étamés par ce procédé, on nous montrait dernièrement une assiette à dessert, en fonte, d’une légèreté et d’une richesse de dessin remarquables, sortant de l’usinedont nousvenonsde parler. Ce spécimen d’une nouvelle application de la fonte est d’autant plus curieux à examiner que le nom de son auteur rappelle les fontaines monumentales de la place delà Concorde et les candélabres qui la décorent. L’assiette étamée, reçue par le jury français, n’a pas été envoyée à Londres par dis circonstances étrangères à la volonté de M. Muet ; nous le regrettons profondément parce qu’elle eût prouvé à nos voisins d’Outre-Manche que, si habiles q.u’ils soient à approprier la fonte à des usages toujours nouveaux, ils n’atteignent pas ce degré de perfection, ce cachet de bon goût dont seuls nos industriels ont le secret.
- Nous aurons l’occasion de. revenir sur l’étamage électro-chimique ; disons cependant que ce procédé tout nouveau se recommande non-seulement par les services qu’il rend, mais encore par la modicité de son prix et par la parfaite inocuité de ses manipulations.
- N’y a-t-il pas là assez de titres pour que son usage devienne général?
- boutons de porcelaine. — Un autre artiste français qui ne fait pas moins d’honneur à son pays, est le créateur de l’industrie des boutons de porcelaine, M. Félix Bapterosses.
- M. Bapterosses, propriétaire d’un établissement qui occupe six à sept cents ouvriers et ouvrières, est lui-mème l’artisan prodigieux de sa fortune. Il n’avait reçu de son père, graveur sur cylindres, qu’un bon apprentissage. Dire par quel enchaînement de circonstances cet homme est arrivé à la position éminente qu’il occupe aujourd’hui, n’est pas possible dans une courte note industrielle.
- L’Angleterre produisait des boutons de porcelaine fabriqués un à un. La masse, c’est-à-dire douze grosses ou douze fois <144, soit 1,724 boutons, se vendait huit à neuf francs.
- M. Bapterosses a inventé un système de moulage qui produit 500 Doutons à la fois.
- Les fours anglais étaient chargés à froid, mis en feu lentement, et après le grand coup de feu, refroidis petit à petit.
- M. Bapterofïes a inventé le four à feu continu, ce qui est une véritable révolution dans la cuisson. Maintenant le four ne s’éteint plus et le travail marche jour et nuit.
- La matière des boutons a été aussi perfectionnée successivement. Aux boutons ordinaires dits agathe, on a ajouté les boutons strass et ensuite les boutons de couleurs et les boutons dorés.
- Ce qui se vendait huit à neuf francs la masse, se livre aujourd’hui au prix de 2 fr. 35 c.
- Les fabriques anglaises ne pouvaient plus soutenir la concurrence ; elles ont cessé leur travail. M. Bap-teroffesest donc resté sans rival. Ses produits se répandent sur tout le globe, et ses principaux acheteurs sont les Anglais et les Américains. -- Ce qui sort chaque jour des ateliers établis à Paris, rue de la Muette, est à peine croyable : huit cent masses, soit environ quatorze cent mille boutons !
- Depuis 1845, l’usine est d’année en année obligée de s’agrandir. M. Bapteroffes vient d’acquérir sur le canal de Briare, un établissement immense où il va transférer ses ateliers.
- — On nous a su gré d’avoir fait une petite tournée à l’exposition qui a eu lieu à l’orangerie des Tuile-eies, d’en avoir dit quelques mots dans notre numéro de samedi dernier.
- Nous ne pouvons passer sous silence aujourd’hui, les objets que M. Tolosa a exposés, consistant en mécanismes extrêmement ingénieux pour apprendre aux jeunes enfants à lire, décrire et à compter à la fois. Tant que nous n’avions pas vus les dispositions des pièces que ce savant a exposées, nous ne pouvions nous rendre compte de la simultanéité de l’enseignement de la lecture, de l’écriture et du calcul; mais aussitôt qu’elles nous furent montrées par leur auteur, aucun doute ne nous resta qnanl à l’efficacité du procédé de M. Tolosa, au bien qu’il en attend pour ses jeunes élèves, et à la facilité qu'auront les parents désormais ne ne pas laisser des années
- entières leurs enfants aux éléments te s connaissances premières.
- Nous reviendrons longuement sur la belle invention de M. Tolosa.
- — M. Mansart-Piggiani a exposé des chapeaux à l’usage civil et militaire qui, par un système de ventilation bien ordonné, rendent au moins le double des services, que nous étions habitués à demander jusqu’ici à notre coiffure ordinaire.
- Ils protègent la tète contre les intempéries des saisons, et préviennent les maladies que Ton contracte souvent par suite des changements subits de la température, en évitant le danger d’une transpiration arrêtée.
- Il est certain que pour approprier le chapeau civil à ce système hygiénique, il a fallu combiner une disposition qui permit à l’air, non seulement d’entrer et de sortir en traversant le chapeau dans la partie supérieure, ainsi qu’on l’avait fait, mais encore à le forcer de séjourner sur la tête de manière à ce que celle-ci se trouvât dans une atmosphère saine, c’est-à-dire constamment rafraîchie.
- Ce problème a été résolu par M. Mansart-Piggiani d’une manière tellement satisfaisante, que bientôt le public ne portera plus, en fait de coiffure, que les chapeaux fabriqués d’après son système.
- —C’estunepartie bien importante, dansl’industrie parisienne, que la parfumerie. M. Benoît n’a pas voulu rester en retard de ses aînés; il a. abordé
- Y orangerie des Tuileries en homme sûr d’une bonne et consciencieuse fabrication. Nous avons entendu dire beaucoup de bien des produits de cet industriel. Ainsi, sous le nom de philodermine, il a exposé une eau qui paraît destinée à opérer une espèce de révolution dans la toilette, car elle remplace tous les savons et supplée tous les parfums. Rien, dit-on, n’égale la supériorité de ce produit. Nous y reviendrons.
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- M. A. R..., à Beauvais. Cela ne s’improvise pas, monsieur, nous ne pouvons faire paraître cet examen qu’un peu plus tard.
- M. T. II...t, à Sainte-Menehould. Vos renseignements nous ont été fort utiles, ainsi que vous avez pu vous en apercevoir.
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- ?S Chants rustiques de Pierre Dupont, 100 livraisons à 15 c.;—les Chansons nationales de la France, par Dumersan, 100 livraisons à 25 c.;
- — l’Histoire de la Révolution, par Thiers, 160 livraisons à 25 c.— l’His-toirtKiu Consulat et de l’Empire, par Thiers, 240 livraisons à 25 c.; — l’Histoire de la Prostitution chez tous les peuples du monde, par Dufour,
- 120 livraisons à 25c.;— le Livre d’Or des Métiers, 200 livraisons à 30 c.;
- —l’Histoire de la grande Bohême, royaume d’Argot et de Thunes, 100 livraisons à 30 c.— ainsi que toutes les Publications dites pittoresques,
- lages
- à l’usage du simple domestique, du valet de chambre, de la femme de chambre et de la cuisinière, contenant des instructions claires et précises sur tout le détail du service; la manière de servir à table et de mettre le couvert pour les déjeuners et dîners de famille et de cérémonie; des recettes pour le nettoyage de l’argenterie, des cristaux, des meubles, des habits, etc ; orné de 9 planches gravées indiquant l’arrangement des différents services de la table. — Cet.ouvrage est nécessaire aux maitres et aux maitresses de maison pour .bien diriger leurs domestiques. — Un vol. in-12de 200 pages.— prix, cartonné, 3 fr.
- tous les romans paraissant par livraison à 20 c.—Les Pensées d’un emballeur, par Commerson, prix, 1 fr.; — l’Annuaire de.la Santé, par Raspail, prix, 1 fr. 25 c.; — la Cuisinière de la ville et de la campagne, prix, 3fr.; — les Drôleries végétales, 1vol., prix: 15 fr.; — les Etoiles, 1vol., prix, 15 fr.; — les Meurs animées, 2 vol., prix, 25 fr.; —les Perles et Parures, 2 vol., prijfcîO fr.—le Livre des Patiences, par Mme***, 1 vol., prix, 1 fr. 30 c.; —lé'wgasin Pittoresque, 18 vol. parus, à 5 fr. 50 c.; —le Musée^des Familles, 17 vol. à 6 fr.; — l’Encyclopédie moderne, 25 vol. à 3 fr. 60 c. ; ainsi que tous les ouvrages nouveaux de Lamartine. Thiers, etc.
- Martinon se charge de toutes les Commissions «le MSI. les Libraires, abonnements aux journaux, embal-de leurs remises et de tont ce qui se rattache à la commission. Toutes les demandes faites directement expédiées dans la même journée.
- TARIF RES INSERTIONS ET ANNONCES
- Dans le Palais de Cristalm
- t)hê seule annonce de cinq lignes au moins, la igné.
- Répétée cinq fois, ou une seule de 120 lignes. . .
- Répétée dix fois, ou une seule de 210 lignes .
- Réclames..................
- Nota. — Les annonces anglaises sont comptées ligne pour ligne. — Les annonces affiches sont calculée* sur du caractère de cinq points.
- S'adresser à l’Administration, 24, passage Jouffroy,
- PARIS. — Typographie BLONDEAU, nie du Petit-Carreau, 52.
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- NUMÉRO 11. ADMINISTRATION : A PARIS, PASSAGE JOUFFROY, 24. — A LONDRES, 2, CATHERINE-STREET. SAMEDI 19 JUILÜ
- LE PALAIS
- DE CRIST
- JOURNAL ILLUSTRÉ DE L’EXPOSITION DE 1851 ET DU PROGRES DES ARTS INDUSTRIELS.
- ABONNEMENTS pour Pari* et les Départements : un an, 25 francs. — 6 mois, 12 fr. 50 c. — Etranger, port en sus.
- SOMMAIRE.
- Avis important. — Exhibition, par M. Jobard (de Bruxelles).—Bulletin industriel.— De
- la propriété littéraire et artistique. — Bévue de l'Exposition.— Bu Palais de Cristal. What io be nol with ? Discussion à la Chambre des Lords. — Faits industriels : CHEAP LOCAL RAILWAYS. Congrès annuel des chemins de fer. Industrie cotonnière de Catalogne. — Courrier de Paris et de Eondres.—Etablissements principaux.— Faits divers.— Correspondance,
- GROUPE
- DE
- GUILLAUME DE NASSAU
- A T. A
- BATAILLE DE NEWPORT,
- ir M. Brown et IM. ïïunt et Roskell.
- Nous avons eu, dans un de nos derniers numéros, occasion de parler de la maison Ilunt et Roskell, les dignes successeurs de M. Mortimer.
- Voici un des groupes les plus remarquables qui aient été exécutés par les ateliers de cette maison, d’après les modèles de M. Brown, l’auteur des deux charmantes statuettes des filles du Gange, dont nous avons donné les dessins dans le numéro 9 de notre journal.
- Ce groupe a été offert aux courses de Goodwood, en 1846, par le prince d’O-range.
- Guillaume de Nassau était, on le sait, le fils de Guillaume II, prince d’Orange, et de Henriette, fille de Charles Ier. Ce fut lui qui força Jacques II, dont il avait épousé la fille, à se retirer d’Angleterre. Il s’était aperçu de l’antipatli'e que ses sujets avaient pour leur roi, et il s’était assuré un grand nombre de partisans.
- En 1 688, il débarqua en
- GUILLAUME DE NASSAU A LA BATAILLE DE MEWPORT, GROUPE DES COURSES DE GOODHMID, MODÈLE PAR M. BROWN, EXÉCUTÉ PAR MM. HUNT ET ROSKELL.
- DESSINS.
- Groupe de Guillaume de Nassau à la bataille de Newport, groupe de Goodwood. —La Charité, Arieb — Corbeilles de fleurs. — Chambre à coucher de la reine.— Lit de parade. — Vase de fleurs et cruchon de vin.—Meubles en papier mâehé. —Anges emportant des Enfants.— Caisse h bijoux et objets de toilette.—Verres en cristal.— Fantaisie en tapisserie. — Visite de la Reine et du Prince Albert à l’Exposition.
- Angleterre, à Newport, et trouva, parmi les seigneurs qui l’attendaient, le duc de Marlborough, et ne tarda pas à s’emparer du pouvoir, après avoir rencontré une faible résistance.';
- Dans le groupe qui est couronné par un candélabre en forme de feuillages entrelacés, Guillaume est représenté monté sur un cheval qui se cabre. II frappe de son épée un homme du peuple qui se prépare à l’assommer avec le trait d’une charrue; et dans le fond, on aperçoit un autre homme qui lève sur le prince de Nassau une bêche, contre lequel il oppose un épais bouclier.
- Le bas-relief le représente au moment où il aborde la terre d’Angleterre.
- Enfin, pour laisser à ce groupe la signification que s’est proposé de lui donner l’hommage fait en 1846 par un des descendants de sa maison, on voit autour du socle des lévriers s’élançant sur un sanglier et sur un loup.
- Il y a une vigueur très-remarquable dans les muscles des différents personnages qui forment la scène principale; une vérité par-faiie dans les animaux qui sont sculptés à la base; et le candélabre ne manque pas d’une certaine élégance.
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
- AVIS IMPORTANT.
- L’accueil fait au Tournai dès son début, les demandes nombreuses qui nous parviennent de toutes parts, nous déterminent à en continuer la publication sans nous arrêter au terme Lxé de la clôture de l'Exposition universelle, terme d’ailleurs trop restreint pour permettre une reproduction complète de tous les chefs-d’œuvre renfermés dans le bâtiment de liyde Park.
- Notre Journal prend donc une place définitive dans la presse parisienne.
- Comme précédemment, nous propagerons par la gravure et par l’examen critique, les objets dignes de fixer l'attention du public à quelque nation, à quelque industrie qu’ils appartiennent. Nous défendrons courageusement les droits de la propriété intellectuelle; nous poursuivrons la réalisation de l’alliance des arts et de l’industrie, nous suivrons attentivement les progrès de l’agriculture et surtout les modifications apportées aux instruments aratoires ; nous constaterons avec soin chaque pas fait par la mécanique et toutes les sciences appliquées-, nous serons des premiers à relater les découvertes lointaines de nos voyageurs et à accompagner l’archéologue dans ses méditatives explorations. Les travaux historiques, philosophiques et littéraires ne peuvent pas-nous être étrangers. Un bulletin bibliographique tiendra nos lecteurs au courant des grandes publications, comme aussi des œuvres d’imagination et de style.
- Une semaine dramatique complétera l’ensemble de nos travaux hebdomadaires.
- Le Palais de Cristal, qui était seulement une publication passagère, devient le recueil privilégié, la revue obligée de l’agriculteur, de l’ouvrier, de l’artiste, de l’industriel et de l’homme du monde.
- Le,gérant, Mansaiid.
- SfoB.velies irabonnemcnt.
- A partir çlu Içr.p.opt prochain, le prix de Fa-bonnement fixé de la manière suivante :
- Un ............... 25 fr.
- Six *no,is........ 12 fr. 50 c.
- UP'UT 0i?on]oexïient d’j.in an pris avant le 1er janvier donpje (droit, .moyennant 2 fr. 50 c. seulement pour frais de port, à une magnifique
- VUE INTERIEURE du PALAIS DE L’EXPOSITION , imprimée et coloriée avec luxe sur papier double-colombier de 1 m. 20 c. sur O m. 90 c.
- Nota — En adressant franco un mandat de 12 fr. 50 c. à l’ordre du gérant, les abonnés actuels recevront le journal jusqu'au 1er août 1952. (Ajouter 2 fr 50 c. pour la prime.)
- EXHIBITION.
- Progrès de la marine en sens contraire. — Bateau-manteau et bateau-paletot. — Renchérissement delà façon des babils en sens inverse du bon matché des drapé. — Les régates et les paris. — L''S Anglais sont aussi sûrs de l'emporter au jeu du libre-échange qu’au jeu de la régate.— LRS libre-éch.ingisti's ont parié de faire passer la f .rturie d une classe su I aptre. — Le libre-échange est une vérité îelative. Le ïiioiicuitopolr ,est une vérité absolue, — L’Armanuse et le pone-amare de belvigne. — Nouveau Phare de Babbage répétant son nom.*— Des pickpocket officiels. — Grand défaut de la belle machine (je \Vatt. _ Les constructeurs anglais méprisent trop ies travaux" de nos académies. — bsence de moyens de sûreté, d’économie et de surveillance dans les travaux publies — Les 200 machines à vapeur de Penn. — Bon tnaiché des transports parle monopole, cherté par la libre concurrence — Laisser fairp c’egt empêcher de faire. — Avis aux ministres. ’
- L’Angleterre et les Etats-Unis, ces deux grands Ilurgraves de l’Océan, devaient se distinguer par des innovations marilimes; en effet, tandis qu'une partie de leurs inventeurs marche en avant dans la construction de ces monstres marins qui labourent sans sourciller les vagues turieuses, l’autre partie retourne en arrière et n’est pas loin d’atteindre l’enfance de 1 art, en imitant les pirogues indiennes et les canots des Esquimaux.
- Le Palais de Cristal présente des specimen remarquables de ces efforts en sens contraire. Les États-Unitaires qui travaillent le caoutchouc de manière â faire honte aux Européens, ont exposé de nombreuses formes de banques insubmersibles, de pontons portatifs, et jusqu’à des bafeavx-mcmfea ux, dans lesquels le passager qui les porte n’a qu’a souffler pour flotter comme un cygne ; c’est pres-(ju’aussi bien que l’habit complet du Groënlandais, composé de la peau d’un phoque, cousue avec scs boyaux, à l’aide d’aiguilles faites avec ses arêtes, par la famille même du sauvage, lequel n’a qu’à retirer une cheville de bois d’un petit tube dans lequel il souffle pour se gonfler. Il peut alors courir, sans s’enrhumer, sur les eaux glaciales du cercle polaire , à la recherche des phoques, dont il boit l’huile en guise de champagne U dont il conserve la chair dans la neige pour la partager avec ses chiens.
- Un constructeur de Londres a presque atteint la perfection des constructeurs de la Nouvelle-Zemble, qui se fournit dans un trou ménagé dans le milieu de leur esquif en se serrant la ceinture avec une membrane cousue autour du trou de l’homme; de sorte qu’ils n’ont que le tronc hors de l’eau et les bras libres pour manier leurs courtes rames.
- L’inventeur anglais a parfaitement imité le gabarit de ces navettes inarines; mais d rt’a pas mis son homme en sûreté ; il est agsis dans un espace vide suffisant pour étendre ses jambes; deux supports latéraux en fer se projettent en dehors, à droite et à gauche, pour donner un point d’appui à ses raines. Tout le reste de la barquette est recouvert de toile caoutchouquée, qui empêche l’humidité d’y pénétrer. La rapidité avec laquelle une p reille mquche d’eau voyage est incroyable, elle surpasse celle d’un cheval de poste ; mais gare au .manque d’équilibre, il suffit, à l’amateur d’éternuer pour aller prendre un bain total. On pourrait appeler ces nacelles bateau-paletot, en opposition aux bateaux-manteaux des Américains, lesquels peuvent offrir asile à un camarade, tandis que la barque, perséiste ou égoïste dont nous parlons, n’offre du plaisir que pour un,
- Ceci nous rappelle les vers de notre ami Thouret, le misantrope, qui n’a jamais fait que ceux-là ; mais ils sont bons :
- Serions-nous parvenus à la fatale époque Où l’homme, fatigué de sa vieille défroque,
- Jette l’ample manteau delà fraternité Pour l’étroit paletot de la pcrséïté?
- Dites-done à nos saint Martin de partager leur sac, aussi laid qu’étriqué, avec un pauvre; ils vous répondront que c’était bon du temps que le drap coûtait cher; mais aujourd’hui qu’il est à si bon marché, ils n’ont, pas le moyen de mettre plus d’ampleur à leur enveloppe, parce que les tailleurs augmentent le prix de la façon à mesure que celui du drap diminue. Naguère, c’était 25 francs la façon et 50 francs le drap; aujourd’hui, c’est 25 francs le drap et 100 francs la façon.
- Mais revenons à nos poissons. On construit pour les régates des flûtes allongées où huit, dix ou douze rameurs se placent à la lile ; un certain nombre de ces barques alignées partent au signal du canon pour remonter la Tamise ; les bateaux à vapeur ont la complaisance de se ranger et de s’arrêter pour les laisser passer; les nobles parieurs les suivent à cheval ; le canon gronde sur leur passage pour les exciter, et, c.nq milles sont parcourus dans un quart d’heure.
- Le vainqueur ne gagne souvent que d’une demi-longueur de barque, c’est la première manche ; ils reviennent ensuite au point de départ. Si la même barque garde la corde, les vaincus, découragés, regagnent le cabaret en jurant, comme des matelots, et s’accusant l’un l’autre d’avoir ménagé leurs bras ou trop enfoncé la rame.
- l)e grands paris sont engagés dans ces jeux depuis la fermeture du club de Crawckford.
- C’est à qui chois ra les matelots les plus robustes et [es mieux entraînés, que l’on voit sans cesse s’exercer à ramer avec ensemble, dans de petites nacelles d’étude, destinées à cet usage. Aussi quand les Français et les Belges aceeptenMa lutte; les Anglais sont aussi sûrs de les vaincre au jeu de la régate, qu’à celui du libre-échange, qu’ils ne leur proposent que parce qu’ils se savent outillés et dressés pour la victoire.
- Nous ne manquons pas d’amateurs, qui, placés en dehors de l’arène, sur des chaires élevées, et à
- l’abri des horions et des éclaboussures du tournoi, nous excitent au combat uniquement dans l’intérêt du pari qu’ils ont fait, dirait-on, de faire passer le bien-être d’une classe de travailleurs sur une autre, par exemple, du laboureur sur le vigneron, du fabricant, sur le marchand, du product ur sur le consommateur, etc.
- C’est faire trop bon marché des droits acquis; et le manque de respect pour les droits acquis produit, les .grèves et, enfante des révolutions; Ca France, qui sort d’en prendre, en a assez pour le moment et nous engageons nos éloquents professeurs à employer leur talent de bien dire à apaiser, plutôt qu’à exciter de nouvelles tempêtes.
- C’est dans l’intérêt de Injustice qu’ils travaillent, disent-ils, mais iis ne pourraient réussir, iis le sa vent bien, qu’en commettant de très-nombreuses injustices Une pareille thèse n’a point de chances pour le moment. Mais il s’en présente une bien meilleure qui pourrait tenir lieu de toutes les autres ; parce que c’est ht thèse de la justice sans mélange d’injustice, d'la vérité sans un atome de mensonge, du droit rigoureux, inflexible, absolu; du droit commun enfin, qui contient tous les droits, et les droits de tous.
- Chacun doit être propriétaire et responsable de ses œuvres. La réalisation de ce principe en deux personnes est le point d’appui sur lequel les vrais économistes devraient placer leur 1 vier, pour soulever la locomotive embourbée du progrès et la remettre sur ses rails. Ils ne tarderaient pas à s’apercevoir qu’ils s’appuient sur un terrain solide, car nul n’oserait s’opposer à leurs efforts sans se faire écraser sous le poids du fulcrum qu’ils auraient entre les mains.
- Le monautopole n’est pas une vérité relative, comme celle du libre-échange, c’est une vérité concrète, une des bases fondamentales .de la sociabilité universelle, que les premiers législateurs ont oubliée; aussi ne nous ont-ils laissés qu’une soe’été boiteuse, qui risque à tout instant de se casser le cou, faute de cette seconde jambe, que nous appelons la propriété intellectuelle, indispensable, jumelle de la propriét é matérielle, sans laquelle la société ne pourra jamais arriver à la terre de promission qui l’attend.
- Nos lecteurs seront peut-être étonnés de la persistance que nous mettons à reprendre notre système ; mais ils savent aussi bien que nous qu’on ne distingue pas plus une vérité qui ne fait que passer avec les erreurs, qu’un honnête homme perdu dans la foule; mais si cet. homme s’obstine à repassser et à vous saluer souvent, vous finirez, comme disait Fontenelle, par le regarder et lui demander son nom. Nous pensons aussi qu’à force d’ôter son chapeau à messieurs les économistes, ils demanderont au monautopole ce qu’il est, et ce qu’il leur veut. Nous sommes bien sûr que leur protection ne lui manquera plus quand ils le connaîtront.
- Le monautopole est comme ces barques insubmersibles des Américains, auxquelles on ne fait pas attention, et qui contiennent cependant le germe de la navigation sans dangers, c’est un vaisseau frété pour l’avenir et richement lesté. Mais nous avons beau crier aux passagers qui se disputent sur le pont : « Ouvrez vos écoutilles, descendez à fond de cale, et vous en rapporterez des trésors! » les malheureux, assourdis par la discussion qui s’est engagée autour du compas affollé de la politique, n’entendent rien et perdent leur temps à chercher le rumb des îles fortunées. C’est en vain que nous les invitons à consulter notre boussole, ils ne veulent, pas même l’ouvrir. Voilà pourquoi l’Océan Pacifique leur reste fermé; ils périront sans doute avant d’avoir doublé le cap des tempêtes.
- S’ils s’accrochaient du moins à Varmanase du docteur Parades, représentée par le pmie-amarre du capitaine Del vigne, beaucoup échapperaient au naufrage.
- A propos de ce porte-amarre, doubles essais ont si bien réussi sur les cotes de France, cl que l’on va répéter à JVulwich, par ordre de l’amirauté, nous ne pouvons mieux faire que de les recommander à notre anu Dussard, ancien préfet de Rouen, qui a fait exéciLer ces essais en sa présence; c’est à lui de rendre témoignage à la vérité, dans les intéressants articles qu’il fournit au Siècle. Nous ne citerons qu’un fait dont nous sommes convaincus • c’est que M. Delvigne a trouvé le meilleur moyen d’envoyer, avec un mortier portatif, une ligne de 2, 3 et 400 mètres de la côte au navire, et vice rersa, sans la
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- casser. Cette ligne sert à établir un câble entre la terre et le navire, et à organiser au plus vite le sauvetage des personnes et des choses.
- Or, comme tous les naufrages ont lieu sur les côtes, tfest dire que les trois quarts des sinistres maritimes seraient .évités avec le porte-amarre de Delvignp.
- Joignez-y le phare ingénieux dont le docteur Bab-bage nous a donné la nuit dernière la brillante représentation, pt vous aurez rendu deux grands spryjçeg | la marine. On sait combien il est important d’éviter les méprises, et d’empêcher qu’on ne prenne un phare pour un autre, méprises fréquentes, dont une des dernières a causé la perte du roi des steamers, the great Britain.
- Chaque phare répétera désormais son nom ou son numéro toutes les minutes, en reproduisant les mêmes éclipses, de sorte qu’en consultant son agenda, un ,cgpjjtaipe ne pourra plus se tromper sur la personnalité du phare qu’il aura en vue.
- Celui deM. Babhage ne se borne pas à signaler son identité, il donné aux navires l’état du port ou la profondeur de l’eau, à l’aide d’un simple flotteur, maisil compte y joindre le procédé de Sudre, qui consiste à transmettre un avis quelconque à l’aide de trois coups de canon, de trois notes ou de trois lumières ou éclipses de lumière, espacées de manière à permettre une .sorte de conversation entre le phare et ,un vaisseau situé à plusieurs lieues du port.
- yqilà de(s perfectionnements admirables que nous aimons à aller rechercher en dehors même de l’Exposition, qui est loin de nous dire le dernier mot des progrès accomplis. Bien des curieux se trouvent désappointés de n’y rien voir que ce qu’ils ont déjà vu ailleurs; mais, à nos yeux, c’est de la prudence parfaitement motivée de la part des inventeurs qui se méfient, à juste titre, des pick-pocket industriels, nationaux ou étrangers, particuliers ou gouvernementaux, .dont la loi ne sait pas réprimer les lar-cips.
- On compte par milliers les inventeurs détroussés sans merci, même par les ingénieurs officiels qui ne croient pas mal agir, par la raison qu’ils travaillent, disent-ils, pour les gouvernements, pour la société et non pour eux, en dépouillant les individus au profit de là généralité.
- Ils donnent ainsi raison au contrebandier qui ne fajjt, c.roit-il, de tort qu’au gouvernement.
- Quand l’injustice et l’indélicatesse tombent d’en haut, elles se répandent rapidement sur les peuples et les démoralisent beaucoup plus vite que la religion ne peut les moraliser.
- Dira-t-on que ces réflexions sont hors de saison, parpe ,qu’elles nous font sortir du Palais de Cristal?
- |I'ais ce palais même n’est-il pas la maison de verre que Caton désirait? Si le Palais de Cristal est percé à jour, c’est pour que la vérité en jaillisse par tous les pores, et nous casserons les vitres s’i] le faut pour la laisser sortir ; nous oserons dire même aux successeurs du célèbre Watt, que si leur grand-père venait voir la belle machine de 400 chevaux qu’ils ont exposée, il les tancerait vertement pour avoir fait circuler dans les enveloppes de leurs cylindres la vapeur fie sortie, au lieu de la vapeur d’entrée.
- .On dirait, en général, que les industriels anglais ne se tiennent au courant d’aucune des questions scientifiques résolues sur le continent, et qu’ils n’ont pas le temps de lire. Ils semblent par trop mépriser les travaux de nos sociétés savantes, car ils ignorent jusqu’aux moyens de sûreté rendus obligatoires en France, et partout, contre les explosions. Il n’est pas jusqu’à l’exploitation des mines qui se fasse chez eux sans aucune règle.
- C’est comme un libre pillage des entrailles de la patrie qu’ils exploitent, comme les Tatars ont exploité la Grèce et l’Italie.
- Que des maisons, que des villages entiers s’écroulent par suite de l’effondrement' des galç'ries sous-jacentes, il n’en prennent aucun souci qu’une locomotive, qu’un navire éclate, faute de manomètre, c’est un malheur; chacun n’a qu’à courir après son paquet, qu’il s’appelle sac, tète :ou jambe ; le coroner dira : mort par accident ou sa criminelle négligence, et puis c’est tout.
- Revenons à la vapeur de détente que beaucoup de constructeurs anglais emplo ent à réchauffer le cylindre, tandis que la dilatation est un des moyens les plus efficaces pour obtenir du froid. Cela n’empêche pas, dit-on, les machines anglaises de fonctionner convenablement, cela est vrai, mais écono-
- miquement, non;excepté dans les Cornouailles,mais seulement pour les pompes.
- A quoi bon, disent-ils, économiser la houille, elle ne nous coûte qu’un scheling et demi la tonne? — D’accord, mais à quoi bon employer des moyens coûteux pour la prodiguer, surtout en fait de navigation, où le charbon tient la place de la marchandise !
- Voyez Penn! est-ce qu’il met des doubles enveloppes aux jolies machines des bateaux qui sillonnent la Tamise, plus vite que les omnibus ne ra-botfent le Strand et Orfort Street ? Penn en est à sa deux-centième p ire de machines identiques, pour lesquelles il est patenté ; on peut donc dire qu’il a le monopole de la Tamise.
- Voyez quel malheur ! vont s’écrier les communistes du laissez faire ! car tout privilège permet à celui qui l’exploite de tenir les prix élevés et de rançonner les consommateurs; en effet, ce scélérat de Penn vous fait voyager avec son monopole au tiers du prix des omnibus qui n’çn ,ont pas; on fait des courses énormes, rapides et commodes sur l’eau pour deux pences, les omnibus libres vous en demandent quatre et vous en prennent six, pour vous briser les os, en vous asphyxiant, de l’odeur des enfants au maillot, auxquels les mères anglaises tiennentsin-gulièrement à faire admirer les merveilles du Palais de Cristal, qu’ils ne verront jamais si jeunes. Voilà l’effet de la libre concurrence tant vantée et de l’odieux monopole tant décrié, tout à fait renversé : Nous espérons qu’il renversera aussi les idées des économistes français à Londres, qui ne savent pas que si le monopole nutrimentaire est à craindre et à repousser, le monopole industriel donne à celui qui le possède le courage et les moyens de se former un outillage spécial, et d’établir une soigneuse division du travail dans ses ateliers, afin de taire à bon marché, un grand nombre de pièces identiques. Ce qui lui permet de réaliser la théorie économique adoptée en tout par les Anglais : Les petits profits multipliés font les plus grands bénéfices.
- Demandez à Penn s’il se ruine et menace de renvoyer ses ouvriers à tout instant, comme il arrive aux ateliers du Continent? (lesquels entreprennent cependant tout ce qui se présente, de quelque nature que soient les machines ou appareils) : mais ce qui les empêche de travailler à bon marché, c’est qu’ils ne font que par unité ce que ces monopo -leurs d’Anglais font par centaines et par milliers d’exemplaires. Supprimez cette patente et que’ chaque atelier ait le droit de faire, par exemple, les machines de Penn; elles seront mal faites et plus coûteuses; parce que personne ne viendra se créer un établissement spécial, former des ouvriers spéciaux, s’il n’est pas sûr d’en fabriquer beaucoup; ce manque de certitude fait le malheur des ateliers français, qui ne peuventlutter avec les Anglais dans toute fabrication livrée aux ravageurs du domaine public en France, et patenté en Angleterre. Nous aurons souvent l’occasion d’étonner, par des exemples multipliés de ce genre, les prôneurs imprudents du communisme intellectuel qui n’est pas moins désastreux et stérilisant que le communisme matériel.
- Laisser faire tout à tous, c’est ouvrir la porte, non pas aux bons faiseurs, mais aux fourrageurs du domaine public; laisser faire, en ce sens, c’est empêcher de faire et rien déplus; la Turquie, la Vala-chie, la Hongrie, la Perse, laissent aussi faire, aucun brevet ne gêne les Républiques de l’Amérique du sud et les royaumes de l’Afrique; qu’y fait-on en industrie? Rien. Que fait-on en Angleterre a\ec ces patentes ou ces monopoles qui vous font si peur? Tout. Avis à lord .Granville, à messieurs Léon Faucher, Rogier, de Manteuffel et à tous les ministres du Continent qui n’ont pas encore d’opinion préconçue sur la question du monautopolel
- JOIiAHU.
- BULLETIN INDUSTRIEL.
- DE LA PROPRIÉTÉ LITTÉRAIRE ET ARTISTIQUE.
- I.
- Pour compléter le système de discussion dont nous avons posé les prémisses dans les numéros précédents, nous devons aujourd’hui parler de la propriété LITTÉRAIRE ET ARTISTIQUE.
- Voici la marche logique que nous devions suivre, avant de commencer la réforme de la loi. (Voir les nos de 6 à 10.)
- En effet : 1 ° Nous avons émis les principes généraux d’émancipation qui nous ont servi de base afin d’arriver à faire édicter les droits de lapropriété intellectuelle;
- 2° Abordant les principales anomali.es écrites dans nos lois dont nous avons exposé l’histoire, nous avons signalé les vices de la législation actuelle, et nous avons indiqué succinctement sur quels points devrait porter la réforme nécessaire que nous poursuivons;
- 3° Afin de mettre dans la main des combattants toutes les armes, nous avons fait connaître les diverses législations étrangères sur les Brevets d’in-vejdion ;
- 4° Enfin, dans notre dernier numéro, à l'occasion d’un meeting tenu à Londres et tendant à faire réformer les lois sur la propriété littéraire dont on réclamait la réciprocité par voie internationale, nous avons traité cette question d’une manière générale.
- Dans le présent article, qui termine ce que nous pouvons appeler la préface de notre enquête sur la réforme qui fait l’objet de nos travaux, il nous reste à parler de la Propriété littéraire et artistique; et, cela fait, nous pouvons annoncer, dès à présent, que nous arriverons bientôt avec un projet de loi complet sur la matière, projet qui aura été élaboré tout entier par les hommes compétents, c’est-à-dire, par ceux qui tiennent le premier rang parmi les écrivains, artistes et industriels, intéressés h obtenir le triomphe de leurs droits.
- Depuis que les hommes ont été amenés, par les travaux delà pensée, à régénérer le monde, les préventions qui ont leur siège dans l’imagination, ont dû nécéssairement prendre place parmi les choses réelles, c’est-à-dire parmi celles qui constituaient, au profit de leurs possesseurs, un droit de propriété : en un mot, les œuvres littéraires et les œuvres artistiques ont pris place, en droit, auprès des choses palpables et matérielles.
- Il est temps de parcourir, même rapidement et comme le comporte un article de journal, les degrés qui, dans le domaine de la légalité, ont marqué la voie de la pensée humaine, se propageant, prenant crédit dans le monde matériel, en même temps que dans le monde moral, et préparant ainsi, sous la sauvegarde des loishum aines, une place éminente à ceux qui trouvaient dans leur génie, les ressources nécessaires à la consécration de leur bien-être par la formule d’un droit.
- II
- AVANT LA LOI DE 1793.
- Nous sommes bien loin du temps où l’auteur d’un livre ne devait qu’à une reproduction lente, et à de rares copies, le droit de passer pour un homme de génie, et de trouver dans la propagande difficile et coûteuse de quelques feuillets, le produit matériel de quelques deniers.
- Ce ne fut néanmoins que vers la fin du quinzième siècle que l’imprimerie vint poser les premières assises de la propriété littéraire ; et ce ne fut que dans le courant du seizième siècle que parurent les premiers actes législatifs qui devaient assurer les droits des auteurs.
- Une ordonnance de Moulins, de 1566, reconnut et assura, la première, aux auteurs la jouissance exclusive de leurs œuvres. Elle créa le privilège, privilège restreint, soumis, on le comprend, aux volontés de la royauté ; mais toutefois le droit de publier leurs œuvres fut un privilège institué, par concession royale, en faveur des auteurs. [VoirDéclaration de Charles IX, 16 avril 1571, et Lettres-Patentes de Henri III, 12 octobre 1586).
- Il faut se bâter de le reconnaître : à côté du génie humain et de ce droit imprescriptible d’assurer au penseur le bénéfice de ses œuvres, vint se placer cette sœur envieuse de la Production, la Contrefaçon, armée de ses arguties, de ses félonies, de ses menées sourdes et déloyales.
- En 1665, un arrêt du conseil reconnut si énergiquement le droit de propriété privée aux auteurs, qu’il leur fut accordé la faculté de saisir tous les exemplaires contrefaits et de poursuivre les contrefacteurs.
- On pense bien que l’amour du fruit défendu, qui est de nature à ne pas perdre seulement Eve, s’introduisit bientôt, par le goût de la contrefaçon; l’arrêt du conseil ne le réprima pas ; la contrefaçon augmenta, et Ton fut bien forcé, en -1682, 1686 et 1723, de ne pas se contenter de punir civilement : la juridiction s’étendit ; la peine correctionnelle fut (Voir la suite page 166.
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
- ANGES
- EMPORTANT DES INNOCENTS APRÈS LE MASSACRE,
- Par M, Gecrh, de Louvain.
- La Belgique est toute entière un véritable Musée religieux.
- A Bruxelles, l’église de Sainte-Gudule contient, en sculpture sur bois, une des œuvres les plus originales qui existent.
- A Anvers, la cathédrale, l’église des Jésuifees et le Musée renferment les chefs-d’œuvre de Rubens, et, on peut le dire, c’est à Anvers surtout, sa patrie, que Rubens resplendit de tout son éclat.
- Nulle part, plus que dans l’église des Jésuites surtout, le grand peintre ne se révéla plus varié, plus complet dans son immense génie.
- Le groupe que nous donnons ici représente des anges qui emportent au ciel de pauvres enfants, victimes du massacre des Innocents, cette Saint-Barthélemy d’IIérode, qui devait comprendre Moïse, dans l’extinction de la race que Dieu réservait pour sauver le monde.
- Ce groupe est en bois sculpté.
- Trois anges ont résolu d’accomplir une mission commune :
- Deux d’entre eux, mon-
- ANGES EMPORTANT l'ES INNOCENTS APRÈS LE MASSACRE, par M. GEKRTS, DE LOUVAIN.
- tant au ciel, présentent à Dieu les pauvres créatures qui sont tombées sous les coups des meurtriers dTIé rode.
- Un Ange est agenouillé tout en bas, contemplant une mère qui pleure sur le cadavre de son enfant.
- Ce morceau est de M. Geerts, de Louvain.
- On y retrouve l’inspiration des œuvres qui ont illustré les Pays-Bas pendant les quinzième et seizième siècles.
- 11 y a plus : grâce au perfectionnement introduit dans les procédés propres à assouplir les bois destinés à la sculpture, il est facile de voir que l’artiste est parvenu à donner à son modèle un fini d’exécution qui se rencontre rarement dans les œuvres primitives.
- C’est surtout dans l’année 4518 que la sculpture sur bois fut, en France, l’objet d’un soin particulier. Notre école fut regardée comme occupant le premier rang dans ce genre.
- Aussi estime-t-on beaucoup les beaux restes de cette époque, tels que les stalles de la cathédrale d’Amiens, les portes de celle d’Aix, les boiseries d’Or-lis. Un de nos sculpteurs, Richard de Taurigny, fut appelé en Italie pour y exécuter des travaux sur bois, vers 4520.
- CAISSE A BIJOUX ET OBJETS DE TOILETTE, etc.
- M. Asprey, de Londres, a exposé plusieurs objets de grande valeur, dans le | trop lourd. Ce qui nous a paru l’objet le plus luxueux, c’est genre de ceux de M Tahan, notre célèbre fabricant.
- Une caisse à bijoux et une caisse un peu plus grande qui sert à mettre en réserve des objets de toilette précieux, nous paraissent un peu trop chargés de détails:
- C’est toujours la même profusion qui se fait aux dépens du goût.
- Un encrier, dont les porte-plumes sont figurés par deux joueurs de trompe, est encore
- CAISSES A BIJODX ET TOILETTE, ENCRIER ET PIPITRE. par MM. ASPRET.
- le petit meuble su monté d’un pi pitre très - ék gant, et dont trésor intérim est incrusté ave assez d’éconc mie, sans cesse d’être suffisan. ment orné dan les détails.
- Ce meuble es fort en usage ei Angleterre, oi l’on a multipli sous le nom d dé“s/e.y(pupitres) les formes qui l’on veut donne; à toutcequi peu servir à renfer mer les lettres les billets, le: mille petits rien. auxquels se rattachent tant d( souvenirs.
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- LE PALAIS DE CRISTAL
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- VASE 1)E FLEURS, PAR M. JOSEPH ANGELE»
- VASE DE FLEURS et CRUCHON DE VIN,
- PAR M. JOSEPU ANGELL.
- Voici ce que dit un journal anglais en commençant un article sur le fabricant habile, Joseph Angell :
- « Sans contredit, la palme du mérite en matière d’objets d’orfèvrerie d’or et d’argent, qui attirent l’admiration des visiteurs, doit être, de l’aveu de tous, accordée à la France; cependant nous ne pouvons nous dispenser de mentionner comme se rapprochant le plus des meilleurs fabricants de ce pays, notre compatriote, M. Joseph Angell. »
- Nous avons déjà prouvé que nous partagions tout à fait l’opinion du rédacteur de VArt-Journal, en donnant à nos lecteurs un assez grand nombre d’échantillons des modèles de cet artiste.
- Voici deux objets où se révèle encore son excellent goût :
- Un vase de fleurs qui est plutôt une fleur même destinée à en contenir d’autres et un cruchon de vin.
- Nous ne ferons pas au premier de ces objets le reproche d’être trop chargé de détails, les fleurs qui partent de la base l’enlacent très gracieusement; et quant au cruchon, les petites figurines qui sont placées au sommet sont pleines d’expression et d’un fini qui ne laisse rien à désirer.
- CRUCHON DE VIN , PAR M. JOSEPH ANGELL.
- MEUBLES EN PAPIER MÂCHÉ, par JENNENS et BETTERIDGE.*
- Il n’y a pas longtemps que l’on a découvert les procédés au moyen desquels on pouvait établir des meubles en papier mâché; et ce qu’il y a de plus
- curieux, c’est que la solidité de ces meubles ne le cède en rien à celle du bois même.
- Les divers objets que nous exposons ci-dessous ont été faits de cette matière, dans les ateliers de MM. Jennens et Betteridge, de Londres.
- JIEDBI.ES EN PAPIER JUCHÉ, PAR JENNENS ET BETTERIDGE.
- On y remarque des fauteuils, une table à ouvrage, un siège pour piano, et enfin un piano d’un luxe éblouissant.
- On comprend, du reste, une fois le procédé admis,
- avec quelle facilité les moulures, les détails minutieux d’un mobilier peuvent être terminés. Les couleurs peuvent, en outre, être aussi éclatantes que l’on veut; on obtient le poli le plus brillant, et, selon
- toute apparence, on parviendra à réaliser dans ces œuvres, qui sont toutes d’ornementation, un bon marché qui permettra de les rendre abordables pour toutes les fortunes,
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- LE PALAIS DE CRISTAL
- ajoutée aux dommages-intérêts, et l’on édicta bientôt contre les contrefacteurs la déchéance de la maîtrise, l’interdiction du commerce de libraire ou d’imprimeur j enfin une peine corporelle en cas de récidivé.
- La question de la contrefaçon n’était pas la seule qui préoccupât les législateurs. La durée du privilège concédé devait naturellement se placer à côté de la création du droit, et tout d’abord , le silence de la loi lit croire à la présomption de pérennité en faveur de la propriété de l’œûvrè littéraire.
- N’était-ce pas là comme lé cri du droit naturel ? le silence des arrêts, des lettrés patentes, des déclarations, quand la durée rï’était pas limitée fexpres-sément, n’avait-îl pas un sens formel, et ne disait-il pas toute la pensée des temps qui ont procédé le dix-huitième et le dix-neuvième siècles?
- Jusqu’en 1789 , la législation subsista telle que nous venons de l'indiquer; et, à cette époque, l’abolition de tous les privilèges rendant inutile l’autorisation royaje de publier dont l’auteur avait besoin, la liberté de la pressé, en donnant un nouvel essor à la pensée, donna une nouvelle importance au droit de la propriété littéraire.
- 11!. LOI de 1793.
- Ici, la loi procède par réglementation ; et elle ne pouvait faire autrement, puisque le privilège n’existait plus.
- L’auteur, qui n’a plus besoin d’êtrè autorisé, doit néanmoins avertir le pouvoir exécutif de l’instant où son œuvre est publiée. La loi change la mesure prise par l’autorité royale, ën une simplé formalité de dépôt préalable.
- Puis, la législature se demande si l’œuvre de la pensée peut bien constituer un droit analogue aux autres droits de propriété, eii ce sens que s’inspirant des œuvres déjà ptfiiïiéës, l’ouvrage d’un écrivain peut n’être qu’une tradition, et que l’auteur doit ainsi au droit public, une parcelle du sien propre; qu’en tout cas, la pérennité, en matière de droit de propriété littcbprè, ne saurait être une conséquence équitable des emprunts faits à ce vaste domaine dans lequel glané largement l’écrivain ; et que, pour si grande que puisse être sa peine, l’auteur ne peut prétendre à jo'ùil* toiijoüfs et Sans réserve des produits que peut lui assurer le génie.
- Sa Spontanéité est contestable ; son initiative est en question ; ,son droit tient par quelques liens plus bu moins réels au droit général; et Si, j)bur lès choses matérielles, il faut parfois prôuOncër eh favèur de la société qui la réclame, une diminution de droit au moyen de l’expropriation, il résulte, aux yeux des législateurs de 1793, cette conséquence qu’on doit du moins poser certaines limites à la jouissance du droit de propriété littéraire.
- Est-ce par un sentiment d’équité bien entendue, est-ce par mégarde que cette doctrine dût triompher? Toujours est-il que la loi de 1793 limite la durée du droit à la vie de l’auteur et à dix années après sa mort. Cette loi ne s’occupait pas des œuvres posthumes: un décret du 1ergerminal an XIII s’en occupa; puis, en 1810, la législation garantit aux veuves pendant toute leur vie, pour le cas où leurs conventions matrimoniales ne s’y opposeraient pas, un droit de propriété sur les ouvrages dé leur mari ; et aux enfants le même droit, pendant vingt ans après la mort de leur père : enfin, le 3 août 1844, une loi consacre pour les veuves et héritiers des auteurs dramatiques la conservation pendant vingt ans du droit de représentations après la mort de l’auteur.
- IV.
- DE LA PROPRIÉTÉ ARTISTIQUE.
- Ce fut aussi la loi de 1793 qui assura un droit de propriété aux artistes, ou plutôt qui consacra de nouveau celui qu’ils possédai ut.
- 11 était écrit dans les nouveaux reglements accordés en mars 1730 à l’Académie de Saint-Luc, aux artistes peintres, sculpteurs, graveurs, dessinateurs, architectes, etc..., et ce fut dans les termes suivants, que nous citons exprès parce que nous aurons occasion souvent d’y revenir, que l’article l«'! de la loi du 19 juillet 1793 vint consacrer ce droit :
- « Les peintres et dessinateurs qui feront graver des tableaux ou dessins, jouiront, durant leur vie, du droit exclusif de vendre, faire vendre, di.ffri-bu t leurs ouvrages et d’en céder la propriété en tout ou en partie... »
- ^ Puis cet article fut suivi, plus tard, del’art. 425 du Code pénal, ainsi conçu :
- « Toute édition d’écrits, de composition musicale, de dessin, de peinture, ou de toute autre production, imprimée oü gravée en entier ou en partie, au mépris des lois et règlements relatifs à la propriété des auteurs est une contrefaçon : toute contrefaçon est un délit. »
- Le droit de propriété pour la sculpture était garanti, avant 1793, par des règlements spéciaux, notamment par une sentence de police du 1 1 juillet 1702, le règlement dé mars 1730, accorde à l’Académie de Saint-Luc, une sentence de police du 16 juillet 1766, ët enfin une déclaration du roi du 15 mars 1777.
- D’après ces documents, les fondeurs, ciseleurs, bijoutiers; orfèvres, et, en général, tous ceux qui faisaient des modèles avaient droit à une égale protection.
- L’article 7 de la loi du 19 juillet 1793, qui protège « les ouvrages de littérature , et de gravure, ou toute autre production de l'esprit ou du génie appartenant aux beaux-arts, » embrasse nécessairement la sculpture, par la généralité de ses termes.
- Il en ëst de même de l’architecture et dé la musique.
- V.
- On le voit, la loi a toujours voulu consacrer le droit de propriété littéraire et artistique, et, pourtant son application n’a pas été toujours conforme aux principes d’équité naturelle qui l’ont inspirée.
- Dans l’élaboralion officielle du projet général que nous préparons, et auquel nous avons convié tous les hommes voués à la défense de nos principes, nous aurons occasion dé relever les anomalies que la jurisprudence a révélées, depuis la loi de 1793, dans tous lès ordres de la përisëe : pour îé fnoment, constatons lés' ôbstaclës que cette législation rencontre sous deux rapports :
- 1° La contrefaçon à l’intérieur;
- 2° La contrefaçon à l’étranger.
- C’est sur ce double point de vue que, depuis longues années, les publicistes, les hommes d’Etat, cherchent à résoudre les difficultés de la question qui nous occupe; et maintenant que nous sommes arrivés à compléter les ressources dont nous avions besoin pour bien établir notre point de départ et notre bût, nbüs ëntrërè'ns dans la fifatiqüë; èt, demanderons, arlièîë par article, la réforme des lois intérieüfeS et internationales qüî règlent si mal lés droits de la pliopiiiÉfÉ iktellectueLlé.
- Alexandre Laya,
- Rédacteur en chef, avocat à la Cour d'appel de Paris.
- UE Y [JE Î)È L’EXPOSITION.
- Exposition Française.
- Des bronzes. — Des mœurs intimes de l’Exposition. —Des télég'aphes électriques dans l’intérieur du Palais. — Froment Meuricc et Mortimer. — ÔÉuvres d’art: Clcsingëir, Pradier.
- Tout le monde s’accorde, à Londres, pour adini-rer la partie de l’Exposition française qui comprend lés bronzes ,- et en particulier, les pendules. On sait quelle supériorité ont acquise en ce genre les De-nière, les Susse* les Düponchël : examinons les divers fabricants qui ont marché sur leurs traces et qui ont conquis le premier rang.
- M. Victor Paillard est un de ces fabricants, tels que nous aimons à les voir se produire : C’est l’ouvrier devenu artiste; commençant par des études de peu d’importance d’abord, et s’élevant graduellement, par l’amour de l’art, à faire faire un pas à l’industrie;
- Nous ne saurions faire de cet exposant un éloge plus digne de lui, qu'en empruntant au rapport de M. Léon Feuchères sur lui l’appréciation suivante :
- « Elève de Chi navart pour l’art, et de Martinet, ciseleur habile, pour la fabrication du bronze, M. Victor Paillard a commencé sa carrière industrielle par un etablissement de petits bronzes connus sous le nom de presses ou serre-papiers. Le mérite déjà appréciable qui ressortait deces productions modestes, lui valut l’entrée comme premier chef d’atelier dans la grande fabrique de M. Denière père. Après sept années d’une direction aussi habile qu’intelligente, jointe à une assiduité rare et à une probité incontestable, M. Victor Paillard fonda seul une maison qu’il porta en peu de temps au plus haut degré de la fabrication bronzière. Pour la première fois, il parut à l’Exposition dé 1839. et tout d’abord con-
- quit une médaille d’argent; en 1844 une nouvelle médaille d’argent vint récompenser de nouveaux efforts et de nouveaux succès.
- « En 1849, M. Paillard fut jugé digne de recevoir la médaille d’or. »
- Malheureusement, il a cru devoir ne se présenter cette année qu’escorté de sa renommée et il n’a exposé que des objets qui n’avaient pas été travaillés pour l’exposition de 1851. Peut-être, il faut le dire, l’appel qui a été fait à l’industrie aurait-il dû saisir plus tôt lés futurs exposants; et c’est une chose digne de remarque que l’industrie, prise en quelque sorte au dépourvu, ait produit les chefs-d’œuvre que l’on admire à Londres.
- Cela prouve que le travail dans les pays où la propriété industrielle tend à prendre une hase solide, est incessant, n’attend pas pour produire une occasion déterminée, et, dans un moment de surprise, arrive toujours à temps.
- Voici les principaux objets exposés par M. Victor Paillard :
- Un grand candélabre Louis XIV. Un enfant en bronze est posé sur le socle doré, comme dans les grands chandeliers d’église. Il porte un cornet duquel sort un bouquet de dix-sept lumières. Ce morceau est beau d’ensemble et d’une exécution large. Il a été exposé en 1849.
- Une pendule couronûéë d’enfants jouant avec des oiseaux, sculptée par Charles Yon, clans le goût de la belle époquei de lôüis XV. Les candélabres, de même style, qui i’aceômpagn'ent, sont fabriqués avec un grand soin et dorés, les figures au demi-mat, lés ornements à l’or iriouîti. Expb'sëe en 1844.
- Une jolie pendule rëûüissanèë et deux candélabres. La pendillé est composée de deux figures de femmes couchées, entré lesquelles s’élève un petit vase. Elle a été exposée èn 1844. Lés cahdélabfes ne sont guère ën rapport avec elle, h'iën qüè les ornements du bouquet èt du sodé présêfitërii ùhè grande analogie avec la décoration employée clans la pendule. On recônilaît, en effet, au’ modelé dès figures la manière Lottis XVI : dtissi hé sont-elles autres que les enfants aux cors de chassé què l’on voit dans le musée de Sèvres.
- La charmante petite pendule de l’Ange au clavecin, par Sauvageau, exposée en 1849. Ce petit groupe en bronze argenté; tout plein d’un gracieux sentiment, est monté sur un socle de marbre noir, et accompagné de d ux jolies vases-candélabres bien en rapport avec la pendule.
- Un beau groupe de Daphnis et Chloé, par Jean Feuchère, exécuté en bronze d’une manière dont l’artiste doit être pleinement satisfait : exposé en 1849.
- Un groupé de deux Amours se disputant un cœur. Ce morceau a été fondu sur un vieux biscuit de Sèvres : exposé en 1849.
- Un bénitier, dont la coquille est supportée par deux anges de bronze: exposé en 1844.
- Une réduction de la Sapho de Pradier, bronze argenté, qui date de 1848.
- Une paire de vases Louis XV, en porcelaine tendre, ornés de peintures modernes. Ces vases sont montés en bronzes dorés. 11 est à regretter que le style des bronzes ne soit pas assez pur, et que les peintures n’aient pas le caractère du vieux Sèvres.
- Enfin, une très-grande pendule à girandoles, dans un style composé, qui n’est ni renaissance, ni Louis XIV, ni Louis XV, mais qui n’en est que plus louable, en cë qu’elle porte le caractère particulier de l’ornement au dix neuvième siècle. Entre tous les objets exposés par M. Paillard, cette pendule est, sans contredit, ce qu’il y a de mieux exécuté. La monture en est très-recommandable, et la ciselure porte partout la trace évidente d’une main savante et exercée.
- Ces deux derniers objets seulement n’ont jamais été exposés •• Au reste, ce n’est pas seulement à M. Paiii ird que doit s’adresser ce reproche, et nous ne doutons pas que, si le temps eut été sutlisant, nos f Urinants de bronze n’eussent été prêts et n’eussent livré de nouvi lies œuvres. On comprend, en effet, le différence qu’il y a entre cette partie de l’industrie et beaucoup d’autres.
- Les fabricants de meubles, d’étoffes, les constructeurs de machines même, sont forcés d’avoir sans cesse leurs ateliers eu travail : la nouveauté, le progrès dans la science, leur commandent une préoccupation incessante, que rien ne doit ralentir, et qu’aucune occasion ne doit activer.
- Tandis que l’Art dé bronzier qui a produit plu-
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
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- sieurs modèles, ne peut, au caprice de la mode produire sans cesse du nouveau : Il lui faut un certain temps pour l'écoulement de ses œuvres : C’est-là un des principaux obstacles à l’innovation dans leur production.
- Yoici la liste des œuvres de quelques-uns d’entre eux :
- M. Vitoz expose : L’Amour tourmentant l’Ame, par Gbaudel.
- Benvenuto Cellini et Bernard de Palissy ; Satan vaincu; la Poésie; la Musique; la réduction de Spartacus deFoyatier; Michel-Ange, etc., par Jean Feuchère.
- Trois Enfants portant des raisins; la Pendule des Trois heures du jour, grand modèle, avec candélabres assortis, composés d’enfants port ait des gerbes de lumières, par Pascal.
- La Fortune éveillant un enfant endormi sur le bord d’un puits, par Pradier.
- Centauresse et Faune, d’après le plâtre de Cour-tet, exposé en d 849 dans l’orangerie des Tuileries.
- L’Amour préludant sur là lyre ; l’Amour préludant sur la flûte; l’Amour réparant son arc; l’Amour préparant ses traits; le Chant divin par Lemire.
- Daphnis etChloé, par Gayrard.
- Chasseresse indienne, par Cumberworth.
- Scène du Déluge, par Jacquet, de Bruxelles.
- L’Amour captif, de Fraikin, également de Bruxelles.
- Nous devons signaler un fait qui est tout à la gloire de notre pays, bien que nous ne puissions en attribuer l’honneur aux artistes mêmes qui en sont la cause. Depuis plusieurs années, les artistes français ont passé le détroit et ont trouvé chez nos voisins des ressources qui, en les enrichissant, son! devenus pour les Anglais un moyen très-efficace pour le progrès des arts industriels.
- C’est ainsi qu’un habile statuaire qui avait entre autres objets sortis de son ébaûchoir, fait presque tous les modèles qui ornent l’hôtel splendide de M. de Rothschild, M. Jeannest, a quitté Paris, il y a bientôt dix ans, et a enrichi plusieurs maisons de l’Angleterre de ses œuvres.
- M. Gombette, dont le nom est très-connu dans l’orfèvrerie, est un des principaux artistes à qui est due la réputation de la maison Garrard de Londres: et cette année, on aurait dû voir à l’Exposition un vase de toute hem té qui est encore, à l’heure qu’il est,
- ( et l’on se demande pourquoi ? ) dans les ateliers de cette maison.
- Nous en dirons de même de MM. Storr et Mortimer, qui, du moins, n’ont pas négligé d’exposer cette année le bouclier de Vechte.
- Au reste, ce n’est pas pour nous en plaindre que nous faisons cette observation. Il est évident que tant que la gloire de notre pays ira se révéler même à l’étranger, elle aura pour résultat, au point de vue de l’art, le double objet de propager le nom de la France et de faire avancer la question du progrès dans les arts : seulement, il serait 1 on de signaler cette vérité, même devant le jury des récompenses. Nous appelons son atten ion sur ce point.
- Nous avons, dans un de nos derniers numéros, donné le dessin de la jolie pendule exposée par MM. Susse frères; voici la nomenclature des objets sortis, pour l’Expos.tion de Londres, de leurs riches ateliers :
- liébé versant de l’ambroisie à l’aigle de Jupiter ; Sapho assise : deux pendules avec candélabres assortis, de Pradier; la P’nrvné, do même sculpteur.
- Les deux soldats de la ligue, candélabres ; Philibert-Emmanuel, deM. Màrochetti.
- Guillaume le Taciturne, de ML de Nieuwerkcrke.
- La Jeanne d’Arc, de la princesse Marie.
- Le Porte-Drapeau de la 32e demi-brigade; Le Grenadier de la vieille garde, de A. Levée!.
- ’ i/Eutcrpe antique, réduction par le procédé Sauvage.
- Plusieurs autres statuettes moins importantes.
- La montre de M. J.-B. Marchand présente un pelil nombre d’objets qui tous se nt des penduh s. Mon-tionnons-en trois dont la réussite comme fabrication, et la beauté comme œuvres d’art, méritent les plus grands éloges.
- La Fable ; Une femme assise sur un lit antique . chaussée du cothurne, sc dévoi'e en somiarû, et apparaît nue jusqu’aux h. nches. Sur le soc U en bronze sont des bas-reliefs dont les sujets sont tirés des petits drames d'Esope et de Lafontaine. La composition de ce joli morceau est de Kla&mann.
- Le Penseur, de Gecbter, très-belle ligure exprimant bien l’inspiration, posé sur un socle de marbre noir.
- Cléopâtre défiant Antoine d’être' plus prodigue qu'elle, par Cumberworth , groupe où l’artiste a su marier je ne sais quelle charmante coquetterie au caractère égyptien le mieux saisi.
- Ces trois fabricants ont été récompensés par les jurys français des dernières expositions. M. Yittoz a reçu la médaille d’argent en 1819 ; MM. Susse frères, a médaille de bronze en 18T4, et le rappel de cette médaille en 1849; M. Marchand, la médaille de bronze en 1849.
- Nous ne parlerons que pour mémoire de quelques autres objets exposés par d’autres fabricants, qui n’ont pas encore atteint ce degré de perfection que l’on trouve dans ceux que nous venons de signaler
- Cependant, nous devons ajouter, et cela sans partialité (c’est le cri général), que, malgré leur infériœ-rité à l’égard de ceux qui tiennent le premier rang en France, les fabricants dont les noms suivent sont de beaucoup supérieurs- aux Anglais :
- MM. Lerolies frères, Weygand, Grignon-Meus-nier.
- M. Royer, qui a reçu la médaille de bronze en 1844 et se l’est vu rappeler en 1849, n’a exposé que très-peu de broùzes d’une exécution soignée. On remarque parmi eûx deux pendules, style renaissance, avec leurs candélabres : l’une en bronze doré, l’autre en acier avec cadrans tournants ; une autre pendule de même style, dont les figures représentent probablement le Passé, le Présent et l’Avenir ; la statuette de Charles-le-Téméraire, par Jecliter, et celle de Jean-sans-Peur; un joli cheval et sa réduction, par Paul Gayrard, ainsi que les courses des singes par le meme sculpteur.
- On voit, dans une salle séparée de celle consacrée exclusivement aux bronzes et à 1 orfèvrerie, deux ou trois médaillons exposés par M. Buignier. La plus grande de ces petites compositions représente la bataille de Brenneville. Le désordre de la bataille est bien exprimé, le dessin plein de mouvement, la fonte réussie.
- MM. Lévy frères ont exposé une collection complète de pendules en porcelaine pâte tendre, montés en bronzes dorés, d’une bonne fabrication pour le commerce.
- La vitrine de MM. Miroy frères est riche, brillante et nombreuse.
- On y voit deux statues équestres: celles de Napoléon et du due de Wellington
- — On ne lira pas sans intérêt les détails suivants que donne au rédacteur en chef du Journal des Débats, M. John Lemoinne sur les mœurs intimes de l’Exposition de Londres et de quelques fabricants :
- « Continuons, si vous le voulez bien, notre course errante à travers les curiosités de l’Exposition. Allez au Palais de Cristal un jour ordinaire, un lundi, par exemple, à dix heures du matin; vous verrez l’arrivée de la province et celle des écoles; vous retrouverez de ces vo turcs à quatre chevaux comme on envoyait autrefois sur toutes les routes avant l’invention des chemins de fer, avec quatre plaees insicle et une vingtaine outsicle. On voit descendre de ces hauteurs une quantité indéfinie d’Anglaises en toilettes de couleurs vives. Après avoir touché terre, elles rajustent tranquillement leurs robes et leur restituent ce prodigieux développement qui trahit l’abus de la crinoline. J’ensuis bien fâché,mais il est impossible de mieux employer toutes les ressources de l’art à gâter la nature. Arrivent ensuite de grands fourgons ou de grands chars-à-hancs qui apportent dos pensions ou des écoles de charité. C’est quelque chose de curieux à voir que ce débarquement; je n’aurais jamais pu concevoir, avant de l’avoir vu, ce qu’on pouvait entasser de créatures animées dans un étroit espace sans les faire, étouffer, il en sort, il en sort par c'nquantai-nos; quand on croit que c’est Uni, cela recommence, c’est plus fort que chez Robert Boudin.
- « Mais entrons. Un dos principaux avantages du Palais de Cristal, c’est le très-grand nombre des issues; on n’est pas obligé de revenir au point de départ. Si par hasard vous avez laissé voire voiture à une des extrémités, et que vous vous trouviez a une autre, ne vous en inquiétez pas; vous avez à vos ordres un esclave intelligent et rapide qui court plus vite qu’un valet de pied. En parcourant les galeries, vous avez passé plusieurs lois auprès de
- petites boîtes gardées par un petit garçon de douze ou quatorze ans; ce sont les correspondances du télégraphe électrique. En quelques minutes, vous pouvez faire appeler votre voiture de l’autre bout du bâtiment et la faire avancer à telle porte que vous voudrez. Le télégraphe est encore à vos ordres pour communiquer avec toutes les principales stations des chemins de fer, et de là avec les principales villes du royaume. Du milieu de l’Exposition, vous pouvez faire dire ce que vous voudrez à Douvres, à Bristol, à Edimbourg, partout. On paie un sh. pour vingt mots, le prix croissant naturellement en raison de la distance. Une dépêche de vingt mots expédiée à York ou à Edimbourg coûte 8 sb. 1/2. Autre chose encore; on peut faire son courrier à l’Exposition .- il y a une boite aux lettres dans le transept. »
- Puis, voici comment M. Lemoinne apprécie les établissements de Storr-Mortimer et de M. Froment-Meuric, edont nous avons eu occasion d’entretenir nos lecteurs.
- « La bijouterie anglaise est fort belle, mais je ne sais si on peut l’appeler anglaise, car elle est, en grande partie, l’œuvre d’ouvriers étrangers. Ce que les Anglais font le mieux, c’est la vaisselle plate ; et ce genre d’ornements qui consiste en vases et en statuettes d’argent. C’est chez etui un genre national; on fait ici une grande consommation de testimo-nials; on en offre pour des prix de courses, des prix de chasse, pour un discours au Parlement, pour la construction d’un chemin de fer ou d’un pont. Ce sont des meubles dé famille, l’ornement des buffets et des tables ; c’est une spécialité d’art et d’industrie développée par le goût et l’habitude des chevaux, de la chasse, et de ce qu’ on appelle le sport. Il y a chez Storr et Mortimer un bouclier en argent, encore inachevé, dont les sujets sont tirés de Shakespeare et de Milton, et qui est une admirable œuvre d’art. C’est à mettre avec le bouclier de Cornélius, dont je vous ai parlé, et aussi avec un vase en argent oxydé, de Wagner, qui est dans l’Exposition du Zollverein, et dont les ligures, représentant les divers degrés de la civilisation, sont d’une rare perfection de dessin et d’exécution. La vitrine de Storr et Mortimer est d’une valeur énorme; elle contient, entre autres, un bouquet composé de 6,000 diamants. I! y a plus d’élégance dans les objets exposés par Morel, et cela nous ramène en France, où nous trouvons une véritable supériorité pour tout ce qui est d’art et de luxe élégant. On se presse devant la vitrine de Froment-Meurice, devant la magnifique toilette offerte par souscription à madame la duchesse de Parme, et que je me contente de signaler, parce qu’elle a été exposée à Paris. Nous retrouvons aussi l’épée offerte au généra! Changarnier, celle offerte au général Gavaignac, et des bijoux byzantins, mauresques, renaissance, d’une variété infinie. C’est dans ces œuvres de goût que triomphe la France; et ce que je pourrais ranger aussi dans les catégories des objets précieux, c’est l’exposition des soieries et des dentelles: Les fabricants de Lyon ont exposé fous ensemble ; ils ont des vitrines qui contiennent tous les articles de premier choix, et qui sont ainsi, dans leur genre , quelque chose comme la tribune de Florence ou notre salon carré, une collection de chefs-d’œuvre. On est porté à ce rapprochement par la magnificence dû dessin et la couleur; ce sont de véritables ta-bieâux, et il y des soies chinées qu’on peut comparer à d’édatanis paysages. Pendant que nous parlons de paysage, ayez soin de regarder les papiers de tenture envoyés de France. 11 y en a, exposés par Délicourt, qui ressemblent à de la soie ou a des tapis des Gobehns. »
- Puis, s’occupant des œuvres d’art, voici comment il apprécie les productions françaises :
- «Ne nous écartons pas trop de la France, nous n’avons pas encore vu S. vres ni les Cobelins. Ici nous sommes les maîtres incontestés : cette salle est un petit royaume qu’aucune nation ne nous dispute; les étrangers s’y pressent pour admirer, et aussi pour acheter, car presque tout est vendu depuis longtemps. C’cd de ce côté qu'est, la Phryné de Pradier, puis une Bacchante de Clésinger, qui a été achetée par M. Demidoff. La Russie a fait, elle aussi, une exposition somptueuse. Il faudra bâtir des palais exprès pour pl cer ces énormes portes et ces grands vases en malachite qui remplissent la salie. C’est un peu lourd, mais c’est d’une \raie magnificence. M. Demidoff a aussi ex-
- (Voir la suite page jîo.)
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- LE PALAIS DE CRISTAL
- CHARITÉ, par MH. BARRY et THOMAS.
- STATUES ET CORBEILLES.
- Les deux pages que nous ouvrons ici sous les yeux de nos lecteurs contiennent, dans leur partie supérieure, deux statues et deux corbeilles de fleurs.
- Les deux corbeilles sortent des ateliers de M. Joseph Angell, dont nous avons eu occasion de parler dans le numéro 9 de notre recueil. L’une de ces corbeilles a reçu de l’artiste le nom de I’Europe; l’autre celui de I’Asie. On peut voir que les détails répondent à la dénomination.
- Quant aux deux statues qui servent de pendants, elles ont été sculptées par M. Bar-ry, qui est, depuis longues années, l’artiste chargé des modèles de la maison Thomas, de Londres.
- Le premier sujet est la Charité. On retrouve dans la pose, dans les plis de la robe, dans la pureté du dessin, et surtout dans l’ensemble des attitudes, un culte réel de l’art antique.
- L’enfant qui repose dans les bras de la Charité, et celui qui se tient attaché à son long vêtement, sont pleins d’expression.
- Le sujet de la seconde statue est emprunté à la Tempête, de Shakespeare. C’est Ariel, le grand agitateur de l’île où est Caliban. Il y a de l’évocation dans cette pose élancée, du mouvement dans les plis du manteau qui enlace le corps d’Ariel, une certaine énergie digne du vieux William, dans ces deux bras, dont l’un tient le fil conducteur qui va faire
- corbeille de fleurs (CEttrope), par m. Joseph angell.
- CHAMBRE a COtcHER DE LA REINE, pUl‘ MM. FA! LKL Bi PUIL1FP8,
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- LE PALAIS DE CRISTAL-
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- CORBEILLE DE ÏLEOIIS (ÏA$ie)i Pt>l‘ M- JOSEPH ANGELL.
- tomber la foudre là où le dieu des tempêtes le voudra, et la main gauche contractée ne manque pas d’exprimer sa volonté souveraine.
- M. Barry est à une bonne école, puisque dans ses deux sujets si ditférents l’un de l’autre, il a su rendre avec exactitude, pureté et force tout à la fois, le sentiment qui doit dominer ces deux sujets.
- Quant aux deux corbeilles, c’est une heureuse idée que d’avoir fait servir la base à reproduire le sujet. Dans ces œuvres, dont l’usage est général, ce qu’il convient démettre en évidence, c’est toujours la pensée de l’artiste, son goût, son but.
- Or, ici, comme on le voit, la corbeille l’Europe est posée sur un pied entouré de fleurs de nos contrées; la corbeille l’Asie s’indique d’elle-même parles plantes qui parlent de la base et s’élèvent jusqu’à la coquille où sont placées les fleurs.
- Dans une œuvre d’art,'rien n’est indifférent.
- Quand l’industrie ne cherchait pas à se rattacher aux arts, qu’était-ce qu’un vase de fleurs?
- Maintenant, au contraire, tout prend ou tout fend à traduire une pensée en prenan t un corps; l’immatériel vient se joindre au travail manuel , et une simple corbeille a désormais sa signtfcation. Il faut reconnaître que les plantes tropicales se prêtent beaucoup au travail de /orfèvrerie et de la sculpture.
- i»L dirigeant la roüuiiE, par mm. .barry et tuomas.
- IITS DE PARADE
- PAR
- MM. Faudel et Philippe.
- Lapartieinférieu-re de ces deux pages est occupée par deux modèles en tapisserie qui ont été exécutés par MM. Faudel et Philipps, Nous donnons ici le profil et plus loin la face du lit de parade.
- Ce travail est tout à fait nouveau à Londres, et on y porte à l’Exposition une attention toute particulière.
- Le sujet de la tapisserie de ce lit est le char de l’Aurore, dont on voit l’original au palais Rospiglioso, à Borne. La tapisserie en a été faite directement, sans ces patrons faits à Berlin, et qui peuvent faciliter le travail.
- Lepoir.ten a donc été fait, comme aux Gobelins, d’après le modèle copié directement, ce qui est le triomphe d’une extrême difficulté. La patience anglaise s’est livrée à un singulier calcul : pour terminer le modèle placé à la droite, le nombre des points au crochet, s’est élevé au nombre énorme d’un million six cent mille points.
- Le centre du dessin au-dessus de la
- tête est le modèle de Thorwaldsen, la Nuit. Enfin le bas-relief inférieur est composé de fleurs de diverses nations, ce qui, dit un écrivain anglais,veuttrès-ha-bilement faire allusion à la Paix... la Paix et le Sommeil.
- Le dessin figuré à gauche est l’intérieur d’une chambre à coucher de la reine, dont tout le mobilier est aussi en tanisserie.
- C’est la partie intime, réservée, discrète de la chambre; elle est séparée du reste par deux larges portières en point de Berlin, et par un superbe baldaquin surmonté de la couronne royale.
- Le hrul du plafond représente un soleil avec ses rayons déployés ; nouspour-rions faire à ce sujet le reproche d’être un peu commun, mais l’exécution en est très-brillante.
- Quant au reste des objets qui ornent la chambre, c’est-à-dire aux fauteuils, aux corbeilles, aux tapis, les détails en sont faits avec un fini, un soin, qui rappellent nos belles tapisseries des Gobelins, le modèle éternel et presque inimitable que les étrangers nous envient.
- HT DM PARADE DE WM» FACOLL et PüIUIPS.
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- LE PALAIS PE CRISTAL.
- m
- posé des morceaux de malachite et d’or tirés de ses mines. Voici des polie-.men en faction ; il doit y avoir par là des bijoux. En effet, la Russie a exposé de très-belles parafes de diamants, montés avec beaucoup de légèreté ; et un coffret en marbre noir, avec des grappes de raisin noir en améthystes et des cerises en cornalines. En général, il y a dans cette exposition russe un certain air dé grandeur et de luxe sauvages; ce ne sont encore que les richesses arrachées à la nature et déchirées-des entrailles de la terre. «
- DU PALAIS DE CRISTAL.
- What is to be done wilh ? Discussion à la Chambre des Lords.
- Il y a quelques semaines, une brochure a été publiée à Londres sous ce titre : Que fera-t-on du Palais de Cristal? Cette brochure était signée du pseudonyme de « Denarîus. » La presse anglaise s’en préoccupa, et il y à trois jours, la Chambre des lords a consacré à cette question tout une séance.
- On en comprend, en effet, toute l'importance.
- N’est-ce pas une idée affligeante que de songer à la chute prochaine de ce bel édifice, érigé en quel -ques semaines, sous la forme et la transparêhee d’un palais de fée, mais aussi solide quoique plus grand qu’une douzaine de nos cathédrales ? Car le Palais de Cristal est condamné à mort : sa ruiné a été décrétée ; il né faut rien moins qu’une décision législative pour conserver ce monument où pendant quelques mois, toutes les nations se seront coudoyées, où toutes les industries auront eu leur gloire. N’est-ce pas une idée navrante que de penser qu’un jour, en se promenant dans ce beau parc, à la place où l’industrie" a élevé son tronc, le gazon sera foulé aux pieds; et que l’on n’aura plus qu’un vague souvenir dé ce palais de, P Industrie' moderne, souvenir évoqtié par des vieillards, comme une ancienne tradition.
- Que de reproches se proposera nos contemporains, de la part de la postérité! Comment pourra-t-on trouver des démolisseurs pour un si bel édilice ? Qui pourra recueillir ce's larmes de cristal qui vont tomber une à une,- Sans songer que chacune des parcelles de cet édifice a brillé sous les rayons d’un soleil qui éclairait, en 1851, le temple de la paix universelle ?
- Aussi; ne nous étonnons-nous, en aucune façon, d’apprendre que là Chambre des lords a soulevé une discussion très-longue et très-animée sur celte question, qui à Londres, est à l’ordre du jour ; « Que fera-t-on du Palais de Cristal? » JV'nat is to be done with the Crystal Palace '?
- U appartenait à lord Brougham de prendre le premier la parole sur ce sujet. Après avoir fait remarquer à la Chambre que, l’un des premiers, il s’était opposé à ce que le Palais de Cristal fut érigé dans I-Iyde Park, il ne peut, maintenant que le fait est accompli, le voir renverser sans un véritable chagrin.
- Il s’est donc très-volontiers chargé de présenter à la Chambre une pétition de M. Paxton, ce savant horticulteur qui a pris rang, selon l’honorable lord, parmi les bienfaiteurs de l’humanité, (applaudissements),- car certes; sans l’idée qu’il a eu d’élever le Palais de Cristal,- l'Exposition de 1851 n’aurait pu être accomplie, on en serait resté au projet.
- Quelles sont les objections sérieuses que l’on puisse opposer au vœu généralement exprimé de conserver cette magnifique, cette unique construction ? Deux objections que lord Brougham regarde comme mal fondées : La première, elle est faite par les commissaires du gouvernement pour les bois et forêts, en ce sens que le sol de Ilyde-Park ne peut être consacré à l’édification d’un monument qui serait destiné à rester là in æternum.
- Mais à cela on peut répondre que le pouvoir législatif a toute qualité pour en décider l’appropriation.
- On dit, en second lieu, que le commerce peut se plaindre de ee que le Palais de Cristal, s’il contient des marchandises, peut faire concurrence à la vente des établissements ordinaires. Mais, au contraire, il y aurait là ch nce de plus de faire vendre aux fabricants de Londres ce que le public pourrait aller y choisir. Les bazars ne peuvent être considérés comme des établissements préjudiciables pour le commerce ou l’industrie, en Angleterre, et, si le Palais de Cristal pouvait devenir un grand bazar central, il n’y aurait pas là de quoi concevoir des craintes sérieuses contre l’industrie et le commerce, tout au contraire.
- La pétition présentée par M. Paxton a pour but d’obtenir du Parlement d’approprier le Palais, après l’Exposition, à un vaste jardin ou parc d’hiver.
- Sa construction a été faite en prévision de cette destination : l’air y est ménagé, et les moyens de chauffage proportionnés de manière à 11e rien laisser désirer sous ce rapport. Ce serait une belle pensée que de pouvoir réaliser un projet qui consisterait à réunir là les produits de la' végétation dans tout son luxe, et de voir lés plantes rares, les fleurs, les arbres précieux cultivés et colligés' avec un soin et une science qui pourraient ainsi servir et l’étude et le goût du publie.
- La botanique, la géologie, l’ornithologie, toutes les sciences naturelles, en un mot, viendraient élire domicile dans ce bel établissement.
- Ses immenses proportions permettraient même que l’on employât de temps en temps ce palais à des fêtes, à des réunions dont on ne peut imaginer la splendeur, l’originalité, les variétés incalculables.
- Lord Campbell et le comte de Granville ont pris la parole après lord Brougham-, pour défendre l’opinion contraire, au double point de vue des décisions prises par les commissaires des bois et forêts de ne laisser le Palais de Cristal subsister dans Ilyde-Park que pendant la durée de l’Exposition, et en même temps des dépenses annuelles qu’entraînerait le maintien de cet édifice; consacré à un jardin d’hiver.
- La Chambre des lord a écarté la pétition :
- Mais, le peuple anglais se préoccupe beaucoup de là pétition de Si. Paxton, laquelle doit réussir, dit-on, devant la Cfiànibre des communes. Nous tiendrons nos lecteubs â‘ù couraèl dè ce qui se fera à cet égard.
- Nous devons- compléter îès- détails de la discussion qui préeède par les documents- et les chiffres qui suivent :
- Lorsque l’autorisation fut demandée au Parlement de construire le pal iis de l’Exposition dans Ilyde-Park, il fut expressément stipulé que la concession ne serait que temporaire, et qu’après l’Exposition, le tout serait enlevé elle soi rendu à la verdure et au public.
- Les entrepreneurs, MM. Fox et Henderson, s’étaient chargés de construire l’édifice pour 79,800 liv. st., Si les matériaux leur étaient rendus après l’Exposition,- et pour 150,090 liv. $t. dans le cas où lé bàtiihent resterait en place. Il est maintenant Certain que le dernier cas sfe réalisera, et de tous côtés on voit Surgir des plans pour utiliser le palais de verre. Il y a des gens d’imagination qui sont allés jusqu’à proposer d’acheter, bon-seulement le palais même, mais encore toute l’Exposition. Malheureusement là valeur totale est estimée à environ 6 ou 700 millions; et pour recueillir seulement 500 millions, avec une recette de 50,000 fr. par jour, on a calculé qu’il faudrait 6,000 jours, ce qui, en retranchant les dimanches, ferait à peu près vingt ans. Il a donc fallu renoncer à cette idée ; et d’ailleurs, que ferait-on d’une vieille Exposition ? Le seul projet raisonnable parait être la création d’un jardin d’hiver, qui servirait en même temps à une exposition permanente des produits de l’industrie. La première et la plus grande merveille de l’industrie serait précisément cette création d’un nouveau climat qui donnerait à Londres ce que lui refuse le ciel. Avec les moyens dont on dispose aujourd’hui, il serait facile de chauffer cet immense local, et d’y entretenir une température d’été. Les sociétés de botanique, d’horticulture, de zoologie S’empresseraient d’y faire des expositions, en même temps que les progrès incessants des arts, des sciences et de l’industrie y seraient successivement représentés. De grandes fêtes données dans le Palais de Cristal seraient quelque chose de féerique. Ce qui complète ce projet, c’est l’idée de faire une grande avenue sablée pour les chevaux et les voitures dans l’intérieur de l’éd.üce, et c’est probablement ce qui produirait le meilleur revenu. On calcule déjà que, tous les frais payés, la commission se trouver-, à 11 fin de l’Exposition, en possession d’un surplus de 170 ou 150,000 liv. sterl.; ce sera assez pour acheter l’édifice et pour donner des prix. Le Palais de Cristal, après beaucoup de vicissitudes, est maintenant protégé et adopté par l’opinion publique; il est devenu trop populaire pour qu’on ose y toucher. II restera, comme 1 ’inconie-tax, volée pour trois aus, et qui ne s’en ira jamais.
- FAITS INDUSTRIELS.
- CHEAP LOCAL KAILWAYS.
- L’Angleterre, qui nous a précédés de si loin dans l’établissement des grandes lignes de chemins de fer pourra encore nous enseigner comment on construit!, à bon marché, des chemins de fer locaux, chemins qui doivent être d’une importance si vitale pour les centres agricoles et manufacturiers, situés hors des lignes principales. Les chemins de fer lo-c ux sont encore à naître dans notre pays: puissions-nous, par une rivalité heureuse, entrer dans une voie qui, sans aucun doute, récompensera les capitaux qui s’y consacreront.
- Ces réflexions nous ont été suggérées par un fait qui vient de se passer en Angleterre, —la construction dans des conditions économiques d'un chemin de fer local. En 1846, la Compagnie du chemin de fer de Berwich (Yorch-New-Caslle and Berwick), pleine d’ardeur, obtint, avec plusieurs autres bills, un acte du Parlement, l’autorisant à construire un embranchement de la station de Tiinisn a Maltox,
- — la distance était de 23 milles (le mille 1,609m 3), la dépense fut évaluée à 300,000 liv. (9,500,000 fr.) Cette même année, une autre Compagnie obtint un acte pour construire un chemin de Million à Driffield, point de jonction avec l’embranchement Bridhinqfonûe la Compagnie Yorch et North Midland. De Sorte qu’îï Y aide de ces trois lignes, il devait y avoir communication non interrompue, par chemin de fer, entre Thirsk, et les intermédiaires de la Ifgiie de Berwick à Bridhington, au bord de la mer, à Huit, à Beoerley, Drissield, Million et autres lieux intermédiaires. La compagnie d’Yorch North Midland construisit son chemin, Mu lion et DrUfield ont presque aecevé le leur; mais la compagnie de Berwinck, refusa d’exécuter la ligne de Thirsk à Million.
- Cette lacune dans la série des embranchements causa un grand embarras, surtout aux propriétaires de terres qui étaient privés des facilités et des avan tages qu’ils avaient espérés. M is ils n’étaient pas gens à s’abandonne? ainsi: ils prièrent, supplièrent, sommèrent la Compagnie de Berwck, d’exécuter l'embranchement. La Compagnie répondait : « Les « dépenses sont évaluées à 300,000 liv. Nul doute
- qu’elles s’élèveront plus haut. Nous n’avons point « d’argent, surtout pour un projet ruineux. » Les propriétaires se pourvurent alors devant la Cour du banc de la reine pour obtenir un mandàmus, et forcer la Compagnie à exécuter la ligne; la cour accorda le mandamus. La joie des propriétaires fut grande; mais, examen fait de la situation, ils virent que le mandamus, à le juger ce qu’il valait, n’était qu’une lettre morte. Alors, comme des Anglais qui ne Se rebutent jamais, ils cherchèrent un moyen de conciliation.
- Un ex-afflen attentif démontra qu’avec quelques modifications, quelques changements de tracé, en rejetant certaines dépenses inutiles, la ligne pouvait être exécutée pour 100,000 liv., le tiers des devis primitifs. Les' propriétaires proposèrent donc à la Compagnie d’établir une ligne économique à une seule voie, en garantissant eux-mêmes que le prix n’excéderait pas 100,000 liv. sur lesquelles ils- offraient de souscrire 50,000 liv.; ils firent plus : étant sûrs que les dépenses ne dépasseraient pas 100,000 liv., ils s’engagèrent à payer le surplus s’il y en avait un ..La Compagnie souscrirait pour 50,000 liv., et elle serait engagée seulement pour ce capital. La Compagnie et les propriétaires de terres deviendraient propriétaires par moitié de la ligne; les terres nécessaires seraient livrées à un prix réduit.
- La Compagnie de Berioick accepta très-sagement ces offres, et la ligne, dans les conditions ci-dessus, a été exécutée immédiatement.
- Cette opération ne peut être que bonne, car la dépense, à 100,000 liv. donne 4,300 liv. (107,5001V.) par mille. On doit, au minimum, admettre un produit. brut de 15 liv. (375 1V.) par semaine, et par mille. Si on porte les dépenses à 10 liv. 10 sh. (:62 fr. 50 c.) par semaine et par mille, ou 70 0/0,
- — soit 5,330 liv. par an (133,100 fr.), on aura un dividende de 5 liv. 6 s. 8 d. (133 fr. 30 c.) pour -100 liv. (2,500 lr.) par an.
- Ces calculs démontrent ce que peuvent devenir les lignes constru les à bon marché. De plus, en employant des locomotives légères et en repoussant le système d’administration si coûteux des grandes lignes, on arrivera à de fortes économies.
- Nous avons en France beaucoup de points sur les-
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- quels des communications par chemins de fer exécutées à prix réduits, pourraient être établies, ce qui produirait de grands avantages pour les populations, pour les propriétaires de terres, pour les lignes principales auxquelles les embranchements viendraient aboutir et pour les entrepreneurs de cës nouvelles lignes. Que faudrait-il pour les exécuter ? Trois cho-ches : intelligence, probité dans les projets, et petit capital. Qu nt aux propriétaires de terres, si, méconnaissant les avantages sans nombre que leur procurent les chemins de fer, ils persévéraient à exiger en justice des prix exorbitants pour leurs terrains, ils geràîëht sûrs de n’avoir jamais de chemins de fer à leur portée ; mais, au contraire, s’ils savaient livrer leur terres à des prix modérés et sans frais, comme ont agi les propriétaires de Thirsk à Malion, on atteindrait dés résultats profitables à tous.
- CONGRÈS ANNUEL DES CHEMINS DE FER. —Le 29
- juillet s’o'tivrira à Nuremberg le congrès annuel des délégués des chemins de fer de l’Allemagne. La plupart des gouvernements et des administrations des pays limitrophes y seront représentés, et on assure (jüë plusieurs questions relatives à l’adminis tratidn des railways y recevront leur solution.
- RÉSUMÉ STATISTIQUE DE L’INDUSTRIE COTONNIÈRE DANS LA PROVINCE DE CATALOGNE, EN 1849.
- Filature. —Machihes à vapeur, 76 ; force de ces machines, chevaux, 1 ,896 ; force hydraulique, idem, 1 ,647 ; force, chevaux ordinaires, 238, broches, 808,209. Ouvriers : hommes, 2,964 ; femmes, 4,934; enfants, 4,008. Salaires payés dans une armée, 7,151,718 fr.; valeur des bâtiments, 18,125,445 fr.; valeur en machines, 30,355.927 fr.; capital roulant, 26,140,380 fr.; produit annuel, 15,970,785 kilos; maximum qu’on peut atteindre avec lés mêmes moyêrts, 20,262,-311 kilos; coton brut employé, 15,363,802 kilos,- charbon de terre employé, 16,629,-600 kilos ; broches arrêtées, 217,725.
- Tissage.—Métiers simples, 27,993; métiers composés, 5,537; métiers à la Jacquard, 1,503; métiers mécaniques, 4,187. Ouvriers : hommes, 23,621 ; femmes, 16,115 ; enfants, 5,180. Salaires dans une année, 19,492,194 fr. ; valeur en bâtiments, 14;157,010 fr. ; valeur en machines, 11,246,640 f.; capital roulant, 30,842,041 fr. Produits annuels, 99,778,434 mètres ; maximum qu’on peut atteindre, 426,659,922 mètres, fnétiers arrêtés, 7,983.
- DfëRESsioN. — Machines à vapeur, 17; force de Ces machinés; chevaux 258; chevaux ordinaires, 46 ; Perrotines à 3, 4 couleurs et plus, 43 ; machines à planches à 1, 2, 3 et 4, idem, 42 ; tables, 889. Ouvriers : hommes, 1,401; femmes, 101; enfants, 866.' Salaires dans une année, 1,974,925 fr. ; valeur des bâtiments, 4,391,350 fr. ; valeur des machines, 3,739,145 fr.; produits annuels, 24,752,052 mètres; maximum qu’on peut atteindre, 41,517,940 mètres.
- Là consommat ion annuelle de houille pour toutes Cés fabriqués toohté à 225,000,000 kilogrammes. Les petites industries de coton, telles que la ruban-nerie#la bonneterie, etc., ne sont pas comprises.
- COURRIER DE PARIS ET DE LONDRES.
- Lord George Gordon, second 111s du marquis de tluntley, a épousé miss Vaughan ; le comte de Derby est mort ; le roi des Belges a quitté Londres ; lord Normanby y est revenu ; le duc de Somerset a donné une fête au maréchal Narvaez : voilà tous les événements in high life que compte cette semaine. — Du resté, pas un incident, pas un détail inattendu. L’étiquette prévoit tout en Angleterre, et les cérémonies, ou douloureuses, ou touchantes, même les réceptions cordiales, sont dessinées à l’avance comme un ballet; rien n’est abandonné à l’entraînement, à la sensation du moment; nul ne songe à faire un pas en dehors de son rôle, en sorte que le programme officiel de toutes ces solennités en est à la fois le compte-rendu le plus exact, le plus rigoureux : c’est là œuvre non pas de touriste, de nouvelliste, si l’on veut, mais de rédacteur du Peerage : Passons.
- Il y a quelques jours, une commission s’est réunie à propos... je ne sais trop à propos de quoi, à propos du discours de M. Thiers, sans doute, pour aviser aux moyens d’élever une statue à sir Robert Peel. Mais ne parlons (pie beaux-arts : la commission s’est décidée pour le système de la mise au concours, système déplorable qui restreint les moyens, bride l’imagination, et involontairement même assujettit l’artiste à une série de concessions, de considérations désastreuses pour l’essor de l’œu-
- vre , système qui n’a produit que des créations médiocres, qui donne parfois accès au talent , jamais au génie, et que, du reste, nous avons vu même à plusieurs reprises échouer misérablement. Enfin espérons ; d’ailleurs, en fait d’art, lès Anglais ne sont pas bien difficiles, espérons que le concours, pour la statue du grand homme d’État, finira mieux que notre concours de 1848 pour les images de la République; et, patdô minora canamus ; descendons des hautes régions de la disèussion à une historiette (jui est toute une révélation.
- Vous avez entendu parier de la rupture récente de Jenny Lind avec Barnum : exigences, répugnances, reprochés, querelles, résiliation, je n’ai rien à vous apprendre; les journaux américains ont assez prodigué les détails, mais ce que vous ignorez, ce que l’univers ignore, ce qui fera bondir d’étonnement les dèux flancs de la mappemonde, ce qui va faire que toute la ligne, ou plutôt tout le réseau des dilettanti depuis Londres, jusqu’à nos Antipodes, vont se regarder, se secouer partout, se pincer, se fourrer les doigts dans l’oreille, laisser tomber les bras, écarquiller les yeux, pousser du fond du gosier mille petites phrases, coupées par une série incalculable de points d’exclamations, nier,rire, protester, puis enfin s’humilier dans leur goût, dans leur sentiment ou plutôt dans leurs prétentions musicales, reconnaître enfin qu’ils ne sont que des elaqueurs de bon ton, des fanfarons, des hâbleurs, en un mot des sourds de l’Évangile, aures habent... car... car... écoutez-bien ceci... on en aura la preuve officielle dans quelques jours... écoutez-bien et tenez-vous ferme !...
- Jenny Lind, la grande, la belle, lamerveilleuse, l’incroyable Jenny Lind, Jenny Lind la cantatrice éblouissante, qui avait porté les Suédois à un degré d’enthousiasme vraiment inimaginable dans les conditions thermométriques du pays, Jenny Lind—le rossignol — n’a—pas—quitté pendant ces trois dernières années,—Asnières. Elle habite un petit cottage à volets verts, sur la rive gauche de la Seine. Ce cottage s’appelle Chcmiouny. on n’y voit, on n’y reçoitpersonne. Le jardin est ombreux, entouré d’arbres touffus, la maison est discrète, impénétrable, c’est un nid d’amoureux : un grand personnage politique, qui, presque seul de la pléiade de juillet, se laisse complètement oublier ,. cache-là, depuis trois ans, une lune de miel dont le terme n’approche pas encore. C’est un bonheur à la Florian : le rossignol n’est plus qu’un pigeon.
- Quant à la Jenny Lind qui a fait les beaux jours de Londres, c’était tout simplement une figurante de la Porte-Saint-Martin, qui, je ne sais comment, apprit l’aventure, et alla offrir à l’administration des Anglais, quelques notes douteuses, des caprices, des boutades, et un aplomb imperturbable : Elle obtint, on le sait, le plus étourdissant des succès, et, au bout de quelques mois, fit secrètement un très-beau mariage, disparut sans rien dire, ravie de dépouiller sans éclat un nom et un rôle qui, d’un jour à l’autre, pouvaient devenir singulièrement embarrassants.
- Ce qu’apprenant, je ne sais non plus comment, M. Barnum, qui venait de perdre son dernier crocodile, il fit publier à son de trompé que là cantatrice qui, en réalité, s’était embarquée à Liverpool pour l’Irlande, avait pris passage pour les Etats-Unis.
- Là le rôle était bien plus facile à jouer encore, et le montreur n’eut pas de peine à se faire expédier, soit d’Allemagne, soit d’Italie, des volcalises de quinzième ordre sans emploi, qui ont procuré aux chapeliers et aux bottiers de New-York l’occasion de faire annoncer dans tous les journaux combien de dollars ils avaient payé un billet de concert qui, certes, se fût-il agi de la véritable Jenny Lind, eût été beaucoup mieux placé cuire les pattes d’un cheval de Franconi que dans leurs lourdes mains.
- Mais tout récemment Jenny Lind, — Jenny Lind n° 3, — a voulu faire comme la première doublure et comme le chef d’emploi, un beau mariage à n’importe quel arrondissement ; elle a jeté son dernier
- bouquet au nez de Barnum, et......, moins discrète
- que les autres, elle racontait avant-hier toute l'aventure au Ranelagh.
- Les Anglais vont être altérés ; car, je le répète, la révélation est authentique : il y a mieux, c’est que Méry affirme que Jenny Lind n’a jamais existé; ii y a mieux encore, il ajoute que personne n’a chanté sous ce nom ni aux Etats-Unis, ni surtout à Londres; mais ceci est un paradoxe, car j’ai entendu des personnes dignes de foi me vanter la voix de
- cette Jenny Lind vraie ou fausse; d’autres me vanter sa figure, d’autres même plus avancés......Mais
- les hommes sont si fats ! Ab ! de toutes façons, les pauvres Anglais ! Quelle situation ! Les voilà comme M. Leverrier, ils ont perdu leur planète, mais je les mets au défi de la retrouver.
- Croyez bien pourtant qu’ils n’eu auront pas le démenti : ils resteront mélomanes par point d’honneur, et, dans un temps donné, il faudra croire à la légende de Jenny Lind, ou par saint Georges et par saint Dunstan, gare aux hérétiques! On lie se rit point de la vieille Angleterre.
- Dilettanti, donc! clilettanfi, soit, vous l’êtes, et de la bonne façon; mais, hélas! la musique et l’industrie vous font oublier les chevaux,- bientôt ils vous feront oublier les coqs ! Le sport est à l’Opéra ; on ne voit plus que les jockeys aux courses, et le turf ne fait plus guère rêver personne.
- C’est nous, qui à notre tour parodions leur vieille passion, à peu près comme eux parodient notre goût pour la musique : il n’est aujourd’hui question en France que de chevaux ; les spectacles hippiques se multiplient et obtiennent une vogue à faire pâlir Meyerbeer, Victor Hugo et M. Claifvillë. Ecuyèrs, écuyères, chevaux partout ; àl’hip'podrôme, auxarê-nesde la Bastille, à Franconi, au Champ-de-Mars, à St-Germaîn, à la Folie-Asnières : —tous les jours course de chevaux, fantasia de chevaux, danse de chevaux, ascènsion de chevaux; —aujourd’hui courses à Paris, hier à Saint-Omer, demain à Amiens, après-demain steeple-chase à Ville-d’Avray,— sport partout et sous toutes les formes, petit et grand sport; sport de province, sport d’occasion, sport de foire, sport de toutes les qualités, sport mis à la portée de toutes les fortunes et — de tous les chevaux. Nous sômme’s maintenant un peuple de gentlemen ou plutôt de citizens-riders occupés particulièrement à réhabiliter sur tous les turfs de France, depuis le Champ-de Mars jusqu’à Saint-Omer, quelques-unes de ces nobles et maigres bêtes, habituées jusqu'ici à porter la semaine des cerises et le dimanche des clercs d’huissiers sur la route de Montmorency.
- Je crois donc que nous n’avons pas le droit de rire de la mélomanie des Anglais; l’un vaut f’autre e’e nié semble.
- Mais revenons : oublions un instant cette vie, ces goûts ultra élégants, descendons à des détails plus bourgeois :
- L’Opéra a décidément un véritable ténor de force à tenir tête au répertoire. M. Guéyfflard permettra d’attendre patiemment le retour de Roger : il a obtenu cette semaine un grand succès dans les Huguenots, un succès dont Mlle Poinsot n’a qu’une très-faible part : Mlle Marie Dussy a paru dans le rôle du page : Cette tentative n’a point été heureuse. Morelli a débuté mercredi dans V Enfant Prodigue, cela est un événement : l’issue n’était pas douteuse, Morelli a déjà fait ses preuves. Félicitons donc l’administration de tant dé goût et de tant d’activité. En quelques mois quatre opéras, trois ballets et plusieurs débuts remarquables; l’Opéra entre dans une période de splendeur qui séra cet hiver à son apogée.
- Aux Variétés, Derrière le Rideau, en deux actes, a été accueilli par le publie comme une vieille connaissance habillée de neuf: Ce n’est pourtant pas là ce que cherche précisément le public des premières représentations, mais, enfin, la vue des coulisses, les actrices en déshabillé, les acteurs prenant leur nourriture; enfin,le double trou du rideau s’élargissant ou plutôt semblant s’élargir durant une demi heure; cela a été présenté dans vingt vaudevilles, mais cela est toujours curieux pour le Parisien, qui ne cesse de rêver par delà les toiles peintes un avant goût des plaisirs de l’Orient.
- En somme, le nouveau vaudeville ne révèle rien. On avait fait quelque bruit à l’avance autour de la la pièce; on promettait du scandale, des surprises, des personnalités. Or, qu’y a-t-1? qu’apprend-on? que parmi les actrices il en est de très-jolies cl très-fêlées qui sont bêtes à faire aboyer les chiens; que des premiers sujets de vaudevilles, qui sont demandées aux Français, s’étonnent de n’avolr jamais rencontré Molière dans les coulisses; que l’on donne aux débutantes 1200 fr. d’appointements, et que cette somme ne saurait suffire seuh ment aux dépenses spéciales exigées par leur engagement. Qu’apprend-ou? que les actrices envoient promener le directeur et ont des vapeurs à l’occasion; que les directeurs sont inaccessibles pour les jeunes auteurs. Tout cela fVoir la suite à la page iT4.j
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- LIT DE PARADE,
- Par MM. Faudel et Philipps,
- De Londres.
- On sait avec quelle supériorité les Anglais travaillent la tapisserie.
- Le lit de parade dont nous donnons ici le dessin (State Bedstead), sort des ateliers de MM.
- Faudel et Philipps, de Londres.
- Le point qui a été suivi par les fabricants est dit point de Berlin.
- Cet article est fait par des ouvrières brodeuses anglaisess-, et ce qui constitue le point de Berlin, c’est qu’il contient la presque totalité des combinaisons des différents points d’Angleterre.
- Tous les détails sont faits à l’aiguille, et c’est encore ici une des plus riches productions du travail anglais, qui, il faut le reconnaître, occupe, dans cet art, le premier rang parmi les nations les plus habiles.
- Le lit est surmonté, comme le sont presque tous les trônes, d’un riche baldaquin avec des plumes dans un vase; au-dessus sont deux a-mours qui reposent, et qui sont séparés par un écusson sur lequel sont ordinairement les armes des deux familles des époux.
- Au fond et au-dessus du lit, l’Ange gardien, aux ailes déployées, prenant dans ses bras tutélaires deux jeunes enfanls qui lui sont confiés.
- LE PALAIS DE CRISTAL.
- DEUX VERRES
- EN CRISTAL,
- Par M. Corne, de Londres.
- L’art de façonner le verre, à l’imitation de ces beaux verres de Bohême, qui font l’admiration du monde entier, fait des progrès, depuis quelques années, en Angleterre.
- Les deux échantillons qui sont dessinés ci-contre suffisent pour donner une idée du fini de ce travail et de l’élégance des modèles.
- FAUTEUIL
- EN TAPISSERIE,
- Par M. Améiée Couder.
- Dans un numéro précédent, nous avons donné des détails sur un divan destiné à quelque palais, et exécuté par M Couder.
- Cet artiste suppose que dans la galerie où serait placé ce divan, on devrait disposer aux extrémités une table et des fauteuils, ainsi que quelques candélabres et autres ornements en harmonie avec le meuble principal.
- Le fauteuil dont il s’agit, qui peut paraître assez bizarre, est d’une grande beauté. Les lions qui le supportent, et les
- En face, sur ha partie du lit qui s’avance dans la chambre à coucher ( car on sait qu’en Angleterre les lits sont ainsi disposés), est une allégorie du char de l’Aurore.
- De telles finesses de broderie et de tapisserie ne peuvent s’analyser: jl faut les voir.
- LIT LE PARADE, PAU MM. FAODEt ET PUI1.IPPS, DE LONDRES.
- deuxstatues qui sont placées au-dessus sont exé
- cutés avec une grande précision.
- Rien n’égale le fini du travail de tapisserie qui complète cette œuvre ; mais, il faut le reconnaître,nos fabricans de Paris, s’inspirant des chefs-d’œuvre des Gobe-lins, tiennent encore la première place.
- terre en cristal, par m, corne.
- ÏAEÏEÏIL EN TAII6JER1I, p«T >1. AMÉDÉE CORDER.
- VERRE EN CRISTAL, par M, CORSE.
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
- VISITE DE LA REINE ET DU PRINCE ALBERT A L’EXPOSITION.
- Quelques jours avant l’Exposition, la reine et le prince Albert ont voulu visiter le Palais de Cristal, dans l’état où il se trouvait, sans apparat, et pour
- se rendre compte des préparatifs que l’ouverture prochaine de ce grand bazar industriel pouvait demander.
- Dans la matinée, le couple royal s’est donc rendu au Palais, presque sans suite.
- VISITE DE LA REINE ET Dü PRINCE ALBERT A L’eXPOSITIOH.
- La reine et le prince sont arrivés à neuf heures du matin, et ont été reçus par les commissaires chargés des dispositions intérieures de l’édifice. Ils sont restés plus de deux heures à examiner les détails de l’Exposition.
- Déjà quelques arrangements de luxe étaient terminés. De longues et luxueuses tapisseries étaient suspendues au-dessus des galeries et formaient un
- coup d’œil séduisant qui venait ajouter beaucoup d’éclat aux effets de jour que le cristal faisait jouer sur les parois de l’éditice.
- Le transept avait déjà un air de fête. L’absence des objets qui étaient répartis dans les autres divisions du palais ne se faisait pas regretter, tant était pleins de grâce et de force les fleurs et les arbres qui s’élevaient au milieu de celte belle promenade,
- réservée aux nombreux visiteurs de l’Exposition.
- C’est dans la même matinée, avant l’arrivée de la reine qu’avait eu lieu l’intéressante visite des émigrants (jui avaient été admis à voir, avant leur dé part pour les colonies, les magnitiques produits de l’industrie du monde entier C’est la représentation de la visite de la reine et du prince que nous donnons ci-dessus.
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
- a été dit ,et mis en scène bien des fois; on n’a oublié ni le Père de la Débutante, ni le Bénéficiaire, ni les Coylfsses. Tout cela non-seulement n’offense, mais bientôt n’amusera plus personne.
- Une seule remarque : naturellement on a mis un journaliste dans la pièce; naturellement les auteurs lui ont donné un assez vilain rôle. Qu’on accuse en scène les journalistes de dénigrer à plaisir, d’être envieux, soit, cela est classique, et si cela est bien dit nous en rirons, comme les médecins rient quand Molière les appelle assassins. Mais il y a une limite que les auteurs se plaisent depuis quelque temps à franchir : dans les Bâtons flottants, on présente un journaliste, c’est un infâme calomniateur, soit, nous sommes tous ainsi ; mais on donne le rôle à M. Ran-doux, qui a l’air d’un maréchal-des-logis de cuirassiers en bourgeois, et qui parle comme Théramène. Aux Variétés, c’est M. Bâche qui se fait, avec une toilette d’écrivain public, je ne sais quelle tournure et quelle figure impossibles. Certes, j’ai vu des journalistes laids et bêtes, mais jamais je n’en ai vu qui approchassent de certaine laideur artificielle et de la stupidité du rôle qu’on fait dire à M. Bâche.
- Faites des personnalités; frappez sur tel ou tel journaliste, les autres riront si vous frappez fort, mais frappez juste : Maudissez vos juges mais ne les calomniez pas, les journalistes sont des misérables, je le sais, fort jaloux des joyeux vaudevillistes, soit, mais en fait d’esprit sauf quelques exceptions, les vaudevilistes font leurs dimanches et fêtes des mots qui ne servent plus aux journalistes et ce n’est que pour les faire parler qu’ils ne leur empruntent rien.
- English exhibition, à Montansier, est non moins vieux mais beaucoup plus gai. Il ne s’agit pas précisément du Palais de Cristal, mais de ce qui se passe ou qui pourrait se passer à l’entour : un hôtelier encombré, pour avoir un lit de plus à 1 ouer, vend sa femme au marché ; d’autre part, Hyacinthe, pour trouver le vivre et le couvert, se fait domestique; mais ses manières distinguées le trahissent, et il croit pouvoir se permettre d’aspirer à la main de la fille de son maître. Comme toujours, vain espoir ! il n’a pas d’argent. Alors il fait des affaires ; il achète et revend à propos la femme de l’aubergiste. En Angleterre, paraît-il, le prix de cet article peut varier de 27 fr. 50 à 30,000 fr Or, Hyacinthe se débarrasse définitivement du colis au dernier taux, et il épouse une jeune fille très-maigre, ce qui paraît pourtant le rendre très-heureux.
- Une idée neuve est décidément fort rare au théâtre, et les meilleurs faiseurs ont beau se jeter à la piste des idées de tout le monde, ils en sont presque toujours réduits à remettre sans cesse en circulation leur vieil et éternel bagage.
- Croyez pourtant qu’ils en sont plus las que le public : aussi, il faut voir avec quelle ardeur ils poursuivent an flair tout ce qui peut ressembler à un sujet.
- 11 y a quelques jours, c’était sur le boulevard, un vaudevilliste déjà célèbre causait avec un employé surnuméraire au ministère des finances, homme d’esprit du reste : tout d’un coup le surnuméraire dit : « J’ai vu hier quelque chose que l’on pourrait bien utiliser au théâtre? »
- — Ciel ! se dit le vaudevilliste, mais il se contient. On chasse à l’idée, inostensiblement, comme dit le Constitutionnel. Dites-moi...
- Ici, la conversation est brusquement détournée par le premier interlocuteur qui se met à parler politique : il eût été de la dernière impolitesse de l’interrompre par un retour vers une question futile, et on attend l’occasion : mais l’occasion n’arrive pas, l’employé expose toutes les conditions de la révision de la Constitution.
- — Si nous prenions des glaces dit le vaudevilliste.
- — Soit. Et on entre chez Tortoni.
- Mais l’employé ravi d’être écouté si complaisamment se croit décidément orateur et développe.
- L’heure se passe.
- — Voulez-vous diner avec moi ? dit encore le vaudevilliste.
- — Soit.
- Mais l’employé que le dîner pousse aux confidences a passé brusquement des misères de la France à ses propres misères, aux ennuis de la position de surnuméraire, à la mort de sa tante, à ses peines de cœur, à ses créanciers : il devient de plus en plus difficile sans inconvenance brutale de revenir à la question futile : et le vaudevilliste ne saurait trop ménager un homme qui a une idée : il va jusqu’à lui offrir les services pécuniaires que l’autre pourtant refuse avec dignité.
- Enfin oh se dirige vers le café de phy : Ja soirée est ayqncée : las d’émotion et de logique, l’employé dans l’état de bien-être indicible qui suit un bon dîner, se laisse aller aux propos frivoles : le vaudevilliste ravi ne perd pas un instant: il place sans tarder et le plus adroitement du monde le fameux point d’interrogation qui frémit depuis le matin sur ses lèvres :
- — « J propos..., dit-il, qu’avez-vous donc vu hier que l’on pourrait utiliser pour le théâtre?
- — Ah ! oui, je voulais vous en parler,— la lumière électrique!
- Cela fut dit fort simplement, sans arrière pensée, sans se douter le moins du monde de la bonne malice. Mais c’est là une des moindres déconvenues de cette interminable odyssée dont je vous conterai plus d’un épisode et qui a pour titre: Histoire dé un vaudevilliste à la recherche d'une idée.
- G. I)E BoDCOriVir.LE.
- BAL A GUILDIIALL.
- Nous recevons d’un de nos compatriotes, qui était un des invités au bal donné à la reine d’Angleterre et au prince Albert par la municipalité de Londres, à Guildhall, les détails les plus intéressants.
- C’est mercredi dernier que la reine devait honorer de sa présence le bal qui lui était offert.
- Quelques étrangers de distinction avaient eu l’honneur de recevoir une carte d’invitation : le propriétaire du journal le Palais de Cristal, avait été compris parmi les invités.
- Lé bal était donné dans la salle de Guildhall, construite sur les ruines de f ancienne salle que l’incendie de Londres avait détruite ; et pour cette solennité, l’on avait disposé de la manière la plus splendide le crypte souterrain qui, pendant de longues années, était resié fermé à tous les curieux.
- La reine a fait son entrée à dix heures du soir. Trois coups de trompettes retentissantes ont annoncé l’arrivée de la souveraine.
- Elle a été reçue par le lord-maire, assisté des membres des diverses corporations de la cité, et des yeomen revêtus de leurs brillants uniformes rouges sur lesquels ils portent, comme on le sait, des épaulettes d’or à graines d’épinard.
- A son entrée dans la grande salle, S. M., açcom- : pagnée du prince Albert, et accueillie par les hour-rahs de la foule et au son d’un orchestre qui exécutait l’air national : God save the queen l s’est dirigée vers le trône qui l’attendait.
- Le duc de Wellington, qui suivait S. M., a été accueilli avec un enthousiasme où le sentiment ,de nationalité des Anglais s’exprimait dans toute sa force.
- Au-dessus du trône, se développait le cimier à plumes du prince de Galles, entouré de rayons et surmonté d’une large guirlande sur laquelle étaient écrits les mots : « God save the queen and Prince silbert!»
- La reine a bientôt ouvert le bal.
- Trois immenses salons avaient été disposés pour la danse.
- Le défilé, devant la reine, des personnes présentes, a duré deux heures et demie. S. M. accueillait avec le plus gracieux sourire chacun des assistants qui , en passant devant le trône, s’inclinait respectueusement.
- Deux ou trois Français, qui se faisaient remarquer par leur longue barbe au milieu des Anglais qui n’ont pas encore pu se décider à nous imiter sous ce rapport, ont attiré l’attention particulière de la reine et du prince Albert. Le nom de ces Français et leur qualité étaient répétés à S. M., qui a fait à nos compatriotes l’honneur d’un accueil tout à fait sympathique.
- Notre collaborateur, accompagné de M. Virtue, éditeur de l’Art-Journal, chef d’une des corporations de la Cité, a particulièrement attiré l’attention delà reine et du prince Albert qui ne laissaient échapper aucune occasion d’exprimer leur bienveillance en faveur de ceux qui leur sont signalés comme les promoteurs du grand fait de l’Exposition de Londres.
- Nous devons donner quelques renseignements sur la manière dont les salles de Guildhall étaient ornées.
- D’élégantes banquettes plaçées au milieu de la salle de bal, se trouvait protégées par des cordons de soie rouge destinés à faciliter la circulation, et formaient aux allées qui conduisaient, aux quadrilles placés aux extrémités.
- Rien ne peut donner une idee exacte de l’éclat de la grande salle :
- Partout s’élevaient des guirlandes de fleurs aj?ti ficielles sans nombre, s’entrelaçant et entourant les pilastres, puis s’élevant comme autant de girandoles jusqu’au plafond.
- Vis-à-vis le trône resplendissait un miroir tournant en forme d’étoile, comme on en voit à Londres et que l’on appelle the dissolwing views--. de distance en distance, on rencontrait les membres des corporations qui portaient une longue canne surmontée de leurs armes.
- Dans plusieurs salles qui avoisinaient la grande salle, on avait disposé des espèces de dioramas ; l’un deux représentait la Création du Monde. On voyait sur le devant, éclairé en rouge, le Démon, et dans le fond du tableau le Paradis terrestre, Adam et Eve, disposés de manière à faire la plus complète illusion.
- Mais ce qui était de nature à exciter la plus vive curiosité, c’est le crypte où a été servi le souper.
- Deux salles avaient été disposées à cet effet : Dans l’une, était dressé un buffet très-richement chargé où les danseurs conduisaient les danseuses, ainsique cela se pratique en Angleterre; chez nos voisins, la politesse ne consiste pas à reconduire immédiatement à sa place la jeune femme ou la jeune fille qui vous ont fait l’honneur de vous accorder une contredanse, mais il est de bon goût d’offrir à sa partner de venir au buffet, où on lui sert ce qu’elle désire.
- Dans une autre salle était servi le souper, souper d’une richesse et d’une profusion sans égale : On aurait pu se croire en France. Le champagne y était versé à foison.
- Le plus curieux spectacle était donné aux assistants : on remarquait, de distance en distance, des hérauts d’armes couverts de leurs armures de fer, le casque fermé, et portant des torches pour éclairer ce crypte. Rien de plus original que cet éclairage fantastique.
- Le souper a commencé à minuit et demi.
- La reine s’est retirée à une heure du matin.
- Il est impossible de décrire l’air de fête, la joie qui s’épanouissait sur tous les visages : Les Anglais, en recevant leur reine, dans cette solennité, semblaient traduire par l’abandon respectueux auxquels ils se livraient, le bonheur que cette grande nation éprouve à jouir d’une prospérité matérielle qui s’est répandue sur toutes les parties du globe, èt dont l’Exposition de 1851 est le signe le plus caractéristique et le plus éclatant.
- EXPOSITION GÉNÉRALE DES |$XUX ARTS
- A BRUXELLES.
- Au moment de mettre sous pressp, pops apprenons que lë gouvernement belge à décjje qji’uhe exposition générale des beaux-arts a'uxaff lieu à Bruxelles. En voici le programmé tel qu’il a été "arrêté par M. le ministre de l’Intérieur, en Belgique.
- L’Exposition commencera le 15'août et se fermera le 3! octobre.
- 1 Elle est ouverte aux productions des artistes vivants belges, ou étrangers.
- Les objets envoyés à l'Exposition, doivent être adressés à la commission directrice de l’Exposition générale des beaux-arts à Bruxelles, ejt être accompagnés d’une lettre indiquant exactement le nom et le domicile de l’artiste, ainsi que l'exposition à in--sérer au catalogue.
- Les colis expédiés de l'étranger doivept être affranchis, seulement jusqu’à là frontière belge.
- Nul objet d’art ne sera reçu après je 25 juillet, si ce n’est les objets ayant figuré à l’Exposition universelle de Londres, dans le cas où cette Exposition serait fermée avant le Ier octobre. Tout objet exposé ne peut être retiré avant le 31 octobre.
- Le jury d’admission ne recevra que des tableaux, statues, bas-reliefs, gravures, ciselures et lithographies.
- ' Il refuse toute copie, tout tableau, dessin ou lithographie sans cadre, et tout objet ayant déjà paru dans une exposition publique à Bruxelles.
- Les gravures ou lithographies ne sont admises que lorsqu’elles sont envoyées par leur auteur ou avec leur autorisation écrite.
- Des médailles et récompenses seront accordées aux auteurs qui en auront été reconnus dignes.
- Les artistes pourront se servir de l’intermédiaire de la commissiou directrice pour la vente de leurs œuvres. En cas de vente, une retenue de 3 0/0 sera faite au profit de la Caisse centrale des artistes belges.
- Les artistes ne seront admis à réunir leurs tableaux ou à caser leurs ouvrages de sculpture en marbre que le jour de l’ouverture du salon.
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- ENRAYAGE DES LOCOMOTIVES. —Depuii? qu’il existe
- des chemins de fer, ou pour mieux dire, depuis que le premier déraillement de convoi attira l'attention de l’industrie sur les moyens de prévenir d’aussi terribles accidents, nombre d’essais ont été tentés dans le but d’enrayer instantanément les locomotives. Ces essais ont-ils répondu à l’attente de leurs auteurs? bêlas! non, puisque nous voyons trop souvent se reproduire les malheurs que l’industrie s’est efforcé de prévenir.
- Cependant, nous venons de voir un nouveau système dù à AI. Aubineau et par l’application duquel le déraillement des convois ne serait, croyons-nous, plus à craindre.
- Notre opinion s’est formée sur celle que des hommes spéciaux ont formulée dans des termes qui ne laissent aucun doute.
- D’abord, lorsque le mémoire descriptif et le modèle en furent déposés à l’Académie des arts et métiers par M. Aubineau, le corps savant adjoignit à la section de mécanique et de construction des machines , chargé d’examiner l’un et l’autre, deux commissaires, ad-hoc-, attachés comme chefs à des ateliers de chemins de fer, dans le but d’obtenir un jugement basé sur des connaissances à la foi$ spéciales et pratiques.
- Cette commission constata, en effet, que le système de M. Aubineau, à part quelques légères modiüca-tions (lesquelles ont été apportées depuis au modèle) atteignait le but que se proposait son auteur; que, notamment, le timon de la détente, destiné à séparer instantanément le convoi de la locomotive, en cas de danger réel, peut effectivement remplir ce but et qu’entin l’efticacité du levier d’enrayage parut aux commissaires hors de doute tant sous le rapport de la facilité et de la prompt tude ayec lequel on peut le faire agir, que de sa puissance et de sa résistance, soit qu’on veuille détacher la locomotive du tender, au premier signal d’alarme, soit qu’on se trouve obligé d’arrêter, pour un motif quelconque.
- Cette dernière disposition parut à la commission susceptible d’une application heureuse et mériter les encouragements de l’Académie.
- Une mention honorable fut en conséquence dé,-cernée à M. Aubineau, pour son système breveté d’enrayage de wagons , tenders et locomotives.
- Il semble qu’un système qui réunit des adhésions spéciales de la nature de celles dont nous parlons, devait être l’objet de quelques essais sur les chemins de fer. Plusieurs ingénieurs des plus distingués en avaient même exprimé le désir aux administrateurs des chemins auxquels ils étaient attachés; mais nous croyons que la perspective d’une dépense — qu’on s’était exagérée sans doute (1) — paralysa les bonnes intentions des personnages qui auraient pu prendre une heureuse initiative.
- Le système de M. Aubineau est donc encore à l’état de projet, de plan et de modèle.
- Cependant, si les hommes honorables et les savants qui se trouvent placés à la tête de nos chemins de fer voyaient, comme nous l’avons vu, fonctionner l’appareil qui nous occupe, nul doute qu’ils ne s’empressassent de l’adopter.
- Nous comprendrions les retards que subit l’application de ce système, si l’enrayage ne se produisait qu’à l’une des voilures dont se compose le convoi. En ce cas, malgré son efficacité bien constatée, l’effet de ce système n’étant que local, risquerait d’être annihilé parla force d’impulsion. Mais cela a été prévu. Un appareil imitant les réveils est placé à chaque extrémité du train pour servir aux gardes à s’avertir réciproqmment au moment du danger.
- L’avertissement transmis avec la rapidité de la pensée, l’enrayement a lieu aussitôt simultanément. Le frein a agi en tête et en queue, et le convoi est arrêté.
- Nos observations seront entendues, nous n’en doutons pas, parun public intelligent et par des administrateurs habiles. Si elles n’ont pas toute l’autorité désirable pour faire adopter un système, elles auront, du moins, le mérite de l’opportunité; car le dernier accident arrivé sur le chemin de fer de Tours à Poitiers est trop récent pour (pie le public en ait déjà perdu le souvenir.
- serrurerie de luxe.—M. Amédée Cugnot à ex-posé à Londres plusieurs riches ferrures [tour por-
- (i) M. Puilippe, ingénieur mécanicien, après avoir examiné le moàèle, proposait à M. Aubineau, d'établir les premiers au prix de trois mille francs et ne faire les suivants au prix que coûtaient ceux établis d’après l’ancien système.
- tes à deux ventyux, qui rivalisent avec ce que l’Angleterre a produit de plus élégant dans .ce genre.
- La fabrique que M. Cugnot possède en Picardie, produit, sous la marque A. A. G., un assortiment complet d’objets de quincaillerie ,et de serrurerie mésestimés non-seulement en France, mais à l’étranger, où il en exporte annuellement pour des sommes considérables.
- Ou sait que la.chose 1 api us difficile à obtenir, pour certaines industries, est la notoriété de la marque de fabrique, ou chiffre de maison. M Cugnot est depuis longtemps en possession de cet objet important. Ses produits n’ont plus besoin d’autres recommandations que foï trois lettres ci-dessus mentionnées. Aussi, les Anglais, grands appréciateurs de l’industrie du fer, s’arrêtent-ils longuement devant les objets exposés par notre compatriote.
- instruments de musique. — Le mélophone fut inventé à la lin du dernier siècle. C’est l’un des instruments qui possèdent la plus grande variété de sons. Avec le mélophone on peu! jouer deux parties à la fois, soit à la tierce, soit à la sixte, soit par octaves, et l’on obtient de très-beaux effets d’orchestre par la faculté qu’il a de reproduire tous les accords.
- La forme actuelle est celle d’une guitare. Ce qui ne prouve pas que sa forme primitive fût aussi légère et aussi gracieuse.
- Le doigté du mélophone est celui du violon, mais beaucoup plus facile; en ce sens que tous les sons étant faits, il ne peut exister de fausse intonation. Il n’est pas non plus nécessaire de démancher puisque Ton possède quatre octaves sans changer la position : ainsi, les deux grandes difficultés du violon, — toucher juste et démancher—sont complètement supprimées dans le mélophone.
- Cet instrument, comme onleyo.it, se recommande par de nombreuses qualités.
- Il serait trop long d’énumérer ici tous les perfectionnements qui ont été apportés au mélophone depuis son invention, et notamment par M. Jacquet, le professeur. Nous nous bornons à indiquer les sui-yantes :
- Basses rendues plus justes et plus sonores, et tous les autres sons rendus'plus purs par la disparition des firisements qui se manifestaient au moindre .contact. Substitution ‘de lames nouvelles infiniment moins cassantes que les anciennes; addition d’une touche à chacun des sept rangs du clavier trqnspo-siteur ; ce qui complète le système mélophonique.
- Le mélophone, avec les perfectionnements que nous indiquons, av .it été admis à l’Exposition de Londres; mais M. Jacquet s’est borné à T exposition de l’orangerie des Tuileries. C’est là que nous avons recueilli les notes qui précèdent.
- M. Jacquet est en outre l’auteur d’un Traité des Transpositions que les connaisseurs ont beaucoup apprécié.
- assurances.—Tout le monde a été à même d’apprécier les services qu’a rendus à la société l’introduction du principe de l’assurance dans les affaires. Mais à la suite de la révolution de février, un sentiment général de crainte se manifesta, et le chiffre des contrats, pour les diverses .applications de l’assurance, diminua d’une manière regrettable.
- Heureusement la stagnation ne fut pas de trop longue durée; peu à peu la confiance revint, et les principales compagnies virent affluer les adhésions de manière à prouver que la conviction de l’efficacité de l’assurance était profondément enracinée dans l’esprit public.
- Nous n’en voudrions pour preuve que la situation actuelle de la Caisse Paternelle.
- Cette compagnie a vu depuis quelque temps le chiffre de ses opérations s’élever au même niveau qu’il avait atteint dans les années les plus prospères qui précédèrent la révolut'on.
- Il est vrai qu’elle sc distingue entre toutes les compagnies d’assurances sur la vie, par la faveur dont elle jouit dans le public des villes et des campagnes par son crédit, fondé de longue main, par l’importance de ses affaires, enfin par son mode d’opération lui-même,.qui présente les garanties les plus sérieuses aux personnes qu’elle assure.
- Voici comment :
- Aux différentes combinaisons assurances mutuelles ou d’assurances a prime fixe, la Caisse Paternelle réunit la contre-assurance, qui garantit la conservation du capital versé; X assurance en cas de décès, qui donne la certitude à l’assuré de laisser une rente ou un capital proportionnel au chiffre de
- ses versements ; enfin, la rente viagère, qui crée un revenu dont l’assuré jouit jusqu’à son décès.
- Nous n’avons pas ici à plaider la cause du principe de l’assurance ; il est entré dans nos mœurs aussi avant que les bonnes institutions puissent en -trer dans les mœurs d’un peuple intelligent. Des faits qui intéressent nos lecteurs existent, nous les constatons avec plaisir. Puissions-nous donner une nouvelle impulsion au mouvement qui porte les hommes à assurer leurs biens contre toute espèce de sinistres, puissions-nous v,oir bientôt en France le développement que l’assurance sur la vie a pris en Angleterre.
- — Puisque nous effleurons la question de l’assurance, nous signalerons à l’attention des commerçants le Ducroire, compagnie nquvelje d’assuran.-ces contre les faillites.
- On sait cjue cette compagnie a pour but de rembourser immédiatement aux assurés les pertes qu’ils éprouvent par suite dp faillites ou de cessar lions dé paiements, de représenter .et défendre leurs intérêts,dans toutes les affaires çonteipieuses, et dé leur fournir des r.ensèignejnepts sur les acheteurs.
- Le Ducroire se met en mesure /de remplir le premier de ces objets, eu écartant avec sçin topte évar luation arbitraire du risque et toute fausse déclaration. -Comme complément de garantie à cet égard, jl a fait, avec un remarquable d scerncment, la classification des risques, de mànl.èçe à proportionner équitablement la quotité contributive aux chances courues, et à donner ainsi les mêmes avantages à toutes les opérations commerciales-
- Voici cette classification avec le chiffre de la quotité contributive :
- 1 ° La vente aux fabricants, négociants en gros ou commissionnaires, taxée de 48 à 28 çe.ntirue§ de /contribution par 4 00 fiv; 2‘> la vent(e au commerce de demi-gros, taxée de 40 à 50 centimes; 3° la vente au commerce .de détail, taxée de 65 à 75 centimes ; 4° la vente aux déjntants, colporteurs, marchands forains, etc., taxée de 90 ,c. à 4 fr.
- C’est ainsi que la compagnie dont nous examinons le caractère est parvenue, par l’exacte appréciation de l’inégalité <teç périls, à établir une égaillé parfaite entre les assurés de toutes les.catégories.
- Ce,s bases d’opération et la condition du paiement aussitôt après la constatation régulière du sinistre, ont appelé sur cette compagnie, dès sa fondation, un nombre considérable d’adhérents.
- Nous avons remarqué aussi une innovation heureuse introduite dans ses statuts.
- Chaque année les bénéfices sont partagés entre tous les assurés par la création de titres destinés à devenir des actions et portant intérêt.
- Les sociétaires trouvent auprès du bureau du contentieux de la compagnie des avis gratuits sur toutes les affaires civiles et commerciales qui peuvent les intéresser; les renseignements sont complets.
- La direction de cette compsgnie est confiée à M. •Maillet, dont le nom se recommande de lui-même aux hommes d’affaires.
- CORRESPONDANCE.
- M. !)..., à Douai (Nord). Deux dessinateurs sont chargés en ce momen t de la reproduction des ma chines les plus importantes. Celle que vous nous signalez a particulièrement adiré notre attention. Le pro. bain numéro en contiendra la gravure et la notice.
- M. à Berne (Suisse). Si nous n’avons pas encore fait le compte rendu de l’Exposition de votre pays, croyez bien que ce n’est pas par le motif ijue vous nous dites. Vous ne tarderez pas, d’ailleurs, à vous apercevoir que nous nous occupons de l’industrie Suisse.
- M. À. L..., à Roquemaure (Gard). M. le directeur des postes a donné les ordres les plus sévères dans son administration , pour que les irrégularités dont quelques personnes se sont plaintes ne se représentent plus. '
- M. F. K..., à Caen (Calvados). Dorénavant nous publierons les sujets dont vous nous parlez.
- M. T. M..., à Joigny (Yonne). Il nous était impossible de traiter la question dont parle votre lettre. Nous attendons le moment opportun.
- M. J. A., à Ferrare (Etats-Romains), vos renseignements nous serviront en temps et lieu.
- M.T. C..., à Milan. Vous avez tort de croire que le Palais de Cristal s’occupe exclusivement des intérêts français. En nous lisant attentivement, vous auriez pu vous convaincre de notre impartialité.
- Iœ gérant : MANSARD.
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- LE PALAIS DE CRISTAL
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- Situation des encaissements et souscriptions au mois de mai 1851.
- Fonds des Associations.
- Les associations de la Caisse Paternelle possédaient au 30 avril I85i : 1,629,889 fr. de rente 3 p. 100, ayant coûté
- Achats effectués en mai 1831.
- 7,313 de rente 3 p. 100, ayant coûté
- . Associations liquidées.
- 84,7 u de rente 3 p. too, ayant coûté
- 1,721,913
- Totaux au 31 mai 1831. Souscriptions.
- La Caisse Paternelle a reçu dans le courant du mois de mai :
- 315 souscriptions, montant à Précédemment 58,383 — —
- Associations liquidées.
- 5,413 souscriptions, montant à
- 62,413
- Totaux au 31 mai t83l.
- 33,660,638 fr. 21 c. 132,684 63
- 1,957,537 85
- 3 .>,7^0,880 71
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- 83,352,289 41
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- LE PALAIS
- DE CRISTAL
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- JOURNAL ILLUSTRÉ DE L’EXPOSITION DE 1881 ET DU PROGRES DES ARTS INDUSTRIELS.
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- SOMMAIRE.
- Biographie de Daguerre.— De la Photographie. — Séance annuelle de l’Association des peintres, graveurs, dessinateurs, architectes, etc.; adhésion aux principes de notre journal, dans le compte-
- rendu fait parM. Datjzats.— Revue de l’Exposition de Londres : Articles de M. Jobard (de Bruxelles). — Polyorama, article deM. Albert LENOrR, architecte.—Fête d’Amiens.—Faits industriels. — Souscription à un monument, pour MM. Daguerre et Niepce. — Courrier de Paris et de Londres. —Faits divers. — Correspondance,
- DESSINS.
- Portrait de Daguerre. — Globe.— Tapis.—Statues de la Diseuse de bonne aventure et de Saplio.—Piano d’Erard.—Bouclier.—Divan. — Armes de chasse.—Pistolet.—cimeterre et son fourreau.— Crosse de fusil. —M. Alfred Quidant. — La Vierge et l’Enfant, — Pelles et pincettes —Devant de cheminée.
- DAGUERRE.
- DU DAGUERRÉOTYPE ET LA PHOTOGRAPHIE
- DE
- Léonard de Vinci — Porta —
- Charles Wedgwood — Hum-phrey Davy — Niepce et Daguerre—Talbot —M. Blaquart Evrard — Histoire de la photographie.
- Daguerre (Louis-Mandé) né en 1787, à Corneille, vient de mourir. Il venait donc d’accomplir sa soixante-quatrième année quand la mort vint le frapper. Personne n’a résolu d’une manière plus évidente et plus palpable, dans sa vie d’artiste, le problème de l’alliance de l’art et de l’industrie ; et c’est à ce titre que nous nous emparons de cette physionomie curieuse et intéressante : parlons de M. Daguerre et des merveilleuses découvertes qu’on doit à son génie, ou, comme dit Newton, à sa patience.
- Les découvertes peuvent être le fruit du hasard; mais cependant, si l’on consulte l’histoire de l’Invention, on regardera comme certain que, le plus souvent, c’est à la patience constante du travail que l’humanité doit les inventions qui lui ont apporté les bienfaits les plus efficaces.
- Qui peut dès lors contes- -
- ter les droits du génie à la • DAOt
- jouissance de la propriété intellectuelle!...
- Dès son enfance, Daguerre, que sa vocation avait entraîné vers l’élude de la peinture, et que son naturel ardent, peut-être un peu poétique, ne pouvait retenir sur le terrain étroit d’une surface limitée comme celle d’une toile de chevalet, Daguerre entrait chez Degotti, décorateur italien, qui était chargé des décors de l’Opéra.
- La main du maître était lente à exécuter ce que la conception toute particulière de son esprit lui inspirait : Le jeune élève fut remarqué par Degotti, par son ardeur vivace, par la promptitude de sa main, par la perfection du faire avec lequel il secondait, traduisait, rendait exactement la pensée créatrice du maître.
- Il fallait que les illusions de l’art dramatique suivissent, dans le domaine
- de la réalité, les proportions de la science ; et il était donné aux hommes qui, depuis le commencement de notre siècle, ont été les interprètes de la pensée dominante du monde moderne, de réaliser par des procédés techniques les calculs de la science : en un mot, il fallait appliquer la science à l’industrie, et relever le travail matériel par les découvertes de l’art.
- Daguerre se préoccupa, dès le début, d’une seule pensée, et il réussit à triompher des obstacles que cette pensée soulevait devant lui : il voulut chercher et il pénétra les mystères de ces jeux étranges, surprenants, imprévus, dont la lumière est le mobile, et qui, à l’heure où nous parlons, n’ont pas dit le dernier mot, puisque la lumière électrique est en voie d’innovation et de
- progrès....Attendons.
- Jusque-là, l’art des décorations était à l’enfance : on ne cherchait à rendre les effets que par l’agencement des couleurs; mais la lumière et ses prodigieuses combinaisons n’étaient pas l’objet principal des études du décorateur. Daguerre, lui, voulut surtout demander à la lumière mE la réalisation la plus ap-
- proximative possible des aspects de la nature :• il choisit une scène où il lui fut permis d’appliquer librement les préoccupations de son esprit; ce fut au théâtre de V Ambigu-Comique, que l’artiste parvint à des résultats qui tirent révolution dans son art.
- On se rappelle les effets de lune du décor du second acte de Calas, et les toiles si vraies du Songe, du Belvédère, des Machabées, etc., etc. Mais ce n’étaient là que des jalons sur la route que Daguerre devait parcourir.
- Le I I juillet 1822, une foule nombreuse sillonnait les boulevards. On se rendait à un établissement tout nouveau, et dont quelques spectateurs privilégiés avaient exalté les merveilles. L’illusion était telle que les visiteurs de cet établissement ne pouvaient en croire leurs yeux : Il semblait, sans exagération aucune, qu’une fois introduit dans l’édifice qui portait le nom de
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- LE PALAIS DE CRISTAL
- Diorama, on eût ouvert une fenêtre d’où l’œil découvrait la belle et immense Vallée de Sarnem, en Suisse : puis, un instant après, sous le jeu d’un appareil qui, en faisant tourner le public assis sur des stalles, semblait l’emporter dans quelque voyage fantastique, le visiteur du Diorama voyait s’ouvrir une porte ; et tout à coup une chapelle aux vitraux gothiques, dont la cloche tintait, invitait à la prière: car ce n’était plus une toile, ce n’était pas un tableau, c’était bien la chapelle d’Holy-rood.
- Rien ne peut rendre compte des émotions que produisit, à Paris, cet étrange et splendide invention; en 1822, le génie de M. Daguerre avait résolu le premier le problème des illusions les plus saisissantes, en surprenant les secrets de la lumière.
- Pendant quinze ans, l’artiste livrait au public le spectacle le plus curieux. Toutes les combinaisons de la lumière, depuis les aspects les plus sombres, comme l’effet des voûtes intérieures de Saint-Etienne du-Mont, jusqu’aux effets d’un éclat éblouissant, comme la vue du Temple de Salomon, étaient réalisées. Depuis quinze ans, le public de Paris admirait cette œuvre, véritable conquête de l’art sur la matière, lorsqu’un incendie dévora les belles productions du Diorama.
- Mais Daguerre. ne voulait pas être vaincu : si le feu avait voulu se venger des audacieuses découvertes de ce Prométhêe de la lumière, il ne put arrêter l’essor de sa volonté, et la lumière devint bientôt captive.- Daguerre forgea ses chaînes: le Daguerréotype fut inventé.
- La photographie est une de ces découvertes qui prennent place parmi les merveilles les plus imprévues que l’esprit humain puisse accomplir ; et il est glorieux pour notre siècle que l’on ait à enregistrer parmi les grands faits de l’humanité la découverte des propriétés de la vapeur, et la photographie.
- Léonard de Vinci, le .grand peintre de la renaissance, avait posé la première base de cette merveilleuse découverte, en jetant les premiers fondements de la théorie physique de la vision, et en trouvant le principe de la chambre noire.
- C’est, en effet, la chambre noire qui sert de point de départ à la fixation de la lumière par le daguerréotype. Tout le monde sait ce que c’est que ce curieux appareil, au moyen duquel les rayons lumineux, après avoir été réfléchis sur un miroir incliné et placé à la partie supérieure d’une espèce de cheminée, traversant une lentille convergente, viennent peindre les images redressées des objets par le miroir sur le papier du dessinateur.
- Ce fut vers la fin du seizième siècle que Léonard de Vinci découvrit cette propriété fort curieuse; et un siècle plus tard un physicien napolitain, Porta, perfectionna ou plutôt appliqua ce que le grand peintre de François Ier n’avait fait qu’indiquer.
- Voici quelle fut l’origine de la photographie :
- Lorsqu’on perce un petit trou dans le volet d’une fenêtre, tous les objets extérieurs viennent se peindre d’eux-mêmes sur le mur de la chambre qui lui fait face, en conservant leurs rapports de grandeur et de position, et même leurs couleurs. On rend l’expérience plus complète, si on place dans le trou du volet un de ces verres bi-convexes que les physiciens appellent une lentille.
- Dans le premier cas, l’image n’est pas exempte d’un peu de confusion, et, dans le second cas, au contraire, elle acquiert une netteté admirable.
- C’est à Porta que l’on doit l’idée d’avoir appliqué la lentille à ce nouvel usage.
- Or, il existe une substance dont les propriétés sont très-curieuses : c’est le chlorure d’argent. Les alchimistes l’appelaient lune cornée. C’est une poudre blanche qui se forme lorsqu’on verse une dissolution de sel marin dans une dissolution de nitrate d’argent. Au moment où il vient d’être préparé, le chlorure est blanc, mais il ne conserve sa blancheur que dans l’obscurité. Si on l’expose à la lumière, il noircit et cela d’autant plus vite, que la lumière a plus d’intensité. 11 résulte de celte propriété que si on couvre une feuille de papier d’une couche de chlorure d’argent, et qu’on l’expose au loyer d’une chambre noire, elle reproduit, dans ses moindres détails, l’image qui tombe à sa surface, les parties vivement éclairées de l’image étant accusées par des noirs puissants, et les demi-teintes par des gris plus ou moins foncés. Ces deux actions : la formation de l’image par la chambre noire, et l’impression de cette
- image au moyen du chlorure d’argent, résument toute la science de la photographie (1).
- La pensée qui résulta de cette propriété du chlorure de fixer les objets tracés par la lentille de la chambre noire frappa l’esprit d’un physicien français, chargé d’un cours dans les salles du Louvre, il y a cinquante ans. M. Charles produisit des silhouettes au moyen de la lumière par ce procédé.
- Wedgwood, en Angleterre, et sir Ilumphrey Davy l’avaient aussi appliqué ; mais toutes ces tentatives étaient timides, incomplètes; et la véritable étude des facultés du chlorure d’argent ne commença que vers l’année 1827, lors des essais presque simultanés de M. Daguerre et d’un ancien officier retraité à Châlon, M.Niepce, qui s’occupait de sciences avec succès.
- Déjà même, en 1826, ce dernier s’était mis en rapport avec la Société Royale de Londres et avait adressé un mémoire de ses travaux de photographie.
- Pendant le même temps, Daguerre travaillait de son côté ; et sans le savoir, ces deux artistes suivaient à peu près sur les mêmes données une découverte qui devait les unir pour la même gloire. Un opticien de Paris, ami de M. Niepce, vint faire part à Daguerre des travaux de celui-là; et une correspondance s’établit entre les deux chercheurs.
- En décembre 1829, un traité fut conclu entre eux, et M. Niepce communiqua à M. Daguerre tous les faits relatifs à ses procédés photographiques.
- Les inconvénients de ces procédés frappèrent l’esprit de son associé. Yoici comment M. Arago les détermine :
- « Après une multitude d’essais infructueux, M. Niepce avait, à peu près, renoncé à reproduire les images de la chambre obscure; c’est que les préparations dont il faisait usage ne noircissaient pas assez vite sous l’action lumineuse; c’est qu’il lui fallait dix à douze heures pour engendrer un dessin; c’est que, pendant de si longs intervalles de temps, les ombres portées se déplaçaient beaucoup; c’est qu’elles passaient de la gauche à la droite des objets; c’est que ce mouvement, partout oü il s’opérait, donnait naissance à des teintes plates, uniformes; c’est que, dans les produits d’une méthode aussi défectueuse, tous les effets résultant des contrastes d’ombre et de lumière étaient perdus; c’est que, malgré ces immenses inconvénients, on n’était pas même toujours sûr de réussir ; c’est qu’après des précautions infinies, des causes insaisissables, fortuites, faisaient qu’on avait tantôt un résultat passable, tantôt une image incomplète, ou qui laissait çà et là de larges lacunes; c’est, enfin, qu’exposés aux rayons solaires, les enduits sur lesquels les images se dessinaient, s’ils ne noircissaient pas, se divisaient, se séparaient par petites écailles. »
- Tous ces inconvénients furent vaincus au moyen des procédés employés par Daguerre.
- On ne peut se faire une idée de la stupéfaction avec laquelle le monde savant accueillit la merveilleuse découverte de cet artiste. On se rappelle avec quelle ardeur on se rendait, en 1839, au Palais-d’Orsay, qui, à cette époque, était en construction. Là, dans une salle immense, où l’on avait fait l’obscurité, nous voyons encore M. Daguerre expliquant, devant un auditoire nombreux de femmes élégantes, de savants accourus de tous les points du globe, de littérateurs et d’artistes, les procédés qu’il employait, et, en quelques secondes, livrant à notre admiration des plaques argentées, sur lesquelles venait se produire, devant nous, sous nos yeux, à l’instant même où il parlait, le pont Royal, les bains Yigier, les Tuileries et quelques voitures qui stationnaient, dont l’image avait pu être saisie, dans ce travail spontané et si vif de l’action de la lumière, sur la lentille de son merveilleux instrument, auquel tout le monde donna, par acclamation, le nom de Daguerréotype.
- L’Etat se préoccupa de cette découverte. Une pension de 6,000 francs fut allouée à Daguerre, une de 4,000 à M. Niepce fils, et dans son rapport, M. Arago ne tarit pas d’éloges sur ce fait considérable qui devait donner aux arts un moyen si puissant, si décisif de propagation.
- A ce propos, le savant accadémicien faisait ressortir aux yeux des membres delaChambre des députés, les immenses services qu’eût rendus en 1798, à la commission de l’Egypte, les procédés du Daguerréotype, et il traitait, comme il suit, cette
- (i) Voir l’excellent ouvrage de M. Blanquart-Evrart, de Lille, publié par Lerebours.
- question ainsi que celle de savoir quel lien existe entre cette découverte et les arts :
- « Pour copier les millions et millions de hiéroglyphes qui couvrent, même à l’extérieur, les grands monuments de Thèbes, de Memphis, de Karnak, etc., il faudrait des vingtaines d’années et des légions de dessinateurs. Avec le Daguerréotype, un seul homme pourrait mener à bonne fin cet immense travail. Munissez l’institut d’Egypte de deux ou trois appareils de M. Daguerre, et sur plusieurs des grandes planches de l’ouvrage célèbre, fruit de notre immortelle expédition, de vastes étendues de hiéroglyphes réels iront remplacer des hiéroglyphes fictifs ou de pure convention; et les dessins surpasseront partout en fidélité, en couleur locale, les œuvres des plus habiles peintres ; et les images photographiques étant soumises dans leur formation aux règles de la géométrie, permettront, à l’aide d’un petit nombre de données, de remonter aux dimensions exactes des parties les plus élevées, les plus inaccessibles des édifices.
- « Ces souvenirs où les savants, où les artistes, si zélés et si célèbres attachés à l’armée d’Orient, ne pourraient, sans se méprendre étrangement, trouver l’ombre d’un blâme, reporteront sans doute les pensées vers les travaux qui s’exécutent aujourd’hui dans notre pays, sous le contrôle de la Commission des monuments historiques. D’un coup d’œil, chacun apercevra alors l’immense rôle que les procédés photographiques sont destinés à jouer dans cette grande entreprise nationale; chacun comprendra aussi que les nouveaux procédés se distingueront par l’économie, genre de mérite qui, pour le dire en passant, marche rarement dans les arts avec la perfection des produits :
- « Se demande-t-on, enfin, si l’art, envisagé en lui-même, doit attendre quelques progrès de l’examen, de l’étude de ces images dessinées par ce que la nature offre de plus subtil, de plus délié : par des rayons lumineux ? M. Paul Delaroche va nous répondre.
- « Dans une note rédigée à notre prière, ce pein-célèbre déclare que les procédés de M. Daguerre : « portent si loin la perfection de certaines condi-« tions essentielles de l’art, qu’ils deviendront pour « les peintres, même les plus habiles, un sujet d’ob-« servations et d’études. » Ce qui le frappe dans les dessins photographiques, c’est que le fini, d’un «pré-« cieux inimaginable, ne trouble en rien la tran-« quillité des masses, ne nuit en aucune manière à « l’effet général. « « La correction des lignes, dit et ailleurs M. Delaroche, la précision des formes est « aussi complète que possible dans les dessins de « M. Daguerre, et l’on y reconnaît en même temps « un modèle large, énergique et un ensemble aussi et riche de ton que d’effet... Le peintre trouvera dans <c ce procédé un moyen prompt de faire des collec-« tions d’études qu’il ne pourrait obtenir autrement cc qu’avec beaucoup de temps, de peine et d’une ma-« nière bien moins parfaite, quel que fût d’ailleurs son « talent. » Après avoir combattu par d’exellents arguments les opinions de ceux qui se sont imaginé que la photographie nuirait à nos artistes et surtout à nos habiles graveurs, M. Delaroche termine sa note par cette réflexion : « En résumé, l’admirable décou-« verte de M. Daguerre est un immense service ren-cc du aux arts. »
- Cependant la science de la photographie n’avait pas dit encore son dernier mot.
- On regrettait que lemiroitage des plaques daguer-riennes, vînt contrarier l’effet de ses procédés : des tentatives furent faites et l’on parvint à l’atténuer; ce fut à une découverte de M. Fizeau que Ton dût les résultats les plus satisfaisants.
- Mais là ne dût pas s’arrêter la découverte de Daguerre.
- En 1834,- un physicien anglais poursuivait déjà la réalisation des procédés photographiques en les appliquant au papier; et non-seulement, M. Talbot obtenait une reproduction fidèle de la chambre noire, mais il multipliait indéfiniment la première épreuve, et se servait de celle-ci comme d’une véritable planche gravée.
- Nous ne pouvons ici donner de détails sur les différents agents employés par M. Talbot, afin d’obtenir raison de ses images inverses ou négatives et de ses images directes et positives : c’est là une partie de théorie photographique que Ton ne peut traiter que spécialement et très-longuement.
- Nous ne dirons qu’un mot : c’est que la méthode du physicien anglais parut très-compliquée; seule-
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- LE PALAIS DE CRISTAL-
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- ment, elle encouragea l’ardeur des photographes ; et, en ce moment, la science s’est enrichie des découvertes définitives de M. Blanquart-Evrard, qui a donné à la photographie le dernier degré de perfectionnement.
- Cependant, tout n’est pas encore dit; tant le génie des arts a de ressources, une fois engagé dans un ordre d’invention qui n’a plus de limites.
- Nous n’avons nul besoin de développer longuement ici les bienfaits que l’art peut devoir à la science dont nous parlons : 11 nous reste à désirer l’application de cet art à l’industrie :
- Jusqu’à ce jour, la photographie a été trop coûteuse pour que l’industrie s’en emparât. Mais depuis quelque temps, les progrès fait sur les données de M. Blanquart Evrard sont tels, que nous touchons au moment où la photographie rivalisera avec l’imprimerie en faille douce et la lithographie.
- Par de nouveaux procédés, chaque épreuve, dite négative peut facilement fournir deux ou trois cents épreuves par jour, qui peuvent être terminées le même jour, et dont le prix de revient n’est pas plus de cinq à quinze centimes !
- Ainsi dans une usine où 30 ou 40 clichés fonctionneraient, on pourrait réussir à produire quatre à cinq mille épreuves par jour.
- Applaudissons à ces découvertes, qui mettent les arts, leurs études, leurs sentiments, à la portée de tous : et terminons en regrettant la mort de Da-guerre, dont la conquête qu’il a faite dans le domaine du monde physique est un des faits les plus considérables de ce siècle, où les arts, les sciences et l’industrie, en se donnant un mutuel concours, assoupliront la nature pour appliquer ses merveilles au le bien-être de l’humanité tout entière.
- Alexandre I-ata,
- Rédacteur en chef, avocat à la Cour d'appel de Paris.
- REVUE DE L’EXPOSITION DE LONDRES.
- I.
- Exposition russe. l’art ET LE GOUT RUSSE.
- L’art et le goût en Russie ne peuvent être que des éiïligrés, diront les gens pour qui Russie et Sibérie, Moscovite ou Cosaque sont encore synonymes ; mais ils seront obligés de changer d’opinion en entrant dans l’enceinte où sont établis les magnifiques témoins de la civilisation artistique de cet empire, qu’on croit arriéré et impénétrable au progrès, parce qu’il est loin du foyer des lumières industrielles. Arrêtons-nous devant la vitrine de M. Sa~ sikoff, argentier de la Cour impériale, qui a ses ateliers à Saint-Pétersbourg et à Moskou. On ne l’accusera pas d’avoir copié ou surmoulé la France, car il n’a pu trouver qu’en Russie ce beau modèle de sapin couvert de neige, au pied duquel se passe un des plus importants épisodes militaires de l’histoire russe, la mort de Demittri Donskoï, rendant l’âme, comme le chevalier sans peur et sans reproche, entre les mains de ses compagnons d’armes.
- Le fait se passe après la bataille de KouJikoff, en 1380, style grégorien. Il est impossible d’adresser un reproche de composition de dessin ni d’exécution à ce groupe, aussi riche qu’original et savamment modelé. L’expression des physionomies et le fini de la ciselure feraient envie à nos plus grands maîtres, qui sont cependant devenus si habiles en ce genre depuis une trentaine d’années. M. Auron lui-même n’aurait rien à critiquer à l’anatomie du cheval qui figure au milieu de cette pièce vraiment impériale, destinée elle-même à être placée au centre de la table du Tsar, d’un boyard ou d’un riche marchand russe , comme M. Goutchkoff, par exemple, riche à 150 millions de fortune. Des bougies plantées à profusion dont le sommet est couronné par une corbeille de fleurs et de fruits qui s’harmonisent mieux qu’on ne le croirait avec l’arbre stérile, mais pittoresque qui la porte.
- L’ensemble de cette belle pièce du milieu est un emblème complet du pays qui l’a produite; guerre, frimats, fertilité, beaux-arts. Trois autres plus petits sujets, véritablement russes, sortis de l’ébau-choir de M. Sasikoff, sont frappants de vérité locale. C’est un chasseur moscovite ramassant un lièvre qu’il vient de tuer et un ours dansant avec son cornac, qu’il semble prêt à étouffer de tendresse; n’oublions pas la jeune paysanne se mirant dans un puits, dont le sujet est tiré d’une ballade populaire de Pouschine, ni des oursons gamin an t. dans les branches d’un bouleau, ni des coupes et cornes à boire, dans le style bizantin-russe, qui paraît des-
- tiné à devenir le fondement de l’église artistique du Nord, dont M. Sasikoff, élève de Y Ecole impériale, sera compté au nombre des premiers pères, si Dieu lui prête vie; car, chose affligeante à dire, mort le fondateur d’une maison artistique, morte la maison.
- Les fils n’héritent pas toujours des talents du père, en héritant de sesécus; nous en avons la triste preuve à l’Exposition même, par l’absence d’une des plus illustres maisons de Paris, dont le goût a disparu avec son fondateur ; car le goût est une propriété ou une faculté personnelle ; un instinct pour ainsi dire individuel et fort rare. Il faut le répéter souvent aux écrivains Parisiens, qui prennent le goût pour une plante de terroir dont la rue Vivienne serait la pépinière. Ils semblent ignorer les pérégrinations du goût, qui, parti de l’Inde où il a laissé de nombreuses traces de son séjour, a longtemps habité la Grèce, puis Rome, puis Bizance, d’où il est passé avec les Maures chez les Espagnols qui l’ont porté à Naples ; de Naples il a gagné Florence pour venir s’abattre en France avec les artistes italiens que François Ier a eu l’heureuse idée d’attirer à sa cour.
- Si le goût paraît s’être définitivement fixé en France, si une école A’estétique s’y est fondée, si Paris est devenu la métropole des beaux-arts et de la mode, depuis un demi-siècle * à quoi le doit-on? Ces messieurs ne s’en inquiètent guère; et vous répondent: « Le goût est dans l’air, dans la lumière, « dans le Vin, dans le climat, dans l’esprit français. « C’est une plante naturelle au sol, enfin ! » Hélas ! ils ne savent pas que cette plante est douée de la locomobilité la plus grande, puisque c’est la plante des pieds, et qu’il suffirait d’attirer une centaine de professeurs de goût hors de France pour désorganiser sa brillante école par les mêmes moyens qui ont servi à la fonder.
- Que l’Angleterre, l’Allemagne ou la Russie, donnent aux créateurs du goût, la propriété de leurs œuvres pendant que la France agitée l’abolira ou l’étouffera, et vous verrez les artistes déserter en masse un territoire inhospitalier qui ne les nourrira plus, pour aller abriter leurs pinceaux et leurs burins à l’étranger, sous l’égide des lois qui protégeront le mieux la propriété de leurs œuvres.
- Cela ne souffre aucune objection.
- La France a été jusqu’ici le seul pays qui ait protégé cette propriété pendant que les autres pays la laissaient exposée au libre pillage delà contrefaçon; La France devrait donc assurer chez elle les hommes de goût et de génie du monde entier. Nous pouvons le dire à la louange de la France; parce que l’hospitalité faite aux arts est une vertu digne de la sympathie universelle; et c’est ce qui est arrivé; vous pouvez vous assurer de la vérité de cette dernière assertion en passant en revue la riche pléiade des dessinateurs de fabrique de Paris, de Lyon et de Mulhouse ; vous y trouverez presqu’autant de noms polonais, suisses, allemands, italiens et même an glais, que de noms français.
- D’oû vient que ces artistes ont abandonné leur patrie , si ce n’est parce que leur patrie ne les protégeait pas ; car, on a beau dire, il n’y a que les gens heureux qui aient une patrie; tout le reste est cosmopolite. Or, la France seule défend encore les produits du génie contre les écumeurs de l’art qu’on appelle surmouleurs, surfondeurs, surcalqueurs sur estampeur s, race de frélons qui pullulent en Prusse; en Suisse et en Belgique.
- Pour qui travailleraient les artistes originaux des contrées livrées à la contrefaçon? Quel fabricant consentirait à payer leurs travaux quand il peut butiner sans frais sur les chef-d’œuvres littéraires, artistiques et scientifiques de la France, en violant le droit des gens et rétablissant le droit d’aubaine à leur profit?
- La Russie a compris que ce vol était; fatal à ses sujets; l’Autriche le comprend, et déjà s’élèvent des écoles rivales qui ne. sont pas à mépriser; l’Angleterre a fait un petit pas en vendant une propriété de deux ou trois ans aux dessinateurs et modeleurs de fabrique, ce (fui a suffi pour donner à l’Ecole britannique un premier élan qui ne s’arrêta plus, si le gouvernement consent à devenir un peu plus généreux à leur égard.
- Non, non, jamais! s’écrient les flatteurs exclusifs du goût français. Nos meilleurs artistes, attirés par des appointements énormes, ont perdu leur talent après deux ou trois ans de séjour dans les fabriques de provinces, et ils ont dû venir se retremper à Pa-
- Cela peut être, et cela sera tant qu’ils n’auront pas formé d’Ecole nationale, tant que quelques élèves ne seront pas assez nombreux pour constituer des centres, des foyers, des corporations artistiques; mais il n’en est pas moins piobable qu’un temps va venir où commencera la lutte du libre-échange entre plusieurs écoles; non moins estimables, mais moins similiformes que cette Ecole française, qui envahit aujourd’hui toute la terre et qu’on a, non pas le malheur, mais le désappointement de rencontrer dans les salons du pacha d’Egypte comme ceux du roi de Suède, dans le palais de Postdam et dans le château de ITIetmann des cosaques, chez Abder Rhaman et chez Soulouque; à Bombay etàArchan-gel ; à Ispahan et à Lahore.
- Ii n’est pas jusqu’au khan de Tartarie qni n’ait son salon orné d’un grand lustre de Denière, de candélabres de Thomire, de fauteuils de Tahan et d’un piano d’Erard, dont l’empereur de Russie lui a fait cadeau, avec le palais de bois à coté duquel il continue à bivouaquer, parce que c’est son goût, sous une tente de poil de chameau, à l’ombre de la grande muraille chinoise.
- Vous conviendrez que ces rencontres de visages connus de Paris à Pékin, du Japon jusqu’à Rome, dépoétisent l’Orient, tout autant que la redingote.
- Quelque gracieuse que soit l’uniformité turque, elle finit par déplaire ; l’admiration est un sentiment qui ne demande qu’à linir.
- Chaque pays doit avoir son goût spécial, son cachet différent, comme son pavillon.
- Trouvez-le mauvais si vous voulez, mais n’oubliez pas que des goûts et des couleurs on ne peut disputer. Il suffit que chacun trouve à se satisfaire.
- Les riches pourront avoir, avant peu d’années, des appartements différents, ornés des chefs-d’œu • vre de chaque école, quand il y aura des écoles partout; et il y en aura quand ils voudront donner la propriété de leurs œuvres aux artistes qui leur font ces plaisirs. L’homme d’Etat qui lira ces lignes et ne les comprendra pas, ne peut être un homme, de goût ; nous le vouons, pour la vie, aux trente mille bronzes de l’empire.
- Jobard (de Bruxelles).
- IL
- Joaillerie russe.
- john et bolin , JoaiUers de la cour de Saint-Pétersbourg.
- Que peuvent nous apporter, en fait de bijoux, les barbares du Nord, comme on nous les faisait appeler dans les collèges de l’empire ?—Un diadème; ce sera sans doute un réchaud découpé en pointes et doré à la détrempe? — Mais non; car l’ouvrier en demande 120,000 fr., et c’est très-bon marché dit-on , pour 1,800 diamants de la plus belle eau et pesant 260 karats, ajoutez-y 1,770 roses et 11 opales dont la principale est sans rivale par ses brillantes couleurs; c’est, en terme de l’art, un arlequin. — Ce n’est pas tout, il y a encore une rivière de 67 rubis pesant plus de 60 karats, d’une pureté irréprochable ; et ce qui n’est pas toujours facile à rencontrer dans cette sorte de gemme, à moins de s’adresser à MM. Goudin et Ebelmen, qui se flattent de faire mieux que la nature, le jour où ils auront fait un feu aussi violent que celui du laboratoire volcanique du grand chimiste que vous connaissez tous, au moins de nom.
- Les dames ne peuvent se détacher de l’écriii de MM. John et Bolin, qui reste entouré d’alouettes, comme le Ko-i-nor, de sorte que nous avons eu beaucoup de peine à compter les facettes qui les magnétisent et qui nous éblouissaient nous-mêmes au puint de ne pouvoir distinguer le sertissage,
- Il a fallu qu’on nous dise qu’il n’y en avait pas et ipie chaque pierre était montée sur griffe , procédé russe (pii ne permet pas le remplissage et que nos joaillers ne se soucieront pas d’employer ; ils diront (pie la dame (pii portera ce diadème, semblable à la déesse delà Rosée, qui sème des perles sur son pas sage , émaillera sa route de rubis et de diamants. Ce qu’entendant nos bonnes mén -gères, elles s’en tiendront aux montures foisonnantes, qui font d’une tète d’épingle un diamant gros comme une noisette. Pourquoi donc se priver de diamants puisqu’on est sur le point d’en faire ?
- Nos savants académiciens sont très-avancés, car ils sont déjà parvenus à changer un gros diamant en un petit morceau de coke de première qualité; il n’y a plus qu’à faire l’opération contraire. Un alcbi-Voir la suite page 182.)
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- LE PALAIS DE CRISTAL
- GLOBE,
- PAR MM, JOHNSTON, b’eDINBURG,
- La vignette que nous donnons ici est un objet de luxe dont tous les détails sont sculptés avec le plus grand soin.
- Le socle sur lequel repose le globe est orné d’attributs spéciaux qui sont appropriés au sujet.
- Les parties du monde y sont personnifiées et entourent la base.
- Diverses productions du globe entourent le support supérieur.
- L’Exposition contient plusieurs globes géographiques qui se trouvent presque tous placés à l’ouest de la galerie centrale du nord, avec les instruments de précision, les daguerréotypes, calo-types, photographes sur verre, etc.
- Celui dont nous donnons le dessin est remarquable par son luxe; il sort des ateliers de MM- Johnston, d’Edin-burg.
- On a multiplié les modes de fabrication de ces globes destinés aux études géographiques, et dont il a fallu rendre le transport facile pour les étudiants et les marins.
- Les formes et les détails y sont très-nombreux.
- Ainsi, pour les uns, la géographie
- physique de la terre ; pour les autres, les constellations du firmament ; puis les appareils destinés à démontrer la rotation de la terre sur son axe ; telles sont les dispositions adoptées par les fabricants qui ont pour concurrent redou-
- table, M. Andriveau Goujon, ingénieur français. On remarque plusieurs globes gonflés d’air atmosphérique qui peuvent être transportés facilement.
- Nous devons signaler aussi un planétaire vertical très-curieux.
- Au reste, l’Observatoire de Greenwich a imprimé à ce genre de science un mouvement notable.
- L’Exposition de Londres est remarquable sous le rapport de l’application des sciences à l’industrie ; et, il faut le dire en toute franchise, les Anglais se sont particulièrement signalés dans cette tendance.
- Les instruments de précision et de mesures sont très-nombreux. Il semble que chaque pays ait en cela sa place déterminée : l’Angleterre pour les choses positives ; la France pour les chO’ ses d’imagination.
- Divers modèles de thermomètres se font remarquer; et, à cet égard, nous devons signaler une modiScation importante apportée aux thermomètres qui, d’ordinaire, marquent le maximum de la hauteur, en laissant une particule d’acier qui indique le degré.
- Dans un des thermomètres exposés, le marqueur est une petite portion de mercure séparée par un peu d’air delà colonne principale, en sorte que l’on évite par là l’absorption de l’acier par le mercure, et la combinaison,du marqueur et de la colonne. Ce perfectionnement est important ; et il faut reconnaître que les Anglais s’appliquent surtout à résoudre tous les problèmes où sont engagées les questions de précision et d’exactitude.
- GLOBE, PAU MM. JOHNSTON, D’EDINBCRG.
- TAPIS, PAU M. TEMPLETON.
- TAPIS,
- l'AR MM. TEMPLETON.
- La maison Templeton, de Glasgow, est sur le premier rang parmi les fabricants de tapis, en Ecosse.
- L’échantillon dont nous donnons ci-dessus ledes-
- sin est placé dans la galerie centrale du sud. Ce beau travail est connu dans le commerce sous le Tapis cl’Axminster, breveté.,
- Axminster est la ville où cette industrie a pris le plus grand développement. La différence qui existe entre ceux-ci et les produits d’Axminster, c’est que les uns étaient faits à la main, tandis que les tapis
- de MM. Templeton sont tissés par un procédé tout à fait perfectionné, et dont ils sont les inventeurs. Il est impossible d’apporter plus de moelleux dans le travail, plus de beauté et plus de richesse dans les détails.
- On peut reconnaître, dans le dessin, le genre Louis XIV,
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- STATUE DE SAPI10, PAIT M, COPPUBD,
- GROUPE DE DEUX JEUNES FILLES Par le docteur wickmann
- (de Berlin.)
- Le groupe que nous donnons à droite de la page a reçu le nom de : « La diseuse de bonne aventure. » Deux jeunes tilles sont assises l’une auprès de l’autre. L’auteur de cette composition est M. Wickmann, de Berlin. Cet artiste est un des plus connus et des plus distingués du Nord,
- Le cachet particulier de son talent est la grâce.
- Il est difficile de traduire en sculpture certaines émotions. Le docteur Wickmann cherche surtout l’expression dans ses modèles. Il est évident qu’une finesse fort délicate se produit dans les deux sujets que nous avons sous les yeux : la pose du doigt révélateur, et l’attention souriante de la jeune fille à qui sa compagne prédit l’avenir, sont parfaitement exprès-sives.
- Le reproche que nous pourrions adresser à l’artiste, c’est, peut-être, quelque complication dans la manière dont les plis de la robe sont placés, l’art antique s’attache surtout à une grande simplicité dans ce genre.
- GROUPE DE DEUX JEUNES FILLES, PAR LE DOCTEUR WICKMANN (DE BERLINjj
- STATUE DE SAPHO PAR m. coppland.
- L’autre statue placée à gauche de notre page, est un des groupes exposés par M. Coppeland. Cette statue est en porcelaine. L’artiste dont il s’agit
- s’applique surtout, à rivaliser de fini avec Dresde et Sèvres. Ses poteries et tous ses produits en céramique sont très-remarquables. Les Anglais appellent ce genre tout nouveau de travail, porcelaine statuaire ou de Paros. On en compte un assez grand nombre à l’Exposition. Nous citerons, entre autres, les statues des Pléiades, d’Io et de Bacchus, le retour de l’Enfant prodigue, etc.
- GRAND PIANO D’ERARD.
- Nous n’avons pas besoin de longs développements
- pour faire sentir combien les pianos d’Erard sont } nous donnons ici le dessin, est un des plus luxueu-appréciés à Londres, à leur juste valeur. Celui dont sernent orné de l’Exposition.
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- miste de nos amis, car il y a encore des alchimistes, a essayé de faire un gros diamant avec des petits ; il a rempli un tube de platine très-épais avec de la poudre de diamant. Après en avoir chassé l’air au feu de forge, il l’a fermé hermétiquement, puis il l’a fait traverser par un courant électrique de deux cents couples pour donner au diamant une chaude suante, dans l’espoir que la poussière se souderait sous l’effort d’une pression vigoureuse et subite; mais la malheureuse pile de Deleuil était trop puissante; elle a fondu l’enveloppe de platine et dispersé la poudre de diamant. Cela ne le décourage pas, il s’occupe de rassembler assez de tungstène pour refaire un tube plus réfractaire que le platine. Voilà pour la voie sèche; voici pour la voie humide; si l’une ne réussit pas il est sûr de l’autre; il comprimera jusqu’à la liquéfaction du gaz acide carbonique dans un appareil de Tiilorier, dans lequel il placera du sodium et du potassium, qui, mélangés à ce liquide, s’empareront de tout l’oxigène de l’acide carbonique. Il ne lui restera donc plus que du carbone liquide qu’il fera cristaliser dans une glacière, après quoi il aura, dit-il, un diamant gros comme le poing ou une géode tapissée de cristaux analogues à ceux des géodes tapissées d’autres cristaux, dont il nous a montré de nombreux échantillons à l’Exposition.
- L’un ou l’autre cas échéant, il sera très-satisfait du succès.
- Il n’y a plus que la question de temps qui l’embarrasse, il ne veut pas attendre cent ans; ni M. John, auquel il a proposé le libre-échange de son diadème contre son invention. Il ne veut pas même donner son bracelet, tressé par un artiste russe, en bandes d’or, d’un demi centimètre d’épaisseur et d’un pouce de largeur, surmonté d’une couronne de brillants et de deux grosses perles, dont une de 13 carats et d’un orient si miraculeux qu’il a séduit l’épouse de l’alchimiste. Mais sa valeur étant de 8,750 fr. l’alchimiste s’est rabattu sur une Sévi-gnée composée seulement de deux perles de 13 et 15 carats roulant sur le doigt ou sous un autre bracelet en turquoise et diamants d’un travail exquis que l’alchimiste méprise profondément, bien assuré, dit-il, qu’avant peu, il fera baisser tous ces prix-là à zéro. Proficiat, lui a répondu M. Bol in ; car on sait le latin en Russie comme à Paris ; ce qui prouve que les modes, comme les nouveautés les plus ab -surdes, sont celles qui se propagent le plus.
- Candélabre de .Félix Chopin.—Chopin est un des artistes favoris de l’aristocratie russe et de la cour impériale. Il a bien payé sa dette en composant un candélabre de six mètres de hauteur dans le style de Louis XV et planté dans une vaste corbeille de fleurs. Nous publions la gravure de cette pièce vraiment impériale, remarquable dans son ensemble et ses détails et si originale par l’accomplissement des vases de chine, aux fleurs de bronze doré qui les embrassent. Ces vases, servant de lampes Carcel, ont été introduits en France par M. A. Robert, inventeur de l’hydrogène liquide, l’un des 20 ou 30 arbitres du goût et de la mode dans les arts industriels; M. Chopin l’a compris et nous l’en félicitons. Il a trouvé, en empruntant un modèle de Clodion, le moyen de faire de l’art avec de la géométrie; c’est une invention véritable, car rien n’est moins pittoresque qu’un cube ou qu’une sphère; mais M. Clodion a surmonté cet obstacle en faisant poétiser par Chopin l’épisode du premier ballon, dans sa pendule style Louis XV, sous le règne duquel cette grande invention a vu le jour.
- Sur un nuage heureusement modelé, des enfants et des génies ailés qui semblent sortir de la maison Thomire actuelle, forment des groupes très-réjouissants occupés à allumer des feux sous la Mongollière dont Zéphir et la Renommée, deux musculeux compagnons, se sont déjà emparés; Zéphir, qui est assez grand pour s’appeler Borée, facilite l’ascension avec les génies ailés. Ces enfants de l’air se bousculent autour de l’aérostat sur lequel la Renommée s’appuie d’une main, en tenant de l’autre sa trompette, qui annonce au monde cette grande nouvelle, dont malheureusement les résultats utiles ont jusqu’ici trompé les espérances qu’elle avait fait concevoir à son origine. M. Pet in a beau nous crier patience ! venez voir mes trois grands ballons-, on ira, mais la navigation aérienne ne datera que du jour où l’on aura supprimé les ballons pour leur subsistuer la vis d’Archimède mue avec rapidité par un moteur à la fois très-puissant et très-léger.
- Si au lieu d’attacher des chevaux et des bœufs
- LE PALAIS DE CRISTAL,
- à son ballon, ce qui ne peut le mener que là où le vent le mènera, M. Poitevin y attelait un régiment d’oies ou de cygnes sauvages, ses expériences auraient un intérêt plus grand sans le conduire beaucoup plus loin ; car le ballon offre trop peu de résistance et trop de surface au vent pour tenir tête au plus léger zéphir.
- Le ballon actuel peut fournir des motifs d’emblê-mes, de contes agréables, même des sujets de fable, mais ils ne seront jamais utiles qu’au caissier de l’IIippodrôme. A ce propos, nous ne pouvons résister au plaisir de citer une jolie fable de notre ami, M. Jobard :
- LE BALLON PÉT1N Fable.
- Voyez-vous au ciel ce point noir Qui se balance dans l’espace?
- C’est le ballon Pétin qui passe;
- Mais il faut pour l’apercevoir D’excellents yeux, disait à la foule assemblée, Un amateur à l’œil perqant,
- (Dire une vérité d’embiée Est toujours un fait imprudent.)
- Chacun lève aussitôt la tête,
- Et du point noir se met en quête,
- Dans la voûte du firmament.
- Voyez-vous pas? — Non ma parole,
- Nous sommes dupes de ce drôle,
- Il faut l’assommer ! — Moi je vois,
- Dit l’un deux. — Mois je crois,
- Reprend un myope en colère,
- Que vous lui servez de compère:
- Haro! sur ce vil imposteur !
- A mort le mystificateur Et ceux qui prennent sa défense!
- Victimes de leur clairvoyance,
- Ils ont beau crier : regardez!
- Les malheureux sont lapidés.
- Sur eux la canaille se rue Et sans les écouler les tue.
- Pendant ce bel exploit le ballon descendait Et tout le monde le voyait,
- Mais personne n’osait le dire,
- Devant celte foule en délire.
- Enfin quand le ballon fut prêt À se poser à terre,
- Il fallut bien croire et se taire;
- Hormis les aveugles pourtant,
- Qui voulurent toucher avant.
- Le peuple alors, honteux de sa bévue,
- A ces pauvres martyrs élève une statue;
- C’était fort bien assurément,
- Mais il eut mieux valu, le faire auparavant.
- Mes amis, vous pouvez m’en croire,
- Ce conte-ci n’est que l’histoire De tous les précurseurs,
- Inventeurs ou fauteurs De quelque vérité nouvelle ;
- Tous ces illuminés, ainsi qu’on les appelle Seront toujours crucifiés pour elle.
- Dallilée et Colomb, Mesmer, et Jacotot,
- Ont montré leur ballon trop tôt.
- Yeillerot
- SÉANCE ANNUELLE.
- DE L’ASSOCIATION DES PEINTRES, SCULPTEURS, ARCHITECTES, GRAVEURS ET DESSINATEURS, présidée
- par M. le baron tavlor, président-fonda-teur.
- (22 juillet 1851. )
- Adhésions et dons faits aux peintres. —Fête d’Asnières. — Concours de l’autorité. — Messe en Musique, Bal, Loierie, Banquet annuel.— Projet de l’exposition du Louvre abandonné.— Le journal \c Palais de Cristal, organe de l’Industrie. — Lettre adressée nu Comité par le rédacteur en chef. —Promesse de concours de l’Association, etc., etc.
- ous sommes heureux d’avoir à publier, les premiers, le compte-rendu suivant, dans lequel notre journal a été l’objet de l’attention particulière des membres d’une associalion puissante par son génie et par ses œuvres.
- Nous sommes fiers de nous voir accrédités par des hommes dont la renommée est universelle, et parmi lesquels nous comptons MM :
- Horace Vernet, G. % (Inst.).
- Justin Ouvrié.
- Léon Cogniet, 0. $$ (Inst.).
- Larivière.
- Paul Delaroche, O. % (Inst.).
- Normand.
- AVatelet. %=
- Albert Lenoir. #
- Iluvé, O. (Inst.)
- Ilenriquel Dupont. % (Inst.).
- Lesueur. % (Inst.).
- Maxime David. (O. étr.).
- Louis Petit Quantinet.
- Eugène Delacroix. 0. $
- Desmaisons.
- Charles Séchan. $
- Coignard.
- Alphonse Dadure.
- Tony Johannot. =&
- Dauzats. etc., etc.
- M. Dauzats a pris la parole et a prononcé le discours suivant dans la salle Bonne-Nouvelle, le 21 de ce mois :
- Messieurs et chers confrères,
- La septième année de notre existence n’a pas été moins féconde en résultats que les précédentes, l’Association continue son développement harmonieux et progressif.
- L’exposé succinct de nos travaux suffira, nous l’espérons, pour faire partager cette conviction.
- Cent dix-sept adhésions sont venues augmenter le nombre de nos sociétaires, qui s’élève aujourd’hui à près de 4000! Onze de ces adhésions sont dues au zèle de M. Jules Simon, des artistes musiciens : nous signalons avec bonheur ce témoignage de sympathie.
- M. Breton, ancien notaire, fait don de 20 fr., comme les années précédentes, M. Alexandre de Launay donne 40 fr., la princesse de Béthune donne 20 fr. pour le trousseau d’une jeune orpheline, placée dans une maison d’éducation par les soins du Comité, M. le duc de Luynes donne 10:> fr. pour un orphelin placé en apprentissage par nous, et continue à payer sa cotisation annuelle de 800 fr.
- M. de Bar offre l’abandon de 3 p. iOO, au bénéfice de la caisse de secours, sur tous les travaux qu’il fera pour notre Association ; il a déjà réalisé son offre par un premier versement ; il serait à désirer, selon le vœu de M. de Bar, que cette exemple trouvât de nombreux imitateurs.
- Notre collègue Lemaître donne 230 fr., M. Asseline au nom de S. A. R. madame la duchesse d’Orléans, remet 200 fr. pour secourir un artiste. M. Vauchelet, dont la sœur vient de mourir, verse 000 fr. dans notre caisse, consacrant ainsi un triste et pieux souvenir, par un acte de bienfaisance.
- MM. Toupet Desvignes et Armand Leleux, rachètent leurs cotisations pour 100 fr. chacun.
- Sans prétendre épuiser la liste de ces actes individuels, nous arrivons au compte-rendu des travaux de votre Comité.
- Le 23 août a eu lieu au parc et château d’Asnière, la fête de l’alliance des lettres, des arts et de l’industrie, organisée par les six comités réunis, dont les noms Seront rappelés bientôt.
- Les autorités civiles et militaires nous ont prêtés leurs concours. M. le général Changarnier nous a accordé la musique de neuf régiments, deux cents tambours, et les armes nécessaires aux épisodes militaires ; les directeurs des chemins ae fer MM. Péreire et Julien, ont accordé le parcours gratuit ou réduit, aux sociétés françaises et étrangères qui répondaient à notre appel par de nombreuses députations.
- Enfin, pour la première fois, grâce à M. le préfet de police, des étrangers ont pu entrer en France sans passeport.
- Nous ne décrirons pas cette fête, dont chacun de nous garde le souvenir, nous rappellerons seulement comme un témoignage de gratitude, que trente-sept sociétés (i5 françaises et 22 étrangères), représentées par 2,000 voix, ont exécuté, sous la direction de M. Delaporte, des chœurs d’un effet immense. Chacune des sociétés a défilé devant les dames patronnesses, qui attachaient à la hampe de chaque bannière une médaille frappée pour cette solennité.
- On lit sur cette médaille l’inscription suivante : Associations réunies
- des auteurs et compositeurs dramatiques, des gens de lettres, des artistes dramatiques, des artistes musiciens, des artistes peintres, sculpteurs, architectes, graveurs, dessinateurs, des inventeurs et artistes industriels.
- Et sur le revers :
- La Société des lettres, des arts et de l’industrie de France, à la Société de...
- Fête du 23 août 1830.
- Noire collègue Chopin a exécuté les bannières de Bauvais et de Moritargis, qui manquaient pour le défilé ; les orphéonistes de ces deux villes conservent précieusement ce témoignage de talent et de confraternité.
- 2,300 personnes assistaient à cette cérémonie, les lignes de fer en ont transporté près du double dans la journée.
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- Sans vouloir retracer un programme présent à tous les esprits, nous appellerons seulement votre attention sur ce fait, que les Associations ont trouvé dans leur réunion les moyens de réaliser, aussitôt après l’avoir conçue une entreprise aussi vaste; elles seules pouvaient tenter sans crainte cet appel aux départements et à l’étranger et convier à une de ces grandes fêtes artistiques que beaucoup ont pu rêver sans avoir été assez heureux pour les voir se réaliser.
- La confiance et l’affection mutuelles résultent de ces rapprochements entre les membres des diverses associations et cimentent la véritable fraternité.
- Nous saisissons avec empressement les occasions d’en donner de nouveaux témoignages; c’est dans ce but que plusieurs membres de votre Comité ont été heureux d’accepter les fonctions de commissaires pour les concerts et messes de Fontainebleau, Melun etTroyes, au bénéfice de la caisse des artistes musiciens; pour la messe de M Panseron exécutée à la Madeleine avec la même destination; pour la messe chantée à Saint-Roch au bénéfice de la caisse des inventeurs et artistes industriels, etc, etc.
- C’est ainsi que la loterie organisée par les gens de lettres et les artistes dramatiques a acheté à notre association pour 53,00' » fr. d’estampes et de lithographies, et pour 23,000 fr. de tableaux, dessins, bronzes, etc., et qu’elle a ouvert des expositions d’objets d’art à Lyon, Marseille, Bordeaux, Valenciennes et vingt autres villes.
- C’est sous l’empire de cette idée que nous avons inauguré les galeries Bonne-Nouvelle au mois de janvier dernier, par un bal organisé concurremment avec les artistes musiciens; nous remercions ici nos confrères qui ont bien voulu nous prêter des tableaux, des dessins et des statues pour orner nos galeries, et nous citerons particulièrement M.Klagmann, notre collègue, quia fait don à l’Association de deux beaux-vases composés et exécutés par lui.
- Enfin, Messieurs, c’est pour perpétuer ces sentiments de concorde que les Comités se réunissent chaque année dans un banquet, pour fêter le fondateur, le père commun des associations.
- Chaque comité préside à son tour cette fête de famille, l’an dernier c’était M. Samson qui ouvrait la série de ces réunions, par une cordiale et spirituelle allocution : des souffrances bien vives l’ont empêché, cette année, de venir s’asseoir parmi nous, mais son nom a été répété par tous avec une effusion de sentiments qui a dû le toucher.
- C’est M. Edouard Monnais, vice-président des artistes musiciens, qui s’est assis au fauteuil le 13 mai dernier ; des toast ont été portés au nom de chacune des associations à notre président fondateur, dont le beau portrait peint par notre collègue, Ch. Lefebvre, et donné par lui à l’Association, décorait la salle du banquet.
- M. Taylor, a terminé cette fête par quelques paroles empreintes d’une vive émotion, (applaudissements).
- Nous vous disions, l’an jdernier, que nous espérions obtenir un local pro .isoire pour l’exposition des œuvres des artistes vivants, notre attente n’a pas été trompée, et nous avons eu la satisfaction de voir notre plan exécuté, quoique dans des dimensions restreintes.
- Nous n’hésitons pas à regretter ce changement qui a rendu indispensable de placer des tableaux dans les salles du Palais-Boyal et a soulevé les justes réclama-tiens des artistes.
- Votre Comité n’a pas cru devoir borner là sa sollicitude pour les intérêts généraux, il a indiqué et obtenu plusieurs mesures que les artistes apprécieront, entre autres de faire connaître à leurs auteurs, avant le jour de l’ouverture de l’Exposition, les ouvrages qui n’ont pas été acceptés par le jury.
- Vous n’avez pas oublié, Messieurs, que c’est votre Comité qui a pris l’initiative de demander le remplacement des billets de faveur pour les jours réservés, par une rétribution ; nous avons fait plus encore en contribuant à faire passer cette mesure dans nos usages, par les expositions annuelles et rétribuées que le Comité a successivement organisées; c’est aujourd’hui un fait acquis, accepté par l’administration, qui a pensé devoir mettre à notre disposition une somme de 3,000 fr. provenant des recettes de l’Exposition : le Comité fournit des pièces comptables à l’administration.
- Nous ne pouvons taire, Messieurs, la vive émotion que nous avons éprouvée en apprenant le projet d’appropriation du second étage du Louvre pour les expositions annuelles ; une commission nommée à l’instant a présenté des observations puissantes contre cette regrettable pensée; sans parler des modifications que ce projet pourrait apporter à la physionomie extérieure du monument, sans nous arrêter à la question de solidité, que des hommes compétents traiteront sans doute, n est-il pas fâcheux, déplorable, que la séparation qui a trop longtemps existé dans nos expositions entre la peinture et la sculpture, devienne un divorce consommé et définitif.
- Est-il possible d’admettre que des amateurs, des femmes, le public enfin, monteront 155 marches pour voir de la peinture à ce second étage du palais, qui équivaut à un septième ou à un huitième étage de maison, cest-à-dire, plus haut que les greniers où la misère trouve un abri ?
- Nos réclamations ont été écoutées, Messieurs, ainsi que le vœu que nous avons exprimé de voir enfin achever le Louvre du côté de la rue de Rivoli ; là les statues et les tableaux trouveront au rez-de-chaussée et au premier étage, une hospitalité digne de la France.
- Un de nos collègues, M. Alex. Laya, avocat à la Cour d’appel de Paris, poursuit avec une grande persévérance, dans un journal qui prend en ce moment une grande importance, la défense de nos droits. Le Palais de Cristal s’est fait l’organe de la propriété' intellectuelle, c’est-à-dire, de la propriété littéraire, artistique et industrielle.
- Nous ne pouvons mieux expliquer la pensée de M. Laya qu’en donnant lecture d’une lettre adressée par lui tout récemment à notre digne président;
- «18 juillet, 4831.
- « Monsieur et cher Président,
- «Jeviens vous demander votre active et sympathique intervention pour nous assurer le succès dans la mission que nous poursuivons ensemble, à savoir : la réforme définitive de nos lois tant intérieures qu’internationales snr la propriété intellectuelle.
- « Déjà l’association des inventeurs et artistes industriels a compris qu’il fallait provoquer, de la part des chefs de l’industrie française, une enquête sérieuse sur les lois qui règlent la matière si délicate des brevets d’invention , et dans quelque temps un projet de loi définitif aura été élaboré pour servir de base et de règle à cette réforme impéiieusement réclamée.
- « Bientôt hommes de lettres, auteurs dramatiques, s’uniront à nous pour arriver aussi en ce qui les concerne, à sauver la propriété intellectuelle des attentats et de la piraterie auxquels elle, est encore en proie.
- « Permettez que je vous demande votre intervention auprès des membres de l’Association des artistes, peintres , sculpteurs, architectes , graveurs et dessinateurs.
- «Rédacteur en chef d’un journal préposé à la défense des intérêts de l’industrie, je viens me mettre à la disposition de ces associés, afin que les membres concourent avec les autres comités à l’élaboration de cette question vitale pour les arts.
- « Les artistes ont leurs contrefacteurs à l’intérieur et à l’étranger: la propriété artistique doit être sauvegardée. C’est à la défense de leurs intérêts que je me suis voué et que je leur demande de concourir.
- * Je me contenterai ici de poser le principe , j’aurai l’honneur de proposer à leur- comité, et cela sous votre excellent patronage, un mode d’exécution : c’est la nomination d’une commission spéciale à l’effet de proposer un travail définitif sur cette grande question .
- « Je n’ai pas besoin de vous dire, mon cher Président, que mes offres ont un but tout désintéressé. Je mets quelque passion à défendre des droits qui me paraissent sacrés, et je serai récompensé de mes efforts, le jour où les pouvoirs législatifs de notre pays et de l’étranger auront consacré définitivement et sûrement les droits imprescriptibles de. la propriété intellectuelle.
- « Agréez, etc.,
- « S igné : A. Laya. »
- Nous n’ajouterons rien à cette lettre, Messieurs, sinon qu’un pareil dévouement ne saurait qu’encourager de notre part une promesse très-efficace et très-sérieuse de concours.
- Nous remercions du fond du cœur M. Laya, et nous aviserons avec lui au meilleur moyen d’élaborer ce projet important d’une loi qui est impatiemment attendue. (applaudissements).
- Votre Comité n’a pas borné ses soins à ces prévisions plus ou moins lointaines, il a voulu aussi rassembler les éléments d’expositions à Paris, dans les départements et à l’étranger; il en a même déjà réalisé quelques-unes.
- Boulogne a désiré le concours de l’Association, le temps a manqué pour répondre aussi complètement que nous l’aurions voulu à ce désir.
- Une exposition a été organisée dans le foyer de l’O-déon, lorsque ce théâtre à Couvert ses portes.
- Une exposition a été improvisée à Poitiers, pour l’ouverture du chemin de fer ; le comité a envoyé 43 tableaux dans cette ville ; la Société des Amis des Arts et de l’industrie a fait les dépenses du transport, aller et retour, le Comité, dans l’intérêt de l’exposition, et faute de temps pour prévenir nos sociétaires, par exception et pour cette fois seulement, a fait emballer les œuvres aux frais de l’Association.
- La grande Exposition universelle de l’industrie à Londres, a fait concevoir plusieurs projets d’exhibition de tableaux modernes ; le Comité a du choisir la compagnie qui offrait le plus de garanties; il a traité avec M. Verdeau, qui se charge des transports, des emballages, des droits de douane, des frais accélériques et qui, sur la demande de votre Comité, a fait au préalable assurer les tableaux contre toutes les éventualités.
- Les tableaux français envoyés représentent dignement l’art de, noire pays à côté dès œuvres de l’Allemagne, de la Belgique et de l’Angleterre.
- Nous n’avons pas cru devoir faire d’exposition cette année dans les galeries Bonne-Nouvelle ; le lendemain de la fermeture du Salon, lorsque l’exhibition de Lon-
- dres vient d’ouvrir et que l’on prépare celle de Bruxelles le moment nous a semblé inopportun.
- Vous n’avez pas oublié, Messieurs, l’international Art-Union et l’appui que l’association a prêté à MM. Goupil et C% à l’occasion de cette importante entreprise ; nous espérons que bientôt nous en recueillerons les fruits. Les Américains, hostiles d’abord, aujourd’hui disposés à la concorde, sont à la veille de s’unir à M. Goupil. Les expositions de New-York seraient composées d’un tiers d’œuvres américaines, d’un tiers d’œuvres anglaises, belges, allemandes, etc., et d’un tiers d’œuvres françaises, proposées par votre Comité et agréées par M. Goupil.
- Les frais de transport, de douane, les assurances maritimes, seraient supportés par M. Goupil, moyennant un droit prélevé sur la vente des ouvrages. Une convention entre M. Goupil et vôtre Comité est rédigée dans ce sens.
- Notre collègue Albert Lenoir a conçu le projet de représenter dans nos galeries un panorama de l’Exposition universelle de Londres ; il a bien vite rencontré dans l’Association les auxiliaires qu’il désirait pour réaliser cette pensée. M. À. Lenoir dirigera les travaux, MM. Nolau et Bubé se chargent de la peinture, M. Bellu des constructions; le Comité concourt à l’entreprise pour une portion de son local rendue disponible par l’absence d’exposition. (Voirpage 180,1.
- Les frais une fois couverts, la caisse de l’Association prélèvera un quart sur les bénéfices.
- Toutes les fois que l’on a fait un appel à votre Comité au nom des intérêts généraux des artistes, il y a répondu avec empressement, sans considérer si l’initiative venait de lui ou d’ailleurs. 11 a toujours prêté son concours; si le succès n’a pas constamment répondu à' son attente, on ne peut du moins attribuer ce résultat à son indifférence.
- Nous avons agrandi le cercle de nos relations avec les départements, en nommant M. Sylvestre correspondant à Tours; M. David, de Thiais, correspondant à Poitiers; M. Châtelain, adjoint du maire, remplit les mêmes fonctions à Nancy ; M. Doyen, receveur-général de l’Aube, est notre corcespondant à Troyes ; MM. Théodore Richard, à Toulouse; M. Tournai, à Narbonne, Carcassonne, Perpignan et Béziers ; Ulysse Cross, directeur de la Banque, à Montpellier.
- Ces succès divers n’ont pas empêché le Comité de suivre ses travaux habituels de bienfaisance; il est parvenu, par ses démarches et ses efforts, à améliorer des situations précaires ; il a visité chez eux, ou dans les hospices, les Sociétaires malades ; il a rempli envers eux les devoirs réciproques des membres d’une même famille.
- Le jeune Hurlincaüt, placé par notre collègue Lemaître, chez M. Lerebours, a été accueilli avec empressement ; non-seulement M. Lerebours n’exige pas les 300 fr. que chaque apprenti lui paie, mais il lui donne 20 fr. par an. Le Comité accorde une pension de 200 fr. à ce jeune orphelin.
- Une loterie a été organisée par notre collègue A. Roëhn au bénéfice de Bassaget ; elle a rapporté suffisamment pour terminer les embarras de notre pauvre Sociétaire.
- Quelques membres du Comité ont également organisé une loterie au bénéfice de Hussard, notre pensionnaire. MM. Justin Ouvrié et Dauzats ont donné chacun un tableau; M. Coupery, deux gravures; Hussard avait fait un tableau dans le même but; le succès a récompensé leurs efforts.
- Votre jeune pensionnaire Paul Flatters aura bientôt terminé ses études; c’est une grande satisfaction pour le Comité, que de louer le zèle que cet orphelin a apporté dans son travail; sa bonne conduite mérite également d’être signalée; il vient dernièrement dépasser d’une manière brillante son examen de bachelier ; il se prépare pour entrer à Saint-Cyr, nous faisons des vœux pour que cette carrière s’ouvre devant lui, en attendant, il nous est doux de lui rendre ce bon témoignage devant vous (vifs applaudissements). *
- Le conseil médical a déployé un zèle que notre gratitude ne saurait égaler; outre de nombreuses visites, des médicaments ont été fournis à ceux de nos Sociétaires dont la position le réclamait.
- Les bons sentiments dont le • conseil judiciaire est animé pour l’Association nous trouveront toujours reconnaissants , nous n’avons pas eu l’occasion de le mettre à l’épreuve, vous vous en féliciterez avec nous.
- L’Association déplore la perte de plusieurs de ses pensionnaires, Mme Ve Gautherot, Mme Ve Sébastien Leroy, MM. Delafontaine, Renard, Fontaine, Maricot et Fragonaid, ont succombé depuis notre dernière réunion. Notre collègue Allais, dont la santé inspirait de vives craintes depuis plus d’un an, s est éteint 1 automne dernier.
- Enfin, Messieurs, la tombe vient de se refermer sur Daguerre ; les arts et la science portent également le deuil de cet homme célèbre, dont le nom, consacré pat-une invention connue du monde en lier, est désormais impérissable (Voir notre notice page r<7).
- Nous vous annoncions Tan dernier le tirage de la grande loterie d’un million, organisée par les deux associations des peintres et des musiciens ; nous sommes (Voir la suite page 186.
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- LE PALAIS DE CRISTAL
- BOUCLIER
- DB
- Lepage-Mou tier.
- Le monde entier connaît l’établissement de Lepage, notre armurier : et, si l’aspect de ces armes qui se développent avec tant d’élégance aux devantures de boutiques de Lepage, de De-visme., deLefau-cheux et de tant d’autres, ne re portait l’esprit sur une idée bien sinistre, puisqu’on ne peut songer à cette partie de l’art, sans y associer une pensée de destruction, on n’aurait qu’à admirer les chefs-d’œuvre qui sortent de leurs mains.
- Une des œuvres le plus remarquables , c’est sans contredit ce fameux bouclier, « le Massacre des Innocents, » ciselé parVECHT.Le sujet s’est inspiré des grands maîtres. Si on suit attentivement les détails de
- BOUCLIER DE LEPAOE-MOUTIER.
- cette grande composition, on y retrouve presque tous les épisodes que les Raphaël, les Poussin, etc., ont tracés, et dont l’auteur a emprunté les sentiments.
- Au centre, ce sont les Furies, à la chevelure entourée de serpents, écrasant, étouffant de malheureuses victimes : Ici, une mère cherche, par la fuite, à se soustraire aux cruautés des assassins d’Hérode, mais l’innocente créature qu’elle cache tombe sous le glaive; là une femme supplie en vain le ravisseur.... tout cède à la fureur des soldats; et les malheureuses mères succombent en pleurant sur la proie de ces misérables.
- Il y a un mouvement dans cette œuvre d’artdontla vue seule peut donner une idée exacte.
- divas, par m« amédér cobder. (Voir la description page 189 j
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- LE PALAIS DE CRISTAL
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- FUSIL ET PISTOLET, PAR M. LEFAUCHEUI.
- CIMETERRE ET SON FOURREAU
- PAR M. WILKINSON ET FILS.
- Ce cimeterre est un des plus beaux produits de ce genre, exposés à Londres. Il est en argent enchâssé de pierreries et ciselé, on y compte jusqu’à cent quatre pierr esprécieuses, consistant en émeraudes, rubis, turquoises, etc. Lalame est de l’acier le mieux trempé.
- FUSIL ET PISTOLET
- PAR M. LEFAUCHEIJX.
- Ce fusil et ce pistolet sont deux morceaux d’une rare élégance ; mais nous n’avons pour louer M. Lefaucheux, dont la réputation est européenne, qu’à donner un extrait du rapport fait à la dernière exposition sur cet armurier, par M. Peupin :
- « C’est M. Lefaucheux qui, le premier en 1828, à fait adhérer le canon à la pièce de bascule en supprimant la rosette, ce qui eut pour effet de rendre beaucoup plus facile T application des divers systèmes qui se sont produits depuis.
- « En 1832, il fit le fusil à charnière connu sous le nom de fusil Lefaucheux, qui portait une cheminée sur le canon. En 1834, il inventa le culot-bourre, qui augmente la portée, et, en 1835, il appliqua la broche qui est aujourd’hui généralement adoptée.
- « Cette année, M. Lefaucheux présente un fusil qui produit l’inflammation au centre de la charge, et avec lequel il n’y a aucun crachement possible.
- « Comme nouveautés, il présente en outre des pistolets à 4, 5 et 6 coups, auxquels il a fait l’application de la cartouche. Montés sur une broche passant dans un tube autour duquel ils sont réunis, les canons s’enlèvent après qu’on a dévissé un écrou ajusté au bout de la broche, On introduit alors la cartouche dans chacun d’eux, après quoi on les remet tout d’une pièce, et ils sont fixés de nouveau par le moyen de l’écrou.
- On conçoit alors comment la charge de ces armes devient prompte et facile, sans présenter le moindre danger. «
- M. Lefaucheux a, depuis cette époque, apporté aux fusils de son système et aux armes ordinaires un perfectionnement important : c’est la suppression du tiroir et de la goupille qui réunissent le canon au corps de l’arme, et qu’il a remplacés par un agencement aussi simple qu’ingénieux. Cette innovation est d’une uti -lité inappréciable : on démonte et on remonte son fusil à l’instant même et sans la moindre difficulté. L’arme y gagne en solidité, car elle est encore plus fortement fixée dans sa charnière.
- CIMETERRE ET SON FOURREAU, PAR M. WILKINSON ET FUS.
- CROSSE' DE FUSIL, PAR M. TOLRET, (PE liège).
- FUSIL, PAR M. TOUREY, DE LIÈGE.
- Sous Louis XIV, le luxe des armes de chasse était poussé au plus haut degré. La crosse de fusil que nous reproduisons ici est enchâssée d’ornements d’or, d’argent et de platine, dans le goût du XVIIe siècle, et qui en font un objet d’art très distingué.
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
- heureux de vous dire qu’aujourd’hui la liquidation de cette immense entreprise est terminée.
- Les acquisitions se sont élevées en
- orfèvrerie à • • 83,400 fr.
- En librairie à. 4,840 «
- En tableaux, gravures, lithographies,
- dessins, aquarelles, statuettes, musi-
- que, pianos, etc. à 521,146 »
- En objets d’art divers, à. . . . 12,960 »
- En porcelaine de Sèvres à. . 19,428 »
- On a employé en acquisitions de ren-
- tes pour les deux Associations la somme
- de 237,893 90
- (Soit pour notre association li 8,796 fr. 93 c.)
- Le complément du million a été employé en secours, en frais de tirage, d’emballages, transports, frais généraux, et à la remise convenue avec l’entrepreneur de la loterie, M. Bourlet, de La Vallée.
- La recette de l’année 1880 est de. . . 47,oi2f. 56 c.
- La recette depuis la fondation s’élève à. 486,195 87
- L’Association possède aujourd’hui is,440 fr de rentes sur l’Etat. Elle sert 44 pensions, un dixième de ses Sociétaires a été secouru depuis la fondation.
- La recette des trois associations fondées par M. Taylor s'élevait, le 51 décembre 18 :o, à plus de 1,800,000 fr. Elles possèdent 81,435 fr. de rentes; la somme employée aux pensions et secours approche de auo.ooo fr.
- Il semble impossible, devant des résultats aussi significatifs, qu’il y ait encore des artistes éloignés de l’Association, et cependant, Messieurs, sur 1,674 exposants qui figuraient au salon dernier, 958, plus de la moitié, n’ont pas encore donné leur adhésion !
- Nous voyons arriver chaque jour des retardataires; quelques-uns ont pour excuse hindiilerence, d’autres attendent que le malheur les pousse à l’Association.
- Dépositaires et administrateurs d’une fortune laborieusement amassée, qui se compose de dons généreux, de fêles brillantes, mais aussi de l’épargne de l’artiste modeste et quelquefois de ses privations, nous ne pouvons consentir plus longtemps, quelque regret que nous en éprouvions, à écouler le cri de l'indifférent, lorsque tant d’infortunés réclament, infortunés qui ont le droit, eux, d’être entendus ; car ils ont constamment rempli les devoirs imposés par l’Association.
- Nous proposerons donc de modifier les statuts, afin que les Sociétaires seuls aient droit aux secours, en n’admettant d’exception que pour les enfants d’un Sociétaire qui, en mourant, ne laisserait aucune ressource.
- Nous demanderons aussi que nul Sociétaire ne puisse avoir droit à un secours, s’il ne fait partie de l’Association depuis un an. Ce terme serait réduit à trois mois pour les veuves des Sociétaires.
- Cette dernière mesure a pour but de nous prémunir contre les adhésions in extremis. Nous savons que qui pêche et s'amende, à Dieu se recommande ; nous voudrions aussi pouvoir toujours oüvrir nos bras, mais ce qui est possible à la Toute-Puissance immortelle et infinie ne nous est pas permis.
- Dans le milieu étroit où nous vivons, la justice veut que celui qui prétend réclamer un droit, accomplisse d’abord son devoir.
- C’est dans cette pensée que nous aurons à examiner, dans le cours de l’année, la situation de chaque Sociétaire et à la régulariser.
- Nos avis multipliés n’ont pas encore tout l’écho désirable; cependant, Messieurs, l’article des statuts est formel, l’une des conditions essentielles pour être Sociétaire, c’est de payer exactement sa cotisation.
- Afin de porter ces mesures à la connaissance de tous les intéressés, votre Comité a décidé que chaque Sociétaire, en acquittant sa cotisation, recevrait un mémoire où se trouvera le compte-rendu. Puissent ces avertissements répétés vaincre l’indifférence pratiquée par quelques-uns.
- Rester immobile, c’est retarder ceux qui marchent, c’est prolonger des souffrances que Ton pourrait calmer.
- Si quelques membres dévoués ont pu réaliser en peu d’années, au profit de diverses associations, la somme énorme de l,80n,ooo fr., budget d’un genre nouveau prélevé sur le public sans lui causer un regret' ni même un ennui, que ne pourrait-on attendre de la réunion de toutes les volontés, de tous les efforts !
- Ces vérités, peu comprises encore chez nous, sont depuis longtemps pratiquées en Angleterre; aussitôt qu’une idée juste est émise, elle réunit une phalange qui la fait triompher : c’est, ainsi que se réalisent ces réformes progressives et pacifiques au profit de la civilisation ; c’est ainsi que dernièrement le plan de ce gigantesque Palais de cristal a été conçu et réalisé comme par enchantement.
- L’Association sera pour quelques-uns le port de refuge, pour tous elle inaugurera une ère de prospérité, de bien-être, de mutuelle affection : cela vaut bien qu'on s’en occupe et qu’on s’y dévoue.
- Nous suivons une carrière difficile, l’agitation publique la rend plus laborieuse encore; puisons de nouvelles forces dans nos réunions, élevons nos cœurs par la bienfaisance et clierchons-y de douces compensations; s’il est malaisé de recueillir un peu de gloire, il est si facile de faire beaucoup de bien !
- Daczats.
- Après la lecture de cet excellent rapport qui a
- été interrompu, à plusieurs reprises, par de vifs applaudissements, on a procédé à la nomination des membres du comité, en remplacement des membres sortants.
- Les suffrages se sont réunis sur MM. L. Cogniet, Justin Ouvrié, Bazin, Philippoteaux, P. Delaroche, Horace Yernet, L. Petit, Johannot, Dardure , Desmaisons, Ilusson, Watelet, Normond, Coignard, Quantinet, Max David, Iluvé, Lesueur et le colonel Langlois.
- POLYORAMA DU BAZAR BONNE-NOUVEL LE.
- LE PALAIS DE CRISTAL. — EXPOSITION DE LONDRES.
- Un des problèmes les plus intéressants à résoudre et dont les perfectionnements depuis longtemps obtenus par l’étude des effets delà lumière ont rendu la solution prochaine, c’est, sans contredit, de donner à la d sposition d’un diorama telles combinaisons qni permettent aux spectateurs une i'iusion complète, lors même qu’ils sont placés au centre de T objet soumis à leur examen.
- Ce qui a pu retarder la solution de ce problème, c’est que jusqu’à cejourles tentatives ont été livrées à des artistes isolés et qui n’empruntaient qu’à leur art seul les ressources nécessaires pour réaliser ces illusions.
- Ainsi, un peintre, un architecte, un opticien, ont, isolément, cherché, chacun dans le domaine de leur science, à atteindre aux derniers degrés de la perfection, pour traduire, sous l’œil des spectateurs, les effets merveilleux des chambres obscures, des édifices à grandes dimensions, ou des diora-mas.
- Ce que j’ai cherché à réaliser dans le Polyorcima de rExposition anglaise, c’e-t de résoudre toutes les difficultés de l’optique, par l’alliance des effets de la peinture, de l’architecture et de la science des tons et des lumières
- L’illusion que l’on obtient, en plaçant les sujets à distance est déjà, sans conteste, un fait considérable; mais ce que je désire, c’est de pouvoir consacrer la même illusion, en la faisant porter sur des objets palpables, et dont le spectateur est entouré. C’est donc par le concours de la peinture, de l’optique , et de l’architecture que j’ai voulu résoudre ces difficultés.
- C’est là un des éléments d’union que doit poursuivre l’alliance des arts et de l’industrie, et voici par quels moyens j’ai fait cette tentative :
- Le Comité de l’association des artistes peintres, sculpteurs, architectes, etc., vient de consacrer une partie du local qu’il occupe aux galeries Bonne-Nouvelle , à l’exécution de mon projet, et qui consiste à reproduire par la. peinture accompagnée d’objets réels, la partie la plus intéressante du palais de cristal, pour faire connaître au public parisien, d’une manière aussi exacte que possible, et dans les dimensions naturelles, cette merveille de Londres
- La disposition que j’ai adoptée a cela de nouveau, que le public est admis pour jouir de ce spectacle, entre deux tableaux de grande dimension et placés vis à vis l’un de l’autre. L’espace réservé aux spectateurs, reproduit celui qui à Londres, a été accordé aux exposants de la Chine, à l’origine d’une des étroites galeries parallèles et adjacentes aux grandes nefs du Palais. Ce magasin chinois est orné d’objets réels de l’art et de l’industrie du grand empire asiatique; ils consistent en peintures précieuses, en vêtements, objets de mobilier et de luxe, en porcelaines, etc.
- C’est de ce point central que le public, portant la vue d’un coté, voit se prolonger indéfiniment, par les procédés de la peinture, la galerie dont il occupe une partie, et sur ce premier tableau il peut se rendre un compte exact de la place qu’occupent dans l’Exposition, plusieurs objets d’art et d’industrie envoyés par la France: ainsi, la statue colossale de la reine d’Angleterre, par M. Dantan , et fondue en zinc aux ateliers de la compagnie de la Vieille-Montagne ; une fontaine de fonte, de M. André; un orgue d’une perfection remarquable, par M. Ducroquel. Portant de là les yeux du côté opposé à ce premier tableau, le spectateur voit se développer sur une toile de soixante-dix pieds de longueur, et au-delà d’une large salle qui représente le transept du Palais, les parties les plus intéressantes de l’Exposition anglaise et indienne, depuis la fontaine de cristal, jusqu’au fond de la grande salle de l’ouest d’une part; et de l’autre, les longues galeries latérales du nord; aux objets de tous genres,
- reproduits dans les travées se mêlent, sur ce point, les grands arbres conservés sous la voûte de verre, les plantes tropicales, les fleurs, les palmiers*, les fontaines qui ont été placées à leur base pour ajouter aux merveilles de l'industrie celles de la nature. Les peintres habiles qui ont contribué avec moi à former cet ensemble panoramique qui, sous peu de jours sera livré à la curiosité de public, sont MM No-lau et Rubé, connus pour les belles et nombreuses décorations dont ils ont enrichi nos théâtres et nos fêtes nationales.
- Albert lenoir.
- Architecte, membre de l'Association des peintres, etc.
- EXPOSITION UNIVERSELLE.
- (dernières nouvelles.)
- Il est désormais décidé qu’il sera fait une collection des principaux articles exposés. La commission royale a sanctionné cette proposition et donné ordre à la commission exécutive d’en étudier les détails et d’en suivre l’application.
- Un très-grand nombre d’écoles continuent à visiter journellement l’Exposition. Admission gratuite a été demandée pour les écoles de charité et les écoles du dimanche.
- L’Exposition des Etats-Unis d’Amérique recevra dans quelques jours des additions considérables et intéressantes, surtout en objets d’art, entr’autres les bustes de Franklin et de l’inventeur du télégraphe électrique.
- Mardi, 22, le nombre des visiteurs a été de 68,161 ; ce qui porte le nombre total depuis l’ouverture, à 2,488,986. La recette de la journée a été de Iiv. 3,246,12.
- Le pyroscaplie de guerre suédois, North Star, est arrivé de Gothembourg, amenant de Suède 80 passagers. On dit que l’intention de ces voyageurs, qui viennent visiter l’Exposition, est de fixer leur domicile à bord du bateau pendant leur séjour én Angleterre.
- On assure que M. Ilope a acheté au prix de 10,000 guinées (plus de 250,000 fr.), la magnifique porte de malachite de l’exposition russe.
- Un accident qui eût pu avoir des conséquences terribles, a eu lieu dans le département des machines. Un ouvrier chargé de surveiller la grande presse cylindrique à broyer les cannes à sucre a laissé engager ses vêtements dans l’engrenage qui transmet le mouvement du régulateur à l’immense volant de cet appareil gigantesque. En un clin-d’œil cet homme a été emporté, au grand effroi des visiteurs et surtout des dames, jusqu’à la hauteur de l’arbre du volant.
- Ses vêtements, enroulés dans les dents de l’engrenage, qui n’avait heureusement que de faibles proportions, étaient arrachés violemment à chaque révolution du régulateur, sans qu’il fût possible d’arrêter instantanément une machine aussi puissante.
- On y est parvenu cependant avant que le cylindre oscillant qui meut le volant et tout le mécanisme eût pu redescendre,et l’imprudent ouvrier que nous avons vu un moment ainsi suspendu entre la vie et la mort, en a été quitte pour quelques contusions et une frayeur qu’il est facile d’imaginer.
- FAITS INDUSTRIELS.
- Le Moniteur, dans sa partie non officielle, publie la liste par ordre alphabétique des exposants français qui, admis à envoyer des produits à l’Exposition universelle de Londres, ont effectué leurs envois.
- Cette liste présente un chiffre de 1,696 inscriptions , mais le nombre de nos exposants est, en fait, beaucoup plus considérable; plusieurs d’entre eux ont associé leurs envois et figurent sous une même raison sociale; d’autres sont inscrits sous des dénominations collectives, soit d’établissements publics et privés, soit de chambre de commerce ; enfin la plupart des exposants de l’Algérie sont compris aussi sous une mention collective. En total, le chiffre de nos exposants est, d’environ 1,800.
- On publiera ultérieurement la liste par sections ou branche d’industrie
- — On termine, en ce moment, à la fabrique de tapisserie des Gobelins, une œuvre capitale : c’est la reproduction delà Farnésine, qui est en cours d’exécution depuis dix-huit mois, et qu’on espère achever pour latin de l’année 1851. Cette pièce importante a été exécutée avec une célérité sans exemple.
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
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- On a appliqué pour sa fabrication une méthode nouvelle qui constitue un progrès sur les principes suivis autrefois. On assure que ce beau travail inaugurera une nouvelle salle d’exposition décorée avec un goût remarquable et dans laquelle se trouveront, en médaillons, les portraits des célébrités de cet établissement, au nombre desquels on remarquera celui de Gilles Gobelin, teinturier de Reims, qui vivait sous François Ier, et qui en fut le fondateur ; celui de Colbert, qui en fut, en 1,666, le second créateur ; ceux des peintres Lebrun et Mignard, qui y furent attachés, et celui de Vaucanson qui, après une fermeture de plusieurs années le fit rouvrir sous Louis XV.
- — M Edmond Séveste, à qui le ministère de l’intérieur avait accordé le privilège du troisième Théâtre-Lyrique, à la charge de l’exploiter dans la salle du Théâtre-Historique, avait adressé au ministre une demande à l’effet d’être autorisé à l’exploiter éventuellement dans une autre salle qui pouvait devenir vacante, pourvu qu’elle fût comprise entre la Bastille et la Porte-Saint-Martin.
- La commission des théâtres a décidé, samedi, qu’il n’y avait pas lieu d’autoriser M. Séveste à exploiter la nouvelle scène lyrique ailleurs qu’au Théâtre-Historique.
- — Le sultan vient de fonder à Constantinople une Académie des sciences, qui portera le nom d’Ends-chumeni Danisen (Cercle du savoir).
- Les statuts de ce nouvel établissemeut ont déjà été publiés. Ils se composent de vingt-six paragraphes qui contiennent, entre autre choses : que l’objet principal de la Compagnie est de publier des ouvrages scientifiques originaux, et la traduction turque d’ouvrages d’utilité générale, écrits dans les autres langues; que le nombre de ses membres résidants est fixé à quarante, et que celui de ses membres correspondants sera illimité; que la Compagnie décernera des récompenses de trois espèces, savoir : des sommes d’argent, des mentions honorables et des médailles.
- L’Académie tiendra provisoirement, et jusqu’à l’ouverture de l’Université, déjà fondée à Constantinople, une ou deux séances par mois.
- —M. Auvray, statuaire, vient de terminer un fort beau buste du général Saudeur, l’une des gloires de l’Empire. La famille en a demandé la commande pour Versailles.
- —On lit au Moniteur universel : La 10e légion de la garde nationale de Paris, d’accord avec les petites sœurs des pauvres ayant fondé des lits, à la maison de retraite des vieillards, M. Thénot a offert à sa compagnie, la 7e du 3e bataillon delà 10e légion, un grand tableau pastel-paysage, afin que le prix puisse concourir à cette bonne œuvre. Le pastel de M. Thénot ayant été mis en loterie, il vient d’être gagné par M. d’Aunay, qui avait pris le [numéro 86.
- Nous ajouterons à la note du Moniteur, que M. Thénot, a aussi donné un pastel-paysage de grande dimension, un site des Pyrénées, à la société de Saint-Vincent-de-Paul, pour la loterie de l’œuvre du patronage des jeunes apprentis, et que lors de l’Exposition des objets d’art et d’industrie, offerts avec tant d’empressement par les artistes, les fabricants et les commerçants de Paris, exposition qui a eu lieu dans l’Orangerie du Luxembourg, le pastel de M. Thénot a partagé avec un charmant tableau deM. AryScheffer, le larmoyeur, les honneurs de cette exhibition à laquelle se faisaient cependant remarquer une foule de statues, peintures et dessins de nos premiers artistes, tels que, MM. Bazin, Bourgeois, Calmels, Duseigneur, Gaiimard, Guet, Husson, Marquet, Biggi, Watelet, Mesdemoiselles Al-lain, Bosa Bonheur et madame Pauline Stéphen.
- — Notre correspondance de Belgique nous apprend que M. Barthélémy Frison, l’un de nos habiles statuaires, vient d’obtenir au concours qui a eu lieu à Mous, le 10 de ce mois, la statue de Rolland de Lattre, musicien célèbre du XVI0 siècle. Le projet de M. Frison a été couronné par le jury, qui s’est prononcé à l’unanimité; celte statue doit être inaugurée sur la place de Mous, dans dix-huit mois, terme de rigueur prescrit par le programme.
- SOUSCRIPTION
- POUR ÉLEVER UN MONUMENT AUX INVENTEURS DE l’hÉLIOGRAPIUE ,
- B LE P G E et DAGUERRE.
- Deux hommes de génie ont donné à la France
- la gloire jd’avoir accompli l’une des plus utiles et des plus admirables découvertes de ce siècle.
- De ces deux enfants de notre pays, l’un, au milieu d’une société intelligente ét libérale, est mort dans la solitude et la pauvreté.
- Josepii-Nicephore Niépce, oublié, attend une réparation.
- Son collaborateur, à qui l’opinion publique a rendu plus de justice, vient de terminer sa carrière. Les étrangers reprocheront-ils à notre patrie de s’être montrée tour à tour dédaigneuse d’un génie modeste, et ingrate envers un nom justement célèbre?
- Sur la proposition de plusieurs membres de la Société Iïêliographigue, et entre autres de M. Charles Chevalier, ingénieur opticien, une souscription vient d’être ouverte pour élever un monument à la mémoire de ces deux artistes.
- On remarque parmi les souscripteurs :
- MM. de Montfort, baron Gros, comte Olympe d’Aguado, Benjamin Delessert, Ed. Durieu, Mestral, Renard, Puecli etCe, Poirier, Charles Chevalier, J. Sabatier-Blot, Vaillat, Lebas, Belloc, Leblanc, A. Bibot, Bisson, Maxime du Camp, Robert, de Witt, Francis TVey.
- COURRIER DE PARIS ET DE LONDRES.
- La saison anglaise, si toutefois il y a eu saison,
- . est close : la reine donne le signal en partant pour l’île de Wight; mais l’affluence des étrangers est toujours la même. Londres ne peut changer d’aspect : Londres reste et restera jusqu’à la fin de l’Exposition cette espèce de caravansérail où, sous prétexte de visiter les merveilles du Palais de Cristal, tous les provinciaux de l’univers vont prendre un avant-goût des plaisirs de la capitale. La capitale, bien entendu, c’est Paris.
- Paris leur envoie là ses échantillons; là on exhibe tous les plaisirs qui ne nous servent plus, les opéras en congé, les cantatrices qui se reposent, les tirades qui reprennent haleine, enfin tous les succès avancés, tous nos artistes essoufflés qui vont, après une saison sérieuse, faire de la villégiature devant un public moins gênant, et dont l’enthousiasme de convention est bien plus lucratif que l’admiration sincère de nos bons juges.
- Là on chante et*on déclame à demi-voix; le prix des places est doublé. Mlle Nau arrive en fredonnant Lucie, on applaudit à outrance; arrivent un, puis deux, trois de ces acteurs de carton, espèce de confidents lyriques que M. Lumley a en magasin pour donner la réplique à nos chanteurs ; alors, battements, hurrahs frénétiques, et pour peu que l’orchestre joue faux, l’enthousiasme n’a plus de bornes... On jetterait, les banquettes sur la scène
- Et pourtant ils ont plus de bonheur qu’ils ne méritent; ils sont bien heureux là-bas : sua si bona norint, les Welches ! ils sont bien heureux, non pas parce que l’on monte au théâtre de Sa Majesté la Corbeille d’oranges, avec l’Alboni et Mlle Nau, non pas parce que l’Alboni va leur rester tout un mois et passer en revue les miracles de son répertoire, l’Alboni (soit rappelé en passant), l’Alboni, qu’ils n’applaudissaient pas il y a deux ans; ils sont bien heureux, non pas parce que M1!eRachel et sa troupe mécanique jouera Faleria jusqu’au 30 juillet, je ne leur envie pas ce laudanum, ô mon Dieu ! Mais voici le secret de leur bonheur immérité: ils verront toute une semaine danser la Gerrito au théâtre de la Reine, et, plus favorisés que nous, ils ne verront pas St-Léon.
- A Londres, je le sais, la Cerrito en prend à son aise, et là-bas peut bien éblouir à bon compte, mais qu’importe? Qu’elle veuille bien seulement lever le petit doigt, tourner un talon, faire trois ou quatre pas, puis sourire, il y aura toujours dans ce corps de fée ces ondulations ténues, ce frémissement fantastique dont les milliers de lignes ravissantes se dessinent, se croisent et s’effacent à vol de pensée, et qui font, à chaque seconde, de la Cerrito tout un poème imprévu, de chacun de ses regards qui n’ont pourtant rien que de terrestre, le rêve le plus jeune, lepJusehaste, le plus provoquant. Est-ce juste? Mar-garita... la perle est à Londres; et à nous, il reste Mlle Robert, une danseuse d’été ; MUe Robert prend les costumes, les mouvements de tète, les airs de chevilles, les jetés de bras de la Cerrito; artiste fort distinguée, elle suit scrupuleusement et avec une rare intelligence la tradition tixée par la prima, et pourtaut n’obtient qu’un succès d’estime; c’est que la danse comme la poésie, comme l’amour, doit sans doute
- beaucoup à l’art; mais seul, l’art n’y peut, c’est un don. Viva Cerrito] A nous ses pirouettes; et que diable ! MUe Robert aux Anglais.
- Une dernière nouvelle : Mme Barberini, une célébrité italienne, cantatrice quelque peu vagabonde, doit débuter ces jours-ci au théâtre de la Reine.
- On s’occupe beaucoup du banquet et de la fête offerte ou plutôt promise par notre préfet de la Seine à la municipalité de Londres et à la commission de l’industrie, présidée par le prince Albert.
- On le sait, le jour est fixé : l’invitation est acceptée. Le 2 août, le prince Albert viendra dîner sans façon chez M. Berger, danser chez le ministre de l’intérieur et souper chez le président ; enfin tout se terminera par une partie de campagne à St-Cloud. Il n’est d’autre bruit à la cour, et le prince prépare déjà sa plus belle jarretière pour faire honneur à ses hôtes.
- En France, nous avons bien autre chose à penser: des inaugurations toujours et par-dessus tout ; d’abord celle de la statue de Gresset à Amiens, encore une ! Le chemin de fer de Nantes dans huit jours, deux ! La statue de Marceau à Chartres avant un mois, trois! Sans compter celles que j’ignore et toutes celles qu’on va imaginer dans le courant de la semaine.
- Certes, après tout, l’abus est ridicule, mais, en réalité, cela n’est pas ennuyeux ; la patrie de Grès-1 set, en particulier, a magnifiquement agi ; nous avons assisté, le second jour, à la plus belle cavalcade qui se puisse imaginer. Nous disons le second jour de la fête, car le premier avait été absolument consacré par le ciel à lessiver à fond la ville au moyen de quatorze heures de pluie battante, afin sans doute de la rendre tout à fait digne de la superbe cérémonie du lendemain.
- Cela était fort beau : toutes les corporations de la ville en costume Louis XV, d’une grande richesse et d’une rigoureuse exactitude, sontvenues en un défilé de deux heures saluer la statue du charmant auteur de Fert-Vert et entendre le compliment pâteux, adressé au marbre blanc, par M. Ancelot, qui, avec M. Patin et M. Nisard, singuliers confrères de Gresset, représentait l’Académie française.
- M. Porion, maire d’Amiens, et représentant du peuple, a parlé à- son tour, mais avec beaucoup plus de succès que le directeur posthume du héros de la fête.
- A deux heures, courses au trot : Ah ! les vilains chevaux ! les pauvres bêtes ! il ne devrait pas être permis de détourner ainsi de pauvres créatures de leur destination naturelle; faire courir, faire trotter, veux-je dire, cela est déjà bien fort, de malheureux animaux qui n’y ont jamais songé ; un seul avait du bouquet, du nerf, de la verve; aussi a-t-il gagné les deux derniers prix en un tour de jambe, dans sa promenade du matin. Ils n’avait pu concourir pour la première épreuve, les conditions du programme exigeaient des chevaux nés dans le département, à vrai dire cela était joli ! mais il est impossible déjuger le département de la Somme sur de pareils échantillons, ce serait à croire qu’il ne produit que des chevaux de corbillard. Du reste, il s’agissait du plus beau prix, la précaution du programme est justifiée.
- Le soir, il y a eu fête nautique, concert, fanfares, M. Tellier et ses trompes, que nous entendrons bientôt à la salle Sax, ont fait merveille.
- A Paris, nouvelle agréable : Par ordonnance du préfet de police, toutes les musiques mendiantes, — ambulantes ou roulantes ou stationnaire—musiques grinçantes ou filées — musiques soufflées, sif-tlées, pincées, hurlées, frottées, tapées ou tournées sont radicalement chassées de la voie publique. Nul n’a échappé à M. Carlier, il n’y a plus de clarinettes fêlées et de violons aveugles, on n’a épargné que l’orchestre du Théâtre-Français.
- Et qu’on ne nous accuse pas de calomnier un orchestre renouvelé il y a un an par M. Houssaveet confié, a-t-on dit, à M. Offenbach, que nous n’y avons jamais vu ; qu’on ne nous accuse pas, nous l’avons entendu dimanche à dix reprises, nous l’avons reconnu cet air lamentable, connu sous le nom caracté.isfujue d’air du Théâtre-Français, air à dormir, air à faire douter des bienfaits de la colophane; nous les avons reconnues dimanche, la plupar de ces physionomies benoîtes et endormies, qui le jouent depuis cinquante-cinq ans sans caniche et sans sébile. Qu’on ne nous parle pas d’orchestre renouvelé : cet hiver dans les entr’actes, M. Offenbach a fait donner quelques concerts par un de ses élèves,
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
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- LE PALAIS ’DE CRISTAL.
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- DIVAN,
- PAR ïl. AMÉ0ÉE COUPER.
- Aucun meuble n’est plus commode et en même temps plus élégant que le divan. M. Amédée Couder dont nous avons déjà parlé dans notre Numéro 9, a exposé des divans de toute beauté.
- Celui-ci est un divan droit.
- C’est toujours à orner un pala'is que cet artiste destine ses œuvres. Ce meuble représente un char ayant la forme d’un arc de triomphe, et auquel sont
- attachés des lions de grandeur naturelle, enchaînés de fleurs, et guidés par des génies portant des lumières. Au sommet du divan, entre l’Histoire et le Progrès, plane la Paix qui couronne de roses et d’oliviers les deux grands principes delà création, l’Amour et l’intelligence.
- Les entre-colonnements et le fronton sont recouverts d’une riche tapisserie dont les sujets représentent l’Union des Peuples, présidée par la Sagesse et la Fraternité, puis les phases successives de la marche humaine : le défrichement et ses conséquences fécondes ; la guerre et ses résultats despotiques; la philosophie, les sciences, les arts et l’industrie, donnent et consacrent le bonheur des hommes.
- P Qir le dessin, page 18L)
- M. ALFRED QUIDANT.
- M. Erard, qui a exposé cette année le beau piano dont nous donnons le dessin page \ 88, a confié à M. Alfred Qui-dant le soin de faire valoir le mérite de ce mélodieux instrument. La scène que nous représentons ci-contre se renouvelle quelquefois, ce qui est une bonne fortune pour les auditeurs, qui ont le double plaisir d’admirer un chef-d’œuvre de fabrication et d’entendre un chef-d’œuvre d’harmonie.
- LA VIERGE ET L’ENFANT,
- par
- M. VANDER HAGEN.
- M. Vander Hagen est un de ces nombreux artistes qui ont transporté en Angleterre le goût du Continent. C’est un sculpteur fort estimé en Belgigue.
- La statue qu’il a exposée représente la Vierge et l’Enfant. 11 y a dans l’attitude une onction pleine de charme. Les plis de la robe longue sont antiques, et font contraste avec ce qu’il y a de forcé dans les détails de la statuaire moderne des artistes anglais, à qui l’on doit adresser le reproche de mettre toujours quelque chose d’un peu forcé dans leur composition.
- PELLE, PINCETTES et DEVANT DE CHEMINÉE,
- PAR
- MM. TURNER DE SIIEFFIELD*
- LA VIERGE ET l’ENFANT, par M. VANDER HAGEN. Q*
- brique anglaise. Le luxe éblouissant de leur acier, et le fini du travail, surpassent ce qui se fait dans ce genre. MM. Turner de Sheffield se sont signalés, cette année, par leurs produits. Les voyageurs qui ont été admis dans l’intérieur des familles anglaises ont pu admirer le goût et l’éclat des cheminées.
- Les pincettes, les pelles, le poker, ce morceau de fer destiné à briser le charbon de terre dans le foyer, sont toujours très-élégants et en même temps très-solides. La pelle est ordinairement percée à jour, au milieu.
- Tout cela devient de véritables objets d’art, et pourtant conserve la solidité, car il est bien rare qu’en Angleterre on sacrifie l’utile, le confortable sous toutes ses formes, au luxe et à l’élégance.
- est là un des produits les plus remarquables de la fa-Cette fois tout est réuni. Il est curieux surtout de trouver heureusement et brillamment touné ce poker dont nous pariions, instrument qui a à peine pénétré en France, dans la vie bourgeoise, du moins, et que nous ne trouvons chez nous, en quelque sorte, qu’à l’état sauvage : cet instrument grossier, lourd, rugueux, brut, nous revient, chose étrange ! par l’Angleterre qui, du reste, en fait un usage de toutes les heures, nous revient doré, léger, gracieux, fin, et tout prêt à rendre pareils, sinon meilleurs services, que nos grosses machines. Au moins il peut se montrer sans honte et être livré aux mains élégantes : il n’y a plus rien à dire ; nous le répétons, tout est réuni à la fois, élégance et confort. C’est le rêve du goût et de l’industrie combinés.
- teue et pincettes, par mm. ttjrneb, de shefeiild.
- DBfA.NT DE CHEMINÉE, par MM, TONNER, DE SflEFFIEED.
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- voilà tout, — rien n’a été changé dans les bonnes traditions de la musique classique — au Théâtre-Français. C’est à n’v pas tenir, cet air est insipide ; mais, dit-on, son souvenir se rattache à celui de tant d’inappréciables solennités! On en éprouve la sensation dans les dents, mais il a accompagné toutes les gloires de notre première scène ; sans doute respectons le : mais de grâce, le temps de la postérité est venu pour lui, honorons sa mémoire.
- Enfin, ([iieUÎ. lloussaye fasse comme il l’entendra. Mille remercîments, toujours au préfet de police, j’aime mieux savoir tous les instruments infirmes réunis là par mesure de grande voirie qu’éparpillés au coin des rues : au moins on est prévenu ; et sans chercher bien loin, il est des accents plus doux.
- L’Opéra recomplète magnifiquement son répertoire; M. Delagrave, le ténor sympathique a abordé le rôle de Fernand dans la Lavorite-, son succès, moindre que dans Lucie a été tel pourtant que personne ne songeait à regretter Roger, dont les qualités, toutes différentes dans le même rôle, n’avaient point ob-nu cet hiver moins bel accueil. M. Delagrave tiendra fort bien le personnage, mais, nous le répétons, son meilleur rôle en général est celui d’Edgar, sa voix douce, délicate, sympathique, sait mieux exprimer la tendresse, les émotions contenues, les sentiments doux, le désespoir simplement touchant que la malédiction, la passion violente, l’exaltation un peu outrée, qu’il a pourtant su rendre avec un art infini.
- A bientôt le Juif errant, cinq actes et dix tableaux, de MM. Scribe, Saint-George et lldevy, divertissements de saint Léon; chanté par Roger, Mo-relli, Mme Viardot et une cantatrice nouvelle, Mlle Lagrua qui, aujourd’hui, dit-on, chante en Saxe je ne sais quoi ni comment. Auparavant et très-prochainement nous assisterons à une reprise vivement désirée du Comte Or y . le rôle est confié à M. Delagrave.
- N’oublions pas non plus que M,le Marie Dussy qui, avons-nous dit, avait échoué dans le page des Huguenots, a fort joliment chanté, vendredi, les couplets du chancelier de Y Enfant Prodigue.
- Au Gymnase, La femme qui trompe son mari: un petit tableau populaire joué avec une tendresse et des larmes véritables par Mlle Figeac et Lafontaine. C’est un succès, un succès d’acteurs surtout. Voulez-vous l’analyse :
- Il était une fois, une fois n’est pas coutume, un très-bon ménage: François est un excellent ouvrier, fort amoureux de sa femme : mais pendant la première année de son mariage elle va passer quatre mois en province auprès d’un parent malade, paraît-il. A son retour, je ne sais trop pourquoi son mari la surveille, la suit et découvre qu’elle a mis à Neuilly, en nourrice, un enfant dont elle s’est déclarée la mère. Abomination ! malédiction ! désespoir! François se grise, se fait chasser de l’atelier, maltraite sa femme, pleure, veut partir et enfin garde son secret.
- — Qu’as-tu François? que veux-tu? parle. Je t’en supplie, — à genoux — je t’aime.
- Et cela avec de petits airs désolés, une petite mine franche, des yeux vraiment rouges, et une petite voix tremblante, et de petits sanglots à fendre l’âme des personnes désintéressées dans la question, et des petites mains jointes, des mouvements de désespoir sculptés par Pradier, et des tendresses à faire pâmer le fidèle Mesrour des Mille et une nuits. Décidément rien n’est plus gentil que Mlle Figeac; et ' François résiste ; mais l’oncle de rigueur (c’est un parrain pourtant cette fois), sert de truchement et tout s’explique. Le coupable c’est François, il a séduit l’an passé une petite Adrienne qui est morte de chagrin en apprenant le mariage du Don Juan. Madame François a intercepté la lettre classique des adieux, vous savez: « Quand vous recevrez cette lettre, etc. » Seulement, par extraordinaire, la lettre était chargée— d’Adrien, que madame François a adopté en secret.
- Allons, enfants de ce beau jour, etc.
- Allons dîner à Neuilly.
- Lafontaine devient un comédien fort remarquable; Perrin tient déjà très-convenablement les Ferville; quand à MUe Figeac, une seule de ses petites larmes vaut toute la pièce, avec M. Lafontaine, cl M. Perrin, et M. Lesueur, et le soufileur, et l’orchestre, et les décorations, y compris et les auteurs, le directeur et les pompiers.
- Montansier nous a mis en scène, sous le titre osé de Y Amant de cœur, la nouvelle à la main dont
- LE PALAIS DE CRISTAL.
- voici le résumé : Madame Leloup aime son petit maître à chanter, c’est Hyacinthe. M. Leloup, financier, très-ladre , aime MUe ***, aspirante à l’Opéra. Mme Leloup désire aimer en paix Hyacinth-Saint-Preux : elle craint que l’avarice de son époux ne lui fasse perdre les bonnes grâces de Mlle *** profitant d’une porte de communication invraisemblable, entre son hôtel et la chambre de Margot, elle prodigue des magnificences anonymes : Margot les attribue à Leloup, et Leloup-Grassot, qui sait parfaitement n’avoir rien donné, se croit Yamant de cœur, se cache dans les armoires, fait toutes les politesses, toutes les courbettes du monde au prétendu protecteur, à Hyacinthe, le véritable Tircis de Margot, qui n’est que fat et non point infidèle. Enfin Mme Leloup met le comble à sa générosité : elle avait donné un domino garni de dentelle, un ameublement splendide, des diamants, un tableau magnifique qui représente Cupidon se roulant sur l’herbe (l’administration a même fait les frais du tableau), Enfin, Mine Leloup donne par dessus le marché son amoureux. Tout se termine à la satisfaction générale. Grassot, cédant à la menace du scandale , paie, de plus il obtient l’ordre de début de Margot et une place pour son rival.
- Décidément, il n’y a rien de remarquable dans l’ouvrage que le beau tableau emprunté à la galerie de M. Dormeuil, et qui représente comme nous Ta vous dit : Cupidon se roulant sur l’herbe, mais à vrai dire, cela mérite d’être vu.
- Mieheau, delà Comédie-Française, est mort vendredi. C’était un excellent homme, qui est fort regretté de ses camarades, plus qu’officiellement, plus, dit-on, qu’il n’est d’usage.
- G. DE BODCONVILLE.
- STEEPLE CHASE DE LA MARCHE.
- Une foule nombreuse et élégante, composée de la société d’élite de Paris et de quelques habitants des villas qui entourent le délicieux village de Marnes, était réunie, dimanche dernier, dans la jolie propriété de la Marche. Des équipages nombreux avaient transporté de Yille-d’Avray, Meudon, Saint-Cloud, Belle-vue, Chaville, Auteuil, des amateurs de course.
- Un Steeple Chase était ouvert aux propriétaires de chevaux de course. 1# terre de la Marche est merveilleusement appropriée à cette destination.
- Deux engagements ont eu lieu : Dans le premier. Cinq chevaux : Emilius, appartenant à M. Hardy et monté par Arthur; Black Devil, à M. Guy de Montécot, par lui-même-, Bride Groom à M. Jackson, par lui-même; Blue Devil, à M. Pool, par M. E. de Perre-gaux ; Hardi, à M. Aumont, par Edouards; enfin le Poney à M. Ciifton, monté par lui-même.
- Un des coureurs, M. Edouards, après être arrivé second devant le fossé rempli d’eau s’est précipité au beau milieu ; mais il s’est relevé : Emilius est arrivé le premier au but et a gagné le prix de 1,200 fr.
- Une course aux haies a suivi ce premier engagement. Les chevaux engagés étaient Nox MicyDolly, lrish Broown, White Face, May Day, Chance. Un des coureurs, M. Need est tombé après avoir sauté la dernière haie : On le croyait grièvement blessé, mais heureusement il n’avait eu qu’une foulure.
- M. le président de la République avait honoré ces courses de sa présence. On remarquait parmi les spectateurs plusieurs notabilités parlementaires et quelques écrivains ou directeurs de journaux. M. de Rémusat paraissait prendre un vif plaisir à cette fête.
- BREVETS ANGLAIS.
- John Plaît, de Oldham, et Bichard Burch, de llevrood, pour certains perfectionnements dans les métiers à tisser. (Scellé, 3 juillet.)
- James Howard, de l’usine Britannia-Bedford, pour des perfectionnements dans les charrues, et autres appareils et machines employées à la culture. (Scellé, 3 juillet.)
- John Aston, Birmingham, pour des perfectionnements dans les boutons, ornements d’habillement, cl pour les machines à les fabriquer (Scellé, 3 juillet.)
- Charles Payne, Surrey, pour des perfectionnements dans les procédés pour sécher les matières animales et végétales, et pour chantier et refroidir les liquides. (Scellé, 3 juillet.)
- Robert Haynes Easum, Stepney, fabricant de cor-
- des, pour perfectionnements dans la fabrication des cordes. (Scellé, 3 juillet.)
- William Ilamer, Manchester, pour des perfectionnements dans le tissage. (Scellé, 3 juillet.)
- George Kemp, Carnavon, pour une nouvelle méthode , afin d’obtenir les forces motrices par le magnétisme électrique. (Scellé, 3 juillet.)
- Richard Jex Crikmer et Fred1' William Crikmer, de Burmondsey, pour des perfectionnements propres à serrer, garnir les stufting boxes (soupapes à étou-pes) et pistons. (Scellé, 3 juillet.)
- Charles Cowper, de Londres, pour des perfectionnements dans la prépai ation du coton pour le teindre et le blanchir. (Scellé, 3 juillet.)
- Charles Barlow, de Londres, pour des perfectionnements dans les machines rotatives. (Scellé, 3 juillet.)
- FAITS DIVERS.
- TRAVAUX ET ARTS.
- Dans sa séance de mercredi, le conseil municipal de la Seine, conformément aux propositions du préfet, vient de voter un emprunt de 50 millions pour la construction des halles et la continuation de la rue de Rivoli jusqu’à l’Hôtel de-Ville.
- Il v a donc trois grands projets à exécuter par la Ville :
- 1° La construction des halles centrales;
- 2° Le prolongement de la rue de Rivoli jusqu’à la place de l’Hôtel-de-Ville (on sait que ce prolongement s’exécute déjà jusqu’à la rue de la Bibliothèque, par le concours simultané de la Ville et de l’État) ;
- 3° L’ouverture d’une large ru3 qui descendra du débarcadère du chemin de fer de Strasbourg jusqu’au boulevart, entre les portes St-Denis et St-Martin.
- — Le conseil municipal de la Seine vient de voter un nouveau crédit de 80,000 fr., à joindre aux 100,000 fr., affectés précédemment aux peintures historiques de Saint-Vincent-de-Paul. — La dépense totale a été autorisée jusqu’à concurrence de 253,310 fr.
- — La cour intérieure du Louvre est à peu de chose près terminée en ce qui concerne les travaux d’ornementation des plateaux, du pavage et du nivellement de la chaussée affectée au passage du public. On va mettre la main aux ouvrages d’art. Il s’agit de remplir le vide laissé au centre par l’enlèvement de la statue équestre du duc d’Orléans, et de placer sur les piédestaux attenant aux façades, les statuettes indispensables à l’harmonie complète de toutes les parties de ce bel édifice.
- Le centre de la cour sera occupé par une fontaine monumentale, non parcelle des Innocens, comme il en a été question dans le temps (cette fontaine est la propriété de la ville de Paris, qui aura à en faire un bon usage lorsque les halles centrales seront faites), mais par une fontaine dont M. Duban a su créer le type et qui s’allie parfaitement au style du monument.
- Cette fontaine, sur le terre plein circulaire, semblerait écrasée par les formidables façades du Louvre ; aussi pour la bien escorter et afin de maintenir l’effet qu’elle est appelée à remplir, l’architecte Ta fait garder par quatre grandes statues allégoriques qui seront placées au-devant de chaçune des balustrades à jour, en pierre, qui terminent les plateaux gazonnés vers le rond point.
- Le ministre de l’intérieur consacrera aux décorations de la cour du Louvre les sujets ou copies des statues antiques que chaque pensionnaire de Rome envoie au gouvernement, et qui, affectés jusqu’à ce jour à la décoration de la cour et de l’intérieur de l’École des Beaux-Arts, ne peuvent tous trouver place dans l’enceinte de cet édifice.
- Si parmi les ouvrages d’art, déjà placés sur les piédestaux de l’école des Beaux-Arts il s’en trouve qui, par leur sujet, leur attitude ou leur mérite, seraient mieux dans la cour du Louvre, l’architecte les désignera au ministre qui en ordonnera la translation.
- — L’empereur de Russie vient d’engager plusieurs ouvriers tisseurs et teinturiers pour une fabrique semblable à celles de Beauvais et des Gobelins, qu’il se propose de fonder à Saint-Pétersbourg. On assure qu’on a découvert que les eaux de la Néwa étaient bonnes pour ce genre spécial de teinturerie.
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
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- nouveau mannequin pour artistes. — On attribue l’invention du mannequin à un moine du nom de Bacciodella (en religion fra Bartoloméo di S. Marco), de l’ordre des Dominicains, mort en 4 517. Cette opinion est fondée sur un passage de Yasari, où il est dit que fra Bartoloméo a fait faire lin modèle, de grandeur naturelle et qu’il l’a couvert de vêtements et d’ornements.
- On voit, par la date delà mort du dominicain, qu’il était contemporain de Rapliël, et il est propable que l’illustre Sanzio a dû faire usage de ces poseurs économiques. Plusieurs grands artistes, entre autres le Poussin, ont beaucoup travaillé d’après le modèle de fra Bartoloméo.
- Nous n’avons pas besoin d’énumérer ici les services que ce fac-similé rend de nos jours à tous les hommes qui s’occupent de peinture et des arts reproducteurs des formes humaines. Nous voulons seulement parler de celui que nous avons vu à l’Exposition de Londres, et qui attire à un si haut degré l’attention de tous les hommes compétents.
- M. Leblond , l’habile sculpteur, est parvenu, par un nouveau système d’articulation, à donner à ses mannequins cette souplesse dont le défaut avait fait jusqu’ici le désespoir des artistes. Avec le modèle de M. Leblond, on peut travailler à coup sùr, quelle que pose que l’on veuille représenter. La pose équestre, la pose aérienne et la pose accroupie, la plus difficile de toutes. Les mouvements des épaules, des omoplates et des rotules, ont lieu sans cette roideur qui rend si difficile l’emploi des autres modèles et iiui les fait exclure dans une foule de cas.
- Le système de M. Leblond se prête à toutes les attitudes, depuis celles qui caractérisent le guerrier jusqu’au poses souples et furtives du chasseur; depuis la démarche légère de la femme jusqu’au pas indécis du petit enfant.
- On voit que le modèle, ainsi assoupli, peut rendre d’immenses services aux artistes. Les renseignements que nous recevons à ce sujet en font entièrement foi.
- Voici une lettre queM. de Niewerkerke, le savant directeur du Musée, adressait à M. Leblond, à la date du 7 février dernier :
- Monsieur,
- J’ai vu avec le plus vif intérêt le nouveau mannequin que vous m’avez présenté, et dont la composition et l’organisation, aussi ingénieuses qu’habiles, ne laissent rien à désirer soit comme vérité, soit comme facilité de mouvement ; toutes les articulations m’en ont paru si justes et si précises, que je ne crois pas possible de désirer pour la peinture et la sculpture, un modèle plus convenable. »
- Agréez etc. niewerkerke.
- D’un autre côté, M. Léon Feuchère, rapporteur du jury central de l’Exposition de 4 849, s’exprimait en des termes qui prouvaient combien la valeur de ce modèle était appréciée.
- « Ce mannequin, par son habile construction, disait le rapport, permet d’exécuter tous les mouvements et toutes les poses que le corps humain peut opérer.
- « La ferrure de la colonne vertébrale est disposée de façon à recevoir autant de vertèbres qu’il en existe dans la nature, sans perdre de sa solidité; elle laisse au torse toute liberté pour ses fonctions.
- « Les bras sont fixés au torse par des charnières à double centre, qui leur permettent d’agir en tous sens, et aussi aux épaules d’exécuter tous les mouvements qui sont dans la nature. »
- Voilà ce que nous avions à rapporter à ce sujet. Ceux de nos lecteurs qui s’occupent d’art et principalement de peinture, nous sauront gré d’avoir découvert ce produit français à l'Exposition de Londres.
- hygiène. — Nous avions promis à nos lecteurs de leur faire connaître plus amplement l’eau de Philo-dermine; i's nous sauront gré de leur donner cette courte notice :
- Le savon possède-t-il réellement toutes les qualités voulues pour être employé à la toilette? Voilà une question qu’il n’est pas difficile de résoudre.
- En effet, les principes qui entrent dans la composition du savon sont loin d’être adoucissants pour les peaux délicates; les lenteurs que son usage entraîne ne laissent pas (pie d’être ennuyeuses dans bien des circonstances; enfin, son efficacité demeure douteuse, son emploi est presque impossible quand il s’agit de l’appliquer aux besoins de la chevelure.
- Cependant, il est peu d’agents hygiéniques qui aient occupé, commele savon, l’attention de la science et celle de l’industrie. 11 n’en est pas qui aient
- subi autant de perfectionnements ; depuis cette pâte corrosive, grise, bleuâtre et puante, vulgairement appelée savon, jusqu’à la poudre rose et parfumée qui sert à la barbe, chaque qualité intermédiaire, chaque nuance même indique une amélioration considérable.
- Mais, il faut en convenir, la perfection est loin d’être atteinte; en effet, le savon n’opère sur les surfaces avec lesquelles il est mis en contact qu’en déposant une couche des éléments qui le composent; or, l’on se demande à juste . titre si l’épiderme ou la chevelure traitées par le savon, bien que débarrassés des corps étrangers qu’il, s’agissait de faire disparaître, ont beaucoup gagné à la substitution d’un autre corps.
- 11 y avait donc un problème à résoudre, une révolution à accomplir dans les éléments servant à la toilette; c’est à l’industrie française que l’on sera redevable de l’introduction d’un nouvel agent. La Philodermine, admise à l’Exposition, est appelée à suppléer désormais tous les parfums et à remplacer tous les savons avec une supériorité et des résultats véritablement prodigieux.
- — Les faillites qui, dans tous les pays, viennent à de trop courts intervalles affliger le commerce et jeter la perturbation dans les affaires, devraient faire réfléchir toutes les personnes qui exposent leur fortune dans les opérations commerciales et leur faire ouvrir les yeux sur leurs véritables intérêts. La fréquence des sinistres, devrait engager chacun à se préserver de ses terribles effets par le moyen de l’assurance.
- On nous signale comme l’une des plus sérieuses compagnies d’assurances contre les faillites le Ducroire, dont le mode d’opération est de nature à inspirer la plus grande confiance aux assurés.
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- Le Ducroire se met en mesure de remplir le premier de ces objets, en écartant avec soin toute évaluation arbitraire du risque et toute fausse déclaration. Comme complément de garantie à cet égard, il a fait, avec un remarquable discernement, la classification des risques, de manière à proportionner équitablement la quotité contributive aux chances courues, et à donner ainsi les mêmes avantages à foutes les opérations commerciales.
- Voici cette classification avec le chiffre de la quotité contributive:
- 40 La vente aux fabricants, négociants en gros ou commissionnaires taxée de 4 5 à 20 centimes de contribution par 4 00 fr. ; 2° la vente au commerce de demi-gros, taxée de 40 à 50 centimes; 3° la vente au commerce de détail, taxée de 65 à 75 centimes; 4° la vente aux débitants, colporteurs, marchands forains, etc., taxée de 90 c. à 4 fr.
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- Erratum. Dans notre article sur l’enrayage des locomotives , système de M. Aubirieau, une erreur s’est glissée, d’après laquelle il semblerait qu’il s’agit de séparer le convoi ou le tender de la locomotive, le convoi se sépare du tender seulement. Les hommes spéciaux qui nous ont lu auront reconnu ce lapsus.
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- CORRESPONDANCE.
- M, F. 11..au Havre. Le plan dont vous nous parlez ne peut pas être publié par nous. Nous ne nous occupons de Londres qu’incidemment.
- M. J.-B. A..., à Turcoing. Nous suivrons vos conseils, et dès ce jour vous pouvez vous apercevoir que nous entrons dans cette voie.
- M. N. R..., à la Chaux-de-Fond (Suisse). On travaille à ce dont vous nous parlez.
- M. Ch. L..., instituteur, à Melun ( Seine-et-Marnc ). Nous ferons droit à vos réclamations.
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- LE PALAIS DE CRISTAL
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- Les associations de la Caisse Paternelle possédaient au 30 avril 1851 : 1,629,889 fr. de rente S p. 100, ayant coûté
- Achats effectués en mai 1831.
- 7,313 de rente 3 p. 100, ayant coûté
- Associations liquidées.
- 84,711 de rente s p. 100, ayant coûté
- 1
- 721,913 Totaux au 3lmail83l.
- ’ Souscriptions.
- La Caisse Paternelle a reçu dans le courant du mois de mai :
- 313 souscriptions, montant à Précédemment 38,383 — —
- Associations liquidées.
- 3,4is souscriptions, montant à
- 62,413
- Totaux au 31 mai 1831.
- 33,660,638 fr. 21 c.
- 132,684 <,937,537 63 83
- 33,730,880 71
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- A commencé à donner et donnera pendant toute la durée de l’Exposition, un supplément gratuit de vingt-quatre colonnes, spécialement consacré à l’examen critique des objets de l’Exposition.
- Le Courrier de l’Europe donne dans chaque numéro toutes les nouvelles de la semaine, les articles les plus saillants de la Presse française; une partie anglaise ; des bulletins politiques et commerciaux. Les revues littéraires, dramatiques et hebdomadaires des célébrités parisiennes, Les séances de l’Institut, etc.,ete.
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- NUMÉRO 13. ADMINISTRATION : A PARIS, PASSAGE JOUFFROY, 24. — A LONDRES, 2, CATHERINE-STREET STRAND
- SAMEDI 2 AOUT 1854
- LE PALAIS
- JOURNAL ILLUSTRÉ DE L'EXPOSITION DE 1851 EËDU PROGRES DES ARTS INDUSTRIELS,
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- SOMMAIRE.
- Bulletin industriel s Document important.—Projet de loi international proposé par l’Autriche; texte de ce projet sur la propriété intellectuelle; appel aux intéressés; discussion prochaine. association des arts et de l’industrie: de leurs rentes; chiffre atteint, 55,407 fr.—Organisation et composition du Comité des peintres.— De l'Exposition de Londres, par M. Jobard : richesse du globe; de l’Orient; de la protection accordée par le Grand-Turc à
- la propriété industrielle. — De la Russie industrielle, par M. Bellegariugoe : Considérations générales; statistique de l’industrie et de l’agriculture en liussie; avis sur l’examen prochain des produits russes de l’Exposition de Londres.— Sciences et Arts : De l'Iléliochromie, par M. Niepge de St-Victor —Projet d’Expo-sition de Dessins et Modèles, par M. Klagmann.'—Nouvelles de l’Exposition de Londres.— Notice sur les Machines : Nouvelles pompes; machines pneumatiques; horloge hydraulique; machine ù billets. — Courrier de Paris et de Londres, — Correspondance.
- ? DESSINS.
- Groupe d’horloges. — Hébé versant le nectar à l’aigle de Jupiter. — Mort du Christ. — Mousseline brodée, — Tapis. — Fontaine à thé. — quatre montres émaillées. — Vases en bronze. — Fontaine dans le désert. — Toile damassée. — Machines hydro-pneumatiques ( six dessins). — Horloge hydraulique (quatre dessins). — Machine pour nombrer les billets.
- GROUPE D’HORLOGES,
- PAR M. DETOUCHE, DE PARIS.
- Le dessin que nous donnons ci-dessous représente un groupe d’horlogerie sorti des ateliers de M. Detouche, de Paris, dont la vitrine, une des plus riches en ce genre, attire particulièrement l’attention des visiteurs au palais de Hyde-Park.
- Tout le monde se rappelle la magnifique horloge exposée par ce fabricant en \ 849, horloge restée sans égale jusqu’à ce jour, et donnant avec la plus grande précision, outre un calendrier indiquant les jours, les semaines, les mois, et les variations thermobarométriques, l’exacte différence de l’heure entre Paris et les villes placées sous les différentes latitudes du globe.
- groupe d’horloges, par m, detouche, de paris,
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
- BULLETIN INDUSTRIEL.
- DOCUMENT IMPORTANT.
- De la réforme nécessaire des lois sur la propriété intellectuelle. — Voies et moyens__Précédent important— Dis-
- cussion et rédaction d’un projet de loi sur cette question.
- — Réserve faite sur la propriété industrielle.—Appel
- aux partisans de la réforme. — Réunion prochaine.
- Nous sommes parvenus à la partie active de notre mission.
- Nous arrivons à la pratique.
- Dans les numéros précédents, nous avons exposé nos principes : cela était nécessaire, impérieux, indispensable. Aujourd’hui, nous entrons dans l’èredes réformes; et ce ne sera pas notre faute si nous n’arrivons pas, en bien peu de temps, à saper un édifice vermoulu, mal construit, aussi grotesque dans ses détails qu’il est tremblant sur sa base; nous voulons parler des lois qui règlent la propriété intellectuelle.
- Chose inouie ! on se plaint du manque de travail !
- Et l’on ne donne au génie, l’âme, le mobile, l’élément, le moteur du travail, ni sécurité dans le présent, ni bien-être pour l’avenir.
- On se plaint des pirateries de la contrefaçon :
- Et la contrefaçon n’est plus qu’une supercherie plus ou moins audacieuse qui rivalise avec les bonnes plaisanteries; c’est presque de l’espièglerie qui prête à rire ! et le propriétaire qui est volé, pillé, par une foule de larrons oisifs qui s’enrichissent de ses dépouilles, est mis sur la même ligne que ce type de Molière, dont les mésaventures ont été créées pour désopiler la rate dans les siècles passés, présents et futurs. L’inventeur que l’on contrefait ou que l’on pille ne reçoit plus qu’un nom : il passe pour être le Georges Dandin de l’Industrie !
- On se plaint (et l’on a bien raison) de la déloyauté en matière de produits industriels; les marchés étrangers sont encombrés de marchandises qui donnent de nos fabriques la plus pauvre idée; on met sur le dos de nos fabricants les plus détestables échantillons ; bien souvent, ce n’est qu’une simulation coupable, qu’un mensonge, qu’une calomnie en soie, en toile, en tissus ! et nos législateurs n’appliquent pas contre ces félonies, ces menées sourdes et déloyales, le remède si simple, si naturel, de la marque de fabrique. Nous perdons notre réputation malgré nous, malgré les efforts de nos inventeurs, de nos industriels : le mensonge devient le programme, le mémorandum, l’affiche de nos marchés on sait, on dit, on propage, on proclame, on blâme tout cela... et pourtant le discrédit prend de telles proportions, qu’on en est à se demander si la plaie n’est pas incurable.
- Eh bien ! non, la plaie n’est pas incurable. Non, la déloyauté ne prendra jamais le pas sur le droit : et grâce aux efforts de nos partisans, grâce à l’énergie que nous donnera une conviction, une foi profonde, grâce enfin au concours que nous rencontrons, nous avons l’assurance que nous ferons tomber ces monuments légaux où l’absurde le dispute à l’odieux.
- Enfin, et c’est là surtout ce qui nous frappe. L’on se plaint des ferments de discorde', des éléments de désordre, de l’absence de travail, de l’effroi légitime des capitaux. Nous répondons : faites que le génie ne soit pas traité de rêve ; faites que le produit palpable du génie ne soit pas rejeté sans examen, faites surtout que l’Invention, la Découverte, soient aux yeux du législateur placées sur le même pied, en droit, que la Propriété : faites que l’offre d’une chose qui doit amener comme résultat infaillible, le bien de l’humanité, puisse être accueillie de telle sorte que le riche vienne, avec sécurité, en aide au pauvre; faites que le Travail, principe nécessaire et fécond de tous les droits, Snobile et conservateur de toutes les vertus, passion noble, instinct vivace, consolateur dans toutes les positions de la société, au milieu de tous les épisodes de la vie, trouve dans ses produits un élément durable et non éphémère de fortune, par la consécration de son droit; et soyez sûr que les éléments de discorde dont vous êtes effrayés tomberont, s’évanouiront bien vite.
- En un mot, à côté des mots génie et travail écrivez les mots : Sécurité et Propriété-, et au lieu de voir l’inquiétude et la misère vous envahir et vous menacer, soyez sûr que vous verriez naître et s’établir le calme et le bien-être.
- Or, pour conquérir ces résultats, il nous faut les demander à la réforme de nos lois industrielles; et c’est ce que nous allons faire.
- Depuis sept mois et plus, nous avons approfondi
- cette question, non pas en théorie (il y a vingt ans que nous poursuivons le triomphe de ces droits dans le silence de l’examen et de l’étude) ! mais en pratique; et cela, à l’occasion d’un fait dont il est temps de parler, parce qu’il a de l’importance, à raison des personnages qui y ont pris part.
- Le 31 décembre dernier, tous les hommes qui occupent le premier rang dans les sciences, les lettres les arts et l’industrie, se rendaient, sur une lettre de convocation adressée par M. le baron Taylor, membre de l’Institut, à la grande salle du bazar Bonne-Nouvelle, oùse réunissentîes associations des lettres, des arts et de l’industrie.
- Deux cent cinquante personnes étaient réunies, et là, M. Berlioz, notre grand compositeur, présentait à l’assemblée un envoyé du gouvernement autrichien, M. le docteur Bâcher, qui était chargé de se mettre en rapport avec les hommes éminents de notre pays, dans chaque ordre de la pensée, littéraire, artistique et industrielle, à l’effet d’élaborer au mieux de leurs intérêts, les clauses d’un traité international sur la Propriété industrielle.
- Cette proposition fut accueillie avec enthousiasme. On y vit un précédent utile à consacrer : On nomma une commission, après une discussion savante, ouverte par le président, et à laquelle prirent part des hommes consid ér abl es.
- Cette commission se livra à un travail préparatoire; un projet de loi, ou plutôt des vœux furent formulés : on soumit à nouveau ce travail à la grande réunion de tous les comités de l’association des lettres et des arts ; et la copie de ces vœux a été emportée en Autriche par M. le docteur Bâcher, qui, en ce moment, en poursuit la réalisation.
- Nous ne pouvons ici faire connaître en détail à nos lecteurs, les travaux, les débats, les discussions approfondies et savantes, par lesquels a passé ce projet de loi international. Il nous suffira de dire qu’il est revêtu des signatures des hommes les plus importants de notre pays: Yictor Hugo, Scribe, Paul Delaroche, Berlioz, Auber, Meyerbeer, des membres de l’Institut, des savants, des publicistes, les membres du comité de l’association, etc., etc., ont sanctionné cette œuvre, dont nous donnons ci-après le libellé tout entier.
- Mais, cette œuvre, complète sous le rapport des principes, ne pouvait être complète sous le rapport des détails : et c’est principalement la partie qui concerne l’industrie et les arts qui a été réservéé pour une élaboration définitive.
- On n’a eu que le temps de formuler des vœux ; et quant aux articles d’un projet de loi impérieusement réclamé, on n’a pas eu le loisir nécessaire pour les rédiger : c’est qu’en effet, l’industrie seule est lésée dans ses droits et que la réciprocité, possible en ce qui concerne les lettres, ne pourrait être même proposée, en ce qui regarde l’industrie.
- Or, c’est là précisément ce que nous nous proposons d’accomplir.
- Un appel est fait, dès à présent, à tous les partisans de la réforme que nous poursuivons en matière de propriété industrielle ; et les vœux dont nous publions ci-après la formule, venant s’ajouter à la doctrine dont nous avons déjà entretenu nos lecteurs, dans les numéros précédents, doit servir de guide à ceux qui désireront venir avec nous pour élaborer ce projet de loi.
- Déjà l’Assemblée nationale est saisie de quelques modifications à introduire dans la loi de 1844: C’est là un encouragement à nos travaux : mais ce n’est qu’un jalon posé sur notre route; et nous, qui avons foi dans le triomphe assuré de nos doctrines, parce que nous croyons fermement que tôt ou tard’ rien ne résiste à la vérité, nous appelons dès aujourd’hui à une discussion décisive, et sans arrière-pensée, tous les hommes qui regardent la propriété industrielle comme une question de salut.
- Que Ton sache bien, en outre, que pour faire adopter des lois d’équité, il faut se dépouiller de tout intérêt personnel : Il ne faut étouffer aucune réclamation ; il faut écouter les objections de quelque part qu’elles naissent : enfin, loin de redouter la discussion, il faut, au contraire, l’exciter, afin que les industriels ne puissent jamais dire comme un prétexte, qu’ils n’ont pu se faire entendre, quand, plus tard, le projet élaboré au nom de leurs intérêts sera adopté par le plus grand nombre.
- Voilà ce que nous poursuivons de tous nos vœux; et ce dont nous voulons assurer le triomphe; et pour donner à nos partisans le thème des travaux qui bientôt vont s’ouvrir au sein d’une commission
- choisie par les hommes les plus compétents, nous mettons sous les yeux de nos lecteurs le libellé des vœux et projet qui sont, en ce moment, examinés par le gouvernement autrichien.
- Nous faisons appel, en ce qui nous concerne, à tous ceux qui liront nos articles, et qui voudront prendre part dans très peu de temps, à l’élaboration de ce projet de loi, de se faire connaître à nous, et de s’unir par leur concours et leurs lumières aux hommes éminents qui veulent bien nous aider dans la mission que nous nous sommes donnée, pour le triomphe des arts, des lettres et de l’industrie.
- Voici le travail dont nous parlions plus haut :
- VŒUX émis sur la constitution de la propriété
- intellectuelle par les six Associations des Lettres , des Arts et de l'Industrie.
- Les Associations,
- Considérant que toute œuvre intellectuelle réalisée, qu’elle soit littéraire, scientifique, artistique ou industrielle, appartient à celui qui Ta conçue, et que ce serait attaquer les droits de l’homme dans leur essence que de ne pas reconnaître qu’une découverte dans les sciences, une invention dans l’industrie, ou la création d’une oeuvre littéraire ou d’art est la propriété de son auteur;
- Considérant, enfin, que tous les principes d’ordre public et d’économie politique commandent impérieusement de fixer de nouveau et d’une manière plus complète que par le passé l’opinion des hommes sur ce genre de propriété par une législation spéciale qui la constitue et la protège,
- Émettent les vœux suivants :
- TITRE PREMIER.
- Les œuvres littéraires et dramatiques et les compositions musicales trouvent dans la législation française une protection libérale et complète.
- Cette protection est telle, qu’il ne reste aux auteurs et compositeurs qu’un vœu à exprimer : c’est que la durée de leurs droits de propriéé exclusive soit portée, comme en Autriche, à trente ans pour leurs veuves et leurs héritiers, et que les compositeurs autrichiens adoptent, dans leurs transactions avec les administrations théâtrales, les traités en usage en France, et qui, éprouvés par une longue expérience, donnent toute garantie à leurs droits. Une uniformité dans les traités aurait le précieux avantage de faciliter les relations entre les deux pays.
- TITRE II
- En s’associant à ces vœux, les artistes peintres, sculpteurs, graveurs et dessinateurs ne peuvent ac • cepter la législation actuelle comme la dernière et complète satisfaction donnée à leurs intérêts.
- La pratique a révélé de graves lacunes dans la loi, lacunes qui ont tenu trop souvent leurs droits en échec et mis leurs intérêts en péril.
- Ainsi on leur a contesté le droit de s’opposer à la reproduction de leur œuvre lorsque cette reproduction était destinée à des usages vulgaires, ou était obtenue par des moyens différents.
- Ainsi encore on a soutenu, et malheureusement avec succès, que l’artiste, en aliénant l’objet matériel qui s’appelle son tableau, son dessin ou sa statue, aliénait en même temps le droit souvent plus productif et toujours aussi précieux de reproduire sa composition par la gravure et la lithographie.
- La jurisprudence, cette législation progressive, a souvent comblé ces lacunes en empruntant à l’esprit de la loi les armes que lui refusait son texte; mais souvent aussi elle s’est rigoureusement et froidement renfermée dans le sens exclusif et grammatical du texte, créant ainsi la plus inique des confiscations, puisque c’était la confiscation sans indemnité.
- Les artistes ont l’espoir qu’une législation nouvelle fera disparaître les doutes, ruineux pour leurs intérêts, contraires à la dignité des arts et à l’honneur d’une grande nation que les arts ont illustrée et qu’ils enrichissent en prêtant leur utile concours à son industrie.
- TITRE III.
- DE LA PROPRIÉTÉ INTELLECTUELLE RELATIVE AUX INVENTIONS INDUSTRIELLES.
- g 1er.
- Du droit de propriété d’invention. (Principe.)
- 1° La propriété des découvertes, inventions ou perfectionnements industriels devrait être perpétuelle.
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- Toutefois la propriété industrielle, comme toutes les autres propriétés, devrait être susceptible d’amélioration pour cause d’utilité publique.
- $ 2. De U enregistrement des titres de propriété d’invention.
- Toute demande d’un titre de propriété industrielle devrait être soumise à un droit fixe d’enregistrement de 20 fr.
- §3 .De l’exploitation des inventions et des impôts qu’elle doit supporter.
- En cas d’exploitation de la part de l’inventeur ou de ses cessionnaires, chacun d’eux, devrait être soumis à une surtaxe d’impôt annuel dont le montant serait fixé dans la loi, selon les diverses classes d’inventions.
- § 4, De la non exploitation des inventions.
- En cas de non exploitation d’une invention, dans le délai de cinq années, l’Etat ou un intéressé quelconque pourrait, après une mise en demeure adressée à l’inventeur, provoquer par jugement la mise en exploitation de la dite invention. Cette exploitation pourrait être attribuée de deux manières, à une tierce personne, ou à une société industrielle : 1° Soit à la suite d’offres réelles, reconnues valables; 2° Soit par une adjudication publique selon les formes ordinaires.
- La concession ne pourrait pas dépasser trente années d'exploitation. Passé lequel délai, la propriété de l’invention retournerait à l’inventeur ou à ses ayants-droit.
- La part attribuée à l’inventeur dans l’exploitation ne pourrait être moindre de 25 p. 400.
- §5 .De l’annulation des propriétés d’invention.
- Les tribunaux ordinaires seraient compétents pour prononcer la nullité des inventions, mais ils ne pourraient le faire que sur le rapport et l’avis d’un jury spécial d’industriels, élus par des assemblées d’inventeurs inscrits au rôle officiel de l’administration publique.
- En cas de fraude dûment constatée par le tribunal correctionnel, les peines ordinaires, en matière de contrefaçon, seraient ajoutées à l’annulation du titre.
- | 6. De l’exploitation des inventions prises dans le domaine public.
- Si une invention déjà publiée et connue, mais non exploitée dans le pays, était mise en exploitation par un industriel, ce dernier pourrait obtenir un privilège d’exploitation. Le maximun de ces privilèges d’exploitation ne pourrait pas dépasser trente ans.
- Projet de convention entre l’Autriche et la
- France, pour la garantie réciproque de la
- propriété littéraire, artistique ou industrielle.
- Art. 4er. — Les auteurs d’écrits en tous genres, d’œuvres dramatiques, de compositions musicales ou chorégraphiques, de dessin en tous genres, de peinture, de sculpture, de gravure et de lithographie, ainsi que les inventeurs industriels auxquels les lois de deux pays garantissent ou garantiront à l’avenir, le droit de propriété et de traduction, pourront exercer ce droit sur le territoire des deux pays, à partir du jour de la mise à exécution de la présente convention, de telle sorte que l’exploitation, la contrefaçon ou la reproduction, dans l’un des deux Etats, des œuvres ci-dessus énumérées, soit assimilée à celle des œuvres de même nature, originairement publiées dans l’Etat même.
- Art. 2. — Les représentants légaux ou les mandataires des auteurs, inventeurs et artistes, seront à tous égards traités sur le même pied que les auteurs, inventeurs et artistes eux-mêmes.
- Art. 3. — La faculté de publier la traduction d’une œuvre allemande en langue française, ou une œuvre française en langue allemande, ou d’arranger une œuvre musicale, appartiendra à quiconque en aura préalablement obtenu l’autorisation de l’auteur ou de ses représentants.
- Art. 4.—Les stipulations des articles précédents s’appliquent également au droit de représentation des pièces dramatiques, ou au droit d’exécution, en public, des compositions musicales ou chorégraphiques.
- Art. 5.— Toutes les dispositions qui précèdent, sont applicables même aux publications ou exploitations commencées antérieurement au présent traité.
- Néanmoins les œuvres qui auraient été publiées,
- et les objets brevetés, qui auront été fabriqués antérieurement, pourront être vendus après que les exemplaires ou objets auront été marqués d’une estampille spéciale.
- Les œuvres dramatiques, les compositions musicales ou chorégraphiques qui auraient été représentées ou exécutées avant la conclusion du présent traité, ne pourront plus être représentées ou exécutées qu’avec le eonsencement formel et par écrit de l’auteur.
- Art. 6. Sont interdites l’importation ou la vente dans l’un ou l’autre des deux pays, des ouvrages et objets protégés contre la contrefaçon par les stipulations de la présente convention, soit que la contrefaçon provienne du pays où la publication a été faite, ou de toute autre contrée étrangère.
- Afin d’assurer plus efficacement l’exécution du présent article, il est convenu que, si dans un envoi fait de l’un à l’autre des deux pays, plus de deux exemplaires ou objets sont emportés ou expédiés à la fois, cet envoi devra être accompagné d’un certificat d’origine délivré soit en France, soit en Autriche, par l’autorité à laquelle chaque gouvernement aura confié cette attribution.
- La forme de ces certificats sera déterminée d’un commun accord entre les gouvernements respectifs, et le prix de chaque certificat ne pourra dépasser 24 kreutzers, en Autriche, et 4 franc en France.
- Art. 7. En cas d’infraction aux dispositions des articles précédents, les contrevenants seront poursuivis devant les tribunaux compétents, qui jugeront selon les lois du pays, de la même manière que si l’infraction avait été commise à l’égard d’un ouvrage ou d’un produit d’origine indigène.
- Art. 8. Les auteurs et inventeurs ou leurs représentants, ne seront admis à faire valoir devant les tribunaux, dans l’un ou l’autre pays, leur droit à la protection stipulée par le présent traité qu’en justifiant du dépôt de l’ouvrage, ou de la description de l’invention soit à l’ambassade, soit au consulat de l’autre nation ; le dépôt sera constaté par son inscription sur un registre spécial et par le récépissé donné au déposant. Cette justification ne sera pas nécessaire pour les œuvres qui ne sont pas produites en plusieurs exemplaires. Les frais d’enregistrement d’un seul ouvrage ne pourront pas dépasser 24 kreutzers en Autriche, ou 4 franc en France
- Art. 9. Les droits à percevoir sur l’importation des objets indiqués dans le présent traité, seront les mêmes chez les deux nations et réglés par voies administratives : il est convenu que le taux des droits à percevoir ne sera pas augmenté pendant la durée de la présente convention.
- (Suivent d’autres articles purement réglementaires)
- Nous livrons l’examen de ce texte à nos lecteurs, afin que, dans quelques semaines, lorsque ceux qui veulent, comme nous, la réforme des lois de la propriété intellectuelle, seront appelés à en discuter les bases et à en formuler la loi, aient un thème sur lequel, déjà, les spéculations de l’esprit se soient préparés.
- Nous disions, en commençant cet article, que nous entrions dans la partie de notre mission qui est l’action et la pratique. Nous sommes heureux d’avoir à annoncer à nos lecteurs, deux faits qui viennent à l’appui de cette assertion :
- Le comité des inventeurs et des artistes industriels a été convoqué mardi dernier, et il a agité deux questions importantes. Les travaux qu’il a élaborés cette année, ont été féconds en résultats heureux pour l’avenir de l’industrie. Après s’être réunis aux comités dont nous avons parlé ci-dessus, et avoir donné son concours à l’élaboration d’un projet de loi qui, en ce qui concerne l’industrie, n’a pu être adopté qu’à l’état de vœu, le comité des inventeurs et des artistes industriels a résolu de faire appel, dans le courant du mois de septembre prochain, à tous les partisans des grands principes de la propriété industrielle.
- C’est dans une séance qui se tiendra dans un local qui sera ultérieurement désigné, que l’on rendra compte des travaux de ce comité, qui rivalise d’importance avec la Société d’encouragement et d’autres sociétés utiles aux progrès de l’industrie.
- Le second point sur lequel porte la question tient à une situation dont tout le monde apprécie l’urgence et l’intérét. On le sait : l’artiste modeste qui, du fond de son atelier, produit un modèle dont l’industrie s’empare; le dessinateur qui, par le fini de ses combinaisons, par le goût exquis de ses ajustements, anime du. sentiment le plus élevé de l’art,
- les choses les plus simples, et de l’usage le plus habitue], sont dignes d’une attention et d’une estime égale à celle qu’inspire et que commande l’homme qui tient le premier rang dans le domaine des beaux arts.
- M. Klagmann a proposé, comme on le verra plus loin, de faire une Exposition générale de dessins et modèles, et de distribuer à leurs auteurs des médailles et des récompenses, comme on le fait, cha-, que année, aux artistes peintres, sculpteurs et graveurs.
- Cette Exposition aura lieu très-prochainement. Notre journal est chargé, dès à présent, par les Comités, d’être l’organe officiel de cette Exposition ; et l’on peut nous communiquer, à cet égard, tout ce qui peut rendre féconde cette idée, dont M. Klagmann développe lui-même, un peu plus loin, les avantages.
- On le voit, nous n’en sommes plus à la théorie; nous agissons.
- h-LEXANDBE LAYA,
- Rédacteur en chef., avocat à la Cour d'appel.
- ASSOCIATION DES LETTRES, DES ARTS ET DE L’INDUSTRIE.
- Le document qui suit prouve combien on a de force lorsque, par une association intelligente et active vers le bien, on poursuit le triomphe des principes de l’alliance des arts et de l’industrie.
- Voici le résumé des rentes des Sociétés fondées parM. le baron Taylor, depuis une dizaine d’années.
- Le capital recueilli, réservé en rentes et distribué en secours, s’élève à près de 4,800,000 fr.
- Artistes dramatiques,. 5 % 3 % 20,64 2 | 2,000 1 > 22,64 2
- Artistes musiciens 5 O/o 4,4 00 )
- 3 % 220 - 4 3,790
- Rentes de la loterie... 5 % 6,470 >
- Artistes peintres 5 % 8,670- ) 1
- 3 % 300 j 4 5,440
- Rentes de la loterie... 5 % 6,470 ]
- Inventeurs..... 5 %.. 225
- Total des rentes.............. 52,067
- Gens de lettres, 5 %...................... 3,300
- 55,467
- La composition et organisation du comité pour
- 4 854, a été formée par élection ainsi qu’il suit :
- M. J. Taylor,^ connu. de la Légion d’honneur, membre de l’Institut; président fondateur.
- Présidents honoraires.
- MM. Petitot, % ( inst. ). Huvé, ^ (inst ). Horace-Vernet, % (inst.).
- Les présidents élus sont :
- MM. Dauzats, # Etienne Blanc, Léon Cogniet, O $ (inst.). Picot, $ (inst.). Paul Delaroche, O % (inst.). Dumont, O % (inst.). Justin Ouvrié.
- Les vice-présidents sont :
- MM. Vallace de Villeneuve, Ch. Lefèvre, E. CiboL Lemaître, Duvalle Camus, Vé Jouffroy, % L. Mar1 chaud,
- Sont nommés secrétaires':
- MM. Gelée, A. Comte Beaume fils, Mantz, Ch. Bazin, Henri Pottier, Ch. Rochet,
- MM. J. Bouchet et A Jeunesse, sont nommés archivistes.
- Commission des comptes.
- M. Dumont, président. M. A. Dauzats, vice-prési dent.
- Secrét. — MM. Marchand , Gelée, Jeunesse , Desjardins.
- Membres. —MM. Blouet, Coignard, Constant Bu-feuse. Gavet, Léon Gérard, L. Petit, Pottier, Viel, Lemaître, Fréchot, Guénepin, Pascal, Toussaint.
- Commission des secours et pensions.
- MM. Picot, { ...
- Justin Ouvrié. | Présule"ls-
- M. A. Dauzats, vice président.
- Secrét. — MM. Gelée, Beaume fils, Olivier.
- Membres.—MM. Beaume, Blouet, L. Cogniet, Cou-péry, Dadure, Dantan aîné, Delorme, Desmaisons, Léon Fleury, Français, Cavet, Ilédouin, Ilolfeld, Jaley, Johannot, Jolivard, Langlois, La-pito, Ch. Lefèvre, E. Le Poittevin, Maulz, Mon • thelier, Normand, Pernot, Philippoteaux, II. Pottier, Quantinet, Ch. Rochet, L. Rochet, Alph. Roëlut, de Riedder, Lehopin , Tessier , Timbal, Watelet, Yvon.
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
- HÉBÉ VERSANT LE NECTAR A L’AIGLE DE JUPITER,
- PAR LE PROFESSEUR KAHSZMANN, DE VIENNE.
- Ce statuaire est un des premiers artistes de l’Autriche. Ses œuvres, dit-on, s’inspirent des plus hauts sentiments de la poésie, et il y a dans le groupe que nous soumettons à nos lecteurs une grande pureté d’exécution.
- M. Kahszmann est, à ce qu’il paraît, employé à de hautes fonctions dans son pays, ce qui ne lui permet pas de se livrer exclusivement à son art. Cela est fâcheux, à en juger par l’échantillon qu’il nous est donné déjuger.
- La figure d’IIébé est pure; et c’est un des signes caractéristiques de cette œuvre que ce sentiment d’hésitation, d’étonnement qui doit se manifester sur cette physionomie char-1 mante de la mythologie.
- Puisque l’occasion se présente de parler de l’Autriche, signalons ce pays à nos lecteurs comme étant très-remarquable sous plusieurs rapports, et entre autres en ce qui concerne ses ameublements.
- La partie la plus admirable de l’exposition autrichienne, c’est la partie des ameublements. Elle présente au visiteur une série de meubles aussi riches qu’élégants, et où l’étude de l’art se manifeste tout à fait particulièrement. Ces appartements se composent d’une salle à manger, d’une bibliothèque, d’une chambre à coucher, d’une antichambre et d’un salon ; le tout disposé de manière à donner une idée exacte du goût et de l’a-
- HÉBÉ VERSANT LE NECTAR A L’AIGLE HE J0P1TER, PAU LE PROFESSEUR KAHSZMANN»
- gencement employé par les Autrichiens dans leur vie privée. C’est une heureuse idée que d’avoir initié le public à ces détails intimes. Un des objets les plus dignes d’attention, c’est une étagère de bibliothèque destinée à être offerte à Sa Majesté la reine Victoria, et qui présente une grande variété de sculpture.
- M. le docteur Kahszmann n’est pas le seul artiste qui ait exposé des sujets de sculpture : l’Autriche, qui compte 746 exposants, devait compter un grand nombre d’artistes italiens.
- Parmi les plus estimés, sont MM. Caccia-tori, à qui Ton doit un enfant dans un panier de fleurs, et qui est plein de grâce ; Fracca-roli, qui a exposé un Achille blessé et un David en pierre, plus un groupe de marbre dont le sujet est Atala et Chactas; M. Gan-dolphi, qui a exposé une statue pleine d’expression dont le titre est l’Italie, plus une jolie statuette en marbre, la Foi en Dieu; M. Magui, un sujet intitulé le Premier pas, qui ne manque ni d’originalité, ni d’élégance. Tous ces artistes sont de Milan.
- Un d’entre eux, M. Sierotti, a fait un groupe en plâtre qui marque une tendance particulière; ses deux sujets sont remarquables par l’énergie qui les distingue : ce sont des animaux. L’un est un Mazeppa, et ici l’homme est l’accessoire, le cheval est le véritable sujet; l’autre est un cheval arabe attaqué par un serpent. Ce travail est vraiment inspiré. Il est en marbre de Carrare, et par-conséquent d’une matière qui se prête merveilleusement à tous les effets qu’on veut rendre.
- MORT DU CHRIST,
- PAR LE PROFESSEUR RIETSCHEL (de Dresde).
- Ceci est un morceau de sculpture digne d’être placé parmi ceux qui ont été déjà exécutés par M. Rietschel pour les principaux monuments saxons. On lui doit aussi les ornements sculptés du beau théâtre de Dresde.
- Le sujet dont nous donnons ici la vignette est un de ces sujets qui prêtent toujours à l’inspiration, parce que la religion est, comme Dieu, l’inépuisable source du-grand et du beau.
- L’œuvre de l’artiste n’est sans doute pas nouvelle, mais elle est empreinte d’un sentiment profond de religieuse contemplation.
- Le grand duché de Saxe, la Saxe prussienne, le Brunswick, ont fourni environ le travail de cent cinquante exposants à Londres. Une des plus remarquables et des plus nombreuses de leurs productions, c’est la partie des graines, des semences, du fer et de l’acier.
- Les étoffes de Cachemyre, de laine, de satins, sont aussi en grand nombre. On y remarque en outre un produit qui, nous le savons, est fort bien travaillé par les nations du Nord : c’est le cuir.
- Quant aux arts, on y voit des bronzes de M. Fleiclnnann qui se sont inspirés des bonnes écoles; des ivoires de M. Schultz; des porcelaines, à l’imitation de Chine, de MM. Conta et Boclune; enfin,_ le groupe de M. Rietschel.
- MÛRI DU CUKIST, PAR le PROPESSEGR R1EISCHEE (UE DRESBEj.
- TAPIS,
- PAR MM. HENDERSON ET C°
- (de Durham). (Voir ci-contre.)
- LesJ établissements de ce genre, à Durham, reproduisent presque toutes les imitations des genres empruntés à l’étranger. Mais s’ils imitent les façons de Venise et de Bruxelles, il faut reconnaître que la fabrique de Durham a conservé une autorité dans cette industrie, qu’elle doit bien légitimement à l’ancienneté de son institution. Elle date du dix-septième siècle. Après avoir subi des phases successives de fortune et de décadence, elle a définitivement conquis, en 1813, un rang qu’elle conservera toujours, et dont elle doit l’éclat au fondateur, M. Gilbert Henderson.
- Nous ne devons pas laisser échapper cette occasion de dire quelques mots sur notre magnifique manufacture des Gobe-lins. Au point de vue historique, c’est à François Ier que Ton doit la fondation de ce bel établissement, ou du moins c’est au roi protecteur des arts, que Ton doit d’avoir donné à deux fabricants, les ressources nécessaires à cette institution.
- Gilles Gobelin, était un fabricant qui avait fondé une teinturerie de laine ; et il avait découvert le merveilleux secret de la teinture en écarlate.
- Il paraît que l’eau de la Bièvre est très-favorable au travail de la teinture. Tout le monde sait avec quelle perfection sont faits les merveilleux tapis qui sortent de cet établissement modèle.
- Voltaire a dit :
- Des Gobelins l’aiguille et la teinture Dans nos tapis surpassent la nature.
- Quelle que soit néanmoins l’admiration que nous portions à ces travaux, qui ont élevé l’art de la tapisserie au rang d’un art, nous ne pouvons mé-
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- MOUSSELINE BRODÉE, PAR MM. RROWN, SHARPS ET C% DE PAISLET.
- MOUSSELINE BRODÉE,
- PA'R MM. BROWN, SHARPS ET Ce, DE PAISLEY.
- Le dessin de mousseline brodée que nous donnons ci-dessus est, comme on le voit, un chef-d’œuvre de délicatesse, et le point, d’un fini et d’une ténuité bien difficile à réaliser. Dans l’original, cettejbroderie a un mètre de haut sur
- t mètre 33 centimètres de large. La maison de MM. Brown, Sharps et O, paraît affectionner et rechercher surtout les dessins de fleurs naturelles, si l’on en juge par les objets qu’ils ont exposés. On sait que les mousselines des Indes, qui sont un des produits les plus estimés en Angleterre, se prêtent à ce travail délié de l’aiguille. Le modèle que nous donnons peut servir de type en ce genre.
- connaître les avantages de la tendance des fabricants anglais à réaliser le bon marché, ce principe si essentiel en industrie, dans la fabrication des tapis.
- Il ne suffit pas, en effet, de résoudre seulement la moitié d’un problème : il faut surtout, et c’est là le cachet de notre siècle, résoudre l’autre moitié, le
- TAPIS, PAR MM. HENDERSON ET C.e, DE DtTRHiM.
- bon marché. Or, les Anglais ont fait d’immenses progrès dans cette voie. 11 est incontestable, pour tous ceux qui ont visité l’Angleterre, que les tapis employés dans l’usage ordinaire de la vie, sont réduits, sous le rapport du prix, à un taux qui peut être abordé par les plus minces fortunes.
- De grands progrès ont été faits depuis nombre d’années, pour mettre certains objets, qui passaient pour des objets de luxe, à la discrétion de toutes les classes. Nous avons cru devoir insister ici, dans un intérêt de bien-être public, sur une question hygiénique qui est digne de tout l’intérêt des fabricants,
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
- DE L’EXPOSITION DE LONDRES.
- Considérations générales.—Richesse du Globe.—Égalité possible, non de la misère mais du bien-être.— Du travail,’ — Des économistes et de leurs erreurs.— De l’Orient: son climat n’est pas un obstacle à sa prospérité. — La Turquie va devenir industrielle.— Le Grand-Seigneur donne des brevets d’invention. — De la géologie.,— Fonderies de Marseille, etc., etc.
- Le Palais cle Cristal nous représente un grand Mont-de-Piété, ouvert à toute la terre par le prince Albert, qui prévoyait que la plupart des nations riches ou pauvres éprouveraient le besoin d’y recourir; les unes, pour trouver, comme on dit, l’écoulement ou l’échange du trop plein de leurs produits ; les autres, pour chercher un soulagement à leur misère.
- L’Exposition est la démonstration vivante de l’état de gêne universel dans lequel se trouve la race humaine au XIXe siècle; c’est la représentation de luxe et indigence, et la justification de la théorie de ceux qui se demandent pourquoi les uns ont trop et les autres rien ; mais qui ne sachant point en découvrir la cause ne savent pas non plus trouver le remède, et, en désespoir de cause, proposent de couvrir la misère des uns avec le superflu des autres ; ignorant, sans doute, que le superflu est chose, pour nous, bien nécessaire; ils croient, de la sorte, nous faire arriver à une prétendue égalité de répartition, qui ne serait en définitive, que l’égalité dans la misère.
- Comment se fait-il que tous nos savants économistes n’aient pas proposé de nous donner l’égalité dans le bien-être? C’est qu’ils s’imaginent, les bons hommes, que cela n’est pas possible , attendu qu’il n’y a, d’après leur calcul, qu’une somme de biens limitée et que le moment actuel représente, in globo, la totalité du fonds social. Et comme ils prouvent que ce fonds est mal réparti, il n’est pas étonnant qu’il se soit trouvé des metteurs en œuvre pour proposer de le répartir mieux ou seulement autrement. Les économistes nous font l’effet d’une secte d’observateurs, qui examinent, depuis un demi siècle, la façon dont se distribue la peau de l’ours que des chasseurs ont tué; ils tiennent note exacte de l’inégalité des parts obtenues, des uns, par la violence, et des autres, parla ruse ; ce que voyant, les utopistes, leurs successeurs, concluent que puisqu’il y en a qui n’ont rien, c’est qu’il y en a qui ont trop. Belle découverte, par ma foi, pour les partageux (comme on dit) qui s’appuient sur elle, pour demander le partage de la peau en question ; voilà ce qui a fait dire à Donoso Cortès et à Ramon de la Sagra que l’économie politique était la mère du socialisme, auquel elle a fourni les matériaux de ses doléances, tirés des chiffres de la statistique officielle des académies.
- On n’aurait pas de semblables reproches à faire à l’économie politique si au lieu de se borner à constater l’insuffisance du partage de la peau de l’ours, elle avait conseillé d’en abattre d’autres et indiqué la route aux chasseurs : si, après avoir découvert ce sublime Lapalisme : « Le travail est la source de toute valeur, » elle avait ajouté, avec Lafontaine, que « le travail est le fonds qui manque le moins, » et donné les moyens d’en créer indéfiniment et toujours autant et plus qu’il n’y a et qu’il y aura jamais de bras et d’intelligences susceptibles de s’asseoir au Festin de la vie.
- Si elle s’était dit que la Providence pourrait bien être aussi forte en économie politique que Malthus; si elle avait fait la statistique des travailleurs et démontré qu’il n’y a pas 5 p. 100 d’êtres humains qui travaillent la journée entière, pas 10 p. 100 qui travaillent un demi jour et pas 20 p. 100 qui travaillent un quart de jour ; tout le reste étant réduit à ne rien faire ou à faire des riens ; oh ! alors, l’économie politique aurait rendu un grand service à l’humanité, surtout en redécouvrant ce que les premiers législateurs ont découvert, à savoir : Que le sentiment de la propriété est le plus grand, ou plutôt le seul levier assez solide pour porter les hommes au travail; le seul aiguillon capable de forcer les peuples accroupis de l’Orient à se lever pour danser la Marseillaise des travailleurs.
- Si le droit aux fruits du travail était consacré sur toute la terre, l’exposition des Turcs, des Tunisiens, des Persans et des Indous n’en serait, pas réduite à de petits échantillons de matières premières rassemblés à coup de hatli-shériff, à des selles, à des babouches brodées, à des étoffes lamées, à des sabres damasquinés, à des éventails et à des embouchures de pipe ; le tout confectionné par des esclaves
- en guenilles pour leurs pachas et leurs beys mordorés ; car tous les pays ont du feu, du cuivre, du plomb et de la houille ; aucune nation n’a été deshéritée des bienfaits de la création : c’est le droit à la propriété, c’est la sécurité dans le travail qui leur manque pour les mettre en œuvre aussi bien que nous.
- Qu’on ne rejette plus la cause de leur inaction sur la douceur du climat et le peu de besoin qu’ils éprouvent de toutes nos jouissances. Cela vous plait à dire, messieurs les antropographes ; mais demandez au moindre fellah s’il ne s’accommoderait pas bien de la vie de son pacha à deux ou trois queues et à palanquins dorés ?
- Vous en disiez autant des paysans européens avant la Révolution : ils vous ont répondu en massacrant leurs seigneurs et en brûlant les châteaux.
- De ce que le lazzarone, le paria et le lepero se couchent au soleil quand ils n’ont plus faim ou quand ils ont trop faim, on en infère qu’ils dédaignent la propriété, à laquelle ils ne sauraient atteindre : mettez-la à leur portée, et vous verrez les élans, les efforts qu’ils feront pour y parvenir quand ils auront appris le triomphe de la juste maxime de Basliat : « Tout ce que produit un effort doit appartenir à celui qui a faitll’effort. »
- L’histoire nous parle de l’industrie des anciens Orientaux ; elle vante les bronzes de Corynthe, les étoffes de Mégare, la pourpre de Tyr, les airains de Chypre ; elle porte aux nues la splendeur de Carthage, le luxe deNinive, les arts de la Grèce, la science des Égyptiens et des Maures.
- Est-ce que par hasard le climat de ces pays aurait changé? est-ce que les descendants de qes races actives et ingénieuses ne seraient plus que des mangeurs de hatichich ou des fumeurs d’opium, accroupis pour la vie, l’hiver autour d’un tendour, l’été sous une warandah; suçant des dattes, buvant du nafé et mâchant du béthel ? car voilà sous quel jour on nous représente les Orientaux.
- Mais ce n’est pas la nature, ce n’est pas le climat, ce sont les mauvaises lois sur la propriété qui les ont ainsi transformés et abrutis. Vienne une lignée d’Abdoul-Medjid, et vous verrez le Turc se relever, planter du lin, des mûriers, des cotonniers et vous donner du fil à retordre, s’ils ne le retordent pas eux-mêmes, et ils le feront, car déjà plusieurs filatures à vapeur sont en activité, par suite des firmans octroyés à Yusack-bey-Oglou et à plusieurs autres sujets turcs.
- Nous avons donc le plaisir d’annoncer à nos inventeurs que le Grand-Seigneur se conduit mieux envers eux que les souverains d’Europe, qu’il leur donne des brevets plus longs, et avec garantie du gouvernement.
- S’il persévère dans cette voie indiquée par son grand-visir Rescliid et Falaat-paeha, les industriels et inventeurs européens ne tarderont pas à aller planter leur tente sur un sol qui leur offrira plus de protection et de sécurité que celui de leur patrie, car il n’y a que les gens heureux qui aient une patrie, comme a dit Elopstock: tout le reste est cosmopolite ! Le Turc, si longtemps courbé sous le bâton des bostangis, va se relever, jeter sa pipe et exploiter ses riches houillères de Briar et celles dont les falaises du Bosphore montrent les puissants affleurements, comme pour tenter les Anglais qui se rendent dans la mer Noire.
- Des concessions vont se donner en dépit du Ko-ran, qui défend de blesser et d’aliéner les entrailles de la patrie.
- Qui, l’Orient est aussi riche en diamants noirs qu’en charbons cristallisés. Le savant docteur Dal-ton nous disait que les pays les plus riches en charbon de terre et en autres minerais étaient précisément ceux où l’on en avait le plus cherché : l’Angleterre d’abord, la Belgique et la France après; puis l’Allemagne et ensuite l’Espagne; il ajoutait malicieusement qu’il n’y en avait pas du tout dans les contrés où l’on n’avait fait aucun sondage, aucune recherche, aucun effort pour en trouver.
- Le malin chimiste ne croyait pas un mot des pronostics de la géologie, qui reçoit à chaque instant de si cruels échecs.
- L’Exposition nous fait voir que l’Empire ottoman est aussi riche en métaux, en soufre, en sel et en bi fumes solides et liquides qu’aueune contrée de l’Eu rope. Ce n’est que l’industrie qui lui manque, et comme il n’y a pas d’industrie proprement dite sans machines de force et de vitesse, et qu’on ne fait ou n’importe ces instruments coûteux qu’avec de grands
- capitaux, et qu’on n’obtient de capitaux qu’avec de bonnes garanties, le grand-turc en donne, le shah de Perse en donnera, l’empereur de la Chine également, et les Orientaux deviendrontindustriels, actifs, d’artistes contemplateurs qu’ils sont en ce moment. Il ne nous apporteront plus à l’exposition prochaine seulement des housses, des tapis et des fez, des tcheures, des abanes, des i’brames, des moshles, des blagues, des chibouk, des houkas et des nar-guilhés.
- Ils y paraîtront comme les Anglais, avec des rails de M mètres, des locomotives de 100 chevaux et des bateaux à vapeur de 600, qu’ils ne demanderont plus à Mandslay, que comme échantillon, car ils auront aussi leurs Robertson, leurs Scharp et leurs Fairbairn.
- Il fait trop chaud en Turquie, nous diront les économistes climatériques! ceci nous rappelle ce qui est arrivé à Taylor quand il est venu établir une fonderie à Marseille; vous ne réussirez jamais, lui disaient les banquiers, auxquels il demandait assistance, vous ne pourrez jamais fondre du fer ici, il y fait trop chaud : demandez aujourd’hui à Bénett et à Taylor, si la chaleur du climat a nui à la prospérité de leur bel établissement de la Ciotat, où nous avons yu vingt-cinq locomotives et quatre grands bateaux à vapeur en fer, en même temps, sur le chantier?
- Oui, Constantinople est tout aussi bien placé pour faire de la grande industrie que nul autre pays, et pour peu que les dames turques s’en mêlent et interdisent la pipe à leurs adorateurs comme les dames françaises ont interdit la tabatière aux leurs, elles augmenteront de plusieurs heures la journée de travail, qui s’évapore en fumée.
- Elles n’ont qu’à leur répéter en chœur la strophe que Méry prête à ses Aimées :
- Houkas, narguilhé, chibouck Vous donnent l’odeur du bouc ;
- Chibouck, houkas, narguilhé,
- Font dormir l'homme éveillé;
- Narguilhé, chibouck, Houkas,
- Messieurs, rie nous plaisent pas.
- Jobard, (de Bruxelles.)
- IL
- DE LA RUSSIE INDUSTRIELLE.
- On ne s’imagine pas, dans nos pays à préjugés, que l’empire polaire auquel, jusqu’à ce jour, la politique n’a donné que les proportions faméliques d’un ogre continental, puisse faire pacifiquement quelque chose de ses griffes; c’est pourquoi l’exhibition des produits de l’industrie russe dans le palais de l’Exposition de Londres a profondément étonné, non-seulement les représentants des diverses nations exposantes, mais encore le commun des voyageurs, qui ne s’attendaient pas à cette manifestation artistique des barbares du Nord.
- Le cosaque offrant son concours à l’œuvre industrielle des peuples, voilà un phénomène qui dépasse toutes les prévisions, et certes, le fait est de nature à donner de l’ombrage à bien des gens, car c’est encore une peur qui menace de s’en aller : or, la peur est une mine dont l’exploitation fournit’ chez nous, des dividendes tels que les compagnies spéciales ne sont aucunement disposées à la voir disparaître.
- En considérant surtout l’élégance des bronzes sortis des ateliers russes, lesquels rivalisent avec nos plus habiles faiseurs, on s’est demandé, et cette question attestant l’ignorance de ceux qui l’ont posée, désoblige bien plus ces derniers que le peuple à propos duquel elle a été formulée), on s’est demandé, comment la Russie avait pu s’y prendre pour se donner une si gracieuse contenance au milieu de la civilisation du monde. Il en est même qui, mettant leurs préventions à la place des faits et s’obstinant à ne voir les objets qu’au travers de systèmes préconçus, dénient un mérite quelconque aux produits russes, par la raison tacite, mais réelle, que ce sont des produits russes.
- Nous avouons que l’introduction de la Russie dans le concert universel par la porte de l’industrie, est un événement très-considérable, et qui est dénaturé à étonner ceux qui ne voient que le côté superficiel des choses; mais pour ceux qui regardent le fond, et qui ne laissent pas influencer leur jugement par les questions déformé, les Russes ont les mêmes raisons d’être industriels que les Américains., au génie desquels ils adhèrent, précisément parce qu’ils sont placés dans une situation politique diamétrale-
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
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- ment opposée. Nous avons quelques motifs de savoir que les débats politiques jettent les individus en dehors de la sphère industrielle, et ruinent les nations en arrêtant la consommation qui, par sa halte, paralyse nécessairement l’action productive ; or, en Russie, on ne discute pas le gouvernement, et en cela les Russes jouissent des mêmes avantages que les Américains, qui ne le discutent plus.
- En second lieu, les Russes sont aussi indifférents aux révolutions du palais, que le sont les Américains aux mutations du personnel des bureaux ; et, sur la Néva comme sur rHudson, un mouvement populaire est et demeure purement local, n’impliquant en aucune façon la responsabilité sociale, et laissantpar conséquent, dans un repos complet, tout le reste de l’empire.
- Ainsi soustraite aux discussions d’état, la Russie se trouve avoir, comme l’Amérique, l’industrie pour centre d’activité, et il n’est pas douteux que sa ma rine, que ses chemins de fer, que ses échanges, en un mot, auraient déjà pris un grand développement, si l’Europe révolutionnaire ne l’avait pas, depuis soixante ans, tenue sur le qui vive.
- Si la Russie eût été placée dans les conditions géographiques des Etats-Unis, si, voulons-nous dire, elle eût été séparée par une barrière maritime du foyer des révolutions, elle couvrirait probablement aujourd’hui tous les marchés du monde de ses productions, car elle joint à la souplesse du génie chinois la ténacité flegmatique des races anglo-saxones.
- On croit, et l’on dit que le Russe n’est pas propre à l’art parce qu’il est tenu dans un état de servage. D’abord le Russe n’est pas tenu dans un état de servage, il s’y lient, ce qui est bien différent.
- Ensuite il ne nous semble point prouvé que l’état de dépendance soit contraire à l’art; la misère, au contraire, qui est le terme fondamental de toute dépendance, puisque le pauvre appartient au premier qui lui veut fournir l’alimentation, la misère donne usuellement la raison des inventions les plus ingénieuses; et cela s’explique à merveille : l’art n’est proprement que la perception de l’idéal. Pour l’homme confortablement établi, pour celui qui se meut dans le luxe et la magnificence, pour le riche qui s’appartient en propre et qui ne dépend de personne, l’idéal est sorti de la région des rêves pour passer dans les faits, il est réalisé; le personnage qui le voit, qui le sent, qui le palpe, est dispensé de l’imaginer; cet homme n’est plus, ne peut plus être un artiste ou un inventeur, c’est un consommateur. Mais, par un effet inverse de la même raison, celui qui vit dans une gêne extrême, dans une dépendance excessive et qui cependantest désireux d’améliorer son sort, d’élargir sa destinée, rassemble toutes ses forces dans son imagination et, détournant ses regards de la réalité qui représente néant, il se lance dans les champs de l’idéal; c’est alors que trouvant le secret de quelque invention d’utilité ou d’agréments publics, il ramène ce secret à son industrie et tout aussitôt l’art est produit; nous ajoutons que l’artiste est affranchi autrement dit enrichi du même coup. D’où il faut conclure que du moment où il affranchit l’homme, l’art est essentiellement une denrée de la servitude. L’art antique prête un appui singulier à cette assertion.
- Maintenant, il y a servitude et servitude : l’artiste français que ses devanciers, abusant du droit du premier occupant, dénigrent, dédaignent, jalousent et empêchent de se produire au grand jour, que l’Institut où les comités astreignent à force visites, à force révérences, à force bassesses pour, finalement, lui fermer les portes du sanctuaire, n’est pas, sans doute, attaché à la glèbe, mais en est-il moins esclave?
- L’artiste américain qui n’a ni à ménager ni à craindre la puissance de ses confrères, qui est dispensé de passer par le contrôle de l’Institut et des comités, qui ne connaît que le véritable souverain : le public, mais qui, pour arriver à cette majesté d’autant plus lointaine qu’elle est plus disséminée est obligé de parler, défaire parler, d’écrire, défaire écrire, de placarder des affiches, de payer des journaux et d’attendre que dix voix aient porté son nom à cent mémoires, que cent l’aient inséré dans mille, pour atteindre, au moyen de cette ascension ardue, le degré de popularité qui doit l’affranchir, n’est pas, sans doute, attaché à la glèbe, mais en est-il moins esclave?
- Les voyageurs ont remarqué, avec raison, que la classe industrielle se formait généralement d’étrangers en Russie; en est-ce assez pour dénier aux
- Russes toute aptitude dans cette voie ? De ce que les plus grands peintres et les plus grands musiciens connus étaient Italiens ou Allemands, s’ensuit-il que la France ne connaît rien ni en peinture, ni en musique? Nous avons une grande réputation artistique, les Américains ont acquis une grande renommée industrielle et commerciale; mais en y regardant de près on trouverait probablement que la plupart de nos artistes ne sont pas originaires de France et que les plus grands négociants des Etats-Unis ne sont pas nés en Amérique. L’artiste, l’industriel, le commerçant, sont purement et simplement les agents du génie national ; ils sont tels parce que le pays au sein duquel ils opèrent les fait ainsi; ils ne font pas les populations à leur image, ils prennent, au contraire, la physionomie du peuple qu’ils administrent; que prouve, dès lors, leur qualité d’étrangers? absolument rien, si ce n’est qu’il est absurde d’en faire une question ; un homme ne devient grand dans un pays qu’à la condition d’avoir servi l’idée, le sentiment ou l’instinct de ce pays ; de cette sorte c’est le génie du pays qu’il faut voir dans l’art de l’homme et non pas le génie de l’homme dans l’art du pays. Si, donc, il y a des artistes et des industriels en Russie, c’est que la nation à l’instinct de l’art et le sentiment de l’industrie; cet instinct et ce sentiment sont véritablement nationaux, et cette considération rend complètement illusoire la nationalité de l’agent.
- Il y a aujourd’hui deux industries en grand progrès dans l’empire russe, deux industries élémentaires dont le développement doit faire fleurir tous les arts dans ce pays ; ces deux industries sont : Ya-gricullure et la minéralogie. Le paysan russe attaché au sol par la puissance d’une affection traditionnelle, s’en considère comme propriétaire, oubliant totalement ou plutôt n’ayant jamais appris que la redevance payée par lui au seigneur, est la négation de ses prétentions ; il paie cette 1 edevance comme il paierait l’impôt dans un autre pays ; il accepte, à la vérité, un autre seigneur quand le premier a aliéné le domaine, mais comme il n’est jamais arraché au champ qu’il cultive, il ne s’imagine pas que ce champ puisse appartenir à un autre qu’à lui ; et ce champ est effectivement sa propriété puisqu’il le croit ; la meilleure preuve que nous puissions fournir de cette maîtrise du paysan ‘russe, c’est celle-ci : Lorsqu’il arrive qu’un seigneur obéré se trouve dans la nécessité de vendre son domaine, c’est-à-dire (au point de vue des payans) de mettre un autre seigneur à sa place, les serfs, craignant que le nouveau seigneur ne vaille pas l’ancien, rachètent celui-ci au moyen d’une cotisation s’élevant à la somme qui devait payer la transmission du droit de propriété. Plus riches que le seigneur qu’ils achètent, les serfs russes ne sont-ils pas véritablement ses maîtres? Mais, à part cette singularité qui prouve que la liberté humaine dépend de la manière de voir et ne mérite pas une discussion sérieuse, reste l’affection du paysan russe pour le sol qu’il cultive et nous entendons expliquer par là, la supériorité de l’industrie agricole en Russie; celui-là, en effet, cultive bien qui cultive avec goût, et l’homme qui cultive avec le plus de goût est celui qui cultive son champ : or, la propriété la plus incontestable est celle que l’on croit avoir.
- Quant à la minéralogie nous doutons que, dans aucun pays, cette science ait été plus profondément étudiée qu’en Russie ; les premières intelligences de l’empire ont été dirigées vers cet objet, qui constitue une des principales sources de la richesse du pays et qui contient en germe toutes les industries auxquelles les nations civilisées doivent leur illustration. Les Américains , tant du Sud que du Nord, voient chaque année des délégués du gouvernement russe autour de leurs excavations minières, étudiant les circonstances géologiques des divers minerais et se familiarisant avec les diverses pratiques de l’exploitation ; c’est à l’aide de ces études spéciales que les Russes font aujourd’hui des fouilles si fécondes et si précieuses sur l’Oural et dans les entrailles de la Sibérie.
- Eh bien, nous croyons qu’un pays qui joint à la richesse de ses ressources alimentaires le luxe des métaux, doit être un terrible destructeur en temps de guerre, et un producteur hors ligne en temps de paix. Mais la guerre est, sans doute, à sa fin si nous en jugeons par ce congrès général des pacifiques produits du génie hnmain ; et c’est ce qui nous fait dire que la Russie n’attend que la paix pour donner aux arts urbains le développement qu’ont déjà acquis
- ses industries agricole et minéralogique. Comme tous les gouvernements, le gouvernement russe, hostile aux barbares et ruineuses agitations de l’oisiveté jalouse, envieuse et spoliatrice, est favorable à l’accroissement légitime et régulier du bien-être privé et de la prospérité générale par voie d’art, d’industrie et de commerce. Mais, il y a plus, avant de nous occuper, en détail, de l’Exposition russé (ce que nous ferons dans le prochain numéro , en appuyant notre examen de magnifiques dessins qui sont, en ce moment, confiés à nos meilleurs graveurs), nous croyons devoir compléter les considérations qui précèdent en donnant quelques renseignements sur la production manufacturière de la Russie ; ces renseignements sont puisés à des sources authentiques et constatent les progrès des arts industriels dans cet immense empire.
- La Russie possède un million de broches à filer; plus de 400 fabriques pour lé tissage et l’impression des cotonnades. — On compte plus de 20 mil lions de têtes de mérinos dans le midi de la Russie. — Elle exporte pour 25 millions defr. de lainages; elle emploie, par an, au-delà de 600,000 kilogf. de soie dans ses fabriques, dont 400,000 kilogr. de soie indigène importée du Caucase et du midi de la Russie.
- Ses productions en métaux sont de:
- 140 millions kilogr. de fer;
- 30,000 kilogr. d’or de la Sibérie:
- 16,500 kilogr. d’argent.
- L’exploitation du platine; qui se faisait sur une grande échelle, a presque cessé depuis la suppression de la monnaie rouble-platine.
- L’exportation, en général, delà Russie atteint le chiffre annuel de 450,000,000 de fr. pour l’Europe, et de 50 millions pour l’Asie. — L’exportation de ses grains va souvent au-delà de 80 millions de fr. par an.
- Son importation, en général, est un peu plus considérable. — Elle exporte aussi des marchandises manufacturières pour près de 40,000,000 de fr.
- Enfin, ce qui peut donner une plus juste idée de l’accroissement incessant de ses manufactures, c’est qu’en outre de l’énorme quantité de matières tinctoriales employées dans le pays, elle en importe pour une valeur de plus de 28,000,000 de fr. — Par exemple , elle importe d’Europe \ million 250,000 kilogr. de garance, et 330,000 de l’Asie. — Elle en exploite une quantité double, au moins, dans le Caucase, soit près de 2,500,000 kilogr. — Elle exporte en Chine un million de mètres de draps. fabriques.
- M. Goutchkoff, un des exposants russes, occupe dans ses manufactures de laine peignée et imprimée à Moscou, 3,500 ouvriers— Us produisent annuellement 4,800,000 mètres de marchandises.
- M. Moltchanoff, dans ses deux fabriques de cotonnade, occupe 2,000 ouvriers. Le seul village de Schercmedioff, dans le gouvernement deWladimir, qu’on appelle la Manchester de la Russie, compte plus de 40,000 ouvriers de fabrique. Sa production, en marchandises, s’élève à 160,000,000 de francs.
- Les brocards qu’on admire à l’Exposition, occupent, dans le seul gouvernement de Moscou, vingt-huit fabriques produisant une valeur de quinze millions de francs, et la fabrication de la soie s’y compte pour trente-deux millions de francs.
- Dans le prochain numéro, nous commencerons une revue des produits de l’industrie russe exposés au Palais de cristal, par les 384 fabricants dont les noms se trouvent au livret.
- Beliegaiuiigde.
- On voit que nous tenons notre parole. Nous avions annoncé que nous nous occupions de la Russie, et cet article prouve que cette belle exposition prend dans notre journal la place dont elle est digne.
- Déjà MM. Jobard et Yeillerot avaient commencé, dans le numéro précédent, l’appréciation des œuvres Russes. Dans le prochain numéro nous continuerons cet examen, en le développant, et en donnant à l’appui, des dessins dont la gravure sur bois est confiée à nos artistes les plus renommés.
- À cette occasion, nous devons un erratum pour redresser une faute commise dans le dernier numéro. On lit page 182, ligne Si>, ces mots :
- « Nous publions la gravure de cette pièce.... il faut lire :
- « Nous publierons....»œt cette promesse sera tenue et au-delà.
- (Note daRédaeteur en chef. )
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- LE PALAIS DE CRISTAL
- FONTAINE A THE
- Par M. DURAND (de Paris).
- M. Durand, qui est un fabricant français, vient de faire un acte d’esprit et d’à-propos dont nous devons lui savoir gré. Il est incontestable que présenter au peuple anglais, à la terre classique du thé, une fontaine à thé, c’est on ne peut plus reconnaissant, de la part de notre compatriote, pour l’hospitalité de nos voisins.
- Une théyère, c’est l’enfance de l’art. Des fontaine à thé, comme on les a souvent fabriquées, ce n’est pas répondre à l’élégance que l’on doit attendre d’un objet qui est destiné à figurer devant les yeux des causeurs et des femmes, pour qui, prendre le thé est toute une affaire, une des plus douces préocupations, un des charmes des plus précieux de la vie intimes en Angleterre.
- La fontaine dont nous donnons ici le dessin, est une véritable oeuvre d’art. Ne nous en étonnons pas : le dessin est dû au crayon de notre sculpteur Klagmann, dont nous avons conquis le concours pour notre mission en faveur des arts. (Voir son article page 202j.
- Les détails sont harmonieusement disposés. Ce qui est commun, ordinairement, dans ces sortes d’objets, ce sont les parties que l’on appelle polies. L’éclat de la lumière est trop direct, trop vif et le jeu qui doit en animer les parties n’a pas cet imprévu, cette délicatesse que l’on rencontre sous les parties oxidées ou les morceaux niellés.
- C’est là précisisément un des mérites de l’œuvre dont il s’agit.
- L’orfèvrerie française, qui a peu de représentants à l’Exposition, est dignement défendue aux yeux des visiteurs par les œuvres dè M. Odiot,
- et par M. Durand. Il est fâcheux que M. Duponchel ait négligé d’envoyer une de ses œuvres, où le cachet de l’art est empreint. Mais heureusement, dans l’orfèvrerie d ornementation, nous occupons le premier rang, grâce à MM. Froment Meurice et Marrel frères.
- fontaine a THÉ, par m. durand, de paris.
- Au reste, la presse est unanime à reconnaître la supériorité des artistes qui ont enrichi l’Exposition, en ce qui concerne les œuvres d’orfèvrerie. La foule se presse autour des produits de Froment Meurice, et devant ceux de MM. Marrel frères.
- Pour le premier, on retrouve dans ses composition l’inspiration des maîtres de l’art : nous avons parlé de la toilette destinée à Mme la duchesse de Parme.
- Dans un genre plus sévère, nous avons encore à citer le milieu de table, argent oxidé, travail fait au repoussé, avec figures allégoriques. Ceci est une œuvre d’art d’un caractère tout à fait élevé, et dont l’exécution ne laisse rien à désirer; si sa place n’était déjà fixée chez un homme qui a fait ses preuves en fait de goût et de haute élégance, les Anglais la lui eussent bientôt offerte.
- Le calice si habilement ciselé et sculpté et si bien décoré par ses gracieuses peintures sur émail, n’a rien à redouter des effets de comparaison auxquels il pourra être soumis à la brillante cour de Rome ; car c’est pour la chapelle du pape régnant que ce précieux objet est réservé.
- Nous n’avons que faire après cela de mentionner ce qui complète la riche exhibition de M. Froment Meurice en bijoux, articles de joaillerie, objets divers.
- Comme mérite de sculpture et ciselure sur argent, nous avons à placer à un rang très-distingué MM. Marrel, frères. Leur vase avec bas-relief, argent oxydé, représentant la bataille des Amazones, d’après le tableau de Rubens, est d’une rare perfection. Ce travail serait digne du beau temps de la renaissance; il appartient à M. le duc d’Aumale. Une coupe, un couteau de^chasse, un poignard, un reliquaire, se font encore remarquer à côté de la pièce principale, et forment dans leur ensemble, sinon une des plus nombreuses, du moins une des plus parfaites exhibitions artistiques que puisse renfermer le Palais de Cristal : en se tromperait étrangement si l’on voulait toujours mesurer les mérites de l’ouvrier à l’étendue que ses œuvres peuvent arriver à couvrir.
- MONTRES, PAR MM» ROTRnERÀM ET TILS, DE COYENTRY.
- QUATRE MONTRES,
- PAR MM. ROTIIERAM ET FILS, DE COVENTRY.
- Nous avons eu déjà occasion de parler du travail
- sur émail ; nous donnons ici les vignettes de quatre montres qu’il suffit d’indiquer pour en faire apprécier la valeur. Des perles, des pierres, des dessins disposés avec goût, tels sont les détails que nous y
- voyons. Nous croyons utile de publier ces dessins, parce que, pour les artistes, un trait, une disposition, en apparence indifférente, est d’un puissant secours dans la recherche de l’art.
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- LE PALAIS DE CRISTAL
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- VASES EN BRONZE.
- Les deux vases, dont nous donnons ci-dessous le modèle, sortent des ateliers de M. Vil-lemsens, notre compatriote.
- La spécialité des ateliers de ce fabricant est l’ornementation des églises.
- Cependant, ces deux vases sont des sujets de sport et de chasse.
- On peut en reconnaître la distinction par les groupes d’enfants armés de trompes, de daims, de ceps de vigne et de raisins qui en constituent les détails.
- LA FONTAINE DANS LE DÉSERT.
- Ce groupe est exécuté en argent. Il est destiné probablement à figurer dans un surtout de table.
- C’est un sujet oriental comme les affectionnent, en général, les Anglais.
- Ce qu’il faut admirer dans les œuvres qui s’inspirent de l’Orient, c’est la richesse des lignes, soit qu’on les emprunte à l’ampleur des vêtements, soit qu’on les trouve dans les traits, presque toujours expressifs dans leur sérénité, de ces mâles figures auxquelles l’étude et la civilisation donnent quelquefois une complète animation.
- vask en bronze.
- la FONTAINE DANS LE DESERT*
- TOILE DAMASSÉE,
- par
- S. M’CLOY, DE BELFAST.
- I! existe à Belfast une école de dessin industrie] qui a un grand renom.
- Un dessinateur, qui sort de cette institution toute spéciale, S. M’Cloy, est chargé de faire les dessins de la maison Cracken, une des premières de cette ville.
- Le modèle qui est au bas de cette page re • présente une branche d’aubépine à l’état de maturité, en automne, lorsque les fruits ont pris leur belle couleur rougeâtre, si foncée et en même temps si brillante.
- Ce beau dessin a été l’objet d’une récompense spéciale de la part de lord Dufferin, qui en a fait hommage à l’élève de l’école de Belfast, jugé le plus digne.
- C’est là, encore, un des moyens les plus efficaces pour propager et développer le grand art du dessin, la source du succès en matière d’industrie.
- VASE EN BRONZE.
- TOILE DAMASSÉE, PAR CLOT, DE BELFAST.
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
- SCIENCES ET ARTS.
- HÉLIOCHROMIE.
- Extrait d’un mémoire sur une relation entre la couleur de
- certaines flammes colorées, avec les images héliographi-
- ques colorées par la lumière.
- On sait d’après M. Edmond Becquerel, qu’une plaque d’argent plongée dans une solution de sulfate de cuivre et de chlorure de sodium, en même temps qu’on la rend électro-positive, au moyen delà pile, se chlorure et devient susceptible de se colorer, lorsque, l’ayant retirée du bain, elle reçoit l’action de la lumière.
- On saiten outre, queM. Edmond Becquerel, en exposant cette plaque aux rayons colorés du spectre solaire, a obtenuune image de ce spectre, de manière que le rayon rouge produisait sur la plaque une image rouge, le rayon violet une image violette, et ainsi des autres.
- Ayant pensé, d’après mes observations, qu’il pourrait y avoir une relation entre la couleur que communique un corps à une flamme, et la couleur que la lumière développe sur une plaque d’argent qui aurait été chlorurée avec le corps qui colore cette flamme, j’ai entrepris la série d’expériences qui suit :
- Le bain dans lequel j’ai plongé la plaque d’argent était formé d’eau saturée de chlore, à laquelle j'ajoutais un chlorure doué de la propriété de colorer la flamme en la couleur que je voulais reproduire sur la plaque.
- On sait que le chlorure de stroutium colore en pourpre les flammes en générai, et celle de l’alcool particulièrement.
- Si l’on prépare une plaque d’argent en la passant dans de l’eau saturée de chlore, à laquelle on ajoute du chlorure de stroutium, si ensuite on applique le recto d’un dessin coloré en rouge et autres couleurs contre la plaque, et si on l’expose à la lumière du soleil, après dix à quinze minutes on remarquera que les couleurs de l’image sont reproduites sur la plaque, mais que les rouges sont beaucoup plus prononcés que les autres couleurs.
- Lorsqu’on veut reproduire successivement les six autres rayons du spectre solaire, on opère de la mêmemanière qu’il vient d’être indiqué pour le rayon rouge, en employant pour Y orangé, le chlorure de calcium, ou celui d’uranium. Pour le jaune, l’hypo-chlorite de soude, ou les chlorures de sodium ou de potassium, ainsi que le chlore liquide pur ; car si l’on plonge une plaque d’argent pur dans du chlore liquide pendant quelque temps, et qu’on l’expose ensuite à la flamme d’une lampe à alcool, il se produira une belle flamme jaune» Si l’on plonge une plaque d’argent dans du chlore liquide, ou qu’on expose la plaque à sa vapeur (mais dans ce dernier cas, le fond de la plaque reste toujours sombre quoique les couleurs se soient produites), on obtient toutes les couleurs par la lumière, mais le jaune seul a de la vivacité. J’ai obtenu de très-beaux jaunes avec un grain, composé d’eau légèrement acidulée d’acide chlorydrique avec un sel de cuivre. Le rayon vert s’obtient avec l’acide drorique ou le chlorure de nickel, ainsi qu’avec tous les sels de cuivre.
- Le rayon bleu s’obtient avec le chlorure double de cuivre etd’ammoniaque. Le rayon indigo s’obtient avec la même substance. Le rayon violet s’obtient avec le sulfate de cuivre et le chlorure de stroutium.
- Enfin, si l’on brûle ‘de l’alcool aiguisé d’acide chlorhydrique, on obtient une flamme jaune, blême et verdâtre, et si l’on prépare une plaque d’argent avec de l’eau acidulée d’acide chlorhydrique, on obtient par la lumière toutes les couleurs; mais le fond de la plaque est toujours noir, et cette préparation de la plaque ne peut avoir lieu qu’au moyen de la pile.
- Voilà donc toutes les substances qui donnent des flammes colorées, qui donnent aussi des images colorées par la lumière.
- Si je prends maintenant toutes les substances qui ne donnent pas de coloration à la flamme, je n’aurai également pas d’images colorées par la lumière; c’est-à-dire qu’il ne se produira sur la plaque qu’une image négative et qui ne sera composée que de noir et de blanc, comme dans la phothographie ordinaire.
- J’ai reproduit toutes les couleurs du modèle en préparant la plaque avec un bain composé de deuto-chlorure de cuivre. Ce résultat s’explique bien, ce me semble, par l’observation qu’une flamme d’alcool ou de bois, dans laquelle on a projeté du chlorure de cuivre, ne présente pas seulement du vert, mais
- encore successivement toutes les autres couleurs du spectre, selon l’intensité du feu ; il en est de même de presque tous les sels de cuivre mélangés à du chlore.
- Si l’on forme un bain composé de toutes les substances qui, séparément, donnent une couleur dominante, on obtiendra des couleurs très-vives; mais la grande difficulté est de les mélanger en proportion convenable ; car il arrive presque toujours que quelques couleurs se trouvent exclues par d’autres, cependant on doit arriver à les reproduire toutes.
- Manière d’opérer.
- J’ai formé tous mes bains sur % en poids de chlorure et de % d’eau ; ce sont les proportions qui m’ont parues les plus convenables. Quant on emploiel’acide chlorhydrique avec un sel de cuivre, il faut l’étendre d’un dixième d’eau.
- Le chlore liquide ne doit pas être trop concentré, si l’on veut obtenir de beaux jaunes.
- La plaque étant parfaitement décapée (et pour cela il faut se servir d’ammoniaque et de tripoli), on la plonge dans le bain d’un seul coup et on l’y laisse pendant quelques minutes, afin d’avoir une couche assez épaisse. En sortant la plaque du bain on la rince à grande eau, puis on la sèche avec une lampe à alcool. Elle a pris dans le bain une couleur obscure, presque noire, et, si on l’exposait ainsi à la lumière, les couleurs se produiraient également, mais beaucoup plus lentement, et le fond serait toujours noir; il faut pour avoir un fond clair et pour que l'opération soit plus rapide, que la plaque soit amenée par la chaleur à une teinte rouge cerise : c’est la couleur à laquelle il faut l’exposer à la lumière, le temps de l’exposition varie beaucoup, selon la préparation de la plaque, mais on peut calculer qu’il faut deux ou trois heures pour obtenir une épreuve dans la chambre obscure; c’est très-long sans doute, mais la question d’accélération étant tout à fait secondaire, je ne m’en suis pas encore occupé. Cependant, j’indiquerai déjà comme accélérant beaucoup l’opération, l’acide chlorique et tous les chlorates.
- Du fixage des épreuves.
- Jusqu’à ce jour je ne suis pas encore parvenu à fixer les couleurs ; elles disparaissent très-promptement, même à la lumière diffuse, rien ne peut les maintenir. J’ai fait plus de cent essais, sans avoir pu obtenir le moindre résultat satisfaisant. J’ai passé en revue tous les acides et tous les alcalis: Les premiers avivent les couleurs, et les seconds les enlèvent en détruisant le chlore pour ne laisser qu’une image noire. C’est par ce moyen que j’ai obtenu des épreuves identiques à l’image Daguerrienne, et d’autres sans miroitage ; il suffit, pour obtenir les derniers, d’avoir une couche très-épaisse sur la plaque et de la laisser moins de temps exposée à la lumière.
- Le problème de la fixation des couleurs me paraît bien difficile à résoudre; cependant je n’en continue pas moins mes recherches, et je suis déjà parvenu à les fixer momentanément, par une exposition des couleurs à la flamme de l’alcool contenant du chlorure de sodium ou de l’hydrochlorate d’ammoniaque, ce qui est encore préférable.
- Action et propriété de chaque chlorure.
- J’ai étudié la propriété de chaque chlorure, soit séparément, soit simultanément, avec le chlore liquide ou avec un sel de cuivre; car si l’on ne prépare pas la plaque d’argent par le moyen de la pile, un sel de cuivre est indispensable pour obtenir une couche d’une certaine épaisseur, et dans ce cas les couleurs sont beaucoup plus vives.
- Je vais donner la nomenclature de tous les chlorures que j’ai employés, en les plaçant par catégorie.
- Ier Catégorie.
- Chlorure qui, étant employés seuls, impressionnent la plaque d’argent, de manière à lui faire prendre toutes ou plusieurs couleurs du modèle. Ce sont les chlorures de cuivre, de fer, de nickel, de potassium, et les hypoehlorite de soude etde chaux, ainsi que le chlore liquide par immersion ou la vapeur.
- 2ft Catégorie.
- Chlorure qui, étant employés seul, impressionnent la plaque d’argent et qui cependant ne donnent pas d’images colorées par la lumière. Ce sont les chlorures d'arsenic , d’antimoine, de chrôme, de bismuth, d’iode, d’or, de platine, de soufre, t
- 3e Catégorie.
- Chlorures qui, étant employés seuls, n’impressionnent pas la plaque d’argent; mais qui l’impressionnent si on les mélange à un sel de cuivre (surtout avec le sulfate ou le nitrate), et qui alors donnent des couleurs par la lumière: Ce sont les chlorures d'aluminium, d’argent, de daryum, de cadmium, de calcium, de cobalt, d’étain, de manganèse , de magnésium, de phosphore, de sodium, de stroutium et de zinc.
- L’acide hydrochlorique, étendu d’un dixième d’eau et mélangé à du nitrate de cuivre, impressionne la plaque d’argent et dorme toutes les couleurs.
- 4me Catégorie.
- Chlorures ou chlorates qui, quoique mélangés à un sel de cuivre et impressionnant la plaque d’argent, ne donnent pas de couleurs par la lumière. Ce sont le chlorure de mercure et le chlorate de plomb.
- Résumé.
- La première catégorie contient les chlorures qui, étant employés seuls, impressionnent la plaque d’argent de manière à lui faire prendre toutes ou plusieurs couleurs du modèle, et chose remarquable, c’est que tous les chlorures donnent également par la combustion des flammes colorées. La deuxième catégorie contient des chlorures qui cependant impressionnent la plaque d’argent étant employés seuls; mais, comme aucun d’eux ne donne de flammes colorées, ils ne donnent également pas d’images colorées par la lumière, lors même qu’on les mélange à un sel de cuivre. La troisième catégorie contient les chlorures qui, étant seuls, n’impressionnent pas la plaque d’argent, et qui ne donne pas de flammes co lorées (à l’exception de ceux d’argent et de zinc qui donnent de faibles couleurs ) ; mais en les mélangeant avec un sel de cuivre, il se forme un chlorure de cuivre; alors ils deviennent dans ce cas susceptibles d’impressionner la plaque et de produire des couleurs par la lumière. La quatrième catégorie contient les chlorures qui, quoique mélangés à un sel de cuivre et impressionnant dans ce cas la plaque d’argent, ne produisent pas de couleurs par la lumière; ils ne donnent également pas de flammes colorées; si on les brûle seuls et combinés à un sel de cuivre, ils ne donnent qu’une flamme verte. Il existe encore un grand nombre de chlorures que je n’ai pas expérimentés, parce qu’ils sont d’un prix trop élevé pour que j’aie pu les employer, surtout à former des bains.
- Conclusion.
- Depuis près d’un an que je m’occupe de ces expériences, j’ai observé bien des faits, j’ai répété un grand nombre de fois les mêmes expériences, et ce n’est que d’après cela que j’ai écrit le mémoire que j’ai l’honneur de présenter.
- Maintenant, d’après les faits que j’ai observés, il paraît bien que, s’il n’y a similitude complète entre les flammes colorées et les images colorées par la lumière sur une plaque d’argent préparée avec les chlorures ou chlorates qui colorent les flammes, il y a une grande analogie entre ces couleurs.
- Niepce de Saini-Yictor.
- PROJET D’EXPOSITION DE DESSINS ET DE MODÈLES.
- Il y a quelque temps, une proposition importante avait été faite dans le sein d’un comité, qui s’occupe des questions d’art dans ses rapports avec l’Industrie : c’était la formation d’une liste d’artistes éminents dans laquelle seraient choisis, à l’occasion, ceux de ces artistes dont le talent spécial serait le plus en rapport avec telle ou telle branche du travail industriel.
- Cette proposition avait cela de large et de progressif qu’elle venait étendre le cercle de l’Industrie en l’incorporant, en quelque sorte, dans le domaine immense des beaux-arts, en l’initiant à scs grandeurs, en l’animant de ses inspirations.
- Il nous semble, en effet, que nos manufactures doivent non seulement assimiler l’art à leurs travaux, en puisant aux sources les plus élevées et les plus pures, mais aussi produire dans le but d’exciter l’émulation, d’enseigner et de relever l’étude des objets matériels au niveau des secrets ou des mystères de l’art.
- Pour parvenir à la réalisation de ce progrès in-
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- contestable, nous avons pensé qu’il y avait deux voies à suivre.
- 4° La fondation de récompenses annuellement distribuées à ceux des jeunes artistes appartenant à tous les ordres de l’art, peinture, sculpture, architecture, etc., quelle que soit leur origine, qu’ils viennent de l’École des Beaux-Arts ou d’autres écoles, et qui aient été appelés dans un concours par un comité de manufacturiers, de fabricants et d’industriels. Ce comité indiquerait lui-même le sujet de travail qu’il jugerait le plus intéressant et le plus actuel , selon les besoins de l’industrie ;
- 2° Une Exposition de dessins et de modèles.
- On voit tout de suite le but que nous nous proposons d’atteindre par ces deux institutions.
- On sait combien les avenues de l’art sont encombrées, et s’il est beaucoup d’appelés, on sait qu’il est bien peu d’élus. De jeunes élèves à l’École des Beaux-Arts, qui sont arrivés seulement dans l’ordre hiérarchique au grade de médaülistes, sont encore indécis sur leur avenir. Arriveront-ils au premier rang? resteront-ils stationnaires? Dans cet encombrement des écoles, sont-ils sûrs de trouver une carrière ouverte à leurs aspirations, une réalisation de leurs espérances? et si même ils ont assez de talent réel pour que leurs vœux ne soient pas une illusion, seront-ils assurés de ne pas se voir vaincus dans une lutte où ils rencontreront tant de rivaux?
- Le remède à ce mal, ne serait-il pas plutôt dans des issues ouvertes à l’art, en rapport avec les besoins de la vie publique où les artistes, s’inspirant toujours de grandes œuvres, feraient passer dans le domaine de l’industrie, les idées fécondes qu’ils trouvent auprès des maîtres. Au lieu de s’égarer dans les illusions d’une gloire qui leur échappe ; au lieu de perdre la sève de leur talent dans une misère imminente ; au lieu de compromettre leur avenir dans des entraînements irréfléchis, faute de travail ; ils deviendraient des hommes utiles à la société ; ils enrichiraient de leurs études l’art de l’orfèvrerie, du bronze, de la serrurerie, des tissus, etc.
- Et que l’on y songe : cette spécialité d’artistes industriels, qui ont concouru à la grande réputation de notre pays, tènd à diminuer : et en voici une raison péremptoire.
- Jusqu’à présent, l’artiste qui cherche à s’unir à l’industrie, est considéré par les écoles, comme un inférieur dans l’ordre des artistes qui cherchent à conquérir la gloire si légitime des concours de Fin -stitut : il est donc exclu de l’exposition des beaux arts, sauf quelques exceptions auxquelles nous applaudirions quoiqu’elles ne soient pas encore la règle.
- Se présente-t-il à l’Exposition des produits de Vindustrie? Là, nouvelle exclusion. Le mot seul, produit de l’industrie, l’explique : il faut être fabricant, et fournir son contingent de produits manufacturés pour être admis à cette exposition, à ses prérogatives, à ses récompenses, à sa gloire.
- Il y a plus, c’est qu’à l’égard de la fabrication l’art n’est presque qu’une matière première.
- Ainsi, la première partie de notre proposition consisterait donc dans l’institution d’un concours pour encourager et récompenser la jeunesse qui se voue à l’art industriel. Cette pensée, du reste, a déjà trouvé son application à Lyon, et dans une capitale qui, depuis des années, ouvre des expositions aux artistes industriels.
- La seconde partie de notre proposition est, on le voit, le développement complet de la première. C’est un des remèdes les plus efficaces aux souffrances de l’art et des artistes.
- Il s’agit d’une Exposition des arts industriels, sauf à rattacher à cette exposition la partie du concours, émise plus haut, et dont les manufacturiers ou fabricants seraient les initiateurs et auraient la direction.
- Il est inutile, il serait superflu, d’ajouter des développements à ceux qui précèdent, au point de vue moral.
- Nous sommes sur le point de trouver dans le concours de nos confrères de l’Association des Lettres, des Arts et de l’Industrie, les moyens propres à réaliser cette pensée.
- Un emplacement très-favorable à l’Exposition des œuvres de l’art, industriel nous est offert. Là seront disposés les dessins et les modèles de toute œuvre d’art qui, par sa nature, doit être reproduite par la fabrication.
- Dans quelques jours nous serons en mesure de
- donner à tous les artistes industriels le programme de cette Exposition.
- Dans ce grand champ pacifique de l’industrie où se lancent tous les peuples, l’industrie française tient le premier rang à cause de son goût et de son culte pour l’art. Néanmoins, un grand nombre d’artistes industriels, laborieux ouvriers qui apportent leur tribut et concourent par leurs travaux à cette gloire de l’industrie française, restent ignorés. Ce que nous demandons, c’est de leur ouvrir la carrière, afin que bien des mérites inconnus ou cachés puissent enfin se produire au grand jour.
- IiLAGMANN, SCUlptCUr.
- NOUVELLES DE L’EXPOSITION DE LONDRES,
- On lit dans le Pays :
- « Je me suis procuré le nombre des récompenses de premier ordre décernées à la France par le jury de l’Exposition de Londres. Ce nombre est de 55; je ne connais pas tous les noms des titulaires; mais en voici quelques-uns :
- « 4 ° Médailles diplomatiques ou collectives :
- « Ministère de la guerre, pour les produits de l’Algérie.
- » Ministère de la guerre, pour les cartes du dépôt.
- » Ministère de la marine, pour les cartes du dépôt.
- » École des mines, pour les cartes du dépôt.
- » Manufacture de Sèvres. — Porcelaines, émaux.
- » Manufacture des Gobelins. — Tapisseries.
- » Chambre de commerce de Lyon, pour la collection d’échantillons anciens et les soins donnés à l’Exposition.
- » 2° Médailles industrielles :
- MM. Ducel, fontes d’ornement.
- Muel, fontes.
- Japy, outils.
- Popelin-Ducarre
- Derosne et Cail, machines.
- Maës de Clichy, cristaux.
- Matifat, bronzes.
- Vittoz, bronzes.
- Lemonnier, bijouterie.
- Froment-Meurice, orfèvrerie.
- Rudolphe, orfèvrerie.
- Marrel frères, id.
- Gueyton, id.
- Erard, pianos et harpes.
- Ducroquet, orgues.
- Sax, instruments de cuivre.
- Vuillaume, d° à cordes
- Fourdinois, meubles.
- Barbedienne, id.
- Délicourt, papiers peints.
- Soleil, instruments de précision.
- Deleuil, id.
- DeMilly, bougies stéariques.
- Constantin, fleurs artificielles.
- « Je ne vous donne là que 34 médailles sur 55 ; il en reste donc 24 dont les titulaires ne m’ont pas été désignés; tout ce que je puis dire, c’est que les industries suivantes ont obtenu une première récompense :
- « Soies,
- « Vitraux peints,
- « Horlogerie,
- « Produits chimiques,
- « Cuirs,
- « Toiles à voiles,
- « Cordages de marine.
- « En ajoutant ces sept industries aux trente et une médailles dénommées plus haut, j’arrive à trente-huit, de telle sorte qu’il y en a dix-sept que j’ignore, mais que je ferai tous mes efforts pour vous donner bientôt.
- « En somme, cinquante-cinq premières médailles et plus de deux cents de seconde classe, c’est une belle part pour nos 4 ,740 exposants.
- « biaise. »
- — On dit que le prince Albert et les commissaires ont résolu de tenir parole au public, et que le Palais de Cristal sera enlevé. Toutes les pétitions présentées à la cliambre des lords, en faveur du maintien du palais, partaient du même bureau à Londres. Il n’a été signé aucune pétition de Londres proprement dit, et si les paroisses de Londres venaient à voter, elles se prononceraient contre la conservation
- du Palais de Cristal. Ce palais accomplira sa destination.
- Samedi dernier l’ordre du jour appelait, à l’Assemblée nationale, la discussion sur la prise en considération de la proposition de M. de l’Espinasse, tendant à faire accorder une récompense nationale à M. Sudre, inventeur delà téléphonie.
- Voici cette proposition :
- « Conformément au décret du 3 août 4 990, il sera alloué à M. Sudre, inventeur d’une méthode de téléphonie applicable à l’art de la guerre et de la marine, une somme de 50,000 fr., à titre de récompense nationale et en dédommagement des sacrifices si considérables qu’il a déjà faits pour le perfectionnement de cette découverte.»
- La commission propose la prise en considération.
- NOUVELLES POMPES
- inventées par jim. bateman, moore et chrimes.
- Ce qui constitue la différence existant entre les pompes de MM. Bateman, Moore et Chrimes et les autres systèmes connus, c’est d’abord la matière nouvelle employée par eux pour leurs soupapes, et ensuite le mouvement de rotation appliqué à la tige du piston au lieu du simple mouvement de va et vient usité jusqu’ici. Y a-t-il un avantage réel dans l’emploi de ces modifications? Il est impossible de rien préjuger encore à cet égard et l’avenir seul pourra prononcer. Contentons-nous aujourd’hui de décrire ces appareils.
- La figure I représente la section verticale d’une pompe selon le système de MM. Rateman et Moore, à l’échelle P un quart de la grandeur réelle; le corps de pompe est représenté attaché à la boîte de la valve, le tout prêt à fonctionner.
- La valve A est une boule de gutta-percha et pourrait être composée de toute autre matière élastique ; l’orifice est bordé de caoutchouc volcanisé et la fermeture s’opère par la seule pression de l’eau.
- La figure 2 représente la valve du système de M. Chinne. Cette valve est ajustée aussi au corps de pompe dont on ne voit que la partie inférieure, le haut étant en tout semblable à ce qui existe dans la figure 4. Dans ce système, la valve A se compose d’un disque de métal que la pression de l’eau soulève et presse contre un orifice en cuir ou en caoutchouc. Un ressort à hélice est placé sous le disque pour l’empêcher de retomber quand l’eau ou la pression cesse d’agir dans le réservoir.
- Dans l’un et l’autre système, la valve s’ouvre sous l’effort d’une tige A.
- Le corps de pompe consiste en un tube de cuivre ou de fer, à travers lequel l’eau est enlevée. Sa partie inférieure se termine par un pas de vis mâle, un collet rembourré d’une rondelle de cuir, et des pitons faisant saillie sur la paroi extérieure. L’ajustement, avec la voile de la soupape, s’opère par les moyens suivants :
- La partie supérieure de cette boîte est taraudée intérieurement pour recevoir le bout mâle du corps de pompe; elle est surmontée, en outre, de deux oreilles ayant la forme d’une L renversée dont la figure 3 et 4 représentent la section, et dans lesquelles les pitons du corps de pompe sont destinés à s’adapter.
- Deux tuyaux de décharge sont placés au haut du corps de pompe et dirigés d’une manière quelconque ; ils se terminent en pas de vis pour faciliter leur raccordement avec des tuyaux de conduite. Le chapeau à vis qui ferme l’un des tuyaux de décharge de la Fig. /, n’a d’autre destination que d’indiquer la possibilité de se servir d’une seule ou de plusieurs issues.
- Au centre du corps de pompe et dans toute sa longueur, s’élend une tige dont la partie inférieure taillée à vis, est destinée à se mouvoir daus un support placé au fond et taraudé au même pas ; sa partie supérieure repose dans une boite à étoupe. Le mouvement est donné au moyen d’une manivelle ou d’un manche de béquille comme dans le plan. On comprend que le résultat de ce mouvement est. de faire appuyer l’extrémité de la tige sur la soupape et delà forcer à descendre; alors l’eau s’introduit dans le corps de pompe.
- i Voir pour les dessins à la page ci-apré*. !
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
- PERFECTIONNEMENT DES MACHINES HYDRO-PNEUMATIQUES,
- PAR M. ERANÇOIS-JUSTIN DUBURGUET.
- Tout le monde connaît l’instrument appelé sy-phon ; tout le monde sait qu’en plongeant dans un liquide l’une des extrémités d’un tube recourbé, et en aspirant par l’autre extrémité l’air contenu dans ce tube, le liquide s’écoulera.
- C’est de cette donnée si simple et si vulgaire, que M. Duburguet est parti pour inventer l’un des plus curieux et en même temps l’un des plus ingénieux appareils que nous connaissions en dynamique. Au moyen de la raréfaction de l’air et de sa pression, employées tour à tour, M. Duburguet prétend construire des pompes aspirantes et foulantes.
- Yoici d’abord comment il décrit sa pompe aspirante : A À’ B’ B est un réservoir naturel ou artifi-
- ciel maintenu à peu près au même niveau N N’ par une fontaine ou par tout autre moyen.
- A A’ B’B est un tuyau ou boîte, dont l’orifice inférieure plonge dans un vase V, placé dans le réservoir AA’ B B. Ce tuyau s’élève un peu au-dessus de la surface supérieure du vase Y, à laquelle il est fixé, et il plonge dans ce vase jusqu’à environ un ou deux pouces du fond.
- RR’ est la circonférence du tuyau AA’ BB.
- II’ est un tube concentrique au tuyau AA’ B’B, ouvert comme celui-ci à ses deux extrémités et passant à travers le fond du vase V.
- E est un petit couvercle suspendu au-dessus de l’orifice du tube II’, il est destiné à empêcher l’eau, quand elle entre dans le vase Y par le tube AA’ B’B, de tomber dans l’ouverture de II’; il sert aussi de point d’appui à un ressort à hélice qui doit, en se détendant, maintenir une valve DD’ en supsension, et, en se contractant, fermer cette valve sur l’entrée du tuyau AA’ B’B.
- Cette valve DD’ est pourvue à son centre d’une tige directrice T, dont l’extrémité inférieure, passant à travers le ressort à hélice, joue dans un trou pratiqué dans le petit couverte, et dont l’extrémité supérieure glisse dans un trou pratiqué à une sorte de pièce transversale KK’; laquelle pièce est appuyée sur
- la bride terminant le haut du tuyau AA’ B’B. — MM’ est un tube d’ascension ajusté par son bout inférieur à la partie la plus élevée du vase Y, et par son bout supérieur au sommet d’un vase P, qui est mis ainsi en communication avec Y.
- Le vase P est mis en communication avec la surface de l’eau à élever du réserver AA’ B’B par un tuyau dont l’orifice inférieur est pourvu d’une soupage ouvrant de bas en haut.
- T est le tuyau de décharg ' du bassin P. Il est muni d’une soupape placée à sa jonction avec le bassin P, et ouvrant de bas en haut. Ce tuyau de décharge pourrait être aussi un petit tube immédiatement fixé au bassin P ; mais alors il faudrait que sa soupape fût adaptée de manière à ce que l’air extérieur n’entrât pas quand le vide se ferait dans ce bassin.
- S est une vis de pression traversant un petit support CC’ et agissant directement sur le sommet de la soupape DD’. Le jeu de cette vis est destiné à maintenir plus ou moins ouverte l’orifice du tuyau AA’ B’B et à régulariser ainsi la quantité d’eau à admettre du réservoir AA’ B’B dans le bassin V.
- Cela posé, si l’on place l’appareil dans le réservoir AA’ B’B, la soupape DD’ étant ouverte par le ressort à hélice qui la tient soulevée, l’eau passera par le tuyau AA’ B’B et remplira le vase V, pourvu qu’on prenne soin d’en laisser échapper l’air par le tuyau MM’ avant de fixer ce tuyau au vase P.
- Quand le vase Y sera plein, le tuyau AA’ B’B sera plein aussi, et l’eau se trouvant au-dessus de l’ouverture du tuyau de décharge II’, elle s’élancera par ce tuyau. Alors la soupape DD’, au-dessous de laquelle le vide sera obtenu, tombera et fermera l’ouverture du tuyau AA’ B’B, de sorte que le vase V conti-
- PERFECTIONNEMENT des MACIIINES HYDRO-PNEUMATIQUES, PAR M. FRANÇOIS-JUSTIN DUBURGUET.
- nuera à se vider par le tube II’. Mais à mesure que Y se videra, l’air contenu dans P sera attiré dans Y, et ce, avec d’autant plus de force, que la longueur
- du tube II’ sera grande; alors, la pression de l’as-mosphère fera monter l’eau du réservoir AA’ B’B dans le bassin P, qui pourra être placé au -dessus du
- niveau de l’eau dans AA’ B’B, à peu près à une hauteur égale à la longueur du tuyau de décharge II’.
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
- La quantité d’eau élevée dans le vase P sera théoriquement la même que celle qui se sera échappée par II’, parce que les vases sont supposés égaux; mais, en pratique, cette quantité sera un peu moindre, parce qu’au moment où la soupape tombe, elle entraîne un peu d’eau qui ne fait pas partie de celle contenue dans Y.
- Lorsque le syphon cessera de fonctionner après avoir vidé Y, l’air extérieur entrera librement par l’oritice inférieur de II’, et rétablira l’équilibre sous la soupape ld’, qui s’élèvera alors par l’action du ressort à hélice. De cette manière, l’eau du réservoir rentrera de nouveau dans le bassin Y, et le remplira comme la première fois ; en même temps, le bassin P se videra par le tuyau T.
- Ensuite le syphon marchera encore, et la même opération recommencera.
- Ainsi, en vidant un vase au moyen d’un syphon, on pourra en remplir un autre placé plus haut et diriger le contenu partout où l’on voudra. L’écoulement sera intermittent, il est vrai ; mais par des procédés connus, on pourra le rendre continu.
- La Fig. 1, représente une pompe aspirante complète et dont on peut faire une pompe foulante comme dans la Fig. 2, par l’application du même principe.
- Il est seulement nécessaire, pour obtenir ce résultat, de prolonger le tuyau AA’ B’ B de manière à descendre le bassin V, au plus bas de la chute et prolonger aussi l’extrémité inférieure du tube II au dessous de Y, d’une longueur suffisante pour qu’il agisse comme syphon, et enfin, de placer le bassin P dans l’eau du réservoir AA’ B’ B, où il s’emplira de lui-même par le moyen d’une soupape S’. Le bassin V s’emplira et se videra comme il a été dit dans la description de la pompe agissante. Mais la colonne d’eau contenue dans le tuyau AA’ B’ B pressera de tout son poids l’air cru de Y à P, et l’eau de P sera forcée de s’élancer par le
- no. 3.
- HORLOGE HYDRAULIQUE, PAR M. TIÏTERAU, DE PARIS.
- tuyau d’ascension T,dont elle ouvrira la soupape S”.
- Il est évident que les deux systèmes de pompes aspirantes et de pompes foulantes que nous venons de décrire peuvent n’en faire qu’un, et qu’une seule machine peut être construite réunissant les deux systèmesen un seul.
- Quoiqu’il en soit, les dimensions des bassins et des tuyaux doivent être proportionnés aux sources d’eau, à la hauteur de la chute employée, et à la quantité d’eau à élever.
- La force motrice de l’appareil de M. Duburguet peut être transmise à beaucoup d’autres machines, et sa construction modifiée de mille manières selon les applications particulières.
- 11 peut adapter au bassin Y modifié, comme le représente la Fig. 3, un récipient compressible dans la forme de soufflets circulaires faits avec des bandes de fort cuir.
- ' Quand le syphon sera en activité la pression ex térieure de l’atmosphère comprimera les soufflets jusqu’à ce qu’ils soient vides, et plus la surface des soufflets sera grande (ou bien plus l’écoulement du syphon sera considérable], plus la compression sera puissante. Les soufflets comprimés pourront mettre en mouvement le piston d’une pompe ou tout autre levier capable de transmettre ce mouvement.
- La puissance ainsi produite étant représentée par la surface des soufflets ou des pistons multipliée par la hauteur de la chute, il en résulte que si la chute n’est pas considérable, il suffira, pour Obtenir un
- effet désiré, d’augmenter la surface des soufflets ou des pistons ; c’est ce qui a fait dire àM. Dubruguet que son système pouvait être : généralisé presque à l’infini et appliqué aux chutes que les que petites j qu’elles fussent, il est encore un point qui mérite d’être remarqué, c’est la possibilité d’élever une quantité indéfinie d’eau en superposant les machines les unes au-dessus des autres.
- HORLOGE HYDRAULI.QÜE,
- FARM. TIFFERAU, DE PARIS.
- On admire à l’Exposition plusieurs horloges fort curieuses, entre autres une qui contient une grande quantité de figures mouvantes dans un panorama ; une autre contenant un almanach perpétuel; une pendule pouvant marcher -400 jours.
- Une des plus curieuses est l’horloge hydraulique de M. Tifferau, de Paris. Les figures 1 et 2 ci-contre représentent, l’une, l’élévation extérieure, l’autre, la coupe verticale intérieure de cet instrument.
- Dans cette dernière, trois cylindres, A, B, C, sont superposés l’un sur l’autre, formant comme le piédestal d’une lampe.
- Le second cylindre forme comme un réservoir où est contenue l’eau qui sert de force motrice à l’appareil.
- Ce réservoir est fermé aux deux extrémités, et
- FIG. 2.
- dans le centre passe un tube C, qui est en communication avec le cylindre inférieur A, qui lui sert de base.
- On a pratiqué un flotteur circulaire D, qui, au moyen d’une ouverture pratiquée au point E, permet à l’eau de passer dans le tube et de suivre un mouvement de va-et-vient du haut en bas, de manière à décharger l’eau du réservoir B dans le réservoir A. L’on comprend que le mouveme-ment de va-et-vient de l’eau qui passe par le syphon peut être calculé de manière à imprimer à l’extrémité supérieure une force qui soit dirigée sur une échelle dont les degrés soient parfaitement uniformes, et qu’en plaçant un indicateur I à l’extrémité supérieure du syphon, on se rende compte du temps que l’eau a mis à parcourir l’espace contenu entre la base et le sommet de l’appareil.
- _ Si donc, ce qui a lieu, la quantité d’eau introduite correspond au temps voulu pour ce parcours, l’indicateur, en donnant cerésul-
- iiACHiKE a sujets, par m. NARRER. (Voir la fiolicc à la page suivante.)
- tat, devra nécessairement indiquer l’heure; et l’on comprend aussi que l’on peut, au lieu d’une échelle verticale, faire marcher sur un cadran ordinaire une aiguille au moyen de la force mo-rice qui résulte de ce mouvement de va-et-vient de l’eau dans le syphon.
- C’est ce que la fig. 3 indique. Là, c’est sur un cadran ordinaire que se meut l’appareil, dont les détails intérieurs sont exactement représentés par la figure 4.
- L’action du syphon A et du flotteur B contenu dans le réservoir C, est, dans ce cas, semblable à l’action des syphon et flotteur décrits dans les ligures I et 2.
- Le •mouvement s’imprime par l’eau qui tombe goutte à goutte dans la coupe E, passe au moyen du tube F dans le centre G, et l’échelle de rotation calculée, au lieu d’être déterminée par un mouvement vertical, se fait au moyen d’un mouvement d’oscillation qui remplace le pendule des horloges ordinaires.
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
- COURRIER DE PARIS ET DE LONDRES.
- La grande mode de Londres était, la semaine dernière, mxmalinées de Mlle Racliel : L’illustre tragédienne s’en allait de salon’en salon réciter des frag-mens de ses rôles les plus remarquables : Phèdre, Pauline Hermione auxquels elle a bravement ajouté quelques scènes du Misanthrope.
- Il est inutile de dire qu’elle a obtenu le même succès dans le Misanthrope que dans n’importe quelle tragédie. Il n’y a pas de nuances dans l’admiration des Anglais; et, après tout, comment saisiraient-ils, eux, étrangers, les finesses d’un rôle que comprend à peine et non sans discussion, un public choisi à Paris. Succès donc, mais que Mlle Rachel se garde de se le tenir pour dit : nous l’avons vue déjà, à plusieurs reprises, tenter des excursions en dehors de son domaine, du domaine de convention où elle brille sans rivale, en dehors du domaine de la fiction tragique, et, à nos yeux, elle a toujours échoué. De longtemps, nous le croyons, elle ne toucherapas sans péril à Célimène. Mlle Rachel est une grande tragédienne, une statue antique si l’on veut, une incarnation de Corneille, une tran-substantiation convenue, soit ; mais elle n’a rien d’une grande coquette. Dans Célimène elle ne serait point endimanchée comme Mlle Denain, ce sera pis, elle sera costumée, et le reste à l’avenant.
- Enfin, n’importe, le public de Londres est content, si content que le théâtre de Saint-James vient de renouer pour quelques représentations encore avec MUe Rachel. Le succès des salons a relevé le succès qui s’usait au théâtre.
- In high life on fait ses malles, comme nous l’avons dit, pour aller danser chez le préfet de la Seine ; et à vrai dire, à Paris, il n’est d’autre bruit : l’éclipse, seule, a pu nous détourner deux heures à peine de la préoccupation universelle que causent le bal, le concert de l’Hôtel-de-Ville, la représentation de l’Opéra, la fête de Saint-Cloud, enfin, toutes les merveilles promises au prince Albert, aux commissaires de l’Exposition et à leur suite.
- 11 n’est question que d’obtenir des cartes vertes et des cartes rouges. La seule diversion de la semaine, avons-nous dit, a été l’éclipse ; mais qu’est-ce que cela ? Pendant deux heures, on a rencontré tous nos compatriotes, le nez ou le front barbouillés de noir; pendant deux heures, on a vu une chaîne interminable ou plutôt un réseau de Parisiens occupés à faire des ronds dans un réseau parallèle de seaux d’eau, exactement comme de vrais astronomes plongés dans leur occupation la plus sérieuse. Yoilà tout; seulement, les spectateurs étaient bien plus amusants que le spectacle. La pudeur des femmes était alarmée, dit-on, de ce rendez-vous un peu publiquement accordé par la Lune au Soleil, et si elles regardaient au moyen des petits carreaux fumés, c’était avec une curiosité inquiète, se disposant, à la première attitude douteuse du phénomène, à se voiler le regard de la main gauche et à ne contempler, qu’au travers des doigts à peine entr’ouverts, les célestes inconvenances. Leur espoir a été trompé. Je dois le dire à la face du soleil, cet astre a été d’une tenue parfaite. La Lune s’est conduite comme une planète de distinction : ses airs de qualité ont sans doute imposé aux ardeurs du Soleil; je ne sais; toujours est-il que touts’est fort bien passé. Des personnes aussi haut placées, après tout, ne pouvaient traiter le ciel comme une baignoire du Gymnase.
- Mais revenons à la fête des commissaires de l’Exposition : de tous côtés on se hâte car le terme approche, c’est pour le 2. A l’Opéra on prépare à répétitions forcées, la cantate de M. Banville, mise en musique par Ad. Adam : ce sont des allégories à n’en plus finir, des allégories dans différentes attitudes selon les convenances du personnel; c’est la France qui danse, Y Angleterre qui marche, la Russie qui pose, la Turquie encore qui chante, les masses chorales de Y Allemagne, qui attendent sur le second plan, le Commerce qui vole, Y Industrie qui triomphe, puis la Gloire et la Victoire dont les places ne sont point encore marquées dans la mise en scène, puis enfin la Paix, personnage que l’on pourra bien faire sauter avant la répétition générale. M. Banville, lui-même, trouve le rôle ennuyeux et lourd; il pense que sa suppression mettrait les autres mieux en relief et donnerait à l’ensemble final un caractère plus pittoresque, le tout sur des airs patriotiques empruntés à toutes les nations et avec des
- costumes empruntés à tous les opéras. Du reste, avouons-le, la partie nouvelle de lamusique est fort jolie, et M. Roqueplan fait des dépenses considérables de soie, de velours, de paillettes et d’accessoires. Le spectacle sera d’une grande magnificence et tout à fait digne du théâtre.
- En fait de reprise prochaine il n’est toujours question que du Comte Ory pour M. Lagrave comme nous l’avons dit; Mlle Masson se déeolletera dans le rôle du page. Tout cela sera fort curieux. Ce n’est rien encore. Mais dans quelques mois, entre nous, quand les provinciaux seront partis, rassasiés de gros opéras, on nous montrera, à nous les spectateurs d’hiver, à nous les délicats, on nous montrera de ces danseuses comme Saint-Léon, le nouveau maître de ballet, sait les choisir et les former quand il est fâché avecsa femme. En attendant, l’une d’elles la plus jolie, je crois, Mlle Priora, répète plus activement que jamais Fert-Fert. A bientôt.
- Des autres théâtres, beaucoup de promesses, rien de plus. Le Théâtre-Français promet Jodelet de Scarron, arrangé par Gérard de Nerval ; les Variétés promettent la Gothon de Béranger pour Mlle Page ; Montansier promet la Course au chapeau de paille, par Ravel et Grassot; le Gymnase promet une pièce d’Alfred de Musset, un acte de Georges Sand, et plus prochainement une pièce de M. Ernest Serret; enfin le Vaudeville promet d’ouvrir. Si nous chômons aujourd'hui, nous aurons grasse besogne la semaine prochaine.
- Des faits dramatiques passons aux auteurs et racontons coup sur coup trois anecdotes toutes récentes qui se rapportent à trois individus de cette brillante catégorie :
- Le plus célèbre d’entre eux, fort renommé du reste aussi ailleurs qu’au théâtre, enfin, notre écrivain le plus fécond et l’un des plus justement illustres est comme l’on sait criblé de dettes.
- Ces dettes sont comme la fortune du baron de Rothschild, plutôt comme les propriétés d’Ouvrard : le personnage le plus intéressé dans la question, en ignore complètement le détail. Du reste il n’est pas un teneur de livres à Paris qui oserait en affronter le relevé.
- — Je parie, ditl’unde ses amis, que si quelqu’un le premier venu, va réclamer tout d’un trait cinq cents francs à ***, le gros diable répondra de bonne foi : « Je vous donnerai quelque chose ces jours-ci, ce que je pourrai. »
- Il n’en coûtait rien d’essayer. Un des interlocuteurs alla trouver le personnage en question :
- — Monsieur *** lui dit-il, il y a six ans je vous ai prété un millier de francs : maintenant, je suis très-gêné et je vous avouerai que cinq cents francs me seraient très utiles...
- — Mon garçon, vous êtes très-désagréable : enfin n’importe, vous tombez bien, je vais vous donner cent francs...
- Jusqu’ici tout va bien; on nous croira de point en point, mais l’illustre auteur ajouta :
- — Les voilà.
- Dix mille personnes) à Paris, augmentées de tous les recors contestent le détail : l’histoire est, dit-on, d’une invraisemblance qui va jusqu’à l’imposture.
- M. *** prétend avoir droit de crier à la calomnie : lui, avoir l’intention, rien que l’intention même de payer un seul créancier au préjudice des autres : Non! non pas, tout l’argent dont il peut disposer, doit être partagé entre tous ses créanciers proportionnellement; il s’ensuit cpT honnêtement il ne pourra jamais donner un à-compte, parce que c’est l’histoire des grains de blé sur les cases de l’échi • quier. Si invraisemblablement minime que soit la somme déposée sur la première case, c’est à dire sur le moindre créancier, proportions gardées et graduées... Ce serait même bien plus effroyable car, M. *** serait trop heureux s’il n’avait que 64 créanciers connus.
- C’est très joli, mais c’est la moins bonne de mes trois anecdotes. Voici la seconde :
- _ Il s’agit encore d’un auteur dramatique; il est assez vieux et convenablement laid, il a beaucoup de talent et peu d’esprit; il a de grandes prétentions auprès des femmes et, dans les salons, nie le bonheur et l’amour conjugal aussi hardiment qu’un vaudeville de la Montansier. A toutes les objections qu’on lui fait :
- — Oui ! Je sais, dit-il, tout ce que vous voudrez, mais j’ai fait des recherches : le séducteur le plus laid et le plus bête plaît davantage que le mari le plus réellement charmant : l’expérience l’a démontré.
- (l’expérience personnelle de ce Monsieur?) Tout ce que vous pourrez objecter, théorie pure :
- Il a l’intention de mettre dans son prochain vaudeville le dialogue suivant :
- Premier personnage. — Aime-t-elle son mari !
- deuxième personnage, (finement). — Permettez... Je vous l’ai dit, c’est une femme de beaucoup d’esprit.
- (ici le premier personnage sourit).
- — Tenez, je vais vous faire une concession, dit-il, dans ses jours de malice, de fin paradoxe : il y a certainement des faits en votre faveur : il est vrai, un de mes amis, un de mes amis que je tiens à la disposition de l’auditoire, un homme très-sensé et de très-bonne foi raconte habituellement, chose étrange! qu’il a connu, qu’il connaît encore deux femmes très spirituelles et très-bonnes qui aiment beaucoup leur mari : j’ai voulu les voir, je les ai vues, vues moi-même. Rien n’est plus vrai, elles ne tarissent pas en éloges, en témoignages d’affection.
- Et riant malignement, il conclut de cette façon qu’il croit inattendue :
- — C’étaient deux veuves!... voilà le secret du bonheur en ménage. C’est l’histoire du sultan qui cherche la chemise d’un homme heureux, il trouve un homme heureux. « Mais, dit le conte, cet homme heureux, n’avait pas de chemise. »
- Voilà la théorie, en pratique : notre auteur joue avec un aplomb merveilleux les Pressant et les Brin-deau auprès des plus jolies femmes : c’est insupportable, quoique sans conséquence.
- — Comment faire pour me débarrasser de cette vieille ruine? comment la chasser poliment de chez moi? J’ai assez de ses tendres visites..., disait une jeune dame.
- — Une idée, dit un jeune homme,— à la première
- occasion... mettez-le au défi..
- Le mot est vif; mais on en dit dans le monde de bien plus raides.
- On pardonna donc, et le conseil fut suivi...
- Je cesse de peindre.
- Enfin voici le dernier mot de la semaine; il date de ce matin.
- Avez-vous vu une jolie pièce de M. Léon Gozlan que l’on joue maintenant aux Français sous ce titre : la Fin du Roman ? Il y a là-dedans un domestique, domestique de bonne maison, domestique de mœurs élégantes et faciles, qui, entre autres habitudes invétérées, a le vice distingué de ne plus pouvoir fumer que des cigares à dix sous : je ne veux pas dire pour cela qu’il y met le prix.
- Enfin son maître, qui le connaît, lui recommande, en partant pour un voyage, de ne mettre en son absence ni ses pantalons, ni ses bottes. Dans la pièce, le drôle ne répond que par des protestations ; mais il y a mieux :
- Ce matin, j’étais chez un de nos collaborateurs affligé d’un de ces bons domestiques qui savent vivre, qui se dodelinent incessamment, enfin qui s’engraissent traîtreusement afin qu’on ne puisse plus les renvoyer, tant on comprend qu’il serait difficile de faire passer ces belettes de l’autre côté de la porte. Ce matin, dis-je, notre ami partait pour la campagne; parodiant à juste titre le personnage de M. Gozlan :
- — Baptiste, dit-il sévèrement, je m’en vais, et ne mettez en mon absence ni mes pantalons, ni mes bottes.
- — Oh ! monsieur, dit le domestique en pâtelinant, oh! monsieur peut croire!... par exemple! oh! bien certainement que je ne mettrai pas les pantalons de
- monsieur.....; d’abord ils me sont devenus trop
- étroits ! !
- Dites-moi, combien connaissez-vous de millionnaires qui seraient assez sybarites pour consentir à devenir domestiques?
- G. DE RODCONVILLE.
- MACHINE A BILLETS,
- PAR M WARNER.
- (Voir la vignette, page 205.)
- L’on sait combien il est difficile, à la porte des théâtres, des musées, des expositions, des lieux où le public se présente en masse, de donner avec quelque régularité, et sans s’exposer de perdre, des billets d’entrée.
- Un mécanicien a imaginé un procédé qui parait fort simple, et au moyen duquel un buraliste peut distribuer, sans erreur de compte, autant de billets qu’il convient.
- Cet appareil est, comme on le voit, disposé de telle sorte que l’on ne peut donner un seul billet sans
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- le mouvement du manche que l’on voit tenu par la main du distributeur.
- La machine à billets consiste en une petite pièce métallique qui vient tomber sur un plateau, en sorte que le buraliste n’a qu’un seul mouvement à faire, sans se servir de ses deux mains, pour compter l’argent et remettre au public le billet qui lui est demandé. Puis, au même moment où la pièce métallique est délivrée, un indicateur à aiguille vient enregistrer le nombre de ces pièces, de sorte qu’il n’y a_pas d’erreur possible sur la délivrance faite.
- Les trois tubes que l’on aperçoit contiennent chacun 250 pièces : donc, l’appareil compte 750 billets d’entrée.
- On comprend aisément que ce n’est pas là une difficulté, et que la hauteur des tubes peut être calculée de manière à en contenir un beaucoup plus grand nombre.
- Cet instrument est encore un signe de ce caractère précis, méthodique des Anglais, pour qui tout ce qui doit abréger le temps est toujours considéré comme la plus grande conquête qu’ils ambitionnent. On connaît le proverbe: Time is momiey, le temps, c’est de l’argent ; et, dans ces administrations où les détails sont si nombreux, un appareil aussi ingénieux est un moyen économique très-efficace. Il y a là l’épargne de deux ou trois employés.
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- Il y a environ quatre années, le conseil municipal de la ville de Gênes conçut le projet d’élever un monument à Christophe Colomb, que la plupart des auteurs font naître dans les Etats de Gênes, et qui, cependant, si l’on en croit quelques manuscrits récemment découverts, serait de l’île de Corse. Génois ou Corse, Christophe Colomb méritait le solennel hommage que l’on va rendre à sa mémoire; car son nom rappelle le plus grand événement qui se soit accompli dans notre ère
- Honneur à l’ancienne reine des mers pour son pieux et maternel souvenir !
- Dès que le projet du monument fut arrêté, il fut question de le mettre au concours et de faire à cet effet un appel aux statuaires de tous les pays indistinctement ; mais cette pensée, qui aurait pu avoir les plus heureux résultats, fut promptement abandonnée, et la ville de Gênes chargea quatre jeunes sculpteurs de réaliser chacun une figure allégorique destinée à accompagner le groupe principal. M. le professeur Bartolini, de Florence, était chargé de celui-ci.
- Toutes les personnes qui ont vu le travail de M. Bartolini se demandent si le célèbre professeur n’est pas resté au-dessous de sa réputation, s’il a bien compris la grande pensée qui agitait Colomb ; s’il a donné à son allégorie ce caractère grave, cette physionomie austère que les soucis avaient faite au hardi navigateur.
- Le ciseau de l’artiste florentin a créé une fantaisie, brillante sans doute, mais non appropriée au sujet. Christophe Colomb est représenté sous les traits d’un jeune homme soulevant un voile et découvrant une femme, personnification de l’Amérique.
- Pourquoi donner une physionomie juvénile à cette personnification que notre idée nous représente
- grave et triste? L’histoire, d’ailleurs, n’a-t-elle pas constaté que l’héroïque aventurier génois est né vers l’an 1440, et que ce n’est que le vendredi 3 août 1792, c’est-à-dire à l’âge de cinquante-deux ans, qu’il quitta le port de Palos pour aller conquérir un autre hémisphère.
- Nous soumettons ces considérations à M. Rarfo-lini lui-même.
- Parmi les projets que les artistes avaient adressés à Gênes, se faisait remarquer celui de M. Raggi,l’un de nos compatriotes ; mais ce projet fut retrouvé à Paris, sans même avoir été examiné. Cependant un homme de goût, un amateur éclairé, M. le marquis de Brignole-Salle, ancien ambassadeur de Sardaigne, vit l’œuvre de M. Raggi, et il chargea l’artiste de la lui exécuter dans de petites dimensions pour orner sa belle galerie de tableaux.
- Pour faire comprendre le travail de M. Raggi, il faut rappeler sommairement l’expédition de Colomb :
- Tout le monde connaît les longs déboires qu’il avait eus à subir avant de pouvoir réaliser sa pensée. Enfin il part; le -14 septembre 1492, à 100 lieues de l’île de Fer, l’aiguille aimantée manifesta des variations. Ce phénomène épouvante l’équipage ; un découragement profond s’empare des hommes. Chaque observation nouvelle ajoute à ces déplorables dispositions. Le cri d’un oiseau des mers, la vue de plantes marines nageant à la surface de l’eau, les calmes de la zone torride et ses tempêtes, tout concourt à prouver à ces hommes qu’ils sont à jamais perdus ; leurs regards se tournent avec désespoir vers la patrie qu’ils ont laissée si loin en arrière. Une seule pensée les occupe : rétrograder devant l’immensité de l’Océan que leur imagination leur représente comme un abîme sans limites; déjà, pour exécuter ce dessein, ils méditent de tuer l’amiral et de le jeter à la mer.
- La flottille, composée de trois caravelles, bâtiments bien légers pour un pareil voyage, voguait vers l’occident, d’où on ne devait pas retourner, d’après l’opinion des cosmographes de l’époque. Le découragement de l’équipage avait fait place à l’exaspération.
- Soulevés contre leur amiral, les marins murmurent hautement; ils vont accomplir la vengeance qu’ils ont méditée ; ils l’abordent de manière à ne laisser aucun doute sur leur intention, Christophe Colomb, inébranlable dans sa foi, leur répond avec calme, que, si dans trois jours, on ne touche pas la terre, il se mettra à leur disposition. La journée, la nuit se passent, et toujours l’immensité, l’immensité sans bornes.... Enfin, le II octobre, trente
- jours après son départ des Canaries. Et soixante-neuf jours après son départ d’Espagne la flotille découvre le Nouveau-Monde :
- Terre ! crie une voix partant des huniers.
- Terre ! répète d’une seule voix le reste de l’équipage.
- C’est cet épisode capital que M. Raggi rappelle dans son beau groupe.
- Christophe Colomb est debout, la tête haute, le regard inspiré, indiquant de la droite le Nouveau-Monde, objet de ses rêves et de ses longues insomnies. Le chef des conspirateurs est à ses pieds, implorant son pardon par ces paroles que l’histoire a conservées ;
- « Pardonnez à mon ignorance ! «
- Le pilote regarde avec avidité dans la direction qu’indique le bras tendu de l’amiral.
- Pour compléter cette scène solennelle, M. Raggi a placé l’homme de Dieu, le missionnaire qui avait voulu partager les périls de cette expédition. A ce moment suprême, il élève le crucifix vers le ciel, et semble entonner le Te Deum que vont répéter tous les marins de l’équipage (I).
- Le piédestal qui supporte ce groupe est composé avec goût, nous allions dire avec bonheur. M. Raggi l’a orné de deux savantes figures allégoriques d’un caractère simple et grandiose : l’une est la Science et l’autre la Navigation, ces deux bons génies de Christophe Colomb qui ont préparé et accompli sa découverte.
- Pour compléter l’ornementation, le statuaire a
- (1) On dit qu’en touchant d’un pied vainqueur cette terre si ardemment désirée, le grand homme pleura de joie, et son premier mouvement fut de se prosterner pour rendre grâce à Dieu du succès de son voyage. La plage où descendirent les premiers Européens, rerut le nom de : San Salvador.
- ajusté sur les pans coupés, qui remplacent les angles de la masse rectangulaire, des proues élégantes sur lesquelles sont inscrits les noms des caravelles composant l’expédition, et qui portaient le grand homme, son frère et le célèbre capitaine espagnol Pinson.
- Sur la face principale , on lit :
- A Cristoforo Colombo, Genovese, Antonio Brignole-Salle,
- Questa opéra edicava Tanno del signore MDCCCLI.
- Cette description faite, remercions, au nom des artistes français, M. de Brignole-Salles d’avoir distingué lç- projet de M. Raggi et de l’avoir fait exécuter.
- C’est un monument qui fait honneur et à son auteur, et à l’illustre diplomate qui va le posséder.
- Le groupe de M. Raggi doit quitter la France vers le 20 de ce mois. D’ici là il restera dans l’atelier, où un public d’élite s’empresse de le visiter.
- — Le salon Carré et la salle dite des Sept Cheminées, au Louvre, vont être fermés très-incessamment, alin de faire tendre la surface de leurs murs tout en rouge de la nuance qui recouvre les encoignures. Cette couleur sera encore plus fatale aux tableaux que celle jaune sale qui ôte tout l’effet des tableaux des vieux maîtres. Le ton du fond de ces salons devrait être rouge chocolat ou bleu verdelet.
- — La statue du général Marceau sera inaugurée à Chartres dans la deuxième quinzaine de septembre. Nous en reparlerons alors et constaterons l’effet qu’elle pourra produire sur le public.
- — Derrière le palais du vice-président de la République se trouve le petit cloître Médicis, construit dans le gracieux style florentin. Sa restauration, confiée à M. de Gisors, l’architecte du Luxembourg, est sur le point d’être complètement terminée.
- — M. de Chennevière-Pointet, le savant auteur des Recherches sur la vie et les ouvrages de quelques peintres provinciaux de Vancienne France, vient de publier une petite brochure historique sur la galerie d’Apollon.
- — M. Jeantin, président du tribunal civil de Mont-Médy (Meuse), continuant ses travaux historiques, a livré à la publicité, cette semaine, le premier tome de ses Chroniques d’Ardemies et des Woëpvres. Le second volume est sous presse.
- — L’éditeur Isidore Pesron vient de réimprimer l’ouvrage de M. Thériot, le Dessin linéaire à la Règle et au Compas appliqué à l’Industrie.
- — Les visiteurs de l’Exposition nous sauront gré de leur indiquer la stalle de MM. Harding et Stand-ford, dans la, galerie nord du transept, n° 81. La nouveauté qu’ils exhibent au monde fashionable ne peut, en effet, manquer d’attirer son attention, et ses encouragements. Que penseront nos belles lectrices d’un chapeau coquet fait entièrement de plumes? sa légèreté et son élégance sont incomparables. C’est assurément une heureuse idée que d’avoir songé à cette aérienne matière pour leur faire une délicieuse coiffure. La fine fleur des aristocratiques Anglaises ont accueilli avec une faveur marquée cette nouvelle production, qui est brevetée en France et en Angleterre.
- CORRESPONDANCE.
- M. G. Leb. du B..., au château d’Arnicourt, près Rethel (Ardennes). — Nous prenons note. Quant à la prime, elle est sous presse, et sera expédiée dans la première quinzaine de septembre.
- M. S..., à Toulouse ( Haute-Garonne). Les objets dont vous parlez, appartenant à l’Exposition Russe, paraîtront dans notre prochain numéro.
- M. P. C..., à Dellys (Algérie). Nous avons reçu le travail que vous nous annoncez sur la ventilation ; il sera examiné avec soin par le comité de rédaction du journal.
- M.A. G..., et MM. G.P... et Ce, àLugano (Suisse). Nous recevons seulement aujourd’hui votre correspondance. Le présent numéro vous prouvera que nous avions prévu ce que vous nous dites.
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- Le Courrier de l’Europe donne dans chaque numéro toutes les nouvelles de la semaine, les articles les plus saillants de la Presse française; une partie anglaise-, des bulletins politiques et commerciaux. Les revues littéraires, dramatiques et hebdomadaires des célébrités parisiennes. Les séances de l’Institut, etc., ete.
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- SOMMAIRE.
- Nouvelles conditions d’abonnement au Palais de Cristal. - Réception du lord-maire de Londres et des commissaires de l’Exposition, par le préfet de la Seine et le conseil municipal de la ville de Paris. — Bulletin Industriel s 1. Question de la propriété intellectuelle, prochaine réunion des inventeurs et artistes industriels (avis très important. ) — 11. De l’industrie agricole. — Exposition de Londres par M. Jobard. Ce que c’est que la langue anglaise. — On ne se Fat que faute de s’entendre. — Il ne faut pas prendre un peuple par la langue.—Tous les peuples ne doivent apprendra que leur langue et le français. — Utilité du grec pour les parfumeurs. — Les 814 langues de lord Prayer. — L’établissement po-lygraphique impérial de Vienne. — Impressions du^chinois et du
- japonais en caractères mobiles. — Utilité de la gutta-percba pour la typographie.— La chimitypie dePiil.— Fabrique mécanique de filigrane.— Union de la lithophanie à l’héliographie. —Supériorité des Américains en daguerréotypie. — Carie photographique de la lune.— Prix de 100,000 francs pour la photographie-lithographique. — Petits prix pour de grandes inventions. — Meeting des inventeurs pour protester contre la loi des lords. — Une statue pour Jacques 1er, inventeur des brevets d’invention.—Meeting des fabricants de Birmingham contre les patentes à bon marché. — Abolition de la patente des colonies. — La misère, c’est l’esclavage; la richesse, c'est la liberté. — De la Russie iudustrielle (3e article), pa M. BeiaegaiuÛgce. — Agriculture : instruments ara-
- toires.—Faits industriels. — Mouvelles de l’Exposition.— Courrier de Paris et de Londres.— Correspondance.
- DESSINS.
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- Nota, — En adressant franco un mandat de 12 fr. 50 c. à l’ordre du gérant, les abonnés pour la durée de l’Exposition, recevront le journal jusqu’au 1er août 1852. Peur les nouveaux Abonnés, collection antérieure au lor août, 12 fr. 50 c (Ajouter 2 fr. ou 3 fr» 50 c. pour la prime).
- RÉCEPTION
- DU LORD-MAIRE ET DES COMMISSAIRES DE L'EXPOSITION PAR
- LE PREFET DE LA SEINE ET LE CONSEIL MUNICIPAL DE LA
- VILLE DE PARIS.
- Le fait seul de cette réception hospitalière est un progrès dont les Industriels ne méconnaîtront ni l’importance, ni la portée. Ce n’est pas seulement un procédé, c’est le triomphe d’un principe; ce n’est pas seulement une politesse rendue, c’est une manifestation de peuple à peuple, c’est le vœu positivement exprimé d’une paix durable, d’une entente intelligente et active des intérêts de deux nations qui sont la lumière du monde entier; et, en cequi nous concerne, c’est l’intention formelle de prendre l’industrie pour point de départ de cette union, dont rien ne doit plus rompre la chaîne.
- Nous devons donner les détails de cette fête, qui est un des actes les plus importants de notre époque :
- Les invités anglais sont arrivés à Paris vendredi soir, Ier août; ils étaient attendus de sept à neuf heures. Le lord-maire seul est arrivé à neuf heures dix minutes. Dès huit heures, cent cinquante hommes à cheval de la garde républicaine, en grande tenue, stationnaient sur la place du chemin de fer du Nord, et de nombreuses escouades d’agents de police prenaient possession de toutes les issues et de l’intérieur de la gare.
- Successivement sont arrivés une dixaine de voilures amenant M. le préfet de la Seine et une partie de la commision municipale provisoire, et M. le préfet de police.
- Le public assez considérable qui se pressait aux abords du chemin de fer, se composait en grande partie d’ouvriers; on y distinguait un certain nombre d’Anglais.
- Aux approches de neuf heures, les mouvements de l’escadron de cavalerie ont annoncé que l’heure de l’arrivée avançait. En effet, on a bientôt entendu le sifflement de la vapeur du convoi arrivant. A neuf heures sonnant, le lord-maire montait dans la voiture de M. Berger avecM. Carlier ; six voitures ont pris à la suite divers membres importants de la municipalité anglaise, parmi lesquels on distinguait deux ou trois dames.
- Les voitures se sont éloignées par la rue de Dunkerque, précédées et suivies de piquets de gardes républicains. Quelques acclamations de : « Vive l’Angleterre! » se sont fait entendre.
- Le lendemain samedi, les invités ont été magnifiquement traités à l’IIôtel-de-Ville par le conseil municipal et le préfet.
- A sept heures, on est entré dans la grande galerie des fêtes, dont l’éclairage était splendide, et dans laquelle avaient été dressées les tailles du banquet.
- En tête des invités étrangers nous citerons d’abord le véritable héros de la fête, le très-honorable baronne! sir Jonh Musgrave, lord-maire de la cité de Londres, le recorder, les aldermen et les deux schérifs de. la cité; lord Granville, vice-président de la commission royale de l’Exposition universelle, et les membres de cette commission dont les noms suivent :
- Sir Thomas Baring, MM. Charles Barry, Field-C.ibson, Shepherd, directeur de la Compagnie des Indes ; William Cubbit, John Gott, Stafford North-cote, Scott Russel, Edgar Bowring, Charles Dilke, lord Gough, pair d’Angleterre, lieutenant-général, représentant la corporation des orfèvres de Londres; lord Holland, pair d’Angleterre; lord Wharncliffe, pair d’Angleterre ; lord Alhcmarle, lord Ebrington, sir Thompson Ilankay, gouverneur de la Banque d’Angleterre ; le lord-maire de Dublin, le lord-prévôt de Glasgow, le maire de Manchester, le maire de Birmingham, le maire de Leeds, enfin M. Daxton, l’habile architecte du Palais de Cristal, et M. Fox, ingénieur, sous les ordres et par les soins duquel a été exécuté le projet de M. Paxton.
- L’Assemblée nationale, le conseil des ministres, le corps diplomatique, l’armée, étaient dignement représentés.
- Le préfet de la Seine, placé au centre de la salle, devant un piédestal sur lequel était posé le buste du président de la République, avait à sa droite mon-signor Garibaldi, nonce du Saint-Siège apostolique, et lord Granville, vice-président de la commission royale près la grande Exposition ; à sa gauche, lord Normanby, ambassadeur d’Angleterre, et M. Laroche, ministre des affaires étrangères.
- Au milieu d’une seconde table faisant face à celle du préfet était assis le lord-maire de Londres, ayant à sa gauche M Lanquetin, président du conseil municipal de Paris. Derrière le lord-maire se tenaient, dans toute la vigueur du flegme britannique et l’attitude la plus respectueuse, deux laquais vêtus de la plus élégante et la plus riche livrée, avec galons d’or sur toutes les coutures et profusion d’aiguillettes du même métal, plus un jockey, également doré et galonné, avec une perruque blanche que couvrait une casquette, ou plutôt un casque orné des fleurs de lis de France, et surmonté du léopard britannique.
- L’abondance des matières nous empêche de reproduire ici les discours de M.Berger, de lord Granville et du lord-maire : tous les journaux ont publié ces discours, empreints d’une grande cordialité et d’une haute appréciation du fait considérable de cette intéressante réunion.
- Dimanche, c’est à Versailles que nos hôtes ont été reçus. On ne peut se figurer l’affluence considérable de spectateurs qu’avait entraînés dans la ville de Louis XIV la fête des eaux donnée aux illustres invités. On sait au moyen de quelles éno-mes dépenses Louis XIV est parvenu à faire exécuter ces merveilles. Lorsque les mille gerbes se sont élancées et que les perles de ces eaux se sont déroulées au soleil le plus resplendissant, des cris d’admiration se sont échappés de toutes parts. Les Anglais n’ont pu conserver leur phlegme habituel, et nous en avons entendu exprimer leur admiration avec un entrain digne de la nation française.
- Lundi, le président de la République a fait les honneurs de la belle résidence de St-Cloud.
- Dès deux heures, tout l’espace compris entre le pont et la grille du château était encombré de la foule la plus compacte, tant des invités que des curieux arrivés de Paris pour voir jouer les grandes eaux. Jamais Saint-Cloud n’avait vu à la fois tant de monde et surtout tant de curieux. Des deux côtés du quai la file des équipages s’allongeait à perte de vue.
- A trois heures les portes du château ont été ouvertes, et, en quelques instants les salons étaient encombrés. Le président, en habit de ville, était sur la terrasse du Trocadéro, avec lord Normanby, la princesse Mathilde, plusieurs généraux, les membres de la commission française, les principaux membres de la commission autrichienne, le général Nar-vaez en habit de ville,- beaucoup d’officiers français et étrangers en grand uniforme, deux évêques et leur grand vicaire.
- A cinq heures, un officier est venu annoncer l’arrivée du lord-maire, qui a été reçu par un détachement de carabiniers, rangé devant le péristyle. 11 était accompagné de M. Carlier et de l’un des aldermen de la Cité de Londres. On a beaucoup admiré sa livrée en grande tenue de gala, bleue galonnée d’or, avec d’immenses chapeaux à deux cornes bordés de larges galons d’or et de chicorée noire.
- Le général Boguet, deux officiers d’ordonnance, deux huissiers en tète, ont conduit le lord-maire sur la terrasse, où était réunie la société du président; lord Normanby s’est levé et a présenté le lord-maire à M. Louis Bonaparte. Quelques paroles de politesse ont été échangées en anglais, puis sur la désigna-
- tion du lord-maire, lord Normanby a présenté au président toute une série d’Anglais de distinction avec leur famille. Après cette cérémonie d’un quart d’heure environ, le président a offert le bras à lady Normanby, lord Normanby à la princesse Mathilde et toute la société les suivant, on a fait lentement le tour du parc réservé.
- Il y avait trois orchestres disséminés sur plusieurs points du parc, qui ont joué des valses, des contredanses et des polkas pendant toute la promenade : celui qui était le plus proche du Trocadéro a joué le God save the queen, à l’arrivé du lord-maire. 11 y avait trois buffets, dont l’un, le plus considérable, s’étendait sur toute la longueur de l’Orangerie; il n’ont été ouverts qu’à six heures, mais ils ont. été alors littéralement envahis.
- A six heures les représentants sont arrivés en foule. Nous avons remarqué entre autres les ministres, le président de l’Assemblée, plusieurs démembres du bureau, puis MM. Drouyn de Lhuys, Tocqueville, Gustave de Beaumont, Gasc, Denjoy, Lequien, Abattucci, le généra,! Lebreton, G. de Saint-Germain, Mathieu Bodet, etc., etc.
- La fête a été fort animée; les invités français, aussi bien que les étrangers, ont particulièrement admiré en détail les merveilles du palais de Saint-Cloud, les tableaux, les meubles et les plafonds de la galerie d’Apollon, les salons cérémoniaux, la salle où la reine Marie-Amélie donnait ses réceptions particulières, la grande table autour de laquelle elle travaillait avec ses tilles : rien rfa été changé depuis Février.
- Mardi, bal à lTlôtel-de-Ville.
- Mercredi, fête militaire. Cette fête a été, sans contredit, l’épisode ie plus intéressant de la semaine. On ne peut imaginer rien de plus saisissant, rien de plus régulier que ces évolutions faites par nos soldats avec une vigueur, une énergie, une précision, qui faisaient illusion complète etdonnaientune idée de la redoutable action de l’armée française sur le champ de bataille. Nous devons donner quelques détails sur ces mouvements militaires qui ont excité un véritable enthousiasme.
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- Une foule immense se pressait, dès le matin, aux abords du Champ-de-Mars; un temps magnifique a favorisé les manœuvres militaires.
- Tous les établissements, toutes les maisons du quai de Billy ont été surmontés de terrases ou balcons en planches dressés pour la circonstance et loués aux amateurs. M. Cail, notre célèbre mécanicien, avait offert à une foule nombreuse et choisie son riche et vaste établissement, dont Mmc Cail a fait les honneurs avec une hospitalité charmante.
- Les matériaux d’un pont de bateaux avaient été apportés : ils consistaient en un certain nombre de bateaux plats amarrés à la rive gauche et de longs madriers empilés sur le quai au bord de l’eau. Deux tentes dressées au bord de l’eau -renfermaient les autres pièces du matériel
- Dès deux heures, les régiments en grande tenue munis des objets de campement sont arrivés de tous côtés et sont allés prendre place, qui sur la rive droite, qui sur la rive gauche, selon le corps d’armée auquels ils appartiennent.
- Celui de la rive gauche, commandé par le général Guillabert, devant agir surtout en plaine, puisqu’il campe dans le Champ-de-Mars, est principalement composé d’infanterie, et n’a que deux batteries d’artillerie, celui de la rive droite se trouvant au contraire sur des hauteurs, est principalement formé d’infanterie et d’artillerie, dont il a 4 batteries; le général Carrelet le commande, ayant sous ses ordres le général Levasseur
- La gendarmerie mobile et la garde républicaine à pied font partie de ce dernier corps, et se distinguent des autres troupes par leurs pantalons blancs, distinction que leur envient les malheureux soldats en pantalon garance.
- A trois heures, la Seine se garnit d’une flottille d’embarcations de toutes sortes, qui font lepluspit-toresque effet. Toutes les berges sont pleines de spectateurs.
- A trois heures et, demie, le président, est sorti de l’Elysée, précédé et suivi de hussards et de cavalerie très-nombreuse de la garde nation-ale.
- Les généraux Oudinot, Dulac, Perrot raccompagnent, ainsi que le ministre de la guerre, l’ambassadeur turc et un grand nombre d’officiers étrangers. La présence de ces officiers de foutes nations, la variété et la richesse des uniformes attiraient tous les regards.
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
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- En arrivant au Champ-de-Mars, le président y a trouvé le lord-maire et tous les invités, et un coup de canon a donné le signal. Une batterie placée au bord du quai a protégé par un feu roulant la construction du pont, qui a commencé tout d’abord avec une merveilleuse rapidité, si bien qu’une demi-heure après il était presque achevé.
- Pendant ce temps, les tirailleurs engageaient la fusillade sur les deux rives et sur le pont. Enfin des voltigeurs lancés dans des batteries ont abordé sur la rive droite et débusqué les tirailleurs ennemis. Ceux-ci repliés, une batterie d’artillerie est venue du Champ-de-Mars se placer sur la rive droite et le feu a c ontinuéde plus belle contre la hauteur quiripostait.
- Enfin, un bataillon massé s’est lancé sur le pont d’Iénapendant que d’autres, descendus sur la berge, allaient passer celui des bateaux.
- L’engagement a été des plus vifs sur les pentes du Trocadéro, mais les assaillants ont reculé, débordés qu’ils étaient par des masses d’infanterie qui descendaient de tous côtés.
- La retraite sur le Champ-de-Mars s’est effectuée lentement, par échelons, selon toutes les règles stratégiques. Le pont de bateaux a été replié par une manœuvre inverse de celle qui avait servi à îe construire. Ces deux opérations ont très-vivement intéressé les spectateurs.
- Enfin , selon le programme, le corps d’armée de la rive droite a poursuivi son succès jusque sur la rive opposée et les deux partis se sont trouvés en présence au milieu du Champ-de-Mars. Ici, profitant du terrain propice, la cavalerie du Champ-de-Mars a couvert la retraite par des charges consécutives qui ont été une des plus belles manœuvres de la journée. Elles ont été exécutées avec une ardeur et une régularité de mouvements qui ont soulevé des applaudissements unanimes. MM. les officiers étrangers qui entouraient le Président témoignaient hautement leur admiration.
- Après un défilé général des deux armées devant le Président, les troupes sont rentrées dans leurs quartiers, le Président est revenu à l’Élysée. La foule s’est écoulée lentement, satisfaite du spectacle dont elle venait de jouir.
- BULLETIN INDUSTRIEL.
- QUESTION DE LA PROPRIÉTÉ INTELLECTUELLE.
- PROCHAINE RÉUNION DES INVENTEURS ET ARTISTES INDUSTRIELS.
- AVIS TRÈS-IMPORTANT.
- I.
- Dans sa séance du mardi 6 août, le Comité des inventeurs et artistes industriels, sous la présidence de M. le baron Taylor, en présence de M. Jobard (de Bruxelles), et sur notre proposition, a pris une décision très-importante.
- Nous portons la nouvelle de cette décision à la connaissance de nos lecteurs, et nous les convions à se mettre en mesure pour qu’elle ait le résultat que nous nous proposons de réaliser.
- On sait que, depuis 1844, tous les publicistes, tous les industriels guidés par un esprit loyal, tous les inventeurs, compromis par une loi jugée détestable par ceux-là même qui l’ont faite, ont résolu de provoquer la réforme de cette législation. Leurs intérêts les plus sacrés y sont engagés. Il est donc urgent de s’occuper de cette réforme, dans le plus bref délai possible.
- L’Assemblée nationale est bien saisie d’un projet de loi, dont les dispositions, timides d’ailleurs, et incomplètes, ont pour but de modifier la loi de 1844 ; et quelques tentatives partielles ont été faites pour arriver à la solution définitive de cette ques tion. Mais tout cela n’est qu’à l’état de projet, et en Angleterre, la chambre des lords vient de poser un principe, qui ne tend à rien moins qu’à détruire de fond en comble toutes les idées émises depuis longtemps contre ces dispositions absurdes, incohérentes, ruineuses pour l'industrie !
- Il faut donc en finir, avec ces pourparlers stériles de législateurs qui ne veulent ou n’osent rien faire; et, quand il s’agit d’une question que l’on ne comprend pas, quand cette question contient en elle-même le germe de la sécurité du monde industriel ; quand, enfin, tous les principes d’ordre, viennent l’animer; le moment est venu où ceux qui ont la foi doivent avoir la passion.
- Il faut donc que nous arrivions à renverser tous les obstacles, à briser les préjugés, à appeler au
- grand jour tontes les lumières cachées ou poltronnes; c’est là ce que nous avons proposé de faire; c’est là ce que le Comité des inventeurs vient d’adopter, et voici les voies et moyens :
- Dans le commencement du mois d’octobre prochain , une réunion aura lieu. Le local et les jours de séances (car il y aura plusieurs séances) seront ultérieurement et très-prochainement indiqués dans un programme que nous publierons.
- Dans cette réunion, dans ce meeting des partisans de la propriété intellectuelle, toutes les questions sur cette propriété seront mises à l’ordre du jour et discutées.
- Nous y appelons d’avance tous les hommes qui ont pour mission, comme nous, de défendre la propriété littéraire, artistique et industrielle.
- Us sont autorisés, d’avance, à nous faire parvenir, à nous personnellement, tous les documents propres à éclairer la question.
- Us trouveront, dans le’ dernier numéro de notre journal, des vœux et un projet de loi formulés. Nous les prions de s’y référer et nous y ajoutons, aujour d’hui, une communication que nous devons à M. Jobard, et dont voici les termes :
- PRINCIPES FONDAMENTAUX D’UNE DONNE LOI SUR LA PROPRIÉTÉ INDUSTRIELLE.
- Art. 1er. Toute industrie qui n’est pas exercée dans le pays; toute machine, appareil, outil, ustensile, ou objet quelconque non fabriqué sur son territoire ;
- Tout procédé, amalgame, alliage, toute combinaison, application, composition, recette, méthode, ou produit non exploités publiquement, quelle qu’en soit l’origine ou la provenance, sont susceptibles d’être brevetés en faveur de celui qui le demandera le premier, en s’engageant à les mettre en exploitation, au plus tard, un an après que l’administration lui aura fait notifier l’existence de leur mise en œuvre à l’étranger.
- Art. 2. Ne sont pas susceptibles d’être brevetés les éléments simples de la nature, les principes généraux des sciences, et les matières premières brutes; mais seulement les appareils, machines, outils, procédés pour en tirer des résultats, des effets-ou des produits non encore obtenus dans le pays.
- Art. 5. Les brevets sont assimilés aux autres titres de propriété; ils ont droit à la même protection, et sont soumis à l’impôt, à l’expropriation pour cause d’utilité publique, et aux lois et réglements de police.
- Art. 4. Aucune demande de brevet ne sera ouverte et publiée avant le sixième mois du dépôt, à moins que le demandeur n’exprime le désir qu’elle soit publiée immédiatement.
- Aucun brevet ne sera délivré par le ministre que six mois après avoir été ouvert et publié dans un bulletin officiel spécial, aux frais du demandeur et après retrait de toute opposition.
- Art. 5. L’opposition à la délivrance d’un brevet, pour être vala le, ne peut émaner que d’une personne à même de prouver qu’elle pratiquait publiquement l’industrie ou fabriquait la chose en question, antérieurement au premier dépôt de la demande.
- Pendant les six mois de secret, le demandeur peut seul déposer des perfectionnements à sa découverte ; son dernier dépôt sera seul publié.
- Art. 6. Il sera payé pour chaque brevet une taxe annuelle progressive d’après l’échelle 10, 20, 5m francs, en augmentant la taxe de 10 francs par année jusqu’à la renonciation du titulaire.
- Art 7. La recherche de l’origine ou de la paternité des inventions est interdite devant ies tribunaux, en présence d’un brevet régulièrement délivré aux termes de l’article 4.
- Art. R. Tous les titulaires sont tenus d’apposer leur nom suivi du mot breveté sur les produits qu’ils livrent au commerce.
- Art. 9. Dans aucun cas, ceux qui exploitaient, antérieurement à la demande d’un brevet, une industrie quelconque, ne peuvent être troublés dans l’exercice d’un droit acquis.
- Art. m. Tous les détails concernant l’exécution delà pré'ente loi, qui abroge l’ancienne, seront réglés par arrêtés ministériels, (i)
- Maintenant, comme nous sommes convaincus que la discussion est le meilleur moyen d’arriver à faire triompher la vérité, nous n’imiterons pas ceux qui écartent leurs adversaires des réunions qu’ils provoquent. Nous désirons, au contraire, qu’ils prennent part à la discussion, persuadés que nous sommes de les ramener à nos principes et de conquérir leur adhésion.
- IL
- DE L’INDUSTRIE AGRICOLE.
- Une des branches de Tindustrie française digne de toute notre attention, c’est Vindustrie agricole
- (0 Nota.— Tous les journalistes sont priés de reproduire ce projet, tous les jurisconsultes de le critiquer et tous les inventeurs de le propager.
- et l’on comprend que nous ne pouvons pas négliger cette source principale de richesses et de bien-être.
- « Trop heureux les agriculteurs!... s’ils connaissaient leurs biens ! » s’écrie le poète, et, dans ce cri que le sentiment de la vérité lui arrache, Virgile ne pariait pas seulement des résultats matériels mais encore et surtout du repos moral, de la paix de l’âme, de la clémence, des douces et enivrantes passions que la pensée puise dans le spectacle si grand, si calme de la nature, cette belle image où la Divinité se reflète.
- Le poète écrivait cela Mans des temps d’agitation et de discorde : c’était un hymne à la paix au sein des guerres civiles : et cette parole a toujours conservé son sens véritable, son application directe, surtout en France, où l’agriculture offre à la richesse publique et au repos une source inépuisable.
- Au reste, ce n’était pas de sa belle campagne romaine seulement que parlait le divin poète; il pensait aussi à notre patrie, à cette Gaule où les Phocéens avaient importé la vigne, l’olivier, le figuier, et toute la culture grecque. U pensait à cette contrée dont Pline exalte les bienfaits ; car c’est par elle que Rome s’approvisionnait en blés et en céréales.
- Nous ne suivrons pas ici les phases diverses qne parcourt l’agriculture, si longtemps négligée et presque dédaignée, au temps où Charlemagne veut la sauver, en tâchant de relever le paysan réduit alors à une condition voisine de l’esclavage, flétri de noms insultants, soumis à des taxes, à des tailles, à des corvées arbitraires, et traîné dans des guerres perpétuelles par son seigneur.
- C’est aux guerres surtout que l’agriculture a dû les obstacles qui s’opposèrent à son développement, :> et le moyen-âge, qui fit de la France une région embastionnée et militante, a vu l’agriculture tomber au point de provoquer de la part de quelques hommes, comme l’abbé Suger et Charles V, des édits très-énergiquement formulés pour le défrichement des terres et l’aménagement des forêts.
- Enfin, le roi qui avait résolu de rendre son peuple assez heureux pour que le paysan eut la poule au pot' le dimanche, fut l’initiateur le plus actif de toutes les mesures qui devaient donner à l’agriculture française de l’élan et de la régularité. Henri IV et Sully étaient merveilleusement accouplés pour ce double résultat; l’un avec sa chaleur et son entrain, l’autre avec son calme, sa science et son esprit d’équité.
- De Henri IV à Louis XIV, l’agriculture devint l’objet principal des préoccupations de nos administrateurs. On compte jusqu’à 160 édits qui réglementent le seul commerce des grains ; et si les économistes de nos jours consultaient avec soin les mesures prises dans l’intérêt des producteurs de céréales, ils reconnaîtraient dans le sens de ces édits, que sur la question du libre-échange comme sous le rapport de la protection, rien ne peut être absolu : tout se modifie nécessairement d’après les règles variables de l’offre et de la demande, de la fertilité ou de la disette, de la main-d’œuvre ou du chômage, et de tant d’autres côtés de la question dont les faces sont aussi multiples que les diverses industries sur lesquelles on veut faire passer le niveau.
- Le problème que voulait résoudre Sully était de faire produire à la France en abondance tout ce qui était nécessaire et convenable à la vie, plus un excédant qu’elle pût exporter au dehors. Ce fut ainsi qu’en 4 621, elle put vendre à l’Angleterre une grande quantité de blé.
- Louis XIII donnait l’exemple du culte de l’art agricole, quand il allait, avec Claude Mollet, planter des arbres ou les greffer, et quand il chargeait un Hollandais, Van Eus, des opérations de dessèchement sur la rive gauche du bas Rhône, et lorsqu’il créait le Jardin du roi à Paris.
- Pourtant l’agriculture, qui était en honneur sous Louis XIII, parut quelque peu redoutable à Richelieu, en ce sens que les courtisans s’éloignaient et iju’ils allaient aux champs puiser le bien-être et l’indépendance. Le cardinal voulut détruire leur influence locale, et ne trouva de meilleur moyen d’y parvenir que de les rendre ridicules; il les affubla du litre de gentilshommes campagnards, ameuta contre eux ses libellistes gagés, et parvint ainsi à les attirer auprès de lui, afin d’en faire les instruments de sa politique.
- Sous Louis XIV, l’art vint embellir ce qui jusqu’à lui n’était qu’une industrie dirigée en vue de la production.
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
- DIVERS OBJETS EN PLAQUÉ,
- PAR MM. BR OADHEAD ET ATIUN, DE SHEFFIELD.
- Nous avons déjà parlé de la maison de Sheffield qui se distiugue à l’Exposition par le fini de son travail et fp richesse des détails dont elle sait orner les objets qui sortent de ses ateliers.
- Nous donnons, ci-dessous, plusieurs modèles des plus remarquables de cette maison : Deux vases à fleurs, un panier à pain, un cruchon de claretetun porte-liqueur.
- En général, l’orfèvrerie anglaise occupe, dans l’Exposition, un des premiers rangs, mais toujours en encourant le reproche d’être un peu trop surchargée de détails.
- Nous savons, en France, avec quel soin, quelle délicatesse, les orfèvres, comme Odiot, et tant d’autres, terminent leurs œuvres.
- Jamais, peut-être, cet art n’a été poussé à un tel degré de perfection.
- Tous les moyens ont été mis en pratique par les exposants de Londres: Un des produits les plus nombreux, c’est l’électro-plaqué.
- 11 diffère de celui de Sheffield et du plaqué ordinaire en ce que l’argent est précipité sur une surface de cuivre ou d’argent allemand, au moyen d’un courant électrique, d’une solution d’oxide d’argent dans le cyanide de potasse ou de toute autre solution.
- Ce courant électrique est ordinairement développé par la batterie galvanique: cependant, quelques fabricants emploient aujourd’hui des aimants permanents
- comme sources d’électricité, le courant étant produit par la rotation de l’armature devant les pôles.
- La solution employée pour dorer, par décomposition électrique, est de l’oxid d’or, dissous dans du cyanide ou du ferro-cyanide de potasse. Le procédé est semblable, en tout, à celui qui est employée pour argenter ; mais l’or est précipité par un courant électrique beaucoup plus faible. On conçoit que ce procédé offre des moyens faciles pour produire une combinaison de métaux en élégants dessins sur toute espèce de surfaee.
- Le plaqué de Sheffield se fait selon les règles de l’ancien système : Il consiste à joindre une pièce d’argent à une pièce de cuivre, et, en ms exposant ensuite au degré de chaleur nécessaire pour que la cohésion devienne parfaite; puis, on les roule en feuilles, et il est facile, dès-lors, de leur donner toutes les formes désirables.
- Nous avons cru devoir donner quelques détails précis sur les moyens d’appliquer les procédés nouveaux de la chimie et de la physique à l’art de l’orfèvrerie. C’est que, depuis l’admirable invention Ruolz, tous les efforts qui seront faits dans ce genre auront pour résultat de permettre d’arriver au bon marché dans la fabrication des objets de service ordinaire. 11 est important que toutes les classes de la société puissent profiter de ces découvertes. Il y a un pas moral attaché au succès de ces procédés. La statuaire a déjà fait, en cette voie, des progrès immenses ; dans peu de temps, l’orfèvrerie jouira du même bienfait. Espérons qu’à leur tour les inventeurs ne seront pas oubliés.
- Du jour où leurs droits seront réputés devoir être équivalents à ceux des autres propriétaires, la contrefaçon ne sera pas aussi audacieuse qu’elle l’est de nos jours; et la concurrence sera celle du génie et non celle de la spoliation.
- TAPIS
- 1)E MM. WATSOX, BAK ET Ce DE LONDRES.
- Ce que nous trouvons de plus remarquable dans ce tapis, c’est la simplicité du dessin. Le fond est comme on le voit, riche et distingué. Quand à l’exécution, la maison de MM. Watson et Bell est un des établissements importants de Londres. Nous en donnons la vignette, parce qu’il nous paraît utile pour les fabricants, qu’ils trouvent dans notre jonrnal oui ce qui peut servir à développer pour eux le
- TAPIS, DE MM. WATSON, BAK ET Ce, DE LONDRES,
- germe d’une idée, dont le dessin devient le signe artistique.
- Au reste, nous avons eu déjà occasion de signaler les mérites de la fabrication des tapis exposés par l’Angleterre ; et nous pouvons le faire sans porter le moindre préjudice à la France, qui, de l’aveu de tous, est, sous ce rapport, au-dessus de toutes les autres nations.
- On admire généralement un tapis d’Oxminster, destiné à un salon du château de Windsor, et qui a M mètres sur \ %.
- Un des produits les plus curieux et les plus inté-
- ressants sous ce rapport, c’est le tapis en laine d’Allemagne, exécuté pour en faire hommage à la reine par la femme du lord-maire, et par cent cinquante autres dames appartenant aux premières classes de la société anglaise.
- Nous croyons devoir signaler ce fait, non-seulement à cause de son originalité, mais encore parce qu’il peut-être la source d’un travail à créer pour les ouvrières en aiguille. 11 est évident que si la mode de ce genre de tapis prenait, ce serait là un moyen d’employer beaucoup de bras qui chôment trop souvent, faute d’industrie.
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
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- SCULPTURE SUR ROIS,
- Par M. ROGERS, de Londres.
- Cet artiste est un des plus habiles qui aient exposé à Londres des objets sculptés sur bois. Nous
- On s’accorde à reconnaître du goût et un certain fini d’exécution dans ces différents modèles.
- ter dans ces sortes d’objets, c’est de voir l’art s’appliquer aux objets de l’usage le plus humble; et c’est là un des motifs qui nous fait regarder comme un devoir de ne pas négliger de donner à nos lecteurs ces vignettes qui, sans être aussi riches que les autres, témoignent des efforts faits par les industriels à résoudre le problème de l’alliance de l’art
- Nous donnons aussi un des verres semblables à
- remarquons dans les vignettes que nous donnons ici : au milieu, trois cadres, le premier pour miniature, est dans le style dit « d’Elizabeth » ; le dernier est entouré d’une branche d’œillet; celui qui occupe le
- centre est un cadre de l’école vénitienne.
- Sur la colonne de droite sont disposés des masques antiques destinés à figurer au pla fond d’une chambre; enfin, aux deux extrémités
- avec l’industrie, alliance qui a une connexité réelle avec le développement de l’intelligence dans les classes populaires.
- C’est ainsi que les cadres, qui avaient pendant longtemps été réduits à la plus simple expression, ne servaient qu’à protéger une toile ; et aucun effet d’optique n’était étudié, préparé pour rendre l’effet du tableau. Il y a dans les dispositions seules de ces encadrements un sens artistique dont on doit tenir compte; et ce qui était un objet sans valeur est devenu une sorte d’interprète de la pensée du peintre.
- Au reste, la renaissance avait porté tout son goût dans l’agencement extérieur des détails. A Yenise, à Florence,
- dans nos vieux manoirs, la main des ornemanistes se montre partout; et l’art moderne, qui cherche surtout l’ex-
- ceux que nous avons exposés dans un de nos derniers numeïuo.
- de la première colonne sont deux sculptures sur bois de nature morte dont l’une est un groupe de pèche et l’autre un groupe de chasse,
- pression du sujet dans ce qui l’entoure, ne pouvait pas négliger un point aussi important. C’est donc encore un signe de goût que nous signalons : le modeleur, l’encadreur, l’ornemaniste sont des artistes qui cherchent à surprendre les grands secrets de l’art, et il faut les en féliciter.
- Cette tendance à l’étude du grand et du beau est un des signes caractéristiques de notre époque; et si des innovations réelles viennent compléter les ressources dont les arts avaientbesoin, il faut reconnaître qu’elles n’excluent pas le culte des anciennes
- Le cachet particulier que nous aimons à consta-
- traditions où se retrouve toujours la base des grands principes dont il ne faut jamais s’affranchir, tout ep donnant l’essor à sou imagination.
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- LE PALAIS DE CRISTAL
- Après lui, vint un état d’épuisement qui inquiéta; et il fallut tout le mouvement imprimé au progrès pendant la seconde moitié du xvme siècle pour que l’agriculture prit son essor. Mais, il faut se hâter de le reconnaître, la nécessité fit faire des prodiges à la science agricole. Louis XV fut un de ses protecteurs les plus habiles et les plus ardents. Il fonda la Société royale et centrale et les pépinières.
- Louis XVI fit faire des recherches en Amérique et André Michaux envoya, des États-Unis, des plantes et des graines propres à être naturalisées en France.
- Le xvme siècle fut pour l’agriculture l’ère de la science. Réaumur, Bulfon, Varennes de Fénille, Duhamel, Dumonceau, Lamoignon de Malesherbes, Dumont de Courset, s’appliquèrent à découvrir les mystères de la science appliquée-à l’industrie.
- La révolution de 1789 aurait dû faire faire des pas immenses à la science agricole, parce que l’abolition de la féodalité, les lois de succession donnaient à l’agriculture une immense quantité de terres; mais les désastres de 1793 entravèrent la marche progressive de l’industrie agricole.
- Enfin, après les guerres de l’empire, et depuis 1815, la paix fut l’élément le plus fécond des améliorations introduites dans cette science. Louis XVIII fonda, en 1824, l’école forestière de Nancy; Charles X, la Société d’horticulture ; et Louis-Philippe multiplia, sous son règne, les moyens propres à encourager les progrès de l’agriculture.
- Depuis 1830, tous les éléments propres à l’accrçis-ment des ressources de la terre ont été étudiés et mis enjeu. De toutes parts, des primes ont été créées par les éleveurs de bestiaux, pour les producteurs ; des comices ont été institués; des fermes-écoles sont déjà formées sur plusieurs points de la France; les lois de police rurale ont été modifiées profondément; tous les hommes de quelque valeur, savants, jurisconsultes, publicistes, se sont voués à l’honorable mission de relever dans l’opinion publique la classe des agriculteurs, en ne craignant pas d’intervenir eux-mêmes dans la pratique.
- Un des résultats les plus expressifs des progrès de l’agriculture, c’est que, depuis 1789, les perfectionnements ont été tels que l’accroissement des produits s’est élevé à 40 p. 100.
- Cependant, tout n’est pas dit, il s’en faut de beaucoup, sur cette immense question.
- Il est deux points sur lesquels une réforme est nécessaire, indispensable: deux préjugés absurdes sont cause de l’état stationnaire de ces deux ressources, rendues si fécondes par l’agriculture : l’une, c’est la question de la résistance presque invincible des populations ignorantes contre l’introduction de procédés éminemment utiles qui doivent réaliser de notables économies dans la main-d’œuvre et de grandes améliorations dans la production, l’autre c’est la question du crédit agricole.
- Les habitants delà campagne n’osent pas encore, malgré bien des efforts, se dépouiller des préjugés qui les étreignent ; les procédés de leurs pères sont tellement enracinés chez eux, qu’il ne leur paraît pas possible d’essayer des nouveaux procédés. Nous ne saurions énumérer ici les mille modifications qui sont venues, depuis que la science s’est introduite dans les études agricoles, changer les systèmes de l’ancienne culture. Mais pour parler d’une conquête importante et dont il est indispensable que les fermiers se décident à profiter, la préparation des engrais a fait des progrès immenses au moyen des procédés chimiques : et cependant, telle est la persévérance dans la routine, telle est l’ignorance des agriculteurs, dans certaines contrées, qu’on ne peut parvenir à les arracher aux vieux usages.
- Un autre point très-important et sur lequel non-seulement les paysans, mais encore les législateurs, se maintiennent avec un entêtement passionné dans l’ornière du préjugé, c’est le crédit agricole. Eh bien! malgré les témoignages irrécusables d’expériences sans réplique, en Pologne, en Prusse, et dans beaucoup d’Etats allemands, en cette matière, malgré les efforts des publicistes, des hommes d’Etat, des producteurs, on ne peut arriver à faire la tentative d’une seule de ces banques territoriales, dont toute la propriété foncière réclame impérieusement l’institution.
- La législation qui régit les hypothèques a été légèrement modifiée. C’est un précédent. 11 faut espérer que la mobilisation des produits fonciers, fendant à devenir plus facile, les préjugés qui pè-
- sent sur nos contrées agricoles finiront par disparaître.
- Le cadre de notre journal réserve tout naturellement une place à l’élaboration des projets de réforme qui s’indiquent d’eux-mêmes, depuis que l’industrie a prêté son concours à l’agriculture ; nous faisons appel ici à tous les intéressés, afin que dans cet ordre comme dans tous les autres ordres de la science industrielle, il soit bien décidé que nous défendons les progrès qui doivent amener le triomphe de nos principes. La propriété foncière étant le point de comparaison que nous avons choisi pour placer auprès d’elle la propriété intellectuelle, il est logique que pour assurer le triomphe de l’une, .nous concourions à l’amélioration de l’autre.
- Nous ferons remarquer à nos lecteurs que nous donnons dans ce numéro des modèles d’instruments agricoles. Nous tiendrons le public au courant des progrès de la science et de l’industrie en ce qui concerne cet élément puissant des richesses de notre pays.
- Alexandre Laya,
- Rédacteur en chef, avocat à la Cour d'appel de Paris.
- EXPOSITION.
- Ce que c’est que la langue anglaise. — On ne se bat que faute de s’entendre, — utilité du latin. — Il ne faut pas prendre un peuple par la langue. — Tous les peuples ne doivent apprendre que leur langue et le français. — Utilité du grec pour les parfumeurs.— Les 8t4 langues de lord Prayer.
- — L’établissement polygraphique impérial de Vienne.— Impression du chinois et du japonais en caractères mobiles.—Utilité de la gutta-pereba pour la typographie.— La chimitypie de Piil. — fabrique mécanique de filigrane. — Union de la lithophanie à l’héliographie. — Supériorité des Américains en daguéréotypie. — Carte phothographique de la lune. — Prix de ioo,oou fr. pour la photographie-lithographique. — Petits prix pour de grandes inventions, — Meeting des inventeurs pour protester contre la loi des lords.—Une statue pour Jacques 1er, inventeur des brevets d’invention. — Meeting des fabricants de Birmingham conlre les patentes à bon marché.
- — Abolition de la patente des colonies. —La misère, c’est l’esclavage; la richesse, c’est la liberté.
- Les anciens roufs anglais, dont le seul nom présente à nos souvenirs une masse compacte de visiteurs s’étouffant fraternellement entre eux, ont changé de nom; iis s’appellent aujourd’hui conver-scitioni, probablement par antithèse, car on n’y dit ordinairement pas un mot ; cependant il y a des exceptions , car nous venons d’assister à une conver-satione; en latin, conversation en allemand, con~ versatiône-, en hollandais, conversatie; en anglais, couver saischone.
- L’orateur n’est point un grammairien, comme on en pourra juger par les ingénieuses observations qu’il a brodées sur le thème suivant : L’anglais n’est que de l’allemand et du français estropiés par ordre supérieur, pour l’incommodité des étrangers.
- On ne se bat, dit-on, que faute de s’entendre ; « or, si les peuples s’entendaient, ils ne voudraient pas se battre; vous voyez combien il était important, pour, les conquérants, de mettre leurs peuples hors d’état de s’expliquer entre eux sur les motifs d’égor-gemcht mutuel qui les faisaient se ruer les uns sur les autres, pour venger leurs chefs des cancans de cour ou des propos mal sonnants que ces malappris s’adressaient souvent après boire.
- « L’idée leur vint donc de bourrer de latin leurs sujets respectifs, sous prétexte qu’ils s’entendraient mieux. Us ont préféré inculquer à la jeunesse l’amour des républiques anciennes que l’amour du prochain. »
- Le mal est fait; leurs successeurs en pâtissent tout en suivant les mêmes errements qui leur paraissent sacrés, parce qu’ils sont vieux. Le tsar impose le latin et le russe aux Polonais; l’Autriche, î’allemand aux Italiens, comme le roi de Hollande a voulu imposer le hollandais aux Belges, qui lui ont fait voir, même à leurs dépens, qu’on ne devait pas plus essayer de prendre un peuple par la langue qu’un perroquet par la queue, parties sensibles par excellence.
- C’était bon au temps de George......(nous avons
- perdu son numéro) qui, ne sachant pas le français, imposa l’allemand à sa cour et à ses administrations. 11 s’est produit alors le même phénomène qu’en Belgique.
- Les hommes du barreau désirant faire preuve de bonne volonté se sont évertués à défigurer les mots français, afin que le roi ne les puisse plus reconnaître : aussi tous les noms en ion prirent la désinence allemande en schen, comme dans Wunsc/tw, TauscAw , Dreu.se/iw, WascAw, RauscAen. « Ils
- ont donc dit: exhibi.se/iw, publicascAen, organisa-schen, communica.sc/iw., atlensc/im,- comme les avocats belges ont dit, plaiderez, jugerw, enregistrerai, dînerai, souperw, mangerai et promènerai. Les vieu^Hollandais appellent cela la langue du palais, et ils s’efforcent, en vain, de s’en débarrasser. Si la domination hollandaise avait duré plus longtemps en Belgique, les deux langues se seraient croisées, comme en Angleterre, précisément dans le même temps que les races et dans la même proportion. La fusion des peuples nous ramènerait donc à la confusion des langues » , qui n’en feraient plus qu’une; mais, en attendant, nous recommandons le procédé de Buckingham, qui conseille à toutes les nations du monde de n’apprendre que leur langue et le français, de manière à ce qu’un mandarin suédois, iroquois ou chinois, pussent s’entendre, ainsi que tous les lettrés du globe entier.
- Les Français, qui sont moins aptes à l’étude des prononciations étrangères que tous les autres peuples, en même temps qu’ils sont les plus loquaces, n’auraient, pour tenir tête à tous, rien à étudier, si çe n’est le latin, dont le besoin continue, généralement, à ne plus se faire sentir, et le grec, qui n’est plus guère utile qu’aux parfumeurs, pour deünner des noms incompréhensibles à leurs drogues.
- Les savants qui voudraient se mettre aujourd’hui en état de converser avec tous leurs confrères des académies du globe, devraient, chacun, apprendre au moins les 814 langues dont lord Prayer a rassemblé les types, et ils ne les sauraient pas aussi promptement qu’en n’étudiant que le français. Franklin a dit : que deux langues étaient une demi-fortune; quatre langues seraient donc une fortune entière pour un jeune homme, et nous ne sommes pas éloigné de le croire, si ce sont des langues vivantes et répandues; mais huit langues constituent un bègue, seize langues un muet, vingt un imbécile, et trente-six un cardinal ou un Hélliu-Burrit ; tout cela s’est vu.
- On ne peut qu’admirer, en général la pureté des innombrables caractères en toutes langues, exposés par cet établissement.
- Un artiste danois du nom de Piil, ayant été écouté et reçu dans cette institution, l’a enrichie d’une foule de perfectionnements des plus notables, entre autres de la chimitypie sur zinc, qui permet à l’artiste de dessiner lui-même sa pensée, sans l’intermédiaire d’un traducteur ; ce que les artistes ont toujours désiré aussi vivement que les auteurs, qui répètent souvent avec les Italiens : k trciduttore tradilore, un écrivain traduit est un homme trahi : » demandez à Anacréon s’il est content d’Ouvaroff, àRilderdyck s’il est content de Clavareau et à Raphaël s’il est satisfait de Meulemester ?
- La xylographie ou gravure sur bois, la chalcographie, l’héliographie, la lithographie, la typométrie, la typographie et la chromo-lithographie ont atteint, en s’entr’aidant, le plus haut point de perfection, dans les ateliers impériaux.
- Avant de quitter les artistes autrichiens, nous voulons leur faire un léger cadeau; puisqu’ils sont outillés pour le mettre à profit : II s’agit d’enlever à la Chine, à l’Inde, à Malte et à Gênes, le monopole du filigrane d’or et d’argent, qui se fait à la main, et que l’Autriche fera désormais à la machine, ce qui sera beaucoup plus exact et moins cher. Voici ce dont il s’agit : Tout le monde connaît la machine de Colas et de Wagner, qui produit ces admirables et indéfinissables g'uillochés sur une planche de cuivre, en sillonnant avec une pointe, le vernis mou de Cahot qui la recouvre. U suffirait de faire la même opération sur certaine plaque converte de certain vernis et de déposer du cuivre ou de l’argent par la voie galvanique, dans le tracé, pour obtenir une dentelle de filigrane semblable. Nous nous tairons sur le moyen de la détacher sans l’altérer ; nous dirons seulement que le bain doit être alcalin, que le cuivre ou l’argent doivent être à l’état d’oxide et que le ferro cianure de potassium est l’excipient le plus convenable. Nous croyons que l’ingénieux M. Piil n’a pas besoin d’en savoir davantage pour deviner le reste, que nous lui soufflerons à l’oreille quand il aura dit : je me rends.
- L’établissement typographique impérial de Vienne est l’arsenal le plus complet du monde en fait de langues; il contient d’une part, les caractères chinois coréens et japonais, de l’autre, les signes hiéroglyphiques et les caractères phéniciens qui représentent les premiers signes connus de l’Écriture : tous les autres alphabets tirent leur origine de ceux-là, excepté le Tibétain qui est. sorti de l’arbre sacré de la
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- grande Lamaserie, à moins que les feuilles de cet arbre ne soient sorties de celles de l’abécédaire Tibétain.
- Lqpater, imprimé en 608 langues en caractères romain de lord Prayer, est une admirable curiosité, mais la même prière imprimée en 206 dialectes avec leurs caractères propres est une des plus rares choses de l’Exposition.
- L’établissement impérial surpasse cependant tout cela. Les 80,000 caractères chinois s’y composent de la même manière que la musique à types mobiles. C’est M. yiuer, directeur de cette institution, qui est parvenu à réduire à 400 pièces tout l’alphabet chinois; lequel ne doit cependant pas être aussi facile à composer que le nôtre.
- Le même établissement a imprimé le premier livre japonais en caractères mobiles, avec la traduction en regard du docteur Fitzmaier. C’est un tour de force unique en son genre,; car personne ne savait un mot de cette langue en Europe, il y a vingt-cinq ans, bien qu’il y eût quatre-vingts volumes de •l'encyclopédie japonaise à la bibliothèque royale de France, que le sinophile Stanislas Julien a longtemps regardés sans pouvoir en trouver la clé, laquelle il a eu longtemps le projet d’aller chercher à Jédo.
- La gutta percha et la galvanoplastie ont été d’un grand secours aux Viennois. Ces deux inventions leur ont permis d’accomplir des chefs-d’œuvre de pantographie. Les savants français doivent être humiliés de leur infériorité en ce genre. La France et la Belgique sont les seuls pays d’Europe arriérés en fait de gutta percha et de galvanoplastie appliquée.
- On y sait à peine ce que c’est que-la lithophanie, cette jolie invention du baron Bourgoin, qui met en mouvement, chaque année, plusieurs millions de thalers en Allemagne. Nous en nommons l’auteur quoiqu’il nous l’ait défendu. Un ambassadeur inventeur, que diraient de lui ses collègues ? shamel...
- L’établissement impérial présente plusieurs poissons fossiles, dont l’empreinte a été prise avec de la gutta percha sur laquelle on a déposé du cuivre par la galvanoplastie; ce cuivre sert de planche pour tirer des épreuves, sans avoir employé ni dessinateurs, ni graveurs. Ses cartes géographiques d’une gravure parfaite, donnent des copies galvaniques aussi parfaites, qui permettent de tirer, au besoin,' des milliers d’exemplaires sans endommager le type original.
- Nul n’a encore réussi plus complètement que les Viennois dans le stéréotypage galvanique, qui consiste à prendre une empreinte par la pression à chaud, d’une plaque épaisse de gutta percha sous une forme quelconque. Cette forme en creux sert à recevoir le cuivre que donne, pour l’impression, une planche tout aussi nette que le type original.
- Nous engageons encore ces messieurs de Vienne à s’occuper d’une application tout à fait nouvelle de la Daguerréotypie, cette découverte merveilleuse que les anciens auraient mythologiquement apothé-osée en ces termes :
- « Iléliographie, tille du Soleil, et d’iode sœur de « Brome, présentée aux humains par Mercure en Tan « de grâce 4839, »
- Nous les engageons, disons-nous, à l’aboucher avec sa cousine la Lithophanie; car il nous semble possible d’obtenir une épreuve négative d’après une lithophanie et de multiplier en les traduisant en estampes photographiques, les charmants originaux dont Berlin et Meissen ont déjà produit plusieurs mi-liers de types.
- Nous ne pouvons passer sous silence lesDaguerréo-typistes des Etats-Unis, que nous regardons comme plus avancés que tous ceux du Continent, en fait de portraits surtout. Ils possèdent, à ce qu’il paraît, de plus grands et de meilleurs objectifs que les nôtres : ils les ont tiré de la fabrique de Voigtlander, de Vienne. Ils ont exposé les portraits de tous leurs grands fonctionnaires et de leurs principaux hommes d’Etat, grandeur presque demi nature, que nous considérons comme des chefs-d’œuvre dont nos peintres les plus habiles ne pourraient approcher. Ce ne sont plus ces petits barbouillages noirs, durs et laids, dont tous nos coins de rue sont charbonnés; il y a de la transparence et des relîets jusques dans les ombres, c’est la vie, la pensée et le caractère des individus cristallisés sans refroidissement, sans déformation aucune.
- La grandeur des objectifs permettant d’éloigner le modèle, on ne s’aperçoit plus delà différence entre les plans avancés et les arrières plans. Ce ne sont
- plus de gros nez et de petites oreilles, c’est la nature mise d’accord avec l’art ; la France n’atteindra les Etats-Unis que quand Thomson et Plagniol marcheront d’accord avec Christolle, pour l’art, le verre et la plaque ; mais nous doutons qu’ils arrivent, sans l’appui du bureau des longitudes, à produire une carte de la lune aussi parfaite que celle dont les Américains ont exposé la moitié d’une épreuve, avec les montagnes, les mers et les lacs desséchés. Cette épreuve détruira plusieurs préjugés sur l’absence des rayons chimiques dans la lumière lunaire, et la non influence de ses rayons sur les choses d’iei-bas, y compris la sève végétale et la cervelle animale. C’est également la réhabilitation des lunatiques.
- Nous profitons de l’occasion pour promettre une prime de 30,000 fr. à l’artiste qui trouvera le moyen d’unir la photographie à la lithographie : c’est-à-dire, à celui qui, recevant une image sur la pierre, la remettra à un lithographe qui l’imprimera et ce, à condition qu’il ne publiera pas son secret.
- Cette découverte n’est pas impossible-, il ne faudrait que la rencontre d’un bon photographe et de l’inventeur de la tissiêrographie, qui sait préparer et imprimer une trace différentielle, de quelque nature qu’elle soit, pourvu qu’elle ait impressionné la surface de la pierre.
- Voici le premier essai qu’ils doivent tenter : Une pierre étant iodée, bromurée ou autrement reçoit l’image photographique, elle est retirée de la chambre obscure, recouverte de gomme arabique noircie et engalée, on la tient dans un lieu obscur jusqu’à ce qu’elle soit bien sèche.
- On sait que l’iode qui a reçu l’action de la lumière est comme désagrégée et pulvérulente ; les parties ainsi attaquées se laisseront donc pénétrer par la gomme qui préparera la pierre en ces endroits, lesquels deviendront répulsifs pour l’encre du rouleau, tandis que les parties épargnées la recevront avec amour.
- La pierre sèche est placée dans l’eau, la gomme dissoute est lavée, et l’imprimeur n’a plus qu’à l’encrer à la manière ordinaire pour en obtenir des épreuves aussi nombreuses que d’une pierre dessinée au crayon.
- Il y a plus, c’est qu’on pourra opérer des retouches, et faire des additions à ces images, qui en ont toujours besoin ; car s’il n’est pas vrai que : « toujours la nature embellit la beauté, » il est certain que l’art embellit toujours la nature.
- Voilà donc la voie ouverte aux chercheurs ; le premier qui trouvera ne voudra point échanger sa découverte contre nos trente mille francs ; car on lui en offrira des millions.
- Ceci veut dire qu’il n’y a rien de plus ridicule que de promettre de petits prix pour de grandes inventions, à condition que l’inventeur ne prenne pas de brevet; c’est le contraire qu’il faut faire.
- Nous connaissons un gouvernement qui a eu la naïveté d’offrir un prix de 30,000 fr. à celui qui trouverait le moyen d’économiser 40 p. % du combustible dans les machines à vapeur, à condition qu’il ne prenne pas de brevet; sans songer que le premier capitaliste venu lui en offrirait des millions, si elle était brevetée, parce qu’elle vaudrait des milliards.
- Tant qu’il n’y aura pas d’inventeurs aux affaires (et il n’y en aura jamais), les gouvernements ne connaîtront pas la puissancè du levier d’Archimède dont ils parlent souvent, sans savoir qu’il est entre leurs mains; il s’appelle patente en anglais et brevet en français.
- L’assemblée générale des membres de l’association anglaise, pour la protection du droit des inventeurs, a pris récemment la résolution d’adresser à la reine une pétition qui lui sera remise par le dernier attorney général, pour la prier de rejeter la loi que les lords viennent d’adopter contre les inventeurs, après avoir consulté l’avocat Webster, l’homme de loi le plus étranger de toute l’Angleterre a cette matière, au dire du mecanïc's magazine, qui s’y connaît, et qui nomme les hommes les plus compétents, dont aucun n’a été consulté. C’est le cas de citer ici le proverbe d’Arlequin : Tutto il mondo e fatto corne la nostra famiglia. Le meeting adopte notre opinion, que l’Angleterre ne doit sa prospérité, sa fortune et sa puissance qu’à la demi-protection qu’elle accorde aux inventions depuis Jacques Ier, le seul roi dont les inventeurs doivent garder la mémoire, et auquel nous proposons toujours de fondre une statue avec les tronçons de celles de tous les conquérants du
- monde. A ses pieds serait couché l’avocat Webster, occupé à chercher éternellement la paternité ou l’origine d’une invention, sans pouvoir la trouver.
- C’est une idée qui mérite d’être patronée par les congrès de la paix, car la paix c’est la justice, et il n’y a rien déplus juste que d’accorder à chacun la propriété de ses œuvres.
- U n’y a que les hommes incapables d’inventer qui soient capables de nier cette vérité, sous quelque prétexte que ce soit, à.moins d’avouer franchement, comme les pirates, qu’ils aiment mieux voler les œuvres des autres que de les acheter ou d’en faire.
- A propos de ceci, nous ne faisons pas compliment aux manufacturiers de Birmingham qui viennent de tenir un meeting pour donner leur approbation à la loi des lords, en disant que, quelqu’imparfaite qu’elle soit, et attendu l’impossibilité d’obtenir quelque chose de mieux pour le moment, ils se déclaraient contents et satisfaits de l’édit hérodiaque qui a pour but le massacre de tous les enfants du génie, afin que le Messie ne puisse s’échapper pour sauver de l’esclavage l’humanité de Birmingham.
- O fabricants ! vous voilà rassurés. Pas un de vos ouvriers ne pourra prendre une patente et sortir de sa misère par la porte de l’invention ; vous seuls en conservez la clé; vos contremaîtres eux-mêmes ne pourront l’ouvrir sans votre permission.
- il est bien remarquable que les lords aient choisi précisément l’instant de l’Exposition universelle, toute remplie des chefs-d’œuvre du génie, protégé par la loi des patentes, pour venir la mutiler n’osant pas encore la détruire. On dirait qu’ils sont afflgés de voir les succès que l’industrie de leur pays doit uniquement à cette loi, toute imparfaite qu’elle est. Ils semblent regretter que l’Angleterre ne soit pas restée au niveau industriel de la Turquie, de la Perse et des Indes; on ne peut avoir fine autre pensée, quand on les voit abolir la patente pour les colonies. L’exemple des Etats-Unis émancipés de la métropole leur fait peur; car l’industrie œt la richesse, et la richesse la liberté, comme la misère perpétuelle est l’esclavage à perpétuité.
- Il nous répugne de ternir par une semblable imputation les nobles sentiments qui brillent dans tous les discours des hommes d’Etat de la Grande-Bretagne, en faveur du peuple et de ses droits • nous ne pouvons nous expliquer cette aberration qu’en la considérant comme une effluve du choléra mental qui règne sur le continent, et qui va justifier la vérité de cet aphorisme romain tombé de la plume d’un prophète, à l’approche de la ruine de ce brillant empire : Quos vult perdare Jupiter deviens tal ! Dieu prive de la raison et trouble le bon sens de ceux qu’il a condamnés.
- JOIUllD (de eudxeu.es.)
- Pour donner un nouvel exemple de l’importance qu’il y aurait pour l’humanité tout entière à protéger’ les droits de l’inventeur, voici un fait qui prouve que, si ces droits eussent été consacrés, et si l’invention eût été respectée dans tous les temps, il y a déjà un siècle que Ton serait en possession de la plus merveilleuse invention moderne :
- On vient de retrouver, dans la bibliothèque de Venise, en s’occupant des travaux du catalogue de ce bel établissement, si riche en manuscrits précieux, un mémoire très-curieux, qui date de 478G, et qui traite de la question des bateaux à vapeur. Ce mémoire est l’œuvre d’un Français, le chanoine Gautier, professeur de mathématiques, qui avait présenté, quelques années avant, à la société royale de Nancy, un premier travail dans lequel, après avoir fait ressortir tous les inconvénients de la navigation à voiles : il proposait d’employer à l’avenir, comme force motrice pour les navires, une machine à feu de son invention. L’idée de Gautier n’eut aucune suite, et il ne put obtenir de faire les expériences nécessaires pour son application; mais l’ambassadeur de Venise, qui avait entendu parler de lui, l’engagea à se rendre dans cette ville. Il fut reçu à Venise de la manière la plus flatteuse.
- Vivement soutenu par le légat du pape, par le vieil amiral Gazzara, par le grand commandeur de Malte, il avait surmonté les plus grandes difficultés, et il était sur le point de commencer ses expériences lorsqu’il tomba gravement malade et mourut peu de temps après, emportant avec lui dans la tombe le sort de cette belle invention qui devait, dans le siècle suivant, changer la face du monde.
- Le système proposé par Gautier est celui qui a été employé depuis et qui a reçu tous les perfectionnements dus au progrès de l’esprit humain. Vingt ans plus tard, Péricr réalisa l’idée de Gautier et construisit sur la Seine un bateau à vapeur qui put descendre le fleuve et qui excita des transports de joie dans la population parisienne.
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- FRÉGATE DU PRINCE DE GALLES
- Les visiteurs du Palais de Cristal ont eu l’occasion de voir les petits marins du prince de Galles, l’héritier présomptif de la couronne d’Angleterre. La frégate dont nous donnons ici la vignette se trouve sur la jolie rivière appelée rivière serpentine.
- Lors de la visite de la reine au Palais de Cristal, les jeunes marins de onze à douze ans qui ont été choisis par le jeune prince pour former l’équipage de cette frégate, ont fait leur entrée, musique en tête, aux applaudissements unanimes de l’assistance.
- FRÉGATE DO PRINCE DE GAtLES.
- DIADÈME PAR MM. JAHN ET BOLIN.
- Ce diadème, le plus remarquable de tous les travaux de joaillerie qui aient paru dans aucun temps, renferme 1,800 brillants d’un poids de 230 karats, 1,600 roses, 11 opales et 67 rubis : il vaut 137,000 francs.
- Cette belle parure russe présente une monture plus légère que la monture française, c’est-à- dire
- DIADÈME DE MM. JAUN ET COLIN, DE ST-PETERSCOORG.
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- qu’on ne voit pas les griffes qui retiennent les pierres, tandis que chez nous, le serti-sage ou la chaussure des diamants est de grande apparence. « Mais le nouveau procédé employé à St-Pétersbourg offre-t-il assez de solidité? demande un correspondant, il est permis d’en douter, ajoute-t-il; la danseuse qui illuminera de ces joyaux son front, ses cheveux, ses épaules et son sein, pourra bien représenter, au naturel, la fabuleuse Rosée semant perles et diamants. »
- D’abord, on peut opposer à la remarque ci-dessus que les objets dont il s’agit, ne sont pas épis de danseuse proprement dite ; ensuite il est de notion vulgaire que le sertissage des diamants a été inventé, non pas pour les consolider dans leur alvéole, mais pour en dissimuler l’exiguité; une pierre de la grandeur d’une tête d’épingle, prend une certaine taille lorsqu’elle paraît enchâssée dans un morceau d’or ou d’argent, et c’est pour cette raison, bien plus que pour la solidité, que le procédé russe n’est pas adopté dans notre pays.
- Maintenant, reste à savoir pourquoi on ne cherche pas en Russie, à dissimuler comme chez nous, lavéritable grandeur des diamants, cela tient probablement à ce que les Russes préfèrent ne pas porter de pierres du_touf plutôt que de porter de petites pierres ; d’où il suit que les portant belles, quand ils en portent, ils peuvent se permettre de les montrer montées sur des griffes.
- Indépendamment du diadème représenté dans l’autre page, MM. Jabn et Rolin, ont exposé deux broches, deux bracelets et une Sévigné de 67 rubis, pesant plus de 60 carats.
- « Les dames, disait notre correspondant, le 26 juillet, ne peuvent se détacher de l’écrin de MM. Jahn et Bolin, qui reste entouré d’alouettes comme le Ko-i-nor, de sorte que nous avons eu beaucoup de peine à compter les facettes qui les magnétisent et qui nous éblouissaient au point de ne pouvoir distinguer le sertissage. 11 a fallu qu’on nous dise qu’il n’y en avait pas et que chaque pierre était montée sur griffe, procédé russe, qui ne permet pas le remplissage et que nos joailliers ne se soucient pas d’employer. »
- PENDULE DE M. CHOPIN.
- Ce travail a été exécuté par un des artistes les plus choyés de l’aristocratie russe ; il représente l’épisode du départ du premier ballon, et appartient à l’école Louis XV, comme témoignant d’un évènement qui s’accomplit sous le règne de ce monarque. __
- Sur des nuages amoncelés en forimTdepy-
- que d’autres petits génies font des feux sous l’appareil aérostatique.
- Pour conserver la couleur historique, l’artiste eut dû rappeler que ces feux ou plutôt ces fumées, s’obtenaient avec de la paille mouillée, particularité naïve du point de départ de cette téméraire fantaisie qui promet de devenir, qui est déjà une industrie. Il est certain que les simples moyens mis en usage dès le principe par les frères Montgolfier, feraient frémir aujourd’hui nos aéronautes ; on n’oserait pas dans ce moment se faire traîner sur un chemin de fer, par les premières et imparfaites machines qui parurent dès la fondation de l’industrie; ce qui prouve que l’humanité ne peut faire un pas sans s’apercevoir qu’elle vient d’échapper à un péril. Au point de vue de l’avenir, elle est toujours en danger; mais le présent constate sa sécurité et c’est ce qu’il lui importe.
- L’œuvre de M. Chopin a deux mérites : mérite de pensée et mérite d’exécution.
- Cette pensée de matérialiser, de ramener à des proportions appréhensibles l’invention de la navigation aérienne, porte un caractère de hardiesse parfaitement digne du sujet. Vouloir faire de l’air, des nuages, de la vapeur, des tissus en métal, c’est un véritable tour de force de l’imagination.
- Mais exécuter cette pensée de manière à ce que ces nuages ne soient pas des rochers, cette vapeur, des pelotons, ces tissus, des laminages; c’est élever l’action à la hauteur de la conception, c’est faire preuve de génie.
- On ne peut que fort difficilement remarquer le cadran de cette pendule; il est, en effet, de la même couleur que la pièce, et se trouve tracé en zone dans le milieu du ballon qui tourne sous une aiguille fixe.
- Du reste, cette pièce, qui joint une grande élégance de forme à l’inspiration morale de sa composition, n’est pas la seule que M. Chopin ait exposée; cet artiste a encore un candélabre gigantesque de six mètres d’élévation qui, par ce seul motif, n’est pas fait, on le devine, pour être placé dans un appartement ordinaire.
- Nous avons manqué d’espace pour donner, dans ce numéro, le dessin de ce candélabre; il paraîtra dans notre prochaine livraison.
- PENDULE DE M. CHOPIN-
- CACHEMIRE,
- PAR MM. JOHN MORGAN ET Ce (DE PAISLEy).
- Ce châle sort des ateliers d’une maison qui a pris à tâche de porter à l’imitation des dessins orientaux les plus grands perfectionnements. Cependant, comme on peut le voir,
- ramide, des génies ailés se livrent à la réjouissance et forment des rondes au- | le travail n’est pas tout à fait conforme au dessin fort peu compliqué des tour de la Montgolfière, dontZéphir et la Renommée dirigent la destinée pendant [ cachemires des Indes. Le châle dont nous donnons la vignette peut paraître dé-
- fectueux, en ce sens qu’il y a une profusion trop grande de détails là où la simplicité est le plus bel ornement. Une des qualités de nos fabricants de châles,
- CACHEMIRE, par MM. JOHN MORGAN ET C* (DE PAISLEY).
- c’est précisément de bien saisir le sens du genre qu’ils imitent; on peut quelquefois corriger, mais il ne faut pas changer un genre : et, à cet égard, un de nos
- fabricants les plus estimés dans cette industrie, M. Hébert, s’est toujours signalé par l’étude consciencieuse et intelligente qu’il a faite des dessins de l’Orient,
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- DE LA RUSSIE INDUSTRIELLE.
- ^Troisième Article.)
- Nous avons, dans noire dernier numéro, jeté un coup d’œil rapide sur les causes générales qui doivent faire de la Russie une nation puissante et illustre, même et surtout dans le cas prévu où les arts, l’industrie et le commerce, se substitueraient à la diplomatie et aux exercices stratégiques dans l’ordre international. Cela posé, il ne nous reste plus qu’à fournir des preuves à l’appui de notre proposition, c’est-à-dire, à signaler les principaux produits que le génie moscovite est venu déposer dans le temple du travail universel.
- Déjà, si nos lecteurs s’en souviennent, le morceau capital de l’orfèvrerie russe a été l’objet d’un examen dans cette publication ; M. Jobard parlait, le 26 juillet dernier, de ce remarquablepostajf, représentant un sapin saupoudré de neige, au pied duquel se meurt, soutenu par deux hommes d’armes et pleuré, peut-on dire, autant par son cheval de bataille que par son fidèle écuyer, un héros indigène du xive siècle, Dmitri-Donskhoi ; cette splendide pièce d’argent massif, pesant deux cent trente livres et contenant 91 pour 100 de métal pur, est d’une exécution à laquelle les écoles seules peuvent faire des reproches de style, attendu qu’elle révèle une manière originale et parfaitement russe ; c’est, à notre avis, ce qui en fait le principal mérite; car, de ce que l’auteur s’est affranchi de toute imitation, il faut induire que, déjà, une école russe s’est formée.
- Nous ne revenons sur ce sujet que pour avoir occasion de parler des progrès subits qu’ont faits, dans l’empire russe, et l’orfèvrerie et les arts qu’elle met en mouvement. M. Ignace Sazicoff, l’auteur du postaff en question, a fait faire un pas énorme à l’établissement de son père, qui avait passé sa vie à arrondir des rayons et des auréoles autour de la tête des saints. Le luxe des églises est fort grand en Russie, et jusqu’à ces derniers temps on ne s’imaginait guère, dans ce pays, que l’on pût, sans profanation , faire tourner au profit des misérables humains la magnificence à laquelle, dans l’opinion des anciens, les bienheureux seuls avaient droit; mais on a fini par reconnaître que tous les hommes étant appelés, sinon élus, l’humanité tout entière se trouvait dans un état présumé de sainteté; d’où il suit qu’elle s’est résolue à s’appliquer de son vivant les auréoles qu’on ne lui décernait jadis qu’après sa mort ; en sorte que les argentiers font aujourd’hui pour les salons ce qu’ils ne faisaient autrefois que pour les chapelles. Est-ce bien, est-ce mal ? Nous ne nous en faisons point juge ; nous nous bornons à constater le fait, afin d’expliquer pourquoi les orfèvres contemporains, ayant beaucoup plus de bienheureux à orner que leurs ancêtres, se sont vus forcés d’agrandir leurs établissements et de perfectionner leur industrie.
- M. Sazicoff, le père, pouvait suffire, seul, à sa besogne; on peut s’en convaincre en parcourant, soit à Moscou, soit à Pétersbourg, les églises qu’il a illustrées et en considérant la vaisselle qui sortit de ses ateliers ; mais l’œuvre de son fils a pris de plus vastes proportions et voilà pourquoi il s’est adjoint des artistes distingués tels que le baron Clôt, sculpteur d’un grand talent, M. Sousoff, à qui la Russie doit un ouvrage recommandable sur la géologie et l’archéologie, M. H. Monighetti, architecte de la cour, etc.
- Pour ceux qui ont vu et admiré les quatre chevaux du pont d’Anitchcoff, à Saint-Pétersbourg, le mélancolique coursier placé derrière le prince De-mitri sous le sapin neigeux, porte un dessin connu; nous ne savons pas si ce cheval est du baron Clôt, mais nous pouvons affirmer que celui qui l’a dessiné appartient à l’école de l’artiste dont le pont d’Anich-coff exhibe les chefs-d’œuvre-, et nous ajoutons que cet artiste, tout aussi étranger aux genres asiatiques qu’aux styles européens, s’est inspiré d’une hardiesse tellement indocile que nous ne comprenons pas sur quelles données peut être fondée l’accusation d’éclectisme que certains critiques ont portée contre lui : il nous semble que les artistes russes n’ont étudié les divers maîtres que pour se préserver de les copier.
- L’exposition russe a cela de particulier qu’elle se divise en deux compartiments dont un contient des objets purement impériaux, c’est-à-dire non susceptibles d’être appréhendés par le commerce parce qu’ils représentent des valeurs exorbitantes, et dont l’autre .se compose d’articles échangeables, autrement dit similaires aux produits universels. C’est
- dans le premier compartiment, on le devine, que s’élève la pièce d’orfèvrerie dont il vient d’être fait mention : là, encore, se trouve une série de vases de diverses formes et grandeurs sortis des mêmes ateliers que le surtout de table, un pot en argent doré orné de fines ciselures, une tasse en forme de coquille ; un gobelet conique et tordu comme une corne se terminant par une tête de cheval soutenu par un oiseau ; des coupes byzantines, etc.
- Un confrère de M. Sazicoff, se refusant à suivre le mouvement usurpateur du siècle, et restant dévotement dans l’orfèvrerie de piété, a exposé deux bas-reliefs en argent repoussé, représentant divers sujets pieux et une descente de croix.
- Quant à la joaillerie russe dont il a déjà été parlé dans notre avant-dernier numéro, elle est repré sentée par MM. Kæmmerer et Saefftigcn, joailliers de l’empereur, lesquels ont exposé un collier en rubis, un bouquet en diamants et turquoises, et un diadème d’une valeur de 90,000 fr. en diamants et émeraudes cabochons; cette [partie de l’industrie russe a pour organes principaux MM. Jahn et Eolin, dont le magnifique diadème, dessiné pour le Palais de Cristal, se trouve inséré dans la présente livraison.
- Tous les objets contenus dans le compartiment impérial sont d’une grande magnificence, particulièrement la porte et les vases en jaspe vert ou malachite, exposés par la famille Demidoff. Il est difficile de supputer la dépense vraiment extraordinaire qu’a dû nécessiter la composition d’un pareil travail. On sait que la malachite, pierre assez précieuse pour avoir été employée à l’ornement de bijoux tels que broches et bracelets, ne se trouve que par fragments extrêmement exigus ; il suit de là que, pour obtenir des blocs de dix pieds d’élévation sur cinq de largeur, c’est-à-dire pour exécuter la porte qui fait depuis quelques jours l’admiration des visiteurs de l’Exposition, il faut avoir affecté à cette œuvre des sommes fabuleuses. Cette porte a été faite par le même procédé que les mosaïques; elle est d’un poli merveilleux et se trouve enrichie d’or moulu. Les vases sont au nombre de quatre, tous de différentes grandeurs et de formes variées ; l’or moulu leur a été prodigué comme à la porte.
- On voit aussi des vases gigantesques de porcelaine peinte, provenant d’Alexandrowski, le Sèvres de la Russie; de somptueux tapis pouvant hardiment se présenter en concurrence des produits, jadis sans rivaux, de la Perse et des Gobelins. Les'bijoutiers de Paris ont été étonnés et presque confus du perfectionnement et de la délicatesse que l’artiste russe a atteint dans leur profession ; il y a surtout un certain coffret en marbre noir qui les a émerveillés ; ce petit bijou, orné de grappes en améthistes et de cerises en cornalines, est tout ce qu’on peut voir de plus élégant.
- Tout autour de la porte et des vases en malachite se trouvent disséminés sans ordre et avec une prodigalité superbe des fragments de jaspe et d’or provenant des mines duprince Demidoff; ces miettes vaniteuses, jetées çà et là par le dédain de l’opulence, donnent à tout le tableau un caractère de grandeur narquoise qui ressemble assez au sourire hautain qu’adresse le géant aux pygmées qui l’ont nargué.
- Toute cette riche collection à travers laquelle se distinguent des trophées d’armes, forme un brillant et royal musée; les objets qu’on admire ne sont pas faits pour des citoyens, encore moins pour des sujets. On voit, on devine, on comprend, que dans aucun cas, ni dans aucun pays, ils ne peuvent être livrés au commerce; cela fait partie de la maison de l’empereur. L’empereur absorbe ces richesses manufacturées, comme il s’applique une garde du corps ; il lui appartient, comme il appartient à tous les monarques, en qui se résume la magnificence publique, d’avoir des manufactures impériales de porcelaines, de vases de Jaspes et de tapis, sans regarder aux frais de confection et dans l’unique but d’orner ses palais.
- Mais comment de pareils établissements seraient-ils fondés, si l’empereur ne les fondait pas? Qui eut fondé Sèvres et les Gobelins, si la monarchie française eut abandonné les arts à l’entreprise privée? Personne. Et si personne n’eût fondé ces établissements, ce ne sont point précisément les porcelaines et les tapisseries princières qui auraient fait défaut à la consommation, puisque ces objets n’arrivent point au marché, ce sont les porcelaines ordinaires et les tapisseries communes qui nous auraient manqué; c’cst le perfectionnement, des faïences et des terrés cuites, l’amélioration des papiers peints, c’est, en un
- mot, Limitation. Les arts de deuxième, de troisième et de quatrième ordre, ces arts modestes et secondaires qui ornent, assainissent et récomfortent les domiciles vulgaires, ne sont qu’une génération de l’art de premier ordre ; c’est pour imiter la porcelaine supérieure, qu’on a trouvé la porcelaine ordinaire, c’est pour imiter la porcelaine ordinaire qu’on a trouvé la faïence ; c’est aussi pour imiter les tapisseries tissues, qu’on a fait le papier peint; et c’est encore pour imiter les beaux tapis, qu’on s’est mis à tisser les tapis inférieurs. On n’eùt jamais songé à tailler le cristal, si nul n’eùt voulu payer l’œuvre du lapidaire. Les arts populaires ne devant leur naissance qu’à une aspiration vers une magnificence primaire ou idéale, il est donc nécessaire au luxe public que le luxe princier s’établisse à titre antérieur.
- Ainsi, par une loi fatale du progrès humain, la vanité même des princes a couvé le germe du bien-être universel ; ces établissements, que les monarchies de l’Europe entretenaient et entretiennent encore à grands frais, pour aviver le faste de leurs cours, ces établissements contre lesquels tant de niais et tant d’aveugles ont crié et crient, sont des nids d’artistes, d’où s’échappent périodiquement les agents grâce auxquels la famille de l’ouvrier trouve dans son modeste appartement, la reproduction imitée des objets que le banquier étale somptueusement dans son salon. Mais il y a des gens qui ne veulent pas de luxe du tout; ceux-là ne produisent évidemment rien, car, s’ils produisaient, leur industrie, comme toutes les industries, tournerait au profit du luxe, ce qui les mettrait en contradiction avec eux-mêmes ; mais s’ils ne produisent rien, ils sont inutiles, et, dès-lors, ne voulant pas de luxe, ils devraient commencer par se supprimer eux-mêmes, attendu qu’étant inutiles, ils sont un luxe.
- AvantPierre-le-Grand, la Russie,—tout le monde saiteela,—se trouvait dans un état à peu près complet de barbarie. Certes, les lumières ont marché rapidement dans ce pays depuis cent soixante ans, et l’on est forcé d’avouer que si le peuple russe a acquis de l’illustration, c’est à l’initiation de ses empereurs qu’il le doit; qu’il fut apte à s’illustrer, cela n’est, pas douteux, puisqu’il a si bien répondu à l’appel intelligent de ses instituteurs; mais il nous semble prouvé qu’il n’eût pas su marcher de lui-même.
- Mais c’est surtout depuis le règne de l’empereur Nicolas que les arts ont pris du développement en Russie; n’y eût-il de ce fait d’autre preuve que l’examen auquel nous venons de nous livrer dans le compartiment privilégié de l’Exposition russe, que la vérité de notre assertion serait démontrée ; mais il est, en outre, de notion vulgaire dans le monde artistique français que , sur aucune terre d’Europe, l’artiste n’est accueilli avec autant d’empressement qu’à Pétersbourg; là, donc, les arts sont plus puissamment encouragés que partout ailleurs, c’est donc là, surtout, que doivent se multiplier leurs établissements; et si nous ajoutons que, pour sa part, l’Empereur est, sinon un artiste, du moins un homme qui possède une profonde connaissance de l’art en général et des notions pratiques de chaque art en particulier, on comprendra combien cette intelligence, pourvue des vastes moyens d’action que lui confère la confiance illimitée du peuple, peut semer d’idées et opérer de choses.
- L’institution à laquelle est due la supériorité des productions que nous venons d’énumérer, celle, par conséquent, qui mérite le plus de fixer l’attention, c’est l’académie des Beaux-Arts, placée sous la protection spéciale de S. A. I. le duc deLeuchtemberg. Les élèvesdecette académie sont recrutés dans toutes lesclasses, sans distinction; cependantdes bourgeois et les marchands sont ceux qui lui fournissent le plus de sujets ; il est rare que les nobles entrent dans cette carrière, et si l’on voit quelquefois une signature nobiliairesur une œuvre d’art, il faut en induire, non pas que le gentilhomme s’est fait artiste, mais bien que l’artiste a été anobli. Quiconque , en effet, a fait ses études à l’académie des Beaux-Arts et est sorti triomphateur du concours, devient noble. Le concours a lieu chaque année ; tous les premiers prix sont envoyés à l’étranger, en Italie principalement, aux frais du gouvernement, à moins qu’ils ne veuillent s’entretenir de leurs propre deniers, ce que font quelquefois ceux qui sont dans une position de fortune suffisante ; parce qu’en vivant à l’étranger à ses frais, l’élève peut y demeurer le temps qu’il veut, tandis que, dans le cas contraire, c’est-à-dire quand il voyage aux frais du gouvernement, il est tenu de
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- rentrer quand il est réclamé par l’Empereur. En tout cas, il suffit qu’ils soient élèves de l’Académie des Beaux-Arts pour que le gouvernement leur garantisse un emploi.
- Cette académie est la poule aux œufs d’or de la Russie; elle fournit des directeurs intelligents à toutes les industries nationales, sur lesquels se modèlent naturellement les établissements privés, qui occupent moins d’étrangers qu’on ne se l’imagine, au moins dans les sommets directoriaux. Les nombreux Français, Anglais et Germains, auxquels la plupart des publicistes ont attribué le perfectionnement des industries russes, ne sont généralement pas en position d’exercer la suprématie qu’on leur suppose; ils ne sont pas, en Russie, de simples ouvriers, sans doute, mais ils sont rarement directeurs aussi; on les place communément comme contre-maîtres. C’est un préjugé de croire que les beaux travaux de la Russie sont dûs à des étrangers : « Un de nos plus habiles bijoutiers, dit,M. Ar-noux, dans une de ses lettres à la Pairie, me certifiait que le travail de la chaîne d’un des bracelets exposés par MM. Jahn et Rolin, était français. J’interrogeais M. Bolin, et j’appris de lui que c’était un ouvrier russe qui avait exécuté ce bracelet. «
- Des élèves de l’Académie des Beaux-Arts ont été tout récemment envoyés à Rome par l’Empereur, afin d’y étudier un nouvel art qui n’a pas encore d’établisement en Russie : l’art mosaïque. Au retour de ces jeunes gens, on verra se fonder à Pétersbourg une autre manufacture impériale, c’est-à-dire un nouveau genre d’illustration publique.
- Nous n’avons voulu nous occuper aujourd’hui que delà section fastueuse de l’exposition russe; dans un prochain article, nous entrerons dans le deuxième compartiment pour examiner les matières échangeables, telles que soieries, tissus de laine, etc. Mais avant de terminer cette rapide appréciation du musée impérial, nous mentionnerons une espèce de manteau noir confectionné avec des peaux du cou d’une espèce particulière de renards; cette fourrure est d’une délicatesse remarquable ; elle est si fine et si douce, qu’on la prendrait plutôt pour du duvet que pour du poil. Cette pièce de pelleterie, propriété de l’Empereur est évaluée par S. M. à 3,500 livres (près de 100,000 fr.),• mais un M. Nicolay, pelletier, offre d’en confectionner une plus fine et de la même espèce pour 1,000'livres, et il explique la chose en disant que la fourrure, si fort appréciée en Russie et si peu en usage dans d’autres pays, est importée à Londres par la compagnie de l’IIudson, pour être vendue à des marchands qui l’introduisent en Russie par contrebande.
- C’est un assez concluant commentaire contre le système protectionniste.
- BEIXEGAIUIIGBE.
- P. S. Dans notre numéro M, nous avons inséré un article de M. JohnLemoinne dans lequel cet écrivain fait de l’exposition russe une appréciation un peu superficielle. Les articles que nous avons publiés depuis ont donné à nos lecteurs la mesure de notre admiration pour les produits de la Russie; en exprimant une opinion opposée à la manière de voir du rédacteur distingué du Journal des Débats, nous ne désespérons pas de le faire revenir à un examen plus approfondi : il reconnaîtra que la Russie ne le cède en rien aux représentants les plus éminents de l’art et de l’industrie moderne.
- AGRICULTURE.
- INSTRUMENTS ARATOIRES.
- Nous donnons dans ce numéro des vignettes représentant quelques instruments aratoires. Nous croyons devoir faire connaître quels sont les objets de cette espèce dont l’Exposition de Londres est enrichie. Il est bien entendu que ce n’est ici qu’un aperçu.
- Les charrues y sont en grand nombre et sous toutes les formes, depuis l'instrument, le plus simple, jusqu’au plus compliqué. U est des charrues à vapeur qui excitent au plus haut point la curiosité publique. La machine n’est pas, on le comprend, appliquée sur le sol même. Elle est en dehors, et la charrue, fonctionne au moyen de poulies et de courroies qui l’attirent dans le sens voulu parle conducteur.
- 1 outes les espèces de machines sont représentées sous plusieurs formes, on y voit aussi un grand
- nombre de charrettes et plusieurs modèles de fermes. Un des pays qui a envoyé des instruments aratoires les plus curieux, c’est l’Autriche. Sans doute, les instruments et les machines agricoles que l’Autriche expose sont fort loin des magnifiques appareils anglais, américains et français; mais, tels qu’ils sont, ils placent l’industrie agricole autrichienne bien au-dessus de celle de plusieurs autres peuples qui passent pour plus avancés. Plusieurs des instruments envoyés par l’Autriche offrent même des perfectionnements nouveaux qui sont l’objet d’un brevet en Angleterre.
- Le principal exposant de cette classe dans la section autrichienne est M. F. Ilorsky, de Libejic en Bohème, qui a envoyé des herses, une charrue de Bohême dont la construction primitive rappelle celle des Arabes, des semoirs et des scarificateurs. Tout cela est un peu grossier de forme et pauvre d’invention ; mais, à nos yeux, c’est un résultat énorme que l’introduction de semblables machines dans un pays où l’homme est presque partout encore forcé de lutter contre la nature sans le puissant auxiliaire de la vapeur. L’application du cheval à des opérations telles que les semailles, le sarclage, etc., est évidemment le premier pas dans la grande transformation du travail agricole, dont l’Angleterre a donné le signal et l’exemple.
- M. d’Infeld, régisseur des biens du prince de Lobkowitz, a également exposé plusieurs instruments agricoles perfectionnés, de son invention. Il faut remarquer, en passant, que c’est la Bohême, c’est-à-dire le pays le plus avancé de l’Autriche en fait de grande industrie, qui envoie tous les instruments d’agriculture perfectionnés.
- Nous avons revu avec plaisir dans l’Exposition autrichienne un modèle des greniers que l’on établit en Carniole et dans toutes les vallées des Alpes juliennes. C’est une construction qui remplit parfaitement son but, tout en restant dans les limites de la plus stricte économie.
- Le grenier le plus généralement adopté dans toutes ces contrées pour le blé, le foin, la paille et les produits des prairies artificielles, est une espèce de longue barrière composée de deux montants, dans lesquels viennent s’engager par leurs extrémités, les barreaux d’une échelle, de longues perches ou des pièces de boisréquarries, sur lesquelles on met à cheval les gerbes de blé ou les bottes de foin, en ayant soin de laisser l’épi en l’air, tandis que la paille pend des deux côtés. Le haut de la barrière est recouvert d’un léger appentis de bois qui déborde de deux à trois pieds de chaque côté; ce grenier une fois rempli forme une espèce de muraille de quinze à vingt pieds de haut, sur laquelle la pluie n’a pas d’action, puisqu’elle n’atteint que l’extrémité inférieure des javelles qui, en se recouvrant mutuellement, forment un toit impénétrable. Ce grenier a l’avantage de n’occuper que fort peu d’espace et d’être inaccessible à la fermentation qui se produit quelquefois dans les grosses meules de nos contrées. D’ailleurs l’établissement de ces greniers ne coûte presque rien dans les pays où le bois est commun, et il n’est pas douteux qu’en Angleterre on pourrait en établir de semblables en fer à un prix de revient très-modique.
- FAITS INDUSTRIELS.
- NOUVELLES DE L ’ E X I> OS I TI ON .
- Le Secrétaire de la Commission exécutive a émis une circulaire faisant savoir que la Commission Royale avait donné sa sanction à la proposition d’une collection de spécimens des meilleurs artistes envoyés à l’Exposition universelle. La circulaire établit que des catalogues imprimés, quelque soin qu’on apporte à leur exécution, ne pourraient donner qu’une idée bien imparfaite des articles; que des dessins et diagrammes n’équivaudraient jamais à des spécimens réels. L’utilité de ces spécimens sera incontestable, tant sous le rapport scientifique et historique que sous le rapport commercial, et pour constater l’état réel des arts et de la production à la moitié du dix-neuvième siècle. 11 sera aussi possible de classer méthodiquement les objets, ce à quoi la disposition géographique de l’Exposition est en ce moment un obstacle.
- Pour former cette collection, le concours des exposants est indispensable; et il tau: dire, à la louange générale, que jusqu’ici tous les exposants se sont montrés admirablement disposés à faciliter les nies de la Commission.
- Les diverses classes d’articles seront traités diversement. Ainsi les matières premières dont les spécimens tiennent peu déplacé, seront conservées sous la même forme que celle des échantillons qui se trouvent actuellement à l’Exposition. Mais la même chose ne peut pas avoir lieu pour les machines, les grands produits métalliques, les meubles, la poterie, la sculpture, etc. Les articles de ce genre seront dessinés ou photographiés. On fera connaître les articles qui seront placés dans cette catégorie. Quant à ce qui concerne les tissus de coton, laine, lin et soie, les feutres, les cuirs, les papiers peints, etc., ces articles seront placés dans la collection dans leur forme naturelle.
- — La Chambre des communes a voté à une majorité de 28 voix, 75 contre 47, la motion de M. Hey-vvood, tendant à la présentation d’une adresse à la reine pour le maintien du palais de Ilyde-Park jusqu’au 1er mai de l’année prochaine. C’est un répit de six mois, attendu que l’édifice devait être démoli le 1er novembre, conformément à la décision primitive. Mais, pendant ce temps, la question sera examinée plus à fond. Une enquête sera ouverte sur la destination ultérieure qui pourra être donnée à cette construction extraordinaire. Le résultat de cette enquête n’est pas douteux. Tout ce qu’on peut dire sur le ridicule et l’étrangeté d’un résultat contraire se résume dans ce passage du discours de M. Wakley, représentant de Finsbury : — «S’il n’y a pas eu de démonstration marquée de l’opinion publique à ce sujet, c’est tout simplement parce que la population de Londres ne pourra jamais croire qu’une idée aussi bizarre que celle de la destruction d’un pareil édifice puisse jamais entrer dans l’esprit d’un être raisonnable. Sur 50 habitants de Londres 49 se prononceraient en faveur de la conservation de l’édifice. »
- — Au nombre des articles récemment arrivés à l’Exposition, se trouve un admirable groupe de sculpture en marbre représentant deux enfants. Cet article, exécuté à Rome, par M. Cardwell, est placé dans le compartiment de la Toscane.
- —La Commission royale a décidé qu’une médaille d’honneur serait présentée aux membres du jury, tant nationnaux qu’étrangers. La médaille portera l’inscription suivante : Pulcher et ille labor palma decorare laborem-. c’est aussi un beau travail que de distribuer au travail des palmes et des récompenses.
- — Jeudi dernier, M. Daniel Whittle Harvey, Commissaire en chef de police de la Cité, a fait savoir aux officiers et aux autres membres de ce corps que quatre jours de la semaine prochaine seraient accordés pour que le corps entier pût visiter l’Exposition, en se divisant en plusieurs sections.
- — On dit qu’une souscription va être ouverte par les exposants étrangers pour offrir au prince Albert un témoignage de leur reconnaissance, en raison de la part qu’il a prise à l’Exposition. On ne sait pas encore si l’hommage consistera dans l’érection d’une statue ou s’il sera présenté sous une autre forme, mais en tout cas, l’idée est judicieuse et de bon goût.
- — La fabrique française de St. Gobain s’est dé cidée à y envoyer quatre magnifiques glaces de fenêtre et deux belles glaces étamées, qui viennent d’être placées dans le compartiment français, et font l’admiration des connaisseurs.
- Un autre article, arrivé récemment de France, excite aussi un grand intérêt parmi les connaisseurs, car il faut être connaisseur pour l’apprécier. C’est une tasse avec soucoupe et couvercle en argent, couleur platine. La tasse, qui est de forme conique, est adhérente à la soucoupe. Quand le couvercle esî levé, on aperçoit que le vase en lui-même n’est qu’une enveloppe purement artisf'qie, et qu’il renferme une sorte de gobelet aussi en argent, mais entièrement doré à f’intérieur. Ce gobelet est fort simple; mais fout le reste présente la plus parfaite exécution du travail le plus raffiné. Le vase se compose principalement de quatre médaillons représentant les quatre saisons. Il a été commandé par M. le baron de Meeklembourg, pour le prix de 10.000 fr., et exécuté par M. Lebrun, de Paris.
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- LE PALAIS DE CRISTAL
- l'IANO,
- PAR
- MM. Collard, de Londres.
- Il y a bien loin du clavecin, du rebec, de la rubelle et de la viole, aux magnifiques instruments de musique que l’art moderne a produits et perfectionne chaque jour. Nous avons déjà donné, dans nos numéros précédents, plusieurs modèles d’instruments nouveaux pleins d’originalité et de goût; nous savons combien les instruments de cuivre ont acquis d’éclat, et quels pas immenses l’harmonie a faits dans cet ordre de l’industrie, qui a sur les hommes une influence morale si grande.
- La musique est, pour l’amélioration des classes ouvrières, aussi puissante que l’art de la sculpture et de la peinture.
- Tout se tient en ce qui concerne le travail de la pensée; et pendant que, sous l’influence harmonieuse des vibrations si saisissantes de Y Orphéon, les ouvriers de tous les métiers élèvent leur esprit et leur âme ; les formes que l’art donne à l’argile pla cée entre leurs mains les initient peu à peu et par degrés nie que l’étude a placés à la
- PIANO, PAR M. COLLARD, DE LONDRES.
- aux sciences qui ont produit les hommes de gé-tête de l’humanité.
- Dans ces pianos exposés à Londres, et notamment dans celui de MM. Collard, les arts de la sculpture, de l’ébénis-terie, de la science des effets harmoniques, font de cet instrument un témoignage nouveau de cette alliance de l’art et de l’industrie, qui est le but principal que nous voulons atteindre.
- Nous savons que les fabricants de pianos se préoccupent, en outre, de la question si importante du bon marché.
- Nous avons vu, il y a quelque temps, un piano sorti d’une des principales maisons de Paris, et qui réalise tous les effets des grands pianos à queue, sous une forme infiniment moins volumineuse, et avec l’avantage d’une réduction considérable dans le prix de revient.
- Nous ne saurions trop encourager les facteurs d’instruments à chercher cette solution si importante.
- C’est un fait très-important à réaliser en industrie, que de joindre à l’élégance artistique des objets livrés au public le bon marché qui les rend abordables pour tout le monde. Les procédés à simplifier, les matières premières à augmenter afin qu’elles soient moins coûteuses; tels'sont les principes élémentaires qui doivent conduire à la solution de ce double problème.
- VASE DE M. CHARLES MEIOII, DE STETTIN.
- VASEg
- M. Charles Meigh,
- de Stettin.
- Le vase de porcelaine que nous représentons ici à droite a été exposé par un des artistes à qui l’art de la céramique est redevable de produits fort remarquables. Le sujet choisi est un sujet religieux de l’école française.
- Le vase de gauche est une composition empruntée à la fable. C’est un vase à boire représentant une fê e des bacchanales, d’après le Poussin.
- Nous ferons un reproche à ce travail, c’est la complication des ornements un peu trop chargés. Toujours le même défaut. Mais nous louerons M. Meigh de chercher à vulgariser l’art, en l’appliquant aux objets de cet ordre et de cet usage.
- vase de m. Charles'meigh, de stettin.
- C’est un des moyens les plus efficaces pour faire descendre dans les classes laborieuses les sentiments élevés, ijue de mellre entre leurs mains non plus un simple pot à bierre, mais un sujet emprunté pour les détails à nos grands maîtres. Par ce moyen, le goût s’étend et se propage, et nous ne saurions trop insister sur la nécessité de faire pour la propagande des belles formes ce que VOrphéon
- fait chaque jour pour la propagande de l’harmonie.
- Rien, du reste, n’est plus s'mple : etfdéjà, depuis longtemps, les artistes et les fabricants sont imbus de ces principes et de ces sentiments.
- C’est en Allemagne, surtout, que les travaux de céramique tendent à se généraliser. Nous avons tous tenu entre nos mains, et nous avons admiré souvent
- ces pots d’argile destinés aux buveurs ou auxffu-meurs, et dont les reliefs sont toujours faits avec un grand soin, une étude attentive, religieuse, delà forme antique.
- Il faudrait compléter ce travail par des explications dans l’ordre de l’art et de la science : tout dans ce monde peut servir de guide à l’éducation et à l’instruction populaire.
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- D*
- Charrue (figure lre). — L’innovation que présente cette charrue vient de ce que Y âge ou haye et le soc, y compris le versoir, sont faits d’un seul et même
- morceau, fixés ensemble, et, par conséquent, ne pouvant être affaiblis, comme cela se passe ordinairement, par le trou placé au milieu de la tige, et soumis à toutes les chances de dérangement ou de cassure habituels.
- Le versoir est d’une forme demi-convexe, en sorte qu’il peut également servir à retourner la terre, ou à l’ensemencer, ou à glisser sur les jachères à volonté, selon l’inclinaison qui lui est donnée.
- Il suffit, pour cela, de donner à un écrou mobile, qui tient le soc, telle direction que l’on veut pour les trois applications qu’on juge nécessaire.
- MACHINE A VAPEUR DE TROIS CHEVAUX POUR LES FERMES (FIG. 2).
- Cette petite machine est d’une telle simplicité, qu’il suffit d’un enfant pour la conduire ; elle est sans aucun danger et ne consomme que pour 1 shilling 6 pence (environ 2 francs) par jour de charbon de terre, pour douze heures de travail.
- On comprend combien elle peut être utile dans les fermes.
- Avec cette machine, on peut battre le grain, piler les avoines, couper la paille, puiser de l’eau, etc., etc.
- Cette machine peut être poussée à une force motrice de quatre chevaux ; elle peut être placée dans une surface d’un mètre carré seulement.
- herse en fer (fig. 3). — Ceci est une herse à Pusey.
- houe (fig. 4). — Cet instrument est une houe
- en fer, telle qu’on l’emploie pour essarter
- FIG. 6.
- cet égard; mais, peut-être, la vulgarisation procédés ou des modèles aurait-elle besoin d'
- ou scarifier. On
- ment du fruit de son génie, il faut deux choses : 1° qu’il y ait utilité dans son œuvre;
- 2° qu’il y ait nouveauté.
- L’utilité : elle se constate par l’expérience et par la pratique.
- La nouveauté : par l’étude consciencieuse des procédés déjà connus. Nous devons donc, en cette matière, rappeler ceux qui s’occupent de cette question spéciale et la nomenclature des différents systèmes adoptés par la science agricole, et que voici : charrues de Dombasle, de M. Camhray, de Molard, de Guillaume, américaine, anglaise, écossaise, de Small, charrue dite tourne-oreille, et charrue Grangé.
- Ce sont là différents points de départ auxquels l’agriculture doit les innovations importantes qui s’introduisent chaque jour, sur ce point, dans l’économie agricole.
- Nous l’avons dit plus haut (voir notre Bulletin industriel), il existe toujours dans les campagnes des préjugés difficiles à déraciner. Les engrais, le crédit agricole ne font pas de progrès, à défaut d’une confiance nécessaire dans les découvertes pourtant si utiles qui sont faites chaque jour.
- Mais les instruments aratoires surtout sont encore sous le joug de ces déplorables préjugés.
- Or, il est nécessaire d’initier peu à peu le cultivateur aux perfecfionnements nombreux qui lui sont offerts dans cet ordre important de l’industrie agricole : des établissements supérieurs sont ouverts à des plus active. Ainsi, tout le monde sait avec quel em-ètre pressement, quel zèle, quelle intelligence, MM. Boc-
- fig. a.
- l’emploie avec un grand succès dans les terres légères.
- Chaque pointe est fixée par un bras en fer qui peut être serré ou élargi à volonté.
- charrue a bras (fig. 5).—Les cultivateurs ont souvent recours à cette machine pour donner plus de force à la fertilité du sol, en mêlant la terre végétale avec le sol superficiel : cette charrue remplit parfaitement ce but.
- La terre prend une vigueur qui se renouvelle facilement par ce mélange de couche.
- MACHINE A BRISER LES TOURTEAUX (fig. 6).—
- Cette machine est d’invention américaine. Elle est très-simple, comme on peut le voir; elle sert à briser les tourteaux.
- C’est une sorte de moulin à café, sous lequel un récipient à plan incliné fait tomber la poussière qui est le produit de l’opération.
- MACHINE A BRISER LES GRAINS. — La figure 7 représente une machine analogue à la figure 6. Elle sert à écraser les grains.
- Ainsi qu’on le voit, les deux récipients supérieur et inférieur sont séparés par une sorte de meule intermédiaire, qui est armée de deux roues d’engrenage et d’un moulinet.
- Les graines versées en haut se brisent au passage de l’appareil du milieu et viennent tomber, lorsqu’elles sont pulvérisées, sur le plan incliné inférieur, où elles sont recueillies dans un sac ou dans un panier quelconque.
- Nous ne terminerons pas cet article sans appeler l’attention de nos lecteurs sur quelques renseignements généraux relativement aux différents % systèmes de charrues. Ce que nous poursuivons,
- c’est toujours le triomphe du perfectionnement dans toutes les branches de l’industrie.
- Or, pour qu’un inventeur nouveau puisse, dans nos principes, jouir légitime-
- q.Lion et Giibermann se mettent au service du public au Conservatoire des arts et métiers.
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- COURRIER DE PARIS ET DE LONDRES.
- Il nous sera permis, je crois aujourd’hui, de ne point passer la Manche : notre tâche est plus facile, la Montagne est venue à nous ; le spectacle a eu l’extrême complaisance de prendre la poste et le chemin de fer, et de venir trouver le spectateur. S’il n’y eût eu quelque retard dans l’envoi des costumes, négligence qui a diminué l’éclat des premières représentations ; le paresseux qui, comptant sur les progrès du siècle pour supprimer les exigences géographiques, attendait l’Angleterre dans son fauteuil, eût été, dès samedi, tout aussi complètement satisfait que celui qui, comme nous, à travers vents et marée, allait ces jours derniers chercher, sur place, des curiosités qui viennent sans prétention se mettre à la portée de tout le monde.
- Dès samedi, disons-nous, car tout s’est passé selon le programme arrêté et dont nous vous avons donné le détail à l’avance : samedi, banquet à l’Hôtel-de-Yille, après le banquet, les discours. Un seul a été fort remarquable et fort remarqué, celui de lord Granville qui, avec une convenance parfaite, je dirai plus, avec une rare sincérité, a su nous remercier de notre hospitalité, rendre haute justice à l’industrie française, sans pourtant négliger de faire ressortir avec une satisfaction polie , avec un orgueil délicat les mérites réels, la concurrence sérieuse de son pays.
- Entre les discours et la comédie on s’est promené par les salons. La société était nombreuse, sans doute, mais ce n’était rien auprès de la foule qui est venue s’entasser, s’enchâsser, et fondre au bal de mardi. Samedi du moins on se promenait à l’aise ; la cour sur-élevée, planchéiée et rafraîchie par des fleurs et une gerbe de jets d’eau provisoire ; devenait un oasis charmant, au milieu de la fête quelque peu tropicale donnée par l’édilité parisienne.
- — Avez-vous vu le lord-maire ? se demandait-on sur tous les points : cheveux blancs, une bonne figure, un grand cordon bleu en sautoir terminé par une plaque en diamants.
- Nous l’avons vu, le signalement est exact.
- — Venez donc voir l’Anglaise qui a une si belle peau, une chevelure comme l’épaulette d’un garde national, et qui tient son lorgnon dans l’œil gauche, comme M. Duponchel.
- — Mon dieu! disait-on, comme les Anglaises poussent loin l’excentricité, ce n’est pas une Française qui aurait les cheveux d’un rouge aussi éblouissant.
- On suivait aussi fort curieusement un Chinois expédié de l’Exposition de Londres ; c’était un Chinoisde premier ordre ; cela se reconnaît à un bouchon de carafe qui terminait un petit paratonnerre élevé sur son chapeau, et aussi à une petite fiole qu’il portait, en manière de catogan. Il avait un fort joli paysage brodé sur le dos ; il était monté sur des semelles épaisses de trois pouces; il n’est pas très-laid, il a la physionomie douce et jaune ; il tenait en l’air, d’une main, une rose blanche et de l’autre un éventail, dont il ne cessait de rafraîchir, avec impassibilité, sa lente promenade ; il se laissait contempler avec une gravité de paravent. On a vainement attendu qu’il se livrât à quelques-uns de ces exercices naturels aux Chinois, quel’Opéraa popularisés ; mais, non, rien ; il a été insipide comme un français bien élevé. Pas un zig-zag, pas un glissé sur les talons, pas un mouvement de télégraphe; en apparence, pas le moindre petit talent de société. On attribue ce fait déplorable à l’incurie de M. Berger, qui avait négligé d’aposter quelqu’un pour tirer les ficelles.
- A la comédie (on jouait le Médecin malgré lui), le Chinois, fort bien placé, est resté impassible, sauf durant les scènes des coups de bâton; alors il eût fallu voir s’animer cette physionomie de faïence, rouler ces yeux de verre, s’épater ce nez, on eût dit une émotion mêlée d’amertume et de douceur ; c’était le souvenir inattendu de la patrie.
- Nous ne pouvons trop savoir comment la pièce a été jouée; la salle était très-petite, et il fallait y subir une lempérature à casser les thermomètres. Nous avons essayé de nous tenir à une des portes hermétiquement obstruées; mais, là, on était plus mal à l’aise qu’aux quatrièmes de côté. Ma foi ! contentez-vous de ce renseignement, à savoir que naturels et étrangers ont vigoureusement applaudi, et la première fois que j’irai aux Français, je vous donnerai des détails sur le Médecin malgré lui.
- Après la comédie, le concert, qui a été donné devant un plus grand nombre d’élus, 'mais sans que l’on pût croire avoir changé de zone. Vous avez vu
- partout le programme : c’était la belle, la grande, la savante musique de Beethoven, de Mozart, d’Haydn, exécutée par les sociétaires du Conservatoire, sous la direction de M. Girard. Je crois que c’est tout dire.
- Dimanche, grandes eaux à Versailles, visite au Musée, satisfaction générale : passons. Lundi, fête donnée par le président au château de Saint-Cloud. Promenade, avec accompagnement d’orchestre, conversations détachées sur des airs connus, dans le parc réservé : le président donnait le bras à lady Normanby, lord Normanby à la princesse Mathilde; le lord-maire, je ne sais à qui, et tous les invités suivaient. Les journaux, et même la partie sérieuse de cette feuille, donnent des détails circonstanciés, officiels, sur la fête; bornons-nous, nous touriste, à une remarque: Les provinciaux, en grand nombre , et bien des Parisiens aussi, étaient assez maladroitement costumés; ils avaient l’habit noir, pantalon de cérémonie et la cravate blanche, ce qui est au moins singulier pour se promener dans un parc, pour assister à une fête d’avant-dîner. Les gentlemen, au contraire, qui savent vivre, étaient en tenue de ville, chapeaux gris, même pour la plupart, canne, etc. Pas une femme, au moins, ceci est une consolation, n’avait manqué de tact à ce point. Les toilettes étaient fort élégantes, en général, mais c’était tout simplement toilette pour aller au bois. Et tous ces messieurs, avec leur tenue de bal ou d’enterrement, faisaient bien la plus drôle de figure, une figure endimanchée, et le plus pitoyable contraste avec les airs dégagés de tous ceux qui avaient l’avantage , avantage inappréciable partout où l’on se trouve, l'avantage d’être bien mis. Ce qu’on a le plus remarqué, du reste, c’est la livrée du lord-maire, jamais je n’avais vu d’aussi vastes bicornes, avecd’aussi incroyables galons, et d’aussi rares chicorées noires.
- Mardi bal à l’Hôtel-de-Ville sans incidents, voyez plus haut la description solennelle ; mercredi petite guerre ; un homme de haute capacité stratégique vous en a rendu compte, plus haut, beaucoup mieux que je ne saurais le faire.
- Passons sur la belle représentation de l’Opéra, et tout est fini ; on va laisser tranquilles maintenant nos malheureux hôtes, et leur permettre de s’amuser tout seuls à leur fantaisie et à leurs frais: de tous côtés on se remue et on les appelle : le Ra-nelagh, l’Hipprodrôme, Asnières, leur dédient des fêtes, les théâtres préparent des pièces de circonstance pour obtenir leur visite, mais ceci sera l’histoire dramatique de la semaine prochaine.
- Réglons pour le moment nos comptes avec la semaine qui vient de s’écouler : un revenant d’abord aux Français, le baron de Lafleur, trois actes en vers, de M. Camille Doucet, qui avaient reçu dans le temps leur épitaphe sur l’affiche de l’Odéon. Que j’en ai vu enterrer, mon Dieu! de pièces à l’Odéon; des pièces jeunes, fraîches, jolies, symphatiques et tristement délaissées, puis mortes et perdues dans ces limbes : je suis sûr que dans la solitude de ces vastes catacombes du second théâtre-français, pendant les représentations mystérieuses que donne loin de tous les regards humains la troupe de M. Altaroche, je suis sûr que dans les frises désolées, dans ces contréesva-gues et inexplorées, je suis sûr, dis-je, que de même queles vvilis, ces vierges charmantes mortes sans avoir été aimées, toutes ces muses de notre jeunesse littéraire, délaissées avant d’être connues, mortes sans gloire, sans consolation, forment, elles aussi, des rondes funèbres, trompant leur désespoir, demandant grâce à l’oubli qu’elles ne méritent pas.
- Je ne dis pas cela pour la poésie de M. Camille Doucet, qui est lourde, banale, naïve, ennuyeuse, enfin tout simplement de la prose avec des asson-nances régulièrement disposées; ce poète semble n’avoir d’autre muse que M. L’homond. Pourquoi diable avoir été chercher ce qui était mort, et bien mort; pourquoi cette résurrection inattendue? Et pourtant, en retrouvant là le talent si vif, si jeune, si incisif de M. Monrose, je me prends à ne point regretter trop cette reprise devenue l’occasion d’un tour de force pour ce charmant comédien, qui a sauvé la pièce : toutefois il est bien des rôles dans lesquels M. Arsène Houssaye pourrait nous le montrer sans aller remuer d’aussi médiocres cendres.
- Au Gymnase deux nouveautés : un proverbe déjà joué dans le monde, dans des concerts de bienfaisance : Les philosophes de vingt ans, par Mme Camille Berton, puis un vaudeville de la grosse espèce intitulé CAmire fortune bon cœur, par M. Jules de Wailly.
- Ces philosophes dont il est question, MUe Marie et M. Karl, ressassent bravement un paradoxe un peu usé : rien n’est plus désastreux pour le bonheur en ménage que l’amour. MUe Marie, une jeune fille très-bien élevée, se trouve je ne sais comment avec sa gouvernante chez M. Karl, un étudiant ; bien entendu, cela se passe à Kœnisberg; nos étudiants ont chez eux d’autres mœurs et ne discutent guère la philosophie de l’amour.
- Je ne sais trop pourquoi la gouvernante sort; une fois en tête-à-tête, on s’aime d’amitié pour toujours, on le déclare du moins, on fait des rêves de bonheur, petits paradoxes sur petits paradoxes, puis un enfant intervient et par quelques questions embarrassantes, leur prouve sans s’en douter, qu’ils n’ont pas le sens commun; la gouvernante, manière de vieille femme de ménage, la gouvernante revient leur donner sa bénédiction et les marivaudages aboutissent au dénouement bourgeois et moral, mais prévu.
- Contre fortune bon cœur ne mériterait guère d’être raconté. La pièce est drôle, mais grâce aux acteurs seulement; les détails sont faibles, les situations usées, et même, chose étrange dans une œuvre de l’auteur du Mari à la campagne, la mise en scène est maladroite. Voici ce dont il s’agit : un mari et sa femme se détestent, l’Assemblée constituante a trompé leurs espérances de divorce, ils se séparent à l’amiable ; au lever du rideau il y a trois mois que le mari est parti, sa bourse est vide,'il revient; un oncle assez drôlement costumé dans la personne de Lesueur, imagine, pour leur inspirer réciproquement l’amour le plus tendre, de leur annoncer à chacun la mort de l’autre. Mais loin de là, en l’absence de son époux, madame s’est éprise de son neveu; monsieur, ravi d’être libre, veut épouser sa nièce; on devine ce qui va suivre: double rendez-vous de la femme avec le neveu, du mari avec la nièce, obscurité ; le mari et la femme, joués par les deux jeunes gens, se rencontrent, la rampe baissée, se prennent les mains, s’embrassent, s’adorent, minaudent ; on apporte des lumières ; double résurrection, double surprise, double cri d’effroi et de désespoir, double fuite en sens opposé ; puis, sur une question d’héritage habilement amenée, on se rapproche et l’on fait contre fortune bon cœur-, le neveu épouse la nièce qui est très-gentille et très-amusante, c’est Mlle Macé, qui méritait un meilleur rôle.
- Aux Variétés la Gothon de Béranger, indéfiniment ajournée, et la rentrée des danseuses espagnoles.
- A l’Opéra-Comique, à la Montansier, rien de nouveau. A la gaîté les adieux de Fréderick-Lemaître, au Cirque, la reprise de la Barrière de Clichy- à l’Ambigu toujours le Monstre, et toujours succès, les figurants seuls se plaignent, et au fait la besogne est rude.
- Vous savez qu’au dernier tableau il y a un effet de mer agitée toujours fort applaudi et après tout à juste titre. C’est une toile verdâtre, glauque si l’on veut, qui descend jusqu’à la rampe et sous laquelle des hommes en se levant et se baissant reproduisent le roulement des vagues : bien entendu le mouvement va croissant vers le fonds du théâtre: cela dure quelques minutes à la grande satisfaction des spectateurs peu aisés, qui aiment mieux prendre une stalle d’Ambigu qu’un abonnement au journal le Pays, pour faire à bon compte un voyage à la mer.
- — Oh! monsieur, je quitte... me disait un figurant, je ne puis plus y tenir, quel métier!
- — Eh ! quoi donc ?
- — Monsieur, voilà soixante-trois jours que cela dure!... Je suis le troisième flot à gauche !
- Quelle injustice ! du reste, les figurants ont toujours eu mauvais caractère. On se rappelle le directeur de l’Opéra, traîné il y a deux mois, devant le tribunal de commerce par l’artiste chargé de représenter les jambes de derrière du chameau de l’En-fantprodigue.
- — C’est indigne, disait l’agréé; on manque à toutes les lois, à toutes les règles; nous avons droit à un légitime avancement : on nous le doit, mieux encore, on nous le promet: et cette position laborieusement acquise est confiée à un étranger, à un nouveau venu, sans expérience, sans talent, sans verve, sans fantaisie, sans états de service, ce n’est pas à nous les jambes de derrière, à nous qui avons fait nos preuves, c’est à un saltimbanque inconnu que l’on confie le rôle de jambes de devant!
- G. DE GoïïCOSTIUE,
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
- L’Académie des arts et métiers de Paris a eu dernièrement à examiner un nouveau système débouclés à branche mobile pour harnais, et d’autres destinées aux courroies de transmission des machines, desquelles boucles l’utilité a paru telle, que ce corps savant en a récompensé l’auteur par une médaille d’argent.
- Nous croyons être utile au public en portant cette invention à sa connaissance.
- Chaque fois qu’un accident arrive, qu’un cheval s’abat, le conducteur ou les personnes qui viennent lui prêter assistance, sont obligées, pour dételer, de couper à la hâte les courroies les plus tendues par lesquelles l’animal se trouve embarrassé. Le sacrifices de quelques lanières de cuir n’est rien assurément en comparaison de la valeur qu’il s’agit de conserver, et on en fait volontiers abandon ; mais le conducteur n’a qu’à avoir oublié son couteau et se trouver seul sur une route pour laisser perdre un cheval de prix, en tous cas une bête de somme fort utile.
- Au moyen des boucles à branche d’ardilîon mobile inventées par M. Laurent, on peut, pour d’é-teler à la hâte, lâcher chaque courroie sans le moindre effort, et par la seule pression entre les doigts, d’un ressort qui, dans son repos, tient la boucle dans l’état ordinaire, tandis qu’il déplace la branche mobile et conséquemment fait lâcher la courroie dès que le besoin de dételer se présente.
- C’est, comme nous l’avons dit, l’affaire d’une pression du ressort.
- La boucle destinée aux courroies de transmission des machines peut sauver la vie à des ouvriers pris par accident entre des engrenages, en arrêtant instantanément la marche d’une machine.
- Nous avons vu nous-même cette boucle, et son efficacité nous a été pleinement démontrée.
- Quoique entièrement différente de celle qui sert aux harnais, elle n’en procède pas moins du même principe, à savoir la mobilisation de la branche à l’aide d’un ressort. Seulement, dans la première, la pression doit être exercée en prenant la boucle entre ses doigts par les côtés, tandis que dans la seconde c’est en appuyant sur des ressorts placés en saillie entre les deux montants du parallelipipède que l’on arrête instantanément la marche d’une machine.
- On voit par ces courtes indications que M. Laurent méritait la distinction dont il a été l’objet de la part de l’Académie des arts et métiers.
- Disons en terminant qu’on ne saurait trop rendre justice à la sollicitude que cette société savante porte aux artistes et aux industriels.
- HISTOIRE POLITIQUE ET NATURELLE DE l’iLE DE
- cuba , par M. Ramon de la Sagra, 8 volumes, grand in-folio, avec planches coloriées.
- Nous avons eu occasion de voir et d’admirer ce magnifique ouvrage, dû aux longues études du savant que le gouvernement espagnol vient d’envoyer comme son commissaire spécial pour étudier la grande Exposition de Londres.
- L’ouvrage que nous venons de voir est déjà terminé dans toute la partie politique, qui comprend l’histoire de la population, de l’agriculture, du commerce, etc. ; diverses parties de l’histoire naturelle, comme les mammifères, les oiseaux, les reptiles, les mollusques, la botanique, sont aussi terminées. Les planches qui accompagnent le texte sont d’une beauté d’exécution remarquable.
- Le gouvernement espagnol a protégé, jusqu’ici, cette grande publication, qui lui fait le plus grand honneur, et il est à espérer qu’il lui accordera également sa protection pour les volumes qui manquent.
- OBSERVATIONS SUR LES PUBLICATIONS EXPOSÉES A LONDRES EN 1851, PAR JULES RENOUARD ET Ce, LIBRAIRES a paris. — Si la librairie doit être considérée comme une industrie utile, servant à la propagation des Lettres, des Sciences et desjArts, plutôt que comme une industrie de luxe et d’apparat, l’exposition de MM. Jules Renouard et CR est une des plus intéressantes que puisse présenter la librairie.
- En effet, MM. Jules Renouard et Ce ont publié et exposé dans chaque catégorie des ouvrages dont le mérite est généralement reconnu, et qui sont répandus à grand nombre sur le continent.
- Parmi les nombreuses publications de cette maison importante, nous citerons : —Pour Enseignement élémentaire: les ouvrages de l’Abbé Gaultier, bien connus eu Angleterre, où l’auteur lui-même a professé autrefois sa méthode. — Pour Education et les Lectures morales : les traductions des meil-
- leurs ouvrages anglais, comme, Y Education familière et les Jeunes industriels, par miss Edge-worth. — Pour la Linguistique : le grand Dictionnaire Italien-Français et Français-Italien, de Barberi, etc. —Pour la Géographie : les ouvrages du célèbre Adrien Ralbij, et le nouveau Dictionnaire géographique et statistique d’Adrien Guibert, etc.
- — Pour I’IIistoire : les belles publications de la Société de Y Histoire de France, Y Histoire du règne de Louis XFI, par J. Droz, etc. —Pour Economie politique : les ouvrages de Droz, de Gérando, Yillermé, etc. —Pour les Sciences : La Science populaire de Claudius, ouvrage couronné par la Société pour l’Instruction élémentaire et très-répandu en Erance, etc. — Pour I’Industrie : Y Encyclopédie des Chemins de fer, par Félix Tourneux, la ,<Connaissance des marchandises, par Roussel, avec un répertoire en plusieurs langues, etc. — Pour la Jurisprudence : l’ouvrage du célèbre Toullier, etc.
- — Pour la Biographie : les beaux travaux de Ant.-Aug. Renouard, sur les Aide et les Estienne, etc.
- — Enfin, pour les Beaux - Arts : L’Art moderne en Allemagne, par le comte Raczynski, et Y Histoire des Peintres de toutes les écoles, ouvrage orné de nombreuses gravures sur bois, dont on admire la magnifique exécution et l’extrême bon marché. Cette publication, une des plus belles de la librairie moderne, très-recherchée par tous les pays, et déjà contrefaite en Allemagne, au moyen d’un décalcage frauduleux des planches, ne peut manquer de fixer l’attention de MM. les membres du Jury d’examen.
- — Puisque nous avons inséré le nom de Guibert, nos lecteurs nous sauront gré de leur annoncer que le Diotionnaire géographique poursuit ses éclatants succès. On sait qu’Adrien Guibert était doué des qualités qui sont nécesaires au Géographe'et au Statisticien; à la curiosité, au zèle, à l'amour du savoir, il joignaitla conscience, l’instinct des sources et des origines, la patience dans les recherches, et, enfin, les connaissances toutes spéciales du Lexicographe et du Polyglotte. Il a consacré plus de dix ans d’une vie laborieuse à la rédaction et à la publication de son nouveau Dictionnaire Géographique et Statistique; il s’était concilié l’estime des savants distingués auxquels il avait communiqué ses travaux, et dont il avait recherché l’appui. M. Jornard, protecteur du mérite inconnu, le soutenait de ses encouragements, de sa bienveillante amitié.
- La mort a surpris Adrien Guibert dans la force de l’âge, et ne lui a pas même permis d’accomplir la tâche qu’il s’était imposée; épuisé par ce travail, qu’il avait entrepris avec ardeur et qu’il aimait avec une passion qui a longtemps soutenu ses forces, il a succombé pendant l’impression de l’ouvrage, au grand regret de tous ceux qui l’ont connu, et sans avoir joui du succès dû à son mérite et à sa persévérance. Un collaborateur assidu, M. F. Dessenne a bien voulu se charger de mettre la dernière main à la rédaction de la fin du Dictionnaire, remplissant ainsi les intentions de Guibert, qui, dans la prévision d’une mort prématurée, l’avait initié depuis longtemps à tous ses travaux et lui avait confié les immenses documents recueillis par son oeuvre.
- Une table des Étymologies, due au savant Malte-brun, jette un certain jour sur les origines, et donne débattrait à l’étude des mo s composés, qui forment la plupart des noms géographiques; elle est accompagnée d’une table de prononciation, qui n’est pas inutile pour éviter le double écueil d’une prononciation pédantesque ou ridicule des noms étrangers. —Enfin une table de renvois reportée à la fin du livre comprend une série nombreuse de noms secondaires rarement usités mais que l’on rencontre encore.
- Les Éditeurs avaient aussi une tâche difficile à remplir; par le choix et l’opposition des caractères, par le soin apporté à l’impression, par les tables de renvois et d’abréviations, etc., ils se sont efforcés de contribuer à la facilité des recherches dans les 2,000 pages de cet immense répertoire; et en même temps, par une disposition compacte du texte, qui n’exclut pas une grande clarté, ils ont fait entrer dans un seul volume la matière de 25 à 30 volumes ordinaires, et mis ainsi à la portée de tout le monde une masse considérable de faits recueillis à grand peine sur tous les points du globe et puisés aux sources les plus nouvelles et les plus authentiques.
- (Loir aux annonces.)
- — Un nouvel établissement, destiné à la fois aux , affaires et aux plaisirs, est sur le point d’être livré
- 223
- au public. Nous voulons parler des bazars et des salles d’exhibition de Hungerford-Hall, qui viennent de s’élever comme par enchantement au centre de Hungerford et Ilarkes, sous l’habile direction de l’architecte M. Dankes, et par les soins de MM. Piper frères, entrepreneurs de bâtiments.
- Nous avons été admis à visiter cet établissement, et nous en avons admiré la disposition, qui permettra désormais à la foule si considérable, qui se rend chaque jour de Charing-Cross aux nombreux bateaux à vapeur desservant la Tamise et au pont suspendu de Hungerford, et vice versa, de faire le trajet à travers de riches bazars parfaitement éclairés, et où seront exposés à l’attention du public les produits du travail de toutes les nations et des œuvres d’art sous toutes les formes. Nous pensons qu’aucune localité, dans Londres, ne pouvait offrir d’aussi grands avantages pour la vente des marchandises ou objets d’art qui y seront exposés; ce passage étant le point le plus fréquenté de toute la capitale , aussi bien pour les affaires que pour la promenade.
- A ce précieux et tout à fait spécial avantage, les propriétaires de Hungerford-IIall ont, par d’habiles combinaisons, su ajouter de nouveaux éléments d’intérêt et de plaisir, en ménageant, au centre même de leurs vastes constructions, deux salles, une pour la production des œuvres de M Bouton, le célèbre artiste français qui a été le véritable créateur du genre merveilleux des dioramas, et la seconde, destinée à représenter l’œuvre capitale à laquelle, depuis près de trente ans, le professeur de Waldeck a consacré son talent et ses efforts, et qui doit être exhibée sous le titre de : Illusions opticai.es. Tous ceux qui ont obtenu la faveur de voir à l’avance les tableaux de M. de Waldeck, prédisent le plus grand succès à cette exhibition qui sera tout à fait exceptionnelle , et sans aucune concurrence du même genre, dans quelque ville que ce soit.
- Les nombreux spectateurs qu’attireront nécessairement ces exhibitions si recherchées en Angleterre, augmenteront et entretiendront continuellement la foule dans les bazars de Hungerford-IIall, et deviendront un élément de bonne fortune pour les exposants. Aussi cette entreprise nous paraît-elle offrir toutes les conditions qui doivent en assurer la prospérité.
- — Malgré tous les détails qui "ont été donnés au public, beaucoup de personnes se demandent encore comment une société va pouvoir donner trente jours de plaisirs à qui lui donnera quinze francs. Il n’y a qu’à relire la lettre du gérant pour s’expliquer cette combinaison, et en comprendre, tout de suite, le procédé ; celui des associations à l’aide desquelles on arrive au bon marché pour tout le monde, où chacun se trouve en même temps fonder et profiter, tout de suite, de ce qu’il fonde. Est-ce parce que cette société promet des plaisirs certains, et non des bénéfices douteux, que la confiance lui manquerait? Il n’y aurait qu’une chose à répondre. : c’est que dès aujourd’hui, c’est-à-dire avant l’époque fixée pour J’émission des cartes, qui est le 10 août courant, te gérant de la société a déjà reçu assez de demandes pour avoir effectué un versement de dix mille francs à la banque de France; car, comme on le sait, les fonds des actionnaires seront scrupuleusement, et au fur et à mesure, qu’ils seront reçus, versés à la banque de France.
- — ------—- -"n«rfV^<>lnirrTi»iïi——-------
- CORRESPONDANCE,
- M. D..., à Constantinople. C’est impossible quant à présent.
- M. J.-P. A..., à Saint-Rémy (Bouches-du-Rhône). Quand vous aurez complété votre travail, nous l’analyserons. Il vous reste à traiter la partie technologique, la plus importante pour nous.
- M. le comte de R..., au château de ***, près Mâcon. Vous recevrez incessamment une épreuve de votre dessin.
- M. G. d’Az..., au château d’A..., près lemontSaint-Yincent ( Saône-et-Loire ). Veuillez nous donner quelques détails de plus sur l’historique de la découverte dont vous nous parlez.
- M. I. II..., à Coire ( Suisse ). Nous avons reçu de plusieurs personnes des renseignements sur l’industrie dont vous nous parlez; mais ils sont encore incomplets. Si vous avez des détails statistiques, veuillez nous les adresser.
- M. P. de G..., à Mamers. Vous avez dû voir dans nos conditions d’abonnements que, moyennant i2 fr SO c., on peut avoir la collection antérieure au Ier août, et que moyennant la même somme, les abonnés actuels peuvent obtenir une prorogation d’abonnement jusqu’au 1er août im>2, Donc il y a parité entre les uns et les autres.
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- GEOGRAPHIQUE ET STATISTIQUE,
- RÉDIGÉ SUR UN PLAN ENTIÈREMENT NOUVEAU, PAR ADRIEN GUIBERT.
- Comprenant : la GÉOGRAPHIE POLITIQUE, ainsi, pour chaque Etat, sa dénomination dans la langue du pays et dans les divers idiomes de l’Europe, aux différentes
- ritoire, des autorités gouvernementales et administratives, des magistratures de tous degrés ; la nomenclature des provinces ou grandes divisions territoriales, etc. — la GË0GRPH1E PHYSIQUE, ainsi : la descripiion topographique et géologique des montagnes, la description des mers et des lacs, la profondeur, température composition de leurs eaux, leurs courants, les vents qui régnent à la surface, le mouvement commercial qu’elles facilitent; les cours d’eau, leur étendue, leur pente, leur volume, la superficie de leur bassin, la nomenclature des localités qu’ils baignent, des affluents qu’ils reçoivent, l’étendue de leur flottage et de leur navigation, le mouvement et la nature de leur commerce, etc.— la STATISTIQUE de l’industrie, du commerce et de l’agriculture, ainsi : les chiffres de l’aréa des terres susceptibles de cultuie ou cultivées, la division du sol selon ses produits, la quantité des produits, la consommation du pays, l’état de l’élève, l’état de l’industrie minérale et manufacturière, le mouvement d’entrée et de sortie des ports, la traduction et comparaison des poids et mesures et monnaies, etc. — Enfin la Description ou mention de tous les lieux qui pré-
- et admis pour les Bibliothèques des Lycées et Collèges, par délibération en date du 2 août \ 880.
- sentent un intérêt historique, pittoresque ou artistique quelconque. OUVRAGE?AUTORISÉ PAR LEjCONSEIL DE L’UNIVERSITÉ, e
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- NUMÉRO 4 5. ADMINISTRATION : A PARIS, PASSAGE JOUFFROY, 24. — A LONDRES, 2, CATHERINE-STREET STRAND. SAMEDI 16 AOUT 1851.
- LE PALAIS
- JOURNAL ILLUSTRÉ DE L’EXPOSITION DE 1851 ET DU PROGRÈS DES ARTS INDUSTRIELS.
- ABONNEMENTS pour Paris et les Départements : un an , 25 francs. — 6 mois , 12 fr. 50 c. — Étranger, un an , 30 fr. —6 mois , 15 fr.
- (L'Abonnement part du 1er août. — Collection antérieure : tZ fr. 50 c. brocliée.)
- SOMMAIRE.
- Nouvelles conditions d’abonné-ment au Palais de Cristal. —
- Bulletin industriel : I. Réforme de la loi de 1844. — H. Bill des brevets en Angleterre, — L’Espagne à l’Exposition. - Exposition de Londres, par M. Jobard---De la
- Russie industrielle (4e art.), par M. Bellegarrigue.— Rapport de M. Michel Chevalier.— Courrier de Paris et de Londres.— Lettre de M. Dupin.— Réponse du prince Albert. — Académie des Arts et Métiers. — Chronique de l’Exposition. — Correspondance.
- DU PRINCE D E MID 0 F F
- (de Saint-Pétersbourg.)
- La malachite est une pierre verte et opaque dont il est inutile de donner ici l’analyse scientifique. Ce jaspe se trouve ordinairement par fragments de médiocre grandeur dans les mines de cuivre, et c’est à l’oxide de ce métal que la malachite doit, tout à la fois, et sa couleur et sa dureté.
- Le prince Demidoif, dont les possessions minérales fournissent en abondance des particules de cette précieuse substance, l’a fait élaborer à grands frais dans sa manufacture de Saint-Pétersbourg, et, en liant entre elles les nombreuses fractions recueillies, il a obtenu des blocs susceptibles de prendre des formes de la plus grande dimension. Sa contribution à l’exposition de Londres témoigne de ce lait.
- Cette contribution se compose: 1°d’uneporte dont il a déjà été parlé dans ce journal; cette porte ayant quatorze pieds et demi d’élévation sur sept de largeur, est évaluée à 6,000 livres sterlings(150,000 fr.);
- 2° d’une cheminée portant quatre pieds trois douces de haut sur six
- SVIS
- Vase eu malachite du priuce Demidoif (de SuinDPétersbourg)
- DESSINS.
- Vase en malachite. — Buffet de luxe.—La dague de Tolède.— La jeune fille au cerceau. — Pièce de coiffure, par M. Le-monnier. — Parure de corsage, id. — Bouquet, id.—Candélabre.—Chasse au sanglier. — Grand vase en porcelaine. —Epée du duc d’Alba.—Fourreau de l’épée.— Pièces d’orfèvrerie russe.—Atelier lithographique de M. Lemercier. — Caissons exposés par l’Imprimerie nationale.
- pieds huit pouces de large, et valant 1,600 livres (40,000 fr.);
- 3° Trois tables à écrire ou bureaux de différentes formes, valant ensemble 30,000 fr.;
- 4° Deux tables rondes de petite dimension, cotées 14,000 fr.;
- 5° Six chaises valant 3,000 fr. chacune;
- 6° Deux fauteuils de 4,000 fr. chacun;
- 7° Quatre grands vases dont le prix varie de 50 à 80,000 fr. chacun (celui qui est représenté par le dessin ci-joint est coté 80,000 fr.);
- 8° Yingt-deux poids à livres de bibliothèque variant de 150 à 250 fr. chacune;
- 9° Douze poids à papier portant divers sujets sculptés, et variant de 200 à 1,000 fr. chacun ;
- 10° Trois piédestaux dont deux portent le buste de Pierre le Grand et le troisième celui de Charles XII, cotés de 400 à 1,000 fr. chacun ;
- 11° Une pendule de 6,400 fr.;
- 12° Deux chevaux du baron Klott cotés 2,800 fr.;
- 13° Et plusieurs morceaux bruts de malachite mêlés à des fragments d’or natif et de platine, le tout servant de specimen aux richesses minéralogiques de l’exposant.
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- LE PALAIS DE CRISTAL-
- Nouvelles conditions (rationnement.
- Au journal LE PALAIS DE CRISTAL.
- A partir du 1er août courant, le prix de l’abonnement est fixé de la manière suivante :
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- Nota — En adressant franco un mandat de 12 fr. 50 c. à l’ordre du gérant, les abonnés pour la durée de l’Exposition, recevront le journal jusqu’au 1er août 1852. Pour les nouveaux Abonnés, collection antérieure au 1er août, 12 fr. 50 c (Ajouter 2 fr. ou 3 fr. 50 c. pour la prime).
- BULLETIN INDUSTRIEL.
- I.
- RÉFORME DE LA LOI DE I 844.
- Ainsi que nous l’annoncions dans notre dernier numéro, T agitation pacifique que nous provoquons fait de rapides progrès. De toutes parts, nous recevons des adhésions ferventes: l’Industrie veut enfin être délivrée des entraves qui l’étreignent; elle sent que la législation qui la régit ne peut subsister plus longtemps : Les adversaires les plus décidés des droits imprescriptibles du génie et du travail, commencent à porter leurs réflexions sur une question brûlante ; ils dédaignaient le droit de la propriété intellectuelle ; ils se refusaient à en examiner à fond le principe; ils méconnaissaient l’influence salutaire qui devait nécessairement s’exercer sur les produits moraux et matériels de ce travail vivifiant de l’invention qui s’éteint dans la lutte et qui peut s’illuminer dans le triomphe. Nous recevons des adhésions de la part de publicistes qui, jusqu’à ce jour, ne consentaient même pas à s’éclairer ; en un mot, la réforme des vieux préjugés, des vieilles traditions, des vieilles lois se prépare : elle se fera.
- Au commencement du mois d’octobre prochain, la question sera mise à l’ordre du jour, non pas à l’état de spéculation stérile, mais comme projet définitif de loi sur la propriété intellectuelle : et quand des esprits supérieurs, quand des hommes, appartenant à toutes les branches de l’industrie moderne, viendront enfin discuter courageusement, hardiment, sans réserve, une loi qui renferme le salut des producteurs les plus utiles pour l’humanité, il est probable, il est certain que les pouvoirs se décideront à leur tour, à se laisser saisir de cette question qui, si elle triomphe, peut, nous le répétons parce que nous en sommes convaincus, donner un nouvel élan à l’industrie, c’est-à-dire à la production, au génie, à l’économie, au bien-être universel.
- Eh ! que l’on ne croie pas que nous nous fassions illusion. Nous savons que nous avons affaire à des incrédules : Nous nous attendons aux criailleries de certains économistes, qui prennent leurs chiffres pour vérités évangéliques, et qui ont formé contre le progrès une camarilla entêtée, renfermée dans la citadelle de leurs doctrines, et se croyant forts parce que l’on ne daigne pas les attaquer. Que le jour de la discussion arrive ; on ne les retrouvera plus. Les inventeurs ! il n’en parlaient qu’avec des sarcasmes : mais le génie marche toujours; et plus ses droits deviendront forts, plus les sarcasmes perdront de leur à-propos ; peut-être, à leur tour, les économistes viendront-ils réclamer un brevet qu’on leur accordera pour avoir inventé la courte échelle des grandeurs qu’ils se sont faite à eux-mêmes et qui les a fait monter les uns sur les autres au faîte des honneurs, où du reste, une fois arrivés, ils se sont empressés de ne plus rien chiffrer, de ne plus parler de leurs calculs, et se sont bien gardés surtout de faire, en quoi que ce soit, l’application de ces grandes théories vides et impraticables dont ils se sont
- servi pour parvenir, et qu’ils ont reniées du moment où ils sont parvenus.
- Nous avons assisté, hier, à la séance du Comité des inventeurs et des artistes industriels ; et là, en présence de nos collègues, parmi lesquels se trouvait M. Jobard (de Bruxelles) qui, pendant son séjour momentané à Paris, assiste assiduement à nos travaux, la question de notre meeting d’octobre s’est agitée. Nous faisons appel à tous les hommes qui veulent, comme nous, une réforme radicale de la loi de 1844 : Préparons nous à la discussion.
- Afin de ne pas perdre un temps précieux, nous aurons, avant les séances qui seront consacrées à la discussi on ^ élaboré un projet de loi qui sera distribué le premier jour. Si des modifications, si des amendements sont proposés, ils devront se produire lors des débats, qui s’ouvriront dans la seconde séance : mais, d’ici là, nous convions nos lecteurs et le corps si nombreux des inventeurs, des artistes, des littérateurs, qui sentent tout l’intérêt de cette grande question, de nous adresser leurs observations, leurs projets, leurs adhésions. Déjà, nous en avons en réserve un grand nombre ; et, à cet égard, un mot est nécessaire :
- En France on a l’habitude, déplorable selon nous, de ne rien faire tant que les pouvoirs organisés ne sont pas saisis d’une question. En Angleterre, on prépare dans le calme, au milieu des préoccupations des hommes politiques et des législateurs, des travaux qui leur viennent en aide, se présentent à leurs yeux comme autant d’enquêtes utiles à l’élaboration des lois, sont l’écho de l’opinion publique, rectifient, de cette sorte, les erreurs qui pourraient prendre crédit dans le sein du Parlement.
- Il se passe, chez nos voisins, en matière législative, ce qui se pratique en matière de désordre; on n’a pas idée, chez nous, deces réunions-monstresquelesAn-glais ont coutume de provoquer, lorsqu’il se présente une question d’intérêt public à discuter. En France, l’émeute, et peut-être une révolution s’en suivrait; l’aspect seul de ces masses réunies suffirait pour effrayer les esprits, et de l’effroi des spectateurs naîtrait, sans doute, l’audace des acteurs. Le flot révolutionnaire grandirait ; et au lieu d’une réunion d’hommes se préparant à une discussion utile et sage , on serait tout surpris de voir s’amonceler des vagues d’hommes ardents, prompts à briser ce qui se trouverait sur leur passage ; le but même de ces réunions serait oublié. Il faut, chez nous, des masses de troupes pour contenir des masses d’hommes sans armes : En Angleterre, le sentiment de l’ordre est tel, que chaque citoyen se fait, de lui-même, le gardien de l’ordre général; et la loi qui donne, dans tous les pays, le droit de contenir et d’arrêter un turbulent s’applique en Angleterre, pendant qu’elle n’est, chez nous, qu’une lettre morte. Chez nos voisins, pas de police occulte, pas de ces moyens secrets, cachés, soupçonneux, qui jettent dans les populations le germe de la défiance et des calomnies. Tous les amis de l’ordre se tiennent par la main, au grand jour ; et c’est ainsi que, sans danger, sans désordre,, les meetings, les hustings (réunions d’électeurs), les fêtes publiques, ne sont pour le pouvoir l’objet d’aucune crainte, et ne causent aucune levée de troupes.
- En matière législative cette merveilleuse faculté de pouvoir réunir sur un seul point les intéressés pour discuter la question, qui sera bientôt à l’ordre du jour, rend un double service à la loi même en discussion ; le législateur et le pays sont ainsi, par le fait, en communication permanente de pensée et d’efforts dans un but commun. L’enquête est continuelle; la loi se fait alors, non plus alors par surprise, au pas de course d’une discussion sans examen, comme presque toutes les lois spéciales, mais sous l’influence de ces lumières qui se répandent du dehors au-dedans, qui viennent, dans les hésitations de législateurs quelquefois incompétents, les décider au nom des intéressés, dont la voix est entendue parce qu’elle est modérée et pleine de réserve; et c’est ainsi, comme on le verra plus loin, à propos de la loi des brevets qui vient d’être ajournée par le Parlement, après avoir été adoptée, que les exigences légitimes de l’opinion viennent changer complètement les prémisses d’une discussion, et souvent même les décisions prises par le législateur.
- Si nous avous donné à notre pensée quelque développement, ce n’est pas sans motif.
- Nous désirons faire, à l’occasion de la réforme salutaire que nous poursuivons, une tentative de ces enquêtes raisonnables, sensées, et tout à la fois effi-
- caces et puissantes, que nos voisins savent produire avec tant de succès. Dans une question de cette nature, qui a pour base le travail, l’ordre, la conservation des intérêts sacrés d’une propriété respectable à l’égal de la propriété immobilière, nous aurons le concours des amis de la tranquillité publique; et notre discussion, soyons-en sûrs, s’ouvrira et se maintiendra dans le calme le plus absolu.
- Il nous reste maintenant à en préparer les éléments.
- Nous avons, dans nos numéros précédents (voiries nos 8 à J 4) exposé nos principes, et formulé en partie nos projets. Nous appelons l’attention de nos lecteurs sur plusieurs points très-importants du programme de la discussion qui s’ouvrira, et à laquelle nous leur demandons de venir prendre part.
- Nous leur présentons ici, sous forme de questions à résoudre, les différents points sur lesquels devra rouler la discussion, et qui d’avance doivent, en les préoccupant, provoquer de leur part des observations que nous leur demandons de nous adresser, afin qu’au jour de la discussion générale, un rapport en soit fait, et que le projet définitif qui sera proposé, puis adopté, réponde bien aux vœux des inventeurs, des artistes et des littérateurs.
- § Ier. — Toute bonne loi doit reposer sur l’interprétation saine, sensée, claire et sans ambages, du principe qui la dicte. Or, selon nous, la définition de I’Invention n’est pas encore faite dans nos lois, selon les progrès qui sont faits chaque jour.
- § 2.—Dans notre pensée, la durée des brevets est la question fondamentale de la sécurité publique : Plus le droit sera fortement garanti, plus le génie produira à l’aise, et trouvant dans cette garantie un élément de fortune matérielle, plus il se développera et plus l’humanité profitera de cette production, de ce travail incessant du génie.
- Ici les droits de la société se présentent à leur tour, et contre la garantie qu’elle assure, la société demande l’équivalent de la sauvegarde que l’inventeur lui doit. C’est une question de transaction ou d’équilibre.
- § 3. L’industrie, pour être prospère, doit repousser tous les moyens illicites ou félons ; elle doit conquérir dans le monde, sur les marchés du globe, une réputation de probité intacte. U ne faut pas que les œuvres faites avec loyauté souffrent de la déloyauté avec laquelle certains produits usurpent leurs noms sur les places où le commerce français n’occupe pas le rang qu’il devrait occuper. Il faut que le discrédit qu’entraîne la calomnie desfausses marques fasse place au crédit légitime dont jouirait l’industrie française, qui trouve des ennemis dans ses contrefacteurs, surtout à l’étranger, où la contrefaçon sait prendre le titre même de l’original.
- g 4. Il faut s’entendre sur le mot de propriété; examiner de quelle part doit venir la consécration du droit; voir si Y examen préalable, cette odieuse sujétion qui n’a que le caprice et l’ignorance pour guide peut être adopté pour régulateur de ce droit sacré.
- Cela fait, il convient de manifester confiance et respect pour les tribunaux5, en ce qui concerne leur compétence sur la question de la propriété en général, et ne rien faire qui puisse affaiblir leur juridiction, qui doit être le fondement delà loi sur ces matières ; mais on doit examiner si, pour être guidés dans les questions en litige sur les droits de l’inventeur, il n’est pas convenable, et même absolument •nécessaire, de donner aux tribunaux ordinaires des Conseils spéciaux, composés d’hommes compétents, qui puissent éclairer les magistrats sur les questions techniques, en sorte que l’enquête sur ce point ne soit pas seulement facultative, mais obligatoire.
- g 5. Un des points les plus délicats sur cette matière, une des préoccupations les plus vives de notre esprit, c’est la nécessité de provoquer, de la part des nations étrangères, l’examen international de cette grande question. La propriété intellectuelle a ses plus ardents ennemis à l’étranger. La contrefaçon y règne impudemment ; et certes, cette piraterie officielle, ce vol accrédité, passé dans les rangs du commerce, cette industrie qui a su donner à l’escopette du bandit la forme d’une arme de légitime défense, n’est pas une des monstruosités les moins curieuses de notre siècle. 11 faut bien pourtant arriver à la briser dans les mains de ceux, qui la manient si habilement. 11 faut donc arriver bientôt à appeler, par voie de conventions internationales, les Etats étran-
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- gers à la discussion et à la garantie des droits de la propriété intellectuelle.
- En résumé , voici les questions que nous prions nos adhérents d’élaborer et dont nous poursuivons la solution :
- lre jQuestion . Définir I’invention, ses droits; sa division sous le rapport littéraire, artistique et industriel ;
- 2e Question Est-ce au principe de la pérennité que l’on doit accorder la préférence? Tout Brevet doit-il être soumis aux lois ordinaires de l’expropriation pour cause d’utilité publique, sauf arrangement amiable?
- 3e Question . Quels sont les moyens les plus propres à sauver le commerce et l’industrie des conséquences de la marque facultative, de l’absence de marques d’origine, et des fausses marques de fabrique?
- 4e Question .• Quels dangers résulteraient de Y examen préalable des inventions, et quelle espèce de conseils ou de comités consultatifs les tribunaux seraient-ils dans l’obligation de consulter préalablement , avant de faire droit?
- 5e Question : Quels voies et moyens à suivre, par conventions internationales, pour établir l’unité de législation en matière de propriété intellectuelle, et pour garantir les droits des littérateurs, artistes et inventeurs contre la piraterie de la contrefaçon?
- Telles sont, très-succinctement, les différentes questions que nous proposons à nos lecteurs, en les priant de préparer leur solution : et d’ici à la convocation des intéressés pour la discussion , nous aurons préparé un projet de loi complet et définitif, qui servira de base au travail général pour lequel nous demandons le concours énergique et réel des littérateurs, des artistes et des inventeurs qui ont quelque souci des garanties légitimes que réclame la propriété intellectuelle.
- II.
- BILL DES BREVETS D’INVENTION EN ANGLETERRE. — INCIDENT IMPORTANT. — AJOURNEMENT.
- Ainsi que nous l’avons prévu, la Chambre des communes n’a pas voulu conspirer, avec la Chambre des lords, la perte de l’Industrie anglaise, et le bill, déjà compromis par les observations que la presse a fait faire aux lords, vient d’éprouver un échec dont, nous l’espérons bien, il ne se relèvera pas de si tôt.
- Nous pouvons dire, comme M. de Rémusat le disait en d’autres temps : « Le bill est enterré. »
- Quelques mots sur l’étrange destinée de cette loi :
- Lord Brougham avait pris, en son nom, l’initiative de la réforme de la loi des Patents, et lord Granville paraissait donner son concours à l’ancien chancelier de la Grande-Bretagne, dont les idées libérales sont connues. Mais, contre toute attente, lord Granville, après avoir présenté un premier bill qui diminuait les taxes imposées aux inventeurs, est venu tout à coup, inopinément, substituer à ce bill des mesures étranges contre lesquelles la presse anglaise a dû se soulever.
- C’est ainsi qu’il a voulu substituer, dans le bill n° 2, Y examen-préalable au principe du non-examen ; puis il a ajouté, dans un bill n° 3, l’exclusion des colonies.
- Les journaux anglais n’ont pas été seuls à se soulever contre ces étranges dispositions.
- Une assemblée générale des membres de 1'Association pour la protection et la réforme de la propriété des patentes, a protesté en disant que, sous le prétexte de réformer l’ancienne loi, ce bill aurait un effet directement contraire, at:endu qu’il introduit un système d’inquisition (l’examen préalable), inquisition inutile, irréalisable et livrant les inventeurs à des difficultés et des risques de toute nature;
- Que ce bill, en exiluanl les colonies du droit aux patentes, porte atteinte à la prérogative de la couronne et aux progrès de l’industrie dans ces mêmes colonies, etc., etc.
- Lord Granville avait donné pour motif de sa motion finale l’opinion de personnages qui jouissent, en Angleterre, d’un certain crédit; tels que MM. Cubitt, Brunei, Ricardo, colonel Reid, Favrie, Romilly, le dernier altornev-général.
- Mais, malgré l’opinion de ces personnages incompétents, du réste, en ces matières, il est arrivé, il y a deux jours, ce qui devait se produire, à savoir : une pression nécessaire de l’opinion publique sur les membres de la Ghambre des lords. La Cham-
- bre des communes avait renvoyé le projet de loi aux lords à l’occasion d’une question de détail. 11 s’agissait de mesures à prendre dans lesquelles le chancelier d’Angleterre doit intervenir. Or, on a demandé au lord chancelier lui-même s’il avait été consulté sur le bill; et, au grand étonnement de la Chambre des lords, il a répondu que non. Cette réponse a vivement ému l’assemblée qui a prononcé l’ajournement du bill, au moment même où l’on en redoutait l’adoption définitive.
- Le Parlement anglais s’est séparé, comme chacun sait, il y a quelques jours : par conséquent, le bill ne peut revenir désormais qu’à la rentrée delà session ; d’ici là, il faut espérer que le travail de l’opinion sera complètement accompli, et que le bill sera rejeté pour faire place à une loi plus en harmonie avec les progrès actuels et les principes de sécurité qui doivent protéger le génie.
- alexanube Lava,
- Rédacteur en chef, avocat à la Cour d’appel de Paris.
- L’ESPAGNE A L’EXPOSITION.
- La Péninsule ibérique qui, comme l’histoire en témoigne, s’est successivement montrée savante, littéraire, artistique, maritime et guerrière, a eu aussi sa gloire industrielle, pendant que les nations qui brillent aujourd’hui dans cette voie dormaient du sommeil inerte des peuples sans génie. Le Portugal, Espagnol lui-même, a souvent rencontré sa sœur rivale sur la route du Congo, de Daman, de Goa, de Macao, et les descendants dégénérés d’Aîbuquerque se souviennent encore de la puissante concurrence que leur faisaient les armateurs de Cadix sur les côtes de Mozambique.
- Les manufactures espagnoles avaient pris, avant l’expédition de Christophe Colomb, un développement qui, bien que borné par rapport aux limites de la consommation et aux rares marchés alors existants dans le monde, n’en promettait pas moins un brillant avenir à cette nation favorisée d’un terrain fertile et d’un climat généreux; mais la découverte du Nouveau-Monde vint interrompre brusquement la carrière laborieuse des intelligents élèves des Maures de Grenade : à l’aspect des riches mines de Popayan et du Pérou, l’Espagne croisa ses bras en signe d’admiration; son agriculture, ses tissages, et tout ce qui avait réclamé la double action de la pensée et de la main-d’œuvre, de l’art et de l’industrie, fut sacrifié au dieu nouveau ; l’Espagne tout entière rêva d'or, comme si elle eut dû en manger et s’eff vêtir. Cette soif du métal éteignit chez elle le génie des productions utiles, civilisatrices et durables; pendant qu’elle glanait dans l’El Dorado, ses champs tombèrent en friche, ses usines se démolirent, et, pour avoir eu tout l’or du Nouveau-Monde, elle fut complètement ruinée.
- Nous insisterons un instant sur ce phénomène économique, dont le signalement n’est pas hors de propos dans cette publication affectée à la raison des richesses et de l’illustration des peuples. Aussi bien est-ce une erreur encore trop généralement accréditée que cette opinion qui consiste à placer le symbole au-dessus du fait, à proclamer l’or supérieur au produit de l’atelier.
- L’Espagne a pendant longtemps monopolisé l’Amérique métallique. Avant de circuler en France, en Angleterre, en Allemagne, les métaux précieux du continent transatlantique sont passés par l’Espagne; conformément à la donnée vulgaire, l’Espagne était donc, alors, la nation brillante, prospère et riche par excellence. Mais voici quel était le sens réel de cette fausse situation :
- Pendant que les Espagnols, nageant dans la finance et pouvant payer en métal tous les objets manufacturés nécessaires à leur consommation, ne daignaient point, ou plutôt ne daignaient plus, en vrais millionnaires qu’ils étaient, mettre la main à l’œuvre, les autres nations de l’Europe se livrèrent au travail de la confection, et apportèrent soit en Espagne, soit dans les pays explorés par elle, le produit de leurs manufactures, et commencèrent de cette sorte à s’approprier, par l’échange, la principale et désormais la seule richessse de la Péninsule.
- L’Espagne, il est généreux et juste de l’en remercier, a été la cause essentielle de beaucoup de fondations industrielles et artistiques en France, en Angleterre et en Allemagne; car, tant qu’elle a eu de l’or, son luxe s’est maintenu sur un pied fastueux : or, comme nous l’avons dit, elle ne travaillait plus, elle faisait travailler; mais, en faisant travailler à force d’or, elle enrichissait naturelle-
- ment les travailleurs, c’est-à-dire les étrangers; elle les enrichissait à un double titre : premièrement, en donnant lieu à la fondation de leurs établissements industriels, propriétés durables, sources de produits, et, par-conséquent, de rentes; et, secondement, en leur transmettant sa monnaie en échange de leurs objets manufacturés; par contre, elle, s’acheminait vers la ruine, puisque, devenant paresseuse, d’un côté, elle dépensait, d’autre part, tout son argent.
- En fin de compte, l’or espagnol s’amassant dans le nord de l’Europe par le fait des échanges qui s’opéraient entre la monnaie espagnole et les produits français, anglais et allemands, il en est résulté, à titre forcé, que toute la richesse métallique de la Péninsule est passée en France, en Angleterre, en Allemagne, sans compter que ces nations se sont trouvées avoir, de plus, leurs établissements industriels et leurs habitudes laborieuses, au moment précis où l’Espagne, accoutumée à l’oisiveté, privée de manufactures et à court d’argent, tombait dans la misère la plus profonde.
- Il est donc bien connu que l’or du Nouveau-Monde, en éblouissant l’Espaghe au point de lui faire perdre de vue que toute vraie richesse est dans l’industrie, a été la première cause de sa ruine; il reste non moins bien constaté que cet or, en remplissant un rôle inverse à l’égard des autres nations, c’est-à-dire en leur signalant l’industrie comme le levier essentiel de la richesse solide, a positivement déterminé la prospérité dont elles jouissent dans ce moment.
- A la suite du désappointement que lui occasionna l’erreur dans laquelle son système économique l’avait engagée, l’Espagne est restée longtemps abattue ; des malheurs sans nombre sont venus l’assaillir ; les guerres civiles, fruits de la paresse et du mécontentement qu’elle crée , le despotisme, résultat inévitable des révolutions, ont ensanglauté son sol, compromis la sécurité des rapports sociaux et supprimé , chez cette nation, jusqu’à la possibilité du travail.
- Déjà, cependant, la lumière se fait dans ce pays comme partout. Après un demi siècle de combats incessants, de luttes fratricides et de secousses de toute sorte, l’Espagne se relève et nous nous réjouissons de la trouver dans le concours universel de l’illustration du monde; c’est avec quelqu’émotion que nous fixons nos regards sur la place qu’occupe cette vieille gloire de la vieille Europe parmi les peuples pacifiquement assemblés dans le chef-lieu industriel du globe.
- Elle n’apporte pas des présents hors ligne ; mais elle montre l’indépendance de son allure et la générosité de ses ressources. Sa présence à l’Exposition est déjà un fait considérable ; les efforts que cette malheureuse nation à dû faire pour surmonter les obstacles multiples qui comprimaient ses instincts utilitaires sont presque inconcevablés ; la difficulté n’est pas dans le progrès, elle réside toute entière dans le fait de marcher, malgré les entraves, et de rendre ainsi les entraves nuiles ; c’est ce qu’a réalisé la nation espagnole; chez elle tout enraiement est à peu près supprimé, et cette suppression ne provient point d’une source révolutionnaire, elle dérive du principe puissant de la raison publique.
- Nous nous proposons, de consacrer quelques articles à l’exposition Espagnole ; nous publierons un apperçu de tout ce qui la concerne dans le temple de l’industrie. Les renseignements, à cet égard, ne nous manquerons pas, car nous sommes assez heureux pour avoir été mis en rapport direct avec le savant commissaire que le gouvernement de Madrid a eu le bon esprit d’envoyer à Londres. M. Ramon de la Sagra a déjà publié des notes précieuses, dont la presse, tant anglaise que française, s’est emparée avec empressement. Nous croyons pouvoir compter sur l’obligeance du commissaire espagnol, en ce qui touche l’insertion dans le Palais de Cristal, de quelques notes extraites de son riche portefeuille.
- Avant d’entrer en matière, nous mentionnerons un fait qui honore le gouvernement espagnol ; on nous assure que presque tous les objets qui figurent dans la galerie espagnole ont été réunis, expédiés et placés aux frais du Trésor. Nous pouvons ajouter que les encouragements que reçoivent dans la Péninsule les arts, l’industrie et l’instruction publique, ne peuvent que favoriser l’élan de cette nation vers les travaux utiles, que l’accroissement et l’amélioration des voies de communication avaient déjà considérablement aidés.
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- LE PALAIS DE CRISTAL
- BUFFFET, par MM. Howard et fils de Londres.
- Les fabricants de meubles qui ont emporté la palme à l’Exposition de Londres, sont ceux de France et d’Autriche : c’est le cri général. Cependant, les Anglais se sont, distingués, de leur côté
- Buffet, par MM. Iloward et fils, de Londres.
- La Dague de Tolède. (Voir la notice page 233.)
- sinon par l’élégance de l’œuvre, du moins par la richesse des ornementations ; et, à cet égard, nous signalerons à nos lecteurs le beau buffet de MM. Howard et fils, de Londres. On sait qu’en Angleterre le mobilier des salles à manger est
- d’un luxe éblouissant. Avec un peu plus de goût et d’art, nos voisins peuvent partager avec nous le premier rang, et surtout s’ils s’approvisionnent des bois merveilleux que leur donnent leurs colonies des Indes-Orientales.
- Lu Jeu nu liilu au cerceau de Ai. Weecks, de Londres.
- LA JEUNE FILLE AU CERCEAU,
- DE m. weecks,
- (De Londres).
- Cette délicieuse sculpture porte admirablement son caractère et pourrait, au besoin, se passer d’explication. C’est une jeune personne arrivée à cette période transi-toriale de l’âge où la pensée mûre surprend l’enfant encore muni de ses jouets ; ce regard réfléchi et mélancoli que, cette tête languissante, ces longs cheveux flottant sans ordre autour du cou et sur les épaules, cette attitude nonchalante et exempte d’étude, tout parle de cet âge qu’on dit heureux, mais qui est réellement rempli de vagues inquiétudes, d’espérances confuses, de frayeurs inexpliquées, de cet âge métamorphique où la jeune fille n’est ni enfant ni femme.
- Cette œuvre est parfaitement anglaise; il n’y a que les Anglais, en effet, pour s’attacher à donner des proportions appréhensibles à ces nuances fugitives du sentimentalisme.
- L’artiste qui a exécuté ce marbre est né à Londres et s’appelle Weecks.
- Il y a, dans cette œuvre, autre chose qu’une pensée morale, M.Weecks a voulu en_
- core,— a voulu
- ceci
- cm
- ne manquera pas d’être observé par ceux qui s’occupent d’art, —il t un genre ; son intention est d’allier la peinture à la sculpture ;
- tièee de coiffure, par M. Lemonnier. (Voir la description page 229.
- c’est pour cela qu’il a donné à son travail l’apparence d’un portrait en marbre. Peut-être bien est-ce réellement un portrait que M. Weecks a fait là.
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
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- M. LEMONNIER, joaillier de paris.
- Il y a quelque audace, de la part de M. Lemonnier, un des joailliers de | Il y a une pierre qui a le privilège de donner une idée parfaitement exacte Paris qui occupent le premier rang, d’être allé se placer, à l’Exposition, à côté des feuilles (et il n’y a pas de bouquets sans feuilles), c’est l’émeraude.
- des riches vitrines de l’Angleterre et de la Russie; mais, hâtons-nous de le dire, ici, comme toujours, « la fortune est venue en aide au courage. » « Audaces fortunafuvat. »
- C’est que, non-seulement notre compatriote rivalise avec les autres joaillers, sous le rapport de la richesse et de l’éclat, mais c’est que rien ne peut donner une idée du goût exquis, de l’heureuse disposition, de l’intelligence spirituelle et toute française avec laquelle il a su grouper les brillants et les joyaux qu’il a employés dans ses œuvres.
- Nous donnons, dans ce numéro, quatre des objets exposés par M. Lemonnier :
- 1° Une moitié de coiffure (voir page 228);
- 2° Un corsage ;
- 3° Un bouquet ;
- Ces trois objets font partie de la parure de la reine d’Espagne ;
- 4° L’épée du duc d’Alba (voir page 233).
- Examinons ces précieux ornements, chacun dans son ordre :
- La moitié de coiffure est en émeraudes et brillants. Dans cette coiffure, il y a jusqu’à 8,500 pierres montées, et ce travail a été terminé dans l’espace de six semaines.
- Ordinairement, les joaillers trouvent une grande difficulté à lier ensemble, avec solidité et légèreté tout à la fois, les détails infinis de ces parures, dont chaque objet a une grande valeur et qui, . pourtant, doivent répondre à leur distinction par la facilité de la disposition et la grâce aisée de l’agencement; or, ce problème si difficile, M. Lemonnier l’a résolu.
- Les feuilles et boutons qui constituent cette coiffure féerique sont remuants, et cela sans le secours d’aucun ressort. La flexibilité lient aux tiges seulement.
- On peut concevoir l’effet que doit produire aux lumières l’éclat des eaux de ces brillants qui s’agitent sur un beau front espagnol : c’est comme autant de cascades de flammes qui illuminent les tresses de cheveux d’une Andalouse, et nous signalons comme une heureuse pensée d’artiste cette liberté laissée aux brillants qui, loin d’emprisonner la tête sur laquelle ils se meuvent, traduisent et augmentent son animation et son éclat naturels.
- Le second objet, dont nous donnons ci-contre le dessin, est le corsage.
- U se compose de brillants et de saphirs.
- Toute la poitrine se trouve entourée de cette chaîne mélangée d’or et d’argent ; les fleurons que l’on y remarque, et qui sont disposés de manière à relier l’ensemble, sont à doubles culots, extérieurement en argent, intérieurement en or. Le milieu de ces fleurons, ainsi que les pendeloques, sont en saphirs.
- Au-dessous, nous représentons le bouquet.
- Parure de corsage, par M. Lemonnier.
- Bouquet, par M. Lemonnier.
- M. Lemonnier a su donner à son bouquet une apparence de réalité que rien n’égale, au moyen des émeraudes qui figurent les boutons.
- Les pendeloques du nœud sont en brillants et en perles.
- Ce qui distingue M. Lemonnier des autres, c’est que dans les objets qui sortent de ses ateliers, le prix de la matière se fait oublier par 'élégance et la beauté de la monture.
- Certes, il est difficile de donner à une coiffure qui se compose de tant de pierres et de détails or et argent, la légèreté de fleurs naturelles, et c’est là ce que M. Lemonnier a ju faire avec une grâce parfaite.
- Il y a un fait sur lequel nous devons insister, parce que nous ne pouvons que le déplorer, au point de vue du succès dont se sont privés à plaisir les fabricants français : c’est que la joaillerie n’a pas, à l’Exposition, d’autre représentant que M. Lemonnier.
- Nous nous hâtons de dire qu’elle ne pouvait être mieux servie ; mais il est fâcheux que cet art, où la France excelle, n’ait pas eu de plus nombreux produits. La joaillerie est, en effet, chez nous, une branche toute spéciale de l’industrie , et elle comporte en elle des traits tout-à-fait caractéristiques de l’élégance et du goût de notre nation.
- Tout le monde a pu se rendre compte des progrès que la joaillerie a faits, surtout depuis plusieurs années.
- Les bracelets, les chaînes, les bagues, les broches, tous ces mille détails de toilettes des dames ont été l’objet d’une étude toute particulière, et aucun fabricant ne peut, à l’étranger, rivaliseraveclesnôtressur cepoint Là encore, comme dans toutes les branches de l’art, est assuré le triomphe du bon marché.
- Les procédés au moyen desquels s’exécute le travail des parties qui constituent un objet de joaillerie se perfectionnent chaque jour; et la pensée qui inspire presque toujours le fabricant, c’est de donner à ces détails leur signification et leur caractère.
- Tout le monde reconnaît qu’à notre époque, les femmes ont le bon goût d’emprunter à chaque siècle les détails de la mode qui leur paraissent les plus élégants et les plus grâ-cieux.
- Dans la forme de leurs robes et des corsages, on retrouve du moyen-âge, du siècle de Louis XIY, du siècle de Louis XV ; elles n’en ont proscrit que l’exagération elle ridicule; or, il en est de même des ornements : ils sont en harmonie avec le reste, et les objets de joaillerie reproduisent d’anciennes formes (les chevalières, les bracelets, etc.), tout en profitant des perfectionnements introduits par le travail moderne.
- Pourquoi donc nos joaillers n’ont-iispas envové à Londies ce que les Anglais savent tant admirer et tantacbefer chez nous?
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
- EXPOSITION DE LONDRES.
- La lithophanie et la peinture sur verre mise à la portée de tout le monde. — Le teinturier Tatar. — La peinture au savon.— Une barbe faite avec des pierres à fusil.— Un gilet fait avec un caillou. — Les inventeurs viennent tous faire des révolutions dans l’industrie. — Inégalité de deux frères jumeaux devant la loi. — Le Congrès delà paix se fourvoie. — Le monde périra-t-il?— Dieu est au moins aussi savant que Malthus en économie politique. — La botte-marine et sa manœuvre. — La pêche des perles, des éponges et du
- corail.— L’insecte de la perle_Les Chinois fabriquent
- des perles vraies — Broderies d’élitres d’insectes. — Suppression de l’aiguille par le collage au gutta percha. — Les inventeurs viennent nous délivrer du mal : ainsi soit-il.
- Nous ne croyons pas qu’un compte-rendu doive se borner à des points d’exclamation et d’admiration sur la beauté et la supériorité incontestable de chacun des produits dont on parle, ce qui n’apprend rien à personne et fait sourire ceux qui savent à quoi s’en tenir; mais nous supposons qu’une courte description des procédés de fabrication peu ou point encore connus offrirait plus d’attrait aux lecteurs.
- La lithophanie, par exemple, est encore ignorée de presque tous nos artistes, et comme l’inventeur nous l’a expliquée et que nous l’avons vue en action dans les usines royales de Prusse et de Saxe, nous croyons pouvoir en donner une description assez précise pour mettre tous les dessinateurs et même les dames en état de l’exécuter saint-simonienne-ment, c’est-à-dire chacun selon sa capacité.
- L’outillage n’est ni coûteux, ni embarrassant; il suffit de faire fondre de la cire et de la teindre en y mêlant une vessie de couleur à l’huile; le bleu, le vert, la terre de Sienne, sont les plus employés. On verse cette cire fondue sur un carreau de vitre, on l’étale le plus également possible sur une épaisseur d’environ une ligne, c’est-à-dire qu’il faut que, vue à contre-jour, cette couche intercepte presque toute la lumière. Cela fait, le travail de grattage commence avec des ébauchoirs ou stylets en ivoir ou en os de diverses formes.
- On comprend que plus on amincit la couche de cire, plus la place devient lumineuse; mais il faut s’arrêter avant de découvrir le verre. Quant aux parties noires, on les obtient en les chargeant de cire avec la spatule, sans en mettre pourtant plus qu’il n’est nécessaire pour intercepter tout-à-fait la lumière. On travaille ainsi ; sa vitre à la main, tournant tantôt son ouvrage à la lumière pour voir ce que l’on fait, tantôt contre la lumière pour vérifier si l’on a bien fait. — Les corrections sont très aisées, puisqu’il suffit de recharger les endroits trop creusés et de revenir sur son œuvre jusqu’à ce qu’on en soit satisfait : les bons artistes ne le sont jamais, et les mauvais le sont toujours.
- Yoila notre planche terminée ; il reste à procéder à la multiplication des épreuves : c’est l’affaire du fabricant de porcelaine, qui pose la pièce à plat sur une table, l’entoure d’un petit mur de briques ou d’un cadre de bois épais; il coule alors tout doucement du plâtre fin fraîchement gâché jusqu’au niveau du cadre; il laisse durcir; il retourne le tout, enlève le type, et le creux est fait. C’est sur ce creux qu’on étend les galettes de terre à porcelaine faites au rouleau de pâtissier et molles comme de l'a cire dans laquelle ou aurait mélangé un peu d’essence. Le mouleur fait pénétrer cette terre dans les creux du moule en appuyant légèrement avec' les doigts. L’opération faite, il relève cette épreuve, qu’il met sécher à plat, et il recommence ainsi pendant toute la journée ou toute l’année, s’il le désire.
- Ces épreuves étant sèches, sont mises au four et cuites comme la porcelaine ordinaire. Il y a de la casse et des bossellements confine pour toutes les autres pièces, mais on jette les morceaux au rebut pour être remoulus et remouîés.
- Les amateurs qui ne veulent avoir que quelques échantillons de leurs chefs-d’œuvre se bornent à en prendre un creux en plâtre dont ils tirent des épreuves. On nous prie de ne pas encore dire avec quelle matière : ce serait la ruine d’une pauvre famille. Du reste, ce sera bientôt un amusement féminin très-confortable qui pourrait prendre place entre le tricot, la tapisserie, le crochet et les romans, dans les longues soirées d’hiver. Nous y ajouterons la fabrication des vitraux peints. Tout le monde connaît les feuilles de talc ou de mica, qui sont tellement abondantes dans l’Oural, que cette matière y tient lieu de verre à vitres, comme en Chine.
- Il s’est trouvé dans ces pays un teinturier qui sait teindre les feuilles de mica-schiste en toutes couleurs.
- Les dames taillent, découpent à coups de ciseaux et combinent ces feuilles en toutes sortes de rosaces et d’ornements qu’elles arrangent sur un verre à vitres en les collant avec du blanc d’œuf. Le dessin fini, elles le recouvrent d’un autre verre et le placent à leur croisée.
- Rien n’est plus brillant que cette imitation de l’ancienne peinture sur verre, qui se conserve éternellement. — Les feuilles de gélatine coloriées pourraient produire le même effet, mais il faudrait rendre les verres entre lesquels on renfermerait parfaitement étanches à l’air et à l’eau.
- Nous recommandons à nos chimistes de chercher le procédé du teinturier Tatar; s’ils y parviennent, ils mériteront la reconnaissance de nos dames, qui possèdent si peu d’occupations attrayantes au logis, qu’elles cherchent toutes les occasions possibles d’en sortir.
- Ces procédés nous semblent préférables, pour imiter la peinture sur verre, à celui des Américains, qui ont exposé des échantillons de ce genre faits avec du savon transparent colorié ; ce qui doit être sujet à bien des influences pernicieuses ; il est vrai que quand on casse les vitres, on peut s’en laver les mains. Ce procédé est le pendant de celui de Shéri-dan, qui fait sa barbe avec des pierres à fusil à l’aide de son savon de silice, dont plus d’un amateur rira, sans se douter qu’il s’en sert probablement depuis plus de douze ans que cette invention originale est brevetée. Le fait est qu’il y a des découvertes tellement étranges, que leur simple énoncé provoquerait un haro général contre celui qui les raconterait en société ; car, soit dit en passants la société est aussi incrédule qu’étrangère à ces matières.
- Les mathématiciens diraient que l’angle du doute est complémentaire de celui de la science : plus l’un est obtus, plus l’autre est aigu, et réciproquement; comme ils ont dit que l’angle de suffisance est le complément de l’angle d’insuffisance : plus l’un est ouvert chez un individu, plus l’autre estétroit. N’aurait-on pas souvent le droit de nier l’existence de l’angle de réflexion ?
- Sans nous préoccuper de ce qu’en pourront croire nos lecteurs, nous leur dirons qu’un inventeur parisien, ayant besoin d’un gilet, fit le pari de s’en fabriquer un avec le premier pavé qui lui tomberait sous le pied, tant est .grande la puissance de l’invention. En effet, M. Gaudin, car c’est lui, fit fondre une portion de pavé de grés, à l’aide d’une chaleur intense dont il a le secret, et obtint un verre qu’il dévida comme à l’ordinaire. Ce fil était plus blanc et plus brillant que de la soie ; il le fit tisser par Boneel, tailler par Dosmond, et se procura de la sorte un gilet de satin d’une entière blancheur. Ceci veut dire que la faculté de faire quelque chose de rien, ou de donner de la valeur à une matière qui n’en avait pas, est ce qui rapproche le plus l’homme de la Divinité.
- Les anciens de nos ancêtres élevaient les inventeurs au rang des dieux, ou au moins des demi-dieux, et les nourrissaient aux dépens du prytannée ; chez nous, on les abaisse au rang des parias, on les met hors du droit commun, on leur dispute la propriété de leurs œuvres, et on les laisse mourir de faim. Et cependant , malgré ces injustices et ces entraves, ce sont eux qui nous ont donné tout ce qui existe en-deçà de la nature brute: jugez des valeurs dont il enrichirait la société, si Ton ne traitait pas le premier homme du monde plus mal que le premier imbécile venu, dont l’héritage est garanti à perpétuité? Nos descendants douteront qu’une pareille iniquité ait pu être consacrée par les gouvernements les plus avancés de notre époque. Ils ne voudront jamais croire qu’il fut un temps où deux frères jumeaux, ouvriers, travaillant pendant huit heures du même état et recevant le même salaire, aient pu avoir une tin aussi différente que celle-ci :
- Le premier ayant employé le temps qui lui restait à faire des souliers, créa, au bout d’une dixaine d’années, un petit capital qu’il consacra à l’acquisition d’une maison et d’un enclos, lesquels restèrent la propriété de ses enfants à perpétuité ; l’autre, pendant ce temps, s’appliqua à inventer une machine à faire des souliers, à laquelle il consacra le même temps que son frère, plus un capital d’intelligence considérable; et cependant sa machine ne lui appartient pas au même titre que la maison appartient à son frère; bien plus, on lui impose une amende très-forte pour avoir la permission de s’en servir pendant les années qu’elle produit le moins, ou plutôt qu’elle ne produit rien. Ses enfants, qui de-
- vraient profiter du travail de leur père, en seront dépouillés quand elle commencera à produire, et seront forcés d’aller, humbles prolétaires, demander l’aumône à la porte de leurs cousins les propriétaires.
- Ainsi résolu et ratifié par les pairs de France et d’Angleterre, non pas dans les temps barbares, mais à l’époque la plus avancée de la civilisation, alors que la raison et la justice humaine sont arrivées, dit-on, à leur apogée ! O altitudol 0 profondeur de la sottise humaine, qu’on nous sert pour de la politique et de l’économie, ejus dem farinæ!
- A cette même époque, on tient des congrès qui décrètent la paix universelle, sans songer qu’il faudrait commencer par redresser de pareilles injustices , qui seront des sujets de guerres éternelles entre deux classes d’hommes semblales, si dissem-blablement traitées.
- On dit que M. de Lamartine, frappé de cette contradiction, improvisa les vers suivants :
- Tel naît obscur dans une étable Sans feu ni lieu,
- Qui devient un homme adorable Et même un dieu.
- Tel autre naît au son du tilre Et du canon,
- Qui n’a d’autre valeur qu’un chiffre Suivant un nom.
- L’un gouverne la tene et Tonde En triomphant;
- L’autre, qui vient sauver le monde,
- Meurt en brigand.
- Il est dans notre destinée Double versant;
- À l’un la fortune est donnée,
- L’autre, la prend.
- Mais quant aux enfants du génie,
- Ces demi-dieux,
- La terre n’est pas leur patrie,
- Rien n’est pour eux.
- Colomb, De Causs et Galilée,
- 0 nobles fous!
- Si vous causez dans TEmpyrée,
- Que dites-vous
- Des sots qui vous font des statues Toujours trop tard,
- Et feront les mêmes bévues Pour De Girard,
- Mesmer, Hahnemann et tant d’autres Persécutés,
- Pour avoir été les apôtres De vérités
- Que le monde nie ou redoute,
- Mais qu’avant peu
- Nos fils suivront, comme la route Qui mène à Dieu?
- Tirons le rideau sur cette plaie que les économistes n’ont pas aperçue et qu’ils ne comptent pas, ce qui rend leurs raisonnements boiteux et les force d’adopter les désespérantes conclusions de Malthus : que, la société marche forcément vers la famine; comme si la Providence n’était pas aussi savante en économie politique que ce brave statisticien, lequel nous prédit, non pas comme Sanchoniaton, que le monde périra par l’eau, ni commeWerner, par le feu, ni comme Buffon, par une queue de comète, mais par le manque de nourriture, quand il y aura trop d’ouvriers, par conséquent trop d’engrais pour en produire. C’est comme si Ton disait que le travail, ce fond, qui manque le moins, manquera quand il y aura trop de travailleurs. On croyait également au temps des frugivores, que la France ne pourrait nourrir plus d’un million de chasseurs, cependant, au temps des pasteurs elle en a nourri cinq millions, au temps des agriculteurs, quinze millions, au temps des industriels, trente-six millions; mais elle en nourrirait certainement plus de cent millions sous le monautopole — et après!... nous dirons lés malthusiens? —Après!... laissez faire le grand inventeur, qui n’a pas créé l’humanité pour la jeter dans un précipice au fond d’un cul-de-sac ; dormez tranquille, et que la statistique qui vous étouffe vous soit légère !
- Si du moins vous pouviez ajouter à la richesse actuelle toutes celles qui sont enfouies au sein des mers, vous prendriez patience; et bien, nous allons vous donner un moyen d’aller les chercher, non pas avec la cloche à plongeur, non pas avec le capuchon imperméable, non pas avec le bateau sous-marin ; toutes choses dangereuses dans lesquelles vous n’oseriez pas risquer vôtre précieuse existence ; mais nous vous apportons un appareil, dans lequel vous descendrez sans peur et sans peine ; où vous
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- travaillerez et dormirez au besoin sans aucun danger:
- LA BOTTE MARINE.
- Figurez-vous une grande botte en tôle de trente à cinquante pieds de long, dont l’embouchure est attachée aux flancs d’un bateau, tandis que le pied traîne au fond de l’eau sur le sable. Il est évident que vous descendrez facilement, armé d’une lanterné dans cette espèce de puits en tôle, avec une corde à noeuds ou des tasseaux posés à cet effet. — Vous ne perdrez pas le ciel de vue et vous pourrez causer avec vos amis. — Vous voilà donc couché sur un matelas , dans le pied de la botte, vous placez votre lanterne sous l’embouchure d’un petit tuyau qui conduit sa fumée jusqu’en haut et opère la ventillation de cet étroit habitacle.— La lanterne, placée devant un verre, permet de voir, par d’autres verres scellés dans les parois, les épaves que vous cherchez ; — dès que vous avez découvert quelque chose à votre portée, vous l’accrochez avec des crampons munis de cordes et vous criez de virer le cabestan du navire qui enlève tantôt un tonneau, tantôt Uti canon, tantôt une poutre.
- Si vous devez couper quelque chose qui vous gène vous prenez une scie ou une hache accrochées à l’extérieur de la botte-marine : S’il s’agit de pêcher des huîtres, du corail ou des éponges (I ), vous les détachez, vous en emplissez des sacs et vous criez: all right ! quand ils sont pleins.
- Mille plongeurs malais, indous ou colies, fussent-ils capables de rester trois minutes sous l’eau, ne feraient pas autant d’ouvrage qu’une botte marine.
- Nous croyons qu’il ne se passerait pas beaucoup d’années avant que dix compagnies ne se fussent formées et enrichies par ce moyen, s’il était patenté ; mais comme nous le jetons à la voirie du domaine public, personne n’en profitera.
- Nous allions oublier de dire comment le pêcheur de la botte-marine peut passer ses bras hors de sa prison pour manœuvrer ses outils; cela est fort simple ; on réserve des trous dans lesquels il fourre ses bras jusqu’à l’épaule ; il peut donc choisir et décrocher les instruments de sa boutique extérieure. C’est bien, dites-vous, mais vous voudriez savoir, peut-être, comment l’eau n’entre pas chez lui quand j? retire ses bras? — Vous ne devinez pas? il faut donc tout vous dire ? Eh bien ! il ne fourre pas ses bras dans l’eau, mais dans des gants en gutta percha, avec des doigts en caoutchouc vulcanisés ou dans des sortes de brassarts articulés, comme ceux des vielles armures ou des queues de homard, combinés de manière à ce que l’eau n’exerce pas de pression sur la membrane intérieure et que les anneaux ou rondelles métalliques seules en supportent le poids
- Si vous n’avez pas assez d’esprit d’invention pour compléter cet appareil, nous suppléerons volontiers à ce qui pourrait vous manquer, à condition que vous gardiez pour vous toutes les perles que vous ramasserez; pour ce qui est des éponges, c’est autre chose ; nous retenons la plus grosse, il y en a qui pèsent 15 kilog. au Canada ; nous en avons vu à l’exposition, mais nous préférons celles de Tur quie, elles sont moins lourdes et plus fines.
- Nous vous dirons en passant, qu’il existe dans le golfe du Mexique, un successeur de.Nicolas-pesce le Napolitain, qui remplit un sac de cuir dur avec les feuilles de certaine plante arrosées d’une certaine substance. Il se fourre la tète dedans et reste huit minutes sous l’eau; nous croyons que la substance est de la chaux, ou de l’eau de chaux, et que l’herbe est une herbe quelconque; la chaux s’empare d’une partie de l’acide carbonique qu’il expire et les feuilles contiennent une petite provision d’air dans leurs interstices.
- Ce sac serait d’un grand secours aux plongeurs de profession, à ceux de Ceyland, surtout, qui ne peuvent demeurer sous l’eau que pendant une minute et demie, pour rapporter une demie douzaine d’huîtres, qui ne contiennent souvent rien du tout ; ce que voyant, le lieutenant Elliotse mit à chercher le moyen de distinguer les huîtres fécondes, des huîtres qui ne le sont pas; il reconnut bientôt que la perle était provoquée par une espèce d’insecte téré-
- (i) Triturer des éponges et les dinamiser homœpathi-quement était le désespoir des hahnemaniens. Le docteur Mure, a résolu ce problème. Sa machine de por-phire vient d’être acquise, par un docteur anglais, à ïrn prix considérable.
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- braire, qui s’attachait sur les coquilles pour y forer ua trou, par lequel il introduit son aiguillon ou son suçoir, pour se nourrir de la substance de l’huître ; celle-ci sentant venir l’ennemi, comme une somnambule, s’applique à neutraliser son travail en déposant sur le point faible, la substance de la nacre qu’elle sècrette.
- Plus l’insecte pousse sa mine, plus elle augmente l’épaisseur de sa fortification ; si son ennemi est fort et persévérant, la perle devient très-grosse; mais tous ces foreurs ne sont pas des j\mlots, ils se découragent quelquefois et creusent un nouveau puits ce qui produit une nouvelle perle.
- Si plusieurs insectes s’unissent en ateliers nationaux pour travailler à côté l’une de l’autre, l’huître étend sa fortification à tous les trous voisins et produit ces grosses perlasses mal formées, dont le musée de Dresde est rempli, et dont M. Hope d’Amsterdam a exposé un échantillon monstrueux; c’est-à-dire gros comme la main d’un petit enfant; il faut bien spécifier pour ne pas donner lieu à la méprise de ce rapporteur qui a pris le bloc de cristal natif, exposé par le duc de Devonshire, pour le Ko-i-noor.
- Le lieutenant Elüot s’étant procuré un certain nombre d’huîtres munies de leurs ennemis, les a déposées dans un bassin placé dans son appartement où il a pu observer, à son aise, toutes les manœuvres que nous venons de décrire.
- Mais ces insectes s’étant multipliés, il leur fournit des huîtres intactes qui furent également fécondées. Bientôt l’idée lui vint d’établir une fabrique de perles, laquelle réussit parfaitement.
- Il a déjà expédié à un de 'ses amis d’Ecosse, une certaine quantité d’insectes que celui-ci a mis de suite à l’œuvre sur de grosses moules nationales anglaises qui produisent des perles, dont on peut voir de très-beaux échantillons à l’Exposition ; mais elles sont un peu grises et noirâtres, parce que l’orient de la nacre de moule n’est ni aussi pur ni aussi blanc que celui de la nacre de l’huître.
- Les moules de Belgique portent également des perles, mais elles sont très petites ; on en a cependant trouvé dans un ruisseau du Luxembourg qui avaient la grosseur d’un pois.
- Les inventeurs sont, dit-on $ en marché avec le gouvernement pour la vente d’une douzaine de leurs insectes, qu’on déposerait dans les ruisseaux à moules de la Belgique : l’introduction de cette industrie serait un nouveau bienfait pour le pays, qui se délivrerait ainsi du tribut qu’il paye à l’étranger, probablement avec de la dentelle de Bruxelles.
- Depuis longtemps les Chinois possèdent le secret du lieutenant Elliot; ils forcent les huîtres à produire des perles en introduisant dans leur coquille, quand elle s’ouvre, un petit grain de^ quartz anguleux qui les gêne et qu’elles entourent de nacre pour les arrondir et ne plus en être blessée; ces perles ne tiennent pas à la coquille et sont parfaitement rondes. Les dames qui désireraient savoir si leurs perles sont de fabrique chinoise n’ont qu’à les écraser, elles en seront aussi sûres, quand elles y trouveront le grain de sable en question, que M. Dumas a été sûr du nombre d’atômes d’acide carbonique que contenait le diamant qu’il a brûlé. D’autres Chinois pratiquent de petits trous avec des aiguilles d’aciersurles coquilles; l’huitre croyant avoir affaire à son ennemi le taret, se fortifie contre celui-ci, et forme de la sorte des perles aussi grosses que celles dont Cléopâtre a fait son déjeûner.
- On ne sait pas jusqu’où pourrait s’étendre l’esprit de l’invention, si on ne s'appliquait’pas à le comprimer; mais c’est, un peu la faute des inventeurs, qui se vantent tout haut de venir faire une révolution dans le monde industriel ; or, comme on a peur des révolutions, on craint les révolutionnaires; c’est pour cela qu’on les repousse et qu’on les condamne à l’amende des brevets pour refroidir 1 esprit de révolte qui les anime.
- Nous les engageons à être plus modestes et à cacher leur jeu afin, qu’on les laisse opérer en paix leur Dévolution, qui se fera sans que les hommes d’Etat s’en doutent.
- Il est prudent de ne pas remuer l’oreiller du statu quo sur lequel ils dorment si bien.
- A propos d’huîtres, comme nos pères disaient à propos de bottes, pour faire une transition, nous dirons un mot des applications sur la mousseline, des fragments d’élitres d’insectes bleus et rouges, dont les Mexicains et les Indiens ont eu, peut-être en même temps, l’idée d’ornér leurs vêtements; ils se procurent une provision de carapaces de oantha-
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- rides, de coléoptères et d’autres insectes à chasubles irisées, dont ils parsèment les robes de bal de leurs élégantes, ils les arrangent même en pétales et en font des fleurs et des bouquets. De semblables essais ont été tentés en France, sans avoir obtenu grand succès; mais un fabricant de Manchester fait quelque chose de plus manufacturier : il découpe au rouleau gravé, des feuilles de velours qu’il colle avec une solution de gutta-percha sur la mousseline ou le tulle; il les répand en semis, ou les arrange en guirlandes pleines de grâce.
- Nous allons voir cette industrie d’application prendre un très-grand développement, avant peu d’années : la gutta-perecha, étant insoluble dans l’eau, comme le caout-chouc, va s’étendre à tous nos vêtements; Macintosh, annonce qu’il confectionne des habits complets sans un coup d’aiguille, et il y a déjà des paletots de ce genre aux vitrines de quelques modistes parisiens. Désormais, tous nos vêtements seront collés et vraiment nos tailleurs méritent de l’être, car ils abusent de l’aiguille d’une manière étrange, quand iis disent qu’un habit leur coûte 80 francs de façon.
- L’aiguille, cette sublime invention a donc fait son temps, comme les locomotives font le leur, rt nous serons bien étonnés de dévoir mépriser, à la prochaine exhibition, tout ce que nous admirons aujourd’hui dans le Palais de Cristal, si l’on ne tue pas l’inventeur, cet être abominable qui finira par nous donner tout ce qui nous manque, sans fatigue et sans peine; car le,présomptueux, parce qu’on ne cesse de l’appeler créateur, s’imagine sans doute que c’est à lui que s’adresse cette longue prière de l’humanité souffrante : Domine, libéra nos a malo ! Monsieur, délivrez-nous du mal, s’il vous plaît !
- JOBARD.
- DE LA RUSSIE INDUSTRIELLE.
- (Quatrième article. )
- En quittant le sanctuaire splendide où scintille cette magnificence aristocratique donl nous avons essayé de donner une idée dans notre dernier article, nous sentons et l’insuffisance du cadre qui nous est dévolu et la pauvreté des couleurs dont nous avons fait usage; du reste, l’imperfection du tableau sera nettement expliquée lorsque nous aurons dit que le seul apport du prince Demidoff, se composant d’uneeentaine d’objets s’élevant ensemble à une valeur de plus de 500,000 fr. et formant une sorte de musée particulier, demanderait déjà tout un volume à celui qui en voudrait rendre convenablement compte. A propos de ce remarquable exposant nous devons relever une erreur qui s’est glissée dans notre dernier numéro; la fameuse porte en malachite qui a excité à un si haut degré l’admiration des visiteurs est d’une élévation de 14 pieds et demi et non pas de 10 comme cela a été dit par incorrection; quant à la série d’objets qui accompagnent cette pièce monumentale, on en trouvera la nomenclature dans une autre page à côté du dessin d’un des grands vases dont il a déjà été fait mention.
- Le personnel des Beaux-Arts russes aura, sans doute, à nous accuser de beaucoup d’omissions, car le nombre et la valeur des artistes de ce pays dépassent le temps et l’espace que nous avons à leur consacrer; mais comme cette accusation, que nous partagerons avec bien d’autres, ne peut finalement que témoigner de l’importance de ceux qui la formulent, il en résulte que, flatteuse pour ceux-ci, elle devient, somme toute, assez légère pour nous. Nos omissions n’iront pas, toutefois, jusqu’à perdre de vue les travaux délicats et d’une rare perfection du comte Tolstoy.
- Grand dessinateur, mouleur de premier ordre, le comte Tolstoy, vice-président de l’Académie impé riale des Beaux-Arts de Saint-Pétersbourg, s’est appliqué à-la galvano-plaslique et il a obtenu dans celte voie spéciale des résultats considérables. On voit, dans la part qui leconcerne à l’Exposition, une belle reproduction de la porte d’entrée de la cathédrale de Moscou; quaire portails colossaux de 30 pieds d’élévation, ont été exécutés sur ce modèle par le comte Tolstoy, qui expose encore divers bas-reliefs, notamment une Vierge et l’Enfant Jésus, exécutés pour'servir de fronton au portail, et un sujet de l’Odyssée. On remarque, en outre, un beau médaillon représentant l’empereur Nicolas revêtu de l’anc'en costume des guerriers Slaves. Mais le noble artiste ne s’est pas arrêté à ce genre, dans lequel il
- (Voir la smle page 234.)
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
- CANDÉLABRE
- de
- m. chopin (de St-Pétersbourg. )
- Ce candélabre, en bronze, dont le dessin a été annoncé dans notre dernier numéro, en même temps que nous publiions la pendule Louis XY du même auteur, contient quatre-vingt-une branches à bougie et quatre lampes Casai; les globes de ces derniers flambeaux produisent un délicieux effet, et cet effet n’est pas de nature à décroître, quand les quatre-vingt-une bougies seront allumées; au contrairre, ces ballons argentés nageant dans des flots de lumière, réjouiront les regards des spectateurs, et feront honneur à l’artiste, qui a eu véritablement une excellente idée, en rompant l’uniformité de l’éclairage par l’alliance des deux modes généralement employés.
- Les branches de ce magnifique meuble se divisent en deux séries ou bouquets, l’un au sommet et l’autre au centre. Le premier est le plus fourni en becs simulant des tiges feuillantes auxquelles sontappen-dues des guirlandes festonnées de fleurs délicatement taillées, et formant une gerbe de cinq à six pieds de diamètre. On remarquera que c’est dans cette gerbe que se trouvent réunies les quatre lampes Casai dont nous venons de parler.
- Le deuxième bouquet de becs, celui du centre, moins bien fourni que son supérieur, n’en est pas moins élégant; les branches extérieures de sa gerbe sont tenues à la base par des Chimères dont le bas du corps va se perdre dans les moulures qui adhèrent à la colonne formant une sphère dans cet endroit. Quant aux branches centrales, elles se séparent nettement des premières en se rapprochant de l’axe, noué à leur niveau par des fleurons. Ces dernières branches aboutissent par la base à des calices finement travaillés.
- La tige du candélabre est cane-lée, à fleurons et ciselures, arrondie au sommet ainsi qu’au-dessous de la deuxième gerbe, et se terminant par trois pieds taillés en Pompadour. Par ses pieds, le candélabre se perd dans une corbeille de fleurs, charmant travail exécuté avec un goût exquis et une patience digne du su-
- (
- \
- Candélabre de M. Chopin (de Saint-Pétersbourg).
- jet. Cette Flore métallique où l’on reconnaît la fleur la plus modeste des champs à côté de la rose orgueilleuse; où l’œillet indigène donne l’hospitaiité à l’exotique fushia, est d’une remarquable exécution.
- Ici finit le bronze de M. Chopin; il ne nous reste au-delà que le piédestal en bois sculpté et doré, représentant une corbeille au sommet, et formant des gradins à la base; entre la corbeille et le deuxième gradin on remarque des ciselures d’une grande finesse.!
- Ce candélabre a quinze pieds de haut sur sept pieds de large à la base; sa valeur est de 4 6,000 fr.
- Outre ces candélabres et la pen • dule dont nous avons donné le dessin la semaine dernière, M. Chopin a encore donné deux bronzes, l’un destiné à supporter une table ronde en porcelaine, [table dont la surface a été confectionnée à la Manufacture impériale de porcelaine de St-Péters-bourg, sur un modèle de 4- pieds 8 pouces de diamètre ; l’autre, représentant une figure ailée de 4 pied 2 pouces de haut, et servant de spécimen au premier essai de dorure galvanique exécutée en Russie en 4 844 , par l’académicien Jakobi.
- CHASSE AU SANGLIER,
- ' par
- m. liénard (de Paris).
- Cette chasse au sanglier est une des plus belles sculptures sur bois qui soient exposées à Londres. On sait, du reste, que M. Liénard est un de nos sculpteurs les plus distingués, et il est peu de nos fabricants qui n’aient eu de ses modèles.
- Nous ne saurions trop recommander à nos artistes l’étude de ces chefs-d’œuvre du moyen-âge qui excellent, non par le fini des détails, mais par l’inspiration. Si l’on y ajoutait le goût moderne, la pureté et la correction , le perfectionnement des moyens, on arriverait, sans aucun doute, à faire des sculptures sur bois qui ne laisseraient rien à désirer. Cette chasse au sanglier est un acheminement à cette perfection qui reproduirait avec un sentiment plus achevé de l’art les belles et audacieuses œuvres dn moyen-âge.
- fixasse au sanglier, par Jl. Liénard (de taris).
- ÉPÉE DU DUC D’ALBA,
- PAR M. LEMONNIER, DE PARIS.
- Cette épée fait partie des produits exposés par M. Lemonnier, joailler de Paris. (Voir ci-contre, page 233.)
- Elle est destinée)au duc)d’Alba.
- La poignée est en fleurs de lys, tout en brillants ; le fond est en émail bleu.
- La garde représente un serpent s’appuyant sur unejboule parée, le tout en brillants.
- La coquille, percée à jour,! est ciselée avec un chiffre et est bordée en brillants.
- Le fourreau est en brillants et émail. (Voir ci-contre).
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
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- GRAND VASE
- EN PORCELAINE,
- De la Manufacture de pétcrhoff, près Saint' pélersbourg.
- Cette pièce monumentale est ce qu’on appelle, en termes de l’art, un vase Médi-cis ; il est fait d’après Winterhalter et a dix pieds d’élévation, y compris le piédestal, qui lui en ôte deux et demi environ.
- Un paysan Bas-Breton demanderait à quel usage peut être appliquée cette gigantesque vaisselle; il ne comprendrait ni l’utilité, ni l’agrément de cette tasse dans laquelle on peut mettre un homme et même plusieurs hommes, lesquels n’en pourraient sortir sans courir le risque de se casser le cou, ab-solumentcommes’ils sautaient par la fenêtre; quant à nous, qui avons vu une partie carrée dans une caraffe, nous comprenons que l’on fasse des vases capables de contenir des hommes, afin que les coupes étant remplies des particuliers qui les vidaient, celles-là soient vengées de ceux-ci.
- Mais le vase qui est devant nous n’est pas seulement grand, il est aussi d’une remarquable beauté, tant en ce qui touche la matière première, qui peut être comparée à celle de la Chine, que par rapport à la double exécution des mo-delures et des des-
- Ciand Vase en porcelaine.
- sins. Nous l’avons dit ailleurs, la manufacture impériale des porcelaines de Russie peut se présenter en compétition avec nos premières fabriques natio-
- précité; en tout cas la légèreté des costumas passe en été.
- nales; sans compter que les Russes sont plus favorisés que nous sous le point de vue des matériaux élémentaires.
- Nous voudrions apprendre au lecteur ce que l’artiste a voulu représenter dans le dessin encadré tout autour du vase ; nous avons pris des informations à cet effet ; mais notre curiosité n’a pas été satisfaite.
- Nous ne comprenons point ce que se propose cette demoiselle, un peu bien décolletée, en s’agenouillant le dos tourné à ce vieillard non moins simplement vêtu, qui semble causer d’affaires avec cette autre dame placée entre eux deux.
- Si c’est un sujet biblique, ce qui est rendu probable par l’état plus que négligé de la toilette des personnages, cela peut, tout aussi bien, se rapporter à Abraham qu’à Loth et non moinsàSamson qu’au roi David, attendu que les dames ne sont pas étrangères à l’histoire de ces héros: cependant nous ne saurions dire si c’est-là le portrait d’Agar ou deSarah, de Dabi ah ou de Betzabé.
- Si c’est un sujet russe, nous ne sommes pas assez ins-truit touchant les détails Historiques de l’Empire boréal, pour savoir à quoi tait allusion le dessin it supposer que la scène se
- LA DAGUE DE TOLÈDE.
- Nous avons donné plus haut, page 228, le dessin de la fameuse dague de Tolède. Cette lame historique, est exposée aux regards des visiteurs du Palais de Cristal, dans la partie extérieure de la section espagnole.
- Les lames de Tolède ont une réputation de fort ancienne date ; on suppose que leur supériorité est due à quelque propriété particulière aux eaux du Tage, où elles sont trempées.
- M. Inglis, dans son livre ayant pour titre : Y Espagne en '1830, fait la description des épreuves aux quelles les lames d’épée sont assujetties dans la célèbre manufacture de Tolède. Chaque épée est poussée contre une plaque placée dans le mur et pliée de cette sorte en forme d’arc, jusqu’à ce qu’elle atteigne au moins l’inclinaison des trois quarts du cercle, immédiatement après, on la fouette contre une table de plomb, avec toute la force dont peut disposer un homme puissant, qui se sert de ses deux mains. On la polit ensuite sur une meule en bois de noyer.
- 1Voir le dessin page 228.)
- Epée du ducfd'Alba
- Voiin'cmi det'epre du ducd'Albs.
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
- excelle cependant; il montre, de plus, une vingtaine de coins métalliques représentant des évènement militaires de 1812, 1813 et 1814-, et douze médailles en gutta percha, reproduisant des scènes guerrières de l’histoire turque et persane. II. Tols-toy a poussé fort loin l’art galvano-plastique, et l’établissement de cet ordre que dirige M.Duval, à Saint-Pétersbourg* sous la protection immédiate de S. A. I. le duc de Leuchtemberg, lui doit peut- être, en partie, le secret de sa fondation.
- Mais passons, sans insister davantage sur la section merveilleuse des beaux-arts, dans le deuxième compartiment de l’exposition russe, où les principaux industriels de l’empire ont étalé des matières premières et des objets manufacturés d’une valeur plus abordable et d’un usage moins exceptionnel que les pièces capitales dont nous nous sommes occupés d’abord. A la suite des confections excentriques élaborées sous.l’inspiration suprême soit del’empe-réür, soit de l’opulente noblesse annexée ;'i sa constitution sociale, viennent et l’art vulgarisé et les agents naturels de cette vulgarisation.
- Qu’on n’aille pas croire cependant que la transition soit extrêmement sensible; c’est encore du luxe que nous allons voir et le mot vulgarisation appliqué à l’art russe pourrait bien être impropre par rapport au sens donné communément à cette expression. Pour être d’un autre genre que les articles primitivement observés, ceux que nous avons actuellement sous les yeux n’en sont pas moins remarquables sous le double rapport de la richesse et de la fabrication. Yoici, par exemple, dans le département des voitures, un droshki de M. Babounoff qui, malgré son exiguïté mignarde — il est fait pour une seule personne — est coté 1,500 fr. ; ce véhicule est d’une grande élégance et ses rapports de parenté avec les meubles de M. Demidoff s’établissent à première inspection, car chacun devine qu’on ne peut descendre de ce droshki que pour aller s’asseoir dans le fauteuil en malachite que nous venons d’admirer. Voyez, ensuite, cette fine paire de bottes de M. Miller : le cuir dont on s’est servi pour les confectionner est certainement du veau, mais nos gants de chevreau ne sont ni plus tins ni plus souples ; cette chaussure douillette coûtera 70 fr sans en rabattre un centime ; c’en est assez pour comprendre que ces bottes ne peuvent se produire que sur le gazon des tapis seigneuriaux et dans les salons où sont appendus les médaillons du comte Tolstoy. Il y a là, à gauche, entouré de tissus soyeux et de poil de chèvre, un châle venant de Jegoriesvsk et dontM. Merlin, le fabricant, porte le prix à 12,000 fr.; évidemment ce châle est un cousin de la Sévigné de M. Bolin, et ces deux ornements somptueux doivent un jour se rejoindre sur les mêmes épaules.
- Droshki, bottes et châle, tout cela d’un goût charmant et d’un fini parfait, rentre dans la catégorie de l’exceptionnalité aristocratique et ne peut pas, par conséquent, s’appeler de l’art vulgarisé ce n’est pas avec ces produits que la Russie peut se familiariser avec les peuples de l’Occident; elle n’est pas encore assez bourgeoise pour nous, cela viendra, sans doute, l’art princier déblaie le chemin que doit suivre l’art populaire ; mais , pour le moment, le rentier du Marais ne manquera pas de voir que si nous en étions restés au point où en sont les Russes, il aurait été obligé de se passer de pendules et s’assoierait. encore sur du cuir brut, ce qui l’accomo-derait médiocrement. Voyons ce qui se passe d’un autre côté.
- Moscou a apporté des tissus de soie et de laine tels que nous n’en faisons pas de plus beaux dans nos fabriques de Lyon et d’Elbeuf; mais la cherté de ces objets nous sauve de leur concurrence. Toutefois le fait est d’une nature inquiétante, car si nous produisons à bon compte aujourd’hui cela tient au progrès qu’ont, fait chez nous le génie manufacturier et le perfectionnement des machines; or, la Russie va fort vite, ainsi que l’atteste le développement industriel qu’elle a pris dans le cours des dix dernières années, et le chemin qu’elle a à parcourir pour nous joindre sur les prix de nos draps et de nos soieries, n’est, déjà pas très-long; sa compétition sur ce point pourrait donc n’être pas si éloignée qu’on se l’imagine généralement. M. Taraeffde Shemakha, a exposé du joli taffetas à moins de cinquante francs la robe de 11 yards anglais, c’est-à-dire de 10 mètres environ et les velours de M. Lokteff, de Moscou, se vendent seulement un franc de plus que les nôtres par mètre, à qualité égale. Les foulards, pareils aux plus beaux foulards de l’Inde, sont cotés
- 30 francs la douzaine. La même observation j eut-être faite à l’égard des rubans, des peluches, des gros et de toutes les étoffes de soie, tant broi liées qu’unies; les magnifiques brocarts de MM. Sitoff et Kolokolnikolf, de Moscou, se détaillent à 100 francs le mètre, et l’on peut dire, sans blesser l’amour-propre national, que les Russes sont restés orientaux dans cette spécialité manufacturière; ils tissent l’or et la soie de manière à ne pas craindre la concurrence de l’Occident.
- Les draps supérieurs (satin laine) de M. Tchetveri-coff, de Moscou, varient de 15 à 20 francs, mais on s’accorde à leur attribuer une grande perfection : la matière première est fournie par les troupeaux du comte de Nesselrodé. Puis viennent ceux de MM. Stumpt, de Varsovie, et Isaieff, du gouvernement de Tshernigoff, qui peuvent être comparés aux draps belges selon les connaisseurs et dont le prix varie de 8 à 14 francs. Pour les draps comme pour les soieries, les Russes sont aussi voisins de nos qualités que de nos prix; du reste, ces articles veulent être signalés à l’attention dé nos propres fabricants, c’est pourquoi nous nous proposons de leur consacrer un article spécial.
- On en peut dire autant en ce qui touche les mérinos, les mousselines, les caehemiriennes et les indiennes. MM. Goutchcoff, Volner et Rochefort, de Moscou, trois maisons considérables qui font la spécialité des tissus diaphanes de laine et soie et laine ont exposé des pièces que nos fabricants ont dû voir avec étonnement; mais dans cette partie, la différence des prix est plus sensible que partout ail-lieurs; les barèges russes sont infiniment plus chers que les nôtres ; on dit, il est vrai, que leurs laines, et leurs soies sont supérieures aux nôtres, ce qui est possible, mais cette circonstance ne peut influer aucunement sur la cherté des divers tissus car l’excellence de la matière première étant un fait naturel, et la récolte de la bonne laine ne coûtant pas plus que la récolte de la mauvaise, il n’ÿ a pas de raison pour que la dépense élémentaire soit plus forte en Russie que dans nos contrées. C’est donc, non pas à la qualité des matières qu’il faut s’en prendre de la cherté du produit, mais bien aux moyens de fabrication ; il va sans dire que le perfectionnement de ces moyens joint à la supériorité naturelle de la marchandise doit rendre, à un jour donné, la Russie fort redoutable dans le genre d’industrie qui nous occupe. C’est de ce côté que les conquêtes russes sont à craindre ; c’est aussi de ce côté qu’il faut nous garder en donnant au travail national le plus de développement possible, de manière à ne pas nous laisser devancer sur le terrain des inventions, des améliorations et des débouchés.
- La maison Rochefort fait aussi les mousselines peintes ordinaires à des prix presqu’égaux aux nôtres : quant aux indiennes, M. Czârevsk, de Moscou, en a exposé une fort belle collection échelonnée de dix à trente sous le mètre..
- Les travaux de tissage, ceux surtout qui concernent la soierie, s’exécutent en grande partie dans le domicile des ouvriers russes, comme cela se pratique à Lyon; cela tient à ce que les femmes entrent pour beaucoup dans la composition du personnel des travailleurs qui s’occupent de ces matières; mais il y a des manufacturiers qui ne fournissent point des articles bruts au dehors; ceux-là ne font travailler que dans leur établissement, dont la ravissante propreté peut être appelée du luxe.
- Au-dessous de ces ambitieuses manufactures impériales et privées qui ont apporté à l’Exposition leur contingent grandiose, il y a en Russie de petites et modestes industries dont l’étude serait fort curieuse, si le cadre que nous avons à remplir ne nous interdisait point tout détail à leur sujet. 11 est tels ouvrages en bois, en écorce, en filigrane d’argent, en verrerie, en cuir, etc., de même que des tissagés, dont le plus grossier, la ragotchka, espèce de tressage à emballer, et dont le plus tin, porté à l’Exposition par dés femmes cosaques, mériteraient l’attention de l’observateur. Mais il nous importe de réduire ces observations. Disons, toutefois, à propos des femmes cosaques, que le poil de chèvre, blanchi au soleil, a, non moins que les châles confectionnés par elles avec cette matière, excité à un haut degré la curiosité des dames. Un de ces châles portant les noms de Prascovia, Olga, Maria, Apolinaria et Alexandra, a été offert par ces cinq femmes à S. M. l’impératrice dé Russie, qui a eu pour agréable de l’envoyer à l’Exposition.
- La Bussié est réputée pour ses cüif s ; aussi cet
- article est-il en grande abondance dans le Palais de l’Industrie ; il y en a de toutes les qualités et de toutes couleurs; les cuirs vernis dominent cependant la collection. Sur le même comptoir, on voit, rangés en fort bon ordre, des bas, des souliers, des calottes, etc., confectionnés en feutre par les paysans russes; ces objets ne forment point la partie la moins curieuse de l’Exposition. Les souliers sont, à vrai dire, des sabots ayant une semelle de deux ou trois pouces d’épaisseur, et étant de force à résister au sabre et à la balle, sans manquer, cependant, ni de souplesse, ni de légèreté. Ces chaussures sont inappréciables pour voyager i’hiver; mais cette façon d’élaborer le feutre est inconstestable-ment applicable à d’autres objets, c’est ce qui en fait le principal mérite. v
- Tout à côté se trouve une table sur laquelle sont posés des cuvettes, des cruches, des vases, des casques de la même matière, différant de la première, en ce qu’elle est vernie en dedans et en dehors ; ces articles sont légers, durs et difficiles à briser. Un pot à eau, avec sa cuvette, est coté 17 shellings (21 francs environ); c’est un peu cher, mais les marins n’y regarderont pas d’aussi près.
- Les armes à feu et les armes blanches exposées proviennent des manufactures impériales. Toula, le Saint-Etienne de la Russie, est la plus ancienne ; mais, indépendamment des sabres et des mousquets, cet établissement fournit encore des harnais, des lits de fer, des limes, des chaînes, etc. Nous avons lu quelque part que 2,000 ouvriers, tant Français que Belges et Anglais, avaient été engagés pour Toula. La manufacture de Zlataoust figure à l’Exposition pour vingt-cinq sortes d’armes blanches : un sabre de hussard, un de dragon, un de cosaque, un d’officier de cavalerie, un damas turc, une lance de hulan , une cuirasse, etc.
- Un trophée de gerbes, contenant les semences multiples des productions agricoles les plus variées, se trouve élégamment posé au centre du comptoir: c’est du blé de toute espèce, de l’orge, de l’avoine, du seigle, du sarrazin, du lin, du chanvre, des pois et des haricots récoltés dans lés diverses zones qu’embrasse l’étendue de l’empire ; tout autour de ces gerbes, la graine et la farine de ces plantes sont arrangées dans des tasses. On remarque le long des murs des échantillons du célèbre chanvre russe à l’état brut et à l’état manufacture.
- G’est en considération de ces productions agricoles que se trouve justifiée l’opinion que nous avons émise dans notre premier article touchant le développement que les propriétaires russes ont donné à l’industrie foncière. Le comte Koucheloff, qui vit dans les environs de Saint-Pétersbourg, est un de ceux qui ont le plus perfectionné cé que nous pouvons appeler 1 ’élève des céréalés; les beaux résultats qu’il exhibe dans le coin de l’Exposition qui porte son nom , constituent le plus bel éloge qu’on puisse faire des soins intelligents qu’il s’est donnés; cet éloge lui est surtout dû, parce qu’il a obtenu ces résultats sous des latitudes peu fâvorables.
- Nous aurions beaucoup à dire ët beaucoup à citer sur ce chapitre de l’agriculture, sur les diverses qualités de grains, inconnus dans nos pays, que les Russes ont introduit avec succès dans leur culture, sur 1 ’arnaout, le sandomirsk, l’orge de Y Himalaya, le seigle d’hiver, le seigle de printemps, etc.; mais, en nous engageant dans cette statistique agri-culturale, il faudrait pouvoir traiter le sujet en entier, parler du tabac de M. Doudinski, du sucre de betteraves de la princesse Sangoushko , des lins de M. Karnovitch, des chanvres de M. Volkhonski, des pommes de terre de M. Jusghenson, des navets de M. Treskoff, et même de la chicorée de Mme Sorakin, qui, plus franche que les épiciers de Paris, expose son produit avec cette audacieuse étiquette : Caj'è de chicorée; or, cela nous conduirait trop loin, et nous nous arrêtons prudemment à ce qui a été dit.
- Mais deux matières qui demanderaient plusieurs pages, et auxquelles cependant nous ne pouvons consacrer que quelques lignes, la soie et la laine , ne doivent pas être passées sous silence. La plus grande quantité sinon la plus belle qualité de laine exposée par la Russie consiste en mérinos; il y en a du gouvernement de Tauride; il y en a de Bessarabie; il y en a de Kaltenbrunn ; elle est, dit-on, supérieure à la laine espagnole et vaut 1 fr. 50 c. la livre. Une autre espèce de laine provenant de la toison d’un mouton appelé caratchay, et préférable au mérinos, occupe une place considérable à l’Exposition; mais la place la plus distinguée est acquise au
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
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- Cachemire, chevelure soyeuse de la chèvre indienne. Le cachemire le plus blanc porte pour nom d’exposant des femmes cosaques.
- Les éleveurs de vers à soie se multiplient avec une telle rapidité dans le sud de la Russie, que cette précieuse niatière doit, avant peu d’années, devenir d’un usage vulgaire dans l’empire. Les exposants sont nombreux : nous citerons en première ligne MM. Re-broff, de Stavropol, et M. Juditzki, de Moscou. Ces éleveurs ont apporté de fort beaux échantillons; mais un de leurs confrères, plus modeste qu’eux, mérite une mention plus particulière, car il a un mérite personnel incontestable, attendu qu’il a cultivé le ver et récolté de la soie dans le gouvernement de Vorony, à Zadonsk, c’est-à-dire sous une latitude tellement rigoureuse par rapport à son industrie, que, présumablement, il a du employer quelques moyens physiques pour acclimater ses insectes.
- Après avoir irrégulièrement énuméré et très imparfaitement décrit les divers éléments de la richesse industrielle de l’empire russe, il nous reste, au moment de terminer cet article, à parler de la principale source de son opulence : la minéralogie. Ici encore nous serons bref et par conséquent insuffisant.
- L’industrie minéralogique est conduite en Russie par le gouvernement impérial et par les particuliers. Les principales exploitations de l’empereur sont les mines de fer et de cuivre d’Arkangel, de Yarsilivvsk, de Soukhodoisk, de Frolovsk, dans le gouvernement de Perni; celles d’argent de Smuvsk, de Zirianowsk, de Sokolni, de Semenovsk et de Ridersk, dans la Sibérie; celles de Sviato-Troitsk, de Yoskressensk, de Czarevo-Nicolsk, et celle de Pokrovsk, contenant principalement du cuivre; celles de Levinsk, de Kedrovsk et de Nijne-Tourinsk, donnant 42 p. % de fer. Une infinité d’autres mines de fer et d’acier, dans les gouvernements de Yiatka, d’Orenbourg, de Tomsk et de Ressarabie, sont exploitées avec succès par la couronne. Quant aux exploitations particulières, nous citerons celles du prince Demidoff et celles de MM. Pashkoff, d’Orenbourg.
- Le prince Demidoff recueille dans ses mines du fer, du cuivre, de l’or, de la malachite, du platine, etc. Mais les plus riches au point de vue des géologues sont celles que le gouvernement fait creuser dans les provinces transcaucasiennes de la Nouvelle-Russie.
- BELLEGAIUUGÜE.
- RAPPORT
- FAIT A L’ACADÉMIE DES SCIENCES MORALES ET POLI-
- QUES SUR L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE LONDRES.
- Première partie. par M. Michel Chevalier.
- L’académie des sciences morales et politiques a chargé deux dè ses membres, de la section d’économie politique, MM. Michel Chevalier et Blanqui, « de lui présenter un Rapport concernant Y Exposition de Londres, envisagée du point de vue de î’é-cortomie politique, spécialement en ce qui concerne les frais de production comparés dans les différents pays. »
- On connaît la haute et large intelligence, l’instruction profonde et variée, le talent d’expression que M. Michel Chevalier a mis au service de la science et des matières économiques. Elève direct de .1. R. Say, dont il continue et fait revivre la tradition avec une rare abondance d’esprit, M. Blanqui, à son tour, jouit de la faveur des gens du monde et de l’estime des hommes compétents. Un rapport fait par ces deux savants Sur Y Exposition de Londres ne pouvait manquer d’exciter, de mériter la curiosité et l’attention du public.
- Il était à craindre que l’étude à laquelle est soumise en ce moment Y Exposition de Londres ne donnât point lieu aux résultats qu’on en doit attendre, embarrassée connue elle l’est par la multiplicité et la confusion des objets à considérer, si l’esprit français, avec sa faculté particulière de généralisation et dé précision, n’avait pris, tout d’abord, l’initiative du jugement, et s’il ne s’était pas chargé de tracer, en quelque sorte, le programme régulier et méthodique des questions et dos points qui sont à examiner.
- A cet égard, on doit le reconnaître, MM. Michel Chevalier et Blanqui se sont déjà montrés de leur pays par la promptitude avec laquelle ils se sont décidés à formuler une opinion. VExposition était à peine ouverte ; le premier mois de cette solennité
- n’était pas encore écoulé, que déjà tout était vu et le rapport français se trouvait prêt.
- On se tromperait si l’on voyait dans cette rapidité d’inspection et d’exécution une précipitation peu conciliable avec un examen mûr, approfondi, consciencieux. M. Michel Chevalier, qui a visité et étudié le Nouveau-Monde, M. Blanqui, qui a parcouru en observateur sagace des parties importantes de l’Europe, avaient déjà, l’un et l’autre, sur l’état comparé de la puissance industrielle du globe, des notions étendues et positives, puisées aux marchés qui se trouvent en communication avec tous les centres producteurs.
- D’ailleurs, MM. Michel Chevalier et Blanqui onteu soin de se faire accompagner dans leurs promenades studieuses à travers les galeries du Palais de Cristal par des hommes pratiquement spéciaux à toutes les branches de l’industrie. Un grand général disait : « Ce que je ne vois pas tout d’abord, je ne le vois jamais. » L’esprit français est ainsi fait, comme le coup d’œil de ce général : il voit aussitôt, parce qu’aussitôt il doit se résoudre.
- Au reste, il s’en faut que MM. Michel Chevalier et Blanqui aient achevé la communication de leur rapport à l’Académie des sciences morales et politiques. M. Michel Chevalier a seul donné lecture de son travail dans le courant du mois de juillet dernier, et ce travail ne comprend encore qu’une appréciation des caractères généraux que présente l’Exposition de Londres, au point de vue de la valeur comparée des divers peuples industriels du globe. Nous avons pensé que les lecteurs de ce journal accueilleraient avec ün vif intérêt une analyse et des extraits de cette appréciation qui n’a pas encore été publiée, et qui a fait sur le savant auditoire auquel seulement elle a été communiquée jusqu’ici, une forte et légitime impression.
- 1.
- « Tous les peuples du monde, moins deux, ont « pris part à l’Exposition de Londres, dit M. Michel « Chevalier ; il n’y a que deux Etats qui se soient « complètement isolés de cette grande solennité in-« dustrielie, qui aient expressément refusé de pren-« drepart à ce rapprochement de toutes les fractions « delà famille humaine sur le terrain neutre desla-« beurs de la liai}; : c’est le Japon et le royaume des « Deux-Siciles. Encore, en vertu de la faculté que la « commission de l’Exposition a donnée aux parlicu-« liers de présenter des 'objets qui ne seraient pas t leur ouvrage, pourvu qu’ils en fissent connaître « l’origine, le Japon se trouve-t-il avoir, dans les « galeries du Palais de Cristal, un certain nombre « d’articles épars au milieu de ceux delà Chine. ...
- n.
- Pour étudier et exposer avec méthode rimmense variété de produits réunis à Londres, dans le Palais de Cristal, les rapporteurs ont cru devoir adopter la méthode suivante :
- « Nous avons reconnu que le mieux était de par-« tager les états et les nations en différents groupes, « en prenant pour base de cette classification, les « idées générales professées chez les peuples. »
- Ainsi que M. Michel Chevalier le prouve savamment dans cette partie de son rapport, une des pages les plus utiles qui aient été écrites de nos jours, les idées générales font par elles-mêmes la force intellectuelle et morale des hommes. Elles donnent une direction à leur esprit. Selon qu’elles sont fausses ou vraies, elles leur communiquent la puissance ou les frappent d’infirmités. Mais les idées générales des peuples sont nécessairement les croyances religieuses. Des hommes qui se croient positifs, et qui ne sont que futiles, n’entendent rien à ces rapports qui rattachent l’énergie à l’intelligence, l’industrie à la moralité. Voici, à Y Exposit ion de Londres, des faits, un ensemble immense de faits qui se chargent de démontrer aux moins clairvoyants l’efficacité toute-puissante des doctrines religieuses à créer, à susciter, même dans le domaine du travail industriel, la force et la supériorité!
- En effet, comme le dit l’illustre professeur :
- « Qu’est-ce que l’industrie, sinon la mise en rap-« port de l’homme avec la nature, et sur quoi fornle-« t-elle ses opérations, sinon sur la connaissance « des rapports qui existent entre les diverses ma-« fières que nous offre la terre? Si donc la doctrine « religieuse est imparfaite, c’est qu’elle donne de « fausses notions sur les rapports, non-seulement,
- « des hommes entré eux, mais entore des hommes,
- «avec les choses, et des choses entre elles, et alors « l’industrie est retardée. »
- III.
- Ayant prouvé la légitimité philosophique de la classification des peuples par les doctrines religieuses auxquelles ils se rattachent, le savant rapporteur poursuit ainsi :
- « En partant de là, on est conduit à distinguer « d’abord dans TExpositionuniverselle de Vlndus-« trie à Londres, trois groupes caractérisés chacun « par un ensemble d’idées générales, c’est-à-dire, « par une doctrine religieuse et philosophique:
- « 1° Celui des peuples chrétiens qui comprend « l’Europe et l’Amérique, et qui prime aujourd’hui « dans le monde ;
- « 2° Celui des peuples orientaux, de ces peuples « qui forment ce qu’on pourrait appeler le Grand « Orient, et qui embrasse l’Inde, la Chine, le Japon, « et une partie des Archipels asiatiques;
- « 3° Celui des peuples mahométans qui sont pla-« cés comme un intermédiaire entre les peuples « chrétiens ou occidentaux et les peuples de l’Asie « lointaine..... »
- « ...... VExposition Universelle de Londres
- « atteste avec éclat, que dans l’industrie comme « dans tout le reste des attributs de la civilisation, « la supériorité appartient à la civilisation, que « nous appellerons indistinctement chrétienne ou « occidentale. »
- M. Michel Chevalier est amené à tracer ce tableau brillant des progrès industriels qui sont propres à notre civilisation. On trouve dans ce tableau un résumé précieux de l’histoire de l’industrie :
- « Les forces de la nature sont extrêmement va-« riées ; nous les possédons et nous les domptons « chaque jour davantage. Par de nouveaux efforts « de l’esprit, nous les appliquons de mieux en « mieux, de plus en plus en grand. Les animaux les « plus robustes de ceux qu’on peut apprivoiser, « le cheval, le bœuf, le buffle, le mulet, l’âne, le « renne même, les cours d’eau et les vents sont à « l’œuvre pour nous, à notre place comme des este claves dociles. La force élastique de la vapeur est « à notre service et nous rend des résultats chaque « jour plus beaux en étendue, en précision, en di-« versité.
- « L’électricité stationnaire et les courants électri-« ques, la gravitation, l’élasticité, la capillarité, les « affinités chimiques, l’attraction moléculaire spéciale « aux corps cristallins, le froid et le chaud, la lu-« mière et l’obscurité, sont autant de forces que nous « utilisons chaque jour avec moins d’imperfection « sur une échelle plus grande. Pendant bien des « siècles, le genre humain, même dans notre Occi-« dent, a ignoré la plupart de ces forces. Aux débuts « de la civilisation, l’homme asservit le bœuf et le « cheval, et le service fut si précieux que l’humanité « reconnaissante classe parmi les demi-dieux Trip-« tolèrne, qui, selon la tradition grecque, avait lé « premier attelé le bœuf à la charrue ; Castor et « Pollux, qui passaient pour avoir dompté le cheval. « Mais même dans notre Occident, l’antiquité n’alla « guèreau-delà de ces conquêtes dans l’appropriation « des forces les plus manifestes de la nature. Sans « doute, on se laissait aller au courant des fleuves ; « mais on n’apercevait pas la force motrice qu’ils « donnent quand on les détourne par une dériva-« tion. La puissance des chutes d’eau, dont on tire « un si grand parti aujourd’hui, n’était aucunement « utilisée dans l’antiquité. La mouture des grains se « faisait péniblement à bras, rarement par la force « des bêtes, et ce ne fut que dans les derniers temps « de l’empire romain, quand il était déjà frappé à « mort, qu’on eut quelques moulins mus par des « roues hydrauliques. Les moulins à vent sont d’une « époque postérieure aux moulins à eau, et latorce « qu’ils donnent, même de nos jours ,n’est pas très-« considérable. C’est dans l’art de la navigation que « les peuples européens avaient principalement utilisé « la force du vent, dans les siècles qui ont précédé « le nôtre.
- « Quant aux anciens, ils naviguaient à la rame
- bien plus qu’à la voile. La vapeur était employée « à peine avant NV ntt, car la machine à vapeur de f, Neweomen, la seule qui fût. de quelqu’emploi, était „ nn appareil grossier, dont on ne se servait que <' pour f'puiser les eaux des mines de charbon.
- RÀÿEÏTI.
- (La suite prochainement..)
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- LE PALAIS DE CRISTAL
- PIECES D’ORFEVRERIE
- DE M. SAZICOFF, DE ST'PETERSROURG.
- Nous avons déjà rendu compte du surtout de table que l’on remarque au milieu de ce dessin; la scène historique à laquelle se rapporte le groupe placé au pied du sapin, a été racontée dans notre dernier numéro.
- Il a été aussi question de la corne à boire et du presse papier qu’on remarque à gauche ; ce qui est nouveau pour nos lecteurs, c’est la coupe sous forme de coq, le chasseur Finnois, les deux coupes byzantines, sortes de calices dont un est fait en forme de pomme de pin, une éeuelle, un pot d’ancien style russe et un gobelet représentant une jeune tille se mirant dans l’eau.
- i'ièces d’orfèvrerie de M. Suzicol (de St-ïélersbourg).
- bel établissement
- LITHOGRAPHIE.
- M. REMERCIER.
- La gravure ci-contre représente l’intérieur du plus lithographique que nous ayons en France, assurément, celui d’où sortent les produits les plus purs qui soient en Europe.
- C’est l’atelier de M. Lemercier.
- Cet atelier occupe 140 ouvriers, dont le salaire s’élève de 5 fr. à 15 fr. par jour pour les imprimeurs, et de 3 à 4 francs pour les manœuvres. On y trouve en activité 90 presses à bras à l’aide desquelles on imprime annuellement , plus de 2,000,000 d’estampes, tant pour l’encadrement que pour le cartonnage, la librairie et l’exportation.
- Nous devons
- ajouter que, M. Atelier lithographique de M. remercier.
- Lemercier est un des lithographesqui ont introduit dans cet art les innovations et les progrès les plus remarquables : Il a, le premier, songé à aciduler et à
- gommer les pierres par une seule opération, en se servant d’un mélange d’acide nitrique et de gomme qu’il applique sur la pierre avec un très-large pinceau Cette heureuse modification fait gagner un temps précieux, en permettant d’obtenir sur-le-champ des épreuves d’une pierre qu’on ne pouvait tirer que le lendemain.
- On connaît le reste de l’opéra tion lithographique. L’impression s’obtient en passant sur la pierre, mouillée d’eau, un rouleau chargé d’une encre formée d’huile cuite à un certain degré et de noir de fumée.
- Les portions mouillées refusent cette encre, qui au contraire se dépose sur chacun des points garnis par le crayon.
- Une feuille de papier sèche ou humide, suivant la nature du dessin, est alors déposée sur la pierre, puis recouverte du tympan formé d’un cuir épais et soumis à une pression considérable.
- La pression détermine sur le papier, le transport de l’encre déposée sur la pierre et y reproduit, en sens inverse, le dessin exécuté par l’artiste. Cette opération pour-
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
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- rail se continuer indéfiniment si plusieurs causes n’altéraient le dessin, surtout en empâtant, en élargissant les points déposés sur le sommet des grains.
- Pour prévenir cet empâtement, ou pour le retarder autant que possible, on emploie une solution de gomme, laquelle, en pénétrant dans les pores de la pierre que l’acide a multipliées, empêche le corps gras de s’étaler et limite l’étendue qu’il doit conserver au sommet de chaque grain.
- On sait que le principe fondamental de la lithographie au crayon, consiste dans le graissement du sommet d’un certain nombre de pyramides presque mycroscopiques qui recouvrent la pierre ; graissement qui descend plus ou moins le long des talus de chaque pyramide, selon que l’artiste a voulu donner plus ou moins de vigueur à certaines parties de son dessin.
- L’emploi du crayon demande un soin minutieux, dont on se fera à peine une idée quand on saura qu’il doit être taillé dix ou douze fois par minute : aussi a-t-il rebuté nombre d’artistes. On imagina des moyens pour y suppléer. Un procédé approchant du lavis fut employé par En-gelmann ; mais il ne satisfit pas complètement, et force fut d’attendre les modifications que la science théorique, jointe à une pratique intelligente, apporterait à cette espèce de lavis.
- M. Lemercier imagina une encre qu’on étendait sur la pierre ; puis on en modifiait la teinte noire à l’aide de la flanelle, de la mousseline et du grattoir ; on terminait ensuite au pinceau. C’est par ce procédé que Deveria et Gengembre exécutèrent quelques-unes de leurs planches les plus remarquables.
- Mais la science ne se tenait pas pour satisfaite. Le lavis, ainsi que l’estompe lithographique, que chaque tentative nouvelle semblait enfin devoir donner aux artistes, restait toujours à trouver. Quelques-uns des lithographes, les plus renommés de l’époque, avaient même fini par les déclarer impossibles. Que fallait-il cependant ? une encre qui se délayât comme l’encre de Chine et la sépia, qui pùt ensuite s’étendre c facilement sur la pierre et s’y modifier.
- Il fallait aussi un crayon lithographique qui pût s’écraser, s’étendre et se modifier avec l’estompe, comme le crayon ordinaire.
- C’est encore M. Lemercier qui réalisera ce qui a été déclaré impossible. Voici comment :
- Le crayon pour l’estompe, l’encre pour le lavis sont intimement mélangés (mais non combinés) avec une substance d’une extrême divisibilité, et facilement attaquable par l’acide employé à la préparation de la pierre, ou pouvant
- s’éliminer par le lavage. Le crayon écrasé sur la pierre y est rendu adhérent par un frottement énergique qui empâte complètement toutes les vallées qui contournent les grains; puis, au moyen de brosses plus ou moins rudes, on enlève ce même crayon de manière à découvrir le sommet du grain en pénétrant à des profondeurs plus ou moins grandes le long des talus.
- Ce procédé est donc exactement le contraire de celui qui avait servi jusque-là. Lorsqu’on prépare la pierre pour le tirage, l’acide détruit la substance interposée entre les molécules du corps gras et met à découvert les portions de
- la pierre qui devront refuser l’encre d’impression. Les teintes obtenues ainsi sont d’une régularité parfaite, (parce que le frottage, opéré par l’artiste, enlève en même temps des quantités proportionnelles du corps gras et de la substance en question.
- Grâce à M. Lemercier, le problème, aujourd’hui, est entièrement résolu, et de nombreux chefs-d’œuvre attestent que la biographie est enfin entrée dans le véritable domaine de l’art, en mettant, entre les mains des artistes, des procédés qui leur laissent une entière liberté, et suppriment pour eux toute la fatigue et tous les ennuis du métier.
- Voilà le perfectionnement attendu depuis l’apparition de la lithographie, et dont M. Lemercier a doté no/re pays. C’est son œuvre capitale. Pour tous ceux qui se sont occupés de ces matières, elle équivaut à une véritable invention,.
- Nous ne croyons pas nécessaire de relater ici les progrès de détail que M. Lemercier a fait faire à la lithographie.
- On sait qu’à chacune des expositions où il a figuré, on a remarqué de notables progrès dans cet art.
- Aussi, M. Lemercier a-t-il obtenu des médailles et la décoration de la Légion-d’Honneur dès l’année \ 849.
- Puis, à l’Exposition universelle de Londres, M. Lemercier se présente avec une importante série d’ouvrages, de-' vant lesquels les artistes et les savants étrangers ne peuvent pas s’empêcher d’exprimer toute leur admiration.
- Nous avons principalement remarqué un Ange, par Desiiioisons, admirablement rendu; les Willis, par Fanoli ; la Famille d’Angleterre, par Léon Noël ; la Duchesse de Kent, par le même ; une grande Etude, par Julien; le Colin-Maillard, cette réminiscence du jeune âge, qui accuse le nom de son auteur à première vue; les Deux chiens, par Lassalle ; une Marine, par Sabatier ; le Bon Pasteur, par Turwanger frères ; des Fleurs, par Mme Elisa Champin ; le portrait de M. le président de la République, etc., etc.
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- COURRIER DE PARIS ET DE LONDRES.
- Londres a retrouvé son lord-maire, ses aldermen, tous ses dignitaires municipaux et industriels que nous avons choyés, complimentés, bourrés, fêtés et harassés à grands frais, toute la semaine dernière : ils sont revenus rapportant les compliments empressés de la ville de Paris à la cité de Londres, rèmnt aux moyens de choyer, de complimenter, de bourrer, de fêter et d’harasser à leur tour le plus prochainement et le plus complètement possible leurs nouvelles connaissances.
- Le Chinois aussi, le fameux Chinois, l’homme au bouton de cristal, a quitté Paris, avec toute la compagnie, mais il n’en a point été question à Londres: le bonhomme est prudemment rentre dans sa petite boîte. Il était temps, car il faut l’avouer, bien que ce soit quelque peu humiliant, les autorités civiles, militaires et politiques de la France ont été jouées par ce magot qui se tient les côtes, à l’heure qu’il est, des grands égards que n’ont cessé de lui témoigner nos plus remarquables bonnets ; car malgré ses semelles de trois pouces, le drôle n’est qu’un va nu pieds qui pourra bien avoir maille à partir avec la correctionnelle de son pays pour le port illégal du bouchon de carafe.
- Mais passons. Laissons-le reprendre à petit bruit ses modestes fonctions à bord de la jonque chinoise, qui, maintenant, est le seul spectacle un peu original, un peu suivi de la grande cité. Les invités du continent sont revenus juste à temps pour voir partir les derniers gentlemen et les derniers artistes. M. Berlioz, Mme Ugalde, sont rappelés à Paris ; la Cruvelli n’a plus que quelques représentations à donner ; Drury-Lane est envahi par les écuyers, les clowns, les amazones : la saison d’été est commencée depuis quinze jours. Londres ne conserve d’animation que grâce au Palais-de-Cristal, qui attire toujours la même affluence. Londres appartient aujourd’hui, presque sans partage, aux visiteurs étrangers.
- L’opéra de M. Thalberg, dont nous avons déjà parlé, obtient décidément un véritable succès : succès effacé, pourtant, car c’est ainsi que la vogue se partage à Londres, effacé par les petits oiseaux de Mlle Emilie Vandermesh, dont nous avons admiré les merveilles l’an dernier à Paris. Il y a quelques jours encore, les derniers salons se disputaient la charmante jeune fille, qui emporte à Vienne ses spirituels petits amis et mille témoignages de la plus vive admiration.
- Je ne sais si on a déjà publié des vers de M. Jules Janin qu’il nous a été donné de lire sur l’album de MUe Vandermesh; en tout cas, l’auteur mérite qu’on les redise. Si vous les connaissez, passez. Voici le quatrain :
- Ma foi! la charmante famille!
- Beau plumage et des yeux si beaux !
- Si ces oiseaux sont à la jeune fille,
- La jeune fille est... aux oiseaux !
- L’album en contient de meilleurs signés de noms moins illustres.
- Maintenant c’est comme chez nous, la vogue se rejette presque exclusivement sur les ballons. A Cre-morn et au Waux-IIall ascensions simultanées, ascensions heureuses toujours ; mais tout comme chez nous, pas le moindre progrès ; pas un accident, mais pas une découverte.
- A Paris, du reste, la curiosité s’est fort refroidie ; etM. Godard et M. Poitevin tout hardis, tout, habiles qu’ils soient, nous semblent un spectacle fort banal; ils ne nous font même plus lever le nez : à peine se préoccupe-t-on seulement de ce pauvre M. Petin, qui parle d’enlever cinq cents personnes avec quatre ballons reliés ensembles, deux machines à vapeur et une voilure considérable; cela est fort extraordinaire et bien des savants affirment que l’inventeur divague. Mais nous ne sommes plus au temps où l’on niait de parti pris et en principe ; et si l’on ne se passionne guère, au moins on proiége le chercheur, on lui donne tous les moyens d’appliquer son idée et on attend.
- Si celui-là réussit cela fera, je crois, émeute dans l’univers; à coup sûr une révolution dans les mœurs : mais ne crions pas à l’avance.
- Un fait digne de remarque c’est que M. Petin n’a jamais fait un voyage en ballon ! Enfin, nous verrons bien !
- Nous avons à parler aussi de spectacles moins faits pour la saison : heureusement la semaine est peu féconde, deux pièces seulement : l’une à la Montansier
- LE PALAIS DE CRISTAL.
- l’autre aux Variéés, toutes deux on réussi quand-même.
- En manches de chemises d’abord nous a montré M. Sehey, un transfuge du vaudeville, comme disent les feuilletons classiques. M. Schey a débuté dans un rôle taillé pour Ravel dont il imite, de son mieux, les gestes, les façons et parfois les intonations. Mlle Aline Duval, qui jouait avec lui en faisait autant : après tout, cela n’est pas désagréable; la pièce n’y a rien perdu ; et si, comme on le dit, M. Ravel doit entrer au Vaudeville, au moins laissera-t-il à la Montansier ses traditions et des gens disposés à les recueillir; en attendant mieux, soit.
- M. Schey a été amusant dans le rôle peu pastoral de Corydon ; il a été fort bien accueilli.
- En manches cle chemise est l’histoire d’un habit et d’une robe : Caroline et Corydon sont voisins : Caroline a besoin de \ 5 francs, elle porte au mont-de-piété l’habit de Corydon qui à son tour va accrocher au même clou la robe de Caroline.
- Voilà donc Corydon en manche de chemises et Caroline en corset. Fort-bien, mais ils ont tous deux un rendez-vous et la tenue n’est pas convenable. Comment faire? repentir réciproque; Corydon va surprendre à l’émotion d’une vieille veuve une robe de rechange. Caroline emprunte assez spirituellement pour Corydon l’habit d’un jeune pharmacien; tout est réparé : allons à notre rendez-vous.
- — Moi, dit Caroline, je vais chez M. de Fov, pour une entrevue matrimoniale avec un prince polonais, riche de 70,000 roubles de rentes et propriétaire de 40,000 paysans.
- — Moi, dit Corydon, je vais chez M. deFoy, aussi pour une entrevue matrimoniale avec une comtesse allemande : 70 fermes, l châteaux et de jolis détails.
- — Mais c’est moi, la comtesse allemande, dit Caroline.
- — C’est moi, le prince polonais, dit Corydon !
- Coup fourré. M. de Foy n’est plus nécessaire, il
- perd son pot de vin. Le chef d’orchestre intervient et tout finit comme d’habitude.
- Tout cela ressemble bien à ces bonnes farces si spirituelles—sous la Restauration, et qui mènent de nos jours en police correctionnelle, les gens très-gais, qui veulent perpétuer la tradition de ce bon temps; mais à la Montansier, on n’est fort délicat, ni sur les moyens, ni même sur la fin et comme après tout les détails sont très-comiques, la morale a eu tort et l’ensemble a suffisamment réussi.
- La Gothon de Béranger aux Variétés, a réussi comme réussit aujourd’hui toute pièce à sa première représentation. Un succès réglé et dessiné comme un ballet, un succès mécanique,—un, deux, trois, petits battements, — bis, ter, bravo, grand battement, trois grands battements; bis, roulement ! et les rares représentants de la critique française, (je ne parle point des feuilletonistes) disséminés çà et là, honteux d’un si sot enthousiasme, souffrent et se taisent comme un grenadier deM. Scribe. Et, d’ailleurs, quand même : à la rigueur on ne songerait point au bataillon carré, qui en deux heures de frénésie, semble à peine avoir essayé ses forces ; on ne verrait point, seulement à l’idée d’un honnête coup de sifflet, voltiger autour de son imagination de ces poings à la Rabelais, de ces poings qui semblent avoir longtemps germé, cultivés avec soin, développés, hypertrophiés spécialement pour la critique dramatique, de ces poings, dont le spectre menaçant semble vous crier : A bas la cabale ! puis enfin, ces index longs et noueux qui semblent s’allonger jusque dans votre œil et qui veulent dire : c’est lui! c’est lui! on n’y songerait point, mais vraiment M. Cormon et M. Dutertre, secouant la poussière d’une vieillerie qui n’a jamais été de mode, MM. Cormon et Dutertre, après avoir rêvé et guetté dix ans, l’ingénuité d’un directeur apportant une niaise histoire, plutôt Gil Blas travesti, que Gothon se réclamant impudemment de Béranger, qui n’en peut mais, et qui heureusement ne viendra pas y voir, valent ils la peine que les héros qui ont combattu à « Hernani», contre de nobles adversaires, risquent de se mesurer avec tes hommes de la direction des Variétés. Je dis les hommes, parce qu’on les appelle ainsi au théâtre, mais j’ai toujours entendu ailirmer par ceux qui cédant à leur indignation, ont accepté la lutte, que dans ces circonstances, ni courage, ni science ne sauraient que faire. Vainement, selon les principes, ils allaient chercher une tête à étourdir, un nez à saigner, une poitrine à effondrer, ils n’ont jamais rencontré, ni vu, que des mains qui empoignaient et
- frappaient, mues, on n’a jamais bien su par quoi.
- Et ce sont là les critiques dignes de cette littérature. Pauvre Mlle Page, si jolie et si fine, se fatiguer cinq actes durant à débiter de pareilles bribes, promener sa gentillesse et son talent dans toutes ces niaiseries, faire miroiter comme de l’or, ce vieux billon effacé ; et malgré son art, malgré les ressources infinies de son esprit, malgré l’éclat de ses petites dents blanches, ne pas parvenir à faire accroire au public que MM. Cormon et Dutertre ont fait une œuvre supportable.
- Vraiment les auteurs dramatiques sont bien heureux : Balzac est à la merci d’un compositeur qui le défigure, et MM. Cormon et Dutertre ont à leur service tout ce que des acteurs ingénieux et expérimentés, tout ce que des actrices charmantes ont de science, d’imagination, de laideur, de beauté, de grâce, de mollets et d’épaules, et, c’est à faire pitié, ils obtiennent un succès en douze temps. Examinons un peu si vous voulez la Gothon de Béranger : c’est le complément d’une trilogie, une troisième partie dont le besoin ne se faisait nullement sentir : le prologue tendrait pourtant à le faire croire, voici ce dont il s’agit : Lagrand’mère, pendant son sommeil, chante devant ses trois petites filles ou ses trois petites nièces :
- Combien je regrette
- Mon bras si dodu, etc. etc.
- Les trois petites nièces sont Frétillon, Lisette et Gothon. Aucune des trois ne peut avoir à regretter le temps perdu : or, Frétillon et Lisette ont déjà paru au théâtre du Palais-Royal, il n’est donc plus question que de Gothon qui, manquait depuis longtemps à la galerie, mais, croyez-le bien, nous n’avons rien gagné pour attendre.
- Enfin voilà Gothon partie, comme Gil-Blas à lare-cherche d’une position et d’un mariage et subissant à peu près les mêmes oscillations. La voilà tour à tour vivandière, brodeuse, cuisinière, gouvernante, baronne ou peu s’en faut, et enfin tendre et heureuse épouse d’un jardinier.
- A chaque acte elle tient et elle manque un mari. Au premier acte un trompette de hussards, au second acte un étudiant en droit qui lui est disputé par MUe Cenau, ornée hier, je ne sais trop pourquoi, d’un tour blond très-visible et qui jurait, en outre, singulièrement avec son chignon châtain. Enfin, la femme au tour blond enlève à la jolie Cothon l’étudiant qui, sous les traits de M. Nan-teuil, est bien fat mais peu séduisant. Et Gothon pleure, c’est là surtout que Cothon n’est pas excusable, etc. etc.; je ne vous conterai pas la fin.
- Perey a très-bien joué le paysan amoureux, Le-clere est toujours très-amusant, mais les acteurs ne font pas la pièçe ; ainsi pas de pièce, de vieilles bribes, des reconnaissances absurdes, pas un seul mot spirituel, ajoutez à cela une mise en scène d’une pauvreté invraisemblable ; voilà la Gothon de Béranger , voilà le cadre dans lequel on a enchâssé le ravissant pastel de mademoiselle Page.
- M. Carpier nous a montré des figurantes abominables, je cherche un mot plus fort : en outre il a réuni autourdeGothon, cinq étudiants dont la tenue mérite d’être notée : le premier représentait assez bien un claqueur, le second un marchand de contremarques, le troisième un marchand de cigarettes de contrebande, le quatrième un agent de police, le cinquième, enfin, un ramasseur de bouts de cigarres: la classification est rigoureuse; on le voit, les auteurs ne sont pas seuls coupables, outre la réception de la pièce, la direction a encore bien des reproches de détail à s’adresser.
- En fait de mise en scène ridicule, je ne veux pas finir sans parler de la Gaité : nous avons vu l’autre jour les adieux de Frédérick-Lemaître, dans Kean. M. Surville représentait le prince de Galles avec une redingote à la mode de d 850 et le cordon de commandeur de la Légion-d’honneur.
- Je ne sais qui représentait l’ambassadeur de Danemark avec une redingote de clerc d’huissier, un pantalon collant et pincé à la cheville, un vieux chapeau rond. Je sais bien que Frédérick lui-même, quoique convenablement culotté, avait un petit gilet de satin noir et un habit de maître d’étude; je sais bien que son talent, autrefois si merveilleux, n’est plus que dans son cœur et dans sa tête, absolument comme la voix de Duprez, qui chante encore, au fond de l’âme, des harmonies infinies qu’on n’entend plus. Je sais que l’artiste, vainement, survit à l’homme , mais une direction qui tient à cœur la di-
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- gnité de l’art devrait montrer quelques égards à une vieillesse qui porte tant de souvenirs, et aussi à la foule qui se presse encore pour saisir les derniers éclairs d’une intelligence qui délie témérairement la décrépitude du corps : Elle ne devrait pas donner en plein Paris et dansdes circonstances qui, comme nous croyons le montrer, ne manquent pas d’une certaine solennité, le ridicule spectacle d’une mauvaise troupe de province.
- G. de lioccormu.E.
- Nous trouvons dans les journaux anglais la lettre d’adieu adressée au prince Albert par M. Ch. Dupin, président de la commission française de l’Exposition universelle de Londres En voici les passages essentiels :
- « Prince,
- « La Commission française ne veut pas quitter la Grande-Bretagne sans exprimer une dernière fois les sentiments qu’elle éprouve pour Votre Altesse Royale.
- « La grande pensée de l’Exposition universelle est la vôtre. Les difficultés pour la rendre acceptable, en Angleterre, étaient immenses; vous les avez surmontées, par la raison qui convainc, par la grâce qui persuade...
- "« Un mot sur nos fonctions ; trois cent-quatorze jurés, empruntés à toutes les nations, ont employé quatre-vingt-deux jours d’examens approfondis et de discussions les plus sérieuses, pour conduire à bien l’entreprise si délicate déjuger les produits de quarante nations.
- « Nous aurions voulu, nous, jurés français, des récompenses de premier ordre, même pour la beauté, même pour la grâce exquise, même pour la perfection, sans proscription d’aucun genre.
- « Nous avons lutté pour que les restrictions, les interdictions fussent aussi limitées qu’il a dépendu de nous, sans nous inquiéter des répulsions, des répugnances et des appréhensions commerciales, même en Angleterre.
- « Dans les classes de l’industrie où tous les ordres de récompenses annoncées par la commission royale sont restés possibles, nous avons apporté nos soins à faire triompher la justice distributive.
- « Français, et fier de ce titre, nous ne sommes pas de ces cosmopolites qui suppriment la patrie, afin d’y substituer des abstractions nébuleuses, et d’adorer des tables rases...
- « Ici chaque peuple voit ses produits rapprochés de tous les autres, et bien souvent surpassés. L’orgueil, que son isolement exaltait, s’abaisse iuvontairement, et sa raison en profite. Chaque nation, au lieu de rêver encore qu’elle se suffit à elle-même et qu’elle est née supérieure, voudra trayailler à le devenir.
- « On verra donc des efforts nouveaux, tentés dans les pays, pour améliorer les produits utiles au genre humain.
- « Le pre'sident de la commission française,
- « CHAULES MJIHN. »
- Voici quelques extraits de la réponse du prince Albert :
- « Monsieur le président,
- « J’ai reçu avec beaucoup de satisfaction la lettre du 27 de ce mois que vous m’avez adressée, en ma qualité de président de la commission royale pour l’exposition de 1831, au nom de la Commission française, à l’occasion de votre retour en France, après avoir terminé vos travaux relatifs aux jurys.
- « J’apprécie pleinement, comme tous les commissaires de Sa Majesté, le grand dévoûment déployé par vous et par les membres de la commission que vous présidez.
- « La meilleure récompense que vous aurez à recueillir vous sera donnée par l’approbation générale du public, lorsque les résultats de vos travaux seront connus. . .
- « Les commissaires royaux ne sont pas insensibles à l’empressement avec lequel les membres de la Commission française se sont conformés aux règlements imposés, au sujet des conditions d’après lesquelles les prêt mières médailles devaient être accordées, quoique votre expérience des expositions françaises vous représentât ces conditions comme non nécessaires..................
- «Je ne puis pas omettre cette occasion d’exprimer notre sentiment du grand avantage pour nous que la France ait formé, par ses produits, une partie si intéressante et si précieuse de l’Exposition, et que votre gouvernement ait pris soin d’envoyer tant de chefs-d’œuvre dont le caractère exercera certainement une certaine influence snr les sciences et sur les arts de notre pays et des autres contrées.
- « Je termine en vous exprimant, soit en mon nom, soit en celui des commissaires royaux, nos remerci-ments pour la part que vous avez personnellement prise à nos travaux, et comme vice-président du conseil supérieur des présidents, ainsi que ^pur Timpartia-lité, pour l’urbanité que vous avez déployées dans toutes les occasions où vous avez rempli ces fonctions.
- « Agréez, etc.
- «Albert, président de la Commission royale d’Angleterre. »
- L’Académie des arts et métiers, dont la fondation remonte à l’année 1780 , a entendu dans une de ses dernières séances , un rapport fait par M. James Populus, président de la classe des belles-lettres, sur notre journal.
- Le rapporteur, après avoir indiqué le but que nous nous proposons , a appelé l’attention de l’Académie sur nos travaux ; et il a été décidé, à l’unanimité , que le bureau nous adresserait une lettre d’adhésion et de concours que nous avons reçue, et qui est rédigée en des termes très-flatteurs et très-encourageants.
- Nous remercions Messieurs les membres de l’Académie des arts et métiers, ainsi que les artistes qui, chaque jour, nous donnent des témoignages de leur sympathie : nous ferons tous nos efforts pour continuer à mériter leur confiance.
- chronique de l’exposition. — Tous les vendredis, le Palais de Hyde-Park est transformé en une vaste salle de concert où chaque exécutant joue pour son compte particulier sans trop s’inquiéter de son voisin. Pour les orgues qui sont placés à des distances convenables l’un de l’autre, cela ne produit pas un très-grand inconvénient; mais dans la galerie des pianos anglais, par exemple, où les exécu tants officiels sont très-rapprochés et doublés assez souvent d’amateurs peu expérimentés, le charivari prend quelquefois des proportions terribles pour les oreilles raffinées du dilettante. M. J. T. Cooper a tenu vendredi pendant une partie de l’après-midi le grand orgue deM. Willis. Son jeu large et ferme a souvent reçu les applaudissements d’un auditoire nombreux et choisi. La salle des Machines en mouvement était remarquablement déserte, quoique tous les appareils fussent à l’œuvre comme d’habi • tude ; mais le public des villes industrielles, effrayé par la demi-couronne du prix d’entrée, manquait visiblement autour des machines qu’il affectionne ou qu’il admire. La masse des visiteurs était un peu moins considérable le vendredi 1er, que dans les jours correspondants des semaines précédentes. A midi on comptait seulement 13,500 entrées ; à deux heures, 20,500 ; et à cinq heures, 20,352. Le nom-total a été de 26,897.
- Les recettes se sont élevées à liv. 2,905 2 s. 6 d., y compris liv: 53 pour billet de saison. La diminution du tarif a amené une augmentation sensible dans la reçette des billets de saison.
- — Le steamer Africa vient, d’amener de New-York à Liverpool quatre chefs indiens qui apportent des objets fabriqués par eux et leurs familles, et destinés à l’Exposition. Il y a tout lieu d’espérer que les commissaires royaux voudront bien, en raison de la rareté de ces produits et de l’intérêt qu’ils excitent, prendre les dispositions nécessaires pour les admettre à l’Exposition.
- — La compagnie du chemin de fer de Paris à Rouen, vient d’accomplir un acte qui lui fait le plus grand honneur. Cette administration qui compte plusieurs centaines d’employés, a fait tirer au sort trente d’entre eux pour les envoyer à ses frais à l’Exposition de Londres. Nous exprimons le vœu que cet exemple soit suivi par tous nos grands établissements industriels.
- NOTICE ON IRON-BUILT PIANOS. — The fll’St ffon-
- built piano that has been constructed made its appearance at Angers, at the exhibition of 1848. Ils inventor, M. Herding obtained a gold medal and a patent for flfteen consecutive years, from the flfth of August 1848, to the flfth of August \ 863, without warrantly from the government.
- Several expériences and inventions had for many years been made, to obviate the inconveniencies of a piano loosing its qualities, in a rather limited pe-riod of time, and gettirig out of tune, so as to render it altogheter unfit for use, after four or fîve vears’ service.
- Every body is aware that (lie pianos constructed in wood do notlast more lhan ten years, and that, spite of unrel nting précaution, they never recover the quality of sound they had, when coming from the manufacture.
- A piano with three cliords and fixe octaves, procures a tension enquivalent to 10,000 kilos.
- Such are the problems M. Ilerding, piano-maker at Angers, sought to solve, and which, after a long sériés of investigations, he succeeded in overeoming, by inventing iron-built pianos.
- M. Ilerding invites the persons désirons of having a close inspection of lus news pianos to visit his manufacture. Ile will be happy to communicate to them ail the particulars caleulated to make them understand the utilitv of his new System.
- The price of pianos with seven octaves, three ehords, and an iron frame is from 2 to 3,000 francs.
- Oblique pianos, id., from 1,200 to 1,800 francs.
- — Parmi les produits les plus remarqué* de l’Exposition universelle, les dents exposées par M. Paul Simon, attirent l’attention des innombrables visiteurs du Palais de Cristal et valent à leur auteur des éloges émanés des points les plus éloignés de la France.
- Envoyant ces produits magnifiques d’imitation, chacun reconnaît que M. Paul Simon méritait l’insignp honneur de figurer à l’Exposition universelle.
- — Chacun, à propos de la Société des Trente jours de plaisirs, peut se faire un raisonnement bien simple, qui est celui-ci : Si j’allais à Londres, à Berlin, à Vienne, à Madrid, enfin dans une des capitales les plus connues de l’Europe, mais où cependant les plaisirs sont moins nombreux, moins quotidiens qu’à ' Paris , et que pour une somme de quinze francs je pusse, non-seulement moi, mais encore mes amis ( car je puis prêter ma carte qui n’est pas personnelle) avoir mes entrées libres dans les théâtres et les établissements public de cette ville, acheter aussi une des cartes , — certainement je l’achèterais, dussé-je ne séjourner que huit jours au lieu d’un mois, et perdre vingt jours sur trente, car ce serait encore une économie , — eh bien, voilà justement ce que la Société des Trente jours de plaisirs offre aux étrangers et aux personnes de la province , et si cette Société a un tort, qu’on ne peut guère lui reprocher, c’est celui d’avoir résolu ce problème si complètement au bénéfice du public. Les étrangers qui sont à Paris en ce moment ont prouvé cette vérité par l’empressement qu’ils ont mis à demander des cartes de plaisirs. Quelle est la raison de cet empressement? C’est moins le bon mar-dhé de ces cartes que la curiosité que chacun apporte avec soi de connaître tous les plaisirs d’une ville comme Paris et le désir de pouvoir dire qu’il les a tous connus. La Société eût pu porter ses cartes au double du prix où elles sont, et le résultat eût été le même ; mais ce n’est pas une spéculation qu’elle veut faire, c’est une voie d’économie pour le public et de fortune pour les entrepreneurs qu’elle convie par ce nouveau procédé. Son exemple sera suivi bien certainement, et ce qui aura paru impossible dès le premier abord, arrivera à paraître parfaitement simple comme toutes les théories qui ont soulevé en naissant les plus grands étonnements et les plus fortes oppositions, et qui sont passées aujourd’hui à l’état pratique. Ce n’est pas que la Société ait à se plaindre; au contraire, jamais combinaison n’aura été acceptée plus vite; l’exposé des statuts delà Société, la divulgation franche, publique, répétée souvent des moyens d’exécution ont donné des garanties auxquelles le succès seul pouvait répondre. Cette idée a, outre l’avantage d’être bonne, celui de naître à l’époque la plus prospère, c’est-à-dire, au moment des vacances, au moment où tout le monde a l’occasion, le temps et le désir de jouir des plaisirs de la capitale. Le concours du commerce a été rapide, unanime, spontané. Il existe déjà à Paris onze cent cinquante dépôts de ces cartes ; et la province, qui a vu tout de suite dans cette combinaison un grand avantage pour elle, Ta acceptée avec enthousiasme.
- -----i-------riTSFVrT-'yTfTff’TB;—- --------
- CORRESPONDANCE.
- M. P. T..., à Paris. -— Nous insérerons votre dessin dans notre prochain numéro.
- M. A. G..., à Paris. — Votre travail sera publié incessamment.
- M. V. M..., à Nantes. — Nous acceptons votre proposition.
- M. Théophile P. ., à Laval (Mayenne). — Hâtez-vous si vous voulez qu’elle paraisse.
- M. J. B..., à Charolles (Saône-et-Loire).— Il faudrait accompagner voire dessin d’un texte explicatif, sinon nous ne pourrions convenablement traiter cette question.
- M.E. Ch..., à St-Claude-sous-Brienne). — Reçu les deux mandats. La prime à quatre teintes sera expédiée du 1er au 10 septembre.
- Le gérant, MANSARD.
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- LE PALAIS DE CRISTAL
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- M. le Ministre de l’Intérieur a fixé la clôture de l’émission des billets au 30 août courant, et le tirage général des 224 Lots au 1er octobre 1851.— Pour tout ce qui concerne la Loterie, s’adresser à M. LANGLOIS, directeur, rue Masséna, 6.
- ISIS — Typographie lîl.OMlEAV. ni e iln IVlil-faiTca i. "A
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- NUMÉRO 4 6.4 ADMINISTRATION : A PARIS, PASSAGE JOUFFROY, 24. — A LONDRES, 2, CATHER1NE-STREET STR AND. SAMEDI 23 AOUT 4 851.
- LE PALAIS
- JOURNAL ILLUSTRÉ DE L’EXPOSITION DE 1851 ET DU PROGRÈS DES ARTS INDUSTRIELS.
- ABONNEMENTS pour Paris et les Départements : un an , 25 francs. — 6 mois, 12 fr. 50 c. — Étranger, un an, 30 fr.__________6 mois, 15 fr.
- {L’Abonnement part du 1er août. — Collection antérieure s 1* fr. 50 c. brochée.)
- SOMMAIRE.
- Conditions d’abonnement. — Bulletin Industriel. Assemblée internationale pour la propriété industrielle. — Au Rédacteur en chef du Palais de Cristal. Lettre de M. Jobard.—Au Rédacteur. Lettre de M. B. D. Vosges. — Réponse du Rédacteur en chef.—Questions a résoudre par l’Assemblée internationale,
- — L’Espagne a l’Exposition (2e article), par M. Bellegarrigue. — De la Stéréo-TYPIE A LA PATE DE PAPIER. M. A. Cur-iner. — Rapport de M. Michel Chevalier (suite et fin). — Exposition de Londres ( dernières nouvelles. ) — Courrier de Paris et de Coudre».
- — Inauguration de la statue en bronze du général Damesme, à Fontainebleau. Programme de la fête.— Correspondance.
- — i. i —i.
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- DESSINS.
- Statue en bronze du général Damesme, inaugurée à Fontainebleau le 24 août. Bénitier en bois sculpté, par M. Knecht, de Paris.—caryatide de M. Cruchet, de Paris.— Bannière du prince de Galles, par M. Jankoski, d’ïork. — Voile de dentelle de Bruxelles. — coupe eu ivoire. — Vase à boire en porcelaine. —, Ecrier - feuillage , de la maison Susse, de Paris. — Verre orné de bronze. — Ecritoire à compartiments.
- — Stéréotypie de musique sans composition typographique, de M. A. Cur-mer; le Samedi, romance à deux voix.
- — Une Nymphe et Cupidon ( groupe
- d’après l’antique).—Vase et pots de fleurs. — Modèle de pendule. — Machines à sauvetage, inventées par M. Lorie (sept dessins). ____
- Statue en bronze du général Damesme, par M. Eugène Godin, sculpteur, fondue en bronze par M. Saint-Denis, et inaugurée à Fontainebleau, le 24 août 1851.
- Général Damesme : ( Léonard-Adolplie-Déodat-Marie), né le 23 janvier 4 807, au palais de Fontainebleau.
- ÉTATS DE SERVICE.
- 4 827. — Sous-lieutenant de Saint-Cyr,
- 4 839. — Sous-lieutenant du 58e de ligne au siège d’Anvers.
- 4 834.—En Afrique.
- 4 836. — Capitaine au 2e bataillon d’infanterie légère.
- 1840. — Chef de bataillon du 31e de ligne.
- 4 844.—Lieutenant-colonel du 3e léger, puis, du 4 4e.
- ,1848, — Général de brigade, — commandant la garde mobile ; tué dans les journées de juin.
- (voir pour la notice et la feie d’inauguration page 255.)
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
- Nouvelles*conditions* d'abonnement.
- Au journal LE PALAIS DE CRISTAL.
- A partir du 1er août courant, ie prix de l’abonnement est fixé de la manière suivante :
- Un an.................. 25 fr.
- Six mois............... 12 fr. 50 c,
- ÉTRANGER.
- Un an.................. 30 fr.
- Six mois............... 15 fr.
- Tout abonnement d’un an pris avant le 1er Octobre donne droit, moyennant 2 fr. 50 c. seulement, à une magnifique VUE INTERIEURE du PALAIS DE L’EXPOSITION, imprimée et coloriée à trois teintes sur papier double-colombier de 1 m. 20 c. sur 0 m. 90 c.
- Un tirage spécial à 4 teintes, permet de donner la même prime au prix de 3 fr. 50 c. pour les souscripteurs.
- Nota — En adressant franco un mandat de 12 fr. 50 c. à l’ordre du gérant, les abonnés pour la durée de l’Exposition, recevront le journal jusqu’au 1er août 1852. Pour les nouveaux Abonnés, collection antérieure au 1er août, 12 fr. 50 c (Ajouter 2 fr. ou 3 fr» 50 c pour la prime).
- BULLETIN INDUSTRIEL.
- ASSEMBLÉE INTERNATIONALE POUR LA PROPRIÉTÉ INTELLECTUELLE.
- I.
- Si la grande question qui nous occupe n’était qu’une question de théorie, nous la réserverions pour quelque livre, et nous ajouterions à tant d’autres plaintes formulées avec énergie des doléances nouvelles et probablement infructueuses. Mais c’est une question qui se lie essentiellement aux intérêts matériels du pays, qui résoudra bien des problèmes où la richesse nationale est engagée; et ce n’est pas pour le mince avantage d’écrire des articles de fond, des premiers-Paris industriels, des formules de droit, que nous poursuivons notre mission dans ce journal ; c’est pour préparer aux inventeurs et aux artistes industriels leur avènement à la jouissance définitive d’un droit qui, s’il se réalise, assurera au génie de l’homme qui invente la richesse elle bien-être qui lui sont légitimement dûs, et au pays, au monde entier qui profite de l’invention, le travail et la vie à bon marché.
- Les législateurs sont d’ordinaire très-soucieux de discussions purement politiques, et les Assemblées délibérantes trouvent un aliment très-vif à leur curiosité et à l’ardeur de leur polémique intérieure dans les questions personnelles. Cependant, quand la voix publique monte vers eux, les législateurs se décident à lui répondre; or, c’est pour être entendus que nous élevons la voix, et c’est pour qu’ils nous répondent que nous faisons définitivement appel aux intéressés, en réunissant dans quelques semaines ce que nous appelons dès aujourd’hui :
- L’ASSEMBLÉE INTERNATIONALE POUR LA PROPRIÉTÉ INTELLECTUELLE.
- Les moments sont précieux : préparons donc avec le public qui nous lit, avec les inventeurs qui vivent à l’écart et qui subissent, sans mot dire, les souffrances aiguës du génie aux prises avec le besoin, la loi de leur émancipation ; que les principes soient clairement exposés; que la formule se fasse jour dans les esprits; qu’il n’y ait plus, dans cette réunion, qu’à écrire, sous la dictée de ceux qui y viendront, les articles d’une loi qui servira de pacte général entre les peuples, où le génie, c’est-à-dire la civilisation, marche à grands pas pour débarrasser le monde des liens où l’ignorance l’enchaîne encore; enfin, brisons les préjugés, et l’on verra, clair comme le jour, que cette théorie que nous défendons est la mise en pratique des principes les plus essentiels sans lesquels il n’y a ni sécurité, ni richesses, ni bien-être.
- IL
- Rien n’est plus étrange que l’indifférence ou le sourire de ces hommes qui, tout en vivant, grâce aux inventions du génie humain, regardent les inventeurs comme des utopistes et des rêveurs.
- Pourtant, tout ce qui fait vivre, tout ce qui améliore la vie matérielle, tout ce qui rend la vie ordinaire plus économique, et par conséquent tout ce
- qui, donnant le repos, ouvre carrière à la pensée, tient à l’invention, en découle, en est le produit immédiat et nécessaire.
- Eh bien ! malgré cette vérité qui saute aux yeux, malgré ce grand fait contre lequel il n’y a pas de réplique possible, il y a des esprits aisez singulièrement organisés pour qu’ils se demandent de quel droit on assimilerait la propriété intellectuelle à la propriété immobilière?
- Ainsi, voilà des hommes qui, de l’aveu de tout le monde, enrichissent l’humanité toute entière; et la pauvreté, la lutte sans fin, les souffrances aiguës, la déconsidération morale, tels sont les attributs qui leur sont réservés ; et tandis que le propriétaire d’un champ est respecté, si légitimement selon nous, dans l’exercice de son droit, tandis qu’il profite même des inventions, dans les arts agricoles, faites par celui qui n’a même pas un coin de terre pour expérimenter son instrument, l’inventeur n’a qu’une concession temporaire, la faculté provisoire, pour quelques années, de profiter de sa découverte. Et l’on regarde cela comme une chose juste, naturelle et équitable !
- En vérité, ne suffit-il pas d’énoncer une pareille absurdité pour la renverser?
- Mais, où donc, dans quel ordre de logique, prend-on le droit de dépouiller ainsi l’homme qui donne à son génie des ressources plus efficaces pour l’humanité que la simple culture d’un champ? Par suite de quelle aberration mentale , vient-on donc retirer à l’inventeur le bénéfice de son œuvre, et sur quels motifs sérieux peut-on circonscrire un droit réel, dans les limites capricieuses de cinq, dix et quinze ans, que l’on écrit dans les lois sous lesquelles nous avons l’avantage d’assister à cette spoliation légale?
- Non, les savants, les littérateurs, les artistes, les inventeurs, ne peuvent, ne doivent pas être maintenus hors du droit commun.
- III.
- Mais, dira-t-on, si vous faites à l’inventeur un pareil avantage, tout le monde voudra être inventeur ; tout le monde réclamera ce droit.
- En vérité, voi'à une belle objection ! Voyez-vous le grand malheur ? Eh quoi ! vous craignez que si vous consacrez pour les inventeurs le droit qu’ils réclament, le génie ne se mette au travail ; vous craignez que, dans l’espoir, ou si vous l’aimez mieux, avec la certitude de trouver des fonds pour s’enrichir par l’exploitation de son brevet, l’homme de génie ne vienne ajouter une nouvelle branche à l’industrie moderne ! Vous craignez que le peintre, le statuaire, le dessinateur, n’ajoutent, à nos musées et à notre histoire artistique quelques chefs-d’œuvre, parce que l’appât de la sécurité qui résulterait d’une loi bien faite, aura été, pour eux, l’élément certain de leur travail, et la source de leur fortune et de leur glaire ! et vous trouvez cela un inconvénient; un danger ! Allons, cela n’est pas sérieux. Passons.
- Mais, ne voyez-vous donc pas que plus la protection est assurée au génie, plus le nombre des découvertes augmente; et plus les nations grandissent, sous le souffle vivifiant de la civilisation et du bien-être? Ne savez-vous pas, ne reconnaissez-vous donc pas, en examinant ce qui se passe de nos jours, et ce dont le Palais de Cristal fait briller la vérité sous ses voûtes resplendissantes, comme pour inonder les aveugles de la lumière, que les nations auxquelles leurs lois n’accordent aucune sécurité pour les découvertes du génie, sont les dernières dans l’échelle sociale?
- IV.
- Eh bien! soit, dira-t-on, nous y consentons: la loi va protéger le génie; le privilège accordé à l’inventeur sera sans limite : Mais alors, l’inventeur va pouvoir, sous cette protection et à l’aide de ce droit illimité, entraver le génie des autres.
- 1§ Ici, nous vous arrêtons.
- Nous ne voulons pas que le brevet d’invention soit une lettre morte; si nous accordons un droit, un avantage, à l’inventeur, nous lui demandons en échange un avantage et un droit, en faveur de la société. L’avantage, nous le trouvons dans l’exploitation de son invention, et dans le partage que la société fera avec l’inventeur, de ses propres bénéfices, sous forme d’impôts proportionnels; le droit, nous le prenons dans l’expropriation pour cause d’utilité publique.
- Et ici, voyez quelle analogie il y a, entre la pro-
- priété intellectuelle et la propriété immobilière; de la protection accordée à la première comme à la seconde, découle le bénéfice certain qu’assure le travail et l’exploitation. Il y a, en outre, un avantage bien plus considérable pour la société, en ce qui résulte de la propriété intellectuelle : c’est que l’impôt que nous demandons doit augmenter d’année en année avec les bénéfices assurés à l’inventeur, dont l’exploitation constate seule le succès, tandis que la propriété immobilière qui est de sa nature, fixe et limitée, ne peut, comme l’industrie, multiplier ses produits et étendre ses débouchés.
- Puis, si l’inventeur ne veut pas faire profiter la société de sa découverte, ou si son invention est telle que la société la regarde comme indispensable à son bien-être, alors elleintervient, elle appelle l’inventeur devant ses comices, elle lui demande de fixer le prix de son œuvre, ou bien à défaut de convention amiable, elle agit vis-à-vis de l’inventeur, comme vis-à-vis du propriétaire foncier récalcitrant, elle le somme de lui vendre son brevet, au nom de la loi, par l’expropriation pour cause d’utilité générale.
- Ainsi, cette limite indéterminée, elle trouve son terme dans l’abandon volontaire que l’inventeur fait lui-même de son brevet, abandon constaté par le refus de payer sa taxe annuelle ; et l’expropriation pour cause d’utilité publique vient,en outre, assurer à la société la jouissance légitime d’un droit qu’elle demande à l’inventeur, en l’indemnisant.
- Il est donc évident que, dans son essence, dans ses produits, dans sa forme, la chose inventée, vénale, palpable, matérielle, est tout à fait analogue au produit qui résulte de la propriété immobilière, et par conséquent, l’on ne peut justifier cetincroya-ble préjugé qui tendrait à faire entrer forcément et après un certain nombre d’années déterminé dans le domaine public, ce qui doit faire partie du domaine privé, aux mêmes titres que tous les biens immobiliers.
- Pourquoi, d’ailleurs, et en vertu de quel singulier principe, voudrait-on retirer à la propriété intellectuelle les mêmes avantages que ceux qui sont assurés à la propriété foncière? Est-ce que, par exemple, les droits de succession reconnus respectables pour la propriété d’un champ ne reposent pas sur des principes d’équité qui soient tout à fait identiques en ce qui concerne la propriété intellectuelle?
- Et, dans un temps surtout où Ton regarde la propriété comme le signe de Tordre, est-ce qu’il n’est pas logique et profitable de ne pas chercher à augmenter la sécurité générale en augmentant le nombre des propriétaires? Non, évidemment non, la propriété intelectuelle ne peut être exposée à une spoliation à terme, soit pour l’inventeur, soit pour ses héritiers, quand la propriété immobillière est l’objet d’une protection légitime ; le fruit du travail, l’œuvre qui sort des combinaisons du génie humain sont aussi respectables que ce qui a la forme palpable d’un champ ou d’un immeuble.
- IV.
- Enfin, il est un autre point sur lequel nous devons encore attirer l’attention de nos adhérents: c’est la nécessité de faire de notre loi prochaine l’objet d’un traité international.
- Le grand fait de l’Exposition de Londres est le point de départ de cette nécessité. Cette manifestation générale de l’industrie met à jour et à nu les plaies de chaque nation en produisant en même temps leurs merveilles. Il est incontestable que les peuples qui vivent sans protection, vivent sans génie et sans profit : la décadence s’est manifestée toute entière, à leur égard. Les peuples, au contraire, qui travaillent sous l’égide d’une protection si faible qu’elle soit, marchent et grandissent. Leur industrie est un bienfait non-seulement pour leurs nationaux, mais encore pour le monde entier.
- Puis, à côté de ce résultat, vient se produire un autre fait très-important, très-considérable, et qui frappe les peuples chez qui ce fait se signale, c’est une déchéance aussi évidente que celle qui se manifeste en l’absence du droit.; et cela grâce à la contrefaçon.
- La contrefaçon n’est pas seulement un vol; ce n’est pas uniquement une odieuse piraterie; c’est encore le précurseur assuré, et le signe nécessaire de la décadence et de la ruine du peuple, chez qui elle s’exerce.
- Les partisans de la réforme que nous poursuivons doivent s’unir pour demander l’abolition de la contrefaçon.
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- LE PALAIS DE CRISTAL-
- Tels sont, en résumé, les points principaux sur lesquels nous appelons d’avance l’attention de nos lecteurs, (Voir ms questions, page 24-i.), en attendant 'qu’une loi définitive soit, comme nous l’avons promis, proposée comme le résultat final de nos investigations, d’ici à la réunion de l’assemblée internationale POUR LA PROPRIÉTÉ INTELLECTUELLE.
- Alexandre Raya,
- Rédacteur en chef, avocat à la Cour d'appel de Paris.
- A Monsieur le rédacteur en chef du Palais de Cristal.
- Dans votre dernier numéro, en annonçant; une convocation des inventeurs européens à Paris, pour poser les bases de la propriété intellectuelle, vous dites que vous n’écarterez pas vos adversaires de cette réunion ; parce que vous espérez les ramener à nos principes et conquérir leur adhésion. Cela fait honneur à votre bonne foi, à votre générosité, sans arrière pensée. Les adversaires, ne manquent jamais il l’idée la plus lumineuse; le soleil, lui-même, fait plus d’un mécontent; mais que vous les écartiez comme fait le congrès de la paix, ou que vous les écoutiez, il ne s’en présentera pas. Comment supposer, en effet, qu’un homme doué de bon sens, vienne renier les bienfaits de la paix et proclamer les avantages de la guerre, autre part que dans un meeting de bandits et de forbans? Il en sera de même en présence de l’élite des hommes de génie que vous convoquez; comment supposer qu’un bipède doué de la parole ose monter à la tribune pour y déclarer qu il ne lui paraît ni juste, ni rai -sonnable que chacun soit propriétaire de ses œuvres, aux mêmes titres que chacun est propriétaire de son enclos? Quel est le propriétaire actuel qui viendra faire profession de communisme intellectuel, alors qu’il maudit le communisme matériel ? — Car enfin celui qui veut faire tomber un brevet d’invention dans le domaine public après 5, 10 ou 15 ans, ne fait autre chose que du communisme à terme et justifie ceux qui lui demanderaient d’abandonner la maison qu’il a construite, le champ qu’il a défriché après quinze ans de possession ? Vous n’aurez donc que des adversaires silencieux ou absents.
- Je vous annonce que M. J. Garnier, lui-même, qui a si spirituellement raillé les inventeurs et con damné leurs prétentions au privilège de leurs découvertes, a changé d’avis, mais il ne viendra pas vous le dire.
- M. Wolowski viendra peut-être défendre les brevets; mais à condition qu’ils soient temporaires ; et la marque de fabrique, mais à condition qu’elle soit facultative, c’est-à-dire, à condition que rien ne soit changé de tout ce qui existe aujourd’hui. Tout le monde n’a pas comme le savant Arago, la faiblesse d’avouer qu’il s’est trompé en attaquant les brevets à la tribune, ajoutant qu’il n’avait point étudié la question. Il a parfaitement réparé cette erreur dans la suite, ce qui lui fait le plus grand honneur; mais nos adversaires craindraient de se déshonorer en imitant sa franchise; voilà pourquoi pas un d’eux ne paraîtra dans votre assemblée, qu’ils essaieront probablement de tourner en ridicule. Vous verrez, à coup sûr, quelque adepte de la littérature ennuyeuse, armés des rocambolles de M. Renouard, qui se repent de les avoir émises, puisqu’il n’ose plus les défendre lui-même. Vous le verrez , disons-nous, partant des Romains , traverser les corporations Gauloises, et arriver au discours de Bouflers; critiquer la loi de 91, qui reconnaît que l’invention est une propriété, et tomber en extase devant celle de M. Cunin-Gridaine, qui n’en fait qu’un privilège de priorité.
- Vous le verrez encore marcher dans l’empreinte des souliers de tous les endormeurs qui l’ont précédé, mais il ne dira pas un mot des travaux modernes qu’il feint d’ignorer, pour se dispenser de la rude tâche de les critiquer. Les quarante volumes ou brochures publiés depuis vingt ans, et les innombrables et excellents articles insérés dans vingt-cinq journaux français, anglais et allemands, sont comme non avenus pour le rapporteur arriéré ou in-dèledu dictionnaire d’économie polique, qui se prétend très avancé
- > 11 n’a pas même su puiser dans le gros in-folio de 1 enquête anglaise, et dans le rapport de la commission belge contre les brevets, les arguments phénoménaux utiles à sa cause, et qui feraient frissonner d’aise le père Renouard, en voyant que ses principes
- de communisme intellectuel ont infecté tant de grand monde, y compris lord Grandville et M. de Mon-talembert; car M. de Montalembert, cet esprit d’élite reconnaît, avec la meilleure grâce du monde, que l’œuvre littéraire est une propriété aussi équitable, aussi sacrée que celle d’un champ ou d’une maison, mais il ne reconnaît pas que les inventions aient le même droit. Un livre a coûté du temps, de l’argent et du talent à son auteur, dit-il, mais une machine, c’est tout autre chose à ses yeux. Cela ne vous fait-il pas l’effet d’un jurisconsulte qui reconnaîtrait qu’une pomme n’est pas une propriété comme un melon , à cause de l’espèce?
- Du reste, c’est faute de réflexion qu’une vérité trouve des adversaires. La mauvaise foi est plus rare que l’ignorance, et c’est par l’unique instinct de la justice que l’Assemblée nationale a voté pour les propositions de Peupin, et la Chambre des Communes contre la loi sauvage de lord Grandville.
- De nom d’inventeur, qui n’était naguères qu’un honnête sobriquet, se réhabilite chaque jour à force de découvertes précieuses.
- En ce moment même, nous disait un membre de l’Institut, s’élaborent et vont éclore des inventions qui étonneront la terre entière.
- Nous n’en doutons pas, et nous présumons que les trois quarts de ce siècle ne s’écouleront pas sans que nous n’ayons quelque grand phénomène à superposer à la vapeur, au télégraphe électrique et à la photographie; mais tout enfantement est laborieux, et souvent il a besoin du forceps de l’argent qu’on n’emprunte pas sans garantie; c’est pourquoi nous engageons tous les amis et les simples curieux du progrès à se joindre à nous pour réclamer ces garanties, en poursuivant l’intronisation de la propriété intellectuelle sousle même dais que la propriété matérielle, sa sœur jumelle.
- Vous verrez, par la série de questions à soumettre à l’assemblée internationale que rien n’est plus près de la propriété immobilière, que la propriété des inventions appliquées, ou des idées matérialisées en un livre, une partition, une statuette, un candélabre, un dessin, une lampe, un briquet, etc.
- C’est par défaut de réflexion ou par déni de justice qu’on a refusé de reconnaître aux œuvres de l’imagination les attributs de la propriété.
- Ce péché capital,, cette violation de l’éternelle justice, volontaires ou non, est, sans aucun doute, la cause des soubresauts fréquents qui dérangent l’harmonie de la société; car la justice, qui est, d’après le plus grand philosophe du siècle, l’électricité statique du monde moral, ne peut être impunément troublée dans son équilibre, sans qu’elle cherche à se rétablir par quelque explosion, qui s’appelle coup de foudre en physique et révolution en politique.
- Du courage, donc, notre cause est belle et juste; continuons à mouiller l’Europe de notre idée en la faisant tomber en pluie fine, mais continue, sur tous les esprits; car il est probable que les plus secs et les plus raccornis se laisseront bientôt imprégner et assouplir par la rosée du monautopole, lequel ne tardera pas de passer au lapalisme, c’est à-dire, à l’état de vérités trop vraies pour qu’il soit besoin de les démontrer.
- Recevez, etc.
- JOBARD.
- Au Rédacteur,
- Monsieur,
- Depuis la fondation du Palais de Cristal, j’ai cru m’apercevoir que vous souteniez une théorie tout à fait contraire à celle des économistes français sur la libre concurrence ; comme aucun d’eux n’a encore pris la peine de vous avertir que vous vous égarez, je vais la prendre, moi :
- Comment! vous osez soutenir que les inventeurs doivent posséder leur invention au même titre que je possède la maison dont j’ai légalement hérité; mais c’est une monstruosité , car mon père l’a bâtie, cette maison, et j’ai payé les droits de transmission, ce qui établit une différence notable entre ces deux sortes de propriétés, si propriété il y a dans l’invention ; car un autre aurait pu la faire, et personne n’aurait fait la maison de mon père qui, lui, l’a construite sur le champ qu’il tenait de ses ancêtres.
- Je laisse à tout le monde le droit de la copier, et vous ne voulez pas qu’on copie votre machine ? Vous me répondrez qu’en copiant ma maison, on ne m’en chasse pas, on ne me fait aucun tort. Eh bien ! pourquoi ne voulez-vous pas qu’on copie votre machine ? puisqu’on vous la laisse également? Vous voyez bien
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- que c’est pur égoïsme de votre part; car enfin, qu’on fasse dix ou cent, maisons comme la mienne. cela me fait honneur et plaisir ; pourquoi ne voulez-vous pas qu’on fasse dix, cent et mille métiers à bas ou à clous, comme les vôtres ? Vous me direz que vous voulez conserver le monopole de vos machines pour faire payer vos bas et vos clous dix fois, cent fois plus cher quelesbasetlesclous faitsàlamain ; voilà qui est affreux et peu fraternel. Si quelqu’un venait se loger dans ma maison malgré moi , je le mettrais à la porte, cela se conçoit; mais on ne vient pas se loger dans vos machines, on se contente de les copier, cela ne vous gêne en rien.
- Je vous vois venir, et vous entends dire : si je vends mes bas et mes clous plus chers que les bas et les clous faits à la main, on donnera la préférence à ceux-ci. C’est bientôt dit ; mais si je veux des bas et des clous de votre mécanique je suis obligé de m’en priver, parce que vous avez un brevet, et voilà toute la société privée comme moi d’un plaisir qu’elle a le droit et n’aurait pas le moyen de satisfaire; c’est horrible , et je ne veux pas de brevets.
- Vous me direz que, sans l’espoir d’un brevet, vous n’auriez pas fait vos machines; eh bien, alors, la société n’aurait pas le regret de ne pouvoir jouir de leurs produits, puisqu’elle ne les connaîtrait pas et n’en aurait jamais vu ; j’aimerais mieux ça.
- Vous supposez qu’on n’a pas de bonnes raisons à vous donner, quand vous dites que chacun doit être propriétaire de ses inventions, c’est ce qui vous trompe; car si chacun était propriétaire de ses inventions, toutes les inventions auraient un propriétaire; voyez où cela nous mènerait? M. Quentin-Bauehard Ta bien dit, et lord Granville l’a bien senti; tout le monde aurait des brevets, et si tout le monde avait des brevets, les brevets n’auraient plus de valeur. C’est comme si tout le monde avait une maison ou un champ, on ne trouverait plus à les vendre, ni à les louer : que deviendraient les pauvres propriétaires? Ils seraient ruinés. Ceci porterait un coup mortel à Tordre public, j’en frémis rien que d’y penser ; et c’est vous, l’étourdi du Palais de Cristal, qui propagez une telle doctrine? Mais si tout le monde était ruiné, personne n’aurait le moyen de s’abonner à votre journal, c’est clair comme le jour. Réfutez cela si vous pouvez! Vous voilà pris dans vos propres filets !
- Vous allez plus loin : vous voulez admettre les inventeurs étrangers en France ; mais les inventeurs français, qui meurent de faim comme vous le dites, deviendraient bien plus malheureux encore; c’est de toute évidence.
- Vous ajoutez que les capitaux étrangers suivraient les brevets. Ne voyez-vous pas que nos capitalistes, qui ne trouvent déjà plus moyen d’utiliser leur argent, tomberaient ainsi dans une affreuse indigence s’ils avaient à soutenir la concurrence des capitaux étrangers ? — Ceci vous ferme la bouche, j’espère!
- Il est donc d’une bonne politique de repousser les inventeurs et les capitaux étrangers pour protéger les siens, comme disait saint Louis, d’heureuse mémoire.
- 11 en est de même de la propriété littéraire et artistique que vous voulez instituer à pérennité; mais alors il n’y aurait plus moyen de faire un livre, une romance, un dessin, si tout cela appartenait à quelqu’un ; le progrès serait arrêté raide ; et vous vous croyez libéral, mais vous êtes un rétrograoe.
- Qu’est-ce que sert à faire un livre, des livres, un opéra, des opéras, un dessin, des dessins, une invention, des inventions? Or, personne n’oserait plus toucher à rien, car tout aurait son légitime propriétaire : la bêche, la vis, l’écrou, le clou, le boulon, la note, le trait, le caractère, la forme, tout. Ce serait une vraie cristallisation sociale, comme le démontre le savant juriste Thielmans dans son rapport au ministre contre les brevets.
- Je suis de l’avis de l’opulent La Riboissière, si les brevets n’existaient pas, il ne faudrait pas les inventer. Réfutez cela si vous pouvez ?
- B. II. VOSGES.
- Le correspondant inconnu qui nous adresse cette lettre, nous permettra de lui infliger un châtiment plus fort que toute réfutation : c’est tout uniment de publier sa lettre.... Que Ton ne s’y trompe pas ! voilà les beaux arguments, et je dis les plus forts, que Ton oppose à la propriété intellectuelle...
- « Risum teneatis... amici!... »
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- LE PALAIS DE CRISTAL
- Bénitier ea bois sculpté, par M. Knecht, da Paris.
- BÉNITIER
- EN BOIS SCULPTÉ, par
- M. Knecht, de Paris.
- Nous avons à l’Exposition de Londres plusieurs objets en bois sculpté qui sont dignes de l’attention des amateurs de ce genre de travail, si rare de nos jours, et qui tend à reprendre le rang qui lui avait été assigné en France dans le moyen-âge, en y ajoutant les progrès nouveaux de la main-d’œuvre. Ce bénitier sort des ateliers de M. Knecht, de Paris. Il est plein de goût et répond au but que l’artiste s’est proposé. L’attitude de l’enfant Jésus au centre et la phrase qui est écrite à la base : « Mère de Dieu, priez pour nous, » répondent bien au sentiment dont on doit s’inspirer, quand, en entrant dans un temple, on se purifie par l’eau sainte.
- Caryatide, par M. Cruchet. (de Paris.)
- CARYATIDE,
- PAR M. CRUCHET, (de Paris).
- Nous devons admettre tous les produits de l’art, comme nos artistes doivent eux-mêmes exécuter tout ce qui, élégant ou grossier, délicatou brutal, tend à reporter leurs études vers les modèles de l’antique. Si nous faisons cette observation, c’est qu’à notre sens ces colosses de l’architecture égyptienne ne peuvent passer pour des chefs-d’œuvre de finesse ou de coquetterie, et pourtant le respect de la tradition les laisse subsister, se perpétuer même dans le domaine de l’art. Il faut, en tout cas, reconnaître ici que M. Cruchet, un de nos compatriotes, a parfaitemeut rendu le sujet qu’il a choisi.
- Cette caryatide est exécutée en chêne.
- BANNIÈRE DU PRINCE DE GALLES,
- PAR »I. JANIIOWSKI, d’ïORK.
- Cette bannière en soie, montée sur écran, est due à M. Jan-kowski, qui a exécuté déjà le fauteuil du prince de Galles. Elle est brodée en satin bleu pâle avec or et argent. On y voit représentées les armes de la cité d’York. Le pied, qui a près de trois mètres de haut, est surmonté par les armes royales.
- Bannière du prince de Galles, par M. Jankowski, d’York.
- VOILE DE DENTELLES, par m. vanderkjelen-bresson (de Bruxelles). I Nous n’avons pas besoin de longs développements pour les faire valoir.
- Ce voile de dentelles sort des ateliers d’un des principaux manufacturiers j Du reste, le dessin parle de soi-même, et peut servir de modèle*aux fa-
- Voile de dentelles, par M. Vanderkelen-Bresson, de Bruxelles.
- belges. On sait avec quelle perfection les Belges confectionnent ces remar- I bricants qui voudraient imiter le fini, l’élégance et la perfection de ce genre quables voiles qui font l’envie et l’admiration du monde entier. | si difficile.
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- LE PALAIS DE CRISTAL
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- COUPE EN IVOIRE,
- PAR SI. CHRISTIAN FRANK, DE FURTH, PRÈS DE NUREMBERG.
- rois excuse productions;
- Cette coupe en ivoire est un morceau fde sculpture qui s’est inspiré des meilleurs maîtres. L’exposition de Londres a reçu ij divers modèles en ce genre qui représentent
- ^ des personnages célèbres, des médailles, des
- études de l’antique. Sur la coupe dont nous donnons ici le dessin et qui est de forme gothique, sont retracés en relief quelques faits de l’histoire saxonne. Ainsi, l’une représente Sigfried avec les Saxons; une autre, la mort et les funérailles de Sigfried; une troisième, Briemhild reçu par les Huns; enfin, une quatrième, la mort de Rüdiger.
- ses compatriotes du peu de fini que l’on remarque dans ses et quant à nous, nous ne le regrettons pas : l’art un peu sauvage
- n’est pas sans charme.
- Coupe en ivoire, par M. Christian Frank, (de Fiirtb).
- VASE A BOIRE EN PORCELAINE DE BAVIÈRE.
- Nous donnons ici un échantillon de cette porcelaine de Munich qui est le signe le plus national de l’inspiration des Bavarois, buveurs de bière, et qui traduit le goût, un peu sauvage dans son expression, de ces rêveries qui montent au cerveau sous l’influence de la boisson fermentée des peuples duNord.M.Neu-renther, à qui l’on doit les dessins de ces pots à bière, est placé à la tête de la manufacture royale des porcelaines de Bavière, et il a pris soin lui-même de tracer et d’envoyer le dessin que nous reproduisonsici.
- L’artiste bava-
- Vase à hoire en porcelaine de Bavière, gggg
- ENCRIER-FEUILLAGE,
- PAR M. SUSSE.
- Cet encrier-feuillage, moulé sur nature, est bronzé et argenté. Cet article, que nous donnons ici parce que MM. Susse l’ont également exposé en Angleterre, doit avoir beaucoup de succès chez nos voisins : il est plus particulièrement dans le goût anglais.
- La maison de M. Susse, a enfanté partout d’habiles imitateurs; car on sait que c’est elle qui a fondé la papeterie de luxe et qui a créé ces mille riens qui font l’ornement le plus coquet et le plus séduisant des boudoirs de nos élégantes.
- Encrier-feuillage, par M. Susse (de Paris).
- PAR M. SUSSE.
- Nous avons vu chez MM. Susse le joli vase dont nous présentons ici le croquis. — Ce vase peut servir de verre à boire, de vide-poche ou de veilleuse. — Il est en cristal blanc ou de couleur. — Les figures et les ornements sont en bronze doré, or moulu ou en mêlé d’or et d’argenture. C’est une fort gracieuse nouveauté que ces messieurs ont eu raison d’exposer à Londres.
- Verre orné de bronze, par M. Sus»
- ÉCRITOIBE,
- M. COLE DE CI.ERKENWELL.
- Il est impossible de mettre plus de modestie dans la désignation d’un meuble complet. M. Cole appelle du nom d’écritoire (inkstand) un pupitre contenant tout ce qui est nécessaire pour écrire, en sorte que ce
- qui est indiqué comme le principal, peut, à vrai dire, passer pour l’accessoire. On trouve en effet, dans cet inkstand, une montre, un cadran météorolo-
- Écritoire, par M. Colo -,de Clerkenwell).
- gique, un autre indiquant les jours du mois, puis tous les compartiments d desk (pupitre) le plus richement approvisionné.
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- LE PALAIS DE CIUSTAL.
- QUESTIONS A RÉSOUDRE PAR L’ASSEMRLÉE INTERNATIONALE.
- première série. — De la Propriété Intellectuelle.
- lv« «ps*'ssSiosï. Les œuvres de l'intelligence sont-elles susceptibles de constituer une propriété analogue à la propriété ordinaire?
- ♦•8e 4gss«*&t§«ïa. Cette propriété se traduisant toujours en un objet matériel, échangeable, réel et transmissible, offre-t-elle des différences qui soient nature à empêcher qu’on ne l’assimile, en tout point, à la propriété ordinaire?
- îi<: eincMtfgim. V a-t-il profit pour la société qu’une propriété soit dans le domaine public ou dans le domaine privé, si elle est en voie d’exploitation ?
- 4e «piesSiftaî. Est-il conforme au droit naturel et au oroit écrit de dépouiller les enfants de ce droit de propriété ?
- 5e quc«(ion. N’est-il pas d’une sage économie, en matière d’organisation politique et sociale, de donner à chacun l’espoir de parvenir au bien-être par son génie, son talent et sa probité ? et n’est-il pas plus profitable à la société d’augmenter le nombre des propriétaires et des contribuables?
- «u quesilon. Les littérateurs, les artistes et les inventeurs, en général, ont-ils des droits à la possession perpétuelle ou temporaire de leurs œuvres et doivent-ils être maintenus hors du droit commun ?
- question. Cette nature de propriété est-elle susceptible, comme toute autre, d’être aliénée, imposée et expropriée pour cause d’utilité publique?
- deuxième série. — Des Formalités.
- lre question. S’il est jugé nécessaire d’instituer la propriété nouvelle, ne pourrait-on, par une simple déclaration de principe, l’assimilera la propriété des mines pour les formalités et redevances?
- ‘8e qiiofiîsoH. Ne serait-il pas juste qu’aucun brevet ne fut accordé qu’après publication intégrale de la demaude et purge préalable de toute opposition légale?
- Ne doit-il pas être stipulé que, dans aucun cas, le breveté ne peut nuire aux droits acquis antérieurement à sa demande?
- N’est-il pas suffisant de ne mettre à la concession d’un brevet et à 1 ’exequatur d’une industrie, d’au lre condition que celle de n’être pas exploitée publiquement dans le pays depuis trois ou cinq ans ?
- Æe question. N’est-il pas avantageux pour la société de permettre ta résurrection des innombrables brevets tombés dans le domaine et le délaissement publics en donnant la préférence aux anciens titulaires qui la réclameraient dans Tannée?
- troisième suivie. — Impôts et Déchéance.
- Irc question. Les produits de toute invention étant, susceptibles de s’acroître indéfiniment, ne serait-il pas juste que les brevets fussent frappés d’un impôt croissant, tandis que la propriété qui ne peut s’étendre resterait frappée d’un impôt fixe?
- N est-il pas certain que l’impôt croissant appliqué à la propriété intellectuelle amènera un dégrèvement croissant sur la proprié.é foncière qui s'apporte aujourd’hui tout le fardeau?
- quest i., ». N’est-il pas juste de ne mettre d autie terme a la durée des brevets que celui de 1 abandon du titulaire même, abandon démontré par son refus de payer la taxe annuelle?
- quatrième série. — Des Tribunaux Civils.
- Question. Le gouvernement et les tribunaux ont-ils quelque intérêt autre qu’un intérêt de curiosité scientifique de se livrer à la recherche de l’origine des inventions ; et ne faut-il pas, en sauvegardant le principe de leur juridiction, en matière de propriété, instituer pour éclairer leur jugement, des conseils d’hommes compétents?
- cinquième série. — Des Etrangers.
- Ire ((iicuion. Est-il avantageux ponr un pavs d accoi der les mêmes droits aux inventeurs étrangers qu’aux nationaux ?
- 2e quesiion. Est-il indifférent qu’une industrie soit exploitée dans le pays ou à l’étranger et que le prix de la main d’œuvre appartienne à l’un ou à l’autre?
- 3e (nicstîon. Quelle inlluenee l’institution des brevets a-t-elle exercée sur la prospérité des pays qui l’ont admise, et quels progrès ont fait les peuples qui n’ont ni reconnu, ni protégé la propriété intellectuelle ?
- sixième série. — De la Contrefaçon.
- tt»e*tion. Est - il plus profitable pour les États civilisés d’abolir la contrefaçon internationale que de la favoriser? Quelles preuves tire-t-on de l’exemple de la Relgique ?
- L’ESPAGNE A L’EN ROSIT IÜ N.
- (Deuxième article.)
- Encore mal logés, mal vêtus, et même mal nourris, quoique placés dans un milieu naturellement fécond en matériaux de construction, d’ornemept et d’alimentation , l’Espagne peut être comparée à ces individus qui, doués d’une grande beauté physique, se fient paresseusement à leurs avantages natifs sans se préoccuper de cette question d’élégance ou de civilisation pour la solution de laquelle les sociétés ont inventé l’art, autrement dit la culture des éléments.
- . Nous voyons chaque jour des hommes qui, sous l’éclat d’une grande perfection plastique, cachent beaucoup de gaucherie et de rudesse, tandis qu’on en rencontre d’autres dont les défauts de conformation sont gracieusement corrigés par la finesse de leur esprit et l’attrait de leurs manières, attrait et finesse toujours dûs à l’art, à la culture, à l’éducation pratique. Or, ce qui est vrai pour les individus est certain pour les sociétés ; malgré les avantages extérieurs de climat ou de territoire dont le hasard a favorisé certains peuples, il en est qui sont restés pauvres, vulgaires ou sans illustration; il en est d’autres, au contraire, qui, jetés comme l’Anglais sur un point géographiquement fâcheux, sont parvenus à occuper un rang brillant parmi les nations policées.
- I)’où il faut induire que la beauté du pays qu’ils habitent n’est pas plus, pour les peuples, une condition de civilisation , que la perfection des formes corporelles n’est, pour les individus, une condition d’élégance. Posons toutefois, en fait, qu’un peuple qui appuieraiffses développements artificiels sur des bénéfices de nature, acquerrait une incontestable supériorité sur celui qui ne pourrait fonder sa civilisation que sur des éléments matériellement ingrats; la France a prouvé cette thèse, l’Amérique en poursuit actuellement la démonstration , et nous avons assez de documents pour établir que l’Espagne pourrait, s’il lui prenait fantaisie de mettre sa volonté en harmonie avec ses ressources, jouer un magnifique rôle sur la scène industrielle et artistique du monde civilisé.
- Les termes mêmes de cette courte introduction laissent deviner qu’il s’ag t ici non pas de spécifier les progrès que l’Espagne a effectués, mais bien de supputer ceux qu’elle peut faire. Riche en éléments de toute sorte, cette nation est encore pauvre de manufactures; la nature a beaucoup fait pour elle, mais elle a jusqu’à ce jour be ucoup compté sur la générosité de son terroir et de son soleil et peu ou point sur ses bras ou son intelligence propres; c’est pourquoi nous voyons abonder les matières premières à l’exposition espagnole pendant que les produits de la main d’œuvre s’v montrent extrêmement rares; l’Espagne a exhibé des objets qui font honneur à la Providence. Son petit musée tourne particulièrement à la gloire de Dieu et, au point de vue de l’abnégation traditionnelle, on ne peut qu’applaudir à sa modestie; cependant, comme l’humanité a reçu 1 cencepour informer, déformer et transformer l’œuvre primaire du créateur et comme c’est particulièrement dans l’usage de cette licence que se trouve la consécration du génie des peuples, il n’est, pas hors de propos d’aviser les populations pieuses de la Péninsule que l’homme peut, sans cesser d’être, chrétien, porter une main irrévérencieuse sur la nature brute et convertir en effets d’accommodement social les matériaux rudimentaires de la mine et de la végétation.
- Ce conseil n’a rien de plaisant quand on songe que les premières usines (ingénias) qu’établirent quelques industriels dans les provinces centrales dès
- 1820, furent considérés par les paysans espagnols, comme des œuvres de méchant esprit. Tout progrès étant une dérogation aux routines pour lesquelles les peuples casaniers ont une vénération fanatique, il en résulte que le développement de l’industrie ne peut s’opérer en Espagne que grâce à la ténacité des hommes de génie et souvent au péril de leur vie. L’intelligence publique s’est un peu élargie sur le littoral et dans les grands centres de population; mais, dans les terres, au milieu de PEstramadure, par exemple, une machine à vapeur ne saurait être établie sans entraîner avec elle l’idée de sorcellerie et les Estreminos, placés dans les environs des engrenages infernaux, ne manqueraient pas d’attribuer à cette vicinité diabolique tous les sinistres climatériques qui les pourraient venir frapper.
- Cette sueeptibilité de l’esprit espagnol est nn effet immédiat de la superstition qui provient, à son tour, de l’espèce de claustration dans laquelle vit ce peuple, séparé de toute communication et de tout frottement avec les populations externes. L’Espagne a encore peu de chemins et le génie delà voierie a d’autant moins d’activité dans ce pays, qu’il a, lui aussi, à compter avec l’esprit de routine. Nous citerons, à ce propos, un fait qui donnera la mesure de la lenteur à laquelle est assujetti le progrès chez le peuple espagnol ; ce fait s’est accompli non pas dans la Péninsule, où les traditions de l’intolérance sont restées vivaces, mais dans une république espagnole de l’Amérique, où le caractère métropolitain devrait avoir subi des modifications notoires à cause de la liberté et du mélange des races que comporte l’état des lieux. Par les scrupules singuliers d’un de ses enfants libres et avancés on pourra juger des irrésolutions de la mère-patrie.
- La capitale de la république Hispano-Américaine, a laquelle nous taisons allusion, se trouve séparée du port de mer par la chaîne des Cordilières, de sorte que, pour aller d’une ville à l’autre, il faut monter jusqu’au sommet de la montagne et redescendre ensuite à peu près jusqu’au niveau du point de départ; c’est un trajet d’environ sept à huit lieues pour franchir une distance qui, à vol d’oiseau, se résume, dans une lieue Tout au plus ; c’est-à-dire qu’en perçant la montagne et en formant un tunnel pour aller de la capitale au port de mer, on abrégerait la distance à parcourir des sept huitièmes. Un entrepreneur anglais proposa, il y a une dizaine d’années, à la législature du pays, un plan d’exécution pour ce tunnel; le plan fut discuté et la proposition rejetée à une forte majorité, sous le spécieux prétexte que la Providence ayant, dans sa sagesse, placé une montagne entre la mer et les plaines continentales, ce serait aller contre ses vues impénétrables que de creuser un tunnel pour relier entre eux des points qu il avait plu à Dieu de séparer dès le commencement. La notice paraîtra d’une circulation difficile, mais son exactitude nous a été attestée sur les lieux mêmes, et nous devons dire qu’en la supposant de pure invention, elle n’en mérite pas moins d’être mentionnée, attendu que les usages d’un peuple sont souvent révélés par les inventions auxquelles il donne lieu.
- Cela dit, autant pour constater la situation de l’esprit public dans la Péninsule que pour décharger le gouvernement de ce pays des accusations de rétrogradation qu’il ne mérite pas, attendu qu’un gouvernement ne peut pas aller plus vite que le peuple duquel il se déduit, nous aborderons notre sujet.
- Nous avons dit que l’Exposition espagnole, peu significative en fait d’objets manufacturés, était fort riche en matières premières; encore, comme l’observe fort just ment dans ses Notes, M. Ramon delà Sagra, les échantillons envoyés à Londres sont-ils insuffisants et incomplets, non-seulement en ce qui touche les productions industrielles, déjà si réduites, mais encore par rapport aux minéraux qui, constituant la principale branche des ressources nationales, forment la section la plus importante de l’Exposition. L’Espagne pouvait ne pas mettre d’a-mour-propre dans son apport au bazar universel, mais elle eût dû y mettre plus d’exactitude. Il est prouvé, par exemple, que ses mines de mercure sont les plus abondantes du monde et que leur gisement mérite de fixer à un haut degré l’attention des géologues. Cependant, dit l’habile commissaire, la série qui est à l’Exposition semble plutôt faite pour la boite d’un élève que pour donner une idée, même approximative, de merveilleuses galeries’ cJ’AI-maden.
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
- Il est non moins réel, en ce qui touche l’ordre l’industriel, que la Catalogne représente, en bâtiments et en maehines, un capital de 83 millions affecté aux manufactures cotonières, lesquelles gravitent sur un fonds de roulement de 7 millions et paient annuellement pour 29 millions de salaires aux 60 mille ouvriers qui entretiennent 93 machines à vapeur, 800 mille broches, et 40 mille métiers consommant 23 millions de kilogrammes de houille. Ces manufactures approprient 16 millions de kilogrammes de coton brut et jettent dans la consommation 110 millions de mètres d’étoffes et 16 millions d’impression; cependant la Catalogne n’a pas envoyé un seul de ces produits à Londres.
- Cette négligence, que l’Espagne a étendue à la céramique, à la coutellerie, à la serrurerie, aux tissages de laine et de soie et généralement à tout ce que se confectionne dans ses provinces, a fait supposer à un de nos économistes que le peuple d’outre-Pyrénées, sentant son infériorité industrielle, avait préféré s’abstenir que d’affronter les périls de la comparaison avec les nations laborieuses du monde; ce calcul de la vanité, tout au plus admissible en thèse individuelle, n’est pas, selon nous, à la portée des corps sociaux, et si la fierté proverbiale des Espagnols était de nature à révéler une forme collective dans sa manifestation, il nous semble que le fait en discussion aurait été provoqué bien plus par le désir de prouver que l’Espagne ne travaille pas, que par la crainte de montrer qu’elle travaille mal; l’amour-propre péninsulaire consiste, en effet, non pas à appréhender de mal faire, mais bien à ne rien faire du tout.
- Quoiqu’il en soit, prenant l’Espagne telle qu’il lui a plu de se montrer au Palais de Cristal, nous commencerons par l’étudier sous le rapport de ses richesses naturelles; nous examinerons ensuite et ce qu’elle a fait de ces richesses, et ce qu’elle en pourra faire ultérieurement,
- La première et la plus nette représentation de l’énergie industrielle des peuples c’esî, aujourd’hui, la houille; depuis que l’action de la vapeur a été substituée aux exercices de la force humaine et des tractions animales, le charbon minéral est devenu le véritable symbole de la puissance productrice et, par conséquent, de la suprématie, dans ce temps où l’importance nationale est une question de production; à tel point que venant, par exemple, à manquer de houille, la nation la plus active, la plus intelligente, la plus ingénieuse doit être forcément tributaire de celle qui lui fournira le combustible, raison essentielle de la fécondité industrielle qui sanctionne et légitime la supériorité moderne. A ce compte l’Espagne est appelée à être relevée par la force des choses, de sa longue déchéance, non pas parce que ses houillères doivent survivre à celles des autres pays, ni parce qu’elles sont plus riches que les mines du reste de l’Europe, mais parce qu’à un jour donné, c’est à dire lorsque la construction des canaux et des chemins de'fer aura résolu chez elle l’importante question des transports, elle pourra fournir le combustible à un prix extrêmement réduit. Déjà la houille des Asturies, qui ne laisse rien à désirer pour la qualité, ainsi qu’en témoigné l’échantillon exposé, est livrée, malgré l'imperfection des roulages, à 3 réaux le quintal soit 75 centimes de France , au port de Gizon ; son prix est de 5 sous le quintal à la sortie de la mine. Poser ce chiffre éloquent, c’est rendre toute argumentation inutile en ce qui touche l’avenir de l’exploitation des houilles dans la Péninsule; la raison fondamentale du bas prix ne pouvant pas changer^arce qu’elle réside tout entière dans le bon marché des matières alimentaires, bénéfice de localité qui permettra toujours à l’Espagne de maintenir les salaires à un taux inacceptable dans les autres pays, il n’y a donc plus qu’à neutraliser la raison accidentelle de l’accroissement des valeurs : que l’Espagne fasse des chemins de fer et ses houilles arriveront au marché avec un avantage incontestable.
- fl va sans dire que l’argument auquel donne lieu l’absence des voies de communication par rapport aux houilles espagnoles, pourrait être reproduit à propos de tous les détails de l’exposition dont nous nous occupons; ce qui sert à démontrer que la première cause de l’infériorité tant morale (pue matérielle des province ibériques se réduit à une simple question devoierie; mais ceci donnerait carrière à une dissestation qui nous écarterait par trop de notre sujet.
- Il existe dans un grand nombre de localités espa-
- gnoles de vastes gisements de houilles: les principaux spécimens, placés sous nos yeux, proviennent de Langrio, dans les Asturies, d’Esprit et de Belmez, situés dans la province de Cordoue; Téruel a fourni des échantillons d’Utrilla etd’Alraga; Orbo et Rei-nosa ont apporté leur tribut des vallées accidentées du vieux royaume de Léon; la Catalogne, que nous montrions tout à l’heure si oublieuse à l’endroit de ses tissages, s’est souvenue des mines de charbon de terre qu’elle fait exploiter au profit de ses fourneaux dans la vallée du Ter. Une compagnie particulière, établie à Villanueva del Rio, tout à côté de Guadalquivir, extrait par année deux millions de kilogrammes de houille des gisements récemment découverts dans la province de Séville ; ce charbon est consommé, presqu’en totalité, dans le pays par les hauts-fourneaux du Pedroso; les frais de transport, jusqu’à Séville seulement, en élèvent le prix à i fr. 60 le quintal. Nous remarquons un bel échantillon de lignite de Guipuzcoa, dont l’exploitation est à peine commencée et qui n’a encore été utilisé que dans les mines du pays. A deux lieues environ de la grande route de Santander, dans la vallée de Santukan, province de Palencia, se trouve une entreprise houillère, dont les produits sont lort recherchés; cette exploitation, qui a déjà pris une certaine importance grâce à la proximité du canal de Castille, deviendra considérable lorsque les chemins de fer projetés, entre Alar et Santander, et de Valladolid à Madrid, auront été construits.
- Quelques-unes des mines, dont il vient d’être parlé, ont été tour à tour abandonnées et reprises, car le découragement est au moins aussi commun que l’enthousiasme dans ce pays où la richesse des matériaux est aussi incontestablequela pauvreté des moyens de faire valoir. Aujourd’hui les travaux ont été repris avec courage sur toute la ligne, il a suffi de quelques projets de routes pour réveiller l’énergie des spéculateurs; l’espérance est un grand capitaliste qui fait toujours crédit de son vivant, mais sa vie tient à peu de chose et l’Espagne, qui l’a si souvent tuée, industriellement, doit prendre ses mesures pour l’épargner cette fois.
- Les géologues font un grand cas des gisements houillers des Asturies qui sont fort riches en gaz et en particules combustibles. Ces dépôts appartiennent à la période carbonifère et portent des terrains tertiaires puissamment inclinés se formant de nombreuses couches de gravier et de pierre à chaux entre lesquelles se trouvent des veines de charbon ayant jusqu’à neuf pieds d’épaisseur; une infinité d’autres couches apparaissent au-dessous des premières, et il semble prouvé que le ch rbon qu’elles contiennent est antérieur, dans l’ordre de la création, à celui qu’on rencontre dans les autres contrées de l’Europe. On voit encore, adhérant à ces lits géologiques, mais toujours au-dessous d’eux, plusieurs veines de sanguines ou hématite dont l’une, de pur minéral, s’étend à une grande distance, et mesure, sur un point de son étendue, cinquante pieds d’épaisseur.
- Les houillères espagnoles, au nombre de douze environ, sont exploitées par des compagnies nationales, étrangères et mixtes, dont les principales sont la Palentina Leonesa , la Leonexa Asturiana,
- 1 ’ Ang/o- Axfuriona et l’Invextigadora. Les cokes que l’on fait à l’air libre sont vendus aux prix de 3, 4 et 6 réaux le quintal ; les plus estimés sont ceux qui proviennent des mines du duc de Rianzarès, mari de la reine-mère. Toutes ces mines attendent, pour donner un grand revenu et pour représenter un capital en rapport avec leur importance élémentaire, <{ue l’induslri" nationale multiplie ses usines et que le sol soit sillonné de chemins ou de canaux. Si les Espagnols avaient des cheminées comme les Européens du nord, ils pourraient provoquer, pour l’utilité de leurs appartements et au profit des mineurs, l’extraction annuelle de quelques milliers de quintaux de charbon de terre; mais la générosité de leur soleil les dispense d’avoir recours à la chaleur artificielle, et si c’est autant de gagné pour eux, c’est tant pis pour les marchands de charbon et pour les blanchisseuses.
- Le soufre minéral, récemment humilié dans son usage le plus vulgaire par l’invasion de l’allumette chimique, abonde dans diverses contrées de l’Espagne, où on le trouve à l’état terreux ou cristallisé; c’est dans ce dernier état qu’il se présente à l’Exposition, en fragments extraits de Conil, mine abandonnée à cause de la dépréciation industrielle de ses produits, et ne conservant, de valeur que pour
- les minéralogistes et les géologues. Dans la province de Salamanque, àTerruel, il existe encore de grandes exploitations de soufre dont le prix s’élève de 22 à 60 réaux le quintal, selon qu’il est en pierre brute, en bille ou en fleur.
- Une matière précieuse pour le pavage, l’asphalte, dont nous remarquons un fragment dans la collection , se trouve dans les montagnes de Soria, à la sierra de Picofrentes, où elle occupe une étendue de sept milles, plus de deux lieues. Cette sorte de bitume, qui, indépendamment de son utilité pour le pavage, sert encore à goudronner les cordages et à composer des vernis, couvre un gisement de grès d’une grande épaisseur et est exploité par une compagnie particulière.
- En ce qui touche les sels, dont l’Espagne est si riche, M. Ramon de la Sagra fait remarquer que les minéralogistes regretteront de ne pas trouver dans la galerie qui le concerne l'intéressant sel capillaire de Calatayud, si rare dans les collections de produits salins ; il fait la même remarque à l’égard des cristaux transparents de sel gemme, employés dans les expériences de polarisation de la lumière, et, par cela même, si précieux pour les physiciens; mais l’abondance de ces produits et le défaut de développement dans les manufactures qui les emploient ont précisément fait croire, ajoute le savant commissaire espagnol, que ces objets n’étaient pas dignes de figurer à l’Exposition, ce qui fait qu’on ne les y a pas envoyés. Les sels communs qui ont été exposés proviennent seulement des provinces d’Almeria et des salines d’Ànana. On voit quelques beaux échantillons des sels gemmes célèbres de Cordoue, mais les séries devaient et pouvaient être beaucoup plus riches et surtout plus variées.
- Les soudes naturelles d’Alicante, de Murcie, de Barcelonne, de Grenade et des Canaries se présentent à des prix fort réduits, car l’introduction dans le commerce de la soude artificielle, qui possède un avantage incontestable pour la saponification des huiles, a porté un coup mortel à ce produit naturel et spontané du littoral péninsulaire. La glaubérite, ou soude sulfatée de Burgos, récemment livrée à l’exploitation sur les bords du Tiron, affluent de l’Èbre, attend, pour acquérir sa véritable valeur, que les arts chimiques, tinctoriaux et céramiques auxquels elle est affectée prennent du développement en Espagne ; la consommation du sulfate de soude ne dépasse presque pas aujourd’hui celle qu’effectue la verrerie de Rozas, dans la province de Santander.
- Après avoir parlé des minéraux salins, dont l’énumération serait trop longue, nous aborderons les métaux, et particulièrement le fer, qui, dès846 , donnait déjà un produit de 650,000 quintaux.
- Bellegariugce.
- DE LA SIÉRÉOTYPIE A LA PATE I)E PAPIER .
- M. A. CURMER.
- Depuis 1842, la stéréotypie à la pâte de papier a pris en France un grand développement. M A. Curmer a obtenu, dans ses ateliers, des perfectionnements qui se sont bientôt étendus à tous les industriels intéressés à les connaître; car voulant favoriser cette industrie sans s’attribuer le monopole de ses procédés, il n’a pas hésité à les communiquer à quiconque pouvait être à même d’en faire usage ; de sorte que ce mode a remplacé aujourd’hui la stéréotypie par le plâtre, qu’on peut regarder comme entièrement abandonnée à Paris.
- L’avantage que présente la pâte de papier sur le plâtre est de donner des stéréotypes plus purs et plus corrects (n’employant ni huile ni vernis et n’ayant pas de retrait). Il est un avantage qui doit être signalé à l’attention de tous, c’est que, au point de vue hygiénique, les fondeurs ne sont plus exposés à ces incommodités organiques que leur occasionnait souvent une masse de 5 à 600 kilogrammes de matière chauffée au rouge, et contenant 20 parties de régule sur 100 parties de plomb.
- En effet, un bain de 100 kilogrammes suffisant à l’exécution courante du nouveau procédé, la pratique, répondant à la théorie, a prouvé que les stéréotypées ne sont plus dans les conditions maladives que leur imposait l’ancien mode de travail.
- Maintenant, pour exposer les autres avantages de la stéréotypie sur papier , nous devons remarquer :
- 1°Que les caractères mobiles de l’imprimerie ne sont nullement altérés par le moulage.
- (Voir la suite page 250.)
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- LE PALAIS DE CRISTAL
- SANS COMPOSrriON TYPOGRAPHIQUE
- PROCÉDÉ D’ ALEX. CURMER. N° 135 (FRANCE)
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- Chansonnette à deux voix. — Paroles et musique de J.-B. CAUVA1N
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- LE PALAIS DE CRISTAL
- 249
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- Puis quittant Paris Pour les côteaux de Romainville Il faut à tout prix Bannir les soucis de la ville :
- A table,
- Femme aimable,
- Entonne un joli couplet;
- Se pose Et l’arrose
- D’un vin qui toujours lui plait,. Tra la la la la la.
- Mais dans le plaisir Nous sentons que sa voix charmante Commence à fléchir,
- Et par degrés devient tremblante : La flamme De son âme
- A passé dans ses beaux yeux ; Moins sage,
- Elle engage
- A des refrains plus joyeux.
- Tra la la la la la.
- Le repas fini,
- Voilà l’orchestre qui commence;
- Chacun s’est muni De sa compagne pour la danse. Folie Si jolie,
- Tu devrais durer toujours! L’ivresse,
- La tendresse,
- Pour nous voilà les beaux jours. Tra la la la la la.
- $
- A l’ouvrage, mes amis;
- Demain le repos est permis;
- Demain nous danserons.
- Il fait beau, quel plaisir nous aurons!
- A l’ouvrage, mes amis ;
- Demain le repos est permis ;
- Demain nous danserons.
- Il fait beau, quel plaisir nous aurons ! i
- A l’ouvrage, mes amis;
- Demain le repos est permis;
- Demain nous danserons.
- Il fait beau, quel plaisir nous aurons !
- FIN.
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- 2° Que les stéréotypes sont obtenus plus promptement; 15 ou 20 minutes suffisant pour obtenir un certain travail ou plusieurs pages.
- 3° Que la dimension n’est plus limitée, puisqu’avec le moule en papier on reproduit de grands sujets, tels que pages de journaux, gravures, etc.
- 4° Que le moule en papier pouvant facilement prendre la forme cintrée, on peut obtenir des stéréotypes ronds destinés aux presses cylindriques.
- 5° Qu’ils n’ont plus besoin d’être dressés ni tournés, la fonte les reproduisant tels qu’ils doivent être mis sous presse.
- 6°Que U, s moules peuvent seconserver inaltérables pendant plusieurs années, avant comme après la fonte.
- 7° Enfin que le prix de revient offre sur l’ancien système une diminution de 25 p. °/0.
- La reproduction des principaux ouvrages de la librairie française par les procédés de M. Curmer, n’est du reste que le corollaire des avantages qui viennent d’être énumérés ci-dessus.
- Un nouveau mode de reproduction de musique vient d’être exposé à Londres par M. Curmer. Ce mode donne des stéréotypes sans le secours préalable de la composition typographique. Immédiatement obtenu dans le moule, il présente tous les avantages des stéréotypes de texte, il imprime avec la même facilité, et réduit de 50 p. % la dépense énorme qui résulte des compositions typograghiques par les procédés employés jusqu’à ce jour. Chaque page de stéréotype pour musique, le manuscrit livré, est rendue à l’imprimeur, à raison de 10 fr. ; soit, pour une romance de deux pages, 20 fr., pouvant être tirées, de 50 à 100 mille, à la mécanique typographique. (Voir le spécimen ci-contre.)
- RAPPORT DE M. MICHEL CHEVALIER.
- (Suite et fin.-—Voir le dernier numéro.)
- « La première machine à vapeur de Watt, pour les « manufactures, ne fonctionnait qu’en 1785 (1 ). L’ap-« plication de la vapeur à la navigation fluviale « n’est définitivement acquise que depuis 1807, « époque du premier voyage de Fulton sur le fleuve « Hudson, et l’Europe n’en fut en possession « qu’en 1811 (2). La grande navigation maritime à « vapeur ne remonte, comme une industrie établie, « qu’à 1837. L’emploi des forces électriques dans « les arts métallurgiques est plus récent encore; « leur application à la télégraphie date de quelques « années seulement, et l’on n’a pas encore résolu le « problème d’utiliser ces forces pour la locomot'on; « cependant on a l’espoir fondé d’y réussir. La pho-« tographie qui commence à devenir une industrie, « est l’emploi des forces de la lumière ; les enfants de « dix ans l’ont vu naître. »
- Veut-on apprécier par un fait à quel degré de puissance l’industrie est arrivée dans notre civilisation, par l’appropriation des forces de la nature ? Voici ce fait :
- « On a calculé que la force mécanique, déployée « dans les filatures de coton et les fabriques de cali-« cot de la Grande-Bretagne, faisait en fils et en « tissus écrus, tout ce qu’on pourrait obtenir avec « deux cent millions de personnes qui fileraient « avec le rouet, qui tisseraient à la main. Or, deux « cent millions de personnes, c’est à peu près la « moitié de la portion valide du genre humain, les « deux sexes compris, et d’après les relevés qu’a « soigneusement résumés notre confrère, M. Porter, « dans son Progrès de la Nature, le nombre des « personnes employées dans les filatures et les fa-« briques de calicot de la Grande-Bretagne n’ex-« cexle pas, aujourd’hui, 400,000 à 500,000. »
- Quelques faits témoignent de la date, au reste toute récente, de nos progrès industrie s. On doit rapprocher ces faits de l’historique qui précède. Ainsi, les draps aujourd’hui sont trois fois et six fois moins cher qu’en 1815. Les cotonnades huit et dix fois moins cher. Le fer brut, deux fois. Les machines à vapeur sont connues depuis 1814. Les chemins de fer, depuis 1830. Les bornes-fontaines, l’é-
- (1) Elle fut établie à Papplewick, dan? leNoüingham-shire. Ce ne fut qu’en l7i)u qu’il y en eut à Manchester. En I80i> Manchester n’en comptait que 52, d’une force collective de 450 chevaux.
- (2) Sur la Clyde, le premier bateau s’appelait la Comète-, il n’avait qu’une force de r, chenaux. Deux ans après, on en lança sur la même rivière deux autres, l’un de 8, l’autre de 14 chevaux.
- LE PALAIS DE CRISTAL.
- clairage au gaz^datent de la même époque. La navigation à voile a de nos jours un frêt double et triple de celui de 1815. Le zinc, le caoutchouc, la gutta-percha se sont introduits depuis quelques années à peine dans l’usage. La bougie stéarique n’a que vingt ans de date. Des progrès énormes ont été faits tout récemment pour la fabrication des glaces, bronzes et porcelaines. La fabrication du papier est devenue prodigieuse. Nous avons aujourd’hui du papier continu de toute longueur ; à Y Exposition universelle, on en voit des pièces de plusieurs kilomètres. « Cette fabrication se fait avec une machine « si intelligente et si preste, dit M. Michel Chevalier, « que recevant par un bout la pâte qui sort de la « cuve, elle livre, deux ou trms minutes après, à « l’autre bout, du papier tout séché, tout collé sur « lequel on peut écrire.»
- IV.
- Une question fort intéressante se propose à notre examen. La supériorité industrielle des peuples constituant le groupe de la civilisation chrétienne, est assurément incontestable mais relativement à ce groupe : «Quesont, les uns par rapport aux autres, « dans l’industrie, les peuples de ce groupe? Est-il « parmi eux des premiers et des derniers ? A quels « signes certains la prééminence des uns sur les « autres peut-elle se reconnaître? »
- Le savant rapporteur répond ainsi à cette question : « La civilisation chrétienne est une, égale à « elle-même, solidaire dans toutes ses parties. »
- Pour démontrer cette assertion, M. Michel Che valier entreprend une belle et curieuse explication, dont nous avons le regret de ne pouvoir donner qu’un résumé. L’Europe est une, parce qu’il y a eu dans son histoire une suite non interrompue de causes d’identité : l’identité des éléments nationaux primitifs, Rqme et la Germanie; l’identité de l’éducation religieuse, le catholicisme; l’identité du travail intellectuel; les sciences, les arts, les lettres ont formé, de tout temps, parmi nous un seul État: « la République des Lettres. » En politique, les mêmes causes ont agi sur nous: l’Europe s’ébranle ensemble et se mêle pour faire les croisades ; elle fait ensemble et simultanément les révolutions qui partout constituent la liberté des communes , créent une nouvelle classe de citoyens, la bourgeoisie ; abaissent la féodalité, et contribuent à la formation des grands États monarchiqnes. Comment des différences profondes se seraient conservées au milieu de toutes ces causes continues d’uniformité? Napoléon disait : « Votre guerre européenne est une guerre « civile. » M. Michel Chevalier niontre l’uniformité du développement industriel s’imposant en Europe par la force de certains usages hygiéniques, domestiques, somptuaires, communs à toutes les classes dans nos diverses sociétés. Un fait, notamment, la formation des armées régulières de terre et de mer a soumis à runiformité de fabrication des produits d’une catégorie très-nombreuse.
- En définitive , il y a dans notre civilisation occidentale ou chrétienne, unité , identité de développement induslriel. Mais l’égalité de forces qui est la conséquence nécessaire de cette manière d’être, donne lieu, entre autres effets, à une rivalité inces^ santé dont quelques traits nous intéressent particuliérement. Ainsi, en ce moment, la bonneterie saxonne triomphe en Angleterre même de celle de Nottingham. Pour les toiles peintes, la France commence à l’emporter sur l’Angleterre, de même pour les mousselines de laine, de même et mieux encore pour les mérinos et la filature de la laine. A cet égard, une grande reconnaissance est due, dans notre pays, à l’admirable machine dite la Peigneuse, concernant la fabrication des laines longues et demi-longues , et pour laquelle est brevetée la maison Schlumberger , de Guerswiller, en Alsace. Nous ne parlerons pas des œuvres de nos dessinateurs et coloristes de Paris et de Mulhouse, ainsi que de ceux de nos produits où l’art s’allie au travail industriel. Pour les machines à vapeur ordinaires, l’égalité commence à s’établir entre l’Angleterre et la France. On remarque, toutefois, que dans nos machines la consommation du combustible est moindre, la détente variable de la vapeur mieux entendue, mieux utilisée La supériorité de nos machines hv-drauliques est à peu près incontestée. L’art de la monture était anglais, il a fait dans notre pays des progrès qui l’y ont naturalisé, etc., etc.
- Mais l’égalité de la force industrielle de chacun des peuples de l’Europe do une lieu à un autre phé-
- nomène qui est digne de remarque ; nous voulons parier de la simultanéité de nos diverses découvertes concernant l’application de la science à l’industrie. Sur ce point, nous laisserons dire M. Michel Chevalier, qui, dans son rapport, expose ce phénomène de la manière la plus piquante :
- a L’assistance réciproque des nations, pour l’a-« vancement de l’industrie, date déjà de loin ; mais , « elle est aujourd’hui de tous les États ; elle existe « tellement, qu’il est difficile de savoir quel estl’au-« teur véritable des découvertes et des inventions « les plus utiles et les plus renommées.
- « Demandez quel est l’inventeur de la machine à « yapeur? En France, on vous nommera Salomon « de Causs ou Papin-, en Angleterre, le marquis de « JVorcester, alors qu’il était prisonnier à la Tour « de Londres. Parlez de la machine de navigation : « un Espagnol vous citera un personnage qui fit « marcher un navire devant Philippe II, dans le « port de Barcelonne, sans le secours de la rame ni « de la voile; les Français produiront la preuve que, « sous Louis XVI, le marquis de Jouffroi eut un « bateau bel et bien à vapeur sur la Seine, et les « Américains réclameront avec énergie pour Robert a Fulton. S’il s’agit de la locomotive, les Anglais « diront que l’homme auquel le genre humain est « véritablement redevable de ce merveilleux appa-« reil est Stephenson; c’est depuis lui qu’il y a eu « des machines locomotives sans interruption; les « Français réclameront pour un des frères Séguin, « qui, avant Stephenson, avait imaginé et appliqué « la chaudière tubulaire, âme de la machine à va-« peur, les Anglais alors répliqueront par le nom de « Trewithick, dont les faits et gestes remontent à « 1802, et les Français le prenant de plus haut, fe-« ront valoir l’appareil de Çugnot, qui existe en-« core au Conservatoire des Arts et Métiers, et les « Américains intervenant dans les débats prouveront « qu'Olivier Evans, leur mécanicien du commen-« cernent du siècle, avait fabriqué une machine qui « marcha dans les rues de Philadelphie. S’agit-il de « l’éclairage au gaz ? L°s Anglais s’en donnent pour « les inventeurs ; le fait est qu’ils l’ont pratiqué les « premiers ; mais les Français en revendiquent « l’honneur pour un des leurs, l’ingénieur Lebon, « qui en 1786, c’est-à-dire avant l’Anglais Mur-« doclb, avait conçu et monté son thermolampe; sur « quoi les Anglais répliquent que le véritable invente teur est le docteur Chyton, qui , dès 1737, avait « parlé des gaz qu’il appelait Y esprit de houille. « Parlerai -je de l’art qui consiste à substituer dans « le travail des métaux les courants électriques à « l’action du feu ? C’est un art qui a déjà réalisé « des merveilles et auquel de grandes autorités ont « prédit un immense avenir. On nommera ex æquo « M. de Ruolz et M. Elkington, dont une déci-« sion judiciaire a déclaré le brevet d’invention par-« failement valable. Il y a arrêt, dit-on, donc il n’y « a plus qu’à se soumettre; je m’incline devant la « justice et je reconnais que la législation des bre-« vêts d’invention étant ce qu’elle est, M. de Ruolz « et M. Elkington sont légalement des inventeurs « qui ont donne à la société cet art nouveau. Il n’en « est pas moins vrai qu’en me plaçant sur le terrain à de l’histoire de la technologie, je constate que « MM. de Ruolz et Elkington ont été précédés par « le professeur Jacobi, de Saint-Pétersbourg, dont « ]es beaux essais de 1837 et 1838 eurent tant de « retentissement et à qui l’on doit aussi la statuaire « électro-chimique....
- « Cependant, dès que je suis à Jacobi, mon émet barras s’accroît; la preuve est acquise qu’un Ante glais. M. Spencer, arrivait de son côte et en même te temps à des résultats semblables. Mais pendant « que nous sommes à décerner la même auréole à « Jacobi età Spencer, on nous produit une lettre « de Brugnaiclli, disciple du fameux Loi ta, d’où « il résulte qu’en 1820, il s’était livré à des tentali-te ves du même genre, non sans quelque succès. »
- Dans la suite, et pour mieux dire, dans le courant de son Rapport, M. Michel Chevalier caractérise la production industrielle des peuples Hindoux, Maho-métans et Océaniens. Dans cette partie de sa tâche, l’illustre savant, on le sent, a été retenu par le respect et la bienveillance. Nous avons convié tous les peuples à une solennelle comparaison. 11 ne nous sied pas de triompher. Il nous sied de ne méconnaître aucun mérite, d’être justes pour tous les efforts, de ne point désespérer, d’encourager, d’aider toutes les ambitions légitimes. Nous avons
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- LE PALAIS DE CKISTAL.
- troublé la civilisation Ilindoux; nous avons arrêté, exclu, la civilisation inahométane ; nous avons mal fait la civilisation océanienne. À l’Inde, à l’Islamisme, à l’Océanie, nous devons désormais de grandes réparations.
- L’imagination, l’entente des couleurs, l’élégance artistique, une extrême habileté manuelle, sont, dans des mesures inégales, les traits caractéristiques de la production des peuples placés en dehors de la civilisation chrétienne. Les Ilindoux, particulièrement, sont des artistes merveilleux, et ils ont des qualités originales qui leur assignent immédiatement le second rang dans le monde industriel. Mais deux grandes causes de faiblesse pèsent sur la production de ces nations étrangères : la puissance mécanique leur manque absolument; une autre puissance semble encore leur faire défaut, cette puissance composée à la fois d’un esprit d’invention et d’un esprit d’initiative, qui est la faculté même du perfectionnement et du progrès. Si l’on ne craignait pas d’outrager la dignité de la nature humaine, on chercherait dans le règne animal, parmi les abeilles elles castors, une image pour signifier ce que sont les industriels asiatiques avec leur dextérité parfaite, infaillible, mais toujours la même, limitée, bornée, immuable dans ses applications.
- Nous serions heureux si par l’analyse qui précède, nous avions contribué à propager l’enseignement grand et salutaire qui est ressorti, pour un esprit éminent, d’une première étude faite par lui, sur l’état comparé de la force industrielle du monde.
- RAPETTI.
- EXPOSITION DE LONDRES.
- (Dernières nouvelles.)
- La commission générale, nommée par les divers pays, pour l’examen de l’Exposition universelle, a terminé ses travaux. La liste des récompenses est close; mais elle ne sera publiée otficiellement qu’au mois d’octobre. Jusque-là elle doit rester secrète. Telle est, du moins, l’intention des commissaires. Cependant, on sait déjà que la part qui y est faite à la France est, relativement au nombre des exposants, proportionnellement supérieure, et de beaucoup, à celle qu’ont obtenue toutes les autres nations, sans en excepter l’Angleterre elle-même.
- Le nombre des exposants français est le dixième de tous les exposants ; et le chiffre des récompenses obtenues par la France forme le tiers de celles accordées.
- Pour bien apprécier ce que ce résultat a de remarquable, il est nécessaire de connaître les éléments de la composition et les procédés de la commission générale. Cette commission était composée, en totalité, de 314 membres, sur lesquels la France n’en avait fourni que 34, soit un sur neuf. La plupart des commissaires français ne sont arrivés à Londres que lorsque les travaux de la commission étaient déjà commencés. Beaucoup d’entre eux ont fait des absences. Enfin, le -15 juillet, le ministre du commerce a signifié à tous que leur mission était terminée, faute de fonds pour aller plus loin.
- La commission générale s’est divisée en trente-deux jurys spéciaux. La France avait donc à peine un représentant dans chaque jury. Il a été établi ensuite des groupes, au nombre de six, ayant chacun dans ses attributions les industries afférentes à six ou sept jurys, suivant les analogies. Les décisions des jurys spéciaux étaient d’abord contrôlées dans les groupes. Enfin, au sommet, un comité supérieur, composé des six présidents de groupes, prononçait définitivement.
- Plusieurs discussions ont été assez ardemment soutenues, relativement au mode qu’il importait d’adopter; les uns, et c’étaient surtout les Anglais, voulant une récompense uniforme pour tous les exposants, les autres défendant le système des prix gradués.
- Ce dernier système a été repoussé, malgré les efforts de plusieurs Français, parmi lesquels MM. Charles Dupin et Wolowski.
- Cependant, grâce à ces efforls, le comité a décidé qu’il serait donné des médailles de deux soi tes. Pourtant, la lutte a été très-vive, l’Angleterre voulait bien accorder à la France, la prééminence en matière d’objets d’art. , mais sa résistance s’est manifestée opiniâtre pour les industries qui touchaient à l’amour-propre national ou à la fortune des Anglais.
- Dans cette croisade contre la concurrence des mérites, qui semblait devoir être le principal objet de l’Exposition universelle, les falnicants et les marchands anglais se sont particulièrement montrés intraitables.
- Une sorte de pudeur ne permettant pas aux Anglais de se décerner la palme, en rejetant nos exposants au second rang, ils ont trouvé des biais pour refuser à la France un certain nombre de grandes médailles auxquelles elle avait des droits. Tantôt ils déclaraient que telle industrie n’était pas assez importante pour obtenir la récompense de premier ordre, tantôt qu’il serait trop difficile de choisir en présence des mérites égaux de beaucoup d’exposants.
- C’est ainsi qu’ils ont refusé de grandes médailles aux tissus de coton, pour ne pas en donner à Mulhouse en même temps qu’à Manchester; aux étoffes légères et si élégantes de la fabrique de Paris et au5t soieries de Lyon, pour ne pas avouer l’immense supériorité de ces industries considérables. Une grande médaille est seulement décernée à la Chambre de commerce de Lyon, qui a envoyé, en son nom, une riche exposition. Quant aux fabricants qui ont exposé des étoffes si diverses et si merveilleusement belles, on leur donne, sans trop leur en marchander le nombre, des médailles de seconde classe. Mais beaucoup de fabricants de soieries d’Angleterre ou des autres pays ont aussi des médailles de seconde classe. Où est, dans cette .égalité établie pour tous ceux dont les produits ont quelque mérite, la justice distributive? Où se retrouve, dans ces jugements, la supériorité de la fabrique de Lyon, à laquelle le monde entier rend hommage ?
- Parmi les industries qui ont été définitivement exclues des grandes médailles, il en est une pour laquelle cette haute récompense à donner à la France faisait trop de mal au cœur aux Anglais. Nous voulons parler des instruments de chirurgie et de la coutellerie fine. Une grande médaille avait été décernée à M. Charrière, de Paris. Le jury spécial avait, à l’unanimité, voté une grande médaille pour M. Charrière, en le plaçant au-dessus de tous les fabricants anglais. Ses beaux travaux avaient été l’objet d’un examen détaillé et contr dictoire entre tous les membres si compétents du jury. Un rapport détaillé de deux de nos plus célèbres praticiens, MM. Roux et Lallemand, avait expiiquéf précisé, les avantages notables des perfectionnements apportés par M. Charrière à plusieurs instruments, avait fait apprécier l’étonnante perfection de l’exécution, et avait ainsi justifié surabondamment la grande médaille qui n’avait été accordée qu’à lui.
- Mais la question est revenue, d’abord dans le groupe, puis dans le comité supérieur. On n’osait pas proposer un autre nom à la place de celui de M. Charrière pour la grande médaille; mais on a obtenu, en l’absence des juges compétents, sans les avoir prévenus, sans favoir voulu entendre leurs réclamations, une décision portant qu’il ne sera pas donné de grande médaille dans cette industrie. M. Charrière n’aura, dès lors, que la médaille de seconde classe, comme les fabricants anglais qu’il avait laissés, quelles que fussent les qualités de leurs instruments, loin derrière lui. 11 n’est plus le premier entre tous ses rivaux. Sa supériorité disparaît dans la résolution de la commission, pour faire place à une égalité que repoussent à la fois la jus> t.ice et la vérité.
- La distribution des médailles n’aura plus, dans ces conditions, qu’un intérêt secondaire. Les véritables jugements, fondés sur des appréciations comparatives, et attribuant à chacun sa juste part d’éloges, se trouveront dans les rapports faits sur l’Exposition universelle. Il faut bien, là, examiner, rapprocher les procédés et les résultats, comparer les produits des divers pays, et prononcer entre eux. Et que, si ces règles essentielles ne [(résidaient pas au travail d’ensemble que la commission générale publiera en anglais, on peut être assuré, du moins, qu’elles inspireront nos commissaires dans le rapport qu’ils auront à présenter, pour compléter leur mission, au gouvernement français. La franchise de leur attitude et la loyauté de l’opinion qu’ils ont soutenue, attestent d’avance la sincérité scrupuleuse de leurs examens et de leurs jugements. Il est, d’ailleurs, probable que le rapport de la commission française paraîtra avant celui de. la commission générale. Un grand intérêt s’attachera à cette publication.
- On cite parmi les lauréats de la grande médaille,
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- ces établissements qui sont à la fois la propriété, et la gloire de la France, ces manufactures nationales qui viennent d’agrandir encore, par leur éclatant succès au Palais de Cristal, leur ancienne renommée. Jamais le travail de composition et d’exécution n’y a été plus heureux et plus fécond en beaux résultats. Jamais le génie des artistes et la merveilleuse habileté des ouvriers, mis en œuvre par une direction savante et dévouée, n’y ont créé des œuvres plus parfaites.
- La manufacture de Sèvres y a des porcelaines diverses d’une élégance de forme, d’une richesse d’ornements prodigieuses, d’un goût exquis, et des émaux d’une incomparable pureté. La foule se presse sans cesse autour de ces admirables produits, parmi lesquels il n’y a pas un objet, de si peu d’importance qu’il soit, qui ne mérite d’être considéré comme une œuvre d’art, et dont quelques autres d’un éclat grandiose ne peuvent trouver leur place que dans de somptueux palais.
- Voici des copies de tableaux des grands maîtres, par madame Jacotot, madame Ducluzeau, M. Béranger, M. Jacobber. La reproduction sur porcelaine est de la grandeur des originaux, et elle en a conservé la vigueur, la grâce, l’énergie de la couleur, la pureté des lignes. Parmi les émaux, des réductions de deux tableaux de Raphaël, la Vierge au voile et la Belle Jardinière, par madame Laurent, attirent particulièrement les regards de la foule. Ces deux petits chefs-d’œuvre, de dix-huit ou vingt centimètres de hauteur, sont cotés au prix de 12,000 francs.
- Dans le nombre considérable de très-belles pièces qui forment une exposition où tous les genres de travaux de la manufacture de Sèvres se trouvent représentés, il faut citer : la grande coupe du Travail, en biscuit, exécutée par M. Jean Faucheri, sur les dessins de M. Diéterle ; les vases en biscuit, dits de l’Agriculture, entièrement composés, forme et accessoires, par M. Klagmann; d’autres vases, coupes, de formes variées, où se retrouvent encore le talent et le goût de M. Diéterle; un charmant guéridon, fleurs et fruits, peint par madame Jacobber; de magnifiques vases de Rimini, avec des fleurs sur fond blanc, par MM. Schilt, André, Rignier et Labbé ; une coupe en émail, grisailles sur fond bleu, par M. Gobert; des émaux sur fer, représentant les Évangélistes, par MM. Apoil et Bonnet.
- Les amateurs qui se pressent autour de cette exposition, regardent avec une attention toute particulière des lasses et cabarets excessivement minces, d’une merveilleuse légèreté, obtenus par un nouveau procédé, dit de coulage, dû à M. Gréder, sous-chef d’atelier. Ce procédé, que l’on a commencé à appliquer en 1848, donne des résultats plus avantageux que tous les autres, sous le rapport de la per -fection du façonnage et de la netteté de la forme. Rien de plus joli, de plus gradeux, de plus coquet que cette porcelaine mince et transparente comme du papier-joseph; M. Abel Schilt a peint un charmant cabaret, sujets style Vatteau. — Tous les objets exposés par les manufactures nationales sont à vendre. Beaucoup de pièces, et particulièrement de celles qui proviennent de la manufacture de Sèvres, ont déjà été achetées.
- La manufacture des Gobelins ne soutient pas avec moins de magniticence sa renommée. Un grand tapis velouté, composé avec beaucoup d’arl, fait admirer l’éclat de ses couleurs, les habiles combinaisons du dessinateur et l’œuvre si parfaitement régulière des ouvriers. Il est coté à 132,000 fr. Les tapisseries qui représentent des tableaux ont, dans leur prodigieuse perfection, quelque chose de plus étonnant, et qui saisit plus vivement la foule. Une Psyché, un Christ au tombeau, deux Tableaux de chasse, le Printemps, et Mehemet-Ali présidant au massacre des Mamelucks, d’après Horace Vernet, 80,000 fr.; — ont un immense succès.
- P. S. On nous écrit que, décidément, c’est le octobre prochain qu’aura lieu la fermeture du Palais de l’Exposition, à Londres. Le 12 et le 13, un congé - era accordé aux membres de la commission; le 14, cérémonie du jury, laquelle ne consistera qu’en la remise pure et simple du rapport; le 15, commencera le réemballage.
- On évalue à 140,000 liv. sterl. (3,000,000) au moins le bénéfice fait par les actionnaires et souscripteurs du Palais de Cristal.
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- LE PALAIS DE CRISTAL
- UNE NYMPHE ET CUPIDON,
- par
- M, THRUPP, DE LONDRES,
- M. Thrupp, statuaire de Londres, est un artiste fort distingué de l’école anglaise, où, comme on sait, se conservent les bonnes traditions. L’Académie des arts, dont le musée se développe au square Trafalgar, est le centre des meilleurs morceaux de l’antiquité qui soient exposés aux études des jeunes gens qui se dévouent à l’art, et une école formée par les peintres, les sculpteurs, dont le nom est depuis longtemps accrédité, initie les jeunes élèves aux mystères qui se dévoilent après tant de contemplations inspirées devant ces oeuvres, le fond et la base du grand et du beau.
- L’Amour est là, représenté dans un moment fort rare, il faut l’avouer, d’hésitation et de contrainte. Il ne sait à qui il doit lancer sa flèche. La jeune nymphe lui indique sa victime. Il y avait nécessité dans cette indication, dont la nymphe a seule le secret, de reproduire le sentiment du désir de la femme, et le sentiment de malice du jeune Cupi-don ; sans le secours du dieu, la pauvre nymphe est impuissante à réaliser son rêve de bonheur; la statuaire peut tout traduire, parce que c’est la nature elle-même qui est mise en jeu avec ses linéaments et ses formes naturelles.
- • Cependant, la finesse de l’expression est bien difficile à obtenir dans ce |bloc inerte et sans couleur que le statuaire
- PENDULE,
- PAR M. CHARLES MEIGH, De Shelton.
- Cette pendule est faite en porcelaine ; elle sort de la belle manufacture de M. Meigh. Le dessin n’est pas ce qu’il y a de plus distingué dans le genre, toujours par suite du même abus fait par les Anglais de la complication des ornements répandus à profusion sur un espace limité. Cinq figures principales, deux énormes chimères, des serpents à la base, un serpent qui entoure le cadran ; pas un coin, pas un millimètre de surface sans un ornement ; il y a là, en conscience, beaucoup trop de surcharge pour ne pas compromettre le bon goût et la grâce, nécessaires à ce meuble si difficile à faire avec quelque sentiment de la nouveauté.
- Quant à la matière, il faut reconnaître une véritable amélioration dans l’art de la céramique, en Angleterre. La préparation des terres employées dans la fabrication a fait, dans le Cornwall notamment, de remarquables progrès.
- VASES, POTS DE FLEURS, etc.,
- PAR M. COPELAND (DE LONDRES).
- Une Nymphe et Cupidon, par M. Thrupp, de Londres.
- veut animer. M. Thrupp, qui a tout déterminé sous son habile ciseau, semble avoir voulu trouver dans les yeux mêmes de ses sujets, cette expression vivante qui échappe à l’indéfini, à l’indéterminé d’une matière sans regard et sans vie.
- Nous avons eu occasion de nous occuper de cette maison (Voir n° 42), qui cherche à imiter les manufactures de porcelaine de Sèvres et de Dresde.
- M. Copeland a exposé une Sapho, dont nous avons donné le dessin ; plusieurs vases étrusques, et divers autres objets du même genre, dans le travail desquels on trouve la recherche du style ancien, quant à ce qui concerne l’imita-
- Ce groupe est digne d’être remarqué, et nous sommes heureux d’avoir pu en reproduire, comme on voit, un dessin qui donne une idée exacte du modèle,
- tion grecque, le linéament pur et correct de Flaxmann, quant à ce qui concerne la statuaire- et, enfin, le fini de notre Sèvres, pour les autres objets ou ornements que nous mettons sous les yeux de nos lecteurs.
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- LE PALAIS DE CRISTAL
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- MACHINES A SAUVETAGE.
- inTenlées par M. Lauiie,
- ÉXÉCUTÉES PAR M. SILNER (de Cornhill.)
- Les Anglais ont, depuis longues années, porté leur attention sur les moyens les plus propres à sauver en mer les naufragés; et des compagnies de sauvetage sont établies qui cherchent à atteindre le double but de veiller aux jours de ceux qui ont l’imprudence soit de chercher à nager sur les rivières des parcs de Londres, soit de patiner, en hiver, et l’on trouve sur ces rivières des établissements tout prêts à recevoir les imprudents qui é-chapperaient par hasard à la vigilance attentive des agents de ces compagnies.
- Mais ce n’est pas tout :
- Le génie inventif de nos voisins est en même temps provoqué vers les découvertes de machines à sauvetage; et déjà plusieurs appareils ont été adoptés par les compagnies.
- Dans un de ses ingénieux articles, M. Jobard (de Bruxelles) a fait connaître
- Fig. 2.
- le bateau imperméable dont nous donnons ici le dessin, et qu’il appelle spirituellement le bateau-paletot.
- Voici le détail de ces divers objets imperméables construits tout exprès pour sauver les naufragés :
- Ils consistent en une série de matelas qui ont la propriété de surnager sans être gonflés, et qui sont faits d’une étoffe ordinaire.
- Ces matelas sont remplis de crins de cheval, et leurs compartiments sont divisés de telle façon que si un accident arrivait à une partie, elle serait facilement remplacée, et le matelas surnagerait toujours.
- La flg. 1 représente un matelas qui, placé sur l’eau, servirait au besoin de radeau pour une personne; pour éviter que l’eau ne vienne la submerger, on peut diviser ce matelas en deux parties entre lesquelles le corps peut
- se placer, et ce lit de nouvelle espèce ainsi placé sur l’eau surnage aisément.
- Mais ce n’est pas tout : au moyen d’un mécanisme fort simple, le lit se transforme! facilement en un bateau (flg. 3) dont chaque côté agit comme semelles, et le naufragé peut faire manœuvrer cette embarcation de nouvelle espèce sans courir le danger de la voir briser par les rochers, et sans être exposé lui-même auxacci-
- de submersion, et sa disposition est telle que le naufragé armé d’une rame peut diriger son bateau comme il l’entend, et fendre facilement les vagues qui viennent se précipiter sur lui.
- La flg. 4 est, sans contredit, la plus ingénieuse.
- Cet appareil peut être plié comme un véritable manteau, enroulé et porté sur le dos comme un sac. Le touriste, le chasseur, l’explorateur des lieux inconnus peut aller en toute sûreté au hasard; s’il rencontre un lac sur son passage, il ouvre ce manteau de nouvelle espèce, trouve au milieu une sorte particulière de pantalon, y passe les jambes, lie à son corps le manteau qu’il a développé, et assis au centre, prend sa rame, et traverse ainsi le fleuve aussi facilement que s’il était transporté sur un bateau. Il peut s’arrêter en chemin, se mettre à pêcher; c’est la solution du problème de la marche dans l’eau.
- La fig. 5 représente à son tour un lit flottant. Bientôt on trouvera naturel, si cela continue, de tenter de longs voyages, des voyages au long-cours, sur ce genre d’embarcation, et quand on sera fatigué de faire manœuvrer ces ma-
- [Fig. 6.
- chines, on n’aura qu’à se reposer, dormir, attendre le lever du soleil au milieu de l’Océan, tout aussi tranquillement que dans sa chambre à coucher. Probablement on aura pris soin de prendre avec soi un approvisionnement complet; et que l’on ne se récrie pas avec trop de surprise : ceci n’est plus une exagération : voici une flg. 6 qui donne de ce rêve une réalisation complète. Il ne s’agit de rien moins qu’une valise en gutta-percha dans laquelle on va pouvoir renfermer tout ce qui sera nécessaire pour voyager; la valise accompagnera très - aisément le navire; et cette valise pouvant être divisée en compartiments ainsi que l’indique la fig. 7, on pourra se munir de vêtements, et, en un mot, de tout ce qui sera utile pour le singulier voyage que l’on peut ainsi entreprendre.
- Maintenant, une des questions les plus importantes de ce genre de construction navale, c’est le bon marché. Il n’y a pas de cutter, de brick, qui ne coûte dix ou douze fois le prix de ces appareils. Il y a plus : que faire d’un navire, sinon de le laisser au port, quand on est arrivé au terme d’un voyage? Or, ici, le navire reprend la forme du manteau; il se met partout sans encombrement; c’est un amphibie qui transporte ou protège son propriétaire selon son gré. On ne répond plus de nos jours, par la
- Fig. 1.
- Fig. 7.
- dents ordinaires de ce genre. La propriété du caoutchouc ou de la gutta-percha ou de toute autre matière imperméable employée à cet effet, empêche tout danger
- flamme, aux audacieux qui se déclarent inventeurs. Les rieurs seront un jour, et cela n’est pas douteux, du côté du génie.
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
- COURRIER DE PARIS ET DE LONDRES.
- Et de Londres ! Quelle plaisanterie ! Dans ce recoin où me confine tout tronqué la rédaction sérieuse du journal, où trouver place pour le quart de tout ce que j’ai à vous dire de Paris? et de Londres ! Ainsi le veut-on ; mais Paris, Paris que six jours durant j’ai poursuivi à en perdre haleine, à pied, achevai, en omnibus, en chemin de fer, en diligence, en carriole; Paris qui voyage en zg-zag, à tort et à travers, au gré du vent, à la dérive, avec des digressions, des échappées à propos de tout et à propos de rien, Paris qui a fait, ces trois derniers jours seulement, plus de deux cents lieues en chemin de fer, sans compter au terme du voyage un rayonnement de plus de trente lieues à la ronde : Mais Paris que je suivais à Nantes, au théâtre Montnnsier, à Clisson, à l’Ambigu, à Chambord, à l’Opéra-Comique, à Che-nonceaux, au Cirque-National, à Saint-Nazaire, aux Variétés, à Amboise; Paris qui était partout même à Paris, qui parlait, qui mangeait, qui inventait, qui travaillait, qui s’ébattait, enfin qui posait, pour le Courrier de mille façons intéressantes, puis-je ne pas vous en parler tout d’abord ?
- Procédons donc par ordre ou à peu près : Paris, vient d’inaugurer la dernière section du chemin de fer de Nantes. Dimanche matin, départ du train officiel présidé par M. Magne, ministre des travaux publics ; à côté de lui, nous avons remarqué M*. Ferdinand Favre, ancien maire de Nantes, représentant du peup’e. Mais, je n’aurai jamais la place de vous raconter le déjeûner fin, offert par la compagnie au passage de Tours, et les singuliers détails de la cuisine bourgeoise que nous a servie la ville de Nantes; les quarante-trois mille francs de bouilli, de gigot, de salade, et le discours de M» le maire ; et le discours de M. Magne, et l’encombrement de la ville, et les hôtels fortifiés à la Vauban, enlevés d’assaut, enfin loués pour deux jours à un prix qui eut suffi pour les acheter trois fois, en les payant très-cher; Je veux pourtant vous conter la bénédiction des quatre locomotives; cette arrivée majestueuse, ces chants solennels, cette foule; mais je n’ai pas le temps, quand je pense qu’en outre de tout cela que bon gré, mal gré, je veux vous exposer le moins succinctement possible, il faut que je vous parle du Chapeau de paille d’Italie, cinq actes joués par Ravel à la Montansier, de Y Histoire d’une rose et d’un croque-mort, une tentative singulièrement, osée, avec une affiche plus excentrique qu’il n’est vraiment permis. En outre de Y Ours et l’homme sauvage, autre phénomènevivant au Cirque du bou-levart du Temple, et de Séraphina, un joli petit opéra comique, et du Fameux numéro, et encore du Mari d’une jolie Femme aux Variétés. Je ne pourrai jamais : Comment vous conter l’odyssée de Ravel, allant de baronne en comtesse, à la poursuite d’un chapeau de paille d’Italie, se désolant et s’ingéniant et courant toujours, dans huit fiacres qui portent sa noce toute entière, avec un beau-père, trois cousins, six nièces, quatorze tantes; comment vous dire toutes les incroyables méprisesde ces bonnes gens qui, chez une marchande de modes, croient être à la mairie, mangent le souper d’une baronne croyant fairq ripaille au F eau qui tette-, et Ravel courant toujours dans des transes mortelles, laissant toujours derrière lui, cette traînée de grotesques.
- Voici l’histoire : le cheval de Ravel a mangé un chapeau de paille d’Italie, exemplaire rare et introuvable, qu’une dame avait suspendu aux branches d’un arbre du bois de Vincennes pour causer plus à l’aise avec un jeune officier de chasseurs d’Orléans. Il faut absolument réparer le dommage : l’officier est terrible et Ravel court; mais il est'en train de se marier. Le beau-frère n’entend pas raison, et toute la noce suit croyant fonctionner régulièrement. Chez la marchande de modes, Ravel apprend que le chapeau de paille réclamé ne se trouve point dans le commerce : il en existe un seul à Paris, il appartient à la baronne de Champigny; et voilà Ravel parti avec son échantillon, un petit morceau qui a échappé à la voracité du cheval. On arrive donc chez la baronne avec le cortège que vous savez, et des péripéties, des surprises ei des méprises, des déLails, peu de comique, du style pourtant, mais des situations d’une absurdité étourdissante. La baronne de Champigny a fait cadeau de son chapeau à sa filleule la comtesse de Versac. Allons chez la comtesse : mais là on apprend que la comtesse n’est autre que la dame au chapeau
- mangé, la plaignante elle-même. Ainsi, dans cette course fantastique, le malheureux n’a poursuivi qu’une ombre. Tout est à refaire. Il sort, échappant cette fois à sa noce qui croit être au logis et a pris possession de tous les lits qu’elle a rencontrés, etc., etc.
- Faut-il vous dire que la pièce recommence, que le trousseau de la mariée renferme un chapeau dans les conditions exigées, que ce chapeau devient, encore un mirage, que par une série de bizareries il est mis au violon, qu’enfin on le sauve, on le jette parla fenêtre à la comtesse éplorée et qu’il va s’accrocher à un reverbère. Enfin, il faut bien que tout finisse, même les vaudevilles en cinq actes et à tiroirs. L’aventure est coupée là, pourquoi? je n’en sais rien et peu nous importe : la toilette de Grassot a obtenu un succès d’enthousiasme.
- Mais revenons à Nantes : il faut conter en détails la visite du ministre à St-Nazaire, le déjeuner en bateau à vapeur, les projets de port de canalisation, que sais-je, dont M. Magne allait voir les premiers travaux ; il faut que je vous parle des courses, des régates, de l’illuminations du cours Napoléon. Une chose était insupportable et inévitable pourtant, ce qui ôtait au voyage son prestige, à la fête son caractère pittoresque, à la ville sa couleur locale, c’était la présence incessante, multiple et bruyante des Parisiens, au banquet, des Parisiens; à la fête, des Parisiens; aux courses, des jockeys Parisiens; aux régates, des canotiers Parisiens; au théâtre même, au Grand Théâtre, comme on dit dans le pays, où l’on donnait La Juive, là les chanteurs n’étaient pas Parisiens, il est vrai ; il y avait entr’autre, une petite demoiselle qui chantait du nez avec un accent marseillais: Mon père, bénissez mon époux1, à faire croire qu’elle tournait clandestinement une vielle sous son manteau; mais dans la salle, des Parisiens partout; j’échappe aux journalistes, aux représentants, aux référendaires de toutes sortes et de toutes cours, dont j’ai les yeux et les oreilles rebattus; et dans un coin obscur du balcon, je suis saisi par M. Godard aîné, l’aéronaute, qui est là installé avec mademoiselle Godard, une des héroïnes delà fête, et qui me parle de M. Godard jeune, le héros de la circonstance; et l’on me raconte, de vive force, les détails de l’ascension, car il y a eu une ascension : il était question d’une descente en parachùte de mademoiselle Godard : il est donc des parachûtes pour les femmes? Mais la première tentative n’a pas réussi et le ballon est descendu et remonté, car il y a eu dis péripéties excessivement curieuses.
- Mon Dieu ! comment vais-je faire pour vous raconter tout cela! il le faut pourtant, et Séraphina, et le Mari d’une jolie femme et surtout la Rose et le Croque-Mort .• comment faire r C’est que F Ambigu, cette semaine, a été d’une hardiesse à laquelle le boulevard ne nous avait pas habitués; une série de rôles sans précédent, de contrastes heurtés qui seraient odieux si l’on n’était blasé sur tous les autres contrastes ; l’exagération des émotions physiques, positives, pratiques; l’émotion sans phrase, l’émotion cherchée en dehors du domaine des idées; non pas l’idée philosophique de la mort, là du reste, n’est pas l’innovation. Depuis longtemps le boulevard, et même le Théâtre-Français, ont été chercher leurs effets dans les horreurs purement physiologiques, dans les scènes d’hôpital; maisjamais on n’était allé aussi loin que MM. Brisebarre et Nyon. On nous avait montré des détails pathologiques, des convulsions exagérées et rendues artificiellement plus horribles que nature, mais une fois la mort arrivée, le rideau baissait, ou tout au moins autour de la mort. Le drame restait dans le domaine philosophique; sauf quelques cercueils par hasard, on se bornait dans les grandes circonstances, à des détails funéraires d’une autre époque, avec des costumes pittoresques, ce qui rejette l’idée dans une perspective plus ou moins éluiguéeet ôte à l’émotion sa crudité effroyable. Mais non, aujourd’hui l’appareil de la mort et toutes les cérémonies. Point de draperie, point de précaution, on évite avec, soin tout ce qui pourrait idéaliser, adoucir les détails; on ne s’adresse plus à l’imagination, aux sentiments, au cœur, mais aux sens. A la mort, le drame n’est plus fini, il com-mece, et là, se développe une réalité abornin ble, positive, administrative, infecte presque, oserais-je dire; là, la répulsion est inévitable, instinctive, et trente ans de boulevard n’ont pas encore suffi à l’éducation du public sous ce rapport.
- G’est le triste tableau de M. Combet mis en œu-
- vre... et, au théâtre, au milieu des lazzis de ces habits noirs à plaques d’argent, ce drame est une impiété!... A quoi donc songe la censure, puisqu’on a jugé à propos de nous la rendre?
- On a pris une petite fleuriste gentille, gracieuse, proprette, mignonne, gaie; on a pris d’autre part un jeune homme avec l’apparence distinguée, quelque éducation ; on l’a fait tendre, poétique, pastoral, aimant les fleurs, rêvant aux jeunes filles. On nous les montre tous deux à la fête de Vanves dans une jolie guinguette, rapprochés par leur goût pour les fleurs, et commençant à s’aimer comme dans une idylle. Le jeune homme est un croque-mort déguisé. A côté du jeune homme sentimental est un vieux Roger-Bontemps, rougeaud, réjoui, bon vivant, beau danseur, Céladon de barrières, grand faiseur de ca-lembourgs, c’est un autre croque-mort: celui-là aime son état. Un artiste sans pain ni paletot, un flageolet exaspéré, désespéré, vient faire danser les amateurs moyennant quarante sous par soirée, les couacs payés à part en coups de pied, ce sera un croque-mort. Enfin, dans la pièce, tout le monde est: croque-mort, excepté le cousin Amelot, fiancé incompris de la jolie fleuriste.
- Du reste, si le jeune homme sentimental, M. Gilbert, est croque-mort, c’est par dévouement, par nécessité absolue : il n’a pu trouver de place en rapport avec son éducation, ses bras sont trop faibles pour un métier; d’ailleurs il n’en sait point, et sa mère est tombée dans l’extrême misère. Il se résigne; mais la bonne femme elle-même, dont le rôle est parfaitement joué par Mme Sylvain, labonne femme ignore à quelle triste besogne est réduit son fils; elle l’adore sans pourtant savoir tout ce qu’elle lui doit de reconnaissance, et ne trouve rien de plus amusant que le vieux Lambin, le croque-mort viveur du premier acte, qui est d’une ravissante fatuité, mais toujours incognito.
- Cela n’était pas trop hardi encore de mettre le croque-mort en scène; le roman a déjà popularisé ses mœurs ; il est passé en proverbe que les acteurs comiques sont d’une effrayante et incessante mélancolie, et que les croque-morts ont fait les meilleures chansons à boire. Les mettre en scène donc, soit; mais mettre aux prises leur habit avec un amour sentimental, les fiancer incognito avec une sorte de Rigôlette, soit; le drame se présente là avec une certaine originalité qui peut ne pas déplaire à ceux qui aiment le drame; mais les représenter dans l’exercice de leurs fonctions, là l’horrible est atteint ; mais compliquer encore, appeler Gilbert à rendre administrativement, parle hasard du métier, à rendre, non pas les derniers devoirs, mais les derniers services à celle qu’il aime et qui l’a fui par effroi, en l’aimant encore, allant chercher dans la chambre voisine et rapportant entre ses bras le cadavre déjà emporté une fois de la scène; le cadavre a beau ressusciter, et le mariage le plus tendre a beau couronner brusquement toutes ces lugubres aventures, le snectacle devient odieux et prodigue plus d’émotions que n’en demandent même ceux qui se complaisent au théâtre dans ses plus funèbres satisfactions.
- Il y a, bien entendu, dans la pièce le dîner des croque-morts à la barrière Montparnasse. Là, An-nette, surprise par l’orage, se réfugie quelques instants, et, sans être vue, reconnaît Gilbert et se sauve, emportée par une insurmontable terreur. Le len demain, au moment du mariage, elle frissonne au seul contact de la main de Gilbert; enfin, toute tremblante, elle déclare brusquement le mariage impossible. Scandale, déroute de la noce ; on s’explique : Gilbert avoue: c’était pour sauver sa mère.
- Oh ! mon Gilbert, mon Gilbert bien-aimé ! et An-nette va se jeter dans les bras de son fiancé; puis, au premier contact, elle s’arrête instinctivement effrayée. Vainement e!le veut résister; c’est un fantôme, un spectre, une fantasmagorie; rien ne peut vaincre sa terreur.
- Là est une scène courte, émouvante, vraie, sentie, sans emphase ; une situ tion neuve, admirablement rendue par la charmante M11,cNaptal; c’est un tableau très-remarquable ; l’amour d’Annette lutte avec la répugnance nerveuse, en quelque sorte, que lui inspire Gilbert, et la terreur est la plus forte; Annette s’enfuit désespérée. On la retrouve mourante dans une chambrette ; elle a passé six mois à préparer sans relâche son retour auprès de son amant; elle dispose son esprit, elle lutte contre son imagination ; elle aura raison du préjugé. Nous vous avons dit 1e dénouement. Le croque-mort est
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- réhabilité; cela est fort bien , mais cela nous coûte gros d’émotions.
- Mais je n’ai plus de place, et je m’aperçois que j’ai laissé en route Nantes, et l’ascension , et les courses, et les régates. Les régates! S avez-vous que les canotiers parisiens l’ont emporté sur tous les marins et mariniers? Je ne puis passer sans noter au moins cette victoire étonnante ; ce sera tout. Je m’arrête ; il le faut bien ; je n’ai pas donné le quart des nouvelles de Paris... et de Londres? Ah ! tant pis, par exemple.
- G. DE BODCONYULE.
- INAUGURATION
- DE LA STATUE EN BRONZE DU GÉNÉRAL DAMESME.
- (AFontainebleau, le 24 août 1851.)
- La ville de Fontainebleau inaugure, le 24 de ce mois, une statue en bronze destinée à glorifier la mémoire du brave général Damesme, un de ses enfants. L’infortuné général qui avait fourni, si jeune encore, une brillante carrière, et que la mort avait épargne sur tant de champs de batailles, est tombé, dans les néfastes journées de juin, sous la balle meurtrière d’un émeutier.
- Nous nous sommes empressés d’ouvrir nos colo-* nés au beau modèle de cette statue, et nous saisirons toujours les occasions qui se présenteront.de donner la publicité de notre journal aux œuvres d’art, chaque fois qu’elles se produiront, marquées du double cachet du bon goût et du progrès industriel. Nous négligeons ces fantaisies éphémères que le crayon trace à la hâte, à propos de quelque fête sans but, sans portée, sans caractère spécial; mais, toutes les fois qu’une solennité peut avoir trait à ]’àrt, nous nous en emparons et nous la reproduisons avec exactitude, afin que notre recueil soit reconnu par tous comme le Moniteur et V Album officiel de l’Alliance des Arts et de l’Industrie.
- Nous regardons, en outre, comme un pieux devoir le soin de faire connaître à nos lecteurs la vie si bien remplie du vaillant officier, illustre victime de la guerre civile.
- Voici les détails historiques de cette existence particulièrement précieuse au département de Seine-et-Marne et regrettable pour la France entière.
- Léonard Adolphe-Déodat-Marie Damesme naquit le 23 janvier 1807, au palais de Fontainebleau. Sorti sous-lieutenant, de Saint-Cyr en 1827, il fut nommé lieutenant du 58e de ligne après 1830 , et assista au siège d’Anvers. En 1834, il passa en Afrique, et s’y fit bientôt remarquer parmi les meilleurs officiers de notre jeune armée; forcé de revenir en France à la suite d’une grave blessure, il y reçut en 1847 le commandement du 11e léger, qui fut appelé à Paris après la révolution de février. Les généraux Cavaignac et Bedeau, qui connaissaient de longne date son intrépidité, son intelligence et son tact parfait, le chargèrent du comman -dement de la garde mobile. Trois fois il déclina cet honneur, en exprimant son désir ardent de conserver le commandement de l’excellent régiment qu’il avait adopté. Ce refus modeste ne fut connu des officiers du 11e que dans une visite de corps au général Cavaignac, qui lui serra la main en lui disant : « Vous m’avez fait de la peine, mon cher Damesme, « en refusant le commandement que je voulais yous « donner. »
- Vaincu par ces instances, il accepta quelques jours après, et fut appelé, par sa position, à prendre üne part considérable aux funestes journées de juin. Ce fut le 24 juin, qu’après avoir forcé le Panthéon et s’être rendu maître du faubourg Saint-Jacques, il fut atteint d’une balle à la cuisse, en dirigeant l’at-laque d’une barricade de la rue de l’Estrapade. Les soins du célèbre docteur Baudens l’avaient presque sauvé, lorsqu’une fièvre violente l’emporta, le 29 juillet 1848, à l’àge de 41 ans.
- C’est demain dimanche, 24 août, à l’occasion de la fête patronale, que la ville de Fontainebleau inaugure la statue du général Damesme.
- Ce travail, accordé après concours, par une commission de l’Institut, à M. Eugène Godin, a été exécuté par le jeune artiste d’une manière très-remarquable. Nous donnons ici la reproduction de cette belle figure que nous avons eu occasion de voir dans les ateliers du fondeur, M Saint-Denis.
- C’est au moment où il vient d’être frappé que l’artiste nous représente la général. Alors, toute la figure prend un mouvement d’une vérité vivante , aussi heureusement rendu que compris. La tête se
- rejette en arrière, en opposition avec le corps, pleine de noblesse et de gravité, gardant encore l’attitude du commandement. Le corps se repose presqu’entièrement sur le bras droit qui, appuyé sur un monceau de pavés, conserve l’épée haute à la main. Un pavé, jetésouslé pied, exhausse la jambe et place le genou sur le premier plan, ce qui achève de donner au mouvement une grande solidité. La tunique est restée ouverte par l’ardeur du combat. La parlie gauche de la figure est, au contraire, d’un effet remarquable et morbide. La jambe gauche , blessée, s’en va sans mouvement, inerte dans toute sa longueur, le bras gauche retombe sur la cuisse , et soutient un drapeau, sans ornement, arraché aux barricades, et dont la hampe traîne à terre. Le héros est frappé dans sa victoire. Rien de plus-saisissant que le contraste de ces deux côtés de la figure ; l’un vivant, énergique, mouvementé; l’autre, défaillant et comme anéanti par la souffrance.
- Comme la nature et comme les œuvres des maîtres, la figure du généra], simpl et harmonieuse, est ce pendant d’un grand aspect. Cette statue, qui n’a pas moins de dix pieds, accuse de fortes études et des qualités qui font pressentir pour le jeune statuaire un bel avenir. Nous regrettons qu’une honorable susceptibilité ait empêché, M. Eugène Godin, d’user du privilège qu’ont les statuaires d’exposer leurs œuvres, à l’appréciation publique , suf l’une des places de Paris. Certainement, celte grave figure rappelé et consacre de bien cruels souvenirs; mais dans l’œuvre de M. Eug. Godin , rien de provoquant, rien de haineux ne respire ; seulement on se sent profondément attristé par le souvenir de ces fatales luttes.
- Maiisard.
- Nous donnons ci-dessous le programme de la fête dont la direction q été confiée aux soins habiles de M. Lehois, architecte de la ville :
- 1er JOUR.
- Inauguration delà statue du général Damesme.
- A une heure précise, sur la place du Palais de Juslice, et devant le Palais, se réuniront : MM. les ministres, généraux et hauts fonctionnaires, qui se placeront dans une tribune élevée pn face de la statue. Tout autour de la place, les troupes et les gardes nationales formeront la haie; au fond, derrière la statue, musique militaire. Des tribunes particulières sont élevées en forme d’hémicycle devant le palais, à partir du piédestal de la statue : la première tribune, à la gauche du palais, est occupée par les membres de la Commission de la statue.
- Après la cérémonie d’inauguration, une fête sera donnée dans le beau parc du Palais de Fontainebleau dans lequel ont été prises les dispositions suivantes :
- Au fond de la belle avenue du Bréau, qui fait suite au parterre du palais, et qui s’y trouve reliée par un pont jeté sur le canal seront élevées des illuminations en verres de couleurs. Dans cette avenue est un hémicycle où sont établis des chevaux de bois, des cafés, des marchands de vins restaurateurs, et des salles de bal ;
- Sur cette avenue il y aura pour éclairage et llu-minalion jusqu’à trois mille ballons lumineux;
- Une colonne de feu de mille verres est élevé au centre delà pièce d’eau de Romulus;
- Entre les deux subdivisions du parterre, il sera tiré un feu d’artifice représentant le grand portrait de Henri IV et la statue du général Damesme;
- La pièce d’eau du Tibre est décorée d’une illumination hydraulique et les quatre carrés de parterre dont elle forme le centre, sont éclairés par des feux du Bengale; les quatre angles des carrés du bas parterre sont ornés de vingt-quatre bannières lumineuses, sur lesquels sont placés trois mille verres de couleur.
- 2e JOUR.
- Le second jour, lundi 25, les illuminations de la veille seront conservées, et, en outre, une course, dite au lingot d’or, sera ouverte sur le grand canal.
- Un grand concert sera donné dans le parterre, et un ballon y sera enlevé dans la journée.
- M. le Directeur de la société des Trente jours de Plaisirs nous adresse la lettre suivante :
- « Monsieur le Rédacteur,
- « L’idée dont j’ai emj li les journaux depuis quelque temps ne peut être préjudiciable qu’à moi si elle
- ne réussit pas, et doit être profitable à beaucoup de personnes si elle réussit : ce dont je suis sûr.
- « Cette idée n’a donc pas le défaut d’être égoïste. L’opinion, plus qu’impartiale, lui a été bienveillante ; le succès se manifeste et s’accroît de jour en jour, tant par les adhésions des auteurs dramatiques que par celles des commerçants, — tant par l’empressement du public à demander de nos cartes que par l’empressement de plusieurs directeurs d’établissements à traiter avec nous.
- « En effet, Monsieur : créer à des théâtres presque abandonnés en ce moment, non à cause de leur mauvaise direction, non à cause de leurs mauvais ouvrages, mais à cause des chaleurs et de la concurrence des plaisirs en plein air, — créer à ces théâtres pendant un mois, le mois le plus mauvais de l’année pour eux, des recettes certaines, recettes prélevées sur le public qui ne va jamais au théâtre, et tjue celte fois le bon marché attirera, c’est là une idée à laquelle plus’eurs directeurs intelligents et maîtres de leurs salles se sont associés avec le plus grand empressement.
- «Ceci ne veut pas dire que-nous devions nous mettre en rapport avec tous : certaines administrations ne peuvent pas faire tous les traités qu’elles veulent; il est donc des portes auxquelles il est inutile que nous allions frapper.
- « Nous avons donné une statistique comprenant tous les théâtres, les bals, les concerts, les cirques , etc., et portant le nombre des places de ces divers établissements à plus de trois cent mille.
- «Et nous avons imprimé tous les jours, dans presque tous les journaux, et notamment dans le vôtre, ces mots :
- « La Commission administrative pourra Irai-« ter avec un assez grand nombre de ces Établis-« sements pour assurer deux cent mille places « aux porteurs de nos cartes. »
- « Nous n’avons pas voulu, nous n’avons pas osé prendre l’engagement d’ouvrir les portes de tous ces établissements; ç’eùt été une entreprise faite pour trois cent mille personnes ; - le nombre deux cent mille nous a paru assez considérable : aussi n’avons-nous fait et annoncé que deux cent mille cartes, au lieu de trois cent mille places qu’indique la statistique, — statistique que nous avons posée pour prouver que si quelques établissements ne pouvaient pas traiter avec nous, nous trouverions encore dans les autres de quoi placer nos souscripteurs.
- « Mais comme il ne suffit pas de promettre toujours, nous pouvons dès à présent nous mettre à l’œuvre.
- «Ainsi, quoique nous ayons annoncé que les Trente jours de plaisirs ne commenceraient qu’à partir du 1er septembre, nos cartes, que quatre mille honorables commerçants de Paris se sont chargés de placer, ont déjà été prises en assez grand nombre pour que nouspuissions presque immédiatement offrir à titre de prime gratuite, à nos premiers souscripteurs, une grande fête et des spectacles attrayants.
- « Nous allons prouver, par ce premier résultat et par anticipation, que l’exécution de notre entreprise est facile. Ce sera justifier en même temps le sympathique empressement du public.
- « Agréez, etc. Ad. Rion et Ce. »
- (Suivent deux lettres d’adhésions signées, l’une E. Aügier; et l’autre Eug. Grangé, que le défaut d’espace nous empêche de reproduire.)
- Erratum.— Dans notre numéro du li, en rendant compte d’un nouveau système de boucles à harnais et à courroies de machines, nous avons fait mention d’une médaille d’argent décernée à l’inventeur par l’Académie des arts et métiers, de Paris.
- M le secrétaire dé cette Académie nous fait observer que la médaille obtenue n’était pas d’argent mais seulement de bronze. Nous nous empressons de rectifier cette erreur involontaire.
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- NUMÉRO 47. ADMINISTRATION : A PARIS, PASSAGE JOÜFFROY, 24. — A LONDRES, 2, CATHER1NE-STREET STRAND. DIMANCHE 31 AOUT 1854
- LE PALAIS
- DE CRISTAL
- JOURNAL ILLUSTRÉ DE L’EXPOSITION DE 1851 ET DU PROGRÈS DES ARTS INDUSTRIELS.
- ABONNEMENTS pour Paris et les Départements : un an, 25 francs. — 6 mois, 12 fr. 50c. — Étranger, un an, 30 fr.____________________6 mois , 15 fr.
- (1/Abonnement part du 1er août. — Collection antérieure : la fr. 50 c. brochée.)
- On s’abonne, a Paris, à l’Administration du Journal, 24, passage Jouffroy. — A Londres, au Bureau du Journal, 2, Catherine Street Strand.— On s’abonne également à Paris, chez MM. Susse frères, 31, place de la Bourse; chez M. Hector Bossange, libraire pour l’exportation, 2S, quai Voltaire; — à Strasbourg,'chez Alexandre, libraire* — à Bruxelles, chez Aug. Déco, correspondant général pour toute la Belgique; — à Londres, chez J. Thomas, 1, Finch lane Cornhill; — chez tous les Libraires de la France et de l’Etranger, et dans les Bureaux des Messageries Nationales, — Envoyer franco un mandat sur Paris ou un bon sur la Poste à M. Mansard, gérant du Journal £4, passage Jouffroy.—Les nouveaux abonnements courent à partir du 1er Août 1831 ’ ’
- SOMMAIRE.
- DESSINS.
- Avis important. — Bulletin Industriel,
- Des préjugés de l’ignorance contre la propriété industrielle. De la loyauté en mauere d’industrie. — Sciences et Industrie agricoles. De la maladie de la vigne. — Avis aux lecteurs du Palais de Cristal. — Exposition de Eondres, par M. Jobard (de Bruxelles). — L’Espagne a i’Exposition (3e aruciei, nar M. Bellegariiigee. — Exposition des Etats-Unis, — Belgique. Ouverture de 1 Exuosiuon triennale des Beaux-Arts. — Courrier Paris et de Londres. — Faits in triels. — Correspondance.
- Expérimentation du Pire Annihilator au Champ-de-Mars. — Pupitre portatif (deux dessins).— Divers objets en porcelaine (cinq dessins).— Biblothèque et cheminée en bois sculpté. — Groupe de chasse. — Héro et Léandre. — Hercule et Antée. — Grand lustre. — Presse typographique américaine. — Nouveau piano droit. — Machine à laver (trois dessins). — Machine à couper le papier (système anglais) — Nouveaux essieux destinés à prévenir les accidents. — Le Fire Annihilator.
- Expériences au Champ-di -Mars du Hue anniuilator, inventé par M. Hhilips, de Londres. [Voir ta police paye 2t>a;.
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- Nouvelles coik'.Ilions tralioiinemcnt.
- Au journal LE PALAIS »E CRISTAL.
- A partir du 1er août courant, le pris: de l’abonnement est fixé de la manière suivante :
- Un an.................... 25 fr.
- Six mois................. 12 fr. 50 c.
- ÉTRANGER.
- Un an.................... 30 fr.
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- Tout abonnement d’un an pris avant le 1er Octobre donne droit, moyennant 2 fr. 50 c. seulement, à une magnifique VUE INTERIEURE du PALAIS DE L’EXPOSITION,
- imprimée et coloriée à trois teintes sur papier double-colombier de 1 m. 20 c. sur 0 m. 90 c.
- Un tirage spécial à 4 teintes, permet de donner la même prime au prix de 3 fr. 50 c. pour les souscripteurs.
- Nota. — En adressant franco un mandat de 12 fr. 50 c. à l’ordre du gérant, les abonnés peur la durée de l'Exposition, recevront le journal jusqu’au 1er août 1852. Pour les nouveaux Abonnés, collection antérieure au 1er août, 12 fr. 50 c (Ajouter 2 fr. ou 3 fr, 50 c. pour la prime).
- BULLETIN INDUSTRIEL.
- DES PRÉJUGÉS ET DE L’IGNORANCE CONTRE LA PROPRIÉTÉ INDUSTRIELLE. — I)E LA LOYAUTÉ EN MATIÈRE d’industrie.
- Au-dessus de tous les progrès, contre la marche du genre humain et l’intelligence du droit naturel, il existe des obstacles qui se dressent et viennent contrarier les efforts les plus généreux : ce sont les préjugés et l’ignorance. Lps préjugés s’inspirent souvent, presque toujours, de la mauvaise foi de ceux.qui savent, et l’ignorance donne aux ennemis du droit le plus légitime des armes qu» ‘prennent dans les masses une force parfois invincible.
- L’industrie est, sans s’en douter, le plus ingénue -ment du monde, victime des uns et des autres : les préjugés l’entourent ; l’ignorance vient en aide aux ennemis de l’industrie, et recrute dans les rangs des industriels eux-mêmes une puissance qui s’oppose à leurs progrès et à leur bien-être.
- Le premier préjugé qui s’oppose au développement de la puissance industrielle (car, de nos jours, c’est la seule puissance qui reste debout), c’est cette singulière pensée que la propriété intellectuelle n’est pas assimilable à la propriété ordinaire.
- On ne comprend pas un pareil entêtement de la part dus intéressés qui déprécient eux-mêmes leur propre fortune, ou de la part de ceux qui se disent préposés à la sauvegarde de tous les droits, et qui n’entrevoient même pas, dans 3a création ou la consolidation de ce droit, un élément tout puissant d’ordre et d’harmonie parmi les classes de la société.
- Quelle peut être l’illusion sur laquelle s’appuierait une pareille erreur?
- Est-ce que les éléments constitutifs de la propriété ordinaire ne se trouvent pas former l’essence même, le principe et la source {principiumetfons) de la propriété intellectuelle ? Est-ce que le drame, le tableau, la symphonie, la machine, ne sont pas productifs d’intérêts, après avoir demandé au capital les moyens nécessaires de leur exploitation? Est-ce que même il n’existe pas en faveur de la propriété intellectuelle un avantage supérieur à la propriété ordinaire, en ce sens que les produits de celle-ci sont limités, circonscrits à une superficie déterminée, tandis que les produits de celle-là peuvent prendre des proportions presque incalculables par le développement illimité des transactions commerciales ? Et partant, ce qui vient en aide à la propriété ordinaire, ce qui constitue sa richesse, à savoir la consommation dont la vente devient le bénéfice réalisé, ne vient-elle pas en matière de propriété intellectuelle se décupler, se centupler, progresser selon les lois d’un 'accroissement et d’un succès dont on ne peut, en vérité, calculer la portée ?
- Comment donc se peut-il que Ton refuse à la propriété intellectuelle les mêmes avantages que ceux que Ton accorde à la propriété ordinaire?
- Cela ne repose évidemment que sur une erreur manifeste ou sur une insigne mauvaise foi.
- Les industriels qui s’opposent à ce que le brevet d’invention devienne un titre réel, s’appuyant sur une garantie sérieuse, ne s’aperçoivent pas qu’ils
- LE PALAIS DE CRISTAL.
- sont la dupe de certaines gens, qui ne calculent que selon les caprices de chiffres obéissants qu’ils savent ou veulent grouper dans un intérêt mal entendu. Aucun argument sérieux ne leur vient en aide, et quand ils veulent opposer l’arme la plus forte aux arguments les plus solides qui leur sont opposés, ils disent que les inventeurs sont des utopistes, des rêveurs, des gens qui sont tout près d’être frappés d’aliénation mentale, des malades imaginaires qui voudraient imposer au monde entier leur panacée ; mais que rien n’est moins intéressant que le travail de ces imaginations en délire, rien n’est moins digne d’intérêt que les productions de ces cerveaux surexcités.
- Si cela se disait dans la foule, si ces paroles étaient lancées au hasard, si les gens sans aveu, sans emploi, les folliculaires aux abois, les satiristes qui ne respectent rien, les méchants ou les imbéciles tenaient ce langage, on comprendrait parfaitement leur motif de parler ainsi du génie et du tra vail ; on leur tournerait le dos, et tout serait dit.
- Mais qu’il est donc triste et lamentable de reconnaître et d’avoir à dire aux industriels que l’on trompe, que ceux qui parlent ainsi bouchent les avenues de la confiance publique et de l’autorité, que ce sont, dans notre temps, les inquisiteurs du moyen-âge qui brûlaient les sorciers ou les grands seigneurs, qui faisaient renfermer Jean de Causs à Bicêtre ; qu’ils sont tellement encroûtés, enfoncés dans leurs préjugés, qu’ils s’y prélassent et y barbot-tent avec tant de liesse et d’aise, qu’en conscience, il faut être doué d’une énergie bien vive, ou se sentir pris d’un dédain bien profond pour ne pas s’arrêter à ces obstacles, devant ces fantômes de vanité et d’entêtement. C’est ce que nous éprouvons au suprême degré. Défenseurs zélés du travail industriel, reconnaissants pour le génie, protecteurs des faibles , qui ne trouvent que des larmes et des soucis dans cette noble lutte dans laquelle on rencontre le véritable représentant de l’inspiration divine dans l’étude et l’amélioration de la matière, nous voulons faire triompher le droit sacré de ceux qui multiplient nos richesses dans les angoisses de leurs misères, faire donner à ce droit la place légitime qui lui est due, étouffer sous l’éclat de rire des émancipés de la pensée, un jour triomphants, ces puissants éphémères qui ont le privilège d’opposer la dénégation, qui est le résultat de leur ignorance et de leur mauvaise foi; et il faudra bien, de toute né-, cessité, que ces droits, ces lois saintes du génie, qui chaque jour dévoilent au monde un mystère scientifique, deviennent, à leur tour, aussi puissants à l’aide de la lumière qui les contrarie, que le pyrrhonisme insolent, le persiflage ridicule et inerte, l'incrédulité irreligieuse1 et stérile, lesquels n’ont d’autre base que des préjugés, ces ténèbres à facettes qui éblouissent la foule, et lui font prendre le prisme pour l’éclat, l’illusion pour la réalité.
- Voyons: discutons un instant avec nos adversaires sur un signe. irrécusable de la puissance moderne et examinons si nos principes ne lui donnent pas un supplément d’autorité et de crédit.
- Ceux qui se disent les économistes modernes se posent, en général, comme les défenseurs privilégiés d’une chose dont l’existence est fort respectable, et dont nous voulons très-décidément le crédit au profit de tous, à savoir le capital. Eh bien! si l’inventeur d’un procédé jugé utile, nécessaire pour l'humanité, au lieu d’être lancé au hasard d’une loi mal faite, était garanti sérieusement, est-ce que le capital ne se sentirait pas plus confiant dans ses relations avec le génie? est-ce que les garanties fort légitimes qu’il demande, qu’il exige à bon droit, selon nous, ne seraient pas infiniment plus fortes, et par conséquent plus favorables à son alliance avec le travail ?
- Est-ce que l’ouvrier, le contre-maître, l’ingénieur, le savant, le chimiste, Taéronaute, le constructeur, tous gens qui cherchent et qui trouvent dans le domaine si vaste de l’imagination, des procédés qui mettent les limites du monde le plus lointain à la portée de ceux qui stationnaient dans leur immobilité, ne, deviendraient pas eux-mêmes les conservateurs les plus dévoués à Tordre, les plus savants apôtres de la paix, les défenseurs les plus énergiques du droit, les promoteurs les plus ardents de saines doctrines, s’ils trouvaient dans la loi une protection efficace à leurs inventions, un principe de garantie qu’ils pussent offrir en gage aux capilalistes dont ils ont besoin ; et dès lors, est-ce que cette bonne entente de ceux qui possèdent et de ceux qui n’ont
- rien ne serait pas réalisée!
- De quel œil veut-on que celui qui a vendu à vil prix un élément rapide et certain de richesses voie sous ses pas se multiplier une fortune qui a été ravie à son avenir, par suite de ses nécessités présentes? Comment veut-on que les plus mauvaises idées ne se fassent pas jour dans l’âme de celui qui a passé une partie de ses veilles à trouver une invention dont l’humanité toute entière profite, pendant que lui, l’inventeur, il souffre dans un hôpital, et que sa famille est forcée de s’adresser à la pitié publique, pour ensevelir la dépouille mortelle de celui qui fait vivre des millions d’individus? Où serait le mal qu’un mode de garantie légale eut été libellé de manière à ce que la garantie assurée à cet inventeur, à cet homme de génie, lui assurât une part de cette fortune générale qu’il a créée ? qui oserait se plaindre? qui oserait trouver ce fait exorbitant? Évidemment personne; et, parce moyen, tous les droits légitimes seraient sauvegardés.
- Voilà pour le droit, et certes, il faudra bien que ceux qui traitent à la légère, sans les approfondir, des principes aussi sacrés et qui protègent également toutes les classes de la société, finissent par venir au devant de ceux qui les défendent. Ce que Cobden a fait pour une immense question, vitale pour ce vaste atelier de faits matériels qu’on appelle l’Angleterre, nous le poursuivons, et, Dieu aidant, nous le ferons triompher, pour le plus sacré de tous les droits, pour le droit du génie, en France, ce vaste atelier de la pensée qui enrichit le monde entier de ses découvertes.
- C’est, selon nous, chose inique et impie que la méconnaissance systématique du droit du génie français sur les marchés du monde. Quand, du fond de la retraite, nous suivons d’un regard plein de sollicitude ces nobles enfants du travail littéraire, artistique et industriel, quand nous devenons les confidents de leurs souffrances, quand nous entendons leurs doléances si légitimes, et que, nous retournant vers le monde qui ne marche souvent que grâce à ces productions précieuses de leur génie, nous sommes forcés de reconnaître que, sur les théâtres du monde entier, les œuvres dramatiques de nos auteurs se jouent, enrichissent des exploitants sans droit, tandis que souvent l’auteur est forcé d’interrompre son œuvre nouvelle, faute de ressources ; alors nous nous demandons s’il est bien vrai que le monde se civilise ; si cette piraterie indigne de la pensée n’est pas aussi odieuse que celle des biens matériels; nous en appelons à la consécration des droits les plus élémentaires; nous déplorons le sommeil de ceux qui tiennent en leurs mains inertes et oublieuses les destinées intellectuelles de cette France, le foyer ardent et illuminé de l’univers ; nous convions de toute la force de notre foi les littérateurs, les savants, les artistes, les industriels, les législateurs, tout ce qui pense, tout ce qui travaille, tout ce qui a le sens moral du juste et du beau, à nous donner leur concours dans cette croisade, dans cette agitation pacifique que nous formons. Nous les implorons, dans leur propre intérêt, nous les appelons pour discuter sur la forme de leur bien-être, sur la garantie de leurs droits, et nous sommes convaincus que là, et là seulement, est la solution de l’ordre dont nous avons tous soif et besoin.
- A ces considérations générales sur le droit de propriété intellectuelle, sur les préjugés qui entourent cette haute question, nous devons ajouter quelques réflexions sur un point délicat, difficile, et qui, nous le savons, n’est pas du goût de beaucoup d’industriels, surtout des plus opulents; mais nous voulons le traiter avec franchise, avec courage, si Ton veut, parce que, selon nous, ce point si délicat ne repose que sur une erreur.
- Si, d’une part, nous avons reconnu le droit de l’inventeur, nous devons stipuler ses devoirs : si nous nous proposons de défendre le fabricant des produits du génie, nous avons aussi à défendre la société contre la fraude : que dis-je, nous avons, même en agissant ainsi, à defendre encore l’industrie elle-même contre le fatal envahissement des nouveaux préjugés.
- La France, on Ta vu à l’Exposition de Londres, prend dans le monde industriel une place si élevée que, si ce n’était une réserve que s’impose notre modestie, nous dirions très-franchement que cette place, c’est la première.
- On peut mettre une certaine passion à contester ce fait : cependant, il est notoire; et certes, si dans
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- LE PALA ISDE CRISTAL.
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- quelques années un nouveau Palais de Cristal s’ouvrait pour constater le travail des nations, nous pouvons d’avance affirmer sans crainte que la Fraîice pourra prendre aux yeux de tous la première place sans qu’elle lui soit contestée.
- Mais, disons-le hardiment, dûssions-nous déplaire à quelques-uns de ceux que l’on appelle les gros bonnets de l’industrie : pour que l’industrie française conserve cette place, ce haut rang si légitimement conquis, il faut que le commerce ne subisse pas par certains actes très-répréhensibles, un discrédit, une dépréciation notables.
- Il ne suffit pas, pour la bonne renommée commerciale d’un peuple, que dans le tournoi d’une exposition universelle ce peuple soit jugé le preux chevalier par excellence, qu’il rompe avec plus de grâce et d’éclat le plus de lances, il faut encore que sur tous tous les marchés son blason ne soit pas vilipendé, déprécié, honni, déshonoré.
- Il ne faut pas ressembler à ces sépulcres blanchis, brillamment ornementés au dehors; il ne faut pas cacher sous du rouge ou du blanc une peau que le temps a lézardée; il ne faut pas, en un mot, tromper l’acheteur, noircir son cheval blanc, comme dit l’Anglais : il faut, et cela je l’espère, ne soulèvera aucun économiste, il faut être honnête, de l’honnêteté la plus élémentaire, la plus vulgaire, ne pas voler son monde, en un mot.
- Or, que se passe-t-il ?
- Dans toutes marchandises, il y a du déchet ; des premières et des secondes, et des troisième et des dernières. Un accident, la mal-façon, l’erreur, une matière première avariée, une machine, un cylindre en mauvais état, un dessin mal réussi, l’état d’ivresse d’un ouvrier, une révolte intérieure, mille incidents, enfin, peuvent venffi arrêter la bonne fabrication habituelle de la meilleure et de la plus honnête maison. Pourquoi ne pas signaler soi-même au public, ce fait malheureux mais involontaire ? Pourquoi la marque de fabrique, la signature du fabricant ne vient-elle pas signaler son extrême bonne foi? D’où'viendrait cette singulière et mauvaise pudeur qui met obstacle à la bonne renommée de l’industriel et prépare sa ruine bien plus sûrement que la perte momentanée, causée par un des accidents que nous signalons plus haut?
- Vous exportez, dites-vous, ces marchandises au loin ; et sur un marché étranger vous êtes sûr de l’impunité ou du silence? Quelle erreur est la vôtre, et voyez où va vous entraîner forcément votre système.
- Quand le bénéfice gagné illicitement vient couronner cette petite tentation de supercherie industrielle, soyez sûr que le cœur humain prend bientôt ses droits et toutes ses aises, et qu’en bien peu de temps, la cascade vous précipite plus vite et plus bas que vous ne le vouliez au début.
- Ce n’est pas au loin, ce n’est pas sur des marchés étrangers seulement que vous enverrez'vos étoffes mal réussies , ce sera peut-être à votre porte , vous trouverez cela plus commode, plus facile, moins coûteux.
- Puis, à quoi bon se donner tant de mal ? Vous avez vendu ; votre vente vous a produit un bénéfice : eh bien! pourquoi vous arrêter en si bon chemin? Évidemment, la conséquence logique de tout cela, c’est de continuer votre mauvaise fabrication. Votre industrie, de négligente qu’elle fut, va devenir détestable; votre réputation industrielle, qui n’avait qu’un accroc, va se déchirer toute entière sur les marchés de l’étranger et de l’intérieur, parce que, bien que vous n’ayez pas de marque de fabrique, bien que vous ne veuilliez pas mettre votre signature au bas de vos actes, croyez-le bien, tout vulgaire que soit le mot, votre secret est le secret de Polichinelle, et vous tombez peu à peu, vous, les vôtres et les industriels de votre pays, dans le discrédit le plus complet.
- Donc, ce n’est pas, entendez-le bien, seulement à vous que vous faites tort : cela ne serait que d’une importance secondaire; mais c’est à votre pays, à la fabrication, à l’exportation, à l’industrie, au commerce, au crédit de votre pays que vous portez cette atteinte. Comment ne pas voir, comment ne pas comprendre les conséquences déplorables d’une pareille hérésie en matière industrielle et commerciale!...
- Nous reviendrons sur cette grave question de la marque de fabrique. Nous la voulons obligatoire, impérieusement obligatoire, et non facultative, (ce qui ne signifie rien). Nous croyons que cette mesure est une des nécessités de notre commerce. Nous mé-
- prisons profondément les écrits, les pamphlets anonymes qui jettent la perturbation et le discrédit dans le monde moral, et nous croyons que l’on doit dire des objets fabriqués ce que l’on a dit si justement des œuvres de la pensée ;
- Un écrit clandestin n’est pas d’un honnête homme I At.exandue Laya,
- Rédacteur en chef, avocat à 'ta Cour d'appel de Paris.
- SCIENCES ET INDUSTRIE AGRICOLES.
- Maladie de la Vigne.
- Une maladie, peut-être aussi funeste que celle qui frappe depuis quelques années les pommes de terre, menace d’envahir la vigne; nous devons donc nous hâter d’éveiller l’attention, de provoquer les recherches utiles de tous les hommes compétents.
- L’intérêt, sollicité par cet important sujet, est immense, si l’on n’oublie pas que la vigne fournit à la France le plus précieux de ses articles d’exportation, et que, sous ce rapport, l’avenir lui appartient davantage encore, en raison directe de l’aisance générale des peuples augmentée et des droits de douane s’abaissant entre les nations, dont les rapports, plus nombreux, plus faciles, se multiplieront davantage et nécesssairement. Le vin, d’autre part, est la matière qui, en France, est la plus productive au Trésor et la plus facilement imposable.
- La culture de la vigne couvre le vingt-septième du sol de la France. Le sud, le sud-ouest et le sud-est comprennent à peu près les trois quarts de cette culture qui occupe six millions de nos compatriotes, par un travail sans chômage, sur un terrain d’une valeur intrinsèque ordinairement très - médiocre, mais qui en acquiert une toute autre de la main de l’homme.
- De toutes les plantes, de tous les arbustes, il n’en est aucun que l’on puisse comparer à la vigne, sous le rapport des variétés d’espèces que l’on obtient d’un seul individu en le multipliant par divisions successives ; c’est peut-être le seul arbrisseau qu’il soit possible de tourmenter le plus par la culture sans qu’il cesse de répondre, pour ainsi dire, à toutes les exigences.
- L’abus que l’on a fait de cette précieuse faculté serait peut-être la cause de la maladie qui est à la veille d’affecter nos vignes. En effet, on suppose que la vigne, forcée par une culture artificielle et sous bâche fa été le point d’émergence ou de départ de cette épidémie redoutable.
- Ce fut en 4 845 que Yoidium a été reconnu pour la première fois par M. Tucker, jardinier à Margate (Angleterre). Les serres de ce pays et celles de la Relgique virent leurs raisins de primeur infectés avec une sorte de prédilection. En 4 847 et 4 848, les serres de M. de Rothschild, à Puteau, en souffrirent faiblement, puis, en 4 849, d’une manière beaucoup plus intense, pour de là se propager sur les treilles environnantes, et envahir les vignes des communes de Suresnes et de Puteau, et les treilles les mieux exposées de Versailles. En 4 850, au mois d’août, je fus témoin de la marche désastreuse de Yoidium Tucker dans le beau parc de M. Mousnier de Beaumont, à Courbevoie; l’épidémie semblait tracer des lignes géométriques. Le raisin , frappé par le parasite, revêtait une teinte brune, grisâtre, cessait de grossir, se flétrissait, se desséchait; peu de vignobles de la banlieue de Paris eurent le bonheur d’être complètement épargnés.
- En 4 854 , les mêmes ravages se reproduisent, un vigneron expert de Sartouville me le confirme de nouveau, une espèce de toile d’araignée légère, blanchâtre s’étend sur certaines qualités de raisin, de préférence sur le frankintal, sur le gros-cou-lard.
- Les vignobles du département de l’Isère en seraient également atteints; dans ce pays le point de départ est attribué à une souche de chasselas existante à deux kilomètres de Grenoble et adossée à un four de boulanger, et au midi, protégée par une serre; le raisin de ce ceps est en comp ète maturité vers le 4 5 juin. Dès l’année passée quelques produits de celte souche unique furent un peu malades; cette année, dans les derniers jours demai, la maladie fut grave et a commencé à se propager rapidement dans les vignobles environnants, et faisait de grands ravages au rapport de M. Eenjamin Bour chardot, membre de la société d’agriculture de Grenoble.
- S’il était bien avéré que le raisin forcé dans le serres, et certaines espèces en particulier donnât naissance à l’épidémie, il y aurait des mesures préventives faciles à prendre par l’autorité municipale lorsque les serres seraient rapprochées de pays vignobles principalement ; l’histoire agricole de ces pays, jusqu’à ce jour, n’avait rien transmis qui ressemblât à de pareils désastres-, mais il est encore permis de conserver quelques doutes sur l’étiologie de cette nouvelle maladie.
- Dans mon dernier voyage en Angleterre, (août 4 851), j’ai examiné dans le magnifique jardin de llampton-Court le ceps de vigne le plus merveilleux qui existe; planté en 4768, il couvre aujourd’hui sous bâche une étendue de près de 20 mètres dans un sens et 4 0 mètres dans l’autre sens, il donne environ quinze cents grappes par année : ses raisins sont réservés pour la table de la reine Victoria et jamais ce ceps n’a été malade.
- En attendant que l’art découvre un moyen prophylactique rationnel, ce qui implique la connaissance exacte de la cause ou des causes de cette récente épidémie, il est nécessaire de préparer quelques r issources efficaces sinon pour détruire complètement les effets du mal, au moins pour les limiter et les atténuer. Tout ce que l’on a proposé jusqu’à ce jour se réduit à des aspersions, à des arrosements avec des liquides composés, les uns ayant en solution du sel de cuisine, de la chaux, du goudron, ou tenant en suspension de la fleur de soufre, soufre sublimé; de l’eau simple en suffisante quantité doit même suffire ; il est bien certain que les gelées prolongées pendant un hiver rigoureux, détermineraient la destruction du parasite.
- Docteur Catve.
- Nos lecteurs ont pu remarquer la profusion avec laquelle nous enrichissons notre journal des nombreuses vignettes qui doivent leur donner une idée des objets exposés dans le Palais de Cristal. La moitié de notre recueil étant consacrée à ces vignettes, qui, plus que des articles raisonnés, parlent aux yeux, nous ont obligés d’abréger le compte rendu détaillé et les appréciations que nous avons sur le travail de chaque nation.
- Cependant, déjà, on a pu le voir, il est bien peu de pays dont nous n’ayons parlé.
- Nous devons aujourd’hui nous empresser d’annoncer que, successivement, nous allons parcourir méthodiquement et analytiquement les expositions de plusieurs nations sur lesquelles nous avons réuni des documents précieux. Nous citerons, entre autres, les expositions turque, sarde, des États-Unis (Voir p. 267), de l’Autriche, de la Bavière, du Danemark, de la Hollande, etc., etc.
- Les gravures qui doivent accompagner le texte sont en cours d'exécution, et cela seul a pu apporter quelque retard à ce travail.
- Des écrivains spéciaux, et nous pouvons même le dire, des hommes qui ont déjà fait leurs preuves dans des explorations officielles pour le compte du gouvernement, nous ont communiqué leurs travaux, et nous sommes heureux d'être en mesure d’en annoncer la publication prochaine,
- AVIS IMPORTANT.
- Les personnes dont l’abonnement expire à la fin de l’Exposition, c’est-à-dirc le 4 4 octobre prochain, sont priées d’adresser leur renouvellement avec l’adresse bien précise. Ainsi qu’il est dit plus haut, moyennant 42 fr. 50 c. seulement , les abonnés actuels recevront le journal jusqu’au 1er août 1852.
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
- PUPITRE PORTATIF,
- PAR LE CAPITAINE TW0PENNY.
- Rien n’est plus favorable au travail de la pensée que ce qui vient en aide aux mouvements du corps. — Toutes les fois que les rouages de notre machine humaine seront, par un moyen quelconque, affranchis de toute gêne ou de toute fatigue, soyez sûr que l’esprit en saura profiter, et que la pensée profitera toujours de cet affranchissement. Il ne faut jamais, comme dit Gros-Réné dans le Dépit amoureux, que la sensitive soit mise au-dessous de Y animale, et, par conséquent, il faut en conclure que le travail de l’esprit prend
- Pnuitre portatif, par le capitaine Twopenny.
- de l’activité, à raison même des moyens mécaniques qui peuvent venir en aide à la paresse du corps.
- L’invention industrielle touche à toutes les idées philosophiques et se fait parfois son interprète, en réalisant ses rêves. Il y a toujours, dans le fait qui en est le produit, la pratique de quelques idées qui ont leur siège dans le domaine de la philosophie, de la science ou des arts ; et Ton rencontre à chaque pas le témoignage irrécusable de cette alliance nécessaire dont nous cherchons toujours à signaler le caractère précis et palpable.
- Les deux dessins qui sont placés en tête de ces deux pages viennent en aide à cette assertion.
- Nos lecteurs, qui appartiennent à
- (Voir la suite, page ci-eontre.)
- DIVERS OBJETS DE PORCELAINE,
- PAR M. GRAINGER, DE WORCESTER.
- Nous donnons ci-dessous le dessin de plusieurs objets qui sortent de la manufacture de porcelaine de MM. Grainger et Worcester. On
- peut y reconnaître du goût et en même temps un cachet de simplicité que nous ne sommes pas accoutumés de trouver dans la fabrique anglaise. Les trois pots et le pot avec cuvette sont formés de feuilles et de fleurs qui, paraît-il, ont fait, depuis longtemps, la réputation des exposants dont nous parlons en donnant la vogue à leurs produits.
- Mais le travail le plus ♦remarquable est le service à café sur plateau qui se trouve au bas de la page à gauche.
- C’est une imitation de vieille porcelaine de Chine bleue, à ruches, entrelacée de plusieurs épis de blé qui se jouent avec harmonie, et non sans élégance, soit autour de la cafetière, soit autour des vases. La maison de M. Grainger, de Worcester, passe, à juste titre, pour un des établissements qui
- marché, la question de l’art céramique. Et, non-seulement il faut arriver par la simplification des procédés, à réaliser l’espoir que Ton a de rendre accessible à toutes les fortunes les œuvres d’art que cet art produit, mais il est nécessaire de chercher dans les matières premières, travaillées par des procédés nouveaux, l’élément d’une nouvelle fabrication. A Londres, on a remarqué, à cet é-gard, une foule de pro -duits naturels qui viennent enrichir l’art.
- Des pierres artificielles se sont assouplies aux efforts de l’artiste, par l’application du ciment, par exemple, à l’utile et à l’ornementation.
- On a découvert dans l’île de Wight et sur les côtes du Kent et du Sommerset-Shire, une substance appelée sep-taria et qui est composée de tout ce qui constituait le ciment romain.
- On s’en est emparé, on s’en empare pour l’ornementation.
- On y applique encore
- le gypse, le stuc, le scagliola de Keene, le borax, l’alun, et, avec ces substances, on exécute de véritables œuvres artistiques. Le Cornwal est un producteur très-riche de terre qui se plie volontiers à ce travail de l’art
- s’inspirent avec le plus de goût et de succès des bonnes traditions du vieux Chine et de Sèvres. Nous devons saisir cette occasion d’appeler l’attention de nos lecteurs sur l’importance qu’il y a de résoudre, au point de vue du bon
- céramique. Il appartient aux artistes comme M. Grainger, l’un des plus distingués dans ce genre de travail, d’étudier ces terres et de les appliquer à leurs utiles procédés.
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- la classe des penseurs et qui se rendent compte du travail de l’esprit humain, savent ce qu’il y a de favorable à l’instruction, à la réflexion, à l’étude, dans le comfortable. Il semble que l’esprit ait besoin d’oublier qu’il a la matière pour enveloppe; et quand Alfred de Musset veut faire lire ses œuvres coquettes et séduisantes, il n’oublie pas, même dans son titre, ce qui peut d’avance le faire bien venir de son lecteur.
- Il l’appelle à un spectacle tout d’abord plein de charme, par le comfort et l’aisance de la position où il le convie; il lui offre un spectacle dans un fauteuil.
- Eh bien ! le capitaine Twopenny vient, sur cette idée, d’inventer la petite machine dont nous donnons ci-contre les deux dessins.
- Il s’agit tout uniment d’un pupitre qui vient se placer soit sur la table du gentleman qui lit en déjeunant, soit sur le lit de l’élégante un peu souffrante qui cherche dans le livre à la mode une distraction à ses vapeurs.
- Au moyen d’une tige demi-circulaire, s’appuyant à un double pied, un pupitre mobile se promène au gré du lecteur et suit les mouvements qu’il veut lui imprimer, selon le mouvement capricieux de son corps; il est adapté au pupitre même une main mobile qui tient le livre
- ou le journal, et rien ne vient ainsi contrarier les oscillations du corps. C’est la solution la plus complète du problème : la pensée n’est entravée par aucune gêne, le travail moral n’est gêné par aucun obstacle matériel. Un des avantages précieux de ce petit pupitre, c’est sa légèreté.
- On en comprend, en effet, toute l’importance Il faut que le poids de cet objet ne vienne, en aucune façon, se faire sentir. En un mot, l’inventeur de cet ingénieux appareil prouve qu’il a calculé toutes les combinaisons favorables au travail.
- Il a rendu service à la plus noble partie de notre pauvre nature, à la partie immatérielle et pensante ; c’est faire preuve d’esprit.
- Ce n’est pas chose indifférente que de favoriser le travail de l’esprit en aidant sinon à la paresse, du moins au besoin d’aise du corps.
- Il est, en effet, incontestable que la pensée est soumise à un travail d’analyse , qui ne peut être que le produit d’une émancipation complète des liens de la matière. C’est toujours cette lutte, si merveilleusement décrite par le savant philosophe Xavier Demaistre, de l’animal et de la pensée.
- l’upitre portatif, par le capitaine Twopemiy.
- BIBLIOTHÈQUE
- et
- CHEMINÉE,
- par
- I. Holland el fils, de Londres.
- Ceci est une innova-ion. Est-il mieux de suivre les vieux errements en fait de bibliothèque, et aut-il toujours, et de toute nécessité, placer sur une cheminée la glace traditionnelle, ou bien faut-il innover et ne laisser à l’œil du savant que la sévérité d’une riche et grave sculpture sur bois, telle est la question que s’est posée la maison Holland et elle l’a décidée dans ce dernier sens.
- La bibliothèque dont nous donnons ici le des sin entoure le cabinet : elle est en bois de noyer sculpté avec des appliques de marbre vert et rouge : les incrustations que l’on voit sur les glaces sont en cuivre. Cette bibliothèque a sur chacun de ses quatre côtés à peu près sept mètres de long sur quatre mètres de haut.
- La gravure que nous donnons ne représente que la moitié d’un des côtés.
- Il s’est manifesté, à l’Exposition, et cela delà part de plusieurs nations, une tendance toute particulière pour l’ornementation et la sculpture des mobiliers. Nous savons
- que l’Autriche rivalise avec la France sous ce rapport. On peut distinguer les nations en deux camps distincts sous ce rapport.
- Celles que la nature à particulièrement douées, en leur donnant de merveilleuses matières premières, et celles qui, douées par la Providence d’un grand sentiment artistique, se servent avec succès de leurs faibles ressources pour introduire le travail de l’art dans les détails de la sculpture sur du bois grossier.
- C’est ainsi que le chêne, le noyer, le bois de sapin même, peuvent s’assou-
- Bibliothèque et cheminée, psr MM. Ilolland et fils, de Londres.
- plir sous le ciseau habile des nations occidentales, qui savent en faire sortir des œuvres pleines d’originalité et de génie; tandis que, dans les Indes, en Chine, à Bahama, à Bar-badoes, à Bermudes, terres privilégiées sous le rapport des bois naturels, l’art est inconnu, le travail est inerte.
- Il est sûr qu’un jour viendra où l’on pourra unir à ce travail perfectionné de l’art, dans l’Occident, l’élément nécessaire des matières premières, et alors les meubles qui, de nos jours, profitent avec tant d’éclat des combinaisons ingénieuses de l’art, ne laisseront plus rien à désirer.
- Nous ne laissons jamais échapper l’occasion de faire remarqner combien est vivace le progrès, sous ce rapport.
- Si l’on compare le travail moderne avec celui du passé (et nous voulons parler de quelques années en arrière seulement), on voit l’art pénétrer partout jusque dans les objets les plus humbles.
- La matière première pouvant être empruntée à tous les peuples, le bon marché de l’œuvre s’en suit tout naturellement, et les combinaisons les plus séduisantes peuvent bientôt être réalisées.
- C’est ainsi, par exemple , qu’au bois de chêne ou de noyer peuvent s’unir les marbres les plus précieux ; que les travaux de la ciselure sur acier ou sur cuivre peuvent relever ce qu’il y a de grossier dans une simple sculpture sur bois, et que, sur un meuble construit de bois ordinaire, on peut ajouter tels ornements en placage qui en complètent le bon goût et l’éclat. Cette bibliothèque est un exemple de cette alliance, qui permet aux nations de s’aider dans leur industrie; ce n’est pas là le libre échange absolu, puisque la matière première et le travail se donnent un appui mutuel : le contraire serait de la spoliation. Ici, c’est l’union du travail, c’est le respect des industries de toutes sortes et de toutes nations.
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- LE PALAIS DE CRISTAL
- EXPOSITION DE LONDRES.
- Londres, le 20 juillet 1851.
- Aucun des publicistes qui écrivent sur l’industrie, n’a encore songé à remonter à la cause qui lui donne naissance dans telles régions, à l’exclusion de telles autres; M. Michel Chevalier indique, il est vrai, la limite qu’il aperçoit entre le groupe oriental qui n’a pas d’industrie, et le groupe occidental où elle s’est, pour ainsi dire, exclusivement développée ; mais la cause, on ne la voit pas, ou plutôt il ne veut pas la voir, parce qu’elle blesse les yeux des économistes qui ont oublié, comme nous le disait le comte Rossi, cet autre versant de la science, que la cause est précisément dans ce que les économistes appellent avec horreur les privilèges, les monopoles, c’est-à-dire dans l’abolition du domaine public, dans la restriction du libre parcours, dans les bornes, les baies, les murailles et les fossés, destinés à empêcher l’homme de passer partout et de fourrager le champ du voisin. Us auront beau crier : anathème î l’histoire est là. Ce sont les privilèges accordées par Colbert aux verriers de Yenise, aux fabricants de soieries du Milanais, aux faïenciers de Faenza, etc., qui ont doté la France de ces industries jadis factices, aujourd’hui naturelles.
- C’est par des privilèges que l’Angleterre a attiré en Irlande les drapiers et les teinturiers flamands, l’Angleterre est encore pavée de monopoles, deprivi léges et de corporations, qui font sa force et sa richesse; c’est par des privilèges que la Prusse a fixé chez elle une partie des victimes du rappel de l’édit de Nantes, dont les descendants sont encore les principaux fabricants du pays, c’est par des privilèges que l’Égypte et la Turquie vont naître à l’industrie.
- Quelques souverains de notre époque, imbus de la haine des monopoles, sur la parole des économistes, ont mieux aimé donner de l’argent que des privilèges : le roi GuillaumeIor, des Pays-Bas, s’est servi de ce moyen, l’empereur de Russie s’en sert; mais ce nouveau procédé, trop coûteux et trop chanceux, ne vaut pas celui des patentes et des brevets qui constituent des privilèges ou des monopoles parfaitement légaux et hors d’atteinte des caprices ou des intermittences du pouvoir.
- Qu’était la concession de ces privilèges accordés aux fabricants qui venaient apporter leur industrie dans un pays, sinon des patentes et des brevets exclusifs entachés d’illégalité, il est vrai, mais qui n’en avaient pas moins d’efficacité, tandis que les brevets actuels sont devenus des privilèges et des monopoles épurés, c’est-à-dire sans mélange de bon plaisir, et par conséquent justes et légaux, avec cette différence que les industriels, au lieu de recevoir des encouragements de l’Etat, lui paient une rente en outre des droits fiscaux qui affligent les fabricants de quoi que ce soit.
- M. Michel Chevalier constate que toute l’industrie du groupe occidental est identique ou similiforme, parce que les mêmes machines et ceux qui les conduisent passent rapidement d’un pays dans l’autre; mais le savant écrivain ne se demande pas pourquoi ces machines ont tant de peine à enjamber la limite du groupe oriental : il ne veut pas avouer que cela ne pèserait pas une once, comme on dit, s’il y avait de l’autre côté de la frontière un monopole, un privilège, un brevet, qui leur tendît la main. Les économistes aiment mieux supposer qu’on ne doit rien à l’inventeur, puisque la même idée, la même combinaison, éclot, disent-ils, en même temps dans une foule de têtes à la fois, quand le temps est venu et que le besoin s’en fait sentir. Mais comment se fait-il que ce phénomène ne se produise que dans le groupe occidental, sillonné de chemins de fer et de télégraphes? Admettrait-il aussi la co-existence de deux races dont l’une serait privé de l’esprit de combinaison ?
- Yous verrez sans doute, après l’Exposition, surgir dans notre groupe une foule d’idées analogues à celles qui figurent dans quelques coins obscurs du Palais de Cristal, et les économistes de s’écrier : Yoilà ! les idées sont comme les plantes : quand la floraison est venue, il faut que la graine tombe! A quoi bon donc des brevets? L’inventeur ne peut pas plus s’empêcher d’inventer qu’une mère d’accoucher.
- Les idées, qui sont le pollen de l’esprit, naissent quelquefois spontanément, il est vrai; mais si personne n’a intérêt à les recueillir, à les semer, à les arroser surtout, elles se dessèchent sur place et ne produisent rien.
- Il en périt des millions chaque année de la sorte. Oh! oh! des millions! vont s’écrier les esprits stériles : c’est de l’exagération montée jusqu’à l’hyperbole !
- Demandez à un joueur d’échecs combien de combinaisons il se sent capable d’accomplir là où vous n’en voyez pas. Telle est la position respective de l’inventeur qui connaît le jeu, et de l’économiste qui ne le connaît pas.
- Mais c’est, parler à des sourds que de parler à des gens en puissance d’une utopie qui les magnétise et les paralyse. Nous les renvoyons à l’inventeur de la chaire à prêcher exposée dans le Palais de Cristal, qui a la prétention de convertir les sourds. Dans cette chaire extraordinaire, le prédicateur parle dans un large entonnoir auquel s’emmanchent une foule de tuyaux en gutta-percha, qui s’en vont par toute l’église en se ramifiant et sefissidant comme les branches d’un arbre généalogique. Chaque sourd prend un de ces appendices et le porte à son oreille.
- Il y aurait moins d’encombrement, si la voix se rendait dans des pilliers de bois creux percés de trous à certaine hauteur, contre lesquels les sourds appliqueraient l’oreille.
- Tous les bancs, les colonnes, les fauteuils et les lambris de certaines assemblées devraient être également creux pour qu’on pùt leur crier la vérité du dehors.
- Si la chaire des libres-échangistes était faite ainsi, on leur dirait : Yous en voulez aux industries factices , vous refusez de les laisser s’établir dans le pays à l’aide de la protection, à côté des industries que vous appelez naturelles. C’est là votre argument le plus puissant aux yeux des surf acier s qui ne savent jamais approfondir une question cubique. Mais telle industrie qui était factice hier devient naturelle demain. La production de la soie, du sucre, des glaces, de la porcelaine, du calicot, ont été factices et sont devenues naturelles avec le temps et la protection dans bien des pays. La fabrication du fer au coke et des machines était factice il y a un quart de siècle: elle ne l’est plus que relativement à l’Angleterre aujourd’hui.
- On pourrait même dire que tout ce qui existe dans un pays civilisé, en deçà de l’état sauvage, est factice. Les dindons eux-mêmes, si abondants aujourd’hui, ne doivent leur naturalisation qu’à la protection des jésuites. La plupart des animaux et de nos fruits sont dans ce cas, et vous verrez que le lama, l’alpaga, l’hémione et le chameau, pour peu qu’on les protège, deviendront aussi naturels à la France que les ânes qu’on rencontre partout.
- Il est évident que si l’on s’en était tenu, dès l’origine, aux préceptes des économistes, il n’y aurait d’industrie nulle part; nous n’aurions jamais pu substituer la charue à la bêche, la pomme de terre américaine au gland national; la pêche serait restée en Perse, la cerise au Pont, le chanvre en Egypte, les moulins à vent en Palestine, les canaux en Chine, et les chemins de fer en Angleterre. Acceptez le libre échange, et toutes les industries encore factices en ce moment sont condamnées à périr; et les peuples les plus avancés resteront maîtres du champ de bataille.
- Mais il n’y a rien d’absolu : on ne doit ni rejeter ni admettre entièrement le libre-échange; il est très-utile entre un pays civilisé et un pays sauvage ou barbaresque, et très-dangereux entre les nations qui fabriquent les mêmes produits industriels. Les traités de commerce sont donc encore très-nécessaires pour préparer la transition.
- Quand le niveau industriel est trop élevé d’un côté, il faut ouvrir les vannes petit à petit, et ne pas rompre tout d’un coup la digue : il y aurait trop de monde noyé.
- Voilà l’opinion que nous voudrions pouvoir crier à l’oreille des libre-échangistes à l’aide du logophore dont nous allons faire connaître les principes, sans lesquels il n’y a pas de succès possible pour porter la voix à grande distance :
- 1° Tout tuyau en matière molle ne peut conduire le son qu’à 500 ou 600 pieds et avec peine;
- 2° Tout métal raide et sonore, fer, cuivre, zinc, etc., conduira le son sans perte et même avec ampliation à des distances incommensurables, si les tuyaux sont suspendus dans des conduits souterrains et appuyés sur des supports minces et rares (paroles de M. Mot) ;
- 3° Si ces tubes sont couverts de terre, mastiqués dans les murailles ou serrés par des crampons et placés dans l’impossibilité de vibrer librement, ils se
- trouvent dans la condition des cordes de violon auxquelles on applique une sourdine;
- 4° Le son ne se propage pas plus loin dans de pareils tubes que dans ceux de caoutchouc ou de coton, qui sont aussi mauvais conducteurs du son que de l’électricité.
- Nous aurions mille choses curieuses à dire sur cette affaire, qui nous a occupé pendant plusieurs années; mais à bon entendeur demi-mot. Les Logo-phores, déjà si communs en Angleterre, vont se répandre bien davantage quand on en saura la théorie. On ne tardera pas à les introduire dans tous les ateliers et même dans les mines les plus profondes pour donner et recevoir des avis, qui peuvent se croiser sans inconvénients et arriver sans perte aux deux auditeurs.
- A propos des mines, on ne voudra pas nous croire sur le continent quand nous dirons que les Anglais ont osé descendre des machines à vapeur au fond des mines; celle de Tamar Silver Lead est employée à retirer les débris dont l’accumulation était sur le point de faire abandonner les travaux.
- C’est l’ingénieur Walker qui a fait ce bel ouvrage, après avoir obtenu sa liberté d’action des directeurs, lesquels étaient de l’avis des bonnes femmes, qu’on ne trouverait pas d’air là-bas pour alimenter le foyer, qui tire néanmoins si bien à l’aide d’un conduit incliné arrangé en cheminée, que les actions et les espérances des associés se sont immédiatement relevées. Mais que sont ces exploitations de plomb argentifère à côté des mines d’argent natif de l’Amérique, dont on voit figurer des blocs entiers à l’exposition ?
- 11 ne faut pas prendre cependant le bloc ùePûltin-son qui pèse 85,000 fr. pour un lingot natif. C’est le résultat d’une méthode de son invention qui consiste à écumer le bain à l’aide de grandes cuillers en fer perforées de trous de 8 à 10 millimètres : il met à profit cette observation de la science, que les alliages métalliques sont plus fusibles que le moins fusible des métaux alliés, de sorte que l’alliage d’argent et de plomb passe à travers les trous des cuillères, sur lesquelles il ne reste que le plomb pur cristallisé. M. Paltinson obtient ainsi des bains de plus en plus riches sur lesquels il opère la coupellation en ne faisant que peu de litharge.
- Nous remercions M. Pattinson d’avoir fait cadeau de sa méthode à la France et à l’Allemagne, qui en ont le plus grand besoin pour exploiter leur plomb, très-pauvre en argent.
- Quant au Canada, qui possède de la plombagine contenant 3 1[2 p. 100 d’argent pur, il ne sent pas le besoin des procédés perfectionnés mais laborieux de M. Pattinson, que le savant Soppwith dirige si bien pour le duc de Buckleugh.
- Nous croyons qu’il est superflu de faire l’histoire de l’or. Depuis la découverte de la Californie tout le monde en est saturé, surtout s’il a lu les Débats; mais ce qui est intéressant, c’est de connaître ce que devient l’or qui nous échappe, l’or qui se réduit en atomes, l’or qui tombe en poussière impalpable, l’or qu’on boit en liqueurs et qu’on avale en pillules, l’or de nos boutons, de nos chaînes, de nos cadres, de nos bronzes, l’or qui s’use, l’or ambiant, l’or à l’état de vagabondage enfin : que devient-il?Est-il donc perdu pour nos derniers neveux ?
- Nous pouvons rassurer les Chrysophiles, en leur disant que rien ne se perd ici bas, si ce n’est l’esprit etle bon sens, qui ne se retrouveront probablement pas comme l’or atomique dont voici l’itinéraire :
- Supposez que cet or impalpable fut de l’or potable, de l’or liquide qui tombât des nues comme l’eau à l’état vésiculaire, vous le verriez se réunir en gouttes, les gouttes en filets, des filets en ruisseaux et les ruisseaux en rivières et en lacs, dans lesquels vous iriez le repuiser, pour l’user encore ; eh bien ! la nature ayant trouvé ce mouvement perpétuel très-ingénieux, l’emploie pour l’or et les autres métaux; elle a des courants galvaniques ramifiés, divisés, épanouis sur la surface du globe; comme nos filets nerveux sont épanouis sur toute la surface de notre corps afin de transporter nos sensations aux ganglions ou stations galvaniques, et des ganglions au cerveau ; les courants électriques sont] doués, comme on sait, d’une faculté entraînante et magnétique qui saisit les particules métalliques éparses, les réunit par ce qu’on appelle affinité chimique, à défaut de meilleure expression, en filets, en ruisseaux, en rivières et, avec le temps, en lacs, que nous exploitons et que nos successeurs exploiteront à leur tour. Mais bâtons-nous, car s’il y a des filons qui s’em-
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- plissent, il y en a qui se vident. Les métaux les plus j précieux surtout sont ceux que les courants électri ques affectionnent le plus. Telle est la théorie séduisante intentée par notre père, pour nous faire retrouver l’or perdu ; ne nous affligeons donc plus de voir nos napoléons, nos louis, nos souverains s’évaporer entre nos doigts, puisque nous sommes sûrs de les retrouver en Angleterre.
- A propos de,la faculté entraînante des courants galvaniques, électriques et magnétiques, un Américain de nos amis n’est pas loin de prendre une patente pour tanner les peaux en les disposant en guise de cloison dans un bain d’écorce de chêne qu’il fera traverser par des courants électrogalvaniques. Ces courants doivent déposer, en passant, le tannin qu’ils entraînent, sur la gélatine. C’est un autre versant du tannage par endosmose; on l’appelle tannage à la minute, en opposition avec le tannage à l’heure des Manilliens, le tannage à la journée des Ojibbe-JVas, et le tannage à l’année des Européens. Nous allons décrire ces méthodes inconnues afin qu’on ne puisse prendre de brevets, ce qui fera que ces excellents procédés ne seront jamais exploités parmi nous; parce que tout le monde ayant le droit de faire, dont l’équivalent réel est le droit de ne rien faire, on n’en fera rien. C’est un service que nous rendons à nos tanneurs à l’année qui, comme les trépassés, n’aiment pas à sortir de leurs fosses, et uneleçon de manant opo le pour ceux qui refusent de breveter une invention imprimée en une langue quelconque: à moins qu’on ne trouve que notre technographie n’est pas une langue, ce qui pourrait bien arriver.
- Voici ce que notre ami, le docteur de la Géron-nière qui a longtemps habité les Indes espagnoles, nous a raconté en ces termes :
- « Mon meilleur cheval étant mort, je vis venir un tanneur du voisinage, qui me demanda si j’étais bien pressé d’avoir sa peau. Je lui répondis affirmativement.
- « Il alluma aussitôt un grand feu dans ma cour, courut chercher plusieurs bouteilles pleines de cachou, pendant que son aide ratissait la peau; quand le feu ne présenta plus qu’un grand brasier, ces deux hommes debout, la prirent et la tendirent au-dessus des charbons en la tiraillant dans tous les sens et en lançant avec la bouche des ondées de ce tannin sur les places qui se séchaient ; ils continuèrent de la sorte pendant une heure.
- « Il paraît que la chaleur en ouvrant les pores laisse le cachou s’introduire rapidement sur la gélatine, et l’évaporation en chassant l’eau semble favoriser singulièrement l’opération, car je n’ai jamais vu de peau mieux tannée que celle de mon pauvre Chéri, » nous disait le docteur.
- Voici maintenant ce que nous a raconté M. Clein-son, des Etats-Uuis, ancien ministre résidant en Belgique, qui a longtemps vécu parmi les sauvages :
- « Les femelles Ojib-be-JVas, dit-il, sont les seuls êtres qui travaillent dans la tribu, et elles ne travaillent que pour les besoins momentanés des mâles, qui ne font que chasser, fumer, danser et festoyer.
- Ce qui, par parenthèse, n’augmente pas du tout le capital social. »
- Nous dirons, en passant, qu’un gouvernement qui multiplie trop les fêtes, distrait le peuple de son travail, le tient en lesse pendant la moitié de l’année, le fait tourner à l’état de sauvage. Les Romains donnaient au peuple des spectacles, mais ils y ajoutaient du pain.
- Aujourd’hui comme au temps de la décadence de Rome, les plaisirs populaires sont la grande affaire du siècle; s’amuser semble être la dernière fin de l’homme; 1,000 fr.de plaisirs pour 15 fr. Tout un mois d’amusements pour votre dernier morceau de pain! Fêtes de nuits par-ci; fêtes de jour par là; festins, bals, concerts, inaugurations, illuminations, régates, festivals, kermesses, ballons, loteries, orgies, folies ; nous n’avons q\iun\lempsa vivre,[amis, passons le gaiement : llélas! ceci n’est que trop vrai, la France s’ennuie, elle ne songe qu’à tuer le temps, mais le temps se venge bien, car le temps perdu est irréparable; on dirait que les baladins seuls travaillent avantageusement aujourd’hui, le reste ne fait rien ou fait des rien. La France a l’air de courir à sa ruine en train déplaisir.
- Les femmes sauvages pennent donc la peau des bisons (race contemporaine des peaux rouges, qui doivent finir quand elle finira), l’étendent avec des chevilles de bois sur une aire battue; fendent la tète de l’animal avec un coin d’agate, répandent la
- cervelle sur la peau et se mettent à la frotter avec des cailloux plats, comme pour la faire pénétrer dans la peau. Après que toute la cervelle est usée, elles tendent le cuir sur un cadre, au soleil, et à mesure qu’il se sèche, elles le ratissent et l’assouplissent sans lui donner le temps de se raidir. Ces femmes traitent de même les peaux d’ours, de renards, de chiens et de tous les animaux que les maris leur apportent. Ceci représente la fabrique de draps des sauvages, on en peut voir des échantillons sur le dos des manequins que Cattlin a exposé dans le Palais de Cristal. Remarquez bien que les pantalons, les guêtres et les paletots de ces communistes naturels sont d’une souplesse et d’un moelleux que les draps de Biolley, de Simonis et de Cunin-Gridaine sont loin de posséder, et qu’ils restent tels après avoir été mouillés et séchés, ce qui n’est pas le cas de nos peaux tannées à l’année.
- Une découverte admirable des sauvages, c’est d’avoir reconnu que chaque animal possède exactement la dose de cervelle nécessaire pour tanner sa propre peau, depuis le serpent, qui n’en a guère, jusqu’au buffalo, qui en a beaucoup. Cette règle n’a d’exceptions que pour l’homme, car il y en a qui ont fort peu de cervelle; on ne saurait, par cette méthode, tanner le cuir des idiots, des acéphales et des communistes.
- JOBÀRDr
- L’ESPAGNE A L’EXPOSITION.
- (Troisième article. )
- On trouve dans Pline une longue description des mines espagnoles et principalement des mines d’argent , ce qui prouve que, sous les Romains , l’Espagne possédait déjà des exploitations métallurgiques importantes. Après Pline, d’autres écrivains du célèbre empire se sont occupés de la même question, et de l’opinion qu’ils ont exprimée, il résulte que la presque totalité de l’argent, du plomb et du cuivre, dont la société romaine faisait usage, provenait des mines de la Péninsule. Du reste, les énormes tas de despumations vitrifiées connues en Espagne sous le nom de scorie romaine, attestent la véracité de cette opinion; seulement l’industrie moderne peut hautement accuser d’impéritie les procédés antiques, car les rebuts que nous venons de signaler contiennent encore assez de métal pur pour payer les travaux que nécessite son extraction ; imitateurs serviles du génie politique des conquérants sous lesquels ils vivaient, les chimistes de l’antiquité, éclairés par une gloire extraite de l’avilissement de vingt peuples, avaient besoin de mettre en fusion des masses de minerai pour obtenir quelques onces de matière précieuse; de nos jours, la gloire et le métal s’épurent à meilleur compte.
- C’est surtout au profit du fer, métal peu connu des anciens, qu’a tourné le progrès des procédés épuratoires, et peu de pays en Europe sont plus riches que l’Espagne en éléments ferrugineux ; disons aussi qu’.il n’y en a pas qui en consomme moins, ce qui donne la raison de l’exiguité des produits des mines en exploitation.
- L’Angleterre, celle de toutes les nations du monde qui use le plus de fer puisqu’elle l’applique à tout, faisant des portes, des planchers, des charpentes, des magasins, des maisons entières, des clôtures , des ponts, des tubes pour la conduite de l’eau et du gaz, des navires, des barques, des phares, et toutes sortes de machines tant urbaines que champêtres en fer, l’Angleterre fait grand cas des fers espagnols qu’elle utilise avec ceux de Suède et de Russie ; elle met même les aciers de Biscaye au niveau de ce que la Suède produit de plus lin dans cette matière, et si elle ne se fournit pas dans la Péninsule de toute la quantité de fer déterminée par la différence qui existe entre sa production propre et ses besoins, c’est parce que les moyens d’exploitation et de transport étant encore en Espagne fort imparfaits, le fer de ce pays revient plus cher que tous les autres-, or, la cherté des objets équivaut pour l’Angleterre à la perte de leur qualité; c’est donc, encore, à une question de voierie que doit être ramenée l’infériorité de l’Espagne sur ce point.
- C’est toujours là qu’il faut revenir quand on veut trouver la cause du caractère stationnaire d’un peuple; partout où la locomotion est difficile, l’homme ne sort pas du logis, et l’homme qui ne voyage pas ne peut ni rien apprendre ni rien gagner, car la science et la richesse sont essentiellement indomi-
- ciliaires et demeurent dehors comme le plus vulgaire des gibiers.
- Il y a en Espagne une trentaine de mines de fer qui, susceptibles de devenir la source d’un immense revenu, ne produisent, cependant, ainsi que nous le disions dans notre précédent article, que 650,000 quintaux représentant une valeur de 10 millions de francs. Si l’on en excepte, le fer provenant des mines les plus rapprochées de la mer, tout celui qui s’élabore dans les diverses forges espagnoles se consomme dans le pays, qui n’en fait, d’ailleurs, qu’un usage extrêmement réduit comparativement aux autres nations du nord de l’Europe; il suit de là (pue la commande faiblit assez fréquemment et que beaucoup de fourneaux s’éteignent durant.des années entières, ce qui ralentit, ce qui paralyse même l’exploitation ; de sorte qu’avec ses trente mines d’une richesse incontestable, l’Espagne obtient dix fois moins de résultats que n’en réalise l’Angleterre dans la seule section de l’Ecosse qui fournit 700,000 tonnes de fontes, soit sept millions de quintaux par année. Un moyen infaillible d’accélérer le travail minier dans la Péninsule c’est, d’un côté, de décupler la consommation intérieure, et, d’un autre côté, de donner au métal les avantages du bon marché au port d’exportation; ce double bénéfice peut être obtenu par la construction de chemins de fer, c’est-à-dire, par l’application du fer au service du fer; une fois sillonnée de rails, l’Espagne aura ses mines à la portée de la main et pourra familiariser le plus petit de ses villages avec l’usage du fer, lequel est si rare dans toutes ses provinces que, sur les points les plus isolés de chacune d’elles, le laboureur en est resté à la charrue de bois, instrument primitif dont la survivance implique l’imperfection des travaux et le dénûment des travailleurs; elle pourra, de plus, après avoir substitué le fer au bois dans les détails de la vie domestique, présenter à bon compte le surplus de sa production sur le marché et faire, de cette sorte, commanditer ses exploitations par la consommation universelle. Jusque-là cette nation, oublieuse d’elle-même et inutile aux autres, restera pauvre au milieu de capitaux immenses, et, Tantale de la civilisation, souffrira la faim du comfort à côté des nombreux éléments destinés à la satisfaire.
- Ces éléments sont l’objet d’une si grande négligence, que leur possession semble être en partie ignorée de l’autre côté des Pyrénées. Nous parlions tout à l’heure de l’excellence des fers de Biscaye, eh ! bien ce sont précisément ceux-là qui manquent à l’Exposition, car nous ne pouvons pas accepter à titre d’échantillons, les deux pièces d’artillerie forgées à Ouate par les carlistes; ces objets méritent de fixer l’attention comme spécimens de l’art de la fonderie en Espagne, mais non pas comme montres de la supériorité du métal. Les fers de Biscaye, proviennent particulièrement de la montagne d’Arbalan, dans l’Alava; ils sont spathiques, c’est-à-dire adhé-rens à des minerais feuilletés; le filon en exploitation dans lamontagne d’Arbalan, date de peu d’années, mais il promet des résultats considérables, car il est d’une épaisseur de quatre mètres et Représente pas de difficultés pour l’extraction. La forge de San Pedro de Araya, à laquelle revient le traitement du minerai dont nous venons de parler, en a exposé quelques fragments bruts, en fonte et à l’état malléable, mais ces exemples ne donnent qu’une incomplète idée de la matière, dont le prix, à cause sans doute de l’éloignement du charbon que l’usine tire des Asturies, nous semble d’ailleurs trop élevé. Ce prix est de 40 réaux pour la fonte et de 80 pour le fer malléable, ce qui porte les fers supérieurs obtenus par le mélange de trois parties des minerais célèbres de Somorrostio avec les minerais ordinaires^ 108 réaux le quintal, chiffre évidemment hostile à la concurrence.
- Les fers des Castilles, ceux de Barcelonne et de plusieurs autres provinces, n’ont pas paru non plus à l’Exposition. Léon, les Asturies, Salamanque, l’Andalousie, Malaga, Alméria, Séville, ont fait preuve déplus d’exactitude.La série des fers de Léon, exploités par la compagnie Leonesa dont nous avons parlé à propos des houilles, offre une grande variété de minerais où le fer se trouve dans divers états d’oxidation et de carbonate, d’argiles et de grès fer-rifères; les gisements asturiens sont de même nature que ceux de Léon, ils se composent d’oxides, de peroxides et d’hydroxides; seulement cette dernière série présente du fer olignitc qui ne se trouve (Voir la mite page 266.)
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- LE PALAIS DE CRISTAL
- GROUPE DE CHASSE,
- PAR M. SAN GIOVANNI DE BRIGHTON.
- L’art dustatuaire dont nous donnons sur cette page trois specimens est dignemen t représenté à Lon dres. Le groupe de chasse que voici est dû au ciseau d’un artiste italien réfugié à Brighton, et qui jouit d’une grande réputation. On voit par la pureté des lignes et l’harmonie de l’agencement que cette scène s’est inspirée des bons modèles.
- HERCULE ÉTOUFFANT ANTÉE.
- — HËRO ET LÉANDRE.
- PAR M. A. ETEX.
- M. Etex est le sculpteur statuaire français qui a fourni le plus d’ouvrages à l’Exposition de Londres, et le nom de l’artiste atteste ici que la quantité dont il s’agit n’est pas exclusive de la qualité.
- Dans la grande nef du Palais de Cristal, au centre des produits de l’industrie française, on voit deux groupes en plâtre bien connus des amateurs du beau en matière sculpturale ; ces deux groupes sont :
- Ccün maudit de Dieu et le Choléra, ou la ville de Paris implorant le Très-Haut pour les victimes du fléau asiatique. On remarque, un peu plus loin, les charmants bas-reliefs des Médicis et de Françoise de Rimini, qui font partie d’une délicieuse décoration de cheminée ; sur un autre plan se trouvent des bronzes d’art représentant le grand bas-relief du naufrage de la Méduse, la réduction du tombeau de Géricault et Hercule étouffant Antée, dont nous donnons aujourd’hui une gravure.
- Au risque de commettre une indiscrétion, que M. Etex nous pardonnera en
- Groupe de chasse, par M. San Giovanni de Brighton.
- notice historique touchant ce dernier travail. Ce groupe d’Hercule et Antée, qui n’a que quarante centimètres de haut en bronze, a été modelé par son auteur sur un plan de trois mètres trente centimètres ou dix pieds d’élévation : le sujet comportait et exigeait même ces colossales proportions; mais, bien que convaincu, par le témoignage des hommes du plus grand talent, d’avoir fait une œuvre remarquable, M. Etex se vit forcé de détruire son modèle au moment de le mouler. Pour exécuter cet ouvrage en bronze, l’artiste aurait eu besoin de dépenser quinze ou vingt mille francs qu’il n’avait pas, et, dans ce cas, le génie fut vaincu par la finance : le géant attendu ne fut plus qu’un avorton.
- Un autre ouvrage de M. Etex, Héro et Léandre, dont nous donnons aussi le dessin, attire particulièrement l’attention des Anglais à l’Exposition. Ce groupe en marbre porte le cachet vigoureux du maître dont les sculptures sont, de l’aveu des artistes étrangers, celles qui, comparées aux autres travaux du même genre, reflètent le plus de vie, le plus de plus de pensée, le plus de sentiment, le plus d’âme enfin. Si notre civilisation était assez avancée pour que l’art pût être considéré en dehors des opinions philosophiques ou politiques; si les artistes étaient jugés par des artistes, le grand prix de sculpture eût été très-probablement décerné à l’auteur des
- considération du besoin qu’a le public d’être initié aux douleurs sans nombre qui I groupes monumentaux qui décorent l’arc-de-triomphe de l’Étoile, et du groupe assaillent l’existence des grands artistes, nous jugeons à propos de donner une | si poétiquement inspiré du Caïn.
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- LUSTRE, par M. MATIFAT,
- FABRICANT FRANÇAIS.
- Le lustre dont nous’donnons le dessin a été commandé à M. Matifat, fabricant français, par le roi de Hollande. Le style est celui du temps de Louis XIV.
- On sait que la disposition de ce brillant objet d’ornementation, le plus riche sans contredit que l’on puisse imaginer pour être placé au milieu d’un salon, est telle que les lumières, en se répétant sur des cristaux qui semblent tomber comme autant de larmes, jette un éclat plein de vivacité et de vigueur, qui se multiplie dans les glaces nombreuses qui entourent le salon.
- Dans le château de Versailles, on peut en admirer de très beaux ; les appartements dits de Louis XIV, et notamment la grande galerie de glaces, en expose des modèles d’une splendeur sans pareille.
- Il paraît que le palais du roi, à La Haye, se prête merveilleusement à recevoir ce genre d’ornement si magnifique.
- C’est à M. Matifat qu’il a été commandé.
- On en voit les détails :
- La tige qui est au milieu et qui traverse le lustre de bas en haut, est comme une branche à laquelle d’autres rameaux viennent se fixer. Les girandoles qui semblent s’élancer tiennent à leur extrémité des bobèches d’où partent les cent bougies qui s’y adaptent, et auprès desquelles tombent symétriquement les pendeloques de cristal en forme de larmes. Six enfants se jouent au milieu de ces branches.
- Ils sont grimpés dans cet arbre de lumières, et lorsque le feu y brille, on comprend avec quel éclat ces figures viennent se refléter à travers les cristaux. Les figures allégoriques ne sont plus guères du goût moderne, et il faut savoir gré au roi de Hollande d’avoir voulu conserver à ce lustre son cachet du dix-septième siècle. Quant au système, il
- Lustre par M. Matifat, fabricant français
- semble que la mode des lustres, en ce qui concerne les cristaux, ne subisse pas de grands changements.
- M. Matifat a exécuté aussi un lustre indien, dont nous aurons à parler plus tard.
- Celui-là est dans un tout autre style, et quand nous en donnerons le dessin, on en reconnaîtra l’originalité. Que peut êire un lustre indien? Dans ce pays où la lumière est si brillante sous les diamans d’un ciel étoilé, il faut que le travail de l’artiste fasse du jeu des couleurs un agencement bien habile pour que la lumière factice lutte avec avantage contre les reflets resplendissants de la lumière naturelle. Nous verrons bien comment notre fabricant sera parvenu à résoudre ce problème
- Nous regrettons de le dire, mais il arrivera un temps, malheureusement prochain,?où ce genre de meuble sera de plus en plus rare. Les lustres par leur volume, et aussi par leur éclat, ne peuvent trouver place que dans de vastes ap
- parlements, et nos maisons, si coquettes qu'el-les soient dans leur architecture, n’ont plus que bien rarement ces larges proportions qui qui se prêtent volontiers à l’introduction de ces meubles où se forme ce quelque chose de grandiose.
- Il faut donc recourir au siècle du grand roi pour trouver des modèles de lustre qui répondent à l’idée de l’ornementation en grand.
- D’autre part, nous devons ajouter, en forme de consolation, que les modes différents d’éclairage qui viennent remplacer les lustres laissent encore à l’art un développement suffisant et qui permet d’y substituer une autre espèce d’ornement. D’ailleurs les établissements publics, les théâtres, les salles de concert se multiplient, et là, du
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- moins, on peut trouver de nouvelles occasions de reproduire ou mieux d’inno ver ce mode très-brillant d’éclairage, tout à fait indispensable dans une en ceinte où les lumières doivent être répandues à profusion.
- PRESSE AMÉRICAINE DE MAMMOTH.
- Cette presse mécanique sert à imprimer le Soleil hebdomadaire de New-York, New-York Weckly Sun. Elle donne 20,000 exemplaires à l’heure. La
- sont employés. Les caractères de la composition sont sur une forme cylindrique, qui vient s’imprimer sur la feuille placée sur un plan à huit côtés, se renvoyant de l’un à l’autre et descendant ainsi au moyen de courroies de renvoi, jusqu’à l’extrémité supérieure où la feuille paraît toute imprimée. Ces cour-
- l’resse américaine de Mammolh
- simplicité de sa construction est telle, que la figure dessinée^ci-dessus suf- I roies sont disposées par un procédé si ingénieux, qu’elles font l’office de la fit pour en donner l’idée la plus précise. Elle a 13 mètres de long et 6 de main humaine, prennent, placent et retournent le papier avec une précision hauteur, elle forme comme on le voit, deux étages distincts. Huit ouvriers y I sans égale. Le Nev)-York Sunestt:ré à 50,000 exemplaires.
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
- pas dans la première ; ce minerai est particulier au montArana. La fonte s’obtient dans de hauts four-naux à l’anglaise, c’est-à-dire, dans ces appareils colossaux, assez semblables à des tours au moyen desquels l’Ecosse, qui possède plus qu’aucun autre pays, le secret de leur utilité, obtient près d’un million de kilogrammes de fonte par mois. L’affinage, vu la rareté, ou tout au moins la cherté de la houille, se fait malheureusement au charbon de bois qui, bien que fort abondant dans le pays, est cependant loin de suppléer, tant pour le prix que pour l’activité, le combustible minéral exclusivement employé dans d’autres pays.
- Les couches des Alamos, d’où procèdent les liions d’Hereguizuela, dans la province de Salamanque, sont très-riches en minerai de fer hydroxidé et ear-bonalé, puisqu’on calcule que ces minerais donnent 45 p. cent, mais les séries de l’Andalousie et notamment les mines de fer magnétiques de Marabella, donnent 60 p. cent à l’affinage, et sont, par conséquent, de près d’un tiers plus riches que celles de Salamanque. Non loin des mines de Marabella et dans le même district de Malaga où elles sont situées, se trouve, comme un accompagnement géologique des fers magnétiques, du carbure ferrugineux ou plombagine, que nous appelons communément de la mine de plomb; il gît dans des veines de serpentines assez abondantes dans les entrailles de la Sierra Bermeja, qui fait partie du canton de Benahis.
- Une mine d’une autre espèce, se formant de fer micacé avec hydroxidé, estexploitée àBacarès, dans la province d’Alméria; le fer qui en résulte est excessivement malléable et ne sort pas du pays, non plus que celui de Beires qui peut lui être comparé.
- Mais tous ces minerais et beaucoup d’autres encore dont l’énumération serait oiseuse et fatigante, sont traités, à deux ou trois exceptions près, dans des forges, dites catalanes, autrement dit d’après l’ancien système des petits fourneaux, mode de procéder qui, tout en requérant les bras de cinq à six personnes par fourneau, ne peut produire cependant dans quatre ou cinq heures de travail, qu’une quinzaine de kilogrammes de fer. La compagnie Palen-tina-Leonesa de Leon, et celle du Pedroso de Séville, nous paraissent posséder, seules, des hauts fourneaux; il est vrai de dire que, si modestes qu’ils soient, ces établissements suffisent à la consommation avec laquelle ils sont en rapport et en dépassent même les besoins, puisqu’un des hauts-fourneaux du Pedroso est éteint dans ce moment, par la raison que ses produits manquent de débouchés. Le génie de la production ne se développe dans un pays qu’en proportion de l’accroissement de la consommation ; de telle sorte que produire est, contrairement à l’opinion commune, une question secondaire; la question de principe, c’est consommer; l’appétit d’une chose, fait naître industriellement cette chose; les inventeurs, agents des appétits publics, n’apportent que ce que la volonté sociale, dont ils ont l’intuition, leur a demandé; là où le public ne consomme rien, on n’invente rien, et, tant en thèse nationale qu’en thèse individuelle, celui là seul sait produire, qui sait consommer; il n’y a pas de meilleur cuisinier qu’un gourmand. Lorsque l’Espagne, sortant de ses haillons et de son austère paresse, se résoudra à entrer dans cette voie du luxe civilisateur, où l’homme fait un art de ce que la nature appelle un besoin, et où les besoins les plus impérieux s’adressent aux objets les plus superflus, alors le génie de la production se réveillera en elle, alors ses industries seront à la hauteur des établissements fondés par les peuples les plus avancés.
- Du reste, l’usine de Pedroso est un heureux témoignage des progrès que l’Espagne a faits depuis peu d’années; cet établissement, qui possède cinq roues à eau de la force de 250 chevaux et, dans la prévoyance de la rareté des eaux en été, une machine à vapeur de la force de 50 chevaux, quatorze fourneaux de diverses classes, sept forges, etc., serait digne de figurer dans des pays où l’industrie est plus développée que dans la Péninsule; c’est un remarquable jalon planté sur le chemin de l’avenir. Scs productions, connues pour la supériorité de leur qualité, mais, aussi, pour la cherté de leur prix, s’élèvent à 50,000 quintaux par an et pourraient facilement atteindre 75,000; ce résultat serait encore loin de la fécondité des hauts fournaux écossais, dont nous parlions tout à l’heure, mais c’est déjà un grand progrès fait sur les forges catalanes.
- Yoilà pour le fer; disons, en résumé, que ce
- métal est bon, abondant, d’extraction facile, mais fort cher, on sait pourquoi.
- L’Espagne, que nous venons de voir traitant, à l’Exposition, ses houilles, ses soufres, son asphalte, ses sels et ses fers avec assez de dédain, a mis quelque vaniteuse complaisance à étaler son argent. Cette façon d’agir nous rappelle la conduite de ces hidalgos ruinés qui, faisant bon marché des qualités solides qui constituent l’éducation et le bien-être, croient avoir donné d’eux une excellente idée quand, après une course pédestre de plusieurs lieues, ils arrivent à destination, la tête haute et l’estomac vide, satisfaits de pouvoir montrer des éperons d’or à leurs talons et une cravache à poignée d’argent dans leur main. L’Espagne ne s’est pas encore relevée de la maladie dorée qu’elle contracta il y a quelque trois siècles dans le Nouveau-Monde; le souvenir de l’éclat passager que lui donna le vernis métallique de ses colonies l’empêche de voir que ce lustre a tourné à son préjudice; et le fait moderne de la Californie, dont l’or, extrait à grande peine par les mineurs, est encaissé par les marchands de draps, de toiles et de comestibles, n’est, pas assez puissant pour lui dessiller les yeux : du moment qu’elle a de l’argent, elle se croit la première nation du monde; aussi, venez voir l’espace qu’occupe à l’Exposition cet élément spécial de la fierté castillane !
- Voici 17 échantillons de minerai argentifère d’Alméria, en voici 83 de Murcie, 11 de Guipuzcoa, 7 de Malaga, 2 de Linarès, puis encore de Guadalaxara, de Grenade, de Lugo, d’Oviedo, de Salamanque, de Tarragone, de Zamore, de Saragosse, de toujours et de partout : Tenemos pl-uta, voilà ce que les Espagnols ont été heureux de pouvoir dire aux peuples assemblés dans le Palais de Cristal; à quoi on peut leur répondre qu’ils en ont eu bien davantage et qu’ils n’en sont pas plus avancés pour cela.
- C’est dans les galènes ou minerais de plomb que se trouve principalement l’argent espagnol ; la richesse de ce minerai est réellement surprenante, et il n’y a presque pas de province en Espagne qui n’en ait sa part; Murcie est surtout favorisée sous ce rapport ; cette province possède vingt-deux mines de plomb de diverses espèces; les galènes argentifères en contact avec le zinc sulfuré des mines de de San José, Josetita, et Mazaron, celles mêlées avec le fer et le cuivre piriteux de Porvenir, donnent de 14 à 50 p. 100 de plomb et d’une à près de trois onces d’argent par quintal. Les galènes d’Alméria, dans les montagnes célèbres de Gador et d’Almagrera, sont moins nombreuses mais plus riches en argent que celles de Murcie ; il y en a qui contiennent jusqu’à une livre d’argent par quintal. Le grand morceau qu’on voit à l’Exposition provient du riche filon de Jaroso, dans la sierra d’Almagrera; ce filon donne en moyenne 43 p. 100 de plomb et 13 onces d’argent par quintal.
- Toute la côte d’Andalousie est remplie de minerais de ce genre; la province de Malaga présente cette substance mêlée avec le fer piriteux et le fer hydroxidé ; le sulfure de plomb abonde dans la Catalogne; les provinces basques, en Guipuzcoa, possèdent des galènes mêlées avec la blende; à Lordiz, canton de Berastegui, ce minerai est superposé au fer spathique de l’épaisseur d’un mètre dans une couche de deux pieds, en blocs considérables; Viz-coch offre un minerai semblable, non exploité jusqu’à ce jour, mais dont on peut voir un échantillon à l’Exposition.
- « Tous ces minerais, dit M. Ramon de la Sagra, sont traités dans des fours à manche avec du vent forcé, et dans des fours atmosphériques de grand tirage. Les pirites de fer qui sont fréquemment mêlées aux galènes, sont utiles pour le traitement des anciennes scories et des plombs carbonates trop chargés de fer, par la transformation que le soufre opère de celui-ci en sulfure. Les amateurs de minéralogie verront avec plaisir un échantillon de fer de forme stalaetitique avec des cristaux de plomb carbonate.
- On a découvert, il y a environ six ans, dans la province de Guadalaxara, une mine d’argent gris dont il s’est beaucoup parlé dans la Péninsule à cause des bénéfices énormes qu’elle a donné aux premiers actionnaires; des villages entiers, dont les habitants auraient peut-être mieux fait de rester à leur charrue, se sont établis autour de cette mine, connue sous le nom de Hidenelaencina; on vante les procédés employés pour l’extraction du minerai et l’on s’émerveille sur le bon marché des
- opérations; l’argent de Iliendelaencina fait partie de la collection exposée.
- Ce que nous venons de dire par rapport à l’argent espagnol nous dispense de parier du plomb car on se rappellera que c’est dans les galènes que nous avons trouvé la plata; seulement ce dernier métal est le seul dont nous ayons voulu faire cas pour nous conformer à l’humeur du peuple auquel ces lignes sont consacrées. Les masses de plomb mêlé au soufre, à l’antimoine, au fer, au zinc et à l’argent que l’Espagne possède sont incommensurables; malheureusement les arts auxquels s’applique cette matière sont peu développés dans le pays, ce qui tait que le plomb y est en grande partie converti en céruse ou blanc d’Espagne et livré, dans cet état à l’exportation. ’
- On évalue l’argent annuellement extrait des mines espagnoles à 40 millions de réaux, soit 10 millions de francs ; il serait facile de prouver que si la population ouvrière, qu’absorbe cette sotte industrie était appliquée à d’autres productions, elle réaliserait des revenus infiniment plus considérables. Nous disions tout à l’heure qu’on vantait la mine récemment découverte dans la province de Guadalaxarasait-on ce que cette exploitation a produit depuis six ans qu’on s’en occupe? elle a produit 20 millions de réaux (cinq millions de francs!) et des villages entiers sont appliqués à ce labeur absurde dont l’encaisse est inférieur à celui que réalisent viimt de nos artisans! Le peuple Je plus riche du monde le peuple américain, s’est formé des individus les plus désargentés de l’Europe; ce sont les pauvres du vieux monde qui ont peuplé les États-Unis, mais ces pauvres n’ontpas eu besoin, pour s’enrichir,'d’exploiter des mines d’argent, ils ont labouré la terre et fondé des manufactures; et dès que le fait de la richesse a été créé ils se sont peu occupés du symbole .- que la représentation du produit soit du papier ou du métal, peu importe; la chose essentielle c’est le produit. Voilà ce que l’Espagne ignore encore, bien qu’elle ait, plus qu’aucune autre nation, fait des écoles pour le savoir.
- Gérone, Grenade et Léon ont exposé des quartz et des sables aurifères. Le minerai de la première de ces trois provinces passe pour très-riche. Quant aux terres pailletées de Léon, elles appartiennent aux al-luvions formés dans la vallée de la rivière Pequeno, dans la Cabrera supérieure : ces alluvions couvrent une grande surface, et l’on attend, cela va sans dire, de grands résultats de leur exploitation, qui ne fait encore que commencer. Il résulte des statistiques publiées avant 1850 que les lavages établis sur divers points ont produit 50 marcs d’or d’une valeur de 40,000 francs : ce chiffre donne la mesure de l’enfantillage des chercheurs d’or péninsulaires.
- Pour compléter ce rapide examen de la métallurgie, il nous reste à parler du cuivre, du mercure, du zinc, de l’étain , de l’antimoine, du nikel et du cobalt; mais plusieurs de ces métaux ayant été implicitement traités à propos du plomb, avec lequel ils se trouvent mêlés, nous n’avons pas à y revenir; si l’on en excepte, d’ailleurs, le cuivre et le mercure, ces matières, bien que fort abondantes dans la géologie espagnole, sont produites en si petite quantité, qu’il ne vaut guère la peine de s’en occuper.
- Les plus beaux cuivres qu’on voit à l’Exposition proviennent des provinces de Iluelva, de Séville et d’Alméria. Le premier est un cuivre gris se formant d’un mélange de pirites de fer et de cuivre, et contenant 5 p. % seulement de ce dernier métal. Un deuxième minerai, originaire de la même province de Iluelva, se compose de sulfo-arsénio-antimoniure double de fer, cuivre, argent et autres matières; il se trouve formant une bande irrégulière de 40 centimètres de largeur, et contient 22 p. % de cuivre
- Le filon qui produit les cuivres de Séville, près du village de Castillo-de-las-Guardas, est de 13 mètres d’épaisseur sur une étendue de 336 et une profondeur de 35; le minerai est mêlé de quartz ferrugineux. Cette exploitation fournit plus de 200 quintaux de cuivre par mois.
- Quant à ceux d’Alméria, ils sont extraits de Yelez-Rubio, de Bayargue et de Turre, et se font remarquer pour leurs couleurs : ils sont bleus et verts.
- Saragosse et les Asturies exhibent aussi des cuivres argentifères et carbonatés qui méritent d’être mentionnés.
- Les spécimens de mercure fournis par Oviedo et Ciudad-Réal ont cela de curieux qu’ils le présentent dans ses différents états géologiques, c’est-à-dire avec les substances terreuses et fossiles qui accom-
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
- pagnent ses gisements assis dans une formation silurienne supérieure. Les mines célèbres d’Almaden se composent de veines d’une grande épaisseur tracées dans les rocs de la Manche. Malgré les travaux actifs qui se pratiquent dans ces mines depuis plusieurs siècles, leur profondeur n’excède pas '150 brasses; la principale veine a de 30 à 50 pieds d’épaisseur; le mercure s’y trouve à l’état natif et combiné avec du souffre. Il y a à l’Exposition des exemplaires de cinabre cristallisé, de grès imprégné de cinabre, de mercure corné, jusqu’au nombre de vingt-six échantillons très-intéressants pour ceux qui sont curieux d’étudier la région géologique du mercure espagnol.
- Ces mines fournissent annuellement plus de 20,000 quintaux de mercure, ce qui constitue plus des trois quarts de la production annuelle du monde dans cette matière.
- Après les métaux se présentent naturellement les marbres, les serpentines, les albâtres, les puzzo-lanes, les kaolins, les chaux hydrauliques, les grès réfractaires et les argiles plastiques dont nous parlerons dans un prochain article, en nous servant de ces divers sujets comme d’une transition pour passer à l’examen de l’agriculture espagnole.
- BELLEGAIUUGÜE.
- EXPOSITION DES ETATS-UNIS.
- Les premiers produits que l’on rencontre, en entrant dans le Palais de Cristal, par la porte de l’Est, sont ceux des Etats-Unis et de la Russie.
- Parlons des Etats-Unis :
- Nous voici dans la première salle. Ici les grandes industries naissantes des Etats-Unis s’anoncent par des spécimens peu brillants, sans doute, mais qui, dans leur simplicité, inspirent déjà de sérieuses inquiétudes et une vive jalousie aux producteurs anglais. C’est que ces épais sheetings (tissus pour draps délits en coton), c’est que ces drülings (croisés) se vendent, sur les marchés de la Chine et de l’Amérique du Sud, à des prix dont la Grande-Bretagne ne parvient pas, malgré tous ses efforts, à égaler la modicité ; c’est que ces chinlzes, ces toiles peintes, toutes imparfaites qu’elles sont, ont déjà supplanté, en grande partie, les simulacres anglais dans la consommation du Chili, du Pérou et de plusieurs autres pays. J’ai vu, en 1850, les magasins de Yalparaiso remplis de calicots imprimés de Lowell, de Rhode-Island et des Massachussets.
- Examinons maintenant les plus remarquables des produits qui s’étalent bien à leur aise dans la salle où nous sommes.
- Nous y rencontrons des échantillons de draps de la compagnie de Burlington; des daguerréotypes à profusion et parfaitement réussis; des tissus de coton blancs et imprimés, parmi lesquels ceux des Wamsutta-mills, près de Bedford, brillent par leur finesse exceptionnelle; de la toile à voile en coton, de bonne qualité, fabriquée à New-York; des draps et des étoiles de laine façonnées, médiocres, de Clenton (Massachussets); des indiennes communes, de Merrimurck (même Etat) ; des châles de laine ordinaires à carreaux et des guinghan. N’oublions pas, non plus, de mentionner quelques pianos de New-York, et surtout le piano-violon. Les cristaux de la compagnie de Flint-Glass, de Brooklyn, sont bien confectionnés. Les meubles méritent peu d’attention.
- La salle que nous venons de visiter est bornée au sud par une allée transversale qui se prolonge jusqu’au transept. La partie de cette allée appartenant aux Etats-Unis, renferme des papiers peints très-médiocres, un mauvais tapis, des patrons de tailleur, des instruments de menuiserie, quelques chaises, des maroquins noirs et des peintures de plantes.
- Dans la grande salle américaine de l’extrême sud, qui vient après cette allée, il y a des produits bruts fort remarquables. Mais passons d’abord en revue certains produits manufacturés exposés le long du mur. Voici des peaux tannées très-épaisses ; de la tôle de Philadelphe; du fer en barres; de l’acier de New-Marck; de l’extrait de salsepareille, dont beaucoup d’Américains font usage, même en parfaite santé ; puis, de la famense eau du Congrès ( Con-gress-water) que l’on voit annoncée dans toutes les rues de New-York. Notons ici, en passant, qu’aux Etats-Unis, les marchands se disent aussi volontiers fournisseurs du Congrès, que ceux de Londres fournisseurs de la Reine.
- Viennent ensuite des produits chimiques ; du. ta-
- bac à priser; des farines; des amidons ; diverses sortes de biscuits de mer; parmi lesquelles figure un biscuit de bœuf très-nutritif, composé de farine et d’extrait ou de bouillon de viande concentré. On le dit d’excellente qualité, et il paraît qu’aujourd’hui, les troupes américaines, cantonnées sur les frontières des territoires indiens, font un usage constant et à peu près exclusif de cette précieuse conserve. La France a, du reste, exposé un produit analogue, fort digne d’attention.
- Mentionnons encore quelques spécimens de savon, une collection de minéraux et notamment de morceaux d’anthracite, substance si abondante dans l’Amérique du nord ; des échantillons de blé de Turquie sur plante; de curieux gâteaux de graine de lin; divers échantillons de blé et une très-belle et très-intéressante collection d’échantillons de cotons en laine de toutes sortes. On a eu soin de laisser des bourgeons épanouis à plusieurs branches de cotonniers, en entourant le duvet d’un léger morceau de gaze.
- Il y a aussi quelques échantillons de laines américaines.
- Au centre de la salle sont étalés de gros ballots de coton, des minéraux, diverses graines et céréales, des barils de bœuf et de lard salé, dont la douve supérieure est remplacée par une plaque en verre qui permet de contempler les salaisons. Si celles-ci sont agréables à l’œil, je suis à même de certifier que rien n’est plus désagréable au palais que ces affreuses viandes dont j’ai eu le malheur d’être forcé de me nourrir pendant mes traversées à bord des steamers américains de l’Atlantique et du Pacifique. Elles sont horriblement dures et salées, et, malgré cela, bien souvent en pleine putréfaction quand on les consomme à bord. Je me garderai donc de décerner des éloges à ces produits, cause trop fréquente de scorbut et de mille autres maladies pour les malheureux passagers auxquels elles sont réservées. En matière de salaisons, comme sous bien d’autres rapports, nous sommes très-supérieurs aux autres nations et particulièrement à l’Amérique.
- Quelques échantillons de bois, des farines des croton-mills, de New-York, des briques et quelques produits sans importance, complètent l’exposition des États-Unis -du côté du sud.
- Passons maintenant au côté Nord! Avant d’y arriver, nous remarquons dans la grande avenue, le plan en relief de la chûtedu Niagara et l’admirable statue d’Héram Power, représentant une jeune esclave grecque, l’un des plus beaux objets d’art de l’Exposition, fourni, chose singulière, par le pays le moins artistique du monde. Près de la statue se dresse un pont-viaduc de chemin de fer, sur lequel sont placés deux mannequins figurant un couple de hideux indiens peaux-rouges, puis un trophée d’objets en caoutchouc.
- Sur le devant de la division nord des Etats-Unis on rencontre une vilaine urne en argile, de Cincinnati; une selle et un bonnet d’Indien, assez élégants pour des sauvages; des animaux empaillés; une balance et divers autres instruments de précision, d’Erickson, parmi lesquels se trouve un baromètre d’alarme, dont l’exactitude est entièrement subordonnée au caprice de quelques sangsues qui jouent à peu de chose près, le rôle du mercure dans ce bizarre instrument.
- Viennent ensuite des armes à feu communes, du Connecticut, et une statue en plâtre représentant un Indien blessé qui retire une flèche de sa cuisse
- Quatre entrées mènent dans la grande salle nord des Etats-Unis. La première, à partir de la porte Est du Palais de Cristal, renferme quelques voitures qui n’ont rien de remarquable; la seconde, de grands foufneaux #i fer, avec appareil à ventilaton ; la troisième, des objets en caoutchouc : statuettes d’animaux, poupées, souliers, gants, cartes géographiques, appareil sous-marin avec conduits pour la transpiration, le tout en caoutchouc. La quatrième et dernière entrée est aussi vouée à cette substance qui y figure sous forme de bouteilles, de toiles et de bottes, chaussures devenues d’une grande importance pour les Américains, depuis la découverte des mines de la Californie, où elles leur sont fort utiles auxivet diggings.
- L’application du caoutchouc à tout espèce d’usage, paraît être devenue aujourd’hui, aux Etats-Unis, une de ces idées fixes, une de ces monomanies qui s’emparent de temps en temps de l’esprit de leurs habitants.
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- Dans la grande salle, à laquelle aboutissent les petites allées que nous venons de parcourir, on aperçoit, le long du mur, des modèles de chemins de fer, des ventilateurs de navires et d’énormes avirons. Au centre, sont placés des instruments aratoires et des machines. Les charrues sont de toutes sortes de modèles. Il y a une curieuse sorte de herse, de l’Illinois, une machine à nettoyer le grain et divers autres appareils d’agriculture, qui attirent l’attention des connaisseurs.
- On remarque le modèle d’un appareil à eau chaude, de Perkins, destiné à chauffer les établissements publics ; le fusil à vapeur et Vantifriction press, du même, par laquelle il propose de remplacer la presse hydraulique; une machine d’Erickson, dite calorie engine ; un fourneau à eau chaude de Perkins, pour cuire le pain au moyen de tubes serpentants; des machines à égréner le coton, du Connecticut; des roues de chemin de fer, système Eddie ; un métier à tisser le coton; deux appareils en fer, servant à relier les livres ; un coffre-fort ; une machine à étirer le coton et deux fours en briques.
- Nous avons terminé maintenant la revue des principaux produits des États-Unis au rez-de-chaussée. Dans la galerie du nord ils ont un petit étalage de parfumerie et notamment de savons de Philadelphie, ainsi qu’une assez grande quantité de toiles en caoutchouc.
- L’exposition américaine, toute incomplète qu’elle est, a cependant un caractère bien tranché. Elle montre de nombreuses industries naissantes, qui compensent, par le bas prix de leurs produits, ce qu’elles laissent à désirer sous le rapport de la qualité et du fini. Les État-Unis se pressent de s’élever à la hauteur des nations européennes. Us commencent par faire un peu de tout,'"la perfection viendra plus tard.
- Les produits bruts de l’Amérique indiquent les nombreuses richesses naturelles de cet immense territoire qui tient des trésors presque inépuisables en réserve pour le trop plein des populations de notre hémisphère. Ses instruments aratoires présentent quelques innovations utiles. Quelle industrie est, en effet, plus digne d’exercer l’intelligence des citoyens des États-Unis, que celle qui constitue la base de leur richesse et de leur puissance nationales, l’industrie agricole ?
- Si l’exposition Américaine n’offre rien qui doive beaucoup flatter l’amour-propre du peuple le plus fier et le plus satisfait de lui-même, elle établit, du moins, un point de départ et de comparaison curieux, vers lequel les regards de ce peuple se reporteront avec orgueil d’ici à quelques années ; car ce ne seront certes pas les États-Unis qui, à la prochaine Exposition universelle, montreront le moins de progrès accomplis depuis cette mémorable date industrielle de \ 851. Heureux pays pour qui les années sont presque des siècles de forces et de richesses acquises, et auquel l’avenir réserve un si grand rôle politique et commercial !
- Belgique. —L’ouverture solennelle de l’exposition triennale des beaux-arts a eu lieu le 15 à Bruxelles, en présence du roi. S. M., accompagnée des grands-officiers de la couronne, des officiers-généraux, ai-des-de-camp de service et officiers d’ordonnance, est arrivée au salon de l’exposition à midi et quelques minutes.
- Nous nous proposons de faire un examen spécial des compositions des principaux exposants, mais nous sommes obligés de nous borner aujourd’hui à citer quelques-uns des auteurs qui attirent le plus les regards et les éloges à divers titres Signalons, donc, M. Gallait, dont les Derniers honneurs rendus aux comtes d’Êgmont et de Homes par le grand serment de Bruxelles, et Art et Liberté, sont deux toiles véritablement parfaites. M. Léon Cogniet est son digne rival avec son Tint or et peignantsafile morte, et la France a envoyé là un des plus beaux joyaux de sa couronne artistique. Autour de ces deux œuvres capitales viennent se gouper MM. Gudin, de Keyscr, Robert-Fleury, Roqueplan, Navez, Lies, Van Eyck, Beckmann, Stevcns, Courbet, Cari Ilubner, Coor-inans, Madou, Robbe, Mme O’Connel, MM. Lyon, Messonnier, Rosa-Ronheur, Calamatfa , Edmond Tschaggeny, Ruyten, Hunin, Cepmak, Moerenhout, Montpesat, F. Wilbranl fils, Porlaels, Bourlard, Laemlein, Van Lerius, Quecq, Jérôme, etc.
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- LE PALAIS DE CRISTAL
- PIANO DROIT,
- PAR M. SÉBASTIEN MERCIER , DE PARIS.
- La création de la maison Sébastien Mercier date de 1828 ; les deux premiers pianos droits qui aient été fabriqués en France parurent à cette époque à l’exposition du Louvre; M. Mercier avait participé à la fabrication de l’un d’eux, et c’est en s’occupant de ce travail qu’il préludait à la fondation de l’établissement qu’il a depuis rendu célèbre.
- A compter de ce moment, le piano droit, à cordes obliques, préoccupa vivement les artistes et les amateurs ; chacun s’étonna des résultats obtenus avec, un instrument de si petite dimension. Encouragé par le succès , confiant dans ses connaissances spéciales et dans son activité,
- M. Mercier appliqua toutes les ressources de son intelligence novatrice à asseoir sur de larges bases le triomphe de cet instrument.
- Les améliorations intro -chiites par l’habile facteur furent d’abord de pure forme.
- Comme il ne voulait rien retrancher à la longueur des cordes comparées à celles des pianos carrés, ces cordes furent placées dans la diagonale de la caisse du piano et, pour en dissimuler l’étendue, les côtés de cette caisse affectèrent la forme de hanches, renflement peu gracieux mais nécessaire encore à la disposition de la table d’harmonie. La forme du piano était, alors, nécessairement plus grande qu’elle ne l’est aujourd’hui.
- Plus tard, il fallut faire choix d’une mécanique qui répondît à tous les caprices d’un artiste inspiré; M. Mercier ne fut pas le dernier à tenter l’échappement sur la touche, modification de l’échappement Petzold; plus de 500 pianos ont été fabriqués conformément à ce système. A quelque temps de
- là, M. Mercier reconnut qu’il fallait développer la table d’harmonie sur sa hauteur, ce qui a nécessité l’emploi de la mécanique oblique inventée par Roller ; déjà, la qualité des sons satisfaisait les oreilles les plus exercées et il ne restait plus qu’à donner aux pianos droits une plus large part de la puissance des pianos à queue. Or, c’est là précisément le résultat capital que M. Mercier a obtenu par la nouvelle invention dontnous donnons aujourd’hui le
- dessin ; il paraît favorablement démontré que les pianos droits dont nous nous occupons sont aussi près qu’il soit possible de l’espérer de l’ampleur et de la vibration des pianos à queue.
- Pour faire comprendre la volonté qui a présidé à cette réalisation de l’idéal d’un art pratique si difficile, il est nécessaire de dire que M. Sébastien Mercier, privé de ces appellations et de ces patrimoines qui servent d’enseigne au succès, est tout simplement un fils de ses œuvres. Parti simple ouvrier de la maison paternelle, accomplissant son tour de France et d’Italie en compagnon courageux, il a acquis saposition par l’application de son goût naturel à l’étude; à lui seul le mérite d’avoir gagné ses premiers éperons et d’avoir atteint dans son art le rang que lui assignent et la grande médaille d’argent qui fut accordée en 1844 à son célèbre piano transpositeur, et la récompense que sa double table à conducteur acoustique lui sut valoir en 1849.
- Facteur de pianos de LL. MM. la Reine d’Angleterre et le Roi de Suède, M. Mercier a exposé deux de ses instruments au Palais de Cristal; l’un est en ébène légèrement orné de dorures et harmonisé avec une rare élégance ; l’autre est en bois de caracoa des Indes, formant, par une gracieuse intersection de bois de rose, des marbrures de l’effet le plus original ; il est ouvragé en imitation du style grec, goût particulier du facteur, qui semble vouloir se soustraire, même en ce qui touche la forme, à toute accusation de plagiat.
- Piano droit, par M. Sébastien Mercier, de Paris.
- MACHINE A LAYER,
- PAR MACALPINE , d’HERMNERSMITH.
- Les trois figures que nous donnons ici décrivent une machine fort ingénieuse et qui est destinée au lessivage des objets de lingerie, aux mousselines, aux couvertures, etc., etc.
- Fig. 2.
- La figure 1 représente la coupe aux trois quarts et en plein de l’appareil ; la figure 2 la coupe en
- Fig. t.
- le plan
- profil et au trait; la figure 3 horizontal du récipient.
- On comprend très-aisément le mécanisme de cette machine. Un arbre de couche placé au centre du moteur, où est enroulée une courroie, est armé d’autant de cames qiéil y a de battoirs verticaux. Ces battoirs (R) sont mus alternativement dans le mouvement rotatif de l’axe , en sorte qu’ils viennent tomber sur un tambour C tamisé au milieu, et où se trouvent les objets à laver. Sur ce tambour sont versées les substances nécessaires au lessivage; le tambour reçoit lui-même, par une courroie de renvoi, un mouvement d’oscillation, de sorte que les battoirs tombent perpendiculairement sur les objets, lesquels tournent autour et viennent se soumettre ainsi à leur action.
- Les inventeurs ont réalisé par cet agencement une notable économie : les objets ne subissent au-
- cune altération, et la main-d’œuvre remplace, on le comprend, une grande quantité d’ouvriers.
- Cette machine peut être mise en mouvement dans une grande buanderie au moyen d’une machine à vapeur.
- On a multiplié, à Londres, les buanderies destinées aux classes pauvres. Il en existe sur plusieurs points, et notamment auprès de Regent’s-Park. Il est probable que cette nouvelle machine poura être avantageusement appliquée dans ces établissements si utiles et si économiques.
- II serait désirable que l’on multipliât ces buanderies à Paris et dans les villes ouvrières de France.
- On compléterait ce genre d’établissements par des
- Fig. 3.
- bains à bon marché. Nous en avons visité plusieurs en Angleterre qui sont d’une excellente combinaison.
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- LE PALAIS DE CRISTAL
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- MACHINES.
- La machine qui est placée en haut de cette page est un machine à couper fort utile aux papetiers, aux imprimeurs lithographes, fabricants de portefeuilles, de boîtes, etc. Elle a été inventée par un ouvrier qui se nomme John Turner. Cette machine permet de donner une grande régularité, une symétrie parfaite dans les coupes faites pour tel usage de
- papeterie que l’on se propose. Rien, du reste, n’est plus simple que ce mécanisme : Il suffit de l’inspection de la figure pour s’en rendre compte. Au moulinet dont on voit le dessin à droite est adaptée une manivelle qui permet d’activer à volonté le travail en donnant le mouvement à un bras embranché au bout de l’axe, et au moyen de roues dentées qui lui communiquent le mouvement, un large couteau se lève et se
- A, représente le corps même de l’essieu,- NN, fusées; B, le moyeu dans lequel se trouvent les rondelles, les coussinets et les roues ordinaires.
- Au-dessous de l’essieu, est place un bras M C, qui peut du centre de la voiture se soulever au moyen d’une courroie ; par ce soulèvement, un verrou E se meut et vient s’enfoncer dans l’intérieur même du coussinet intérieur entre la fusée et le trou du moyeu; en sorte que si les chevaux s’emportent, il devient très facile d’arrêter contre toute force de traction, si forte qu’elle soit, la voiture emportée par les chevaux qui auraient le mors aux dents. Cet appareil n’est autre chose qu’un frein.
- On comprend aisément comment on doit arriver à se servir de ce frein factice. Nous supposons que
- Machine à couper, par M. John Turner, de Londres.
- baisse en tombant dans une rainure formée au milieu d’un plateau sur lequel on a soin de placer les feuillets ou le carton que Ton veut couper.
- Nous donnons au-dessous de cette machine à couper, un modèle d’essieu dont la disposition a pour but de protéger contre les accidents si nombreux auxquels on est exposé en voiture.
- la voiture soit lancée, que les chevaux aient pris le mors aux dents; de l’intérieur de cette voiture, un simple mouvement de la main tire la corde dont on voit le tracé à la figure de cet appareil, lettres M L, formant avec un verrou placé au point K un angle ; ce bras M L soulevé fait avancer dans l’intérieur de la rondelle et au-dessous de l’essieu dont les fusées, traversent le moyeu un verrou qui fait obstacle au
- mouvement de rotation imprimé à l’essieu dans le moyeu quelle que soit la célérité du véhicule.
- Dès lors, par la pression de ce verrou sur l’essieu, le moyeu qui forme le centre de la roue se trouve arrêté et par conséquent empêche la roue elle même de tourner.
- LE FIRE ANN1HILATOR
- INVENTÉ PAR M. PHILIPPS.
- Prométhée, de mythologique mémoire, ravit le feu au soleil et en dota les hommes. Le pauvre diable avait ainsi mécontenté le dieu des dieux et Ton sait ce qu’il en advint!
- M. Philipps retourne la question : il veut rendre le feu au dieu des dieux et poursuit, de tous ses efforts, l’étouffement de la flamme; tentative parfaitement louable, sans doute, mais hélas ! bien difficile depuis le proverbe : II. n’y a pas de fumée sans feu !
- Nous avons sous les yeux une petite brochure qui contient, en faveur du procédé de M. Philipps, une foule de testimonials (preuves) de son succès en Angleterre. M. Philipps, au dire du Times, du Morning Herald, etc. etc., a vaincu le feu sur toute la ligne.
- Il a inventé pour cela un appareil dont la fonction consiste à faire sortir, en cas d’incendie, une vapeur énorme qui inonde le feu, et empêche l’air d’alimenter ce destructeur ardent de toute propriété. Etouffer le feu, telle est la solution du problème par M. Philipps, et nous n’avons que des éloges à donner à une pareille et si bonne intention.
- Aussi les journaux anglais ne tarissent-ils pas d’éloge ! dans une foule d’expériences le procédé homéopathique de l’invention du Fire annihilator a été couronné de succès.
- Nous ne demandons pas mieux que de les croire sur parole, mais alors il faut en conclure que le feu Anglais est moins résistant et moins coriace que le feu français. (Vous savez cette furia francese qui se montre partout) !
- Si bien que voilà déjà deux expériences faites au Champ-de-Mars par M. Philipps sans aucun succès ; tantôt c’est le manque d’ingrédients qui en est cause, tantôt c’est la trop grande quantité; Cela nous a rappelé le fameux briquet phosphorique d’Arnal, qui ne va jamais parce que tantôt c’est l’allumette, et tantôt c’est le phosphore qui ne s’y prête pas.
- Nous ne voulons pas décourager M. Philipps; mais nous lui donnons le conseil de ne jamais tenter les spectateurs Parisiens, sans être trois ou quatre fois sur de l’efficacité de ses procédés. Déjà il a fait deux expériences : on en annon-Le rire amiihiiaior. ce une troisième: Nous désirons qu’il réussisse, et en cela,
- nous ne lui souhaitons pas le bénéfice du proverbe : le troisième coup fait feu.
- Nous attendrons donc, pour nous prononcer définitivement sur le mérite de cette invention, le résultat de cette troisième expérience.
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
- COURRIER DE PARIS ET DE LONDRES.
- Le flot d’Anglais qui a été emporté par les vacances a été immédiatement remplacé par un flot plus considérable d’arrivants, gens en vacances aussi, bonnes gens et illustres gens de toute sorte, qui viennent, après la plus abominable traversée, s’épanouir sur la terre d’Angleterre : Ils la touchent enfin, deux fois joyeux, deux fois pressés par le double aiguillon de la curiosité et du mal de mer.
- Les Français surtout, les Français en grand nombre, débarquent en ce moment. Nos juges, nos avocats, nos législateurs, nos universitaires, nos ministres , sont visibles, aujourd’hui, dans la cage transparente d’IIyde-Park : Laissons les regarder, admirer, s’ébaubir. Le spectacle de ces dignes béotiens n’est pas bien neuf pour nous. Quant à ce qu’ils regardent ne vous dérangez pas, restez dans votre fauteuil, lisez le Palais de Cristal, et tout cela défile devant vous, pièce à pièce, de plus, savamment expliqué et apprécié.
- Quant aux théâtres de Londres, dont nous n’avons pas parlé depuis quinze jours ; rien de nouveau, si ce n’est un vieil opéra inédit de Mendelssohn, écrit en \ 829 à l’occasion d’une fête de sa famille.
- La partition posthume a été jouée au théâtre d’Haymarket ces jours derniers: C’est à vrai dire, sauf l’ouverture, une espèce d’opéra-comique. La pièce est fort amusante, les situations assez heureuses et la musique a été fort applaudie ; en somme, c’est un succès, un succès obtenu dans les circonstances les plus défavorables, sur un théâtre de troisième ordre, et pourtant c’est un grand et véritable succès qui se continuera, sinon à Londres, sur une scène plus digne, du moins très-probablement ; à Paris.
- Quant aux autres théâtres, ce sont tout simplement les verres de la lanterne magique qu’on nous a montrée cet hiver à Paris ; toujours les mêmes astres et les mêmes grotesques. Nous voyons toujours Mme Fontag, la Cruvelli, l’Alboni dans toutes les Zerlines de don Juan ou de la Corbeille d’Oranges, dans Lucrèce, dans la Fille du Régiment, dans des concerts de toutes sortes. — Encore Mme Yiar-dot, la Grisi, la Castellan et Mario, et Tamburini, et Ronconi, et Tamberlick, et même ce jeune Mai-ralt, qui a une si belle voix et qui chante si mal.
- Ajoutez des traductions bizarres d' Angelo, de la Bataille de Dames et de Mlle de Belle-Isle-, et, chose étrange, de quelques-uns de nos vaudevilles de la Montansier, vous avez tous les détails imaginables sur la queue de ce cotillon dramatique qui se danse l’été à Londres, deci delà, après la contredanse sérieusement exécutée l’hiver à Paris.
- Nouvelles du turf maintenant. Nous sommes à l’époque périodique du repos absolu : jockeys au vert, écuries fermées. Mais comme le sport ne peut dormir, il se déplace : le turf change de nature, ce n’est plus le sable de New-Market ou de Newcastle, aujourd’hui c’est l’onde ; l’onde douce ou l’onde amère, peu importe.
- Le vent est aux régates; il s’en prépare de toutes façons, de toutes natures et de toutes voilures ; tout cela n’est que jeu d’enfants, distractions de parieurs, désœuvrement de club; mais dans le même ordre de faits une question bien autrement grave est posée : la dignité maritime de la vieille Angleterre, l’honneur national est engagé. Le plus beau schooner des États-Unis, America, vient bravement de lancer le plus insolent défi à tous les schooners imaginables de la mère-patrie, fort dédaigneuse jusqu’ici à l’égard de toutes les imperfections apparentes de la marine américaine. Voici, du reste, les termes officiels du cartel publié par les journaux :
- « Le New York Yacht Club , considérant qu’il n’est pas sans importance , pour l’utilité générale, de soumettre à une loyale épreuve les mérites relatifs des deux mondes, propose, par l’intermédiaire du commodore Stevens, à l’escadre des yachts de Sa Majesté , de faire courir, to run, le yacht américain America, contre un ou tous les schooners appartenant à l’escadre des yachts de la Grande-Bretagne. Les schooners au choix du commodore anglais; la course en dehors de l’île de Wight, sans sortir du canal, sous une brise de six nœuds, au moins. »
- L’Angleterre ne rit plus : elle accepte. Une souscription de mille livres sterlings a été immédiatement couverte par les membres du club royal : le champion chargé de défendre l’honneur de l’Angleterre et les guinées du club est 1 ’Alarm, en compagnie d’un autre yacht de S. ‘M. B. On attend avec une vive curiosité : les enfans en remontreraint-ils à
- leurs grands-parents; la colonie, après avoir donné autrefois une leçon de politique à la mère-patrie, lui donnerait-elle aujourd’hui une leçon de gabarit? Nous verrons et nous vous dirons les détails.
- A Paris, nous avons tout d’abord les nouvelles de Fontainebleau ; car jamais Paris n’a été vagabond, insaisissable comme aujourd’hui : la multiplication des chemins de fer, les facilités inouïes que la spéculation y a imaginées, font que Paris est toujours sorti, toujours en route. Les étrangers arrivent et demandent à voir les fêtes de Paris; en effet, aujourd’hui , Paris donne une fête — à Nantes ; il donne un déjeuner — à Tours, il donne un diner — à Orléans. Il visite les monuments publics à quarante lieues à la ronde; il visite les ruines historiques — à Coucy, — à Pierrefonds, — à Clisson. Paris ? Paris n’y est pas.
- Enfin, dimanche, Paris inaugurait une statue — à Fontainebleau.
- Le général Damesme, mort à la suite d’une blessure reçue le 24 juin à la place de l’Estrapade, a mérité et obtenu les honneurs iconiques, comme dit Pindare.
- Nous n’avons plus à parler de la statue ; le Palais de Cristal en a publié un dessin fort exact il y a huit jours; de la fête, il n’y a jamais rien à dire que la banalité officielle, à savoir, que les autorités étaient présentes en grand costume, que la fête a été « superbe » et « constamment favorisée par le plus beau temps. » Une remarque particulière seulement, et que nous ne pouvons contenir, c’est notre admiration pour la magnifique tenue militaire et politique du 8e régiment de hussards, qui assistait ou plutôt présidait réellement à la fête.
- Il y a bien eu encore la fête de Saint-Louis à Versailles, la fête de Saint-Cloud, sans compter celle qui se prépare à Saint-Germain, mais qu’il nous soie permis, mon Dieu! de toucher barre, ne fût-ce qu’un instant, à Paris, au moins pour les événements dramatiques.
- Il y a deux faits à noter : la semaine a mis au jour deux œuvres, importantes toutes deux, l’une par la scène qui l’a accueillie, l’autre par elle-même et surtout par son auteur.
- Débarrassons-nous d’abord de Mathurin Régnier, comédie en trois actes, en plusieurs tableaux et en vers, de M. Ferdinand Dugué. Rassurez-vous, nous parlerons le moins possible de cette œuvre lourde, bâtarde, ennuyeuse, qui parle comme un livre et rit comme on déclame, dont la Porte-Saint-Martin ne voudrait pas, et que le Théâtre-Français n’a sans doute accueillie que pour faire concurrence à l’Odéon.
- Laissons la grande voix de M. Beauvallet, qui n’est bonne qu’à casser les vitres, et les grands pieds tragiques de Mlle Rimblot, et les grandes phrases de M. Dugué, qui n’a rien su trouver de bon que des citations plus ou moins heureusement enchâssées; oublions toute la bonne, franche et spirituelle gaieté de M. Got perdue dans les broussailles de cette pauvre versification, et paulô majora canamus. Passons au Gymnase.
- C’était une grande solennité samedi au boulevard Bonne-Nouvelle: Mercaclet le Faiseur : le faiseur! le type le plus répandu, on pourrait presque dire le type absolu de notre époque; l’honnête homme le code à la main, et encore se laissant aller parfois avec prudence à quelques trouées; l’homme aux prises avec les caprices de la fortune, qu’il ne peut, malgré la meilleure volonté, dompter absolument; du reste héros d’épitaphe bon époux, bon père de famille, mais trop de savoir-faire; enfin le caractère que Balzac connaissait le mieux, dont il a subi le plus cruel ressouvenir, et qu’il a dû peindre avec le plus de passion et d’amertume.
- Mais au lieu de vous raconter la pièce, que vous irez voir, j’en suis sûr, car Paris et la province, pendant trois mois, afflueront au Gymnase, j’aime mieux raconter l’histoire de la pièce, qui est peu connue et que personne ne vous dira.
- Balzac, il y a quelques années, avait composé cette œuvre, destinant le rôle de Mercadct à Frédérick-Lemaître : nous reviendrons sur ce détail. Il porte la pièce aux Français: —refusée comme immorale! de plus, impossible au point de vue scénique.
- 11 la porte à la Gaîté : refusée pour les mêmes raisons !
- Enfin, dernièrement, l’Odéon l’avait acceptée des héritiers; mais le marché ne se présentait pas dans les conditions ordinaires : il fallait acheter la pièce purement et simplement. M. AHaroche hésita longtemps, puis refusa net.
- C’est dans ces circonstances que Mercadet fut porté au Gymnase par un homme d’affaires ; mais bientôt on s’entendit sans intermédiaire, etMme de Balzac consentit à l’indispensable collaboration de M. Dennery.
- Maintenant M. Laurent Jan se plaint amèrement : il prétend être un des auteurs de la pièce première; et, en la voyant ainsi arrangée, il s’est écrié, ou à peu près : « Les Vandales ! avec mes os ils ont fait du noir animal et des double -six ! «
- En réalité, M. Laurent Jan a été toute sa vie, dit-on, le factotum de Balzac : il jouait à peu près le rôle du préparateur dans les cours de chimie, du piston, comme nous disions. Vous le savez, c’est celui qui allume les fourneaux, apporte les alambics, dispose, courbe et redresse les tubes, etc. En outre, M. Laurent Jan était, paraît-il, chargé de mettre des mots dans les pièces de Balzac.
- De telle façon que, du moins on l’assure, le manuscrit original de Balzac, manuscrit imprimé, car, comme on le sait, l’illustre romancier faisait toujours composer et tirer immédiatement à une seule épreuve, qui tenait lieu de manuscrit, son œuvre inédite; le manuscrit original, disons-nous, portait cette note particulière : « J’autorise M. Laurent Jan à présenter cette pièce au théâtre *** et à ajouter des mots. » Or, l’épreuve, assure-t-on, est pure de corrections.
- Maintenant suivons la pièce devant la censure : il y a eu beaucoup plus de bruit que de mal ; quelques mots à peine avaient été rectifiés; cette phrase entre autres : Mercadet disait, montrant une pièce d’or : « Voilà l’honneur à notre époque : vendez du plâtre pour du sucre, et s’il n’y a pas trop de scandale, vous devenez député, ministre, pair de France. » La censure exigea : « Vous pouvez devenir. » A la première représentation, l’acteur chargé du rôle, Geoffroy , s’oublia et dit la phrase originale. Il y eut quelque bruit au bureau des théâtres : on verbalisa, on se plaignit à M. Léon Faucher, qui arrivait de voyage. Immédiatement il demanda le manuscrit et fit suspendre. Il le lut lui-même et le rendit le lendemain avec quelques suppressions nouvelles.
- M. Léon Faucher entre autres a coupé, comme immorale, cette phrase curieuse, c’est une théorie exposée par Mercadet: «L’habilité, dit-il, n’est pas de la légéreté; la légèreté n’est pas de l’indélicatesse , l’indélicatesse n’est pas de l’improbité, mais tout cela s’emboîte comme des tubes de lorgnette. »
- Quant à la part qui appartient à M. Dennery, la voici sur quelques points : Je vais vous parler de la pièce comme si vous la connaissiez , parce que vous l’avez vue ou vous la verrez, où bien vous ne méritez pas qu’on vous en parle.
- Au premier acte Mercadet vient de jouer tous ses créanciers : Arrive le dernier, le père Violette, un vieillard, larmoyant et ruiné, qui extorque 60 francs à Mercadet, la scène finissait là, il les prenait et s’en allait.
- Au dernier acte il y avait, en réalité, deux Godot, — de Labrive consentait à se déguiser, ce qui était odieux et sentait trop la Cour d’assises.
- Enfin, le dernier mot, mot magnifique, éclatant; Mercadet qui vient d'être traqué, trois actes durant, par ses créanciers, est enfin riche. Immédiatement il prête d’office, spontanément, à propos de rien, 10,000 fr, afin de s’écrier: « Me voilà créancier! » Le mot c’est-à-dire le trait est de M. Dennery.
- En somme, quelque soit celui à qui on le rapporte, le succès a été immense, enthousiaste. Geoffroy a été excessivement remarquable, il a sauvé le caractère par la bonhomie ; Frédérick l’eut joué comme un ressouvenir de Y Auberge des Adrets et l’eut rendu repoussant. Enfin, cent représentations, au moins, telle est la promesse de la soirée de samedi.
- Un détail pourtant : Balzac, avait fait la jeune fille laide ; elle eût été constatée laide, et le rôle eut été joué par la plus jolie de l’endroit, Mlle Luther, M. Dennery a vu là une impossibilité scénique. Avait-il raison?
- Maintenant je n’ai plus rien à vous dire, si ce n’est : allez-y voir.
- On a repris, à grand fracas, Robert le Diable à l’Opéra, 325e représentation. La gentille Célestine Emarot a dansé, pour la première fois, le pas d’Hé-léna, l’abbesse des nones, et elle s’en est acquittée de façon à nous faire rêver aux délicieux ballets qu’on nous promet et qu’elle nous dansera cet hiver en docte et charmante compagnie.
- G. DE BODCüNTHLE.
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- FAITS INDUSTRIELS Exposition générale des tableaux des artistes
- VIVANTS DE TOUS LES PAYS A LICIIFIELD-IIOUSSE,
- 13, st, james’ square. (Londres.)
- L’industrie, la sculpture, les manufactures, les arts industriels avaient dans le Palais de Cristal absorbé toute la place: la peinture seule n’avait pas d’asyle à Londres, et dans ce grand spectacle que donne au monde l’Exposition de 1 851, il était regrettable que le premier de tous les arts fut oublié.
- Aujourd’hui la lacune est remplie. Lichfield-Housse est devenue, pour la peinture, ce qu’est pour l’industrie le monument JeRottenliow. Sous le patronnage éclairé du marquis de Lansdovvne, du comte de Malsbury, etc., etc., et de grands noms de la noblesse française, la noble mansion de St. James’ square, Lichüeld-IIousse, se pose aujourd’hui comme la succursale du palais des palais, de la merveille des merveilles : L’artiste ou l’amateur peut trouver là réunies toutes les écoles de peinture; abeille intelligente, il peut, en quelques heures, butiner parmi les richesses artistiques de l’univers entier, et se former une idée du faire et du style des différents maîtres. Que de richesses dans cette colleciion unique, qui ne doit avoir que la durée d’un éclair, à peine quelques mois! Voici des fleurs à l’aquarelle ; elles sont de V. Bartolomew; Redouté et Von Spanden sont surpassés; en voici d’autres à l’huile, G. Lance a dérobé à la nature le secret de leur fraîcheur... éternelle. Voici Cromwell regardant Charles Ier couché dans le cercueil, magnifique page de Paul Delaroche ! Que de belles œuvres signées Madou, de Bruxelle, Henri Leys, d’Anvers, Ernest Slingeneyer, Ziegler, Lehmann, Schopin, Rosa Bonheur, Biard, Eugène Delacroix, Munro, Grant, Fanny Borbeaux, Louisa Muhlenfeldt, Van Risem-burgh, Redgrave, Van Elven, Gustave Wapers, Auguste Lapito,Roëhn, Saint-Jean, de Lyon, Jacob, de Berlin, Charles Steffeck, Schoppe, Horace Vernet, Ternite, Léon Coignet, Pickersgill, Tschaggeny, Gurlitz, de Dresde, etc., etc.
- Dans l’impossibilité où nous nous trouvons d’analyser chaque beau talent d’une collection qui compte plus de cinq cents pages, nous avons préféré citer des noms, mais ces noms, ceux qui les portent en ont fait un éloge.
- Nous qui, sans arrière pensée, aimons l’art pour l’art lui-même, nous nous félicitons de voir que c’est encore l’Angleterre cette fois qui a pris l’heureuse initiative d’une exposition générale des peintres vivants. C’est une sorte de politesse que Londres fait aux nombreux étrangers qu’attire dans ses murs la grande Exhibition de l’Industrie, que de leur donner les moyens de juger des mérites si divers des artistes de tous les pays.
- L’administration des Trente jours de Plaisir n’a pas pu, à cause du mauvais temps survenu jeudi soir, donner la brillante fête qu’elle devait offrir à ses souscripteurs dans le Parc d’Asnières.
- Mais il paraît que ceux-ci n’auront rien perdu pour attendre; car M. Rion rêve quelque chose de féerique en leur honneur.
- On sait que cette fête, donnée par anticipation aux Trente jours de Plaisir, est une prime gratuite offerte aux innombrables adhérents à l’excellente idée de faire amuser tout le monde à bon marché.
- Cette fête doit avoir lieu aujourd’hui.
- LA LIBRAIRIE FRANÇAISE a l’exposition universelle.
- S’il est une industrie à laquelle toutes les autres doivent delà reconnaissance, c’est assurément celle qui sert à les faire toutes connaître et à les propager dans le monde entier.
- A ce seul titre, la librairie française mérite d’occuper une large place dans l’examen des produits exposés à Londres.
- Nous ne voulons pas nous étendre sur la popularité qu’elle a spécialement valu aux arts, aux sciences et même au caractère français, dans tous les pays où elle pénètre, il suffît d’indiquer seulement les titres des ouvrages exposés pour être sur que le public, et notamment la classe lettrée, apprécieront la valeur de l’exposition qu’a faite la librairie française.
- LE palais DE CRISTAL.
- 271
- MM. Gide etBaudry, notamment, ont exhibé un volume de planches spécimen de l’architecture du cinquième au seizième siècle, par M. J. Gailhabaud. Ouvrage justement considéré comme hors ligne, par les archéologues et les hommes spéciaux, il renferme la façade de la cathédrale de Rheims, chef-d’œuvre de gravure; une travée tout entière de la cathédrale de Cologne; un plafond peint à Palerme, le puits sacré de Ratisbonne ; une grille à Rouen ; des candélabres italiens ; la chaire de saint Fran-çois-d’Assise; des vitraux et des statues de la cathédrale de Chartres, etc.
- Indiquer le titre de chacune deces planches, c’est assurément en rappeler le mérite. D’ailleurs, le le nom deM. Gailhabaud est attaché à des ouvrages tellement remarquables qu’il est à lui seul une sûre garantie que le livre est beau et sérieux.
- Le Monument de Ninive, exposé par MM. Gide et Baudry est l’ouvrage que les archéologues estiment le plus. Ce. n’est pas là un ouvrage destiné simplement à "perfectionner une science déjà faite, et à n’ajouter que peu de choses aux connaissances antérieures ; tout y est neuf au contraire, tout y est inattendu; c’est en quelque sorte la révélation d’un art inconnu, d’une branche nouvelle de l’archéologie qui désormais, et grâce au livre de MM. E. Flan-din et Botta, repose sur les éléments les plus surs et les plus complets.
- Parmi les gravures de ce remarquable ouvrage nous avons principalement distingué le grand Taureau aîlé de la collection des antiques, au Louvre; le lion de bronze, l’Hercule des Assyriens, des combats, chasses, courses, festins, et un grand nombre d’inscriptions cunéiformes.
- Le Poyage en Perse, publié sous les auspices de M. le ministre de l’intérieur, est une savante exploration dans cette partie si peu connue de l’Europe. La publication d’un pareil travail est un des services les plus éminents rendus de nos jours à la connaissance de Fantiquité et de l’histoire de l’art, et à ce titre comme l’objet d’une des publications les plus utiles à la science et les plus honorables pour notre pays. .
- Les Voyages pittoresques dans l’ancienne France, par MM. le baron Taylor, Charles Nodier et de Cailleux; les Tableaux de la Nature, par le savant M. de Ilumboldt. C’est de tous les ouvrages de l’illustre auteur prussien celui qui a le plus contribué à populariser son nom, la traduction qu’ont publiée MM. Gide et Beaudry est due à M. Galusky, qui déjà avait traduit Cosmor.
- Le Voyage autour dit monde, par Dupetit-Thouars, et le Voyage aupôle sud et dans l’Océanie,, par Dumont d’Urville, de si douloureuse mémoire. On sait que ce voyage est, de toutes les expéditions entreprises et achevées dans ce siècle par la marine française, la plus récente, la plus glorieuse et la plus féconde en résultats nouveaux. Assurément les libraires qui ont entrepris une pareille publication ont rendu le plus grand service à la science.
- L’Exploration scientifique de l’Algérie, est encore l’un de ces ouvrages qui font le plus grand honneur et aux auteurs qui les écrivent, et aux libraires qui les publient. La partie de botanique et d’anthropologie, est traitée par MM. Boryde Saint-Vincent et Durieu de Maisonneuve, l’anthéologie, par M. Delamarre, chef d’escadron d’artillerie; cette dernière partie comporte à elle seule, trois volumes grand in-4°, accompagnés d’un atlas de 200 planches gravées en taille-douce, de la plus grande richesse d’exécution.
- Les recherches sur le culte public et les mystères de Mithra, par M. Félix Lagard, ouvrage'cou-ronné par l’académie des Inscriptions et belles-lettres; De Venise à Constantinople, à travers la Grèce, et retour, par le vicomte Théodose du Monce ; cet ouvrage est moins une œuvre littéraire, qu’une œuvre artistique. Cependant, les impressions du voyageur y trouvent largement leur place. C’est si l’on veut, un album annoté, où le voyageur, l’artiste, l’archéologue, ont écrit chacun leur page. Le Caucase pittoresque par le prince Grégoire Gagari-ne, dédié à l’empereur Nicolas. Certaines parties du globe, on le sait, sont restées inconnues, et un voile mystérieux dérobe au monde civilisé l’appréciation des phénomènes naturels, de 1’histoire et des traditions qui caractérisent ces oasis inexplorés; ce magnifique livre, publé en vingt livraisons, a véritablement popularisé la connaissance de ces con-! trées reculées.
- Il nous reste à dire un mot des fameuses loges de Raphaël, collection complète des cinquante-deux tableaux qui ornent les voûtes du Vatican, dessinés à l’aquarelle et gravés en taille-dpuce par J -C. de Meulemeester.
- Ce fut un bien grand service rendu à l’art que la publication de l’œuvre laborieuse et patiente de Meulemerster. Le monde artistique se rappelle que penché pendant douze années sur une grande échelle qui est devenue elle-même un monument, il n’eut de pensées et de regard que pour l’œuvre de Raphaël. Ces tableaux, dont le temps, l’humidité et mille causes différentes ont amorti et effacé les couleurs, et qui, dans maintes parties, sont presque indéchiffrables, occupèrent seuls son opiniâtre atten tion. A force de les contempler et d’en étudier les moindres détails, il avait acquis en quelque sorte le don d’une seconde vue, c’est-à-dire qu’il était parvenu à distinguer des formes arrêtées et des nuances précises là où d’autres n’auraient aperçu que la confusion et le chaos. Mais, superstitieux dans sa fidélité, il ne se contentait pas de deviner, il traduisait littéralement; il rendait trait pour trait, teinte pour teinte, ces peintures lancées par le génie vers le ciel. Rien ne put le détourner de cette application pénible. Les révolutions passèrent au pied de son échelle sans le distraire un moment.
- MM. Gide et J. Baudry ont su obtenir le succès à chacune des publications que nous avons sommairement indiquées. On peut hautement féliciter ces intelligents éditeurs d’avoir placé à l’Exposition universelle des précieux spécimens de l’industrie de la librairie française.
- Sellerie.—En parcourant les galeries de l’Exposition française , nous nous sommes arrêtés devant les nombreux produits de sellerie, exposés parla maison Prax et Lambin , de Paris, la seule qui ait représenté cette partie si intéressante de notre industrie, et dont la collection est la plus riche et la plus variée de toutes celles qui figurent au Palais de Cristal. L’attention des amateurs s’y trouve stimulée par des innovations et des perfectionnements que l’on nous a signalés comme très-heureux. Parmi les objets les plus remarqués, contentons nous de citer : la selle dite des colonies, portant le n° 1 du catalogue, et qui, toute équipée ne vaut que 25 fr. — Une selle à arçon tout en cuir ferré acier. Cet arçon, totalement inconnu en Angleterre y a été fort approuvé. — Une selle anglaise ayant une couverture formant elle-même une seconde selle propre pour la chasse, ingénieuse invention dont l’avantage est d’éviter l’embarras de deux selles à la campagne, et de permettre de transformer immédiatement une selle de chasse en une selle de promenade. — Une selle à arçon en bois, brevetée, adoptée pour la cavalerie française. — Une selle de dame que l’on dit fort remarquable à cause de la suppression des coutures et des assemblages. Le petit panneau-selle pour enfant des deux sexes avec lequel on peut monter à l’anglaise, à droite et à gauche. — Le grand équipage turc avec sa selle et sa housse brodées en or, qui captivent tous les regards. La plupart de ces selles sont confectionnés en peaux brunies ou glacées, et sont les seules de ce genre, puisque ce système de fabrication est encore inconnu en Angleterre. Ajoutons qu’en ne reculant devant aucun sacrifice pour soutenir ainsi la réputation de la sellerie française, MM. Prax et Lambin ont rempli un honorable devoir.
- CORRESPONDANCE.
- M. L., à Carcassonne. — Le n° 5, qui est épuisé, vous sera expédié dans quelques jours, après un nouveau tirage. — Votre abonnement expire le 11 octobre. — Pour la prime à 4 teintes, envoyez un bon sur la poste de 3 fr. 50 c., plus 12 fr. 50 c. pour renouveler jusqu’au Ier août 1852.
- M. Gustave L., à Douarnenez. — Reçu les 16 fr. — La prime sera expédiée du 10 au 15 septembre.
- M. Ch., à Saint-Claude. - Reçu les deux mandats. — La prime sera expédiée du 10 au 15 sept.
- M. G. fils aîné, à Bayonne. — Ajouter 1 fr. au mandat pour la prime à 4 teintes.
- M. G,, à Nîmes. —Adressez 16 fr. pour prolonger jusqu’au 31 juillet, et prime à 4 teintes.
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- NUMÉRO 18. ADMINISTRATION : A PARIS, PASSAGE JOUFFROY, 24. — A LONDRES, 2, CATHER1NE-STREET STR AND, SAMEDI 6 SEPTEMB]
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- SOMMAIRE.
- Notice sur le général Marceau. — Bulletin Industriel. — Exposition de Londres, par M. Jobard (de Bruxelles).
- — De la propriété intellectuelle — L’Espagne a l’Exposition (4« article), par M. Bellegarrigue. — Revue de l’Exposition de Londres. Draperie française.
- — Avis important. — Courrier de Paris et de Londres. — Exposition de Londres (dernières nouvelles. — Faits industriels. — Pile voltaïque de Le Molt. — Correspondance.
- DESSINS.
- Statue du général Marceau. — Vase étrusque. — Vestale voilée. — Dot à bière de Munich. — Vases en verre (cinq dessins)
- — Argonaute et Amazones (groupe). — Table dessinée par la duchesse de Sutherland. — Linge de table (deux dessins). — Table indienne en ébène sculpté. — Coffret. — Machines fumivores (trois dessins),
- — Locomotive de Crampton (quatre dessins). — Le photographotrope.
- STATUE DU GÉNÉRAL MARCEAU.
- La ville de Chartres va bientôt inaugurer la statue de ce général, arraché à vingt-quatre ans à la plus belle et à la plus honorable carrière que l’on pût ambitionner.
- Marceau naquit le Ier mars -1769 à Chartres (ci-devant capitale de la Beauce et aujourd’hui chef-lieu du département d’Eure-et-Loir). Son père était greffier du tribunal criminel. A l’âge de seize ans, il s’engagea dans le régiment de Savoie-Carignan; en 1789, il y était sergent.
- Au 14 juillet 1789, se trouvant en semestre à Paris, et ayant coopéré à la prise de la Bastille, il reçut son congé absolu.
- De retour dans ses foyers, 11 fut chargé d’organiser et de discipliner la garde nationale, qui le récompensa en le nommant, en même temps, capitaine de grena-nadiers et de chasseurs.
- En 1792, il partit pour les frontières avec le grade de lieutenant-commandant au bataillon départemental d’Eure-et-Loir.
- 11 arriva à l’armée commandée par le général Lafayette au moment où elle se disposait à suivre à l’étranger son général, forcé de s’expatrier pour dérober sa tête à la proscription prononcée contre lui. Marceau sort des rangs, la fureur dans les yeux, met la pointe du sabre sur la poitrine d’un officier qui entraînait ses soldats, et s’écrie: « Français, il est un devoir plus sacré que l’amour pour son général ; celui de ne pas laisser cette frontière découverte. » Cet élan généreux imposa à toute l’armée, qui s’arrêta à la voix du jeune officier.
- Lors de la capitulation de Verdun, quoi qu’il eût dit dans le conseil défensif qu’il fallait périr sur les murs de la place, au lieu de la rendre, il eut le regret de se voir choisi, à raison de son jeune âge, pour porter au roi de Prusse la capitulation de cette ville. Ce monarque lui voyant les yeux baignés de larmes, dit : « Si les Français ont beaucoup de jeunes militaires semblables, nous aurons fort à faire.
- Cette capitulation fit perdre à Marceau absolument tout ce qu’il possédait, et, à cette occasion, un représentant du Peuple lui ayant demandé ce qu’il voulait qu’on lui donnât ? Un sabre nouveau, répondit-il, pour venger notre défaite.
- Dans la même année, il fu nommé capitaine de cuirassiers dans la belle légion Germanique et envoyé dans la Vendée.
- En 1793, après la prise de Saumur, il fut élevé au grade d’adjudant, et, par un décret de la Convention, nommé général de brigade. Le 25 juin de la même année, il fut nommé général de division par le ministre de la guerre Bouehotte.
- En octobre suivant, sur la demande de Kléber, douze représentants du Peuple le nommèrent général en chef par intérim de l’armée de l’Ouest et de Brest, et, quelques mois plus tard, le 12 décembre, il gagna la fameuse bataille du Mans où, tour à tour général et soldat, il se fit également admirer par son courage, ses talents militaires, et surtout son humanité, qui faillit lui coûter la vie, en voulant sauver une jeune tille combattant pour la cause royale, et qui était poursuivie par des soldats républicains. Pour cet acte de générosité, Marceau allait être conduit au supplice, car la loi punissait de mort tout républicain
- Statue du général Marceau, par M. Auguste Dréault.
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- qui faisait grâce à un royaliste, et sans l’arrivée de Paris à franc étrier du représentant du Peuple Bourbotte, auquel Marceau, au péril de ses jours, avait sauvé la vie à l’affaire de Saumur, c’en était fait du général Marceau qui n’avait, pas encore vingt-quatre ans.
- Le carnage dont il avait été témoin au Mans et qu’il n’avait pu empêcher qu’en partie, lui fit solliciter instamment son envoi aux frontières. « Je ne veux plus combattre des Français, disait-il dans sa demande, je veux porter mes armes contre l’étranger, c’est là où est l’honneur et la gloire. « Il arriva .à l’armée des Ardennes, en mai 1794, et aussitôt il s’empara des villes de Thuin et de Nuy.
- Après avoir été envoyé sur le champ de bataille de Fleurus, où il reçut le nom du Lion de l’armée, et avoir pénétré à Mayence, le malheureux Marceau trouva la mort dans le fort d’Altenkirchen, où un chasseur tyrolien l’ajusta et le frappa à l’âge où il commençait sa carrière d’une manière si glorieuse.
- M. Auguste Préault, statuaire, a été chargé de reproduire les traits du jeune général. Marceau est debout, la main gauche appuyée sur la poignée de son sabre, et de la droite, il feuillette des papiers et des plans posés sur un tronc d’arbre. La pose est vaillante, la tête est fière, le corps est crânement posé sur les hanches. Tout dans cette figure respire la force et le courage.
- M. Préault a eu l’heureuse idée de représenter ce Bayard des temps modernes, la tête haute et nue, le chapeau posé près de lui, avec ce fameux plumet coupé par une halle à la bataille de Limbourg, et tenant sous la main droite la capitulation de Co-blentz.
- Maintenant que nous avons à peu près décrit cette statue que nos lecteurs ont devant les yeux, il nous reste à dire un mot du sculpteur. M. Auguste Préault est un de ces artistes d’inspiration, dont les œuvres sont systématiquement admirées des uns et repoussées des autres. C’est un de ces hommes qu’on n’a pas encore assez discuté pour leur valeur. Jusqu’à présent, on Ta accepté ou on l’a nié. C’est un malheur.
- Aujourd’hui que son talent est accepté de tous, aujourd’hui qu’il a son droit de bourgeoisie au salon , qu’il y entre de droit, il faut qu’il entende la vérité.
- Il ne s’agit plus d’étonner le public, mais de le captiver. Il ne s’agit plus de montrer ce qu’on peut faire, mais de prouver qu’on sait, et de conquérir ainsi sans conteste sa place au premier rang. M. Préault est jeune, a de la fougue, de l’inspiration , de la science ; il lui faut maintenant chercher la beauté, la grâce ; car, pour nous, comme pour tous ceux qui aiment l’art, il n’est point de réputation solide sans la beauté qui captive, la forme qui attache et la grâce qui séduit.
- Après cela, il ne nous reste plus qu’un mot à dire, que la statue du général Marceau est une des bonnes statues qui aient été exposées depuis dix ans.
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
- BULLETIN INDUSTRIEL.
- L’élément le plus vif de la ferveur avec laquelle on cherche le triomphe d’un principe, c’est, sans contredit, l’honnêteté du but, et l’utilité générale. Or, de toutes les questions qui peuvent préoccuper les esprits, dans notre siècle, nous avons la conviction qu’il n’en est pas une qui soit empreinte de ce double caractère avec plus d’énergie et plus de vérité que la question de la propriété intellectuelle.
- Soit à l’intérieur, soit dans nos relations avec l’étranger, plus le droit résultant d’une organisation de cette propriété sera puissant, plus les liens qui doivent rendre les relations humaines honorables et durables prendront de consistance et de force. Ainsi, vouloir constituer sur des bases larges et solides le droit de l’intelligence, c’est résoudre définitivement le grand problème de la paix entre les citoyens d’une même nation et entre les peuples qui sont appelés à avoir entre eux des relations commerciales et industrielles.
- Nous aimons à pouvoir démontrer cette assertion.
- Examinons d’abord notre position sous son aspect intime, selon les relations qui s’établissent entre les citoyens d’un même pays.
- Evidemment, le but constant des efforts communs, c’est l’amélioration du bien-être, le développement de l’intelligence, l’appât d’un intérêt solidaire vers le même résultat, la confiance mutuelle et le bonheur.
- Or, il n’est pas, selon nous, de moyen plus efficace pour réaliser le bien-être que le travail incessant du génie qui dompte la nature, qui dérobe ses secrets et y trouve les éléments les plus certains de rendre la matière obéissante aux volontés humai--nés; pas de principe plus fécond pour le développement de l’intelligence que cette communication des idées qui étend la sphère large où se meuvent les esprits dans le domaine des sciences, des arts et du commerce ; pas de lien plus étroit pour unir les hommes que le principe d’une fortune, dont les ressources s’augmentent nécessairement par l’augmentation des débouchés et par l’accroissement du nombre des consommateurs-, pas de mobile plus certain de la confiance et de la paix que le succès dans les affaires, c’est-à-dire, la réalisation des bénéfices dans l’exploitation.
- Mais il arrive presque toujours que le bien-être ou le succès, si Ton aime mieux, trouve un dissolvant, c’est la ruse et la fourberie : or, dans la constitution du droit de la propriété intellectuelle, la première de toutes les lois, c’est la probité. Probité de l’inventeur dans l’exposé de sa spécification; probité de la société dans la protection éclairée qu’elle lui assure ou dans l’évaluation de l’indemnité qu’elle lui offre ; probité des industriels dans la solidarité commune qui écarte la contrefaçon, en établissant une croisière contre les pirates de l’industrie, comme les gouvernements humains et libres en ont établi une contre la traite des noirs.
- Mais, dira4-on, ces beaux principes et cette religieuse reconnaissance du droit, c’est le beau idéal, c’est l’utopie d’une âme confiante, qui croit à la bonne foi humaine, pauvre niaise qui se laissera duper par le premier fripon un peu adroit.
- Et d’abord, la recherche du bien peut avoir assez de charme pour que Ton se contente de poursuivre ce but : c’est un genre d’amélioration qui vaut bien la peine qu’on s’en occupe. Nous savons, nous voyons chaque jour, dans le spectacle fort triste des disputes humaines, qu’on s’imagine que le succès reste d’ordinaire au plus habile, et que c’est surtout dans une ruse bien combinée, dans les mille replis d’une tresse bien ourdie que Ton place souvent le principal mérite d’un homme : beaucoup de gens ont pris pour devise : « Être vertueux, c’est être adroit j>; et de là à la friponnerie la route est courte et la pente facile.
- Mais nous pensons, nous, que la plus grande habileté consiste à être honnête : nous croyons que le breveté qui ne donne pas une description sincère de ses procédés déprécie lui-même et comme à plaisir son invention, et s’expose à s’en voir enlever le produit le plus clair et le plus légitime; nous estimons que le commerce qui prélève sur la crédulité un bénéfice provisoire se réserve dans l’avenir une dépréciation radicale et se ruine en se perdant de réputation; que par conséquent, l’absence des marques de fabrique jette le discrédit sur la chose
- vendue et que les mauvais fabricants détruisent la bonne renommée des fabricants honnêtes en jetant sur les marchés des produits qui déshonorent le pays ou l’atelier d’où ils sortent. Nous avons la ferme conviction qu’une maison connue pour sa bonne foi, pour sa probité, trouve, s’il survient un sinistre, mille ressources au lieu d’une pour y échapper; qu’on s’empresse autour d’elle; que les capitaux viennent à son secours, sauvent ses ateliers, en laissant planer légitimement la belle réputation qu’ila conquise; tandis que le négociant, qui n’a eu qu’un succès éphémère au préjudice de ceux qu’il a trompés, ne peut, une fois atteint par la ruine, se relever et se défendre contre les coups du discrédit qu’il encourt et du déshonneur qu’il mérite. Yoilà, selon nous, les deux parts faites à l’homme probe et à l’homme malhonnête. Où est l’habileté?
- Ce n’est pas la première fois que depuis bien des siècles on s’étudie à couvrir le malhonnête du manteau de l’habile; et malheureusement, ou plutôt fort heureusement pour la conscience humaine, les faits sont là qui prouvent qu’on a bien souvent perdu la partie que Ton ne jouait pas de franc jeu. Pourquoi donc se figurer que l’industrie a le privilège sin -gulier d’échapper à la règle commune? Pourquoi se faire illusion à cet égard, et cfoire que la ruse et la fourberie doivent faire le fond de cette affaire ? Si nous touchons à cette question si délicate, si nous osons , contrairement aux principes du proverbe ,
- « parler de corde devant des pendus, » c’est que nous avons sous les yeux l’exemple éclatant de quelques peuples qui prospèrent, et se prêtent un mutuel secours par la probité des transactions, au lieu de se tendre des pièges dans lesquels ne tombe pas seulement la dupe, mais dans lesquels le .fripon lui-même, et les gens honnêtes, qui vivent de la même industrie, donnent tête baissée.
- On dit beaucoup de mal de l’Angleterre. La foi. de la « perfide Albion » est passée à l’état de « foi « punique » dans beaucoup de très-bons lieux. Or, si Ton entend par mauvaise foi, ce sentiment de nationalité qui permet aux Anglais de se montrer parfois un peu trop faciles sur les moyens, quand ils traitent avec l’étranger , c’est-à-dire avec le barbare des temps modernes, il faut reconnaître que les Anglais ne se trompent jamais entre Anglais. Il est rare d’avoir à constater dans leurs relations rien qui vienne en aide à ces menées qui compromettent un peu leur réputation avec les étrangers, et c’est d’eux surtout que Ton peut dire que « les loups ne se mangent pas entre eux. »
- Puis, s’ils se montrent loups vis-à-vis de certaines nations, c’est, à leurs yeux, si Ton en croit à cet égard leur propre excuse, qu’en la trompant ainsi, ils s’imaginent user de représailles ; et c’est le mauvais exemple des tromperies qui les ont dupés, qui leur fait prendre, à leur tour, le droit de duper les autres.
- C’est qu’en effet, l’industrie, dont le commerce est le moyen, ne peut arriver à conquérir une véritable force que par le respect des transactions internationales ; et c’est par l’honnêteté seule que se manifestera ce respect qui doit s’exercer, dans sa double carrière, au-dedans et au dehors.
- Nous avons dit que c’est dans la garantie donnée . à l’inventeur que se trouve l’élément le plus certain de son bien-être et le gage de la solidarité qui lie les citoyens d’un même pays et les nations entre elles.
- Au moment où l’industrie est devenue le symbole d’une alliance générale des nations, par l’Exposition de Londres ; au moment où va commencer la discussion des intérêts communs aux peuples qui se sont présentés dans cette vaste arène du génie ouverte dans Hyde-Park, il est de la plus haute importance de développer cette pensée qui doit servir de guide à tous les partisans de la réforme que nous poursuivons.
- Dans quelques semaines, en effet, quand la discussion s’ouvrira pour résoudre ce grand problème, il faudra bien que Ton soit d’accord sur les éléments même d’une alliance que nous regardons comme la base de la nouvelle législation dont nous préparons la formule.
- Or, que se passerait-il à l’intérieur?
- Que deviendraient les relations internationales à la suite d’une mesure décisive prise en faveur des droits de l’industrie ?
- A l’intérieur, voyez ce qui paralyse les transactions entre le génie qui produit et le capital qui est
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- condamné à l’immobilité : c’est l’absence de toute garantie.
- Les capitaux n’osent venir en aide à l’inventeur, parce que ce dernier ne peut offrir que ses procédés, les ressources de son travail à l’homme dont l’argent lui est indispensable pour exploiter son brevet. Sup-posez-le garanti, et voyez immédiatement quelles en seront les conséquences.
- On s’est plaint de voir les capitalistes s’éloigner du domaine où se meut le travail ; on regrette de ne pas voir en France, comme en Angleterre, les grands propriétaires fonciers se mêler aux intérêts matériels, se fondre dans la foule des industriels, être chaque jour, comme dans la Cité, cette ruche industrielle de Londres, à la tête des grandes compagnies organisées pour l’exploitation des procédés dont le génie vient doter chaque jour l’industrie : c’est que chez nous aucune garantie n’existe qui vienne donner crédit à la confiance des capitalistes.
- Chez nos voisins, il est vrai que la loi doit être réformée en ce qui concerne les détails : le prix des Patents est trop élevé, les formalités sont trop compliquées; mais du moins on n’a pas écrit au frontispice de la loi cette incroyable phrase : « Sans garantie du gouvernement » , qui a eu pour résultat nécessaire de consacrer, vis-à-vis du pays, la défiance en matière d’exploitation industrielle. Comprend-on que, dans notre France, dont les habitudes sont prises depuis si longtemps, et qui ne peufpenser, organiser, agir, sans avoir en quelque sorte les yeux fixés sur le centre de l’Etat, on ait imaginé, dans une loi faite pour aider l’industrie, pour encourager le génie des inventeurs, pour étendre et développer le crédit, d’écrire en tête des brevets, ces diplômes du travail et de l’intelligence, une phrase qui équivaut à celle-ci : « Prenez-garde, ici il y a des pièges à loups. » N’est-ce pas là une heureuse pensée que cette phrase : « Sans garantie du gouvernement », dans un pays où il faut, pour inspirer de la confiance et pour réussir, que tout soit patroné, encouragé, subventionné par l’Etat?
- Qu’est-ce pourtant que le gouvernement avait à craindre, et quelle panique s’est emparée des législateurs quand cette belle idée leur est venue? A quoi bon dire au public un mot qui peut soulever dans son esprit une équivoque? Sans doute, les brevets d’invention ne pouvaient pas être et n’ont jamais été garantis par l’Etat, en ce sens que l’exploitation n’était en aucune façon soumise aux garanties d’une protection pécuniaire; et c’est là seulement ce que peut signifier cette phrase. Mais qui donc a jamais songé à laisser à l’Etat la responsabilité de cette garantie? Qui donc a jamais voulu demander au gouvernement d’assurer la fortune d’un inventeur ? Non, personne n’a eu cette illusion, cette étrange fantaisie. Ce que les inventeurs ont dû demander au gouvernement, c’est la garantie deleurs droits; c’est une protection efficace devant les tribunaux; c’est une réglementation intelligente qui les assure contre les désastres de la contrefaçon intérieure; c’est une appréciation, à dire d’experts compétents, des procédés consignés dans la spécification.
- Donc, ces mots : « sans garantie du gouvernement » sont une absurdité et un mensonge; et le moindre défaut qui leur soit inhérent, c’est, par malheur, d’avoir ajouté le discrédit et la défiance,à la surprise que soulève celte singulière rédaction. On eut dit de l’avare, enchanté de placer sa fille sans dot !! Comme si le gouvernement, comme si le père de famille, ne devait pas aux citoyens d’un pays la dot de sa protection, de sa garantie contre les délits ou contre les crimes.
- En Angleterre, la loi a entouré la prise de brevets de certaines garanties qui, pour ce cas exceptionnel, impliquent le concours et l’intervention du gouvernement dans les formalités qui en précèdent la concession. Les caveat, l’examen par le solliciteur-général, les délais avant faire droit, sont autant de moyens à assurer, de la part du gouvernement, protection et garantie; et, chose singulière, tandis que dans un pays où, comme on sait, la liberté des transactions, des sociétés industrielles et commerciales est illimitée, on a jugé nécessaire de faire intervenir l’Etat pour une question toute d’intelligence au point de départ; chez nous, où les rouages sont de nature si opposée, si contraire, la garantie du gouvernement est impérieusement refusée.
- Comment veut-on, dès-lors, que les capitaux ne soient pas timides, et comment faire pour réaliser leur alliance avec l’industrie?
- LE PALAIS DE CRISTAL.
- On le voit, ce n’est que par une réforme radicale que peut se produire ce fait si important pour la tranquillité publique.
- Une des faces de cette grave question qui mérite d’être examinée attentivement, c’est l’internationalité.
- Si, en effet, nous démontrons que la protection accordée aux droits du génie, a pour effet nécessaire de consacrer dans un pays, l’alliance des citoyens entr’eux, et de développer les ressources du travail, il est manifeste que si la protection s’étend au dehors, les résultats du bien-être s’augmenteront dans des proportions presque incalculables.
- La contrefaçon qui est un signe évident, irrécusable delà mauvaise foi, ne peut que compromettre les relations de peuple à peuple, conserver, étendre même la plaie qui ronge le commerce, et en outre arrêter l’essor du génie, dans les contrées où elle s’exerce.
- Il faut donc, de toute nécessité, que non-seulement une loi protectrice des droits du génie soit faite pour la France, mais il faut que toutes les nations qui veulent vivre sous l’égide de la paix, vivent sous la protection de cette même loi. La réciprocité de ces droits viendra consolider l’œuvre, et bien des questions alors qui divisent les esprits seront résolues.
- Pour ne dire en passant qu’un mot du libre-échange. il est évident que l’échelle de la protection qui exclue les marchandises à l’entrée, ou les grève au départ, s’abaissera quand les produits de l’intelligence seront également et équitablement garantis par une bonne loi, discutée et adoptée à la suite d’un examen international.
- Nous sommes convaincus que cette grande question qui a été mise en avant par Cobden, dont nous avons nous-même reconnu le génie, ne repose que sur des données incertaines et sur une série de malentendus, dont certains économistes ont profité pour servir leur ambition. Il y a quelque chose de fort séduisant dans l’exposé de principes qui ont tout l’air de briser des barrières. Les partisans de la liberté n’aiment pas (et ils ont raison), les obstacles, les entraves, mais toute la question est de savoir si les obstacles une fois levés, sans digue, sans règle, sans calcul, l’équilibre s’établit. Or, il est évident que le principal objet de la liberté commerciale doit être de ne pas créer des esclaves; et, si par l’adoption d’une mesure dont le principe et la formule semblent être l’expression de la liberté, il arrive que sides citoyens, des ateliers, des usines, des peuples, sont tout à coup mis en chômage, l’objet que se propose la liberté est bien loin d’être obtenu.
- Selon nous, tout se tient dans la question du libre-échange; et tant que la propriété industrielle n’aura pas de base, tant que les nations alliées en politique, se feront la guerre en industrie, tant que les corsaires belges, anglais, allemands, ou de toute autre nation, pilleront la France et se pilleront entr’eux, en un mot, tant que la paix que l’on invoque avec raison, comme le principe de notre bien-être n’existera qu’en matière politique, tandis que la guerre et toutes ses ruses existeront, en matière commerciale et industrielle, il n’y aura pas moyen de s’entendre sur la question dite du libre-échange.
- En un mot, l’utopie de Bernardin de Saint-Pierre ne se réalisera pas par la réunion seulement des hommes qui demanderont aux armées de suspendre leurs combats, mais la paix ne sera certaine que dans le cas où les armées industrielles ne se tourneront pas les unes contre les autres.
- Le libre-échange, avec les conditions de contrefaçon et de vol, ne peut être qu’une niaiserie de la part des natiofft qui ne possèdent pas d’ateliers au profit de ces pays qui, comme l’Angleterre, ne sont qu’une vaste usine.
- Aussi, ne nous étonnons-nous pas de l’abandon que font certains économistes de leurs principes, quand ils sont arrivés aux affaires. Du jour où la propriété industrielle sera consacrée, soyons sûr qu’alors le libre-échange s’établira de lui-même, et que la protection des objets fabriqués étant égale pour tous, l’équilibre du commerce s’en suivra par une conséquence toute nécessaire.
- C’est le but que nous poursuivons et auquel nous convions nos lecteurs.
- Alexandue I.aya,
- Rédacteur en chef, avocat à la Cour d'appeL de Paris.
- P. S. Le Comité de l’association des inventeurset des artistes industriels s’est réuni en séance ordinaire mardi dernier; et il a décidé que mardi prochain,
- on ferait connaître les jours du mois d’octobre qui seront consacrés à la grande réunion dont nous avons entretenu nos lecteurs.
- Le programme est arrêté,- nous le publierons très-prochainement : nous ferons connaître, dans notre prochain numéro, l’époque précise où se tiendra Y Assemblée internationale pour la propriété intellectuelle.
- Nous avons publié, déjà, dans nos numéros précédents, plusieurs articles qui résument, sous forme de questions , les points principaux sur lesquels porte la législation dont nous poursuivons la réforme aujourd’hui. Nous désirons proposer la série des points à discuter par l’Assemblée dans l’ordre même de la loi qui sera formulée par les partisans de nos principes, après discussion.
- Nous empruntons à l’excellent travail deM. Jobard, moins les termes mêmes , l’ordre et la disposition des matières sur lesquelles doit porter l’attention de nos lecteurs.
- RÉSUMÉ DU PROJET DE LOI.
- Notre projet de loi comprendrait six titres différents.
- Le titre Ier traite des Brevets d’invention. C’est le fond de la loi.
- Aussi ce titre se subdivise-t-il en neuf chapitres dont voici la matière :
- Le chapitre Ier traite du Droit des Inventeurs. Ce droit, c’est la reconnaissance de la propriété intellectuelle, c’est son assimilation à la propriété ordinaire, le privilège de l’exploitation du brevet, la soumission de l’invention à l’utilité générale.
- Le chapitre % traite de la Demande des brevets. Là, les formalités à remplir par l’inventeur sont formulées et décrites, telles que: Dépôt des plans et de la spécification, élection de domicile, frais de taxe, délai accordé pour additions et perfectionnements, publicité à donner au brevet, selon la demande de l’intéressé.
- Le chapitre 3 traite de Y Instruction des demandes et de la délivrance des brevets. Là s’ouvre, pour l’inventeur et pour l’État, le droit de garantie réciproque à conserver. Pour l’un, l’obligation de prouver qu’il est inventeur, ce qui résulte du silence d’autrui ; pour le gouvernement, le droit d’intervenir, non pour juger mais pour être le centre des réclamations de la part des intéressés; puis, en dernière analyse, le renvoi à se pourvoir devant un conseil de Prud’hommes.
- Le chapitre IV traitera de la déchéance des brevets.
- Le chapitre V de la taxe. Dans ce chapitre est toute l’équité de la loi. L’inventeur qui profite de la protection qui lui est accordée doit en retour une indemnité à l’Etat ; c’est dans une échelle qui augmente de iO francs par année que le bénéfice de l’inventeur se constate : et dans le cas où il y a perte pour l’inventeur, l’État vient à son secours en lui remboursant les annuités, en tout ou en partie.
- Le chapitre VI traitera de la transmission des brevets.
- Le chapitre VII de. la mise en œuvre ou exécution.
- Le chapitre VIII de la contrefaçon.
- Le chapitre IX de la saisie.
- Le titre II contiendra les dispositions relatives aux brevets de perfectionnement. Leur définition, le délai au bout duquel ils soçt admissibles, la taxe qui leur est imposée.
- Le titre III traite des Brevets d’importation. C’est le droit de réciprocité dans tous ses principes d’équité.
- Le titre IV et le titre V répondent enfin à une des objétions les plus délicates de cette grande question : il s’agit des choses non exploitées ou des procédés anciens et tombés dans l’abandon. Il serait fort important de bien fixer le droit d’exploiter des uns et des autres : ces deux titres traiteront des Brevets d’exploitation et des Brevets anciens.
- Enfin le titre VI contiendra des dispositions générales provisoires ou réglementaires.
- Telle est l’économie de cette loi sur laquelle nous avons à discuter dans l’assemblée qui se réunira le mois prochain.
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- LE PALAISDE CRISTAL-
- VASE ÉTRUSQUE,
- PAR M. COPELAND, DE LONDRES.
- 11 n’y a qu’une trentaine d’années que le goût s’est révélé pour les lignes pures, le dessin correct, mais un peu sec, du genre étrusque. L’on n’a pas partagé l’appréciation un peu sévère de l’historien Strabon, qui appelle le style tuscanien un style maigre et raide. C’est une imitation du style égyptien ou du style grec tout à fait ancien.
- Les étrangers pratiquaient la plastique au temps de Tarquin l’Ancien. Ils firent un Jupiter de terre cuite peinte en rouge, et un Hercule de même matière. Pline, qui appréciait beaucoup la peinture grecque, rendit hommage au style étrusque, précisément à cause de son rapprochement avec le style grec.
- L’on s’accorde à considérer particulièrement les vases étrusques comme étant d’origine grecque; cependant, il en est qui ont conservé leur origine parfaitement distincte : on en a trouvé à Volaterre, Titerbe, Pérouse, Orvieto, etc., etc. Mais l’imitation est grecque, cela ne fait pas le moindre doute.
- M. Copeland, dont nous avons eu déjà occasion de recommander les œuvres, a exposé le vase ci-contre, et certes il est impossible d’avoir conservé un meilleur modèle.
- Vestale voilée, par Raphaël Monti (de Milan.)
- Vase étrusque, par M. Copeland, de Londres.
- Cette statue de une des statues de
- VESTALE VOILÉE, par raphael monti (de Milan.) marbre, représente une vestale offrant des fleurs. C’est marbre qui ont été le plus remarquées à l’Exposition. La
- difficulté qu’il fallait vaincre, c’était de laisser entrevoir sous un voile de marbre, l’expression douce et angélique de cette jeune fille, la gardienne de la chasteté, de la pureté exquises. M. Monti, qui est un artiste de Milan, semble s’être inspiré aux yeux des connaisseurs de la manière simple et tout à la fois large d’un des sculpteurs italiens les plus éminents, de Bartolini, sculpteur de Florence. Ce dernier partageait le sceptre de la statuaire avec Canova. Dans un tombeau fait pour la famille Demidoff, Bartolini avait groupé des figures qui rappellent la pose de cette vestale.
- Pot de bière de .Munich, par M. Neurenther.
- POT DE BIÈRE DE ; MUNICH, par M. Neurenther.
- Nous donnons dans ce numéro, un dessin de modèle provenant de la manufacture] royale de Bavière, dont les originaux ont été faits par M. Neurenther le directeur de cet établissement.
- Le chasseur bavarois dont le pot ci-dessous est surmonté, ne manque pas d’une certaine vérité ; et, les accessoires qui se trouvent en bas-relief, ne peuvent manquer de propager dans les classes où l’art pénètre peu à peu, une idée féconde de son alliance avec l’industrie.
- VASES EN VERRE,
- PAR MM. BACCHUS ET FILS, (de Birmingham.)
- Les verreries ne sont pas très nombreuses en Angleterre. Mais celles de Londres et de Birmingham se distinguent par leurs progrès. Les spécimens que nous donnons ici sortent de la verrerie de MM. Bacchus et fils, de Birmingham.
- Ce qui est gravé en noir indique les diverses couleurs, bleue,
- j aune, rouge, qui sont mélangées dans les couleurs du verre, à l’imitation des Bohèmes. Nos fabricants de cristaux ont conquis, à cet égard, une place émi-nenle, et dans peu d’années il faut espérer que cette industrie se placera, en
- Vases en verre, par MM. Bacchus et {ils, de Birmingham.
- France et en Angleterre, à côté sinon au-dessus de celle de la Bohême, où, il faut en convenir, l’élégance et l’éclat ne laissent rien à désirer sous tous les rapports.
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
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- ARGONAUTE ET AMAZONES
- PAR M. ENGEL.
- Le sujet de ce groupe est emprunté, comme on sait, à la fable; le mérite de l’exécution doit seul ici nous occuper. M. Engel est un jeune sculpteur qui a été envoyé à Rome par son gouvernement et qui, à l’instar des jeunes lauréats français, puise dans l’étude des groupes de l’antique les inspirations de son art.
- C’est le prince Albert qui a commandé au jeune artiste un groupe, en laissant à son imagination le soin de le choisir.
- Il y longtemps que l’on a discuté sur l’intérêt qu’il y a d’envoyer à Rome des élèves de notre école, et que la question a été résolue dans un sens affirmatif. L’obligation de se perfectionner dans ces trois branches de l’art, peinture, sculpture et architecture, ne se réalise que par le spectacle étudié de ces grandes productions du génie antique, et loin d’étouffer l’inspiration, il est évident que ce spectacle l’agrandit et la développe.
- C’est donc une heureuse pensée que celle de notre pays, qui fait puiser l’art à la source même de l’art, et qui crée des artistes par la contemplation et le travail imitatif des grands maîtres.
- Ce groupe a plusieurs qualités qui prouvent le goût deM. Engel. Les dé-
- tails sont concordants entre eux et la base est ingénieuse. L’amazone qui a vaincu s’appuie plus qu’elle n’écrase le corps de celui qui est à ses pieds; c’est une fatigue, une lassitude intelligente qui se révèle dans la victoire. Le corps de l’amazone blessée et emportée dans les bras de sa compagne ne manque ni de grâce ni d’élégance. Il y a de l’harmonie dans cet agencement; et il y a de la science dans l’exécution.
- Naus ne sommes que l’écho des visiteurs du Transept en disant que ce groupe est un des plus remarquables, et nous félicitons le jeune artiste d’avoir
- répondu si dignement à la confiance du prince Albert qui, il faut le dire, emploie à son tour ses ressources a protéger les artistes et à propager d’une manière efficace le sentiment des arts.
- La vignette que nous donnons ici provient d’une épreuve daguerréotypée par M. Claudet, dont nous avons déjà parlé. Il faut reconnaître que le daguerréotype est un puissant auxiliaire pour donner de la statuaire une idée exacte et pour mettre sous les.yeux des artistes les éléments nécessaires à son art; le bon marché est une des considérations les plus importantes dans ce genre de productions; et il serait désirable que les artistes pussent avoir, sans beaucoup de frais, les modèles qui doivent les inspirer. M. Claudet, qui est un de nos compatriotes, met un véritable zèle à la solution de ce problème économique si important.
- üu des avantages les plus grands de la photographie sur les natures mortes, c’est d’en donner l’aspect avec un sentiment d’exactitude et de vérité tout-à-fait précises. Nous nous étonnons que certains éditeurs n’aient pas encore cherché à seconder les efforts de l’art-et à étendre les études de l’antique en réunissant dans une sorte d’album les chefs-d’œuvre de la statuaire qui se trouvent dans nos musées.
- Le dessin, la gravure, les copies sont sans doute des moyens de reproduire popr l’étude ces modèles qui lui sont indispensables, mais la photographie est un mode plus économique et dont l’aspect est d’une exactitude encore plus précise.
- Ce serait un recueil fort curieux,fort intéressant et qui viendrait en aide d’une manière puissante aux travauxde l’artiste.
- Ce serait, en outre, un élément fécond d’instruction pour ceux qui n’ont pas visité les musées de notre pays ou ceux de l’étranger, de Florence et de Londres, par exemple, où se trouvent réunis tout ce que la statuaire a de plus précieux.
- Argonaute et Amazones, par M. Engel.
- TABLE DESSINÉE PAR LA DUCHESSE DE SUTHERLAND,
- EXÉCUTÉE PAR M. MORAND (DE LONDRES.)
- Les dames anglaises ont un goût particulier, instinctif, pour les arts. La duchesse de Sutherland est un des artistes-amateur les plus distingués de l’aristocratie anglaise, et il faut ajouter le Mécène des beaux arts, le plus intelligent et le plus bienveillant.
- Nous ne devons pas oublier Mme la marquise de Water-ford, une des filles de lord Stuart, l’ancien ambssadeur d’Angleterre en France, et qui tient, en maître, le crayon, avec un goût, un sentiment de l’art, qui la place au premier rang.
- On sait, en outre, avec quelle vérité les Anglaises savent faire les aquarelles, cette partie de l’art si difficile, en ce qui concerne l’expression vive et vraie des couleurs.
- Nous avons vu des aquarelles à Londres qui rivalisent d’énergie avec les peintures à l’huile; et les Anglais savent si bien qu’il y a là un élément de supériorité pour eux, qu’ils ont formé une compagnie, dont le but est de développer le genre de l’aquarelle; ils l’appellent : The water colours society, et chaque année, on peut voir à Londres une exposition d’œuvres très-remarquables en ce genre.
- Mme la duchesse de Sutherland, a donc dessiné la table donc nous donnons ici le modèle. Deux cygnes en forment la base, ils sont entourés d’herbes aquatiques, et le bec élancé, ils prennent l’attitude élégante qu’ils affectent d’ordinaire.
- M. Morand, est un fabricant de meubles fort appréciés à Londres. Sa maison est d’une date ancienne; il)y a plus d’un siècle que, de père en fils,
- cet établissement de luxe a conquis la confiance des Anglais.
- Nous aimons cette hérédité , dans les professions industrielles; elles sont le gage d’une amélioration nécessaire. Il est impossible que, dans les conditions de succès habituelles à ces maisons, chez qui le travail est devenu le patrimoine, l’émulation ne vienne en aide au progrès. Et cela est vrai surtout à une époque où l’art vient relever la question matérielle de l’industrie.
- Les établissements nouveaux ne peuvent qu’à grand peine réaliser très promptement des mcyens, des ressources d’études et de prolentes et laborieuses recher-
- de
- Table dessinée par la duchesse de Sutherland, exécutée par M. Mornnt (de Londres.
- cédés qui ne peuvent être que le résultat ches.
- Les traditions seules peuvent les conserver dans les établissements d’une ancienne date.
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- EXPOSITION DE LONDRES.
- L’industrie marche, ou avance, on progresse, dit-on en parcourant l’Exposition; peu s’en faut qu’on ne dise : Nous touchons au but, tout est inventé! Hélas ! l’humanité ne ressemble pas mal à un aveugle qui rencontre un mur et s’assied, en s’applaudissant d’être arrivé au terme du chemin. Cet aveuglement est général, on le remarque du haut en bas de l’échelle sociale, seulement il est plus foncé en haut qu’en bas, et c’est un grand malheur; car ceux qui sont en haut s’y cramponnent et répandent le bruit qu’il est inutile de tenter d’aller plus loin, et la secte des Laudatores temporis acli, dont les yeux sont sur la nuque, vient à leur aide pour crier qu’ils sont au bout du progrès, parce qu’ils sont eux-mêmes à bout de superlatifs laudatifs. Ils 11e se doutent guère qu’ils ne sont qu’au pied d’un plan incliné dont la base est partout et le sommet nulle part.
- Que sais-je? disait Montaigne; que ne savons-nous pas? s’écrient nos statistiqueurs, après avoir bâclé un tableau comparatif des importations et des exportations de 1800 et de 1850 ?
- Comme ils refont chaque année le même tableau, ils devraient bien voir que le mouvement prend de l’amplitude, et croit en marchant, crescit eundo; mais non, chaque année est a leurs yeux le necplus ultra ; ils y applaudissent à tours de bras et s’assoient sur le bord du fleuve, dans l’attente de voir arriver le dernier flot du progrès.
- Après tant de déceptions, vous croyez peut-être qu’ils vont en rechercher la cause? Nullement. L’écrivain moyen est le même de tous les temps ; semblable au vampire, il endort sa victime en la flattant du vent de sa plume. C’est lui qui disait au premier sauvage qui planta un morceau de sapin dans son àtre et l’alluma : Nous vivons dans le siècle des lumières, et qui en dit autant à l’inventeur de l’huile, autant à celui de la chandelle, autant à celui du gaz. C’est aujourd’hui le tour de l’éclairage électrique. Oh! pour le coup, le voilà bien le siècle des lumières par excellence ! Eh bien non! tout n’est pas fini, vous en verrez bien d’autres, et depuis longtemps vous iriez puiser à la rivière de la lumière et du feu, si vous aviez encouragé l’inventeur du gaz à l’eau.
- C’est en sortant du laboratoire d’un savant esclave romain, sans doute, qu’Ovide s’écriait :
- Omniajam fient, fieri quæposse negabam Flamma dabit aquas.
- Æ quor a dabunt ignés,
- Pascuntur in æthere cervi.
- Ne voyez-vous pas là la découverte de Lavoisier, celle du gaz à l’eau et celle des ballons enlevant des animaux qui peuvent aller paître sur le sommet des forêts ?
- C’est aussi dans les laboratoires des parias de l’intelligence que nous avons trouvé des découvertes qui n’ont pas voulu affronter le grand jour du Palais de Cristal et l’œil des pickpoket industriels.
- Sans manquer à la discrétion promise, nous pouvons dire qu’un vieux docteur anglais nous a donné la preuve expérimentale qu’il avait découvert une substance isolatrice du magnétisme, qui intercepte l’action de l’aimant permanent et affole la boussole. Nous lui fîmes observer qu’il était sur la route du mouvement perpétuel. « Le mouvement perpétuel puisé dans les éléments mécaniques que nous possédons est impossible, nous répondit-il, mais puisé à la source du grand mobile universel qui fait tourner la mécanique céleste, je le crois possible; c’est comme si 011 attachait une courroie au grand volant solaire ou aux courants électriques continus que la lumière développe sur notre globe. Tant que les aimants permanents seront en perpétuelle tension, on n’en pourra rien faire ; car tout moteur résulte d’une suite d’actions et de réactions, ou d’attractions et de répulsions alternatives. Le reste constitue la stase, ou l’immobilité. Si l’aimant artificiel est susceptible de constituer un moteur, c’est parce qu’on peut l’aimanter et le désaimanter à volonté. Or, si je puis obtenir le même effet sur l’aimant permanent, j’obtiendrai un résultat semblable sans dépense, ce qui me donne la conviction qu’un jour nos vaisseaux feront le tour du globe sans user une once de charbon.
- « Je n’avais pas beaucoup d’espoir tant que nous en étions réduits à nos aimants ordinaires, nous dit le docteur; mais j’ai repris courage en voyant, à l’Exposition, un aimant permanent qui soutient une
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- tonne de fer et en apprenant la découverte de ce Hollandais, qui sait augmenter considérablement la puissance des aimants. »
- Ce même docteur nous a enseigné plusieurs choses curieuses sur les aimants, il prouve que l’attraction est plus forte entre deux tranchants qu’entre deux surfaces planes, et que la forme la meilleure des fers à cheval n’est pas la .forme en U mais la forme en O. Il ajoute, que pour amplifier la puissance d’un aimant il suffit de le fixer au plus près d’un grand volant de machine à vapeur et de l’y laisser pendant plusieurs jours (1).
- Le savant docteur a fait bien d’autres découvertes. C’est lui qui a fait baisser de 25 p. 100 la gomme du Sénégal, qu’il imite à s’y méprendre, et qui a le moyen de faire tomber de 50 p. 100 le prix de la cochenille ; car il a trouvé l’art d’en fabriquer de toutes pièces, comme on a fait de l’outre-mer.
- On connaît la querelle académique qui règne entre les partisans de l’émission de la lumière solaire et ceux de la vibration. Le savant Wheatstone s’est chargé d’éclairer cette question, mais le temps était si obscur le jour où il nous avait promis de nous montrer clairement que la lumière n’est autre chose que la vibration d’une demi-vague de l’éther sur la perpendiculaire du rayon vecteur, que nous restons, à cet égard, plongé dans les ténèbres antérieures.
- Nous n’avons pas osé lui répondre que cela nous semblait un peu vague, nous pensions que cette manie de cacher les arcanes de la science au vulgaire n’infectait plus que les petits savants, mais que les grands descendaient volontiers de l’Empirée, à la suite d’Arago; car les enfants, les femmes et jusqu’aux hommes d’État, comprennent ses écrits sur l’astronomie; tant ils sont clairs et accessibles à toutes les intelligences.
- C’est un progrès des plus notables de notre époque que d’avoir mis la science à la portée des grands, mais cela ne suffit pas; il fallait encore trouver le moyen de les faire lire, et c’est ce qu’a fait M. Froment, car nous avons vu des pairs d’Angleterre, des ministres et des princes, se presser autour de son microscope pour y lire des choses gravées sur le diamètre d’une épingle. Ceci nous a donné l’idée de lui faire graver l’épigraphe du ino-nautopole : Chacun doit être propriétaire et responsable de ses œuvres, et d’aller de porte en porte la faire lire aux députés et aux ministres qui n’ont pas le temps d’ouvrir YOrganon, petit livre qui contient le seul moyen raisonnable de répandre l’espérance, le bien-être et la paix universelle sur la terre, par l’application du simple topique dont la recette toute entière est contenue dans l’épigraphe précitée. Quelques exemples, qui sont dans l’air aujourd’hui, suffiront pour nous faire comprendre.
- Tous les enfants de Paris sont munis de petits parachutes en papier; or, si l’ouvrier qui les a imaginés avait obtenu le droit d’en faire et d’en vendre seul sur toute la surface de la France, ne croyez-vous pas qu’il aurait rassemblé dans un an un capital d’un million, par pièces de dix et cinq centimes, sans appauvrir personne et en amusant tout le monde? Sur ce capital, sa femme, ses enfants, ses parents et camarades, auraient vécu en travaillant et donné naissance à un nouvel objet d’exportation. Et puis cet ouvrier, qui paraît intelligent, serait parti de là, peut-être, pour faire des inventions plus sérieuses et devenir un grand propriétaire; ce que voyant, ses camarades se seraient ingéniés à marcher sur ses traces. Les cerveaux arides ou paresseux, c’est-à-dire les communistes intellectuels, qui aiment mieux jeter toutes les inventions à la voirie du domaine public, nous demanderont ce qui resterait à ceux qui pillent ce petit parachute? Nous leur répondrons, de prime abord, qu’il resterait à l’un, la toupie volante-, à l’autre, Y araignée chinoise-, et une intarissable suite d’autres combinaisons que nous ne pouvons pas faire pour eux.
- La toupie volante est la toupie ordinaire armée, au sommet, d’une petite surface gauche qui la force de se visser dans l’air. Au lieu de tomber à terre, la toupie s’élève et tombe doucement dans la main du joueur. 11 y aurait encore ici un million à gagner et tout autant avec l’araignée (finnoise, qui remue
- (l) A propos de volant nous citerons ce marchand de vin de Bordeaux qui, sachant que ce vin s’améliore en voyageant, prit un brevet pour lui faire faire le tour du monde sur place, en attachant des bouteilles autour d’un volant de machine à vapeur. Si ses essais réussissent avec des bouteilles il y attachera des tonneaux.
- toutes ses pattes, marche et semble vivre, quand on la suspend à un fil de fer, qu’on agite un peu.
- L’ouvrier qui aurait une propriété exclusive de cette espèce, deviendrait un capitaliste aussi respectable qu’un affranchi romain, et un contribuable important. Eh bien ! ce ne serait pas chaque année, mais chaque jour que vous verriez naître, non pas seulement des jouets d’enfants, mais des perfectionnements et des inventions très-sérieuses sur tous les points du domaine de l’intelligence , qui n’est aujourd’hui qu’une aride et vaste bruyère livrée au libre parcours et dévastée par un tas d’animaux qui se gâ -tent l’herbe l’un l’autre.
- Bien aveugles sont ceux qui n’aperçoivent pas que le salut et le bien-être de la société gît surtout dans la multiplication et la consolidation de tous les genres de propriétés !
- Les Anglais le comprennent un peu mieux que nous, car ils donnent des patentes pour des choses que nous dédaignerions, tels que l’emploi de la chevelure ou du foin grossier qui entoure les noix de cocos; le patenté actuel en fait des tapis d’écuries, des grattes-pieds, des brosses, des cordes et beaucoup d’autres choses utiles et à bon marché. Comme il est seul à exploiter le monopole de cette substance, il l’exploite bien; sans cela, les chevelures de cocos continueraient à joncher les rues et à encombrer les ruisseaux : tout le monde y gagne et personne n’y perd. Trouvez-nous donc une meilleure organisation du travail que celle-là !
- Un brevet à long terme, un brevet emphytéotique peut-être ! y songez-vous? vont s’écrier les ravageurs du domaine public. Eh quoi ! je serais privé toute ma vie de toupies volantes, d’araignées chinoises et de foin de cocos! —Ne craignez rien, vous n’en serez pas privé, au contraire ; le breveté ne vous en laissera jamais manquer, car il est de son intérêt bien entendu de vendre à bas prix ; il sera forcé'de soigner la qualité, puisqu’il devra marquer ses œuvres pour en être responsable ; et, de plus, il paiera une taxe croissante qui amènera un dégrèvement croissant aux impôts qui accablent la propriété actuelle. Ajoutez à cela l’expropriation pour cause d’utilité publique, et vous serez rassurés.
- Si vous ne comprenez pas la justesse et la simplicité de ce mécanisme industriel, commercial et financier, c’est que vous êtes bien malade; mais s’il vous reste quelque espoir de guérison, adressez-vous au Palais de Cristal, qui traite vigoureusement ce genre d’infirmité.
- On sait que les ananas de Cuba affluent en Angleterre et se charrient dans les rues de Londres à un schelling la pièce. Un Anglais a pris patente pour l’emploi des feuilles dont la fibre donne une belle étoffe blanche et soyeuse : cet homme fera sa fortune avec une matière perdue. Où donc est le mal qu’il fait aux autres? Un pareil brevet n’aurait aucune solidité en France, parce qu’il est exploité à Sérin-gapatham et au Japon.
- Celui qui tirera parti des feuilles d’artichaux et des débris d’asperges fera-t-il grand mal à son prochain? Pourquoi donc lui refuser la possession exclusive de ce qu’il yous demande le premier? Mais feriez-vous attention aux réclamations des jaloux si vous ne l’étiez un peu vous-mêmes, 0 législateurs?
- Voici la plume intarissable : je suppose que vous la trouviez chère; ne l’achetez pas ou faites-en une autre; et c’est ce qui a lieu en ce moment: nous en avons une de Liège, une de Milan, une de Lyon, trois de Paris, cinq de Londres, toutes différentes. Voilà la concurrence que nous aimons, car la dernière invention est toujours la meilleure, la plus simple et la moins chère. —Ilefusez-leur des brevets, et, si vous en avez, vous n’en auréz qu’une, et la plus mauvaise possible. La charrue de Triptolême, par exemple, n’a jamais été brevetée : c’est ce qui a arrêté le progrès des charrues pendant trois mille ans.
- C’est qu’il faut un capital et un temps considérables pour établir une invention sur un pied respectable. Mais, direz-vous, puisque la dernière invention détruit la première, voila des hommes ruinés, des capitaux perdus? — Oui, si le lendemain de la mise en vente d’un objet breveté, il en paraissait un meilleur; mais il faut du temps, car on ne pense à perfectionner une invention que quand la première obtient la vogue, enrichit son propriétaire et excite l’émulation, pour ne pas dire l’envie. C’est comme si l’on disait qu’un arbre périt aussitôt qu’il pousse quelques rejetons à ses pieds. Non, l’arbre ne périt que quand les rejetons sont assez grands pour lui soutirer la nourriture et l’étouffer : c’est la loi de
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- nature, et les inventions y sont soumises comme tout le reste; rompez ce circuit, et vous n’aurez plus rien. Enlevez aux inventeurs l’espoir de tirer parti de leurs veilles, et ils n’inventeront plus, ou, s’ils inventent, ils n’exploiteront pas, ce qui est la même chose.
- « Si j’étais souverain, je vous ferais ministre absolu, nous disait un enthousiaste du monautopole, et je vous forcerais, à coups de knout, d’établir votre système dans les vingt-quatre heures; car, après cela, je dormirais tranquille, l’avenir du peuple étant assuré ainsi que le repos du pays. »
- C’est ce qu’a fait Jacques Ier en forçant son parlement d’entériner sa loi sur les patentes; mais c’est le parlement qui force aujourd’hui la main à la reine, pour l’anéantir.
- On peut donc s’attendre à quelque chose de pitoyable, car tout chef-d’œuvre est l’œuvre d’un seul; tout enfant n’a qu’un père; Dieu était seul quand il créa le monde, et jamais corporation n’a fait de chef-d’œuvre. Cela posé, prouvé, avéré, on a décidé qu’il fallait laisser tout faire aux commissions, aux comités, aux corporations irresponsables.
- Voilà le produit de la logique de notre siècle, ébloui par le soleil de la discussion, aveuglé par les rayons du premier-Paris et calciné par Tentre-filet politique.
- Jobard (de Bruxelles).
- DE LÀ PROPRIÉTÉ INTELLECTUELLE.
- LES INVENTEURS ET CE QU’iLS ONT FAIT.
- La révision des lois qui régissent la propriété industrielle est à présent à l’ordre du jour; M. Jobard a préché la croisade, il a le premier élevé la voix en faveur des malheureux inventeurs qui ne trouvaient pas d’avocats pour défendre leurs droits ; ses écrits ont pénétré partout, partout ils ont porté la lumière, et aujourd’hui, de tous côtés, des voix éloquentes se joignent à la sienne pour revendiquer des droits sacrés, des droits qui, espérons-le, seront bientôt généralement reconnus et proclamés par toutes les nations civilisées. Voici, à ce sujet, ce qu’écrit M. Ewbank, un des commissaires consultés sur la révision de la loi anglaise sur les patentes :
- « Un monde sans inventeurs ne serait qu’une « suite de forêts et de marécages. C’était ainsi, sur « notre terre, avant qu’ils parussent, et c’est « encore dans le même état partout où ils n’ont pas « encore paru; comme on en peut juger dans les « déserts de l’Australie où les hommes, ainsi que les « bêtes qui s’y trouvent sont sans cesse errants, à « la recherche d’une misérable pâture ou d’un abri « temporaire. La diflérence qu’il y a entre les cite vilisés et les troylodites; c’est que les premiers « pensent, imaginent, travaillent, tandis que les « autres ne pensent à rien. Rien n’est plus clair, « plus évident, que c’est aux inventions mécani-« ques que le monde, qui était dans un état primi-« tif, nu et engourdi, doit d’être aujourd’hui revêtu, « animé, orné, cultivé.—Ce sont les inventions « qui procurent à l’espèce humaine tous les élé-« ments de vigueur et de félicité. A mesure que les « arts se multiplient et fleurissent, l’immense tract vail d’enfantement des grands problèmes de « l’existence continue d’être dévolu aux inventeurs. « Sans eux la perspective et l’espérance du présent « n’auraient jamais été connues, ni même preste senties. Ce sont eux qui découvrant les nouvelles « vérités physiques, ont prouvé les plus grandes « vérités morales le progrès perpétuel,— c’est-« à-dire l’avancement illimité des jouissances so-« ciales, civiles et intellect! elles.
- « C’est un fait auquel à peine on a fait attention, « si même il a jamais été remarqué, que presque « tous les pas remarquables de la civilisation, fuit rent marqués par les inventeurs, et leur sont dûs. « Sans aller rechercher les preuves chez les peuples « anciens, qui nous en fourniraient d’innombrables, « tournons seulement une page de l’histoire mo-« derne. La substitution des armes à feu aux ante demies armes a changé entièrement la face de la « société. Une autre époque à jamais mémorable, et date de la reproduction des écrits par l’invention « des types fondus. Un autre, date de l’emploi de la « vapeur comme force motrice, pour ne rien dire de « la révolution plus récente faite par les métiers à « filer Mull-jeunies ; les métiers à tisser mécanique, « la navigation à vapeur, l’éclairage au gaz, les « chemins de fer, la pothographie, les télégraphes
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- « électriques, etc., inventions qui distinguent si et honorablement notre époque de toutes celles qui « l’ont précédée.
- « Sans l’adresse de l’ouvrier les sciences les plus « sublimes n’auraient pu être ni étudiées, ni appro-« fondies ; et les plus sublimes triomphes de la raison « humaine n’auraient pu 'être atteints. Au moyen « de deux inventions, les extrêmes de la création « peuvent être amenés dans les limites des obser-« vations humaines, et les plus grands des miracles « concevables peuvent être démontrés. A l’aide du « Microscope l’œil humain découvre des mondes « animés dans une goutte de liquide, ou dans un « grains de fécule ; et peut même distinguer des « atomes infiniment petits dans les gaz les plus sub-« tiles. A l’aide du Télescope le même œil plonge « et promène son regard dans l’immensité de Tes-« pace, bien au-delà de ce que Ton croyait être, « autrefois, la limite où s’envolaient les esprits bien-« heureux. Dépassant la distance des satellites des « planètes les plus éloignées il examine les nébu-« leuses, à une distance infiniment plus grande, et « d’un coup d’œil rapide, parcourant l’imposant « horizon, il embrasse d’un regard ce qui lui sem-« ble être la moitié de l’univers.
- « Fulton parut, et bientôt les bateaux à vapeur « commencèrent à remonter les fleuves, bientôt ils « sillonnèrent les lacs et les mers intérieurs ; à pré-« sent des quantités innombrables couvrent tous les « océans. Whitney parut, et soudain les forêts du « Nouveau-Monde disparurent et furent remplacées « par des plantations de coton : changeant ainsi la « destination du sol, qui au lieu d’abriter les bêtes « sauvages, produit aujourd’hui de quoi vêtir la « moitié du genre humain. Puis Daguerre, et le « soleil devint peintre en portraits, — réalisant « ainsi un mythe classique. Moïse et ses compétiteurs « ont maîtrisé le plus subtil, le plus capricieux et le « plus terrible des agents de la nature ; ils lui ont « appris à attendre en silence, ainsi qu’un page « dans l’antichambre d’un monarque, et quand « chargé d’un message, à assurer le caractère « d’un courrier dont la vitesse approche celle de « la pensée. Depuis les temps les plus reculés, des « moyens plus ou moins grossiers ou raffinés ont « été employés pour le transport des choses maté-« rielles, mais, jusqu’*à présent, Ton n’avait pas ente core transporté la pensée : la pensée dégagée de « toute chose visible ou pondérable. Les courreurs « Indiens transportent les nouvelles verbales, trace versant les rivières, les forêts, les montagnes et ee les plaines ; mais pour transporter ces messages ee ils se transportent eux-mèmes, comme des paquets « ou des tablettes qui contiendraient les nouvelles ee écrites. — Il en est de même avec le contenu de ee nos malles : un esprit communique avec un autre, ee esprit éloigné au moyen de propices écrits ou im-« primés ; au lieu qu’ici au moyen d’un dégagement et de fluide électrique un système postal est établi, ee qui tient du spirituel ; car par son moyen les pen-ee sées sont lancées à travers l’espace, débarrassées ee de toute enveloppe ou symbole, par conséquent ne ee pouvant être retardées par les courriers ni les ee facteurs.
- ee Les rêves les plus fantastiques de l’imagination ee la plus vagabonde se sont trouvés par le télégra-ee phe électrique étrangement vérifiés, tels que la ee bouteille enchantée et les contes de fées les plus ee attrayants, où tous les mystères de la nature prête nantvie et couleur sont les germes de toutes les ee superstitions populaires, prouvant qu’il n’est au-ee cune erreur accréditée qui ne corresponde à un ee fait réel. Qu’il en soit ce qu’il voudra des grands et enchanteurs modernes : au moyen de quelques ee bandes de métaux plongés dans un vase et impré-ee gnés d’acide, ils provoquent des esprits si agiles ee et si obéissants qu’au moindre toucher du doigt ee de leur maître, ils partent soudain portant des te messages à des centaines de lieues de distance , te les remettent, reviennent et attendent déjà d’au-ee très ordres avant que le signal ait pu être répété te ou que le pouls ait put battre deux fois! Un lutin et d’autrefois se vantait de faire le tour de la terre et en 40 minutes; ces esprit modernes le font en réa-et lité en moins d’une demi minute’. Si l’art et la et science ainsi unis ont pu faire de telles choses, que et ne pourront-ils pas faire?
- et Si les machines ne pensent pas, elles exécutent ce que les pensées les plus profondes sont seules dans le cas de faire, après de longues et laborieuses études, et elles exécutent comparativement beau-
- coup mieux. Dans la composition des tables astronomiques et nautiques, l’exactitude est tout. Bien des vaisseaux ont été perdus, brisés pour un chiffre inexact dans le Guide de la Navigation; mais obtenir une exactitude rigoureuse des calculs abstraits qui demandent quelquefois des mois, quelquefois des années, c’est trop prétendre même des études les plus consciencieuses et des intelligences d’élite. Supposons que les résultats soient atteints; la difficulté surgissant ensuite, est de reproduire ces résultats imprimés, exempts de toute erreur, et là il y a une source abondante que peu de personnes peuvent comprendre, comme les auteurs et les imprimeurs. Si Ton parle à d’autres personnes de l’impossibilité de copier les millions de chiffres des manuscrits sans en oublier, en déplacer ou en intervertir plus ou moins, elles auront peine à le comprendre. Il suffit de dire que dans les calculs minutieux et difficiles, s’il est impossible aux calculateurs d’arriver avec certitude à la perfection, cela ne peut non plus être attendu du travail professionnel du plus habile compositeur.
- « Cependant on a fait des automates ou des machines à calculer, pouvant résoudre des problèmes d’arithmétique avec une certitude positive et une rapidité admirables, soulageantles mathématiciens et autres calculateurs d’une quantité considérable de travail mental; travail qui a épuisé les constitutions les plus robustes. Cependant ces automates sont capables de se servir des chiffres beaucoup mieux que les intelligences de premier ordre qui osent à peine les suivre; à tel point même que la langue manque de mots pour l’exprimer. Dans les calculs humains, les erreurs les plus minimes restent, se répètent et altérant toutes les opérations, produisent un résultat plus ou moins erroné, demandant quelquefois des mois des plus attentives vérifications pour les découvrir. Mais les machines à calculer découvrent de suite et corrigent leurs propres erreurs, puis fermant toute communication où les doigts et même l’esprit humain pourrait intervenir; par cela, prévenant toute chance de gâter le travail, elles impriment elles-mêmes leurs tables, aussi bien qu’elles les ont composées, produisant ainsi un ouvrage auquel on peut avoir une confiance illimitée.
- « L’influence puissante des inventeurs n’est pas « moins remarquable et sensible par les changements « opérés dans les occupations habituelles et les cou-« tûmes intérieures des femmes, qu’elle n’est éviden-« te dans les occupations des hommes au dehors. « Us ont non-seulement changé, bouleversé Tes ante ciens arrangements de la cuisine, de la buande-« rie de la laiterie en honneur depuis tant de siècles ; « mais ils ont encore envahi le salon et le boudoir. « Il y a un siècle, lé rouet et le fuseau étaient très-« communs ; il y a encore de certaines parties d’Eu-« rope où les femmes font du fil de leurs doigts. Il y « a cinquante ans, une roue à filer la laine ou le co-« ton avait sa place dans chaque maison ; carder et « filer était un travail domestique, obligatoire ; chez « les ménagères habiles souvent même la navette « n’était pas étrangère.
- « Il n’y a pas vingt ans que tricoter était encore « un travail indispensable; à présent, il n’y a plus « guère, même de nos villageois, qui portent des « bas tricotés à la main. Tresser la paille, faire de « la tapisserie, de la dentelle, broder, festonner et « quelques autres travaux délicats de l’aiguille ou « du crochet, furent et sont encore enseignés comme « complément nécessaire de l’éducation des femmes. « Tous ces travaux ne continueront plus longtemps « à se faire ainsi, puisque tous et encore d’autres du « même genre sont faits à présent par des doigts -< automates avec une précision, une régularité, une « promptitude, une délicatesse de touche et de fini « qu’aucun organe humain ne peut atteindre. —
- « La plupart des beaux arts, sinon tous, ont été « envahis par les machines. L’on retrouve encore le « tour dans sa forme primitive, dans la roue du po-« tier, dans le tour à perche-ressort, et aussi tel « qu’on s’en sert dans les ateliers égyptiens mo-« dernes. (Assis à terre, l’artiste fait mouvoir d’une « main l’objet à confectionner, tandis qu’il tient Tou-« til de l’autre, pressant de son pied sur l’ensemble.) « Le tour dont on se servit si longtemps, unique-« ment pour faire des sujets de forme circulaire,
- « sert aujourd’hui pour en produire de forme ovale, « elliptique, épicictoïdale et excentrique; pour co-« pier des médaillons, même des bustes, soit de « même dimension, soit de proportions augmentées CVoir la suite page 282.)
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- LE PALAIS DE CRISTAL
- LINGE DE TABLE
- par
- MM Biviell et Beveridge
- (de Dumferline.)
- On sait7 combien était grande la supériorité des fabriques anglaises en lingerie de table. C’est une des branches les plus fécondes de l’industrie, chez nos voisins.
- Les deux spécimens que nous donnons ici sortent des ateliers d’une localité qni a pour spécialité ce genre de fabrication. Il s’agit de Dumferline.
- La première nappe est faite par M. Bivrell, d’après les dessins de M. Patton. On voit que cette nappe est destinée à une table royale.
- Le centre représente le portrait de la reine Victoria, la bordure est d’une rare richesse.
- La seconde représente saint Georges et le dragon dans le centre. On y voit
- saint Pattrick dans la bordure.
- La fabrique de M. Béve-ridge qui a aussi M. Patton pour dessinateur et une des plus importantes maisons de Dumferline. L’exportation qu’elle fait des objets fabriqués pour l’Amérique est considérable. Les métiers à la Jacquard sont ceux qu’elle emploie et les matières premières les plus fines tels que le lin de Flandres , surtout celui de Ber-gues, qui est remarquable par son soyeux et sa finesse.
- En France, où la matière première est très-considérable, on est arrivé, depuis quelques années, à rivaliser avec l’Angleterre sous le rapport de la fabrication. Nos filatures, celles d’Amiens, de Lille, de Rouen sont en progrès: Cependant, elles ont eu beaucoup à souffrir depuis trois ans, et ce n’est que par de nombreux sacrifices qu’elles sont l'arrivées à sortir des embarras et de la crise qui les a entravées.
- Linge de table par M. Beveridge, de Dumferline.
- Linge de table par M. Bivrell de Dumferline,
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
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- TABLE INDIENNE EN ÉBÈNE SCULPTÉ ; par Hildebraind.
- On peut remarquer dans le dessin que nous oiïrons ici une certaine originalité dans la disposition des figures, et, paraît-il, un certain fini dans le travail.
- Cette table a été sculptée dans les Indes. C’est un échantillon de ce bois dont la sévérité et la beauté permettent de grandes compositions.
- L’ébène est rare dans nos contrées, du moins dans les proportions où on l’applique, en Orient.
- Mais la douceur de ses fibres, en même temps que la force de son essence permet au ciseau un travail facile. On ne saurait trop encourager la sculpture sur bois.
- L’art qui s’y incruste, en quelque sorte, se popularise plus aisément parce qu’il entraîne moins de frais.
- M. Hildebrand a mis un peu de confusion peut-être dans l’agencement de ses figures.
- Ce masque antique placé à la base entre des feuilles aurait besoin pour être compris, d’être entouré d’accessoires qui en expliquassent le sens et la portée. Les quatre figures supérieures ne manquent pas de grâce ; et les feuillages et fleurs qui ornent le piédestal sont assez gracieusement faits. Seulement, il y a une confusion fâcheuse dans l’ornementation générale de cette table. Il faut toujours avoir une pensée dominante dans une œuvre d’art, si peu importante qu’elle soit : et nous croyons qu’en matière de meubles, l’application de l’art à l’industrie ne saurait être trop rigoureusement vouée à l’étude sérieuse de l’harmonie, qui en constitue le principal mérite.
- COFFRE. — ParM. Morel.
- Nous avons eu déjà occasion de parler de M. Morel. Nous donnons ici un nouveau specimen des œuvres de son atelier. C’est un des fabricants les plus
- accrédités, et nous sa vons que M. Morel est un artiste français. Il a exposé à Londres des coupes en agathe, en émail, parmi lesquelles nous avons fait remarquer celle qu’il a destinée au sultan, et qui représente des vues de Constantinople.
- Aujourd’hui nous plaçons sous les yeux des lecteurs un coffret fort richementtravaillé,dans le goût le plus parfait, et qui est destiné à contenir le manuscrit de la Vie de W%shington, par M. Guizot.
- On peut lire au bas de ce coffret la devise adoptée par cet homme d’État : Linea recta brevissima.
- Les deux lettres qui sont gravées sur les parties latérales du coffret sont W. L.- en gothique, c’est-à-dire : Washington’s Ufe : la vie de Washington.
- Il était tout simple, d’ailleurs, que l’œuvre de M. Guizot fût digne d’une attention aussi luxueuse, aussi somptueuse que la fabrication spéciale de ce coffret. On a lu ce beau travail historique qui a valu à l’écrivain des honneurs tout particuliers de la part du congrès des États-Unis d’Amérique. Le manuscrit de cet ouvrage devait être conservé précieusement, comme contenant l’histoire de cet établissement si fort des États-Unis; et ce témoignage rendu à M. Guizot fait autant d’honneur aux Américains qu’à l’auteur de la vie de Washington. La reconnaissance du congrès pour l’écrivain est donc justement méritée.
- Coffret, par M. Morel.
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
- « ou réduites, — faisant ainsi le travail du graveur, « du sculpteur ou du statuaire.
- Les dessins les plus riches de tapisserie et de damas en relief, sont à présent produits par un travail mécanique tenant de la magie. Le métier à tisser est le rival de la palette et du burin ; outre les magnifiques tapis nuancés de couleurs si vives et si variées, ces métiers tissent des paysages égalant les peintures à l’huile, et des portraits d’après les gravures les plus fines. Bien mieux, à en juger d’après le nombre progressif de machines à coudre qui se produisent, il semble que nous ne soyions pas éloignés du temps où l’aiguille elle-même, ainsi que le dé, serontplacés dans les collections de muséums à côté de la quenouille, de la roue à filer, du dévi doir, desaiguilles à tricoter, du métier de tisserand, des fuseaux et coussins à faire la dentelle, et d’autres curiosités antiques du même genre, comme preuves évidentes des imperfections de la civilisation. Dans la chromo-lithographie, des artistes automates rivalisent pour la finesse des touches avec les anciens maîtres, et dans peu de temps, ils reproduiront par millions leurs productions les plus estimées.
- Sans que l’on s’en doute, les inventeurs exercent déjà une influence suprême sur les affaires humaines; ce sont les machines aujourd’hui, qui réellement gouvernent le monde, quoique le monde ne veuille pas le reconnaître.
- Léop. d’Aebréville, ingénieur.
- L’ESPAGNE A L’EXPOSITION.
- (Quatrième article. )
- Nous assistions il y a quelques années au débarquement d’un navire génois sur le quai de la Havane, et les beaux marbres polis que l’Italie délivrait aux riches propriétaires de l’île de Cuba excitaient à un haut degré notre admiration : il y a loin de la Méditerranée au golfe du Mexique, et lorsqu’une pierre est jugée digne d’être transportée de l’un à l’autre de ces deux points, il faut convenir que cette pierre doit être fort rare dans le pays qui, pour la posséder, consent à l’honorer d’un si coûteux trajet. Le marbre est rare, en effet, à la Havane. Nous parlons du marbre équarri, scié, poli et formant des tables, des consoles, des guéridons et autres ornements de domicile; quant au marbre en carrières il s’y trouve en aussi grande abondance que la pierre commune ; à quelques lieues de la Trinidad, dans les environs de Matanzas, non loin de ;Santiago, presque partout les cours d’eau murmurent et se brisent en cascades sur des lits de marbre; l’île de Pinos, à quelques portées de fusil de Cuba, n’est, à proprement parler, qu’un noyau de marbre jeté au milieu de la mer; mais dans les pays où le génie de l’exploitation n’a pas élu domicile et où les moyens de transport sont imparfaits , on ne possède rien de ce que l’on a, et, quand il s’agit de transporter du marbre, il y a plus loin de Cuba à Cuba que de Gênes à la Havane, c’est pourquoi les colons d’Amérique achètent encore à l’Europe une substance dont leur pays est abondamment pourvu.
- Nous pouvons dire à propos de Cadix et de Barcelone ce que nous venons de raconter par rapport à la Havane ; le marbre est très-rare dans les villes espagnoles et celui qu’on y voit y a été, en grande partie, apporté de l’étranger : est-ce à dire que l’Espagne manque de marbres? Voyez plutôt :
- Une société collectionniste de Madrid expose, à elle seule, 87 échantillons de marbres de diverses sortes, ce qui témoigne déjà de 87 carrières; outre cette collection, nous voyons encore celles d’Alméria, de Cordoue, de Grenade, de Guipuzcoa, de lluelva, de Léon, de Malaga, d’Oviedo, de Sara-gosse et de Cuba, formant en tout une soixantaine d’échantillons supplémentaires.
- Parmi ces spécimens il s’en trouve d’extrêmement remarquables non-seulement à cause de leur qualité, mais encore sous le plus précieux rapport de leur originalité et des traits exceptionnels de leur physionomie. Nous citerons, entre autres, les marbres blancs à veines blettes de Loja dans la province de Grenade ; ce marbre est coté 30 réaux, ou 8 francs le pied cube ; ce prix est un peu élevé, mais il ne nous semble pas encore en rapport avec la rareté de la matière, si les demandes étaient nombreuses, ce qui aura lieu quand ce marbre aura paru sur le marché, il deviendra probablement plus cher. Il y a encore, dans la même province, les marbres d'Alora à veines bleues et jaunes, cristallisation
- rocheuse aussi originale et plus belle même que la première ; malgré la magnificence de cette dernière carrière, elle est restée sans exploitation ou, tout au moins, les travaux dont elle était l’objet sont actuellement suspendus.
- Les marbres sculpturaux de Macael dans la province d'Alméria sont aussi finement grainés qu’on les puisse désirer pour l’exécution de ces travaux d’art; leur blancheur est aussi parfaitement irréprochable ; cependant l’absence de routes les condamne à rester inconnus et leur usage n’outrepasse pas le rayon de la carrière. Ceux de Dallas, dans la même province, sont exploités avec un peu plus de succès parce qu’ils sont plus voisins du port d’Adra.
- Cabra, située dans la partie la plus rocailleuse de la province de Cordoue, est aussi d’une grande richesse en marbres et calcaires métamorphiques; on voit à l’Exposition neuf à dix échantillons des carrières de cette juridiction ; nous remarquons dans le nombre, le marbre de Lanchares excessivement dur et n’avantpas de veines; son excellence est réputée pour les meules de moulin ; un fragment de cristallisation formé à peu près exclusivement de carbonate de chaux, mérite encore de fixer l’attention des savants; cette pierre d’eau (piedra de agua) comme on l’appelle dans le pays, se trouve dans la montagne de Notre-Dame ( cerro de Nuestra Senora) à quelques lieues de Cordoue; on en extrait de diverses sortes, tantôt d’une blancheur extraordinaire, tantôt sillonnée de veines; les mêmes carrières abondent en cristaux carbonatés de forme prismo- rectangulaire ; mais on fait si peu d’usage de ces précieuses matières dans la contrée, que le premier venu peut aller en extraire sans être tenu de rien payer au propriétaire, et pour qu’on ne croie pas que les extractions peuvent s’opérer par surprise, nous ajouterons que la règle s’applique même aux meules de moulin.
- f es marbres écaille, gris, cendrés, rouges, châtains, bruns, noirs, unis et veinés sont encore infiniment plus abondants en Espagne que les marbres blancs ; la serpentine est commune à Malaga, mais celle de la Sierra Iluejar, dans la province de Grenade est plus élégamment tachetée et nuancée que les autres et se trouve, pour cette raison, plus estimée ; la carrière qui la fournit est fort ancienne, car les colonnes de l’autel de las Salesas à Madrid et celles de San Miguel à Grenade en ont été extraites à une époque déjà loin de nous.
- Les albâtres et les autres variétés de chaux sulfatée proviennent de Saragosse, de Santander et de Murcie. Les chaux hydrauliques sont particulièrement d’Alava.
- On voit que si les Espagnols ne couvrent pas leurs meubles, ne décorent pas leurs chambres, ne carè lent pas leurs appartements, ne construisent même pas leurs maisons avec du marbre, ce n’est pas la faute de la nature, qui leur en a donné autant et peut-être plus qu’aux autres peuples; ce sont eux-mêmes, ici, qui sont coupables de s’être croisé les bras devant les richesses élémentaires dont ils regorgent. Ils ont semblé attendre que le Créateur, après avoir muni l’Espagne de carrières nombreuses, se mit à les exploiter lui-même et à en élaborer les matériaux à leur profit ; ils n’ont pas réfléchi qu’à ce compte il y aurait plus d’avantage à être Espagnol que Providence, ce qui contrarierait singulièrement les notions fondamentales de l’éducation publique.
- Si, en voyant la simplicité déplorable d’un intérieur de bourgeois espagnols, on se trouve forcé de conclure que l’Espagne manque totalement de marbres, on doit induire de l’état des vaisselles que la Péninsule est pauvre d’argiles réfractaires; cependant cette matière est en grande abondance et en très-belle qualité dans plusieurs provinces; celle d’Alméria a exposé les fines terres de S or bas qui n’ont servi, jusqu’à ce jour, qu’à faire des poteries ordinaires, mais dont, avec plus d’art, on pourrait appliquer la vertu à des faïenceries supérieures; le Kaolin, cet élément chinois, auquel nous avons conservé le nom Lévantin qu’il doit à ses inventeurs, se trouve en larges lits dans les districts de Gra-doso, de Terjera et de Kijar, celui de ce dernier district est employé dans la manufacture de Séville. Le kaolin, vu le dédain général des Espagnols pour la porcelaine, n’a guère servi, jusqu’à ce jour, qu’à la composition des briques réfractaires; d’ici à quelques années, quand le peuple espagnol aura pris l’habitude de changer d’assiette, il en cassera davantage et la fabrication décuplant ses produits,
- le perfectionnement s’ensuivra nécessairement, de telle sorte que les divers éléments argileux, dont nous venons de parler, seront combinés et épurés au profit du progrès.
- Il y a, à l’Exposition, trois figures en terre cuite représentant des Andaloux; ces statuettes sont un excellent spécimen des argiles plastiques de Malaga ; mais ces argiles, d’une finesse de grain peu commune, ne servent encore qu’à la poterie. Quelques-unes de ces substances commencent, il est vrai, à donner quelques bons résultats manufacturés, ainsi que nous le démontrerons plus tard , mais toutes peuvent devenir et deviendront, sans doute, la base de grandes et profitables industries.
- Nous bornerons la nomenclature des combinaisons magnésiennes, qu’on trouve dans la Péninsule, à la belle terre de pipe de Ballécas, "près Madrid, et à la chaux phosphatée de Logrozan, province de Caceres, dans la pittoresque et vieille Estramadure. Cette phosphorite, dont l’efficacité est incontestable en ce qui touche l’engrais et l’amélioration des terrains épuisés ou naturellement pauvres, se trouve à l’état pierreux, dans des veines arrivant à la superficie du sol ; elle gît dans des rocs de granit et est recouverte d’argile ardoisée; les veines varient de 5 à 6 pieds d’épaisseur sur 1 0 de profondeur et contiennent 81.15 de phosphate de chaux et 14 de fluoride de calcium ; résistant à l’action de l’air, et étant, par conséquent, indestructible, cette substance demanderait une manufacture d’appropriation ; mais rien n’a encore été fait à ce propos, et la richesse dont il s’agit, reste, comme tant d’autres, pour mémoire. Mentionnons, pour en finir avec cette section géologique, une sorte de savon minéral ou silicate de magnésie que l’on extrait de Nijar, concurremment avec le kaolin ; les manufactures de tissage de la Catalogne font un usage assez considérable de cette terre onctueuse, que la ville de Puzzol, en Italie, nous a fait connaître sous le nom devenu vulgaire de Puzzo-lanc.
- A défaut de diamants l’Espagne a exposé de magnifiques cristaux de roche au nombre desquels nous en remarquons de rouges à double pyramides, qui passent dans le commerce sous le nom de Jacin-tes de Compostelle et de jaunes, extraits de la mine de Carmen del Brazil, située à Majaditas, dans le district de Villasbuenas. Ces derniers se taillent à l’instar des topazes et sont acceptés sous la dénomination de topazes de Bohême.
- Telle est la naturelle et providentielle disposition du sol péninsulaire, son opulence est notoire, et il reste démontré que si les Espagnols voulaient en tirer parti, ils deviendraient le peuple le plus brillant de la terre. Nous allons voir maintenant, en commençant par l’agriculture, ce que cette nation à su faire des éléments de comfort au sein desquels elle se trouve placée.
- Quand, dans un pays, l’agriculture est restée un métier régi par la routine, tout s’en ressent,- ou plutôt l’état de l’agriculture est la dernière répercussion de la situation industrielle d’un peuple ; car l’art ne commence pas précisément à la charrue, il y aboutit ; et, en vrai bourgeois qu’il est, ce n’est qu’après avoir irrévocablement élu domicile dans les villes qu’il daigne courir les champs et faire, à sa façon, des parties de campagne. Le bourg, exclusivement habité par des agriculteurs qui, durant l’hivernage, fabriquent eux-mêmes leur vestiaire et leurs ustensiles, récolte toujours assez de denrées pour l’alimentation delà tribu; de là l’inutilité soit de perfectionner les instruments, soit d’étudier les circonstances favorables au labour; là, l’engrais est inconnu, le sillon superficiel, la cueillette irrégulière et pleine d’imperfections; on sème mal, on perd une partie de ce qu’on ramasse; l’agriculture en est aux rudiments et elle n’en peut pas sortir, par la raison que son produit, toujours suffisant, ne saurait s’augmenter qu’en pure perte.
- Vient le village avec sa population d’artisans, de bourgeois et de commerçants, avec ses besoins plus nombreux et plus recherchés que ceux de la population rurale, et, tout aussitôt, le laboureur prévoyant la possibilité de tirer profit de l’amélioration et du surcroît de ses produits, conçoit la pensée de cultiver mieux et de récolter avec plus de soin; déjà la réflexion lui indique que tel terrain est supérieur à tel autre, pour l’éducation de telle denrée, il songe au perfectionnement de ses instruments, et, dès la naissance de l’art urbain, un principe d’art s’introduit dans l’agriculture.
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- A proportion que la ville se fonde, les champs s’organisent et s’embellissent; et quand les marchands de la cité se sont décidés à ouvrir de larges voies de communication pour se mettre industriellement en rapport avec d’autres marchands, tant nationaux qu’étrangers, alors l’agriculture, appelée comme toutes les autres industries, à étendre son bras sur le monde entier, s’inspire de l’intelligence commune, s’assimile l’art et devient véritablement florissante.
- L’Espagne rurale est à peu près à la première moitié du chemin; ses industries urbaines ne donnant pas assez de produits pour que ses marchands aient senti la nécessité de se créer des débouchés par l’ouverture de grandes artères viables, il en résulte que l’agriculture en est réduite à travailler pour la seule alimentation de ses districts respectifs; et, comme le sol est fécond, le génie humain n’a pas besoin de venir au secours de la nature. Dépourvu de tout stimulant, le laboureur espagnol est resté routinier et traditioniste. Si vous jetez un coup d’œil sur la section industrielle des mécaniques et des manufactures métalliques de la Péninsule, vous n’y verrez aucun instrument aratoire. A quoi bon, en effet, imaginer des charrues et des herses nouvelles dans un pays où les beaux blés de Saragosse, de Huesca, de Villacastin, de Zamora, de Médina del Campo, etc., valent de 7 à fO.fr. l’hectolitre, dans l’état actuel de la production, et où ces mêmes blés, manquant de moyens de transport et condamnés à être consommés dans la circonscription du territoire qui les a vu naître, ne peuvent se multiplier que pour subir une dépréciation? Evidemment cet état de choses, favorable au stalu quo universel, n’admet pas le progrès agricole. Sur le littoral, les blés sont beaucoup plus chers que dans les provinces centrales, mais cette augmentation de prix leur est infligée par la locomotion, et leur valeur est déjà trop élevée vers les ports, pour qu’ils puissent supporter la concurrence des blés étrangers.
- On voit à l’Exposition, quinze variétés de blés espagnols, aucun pays n’a exhibé autant de ressources agriculturales; si nous ajoutons à cela sept à huit sortes de maïs, remarquables par le prodigieux développement de leurs épis et deux échantillons d’une espèce de couscous, connu dans le pays sous le nom de panizo, nous aurons donné une idée du parti que, dans des conditions meilleures, on pourrait tirer du sol péninsulaire. Les minoteries de Séville et de Yalladolid, ont envoyé à Londres des farines de plusieurs qualités.
- La culture du riz est particulière à l’ancien royaume de Valence, où elle est faite dans des terrains innondés; nous en remarquons de quatre sortes : commun, moscado, largo et hermoso. Le prix originaire de cette denrée est de 32 à 37 fr. les 1 00 kilogrammes, mais les frais de mutations, en la rendant innaccessible aux étrangers, fixent sa consom mation dans les limites nationales.
- Ceux de nos lecteurs qui connaissent l’Espagne, seraient étonnés si nous n’accordions ici une mention particulière à la culture des pois chiches, farineux dont l’usage est si répandu de l’autre coté des Pyrénées, que leur absence du logis équivaut à la plus grande détresse des familles. Les garbanzos sont à l’Espagne, ce que le porc est au Rouergue ; tout Aveyronnais qui n’a pas un porc et tout Espagnol qui manque de garbanzos, sontdeux hommes tombés, à un égal titre, au dernier degré de dénû-ment. On dit d’un pauvre chez nous, qu’il n’a pas de pain, en Espagne on s’exprime autrement et l’on proclame qu’il n’a pas de pois chiches. Le pois chiche est pour nos voisins le régulateur de l’aisance privée et de la prospérité publique; on pourrait presque dire que quand la récolte des garbanzos a été bonne, l’emprunt royal est d’une émission facile, et que du moment où elle se montre mauvaise, le 5 p. % est frappé de dépréciation et les fêtes de Buen Retiro sont suspendues.
- Il n’y a point de repas en Espagne sans olla po-drida, il n’y a pas non plus d'olla podrida sans garbanzos. Les plus somptueuses tables des plus tiers gentilshommes des Espagnes, sont fournies de cette fécule nationale; Ferdinand Vit en était fort gourmand, son goût allait même, sur ce point, jusqu’au fanatisme; tout le monde sait que, dans un dîner officiel, servi à la cour de ce monarque, notre ambassadeur, M. de Rayneval, qui avait la faiblesse de préférer les bécasses aux pois chiches, s’attira la froideur du roi pour avoir refusé de dé-
- LE PALAIS DE CRISTAL.
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- guster ce dernier mets; peu s’en fallut même, dit-on, que la mauvaise humeur du souverain n’allât jusqu’à la délivrance des passeports, auquel cas la France et l’Espagne se seraient trouvées pour cause de pois chiches, à deux doigts d’une déclaration d’hostilités. Ce seul fait témoigne éloquemment de l’importance du légume.
- Les garbanzos abondent dans les Castilles et dans la partie méridionale de la Péninsule; ils sont plus rares et de moins bonne qualité dans le nord, qui ne laisse pas que d’en faire un grand usage. Les plus réputés pour leur cuisance et pour la finesse de leur pâte sont ceux de Valladolid et de Malaga : ils valent de 140 à 170 réaux la fanègue, c’est-à-dire de 70 à 85 francs l’hectolitre.
- Les pois ordinaires ronds et carrés, les fèves, les haricots de toute espèce et de toute couleur sont fournis par le sol espagnol en très-grande abondance et à fort bon marché, de même que les châtaignes, les glands doux de Iluelva particuliers au pays et Yalgarroba ou caroube d’un emploi si efficace pour la nourriture et l’engrais des bestiaux. Si ces divers fruits à fécule étaient d’un transport facile, ils pourraient être livrés à l’exportation à bas prix et devenir la source de richesses inattendues.
- Pour compléter cet examen des produits végétaux farinacés, nous citerons deux plantes qui appartiennent à cette catégorie par la composition de leurs racines tuberculeuses. La première est le cipe-rus sculentus dont les bulbes, appellées chufas par les Espagnols, sont généralement employées dans le midi et jusqu’à Madrid pour la fabrication d’une boisson extrêmement rafraîchissante connue sous le nom YY orgeat de chufas. La seconde, de la famille des convulvu'us, n’est autre que la patate douce des tropiques; ce tubercule comestible, plus sucré que la châtaigne et finement parfumé, reçoit une culture spéciale entre Malaga et Alméria, sur la côte méridionale. Son développement n’atteint pas les dimensions des patates américaines, mais sa suavité ne laisse rien à désirer : on s’en sert fréquemment comme de fruits pour la composition des confltu-rés.
- BELLEGARRIGÜE.
- REVUE DE L’EXPOSITION DE LONDRES.
- DRAPERIE FRANÇAISE,
- La draperie est, à quelques exceptions près, assez bien représentée à l’Exposition de Londres. La plu-partdes peuples qui se livrent à cette industrie ont fait appel aux fabricants qui, longtemps à l’avance, se sont préparés à soutenir dignement la lutte.
- L’Angleterre, jalouse de montrer à l’Univers entier les merveilles de son industrie, avait par des encouragements, parla perspective même de récompenses pécuniaires, stimulé le zèle de ses fabricants. Aussi, bien peu ont-ils manqué à l’appel.
- La France, au contraire, chez qui l’amour-propre industriel, le patriotisme commercial sont loin d’être aussi développés, a montré une grande tiédeur et ne s’est mise à l’œuvre qu’au dernier moment. Beaucoup de fabricants, les uns craignant le libre échange, les autres redoutant de montrer aux Anglais les secrets de leur fabrication, ont crû devoir s’abstenir de prendre part à la lutte. Ce sont principalement les fabriques d’articles de nouveautés vraiment françaises, dont nous avonsle plus regretté l’absence. Et quelle victoire n’eût pas remportée la France, si elle se fût présentée avec cette riche collection d’articles de goût et de fantaisie, recherchés de l’univers entier.
- Elbeuf, cette ruche industrielle comme l’a si justement nommée Napoléon, et qui compte dans son sein plus de 200 fabricants, n’a été représentée que par deux seulement : MM. Théodore Chennevière et veuve Parnuit, Dautresme fils et compe.
- Sédan, dont la réputation pour les draps noirs est européenne, ne comptait à l’Exposition que trois fabricants, MM. Bertèche et Chesnon, Paul Bacot fils, etParet. C’eût été avec plaisir que nous eussions vu, dans une ville qui possède tant d’industriels distingués, un plus grand nombre de fabricants venir prendre part à la lutte.
- Le Midi nous a envoyé quelques fabricants qui ont exposé une série d’articles communs qui n’ont pas de mérite aux yeux du public, mais très-esti-més des connaisseurs à cause de la modicité de leurs prix.
- Elbeuf. — (M. Théodore Chenneviève.)
- C’est vraiment avec un sentiment d’amour-pro-
- pre national que nous avons admiré la magnifique exposition de cet industriel, variété d’articles, heu^ reux choix de dessins, richesse de nuances, tout s’y trouve réuni. Nous avons surtout admiré des imitations d’hermine et de peaux de tigre qui sont parfaits d’exécution. Enfin, tous les articles exposés par ce manufacturier sont empreints d’un cachet de bon goût et d’originalité qui les distingue.
- Le plus bel éloge que nous puissions faire de ce fabricant, c’est de constater qu’il s’est maintenu au rang distingué qu’il occupait aux expositions de l’industrie française. Nous regrettons vivement, si nous jugeons d’après cette belle exposition, les produits qu’aurait pu exposer Elbeuf, qu’il ne s’en soit pas trouvé un plus grand nombre : Mme Ve Parnuit, MM. Dautresme fils et compe, exposent quelques articles de nouveauté bien réussis, de bonne nuance et de belle qualité. Ce fabricant nous paraît bien comprendre la nouveauté. Nous devons citer, dans son exposition, quelques pièces paletot d’une bonne fabrication.
- Sédan.
- MM. Bertèche, Chesnon et ce.
- Draps lisses, couleurs fantaisie, remarquables par la qualité, par l’apprêt, la pureté des nuances nous avons remarqué plusieurs écossais très-bien nuancés et d’un goût irréprochable. Cette maison n’a pas cessé de se maintenir au rang distingué qu’elle occupe à Sédan depuis nombre d’années.
- MM. Paul Racot fils.
- Draps noirs d’une exécution admirable; il est impossible de trouver un apprêt plus parfait, une matière plus belle, des nuances mieux assorties. En un mot, les produits de ce fabricant nous paraissent réunir au plus haut point les qualités qui font la beauté du drap noir : la force réunie à la souplesse, à la finesse, à la solidité.
- M. Paret.
- Draps noirs de qualité assez ordinaires, mais d’un bel apprêt. Nous avons admiré la magnifique nuance d’un garance.
- Louviers.
- MM. Poitevin et fils
- Exposent quelques nouveautés ordinaires. Mais leurs paletots d’hiver sont d’une belle exécution et d’une qualité admirable.
- M. D. Chennevière.
- Le principal mérite de ce fabricant est de vendre ses nouveautésà un prix excessivement bas. Aussi ne doit-on pas se montrer très-difficile sur la finesse et le goût de ses étoffes, qui ont, du reste, le mérite d’être d’une solidité à toute épreuve.
- M. J. Randoing d’Abbeville, propriétaire de la manufacture royale fondée par Van-Robais, sous Louis XIV; il en est le digne successeur ; c’est un de nos industriels les plusremarquables. Son exposition offre une série de draps lisses dont les nuances sont d’une exquise fraîcheur, la qualité et l’apprêt admirables.
- M. Lenormand de Vire, expose une série de paletots dont la forme est bonne mais qui sont trop raides. Ses draps noirs sont d’une fabrication ordinaire et faits, surtout, en vue du bon marché. Mais, ce à quoi nous devons applaudir, c’est à la persévérance d’un industriel qui a su créer dans un pays neuf un magnifique établissement.
- M. Kinzer, de Strasbourg, fabrique avec beaucoup d’habileté une grande quantité d’étoffes pour robes de dames; de draps de diverses couleurs pour amazones; ces draps, sont magnifiques de qualité et d’un apprêt soigné. Aussi peuvent-ils lutter avec avantage avec les draps de Yerviers et d’Aix-la-Chapelle.
- Les draps de M. Maniguet, de Vienne, sont d’une qualité très-commune, d’un mauvais apprêt; les dessins en sont surannés. Leur seul mérite c’est leur bon marché. Pour porter un jugement sérieux sur la fabrique du Midi, qui, elle aussi, a exposé divers articles dans ces mêmes genres, il faudrait en connaître le prix de vente, que nous supposons devoir être d’une grande modicité.
- AVIS IMPORTANT.
- Les personnes dont l'abonnement- expire à la fin de l'Exposition, c’est-à-dire le 11 octobre prochain sont priées d’adresser leur renouvellement avec l'adresse bien précise. Ainsi qu’il est dit plus haut, moyennant 12 fr. 50 c. seulement, les abonnés ac. • tuels recevront le journal jusqu'au 1er août 1852.
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
- M
- 'Fumivore (Fig. I.)
- 4° MACHINE FÜMIVORE, PAR RICHARD RODIIAM, DE GATESHEAD (Durtiam)
- ET ROBERT IIOBLYN DE STEPNEY.
- On sait que dans le voisinage des usines, la fumée de ces établissements est préjudiciable au bétail. On sait en outre, qu’il sort des cheminées de bateaux à vapeur des miasmes gazeux, des vapeurs condensées, qui sont nuisibles à lasanté.
- Les inventeurs de l’appareil dont nous donnons ici la description (fumivore 11g.
- \, 2 et 3), ont voulu résoudre le double problème de l’absorbtionde la fumée, au double moyen de leur nouvel appareil.
- Le principe consiste à faire passer la fumée dans un système de conduits où se trouvent des dissolvants de ces matières délétères dont nous parlons, en sorte que forcée pour avoir l’air de s’échapper par ces conduits, la fumée passe par cet appareil et sort épurée, et déga
- gée complètement, après que la dissolution s’est opérée.
- On comprend facilement que la fig. ^représente l’élévation, la lit
- . 2, la sec-
- Fumivore (Fig. 2.)
- «
- tion verticale, la fig. 3, le plan de l’appareil.
- Un tuyau D, est mis en communication avec les fourneaux ou les réservoirs qui contiennent des ingrédients chimiques dangereux. La fumée sort de ce tuyau, s’élève au point C, où est pratiquée une ouverture faisant communiquer
- le tuyau avec un cylindre inférieur AA. Dans ce cylindre, sont établis un système de vannes ou d’ailes, auxquelles on imprime au point F, un mouvement de rotation, qui se meut sur une axe ou une tige placée verticalement et les traversant par le centre. Ces vannes agitent la fumée. On comprend dès-lors que l’on peut adopter ici un appareil de purification, au moyen d’un réservoir d’eau placé à la partie supérieure. L’eau vient tomber au moyen de robinets G, G, G, et la fumée ainsi que l’eau sortent au point E pour entraîner ainsi toutes les matières qui se sont échappées à l’orifice du tuyau communiquant avec le four-
- Fumivore (Fig. 3.)
- neau destiné à l’alimentation générale de l’usine. Cet appareil est d’une grande simplicité.
- LOCOMOTIVE
- Les progrès faits dans les appareils de locomotion sont incessants. On peut affirmer qu’il ne se passe pas un mois sans qu’une innovation soit introduite dans les différents systèmes employés.
- Nous donnons ici quatre figures pour la locomotive de M. Crampton. La Fig. \, représente la machine même à élévation; la Fig. 2, la coupe transversale, moitié à l’intérieur, moitié à l’extérieur; la Fig. 3, la position du centre degra-Aité dans une machine ordinaire, figurée par l’intersection
- DE CRAMPTON.
- des deux côtés de l’angle-, la Fig. 4, le centre de gravité dans la locomotive Crampton.
- Le problème le plus difficile à résoudre pour les constructeurs de locomotives, c’est de conserver une grande sûreté d’action dans le mouvement de grande vitesse.
- Avant les machines construites par Stephenson, les roues étaient placées sous le cylindre de la machine, et on était obligé de courber les axes, ce qui pouvait en compromettre la solidité. Stephenson, eût la pensée de placer les roues au
- 'ür
- Locomotive de Crampton.
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- LE PALAIS DE CRISTAL
- 285
- Locomotive Crampton (fig. 4).
- Locomotive Crampton (fig 3).
- Locomotive Crampton (fig. 2),
- dessous du cylindre, ce qui évite l’obligation de donner trop de force et de lourdeur aux roues.
- M. Crampton a voulu, lui, résoudre autrement le problème, en ajoutant encore plus de solidité à la position de la locomotive. Pour cela, se préoccupant des roues principales, celles qui impriment la vitesse en imprimant la direction, au lieu de la placer sous le cylindre, il l’a placé en dehors de la chaudière, en sorte qu’il peut placer le cylindre à telle hauteur qu’il le désire et donner au diamètre de la roue conductrice telle longueur qu’il lui paraît le plus convenable.
- On peut voir que le centre de gravité de la machine est plus bas dans la locomotive Crampton, et que, par conséquent, la solidité en devient plus considérable, pendant que la roue ayant ^elle-même un diamètre plus grand, la vitesse peut augmenter.
- C’est à la solution de ce double problème que l’inventeur s’est principalement voué.
- CE photographotrûpe,
- BAR M. ROBERT BRUNEL (de Londres.)
- Tout ce qui tend à simplifier un travail mécanique est une conquête.
- Ici le double problème de la production et de la consommation est résolu ; les progrès de la photographie augmentent, on le sait, chaque jour : et, il est incontestable que cet art peut rendre de très-grands services à l’étude sérieuse, et en même temps à tout ce qui a besoin, dans l’industrie, de promptitude et de régularité.
- Les inventeurs du photogra -photrope ont voulu réunir sous la main de l’artiste tout ce qui lui est nécessaire pour achever son œuvre sans être forcé de recourir aux deux ou trois combinaisons accessoires du travail des appareils ordinaires.
- Le nouvel instrument dont nous donnons le dessin s’appuie sur un trépied S S S armé de pointes. A représente le miroir qui doit recevoir l’objectif dans la chambre obscure B. C est le régulateur deslentilles et a pour but de déterminer leur diamètre et leur distance.
- D est l’hectromètre qui indique la force de la batterie E le long des chaînes FF à travers la chambre obscure et le plateau G qui, par le contact des ressorts II forme bien le cercle électrique qui se complète par le pôle positif K.
- L est le récipient du Mercure.
- Enfin O est le tube régulateur de la chaleur provenant de la lampe; P. T est un écrou ; u moyen duquel on donne à la chambre obscure telles dimensions que l’on désire.
- Voici les avantages inappréciables de cet ingénieux appareil. D’abord ce photographotrope est portatif. Ensuite, aussitôt que le portrait a été saisi, à l’intérieur de la chambre noire, il est immédiatement renfermé dans la chambre où se trouvre le
- mercure, et le portrait est reporté dans l’espace de temps déterminé par le sablier Q. Le contact électrique a bientôt déterminé la décomposition chimique.
- On comprend toute l’importance de la. brièveté de temps obtenu par ce moyen. C’est une question décisive pour la perfection del’œuvre. Au moyen de cet appareil électrique, on obtient, pour les portraits, tout le fini d’une minia-e.
- Pour prendre les paysages, cette accélération du travail n’est pas indispensable. Mais le problème de laphoto-gaphie ne devait être complétementrésolu que par la perfection du dessin, et cette perfection n’était possible que par la brièveté du temps employé; il évident que l’application de cet appareil électrique est un bienfait pour cette industrie.
- Au reste l’application de l’électricité'à la photographie fait de notables progrès. Nous au-ons occasion de re ve-
- I.e pholograpliotrope.
- nir sur ce phénomène cirirux. 11 existe h Paris une société d’ommes savants dite Société hêlioqta-phique, et qui fait de cette admirable invention l’objet de toutes ses recherches. Nous avons déjà publié des communications fort intéressantes de M. Niepce de St-Victor. Nousv reviendrons.
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
- COURRIER DE PARIS ET DE LONDRES.
- La reine est partie pour l’Ecosse : elle va passer quelque temps à Balmoral-Castle, une résidence pittoresque, charmante de couleur locale, enfin, entourée de tous les agréments classiques d’une demeure princière dans les Highlands.
- La Société des amis de la Paix universelle, de la Tempérance et de la Fraternité, a donné, pour la dixième fois, sa grande fête annuelle. La solennité a eu lieu à Hartwell, un pays historique en quelque façon, puisqu’il a été habité par Louis XVIII lors de son exil.
- La fête a été paisible et brillante, elle s’est sobrement composée d’illuminations et de discours; on pense bien que les banquets et les toasts ne sont pas du goût d’une société de tempérance ; les concerts même, les concerts, cette pénitence que les maîtres de musique imposent deux fois l’an à leurs élèves mondains, les concerts sont considérés comme des plaisirs trop vifs et écartés sévèrement par la Société de ses froides et philanthropiques réunions.
- C’était charmant; aux invités avides de plaisirs et affamés on a servi de bons et longs discours ; on leur a appris à réprimer leurs passions, à mortifier leur estomac; le plus mauvais dîner, il est vrai, aurait bien mieux fait leur affaire. Mais pouah ! ce sont des fêtes du cœur, des banquets de sentiments, l’âme seule y prend part; goûts terrestres, vils appétits, loin d’ici. Que parlez-vous de Porto et de Xérès? Point: des rasades de fraternité, quatre services de maximes philosophiques et un surtout de tempérance. Maintenant, renvoyez les femmes, les savants discours sur la sobriété vont commencer; c’est là seulement qu’il est permis de ne pas être sobre, et Dieu sait si M. Suringar, d’Amsterdam, s’est énivré de ce sujet maigre : la tempérance.
- En France, à la vérité, on entend aussi des discours, on en entend de très-longs, de très-mauvais le plus souvent, de très-ennuyeux toujours, mais au moins on mange et on boit avant, pendant ou après. Nous n’avons pas, dans toutes nos excentricités, été jusqu’à mettre au discours sec tout un monde d’invités.
- Ainsi à Chartres, prochainement, on va inaugurer cette grande statue de Marceau, que M. Préault expose en ce moment entre le Louvre et le pont des Arts et dont le Palais de Cristal donne aujourd’hui le dessin. On entendra des discours, c’est évident; le maire de Chartres, bien certainement, ne laissera pas échapper l’occasion de dire, pendant trois quarts d’heure, quelques mots sentis. Mais en homme qui sait son monde, qui comprend que tout invité vit aux dépens de celui qu’il écoute; il mettra, j’en suis sûr, à la disposition de l’auditoire un nombre de pâtés proportionné à l’étendue et à la pesanteur de son discours : La ville de' Chartres suffira-t-elle? Enfin on fera de son mieux.
- Du reste, Paris attend avec impatience, Paris n’a d’autre rêve que d’aller dîner en province, de visiter sa banlieue dont le rayon touche maintenant à la mer, d’aller admirer les églises, les promenades, les monuments, les curiosités des villes de province: et, il parcourt, il étudie, il examine, il copie, il analyse toutes ces raretés qui, le plus souvent, ne valent pas le quart de celles qu’il ne daigne pas regarder et qu’il ne regardera probablement jamais à Paris. Mais c’est l’engouement.
- Aussi pour le moment rien à Paris: Les théâtres se croisent les bras ou songent à l’avenir. Le Théâtre-Français , aujourd’hui le plus actif en apparence, tente tout au plus de loin en loin une reprise pour ne pas se gâter la main et se tenir prêt à un bon hiver.
- Avant-hier il nous a donné la reprise d’une pièce de M. Mazères, Chacun de son côté, autrefois rendue célèbre par Mlle Mars.
- La reprise donnait il faut l’avouer un bien triste reflet des splendeurs premières : d’abord la pièce a vieilli : le dialogue que mademoiselle Mars avait merveilleusement sauvé est froid, lourd, sec par moment ; toutefois on retrouve la vieille habileté de l’école; les scènes sont bien menées, émouvantes parfois; et quoiqu’on en puisse dire, l'intérêt est parfaitement soutenu.
- En somme, ceux qui n’avaient pas vu mademoiselle Mars, ont trouvé la pièce agréable; ceux qui se souvenaient ont comparé; à vrai dire, ils ne pouvaient être que très-sévères; pourtant, tout s’est bien passé. M. Monrose a été comme toujours vif, spirituel, comique, entraînant : il n’a pas peu contribué
- au succès de la reprise ; quant à mademoiselle Judith elle s’est montrée comédienne à ce point que quelques bonnes gens se laissaient aller à dire que l’autre, l’illustre était remplacée : oh ! que non pas, mademoiselle Judith remplacera jamais ni dans une pièce, ni dans une scène, ni dans un détail, mademoiselle Mars : il n’est que des béotiens capables de confondre le talent, quel qu’il soit, avec le génie. Après tout, ne crions pas trop, cela pourra bien arriver quelque jour : à Paris, cela se voit des mois entiers.
- Il est du reste encore des crédulités plus ridicules.
- On prend bien pour de beaux Chinois les déplorables figurants des Variétés : les journaux accueillent bien des histoires romanesques, inventées par la peu romanesque direction des Variétés, sur cette petite tille de portière parisienne baptisée Mi-tchou pour les nécessités du rôle.
- Si vous saviez quel ensemble hideux, grotesque, étourdissant, agaçant, la direction des Variétés a imaginé pour ramener le public. Mais laissons cette invention, cela n’est ni amusant, ni vrai, ni seulement supportable.
- Quittons Paris qui dans toute une semaine ne nous a pas donné d’autre événement dramatique : puisque, comme il est- d’usage du reste à pareille époque, puisque le théâtre chôme il faut bien, quelque peu de goût que nous ayons pour la campagne, les prés fleuris, les courses à travers les champs, il faut bien parcourir les environs de Paris et suivre tout autour les fêtes auxquelles la banlieue, de dimanche en dimanche, convie la grande ville.
- La fête de Saint-Cloud est finie : allons jusqu’à Saint-Germain : les Loges ! la fête la plus célèbre, et qui, seule, de nos jours, a conservé un caractère original; il ne manque que les convives; car la mode passe, et cette année, surtout, le conseil municipal a spirituellement conspiré avec la mode.
- Voici le fait : On sait la déconfiture dès longtemps prévue des Arènes de Saint-Germain. Le directeur de l’Hippodrome de Paris a acheté, ces jours derniers , l’entreprise , 9,000 francs, c’est-à-dire la valeur des matériaux. Sauf ces frais de première acquisition , M. Arnault n’a aucune dépense à faire pour donner des représentations : le chemin de fer transporte gratuitement écuyers, écuyères, chevaux et matériel. Or, les troupes réunies de l’Hipodrome de la barrière de l’Etoile et des Arènes nationales suffisent parfaitement au service du troisième cirque. Jusqu’ici il n’y a point de mal, c’est unebonne affaire pour l’entrepreneur ; le chemin de fer y gagne, et il y a encore quelques bénéfices pour la ville; mais le jour de la fête des Loges, M. Arnault a obtenu l’autorisation d’ouvrir entre quatre et sept heures , au moment le plus précieux pour les locataires de la forêt : la belle imagination, en vérité, la belle idée du conseil municipal !
- Les Arènes ont si bien, si complètement détourné le courant des promeneurs, qu’il y a eu cinq mille francs de recette; et pendant ce temps les moutons, les veaux, les bœufs rôtissaient dans le désert, les beefteaks séchaient sur gril, et la délicate fumée des saucisses et boudins montait en molles et provoquantes spirales sans exciter la moindre convoitise, sans ouvrir ni un nez ni un appétit ; et elle aussi, la ravissante fumée de la friture répandue, indignement délaissée pour des chevaux et des écuyères, comme l’âme de Turnus, dans la forêt solitaire,
- ........Fvgit indignata sub umbram.
- A sept heures et demie, le ballon s’enlevait, car il y a toujours un ballon, maintenant ; la soirée était avancée, la nuit tombait, et il fallut bien que les broches cessassent de tourner dans la forêt. C’est toujours un triste spectacle, une fête qui a vainement attendu les invités, c’est plus triste qu’un lendemain; c’est bien triste, un dîner sans convives; c’est plus triste encore, lorsqu’il y a non-seulement un plaisir déçu, mais presque une ruine pour une centaine de malheureux qui, comptant, je ne dirai pas sur la bonne volonté, mais seulement sur l’administration bien entendue d’un conseil municipal, louent fort cher, font grands frais, puis perdent tout, parce qu’il a plu à MM. les édiles de Saint-Germain de ne pas réfléchir. En effet, il a plu à ces messieurs de ne pas comprendre qu’ils compromettaient sérieusement non-seulement les intérêts présents de tout un monde de braves gens, mais les intérêts à venir de la fête et par conséquent de la ville.
- Et disons-le, la faute a été commise non-seulement le dimanche, mais aussi le lundi. Jusqu’à deux heures et demie, la forêt était animée, populeuse, char-
- mante: les saltimbanques, les jeux d’adresse, les loteries, les sucreries, les macarons, les roulettes, ont fait quelque fortune, mais les broches homériques tournaient encore vainement, les saucisses et les lardons se laissaient frire impunément, l’heure n’était n’était pas arrivée de jouir de cette délicieuse abondance; et de nouveau, comme la veille, quand le moment vint, les marmitons étaient seuls à la noce, et tous les invités de Gamache, oubliant ou dédaignant les solides et précieuses satisfactions qu’on leur préparait, se laissaient aller, les vandales ! à suivre les préparatifs et les péripéties d’une ascension ; les Welches ! à admirer les belles épaules de Mlle Joséphine.
- Allons, encore quelques lignes de lamentations sur tant de pères de famille ruinés et de saucissons sans emploi ; pleurons encore un peu sur ces négociants et ces boudins sur le pavé; puis du courage ! ne songeons plus à cette charcuterie dans l’embarras; fuyons ces cuisines désolées, fuyons brusquement, et sans retourner le nez, hélas! tant de victuailles avariées, cela fait mal au cœur
- Sans transition passons à Balzac : Balzac est à la mode au théâtre aujourd’hui : le nom, le grand nom redevient un prestige sur l’affiche; le Gymnase donne Mercadet; l’Ambigu qui, heureusement, à l’honneur du public français, n’a pas trop à se louer ni de la Rose ni du Croque-mort, ni des pittoresques affiches qui les encadrent, va tout enterrer ces jours-ci, et donner, lui aussi, du Balzac ou à peu près. Je ne sais trop ce que ces messieurs ont pu ou voulu faire de la Peau de chagrin pour un théâtre de boulevart,-je ne sais quel épisode ils auront choisi ; je ne sais si la question d’art les aura vivement préoccupés, mais, quoiqu’ils aient fait de la grande œuvre de Balzac, mieux vaut encore mille fois une idée littéraire mutilée, hachée, effacée, profanée, barbouillée que ce travail d’équarisseurs que nous avaient fait MM. Brisebarre et Eugène Nyon.
- Si peu que ce soit, au moins nous rentrerons dans le domaine des idées, dans le domaine philosophique, nous ne serons pas réduits à suivre la mise en scène de détails qui avant de navrer le cœur révoltent les yeux.
- Bon espoir donc, et bon succès je vous souhaite, messieurs les sociétaires de l’Ambigu : vous avez assez de courage et surtout de talent pour mériter de rencontrer de bonnes œuvres; ne songez plus à vous mesurer avec des rôles tels que votre habileté et votre goût n’ont pu les sauver : macte animo que le génie de Balzac vous inspire, que son nom vous protège !
- G. deBouconville.
- EXPOSITION DE LONDRES.
- (Dernières nouvelles.)
- On nous écrit de Londres : mercredi, 107e journée, le nombre des visiteurs à l’Exposition a été de 49,866. La somme des recettes s’est élevée à 2,409 liv. B sh. Parmi ces visiteurs, on a remarqué 1,000 ouvriers de Sunderland, accompagnés par le maire de cette ville, et par M. James Hartley, le célèbre fabricant de verrerie.
- L’empereur de Russie vient d’acheter à MM. Jan-somes et May, une des charrues dont ils ont exposé le spécimen. Cette charrue, telle qu’elle a été fabriquée pour l’empereur, est un outil admirablement travaillé.
- Il ne peut plus exister d’incertitude quant au maintien de l’édifice de Hyde-Park et à l’emploi de la partie du surplus des recettes qui restera consacré à des objets analogues à ceux de l’Exposition.
- Les commissaires royaux, sans considérer la création d’un Jardin d’hiver dans une partie de l’édifice comme une chose mauvaise en soi, pensent qu’en se bornant à autoriser la fondation d’un établissement de ce genre, ils ne rempliraient point les devoirs imposés par le caractère même du grand fait qui a produit l’énorme recette dont l’emploi est aujourd’hui en discussion. L’établissement à former est le Musée industriel et l’Institut des Arts-et-Mé-tiers.
- Autour de cet établissement viendront se grouper une grande école de dessin, une galerie de peinture, des collections de botanique, d’histoire naturelle , d’horticulture, d’antiquités et des plus belles plantes de serre.
- Le total général des visiteurs à l’Exposition, au 31 août, s’est élevé à 4,20B,509. Les recettes, pour le mois d’août seulement, ont été de 58,493 liv. 5 sh. 6 den.
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- FAITS IINDUSTRIELS.
- Par arrêté du 29 août 1 851, M. le ministre de l’agriculture et du commerce a ouvert des concours pour les emplois vacants de professeur dans les écoles régionales d’agriculture.
- L’ouverture des concours aura lieu le 15 octobre prochain, à dix heures du matin, à Paris, au Conservatoire national des Arts et Métiers, rue Saint-Martin.
- Les chaires mises au concours sont les suivantes :
- Economie et législation rurale,
- Agriculture,
- Zootechnie, ou économie de bétail et de zoologie,
- Sylviculture et de botanique,
- Chimie, physique, minéralogie et géologie appliquées,
- Génie rural.
- Les programmes se distribuent à Paris, au ministère de l’agriculture et du commerce, division de l’agriculture, rue de Yarennes, et au siège de chaque école régionale d’agriculture : à Grignon, par Nauphle-le-Château (Seine-et-Oise); à Grand-Jouan , par Nozay (Loire-Inférieure): à la Saulsaie, par Montluel ( Ain ) ; à Saint-Angeau, par Riom-ès-Montagnes (Cantal).
- — Une nouvelle exposition de tableaux, statues et autres objets d’arts, doit avoir lieu très-prochainement dans Tune des salles du Palais-National ; ce sont ceux achetés ou commandés par le gouvernement et la ville de Paris. Après cette exposition, qui ne durera que quinze jours, trente tableaux, environ , iront enrichir la belle galerie du Luxembourg, et la statue de Jeanne d’Arc ornera son parterre. Un nombre pareil de tableaux doit aller à Versailles; une douzaine d’autres seront répartis dans les diverses églises de Paris. Une statue de saint Martin et une de la Vierge sont destinées à l’église de la Madeleine et à Saint-Sulpice ; et enfin, deux bas-reliefs en marbre décoreront les salles de l’Assemblée nationale.
- — Un télégraphe électrique sous-marin doit, comme on sait, être construit entre la France et l’Angleterre pour établir des rapports de communication entre ces deux pays. Il consistera en quatre lignes de fils de laiton, enduits de gomme-gutte, afin que cette matière les préserve contre l’humidité. Toutes les expériences faites jusqu’ici sur la partie terminée du télégraphe ont obtenu un résultat des plus satisfaisants. Les travaux avancent rapidement. On espère qu’ils seront complètement achevés au 30 septembre prochain, et qu’il pourra être livré au public pour cette époque.
- — Une commission française a été envoyée en Suisse afin d’examiner la question relative à la prohibition des broderies suisses en France. Cette commission d’enquête a passé ces jours derniers à Bâle et elle est arrivée à Zurich, où elle compte séjourner quelques jours, afin de rassembler ses documents. Un membre de la chambre syndicale de Nancy est, en outre, parti pour Zurich dans le but de s’assurer sur les lieux de l’état actuel de la broderie suisse
- — Une épreuvre fort intéressante vient d’avoir lieu à Rosières. M. Simon a fait fonctionner un fau-cilleur dont il est l’inventeur, et qui a parfaitement réussi. Deux hommes et un cheval mettent en mouvement cette machine, à laquelle M. Simon travaillait depuis six années. Rien n’a manqué au résultat de trois expériences faites coup sur coup aux yeux d’un nombre considérable de curieux. Le faucilleur a parfaitement coupé et régulièrement couché tout ce qui s’est trouvé sur son passage.
- — C’est vers les premiers jours de ce mois que la locomotive aérostatique Pet,in commencera ses voyages, se dirigeant à volonté dans l’atmosphère.
- Déjà les trois gigantesques ballons et l’énorme appareil avec les hélices, les voiles, les machines à vapeur, les wagons pour 200 voyageurs, sont exposés dans le chantier, rue Marbeuf, 46, à Paris.
- Les trois ballons sont de 120 pieds de hauteur, sur 62 pieds de diamètre. Un seul ballon coûte 35,000 francs.
- Il y a un an que M. Petin faisait appel au pa • triotisme de la nation qui s’enorgueillira bientôt de sa découverte.
- Mais il n’avait pas placé pour 7,000 fr. d’actions sur les 150 à 200,000 fr. qui étaient nécessaires à la construction de son navire.
- Voyant que la souscription ne marchait pas, M. Petin a engagé sa fortune et son crédit pour ac-
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- complir l’exécution de ses plans. C’est à ses risques et périls qu’il aura doté le monde de la navigation aérienne.
- PILE VOLTAÏQUE DE A. E. LE MOLT.
- Couple à anse fixe et à élément de carbone électrotypé. Patenté en Angleterre, le 20 juillet, 1848; breveté en France, en Russie, etc., etc. ; mention honorable en 1849. A Paris : chez M. Loiseau, ingénieur, 35, quai de l’Horloge. A Londres, 40 , Wigmore Street, Cavendisli Square, et 37, Foley Place,
- Un de MM. les membres du jury, près l’Exposition universelle de Londres, ayant révoqué en doute cette énonciation, que 30 couples delà pile voltaïque de Le Molt, très-faiblement chargés, pouvaient suffire au service simultané des cinq grandes lignes électriques de France, l’auteur a cru devoir réclamer de M. A. Foy, l’attestation suivante :
- Ministère de l’Intérieur,
- Administration des Lignes télégraphiques.
- « Nous soussigné, administrateur en chef des lignes télégraphiques, certifions que l’administration emploie depuis cinq mois, au poste central de Paris, une pile de 30 éléments, système Le Molt; qu’elle dessert simultanément les cinq lignes suivantes : de Paris à Calais, d’une longueur de 378 kilomètres; de Paris à Angers, 345 kilomètres; de Paris à Chalons-sur-Marne, 172 kilomètres; de Paris à Tonnerre, 197 kilomètres; de Paris à Rouen, 140 kilomètres; [(total 1232 kilomètres, ou 770 milles anglais.) Que cette pile est remarquable par la constance de son action et la facilité de sa manipulation; que le point où elle peut rendre le plus de services est justement celui où concourent un plus grand nombre de lignes; et le poste de Paris est celui qui réunit ce caractère au plus haut degré; qu’elle remplace avantageusement les piles de Bunsen, dont l’administration faisait usage ; que les liquides employés sont : l’acide nitrique du commerce étendu de son poids d’eau et de l’eau acidulée d’un vingtième d’acide sulfurique; qu’enfin cette pile peut servir pendant quinze jours sans qu’il soit besoin de renouveler l’acide. » (Signé)
- ALPHONSE FOY.
- Paris, 5 juin, iS5i.
- L’Administration a également constaté que ni la pluie, ni les orages, ni la tension électrique de l’atmosphère, n’avaient aucune espèce d’action sur la constance et la régularité du courant de cette pile, qui fonctionne parfaitement.
- Il faut ajouter que, dans cette batterie, les solutions acides atteignent à peine le tiers de la hauteur des vases qui les contiennent, et que les surfaces actives du couple zinc-carbone de Le Molt n’ont qu’un décimètre carré.
- On lit dans la dernière édition de 1851 du Traité de Télégraphie électrique de M. C. V. Walker, directeur des télégraphes du chemin de fer Sud-Est de l’Angleterre, que l’administration fait usage d’urie batterie zinc-cuivre, à bain de sable acidulé, patentée par Mr. Fothergill Cooke. Que, pour les petits groupes d’une distance de 10 à 15 milles, on emploie 24 couples ; pour les distances de 40 à 60 milles, 48 couples; de Douvres à Londres , 72 couples, et pour tout le royaume uni environ 20,000 couples.
- D’après ces chiffres, on trouve en moyenne qu’un des couples Le Molt, dont les surfaces agissantes n’ont qu’un décimètre carré, équivaut au moins à 15 couples de la pile Fothergill Cooke, dont la somme des surfaces actives est de 50 décimètres carrés.
- La pile Le Molt est applicable à tous les usages auxquels une batterie puisse être utilisée ; puisque, du degré d’élévation ou d’abaissement des solutions acides actives, dépendent l’énergie ou l’affaiblissement du courant, lequel, dans tous les cas, se maintiendra toujours avec la plus constante régularité.
- APP1CATIONS DE LA BATTERIE LE MOLT ET DE LA LUMIÈRE QU’ELLE ÉMET.
- A l’usage,
- De l’éclairage des Phares et de l’entrée des ports; Des signaux télégraphiques des côtes;
- Des Navires à vapeur et autres de toute sorte;
- Des Parcours ou abords des lignes de chemins de fer ;
- Des Théâtres, pour les grands effets de scène ;
- Des Jardins de réunions publiques ou autres grands espaces ou grandes avenues;
- A la réduction des métaux par la méthode électro-type;
- A la reproduction des images par la voie photographique ;
- Comme moyen de force motrice dynamique ;
- A l’électricité médicale;
- A la fonte des métaux;
- A l’explosion des mines sous-marines, etc.
- Depuis son séjour à Londres, M. Le Molt a fait en Angleterre , à l’aide d’une batterie de 80 couples, plusieurs essais de sa lumière électrique dans des circonstances de temps et de lieux qui pouvaient paraître les plus défavorables au succès des expériences.
- Ainsi, sous les auspices de l’Amirauté, et par une nuit de pluie et de tempête, il a dirigé de Gosport sur l’île de Wight et sur la mer à toute portée d’horizon, un feu de phare puissant et soutenu (de 10 h. à minuit 40 minutes). Au Great Western Railway, sous les auspices de MM. Brunei et Russell, il a pu maintenir une lumière forte et continue sur un truck, placé a la suite d’un convoi, de Paddington à Windsor, aller et retour. Sous les auspices du duc Wellington, étant placé sur le sommet de la colonne tous les points culminants de Londres. Il a expérimenté cette lumière en présence du prince Albert, lors de sa visite à l’Exposition française chez M. Sallandrouze de la Mornaie, et aussi pour deux des anniversaires de la fête de S. M. la reine Victoria, etc. Et il a trouvé, dans les termes des rapports scientifiques, et des comptes-rendus par la presse Anglaise, un précieux témoignage d’éloges et d’encouragements pour ses efforts.
- Les journaux français ont publié, qu’à l’occasion de l’anniversaire du 4 Mai dernier, deux personnes avaient été chargées par le gouvernement d’éclairer, par la lumière électrique, Tune, la façade de la Madeleine; l’autre, la belle Cascade artificielle tombant du Pont de la Concorde dans les eaux de la Seine ; que la première avait littéralement échoué ; mais que la seconde, (M. L’ingénieur Loiseau) avait complètement réussi à éclairer la chute d’eau d’une lumière aussi féérique qu’éblouissante. L’expérimentateur s’était servi d’une batterie formée de cent couples Le Molt.
- A. Veilliurot.
- — L’Afrique a Paris. — C’est sous ce titre que M. Abadie annonce une véritable merveille artistique. Il a reproduit, en liège, la ville de Constan-tine. Cette œuvre, résultat de douze ans de travail, renferme, sur une superficie de plus de quarante mètres carrés, 80 hectares de terrain, sur lequel s’étend la ville, autour de laquelle sont des ravins d’une profondeur moyenne de 200 mètres. — Le public sera, prochainement, appelé à visiter ce curieux travail.
- — Nous recommandons à nos lecteurs la nouvelle édition du Catalogue français des produits de l’Exposition universelle , entièrement revue et corrigée sur la dernière édition anglaise, qui est reconnue d’une exactitude parfaite. Cette deuxième édition française est tout aussi correcte ; elle est, de plus, augmentée d’une Introduction historique et d’une description du bâtiment, Tune et l’autre pleines d’intérêt. M. F. II. d’Arcis, qui a été chargé de la tâche difficile de réviser cette nouvelle édition, et qui Ta enrichi de ces documents importants, mérite tous nos éloges.
- CORRESPONDANCE.
- M. IL. , à Nancy. — Reçu le mandat. —Nous en tenons le montant à votre disposition, la prime n’étant accordée à ce prix que contre renouvellement d’un an. — On dessine, en ce moment, les machines que vous nous signalez.
- M. P..., à Alger. — Le n° 5 étant épuisé est à la réimpression, il sera joint au n° 19.
- M. B. L...., àBar-le-Duc. —Même observation que ci-dessus.
- M. M...., éditeur à Grenoble. — Le n° 8 vous est expédié aujourd’hui. — Le n° 6 épuisé le sera avec le n° 19.
- M. J...., à Fontainebleau.— Nous recevrons votre travail, texte et dessins, avec le plus grand plaisir.
- M. S...., à Francfort-sur-le-Mein. — Reçu la brochure. — A un prochain numéro.
- Le gérant, MANSARD.
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- LE PALAIS DE CRISTAL-
- EXPOSITION de LONDRES en SOIERIES et CHALES.
- Les plus belles nouveautés en Soieries et Châles qui figurent à l’exposition de Londres, sortent des fabriques françaises. C’est un fait acquis. LA VILLE DE LYON s’est surpassée par la richesse et la beauté de ses étoffes; jamais à aucune époque nous n’avions remarqué d’aussi jolies soieries, ni de plus beaux châles. Pour bien en juger, nous engageons nos lecteurs et nos lectrices qui doivent faire le voyage de Paris cette saison à visiter les magasins de la VILLE DE LYON, rue de la Vrillère, n° 2, en face la Banque de France; ils y trouveront réunis en soieries et en châles, les plus belles nouveautés des fabriques françaises. Un article qui à fixé notre attention, et pour sa fraîcheur et son prix, c’est de très-beaux FOULARDS à 29 fr. la robe. Monsieur GAY Jeune, pro-piétaire de cette maison, expédie en province et à l’étranger sur demandes qui lui sont faites, soit en Etoffes ou en Echantillons. Adresse : M. GAY Jeune, rue de la Vrillère, N° 2. a la VILLE DE LYON, a Paris.
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- LE COURRIER DE L’EUROPE,
- SEUL JOURNAL POLITIQUE ET LITTÉRAIRE PUBLIÉ A LONDRES, FONDE EN 1840
- A commencé à donner et donnera pendant toute la durée de l’Exposition, un supplément gratuit de vingt-quatre colonnes, spécialement consacré à l’examen critique des objets de l’Exposition.
- Le Courrier de l’Europe donne dans chaque numéro toutes les nouvelles de la semaine, les articles les plus saillants de la Presse française ; une partie anglaise; des bulletins politiques et commerciaux. Les revues littéraires, dramatiques et hebdomadaires des célébrités parisiennes, Les séances de l’Institut, etc., ete.
- Le Courrier de VEurope, ayant plus de onze ans d'existence, est le seul journal établi d’une manière durable dans la Grande-Bretagne. Le public auquel il s’adresse rend les annonces qu’on lui confie entièrement profitables.
- On s’abonne à Londres,chez M. Joseph Thomas, 1, Finch Lane, Cornhill, city; etn°2, Catherine Street, Strand, maison du Courrier de VEurope, et à Paris, dans les bureaux du Palais de Cristal, 24, Passage Jouffroy.
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- NUMÉRO 19 ADMINISTRATION : A PARIS, PASSAGE JOUFFROY, 24. — A LONDRES, 2, CATHERINE-STREET STRAND. SAMEDI 13 SEPTEMBRE 1851
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- On s’abonne, a Paris, à l’Administration du Journal, 24, passage Jouffroy. — A Londres, au Bureau du Journal, 2, Catherine Street Strand.— On s’abonne également Paris, chez MM. Susse frères, 31, place de la Bourse; chez M. Hector Bossange, libraire pour l’exportation, 2$, quai Voltaire; — à Strasbourg, chez Alexandre, libraire — à Bruxelles, chez Aug. Decq, correspondant général pour toute la Belgique; — à Londres, chez J. Thomas, l, Finch lane Cornhill; — chez tous les Libraires de la France et de l’Etranger, et dans les Bureaux des Messageries Nationales. — Envoyer franco un mandat sur Paris ou un bon sur la Poste à M. Mansard, gérant du Journal, 24, passage Jouffroy.—Les nouveaux abonnements courent à partir du 1er Août 1834
- SOMMAIRE.
- Bulletin induetrlel. — Bxpoiltlon de K.on*
- dre*, par M. Jobard.— Suède, Danemarck, Zol-vmein, Saxe, Wurtemberg, par M. llaussruuuu. — Du dernier mot sur l'exposition russe. — Médailles obtenues par l’industrie française.—L'Espagne à l’Exposition (5* article), par M. Belle garrigue. — Courrier de Parla et du .ondre*. — correspondance
- PORTE EN MALACHITE
- exposée par
- LE PRINCE DEMIDOFF.
- Nous voudrions que le dessin que nous publions ici de la porte en malaçhite exposée par le prince Demidoff, pût donner une idée de ce chef-d’œuvre d’art. Pour les connaisseurs, il est impossible de déterminer la valeur de ce véritable diamant colossal : et il n’était permis qu’à la Russie de le produire.
- Nous publions plus loin un dernier article sur l’exposition russe (page 298). Mais nous nous proposons d’insérer, dans notre prochain numéro, deux nouveaux dessins qui çomplèteront, pour ce qui nous concerne, cette remarquable série de sujets dont le grand empire du Nord a enrichi la collection du Palais de Cristal.
- DESSINS.
- Porte en malachite, exposée par le prince Demi-don, — Projet d’Opéra définitif, aspect et plan (trois dessins). — Châle cachemire. — Appareil pharmaceutique. — Cottages-modèles pour la classe ouvrière. — Machines (trois dessins). — Pompe à balancier. — Nouveau modèle de parapluies. — Gazomètre portatif.
- Nous aimons à le dire : l’art porte en soi la lumière; et l’exemple donne par l’empereur de Russie, pour protéger l’art et développer l’industrie, ne pourra manquer d’imprimer un élan général aux nations qui se sont jusqu’à ce jour si peu préoccupées de ce noble travail de l’intelligence et du génie.
- La Russie se prête d’ailleurs merveilleusement aux progrès que peut faire l’industrie : ses richesses naturelles sont immenses, sa main - d’œuvre ne coûte rien; les artistes sont accueillis par le chef de ce vaste empire, avec une sympathie réelle; et nous aimons à constater que la France envoie chaque jour en Russie, des hommes que l’on peut appeler les missionnaires du génie.
- toi-te en malachite, exposee par M. le prince Demidoff.
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
- Nouvelles conditions d'abonnement.
- Au journal LE PALAIS DE CRISTAL.
- A partir du 1er août dernier, le prix de l’a-* bonnement a été fixé de la manière suivante :
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- Tout abonnement d’un an pris avant le 1er Octobre donne droit, moyennant 2 fr. 50 c, seulement, à une magnifique VUE INTERIEURE du PALAIS UE L’EXPOSITION, imprimée et coloriée à trois teintes sur papier double-colombier de 1 m. 20 c. sur © m. ©0 c.
- Un tirage spécial à 4 teintes, permet de donner la même prime au prix de 3 fr. 5© c. pour les souscripteurs.
- Nota. — En adressant franco un mandat de 12 fr. 5© c. à l’ordre du gérant, les abonnés peur la durée de l’Exposition, recevront le journal jusqu’au 1er août 1852. Pour les nouveaux Abonnés, collection antérieure au 1er août, 12 fr. 50 c (Ajouter 2 fr. ou 3 fr» 50 c. pour la prime).
- AVIS IMPORTANT-
- Le terme de l’exposition universelle est fixé au 11 octobre prochain. Les abonnements pris pour la durée de l’exposition expirent donc le même jour j nous engageons ceux de nos souscripteurs qui désirent continuer, à se conformer aux nouvelles conditions d’abonnements et à nous en envoyer le montant.
- BULLETIN INDUSTRIEL.
- Convocation d’une assemblée internationale pour
- la réforme de la loi sur la propriété intellectuelle. •— Des chefs d’ateliers et d’usines.
- Des démarches actives, incessantes, sont faites pour donner à la réunion dont nous avons entretenu nos lecteurs, la solennité, l’intérêt et l’utilité pratique que nous nous sommes proposé de réaliser. Du 15 au 20 octobre, dans un des établissements de Paris les plus légitimement appropriés au but que nous voulons atteindre, seront convoqués les hommes qui se préoccupent avec nous de la grande réforme des lois de 1791, de 1793 et de 1844. C’est dans un mois à peine que nous aurons fait un appel définitif à tous les savants, les artistes, les littérateurs, les industriels, intéressés dans la question ; c'est dans un mois, c’est-à-dire, avant la réunion de l’Assemblée nationale, que nous aurons mis en demeure, dans les humbles proportions de nos forces, mais du moins sous le souffle inspirateur d’une foi vive et profonde, les hommes qui veulent le triomphe de droits sacrés, de venir les défendre, ou les ennemis de cette émancipation noble et généreuse du génie, de venir les combattre.
- « Amis, ou ennemis : dédaignons les indifférents : » a dit un jour un homme d’État, qui a mis une vive passion dans ses actes: voilà ce que. doit rechercher un réformateur persévérant, confiant dans sa mission ; c'est donc à nos amis, et c’est à nos ennemis <jue nous ferons appel. Aux uns, nous dirons qu’il est temps de se reconnaître, de se compter, que la question qui s’agite est, de sa nature, honnête, large, utile, sans danger, entourée de principes qui
- sauvegardent la société, tout en développant le germe de tous les progrès. Ce n’est pas une de ces utopies dont la réalisation ne peut s’obtenir qu’à la condition de renverser tout d’abord la société, d’y substituer brusquement des principes nouveaux, une société nouvelle : ce n’est pas le rêve d’une imagination en délire croyant au bien, ne s’inquiétant pas du mal, sorte de méditation contemplative devant l’illusion de quelque Eldorado inconnu, factice, se livrant avec une confiance presque niaise à la crédulité publique. Le but que nous voulons atteindre, que nous atteindrons, a le double avantage de ne ruiner personne et d’enrichir les nouveaux-venus, de respecter ce qui est, de donner à celui qui tra vaille la place qu’il mérite, de détruire les privilèges injustes et de constituer les privilèges naturels, d’élever le niveau de l’égalité en enrichissant l’homme de génie qui souffre dans sa misère, et en éclairant le pauvre d’esprit qui ne trouve dans sa vie oisive, rien qui le relève, en le délivrant de ses liens. Ce que nous voulons, c’est d’empêcher le monopole qui tue le génie, et de développer le génie, qui en s’ajoutant au privilège légitime que la société lui accorde, développe chez le chef d’un vaste établissement, le principe sur lequel s’est fondée sa prospérité devenue paresseuse.
- On le sait, si l’on prend un constructeur à son point de départ, si on le suit dans sa carrière, si on assiste à ce travail intime de sa pensée, on le verra tout d’abord l’ennemi juré de tout ce qui constitue un droit absolu : au début, il crie au monopole ; le travail F aiguillonnant, il invente; son invention est bonne,il prospère ; de chef d’atelier qu’il est, il devient chef d’usine; il voit sous sa main, se développer sa pensée ; le génie qui l’anime a passé dans l’esprit d’un capitaliste ; l’atelier s’est étendu, l’usine est devenue un véritable château-fort industriel, l’humble travailleur a des vassaux, il règne et gouverne ; il inspire à ses machines la fécondité vivifiante de son cerveau qui bouillonne ; car son génie, c’est sa fournaise, c’est le moteur, l’arbre de couche de tout ce qui s’agite autour de lui ; il triomphe à son tour; et si, en quelques années il sait être économe, s’il ne. néglige rien de ses intérêts matériels, s’il ne s’enivre pas des senteurs de la fortune, s’il ne s’endort pas à Capoue, cet Annibal de l’industrie , bientôt, il peut se retirer des affaires ; il peut encourager lui-même les perfectionnements que les autres apportent à ses propres inventions ; il peut imprimer, lui, devenu tout à coup capitaliste par ses œuvres, le mouvement et la vie à ceux de ses élèves qui l’ont aidé et qui agrandissent à leur tour, le cercle de la science; enfin, celui qui est parti des rings les plus humbles, et qui a passé par le grand chemin du génie pour constituer à son profit un privilège temporaire et sa fortune, peut devenir à son tour, le protecteur, le Mécène de ses ateliers ; il peut voir, sans redouter sa ruine, s’appliquer auprès de lui les grandes pensées dont il est l’inspirateur ; il peut suivre, encourager, compléter de ses conseils l’initiateur laborieux qui lui doit le germe d’une conquête nouvelle : telle est la destinée des véritables inventeurs; telle est la biographie des hommes élevés qui ne se renferment pas dans leur usine, comme dans une forteresse.
- Voyons, maintenant, la contre-partie :
- On a dit depuis longtemps, et cela est une triste vérité, que les plus grands ennemis de l’industrie sorti quelquefois les industriels eux-mêmes, et je veux parler ici de ceux qui sont placés à la tête de l’industrie. Il faut, là-dessus, bien s’entendre, et dire une fois pour toutes, la vérité à ceux qui se refusent à marcher, et qui préfèrent l’indolence qui les rend bientôt injustes à la ferveur et au travail qui les maintiennent dans l’équité et dans le développement de leur fortune.
- Oui, pour ceux qui ont demandé à l’étude psycolo-gique de cette classe de notre société moderne le dernier mot de leurs efforts et le mystère de leur vie, il est devenu notoire que les industriels qui s’arrêtent sont sous le coup de la ruine ou sous l’étreinte morale du sentiment d’une injustice qui grandit chaque jour. La loi impérieuse pour un industriel, la loi impérieuse de sa vie, c’est le travail : non pas ce travail méthodique, uniforme, classé par compartiments quotidiens, réglé par le tintement de sa cloche, qui consiste à continuer aujourd’hui ce qui a été fait hier, à refaire demain ce qui, la veille, a été fabriqué : Non, telle n’est pas la tâche de l’industriel : tant de quiétude ne lui est pas accordée.
- il faut que les travailleurs le sachent bien :
- La condition du succès, c’est le travail.
- La condition du succès, c’est la recherche incessante, qui ne connaît ni fatigue, ni trêve, qui se lève avec la première heure matinale, qui a l’œil fixé sur la machine en marche non pas seulement pour l’admirer, mais pour y surprendre de nouveaux trésors.
- Il faut que l’homme qui est parvenu au premier rang n’oublie jamais son origine : il faut qu’il se rappelle que sous la blouse, cette épaulette de l’ouvrier, il cherchait et il trouvait : car Dieu est toujours là, présent à la recherche active et répétant toujours les termes de sa sainte Loi : « Vous trouverez. »
- Le chef d’une usine, ouvrier hier, doit écouter, à chaque minute de sa vie, cette voix qui bruit auprès de lui comme pour l’avertir, la voix de ses machines et de ses hommes, le murmure de son armée, qui lui dit que le génie veille, que dans peu de temps, dans peu de jours, sa machine si digne d’être admirée, d’être brevetée, ne sera plus qu’un bloc de fonte inerte et stérile, s’il cesse de la perfectionner.
- Qu’il se promène dans ses ateliers, et qu’il sache s’arrêter devant le regard où brille une étincelle : car s’il suit bien cette grande pensée qui vient d’en haut et qui s’anime devant le produit de ses travaux et de ses recherches, il pourra découvrir que le problème s’élucide chaque jour, que la nature devient moins discrète, que ses mystères deviennent de véritables clartés.
- Voyons : est-ce bien là ce que font les hommes qui tiennent le premier rang dans l’industrie ?
- S’ils ont maudit le privilège au début de la vie, c’est qu’ils y trouvaient un obstacle à leur propre génie ; et désormais s’ils maudissent le génie, c’est que l’innovation les menace et qu’ils craignent de se voir surpassés par le progrès, auquel naguère ils adressaient de pieuses et ferventes invocations.
- En sorte que les voilà brisant eux-mêmes le principe de leur puissance; en sorte qu’ils s’acheminent à la ruine dans les prélassements d’une fortune éphémère : combattants énergiques d’hier, ils se croient vainqueurs, parce que dans le succès momentané dont ils profitent, ils ne voient pas-au-delà des limites de leur usine le progrès qui les attend aux bornes très-rapprochées de leur horizon. Ils dé daignent ce qui les a élevés ; ils ne croient plus à ce qui les a créés maîtres et seigneurs de l’industrie : Ils ne s’aperçoivent pas de la marche implacable du génie qui, lui, s’adresse au monde et à qui le monde donne bientôt avec profusion les couronnes qui sont tombées des mains des triomphateurs de la veille.
- Voilà ce que les grands industriels, les gros bonnets (comme on les appelle) de l’industrie, devraient savoir, et ils ne seraient pas si indifférents pour ceux qui veulent affermir, assurer, les droits du génie.
- Us sauraient que s’ils ne se tiennent pas au courant des progrès, ils sont ruinés ; que s’ils ne favorisent pas avec leurs propres ressources l’homme de génie qui travaille chez eux, ils sont ruinés ; que s’ils ne donnent pas l’élan aux inventions dans leur propre pays, l’étranger qui est à nos portes et qui écoute toutes nos belles et grandes paroles en profiteront au sortir de leurs usines et qu’il seront encore, par les succès de l’étranger, dédaignés et ruinés ! ! !
- Us sauraient que l’indifférence, pour une question de cette vitalité et de cette importance, est une faute si forte qu’elle ne masque rien moins que la décadence d’un peuple.
- Donc, il leur appartient de se mettre, eux-mêmes, à la tête de la question qui nous préoccupe, et que nous défendons avec énergie et dévoûment, parce qu’elle comporte leur bien-être et l’avenir de notre pays.
- C’est pour les arracher à leur indifférence, à leur froideur, que nous nous adressons enfin à leurs plus chers intérêts.
- Nous maintenons ceci, comme une vérité sans réplique, comme un argument sans réponse ; l’industrie qui se refuse à défendre avec nous la propriété intellectuelle, prépare deux sinistres imminents et auxquels elle n’échappera pas: D’abord , une ruine certaine pour les seigneurs de l’industrie, par la raison toute simple que les procédés qui remplaceront ceux qu’ils emploient, étant plus économiques, éloigneront ceux qu’ils ont à grands frais établis, montés et mis en œuvre : la seule condition de se sauver des dangers de la concurrence, c’est de per-
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- fectionner sans cesse, de travailler, d’aider le génie et d’enrichir ses propres ressources des richesses d’autrui.
- Le second sinistre est encore plus grave ; il ne s’agit de rien moins que de l’industrie nationale.
- Dans le programme de la question qui nous occupe, et où tout se tient comme se lient entre eux les anneaux d’une chaîne, un des points les plus importants, c’est la question internationale. Or, il faut bien que ceux qui ont influence et crédit daignent s’occuper de cette queslion et de bien d’autres. S’ils s’écartent, s’ils s’éloignent, de quel air veulent-ils que les étrangers regardent les autres, les laborieux et les fidèles, défendre la propriété industrielle? Qu’est-ce, s’il vous plaît, Messieurs ou plutôt Messeigneurs, qu’une armée sans chefs?
- S’il vous convient d’imiter vos devanciers en territoire, les suzerains, rappelez-vous du moins qu’ils étaient chevaliers, qu’ils portaient cuissards, brassards, casques et gantelets, qu’ils se présent ient à leurs créneaux, qu’on les voyait et qu’on les reconnaissait à leur panache, qu’ils partaient pour la croisade : rappelez-vous que dans les duels, c’était le seigneur féodal qui assumait sur sa tête toutes les conséquences du jugement de Dieu ! et que c’est encore quelque chose, messeigneurs, que le courage ! le courage, le travail ! ! Convenez-en , n’est-ce pas là un de ces privilèges dont il vous sied de conserver les traditions ?
- Eh bien ! comment ne viendriez-vous pas, généreusement, courageusement, vous mêler aux combats livrés en l’honneur de l’industrie? Comment n’entreriez-vous pas dans l’arène ? cela n’est pas possible ; et certes quand vous saurez que vous êtes défendus, protégés, par des hommes qui, eux aussi, ont leur valeur, qui sont des inventeurs et des travailleurs infatigables, oh! n’en doutons pas, vous quitterez Capoue et vous vous mettrez en campagne.
- Or, voulez-vous savoir ce qui se passe, tout auprès de vous ?
- Depuis quelques années seulement, une vaste association s’est formée, sans autre but que de faire le bien : VAssociation des arts et de l’industrie a réuni, appelé, encouragé, uni tous les hommes généreux qui ont pris pour mission de constituer les droits de la propriété intellectuelle.
- Or, une des branches les plus actives de ce grand arbre, un des éléments les plus dévoués c’est l’association des inventeurs et artistes industriels. Déjà, MM. Séguier, Jobard, Pecqueur, Armand (de Melun), Cavé, Andraud, etc., etc., ont saisi toute l’importance des travaux élaborés par cette association. Peut-être, si les hommes éminents qui tiennent en ce moment la première place dans l’industrie étaient témoins du zèle avec lequel, lemardi.de chaque semaine , les membres du comité de cette société se réunissent, ne dédaigneraient-ils pas de prendre part à leurs travaux. Là, toutes les questions de vanité s’effaçent; le bien-être de l’industrie, les éléments certains de sa prospérité, la constitution de ses droits, sont discutés avec ferveur. Il y a dans cet échange de sollicitude mutuelle des enseignements précieux dans un moment où l’industrie souffre, et où la société attend avec inquiétude tant de solutions où se cachent le bonheur ou le malheur de notre temps : nous voudrions que ceux qui tiennent entre leurs mains le sort des travailleurs, qui, dans leurs usines, cherchent avec une consciencieuse persévérance le triomphe de nos droits, assistâssent à une seule des séances de ce conclave studieux et patient; nul doute qu’ils ne sortiraient de leur léthargie, de leur indifférence et qu’ils ne donneraient à nos efforts un concours dévoué.
- C’est dans ce but que je me suis adressé à leur sollicitude : je les adjure de ne pas nous faire défaut, de s’adjoindre à nos travaux, de se préparer à la grande rencontre du mois d’octobre ; et pour leur donner une idée de nos statuts je ne saurais mieux terminer mon article qu’en publiant le règlement du comité de l’Association des inventeurs et des artistes industriels.
- Alexandre Lata,
- Réducteur en chef, avocat à la Cour d'appel de Paris
- Règlement intérieur du Comité de VAssociation
- des Inventeurs et Artiste industriels, voté le décembbre 184-9.
- ADMISSIONS ET PROPAGANDE.
- Art. fer. Toute demande d’admission de personnes ( comprises dans les catégories fixées à l’ar-
- ticle 3 des statuts), doit être adressée par écrit au Président-Fondateur, ou faite verbalement en séance de Comité, par un de ses membres ou par uu sociétaire introduit dans la salle de la réunion , du consentement des membres présents.
- Art. 2. Un registre sera déposé pour y inscrire, au fur et à mesure de leur admission, les noms de fous les membres de l’Association. Ce registre devra contenir le nom, les prénoms, l’àge, le lieu de naissance, le domicile, la profession, la date de l’admission parmi les membres de l’Association, et, s’il y a lieu, celle de l’élection comme membre du Comité ; une colonne d’observations pour y mentionnner les démissions ou les décès , et enfin une colonne pour y inscrire les inventions , brevetées ou non, faites par chaque membre, les ouvrages scientifiques ou industriels qu’il a publiés et les récompenses honorifiques qu’il a obtenues.
- Ce registre sera tenu par une commission administrative de rédaction, dont un archiviste fera nécessairement partie. Taus les membres de l’Association pourront consulter ces archives des Inventeurs et Artistes industriels, aux jours, aux heures et dans le local ultérieurement désignés.
- RECETTES ET DÉPENSES.
- Art. 3. Les recettes et dépenses de l’Association seront plus spécialement administrées par une commission administrative des recettes et dépenses.
- Chacune des propositions de cette commission sera l’objet d’un rapport écrit au Comité, qui seul pourra émettre un vote sur ce rapport.
- SECOURS ET PENSIONS.
- Art. 4. Toute demande de secours temporaire ou de pension sera d’abord appréciée par une commission administrative des secours et pensions, qui en fera un rapport écrit au Comité le jour fixé pour la votation.
- Dans le cas d’urgence, le Comité pourra voter, séance tenante , au profit d’un membre de l’Association , le don d'une somme d’argent, à titre de secours temporaire, une fois donné.
- Enfin, dans des cas tout à fait pressants, le Président-Fondateur est autorisé à donner jusqu’à la concurrence d’une somme de cinquante francs, sauf à faire régulariser cette dépense par le Comité, dans la plus prochaine séance.
- COMITÉ.
- Art. 5. Dans les huit jours qui suivront l’admission d’un membre nommé à l’un des conseils de l’Association, une lettre, signée par les membres du Comité, sera expédiée à la personne reçue, pour constater sa nomination.
- Art. 6. Pour faciliter les travaux de l’Association, le Comité est divisé en cinq commissions administratives permanentes.
- 4re Commission. Admissions. Propagande-,
- 2me — Recettes et dépenses ;
- 3me — Secours et Pensions ;
- 4me — Examen des propositions ;
- bme — Rédaction, Correspondance,
- Publications.
- Le président du Comité propose les Présidents et les Secrétaires des commissions permanentes ou temporaires et des sections, et le Comité les nomme.
- Néanmoins, le Président-Fondateur a le droit de présider toutes les commissions, administratives ou autres.
- Toutes les commissions sont renouvelées chaque année, dans la séance qui suit l’assemblée générale.
- Art. 7. Le Comité est également divisé en cinq sections.
- 4re Section. Mécanique-,
- 2me — Physique et Chimie ;
- 3me — Beaux-Arts industriels -,
- 4me — Arts agricoles et textiles-,
- 5me — jrfs économiques et divers.
- Art. 8. Les inventions, les perfectionnements, les ouvrages, les mémoires, les pétitions et les autres objets adressés ou présentés à l’Association des Inventeurs et Artistes industriels, seront renvoyés par le Comité aux sections que ces objets concer-
- neront, pour qu’un rapport lui en soit fait, s’il y a lieu, après examen.
- Le Comité ne rend pas les manuscrits et ne répond, dans aucun cas, des objets qui lui sont remis ou adressés. Il est bien entendu que l’Association, dans la limite des moyens d’action dont elle pourra disposer, n’accordera la protection de son influence qu’aux inventions sérieuses de ses membres.
- Art. 9. Pourra être remplacé tout membre du Comité, qui, sans autorisation, s’abstiendra pendant trois mois de prendre part aux travaux du Comité. Avant de se prononcer sur un remplacement, le Comité pourra convier le membre à lui dire, par écrit ou verbalement, les motifs de son abstention.
- Art. '10. La direction des séances du Comité appartient de droit au Président-Fondateur ; en cas d’absence de sa part, elle est dévolue à l’un des autres Présidents ou, à défaut,, à l’un des "Vice-Présidents du bureau, par ordre d’inscription au tableau, ou enfin au plus âgé des membres présents.
- Art. 1 \. Tout membre du Comité qui a une proposition ou une observation à faire, demande la parole au Président qui la lui accorde. Le Président peut retirer la parole dans le cas où il juge que la discussion est épuisée ou qu’il y a quelque inconvénient à la prolonger.
- Art. 42. Toute décision du Comité n’est valable qu’autant qu’elle a été prise par neuf do ses membres au moins, présents à la séance.
- Ce nombre de neuf membres n’est obligatoire que pour les décisions relatives au réglement et aux dépenses de l’Association, à l’exception cependant des secours temporaires pour lesquels l’urgence serait demandée.
- Art. 13. A chaque séance du Comité, après la lecture du procès-verbal, et avant de passer à Tordu jour, la commission d’examen indique celles des propositions nouvelles qu’elle croit pouvoir être mises à Tordre du jour de la séance suivante. Cet ordre du jour est réglé par le Comité, au moment de clore la séance.
- Art. 44. Les livres, mémoires ou autres objets offerts en don à l’Association, seront confiés à la garde d’un archiviste qui en dressera un catalogue.
- Art. 15. Chaque année aussitôt après la réunion de l’assemblée générale,Me Comité fera imprimer un Annuaire de VAssociation des Inventeurs et Artistes industriels, contenant : le résumé de ses travaux, la liste raisonnée des institutions fondées par elle, l’état des recettes et dépenses, et la liste, copiée dans le registre mentionné à l’article 2, de tous les membres de l’Association. Cette liste sera précédée d’un tableau des membres du Comité divisés par Commissions administratives et par Sections, ainsi que des membres honoraires et des membres correspondants du Comité, habitant la province ou les pays étrangers. Les noms de tous les membres de l’Association seront précédés du numéro d’inscription du registre de comptabilité.
- Art. 4 6. Les noms des bienfaiteurs de l’Association seront inscrits en tête de l’annuaire, et placés en permanence, lorsque faire se pourra, dans la salle des réunions habituelles du Comité.
- Conseil de Famille.
- Art. 47. Il sera formé un Syndicat ou Conseil de Famille, dans le but d’éclairer les parties sur Tétendut de leurs droits, et de les concilier, si faire se peut.
- Le Conseil de Famille appellera les parties devant lui, sur la demande de Tune d’elles.
- Si Tune des parties appelées refuse de comparaître , le Conseil se bornera à délivrer, à celui qui a réclamera, une attestation constatant la convocation et le refus de comparaître.
- Si les parties se présentent, le Conseil cherchera à les concilier. Dans le cas où la conciliation serait possible, il sera procédé contradictoirement à l’examen et à la comparaison des objets désignés par les parties.
- Le conseil ne pourra s’expliquer que sur les questions de ressemblance, c’est-à-dire, de contrefaçon, sans jamais discuter ni résoudre les questions d’antériorité.
- Art. 18. Le présent réglement pourra être révisé par le comité, sur la demande de dix de ses membres.
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- Nous donnons ci dessous le dessin d’un projet destiné à l’emplacement d’un nouvel édifice, tel que l’avait préparé un de nos architectes les plus distingués.
- Ce travail a un intérêt d’actualité qui n’échappera pas à nos lecteurs, dans un moment où les embellissements de la ville de Paris se multiplient, et où la démolition de la maison qui fait l’angle de la rue Grange-Batelière pourrait être appropriée à cette construction.
- PROJET D’OPÉRA POUR LA VILLE DE PARIS,
- PROPOSÉ PAR M. HECTOR HOREAU, ARCHITECTE, AUTEUR DE PLUSIEURS PROJETS d’utilité PUBLIQUE.
- Exposé et description sommaire.
- L’Académie royale de musique n’est pas seulement un établissement d’un grand renom, contribuant aux développements des beaux-arts, c’est encore un établissement levant un impôt vo lontaire sur tous les étrangers qui arrivent à Paris, et qui, par ce fait, contribue puissamment à sa prospérité. Malheureusement, l’édifice où doivent être réunis tout le charme, toute la magie des arts, n’est qu’un théâtre provisoire, qu’un théâtre insuffisant, indigne de notre capitale.
- Caché derrière des maisons bourgeoises avec lesquelles il est en contact, l’Opéra actuel attriste , par ses constructions informes, un des plus beaux quartiers de Paris; autour de lui la circulation est embarrassée, les voitures ne peuvent entrer et sortir que du côté du boulevart, attendu que toutes les autres entrées sont interdites par mesure de police.
- Les arrivages, les escaliers, les foyers, les dégagements sont trop étroits; le théâtre ne peut plus contenir tout ce que comportent la sûreté et la pompe du grand Opéra.
- Aux jours de fête, les communications du foyer à la salle sont obliques et insuffisantes.
- Enfin, et comme considération dominante, tout cet édifice est construit en bois, contrairement aux sages exigences de police. Il y a quelque temps qu’un sinistre dans le passage de l’Opéra a failli priver la capitale d’un établissement dont la
- destruction serait regardée comme une calamité publique.
- L’Opéra proposé est placé sur la ligne des boulevards, promenade favorite des étrangers et de la société élégante, là même où les habitudes de ce théâtre sont depuis longtemps assises. Il serait isolé de toutes parts; au sud, par le boulevart des Italiens; à l’est, par la rue Grange-Batelière; au nord, parle prolongement de la rue Grange-Batelière; à l’ouest, par la rue Chauchat continuée jusqu’au boulevart, à travers le théâtre actuel, en longeant la galerie ouest du passage de l’Opéra.
- Pour obtenir cet emplacement, qui aurait 58 mètres sur 140 de profondeur
- (Notre-Dame a 52 mètres sur 132), on n’aurait qu’une seule propriété à acquérir, celle placée à l’angle du boulevart et de la rue Grange-Batelière. Ce terrain offre le précieux avantage d’avoir autour de l’administration des espaces libres pour le stationnement des voitures, et de permettre de faire, tout d’abord, dans les cours libres de la mairie et sur une partie de la rue Drouot, les constructions pour l’administration du théâtre définitif; cette construction achevée serait reliée avec le théâtre provisoire par la galerie latérale du nouveau théâtre. Cela fait, on procéderait à la démolition de l’administration actuelle pour élever, en son lieu et place, le théâtre et la salle; enfin, les grands escaliers et le foyer seraient construits sur une partie de l’immeuble à acquérir.
- L’édifice proposé se compose de quatre parties bien distinctes : d’un foyer salle de concert, delà salle, du théâtre, de l’administralion et de ses dépendances. Ces diverses parties sont reliées entre elles par des galeries, des vestibules et des escaliers. Au rez-de-chaussée le monument se compose, du côté
- du boulevart, d’un vaste portique circulaire dissimulant l’angle du boulevart des Italiens et du boulevart Montmartre : ce portique offre un accès et des issues faciles aux piétons ; il communique avec les galeries qui enveloppent tout l’édifice, près desquelles les voitures peuvent arriver à couvert de quelque côté qu’elles se présentent : ces galeries offrent un abri à toute heure dujour et de la nuit ; elles sont animées par d’élégants magasins qui j seraient d’un grand revenu, et détruiraient le triste aspect trop souvent réservé à nos édifices publics.
- Le portique circulaire donne en suite accès à un vestibule central, en communication avec le café du théâtre, avec le corps de garde, le dépôt, les escaliers secondaires, avec les galeries latérales, enfin avec les deux grands escaliers conduisant à la salle et au foyer; de plus, des entrées et issues indépendantes ont été ménagées aux différents escaliers desservant à volonté tout ou partie des galeries de la salle.
- Au premier étage, on trouve un foyer pouvant servir de salle de concert ou de salle pour les réunions nombreuses ; il serait extérieurement décoré de colonnes engagées portant les statues
- de la Poésie, de la Musique, de la Danse, de la Peinture, de l’Architecture, etc. De ce foyer on peut voir dans tous les couloirs de la salle, et réciproquement. Les quatrièmes loges sont au niveau de la tribune du foyer, éclairée, sur le boulevart, par les croisées d’attique. Le foyer communique en outre, par le centre, ou par les galeries latérales, avec la salle, avec le théâtre et l’administration. Pour être plus sonores et avoir moins de chances d’incendie, ce foyer et la salle pourraient être décorés en métaux de couleur dorés ou argentes, e rehaussés de quelques pierreries. A ..
- Le théâtre, plus vaste que le théâtre actuel, pourrait encore être agrani î
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- pour les points de vue étendus, par les magasins de décors et par les foyer d’acteurs avec lesquels il est en contact. Dans l’administration, faisant suite au théâtre, on trouve tout ce que nécessite le service du grand Opéra, notamment des entrées particulières pour acteurs, décors et grands objets; enfin des ouvertures ont été observées pour que l’on puisse voir clair dans toutes les parties de l’édifice sans le secours d’une lumière artificielle.
- Pour les bals et fêtes, des dispositions ont été prises dans le but de relier en quelques minutes, la salle de speclacle au théâtre et ouvrir une large baie du foyer à la salle, de telle sorte que l’on puisse bien voir toute l’étendue, toute la profondeur de l’édifice ; enfin, pour les fêtes extraordinaires, l’administration pourrait céder tout son premier étage dans lequel il n’y aurait que des cloisons mobiles, ce qui donnerait une surface totale de 8,000 mètres, qui permettrait de recevoir facilement douze mille personnes. Si même on voulait se laisser la possibilité de donner l’attique pour les fêtes, on pourrait recevoir jusqu’à quinze ou seize mille personnes.
- La construction serait en matériaux incombustibles, tels que pierre, marbre, granit, brique, faïence, métaux, cristaux ; les planchers seraient en fer et poteries, les combles en fer recouvert de métaux, les cloisons en tôle, les escaliers en fonte. Il y aurait, en outre, pour donner toute sécurité contre les chances d’incendie, des réservoirs avec des pompes à demeure, placés dans les parties supérieures de l’édifice, et le chauffage général se ferait à l’air chaud ; enfin on emploierait le système d’éclairage le plus convenable.
- Comme on le verra plus loin: nous croyons que l’État et la ville de Paris ne doivent pas reculer devant ces dépenses. 11 est évident que l’exploitation de l’Opéra est d’une importance vitale, non seulement pour la ville de Paris, mais pour la question de l’art aussi. La France a toujours tenu le premier rang dans tous les ordres de la pensée: et l’Opéra est le grand bazar de l’intelligence artistique qui lui a donné cette place.
- La dépense, subdivisée selon l’ordre dans lequel les travaux devraient être exécutés, peut être évaluée.
- Pour l’administra-
- lion. . . . Pour le théâtre ( sans machi- 1 ,740m à 800 fr. 1,392,000
- nes). . . . 1 ,575 à 400 630,000
- Pour la salle. . Pour les escaliers 1,575 à 700 1,102,500
- et le foyer. . 2,136 à 900 1,922,400
- Pour les machines, déménagements faux
- frais................., . . . 439,100
- Pour l’imprévu................ 514,000
- Pour l’immeuble à acquérir. . . . 2,800,000
- Total général. . . 8,800,000
- On comprend que dans ce qui resterait de l’Opéra actuel on trouverait une compensation du terrain nouveau.
- L’auteur n’a voulu présenter ici que quelques parties de l’avant-projet qu’il a soumis à M. le préfet de la Seine et à M. le ministre des travaux publics. Dans ce travail, modifiable suivant les observations éclairées qui pourraient être faites, il s’est effoicé de faire comprendre la nécessité de construire un Opéra définitif, de montrer la convenance de l’emplacement et les moyens faciles d’exécution ; enfin il a eu pour but d’élever un édifice, qui non-seulement ne laissât rien à envier aux grands théâtres connus, mais encore qui pût être jugé digne de la première seène lyrique et de la capitale, dont il doit être un des principaux ornements.
- Voltaire peignait ainsi les magnificences de l’Opéra :
- Il faut se rendre à ce palais magique,
- ; Où les beaux vers, la danse, la musique,
- ‘ L’art de charmer les yeux par les couleurs L’art plus heureux de séduire les cœurs De cent plaisirs font un plaisir unique.
- Le projet de M. Hector Horeau paraît destiné, s’il est adopté, à rendre à l’Opéra son ancienne splendeur. Nous ne pouvons donc que joindre nos encouragements à ceux qui ont été donnés déjà aux ingénieuses combinaisons du savant architecte.
- DES CHALES CACHEMIRES.
- Parmi les industries où nous avons une supériorité incontestable, et surtout ncontestée nous placerons la fabrication du châle cachemire. Peu de pers -onnes,sauf celles qui y sont initiées, connaissent les difficultés de tous genres qu’il a fallu vaincre pour arriver à cette perfection dans le tissu, et à cette hardiesse dans les dessins. Si l’on mettait en parallèle les premiers châles fabriqués, dont le dessin n’est que de quelques centimètres, avec ceux qui sont à Hide-Park, et dont la composition semble vouloir dépasser les bornes qui lui sont assignées, on serait surpris au dernier point de l’immense progrès dont la cause est dans le perfectionnement apporté au mode de fabrication, et dans les belles compositions de nos artistes, qui ont détruit le prestige attaché aux dessins de l’Inde.
- Jacquard, cet homme de génie méconnu, est celui qui a fait faire le plus grand progrès à cette industrie en inventant l’ingénieuse mécanique qui porte son nom, et qui a transformé le mode de fabrication connu alors en un mode nouveau pour lequel il n’existe plus de difficultés; l’artiste compose selon sa
- verve, il peut oser tout, rien ne l’arrête; la composition naît, et le châle est fait avec sa richesse dans le coloris, et le soyeux dans le tissu.
- Nous devons être très-honorés d’occuper le premier rang dans la fabrication de cette étoffe, la plus riche et la plus belle de toutes; et la seule dort on ne soit jamais lassé;en effet, le châle, malgré toutes les transformations qu’il a subies est resté dans son type primitif, et cela parce qu’il est le seul qui
- soit convenable à ce genre de tissu ; abandonnez ces formes bizarres dans leur élégance, ces tons si chauds et si doux par le mariage heureux des nuances et vous fausserez l’esprit qui a présidé à la création du châle; les Orien-tau, qui nous ont servi de modèles, savent au dernier point l’entente des couleurs, aussi a-vons-nous dû respecter leurs principes tout en perfectionnant et en du r-chant à créer un genre qui fut à nous, empreint de notre caractère tout en conservant celui de l’Inde. Ce genre a été créé et il a pu satisfaire au goût français, à tel point qu’au milieu du passage éphémère de tous ces riens si gracieux qui surgissent à chaque saison et qui tombent sous les coups de l’impitoyable mode, le châle, seul, est vivace et résiste à ces rudes coups si souvent réitérés; non-seulement i
- (Voir la suite page 296.)
- pro,et d’Opéra, proposé par M. lloreau.
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- EXPOSITION DE LONDRES.
- On s’attendait à voir figurer à l’Exposition quelque chose de nouveau en fait d’appareils à forer la terre, mais nous n’y avons rencontré que l’embarrassant attirail artésien, composé de barres de fer servant de manche à ces énormes cure-dents, cure-oreilles, arrache-poils et tire-bouchons empruntés au nécessaire de Gargantua. Le simple et ingénieux procédé chinois ne se trouvait pas même au milieu des specimens des arts et métiers de cet empire, qui sera fort étonné d’apprendre par les journaux qu’il a figuré à l’Exposition universelle et que Fem-pereur y était représenté par un mandarin postiche et un marchand de chinoiseries de Londres. Le tour a été bien joué, le capitaine de la jonque chinoise s’est laissé décorer du bouton de cristal, cuirasser des armes de l’empire et enivrer de vin de Champagne, avec la docilité la plus parfaite ; mais gare à la plante de ses pieds s’il ose retourner dans l’empire du centre : il saura ce qu’il en coûte pour avoir grimacé le Tsin-Tsin impérial devant la reine des barbares aux cheveux roux, qu’on n’estime pas du toul, et pour cause, à la cour de Pékin. L’appareil sondeur de Fauvel, qui s’était révélé il y a quelques années avec l’éclat d’un météore, s’est éclipsé de même : l’Anglais qui l’a inventé ne l’a pas même es posé, sachant que M. Fauvel l’avait essayé avec une suite d’insuccès continus.
- L en a été de même du procédé pour enfoncer les pilotis creux, par le vide; ceux qui ont voulu l’essayer ont dû retourner la question, ils ne font plus le vide d; - ; le pilotis creux, ils y font le plein, c’est-à-dire qu’ils y envoient de l’air comprimé pour refouler l’eau pendant qu’un ouvrier travaille au fond pour déblayer les matières qui s’opposent à la descente du tube. On sent qu’il est très-aisé d’enfoncer de la sorte de très-larges cylindres en tôle dans le lit des rivières pour y construire des piles de pont, et de les remplir de béton hydraulique qui n’en fera qu’un seul roc indélébile. Ceci constitue l’invention de l’ingénieur Duval-Pirou, savant praticien qui a construit plusieurs phares dans l’Inde par ce moyen, et qui se proposait de doter la Tamise d’un quai fondé sur le même principe ; mais il n’aura, pas plus que les autres grands inventeurs, le bonheur de voir sa découverte en action. Longtemps repoussé et découragé par la bureaucratie de son pays, il a dû s’en éloigner, et il est mort sur la terre étrangère, accablé de chagrins.
- Ce que nous n’avons pas trouvé dans le Palais de Cristal, nous l’avons rencontré dans un atelier. Un homme qui fait à chaque instant des inventions nour les besoins du moment, l’inventeur du marteau-pilon enfin, qui n’est ni Nasmith, ni Schneider, s’est imaginé de faire un puits foré avec le marteau -pilon lui-même; il s’est dit : Puisque ce lourd engin enlevé par la vapeur, s’enfonce dans le fer, à plus forte raison s’enfoncera-t-il dans la terre; et il y fera son chemin en refoulant autour de lui les matériaux qui composent l’écorce du globe; il brisera les cailloux et réduira la roche en pâte, car rien ne peut résister à une masse de plusieurs milliers de kilogrammes tombant trente à quarante fois par minute d’un ou deux mètres de hauteur. Voici la description de ce mouton-pilon, dont la base est formée d’un cône renversé en acier, le reste se compose d’un cylindre garni de cannelures extérieures, comme certaines colonnes d’ordre composite; le fût de cet instrument de fonte a de 20 à 30 centimètres de diamètre et de I à 2 mètres de hauteur; il est creusé en forme de pain de sucre; une corde en fil de fer sert à le manœnvrer, et comme il travaille dans l’eau, toutes les matières pilées jaillissent par les cannelures et retombent dans la partie creuse, où elles se moulent en s’entassant par l’effet répété de la frappe.
- Quand on juge que le cône est rempli, on retire l’outil frappeur pour le vider et recommencer jour et r.uit.
- Cette manière d’opérer est si simple et si uniforme qu'on peut y employer la vapeur avec bien plus d’économie que les chevaux et les hommes qu’on em-1 ioie aujourd’hui à manier ces éternelles barres de 1er qui prennent tant de temps et de peine à dé vis-er et à revisser sans cesse; travail immense, inutile, irrationnel et ennuyeux.
- On sent qu’entre ces deux méthodes de sondage il y a toute la différence qui existe entre l’enfance d’un art et sa perfection dernière.
- On comprend aussi qu’on peut percer des puits de
- tous les diamètres et que les difficultés ne croissent plus comme les profondeurs.
- Qui sait ce que nous amèneront un jour des sondages poussés à plusieurs kilomètres? n’en jaillira-t-il pas des gaz, des goudrons et du feu comme en Chine? ne donneront-ils pas des sources d’eaux thermales, bouillantes peut-être, ou assez chaudes pour servir à tous les usages, remplacer les calorifères et préserver de la gelée les rivières usinières dans lesquelles elles se déverseront?
- On a longtemps parlé d’un puits à creuser au jardin du muséum. Le temps est venu de pousser l’expérience jusqu’à la dernière limite du possible. Quant à nous, qui connaissons la puissance et l’ingéniosité des moyens nouveaux, nous ne doutons pas d’un plein succès.
- Nous sommes même persuadé que si l’on traversait d’un coup de sonde certains bassins houillers, on obtiendrait une colonne intarissable de gaz proto-carboné. Le bassin de Mons, par exemple, qui se compose de soixante-douze couches de charbon, fournirait un torrent gazeux de plusieurs décimètres de diamètre qu’on pourrait conduire au loin par des tubes en fonte et distribuer entre les diverses usines de la surface. Il est même des endroits où le gaz arrive spontanément, pendant l’été, par les crevasses ou fissures du terrain.
- Dans le canton de Wasme, par exemple, les enfants s’amusent à l’enflammer pour produire des feux follets ; mais ce gaz, en se tamisant à travers les terres, perd une partie de son carbone et n’est pas très-lumineux ; mais rien ne serait plus facile que de lui fournir le pouvoir éclairant qui lui manque, en le faisant passer dans des caisses contenant des hydrocarbures tirés des menu de houille, par la distillation à vapeur sèche. Un de nos amis qui s’est livré à de nombreux travaux pour distiller le charbon de terre est arrivé à un résultat bien extraordinaire-, la même houille lui a donné 2 et demi p. \ 00 d’essence, et dans une autre circonstance 22 p. 100. Il n’a pu se rendre compte de cette différence qu’après s’être ruiné en essais.
- Il a reconnu, trop tard pour lui, mais non pour ses successeurs, que la houille éprouvait une fermentation lente après son extraction et que cette fermentation en désagrégeant quelques-uns de ses composants, la disposait à fournir une plus grande quantité d’essence, comme la fermentation des matières amilacées augmente la quantité d’alcool qu’on peut en extraire. Cette découverte est des plus importante et il serait utile de l’examiner jusques dans ses dernières conséquences. On pourrait alors se rendre compte des causes de l’altération et de la combustion spontanée de certaines espèces de houilles qui deviennent pyrophoriques à l’air. On sait qu’il y a des houillères enflammées qui continuent de brûler depuis de longues années. Nous en avons visité une qui est en combustion depuis trente-six ans dans les environs de Sainte-Marie-d’Oignies; près de Charleroy, sans qu’on ait pu l’éteindre; le sol s’affaisse, les arbres se dessèchent, les maisons se lézardent et tombent. On ne sait ni quand, ni où ce fléau s’arrêtera.
- Un incendie pareil a cependant été arrêté en Angleterre par un ingénieur qu’on devrait appeler en Belgique; à son défaut, on ferait bien de s’adresser au docteur Philipps, il serait sans doute plus heureux là qu’au Champ-de-Mars avec son gaz anni-hilateur du feu.
- Mais revenons à nos grisoux : nous croyons que le gaz protocarboné, qui est excellent comme combustible , deviendrait très-éelairant entre les mains d’Ador, qui a composé un bec avec lequel il augmente de 50 p. Op) la lumière du gaz de houille ordinaire, en le faisant passer à travers un vase rempli de carbure d’hydrogène, avant d’arriver au brûleur.
- Il fait plus, il produit le gaz de toutes pièces dans son bec, en laissant couler un filet d’eau et un filet de carbure dans un petit globe chauffé par la flamme du bec lui même. Il suffit de l’échauffer une première fois avec une lampe à l’alcool pour que l’opération se continue d’elle-même. Enfin, M. Ador, profilant de tout ce'* qui a été fait dans cette voie’ en a ouvert une nouvelle qui deviendra, croyons-nous, féconde en bons résultats, après l’expiration de ses brevets, l’épuisement de ses finances, de sa patience et de sa force vitale. Encore un saint à placer dans le Martyrologe des inventeurs. Le malheureux sera certainement selligué comme l’inventeur du gaz à l’eau.
- L’éclairage à l’huile de schiste prend une grande
- extension en Angleterre depuis l’apparition d’une lampe qui brûle les hydrocarbures sans fumée. Elle a été inventée par un Parisien ; car il faut leur rendre cette justice, ce sont les Parisiens qui inventent toutes les lampes dont les Anglais profitent très-habilement; ces insulaires sont trop occupés de l’exploitation pour passer leur temps à l’invention; la France est leur vache à lait, ils aiment les découvertes toutes faites, ils les achètent même quelquefois quand ils ne peuvent les prendre gratis au ministère de l’agriculture et du commerce.
- Si vous êtes assez riche pour prendre une patente en Angleterre, et pour arriver chez eux avec votre invention parachevée, vous trouverez preneur ; mais ne comptez pas sur eux pour mettre les points sur les i, c’est-à-dire pour achever votre invention. Nous connaissons plusieurs industriels français qui ont traité fort avantageusement de leur patente à l’Exposition, entre autres un balancier de Lyon, qui est revenu plus riche de Manchester que ceux qui reviennent de Californie. Mais si la nouvelle loi proposée par lord Grandville est adoptée, avec la clause de l’examen préalable et de la recherche de la paternité, qui enlève toute sécurité aux titulaires, adieu les affaires de ce genre. Nous engageons donc nos inventeurs à profiter de cet avis et à se hâter de traiter de leurs patentes pendant que le Parlement est en vacances; caria perfide Albion va leur fabriquer une loi tout aussi mauvaise que celle dont nous jouissons nous-mêmes, tout en trépignant et maugréant contre des hommes d’Etat qui n’ont pas l’esprit de comprendre combien il serait avantageux de multiplier les propriétaires, sans rien prendre aux autres, en leur donnant seulement ce qui n’est à personne.
- Parmi les Français heureux à l’Exposition, nous ne devons pas oublier M. Magnin, de Clermont, qui a réussi à démontrer au monde la supériorité du blé rouge et dur d’Auvergne sur tous les autres, pour faire des macaronis napolitains meilleurs que ceux de Naples, et autres pâtes d’Italie meilleures que celles d’Italie; le tout avec un grain qui ne vaut rien pour faire du pain. Les pâtes d’Auvergne, qui ont déjà conquis l’estime de tous les gourmets français, auront bientôt une vogue universelle sur terre et sur mer, comme les conserves de Nantes et le chocolat d’Hermann, dont les ladies ont fait une consommation d’autant plus grande que M. Hermann avait la galanterie de leur présenter sa corne d’abondance. Les curieuses passaient de là chez M. Jean-Marie Farina, qui les invitait à tremper le bout de leur gant dans son bénitier d’eau de Cologne; elles allaient ensuite demander un verre de soda-water au fabricant anglais, qui n’a pas voulu demeurer en reste de politesse avec les Français; mais elles ne touchaient guère aux vastes tabatières du Bolongaro portugais, lequel ri’a, dit-il, exposé son tabac que pour le faire priser au monde entier, dans le but d’obtenir sa pratique; son succès a été des plus éclatants, car on entendait éternuer sans cesse dans la région des boucauts portugais. Les fabricants de cigares n’ont pas été aussi généreux, ils craignaient les abus, car les fumeurs sont insatiables, comme dit Lafontaine : donnez-leur un cigare chez vous ou ailleurs, ils en auront bientôt pris quatre.
- Quel fléau ce devait être que le tabac, diront un jour les archéologues, puisqu’il en coûtait plus de cent millions tous les ans à la France pour le guérir-mais l’excès du mal ne guérit pas le mal, comme on le dit, il mène à la mort. L’excès du mal augmenta le mal, comme l’excès de misère augmente la misère? la misère et le tabac sont sans aucun doute les deux seuls cas réfractaires à la règle de la guérison par les semblables. Un Anglais humanitaire, convaincu de l’impossibilité d’extirper le mal du tabac, a cherché à le diminuer en inventant une pipe à deux conduits, dont l’un débouche dans l’air et l’autre dans le foyer de la pipe, de sorte que l’air froid vient rafraîchir la bouche en même temps que la fumée vient réchauffer. Nous croyons que la pipe de M. Gilbee mérite le prix Monthyon au même titre que le blanc de zinc de M. Leclaire.
- Disons un mot de la découverte de Mme Montois, cette excellente coloriste parisienne dont on admirait à a dernière exposition les planches d’anatomie humaine, si remarquables en ce que les tissus blancs et les rameanx nerveux y sont tracés pardessus les chairs avec un blanc qui couvre parfaitement et ne s’écaille pas.
- C’est ce blan 3 de zinc épuré et moulé en pastilles
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- fit en trochites que nous avons vu figurer au Palais de Cristal sous le nom de Mme Montois, 4 , rue du Pot-de-fer-Saint-Sulpice. Nous donnons son adresse pour éviter aux amateurs le désagrément que nous avons eu de la chercher pendant huit jours.
- Mme Montois est persuadée que c’est à la céruse que les tableaux des anciens maîtres doivent leur altération continue. En effet, la toile est préparée à la céruse, et la céruse entre presque dans toutes les couleurs, soit à la .préparation, soit à l’application ; or, si vous chargez, dit Mme Montois, une palette de toutes les nuances possibles en leur ajoutant un peu de blanc d’argent, qui n’est, par parenthèse, que du plomb, il suffira de les exposer à la vapeur du foie de soufre acidulé de vinaigre de mollerat ou d’acide pyroligneux, et dans un moment vous n’aurez plus qu’une palette chargée de noirs variés, et il ne vous restera plus une seule couleur appréciable.
- Ceci est péremptoire et devrait faire rejeter immédiatement la céruse par les peintres qui ont le désir de voir passer leurs tableaux à la postérité et d’y passer eux-mêmes le plus tard possible ; car la céruse est un poison pour les hommes aussi bien que pour les tableaux.
- Heureusement que le zinc, si rare il n’y a qu’un demi-siècle, se rencontre de tous les côtés sous divers déguisements, les Américains viennent d’en découvrir des montagnes où il se trouve uni au protoxyde de manganèse, dans la proportion énorme de 80 p. 0{0 de zinc, 1 6 de manganèse et 4 de fer. La séparation de ces métaux est très-facile. Il ne faut pas confondre, comme on l’a fait à l’Exposition, le zinc rouge ci-dessus, dont un échantillon de huit tonnes figurait au milieu de la grande galerie, avec le franklinite, qui n’est qu’un fer zincifère contenant seulement 4 0 à 12 p. (RO de zinc sur 88 p. 0{0 de fer, mais de fer d’une qualité rare pour la malléabilité et la facilité de sa conversion en excellent acier. Le docteur Lewis Feuchtwanger, de New-York , a découvert un immense gisement de calamine toute extraite de terre par des chercheurs de plomb, qui n’ont pas reconnu le zinc sous son déguisement lapidiformc. Cette matière ne vaut que 2 fr. la tonne mise à bord ; mais les Américains ne fondent pas encore le zinc, celui qui figure à l’Exposition a été tiré en Angleterre du minerai dont ils avaient lesté leurs navires. Les Américains fabriquent seulement du blanc de zinc avec leur minerai.
- Beaucoup de pays ont exposé du blanc de zinc, ce qui est un signe fatal pour le blanc de plomb : cet empoisonneur était, paraît-il, destiné à s’empoisonner lui-même.
- Nous annonçons avec plaisir qu’on vient d’inventer une peinture au zinc sans odeur, et un siccatif solide, actif et portatif.
- Il n’y a rien de plus blanc que le blanc de zinc, et l’on n’en voudi ait pas, si seulement il avait ce qu’on appelle un œil jaune ou gris, et cependant on ne l’emploie presque jamais pur, mais toujours plus ou moins teinté de quelques-unes des dix-sept mille nuances de la gamme chromatique des Gobe-lins. N’est-il pas curieusement absurde de voir des barbouilleurs exiger de la céruse blanche comme neige pour peindre en noir ?
- En Chine et dans l’Inde, les barbouilleurs ont un excellent procédé pour économiser la couleur : ils commencent par imbiber les surfaces à peindre avec un mélange de sang de bœuf et de chaux vive qui remplit les pores et fait l’effet d’un encollage inattaquable aux injures de l’air; ils peignent ensuite par-dessus, et jamais cette peinture ne s’écaille et ne se boursoufle au soleil comme la nôtre, par suite de la dilatation des bulles d’air emprisonnées dans les pores du bois. L’albumine du sang, uni à l’eau de chaux, possède sans doute la propriété de composer une colleindélébile comme le caséate de chaux, qui sert à mettre des talons aux blocs des imprimeurs sur indienne, et que l’humidité ne décolle jamais.
- Nous connaissons des fabricants du Nord de l’Europe qui ont dû faire le voyage de Rouen pour se procurer à prix d’argent cette simple, mais utile recette , tant il est vrai que
- D’un rien de plus, d’un rien de moins,
- Dépend le succès de nos soins.
- JOBARD,
- Directeur du Musée de l’industrie belge.
- SUEliE ET DANEMARK. — ZOLLWERIN’. -- SAXE. — WURTEMBERG. — BAVIÈRE.
- Nous avons promis à nos lecteurs le travail
- LE PALAIS DE CRISTAL.
- d’hommes compétents sur l’Exposition de Londres. Nous avons déjà tenu une grande partie de nos promesses. Aujourd’hui, nous venons les accomplir tout à fait, en publiant les premiers feuillets d’un travail qui nous est communiqué par M. IIaussmann, délégué du ministère du commerce, attaché au jury-français.
- Le nom de M. Haussmann, est connu depuis longtemps parmi les industriels et dans le monde savant. Chargé de plusieurs missions, notre nouveau collaborateur a rapporté en France de véritables découvertes de ses explorations. On sait que M. Hauss-mann faisait partie de la grande expédition envoyée en Chine, il y a une dizaine d’années : Il a adressé, en outre, au gouvernement français des rapports sur l’Amérique centrale et du Sud.
- Le beau travail qu’on va lire, a un double mérite:
- D’abord, il est fait par un juge compétent; il est ensuite inspiré par une conscience éclairée et tout à fait impartiale. Enfin, il résumera pour nos lecteurs toutes ces vues multiples de l’Exposition de ! 851.
- Nous sommes assurés, en donnant cette étude, d’arriver en quelques numéros de notre journal, à produire une œuvre qui servira de guide intelligent et complet dans ce dédale brillant mais un peu confus, du palais d’Hyde-Parh.
- Nos lecteurs peuvent voir que cette revue, venant s’ajouter à la grande question de la Propriété intellectuelle, dont nous poursuivons le triomphe, le journal le Palais de Cristal est devenu l’organe officiel et complet de l’alliance des arts et de l’industrie.
- Alex. Lata.
- SUÈDE ET DANEMARCK.
- Ces deux pays sont déplorablement représentés au Palais de Cristal. Dans la crainte que leurs produits n’arrivassent trop tard, ils ont très-peu envoyé. Mieux aurait valu peut-être s’abstenir complètement.
- Les richesses métalliques de la Suède sont à peine indiquées par quelques rares minerais de fer. Un petit nombre de tissus de soie et de coton, des échantillons de fer travaillé, des serrures, des sabres , et quelques autres menus objets qui ne méritent pas d’être mentionnés, voilà à quoi se bornait l’exposition suédoise au mois dt juillet \ 851.
- Celle du Danemarck n’est guère plus importante. Il a envoyé des instruments de précision parmi lesquels on remarque une balance, une boussole, des montres, un appareil électro-magnétique perfectionné. Ajoutez à ces quelques objets un petit nombre de broderies, de tissus légers, des statues en plâtre, et vous aurez une idée assez exacte de l’exposition danoise.
- ZOLLWEREIN.
- Le Zollwerein a cinq entrées du côté sud de la grande avenue, et six du côté nord. La partie sud est particulièrement consacrée aux tissus, tandis que la division nord renferme les objets d’art, la quincaillerie et les machines.
- Nous allons passer séparément en revue les produits de chacun des principaux États du Zollwerein, en commençant par la Saxe
- SAXE.
- A l’entrée de l’allée qui porte le nom de la Saxe sont exposés quelques nécessaires communs; des peintures en miniature sur médaillons, représentant des vues de la Saxe; un modèle de viaduc d’un chemin de fer saxon et un ridicule tapis dont les broderies plairaient peut-être à des Chinois, mais sont indignes de figurer au Palais de Cristal.
- Heureusement pour le renom industriel de la Saxe, on remarque, à côté de ces produits communs, de très-belles porcelaines de la manufacture royale de Meissen. Elles sont ornées de filets dorés, en relief, formant dessin et entrelacés avec beaucoup d’élégance. A ces jolis services il faut ajouter deux grandes urnes en porcelaine, se rapprochant, par la forme, du genre de Sèvres, quoique moins pures et moins sévères. Le goût le plus parfait se trouve uni à une grande originalité dans un magnifique cadre de glace, aussi en porcelaine, qui a obtenu les suffrages de tous les connaisseurs.
- Dans le salon des beaux-arts allemand, la Saxe a exposé quelques charmantes peintures sur porcelaine; ce sont des copies en miniature de différents (ableauxde grands maîtres. On remarque aussi des
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- peintures sur émail et porcelaine de Saxe, représentant des Vierges et des enfants Jésus. Les grands vases de la manufacture royale de Meissen, qui figurent dans ce salon, sont d’une remarquable beauté et surpassent de beaucoup ce que Berlin a envoyé en ce genre.
- Le professeur Ritschel, de Dresde , a exposé un beau Christ en marbre de Carare. Dans la même encoignure que cette statue se trouvent placés trois tableaux à l’huile peints sur plaques d’étain et de fer, dont on admire le coloris* L’attention du public se porte surtout sur une belle tète de femme, dont la tristesse a quelque chose de voluptueux et dont l’expression est de plus saisissantes ; une tête de mort placée dans un coin du tableau, pourrait être la cause de la mélancolie de cette gracieuse créature, sorte de Madeleine à moitié repentante.
- La Saxe n’a exposé qu’une seule pièce d’orfèvrerie : c’est un magnifique vase en argent, garni de fleurs du même métal , dont on admire l'extrême finesse et la légèreté. La foule se presse aussi autour d’un délicieux échiquier saxon placé sous verre.
- De l’excursion que nous yenons de faire dans le domaine des beaux-arts germaniques, retournons à l’allée nord de la Saxe où nous rencontrons, dès nos premiers pas, de remarquables broderies de Plauen, exécutées sur divers petits objets à l’usage des dames.
- Après Plauen vient la fabrique de Glauchau, renommée pour ses mélanges de laine peignée et de soie, pour ses tissus de laine rasée, à carreaux
- Frankenberg a envoyé des damas et des broca-telles de soie fort remarquables pour tapisserie.
- Clomnitz, le plus grand centre industriel de la Saxe, se fait remarquer par ses satins de laine, par ses damas, par ses mélanges de laine et de soie, de soie et de coton. Pour ce qui concerne ses tissus pur coton imprimés, ils donnent amplement prise à la critique et sont complètement éclipsés par les nôtres.
- Leisnig brille par ses draps verts fins, Meerane par ses tartans et ses mousselines de laine.
- Les étoffes de laine légères de Rochlitz sont d’une grande variété et d’une fabrication parfaite.
- Nous retrouvons encore des produits de Plauen ; ce sont des tissus de coton fins, pour rideaux, et des gazes. Annaberg rivalise avec Plauen dans ces genres qui se rapprochent de ceux de Saint-Quen tin, sans en égaler, cependant, à beaucoup près, la perfection.
- Ces deux villes manufacturières de la Saxe ont semé leurs produits dans toutes les parties du Palais de Cristal. On rencontre, dans la galerie supérieure du côté sud, de magnifiques broderies de Plauen et des dentelles non moins remarquables d’Annaherg. Celles de Dresde et de Sehneeberg sont aussi d’une grande beauté. Nous n’en dirons pas autant, des dentelles et des broderies d’Eibenstock.
- Reichenbach a exposé des damas et des châles imprimés communs, ainsi que des étoffes de laine légères. Les étoffes pour pantalons, de Crimmitzchau, sont irréprochables, de même que ses satins d’été
- Plusieurs villes saxonnes produisent des draps remarquables. Nous citerons les draps fins de bis-chofsverda, de Grossenhain, d’OEdéran et de Ross-wein ; les peaux-cle-daim de Leipzig ; les draps rouges de Kirchberg et les draps noirs épais de Lengenfeld.
- Si la Saxe ne brille pas par les impressions sur coton, elle a, par contre, exposé, dans la galerie sud, des batistes et des jaconas remarquables.
- Ses toiles de lin se distinguent toujours par leur finesse. On admire dans une des allées nord du Zollverein, les magnifiques toiles damassées de Littau, ainsi que les nappages de Dresde, à fonds gris écru et à dessins blancs, dans le genre des damassés irlandais.
- Leipzig a envoyé un immense étalage de toiles cirées, très-inférieures à celles de la Belgique et aux nôtres.
- On remarque à l’exposition de bonneterie des fabricants réunis de Chemnitz et de Lichenstein, ainsi que le grand assortiment de franges en fils de coton et de soie, de MM. Bach et fils, d’Annaherg.
- Citons aussi les beaux échantillons de bleu de Cobalt, les étalages de poterie de fer et de poterie ordinaire, les modèles remarquables de typographie, la belle commode à incrustations, le télégraphe électro-magnétique à aiguilles, les montres et l’excellent, piano, qu’a exposé la Saxe.
- Mais ce qui nous paraît faire, le plus d’honneur à
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- résiste, mais il progresse ; la consommation de cet article s’accroît journellement, et pénètre, grâce aux moyens faciles de fabrication, dans tous les pays.
- C’est au cachemire français que l’on doit l’extension qu’a prise l’industrie des châles imprimés, qui le suivent pas à pas et cherchent à l’imiter; combien de milliers de ces châles si légers de tissus sortent de nos ateliers d’impression, non-seulement pour être exportés dans les pays chauds, où le broché ne peut pénétrer à cause de la tempéra-
- de Londres, ce tournoi immense où se sont présentés tant de rudes champions est venue nous confirmer dans notre conviction-, or, à quoi attribuer cette supériorité si ce n’est au goût inné chez nos artistes, qui savent donner tant d’attraits et de charmes à leurs compositions. Les moyens de fabrication sont à peu près connus chez tous nos rivaux ; mais là où nous sommes supérieurs c’est dans la création de nos dessinateurs et dans legoût exquis de nos produits où l’art est pour quelque chose.
- A cette occasion, nous devons signaler à nos lecteurs, un de nos fabricants qui a su se concilier les suffrages des spectateurs et des exposants, et (il faut l’espérer du moins) du jury.
- Nous donnons, aujourd’hui, la reproduction d’un des dessins de châles longs, qui figurent à l’Exposition, de MM. A. Berrus frères ; rien n’est plus gracieux que cette composition, où les artistes ont su conserver le véritable esprit du châle tout en y introduisant la plus grande nouveauté. Nous aurions
- lure; mais encore dans nos pays le châle imprimé est adopté par nos élégantes, quand l’époque des chaleurs arrive, parce qu’il leur représente le cachemire français.
- Sans doute nous ne sommes pas les seuls à fabriquer ni à imprimer des châles ; mais si la France compte pour ces produits-là des nations rivales, nous pouvons dire, et dire bien haut, tout esprit de nationalité mis de côté, que notre pays occupe le premier rang ; nous le savions ; mais l’Exposition
- Chftle cachemire, par MM. A. Berrus frères.
- Il y a peu de jours un grand orateur proclamait, du haut de la tribune française, la supériorité de nos articles ; or, cette opinion est celle de tous les peuples qui ont assisté au grand concours ouvert par l’Exposition. Le jury international a dû remplir son devoir avec impartialité ; il a dû comprendre que l’encouragement donné aux artistes selon leurs mérites, était une question vitale pour l’art. 11 est important que les récompenses aient ce caractère de vérité et d’impartialité.
- bien désiré pouvoir reproduire le coloris qui se trouve dans l’original, tant est grande l’harmonie des couleurs, on dirait l’étoffe avec ses couleurs riches et chatoyantes. C’est ainsi que nous comprenons le cachemire français, avec la sévérité et l’ampleur du châle de l’Inde, moins la sécheresse, et avec toute la gracieuseté de lignes que comporte ce type de dessin.
- Nous espérons donc, dans un de nos prochains numéros donner un dessin de châle imprimé.
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- APPAREIL PHARMACEUTIQUE par j. a. wolff (d’Heilbronn).
- Le professeur Geiger, de Heidelberg, a inventé l’appareil de vapeur pharmaceutique qui a été universellement adopté, à cause de sa grande utilité; mais la dépense à laquelle il entraînait a toujours été un grand empêchement à son emploi. Après plusieurs essais,
- M. J. A. Wolff, d’Heilbronn, a trouvé moyen de simplifier et de perfectionner la construction de cet appareil, de manière à ce que le prix ne soit plus un obstacle à son succès, et dans plusieurs districts d’Allemagne, la loi a commandé la préparation des médicaments, à l’aide de cet appareil pharmaceutique. Les améliorations queM. Wolff a introduites consistent principalement dans ia diminution
- niées que le fluide de l’intérieur du vase ne peut jamais être en contact avec l’air lorsqu’il est versé au dehors.
- La machine au centre du groupe que nous représentons, est un appareil à soudure avec lequel les métaux sont soudés à l’aide d’hydrogène et d’air atmosphérique. Cet appareil n’est pas encore assez connu pour avoir eu un
- grand sucéès. Nul dcute que les expériences de l’inventeur n’en accréditent l’emploi. On y remarque des plaques de plomb d’un ou deux pouces d’épaisseur, qui sont soudées avec tant d’adresse que la soudure y est complètement imperceptible à l’œil. *
- Un des principaux mérites de cette invention est qu’on a obvié à tout danger d’explosion. Son utilité sera principalement reconnue dans les fabriques d’acide et de toutes autres usines de produits chimiques.
- Appareil pharmaceutique, par M. J. A..Wolff (d’Heilbronn).
- verticale des alambics, au moyen desquels l’on a gagné un léger espace pour introduire l’air par l’application de plateaux de fer ou de cuivre servant de fournaux, en adaptant des vases dont les jointures sont si hermétiquement fer-
- COT'sTAGES MOD'ÈLES, par le prince Albert.
- Nous donnons ici le modèle de cottages construits par ordre du prince Albert et à ses frais, dans l’emplacement des barraques de Knightsbridge, et destinés à servir d'habitation aux classes laborieuses.
- Le prince y a fait sa visite le 22 mai dernier, suivi du duc de Rucçleugh,
- M. Wolff a déjà reçu du gouvernement du Wurtemberg plusieurs .médailles et distinctions honorifiques. Nous aimons à espérer que son nom sera compris parmi ceux des autres savants qui auront attiré l’attention du jury.
- de sorte que l’incendie y est impossible. Toutes les conditions hygiéniques y sont observées avec un soin et une habileté rares. Chacun de ces cottages coûte environ 4-00 livres (soit 10,000 francs), c’est-à-dire 2,500 francs par compartiment. Chaque famille, en payant 1 shilling par chambre, soit 3 shillings par semaine (3 fr. 75 c.), subviendra au solde d’un intérêt de 7^p. 100
- Cottoges-Modèles, par ‘le prince Albert.
- du comte]de]Grandville, de lord Stanley et de M. Pusey. M. Chadwick , membre du conseil de salubrité, l’attendait pour lui expliquer les détails de cette construction.
- Ces cottages peuvent contenir à peu près quatre familles d ouvriers. Us sont construits en brique, et les escaliers sont posés de telle sorte que chaque appartement ait son entrée particulière. La construction est en fer et en brique,
- pourdes frais de constructioiret l'amortissement deœette'Tlépense. On sait que les classes pauvres sont forcées de payer jusqu'à 5 shillings par semaine pour une seule chambre, et que là tous les éléments de la misère, de la maladie et des vices se trouvent réunis pour compromettre l’existence physique et morale des ouvriers et de leurs familles. C’est pour prévenir tous ces' dangers que le Prince Albert a eu l’heureuse pensée de faire faire ces constructions à ses frais,
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- l’industrie de ce pays, c’est la variété inépuisable de ses tissus de laines ; avec ou sans mélange, qui se recommandent autant par leurs bas prix que par leur qualité.
- Quant aux porcelaines de Saxe , leur réputation est faite depuis longtemps et se soutient avec distinction au Palais de Cristal.
- WURTEMBERG.
- Le Wurtemberg paraît s’être plus occupé des animaux que des hommes dans son exposition, car ce sont les cages, les oiseaux et les quadrupèdes empaillés qui y dominent. M. Plouquet, préparateur du Musée royal de Stuttgard a, d’ailleurs, fait preuve de beaucoup d’esprit et de goût dans les poses qu’il a données à ses bêtes. Ses hiboux aux prises avec des martres et défendant leurs petits, sont magnifiques de fureur et de tendresse paternelle; ses belettes embrassant des coqs, son renard tenant un chapelet et lisant un bréviaire; un lièvre faisant l’exercice, sont de charmantes caricatures pleines de verve et de vie. Aussi attirent-elles en foule le public anglais, dont on connaît le faible pour certains animaux, et qui ne se lasse pas non plus d’admirer un cerf aux abois et un sanglier éventrant les chiens qui l’attaquent, groupes principaux de ce petit musée d’histoire naturelle.
- Le Wurtemberg a aussi exposé des jouets d’enfants, des pendules à coucou et un joli appareil dis-tillatoire.
- Dans le salon des arts il n’a qu’une statue, une Madeleine, de M. Wagner, de Stuttgard. Mais cette statue est d’un grand mérite.
- Dans une des galeries supérieures se trouvent quelques instruments de musique du Wurtemberg.
- L’allée sud de ce pays est principalement consacrée aux tissus. Les mousselines pour rideaux et les tulles brodés de Ravensberg sont loi»] de valoir ceux de la Saxe qui, déjà, sont très-inférieurs à ceux de la Suisse et de St-Quentin; les toiles de lin de Stuttgard sont de qualité médiocre. Rien de plus commun et de moins soigné que les impressions sur coton du Wurtemberg. Ses draps ne brillent pas non plus par les quelques échantillons qu’il en a envoyés. Ses cuirs et ses chaussures passent inaperçus. 11 en est de même des fils de chanvre et de coton, des papiers, des produits chimiques qu’il a exposés. Par contre, on s’arrête devant quelques pièces de mosaïque en bitume et devant une quantité de petits objets en bois, en écaille, en os et en ivoire. Le Wurtemberg, comme tous les pays où les grandes industries végètent, excelle dans ces petits ouvrages de patience insignifiants.
- Son exposition, on le voit, est bien pâle comparativement à celle de la Saxe, et ne place pas ses manufacturi rs à un degré bien élevé de l’échelle de production du Zollverein.
- BAVIÈRE.
- L’exposition bavaroise est plutôt artistique qu’industrielle.
- C’est à un artiste de Munich, àM. Miller, que sont dus le lion colossal, en bronze, le roi George de Bohême et la reine Libussa, aussi en bronze, qui figurent avec honneur dans la grande avenue.
- C’est la Bavière qui a doté le salon des arts allemands de ses plus beaux produits.
- M. Leeb, de Munich, y a exposé une ravissante statue en marbre, représentant une jeune femme qui tient dans un nid trois petits anges ou trois amours. L’exécution en est aussi élégante et gracieuse que la conception originale.
- Le docteur Fuchs, de'Munich, a attaché son nom à un tableau remarquable sous deux rapports. Ce tableau représente une belle tête de vieillard de beaucoup d’expression. Mais ce qu’il y a de très-curieux dans cette peinture, c’est qu’elle a été fixée au moyen d’une infusion de verre liquide sur un enduit de mortier. Ce procédé, de stéréochromie est dû au docteur Fuchs.
- Les vitraux de M. Stephan Kellner, de Nuremberg, indiquent un beau talent, ainsi que les peintures sur porcelaine d’un artiste de Nymphenburg.
- On remarque de jolies statuettes bavaroises, enfre autres celle de la Vierge, placée dans un petit encadrement gothique du meilleur goût.
- Le vase gothique en plâtre, de M. Ilalbig, de Munich, sur lequel sont figurés les attributs du Saint-Empire Romain ; est une œuvre hors ligne.
- La Bavière a envoyé deux charmants bureaux , l’un, style renaissance , orné d’élégantes incrusta-
- tions et destiné à une dame; l’autre, de forme gothique, en bois foncé sur lequel de petites figures dorées tranchent merveilleusement.
- On admire également deux petites tables à ouvrage, dont l’une style rococo est d’une extrême élégance. Ces meubles bavarois sont peut-être les seuls du Zolhverein qui puissent rivaliser avec les produits de l’ébénisterie artistique française. C’est à la Bavière et particulièrement à Munich qu’appartient la palme dans le salon des beaux-arts germaniques.
- Les quelques instruments de précision exposés par la Bavière dans une des galeries supérieures, méritent une mention toute particulière. Dire que M. Ers tel, de Munich, a exposé un télescope et divers autres instruments d’astronomie, c’est dire que ces instruments sont excellents, car ce savant ingénieur a depuis longtemps acquis, par ses produits et par ses travaux, une réputation bien méritée.
- MM. Mez et fils, aussi de Munich, ont envoyé un réfracteur et un microscope dont on fait grand cas.
- Nuremberg a fourni quelques curieux modèles anatomiques en papier mâché , substance que l’on est parvenu à plier à tous les usages, et qui joue un rôle important dans le Palais de Cristal.
- Les instruments de musique de la Bavière sont en petit nombre et méritent peu d’attention.
- Dans une des allées du rez de-chaussée, consacrées à la Prusse, se trouve un petit espace réservé à quelques tissus bavarrois. On y rencontre des soieries et des étoffes de laine, de Deux-Pints ; des châles laine et coton, dellof; (les toiles de lin Crum-back. Mais ces produits n’ont rien de remarquable.
- Il y a aussi des cuirs, des papiers dorés et argentés, des reliures, des poupées et autres jouets d’enfants exposés par la Bavière ; tous ces objets méritent peu d’attention. La véritable importance de l’exposition bavaroise est dans les objets d’art, et pas ailleurs.
- ÏIÀÜSSMANN»
- UN DERNIER MOT SUR L’EXPOSITION RUSSE.
- Si, dans la méthode que nous avons adoptée pour nos comptes-rendus analytiques des richesses de tous les peuples, la Russie et l’Espagne se sont présentées sous notre plume avant la France, l’Angleterre, et les États-Unis d’Amérique, dont nous aurons, cependant, à entretenir longuement nos lecteurs; si des pays, dont les ressources civilisatrices sont notoires, ont été ajournés par nous au profit de deux nations, dont l’une passait pour n’être pas née à la civilisation, et dont l’autre était considérée comme morte à l’industrie, c’est que nous avions hâte de montrer ces grandes contrées du nord et du sud de l’Europe sous un jour que l’exclusivisme verbeux des écoles spéculatives s’est plu à obscurcir. La ridicule manie, qui depuis longtemps porte les esprits à juger des mérites réels d’un homme par rapport aux doctrines qu’il professe, s’est étendue des individus aux nations, et, de ce que la Russie et l’Espagne respectent l’Empereur et le Pape, le philosophisme conclut péremptoirement que le Russe ne peut pas naître au progrès, et que l’Espagnol n’y peut pas ressusciter. Dédaigneux de toute fiction et élevé dans le culte pacifique des faits, il nous appar-nait d’inaugurer la matérialité de notre œuvre démonstrative sur la ruine de ces prétentions doctrinales : les mots ne peuvent pas tenir devant les choses.
- Maintenant, nous sommes-nous exagéré la vérité des choses? Nos considérations, celles surtout qui concernent la Russie, seraient-elles allées au-delà des faits pour aboutir à l’enthousiasme? C’est possible, et nous ne nous en défendrons pas. Lorsqu’une nation, de laquelle on n’attend rien, exhibe des objets d’art et des productions industrielles qui la placent, du premier coup, non-seulement-au niveau , mais encore, à certains égards, au-dessus des peuples les plus civilisés de la terre, on n’est pas tout à fait maître des élans d’admiration qu’elle provoque; nous avouons donc avoir mis quelque chaleur dans l’exposé du sujet, et c’est, en quelque sorte, pour légitimer cette exaltation, que nous revenons aujourd’hui sur une matière dont il nous semble important de mettre les principaux détails en saillie.
- La Russie a positivement créé un genre sans précédent dans l’histoire de l’art et de l’ornementation ; les proportions colossales des travaux auxquels elle
- a appliqué la malachite, le goût exquis et le fini de leur exécution, sont sans analogie avec les plus beaux ouvrages connus de jaspe ou de porphyre; et jusqu’au jour où le merveilleux mobilier, exposé par la maison Demidoff, a frappé les yeux du public, on ne s’était pas douté, on n’eût même pas osé supposer que le carbonate de cuivre, dont quelques menus et précieux fragments n’avaient encore été traités que par les lapidaires, pût jamais servir à la confection de pièces monumentales. C’est donc à la Russie que revient la gloire exceptionnelle d’avoir produit une des plus éblouissantes énormités des annales de l’industrie; elle prime sur ce point, comme priment les autres nations dans leurs spécialités respectives; ce qui prouve qu’au point de vue de l’art, les peuples, comme les individus, ayant chacun leur supériorité, sont réellement égaux à cause précisément de la diversité de leur génie; cette diversité tient essentiellement aux dissemblances naturelles des richesses élémentaires ; il n’appartenait qu’à la Russie de créer le genre d’art auquel nous faisons allusion, puisqu’elle seule possédait en quantité suffisante les matériaux susceptibles de le mettre en œuvre.
- La malachite, dont on trouve fréquemment des traces dans la plupart des mines de cuivre, est, d’après les anciennes données géologiques, un minerai de formation irrégulière qui ne se trouve que par parcelles exiguës et disséminées à de longs intervalles ; c’est à peine si, dans la période d’un siècle, on pourrait citer deux ou trois découvertes d’échantillons propres au genre de composition qui nous occupe. Les mineurs, qui explorent aujourd’hui les possessions anglaises du sud de l’Australie, en ont tout récemment extrait quelques fragments des mines de Burra-Burra ; mais cette trouvaille, dont on s’est vivement préoccupé, n’a pas répondu, que nous sa chions, aux espérances qu’elle avait fait concevoir tout d’abord.
- Ce n’est guère qu’en Sibérie qu’on trouve ce carbonate de cuivre en blocs assez considérables pour pouvoir être appliqués à la fabrication d’objets d’art de la plus grande dimension. La première mine d’où furent extraites les malachites élaborées par les artistes français et italiens se trouvait, il y a peu d’années, presqu’entièrement épuisée; on n’en rencontrait plus que de rares et petits échantillons perdus dans des masses de minerai, et l’on était tout près de renoncer à en faire le traitement, lorsqu’une circonstance inattendue en mit à jour, dans les domaines du prince Demidoff, un bloc cent fois plus volumineux qu’aucun de ceux qui avaient été découverts jusqu’alors, tant en Asie qu’en Amérique; il fut reconnu en même temps que, nonobstant sa supériorité comme dimension, ce blcc était encore extrêmement remarquable pour sa qualité. C’est dans ce noyau précieux qu’ont été taillés les revêtements des colonnes de la magnifique basilique de Saint-Isaac à Saint-Pétersbourg ; ce qui en est resté c’est-à-dire la plus belle partie, a fourni la matière qui entre dans la composition des ouvrages exposés; nous n’oublierons pas de dire que ces élégants travaux ont été exécutés par un corps spécial de lapidaires, sorte d’institut artistique dont le récent établissement, à Saint-Pétersbourg, est dû, au moins indirectement, à la vigilante initiative de l’empereur Nicolas.
- L’extrême densité de la malachite, la finesse de son grain et son excessive dureté la rendent susceptible du plus beau poli, tandis que la fraîcheur et la vivacité de sa couleur verte, dont les ondes se nuanceir de toute la délicatesse de teintes tour à tour foncées, claires ou laiteuses, dessinent des motifs capricieux du plus charmant effet; ce moiré qui ressort du fond même de la couleur en détruit l’uniformité tout en y introduisant une variété pleine d’harmonie.
- Les travaux en malachite s’exécutent à peu près comme les mosaïques : la pierre se débite en Iran ches amincies et l’art consiste à les juxtaposer de manière à ne laisser exister aucun interstice, ce qui est d’une grande difficulté; mais une chose plusdif ficile encore, c’est de donner à cette matière, rebelle au ciseau, les contours exigés par la loi de l’élégance et d’assortir entre eux les nuances et les dessins. C’est dans ces ouvrages d’une forme si pure que l’art a réellement triomphé de tous les obstacles qu’opposent à leur composition l’assemblage et le placage de ces milliers de petits morceaux qui doivent, en fin de compte, présenter une surface tellement unie que l’œil de l’observateur n’y saura voir qu’une seule pièce.
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- La gravure du grand vase, que les abonnés de ce journal ont pu voir dans le n° du 16 août et celle de la grande porte qu’on trouvera dans la première page de cette livraison, ne peuvent donner qu’une incomplète idée de la perfection du travail et de la richesse de la matière; l’or moulu qui rehausse les ornements de ces pièces majestueuses ne peut, en tout cas, être rendu par le dessin ; le miroitement de cet or s’harmonise heureusement aveçje ton vert de mer du fond ; nous avons dit ailleurs que ces objets étaient conçus conformément à l’école Louis XV.
- Il faut reconnaître cependant,—et cette réflexion tourne au profit de l’exposition du prince Demi-doff—que des ouvrages de cette nature doivent être considérés plutôt comme un hommage rendu par la Russie à la grande idée dont l’Angleterre a pris l’initiative, que comme des échantillons d’une industrie qui cherche une clientelle. La rareté de la malachite et l’impossibilité de trouver des acquéreurs pour des articles d’une magnificence si exceptionnelle, en rendront probablement, d’ici à bien longtemps, la reproduction impossible; leur place est marquée dans le musée d’un grand pays ou dans des palais impériaux, car, où trouver un amateur assez riche pour se passer la fantaisie d’une porte et d’une cheminée dont le prix d’ensemble est fixé à 150,000 francs?
- M. Demidoff qui, après le gouvernement impérial, est le premier exposant de la Russie, exhibe aussi des fers dont l’Angleterre faisait déjà grand cas vers la fin du dernier siècle, c’est-à-dire, sous Pierre-le Grand dont le règne, favorable à toutes l$s branches de prospérité matérielle, ne fut pas moins heureux pour la maison Demidoff, qui doit au célèbre empereur d’être devenue la plus riche des familles du monde. Les fers dont il s’agit sont particulièrement recherchés par les industriels de Schef-field qui leur ont donné le nom de olcl Russian steel; ils entrent pour une part considérable dans l’industrie anglaise et ont contribué puissamment à la grande réputation des aciers de Sheffield, ville qui put, par leur moyen, se rendre en peu de temps, maîtresse des marchés dont l’Allemagne avait eu jusqu’alors le monopole. Peu à peu, mais surtout dans ces dernières années, l’importation de ces fers dans le Royaume-Uni a sensiblement diminué, soit à cause des approvisionnements que l’Angleterre tire de la Suède, soit par suite de l’accroissement rapide de la consommation russe. Quoi qu’il en soit, ils n’ont rien perdu de leur réputation : Le Mi--ning Journal les mentionne souvent et en conseille l’emploi: Nous ne sachions pas que ces fers soient bien connus des métallurgistes français; ils les rechercheraient probablement s’ils les avaient éprouvés.
- Les cuivres de la même maison sont représentés par des spécimens qui rendent facile la constatation de leur qualité : ils sont doux, d’une fusion et d’un moulage extrêmement aisés ; ils se distinguent surtout _ et l’on en peut dire autant des fers — par une pureté et une finesse de grain remarquables. On les emploie dans la Grande-Bretagne, préférablement à tous autres pour les ouvrages qui comportent une certaine délicatesse; les fondeurs de Swansea les qualifient premier choix et ils recon -naissent que le degré de perfection qu’a atteint leur industrie est dû spécialement à ce cuivre. Du reste le minerai qui produit cette qualité supérieure peut être vu à côté des cuivres fondus et laminés.
- A propos de métaux il est regrettable que les autres grands propriétaires de mines de Russie n’aient pas suivi l’exemple du prince Demidoff en fournissant leur contingent à l’Exposition; s’ils eussent été moins oublieux on eût pu se faire une idée plus exacte des ressources métallurgiques de cet immense empire ; il faut dire, cependant, que ces ressources se laissent aisément deviner quand, après avoir examiné ce dont il vient d’être fait mention , on jette un coup d’œil sur la collection de cuivres, fers et aciers du gouvernement, sur les cuivres des deux maisons Pachkofï, d’Orembourg, et sur les tôles et les fers de Mme Ponomaroff, de Yiatka ; ces deux derniers exposants présentent des métaux bruts et manufacturés qui se recommandent par l’excellence de leur qualité. Quant à l’apport du gouvernement, en ces nmlières, il a été collectionné dans la plupart des districts minéralogiques des domaines de la couronne; l’exploitation en est confiée aux officiers du corps impérial des mines, sous la direction du général Foulon. Les plus remarquables des établissements impériaux sont ceux d’Olonetz, de Kucha-
- Zlat rosk, de Kamensk et de Kamskovotskinsk ; ce dernier, surtout, révèle un haut degré de perfection dans les procédés métallurgiques. Les cuivres traités dans les usines de Perm et de Bogolovsk, les aciers fondus et damassés, dont la fabrication a été introduite dans l’Oural par le savant général Anosoff, attirent l’attention des hommes spéciaux.
- Les faulx des usines d’Atvinsk, fabriquées d’après la méthode styrienne sont, aujourd’hui, d’une valeur bien supérieure à celles de la Styrie elle-même ; celles si renommées de l’Autriche, du Tyrol et de la Wespha-lie, n’ont plus rien à leur comparer, au dire des connaisseurs; elles doivent cette supériorité à la trempe et à la nature même de l’acier.
- Le corps des ingénieurs de ce pays a fait preuve, il faut le reconnaître, d’une grande habileté et d’une énergie peu commune en fondant, à l’improviste, dans le fond des forêts de l’Oural et de l’Altaï, ces grands établissements où ils ont su introduire les procédés les plus perfectionnés des fonderies anglaises et germaines; mais il faut avouer aussi qu’ils ont été payés de leurs peines, car ils ont mis leur industrie en état de soutenir la comparaison avec les usines les plus renommées de l’Europe
- Mais, pour en revenir au prince Demidoff et pour rappeler ces vaniteuses miettes d’opulence qui nous avaient déjà frappé et dont nous faisions mention dans notre article du 9 août, nous parlerons de ces grosses pépites d’or natif valant chacune un trésor, puisque l’une d’elles pèse cinq livres et sept onces; de ces masses de platine brut d’un volume qui se rencontre, rarement dans la nature et de ces rognons de malachite , d’autant plus appétissants , que chacun d’eux représente une valeur de plusieurs milliers de francs.
- Enfin, quand le public croyait avoir tout vu dans cette exposition Russe, qui a excité une immense surprise parmi les industriels et les gens du monde, voilà que, tout-à-coup, un autre ko-i-nhor, un énorme diamant bleu qui, jusque-là, était resté dans la coulisse, fait son entrée en scène, et les visiteurs d’accourir. Ce nouveau souverain du règne minéral fait valoir des titres de noblesse ainsi conçus :
- « Moscou, 20 mars 1851,
- « Moi, Alexandre Domitrovitch-Luckmanoff, cer-« tifle avoir vendu à M. Bouzensof un diamant bleu « clair du poids de 710 grains, que je tenais de « l’héritage de mon père, conseiller du collège de « Sibérie. Ce diamant est d’une valeur inappréeia-« ble ; c’est la seule pierre connue de cette couleur « et de ce volume ; je déclare que mon père en a « souvent refusé des sommes considérables. »
- « En foi de quoi je délivre le présent certificat. »
- Nous nous résumons : l’Exposition russe a été irrégulière et incomplète; irrégulière, parce que la longueur des distances à parcourir et la défectuosité des voies de transport sur bien des points ont, en empêchant un grand nombre de districts d’envoyer leurs produits, tronqué les séries; elle a été incomplète , même par rapport aux collections réalisées, parce qu’un accident de mer survenu au bâtiment qui les apportait, n’a pas permis de tout montrer; cet accident, pour ne citer qu’un exemple, a laissé vides les piédestaux sur lesquels devaient être placés les chevaux du baron Klot. Gependant, malgré les imperfections signalées, nous en avons vu et dit assez pour faire apprécier tout à la fois, et la richesse élémentaire et le développement de l’état in dustriel de la Russie. 11 est acquis désormais que cette nation, dont l’existence artistique avait été jusqu’à ce jour un mystère pour nous, fait bonne et belle figure au milieu de la civilisation du monde.
- Pour être vrai, il faut dire que le génie russe, naturellement enclin à la traditionnelle indolence de l’Orient mais aussi religieusement soumis à la voix non moins traditionnelle de l’autorité impériale, jouit, depuis plusieurs années, delà rare fortune d’avoir à la direction deses destinées une intelligence douée d’une grande rectitude et d’une puissante initiative; c’est à l’énergique action de cette intelligence que la population des Russies doit d’avoir vaincu son apathie originelle, que Pierre-le-Grand n’avait fait que secouer. Les arts, les lettres, les industries de France se souviennent de FouisXIV; les arts, les lettres, les industries russes se souviendront, à un égal titre, de Nicolas Ier. Si l’empereur de Russie suivait, ainsi que se l’imaginent certains esprits, un système de domination brutale, il prendrait des mesures scrupuleuses pour éviter l’introduction de l’art dans son empire ; car l’art civi-
- lise, et la civilisation affranchit les peuples ; mais, au lieu d’arrêter l’art à la frontière, le souverain du Nord va chercher lui-même cet ennemi de la misère et de la servitude et lui donne fièrement droit de cité. Tous les mouvements, toutes les pensées de l’empereur de Russie tendent, en effet, vers la civilisation et l’enrichissement du peuple russe; or, la richesse et la civilisation sont des termes diamétralement opposés à la pauvreté et à la barbarie, de telle sorte qu’en acheminant son peuple vers ces fins, le czar Nicolas lui fait véritablement effectuer cette révolution qui serait acquise à toutes les sociétés d’Europe, si, depuis soixante ans, les arguties n’avaient pas enrayé la marche des faits.
- liELEEGAIUUGUE.
- Nous apprenons que la France a 56 grandes médailles sur 175; et 621—prize—médailles sur 2,626 accordées aux exposants du Palais de cristal. Nous ferons remarquer que le nombre des exposants français est à peine le dixième du chiffre total.
- L’ESPAGNE A L’EXPOSITON.
- (Cinquième article.)
- A propos de fruits, l’Espagne, qui n’en produit presque que pour elle, pourrait en fournir à la moitié du monde, car elle fait en sécher en quantité pendant que les autres pays n’en ont pas assez pour attendre seulement qu’ils soient mûrs. Nous voyons de fort belles figues de Saragosse qui se vendent par fanègue (demi hectolitre) à 12 francs; mais nous mettrons un soin pieux à mentionner les douze boîtes de fruits confits envoyés à l’Exposition par lesnones du couvent de^an Pelayo, comme un témoignage, sans doute, de la suavité de leurs occupations. A Jaen, à Malaga, à Huesca et dans d’autres provinces on fait aussi sécher des raisins, des prunes et des pêches au soleil, et tous ces fruits seraient très-bon marché si les mulets allaient aussi vite que les wagons.
- Nous venons de nommer le raisin, et ce fruit nous rappelle naturellement les vins si renommés d’Alicante, de Malaga et de Xérès ; mais l’Espagne a depuis trop longtemps fait ses preuves dans l’industrie viticole pour avoir un besoin d’exhiber ce détail exquis de ses productions.
- Les fruits oléagineux tels que l’olive, la noix, l’amande, la noisette, la pistache de terre, etc. se produisent avec une égale fécondité sous toutes les zones, bien que la non-évacuation de ces objets en ait fait négliger la culture. La récolte annuelle de noisettes monte, à Réus et Falset seulement, à 100,000 cuarteras, ce qui fait environ 25,000 hectolitres.
- L’Espagne, grâce à sa position géographique et aux circonstances de sa topographie, a le privilège de produire toutes les matières textiles végétales des climats tempérés et un certain nombre de celles des pays tropicaux. Elle donne du lin, du chanvre, du coton, de l’esparte, de l’agave, et est reconnue propre à la culture du chanvre du Sénégal, du lin de la Nouvelle-Zélande, du bananier, des palmiers de la zone torride et de plusieurs espèces de malva-cées donnant des fibres textiles; seulement on n’a pas eu, jusqu’à ce jour, grand besoin de développer ces diverses cultures, d’où il suit que, sauf le lui, ces matières sont véritablement en très-petite quantité. Séville a envoyé un échantillon de coton qui, dans un cas de blocus continental, pourrait être acceptable; mais comme cet événement n’est pas prêt à se reproduire, nous croyons que le coton d’Amérique sera préféré à celui de l’Espagne. La paille d’Italie paraît s’être fort bien acclimatée dans la Péninsule, grâce aux soins de M. Setlier, de Valence, qui en fait des chapeaux qu’on peut voir à l’Exposition.
- En fait de plantes tinctoriales, nous trouvons la garance, dont l’Andalousie, Valence, Murcie, Ségo-vie et Saragosse ont fourni des échantillons en racine, en poudre et en exlrait appelé carmin; la gaude, substance colorante jaune qui croît sans culture — ce qui est fort commode — à Alicante, à Séville,àZamore et à Gérone; etle safran, fort commun dans le centre de l’Espagne, à Ciudad-Real et Saragosse; cette dernière province a exposé aussi du pastel, pâte colorante bleue extraite de Y Isatis t'inctoria; on a fait, dit-on, des essais d’indigo à (Voir la suite paye 302'
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- LE PALAIS DE CRISTAL
- MACHINE AGRICOLE (système d’archimède), par M. Murphy, irlandais.
- Cette machine, fort ingénieuse dans sa forme et dans son application, a été faite par M. Murphy, un agriculteur irlandais qui fait partie de la chambre de commerce de Dublin. Elle a pour objet de remplacer les divers instruments de labour au moyen desquels la terre est non-seulement cultivée mais le sol retourné, pulvérisé et sarclé pour être préparé à recevoir les semailles : ce qui a pour résultat d’abréger considérablement le temps et d’économiser de beaucoup la main-d’œuvre, si on se contente de la charrue ordinaire et des autres machines.
- Cette machine est construite en fer, fonte et acier : autour d’un cylindre, placé au centre, se trouve une herse mobile avec ses pointes fixées sur un soc
- Machine agricole (système d’Archimède), par M. Murphy, irlandais.
- circulaire à plusieurs compartiments répartis sur le cylindre. Il est facile de se rendre compte de cette machine par la Fig I, dont nous donnons la coupe horizontale.
- Deux autres cylindres sont représentés par les Fig. II et III, peuvent servir à remplacer le premier pour achever l’œuvre qui pourrait ne pas être accomplie par les tentatives faites d’abord. La disposition des points et du soc varie
- de force et de diamètre afin que les aspérités du sol ne puissent résister à l’action successive.
- Pour aider l’action de cette machine, chaque cylindre est surmonté de vis qui viennent en régler le mouvement de haut en bas, de sorte que l’on peut donner au fer du soc et aux pointes de la herse telle inclinaison jugée nécessaire. De cette façon, il est presque impossible de trouver un sol qui ne puisse être façonné selon les besoins de l’agriculture et selon la nature Flgl n* des terroirs.
- Les écrous qui ont servi à donner à cette machine sa dénomination, peuvent permettre de donner à tout l’appareil la position jugée la plus convenable.
- On comprend que si l’on appliquait à cet appareil une machine à vapeur, elle pourrait utilement remplacer le travail de plusieurs hommes et de plusieurs chevaux, et économiser en même temps un grand nombre de charrues ou de herses. Les avantages que l’on retire de cette machine, se feraient sentir surtout en Australie ou dans l’Amérique occidentale, où les travaux agricoles rencontrent de grands obstacles pour la main-d’œuvre, à raison des difficultés du sol.
- Dans ces parages, et en Australie notamment, les ondulations de terrain sont très-nombreuses, et il est bien difficile de vaincre la résistance du sol au moyen seulement du travail manuel de l’homme. Il faut une pression énergique que l’on nepeutren-contrer que dans l’application d’une force artificielle, la force de trait des chevaux et la pre-sion exercée par la main de l’homme sur le fer du soc étant insuffisante souvent pour triompher dfe la dureté du terrain.
- Ici ce n’est pas seulement par la force des chevaux mais par le poids seul de la machine même et par le mouvement rotatif qui lui est imprimé que le travail s’opère.
- C’est, du reste, dans la pratique, que les cultivateurs trouveront toutes les ressources de cet ingénieux appareil qui peut se prêter par sa construction à toutes les combinaisons dont on a besoin, selon les diverses natures du sol soumis à son action. Un des principaux avantages de cet appareil, c’est de donner par le poids de la charrue le résultat même reconnu nécessaire pour que les roues ne compromettent pas la direction de l’avant-train par un mouvement capricieux de va j^et vient dont la mobilité contrarie la régularité du labour.
- Les leviers de pression dont
- Fig. III.
- on aperçoit la configuration permettent de donner à ce travail telle intensité que l’on juge convenable. Ces innovations sont précieuses lorsque la prati-est venue déjà les accréditer.
- POMPE DE KASE.
- La pompe dont nous donnons ci-contre le dessin est d’une grande simplicité. Les soupapes d’aspiration sont sur un seul plateau mobile et portatif : les con-conduits viennent s’adapter au centre, où se fatt le travail d’expiration et de fondement. Le sujet qui est produit par la machine mise en mouvement s’élève à 60 pieds de hauteur; elle peut servir avec avantage pour les incendies, et pour tout autre usage, tels que l’arrosage des jardins, etc. La simplicité de sa construction permet d’en faire faire la réparrtion à peu de frais; le premier fermier de village peut y suffire. Quatorze modèles différents de pompes ont été proposés au gouvernement américain : on pense généralement que c’est là le modèle qui a été choisi.
- Il y a loin de ces perfectionnements apportés aux machines primitives qui, remontent à 1 20 ans avant l’ère chrétienne, dont le mathématicien Ctésibius, d’Alexandrie, est l’inventeur, et qui, malgré les innoxations, n’a pas moins posé le principe et l’élément. Pour nos lecteurs, peu initiés dans les lois de la mécanique, nous ne devons pas laisser échapper cette occasion de leur donnée quelques notions fort simples d’ailleurs sur ce sujet.
- Pompe de Kase,
- L’air, comme on le démontre en physique, est pesant, sa pression exercée par l’atmosphère, dans son état ordinaire, sur une surface d’un centimètre
- carré est égale à
- \ k. 033. Une colonne de mercure de 0 m. 760, ou bien une colonne d’eau de 10 m. 395 produit une pression sur la surface qui la supporte. On en conclut donc que la pression atmosphérique équivaut à celle d’une colonne de mercure de 0 m. 769, ou d’une colonne d’eau de 10 m. 395 de hauteur.
- Cette loi a servi de base au mécanisme de la pompe. C’est à établir l’équilibre entre la surface fluide et l’influence de sa presssion atmosphérique au moyen d’un tube introduit dans un vase et communiquant avec l’air extérieur que les anciens ont posé le point de départ de cet appareil qui a conduit à tant de conquêtes dans le mécanisme.
- La pompe deKeseestdonc, comme toutes celles qui ont été faites depuis quelques années, sur le même principe, d’une utilité incontestable, à raison de son extrême simplicité et de la facilité avec laquelle on peut la transporter comme moyen de sauvetage en cas d’incendie,
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- DESSIN D’UN PARAPLUIE,
- Par MM. IIargrave et Harrisson et comp.
- Personne ne conteste l’utilité de ce petit meuble qui entre dans la vie privée comme un des objets indispensables pour la personne qui s’en sert. Touten maugréant beaucoup contre l’obligation où l’on est de s’en charger, on ne peut s’empêcher d’y porter une sollicitude, presque un sentiment d’égoïsme difficile à décrire. Le parapluie pour l’homme, l’ombrelle pour la femme, sont un de ces objets qui excitent le plus vivement le sens du m,oi, l’instinct de la propriété. J’ai vu des individus porter une véritable affection à ce compagnon nécessaire, le choyer, le soigner, le regarder, l’examiner d’un œil attentif et préoccupé, s’alarmer du risque qu’il a couru d’échapper des mains de son propriétaire; perdre son parapluie est une chose banale, et pourtant une désagréable sensation, en voler un est une des actions des plus communes et cependant les plus dures à l’endroit des émotions que peut ressentir un égoïste. L’amour du parapluie est poussé souvent à tel point qu’un très honnête homme s’improvisera le plus larron, le plus scélérat selon les lois d’une morale un peu collet-monté. J’en ai vu, et je dis des plus probes, de vrais jurés modèles, condamnant très-bien un malheureux pour un chou volé, sauter avidement sur uu parapluie oublié, le transformer pour le rendre méconnaissable. lui donner une tige de bois à la place d’une tige de fer brisée, et le porter avec une sorte d’orgueil digne des meilleurs temps de Sparte, devant le véritable propriétaire, sans pitié pour sa discrète souffrance ! ! Qui écrirait les tribulations d’un hcmme qui perd son parapluie ferait l’histoire du cœur humain.
- Il est un autre point inhérent encore aux petits secrets psychologiques de l’homme et dont la charmante petite invention dont nous donnons ici les dessins a voulu résoudre le douloureux problème :
- On n’aime pas s’embarrasser d’un parapluie trop grand ou trop lourd.
- Le parapluie-égoïste est celui qu est le plus à l’cfrdre du jour. Ses dimensions doivent être étroites,- il lui faut juste le diamètre nécessaire pour abriter un peu plus du chapeau ; voilà tout.
- Cependant, il faut convenir que si l’hospitalité est véritablement applicable à quelque emploi digne de ses vieilles et saintes traditions, c’est bien au partage généreux de cet abri, c’est bien à l’offre de se diviser en parts égales ce petit asile ambulant contre cet accident si fréquent et toujours si maudit qui a fait pousser le cri si vrai : rien n’est ennuyeux comme la pluie ! !
- Eh bien ! c’est contre cette étroitesse du parapluie ordinaire que MM. Hargrave et Ce ont eu la généreuse inspiration de s’élever. Il leur a paru qu’un tel abus de l’égoïsme était contraire à l’institution du parapluie. Ils ont voulu réformer et ils ont réformé cette impitoyable avarice.
- Nous donnons ici deux figures de leur invention dont le mécanisme est des plus simples.
- Il consiste à pouvoir augmenter ou diminuer à son gré le diamètre ou plutôt l’envergure du parapluie. Cela se pratique au moyen de baleines mobiles, rentrant sur elles-mêmes en glissant dans des coulisses ou rainures. L’enveloppe, faite de soie, est à trois compartiments, ainsi que la figure l’indique. Chacun de ces compartiments vient se superposer l’un sur l’autre au moyen de ce retrait des baleines dans les coulisses, en sorte que le parapluie prend une des trois dimensions indiquées, et peut ainsi'se réduire ou s’allonger selon le caprice ou l’àme honnête de son propriétaire.
- Nous ne saurions trop louer l’in-qui est fort ingénieux et qui révèle une On a donné des prix Monthyon à des ouvrages beaucoup moins utiles aux mœurs que ce petit instrument, qui tend à propager dans le monde un grand principe de générosité, dans les habitudes de la vie les plus fréquentes, et où, par conséquent, la générosité est invoquée le plus souvent. C’est ainsi que les petites causes produisent presque toujours les grands effets.
- Mais, en terminant, je m’adresse une question qui peut-être devrait être l’objet d’une enquête sérieuse de la part del’Académie des inscriptions et belles-lettres : « Quel est l’inventeur du parapluie ? » Ceci me paraît fort épineux. Pourtant; un érudit de mes amis m’apprend, à l’instant, et cela sur sa responsabilité sans signature, que le parapluie est un vieux meuble anciennement en usage en Chine
- Figure I
- 1 venteur de ce procédé mécanique, I âmegénéreuse, presque magnanime.
- Figure 2.
- GAZOMÈTRE PORTATIF,
- Par MM. Key et Mitchell (de Londres.)
- Un des moyens les plus coûteux et en même temps les plus difficiles à résoudre pour le luminaire; c’est l’éclairage au gaz. On sait à quelles dépenses sont entraînées les villes pour arriver à ces magnifiques soleils artificiels qui font de la nuit le jour, et l’on peut être déjà en admiration sur les résultats de la science tels qu’ils sont réalisés : ajoutons que tout porte à croire que bientôt l’électricité se rendra abordable et qu’elle répandra ses foyers de lumière sur ses obscurs admirateurs.
- Plusieurs appareils de gaz portatif sont maintenant dans l’usage général. Nous en connaissons un, entre autres, celui de M. Chocquin, un de nos ingénieurs les plus distingués, et qui remplace avec avantage les appareils compliqués des tuyaux de gaz qui sillonnent la ville.
- Voici MM. Key et Mitchell qui ont imaginé un petit gazomètre fort simple, et dont l’emploi vient réaliser nos espérances.
- Ce gazomètre n’occupe pas un espace de plus de 3 mètres carrés; il coûte tout au plus de 10 à fi livres sterling (250 à 275 francs). On en voit les détails très-clairement dans le dessin ci-contre : un fourneau, un réci-
- pient et un purificateur, le tout armé des tubes par où passe le gaz pour être épuré et aboutir au dernier cylindre d’où s’élève la tige qui sert à l’enflammer, tels sont les différents compartiments qui servent à le former.
- Tout peut servir à composer ce gaz. Les restes de graisse d’une cuisine sont jetés dans le fourneau et de là passant par le second compartiment où le ga
- s’épure, il est transmis au cylindre qui forme le véritable gazomètre d’où la lumière prend telle direction qu’on désire lui donner, pour être réparti dans les appartements.
- Ce petit gazomètre est en usage dans les colonies anglaises depuis deux ans. C’est dans l’Australie, dans l’Amérique du Sud qu’il est employé avec succès.
- Il est évident que cette invention doit être l’objet d’une étude toute particulière : seulement, nous nous permettrons de faire à l’inventeur une petite observation. Le procédé qu’il emploie doit, avant tout, être économique. Mais si nous ne nous trompons, d’après la disposition de l’appareil, il nous paraît nécessaire d’établir un surveillant auprès du fourneau. Ilne serait pas possible de laisser au gaz sa liberté d’agir, et les résultats certains d’explosions ne manqueraient. pas de survenir. Il est donc indispensable que l’inventeur porte toute son attention sur ce point.
- Géomètre portatif, par MM. Key et Mitchell (de Londres.'
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- LE PALA IS DE CRISTAL.
- Séville qui ont bien réussi; la collection de Londres n’en témoigne rien.
- Nous trouvons à côté de ces matières végétales un étalage d’environ 200 échantillons de plantes médicinales que nous jugeons convenable de ne pas administrer au lecteur, quelque puissante que soit sa santé; nous passerons également avec rapidité sur les résines et les térébenthines de Burgos, qui n’exhalent pas une odeur fort agréable et même sur les lièges de Gérone, de Iluelva et de Séville, parce-que cette matière, assez légèreàla main, est extrêmement lourde au bout d’une plume. Nous aimons mieux nous arrêter un instant, pour terminer cet examen des végétaux espagnols, à la culture de la canne à sucre, qui semble prendre, sur lacôœ d’Andalousie, un assez grand développement.
- On nous apprend que depuis 1845, c’est-à-dire depuis que M. Ramon de la Sagra s’est occupé d’introduire de nouveaux appareils et des machines à vapeur dans la fabrication du sucre en Espagne, ces procédés se sont répandus et les plantations de canne se sont accrues dans le pays. Aujourd’hui les résultats de cette culture sont très-satisfaisants. Une seule fabrique, celle de la Torre del Mar, qu’établit en 4 846 l’ingénieux économiste que nous venons de nommer, a envoyé un échantillon de son sucre raffiné coté au prix de 60 réaux Yarrobe ou 64 fr. le quintal; ce prix, qui n’est déjà pas exagéré, subit une grande réduction par rapport aux sucres blancs, dits de premier jet.
- La canne végète parfaitement en Espagne, et d’après les calculs faits, les terrains d’arrosage où elle peut être cultivée sont susceptibles de donner une récolte annuelle de 25 millions de kilogrammes de sucre.
- Avant d’aborder la section manufacturière qui doit être l’objet de notre dernier article, nous allons examiner rapidement l’apport de l’Espagne en matières premières animales. Dans cette voie les laines se présentent naturellement en principe.
- La renommée universelle des laines espagnoles est due à la belle race des moutons mérinos que la Péninsule possède depuis des siècles, mais l’inintelligente routine, cette maladie aigue du peuple dont nous nous occupons, a laissé détériorer, en partie, cette richesse qui exige une attention spéciale et soutenue pour l’éducation des sujets, leur séparation, le choix et le croisement des races, le système de parcage, etc. Un éleveur distingué, M. Justo Hernandez, a mis quelques soins à relever de leur déchéance les laines de son pays ; il a imaginé d’habiller les moutons depuis le mois de décembre jusqu’au commencement de juin ; et, ainsi traitée, la laine de ces animaux est devenue beaucoup plus fine, ainsi qu’on peut le voir à l’Exposition, où se trouvent des toisons de moutons vêtus et d’autres dont les porteurs avaient été exposés aux agents atmosphériques.
- La série des laines envoyées d’Espagne n’est pas nombreuse ; mais elle atteste les heureux essais qui ont été faits pour l’amélioration de la matière. L’absence de tout échantillon de poil de chèvre est à noter, alors surtout qu’il est certain que la chèvre du Thibet continue à être élevée avec succès dans plusieurs localités.
- Les peaux, celles de chevreau et d’agneau particulièrement, sont, en Espagne, d’une belle qualité pour la fabrication des gants ; celles de Yalladolid sont les plus remarquables. Quant aux peaux et aux cuirs destinés à la chaussure, on peut reconnaître, par la série de M. Vignaux, de Barcelone, combien l’Espagne a fait de progrès dans cette industrie : les cuirs de veau tannés en blanc sont si bien corroyés que leur poids moyen ne dépasse pas 20 onces.
- De nombreux échantillons de soies provenant d’Alicante, de Barcelone, de Cacerès, de Caslillon, de Huerca, de Malaga, de Murcie, de Valence, de Yalladolid et des Canaries occupent une place distinguée au Palais de Cristal ; ces soies sont fournies par des vers trévoltins, par des vers annuels, par ceux de la race Kaïko et de Turquie et par le produit des croisements de ces diverses familles.
- La culture du nopal de la cochenille s’est répandue en Espagne depuis peu d’années. On a reconnu que les terrains sablonneux et presque stériles de la côte delà Méditerranée lui convenaient admirablement ; depuis lors les essais et les récoltes se multiplient en divers endroits. Quatre provinces en ont exposé. On recueille sur des arbrisseaux de la province, de Iluelva une autre substance colorante,
- rouge, qui porte, à l’Exposition, le nom de grana-kermès.
- La grande variété des plantes aromatiques de la famille des labiées fournissent aux abeilles espagnoles de riches matériaux; aussi la cire et le miel sont ils supérieurs en Espagne. Le miel appelé d'azcüiar, (Heur d’oranger), est renommé à Séville et à Cordoue.
- Nous ne devons pas oublier, en faisant cette longue énumération des matières premières tant minérales que végétal es et animales de l’Espagne, que, malgré l’excellence des pâturages et l’abondance du lait que cette circonstance détermine, on ne sait faire, dans la Péninsule, ni du beurre ni du fromage. Les laitiers de Paris, qui possèdent le remarquable talent de faire du lait sans mettre à contribution ni les vaches, ni les chèvres, ni les brebis, ni les femelles quelles qu’elles soient d’aucun animal, et qui, à plus forte raison, doivent avoir trouvé le moyen de fabriquer des fromages sans le secours du lait, sont infiniment plus forts que les fermiers espagnols, et se trouvent en mesure de leur donner des conseils d’une grande utilité.
- Une substance de sérieuse importance, que nous pouvons traiter ici sans sortir du giron des madères premières et sans trop empiéter sur l’ordre manufacturier que nous tenons en réserve, c’est l’huile.
- Les huiles d’Espagne sont plus renommées pour leur abondance que pour leur qualité; encore s’agit-il de s’entendre par rapport au sens de ce mot qualité, appliqué aux huiles : en quoi consiste l’excellence de ce condiment? Voilà qui est fort difficile à spécifier, attendu que les opinions se divisent sur ce point. Si, voyageant en Espagne, vous vous arrêtez dans une fonda villageoise pour y manger une salade, l’hôtelier vous apporte une fiole verte, contenant une huile plus verte encore, mais d’une qualité si supérieure, selon lui, qu’une seule goutte suffit pour embaumer la laitue ; et, en effet, les émanations de cet onctueux sont de force à n’exiger que la circulation du bouchon autour du saladier pour tenir lieu d’assaisonnement; cette huile économique, dont la consommation est plus particulièrement dévolue au flair qu’au goût, est réputée délicieuse dans les dix-neuf vingtièmes de la population péninsulaire. Dans notre pays, au contraire, elle serait proclamée détestable, et l’huile que nous consommons échapperait complètement par son insipidité acceptée à titre de finesse, à Yintelligence des palais espagnols. On voit qu’il y a deux manières de se prononcer sur l’excellence des huiles; mais, comme, pressés d’opter, nous devons avant tout, être de notre pays, nous soutenons l’opinion française contre les huiles fortes de nos voisins.
- Notre détermination est d’autant plus logique, que l’Exposition n’offre que des échantillons d’huiles fines, ce qui prouve que l’Espagne reconnaît elle-même la défectuosité des autres, défectuosité qui dépend, non pas des olives, dont la qualité est parfaite, mais de l’insuffisance du mode de fabrication ; ce mode que soutient, comme nous l’apprend M. R. de la Sagra, le goût du pays pour le mucilage, est encore forcé de rester stationnaire, parce que le coût des moyens de transport n’admet pas des dépenses de pressage ou d’épuration qui ne seraient point remboursées parle commerce. Cette opinion est justifiée par les échantillons des huiles filtrées de Malaga, lesquelles, bien qu’inférieures à celles de Valence, sont cotées à 20 francs l’arrobe (12 4/2 kilogrammes). Celles de Cordoue et de Séville, qui valent 40 réaux ou 10 francs, peuvent être comparées à la troisième qualité de nos huiles de Provence.
- Il n’y a pas de pays en Europe, où l’olivier se développe avec plus d’énergie qu’en Espagne; il y croît vile, y vit longtemps et trouve si fort à sa convenance les conditions que lui fait la nature, qu’il n’exige pas plus de soins que l’arbre le plus vulgaire; ses fruits sont d’une grande richesse, on voit fréquemment des olives, desquelles découle sans pression, une huile délicieuse. Cependant, cet article d’une consommation si générale, que l’Espagne pourrait produire en très-grande qualité et à moindre frais que la Provence, est condamné, toujours par l’absence de routes, à rester sans perfectionnement, et, par conséquent, sans renom; cette source généreuse du bien-être rural, se perd à la limite des districts, faute de chemin qui la puisse produire sur les marchés du monde. Disons toutefois, que, grâce au percement voyer qui s’est fait dans ces dernières années, cette branche d’industrie a reçu des amélio-
- rations notables. La cueillette et le choix des olives se font avec plus de soin ; l’introduction sur divers points, de quelques presses hydrauliques, permet une élaboration rapide qui empêche la fermentation des fruits entassés ; la classification des qualités se fait aussi d’une manière plus intelligente; il y a, en un mot, un progrès sensible, tant dans la récolte de la matière que dans sa préparation, et l'on peut déjà prévoir que dans un avenir prochain, les huiles espagnoles feront une rude concurrence à celles de Marseille.
- Indépendamment des huiles d’olive, l’exposition d’Espagne, en offre encore de noix et de lin ; les premières, venant d’Oviédo, et les autres de Murcie; mais ces produits sont naturellement destinés à rester sans application, en dehors de la consommation intérieure.
- Là se borne notre examen touchant les matières premières de toute sorte, qu’on trouve sur le sol fécond de la Péninsule. L’esprit s’inquiète et le cœur s’attriste, lorsqu’on songe à cette longue série d’articles d’industrie, tant agricole qu’artistique, dont l’Espagne néglige ou dédaigne l’appropriation; les capitaux, les talents, la pratique acquise d’autre pays comparativement épuisés, trouveraient d’immenses applications de l’autre côté des Pyrénées. Nous verrons dans un prochain et dernier article, où en sont les manufactures espagnoles par rapport aux richesses élémentaires de la contrée.
- BËIXEGAIiniGÜE.
- COURRIER DE PARIS ET DE LONDRES.
- Il faut bien vous avouer que je ne sais rien de Londres, si ce n’est que la Sontag a pris, il y a quelques jours, sa volée pour les Etats-Unis ; que les théâtres deviennent muets , déserts et moisis comme l’ancien Odéon; que Londres est plus complètement que jamais enfin envahi par les simples curieux, et représente exactement une de ces demeures princière qu’en l’absence des maîtres on visite lestement en détail, moyennant un passeport en règle et one shilling de temps en temps aux exhibitors. Je n’en sais pas davantage et en réalité il n’y a rien de plus.
- D’ailleurs, cette semaine, l’intérêt n’est point là. Paris s’est relevé de sa paresse d’abord : puis en ce qui concerne l’étranger même, la curiosité se divise : on se préoccupe singulièrement de l’Exposition de Bruxelles; dans huit ou dix jours, les fêtes de la révolution vont devenir l’occasion d’une attraction plus grande , et permettre de satisfaire deux curiosités du même coup, je veux dire du même voyage : en qualité de courrier de Paris et de Londres, il est bien entendu que, pendant le cours d’une solennité aussi compliquée, notre place est à Bruxelles. Nous profiterons de l’occasion et des gracieuses invitations du Cercle, pour vous parler un peu de nos amis et de nos ennemis un moment rapprochés, réunis dans ce véritable congrès de la paix, qu’il eut appartenu à la France, bien plus qu’à la Belgique , de convoquer. L’Angleterre s’était fait le rendez-vous de l’industrie universelle ; Paris, le centre des lettres, des arts, des merveilles de l’imagination, la patrie du goût, Paris devait appeler à soi, en un pacifique concours, les peintres , les sculpteurs , les graveurs, les lithographes > les architectes, tous les poètes de l’art venant défiler devant leur seul juge, leur juge souverain. Il n’en est point ainsi, c’est affaire remise , en attendant le juge souverain va courir après les parties.
- Jusque-là il y a, du reste, beaucoup à voir : La semaine dernière pas une nouvelle de théâtre, pas un incident, celle-ci abondance, exubérance : Le même jour trois premières représentations, deux reprises et une réouverture : A l’Opéra, le Prophète, pour la rentrée de l’Alboni. Aux Français, Les de-moiselles de Saint-Cyr, pour Madeleine Brohan. La réouverture de l’Odéon par une pièce en cinq actes et en vers, de M. Ernest Serret, Les familles. Aux Yariétés, Y Ivrogne et son enfant pour les débuts d’une petite fille de six ou huit ans, Marie Dalby. A l’Ambigu-Comique, La peau de chagrin, par un rés-urectionniste de Balzac. Dans quelques jours, assure-t-on, le Vaudeville se pavoise, s’illumine et chante sous l’intelligente direction de M. Bouffé. L’Opéra-National enfin a réparé sa salle et complété sa troupe. Vous voyez que de richesses. On n’attend plus que les trois coups.
- Procédons par ordre : Il est inutile de parler de la rentrée de l’Alboni : l’affluence était extrême,
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
- uest le meilleur éloge. Rien de nouveau du reste. La Diva n’a perdu en voyage ni son talent, ni sa voix, ni son embonpoint.
- Quant aux Français, nous aurons à revenir longuement sur la dernière tentative de Mlle Madeleine. Passons aux nouveautés :
- WIvrogne et son enfant est un cadre destiné à montrer au public une petite enfant qui récite d’une façon suffisamment correcte, je veux dire, qui vagit sur l’air, car c’est là simplement une question d’oreille, une tirade de Tartuffe et une autre du Moineau de Lesbie. Mais il est à remarquer que le cadre ne s’ajuste pas le moins du monde.
- Premier acte. —La petite fille va chercher son père au cabaret: elle rencontre un marchand de coco et lui dit, ou à peu près : « Je vais réciter une scène de Molière!» — Grand écrivain, dit le marchand de coco, célèbre auteur de la Grâce de Dieu !
- — Tiens, voilà le livre, tu vas me donner la répliqué. Et le marchand de coco donne la répliqué de la soubrette. Grand succès du petit prodige, le ré-glissier lui-même est ému : « Cela ne m'étonne pas, dit-il, c’est du Molière : sublime auteur! d’ailleurs, quand on a écrit Y Auberge des Adrets ! »
- Encouragé par ce premier succès , l’enfant va chercher son père, qui bat sa mère et que Ton vient arrêter; elle le prend par la main, le ramène au logis et le renvoie à l’ouvrage.
- Deuxième acte : Son père et sa mère se disputent ; elle se met dans un petit coin et récite au marchand de coco le Moineau de Lesbie, à propos de quoi, je n’en sais rien; à moins que ce ne soit parce qu’elle lui a déjà récité Tartuffe. Enfin elle va se coucher. Charmante enfant! voilà comme je les aime. C’est par là qu’à son âge on devrait toujours commencer.
- Là, au lieu de têter son pouce, elle lit Molière, elle repasse le Malade imaginaire, et au moment où son père menace sa mère, elle se précipite et mime par cœur, sans le livre, charmante enfant ! le rôle de Louison : elle feint d’avoir été frappée et tombe en criant : Je suis morte! Douleur des parents: C’est toi. — Non, c’est moi. — C’est nous deux.
- — Ne t’inquiète pas trop, maman, je ne suis pas tout à fait morte.
- Enchantement, joie, raccommodement, et la petite demande au public grâce pour toute la famille, dans un couplet sur un air spécialement fait pour les enfants, et que chantent d’habitudq la petite Ferreyra au Gymnase et la petite Montaland à la Montansier, en un mot tous les embryons dramatiques.
- Enfin, celui-ci, il faut le dire, n’est pas du tout à la hauteur des deux autres : c’est un pauvre petit chardonneret assez bien sifflé, voilà tout; du reste, beaucoup trop jeune : il y a, je crois, un âge fixé pour l’admission des enfants dans les manufactures, ne devrait-il pas y avoir un règlement de police qui interdît l'exploitation prématurée de ces pauvres petits êtres, dont sans remords on brûle les yeux, on étiole le teint, on éraillé la voix. C’est pitié que de deviner les défaillances de cette pauvre poitrine et cette tension énervante du cerveau qui n’a pas l’âge.
- Cela est triste d’autre part pour un écrivain comme M. Charles Desnoyers, qui compte de beaux et légitimes succès, cela est triste de faire une pièce misérable déjà vingt fois faite, dansBerquin d’abord, et il n’y a pas trois mois au Gymnase, la Dot de Marie, sans un détail nouveau, sans un fragment d’idée, sans même s’occuper sérieusement d’approprier cette vieillerie aux exigeances des petits talents du prodige : cela est triste de faire de cette façon le métier de montreur de phénomènes, puis d’obtenir grâce, en amenant devant la rampe, une pauvre petite fille qui balbutie le nom en joignant les mains, et qui va pleurer si on n’applaudit pas : dans ces circonstances-là on cède toujours aux enfants. Eh! mon Dieu tiens, ma pauvre enfant, ne crie pas : Bravo! Je n’aime pas les phénomènes, mais j’aime encore moins entendre larmoyer ; là, bravo! en veux-tu encore? bravo! es-tu contente? Mais n’y reviens pas, ni M. Dunoyer non plus : du reste comme l’enfant ne peut nous lire, ici, nous le répétons hautement, la pièce est déplorable sous tous les rapports, et MUe Dalby n’est encore bonne qu’à manger des tartines de confitures.
- La restauration de la salle de l’Opéra-National (troisième théâtre lyrique), est complètement tirmi-née : on pense que l’ouverture pourra avoir lieu dans le courant de la semaine prochaine. On répète déjà au théâtre et l’on y apporte les décora-
- tions de l’ouvrage qui doit être représenté dans cette' solennité.
- Tout a été changé dans la disposition des galeries; elles font aujourd’hui le tour de la salle et viennent rejoindre les avant-scènes. Les vides qui produisaient un si fâcheux effet n’existent plus.
- Sur la devanture de la première galerie, brillent les noms de Boïeldieu, de Weber, dTIérold, de Bel-lini; au-dessus de la scène, de chaque côté d’un cadran qui remplace l’écusson traditionnel des armes de la ville de Paris, ceux de Chérubini, Dalay-rac, Grétry, Mozart. Au commencement des avant-scène, les bustes de Molière et de Corneille ont été remplacés par ceux de Lully et de Gluck.
- Tout a été restauré, repeint. Le fond de la décoration générale est blanc mat. Les ornements sont en or. Les sièges des stalles, les tentures des loges, sont toujours d’un velours amaranthe.
- Le foyer est remis à neuf. Le limonadier s’y tiendra et non plus dans l’espace qui s’étendait derrière les premières loges. Une entrée à couvert a été ménagée, rue des Fossés-du-Temple, pour l’arrivée des voitures et des personnes ayant des places retenues à l’avance.
- La salle, comme autrefois, est éclairée par deux lustres et des candélabres apposés aux pilastres des avant-scènes.
- Une innovation a été introduite sur la scène. De chaque côté on y a élevé quatre petites loges en bois comme à l’Opéra. Seulement ces petites loges, au lieu d’être derrière le rideau comme dans la salle de la rue Lepelletier, sont en avant. L’expérience seule apprendra si cette innovation est heureuse.
- Du reste, tout a été fait pour rendre l’ancienne salle du Théâtre-Historique aussi élégante, aussi coquette, qu’elle était autrefois lourde et bizarre.
- Voici pour le matériel. Maintenant pour la troupe: de vieux et jeunes noms, l’expérience et le talent. Paris, la province et la banlieue ; voyez plutô t. Voici le tableau qui vient d’ètre publié au complet sauf quelques accessions nouvelles auxquelles Ton à songé et qui doivent, dit-on, faire grand bruit: Directeur, M. Edmond Sevestre. —Régisseur général, M. Grignon père; 2e régisseur, M. Fosse; 3e régisseur, M. Arsène. — Chef d’orchestre, M. Varney ; 2° chef, M. Placet; 3e chef, M. Philippe Hostié. — Contrôleur en chef, M. Merle. — Ténors, MM. Michel, Fosse, Philippe, Dulaurens, Horace Menjaud (fils du comédien de ce nom).- Barytons, MM. Meil-let, Ribbes, Grignon fils, Williams. — Basses, MM. Boucher, Prouvier, Junca. — Basse-comique, M. Grignon père. — Laruettes, MM. Bordier, Neveu. — Ténor-comique, M. Soyez. — Cantatrices, Mmes Dhuez (Aldini) , Bouvroy, Guichard, Louste-neau , Caroline Vadé, Carmier, Céline. —Duègne , Mme Vadé.
- A TAmbigu-Comique la Peau de Chagrin est un succès; il était impossible, quelque bonne volonté et quelque mauvais goûtquemîtl’auteur, de ne pas faire une pièce curieuse et intéressante avec l’admirable livre de Balzac.
- Mais M. L. Judicis n’a fait preuve ni de maladresse, ni de mauvais goût ; la pièce est bien faite, bien conduite, les scènes sont vives, l’ensemble est très-amusant; tout cela pêche un peu par les détails, qui ne sont pas aussi piquants que le souvenir et l’inspiration de Balzac pouvaient le faire espérer. M. Arnault, que nous avions trouvé fort remarquable dans le rôle du paysan de la Rose et du Cro-quemort, cette fois, pour les manières, la voix, la tournure, laisse singulièrement à désirer; il nous a montré un Raphaël un peu lourd, un peu agreste, mais après tout vif, énergique, et très-correctement passionné. M. Bousquet se donne grand mouvement, mais n’est guère comique. Mme Lucie Ma-bire ou Lucie Plouvjer, comme on voudra, qui a la spécialité des rôles criminels, des femmes sans cœur, des mères sans entrailles, des adultères sans excuse, des empoisonneuses; de tous les péchés capitaux, en général et de l’envie en particulier; enfin, qui réunit au féminin toutes les attributions du traître de mélodrame, et elles sont nombreuses et d’un usage fréquent à TAmbigu; Mme Lucie enfin, c’est-à-dire Satan en personne, ce qui prouve bien, soit dit en passant, que le diable n’est pas si laid qu’on pense, Mme Lucie a joué d’une façon supérieurement, merveilleusement odieuse, le rôle de Fœdora. Une petite débutante, Mlle Élisa Deschamps, fort gracieuse, fort naïve et charmante, quoiqu’un un peu inexpérimentée, a parfaitement rendu le caractère touchant de Pauline : en somme, la pièce est
- convenablement montée, bien jouée et l’intérêt parfaitement soutenu. Nous croyons, cette fois, que TAmbigu tient ses soixante représentations et du reste, le zèle et l’intelligence des sociétaires méritent bien le succès qui, trois fois presque de suite pourtant leur a fait défaut.
- Voyons! un peu de courage : passons à l’Odéon. M. Altaroche a bravement r’ouvert les portes avant le terme exigé.
- C’est une singulière destinée, il faut l’avouer en passant, que celle de ce bon et spirituel M. Altaroche, notre maître à tous; notre maître, car quel est l’homme de lettres au-dessous de trente-cinq ans qui n’a pas porté ses premières lignes rue du Croissant? Quel est celui de nous, depuis Ilégesippe Moreau jusqu’au dernier rhétoricien qui n’a pas été, au début, se faire corriger, conseiller, palroner et imprimer au Charivari? Y a-t-il un seul de toute cettejeunesse encore militante, et qui, peut-être un jour constituera une époque, qui puisse dire n’avoir pas été parfaitement et paternellement accueilli par M. Altaroche, et autant que possible flanqué à la porte par M. Albert Cler, autrefois détestable écrivain dont on se moquait, aujourd’hui consul dont on ne parle pas.
- C’est une singulière destinée, disons-nous, que celle de M. Altaroche : le fin journaliste qui a passé dix-huit ans de sa vie, qui a fait sa fortune à rire de l’Odéon, qui a inventé toutes ces plaisanteries aujourd’hui populaires et banales sur cette serre à champignons, devait, fatalité ! finir sa vie au milieu de ces toiles d’araignées, des rats, de la mousse, des mauvaises herbes, prendre ces ruines au sérieux, enfin rédiger en chef non plus des chansons contre la tragédie mais les pompeuses réclames destinées à annoncer à toute la France « l’affluence effrayante qui force chaque soir les portes de l’Odéon. » C’était écrit! cela est aussi beau, je crois, que la conversion de Clovis. Enfin, pour M. Altaroche, la lumière s’est faite; il ne rit plus, il ne nie plus : le sceptique chante Hosannah ! il a reconnu — l’Odéon — confessas est Odeonem. Il brûle ce qu’il a adoré, etc.
- D’autres disent : « C’était un suicide ; mais il est des gens qui se manquent toujours et dont ne veulent ni le malheur, ni la mort. » Cela est bien possible et j’avoue que je préfère cette explication :
- M. Altaroche a trop d’esprit pour croire à la tragédie; mais dégoûté de la vie politique après la dissolution de l’Assemblée constituante, se croyant attaqué de la poitrine, il s’était, paraît-il, retiré de l’autre côté de l’eau : c’était dans une de ces contrées inexplorées, désertes, comme celles que les anciens appelaient indistinctement pays des Scythes, parce que, n’ayant jamais vu le pays, ils pensaient qu’il n’y poussait rien du tout. Or, les Scythes étant
- très-sobres....Enfin, c’était rue de Fleurus : « Là,
- j’attraperai le spleen, se disait-il, cela ira plus vite. » Pour rendre son suicide plus sûr, il alla plus loin : il prit la direction de l’Odéon ; il alla plus loin encore : 11 se promit de jouer une pièce de M. Ernest Serret, une pièce en vers, une pièce intitulée : Les Familles-, il alla plus loin: il la lut— jusqu’au bout.
- Eh bien ! de ces quatre modes de suicides combinés, qu’est-il résulté ? L’air de la rue de Fleurus a rétabli la poitrine de M. Altaroche, la pièce de M. Serret a rétabli l’Odéon, et l’Odéon a rétabli la fortune de M. Altaroche. Tout est pour le mieux.
- C’est exactement le dénouement de cette histoire sérieuse racontée par le héros dans le Constitutionnel, ou dans l’Ordre, ou je ne sais où. Un brave homme tenait tout particulièrement à se tuer. Pour ne point se manquer, il va sur le pont d’Asnières ; il suspend en dehors, au-dessus de l’eau, une bonne corde à nœud coulant bien solide, ; il charge un pistolet, puis il avale un grand verre de n’importe quelle nicotine, poison violent, pourtant; enfin, il passe le nœud autour de son cou et s’élance. Le voilà empoisonné; de plus, étranglé; de plus, suspendu au-dessus de l’abîme. Pour être plus sûr encore, il élève le pistolet à la hauteur de son front...; mais, ici, commence Thomœopathie : il tire, la balle coupe la corde; il tombe dans l’eau ; le froid le saisit, le fait vomir : voilà le contre-poison. Enfin , un monsieur, qui se promenait sur l’eau, le repêche, le reconnaît pour un homme qui lui a rendu autrefois de grands services, et il lui donne sa fille en mariage avec cinquante mille écus de rente !
- N’est-ce pas là l’histoire de M. Altaroche ? Bé-pétons-le, il est des gens dont le malheur ne veut point.
- «. DK EOCCOaYILte
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
- CORRESPONDANCE.
- A. M. T...., à Vitry-le-Français.— Notre publication, après la clôture de l’Exposition universelle, continuera de donner des dessins de ce qu’elle renferme de plus intéressant et poursuivra l’examen successif des richesses de toutes les nations exposantes ; elle donnera, en outre, des dessins et des notices touchant les travaux artistiques et les inventions de tout ordre qui, après s’être produits sur un point quelconque du monde, seront tombés dans le domaine public.
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- PARIS. —- Typographie RïONDEAL. rue du Petit-Carreau, 52
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- NUMÉRO 20.
- ADMINISTRATION : A PARIS, PASSAGE JOUFFROY, 24.
- SAMEDI 20 SEPTEMBRE 1851.
- LE PALAIS
- MONITEUR DIS EXPOSITIONS. JOURNAL ILLUSTRÉ DU PROGRÈS DES ARTS ET DE L’INDUSTRIE.
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- . 24, passage Jouffroy. — Les nouveaux abonnements courent à partir du i« Août 1831
- SOMMAIRE.
- DESSINS.,
- # Notice sur la reine Victoria et le prince Albert. — Avis important. — Bulletin Industriel. Fin de l’Exposition de Londres. Nos travaux. Notre avenir. Aux artistes, aux industriels, au public. — Exposition de Londres, par M. Jobard. — Exposition de la Belgique, de la Hollande, de la Suisse, par M. Haussmann. — L’Espagne à l’Exposition (fin), par M. Bellegarrigne. — Courrier de Paris et de Londres. — Correspondance.
- Portrait de la reine d’Angleterre.
- Portrait de la reine Victoria. — Pot trait du prince Albert. — Nappe de communion. — Burette d’église. —Flacons en cristal. —Nécessaire de toilette. — Buire à parfums. — Le diamant bleu. — La cheminée en malachile du prince Demidoff. — La grande tasse en malachite. — Machine électro-magnétique. — Grue voyageuse (deux dessins). — Pompe à incendie du Canada. — Machine à air (quatre dessins).
- Portrait du Prince Alber/.
- NOTICE
- L SUR LA REINE VICTORIA ET SUR LE PRINCE ALBERT.
- On sait avec quelle sollicitude et quel zèle le prince Albert a pris l’initiative de cette grande pensée qui a créé le palais de l’Exposition de Londres.
- Nous croyons être agréable à nos lecteurs en leur donnant ici une notice sur la reine et son royal époux.
- Quant à la reine, nous n’avons qu à rappeler que, placée à la tête de l’Angleterre depuis 1837, elle n’a jamais dévié, une seule fois, delà ligne de conduite tracée par ses devanciers : la plus grande qualité d’un souverain de la Grande-Bretagne, c’est
- de savoir concilier entre eux les pouvoirs constitutionnels et de maintenir l’harmonie indispensable entre la royauté et le parlement. La reine Victoria n’a pas, un seul instant, fait autre chose que de réaliser cette paix, indispensable au sein des grands pouvoirs.
- Epouse dévouée, mère affectueuse, femme distinguée, elle sait, en se livrant avec succès au culte des arts, embellir la vie intime par le charme que donne le commerce si précieux des inspirations d’une intelligence merveilleusement douée.
- Que peut-on ajouter de plus pour faire connaître les qualités d’une reine qui se rend si digne de la splendeur qui environne ses hautes destinées et du
- bonheur domestique qui la récompense de ses nobles sentiments d’épouse et de mère?
- Quant au prince Albert, il estnécessaire de donner sur sa vie quelques détails curieux.
- Albert-François-Auguste-Charles-Emmanuel, duc de Saxe-Cobourg-Gotha, est né le 26 août 1819; il est le second fils du dernier duc de Saxe-Cobourg-Gotha.
- Le duc Ernest, donna les plus grands soins à l’éducation de ses deux fils, Ernest et Albert. Ils furent élevés au château d’Ehremberg, sous la direction de professeurs distingués. Le prince Albert perdit sa mère à l’âge de onze ans; ce malheur décida son père à le confier pendant quelque temps
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- aux soins de sa sœur, la duchesse de Kent. Ce fut ainsi que le prince Albert partagea les jeux de sa cousine, la princesse Victoria, dans les jardins de Kensington etjïe Claremont; et l’affection qui les unit dans leur jaune âge avait pris de si profondes racines, qu’elle résista à l’absence même. Devenue reine, la princesse Victoria donna sa main au compagnon de son enfance.
- Après le second mariage de son père, le prince Albert retourna à son pays natal, et se livra sérieusement à l’étude, suivant leplan établi d’après le duc Ernest lui-même. A dix-sept ans, il était admis à l’Université de Bonn, après avoir passé un brillant examen.
- A l’université de Bonn, le prince Albert se voua à l’étude avec autant d’ardeur que de succès, et la bonté et la générosité de son caractère lui gagnèrent l’affection de tous ceux qui eurent le bonheur de l’approcher. Jurisprudence, histoire, philosophie, sciences exactes,.le prince Albert apprit tout avecune sagacité tout à fait spéciale ; il aimait beaucoup l’art de la musique; il devint un compositeur distingué.
- Le prince Albert achevait brillamment ses études et entrait dans le monde, que sa royale cousine d’Angleterre accomplissait sa dix-huitième année, et atteignait sa majorité légale. Cet événement fut célébré avec grande pompe à Londres, et parmi les premiers accourus pour féciliter la princesse Victoria , se trouvaient le prince Albert, son père et son frère. Il y avait aussi le prince d’Orange et ses deux fils ; mais personne ne fut mieux accueilli par l’héritière présomptive de la Grande-Bretagne, que l’ami de son enfance, et les princes de la maison d’Orange durent renoncer une seconde fois à s’unir avec celle d’Angleterre.
- Les grandes fêtes qui furent données à l’occasion de la majorité de la princesse étaient à peine terminées, que le roi Guillaume IV fut saisi d’une maladie dangereuse dont il mourut le 20 juin 1837, et sa nièce, Alexandrine Victoria, fut proclamée reine de la Grande-Bretagne et d’Irlande.
- Après le couronnement de la jeune souveraine, qui eut lieu en 1848, le prince Albert quitta Londres pour retourner en Allemagne, et aller visiter la terre classique des beaux-arts. U passa l’hiver en Italie, et à son retour au château d’Erenberg, il fut agréablement surpris de trouver dans un de ses appartements un portrait de la reine Victoria, que S. M. y avait envoyé pendant son absence.
- Au mois d’octobre 4 839, le prince Albert revint à Londres, et il en repartit le 4 5 novembre pour rAllemagnc; il était déjà le liancé de la jeune et puissante reine et le prince adoptif de l’Angleterre. Le 23 du même mois, la Reine annonça à son conseil privé qu’elle l’avait choisi pour époux. « J’ai la « profonde conviction, — dit la jeune Reine, — « qu’avec l’aide de Dieu, l’engagement que je vais « contracter, dont je comprends toute la solennité, « et auquel je ne me suis décidée qu’après de mûres « réflexions, assurera mon bonheur domestique en « même temps qu’il contribuera aux intérêts de ma « couronne et de mon peuple. »
- Le mariage suivit. La vieille chapelle royale de Saint-James resplendissait d’or et de velours. La joie se peignait sur tous les visages , à l’exception d’un seul, celui de la duchesse de Kent, l’auguste mère de la royale fiancée. Et cependant, l’union que le ministre de Dieu allait consacrer accomplissait le plus cher de ses désirs. C’est qu’une mère ne se sépare jamais sans peine de sa lille, pour la voir unie par d’autres liens à un homme, et à un étranger.
- Qui ne sait que ce mariage a été béni du ciel, que six enfants en sont nés ; qui ne sait qu’il a assuré le bonheur des illustres époux, et que toute la nation anglaise en est tière. Orgueil bien légitime, tribut bien mérité !
- Le prince Albert, à la seule exception du duc de Wellington, est l’homme le plus populaire des trois royaumes, et la conduite invariable qu’il a tenue lui a gagné le respect, l’amour et l’admiration de tous.
- Fidèle aux traditions de la maison de Saxe-Cobourg et de celle de Brunswick, il a encouragé, avec autant de libéralité que de discernement, les sciences, les lettres, les arts, l’industrie, l’agriculture. Il s’est surtout occupé avec un soin tout particulier de l’amélioration de la condition des classes ouvrières.
- Le grand succès de la dixième exposition française, qui avait eu lieu en I844, décida plusieurs notabilités du Parlement, de l’industrie et du coin-
- LE PALAIS DE CRISTAL.
- merce, à s’occuper activement d’établir à Londres une exposition analogue ; les partisans de ce projet étaient généralement membres de la Société des Arts, dont le prince Albert est président. Passant de la théorie à la pratique, cette société organisa, dès 4 847, et à ses propres frais, une exposition partielle des produits manufacturés, eu faisant résolû-ment connaître que ce n’était là que le commencement d’une longue série d’expositions. Cet essai fut couronné de succès, et la Société des Arts se détermina à le répéter annuellement, afin de préparer à la fondation d’une exposition quinquennale, qui devait avoir lieu en 4 851.
- Cependant, l’exposition de 4 849 eut encore plus de succès que celle des années précédentes; lareine y avait envoyé quelques ouvrages précieux, et l’opinion publique se déclarait de plus en plus en laveur de la cause que la Société des Arts soutenait si énergiquement. Profitant de ces bonnes dispositions, la Société fit adresser à la Chambre des Communes une pétition demandant la concession, pour 4 851 , d’un bâtiment public qui serait affecté à l’Exposition.
- En sa qualité de président de la Société des Arts, le prince Albert avait été informé de toutes ces démarches et leur avait donné sa sanction ; mais après la session de 4 849, S. A. R. prit l’entreprise sous sa direction personnelle et imméliate.
- Dans ces entrefaites, l’honorable M. Buffet, ministre du commerce, conçut la grande idée d’établir à Paris une exposition universelle des produits de l’industrie de toutes les nations; mais les chambres de commerce qu’il consulta à cet égard s’étant montrées généralement peu favorables à sa proposition, le ministre dut l’abandonner. Les motifs qui dictèrent les réponses négatives des chambres de commerce et consultative, ne pouvant être analysés et discutés dans cette esquisse biographique, il nous suffit de dire que le prince Albert, frappé des résultats immenses d’une exposition universelle, étudia le projet du ministère français, et résolut de le réaliser à Londres.
- Le pays tout entier applaudit au projet si noble, si élevé, si réellement humanitaire du prince Albert.
- Le prince Albert est chevalier de la Jarretière, grand-croix de l’ordre du Bain, grand-croix de St-Michel et St-Georges, etc., maréchal de l’armée et grand chancelier de l’Université de Cambridge; mais tous ces grands titres sont bien pâles devant celui de fondateur de l’Exposition universelle des produits de l’industrie de toutes les nations.
- Nouvelles conditions d'abonnement.
- Au Journal Ï.B PALAIS DE CRISTAL».
- A partir du 1er août dernier, le prix de l’abonnement a été fixé de la manière suivante :
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- Tout abonnement d’urn an pris avant le 1er Octobre donne droit, moyennant 2 fr. 50 c. seulement , à une magnifique VUE INTERIEURE du PALAIS DE L’EXPOSITION , imprimée et coloriée à trois teintes sur papier double-colombier de 1 m. 20 c. sur 0 m. 90 c.
- Nota. — En adressant franco un mandat de 12 fr. 50 c. à l’ordre du gérant, les abonnés peur la durée de l’Exposition, recevront le journal jusqu’au 1er août 1852. Pour les nouveaux Abonnés, collection antérieure au 1er août, 12 fr. 50 c (Ajouter 3 fr» 50 c. pour la prime).
- AVIS IMPORTANT-
- Le terme de F exposition universelle est fixé au 11 octobre prochain. Les abonnements pris pour la durée de l’exposition expirent donc le meme jour j nous engageons ceux de nos souscripteurs ({ni désirent continuer, à se conformer aux nouvelles conditions d’abonnements et à nous en envoyer le montant.
- BULLETIN INDUSTRIEL.
- Fin de VExposition de Londres.—Nos travaux.
- — Notre avenir. — Aux artistes, aux industriels, au public.
- I.
- Dans quelques jours, les portes du Palais de Hyde-Park seront fermées : toutes les nations du monde auront passé dans cette vaste et merveilleuse enceinte, laissant comme un sillon lumineux sur un ciel resplendissant; puis les compartiments dè cef édifice seront réunis; ils seront enlevés après le ''dé—è part de ces marchandises où s’est empreint le cachet, du génie moderne. Le parc fashionable sera nivelé les voitures armoiriées de la noblesse anglaise reprendront leurs promenades accoutumées, le gazon repoussera bien vite à la place même où s’élevait ce Temple des Arts; les beaux arbres qui se trouvaient pourtant à Taise sous ce dôme étoilé à mille couleurs balanceront leur cime à l’air, au grand air de la liberté ; et Ton ne parlera plus du Palais de l’Exposition que comme du plus beau souvenir des temps modernes. On se rappellera le passage de ces flots humains qui venaient, comme dans un Océan commun , faire reconnaître leur originalité, s’étudiant,, s’analysant pour se prêter les ressources de leurs aptitudes, de leurs inspirations mutuelles... puis rien... voilà le sort de bien des choses élevées en'ce monde, resplendissantes, sous le ciel, d’un éclat autorisé par Dieu !...
- Mais, si le Palais des Arts et de l’Industrie disparaît , si la forme matérielle est soustraite à nos regards, le principe, le sens immatériel qui a présidé à ce grand fait de l’année 4 854 , à cette première année de la seconde moitié de notre siècle, reste debout ; et cette réunion de l’art et de l’industrie est le point de départ de ce qui doit compléter l’enfantement des merveilles positives qu’il nous est donné d’atteindre et d’admirer dans le dix-neuvième siècle.
- Non-seulement, le palais de Hyde-Park a été pour l’humanité le caravansérail de toutes les nations où le génie cherche et enfante-, non-seulement les journées de l’Exposition seront toujours placées devant les regards des peuples comme les Éphémérides du plus grand acte d’association vers le culte des grandes idées; mais encore, il semblé que la Providence ait voulu profiter d’une époque de troubles et d’agitations pour frapper les esprits par une solennité exceptionnelle : Il semble que l’élément le plus certain, le plus décisif de la paix universelle, l’art, cette religion moderne des esprits qui veulent la vérité et qui s’inspirent des beautés naturelles, ait été indiqué aux hommes appelés sur un seul point, dans une île indépendante et pleine d’expansion et de pouvoir sur le globe, comme pour se reconnaître, compter ensemble avec leurs ressources, se mettre en commun, et enfin, faire sortir de ces analyses, de cet examen, de cette communauté d’intelligence tendue vers le même but, ce grand résultat, laf réalisation définitive de la paix par le travail.
- Aussi, réunion des merveilleuses productions du génie ;
- Communauté des nations dans le même but pour les arts ;
- Voilà ce qui est fondé par l’Exposition de 4 854 .
- Disons-le donc, en toute confiance, notre tâche commence; et le terme de l’Exposition est pour notre journal le point de départ de la mission que nous voulons remplir.
- Nous devons donner à nos lecteurs des explications précises à ce sujet, afin que nous leur fassions bien voir toute l’étendue du cercle dans lequel se meut notre pensée, et de les convier à venir avec nous réaliser non pas nos espérances, mais bien les spéculations nécessaires de notre esprit.
- II.
- Nous commençons par le dire une fois pour toutes :
- Nous ne, cherchons pas dans le vague des théories, dans les phrases faites pour et par les écoles, les éléments du succès incontestable qui vient déjà couronner nos efforts.
- C’est dans la pratique, c’est dans les faits, c’est au sein même des merveilleuses productions du génie, que nous venons appuyer et fonder les éléments de notre mission.
- Si les résultats constatés de l’industrie sont merveilleux, il n’en est pas moins vrai que les industriels souffrent; si le génie marche et crée, il est avéré qu’il attend de ses créations et de ses fabri-
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- ques le repos et le bien-être qui lui sont ravis.
- Le premier enseignement qui ressorte de l’exposition de Londres, c’est donc qu’il faut assurer à l’industrie des droits légitimes qui sont oubliés ou foulés aux pieds.
- Si des entraves se dressent contre le développement des découvertes, et s’il faut que les peuples passent une partie de leur temps à se porter les uns aux autres un préjudice notable, cela tient à ce que la gloire des uns consiste à inventer malgré les obstacles de la souffrance et de la misère, et celle des autres à copier, à piller le travail des premiers, parce que rien n’assure, rien ne vient, chez eux, consacrer les droits sacrés de l’inventeur, et qu’il suffit d’une barrière de nation à nation pour permettre que la découverte devienne le bien commun.
- En sorte que :
- Paralysie pour celui qui travaille et qui crée en l’absence de toute protection légale;
- Paralysie pour certains peuples, lesquels néanmoins passent pour être civilisés,'par la contrefaçon oisive qui étouffe le germe de leur génie ; telles sont les conséquences toutes naturelles de la situation anormale où se trouve la Propriété Intellectue le.
- D’où il résulte pour nous que le premier objet de nos travaux doit être de faire triompher les droits méconnus de cette Propriété, c’est-à-dire de demander, de préparer, d’obtenir la réforme d’une législation absurde et spoliatrice.
- Cette partie de notre mission, nous ne l’avons pas négligée jusqu’à ce jour. Tout en suivant d’un œil attentif, tous les produits de l’Exposition de Londres, tout en réservant dans notre journal la plus grande place à ces produits dont nos dessins et nos gravures ont donné les détails, nous avons énergiquement arboré le drapeau de la Propriété Intellectuelle, développé une partie de ses ressources, énoncé ses droits les plus légitimes, fait appel à tous les intéressés.
- Dans le courant du mois prochain, nous aurons une occasion solennelle de développer et de formuler nos principes. Déjà les adhésions, qui nous arrivent de toutes parts, nous prouvent que la mission que nous poursuivons est comprise, et que nos partisans ne demandent qu’une occasion de se former en groupes pour défendre avec nous cette grande question.
- On le voit, sur ce point, nous n’avons pas perdu de temps, et il faudra bien que les espris les plus rebelles se décident à venir à nous, que la lumière se fasse, que la loi soit réformée.
- III.
- Les objets de l’Exposition, admirés des millions de spectateurs qui ont traversé le Palais d’ÏIyde-Park, reproduits par le crayon de nos meilleurs artistes, ont déjà enrichi les colonnes de notre recueil, et nous avons encore une nombreuse et riche série de vignettes à publier qui iront trouver celui qui n’a pas visité personnellement ces merveilles. 11 pourra se rendre compte de ces richesses, en étudier les détails ; ce sera, pour un long temps encore, une revue pleine de curiosité et d’intérêt, et l’on peut ajouter que la profusion avec laquelle nous livrons ces vignettes à nos lecteurs, est digne de la généreuse initiative qui a présidé à cette grande œuvre.
- Mais là ne s’arrêtent pas nos efforts :
- Il est ineonstestable que l’alliance des Arts et de l’Industrie est devenue la pensée commune, la conséquence nécessaire de ce grand acte de l’Exposition de 1851. Ce qui n’était dans les esprits qu’à l’état de germe et de principe, est devenu le fait peut-être le plus considérable de notre temps; et, pour les philosophes ou les hommes d’État qui se rendent compte de certaines influences, le travail de ces contemplations de l’art, qui viennent éclairer les esprits inférieurs, se propage et s’étend chaque jour davantage.
- Dieu a mis dans notre organisation deux éléments irès-actifsde développement intellectuel ; et, par deux points qui tiennent chacun à une action physique et directe, Dieu a voulu agrandir le cadre de notre intelligence et de nos ressources morales. C’est, d’une part, l’harmonie dessous; c’est, d’autre part, la vue et la contemplation du beau.
- L’harmonie a des résultats que personne ne peut mettre en doute.
- Depuis quelques années surtout, des masses chorales se sont organisées. V Association des musiciens, qui est devenue si puissantedepuissa création, a multiplié les moyens de propager dans les classes
- LE PALAIS DE CRISTAL.
- ouvrières, le sentiment de la musique. Des chants suaves, énergiques, gracieux ou vifs et animés, ont été exécutés par les orphéonistes, et l’union de ces mille voix, sans instrument pour les soutenir, a donné instinctivement et peu à peu, aux ouvriers chargés de les traduire, le sens profond de ce qu’il y a de fort et de sympathique dans l’harmonie. Dire que le langage des sons à pris sur le peuple une influence réelle, c’est exprimer ce qui n’est pas l’objet d’un doute pour ceux qui ont jamais assisté à ces concerts d’orphéonistes, dirigés par M. Hubert. Dans les départements, des chefs d’orphéon, ont organisé des sociétés ; un membre de l’association, M. Delaporte, a mis à cette organisation un zèle et une ferveur qui tiennent de la foi.
- C’est qu’en effet, rien n’est vrai, rien n’est positif comme la fiction d’Orphée; et si quelque chose peut jamais assouplir les esprits les plus rebelles, certes, ce doit être cette influence magnétique, cette communication par le sens le plus délicat de notre économie, des sensations les plus saisissantes, qui se cachent dans le mystérieux langage de l’harmonie musicale.
- Le second agent qui vient directement saisir nos esprits par l’intermédiaire de nos sens, c’est la contemplation du beau.
- Les artistes, sont les initiateurs de ces secrètes émotions; et quand ils empruntent à la nature ses ressources pour mettre à la portée de toutes les âmes les grandeurs dont ils se sont faits les interprètes privilégiés, non-seulement ils font de l’art, mais ils sont les organes les plus sûrs de la pensée philosophique, qui élève l’esprit, rassérène les cœurs, et inspire la concorde, en substituant au trouble et au désordre, le calme et la puieté.
- Quelle est l’intelligence, si humble, si peu éclairée qu’elle soit, qui n'a pas senti tout ce qu’il y a de magnifique dans l’émotion que produit un chef-d’œuvre de l’art antique ou moderne? Quel est l’homme, fut-il sauvage, à qui ne s’est pas révélée la conscience de son être, quand les merveilles naturelles se sont développées devant lui, dans toutes leurs splendeurs ?
- Eh bien ! c’est à cette alliance qui s’opère de l’art avec l’industrie que l’on doit ces révélations intimes, ces saintes et grandes émotions. Or, cette alliance, elle est faite : chaque-jour, elle se développe par une application laborieuse et incessante. C’est là, selon nous, le plus beau travail de notre temps, parce que, d’une part, il élève la pensée de ceux qui professent le culte des grandes choses, et parce que, d’autre part, il propage ce culte et ses immenses résultats, là où la lumière n’a pas encore tout à fait pénétré.
- L’art invente et traduit tout ce qui est élevé ; c’est l’interprète direct du beau : l’industrie s’empare de l’œuvre, et elle la vulgarise.
- Aussi, qu’arrive-t-il ? C’est que toutes ces grandes productions qui étaient cachées comme à des profanes, se placent maintenant entre les mains de tous : les chefs-d’œuvre sont l’alphabet de cette langue inspirée que l’on appelle l’Art; et, en se propageant, en se multipliant, par le secours de l’industrie, il est évident que la langue devient elle-même populaire, générale, universelle.
- Et vous iriez refuser le concours de vos lois, l’autorité du droit et du juste à cet agent magique? et vous laisseriez mourir de faim, ou gémir, dans la misère, l’homme qui se place comme l’interprète de tant de mystères? Quand , pour l’aumône de quelques articles de lois on vous rend le repos, l’élévation des idées , les principes éternels de l’harmonie, vous iriez refuser un peu de protection, une parcelle de bien-être!.. Non, cela n’est pas possible, cela n’est pas naturel, cela n’est pas habile.
- Cependant, que d’éléments négligés; combien de généreux efforts auxquels on ne laisse que l’épuisement dans l’isolement? Eh bien ! c’est là ce qui doit être et ce qui sera l’objet de nos investigations ; c’est là le second but de notre mission.
- Nous nous demandons bien souvent ce que fait l’autorité, en matière d’arts et d’industrie; et nous sommes forcés de reconnaître qu’elle borne sa tâche à un enregistrement de brevets ou à des commandes de faveur.
- Si nous avions l’honneur de diriger les Beaux-Arts ou de suivre le génie industriel dans ses luttes intimes, nous comprendrions autrement notre tâche; or, ce que nous ferions avec toutes les ressources que donne l’autorité, avec les moyens certains qu’ajoutent les rouages administratifs à l’esprit de direction, à la volonté d’agir, nous, simple journal, simple recueil, dévoùé à des inté-
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- rets qui nous sont chers, nous le faisons, nous le ferons chaque jour.
- Nous avons déjà commencé.
- Dans les ateliers de nos grands maîtres, en peinture, en sculpture, en architecture, s’élaborent non-seulement les quelques œuvres destinées au grand jour et à la publicité des expositions, mais encore, s’exécutent une foule de travaux précieux pour l’art et qui s’en vont comme les dieux inconnus, dans quelque cabinet d’amateur, dans quelque musée caché. Nous les mettrons en lumière : nous avons déjà pris nos mesures ; et à partir du mois prochain, mettant toujours en pratique nos principes et nos projets, nous publierons dans les colonnes de notre journal, des œuvres que nous avons la permission de copier dans les ateliers de nos maîtres les plus chéris.
- Il est encore une classe d’hommes pour qui l’art est un culte; cependant le mystère ou l’incognito privent le public de leurs plus exquises inspirations.
- Nous ferons ce que devraient faire MM. les directeurs des Beaux-Arts et de l’Industrie NOus irons les trouver dans leur modeste cellule : nous monterons dans leurs ateliers, et là, cherchant toujours l’art, ce grand et ce suave langage d’en haut, nous en révélerons les richesses cachées ou discrètes.
- Enfin, les industriels qui se vouent à la traduction économique des œuvres si précieuses de nos maîtres seront aussi l’objet de nos recherches et de nos études. Les procédés mécaniques, les inventions qui tendent à vulgariser l’art, à le faire pénétrer, à l’ap pliquer aux objets les plus usuels, nous nous en em parerons, et toujours dans le but désintéressé mais si large de cette propagation, nous ferons connaître à nos lecteurs l’invention et l’inventeur.
- IV.
- On le voit, le cercle de nos travaux s’étend chaque jour. Nous avons pris, comme point de départ de cette mission, le grand fait international de l’Exposition de Londres, nous allons pouvoir appliquer les idées qui nous inspireut.
- Déjà, hâtons-nous de l’annoncer comme une bonne nouvelle, nous serons en mesure dans nos prochaines livraisons de donner des vignettes représentant :
- — L’intérieur de l’atelier de notre grand statuaire Pradier, et des statues inédites qui y sont en cours d’exécution;
- — Un tableau de Camille Roqueplan, un de nos peintres les plus élégants et les plus vrais;
- — Un dessin représentant la Maison des Arts , un établissement nouveau qui a pour mission la reproduction et la réduction des chefs-d’œuvres de l’art par un nouveau procédé, etc., etc.
- Voilà pour les arts proprement dits :
- Dans Tordre industriel, nous avons plusieurs branches à exploiter :
- 1° Toutes les fois que des Expositions reproduiront un spectacle analogue à celui qu’il nous a été donné d’admirer à Londres, nous en donnerons à nos lecteurs l’analyse et les riches dessins, quelles qu’en soient les proportions,-
- 2° Nous nous mettrons en quête des brevets d’inventions les plus nouveaux, et si la description des procédés nous parait utile, nous nous empresserons de la publier, appuyée des dessins nécessaires à leur exploitation ;
- 3° Les usines, les ateliers, seront par nous explorés avec soin. Le travail des machines nouvellesr l’exposé des procédés seront clairement livrés à l’appréciation, à l’examen de nos lecteurs. C’est le meilleur moyen de les instruire des grands progrès faits par l’industriel, qui cherche au risque de sa fortune, à enrichir l’humanité par la mise en œuvre des ressources cachées de la nature ;
- Dans Tordre agricole , nous donnerons les dessins d’instruments nouveaux, le développement des procédés agronomiques, les comptes rendus des sociétés et des écoles fondées pour l’extension de cette science si utile dans notre pays..
- Enfin, nous emprunterons à Y Académie des sciences, aux Conservatoires des arts et métiers. aux Sociétés savantes, tout ce qui nous paraîtra intéressant, en dépouillant les questions scientifiques de leur aridité.
- Associant ainsi l’art à l’industrie, nous en suivrons les progrès, non pas seulement au point de vue de la théorie, mais en pratique ; heureux de seconder les efforts des industriels et des artistes, en les protégeant sous le double rapport de leurs droits et de leur renommée.
- Alexandre Eaïa,
- Rédacteur en chef, avocat à ta Cour d'appel de Pari j
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- LE PALAIS DE CRISTAL
- NAPPE DE COMMUNION,
- PAR M. GILBERT FRENCH (de Bolton).
- Le luxe des temples protestants n’est pas grand, on le sait : rien n’égale la simplicité un peu trop uniforme, pour nos habitudes, de ces églises toutes de chêne, avec une chaise et une table où se célèbre la commu nion. Un seul objet fait excep tion à la règle, c’est la nappe que l’on place sur la sainte table. Les beaux procédés de tissus de lin que l’Angleterre fait mettre en œuvre sont employés pour le jour où se réunissent les fidèles pour M. Gilbert French, de Boston,
- cette pieuse cérémonie.
- est un des fabricants les plus renommés pour
- ce genre de tissus. Il a la spécialité des ornements des temples. Nous donnons ici un échantillon des objets qui sortent de sa fabrique , et dont le fini et l’élégance ne laissent rien à désirer.
- On comprend tout de suite le sujet de cette nappe. C’est l’Agneau sans tache qui en forme le fond. Deux anges aux ailes déployées s’inclinent respectueusement devant ce signe sacré qui rappelle la sainte Cène. Seulement nous croyons que le reste des ornements placés autour ne sont pas en harmonie avec le sujet, et comme nous le fait ob-
- Nappe de communion, par M. Gilbert French, de Bolton. Ser\er Un protestant qui 3 VU
- cette nappe, elle paraît être plutôt destinée à orner la table d’une salle à manger que celle d’un temple. Il y a un mélange de sacré et de profane qu’il faut toujours regretter.
- BURETTE D’ÉGLISE,
- PAR M. VILLEMSENS (de Paris).
- On remarque, à l’Exposition de Londres, plusieurs ornements d’église, dans une vitrine qui appartient à M. Villemsens, fabricant de Paris. Nous donnons ici le dessin d’une burette et de sa cuvette. Les objets qui sortent de cette fabrique sont remarquables par l’exécution. 11 y a toujours une pensée artistique dans l’agencement des détails.
- Les fabriques de bronze prennent en France une grande extension, et le travail du plaqué se perfectionne plus qu’on ne saurait dire. Le grand avantage de ce genre de travail, c’est de mettre une œuvre de goût, par son bon marché, à la portée de toutes les fortunes. 11 est à désirer que dans les églises de campagne, les objets employés par le culte puissent être partout dignes de leur appropriation. C’est là le but que paraît poursuivre M. Villemsens, et nous ne saurions trop louer cette tendance, éminemment utile.
- Nous ne dironspasici,ceque nous disions plus haut, en ce qui con-
- Burette d’église, par M. Villemsens. de Paris.
- cerne les ornements des temples protestants. C’est un des privilèges de notre religion catholique, de pouvoir prêter à l’ornementation de nos églises, le concours des merveilles de l’art. Rien n’est négligé pour enrichir l’intérieur des chapelles, de tout ce que la peinture, la sculpture, l’ornementation, ont de plus éclatant. Le génie, est tout naturellement écrit sur les muraillesintérieures des templescon-sacrés à Dieu qui l’inspire ; et ce luxe où il se révèle, n’est et ne peut être considéré comme contraire aux saintes inspirations de la religion.
- Voyez en Italie, en Belgique : où sont les chefs- d’œuvres des maîtres ? dans les églises; qui a jamais inspiré avec plus de perfection dans l’art, les peintres et les sculpteurs? la Religion. On comprend l’humilité dans l’âme, l’absence du luxe, si le luke est personnel ou le résultat de la vanité humaine; mais félicitons-nous de ce que la pensée, qui s’anime de la religion, puisse s’exalter au spectacle des grandes œuvres qui ornent nos églises, et formons des vœux pour que les plus humbles, puissent posséder l’image correcte et à bon marché, des ornements les plus rares et les plus coûteux.
- FLACONS,
- PAR M. SUMMERFIELD (de Londres).
- Le cristal se prêtera toujours aux combinaisons les plus favorables à l’éclat de ces objets pleins d’élégance qui viennent orner les boudoirs et les salons. On sait combien la Bohême et la France ont perfectionné le travail sur le cristal, et avec quel art on peut faire rendre tout son éclat à ce morceau de verre, brillant comme le diamant, auquel parfois il emprunte son eau la plus pure. Nous donnons ici trois flacons, comme échantillons des produits d’une maison fort renommée dans ce genre de travail, celle de M. Summer-field.
- Nous devons dire ici, que le palais d’IIyde-Park contient
- des minéraux travaillés avec un grand soin, et nous ne saurions trop conseiller nos lecteurs, d’examiner avec attention le département des mines et métallurgie, où se trouvent les plus beaux échantillons de cristallographie. L’art de tailler les cristaux et de les polir, date de la moitié du dix-huitième siècle. C’est en 1740, que cet art fut importé en France, par un certain Bûcher, un de ces enfants de la Bohême, où se font ces chefs-d’œuvres de verres, qui excitent une admiration si légitime. Il faut quatre parties bien distinctes, pour achever ce travatl : 1° l’ébau-chage à la meule de fer; 2° l’adoucie à la meule fine; 3° l’adoucie à la meule de bois tendre; 4° le poli à la meule de liège et à la potée d’étain sec.
- Flacons, par M. Summerfield, de Londres
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- LE PALAIS DE CRISTAL
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- NÉCESSAIRES etc., par M. Audot.
- M. Audot fait de l’industrie des nécessaires une spécialité qui par le temps de locomotion qui court, doit lui porter profit. Le nécessaire dont nous donnons
- soin, ont le cachet de distinction que l’on a l’habitude de-rencontrer dans la maison de M. Audot. Ce nécessaire renferme une foule de pièces de coutellerie fine.
- La buire à parfums en argent réticulé, ciselé, doré, dont nous donnons un dessin sort également de la maison Audot. C’est un charmant vase, ou plutôt
- le dessin et qui est à l’Exposition de Londres, est à la fois un nécessaire de toilette et de voyage ; les vingt-neuf pièces en cristal et argent qu’il renferme peuvent garnir très-élégamment la table de toilette de la femme à la mode la plus exigeante ; les pièces d’argent, gravées et guillochées avec beaucoup de
- un bijou d’une forme grecque pure, et prise d’après le modèle dont se servaient autrefois les femmes grecques au sortir du bain pour verser sur leurs cheveux le liquide parfumé. Toutes les pièces sont faites dans le même style et finies avec le même soin.
- DIAMANT BLEU DE M. BENZENSHON.
- Les pierres précieuses sont des cristaux polygones qu’on ne polit qu’à grand’peine au moyen de Végrisée, poussière provenant de leur propre substance; mais elles sont susceptibles d’un éclat lumineux extrèment vif. Leur base est une matière pierreuse, dure et cristallisée, et leurs couleurs dépendent des parties métalliques qui s’y sont infiltrées lors de leur formation.
- On divise les pierres précieuses en diamants etpierres de couleur.
- La plus estimée de toutes les pierres fines est le diamant blanc; on appelle diamant de 'première eau celui dont la blancheur est parfaitement irréprochable ; dès qu’il est moins blanc il devient de seconde eau, de troisième eau, etc.
- Les diamants tachés, c’est-à-dire ceux qui inclinent vers une couleur, et ceux qui ont des points ou des taches sont réputés défectueux, et jouissent, par conséquent, d’une moins grande estime dans le commerce.
- On trouve de très-beaux diamants jaunes, roses, verts et bleus; celui dont nous donnons actuellement le dessin est nuancé conformément à cette dernière couleur et se trouve d’autant plus estimé que sa rareté est mieux constatée tant en ce qui concerne sa grosseur que par rapport à sa nuance; il pèse 1 77 carats et demi ou 710 grains, et se place ainsi dans le rang des plus gros diamaDts connus, entre celui du grand Mogol et celui du grand duc de Toscane, lesquels pèsent, le premier 279 carats et le second 139; il égale à neuf carats près le ko -i-nhor, de Lahore,
- qu’ont tant admiré les visiteurs du Palais de Cristal, et se trouve de -40 carat supérieur au régent. Cet énorme et inapréciable bijou provient, ainsi que cela a été dit dans notre précédent numéro, de la succession de M. Domitrovich-Luckmanoff, conseiller du collège de la Sibérie, et appartient àM. Benzensohn, Les pierres précieuses doivent, en général, leur formation à l’affluence, aux
- dépôts et aux couches successives et externes de certaines particules intégrantes de la terre et des sables; il entre ainsi fréquemment dans leur composition d’autres particules [hétérogènes. Le véhicules des différentes parties qui concourent d’ensemble à former le diamant est un liquide : les principes moteurs sont l’air et le feu. La cause de leur liaison est la pression des autres corps, mais plus particulièrement encore la cohésion et l’attraction des parties similaires, qui croissent en raison du contact et des surfaces.
- On explique par le même principe la pétrification du bois. Quand l’humidité pénètre dans les pores du bois ou entre ses fibres, sa circulation devient alors plus lente et les particules géologiques dont elle est chargée ont le temps de se dégager et de former entre elles, en se combinant avec les fibres végétales, une infinité de nouveaux contacts, c’est-à-dire de nombreuses adhérences qui, en fin de compte, lienle tout ensemble et en font une pierre.
- Toutes les cristallisations se produisent ordinairement en prismes exangulaires; et, si l’on en excepte la rareté des éléments dont il se forme, le diamant ne présente, quant à son origine, aucun phénomène particulier.
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
- EXPOSITION DE LONDRES.
- {Suite.)
- Pour qui a vu les expositions du continent celle de Londres n’a rien de bien neuf si ce n’est la quantité; or, qui a vu défiler un régiment peut se faire une idée d’une armée.
- L’Exposition universelle n’est qu’une accumulation de machines et de produits identiques venus de tous les pays de la chrétienté; car les mêmesbesoins et les mêmes croyances ont fait naître les mêmes moyens de les satisfaire.
- Viennent ensuite les produits des peuples livrés au fatalisme, auboudhisme et au polythéisme qui semblent avoir hérité seulement des restes de l’industrie payenne qui n’a jamais été qu’un mélange d’art individuel accompagné des fabrications grossières les plus indispensables à la vie animale.
- Quant aux populations livrées au chamanisme et au fétichisme, elles ne sont guère plus avancées que les sauvages proprement dits.
- Cela prouve à l’évidence que le travail ne se développe sur la terre qu’en proportion du respect pour la propriété.
- Il est même probable que la hiérarchie universelle que nous signalons, entre dans les décrets de la Providence, qui, dans l’ordre de la nature, a pris pour règle Yinégalité en tout, et l’a écrite sur tout et partout, afin que personne n’en ignore; inégalité animale. inégalité végétale, inégalité minérale, inégalité astronomique, matérielle et intellectuelle. Telle est le critérium, des lois du créateur, qui les a imprimées à chaque feuillet et à chaque ligne du grand livre de la nature, tant il avait à cœur qu’on ne s’y méprît point; eh bien, l’on s’y est mépris et l’on s’y méprend de plus en plus à notre époque de haute philosophie et de libre examen. La secte des égalitaires, en matière industrielle, se grossit chaque jour et s’arme du fatal niveau comme d’un joug d’acier qu’elle prétend faire peser sur l’œuvre inégale de Dieu. Autant vaudrait essayer d’applatir les montagnes au niveau des plaines, mais ils n’v parviendront pas, le système des soulèvements s’y opposera toujours.
- Il serait infiniment plus rationnel et plus avanta-tageux de permettre à chacun de grandir et de s’élever selon son génie, son talent et ses efforts personnels; les sciences, les arts, l’industrie et le commerce sont autant de plans inclinés qu’il doit être donné à chacun de gravir librement; il suffit d’en faire disparaître les obstacles et de laisser l’arêne libre aux coureurs; mais auparavant, il est nécessaire de proclamer les conditions de la course ; pas de eroc-en-jambe, pas de coalitions traîtresses, pas de fraude; pas de mauvaise foi! de l’ordre, delà justice et des règles, régler n’est pas empêcher. Que le petit qui a gagné du terrain ne soit pas exposé a le perdre par la malice du grand ! C’est ici surtout qu’il faut que les hommes soient tous égaux devant la loi. Faites-la, promulguez-la cette loi et puis laissez faire et laissez aller et tout ira bien, vite et loin. Voyez comme les Anglais ont couru depuis 230 ans qu’i's possèdent leur loi semi-prctectricedes industriels! Voyez le chemin qu’ils ont fait avec ce lambeau d’ordonnance de Jacques Ier. pendant que nous étions entravés par les onze cents règlements restrictifs de St-Louis et de Colbert, qui, au lieu de favoriser le travail, le rendaient pour ainsi dire impossible sur le continent, pendant qu’il se développait à vue d’œil, de l’autre côté de la Manche.
- Quel fut le résultat de ce développement? de l’or, des vaisseaux, des colonies, la conquête des Indes et l’empire des mers! Voilà ce qui est sorti de la loi des patentes de quatorze ans, que l’Angleterre a possédée cent soixante-dix ans avant tout le monde, sans que personne ait deviné que c’était là l’énigme de sa prospérité croissante. Eh bien ! faisons mieux que l’Angleterre n’a fait pour les inventeurs; donnons-leur une protection plus longue, plus complète, et notre prospérité dépassera bientôt la sienne; surtout si l’Angleterre est aussi aveugle que nous l’avons été ; et elle le sera, car ses hommes d’état d’aujourd’hui paraissent, sur ce point, tout aussi mal avisés que nos gouvernants d’autrefois, qui vendaient le droit de travailler. De sorte que ceux qui n’avaient pas le moyen de le payer se trouvaient condamnés à ne rien faire, contrairement à la volonté de Dieu. Le reste de ce barbarisme s’est réfugié dans le bureau des brevets, d’où nous ferons de notre mieux pour l’expulser; après cela nous
- pourrons chanter en chœurs la brillante strophe de Boufflers ;
- Le joug du travailleur est aujourd’hui brisé; L’industrie autrefois embryon méprisé*
- Longtemps emmailloté, naguère à la lisière,
- Avant peu dans ses bras enlacera la terre.
- Quand on pourra dans tous les pays voyager par mer et par fer, quand on aura oublié les mots : Qu’as-tu-là? On ne passe pas] Le commerce, cet oiseau de proie à la vue longue, viendra visiter et vivifier l’industrie jusques dans ses cryptes les plus obscures.
- On ne verra plus comme aujourd’hui une foule d’ouvriers de talent végéter et mourir dans leurs greniers, faute de pouvoir se faire connaître des consommateurs qui ont le plus grand besoin d’eux.
- C’est que 'la publicité n’est abordable qu’aux grosses maisons, et aux charlatans, et la crainte de passer pour tels, retient les gens honnêtes qui laissent la place libre aux autres. On dirait qu’ils préfèrent périr accroupis sur leurs excellents produits plutôt que de les annoncer. C’est pour ceux-là surtout que les expositions sont nécessaires, mais elles sont encore insuffisantes.
- Les Anglais sont tellement persuadés de la nécessité des annonces journalistiques permanentes qu’ils y consacrent des sommes incroyables; nous sommes convaincu que si le commerce anglais n’avait sur le commerce français, d’autre supériorité que celle-là il l’emporterait éternellement sur nous.
- Nous avons eu la curiosité de sonder cette question à propos de certaines fabrications relatives à l’art de guérir.
- Le hasard nous ayant fait rencontrer une célébrité de cette espèce utile que l’on appelle les cuisiniers de la médecine, probablement parce que sans eux les médecins feraient souvent maigre chère ; nous avons écouté ses doléances par rapport à la publicité.
- « L’Exposition, nous dit-il, est nulle pour moi, mes produits jetés dans un coin obscur, n’ont été ni vus ni appréciés ; nul n’osait arrêter son attention sur mes remèdes plus ou moins secrets, de peur qu’on ne le soupçonnât d’en avoir besoin, et pourtant, jugez vous-même de l’excellence de mes procédés extérieurs et de la facilité de- leur application ; plus de gêne, plus de douleurs, plus d’apparence; j’ai dépensé plus d’argent et d’efforts intellectuels pour accomplir cette réforme que je n’en aurais employé à composer un poème épique.
- «j’étais soutenu par l’idée que le corps médical tout entier examinerait, apprécierait et vulgariserait mes produits. Vain espoir! ils seraient restés dans l’oubli, si je n’avais eu recours à la quatrième page des journaux. Eh bien ! quand je tente un effort pour introduire mes contrivances dans les hôpitaux au lieu et place des absurdes et grossières méthodes usitées depuis les Asclépiades, on les repousse à cause que je les annonce dans la quatrième page. Les médecins ont en horreur, disent-ils, le charlatanisme et les charlatans. C’est singulier, n’est-ce pas, de la part des médecins ? Il en est qui înecon seillent d’offrir de l’argent à des écrivains hauts placés dans l’opinion publique pour les engager à patronner mon affaire ; ils disent que cela se fait sans façon, mais je n’oserai jamais le tenter, il me semble qu’ils se regarderaient comme très-offensés et me jetteraient à la porte avec mon billet de mille francs. »
- Le pauvre homme n’est pas de son siècle, diront les habiles ! Quant aux collyres, aux teintures, aux crèmes, aux mixtures et aux essences miraculeuses pour tout faire, nous concevons que des écrivains qui se respectent, n’en parlent que pour les stigmatiser depuis que le Jupiter -Tonnant de la presse a prononcé cet oracle mémorable en notre présence : « Payez-moi 50,000 francs d’annonces et je vous ferai vendre pour 100,000 francs d’eau de la rivière, destinée à faire pousser des cheveux, des dents ou même des yeux.» Celui qui fonde son édifice sur la bêtise humaine est certain de pouvoir l’achever, car il y aura toujours de vieilles bêtes, de grandes bêtes et de petites bêtes ; à qui sait lever tribut sur la sottise, les contribuables ne feront jamais défaut : à ceux-là la quatrième page!
- Mais nous voilà un peu loin de l’Exposition, rentrons dans ces obscures galeries latérales où personne ne s’arrête, bien qu’elles soient remplies de petits modèles plus ou moins démantibulés qui contiennent très-souvent les germes du progrès futur.
- En voici un que nous tâcherons de rafistoler,
- car nous y croyons lire le dernier mot des chemins de fer de l’avenir, griffonnés sur un chiffon de papier jaune à demi-collé : Electro-pneumatic railwaij without fire, walves and dangers. Chemin de fer électro-pneumatique sans feu, sans soupapes et sans dangers.
- Voyons comment l’auteur prétend remplir sa promesse. — Voici d’abord un petit tube de cuivre ou de zinc, placé dans Taxe du chemin, entre deux rails ordinaires.
- Il n’a aucune fente, aucune soupape longitudinale, et voilà un piston à demi engagé dans l’intérieur, lequel est sans doute destiné à être poussé par une machine fixe soufflante, comme un pois dans une sarbacane; et puis voici sur ce tube une voiture à cheval qui représente le convoi, et ce convoi doit être traîné par ce piston ; mais on n’aperçoit aucun lien entre eux, ce lien est sans doute invisible, ce sera probablement l’aimant qui leur servira de trait d’union. Mais si cet aimant, porté par la voiture, rase le dessus du tuyau, il attirera le piston garni de ses armatures contre la paroi supérieure interne, ce qui rendra les frottements pour ainsi dire invincibles. Mais l’inventeur a prévu cette objection et très-habilement tourné la difficulté, en plaçant deux rangs d’électro-aimants à droite et à gauche du tuyau, de manière à faire compensation et à soutenir le piston suspendu, comme le tombeau de Mahomet, entre deux aimants d’égale force.
- Parfaitement touché ! cela suffit pour nous donner une bonne opinion de l’inventeur; mais le voici lui-même , voyons s’il répondra à tous nos Mais !
- — (1) Aurez-vous des aimants assez puissants? = Oui, car on en a déjà fait qui soulèvent 22,000 kilog., et Lentz et Jacobi déclarent qu’il n’y a pas de limite dans le développement de l’aimantation à l’aide de la pile, quand on n’est pas gêné par l’espace et le nombre des hélices, et je ne suis pas gêné, puisque j’ai tout l’espace inférieur de la voiture qui porte mes batteries, plus la longueur entière de mon convoi s’il était nécessaire. — Mais votre piston doit être court. = Je puis faire un chapelet de pistons qui me servira d’ailleurs utilement dans le passage des courbes. — C’est juste : mais vous ne savez peut-être pas que la puissance de l’aimant décroît comme le carré de sa distance à l’armature. = Je sais même que cette puissance décroît dans une bien plus forte proportion que vous ne le dites, d’après les auteurs qui se sont trompés et qui m’auraient trompé de même si je m’étais fié à eux ; M. Baral a trouvé par expérience la loi du décroissement d’après laquelle j’ai établi ma courbe géométrique, d’où il résulte qu’un aimant de 1,000 kilo«. au contact n’est plus que de 100 kilog. à 5 milli-' mètres, et il me faut au moins 5 millimètres de jeu tant pour mon piston que pour mes aimants , qui ne doivent pas toucher mon tube, lequel n’aura que deux ou trois millimètres d’épaisseur. — Eh bien ! vous voilà pris sans vert, comme on dit. = Vous êtes dans Terreur, car si j’ai seulement 100 kilo0-, d’attraction d’un côté, j’en aurai 100 de l’autre, et comme je puis doubler, décupler, centupler le nombre de mes aimants, j’aurai 400, 4,000 ou 400,000 kilog. à volonté, pour attacher mon piston à mon convoi, tandis qu’il ne m’en faut que 400, ce qui représente la puissance d’une locomotive ordinaire et la résistance du crochet qui attache le remorqueur au convoi. Car, faites-y bien attention, je ne veux que remplacer ce crochet matériel par un crochet immatériel, la translation s’effectuant comme à l’ordinaire par des machines à vapeur stationnaires.
- — Je vous comprends bien, mais M. Baral a aussi trouvé que par la traction latérale la puissance coercitive s’affaiblissait des deux tiers.=Je sais aussi cela, et je l’accepte, bien que j’aie trouvé un moyen de diminuer cette perte de plus de moitié par la position oblique de mes aimants et de leurs armatures incrustées dans mon piston de bois.
- Dans tous les cas, j’aurai de la puissance coercitive en surabondance, et il en faut pour ne pas laisser le piston se dételer en montant les rampes. — A propos, comment ferez-vous pour monter les rampes? = Je poussserai la pression de 2 à 3, à 4 et à 6 atmosphères, s il le faut, dans mon tube imperméable, qui sera essayé au double de celte pression • la force employée à monter les rampes les plus rapides ne sera point perdue, puisque l’air comprimé
- (l) Nous adoptons un tiret — pour le premier interlocuteur , deux pour le second = et trois pour le troisième [ . Nous recommandons ce procédé aux écrivains de dialogues.
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- à cet effet, servira, par sa détente à pousser le convoi en plaine. —Voilà qui est fort bien; mais comment ferez-vous pour arrêter aux stations? — On n’aura qu’à serrer les freins, et le chauffeur, ayant sous les yeux un manomètre annexé au tube propulseur, arrêtera sa machine dès qu’il verra le mercure s’élever plus haut que d’habitude, et la remettra en train dès qu’il le verra s’abaisser; cet abaissement étant la preuve que le convoi est en marche. — Ceci me paraît très-joli; mais le chauffeur ne pourrait-il pas également connaître, par le nombre de coups de piston , la place occupée par le convoi à chaque endroit du chemin ? = Je n’y avais pas songé ; je vous remercie de cette indication. J’adapterai un compteur à ma machine soufflante. —Un instant ! il faut tout prévoir. Que ferez-vous, si, par l’affaiblissement des piles, le piston se détache et part en avant comme un cheval débridé? = Le chauffeur s’en apercevra immédiatement par la dépression subite de son manomètre; il lâchera aussitôt, au secours du convoi désemparé, un piston de réserve qui arrivera à peu près en même temps que les piles auront été ravivées par une addition d’acide,ou raccommodées,s’il y a rupture de quelques fils.—Mais que deviendra le piston perdu?=U s’arrêtera dans son parcours s’il est long, pour suivre la marche du convoi, ou il arrivera au jour dans une auge ascendante, où sa vitesse s’amortira sans danger. — En vérité, vous m’avez donné jusqu’ici pleine satisfaction, mais je ne veux pas vous quitter sans vous avoir présenté mes derniers arguments Pourquoi ne faites-vous pas le vide devant votre piston, au lieu de faire le plein derrière ? = Parce qu’avec le vide il me faudrait un tube deux ou trois fois plus gros, ne pouvant jamais marcher qu’à une demi atmosphère. Je pourrais bien faire le vide par devant, en même temps que je comprimerais de l’air par derrière ; mais cela n’en vaut pas la peine, avec le petit diamètre que je compte employer ; mon tube étant mince, pourrait d’ailleurs s’applatir par le vide; il est vrai qu’on pourrait le rouvrir en y lançant un piston-calibre de fer, mais je préfère ne pas courir cette chance. Les tubes à soupapes longitudinales sont l’enfance de l’art; celui de Saint-Germain s’inaugurait le même jour qu’on démolissait celui de Croydon son frère, et aujourd’hui il est vaincu par une locomotive qui remorque deux fois plus de poids que lui; il devient donc inutile, comme le plan incliné de Liège et comme beaucoup de tunnels dont on aurait pu se passer. — J’aperçois, dans l’emploi de l’air comprimé, une objection grosse comme une montagne, car vous savez que les frottements de l’air dans les tubes sont énormes. = Le préjugé qui court à ce sujet est plus énorme encore, comme l’ont prouvé récemment les essais de Pecqueur et les calculs du général Poncelet.
- Ce qui a trompé tous les analystes, c’est qu’ils ont compté sur une vitesse de translation de 3 à 4-00 mètres par seconde, tandis qu’il ne me faut que 30 à 40 mètres au maximum ; ôtez un zéro de leur quotient imaginaire, et vous aurez le réel. —Vous avez, parbleu ! raison ; le simple redressement de cette erreur va nous ouvrir une voie nouvelle pour le transport de la force à distance. C’est un vrai trésor que vous me faites entrevoir.
- — Maisje voudrais savoir encore comment il se fait que votre système, qui n’oflre aucun danger d’incendie, de rencontre, d’explosion, même de déraillement, qui supprime les tunnels, qui supprime la locomotive et son poids mort, et réduit des trois quarts la dépense du combustible, n’est pas adopté avec acclamation ?== J’en suis aussi étonné que vous, surtout depuis la lettre insérée dans le Mécanics magazine par l’ingénieur William-Williams, qui déclare s’être occupé longtemps du même problème, sans en parler à personne, mais il ajoute qu’il est de son devoir de le recommander vivement a l'attention des compagnies, des ingénieurs et du gouvernement, comme le dernier mol des chemins de fer.
- — Eh bien, les ingénieurs et les compagnies sese ront empressés sans doute de vous aller consulter. — Personne n’est venu, personne n’a même voulu c onsenlir à m’entendre et tous m’ont fermé leur porte comme à un visiteur importun. Puis, ils ont dit aux compagnies dont ils laissent dévorer les dividendes par le cancer des locomotives, (pie j’é-ais un rêveur et que ma prétendue invention ne méritait pas la peine d’être examinée; voilà pourquoi elle reste et restera dans un coin obscur, à l’état de modèle informe, jusqu’à l'expiration de ma patente. —Ceci est incroyable, horrible, affreux,
- mais consolez-vous mon ami, vous n’êtes pas le seul inventeur dans ce cas, c’est le sort de toutes les grandes découvertes ; or vous rendra justice après votre mort : soyez tranquille, une statue de zinc delà Vieille-Montagne vous pend au nez ; bonsoir ! dormez bien et n’y pensez plus! votre invention ne sera pas perdue.
- En effet, la voici consignée avec toute la clarté désirable; onia retrouvera dans un ou deux siècles, après qu’on aura dépensé dix milliards à traîner inutilement 360 kil. de poids mort par voyageur. On la retrouvera comme on vient de retrouver dans un bouquin russe, le télégraphe électrique, la machine à vapeur et la photographie. Remarquez, que nous ne disons pas le télégraphe électro-magnétique, mais électrique, car le professeur L’homond s’était assuré depuis longtemps que l’étincelle électrique se propage à certaine distance au moyen d’un fil métallique, et qu’elle peut influencer l’électromètre, de manière à lui faire exprimer un signal voulu.
- Il ne manquait à ce fil, qu’un revêtement en matière non conductrice, pour empêcher le fluide de se perdre. Le gutta percha et le caoutchouc, nous viennent en aide aujourd’hui, mais on en aurait bien trouvé quelqu’autre, si le gouvernement d’alors avait encouragé cette découverte.
- En présence de pareils faits, qui deviennent plus nombreux chaque jour, n’est-on {tas obligé de convenir qu’il existe une regrettable lacune dans l’ad ministration du trésor intellectuel des nations; ne sent-on pas qu’il y manque au moins un tour pour recevoir et élever aux frais de l’Etat, les enfants perdus ou trouvés du génie ?
- N’est-ce point ce sentiment qui a suggéré l’idée d’un ministère du progrès, ou du moins d’une véri table société pour l’encouragement de l’industrie nationale?
- Jobard,
- Directeur du musée do l’industrie belge.
- EXPOSITION DE LA BELGIQUE.
- De tous les pays qui ont pris part au grand cou cours industriel ouvert au palais de Hyde-Park, la Belgique est assurément celui qui, eu égard à l’étendue de son territoire, a le plus exposé, preuve frappante des prodiges que peut réaliser l’industrie humaine, aidée par un sol fertile et riche en minéraux.
- Les tapis de la manufacture royale de Tournay, bien inférieurs, sous le rapport de l’art, à ceux des Gobelins, ont un grand mérite industriel. Ils attirent l’attention du public par leurs dimensions et par l’harmonie de leurs nuances.
- Une autre manufacture royale, celle de M. Jorez, de Bruxelles, a exposé un bel et nombreux assortiment de toiles cirées de toutes les couleurs et de toutes les qualités ; cette industrie a pris une extension dont on ne l’aurait pas jugée susceptible.
- La sparterie belge a aussi un véritable mérite. Nous remarquons de belles flanelles et des étoffes de laine à carreaux, très-variées, fabriqués à Saint-Nicholas, ainsi que des tissus de laine légers, de M. d’Hent, de Bruxelles, à côté desquels est étalé un assortiment de laines lavées et en suint.
- Courtray a envoyé de fort belles étoffes façonnées pour pantalons. MM. Xhofray, de Dolhain et Au-deghem, de Bruxelles, ont exposé des paquets de laine cardée de belle qualité.
- Mais ce qui fait le plus d’honneur à l’industrie lainière de la Belgique, c’est le magnifique étalage des draps de Verviers. Doux au toucher, moelleux, rasés assez courts, moins cependant que les draps anglais, ces admirables tissus semblent défier la concurrence.LeZollvereinetlaFranee n’ont rien exposé de plus fin el de plus parfait que les draps verts de MM. Pirenne et Duesberg..
- Les draps de Tournay ont aussi leur mérite.
- Courtray a fourni de beaux tissus laine et coton, et coton et lin.
- Les toiles de lin, de Vilvoorde, sont d’une grande beauté, de même que les pièces de lin imprimées.
- La filature de lin et d’étoupe de Tamise (Flandre-Orientale) et la Société linière gantoise, ont envoyé des fils magnifiques.
- On remarque de superbes batistes et de très-beaux nappages des Flandres.
- Les toiles à bâches, de Garni, sont fort épaisses. Les toiles à voiles, de Garni et de Tréminde, se font 'remarquer par la grosseur de leur grain.
- Si la Belgique est très-avancée dans l’industrie de
- la laine et du lin, elle paraît l’être moins dans celle des cotons. Les indiennes à la planche, de MM. Ser-vaës, d’Alost et Wortmann, deGand, sont extrêmement ordinaires.
- M. Verhulst, grand manufacturier de Bruxelles, a déployé un peu plus de goût dans ses impressions au rouleau qui sont assez bonnes. 11 imite aussi Rouen et Roubaix avec succès.
- La Belgique a conservé une grande supériorité dans la fabrication de la dentelle; c’est une industrie de luxe par excellence. Bruxelles a justifié, au Palais de Cristal, son ancienne réputation pour ce genre de tissu, et l’un de ses manufacturiers, M. Vander-kellen-Bressin , le grand maître de la dentelle belge, a cueilli à l’Exposition universelle de nouveaux lauriers. C’est dans la galerie supérieure du nord que l’on admire ses chefs-d’œuvre, parmi lesquels brille, au premier rang, un incomparable mouchoir, aux armes d’Angleterre, merveilleux ouvrage où le goût exquis le dispute à la patience, et qui doit faire le désespoir de tous les fabricants de dentelles. Le fil de ce mouchoir revient à 3,500 fr. la livre. Le fini du travail, la beauté du dessin, la perfection du tissu, lui méritent une des premières places parmi les produits les plus remarquables de l’Exposition.
- M. Vanderkellen-Bressin a encore envoyé d’autres merveilles, et, entre autres, une fabuleuse robe de dentelle, dont le fil coûte 2,500 fr. la livre, et qui doit être contemplée d’un œil d’envie par bien des belles visiteuses.
- Le même fabricant a aussi exposé des articles courants en dentelles et en guipures très-remarquables , mais à la portée des fortunes ordinaires.
- Après les produits de M. Vanderkellen-Bressin, ce sont ceux de M. Robyt et de M. Dartevelle, tous deux aussi de Bruxelles, qui me paraissent mériter le plus d’éloges. On admire une magnifique robe, application et guipure, du premier de ces fabricants. Celle exposée par M. Van Eekhout, quoique belle aussi, le cède à la précédente.
- Viennent ensuite les dentelles de MM. Duhayen-Brunfaut et C°, qui sont de la plus grande finesse ; les points à l’aiguille et plats, de Mme Sophie Defresne, qu’on ne saurait trop louer; les petites dentelles imitation, de M. Vandersmqissen; celles deM. Ducpétiaux et fils.
- M. Everaërt clôt la liste des petits chefs-d’œuvre aie Bruxelles par un grand et magnifique châle de dentelle noire et par quelques belles garnitures de robes.
- Les écharpes et les châles de Grammont, en dentelle noire au fuseau, sont très-admirés.
- Les dentelles blanches deMalines le cèdent à celles de Bruxelles.
- Bruges a exposé des volants en guipures de Flandre, d’un charmant dessin. Ypresbrille par ses Valenciennes.
- On remarque aussi les guipures de Flandre de Verviers; les châles en dentelles de soie noire, application de Garni ; les dentelles et les broderies de CoutraL Quant aux châles réseaux, d’Anvers, imitant l’application, ils sont fort ordinaires.
- Puisque nous avons commencé par les dentelles l’examen du compartiment belge dans la galerie supérieure, nous allons le terminer avant de descendre au rez-de-chaussée.
- Une grande vitrine a été consacrée aux costumes et ornements d’église. Le public anglais y contemple, avec un étonnement quelque peu moqueur, trois mannequins qu’on a eu la ridicule idée d’y exposer et qui représentent le martyr de Canterbury, le cardinal-primat de Belgique et feu l’archevêque de Paris, Mgr Affre.
- A côté de cette victime s’élève un trophée de livres de lithurgie romaine, édition Anigo, de Mali-nes, remarquables par leurs riches reliures. La librairie belge nous apparaît ici sous sa face la plus respectable, pour nous faire oublier, sans doute, la plaie honteuse de la contrefaçon.
- On rencontre ensuite un vaste étalage de papiers et de fournitures de bureau, puis des échantillons de passementerie militaire et de passementerie pour ameublement.
- Liège a un petit trophée composé d’un bouclier, de quelques armes de luxe et de divers petits objets en vermeil, en cuivre, en bronze et en acier, travaillés avec art.
- Quelques mois, maintenant, sur les cristaux belges : Geux de Namur et d’Anvers sont de belle qualité. M. Brodier-Christiœns, de Bruxelles, surpass
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- LE PALAIS DE CRISTAL
- LA CHEMINÉE ET LA TASSE EN MALACHITE
- DU PRINCE DEMIDOFF.
- Il ne nous sera pas possible de faire passer sous les yeux de nos lecteurs, toute la série des beaux objets exposés parle prince Demidoff; cette série, dont la nomenclature accompagnait, dans notre numéro du 4 6 août, le dessin d’un des quatre grands vases en malachite, qui ont fait arrêter tant de visiteurs devant la section russe de l’Exposition de Londres, se compose d’objets trop nombreux pour que sa reproduction intégrale dans ce journal puisse avoir lieu sans tourner au préjudice d’une foule d’autres productions qui, bien qu’inférieures à celles de M. Demidoff, sous le double point de vue de la richesse et de l’excentricité, n’en ont pas moins droit à notre attention et à l’espace que nous réservons à tous les arts et à l’industrie de toutes les nations.
- Cependant, il est juste de reconnaître que les ouvrages dont nous allons une dernière fois entretenir le public, sont un véritable évènement minéralogique, artistique, et dans une certaine mesure, architectural; de sorte que, comme curiosité et comme monument, il n’y a positivement rien au Palais de Cristal qui soit plus digne d’être noté, étudié et recommandé, que les splendides articles auxquels nous faisons allusion ; c’est en vertu de ces considérations, que, tout en regrettant de ne pouvoir reproduire toutes les malachites russes, depuis les fauteuils jusqu’aux presse-papier, nous avons voulu
- en or moulu. De chaque côté du foyer se trouve une Yénus à demi étendue sur des ornements aussi en or moulu; le tout est surmonté par une vaste pendule en malachite, comme le meuble auquel elle sert de couronnement, et sur cette pendule, se trouve ciselé un sujet de marine, doré par le procédé que nous venons d’indiquer, c’est-à-dire, à l’or moulu.
- Mais beaucoup de lecteurs ne savent probablement pas ce que c’est que la dorure dont il s’agit, et, dès-lors, on nous saura peut-être gré de fournir ici des explications à ce sujet.
- La dorure à l'huile et celle en détrempe, s’ap-
- de ce qu’on appelle argent haché, voici comment on procède: Avant d’appliquer les feuilles d’argent — le nombre en est de 20 à 60 — on frotte soigneusement l’ouvrage avec la pierre à polir, ensuite on le recuit au feu et on le plonge, quand il est un peu refroidi, dans l’eau seconde; quelques instants après on recommence la même opération, puis on fait les hachures et l’on applique l’argent.
- Ajoutons maintenant que l’art galvano-plastique a singulièrement simplifié les anciennes méthodes de dorure et d’argenture.
- Cela dit, nous reviendrons aux malachites de M. Demidoff.
- En ce qui touche la cheminée, comme la parole jest impuissante à rendre le merveilleux effet que produit la vue de cette œuvre de magnificence, nous avons dit, à peu près, tout ce qu’on en peut dire; nous nous trompons : il manque au tableau que nous avons essayé de faire de ce bijou monumental, un trait qui, bien mieux que notre description, pourra donner une idée juste et de sa physionomie et de son importance ; ce trait c’est son évaluation qui se trouve portée à 40,000 francs; l’éloquence de ce chiffre nous dispense de pousser plus loin notre argumentation à ce sujet. Mais nous ferons quelques réflexions relativement à la grande tasse.
- Ce vase, majestueux et élégant tout à la fois, est placé sur un piédestal composé de trois dés superposés dans un ordre de réduction progressive; les deux premiers sont assis sur leur base à
- fêter l’inauguration de la nouvelle et somptueuse industrie à laquelle cette matière vient de douner naissance, en appliquant nos dessinateurs à la traduction des principales pièces à la composition desquelles elle a concouru. Après le grand vase et la magnifique porte que nos abonnés ont déjà vus, il nous a semblé nécessaire de leur montrer la cheminée dont la presse anglaise s’est si fort occupée et la grande tasse qui fait partie des quatre gigantesques vases que nous avons nous-mêmes plusieurs fois mentionnés.
- La cheminée a quatre pieds trois pouces d’élévation, sur six pieds huit pouces de large; elle est conçue dans ce style Louis XY, qui, par ses propensions hybrides pour le croisement des écoles, a abâtardi jusqu’au composite- lui-même, le premier bâtard des ordres architecturaux; mais il en est des styles, comme des individus, et des deux parts, le croisement des races s’opère au bénéfice du résultat. Le style LouisXV, est un de ceux que les gens de goût apprécient le plus. L’encadrement de cette cheminée, portant trois écharcrmes à la base et deux corniches sphériques dans le dé, rentrant par le fût et arrondi vers le chapiteau, se termine à chacun de ses deux sommets par une chimère qui supporte la corniche supérieure; ces chimères, ainsi que la figure fantastique qu’on aperçoit au centre du man -teau, sont entourées d’arabesques et de guirlandes
- La cheminée en malachite du prince Demidoff.
- pliquent particulièrement au bois; mais celle qu a pour objet un métal quelconque s’appelle dorure au feu et se fait en or moulu, en or en feuilles ou en or haché.
- Pour dorer en or moulu, en d’autres termes vermeil, on met dans un creuset, rougi au feu, de l’or et du mercure dans la proportion d’une once de celui-ci avec un gros d’or. Quand ils sont fondus et amalgamés, on les jette dans l’eau pour les laver ; puis on les étend le plus également possible sur le métal qu’on a eu soin de décrasser auparavant et de laver dans de l’eau forte affaiblie avec de l’eau commune. Ainsi recouvert, le métal est exposé au feu : le mercure s’évapore, l’or reste et l’on recouvre du même amalgame les endroits qui ne paraissent pas assez dorés.
- Pour dorer en feuilles, il suffit de faire chauffer le métal et d’y appliquer une feuille d’or qu’on expose ensuite au feu et qu’on brunit clair avec de la pierre à dorer, vulgairement connue sous le nom de sanguine.
- On dore en or haché par le même procédé, avec cette différence qu’avant d’appliquer la première feuille d’or, on fait, sur le métal, une multitude de petites hachures que l’or qui les recouvre empêche ensuite d’apercevoir.
- Ce que nous venons de dire par rapport à l’or s’applique également à l’argent. A l’égard, par exemple,
- l’aide d’un plan incliné ou soubassement : celu du sommet est placé carrément et à plat. Lesi quatre angles de ce piédestal sont aplatis et ornés, ainsique le centre des corniches, de relief en or moulu. Le vase, de forme extrêmement évasée, s’ouvre, comme une campanule, sur une tige tournée dans le genre de celles des casius; son élévation est de douze pieds environ et son prix de 50,000 francs.
- De tous les ouvrages sur lesquels le goût moderne aura à se prononcer, les plus complexes sont incontestablement ceux qui fixent dans ce moment notre attention ; ils résument dans leur fabrication toute la série de connaissances qui constituent le lot partiel des industries diverses du métallurgiste, du fondeur, de l’architecte, du dessinateur, du graveur, du doreur, du lapidaire, etc., et réclament, en outre, des études pratiques sur l’art moins vulgaire et infiniment plus difficultueux de la mo saïque.
- D’abord, l’appareil que nous admirons est monté sur cuivre, et comme il importe à la solidité du travail que ce cuivre soit extrêmement pur, il faut nécessairement que le métallurgiste intervienne pour constater que le soufre qui, dans l’ordre de la nature, minéralisé ce métal, en a été complètement séparé.
- Le cuivre une fois admis par le métallurgiste, il
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- s’agit de lui donner une forme et, à cet effet, l’ar-cliitecte et le dessinateur se présentent, l’un pour adopter un style, l’autre pour en tracer le dessin, et tous les deux pour confectionner un modèle. Nous sommes loin de l’époque où Ctésiphon, Phidias et Apollodore , bornaient leur talent à la construction des temples pour abriter des reliques ou des maisons pour mettre les gens à couvert; depuis que nos meubles ont emprunté leur forme à l’archéologie, le génie architectural a pris des développements nombreux et variés, et'son application au plan d’une cheminée est aussi régulière aujourd’hui qu’elle l’était autrefois, par rapport à l’édification d’un monument public. Déjà l’architecte qui vient après le métallurgiste, pour mettre en œuvre les beaux objets dont nous faisons la description, implique à
- placages. Remarquons, à l’égard de la cheminée et du vase qui donnent lieu à cet examen, que ces objets ont réclamé le double concours du fondeur et du batteur, car si la carcasse revêtue de malachite a été battue, les ornemants métalliques et les statuettes qu’on y aperçoit sont un produit de la fonderie, illustré par la gravure ou la ciselure ; ce dernier travail atteste l’avénement d’un nouvel artiste, le graveur, dans la confection de l’œuvre.
- Enfin, voici le lapidaire qui, abandonnant, pour quelque temps, le diamant, le rubis, la topase, l’émeraude, le saphir, l’amétiste, le grenat, l’hyacinthe, la chrysolite, le péribot, l’aigue-marine, le béril et l’opale, s’occupe de tailler la malachite.
- Et, comme couronnement du labeur, vient, en dernière analyse, l’artiste en mosaïque, faisant la-
- Parmi les pierres, les unes sont tendres, friables et peu compactes comme la plupart des talcs et la pierre-ponce; d’autres, au contraire, sont dures et ne peuvent être travaillées qu’avec le fer ou l’acier, tels sont les marbres et les pierres meulières. Il y a quelques cailloux dont le tissu granitique étant plus serré ne peut être taillé qu’au moyen de fortes limes d’acier supérieurement trempé ; il en est d’autres sur lesquels la lime elle-même n’a point de prise; ceux-ci veulent être travaillés avec l’éméri, pierre ferrugineuse grandement rebelle à son tour au traitement qu’on veut lui faire subir ; à cette dernière catégorie appartiennent les jaspes, lesaga-thes, les malachites, etc.
- S’il ne s’agissait, dans l’art dont nous saluons la naissance, que de tailler par menus fragments la
- La grande tasse en malachite du prince Demidoff,
- lui seul une foule d’études, telles que la sculpture, la peinture, la serrurerie, la menuiserie, etc., le dessinateur qui accompagne l’architecte et qui n’est le plus souvent que l’architecte lui-même, est tenu d’imiter, par des traits, la forme des objets que la nature ou l’art offrent à nos yeux, et apporte, par conséquent, un contingent multiple de notions diverses touchant les lois delà perspective.
- A la suite des opérations qui aboutissent au modelage, l’art du fondeur est absorbé ou tout au moins celui du batteur sur métaux ; car, c’est aux moyens de la fonderie ou de la chaudronnerie que l’on façonne le cuivre destiné aux revêtements des
- téralement adhérer les minces morceaux de la pierre précieuse et formant ainsi une vaste surface d’une seule pièce.
- Jamais, on en conviendra, plus solennel exemple de [l’alliance des arts et de l’industrie n’avait été donné.
- Nous avons eu plusieurs occasions dans le cours de cette publication de parler de la malachite ; son histoire est, même, en partie contenue dans le dernier article qui a été donné sur l’exposition russe ; mais une notion essentielle, celle qui a rapport aux difficultés que présente l’élaboration de cette matière, a été tenue en réserve et sa place est naturellement marquée ici.
- malachite pour l’enchâsser dans un collier, dans un bracelet, dans une boucle d’oreille, il y aurait quelque puérilité à s’en préoccuper autant : on fait chaque jour des facettes sur des surfaces plus dur es et la taille du diamant est, aujourd’hui, un fait familier. Mais la question n’est plus dans l’art de polir une superficie, il s’agit d’autre chose : il faut, non point faire une face à la pierre, mais la diviser, la scier en tranches amincies, —scier une substance sur laquelle l’acier le plus fin nemord pas ! — Juxtaposer ces tranches sur une étendue de 30 pieds carrés et tailler ensuite ou polir ce joyau colossal, comme on (aillerai! une turquoise pour une tête d’épingle.
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- encore ses confrères de ces deux villes par le goût.
- Les cristaux de M. Cappelmans sont peu remarquables; mais, par contre, il a exposé de belles porcelaines.
- Il nous reste à visiter, au rez-de-chaussée, deux salles belges intéressantes, celle des armes et celle des produits bruts.
- A l’entrée de la première se trouvent placés quelques beaux échantillons de sellerie. Liège ne tarde pas à s’annoncer par un immense étalage d’armes à feu, comprenant des pistolets, des fusils de munition, des fusils communs destinés à faire concurrence, pour l’exportation et par leurs bas prix, aux fusils anglais connus sous le nom de tower-guns, qui trouvent un grand débit sur la côte occidentale d’Afrique ; des carabines de différents systèmes, et, enfin, une quantité de fusils de chasse qui se distinguent par la largeur et l’épaisseur de leurs canons. Depuis longtemps, on le sait, l’armurerie liégeoise est renommée par ses bas prix ; c’est ce qui constitue l’infériorité relative des armes françaises. Quant à la qualité, au fini et à la perfection du travail, Paris peut défier toute concurrence ; le Palais de Cristal en fournit la preuve évidente.
- L’armurier du roi a exposé quelques belles armes parmi lesquelles on distingue une carabine pourvue de trois points de mire et dont on vante la justesse de tir.
- Au milieu1 de la salle on rencontre des mortiers, quelques canons en fonte et une bombe de mortier-monstre employée au siège d’Anvers.
- On remarque aussi des fers laminés au coke et des tôles d’IIuy, de belle qualité.
- L’allée des produits bruts renferme une collection de minéraux, des blocs de houille, des marbres, des mines de plomb et de zinc, de l’argile des pierres à aiguiser, de belles pierres meulières, des briques, des échantillons de tabac, des graines, du lin en tiges, des gemmes, des pains de sucre, de lableine, des savons et des fontes de moulage. On pourrait peut-être regretter que les richesses végétales et minérales de la Belgique ne soient pas représentées par des spécimens plus nombreux et plus méthodiquement classés.
- Dans le compartiment belge du côté du sud, la Vieille-Montagne, dont les produits occupent un espace considérable au Palais de Cristal, a exposé de grandes feuilles de zinc; Namur, des vases en cuivre jaune ; Liège, des fils de fer et des clous.
- Nous arrivons à l’exposition des machines de la Belgique qui, sous le rapport du nombre et de la qualité, occupent la troisième place à l’Exposition, la première appartenant à l’Angleterre et la seconde à la France. La machine à vapeur à pistons inclinés, sortie de la société John Cockerill, de Seraing, et destinée à un navire à vapeur, se distingue par la perfection de tous ses détails. Le batteur hélicoïde de la société du Phénix attire également l’attention des connaisseurs. On remarque aussi un grand ventilateur de l’invention deM. Fabry; un banc à broches de filature; une tondeuse en spirale, servant à couper le duvet du calicot; un métier à la Jacquard; un modèle.de pont; une machine à peler et à glacer le riz ; un joli appareil à raffiner le sucre, de M. Van Gooth, de Bruxelles; un humecteur de grains; une machine destinée à briser les mottes de terre et différents autres instruments industriels et aratoires.
- La Belgique a aussi exposé des instruments de musique ; quelques meubles de formes peu élégantes et des papiers peints dont nous ne voulons pas rabaisser le mérite, en disant qu’ils ne sauraient rivaliser avec ceux de France; car la perfection de ces derniers est brillamment démontrée par notre exposition.
- Il est, comme on le voit par l’examen que nous venons de faire, peu d’industries que la Belgique ne se soit appropriées, et peu, surtout, qu’elle n’exploite avec succès. Ses machines sont d’une construction irréprochable. Son industrie lainière n’a rien à envier à celle des pays les plus avancés. Ses toiles de lin sont excellentes, de même que ses toiles cirées. Les dentelles de Bruxelles continuent de jouir d’une vogue méritée dans le monde élégant . Les armes à feu de Liège font une rude concurrence, même sur le marché français, à celles de St-Etienne.
- Si l’ébénisterie fine et quelques autres industries artistiques ont encore des progrès à faire dans ce pays, les beaux-arts proprement dits y sont cultivés avec une ardeur des plus louable, comme le prou-
- vent les belles et nombreuses statues qu’il a exposées dans la grande avenue.
- La statue équestre colossale représentant Godefroy de Bouillon en costume de croisé, a valu à M. Simonis de justes éloges, quoique certaines parties du cheval donnent peut-être prise à la critique. On doit au même sculpteur une Vénus sortant du bain et deux charmantes statues d’enfants, l’un souriant à un paillasse qu’il tient à la main, l’autre pleurant sur un tambour qu’il vient de casser.
- Les deux enfants endormis, de M. Geerts, sont d’une grâce parfaite. Son groupe allégorique du lion dompté par une femme qui s’amuse à lui rogner les ongles, est une jolie fable ou plutôt une morale en plâtre d’une, triste vérité ! La femme donnant à mânger à un perroquet perché sur son épaule a beaucoup de grâce dans sa pose.
- M. Geerts a fourni un beau groupe en bois représentant la Vierge entourée d’anges.
- La jeune bergère qui s’exerce à dessiner et la femme qui enlève une flèche à un Amour à ses pieds, font honneur à M. Jaquet.
- On remarque eucore un Caïn, par Jehotte, un ange endormi, de Fraiken, et une Vénus du même.
- La Canadienne arrosant de son lait la tombe de son enfant qu’elle pleure, est pleine de grâce et de tristesse. Nous regrettons d’ignorer le nom de son auteur, qui a droit aux plus grands éloges.
- EXPOSITION DE LA HOLLANDE/
- Sous le rapport de l’espace, la Hollande est mal partagée à l’Exposition universelle. On n’a accordé qu’uneétroite allée à cette puissance si commerçante, si colonisatrice, à la reine de l’archipel indien, à l’ancienne rivale maritime de l’Angleterre, qui semble encore jalouse de la grandeur passée du pays auquel elle a enlevé le Cap-de-Bonne-Espérance et qu’elle voudrait pouvoir supplanter à Java.
- M. Hope, le riche banquier hollandais, a exposé, à l’entrée du petit compartiment de sa nation, une magnifique collection de pierres précieuses qui dis -putent au Ko-ïnor l’admiration du public.
- A côté de ce splendide étalage , on remarque de beaux échantillons de l’orfèvrerie néerlandaise. Ce sont quatre vases en argent, de différents styles.
- Les industries spéciales de la Hollande sont représentées par de belles toiles damassées, mais en trop petit nombre; par quelques velours, quelques échantillons de draps, de basins croisés, et par de magnifiques couvertures. Nous aurions désiré pouvoir étudier ici les articles variés qui forment la base des grandes exportations du commerce néerlandais. . On remarque une assez curieuse exposition de cloches ; quelques beaux candélabres en bronze et en cristal ; un paravent et une table de laque, imitation de Chine ; des échantillons de sparterie, une meule à sucre et quelques autres petits appareils.
- Quant aux produits chimiques, aux gélatines et à quelques produits bruts, ces objets sont insignifiants.
- La Hollande a exposé, dans l’une des galeries du Nord, quelques jolis et curieux modèles de viaducs, de locomotives, de ponts à grues et à rouleaux. On y remarque aussi des* cristaux, des modèles de bateaux et un dynamomètre de Leyde, servant à mesurer la résistance des charrues.
- Mentionnonsencoreun régulateur d’horloges, une horloge astronomique, un cadran solaire équatorial et une machine à niveler.
- Les produits de la Hollande, on le voit, jouent un bien petit rôle au Palais de Cristal. L’industrie de la Belgique manque encore, et manquera longtemps à ce petit royaume, si commerçant et qui occupe, grâce à l’activité et à l’énergie de ses habitants, ainsi qu’à ses colonies et à sa marine, un rang si honorable en Europe. Le commerce belge, de son côté, n’a-t-il pas bien sujet de regretter de ne plus prendre part au mouvement maritime d’un pays, dont la seule colonie de Java présente un chiffre annuel de près de deux cents millions d’importations et d’exportations?
- EXPOSITION DE LA SUISSE.
- Nous devrions, pour nous conformer à Tordre topographique, nous occuper maintenant de l’Exposition française qui touche à celle de la Belgique. Mais nous croyons mieux faire en examinant les produits de tous les autres pays, avant de passer les nôtres en revue.
- Nous arrivons à la Suisse. Ses principales salles sont tapissées de grandes pièces de mousseline brodée, pour tentures et pour rideaux. C’est un genre dans lequel ce pays excelle. Un nombre, considérable d’ouvrières y gagnent leur modeste existence, en se livrant à la broderie sur mousseline et sur tulle, qu’elles livrent à très-bas prix.
- Saint-Quentin ne peut lutter en bon marché avec la Suisse, qui, à la vérité, ne produit pas des genres aussi fins et aussi parfaits que cette ville, quoique quelques-uns de ses fabricants, comme M. Banziger, de Saint-Gall, cherchent à en imiter les tissus riches et de petite dimension.
- L’industrie cotonnière a, du reste, fait de grands progrès dans plusieurs cantons depuis une quinzaine d’années. M. Ziegler, de Vintherthur, a exposé de beaux rouges turcs. Les indiennes pour meubles de MM. Bovet, habiles imprimeurs deNeufchâtel, pourraient presque lutter avec celles de Mulhouse. Quant aux indiennes riches, nous demeurons toujours supérieurs à la Suisse comme aux autres pays. Les mousselines et les impressions fines de M. Blumer n’ont rien de remarquable, si ce n’est, sans doute, leurs prix.
- MM. Banzer et Kolp, d’Ebnat, ont exposé des mouchoirs communs, genre rouennerie, et M. Mathias Neff des cotonnades genre Sainte-Marie.
- Toutes les variétés de tissus de coton sont largement, sinon brillamment représentées ici; et ces mêmes tissus suisses que nous trouvons au Palais de Cristal, on les rencontre dans les pays les plus lointains, dans l’extrême Orient, dans l’Amérique du Sud, faisant une concurrence active aux similaires anglais, français et américains. C’est que, malgré la distance des ports de mer d’où la Suisse reçoit ses cotons en laine, malgré la cherté des matières tinctoriales et du fer qui lui arrivent aussi de loin, elle produit à très-bon marché, grâce à l’abondance de la force motrice hydraulique, au bas prix de la main-d’œuvre et à la franchise accordée aux matières premières à l’entrée.
- Une autre salle de la Suisse est consacrée à. l’industrie de la soie, dans laquelle ce pays a aussi réalisé des progrès considérables.
- Les magnifiques gros de Naples, les élégants satins et les très-belles lustrines de Zurich méritent d’éveiller l’attention de Lyon, de même que les remarquables rubans d’Arau et de Baie doivent être un nouveau motif d’émulation pour la fabrique de Saint-Etienne. Nous remarquons de la serge noire et des organsins d’excellente qualité.
- L’horlogerie suisse, cette troisième branche si importante de l’industrie nationale, étale ses merveilles dans une des galeries supérieures du sud, en avant de l’exposition lyonnaise.
- Genève et la Chaux-de-Fonds se distinguent par l’excellence et le bon marché de leurs mécanismes, aussi bien que par la beauté de leur travail. On sait que l’horlogerie fine de la Suisse a acquis une juste supériorité dans tout le monde, et ses bas prix lui permettent d’envoyer de ses produits jusqu’à Canton, où la maison Bovet, de Neufchâtel, possède un comptoir qui fait de très-grandes affaires. Elle trouve également de beaux débouchés dans l’Amérique du Sud.
- L’horlogerie de Genève et de la Chaux-de-Fonds montre ce que peut la division du travail largement pratiquée. Tout le talent, toute l’existence d’un ouvrier y sont uniquement consacrés à la confection d’une partie presque imperceptible du rouage ou du mouvement d’une montre. De là une simplification, un ensemble et une perfection impossibles à atteindre autrement. Les facultés et l’émulation incessante du maître, comme de l’ouvrier, sont dirigées vers un seul but. Privé, sous un ciel inclément, de la plupart des plaisirs et des distractions qui entourent ses confrères des autres pays, l’horloger de la Chaux-de-Fonds est tout entier à son métier, unique mobile de son ambition.
- Parmi les montres de Genève, on en remarque plusieurs qui sont enrichies de portraits, de jolies peintures sur émail.
- A côté de l’horlogerie de la Suisse, sont exposés des échantillons d’une industrie assez curieuse dont ce pays est aussi en possession. Ce sont des brides pour chapeaux, des cordonnets, des dentelles en paille, d’une finesse et d’une élégance remarquables. Les tresses en jonc et en crin, les dentelles soie et paille, sont aussi parfaitement confectionnées, de même que les porte-cigares, les cabas et les chapeaux de paille pour femmes.
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- Nous ne quitterons pas la galerie de la Suisse sans payer un juste tribut d’éloges aux magnifiques étuis de mathématiques d’Arau. C’est une spécialité dans laquelle cette ville excelle.
- Au rez-de-chaussée, la Suisse a aussi exposé deux instruments qui pourraient revendiquer la dénomination d’instruments de précision. Le premier est un planomètre à côté duquel se trouve placé le plan en relief d’un des glaciers des Alpes. Le second est un instrument dont le besoin ne pouvait guère se faire sentir que dans la patrie de Guillaume-Tell, où la balle et la carabine ont hérité de l’importance de la flèche et de l’arbalète. C’est un petit appareil destiné à mesurer très-exactement la distance des balles au centre d’une cible.
- La Suisse fabrique aussi beaucoup d’instruments de musique. Elle a envoyé des pianos, des violons et une quantité de mandolines renfermées dans des boîtes noires.
- On rencontre encore dans son exposition quelques petits meubles en bois blanc assez élégamment sculptés, des cuirs, de la poterie commune, de la quincaillerie très-ordinaire, un tonnelet à faire le beurre, et quelques instruments aratoires.
- Mais ce qui donne une véritable importance industrielle à la Suisse, dans le Palais de Cristal, ce sont ces trois grandes industries du coton, de la soie'et de l’horlogerie, dans lesquejles la population de ce petit pays déploie tant d’intelligence et d’activité.
- IIaussmann.
- L’ESPAGNE A L’EXPOSITION.
- (Fin.)
- La différence qui existe, tant pour l’abondance que pour la richesse, entre les ressources naturelles de l’Espagne et ses produits manulacturés, présente quelque chose de saisissant et de déplorable tout à la fois. En voyant tant de matière brute et •'si peu d’art, tant d’éléments d’industrie et si peu de com-jort, on se demande si c’est pour obéir à une loi fatale que les peuples les plus splendidement dotés sont enclins à la simplicité, pendant que les plus déshérités poursuivent sans relâche la réalisation du luxe et de la magnificence. Cette remarque, en expliquant le fait particulier qui nous occupe, donne la raison des innombrables contradictions qui s’établissent entre les faits naturels et les tendances de l’esprit humain, et laisse croire que cet antagonisme est une nécessité providentielle.
- Cependant, le souvenir des labeurs auxquels elle se livrait à l’époque où l’exploitation des mers lui était presqu’exclusivement dévolue, et l’exemple moderne qui lui est fourni par l’activité des nations qui l’environnent, n’ont pas été entièrement perdus pour l’Espagne ; c’est pourquoi nous examinerons ee que lui ont fait produire et ce souvenir et cet exemple..
- Pour nous conformer à la méthode que nous avons précédemment adoptée, nous commencerons cette revue par les manufactures métalliques; et, sur le premier plan des travaux de cet ordre, nous placerons poliment le buste de la reine, Isabelle II, et celui du roi, son époux ; ce dernier buste, coulé en première fonte, se fait remarquer par la finesse des reliefs ; quant à celui de la reine, il est en bronze et révèle aussi une grande délicatesse d’exécution. Ils proviennent tous deux de la manufacture royale de Trubia, dans la province d’Oviédo.
- Les deux pièces d’artillerie de fer forgé qui sont au milieu de la grande galerie, et dont nous avons dit un mot dans notre avant-dernier article, ont été faites par l’année de don Carlos durant la dernière guerre des partisans. L’une, l’obusier, a 16 pouces de calibre, et l’autre, le mortier, en a 9. Ces deux pièces, dont les hommes spéciaux ont admiré la fabrication, portent la date d’Onate, 25 août 1837, et le chiffre du prétendant, C. V. (Charles V), que les Chrisünos appelaient, par dérision, Charles IV et demi. La manufacture de Séville a aussi exposé un obusier de 9 pouces de calibre, qui pèse 6,570 livres, et dont l’évaluation s’élève à 67,300 réaux (environ 17,000 francs).
- Tolède, le Damas des Espagnes, s’est présentée à l’Exposition dans la fière attitude qu’autorisait sa vieille renommée. Indépendamment de la dague dont ce journal a donné le dessin dans le courant du mois dernier, la manufacture de Tolède exhibe des lames de sabre et d’épée, d’ancienne et de nouvelle forme, pour la cavalerie et l’infanterie, marquetées, gra-
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- vées, dorées, émaillées, colorées et damasquinées; des hallebardes et des couteaux de chasse de toute grandeur et de toute forme. M. Manuel Isasi a exposé une épée de Tolède dont le fourreau, en forme de serpent, est aussi remarquable que la lame, feuille d’acier témoignant, par sa flexibilité extrême, delà trempe exquise du métal.
- La contribution de Plaisance se compose d’un mousquet à percussion avec sa baïonnette.
- Voilà pour l’industrie officielle en ce qui touche les métaux. Pour peu que les idées de paix fassent des progrès, on voit que les manufactures susnommées ne serviront plus que pour mémoire.
- En tête des rares industries privées qui s’occupent de la fabrication des armes, nous devons placer celle que M. Zuloaga dirige à Eibar, en Guipuzcoa. Cet exposant, qui traite aussi l’orfèvrerie avec distinction, ainsi que nous le verrons tout à l’heure, a envoyé au Palais de Cristal deux paires de pistolets, deux couteaux de chasse, une épée de cavalerie, un fusil de chasse et une carabine, articles fort remarquables et qui lui font grand honneur, les pistolets, surtout, à canons ciselés et damasquinés sur fond d’or; ces armes élégantes, sur lesquelles on distingue des figures fantastiques, ont été confectionnées avec un goût exquis, depuis la poignée jusqu’à l’embouchure. L’épée et les couteaux de chasse sont, comme le pistolet, ornés de reliefs, d’incrustations et de damasquineries. La manufacture de M. Zuloaga , établie depuis cinq ans seulement, sert à prouver combien son art est nouveau dans son pays ; car il n’a pas de concurrents sérieux. Notons que les matériaux dont il fait usage sont entièrement espagnols, et que, déjà, ses ateliers comptent trente ouvriers.
- Pour n’avoir point à revenir dans l’établissement de cet industriel, citons tout de suite un petit coffret en fer forgé et à fines ciselures sur or et argent, dans le même style que les pistolets; cette charmante boîte est signalée , par le catalogue, comme devant contenir les titres de noblesse d’une maison de Castille ; l’idée de mettre ces signes du patriciat en lieu sûr paraît être nouvelle en Espagne, ce qui prouve que, jusqu’à ce jour, la libre action de la température n’a pas été hostile, dans de ce pays, au développement des arbres généalogiques.
- En fait d’ustensiles et d’outils, l’Espagne est réellement pauvre, quelques cardes, despeignes à tisser, des fils de cuivre et de fer, des limes de diverses grandeurs, voilà, àpeuprès, tout ce qu’elle sait faire. On peut dire, par exemple, que ses limes sont d’excellente qualité, par la double raison que ses fers sont d’une grande finesse de grain et que ses eaux possèdent une vertu particulière pour la trempe. Cette double considération rend inexplicablel’absen-ce de tout échantillon de coutellerie : est-ce que le poignard historique de la Péninsule serait un instrument fabuleux? On doit le croire, puisqu’on n’en trouve pas la moindre trace dans les casiers nationaux; toutefois, la dénégation opposée par l’exhibition au préjugé, n’aura pas de longtemps la puissance de le détruire;
- Nous avons dit ailleurs que les instruments agricoles manquaient totalement; et, dans un pays où l’on voit tous les ans réduire en cendres des récoltes entières de céréales pour servir d’engrais à la terre, on comprend fort bien l’inutilité des progrès agriculturaüx. Le lit n’est même pas en Espagne, un objet de première nécessité, c’est pourquoi, les lits de fer de MM. de Miguel et Sanchez Pescador, de Madrid, sont de véritables articles de luxe portant les armes d’Espagne, ornés d’or ciselé et de moulures de bronze. Pourquoi, ou plutôt pour qui ces industriels feraient-ils des lits à 15 et 20 fr. ? La population aisée des petites villes et même des grandes, couche sur une toile tendue par des pieds de bois croisés en pliant; et les trois quarts des habitants de la campagne en sont encore à la natte mauresque, représentée le plus souvent par une couverture qui, avant de servir de matelas, fait le double office de manteau et de parapluie. Le lit est donc, en Espagne, une superfluité, vulgairement parlant; ceux-là seuls qui considèrent le superflu comme de première nécessité, en font usage; or, ceux-là sont encore rares dans la patrie du Ciel ; c’est ce qui fait qu’en confectionnant des lits en fer, MM. Pescador et de Miguel n’ont pu avoir en vue que des alcôves princières. L’établissement de ce dernier manufacturier est très-considérable; il s’y fait toutes sortes de travaux de mécanique et d’ornements en rapport avec la consommation locale; on y compte
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- plus de 200 ouvriers et Ton commence à y fabriquer la literie ordinaire et inférieure, ce qui fait supposer qu’ayant longtemps la masse de la population espagnole, renonçant à dormir comme les Africains, se couchera à l’européenne.
- . Après les bustes de la Reine et du Roi par lesquels il nous a paru convenable de commencer cette étude, on trouve un groupe en bronze doré de M. Naury, de Madrid, représentant une scène des combats de taureaux et un picador, aussi en bronze, du même auteur ; ces travaux ne manquent pas de sentiment, mais on peut leur reprocher l’imperfection du dessin, défaut commun aux natures nerveuses et impatientes, qui se préoccupent plus de l’idée que de la règle.
- 11 y a aussi ' un- contrebandier en terre cuite de M. Pena et trois Andaloux taillés dans la même matière par M. Gutrerriez, de Léon, qui ne sont pas sans mérite. Puis viennent les détails des arabesques del’Alhambra de.Grenade, par M. Contreras, etquatrelithographies de Trubia, représentant quelques sections architecturales de la manufacture de cette ville ; puis, encore, un modèle de l’enceinte où se livrent, à Madrid , les combats de taureaux ; ce morceau d’art reproduit divers incidents de ces hasardeux et sanglants exercises et contient quatre mille bonshommes en bois. Vers l’amphithéâtre et sur le devant du cirque on aperçoit des personnes revêtues des divers costumes en usage dans les provinces d’Espagne, et Ton distingue à l’extérieur des promeneurs, des jeux d’enfants, des fruitiers, des marchands d’éventails, etc. L’auteur de cette œuvre de patience est M. Mata Aguilera, de Madrid.
- Ajoutons à ces rares objets d’art la table de M. Pe-rez de Rarcelonne et le secrétaire de M. Médina de Madrid ; car, outre que ces deux objets résument toute l’ébénisterie que l’Espagne a cru devoir envoyer à l’Exposition, nous trouvons encore qu’ils méritent d’être associés aux conceptions de l’intelligence.
- La table dont il s’agit est de forme octogone et se compose de marqueteries formant des’ dessins de diverses sortes, au Centre desquels se trouvent les armes d’Espagne et d’Angleterre réunies; elle contient trois millions de pièces ; les armes d’Angleterre seules en embrassent, dans un espace de trois pou ces de haut sur deux de large, cinquante-trois mille, ce meuble est coté 30,000 francs. La prodigieuse application qu’a dû requérir ce travail a porté quelques critiques à supposer qu’il avait été exécuté conformément au système des parquets à la mécanique, c’est:à-dire de façon à pouvoir en obtenir de nombreux exemplaires à coups de scies, nous trouvons dans les notes du commissaire espagnol la rectification de cette hypothèse. Cette pièce, confectionnée par un procédé qui est la propriété particulière des exposants, est unique, dans ce sens qu’il n’y en a pas une autre du même dessin ; mais la manufacture de MM. Ferez est établie de manière à pouvoir faire, en peu de temps, autant de meubles de cette espèce de mosaïque qu’on pourrait leur en demander; leurs prix sont même très-modérés, si on met en ligne de compte la difficulté du travail. La reine d’Espagne a généreusement encouragé ces fabricants en leur faisant la commande de tout un meuble de cabinet en bois mosaïque.
- Le secrétaire de M. Médina, orné de nombreuses et charmantes arabesques en bois incrusté; présente un travail qui, bien que d’un autre ordre, n’est cep. ndant pas inférieur à celui dont nous venons de nous occuper; la preuve en est dans son évalu-tion, qui dépasse 30,000 francs.
- M. Mitjana, de Malaga, est un homme qui possède 10 presses lithographiques et qui occupe un nombre considérable de femmes et d’enfants à faire des éventails; cet industriel en jette 8,000 par jour dans la consommation, ce qui prouve que ce ventilateur de poche est en grand usage dans son pays ; tout le monde sait, du reste, que dans les mains des Espagnoles, l’éventail est un objet d’art extrêmement coquet, de telle sorte que la fabrication de l’instrument a du devenir un art à son tour; c’est pourquoi les échantillons envoyés par M. Mitjana méritent d’être classés parmi les articles dont la disposition réclame l’intervention du dessinateur.
- Dans cet ordre devraient aussi prendre place les produits supérieurs de l’art céramique; mais si Ton en excepte une large jarre (tinaja) de Toboso exposée par M. Isasi, quelques briques réfractaires de Logo et de Madrid, et de nombreux échantillons de
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- MACHINE ÉLECTRO-MAGNÉTIQUE,
- DE M. PAINE.
- La machine dont nous donnons ici la figure est destinée à décomposer l’eau par l’électricité, mais comme ce procédé était depuis longtemps connu, M. Paine, l’inventeur de cette machine, n’a pas voulu s’en tenir là et il a cherché à tirer parti de la décomposition obtenue ; il a cherché à donner à l’une des deux parties de l’eau décomposée, à l’hydrogène, le pouvoir éclairant.
- Sa machine, supportée par un seul châssis, est composée de deux parties symétriques. Un autre châssis adapté à celui-ci reçoit les générateurs électriques. Un poids, dont le fil passe sur une poulie et s’attache à un barillet en communication avec les hélices, est destiné à faire tourner ce barillet et avec lui les hélices.
- Pour que l’hydrogène carboné obtienne la plus grande somme possible de pouvoir éclairant, on retarde pour ainsi dire son écoulement dans le tuyau qui plonge dans la résine, et pour cela on adapte du coton au bas de ce tuyau, ou bien on le perce d’un très-grand nombre de petits trous. De cette façon, le gaz est divisé en une infinité de globules et a par conséquent autant de points de contact avec la résine. Il faut aussi, et cela se comprend, que tous les tuyaux conduisant le gaz depuis les vases de décomposition jusqu’au point où il doit être brûlé soient formés de matières non conductrices.
- Nous ne donnons pas aujourd’hui de plus amples détails sur cette machine, dont nous aurons occasion de parler bientôt encore une fois, à propos d’une autre invention du même genre due à un ingénieur de Paris, M. Ch. Tessier.
- Machine 'électro-magnétique de raine.
- GRUE VOYAGEUSE,
- PAR MM. NICOLL ET VERNON.
- On sait de quelle importance sont pour le transport des marchandises d’un point à un autre, soit dans une usine, soit dans une gare de chemin de fer, les machines appelées grues. Ce nom est donné à un système de charpente en
- rappel à ia machine même, en sorte que le charriot suit la direction qui lui est imprimée. On comprend qu’il est possible d’adapter des embranchements dans l’usine où s’opère le transport des fardeaux, et que la chaîne venant s’enrouler sur le tambour, il est facile de le transporter où il est le plus utile de le faire pour le service de l’usine.
- Le fardeau est attaché au crampon désigné à la figure, et se meut dans le
- bois, en fer ou en fonte, destiné à porter de lourds fardeaux, et disposé en porte-à-faux, par rapport à un axe vertical autour duquel il est mobile.
- Dans l’économie industrielle, les anciennes grues ne pouvaient que soulever un fardeau et lui faire décrire, une fois en l’air, une courbe au moyen de laquelle il était transporté sur quelque truck ou wagon qu l’emportait à un point déterminé. Cela ne peut être que limité, quant à la distance.
- La machine dont nous donnons ici les deux dessins a pour objet le transport à une distance éloignée du fardeau attaché au système par un
- Grue voyageuse de MM. Nicoll et Vernon.
- crampon. La figure première en donne le plan sur la marche imprimée au fardeau; le charriot est mis en mouvement sur un rail creux tracé dans toute la longueur, et élevé de 4 5 à 20 pieds au-dessus du sol. Une chaîne double de vat-et-vient est attachée au charriot et vient s’enrouler sur un tambour placé à l’extrémité du rail sur lequel se meut l’appareil. Une machine à vapeur peut
- servir de moteur à ce tambour dont l’axe vient s’engrainer par des roues de
- sens déterminé selon la direction voulue. Rien n’est plus simple que cet appareil, à la condition seulement de n’avoir d’autre transport à faire que ceux de l’usine, et sur des points fixés d’avance.
- Des expériences nombreuses ont été faites par les inventeurs, et elles ont été couronnées d’un très-grand succès. Le principal avantage de ce système, c’est de pouvoir l’appliquer à plusieurs fardeaux à la fois, et d’économiser des bras. Les grues ordinaires ne sont applicables qu’à un seul fardeau, tandis que celle-ci peut être mise en action pour plusieurs objets et par un seul homme.
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- POMPE A INCENDIE, ira CANADA.
- La pompe à incendie dont nous donnons ci-contre le dessin est une machine colossale, et qui surpasse dans ses dimensions tout ce qui a été fait jusqu’à ce jour. Non-seulement elle dispense une plus grande quantité d’eau, mais encore elle a une portée bea ucoup plus éloignée.
- Une expérience de cette immense machine a été faite à Londres devantdes ingé nieurs : elle a réussi ; seulement cette machine pourrait être difficilement appliquée dans les rues étroites de Londres; ses dimensions ne le permettraient pas.
- Les pompes anglaises sont appréciées.par les ingénieurs comme étant facilement transportables. Celles de France, il est vrai, plus élégamment construites, ne distribuent guère que moitié des pompes des autres pays; mais, néan-
- moins, la rapidité du maniement prouve qu’en cas d’incendie elles sont préférables à celles de nos voisins. Celle dont nous parlons ici est une machine fort curieuse, d’un grand luxe de détails ; la question est de savoir s’il est aisé de s’en servir : elle a besoin, pour se développer utilement, d’un espace de 33 mètres carrés au moins, ce qui en rendrait l’usage, sinon impossible, au moins très-difficile dans la plupart des rues de Paris.
- Machine à air, de Dunr.
- MACHINE A AIR, de DUNN.
- Cette invention consiste à produire une force motrice par l’application du calorique à l’air atmosphérique ou à d’autres fluides susceptibles d’une grande expansion par l’accroissement de la température. Cette application est telle que, après avoir causé l’expansion qui produit la force motrice, le calorique est transmis à certaines substances métalliques, et renvoyé de ces substances à un centre d’action, et cela en rendant le calorique indépendant de la combustion
- ou consommation de l’aliment, en sorte que, à l’inverse de ce qui se passe d’ordinaire pour les machines à vapeur, la vapeur ne se perd pas parla transmission au condenseur, mais tend à revenir au point de départ et à être utilisée de nouveau.
- La fig. I. représente la coupe longitudinale de la machine. A et B sont deux cylindres de diamètres inégaux terminés par deux pistons a et b ; A est le cylindre fournisseur, B le cylindre consommateur, C enfin est un troisième oylindre destiné à l’absorption de la vapeur expansive où l’appelle le récipient
- expansion heater. DD sont des baguettes ou tiges communiquant entre les deux pistons a et &. E est une soupape agissant d’elle-même et s’ouvrant dans le cylindre fournisseur, F. Est une autre soupape semblable placée au-dessus. Un autre cylindre est en communication au moyen d’un tuyau avec la soupape, et un quatrième cylindre est destiné à l’absorption de la vapeur. Les autres figures donnent les coupes dilférentes de l’appareil général ainsi que les assises de construction.
- La nouveauté de l’appareil consiste dans le régénérateur de la vapeur ou de
- O b o
- la force motrice; c’est par le passage successif du calorique dans les différents cylindres du système; elle est encore dans la combinaison du cylindre d’expan -sion avec le cylindre moteur. Ce cylindre a pour fonction de refroidir la vapeur et de la transmettre par une voie habilement préparée, en retour, au cylindre primitif où se compose l’élément premier de la machine, c’est-à-dire la vapeur elle-même. Toutes les mesures contre l'explosion ont été prévues et constituent encore un nouveau droit au brevet pris par M. Dun,
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- tuiles à carrélement de Ségovie et de Valence, — l’Exposition espagnole reste absolument muette à l’égard de cette industrie. Cependant l’ancienne poterie, appelée Majolica, que fournissent de temps immémorial Talavera, Triana, Nanises et Àlcora, et les faïenceries plus récentes et plus perfectionnées de la Moneloa, de Valdemorillo, de Séville et de Sar-gadellos, sont des faits qui auraient mérité d’être constatés dans la solennité industrielle qui donne lieu à un examen.
- Nous ferons la même observation en ce qui touche la verrerie. Plusieurs provinces d’Espagne, particulièrement celles du nord, possèdent des manufactures de verres qui alimentent en grande partie la consommation du pays. Quelques-uns de ces établissements produisent même des articles assez remarquables, non-seulement pour leur bonne qualité, mais encore pour leur bas prix; la bouteillerie de la Corogne et la vitrerie de Gijon; les plats, les verres, les caralfes, les coupes et les articles de toute sorte, qui sortent de la Luisiana, de Recuenco, de Cadalso et de Séville, jouissent d’une certaine réputation. Toutefois aucun de ces établissements n’a envoyé ses produits à l’Exposition ; d’où il suit qu’en jugeant l’Espagne d’après la physionomie qu’elle s’est donnée à Londres, on pourrait dire qu’elle mange et qu’elle boit dans des calebasses, ce qui n’est pas tout à fait vrai.
- Un vase à fleurs en marbre artificiel, un balustre et trois petits bustes ,de la même matière, quelques verres lenticulaires pour cosmoramas,. télescopes, microscopes ou lunettes, et un instrument de musique, récemment inventé par M. Gallegas, sous le nom de guitar-harpa, voilà ce qui peut être donné comme complément de la section artistique de l’exhibition espagnole.
- Ce qui nous reste à dire maintenant est relatif aux tissages ; mais comme la seule énonciation de cette industrie implique l’idée de papier, nous dirons avant tout, et pour n’avoir pas à y revenir, que l’Espagne n’a pas exposé une seule feuille de ce grand confident des félicités et des misères de l’humanité.
- Le lin et le chanvre sont manufacturés sur presque tous les points de la Péninsule; mais les industries qui en font le traitement ne sont généralement pas en rapport avec les progrès effectués dans le reste de l’Europe. Nous citerons cependant la manufacture royale de Carthagène, celle de la municipalité de Castellon et les établissements de MM. Cas tell, à Esparraguera, Ortegay Soler au Ferrol, Es-cudero et Azara à Cervera, et Martinez à Valence, dont les produits ont été exposés. Ces produits se composent en général de cordages et toiles à voiles et s’adressent particulièrement aux équipements maritimes. Nous remarquons toutefois du linge de table, des drilles, des coutils et des plugastelsMu Ferrol qui se distinguent par une grande consistance et par des prix très-modérés. Il y a aussi des toiles de Manille fabriquées avec une matière textile particulière aux îles Philippines; mais tous ces spécimens sont loin de donner une idée de ce qui se fabrique en Espagne dans ce genre. Le port de Santa-Maria* à Cadix, possède un millier de métiers, on en compte 140 à Burgos pour les toiles ordinaires; la grande manufacture établie depuis environ quatre ans à Malaga d’après le nouveau système, emploie 4,500 personnes et produit près de quatre millions de mètres de toile par année. Ces faits sont, à la vérité, de petite importance pour un grand pays; mais encore vaut-il mieux les signaler que de garder le silence à leur sujet.
- Les draps espagnols sont rares à l’Exposition ; on doit cependant reconnaître que leur qualité est bonne et leur prix fort bas. Ceux qui ont été faits avec de la laine de Saxe laissent peu à désirer quant à l’aspect et sont irréprochables relativement à la solidité du tissu et de la couleur. Il y en a en laine du pays, de Murcie, par exemple, qui se vendent 21, 23 et 24 réaux la rare, ce qui fait revenir le mètre à (5, 7 et 8 francs. Les draps communs de Ségovie sont cotés à 22 réaux et ceux de première qualité ne dépassent pas 3 4 réaux, c’est-à-dire I I francs le mètre. Les draperies communes en grand usage dans le pays, les couvertures, les bayetcis jaunes et rouges dont les femmes de la campagne se font des jupons, ne sont pas représentés ; on ne trouve qu’une seule couverture de Lucena et une autre de luxe, pour cheval, sortie de la fabrique de Morella.
- Les tissus de soie et or de la célèbre fabrique de Talavera sont trop beaux pour servir d’échantillons
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- aux soieries ordinaires dont la société espagnole peut faire usage. Ce Gobelin à 40 francs le mètre, cette étoffe d’or à 150 francs sont trop loin des vulgaires consommations pour que nous puissions les prendre comme types. La veuve Alcala et fils, M. Castillo de Séville et surtout M. Orduna, de Valence, ont envoyé une série d’étoffes plus abordables, consistant en tissus pour rideaux et meubles au prix de 12 francs le mètre; gros pour robes à peu près au même prix, ce qui ne veut point dire que nous les trouvions fort bon marché ; des velours unis à 20 francs et d’autres à carreaux, pour gilets, à'10 francs. Ces divers articles ne nous semblent pas être en mesure d’affronter la concurence des pays expérimentés.
- Mais nous ne tiendrons pas le même langage à l’égard des blondes auxquelles l’Espagne doit une légitime renommée industrielle. La blonde se fabrique dans diverses provinces de la Péninsule et particulièrement dans celles qui, après les conquêtes de Charles-Quint, ont été le plus en contact avec les populations flamandes : la Catalogne est de ce nombre; et c’est cette province qui a exposé les meilleurs échantillons. Une chose remarquable, c’est que la petite ville d’Almagro, dont la réputation est si grande et si ancienne en ce qui touche cette indus-drie, n’a rien envoyé à l’Exposition. MM. Margarit, Fiter etMir, de Barcelonne, ont été moins oublieux. Le premier de ces fabricants occupe dans son vaste établissement, 1,550 ouvriers; ses voiles, ses mantilles, ses écharpes, ses robes, etc., l’ont fait avantageusement connaître en France et en Angleterre.
- Les dames se sont arrêtées avec admiration devant une parure de mousseline faite avec la fibre de la pomme de pin et brodée, à l’aide de fils de la même matière, par une senora de Manille; nous aimons à reconnaître que le fait est nouveau et original ; mais pour donner à l’événement des proportions intelligibles, la société économique des Iles-Philippines a ajouté à la parure un tablier, trois chemisettes, quatre manchettes, deux collets et quatre mouchoirs dont l’un a été laissé sur le métier avec les instruments desquels on s’est servi pour accommoder les filaments.
- Nous aurons, aussi consciencieusement que possible, complété cette revue de l’Exposition espagnole lorsque nous aurons dit que M. Belmonte de Salamanque fait des chapeaux de feutre à trente-cinq sous et que l’on fabrique, à Castellon, des al~ parlas (sandales) pour un franc; ce qui fait que pour la modique somme de cinquante-cinq sous un homme peut, sous- le beau ciel des Espagnes, être coiffé et chaussé de neuf sans cesser d’être chrétien.
- Telle est l’Espagne. Dotée par la nature de richesses nombreuses dont elle ne sait ou ne peut pas tirer parti, entourée de nations intelligentes et actives dès-longtemps appliquées aux exercices de l’art e( de l’industrie, nous croyons, tout en rendant justice aux progrès qu’elle a fait dans la voie manufacturière, qu’elle doit se borner au trafic des matières premières et se reposer sur ses voisins du soin de leur appropriation.
- BEIXEGAIUUGtJE.
- COURRIER DE PARIS ET I)E LONDRES.
- Point de société, high lije, sinon en déroute, du moins en voyage ou à la campagne; mais des amusements publics, des attractions à foison. Londres ressemble à un champ de foire, et le dernier bateleur est sûr de son public, de son succès, de sa fortune : Cremorne et Vaux-Hall, malgré leurs façons lourdement égrillardes, sont encombrés de visiteurs fanatiques. A défaut de réunions élégantes, on court les réunions gaies; à défaut de grands artistes, on va voir des écuyers et des phénomènes, puis de ces spectacles étranges dont nous n’avons en France aucune idée, des combats homériques, non pas entre des taureaux, non pas entre des hommes, non pas entre des coqs, mais entre des chiens et des rats; on ne dit pas pour qui les grenouilles prennent parti.
- Enfin, ces excentricités s’annoncent pompeusement, se répètent, se tambourinent, et l’on va soit à la taverne de Light Bells, Denmark-street, soit à Bunhill rovv, St.-Luke’s, taverne de Shaw, et l’on voit des batailles désespérées entre, des rats irréguliers et des bandes disciplinées d’épagneuls et de terriers. Mardi dernier, c’était, une grande solennité : les trois rats monstres de la grange de Stable avaient défié corps à corps trois bull-dogues ef-
- frayants : trois contre Lrois, Horaces contre Curiaces. Les Horaces, je veux dire les trois chiens, ont eu le nez mangé tous les trois, mais ils ont vite rattrapé, ou à peu près, le bien ravi; des trois rats on n’a pas sauvé un poil. Le duel a été suivi d’une mêlée générale : là deux, chiens d’une forte éducation militaire ont détruit cent rats en trois minutes, selon les promesses du programme. Les paris étaient considérables, c’était palpitant.
- Le même jour, à la même heure, la Société du Collège de la jeunesse, à Saint-Giles, a donné un grand carillon harmonique exécuté par vingt-sept cloches à timbre. Chacun des exécutants avait 5,040 arpèges à dédoubler. Ce magnifique concert samaritain a été terminé par un morceau d’ensemble qui a duré trois heures. Oh ! les oreilles m’en tintent.
- On se presse encore aux courses à pied, exercice raisonnable dont qous avons perdu en France l’habitude et même le souvenir, et enfin aux combats de boxeurs, pour lesquels nous professons une horre/.r hypocrite. • .
- Enfin les théâtres ont compris à quel public ils avaient affaire : n’ayant plus la qualité, ils se sont résignés à la quantité, le résultat est le même. Le théâtre de la Reine a compris qu’il avait affaire surtout à des Français, il a baissé le prix des places, et la somme de la recette s’est élevée d’une façon inespérée. Covent-Garden seul, fier d’une magnifique saison, a bravement laissé' la clef sous la porte et court les champs : probablement la salle sera louée deux mois pour quelques exhibitions de phénomènes.
- A propos de prodiges, nous ne sommes pas seuls à découvrir chaque mois une grande comédienne de cinq ans et demie. A Saint-James, M. Barnum montre deux petites importations d’Amérique, deu? petites filles toujours, (les garçons sont moins précoces) qui débitent des tirades tragiques, des scènes de comédie tout entières, Shakespeare et Sheridan en miniature, à petite voix, à petit geste, à sentiment proportionnés.
- Au théâtre Adelphi, on joue le Masque de Fer, ou à peu près, puis au Grecian Saloon, on voit quelque chose d’approchant de ce qu’on appelle à notre Hippodrome les courses de vitesse, des amazones franchissant des haies, des fossés, des ponts, corn me les plus vaillants sportmen de New-Marquet, de Derby ou de Chantilly.
- Voilà tout Londres , vous voyez que nous n’exagérions pas, en disant champ de foire : toutes représentations de second et de troisième ordre, plaisirs à deux sous, mais plus multipliés, plus animés que jamais, comme une fête de village à la dernière heure du jour : Allons, allons, suivez la foule.
- A Paris, nous avons posé la première pierre d’uni. halle, à Londres on maçonne aussi : Victoria Street a été ouverte dans Westminster, c’est superbe, on raconte merveilles de cette nouvelle découpure dans le plan de la ville. Le lord-maire doit donner prochainement à ce propos aux architectes, une fête dont nous vous parlerons, ce sera une occasion de revenir en détails sur cet évènement. Aujourd’hui passons vite, il y a beaucoup à dire sur Paris.
- D’abord, les débuts de Madeleine Brohan, dans Les demoiselles de Saint~Cyr, voici le grand fait dramatique de la quinzaine ; est-il besoin de dire (fue cette nouvelle marquise de Sainf-IIerem, est plus jolie que toutes ses devancières, que Madeleine est là, mille fois plus jolie qu’elle-même, comme on dit en greç; c’est-à-dire, que jamais nous ne l’avons vue plus charmante, jamais plus délicieuse coiffure n’avait encadré son beau visage : c’est une ravissante vignette anglaise détachée d’un keepsake, et qui parle, et qui sourit, et qui aime : Oh! quel est donc celui qu’elle regardera un jour avec cette expression, avec cette finesse, avec ces airs de tête, avec cette bonté! Quel est celui à qui elle tendra cette main tremblante ! N’est-ce donc encore qu’une grande comédienne, n’éprouve-t-elle jamais ces émotions dont elle nous montre les dehors si vrais? est-ce donc seulement sa poitrine qui se soulève ? son cœur ne bat-il point?
- M. Leroux si lourd, si empâté, si prétentieux, si froid, a pris le rôle créé par Firmin : cela est vraiment triste; tant de jolis regards, tant de moues charmantes, de mines, de taquineries et de tendresses égarées sur un personnage aussi invraisemblable. MaisM. Regnierest bien amusant, bien spirituel, et M11e Augustine joue Louise Mauclair avec un mordant, un sang-froid, un esprit, une verve et
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- surtout une ligure et des épaules que n’a jamais eues Mlle Anaïs, qui l’a précédée dans les traditions du rôle : je ne dis point dans la création car à mes yeux la création date de là semaine dernière. En résumé, succès, grand succès et d’estime et de foule, Ml!e Madeleine a beaucoup gagné et sa sœur n’a rien perdu, tout est pour le mieux : le ciel nous les garde ainsi toutes deux.,
- A l’Opéra-Comique la reprise du chef d’œuvre de Méhul : Joseph a été accueilli avec un enthousiasme qui doit, certes, encourager la direction dans cette voie : c’est une œuvre un peu grave, un peu sévère, à laquelle on ne doit aucune émotion violente, aucune satisfaction trop vive : le musicien n’a point eu à exprimer des passions, mais seulement des sentiments.: la situation reste la même durant trois actes et pourtant l’intérêt est parfaitement soutenu. Cette grande et belle musique, cette exécution sérieuse, remarquable, ont produit la sensation la plus pure et la plus inattendue. En somme, je crois que le public, par son empressement, tiendra compte à la direction de son intelligence, de son goût, et de ses efforts : c’èst là une'excellente et salutaire idée, de faire passer sous les yeux de la génération nouvelle tout un répertoire de chefs-d’œuvre qu’elle ignore, et une telle entreprise doit exercer la meilleure influence, non-seulement sur la curiosité (ce qui est affaire de commerce), mais en particulier sur le goût un peu égaré de’notre époque.
- Aux Variétés, deux pièces nouvelles, un double début : M. Lassagne a été exhibé en même temps dans Drin drin, un petit acte très-drôle, et dans une Paire de pères, une de ces parades-pochades, sans queue ni tète, telles que souvent la direction et le public de la Montansier en acceptent, on ne sait trop pourquoi.
- Drin, drin, bien entendu c’est la chanson à boire de M. Gozlan, mise en action par MM. Brisebarre, Nyon, et Labié. Mlle Ozy, une parfumeuse du passage Jouffroy, a épousé un sous-lieutenant.de quarante ans: ce. sous-lieutenant est accablé de besogne. Dès le lendemain de son mariage, il s'absente deux mois pour la remonte. A peine arrivé, il est de semaine, enfin il ne peut s’arrêter un seul instant auprès de sa femme et lui faire comprendre les douceurs du foyer domestique : et MUe Ozy s’ennuie à se décrocher la mâchoire. Bien ne lui réussit; elle pêche à la ligne, elle attrape des sangsues; elle herborise, elle ne trouve que de ces fleurs jauues innommables et de la mauve. Enfin, le mari revient; mais encore, le malheureux ! seulement pour quelques minutes. Décidément, c’est trop fort, et MUe Ozy se décide à aller au bois de Boulogne, et comme l’héroïne elle emporte sous son bras un dragon, son brosseur. Quand le sous-lieutenant revient (le désespoir dans l’âme) il est parfaitement convaincu... et tout le reste de la chanson.
- Il y a dans la pièce un rôle fort comique qui en fait du reste tout le succès : c’est le rôle du brosseur, une espèce de conscrit alsacien, joué par le débutant Lassagne mieux que ne l’eût joué Levassor. Les détails d’abord sont très-amusants, puis, tout cela est dit avec un sang-froid, une naïveté, une stupidité, des mouvements de corps et des mains, une physionomie qui en font la création la plus comique qu’il soit possible d’imaginer. M. Lassagne est un bon comédien et qui a trouvé là l’occasion de faire connaître réellement ce qu’il vaut : heureusement, car la seconde pièce qu’on lui a fait jouer pouvait le compromettre pour longtemps.
- En effet, Une paire de pères , nous l’avons dit, est une pochade, une parade de trétaux comme M. Siraudin en fait quelquefois jouer à Grassot et à Sainville et qui ne tombent presque jamais, parce qu’on aime toujours à voir arriver ces deux drôles de corps, parce que, quoi qu’ils disent, on s’amuse toujours à regarder le nez et les gestes de l’un, les gros yeux de l’autre et à entendre leurs incroyables monosyllabes.
- Mais ici il n’en est pas de même, M. Leclère est sans doute très-amusant, très-aimé du public, mais M. Lassagne est encore parfaitement inconnu et du reste moins original au naturel que dans ce qu’on appelle, au théâtre, un rôle. Or, pour débiter cette malheureuse pièce il a- fait de son mieux, il a repassé son Arnal et son Ravel, il a tâché de faire des entrées vives, de nasiller, de jeter le nez en l’air, de pirouetter, de sautiller ; en somme, tout cela a été très-malheureux, et la direction fera bien de sa:sir au vol le petit succès de Drin-Drin, le premier, du reste, qu’elle ait obtenu et de ne pas ris-
- quer la réputation naissante d’un débutant qui a quelque avenir dans cette pauvreté, probablement refusée à la Montansier. D’ailleurs , rien n’est plus triste que de voir ce malheureux se démener tant et si fort pour arriver à ne faire rire personne.
- Au Gymnase toujours le succès interminable de Mercadet; et l’on ne voit plus qu’à de rares intervalles, et encore en lever de rideau, cette charmante Mlle Luther si line, si tendre, si aimante, si naïve, si blonde ; mais on assure qu’elle répète, en ce moment, un grand ouvrage d’un grand faiseur et qu’il sera permis, à tous ceux qui l’aiment passionnément, d’aller, non pas seulement comme aujourd’hui, l’admirer 20 minutes par semaine au plus entre sept et huit heures, mais tous les soirs durant trois actes: Patience donc et que Mercadet finisse bientôt.
- Mais assez des vrais théâtres. Ces jours-ci nous avons assisté à une rentrée bien curieuse : Lola Montés, comtesse de Lansfeld , comme on était au-' trefois marquise de Pompadour, a décidément jeté à tous les diables ses derniers millions, ses prétentions politiques et ses éventails de favorite ; elle renonce à la chasse désespérée du IIorse-Guard fugitif qu’elle avait installé dans le domicile conjugal, elle entre ou plutôt elle va s’exhiber au théâtre; car, comme nous le dirons tout à l’heure, ce n’est pas précisément dans les formes ordinaires qu’elle se chargera des délices du peuple américain.
- Pour célébrer ce grand événement elle avait invité, vendredi, à une soirée dans la salle de Ma-bille quelques intimes, une vingtaine de journalistes, puis ce monde singulier qui est de toutes les fêtes et qu’on appelle, je ne sais trop pourquoi: Vélite du monde artistique et littéraire, pas grand chose.
- Les réclames annonçaient pompeusement que Mlle Lola « verserait le puneh| de ses blanches mains et offrirait les cigares embaumés de son pays ; » cela s’est traduit tout simplement en quelques plateaux de punch et de sorbets qu’on a promenés parmi les groupes d’assistants; quant aux cigares parfumés de l’Andalousie, c’était... liorresco referons! c’était... le dirai-je, une Espagnole! et une Montespan, c’était... ah ! ma foi, tant pis ! c’étaient des cigarettes de la régie à 2 liards pièce.
- Voilà pour les rafraîchissements ; quant aux divertissements voici : MUc Lola Montés a dansé sous trois costumes différents, l’un tyrolien, l’autre écossais ou à peu près, le troisiènle espagnol...
- Elle a dansé trois pas que lui avait appris M. Mabille : celui-ci, en bon professeur, veillait sur l’orchestre, qui, du reste, était détestable , soutenait son élève du geste et de la voix et la soufflait de son mieux.
- MUe Lola n’est plus du tout la danseuse que nous avons vue autrefois échouer assez misérablement à la Porte Saint-Martin : elle n’a pas encore la science, elle ne l'aura jamais, je crois ; mais, sur ce point, la correction est suffisante; sa danse qui n’a rien de brillant est toutefois très-agréable en ce sens qu’elle a quelque verve, de l’originalité, de l’imprévu et beaucoup d’esprit.
- En fait de beauté, il reste à Mlle Lola des yeux magnifiques, des jambes bien faites si celles que nous avons vues sont authentiques, des chevilles mi gnonnes, mérite rare chez les vraies danseuses, enfin des pieds longs et fins. Du reste, elle nous a semblé fort maigrie des jambes, du torse, du visage et du reste.
- C’était hardi, avouons-le, de danser ainsi de plein pied avec le spectateur, sans le prestige de la rampe, sans le balloné, l’élasticité, la perspective que donne la scène. Mais ce’qui était plus hardi, c’était un monsieur très-laid, porteur d’un nez ridicule, cachant des yeux renfoncés sous des lunettes bleues, son cou sous une cravate blanche, son épaisse tournure sous un habit noir et développant dans toutes les prétentions d’un pantalon collant, ses jambes arquées; en somme, une espèce de courtier d’annonces, m’a-t-on dit, qui fait des vers pour les confiseurs. Oh ! celui-là était plus hardi encore : il amena chaque fois par la main la danseuse jusqu’au milieu de la salle, saluant et la présentant, et avec des façons telles que l’on espérait bien que ce vilain monsieur allait, lui aussi, se livrer à quelques petits exercices pour l’amusement de la société : mais il s’est contenté de poser, — cela était déjà bien comique, de poser auprès de l’orchestre debout, battant la mesure amoroso expressivo, ramassant les bouquets, n’applaudissant. pas, enfin faisant de son mieux pour sembler le comte de Lansfeld, c’est, -à-dire le comte de Lansfeld comme le prince Albert est le roi d’Angleterre,
- comme autrefois un drôle commis aux gabelles fut marquis de Pompadour. Mais personne n’était de cet avis : les plus polis, et ils étaient rares, disaient : c’est simplement le Bàrnum. La foule s’exprimait autrement.
- Enfin passons : MUe Lola part, ces jours-ci, pour les États-Unis. Après'une petite tournée pourtant et quelques représentations, je ne sais où : en Amérique, le monsieur l’a prise à la journée : le matin elle tirera le pistolet, puis l’épée, puis elle montera à cheval, puis elle dansera, puis enfin elle nagera :. le prix d’engagement est convenable, médiocre toutefois sur cette considération exprimée par l’exhibi-teur à savoir qu’il ne prend pas à Mlle Lola tout son temps, qu’avant tout il la laisse libre à huit heures du soir ! à bientôt donc les excentricités américaines..
- G. deBoüconyhle.
- Parmi 1& nombreux témoignages de sympathie que nous recevons de toutes parts, nous croyons devoir publier la lettre suivante :
- A Monsieur le Rédacteur en chef du Palais de, Cristal:
- Rouen, 2G août 1851.
- Monsieur,
- C’est au retour d’un assez long voyage que je trouve chez moi plusieurs numéros du Palais de' Cristal. J’en dois sans doute l’envoi à la recommandation de notre ami commun, M. Jobard, si j’en juge par les articles que ces numéros renferment, veuillez donc bien lui en faire mes remerci-ments, ne sachant où les lui adresser.
- Il sait tout le cas que je fais de sa personne, de son esprit et de la constance héroïque avec laquelle il poursuit la réalisation d’une idée que je crois éminemment bonne, utile et capable, plus que tous nos rêves politiques, d’améliorer le sort des travailleurs de tout genre, d’organiser réellement le travail dans la meilleure acception du mot, et d’apporter ainsi le frein le plus salutaire aux fléaux des-révolutions en répartissant avec plus d’équité dans les masses qui tirent du travail de leurs mains l’aisance et par suite le bonheur, en leur enlevant les • motifs et les instruments du désordre, puisque chaque nouveau propriétaire et ses employés auraient quelque chose à défendre; c’est ainsi qu’en résolvant de la manière la plus heureuse ce grand problème de l’union, facile alors, du capital,,du génie et du travail, on rendrait à la société [sans cesse menacée le calme et la tranquillité dont nous avons tant besoin.
- Il faut que la question soit mal comprise, quoique posée d’une manière bien claire par notre ami, pour ne pas réunir les plus unanimes sympathies. Je ’ crains que cela ne tienne un peu au stéologisme des. mots monautopole, ipséisme, etc., dont tous les lecteurs qui n’ont pas lu les premières définitions ne se rendent pas facilement compte s’ils ignorent'* le grec et le latin.
- Je suivrai avec un intérêt bien vif toutes les discussions tant en France qu’à l’étranger dont le Palais de Cristal se dispose à nous donner l’analyse. Trente articles au moins que j’ai fournis à 17m-partial de Rouen,(soit extraits des écrits de M. Jobard, soit écrits à leur sujet, lui ont prouvé combien je serais heureux de cette réussite. Je viens donc vous prier de me compter au nombre de vos souscripteurs...
- Agréez, etc.
- Aug. de Caze.
- Nous sommes heureux d’avoir à signaler à'nos, lecteurs un industriel belge, M. Melotte (pii a exposé à Londres une bannière d’une grande beauté, destinée à la Société de Méhul. Grâce au talent de M. Melotte, cette bannière est un véritable objet d’art. Il a pris pour base de son travail les trois couleurs nationales de la Belgique, rouge, jaune et noir. L’or et le velours ont servi à cette combinaison. Les armoiries royales se détachent sur un fond noir : elles sont entourées d’un large cercle d’or et d’une couronne antique or et vert. L’agencement de ces broderies est du plus merveilleux effet.
- PRIME DU JOURRAL.
- Un accident arrivé dans le tirage de la prime en retarde, momentanément, la publication. Nos abonnés nouveaux recevront, celle magnifique vue du palais d’IIyde-Park à la fin du mois.
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- LE PALA ISDE CRISTAL-
- CORRESPONDANCE.
- A. M. P...., de Lunéville.—Les anciens abonnés n’ont droit à la prime qu’en prolongeant les abonnements jusqu’au 1er août 1 852. Ils doivent envoyer une somme de 12 fr. 50 c.
- A. M. Ard.;.., de Charleville. — Notre prime sera prête vers le 30 du courant. Vous la recevrez à la fin du mois. ,
- A M. Léopold P..., à Saint-Germain-îa-Poterie.— Nous attendons impatiemment vos travaux. Nous espérons qu’ils seront le digne résultat de vos aptitudes et de votre zèle.
- A. M. J. de S..... S...., à Sens. —Pour recevoir la prime et avoir droit à recevoir le journal jusqu’en août 1852, vous avez à nous envoyer la somme de 16 fr. 50 c. en sus des 25 fr. que nous avons reçus.
- Le gérant : MANSARD.
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- 10e
- ANNÉE.
- LA SCIFACE DU DIABLE
- ALMANACH ILLUSTRÉ POUR 1852.
- Sommaire •*
- 10e
- ANNÉE.
- 50 c.
- Calendrier pour 1852. — Comput ecclésiastique, etc. — Maisons régnantes. — Ministères. — Bibliothèques et Musées. — Administration des Postes.— Caisses d’épargne. — Itinéraires des voitures à 50 centimes. — Itinéraires des chemins
- de fer. — Tableau du prix des voitures de place et des voitures sous remises.___
- Voitures et fêtes des environs de Paris. — Prix des.places aux différents théâtres, bals et concerts. — Eléments de statistique universelle, etc., etc.
- Conseils aux jeunes filles et aux jeunes garçons qui désirent se marier (suite et fin.) I. De l’âge des époux. — II. Mariage d’un jeune homme avec une vieille femme.— III. Mariage d’une jeune fille avec un vieillard. — IV. Du caractère.et des sentiments. — V. De la fortune et de la position respective des époux. — Les Hommes et les Choses d’ici-bas jugés aux Enfers.— Comme quoi Napoléon n’a jamais existé, ou Confession du Diable converti. — Curieuses prophéties. —Parallèle.— En-tr’acte — Magnétisme et Somnambulisme. — Le Magnétisme, devant l'Académie de Milan. — Aérostation : les ballons. — M. et Mme Blanchard. —Les frères Mont-golfier. — Le ballon Petin (fable). — contes fantastiques : Le clou. — La corde de pendu. — Merveilles du génie de l’homme. Découvertes, inventions’ etc.
- LE PALAIS DE CRISTAL.
- JOURNAL ILLUSTRÉ DU PROGRÈS DES ARTS ET DE L’INDUSTRIE, MONITEUR DES EXPOSITIONS , J
- Paraissant tons le» samedis.
- Ce Journal, dont la durée était limitée à celle de l’Exposition de Londres, a pris, à partir du 1er août 1851, une place définitive dans la (presse, parisienne. Sans cesse de s'occuper de l’Exposition universelle, il étend son cadre à toutes les Expositions du globe, à tous les progrès, à tous les chefs-d’œuvre de l’esprit humain. Une rédaction confiée à l’élite des écrivains français et'étrangers dans les sciences, les lettres et les arts, et des gravures par les premiers artistes, concourent à l’ensemble de cette [belle Publication, qui a pris pour devise : l’Alliance des Arts et de l’Industrie. — l’abonnement court du 1er août. “
- JPrix de VAbonnement .-
- Pour la France : un an.............25 fr. — six mois...............42 fr. 50 c. , ;
- Pour l'Étranger : un an............30 fr. — six mois...............45 fr. *>
- Collection brochée avec 3 belles couvertures coloriées, antérieure au 4er août : 42 fr. 50 c. — Collection mensuelle brochée, avec couverture coloriée à partir du 4*r août : 2 fr. 50 c. — Chaque Numéro : 75 c. ’ v
- L’Abonnement d’un an est composé de 52 Numéros contenant 832 pages in-4°, plus de 700 magnifiques Gravures sur bois et quatre couvertures trimestrielles. En tout ia valeur de 30 volumes in-8° illustrés.— Rien d’aussi bon marché n’a encore été publié. ’ '
- L’Abonnement donne droit, moyennant 3 fr. 50 c. en sus, à une splendide Vue extérieure de l’Exposition, imprimée à quatre B |WB Ri» teintes, sur double colombier satiné, de la dimension de 4 m. carré, du prix de 15 fr. dans le commerce. — Les Messageries Nationales IM MiwabAWMMMMa transporteront cette Prime dans tous les pays, moyennant 4 franc.
- On s’abonne directement, en envoyant franco un bon sur Paris, à l’ordre de M. MANSARD, gérant du Journal, 24, passage Jouifroy.— On s’abonne aussi chez tous les Libraires de France et de l’Etranger, et chez les Directeurs des Messageries Nationales.
- LE COURRIER DE L’EUROPE,
- SEUL JOURNAL POLITIQUE ET LITTÉRAIRE PUBLIÉ A LOUORES, FONDE EN 1840
- A commencé à donner et donnera pendant toute la durée de l’Exposition, un supplément gratuit de vingt-quatre colonnes spécialement consacré à l’examen critique des objets de l’Exposition. ’ ^
- Le Courrier de l’Europe donne dans chaque numéro toutes les nouvelles de la semaine, les articles les plus saillants de la Presse française; une partie anglaise 5 des bulletins politiques et commerciaux. Les revues littéraires, dramatiques et hebdomadaires des célébrités parisiennes! Les séances de l’Institut, etc., ete. f •
- Le Courrier de VEurope, ayant plus de onze ans d'existence, est le seul journal établi d’une manière durable dans la Grande-Bretagne L« public auquel il s’adresse rend les annonces qu’on lui confie entièrement profitables.
- On s’abonne à Londres,chez M. Joseph Thomas, 1, Finch Lane, Cornhill, city-, et n° 2, Catherine Street, Strand, maison du Courrier de VEurope, et à Paris, dans les bureaux du Palais de Cristal, 24, Passage Jouifroy.
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- PARIS. — Typographie BLONDEAU, nie du Pelil-Carreau, 51
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- NUMÉRO 21
- ADMINISTRATION : A PARIS, PASSAGE JOUFFROY, 24.
- SAMEDI 27 SEPTEMBRE 185 ).
- LE PALAIS
- DE CRISTAL
- MOITEUR DES EXPOSITIONS. JOURNAL ILLUSTRÉ DU PROGRÈS DES ARTS ET DE L’INDUSTRIE.
- ABONNEMENTS pour Paris et les Départements : un an , 25 francs. — 6 mois, 12 fr. 50 c. — Étranger, un an, 30 fr. —6 mois , 15 fr.
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- PRIX DU NUMERO : 75 CENTIMES.
- On s’abonne, a Paris, à l’Administration du Journal, 24, passage Jouffroy. — On s’abonne également à Paris, chez MM. Susse frères, 31, place de la Bourse; chez M. Hector Bossange, libraire pour l’exportation, 25, quai Voltaire; — à Strasbourg, chez Alexandre, libraire; — à Bruxelles, chez Aug. Decq, correspondant général pour toute la Belgique; — à Londres, chez J. Thomas, t, Finch lane Cornhili ; — Et chez M. Delizy et O, )3, Regent Street; — chez tous les Libraires de la France et de l’Etranger, et dans les Bureaux des Messageries Nationales. — Envoyer franco un mandat sur Paris ou un bon sur la Poste à M. Mansard, gérantdu Journal, 24, passage Joulfroy. — Les nouveaux abonnements courent à partir du 1er Août 1851
- SOMMAIRE.
- DESSINS.
- Avie important. — Bulletin industriel et artistique. Assemblée internationale du Comité de l’Association des inventeurs et des artistes industriels. — Exposition «le Londres, par M. Jobard (de Bruxelles). — Prusse, Hesse, Francfort-sur-le-Mein, etc., par M. Ilaussmann. —Faits divers. Inauguration delà statue du général Marceau, à Chartres. — Courrier de Paris et de Lon* «Ires. — Correspondance.
- Vue de la cour des Beaux-Arts, à Londres. — Lampe allemande. — Verres de Birmingham. — Bibliothèque tournante. — Grande table de travail. — Orgue harmonium. — Chevalet tournant. — Présent offert à lord Ellenborough. — Machine à vapeur oscillante (trois dessins). — Ruche à miel. — Système de sécurité pour les armes à feu.
- Cour des Beaux-Arts, à Londres.
- COUR DES BEAUX-ARTS,
- A LONDRES.
- 11 existe, à Londres, un établissement artistique que l’on nomme la Cour des Beaux-Arts (thefine j art court.) Le dessin ci-dessus représente la partie centrale de cet établissement. 11 est difficile d’y voir en détail les mille objets curieux qui y sont
- groupés. Des colonnes de marbre, des tables en mosaïque, des statuettes, des modèles de terre cuite, des vases de Chine, un candélabre fort curieux et | qui ne se compose pas de moins de 741 pièces différentes, liées ensemble par des vis, tels sont les objets précieusement posés sur les étagères et sur les tables de cette riche collection.
- Le reste de l’établissement est rempli de modèles d’architecture : on y remarque une église gothiqne en relief, puis des travaux sur ivoire. En un mot, c’est là un de ces musées comme les Anglais savent les composer : de grandes richesses, ma s qu'ils nous permettent de le dire, un peu de pêle-mêle, sinon de mauvais goût et de coufusiou
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
- Nouvelles conditions d'abonnement.
- Au Journal LË PALAIS DE CRISTAL.
- A partir du 1er août dernier, le prix de l’abonnement a été fixé de la manière suivante :
- Un an................. 25 fr.
- Six mois.............. 12 fr. 50 c.
- ÉTRANGER.
- Un an................. 30 fr.
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- Tout abonnement d’un an pris avant le 1er Octobre donne droit, moyennant 2 fr. 50 c. seulement , à une magnifique VUE INTERIEURE du PALAIS DE L’EXPOSITION, imprimée et coloriée à trois teintes sur papier double-colombier de 1 m. 20 c. sur 0 m. 90 c.
- Nota. — En adressant franco un mandat de 12 fr. 50 c. à l’ordre du gérant, les abonnés pour la durée de l’Exposition recevront le journal jusqu’au 1er août 1852. Pour les nouveaux Abonnés, collection antérieure au 1er août, 12 fr. 50 c (Ajouter 3 fr. 50 c. pour la prime).
- AVIS HPORTAiVT-
- Le terme de l’exposition universelle est fixé au 11 octobre prochain. Les abonnements pris pour la durée de l’exposition expirent donc le même jour} nous engageons ceux de nos souscripteurs qui désirent continuer, à se conformer aux nouvelles conditions d’abonnements et à nous en envoyer le montant.
- BULLETIN INDUSTRIEL ET ARTISTIQUE.
- Convocation de V Assemblée internationale'pour la propriété intellectuelle.—Examen des faits pratiques des arts et de l’industrie. — Machines — Inventions nouvelles. — Traité internationaux. — Expositions des Arts, etc., etc.
- Dans les numéros précédents, nous devions faire connaître nos principes au public. Quand un journal se fonde, quand il veut développer des doctrines qui ont pour but non-seulement de se faire des lecteurs, mais des clients, attachés au journal par le double lien des enseignements et de l’intérêt, il faut qu’aucune méprise ne soit possible sur le sens dans lequel ce journal est écrit; il faut que la précision, la clarté la plus grande régnent entre l’écrivain et cette clien-telle : c’est là ce que nous avons voulu, ce que nous avons dû faire.
- Nous n’avons donc plus désormais rien à dire sur la mission que nous avons à remplir, en ce qui concerne les droits sacrés , imprescriptibles, de la propriété intellectuelle ; et si nous en parlons désormais, ce ne sera plus en théorie, ce ne sera que pour révéler des faits, des progrès réalisés.
- Nous n’avons aujourd’hui qu’un seul et dernier mot à dire sur ce point : nous serons brefs et nous entrerons immédiatement dans le domaine de la pratique; nous parcourerons toute la série des faits industriels, et les productions artistiques, qui, chaque semaine, vont se dérouler à nos yeux.
- Le Comité des inventeurs et des artistes industriels a tenu mardi dernier, 23 septembre, une séance dans laquelle une commission, nommée à cet effet, a donné lecture d’une lettre de convocation adressée à tous les hommes qui veulent, se vouer à la défense des droits de la propriété intellectuelle, et qui indique les jours et le lieu de réunion de Y Assemblée internationale, qui devra , dans le mois d’octobre, examiner le projet de loi dont nous avons annoncé à nos lecteurs la formule définitive.
- Nous avons eu communication de cette lettre ; nous nous empressons de la faire connaître à nos lecteurs, en les invitant, s’ils ont l'intention d’assister à cette réunion, de nous en exprimer le désir, et de s’adresser au bureau de l’administration du Palais de Cristal, où ils devront laisser leurs noms et leur adresse, afin qu'une carte (l’entrée leur soit délivrée. Ils pourront, dès lors, prendre part à des travaux qui veulent le grand jour, la liberté de dis-
- cussion entière, dans un but commun et déterminé. Voici cette lettre :
- Comité de l’Association des inventeurs et des artistes industriels. — Assemblée internationale tenue les 27, 28 et 29 octobre prochain à la Salle des Concerts des artistes musiciens (Bazar-Bonne-Nouvelle), à 7 heures du soir.
- Paris , le 24 octobre 1831.
- Monsieur,
- « L’Association des inventeurs et des artistes industriels, fondée il y a deux ans et demie, a pour but de réunir dans un centre commun les hommes qui se sont voués à l’amélioration du sort des inventeurs par la voie de la bienfaisance et à la défense des droits de la propriété intellectuelle, dans ses trois brandies: les lettres, les arts et l’industrie.
- « Depuis sa formation, des travaux considérables ont été le résultat de nos efforts. Une communauté de vues et de principes a fait faire, au Comité des inventeurs, des progrès importants dans l’examen utile des lois qui régissent la matière des brevets d’invention ; or, le moment approche où la réforme impérieusement réclamée en faveur de la propriété industrielle, doit être mise à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale. Il est donc naturel que les hommes, dont les intérêts vont être discutés, se réunissent et fassent connaître leurs vœux.
- « L’Association tiendra plusieurs séances, les 27, 28 et 29 octobre, à la Salle dps Concerts des artistes musiciens (Bazar-Bonne-Nouvelle), à sept heures du soir.
- « Dans ces réunions, le Comité rendra compte de ses œuvres et des bienfaits qui doivent résulter de nos associations, et il vous proposera les voies et moyens qu’il croit nécessaires pour arriver à résoudre les problèmes qui préoccupent votre esprit comme le nôtre.
- « Nous avons donc l’honneur de vous prier de vous rendre les jours et heures indiqués, au lieu de la réunion, et de préparer les éléments que vous jugerez utiles aux débats qui s’ouvriront.
- « L’industrie souffre, vous le savez, Monsieur, il est du devoir des industriels de se grouper dans un même faisceau.
- « Les arts et les lettres ont aussi besoin de la protection de la loi contre la contrefaçon. Il est important d’étudier, avec soin et avec calme, les moyens les plus propres à assurer les droits de la propriété artistique et littéraire, comme ceux de la propriété industrielle.
- « C’est dans ce but, Monsieur, que nous nous adressons à votre sympathie. Nous espérons que vous voudrez bien assister à nos réunions.
- « Agréez, etc. «
- Nous n’hésitons pas à penser que l’élaboration de la loi sur les brevets d’invention et sur les contrefaçons en matière industrielle, artistique et littéraire, ne devienne l’objet d’un examen solennel qui devra exercer une salutaire influence sur les décisions de l’Assemblée nationale lorsqu’elle sera saisie de son projet de loi sur la matière.
- Maintenant, abordons la partie pratique de notre mission.
- Rien n’est plus curieux, plus saisissant que ce mouvement infatigable des travaux du génie dans tous ses ordres; rien n’est plus magnifique que les efforts faits pour arriver à réaliser le bien-être de l’humanité, en cherchant à découvrir des secrets empruntés à la nature, si riche et si généreuse.
- Pour donner une idée de ce travail incessant du génie, nous avons voulu nous rendre un compte exact du nombre et de la nature des brevets d’invention pris depuis seulement quelques mois. Or, pendant le mois de juin et de juillet dernier il a été pi'is à Paris deux cent soixante dix-sept brevets d’invention: en Angleterre, vingt-cinq seulement; en Belgique trente neuf.
- On le voit, le génie se révèle là où les moyens de se produire sont les moins coûteux, les plus faciles. En France, où il ne faut payer que cent francs par an, on prend dix fois plus de brevets qu’en Angleterre, où le coût d’une patente s’élève à près de neuf mille francs : et il est évident que si le bill Granville passe, chez nos voisins, l’invention thride, mal protégée, désertera complètement le patent-office, passera le détroit et. viendra s’abriter sous la loi tutélaire que notre pays offrira hospitalièrement aux blessés et aux proscrits de l’industrie. Nous ne pouvons ici donner à nos lecteurs la no-
- menclature de ces trois cent quarante-un brevets ! Ils comprennent que les proportions de notre journal s’y refusent. Quant aux objets brevetés, il en est de toute sorte, et si nous avions trouvé dans les spécifications quelque chose de tellement nouveau que l’attention du public y dût être portée, nous ne l’aurions pas négligé: mais, en général, il faut le dire, les procédés sont tout juste assez nouveaux pour marquer un peu de progrès, mais pas assez pour faire révolution dans les innombrables industries que l’invention a perfectionnées. '
- Seulement, il en résulte ce fait considérable qui est partout, dans les esprits, dans l’air, chose impalpable, insaisissable, mais dont le sens se révèle sans qu’on en puisse donner l’explication. Le travail du génie isolé qui trouve semble avoir un lien secret avec la communauté des intelligences. Les besoins de l’humanité se signalent; et les inventeurs qui sont chargés de les satisfaire, se chargent, en outre, en quelque sorte, d’en écrire l’histoire par les brevets qu’ils prennent.
- Ainsi, dans cette nomenclature si longue, quels sont les points sur lesquels porte principalement le travail industriel? Sur les choses les plus usuelles, en rapport avec les progrès de la science.
- Par exemple, nous remarquons une foule de procédés nouveaux en ce qui concerne l’éclairage; on y voit une tendance générale à résoudre les grands problèmes de l’application économique du gaz. Messieurs Guyot de Grandmaison, Mayer, Clerget, Fil-liol et Vincent, Villiet, Frigant de Latour, Duval, Neuburger, etc., prennent des brevets pour de nouveaux appareils de gaz, pour des régulateurs, pour de nouvelles lampes.
- Le magnétisme et l’électricité préoccupent tout le monde : M. Mortimer invente une aiguille magnétique; M.Pulwer-Macher, une machine électro-magnétique ; M. Brisbart-Gobert, des appareils télégraphiques.
- Les machines aériennes sont l’objet des rêves de notre temps : les ballons et leur direction empêchent de dormir les savants, les gens du monde, jusqu’aux enfants, qui trouveront peut-être, dans ces petits parachutes qui inondent la voie publique, la solution de tant de problèmes, parce que, comme dit Newton, tous les problèmes se résolvent en y pensant toujours. Or, les machines aériennes et les études sur les propriétés du gaz, se multiplient à l’infini dans la nomenclature des brevets pris récemment en France. Sans doute, il ne s’agit encore que de perfectionnements assez insignifiants ; mais, néanmoins, ce travail infatigable de l’esprit humain finira par conduire tout d’un coup à une découverte bien simple, bien naïve* peut-être bien niaise, qui est placée par la Providence sous notre main, et qui, au moment où nous y songerons le moins, nous autres indifférents, se révélera à quelques-uns de ces chercheurs, pionniers ardents de la pensée, qui passent au milieu de nous avec leur bagage de voyageurs, au risque de recevoir de la foule quelques lazzis qu’on leur adresse comme à des illuminés ou des rêveurs.
- Mais un des objets sur lesquels le génie humain s’exerce avec le plus de soin et d’ardeur, c’est la locomotive. Là, comme lefpublic est bien sûr que le rêve est réalisé; comme les perfectionnements de la locomotive sur les rails de nos chemins de fer, qui passaient pour une utopie il y a trente ans, sont devenus des nécessités impérieuses, le génie est en travail continuel, et nous espérons bien que dans quelques années, tout ce vieux matériel des chemins de fer, à l’enfance, sera fondu pour être remplacé par quelque chose de plus simple, de plus ingénieux, de moins lourd et de plus économique.
- Pourtant, il faut avouer que nous sommes des gens bien singuliers : ardents aujourd’hui, nous étions les plus incrédules personnages du monde intellectuel il n’y a pas un siècle; et à cet égard, en ce qui concerne cette machine si importante pour les réalités de l’économie moderne, en ce qui concerne la locomotive , peut - être on nous saura gré, de donner une idée des progrès que l’on a obtenus depuis près d’un siècle sur ce point : au moment où, comme le dit si pittoresquement notre ami et collaborateur, M. Jqbard, de Bruxelles, les locomotives n’en sont pourtant qu’au berceau, il est curieux de savoir retrouver dans les efforts du passé , la marche que nous avons suivie à cet égard : c’est l’histoire de presque toutes les’ inventions, c’est un enseignement curieux et que nous jugeons très-nécessaire.
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
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- C’était donc, en 1770, sous le ministère de M. de Choiseul; un ingénieur Français, nommé Cugnot, avait imaginé une locomotive. On disait qu’elle avait marché, qu’elle avait fonctionné à Paris, à l’Arsenal, où elle avait acquis tant de vitesse qu’ayant été mal dirigée, elle avait renversé un mur.
- Cette locomotive était un tricycle. La roue de devant était crénelée : on suppose que c’était pour ui donner une adhérence plus grande sur le sol. Cette roue ainsi que tout l’appareil à vapeur, y compris la chaudière, était mobile, autour d'un axe vertical, et le mouvement pouvait être produit par le conducteur, au moyen d’une manivelle à deux poignées et d’un engrenage qu’ils transmettait à une sassoire circulaire dentée.
- L’appareil moteur se composait d’une chaudière placée à l’avant, et soutenue, ainsi que son foyer, par une forte ferrure. La chaudière, en forme de sphéroïde aplati, était comprise entre le couvercle et le fond du foyer , de telle sorte que le feu étant allumé au-dessous, la flamme et le gaz circulaient librement dans l’intervalle qui les séparait et s’échappaient par deux petites cheminées rectangulaires; un tuyau courbe, qui partait de la chaudière, conduisait la vapeur à un appareil de distribution dont la pièce principale était un robinet à deux passages.
- Nous ne donnerons pas des détails plus longs, ni plus circonstanciés, sur cette machine qui est de la plus grande simplicité. Elle est, du reste, auConser-vatoire. Mais il existe sur l’origine de cette machine, des détails historiques fort curieux : on trouve une lettre d’un M. Rolland, commissaire-général de l’artillerie et ordonnateur des guerres, en date du 4 pluviôse an vm (24 janvier 1801), et qui contient l’exposé des faits les plus importants.
- Ce personnage, s’adressant au ministre et au président du pouvoir exécutif, fait connaître que des propositions d’un certain Planta, inventeur d’une locomotive, avaient été faites au ministre Choiseul, en 1769.
- Celle de Cugnot, fut préférée, et il fut reconnu qu’elle eût marché 1,800 à 2,000 toises (environ 3,600 ou 4,000 mètres) par heure, sans interruption, si, dit le commissaire, elle n’eut pas rencontré d’obstacle.
- On en fit faire la construction, qui coûta à peu près 20,000 livres. L’exil du ministre fit remiser la voiture, et on n’en parla plus.
- M. Rolland fut longtemps préposé à la garde de cette voiture, et il chassa de l’arsenal, en 1793, sous la Terreur, un Comité révolutionnaire, qui voulait en faire de la ferraille.
- Lors de son retour en France, Bonaparte, alors général, fut saisi de la question de ce mécanisme; il l’examina, indiqua quelques modifications, lesquelles allaient être exécutées, lorsque le général fut forcé de partir pour l’Egypte, et l’expérience n ’eut pas lieu.
- Les choses en étaient là, et la locomotive allait être démontée en 1801, lorsque Rolland, toujours attentif à sa machine, à cet enfant chéri qu’il avait déjà sauvé, confiant, d’ailleurs, dans son avenir, s’y opposa et sollicita du ministre et du chef du pouvoir l’examen attentif des ressources qu’elle pouvait offrir aux études de la locomotion par la vapeur.
- Sans doute, cette machine n’est qu’élémentaire; mais la date de son invention est importante. Il s’agit de 1769, époque à laquelle Watt obtint sa première patente de perfectionnement des machines fixes, dans laquelle il n’est pas même question de l’application de la vapeur à la locomotion des voitures. Puis, faisons remarquer que les premières locomotives de Blenkinsop ne datent que de 1811. Ceci est grave en ce sens qu’il en résulte que les droits de l’ingénieur Cugnot paraissent très-explicitement et très-sûrement établis.
- Or, il faut que l’on sache, aujourd’hui, qu’il est avéré que Cugnot, qui fut l’inventeur de cette merveille, est mort à Paris en 1804 dans un état voisin de la misère. 11 serait mort de faim, si le premier consul ne lui eût accordé une pauvre pension de 1,000 fr. Cette machine, c’est le point de départ de celles qui ont bouleversé le monde, et si le général Bonaparte, avant de partir pour l’Egypte, avait mis à l’examiner un peu plus de soin, peut-être son incrédulité sur les ressources de la vapeur eût-elle été vaincue. Qui sait dès lors où se fussent arrêtées ses idées de conquête, portées avec toute leur sève, avec tout le génie de l’Empereur, sur le domaine de l’industrie? Qui sait quelles infortunes la vapeur, obéis-
- sant aux ordres de Bonaparte, eût épargnées à Napoléon? Eh bien! il existe de nos jours une foule de procédés de cette sorte, méconnus, oubliés, laissés à l’écart, et c’est pour les mettre en lumière, c’est pour épousseter la cendre qui les couvre et qui les ternit, que le propriétaire généreux et intelligent du journal le Palais de Cristal a fondé ce recueil et poursuit avec nous notre sainte mission, en ouvrant nos colonnes aux inventions qui attendent modestement le grand jour pour se produire.
- Mais, confessons-le avec sincérité, il est un autre point sur lequel la mission que nous poursuivons avec ardeur et courage rencontrait, jusqu’à ce jour, un obstacle presque invincible, c’était l’incrédulité, l’insouciance, le mutisme systématique des corps savants et de l’autorité. Or, voyez quelle influence exerce, à un jour donné, la grande voix impérieuse, volontaire, ardente aussi, du public. Nous avons, à ce sujet, deux bonnes nouvelles à donner : l’une dans le domaine de la science, l’autre dans le domaine des arts.
- L’Académie des sciences a été depuis quelque temps préoccupée des recherches si intéressantes des fils électriques sous-marins.
- M. Arago, dans la séance de lundi, a rappelé les services que les télégraphes électriques peuvent rendre à la navigation. Ainsi, il avait été question, il y a plusieurs années, de construire au Havre un petit observatoire pour donner aux navires en partance l’heure de Paris.
- Grâce aux télégraphes électriques reliés les uns aux autres, cette construction devient inutile; par suite de ces communications instantanées, on pourra transmettre aux navigateurs quittant nos ports l’heure de Paris, en déterminant la marche des différents chronomètres relativement aux chronomètres de la capitale.
- L’observatoire de Greenwich va se rattacher, par une communication électrique, au télégraphe international sous-marin, et notre gouvernement va, de son côté, permettre une communication semblable pour l’Observatoire de Paris; de telle sorte qu’au moyen de la jonction de ces deux établissements scientifiques, rien ne sera plus aisé que de déterminer, par des expériences répétées cent fois, et avec beaucoup plus de certitude et de facilité que par les observations géodésiques, les différences de longitude entre les observatoires de Paris et de Greenwich.
- Mais, il y a mieux : Le 22 de ce mois, à six heures du matin, a commencé l’intéressante opération de l’embarquement, pour être conduit à sa destination, à Douvres, du rouleau de 24 milles du câble électrique. Cette opération s’est faite avec succès dans les ateliers de MM. Blyth et compagnie, sur le. bord de la rivière, à Wappin.
- Le Blazer, sous les ordres du capitaine Bulloch, est un beau bâtiment, que l’amirauté avait mis à la disposition de la compagnie. Le Blazer, qui jauge 6 à 700 tonneaux, et qui ne fait plus de service actif, a été démantelé pour recevoir le cable, qui a pu être roulé sur ce ponton, sans mâts et sans roues.
- Il sera remorqué par trois navires à vapeur qui, à raison de 12 mille par heure, lui feront parcourir les 120 milles de mer jusqu’à Douvres. Le travail du transport du câble était long et difficile. On pense qu’il sera terminé ce matin.
- Ccmrne il faudra pour couler bas le câble, choisir une marée et un vent favorables, on n’a pas encore décidé le jour de la submersion, ni de quel côté du canal, France ou Angleterre, elle doit se faire. — Les ingénieurs, pour cette opération, prendront conseil des officiers de marine et des pilotes. — Le poids de chaque mille decâble est de huit tonneaux.
- La combinaison a été si habilement faite, et il règne à la fois tant d’harmonie et d’uniformité dans ce câble, que selon les prévisions, il résistera à toutes les éventualités de violence, de vibration et de secousse.
- — Les gouvernements, enfin, commencent à comprendre que les ressources de l’industrie peuvent être employées par eux sans défiance.
- Le 1er octobre prochain s’ouvrira à Vienne un congrès composé de délégués des gouvernements de France, de Belgique et d’Autriche, et qui aura pour objet de régler diverses mesures relatives aux communications entre ces pays par les télégraphes électriques. fl s’agira notamment d’apporter à ces communications télégraphiques des facilités plus grandes, d’accélérer la transmission des correspondances par-
- ticulières, lesquelles se trouvent encore interrompues et retardées à plusieurs stations; de poser partout des doubles fils , et d’établir sur divers points des fils souterrains.
- Un peu plus de protection encore pour les inventeurs, et sans doute les gouvernements finiront par reconnaître que les hommes de génie ont du bon pour aider l’Etat, accélérer la marche régulière du progrès et économiser les rouages de l’administration publique.
- Que de trésors d’intelligence, d’harmonie et de bien-être sont cachés sous la solution de ces grands problèmes!.
- Maintenant, voici la nouvelle intéressante pour les arts :
- Le gouvernement a pensé que les départements ne devaient pas impunément posséder des chefs-d’œuvre d’art qui étaient soustraits, en quelque sorte, à l’étude, à l’appréciation publique. Il a voulu se rendre un compte exact de la situation des musées, et sous le rapport historique, et sous le rapport statistique.
- Plusieurs questions intéressantes pour l’art ont été adressées par M. le Ministre de l’intérieur aux directeurs des musées des départements. Voici ces questions :
- — Quels sont les musées qui existent ou qui se préparent dans les diverses localités de votre département?
- — Quelle est la date de leur origine et quelle a pu en être l’occasion?
- — Dans quels bâtiments sont-ils installés, et dans quel état se trouvent ces bâtiments ?
- — Quelles sont les ressources affectées à leur conservation ?
- — Quels sont enfin les objets d’art de foute nature qu’ils possèdent?
- — Dans quel état sont les inventaires et catalogues?
- Voilà, selon nous, une excellente mesure. Nous allons nous tenir au courant des découvertes que cette enquête va nécessairement produire, et nous ne manquerons pas d’en faire part à nos lecteurs. Si quelque objet précieux nous paraît de nature à être révélé, nous en enrichirons notre recueil, qui est aussi bien l’album des musées que celui des expositions, en un mot l’album des arts autant que l’album de l’industrie.
- C’est dans cette pensée qu’aussitôt que nous avons appris que l’ouverture de l’exposition du pala;s des Beaux-Arts avait lieu, nous nous sommes empressés de nous y rendre, pour examiner avec soin les œuvres des jeunes logistes en sculpture, peinture, gravure et architecture.
- Nous avons décidé que les principales œuvres de cette jeune pléiade d’artistes, qui tiennent en leurs mains l’avenir de nos beaux-arts, seraient reproduites dans notre journal.
- Le jury a déjà prononcé sur le sort de presque tous. Les peintres seuls attendent. Les prix ne seront donnés pour eux que la semaine prochaine.
- Nous ajournons donc forcément notre examen, puisque cette analyse ne peut être intéressante que quand elle pourra être complète; et il nous sera doux et précieux de conserver dans notre recueil les productions des lauréats.
- Disons seulement que le premier grand prix de sculpture a été remporté par M. Bonardel, élève de MM. Ramey et Dumont; le deuxième grand prix par M. Crauk, élève de Pradier; deux autres prix ont éié'décernés à MM. Manigber, élève de MM. Ramey et Dumont; Début, élève de David ; et une mention à M. Lepère. Le sujet était : les Grecs et les Troyens se disputant le corps de Patrocle.
- Le sujet de peinture est : Périclès au lit de mort de son fils. Nous voulons attendre que le jury ait délibéré pour juger les œuvres, d’ailleurs fort remarquables, qui sont exposées au palais des Beaux-Arts.
- Nous le ferons dans le prochain numéro.
- Dorénavant, comme aujourd’hui, notre Bulletin industriel comprendra toutes les nouvelles et l’analyse raisonnée des œuvres artistiques ou industrielles.
- Alexandre T.ata,
- Rédacteur en chef, avocai à la Cour d’appel de Paris
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- LE PALAIS DE CRISTAL
- LAMPE ALLEMANDE.
- On remarque dans le centre de la partie du Palais de Cristal destinée aux nations étrangères, une lampe très élevée qui est de fabrique allemande. Le dessin que nous en donnons ci-contre suffit pour en faire comprendre à nos lecteurs toute l’élégance. Le support est en fonte, les détails sculptés sont très-remarquables.
- Lampe allemande.
- VERRES DE BIRMINGHAM,
- PAR JIM. BACCHÜS ET FILS.
- Les mystères de la Bohême se dévoilent. Il n’y a plus rien à désirer pour la France et pour l’Angleterre, en ce qui concerne les travaux de verrerie si délicats, si luxueux, en Bohême. Les verres k patte le tlacon et les deux coupes dont nous donnons ici le dessin de sont MM. Bacclius et fils, de Birmingham.
- Le plus petit des deux verres porte sur un fond blanc mat. des cristaux couleur rubis qui se déta-
- chent. Le plus grand porte des feuille de lierre de diverses dimensions qui sont incrustées, comme on le voit, sur des branches enlacées. Peut-être ces branches ne sont-elles pas assez gracieusement portées sur le fond. Un peu moins de syémtrie eut été préférable. En tout cas , le vert de ces feuilles de lierre est du plus grand éclat; et tous ces produits prouvent que les verreries de Burmingham luttent, désormais, avantageusement avec^celles de Londres.
- Verres de Birmingham, par MM. Bacchus et fils.
- BIBLIOTHÈQUE TOURNANTE,
- DE M. DERULLE, DE BELGIQUE.
- Les hommes qui travaillent savent combien ils doivent de reconnaissance aux inventeurs de tout procédé tendant à rendre leur travail facile, commode, et expéditif.
- Or, si Ton a des recherches à faire, si Ton a une foule de volumes à consulter, Ton sait quelle gêne on éprouve dans l’étalage forcé de ses documents sur une table où ils s’entassent, où Ton a tant de peine à les retrouver dans le déplacement alternatif auquel chacun d’eux est soumis.
- M. Derulle a imaginé une sorte de bibliothèque cylindrique tournante. On la place auprès de soi, puis
- Bibliothèque tournante, de M. Durulle, de Belgique.
- on peut lui imprimer un mouvement de rotation, au moyen duquel les livres, pièces, notes, ou documents, classés comme on Ta jugé nécessaire, se présentent selon les besoins du travail. En tournant, chaque planche garde, par la pesanteur même des objets qui y sont placés et par l’effet d’une charnière mobile, la position horizontale: Il suffit pour la faire tourner de se servir de tenants que Ton voit distinctement’figurés au cercle extérieur. Il est possible de donner à ce meuble toute l’élégance que Ton veut ou lui conserver toute la simplicité désirable; de sorte qu’il résout le double avantage de l’utile ou du bon marché, tout, en se prêtant aux combinaisons du luxe.
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- LE PALAIS DE CRISTAL
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- TABLE DE TRAVAIL, par M. WETLY, de BERNE.
- Cette magnifique table sort des ateliers de M. Wetly, de Berne, et donne une idée complète du goût suisse. Cette nation met son empreinte sur toutes choses. Elle sait que rien n’est beau comme ses glaciers, rien n’est tou chant comme sa nature poétique. Le Ranz de ses vaches, cet air national et suave qui accompagne le soldat suisse dans toutes les contrées où il engage sa jeunesse, est un des éléments les plus usuels de ses inspirations artistiques ; et la Suisse consacre et [imprime son caractère et son cachet partout, dans ses productions les plus humbles et les plus luxueuses. Le meuble dont nous donnons ici le dessin contient des sculptures sur bois faites dans le goût ordinaire. Le coffret de devant est un bas-
- relief où se trouve la Suisse tout entière : montagnes, bœufs, vaches, bouviers, rien n’y manque. Les figures d’en haut représentent la chasse et la lutte; sur les côtés, les paysans suisses, au-dessous les coureurs de glaciers.
- Le bois de ce meuble est blanc et rouge, selon l’usage.
- Sans doute, nos habitudes s’a r ra nge-raient assez mal de l’encombrement un peu confus de tant d’objets; mais comment s’en plaindre : n’est ce pas une chose touchante, et par conséquent excusable, que ce travail qui révèle une pensée patriotique. Or, si l’on se rend dans un de ces établissements où les petits travaux sculptés, nous arrivent de Berne ou de Bâle, on y trouvera tant de goût, on se laissera séduire par l’intérêt si vif qui s’y rattache, qu’on finira par ou-oublier la confusion que nous pourrions reprocher aux artistes de ces montagnes.
- 0[RGUE HARMONIUM de M. Debain. f 11 n’est pas d’instrument dont le son exerce une plus suave influence sur les
- personnes'qui ont traversé larueVivienne connaissent l’établissement de M. De-bain ; son industrie mérite une attention particulière ; et nous croyons rendre service à nos lecteurs, surtout à nos lectrices, en les initiant aux procédés em
- sens que l’orgue ; et tous les procédés mécaniques qui rendent usuel ce mer- I ployés par ce lacteur de pianos, à qui l’on doit deux instruments sur lesquels veilleux. ce religieux instrument, feront faire un pas à l’harmonie : Toutes les I nous avons des renseignements précis, à savoir : XHarmonium et YAntiphonel.
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- l’harmoxium.
- Le principe sur lequel repose»!, ces procédés réside tout entier sur les progrès que M. Debain a fait faire à l’induslrie des orgues portatives cl spécialement aux orgues producteurs du son, désignés sous le nom (Y Juches libres.
- Le premier, il est parvenu à donner à cet instrument, dont la monotonie était devenue proverbiale, une grande variété de timbres qui, imitant la plupart des instruments d’un orchestre, peuvent être entendus ensemble ou séparément, à la volonté de l’exécutant.
- Il a dû cet important résultat à l’étude persévérante, non-seulement de l’organe sonore en lui-même, mais encore et surtout à celle de l'influence particulière qu’exerce, sur la qualité du son , la forme de la cavité dans laquelle joue l’anche libre, et à une exacte appréciation des conditions spéciales de l’ouverture par laquelle le vent arrive à l’anche et de celle par laquelle il sort, à celle de l’influence d’un vent agissant plus ou moins près de la soufflerie, etc, , etc., etc.
- Enfin, un seul et même sommier, réunissanttous les jeux de timbre diàérents, permet de les combiner au moyen de registres avec une extrême facilité, et de produire une variété et une puissance d’effets qui, dans tes églises trop pauvres pour faire l’acquisition d’un grand orgue, concourent singulièrement à la majesté des cérémonies du culte.
- Ces conditions ont également fait obtenir d’un organe autrefois si lent à parler, une promptitude d’action qui permet à l’artiste l’exécution des morceaux les plus vifs, la répétition la plus rapide de la même note.
- 11 en est résulté que l’instrument, devenu propre à l’exécution de toute espèce de musique, s’est franchement introduit dans les salons, où il occupe, sans désavantage, une place, encore modeste, il est vrai, à côté de celle réservée au piano, mais qui grandira infailliblement, à mesure que les artistes elles amateurs se seront plus familiarisés avec l’emploi judicieux des nombreuses ressources qu’il offre à l’exécutant.
- Ajoutons que la réduction de son volume, qui n’est nullement incompatible avec une très-grande puissance de son est telle, qu’il peut, sans encombrement , être installé dans tous les appartements actuels, où l’espace est distribué avec une si parcimonieuse intelligence.
- Enfin, cette invention a doté la musique d’un instrument dont l’importance grandit chaque jour, elle a aussi créé une industrie nouvelle occupant, en ce moment, ou moins 400 ouvriers de diverses professions dans le seul établissement de l’inventeur.
- ANTIPHONEL.
- 11 ne suffisait pas d’avoir donné aux églises pauvres les moyens de se procurer un orgue.
- L’organiste était tout au moins aussi indispensable: l’argent, même, dans la plupart des cas, n’aurait pu lever cet obstacle, vu l’extrême rareté, en province, des artistes ou amateurs capables de toucher de l’orgue.
- Il fallait que, lorsque cela serait nécessaire, l’organiste fut le complément obligé de l’orgue, et que, sans exclure le moins du monde l’artiste ou l’arna-• leur, l’église pût s’en passer complètement lorsqu’il viendrait à lui manquer.
- C’est dans ce but qu’a été inventé l’Antiphonel, appareil qui peut se placer à volonté sur un clavier quelconque et agir sur les touches de ce clavier connue le ferait la main d’un artiste.
- 11 se compose , en principe, pour chaque touche, de deux leviers coudés, réunis par une bielle. La branche libre de l’un de ces leviers repose sur un pilote en communication avec la touche. La branche libre de l’autre levier, formée d’une mince lame d’acier, est terminée par un petit bec saillant sur le plan supérieur de l’appareil; de sorte que, quand, par une pression quelconque, le petit bec est abaissé au niveau de ce plan supérieur, la branche libre de l’autre levier déprime la touche et un son est produit.
- Les choses sont disposées de manière que la totalité des becs, correspondant à cinq octaves, n’occupe sur l’appareil qu’une ligne de 118 millimètres de longueur, formant, en un mot, un très-petit abrégé du clavier de l’instrument.
- Qu’on suppose, maintenant, des planchettes plus ou moins longues, dans lesquelles seront implantées des pointes métalliques saillantes et qu’on fera successivement glisser sur le plan supérieur de l’appa-
- LE PALAIS DE CRISTAL.
- reil; chaque pointe, rencontrant l’un des becs, l’o- 1 bligera à s’abaisser et fera, par conséquent, parler la note correspondante. |
- Si donc, ces pointes sont disposées sur les planchettes de manière à produire, soit des accotais successifs, soif les notes successives d’un chant; si, au moyen de mouvements de bascule imprimés à un levier, chaque planchette successive s’avance d’une même quantité à chaque oscillation de ce même levier, il suffira que l’exécutant ait le sentiment du rliythme, toujours très-simple, du morceau, et y conforme les mouvements du levier, pour produire sur l’instrument les effets qu’en obtiendrait un artiste qui s’astreindrait à exécuter rigoureusement la musique écrite.
- Mais ce résultat, quelque important qu’il soit, n’était pas suffisant, parce que les conditions que l’on vient de décrire exigent encore une certaine habileté ou tout au moins une certaine mémoire de la part de l’exécutant qui, dans tous les cas, ne pourrait suivre le rhythme d’un morceau qu’il n’aurait jamais entendu.
- L’inventeur a remédié à cet inconvénient en faisant, au moyen d’une manivelle, marcher les planchettes d’un mouvement continu, au lieu d’un mouvement intermittanl; et en substituant, aux pointes toutes semblables et régulièrement espacées, en arrière les unes des autres, des pièces de métal de longueur diverses, en rapport avec les durées données aux notes d’un morceau de musique, analogues au pointage des cylindres dans les orgues.
- Quelques explications au sujet de la substitution des planchettes aux cylindres qui, antérieurement, avaient été employés dans le même but:
- Un cylindre pour orgue d’église contient toujours plusieurs airs, et ne peut, par conséquent, s’acquérir qu’à un certain prix. Il est encombrant par son volume, exige un emplacement spécial pour le mettre à l’abri des accidents, quand on le remplace par un cylindre de rechange. Dans ce remplacement même, un simple choc peut le mettre hors de service, parce que les pointes faussées peuvent appartenir à tous les airs ou au moins à plusieurs de ceux qui y sont piqués. Son renvoi chez le facteur, pour le réparer, exige des frais de transport et prive le culte de son service tout entier pendant la durée de la réparation. L’humidité, si générale dans les églises, le fait rapidement voiler et en rend l’emploi fout-à-fait impossible, etc., etc.
- Les planchettes sont entièrement exemptes de ces inconvénients.
- Chaque air peut s’acquérir séparément ; toutes les planchettes d’une collection d’airs se casent facilement dans des boîtes à compartiment ou sur des rayons. Si un même motif se répète plusieurs fois dans un morceau, une seule planchette, contenant ce motif, en permet indéfiniment la répétition, condition qui diminue singulièrement le prix d’un morceau de musique ainsi noté(d ), et qui, appliquée au piaxo, comme on le verra plus loin, a fait admettre Y Antiphonel dans beaucoup de maisons particulières où un petit bal peut s’improviser sans infliger à une dame le supplice de faire danser les autres et de ne pas participer au plaisir général.
- Les pointes en acier sont d’une solidité à toute épreuve; le voilement d’une planchette esttout-à-fait insignifiant parce que la saillie des becs et celle des pointes est assez grande pour produire l’action des unes sur les autres, malgré un voilement qui forcerait à mettre un cylindre au rebut: parce que pour rétablir le niveau entre le sommet de toutes les pointes, il suffit de comprimer la planchette entre deux plans résistants qui enfoncent les pointes trop saillantes; parce qu’enfin, en cas d’accident notable, on n’est privé que d’un seul air pendant toute la durée de la réparation.
- M. Debain est parvenu à appliquer \J’nliphonel au piaxo. Mais, alors, ses conditions diffèrent de celles de l’antiphonei appliqué à l’orgue.
- Dans ce cas, au lieu de déterminer l’abaissement de la touche par l’intermédiaire des organes précédemment décrits, le bec, abaissé par une pointe de la planchette,bande un ressort qui, lorsque la pointe quitte le bec, réagit sur le marteau et détermine son brusque départ sur les cordes.
- Il résulte de celte disposition qu’il est très-facile de nuancer les effets musicaux.
- En effet, si une pointe est d’une certaine quantité en dessous du niveau des pointes les plus hautes,
- (l) Comparativement aux cylindre?, ce système présente une économie de moitié sur le prix de revient.
- elle n’abaissera le bec que d’une quantité proportionnelle ; le ressort sera proportionnellement moins bandé et le coup de marteau aura exactement la force accumulée dans le ressort pendant le passage de la pointe sur le bec, de sorte qu’en enfonçant plus ou moins certaines pointes, on obtient à volonté les pianos les plus faibles et les forté les plus énergiques en passant par toutes les nuances intermédiaires.
- Enfin, Y antiphonel présente encore cette condition avantageuse qu’un morceau écrit dans un ton quelconque peut être transposé dans tous les autres et s’accommoder ainsi à toutes les voix pour l’accompagnement d’un morceau donné.
- On donne avec raison, pour les concerts, la préférence au piano à queue, parce que , grâce à son volume, il offre une grande puissance de son-
- Mais l’emplacement qu’il occupe, sa forme disgracieuse, compensent amplement les qualités qu’il présente.
- On a cherché à le remplacer par des pianos verticaux de grandes dimensions.
- Mais ces instruments étaient forcément adossés à la muraille, l’artiste tournait le dos à son auditoire, et le chanteur s’accompagnant éprouvait une gêne réelle de la trop grande proximité des organes sonores.
- On sait en outre que le son d’un piano quelconque est beaucoup plus intense du côté postérieur de la table d’harmonie que du côté antérieur où sont les cordes, surtout lorsque la cavité postérieure aies proportions convenables pour jouer le rôle des vases renforçants de feu Savart. Dans la disposition dont l’inventeur s’occupe, la partie la plus sonore de l’instrument se trouvant adossée à la muraille, une portion notable du son était perdue pour le public.
- M. Debain croit avoir remédié à ces inconvénients.
- Dans le nouvel instrument, qui n’occupe qu’une très-petite superficie, l’exécutant est placé sur une estrade entre le corps du piano et le clavier qui fait tribune devant lui.
- L’artiste ainsi tourné vers ses auditeurs peut communiquer avec eux du regard et de la physionomie, condition éminemment propre à établir ces rapports sympathiques qui doublent la verve de l’artiste, lorsqu’il se sent maître de son auditoire. Il n’est point incommodé, comme dans les autres pianos droits, par l’arrivée immédiate du son sur les organes de la voix, et cependant il s'entend mieux jouer, car il a la perception directe du son qui lui arrive plus nettement à l’oreille que lorsqu’il sort du dessous de l’instrument, comme dans les pianos à queue ou carrés, soit par la partie postérieure comme dans les pianos droits actuels.
- Ce résultat est dû à ce que, dans le piano exposé à Londres, les cordes et les marteaux sont placés du même côté de la muraille, que la table d’harmonie est entre eux et l’exécutant, et qu’enfin le son se répand librement dans l’espace ; le piano restant complètement adossé au mur.
- On pourrait craindre que le mécanisme de transmission du mouvement des touches au marteau ne donnât au davier une dureté incompatible avec une brillante exécution. Il n’en est rien, cependant, grâce à la simplicité du mécanisme général.
- Enfin, pour la facilité du transport, le corps du piano se sépare de l’estrade qui le supporte, et le poids total de l’instrument ne dépasse pas celui d’un | piano à queue ordinaire.
- Ajoutez à cela, que tout amateur intelligent, à l’aide d’une petite indication, peut facilement noter lui-même les airs qu’il désire. Il trouve même, dans ce travail intéressant, un passe temps fort agréable.
- EXPOSITION DE LONDRES.
- ( Suite. )
- A quoi bon ces innombrables objets de luxe dont la masse s’accroît chaque jour? Nos pères n’en avaient pas la moitié, nos grands-pères n’en avaient pas le quart, et ils vivaient bien sans cela, disait un quaker en parcourant le Palais de Cristal. A quoi bon ces fleurs artificielles , ces chapeaux en plumes d’oiseaux, ces rivières de diamants, ces dentelles, ces broderies, cep monceaux de bijoux?—Nous sommes bien heureux de pouvoir nous passer de toutes ces superfluités, murmurait sa femme du fond de son tuyau. — Cela est possible, répondit un voisin; mais pour les ouvriers comme pour les riches, ce superflu est chose nécessaire, puisque cela fait vivre
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- les uns et fait plaisir aux autres. Supprimez un instant par la pensée le goût du luxe et des frivolités, et l’année prochaine les deux cent cinquante millions d’Européens seront réduits des trois quarts; c’est-à-dire qu’ils mourront littéralement de faim. Vous voyez donc bien que le luxe entrait aussi dans les desseins de Dieu, quand il a dit aux hommes : Croissez et multipliez ! Ne condamnez donc ni l’industrie, ni les arts, ni le luxe, comme des inventions diaboliques, mais encouragez-les comme de saintes expressions de la volonté du Créateur, qui n’a pas dit à l’homme : Amusez-vous toute la semaine et reposez-vous le dimanche, comme le prêchent une foule de faux prophètes qui surgissent en ce moment dans la Babylone parisienne. Il est bien vrai qu’il faut peu de chose à l’homme pour vivre, témoins les Lapons, les Boschimen et les Têtes plates, mais si vous voulez élaguer ces prétendues inutilités, vous briserez votre dernière écuelle, comme Diogène, et vous dormirez dans une cruche; mais cela ne vaut ni le confort anglais, ni le luxe parisien, qui seront eux-mêmes cités avec pitié dans quelques siècles. On ne comprendra pas comment les citadins de notre époque ont pu si longtemps grimper cinq à six étages d’escaliers glissants pour regagner leurs appartements plus glissants encore, dans l’intérêt sans doute des chirurgiens et rebouteurs de l’époque. Car chaque groupe de maisons sera un jour pourvu d’un élévateur à mouvement continu qui prendra et déposera doucement chacun sur son pallier.
- On nous traitera de sauvages pour avoir laissé nos trottoirs exposés à la pluie, au lieu de les couvrir d’un auvent vitré débordant des maisons. On nous plaindra d’avoir pu tolérer si longtemps l’affreux tapage des voitures rebondissant sur un pavé raboteux, au lieu d’insérer dans les moyeux un manchon de caoutchouc vulcanisé, destiné à amortir les chocs et le bruit des roues, et de placer des bandelettes de la même substance dans les vasistas de nos étourdissants omnibus.
- On rira des essais innombrables de pavages auxquels nous nous sommes livrés sans succès, alors que des plaques de fonte gauffrée présentaient la meilleure prise aux pinces des chevaux et en même temps la surface la plus roulante aux voitures.
- On ne comprendra pas comment une population d’un million de citoyens a pu si longtemps tolérer les cris stridents, plaintifs, ridicules, monotones, menaçants, farouches, glapissants ou sauvages de quelques centaines de braillards de la secte des hurleurs qui envahissent toutes les rues, pénètrent dans toutes les cours, interrompent tous les travaux intellectuels, s’opposent à toute réflexion, à toute méditation suivie, en vous criant aux oreilles des mots inintelligibles, qui s’entendent par-dessus les toits et dépassent le fracas des voitures, qui dépasse lui-même le fracas du tonnerre.
- On nous bafouera peut-être de nous être laissé mourir de faim, avec du foin et de la paille plein nos greniers, faute d’un égrugeoir mécanique pour les traduire en épinards et en bouillie presque aussi nutritifs pour l’homme que pour les animaux.
- On nous blâmera d’avoir employé là moitié de la population à poursuivre, arrêter, juger, condamner, emprisonner et garder l’autre moitié, pour avoir tué un perdreau, pris un poisson dans la rivière, coupé un bâton dans la forêt, ou pensé, parlé et voyagé dans un autre rumb politique ou religieux que celui de M. le sous-préfet.
- On se moquera surtout de la stupidité de nos artisans pour avoir forcé leurs enfants à étudier l’idiome de deux peuples païens passés à l’état fossile depuis deux ou trois mille ans; autant vaudrait forcer nos chiens à aboyer comme les carlins de Cléopâtre.
- On nous stigmatisera pour avoir persécuté et condamné à l’amende les seuls bienfaiteurs incontestables de k Société, les auteurs de toute civilisation, les inventeurs enfin, par complaisance pour quelques voleurs, qui aiment mieux s’emparer des inventions que de les payer ; car alors on donnera aux inventeurs le droit commun, le droit de posséder leurs œuvres, le droit de travailler et de vivre du produit de leur génie, de leurs efforts et de leur probité.
- Oh ! alors on n’aura plus peur des idées folles ou malsonnantes, qui naissent de l’oisiveté à laquelle on condamne malencontreusement tous les prolétaires hors d’état de payer leur droit d’entrée dans l’atelier du travail intellectuel :
- Rien de plus à craindre qu’un prolétaire éloquent a dit un ministre de Louis-Philippe ! Nous croyons, nous, que les prolétaires intelligents, privés du droit commun , sont plus dangereux encore, car ils sont beaucoup plus nombreux. Mais ils cesseront de l’être, quand ils seront propriétaires de leurs œuvres; c’est alors que les quakers auront matière à maugréer en présence des myriades de produits, au milieu desquels ils ne pourront marcher qu’en clignant la paupière; car tout ce qu’ils verront ne sera qu’or et argent, qu’émeraudes et que rubis. Toutes ces grilles noires et frustes qui entourent les maisons de Londres, par exemple, toutes ces statues et façades enfumées seront couvertes d’or par le galvanisme ou revêtues d’un émail brillant, qui ne retiendra ni la suie, ni la poussière.
- Des guirlandes de chapelets électro-phariques, parcouront toutes les rues et les ruelles des villes, qu’une même étincelle éclairera sans s’affaiblir ou s’éteindre, au prix modéré de cinquante centimes par an, pour chaque mètre de façade.
- Le grossier chauffage à la houille sera remplacé par l’élégant chauffage au gaz à l’eau, sans fumée et sans odeur.
- La force sera fournie comme l’eau et l’éclairage à fous les ménages; les ateliers s’abonneront à un tube de force et useront de l’air comprimé, au compteur, et selon leurs besoins.
- Les omnibus, dépourvus de roues, glisseront, comme des traîneaux, dans deux rigoles de fonte; tandis que les voitures de maître voleront sans bruit, dans toutes les directions, sur des roues garnies du bandage en caoutchouc de Macintosh. Plus de boue, plus de poussière ; tout cela passera à travers les mailles des plaques de fonte, pour se rendre dans des égouts, d’où ces matières tomberont dans des barques pour être transportées comme engrais dans la campagne.
- Des gens qui n’ont probablement d’yeux que sur la nuque, puisqu’ils ne savent regarder qu’en arrière, trouvent, en ressassant les ordures du passé, que notre habitacle est parfaitement nettoyé, que nous sommes admirablement vêtus, nourris et couchés, en comparaison de nos ayeux. Ils sont si contents des progrès qu’ils n’ont pas faits, qu’ils 'en suent et se reposent sur les lauriers qu’ils n’ont pu empêcher de cueillir.*
- Mais pendant que les cerveaux arides s’épanouissent au soleil du progrès accompli, les inventeurs doués de la seconde vue trouvent qu’il n’y a rien de fait, en présence de ce qui reste à faire ; d’abord parce que tout est si mal fait que tout est à refaire dans toutes les branches de l’activité humaine. Les gouvernants de notre époque ne sont guère plus avancés que ceux de l’époque du grand roi, qui allait, suivi de ses ministres, de sa cour et de ses plus savants ingénieurs, s’extasier devant la machine de Marty, cette œuvre grossière et compliquée d’un paysan liégeois, qu’ils appelaient la huitième merveille du monde, pendant qu’ils traitaient comme un fou l’inventeur de la vapeur. Les mêmes choses se répètent aujourd’hui à propos de mille choses et surtout du système compliqué des chemins de fer, véritable machine de Marly, œuvre improvisée du premier charpentier venu, qui semble s’être mis à la besogne sans plan, et sans calcul.
- Or, c’est un fait avéré que, la première idée qui se présente à l’esprit est toujours la plus compliquée et la plus médiocre.
- Il n’y a que le cerveau de Jupiter capable de produire une Minerve armée de pied en cap ; mais cette idée a le mérite d’éveiller l’attention des autres inventeurs et de diriger vers le but indiqué et désiré. Ce phénomène ne pouvait manquer de se produire à l’occasion des chemins de fer.
- Les inventeurs de l’univers entier se sont mis l’esprit à la torture pour trouver une bonne solution, — et, ce n’a pas été en vain.
- Nous connaissons, pour notre part, près de deux cent systèmes préférables a celui auquel on s’est arrêté et attaché avec un acharnement inexplicable, pour tout autre qu’un administrateur de chemin de fer, sans vouloir examiner les ingénieux perfectionnements qui ont surgi de toute part depuis dix ans. Mais partout sur le Continent, on s’est obstiné à contrefaire les Anglais, jusques dans leurs erreurs que nos ingénieurs copiaient avec la religieuse exactitude des Chinois tout en les condamnant; mais ils se mettaient ainsi à l’abri de tout reproche, de toute critique de la part des compagnies et des gouvernements et c’est tout ce qu’ils désiraient; jamais
- ils n’ont osé bâtir des stations sur-élevées de quelques mètres, malgré toutes nos démonstrations sur les avantages que ce système présente. Voyez-vous, leur disions-nous, le convoi arrivant à toute vitesse, s’élevant sur le plateau de la station et s’arrêtant au point voulu sans fermer la soupape d’avance et sans employer les freins, qui usent inutilement les roues, les rails et la force! Le voyez-vous descendre la contre-pente en regagnant immédiatement sa vitesse et économisant la vapeur, les frottements et cinq à six minutes de temps !
- Trouvez-nous donc un inconvénient qui puisse compenser de tels avantages? Ils n’en pouvaient trouver, mais ils nous montraient que les Anglais avaient pris pour règle, le nivellement constant de la voie.
- Ils ont donc tout répudié, jusqu’au système si rationnel des galets horizontaux' du baron Séguier, qui se grippent au rail avec une force continuellement proportionnelle au poids à remorquer, de sorte que c’était une meilleure solution pour franchir des rampes que celle qui consiste à rendre les remorqueurs d’autant plus pesants que les rampes sont plus raides; cela ne fait-il pas l’effet d’un homme qui mettrait du plomb dans ses poches pour mieux courir?
- Nous n’en finirions pas si nous voulions exposer les nombreux perfectionnements qui existent en fait de chemins de fer.
- Les États-Unis ont fourni leur contingent comme laFranee, l’Allemagne, l’Angleterre et même l’Italie. Les moyens de sûreté, par exemple, sont arrivés avec tant d’abondance à la commission nommée pour l’examiner et choisir les meilleurs, qu’elle n’a rien examiné et rien choisi. Tous ces intéressants mémoires sont empilés dans une salle immense et livrés en pâture aux rats du génie civil comme les inventions d’armes nouvelles sont livrées aux rats de Woolwich, mais non sans avoir passé par les ciseaux du brave général Millar, qui nous a fait l’honneur de publier plusieurs des nôtres, sans se rappeler d’où elles lui étaient tombées. C’est qu’il n’y a pas de nom plus difficile à retenir que celui d’un inventeur qu’on pille, a dit M. de Sainte-Preuve.
- On nous pardonnera donc d’avoir oublié celui de l’exposant qui nous a longuement, mais clairement expliqué, dans un coin du Palais de Cristal, la jolie solution qu’il a imaginée. C’est encore un chemin à air comprimé, mais il ne ressemble en rien à celui que nous avons précédemment décrit et il pourrait valoir mieux encore ; car il utiliserait toutes les forces naturelles perdues jusqu’ici, à cause de leur intermittence et de leur irrégularité, telles que les chutes d’eau, le courant des fleuves, les marées et les vents, qui alimenteraient sans cesse, avec ou sans mesure, et même outre mesure, un vaste ré seau de tubes propulseurs, quelle que soit son étendue, qu’on pourrait tenir constamment rempli d’air comprimé à deux ou trois atmosphères et plus, par tous les moteurs imaginables. C’est dans ce réservoir commun à tous les embranchements que les locomotives puiseraient, en marchant, la force dont elles auraient besoin.
- Voici le dialogue qui s’est établi entre nous : — Comment puiser de l’air dans un tube fermé; car votre tube doit être fermé? — Oui, sans doute, il est fermé à l’exception d’une fente supérieure de deux à trois centimètres. — Avec quoi l’obstruez-vous cette fente ? = Je la ferme avec deux boudins gros comme le bras, qui se trouvent placés à l’intérieur du tube, pressés les uns contre les autres comme les lèvres de la bouche; c’est quelque chose d’analogue, mais d’invers au système dTIallette, qui était impraticable comme l’expérience et la théorie l’ont prouvé. —En ce cas pourquoi vous en servez-vous? = Je ne m’en sers que comme exemple pour vous faire comprendre ce que je propose.—Vos boudins sont-ils remplis d’air comme les siens? —-Nullement, ils sont formés d’une grosse corde de laine ou de coton entourée d’une gaine de caoutchouc vulcanisé, de cuir, ou même de gutta-percha. — Par quel moyen oûvrez-vous ces lèvres serrées, par une pression de l’atmosphère ? = Je suppose que vous emploieriez une sorte de ménisque, dont le couteau à papier creux et percé à son extrémité inférieure donne une idée, laquelle, d'ailleurs, n’est pas très-ncu\c; je suppose encore que vos lèvres seraient bien grossies, il est certain que la marche de votre couteau puiseur, agissant à la façon d’un soc de charrue, qui se fraie un sillon entre vos deux bon -
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
- CHEVALET TOURNANT,
- PAR MM. LEISTLER , CARL ET FILS, DE VIENNE (AUTRICHE).
- Un des produits les plus remarquables de l’Exposition, c’est ce qui concerne Tébénisterie, et si la France s’est distinguée dans cette fabrication qu’elle a su élever aux proportions d’un art, il faut reconnaître que l’Autriche partage avec elle les honneurs de cette industrie.
- MM. Leistler ont exposé une série de meubles qu’ils ont eu l’ingénieuse idée de grouper dans des salles factices, en sorte que le spectateur ne juge pas seulement des objets isolés, mais il peut, en outre, juger l’ensemble, se rendre compte de l’effet général, ce qui est véritablement le principal but des œuvres appropriées à l’ornementation.
- Nous avons parcouru successivement un vestibule, une salle à manger, une bibliothèque, un salon, une chambre à coucher, et nous y a^ons remarqué plusieurs objets mobiliers que nous devons signaler à nos lecteurs.
- Le vestibule doit avoir une signification particulière.
- Pour des artistes, ce sera quelque fantaisie qui, en entrant, imprimera à l’esprit le sens particulier de ce temple de la vie intime. Il doit être comme la préface d’un livre. Le vestibule que MM.
- Leistler ont disposé n’a pas cette signification fantastique : c’est le vestibule d’une famille riche et pieuse. Un crucifix frappe tout d’abord les regards; puis une table en bois de noyer, de forme ovale; une petite table en bois de rose, une autre en or moulu, et deux tableaux forment le mobilier modeste de ce vestibule.
- Le parquet de la salle à manger est en bois de chêne; la table, qui est d’un bois à veines zébrées, est de quarante couverts, le buffet et les chaises sont du même bois.
- Dans la bibliothèque se trouve le corps de bibliothèque présenté à la Reine par l'empereur d’Autriche. Nous avons parlé de cette bibliothèque de style gothique, qui a été dessinée par MM. Bernardo di Bernardi et Joseph Kranner, de Prague. On y remarque, en outre, un autre corps de bibliothèque en bois de frêne autrichien et hongrois en style Renaissance.
- Le salon est orné de tables de diverses formes, de bois sculpté, et de plusieurs espèces, toutes fort riches, de consoles, de fauteuils et de chaises confortables.
- C’est dans le salon que se trouve le chevalet tournant dont nous donnons ici le dessin. Ce meuble est aussi ingénieux dans son but que remarquable dans ses détails : il a trois supports sur lesquels sont appliqués trois tableaux auxquels on peut donner la position, le jour que Ton désire. Le bois est de palissandre , et tous les détails sculptés que le dessin traduit avec la plus scrupuleuse exactitude sontd’un fini très-remarquable, et font le pins grand honneur au talent de l’artiste.
- Entrons dans la chambre à coucher. Là se trouvent un prie-dieu, une riche armoire, un lit simple, mais élégant de forme et fait de ce bois zébré dont les veines se jouent et brillent sous l’œil, un sofa, une table dite table-sofa sur laquelle on peut se figurer les belles Viennoises languissamment étendues pour faire la sieste, et passant alternativement du sommeil à la lecture....
- 11 y a toute une existence intime révélée par le luxueux mobilier de cet asile de la vie privée.
- Tels sont les principaux objets d’ameublement exposés par MM. Leistler Cari et fils, de Vienne. ’
- tüliDIBRAMD.
- Chevalet tournant,'par MM. Leistler, Cari et ûls, de Vienne (Autriche).
- Plusieurs modèles de parquets marquetés complètent l’ensemble de ces appartements, et c’est une pensée des plus ingénieuses que celle qui a inspiré les exposants : faire voir les produits d’une nation en faisant connaître leur application spéciale, signale une heureuse intention de fournir au visiteur les éléments d’une véritable étude de mœurs, pleine d’intérêt et d’originalité.
- On comprend que l’Autriche ait été entraînée à faire de l’ébénisterie une de ses principales industries : plus d’un tiers du sol de l’Autriche est couvert de chaînes de montagnes qui toutes sont boisées. On n’évalue pas à moins de 600 p. 0/0 la différence avec ceux des autres nations des prix dans les bois de sortes variées et qui sont employés par l’Autriche dans les ornementations.
- La moyenne de sa consommation s’élève à près de 1,620,000 florins. Le Danube vient en outre importer en Autriche une grande quantité de cette matière première de l’Allemagne méridionale. En moyenne, les importations s’élèvent à 4,610,000 florins par an.
- Aussi, dans toutes les branches de l’industrie où s’applique le bois, l’Autriche est-elle supérieure en bon marché et en fabrication. Les instruments d’agriculture sont faits de bois très-solide et peu coûteux, ainsi que les objets d’un usage domestique. La consommation intérieure est largement couverte par le travail, et on y trouve, de Tannée
- 1843 à Tannée 1847, une quantité d’objets exportés qui s’élève en moyenne à 308,000 florins, tandis que l’importation ne donne qu’un chiffre de 46,000 florins seulement.
- Les objets fabriqués avec le plus de soin sortent de la Bohême, du Tyrol, de l’Autriche supérieure et de la Hongrie.
- L’Autriche exporte aussi une grande quantité d’objets de charpente destinés à l’architecture. C’est à Vienne que Ton trouve le plus grand établissement où se débite cette partie des objets nécessaires aux constructions, et quant aux articles d’ornementation , c’est principalement chez MM. Leistler qu’on les trouve, ainsi que, comme nous le disons plus haut, les meubles et les parquets.
- C’est surtout dans ce dernier genre d’industrie que l’Autriche s’est signalée depuis quelques années .-Vienne, Prague, Rudweis, Plass, Dobrzisch et Dernes en Hongrie fabriquent des parquets en marqueterie d’un fini très-remarquable. Ce sont de véritables mosaïques. Milan a pris place depuis quelque temps parmi les villes où se fabriquent les objets d’ébé-nisterie avec le plus de succès; mais ce qui ajoute encore au mérite de ce genre de travail, c’est son bon marché. La moyenne qui a été exportée de 1843 à 1847 s’élève annuellement à 488,000 florins, et l’importation n’a atteint que le chiffre de 21,000.
- Le bois se prête en outre à une foule de petits travaux de fantaisie dont la ville de Milan est le centre, et qui a pris le nom d’intersiatura. 11 y a plusieurs siècles que ce travail est connu. Il consiste en une foule de petits ornements tournés pleins de légèreté et de coquetterie.
- Nous ne terminerons pas sans parler des bois employés dans la carrosserie. Les carrosses les plus élégants sortent, on le sait, des ateliers de Prague, Gratz et Milan; la fabrication s’élève au chiffre de 4,000,000 de florins par an, et les carrosses faits à Vienne sont renommés pour leur solidité et leur élégance. On n’en emploie pas d’autres en Russie.
- La moyenne atteinte par la fabrication des briskas, qui sont., comme on sait, les voilures de voyage les plus usitées s’élève à 278,000 florins par an, et toutes les personnes qui ont eu à faire quelque long yogage en, Allemagne ou en Italie, n’ont jamais eu qu’à se louer de la solidité et de 1 élégance de ces voitures, à ce point que beaucoup de nos fabricants ont adopté ces modèles, tout en les perfectionnant pour les approprier aux usages auxquels ils sont destinés.
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- PRÉSENT OFFERT A LORD ELLENBOROUGIi
- ( MM. HUNT ET ROSKELL ).
- La maison Hunt et Roskell est, on le sait, le même établissement tenu depuis si longtemps par MM. Storr et Mortimer. Nous avons eu plusieurs fois l’occasion de donner à nos lecteurs des échantillons d’orfèvrerie de cette maison. C’est à MM. Hunt et Roskell que sont ordinairement commandés les présents offerts par les corporations anglaises ou par l’Etat aux gouverneurs des Indes, aux ambassadeurs qui se sont distingués par quelque action d’éclat, et qui, sous le nom de testimoniale , témoignent de la reconnaissance qui leur est due; les prix de course sortent presque tous des ateliers de cette maison, ainsi que de ceux de MM. Gar-rard.
- Le modèle que nous donnons ici fait partie d’un service donné à lord Ellen-borough.
- Ce service se compose d’un grand surtout représentant l’Asie couronnant la Grande - Bretagne, sur un piédestal d’architecture indienne, avec des palmiers aux angles. Des figures d’Affghans, des captifs indiens et des soldats anglais sont placés en sentinelles; le tout est supporté par des éléphants couchés.
- Les bas-reliefs représentent lesscènes des traités de Nankin et des vues de Calcutta, de Caboul et de Canton.
- Les candélabres sont formés de branches de vigne enlacées et posées sur un socle d’architecture indienne. Des soldats anglais des différents corps de l’armée, des artilleurs, des volontaires de l’infanterie et de la cavalerie, le tout reposant sur des chameaux placés à la base, telle est la composition de ce groupe.
- Enfin, deux autres groupes forment les deux bouts de table.
- L’un représente une personnification du Gange, l’autre de l’Indus.
- Le dessin que nous donnons est celui du Gange. Ce fleuve est au pied d’un cotonnier. Un rhinocéros est à ses
- côtés. Le tout est supporté par des bœufs indiens, objets d’adoration de l’ancien paganisme; ils sont couchés au milieu de plantes sous lesquelles s’abritent des hommes, des femmes et des enfants, qui se reposent comme dans une caravane, les femmes réparant leur chevelure, un homme buvant dans sa gourde, un vieillard fumant sa longue pipe orientale.
- L’autre bout de table représente l’Indus. Ce fleme est au pied d'un platane. Il a près de lui un chameau. La base est semblable à celle du groupe qui représente le Gange.
- Les détails de ce riche présent sont faits avec le plus grand soin et donnent une idée exacte de la richesse avec laquelle l’orfèvrerie anglaise exécute ces œuvres d’art.
- Puisque l’occasion s’en présente, nous donnerons ici quelques détails fort succincts sur l’établissement des Indes orientales, et qui suffiront pour faire
- connaître l’origine de ces colonies gigantesques dont on parle beaucoup et que l’on connaît si peu.
- Ce ne fut que sous la reine Elisabeth que des hommes se réunirent sous le titre de Compagnie des Aventuriers, et obtinrent de la Reine une charte qui leur permit d’aller s’établir sur les lointains parages des Indes. Ils eurent au commencement de grandes difficultés à vaincre pour fonder un pauvre comptoir; la cour d’Angleterre elle-même s’opposait à cette institution ; mais la Reine aimait fort ses marins; elle leur accorda, le Ier décembre 1600, une charte d’incorporation dont le texte est fort court. Cette charte commence ainsi : « Les Aventuriers sont formés en gouvernement et compagnie de marchands associés de Londres pour le trafic aux Indes orientales. »
- Les Aventuriers composèrent un comité directeur de vingt-quatre membres et d’un président nommés chaque année par l’assemblée.
- Or, ce que la reine Elisabeth accorda à ces quelques hommes est devenu le principe de cet immense établissement des Indes, dont les rameaux pénètrent maintenant jusque dans le cœur de l’Asie centrale ets’é-tendront bientôt jusqu’en Chine. L’administration de ce comptoir de marchands associés est aujourd’hui la même qu’elleétaitinstituée dans l’origine. .Ce même comité subsiste avec ses vingt-quatre membres. Il fonctionne de la même manière qu’au commencement du xvne siècle; mais il a des armées à sa solde; les gouverneurs sont révocables parles membres de ce comité, qui est le siège central du gouvernement des Indes. L’intervention de l’Etat n’existe que nominalement et seulement pour régler ce qui viendrait compromettre l’administration générale de cette grande nation. Mais le commerce, qui a servi de principe à l’organisation de ce grand établissement, est encore le régulateur de ses actes.
- Rien n’est curieux comme de voir à Londres, dans la Cité , les membres de ce gouvernement fonctionnant au sein
- de leur royaume, rois eux-mêmes, souverains s’inclinant devant leur souveraine; toujours est-il que les gouverneurs relèvent d’eux, sont appointés et révocables par l’autorité de ce comité de la Cité. Les testimonials qu’ils accordent sont regardés comme de très-précieux souvenirs, et les faits qu’ils y constatent par l’orfèvrerie et ses ciselures ne sont rien moins que l’histoire étrange, fantastique, d’un véritable empire fondé par une charte qui était concédée il y a deux cent cinquante ans à de véritables aventuriers, sorte A'écumeurs de mer, s’enrichissant de pirateries, et allant comme ils le disaient, à l'aventure Or, ce sont ces aventuriers qui ont donné à la patrie un monde tout nouveau de richesses : sans ses colonies que serait ce colosse britannique, qui s’étend sur tout leglobe. En étudiantlamarche gigantesque de la Compagnie des Indes, on y retrouve le berceau de la puissance maritime et commerciale de l’Angleterre.
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- LE PALAIS DE CRISTAL
- dins, s’échauffera et s’usera très-rapidement par le frottement qui aura lieu sur un même endroit. — Vous avez parfaitement raison; et bien qu’il y ait divers moyens de diminuer cette usure, soit en faisant varier les surfaces de contact, soit en les changeant ou emplifiant. = J’ai rejeté ce frottement du premier genre pour lui substituer un frottement du second genre. — Je ne comprends pas; je ne vois pas même comment vous pourriez remédier à cette impossibilité pratique de puiser, en marchant, par une sorte de cordon ombilical, le fluide alimentaire de votre locomotive. — Si vous eussiez imaginé cet artifice avant moi, vous en seriez l’inventeur, mais je vais vous le faire comprendre, sans dessin; car je suis de l’avis de cet attorney-général qui a émis l’opinion qu’une bonne description écrite devait suffire pour la prise des patentes de toute espèce, ce qui donnerait moins de prise à la contrefaçon.
- Suivez-moi bien et vous comprendrez de même.; vous connaissez les grandes scies cirulaires formées d’un disque d’acier; supprimez les dents, aiguisez les bords en biseau, enfoncez-les entre les lèvres de mes boudins et poussez devant vous cette espèce de roue tranchante; n’est-il pas vrai qu’elle frayera sa route sans beaucoup de frottement? — 11 y en aura bien un peu, mais cela se réduira à quelques kilogrammes, qui sont peu de chose pour une locomotive; mais, si je vois qu’il ne se perdra que peu ou point d’air devant et derrière votre disque, je ne vois pas à quoi il pourra vous servir. = Supposez que ce disque soit creux, c’est-à-dire que ses deux surfaces aillent en se séparant de la circonférence où elles restent soudées au centre qui se dilate assez pour prendre la forme d’une lentille; si j’établis sur ce centre troué un axe formé de deux tubes courts roulant dans deux boîtes à étoupe, en connexion avec les cylindres de la machine; n’est-il pas vrai que s’il entre de l’air comprimé dans malenblle, il mettra en mouvement les pistons, et fera marcher la voiture qui poussera la lentille devant elle comme un soc roulant entre mes deux boudins-soupape? — Tout cela est fort bien; mais je ne vois pas venir l’air comprimé ou la respiration qui doit donner la vie à ce mécanisme; comment le ferez-vous pénétrer dans votre lentille? = Voilà le point capital, et avant de m’avoir laissé dire, je vous prie de ne pas m’interrompre. Je perce une multitude de petits trous près de la circonférence de ma lentille, dont l’un des segments plonge dans l’air comprimé de mon tube; cet air se précipitera dans l’intérieur de cette lentille, pour se rendre, par les axes creux, sous les pistons moteurs. — Un instant; vous jn’avezpas fait attention que si votre air entre par un certain nombre de trous intérieurs il sortira par les trous supérieurs, et voilà votre affaire manquée, condamnée, coulée à fond; adieu je m’en vais à des inventions plus sérieuses ! = J’avais bien dit que vous ne me laisseriez pas achever; encore un mot, de grâce! — Non, non, ou dépêchez-vous. = Eh bien, je place une bande circulaire de caoutchouc vulcanisé sur mes trous, dans l’intérieur de ma lentille. —Eh bien! = Eh bien ! c’est tout; ne voyez-vous pas que l’air, en se précipitant du dehors en dedans de mon disque, repoussera cette espèce de soupape perpétuelle, qui s’appliquera au contraire contre les trous qui déboucheront dans l’air extérieur par suite de la différence de pression des deux milieux dans lesquels fontionnera ma lentille? — Ah ! maintenant, je comprends, voilà qui est parfait; pourquoi ne vous expliquiez-vous pas plutôt? Il ne faut pas être si long ni si minutieux avec les gens qui comprennent à demi-mot. = Vous avez raison, mais j’ai deux genres de démonstration; l’une pour les ignorants et l’autre pour les savants, je m’étais trompé de description avec vous. — Ma foi, je n’y ai rien perdu; votre solution me paraît simple et complète et j’en vais tirer une suite de conséquences (pie vous n’avez peut-être pas aperçues : 1° Les convois partiront quand ils voudront, il suffira d’avancer une locomotive, la lentille haute, delà plonger entre les deux lèvres du tube et de tourner un robinet pour la mettre en train dans toutes les directions désirées; 2° Les croisements, les changements et les traversées à niveau, se feront sans difficulté, les boudins étant, tenus dans une position déclive pour laisser rentrer et sortir la lentille après avoir franchi les intercales libres; 3° L’air comprimé sans cesse par les moteurs naturels ne pourra jamais dépasser la pression voulue, puisque des soupapes
- régulatrices serviront de décharge pour envoyer le surplus de l’air dans des usines publiques ou particulières auxquelles on vendra de la force à bon marché; 4° Les convois pourront être plus petits et partir à des intervalles plus rapprochés, avec des locomotives moins lourdes et trois fois moins coûteuses, mues par des pistons de bois ou de cuir graissés; 5° Grande économie et suppression totale du combustible, à l’épargne duquel il serait peut-être opportun d’aviser; 6° Tuyau quadrangu-laire carré, en fonte, sans ajustement, et simplement doublé d’une feuille de plomb soudée sur place au chalumeau aérhydrique. Mais arrêtons-nous-là, il est inutile d’exposer les qualités d’une marchandise sans acheteur, car on repousse tout ; témoin les roues horizontales du baron Séguier, le joli chemin d’embranchement d’Ànrlrau, celui d’IIé-driart, de Dembinski, de Aerts, et tant d’autres. Nous clorons donc cet article comme le précédent, en exprimant le désir de voir créer bientôt une administration du trésor intellectuel des nations, ou du moins un tour à recevoir les enfants trouvés du génie.
- JOBARD,
- Directeur du Musée de l'industrie belge-
- EXPOSITION DE LONDRES.
- PRUSSE."— HESSE. — FRANCFORT-SUR-LE-MEIN , etc.
- C’est à la Prusse qu’appartient la place d’honneur dans l’Exposition du Zolleverein.
- Nous allons commencer l’examen de ses produits dans la partie sud de la nef.
- Elberfeld, qui est à la fois le Lyon et le Mulhouse de ce pays, brille par la variété autant que par la belle fabrication de ses tissus. Ici, ce sont ses robes de gaze, ses satins, ses écossaises qu’on admire; là, se déploient ses étoffes soie et coton pour tapisseries, ses châles, ses velours, ses tissus cachemires pour gilets, ses damas. Plus loin, vous rencontrez de fils de laine rouges en paquets, des tissus de crin, des mélanges de laine et de coton, encore d’Elberfeld. Aussi, cette ville possède une petite colonie dans l’une des galeries supérieures du côté du sud : c’est son exposition de toiles peintes de coton. Mais ses indiennes, ses mousselines, ses jacoriats sont bien inférieurs aux nôtres, et les progrès que la Prusse a réalisés dans l’industrie de la laine, sont loin d’avoir été égalés par elle dans l’industrie cotonnière. Les indiennes de Berlin et d’Eilenbury ne brillent pas plus que celles d’Elberfeld, au Palais Cristal.
- Les satins, les gros de Naples, les poults de soie et les velours, de Crefeld, méritent les plus grands éloges. Viersen a aussi exposé de très-remarquables velours de soie unis et façonnés. Mais c’est à ceux de Berlin que revient la palme , pour la variété, la finesse, la beauté des couleurs. Ses peluches et ses châles ont également droit à une mention honorable.
- Gladback a exposé des châles laine et soie, et des étoffes pour pantalons; Barmen , des châles communs; Géra, des mérinos, des thibets, des mousselines de laine ; Schmiedeland, des châles cachemires et des velours.
- La draperie prussienne est l’objet des plus justes éloges. Il serait difficile de surpasser en finesse les draps de Werden, d’Eupen, de Ilettwig, de Franc-fort-sur-l’Oder, de Finstervalda , de Grünberg , de Goldberg, et surtout ceux d’Aix-la-Chapelle, les formidables rivaux des draps de Sedan et de Verviers. Aix-la-Chapelle a aussi envoyé de très-beaux tissus façonnés pour pantalons.
- La Prusse rhénane est dignement représentée à l’Exposition de Londres. On admire encore les draps d’Ingenbruch. Ceux de Monjoie se recommandent par leur force.
- Cologne a fourni des mouchoirs de soie et de calicot imprimés ; Dusseldorff, des tissus de laine à carreaux et des châles. Quant à ses impressions sur coton , elles sont au-dessous du médiocre.
- Mais revenons aux draps. Ceux de Neudamm se distinguent par leurs bas prix, ceux de Schwed-nitz et de Eiegnitz (Silésie) par leur force. Burt-scheâl a exposé des draps croisés et des draps fins; Brandenburg, des lamas de très-belle qualité; Eu-pen, des tissus fins et surfins dignes des plus grands éloges. Si la France a envoyé quelques draps aussi beaux que ceux de la Prusse, nous le cédons de beaucoup à ce pays, du moins dans le Palais de Cristal, sous le rapport de la variété. Mais le vrai
- triomphe de la Prusse est en dehors de l’Exposition. . Nous voulons parler de ses prix, dont les indications ont malheureusement été interdites.
- Parmi les villes prussiennes qui occupent un rang honorable dans l’industrie lainière, il convient de citer encore Erfurt pour ses damas, ses nécessaires; Zeulenverda, pour ses étoffes mélangées ; Ronne-burg, pour ses thibets ; Iéna, pour ses étoffes façonnées, et Greiz, pour ses mousselines de laine.
- Les toiles de lin prussiennes, exposées dans une des galeries supérieures, sont d’une fabrication fort remarquable. Bielfeld se distingue particulièrement par ses tissus damassés et par ses magnifiques nappes. La Silésie a exposé des toiles épaisses, mais de bonne qualité. En somme, l’industrie linière allemande est très-convenablement représentée, et à peu à envier aux autres pays.
- Maintenant que nous avons examiné les industries textiles de la Prusse, jetons un coup-d’œil sur ses autres produits.
- Ses cuirs forment à peu près les deux tiers de ceux exposés par le Zollverein, et sont incontestablement les mieux travaillés. Mayence possède un beau trophée de maroquins et de Cuirs vernis. Dans la salle qui les renferme, on remarque aussi des étuis, des reliures et de la sellerie de Prusse. Mais ces produits , comme les cuirs exportés et vernis, ne sauraient soutenir un parallèle avec ceux de la France.
- Même infériorité dans la papeterie et dans la bou-tonnerie métallique prussiennes.
- Les produits bruts et les produits chimiques de la Prusse forment une des allées les plus intéresantes de son exposition.
- On remarque de belles cristallisations de prussiate de potasse, de Berlin; de gros blocs d’alun, de Deuben ; des pains de sucre de Magdebourg ; des produits stéariques de Berlin ; des échantillons de houilles, de Iluhrort; des soies grèges, des amidons ei une quantité de minéraux curieux.
- Après avoir admiré les tissus de laine prussiens, on est charmé de pouvoir examiner les toisons qui ont servi à les fabriquer. A l’extrémité de l’allée des produits bruts, se trouve une très-remarquable collection de laines. Celles de l’établissement royal de remonte de Treptow, celles du comte Schewerin et du baron de Ziegler, y sont étalées à côté des laines deMœblin, de Lizcowo et de Frankenfeld, toutes de qualités supérieures.
- Nous avons terminé maintenant la revue des allées sud delà Prusse. Passons à la partie nord de son exposition. A l’entrée de ce compartiment se présentent les beaux cristaux de la manufacture du comte Shafgott, en Silésie. L’Allemagne nous montre ses plus grandes industries entre les mains de quelques familles de la haute noblesse. Nous remarquons ensuite des vases argentés et dorés par la galvano-plastie; quelques bustes; des statuettes; une belle fontaine en cristal; de groschapelets d’ambre; quelques jolis ouvrages d’orfèvreiie; des porcelaines ; des instruments à vent et un canon en acier, fondu à Essen, par un M. Kupp, pièce d’artillerie qui semble avoir été faite plutôt pour orner quelque musée, que pour servir contre l’ennemi.
- La salle des machines du Zollverein est garnie d’une quantité d’instruments de menuiserie et de serrurerie, d’Elberfeld, de Remscheid et d’Aix-la-Chapelle. La Prusse seule, parmi les états du Zollverein, a une certaine importance en mécanique, dans le Palais de Cristal. Cologne a exposé quelques machines pour la fabricatiun de la monnaie, qui paraissent avoir un vrai mér:te. Berlin, a envoyé une tondeuse pour châles et un appareil à vide, destiné à la cuisson du sucre, appareil qui se trouve complètement éclipsé par celui de Cail. On remarque des cardes à peigner le coton, la laine et la soie, construites à Dusseldorff; une machine à dévider, de Crefeld. Quand aux modèles de métiers à la Jacquard et aux instruments aratoires, il n’offrent rien de bien nouveau. Les appareils de chimie et de physique sont parfaitement imaginés. Mais toute cette exposition pâlit à côté de celle des machines belges et françaises, qui, elles mêmes, sont bien insignifiantes comparativement aux nombreux appareils anglais exposés.
- L’armoire en fer, fabriquée à Magdebourg, et les poêles de fer prussiens, aux formes élevées, légères et élégantes, méritent une mention.
- Les armes blanches de Sollingen, le Tolède de la Prusse, attirent les regards des connaisseurs, ainsi que sa coutellerie line, qui est d’excellente qualité.
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
- Sarrelouis et Mettlach, ont exposé de la poterie de grès fine, avec ornements et peintures métalliques. Ce genre de céramique est fort original.
- On rencontre un certain nombre de vases prussiens, en jaspe et en cornaline, ainsi qu’une collection de topazes octogones.
- Les verres à dessins et à peintures, les pipes en porcelaine et deux grandes cruches en ferre, à moulures, exposées par la Prusse, se distinguent par un goût parfait et par une belle fabrication, ainsi qu’un certain nombre de statuettes et de petits vases en bronze qui se trouvent dans la même allée, dans celle qui borne l’exposition du Zollverein, à l’extrême- nord.
- Dans les galeries supérieures, nous remarquons, en premier lieu, les instruments de précision de la Prusse. Le savant professeur OErtling, de Berlin, a exposé divers beaux appareils et, entre autres, des balances d’une extrême précision, destinées aux analyses chimiques les plus délicates. Berlin a aussi envoyé des pendules, un chronomètre astronomique démonté, des instruments d’optique, de géométrie et de chirurgie, bien inférieurs aux nôtres, malgré leur mérite. Dusseldorff a fourni des balances à peser les soies.
- Les spécimens de typographie de Berlin sont assez remarquables, ses papiers peints, par contre, donnent prise à la critique.
- Un artiste de Magdebourg a exposé le modèle de la cathédrale de cette ville, en bois de tilleul. Un de ses confrères, de Stettin, a inventé un art très-original , celui de représenter des édifices avec des morceaux de bois de liège d’une finesse extrême, ajustés les uns aux autres, de manière à former dessin. Les petits plans de vieux châteaux exécutés par cet ingénieux procédé sont de charmants tableaux appelés à faire fortune.
- On remarque encore quelques meubles prussiens de formes gothiques assez élégantes.
- Ces derniers produits nous amènent à parler des objets d’art exposés par la Prusse dans la grande avenue et dans le salon allemand.
- Nous ne dirons rien de la fameuse Amazone, dont le dessin est dû à M. Kiss et l’exécution au célèbre fondeur Geiss, de Berlin; la réputation de cette statue est déjà européenne, et la somme pour laquelle les Etats-Unis l’ont achetée en fait suffisamment l’éloge.
- C’est M. Geiss, également, qui a exécuté les deux statues de femmes en zinc, les deux cerfs en bronze, et le joli groupe de l’enfant et du cygne, exécuté d’après le modèle de Schwanthaler.
- M. Fiebel, de Berlin, a envoyé un chien en bronze. On remarque un beau bassin en marbre, de la même ville.
- Le magnifique vase en argent oxidé, de M. Wagner, fait le plus grand honneur à la Prusse. Les figures allégoriques qui le décorent révèlent l’artiste éminent.
- Dans le salon des beaux-arts, les peintures de fleurs sur porcelaine qu’a envoyées Berlin partagent, avec les po.celaines de Saxe, l’attention du public. Les grands vases de la manufacture Royale ont plus de richesse et d’éclat, mais moins de goût et d’élégance que les petites pièces.
- Les statues de carton-pierre, de M. Gropius, imitent assez bien le bronze doré; mais il y a plus d’industrie que d’art dans ces produits.
- L’Innocence, tenant un agneau dans ses bras, fait honneur à M. Wolff, de Berlin.
- L’Enfant en marbre, de M. Drake, est un petit chef-d’œuvre.
- Les plastiques de M. Eichler sont très-remarqués.
- Mentionnons encore un petit modèle de l’obélisque deLouqsor, doré, au moyen de l’électro-gal-vanisme, par un artiste prussien, et un charmant bureau de dame en ébène, fabriqué à Dusseldorff.
- Si la Prusse a pris, au Palais de Cristal, un rang élevé parmi les nations manufacturières, on voit qu’elle n’a pas négligé non plus la gloire artistique.
- Elle sortira donc avec honneur de ce grand concours des nations, oû ses industries textiles, nolammcnt ses draps et ses toiles de lin, ont obtenu un si légitime succès, et où ses œuvres d’art ont jeté tant d’éclat sur les noms de ses sculpteurs.
- Il nous reste à mentionner quelques produits isolés de divers petits états de l’Allemagne, qui ont trop peu exposé pour que nous leur consacrions à chacun un article spécial.
- La liesse grand-ducale, a envoyé des minerais curieux; du bleu de Cobalt, des cigares , des cartes
- à jouer, un beau vase en ivoire sur lequel M. lleyl, de Darmstadt, a représenté un combat antique, Les quelques bijoux hessois qui figurent dans le salon des arts, n’ont rien de remarquable. Les fils de lin, exposés par la liesse, sont de belle qualité.
- Francfort-sur-le-Mein a envoyé des poêles en faïence, qui joignent l’élégance à la légèreté; sa poterie en faïence a aussi du mérite.
- Je ne sais quel artiste du Zolhverein a représenté, par un plan en relief, le château de Rosenau, lieu de naissance du Prince Albert. Il a figuré avec autant de verve que de talent une fête de campagne qui se donne près du château, et dans laquelle on voit les braves villageois se livrer avec bonheur à leur goût pour la danse, le vin et la bonne chère.
- .MM. Geissmer et compagnie, de Wiesbaden, ont exposé de jolies sculptures sur ivoire.
- Parmi les instruments de musique de l’Allemagne, on remarque un orgue de Schwartzburg-Rudol-phstadl, qui, malgré son petit volume, a une puissance de son surprenante.
- Mentionnons aussi un très-beau buffet gothique, de Saxe-Cobourg.
- Des villes ou États de l’Allemagne du Nord étrangers au Zolhverein, les seuls dont l’Exposition ait une certaine importance sont le Hanovre et Hambourg. Une salle et une allée sont consacrés à leurs produits. On y rencontre des chaussures, des cuirs, de l’encre, quelques broderies encadrées, des guéridons, des pianos et des buffets à incrustations fort élégants, fabriqués à Hambourg.
- Les châles en mousseline-laine exposés par cette ville, sont des plus médiocres, de même que ses tapis de table en laine imprimée et ses foulards de soie. Nous en dirons autant de sa voiture, de ses vases en argent, de sa pendule et de son candélabre. Mais il faut rendre justice à un beau vase en cristal, aussi d’origine hambourgeoise.
- Cette salle et cette allée sont les moins intéressantes de toute la division de l’Allemagne, petit triomphe, sans doute, pour le Zolhverein auquel elles n’appartiennent pas.
- Haussmahn.
- FAITS DIVERS.
- INAUGURATION DE LA STATUE I)U GÉNÉRAL MARCEAU A CHARTRES.
- Nous avons été les premiers à donner à nos lecteurs le dessin de la statue du général Marceau. Cette statue a été inauguré, à Chartres, dimanche dernier.
- Le temps malheureusement n’a pas été favorable aux fêtes données hier par la ville de Chartres; et sans les trains de plaisir qui ont versé dans ses murs, une foule assez considérable venue de Paris et de Versailles, les habitants des campagnes, arrivés courageusement de quinze et vingt lieues à la ronde, auraient seuls fait les frais d’un enthousiasme dont les habitants de Chartres ne se sont pas sentis capables par une atmosphère chargée de pluie.
- La statue du général Marceau a été élevée sur la place des Epars, immense carrefour entouré de belles constructions, et au centre duquel on jouit du spectacle varié que présente le délicieux paysage des environs de la ville. Autour de la place, des poteaux, plantés de distance, étaient ornés de faisceaux de drapeaux tricolores, de couronnes de laurier, d’e-cussons aux armes de Chartres, et réunis par des banderolles de verre de couleurs dont l’effet a été, le soir, des plus heureux.
- A midi, la garde nationale, formée de deux bataillons, l’artillerie et les pompiers, le 6e régiment, de lanciers et un détachement du 3e léger, venu de Versailles, ont pris position sur la place.
- A une heure, les autorités civiles et militaires ont quitté la mairie, et se sont rendues, escortées par un détachement de la garde nationale, musique et tambours en tète, au pied de la statue. Le cortège était composé de M. C. Rémond, maire de la ville de Chartres; de M. Ernest de Grouchy, préfet d’Eure-et-Loire; de M. le général Grand, commandant le département; des membres du conseil municipal, de MM. le général Lebreton , Desmousseaux de Givré, Noël Parfait, Barthélemy, Briffault, représentants d’Eure-et-Loire; de M. Guy de la Villetlc, colonel du 6e de lanciers, et des officiers composant l’état-m-ijor du régiment; de M. Genreau, président du tribunal civil; de M. le président du tribunal de commerce, des membres du conseil académique, d’un grand nombre de fonctionnaires civils et mili-
- taires, en grand costume. Le voile qui recouvrait la statue du général a été enlevé, et une salve de vingt-un coups de canons tirés par T artillerie de la garde nationale a salué l’image du héros. La musique s’est fait entendre, et des symphonies guerrières ont été habilement exécutées par l’excellente musique du 6e lanciers.
- Le maire s’est avancé auprès de la statue et a lu un discours que la faiblesse de sa voix ne nous a pas permis d’entendre. Après lui, M. de Grouchy, dans une improvisation souvent interrompue par des cris de: Vive la République! et de nombreux applaudissements, a rendu hommage au jeune guerrier auquel sa ville natale rendait enfin un honneur digne de sa mémoire.
- La pluie ayant cessé de tomber, on a dû se réfugier dans la tribune construite sur l’un des côtés de la place, en face de la statue, et immédiatement après a commencé le détilé des troupes, la garde nationale avec son artillerie et les pompiers en tête, le 3e léger et deux escadrons du 6e lanciers.
- A quatre heures, à l’une des extrémités de la ville, a eu lieu l’ascension du ballon la Fille de Marseille, faite parM. Eugène Godard. Ce spectacle, toujours nouveau pour la population de Paris, et qui devient le complément indispensable d’une fête publique , a été suivi avec intérêt par les habitants des campagnes , dont les vivats bruyants ont salué l’intrépide aéronaute qui bravait les dangers d’une promenade aérienne rendue périlleuse par l’état atmosphérique.
- Là s’est terminée la journée. Le programme, comme tous les programmes, avait beaucoup promis et ses exécuteurs ont tenu peu. Un feu d’artifice dressé par Ruggieri était annoncé pour neuf heures et n’a point été tiré; les illuminations de la place des Epars ont été incomplètes , et le vieux monument élevé sur la place Marceau est resté, contrairement au programme, dans une complète obscurité. Le soir la foule s’est portée au théâtre, où une pièce de vers en l’honneur de Marceau a été bien débitée par M. Fresson et très-applaudie.
- La journée du 21 septembre, mémorable pour le département d’Eure et Loir, n’a pas été favorisée par le temps ; mais enfin la dette est payée; nous espérons que les habitants de Chartres iront, au premier jour de soleil, saluer l’image de l’homme célèbre dont le souvenir glorieux aurait dû leur donner du courage. Ils ont laissé aux étrangers le soin de leur reconnaissance...
- — Nous croyons devoir donner le document suivant, fort curieux et très-instructifs. Il s’agit d’un tableau des illustrations et des découvertes que rappelleront les inscriptions qui figureront dans les décorations des rues de Bruxelles, à l’occasion des journées de septembre :
- Découverte de la taille du diamant, par Louis de Berken ou Berquen, de Bruges, vers 2845 ;
- Première exploitation de la houille, à Liège, de 4198 à 4213.
- Établissement de la première bourse de commerce à Bruges, quatorzième siècle;
- Procédé de caquer le hareng, découvert vers 1406, par Gilles Beukels de Ilughenvliet et Jacques Kien, d’Ostende ;
- Découverte de la dentelle ( antérieurement au seizième siècle);
- Découverte delà peinture à l’huile, par Jean Van Eyck, vers L4I0;
- Emploi des premiers caractères d’imprimerie, par Thierry Martens, d’AIost, en 150 î ;
- Découvertes des îles Açores, par les Flamands, en 1449 ;
- Découverte du Mississipi, par le P. Hennepin, d’Atli, en 1680 ;
- Premier code de lois maritimes, rédigé à Damme, douzième ou treizième siècle;
- Découverte des carillons à Alost, en 1 447 ;
- Construction de la machine de Marly, par Suaient Ilenkin ou Rannequin, de Liège, dix-septième siècle;
- Découverte de la gravure à la manière noire, par Gi'les du Marteau, de Liège;
- Perfectionnement de la gravure des médailles et des monnaies, par-Jean Warin, de Liège, dix-septième siècle ;
- Découverte du système décimal et grand nombre d’autres découvertes importantes dans la statistique et l’hydrostatique, par Simon Stevin. de Gruges, quinzième et seizième siècles.
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- LE PALAIS DE CRISTAL
- MACHINE A VAPEUR OSCILLANTE.
- Le but de M. Atherton, en construisant la machine à vapeur dont nous dont
- Depuis les premières recherches de Salomon de Causs et les essais dePapin; depuis la première machine à vapeur construite par Newcomen> et qui fonctionna comme machine d’épuisement dans les [mines de Cornouailles, les divers inventeurs qui ont travaillé à l’amélioration de la machine à vapeur ne traduisaient chacune de leurs améliorations que par des additions de pièces qui ont composé à la fin un appareil entièrement compliqué.
- Grâce aux nombreux perfectionnements de Watt, couronnés par le cylindre à haute et à moyenne pression de Wolf, la machine à vapeur, lorsqu’elle est parfaite-meent ajustée, peut fonctionner avec la régularité et la douceur de mouvement d’une montre de poche; mais ce n’est qu’au moyen d’un prix de revient considérable que ces avantages sont obtenus.
- Le problème à résoudre par les ingénieurs de notre époque consiste donc à trouver un système, qui, tout en conservant la régularité des mouvements de la machine de Wolf, l’emploi de la condensation de la vapeur, soit composé d’éléments simples et peu nombreux, de telle sorte que le prix de revient soit le plus bas possible. C’est ce qu’ont tenté de réaliser les constructeurs de machines oscillantes ; mais malheureusement ils négligent le plus souvent les éléments si riches de la détente et de la condensation.
- La machine de MM. Hodge et Batley’, dont nous allons dire quelques mots, en est un exemple.
- La machine à vapeur dont nous donnons ici le dessin est une machine oscillante; elle a comme toutes les machines de ce système, l’avantage de la simplicité et en même temps celui du bon marché. Voici comment chaque oscillation du cylindre ouvre les passages de la vapeur :
- Les tuyaux d’arrivée et de sortie de la vapeur sont fondus avec le châssis : ils présentent quatre ouvertures, dont deux sont pour l’entrée de la vapeur et deux pour son échappement. Les ouvertures du cylindre sont placées symétriquement de chaque côté et affleurent sa surface, et Taxe d’oscillation est à angle droit avec le plan de ces ouvertures. Les tourillons se prolongent suffisamment à l’extérieur pour recevoir l’elfort d’une vis de pression destinée à rapprocher à volonté les surfaces frottantes et empêcher ainsi les fuites de vapeur.
- Ce genre de machine à vapeur est bien connu à Paris où il est depuis longtemps en usage, le seul avantage que le modèle représenté ici offre sur les machines de Paris, résulte de la suspension du cylindre à une certaine hauteur, ce qui donne à l’ensemble de l’élégance et facilite la surveillance du chauffeur. La distribution étant faite au milieu du cylindre et non à sa partie nférieure, est aussi une exellente mesure, qui régularise la course du piston et qui rend les oscillations moins susceptibles de secousses.
- nons ici deux dessins de deux applications différentes, a été évidemment de profiter des avantages que présente la position du balancier au-dessous de la ligne de flottaison. La course du piston est très-petite, selon un système assez
- employé, depuis quelque temps surtout pour les bateaux de rivière, et le poids total est placé aussi bas que peut le comporter une [chaudière marine, laquelle est elle-même des plus petites dimensions et du poids le plus faible que la prudence permette.
- Le plan de M. Atherton est également applicable à une transmission de mouvement et à une action directe. Dans le premier cas, l’arbre tournant passe entre les pompes à air, comme on le voit, et dans le second c’est la bielle qui agit directement sur l’arbre tournant. La double pompe à air régularise le mouvement. La simplicité du système permet d’approcher avec la plus grande facilité de toutes les parties qui exigent du soin et de l’entretien. La tige du piston offre une nouvelle, et, nous le pensons, une utile amélioration : elle est creuse, et c’est ce creux qui dirige le mouvement du piston et qui remplace les parallélogrammes ou guides ordinairement employés. La tige du piston remplit ainsi outre son office propre celui de la bielle. Le petit écart du mouvement rectiligne qui existe et qui est nécessaire pour suivre la courbe décrite par la tête du balancier rend inutile tout autre guide que le piston lui-même.
- L’autre figure représente cette machine appliquée directement à la roue du bateau. Les parties tournantes ordinairement placées transversalement sont ici dans le sens de la longueur du navire. Il y a deux cylindres qui donnent une puissance double presque dans le même espace, et le balancier a seulement à transmettre la moitié de la force
- à la bielle. En résumé voici quels sont le avantages promis parM. Atherton et que la pratique ratifiera sans doute :
- 1° Le système occupe très-peu de hauteur parce que le balancier est placé immédiatement sur le condenseur :
- 2° Le balancier étant dans une position centrale et lié directement au piston et à la manivelle, on évite tout porte-à-faux et par suite toute secousse et toutes ruptures de pièces, inconvénients si fréquents dans les systèmes à levier de côté;
- 3° Le parallélogramme et tous les autres petits appareils usités pour guider la course du piston sont entièrement supprimés;
- 4° Par suite de toutes ces simplifications, les abords de la machine en marche ne sont nullement dangereux. Ainsi que nos lecteurs le remarqueront, rien qu’à l’inspection des figures que nous mettons sous leurs yeux, les deux machines que nous venons de décrire réalisent assez complètement la simplicité des organes et, par suite, 1 économie dans la construction, deux choses si recherchées aujourdhui par nos ingénieurs, ainsi que nous le disions au commencement de cet article,
- Machine à vapeur oscillante, par M. Atherton,
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- La première machine, celle qui est à cylindre oscillant est aussi simple et aussi portative, pour nous servir de l’expression usitée en mécanique, qu’il est possible de l’obtenir. Toutefois cette faculté d’être portative n’empêchera pas que nous autres Français, qui n’obtenons la fonte qu’à des prix très-élevés en comparaison de ceux d’Angleterre, nous ne trouvions peut-être que l’ensemble est lourd et que les proportions données aux colonnes, à la corniche et à tout le bâtis en général sont loin d’approcher de l’élégance des machines qui sortent des ateliers de Paris.
- Mais, si l’on voulait porter un jugement à cet égard, il faudrait tenir compte des conditions dans lesquelles cette machine nous paraît destinée à fonctionner, car c’est une machine à haute pression et devant supporter par conséquent une puissance considérable eu égard à ses dimensions.
- Quant à la machine de bateau à vapeur de M. Ather-ton, nous déclarons que si elle réussit dans la pratique, (car nous ne sachions pas qu’elle ait jamais été expérimentée encore), ce sera tout ce qu’on aura vu de plus petit en évolution. Pour éviter les courses de piston incompatibles avec le faible tirant d’eau des bateaux de rivière, il essaie de gagner en longueur et en largeur ce qu’il sacrifie en hauteur. Ainsi ses cylindres, dont le diamètre sera
- considérable, auront à peine 30 ou 33 centimètres de hauteur, et les coups de piston seront très-précipités ainsi que cela sera nécessaire d’ailleurs pour bien utiliser la vitesse de la vapeur. Cette vitesse est telle que pour obtenir tout l’effet utile elle doit parcourir un mètre par seconde. Par conséquent, si le cylindre
- de M. Atherthon a environ 83 centimètres de hauteur, le piston devra monter et descendre trois fois par seconde ou 180 fois par minute.
- Cette vitesse énorme et inusitée dans les machines de bateaux et à basse pression, est conforme à un système assez préconisé de l’autre côté du détroit, et qui dans les éléments physiques constitutifs du mouvement tend à donner la prépondérance à la vitesse sur l’espace, c’est-à-dire que dans les applications mécaniques , les partisans de ce système prétendent qu’il est plus convenable, pour obtenir un résultat donné, d’employer des machines petites et fonctionnant très-vite, que des grandes machines fonctionnant lentement.
- Nous laisserons à l’expérience le soin de décider cette question ; en attendant il nous sera permis de dire qu’en marchant très-vite avec des jambes petites on pourra arriver aussitôt au but qu’en marchant lentement avec de grandes jambes, mais que l’un sera plus fatigant que l’autre.
- Machine pour bateau à Tapeur, par M. Atherton
- RUCHES A MIEL, de M. W. J. Pettitt.
- A est le réservoir pour la nourriture. B est le compartiment des vieilles abeilles.
- C C sont les cloches à ajouter lorsque B est presque rempli de rayons.
- L’inventeur se sert avec succès de ces ruches depuis plusieurs années.
- Le pavillon, ou cette partie delà ruche oui renferme les abeilles n’est pas peint, parce que la peinture est inutile et peut quelquefois causer la perte de la colonie.
- Un thermomètre est fixé à l’intérieur, afin que l’on puisse connaître toujours la température exacte.
- Il y a aussi des ventilateurs que l’on ouvre ou ferme à volonté.
- La ruche renferme quatre grandes cloches en verre et i elle est disposée de telle sorte * que les visiteurs peuvent ap-1
- procher par derrière sans le moindre inconvénient et entendre le bourdonnement.
- Ces ruches sont disposées de la même manière que les ruches ordinaires^
- et si elles sont munies d’un vieux essaim, le produit, dans la première année, paiera une grande partie de la dépense, Le produit d’un essaim dans une même saison a pu être vendu 12 liv. 11 s, 6 d.
- Il faut ajouter aux avantages de cette construction, celui d’assurer l’exclusion totale des bourdons, les facilités de la ventilation, celles d’enlever les cloches quand elles sont pleines, et la sécurité de l’accès pour l’observation.
- On peut placer ces ruches dans quelque situation que ce soit, et leur forme élégante peut contribuer à orner un jardin.
- Le toit de la ruche est construit en zinc et toutes les autres parties sont construites en bois.
- SYSTÈME DE SÉCURITÉ POUR LES ARMES A FEU. par m. félix fontenau (de Nantes).
- Les accidents que les journaux viennent d’enregistrer coup sur coup et dûs au défaut de précaution que l’on apporte trop généralement dans le maniement et l’usage des armes à feu, nous font un devoir de faire connaître une découverte qui est destinée, parles avantages qu’elle présente, a détrômr les vieux systèmes et à rendre très-rares, pour ne pas dire impossibles, les chances d’accidents.
- Jusqu’ici, les améliorations introduites dans la construction des armes à feu, avaient eu principalement pour objet de perfectionner les moyens de destruction du gibier; celle dont nous nous occupons est infiniment plus intéressante, à notre avis, puisqu’elle est destinée à rendre moins dangereux pour l’homme l’usage du fusil.
- Les accidents qui viennent si souvent désoler les familles, peuvent être ramenés à deux catégories
- principales; les uns sont causés par la rupture des* canons (nons n’avons pas ici à nous occuper de ceux-là) les autres plus fréquents sont dûs, il faut être juste, autant à l’imprudence de leurs auteurs ou de leurs victimes qu’a la défectuosité des systèmes le plus généralement appliqués à la construction des armes.
- Il faut bien le dire, à sa justification, le chasseur le plus expérimenté, qui, en entrant dans une maison, dépose son fusil, parfaitement désarmé, hors de la portée du premier venu, croit avoir pris toutes les précautions que réclame sa prudence; hélas! il comptait sans son mauvais destin; l’arme glisse, tombe et part! Eût-il poussé la prévoyance jusqu’à retirer ses capsules, la moindre parcelle de poudre fulminante, égarée sur l’orifice delà cheminée, peut dans les mêmes circonstances, déterminer l’explosion. Franchit-il une haie vive, un fossé? la plus petite branche, soulevant la tête du chien, nonobstant les mille et un crans de sûreté, dont l’effet n’est mal-
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- heureusement pas infaillible; amène le même déplorable résultat? En un mot, nous n’en finirions pas si nous devions passer en revue les innombrables causes d’acidenls.
- M. Félix Fontenau, de Nantes, a eu la bonne fortune de découvrir un nouveau système, dont la merveilleuse simplicité remédie à tous les inconvénients signalés.
- Représentons-nous donc, comme l’indique la figure ci-jointe, un chien de fusil dont le marteau, posé cylindriquement, est muni d’un pas de vis, dans lequel est introduite une cheville en acier pouvant s’élever et s’abaisser à volonté; le moindre tour imprimé à cette vis établissant un vide entre la tête du chien et la cheminée rend l’arme chargée aussi inoffensive qu’un fétu de paille. — On ne saurait douter de ce merveilleux résultat quand on a assisté aux expériences qui ont eu lieu, en présence des amateurs d’armes les plus distingués et des arquebusiers les plus notables de France et de l’étranger.
- M. Fontenau a encore complété son système par l’emploi d’une nouvelle cheminée, qui peut être adaptée isolément.
- La Société $ encouragement saisie de l’examen de cette découverte, afaitconnaitre son opinion dans le rapport suivant fait par M. Ch. Laboulaye, au nom du comité des arts mécaniques :
- « Le comité des arts mécaniques nous a chargé de vous rendre compte d’une invention de M. Félix Fontenau, de Nantes, résultat de travaux auxquels il s’est livré pour améliorer les armes à percussion, et surtout pour éviter les affreux accidents qui chaque année, lors de la saison des chasses, viennent affliger tant de familles.
- « Pour atteindre ce but, M. Fontenau rend mobile, à volonté, la partie cylindrique du chien qui vient, dans l’arme à percussion ordinaire, frapper sur la cheminée munie de la capsule. Cette mobilité est obtenue en forant cylindriquement cette partie du chien et y taraudant un pas très-fin qui permet d’y adapter une vis. Cette vis, terminée extérieurement par une tête cannelée, se détourne avec facilité; un demi-tour suffit pour désarmer le fusil et rendre toute explosion impossible , lors même que par un accident quelconque le chien s’abattrait sur la cheminée.
- « On voit avec quelle facilité le chasseur se trouve mis à l’abri de tout accident, avec quelle rapidité le fusil est remis en état de faire feu.
- « En enlevant entièrement la vis, l’arme devient tout à fait inoffensive et peut sans danger être maniée par les enfants et les personnes imprévoyantes.
- « Il était impossible de remédier, par une disposition plus simple, aux dangers qu’offre le maniement des fusils à percussion ; les dispositions compliquées portant sur des combinaisons diverses de pièces de batterie qui ont été imaginées jusqu’à ce jour ne peuvent soutenir la comparaison avec cette ingénieuse invention, qui n’offre aucundes inconvénients qu’on pouvait leur reprocher.
- « Mais, si M. Fontenau a rendu un service important, à l’humanité, il a encore accompli un progrès très-remarquable au point de vue industriel. C’est ce qu’on appréciera facilement en étudiant les inconvénients que fait reconnaître l’expérience dans le mode de construction employé aujourd’hui.
- « Dans toutes les armes construites jusqu’à ce jour, le chien, par un choc brusque, frappe sur l’extrémité de la cheminée ; il s’attache à celle-ci des débris de cuivre qui forcent à la nettoyer, quelquefois des parcelles de poudre fulminante qui peuvent devenir des causes d’accidents; la cheminée est ébranlée par une percussion irrégulière qui a lieu beaucoup au-dessus du pas de vis qui l’assemble avec le canon , et le chien est souvent cassé par le choc; enfin, celui-ci posant sur l’extrémité de la cheminée, le cuivre des débris de la capsule peut être chassé latéralement et blesser la personne qui se sert de l’arme, accident dont il n’y a que trop d’exemples.
- « Tous ces inconvénients si notables auxquels on est étonné qu’on n’ait pas encore trouvé moyen de porter remède disparaissent par l’emploi de l’heureuse disposition due à M. Fontenau.
- « La vis est disposée de façon qu’il n’v a entre elle, lorsqu’elle est descendue au point le plus bas qu’elle puisse atteindre, et le bout de la cheminée que l’épaisseur du cuivre d’une capsule. Il en résulte que le choc est seulement suffisant pour écraser la poudre fulminante et faire éclater la capsule; conséquemment la vis ne fait plus emporte-pièce
- sur la cheminée, et le cuivre ne peut plus pénétrer dans celle-ci.
- « Ote-t-on la capsule, la poudre fumilnante qui resterait sur lacheminée ne peut plusfaireexplosion, car lavis ne peut opérer aucune pression sur ces restes.
- « Indépendamment de ce que la vis, dans ce système, ne frappe pas directement sur la cheminée, il faut ajouter que le bout de cette vis étant en acier ne peut jamais se refouler au contact de la capsule
- « Tout crachement latéral de la poudre fulminante et des éclats de capsule si funestes aux chasseurs est supprimé : cela résulte de ce que le chien, reposant sur l’embase de la cheminée, opère une fermeture qui met obstacle à tout éclat ou crachement latéral ; une ouverture pratiquée à la partie antérieure permet la sortie des gaz.
- « Enfin le chien n’est pas sujet à se casser, car non-seulement il ne tombe pas avec excès de force, mais il tombe d’aplomb. Or, nous avons entendu évaluer à 100,000 fr. par année les remplacements de chiens de fusil cassés dans l’armée; en tous cas, il est certain que c’est un article important des dépenses qu’exige l’entretien des armes.
- « Nous n’hésitons pas, messieurs, à'déclarer que M Fontenau, en remplaçant par un ajustement de précision, dans une partie essentielle des armes à feu, une disposition imparfaite et pleine d’inconvénients, a réalisé un progrès important qui mérite toute votre approbation. L’artillerie se hâtera sans doute d’expérimenter ce perfectionnement, et, malgré difficulté de modifier un matériel assujetti à la condition de la plus grande simplicité, elle pourra, nous croyons, tirer un utile parti des travaux de M. Fontenau. Quant aux armes de chasse, nous pensons que la Société d’encouragement doit s’associer à la propagation d’une invention qui se recommande au double point de vue de l’humanité et du progrès industriel, Déjà, au reste, tous les fabricants d’armes de Liège et de Saint-Étienne, nos plus habiles armuriers de Paris, MM. Lefaure, Faucher on, Lepage-Moutier, Delebourse, etc., adaptent ce procédé à leurs plus belles armes et ont saisi avec empressement le moyen que leur offrait M. Fontenau de réaliser tous les avantages que nous vous avons énumérés ci-dessus.
- « En conséquence, votre comité des arts mécaniques à l’honneur de vous proposer :
- 1° De remercier M. Fontenau de son intéressante communication ;
- 2° D’insérer dans votre Bulletin; le présent rapport, et d’y joindre la description et la gravure du chien et de la cheminée de son invention.
- Cu. Laboulaye.
- Un procédé, très-ingénieux et très-digne d’être mentionné, est cependant presque inaperçu à l’Exposition de Londres. —11 se trouve dans le départe* ment de la Sardaigne, à l’entrée à gauche, sur le coin de la table du transeps. Ce sont les poinçons microscopiques pour marquer l’or et l’argent, de M. Lendy-Nicolas, graveur à la Monnaie royale de Turin (Cat., n° 60). — Ils sont faits par un procédé mécanique. Outre les huit qui sont exposés, il y a un autre, reproduction fidèle d’une médaille comme une pièce de 5 fr. Dans ce poinçon, de \ millimètre et demi, se trouve l’effigie de la reine entourée des mots : Victoria D. C. Britanniarum Régira. F. D. Éentouréed’un bord, façon de médaillon, si nettement fait, qu’on peut lire les mots à la loupe.
- COURRIER DE PARIS ET DE LONDRES.
- A Londres on s’occupe beaucoup de Mme Dexter et de son meeting sur la toilette des femmes : on sait ce dont il s’agit. Mme Dexter, qui s’est déclarée publiquement le pontife de cette religion nouvelle, prétend que les femmes ont droit au pantalon : que les hommes, se réservant exclusivement cet avantage, abusent du droit du plus fort, etc. D’ailleurs, dans les autres parties du monde, non-seulement les usages de certains pays permettent aux femmes de porter ce vêtement tout comme les hommes, mais encore dans quelques contrées les femmes seules en ont le privilège exclusif: Mmc Dexter, enfin, parle au nom de la décence; singulière façon d’en faire preuve que d’en venir ainsi causer publiquement dans des séances à 6 pences. Cette belle idée , du reste, est une importation des Etats-Unis, pour laquelle quatre ou cinq sottes ont fait semblant de s’enthousiasmer : certes , peu nous importe que quelques Anglaises portent disgracieusement un pantalon ou une robe, là n’est pas la question; mais
- n’en a-t-on point fini avec ces marseillaises de toute espèce que l’on permet depuis quelque temps à toutes ces folles de chanter : après les saint-simoniennes, les phalanstériennes, les icariennes , les humanitaires et les socialistes femelles de fout genre, après les Jeanne Deroin, les Niboyet, la liste n’est-elle point encore close, et faut-il les bloomers? Tout cela est ridicule et honteux : quand les femmes perdent non pas la timidité mais la retenue qui appartient, qui convient à leur sexe, c’est un signal de démoralisation : fasse le ciel que cette nouvelle, — je dirai, — excentricité, par politesse, que cette nouvelle inconvenance s’arrête au détroit. Heureusement nous avons bien d’autres affaires.
- Mais en Angleterre c’est autre chose, et ces dames obtiennent, dans Piccadilly, de ces succès honteux et ridicules qu’allaient chercher aux Tuileries nos Grecques du Directoire; elles effacent complètement et Mme Sontag malgré son coup de poignard, et, ce qui est plus fort, l’ambassadeur persan, malgré ses pierreries, son grand sabre, sa toque et ses babouches. Mais laissons ce singulier exemple que la pruderie anglaise donne à nos Parisiennes en voyage.
- En Reauce, nous avons eu cette grande solennité de l’inauguration de la statue de Marceau. Nos lecteurs ont pu voir le dessin de l’œuvre de M.Préault. Reste à vous parler de la cérémonie. La foule des Parisiens était considérable; il pleuvait très-fort, ce qui a causé quelques désordres et a attristé quelque peu la fête : enfin, aussitôt l’arrivée du train de plaisir, c’est-à-dire à une heure, la cérémonie a commencée. Le théâtre était la place des Barricades ou place des Épars, comme on voudra. Tout autour de l’enceinte des mâts pavoisés de banderoles tricolores ,• toute la garnison sur pied, autour de la statue du héros, qui est restée voilée jusqu’à l’arrivée des autorités, étaient rangés trois escadrons du6me régiment de lanciers, la compagnie de pompiers et toute la garde nationale ; les autorités départementales et communales vinrent se placer au pied du monument: à un signal, le voile tombe, les tambours battent au champ, les orchestres résonnent, le canon re-. tentit, et M. le maire prononce un discours en. l’honneur de Marceau; c’est le résumé de l’histoire du jeune général que nous ayons publiée la se--maine dernière ; c’est un hommage sincère, senti,, ému, patriotique, rendu par un bon citoyen à un héros que la France pleure encore.
- Après ce discours, Tarchitecte de la ville place sous la statue une boité en fer blanc renfermant le procès-verbal deTinauguration , et des ouvriers en scellent immédiatement l’ouverture. M. le préfet prononce à son tour quelques paroles pour rendre hom-; mage à la gloire si pure du héros chartrain ; il remet en même temps la décoration d’officier de la Légion-. d’Honneur à un vieux compagnon d’armes de Marceau , M. Rogeârd, que la mort a épargné, et dont, la cité de Chartres entoure la vieillesse vénérable d’une estime justement méritée.
- Après cette scène vraiment touchante et que nous n’oublierons jamais, nous avons vu amener encore' un autre vieillard entouré, lui aussi, de sympathie et de respect, que le Conseil municipal avait eu la délicate attention d’inviter également à cette fête; c’est un campagnard demeurant à Reseux, village du département de Seine-et-Qise. Il était l’un des soldats qui emportèrent dans leurs bras Marceau blessé et expirant. Nous l’avons entendu raconter, avec une émouvante vivacité que ses quatre-virigt-deux ans n’ont point affaiblie, la scène à laquelle il assistait il y a plus d’un demi-siècle.
- Le cortège des autorités s’est ensuite rendu dans une tribune couverte, disposée en face de la statue, et la garde nationale, les sapeurs-pompiers et les trois escadrons de lanciers ont sucessivement défilé. Après ce défilé, les autorités ont accompagné M. le préfet jusqu’à l’hôtel de la Préfecture.
- La cérémonie avait duré une heure. L’illumination, qui devait terminer la fête, a dit êtri remise à cause du mauvais temps. En somme, elle est d’un bon exemple. Ces belles fêtes sont un patriotique encouragement aux grandes, choses : ce sont de grandes et belles idées que l’on remue, des sentiments généreux, de nobles passions que l’on excite. La patrie reconnaissante ! c’est le plus beau spectacle, le plus digne d’une grande nation. De pareils hommages, rendus d’un accord unanime par le pouvoir, par les autorités, par le peuple; hommages sincères et ratifiés par l’histoire, et aussi par l’admiration contemporaine; hommages comme savaient les rendre et les recevoir les héros grecs, sont,
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
- cr: -------—........ ........... r----------- =
- sinon la seule, du moins la plus noble, laplus féconde source de l’enthousiasme patriotique.
- Descendons de ceshaules sphères pour nous occuper de questions moins graves, moins intéressantes et d’un tout autre domaine : Nous quittons les lauriers, nous passons5ows les pampres, un joli petit acte en jolis petits vers que nous a donné l’Odéon, cette semaine. L’Odéon est décidément dans une bonne voie : Il a obtenu un bon, légitime et surtout honorable succès avec sa grande pièce de M. Ernest Serret, Les familles. Le public a repris goût à ces bons sentiments, à ces louables enseignements que depuis longtemps la comédie ne nous donnait plus, bien au contraire : le graveleux, l’immoral sans raison, sans prétexte, sans excuse, le graveleux pour le graveleux, plus encore que pour faire rire était le but incessant, le but unique de la plèbe dramatique. Mais au milieu de ce désordre, au milieu des protestations violentes des uns et du scepticisme dédaigneux des autres, M. Ernest Serret, prenant bravement et spirituellement aussi, prenant en main la cause de la famille, a demandé en vers charmants, non pas comme cela est la mode depuis quelques temps, le divorce, mais la réforme d’un abus : Il a démontré par raison et par exemple, les désordres qui suivent une séparation, le malheur des enfants, le chagrin, les remords des parents; il a fait ressortir combien étaient légères parfois les causes de désunion ; [enfin, il a protesté de son mieux en faveur de l’indissolubilité des liens et des affections de la famille. C’est plus qu’une bonne comédie, cela est une bonne œuvre, et nous ne saurions trop féliciter decebeau succès et l’auteur, et le théâtre et la direction. Si nous revenons sur cette rare fortune à propos du petit poëme nouveau, Sous les pampres, ce n’est pas que cette première œuvre ait le même caractère que la pièce de M. Serret. Mais si celle-là n’est pas précisément destinée à améliorer les mœurs, à faire ressortir les nobles sentiments, à inspirer les affections pures, au moins elle est un retour sérieux vers les saines études de l’antique. Le jeune homme s'encatulle, comme disaient nos vieux poètes, avec un art, une habileté, une conscience qui dénote de la science, du latin, du travail et beaucoup d’esprit.
- Tout cela n’est pas si commun de nos jours qu’il soit permis de rire ou dédaigner : Qui sait le latin ? qui sait le grec surtout? qui daigne s’inspirer de ces monuments éternels de science, d’art et de poésie? Qui? pas même les professeurs qui s’occu-
- j pent beaucoup plus des modernes que des anciens.....(philosophes ou politiqnes). Les études,
- j’entends, les meilleurs s’en vont : les études fondamentales sont oubliées et notre jeune littérature, ou plutôt notre littérature contemporaine, car, pour de la jeunesse il n’y en a guère, notre ère littéraire sans base, sans connaissances, sans souvenirs, amène péniblement avantterme les plus tristes, les plus maigres, les plus hâves, enfin les plus détestables élucubrations, car elle n’amême pas su épurer son goût aux sources éternelles du grand, du noble et du beau.
- Au moins, l’auteur de Sous les pampres a lu, a étudié, a nourri son esprit : et le don aidant, il a fait éclore une petite création charmante, un peu froide pourtant, un peu correcte; mais il n’v a pas à se plaindre par le temps qui court; du reste, il demande grâce à l’avance pour sa jeunesse, pour son inexpérience, pour sa bonne volonté, pour ses études consciencieuses : c’est une série de strophes fort louables : il promet de faire mieux encore à l’avenir,' alors, tant mieux! etM. Altaroche est dans la meilleure voie : il a pris le rôle qui appartient réellement au directeur de l’Odéon ; il cherche, il trouve, il patrone, il encourage les poètes jeunes, inconnus, timides; en un mot, il prépare à la France une nouvelle génération littéraire, et nul ne saurait s’y entendre mieux que lui.
- Assez sur Paris : nous vous écrivons ces lignes’, vous le savez, de Bruxelles, où nous attendons la célébration de ces fêtes solennelles en commémoration de la Révolution de \ 830 : nous assistons aux magnifiques préparatifs de la fête qui va être don -née au roi, et à laquelle le Cercle artistique et littéraire a bien voulu nous convier : du reste, en attendant la cérémonie, Bruxelles, de tous côtés, sur tous les points, est en allégresse : ce ne sont de toutes parts que galas, bals et soirées : et ceux qui ne pourront pénétrer à la fête royale trouveront, certes, de joyeuses compensations.
- Du reste, n’allât-on pas voir la fête, qui semble devoir être éblouissante, l’Exposition des Beaux-Arts dont on parle à peine, tant on est préoccupé de celle de Londres, qui, à vrai dire, est singulière et touche à des intérêts plus positifs, l’Exposition des Beaux-Arts de Bruxelles, vaut, disons-nous, à elle seule, le voyage. Un seul art a été mal partagé, c’est la sculpture : la statuaire, sauf une des deux exceptions encore médiocre au point de vue des artistes, n’est représentée que par quelques grimauds
- et n’offre d’autre spectacle que d’insignifiantes chinoiseries : la peinture, au contraire, a envoyé de France surtout, car à la France appartient le premier rang, toute une série de tableaux de genre, parmi lesquels nous avons déjà remarqué une ravissante toile de Camille Roqueplan.
- Mais l’heure nous presse ; d’ailleurs Paris, sauf ce que nous avons dit, n’a rien montré de bien intéressant cette semaine. Nous allons assister consciencieusement à toutes ces réjouissances pour vous en rendre sincère et bon compte, puis nous nous proposons de parcourir en détail l’Exposition des Beaux-Arts et vous donner un avant-goût de toutes ces merveilles que probablement, du reste, vous verrez bientôt à Paris.
- Un nouveau débarqué nous annonce que ce soir les Variétés donne une pièce importante, en trois actes, le Roi de la mode, pour les débuts de M. Mo-^ reau-Sainti fils, un grand maigre qui a échoué, il y a trois ou quatre ans, dans les rôles de jeune-premier au Gymnase, et qui avait l’année dernière quelque succès à l’Odéon, dans les comiques ou à peu près : on ne dit point encore quel est le caractère du rôle qui a été choisi pour son début aux Variétés : du reste, peu nous importe, que Paris s’arrange, à notre retour nous verrons bien.
- G. DE BOCCONYIU.E,
- CORRESPONDANCE.
- M. G., à Lunéville. — Reçu les deux mandats. Selôn vos désirs, vous recevrez sous huit jours la prime à trois teintes.
- M IL, à Arembouts-Cappel. — Un de nos dessinateurs est spécialement chargé des machines; nous appelons son attention sur l’instrument ingénieux que vous indiquez.
- M. P., à Vissel. —- Reçu et pris note.
- M. IL, à Brest. — Le n° 14 vous parviendra avec le présent.
- M. S. y R., à Madrid, — Reçu les renseignements et les dessins; l’un d’eux seulement pourra paraître*
- M. de St-A., à Angoulême. — Les collections vous seront expédiées aussitôt reliées.
- M. B., aux Girards. — Nous attendons pour cela la première quinzaine d’octobre.
- Le gérant : MANSÀRD.
- Nous recommandons expressément à nos lecteurs
- L’ALMANACH DROLATIQUE
- Pour 1852, qui, depuis cinq ans, grâce à la rédaction de ses articles, dont chacun a pu apprécier le comique et le bon goût, s’est placé à la tète de ces publications annuelles.
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- De» Compagnie» sh«* la Vie.
- En présence des événements survenus dans la gestion de plusieurs Sociétés, il est de l’intérêt de chaque Souscripteur de connaître sa position véritable. A cet effet, un Cabinet de renseignements vient d elre créé pour suivre les liquidations près de ees Compagnies, et faire toutes les démarches utiles a leurs interets. S adresser franco à M. de Poumeyrol, ancien greffier en chef de tTc instance, 45, rue Richelieu, à Paris.
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- SEUL JOURNAL POLITIQUE ET LITTÉRAIRE PUBLIÉ A LONDRES, FONDE EN 1840 '
- A commencé à donner et donnera pendant toute la durée de l’Exposition, un supplément gratuit de vingt-quatre colonnes, spécialement consacré à l’examen critique des objets de l’Exposition.
- Le Courrier de l’Europe donne dans chaque numéro toutes les nouvelles de la semaine, les articles les plus saillants de la Presse française; une partie anglaise ; des bulletins politiques et commerciaux. Les revues littéraires, dramatiques et hebdomadaires des célébrités parisiennes, Les séances de l’Institut, etc., ete.
- Le Courrier de P Europe, ayant plus de onze ans d’ existence, est le seul journal établi d’une manière durable dans la Grande-Bretagne. Le public auquel il s’adresse rend les annonces qu’on lui confie entièrement profitables.
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- NUMÉRO 22,
- ADMINISTRATION : A PARIS, PASSAGE JOUFFROY, 24.
- SAMEDI 4 OCTOBRE 1851
- LE PALAIS
- DE CRISTAL
- MONITEUR DIS EXPOSITIONS. JOURNAL ILLUSTRÉ DU PROGRÈS DES ARTS ET DE L’INDUSTRIE.
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- (L'Abonnement part du 1er août. — Collection antérieure : 1® fr. 50 c. brochée.)
- PRIX DU NUMERO : 75 CENTIMES.
- On s’abonne, a Paris, à l’Administration du Journal, 24, passage Jouffroy. — On s’abonne également à Paris, chez MM. Susse frères, 31, place de la Bourse; chez M. Hector Bossange, libraire pour l’exportation, 28, quai Voltaire; — à Strasbourg, chez Alexandre, libraire; — à Bruxelles, chez Aug. Decq, correspondant général pour toute la Belgique; — à Londres, chez J. Thomas, 1, Finch lane Cornhill; — Et chez M. Delizy et Ce, 13,’Regent Street; — chez tous les Libraires de la France et de l’Etranger, et dans les Bureaux des Messageries Nationales. — Envoyer franco un mandat sur Paris ou un bon sur la Poste à M. Mansard, gérantdu Journal, 24, passage Jouffroy.— Les nouveaux abonnement.? courent à partir du Août 1881
- SOMMAIRE. | DESSINS.
- Avis Important. — Bulletin Industriel. Revue de l’Exposition, par AI. Jobard. —Exposition de | Attaque d’un convoi anglais par des Cafres. — Couteau de chasse espagnol. — Pistolet espagnol.— l’Autriche, par M. Üaussmann. — Économie Industrielle. De la bonneterie. — Bulletin sclen- Dague de Tolède. — Buffet et fauteuils sculptés. — Glace et console. — Charriot de Clifton. — Biblio-tlflque. Hygiène publique. — Bulletin des beaux-arts. Exposition des ouvrages envoyés de Rome > thèque sculptée. — Le tvombo-piano-forte. — Charriots à engrais liquide (deux dessins). — Coupeur de
- et des grands' prix de cette année. — Courrier de Paris et de Londres, etc., etc. I légumes (deux dessins). — Voiture américaine. — Calorifère (deux dessins). — Machine à triturer, etc.
- Attaque d’un convoi anglais par des Cafres.
- AVIS IMPORTANT.
- AUX ABONNÉS.
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- Les personnes qui possèdent la collection du journal depuis l'origine sont priées d’envoyer le montant de leur renouvellement, dans le plus bref délai, si elles ne
- veulent éprouver aucun retard dans l’envoi des livraisons suivantes. Yoici pour les Abonnés anciens ou nouveaux les
- NOUVELLES CONDITIONS DE SOUSCRIPTION :
- 25 francs pour une année ;
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- Le tout à partir du 15 octobre 1851.
- Une PRIME représentant le le Palais de Cristal et qui coûte 25 francs dans le commerce est donnée aux Abonnés d’un an pour 5 francs 50 centimes en
- sus
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
- Nos lecteurs nous sauront gré de leur annoncer que le Palais de Cristal continue sa publication au-delà de la durée de l’Exposition universelle.
- Ce journal, fondé primitivement pour la propagation des objets exposés à Londres, devait terminer sa carrière à la clôture de l’Exposition, mais le succès qu’il a obtenu vient de décider son fondateur à en perpétuer la durée, il doit d’abord donner complètement les objets les plus remarquables de l’Exposition : ce qu’il n’a pu faire encore, malgré la perfection avec laquelle chaque semaine ces objets ont été reproduits, par le dessin, dans les numéros qui précèdent-, mais, en outre, le cercle de ses travaux s’élargit chaque jour :
- Ce journal, qui a dû, jusqu’au terme de l’Exposition, remplir ses engagements et s’occuper principalement du Palais de Hyde-Park et par conséquent de l’industrie en général, prend désormais une place dans la presse parisienne. Aux remarquables examens artistiques et industriels qui accompagnent ses belles gravures, le Palais de Cristal joint de précieuses études sur l’agriculture et toutes les siences spéculatives et appliquées : littérature, beaux-arts, histoire, archéologie, philotechnie, statistique, etc., etc.
- Avec un cadre aussi étendu, Le Palais de Cristal devient le recueil obligé de l’agriculteur, de l’ouvrier, de l’artiste, de l’industriel, du savant et de l’homme dû monde.
- Au reste, voici les matières qui seront contenues dans le journal, ainsi que le but qu’il se propose d’atteindre :
- BUT DU JOURNAL. — alliance de la littérature DES ARTS ET DE L’INDUSTRIE.
- VOIES ET MOYENS. — matières traitées
- DANS LE JOURNAL.
- LITTÉRATURE :
- Livres nouveaux, théâtres, revue des faits littéraires, sciences, académies, conservatoires, archéologie, correspondances avec les sociétés savantes, compte-rendus des sociétés historiques, propriété littéraire, contrefaçons.
- Collaborateurs :
- MM. liéon Cozlan,
- Eugène Guinot pierre Durand),
- J. Janin,
- Théophile Gautier,
- Alphonse Royer ,
- Amédée Achard,
- Gustave Vaëz,
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- Roger de Beauvoir, etc,, etc.
- BEAUX-ARTS.
- Ateliers de nos grands peintres, sculpteurs, architectes, graveurs, musées, expositions, reproduction de leurs œuvres inédites, articles raisonnés sur les arts par nos artistes et nos littérateurs les plus distingués ; revue des ouvrages sur les beaux-arts, explorations scientifiques, biographies, propriété artistique.
- Collaborateurs :
- MM. Dauzats,
- Camille Roqueplan,
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- Amaury Duval,
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- Brevets d’invention, inventions nouvelles, spécification avec dessins linéaires et notices, musées industriels, nouvelles machines, état du commerce et de l’industrie, expositions, usines, biographie des chefs de l’industrie moderne, situation des Etats étrangers, propriété industrielle, réforme de la loi de 1844.
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- ARTS INDUSTRIELS. —AGRICULTURE.— HYGIÈNE PUBLIQUE.
- Expériences physiques, chimiques et industrielles de toutes sortes. Revue des établissements.
- Agriculture. Nouveaux procédés, description, notice et dessins de machines, comices agricoles, hygiène, procédés nouveaux, économie domestique.
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- lies présidents et membres des Comices agricoles, etc.
- NOUVEAUX FAITS.
- Description, illustrations de faits nouveaux, vignettes, illustrations, portraits pour les inaugurations, fêtes, cérémonies, personnages célèbres (artistes, littérateurs, industriels) et leur biographie.
- SEMAINE ILLUSTRÉE.
- On le voit : le champ de nos travaux est immense. Il n’est aucune revue, quotidienne ou hebdomadaire, aucun magasin, musée, journal d’illustration ou autre, qui puisse lutter avec nous par le bon marché, et pour les relations que nous avons à jamais fondées , depuis l’origine de notre publication, avec tout ce que la France compte d’hommes illustres dans la littérature, les arts et l’industrie.
- ATTAQUE D’UN CONVOI PAR DES CAFRES.
- La presse à retenti depuis le commencement de l’année des difticullés que l’Angleterre éprouve dans l’Afrique méridionale. La Cafrerie est une nation de sauvages qui ont rencontré dans leur iustinct naturel, on ne sait qu’elle puissance de civilisation redoutable, quant à leur résistance à l’occupation anglaise. Caffïr veut dire infidèle : on dit que le sentiment de leur religion est la source de cette intelligence qui combine des moyens stratégiques très-puissants avec les ressources de cruauté et de barbarie usuels à ces peuplades. Le dessin que nous donnons à notre première page représente l’attaque d’un convoi anglais par une troupe de ces sauvages.
- BULLETIN INDUSTRIEL.
- Examen des mœurs des peuples qui ont exposé:
- de leurs tendances vers l’industrie et les arts.
- — De I’Eseagne -, de ses ressources naturelles ;
- de son activité-, de son originalité; de son
- avenir.
- I.
- Dans les numéros précédents, en parlant de l’Es-pagne, nous avons développé les éléments de sa situation industrielle , et nous avons fait l’énumération des matières premières ou fabriquées sorties du sol ou des ateliers de la Péninsule.
- Il nous reste une tâche à remplir, pleine de séduction, de charme et d’intérêt. Nous devions jusqu’à présent, parcourir l’Exposition de Londres, sous l’aspect de ses produits.. Nous devions faire passer devant nos lecteurs le spectacle curieux et pittoresque des objets mêmes que chaque peuple a envoyés au Palais de Cristal pour donner une idée du fait matériel qui est résulté de son travail ; et la riche collection de nos vignettes n’est heureusement pas épuisée : l’avenir le prouvera.
- Mais, nous devons âüjourd’hui cômméftcêr l’examen moral, psychologique, des nations exposantes, étudier leur nature, y découvrir leurs tendances, soit, que nous leur demandions compte de leur négligence, soit que nous constations leur activité pour la grande œuvre que Dieu leur a commandée, en leur accordant, avec largesse, des ressources naturelles qu’il est de leur devoir d’appliquer au développement des arts et de l’industrie.
- Saisir le travail intime de chaque peuple, et le retrouver avec son originalité, son histoire, ses mœurs dans les productions de son génie, est un enseignement profond, dont l’Exposition de Londres nous a donné le mobile; Nous ne pouvions encore, avant d’avoir enrichi notre collection de tant de vignettes, entrer, comme on dit, dans le cœur de la question, suivre les instincts de chacun, interroger l’Angleterre, voir le but qu’elle s’est proposée en appelant les peuples à ce grand tournoi, savoir le mot de l’énigme’; tout cela ne pouvait être mis en question dans un moment où les peuples avaient accepté le rendez-vous donné à Londres. 11 fallait savoir quel esprit général on pourrait retirer des communications réciproques que cette enquête allait ouvrir. Nous croyons très-sincèrement et nous devons le dire avec la même franchise que l’Angleterre a fait, en ouvrant le port de Londres aux produits du monde entier, acte de généreuse initiative.
- Nous le savons: des esprits inquiets, étroits, pour qui le langage de la générosité est un idiome complètement inconnu, ont osé penser et dire que l’An gleterre n’avait d’autre but que de surprendre, par cette enquête industrielle, les procédés puissants du génie étranger, de s’approprier les inventions, d’en profiter, et de lancer plus tard dans le monde commercial des produits similaires qui feraient concurrence aux productions nationales et qui, par cette voie félone, viendraient compromettre le travail et la richesse des nations exposantes.
- Cette appréciation, que nous ne relevons que pour la flétrir, est une indigne calomnie. Non, l’Angleterre n’est pas capable d’une trahison de cette espèce; et les calculs de la foi punique, que l’on a si injustement prêtés à l’Angleterre, n’entrent pas dans l’esprit des hommes qui ont eu l’initiative de cette grande œuvre.
- Ce que l’Angleterre a voulu, ce qu’elle recherche, c’est de résoudre, autant que possible, le grand problème qui la préoccupe depuis longues années : le libre-échange ; et elle a pensé que l’appel fait aux nations, afin de se trouver en présence, preuves de leurs industries en mains, suffirait pour les amener à lever réciproquement leurs barrières.
- Cette pensée prouve que les Anglais ont une intelligence exacte du cœur humain. 11 est évident que le congrès des intérêts matériels s’est formé, à la suite de cet appel, et, dans le Palais d’Jlyde-Park, où se sont trouvés en présence amis et ennemis du free trade, le problème de l’équilibre, le seul véritable qui soit dans cette question, s’est dressé de toute sa hauteur.’
- Les pays trop producteurs, trop usiniers , ont eu à examiner si les pays où le travail est moins avancé, pouvaient être inopinément sacrifiés à une doctrine dont le fond est généreux et libérai ; tan-
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
- dis que les peuples chez qui le travail rationnel se fait contre toute raison, en l’absence de matière première , se sont demandés s’ils devaient persévérer dans la voie de l’entêtement producteur.
- Que l’équilibre se fasse ; et on verra que l’Angleterre aura posé par cette grande mesure prise en \ 851, la base d’une réforme qui ne sera pas le libre échange, mais le libre contrat formé entre les peuples, proportionnellement à leurs richesses naturelles.
- Voilà ce qu’il résulte pour nous de l’Exposition de Londres, et ce qui nous conduit tout naturellement à interroger l’esprit, le caractère de chaque nation.
- Cette analyse est, en effet, le corollaire forcé des travaux que nous avons entrepris. Il est tout simple, tout naturel que nous cherchions à nous rendre compte du caractère, des tendances et des ressources des nations, afin de calculer quel serait leur contingent dans le domaine des arts et de l’industrie: et nous croyons qu’alors que le bilan de ces ressources et de ces probabilités sera bien établi, l’accord des nations entre elles pour régler leur production réciproque sera réalisé.
- II.
- Nons commençons dès aujourd’hui, et nous parlons de I’Espagne.
- Un de nos collaborateurs a déjà fait connaître à nos lecteurs, en détail, les objets exposés par les fabricants espagnols. Ils ont pu apprécier la situation où se trouve cette nation sous le rapport de ses manufactures, les progrès qu’elle a faits, ses ressources positives.
- Il nous reste à -ajouter quelques considérations sur les ressources qu’offre l’Espagne relativement à sa nature, à ses instincts, et à ses tendances.
- Quel peuple, est mieux doué qu’une nation qui trouve réalisées dans la nature même du sol, dans la position géographique qu’elle occupe, les merveilleuses ressources du Nord et du Midi? Sur le plateau central de la Péninsule et des Cordillières, ainsi que le fait remarquer M. Ramon de la Sagra, se trouvent des terrains analogues aux pays septehtrionaux. En descendant vers l’Atlantique et les côtes cantabriques sont les régions tempérées et humides si propices à la variété des cultures et aux pâturages ; en descendant vers la Méditerranée, on respire l’air embaumé des tropiques, au milieu d’une végétation luxuriante d’orangers, d’agaves et de canne à sucre. Dans ces délicieuses contrées, la nature a formé sous les replis des versants des montagnes de véritables serres où la verdure et la floraison des plantes se succèdent sans interruption. Voilà pour la nature physique de ce peuple privilégié.
- III.
- Examinons maintenant Xhomme; voyons dans les ressources que sa nature personnelle nous olfre si l’industrie et les arts ne trouvent pas en Espagne toutes les ressources nécessaires aux progrès de ces grandes inspirations dont nous poursuivons l’alliance et le triomphe.
- Que faut-il à un peuple pour qu’il se révèle à lui-même les mystérieuses aptitudes que Dieu lui a données? deux choses : d’abord, l’élément matériel sous la main; et, en second lieu, le sentiment moral.
- On laisse s’accréditer cette pensée que le beau ciel, les senteurs de la végétation naturelle, les douceurs du climat sont pour les peuples du Midi autant de causes de far niente, presque de dégénérescence. L’Italien dort sur le sable de Naples et ne fait rien; le Vénitien circule dans sa gondole, aux coups mollement frappés de sa rame, et presque endormi dans ses lagunes; le Sicilien, le Romain, ont oublié leur origine, et toutes ces peuplades méridionales, pleines de sève native , et à qui le ciel a réparti tant de richesses, ne seraient plus, si l’on en croit certains critiques, que des nations endormies, assoupies, nulles et sans force, sans animation et sans avenir.
- L’Espagne même, diront quelques adeptes d’une école paradoxale, l’Espagne n’a pas besoin de s’inquiéter du développement de ses ressources : elle n’a qu’à se baisser et prendre ; à s’envelopper dans les plis de son manteau, puis à rêver : la nature suffit aux besoins de la vie.
- Erreur que tout cela.
- Dieu qui fait tout très-bien n’a pas pas voulu que les peuples privilégiés sous le rapport des ressources qu’il leur a accordées, laissassent inertes dans
- leurs mains les éléments de progrès qui révèlentpour chaque peupleet à chaque instant, les grands mystères delà nature. Les peuples quelaguerre civile arrache au travail comme l’Espagne, en plaçant dans leurs mains pendant de longues années le mousquet ou le poignard, ne sauraient être considérés comme des enfants ingrats, oublieux de leurs privilèges, et ne sentant pas en eux les ressources de leur génie naturel. D’autres peuvent, comme l’Italie, succomber sous la lassitude, frappés au cœur, rêvant le bonheur de la patrie déchirée par des ferments de discorde et d’agitation ; et dès-lors, paraître insouciantes et apathiques.
- Oh ! ne croyez pas à ce sommeil, ni à cet oubli de soi-même. Laissez rétablir le calme ; rendez la liberté d’action et le sentiment de sa force morale à ces pauvres nations déchirées et souffrantes, et rappelez-vous que l’Italie est le berceau des arts, que l’Espagne est le berceau de l’industrie ; rappelez-vous que dans ces deux contrées bénies, dans cet oasis delà terre, où toutes les richesses du sol, toutes les splendeurs du ciel sont réparties avec profusion, les arts et le commerce ont pendant des siècles rendu le monde entier tributaire de leurs productions.
- Voyez d’ailleurs ce qui se passe, de nos jours, en Espagne. Partout, l’étude des sciences technologiques se répand et est encouragée. Des chaires de géométrie, de dessin, de mécanique, se sont établies; Madrid a aussi son Conservatoire des Arts-et-Métiers ; le malheur même d’un exil de quelques années a été cause d’une amélioration dans l’état industriel de l’Espagne; les exilés, rappelés au sein de la patrie, depuis la cessation de la guerre civile y ont rapporté de nouveaux éléments de travail, en y rapportant de nouvelles industries, étudiées par eux sur la terre étrangère.
- Sans doute, il y a eu dans toutes les classes de la société espagnole, un temps d’arrêt, que viennent expliquer ces dissensions intestines; puis aussi quelques esprits* saisis de politicomanie, ont cher -ché à dénaturer cette nation originale, et l’on a vu, par exemple, il y a une dizaine d’années, les réfugiés qui rentraient, vouloir user de leur influence pour tenter de détruire l’originalité des mœurs de leurs pays, ne plus, parler que de chemins de fer, se récrier sur Xhorreur des combats de taureaux, qu’ils traitaient de barbares ! Le monde politique était transformé : Il n’y avait plus cet élan, cet entrain, cette vérité qui constituent les plus belles qualités de la nature espagnole: les hommes politiques offraient, dans leur gravité d’emprunt, dans le mensonge de leur nature, les contrastes les plus tristes ; on les voyait parler d’un système complet d’amortissement de la dette publique, tandis qu’une longue file de créanciers frappait à leur porte; d’autres apportaient aux Cortès et publiaient dans les journaux de longs et ennuyeux mémoirès sur la paix intérieure, tandis que le Tribunal retentissait de leur action en séparation avec leur femme ; d’autres écrivaient une foule de livres sur l’Education publique etabandonnaient au hasard trois ou quatre de leurs enfants qui ne savaient pas lire ; enfin, un officier revenant de France, disait avec un aplomp imperturbable, en gémissar.t sur l’ignorance de son pays : « Nous ne sommes que trois, en Espagne, qui comprenions le.... Fouriérisme ! »
- Voilà quelles espèces de folie a produites la guerre civile; et, il faut l’avouer, pendant plusieurs années, l’Espagne, déchirée, voyait son peuple en proie à la guerre ; et les hautes classes de la société, se défendant les armes à la main, ou bien émigrées et proscrites... Que pouvaient faire, en cet état de désordre et de souffrances, les arts ou l’industrie ?
- IV.
- Mais, déjà, depuis que le calme a remplacé l’agitation des partis, voici l’Espagne qui renaît; son âme se dilate au foyer des arts; elle se ressouvient de ses splendeurs, et dans peu d’années, grâce aux efforts des hommes qui ont été délégués par le gouvernement Espagnol pour aller surprendre soit à Londres, soit en France, soit en Amérique , les mystères oubliés de tant d’études <et de tant de travaux , l’Espagne aura réparé le temps perdu.
- Comment pourrait-il en être autrement? Suivons un instant, avec nos lecteurs, l’étude intéressante de ces mœurs, qui dans tous les rangs de la société espagnole prouvent l’activité et la poésie. Est-ce qu’elle n’est pas destinée à partager avec les nations civilisées et progressives le sceptre de l’intelligence,
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- cette nation privilégiée, riche de ses ressources naturelles et animée de ces deux éléments qui font vivre le monde : la religion et l’amour?
- Est-ce que lord Ryron ne s’est pas enthousiasmé sur ce peuple de Cadix, sur ce foyer d’élégance et de grâce où nous trouvons le portrait de presque toute l’Espagne, tracé de main de maître ?
- Ecoutons lord Ryron :
- « Cadix, ravissante Cadix! merveille de la création ! La beauté de ses rues, de ses maisons ne le cède qu’à la grâce de ses habitantes; car, en dépit de tous mes préjugés nationaux, je dois avouer que les femmes de Cadix surpassent autant les Anglaises en beauté que les Anglais l’emportent sur les Espagnols dans tout ce qui fait la dignité de l’homme. Les belles de Cadix sont les magiciennes du pays. Je faillis y faire une passion pour de longs cheveux noirs, des yeux tendres et languissants et des formes plus gracieuses que je n’aurais pu les rêver , ne connaissant que la monotone insipidité et l’air pndormi de mes compatriotes. »
- Voyons : pénétrons plus avant dans le cœur de ce peuple, et examinons un peu dans ses fêtes, dans les joies qui l’animent, dans l’animation de ses danses, dans la poésie de ses chansons, dans son mouvement intellectuel, ses extases de religion, son ivresse d’amour, si c’est bien là le peuple apathique, insouciant, rêveur ou inerte que l’on voudrait rayer des rangs de cette armée intelligente des peuples qui s’inspirent de l’art et marchent vers l’avenir.
- Non, cela n’est pas possible.
- Un tel peuple est un peuple inspiré, dont les ressources seront bientôt exploitées et toutes-puissantes.
- V.
- Est-il rien de plus original, de plus national, de plus pittoresque que cette fête de Mayrena, où toute l’Espagne accourt, ardente aux joies qui vont fondre sur cette foule qui a fait invasion en Andalousie, au mois d’avril, depuis le Xénîl jusqu’aux frontières de Portugal, depuis la Sierra-Morena jusqu’à Tarifa et à Malaga. N’est-ce pa's là que cés curieux, comme dit le romancier Serafin Calderon, vont vivre pendant trois jours de plaisirs et de vapeur dans ce centre de sensations infinies!. « Ah! Mayrena! s’écrie le poète, Mayrena del’Alcorîje me souviens du jour où j’arrivai de Séville à ta riche et populeuse feria ! Un soleil clair et doux donnait la vie au paysage d’Alcala de Guadaira. On y voyait s’étendre les symétriques bois d’oliviers qui se perdaient à la vue, commel’horizon sur la mer. »
- C’est qu’à Mayrena, c’est qu’aux fêtes d’avril, on dirait une sorte d'université populaire des Espa-gnes. Dans cette fête générale, l’Andalousie est la reine... C’estelle qui, dans ces quelques jours, est le théâtre de cette légende des plaisirs que chaque jour écrit en lettres de feu et d’amour. Voyez la Gi-tana, voyez au milieu de la foule, passer Rasilica, montée avec son amant sur un de ces chevaux parés, un de ces fils de l’air et du feu qui conservent dans la veine le sang oriental. Comme elle trône ! comme elle adulée, dans sa brillante parure, comme l’art vient étaler ici ses splendeurs !
- Comment ce peuple plein de sève et de vie, ce peuple poète ne serait-il pas en marche vers les degrés les plus élevés de la civilisation, lui qui met tant de pensée, tant d’art dans ses danses nationales : oui, sous ces pieds qui frappent en cadence le sol, sortira une légion d’initiés qui s’inspireront et sauront assouplir la matière pour la rendre obéissante à leur génie. Comment peut-on douter des progrès d’une nation qui a ces deux initiateurs, Dieu et Vamour, pour animer son génie!
- Est-ce que ces danses n’ont pas un langage? elles, qui sont tout une tradition, toute une histoire ?
- Il y a dans les danses espagnoles des mystère que nous révélerons.
- Elles tiennent de leur origine, qu’elles soient espagnoles, américaines ou arabes. Les premières ont un point de ressemblance, par leur vivacité, avecla jota d’Aragon ou de Navarre. Celles d’Amérique ont une grâce molle et libre; c’est la passion sans pudeur. C’est quelque chose de languissant et d’oublieux de toute contrainte que la conquête, la domination et la lassitude ont permis ou inspiré.
- Mais ce qui est tour à tour d’une langueur délicieuse ou d’une vivacité énergique, c’est la danse mauresque, c’est la danse que l’Arabie inspire, anime, éclaire... Oh! c’est bien là ce sang vivace-, c’est l’entraînement de la cavale indomptée, ou c’est la
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- brise qui fait faire des rêves magiques, qui jette l’âme dans une ivresse poétique, en lui envoyant les senteurs du Guadalquivir baigné de citronniers, d’orangers et de chèvrefeuilles.
- Puis, ce n’est pas tout: ce duel, ce drame, ne croyez qu’il se contente de deux acteurs. La foule est là qui les entoure, qui les accompagne de ses émotions sympathiques, et pendant que tous deux se
- Non, il est imposshle de ne pas regarder ur> pareil peuple comme un peuple privilégié.
- Encore un mot, un seul qui dépeigne cette action de poésie et d’amour. Comment ne pas sentir l’intel-
- II y a tout un drame dans ce duel d’amour, qu’ils ont appelé la danse.
- Quand le Xerexano a provoqué sa danseuse, la Perla, sait-on où va s’arrêter cette provocation ? Où
- Couteau de chasse espagnol.
- provoquent, écoutez la chanson, la chanson populaire qui les accompagne :
- « Prends, jeune fille, cette orange, je l’ai cueillie dans mon jardin. — Ne la partage pas, surtout, avec
- ligence, et plus tard le génie des arts, vibrer dans ces cœurs, où la romance mauresque bruit comme la brise dans les montagnes de Ronda, dans les terres de Médina et de Xérès?
- Pistolet espagnol.
- la fascination a-t-elle placé son terme? Quelle énergie quand elle s’élance ! quelle voluptueuse langueur quand elle laisse tomber ses bras ! et, d’aulrepart, quelle puissance dans ce danseur qui la suit, qui écoute et saisit les battements de son cœur !
- un couteau, — car mon cœur est dedans. » « Toma, nina, esa naranja,
- Que la cogi de mi huerto;
- No la partas con cuchillo,
- Que va mi corazon dentro ! »
- Là, vous retrouvez l’Andalousie et l’Arabie mêlées ensemble, ensemble fanatisées dans le plaisir et coquettement inspirées. Vous y entendez les inspirations sérieuses d’une poésie qui s’élève au rythme le plus divin ; et à côté de ces strophes bibliques, la
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- joie roulant bruyamment en grelots cadencés, qui oublie tout..., tout, jusqu’à la pensée d’être, jusqu’à la sensation de la crainte la plus légitime.
- « Tandis que le comte-duc, dit un vieux fragment de romance, perd l’Espagne du roi, perle des danseuses : danse et console-moi ; ton pied fin qui se détache du sol et peint dans les airs, arrache démon âme les pensées tristes, l’amertume et les an-
- sante par l’industrie, parce qu’elle possède les ressources naturelles d’une richesse incomparable et un élément moral immense : l’activité et la fierté :
- Alexandre Lata,
- Rédacteur en chef, avocat à la Cour d’appel de Paris
- Nota. Nous n’avons pas à donner ici une nouvelle notice des armes magnifiques, dont les dessins se I trouvent encadrés dans notre article. On en retrou-
- sont pas « tissues avec la fibre de la pomme de pin et brodées à l’aide de fils de la même matière. » La nature de la substance s’opposerait à ce genre de travail. On emploie aux îles Philippines une substance qui se prête à la confection de tissus plus fins, plus délicats et plus réguliers que ceux de batiste. Elle provient d’une plante que les Espagnols appellent pma, et qui n’est autre chose que Yanana. C’est
- Dague de Tolède.
- goisses, qui, sans toi, vont la déchirer!.........»
- Notre conclusion, c’est que chez les peuples dont l’imagination est riche, l’art doit régner en maître ; etnotre conviction, c’est que son inspiration instinctive, bien dirigée, fera de l’Espagne une nation puis-
- vera la description dans nos précédents numéros. Nous devons seulement relever une petite erreur qui a été commise dans le dernier article sur l’Espagne. (Voir, page 34 8, 2e colonne). Les toiles qui sont dans la galerie espagnole, venant de Manille, ne
- une espèce du genre Bromélia, de la famille des Broméliacées, à calice double. Cette plante contient une matière filamenteuse, une espèce de filasse, qui a une telle finesse et une telle régularité, qu’elle peut être tissée sans qu’on ait besoin de la filer.
- BUFFET ET FAUTEUILS,
- PAR M. HUNTER (de Londres).
- Ce buffet est en bois de chêne sculpté ; il sort des ateliers de M. Iiunter (de Londres). Les supports représentent deux têtes de dauphins entourées de
- pampres. Le vin, le noubion , d’autres produits naturels, un peu entassés les uns sur les autres , sont répandus çà et là. La table est en marbre de Galway.
- Au-dessous est une espèce de petit nécessaire, destiné à contenir des liqueurs, tomme nos caves.
- Aux deux côtés du buffet
- Buffet et fauteuils, pariU. Hunier )de Londres).
- fleurs et de fruits qui se répandent jusque sur la têle de deux figures de la Vieillesse et de la Jeunesse. Dans le centre est la tête de Bacchus couronnée de
- sont deux chaises également en bois de'chène sculpté, et dont le dossier et le siège sont recouverts de cuir à clous dorés.
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- EXPOSITON DE LONDRES.
- (Voir tous les numéros de ce journal depuis le 10*.)
- Tout le monde nous demandant quelles impressions nous a laissée noire visite au Palais de Cristal, nous allons les décrire aussi clairement qu’il nous sera possible; c,ar pialgré l’innombrable quantité d’individus qui ont visité l’Exposition universelle, il y en a beaucoup plus encore qui n’ont pu la voir et qui ne verront probablement jamais rien de semblable. C’est à ceux-là que nous nous adressons particulièrement aujourd’hui.
- Quiconque a vu les expositions de Paris, de Berlin, de Vienne, de Bruxelles, etc.,-a vu celle de Londres, quant au contenu; le contenant seul est différent. Mais les gravures qui le représentent étant répandues à profusion , chacun peut s’en faire une image poétique ou triviale, en les regardant soit à travers le prisme pittoresque de l’artiste, soit à travers la froide équerre de l’architecte.
- Qu’on nous permette, à ce propos, une remarque aussi juste qu’utile, en fait d’art plastique, sur la charge en beau et la charge en laid.
- Un portrait peut s’obtenir de trois manières, par trois peintres differents, sans cesser de paraître exact. Un mauvais peintre vous fera toujours laid, un peintre médiocre toujours vrai, et un bon peintre toujours beau; mais tous les trois vous feront ressemblant. Votre portrait sera pour la postérité un objet d’art, une croûte ou une caricature, à votre choix, c’est-à-dire au choix de l’artiste, du manœuvre ou du rapin auxquels vous confierez votre figure.
- Il en est ainsi des gravures du Palais de Cristal. S’il est de grands intérieurs coloriés, brillants comme Timaginatton biblique de Martin, il en est d’autres plus ternes, qui sont à la réalité ce que les comptes-rendus du Constitutionnel sont aux étincelants feuilletons de Théophile Gautier. La poésie et le prosaïsme, comme le bien et le mal, se disputeront éternellement le monde.
- Revenons au contenu : quiconque a vu les objets exposés à Paris, a vu ceux de Berlin, de Vienne, de Bruxelles, et vice versà ; or, l’Exposition universelle se composait de toutes ces expositions particulières placées bout à bout ; nous regrettons de devoir ajouter : sans rien de plus, sans rien de moins. Or, quiconque a regardé défiler un régiment, peut se faire l’idée d’une armée.
- Les magasins de la rue Vivienne, ceux de la rue de la Madeleine, ceux du Frédéric-Strass et du Strand, contiennent les mêmes objets dès qu’ils sont fabriqués, comme les boutiques de librairie contiennent tes mêmes ouvrages dès qu’ils sont édités; les ateliers de même nature, possèdent également les mêmes machines dès qu’elles sont appréciées.
- Un intervalle de cinq années n’apporte que de très-légères modifications dans l’industrie en général et il faut de très-bons yeux pour les apercevoir.
- Le progrès est trop entravé pour marcher vite, quelquefois même il semble reculer ; ce qui a fait dire à M. Viénot :
- Semblable à Fécureuil en son étroit cylindre
- ,Qui se fatigue en vain, sans jamais rien atteindre;
- L’homme avance, il est vrai, mais ne voyez-vous pas
- Qu’il avance en tournant et revient sur ses pas?
- Quoi qu’il en soit, ce n’est pas à l’Exposition que nous avons pu constater le contraire, mais bien dans les laboratoires obscurs des tripotteurs, qui ont remplacé les souffleurs ou alchimistes du moyen-àge ; ces pionniers déguenillés de l’intelligence creusent la mine de l’avenir en se brûlant les doigts pour fournir les moyens de faire de l’or à ceux qui savent attraper quelques lopins de leurs trouvailles, soit en se procurant leurs épures, soit en gagnant leurs ouvriers, soit en leur jetant un morceau de pain les jours de défaillance et de famine.
- C’est dans ces bouges mal outillés que se trouvent les sources de ce grand fleuve du progrès qui porte la barque dorée des accapareurs d’inventions ; car nous en appelons au témoignage universel sur ce que nous allons poser en axiome : Il n’est pas une grande fortune industrielle qui ne repose sur une invention volée. Il n’est pas une industrie florissante qui soit productive pour celui qui l’a inventée. Il n’est pas un inventeur qui puisse tirer parti de ses découvertes par suite de la position que leur a faite la législation de tous les pays.
- On nous en citera peut-être un sur mille qui font exception à cette règle ; il y a aussi des gens qui ga-
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- gnent à la loterie, mais c’est par hasard et non par l’effet de leur mérite.
- Or, comment peut-on passer un temps précieux à racommoder de méchantes lois d’intérêt local quand il en reste une d’un intérêt aussi général en souffrance; car enfin, tout est organisé plus ou moins bien dans notre société : la propriété foncière, l’armée, la marine, les finances, la religion, les tribunaux, les écoles, les arts, les voies, les eaux, les forêts, etc., tout cela a reçu une organisation quelconque; mais l’industrie, mais le commerce n’en ont aucune. Qu’on les traite au moins comme tout le reste, tant bien que mal; sauf à reprendre le tout en sous-œuvre avec le temps !
- On a l’air de regarder l’industrie et le commerce comme des appendices insignifiants de notre économie politique, tandis que ce sont les deux faits capitaux de l’époque actuelle.
- Ce n’était rien chez les anciens, c’est peu de chose chez les Orientaux; mais nous sommes forcés de reconnaître qu’ils entrent aujourd’hui pour plus de moitié dans les matériaux de notre édifice, et constituent les éléments les plus sérieux de la vitalité des nations modernes.
- Les Grecs et 'les Romains auraient supprimé l’industrie et le commerce , qu’on s’en serait à peine aperçu ; leur société artistique et militante, assise sur l’esclavage, n’en aurait pas éprouvé 1e moindre frémissement; mais, éliminez par la pensée ces deux institutions modernes, et vous retomberez dans la barbarie marocaine ou tartare, et la moitié des hommes ne trouvant plus de place, comme on dit, au banquet de la vie, sera forcée d’en sortir ou d’en expulser les autres. Nous voyez donc bien qu’il y a urgence, triple urgence de vous occuper, toute affaire cessante, de la constitution de l’industrie et du commerce,, qui n’en ont pas et qui en demandent une ; car toutes les pétitions, toutes les prières, toutes les plaintes qui vous arrivent, et même foutes les émeutes, toutes les conspirations qui vous menacent, n’ont pas d’autre cause que la gêne, les déceptions et la misère , suite de l’intermittence des affaires et du désordre qui règne dans le travail.
- Nous défions tous les rhéteurs de la littératître ennuyeuse de nous prouver le contraire? Ils auront beau s’esquiver de branche en branche, c’est au tronc que nous les rappellerons toujours. Us ne savent pas, ou feignent d’ignorer que les bonnes lois font les bons peuples ; les mauvaises lois, tes peuples misérables, et l’absence de lois, les sauvages. Or, laisser l’industrie et le commerce hors la loi, c’est les livrer à la barbarie
- Organiser le commerce et l’industrie comme nous l’entendons, n*a rien de commun avec ce que proposent les différentes écoles modernes, qui ne font que voltiger autour de la vérité, en repoussant ou en imposant l’intervention du gouvernement en tout et pour tout. Nous ne lui demandons, nous, qu’une simple extension légale du principe de la propriété et de la responsabilité personnelle en faveur de l’industrie et du commerce ; nous voulons qu’il déclare seulement que chacun est né propriétaire et responsable de ses œuvres, rien de plus, rien de moins; car il n’en faut pas davantage pour que l’industrie et le commerce entrent dans le droit commuai nous reconnaîtrons alors que le travail est organisé aussi bien qu’il a besoin de l’être, si le gouvernement lui applique la sanction ordinaire, s’il fait son métier de simple redresseur des infractions faites à ce principe, en punissant les plagiaires de la propriété industrielle et les faussaires de la propriété commerciale , après avoir légalisé leurs droits. Ceux qui s’opposent à cette sanction, ne se doutent pas qu’ils blessent les racines mêmes de la civilisation en immolant la propriété sur l’autel du communisme.
- Si le grand écrivain qui a prêté l’appui de sa plume à la cause de la propriété foncière avait voulu consacrer son talent de bien dire à la défense de la propriété intellectuelle, la société serait sauvée à l’heure qu’il est; nous n’aurions pas vu un ministre du commerce venir supplier la Chambre de s’abstenir, en invoquant la gravité de la question, et la repousser aux calendes grecques à cause de son importance, nous ajoutons de sa triple urgence ; parce que nous la regardons comme décisive du sort de la France. Et qui donc pourrait nier la profonde action que la reconnaissance de la propriété intellectuelle est appelée à exercer sur les masses, quand on viendrait leur dire : combinez , composez, agencez, inventez, cherchez et vous trouverez ; et ce que vous aurez trouvé vous appar-
- tiendra, comme la pépite appartient aux chercheurs de la Californie ! Musiciens, rêvez des chants nouveaux; artistes industriels, cherchez des dessins gracieux ; modeleurs, créez des formes nouvelles ; chimistes, composez des couleurs et des produits inconnus ; ouvriers, méditez des outils faciles, cherchez des méthodes abréviatives du travail; physiciens, inventez des moteurs; technologues, simplifiez les mécaniques; et vous jeunes victimes d’une instruction irrationnelle, que le Créateur a marqués du sceau du génie ou seulement de la patience, refaites votre éducation, hâtez-vous; car l’heure de l’émancipation a sonné. A l’œuvre donc, répandez-vous tous dans les placers de l’intelligence ; ce que vous y trouverez sera bien à vous, nul n’aura le droit de vous frapper pour vous faire lâcher le grain d’or que vous aurez ramassé !
- Vous ne réussirez pas aujourd’hui peut-être, mais demain, mais chaque jour, chaque nuit, chaque chose vous offre matière à combinaisons nouvelles!
- C’est une loterie; dira-t-on, mais c’est une loterie où l’on peut mettre à toute heure, et qui se tire à tout moment ; il faudrait avoir bien peu de chance pour ne pas attraper un bon lot; et, d’ailleurs, il n’est pas nécessaire que tous gagnent, car une seule invention peut procurer du travail à dix, à cent, à mille ouvriers. Combien l’inventeur de la vapeur, de la filature et des chemins de fer, n’en occupent-ils pas? On ne peut plus les compter que par millions.
- Croyez-vous, en conscience , que les travailleurs occupés de la sorte songeraient à remuer de stériles pavés en présence d’un champ aussi riche, aussi fertile à cultiver que le champ de l’intelligence, de l’intelligence française surtout qui, si mal labouré qu’il soit, défraie de ses produits agréables ou utiles les quatre parties du monde. L’Anglais invente peu, mais il sait parfaitement se servir des inven lions françaises. La Suisse, la Prusse, l’Autriche, se servent également bien du goût français pour lui faire une active concurrence à l’étranger.
- Le goût des arts et les arts de goût sont particuliers à la France, dit M. Prosper Lucas, dans son livre admirable et inconnu sur Y Hérédité naturelle-, que serait-ce donc si les Français avaient la propriété de toutes leurs inventions comme ils ont celle de leurs œuvres de goût?
- C’est que le goût n’est pas ce qu’un vain peuple pense, Nous allons le prouver jusques à l’évidence.
- Cela contrariera ceux qui s’imaginent que le goût est une plante originaire des bords de la Seine, plante tellement vivace, d’après l’opinion d’un ministre de Louis-Philippe, qu’il n’a pas craint déporter une main étourdie, sur Le principe qui l’alimente, en proposant d’abaisser la propriété perpétuelle des dessins et modèles de fabrique au niveau du privilège étriqué, accordé aux autres inventions, au lieu d’élever la durée des brevets à la hauteur de la propriété des œuvres d’art, ce qui eut été plus rationnel et plus, juste.
- Heureusement qu’il a échoué dans sa tentative d’enlever à la France le sceptre du goût, d’étouffer la seule institution qui lui donne une supériorité incontestable sur toutes les autres, nations* de fermer la seule école d'Estétique qui soit au monde, la. seule, enfin qui n’ait pas coûté un centime au gouvernement, tout en rapportant des milliards à la France.
- Est-ce parce qu’ils n’ont point reçu leur investiture du pouvoir et professent sans diplôme , que 1e ministère a voulu disperser les maîtres du goût; ces artistes nés, qui dirigent à Paris, à Lyon, à Rouen et à Mulhouse, ces milliers des dessinateurs, de modeleurs , de graveurs et de coloristes employés dans vos fabriques de bronze, de châles, d’étoffes imprimées et de papiers peints, dont la beauté fait envie à tous vos concurrents ? Explique qui voudra cette aberration bureaucratique !
- Nous sommes persuadé que si notre avis à la Chambre des pairs n’était pas arrivé à temps, 1e sacrifice était consommé. Les cent professeurs de goût qui font l’honneur et la fortune de vos ateliers auraient porté leur talent sur la terre étrangère. M. Senac, en faisant révoquer la pérennité des modèles, dessins et tissus de fabrique, leur aurait fait autant de mal que madame de Maintenon en provocant la révocation de l’édit de Nantes. L’Angleterre s’apprêtait à profiter encore de cette bévue, en offrant à nos émigrés la propriété de leurs œuvres de goût qu’elle n’avait jusques-là pas songé à leur donner, pas plus que les autres pays; mais depuis le
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- jour de cette tentative de suicide, l’Angleterre s’est empressée de concéder aux artistes un privilège de trois ans ; l’Autriche, un privilège de trente ans, en sus de la vie de l’auteur ; nous ne savons pas combien d’années leur offre la Prusse avare, mais tous nos rivaux, persuadés aujourd’hui qu’ils ne doivent leur infériorité en fait d’articles de goût qu’à l’absence des privilèges qui l’ont fixé chez vous, ne tarderont pas à nous imiter et à lutter, à armes égales, sur le terrain dont la France s’est emparée la première comme l’Angleterre s’était emparée du terrain industriel depuis 1623.
- L’Exposition de l’Autriche, de la Russie, du Zol-verein et même de l’Angleterre en fait d’objet, d’art et de goût, donne déjà beaucoup à réfléchir aux Français; leurs produits artistiques, en bronze, en orfèvrerie, en ornements, ne sont plus seulement des surmoulages français, on y devine l’inspiration indigène. On y sent le germe d’écoles originales qui ne sont déjà plus à mépriser. Les bronzes et l’orfèvrerie russe, les candélabres et les meubles autrichiens, la porcelaine ornée de Saxe et de Berlin, ne sont pas des essais d’écoliers, car plus d’un auraient le droit de s’appeler des coups de maître.
- 11 est utile de conseiller aux flatteurs exagérés du goût français, de baisser un peu la voix. S’ils ont oublié la mobilité etlespérégrinations du goût, nous allons les leur rappeler de nouveau en peu de mots: Le'goût, parti de l’Inde où il a laissé d’admirables traditions, a longtemps séjourné en Grèce, puis à Rome, puis à Bysance, d’où il est passé avec les Maures chez les Espagnols, qui l’ont porté à Naples dans les corbeilles de noce de leurs enfants; de Naples, il a gagné Florence et Venise, pour venir s’abattre sur Paris à la voix de François Ier, et s’il s’est fixé en France, c’est parce qu’il y a été mieux traité qu’ailleurs, voilà tout.
- Le goût, n’est d’ailleurs que le signe d’une société très-avancée, et pourrait servir de thermomètre pour juger du degré de civilisation des peuples anciens ou modernes. Le goût enfin, est la quintes-cence de l’art, porté à sa plus haute puissance.
- Quand une nation est malade, le goût s’enfuit, le luxe le suit, etles arts s’éteignent progressivement.
- C’est le contraire pour les pays bien portant, tout cela monte et fleurit; aussi pouvons-nous nous attendre à voir naître bientôt plusieurs écoles de goût en Europe, et cela ne serait pas malheureux; car à notre avis chaque nation doit avoir sa couleur et son goût comme son pavillon spécial; libre à toutes, de choisir chez les autres où de se renfermer dans les compartiments de leur idonéisme congénial.
- Jobard,
- Directeur du musée de l’industrie belge.
- EXPOSITION DE L’AUTRICHE.
- Les premiers produits de l’Autriche qui frappent les yeux du visiteur, sont ses porcelaines et ses cristaux. Une semblable introduction est habile; l’impression produite par les chefs-d’œuvre placés à l’entrée des allées, prévient en faveur du reste.
- Les magnifiques cristaux de la manufacture de Nouwelt, en Bohême, appartenant au comte Har-rach, sont placés à l’entrée du côté nord, et ont pour vis-à-vis, au sud, de l’autre côté de la grande avenue, les non moins splendides produits des verreries de Meisterdoff et de Pélikan, également en Bohême. Les belles porcelaines de la manufacture royale devienne, et celles d’Àltrohlau contrastent, par leurs teintes vives, avec les couleurs moins éclatantes, mais tout aussi agréables des cristaux auxquels elles se trouvent mêlées et qui présentent une combinaison harmonieuse de blanc, de vert, de rouge et de bleu.
- Toute une allée est consacrée à ces admirables produits; services à thé et à café, assiettes et corbeilles à fruits ; statuettes rococo, fleurs, festons, dentelles en porcelaine, sont amoncelés avec un charmant désordre. Les cristaux affectent de leur côté les formes les plus bizarres et les plus élégantes.
- La seconde allée sud de l’Autriche renferme des velours et des damas pour tentures, provenant de la manufacture de MM. Hass et fils, de Vienne, ainsi que de belles étoffes façonnées pour gilets et pour pantalons.
- Dans la troisième allée on rencontre des tentures en laine à grands ramages, et des tissus de laine imprimés et brochés, de la Bohême. Ces allées
- aboutissent à une salle consacrée à divers genres de tissus.
- La laine reparaît encore ici sous les formes les plus variées, tantôt en tissus purs de tout mélange et façonnés à Vienne, pour servir de robes et de châles ; tantôt unie à la soie ou au coton, combinaisons dans lesquelles le fabricant autrichien apporte le goût le plus ingénieux et le plus fécond.
- Vienne a exposé de belles balzorines, etReichen-berg, en Bohême, des mouchoirs et des écharpes thibets, en circassiennes, ainsi que des étoffes légères pour robes, d’une fabrication remarquable.
- Aussig, en Bohême, se distingue par ses poils de chèvre, ses victorines, ses tissus laine et coton, et ses carreaux pure laine.
- M. Joseph Ries, de vienne, a emprunté à la France les beaux dessins de ses châles cachemires, plagiat trop commun en Autriche et qui causerie plus grand préjudice à nos fabricants. Les cachemires devienne sont légers et inférieurs aux nôtres, mais leur bas prix font pardonner leurs imperfections.
- Nous remarquons encore les produits nombreux de MM. Leitenberger, de Cosmanos, près Prague. Ces messieurs, qui occupent une des premières places dans l’industrie autrichienne, ont exposé des toiles de coton imprimées dont les dessins, fort variés, sont assez bien exécutés, quoique bien loin dp valoir ceux de nos fabriques. En Autriche comme eu Prusse, il reste à l’industrie cotonnière bien des progrès à accomplir pour s’élever à la hauteur de l’industrie des laines.
- La quatrième allée de l’Autriche renferme des produits qui n’ont rien d’autrichien ; elle est consacrée à la sculpture, mais à la sculpture milanaise. Les conquérants de la Lombardie ont attaché leur nom à des œuvres qui ne sont pas les leurs : triste et coupable usurpation, sévèrement jugée par le public européen. Il fallait, au moins, laisser au talent sa nationalité et écrire le nom de Milan en tête de ses chefs-d’œuvre.
- Ce que les sculpteurs milanais excellent surtout à faire, ce sont les figures de femmes voilées. Combinant ingénieusement les effets d’ombre et de lumière, le ciseau délicat sait donner à la pierre les plis, la finesse, la souplesse et l’apparence fidèle de la gaze. L’illusion est complète et l’effet admirable. Il faut, pour ainsi dire, toucher du doigt ces merveilleuses statues, pour se convaincre qu’elles sont tout en pierre.
- Nous arrivons à l’allée des draps autrichiens, qui est la dernière du côté du sud.
- Les draps de Teltsch, en Moravie, sont d’une remarquable finesse et pourraient presque lutter avec ceux d’Aix-la-Chapelle et de Sédan.
- MM. Moro frères, de Klagenfurth, ont exposé des draps blancs, bleu clair, rouges, verts, noisettes et orangers, de la plus grande beauté. Us sont tous pour uniformes militaires.
- Ceux de Brünn sont d’une qualité supérieure. On remarque surtout ses péruviennes, ses brésiliennes, ses américaines et autres sortes fines.
- De toutes les industries textiles de l’Autriche, c’est incontestablement celle des draps qui paraît avoir atteint la plus grande perfection.
- Nous remarquons, dans une allée transversale, quelques beaux tapis à longs poils; des costumes hongrois aussi pittoresques qu’originaux ; des couvertures de lits fort élégantes; des toiles de lin unies et imprimées, d’une fabrication supérieure, exposées par ce même comte Ilarrach, dont nous avons déjà examiné lessuperbes cristaux. C’està Stasken-bach, en Bohême, et à Janowitz, en Moravie, que sont situées les manufactures de lin de ce noble Autrichien, qui, comme nombre des membres influents de la haute aristocratie de son pays, y oc-' cupe une position industrielle des plus considérables.
- Best a envoyé des échantillons de chanvre préparé, et l'établissement de bienfaisance milanais, appelé la Casa Pia, plusieurs pièces de toile.
- Avant de terminer l’examen de la division sud de l’Autriche, au rez-de-chaussée, nous nous voyons forcés de faire une petite excursion dans ses domaines des galeries supérieures, afin de compléter la revue des tissus envoyés par ce pays.
- C’est dans les galeries sud que se trouve l’exposition des soies autrichiennes, exposition fort intéressante, surtout comme point de comparaison avec les produits lyonnais.
- Le Banat et la Lombardie ont fourni des cocons et de belles soies grèges.
- Tienne a envoyé des gros de Naples, des soieries moirées, des satins remarquables, mais très-inférieurs cependant aux nôtres.
- Ses écharpes, ses foulards, ses damas, ses soieries à carreaux, ses étoffes pour robes, n’ont pas grand mérite. Il revient, par contre, des éloges à ses soieries pour meubles et à ses doublures de voitures.
- Les robes de barège, deM. Rossi, devienne, sont charmantes. Ses châles et ses écharpes brodées laissent à désirer.
- Les armes d’Angleterre, or, argent et soie , bro dées à Vienne, sont d’une élégance parfaite.
- Celte ville a élevé plusieurs trophées; l’un, composé de damas , de lampas, de brocades et de satins, est digne d’attention ; l’autre, formé de chasubles et d’ornements d’église, a, peut-être, plus de richesse que de goût; le troisième, consistant en hrocatelles pour meubles, pêche par les dessins qui sont des plus communs.
- Quoiqu’éclipsées par les produits de Lyon, les soieries autrichiennes sont celles qui, après les nôtres et celles de Chine, occupent peut-être la place la plus honorable au Palais de Cristal.
- Les velours de Saint-Georgenthal ne sauraient se comparer aux velours Prussiens.
- La Bohême a envoyé de jolis mouchoirs bayadères brodés, mais ses dentelles de soie ont un cachet commun.
- Les rubans de Vienne sont bien fabriqués, quoi-qu’aussi inférieurs à ceux de Saint-Etienne, que les dentelles de Vienne le sont à celles de Chantilly et de Bayeux.
- Les châles viennois et surtout ses cachemires, dont nous retrouvons ici des trophées, ont le tort, impardonnable à nos yeux, d’avoir été fabriqués sur dessins français. Mais il faut reconnaître qu’ils serrent de très près les nôtres, comme mérite industriel.
- Les papiers peints de Vienne le cèdent de beaucoup aux papiers français.
- Cette ville a encore exposé, dans une des galeries du nord, quatre grands et beaux tapis, non loin desquels on remarque quatre magnifiques pianos en bois clair; des instruments à vent, de Prague, dont on fait grand cas, et de curieux échantillons de bois de la Bohême.
- Maintenant que nous avons passé en revue tous les tissus de l’Autriche, il nous reste à achever la visite de ses salles du rez-de-chaussée, dans la partie sud.
- Dans l’une, nous remarquons de la quincaillerie, de la coutellerie et des armes; fusils, carabines et pistolets d’Inspruck ; couteaux de chasse à manches élégamment sculptés; grand assortiment de limes; coffres-forts; couteaux ordinaires, mais bien confectionnés.
- Plus loin, ce sont des cuirs tannés et vernis, de Prague ; puis des mannequins, des bonshommes, des automates, des poupées, des soldats en bois et une quantité d’autres jouets d’enfants, qui ont acquis en Autriche, comme dans l’Allemagne du nord, une grande perfection. Puis nous rencontrons delà sellerie, des fouets, des ombrelles; des boutons de nacre de Vienne, et un bel assortiment de gants, justement renommés, de la Hongrie, envoyé par les fabriques de gants réunies de Prague. Ces réunions de fabriques se propagent considérablement en Autriche comme en Prusse, comme en Saxe, et témoignent d’une singulière tendance à l’association.
- Les chaussures de Vienne, pour hommes et pour femmes, sont bien conditionnées, de même que les nécessaires de toilette. L’orfèvrerie autrichienne a encore beaucoup à faire, à en juger par quelques pièces d’argenterie viennoises, pour rivaliser avec celle de Paris.
- Mais un produit tout à fait national et pour lequel l’Autriche peut prétendre à une supériorité, ce sont les pipes de toutes les formes et de toutes les couleurs. Ce n’est pas une vitrine, c’est une salle entière que ce pays à rempli de ses pipes et de ses tuyaux.
- On remarque particulièrement celles en terre de Vienne, connues sous le nom de massa-pfeiffen, et qui sont d’un blanc mat fort agréable.
- L’allée qui termine l’exposition autrichienne au sud est consacrée aux fers bruts et ouvrés. A côté des minerais de ce métal, on admire les belles fontes
- (Voir la sune page 3i6.)
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- LE PALAIS DE CRISTAL
- GLACE ET CONSOLE,
- PAR M. M‘LEAN (DE LONDRES).
- Dans l’avenue principale (ouest) du Palais de Cristal, on remarque une console d’une richesse incomparable, sur laquelle se développe une glace immense, surmontée d’un large médaillon. Ce n’est donc pas seulement sur la qualité même de la glace, sur son éclat, que doit porter l’attention du spectateur, mais sur les détails et l’agencement du meuble même.
- La console est richement ciselée : un peu de profusion dansles figurines qui la composent lui donne peut-être quelque lourdeur. L’encadrement de la glace principale repose sur deux groupes parallèlement, disposés dans lesquels trois amours jouent au milieu de feuillages et de fleurs.
- La disposition laisse encore à désirer sous le rapport du goût.
- Au reste, il faut le reconnaître, le brillant de l’étamage des glaces a particulièrement attiré l’attention des visiteurs du Palais de Cristal. Les glaces 11e sont pas seulement des glaces éta-mées, mais bien argentées : c’est de l’argent qui a été précipité sur le verre au lieu de la composition ordinaire de mercure et d’étain. 11 faut ici remarquer que plusieurs substances ont la propriété de précipiter l’argent de sa solution. Nous citerons, entre autres, les huiles essentielles, l’aldéhyde, le coton fulminant dissous dans un alcali, et le sucre de raisin. C’est cette dernière préparation qui est employée dans l’argenture des glaces. Le verre est établi de manière à laisser un vide entre
- S6S deux parois Gl&cc et consolG) pai M* M Lésn (d6 Londres)*
- vide est rempli d’une solution nitrale d’argent, à laquelle on a ajouté une légère dose de sucre de raisin, et la glace est revêtue d’une couche argenti-
- fère de la plus grande pureté. Lorsqu’on enlève la solution et que l’intérieur est lavé à sec, la glace est scellée pour prévenir l’influence de l’air. C’est ainsi que s’obtiennent les effets de la réflexion métallique; ils ne peuvent être affectés que par le bris delà glace.
- Depuis quelques années, de nombreux perfectionnements ont été introduits dans la fabrication des glaces. Une manufacture semblait conserver le privilège de cette industrie, et, du reste, elle a contribué à placer la France au premier rang sous ce rapport : nous voulons parler de la manufacture de Saint-Gobain. Mais plusieurs établissements rivalisent avec elle : nous citerons, entre autres, la manufacture de Mont-luçon (Allier), qui obtient depuis quelque temps le plus grand succès. Tous les visiteurs des eaux de Vichy trouvent dans ce magnifique établissement une diversion précieuse à leurs souffrances ou à leur traitement. Plusieurs procédés nouveaux ont été employés par les fondateurs, dans le but principal de conserver aux glaces fabriquées toutleluxe, le fini, l’éclat des produits de Saint-Gobain, mais surtout d’arriver à obtenir une réduction notable sur le prix de vente.
- On sait qu’une des operations les plus délicates des glaces, c’est le doucissage. Ce qui s’oppose le plus à ce que ce travail se fasse sans danger, c’est la difficulté de retourner la glace quand un des côtés a été dou-ci. Or, les procédés nouveaux permettent de faire cette opération avec le plus grand succès.
- Il est important que les établissements nouveaux qui jouissent d’un grand créditpuissent prospérer, tant ‘ dans l’intérêt de l’industrie que dans l’intérêt des consommateurs.
- Nous reviendrons
- quelque jour en détail sur cette importante et magnifique manufacture de glaces de Montluçon.
- CHARRIOT A CHIEN
- (dog-cart),
- PAR
- MM. FOWLER ET FRV (de Bristol).
- Le nom de cette voiture est assez singulier, et nous ne saurions en donner l’explication précise. C’est un charriot à chien : voilà la traduction littérale de cette dénomination donnée par l’inventeur. L’usage en est,
- Charriot de Cuflou, par MM, l'owler et Fry (de Bristol].
- du reste, fort utile. Il suffit de jeter les yeux sur notre dessin pour s’en former une idée précise. C’est une voiture faite pour les pays à collines. Les roues en sont très-élevées, et cette disposition garantit contre les chances ordinaires de verser en chemin, avec plus de succès que les roues d’un diamètre moins long. On peut tenir quatre dans cette voiture, ainsi qu’on peut le voir. On y est assis dos à dos.
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- LE PALAIS DE CRISTAL
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- BIBLIOTHÈQUE SCULPTÉE (Autriche).
- Nous donnons dans l’article Autriche, sur l’Exposition, page 34-3, que nous devons à la plume de M. Haussmann, délégué du ministère du commerce, des
- binet de travail dans lequel rien ne manque, ni les accessoires, ni l’harmonieuse disposition si nécessaire à tout ameublement. Il faut, et c’est, là, du reste, le principe des travaux modernes, que chaque chambre, chaque appartement porte sa signification : c’est là que l’art doit apporter le concours du
- détails sur le mobilier autrichien. Le dessin ci-dessus représente un de ceg meubles magnifiquement sculptés, et qui non-seulement sert de bibliothèque, mais dont la disposition et les détails constituent un des côtés de quelque ca-
- goût à l’industrie. Nous félicitons sincèrement les fabricants autrichiens d’avoir été dominés par cette pensée dans l’agencement et l’ornementation de leur mobilier.
- LE TROMBO- PIANO -FORTE, par M. Greiner (de Londres).
- Cet instrument a bien la forme d’un piano. Il en a les accessoires, les tou ches en ivoire; mais voilà tout.
- Pas de cordes, pas de table d’harmonie, et des conduits comme ceux du trombonne, des instruments à vent, une construction analogue à celle du porte-voix, voilà ce qui le constitue.
- L’inventeur a cherché à appliquer à cette machine nouvelle le mécanisme du langage, l’action même de la langue , Au moyen de touches qui communiquent a-vec des tuyaux d’aspiration : ces tuyaux sont combinés de telle sorte que l’air qui est introduit dans cette espèce de trompetteront
- on voit l’orifice sur le côté droit du dessin, vient produhe les sons que Ton ob tient des instruments à vent ordinaires. Si cet appareil peut réussir, on en com-
- prend toute l’utilité. Ce serait ajouter au charme des instruments à vent la précision du piano ; ce serait unir la sûreté des touches à la beauté des sons qui peuvent, en se prolongeant, donner à la musique toute Texpresion que la limitation bornée des touches ne saurait ajouter à l’arpège harmonieux du piano-forte.
- On a déjà, en France, fait faire de grands progrès, dans cette voie, aux piano - forte. Nousavonsdé-critdans notre dernier numéro les efforts tentés avec succès par M. De-bain sur son orgue; il n’y a plus de grandes difficultés à vaincre pour arriver à établir une coré-iation harmonique entre les instruments à corde et les instruments à vent. Les procédés combinés de nos fabricants et de ceux de Londres , résoudront le problème, tant l’intérêt de ce beau travail consiste à donner à Tinstiu-ment à touches un son qui ne soit pas limité.
- Le ^rombo-piano-forte, par M. Greiner (de Loutres).
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
- des usines des princes de Schwartzenberg et de Fürstemberg, du comte de Thurn et du baron de Dietrieh.
- Quelques fournaux en fonte, hauts et légers, se font remarquer par leurs ornements artistiques et leurs formes élégantes.
- M. Yurm, de Vienne, a exposé des cordes en fil de fer d’une grande force et d’une très-belle qualité.
- On est étonné de ne pas voir d’autres minerais exposés par un pays dont les richesses métalliques sont aussi grandes que celles de l’Autriche.
- Il nous reste maintenant à parcourir les salles situées du côté nord de la nef.
- L’allée autrichienne la plus voisine de la Hollande possède de vrais trésors typographiques. Nous y trouvons des spécimens de tous les caractères connus.
- Les cartes géographiques dressées par l’institution géographique de Vienne, sont d’une netteté et d’une précision dignes d’éloges.
- Les produits de la photographie autrichienne sont fort intéressants; mais ce qui excite l’admiration des connaisseurs, ce sont des lithographies coloriées de peintures de fleurs, lithographies plus parfaites que l’original placé à côté de chacune d’elles.
- Les instruments de menuiserie exposés par l’Autriche sont très-nombreux. Parmi ces machines, on remarque une machine à vapeur à régulateur parabolique; un métier à la Jacquard; des charrues et un semoir. On voit qu’en mécaniques, l’Autriche est aussi mal représentée à l’Exposition, qu’elle l’est honorablement en tissus et en cristaux.
- Ses voitures, ses bronzes et ses gravures n’ont rien de remarquable. Ses daguerréotypes sont parfaitement réussis.
- Mais ce qui flatte le plus son orgueil, au Palais de Cristal, c’est ce qu’on appelle les salons autrichiens.
- Le salon le plus voisin de la grande avenue renferme deux longues tables, quelques tableaux sans valeur et des meubles ordinaires.
- La seconde figure une chambre à coucher. On demeure atterré à la vue des proportions colossales d’un lit de parade de géant, remarquable, d’ail leurs, par ses sculptures gothiques, qui contrastent d’une manière fâcheuse avec certains ornements tant soit peu Pompaclour. La table de nuit est d’un beau travail, mais les autres meubles, malgré leur élégance, sont peu en harmonie avec le luxe grandiose du lit-monstre.
- Le troisième salon est décoré d’objets d’art milanais. On y admire une table carrée, en papier mâché, ornée d’incrustations dans le goût japonais; un bel écran, delà même matière, enrichi de peintures, et deux urnes, aussi en papier mâché et à incrustations. Les peintures du plafond sont d’un pinceau habile.
- Vient ensuite la salle à manger, qui renferme une longue table, un piano et un buffet surmonté de candélabres.
- La pièce suivante est sans doute un cabinet de travail, à en juger par deux belles bibliothèques à sculptures gothiques, qui ne peuvent néanmoins pas avoir la prétention de rivaliser avec l’admirable meuble de Fourdinois.
- Une salle de billard est située derrière cette pièce.
- Les objets d’art exposés par l’Autriche dans la grande avenue, sont tous italiens, sauf quatre statues de M. Fer corn, de Vienne, représentant des personnages héroïques, de Niebelungen, et qui indiquent un vrai talent.
- Rien de plus beau dans le Palais de Cristal, que les vitraux de Bertini, de Milan, auxquels on a élevé une cellule particulière. Les traits du Dante et de quelques-uns de ses personnages, y sont tracés de main de maître. La beauté et l’éclat des couleurs y surpassent peut-être tout ce qui a été fait, de nos jours, de plus parfait en ce genre.
- Un autre Milanais, M. Raphaël Monti, a exposé un groupe délicieux en marbre, représentant deux jeunes filles â la pêche.
- L’Achille blessé, de Fracarolli, de Vérone, et le Mazeppa, de Pienotti, ont aussi du mérite.
- Grâce donc à l’Italie, l’Autriche est parvenue à mêler quelques palmes artistiques aux palmes industrielles que lui méritent, à si juste titre, ses beaux draps, ses brillantes porcelaines, ses magnifiques
- cristaux et ses élégantes soieries. L’influence du midi se fait aussi sentir d’une manière.salutaire et utile, parmi ses populations manufacturières.
- IUUSSMANN,
- Délégué du ministère du commerce.
- ÉCONOMIE INDUSTRIELLE.
- DE LA BONNETERIE.
- Jusqu’ici la bonneterie a été considérée comme un article de peu d’importance, et, par cette raison, toujours en sous-œuvre, inapperçu et inapprécié; cependant sous la dénomination de Bonneterie, vient se ranger une masse d’articles ayant pour base le tricot et qui dans le commerce ont une importance assez grande; peut-être serait-il juste de lui donner la place qui lui convient, en appelant l’attention sur son importance commerciale, sur le progrès qui, dans ces derniers temps, s’est accompli dans sa fabrication.
- L’Angleterre, jusqu’alors , avait passé pour faire mieux et à meilleur marché que nous, mais en cela, comme en beaucoup de choses, l’Exposition universelle aura prouvé notre incontestable supériorité, nous voulons parler de la bonnerie de coton; car la bonneterie de soie française n’a jamais eu de rivale.
- Nous examinerons donc la bonneterie de coton , cet article si essentiel de la toilette, cet article pour lequel Y anglomanie existe au suprême degré et cela au point qu’un seul de nos fabricants n’a osé entrer en lice. MM. Cochois et Colin ont exposé les produits de leurs fabriques de Troyes et Arcis (Aube). Ces articles dont, à cause du peu de place accordée, cette maison n’a pu exposer que des spécimens, sont remarquables par la régularité existant entre les différentes tailles de bas, gants et chaussettes; quelques-uns de ces articles sont variés de couleurs et rayures disposées avec goût : les pieds de bas et chaussettes sont faits avec une seule couture. Sous le rapport de la bonne grâce, comme en toutes choses, la bonneterie anglaise ne peut pas lui être comparée.
- En bonneterie de luxe, soie et fil d’Ecosse, il y a à l’Exposition française des choses parfaitement fines et délicates; mais, malheureusement, en petite quantité. L’Exposition de bonneterie anglaise tient, au contraire, une énorme place; or, il faut le dire en toute assurance, les progrès de fabrication n’ont pas fait de progrès en Angleterre. On y fabrique, comme on le faisait en France, il v a trente ans.
- Cependant, nous ne pouvons méconnaître deux avantages immenses attribués à la fabrication anglaise : l’un, c’est que la matière première employée est de beaucoup supérieure à la nôtre, le second, c’est une conséquence toute simple du premier, à savoir, le bon marché.
- Il est incontestable que ces deux avantages sont fondamentaux : cependant, ils ne suffisent pas; et surtout quand il s’agit de porter un jugement sur le produit même.
- Deux éléments de supériorité dominent dans la fabrication de la bonneterie: 1° La matière première ; 2° Le blanchiment.
- Mais tout cela ne constitue pas une bonne fabri-tion : et ce que nous donnons pour certain, c’est que le travail de nos ateliers est bien supérieur à celui de nos voisins.
- Quelques mots sur cette curieuse industrie :
- La bonneterie, généralement appelée bonneterie de Champagne, se fabrique exclusivement dans le département de l’Aube, et une faible partie de celui de la Marne.
- Troyes est le centre de cette industrie. En 1830, une halle y fut établie, et la vente y a lieu du jeudi au vendredi soir; tous les fabricants un peu importants y sont représentés par des commissionnaires chargés de vendre leurs produits et de leur rapporter en échange les matières premières propres à la fabrication.
- Les cotons employés sont généralement filés dans le département.
- Les ouvriers sont composés de deux classes, ceux des villes, ceux de la campagne.
- L’ouvrier des villes, telles que Troyes, Arcis-sur-Aube, Méry-sur-Seine, sont mieux payés, et fabriquent mieux que ceux de la campagne ; ceux-ci, travaillant à la terre une partie de l’année, ne peuvent arriver à la perfection qu’obtient l’ouvrier qui, toujours fait le même ouvrage.
- Beaucoup d’ouvriers possèdent un, deux, trois métiers montés presque toujours par leurs enfants; la
- femme s’occupe des soins du ménage, et met le coton sur bobines; les jeunes enfants, filles ou garçons, dès l’àge le plus tendre, sont habitués à coudre les articles fabriqués par leurs parents ; ils peuvent gagner de 25 à 75 centimes par jour.
- Un grand nombre d’ouvriers on petits fabricants des campagnes ont à eux un petit coin de terre, suffisant à produire de quoi nourrir la famille ; la viande et le vin sont les seuls aliments qu’ils soient obligés d’acheter; la viande, d’ailleurs, est considérée par eux comme objet de luxe ; ils en mangent fort peu, et seulement les jours de fêtes.
- L’ouvrier de la campagne est assez sobre et se livre peu à la boisson. Dans les villes, et surtout à Romilly-sur-Seine, ce défaut est général; le lundi est le jour consacré à ces libations. A Troyes, où il y a plus d’instruction, ce seul jour leur suffit; mais à Romilly, le lundi dure quelquefois jusqu’au jeudi.
- Généralement, l’ouvrier bonnetier, en ville, gagne de 1 fr. 50 c. à 2 fr. 50 c. ; dans la campagne, de 1 fr. à 1 fr. 50 c. Ce salaire, dans les moments de crise, descend quelquefois jusqu’à 75 centimes.
- La bonneterie de coton, avant 1816, avait peu d’importance, comme toutes les industries cotonnières; c’est de cette époque que date le mouvement ascensionnel, que cette branche de commerce n’a cessé d’avoir jusqu’ici.
- De 1816 à 1830, plusieurs améliorations se sont produites dans la fabrication des bas et chaussettes de coton, seule matière employée dans cette période; on met en usage un poinçon à proportionner, ayant l’avantage de donner au contour des talons et bouts de pieds plus de grâce, plus de commodité pour le consommateur.
- Pendant ces quatorze années, le salaire fut à peu près de 1 fr. 50 c. à 2 fr. 50 c. par jour.
- Jusqu’en 1830, les ouvriers de la campagne avaient l’habitude de travailler pour leur compte et d’apporter à la ville leurs produits qu’ils vendaient aux marchands en gros, qui, jusqu’à cette époque, ne s’occupaient pas de fabrication.
- En 1830, la bonneterie, comme toutes les autres branches de commerce, fut cruellement frappée par les événements politiques. Les ouvriers-fabricants furent obligés de vendre leurs produits à vil prix, heureux quand ils pouvaient en tirer de quoi payer leur filateur ; aussi, la plus grande partie préféra travailler à façon pour les commerçants, qui, dès-lors, devinrent fabricants. A l’aide de la crise, on essaya de produire des articles jusqu’alors étrangers à l’industrie du département ; Paris, seul, les produisait. Le plus important, fut la ganterie fil d’Ecosse (coton retors ) ; ce genre eut beaucoup de succès , et devint pour le pays la source de grands bénéfices, le commencement d’une ère de grande prospérité. De 1831 à 1837, les bons ouvriers, habiles à faire la ganterie, gagnèrent trois, quatre , et jusqu’à six francs par jour. Plusieurs finirent par fabriquer pour leur compte, acheter plusieurs métiers, et enfin devenir chefs de maisons d’une certaine importance.
- Après le gant fil d’Écosse, lorsque ce genre commença à offrir moins de bénéfices, on se mit à employer la bourre de soie, la laine et même la soie; on fabriqua des quantités énormes de mitons pour dames et enfants. De 1830 à 1840, enfin, il s’établit une industrie toute nouvelle, comprenant une infinité d’objets de fantaisie. En même temps, il faut le dire, le bas fin perdait de son importance, bien que sa fabrication fut très-perfection née par l’invention du poinçon mobile adapté au métier. A l’aide de cette ingénieuse machine, on supprima une partie de la couture des pieds aux bas et chaussettes, et on empêcha, dès-lors, ce vêtement de blesser les pieds du consommateur; ce perfectionnement, jusqu’ici, n’est appliqué qu’en France, où sa supériorité est tellement appréciée, que toute marchandise fabriquée autrement est considérée comme invendable.
- La grosse bonneterie de coton, fabriquée plus particulièrement à Romilly-sur-Seine, vers 1835, subit toute une révolution. Ce pays s’était mis, lui aussi, à prendre à Paris la fabrication des pantalons, camisoles, gilets et vestes pluchées en laine et coton. On y gagnait beaucoup d’argent, lorsqu’une concurrence redoutable surgit tout à coup. Depuis quelque temps, on exploitait à Biard, près Poitiers, un métier circulaire faisant du tricot, et produisant, à temps égal, autant que dix ouvriers. Ce métier, très-étroit, ne servait qu’à faire des bonnets, lorsqu’un habile mécanicien de Troyes, M. Jacquin (ex-
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- posant à Londres), donna à ce métier une destination nouvelle; il arriva à en confectionner d’une telle dimension , qu’on put bientôt faire des pièces propres à produire des pantalons, gilets, camisoles, jupons, etc. Cette industrie nouvelle devint d’une importance extrême ; on fit marcher ces métiers par la vapeur, et les objets de tricots coupés à la pièce furent exclusivement fabriqués par le métier circulaire. On adapta à ce métier certain système de rouage produisant de véritables tricots damassés.
- Ce métier, chef-d’œuvre de mécanique, amène trop souvent sur la place de Troyes de grandes variations de prix dans la marchandise. De 4 840 ù 1850 , rien de nouveau ne s’est manifesté pour changer cet ordre de choses.
- Beaucoup de maisons ont fait ce qu’il y a de plus sage, lorsqu’il se présente quelqu’amélioralion ; elles ont accumulé, ajoutant au travail de la ganterie le produit du tricot circulaire et des bas et chaussettes. Pour donner une idée de l’importance que le département de l’Aube a prise dans cette industrie , nous terminerons en disant qu’il emploie 14,000 métiers et produisent pour 20,000,000 de marchandises.
- BULLETIN SCIENTIFIQUE.
- HYGIÈNE PUBLIQUE.
- Médecine légale. — De la monomanie homicide.
- Un fait monstrueux et dont le caractère particulier s’est quelquefois révélé comme pour effrayer les populations, en les avertissant qu’il existe au milieu d’elles des éléments destructeurs dont elles doivent se prémunir, vient d’effrayer la ville de Lyon. Le suicide est un crime aux yeux de la morale et de la religion. Le suicide, comme cause première du meurtre est un crime qui, jusqu’à ce jour, s’est quelquefois produit.
- Un savant qui a écrit un livre fort curieux sur les maladies mentales, M. Brièrre de Boismont, appelle l’attention des administrateurs sur les conséquences graves qui résultent de l’existence des monomanes dans un grand nombre de nos communes ; et l’on ne saurait trop multiplier les soins que réclament les aliénés à l’origine de la maladie qui les surprend. Or, malgré la sollicitude d’un grand nombre de dé partements, il existe encore plusieurs lacunes sur ce point, qu'il est important de combler.
- Nous avons partagé l’horreur qu’a excité le crime épouvantable, hors nature, de l’assassin de Lyon : Nous devons donner ici la relation de faits analogues, afin qu’en les étudiant dans leurs causes, les hommes préposés aux moyens de les prévenir, redoublent d’attention et de sollicitude :
- Dans l’un de ces faits, il s’agit d’une jeune femme de vingt-trois ans, placée dans une maison de correction, qui prit la vie en dégoût, et, pour s’en délivrer, forma la résolution de commettre un meurtre. En agissant ainsi, elle pensait qu’il lui resterait encore assez de temps pour se repentir et faire pénitence, tandis que, si elle se suicidait, elle paraîtrait en état de péché devant Dieu. Marguerite (c’était le nom de cette aliénée) prémédita son dessein de sang-froid et l’exécuta de la manière suivante : Un dimanche, elle se plaignit de malaise et demanda à être dispensée du service divin ; une fille très-simple, à moitié imbécile, nommée Méderin, lui fut donnée pour garde. Marguerite lui persuada que le suicide pouvait seul les délivrer de leur misérable position et elle la détermina à se laisser tuer la première. Méderin y consentit facilement, à la condition que sa camarade ne la ferait pas souffrir; Marguerite lui coupa aussitôt la gorge. Interrogée sur les motifs de ce meurtre, elle répondit que c’était la crainte des mauvais traitements qni l’attendaient dans la prison. « Je voulais en finir avec l’existence, ajouta-t-elle, mais je pensais en moi-même que si je m’ôtais la vie, mon âme serait perdue pour toujours, tandis que si je tuais une autre personne, je n’en perdrais pas moins la vie, mais j’aurais le temps de me repentir, et Dieu me pardonnerait. » Elle déclara en outre, qu’elle n’avait aucun sujet de plainte contre sa compagne. Loin d’être troublée après cet assassinat, elle fit sa prière avant de se mettre au lit, dormit bien, et, à son réveil, elle pria de nouveau. Pendant rinterrogatoire qu’elle subit, elle se mon tra calme et recueillie; mais quand on lui fit comprendre que, loin d’avoir pris la route du bonheur, elle avait attiré sur elle la colère de Dieu, elle se prit à pleurer amèrement.
- LE PALAIS DE CRISTAL.
- Voici un second exemple de meurtre accompli sous l’empire de circonstances semblables : Volkner, ancien soldat, était tourmenté par des idées homicides, résultat d’une folie religieuse. La pensée de jouir du bonheur céleste lui inspira le dégoût de l’existence et le désir de s’en délivrer. Le seul moyen qui s’offrit à lui pour atteindre ce but, fut de mériter la mort par un meurtre ; il nourrit longtemps l’idée de tuer un enfant, persuadé qu’après avoir confessé son crime et fait sa paix avec Dieu, il pourrait prendre possession d’une félicité éternelle. Trois jours avant d’exécuter l’assassinat qu’il méditait, il alla dans un cimetière et joua avec des enfants qu’il y rencontra : son intention était d’en tuer un si l’occasion s’en présentait. Enfin, un soir, il accomplit son affreux dessein. Une petite fille étant venue rendre visite à son amie, qui demeurait dans la même maison que Volkner, celui-ci les invita toutes deux à monter dans sa chambre et leur partagea son souper; puis, mettant la main sur le front de l’une d’elles, il la renversa en arrière, et avec un couteau aiguisé la veille, il lui coupa la gorge. Aussitôt après, il se rendit en prison et témoigna des regrets du crime qu’il venait de commettre. Cependant il dormit la nuit même avec calme, disant crue l’inquiétude extraordinaire, qu’il avait éprouvée depuis trois semaines avait cessé du moment où il avait mis son projet à exécution.
- Ces observations sont suivies d’une troisième, où il y eut seulement intention d’homicide : un homme, à la suite de grands chagrins domestiques, fut pris du désir d’en finir avec la vie; mais comme il ne se sentait point assez de courage, il imagina, à force de rouler dans sa tête ce funeste projet, que le plus sûr moyen était de tuer une personne qu’il connaissait à peine. Ces deux idées dominantes faisaient le tourment de ses jours : fort heureusement la médecine intervint assez à temps pour empêcher l’exécution de ces criminelles pensées.
- M. Brièrre de Boismont affirme qu’il existe une variété de la monomanie-suicide, dans laquelle les individus tuent pour être tués, afin d’avoir le temps de faire pénitence, de rentrer en grâce auprès de Dieu, et de jouir ainsi du bonheur éternel. Dans quelques cas, ils avouent qu’ils n’ont pas le courage de se donner la mort ou qu’ils préfèrent périr sur l’échafaud. Après le meurtre, ils sont calmes, ne manifestent ni regrets ni remords, et même ils s’applaudissent d’avoir accompli leur projet. Plusieurs, tout en regrettant leur action, déclarent que le trouble qui les agitait a cessé dès l’exécution. Devant les cadavres de leurs victimes , ils restent impassibles, et racontent froidement, et comme s’il s’agissait d’une chose ordinaire, tous les détails de leur crime. D’autres prennent des précautions pour assurer leurs coups, et même pour en dérober les preuves. Un assez grand nombre viennent, aussitôt après l’acte, en faire la déclaration aux magistrats, et demandent instamment qu’on les fasse mourir. Parmi ces aliénés, il en est qui résistent à leur idée, et même qui luttent longtemps avant de succomber. D’autres, au contraire, sont entraînés fatalement, et exécutent leur crime avec une promptitude extrême. Parfois alors l’impulsion est subite, plus forte que la volonté. Le meurtre est commis sans motifs, sans précautions, le plus ordinairement sur des inconnus, quelquefois sur des personnes chéries.
- Un jeune médecin fort distingué, M. Henri Roger, s’exprime ainsi sur cette importante question :
- « Dans les siècles précédents, on punissait de mort ces coupables; de nos jours, la médecine légale les prend sous sa protection et tempère la rigueur des mesures que la société est bien forcée de prendre pour sa défense. Ainsi, il existe à Red-lam, le fameux hospice d’aliénés à Londres, une section spéciale pour ces fous dangereux, sous le nom de division des fous criminels; en 4 840, on n’en comptait pas moins de quatre-vingt-dix-sept, dont les actes pouvaient être ramenés aux trois chefs suivants : contre l’Etat, 2; contre les propriétés, 32; contre les personnes, 63; et, sur ce nombre, plusieurs étaient enfermés pour avoir tué, dans le but de se faire condamner à mort, n’ayant pas eu le courage d’attenter à leurs jours.
- « Au moyen-âge, ces fous redoutables, et d’autres souvent fort inoffensifs, les sorciers par exemple, mouraient sur le bûcher comme les criminels; insensés ou coupables, on brûlait tout, laissant à Dieu le soin de reconnaître les innocents. La justice de nos jours est moins expéditive : plus éclairée, elle distingue davantage. Mais, s’il est juste de re-
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- garder ces crimes insolites, ces forfaits inexplicables , comme le douloureux produit de l’aliénation mentale, il n’en faut pas moins aviser à ce que les citoyens paisibles et raisonnables soient préservés efficacement des coups aveugles de ces furieux. Que ces terribles monomanes soient absous au point de vue de la criminalité, ainsi le veulent sans doute l’humanité et la philosophie chrétienne; mais au moins est-on en droit de demander qu’ils soient mis à tout jamais dans l’impossibilité de nuire ou de répéter leurs actes de folie impitoyable, comme cet aliéné fam tique dont parle Pinel, qui, après avoir égorgé ses enfants pour leur ouvrir les portes du ciel, égorgeait encore, seize ans après, deux pauvres fous enfermés comme lui à Bicêtre. «
- BULLETIN DES BEAUX-ARTS.
- Exposition des ouvrages envoyés de Rome et des grands prix de cette année,
- Une de nos plus grandes institutions artistiques que l’on doit à notre pays, c’est l’Académie de France à Rome. Or, il y a plus de deux siècles que cette pensée a enfanté notre établissement des beaux-arts. Seulement, avant 1777, les jeunes gens qui allaient y chercher l’inspiration et s’y consacrer à l’étude des belles œuvres du génie de l’antiquité et de la renaissance , y passaient une douce existence, pleine de loisirs, de Jar niente, oubliant le but de leur pèlerinage, et n’empruntant à la belle Italie que ses jouissances terrestres. Il fallut mettre un terme à cette nouvelle insouciance.
- Un ariêt intervint, qui ordonna à cette jeunesse de prouver que son séjour n’était pas infructueux, et il en résulta une production annuelle qui vint récompenser l’État des sacrifices faits en faveur de l’art.
- Depuis cette époque 4777, chaque année, les lauréats, envoyés à Rome, expédient leurs œuvres, et une exposition vient concourir avec celle des jeunes gens qui vont partir ; c’est l’alliance du passé et de l’avenir.
- Nous pourrions faire à ce système un éloge et un reproche. L’éloge est dans le principe : et le reproche, dans l’application.
- Sans doute il est tout simple que l’on veuille préparer les grandes œuvres par le culte des œuvres du génie, et cette méthode, la plus simple au monde, devrait être féconde en heureux résultats. Non-seulement l’étude de ces œuvres gigantesques sorties des mains de Raphaël, des Michel-Ange, des Véronèse, les créations de Phydias , les colonnes Trajane , le Golysée , le Panthéon , les tombeaux , toutes ces œuvres où l’évocation de l’antiquité s’élève pour parler le langage de l’art à ces jeunes âmes qui les interrogent, sont les meilleures inspirations que l’on puisse désirer pour préparer de grands peintres, de grands sculpteurs, de grands architectes pour la France; mais pourtant, les envois de Rome, selon nous, ne devraient pas être des copies de ces chefs-d’œuvre, on devrait y trouver l’inspiration, la création, la recherche du nouveau. Que les artistes, envoyés à Rome , donnent à leur couleur, à la pureté de leurs combinaisons , au fini de leur modelé, la grandeur qui se trouve empreinte sur les œuvres de l’antiquité , rien de mieux. Mais que, du moins, cette incarnation du beau ne soit pas une reproduction et qu’il y ait surtout l’instinct du nouveau ; que l’école Italienne et Grecque ne soient pas le seul régulateur de leur travaux; qu’ils prennent dans les autres écoles ce qu’elles ont de vigoureux, d’osé, de capricieux : en un mot, qu’ils associent la correction châtrée de l’œuvre à l’imagination , à une certaine fantaisie qui révèle l’originalité.
- C’est ce que nous pensions en examinant trois œuvres envoyées de Rome au palais des Beaux-arts : Y Antigone et Ploynice, de M. Lepneveu; le Départ de Proterilas, de M.Léon Bénouville: et la Mort de Moïse, de M. Cabanel.
- Ce dernier tableau est une grande composition d’une quinzaine de figures, où l’étude de Raphaël apparaît d’une manière trop directe. Le groupe de gauche, représentant le Père-Eternel, assis sur des nuages et porté par des anges, est trop littéralement emprunté, dans l’ensemble et dans les détails, à la Vision cl’Ezéchiel, du palais Pitti, à Florence. Ce groupe a un second inconvénient, qui est d’écraser l’autre, dans lequel se trouve le personnage prin-
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
- CHARRIOT ET SEMOIR
- A ENGRAIS LIQUIDE,
- par Chandler.
- Les deux machines dont nous donnons ici la description, et que l’on nomme un charriot distributeur et un charriot semoir d’engrais, sont d’un usage très-répandu en Angleterre, pour l’agriculture.
- Le semoir est disposé de manière à distribuer dans le sillon avec la semence une certaine quantité d’eau et d’engrais, de manière à donner à la plante une force de végétation immédiate, en la sauvant de la sécheresse qui est l’obstacle le plus énergique et le plus fréquent contre le travail naturel de cette végétation.
- Le charriot distributeur a pour but de répartir l’engrais liquide dans des proportions égales, tels que le guano et le liquide. Au moyen de cet appareil, on peut faire cette distribution de manière à donner au sol toute l’appropriation jugée convenable.
- Il est facile, du reste, de comprendre le mécanisme de ces deux appareils. Le
- distributeur porte à son centre un cylindre dont l’axe sert d’essieu aux roues, et quand on a versé dans les réservoirs pratiqués intérieurement la quantité voulue de ces matières, on entraîne le charriot qui laisse tomber également sur le sol, au moyen des ouvertures pratiquées, les engrais qui y sont déposés.
- Quant au semoir, un réservoir d’eau, d’une part, un récipient de matières de l’autre, sont disposés de manière à ce que dans la marche des tuyaux venant d’être mis en communication avec les sillons, eaux et matières y tombent dans des proportions égales; des soupapes intérieures sont disposées de manière à ce que, dans le mouvement de rotation imprimée par des roues d’engrenage qui se tiennent et se correspondent, elles s’ouvent et se ferment alternativement, laissant tomber par une série de conduits, dont on peut voir la configuration au dessin que nous donnons, les engrais et l’eau, plus les proportions que l’on veut leur donner pour le sol dont il est question.
- Charriot-Semoir, par M. Chandler.
- Ces deux appareils ont déjà reçu la sanction de l’expérience. Toutes les sociétés agricoles de l’Angleterre ont donné à l’inventeur, M. Chandler, de nombreux témoignages de leur approbation. Dans le Lin-colnshire, à York, à De-vous, dans le Lancashire, en Ecosse, etc., des médailles d’argent ont été distribuées fréquemment à cet ingénieux mécanicien depuis 1848.
- Coupeur de légumes, par M. Samuelson.
- AMÉRICAINE, de M. George W. Walker (de Philadelphie).
- La voiture dont nous donnons le dessin, et qui est connue sous le nom d'Américaine, est d’une élégance et d’une légèreté que rien n’égale. On sait quel est le problème que les Américains ont voulu résoudre dans la construction de ces petites voitures qui ont conservé en Europe la supériorité qui les a fait gratifier et reconnaître entre tous les autres systèmes. Celle-ci est d’une construction plus légère que toutes celles qui sont sorties jusqu’à ce jour des ateliers de M. Walker (de Philadelphie). Les ressorts sont en aeier; les roues sont extrêmement fines, et pourtant d’une solidité éprouvée. On peut y atteler un ou deux chevaux, à volonté.
- COUPEUR DE LÉGUMES, PERFECTIONNÉ, par M. Samuelson.
- L’instrument dont nous donnons ci-contre deux dessins est un appareil au moyen duquel on peut couper dans les fermes des légumes pour la nourriture des bestiaux. On comprend toute l’importance de cet instrument dans l’économie agricole. Dans la première figure se trouve le récipient, dans la seconde le mécanisme coupeur lui-même. Les dents qui se trouvent sur le cylindre passent sur la matière, qu’elles tranchent également dans le mouvement de rotation qui lui est imprimé. M. Samuelson a ajouté au coupeur dont M. Gardner était l’inventeur, des dents de fer, au lieu de dents en bois, dont la solidité et i la durée permettent de s’en servir dans tous les temps et dans toutes les saisons.
- Améncaiue, de M. George Walker ide Philadelphie). Coupeur de légumes, perfectionné, par M. Samuelscn.
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
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- Calorifère, par M. Handyside (fig. d ).
- sert aussi à régler l’intensité du foyer, à l’activer en l’ouvrant, et à l’étouffer en la fermant. On voit que rien n’est plus simple que cet appareil. On peut, du
- CALORIFÈRE,
- PAU M. HANDYSIDE.
- Rien n’est plus simple que cet appareil, qui a pour objet de faire passer de l’air froid dans un fourneau, de l’échauffer, et de le répartir dans un appartement ou dans une maison.
- Les deux figures ci-contre représent, l’une la coupe intérieure, l’autre l’enveloppe extérieure de ce calorifère. On voit dans la fig. 4 le foyer A où est placé le combustible. Au-dessus du foyer sont disposés trois tubes tournants qui traversent le foyer, et qui sont unis à leur orifice à un tuyau de conduite horizontal par lequel passe l’air extérieur. Ce tuyau est terminé intérieurement, comme on le voit fig. 2, par une série de trous qui donnent passage à l’air échauffé. *
- Lorsque l’action du feu a agi sur l’air qui passe par les trois tubes, une soupape s’ouvre et distribue cet air. La fumée s’échappe au point K par un tuyau ordinaire. L’entrée du foyer marquée au point E s’ouvre extérieurement, et c’est par là que l’on introduit le combustible. Au-dessus (voir fig. 2), se trouve le récipient des cendres. Ce récipient
- Calorifère, par M. Handyside (fig. 2
- reste, l’employer utilement dans les usines et les maisons particulières. L’inventeur se nomme Handyside.
- MACHINE A TRITURER,
- DE M. MACKENSIE.
- La machine dont nous allons donner la description est une invention de M. Mackenzie, de Newark-Upon- Trent, qui s’est efforcé d’arriver au moyen le plus prompt et le plus économique possible pour fabriquer les onguents, les pâtes, les peintures, l’encre des imprimeurs, et en général tous les articles qui exigent un broiement et une agitation continus dans un mortier. Elle consite en un mortier a fixé à un bâtis b, et en un pilon c, dont le mouvement rotatif se fera par saccades ; il sera alternativement rapide et lent, centripète et centrifuge. Voici comment ce mouvement sera produit :
- La tige du piston est munie d’une sorte d’articulation en tous sens d, fixée à un levier chargé s; l’extrémité supérieure de cette tige est tenue à une plaque/qui peut glisser entre deux tringles g fixées à la roue conique h.
- On conçoit donc que cette roue en tournant sur son axe fera tourner autour d’elle les tringles g et la plaque /, et qu’elle imprimera ainsi au pilon un mouvement circulaire.
- Pour obtenir ce seul mouvement, il suffirai! donc de mettre en train la roue h au moyen de la roue de commande i qui est sur l’arbre j de la manivelle. Mais là ne se sont pas bornés les prétentions de M. Mac-kensie, il a voulu que le pilon ne parcourût pas seulement la plus grande circonférence du fond du mortier, mais encore qu’il décrivît d’autres courbes se rapprochant et s’éloignant tour à tour du centre de ce mortier, afin que tous les points de sa surface fussent successivement parcourus.
- Pour arriver à ce résultat, il s’est servi du moyen donné par Watt pour représenter le mouvement
- des astres; il a attaché une bielle par une de ses extrémités à la plaque /, et par l’autre il l’a fixée excentriquement à une roue dentée k. Cette roue, il l’a adaptée à un bras partant de la roue h, de manière à ce qu’elle circulât autour de celle-ci quand la machine serait en marche. De plus, pour donner à cette
- Machine à triturer, parM. Mackemie.
- roue k un mouvement de rotation propre qui fasse mouvoir la bielle p, il l’a liée, soit directement à un pignon placé à demeure sur l’axe de la roue h et invisible dans le dessin, soit à une transmission représentée ici par les roues dentelées l et m.
- Maintenant il est facile de comprendre comment seront obtenus les divers mouvements annoncés.
- Outre la circonférence que tend à décrire dans le mortier le pilon, dont l’extrémité fixée au bloc f tourne autour de la roue h,—le va-et-vient opéré entre les tringles g par l’excentrique de la roue k, qui mène la bielle et la plaque /, changera incessamment les courbes décrites dans le mortier.
- On remarquera que la tige du pilon n’est pas fixée à demeure au levier s deux petits bras se détachent de ce levier et maintiennent seules la goupille de l’anneau qui embrasse la boule de l’articulation, de telle sorte qu’en soulevant tout simplement le levier, la tige du pilon est immédiatement dégagée de l’articulation et peut être du même coup enlevée du mortier.
- Plusieurs de ces machines fonctionnent déjà et présentent les résultats satisfaisants. L’une d’elles a été envoyée par l’inventeur à la grande exposition.
- L’importance de cette machine est incontestable, et nous ne saurions trop insister sur l’intérêt qu’elle présente aux artistes et aux industriels.
- On sait, par exemple, combien il est nécessaire en peinture, que le broiement des couleurs les rende assez pures, assez dégagées d’ingrédients durs et cassants, pour que leur agencement et leur mélange, se prête à toutes les combinaisons ingénieusement étudiées de la palette. Qui sait, si tout le secret des chefs-d’œuvre de la peinture antique n’est paslà. Il est évident que la différence des substances employées actuellement avec les anciennes couleurs est immense; et quand on songe à la durée des anciennes toiles et au peu de durée des peintures modernes, on est conduit à se demander si les procédés mécaniques de la trituration, n’y entrent pas pour quelque chose dans leur imperfection.
- Quant à l’imprimerie, c’est encore une grande et grave question. Certes, le journal le Palais de Cristal est bien imprimé (ceci soit dit sans vanité); mais si parfois quelques lettres sont blanchies, si le caractère n’a pas toujours une netteté irréprochable dans les journaux, cela tient surtout à l’encre.
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- cipal, Moïse. Cette figure de Moïse n’est pas d’ailleurs heureuse. C’est un grand corps tout d’une venue, couvert d’une immense draperie verte, barbe blanche tortillée à la Michel-Ange, les bras étendus en crucifix, soutenu ou presque enlevé sur les bras de deux anges, auxquels on est forcé d’attribuer une force vraiment divine pour soulever une telle masse. Derrière, un troisième ange debout, lève en l’air un bout de draperie, uniquement pour faire pose, qui par bonheur lui rénssit, car elle est élé -gante, gracieuse et fière. Il y a, du reste, dans cette peinture, des parties traitées avec un grand goût, surtout dans le groupe céleste. Le ton général est froid et triste pour être grave. Cette peinture, nous paraît, en somme, plutôt une réunion de grandes figures d’étude, qu’un tableau.
- Autant pourrait-on en dire du Départ deProte-silas, de M. Léon Bénouville, compositeur de trois figures théâtralement disposées comme dans une scène de tragédie. Il serait curieux de savoir comment M. Bénouville a eu la pensée de s’adresser à Protésilas pour un sujet de tableau d’histoire. C’est là une idée qui ne vient pas naturellement et sans effort. Quoi qu’il en soit, ce Protésilas, si notre mémoire est bonne, était un roitelet de l’Epire auquel il fut prédit que, s’il allait à Troie avec les autres Grecs, il y périrait; ce qui arriva en effet, car, en débarquant sur le rivage, il fut tué par Hector. C’est son départ pour la guerre qui est représenté dans le tablaau.
- Il peut y avoir dans cette œuvre une certaine correction, mais à coup sûr, il n’y a pas d’inspiration. Protésilas est à quelques pas de Laodémie, sa jeune femme : il va partir pour la guerre ; or, on ne reconnaît pas dans cette femme l’épouse expansive, tendre, passionnée, inconsolable, qui, son mari mort, se précipita, dit-on, dans un bûcher. Sa pantomime concentrée n’est pas celle de la douleur; c’est plutôt celle d’une pensée de violence contenue, d’une résolution sombre et terrible, comme celle d’Eriphile, par exemple, conspirant la perte d’Iphigénie. Le Protésilas est, comme tous les jeunes premiers de théâtre, une sorte d’Hippolyte un peu niais. Ce tableau nous reporte à quelque trente ou quarante ans en arrière, à l’époque des Lethière et des Pierre Guérin.
- V Antigone et Polyniçe de M. Lenepveu est d’une composition plus sobre encore que le Protésilas. Il n’y a que deux figures, toutes deux heureusement mieux conçues et plus intéressantes. On sait que, malgré la défense impie de Créon, Antigone rendit les devoirs funèbres à son frère Polyniçe, dont le cadavre était resté sans sépulture dans les champ? près de Thèbes. Antigone, posée de face, un genou en terre, devant le cadavre de son frère, renversé sur le dos, répand sur lui un vase de parfums ; une grande draperie blanche, à plis très-compliqués, l’enveloppe entièrement ; un long voile rejeté en arrière flotte au gré du vent. Son regard est fixe, son corps immobile, et, dans cet ample vêtement blanc, elle a un air d’apparition. La draperie est ajustée avec goût, mais elle est un peu trop légère et diaphane; elle manque, comme étoffe, de consistance. Le corps de Polyniçe est bien jeté , bien renversé, bien mort, quoique d’un dessin d’une correction équivoque. La tête est fort belle de caractère et très-bien peinte.
- Leur œuvre faite avec plus de soin, mais qui, cependant , n’a pas parfaitement réuni, c’est une Phryné par M. Gustave-Rodolphe Boulanger. Un Démocrite enfant, du même peintre, a quelque chose de méditatif et de sarcastique qui rte manque pas d’expression.
- Enfin MM. Lecomte et Curzon ont envoyé des paysages qui se ressentent du beau ciel et des effets fantastiques de la campagne de l’Italie.
- La sculpture fournit aussi son contingent.
- Un Anacréon de M. Guillaume, un P. Sébastien de M. Pineau, une Minerve de M. Jules Thomas, sont des œuvres conscienc:euses. Seulement, nous nous demandons pourquoi toujours ; des groupes, des figures, des bas-reliefs antiques? Que les artistes se plongent dans cette étude, soit ; mais qu’ils nous 'donnent, du moins, des sujets modernes le culte’ de l’antiquité comme perfectionnement, et comme produit, la nature actuelle : tel est, selon nous, le but principal de l’art moderne. La place nous manque pour les œuvres des jeunes lauréats : nous en parlerons dans le prochain numéro.
- LE PALAIS DE CRISTAL.
- COURRIER DE PARIS ET DE LONDRES.
- Jamais ce titre n’a mieux été justifié : et le Courrier se fit-il, non pas une fois par semaine mais tous les jours, pourrait, sans se déranger, et rigoureusement de fait comme de nom, cumuler cette double fonction. Daté de Londres, daté de Paris, peu importe. Londres et Paris depuis quatre jours c’est tout un. Les nouvelles les réponses même arrivent, rue . Saint-Lazare,* plus vite de Londres que des Batignolles. A Londres, dans la cité, on est plus tôt informé de ce qui se passe à Paris que des événements arrivés soit à Hyde-Park, soit à Cremorn. Car depuis quatre jours,peuples écoutez: — depuis quatre jours le télégraphe sous-marin fonctionne dans la perfection; c’est un succès complet.
- C’est pour le coup que l’on pourra dire, sans être taxé de métaphore exagérée, que Londres et Paris sont à la fenêtre, face à face et se regardent, ne se perdent pas de vue, à peine séparés par la largeur d’un trottoir de part et d’autre et par un petjt ruisseau qu’on appelle la Manche, l’affaire d’une enjambée, deux ou trois secondes de route.
- C’est à ce point que, pour peu que les télégraphes sous-marin se multiplient, nous allons tous être trop près les uns des autres; ce sera insupportable. Il n’y aura plus d’étrangers, il n’y aura que des voisins. A côté des Faits- Paris, sous la même date, il y aura les Faits-New- York et les Faits-Pékin : « Hier, 27, rue Saint-Honoré, à Paris, une forte odeur de charbon... » « Hier, 27, rue de Confucius, à Pékin, un événement déplorable, une asphyxie par l’acide carbonique...» De nouvelles et vastes carrières s’ouvrent au Canard, et l’on va voir grandir et se développer à l’infini une variété peu cultivée jusqu’ici, le canard exotique. Mais n’anticipons pas.
- A Londres l’affluence est toujours extrême, plus violente peut-être encore qu’à l’ordinaire parce que l’Exposition est à ses dernières heures, et tout cela reflue régulièrement sur Paris qui est réellement encombré d’étrangers. Aussi c’est une admirable émulation des théâtres pour donner à tous ces passagers des échantillons de nos merveilles, leur inspirer le désir de rester et surtout de revenir.
- L’Opéra reprend le Prophète, la Muette, le Dia-ble-à-quatre, il prépare l’apparition de cette inimaginable danseuse dont nous avons tant parlé déjà; il monte des partitions inouïes pour Mme Lagrua et aussi pour MUe Tédesco, une rivale de l’Alboni, rivale heureuse, dit-on ; il faudra voir. D’autre part, le 15, les Italiens ouvrent. Ce sera d’abord la Lu-crezio, pour MUe Barbiéri, puis Rosine pour la Sophie Cruvelli, puis... puis que sais-je? des merveilles, vous dis-je.
- L’Opéra-Comique chante Joseph, dont le succès commence à donner des inquiétudes à l’architecte de la salle.
- Le Vaudeville a ouvert mercredi avec MUesDejazet, St-Marc, Marthe, Mathilde, Pavre, etc. MM. Félix, Lacressonnière, etc.
- Les Variétés nous ont rendu il. y a quelques jours, Arnal, avec sa plus pétillante création, Riche d’amour.
- Enfin, samedi dernier l’Opéra-National a livré à un public impatient, la salle réparée, restaurée, reformée surtout, fraîche, élégante, étincelante de lumières, peinte, dorée, diaprée, ravissante.
- Ai-je donc tort de dire que Paris fait merveilles pour retenir ses hôtes, pour leur en rendre le séjour délicieux et sans pareil ? Mais revenons un peu, et donnons quelques détails.
- Outre Arnal et Riche d’amonr, les Variétés nous ont donné une grande pièce en trois actes, portant ce titre, qui promettait plus que la pièce n’a tenu : Un roi de la mode. Or, la donnée n’est autre que celle-ci :Un lion a fiait une fin, il s’est marié, il vit paisiblement au fond d’une province, en gentillâtre campagnard; mais il ne voit, il ne reçoit personne, il est honteux de son bonheur.
- Arrivent ses amis, ses maîtresses de Paris qui le raillent; le lion piqué au vif, se rejette tête baissée dans le gouffre de sa vie passée, et peu s’en faut que le pauvre jeune homme n’y laisse sa femme, sa sœur, et tout son bonheur à venir ; heureusement il en est quitte pour une bonne leçon de morale, et il retourne en Bretagne, bravant cette fois, sans regret, la commisération railleuse de la société dont il a été l’idole.
- La donnée est d’abord singulièrement usée : c’est la première idée de tous les jeunes gens, de tous les
- débutants, de montrer le lion marié et écrasé sous le souvenir de ses propres plaisanteries. Il y avait là, au moins, vingt vaudevillistes de trente ans qui disaient en chœur : « Il y a quelques douze années, on m’a refusé cela, et c’était en un acte, et il y avait des mots. » Aujourd’hui l’idée, qui n’a pas, comme le vin , le privilège de devenir meilleure en vieillis sant, l’idée est délayée en trois actes. Or, on se rappelle l’opinion d’un directeur expert : M. Delesfre-Poirson : « Toute bonne pièce en trois actes est meilleure en deux, excellente en un seul. » Or, jugez de ce que peut devenir en trois actes une idée mauvaise en un seul.
- En outre, les mots, c’est-à-dire l’esprit de détails manque presque absolument. Le roi de la mode, qu’on nous montre là, est invraisemblable : d’abord, parce que M. Moreau-Sainti, le débutant chargé du rôle; M. Moreau-Sainti, dont nous faisions l’historique il y a huit jours, se-tient mal et parle du nez.
- Ensuite, à vrai dire, les auteurs ont fait bien niais leur roi de la mode. Comment! un sot et une coquette plus ou moins élégants , et dont, paraît-il, ce monsieur peut à volonté devenir le maître et le modèle; ce sot et cette coquette, disons-nous, le raillent sur ses occupations et sa tenue campagnarde ; et cet homme. si brillant, à en croire les auteurs; si léger, si sémillant, si mondain ; ce gentlemen , qui, au second acte, devient le lion le plus fêté, le plus adoré, le plus adulé, le plus écouté: pour qui seul, dit son propre rival, « pour qui seul, durant tout un bal composé de la société la plus élégante ; pour qui seul on a soupiré, pour qui seul on a ri, que seul on a regardé, » ce.prétendu comte d’Orsay ne trouve rien à répondre qu’une grossièreté à une femme et quelques mots d’un sot dépit à son ancien ami, absolument comme un lycéen qu’on raille sur ses premières amours. Le rôle était facile, pourtant, à tenir; mais tel n’a pas été, à ce qu’il paraît, l’avis de MM. Rarbier, Barrière et Decourcelles, les pères, ou seulement, dit-on, les parrains de la pièce nouvelle.
- Il y a toutefois un rôle amusant, celui d’un domestique, qui, sous les traits de M. Kopp,- devient le comique le plus pittoresque qu’il soit possible d’imaginer M. Kopp n’est pas assez employé ; il paraît souvent mais toujours plus ou moins sacrifié et toujours pourtant a produit de l’effet. 11 a, certes, plus de moyens et même plus d’avenir que bien des co -miques même plus jeunes et dont les petits théâtres* et en particulier les Variétés, font grand fracas.
- Mlle Virginie Duclay joue, dans le Roi de la mode; le rôle d’une jeune fille sentimentale et mutine ; certes MUe Duclay a trop d’esprit et de talent pour ne pas jouer fort bien un rôle quel qu’il soit : il lui est bien arrivé, depuis cinq ou six mois, de jouer, avec succès une série à peine interrompue de femmes jalouses et abandonnées : cela est évident, Mlle Duclay ne peut mal jouer, mais il faut bien qu’elle et la direction s’en souviennent, c’est toujours aux rôles égrillards, presque aux Déjazet qu’elle a dû ses succès les plus vifs, c’est là qu’est sa véritable supériorité : qu’elle laisse ces tristes rôles dont tant d’autres sont capables pour ceux que seule, ou presque seule, elle peut rendre d’une façon remarquable.
- Enfin nous ne pouvons terminer ce compte-rendu sans mentionner les beaux yeux de Mlle Constance-, dont l’éclat ne pâlit point encore, sans parler de MUe Berlin qui a quitté le Théâtre-Français pour devenir une comtesse des Variétés : là on n’est pas bien délicat sur la tenue; sur les manières des comtesses, aussi, personne ne s’est récrié contre lé nouveau blason de Mlle Bertin , qui, si elle n’est pas parfaitement jolie, peut être comptée au moins pour une fort belle personne, et n’est, ce me semble, ni sotte, ni empruntée.
- En résumé, est-ce pour Drin drin dont le succès est décidément bien établi? est-ce pour Arnal et Riche cl’amour, ou bien pour le Roi delà mode, ou pour tous les trois ensemble ? toujours est-il que le public suit fort assidûment les Variétés et que M Carpier a fait une fort bonne saison ; comment? nous ne nous l’expliquons guère. Enfin, il paraît qu’on s’amuse aux Variétés. Suivez la foule.
- Le Gymnase, pour consolider la pièce de Merca-det, a cru devoir la flanquer des danseuses espagnoles qu’il vient de ressaisir au passage, je veux dire au vol, et qui vont encore nous accorder quelques représentations cette semaine : nous avons déjà donné notre avis sur ces ballerines ; nous y reviendrons; d’ailleurs le succès est là et nous som-
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- mes réduits, malgré tout, à dire et à penser comme les réclames de M. Montigny : « c’est pour le coup que la salle du Gymnase est trop petite. »
- MaintenantrOpéra-National a ouvert par un opéra en trois actes d’un jeune compositeur déjà accueilli à l’Opéra-Comique, M. X. Boisselot. Le poème est toujours de M. Scribe avec la collaboration pourtant de M. G. Vaez. Nous vous parlerions bien de ce poëme vieux, usé, rebattu, qui s’appelle Mosquita la sorcière et qui pourrait s’appeler les Diamants de la couronne, ou n’importe quoi d’analogue, nous vous parlerions de la partition élégante, vive et digne d’un meilleur sujet, de deux ou trois chœurs remarquables, de charmants couplets que charité à ravir une cantatrice de beaucoup d’avenir que l’on appelle Mlle Mendez : mais là n’était pas la préoccupation du public : Mosquita la sorcière que l’on jouait samedi ou la Perle du Brésil, que l’on jouera la semaine prochaine, qu’importe : il n’était guère question de M. Boisselot et du succès plus ou moins complet d’une œuvre nouvelle : il s’agissait de chose plus grave encore, de l’avenir du troisième théâtre lyrique, de cette scène si laborieusement, si péniblement fondée et sur laquelle l’art fonde de si hautes espérances.
- Ont-ils une troupe, un orchestre, des femmes, une |
- salle élégante? Avons-nous un Opéra populaire? se demandait-on. A toutes ees questions on peut répondre affirmativement, ou bien peu s’en faut: Mlle Rouvroy dans Mosquita; M. Ribes, que nous avions déjà entendu cet hiver dans les concerts, M. Ribes, dans Barnabé, du Maître de chapelle; M. Meillet surtout, dans Figaro, ont été chaudement accueillis, et c’était justice : M. Mesllet a la voix fraîche, nette, légère, une méthode parfaite, uu jeu franc et vif * beaucoup d’entrain ; le public l’avait déjà bravement adopté dès la première scène; Almaviva laisse beaucoup à désirer.
- Rosine (Mme Duez, je crois), est une petite femme, blonde, maigre et courte; elle a beaucoup étudié, et à vrai dire, elle n’est pas sans mérite; elle sait, mais sa voix est dure, son chant est sec, puis elle est de tournure fort raide, et avec la toilette qu’on lui fait porter, elle ressemble plus à Colombine qu’à Rosine.
- Enfin, néanmoins, M. Seveste, il faut le reconnaître, est parvenu à constituer, à improviser presque , oserais-je dire, un ensemble satisfaisant, du moins pour un début.
- En somme * il est dans une excellente voie : au point de vue de l’intérêt des compositeurs, le succès de M. Boisselot, qui depuis trois ans poursuivait
- vainement une seconde complaisance de l’Opéra-Comique, ce succès, dis-je, montre quel accès facile M. Seveste se dispose à ouvrir aux hommes de talent, à les élever, à les préparer, à les exhiber en quelque sorte pour le grand Opéra.
- Mais dans l’intérêt de l’art et du public, quelle bonne, quelle précieuse idée de consentir à faire de ce charmant théâtre une sorte de bibliothèque, d’encyclopédie, de dictionnaire de la conversation musicale, où nous irons tous apprendre l’histoire ou plutôt suivre note à note la chronique de la musique. Quoi déplus heureux pour nous, que d’entendre, que de voir, non pas de ci et de là, par bribes, dans des concerts ou dans les salons, mais tout d’une seule pièce, de pied en cap, dans leur vieille toilette enfin, tels que nos pères les admiraient et les aimaient, tous les chefs-d’œuvre qui ont amus é et enthousiasmé deux siècles, quatre générations d’artistes et d’amateurs, qui nous valaient bien* C’est non-seulement une étude charmande, un plaisir inouï, ce sera aussi, nous l’espérons, un enseignement pour le goût contemporain.
- ......... .G. deBoüconville.
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- MM. MELYIL-BLONCOURT, HENRI VALLETON, Louis HUGUIER et Euoène DUMEZ.
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- Les Discours de ces Orateurs sont suivis des Jugements de : bailleül, barbaroux, louis blanc, bûchez, cabet, chateaubriant, cormenin, Camille
- DESMOULINS, DROZ, ÉTIENNE DUMONT, DE FALLOUX, DE GENOUDE, VICTOR HUGO, JULES JANIN, LACRETELLE, LA MARCK, LAMARTINE, LERMINIER, LOUVET, MERLIN DE THIONVILLE, LUCAS MONTIGNY, JOSEPH DE MAISTRE, MARAT, MICHELET, MIGNET, LOUIS XVI, NAPOLÉON, A. NETTEMENT, NISARD, CH. NODIER, POUJOÜLAT, PROUDHON, RIVAROL, SAINTE-BEUVE, THIERS, TISSOT, VILLEMAIN, A. DE VIGNY, Mme ROLAND, Mme DE STAËL, etC., etC. — Etrangers i ALISON, ED. BURKE, THOMAS CARLVLE, HÉGEL, DAHLMANN, MONTI, SCHLOSSER, WALTER SCOTT, MARIE WILLIAMS, etC., etc.
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- L’une des conditions essentielles pour former l’éducation politique dans les temps où nous vivons, et pour édifier l’opinion sur les grandes questions dont notre génération est préoccupée, est de connaître la grande lutte parlementaire qui a présidé aux institutions qui nous régissent ; cette lutte a cependant été laissée dans l’ombre; de là une immense lacune dans l’histoire.
- Nous venons combler cette lacune en publiant, sous le titre deFrance parlementaire, le recueil complet des discours des principaux orateurs delà tribune française.
- Nous grouperons tous les documents qu’on ne dégage qu’avec difficulté des matières hétérogènes jetées confusément dans la volumineuse collection du Moniteur-, ce travail, le lecteur ne l’effectue qu’avec une perte de temps considérable, quand le le temps est si précieux, pour le législateur, pour le critique et pour la masse des citoyens appelés aujourd’hui à vivre de la vie politique. Ce sera de plus un sûr moyen de clore l’antagonisme redoutable qui persiste dans notre société. En éclairant la route parcourue depuis 4789, nous rendrons plus facile la solution de problèmes longtemps et souvent débattus, que chaque jour voit de nouveau surgir.
- Des œuvres analogues ont été tentes; mais elles
- n’atteignaient pas le même but ; tantôt elles mettaient en relief quelque puissante individualité dans un intérêt de secte ou de parti, donnant un aliment aux passions et un prétexte à l’erreur, tantôt elles publiaient une série longue et monotone ; de tous les discours relatifs à une question spéciale, imposant au lecteur un travail pénible et sans attrait.
- Nous étudierons, avec le même calme et la même impartiali té, les orateurs de tous les partis, Mirabeau et Maury, Cazalès et Robespierre, de Villéle et Benjamin Constant. Guizot et Ledru-Rollin.
- Toutes les questions de droit public français, politique, administratif et judiciaire, seront traitées, soit dans chacun des volumes, soit dans deux volumes spéciaux qui auront pour titre : Les Lois.
- L’histoire contemporaine n’a pas été encore interprétée avec impartialité, c’est là surtout une tâche que nous nous proposons d’accomplir. Les diverses critiques qui se sont produites sur les hommes politiques depuis soixante ans sont restées jusqu’ici généralement inconnues, elles se trouvent dispersées dans d’innombrables volumes qu’on ne peut se procurer que très-difficilement. — Les écrivains de tous les partis seront consciencieusement interrogés et nous extrairons de leurs ouvrages les belles pages qu’ils ont consacrées à nos orateurs parlemen-
- taires. Mais il ne suffit pas d’évoquer la critique fran çaise: la Révolution a impressionné les esprits d’élite de tous les pays, partout nos hommes d’Etat, nos orateurs politiques ont été jugés, commentés, interprétés ; en face donc des opinions des écrivains de la France, nous placerons les opinions des hommes éminents de l’Europe entière, et à la suite de ces opinions, nous donnerons une Notice bibliographique de tout ce qui a paru, en France et à l’étranger, sur chacun des hommes dont nous publierons la vie et les discours.
- Nos lecleurs connaîtront ainsi tout ce quira ,èté dit et écrit sur les grands noms qui ont illustré la tribune française.
- En réunissant tous les1 éléments épars de la critique contemporaine à la suite des discours de chaque orateur, nous offrons au public un livre de science et d’histoire : le drame et la pensée, le fait et l’idée. '
- Enfin, et pour donner à notre œuvre une autre utilité incontestable, nous la ferons suivre d’une table analytique, par ordre alphabétique des matières: Finances, Armée, Administration, etc., etc., pour qu’on puisse retrouver, au besoin, tous les éléments relatifs aux importantes questions qu’on voudrait étudier.
- L’ouvrage se composera de dix volumes in-8°jésus.
- Chaque volume forme un ouvrage complet.
- La Biographie de chaque orateur sera ornée de son portrait. Il paraît une livraison, de 4 feuilles de 16 pages chacune, e 5 et le 20 de chaque mois, au prix de 1 fr.
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- NUMÉRO 23.
- ADMINISTRATION : A PARIS, PASSAGE JOUFFROY, 2A
- MERCREDI 8 (pour SAMEDI II OCTOBRE) (851,
- LE PALAIS
- DE CRISTAL
- AVIS IMPORTANT AUX ABONNES.
- RENOUVELLEMENT.
- Pour donner à nos abonnés un témoignage de l’empressement que nous mettons à tenir vis-à-vis d’eux nos engagements, nous leur envoyons le numéro 23, dès le Mardi 7 pour le Samedi 11 octobre, afin de leur laisser la latitude nécessaire, d’ici au 1er de ce mois, pour nous envoyer le montant de leur réabonnement. — (Voir pour les conditions, primes, etc., la page suivante.)
- SOMMAIRE.
- Avis important. — Bulletin industriel. — Beaux-arts.— Sur l’Exposition, par M. Jobard. — Revue.— Perse.— Tunis. — Chine. — Mœurs chinoises. — Courrier de Paris et de Londres.—Arith-momètre perfectionné. — Tables des livraisons.
- GROUPE COLOSSAL DE LIONS,
- PAR M. MILLER (de Munich).
- La Bavière, qui n’a exposé que les produits d’une centaine de fabricants, s’est distinguée par ses travaux en bronze. On trouve parmi les industriels de cette nation une tendance très - remarquable vers ce genre d’industrie; le bronze, l’or et l’argent, le bronze en poudre, les métaux battus constituent au moins le quart des objets de cette partie de l’Exposition. M. Miller a voulu, lui, faire l’application de Part à cemétal qui se prête si bien, si richement aux effets que l’on recherche dans la sculpture; et il faut lui savoir gré de ses efforts, qui, du reste, ont été couronnés de succès. Le groupe colossal dont nous donnons ici le dessin est placé dans la partie orientale du Palais d’IIyde-Park. L’effet en est puissant. Quand la statuaire colossale peut prendre des formes qui tirent leur mérite de l’énergie dans l’expression, quand le sujet s’y prête, il est évident que le succès est certain. C’est donc déjà une heureuse pensée que d’avoir choisi pour l’application du bronze à la statuaire
- DESSINS.
- Groupe colossal de lions. — Coupe en ivoire. — Nappe en damas. — Prie-Dieu et autel. — Arquebuserie. — Vitrine. — Groupe d’enfants. — L’archange terrassant le démon. — Harmonium. — L’Enfant au nid d'oiseau
- colossale, un sujet où des figures de lions dominent. Cette force a plusieurs aspects dans le groupe exposé. Les quatre têtes d’animaux rappellent le chef-d’œuvre de notre grand statuaire Barye, que l’on voit à l’entrée du jardin des Tuileries. Il y a du nerf dans leur attitude.
- Il fallait un contraste. 11 est tout entier dans la statue qui les tient et les guide. Si la Bavière est, comme on nous l’assure, dirigée vers l’étude de l’art, nul doute qu’elle n’approprie ses ressources naturelles à la reproduction des chefs-d’œuvre qui seront un jour perdus si l’on ne les conserve pas en les fondant en bronze.
- La Bavière s’est fait remarquer par des porcelaines dont le travail approche de celui de notre manufacture de Sèvres , qui est le modèle presque inimitable de la céramique. Cet établissement a reproduit des biscuits blancs, qui sont ce qu’il y a de mieux peut-être dans ce genre. Des figures de personnages, des Tyroliens, des personnifications ingénieuses donnent une idée des physionomies originales empruntées aux huit départements de la Bavière.
- Groupe colossal de Lions, par M. Miller, de Munich (Bavière).
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- SUITE DE L’AVIS IMPORTANT.
- Voici pou» les abonnés anciens ou nouveaux les
- NOUVELLES CONDITIONS DE SOUSCRIPTION :
- 25 francs pour une année ;
- 12 francs 50 cent, pour six mois ;
- Le tout à partir du 15 octobre 1851.
- Une PRIME représentant le Palais de Cristal, et qui coûte 25 francs dans le commerce, est donnée aux Abonnés d’un an pour 3 francs 50 centimes en sus.
- Nos lecteurs nous sauront gré de leur annoncer que le Palais de Cristal continue sa publication au delà de la durée de l’Exposition universelle.
- Ce journal, fondé provisoirement pour la propagation des objets exposés à Londres, devait terminer sa carrière à la clôture de l’Exposition ; mais le succès qu’il a obtenu vient de décider son fondateur à en perpétuer la durée. Il doit d’abord donner complètement les objets les plus remarquables de l’Exposition : ce qu’il n’a pu faire encore, malgré la perfection avec laquelle chaque semaine ces objets ont été reproduits, par le dessin, dans les numéros qui précèdent; mais, en outre, le cercle de ses travaux s’élargit chaque jour.
- Ce journal, qui a dû, jusqu’au terme de l’Exposition, remplir ses engagements et s’occuper principalement du Palais de Hyde Park, et par conséquent de l’industrie en général, prend désormais une place dans la presse parisienne. Aux remarquables examens artistiques et industriels qui accompagnent ses belles gravures, le Palais de Cristal joint de précieuses études sur l’agriculture et toutes les sciences spéculatives et appliquées : littérature, beaux-arts, histoire, archéologie, philotechnie, statistique, etc., etc.
- Avec un cadre aussi étendu, le Palais de Cristal devient le recueil obligé de l’agricul teur, de l’ouvrier, de l’artiste, de l’industriel, du savant et de .l’homme du monde.
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
- BEAUX-ARTS.
- Ateliers de nos grands peintres, sculpteurs, architectes, graveurs, musées , expositions, reproduction de leurs œuvres inédites, articles raisonnés sur les arts par nos artistes et nos littérateurs les plus distingués ; revue des ouvrages sur les beaux-arts, explorations scientifique, biographies, propriété artistique.
- COLLABORATEURS :
- MM. Rauzats,
- Camille Roqueplan,
- Pradier,
- Duval le Camus,
- Etex,
- Aniaury Duval,
- Rai ou Taylor, etc., etc.
- INDUSTRIE.
- Brevets d’invention, inventions nouvelles , spécification avec dessins linéaires et notices, musées industriels, nouvelles machines, état du commerce et de l’industrie, expositions, usines, biographie des chefs de l’industrie moderne, situation des Etats étrangers, propriété industrielle, réforme de la loi de 1844-
- COLLABORATEURS :
- MM. Armand îiégnier,
- Armand «le Melun,
- «Hobartl («le Bruxelles),
- Charles Teissier, llocquillou,
- Sllbermann,
- Pecquear,
- Antlraud,
- Galy-Cazalat,
- Cadiat,
- Cavé,
- Derosne et Cail,
- Tous les membres «lu Comité «les inventeurs et des artistes industriels, etc., etc.
- ARTS INDUSTRIELS. — AGRICULTURE. — HYGIÈNE PUBLIQUE.
- Expériences physiques, chimiques et industrielles de toutes sortes. Revue des établissements.
- Agriculture. Nouveaux procédés, description, notice et dessins de machines, comices agricoles, hygiène, procédés nouveaux, économie domestique.
- COLLABORATEURS :
- MM. Dr Caire,
- Achille Comte,
- Bailly «le Merlieux,
- Ces présidents et membres des Comices agricoles, etc.
- NOUVEAUX FAITS.
- Description, illustrations de faits nouveaux, vignettes, illustrations, portraits pour les inaugurations, fêtes, cérémonies, personnages célèbres (artistes, littérateurs, industriels) et leur biographie.
- SEMAINE ILLUSTRÉE.
- On le voit, le champ de nos travaux est immense. 11 n’est aucune revue quotidienne ou hebdomadaire, aucun magasin, musée, journal d’illustrations ou autre, qui puisse lutter avec nous par le bon marché, et pour les relations que nous avons à jamais fondées, depuis l’origine de notre publication, avec tout ce que la France compte d’hommes illustres dans la littérature, les arts et l’industrie.
- CLOTURE DE L’EXPOSITION.
- (Dernières nouvelles.)
- AUX EXPOSANTS.
- La Commission royale de Londres a décidé qu’il y aurait une séance générale et solennelle le 14 de ce mois, par suite de la clôture de l’Exposition.
- Le lundi 13 et le mardi 14 octobre, c’est-à-dire les deux jours d’admission qui suivent la clôture fixée au 11 octobre, et qui précéderont la réunion générale du 14 octobre, seront exclusivement accordés aux exposants et à leurs amis. Chaque exposant recevra une carte qui lui donnera l’entrée gratuite pour lui-même et la faculté d’introduire gratuitement deux personnes. La même carte sera valable également 'ponr la séance solennelle du 14, mais pour l’exposant seulement.
- BULLETIN INDUSTRIEL
- SUR LA CLÔTURE DE L’EXPOSITION.
- Considérations générales.
- La clôture de l’Exposition de Londres aura lieu le 11 de ce mois. Cette mesure est définitive. En France, on eût prorogé l’époque où ce grand rendez-vous des nations devait prendre fin ; chez nos voisins, l’enthousiasme du succès n’est jamais une cause de rupture dans les contrats, et c’est la loi impérieuse d’un contrat qui ferme le Palais de Hyde Park.
- Mais l’enseignement qui résulte de cette rencontre solennelle des nations sur le sol anglais, sera d’une influence décisive sur les travaux de l’industrie, sur le développement des beaux-arts.
- U nous appartient d’en signaler les résultats, de suivre attentivement le mouvement et les tendances du monde entier vers une sorte de transformation dans les idées, de voir quel est le caractère de ce siècle qui est destiné à trouver dans les secrets de la nature les moyens de résoudre les problèmes les plus difficiles que l’esprit humain a cherchés et que le xixe siècle découvrira.
- Ce fut donc une pensée tout à la fois généreuse et philosophique que celle qui a présidé à l’appel fait aux nations sur cette question, qui, par la grâce de Dieu, ne renferme aucun ferment de passion politique: l’industrie et les arts, c’est-à-dire le produit matériel sous le souffle de l’inspiration poétique ; voilà quel a été le point fondamental sur lequel se sont portés pendant quelques mois tous les esprits.
- Est-il résulté de cette préoccupation générale quelque dissidence ; les esprits que l’on consultait se sont-ils séparés sur cette question? Non; tout au contraire.
- Dans l’enquête ouverte à Londres par le comité présidé par le prince Albert, le génie s’est présenté avec ses plus belles productions; et, chose étrange, imprévue peut-être, la jalousie, l’envie, les mauvaises passions ont gardé le silence. Bien plus : il semble que le sentiment de l’hospitalité anglaise ait servi d’aliment à une pensée de bienveillance des nations entre elles. Loin de. critiquer amèrement, comme on aurait pu s’y attendre, les peuples qui ne sont pas encore, parvenus à 1a. perfection dans le travail ; bien que la critique eût été à l’aise pour chercher à décourager les nations pour qui l’industrie est encore enveloppée de mystères, la critique s’est tout à coup changée en éloges : les efforts ont été comptés ; on a su gré aux faibles de s’être présentés devant le grand jury de l’univers, sans armes, loyalement, courageusement. On a tenu compte même de l’illusion ; et sj, dans l’exposition de leurs ressources, quelques nations ont manifesté une sorte de fierté naïve, on a voulu que cette foi ne tournât pas à leur préjudice, que leur vanité ne fût suivie d’aucun mécompte; on a compris que l’amour des siens qui se révèle en toute chose pouvait avoir sa place dans cette manifestation sans péril; et, sans fiel, sans amertume, on a encouragé la. confiance qu’elles avaient pour leur avenir, ces nations où la lumière n’a pas pénétré, mais où certainement elle pénétrera d’ici à quelques années.
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- Une telle, appréciation donne de notre siècle une idée élevée et consolante. Dans un temps où les divisions politiques déchirent les peuples;
- une époque où tous les systèmes en présence, tendent à morceler le monde entier et à jeter une confusion inexprimable dans les esprits, c’est, disons-nous, une idée élevée que ce principe tutélaire qui protège les faibles, et les soutient, non pas dans la lutte, mais dans la marche ascensionnelle du génie : c’est, en outre, une idée consolante; car, dans le travail incessant de la nature, dans les révélations qu’elle donne avec tant de largesse, le bien-être général doit nécessairement être la conséquence de tant d’efforts. Simplifier les procédés, découvrir dans les matières premières le secret de leur appropriation, enrichir l’inventeur en garantissant son droit, enrichir le pauvre en mettant en sa possession, pour une modique somme, ce que la difficulté de produire éloignait de ses mains ; améliorer l’esprit et le cœur en donnant des moyens faciles de vivre : tels sont les résultats de cet immense et grand travail des peuples dans la voie industrielle ; et c’est là précisément le sens philoso-. phique de l’Exposition de 1851.
- Aussi, voyez avec quelle méthode se classent dans le Palais de Cristal les objets exposés : tant il est vrai qu’une idée féconde reçoit toujours une application régulière et logique.
- Chaque nation a suivi l’exemple de l’Angleterre. Celle-ci avait placé au premier rang parmi ses produits les matières premières : c’était une sorte d’actions de grâces rendues au Créateur. Dire au monde assemblé quels sont les éléments sur lesquels doit travailler la main de l’homme, c’est faire acte de reconnaissance envers Dieu. Or, si l’on parcourt, avec le sens philosophique qu’inspire un pareil examen, les productions de chaque peuple, on y retrouve le même principe. Les matières premières sont là qui témoignent en faveur de chaque peuple des moyens, des ressources qu’il a sous la main pour prendre son essor vers le perfectionnement de son industrie.
- C’est ainsi que presque toutes les nations, qui ont encore bien des pas à faire dans la pratique, soit que les usines y soient moins nombreuses,, soit que les événements politiques entravent leur marche, soit enfin que l’étude, le travail y soient moins avancés, ont apporté dans le Palais de Hyde Park les produits naturels de leurs mines. Fer, marbre, or, argent, tous les éléments ont été exposés avec un sentiment de fierté légitime par les peuples qui n’avaient pas autant de produits manufacturés que les autres à offrir à l’admiration publique.
- Plus que toutes les théories , plus que l’exposé de tous les systèmes, la vue de ces éléments indique le point sur lequel les nations peuvent former un lien quilles unisse, surtout quand, à côté de ces matières premières , se présentent les produits du travail. C’est par là seulement que peut s’établir un équilibre dont la question du libre-échange absolu recule la réalisation. Evidemment , pour ceux qui ont observé le sentiment énergique de nationalité qui s’est manifesté à Londres, par tous les peuples, le libre échange absolu, sans mesure, sans réserve, sans respect pour les droits acquis de l’industrie, sans l’examen préalable des productions privilégiées de certaines nations, n’est plus possible.
- Oui, le libre-échange sera appliqué , lorsque l’équilibre pourra s’établir ; oui, les nations finiront par prendre , chacune , leur place dans l’industrie, et les unes par les matières premières , les autres par le perfectionnement du travail, toutes s’uniront dans un concours commun pour échanger leurs produits , lorsque les gouvernements de ces nations auront résolu les questions fondamentales de leur propre sécurité. Mais, tant que la paix ne sera pas assurée, tant que les différences de langage, de mœurs, de besoins subsisteront, la liberté des échanges sera une vaine utopie. Etablie aujourd’hui, elle détruirait des industries que la moindre commotion rendrait nécessaires demain ; et ce qui aurait été favorable deviendrait le principe d’une ruine irrémédiable. Avant donc que ce généreux rêve de tous les esprits se réalise , il faut que l’unité de principes domine le monde : solution que le temps seul amènera.
- Mais, hâtons-nous de le reconnaître l’exposition de Londres a eu pour résultat de rendre
- LE PALAIS DE CRISTAL.
- possible ce qui n’était qu’hypothétique. Elle a réuni les nations dans une communauté de sentiments qui, sans contredit, a détruit plus de préjugés en quelques semaines de rencontre, que tous les protocoles diplomatiques, que tous les écrits de publicistes, que toutes les discussions parlementaires.
- Qu’un pareil rendez-vous soit renouvelé. Qu’en France, en Allemagne, en Amérique, en Orient, les peuples se visitent, s’étudient au grand jour, non pour se faire les pirates les uns des autres, mais bien pour préparer, avec une intelligence consciencieuse de leurs ressources, l’avenir de leur industrie, et, sans aucun doute, la paix universelle s’établira, et avec elle le libre-échange; car l’unité des vues est en germe, et l’équilibre tend à se réaliser.
- Une autre tendance qui nous a frappé, et qui résulte de l’Exposition de Londres, c’est le principe même que nous défendons dans ce journal, à savoir Y alliance d*s arts et de l’industrie.
- Nous estimons que rien n’est plus propre que le culte des arts à élever l’âme, à inspirer aux esprits arriérés le sentiment du progrès, à assouplir les rebelles.
- Or, pour que ce langage , qui est le privilège des hommes que la foi inspire, pénètre partout, il faut que les procédés deviennent assez faciles pôur que les chefs-d’œuvre soient vulgarisés. C’est là le problème que doit résoudre l’industrie : c’est là le problème que résolvent chaque jour les inventeurs.
- Le palais de Hyde Park a prouvé que, dans cette voie, l’esprit humain marche à pas de géant. Les statues, les sculptures sur bois, sur ivoire, les ameublements, les ornementations à bon marché, les dessins sur étoffes, les travaux de tapisserie, les toiles imprimées, les procédés typographiques, tout ce qui tient à l’art du dessin, au modelé, à la propagation des chefs-d’œuvre par des procédés économiques, à la propagation de la pensée par les ressources de la presse mécanique ; tout cela est en voie de progrès, à tel point que ce qui est enfanté par le génie humain pour attester la puissance de ses créations est désormais à la portée de tout le monde.
- Les pas que la puissance mécanique a faits sont si grands, qu’il n’y a peut-être pas d’industrie' où la main-d’œuvre n’ait manqué de travailleurs, bien loin de que les machines les aient écartés ou détruits.Les préjugés contre les machines tombent chaque jour, parce que la simplicité des procédés mécaniques augmente la production , et là où quelques milliers d’ouvriers travaillaient isolément, quelques milliers de machines s’étant élevées, ont décuplé, centuplé même le nombre des ouvriers qui existaient.
- Voyez quel mouvement l’industrie a imprimé, cette année, aux capitaux : voyez , à Londres , que d’argent dépensé, et, par conséquent, quelles dépenses sur tous les points du globe, ébranlé par la nécessité de produire et d’expédier à Londres les produits industriels.
- Voilà quels ont été les résultats matériels de cette généreuse manifestation.
- Oui, l’industrie prend le pas sur toutes les conditions de bien-être, de sécurité et de civilisation. Un jour, lorsque, par la puissance de l’électricité, par les perfectionnements de l’aérostation, les peuples communiqueront entre eux avec la rapidité de l’étincelle et du vent, quelles sont les pauvres questions d’intérêt étroit et d’individualisme qui pourront tenir contre cet échange continuel de ressources, d’idées et de progrès ?
- Et que l’on ne s’imagine pas que ces principes là soient des utopies irréalisables. Depuis que l’on ne brûle plus les inventeurs, depuis que le magnétisme, l’électricité, la vapeur, peuvent être étudiés, en dépit des Académies, qui ne les aident guère, mais qui perdent chaque jour de leur influence, par suite de leur inertie, le monde se transforme, et les utopies deviennent d’heureuses réalités.
- Nous remercions donc les commissaires anglais qui ont présidé à la grande œuvre de l’Exposition de 1851, et nous espérons que cette manifestation sera le point de départ de l’amélioration matérielle et intellectuelle du monde.
- ALEXANDRE LAYA,
- . Rédacteur en chef, avocat à la cour d’appel de.Paris.
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- BEAUX-ARTS.
- (sculpture)
- M. Foyatier: stutue de Jeanne d’Arc. — M1"* Lefèvre-Deumier : buste de Louis-Xapoléon,
- Un beau travail d’art est sur le point d’être terminé : c’est la statue équestre dé Jeanne d’Arc, exécutée par M. Foyatier, et destinée à être érigée sur la grande place publique du Martroi, à Orléans.
- Nous avons pu visiter l’atelier de l’artiste, si connu par sa belle statue de Spartacus, un peu avant que les ouvriers ne s’emparassent de son modèle pour le couper et en livrer les tronçons au fondeur. On sait que M. Denis est chargé de cette délicate opération. La statue sera fondue en plusieurs morceaux.
- L’ensemble du monument est aussi simple que grandiose. La statue est colossale comme le cheval qui la porte. L’héroïne, la tête armée d’un casque, vêtue d’une modeste cuirasse qui recouvre une robe descendant jusqu’aux genoux, retient de la main gauche les rênes de son coursier. Dans la main droite est son épée qu’elle abaisse devant le ciel qu’elle regarde avec des yeux inspirés par le plus touchant dévouement. Ses jambes sont également armées de cuissards et de iam-bards.
- La beauté des lignes est remarquable : point d’ornements inutiles, point de draperies flottantes qui dépareraient la régulière simplicité qui n’a cessé d’inspirer l’artiste dans l’exécution de son œuvre. Quand ce groupe monumental sera dressé sur la place du Martroi, quand il se dessinera sur l’azur du ciel, il ne peut manquer de produire le plus grand effet. Le regard n’est affecté par aucun accessoire inutile ; il en saisit l’ensemble sans fatigue, sans effort. .
- Le piédestal, outre les inscriptions qui témoigneront de la reconnaissance de la France, et en particulier de celle de la ville d’Orléans, offrira en quelque sorte une histoire métallique de Jeanne d’Arc.
- Une suite de bas-reliefs en bronze racontera la vie de l’héroïne depuis son berceau pour ainsi dire jusqu’à sa mort tragique sur la place publique de Rouen, en rappelant ses combats et les principaux exploits de cette carrière si courte, mais si admirablement remplie.
- Tout fait espérer que ce grand et magnifique travail sera bientôt complètement achevé. Ce sera, certes, l’un des plus remarquables monuments que possédera la France, qui, dans chacune de ses villes, depuis près de vingt ans, se plaît à élever des témoignages de sa reconnaissance pour les grands personnages qui ont été son honneur et sa gloire.
- Nous avons été, en outre, admis à visiter l’atelier de M010 Lefèvre-Deumier, et nous y avons admiré un buste de M. le président de la République. Ce buste est achevé et sera mis en vente dans quelques jours. Mme Lefèvre-Deumier est une de ces dames du monde qui ont voué leur existence au culte intelligent et passionné des beaux-arts. Tout le monde a pu voir à la dernière exposition du Palais-National, plusieurs de ses sculptures : un jeune pâtre, d’une pose pleine de simplicité et de naturel; un buste de femme, d’une expression méditative et puissante. Ce buste de M. Louis-Napoléon, certes,est le meilleur des bustes qui aient été faits jusqu’à présent. Il y a dans l’expression un sentiment de mélancolie et en même temps de profondeur etde fermeté qui frappe. Ce n’est pas seulement un portrait fort ressemblant; c’est mieux, c’est une œuvre d’art pleine de délicatesse; c’est un sentiment sculpté. L’art de la statuaire, chez Mme Lefèvre-Deumier, est une véritable inspiration : c’est une artiste qui a de la poésie dans ses conceptions et qui traduit ses sensations avec l’ébauchoir comme le poète avec la plume. Il est impossible que de pareils éléments ne placent pas Mmc Lefèvre Deumier au premier rang.
- C’est une heureuse tendance que nous avons à signaler dans le mouvement intellectuel de notre temps que ce goût, cette passion vers l’étude sérieuse des arts qui est venue animer tout-à-coup les personnes que leur position sociale pouvait y laisser étrangères. M. le comte d’Orsay, M“* Lefèvre-Deumier, M“* la duchesse de Dalma-tie, et tant d’autres, sont de véritables artistes: l’art est le plus beau mobile de l’égalité.
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- LE PALAIS DE CRISTAL,
- COUPE CISELÉE EN IVOIRE, PAR FRANK, DE FURTH (BAVIÈRE).
- Nous avons donné sur la première page de cette livraison un spécimen des produits de la Bavière : le beau travail en bronze des ateliers de M. Miller. Nous donnons ici un travail d’un autre genre, une coupe en ivoire de M. Frank. Le sujet en est emprunté à cette admirable et suave parole du Christ : « Laissez venir à moi ces petits enfants. » Il y a dans l’agencement des personnages une grâce enfantine parfaitement traduite. M. Frank a exposé plusieurs objets en ivoire, tels qu’échiquiers, crucifix, rouets à filer. Nous ne pouvons retirer à la fabrique française sa supériorité sur ce point. Il est évident que rien ne peut l’emporter sur nos sculptures en ivoire, et on sait que la sculpture en or et argent, à laquelle se joint l’ivoire, est d’une date ancienne et d’un effet éblouissant. Dans une des loteries tirées, il y a quelques mois, par les associations des arts, notre immortel statuaire Pradier avait été chargé d’une statuette où l’ivoire se mariait harmonieusement à l’or et à l’argent : c’était une Léda.
- De beaux modèles d’ivoire ont été exposés à Londres. On en remarque plusieurs auprès des sculptures sur bois, représentant le Laocoon, la Chasse au tigre, et divers autres objets en noyer et en liège.
- La partie de l’Exposition destinée aux Indes se fait remarquer par une grande quantité de dents d’éléphant qui donnent une idée du travail que nécessitent la gravure et la sculpture sur ivoire.
- Mais un des principes de cette substance était de pouvoir se prêter, par la fusion, à tous les moulages que l’on veut. Un établissement nouveau de Paris, la Maison d>s Arts, a inventé un procédé fort ingénieux,et au moyen duquel se reproduisent les chefs-
- NAPPE EN DAMAS,
- PAR M. BEVERIDGE, DE DUM-FERMLINE.
- Nous avons eu déjà l’occasion de parler de M. Be-veridge et de ses produits. Il a exposé plusieurs nappes , serviettes , etc. , en lin damassé, du plus grand éclat. 11 paraît que les Etatà-Unis font une grande consommation de ces produits. Le métier à la Jac-quart est le seul qui puisse donner aux matières employées le fini et la perfection qu’on y remarque. On n’a pas idée de la richesse de ces nappes. Il paraît que le dessin est si compliqué, si difficile, et les artistes chargés de l’exécuter si rares, que l’on paie un dessin jusqu’à 100 liv. sterl. (2,500 fr.). M. Beveridge emploie dans la ville de Dumferlineetdes environs, les quinze cents âmes qui y résident, sans compter cinq ou six mille ouvriers du dehors. On remarque à l’Exposition deux de ces nappes, l’une représentant
- Coupe ciselée en ivoire, par Franck, de Furth (Bavière).
- Nappe en damas, par M. Beveridge, de Dunfermline.
- d’œuvre d’art que noua admirons en ^ ivoire. Des bas-reliefs sont coulés de façon à faire illusion. Un des avantages de ces procédés, c’est de pouvoir donner à très-bon marché des reproductions d’objets que rien ne peut remplacer. C’est le but de cette invention. La nature morte, surtout, se prête merveilleusement aux combinaisons employées par l’inventeur. Nous y avons admiré, entre autres modèles, un couple de deux pigeons, les ailes déployées, qui sont pleins d’expression et de finesse. Une teinte rougeâtre répandue sur ces deux pigeons donne à ce groupe l’apparence d’un modèle en cire, à tel point que l’illusion est complète. C’est à la fusion de la matière que l’on doit cet effet ; sans contredit, le plâtre, le marbre, ne se prêteraient pas à ce travail, ni à cette illusion. C’est encore là un des moyens puissants pour arriver à vulgariser l’art par l’application des procédés industriels.
- Tout le monde sait combien il y a de charme dans *ces médaillons anciens, où des scènes religieuses ou des épisodes de scènes bachiques sont représentées. Ces médaillons sont d’un prix exorbitant. Or, le procédé dont nous parlons a pour objet d’obtenir par le coulage les mêmes effets que par la ciselure et la sculpture. Il est évident que le prix s’en trouvera réduit dans de très-grandes proportions, et que ce que nous poursuivons se trouvera réalisé. Rien n’est plus important, selon nous, que la solution de ce problème. Il y a toute une révolution pour les arts dans cette vulgarisation éminemment honnête et qui ne présente aucun danger. Le bronze, la fonte, se prêtaient déjà à une foule de reproductions colossales. Voici une substance tout à fait propre à la reproduction d’œuvres dont le fini et les perfections les rendent précieuses pour les amateurs.
- l’Amour et Psyché, l’autre ayant à ses coins le dragon terrassé par saint Georges, et les figures de saint André et saint Patrick. Le dessinateur principal de ces merveilleux produits est M. Paton, de Dumferline.
- Ainsi, on le voit, cette industrie est si multiple dans les éléments qui la constituent, que la mécanique, l’agriculture, l’art du dessin, en forment la base. Par les métiers à la Jacquart, le travail se perfectionne, et les usines où se fabriquent ces métiers font vivre une foule d’ouvriers.
- La culture du lin, l’étude des modèles et l’invention des dessinateurs, s’ajoutent au travail purement mécanique. Il est consolant, en se mettant à table devant une des belles nappes de M. Beveridge, de penser au nombre de bras employés pour arriver à cet ornement d’un usage quotidien, fort estimable, sans con iredit.
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
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- PRIE-DIEU ET AUTEL, par m. polt (de Vienne).
- Ce prie-Dieu et l’autel qui le domine est un des plus beaux produits de la sculpture sur bois qui ait été exposé par l’Autriche. Nous avons, dans nos numéros précédents, parlé des beaux ameublements de l’Autriche. Les chambres qui ont été exposées, toutes prêtes, nous ont laissé une idée parfaite du caractère particulier des Autrichiens, en ce qui concerne le luxe et le goût qui les distinguent sous ce rapport. Il serait superflu de revenir sur cette partie de leurs produits. Mais il est une substance assez nouvelle dans l’application qui en est faite pour les arts, et de laquelle nous devons dire quelques mots : c’est le papier mâché. On ne peut se figurer dans quelles proportions entre cette substance en Autriche et en Angleterre, pour rem -placer le bois de certains meubles et de certains objets destinés à l’ornementation. En France, le papier est employé à trop d’usage de presse, d’écrits, de re -productions de livres, pour que l’industrie du papier appliquée à d’autes objets soit très-florissante. En Autriche, au contraire, l’excédant est assez considérable ou la spéculation assez avantageuse p our que l’on en retire un grand bénéfice.
- La Lombardie, la Basse-Autriche, la Bohême, occupent, parmi les provinces de la monarchie autrichienne, le premier rang dans la fabrication du papier. Après elles, on place Venise et le Tyrol. La production de la monarchie, en moyenne, estévaluée à 650,000 quintaux de papiér, d’une valeur d’environ 10 millions de florins. Sur cette quantité, on compte 250,000 quintaux pour papier à écrire ordinaire ; 60,000 quintaux de beau papier; 20,000 quintaux de papier à dessins; 150,000 pour papierd’impression ;
- 100,000 pour emballage, et 60,000 pour emploi d’art. Or , c’est avec ces 60,000 quintaux que l’on arrive à fabriquer ces
- belles productions qui prennent la consistance du bois le plus solide.
- On comprend que le moulage de cette matière se prête facilement à toutes les combinaisons; et, en outre, la teinture peut donner aux meubles, aux sculptures , aux objets d’ornementation telle couleur qui leur donne une ressemblance parfaite avec les divers bois que l’on veut imiter.
- Il y a mieux : cette substance peut se prêter même à des travaux d’une grande dimension. Ainsi, dans la section des Beaux-Arts (classe 30) la fabrication du papier mâché s’y montre sous forme de moulures d’un grand travail, comme dans le dragon de lx mètres de long et le chapiteau d’une colonne de l’ordre corinthien.
- Des bois de lit sculptés, des tables de travail et d’ornementation pour les boudoirs et pour les salons, se prêtent, au moyen de cette substance, a toutes les combinaisons, et il en est qui, par la peinture même, ressemblent aux tables de laque chinoise.
- Une question qui nous préoccupe tou-ours, c’est de savoir si la fabrication de cette espèce d’ameub ements est à bon marché. Nous croyons qu en Angleterre, et surtout en Autriche, elle est réalisable. En France, il n’en serait pas autrement. On a déjà fabriqué de ces meubles, et leur prix a toujours dépasse de beaucoup les prévisions que l’on en concevait. C’est là une question de la plus haute importance, sur laquelle toujours doivent se porter les esprits. Il est nécessaire, il est indispensable delà résoudre, pour que le problème que l’on cherche soit complètement résolu. Il est évident que si la substance
- dont nous parlions se
- prête aussi tacile-ment qu’on le suppose aux travaux d'ébénisterie , on pourra faire des incrustations imitées qui remplaceront les belles tables que l’on a pu exposer à Londres, et qui contiennent jusqu’à 10,000 pièces de bois natifs et étrangers.
- ARQUEBUSERIE. (m. devisme.)
- Nous avons eu déjà occasion de nous occuper de M. Devisme. Sans contredit, M. Devisme est l’armurier le plus populaire et le plus habile peut-être de notre temps. Il a porté dans sa profession un tel goût, il a étudié avec une telle conscience les dangers de ses produits, qu’il les a complètement écartés. Nous ne passons pas devant la boutique d’un armurier sans songer que l’homme qui tient dans sa main l’arme qu’il prépare y tient aussi la vie de ceux à qui elle est destinée.
- Il faut donc un sentiment de philo-
- Prie-Dicu et Autel, par M. Polt (de Vienne.)
- Pistolets (M. Devisme.)
- sophie très-sûr, et qui anime le fabricant chaque fois qu’il
- termine un de ces splendides fusils, un de ces brillants pistolets, l’ornement et le plaisir des chasseurs et des gens du monde. Or, nous savons que M. Devisme a conscience de son travail et qu’il se préoccupe avant tout du sens philosophique de cette espèce de mission.
- M. Devisme a inventé un ingénieux appareil au moyen duquel on peut e-prouver la poudre que l’on veut mettre dans le fusil qu’il livre. Il faut faire une étude particulièrede cette dose, qui joue un très-grand rôle dans la question de cArnrit.é.
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
- EXPOSITION DE LONDRES.
- (Voir tous les N°* du Palais de Cristal, depuis le n» 10).
- Les industriels du continent pourront tirer d’utiles enseignements de leur voyage au Palais de Cristal, en échange des guinées qu’ils y auront laissées.
- Nous leur signalons, en premier lieu, le dogme fondamental de l’industrie anglaise, la spécialité, qu’ils doivent s’empresser de substituer à la boulimie on fringale manufacturière qui les étouffé.
- Ne faire qu’une chose, et la bien faire, tel est le pivot de cette doctrine.
- Tout prendre et tout entreprendre, telle est la pitoyable erreur des nations qui adorent les faux dieux du laissez-faire et de la libre concurrence. Aussi, voit-on leurs principaux établissements périr, les uns après les autres, d’engouement et de pléthore, ce qui n’arrive jamais aux établissements anglais.
- Un exemple fameux de cette gloutonnerie manufacturière, que nous allons esquisser, suffira pour démontrer les dangers de la liberté d’accaparement universel et la nécessité d’y mettre un terme. Un industriel d’origine anglaise, tombé, quelque temps après la grande révolution, sur une contrée parfaitement déblayée d’entraves légales, terre vierge encore de toute grande entreprise, ouverte au libre parcours, et abandonnée au libre pacage manufacturier, se dit : Plantons notre tente industrielle sur les bords de la Meuse, comme mes concitoyens ont planté leur tente commerciale sur les rives de l’Indus, et en endormant de leurs promesses dorées les naïfs souverains de ces régions lointaines, qui les protègent, les aident et les favorisent de toute la puissance de leurs armes et de leurs trésors.
- Ainsi dit, ainsi fait.
- Les locaux, les millions, les faveurs du pouvoir néerlandais, rien ne fit défaut à cet intrépide aventurier, qui débuta par la fabrication de métiers à filer : c’était suffisant pour sa spécialité et sa capacité.
- Mais, se dit-il un jour, puisque je fais des métiers à filer, pourquoi n’établirais-je pas des filatures? Et il établit des filatures de toute espèce.
- Mais, puisque j’ai besoin de beaucoup de fer, pourquoi n’établirais-je pas des fonderies et des forges ? Et le voilà qui bâtit des hauts-fourneaux et des laminoirs.
- Mais, puisque j’emploie beaucoup de combustible, pourquoi n’exploiterais-je pas la houille ? Et le voilà à la tête d’une ou deux houillères.
- Mais, puisque je fais du fer et que j’ai du charbon, pourquoi ne ferais-je pas des machines à vapeur, des bateaux à vapeur et des voitures à vapeur ? Et le voilà à la tête du plus grand atelier de machines qui ait jamais existé.
- Mais, puisque je fais des machines, il faut que je m’intéresse dans toutes les industries, auxquelles je fournirai des outils. Et le voilà propriétaire de papeteries, de faïenceries, de draperies, etc.
- Mais, puisque je ne puis fournir aux demandes qui me sont adressées des pays lointains, pourquoi n’y aurais-je pas des succursales? Et le voilà qui en établit en Hollande, en Pologne, en Russie et jusqu’en Amérique.
- Dix ans de plus, il se serait emparé de la Chine et du Japon. Mais....
- Le dieu qui met un frein à la fureur des flots,
- Sait aussi mettre un terme à l’appétit des sots.
- Nous laissons à ses actionnaires le soin de calculer les dividendes que ce marquis de Carabas industriel leur a laissés.
- Nous passons légèrement sur les appendices qu’il était entraîné chaque jour à raccrocher à l’une ou l’autre de ses grandes entreprises, telles qu’une fabrique de cardes, de clous, de boutons, et le chemin de fer de Paris à Bruxelles, qui n’a tenu qu’à un fil.
- Quelle forte tête il devait avoir, direz-vous, pour monter, entretenir et diriger soixante et un établissements différents, dont un seul absorberait la plus vaste capacité industrielle de notre époque ?
- Vous êtes dans l’erreur ; il ne faut que de l’audace, et encore de l’audace ; mais de capacité spéciale, point. La science, l’instruction, le calcul, la raison, rendent timide et modeste, et
- audaces fortuna juvat. Remarquez bien que l’aphorisme latin ne dit pas sapientes.
- On ne saurait croire combien de mal a fait ce misérable dicton païen parmi les chrétiens de nos jours. On ne voit partout que plongeurs qui se lancent les yeux fermés dans le gouffre de l’inconnu. Les entreprises les plus bizarres, les plus extravagantes s’organisent, pour exploiter des industries inouïes, des machines impossibles et d’ineffables spéculations.
- Quant aux bonnes choses, aux inventions rationnelles, dans lesquelles on voit clair d’un bout à l’autre, elles n’ont aucune chance de trouver des capitaux, parce qu’elles n’offrent que 20 ou 30 0/0 de dividendes assurés; mais parlez-nous des machines à mouvement continu, des moteurs gratuits, du perpetuum mobile, comme disent les Allemands, vous trouverez des millions, car ce n’est pas 30 0/0, c’est 3,000, c’est 300,000 0/0 que les spéculateurs vous font voir en perspective. Comment résister à cette brillante hallucination ? On aime tant l’inconnu, le mystérieux, le merveilleux , qu’on se hâte de placer ses épargnes à toutes les loteries des lingots d’or. Mais, nous le répétons, gare au jour du tirage et de l’universelle déception !
- 11 est bien temps, direz-vous, d’aborder la spécialité que vous prônez, et de nous dire comment les Anglais y marchent à grands pas, et pourquoi nous en sommes si loin. Il ne suffit pas de nous crier : Imitez les Anglais, comme une foule d’écrivains surfaciers nous le répètent sans explication; il faut approfondir les causes de leur supériorité et nous les étaler, comme on dit, en tartines assez appétissantes, pour nous faire éprouver le désir d’y mordre.
- Eh bien, ce qui s’oppose à la spécialisation de l’industrie sur le continent, nous allons vous le dire : c’est le communisme manufacturier qui règne chez vous, et qui est limité, en Angleterre, par des patentes bien défendues; c’est le droit du libre pacage intellectuel que vous avez rétabli, en brisant toutes les clôtures des monopoles et privilèges qui protégeaient injustement, mais toujours utilement, les concessions quelquefois royales que l’Angleterre a su respecter en ce qu’elles avaient de bon,
- En supposant que vous eussiez poussé votre expérience jusqu’au bout, et renversé les murs de la propriété foncière, en la laissant ouverte aux maraudeurs et aux braconniers, auriez-vous le droit d’être étonnés du désordre dont les accapareurs et les aventuriers de toute espèce auraient rempli la France? Cette France, qui vaut aujourd’hui cent milliards, n’en vaudrait certainement pas dix.
- Eh bien, la propriété industrielle et commerciale de l’Angleterre, qui vaut à elle seule l\0 milliards, puisqu’elle en rapporte deux, ne vaudrait pas plus que la vôtre, c’est-à-dire quinze à vingt d’après ce que vous produisent vos exportations, si l’Angleterre n’avait pas posé de limite à l’appétit des fabricants.
- Comment ne comprenez-vous pas que, puisque le partage, le clôlurage et la division du domaine matériel sont un moyen sûr d’accroître le nombre des propriétaires et la fertilité, le partage, le clôturage et la division du domaine intellectuel produiraient le même effet ?
- Assurément cette division aurait pour résultat d’augmenter le rendement.
- Le rendement ! Comprenez bien toute la magie de ce vilain mot.
- Mais vous êtes pressé, et vous criez : Au fait, avocat ! Nous y voici : nous la soulignons pour que vous reteniez bien votre formule :
- La spécialisation est la fille de l’appropriation légale de toutes les industries, fabrications et inventions diverses, entre les mains de ceux qui les auraient, les premiers, imaginées, acquises ou importées.
- Cette appropriation entraverait ou contraindrait les industriels au respect mutuel des limites, et l’empiétement devenant plus difficile, le libre parcours se trouverait naturellement réprimé. L’ordre s’établirait sur le terrain industriel comme sur le territoire agricole; chacun aurait ou pourrait avoir son enclos plus ou moins grand, qu’il ne pourrait agrandir que dans les limites de sa capacité, de son activité et de sa probité, et non selon sa gloutonnerie et sa voracité.
- Voici un exemple, pris au hasard au milieu de la salle des machines mouvantes du Palais de Cristal, qui nous fera mieux comprendre.
- Un mécanicien très-ordinaire, mais qui aurait pu entreprendre, comme les autres, toutes sortes de machines, s’est borné à la spécialité des instruments à broyer, triturer, concasser, piler, pulvériser et porphyriser toutes les substances imaginables ; il a inventé, perfectionné ou acquis tous les appareils et outils concernant son état, et s’est mis à tourner, tailler, creuser, polir le granit, le porphyre, le quartz, l’agate, et les molaires py-romaques les plus rebelles à l’acier trempé, au cyanure de potassium. Il a formé des ouvriers spéciaux à ce travail spécial, et a fini par acquérir une clientèle européenne d’abord, devenue universelle aujourd’hui par suite du succès hors ligne qu’il a obtenu à l’Exposition, pour ses machines à broyer à sec, à froid, à chaud, à l’eau, à l’huile, au gras, au maigre, comme on le désire, à partir du grand moulin à chocolat jusqu’au petit mortier homeeopathique qui est capable de porter la dynamisation des remèdes jusqu’à l’exacerbation, si on le désire. Il ne manque plus que le pulvérisateur d’éponges du docteur Mure.
- Qui ne comprend qu’une pareille industrie est assise sur d’impérissables fondements, et qu’elle est appelée à constituer une fortune héréditaire à la lignée de l’auteur, dont le nom porté, par le bâti de ses machines, dans toutes les contrées du globe, durera tout aussi longtemps sous la forme d'Hermann, le broyeur de chocolat, que celui de Napoléon, broyeur de couronnes ? Nous n’avons qu’un petit conseil technique a lui donner; c’est de tourner le cône de ses broyeurs à l’envers, si mieux il n’aime les tenir simplement cylindriques, afin qu’ils ne puissent avancer qu’en glis-r sant ou glisser en avançant; la besogne en avancera d’autant.
- Un des avantages de la spécialité, c’est de pouvoir résister aux crises politiques ou commerr ciales locales ; car si les commandes s’arrêtent dans un pays, elles continuent d’arriver de tous les autres. Mais quand tout le monde prétend tout faire, on ne fait qu’un peu de tout, et on le fait mal; personne n’acquiert une supériorité bien marquée, une clientèle définitive, parce qu’on ne peut donner une publicité suffisante à une quantité d’articles qu’on ne fabrique pour ainsi dire qu’accidentellement et que beaucoup d’autres fabriquent également, en manière d’accessoires. Cela s’appelle de l’anarchie du gâchis, et nous sommes, pour longtemps peut-être, en plein gâchis industriel et commercial. Vienne donc le règne de la spécialité pour nous tirer de là!
- Mais la spécialité ne peut sortir que d’une bonne loi sur les brevets et les marques qu’on renvoie sans cesse aux calendes greques.
- Ne serait-il pas bon, par exemple, qu’Erard ne fît que des pianos à queue, qu’il fait si bien? Pleyel, les pianos carrés où il excelle? Blanchet, les pianos droits? Pape, les pianos multiformes remplis d’inventions nouvelles? Il obéirait ainsi au génie qui le pousse aux innovations dont les autres savent mieux profiter que lui ; car nous n’avons pas vu à l’exposition un seul perfection-ment dans les pianos pour lequel Pape ne soit breveté depuis longues années. Cet homme est à sa partie ce que Gavé est à la sienne; ces deux observateurs font pour les besoins de leur travail courant de très-grandes inventions presque sans s’en douter. Ils n’arrêtent pas une minute leur attention sur un objet quelconque sans trouver à l’instant un moyen de faire mieux, et ils le font immédiatement, parce qu’ils ont l’outil à la main et la main à l’outil. Avant peu nous verrons sortir de leur cerveau des invention^ étranges et d’une simplicité qui prouve ce que peut la prestesse du coup d’œil aidé d’une longue expérience.
- Il suffirait d’une demi-douzaine d’hommes semblables, qui ne sortent pas de l’Ecole polytechnique, pour enrichir la France, si leurs découvertes ne devenaient pas la proie des éper-viers qui planent continuellement sur la tête des chercheurs, et les empêchent de gratter le sol de la Californie industrielle.
- Tant que les enfants d’Eden seront subordonnés aux enfants de la bête ; tant que les Caucasiens, doués de l’esprit de combinaison, seront
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- les esclaves des Autochtones, qui en sont privés et qui s’en vantent, l’aceessabilité à la propriété de leurs œuvres leur sera disputée; ils n’obtiendront ni la spécialisation de l’industrie, ni la responsabilité individuelle, ni. la création de nouveaux propriétaires et de nouveaux contribuables, parce que tout cela sont autant d’invention, et que toutes les inventions amènent des révolutions en industrie, et ne sont, pour la plupart, que des illusions, disent les cerveaux stériles. Soit; mais comme l’existence humaine se compose en grande partie d'illusions, et que vous avez droit de prélever un impôt sur la vie, il ne faut pas que les illusions échappent à l’impôt. Ge raisonnement mérite l’attention du fisc.
- Mettez donc les illusions en régie comme la poudre et le tabac, vendez des illusions aux inventeurs du monde entier, levez la dîme sur toutes les richesses imaginaires de ces fous du Pyrée qui n’ont pas le droit d’en user gratuitement, et qui ne demandent pas mieux que de payer pour jouir du droit commun ; concédez-leur des majorats dans les vastes régions de l’imagination, auxquelles vous n’attachez aucune valeur; permettez-leur de se tailler des habits dans le ciel azuré, et d’aller à la conquête des villes du mirage dans le brillant désert de l’hallucination; puis tendez-leur votre escarcelle, et ils la rempliront d’écus sonnants, comme vous remplissez celle de tant de jongleurs qui ne vous servent que des illusions mensongères et de vaines fantasmagories.
- Que risquez-vous de donner à celui qui vous le demande, l’argent à la main, le droit de créer, de nourrir et de garder ses illusions, 'puisqu’il paiera son parchemin aussi volontiers qu’on payait ceux du chevalier d’Hozier ?
- Ne voyez-vous pas que vous les rendrez bien heureux, tout en leur faisant solder l’espoir d’une vie meilleure ? Combien de rêves dorés n’avez-vous pas fait éclore dans le cerveau des prolétaires en leur vendant le spectre du lingot d’or !
- Qu’on les appelle à l’émeute aujourd’hui; soyez sûrs que pas un possesseur de billet ne descendra dans la rue avant le tirage.
- Eh quoi ! vous hésitez parce que MM. Quentin Bauchard, de la ltibossière et Schneider ont peur ? Craindraient-ils que quelques-unes de ces illusions ne devinssent des réalités ? Regretteraient-ils d’avoir concédé un acre de sable à un malheureux, qui pourrait, le coquin, s’en faire un beau jardin? Cela ne serait ni poli ni politique. Vous voyez bien qu’il n’y a qu’à gagner de donner à chacun la propriété de son idée ; car tout le monde a une idée, et chacun croit son idée excellente ; permettez-lui donc de payer pour son idée tant qu’il y croira ; et tant qu’il y croira, il paiera.
- Nous connaissons plus de cent inventeurs du mouvement perpétuel qui, le jour de l’émeute, se seront tous rangés, nous n’en doutons pas, parmi les défenseurs de la propriété, parce qu’ils sont persuadés qu’ils deviendront millionnaires l’année prochaine, et ils le croiront tant que vous ne ferez pas l’imprudence d’annuler leurs brevets.
- Courage donc, s’il en faut, pour encaisser le tribut de ces millions de Caucasiens insensés, répandus comme les Hébreux parmi les nations ; prélevez sur eux un impôt volontaire et progressif qui amènera le dégrèvement progressif de la propriété foncière, qui porte tout le fardeau de l’impôt, comme vous dites. En imposant les fous, vous aurez plus de contribuables qu’en imposant les sages, et ces prétendus fous vous béniront et rempliront le vide fait dans vos finances par vos prétendus sages.
- Soyez donc assez raisonnables pour préférer l’argent et les actions de grâces aux malédictions de ces innombrables lunatiques de tous les pays, qui font des livres, des opéras, des dessins, des statues, des cosmétiques, des alliages, des outils et des inventions de toute nature.
- Ouvrez donc dès demain le grand-livre et la grande caisse de Vimpôt des illusions; enfoncez-vous dans cette terre promise de la fiscalité sans violence; accordez la protection de vos lois à la marque de tous les fabricants du monde, afin qu’ils puissent poursuivre les plagiaires du nom, du signe, de l’emblème, de l’estampille, de l’étiquette, de l’enveloppe, de la bande, du cachet ou du timbre dont ils croiront devoir abriter leurs produits contre le vol et la fraude.
- LE PALAIS DE CRISTAL.
- Prélevez le même impôt de protection sur les écrivains, les musiciens, les dessinateurs, les modeleurs, les graveurs, les embosseurs et les estampeurs du monde entier.
- Ne refusez pas un tribut volontaire que l’univers demande à vous payer, pour obtenir la révocation du droit d’aubaine, si injustement rétabli contre les producteurs intellectuels. Le nombre de ces contribuables, tant étrangers que nationaux serait si considérable, que nul ne peut dire où s’arrêterait le chiffre de vos recettes annuelles.
- La difficulté de déterminer exactement ne doit pas vous engager à repousser l’initiative d’une mesure que vous vous repentiriez éternellement d’avoir laissé prendre par l’un ou l’autre de vos voisins.
- Vous voudriez sans doute savoir maintenant quels sont les arguments victorieux qu’on oppose à des vérités plantées aussi carrément depuis vingt ans coràm populo ? Les voici ; et nous jurons n’en avoir jamais entendu d’autres : — Oui, mais... qui sait?... peut-être!...
- On ne veut pas! On craint.... — Il y a tant de systèmes qui paraissent bons!.... C’est peut-être une utopie socialiste, dit un ministre ; voilà pourquoi je m’en défie.... — L’avez-vous lue? lui demande un conservateur. — Est-ce qu’on lit des utopies? répond l’intrépide logicien.... —On peut sans doute différer d’opinion avec vous sur plus d’un point, nous écrit un autre ministre; mais il ne les indique point, et pour cause.—C’est de la conservation, et je n’en veux pas, dit un communiste. — Il y a déjà trop de propriété, dit un proudhoniste. Quant aux économistes, ils ne nous reprochent qu’une chose, c’est d’avoir décoché quelques épigrammes au laissez-faire.
- A ceux qui craignent de déranger quoi que ce soit, nous démontrons que nous laissons tout comme il est, et que nous ne voulons organiser et approprier que ce qui sera demain.
- Ce qui s’oppose à l’adoption de vos idées, nous disent les plus malins, c’est d’avoir, trop raison , et il n’est pas bon d’avoir trop ou trop tôt raison, parce que .c’est humiliant pour ceux qui ont tort; et vous prouvez que tout le monde a eu tort de n’avoir pas vu clair plus tôt dans cette question, dont la solution, bonne ou mauvaise, doitamener, selon vous, le salut ou la perte de toute société basée sur la religion, la loyauté et la justice. Nous ne parlons pas de celles qui sont fondées sur la mutualité du vol et de la fraude, sur la fourberie et la violence, sur le droit du plus fort : celles-là se soutiennent depuis l’origine des siècles ; mais la nôtre, qui a la prétention d’être assise sur le droit commun, est en danger de se dissoudre dès qu’elle ment à son principe, qui est la justice.
- Mais voulez-vous savoir ce que c’est que 1a, justice ? Retenez bien cette définition nouvelle que nous ne pourrons jamais assez répéter :
- La justice est l’électricité statique du monde moral; dès que son équilibre est rompu, il tend sans cesse à se rétablir, même avec éclat. Ces éclats s’appellent, en physique, tonnerre et foudre; en politique, émeutes et révolutions. Voilà ce que c’est que la justice ; tant pis pour les gouvernements qui ne la pratiquent pas en tout et pour tous!
- Or y a-t-il justice d’enlever à un inventeur, après quinze ans, la machine qu’il a construite, lorsqu’on laisse perpétuellement à l’architecte la maison qu’il a bâtie ?
- Y a-t-il justice de condamner le premier à l’amende préalable des brevets d’invention, et de dégrever le second de l’impôt pendant plusieurs années?
- Y a-t-il justice d’exercer le communisme à ternis contre la propriété intellectuelle, quand on abrite la propriété matérielle sous l’égide de la pérennité ?
- Y a-t-il justice de traiter différemment l’auteur d’un livre, d’une partition, d’un tableau, et l’auteur d’une machine, d’un outil, ou d’une œuvre d’imagination quelconque?
- Y a-t-il justice de donner à perpétuité, à l’un le champ qu’il a acheté du produit de ses économies, et de refuser à l’autre la propriété perpétuelle de l’appareil qu’il a inventé ou acheté d’un inventeur, également avec le produit de ses économies?
- Cette injustice n’est pas une légère exception, une insignifiante anomalie dans nos codes; c’est
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- une immense avarie qui diminue au moins de moitié la valeur de nos institutions; c’est-une tache d’huile qui s’est étendue sur la moitié de l’étoffe dont le drapeau de la civilisation est formé, et qui menace de le souiller tout entier; c’est enfin la cause réelle , mais sourde et non formulée jusqu’ici, du malaise, de la misère et des troubles qui régnent dans le milieu social.
- Nous terminerons "pair'une figure, qui servira de. résumé et de conclusion à tout ce que nous venons de dire. -
- La justice veut que chacun puisse prendre librement, dans le milieu social, la place qui lui' est naturellement assignée par sa pesanteur ou sa valeur spécifique actuelle. Il faut que l’huile surnage l’eau, que les esprits surnagent l’huile, et que les essences, et les arômes occupent le haut du vase et la lie le fond; mais si vous re~. foulez incessamment, par un travail de Sysiphe , les huiles, les esprits et les essences dans la lie , vous n’aurez, à la place d’un milieu limpide et tranquille, qu’un milieu troublé, agité, tourbillonnant, bouillonnant, et en perpétuelle fermentation.
- Il ne faut donc violer en rien les lois éternelles, de la gravitation, pas plus dans le monde moral que dans le monde physique ; car l’un n’est que le reflet de l’autre, et l’on ne saurait impunément scinder ou dédoubler l’œuvre du Créateur.1
- Jobard,
- Directeur du Musée de l’industrie belge.
- REVUE DE L’EXPOSITION DE LONDRES. Perse. — Tunis. — Chine. —Mœurs chinoises, etc.
- PERSE.
- L’exposition de la Perse se borne à un très-pe- tit nombre de produits.
- On y remarque quelques minces échantillons de tissus ; des statuettes en ivoire, des pipes de1 différentes formes, de la soie grège, des'grain es, quelques livres persans, une casaque en soie' blanche peu différente de celles que portent îes; Chinois des basses classes. La patience des (James ’ persanes se révèle dans un mouchoir fort élégant, à^a broderie duquel l’une d’elles a consacré, dit-on, deux années.
- Les albums et les peintures exposés dans les vitrines de la Perse sont dus à des voyageurs anglais.
- TUNIS.
- A côté de deux grands tapis, d’assez médiocre qualité, qui annoncent l’exposition tunisienne, on est étonné d’apercevoir, non pas des produits africains, mais des produits du Chili et du Pérou. Le premier de ces pays a envoyé;des fruits,, des bois et quelques échantillons de ses riches et nombreux minerais de cuivre et d’argent. Le second est représenté par des fourrures de chim cliilla, quelques couvertures de laine et d’élégants objets en filigrane, parmi lesquels se- font particulièrement remarquer une délicieuse corbeille et deux charmantes statuettes représentant.des paons.
- La gauche de l’allée appartient réellement à Tunis, dont le nom est inscrit à l’entrée. Quelques beaux tapis, des châles, des couvertures, dès vestes brodées et des burnous préviennent en faveur de l’industrie tunisienne, qui nous montre, un peu plus loin, des produits dignes de rivaliser avec ceux de la Turquie : ce sont de magnifiques selles, à hauts rebords, recouvertes de velours rouge à broderies d’or, et munies., de fontes de pistolets également dorées. Rien de plus riche que les vêtements de soie, les surtouts, les pantalons, les dolmans à brandebourgs, les burnous militaires, qui remplissent les vitrines tunisiennes. L’or est prodigué sur tous ces tissus en larges et élégantes broderies. Pas une trace de l’influence européenne dans tout cela.
- Ces magnifiques étoffes contrastent avec les habits-communs dont les murs sont tapissés, et surtout avec les produits vraiment patriarcaux qui sont étalés dans la seconde grande salle de Tunis. Là se dresse une tente en laine grossière, recouverte de peaux de lions, habitation primitive d’une race nomade et guerrière. Là nous apercevons des objets dont les formes antiques et la simplicité nous font penser aux personnages de l’Ancien Testament. Ce sont des vases en terre, (Lo-ir la suite paye 562.)
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
- VITRINE
- A L’EXPOSITION DE LONDRES.
- La vitrine re présentée par ce dessin est une des scènes de l’Exposition, lorsque la foule s’y présentait, au commencement du mois de juin. Nous ne voulons pas en critiquer l’exécution; mais, comme détail, il nous a paru curieux de faire apprécier certaines dispositions intérieures de ce Palais d’Hyde Park, dont on n’a donné que des vues fort étendues et dans des proportions gigantesques.
- Nous nous étonnons que les spéculateurs qui cherchent des idées à appliquer n’aient pas importé en France quelques échantillons de l’Exposition, pour donner à ceux qui n’ont pas traversé le détroit une idée à peu près exacte de cette immense collection. On aurait pu faire connaître dans une exposition réduite les plus belles productions qui ont été envoyées à Londres. On aurait plus fait connaître à la France le commerce des nations étrangères par les objets mêmes que par des articles raisonnés.
- L’intérêt qui s’attache à l’étude des produits industriels commence à s’étendre; on a besoin de se rendre compte de ce que les nations sont aptes à fabriquer , et 1 on comprend que si, lorsque le terme de lE’x-position arrive, un spécimen des produits était envoyé en France, en Allemagne, dans les pays où l’in-
- Vitrine à l’Exposition de Londres.
- dustrie se développe, ce serait un puissant auxiliaire à cette étude même, à ces progrès. Avoir sous les yeux ces échantillons, recevoir des fabricants des indications utiles, se mettre en relation avec eux, serait le complément, le corollaire indispensable des voies et moyens employés pour établir entre les nations des rapports industriels.
- Nous recommandons cette idée aux associations commerciales et industrielles*. Lorsque les exposants vont être appelés à remporter, leur marchandise, à les retirer de ce grand centre, il est évident qu’ils seront fort heureux de se débarrasser de ces échantillons pour les produire On parle de ventes à l’encan, etc., etc. Rien ne serait plus propre ni plus favorable à la propagation du commerce étranger que ces eju ti on s partielles.
- Ce serait, en effet, le moyen, et selon nous, le meilleur moyen, de mettre en relation les fabricants de produits similaires. Quel est le but principal que les organisateurs de l’Exposition ont voulu atteindre? C’est de mettre les industriels sur la voie d’une communauté complète d’efforts pour réaliser les rêves du génie. Or, cette communauté ne peut avoir de mobile plus fort que la connaissance parfaite des moyens : question de franchise pour arriver au bien-être. L’effet sera digne de la cause.
- t
- CROUPE D’ENFAN TS
- EN PLATRE,
- PAR JONES.
- Ce groupe, qui est, comme on peut le voir par la vignette seule, une heureuse composition, é-tait au Palais de Hyde Park entouré d’un trop grand nombre d’objets pour que l’on pût l’examiner convenablement. C’est, du reste, le reproche que l’on fait à la disposition adoptée pour les œuvres d’art. On voit que l’industrie a été favorisée.
- C’est dans la partie sud-ouest que se trouve le travail de M. Jones. Quel est celui des deux animaux à qui le nom de Favori, que lui donne le sculpteur, s’applique le mieux? Est-ce au poney ? est-ce au chien ?
- Grande question dont la réponse est dans le cœur de ces chers petits enfans pleins detendressepour ces deux amis, qui, eux aussi, les pauvres bêtes, paraissent se réjouir bien sincèrement des caresses qu’ils reçoivent. On ne peut se faire une idée de la beauté de ces chevaux du Shetland et de ces chiens d’Ecosse , soyeux, d’une crinière luxuriante, pleins d’agilité et de douceur. Le scul-pteur n’a pas eu là à donner cours à son imagination que l’on estime. Ces enfants sont de la famille de JY1. Mendell, et les animaux sont deux favoris de ces charmantes petites créatures qui s’y lient avec tant d’élan. Pour les artistes, de tels modèles sont une bonne fortune.
- Groupe d’Enfants, en plâtre, par Jones.
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
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- L’ARCHANGE TERRASSANT LE DÉMON,
- Par Duseigneur.
- Quand on entre dans la grande galerie de l’Est, les regards sont frappés tout-à-coup par l’aspect d’une statue colossale qui domine cette galerie et qui, par l'effet saisissant qu’elle produit, semble s’élancer au-dessus du sol. Cette statue est le groupe de Duseigneur, réprésentant l’archange saint Michel terrassant le démon. 11 est difficile de rendre avec plus de vérité, plus de noblesse et à la fois plus de force, la domination de l’archange. Il y a dans ses traits une expression de douceur divine et dans son attitude une puissance qui se révèle indomptable. Quant à Satan , ceux qui ont vu la chapelle Sixtine à Rome, ce chef-d’œuvre de Michel-Ange, peuvent seuls se figurer Satan vaincu, terrassé, s’élançant dans le gouffre où le précipite la volonté de Dieu. Ce groupe est d’un effet saisissant. Les grandes proportions dans lesquelles il est exécuté sont proportionnées à l’immense vaisseau du palais de Hyde Park, et le jour qui inonde ce groupe de lumière lui donne toute son importance et son éclat.
- HARMONIUM
- De MM. Luff et C' (de Londres).
- Dans notre numéro du 21, nous avons donné sur les orgues et harmoniums qui sortent des ateliers de M. Debain, des renseignements précis et détaillés. On peut y voir de quelle utilité sont ces instruments pleins de mélodie pour l’art musical. Le dessin ci-dessous représente un harmonium de MM. Luff, de Londres. Cette maison est en grande réputation en Angleterre, et l’instrument qu’elle a exposé est un des plus beaux meubles de ce genre. Le soin avec lequel elle fabrique nous donne la certitude qu’elle a rendu complé-
- L’Archange terrassant le démon, par Duseigneur.
- tement l’effet que l’on veut atteindre avec les nouveaux procédés employés par les inventeurs de l’harmonium.
- Un avantage que présente l’instrument de MM. Luff, c’est le bon marché. Il est à désirer que pour les temples, les chapelles, l’on puisse avoir à propager ce mélodieux instrument. Dans les campagnes surtout, l’on ferait bien de substituer la véritable harmonie à cette musique qui n’a pas toujours pour résultat de maintenir une gravité nécessaire au culte divin.
- L’ENFANT AU NID D’OISEAUX,
- Par G. Emanueli (de Milan).
- Presque toute la partie des produits envoyés par l’Autriche et qui représente des objets de beaux-arts, sort. des ateliers de statuaires italiens. Cependant, nous devons faire mention d’un artiste fort distingué, M. Gasser, de Vienne, qui a envoyé plusieurs sujets en bronze. On remarque une Vénus au bain, un beau modèle de fontaine, un vase de fleurs où le zinc vient s’unir au bronze. Nous devons aussi parler de M. Kahsmann* dont nous avons donné la belle statue de l’Hébé avec l’aigle, et de M. Max , de Prague , qui a envoyé deux beaux groupes de marbre.
- Pour le reste, ce sont presque tous des artistes italiens, et, parmi eux,M. G. Emanueli, qui a exposé un de ces petits chefs-d’œuvre qui rappellent l’antique. C’est un jeune enfant qui tient un nid et qui prend sur lui de conserver à la vie ces petits oiseaux, confiants et captifs, qui tendent leurs becs vers leur mère, que cet enfant ( cet âge est sans pitié, dit La Fontaine) prend un malin plaisir à leur faire désirer. Il y a dans ce groupe un sentiment charmant ‘ de composition , d’une vérité naturelle, qui en fait tout un petit drame de douce sollicitude.
- Harmonium, par MM. Luff et Ce (de Londres).
- L’Enfant au nid d’oiseau, par G. Emanueli (de Milan),
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
- des cruches à deux anses et de forme allongée comme celle dont Rebecca devait se servir; de la poterie commune en métal, des callebasses, des outres, des tissus en étamine et des couvertures grossières.
- Les chaussures tunisiennes se distinguent par leur ampleur excessive ; on voit qu’elles sont destinées à un peuple de marcheurs peu soucieux de faire le petit pied. L’odeur qu’elles exhalent est exactement celle du cuir de Russie ; elles doivent être préparées de la même manière : singulière analogie, eu égard à la distance qui sépare les deux pays.
- On remarque encore des chapeaux de paille pour hommes , qui se rapprochent de ceux de nos paysannes par la largeur de leurs bords ; quelques échantillons de savons communs ; des graines, des bougies, et une guitare d’une forme très-originale. Tous ces produits se fabriquent évidemment sur le même modèle et par les mêmes procédés depuis plusieurs siècles. C’est l’immobilité, le statu quo de l’industrie antique, transporté, comme pour faire contraste, dans le palais des merveilles et des progrès de l’industrie moderne.
- CHINE.
- Tunis touche à la Chine, dont le compartiment se trouve placé près de la porte principale du Palais de Cristal, au commencement ou à la fin (si l’on aime mieux) de la partie de l’Exposition occupée par les nations étrangères.
- Les produits chinois n’ont point été envoyés par les soins ou sous les auspices du gouvernement du Céleste-Empire, opposé à tout ce qui peut établir des rapprochements et des rapports politiques entre la Chine et l’Europe. Ces produits ont été, non pas fournis par des exposants, mais achetés à des marchands. C’est par des Anglais fixés à Canton ou à Hong-Kong qu’ils ont été recueillis.
- L’expositiou chinoise manque donc de ce caractère officiel qui distingue celles des autres pays. C’est un petit musée, une collection de curiosités, beaucoup trop incomplète pour donner une idée quelque peu exacte de l’état de l’industrie et des arts de la nation dont elle porte le nom.
- Ce qui frappe tout d’abord le visiteur qui pénètre dans le compartiment de la Chine, ce sont les porcelaines et les soieries de ce pays. Nous remarquons quelques grands vases, à longs goulots, dont les dessins blancs tranchent admirablement sur un fond grisâtre. Ce genre de porcelaine est plus distingué, mais moins riche que les vases de même forme surchargés de figures grotesques de mandarins et de modèles de pagodes, que nous rencontrons aussi à l’Exposition et qui se fabriquent en plus grande quantité pour l’exportation. Les assiettes, les services à thé, sont d’une élégance et d’une légèreté extrêmes. Les peintures qui les décorent sont, en général, plus soignées que celles des grandes pièces.
- L’industrie de la porcelaine est, comme on sait, une des plus importantes de la Chine, où elle existe depuis près de douze siècles. Les manufactures de King-té-Techin, dans le Kiangsi, qui sont encore aujourd’hui les meilleures de l’Empire, datent, dit-on, de plus de huit cents ans. C’est là qu’un grand nombre de marchands des provinces environnantes vont faire leurs achats. Ils prétendent que l’eau de cette localité est infiniment meilleure pour la fabrication des porcelaines que celles des autres lieux où l’on en fabrique aussi. Les matériaux employés par les Chinois dans l’industrie qui nous occupe, sont aujourd’hui parfaitement connus en Europe; mais la légèreté et la transparence extrêmes de leurs porcelaines, que l’on n’est pas encore parvenu à égaler chez nous, pourraient faire supposer quelques secrets ou quelques particularités dans leurs procédés de fabrication. Quant à leurs peintures sur émail et à leurs dorures, elles le cèdent de beaucoup à celles de l’Europe et n’ont d’autre mérite que leur étrangeté.
- Les petites pièces de porcelaine se vendent à bien meilleur marché dans les ports du nord de la Chine qu’à Canton. A Ning-po, par exemple, un service à thé de deux douzaines de tasses ornées de peintures de la plus grande élégance, ne revient qu’à environ quarante francs, tandis qu’on le paierait le double ou le triple à un marchand cantonais.
- A l’époque où l’Europe ne savait pas fabriquer la porcelaine, la Chine lui en envoyait pour des sommes considérables; mais aujourd’hui l’exportation annuelle de cet article ne s’élève guère, dans le port de Canton, qu’à une valeur de six à huit cent mille francs.
- Les soieries chinoises font l’admiration du public dans le Palais de Cristal. Les satins et les damas se distinguent autant par la beauté du tissu que par l’élégance des dessins; mais ces magnifiques étoffes, disons-le à la gloire de notre industrie, pâlissent souvent à côté de celles de Lyon.
- L’industrie de la soie est en honneur dans le Céleste-Empire depuis la plus haute antiquité. Un ancien souverain dé ce pays, jaloux d’encourager une industrie aussi intéressante, enjoignit à l’impératrice, son auguste épouse, de présider en personne à la culture des mûriers dans ses jardins et à l’éducation des vers à soie dans son palais.
- Cet exemple n’a pas été perdu, et l’industrie sérigène a atteint, en Chine, une perfection remarquable.
- On y prodigue les engrais les plus convenables, tels que la cendre et la vase des rivières, aux terrains destinés à la culture des mûriers. On émonde les arbres avec soin, on préserve les feuilles des insectes nuisibles.
- La graine des vers à soie est conservée avec les plus grandes précautions. La nourriture du ver après l’éclosion, se proportionne à son âge. Les feuilles sont très-exactement pesées et étendues sur des claies d’une propreté extrême. On cherche à garantir les magnaneries de toute espèce de bruit. Les femmes chargées de l’éducation des vers sont astreintes à des règlements de propreté d’une singulière rigueur, et la température des chambres où l’on élève les vers est réglée avec le plus grand soin.
- Les Chinois emploient pour la fabrication de la soie, des métiers d’un système assez perfectionné, mais bien inférieurs au métier Jacquart. ' C’est au talent de l’ouvrier et aux traditions manufacturières, plus qu’à toute autre cause, qu’il faut attribuer la beauté des soieries chinoises, et la supériorité que conservent les damas, les foulards de Nankin et les étoffes brochées or et argent du Tché-Kiang, et surtout les incomparables crêpes de Chine dont nous rencontrons à l’Exposition de magnifiques spécimens.
- Canton expédie annuellement à l’étranger pour une dizaine de millions de francs de soieries, dont les plus belles lui arrivent des environs de Nankin.
- Nous avons retrouvé au Palais de Cristal le fameux tissu de Eia-pou, appelé grass-cloth par les Anglais, et dont nous avons eu beaucoup de peine, en Chine, à déterminer la matière première. A force de questionner, nous sommes arrivé à découvrir que ce tissu était fabriqué avec la fibre d’une plante connue en histoire naturelle sous le nom d'urtica nivœa, plante dont les feuilles ont un peu la forme et la couleur des grosses orties.
- Le hia-pou est la batiste des Chinois. Nous en avons compté une quinzaine de variétés chez un marchand cantonais, nommé Idko-Yun, dont les produits figurent au Palais de Cristal. Les Européens fixés en Chine tirent un parti précieux de cette étoffe : on en fait des mouchoirs, des vestes, despantalons, deschemises, qui sont d’unegrande fraîcheur en été, et qui ont l’avantage de ne pas adhérer à la peau quand elle est en transpiration.
- Un produit chinois qu’on admire aussi, et à juste titre, ce sont les boîtes et les autres objets en laque.
- Le vernis-laque est une résine que distille un arbre nommé tsi-chu, assez commun dans les provinces du Sé-Tchuen et du Kiang-si. Des incisions pratiquées dans son écorce offrent une issue facile à cette résine, qu’on recueille dans des vases attachés au dessous des entailles. On mélange, à ce que l’on nous a dit, la matière obtenue de cette façon avec diverses autres substances, avant de s’en servir; puis on l’applique sur le bois en couches minces et en plusieurs fois: ce n’est que quand chaque couche a eu le temps de sécher qu’on en ajoute une nouvelle.
- Au Japon l’on donne, àcequ’il paraît, cinq cou -cites différentes, au moins, et on les polit à l’aide d’une pierre douce ou d’un roseau. Quant aux in-
- crustations en nacre, elles s’obtiennent, dit-on, en colorant l’une des faces de la nacre qui a été préalablement taillée à cet effet, puis en insérant le morceau ainsi préparé dans le vernis, de telle façon que le côté coloré soit placé en dessous, mais réfléchisse sa nuance à travers la nacre.
- Les laques de Chine sont, en général, enrichies de dorures qui représentent des paysages, des jonques, des pagodes, des personnages fantastiques. Canton exporte un grand nombre de boîtes à thé, de plateaux, de nécessaires, de guéridons et de paravents en laque.
- Les tableaux chinois exposés brillent autant par la finesse des détails qu’ils pèchent par la perspective. Les peintures d’intérieurs sont charmantes de coloris ; rien de plus délicat, de plus fini, de plus léché que les costumes. Nous remarquons quelques portraits sur verre d’une grande beauté : les artistes cantonais excellent dans ce genre comme aussi dans les peintures d’albums. Les peintres Namkoua, Youkoua et Tingkoua, de Canton, font des choses charmantes. Leurs collections d’albums industriels, d’albums de fleurs, sont de vrais trésors. Rien n’initie mieux à la vie chinoise que les dessins et les peintures qui en représentent toutes les phases, toutes les cérémonies les plus intéressantes, tous les actes les plus importants.
- A l’entrée du compartiment de la Chine, nous remarquons un grand tapis qui paraît formé de plusieurs pièces rapportées. Le dessin de ce tapis fait partie du tissu, tandis que la plupart des tapis que nous avons eu l’occasion d’examiner en Chine présentaient tout simplement des dessins imprimés.
- Parmi les objets de curiosité chinois se trouvent des racines de bambou sculptées ; des statuettes en bois, très-grotesques; des tonnelets en porcelaine qui servent de sièges dans les jardins élégants ; des animaux fantastiques en terre et en bois, auxquels s’attachent souvent des idées superstitieuses et qui sont censés exercer une influence propice ou funeste dans les habitations.
- Nous apercevons aussi un joli petit modèle de pagode, en terre coloriée ; des moulures en terre, à jour, servant de décors pour l’architecture ; des cassolettes à formes étranges; de charmants modèles de jonques ; des meubles en rotin ; des jeux d’échecs, et des bronzes aux contours artistiques. Quelques délicieux petits vases en jade nous rappellent que cette pierre, très-estimée des Chinois, se présente sous toutes les formes, sous celles de flacons, de tasses, et de mille petits ornements, dans les salons des riches mandarins.
- Les lanternes chinoises se font remarquer par leurs formes bizarres et variées.
- Les éventails brillent, les uns par leurs charmants bonshommes en ivoire, nichés dans la soie ou dans le papier qui forment les plis ; les autres, par leurs admirables montures en écaille, en argent ou en ivoire ciselé.
- Les écrans chinois sont mal représentés ici. A Canton, ils affectent mille formes différentes. Les uns, en papier de soie, arrondis ou taillés en hexagones, sont ornés de peintures grotesques et de bonshommes en ivoire; les autres, formés de plumes blanches ou de plumes d’argus, sont taillés en cœurs et en triangles.
- Nous remarquons un joli secrétaire en bois noir, à incrustations ; des pipes en bambou et en cuivre blanc; des montres, des couteaux, des rasoirs; un mannequin représentant un mandarin en grand costume, décoré de la plume de paon, et portant au sommet de son chapeau conique le bouton qui marque son rang.
- Nous apercevons aussi une pièce de soie de couleur foncée, sur laquelle se trouve brodée, en assez grands caractères, une pétition adressée, il y a environ deux siècles, au sous-gouverneur de Canton, par quelques centaines de marchands dont les noms sont placés au bas.
- Les fameux nids d’hirondelles, qui jouent un si grand rôle dans la cuisine chinoise, ne pouvaient pas manquer de trouver place à l’Exposition.
- Ces nids ne se recueillent pas en Chine, comme on le croit en Europe; ils y arrivent de l’archipel malais, et particulièrement des îles de Java et de Sumatra. Ils sont l’ouvrage d’une hirondelle qui ressemble fort peu à la nôtre, et qui les construit à l’aide d’une substance mucilagineuse, re-
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- cueillie, à ce qu’il paraît, sur les bords de la mer, substance qu’on dit être une sécrétion de certains poissons.
- L’hirondelle construit le plus souvent la demeure de ses petits dans des anfractuosités de rochers à pic , dont le pied est arrosés par l’Océan, en sorte que le dénicheur s’expose aux plus grands dangers pour atteindre sa proie.
- Les nids ont à peu près le double de la grosseur d’un œuf de poule. Ils sont soumis à de nombreuses préparations avant de paraître sur la table des Lucullus de l’empire du Centre. On commence par bien les sécher, puis ils sont livrés aux cureurs de nids, qui en extraient, au moyen de petits crochets, toutes les impuretés. Une fois raffinés, ils ne sont autre chose qu’une substance blanchâtre et cassante, qu’on prendrait volontiers pour de la colle de poisson concassée.
- Les nids d’hirondelles sont classés, dans le commerce, en un grand nombre de qualités différentes. Les plus recherchés sont ceux qui ont renfermé des jeunes à peine couverts d’un léger dqvet. Quand ils n’ont contenu que des œufs, ils sont rangés dans les sortes intermédiaires. Si leurs habitants avaient, par malheur, déjà des plumes, ils sont réputés de qualité inférieure. Ceux qui ont été abandonnés par les petits forment le rebut, à cause des plumes et des ordures dont ils sont remplis.
- Les nids de première qualité valent jusqu’à 160 et 180 fr. le kilo, tandis que les dernières sortes se vendent à peine 30 fr.
- Le potage aux nids d’hirondelles est un des meilleurs plats de la cuisine chinoise, et ne déplaît pas aux palais européens les plus délicats.
- L’exposition des thés, qui est fort complète, mérite aussi quelques mots d’explication.
- L’arbrisseau dont la feuille sert, à fabriquer le thé a d’un mètre à un mètre et demi de hauteur.
- Le thé vert et le thé noir ne sont pas, comme beaucoup de personnes se l’imaginent, le produit de deux arbres différents ; la différence dé teinte ne provient que des différences de préparation. Les Chinois obtiennent, à volonté, du thé noir ou du thé vert avec la même feuille. Cependant, certains crus sont spécialement consacrés à la production du thé vert, comme d’autres à celle du thé noir.
- L’arbre à thé prospère dans des terrains très-légers, mais un peu humides. Il se reproduit par graines que l’on sème dans des pépinières. Au bout de quelque temps, on transplante les jeunes pousses et on les dispose en rangées régulières convenablement distancées.
- Le meilleur emplacement pour une plantation de thé est la base d’une colline exposée au midi. Le versant méridional des collines Bohi fournit les meilleures qualités de tout l’empire. Elles sont exclusivement affectées à la consommation de la cour de Pékin, qui envoie des commissaires impériaux présider aux récoltes.
- Celles-ci ont lieu trois ou quatre fois par an; mais on ne commence à cueillir les feuilles de l’arbre que quand il a atteint sa troisième année.
- Le produit moyen d’un arbre est de 5 à 600 grammes, et sa durée de dix à vingt ans.
- La réputation de certains crus se perd dans la nuit des temps.
- Les feuilles, une fois cueillies, sont soumises à une dessiccation lente sur des planches exposées au vent. On les retourne fréquemment et on les roule entre les mains. J’ai entendu dire que celles destinées à devenir du thé noir étaient soumises, pendant quelques heures, en plein air, à l’action des rayons solaires, ce qui donnait lieu à une sorte d’oxydation, tandis que les feuilles servant à faire du thé vert étaient séchées dans des bâtiments.
- On procède ensuite à la torréfaction. Pour le thé noir, elle s’accomplit dans des bassins de fer en forme de calottes sphériques, disposés sur un rang dans des ouvertures pratiquées à la partie supérieure d’un fourneau en maçonnerie très-lohg. On met environ deux kilos de feuilles dans chaque bassin, et l’on agite avec une spatule, en chauffant le bassin à une température élevée, mais pas jusqu’au rouge. Le thé éprouve une légère décrépitation. L’opération dure environ une demi-heure.
- Une seconde dessiccation a lieu ensuite. Elle
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- se fait dans des paniers tressés avec des branches de bambou ; ces paniers ont environ un mètre de hauteur, et présentent dans leur milieu une séparation, aussi en treillis de bambou, sur laquelle on dispose une couche de feuilles qui s’élève jusque vers la moitié de la partie supérieure.
- Chaque panier est placé au-dessus d’un trou de chaleur rond, dans lequel on a mis de la braise. La chaleur qui s’en exhale pénètre dans la couche de thé, que l’on remue, et la dessèche complètement.
- La torréfaction du thé vert a lieu par un autre procédé. Les bassins de fer sont placés sur un fourneau dont la surface est inclinée; ils se trouvent donc dans une position oblique. On y soumet les jeunes feuilles à une chaleur modérée, et les vieilles à une température élevée, mais beaucoup moins que pour le thé noir. L’opération dure plus longtemps que pour ce dernier. On agite continuellement les feuilles avec la main.
- Le thé vert ne subit qu’une seule torréfaction; on peut donc dire que ce qui constitue la véritable différence entre le thé noir et le thé vert, c’est que la dessiccation de ce dernier est moins avancée, moins complète : aussi peut-on convertir le thé vert en thé noir, mais non pas le thé noir en thé vert.
- Il paraît que , pour donner une plus belle nuance à leurs thés verts, les Chinois y mêlent souvent du bleu de Prusse, du plâtre, du chro-mate de plomb et du curcuma. Les thés noirs sont à peu près les seuls qu’ils consomment ; les autres sont destinés à l’exportation.
- On peut passer en revue, à l’Exposition de Londres, toutes les variétés de thés les plus répandues dans le commerce, depuis le Bohi, le Congou, le Pacho ou Pékoé, le Sou-tching et le Paou-ching, qui sont les principaux thés noirs, jusqu’au Touan-kay, au Ilyson, au thé impérial et au thé poudre à canon, qui forment les sortes vertes les plus renommées.
- Haüsmann.
- Délégué du ministre du commerce.
- COUBRIER DE PAfflS ET DE LONDRES.
- L’Industrie des cinq parties du monde a l’honneur de prévenir les curieux, les visiteurs, les habitués, que le terme de son séjour à Londres est fixé au 11 ; qu’il n’y aura point à y revenir : la précieuse, la magnifique, l’immense collection va disparaître, impitoyablement dispersée dans tous les coins de l’univers; et déjà le déménagement commence, et bientôt vide, abandonné, désert, creux et désolé, le frêle édifice ne laissera plus voir au travers de ses fines murailles que du foin et de la paille, tristes vestiges du dernier voyage des merveilles qui ont fait sa gloire : fragilité des choses humaines ! Lorsqu’il sera débarrassé de son lest, gare les coups de vent !
- Au reste, l’Exposition a fait son temps : il faut le reconnaître, le nombre des retardataires n’est pas considérable, et qui devait voir a vu. Les Parisiens rentrent en foule et les étrangers suivent les Parisiens. Les Parisiens racontent leur voyage et ne sont pas encore revenus de toutes ces surprises, de toutes ces admirations dont ils ont été transportés, non pas à la vue des merveilles de détail de l’Exposition, mais du mouvement extraordinaire de cette étrange ville de Londres qui ne ressemble à aucune autre, auprès de laquelle Paris est froid, paisible, inanimé ; où la rue Saint-Denis, avec ce qui nous semble un fatras de charrettes, de fiacres, de populaire et de gens affairés, serait classée pour la rue calme destinée aux personnes retirées des affaires, aux couvents et aux maisons de santé. Les Parisiens sont encore dans l’ébahissement quand ils songent aux deux files non interrompues et infinies d’omnibus sans cesse au galop, formant double haie à des myriades de voitures de toute espèce : ils racontent, ils racontent à n’en plus finir. Oh ! les policemen, des gens très-comme il faut, qui portent la raie faite derrière la tête, et polis ! Ils ne sont que 3,000, et ils font à eux seuls toute la police de Londres avec une facilité, une adresse, une politesse, un succès inimaginables; et, dans ce drôle de pays, ajoute-t-on, on ne marche que sur les trottoirs, et il y a tant de voitures, et elles sont si rapides, que vraiment il n’est permis et possible au piéton de
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- traverser que quand, par hasard, un embarras a tout arrêté. Voyez alors les policemen, comme ne moins de rien ils ont débrouillé cet écheveau, et comme on leur obéit.
- Et toute cette série de maisons froides, basses et fermées comme des retraites : chacun a sa maison ; voilà ce que le Parisien ne peut comprendre, lui qui est habitué à entasser, à superposer, à juxtaposer, à ajuster, comme en un jeu de patience, famille sur famille. « Comment ! s’écrient-ils, chacun sa maison ! cela est triste; et pas de portier ! Ah ! par exemple, pas de portier ! voilà de ces joies immenses, inouïes, incommensurables, dont il ne nous sera jamais donné de jouir. Pas de portiers ! trop heureux Anglais ! »
- Et puis la Tamise, et le tunnel, et les docks, et les prix des voitures de place, et de l’entrée dans tous les compartiments' des monuments publics, et le prix des repas, du vin et des omnibus, et le prix de tout enfin ; car tout cela ne ressemble guère à nos tarifs; et la mauvaise cuisine, et les dîners invraisemblables, et Gremorne, et le Wauxhall ! jamais' le Parisien n’avait été aussi fort en ethnographie. Maintenant il connaît mieux Londres que Versailles. Londres est devenu, à part la question du télégraphe sous-marin prolongé qui en ferait un quartier central de Paris, Londres est devenu de la banlieue, et le bourgeois y fait volontiers des promenades : c’est un progrès : cela rend le Parisien moins casanier ; cela lui montre que l’horizon extrême de la Bastille n’est pas précisément infranchissable, qu’il y a encore au delà quelques contrées habitées et qui peuvent être comptées sinon pour nos semblables, du moins pour nos analogues. Enfin, à l’Exposition, on a dû un résultat qui n’est pas sans importance : le Parisien ne connaît pas encore la campagne, mais au moins il connaît Londres ; c’est un progrès.
- Enfin, là-bas, il n’y a plus rien, qu’une foule de voyageurs et d’objets d’art qui font leurs malles. Itabattons-nous donc sur Paris.
- La vogue inespérée du théâtre des Variétés se soutient, tant mieux ; et pourtant cela est désolant. Je m’explique. On sait pourquoi M. Carpier, le nouveau directeur, a pris, il y a trois ou quatre mois, cette entreprise en main : c’est par raison de santé. M. Carpier, paraît-il, se livrait à un travail de bureau désastreux pour sa santé. Son médecin lui dit: Il faudrait une affaire grave, embrouillée, qui vous donnât du tracas, de l’embarras, des inquiétudes ; cela vous remettrait. Si vous pouviez faire faillite, vous seriez guéri.
- M. Carpier prit la direction des Variétés; il la paya cher; il la prit dans des conditions difficiles, avec un loyer cher, des engagements onéreux, des charges de toute espèe; je ne sais combien de pièces reçues, etc. 11 semblait devoir obtenir sa guérison complète en trois mois. Cela lui eût coûté trois cent mille francs. Jamais mémoire d’apothicaire ne s’éleva si haut. Enfin il eût été guéri ; mais point ! Le théâtre réussit ; les pièces, les engagements sont couverts par les recettes. Le théâtre des Variétés est guéri de son malaise de deux ans ; mais qui guérira M. Carpier ?
- LeVaudeville a ouvert par une pièce à couplets, en trois tableaux, pièce d’ouverture. Mlle Saint-Marc joué l’Épigramme ; Mlle Payre, le Vaudeville; un acteur, je crois même, joue le Sel. Vous dire par qui ces couplets sont chantés, c’est vous dire qu’ils sont ou du moins qu’ils semblent fins, spirituels, charmants, et que c’est un fort bon petit succès pour ouvrir la marche et vous mettre en goût.
- Ouistiti! c’est 'Mlle Déjazet, déguisée par Alexandre Dumas en une espèce de petit Ruy-Blas, qu’on avait noirci ou plutôt cuivré à la première représentation, idée qui a été fort mal accueillie; mais le lendemain, ou le théâtre, ou Mlle Déjazet, ou tous les deux se sont ravisés, et la pièce marche admirablement, soutenue par l’esprit, la finesse, la grâce et la jeunesse, à vrai dire, éternelle de la grande comédienne.
- La première pièce , intitulée : Pe'it bonhomme vit encore, est de MM. Dartois et Besseliè-vre; Ouistiti, de MM. Leuven et Brunswick, ou plutôt, dit-on, tout simplement d’Alexandre Dumas. Cela est possible.
- La salle, — car ce soir-là on n’a cessé d’annoncer des auteurs, — la salle est de MM. Philastre, Cambon et Thierry. —En somme, trois succès.
- Passons à M. Anicet Bourgeois.
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- LE PALAIS DE CRISTAL.
- M. Anicet Bourgeois triomphe sur toute la ligne. .. des boulevarts. Hier, en faisant voyager son public dans les Quatre Parties du monde, il remportait une victoire sur la scène de ce Cirque-National où l’empereur Napoléon, l’armée française, tous les généraux , maréchaux et grenadiers de l’Empire ont tant de fois triomphé. Aujourd’hui, bras dessus bras dessous avec son collaborateur habituel, Michel Masson, l’auteur des Contes de l’Atelier, M. Anicet Bourgeois vient défaire fondre en eau toute la salle de l’Ambigu.
- Marthe et Marie est un drame intime, touchant, une de ces poignantes histoires faites pour briser le cœur des mères placées entre leur propre déshonneur et l’avenir de leur enfant. C’est une donnée toute nouvelle, que nous n’avons pas encore vu produite sur la scène : — Marthe a été sauvée, le jour du mariage du Dauphin et de Marie-Antoinette, en 1770, au milieu des scènes de cette catastrophe épouvantable où l’écrasement d’une foule inaugurait l’union de cette belle et noble femme, qui devait partager avec son royal époux le trône et l’échafaud. L’homme qui a sauvé Marthe était ivre : quand il eut emporté dans ses bras cette belle créature, il a perdu la tête, et se laissant entraîner par la double influence de l’ivresse et du désir, il a déshonoré celle qu’il venait de sauver.
- Marthe appartient à une des plus nobles familles de France. Elle est devenue mère !... Pour cacher sa faute, l’enfant qui est né de ce crime sans nom, de cette %honte involontaire, passe pour sa sœur.
- Voilà donc Marthe sœur et mère tout à la fois
- de cette belle jeune fille qui est le fruit de cet acte brutal. Tout le drame est dans cette donnée originale, et bien difficile à conduire à travers les exigences de la scène.
- Nous ne raconterons pas ici les mille incidents qui naissent de cette situation toute poignante : il faut aller voir ce drame. Mais ce qu’il faut signaler, c’est le talent, l’âme, le génie dramatique hors ligne, la beauté de Mme Guyon, chargée du rôle de Marthe.
- Il y a quelques années, le drame et la tragédie n’avaient plus d’interprètes : Mme Dorval était morte ; elle avait emporté, avec bien des défauts, d’éminentes qualités, l’entraînement, l’expression saisissante de la douleur. Quant à la tragédie, elle était devenue une lettre morte : on n’en parlait plus. Mlle Rachel a paru. Elle a évoqué les statues antiques, et nous avons vu marcher, parler, agir ces grandes ombres dont le souvenir seul avait su conserver encore le culte et l’admiration.... Mais le drame.... le drame moderne ?...
- Or, Mme Guyon, qui avait trouvé dans Frédéric Soulié son initiateur aux grandes émotions du cœur humain, a parcouru, depuis trois ou quatre ans, toutes les passions du drame, non pas telles que les dieux, ou les Grecs, ou les Romains, les ressentaient, mais telles que le cœur humain les éprouve. Cette femme, si belle, si vraie, qui n’est plus seulement une artiste, quand elle se laisse entraîner par la passion qui la domine, mais qui est, toujours, la personnification même de cette passion, Mme Guyon, est appelée aux plus hautes destinées dramatiques.
- Comment se fait-il que la première scène française ne s’empare pas de ce talent, qui n’a jamais (tant il est naturellement pur!) perdu la dignité dans l’art? Sans doute Mme Dorval avait de l’âme... mais que d’exagération, et parfois de trivialité dans son jeu! Jamais Mme Guyon ne cherche ses effets que dans le langage naturel et progressif du cœur ; suivez les nuances exquises de son maintien : avec quelle sympathie pour ce qui souffre, quelle noblesse contre ce qui flétrit, quelle tendresse profondément inspirée, elle exprime, dans la Closerie des Genêts, l’étonnement du déshonneur; dans Marianne, la sollicitude d’une mère ; dans Marthe et Marie, l’abnégation résolue de la mère et de la sœur ! L’art dramatique élevé à cette puissance, c’est la vérité, c’est la nature; c’est plus que le jeu de la scène, c’est l’étude complète du cœur. Il est évident qu’une artiste qui traduit la passion avec une vérité pareille est une femme éminemment distinguée, dont la pensée ne peut avoir de commerce qu’avec les grandes œuvres; et nous félicitons sincèrement MM. Anicet Bourgeois et Michel Masson d’avoir élevé leur drame à la hauteur d’une grande inspiration, en songeant à leur interprète.
- Mme Naptal Arnaud, qui joue le rôle de Marie, y met toute sa grâce et la suave expression de ses beaux yeux. MM. Saint-Ernest et Chilly composent leurs rôles avec un sentiment fort élevé du drame.
- Marthe et Marie remplira la salle de l’Ambigu pendant trois mois.
- G. de Bocconville.
- ARITHMOMÈTRE PERFECTIONNE
- INVENTÉ I>AR M. LE CHEVALIER THOMAS DE COLMAR,
- Directeur de la Compagnie d'assurances le Soleil.
- Depuis Pascal, qui le premier eut, dès 1642, la pensée d’appliquer la mécanique aux calculs numériques, des essais nombreux ont été faits dans cette voie. Un des anciens présidents de la Société d'Encouragement pour l’Industrie nationale, M. Francœur, signalait, en 1821, dans son rapport sur Yarithmomètre de M. Thomas, dont nous
- nous occupons K-------------------------------
- actuellement, les calculateurs de Pascal, de l’Epine, de Boistissan-deau et de Diderot , observant que toutes ces machines étaient rapidement tombées dans l’oubli, et ajoutant que celle de M.
- Thomas donnait de suite et sans tâtonnement les résultats de calcul , et n’était faite à l’imitation d’aucune des premières.
- 7 Quarante-cinq secondes suffisent pour fournir le nombre 4,094,043,055,449,522, qui est le produit de 93,785,426, multiplié par 43,653,297. En dix-sept secondes on peut faire écrire par l’arithmornètre le nombre 1,111,111,088,888,889, produit du nombre 99,999,999, multiplié par 11,111,111.
- C’est en poursuivant sans relâche la simplification de sa machine, que M. le chevalier Thomas de Colmar, est parvenu à lui donner la propriété
- en aussi peu de temps qu’on a mis à le faire, l’exactitude de tout calcul, et que la réduction d’une fraction ordinaire en fraction décimale s’y fait très-aisément.
- La même facilité existe en ce qui touche l’extraction des racines tant cubiques que carrées, et surtout pour l’obtention de la plupart des tables numériques des barèmes.
- Les services inappréciables que cette machine peut rendre dans les banques et dans les maisons
- de commerce
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- Arithmomètre perfectionné, par M. le chevalier Thomas de Colmar.
- Le conseil d’administration de la Société d’encouragement sus-mentionnée décida, sur le rapport de M. Benoît, du 12 mars dernier, que, dans la séance générale du 7 mai suivant, il serait donné à M. le chevalier Thomas de Colmar, une médaille d’or pour sa machine à calculer.
- Nous ne donnerons point ici la description de cet ingénieux instrument dont son auteur surveille les fonctions depuis trente ans, et auquel il a ajouté, dans ces derniers temps, des perfectionnements notables ; qu’il nous suffise de dire qu’en moinsde dix-huit secondes on peut, par son moyen, opérer la multiplication la plus compliquée.
- Il ne faut pas une minute pour trouver le nombre 9,999,999,800,000,001, qui est le carré de 99,999,999.
- de faire les soustractions, et par suite la division, qui n’est qu’une soustraction multiple et détaillée du diviseur retranché du dividende.
- Cette opération se fait encore avec une grande rapidité. Ainsi, en écrivant pour dividende, dans les lucarnes spéciales de l’instrument, le nombre 9,182,736,456,483,022, et dans les coulisses, le nombre 69,889,989 pour diviseur, il suffit de soixante-quinze secondes pour obtenir les chiffres entiers 131,482,501 du quotient. Le reste deladi-vision figure dans les lucarnes, où on lit 32,950,533.
- Ces opérations se font en tournant une manivelle.
- Il va sans dire que Yarithmomètre fournit, par une condition particulière de son mécanisme, le moyen de vérifier, avec la plus grande facilité et
- sont évidents, et, pour leurs longs et fastidieux travaux, les vérificateurs et les ingénieurs ne trouveront pas un moindre secours que le commerce dans son emploi.
- En un mot, entre toutes les merveilles de l’Exposition universelle de Londres , nous n’avons rien vu de plus ingénieux que la précieuse chevalier Thomas de Col-
- découverte de M. le mar, à laquelle est réservé le plus brillant avenir.
- Clabioxd.
- Nous venons d’apprendre que l’habile inventeur a trouvé, pour opérer sur l’Arithmomètre. un moyen simplifié qui permet d’obtenir le résultat des opérations compliquées dans un temps beaucoup moindre que celui déjà si restreint dont nous avons parlé plus haut. Ainsi, le produit du nombre 99,999,999 , multiplié par lui-même, paraîtrait dans les lucarnes en deux secondes.
- Nous donnons ci-contre le dessin de son ingénieuse machine.
- FAITS DIVERS.
- SÉANCE ANNUELLE
- DE L’ACADÉMIE DES BEAUX-ARTS.
- L’Académie des Beaux-Arts a tenu le 4 octobre sa séance annuelle, sous la présidence de M. Au-
- guste Dumont. Malgré le mauvais temps, il y avait foule à l’Institut. Un grand nombre d’académiciens en habit aux palmes vertes et de dames en élégantes toilettes assistaient à cette séance.
- Après l’exécution d’une symphonie de M. De-près, pensionnaire de France à Rome, le secré-
- taire perpétuel, M. Raoul-Rochette, a lu un rapport sur les ouvrages des pensionnaires de l’Académie.
- Les noms des lauréats ont été proclamés dans l’ordre suivant :
- p.364 - vue 368/370
-
-
-
- LE PALAIS DE CRISTAL.
- 565
- i.
- Grands prix de peinture.
- Le sujet donné par l’Académie était : Périclès au lit de mort de son fils.
- Le premier grand prix a été remporté par M. Chifflard (François-Nicolas), né à Saint-Omer (Pas-de-Calais), le 31 mars 1825, élève de M. Coi-gnet, membre de l’Institut, officier de la Légion-d’Honneur.
- Le second prix a été remporté par M. Jaco-moty (Félix-Henri), né à Quingey (Doubs), le 19 novembre 1828, élève de M. Picot.
- Le deuxième second grand prix a été remporté par M. Lévy (Emile), né à Paris (Seine), le 29 août 1826, élève de MM. Abel de Pujol et Picot.
- U.
- Grands prix de sculpture,
- L’Académie avait donné pour sujet de concours : Les Grecs et les Troyens se disputant le corps de Patrocle.
- Le premier grand prix a été remporté par M. Bonnardel (Pierre-Antoine-IIippolyte), né à Bonnay (Saône-et-Loire), le lk janvier 182Zi, élève de M. Ramey et de M. Dumont.
- Ce lauréat n’était pas présent à la séance. La nouvelle de son triomphe lui a causé un tel saisissement, qu’il en est tombé malade et a dû se retirer au sein de sa famille pour y recevoir des soins.
- Le second premier grand prix a été remporté par M. Crauck (Adolphe-Désiré), né à Valenciennes (Nord), le 10 juillet 1827, élève de M. Pradier.
- Le second grand prix a été remporté par
- M. Début (Didier), né à Moulins (Allier), le l\ juin 182û, élève de M. David.
- Le deuxième second grand prix a été remporté par M. Maniglier (Henri-Charles), né à Paris (Seine), le 11 octobre 1826, élève de M. Ramey et de M. Dumont.
- Une mention honorable a été accordée à M. Repère (Alfred-Adolphe-Edouard), né à Paris (Seine), le 15 mai 1827, élève de M. Ramey, deM. Dumont et de M. Toussaint.
- L’Académie a décidé que le témoignage de sa satisfaction sur la force de Ce concours serait rendu public, dans la séance où ,elle distribue les grands prix.
- III.
- Grands prix d’architecture.
- Le sujet donné par l’Académie était : TJn hospice sur l'une des haut, s montagnes des Alp s.
- Le premier grand prix a été remporté par M. Ancelot (Gabriel-Auguste), né à Paris (Seine), le 21 décembre 1829, élève de M. Baltard.
- Le second grand prix a été remporté par M. Triquet (Michel-Achille), né à Paris (Seine), le 21 décembre 1828, élève de M. Le Bas.
- Une mention honorable a été accordée à M. Chapelain (Joseph-Alfred), né à Paris (Seine), le 15 janvier 1829, élève de M. Blouet, de M. St-Père et de M. Trouillet.
- IV.
- Grands prix de gravure en médailles et en pierres fines.
- Le sujet donné par l’Académie était : Neptune faisant naître le cheval.
- « Neptune fait naître le cheval en frappant le sol de son trident. »
- L’Académie n’a point décerné de premier prix.
- Le second grand prix a été remporté par M. Chapu (Henri-Michel-Antoine), né à Mée (Seine-et-Marne), le 9 septembre 1883, élève de M. Pradier et de M. Bovy.
- V.
- Grands prix de composition musical'.
- Le premier grand prix a été remporté par M. Delehelle (Jean-Charles-Alfred), né à Paris (Seine), le 12 janvier 1826, élève de M. Adam et de feu M. Colet.
- Le second grand prix a été remporté par M. Galibert (Pierre-Christophe-Charles), né à Perpignan (Pyrénées-Orientales), le 8 août 1826, élève de M. Halévy et de M. Bazin.
- Le deuxième second grand prix a été remporté par M. Cohen (Léonce), ;né à Paris (Seine), le 12 février 1829, élève de M. Leborne.
- Quatre-vingt-dix-sept pièces de vers ont été envoyées au concours de cette année ; l’Académie a choisi celle qui portait le n° Zi6, intitulée le Prisonnier, dont l’auteur est M. Edouard Monnais.
- M. Raoul-Rochette a lu ensuite une notice biographique sur M. Granet. Ce travail, malgré sa longueur, a paru impressionner l’auditoire.
- La séance a été terminée par l’exécution de la cantate de M. Delehelle* premier grand prix de composition, qui avait pour interprètes MM. Boulo , Merly et Mlle Mioland. Cette cantate a obtenu un très-légitime succès, qui a été partagé entre l’auteur et les chanteurs.
- TABLE ANALYTIQUE DES MATIÈRES.
- Numéro 1er.
- TEXTE.
- Inauguration du pa’ais de î’Exposi
- tion...................
- Classification des objets exposés
- Explication des dessins .......
- Notice sur le bâtiment de l’Exposition............................
- Aperçu sur les minéraux exposes Liste des jurés français et anglais Faits divers....................
- Pages.
- 2
- 6
- 7
- 10
- 12
- 11
- IG
- VIGNETTES.
- Pages.
- La Reine inaugurant l’Exposition.... 1
- Le Lion amoureux........................ 4
- La Nymphe Io et Bacchus enfant.... 4
- Vue intérieure du Palais de Cristal,
- nouveau point de vue.................. 5
- Coffre ii bijoux........................ 5
- Le Poiler Ilouse........................ 8
- Le Lion................................. y
- Plan typographique du batiment de
- Vl?V HAiiiliAn nniirAttoctlIiA Q aI (I
- L’Astronomie........................ 12
- Boite a thé en argent............... 13
- Piano pour le peuple............... 13
- Le Pronostiqueur de tempêtes...... 13
- Godefroy de Bouillon................ IG
- Numéro 2.
- Revue de l’Exposition.................. 18
- Lettres de M. Blanqui, de l’Institut.. 23
- Chronique de l’Exposition.............. 27
- Explo aiion des dessins............... 27
- Dans le Transept....................... 28
- Chronique de Londres................... 29
- Faits divers.......................... 31
- La Reine visitant le koh-i-nor..... 17
- Fontaines et vases en bronze....... 20
- Salière en argent.................... 20
- La Mendiante........................ 21
- Boite à bijoux...................... 21
- L’orgue (Gray et Danson)............. 24
- Le Giotto........................... 24
- Pont à air en caoutchouc............ 25
- Vases................................ 25
- Baldaquin en porcelaine de Sèvres.. 28 Fontaine en fer fondu............... 29
- Numéro 3.
- Revue de l’Exposition.................. 33
- Suite des lettres de M. Blanqui...... 34
- Exposition des Etats-Unis.............. 35
- Etudes spéciales sur les principales
- divisions de l’Exposition........... 39
- Machines électriques et électro-métallurgiques........................... 42
- Chronique de l’Exposition.............. 43
- Chronique de Londres................... 43
- Liste des exposants fiançais......... 44
- Poteries du Zollverein.............
- Grue d’Henderson (3 gravures)......
- La presse hydraulique du pont Bri—
- tannia...........................
- Paravent en jonc...................
- Scène de la Passion, groupe en plâtre.
- Meubles en jonc tordu..............
- Un Baigneur........................
- Fourneaux (2 gravures'1.............
- Statue équestre de la reine Victoria..
- Libussa, reine de Bohème............
- George de Podiebrad, roi de Bohème.
- La France et l’Angleterre Les p sseports et lord Palmerstou..
- Courrier de Londres.................
- Les Economistes français k Londres.
- Lettre de M. Jules Janin...........
- Chronique de l’Exposition...........
- Dernières nouvelles de londres......
- Fauteuil d’apparat ou trène des ate-teliers de M. Dankouski, d’York.
- Courrier de Paris...................
- Bulletin scientifique...............
- Ebénisterie française...............
- Avantage des Expositions cosmopolites..............................
- Actes ofl. ciels.................... <32
- Bureau gothi |ue-ullemand. (Tahan). Mélodium, harmonium, orgue deKet-
- zeing............................
- Statue..............................
- Surtout de table...................
- Surtout de Durand...................
- Dessin de châle (Botticher).........
- Amazone combattant a cheval (Kiss).
- Fauteuil d’apparat.................
- Nécessaire de voyage , table à ouvrage . coffre sculpté, nécessaire
- de voyage, table-guéridon........
- Nécessaire de voyage, coffre deBoul'e, boite à thé, étagère , cave k liqueurs, pupitre.....................
- Numéro 4L,
- 49 5t
- 51
- 52
- 54
- 55 5G
- 57
- 58
- 59 GO
- 33
- 3G
- 37
- 37
- 40
- 40
- 44
- 44
- 44
- 45 48
- 49
- 5*
- 53
- 53
- 56
- 56
- 57 5î
- GO
- 61
- TEXTE.
- Pages.
- Chronique générale.................. 62
- De l’influence des mécaniques sur le prix des salaires et le bien-être du peuple........................... 62
- Numéro 5.
- VIGNETTES.
- Pages.
- L’éducation professionnelle.......... 65
- Il Pa'azzo di Cristal................ 66
- O journaux ! 6 leçons !.............. 66
- Les limites de l’industrie........... 66
- Les délégués de l'industrie française
- â Londres.......................... 67
- Application du fer à l’art décoratif.. 67 Revue de l’Exposition universelle... 68
- Courrier de Londres.................. 70
- Chronique de l’Exposition univer- *
- selle.............................. 71
- Les Economistes français à Londres. 72
- Courrier de Paris.................... 74
- Chronique générale................... 79
- Explication des dessins.............. 79
- Vaisselle de luxe (Smith et Nichol-
- son)............................... G5
- Candélabre en fonte de fer (Brocha,
- de Paris).......................... 68
- Guéridon (Morand).................... 68
- Fauteuil (Janselme).................. 68
- Phaéton (MM. Holmes)................. 69
- Serre-bijoux......................... 69
- Coupe d’ivoire (Henri Hemphill), théière, sucrier, brocs â lait et à crème, cruche â eau h l’usage de
- la Turquie (Wegwood)............. 72
- La reine Marguerite (Messenger et
- lils).............................. 73
- Cheminée de fonte de fer (Vandre).. 73
- Broche d’après l’antique ( Water-
- house)............................. 76
- Autre broche analogue................ 76
- Id.......................... 76
- Id......................... 76
- Id.......................... 76
- Pince à sucre (Higgings)............. 77
- Bougeoir (ld.)................ 77
- Cuillère h sel, manche de couteau, cuillère k sauce , celle h poisson.. 77
- (Numéro 6.
- A chacun selon ses ceuvrts............ 82
- Simple question....................... 82
- Propriété des objets exposés........ 82
- L’anglomanie.......................... 82
- Courrier de Londres................... 82
- L’Exposition lyonnaise................ 83
- Appareil de C»x....................... 84
- La Famille chinoise................... 88
- Les économistes français.............. 90
- Bulletin scientifique................. 97
- Courrier de PaGs...................... 93
- Budetin industriel.................... 94
- Variétés biograj biques............... 95
- Visite des émigrants de la Société de colonisation d’Amérique au Pa ais
- de Cristal....................... 81
- Pompe rotative h main d’Appold (3
- gravures).......................... 85
- Fontaine d’Acis et Galathée........... 88
- La Famille chinoise................... 88
- Trophée chinois (Keith et C*)......... 89
- Machines à bobines (Judkins) (2 gravures) ............................ 92
- Vitrail gothique normand.............. 93
- Numéro ?.
- De la propriété et de l’exploitation
- des inventions...................... 97
- Bulletin industriel................... 98
- Démonstration de la rotation de la
- terre par le pendule............... 100
- Courrier de Londres.................. 102
- Les Economistes français à Londres. 103
- Revue de l’Exposition................ 100
- Courrier de Paris.................... 109
- De l’influence des mécaniques sur le prix des salaires et le bien-ê're du peuple........................... 111
- j Explication des dessins.............. lll
- Bibliothèque en palissandre.......... 97
- Figures démonstratives de la rotation de la terre........... 100 et 101
- l.e Massacre des Innocents.......... 104
- Ariane abandonnée................... 104
- Sainte Elisabeth de Hongrie.......... 04
- La reine Elisabeth d’Angleterre.... 105
- Piécing-machine de Grovvley........ 108
- Roue à palettes en éventail......... 109
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-
-
-
- 366
- LE PALAIS DE CRISTAL.
- Numéro 8.
- TEXTE.
- Pages.
- Avis du gérant sur la rédaction nouvelle du Palais de Cristal..........114
- Bulletin industriel (A. Lava)....... 114
- Objets d’orfèvrerie (J. Er.gell).... 114
- Economistes français et étrangers.. 117 Escamotage du koh-i-noor (Jobard) 118
- M. Michel Chevalier................. 118
- Bulletin officiel des brevets d’invention............................... 119
- Bulletin bibliographique et de jurisprudence industrielle.............. 119
- Exposition universelle............... 121
- Bulletin scientifique................ 124
- Courrier de Paris et de Londres.... 120 Actes officiels. — Faits divers...... 127
- VIGNETTES.
- Vitraux (Gallimard).................. H3
- Service de thé (EngeU).............. 116
- Gobelet (Id.)............... 116
- Calice (Id.)................116
- Fontaine de parfum (Rimmel)........ 117
- Ancien pot U couvercle (Engell).... 117
- Cruchon (ld.)...... 117
- Statue de la Reine.................. 120
- Berceau et barcelonnette............ 120
- Les Anges adorant la Vierge et l’Enfant............................. 121
- Livres reliés....................... 121
- Vitraux (Gallimard)................. <24
- Famille chinoise (2 gravures)...... 125
- Numéro 9.
- Bulletin industriel (libre échange
- Cobden)............................ 130
- Exposition de Londres. — Photographie............................ 135
- Album de la Société des gens de
- lettres.......................... 138
- Courrier de Paris et de Londres.... 142
- Faits industriels et divers.......... 142
- Divan circulaire (Arm. Couder).... 129 Pléiades (Ross); siège (Lemercier);
- coupe orientale (Morel)......... 132
- Brûle-parfum (Gueyton), écran (Ac-
- kt-rmann), guitarpa............. 133
- Bouclier de Shakespeare ( Lurk Lim-mer); Paul et Virginie (Susse)... 136
- Vase en argent (Elkington)......... 137
- Vase de fonte, cheminée............. 140
- Coupe en agate (Morel)............. 141
- Jeunes Indiennes (Roskell)......... 141
- Numéro ÎO.
- Bulletin industriel (projet de loi).... 146
- Exposition de Londres (Jobard)...... 146
- Revue. — Armurerie —Typographie française. — Imprimerie nationale.
- — Sur le jury des récompenses.
- — Actes otiiciels. — Courrier de
- Paris et de Londres............... 155
- Fête de l’Industrie universelle..... 158
- Le duc de Wellington au déballage
- delà statue de Napoléon......... 145
- Vase a rafraîchir (Eichler)........ 148
- Sujet offert h Montefiore (Brown)... 148 Vase de chasse, Vénus et l’Amour
- (Joshua Wedgwood)............... 149
- Surtout en biscuit (Gunter), pendule
- (Howell)......................... 1W
- Typographie française............. 153
- Vue du Transept............ 156 et 157
- Numéro 11.
- Exhibition (Jobard)................. 162
- Bulletin industriel (propriété littéraire et ar tistique).................. 163
- Revue de l’Exposition................ lGG
- Du Palais de Cristal.................. 170
- Faits industriels..................... 170
- Courrier de Paris et de Londres.... 170
- Bals h Guildhall...................... 174
- Exposition générale des beaux-arts à Bruxelles........................... 174
- Groupe de Guillaume de Nassau
- (Brown)......................... 16!
- Angeemportant des innocents (Gerst) 164
- Caisse a bijoux, etc. (Asprey)..... 164
- Vase de fleurs (Engel).............. 164
- Cruchon deviri(ld.)................. 164
- Meubles en papier mâché (Jennins
- etBetridge)....................... 165
- Charité (B-rry et Thomas)........... 165
- Corbeille de fleurs (Engel)......... 165
- Chambre à coucher delà Reine........ 168
- Ariel dirigeant la foudre. — Lit de
- parade............................ 169
- Lit de parade....................... 172
- Verres de cristal et faut uil....... 172
- Visite de la Reine et du prince Albert â l’Exposition.................... 173
- Numéro 12.
- Notice s irDaguerre................. 176
- Revue de l’Exposition................ 179
- Séance annuel e del’Asseciation des
- peintres, etc..................... 182
- Polyorama du Bazar................... 186
- Faits industriels.................... 186
- Courrier de Paris et de Londres.... 187
- Steeple-chase de la Marche........... 190
- Brevets anglais, etc................. 190
- Portrait de Daguerre................ 176
- Globe (Johnston).................... 180
- Tapis (Templeton)................... 180
- Statue et groupe (Nickmann)........ 181
- Grand piano, d’Erard................ 181
- Bouclier, deLepage.................. 184
- Divan (Couder) .... ................ 184
- Fusiletpis'okts, cimeterre etc. (Le-
- faucheux et Wi kinson)........... 185
- Crosse de fusil (Romey)............. 185
- Alfred Guédant...................... 188
- VI rge et l’Enfant (Vander Hagen). — Pede, pincettes et devant de cheminée (Runner)..................... 189
- Numéro 13
- Groupe d’horloges (Détouche)........ 193
- Bulletin industriel (sur la propriété
- industrielle)..................... 194
- Association des Lettres, des Arts et
- de lin lustrie.................... 195
- De l’Exposition de Londres, de la
- Russie (Bellegarrigue)............ 198
- Héliochromie (Niepce de St-Victor).. 202 Projet d’Exposition de dessins et
- modèles (Kiagmann)................ 202
- Récompenses des exposant;............ 203
- Nouvelles pompes (Bateman)..........203
- Courrier de Paris et de Londres .... 206
- Groupe d’horloges (Detnuche)...... 193
- Hébô versant le nectar (Kahsmann).. 196
- Mort du Christ (Rietschel)......... 196
- Tapis (Henderson).................. 196
- Mouchoir brodé (Brown)............. 197
- Tapis ((Henderson)................. 197
- Fontaine à thé (Durand)............ 200
- Montres (Rotherom)................. 200
- Vase en bronze; fontaine dans le désert. — Toile damassée........... 200
- Pompes............................. 204
- Machines hydio-pneumatiques (Du-
- burguet)......................... 204
- Horloge hydraulique (Tifiereau)....205
- Machine à billets (Weiner)......... 205
- Numéro 14.
- Réception du lord-maire, etc......... 210
- Bulletin industriel. — (Industrie agricole).............................. 211
- Exposit on de Lon 1res (Jobard).... 214 Mémoire de Gautier, sur la vapeur. 215
- De la Russie industrielle............. 218
- Agriculture........................... 219
- Nouvelles de l’Exposition............. 219
- Courrier de Paris et de Londres.... 222
- Fête militaire au Champ-de-Mars... 209 Objets en p'aqué (Broadhead et At-
- kins)............................ 212
- Tapis (Watson)..................... ?12
- Sculptures sur bois (Rogers)....... 213
- Frégate du prince de Galles........ 216
- Diadème, de Jahn et Bolin...........216
- Pendule (Chopin)................... 217
- Cachemire (John Morgan).............217
- Piano (Col ard).................... 220
- Vases (Meigh).......................220
- Instruments aratoires...............221
- Numéro 15.
- Bulletin industriel (Réforme do la loi
- de 1844)............................ 226
- L’Espagne à l’Exposition................227
- Exposition de Londres (Jobard).....230
- De la Russie industrielle (Beilegar-rigue).............. ................231
- Rapportk l’Académie (Michel Cheva-
- lier-Raoetli).................... 235
- Courrier de Paris et de Londres.... 238
- Vase en malachite.................. 226
- Buffet (Howard).................... 228
- Dague de Tolède.................... 228
- Jeune fi le au cerceau (Weecks).... ?28 Coiffure en diamants (Lemonnicr)... 228
- Parure de corsage (Id.)....... 228
- Bouquet (Id.)....... 228
- Candélabre (Chopin)................ 232
- Chasse au sanglier (Lénard)........ 232
- TEXTE.
- Pages.
- Lettre de M. Dupin (Charles) au prince Albert) et Chronique de l’Exposition)..............239
- VIGNETTES.
- Pages.
- Vase en porcelaine.de Péterhoff.....236
- Dague de Tolède.......................236
- Pièces d’orfèvrerie (Sazicoff)........236
- Lithographie (Lemercier)............. 236
- Caissons de la Bibliothèque royale.. 237
- Numéro 16.
- Bulletin industriel (assemblée internationale)........................ 242
- Lettre de M. Jobard.................. 243
- Lettre de M. B. (des Vosges)*....... 243
- Questions industrielles.............. 246
- L’Espagne â l’Expos tion (Bellegarrigue) ........................... 246
- De la stéréotypie à la pâte de papier.. 247 Bapport de M. Michel Chevalier.... 250
- Exposition de Londres................ 25t
- Courrier de Paris et de Londres.....254
- Inauguratio î de la statue du général Damesme (Mansard)..................255
- Statue du général Damesme.......... 241
- Bénitier (Knecht). —Cariatide (Cru-chet). — Bannière du prince de Galles (Jankowski).— Voile de dentelle (Vand rKelen)............... 244
- Coupe en ivoire (Christian Franck).—
- Vase kboire^de Bavière. — Encrier. — Verre orné de bronze (Susse). — Ecritoire(Cob)..,..,. 245 Musique stéréotypée.,248 Nymphe et Cupidon. — Pendule. — Vases et pots de fleurs,., 25Q Machines â sauvetage (Lamie).,.,.. 253 o 17.
- Bulletin industriel. (Préjugés contre la
- propriété industrie le).......... 258
- Science et industrie agricole : De la maladie de la vigne (Dr Caffe).... 259
- Exposition de Londres (Jobard).....259
- L’Espagne à l’Exposition (Bellegarrigue) ........................... 263
- Exposition des Etats-Unis (Haus-
- mann)............................ 267
- Belgique............................ 267
- Machine h laver (Macalpène)..........268
- M.chine à couper; essieux ; firean-
- nihilator..........................269
- Courrier de Paris et de Londres.... 271
- Expériences au Champ-de-Mars du
- Fire Annihilator.............. 257
- Pupitre porta if (capitalneTwc-Penny) 26q
- Objets en porcelaine (Craniger)..
- Bibliothèque et cheminée (Holland).. 261 Groupe de chasse (San Giovarno).., 264 Hercule étouffant Antée. — Héro et
- Léandre (Etex)...................264
- Lustre (Matifat)................... 265
- Presse américaine (Manamooth).... 265 Piano droit (S. Mercier)........ 268
- Numéro 18.
- Bulletin industriel : Résumé du projet
- de loi............................... 274
- Exposition de Londres (Jobard ).... 278 De la propriété intellectuelle (Ew-
- bank et d’Aubréville).................279
- L’Espagne â l’Exposition............... 282
- Revue de l’Exposition................. 283
- Courrier de Paris et de Londres... 286
- Statue du général Marceau...........273
- Vase étrusque (Copeland).— Vestale voilée (Raphaël Mon*i). — Pot de bière (Neureniher).—Vases en verre (Bacchus et fils)...............276
- Argonauteset Amazones (Engel).... 277
- Table dessinée par la duchesse de
- Sutherland........................ »
- L<ngede table (Bivrell). —Table indienne (Hildebrand). — Coffret
- (Mùrel)........................ 281
- Machine fumivore. — Locomotive de Crampton. — Photographotrope.. 284
- Numéro 19.
- Bulletin industriel (Des chefs d’ateliers et d’usines)............... 290
- Règlement intérieur du comité de
- l’Association des inventeurs....29t
- Exposition de Londres 1 Jobard).... 294 Suède, Danemark, Zoflverein , Saxe, Wurtemberg, Bavière; par M.
- Hausmann......................... 295
- Exposition russe (Bellegarrigue).... 298
- L’Espagne (Id.)......... 299
- Courrier de Paris et de Londres.... 302
- Portraiten malachite du prince Demi-
- doff..............................289
- Projetd’Opéra et plans (Horeau).... 292
- Cachemire (Bv,rren frères)..........296
- Appareil pharmaceutique (Volf)....297
- Cottages-modèles fondés par le prince
- Albert........................ 297
- Machines agricoles................. 300
- Pompes de Kase......................300
- Dessin d’un parapluie.............. 301
- Gazomètre portatif................ 301
- Numéro 20.
- Notice sur la reine Victoria et sur le
- prinee Albert................... 305
- Bulletin industriel. — Fia de l’Exposition.—Avenir du journal.......... 306
- Exposition de Londres (Jobard).....310
- Belgique, Hollande (Hausmann).... 311
- Espagne (Bellegarrigue)............ 315
- Courrier de Paris.................. 318
- Lettre deM. A. de Caze............. 319
- Portraits de la reine Victoria et du
- prince Albert..........•.........306
- Nappe de communion (Gilbert French)
- — Burette d’église (Villemsens).
- — Flacons........................308
- Nécessaires (Audot). — Diamant bleu
- (Ben Kenson).......................309
- Cheminée et tasse en malachite (De-
- midoff)........................... 312
- Machine électro-magnétique. — Grue
- voyageuse (Nicoll)................ 316
- Pompe à incendie. —Machine k air, de Dunn.............................. 317
- Numéro 21.
- Bulletin industr’el..... ........... 322
- Exposition de Londres (Jobard).....327
- Prusse, Hesse, Francfort-sur-le-Mein
- (Hausmann)....................... 330
- Courrier de Pans et de Londres.....334
- Cour des Beaux-Arts.................321
- Lampes. ^-Verres de Birmingham.— Bibliothèque tournante (Derulle).. 324 Table de travail (Vetly). — Orgue
- (Debain) ........................ 325
- Chevalet tournant (Leistler)...... 328
- Présent k lord Ellenborough (Shnets
- Roskeh).......................... 329
- Machine k vapeur oscillante........332
- Machine pour bateaux k vapeur
- (Atherlon)....................... 333
- Ruches k miel (PeJtiis)............. 333
- Système de sécurité pour fusils (Fon-
- ’teneau)........................ 333
- 'o 22.
- Avis important..................... 337
- Bulletin industriel................ 338
- Exposition de Londres (Jobard).... 342 Exposition de l’Autriche (Hausse-
- mann)............................ 343
- Economie industrielle (de la bonne-
- trie)............................ 346
- Bulletin scientifique.............. 347
- Bulletin des Beaux-Arts............ 347
- Courrier de Paris et de Londres.... 350
- Xumt
- Avis important..................... 353
- Clôture de l’Exposition............ 354
- Bulletin industriel................ 354
- Beaux-Arls (sculpture)............. 355
- Exposition de Londres (Jobard)..... 358
- Perse, Tunis, Chine, mœurs chinoises (Haussman)................. 3C9
- Courrier de Paris et de Londres.... 363
- Arithmomètre....................... 364
- Table des matières................. 365
- Attaque d’un convoi anglais par les
- Caftïes........................... 337
- Couteau de chasse et diverses dagues espagnoles............... 340 , 341
- Buffet et fauteuils (Hunter).......341
- Glace et console (Mac Léan)........ 344
- Chariot de Cliston (Fouler)......... 344
- Bibliothèque (Autriche)..............345
- Tromba-piano (Greiner).............?45
- Machines........................... 347
- ro 23.
- Groupe de Lion (Miller)..............353
- Coupe en ivoire (Frank)..............356
- Nappe en damas (Beveridge)......... 356
- Prie-Dieu et autel (Polt)............357
- Pistolets (Devisme) ................ 357
- Vitrine............................. 360
- Groupe d’enfan s (Jones)............ 360
- L’archange terrassant le démon (Du-
- seigneur)....................... 361
- Harmonium (Luff)....................361
- L’enfant au nid d’oiseau (Emanueli) 361
- FIN.
- PARIS. —IMPRIMERIE CENTRALE PE NAPOLÉON CHAIX ET C% RUE BERGÈRE, 20, PRÈS DU BQULÉVART MONTMARTRE.
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