Descriptions des arts et métiers
-
-
- rf, ? :
- » .
- • K
- - & : : . : :
- i
- !
- >
- S-j
- il
- rjy
- <L
- tft ’ 4
- .1
- il
- '.<*<•'
- t
- !
- I
- 1
- ** , J'
- p.n.n. - vue 1/58
-
-
-
- ART
- de faire
- LE PARCHEMIN.
- Par M- de la Lande.
- U. DCC, LXII.
- (
- i
- Page de titre n.n. - vue 2/58
-
-
-
- $
- •''k
- SV-
- «
- 'J
- {
- «
- 4
- *•
- t
- ♦
- /
- à
- p.n.n. - vue 3/58
-
-
-
- | MMXXXXMXMXMMXXKXMMKMMMKMXMMMMMXXMMXXXX fg 1 XXXXXXXXXXMXXXXXXXXXXXXXXXXXMXXXXXXMXX f§
- ART
- DE FAIRE
- LE PARCHEMIN
- Par M* de la Lande.
- Ji e Parchemin ordinaire dont on le fert pour écrire, eft formé d*une peau de mouton palfée à la chaux > écharnée, raturée 8c adoucie avec la pierre ponce ; cette définition s’éclaircira par le détail des travaux du Mé-gifîîer & du Parcheminier , que nous décrirons après avoir dit un mot du nom & de l’origine du parchemin.
- i. L’usage du parchemin efl: fort ancien : Hérodote allure dans fon liv. y, intitulé Terpjîchore, que dans les temps les plus reculés on écrivoit fur des peaux de moutons & de chevres qu’on appelloit &<pôsW-: les Hébreux s’en fervoient aulîî-bien que les Grecs ; on voit dans le 10e livre des Antiquités Judaïques de Jofeph, que lorfque le Grand-Prêtre Eléazar envoya à Ptolémée-Philadelphe une copie des Livres faints pour être traduits en Grec par les foixante-douze Interprètes * le Roi admira la finelfe de la peau fur laquelle ils étoient écrits, tenuitatem membranœ. : cétoit vers Tan 277 avant J. C.
- Le mot latin membrana ( à membro ) lignifie évidemment la peau qui recouvre les membres d’un animal ; mais elle ne détermine pas la qualité & la préparation de cette peau. Il paroît même que les Anciens en employ oient de toute elpece ; on trouve dans les Auteurs les termes de membrane caprinœ , agninæ, ovillæ , vltulinœ > hcedinœ ; on fe fèrvoit même des boyaux. Le P. Mabillon & le P. de Montfaucon font perluadés que l’ulàge des peaux pour l’écriture efl plus ancien que celui de l’écorce ou du papier d’Egypte;
- Cependant à en juger par le rapport de Pline , le parchemin, Chartd Pergamena, fut inventé à Pergame lorfque Ptolémée-Epiphanes eut défendu la fortie du papier d’Egypte ; mais il pourroit bien arriver que le parchemin Parchemin. A
- p.1 - vue 4/58
-
-
-
- 2
- ART DEFAIRE n’eût pris le nom de cette Ville qu’à raifon du grand ulàge qu’elle en fit, & d’un plus grand art dans la préparation du parchemin , fuite naturelle de l’étendue de la confommation & du commerce.
- Pergame eft une Ville fituée dans l’Aiie mineure, vis-à-vis de lllle de Lelbos , aujourd’hui Pergamo fur la riviere de Girmafti , célébré par la nailfance de Galien ; Eumenes 11 , quatrième Roi de Pergame , y régnoit sloo ans avant J. C. Polybe ( exempl. virt. & vit. ) fait le plus grand éloge de ce Prince qui joignoit la connoilîànce & le goût des lettres avec les vertus guerrières & politiques ; il acheva de former la bibliothèque fameufe de Pergame que Marc-Antoine réunit dans la fuite à celle d’Alexandrie, & qui donna lieu à l’invention du Parchemin.
- La Cour de Pergame & celle d’Alexandrie étoient rivales : les Rois d’Egypte ayant vu avec peine s’élever à Pergame une bibliothèque .confidé-rable , ils avoient réfolu d’en arrêter les progrès ; Ptolémée défendit le tranf port du papier d’Egypte, elpérant ôter par-là à Eumenes le moyen de faire copier les manufcrits dont il formoit la bibliothèque. Ce moyen auroit réufiî fi Eumenes n’eût imaginé de perfectionner un Art qui pouvoit tenir lieu de celui du papier, l’art de palfer & de préparer les peaux d’animaux pour pouvoir écrire deflus.
- Cet Art étoit déjà connu en Orient ; mais il étoit fort groflîer, & ce fut à Pergame qu’on trouva le moyen de le porter à là perfection , Sc de faire le parchemin ou charta pergamena , infiniment lupérieur par Ion poli, par là flexibilité, par là durée, au papier d’Egypte toujours rude & calîànt.
- Voy. Prideaux, hift. des Juifs, Part. I, liv. 7, à Tan 332. M. Fréret, Mém. de l’Acad. des Infcrip. t. 6, p. 182.
- M. Bonamy obferve dans les Mémoires de l’Académie des Belles-Lettres (t. IX, pag. 398 ), que Scaliger s’eft trompé à l’égard d’Eumenes, Fondateur de la bibliothèque de Pergame.
- Cet Eumenes que Pline ne délîgne point, n’elt pas Eumenes, neveu de Phileterus ; mais c’eft, félon Strabon, Eumenes fils d’Attalus /, qui commença à régner la feptieme année de Ptolémée-Epiphanes. Or il eft certain qu’il y avoit à Alexandrie une bibliothèque avant la feptieme année de Ptolémée-Epiphanes. Auflî Pline ne parle-t-il point de l’établiflement d’une bibliothèque , mais feulement de l’émulation qui régnoit entre Ptolémée & Eumenes , pour augmenter le nombre de leurs livres, émulation qui donna lieu à l’invention du parchemin, parce que Ptolémée avoit défendu la fortie du papier d’Egypte : Æmulatione circa bibliothecas regum Ptolemœi & Eumenls , Jupprimente char tas Ptolemæo> idem Varro membranas Per garni tradidit repertas. Pline, liv. XIII, ch. xr.
- Le Prince que Pline appelle Eumenes, eft appellé par d’autres Attalus, comme il paroît dans une épître de S. Jérôme à Chromatius.
- p.2 - vue 5/58
-
-
-
- LE PARCHEMIN. 3
- Rex Attalus membranas à P ergamo miferat ut penuria chartœ pellibus pen-Jaretur. Undè & Pergamenorum nomen ai hune ujque diem tradente Jîbi invicem pojleritate, fervatum ejl. Sur quoi Pitifcus ajoute qu'il n'eft pas étonnant que S. Jérôme appelle Attalus celui que Pline appelle Eumenes ( 1.13 ch. 11). Nam Jîmiliter appellat Ælianus : nempe quia ut reges Parthorum Arfacidœ , Philijlœo-rum Abimelech, Syrice ac Damajci Benhadad, Ægyptiorum Ptolemœi , Scc.Jie Pergameni reges vocati Attali . Voff. Lex. etym. de Arte Grammat. r , 38* Salmaf. Plin. exerc. p. éyp, a. E. Guiland. papyr. membr. VI. §. 21. Samuel Pitilcus Lexicon Antiquitatum Roman arum, t. 3 , pag. 63 , verbo Per-gamenum. >
- Ainfi cette différence de noms ne change rien à la date de l'invention du parchemin ; au refte l'Art en fut pouffé très-loin chez les Anciens , & l'on en faifoit à Rome un ulàge fréquent. Dans le 14e livre des épigrammes de Martial, intitulé Apophoreta ; il eft parlé de plufieurs Auteurs dont les ouvrages étoient écrits in membranis > pellibus.
- Quàm brevis immenfum cepit membrana Maronem, 18^,
- * Ilias & Priami regnis inimicus UlyJJes
- Multiplici pariter condita pelle latent, 182.
- On préparoit à Rome du parchemin d'une très-grande fineffe , puifque Cicéron dit avoir vu toute l'Iliade d'Homere écrite fur du parchemin 8c renfermée dans une noix.
- En général, dans les Arts qui ne fuppofent que de la confiance 8c de la fineffe dans l'exécution, nous voyons que les Anciens ne le cedent point aux Modernes ; il n’en eft pas de même de ceux où il a fallu ou des hazards heureux ou de longues fuites d'expériences.
- De la Texture du Parchemin♦
- 2. M. Morand, dans un Mémoire lu à l'Académie en 1738, & qu'il a bien voulu me communiquer en manuferit, obferveque la peau dont eft formée le parchemin, eft un tiffu particulier formé de fibres aponévrotiques qui s'entrelacent les unes dans les autres. C'eft cet entrelacement qui don^ ne à la peau la facilité de s'étendre en tout fens avec une extrême foupleffe , & de fe prêter dans le fujet vivant à toutes les infléxions des mulcles ; les impreflions même de la chaleur 8c du froid peuvent, en refferrant les mailles du tiffu, fermer les pores de la peau. Un parchemin fauvé de l'incendie de la Chambre des Comptes, avoit pris par la chaleur une forme finguliere qui attira l'attention de M. Morand , & donna occafion à ce célébré Anatomifte d'en examiner le tiffu. Le bord de ce parchemin du côté où commencent les lignes de l'écriture, s'eft raccourci par l'aétion du feu, tandis que du côté droit il eft refté dans fa grandeur naturelle. Le côté gauche eft plus court d'un grand tiers ; les lettres en font raccourcies, 8c les
- p.3 - vue 6/58
-
-
-
- 4 ART DE FAIRE
- lignes rapprochées entr'elles de près de moitié ; la comparaifon du Coté brûlé avec l'autre , montre affez bien le changement quil a éprouvé par le feu'; la rédu&ion des lettres , des mots & des lignes , s’eft faite proportionnellement j & il femble que l'écriture n'en foit que plus lifible ; les fibres intérieures fe font bourfouflées pendant que les extérieures fe font froncées, de forte que tout le tilfu efl devenu moins long & moins large , & en même temps plus épais. On en voit une ébauche marquée Q R dans la Planche I : on n'a pas pu y repréfenter exaélement l'écriture avec la forme qu'elle avoit prife, parce que cette écriture étoit devenue d'une trop grande pe-titefife. Ce phénomène prouvoit affez l'entrelacement des fibres, & la pluralité des couches. M. Morand s'en alfura encore en faîfànt macérer dans l'eau des morceaux de parchemin qui auparavant avoient été crifpés par le feu ; cette macération lui fit connoître qu'il y a dans le parchemin deux couches très-diftinéles, dont l'intervalle efl: occupé par une fubftance plus molle, qui paroît gonflée, & qui fe détache aifément des deux lames dont elle efl: couverte ; on arrache même une couche de defliis un parchemin ordinaire en le déchirant,
- Par de femblables macérations, on peut rendre aux fibres crilpéés par le feu à peu-près la même étendue qu'elles avoient auparavant ; & c'eft effectivement par ce moyen que M. Morand penfà qu'on aurait pu rétablir un grand nombre de parchemins fauves de l’incendie de la Chambre des Comptes.
- Matière du Parchemin , ôG fes caractères.
- )
- 3. Nous avons dit, en commençant, que le parchemin efl: une peau de mouton paflee à la chaux & raturée : ce font les Mégiffiers * qui travaillent le parchemin à la chaux , & les Parcheminiers de Paris ne font que le raturer. La peau de mouton n'eft pas la feule qui puifle fervir à faire du parchemin, comme nous le dirons bien-tôt ; mais quelle que foit la matière du parchemin, fes principales qualités font la blancheur, la finefle, la roideur, & d'être bien dégraifle. Les cuirs & les peaux qu'on defline à d'autres ulàges font préparés à l'alun, à l'huile, au tan, font travaillés fur le chevalet , corroyés,, foulés ; ces préparations n'ont point lieu dans le parchemin ; elles lui don-neroient une molleife, une rugofité, une teinte , qui le rendroient peu propre à l'écriture.
- On diftingue dans le parchemin le dos & la chair : le dos efl: le côté qui a porté la laine ; l'autre côté efl: celui de la chair. Ce qu'on appelle la Fleur
- * Il faut entendre par MégiJJîer proprement celui qui travaille de petites peaux en blanc avec la chaux, la pâte ou le confit, comme on le voit par les Statuts des Mégiffiers, à la différence des Tanneurs qui emploient de l’écorce ; & des Chamoifeurs qui fe fervent principalement de l’huile. Au relie des Mégiffiers qui ne feroient que duparchemin? s’appelleroienttout naturelle-
- ment des Parcheminiers ; mais communément le même Ouvrier travaille le parchemin 8c. les peaux blanches, ce qui fait que l’on appelle communément en province Mégiffiers, ceux qui font le parchemin. Les Parcheminiers de Paris font Marchands de parchemin, 8c non Fabriquants; les Mégiffiers de Paris ne font point de parchemin.
- /
- à
- p.4 - vue 7/58
-
-
-
- LE PARCHEMIN. y
- eft un terme équivoque ; chez les Marchands de parchemin à Paris , c’efl le côté de la chair; mais pour les Fabriquants & les Mégifliers, c’efl le dos qu’on appelle la Fleur : nous nous forvirons dans ce fens-là du terme dè Fleur, parce que dans les Corps de Métiers où Ton travaille des cuirs ou des peaux , on appelle Fleur , le côté du poil ou delà laine.
- 4. Le vélin ne différé pas beaucoup du parchemin : les peaux de veau > qu’on emploie pour le faire , font plus grandes , plus épaiffes ; elles ont une demi-tranfparence plus belle ; elles font plus blanches , plus unies 8c moins fujettes aux taches 8c aux défeéluofités , & elles ne jauniffent pas comme le parchemin: c’efl ce qui rend le vélin beaucoup plus cher: elles font d’ailleurs bien plus difficiles à travailler ( 44 )*
- y. Le parchemin vierge eft celui qui efl; fait avec la peau de chevreau ; il imite très-bien la qualité du vélin, & il a de plus les avantages que la fuper-ftition y a attachés , & qui le rendent fort cher ; cependant on n’y emploie guere que les peaux de chevreaux qui ne peuvent pas fervir pour la Ganterie.
- 6. Les peaux de veaux 8c les peaux de chevres préparées en parchemin s’emploient pour les tambours ; mais ce font les peaux de loups qui font les plus recherchées pour cet ufage : il y a lieu de croire que fi on ne les emploie pas plus fouvent, c’efl qu’elles font rares , 8c qu’il efl: difficile fur-tout de les avoir entières ; un loup tué à coups de fufils , efl: ordinairement criblé de maniéré à ne pouvoir fervir pour un tambour. C’efl: un préjugé dans les troupes, qu’un tambour de peau de loup fait caifer les autres ; c’efl du moins une maniéré d’exprimer la force finguliere qu’on leur com noît.
- Les peaux de cerf 8c de biche feroient trop épaiffes pour- faire du parchemin-; comme elles ont beaucoup de corps, 8c que d’ailleurs elles font-rares, on préféré de les paffer en chamois, c’eft-à-dire, en huile pour la* Ganterie,
- Les peaux de porcs préparées à la façon du parchemin fervent à couvrir des livres d’Eglifes, à faire des cribles : nous aurons occafion d'en parler
- (5°)-
- Les peaux d’ânes fervent pour les timbales , lorfqu’elles font préparées en parchemin ; elles fo préparent de la même façon que les peaux de tam-, bours dont nous parlerons ( 62 ).
- 7. Nous avons dit que le parchemin ordinaire fe fait avec la peau de mouton ; nous ajouterons que celle de brebis eft encore plus eftimée ; 8c enfin que la peau d’agneau étant plus fine & plus blanche, eft la plus recherchée de toutes. C’efl fur la peau de mouton, que nous allons fiiivre en détail les procédés de la Mégifferie, parce que c’efl le travail le plus ordinaire chez les Parcheminiers. Nous parlerons enfiiite feparément du vélin & des autres fortes de peaux.
- Parchemin.
- p.5 - vue 8/58
-
-
-
- 6
- ART DE FAIRE
- On travaille au parchemin en tout temps ; cependant c’eft au printemps que fe fait le fort de l’ouvrage : on raffemble pendant l’hyyer les peaux que Ton fe propofe de faire tout à la fois, lorfque la belle faifon fera venue ; on ne prend gueres que les peaux de mouton les plus foibles ; les autres retravaillent en balànne, en blanc, en laine, en chamois, pour les différents ufàges du commerce; les moutons trop grands & trop vieux font fujets à la graiffe 8c aux taches, plus difficiles à travailler 8c trop chers pour fervir aux parchemins.
- Lavage des Peaux.
- 8. Le Boucher qui deshabille un mouton, doit avoir foin d’ètendre la peau pour la faire fécher, à moins qu’il n’ait un Mégifiier qui puiffe la laver tout de fuite ; s’il laifïe traîner fes peaux , 8c quil les néglige , elles contractent des taches qui font fouvent ineffaçables. S’il les laiffe en tas les unes fur les autres, elles s’échauffent 8c fermentent en certains endroits, qui dès-lors s’attendriffent & font fujets à s’ouvrir enluite fous le fer.
- Si le Mégiilier reçoit les peaux feches, il eft obligé de les mettre dans l’eau pour y tremper deux ou trois jours ; il fe fert communément d’un cuvier pour cet effet, & lorfque fes peaux y ont refté affez long-temps pour être ramollies , on les lave dans une eau courante pour en ôter le làng & les ordures ; c’eft ce qu’on appelle laver de furge ou de fuen. Les peaux, quoique nouvelles, ont befoin de tremper quelques heures pour que le làng & les ordures puiffent s’en détacher, 8c quelles s’imbibent d’eau ; en hi-J ver, il leur faut plus de temps pour tremper.
- Siles peaux font trop anciennes & trop lèches pour être parfaitement ramollies par le lavage, on leur donne un travail fur le chevalet avec lev couteau à recajfer qui n’a qu’un tranchant rond, c’eft-à-dire, un filufé qui ne puiffe pas couper les peaux. }
- <?. Le chevalet eft une planche F ( PL /) arrondie ou convexe de 4 à y pieds de long , appuyée fur un bâton à deux branches qu’on nomme la Jambette , 8c qui entre dans un trou fait fous la planche du chevalet.
- Si l’on ne le fert pas du couteau à recaffer pour laver de furge ou de liien, on pâlie du moins la peau fur le chevalet avec les mains , frottant' en différents fens pour emporter les impuretés, 8c laver de furge. Le terme de furge ou fuen lignifie proprement la graijje de la laine ; c’eft pourquoi on dit laver de furge, lorfqu’il s’agit de laver la peau en laine avec la graillé.
- Le fuen eft une graille luperficielle devenue diffolubl’ê dans l’eau à la5 façon des matières làvonneufes , par l’union quelle a contractée avec les matières làlines 8c urineufes dont les moutons font prefque toujours couverts dans leurs étables. On lait par les principes de Chymie, quele favon (matière fi aifée à diffoudre dans l’eau, quelle facilite la diffolution des autres
- p.6 - vue 9/58
-
-
-
- LE PARCHEMÏ N. ?
- grailles ) eft cdmpofé de fels alkalis unis avec de la grailTe ou de 1’huilè.
- Le Couteau a talon , ou fer à recaffer , repréfenté en H ( PL /. ) , qui fert à amortir 8c recaffer les peaux, ne coupe point ; mais il a un tranchant moufle dans là partie concave , qui fert à écrafer les inégalités, à fouler la peau , à écraferle nerf , à en dompter la roideur; & la partie convexe eft Amplement quarrée, ainfi que le dos d'un couteau ou d’un rafoir.
- Le Couteau de rivière coupe un peu du côté concave, & le côté conve-qui eft plus tranchant , ne fert que lorfqu’il fè rencontre quelques afpérités ou quelques lambeaux de chair qu’on eft obligé d’enlever ; on le voit en G (PLI).
- Le Couteau de riviere a ordinairement un pied de longueur & un pouce de courbure : on l’appelle auflî quelquefois Couteau à revers ; mais nous éviterons cette dénomination, parce que le mot de couteau a revers, lignifie chez les Tanneurs un grand couteau qui eft droit, trarichant des deux côtés & qui fert principalement à écharner les cuirs.
- Un Ouvrier peut laver & recafler 200 peaux dans un jour; j
- Maniéré de mettre en chaux.
- îo. Les peaux de mouton étant chargées de leur laine, il s’agit avant' toutes chofes de les peler.
- Pour pouvoir le faire aifément, & fans rifquer d’effleurer la peau , on le fert de la chaux ; on la fait éteindre dans une quantité d’eau fuffîfànte pour lui donner la confiftance d’une‘bouillie claire , & on la laifle refroidir pour amortir davantage là force corrofive.
- Les peaux étant étendues fur terre, la laine en deflbus, on trempe dans là chaux un bâton garni à fon extrémité de deux ou trois mauvaifes peaux ; il s’appelle Goupillon ou Guenillôn ; on en frotte le côté de la chair , en forte qu’il foit couvert de chaux par-tout; on redouble les peaux chair contre chair, 8c on les met en retraite les unesÆr les autres, laine contre laine : la Planche I repréfente en C le travail de celui qui met en chaux.
- rr. Il efteflerîtiel qu’aucun endroit delà peau n’échappe à la chaux, même les bords, qu’on a foin de bien étendre ; làns cela l’endroit qui n’au-roit pas été' régalé , qui n’auroit pas pris la chaux, réfiftarit davantage au travail , emporteroit le refte, 8c feroit rompre la peau. Nous parlerons auflî de Ce qu’on appelle la chaux crue : c’eft un défaut qui paroît dans le parchemin, lors même qu’il n’eft pas aflez confîdérable pour occafionner une rupture ; il arrive auflî quand la chaux trouve un endroit plus tendre que les autres, ou lî la peau n’ayant pas été étendue aflez tôt, a été échauffée , amputée, c’eft-à-dire, corrompue par la fermentation ; enfin fi la laine manque dans certains endroits ; car alors l’aélion de la chaux y eft plus forte , & ayant moins à agir fur la laine, elle attaque davantage la fubftance de la peau;
- p.7 - vue 10/58
-
-
-
- T
- S ART DE FAIRE
- Voilà pourquoi on remarque quelquefois une traînée de* chaux fut la raie du dos, lorfque la peau a été pliée fur fa longueur , & que la chaux a quitté Y endroit du pli.
- 12. Les peaux placées les unes fur les autres, comme on le voit en C9 chair contre chair, & laine contre laine , palfent ainfi quelques jours , jufqu’à ce qu’on s’apperçoive que la laine peut s’arracher aifément ; cinq à fix jours fuffifent en été ; il faut quelquefois trois femaines en hyver ; cela dépend d’ailleurs de la qualité de la chaux & de l’état où fe trouvent les peaux.
- Si on laiflbit les peaux trop long-temps, on rifqueroit de perdre la laine, qui, fe trouvant trop détachée , feroit emportée par le premier lavage. Si au contraire , on les retiroit trop tôt, la laine étant plus difficile à peler, on courroit rifque d’effleurer la peau en arrachant la laine (y6).
- Un boiffeau de chaux peut fuffire pour mettre en chaux un cent de peaux de mouton, lorfqu’il ne s’agit que de faire tomber la laine.
- 13. Dans le Berry, où les peaux font beaucoup plus fines & plus délicates, on ne lave point de fuen, de peur de gâter la laine qui efl l’objet d’un commerce précieux.
- On fe contente de laiflfer tremper les peaux, ou bien on les travaille feches en laine; on les recalfe bien, on les hume été ; & quand elles font fiiffi-làmment amorties , on les met en chaux pour deux à trois jours : on . n’attend pas que la laine en tombe facilement ; mais on les plume à la main , en arrachant, pour ainfi dire , la laine fine ; 8c quand il ne relie que le poil le plus greffier , on le pele avec le Cœur qui efl: une elpece de pierre à égui-fer; nous en parlerons ci-après.
- Les peaux qui ont été affez long-temps en chaux, commencent à s’échauffer au point qu’elles rifqueroient de fe brûler, fi on n’avoit grande attention à les retirer à propos; c’eft encore là une caufe qui rend beaucoup de parchemins défeétueux.
- Surtondre SC peler les Peaux.
- 14. Les peaux ayant été en chaux alfez long-temps pour que la laine foit aifée à enlever , on lave légèrement ces peaux dans une eau courante pour
- 1 en détacher le plus gros de la chaux, afin de pouvoir les manier aifément 8c avoir de la laine plus nette.
- U ne laifle pas d’y relier encore de la chaux ; mais elle y efl: néceiîàire po*ur empêcher que les peaux ne fe corrompent dans l’intervalle de temps qui doit fe palier avant qu’elles retournent à la chaux.
- On commence par furtondre la peau, c’eft-à-dire, couper avec des forces les extrémités de la laine qui font durcies, feches ou gâtées , les brins les plus groffiers, ceux auxquels il y a des ordures que le lavage n’a pu enlever. Les Forces dont on fe fert pour furtondre les peaux, n’ont point de
- charnière^
- p.8 - vue 11/58
-
-
-
- LE PARCHEMIN. 9
- charnière , mais font formées d’une feule piece d’acier recourbée qui forme les deux lames ou les deux tranchants : ainfî ces deux lames s’écartent l’une de l5 autre parla force de leur reflfort ; & celui qui furtond, n’a d’autre peine que de les ferrer dans fa main pour couper la laine : dès qu’il cefle de les comprimer, les forces s’ouvrent d’elles-mêmes pour couper un autre brin*
- Cette furtonte , quoique la plus mauvaife qualité de laine, fert encore à des ouvrages grofïîers, tels que les couvertures qu’on met fur les chevaux ; elle fe vend 2 ou 3 fols la livre , c’eft-à-dire , la moitié environ de la laine de queue qui eft la moindre qualité des laines marchandes.
- Après avoir furtondu la peau , il s’agit de la peler : pour cet effet l’ouvrier étend la peau fur le chevalet ; & prenant de la main droite un petit bâton arrondi, 8c d’environ un pied de long qu’on nomme peloir, ou une pierre à aiguifer, il appuie fortement fur la peau, tandis que de l’autre main il conduit le peloir , 8c prend en même-temps la laine qui fe détache.
- On voit en B ( PL L ) l’aélion de celui qui fur tond les peaux, & en D 9 l’aétion de celui qui pele. Les forces font repréfentées en K , le peloir en P* on voit en S la pierre qui fert au même ufàge que le peloir.
- Un ouvrier peut furtondre 80 peaux de mouton dans un jour , pourvu quelles ne foi en t pas extrêmement défeélueufes , c’eft-à-dire , qu’il n’y ait pas une quantité extraordinaire d’ordures ou de furtonte.
- Un feul homme peut plumer 200 peaux par jour, c’eft-à-dire; 18 par heure, s’il ne fépare pas les laines ; un tiers de moins, s’il eft obligé de trier à mefure qu’il pele.
- On donne le nom de Plis à la laine qui eft ainfi détachée de la peau au moyen de la ehaux , par oppofition à la’ mere - laine que l’on tond fur la bête vivante. Le plis eft cependant employé pour certains ouvrages , comme les groffes couvertures qui doivent être confidéra-blement refoulées ; la chaux dont elles font légèrement empreintes, facilite , à ce qu’on dit, le travail du foulon : mais en général cette laine eft rebutée; les anciens ftatuts des Mégiiïiers leur défendent févérement de la mêler avec le mere - laine, parce qu’elle fait un drap qui fe cafte de toutes parts.
- iy. Si on laifle fécher les cuirs au fortir de la chaux, ils deviennent beau^ coup plus difficiles à peler ; dans ce cas on les fait revenir en les laiftant tremper dans l’eau : mais par ce moyen on les dépouille trop de leur chaux ; ainfi il eft préférable de les peler tout de fuite à mefure qu’on les tire de la chaux : pour cela un Mégiifier vigilant ne met en chaux que le nombre de peaux qu’il prévoit pouvoir conduire, afin que les opérations fe fiiivant’ peu à peu , elles ne foient ni précipitées ni tardives.
- 16. La gelée nuit auffi à cette opération; les peaux ne plumeroient pas fi
- bien, c’eft-à-dire, ne quitteroient pas fi bien la laine, fi elles avoient été Parchemin. C
- p.9 - vue 12/58
-
-
-
- I
- i d , A R T D E F A IRE
- gelées ; le pied de la laine, cette épiderme légère qu’ on enleve avecla laine, & qui fe détache aifément de la peau, y tiendroit davantage , & l'on rifcpie-roit d'effleurer.
- 17. Le triage des différentes fortes de laines , quoiqu etranger à la fabrication du parchemin , eft une des fonélions du Parcheminier ; ainfi nous croyons devoir en dire quelques mots. Celui qui pele une peau de mouton, a foin de féparer la laine en deux ou trois tas différents, fuivant le degré de beauté : la laine du collet eft la plus belle ; le dos Sc le ventre donnent une laine moyenne, ou plis moyen; celle des cuiffes & de la queue font ordinairement de la derniere qualité : il y a cependant des moutons qui ont la laine du ventre plus groffe que celle des cuiffes.
- f En Berry, le choix & l'attention que l'on apporte dans cette opération , font encore plus confidérables : on y tire la laine à la main avec la plus grande attention ; on fépare d'abord la belle laine blanche en trois fortes, plis fin, plis moyen, gros plis\ la laine noire ou grife forme auffi trois elpeces, qu'ils appellent fin bege, moyen bege, gros bege : ils nomment écharnure la laine tirée fur la gorge & fur les épaules ; c'eft la plus eftimée; elle fe vend julqu'à cinquante fols la livre, c'eft-à-dire, trois fois plus que la laine des environs de Paris : au contraire, le jarre eft formé par des brins de laine plus forts, plus groffiers & moins blancs, qui relient attachés à la peau, quand on tire la bonne laine : il y a des moutons qui ont beaucoup de jarre ; on le prendroit pour du poil de chien, quand ce jarre eft relié feul fur la peau. La laine fe lave, dans le Berry, à force de bras, dans de grands paniers que l'on plonge Hans la riviere ; au lieu que dans ces Pays-ci, les Mégiffiers lavent ordinairement la laine fur la peau, ce qu'on appelle laver defiurge ou de fiuen.
- A l'égard de la quantité de laine qu’un Mégiffier retire de fes peaux, on n’en fauroit rien dire de bien précis ; les moutons du Berry ne portent gueres que trois quarterons ou douze onces de laine, tandis que les gros moutons deFlandre en portent lix à fept livres; plus communément c’eft une livre & demie.
- 18. Lorfqu’on travaille du vélin, on eft auffi obligé de peler ou débourrer les veaux fur le chevalet ; mais ce travail n'exige pas autant de précautions.
- Pour débourrer le veau, on s’y prend à peu-près comme pour peler le mouton ; fi le cuir eft un peu trop dur, on emploie une pierre au lieu du peloir de bois dont nous avons parlé ; on appelle Cœur cette pierre dont la qualité eft ordinairement celle des pierres à éguifer ; elle a une forme quadrangulaire, & elle fe termine en pointe des deux côtés comme on le voit en S ( Planche /).
- On fe fert auffi du fer à recaffer dont nous avons parlé art. p ; c’eft
- p.10 - vue 13/58
-
-
-
- ir
- LE PARCHEMIN„
- même le plus ufîté pour cette opération.
- Les peaux de tambour le pelent quelquefois avec des cendres 5c dé l’eau , ( voyez art. 62 )* .
- i 19. Si Ton veut mettre à profit la bourre qu’on a retirée de deflus une peau de veau , il faut la jetter dans un cuvier d’eau claire, où elle pafle 5 à 6 jours. On la lave enfuite dans un grand panier d’ofier qui ait 2 pieds de diamettre & un pied & demi de profondeur y au milieu duquel il y a une anfe circulaire ; on met dans ce panier une lavée d’environ une livre 8c demie ; on la lave dans une eau claire 8c coulante ; on tourne la bourre avec un bâton pour la bien démêler. On la retire de l’eau à trois reprifes différentes pour en faire fortir la faleté. Alors on peut plier cette lavée de bourre en forme de manchon pour la mettre égoutter fur une claie pendant trois jours ; & on l’étend enfin fur des claies dans le féchoir : plus elle féchera promptement, & meilleure fera fa qualité.
- Cette bourre fert à garnir les fauteuils, les felles, les colliers des che* vaux ; elle vaut dix à douze livres le quintal , lorfqu’elle eft ainfi travaillée avec foin lans aucun mélange de bourre de bœuf, ni de vache, parce que celle-ci ne vaut pas la moitié de celle de veau.
- La quantité de bourre que fournit une peau de veau, va depuis une demi - livre jufqu’à une livre 8c demie : il y a des veaux en Flandre qui en ont jufqu’à deux livres ; mais ce font des veaux de lait, qu’on n’a point laiffé brouter, 8c qui pefent jufqu’à fix cents: il y en a*plus en hiver pi en été ; car le froid rend les veaux plus forts en cuir & plus foibles ;n poil. Si la bourre n’a pas été lavée & choifie avec les précautions que îous venons d’indiquer, elle ne fert plus qu’aux Maçons qui la mêlent lans la chaux éteinte pour la lier, 8c en faire un enduit en forme de
- Mettre les Cuirs dans le Plein *.
- 20. Lorsque les cuirs font pelés, il s’agit de les mettre dans le plein pour les faire enfler, les attendrir, les dégraiffer. Le plein eft un creux pratiqué dans la terre , ayant deux pieds de diamètre fur cinq pieds de profondeur plus ou moins, qui peut contenir entre cinq cents 8c mille pintes d’eau / ou deux ou trois muids mefiire de Paris , ( le muid eft de trois cents pintes, chacune de deux livres ou 48 pouces-cubes, comme les bouteilles ordinaires ). Les pleins ne font point revêtus de briques ni de pierre ; la maçonnerie fourniroit toujours un gravier qui feroit tort à
- * L’Encyclopédie au mot Cuir écrit Plain : l pelain ; dans les Mémoires du Confeil, plimmals
- cette orthographe répond-elle à l’étymologie ôc à l’ufage ? ce mot vient certainement de peler , parce que le premier ufage de la chaux a été celui de faire tomber le poil de la peau : dans les anciens Manufcrits de l’Académie je trouve
- comme dans les Ordonnances ôc Statuts émanés de l’autorité Royale, depuis celui du mois de Juin 158J, je trouve plein , je préférerai cette maniéré d’écrire, ne voyant pas d’autorité plus refpeétable, ni d’ufage plus conftaté.
- p.11 - vue 14/58
-
-
-
- i* ART DE FAIRE
- l’ouvrage : on y enterre de grandes tonnes de chêne 9 qui peuvent durer jufqu à foixante ans quand elles font bien faites.
- C’eft dans ces tonnes, que Ton fait fondre Sc éteindre la chaux dans laquelle doivent féjourner les cuirs ; on en voit la figure en E dans la Planche L
- On ne doit pas différer à mettre les peaux dans le plein lorfqu’elles ont été pelées ; elles perdroient leur humeur de chaux, Sc fe gâteroient, fi on les laiffoit trop long-temps hors de la chaux. Pour faire un plein, on choi-fit de la chaux faite avec une pierre tendre, afin quelle foit plus douce, Sc quelle attaque plus lentement les cuirs : la chaux que Ton préféreroit pour faire le mortier à bâtir, eft trop vive pour faire un plein • on prend une chaux légère , qui durcit moins, Sc boit moins d’eau. ’
- Lorfqu’il s’agit d’éteindre delà chaux pour le mortier, on commence par l’échauffer avec un peu d’eau pour la faire partir, la mettre en mouvement ; mais bientôt après on y ajoute une plus grande quantité d’eau pour que la chaux ne fie brûle pas : cependant on a foin de ne pas la noyer ., fans quoi elle perd fa force , Sc ne durcit plus le mortier ; c’eft le défaut le plus ordinaire parmi les Maçons de Paris : il en eft tout autrement de la chaux des Mégiffiers, on la noyé afin de l’amortir ; on jette dans le plein la valeur de deux muids d’eau pour un demi-muid de chaux, & tout à la fois, afin que la chaux trouve dequoi s’étendre tout d’un coup ; elle fe durciroit, Sc deviendroit crêmeleufe, fi on ne l’abreu-voit que peu à peu. Tandis que la chaux fe fond, on la remue continuellement , de maniéré qu’elle fafîe un beau lait de chaux ; le bouloir ou poujjou dont on fe fert pour cet effet, eft une piece de bois taillée en cube & emmanchée à un long bâton. On laiffe enfuite repofer le plein jufqu’à ce que la chaux foit bien éteinte & bien froide ; il ne doit fervir que deux jours après la fonte ; fans ce délai, on courroit rifque de brûler les cuirs. On appelle Cuirs, Sc dans certains endroits Cuirets, les peaux qui font pelées, jufqu à ce qu’elles aient été travaillées fur la herfe ; car c’eft alors feulement que le parchemin eft fait, Sc prend le nom de Peau de parchemin.
- 21. Avant de mettre les cuirs dans ce plein frais, on les prépare en les fai-fant tremper dans un cuvier avec une eau de chaux légere|& déjà ufée : cette préparation empêche qu’ils ne fbient furpris trop vivement par l’action du plein ; on les laiffe dans ce mort-plein deux ou trois jours, après quoi on les laiffe autant de temps à l’égoût.
- Après avoir été ainfi préparés dans un mort-plein, Sc égoutés, les cuirs fe jettent dans le plein frais ; on en peut mettre quatre cents dans un plein où il y auroit deux muids d’eau ( de huit pieds-cubes chacun ) ; on* a foin de le remuer auparavant avec le bouloir pour diftribuer la chaux dans toute la maffe d’eau. 22,
- p.12 - vue 15/58
-
-
-
- LÈ P A RC HÉ MI N. Tî
- 22. Trois ou quatre jours après, on retire les cuirs du plein pour les mettre en retraite ; pour cela on fe fert d'une tenaille à deux branches, qui a quatre à cinq pieds de long, 8c on les jette fans diftinétion les uns fur les autres , fur un terrein incliné, d'ou l'eau de la chaux en s'égouttant puifle retourner dans le plein : il ferait encore plus utile de les étendre 8c de les ranger exaélement les uns lur les autres > pour mieux diftribuer la chaux ; mais on néglige communément cette précaution. Sans cette opération de retraite, l'eau gonfleroit trop les cuirs, 8c la chaux trop délayée n'a-giroit pas alfez fur leur fubftance. Après trois à quatre jours de retraite, les cuirs retournent dans le plein pour un pareil elpace de temps , & toujours alternativement pendant le cours de trois femaines ; ainfi quand on dit que des peaux de moutons exigent trois femaines de plein , on fup-pofe toujours cette alternative, enforte que pendant la moitié de ce temps elles aient été mifes en retraite ; car elles ne fe travaillent pas moins dans cet état, que lorfqu'elles font réellement dans le plein. On voit en E l'aélion de celui qui met les cuirs en retraite ; les pinces dont il fe fert font reprélèntées féparément en L dans le bas de la Planche.
- 23. Quoique nous difions que le plein doit durer trois femaines, rien n’empêche de le prolonger davantage , pourvu que l'eau de chaux ne foit pas bien forte ; on en laiffe fbuvent pendant fept à huit mois dans des pleins-morts fins qu'ils foient gâtés ; il eft vrai cependant qu'à la longue la ipcmpiétrit, devient un peu trop molle, & perd de là qualité. Les Mé-giffîers voudroient avoir un moyen de retarder l'ouvrage à volonté fans aucun inconvénient ; mais ils palfent là-delfus, lorfque les circonftances l'exigent ; s'il furvient plus de peaux dans des temps de mortalité qu'on ne peut en pafler, on eft obligé de les laiifer dans le plein.
- 24. Le plein qui a pafle quatre cents peaux, n'eft pas épuifé ; il peut fervir une fécondé 8c même une troifieme fois ; mais alors il faut beaucoup plus de temps > à moins qu'on n'y ajoute une certaine quantité de chaux nouvelle*
- Il arrive auftî qu’en levant dès peaux déjà, à peu près paifées, on en met de nouvelles au fond du plein , pour replacer les autres au deffus.
- Ainft un boilfeau de chaux bien comble, peut faire'deux cents peaux de boucherie, 8c quatre cents peaux déjà pelées à la première fois qu'il fert ; il peut à la fécondé fois fervir encore à rafraîchir deux cerits cuirets de boucherie, dont on a ôté la laine, c'eft-à-dire, empêcher qu'ils ne fe corrompent : il faut encore ajouter un boifleau & demi , pour repaifer les mêmes cuirets dans le plein, au moyen de quoi la chaux prend peu à peu. C’eft la même opération pour les cuirs blancs & pour les parchemins.
- Lorfqu'ii y a trop long-temps que le plein travaille, 8c qu’il commence Parchemin. D
- p.13 - vue 16/58
-
-
-
- I4 ART DE F AI RE
- à fe remplir ; on a foin de le curer, d’enlever le fédiment terreux qui relie dans le fond, d’y mettre de l’eau 8c de la chaux toute nouvelle.
- 2t. Le cuir du Berry étant plus délicat 3c plus fin, il lui faut moins de plein qu’à celui des autres Provinces ; du relie on gouverne fur le plein en Berry comme dans la Champagne 3c aux environs de Paris.
- Les cuirs de Veaux quoique plus épais Sc plus denfes que ceux de Moutons , n’ont pas befoin de relier plus long-temps dans le plein ; cependant tout cela dépend des circonllances du temps Sc de la qualité des cuirs : on peut préparer du vélin avec huit ou douze jours de plein dans un temps doux, fur-tout fi l’on veut lui conferver de la force.
- Les cuirs de Veaux dellinés à faire des tambours, les cuirs de Porcs dont on fait des cribles , exigent moins de plein ; huit jours fuffifent au lieu de quinze ; parce que le plein attendrit la peau, 3c que les tambours ont befoin de conferver toute leur force.
- U efl alfez difficile de bien connoitre à la vue fi les cuirets ont alfez de plein , à moins qu on n ait beaucoup d expérience y mais ordinairement quand la chair peut s enlever avec 1 ongle, on juge que les cuirs font
- alfez faits.
- On fent affez que les cuirets de différentes grandeurs & de différents âges ayant plus ou moins de force, doivent être plus ou moins fenfibles àl’aétion du plein , plus ou moins fufceptibles d’etre attaques par la chaux : les Mégilïiers qui jettent pêle-mêle les jeunes anelins & les vieilles brebis , ont prefque toujours des parchemins qui fe déchirent fur la herfe, parce qu’ils font brûlés , ou qui n’étant pas faits, font extrêmement difficiles à
- 16. Les délais que nous avons alfignésà chaque opération, dépendent néceC fairementde la force de la chaux, de celle des cuirs , de la faifon, 8c des autres circonllances particulières: on peut les abréger beaucoup, fi l’on eft preffé, & que l’on veuille forcer l’ouvrage ; par exemple, le chef-d’œuvre des Mégiffiers à Paris confille à paffer en laine une peau prife chez le Boucher, &à la rendre toute prête dans les vingt-quatre heures, les gants à la main ; on fupplée alors par un grand nombre de façons, à la brièveté du temps. Le Parcheminier pourroit de même, en employant une chaux plus vive , Sc fe fervant du fer à recaffer, préparer une feuille de
- parchemin dans les vingt-quatre heures ($6").
- i~j. Pour ce qui efl des effets de la chaux, elle fait enfler, pénétré 8c dégraiffe les peaux; on connoît affez fona&ion corrofive fur les fubflances animales ; elle les attendrit à la furface, Sc les difpofe à être écharnées plus facilement ; mais quant à la fubftance des cuirs, la chaux fert à les durcir, en defféchant les fibres, Sc leur donne cette force, cette roideur qui dillingue le parchemin des autres fortes de peaux. C’eft par la même
- p.14 - vue 17/58
-
-
-
- LE PARCHEMIN. ij
- raifon ; que les cuirs forts, deilinés à être tannés , relient un an ou quinze mois dans le plein : ils y acquièrent de la dureté ; û Ton mettoit de la chaux trop vive, ou en trop grande quantité , elle épaifliroit, defteche-roit, & brûleroit le cuir.
- En général, la chaux a la propriété de durcir extrêmement certains compofés dans lefquels elle entre , tel eft le mortier qui fe fait avec la chaux & le fable. Becher nous raconte qu’il étoit parvenu à faire un com-pofé de chaux & de fromage, qui avoir prefque la dureté du diamant : l’eau de chaux s’emploie également dans les raffineries de lucre, pour lui donner du corps ; c’eft peut-être de même qu’elle durcit le parchemin. • On pourroit cependant, à la rigueur , préparer des peaux, les tendre, les écharner, les raturer, les poncer, fans qu’elles euftent paffé par la chaux; mais le parchemin qui en réfultèroit, ne feroit point d’une belle couleur ; il auroit trop de tranfparenpe ; il feroit grailfeux, fujet à être attaqué de la pourriture & des vers; & le travail en feroit confidérable-ment plus long.
- Brocher les Peaux fur la herfe, SC écharner.
- Avant que de parler du travail de la herfe, il eft néceflàire d’expliquer les noms par lefquels fe défigne chaque partie d’une peau, ou d’un cuir, parmi les Mégiffiers.
- La partie# (fg-1. ) s’appelle la tête du cuir ; c’eft proprement le cou du mouton , auquel pend une partie de la peau de la tête & des oreilles ; la tête du cuir en eft la partie la plus épaifte Sc la plus forte.
- b b, font les collets qui répondent aux épaules du mouton, de chaque côté de la tête.
- a, font les pattes des collets , ou les pattes de devant. d d, indiquent les brifets ; cette partie de la peau qui dans l’animal vivant, fe trouve placée fous les aiflelles , eft plus mince que tout le refte , parce qu’elle eft fans cefîe diminuée par le frotement, maintenue dans une douce chaleur, & garantie du contaél de l’air qui durcit la peau.
- e e, font les boudinés qui répondent au delfous du ventre dans fà partie fupérieure ; cette partie eft plus épaifte que les brifées : les boudinés lignifient proprement le prépuce du mouton.
- ff, marquent les tétines , c’eft-à-dire la région des mammelles , qui font fituées à la partie inférieure du ventre.
- g g, pattes de la culée ; ce font les pattes de derrière. h, la culée, à laquelle on voit encore attachée la queue de l’animal. 2p. Lorfqu’on retire les peaux du plein , on les pafle dans l’eau courante pour en ôter toute la chaux ; ce lavage qui revient plus d’une fois dans le travail du Mégiflîer, eft repréfenté en A une fois pour toutes dans la Planche 1
- p.15 - vue 18/58
-
-
-
- *6 A RT D E PAIR E
- ïl s’agit enfuite de tendre chaque peau , de maniéré qu’elle feche fins fe racornir , &puiffe fe travailler aifément ; on fe fert pour cet effet, d’un cercle ou d’une herfe. Les cercles ont cinq à fix pieds de diamètre; ils font formés, comme les cercles de tonneaux, d’un bâton de chêne auquel cependant on conferve toute fi rondeur : ces cercles occupent moins de place, Sc coûtent moins que les herfes ; mais ils ne tendent pas le parchemin avec autant d’exactitude ; on ne s’en fert point dans le Berry, & ils font infuffifants pour le vélin, qui exige bien plus de force.
- La herfe des Mégiffiers eft un cadre ou chaffis de bois, d’environ cinq pieds de long fur quatre de large, dont les quatre côtés font garnis de chevilles groffes comme le pouce. Les deux montants de la herfe font un peu plus longs que les traverfes horizontales, afin que les chevilles inférieures foient environ à Un pied de terre.
- 30. Pour tendre la peau fur la herfe, on paffe des chevilles ou brochettes dans la peau, en y faifint quatre trous à chaque endroit, où l’on met une brochette ; une ficelle qui embraffe la brochette par deffous, va s’envelopper fur la cheville que l’on tourne pour tendre la peau fur cette herfe : dans le Berry , on paffe les ficelles en deffous de la herfe ; à Troyes, on les met fur le devant. On paffe ainfi dix-huit ou vingt brochettes dans les bords d’une peau, fivoir, dans la tête, les collets , les pattes des collets , les brifets, les boudinés, les tétines, les pattes de culée & la culée ; la brochette de la tête ou de la têtiere doit être plus longue que les autres, & paffer dans fix à huit trous, pour l’étendre plus exac„ tement, parce que cette partie de la peau qui eft la plus forte, a befoin d’une plus forte tenfion ; cette brochette du collet eft prife par fes deux extrémités, & tient à deux chevilles différentes , à caufe de fa grandeur.
- Les autres brochettes qui prennent tout le tour de la peau, font tendues chacune à une des chevilles de la herfe, en haut ou en bas, à droite ou à gauche ; ces chevilles entrent dans la herfe à frottement dur , Sc elles ont une tête quarrée, au moyen de laquelle on les tourne, ou avec la main , ou avec une clef de fer qui entre fur la tête de la cheville.
- Nous avons dit que les brochettes étoient prifes par deffous , c’eft-à-dire, à l’envers , par la boucle de la ficelle ; cette précaution eft nécelfiire pour faire retourner la brochette en arriéré, & reffortir la peau en avant ; afin que le fer ne trouve pas des cavités dans la peau. Il y a auffi une attention effentielle à avoir pour les brochettes qui tiennent les pattes de la peau ; c’eft de les replier fur chaque extrémité de la brochette, de maniéré que la brochette foit entièrement enveloppée par la peau , Sc que la ficelle qui prend chaque extrémité de la brochette , prenne auffi la peau dont elle eft recouverte ; par ce moyen la patte eft mieux tendue, & ne fe rabat point en fe fronçant vers le milieu ; c’eft ce qu’on voit exprimé féparément en
- p.16 - vue 19/58
-
-
-
- le PARCHEMIN. I7
- T ( PL I ) ou nous avons détaché une brochette , avec û ficelle 8c fa cheville, pour les rendre plus fenfibles. On emploie communément dix-fept brochettes, quelquefois vingt ; un plus grand nombre feroit encore mieux : on doit obferver du moins que chaque brochette embrafle le plus d’efpace qu’il eft poffible ; qu’elle entre bien jufte 8c avec un peu de force dans les trous où elle palfe, afin que la peau ne fe fronce pas en gliflànc fur la brochette. Ces attentions font effentielles , parce que les endroits de la peau qui font mal tendus, ne peuvent pas s’écouler, 8c ne deviennent jamais blancs. ^ '
- L’ufiige eft de tendre les peaux en long plus qu*en large ; la forme qu’exige l’ufàge ordinaire du parchemin dans le commerce, devant être alongée : il y a des Provinces où l’on tend plus en large ; on y trouve l’avantage de diminuer l’arrête ou épaifleur qui régné fur le milieu de la peau le long des vertebres du dos , 8c qui rend cette partie très-différente du refte.
- 31. La peau étant donc tendue fur la herfe qui eft repréfentée dans la PL I y l’ouvrier prend un fer à écharner ; c’eft une lame de fix pouces en quarré, qui fe termine en bizeau des deux côtés : elle eft un peu arrondie par fon tranchant, 8c le fil ou plutôt le morfil eft retourné ou rabattu d’un côté avec un piftolet ou outil d’acier, que l’on voit en S dans la PL IL
- Ce fer eft tenu perpendiculairement à fon plan pat un manche de bois , ainfi qu’il paroît en E, Planche IL On prend ce manche à deux mains ; on appuie fortement 8c perpendiculairement fur la peau, en frottant du haut en bas; la charnure s’enleve ainfi de defliis la furface entière de la peau , au moyen de ce que le fil du tranchant eft retourné. Le fer à écharner eft peu tranchant lorfqu’il s’agit du parchemin ordinaire, parce que le panicule charnu qu’il doit enlever eft peu adhérant à la peau : ce n’eft que le tiiïii cellulaire & l’envelope de la graille. On met la charnure de côté, ou on la lailîe pendre à la peau pour augmenter la quantité des rognures dont on fait enfuite de la colle ( ).
- L’aélion, le mouvement 8c l’attitude de celui qui échârne, font les mêmes que celles du Ratureur dont on parlera dans les articles 37 & 38 ; ainfi nous avons cru inutile de les figurer Séparément : on jugera donc de celui qui écharne, en voyant dans là PL //, celui qui -rature en A. Le fer à raturer fe voit au bas de là planche en E ; les lames 8c les manches de différentes grandeurs font repréfentés en <rdans le bas de la Planche, & ils ont à peu près la même figure que les fers à écharner.
- Cependant le fer à raturer dont nous parlerons ( art. 38)* a befoin
- d’être d’un meilleur acier que le fer à écharner, parce qu’on en rabat Parchemin. E
- p.17 - vue 20/58
-
-
-
- 18 ART DEFAIRE
- fans ceffe le morfil , Sc que d’ailleurs il doit couper net (37).1
- Le fer à écharner de certains Mégilîiers eft beaucoup plus arrondi ; il a la figure d’un demi-cercle X ( PL I ) , Sc il fe termine par une languette qui entre dans le manche.
- 32. Le fer à écharner fert en même temps à exprimer l’eau de chaux qui étoit reftée dans la peau , ce qu’on appelle écouler ou récouler ; & pour cela on le paffe également fur le dos, c’eft-à-dire, fur le côté de la laine, que les Mégifliers appellent la fleur : il n’y a rien à écharner de ce côté-là ; mais le fer fert à enlever les ordures , Sc à écouler la peau du côté de la‘fleur. Dans cette opération qu’on appelle édofler ou dofloyer, on a foin de retourner le fer , enforte que le fil foit en haut, Sc ne puifle pas couper ni effleurer la peau. On peut ordinairement faire cinq à fîx peaux dans une heure; c’eft-à-dire les tendre Sc les écharner : car c’eft ce qu’on appelle flaire le parchemin, parce que c’eft en effet la principale opération.
- 3 3, Le vélin doit être poncé fur la herfe, après avoir été écharné; pour cela on prend de la craie blanche réduite en poudre, telle que le blanc de Troye, ou même de la chaux qui ait été bien éteinte, deflechée Sc pulvérifée ; on en poudre le côté de la chair, Sc avec une pierre-ponce qui a quatre à cinq pouces de large, Sc qu’on a liflee auparavant fur une pierre ordinaire, on paffe Sc repaffe plufieurs fois Sc avec force le blanc qui le délaie par l’humidité de la peau dans toutes les parties : on paffe ainfi la pierre-ponce des deux côtés ; mais on n’emploie point de blanc du côté du dos ou de la fleur. >
- Ce travail de la pierre-ponce Sc de la craie ne fe donne pas au parchemin ordinaire, du moins aujourd’hui : on le donnoit autrefois, Sc le parchemin n’en étoit que plus beau ; c’étoit un moyen de remédier à plufieurs autres défauts de fabrication ; aujourd’hui on fe contente, après avoir écharné Sc doffoyé le parchemin, de le poudrer légèrement du côté de la chair, avec de la craie la plus lèche & la plus blanche, pour abfor-ber l’humidité, augmenter la blancheur, empêcher que le parchemin ne fe terniffe en féchant, & couvrir le gras qui contrarie l’écriture ; on elfuie ce blanc quand le parchemin eft fec. On appelle en Berry Graflon , ce blanc réduit en poudre très-fine ; à Troye on l’appelle Blanc de Villeloup, du nom d’un village qui eft à trois lieues de Troye ; ailleurs on l’appelle Blanc de Troye : enfin il y a des endroits ou l’on emploie de la chaux éteinte & pulverifee à la place-de craie.
- 34. La peau, après avoir été écharnée Sc poudrée avec du blanc du côté delà chair*, refte tendue jufqu a parfaite ficcité; en été il fuffit d’une nuit ou de quelques heures de la journée; en hiver, il faut quelquefois plufieurs jours. • On doit tenir les peaux à l’abri des injures du temps ;
- p.18 - vue 21/58
-
-
-
- LE PARCHEMIN. x9
- û elles gelent fur la herfe , le parchemin devient crud, carton eux , Sc Von y écrit difficilement ; fi le foleil y donnoit, il y produiroit une crifpation qui peut aller jufqu’à la rupture ; la pluie y cauferoit des taches ineffaçables ( ^ I ). p
- Dans les chaleurs de l’été , on eft obligé de le mouiller avec une peau ou un linge ; lorfque l’eau a pénétré , on rebande la peau en tournant les chevilles ; fans cette précaution il fe rideroit fur la herfe, fe bofi-féleroit, & ne feroit jamais plan Sc uni : ce travail lui donne même une qualité.
- 3y. Lorfque le parchemin eft fec, on doit ôter le blanc, à moins qu’on ne veuille le laifler afin d’augmenter le poids : pour reffuyer la peau, on fe fert quelquefois d’une peau en laine, avec laquelle on frotte le parchemin ; mais il eft dangereux d’en arracher des filandres.
- En Berry, on prend un efffeuroir, qui eft une peau d’agneau radoucie 9 avec laquelle on pafle légèrement fur la peau, pour en ôter le grafon ou blanc, mais de maniéré à ne point lever les chairs ; car il s’en détache facilement comme de petits filets qui empêchent qu’on ne puiffe écrire defliis. Au refte ce blanc n’eft qu’un correélif pour les peaux mal façonnées; on devroit s’en pafler ; on ne l’emploie point à Provins, quoiqu’on y ait fait autrefois de très-beau parchemin.
- 3 6. Le parchemin étant bien fec, on le coupe tout autour, le plus près des brochettes qu’il eft poffîble ; toute la circonférence t qui étoit percée par les brochettes , arrêtée par les ficelles & chargée de la charnure, refte fur la herfe * jufqu’à ce qu’on ait befoin d’y brocher une autre peau : alors on trouve chaque brochette à fa place , & l’on rî’a pas k peine de les chercher ou de les choifir ; on fe contente de les retirer de cette bordure de parchemin, ou rognure qui étoit reftée fufpendue à la herfe ; c’eft delà qu’on appelle Colle de brochette parmi les Papetiers , celle qui eft faite des rognures de Mégiflîers (52).
- Le parchemin fec Sc fortant de defliis la ^herfe, a ordinairement quelques pouces de plus que la peau de mouton qu’on y a employée ; il eft plus mince, plus blanc, plus flexible, moins gras, moins tranfparent : telles font les propriétés que le travail décrit ci-deflus a données à la peau ; voyons actuellement ce qui lui manque pour être propre à l’écriture.
- On reconnoît quelquefois, japrès que le parchemin a féché ^ qu’il eft gras, ce qui le rendroit fort défectueux ; dans ce cas il s’agit de le dé-graifler : on le débroche, fans le couper ; on le rature du côté de la laine dans tous les endroits où la graifle eft répandue ; on' le met tremper dans l’eau pendant quatre à cinq jours ; on le foule pour l’amortir ; on le jette dans un bon plein frais ; au bout d’ùne quinzaine de jours, il doit être retiré de la chaux, étendu fur la herfe, égoûté fur fleur Sc fur chair ; la
- V.
- p.19 - vue 22/58
-
-
-
- 30
- ART DE FAIRE
- graillé en fortira, & le parchemin fe trouvera d’une très-bonne qualité : le canepin qui retient la graille entre fleur 8c chair, étant emporté par le raturage, la graiffe fe trouve à découvert , 8c la chaux l’emporte aifé-ment. Cette méthode fouvent très-utile, n’eft point connue de nos Ratu-reurs à Paris.
- Raturer.
- 37. Lë parchemin façonné fur le cercle ou fur la hèrle, a befoin , pour l’ufage de l’écriture, d’être raturé avec un fer tranchant qui en enleve la furface extérieure ; 8c c’eft ici où commence le travail des Parcheminiers de Paris, qui tirent leurs peaux de la province toutes prêtes à raturer.
- r Le parchemin raturé devient plus mince, plus uni, plus clair, plus blanc ; la laine ou le poil qui peuvent y être reliés, de même que la plupart des taches qui font purement luperficielles , dilparoiffent fous le fer à raturer : la graille qui eft fouvent fixée par grumaux dans la première fiiperficie, eft enlevée; les échimofes ou épanchements de làng y deviennent moins fenfibles, aufîi bien que les impreflions delà chaux : il devient plus beau à tous égards.
- 38. Le fer à raturer eft de la même forme que le fer à écharner dont nous avons parlé ci-deflus ( 31 ) : mais il eft plus gros, plus large & plus tranchant; il doit être peu courbé, pour ne pas piquer le parchemin; il doit avoir le fil rabatu du haut en bas ; pour cela on fe fert à tout moment du piftolet, qui eft une piece d’acier arrondie 8c emmanchée, que l’on palïè lentement 8c avec force fur le fil, pour le rabattre 8c le retourner , de maniéré qu’il puilfe mordre fur le parchemin , fans le percer de part en part; le piftolet le voit en S ( PL II), au deflous du fer à
- raturer.
- On eft auflî obligé de repafler le fer tous les jours une ou deux fois fur la pierre à adoucir , 8c de l’éguifer à neuf liir une meule au bout de deux à trois jours : on fe fert alors pour le faifir, d’un outil qu’on appelle improprement Affiloir, 8c qui n’eft qu’une elpece de pince par laquelle on le tient plus commodément qu’avec fon manche.
- Le Ratureur place là peau fur une herfequi eft un peu differente de celle du Mégiffier ; elle eft compofée de quatre pièces de bois, alfemblées à tenons & à mortaifes, dont le poids feul eft capable de donner à la herfe llmmobilité qui lui eft néceflaire. Ce chaflis porte un cuir de veau qui n’a point pafîe à la chaux, 8c qui eft tendu fortement avec des clouds ou avec des ficelles; ce cuir s’appelle Sommier, La herfe du Ratureur, D (P/. II) diffère de la herfe du Mégiffier, repréfentée dans la Planche I, en ce que celle du Ratureur n’a pas befoin du grand nombre de chevilles tournantes que nous avons marquées dans la première ; le fommier que
- porte
- p.20 - vue 23/58
-
-
-
- LE PARCHEMIN. 2T
- porte la herfe du Parcheminier, eft tendu fixement & à demeure avec de petits clous, ou avec des ficelles; il ne fert que pour foutenir les peaux fous le fer du Ratureur : on le recouvre quelquefois d'une autre peau appellée Contre - fommier.
- On fait auffi quelquefois une couche fur la herfe avec une demi-douzaine de peaux : faire une couche ; travailler fur couche ; travailler en couche , c’eft mettre fur la herfe ou fur le chevalet, un certain nombre de peaux pour faire un fond doux & rebondiiîànt, empêcher les plis & la réfiftance que le fer peut rencontrer, 8c qui feroient couper la peau.
- 39. Alors on arrête la peau, la culée en bas fur le haut de la herfe, au moyen du gland ou mordant : c’efl: une piece de bois d ou efpece de mâchoire, dans laquelle il y a une entaille de trois à quatre pouces de profondeur, & dont les deux côtés font garnis de peau ; elle eft faite de maniéré à n embralfer que l’épaiffeur de la herfe, avec la peau qu’on fe propofe de raturer.
- Le Pareur que l’on voit en A ( PL II), enleve d’abord avec un couteau les plus fortes inégalités, les parties trop Paillantes ou trop dures qui gâteroient le fer 8c qui arracheroient la peau ; il prend enfuite fon fer, 8c le tenant des deux mains , perpendiculaire à la herfe, ou le tranchant un peu dirigé vers le haut, il rature obliquement, en allant de haut en bas, & en avançant auffi de droite à gauche»
- Il paffe plufieurs fois fur les endroits les plus épais, une feule fois fur ceux qui font plus minces ; il enleve de deflfus ia-furface de cette peau des ratures qui ont fouvent un pied de long, 8c prefque deux pouces, de large ; ces ratures fervent à plufieurs ufages , comme nous le dirons art- 65.
- On ne rature ordinairement que le côté du dos ; celui de la chair n’a pas befoin de cette préparation, 8c la peau deviendroit trop mince, fi on la raturoit des deux côtés: cela gâteroit même le côté de la chair.
- Un homme peut raturer dans un jour deux ou trois bottes de peaux d’une grandeur moyenne, c’eft-à-dire, de huit à neuf livres ; les autres à proportion, fix bottes de quatre livres , quatre douzaines feulement des peaux qui pefent douze livres la botte.
- La tête de la peau efl: fouvent graffe, gommeufe, raboteufe ; elle fe gratte plutôt quelle ne fe coupe ; on efl: obligé d’en enlever beaucoup plus que fur le relie de la peau, 8c cette partie n’eft jamais d’une bonne qualité pour l’écriture.
- Le fer à raturer prend plus difficilement fur le parchemin qui a été gelé ; il efl: cartoneux , roide 8c comme empefé ; de même fur celui qui a été mouillé 8c reféché, parce qu’il eft plus dur : voilà pourquoi on mouille plufieurs fois les peaux de tambours ; cette précaution rend la peau beaucoup plus fortes Parchemin* F
- i
- p.21 - vue 24/58
-
-
-
- 22
- ART DE FAIRE
- Il y a au bas de la herfe une planche éloignée d'un demi-pouce feulement, de la traverfe inférieure; on gliffe dans leur intervalle le fer à raturer lorfqu’on ne s’en fert pas ; on voit cette coulilfe en m m au bas de la herfe, dans la partie inférieure de la Planche IL
- Poncer le Parchemin.
- ‘ 40. Le parchemin, après avoir été raturé , conferve fouvent des inégalités que le fer n’a pu enlever, comme nous l’avons remarqué dans l’article 39 des parties éraillées, des duretés , des parties graiffeufes ; on fe fert, /
- pour y remédier , de la pierre-ponce, en latin pumex. Cette matière qui fe trouve fouvent dans la mer, fur-tout en Sicile 8c dans le Comté de Nice,1 paroît être un débris de pierres vitrifiées par des feux de Volcans : les Epiciers la font venir 8c la débitent à Paris. On emploie en Médecine la pierre ponce comme deflicative; on s’en fert dans les Arts pour commencer à adoucir le cuivre & l’étain, parce que le grain en eft fin, 8c produit le même effet que de la pierre dure réduite en poudre, ainfi que la poudre de diamant fert pour polir les diamants mêmes. Il y a des pierres-ponces rouges, grifes 8c blanches ; les blanches font les plus fines, les plus douces, 8c l’on s’en fert pour le parchemin.
- Les Parcheminiers trouvent dans la pierre-ponce un grain fin, avec une %
- dureté & une afpérité fuffifànte pour emporter les inégalités de la peau,
- 8c lui donner la douceur nécefïàire à l’écriture ; ils emploient aufli une pierre, qu’on appelle à Paris Pierre de liais, pour dégraiffer de temps en temps la pierre-ponce , & l’ufer en détachant les particules du parchemin qui peuvent y être engagées. Le nom de Pierre de liais eft celui que l’on donne dans nos carrières des environs de Paris, à certains bancs de pierre pleine & dure , qui font placés à une profondeur moyenne ; on peut voir à ce fujet Felibien, où il eft parlé affez au long des carrières.
- La felle à poncer eft un banc de trois pieds de long fur un de large, couvert d’un parchemin , rembourré par deffous avec la bourre ( 19 ) , afin de prêter à l’aélion de la pierre-ponce, 8c de la faire porter dans toute fa furface; on fait une couche comme nous l’avons dit art. 38; on étend le parchemin ftir la felle à poncer ; on la frotte en tout fens avec la pierre-ponce , du côté du dos ou de la fleur , qui eft ordinairement le plus rude; le côté de la chair a rarement befoin d’être poncé ; le fer lui donne affez de douceur en emportant fes inégalités.
- On peut poncer fept à huit bottes de petites peaux par jour , ( la botte étant toujours de trente-fix peaux ) 8c quatre bottes de grandeur plus confidérable, par exemple, de dix à douze livres.
- Cette opération eft différente de celle dont nous avons parlé art. 33 > ou l’on emploie aufli la pierre-ponce, mais qui fe fait fur la herfe, du
- p.22 - vue 25/58
-
-
-
- LE PARCHEMIN. 23
- moins pour le vélin. Il feroit à fouhaiter que tout le parchemin fut poncé à mol de fleur & de chair ; il n’en feroit que plus beau & plus uni. On le difpenfe communément , pour plus de célérité, de poncer de chair fur la herfe ; mais le Ratureur doit poncer de dos & de chair à proportion que la peau en a befoin.
- Les pierres-ponces doivent être choifies avec foin , fi l’on veut avoir du parchemin doux & uniforme : il fe trouve de ces pierres où il y a des pointes de matière dure comme du verre, qui n’ont ni la porofité , ni le grain , ni la fineflè néceflàires pour le travail que nous venons de décrire , 8c qui gâtent tout à fait le parchemin ; c’eft delà que vient la différence entre le beau vélin de Strafbourg propre à deflîner 8c à peindre , ou celui des mauvais Ratureurs : il n’y a point d’autre fecret pour fa préparation.
- Mettre les Pièces ou les Mouches.
- U arrive très-communément, lorfqu’on deshabille un mouton ; ou lorf-qu’on travaille une peau fur la herfe, qu’on y faffe des trous ; mais cela n’empêche point l’ufàge ordinaire du parchemin : on bouche ces trous avec beaucoup de facilité, en y appliquant une piece de parchemin.
- Ces pièces qu’on appelle auflî des Mouches, étant coupées de figure 8c de grandeur convenable, de maniéré à excéder un peu la largeur de l’ouverture que chacune doit fermer, on les rature tout autour avec un couteau bien tranchant, pour les affoiblir fur les bords ; on place la peau fur une platine de marbre ; on garnit tout le tour de l’ouverture avec de la gomme Arabique , qui efl: la gomme la plus ufitée dans le commerce : la mouche étant appliquée fur le trou, on frotte fur le tour de cette piece en appuyant fortement au moyen d’un petit marteau de fer ; quelquefois on y frappe de petits coups pour unir encore mieux la mouche avec le parchemin ; on laifle fécher cette mouche, 8c le trou efl fuffifàm-ment bouché.
- La gomme, l’humidité, la preffion, la colle naturelle du parchemin uniffent tellement les pièces ainfi collées avec le relie de la feuille, que l’humidité même ne les détache que rarement ; cela arrive cependant, 8c dans la bonne réglé on ne devroit point employer les mouches dans le parchemin delliné à écrire des aéles de quelque importance. On couvre avec du blanp de craie réduit en poudre très-fine toute la partie qui a été gommée , afin de fécher plus vite la gomme, d’abforber l’humidité, de faciliter l’écriture.
- 43. Lorfqu’il s’agit d’un parchemin que l’on delline à être mis en couleur , on délaie la gomme avec un peu de la même couleur, parce que la couleur prendroit difficilement fur la partie gommée : le verd efl; la couleur la plus ordinaire ; nous en parlerons art. 66.
- En Normandie, il y a des Parcheminiers qui fe fervent de blancs-d’œufs
- p.23 - vue 26/58
-
-
-
- H ART DE FAIRE.
- pour appliquer les mouches, 8c qui étendent encore fiir chacune un canepiny c'eft-à-dire, une pellicule très-fine détachée de la peau ; la mouche étant fort amincie, peut être ainfi redoublée d'un canepin , làns qu'il paroifle plus d’épaiffeur que dans le refte de la peau.
- *
- Du Vélin en particulier.
- 44. Nous avons dit prefque en commençant (4)5 que le vélin étant formé avec la peau de veau, étoit plus difficile à travailler, mais aufîî plus blanc , moins fiijet à jaunir avec le temps, plus uni & plus clair ; les Peintres en font un ufàge fréquent : le côté de la chair fert pour les Peintres en mignature, & le dos pour les Peintres en paftel, lorfqu'ils fe fervent du vélin.
- Dans le veau, la plus grande épaiffeur de la peau eft ordinairement fur les côtés, au lieu que le mouton a la peau plus forte fur le dos; on a foin , en écharnant la peau, de faire attention à cette circonftance.
- On emploie pour le vélin des veaux de tout âge, depuis huit jours jufqu'à fix femaines; ceux qui vont au-delà,.font trop forts pour le vélin; on préféré de les employer aux ufages de la tannerie. Comme aux approches du carême on tue beaucoup de veaux, on en a alors de plus jeunes & en plus grand nombre que dans le refie de l'année, & l'on en profite pour faire du vélin.
- 45. Le veau , après avoir été en chaux 8c pelé, devroit être recalTé une fécondé fois, c'eft-à-dire, tremper dans le cuvier, 8c fe travailler fur le chevalet ; il feroit moins difficile à écharner; il feroit moins verd 8c moins caftant. Le fer à recaffèr eft un couteau courbé en arc, tel qu’on le voit eni/, {PL I) garni de deux poignées de bois, dont la lame n'eft point tranchante ; il fert à peler le veau fur le chevalet, 8c à recaffer les peaux en laine pour les amortir, les rétaler 8c leur faire prendre l’humidité ( 9 ) ; c’eft cette opération qu'il feroit utile de faire fur le veau une fécondé fois.
- Le vélin demeure quelquefois dans la chaux & dans le plein , la moitié moins que le parchemin : lorfqu'on le deftine à faire des peaux de tambour , on ne doit point l'écharner ; cela diminue trop de là force & de fon épaiffeur.
- 46. Au lieu decharner le veau à mol, il y a des Mégiffiers qui penfènt
- qu’on devroit le laiffer fécher, le raturer une première fois * le remouiller
- enfiiite afin de pouvoir le fouler ; enfin le brocher une féconde fois fur
- la herfe pour y fécher. Il paroît que cela feroit utile pour adoucir le
- vélin ; mais comme la manipulation en feroit fort alongée, il n'y a point
- d’apparence qu'on fe détermine jamais à l'adopter. Dans l'ufàge ordinaire
- le vélin doit être écharné bien au* vif , avec un fer tranchant que fon
- appuie
- p.24 - vue 27/58
-
-
-
- LE P ARCHE MIN. %f
- appuie avec force, & dont le fil eft retourné vers le bas par le moyen du piftolet, comme nous l'avons dit en parlant du fer à raturer (38); on met auffi du blanc de craie furie fer, pour qu'il gliffe moins fur la peau> & qu'il en abforbe l'humidité.
- On ne travaille le beau vélin que dans les temps doux & dans les faifons moyennes, depuis le milieu d'Avril jufqu'au milieu de Mai, & depuis le milieu d'Août jufqu’au milieu de Sëptèmbrë. ^
- On ne peut gueres brocher Sc écharner que huit peaux de vélin dans une journée , tandis qu'on en peut faire quatre douzaines, lorsqu'on travaille du mouton; le vélin étant beaucoup plus grand, plus fort, devant être écharné au vif y & paffé à la pierre-ponce, il n'eft pas étonnant qu'il y faille un temps confidérable.
- 47» Les veaux qui ont le poil blanc , font le plus beau vélin ; ceux qui ont le poil rouge , font auffi préférables aux noirs ; s'ils font marqués de différentes couleurs, la différence paroîtra fur le vélin, ou bien il faut écharner bien au vif pour la faire difparoître; encore en apperçoit-on des vef-tiges au tranfparent du vélin, fur-tout quand la peau s'eft trouvée n'être pas bien épaiffe.
- Le vélin le plus beau & le plus recherché eft celui qui eft fait de la peau d’un fœtus, lorfqu'à la boucherie on a tué une vache qui étoit pleine : on les appelle des Velots. Les Bouchers ont ffioin, d'apporter les peaux auffi-tôt que l'animal eft deshabillé ; fi elles féchoient avant d'être travaillées, on ne pourroit plus en dégorger le fang, & elles perdroient toute leur beauté. Auffi-tôt que le Mégiffier a reçu une peau de velot, il la doit laver & dégorger fur le chevalet, avec le fer à recaffer ; il la met encore tremper l'efpace de quelques heures dans l'eau ; il la fait dégorger une fécondé fois fur le chevalet, & dans cet état on peut la mettre en chaux ; mais il faut beaucoup moins de temps que pour le vélin ordinaire ; cinq à fix jours pour peler, & autant pour le plein, fuffifent à cette belle efpece de vélin ; on doit auffi y employer une belle eau de chaux bien pure & bien claire.
- Les velots exigent beaucoup plus d’attention dans le travail que les peaux ordinaires ; on doit prendre garde que le couteau n'ait des dents ou de petites inégalités qui puiffent effleurer les velots ; on les pele fur une couche de peaux, c’eft-à-dire, que l’on garnit le chevalet de cinq à fix autres peaux, avant d'y mettre le velot qu'il s'agit de peler, comme nous avons dit que cela fe pratiquoit pour poncer le parchemin*
- 40. Les peaux de veau coûtent dans la Champagne environ vingt fols lorfqu'elles fortent de chez le Boucher, & quarante quand elles font préparées en vélin : lorfqu'elles font fans défaut, le prix en augmente confî-dérablement à Paris ; les Marchands y profitent de la défenfe qu'il y a de Parchemin, G
- i
- p.25 - vue 28/58
-
-
-
- û<Î, ART DE FAIRE
- les acheter de la première main, 8c les vendent julqu'à cinq à fix livres ; mais il eft extrêmement rare de trouver des peaux qui foient abfolument parfaites : les Bouchers, en les déshabillant, y font prefque toujours des coutelures ; ce font des coups de couteau qui effleurent la peau, quelquefois jufqu'à la moitié de fon épailfeur ( J i ).
- Des défauts qui peuvent fe trouver dans le Parchemin.
- 49. Quoique , fous chaque Article, nous ayons parlé des défauts auxquels chaque- opération eft expofée, il ne fera pas inutile de les raflembler fous un feul point de vue , en y ajoutant d'autres circonftances qu'on n'a pas eu occafion de remarquer.
- Le premier défaut vient de la nature même de l'animal, dont la peau fert à faire le parchemin : lès moutons dont la laine eft naturellement noire ou fort brune , font quelquefois du parchemin qui conferve Une teinte de la même couleur ; fi ces peaux font minces, les racines de la laine y laiflent une impreflîon de noir, & la peau ne pouvant être raturée à fond, le parchemin ne fàuroit être d'un beau blanc’: il vaut mieux ré-ferver ces peaux pour d’autres ulàges ; elles peuvent être employées en peaux blanches ; l'apprêt qu'on leur donne efface totalement la teinte noire que le travail du parchemin n'auroit pas enlevée.
- Les moutons font fujets à des maladies qui fe terminent par éruption, & qui affeélent le tiffli de la peau. On appelle ordinairement clavelée ou clavoty 8c dans la Champagne claviot, une maladie épidémique, femblable à la petite vérolle, dont les moutons font attaqués , 8c dont ils meurent quelquefois dans les trente jours, fi la matière ne perce pas. On ne perd pas les peaux des animaux morts de la clavelée ; mais elles font tachées jufques dans l'intérieur, & il eft impoffible d'en tirer jamais un parchemin qui ait de la blancheur ; on s'en fert néanmoins, même pour écrire, dans les chofes de peu de conféquence. Les moutons font auffl attaqués quelquefois de la gale : maladie aflez connue, qui fans être auflî dange-reufe que la précédente, ne laiife pas d'affeéter le tiflu de la peau , 8c de rendre le parchemin défeétueux.
- yo. Les moutons qui meurent par l'abondance du làng, ceux qui n’ont pas été fuffifàmment làignés à la boucherie, & ceux qui par des contufions ou des blefliires, ont eu des échymofes ou épanchements de làng dans le tiflu cellulaire , ont la peau tachée d'un noir verdâtre qui ne peut jamais s’effacer , ce que les Parcheminiers appellent Mort-defang,
- On appelle Peau de morie, celle des animaux qui périflent d'exténuation , & que l'on jette à la voirie , où l'on va fouvent les deshabiller. Il eft naturel de penfer que les peaux de morie font fouvent expofées au mort-de-fang ; d'ailleurs elles font feches 8c tranlparentes comme du papier
- p.26 - vue 29/58
-
-
-
- L E
- P A RC H E Ml
- N.
- huile : il n’eft plus poffible d'y écrire; on n’en peut faire quë des couvertures de livres.
- Le Gras eftun autre défaut qui vient de la mauvaise qualité de la grailféj nous en avons parlé art. 3 6: les parties de la peau qui en font atteintes, ne peuvent être écharnées & raturées qu’avec peine. Ce qu’on appelle la Gomme, eft encore à peu-près la même chofe : c’eft une grailfe feche qui fe trouve entre cuir 8c chair, & qui épaiffit le parchemin.
- yî. La négligence des Bouchers occafionne une fécondé forte de défaut dans le parchemin : d’abord ce font les coups de couteau qu’ils donnent fouvent au travers de la peau ; enfuite les égratignures légères qui y font encore plus fréquentes ; fouvent elles ne paroilfent point fur la peau fraîche ; mais lorfqu’il s’agit de l’écharner ou de la raturer, elle s’ouvre, 8c quelquefois le fer pafle tout au travers, lorfqu’on n’apperçoit pas l’endroit défectueux pour le ménager.
- Les Mégiffiers ont folücité autrefois un Réglement de Police , par lequel Bouchers fulTent obligés de deshabiller au poing 8c avec un linge, les moutons 8c les veaux, pour rendre les peaux intaéles , fans qu’il leur fût permis de fe fervir du couteau & du foufflet : car le foufflet même, quoiqu’il paroilïe devoir agir fans violence , poulie le vent dans des cellules, dans des duplicatures de la peau; la force du foufflet ne fait que l’y engager davantage, jufqu’à ce qu’il produife la rupture des parties qui lui réfiftent : il feroit très-utile de faire un femblable Réglement.
- Si les Bouchers mettent les boyaux avec les peaux, ou s’ils n’ont pas foin d’étendre les peaux fraîches pour les faire fécher au grand air, elles s’échauffent, jaunilfent , fermentent 8c s’attendriffent irrégulièrement, ce qui produit prefque toujours la rupture fous le fer ; d’ailleurs ces peaux deviennent étiques, perdent de leur épailfeur en même temps que de leur force. Delà viennent auffi les diverfes inégalités de tranlparence, & de couleur , que nous voyons dans le parchemin. Les chiens 8c les chats en enlèvent auffi volontiers des lambeaux qui rendent fouvent une peau abfblu-ment défeélueufe.
- Les peaux que l’on garde long-temps, lors même qu’elles font lèches^ font très-fujettes aux vers : elles en font* fouvent toutes criblées.
- Les peaux fe tachent auffi chez le Boucher, par la pluie, par l’humidité, par les immondices qui s’y attachent; la fiente de poule y fait des taches ineffaçables qui produifent autant de trous lorfqu’il vient à palier fous le fer.
- 52. Au fortir de la boucherie, les peaux font mifes en chaux ( ro) : fi la chaux n’efl: pas alfez éteinte, elle les brûle ; fi elle ne prend pas partout également, les parties qui conlervent plus de force, arrachent les autres quand le fer vient à y palfer ; celui qui pele ou qui débourre ,
- p.27 - vue 30/58
-
-
-
- 28 ART DE FAIRE
- enleve fouvent la fleur quand Faction de la chaux n’a pas aflez détaché la laine ou le poil ; enfin l'impreflion même de la chaux marquée inégalement, forme"'la chaux crue qui fe reconnoît par l'inégalité de tranfpa-. rence.
- Les peaux entrent enfuite dans le plein ^ 20 ) : s il eft trop fort & trop chaud, il brûle la peau, & la réduit à rien.
- Si les cuirs ne relient pas aflez dans le plein, ils font verds de plein, difficiles à travailler, & d'une couleur fombre.
- Si on les laifle trop long-temps dans, le plein, ils plamment trop; ils s'attendraient, Sc perdent de leur qualité ; l'inconvénient feroit encore plus grand, s'il s'agilfoit des peaux qui doivent être paflees. en blanc-, ou en chamois, ou tannées ; mais il eft toujours vrai que, même pour le parchemin, les peaux perdent de leur qualité dans le mort-plein, par le long efpace de temps.
- ^3. Celui qui écharne le parchemin ou le vélin (31), enleve fouvent trop en certains endroits, & y fait des clartés qui rendent le parchemin inégal; fouvent auffi il le déchire lui-même*
- Si l'on employoit, pour tendre les peaux , un plus grand nombre de bro-.chettes , eriforte qu'elles fuflent tendues par un plus grand nombre de points ( 30 ), Fcau s’enleveroit mieux, le parchemin feroit plus facile à écharner, & l'on rifqueroit moins de le déchirer.
- On appelle aufll vitré ou verri, un parchemin dans lequel il y a des clartés ou des parties plus tranfparentes que le refle : cela peut venir de ce que la peau s'étant trouvée plus compaéte dans certains endroits 3 elle a été moins dégraiflee par la chaux, moins pénétrée par cette fubftance terreufe , qui doit lui donner l'opacité laiteufe qu'on exige ; ou de ce que l'eau s'y étant amaflee, a lavé plus qu'il ne falloit certaines parties ; enfin cela peut provenir aufll d'une partie huileufe, dont un endroit étoit plus imprégné que d'autres.
- 54. La qualité de l'eau que l'on emploie dans les Mégifleries, influe beaucoup fur la qualité du parchemin ; les eaux troubles & files le rendent terne ; les eaux de puits font trop crues ou trop dures, & rendent le parchemin caifint, & plus difficile à travailler; on prétend que les eaux du Berry font les meilleures ; fi l'on travaille le parchemin en hyver, la gelée rend le parchemin plus blanc, mais plus verd Sc plus aifé à déchirer. ( 34 ).
- 55. Si on le coupe avant qu'il foit fec, il fe couvre de moififliire; ce que les ouvriers appellent pouffer de la barbe, & il en réfulte des taches fur le parchemin.
- Les vieux parchemins feroient infailliblement attaqués par les vers, fi la chaux dont ils relient imprégnés, ne les en préfervoit ; aufll
- trouve-t-on
- p.28 - vue 31/58
-
-
-
- *9
- LE PARCHEMIN.
- trouve - t - on des infectes dans ceux qui n’ont pas eu allez de chaux.
- Les fouris attaquent auffi le parchemin, lorfqu’il provient de gros moutons gras \ dont la graifle n’a pu être exprimée Sc abforbée entièrement par le travail de la chaux Sc de la herfe.
- Tout ce que nous venons de dire, fuffit pour donner une idée des difficultés de Fart, & des perfeétions dont il feroit fufceptible. La maniéré de commercer peut y avoir auffi quelqu’influence : autrefois le parchemin fe vendoit à la botte fans. égard au poids ; on ne confidéroit alors que la beauté Sc la valeur du parchemin : aujourd’hui qu’on le vend généralement au poids ( 67 ) , le degré de perfeétion nécelîàire pour pouvoir vendre, n’efl: plus le même qu’autrefois ; on s’attache peut-être même à augmenter le poids au préjudice de la beauté de l’ouvrage. Echarner moins au vif, lailfer du blanc fur la peau, rogner plus près des brochettes où le parchemin eft moins blanc, parce qu’il n’efl: pas alfez recoulé, ce font autant de maniérés d’augmenter le poids du parchemin, au préjudice de fa bonne qualité.
- Maniéré d'accélérer le travail du Parchemin SC du Vélin.
- Malgré la longueur Sc le nombre des opérations que nous avons décrites, il ne feroit pas impoffible d’abréger x:onfidérablement s’il étoit nécelîàire; on pouroit même en été finir, dans les vingt-quatre heures, une peau de vélin prife chez le Boucher, en commençant vers les cinq heures du matin. Pour cela il faut y appliquer auffi-tôt de la chaux épailfe qui ne foit fondue que de la veille au foir, Sc qui foie même encore chaude ; après que la chaux y a refté deux à trois heures , il faut arracher la laine, jetter le cuiret dans une enchaulfomoire pendant l’elpace de deux heures, le laver, Sc l’étendre fur la herfe; & comme il eft plus dur que ceux qui ont palfé plufieurs femaines dans les pleins en fuivant la méthode ordinaire, il faut, en écharnant, prendre une poignée de chaux éteinte qui aidera à emporter les chairs ; avec un méchant cuiret trempé dans l’eau, on effuiera Sc on lavera la peau ; il faudra enfuite la poncer Sc l’égoutter le plus fort qu’il fera poffible, pour qu’elle foit plutôt feche; y jetter deux poignées de blanc ou de chaux éteinte, Sc mettre la herfe en un lieu où la peau puilfe fécher promptement : il y a de belles journées où une peau peut fécher en deux heures ; alors on la coupe fur la herfe, & il ne faut pas un quart-d’heure pour raturer Sc poncer, ce qui forme la derniere opération.
- Dépecer SC équarrir le Parchemin.
- 57. Les peaux étant parfaitement feches, raturées Sc poncées, elles font en état d’être livrées aux Relieurs , Sc aux autres Artiftes qui en Parchemin. H
- p.29 - vue 32/58
-
-
-
- 30 ART DE FAIRE
- font ufage ; mais pour Fufàge de récriture , 8c pour les Bureaux des Fermes 8c des Contrôles, on le difpofe par feuilles, par demi-feuilles, & par quarrés, pour les formules des différentes Provinces,
- On fe fert d’une forte planche de bois de noyer bien drelfée, & qui fe tranfporte à volonté, fur laquelle on coupe le parchemin ; on a aulîî des planchettes de bois de noyer bien dreflees 8c équarries., qu’on nomme Modèles, parce qu’ils font de la grandeur 8c de la mefure qui convient à chaque feuille; on applique le modèle fur la peau étendue, 8c Ton cerne tout autour avec un couteau ordinaire que Fon a foin d’éguifer fouvent; c’eft ce qu’on appelle couper à la planche. Voye^ Vaction C ( Planche II ).
- On rafraîchit encore chaque feuille, c’eft-à-dire, qu’on la diminue d’une demi-ligne avec une réglé 8c un couteau plus fin.
- On les affemble par cahiers, & on les met pour quelque temps fous la prelfe, pour y prendre feulement le pli 8c la forme qui en font la propreté.
- La preffette des parcheminiers, repréfentée dans la Planche II en Z, a ordinairement deux pieds de long ; les deux vis fixées aux extrémités de la prelfe ont un pouce de diamètre, 8c le fommier eft forcé de def-cendre au moyen de deux écrous V mobiles à la main.
- Les parchemins que Fon peut dépecer fans perte, font ceux qui pefent depuis quatre jufqu’à huit livres ; les autres s’emploient en grande peau.
- Ufage du Vélin pour le Dejfein SC la Peinture.
- 58. Les Deffinateurs emploient volontiers du vélin ; on a plufieurs deifeins du Puget fur vélin, qui font de la plus grande beauté; M. Cochin s’en eft prefque toujours fervi par préférence au papier ; le crayon de mine de plomb y prend plus de force, plus de couleur; on arrive à un plus grand fini, & les objets extrêmement petits ne fàuroient fe rendre de même fur le papier.
- Cependant ces deifeins, dit-on , perdent enfuite de leur force ; la fiiper-ficie du vélin s’altere, comme fi le grain dont elle eft couverte étoit fujet à tomber; je crois que cela vient principalement du blanc que Fon y emploie ( 3 3 ), lorfqu’on écharne le vélin fur la herfe , & dont une partie s’infinue dans les pores de la peau : mais fi le vélin eft bien raturé cet inconvénient doit difparoître ; le fer à raturer emportera toute la couche du vélin que la poudre blanche avoit pu pénétrer, 8c il ne refilera que le tiflfu inaltérable de la peau.
- On reproche aufîî quelquefois au vélin de jaunir avec le temps ; mais on voit des pièces très anciennes 8c fort blanches ; fi le vélin eft bien dégraiffé , 8c qu’on Fait préfervé du contaél de l’air, de la poufîiere, de
- p.30 - vue 33/58
-
-
-
- X E P A R C H E M I N. 31
- la fumée, il fe maintient dans toute fa blancheur.
- Il eft difficile de fixer un deffein fur le vélin , parce que l'humidité le fait jouer inégalement ; certains plans de fibres fe contractent plus que d'autres, 8c font goder la feuille.
- Cependant M. Loriot, Inventeur de l'art 8c du fecret de fixer le paftel, a fixé des deffeins de M. Cochin, fans qu'il y parût la plus légère altération ; ce qui prouve qu'avec beaucoup d'art 8c de foin, on peut donner à un deffein fiir vélin la même fixité qu’à tout autre. D'ailleurs en collant le vélin fur du bois, ou fur un carton bien uni, on évite ce ré-tréciffement & cette irrégularité.
- yp. Les Peintres en miniature emploient quelquefois de l'ivoire & quelquefois du vélin. Il y. a quelque chofe à gagner pour le temps à fe fervir de l'ivoire ; on réferve le fond de l'ivoire pour les lumières, pour les blancs ; on n’a befoin que d'un peu de pointillé fur les chairs, d'un peu de carmin fur les tournants, le refte fe trouve dans la blancheur de la matière ; ce n'eft prefque qu'un deffein colorié. On a de très-belles miniatures de la Rofialba qui font fur l'ivoire, & dans lefquelles il paroît que cette fameufe Artifte n'a voulu qu'abréger le travail.
- Du refte le vélin offre plus d’avantages à un Peintre ; on charge , on re-paffe, on unit tant qu'on veut, parce que le vélin boit la couleur, ce que l'ivoire ne fait point: il eft plus aimable, on y trouve plus d'amour ; les détails de ton, la légéreté, le degré de fini que l'on peut mettre fur le vélin, lui donnent un très - grand avantage ; il ne fe voile pas comme l'ivoire, pourvu qu'il foit collé fur un carton bien battu ; fans cela il fe tourmente, il travaille, & fait écailler la^couleur.
- M. Maffé s'eft toujours fervi du vélin ; quelquefois il le lavoit avec une éponge pour emporter le blanc qui pouvoit y refter, & le rendre plus liffe : cela peut faire reparoître des taches qu'on n'appercevoit pas ; mais en-fuite on choifit les endroits les plus avantageux pour y placer une tête, ou autre partie effentielle qui exige un fond plus uni & plus beau : Arlo, Coupe, Penel, Peintres célébrés en miniature, ont tous employé le vélin par préférence. On a auftî des encre à la Chine de Klinshtet qui ont eu une grande réputation au commencement du fiecle, quoiqu'il y eut plus de licence que de perfection dans ces ouvrages.
- Il n'eft gueres poftlble d'effacer les couleurs qu'on a une fois appliquées fur le vélin , parce qu'elles pénètrent trop avant ; mais en travaillant légèrement, on a la facilité de corriger, en donnant un peu plus de force.
- M. Duhamel, de l'Académie Royale des Sciences , qui s’eft exercé dans les Arts autant qu'il s'eft diftingué dans les Sciences , à proportion de leur utilité , m a appris une méthode qui lui a très-bien réuffi pour la peinture à la goüache ( eipece de miniature où l'on charge couleur fur couleur ) ;
- I
- p.31 - vue 34/58
-
-
-
- 33 ART DE FAIRE
- il fait tremper dans de l’eau un peu de gomme adragante , appellée en latin Tramcantha ; il met ce mucilage dans un nouer de linge fin ; & lorfque le vélin eft bien tendu & collé, il le frotte avec ce nouet ; alors le vélin devient lifte & égal, de maniéré à recevoir aifément les touches les plus légères & les plus délicates.
- En parlant de l’ufage du vélin pour la peinture, on ne peut fe dif-penfer de citer cette multitude immenfe de manufcrits que l’on voit dans toutes les Bibliothèques, dont la plupart font chargés de miniatures fou-vent très-bonnes ; cette maniéré de peindre fur vélin étoit la plus efti-mée 8c la plus employée , avant qu’on eût trouvé l’art de peindre en huile ; on peut citer en particulier les miniatures de Jean de Bruges, Peintre du Roi Charles V , celles qui font dans le Virgile du Vatican, peintes .
- par Julio Clovio, vers lan ijoo, &c.
- On voit à Naples dans le Palais du Roi, un livre peint en miniature
- par Macedo, éleve de Michel-Ange, il y a deux cents ans : c’eft une chofe véritablement curieufe, dit M. Cochin, foit pour le fini & la patience, foit pour le delfein, qui en général eft favant 8c fin, quoiqu’un peu maniéré dans le goût de ce temps-la. Les figures en cariatides, 8c les ornements de tous les genres, en font faits avec tout 1 elprit poflible, 8c com-pofés de très bon goût : petits bas-reliefs , camées imités *, fleurs, oifeaux, figures, tout eft très-bien 8c favamment deflïne ; les fiijets d hiftoire 8c les payfàges font beaucoup moindres. Voyage d Italie par M. Cochin ;
- T. i. p. 13p-
- On conferve à la Bibliothèque du Roi un recueil de portraits des Rois 8c Reines de France 8c autres Princes, copiés d’après les divers monuments , ou les anciens manufcrits ; & la plupart fur du vélin. Cette col-leélion commence a Clovis ; elle renferme des copies de plufieurs portraits anciens; mais le plus grand nombre eft tiré des manufcrits du 15e fiecle; tels font un ancien armorial qui etoit au cabinet de M. de Gaignieres ; des manufcrits de la Chambre des Comptes ; livres d’Eglifes des 13e & 14e Cédés • une hiftoire manufcrite de Charles VI, par Jean Juvenal des Urfins ; un traité des palfages faits outre-mer par les François , compofé en 1473 ; un manufcrit in - folio de la' Bibliothèque du Roi , coté n° 10025 ; l’hiftoire manufcrite de Monftrelet, qui étoit autrefois dans la bibliothèque de M. Colbert; l’hiftoire de Froiflàrd, qui eft à la bibliothèque du Roi; l’hiftoire de Gérard, Comte de Nevers, & de la belle Euriant, traduite du Provençal vers le milieu du quinzième fiecle : cette collection fut faite dans le dernier fiecle par les foins de M. de Gaignieres, 8c léguée enfuite à la Bibliothèque du Roi.
- * Les font des pierres en relief, dont le fond eft d’une couleur différente de celle
- du relief,
- do.
- p.32 - vue 35/58
-
-
-
- LE PARCHEMIN. 33
- 60. Mais il n eft rien peut-être d'auffi précieux St d'auffi beau ; en Fait de miniatures fur vélin , que la colleélion de plus de fix mille figures de plantes 8c d'animaux que l'on conferve à la Bibliothèque du Roi ; ce tréfor d'hiftoire naturelle fut commencé vers le milieu du dernier liecle par les foins de Gallon d'Orléans , Prince eélebre par fon goût pour la Botanique, 8c a été continué jufqu'à nos jours par M. Aubriet, 8c Mademoifel-le Baffeporte , Peintres du Roi, au Jardin Royal des plantes'; on admire dans cette collection, des pièces de la première beauté pour le deffeih, l'expref-lion, la vérité, la couleur, 8c l'on y trouve des pièces d'hiftoire naturelle^ qu'il feroit difficile de rencontrer ailleurs. Voy. Mém.del! Ac. 1727.
- 61. Il ne feroit pas aifé de décider précifément, pour la peinturé en paftel, fi le vélin eft préférable au papier : la Rofàlba , M*-dé la Tour fe font toujours fervi du papier ; tandis que M. Boucher & M. Liotard préfèrent le vélin. M. Boucher dont l'autorité doit égaler dans cettfe partie' la célébrité de ce fameux Peintre des Grâces , trouve que fur le vélin , les couleurs font plus fraîches, les clairs plus brillants, qu'il* y ai plus de velouté, 8c même plus de fineftè.
- Le papier donne une teinte bleuâtre, que le Peintre eft obligé de corriger, au lieu que le fond du vélin ne donne que de la blancheur 8c de l'éclat; le papier eft pelucheux, fujet à s'arracher; le crayon même emporte la colle, 8c le rend plusgroffier~, au lieu que fur le vélin on peut effacer & retoucher ; au moyen du couteau 8c de la mie de pain, on enleve la couleur , fans que le vélin paroilFe avoir fouffert : delà vient auffi que les peintures lur papier1 ôîit un air plus greffier , font moins propres à être vues de près , parce que le fond en eft moins lifté.
- D’un autre coté il y a peut-être plus de facilité à peindre fur le papier ; on peut réferver le papier pour des demi-teintes bleuâtres, au lieu qu'on ne peut pas conferver le fond du vélin ; on peut recoller des parties entières fur le papier, avoir des feuilles plus grandes, & les coller l'une à côté de l'autre, fans qu'il y paroiffe. Cependant ceux qui ont choifi le vélin, y fuppléent, en coulant des feuilles de vélin l'une à l'autre ; mais ce travail exige beaucoup plus de délicateffe 8c de foin que celui de coller du papier.
- Il y en a qui prétendent que les paftels employés fur le vélin, noir-ciffent avec le temps ; cela pourroit s'attribuer à la chaux qu'on y emploie dans certaines Provinces (46) 9 8c qui attaque les couleurs végétales des paftels, lorfqu'elle fe trouve mife en aétion par une humidité accidentelle ; mais il eft aifé , ce femble, de s'en garantir en employant du vélin qui ne foit pas defleché avec de la chaux fur la herle. En général il feroit à fouhaiter que les Artiftes priffent la peine de remonter un peu à la préparation de leurs matières premières ; ils fiiuroient à quoi il en faut attri-Parchemin. I
- p.33 - vue 36/58
-
-
-
- 34 ^ ART DE FAIRE
- buer les avantages ou les îinperfeétions 5 ils choifiroient mieux , & fauve-roient quelquefois des inconvénients où ils tombent fans les connoître.
- C’eft le côté du dos que l'on choifit, pour peindre en paftel, au contraire Se la miniature qui exige le côté de la chair ; cependant il y a des vélins qui font préparés des deux côtés , & dans lefquels on peut choifir.
- C’eft à Aufbourg, ville d’Allemagne dans la Souabe, que l’on prépare le vélin le plus recherché par nos Peintres pour le paftel ; ils trouvent que celui de Paris n’eft pas d’un velouté auffi égal & auffi fin. Le défaut le plus ordinaire du vélin confifte dans ces petites cavités que l’im-preffion des vaifleaux fànguins y laifle fouvent, & qui peuvent venir auffi de plufieurs accidents dans la peau de l’animal; ordinairement le côté de la tête eft le plus exempt de ces fortes de défauts.
- Pour tendre le vélin fur le chaffis, il faut le mouille rdu côté de la chair; mais on doit prendre garde que l’eau ne pénétré le côté du dos : car le velouté s’abattroit, & le vélin fèroit trop liflè ; dans ce cas on feroit réduit à faire un travail femblable à celui de la pierre - ponce, avec un couteau pafle fur une lime douce ; les petites inégalités , ou dentelures fines, que la lime y a laiflees, rendent ce vélin pelucheux , comme il l’é-toit au fortir de l’attelier.
- Quand le tableau eft ébauché> empâté, on mouille auffi le vélin par derrière avec une éponge ; les couleurs paroilfent plus fraîches ; elles deviennent auffi plus fixes : cela fait prendre plus également, fur-tout fous le ventre qui eft fouvent trop lifte; l’humidité, en détrempant la colle naturelle du vélin, fert à haper mieux la couleur.
- Des Peaux de Tambours, de Cribles ôC de Coffres.
- ,/
- 62. Les peaux de caifte fe font avec des peaux d’ânes, ou avec des peaux de veaux ; & celles des timbales, avec des peaux de chevres ; la préparation de celles-ci eft à peu près la même que celle du vélin : voici cependant quelques différences.
- Quoiqu’on les pele ordinairement avec de la chaux; cependant lorf-qu’on n’eft pas à portée d’en avoir, on y emploie les cendres, & les tambours n’en font que meilleurs. Après avoir fait tremper la peau, fi elle eft feche, il faut la recafler , c’eft-à-dire, l’amortir fur le chevalet, lui donner de la fouplefle, comme fi on vouloit la pafler en chaux. On prépare un cuvier, dans lequel on met trente féaux d’eau, avec deux boifleaux de cendrés ; cela peut fiiffire pour une centaine de peaux, & même davantage : on remue ces cendres jufqu’à ce qu’elles faflent une elpece de bouillie ; on y étend les peaux, de maniéré que les cendres puiffent pénétrer par-tout, & on les y laifle plufieurs jours à froid, jufqu’à ce qu’on s’ap-perçoive qu elles deviennent faciles à peler.
- p.34 - vue 37/58
-
-
-
- LE PARCHEMIN^ if
- L’aCtion des fols alkalis que la cendre contient, fait fur la peau le même effet que 1’aélion de la chaux, & les rend faciles à débourrer de la maniéré que nous avons détaillée, art. 18.
- On ôte les groffes chairs avec le fer à écharner ; ôn jette tout de fuite de l'eau fur la peau ; on l’expofo à l'ardeur du foleil ; on la laiffe fecher fur la herfe : cette précaution la rend plus forte * plus tranfparente & plus fonore. .
- On rature enfuite la peau à foc des deux côtés ; mais il ne faut enlever avec le fer à raturer, que les inégalités de la fiirface ; on ne les affoiblit que le moins qu’il efl poffible. La peau de batterie doit être beaucoup plus forte que la peau de timbre.
- 63. Les peaux de porcs dont on fait des cribles ou des cliviers, font huit jours au plus dans la chaux, quoiqu’elles foient beaucoup plus fortes que les moutons ordinaires ; on ne les y laiffe que le temps néceflàire pour pouvoir les peler, & on ne les remet plus dans le plein, pour ne pas les attendrir; on les lave dans la rivierè, & on les étend fur la herfo : mais on ne doit pas les écharner comme le parchemin ; on fe contente d'en ôter la graiffe avec le couteau à talon, ou tout au plus les groffes chairs ; lorfqu'elles font feches, on les coupe fur la herfè, Sc l'ouvrage efl: fait.
- * On peut faire auffi des cribles avec des peaux d'âne, de geniffé & même de mouton : mais on a foin de ne les laiffer dans la chaux que le moins qu’il efl: poffible ; les cribles en font toujours meilleurs.
- Les peaux de porcs dont fe fervent les Cofïretiers pour couvrir des malles* n’ont pas befoin d'être pelées ni écharnées ; on fe contente fouvent d'en ôter la graiffe fur le chevalet avec le fer de rivière, fans les mettre en chaux.
- Enfin les peaux de mouton qui font gâtées par la clavelée & la gale, ou qui font gommeufes , ne pouvant fervir au parchemin d'écriture, font employées à faire des cribles.
- Autres ufages du Parchemin dans les Arts.
- 64. Les peaux préparées en parchemin ont une force & une fineffe quî les rend utiles dans plufleurs Arts. Nous avons dit que les Peintres en miniature & en paftel fe fervent du vélin ; les premiers ne pourroient gue-res s’en paffer.
- Les gargouches de canons fe font avec de gros parchemins tachés ou défectueux.
- Les Imprimeurs font avec du parchemin leurs tympans & leurs frifquettes.
- Les Relieurs font une affez grande confommation de parchemin , & elle étoit encore plus grande autrefois.
- La cartifàne dont les Tailleurs & les Boutonniers fe fervent pour faire les boutonnières, confifte en un fort parchemin coupé par bandes*
- p.35 - vue 38/58
-
-
-
- 3<$ ART DE FAI RÉ
- Les Bouquetiers & Enjoliveurs qui font à Paris une portion de la Communauté des Plumaffiers, emploient le parchemin, foit blanc, foit encou-
- leur, pour imiter les feuillages. - .
- Les Faéteurs d’orgues s’en fervent pour garnir les foufflets, les fommiers & toutes les parties de l’orgue dans lefquelles on veut empêcher l’introduction ou le paCage de l’air ; on fait par les expériences deM. deRéaumur, rapportées dans les Mémoires de l’Académie , que le papier eft infuffifant pour cet effet, & qu’il laide fouvent échapper l’air qui n’a pas d’autre ob-ftacle, au lieu que le parchemin s y oppofe invinciblement.
- Les Apoticaires & les Diftillateurs en ont befoin pour arrêter l’évaporation des liqueurs volatiles. ' ;-
- Enfin les aâes authentiques, dont on a intérêt d’affurer la durée, s’écrivent fur du parchemin. f, ' '
- (6f. Les rognures même,de parchemin font une chofe utile dans les Arts : les Papetiers qui aiment la perfeélion de leur Art, n emploient que de la colle.de brochette, c’eft-à-dire, celle qui refte attachée fur la herfe avec les ficelles & les brochettes. Quand on a coupé la peau , on fait bouillir ces rognures pendant qalufieurs heures legerement- & a petit feu ; on palïè le bouillon de colle au travers, de l’arquet ; on y ajoute de l’eau, de l’alun & quelquefois^ du vitriol, &’on trempe le papier dans cette colle. Voyez l’Art .de faire le papier. „ • .
- Pour que la colle de brochette foit belle 8c recherchée , il faut que le Mégilfier ait eu foin d’en ôter la queue, les oreilles, les pattes & la charnure; c’eft-à-dire , la chair qu’on enleve en écharnant ; tout cela augmente le poids de la colle en pure perte, & diminue la qualité de la véritable colle de brochette.
- La colle de parchemin s’emploie auffi dans la fculpture, la dorure, foit pour coller les parties délicates, foit pour faire tenir la dorure , les couleurs & les vernis fur différents ouvrages.
- Les Bougraniers s’en fervent pour coller Cette toile grofîiere qui fert à foutenir certaines parties de nos habits, & qu’on appelle Bougran.
- Les ratures du parchemin, lorfqu elles font un peu longues , fervent à faire des Lombards ; ce font les petites bandes qui fe mettent à la tête de certaines pièces de drap pour les marquer. Les ratures communes fervent à faire la plus belle colle qu’il y ait dans tous les Arts délicats, excepte peut-être la colle de poiflon. On appelle ces ratures de la Cojje ; c eft la partie la plus fine que le fer à raturer enleve de deffus la lurface de la peau ; cette colle eft prefque également belle, quoique les peaux foient tachées ; la peau noire elle-même fait de la coffe blanche.
- Du
- p.36 - vue 39/58
-
-
-
- Du Parchemin coloré.
- 66. Il feroit certainement très-aifé de donner au parchemin toutes les couleurs imaginables ; mais dans fulage aétuel des Arts, nous ne voyons gueres que le parchemin verd dont il fe fafle une certaine coniommation i on en teint aulîî en jaune ; mais cela eft beaucoup plus rare, il ce n'eft en Hollande.
- Les Parcheminiers cachent avec foin, Sc même entr’eux, le fècret de leur couleur : chacun fe flatte en particulier d'en avoir une plus belle & plus folide que celle des autres ; mais dans le Fait , la différence nous a paru fort légère.
- Il y auroit plufieurs moyens de peindre ie parchemin en verd, Sc d'une maniéré folide ; le meilleur eft celui-ci : On fera bouillir un gros de crème de tartre dans une demi - livre d'eau bouillante ; on y jettera une once de verd-de-gris bien pulvériie ; on peut y ajouter encore une cuillerée d'eau-forte , pour rendre la couleur plus pénétrante, Sc on appliquera cette couleur tiede avec un pinceau fur le parchemin un peu humeélé*
- Cette préparation, quoique fi myflérieufement confervée, ne coûte pas bien cher ; les Parcheminiers de Paris pour yo lois mettent en verd une botte toute entière de io à 12 liv.
- M. Duhamel m’a communiqué un autre procédé par lequel il a fait fou-vent une belle couleur de verd £ eau 9 très-propre à enluminer le parchemin , la voici : Prenez une pinte d'eau de pluie, une demi-livre de verd-de-gris, un quarteron de tartre de Montpellier, du bel indigo , la groffeur d'une noix : pulvérifez le tout ; faites-le bouillir dans un pot neuf verniifé, lans le remuer ; quand la liqueur eft réduite à moitié, on la pafle dans un linge fin, Sc elle fe conferve enfuite dans des bouteilles bien bouchées.
- On peindroit aufti le parchemin en jaune avec de la graine d'Avignon, bouillie dans l'eau, où l'on auroit mêlé un peu d'alun pour rendre la couleur plus adhérente ; ou bien avec de la gaude bouillie dans une lef* five légère de cendres ordinaires.
- Le rouge n'exigeroit que du carmin délayé à froid dans de Peau un peu gommée ; mais l'humidité attaque facilement cette couleur.
- Le parchemin ayant été mis en couleur doit auflî être luftré avec des blancs-d’œufs ou quelqu'autre enduit gommeux ou réfineux qui lui donne du luftre; mais ces détails appartiennent plus à l'art des Enlumineurs, qu'à celui dont nous faifons la defcription.
- Manufactures , Commerce SC Valeur du Parchemin en France•
- 67. On ne prépare point à Paris les peaux qui font deftinées à fatfè du
- parchemin ; les Parcheminiers de Paris ne font que Parëurs oü Raturiers ^ Parchemin, K
- p.37 - vue 40/58
-
-
-
- 38 ART DE FAIRE
- fuivant le langage des Mégifïîers : ils tirent leurs peaux de Bourges St dlf. foudun en Berry, de Troyes en Champagne, de Senlis , de Pont-Sainte* Maixence en Picardie, de Creffi en Brie, de Chartres St d’Etampes en Beauce: le Poitou, le Gévaudan, le Languedoc, la Flandre, l’Alface ont auffi des Parchemineries ; mais leurs ouvrages ne viennent point à Paris , fi ce rieft le vélin de Strafbourg , qui eft recherché à Paris par les Peintres.
- Il fe fabrique dans le Royaume plus de cent mille bottes de parchemin : la feule ville de Troyes fournit plus de ijoo bottes par année. Un Ouvrier foui peut faire ïun portant Pautre 24 peaux par jour , St pourroit en fournir par conféquent environ fix mille dans une année, ou au moins 150 bottes, en fuppofimt qu'il travaillât fans relâche St toujours avec fuc-cès ; mais les circonftances St les temps ne font pas également favorables : on travaille peu pendant l’hiver, St l’on manque beaucoup de peaux.
- Lorfqu’il y a des mortalités dans les bêtes à laine, on a la facilité d’en faire bien davantage, St pour lors une province peut en fournir à plusieurs autres.
- 68. Pour donner une idée au moins approchée de la valeur des choies dont nous avons parlé, nous allons rapporter à peu-près le prix des différentes peaux qu’emploient les Parcheminiers dans la province de Champagne.
- Cuirs de mouton chez le Boucher, par abonnement, l’un portant l’autre , avec leur laine, à 100 ou 120 liv. le cent, chacun revient à 1 liv.
- Il faut obferver qu’il y a fouvent une ou deux livres de laine , quelquefois beaucoup plus fur une peau, ce qui liiffit pour indemnifor le Mégiffier St au-delà , en forte qu’on doit regarder la façon du parchemin comme en failànt feule tout le prix.
- Le parchemin qui pefe quatre livres la botte, vaut, fans être raturé, lorfqu’il ne s’y trouve pas du verri ,. ou autres défeéluofités confidé-râbles. ............... 4 liv. 10 fols.
- Celui de fix livres, à raifori de vingt-trois fols la livre. 6 18
- Celui de huit livres, à vingt - trois fols. ... 9 4
- Celui de dix livres, à vingt fols.........10
- Celui de quinze livres, à dix-huit fols. ... 13 10
- Celui de vingt-deux livres, à feize fols. . . . 17 12
- Tous ces prix fuppofent un parchemin pris au hazard, fans être raturé ni choifi.
- Une belle botte.de vingt-deux livres, bien triée,
- raturée, & choifie .........................36
- Une belle botte de dix livres, bien choifie , St raturée............., . . ........................16
- Pour enluminer, ou mettre en verd, une botte de
- p.38 - vue 41/58
-
-
-
- LE PARCHEMINi, 39
- parchemin dé dix livres, & lui donner le luflre. . . 2 liv. Iô fols
- Les petites peaux de veau deftinées à faire le vélin, s’achètent quelquefois chez les Bouchers de campagne par abonnement, à vingt fols la piece; mais il y a des veaux de tout prix ; on en vend quelquefois à fept fols la livre, qui pefent jufqu’à fix livres, Sc qui par con-féquent valent ............. 2 liv* %
- Mais celles-là ne s’emploient gueres au vélin ; elles le travaillent chez les Tanneurs.
- Les peaux de veau paffées en parchemin , ou le vélin ordinaire de la première main, vaut depuis trente livres la botte, julquà loixante livres; mais les Parcheminiers de Paris le revendent une ou deux fois davantage. Les peaux de porcs dégraiflees pour couvrir des coiïres, une livre.
- A l’égard des ingrédients néceflàires aux Parcheminiers, il n’y a gueres que la chaux dont le prix foit de quelque confidération.
- Le prix de la chaux à Paris eft de cinquante-deux livres le muid, rendue fur le port ; chaque muid de chaux eft de quarante-huit pieds-cubes , qu’on appelle quarante-huit minots : la chaux de Melun eft la plus efti-mée ; celle de Senlis ne coûte que quarante-cinq livres ; mais elle durcit moins ; elle fermente avec moins de force. Un muid de chaux faifànt la charge d’une voiture à trois chevaux?, doit pefer environ trois milliers; mais ce que nous avons appellé boifleau de chaux, dans l’art 24, eft une mefure ufitée à Troyes pour la mefure des grains ; elle contient le poids de trente-fix livres de froment ; ainfi elle eft de la contenue de deux milles trois cents pouces-cubes environ ; car un pied-cube de froment pefe ordb nairement vingt-fix livres.
- Eftimation du Bénéfice d’un Parcheminier.
- 69. En faifànt le réfumé des prix de main-d’œuvre, Sc de ceux de la vente, détaillés dans les articles 9, 14, 3a, 39, 68, on voit qu’il eft difficile d’évaluer précifément les profits d'un Parcheminier; mais il paroît qu’un homme laborieux & feul, pouvant faire cent-cinquante bottes de parchemin, dont le prix eft de quinze cents livres, peut gagner au moins mille livres chaque année pour fa main-d’œuvre. Mais s’il tient des Ouvriers avec lui, il peut gagner encore huit cents livres fur chacun * parce que la promptitude des opérations augmente beaucoup plus à proportion , que le nombre des Ouvriers.
- Des Droits de VUniverfLtè de Paris, fur le Parcheminé
- 70. Tout le parchemin qui arrive à Paris, doit être porté à la halle du Recleur P pour y être vifité ; il y eft reBorifé} c’eft-à-dire, reçoit la marque
- p.39 - vue 42/58
-
-
-
- 0
- I
- 40 ART DE FAIRE
- du Reéteur ; comme preuve de bonne qualité : pour ce droit de marque chaque botte de trente-fix peaux doit au Reéteur vingt deniers tournois, c’eft-à-dire, vingt deniers de notre monnoie aétuelle. Ce droit fe percevoit autrefois par les Officiers même de l’Univerfité ; depuis environ deux cents ans , il eft donné à ferme, & cette ferme eft le felil revenu fixe de la charge du Reéteur de l’Univerfité. ' y
- L’origine de ce droit eft fi ancienne, qu’elle fe perd dans l’obfcurité des temps ; en général tout ce qui dans les arts & dans le commerce avoit quelque rapport à la littérature, a été regardé autrefois comme devant être fous la dépendance de l’Univerfité ; auffi les Parcheminiers, Papetiers, Libraires, Imprimeurs, Relieurs , Enlumineurs, Ecrivains, font cliens ou fuppôts de l’Univerfité, 8c fournis à fa jurifdiétion.
- On appelloit autrefois la Halle des Mathurins, un lieu couvert, appartenant à ces Religieux, & bâti dans leur cour, qu’ils prêtèrent à l’Uni-verfité, en 1291, pour dépofer le parchemin que l’on apportoit à Paris, & en faire la vente : depuis long - temps ce dépôt eft au College de Juftice dans la rue de la Harpe, en une falle appellée, comme nous venons de le dire, la Halle du Recteur.
- De temps immémorial ceux qui amenoient du parchemin à Paris 8c aux environs, étoient tenus de le porter à la halle des Mathurins, à peine de confifcation & d’amende arbitraire pour y être vifité par les Parcheminiers de l’Univerfité au nom du Reéteur. En même temps on en fixoit le prix ; on le marquoit, 8c le Reéteur de l’Univerfité recevoit fon droit de marque : cela s’appelloit rectorier\ il y a eu plufieursArrêts rendus pour la confervation de ce droit, & nous rapporterons ci-après une Déclaration de Henri II à ce fujet.
- En vertu de cette prérogative, le Procureur-Fifcal de l’Univerfité le tranfportoit au Landi pour y vifiter le parchemin; & en I2pi, l’Univerfité affemblée défendit aux Parcheminiers d’acheter du parchemin le premier jour du Landi & de la foire S. Ladre * , avant fes Régents 8c Ecoliers, les Marchands:du Roi 8c de l’Evêque. L’Abbé de S. Denis prétendit en 14^4,; que l’Univerfité ne pouvoit acheter du parchemin au Landi que le premier jour de la foire ; mais on s’oppolà fortement à cette' prétention.
- 71. Les droits de l’Univerfité fur le parchemin étoient fi bien reconnus, qu’en 1549 elle faifit le parchemin qui arrivoit aux Greffes du Parlement, de la Chambre des Comptes, 8c des autres Sieges de Jurifdiétion, fans égard pour la permilîion que le Roi Henri 11 avoit donnée au Prévôt de le faire venir, avec exemption de toutes fortes de droits; mais le Parlement ayant pris connoiffance de cette conteftation, ordonna qu’à l’avenir le parchemin dû par le Roi , aux Greffiers des Cours Souveraines, fe déchargeroit au
- ?ç
- ''2
- * Deux foires anciennes & célébrés; celle du Landi fe tient à S. Denis, entre la S. Barnabé Sc la S, Jean. La foire 'S. Ladre eft abolie depuis la fin
- du dernier fiecle ; elle fe tenoit entre le 3 & le 11 Novembre , autrefois vers S, Lazare > enfuite vers S, Euftache.
- Palais.
- p.40 - vue 43/58
-
-
-
- t E P A R C H É M ï N. 4r
- Palais. Dans des temps plus reculés, l’Univerfité employoit l’excommunication contre ceux qui entreprenoient de la fruftrer de fes droits ; mais les Contrevenants s’en référoient à la Sorbonne fur la validité de pareilles excommunications , & l’Univédité fut obligée d’en venir aux peines temporelles d’amende & de confifcation. ( Voyez Œiftoire de VUniverfité > par M. Crevier 1761 ; Hijloire & Recherches des Antiquités de Paris , par Me Henri Sauvai , Avocat au Parlement ,1733 > tomé Pag* 657 ).
- Déclaration du Roi Henri II 9 donnée en iâ^y9 qui confirme les Droits fur le Parchemin, accordés au Recleur de VUniverfité.
- Henri , par la grâce de Dieu , Roi de France ; A tous préfents Sc à venir s Salut. Comme notre très-chere Sc très-amée Fille premiere-née, l’Univerfité de Paris, eut dans les derniers jours de Février 1543, préfenté Requête au feu Roi, notre très-honoré Seigneur &Pere, contenant qu’entr’autres droits Sc privilèges oélroyés par les Freres Rois nos Prédécelfeurs , elle avoit droit de vifiter & eftimer tout le parchemin amené à notre ville Sc banlieue de Paris ; & à cette fin étoit porté Sc conduit, par les Marchands Forains & autres perfonnes qui l’amenoient, aux halles desMathurins Sc non ailleurs; efquelles halles avoit été de tout temps fait ladite vifitation, prifée Sc eftima-tion par les quatre Parcheminiers Jurés de ladite Univerfité , Sc où il étoit trouvé aucuns vendants parchemin en ladite Ville Sc Banlieue, ou qui le cachoient, il étoit confifqué au profit du Reéleur de notred. Univerfité ; pour laquelle vifitation , apprétiation Sc eftimation, ledit Reéleur prenoit pour chacune botte de parchemin 16 deniers parifis, Sc contre ceux qui avoient voulu faire le contraire, s’en étoient enfuivies plufieurs Sentences, Jugements Sc Arrêts au profit d’icelle Univerfité : Sc parce que ceux qui ont eu le maniement defdits privilèges , avoient adhiré la charte dudit droit, notredite Univerfité auroit requis commilfion pour informer fur la jouilîànce d’icelui droit qui leur fut oétroyé par notredit feu Seigneur Sc Pere, en vertu de laquelle notredite Fille avoit fait informer par fun des Examinateurs de nôtre Châtelet de Paris > notre Procureur eh la Prévôté dudit lieu , duement appellé ; Sc ladite information faite Sc rapportée pardevers notredit feu Seigneur Sc Pere en fon Confeil Privé, auroit été ordonnée être communiquée à fon Procureur Général, lequel auroit requis ladite Requête , information , Sentences, Arrêts & autres procès, par notredite Univerfité, produits pour la vérification de fon droit, être communiquées aux Officiers de notredit feu Seigneur & Pere, au bailliage Sc confervation des privilèges de notredite Univerfité au Châtelet dudit Paris , pour donner leur avis ; cê qui auroit, notredite Fille préfente, été fait par ieeux Officiers, Sc renvoyé leurfdits avis à notredit feu Seigneur & Pere ; Et depuis , Nous auroit notredite Fille, préfenté autre Requête, à ce que vulefdites Requêtes, infor^* Parchemin* L
- p.41 - vue 44/58
-
-
-
- 42 ART DE FAIRE
- mation & autres procédures faites fur la vérification de leurfdits droits 3c privilèges , il Nous plût ratifier , approuver 8c confirmer iceux droits 8c privilèges ; lavoir faifons que, vû par Nous en notre Privé Confeil lefdites Requêtes , information & avis de nofdits Officiers ci - attachés fous le contre-fcel de notre Chancellerie ; & oui notre Procureur-Général en notredit Confeil Privé , avons, par avis 8c délibération d’icelui, & de notre certaine fcience , pleine puiffance & autorité royale , continué & confirmé à icelle notrédité Univerfité , lefdits droits 8c privilèges devifiter, prifer & eftimer tout le parchemin qui fera amené en ladite ville & banlieue de Paris , & de prendre, par ledit Reéleur , pour ladite vérification , apprétia-tion &eflimation, 16 deniers parifispour chacune botte de parchemin, fui-vant lefdits droits & privilèges. Voulons, ordonnons & nous plaît quelle en jouiffe, comme elle a ci-devant anciennement fait, 8c que pour faire ladite vérification, apprétiation 8c eftimation , tout le parchemin foit mené 8c conduit auxdites halles des Mathurins ; 8c où aucun parchemin fera trouvé caché ou entre les mains d’aucuns Marchands ou autres icelui vendans^ fera pris, faifi 8c mis en notre main, pour ladite faille faite, pourfuivre la confifcation d’icelui parchemin, pardevant notre Prévôt de Paris, Confier-vateur des privilèges de notre Univerfité ou fon Lieutenant ; Sc où aucune confifcation y écherra, fera & appartiendra audit Reéteur : en outre les Délinquants , Contrevenants 8c Receleurs , feront condamnés envers Nous en amendes arbitraires , félon le mérite des cas. Si donnons en mandement par ces mêmes Préfentes, à nos amés 8c féaux les Gens , &c. Donné à Fontainebleau au mois de Septembre, l’an de grâce 15*47, & de notre régné le premier. Regiftré au Parlement le 17 Avril 1548, pojl Pajcha , cott é D , 19 B, dans les archives de l’Univerfité du College de Navarre , rapporté
- dans l’Hiftoire de Paris, par Sauvai, tom. 3, page 228.
- \
- Des Statuts, Ordonnances $G Réglements pour les Maîtres ôC Marchands Parchéminiers de la Ville de Paris.
- 72. Au mois de Mars 1728, la Communauté des Maîtres Parcheminiers de Paris ayant fiipplié le Roi de lui accorder l’établiffement d’une Jurande avec des Statuts & Réglements pour la police de leur Communauté, obtint des Lettres-Patentes ; elles furent regiflrées en Parlement le 26 Juillet 173 r , 8c contiennent 22 Articles. Dans les 4 premiers on leur accorde la permiffion d'être unis, fous le titre de Confrères de S. Jean l’Evangélifte, & d’en faire l’Office , comme cela s’étoit toujours pratiqué , & comme ils y avoient été autorifés par différentes Lettres-Patentes des 1 Juin 1401, Juin 1467, 15 Juillet 1549, Février 15^2 , Oélobre 1614 > Décembre 105*4 , le Roi leur permet auffi d’élire un Maître de Confrairie, avec deux Jurés de Communauté, à la pluralité des voix, pour faire, conjointement avec les
- p.42 - vue 45/58
-
-
-
- LE PARCHEMIN. 43
- Jurés de l'Univerfité, & non autrement , les vifîtes des marchandifes de parchemin amenées à Paris , faifir les parchemins mal-façonnés qui ne feroienc propres ni bons pour écrire.
- Dans l'article V, il eft dit que, fuivant les motifs inférés dans les Lettres-Patentes du mois de Décembre lôÿq. , regiftrées en Parlement le 27 Février 165 y , & par rapport au défaut d'expérience & de capacité pour le bon apprêt d'une marchandée où la moindre défeéluofité peut donner lieu à des falfifîcations, foit de contrats, lettres deprovifion & de Chancellerie, Arrêts ou autres aéïes importants qui fe font fur du parchemin , ce qui eft préjudiciable à l'Etat Sc au Public ; il fera fait défenfes à toutes fortes de perfbnnes , autres que les Maîtres Parcheminiers de cette Ville , de faire fabriquer ou vendre aucune marchandée de parchemin, à peine de confié* cation*
- Les art. VI, VII, VIII & IX, portent que tous Marchands qui amèneront des parchemins, vélins, fonds de tambours , rognures de parchemin, colle de brochettes, ratures provenants des parchemins , feront tenus,de les faire conduire à la halle du fleur Recteur de l'Univerfité de Paris , ainfi qu'il eft d'ufage fondé fur les Réglements, pour lefdites marchandifes être vues & vifitées en la maniéré ordinaire par les Jurés de l'Univerfité , ( où les Jurés de la Communauté afîifteront, fl bon leur femble, ) & être enfiiite vendus aux Maîtres Parcheminiers,& non à d'autres; le tout à peine d'amende & de confifcation. Les Maîtres Parcheminiers lotiront entr'eux ces marchandifes , pour en payer chacun fa part aux Marchands, ainfi qu'ils conviendront du prix : & dans le cas où ils ne pourroient convenir du prix, le Marchand forain fera tenu de les enlever dans la huitaine, fans les pouvoir vendre ailleurs , ni en faire aucun dépôt dans la banlieue & vicomté de Paris. Et en cas que le Marchand ne les fît pas enlever , il fera permis aux Jurés de les faire enlever aux dépens du Forain & de les faire conduire hors de la ville & banlieue de Paris, conformément aux Réglements, a l'Arrêt du Parlement du 30 Août 171/, & à l'Arrêt du Confeil du 12 Décembre 1716.
- Les quatre articles fuivants concernent les réceptions dans la Communauté. L’apprentiflàge eft de cinq années, & lecompagnonage de trois ans; celui qui fe préfente, eft tenu de faire le chef-d'œuvre chez un des Jurés ou des Maîtres ; il ne peut être reçu avant dix-huit ans. Il eft permis par l'art* XIII aux Maîtres Parcheminiers d'acheter les peaux néceflàires à la fabrication , & d'en revendre les laines & poils.
- L'art. XIV leur défend de contreporter , ni brinbaler dans la Ville de Paris, aucuns parchemins ou autres marchandifes appartenant à cet Art.
- Par les articles fuivants, les fils de Maître font exempts de chef-d'œuvre ; les Veuves de mauvaife vie font déchues du droit de tenir boutique :
- p.43 - vue 46/58
-
-
-
- 44 A RT D E FAIRE
- les compagnons qui fe feront engagés à travailler un lot de parchemin i ne pourront quitter avant le terme de l'ouvrage, & travailleront depuis cinq heures du matin , jufqu'à huit heures du foir. Les Maîtres ne pourront prêter leur nom à d'autres, pour faire le détail des parchemins ; les délibérations des aflemblées vaudront * pourvu qu'elles foient arrêtées par dix Maîtres.
- L'article XX concerne la fourniture des parchemins timbrés pour la Ferme générale, qui doit fe faire par égale portion entre tous les Maîtres de la Communauté, fuivant une tranfaélion du 26 Qétobre i6py, homologuée par Sentence du 9 Décembre fuivant.
- U avoit été dit par cette tranfaélion palfée chez Bourfier, Notaire, que les Maîtres Parcheminiers ne pourroient faire entrer leurs enfans dans la fourniture du bureau des Fermes, à moins qu'ils ne fuifent établis en boutique ; & que fi quelques Maîtres faifoient des fournitures cachées & clandeftines pour le Bureau des Fermes, ou pour les Contrats de Ville, ils payeroient trois cents livres d'amende , applicables moitié à l'Hotel-Dieu , & moitié à la Confrairie ; ce Statut confirme la tranfaélion.
- 73. A l'égard des Titres énoncés dans les Statuts, ce font i°, des Lettres-Patentes de Louis XI, données à Chartres au mois de Juin 1467, obtenues par les Maîtres Parcheminiers, Libraires, Relieurs, Hiftoriens & Enlumineurs de ce temps-là , par lefquelles le Roi leur permit, pour l'entretien de leur confrairie, de lever fur chaque Confrère demeurant à Paris , quatre fols parifis : 2°, d'autres Lettres-Patentes de Henri III, données à Paris au mois de Février 1582, par lefquelles il confirma les précédentes : 30, l'Arrêt d'enregiftrement du 12 Janvier 1583 : 40, des Lettres - Patentes du mois de Décembre itfyq , obtenues par les quatre Maîtres Jurés Parcheminiers de l'Univerfité , par lefquelles Louis XIV ordonna qu'à l'avenir les Edits de créations & Lettres de maîtrifes , oélroyées par les Rois, à l'occafion de quelques événements, ne pourroient jamais avoir lieu pour les Parcheminiers, regiflrées le 27 Février 16$y : 50, un Arrêt du 20 Août 171 y, par lequel il avoit été ordonné à un Parche-minier d'Ilfoudun, d’enlever dans huitaine fes marchandifes de la halle du Reéleur, attendu que les Maîtres Parcheminiers ne vouloient point les acheter; finon permis à ceux-ci de les faire enlever, & fuivre jufques hors la banlieue de Paris. Mais quoique les Parcheminiers formaffent une eipece de corps, ils n’avoient encore ni forme ni Statuts avant ceux de l'année 1728 , dont nous venons de parler.
- 74. L'Univerfité forma oppofition à l'enregiftrement de ces Statuts, &
- foutint qu’on ne pouvoit établir d'autres Jurés que les quatre Jurés de
- l'Univerfité, lefquels dévoient être feuls maintenus dans le droit de vifi-
- ter, prifer, eftimer, & reétorifer tout le parchemin qui étoit amené à
- Paris 9
- p.44 - vue 47/58
-
-
-
- le parchemin. ^
- Paris ; & que toute confiscation de parchemin devoit appartenir au Recteur, fuivant FEdit de Septembre 1545, regiftré en la Cour > le 17 Avril 1548. Par un Arrêt contradictoire du 16 Mars 1731, il fut ordonné que F enregiftrement des Statuts ne pourroit préjudicier aux droits du ReCteur, ni aux fonctions des quatre Jurés de F Université ; que les confifcations appartiendroient au Recteur comme autrefois, dans les cas où elle auroit lieu, faute d’avoir porté les marchandifes à la halle du ReCteur, de lui avoir payé le droit de vifite 8c reCtorifation , 8c pour raifôn des défec-tuofités ; enfin, que les Jurés de FUniverfité pourroient faire leurs vifites, ou feuls , ou conjointement avec ceux de la Communauté. Et pour le fur-plus , les Statuts dont nous venons de faire F extrait, furent enregiftrés le 26 Juillet 1731 ; ils furent imprimés avec l’Arrêt d’enregiltrement parles foins des fieurs Louis - François Pelet , Jean Richot, 8c Pierre Fourgault, anciens de ladite Communauté, 8c font partie de la collection des Statuts de Communautés qui fe trouvent raffemblés à la Bibliothèque du Roi, & au Bureau de M. le Lieutenant - Général de Police.
- Les Statuts des Mégifiiers de Paris furent donnés par François I, Charles IX , Henri IV, Louis XIV , regiftrés en Parlement le 13 Avril X696. Mais ils ne font aucune mention du parchemin, parce que Fon a toujours fabriqué le parchemin dans les Provinces ; les Mégifiiers de Paris travaillent les peaux de mouton en blanc, ce quon appelle cuirs & denrées de mégie ; & fi l’on fabriquoit du parchemin à Paris , il n’y auroit que les Parcheminiers qui en auroient le droit.
- Du Parchemin timbré.
- 7y. L’usage du parchemin timbré fut prefcrit par un Edit du mois de Mars iéyy : l’objet étoit d’abord d’aflurer la date & l’authenticité des ACtes par une marque publique ; mais enfuite la marque du papier & du parchemin timbrés , eft devenue un objet de Finance 8c de Ferme publique, 8c une portion des revenus de l’Etat*
- On arrêta au Confeil le 22 Avril 1673 , le tarif des droits qui feroient payés fur le parchemin timbré , 8c le bail en fut fait le 6 Mai fuivant à Me Michel de Praly. Ces droits furent enfuite compris dans le Bail général des Aides du 9 Juin 1674.
- L’Ordonnance du mois de Juin 1680 ; au titre des droits fur le papier & parchemin timbrés, fixa les droits du Roi à vingt fols fur chaque peau de parchemin, 8c cinq fols pour toute forte de petit rôle ou portion de parchemin qui q>orteroit la marque.
- Par la Déclaration du 18 Avril 1690, & l’Arrêt du Confeil du 17 Juin 1698,, ces droits furent augmentés d’un tiers ; Voyez la conférence de l’Ordonnance Parchemin. M
- CHAM
- p.45 - vue 48/58
-
-
-
- ART DE FAIRE
- de Louis XIV fur le fait des Aides, avec celle des Rois, prédécefleurs de S. M. par Jacques Jaquin intérefle dans les Fermes du Roi, édition de 1703 , page 378, ou de 17J1, page 398.
- On appelle en général Formule, ces parchemins ou papiers timbrés : les droits fur la formule ont fouffert, & éprouveront encore des variations arbitraires ; il feroit donc inutile d’entrer à ce fujet dans un plus grand détail. On peut voir jufqu’ici les inftruétions fur les droits des Fermes données pour différentes Généralités, & les confîdérations fur les Finances de France, par M. de Forbonnais. Mais nous croyons que ces détails feroient , trop étrangers à l’objet de l’Académie, & trop longs pour trouver place ici. '
- EXPLICATION DES FIGURES
- de l’Art de faire le Parchemin.
- PLANCHE /,
- Qui repréfente le travail du MêgiJJier.
- A, O U v r i e r qui pafïe les peaux fraîches dans l’eau pour en détacher les ordures, ou pour en ôter la chaux.
- B y Ouvrier qui fur-tond les peaux avec les forces ou cifeaux.
- C, Ouvrier qui étend la chaux fur les peaux pour faire tomber le poil. Dy Ouvrier qui pele les peaux.
- E y Ouvrier qui met les peaux dans le plein, ou qui les en retire,
- F y Chevalet fur lequel on pele les peaux.
- G 9 Couteau de riviere à deux tranchants.
- H y Couteau à talon qui n’a qu’un côté légèrement tranchant.
- K y Forces ou cifeaux avec lefquels on coupe les mauvais brins de laine.
- N
- L y Pinces avec lefquelles on retire les cuirs du plein.
- O y Goupillon avec lequel on étend la chaux.
- P y Peloir > ou petit bâton rond qui fert à ôter le poil ou la laine. Qy R y Morceau de parchemin retiré de l’incendie de la Chambre des Comptes y 8c qui a fouffert un racorniffement fingulier.
- S y Cœur y pierre à aiguifer qui fert quelquefois à peler les cuirs.
- T * Brochette paffée dans le bord d’une peau 8c retenue par une ficelle.
- V 8ç X ? Figures de deux fortes de fer à écharner.
- p.46 - vue 49/58
-
-
-
- Explication de la Figure qui repréfente une peau brochée SC tendue fur la herfe, pour être écharnée SC fécher
- enfuite à Vombre.
- a eft la partie fupérieure de la peau ou la tête ; c’eft le col de l’animal.
- b b font les collets ou les épaules du mouton. c c font les pattes des collets.
- ddy Brifets; c eft la partie de la peau'qui eft fous les âilfelles. e e , Boudinés, parties génitales, ou extrémités de la peau qui répondent au deifous du ventre. ff> Tétines ou mamelles.
- gg> Pattes de la culée, ou pattes de derrière. h y Culée y partie poftérieure de l’animal où eft attachée la queue.
- PLANCHE II,
- Qui repréfente le travail du P archeminier.
- A y Ratureur qui enleve la furface du parchemin avec le fer à raturer.
- B , Ouvrier qui ponce le parchemin, ou qui lui donne le poli avec la pierre-ponce; il a à côté de lui une pierre de grais pour nettoyer là pierre-ponce.
- C y Ouvrier qui équarrit le parchemin , le coup.e par feuilles & formules de différents échantillons. ,
- a y b y D y Herfe du Ratureur fur laquelle eft tendu le, fommier. d y Mordant, ou piece de bois qui fert à tenir une peau fur la herfè. E y Fer à raturer, & à écharner ; car la forme eft à peu-près la même. ee y Manches de fers à raturer de différentes grandeurs.
- F y Pierre fur laquelle on dégraiffe la pierre-ponce. ffy Lames des fers à raturer.
- G y Pierre liir laquelle on aiguife le fer à écharner ou à raturer. . ' . H y Fer à écharner , que l’on a démanché pour l’aiguifer.
- I y Selle à poncer, ou forte table de bois fur laquelle on a coutume de clouer une peau.
- K y Table fur laquelle on équarrit le parchemin.
- kkky Réglés de bois qui fervent à équarrir le parchemin.
- Ly Affiette dans laquelle font les mouches qui fervent à boucher les trous du parchemin.
- M y Couteaux qu’on employé à couper les extrémités du parchemin 9 ou les parties défeétueufes,
- p.47 - vue 50/58
-
-
-
- 48 ART DE FAIRE
- N, Alîiette dans laquelle on met la gomme qui colle les mouches.
- Ü, Moule de bois avec lequel on réglé la largeur des formules, ou quarrés de parchemin.
- P, Couteau avec lequel on équarrit le parchemin:
- Q, Cifeaux qui fervent à couper les parties inutiles, ou à figurer les mouches.
- R y Moule de bois avec lequel on réglé la largeur de certains quarrés-longs de parchemin.
- S y Piftolet* d’acier qui fert à retourner le fil du fer à écharner.
- V y Ecrous de la preffe du Parcheminier.
- XX y Vis 3c tablettes de la preffe.
- Y9 Pièces qui entretiennent la partie inférieure des vis, par deiïous la
- •
- Z y Affemblage total de la preffe du Parcheminier 9 avec les feuilles de parchemin qui font en preiîè.
- REMARQUE GÉNÉRALE.
- Il NE s9 est rien trouvé dans les Manufcrits de £ Académie Royale des Sciences qui concernât £ Art que nous venons de décrire , Ji ce rieft la Planche II, qui nétoit pas même tout-à-fait achevée.
- M. Ludot & M. le Préjident Gonthier, Membres de la Société Littéraire de Troyes, ont procuré pour cette Defcription toutes les facilités imaginables ; & ces deux Académiciens ont favorifé le travail de PHiftoire des Arts autant qu’on devoit tejpérer du %ele le plus éclairé & le plus académique.
- Nous devons rendrejuftice aufl à f emprêjfement de Mejfeurs Dumay, Fabriquants-Parcheminiers de Troyes, pour notre entreprifè, de même qu à la perfection & à la qualité fupérieure des Parchemins & des Vélins qui fe fabriquent che£ eux.
- TABLE
- p.48 - vue 51/58
-
-
-
- LE PARCHEMIN.
- TABLE DES MATIERES,
- Qui contient' aujji Vexplication des Termes employés dans l’Ari
- de faire le Parchemin.
- ccélérer le travail du Parchemin ,
- Page 29
- Affiloïr. Efpe'ce de pince avec laquelle un Parcheminier tient fon fer pour l’aigui-fer, 20
- Ameutée. Peau amputée eft celle qui a été attendrie , altérée par la fermentation , 7 Antiquités Judaïques de Jofephe ; on y voit l’ufàge ancien du parchemin, 1
- Attalus ou Eumenes , Roi de Pergame, Inventeur du parchemin , 2 & 3
- Aubriet. Peintre du Roi, Auteur de plufieurs belles miniatures repréfentant les animaux ôc les plantes, 33
- B
- Barbé. Pouffer de la barbe, fe couvrir de moififfure, 28
- Basseporte ( Mademoifelle ) , Auteur
- de plufieurs belles peintures d’hiftoire naturelle fur vélin, 33
- 'Bege , nom que l’on donne à la laine
- noire dans le Berry, 10
- Bénéfice du Parcheminier , eftimé en gros , 39
- Blanc de Troyes s’emploie fur le parchemin, 18, 30
- Bonamy (M.) de l’Académie Royale des Infcriptions ôc Èelles-Lettres, a relevé une erreur de Scaliger, à l’occafion du parchemin , '2
- Botte de parchemin, 38,41
- Bouchers. Leur négligence en déshabillant les moutons, produit des défauts cohfidérables dans le parchemin, 27
- Boudinés. Prépuce du mouton; cette partie de la peau eft plus épaiffe , 1 £ , 47
- Bouloir ou Poussou. Infirmaient quon emploie à remuer la chaux , 12
- Bourre , poil de veau ; fes ufages, i 1 Brisets , font la partie de la peau qui eft fous les aiffelles du mouton, 1J , 47
- Brocher les peaux , les tendre fur la herfe pour les écharner, if
- Brochettes. Chevilles de bois qu’on pafife tout autour d’une peau pour la tendre , 16
- Caisses. Voyez Tambour:
- Canepin. Pellicule très - fine dont oh couvre lés mouches , . 2,4
- Cendres, peuvent fervir à la place de chaux, . 34
- ( Cercles fur lefquels on tend une peau pour la faire fécher, ,, 16
- Chaux. Son ufage pour préparer le parchemin , 7
- Chaux crue. Défaut du parchemin, 7 Châux du plein , 12,46
- Mettre en chaux, 73 4^
- Qualité de la chaux j . 12,39
- Prix de la chaux > 39
- Chaux qu'on emploie pour le mortier, différente de celle des Mégifïiers , 12,5 39
- Il en faut un boiffeau pour deux cents peaux, 1$
- Effets de la chaux fur le parchemin , 14
- Ses inconvénients, 27
- Chevalet. Planche arrondie Ôt inclinée, fur laquelle on travaille les peaux pour les laver , & leur donner la foupleffe , 6
- Clavelée. Maladie des moutons qui produit un défaut dans le parchemin, 26 Colle de brochette, rognures de parchemin , 19
- Collets d’une peau, la partie qui ré^-porid aux épaules, • 13, 47
- Commerce du parchemin, 37
- Il influe dans la perfe&ion de fart, 29
- Contre - sommier. Seconde peau tendue fur la herfe, 21
- Cosse. Voyez Ratures.
- Couleurs qu’on peut donner au parchemin , 37
- Couteau de riviere, ou couteau à re-eft un couteau concave Ôt à deux
- vers
- tranchants ; la partie convexe eft la plus tranchante, 7
- Couteau à talon, couteau concave qui ne coupe point, & ne fert qu’à fouler êc dégorger les peaux ; on l’appelle aufli fer à recajjer, ïbid.
- Côütelure. Défaut du parchemin , 26 Cribles , fe font avec des peaux de porcs, d’ânes , de geniffes, de moutons, 3 y
- Culée. Partie de la peau à laquelle eft
- N
- Parchemin:
- p.49 - vue 52/58
-
-
-
- 1°
- attachée la queue,
- ART DE FAIRE
- Pages 15,47
- D
- Débourrer. Peler les peaux de veaux, 10 Défauts t du parchemin , tant par rapport à la matière, que par rapport à la fabrication, 26, 34
- Dépecer le parchemin, le couper par quarrés, 29
- • Desseins des grands Maîtres, faits fur du vélin, 31
- Dos et Chair, ou Fleur et Chair, font les deux côtés du parchemin, 4
- Le dos fert à peindre en* paftel, 34
- JDroits de .FUniverfité fur le parchemin , ; 3p
- Droits du Roi,- . , 45
- Eaux que Ton emploie pour le parchemin, . ' 28
- Echarner le parchemin, en enlever les chairs .pour le rendre fec ôc mince, 17,4(5
- On ne devroit point écharner le vélin, fuivant certains Mégiffiers,
- Difficulté de bien écharner; 28
- Echauffer. Les peaux s’échauffent lorf-qu’on les laiffe trop long-temps les unes fur les autres , 8
- Ecouler. Recouler le parchemin , en exprimer l’eau, 18
- Edosser. Doffoyer , exprimer l’eau du côté de la fleur, ibid,
- Effleuroir. Peau d’agneau avec laquelle on effuye le blanc qu’on avoit répandu fur le parchemin , 19
- Encre à la Chine fur du vélin, par
- Klinshtet , 31
- Equarrir le parchemin , le dreffer ôc le couper à la planche , 29 & 30
- Eumenes , Roi de Pergame 3 fon zele pour la formation d’une Bibliothèque, donne lieu à l’ufage du parchemin , 2
- Fer à écharner ; Fer à raturer, Fer à recaffer,
- 17, 46
- 20, 47 7 > 4^
- Fixer un deffein fur du vélin ; M. Loriot
- Frisquette des Imprimeurs, fe fait avec du parchemin ; c’eft un chaffis qu’on étend fur les marges du papier, 3y
- . Gargouches de Canon, fe font .avec du parchemin , 35
- Gelée , nuit à plufieurs travaux du Par-cheminier, 9 , ip,2ij
- Gland. Voyez Mordant.
- Goder. On empêche le vélin de goder,, en le collant fur un fond plus folide , 31,
- Gomme. Graille feche qui gâte le parchemin, .......... ' 27
- Goupillon ou Guenillon, Âffemblage de deux ou trois mauvaifes peaux mifes au bout d’un bâton, ôc dont on fe fert pour étendre la chaux, 7
- Graisse du parchemin ; la maniéré d’y remédier, . 19
- Gras. Défaut du parchemin, 27
- Grason. Efpece de craie blanche qu’on emploie dans le Berry, . . 18
- . •. ï
- H
- Halle du Reâleur, Halle des Maturms. Lieu où fe dépofoit le parchemin , 40
- Herse. Chaffis de bois fur lequel on tend les peaux, 164^
- Herse du Ratureur, plus pefante que la première, 20, 47
- JambeTTE. Piece de bois qui fert de pied au chevalet, ôt qui le tient incliné , 6, Jaunir. Le vélin ne jaunit que lorfqu’il eft expofé à la poulfiere ôc à la fumée, 30
- Laines. Ses différentes qûalités, fon prix, fon choix, iq
- Laver de fuen ; laver les peaux en laine, 6 Cela ne fe pratique pas dans le Berry, 8
- Laver après la chaux, ibid*
- Laver après le plein , 1 y.
- Liais. Pierre de liais ; pierre' pleine ôc dure , qui fert à nettoyer la ponce , 22
- Lombards. Petites bandes très-minces
- y eft parvenu , 31 de parchemin que les Ratureurs fourniffent
- Fleur. Côté de la peau où fe trouvoit jaux Drapiers, pour marquer chaque piece
- la laine ou le poil, excepté parmi les Marchands de Paris qui appellent fleur, le côté de la chair, comme étant le plus fln Ôc le
- plus beau, 4
- Forces. Grands cifeaux d’une feule piece ôc à reffort, dont on fe fert pour furtondre les peaux , 8
- Formule. Grandeur des quarrés de parchemin qu’on emploie au Palais, 30 46
- de drap , ^ 36
- Lustrer le parchemin quand il a été mis en couleur, 37
- M
- Macération peut rétablir le parchemin racorni par le feu , , • 4
- • Mégissier. Ouvrier qui prépare les peaux
- p.50 - vue 53/58
-
-
-
- LE PARCHEMIN<
- blanches, 6c qui dans les Provinces fait aufli le parchemin , Page 4
- Leurs Statuts, dans Paris ne font pas mention du parchemin , 4y
- Miniature fe fait fur de l’ivoire, ou fur du vélin , 3°
- Modèles. Planchetes de bois de noyer qui fervent à régler les dimenfions de la formule, 30
- M. Morand , célébré Anatomifte de l’Académie Royale des Sciences, explique la texture du parchemin, 3
- Mordant ou Gland. Efpece de mâchoire de bois , revêtue de peau, 6c qui fert à haper une peau fur la herfe , 21
- Morie. Peau de Morie, celle des animaux qu’on jette à la voirie, 26
- Mort-de-sang. Défaut du parchemin, 26 Mouches. Ce font de petites pièces de parchemin que-l’on colle furies trous d’une peau,
- Ouvrier peut laver 6c recaffer deux cents peaux dans un jour , 7
- Brocher 6c écharner 48 peaux de mouton , 25*
- Raturer % ou 3 bottes moyennes , 21
- Poncer quatre bottes de dix à douze livres, 22
- Peloir ,' . . . . îbid.
- Pergame. Ville d’Afïe, où le parchemin fut principalement perfectionné, Page 2 Pièces. Voyez Mouches.
- Pietrir. Se ramolir, 13
- Pistolet. Outil d’acier avec lequel on retourne le fil d’un fer à raturer, 20
- Plein. Folle ou tonne remplie d’eau de chaux, où féjournent les peaux, n
- Ses inconvénients, 28
- Plis. Laine qui s’enleve d’une peau par le moyen de la chaux, 9
- Plumer. Oter la laine de deffus une peau, 8
- Poids des différents parchemins fmfidéli-tés qui fe commettent fur le poids, 29
- Ponce. Pierre-ponce fert fur le parchemin mol, 18
- Poncer le parchemin, *3
- Portraits des Rois de France fur du
- vélin, 32
- Presse dès Parcheminiers, .3°
- Prideaux. Son hiftoire des Juifs , citée
- à l’occafion du parchemin, 2
- Prix des peaux de mouton,’ 38
- Des peauxde veaux,
- Prix du parchemin, 38
- Prix de la chaux, 39
- R
- P
- Parchemin. Peau de mouton, paffée à la chaux, . 1
- Son origine, fon ufage chez les Anciens,
- z, 3
- Sa texture ou fon tiffu , 3
- Parchemin vierge, ' y
- Durée du travail du parchemin, 14. Voyez Echarner , Raturer, Poncer.
- Son ufage dans les Arts, 30,35*
- Réglement fur le commerce du parchemin, 43
- Parchemin des Fermes, 44, 4£
- Parcheminier. Nom des Marchands qui revendent le parchemin à Paris, 6c quelquefois aufli des Mégifïiers qui font le parchemin dans les Provinces, 4, 38 Pastel. Peinture en paftel réufîit mieux fur le vélin fuivant M. Boucher 6c M. Liotard, 33
- Pastels. Crayons dont on fe fert dans la peinture ; peuvent être attaqués par la chaux du vélin , ibid.
- •Peaux de différents animaux , agneaux, ânes, cerfs, chevres, loups, porcs , fe préparent en parchemin, y
- Noms des différentes parties de la peau, 1 y Peintres en miniature emploient le vélin,
- 3 1
- Peintures fameufes fur du vélin, 31,3 2 Peler les peaux, 9
- Raffraichir. Empêcher que des cuirs ne fe corrompent, en les mettant dans une eau de chaux légère, 13
- Raturer, le parchemin, 20
- On ne rature que le côté du dos, 2L Un homme peut raturer en un jour deux ou trois bottes de 8 à 9 livres , ibidi Ratures du parchemin appellées aufli la cojje , font une très-belle colle, 36
- Recteur de l’Univerfité ; fes droits fur le parchemin, 40
- Rectoriser ou Reporter, marquer le parchemin , 40, 41
- Régaler. Etendre la chaux fur une peau ,
- 7
- Rétrécissement fingulier d’un parchemin retiré de l’incendie de la Chambre des Comptes, 2
- Rognures de parchemin font une très-belle colle, 36
- min
- Saisons propres â travailler au parche-
- au vélin, 2y
- Sécher. Maniéré de faire fécher le parchemin , 18, 19
- Pourroit fécher en deux heures, 29
- Selle à poncer ; table rembourrée fur laquelle on étend une peau, 22
- Souris attaquent le parchemin, ^9
- p.51 - vue 54/58
-
-
-
- ART DÉ FAIRE LE P ARCHE MI N.
- S*
- Sommier. Peau de veau tendue fur la herfe, 20
- Statuts des Maîtres Parcheminiers de Paris, * 4 2
- Suen , Surge. Graille naturelle de la laine de mouton y 6
- Surtondre les peaux, c’eft ôter les parties groffieres ou défeêtueufes de là laine,
- 8, 9
- Surtonte. Dernîere qualité de laine, 9 T
- Tambours. Se font avec des peaux de Veaux, quelquefois dès peaux de loups , f Avec des peaux d’ânes, de chevres, 34 Taches dans le parchemin ont plufieurs ’caufes, 26,27
- Tétines de la peau, ou mammelles, 1 5^47 Timbales fe font avec des peaux d’ânes, y Timbré. Parchemin timbré établi en t6$ $, page 43. Voyez Formule.
- 5*
- Timpan des Imprimeurs fe fait avec du parchemin ; c’eft une grande feuille de parchemin propre à foutenir le papier que l’on imprime , 3 5
- I V
- j Veaux. Leurs peaux fervent au vélin, 6c aux Tambours, y
- Vélin. Peau de veau paffée à la chaux, ibid. Il n’exige pas plus de plein, & même moins : que le parchemin, 14, 24
- Il eft plus blanc, plus clair, 24
- Son prix, 2.9
- Son ufage pour le deffein, 30
- Velot. Veau qui h’eft pas à terme y. & dont la peau fait le plus beau vélin , 2 y
- Verd. Maniéré de colorer le parchemin avec le verd de gris, 37
- Ville-Loup. Village près de Troyes , d’où l’on tire la craie la plus fine, 20
- Vitré ou Ferri, Parchemin défectueux , à raifon de fa tranfparence , ' 28
- Voiler "ou goder. Se courber par la féche-reflfe ôc l’humidité ; il eft plus difficile d’éviter cet inconvénient dans l’ivoire que dans le vélin, 31
- U
- Université de Paris. Ses droits fur le parchemin, • 40
- Maintenus j5ar l’Arrêt d’enregiftrement des Statuts de la Communauté des Parchemi-
- nier$ , ' 44
- Fin de il A rt du P a r c h e m i n 1 e r* Mai 1762,
- Mf
- I
- De l’Imprimerie de H. L. GUERIN & L. F, DE LATOUR, 1762*
- p.52 - vue 55/58
-
-
-
- pl.1 - vue 56/58
-
-
-
- 4»
- - /
- r
- - :
- f
- i'
- ^ .... $
- ***«;>— ••
- ~ «y
- asftss^tÉ
- . o
- i
- \
- ï.
- iüTSfJW
- p.n.n. - vue 57/58
-
-
-
- goh nwuuciutg 'j ÿcivjf? j-j ïttifj'Jçf
- Tl1 Ici
- ^Tunujiup i/<\n?cj
- pl.2 - vue 58/58
-
-